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Full text of "Les forets de la Gaule et de l'ancienne France apercu sur leur histoire, leur topographie et la ..."

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LES 



FORÊTS DE LA GAULE 



ET DE 



L'ANCIENNE FRANCE * 



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OUVRAGES DE M. L. F. ALFRED MAURY. 






■iiTonui DBS Buraioirs ds la qhbob AimQini, depuis leur origine 
jusqu'à leur complète constitution. 3 forts vol. in-8^, 1859. 

BMAX SUE LBB xAqbvdu FiBvtlw sv MOTBiT ACiB, OU Exauieu ^de ce 
qu'elles renferment de merveilleux, d'après les connaissances que 
fournissent l'archéologie, la théologie, la philosophie et la physiologie 
médicale. 1 vol. in-8o, 1843. 

Las TàaB DU motbv aqm, recherches sur leur origine, leur histoire et 
leurs attributs, pour servir à la connaissance de la mythologie gau- 
loise, i vol. in-i2, 1843. 

LA TiBRB BT l'boiimb, aperçu historique de géologie, de géographie 
et d'ethnologie générale, pour servir d'introduction à l'histoire uni- 
verselle. 1 vol. in-12, 2» édition, 1861. 

LA MAOïa BT L'ABTaoLOon daus l'antiquité et au moyen &ge. l vol. 
in-12, 3« édition, 1864. 

iM soBonoL BibLBS mftvàs, études psychologiques sur ces phénomènes 
et les divers états qui s'j rattachent *, suivies de recherches sur le dé- 
veloppement de l'instinct et de l'intelligence dans leurs rapports avec 
le phénomène du sommeil. 1 vol. in-12, 2* édition, 1865. 

oBOTAiiaBS m lÈQwnmB db l^aiitiquité. — Essais de critique ap- 
pliquée à quelques points d'histoire et de mythologie. 1 vol. in-12, 
2» édition. 1865. 

LB8 agadAmibs D^AUTBBroiB. ^ L* ancienne Académie des sciences et 
Tancienne Académie des inscriptions et belles- lettres. 2 vpl. in-t2, 
. 2* édition, 1864. 

BAVFOMTi faits en 1856-57-58 et 59 à l'Assemblée générale de la So- 
ciété de géographie sur les progrès des sciences géographiques. 
4 cahiers in- 4*. 

MftMOUUi sur le véritable caractère des événements qui portèrent Ser- 
vius TuUius au trône, et sur les éléments dont se composait origi- 
nairement la population romaine. Imprimerie impériale. In- 4^, 1866. 






LES 



FORETS DE L4 GAULE 



ET DE 



L'ANCIENNE FRANCE * 

▲perça iw lew liiftoire, leor topographie et la législation qui les a régies, 

SUIVI 

D'UN TABLEAU ALPHABÉTIQUE 

DES FORÊTS BT DES BOIS PRINCIPAUX DB l'BMPIRE FRANÇAIS 



PAR 

L.-F. ALFRED gAURY 

Membre do rinfltitnt (Académie des ioaoriptbna et belles-lettres), 

Profestear en Collège de France, Bibliothécaire dn palais» des Toileries , Officier de U Légiou 

d'honneur et Cheralier des onires de Saint-Maurice et de Saint-Lazare d'Italie, 

De la socièlà impériale des antiquaires de France, de l'Institut aichèologlqne de Rome, 

4le llnstllnt urchéologîqne de la Grunde-Kretdgne, vice-président pour 1867 de la société de 

géographie de Paris, des académies de Caen et Bordeaux, des sociétés de géographie 

de Saint- Pétersbonrg, des antiquaires de Moscou, 

des anUqnalres de la Suisse romande, de littérature néerlandaise de Leyde, 

de l'académie d'Archéologie de MadriJ. 



PARIS 

LIBRAIRIE PHILOSOPHIQUE DE LADRANGE 

RUE 8AIOT-ANDRÊ-DES-ARTS, 41 

1867 



PRÉFACE. 



L'ouvrage que je soumets aujourd'hui au pu- 
blic a paru dans le tome IV, 2* série, des Mé- 
moires présentés par divers savants à V Acadé- 
mie des inscriptions et belles-lettres de V Institut 
impérial de France (Paris, 1860), après avoir 
obtenu une médaille au concours des antiqui- 
tés nationales, pour 1854. Mais je ne me suis 
pas borné à reproduire une ceuvre dont la 
rédaction remonte à plus de douze années. 
Les limites dans lesquelles devait se resserrer 
un mémoire destiné à un concours académique 
m'obligeaient à supprimer certains développe- 
ments qui ont pu trouver place dans cette nou- 
velle publication. Je me suis, de plus, aidé d'ou- 
vrages et de documents qu'il ne m'avait pas été 
possible de consulter lors de mon précédent 
travail, soit parce qu'ils n'étaient pas à ma dis- 
position, soit parce qu'ils n'avaient point encore 
vu le jour. Sous sa forme actuelle, mon aperçu 
de Vhistoire des Forets de la Gaule et de l'an- 
cienne France suffira pour donner une idée 



YI PRÉFACE. 

complète des révolutions qu'a traversées notre 

sol boisé et des changements successivement ap- 

■ 

portés dans l'esprit de notre législation forestière. 
Il n'aurait pas été inutile pour l'intelligence du 
livre que des cartes et des plans l'accompagnas- 
sent, mais c'est un atlas tout entier qu'il eût fallu 
y joindre. Ne pouvant songer à une pareille en- 
treprise, je me borne à renvoyer le lecteur aux 
cartes nombreuses que nous possédons de toutes 
les parties de la France. On devra consulter de 
préférence les feuilles de l'excellente carte de 
l'Etat-Major, auxquelles on fera bien d'ajouter 
celles de Belgique et de Suisse données par 
les ingénieurs militaires de ces pays. C'est là 
qu'on pourra suivre d'une manière précise les 
indications topographiques dont mon travail est 
semé. 

Quoique ce livre s'adresse avant tout aux géo- 
graphes, il est de nature à intéresser également les 
personnes qui s'occupent d'histoire générale, de 
mythologie et d'archéologie, et plus particulière- 
ment ceux qui cherchent à éclairer les diverses par- 
ties de notre histoire nationale. L'état de nos an- 
ciennes forêts, la condition des populations qui les 
ont habitées, les traditions et les croyances qui 
s'y rattachaient, les règlements dont elles furent 
l'objet, tout cela importe à la connaissance des 



PRÉFACE. VU 

événements et des idées dans le passé de notre 
patrie. L'économiste et le propriétaire forestier 
pourront aussi puiser dans quelques-uns des 
faits ici consignés, des renseignements qui ne 
sont pas sans valeur. J'ai non-seulement étendu 
mes reclierclies antérieures, mais fait subir au 
mémoire qui sert de base au livre, une refonte, 
sur certains points totale, en sorte qu'il peut se 
présenter avec le caractère d'un ouvrage nou- 
veau. Je l'ai fait suivre d'un tableau alphabé- 
tique des forêts et des principaux bois de l'Em- 
pire qui, tout en servant de table des matières, 
donne un dictionnaire des forêts françaises, 
ouvrage qui manquait aux géographes. Cela 
ne veut pas dire qu'on n'y puisse signaler bien 
des imperfections et des lacunes. Le sujet est 
inépuisable, et le cadre trop vaste pour qu'un 
seul auteur arrive à le remplir j j'espère toutefois 
que le public me tiendra compte de mes efforts, 
et n'oubliera pas que dans les œuvres d'érudi- 
tion, on ne sam'ait jamais se flatter de n'avoir 
point commis des péchés d'inexactitude ou 
d'omission. 



INTRODUCTION. 



La disparition des forêts se lie intimement aux progrès 
de la civilisation. Presque partout, avant d'être défriché, 
le sol se dérobait aux regards sous un épais manteau de 
feuillage. J'ai jfiulis montré, dans un ouvrage spécial (1), 
que dans le monde qui fut connu des anciens, les forêts 
sont d'autant plus éclaircies qu'on s'avance davantage 
au sud-ouest. Or, c'est précisément la direction suivant 
laquelle s'est propagée la civilisation. Les Espagnols, les 
Italiens, les Français, les Anglais, les Grecs, en un mot, 
toutes les nations des contrées européennes actuellement 
les plus déboisées, descendent de populations qui sont les 
aînées en civilisation. Les montagnes étant de leur nature 
plus difScilement accessibles que les plaines, le progrès 
social s'est plus lentement accompli chez leurs habitants; 
aussi leurs pentes sont-elles demeurées plus longtemps 
ombragées (2). Voilà pourquoi les idées de forêts et de 
montagnes étaient étroitement unies dans l'esprit de la 

(1) Yoy. mon Histoire des grandes forêts de la Gaule et de l'ancienne 
France, Paris, 1850, in-8*. 

(2) Le fait se produit aussi dans TAsie centrale, où la civilisation est 
venue de la Chine. Depuis le milieu du xvii* siècle que les Chinois ont 
pénétré dans le royaume Ouniot, et notamment dans le pays des Gorges- 
contiguëSy les montagnes se sont découronnées de forêts. Yoy. Hue, Sou- 
venirs d*un voyage dans la Tartarie, le Tfiibet et la Chine, 2« édit., t. I, 
p. 19. 

i 



2 LES FORÊTS DE LÀ GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANGE. 

plupart des peuples anciens. Chez les Allemands, le mot 
loald signifie à la fois montagne et forêt, parce qu'il s'appli* 
quait originairement à des chaînes de hauteurs naturelle- 
ment boisées. Les Latins donnaient le nom de saUus à un 
défilé montagneux qu'ils se représentaient toujours comme 
couvert d'arbres, en sorte que cette expression s'entendait 
à la fois d'une montagne et d'une forêt. Platon regarde 
comme un fait avéré l'existence des forêts sur toutes les 
cimes de la Grèce déjà découronnées de son temps (i). 
L'homme des bois, l'habitant des forêts est devenu le type 
du sauvage ; tant il est vrai que la disparition des forêts 
apparaissait comme l'œuvre de la civilisation. En alle- 
mand, le mot wildy sauvage, appartient au même radical 
que wald, forêt. Le mot français sauvage, en italien sel-- 
vaggio^ est dérivé du latin sylva (en italien selvc^y forêt. 
Chez les Hindous, on donne le nom de djangli à un bar- 
bare; un sauvage ; et cette appellation signifie proprement 
habitant des forêts, des jongles. 

Le moyen âge représentait le sauvage sous la figure 
d'un personnage velu et hideux commis à la garde des châ- 
teaux enchantés, des grottes mystérieuses.que l'imagina- 
tion populaire supposait exister dans la profondeur de& 
solitudes ombragées. On en a la preuve dans plusieurs 
monuments que conservent les cabinets d'amateurs et d'an- 
tiquaires (S). Les forêts ont été en effet de tout temps et en 
tout pays le refuge des proscrits, des brigands, des bandits. 
C'était dans les forêts, aujourd'hui presque toutes déman- 
telées, de r Angle terre, que se cachaient les indigènes d'Al- 
bion traqués par les Romains, et les restes de ces forêts^ 



(1) Kflu iroXXi^ h Toîc Jpimv Cïm* iIx>^ ^f «ù vGv f «vtp« 7tx(i«^tft. (Platon,. 
CrUias, g 5, p. 384, édiUon Bekker.) 

(2) Voyez le mémoire de M. A. de Longpérier, sur les Figures velues 
du moyen âge, [Revue archéolog.j t. II, p. 507 et suiv.) 



INTRODUCTION. 3 

fournirent encore un refuge aux insulaires, à l'arrivée des 
Saxons ; c'est là que plus tard se retrouvent les outlaws (1). 
Quand la paix avait enlevé aux soudards un motif légi- 
time de guerroyer, ils formaient des bandes pillardes qui 
s'embusquaient dans les bois, ainsi que cela a eu lieu, 
notamment au xiv* et au xv* siècle, en France et en Alle- 
magne. Robin Hood et Witikind ont dû leur nom à ce 
genre de vie (2). En Irlande, on donnait vulgairement le 
nom de coureurs des bois aux whiteboys qui, au milieu du 
siècle dernier, constituèrent une vaste association d'insur- 
gés contre la domination anglaise. En France, les Gami- 
sards cherchèrent un refuge dans les forêts des Géveu- 
nes (3). En Corse, ce fut longtemps dans les maquis que 
s'établissaient les bandits ; et, de nos jours, dans le royaume 
de Naples, les forêts servent de places fortes aux brigands 
qui le désolent sous prétexte de défendre la cause de la 
ikmille royale déchue. 
La vie des forêts ramène forcément l'homme civilisé à 



(1) L*empereur Sévère fit abattre ces forêts pour couper aux insulaires 
leurs retraites. (Dion Gassius, Excerpta liphilin.f \ïb. LXXVI, c. xiii, 
édit. Sturz, p. 637.) Les Romains n*osôrent pendant longtemps attaquer 
les pays où des forêts profondes pouvaient servir de refuge aux habitants. 
En Tan de Rome 679, le consul Scribonius Gurion s'avança jusqu'aux fron- 
tières de la Dacie; mais les forêts dont elle était couverte paralysèrent 
son courage : « Tenebras saUuum expavit^ » écrit Florus (III, 5), et 
trente-huit aimées auparavant, G. Caton n*avait pu triompher des Scor- 
disques cantonnés dans leurs montagnes et leurs forêts (Florus, 1. c.)- 

(2) Le nom du célèbre Robin Hood est une corruption de Robin of the 
wood, de môme que celui de Witikind est dérivé de Tancien teuton WUu 
chind, «c fils du bois, v (Yoy. la dissertatiou;de M. Th. Wright, intitulée 
Popidar cycle of the Robin Hood boUads^ ap. Essays on subjects connec- 
ted with the literalurCy popular supersiitians and hisiory of Englandy 
vol. II, p. 207, et \m article de la Revue brifannique^ 6* série, t. XI, 
p. 132.) 

(3) Un bois de chênes verts, nommé la Lauzières des Mas de ffories^ 
servit de reAige à Ravauel et à sa troupe, qui se sauva plus tard dans 
la forêt de Lens. (Voy. D. Taissète, Histoire de Languedoc, continuée 
par H. Domége, t. X, p. 408.) 



^;l 



4 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

la barbarie. Un exemple curieux nous en est fourni par 
ce que rapporte le voyageur Caslren. Dans les forêts de la 
Touba, en Sibérie, quiconque s'établit, prêtre, cultiva- 
teur russe ou tartare, est contraint de se dépouiller de son 
costume et de revêtir le grossier accoutrement des Kirgbises 
de la forêt. Les squatters et les coureurs de bois de 
l'Amérique du Nord ne tardent pas à devenir aussi sauva- 
ges que les tribus indiennes. 

C'est dans les jongles de l'Hindoustan qu'une partie des 
populations dravidiennes se sont réfugiées pour échapper 
à la conquête aryenne. Sur la côte de l'Orissa, la seule 
vue d'un étranger fait fuir l'indigène dans les bois (1). 
Les Bhils, les Waralis, les Cotes, les Katodis, les Chensuars, 
débris des tribus primitives de l'fnde, se sont retirés dans 
les forêts pour y garder encore leur indépendance et 
échapper à la haine et au mépris qu'ils inspirent (2). 
C'est ce que font plusieurs des dernières castes hindoues. 
A Ceylan, les forêts deBintenne et de Veddaratla ont servi 
de refuge aux Veddahs, descendants des Yakkas, abori- 
gènes de cette île, chassés par les conquérants étrangers ; 
ils conservent là leurs usages et leurs antiques supersti- 
tions (3). A Madagascar, les forêts sont presque exclusive- 
ment peuplées par les Djiolahi, sorte de caste de brigands 
établie dans les cavernes dont ces forêts sont remplies (4). 
En Amérique, les descendants des Muscogis ou Creeks sont 
allés se cacher dans les éverglades, forêts marécageuses 



(1) Journal ofthe royal Asiatic Society of Bengal, voL VIII, p. 607, 
année 1839. 

(2) Jacquemont, Voyage dans VInde, t. III, p. 475. — Ritter, Asien. 
t. V,p. 1040; t. VI, p. 526, 619. (Voy. sur les Chensuars, Newbold, 
dans le Journal ofthe royal Asiatic Soc. of Great Britain vol VIII 
p. 271.) ' 

(3) Major ForbeSj Eleven years in Ceylan^ t. II, p. 75. 

(4) W. Eliis, History of Madagascar, vol. I, p. 35. 



INTRODUCTION. 5 

de la Floride, poursuivis qu'ils étaient de tous côtés par 
les colons européens ; et cette circonstance leur a valu le 
nom de 5emmofc5, c'est-à-dire réfugiés(l). Une des princi- 
pales causes de la disparition des forêts dans la Nouvelle- 
Angleterre, c'est qu'elles servaient de défense et de refuge 
aux Indiens (2). 

J'ai dit que les populations qui ont fixé leur demeure 
dans les épaisses forêts, y prennent des mœurs appropriées 
à cette sauvage patrie, et subissent dans leur caractère et 
jusque dans leurs traits l'influence de leur ténébreuse 
habitation. Dans les jongles, l'Hindou des castes inférieures 
offre cette physionomie maladive, cet air défiant, cette 
apparence grêle qui frappent surtout chez les Soudrasdu 
Sunderbunds. La force de la végétation absorbe, pour 
ainsi parler, tous les éléments de la vie et ne laisse à 
l'homme qu'une existence chétive et misérable. 

Au pied de l'Himalaya s'étend une longue bande d'un 
sol d'alluvions apportées delà montagne; c'est ce qu'on 
appelle le Teral. De là on s'élève sur les premières pentes 
de la chaîne, que recouvrent de vastes forêts et notam- 
ment celle qui fournit en abondance l'essence appelée 
shorea robmia^ forêt que les Anglais désignent sous le nom 
de Saul Forest. Dans cette région empestée par les mias- 
mes échappés du terrain humide, du détritus de végétaux 
et d'animaux qui s'accumule à la base des arbres, vit 
une race d'un aspect repoussant, et dont le teint hâve, 
la physionomie maladive dénotent la triste condition 
hygiénique; ce sont les Mechis, habitants des jongles 



(1) Voy. la notice de M. de Gastelnau, dans le BuUeiin de la Société de 
Géographie, 3* série, t. XVII, p. 393. Cf. sur les éverglades G. Gatiin, 
Leiters and notes on the manners, customs and condition of tîie Norih 
American Indians, 4* édit., t. IV, p. 33. 

(2) Voy. Ch. Lyell, Travelsin North America, L I, p. 12. 



6 LES FORÊTS DE LA. GAULE ET DE l'âNGIENNE FRANCE. 

du Teraï et des pentes du Saul Faresty véritables types 
de la dégénérescence qu'une semblable demeure fait 
subir à Tespèce humaine (1). Cette influence fatale appa- 
raît aussi dans les forêts des îles de la Malaisie et de la 
presqu'île de Malaya. Là, comme dans les jongles de l'Hin- 
doustan, l'électricité dont est chargée l'atmosphère, le 
haut état hygrométrique, relâchent les organes et dépri- 
ment la vie. Les Tchepang et les Kusunda, qui habitent 
le centre des forêts du Népal, sont, comme les \yaralis des 
forêts du Konkan septentrional et les Ghensuars des forêts 
des Ghâtes orientales, de petite stature et de maigre com- 
plexion (2). Les Sletas, les Sabîmbas et d'autres tribus de la 
Malaisie fixées dans les forêts, ne s'élèvent guère, pour le 
genre de vie, au-dessus de ces autres hommes des bois, 
les orang-outans dont ils partagent le nom et la patrie (3). 
Chez l'homme des forêts, le langage est plus guttural. 



(1) Le mot Teraï signifie, en persan, humidité. La zone ainsi appelée 
s'élend depuis le Suttledje jusqu*à Brahma-Koum dans le Haut-Assam. 
Voy. sur cette région, dont la végétation présente une physionomie à part, 
et sur le Satd-Forestj J.-D. Hooker, Himalayan Joumals, 1. 1, p. 100 et 
377 (Londres, 1854), et Hodgson, On the physicaî geography of the 
Himalaya^ dans le Journal of the Royal Asiaiic Society of Bengal, 
t. XVIII, p. 780. 

(2) Yoy. sur les Tchepang et les Kusunda Varticle de M. Hodgson 
dans le Journal ofthe Roy, As, Soc. ofBengal, t. l^VII, part, ii, p. 650. 
Sur les Waralis, l'article de M. J. Wilson, Journal ofthe As, socofGreat 
Britainy t. VII, p. 24, et sur les Ghensuars ou Ghenchwars, rarlicle du 
capitaine Newbold, déjà cité« 

(3) Voy. Nouvelles annales des voyages, 5» série, t. XX, p. 230 et 
suiv. Les Malais appellent ces peuplades hommes des bois, Orang-oulan. 
Les Dayaks, les Malais et les Bouguis regardent les singes de ce nom 
comme des hommes que Dieu a condamnés à la dégradation, et a privés 
de Tusage de la parole, en expiation de quelque crime. Certaines peu- 
plades nègres de 1* Afrique disent que les grands singes sont des hommes 
paresseux qui ont fui dans la forêt et qui refusent de parler pour n'être 
pas obligés à travailler. — (Yoy. à ce suyet D. de Rienzi, L'Océanie, 
t. I, p. 38.) — Il y a dans ces croyances un sentiment de rinfluence 
dégradante du séjour des bois sur notre espèce. 



INTRODUCTION. I 

plus concis, plus passionné que chez celui des plaines, 
comme Ta observé pour les Indiens de l'Amérique rnéri* 
dionale Alexandre de Humboldt (1). Là où une humi- 
dité excessive, jointe à une haute température, ne vient 
. pas énerver la vigueur musculaire, le froid piquant et 
âpre des forêts donne à la fibre plus de force, au caractère 
plus d'énergie. L'homme de ces forêts est aussi hardi^ 
aussi attaché à son indépendance que celui des forêts ma- 
récageuses et des jongles est faible et timide. La même 
différence s'observe dans la Sibérie entre les tribus dites 
des boù et celle des steppes. La vie de chasseurs des pre- 
miers leur donne une énergie qui fait place, chez les 
seconds, à un caractère plus doux (2). 

Sans adopter les idées chimériques émises par Poinsinet 
de Sivry , dans son ouvrage sur l' Origine des premières so^ 
ciéiésj on peut cependant reconnaître avec lui que la dé- 
couverte du feu amena promptement l'incendie des fo- 
rêts (3). Ce fut un des premiers actes d'hostilité de l'homme 
contre la nature sauvage. Non pas qu'on doive croire avec 
Vico que cet acte ait été le résultat d'idées religieuses, que 
4e désir de jouir plus librement de la vue du firmament, de 
mieux apercevoir les auspices en ait été la principale 
cause (4). Évidemment, ce furent les premiers progrès de 
l'agriculture qui amenèrent le commencement de la 
guerre déclarée aux arbres par l'homme, puisque, ainsi 
que je l'ai remarqué en commençant, la destruction de la 
végétation forestière est ordinairement d'autant plus com- 
plète en un pays que ce pays est plus anciennement civi- 



(1) Voyages aux régions équinoœioles, t. VII, p. 17. 

(2) Voy. Gastren, Voyage ethnotogique dans Vintérieur de la Sibérie, 
dans les Nouo. Annales des Voyages^ y série, 5* année, p. 126 et suiv- 

(3) Voy. Origine des premières sociétés, p. 72 et 73. 

(4) La Science nouvelle, traduction nouv. (Paris, 1844), p. 118. 



8 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l'âNGIENNE FRANGE. 

lise. Mais si les forêts étaient Timage de la vie sauvage, si 
par là rhomme policé éprouvait pour elles une aversion 
instinctive (1), elles étaient aussi remblème de cette vie 
primitive, de cette société primordiale dont le souvenir 
est demeuré, chez tous les peuples, associé à des idées re- 
ligieuses. Les forêts, par leur aspect lugubre, leur carac- 
tère silencieux, les arbres, parla majesté de leur port, la 
longue durée de leur existence, entretenaient dans l'esprit 
superstitieux des premiers hommes un profond sentiment 
de crainte et de vénération. Aussi les voit-on jouer un rôle 
dans le culte de presque tous les anciens peuples. A l'é- 
poque du fétichisme ou du naturalisme, état par lequel 
ont débuté les religions, les végétaux arborescents sont 
adorés comme des divinités, ou du moins regardés comme 
leur demeure. 

Cette terreur qui peuple les forêts d'êtres divins, mysté- 
rieux, de puissances cachées et terribles, est née du senti- 
ment d'efifroi que les forêts font éprouver à l'homme ; en 
lui donnant, par leur [majesté, conscience de sa faiblesse, 
elles élèvent sa pensée vers la Divinité : « Si tibi occurrit 
» vetustis arboribus, écrit Sénèque (2), et solitam altitu-- 
» dinem egressis frequens lucus, illa proceritas sylvae et 
» secretum loci et admiratio umbrae fidem numini facit.» 

Le silence solennel qui règne au sein des forêts enga- 
geait l'homme au recueillement, et le portait au sentiment 
religieux plus que des simulacres brillants d'or et d'ivoire. 
D Ha&c fuere numinum templa, priscoque ritu simplicia 
» rura, etiam nunc Deo praecellentem arborem dicant, nec 

(1) La loi de Manou interdit au Brahmàhe, mattre de maison, d*en- 
trer jamais dans une forêt épaisse, impraticable, embarrassée de lianes, 
de ronces, de buissons et où peuvent être cachés des serpents et de» 
voleurs. {Lois de ManoUj IV, 77.} 

(2) EpisloL XLi. 



INTRODUCTION. 9 

> magis auro fulgentia atque ebore simulacra, quam lucos, 
)» et in bis silentia ipsa adoramus (1).» 

 ces motifs de respect pour les forêts et les bocages est 
yenu se joindre chez l'homme le sentiment de l'utilité des 
arbres ; on comprit les services qu'ils pouvaient rendre, 
et de bonne heure la superstition ou la loi les défendit 
contre une imprudente et caprtcieuse destruction. Dans 
les lois de Manou, qui nous ont conservé tant de disposi- 
tions datant de l'antiquité la plus reculée, on voit déjà les 
arbres mentionnés comme devant servir de clôture et de 
limite. Le propriétaire doit entourer son champ d'une 
haie d'arbrisseaux épineux, au moins assez élevés pour 
qu'un chameau ne puisse regarder par-dessus (2). Le légis- 
lateur hindou prend soin d'énumérer les diverses essences 
de belle venue qui serviront de limite entre les champs (3). 
Abattre des arbres encore verts pour en faire du bois à 
brûler, est un acte criminel interdit à un sectateur de 
Brahma (4), et une pénitence sévère est imposée à celui 
qui arrache inutilement des plantes cultivées ou nées 
spontanément dans une forêt (5). Une peine est établie 
contre celui qui endommage de grands arbres (6). La 
plantation decesarbres'avaitmême, il semble, originaire- 
ment dans l'Inde le caractère d'un acte religieux qu'on 
devait accomplir uniquement pour honorer les dieux et 
servir les hommes, puisque le planteur d'arbres salarié 
était exclu, comme les criminels et les gens impurs ou de 
condition abjecte, du repas funèbre en l'honneur des 



(1) Plin. Hût. naU lib. XII, c. i. § 2. 

(2) Lois de Manou, VIII, 239. 

(3) Ibid,, VIII, 246, 247. 

(4) Ibid., XI, 64. 
(5)/Wd.,XI, J44. 
(6) Ibid., VIII, 285. 



10 LES FORÊTS DE LA GAULE ET hlE l' ANCIENNE FRANGE. 

mânes (1). Ea beaucoup de- contrées ce sont les arbrea 
fruitiers dont la conservatioB importe si fort au bien- 
être de la société, qu'on a regardés comme sacrés. Dans 
la Polynésie, le toAou protégeait Tarbre à pain et garantis- 
sait ainsi aux peuplades sauvages leur subsistance qu'elles 
tirent en grande partie de cet arbre. 

De nombreux témoignages fournis par les plus anciennes 
traditions de tous les peuples confirment l'existence du 
culte des forêts, des bocages et des arbres que tant d'idées 
et de convenances tendaient à perpétuer. La Bible nous 
parle du culte rendu dans les bocages et sous les arbres 
verts au Très-Haut (2). 

C'est au bocage de Mamré qu'Abraham construisit un 
autel à Jehovab, et c'est là que ce Dieu se révéla à lui (3). 
Au IV® siècle de notre ère, on continuait encore de venir là 
au pied des chênes touffus, adorer les génies et les anges, 
qui, suivant la croyance populaire, s'y rendaient vi- 
sibles (4). 

Avant rétablissement de l'islamisme, les habitants du 
Nadjran dans l'Yemen offraient leurs adorations à un 
énorme dattier, autour duquel ils célébraient, tous les ans, 
une fête solennelle et qu'ils chargeaient de vêtements et 
d'étoffes précieuses (5). 

Le culte des arbres en Perse, sur lequel Chardin et 
William Ouseley nous ont donné de si curieux détails, 
paraît remonter à l'antiquité la plus reculée. Les arbres 
vénérés y portent le nom de Dirakht i fazel, « les excellents 



(i) Lois de Manou^ III, 163. 

(2) Voy. par exemple JxjLdith, III, 12. 

(3) Gene$. xiii, 18, xv, 7 et suiv. 

(4) Ce lieu portait le nom de Térébinihe. (Voy. Sozomen., Histar. eceU 
lib. II, c. IV.) 

(5) W. Ouseley, Travels in varions courUries ofihe East, 1. 1, p. 369, 
370. London, 1819, ia-4*. 



INTRODUCTION. 11 

arbres; » on les couvre de clous, Ôl ex-voto, d'amulettes, 
de guenilles, et les derviches et les fakirs accourent se 
placer sous leur ombre (1). Ce sont génëi^lemént des pla- 
tanes ou des cyprès. Quelques-uns de ces arbres sont 
d'une extrême vieiUesse. Près de Nakhchivan, à Ardubad, 
en Arménie, est un orme vieux de plus de mille ans, qui 
est l'objet du culte des habitants (2). Les crédules Persans 
attribuent à leur vertu divine l'étonnante longévité de ces 
végétaux, sur lesquels la présence des hommes saints, qui 
viennent s'abriter sous leur feuillage, attire, disent-ils, les 
bénédictions. On brûle à leur pied de l'encens ou des 
cierges pour obtenir la guérison des malades ou l'accom- 
plissement de ses vœux. Ceux qui s'endorment à l'ombre 
de ces arbres s'imaginent, dans leurs songes, goûter les 
félicités réservées aux aoulia (3) ou bienheureux. On con- 
nait le célèbre cyprès de Passa, l'ancienne Pasagarde, qui 
était mcore, il y a quelques années, l'objet d'un pèleri- 
nage célèbre de la part des musulmans. Ces arbres reçoi- 
vent le nom de Pfr, c'est-à-dire les anciens (4), et on les 
regarde comme le s^our favori des âmes des élus. Une 
croyance analogue fait des forêts du Mazanderan, derniers 
vestiges de la végétation forestière de ces contrées, la 
résidence, le lieu de retraite des dives (5). Ce dernier trait 
achève de démontrer que c'est là un des restes du maz- 
déisme qui se sont conservés à travers l'islamisme, ainsi 
que tant d'autres idées zoroastriennes. L'Avesta nous 
apprend que les anciens Perses adoraient \&& saints ferouers 



(1) Ouseley, oui>. cU. 1. 1, p. S73. 

(2) /Wd., t. III, p. 434. 

(3) Ce mot signifie en persan, bienheureux. 

(4) Pir, en persan, ancien j vieiUard. Voy. Pietro deila Yalie, Viaggi^, 
lett. XYI. Luglio, 1622. 

(5) Oaseley, ouv. cU. 1. 1, p. 3t3. 



12 LES FORÊTS DE LÀ GAULE ET DE L'ANCIENNE FRANGE. 

on esprits de Feau et des arbres (1). Ces ferouers se pla- 
çaient au-dessus des arbres et bénissaient leurs fruits. Ils 
étaient dits puissants et immortels. 

Les Persans donnent encore à certains arbres Tépithète 
de mubarek^ c'est-à-dire sacré. De ce nombre sont l'olivier, 
le dattier, le nakhl, le khàrma (2). Un conifère porte dans 
leur langue le nom de dib^dar, div-dar^ difMiaru (3), c'est- 
à-dire arbre des dives ou des démons. C'est le même que 
les Arabes appellent schedjeret-al-djinn {T arbre des djinm)^ 
et quelquefois schedjeret-Allah (l'arbre de Dieu), expres- 
sions qui remontent toutes également à la dendolâtrie maz- 
déenne. Quand l'islamisme eut pris la place de la religion 
d'Ormuzd, les génies bienfaisants furent regardés comme 
de méchants démons, et les dives ou dev^s, les djinns, se 
substituèrent (4) dans les superstitions populaires aux 
Amschaspands et aux Ferouers. Ce fait rappelle ce qui 
est rapporté par Cazwini, d'un arbre qu'on trouvait au 
pied du mont Sabalan, dans l' Azerbaïdjan, et où résidaient 
les djinns (5). 

Dans l'Hindoustan subsistent des vestiges nombreux de 
la dendolâtrie qui se sont greffés sur le brahmanisme et 
le bouddhisme; cette dernière religion en se répandant 
dans l'Asie les a propagés avec elle. Chaque village de 
l'Hindoustan a son fictis indica qui en est comme le sanc- 
tuaire et l'asile. Ces arbres parviennent à une vieillesse 



(1) Voy. Zend^Avesîa, traduct. Anquetil du Perron, t. II-, p. 257, 
284, 286 et suiv. — E. Burnouf, Commeniaire sur le Yaçna^ p. 380. 

(2) Ouseley, owo, cil. t. II, p. 330. 

(3) Le mot dar, daru^ arbre, appartient à la même racine que le russe 
derevOy que le grec ^pûç, chêne, et îopo, lance, l'anglais Iree, et les 
mots dard, dague, daguel, larière. Voy. G. Curtius, Grundsûge der 
griechischen Elymologie, 2« édit, p. 215. 

(4) Ouseley, ouv. cit. t. I, p. 387. 

(5) Ouseley, ouv. cit. 1. 1, p. 386. 



INTRODUCTION. 43 

prodigieuse, circonstance qui a beaucoup contribué à 
inspirer pour eux layënération. C'est surtout sur les bords 
du Nerboudda qu'ils atteignent une extrême longévité; il 
n'est pas rare d'en rencontrer qui ont plus de 800 ans. 
Souvent un seul individu forme à lui seul une véritable 
forêt; quelques-uns ont pu abriter toute une armée. Les 
rameaux du figuier connu en Europe sous, le nom de fi- 
guier des Banyans, et dans lequel il faut reconnaître le 
sycé indicé dont nous ont parlé les compagnons d'Alexan- 
dre, se repiquent dans la terre et donnent ainsi naissance 
à une foule de rejetons qui ne se séparent pas de la tige 
mère(i). 

Il existe deux espèces de ficmindica, l'une et l'autre en- 
tourées du culte et de la vénération des Hindous : \e ficus in- 
dica proprement dit, appelé par ces peuples vata ou nya- 
grôdhaj et le ficus religiosa, qui porte le nom de açvattha, 
ou de pippala. Celui-ci présente de nombreux et flexibles 
rameaux qui se replantent dans le sol. Le pippala est 
le symbole de l'intelligence, bôdhi; c'est le hom des anciens 
Persans, l'arbre de la science du bien et du mal de la Ge- 
nèse (â). Il atteint, dans l'ile de Geylan, où il est fort abon- 
dant, d'étonnantes dimensions (3), et est, de la part des 
bouddhistes, l'objet d'une dévotion spéciale. Dans tous les 
pays de foi bouddhique, on rencontre des arbres de 
Bouddha, Pout ou Bodhi, qui répondent tous à la même 
idée symbolique (4). Le vata est regardé comme de sexe 
mâle. On le plante près de l'açvattha, qui est regardé, au 
contraire, comme de sexe femelle. Ces mariages d'arbres 
sont accompagnés de cérémonies religieuses, sur lesquelles 



(1) Gh. Lassen, Indische AUerthumskunde, 1. 1, p. 256 elsuiv. 

(2) Ibid. 

(3) Major Forbes, Eleven years in CeyUm, t. II, p. 108. 

(4) W. Ouaeley, Travels invariaus countries oflhe East, t. I, p. 393. 



14 LES FORÊTS DE LÀ GAULE ET DE L'ANGIENNE FRANCE. 

les voyageurs ont donné des détails intéressants (1). 

Dans le Sindh, l'islamisme a consacré ce culte des 
arbres» en transportant aux saints musulmans les hon- 
neurs primitivement rendus aux dieux forestiers. On y 
observe fréquemm^t des arbres surmontés d'une per- 
che et d'un drapeau, et au tronc duquel les dévots vont 
suspendre des ex-voto. C'est d'ordinaire à Âbd-el-Kader 
Djelani que l'habitant du Sindh dédie ces antiques objets 
de sa vénération (2). Déjà Quinte-durce signalé, au temps 
d'Alexandre, le culte solennel rendu aux arbres par les 
peuplades des bords de l'Indus (3).» 

Les jongles remplissent de crainte, par leur profon- 
deur et leur aspect lugubre, le timide Hindou. Il s'ima- 
gine rencontrer à chaque pas des monstres, des dé- 
mons, le banbh et le manu aux longues oreilles pen- 
dantes, à la chevelure semblable au pelage de Tours, qui 
errent incessamment dans les solitudes des bcns (4). 
Les Shingalais placent aussi dans leurs forêts la demeure 
des génies malfaisants. C'est dans la forêt Yakgirri que 
Guadma, un des Bouddhas adorés par les insulaires, 
confina, lors de sa première visite à Ceylan, les démons 
et les enchanteurs qui s'opposaient à son apostolat. 
Telle est l'origine de l'opinion encore répandue aujour^ 
d'hui que le roi des démons a fixé sa résidence dans cette 
forêt (5). 

(1) W. H. Sleeman, RamUes and recoUeciions ofanindian officiai, 
vol. I, p. 42 et suiv. 

(2) Richard E. Burton, Sind hand the races that inhahit ihe valleyof 
the Indus, lionàony 1851, p. 177. 

(3) « Arbores maxime (colunt), qùas violare capitale est. (Quint. 
Curt. Vm, g 31, c. IX.) 

(4) Richard £. Burton, Sindh, p. 175. 

(5) Voy . à la suite du poème shingalais intitulé : Yakkun NaUarmawa 
et publié par Gallaway, le poôme qui porte le nom di^KolanNaUannawa^ 
p. 54, n» 118 (Londres, 1829). 



INTRODUCTION. 15 

Le culte des arbres a rayonné de THindoustan et de 
l'Asie centrale jusqu'en Europe. On yient de le voir en 
Perse; il a sans doute passé de là au Caucase^ où l'on adore 
Mestéy le dieu des forêts (1) ; des dieux analogues étaient 
révérés chez les Âbkhazes avant leur conversion au chris- 
tianisme (2). 

On peut dire que toutes les populations indo-européen- 
nes ont été dendolàtres. LesGrecs et les Pélasgesleurs ancê- 
tres avaient pour les bois une vénération superstitieuse. Au 
berceau même de la société hellénique, nous trouvons à 
. Dodone, Tantique centre de la civilisation pélasgique, une 
forêt de chênes consacrés au grand dieu Zeus ou Jou (3). 
On prétait à ces arbres une vertu prophétique générale- 
ment attribuée aux forêts sacrées (4). Voilà pourquoi les 
oracles les plus célèbres, ceux de Claros, de Thymbra, 
d'Olympie, deCharax en Carie étaient placés au voisinage 
debois sacrés (5). 

Les Grecs donnaient le nomd' aisos^ dans l'ancien dialecte 
du Péloponèse altis^ et les Latins celui de lucm aux bois 
ou bocages sacrés. Chez les premiers les noms de drymos^ 
drymôn s'entendaient des forêts plantées de main 
d'homme, des forêts de chênes surtout ; on r&ervait le 
terme de hylé aux forêts naturelles, aux forêts vierges ou 
profondes (6). Les Romains distinguaient le nmius (7), qui 



(1) Bd. Spencer, TravéU in Cireassia, t. II, p. 343. 

(2) 'ÀXfm Ti xoi ôXfltç l«f6mo, dit Procope, De bell, goth., IV, 3. 

(3) Voy. Religions de VÂntiquité de Creuzer, trad. et refondu par Gui- 
gniant. 

(4) 8tral)on, Géographiey Vin, vu, p. 257 et 8uîv. 

(5) Voy. Vibius Sequester, éd. Oberlin, p. 25, et l'article Oracles^ par 
M. II. Renier dans V Encyclopédie moderne^ nouv. édition. 

(6) Voy. J. Pollux, Onomasiicon^ I, 12. Cf. sur le sens d'aJXaoç, S. 
GyriU. Hierosol. Homil. IV in Jerem. 

(7) Nemora significant sylvas amœnas, Paul Diacon. Except. ex lib. 
Pomp. Fest. detignif. terbor, XII, p. 107, éd. Lindeman. 



16 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE L' ANCIENNE FRANGE. 

était poureux un parc, unbocage, de la sylva qui répondait 
kXsihylê grecque, mot dont est dérivé le terme latin (l).Par 
synecdoque, le mot hylê s'est appliquédans la suite aubois, 
à la matière, sens qu'il prit surtout à l'époque alexandrine; 
le bois étant à l'origine le type de la matière, materia^ 
materies. C'est ce qui explique comment cette dernière 
forme, devenue en espagnol madera^ a pris le sens de bois; 
elle fournit également l'étymologiedu portugais mato, et 
du français madrier^ madré. On sait que c'est au grand 
nombre de forêts dont elle était couverte que l'île de Ma- 
dère a dû son nom. (Madeira, en portugais, bois de cons- 
truction ; en espagnol, madera.) Par un rapprochement 
inverse, le radical latin lucus a fourni l'anglais log, Ug, 
dans lesquels on retrouve la même racine que dans le la- 
tin lignurriy l'italien legno. 

Les bocages étaient consacrés tantôt à des divmités rus- 
tiques, tantôt à des héros dont ils entouraient la sépulture, 
sur la tombe desquels ils avaient été plantés (2). Dans l'i- 
magination des Grecs, ces divinités choisissaient de préfé- 
rence pour leur demeure les lieux frais et ombragés, et 
s'y rendaient parfois visibles. De là la croyance, admise 
parmi eux, qu'on ne devait s'approcher des bois sacrés 
qu'en adressant des prières ou des offrandes à la divinité 
champêtre, au héros qui y résidait. L'accès de quelques- 
uns de ces bois restait même complètement interdit aux 
profanes et ils étaient pour ce motif entourés d'une en- 
ceinte en pierre (3) ; c'est ce qui avait lieu pour le bois 

( t ) Inierest autem inter nemus et sylvam et îucum ; lucus entra est arbo- 
rum multitudo cum religione, nemus verocompositamuUitudoarborum; 
sylva di/Tusaet inculta. Servius, in jEneid. I, 310, 1. 1. p. 61, éd. Lion. 

(2) Ainsi un bois fut planté au lieu où les Sept chefs avaient été enter- 
rés, comme on le voit par les paroles d'Alhéné, à la fin de la tragédie des 
Suppliantes, d*Eurîpide. 

(3) Voy. ce que Pausanias dit d'un lucus de Héra. Arcad, 37, g 7. 



INTRODUCTION. 47 

des Euménîdes oti, suivant la légende, Œdipe trouva la 
fin de ses maux (i). 

Les Hellènes donnaient le nom de Dryades^ ^Hamadrya- 
desy de Napées aux divinités des arbres, des bois, des lieux 
ombragés (S) ; ils révéraient aussi des divinités spéciales 
des forêts, telles qxx' Apollon Hy laies, auquel on avait élevé 
dans rtle de Chypre (3) un grand nombre de sanctuaires, 
et Artemis-Agrotera (4), que Ton disait se livrer à la chasse 
dans les clairières, à la clarté de la lune. 

Ainsi que le font aujourd'hui encore les Hindous et 
quelques musulmans, les Grecs honoraient d'un culte par- 
ticulier certains arbres auxquels ils suspendaient des 
offrandes et des tablettes votives ; c'est ce que nous mon- 
trent les monuments (5). La vénération dont étaient en- 
tourés ces végétaux se rattachait d'ordinaire au souvenir 
aun héros ; tel était le cas pour l'olivier sauvage qu'on 
voyait à Olympie et qui, assurait-on, avait fourni à Her- 
cule la couronne du vainqueur ; le platane d'Âpamée en 
Phrygie, oti, suivant la tradition, Marsyas avait été sus- 
pendu, était, pour un motif analogue, réputé sacré (6). 

Les Pélasges de l'Italie rendaient, comme leurs frères 



(1) Voy. la tragédie d*GBdipe à Golone, par Sophocle. 

(2) Les nymphes sylvestres recevaient les noms de ^«nt^ic, 'TXi}«ftf oi, 
Nairaîflu,AôX«via^tç, dooaîiç, *Apwt^pua^*ç. 

(3) Voy. Engel, Kypros, t. J, p. H9. De Luynes, Numismatiq. et ins- 
criptions cypriotes, p. 27. 

(4) Homer. Jliad. XXI, v. 471. Cf. Xénophon, Histor. grsc. IV, 
p. 516, b. Pausanias, Àttic.l, 41, g 4. 

(5) Voy. à ce sijyet Raoul Rochette, Peintures antiques inédites , pi. VI, 

p. 403. 

(6) Voy. Plin. Hist, nat. 1. XVI, c. lxxxix. Le platane était souvent 
Tessence dont se composaient les bois sacrés. C'est ce qui avait lieu, par 
exemple, pour un âXaoç dont parle Pausanias, et où se trouvaient les sta- 
tues de Démêler Prosymna et de Dionysos, Corinth, c. xxxvii, g 2. Cf. 
sur un autre bois sacré de platanes & Phares en Achaïe, Pausanias, 

Achaic. c. xxii, | 1. 

2 



18 LES FORÊTS DE Lk GAULE ET DE l'âNCIENNE FRANGE. 

de Grèce, un culte aux arbres et aux bocages, culte dont 
héritèrent les Latins (1). De là les ex-voto que ceux-ci sus- 
pendaient aux arbres, et auxquels &it allusion Ovide en 
parlant du hicu$ do la Diane de Nemi (2). 

Au temps de Pline, s'élevait sur le mont Vatican, un 
chêne vert que Ton disait plus vieux que Rome, et où se 
Usait une inscription étrusque en lettres d'airain, indi- 
quant que cet arbre était depuis longtemps l'objet d'un 
culte (3). Il est souvent ftdl mention, chez les auteurs la- 
tins, des lucusy dont les chênes éveillaient par leur vé- 
tusté un respect religieux (4); plus ordinairement ils 
étaient consacrés aux divinités forestières. L'un des plus 
célèbres, sans contredit, celui qui ombrageait la colline 
Cornée^ près d'un faubourg de Tusculum, était dédié i 
Diane, depuis les âges les plus reculés (5). 

Si grande était Ja vénération pour les bocages, les bois 
sacrés, qu'on ne pouvait, au dire de Gaton, y abattre un 
tronc qu'après un sacrifice solennel destiné à expier cette 
sorte de sacril^e (6) ; et c'est à cette vénération profonde 

(1) Cf. Pausania», Corinih. c. ii, ^ 6. Ovid. Amor, III, 1-3. Le culte 
rendu, dans le bocage d*Aricie, à une divinité des arbres, tire sa source 
de l'ancienne religion pélasgique. (Voy. Virg. ^n. VII, 762 ; Ovid. Me- 
tam.yiV, 539.) 

(2) Ovid. FaM. IIl, 266-267. Aux arbres de ce bois, les dévots allaient 
suspendre des tablettes votives : 

Licia dépendent longas velanlia sepes, 
Et posita est merilœ multa tabella de®. 

(3) Piin. Hist. nat. lib. XVI, lixxxvii. 

(4) 8icut sacros vetustate lucos adoremus in quibus grandia et anliqua 
robora jam non tantam faabent speciem quantam religionem. (QuinUlien, 
Insiit. oral. X, 1.) 

(5) Pline, XVI, xci. C'était dans ce bois qu'on voyait l'arbre qui 
inspira à l'orateur Passienus Grispus une pasaion si bizarre. (Voyez Pline, 
ihid.) Près de ce bois était un immense chêne vert qui formait à lui seul 
une véritable forêt. « Sylvamque sola facit, » dit le naturaliste romain. 

(6) Gaton nous donne la formule d'expiation usitée dans ce cas. (Caton, 
De re ruslica, c. glx, p. 189. Cf. Plin. HisL nat, 1. XVII, c. xlvii, § 28.) 



j 



« 



INTRODUCTION. 19 

des Romains pour les arbres que font allusion les vers bien 
connus d'Ovide : 

nie etiam céréale nemus violasse securi 
Dicitur^ et lucos ferro violasse vetustos (1). 

Des divinités analogues à celles que les Hellènes suppo- 
saient habiter les forêts, étaient adorées par les Italiotes. 
Elles recevaient des Latins les noms de Faunes^ de Syl- 
vains ; et de même qu'en Grèce Artemis était placée à la 
tète des dieux rustiques^ en Italie, Diane, identifiée à la 
sœur d'Ai>ollon, eut l'empire des forêts et des bêtes fauves. 
De là l'épithète de sylvarum potens Diana^ qu'Horace lui 
donne dans soa Carmen sœculare ; de là celle de Sylvarum 
virentium saltuumque reconditorum domina qu'on trouve 
dans Catulle appliquée à la déesse. Le culte de Sylvain, 
associé parfois à celui de Mars (2), prit surtout faveur 
chez les populations pastorales de l'Italie, qui voyaient 
en lui le protecteur de leurs troupeaux; de là le surnom 
de Cmtos imposé à ce dieu champêtre (3). Les Romains 
paraissent l'avoir reçu des Pélasges (4), et ils le portèrent 
A leur tour à d'autres peuples qui l'assimilèrent à cer- 
taines divinités locales des bois et des champs. C'est ce 
qui explique comment on rencontre l'adoration de Syl- 
vain en Grèce (5), en Gaule (6), en Angleterre (7), en Da- 

« 

(1) Ovid. Meiamorph. lib. VIII, 740, 741. 

(2) On voit, par Gaton, que Mars-Sylvain était adoré dans les forêts 
comme le protecteur des troupeaux. (M. Gato, De re rustica, lzxziii ; 
Looil. ap. Noua, ii, n® 324.) 

(3) Voy. Muratori, InscripU p. 70, n» 6; Gruter, Inscr. LXIV, 4. 

(4) G'est ce que nous rappellent ces vers : 

Sylvano fama est veteres sacrasse Pelasgos, 
Àrvorum pecorisq^ie deo lucumque diemquc. 
(Vjro. JSneid. VIII, 600.) 

(5) lu>.6xvû çuXoxt, Bœckh, Corp. inscr. grmc, t. III, n® 5963. 

(6) Voy. drelli, Inscr. laL sélect, n"« 328, 333 eipassim. 

(7) Un autel découvert à Birdeswald porte : DEO SANGTO | 81 L- 



20 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE L'ANCIENNE FRANCE. 

oie (1), dans toutes les contrées, en un mot, où les forêts 
abondent et qui furent jadis soumises à l'autorité de Rome. 
On donna à ce dieu les surnoms les plus imposants : ceux 
d'Auguste (2), de Céleste (3), d'Invaincu (4), de Tout- 
Puissant (5), de Salutaire (6) , de Dieu présent (7), de 
Saint (8), qui pourraient faire oublier son origine rusti- 
que, si le retour fréquent des épithètes de Sylvestre (9), 
de Dendrophore (10) ne la rappelait pas. 

Les Faunes furent moins cosmopolites ; leur culte ne 
sortit guère des gorges de l'Apennin (11); ils finirent par se 
confondre avec les Sylvains et cette foule de génies infé- 
rieurs, de démons familiers, qu*on retrouve à la fois dans 
la Gaule, la Germanie, la Grande-Bretagne, sous les noms 
de Gobelins, de Follets, de Trolls, de Kobolds, d'Ëlfs, de 
Banshee, etc., et dont les Sulèveset le Sylvanus domesticus 
desLatins étaient comme le type (12); ils pénétrèrent même, 
sous le nom de Seirim^ dans les superstitions juives (13),. 



VANOVE I NATORES | BANNE . 8. S. (Voy. J. CoUingwood Bnice^ 
The Boman wally p. 413, London, 1851.) 

(1) Neigebaur, Dacierij p. 155, n^ 230. 

(2) Voy. Orelli, Jnscr. lai. sélect. n»« 1598, 1599. 

(3) Orelli, ii»« 1179, 1611. 

(4) Invictus, Orelli, n» 1603. 

(5) Potterw, Orelli, n» 1611. 

(6) ScUularis, Orelli, n«« 1596, 1609, Î518. 

(7) Deus prasensy Orelli, n» 1608. 

(8) Sanctus, Orelli, n» 1838. 

(9) Orelli, no- 1609, 4490. — Neigebaur, Dacien, p. 152. 

(10) Dendrophorus, Orelli, n* 1602. 

(11) Apennicolœ fugere ad littora fauni. (Sil. Italie, lib. V, v. 626.> 

(12) Voy. Grimm, Deutsche Mythologie^ 2« édit. p. 451. — W. Mûller. 
Geschichte und System der altdeutichen Religion, p. 379 (Gottingue, 
1844). — Croflon Creker, Fairy legends of the South of ïreland^ 
part, m, p. 84 ; Keightley, The fairy Mythology^ new edit. p. 378 
et suiv. 

(13) Ces Seirim ou esprits des bois, que les Juifs se représentaient sou» 
la forme de boucs ou d*hommes ayant des formes empruntées à un ani- 
mal, devaient leur origine à Azazel, le bouc émissaire, devenu pour les 



INTRODUCTION. 21 

Les esprits des forêts, Waldgeister^ Waldleuten, Bolzleuten 
des Allemands, comme les Trolls ou Trolds des Scandina- 
ves, appartiennent à cette vaste famille de demi-dieux qui 
personnifient à la fois les grands phénomènes atmosphé- 
riques, tels que les vents. Faction des eaux et du sol, et 
qui se confondaient avec les âmes des morls, identifiées 
au souffle que le mourant exhale dans l'atmosphère (i). 

n n*est donc point étonnant de retrouver des dieux 
des bois chez toutes les anciennes populations de l'Eu- 
rope. Partout nous y voyons les arbres regardés pres- 
que comme des êtres animés et divins. Ce respect pour les 
rois de la végétation persista pendant des siècles malgré 
le progrès des lumière^. Pline nous apprend que le culte 
des arbres était très-vivace de son temps dans les cam- 
pagnes (2). Ce fut un de ceux que les apôtres du christia- 
nisme eurent le plus de peine à déraciner. Aux portes de 
Rome, sur la via OstiensiSy un arbre consacré aux dieux 
attirait encore la vénération des habitants, quand saint 
Adaucte vint y prêcher la foi (3). 

En Sicile, le pâtre continua pendant bien des années à 
&ire des libations de lait à Paies, divinité rurale qu'on 
supposait cachée au fond des bois (4). 

En Germanie et chez toutes les populations de race teu- 
tonique existaient des bocages et des forêts sacrés {Heili'- 



Hébreux un malin esprit. Voy. Hamburger, Real-Encyclopxdie fîir 
Bibelf art Azazel. 

(l),yoy . la dissertation de A. Kubn intitulée : Die SprachvergMchung 
iM die Urgeschichte der indo-^germanischen Vôlker, dans la Zeits- 
ekrifl fUr vergleichende Sprachforsehungj t. IV, p. 116 et suiv, et yr. 
Mannhardt, Germanische Mythen, Forschungeriy p. 709 (Berlin, 1858). 

(2) « Priscoque ritu simplicia rura etiam nunc deo praecellentem arbo- 
rem dlcant. » (Pline, lib. XII, i, 2.) 

(3) BoUand. Act, saneL XXX, aug. p. 546, col. 2. 

(4) Silvicolam tepido lacté Païen (Ovid. FasU IV, 746]..— Palôs a été 
regardée tour à tour comme un dieu et comme une déesse. 



22 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE L* ANCIENNE FRANGE. 

geforsty Haine). Tacite dit des Germains (1) : « Lucos ac 
nemora consecrant, » et il syoute : Deorumque notai- 
nibus appellant secrelum illud quod sola revereatia vi- 
dent. » Ailleurs, \\ nous parle de la forêt des Semnons (2) 
et du Castum nemus consacré à Herta (3). Le poète Glau* 
dien mentionne de son côté le caractère sacré 'qu'avait 
la forêt Hercynienne (4). Ce culte des forêts et des arbres 
a été signalé chez un grand nombre de nations issues 
de la souche germanique, les Francs (6), les Âlamans (7)^ 
les Lombards (8), les Saxons (9), les Angles (10). 

En Gaule, même respect superstitieux pour les forêts 
où s'accomplissaient les cérémonies du druidisme (11). 
Les Celtes appelaient nemet ces sanctuaires forestiers où 
ils allaient solennellement cueillir le gui (12). Ce mot 
entre en composition dans le nom de quelques villes gau- 
loises, Nemetacum^ Nemetocenna^ Nemetobrigay Nemetodu'- 
mm (13) et l'épithète de Nimidœ appliquée, dans un dé» 
cret du concile de Leptines, aux forêts où se pratiquaient 
encore des rites païens (14), parait en être dérivée. La 



(i) German. c. ix. 

(2) Ihid, c. XXXIX. 

(3) Ibid, c. XXXIX, XL. . 

(4) Ut procul HercyniaQ per vasta silentîa silvsB 
Venari tuto iiceat, lucosque vetusta 

Relligione truces et robora numinis instar. (Glaudian. De Laud, 
StUich. I, 228, 230.) 

(5) Voy. Diefenbach, Celiica^ I, p. 83. 

(6) Gregor. Turoa. Hislor. Francor. t. II, c. x. Cf. EpisL V, v. 5. 

(7) Agathias. 

(8) Vita S. Berttdfi BobhiemiSy ap. AcL SS, Bened. sœc. II, p. t64. 

(9) Pertz, Mon. germ, hislor. t. Il, p. 676. 

(10) Leges Canuti Magni, qtuts oiimAn^lU dediiy éd. Kolderup, p. 38.. 

(1 1) GœjBar^ De beU. gail. VI, 13. 

(12) ApuvotifUTov, Strabon, XII, xvi, p. 567. — VememeiiSy fanum 
ingens gaUiea lingua refert, Fortunal, Carm. i, 9. 

(13) Voy. Diefenbach, CeUica, t. VI, p. 33. 

(14) De sacris sylvarum qusB Nimidas vocani, disent les canons du 



IKTRODUGTIOH. 23 

forêt des Ardennes éteit révérée comme une déesse que 
les Romains confondirent avec leur Diane (1). Le mont Vo- 
sège ou Yosge, ombragé d'épaisses forêts, fut, à la même 
époque, adoré comme un dieu (2). Une divinité du nom de 
Nemetonuy visiblement dérivé du mot nemet^ paraît avoir 
été honorée en qualité de déesse tutélaire du Palatinat(3), 
pays qui fut longtemps couvert d'épaisses forêts. 

Ainsi le culte des arbres était aussi répandu eu Gaule 
qu'en Germanie, et une inscription découverte en France 
constate le fait de cette superstition chez les Gaulois nos 
ancêtres (4). Lucain a donné dans sa Pharsale une magnifi- 
que description de ces forêts divines dont la cognée res- 
pectait les rameaux et ob les Romains n'osaient pénétrer 
qu'en tremblant, croyant voir dans les arbres autant 
d'êtres animés (5). 

Sed fortes tremuere manus, motîque verenda 

Majestate loci, si robora sacra ferirent 

In sua credebant redituras membra secures. 

Les anciens Prussiens et divers autres peuples slaves re* 



concile. -— Cùneil. Liptin. an. 743. — - Reginon, De disciplina ecclesiast- 
lib. II,p. U3, ed.HUdebr. 

(1) Voy. J. de Wal, Mythologia septenlrionalis monument» epigraphic. 
latina, n" 20, 21. — Gruter, InscripL GCCXIV, 3. 

(2) Gruter, Jnsc. XCIV, 10. 

(S) Voy. l'inscription qui porte : MARTI NEMBTONiB, trouvée à 
Spire, et publiée par J. Becker dans les Jahrbilcher des Vereins von 
ÂUerthumsfreudenimRJieinlandey t. XV, p. 97. Cette divinité rappelle le 
DeiLS nemesirinus dont parle Amobe. {Adv» genl, IV, 6.) 

(4) Orelli, Inscriptiones latinsB selectSB\ n* 2i8-, cf.MuratoriyAnti^ui- 
tales italicx medii j?vt, t. V, p. 66 et suiv. Cette inscription, trouvée 
à Auch, porte : SEX ARBORIBVS Q. RVFIVS GERMANVS. V. S. 

(5) Lib. m, V. 399 sqq. 

Lucus erat lougo numquam violatus ab œvo, 

Obscunun cingens connexls aéra ramis 

Et gelidas alte sununotis solibus umbras. etc. 

Comparez la description donnée par M. de Marchangy dans la Gaule 
poétique. 



24 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

connaissaient également des dieux des bois et des chéaes 
sacrés (1). Saint Adalbert, pendant son apostolat, fit 
abattre iin de ces arbres (2). 

Les populations germaniques comme lesGre<» donnaient 
lesarbres pour habitations aux esprits syivestres.La viedes 
Waldieuteri^ de&Holzleuten était liée, dans leurs idées, à 
celle de ces végétaux. Venait-on à les écorcer, cela amenait 
la mort d'une de ces petites déesses mystérieuses nom- 
mées Waldweibchen (3). Pendant longtemps, en certains 
cantons de l'Allemagne, le bûcheron ne porta la hache 
sur un tronc qu'après s'être agenouillé devant lui, l'avoir 
imploré, les mains jointes et la tête nue (4). On attribuait 
une reine à ces êtres surnaturels, reine qui rappelle la 
Berchta des traditions germaniques et recevait le nom 
de Buschgrossmutter (5). 

Dans les contes populaires, ces esprits des bois se trans- 
formèrent en géants, en héros. On fit par exemple de 
Witolf, Wittich, Witugouwo, le fils du fabuleux forgeron 
Wieland, un hôte des bois, sylvarum satyrus, épithète 
donnée aussi au forgeron divin Mime (6). 

Dans le nord de l'Allemagne on prêtait jadis aux arbres 
une vertu fatidique, comme le faisaient les Grecs pour 



(1) Voy. Helmold, Chronic. slav, I, 53. Cf. J. L. von Parrot, 
Versuch einer Entwicklung der Sprache und Mythologie der Liwen^ 
LaUen, Eesien, t. I. p. 3^1. 

(2) Radulph. Glaber. Chronic, I, A. 

(3) Dans diverses traditions de TAIlemagne, les forêts sont repré- 
sentées comme ayant été habitées par un wcUdmwnnlein et une wM" 
weibleinj qui; après leur défrichement, se mirent à hanter les maisons 
ainsi qu'étaient supposés le faire nos follets. Voy. Panzer, Beitrag sur 
deutscher Mythologie f 1. 1, p. 68 (Munich, 1855). 

(4) Voy. K. Shnrock, Handbuch der deuUchen Myihohçie, p. 460 
(Bonn, 1864). 

(5) Jbid. 

(6) Ibid. p. 461. 



INTRODUCTION. 25 

les chéaes de Dodone. Ou s'imaginait qu'ils annonçaient, 
par l'agitation de leur feuillage, la mort d'une personne(i). 

Oïl retrouve dans toutes ces croyances, ainsi que pour 
une foule d'autres mythes, une communauté d'idées 
entre les Germains et les Scandinaves. 

A Upsal, était un chêne consacré à Thor, le dieu de la 
tbudre; ce qui rappelle l'attribution à Jupiter par les 
Grecs du même arbre. En Scandinavie, on donnait aux 
forêts sacrées le nom de Lund (pluriel lunder), qui 
fournit l'étymologie du nom de Londres, Landûn (2). 
Elles étaient placées, la plupart, sous l'invocation d'Odin 
ou Wodan. Ce dieu conduisait, au dire des Saxons^ 'sa 
bande mystérieuse, ses chasseurs, ses chiens^ à la clarté 
de la lune, dans la solitude des forêts : c'est ce qu'en Alle- 
magne on appela longtemps Wuotans Heer (3), la troupe 
ou l'armée d'Odin. Dans la basse Saxe, le Holstein, le 
Mecklembourg, la Poméranie, lorsqu'un bruit soudain se 
fait entendre dans l'air, le peuple dit que c'est Odin qui 
passe (4). Gomme ce dieu a été identifié avec le diable, 
depuis l'établissement du christianisme, le chasseur divin 



(1) Voy. Benj. Thorpe, Northern Mythology, t. III, p. 161 (London, 
1852). 

(2) En danois^ lund signifie encore « un bois. » L'Ile de Seeland s'ap- 
pelail autrefois Sicdundy « bois entouré d*eau. » (GrafT, AUhochdeutscher 
SprachschaiZy vol. II, col. 241, et Du Gange^ Glossar. med. JSvi, 
y^ Sylva, 'p. 468, éd. Henschel.) L'emplacement actuel de Londres était 
jadis occupé en effet par une vaste forêt, dont la forôt de Wesminster et 
celle dite Totehele ou Tothil, mentionnées dans le Dometday book, 
étaient des restes. On trouvait de plus^ dans le Middlesex, la forêt de 
Fulehant ou Fulham, où Ton nourrissait 1,000 porcs, et une autre qui 
en avait 300. Voy. EUis, A gênerai introduction to Domesday book, 1. 1, 
p* 97 et sv. Tumer, The history of ihe Anglo-Saxons^ t. II, append. IV. 
Le nom de Londinium (Londres) est déjà cité par Tacite et Ptolémée, ce 
qui donne à penser que le mol lund avait dans le dialecte de la Bretagne 
le même sens qu'en danois. 

(3) Voy. J. Grimm, Deutsche Mythologie, 2* édit. p. 871. 

(4) Ou Odin qui chasse, qui entre en colère. (J. Grimm, ouv. eiL) 



26 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANGE. 

a 

est devenu un chasseur infernal, Helljœger (1), On rap- 
pelle encore le chasseur sauvage, der wilde Jœger (2) ; et 
c'est sous ce nom que Bûrger (3) a décrit son appari- 
tion terrible. Les noms d'armée furieuse, dos wùthende 
Heer{i)y de chasseurs furieux, die wûikenden Jœffer^ lui 
sont également appliqués (5). A l'ile de Moen, on désigne 
un bruit mystérieux qui retentit en l'air ou dans la soli- 
tude des forêts, par le mot grOnjeite (6). Suivant les can- 
tons, le même personnage, ce revenant des forêts, appa- 
raît, dans la légende populaire, sous les noms divers 
de Hackelberffy de Weltjœger^ le chasseur éternel, de 
Wotmjœger^ Wœjenjœger, Joejœger, ISachtjœger^ le chas- 
seur nocturne, de Hassjœger^ le chasseur maudit, de 
Schwarze Jœger^ le chasseur noir (7). 
En France et en Angleterre, on retrouve sous mille for- 

(1) Voy. Grimm, ouv, cil. p. 871; Wilhem Mûller, Geschichte und 
System der altdetUschen Religion, p. 120; Klemme, Handbtich der 
germanischen AUerthumskunde, p. 281 et 282. Dans les Pays-Bas et la 
basse Allemagne I le cortège mystérieux est aussi désigné par le nom du 
« char infernal, » HœUenwagen, Spukwagen; et pour être délivré de son 
apparition, le peuple dit qu*il ftiut foire le signe de la croix. (Voy. J. W» 
Wolf, Deutsche Mxhrchen und Sagen, n«« 203, 204, p. 314, 315.) 

(2) Voy. J. Grimm, o-p. cit. p. 881. De môme, son cortège s'appelle la 
chasse sauvage, die wilde Jagd, Au xvii* siècle, on s'imaginait encore 
l'entendre dans les forêts qui avoisinent Annaberg. (J. W. Wolf, 
Deutsche Mxhrchen und Sagen, p. 579.) 

(3) Grimm, loc. cit. 

(4) Grimm, Deutsche Mythologie, 2* édit., p. 890. — W. Mannhardt, 
Germanische Mythen^ p. 262, 270, 709. — Panzer, Beilrag zur detUs- 
chen Mythologie, 1. 1, p. 66. 

(5) Grimm, itid. 

(6) Voy. à ce sujet Grhnm, W. Millier, Simrock et Mannhardt. — Le 
nom de Grônjette qui se retrouve sous diverses altérations dans le centre 
de l'Allemagne, s'est formé par corruptioD de Nachtgejaid, Nachtgelaid, 
« procession nocturne, » appellation donnée encore en Bavière à la chasse 
infernale. 

(7) Tandis qu'en France ce sont les bergers que l'on regarde comme 
sorciers et faiseurs de charmes, en Allemagne, ce sont les chasseura. 
Voy. B. Willkomm, Sagen und Mwhrchen aus der OberlausUz, part. I, 
p. 20. 



INTRODUCTION. 27 

mes pareilles traditions. Gervais de Tilbury (i) nous ap- 
prend qu'en Angleterre, on prenait ce chasseur mystérieux 
pour l'ombre d'Arthur ; on croyait entendre le bruit de sa 
meute dans la forêt de Gaerléon. Dans le midi de la France 
et dans les Pyrénées, c'était aussi à Arthur que se ralta- 
chait cette superstition populaire. Le héros breton avait, 
disait-on, une grande passion pour la chasse. Un jour où 
Ton offrait un sacrifice solennel, il fut averti qu'un san- 
glier monstrueux s'approchait du temple. La sainteté de 
la cérémonie, le respect dû à la religion ne purent retenir 
le roi; il sortit, saisit un épieu et courut après le sanglier. 
Le ciel irrité du peu d'attachement qu'Arthur avait mon- 
tré pour la religion, le condamna à chasser éternellement 
dans les plaines de l'air (2). En Angleterre, ce héros que 
les anciennes traditions celtiques représentent comme ha- 
bitant l'Ile d' A vallon ou Avallach et régnant sur les 
morts (3), est devenu le piqueur noir, le chasseur de la 
forêt de Windsor (4). En France on lui donnait jadis les 
noms les plus divers, quoique le caractère qu'on lui prêtât 
variât peu. En Provence, on l'appelait le chasseur blanc. 
Ailleurs le bruit mystérieux entendu dans les airs était 
regardé comme l'indice du passage de la chasse de saint 
Hubert, de celle du comte Thibaut, de la chasse du roi 
Hugon, de la chasse du veneur Gain (5) ou simplement 

(1) Otia imperialia III, c. lxix, p. 981, édit. Leibnitz. — Le lieu de 
la forôt de Gaerléon où Ton entendait ce bruit mystérieux^ avait en consé- 
quence reçu le nom do Laykihrait, 

(2j Dumège, Fragments d'archéologie pyrénéenne, p, 388. 

(3) Voy. à ce siyet Mannhardt, ouv. cit., p. 459. 

(4) Cette légende est rapportée par Shakspeare dans Tacte IV, scène iv, 
des Bourgeoises de Windsor. 

(5) Cette tradition avait cours encore à la fin du xvi« siècle chez les 
paysans de Fontainebleau, et on racontait qu'Henri IV avait ime fois 
rencontré le veneur mystérieux, en chassant dans la forêt (voy. le P. 
Mathieu, Histoire de France et des chasses mémorables soia le règne de 
Henri IV). 



28 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE L^ANCIENNE FRANGE. 

du Grand Veneur^ comme on disait en Auvergne (1). 
Ghaque pays avait sa légende sur ce chasseur mystérieux. 
En Danemark, dans Tile de Seeland, on disait que 
c'était le roi Valdemar condamné ainsi à chasser éternelle- 
ment. Dans l'île de Fyonie, on l'appelait Paine le chasseur. 
A Aalborg, le peuple nommait ce mystérieux chasseur 
Jons Jaeger (2) et s'imaginait entendre son effroyable voix 
qui se mêlait aux hurlements de sa meute. Dans le 
Schleswig, ce bruit, qu'en certains cantons du Danemark 
on appelle le Chasseur volant^ est" pour les paysans celui 
de la chasse d'un roi du xiii* siècle, le fratricide Abel, 
tombé dans un marais de l'Eyder, lors d'une expédition 
contre les Frisons, et qui dans l'autre vie continue les 
plaisirs qu'il prenait ici-bas (3). Quelques-uns des noms 
que je viens de citer montrent que la légende du chasseur 
infernal s'est pareillement associée en France 'à des tradi- 
tions locales. Dans les Vosges, elle a été appliquée au 
seigneur Jean des Baumes (4). Dans certaines parties 
de l'Allemagne, le dieu chasseur Odin a été trans- 
formé en un comte de Schulemburg (5), ou en un gé- 
néral Spar (6). Le nom de Jean, que les montagnards des 
Vosges donnent au chasseur éternel, pourrait être une 

(1) Entre les forêts de Siniq, de Malbo, de Vigoureux et de Brézous^ 
au point d'intersection de quatre chemins , on a élevé une croix parce 
que, selon la croyance populaire, c'est là que passait à certains jours le 
Grand Veneur avec sa meute et sa suite infernale composée de piqueurs 
vôtus d'écarlate comme leur maître. On faisait de ce cortège infernal 
une description effroyable. Yoy. Deribier du Ghàtelet, Dictionnaire 
historique et statistique du Cç.nlal^ 1. 1, p. 303. 

(2) C'est-àrdire Jons ou Jean le Chasseur. Voy. Thorpe, ouv. cit., t. II, 
p. 197, 198. 

(3) Thorpe, ouv, eii. 

(4) Yoy. cette légende dans H. Lepage et Gharton, Le Département des 
VosgeSf t. IX, p. 438. 

(5) Voy. Sagen aus der Mark, herausg. von A. Kuhn, op. Haupt, 
Zeitschrift, t. IV, p. 391. 

(6) A. Kuhn et W. Schwartz, Norddeutsche Sagen, Mxhrchen und 



INTEODUGTION, 89 

altération de celui de Joe, Joejœger^ que nous venons de 
voir appliqué^ par certaines populations du Nord, au chas- 
seur mystérieux. Dans le Bourbonnais, cette chasse s'ap- 
pelle chasse Gayère (1), mot qui semble être une altéra- 
tion de l'appellation danoise Grônjette, ci-dessus men- 
tionnée(2), et cette épithètedeG^iy^^, s'est altérée dans la 
Saintonge en celle de Galerie. Un autre nom que notre 
chasse porte encore est celui de Mesnie Hellequin ou Henr 
nequirif de troupe d' Hellequin (4). Ce n'est vraisemblable- 
ment qu'une altération du mot allemand Erl^Kûnig^ 
c'est-à-dire le roi des Erles ou des Elfes, qui a donné 
d'autre part naissance à notre mot arlequin \ il nous ra- 
mène à la véritable origine de la tradition du chasseur 
sauvage^ du chasseur infernal. Les savants allemands qui 
se sont livrés dans ces derniers temps à l'étude compa- 
rative des mythologies, ont établi en effet que le point de 
départ de toutes ces traditions est la croyance répandue 
chez les diverses populations d'origine indo-européenne. 



Gebrxuch. p. 74, n^ 76. Il circtde un grand nombre de légendes de ce 
genre en Allemagne et dans les Pays-Bas. 

(1) Âch. Allier, Voyage pittoresque dans Vancien Bourbonnais^ t. Il, 
p. 12. 

(2) Nous venons de voir, en effet, que la chasse d'Odin était désignée, 
dans certains cantons de l'Allemagne, par un nom analogue. Les Suisses 
appellent la chasse sauvage Dûrstengejeg, c'est-à-dire la troupe de DUrst 
(ou du dieu infemal). (Voy. Grimm, 2« édit. p. 487, 872.) Le nom de 
Gayère paraît être une altération du Gejeg suisse. En effet, dans la 
Franche-Comté, pays intermédiaire entre le Bourbonnais et la Suisse, )a 
chasse infernale présente un caractère essentiellement germanique, et 
est désignée sous un nom, Vhomme sauvage^ qui rappelle tout à fait 
Tappellation allemande. 

(3) Voy. A. Gautier, Statist. du dép. de la Charente-Inférieure, part. 
P«, p. 233. 

(4) Voy. Leroux de Lincy, Introduction au livre des Légendes, append. 
Plus tard, lorsque le souvenir des vacations nocturnes se Ait tout à fait 
effacé, on transporte le nom de Mesnie HeUequin aux feux follets, qu*on 
appela ensuite par corruption arlequins, (Voy. Paulin Paris, Description 
des manuscrits français de la Bibliothèque royale^ 1. 1, p. 323.) 



30 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE L* ANCIENNE FRANCE. 

que les âmes des trépassés assimilées au souffle des vents, 
comme les Maroutsdu Véda (1), se réunissent dans les airs 
sous la conduite de la divinité qui règne sur Tempire des 
morts. Ces âmes divinisées sont, comme je Vai déjà dit 
plus haut, les Elfes ou Elbes, transformées en diables ou 
en démons par le christianisme. L'orage n'estque Je bruit 
fait dans les airs par celte troupe invisible; il devient 
ainsi le tumulte d'une troupe nocturne, Nachtvolky confon- 
du bientôt avec celui des bandes de sorcières qui prati- 
quaient encore la nuit les rites païens proscrits par le nou- 
veau culte (2). Wodan ou Odin, comme dieu des morts, 
comme roi de l'Elysée, est placé chez les Saxons et les 
Scandinaves à la tête de cette troupe infernale. De là 
l'association de son nom et do celui d'Arthur à celte lé- 
gende d'origine asiatique où ils jouent le rôle d'Yama, 
le dieu des morts chez les Aryas. On rencontre en effet 
chez toutes les populations septentrionales la croyance 
que les Elfes se montrent parfois dans l'atmosphère et y 
font entendre des bruits mystérieux, quelquefois même 
une véritable harmonie (3). Sur eux régnent Odin et 
Freya, son épouse. Des peuples tels que les Germains, 
qui vivaient au milieu des forêts, attribuaient naturelle- 
ment la même résidence à la divinité suprême ; aussi plu- 
sieurs grandes forêts de l'Allemagne étaient-elles consa- 
crées à Odin (4). Freya fut, par le même motif, assimilée à 

(1) Voy. mon ouvrage intitulé : Croyances et Légendes de V antiquité, 
2«édil., p. 97et suiv. 

(2) Voy. surtout Mannhardt, ouv. cit., p. 709, 710. 

(3) Mannhardt, i&td. On racontait que le bruit de la chasse mystérieuse 
se faisait surtout entendre la nuit de Noël. (Panzer, Beitrag zur deuls- 
chen Mythologie, t. I, p. 260.) 

(4) Tels étaient i'Odenwald, petit groupe de montagnes voisin de la 
chaîne de la Forôt-Noire, et le Freyenwald, situé près de l'Oder, et où 
se sont retrouvés les restes d'un temple de la déesse Freya. (Voy. Eyriès 
et Malte-Brun, Nouvellvs Annales des Voyages, t. XIII, p. 288.) (Année 
1822.) 



INTRODUCTION. 31 

la Diane latine, la divinité des forêts. C'est en son hon- 
neur ou en rbonneur d'une divinité analogue telle que 
Holda (1)^ que pendant longtemps les femmes de la Gaule 
et de la Germanie allèrent dans les bois accomplir des 
cérémonies mystérieuses (2). Le sabbat des sorcières du 
moyen âge n'a pas d'autre origine (3). 

Voilà comment la tradition de la Mesnie Hellequin asso- 
cia la croyance aux apparitions des Elfes dans les airs 
au souvenir des vacations nocturnes (utisetur) où s'ac- 
complissaient les rites du seidr, qui offrent eux-mêmes 
plus d'une analogie avec les fêles célébrées en l'honneur 
de Diane par les Romains» avec celles qui avaient lieu en 
l'honneur de Sabazius et de Bacchus chez les Grecs (4). 
On retrouve du reste chez les Grecs des superstitions qui 
rappellent celle du chasseur nocturne (5). 

(1) Yoy. sur la subslitution de Holda, à Odin, dans la tradition de la 
chasse infernale, Mannhardt, ouv. eit,, p. 262. 

(2) Ce sont des cérémonies de ce genre accomplies en Gaule en Thon- 
neur d'une déesse que les Gallo-Romains identifièrent à Diane, que défen- 
dirent les conciles ctlescapitulairesdesroisGarlovingiens. (Voy. Fragm. 
capti.y c. xiiif édit. Balu2e.) « NuUa mulierem se noctumis horis equi- 
tare cum Diana proûteatur, hsdc enim dsomoniaca est illusio, » — Gf. 
Walter Scott, LeUers on demonology and wiichcrafl, vii« lettre. 

(3) Voy. mon ouvrage intjtulé : La Magie et V Astrologie dans Vanti- 
quité et le moyen âge, 3* édit.^ p. 176. 

(4) Le voyageur Pouqueville pense qu'il faut aller chercher Tétymo- 
logie du nom de sabbat dans le grec vaëoÇitv qui s'appliquait à TacUon 
de célébrer la fête de Sabazios {la^ioç^ 2aéa^io«), divinité solaire^ vrai- 
semblablement d'origine phrygienne, assimilée par les Hellènes à leur 
Dionysos ou Bacchus. En effet, les fêtes Sabaxiennos se célébraient avec 
des rites qui rappellent à certains égards la céi^mooie du Seidr et le 
culte de Diane dans les bois. (Voy. Pouqueville, Voyage de ta Grèce y 
2* édit., t. VI, p. 156.) Peut-être toutes ces fêtes avaient-elles une ori- 
gine asiatique commune. 

(5) Pausanias {Allie, ^ c. xxxu, | 3) nous dit que les habitants de Ma- 
rathon s'imaginaient entendre parfois la nuit le hennissement des cbe- 
vaux, et un bruit semblable à celui que font les combattants. A Alexan- 
drie, on croyait entendre de temps en temps dans les airs le bruit du 
cortège ou thiasede Bacchus. Plutarque, Vie de Marc- Antoine, c. ixxm, 
p. 231, édit. Reiske. 



/ 
32 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE L' ANCIENNE FRANGE. 

Que le roi des morts soit devenu un chasseur mysté- 
rieux» que les âmes des trépasses aient été transformées 
en esprits des forêts, en sylvains (1), cela démontre quel 
rôle important jouaient les forêts dans les croyances re- 
ligieuses des populations germaniques et gauloises. Les 
esprits dont les Âryas peuplaient Tair se sont ainsi peu 
à peu métamorphosés en chasseurs, en habitants des 
bois ; ils se sont présentés à l'imagination des popula- 
tions germaniques et Scandinaves sous la forme d'hommes 
velus, d'êtres farouches, noirs et hideux ; tels étaient les 
Satyres, les Sylvains et les Waldleuien; vrais diables 
des bois, qui furent les prototypes des sauvages du moyen 
âge, de Volundr, le forgeron bois, aux formes de sa- 
' tyre (2), de Yuom foresto de Pulci (3), enfin de ces] sau- 
vages qui ont fini par ne plus avoir d'existence que sur nos 
enseignes (4). 

Le souvenir des forêts sacrées, hantées par des dieux 
identifiés aux démons après l'établissement du christia- 
nisme, de ces forêts où se réunissaient les Druides, les 
Semnothées, les Eubages, les prêtres de Thor et de Jupi- 
ter, réduits plus tard à la condition de magiciens et de 



(1) Faunt, Sylvani, homines sylvestres, feminw sylvestris, Voy. W. 
Huiler, AUdeutsche Religion ^ p. 379. — On s'imagioait pour ce motif 
que les Elfes aimaient à résider sous les arbres et dans les forêts. (Voy. 
Grofton Croker, Fairy legends ofihe south ofireland, part. III«, p. 84.) 

(2) Voy. la dissertation de MM. Depping et Fr. Michel, intitulée : 
Vdand le Forgeron. Paris, 1833. 

(3) Pulci, Morgante, v, 38. Cf. Grimm, ouv, cit. p. 44 et suiv. 

(4} En Suisse, en Allemagne et en France, on trouve encore beaucoup 
d'auberges ayant pour enseigne Au Sauvage^ Zum wiiden Mann. Celles 
qui sont demeurées fidèles aux vieilles traditions, telles que je les ai 
rencontrées dans le pays des Grisons et en Allemagne, représentent le 
sauvage comme une sorte de satyre aux cheveux longs et à la barbe 
touffue. On sait du reste qu'on a cru longtemps, chez nous, à Texistence 
d'hommes sauvages habitant dans les bois. (Yoy. Bonnaterre, Notice 
historique sur le sauvage de VAveyron, Paris, an viii, p. 4.) 



INTRODUCTION. 33 

sorciers, a fait imagina ces forêts enchantées qui occu- 
pent une si grande place dans le merveilleux des épopées 
des temps de chevalerie, et qui ont fourni à l'immortel 
Tôrquato Tasso l'idée de la forêt qu'il décrit dans ces 
magnifiques vers : 

Sorge non lunge aile cristiane tende 
Tra solitarie valli alta foresta 
Foltissima di piante antiche^ orrendo 
Che spargon d' ogni intorno ombra funesta. 
Qui neir ora che 'l sol più chiaro splende 
£ luce incerta^ e scolorita e mesta, 

Quando parte il sol qui tosto adombra 

NoUe, nube, callgine ed orrore 

Ghe rassembra infernal, che gli occhi ingombra 

Di cecità. 

(Canto xiii.) 

Forêt sur laquelle Ismen semble étendre ses enchante- 
ments et où il évoque les mauvais esprits : 

Gitadini d' Âverno 

Prendete in guardia questa selva e queste 
Piante che numerate a voi consegno. 
Gome il corpo è dell' aima albergo e veste, 
Gosl d' alcun di voi sia ciascun legno. 



Veniano innumerabili, inliniti 
Spirti, parte che 'n aria alberga ed erra^ 
Parte di quel che son dal fonde usciti, 
Galiginoso e tetro délia terra (i). 



Les idées de divination, de magie qui s'attachaient, 
chez les Celtes, aux arbres, objet de leur culte, paraissent 
avoir donné, naissance à cet alphabet magique, à ces runes 
merveilleuses qui représentaient les différentes lettres par 

(1) Cette forôt, mentionnée par Le Tasse, n*a aucune réalité. C'est une 
pure ctnception poétique, et M. Michaud a vainement tenté, comme il le 
reconnaît lui-même, d'y retrouver les caractères d'une forôt de la Pa- 
lestine. (Voy. Correspondance d* Orient^ t. IV, p. 165, 166.) 

3 



34 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANGE. 

des ponsses, des scions. Ces signes recevaient chacuA 
le nom de Tarbre sur le bois duquel ils étaient gravés 
par incision ; Ton agitait ces fragments taillés, de manière 
à en tirer des augures (1). Plus tard, cet assemblage de 
signes fournit ses éléments à l'alphabet dit runique^ qui 
prit en Irlande le nom A'Ogham craohhy c'est-à-dire « d'ar- 
bre aux lettres (2). * 

Les faits que je viens de rappeler montrent à quel 
point avait pénétré dans les usages populaires de l'Europe 
le culte des forêts et des arbres. 

En France, il y a un petit nombre d'années, plusieurs 
arbres demeuraient entourés de la vénération inspirée 
par leurs ancêtres. Dulaure nous apprend (3) qu'on voyait 
non loin d'Angers, un chêne, nommé Lapcdudy auquel 
les habitants rendaient une sorte de culte. Cet arbre, que 
l'on regardait comme aussi vieux que la ville, était tout 
couvert de clous jusqu'à la hauteur de dix pieds environ. 
Un usage, datant d'un temps immémorial, voulait que 



(1) C'était le mode de diviaalion appelé RhabdomarUiey et dont il est 
déjà question dans la Genèse. 

(2) Ce genre d'écriture paraît avoir été un des plus anciennement usités 
chez les peuples du Nord, et un passage de Pline (Hist, nal, lib. XVI, 
c. xiv, § 9) semble se rapporter à son emploi. L'irlandais fèadha, et le 
gallique gwydd, signifient à la fois arbre et lettre. Dans l'alphabet ogham. 
toutes les lettres, à l'exception du P {pethove) et du T (linne), avaient 
des noms d'arbres ; c'est ainsi que A {ailm) s'appelait « ormeau, • B 
(beilh) « bouleau, » C (coU) « coudrier, » D {duir) « chône, » E {eagh) 
« peuplier, » F (feam) « aune, »• etc. (Voy. E. Davies, CeUic reseerches^ 
p. 246. -^ J. O'Donovan, Agrammar oftheirish language, Dublin, 
Ï845, p. XXXII. — E. Duméril, De l'origine des runes, dans ses Mé- 
langes archéologiques et littéraires, p. 77. Paris, 1850.) Les Scandinaves 
appelaient les lettres bâtons de hêtre, « Bok-stafir, » parce qu'ils gra- 
vaient les runes sur des bâtons faits de ce bois, qui étant sans filaments 
et sans nœuds se prête mieux aux incisions. C'est à la même ôtymologie 
qu'appartient l'allemand Buclvstabe « lettre, » proprement « bâton do 
hêtre. » (Voy. ce que dit Fry, Pantographia, p, 507, sur la Hianière 
dont les Bretons se servaient pour écrire de ces sprigs ou rods,} 

(3) Histoire abrégée des différents cultes, 2« édît. 1. 1, p. 70. 



INTRODUCTION. 35 

chaque ouvrier charpentier, charron, menuisier, maçon, 
qui passait près de ce chêne, y fichât un clou (i). 

Plusieurs de ces arbres vénérés avaient été consacrés à 
la Vierge ou aux saints, et décorés de petites statues, 
d'images de croix qu'apportaient les pèlerins. Tel a été le 
cas pour le célèbre chêne à la Vierge^ qu'on voit à l'ex- 
trémité du Ban-de-Mailly, dans l'ancien duché de Bar, et 
dans le tronc duquel est pratiquée une niche décorée d'une * 
madone (2). 

Au Tyrol, la Vierge a recueilli, de même, l'héritage des 
antiques divinités forestières, et, en particiflier, celui de 
Frigga, que rappelle Fépithète de die allé Frouwa, qu'elle 
reçoit encore. Des chapelles en son honneur ont été cons- 
truites au milieu des bois (3), au pied des arbres (4), où 
accourent en pèlerinage les chasseurs tyroliens (5). 

La fête de la plantation àesMais, si générale en France, 
se rattache, sans contredit, à ce culte fétichiste (6). 

(1) Nous avons vu plus haut que le môme usage existe en Perse pour 
les arbres sacrés ou Dirakhi % fazeL 

(2) H. Lepage, Le département de la Meurthe, staiislique historique et 
administrative, t. II, p. 337. 

(3y Tels sont les pèlerinages célèbres de Waidrast, sur le Serlosberg, 
dans le Wippthal, de Maria Hilf, dans le Grûnwald, près de Brixlegg, de 
Unsere liehe FraUj dans le Jochberg, et dans la forêt de Gampen. (Voy. 
Ign. Vincenz Zingerle, Wald, Baume, Krâuier, dans la Zeitschrifl fûr 
deutsche Mythologie^ her. von J. W. Wolf, 1. 1, p. 325-326. Goettingue, 
1854.) 

(4) Tels sont les pèlerinages de 8ainle-Marie-du-Tilleul, sur le Geor- 
genberg, de Sainte^Marie-du-Melèze, de 6ainte-Marie-du-Sapin^ etc. 
Voy. Zingerle, ouv. eit, p. 325.) 

(5) Cette circonstance fit imposer à une des forêts dn Tyrol le nom 
de Gnadenwald, à cause des grâces que valaient aux pèlerins les nom- 
breuses chapelles qu'on y avait construites. (Zingerle. ota\ cit,) 

(6) Voy. M"« Clément, Histoire des fêtes du département du Nordj 
p. 356 et suiv. Goremans, Vannée de l'ancienne Belgique, p. 21. 
Bruxelles, 1844. Il est digne de remarque qu'en Angleterre celui qui 
préside à la fête de la plantation du Mai, reçoive précisément le nom 
de Robin Hood^ « Robin des Bois.» (Voy. plus haut. Conf. Revue britan- 
nique. 5« série, t. XI, p. 158.) 



36 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

En Irlande, certains ifs d'une antiquité extraordinaire, 
qui encadrent le porche des églises (1), remontent à l'usage 
qu'avaiedt les Celtes de consacrer les arbres aux dieux, 
usage que les apôtres du christianisme ont dû accepter 
en le transformant, comme ils l'ont fait pour tant d'au- 
tres superstitions (2), Es mirent sous le patronage de la 
Vierge et des saints ces arbres vénérés (3). 

Ce ne fut pas seulement de sanctuaires que les forêts de 
la Gaule et de la Germanie servirent aux populations, 
leurs clairières furent aussi les lieux d'assemblée, de 
réunion. En*Gaule, c'était là qu'à certaines époques, les 
Druides tenaient leurs conciles, et quelques localités sont 
données par la tradition, comme ayant eu jadis cette des- 
tination. On l'a vu plus haut par le témoignage de Tacite, 
les Germains s'assemblaient dans les forêts pour certaines 
solennités religieuses. C'est sans doute pour ce motif que 
les massifs qui bmbragent les sommets de TAbnoba re- 
cevaient le nom du dieu Wodan ou Odin, et une forêt 

(1) Tels sont les ifs de Newry, dont la plantation est attribuée & 
saint Patrice, et ceux de Glendaborough qu'on dit avoir été plantés par 

saint Kevin. 

(2) Voy. ce qui a été rapporté dans la vie de saint Maurille, d'un hicus 
que détruisit cet apôtre au Pagm commonicus (Bolland. AcL Sanci.f 
XIII septemb., p. 74, col. 2); ce qui est dit du culte des arbres et des 
forêts chez les Gaulois, au temps de Tapostolat de saint Âmand (Boiland. 
Act* I febr. p. 850) et du même culte chez les habitants du pays de Gaux 
lots de Tapostolat do saint Valéry. (Bolland. Act, April., 1. 1, p. 617.) 

(3) En Irlande, les chênaies, appelées dans Tidiome de ce pays dairôy 
furent consacrées au Ghrist. Lorsque saint Golumba vint au vi* siècle 
prêcher la foi dansr Tile, il fit élever deux monastères au milieu de 
ces forêts sacrées : Tun au lieu qui a longtemps gardé le nom de Doire, 
et est devenu ensuite par corruption DeiTy ; l'autre à Doire-Magh ou 
Durrow dans le King's county. La présence du mot Doire comme élément 
composant dans le nom d'un grand nombre d*égUses en Irlande, montre 
que les disciples de saint Golumba en agirent de même. Tels sont Doire' 
meUa, Doire'-moùr^ Doire-inis^ Dar-necugh, Dar-arda, Dore-bruchaiSy 
Dore-chacohain, Dore^hniserigh^ Dore-dunchon, Kil-doire^ KU-derry, 
(Voy. E. Ledwich, The antiquiiies ofirland, 2«édit.p. 70,71. Dublin, 
1804.) 



INTRODUCTION. 37 

voisine de la Forêt-Noire doit à cette circonstance son nom 
d'Odenwald (1). ' 

Le Champ de feu ou Hochfeld, dans les Vosges, fat 
un de ces lieux de réunion. On y voit encore de nom* 
breux monuments qui semblent appartenir à l'époque 
druidique (2). Une enceinte de ce genre se trouvait au 
milieu de la forêt des Carnutes, et c'est là que se tenait 
l'assemblée générale des druides gaulois. Ces emplace- 
ments répondent aux Valplatzen des anciens Scandina- 
ves, lieux choisis spécialement pour les diètes religieuses, 
et qu'entouraient des blocs de pierre grossièrement 
taillés (3). 

Les Celtes aimaient à se faire enterrer à l'ombrage des 
hautes futaies. On a observé, dans plusieurs forêts an- 
ciennes, des tumulus et des tombelles gauloises. Au bois 
des Loges, reste de l'ancienne forêt de Fécaipp, des 
fouilles ont révélé l'existence d'un grand cimetière gallo- 
romain, et des restes de sépultures antiques ont été re- 
trouvés au bois des HauUes, près Etretat (4). Dans la 
forêt de Carnoet (Finistère), fut récemment mise au jour 
une sépulture contenant divers objets de travail gau- 
lois (5). Dans la forêt de Duault (arrondissement de 
Guingamp), où les ducs de Bretagne avaient jadis leur 
haras, et qui conservait, il y a une cinquantaine d'années. 



(1) Eginhard, Histor, translat. martyr. MarceU. et Pétri, édit. 
Teulet, l. n, p. ns. 

(2) Elie de Beaumont et Dufrénoy, Explication de la carte géol. de 
France, 1. 1, p. 272. 

(3) Voy. Ghr. Keferstein, Ansichten Ober die heliischen AUefKhûmerf 
1. 1, p. 283. 

(4) Cochet, Normandie sotUerraine, chap. vii. — Sépultures gauloises, 
romaines, franques, p. 45. 

(5) Annales forestières, t. IT, p. 547 ; Revue archéologique, 1. 1, p. 133. 
L«s antiquités découvertes à Carnoet ont été déposées au Musée de Thôtel 
de Cluny, à Paris. 



38 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l'ANGIENxNE FRANGE. 

encore tout à fait l'aspect d'une forêt primitive, est uu 
monument appelé le Calvaire de la Motte, qui parait avoir 
été le tombeau d'un haut personnage. Les habitants 
du pays croient que le dolmen qui le surmonte est la 
pierre sur laquelle saint Guénolé vint d'Angleterre en 
Bretagne (1). 

En diverses localités des Vosges, on a trouvé des cime- 
tières gaulois au milieu des. bois. Sur le plateau, jadis 
couronné de forêts, que surmontent les ruines du châtelet 
de Bonneval, furent découverts, au lieu nommé Goutte- 
des-Tombes, un dolmen et de nombreux tumulus gaulois 
dont on a retiré des médailles et des armes gallo-ro- 
maines (3). Les forêts de Rixheim, de Schirrhein, de Bru- 
math, de Hatten, les bois de Niedernai, en Alsace, ca- 
chaient des tombes celtiques (3). La présence de tombelles 
celtiques a été signalée dans un grand nombre de nos 
bois (4). Le même fait s'est produit en Angleterre. Le 
canton du Lancashire qui s'étend entre Kirkby-Moor, 
Woodland et Dalton^ jadis couvert de forêts, présente les 
restes d'un vaste cimetière celte (6). 

En Allemagne, c'est souvent dans les profondeurs des 
forêts, à Tombre des bocages, sous de hautes futaies, que 
Ton retrouve ces antiques tombeaux, connus sous le nom 
de Hunengra^er, et qui remontent, pour la plupart, au 



(1) Habasque, Notices historiques sur les Côtes-du-Nord, t. III, p. 34. 

(2) H. Lepage et Charton, le Département des Vosges, t. Il, p. 68. 

(3) Voy. M. de Ring, Tombes celtiques de r Alsace, 2« édit., p. 17 et 
suiv. 

(4) Ainsi on a trouvé des sépultures gauloises dans la forêt de Gartempe 
(Creuse) {BuUetin de la Société de la Creuse, 1843, p. 49), dans les bois 
de Martigny-lèz-Lamarche, dans le département des Vosges (Lepago et 
Gharton, ouv. cit, t. II, p. 317). Voy. ce qui est dit à propos de plusieurs 
forêts dans le cours de cet ouvrage. 

(5) Yoy. le mémoire de M, Charles M, Jopling, dans le tom. XXXI de 
VArchaologiay p. 451 et suiv. 



INTRODUCTION. . 39 

temps des anciens Germains (1). De là les traditions qui 
représentent les géants comme s'étant retirés au fond des 
forêts, où l'on croit rencontrer çà et là leurs tombeaux. 
Les géants sont, dans l'imagination des peuples germani- 
ques, la personnification de la vie rude et sauvage de leurs 
ancêtres, dont la haute taille avait frappé les Romains. 
En Alsace on dit que, jadis habitants du pays (2), ils ont fui 
devant l'homme, et sont allés ensevelir leur existence mys- 
térieuse dans les retraites impénétrables des Wœlder (3). 
L'histoire des forêts si elle ne nous intéressait pas 
déjà à un haut degré sous le rapport de la géographie, de 
l'économie politique et agricole, si elle ne se liait pas à la 
connaissance d'une foule de faits curieux, devrait donc 
encore attirer noire attention, parce qu'elle éclaire l'his- 
toire des croyances religieuses de la vieille Europe. En 
disparaissant, elles ont emporté avec elles bien des tradi- 
tions et des usages, des superstitions et des idées dont l'an- 
tiquaire, l'érudit aiment à ressaisir les traces. Ensuivant, 
époque par époque, province par province^ la marche du 
déboisement dans la Gaule et l'ancienne France, en 
fouillant le sol où les vieux troncs ont laissé leurs racines, 
en écartant la mousse qui couvre les places où s'élevaient 
jadis tant de belles futaies, nous retrouveroos des vestiges 
curieux de l'état primitif de notre pays; ils nous serviront 
à refaire en imagination la patrie de nos pères. 

(1) Fr. Mûller, Die Hunengrxber d&ns Behlen, AUgemeine Forsl-und- 
Jagd'Zeitung, 1834, p. 240. 

(2) A. Stôber, Die Sagen des Elsdsses^ p. 88. 

(3) Voy. à ce sujet dans les Kindes-und^Hausmahrchen publiés par 
les frôres Grimm, la tradilion hessoise sur les colonnes de géants, celle 
de Brixen sur les géants venus de TUnterberg, et celles de TOdenwald 
sur les géants du Lichtenberg. On peut rapprocher de ces légendes la 
tradition poméranienne sur le bruit qui se fait dans le tombeau des 
géants. 

FIN DE LINTRODUCTION. 



LES 



FORÊTS DE LA GAULE 



ET DE L'AICIEIIE FRAICE 



CHAPITRE PRExMIER. 

ÉTAT FORKSTIER PRIMITIF DE LA GAULE. 

On ne saurait douter que la Gaule, à Tépoque de la 
conquête romaine, ne présentât encore sur beaucoup de 
points l'aspect d'une vaste forêt ; elle devait offrir alors à 
peu près la même physionomie que TAmérique du Nord, 
il y a un siècle (1). Pomponius Mêla, qui écrivait au com- 
mencement de notre ère, qualifie fa Gaule : « àlAnwsim 
lucis immanibus (3) ; * et tout ce que nous rapporte César 
en ses Commentaires est d'accord avec les paroles du 
géographe latin. Dans le pays des Belges, les habitations 
se trouvaient d'ordinaire au voisinage des bois, et même 
parfois au milieu des forêts (3). C'était également là le 
caractère des bourgs ou villages de la Grande-Bretagne, 
moins avancée en civilisation, et où des populations belges 
avaient porté leur langue et leurs usages (4). Le centre 
et le midi de la Gaule avaient déjà subi, au temps de 
César, de nombreux et d'importants défrichements. Non- 
seulement les parties iiaturellement découvertes étaient 

(1) Voy. à ce sujet J. 8. Springer, Foresi life and foresttrees (New- 
York, 1851). ^ Blackwood* s Magazine j 1855, p. 355. 

(2) Desiiuarbis.m, 2. 

(3) Cœsar, De beU. gaU. VI, 30. 

(4) Gœsar, De beU. gatt. V, 31.— Oppidum autem Britanni vocant, 
quum silvas impeditas V9â\o atque fossa munierunt. 



42 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE L* ANCIENNE FRANCE. 

semées de blé, d'orge et d'autres céréales (1), mais de plus 
on avait pratiqué dans presque toutes les forêts des 
clairières qui ne cessaient de s'agrandir. Les habitants, 
comme toutes les populations primitives (S), fertilisaient le 
sol, dépouillé de^son ombrage, avec la cendre des arbres, 
seul amendement connu des populations syl vaines (3). Il est 
donc naturel de supposer que déjà plus d'un siècle avant 
notre ère, les forêts ne présentaient pas partout une ligne 
continue d'arbres, qu'en plusieurs cantons alternaient 
avec elles les champs et les bois ; mais à tout instant la 
végétation arborescente reparaissait, en sorte qu'au centre 
et au sud-ouest de la Gaule, le pays devait avoir sensi- 
blement la physionomie de ces cantons de la Norman- 
die, du Perche, de l'Anjou et du Poitou, désignés sous 
le nom de bocage. Les buissons, associés à quelques bali- 
veaux, constituaient pour Vager de chaque pagus^ de 
chaque vicus, un enclos, une enceinte naturelle. Les haies 
dont César signale la présence chez les Nerviens (4), s'éle- 
vaient comme les témoins des forêts primitives dont elles 
étaient les débris. Mais sur les frontières du territoire des 

(1) Plin. Hisl. nal. XVII, ii. Voyez ce qui est dit à ce siajet au cha- 
pitre IV. 

(2} Lorsque les Orang Gunong, qui habitent les forôts de l'île de 
Banka, ont fait choix d'un canton pour leur demeure, ils commencent 
par abattre les arbres, construisent une enceinte avec les petits troncs 
et les branches, brûlent les plus gros et les souches, puis sèment le 
sol et attendent sous leurs huttes le produit de leui's moissons. Les plan- 
tations ou enclos de ce genre sont appelés par ces peuplades Dang. (Voy. 
Horsfield, Repari on the island ofBanka^ dans \^ Journal of the Indian 
ArchipelagOy 1848, p. 333.) 

(3) Dans le langage des tribus Bodo et Dhimal, races indigènes de THin- 
doustan, le terme employé pour exprimer l'idée d'agriculture signifie : 
abattage ou éclaircissement de la forêt, (Voy. B. H. Hodgson, On Ihe 
aborigènes of Jndia, p. 139.) C'est par l'opération de la roza ou défri- 
chement par le feu, que les colons espagnols ont mis en culture la ma- 
jeure partie de l'Amérique méridionale. (Voy. pour plus de détails & cet 
égard, V^eddel, Voyage dans le nord de la Bolivie, p. 356.) 

(4) Debell.gaU. II, 17. 



GBAPITRE 1. 43 

cités, le sol gardait dans toute leur épaisseur ses antiques 
ombrages. Les forêts formaient entre les territoires de vé- 
ritables frontières, comme un espace neutre ; car, à cette 
époque, les nations n'avaient pas l'habitude de tracer avec 
la rigueur d'aujourd'hui la ligne de démarcation de leur 
domaine respectif. Lés marches ou frontières étaient lais- 
sées sans culture, suivant un usage commun à la Gaule 
et à la Germanie, et quand la région intermédiaire entre 
deux ou plusieurs civitates était favorable à la végétation 
des bois, elle se recouvrait bientôt de vastes forêts. Il 
subsiste en France, comme nous le verrons plus loin, 
quelques vestiges de ces grandes marches toutes bolées. 
C'est ainsi que la frontière méridionale de l'ancien pays 
des TricasseSy qui se trouve hors de la région de la craie, 
sur un sol profond et fertile, présentait à l'origine une 
longue bande arborescente d'une largeur assez considé- 
rable, et dont les forêts d'Othe, d'Aumont, de Rmnilly, de 
Ghaource, de Chappes, d'Orient, de Soulaines, de Bliffeix 
et de Der sont les restes (1). 

Au nord de la Gaule, les forêts étaient toutefois trop 
étendues pour être prises comme frontières entre deux ou 
plusieurs peuples; elles recouvraient souvent des terri- 
toires entiers, ainsi que cela avait lieu, par exemple, pour 
celui des Trévires, des Nerviens et des Sylvanectes{2). Et 
cette extension démesurée des arbres contribuait à perpé- 
tuer, chez plusieurs des populations belges, les habitudes 
de la vie sylvaine primitive que menaient encore à cette 
époque les Germains. Ceux-ci étaient de véritables no- 
mades de forêts ; ils trouvaient dans la chasse et l'élève 
des bestiaux leurs principaux moyens de subsistance, et 

(1) Voyez à ce sujet H. d'Arbois de Jubainville, Voyage paléogra^ 
phique dans le département de VAube, p. 214. (Troyes, 1855.) 
(2} Voy. ce qui est dit plus loin. 



44 LES FORÊTS D£ LA GAULE ET DE L' ANCIENNE FRANCE. 

quand ils avaient épuisé le fourrage et le bois d'un can- 
ton de la forêt où étaient dressées leurs huttes, et récolté 
un peu de blé, ils se transportaient dans un autre, où 
leur séjour n'était également que temporaire (4). Ils agis- 
saient, en un mot, comme agissent encore aujourd'hui les 
débris des premières populations indigènes de l'Hindous- 
tan, du Kumaon (2), du Népal et de TAssam (3), La forêt 
fournissait à tous leurs besoins, comme elle fournit à tous 
ceux de diverses tribus sauvages de la Malaisie et de l'ar- 
chipel Indien (4), 

Ainsi, malgré les progrès de l'agriculture en Gaule, 
ce pays demeura pendant bien des siècles une contrée es- 
sentiellement forestière, dont le climat âpre et froid était 



(1) Tacit. German., 5, 15, 16, 26. — Suivant une vieille tradition aile- 
maude qui a cours encore chez quelques paysans de l'Alsace, et que j'ai 
rappelée dans T Introduction, les géants gouvernèrent d'abord les hommes ; 
mais peu à peu ils furent repoussés par eux et contraints d'aller ensevelir 
leur existence dans les forêts et les montagnes, f A. Stôber, Die Sagen 
des Eisasses, p. 88.) Ces géants sont visiblement la personnification de la 
population sauvage vivant dans les bois, avant l'introduction de la civili- 
sation romaine. 

(2) C'est là l'existence que mènent les Radjis, race aborigène des pro- 
vinces de Kumaon et de Garhwal. Voy. Strachey, On Ihe phytical geogra- 
phy of ihe promncex of Kumaon and Garhwal dans le Journal of ihe 
royal geographical society ofLondon, t. XV, p. 80. 

(3; Voy. A Sketch ofAssam, wiih some account ofihe hiU-tribes by an 
officer (London, 1847), etB. H. Hodgson, On ihe aborigènes oflndiay 
p. 151 et suiv. (Calcutta, 1847). 

(4) C'est ce qui a lieu pour les Mintiras, les Semang, les Dayaks, les 
Michmis. (Voy. Journal ofihe indianarchipelago and easiem Asia, 1847, 
n** 5, suppl., p. 307, 1849, p. 109 et suiv.) Les Semang peuvent être con- 
sidérés comnie le peuple des bois par excellence. Ils vivent au milieu des 
forêts sous un simple toit de branchages, se vêtissent de feuilles et se 
distinguent entre eux par les noms des arbres sous lesquels lis sont nés. 
(James Low, Jowmal cité, août 1850, p. 425, 427.) Les Moi, tribu sau- 
vage, qui habite entre la Cochincbine et le Cainboge, vivent aussi 
comme les singes, sur les arbres, où ils construisent des huttes de bran- 
ches, dans lesquelles ils demeurent confinés. (Voy. GutzlafiT, On ihe Co- 
chinchine empire, dans le Journal ofihe royal geographical society of Lon- 
don, Tom. IX, part. 2, p. 190.) 



CHAPITRE I. 45 

aussi redouté des Romains que nous redouions maintenant 
celui de la Suède ou de la Norvège. Florus ne distingue pas 
entre le ciel de la Gaule et celui de la Germanie; il les qua- 
lifie tous deux d'atrox cœlum{i). 

En s'aidant du témoignage des anciens, il est possible 
de se faire une idée de la singulière extension des forêts 
dans la Gaule, lors de l'établissement de la domination 
romaine. Quand, débarqué sur la côte de Massilia, le Latin 
pénétrait dans notre pays, eu suivant la direction du Nord, 
il rencontrait, à mesure qu'il s'avançait, des bois de plus 
en plus épais, de plus en plus vastes. A peine, après avoir 
passé laDurance, était-il entré dans la Viennoise, qu'il lui 
fellait traverser de grandes forêts, où subsistait encore, il 
n'y a pas deux siècles, le souvenir des cérémonies drui- 
diques(2}. Au delà et à l'ouest s'allongeait la chaîne boisée 
des Cévennes, où l'abondance des arbres avait fait honorer 
d'un culte particulier le dieu Sylvain (3). Le même dieu 
comptait dans l'Helvétie, qui formait l'extrémité orientale 
de la Gaule, de nombreux adorateurs (4), en raison des 
épaisses forêts de ce pays, que nous décrirons plus loin , 
et qui allaient se joindre à celles de la Rhétie et de la 
Gaule cisalpine, lesquelles servaient de frontière septen- 
trioncJe à l'Italie (5). 

■ 

(1) Flonis, m, 3. 

(2) Chorier, Histoire générale du Dauphiné, t. I, liv. I, p, 60 (Gre- 
noble, 1661). 

(3j D.' Martin, Religion des Gaulois ^ 1. 1, p. 198. 

(4) Orelli, Inscr, lat. selecl. N~ 276, 328, 333. 

(5) Les Romains, au temps de César et do ses successeurs, tiraient des 
forêts de la Rhétie leurs bois de construction. (Piin. Hist, naL, lib. XVI, 
c. Lxxiv et Luvi.) Ces forêts s'étendaient jusqu'au lac de Côme, que 
Pline le Jeune nous représente comme environné de forêts habitées par 
des bétes fauves (lib. II, ep.'7). Des forêts de sapins ombrageaient la 
source du Pô {Padus), et, suivant Métrodore de Scepsos, elles avaient 
valu à ce fleuve son nom ; Padus signifiant pin en gaulois (PUn. IlisL 
nai, 1. m, c. XX, g 16). 



46 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANGE. 

Le pays des Ârvernes et celui des Éduens ne pouvaient 
sans doute, à raison de leur sol généralement granitique 
ou trachytique, offrir sur tous les points ces essences vi- 
goureuses qui donnent naissance aux forêts les plus pro- 
fondes et les plus étendues. Mais les essences qui s'ac- 
commodent d'un terrain sec et aride, s'y groupaient en 
une multitude de bouquets et de buissons. La puissance de 
ces deux peuples, déjà grande à l'arrivée des Romains, fait 
supposer qu'ils avaient enlevé à la végétation forestière 
bon nombre de terrains pour les donner à la culture. 

La région du territoire éduen que traversait le Rhône 
était certainement, comme l'ouest du pays des AUobroges, 
couverte de champs de blé, dont le produit suffît et au 
delà à la consommation des habitants (i); les forêts en 
avaient donc, lors de la conquête romaine, en grande 
partie disparu. 

Les Sénons étaient séparés des Gamutes par les forêts 
de Fontainebleau et de Montargis , à travers lesquelles 
César dut opérer sa marche, quand il se dirigea sur Gêna- 
bîim (Orléans) et Bibracte. C'est au milieu de ces forêts 
qu'il faut aller chercher l'emplacement encore incertain 
de Vellaunodunum. 

Le centre de la Gaule, le pays des Lemovices, celui des 
Cadurques, celui des Bituriges, à en juger par l'espace 
borné qu'y occupaient les forêts au moyen âge, était loin 
d'offrir des ombrages aussi prolongés et aussi épais. Les Ca- 
durques avaient de grands champs de lin (2). Chez les Bi- 
turiges, le déboisement avait dû être amené par les besoins 
de l'industrie du fer : car ce peuple exploitait des mines 
importantes (3). Son agriculture était productive, puisqu'à 

(1) Voy. ce que dit César {De beli. gaU. I, 23, 28). 

(2) Strabon, IV, m, p. 158, ed.MûlleretDùbuer. 

(3) Csesar, De beU. gall VII, 22 ; Btrabon, 1. c. 



j 



CHAPITRE 1. 47 

« 

Tarrivée de César en Gaule, le territoire djes Biturîges 
était regardé comme un des plus fertiles de cette con- 
trée (1) ; il comptait des villes nombreuses et nourrissait 
une population abondante. Ce que César rapporte d'une 
nouvelle <^e les habitants de Genabum (Orlàms) trans^ 
mirent, en un seul jour, par des cris répétés de village en 
village jusqu'aux confins du pays des Arvernes (3), ne 
saurait s'expliquer, sans admettre au centre de la Gaule 
une population très-dense (3). Quoique le pays des Car- 
nutes fût couvert d'immenses forêts (4), dont nous verrons 
plus loin qu'il sdbsista des vestiges nombreux au moyen 
âge, Genabum renfermait cependant assez d'approvision- 
nements pour servir de quartiers d'hiver aux armées ro-» 
maines(5). 

' Quant à l'Aquitaine et à la partie de la Narbonnaise 
qui y confinait, les forêts n'ont jamais dû y être bien 
étendues et bien profondes; la nature du sol s'y opposait. 
A part les pins, qui ofmbrageaient les dunes de la Gas- 
cogne (6), où ils formaient peut-être des fourrés d'un accès 
difficile (7), le littoral de l'Océan jusqu'au pays des San- 
tons ne présentait que peu d'essences réunies en bois. 
En général, l'altitude de l'Aquitaine dépasse rarement 



(1) DeMLgaU.yn,lZ,Z2. 

(2) Jbid, VII, 3. 

(3} Ibid.Wlj 15. LesBituriges ne comptaient pas moins de vingt villes. 

(4) Les Commentaires de César nous représentent ces forêts comme peu 
accessibles, & raiscm des vents et des mauvais temps qui y régnaient, 
« nec sylvarum praesidio tempe^tatibus durissimis tegi possent.» De belL 
gall. VUl, 5. Voy. ce que je dis plus loin des forêts du pays chartr-ain. 

(5) De bell. ffalL VIII, 5. Cf. VII, n. 

(6) Feslus Avienus, Ora maritima, 274. 

(7] Le pin constitue, quand il est jeune, des bois très-fourrés où il est 
tellement serré que Ton a quelquefois de la peine à les traverser. Plus 
tard, s'il peut s'isoler, son tronc perd les branches, son écorce devient 
rouge, les rameaux supérieurs s'étendent ou se redressent, et son aspect 
n'est plus le même. Voy. Lecoq, Géographie botanique, tome I, p. 456. 



48 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

300 mètres, et les essences alpestres ne se rencontrent guère 
qu'au-dessus de 1200 à 1300 mètres, dans les montagnes 
de l'Auvergne et la chaîne des Pyrénées. Ainsi bien 
des espèces ne pouvaient venir dans la plaine, et il foUait 
remonter dans les vallées qui s'étendent au pie^ des mon- 
tagnes, pour y trouver la forêt avec l'aspect imposant 
qu'elle avait plus au nord de la Gaule. César nous dit 
d'ailleurs que les Aquitains exploitaient les mines de fer (1); 
cette industrie, qui s'est perpétuée jusque de nos jours, 
employait une assez grande quantité de bois, et amena na- 
turellement dans la montagne un commencement de déboi- 
sement. Tout concourait donc à &ire disparaître du sud- 
ouest de la Gaule cet amas démesuré d'arbres qui se re- 
trouvait au contraire avec sa physionomie primitive 
dans la plus grande partie de la Gaule bdgique. Dans la 
contrée qui prit plus tard le nom de Provence, l'établisse- 
ment des colonies phocéennes amena de bonne heure 
la destruction des forêts. Celles qui ombrageaient le terri- 
toire de Massilia (Marseille), au vu"* siècle avant notre ère, 
à l'arrivée des Grecs (1), avaient, au temps de César, fait 
place à des cultures et à des plantations d'oliviers. 

L'Armorique, comme le pays des Andecavi^ des Abrvv^ 
caiuiy des Essui^ des Diablintes^ présentait vraisembla- 
blement un état peu différent, sous le rapport forestier, 
de ce que nous observons au moyen âge. L'élément celti- 
que se fondit moins avec l'élément latin, dans cette partie 
de la Gaule, qu'au sud de la Loire. Les Romains y avaient 
établi plus de castella, de postes militaires, qu'ils n'y 
avaient fondé de villes. Le fleuve qui se jette dans l'Océan 
près de Nantes, était l'artère principale de communication 



(1) Quem primum in terram agressi occupaverant lociim, patentibuB 
sylviS) communirent. Tite-Live, V^ 34. 



CHAPITRE I. 49 

avec le centre et le sud de cette vaste province et les rou- 
tes étant moins* nombreuses et moins fréquentées^ la 
végétation forestière pouvait plus librement se maintenir 
et s'étendre. Nous verrons, en traitant de l'état forestier de 
la Bretagne, de l'Anjou, du Maine et de la Normandie, que, 
cinq ou six siècles plus tard, de grandes zones arborescen- 
tes recouvraient encore le sol de cette région de la France. 
Toutefois plusieurs forêts devaient avoir disparu, à l'épo- 
que carlovingienne, et de ce nombre est cerlainement 
la célèbre forêt de Scissy . 

L'extension et l'emplacement originels de cette forêt 
ont fait l'objet de recherches nombreuses. Mais récemment 
M. Laisné(i) a jeté sur cette question un jour nouveau, et 
nous résumons ici les résultats auxquels il a été conduit. 

La forêt de Scissy (Sessiacum) (2), d'après un texte 
datant certainement du ix^ ou x"^ siècle, entourait 
le mont Saint-Michel, sur une épaisseur d'environ six 
milles. Ce témoignage appuyé sur d'anciens souvenirs (3) 
est confirmé par le moine Guillaume de Saint-Pair qui 
reproduisit en vers, au xiv« siècle, les mêmes traditions. 
L'auteur anonyme d'un manuscrit écrit du xiv*au xv siè- 
cle et donné par M. L. Delisle à la bibliothèque d'Avran- 
ches, fait aller la forêt primitive, du ferriloire de cette 
ville jusqu'à Alelh {Daletwii)^ autrement dit Saint-Servan. 



(1) Voy. À. M. Laisné, Elude sur V ancien état de la haie du itioni Saint- 
Michel d'après les manuscrits de V abbaye de ce mont, dans les Mémoires 
lus à la Sorbonne dans les séances extraordinaires du comité impérial 
des trav. historiques en 1865. Archéologie {Piit% 1866), p. 81 et suiv. 

(2) Voy. mes Observations sur les origines du mont Saint- Michel y et en 
particulier sur V existence delà foi^êt de Scissy, dans les Mémoires de la 
Société roy. des Antiquair. de France, nouv. série, t. VII, p. 378 et suiv. 

(3) « Qui primumiocus, sicutaveracibuscognoscerepotuimusnarralo- 
ribus, opacissima claudebatur sylva, longe abOceani, ut sestimatur, œstu 
millibus distans sex, aptissima pnebens latibula ferarum. » Cf. G. de 
Saint-Pair, le roman du Mont Saint-Michel, éd. F. Michel, p. 3. 

4 



80 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

Cette forêt, qui subsistait en 540, et quelques années plus 
tard, fut graduellement envahie par les eaux; la mer la 
détruisit et des grèves en ont pris la place. On a découvert 
de nos jours, enfoncés dans le sable, d'antiques troncs en- 
core debout, qui en proviennent. Ce phénomène naturel 
fut représenté par la légende comme un miracle qu'avait 
opéré l'archange Michel. Il date de la fin du vi' siècle ou 
du commencement du vu" ; mais la croyance à un événe- 
ment surnaturel qui serait lié à l'arrivée de saint Aubert 
en ces lieux, le fit reporter au vni' siècle ; on donna pour 
un cataclysme soudain ce qui était dû simplement à l'in- 
vasion successive de l'Océan. 

Cette forêt du mont Tombe formait une marche boisée 
entre le pays des Abrincatui^ des Redones et des Curio^ 
y^solite,^; elle se réunissait vraisemblablement à d'autres 
dont nous retrouverons les vestiges, en recherchant l'an- 
cien état forestier du département d'ille-et- Vilaine. 

La Seine et la Marne étaient regardées comme la 
frontière de la Celtique et de la contrée occupée par les 
Belges (1). Mais cette frontière n'était pas formée par deux 
simples rivières ; elle s'étendait en réalité de la Loire à la 
Seine. Du nord de G enabum jusqu'aux portes de Lutèce, 
du pays des Carnutes à celui des Veliocasses, régnait une 
de ces grandes marches forestières dont j'ai parlé tout à 
l'heure. Les forêts d'Orléans, de Moutargis, de Fontaine- 
bleau, de Rambouillet, de Laye, en sont les derniers ves- 
tiges. Sans doute, ainsi qu'on le verra plus loin, cette 
marche boisée a été de bonne heure scindée en plusieurs 
forêts distinctes; mais avant Tarrivée des Romains, 
comme on ne voyageait guère que par les rivières. 



(1) Cœsar, De beU. qoU, I, 1; Strabon, IV, i, p. 147, éd. Mûller et 
Diibner. — Pomponius Mêla, III, 2. 



CHAPITRE I. 51 

il n'avait pas été nécessaire d'ouvrir un grand nombre 
de routes à travers cette zone d'arbres; elle gardait alors 
certainement sa physionomie originelle, et, après leur 
établissement dans les Gaules, les Romains respectèrent 
une partie ou peut-être la totalité de cette grande forêt, 
comme ils le firent pour l'Ardenne. Le canton appelé 
jadis DeservCy Serve ou Désœuvré, et qui s'étend au sud- 
est du département de l'Eure et sur la lisière de celui de 
Seine -et-Oise (canton de Houdan), tire son nom de l'ex- 
pression Diafia sylva. transcription latine du mot celte 
deauy den, forêt. Là était la marche commune des Carnu- 
tes et des Aulerques-Eburovices. Cette marche fut dé- 
membrée de si bonne heure qu'il n'est plus possible au- 
jourd'hui d'en reconstruire, même approximativement, 
la topographie. 

Quand on avait passé la Seine, on entrait dans la Gaule 
Belgique; alors la profondeur, les dimensions des forêts 
augmentaient encore ; le pays n'était plus, pour ainsi dire, 
qu'une vaste nappe arborescente. 



52 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANGE. 



CHAPITRE II. . 

tTAT KORIiSTIER DU XORD 1>E LA GAULE. — FORÉ.T CHARBONNIÈRE. — 
PAYS DE THIÉRACIIE. — ÉTAT FORESTIER ANCIEN DE LA BELGI^I E. 
— FORÊT DES ARDENNES. — TRADITIONS ET SOUVENIRS QUI s'y RAT- 
TACHAIENT. 

Un peu au nord-est de Lutèce existait une petite popu- 
lation gauloise que César n'a point mentionnée et que les 
géographes qui vinrent après lui, nomment les Syloanec- 
tes (1). Ce nom leur était attribué parce qu'ils habitaient 
une vaste forêt entrecoupée seulement de quelques clai- 
rières. Cette forêt s'avançait jusqu'aux confins du petit 
territoire des Pansiij qu'on appela au moyen âge le 
Parisis; elle a été désignée sous le nom de Silviacum qui 
fut altéré plus tard en celui de Servais ou de Serval (2). 
A deux lieues de Louvres, se trouve un village qui porte 
encore le nom de La Chapelle-en-Se^Tais ; ce nom de 
Servais reparaît dans le Laonnais ; il est celui d'un vil- 
lage appelé, dans les Capitidaires^ Silvacum (3) et où les rois 
carlovingiens avaient un palais. Ainsi cette forêt s'éten- 
dait depuis les environs de Louvres jusqu'au milieu 
du département de l'Aisne; elle embrassait les forêts de 
Chantilly, de Compiègne, de Laigue, de Coucy, de Vil- 

(1) Ptolémée, Géqgraph. II, 9. Pline {HisL nat. IV, xvii, 31) écrit : 
Ubnaneles. Les Sylvanectes étaient vraisemblabiement elients des Bel- 
lovaques, avec lesquels César, qui nous parle des forêts du pays de ceux- 
ci (De heU. gail, VIII, 19), les aura confondus. 

(2) Hincmar, Annales, an. 865, ap. Pertz, Monum, hisL genn, t. I, 
p. 467, 477. — Cf. Carlier, Ifistoirc du duché de Valois, t. 1, p. 12. 

(3)Voy. ce que je dis plus loin. Cf. Iladr. Valesius, Notiiia Galliarum, 
p. 524. ' 



CHAPITRE II. 53 

lers-Cottereîs, dont nous verrons plus loin (1) quelle (5tait 
au raoyen âge la topographie. La forêt des Sylvanectes 
recouvrait donc à la fois les frontières des Bellovaques, des 
Suessions et des Meldes; elle se terminait sans doute aux 
marais tourbeux du Ponthieu et de TAmiénois, où les 
eaux de la Somme (la Sa)naradG& anciens) apportaient 
les troncs déracinés et les rameaux que le vent avait 
aixachés (2). 

Au delà de la Somme et de l'Aisne, paraissait une forôt 
nouvelle dont les lignes ombragées couraient jusqu'aux 
bords de l'Escaut; c'est celle dont il est question, aux pre- 
miers temps de notre histoire, sous le nom de Carbonaria 
Sylva, Forêt Charbonnière (^)y à raison des charbons qu'on 
en tirait (4). Les annalistes de l'époque carlovingienne 
en parlent pliis d'une fois (5), et elle est citée dans la loi 
Salique (6). C'est près de la forêt Charbonnière qu'au dire 
de Sulpice Alexandre, cité dans Grégoire de Tours, les 
Francs furent vaincus par les Romains, qui avaient à leur 
tête Nannenus et Quintinus (7). Au v* siècle, cette foret 
servait de limite entre le rovaume de Neustrie et celui 



(1) Cette grande forêt parait avoir été simplement désignée par les 
Gaulois sous le nom de coai, eol (en latin, colia), c'est-à-dire la forêt ; 
nom d'où sont dérivés les noms de Guise, Coucy, Cuisy, etc. Voy. ce que 
Jiî dis plus loin de cette for(>t et de ces noms. Dans le dialecte gaélique, fo 
rél se dit coiU^ et en comique, kellL 

(2) Voy., sur les marais du Ponthieu, le mémoire de M. Girard sur 
y Histoire physique de la vallée de la Somme, dans le Journal des Mines, 
n« 10, p. 15. 

(3) Grégoire de Tours, IlisL eccles, franc, II, 9. 

(4) Belieforest prétend, dans sa Cosmographie universelle, liv. Il, 
p. 414, que le nom de Charbonnière est une oltération de Cambronière, 
dérivé du nom de Cambron, le chef des Cimbres, ou peut-être de celui 
des Cimbres eux-mêmes. 

(5) Voy. I). Bouquet, Historiens de France, t. III, p. 4, 308, 344, 
687. 

(6) Lex saliva, tit. XLIX, p. 173, éd. Poyré. 

(7) Grégoire de Tours, Ilislor, eccles, franc* II, 9. 



54 LES FORÊTS DE LÀ GALLE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. ' 

d'Austrasie (1). Je parlerai plus loin des démembreinenU 
de cette grande marche sylvaine, au sein de laquelle fut 
fondé, au x* siècle, le monastère de Lobbes ou Laubes (2). 
Qu'il me suffise dédire ici que les forêts de Soignes {Syl- 
m Soniacfi) (Sonienbosch) (3), de Vicogne (4), de Fagne (5) 
de Mofmal et deSirault ou Tiraut (6), en faisaient partie. 
Dans les anciennes chartes flamandes, il est question 
d'une forêt de Carbonires qui était située dans leHainayt, 
près de Sénefl*, et qui ne pouvait être qu'une fraction de 
la grande forêt mérovingienne (7), laquelle s'avançait, 
comme l'observe Adrien de Valois, jusqu'aux alentours 
de Louvain et recouvrait tout un pays que sa présence a 
fait désigner sous le nom de HayelamL 

La forêt Carl)onnière occupait, on le voit, une grande 
[)arlie de l'ancien territoire desNerviensetdesMénapiens; 



;i) Annal, de Mrlz, an 687, voy. Alfred Jacolis, Gcographie dr Grr- 
'inivr de Tours et Frédégaire, dans Grégoire de Toure ot FK'dégaire, 
irucl. (iuizot, nouv. édit. t. II, p. 359, 465, 466. 

,'2j l'olruin, cU(' par A. Jacobs, Grégoire de Tours el Frédègnirr, t. II, 
f>. 339. Cf. H. Valesius, Noiilia Galliarum, p. 126. 

.:r C'cst-à-diro bois du soleil, peut-être parce que la forêt était 
ronsacHM» à ce dieu. On a fait aussi dériver ce nom de sogne. ou wallon, 
rllVoi. Voy. A. Isaheau, les Forcis de VEurope, dans les Annales forts- 
liircs, t. XIII, p. 263. 

■Ji. La forêt de Vicogne oude Saint-Amand(ri7co;im Sylva s'étend à 
lentour de Condé (Nord). Elle est nommée dans les Annales de Saint- 
Wansl. C'est là qu'en 872 l'abbé Hugues poursuivit les Normands, 
do concert avec Carloman. Vov. Historiens de Franee. t. VIII, p. 83. 
('otU» forêt ou quelque forôt voisine a été aussi, au moyen âge, désignée 
sous le nom de forél du Ilainaut^ appliqué par les compagnons de Guil- 
laume le Conquérant, (lui transportèrent en Angleterre des noms d«* 
localités françaises, à une forêt du comté d'Essex voisine de îa forêt 
d'Epping. 

(3) Fannia Sylva, plusieurs fois citée à l'époque carlovmgienn«\ Vo\ . 
Historiens de Franee^ t. VII, p. tiO. Cf. t. III, p. 5'?4. 

(6) II. Valesius, yotilia Gallianim, p. 126. Voy. ce (jue jn dis plus 
loin de ces forêts. 

(7 V^oy. J.-J. do Smet, Heeueil des chroniques de Flandres, t. ÏI» 
table fies noms de lieux (Bruxelles, 1837. in-4^). 



CHAPITRE II. 55 

César nous représente en effet ces populations trouvant 
un refuge dans la profondeur de leurs bois (1) ; un peu 
plus tard les Francs s'y cantonnèrent pour résister aux 
Bomains (2). 

Près du littoral de l'Océan, les arbres n'offraient plus 
la même élévation, les fourrés la même épaisseur; on 
rencontrait seulement une suite de buissons, de halliers 
poussant sur un sol marécageux. Les Ménapiens et les Mo- 
rins se logeaient dans ces forêts basses, ces espèces de 
jongles , pour harceler l'armée romaine (3). 

La Meuse et le Rhin charriaient incessamment comme 
la Somme, les troncs des arbres que leurs débordements 
avaient été chercher loin de leurs bords ou que les vents 
avaient poussés dans leurs jQots. C'est ainsi que se sont 
formées les vastes tourbières de la Belgique, d'où Ton a 
extrait plusieurs fois des troncs ou de larges rameaux à 
peine décomposés de chênes, d'ormes, de bouleaux et de 
pins (4). Les eaux de la mer ont en plusieurs points envahi 
ces marais, et faisant irruption à travers les dunes, elles 
ont gagné les forêts elles-mêmes (5). Les forêts qui cou- 
raient d'Ostcndeà Boulogne paraissent avoir subsisté jus- 
qu'au temps de Charlemagne (6) ; elles recouvraient toute 
la vallée de la Liane, se prolongeaient sur le territoire ac- 



(î) de helL gall. Il, 17. 

(2) Grégoire de Tours, 1. c. 

(3) Ccesar, De bell. galL III, 28 -, VI, 6. Dion Cassius, XXXIX, 44. 

(4) Voy. Belpaire, sur les changements de la côte d'Anvers à f}ou- 
logne, dans les Mémoires couronnés par l'Académie de Bruxelles, t. VI. 
p. 20 etpassim, et un mémoire du même auteur, sur la ville d'Osiende^ 
dans le Recueil de cette Académie, t. X, Dans les tourbières de Duren, 
près la frontière de Belgique, non loin d'Aix-la-Chapelle, on a trouvé dos 
troncs entiers de pins. 

(5) Belpaire, mém, cité, et Dumont, dans le Bulletin de VAen(t. 
de Bruxelles, t. V, p. 643. 

(6) Belpaire, 1. c. et Bulletin de VAcad, de Bruxelles^ t. X, p. 4. 



56 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

tuel de Boulogne jusqu'à Hardelot, Samer, Desvres, La 
Gapelle, et garnissaient la ceinture de montagnes qui 
environne l'espace connu sous le nom de Fosse boulon^ 
naise (i). Le diocèse de Térouanne dont dépendaient Aire 
et Saint-Omer, était en grande partie occupé parla 
forêt dite Tristiacensis sylva ou Vasitis saltus^ et le bois 
de Beyla (Bailleul), situé entre Budderwoorde et Thou- 
rout (2). La forêt où saint Léodegaire souffrit le martyre, et 
qui s'étendait sur le territoire des Atrébates, se rattachait 
aux précédentes (3). Il en reste encore aujourd'hui un 
débris dans le bois de Lucheux^ dont le nom est une cor- 
ruption de celui de Léodegaire. 

Plus à l'est, les forêts d'Arouaise {Anda gamantia sylva) 
et de Thiérache {Theoracia sylca) présentaient aussi à 
quelques égards le caractère de forêt marécageuse; 
elles furent défrichées de bonne heure sur plusieurs 
points (4); et voilà comment un joa^t/^ tout entier, iepayus 



(1) Voy. Bertrand, Précis de F histoire physique, civile et politique de 
la ville de Boulogne-sur-Mer, t. I, p. 22 (Boulogne, 1828). 

(2) Voy. B. Bernard de Sainte-Marie, Recherches sur les anciennes 
forêts de la partie nord-est de la France, dans les Annales forestières, 
année 1850, p. 49 et suiv. 

(3) Silva sancti Lcodegarii. Voy. Gesta episcop. Camerac, lib. I, 
pag. 409, ap. Pertz, Monumenta german, histor, tom. VII. 

(4) Voy. H. Valesius, Notitia GaUiarum, p. 549; Cf. Historiens de 
France, t. XI, p. 128. La forôt d'Arouaise {Arida Gamantia Silva), où 
fut fondé le monastère de ce nom, s'étendait du château appelé Ihisla 
jusqu'à la Sambre (Voy. Vita Heldemari eremitXy dans les Historiens de 
France, t. XIV, p. 157). L'abbé Gosse, qui avait compulsé lecartulaire 
de Kabbaye d'Arouaise, dit que la forôt de ce nom allait d'Encre, au- 
jourd'hui Albert, jusqu'à la Sambre (Voy. Gosse, Histoire de V abbaye et 
de l'ancienne congrégation des chanoines réguliers d'Arouaise, p. 6 
(Lille, 1786, in-4**). Il s'appuie sur le témoignage de l'abbé Gautier^ 
qui a écrit, à la fin du xii" siècle, une histoire de la fondation do 
cette abbaye. Le nom di'Estréeen-Arouaise, que porte encore une localité 
voisine du Catelet, prouve qu'une voie romaine {slrata) traversait déjà 
la forôt. — Voy. sur la forôt de Thiérache, Li Romans de Raoul de 
Cambrai et de Bemier, publié par Ed. Le Glay, p. 341, 348 (Paris, 1840), 



CHAPITRE II. 57 

Theoracia ou pays de Thiérache prit son nom de la forêt ; 
il comprenait les cantons de La Fère, Guise, Ribemont, 
Rosoy, dans lé département de l'Aisne, une partie de 
l'arrondissement d'Avesnes, et dépendait de révôché de 
Laon. 

Ainsi les anciennes provinces de Picardie, d'Artois, de 
Flandres (1) et deHainaut étaient recouvertes, sur les trois 
quarts de leur superficie, de forêts se rattachant sans 
doute les unes aux autres par des lignes d'arbres sou- 
vent entrecroisées et formant de véritables plexus. Au 
moyen âge, ces anciennes retraites des Ménapiens, des 
Morins et des Nerviens étaient devenues le repaire debri- 
gands redoutés. Dans la forêt d'Arouaise, le lieu où fut fon- 
dée Tabbaye qui en prit le nom, était désigné sous le nom 
du chef d'une de ces bandes et s'appelait /e tronc Béran- 
f/er (2). L'auteur de la vie de saint Arnulfe, évêque de Sois- 
sons, fait mention d'une tourbière si tuée près deGhistelle^ 
et qui servait d'asile aux brigands (3). 

Aujourd'hui les effets de l'érosion de la mer ne permet- 
tent pas de rétablir la topographie de cette marche fores- 
tière qui a disparu sous les flots ; mais en sondant les es- 
tuaires des divers fleuves qui déchargent leurs eaux dans 
l'Océan, de l'Elbe, de l'Oder, del'JOst, del'Ems, du Weser, 
en visitant le delta du Rhin et les bords du Bies-Bos et du 
Zuyderzée, l'ancien lac Flevo^ on retrouve, dans la couche 
inférieure des terrains appelés en Hollande Moor et Veen^ 



et J. Lhermite, Excursion dans V Aisne, dans la France littéraire j 1832, 
p. 526. 

(1) Voy. ce que je dis plus loin del'élat des forêts d'Arouaise et de 
Thiérache au moyen &ge. 

(2) Voy. Vita Heldemari eremilSEy ap. Historiens de France, t. XIV, 
p. 157, et Gosse, Histoire de V abbaye d'Arouaise, p. 9, 10. 

(3) Cf. Acla SS. ord, S. Dened. saec. vi, part. 11, p. 537, n" xvii. Saint 
Arnulfe est mort à Oadenbourg en 1087. 



88 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

les traces du séjour de rhomme et des fragments de végé- 
taux arborescents qui ombrageaient ces contrées (1). On 
voit par ce qui vient d'être dit que la Belgique, actuelle- 
ment si peu boisée, le fut jadis sur presque toute sa super- 
ficie; l'on garde même le souvenir de plusieurs des forêts 
qui subsistaient encore auxviii*^et ix^sièclesde notre ère. Le 
mot ho qui sert à former une foule de noms de localités de 
la Belgique, et s'appliquait à des hauteurs boisées, témoi- 
gne de la disparition des forêts (2) dans les Flandres et le 
Brabant. La forêt de Heinaerst-Trist , débris du Vastus 
salins cité plus haut, s'avançait jusque dans le district de 
Loo. D'après la chronique de S. Bavon, le forestier Li- 
derick II et son fils obtinrent d'Éginhard, au ix*" siècle, 
le droit d'y chasser, à condition de payer une dîme 
de cerfs et d'autres gibiers (3). Le Skeldeholt (forêt 

(1) On a reconnu des branches et des troncs de bouleaux, de hêtres et 
de chênes dans ies tourbières du pays de Liège. (Cf. Davreux, Essai sur 
la constitution géologique de la province de LiègCy mémoire couronné par 
l'académie de Bruxelles, 1833, in-4'', p. 51.) On a aussi trouvé des 
fragments des mémos essences dans les tourbières de la Flandre, (^'oy. 
Belpaire, mémoire cité, p. 34.) M. Galeotti soutient, il est vrai, que ces 
débris d'arbres n'appartiennent pas à la période géologique actuelle {Sur 
la comtitution géologique de la province de Brabant, mùm. couronné par 
l'acad. de Bruxelles, t. XII, p. 16); mais ce qui va ù rencontre de 
son opinion, c'est qu'on a découvert, au milieu de ces restes nombreux 
de végétaux, des traces de voi6s romaines, ainsi que cela est arrivé dans 
les tourbières de la province de Drenthe et dans celles de Kinardine et de 
Hatfield, dans la Grande-Bretagne. (Voy. Berghaus, Allgemeine Lxnder- 
und'Vœlkerkunde , t. II, p. 570.) Ces tourbières ont offert do plus des 
débris de poteries romaines. (De Bast, Recueil d'antiq, t. Il, ph ciu, 
p. 370.) Les restes de bois,' de défenses, d'ossements qui y sont enfouis 
paraissent avoir appartenu aux cerfs, aux sangliers, aux chevreuils dont 
étaient peuplées ces forêts. 

(2; Ce mot Loo se retrouve dans les noms deLouvain (Looven) et Ven- 
loo. Le mot ven, en flamand vehen, en hollandais veen, sigilifie o tour- 
bière; » le mot français /a^ne en est dérivé. Les noms de Looven, de 
Venloo indiquent donc des lienx tourbeux et boisés. La mémo racmo loo 
entre dans les noms de Waterloo, Westerloo, Loos etc. Vov. J. J. de 
Smet, dans les Mém, de l'Acad. de BelgiquCy t. XXVI, p. 5. 

(3) Annales forestières, 1850, /or. r//. 



CHAPITRE II. 59 

de l'Escaut), qu'administrait, suivant A. Lemire (1), le 
forestier Théodorick, se prolongeait sur les bords de ce 
fleuve et touchait au Wasda ou Waes (forêt aux vastes 
. prairies), dans le comté de Gand. Une charte de Lothaire, 
du 13 avril 969, la donna à Théoderick, comte de Gand et 
de Hollande, avec les eaux, les prés, les terres labourables 
qu'elle renfermait, et toutes ses dépendances. Le Wasrh 
était situé entre le Skeldeholi et le Lisganair^ forêt des 
bords de la Lys, dont le point central paraît avoir été 
Harlebeke.Gesdeux dernières forêts sont mentionnées dans 
le capitulaire rendu, en 877, par Charles le Ghauve {Ska- 
deholt et Lisga), L'emplacement de Turnhout et de Tour- 
hout était occupé, au vu'' siècle, par deux forêts consacrées 
au dieu Thor ( Thoraldi sylva, Thoralti sylva), d'oîx ces villes 
ont tiré leur nom (2). Au moyen âge, la forêt de Beverhout 
s'étendait sur une partie du canton de Bruges (3). Les fo- 
rêts 4e Boland et de Brion ombrageaient une portion du 
Limbourg (4). Bruxelles occupe l'emplacement d'anciens 
bois (5). Près deNamur, la forêt de Villers ou de Mariage 
unissait la forêt Carbonnière à la forêt des Ardennes ou de 
TArdenne, la plus considérable de toute la Gaule Belgique, 



(1) A. MirîTus. Oi)ei\ diplom, éd. secund. t. I, p. 33 ; Capilul. éd. Ba- 
luze, t. II, col. 268. 

(2) Voy. Schayes, Essai historique sur les usages, 1rs croyances, elc. 
des Belges y p. 9 (Louvain, 1834). 

'3) Voy. J. J. de Smet, Rectieil des chroniques de Flandres, t. I, 
' p. 240. 

(4) Voy. Annales forestières, 1. c. 

(5) An7iales forestières, ]" année, 1808, p. 208, 219. —Le nom do 
Bruxelles, écrit dans les anciennes chartes latines Brosella, BruolcsHa, 
Brucsella, Brusellia, signifie tm petit bois, un breuil. Un village situé 
près de Saint-Gilles garde encore le nom de For est, dénomination qui 
prouve qu'une forêt existait, dans le principe, au sud de Bruxelles. 
Los moines de l'abbaye de Saint-Benoît, qui avait été fondée dans ce 
village^ doivent avoir beaucoup contribué à son défrichemenL 



60 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

dont César (1) etStrabon (2) nous ont donné la description 
et qui est mentionnée par Tacite et plusieurs écrivains de 
l'antiquité. Elle s'étendait des bords du Rhin, à travers le 
pays des Trévires, jusque chez les Nerviens, sur une lon- 
gueur de plus deSOO milles (3). Mais déjà, à l'époque de la 
conquête romaine, elle devait être traversée par quelques 
grandes routes (4). Elle subit, aux y* et vi* siècles, de nom- 
breux défrichements, quand Trêves fut devenue une des 
villes les plus importantes de l'Empire (5). Au temps de 
Charlemagne, elle se subdivisait en plusieurs forêts ; car en 
un diplôme de 802, où il est fait donation de deux localités 
peu distantes de Trêves [Cerviam et Cerviaco)^ on interdit 
la chasse dans les forêts voisines (6). A l'époque mérovin- 
gienne, les rois francs avaient une habitation royale [villa 
reyia) en un canton de cette forêt appelé Belson?jicus, au- 
jourd'hui Bastogne. C'est là que Childebert II réunit les 
.9;rands de son royaume (7). 

Dans la partie de l'Ardennc qui s'avançait sur la fron- 
tière desMédiomatrices, les voies établies par les Romains 
déterminèrent de nombreuses éclaircies. Des traces d'une 
de ces voies apparaissent dans la forêt de Calonoven ou Cal- 
lenlioven, sise au sud de Sierck et au nord-est de Thionville, 
et elles lui ont valu son nom, dérivé du latin callis^ qui 
fournit également Tétymologie du nom d'un village voisin, 
Calembourg (8). A la lisière de cette forêt se trouvait la 

(l) De helLgalLY, 3; VI, 29. 

(2> Strabon, IV, m, p. 161. Cf. Tacit. Amial. III, 42. 

(3) Cœsar, De beU. gaU. VI, 29. 

(4) Voy. ce qui est dit, j9e heU. gaU. VI, 33. 

(5) Voy. sur les limites anciennes do VArduenna Sylva, H. Valesius, 
NoHtia GaUiarujn, p. 37, 

(6) Voy. E. Bernard Sainte-Marie, Recherches citées p. 49. 

(7) Grégoire de Tours, Hi^t. eccles. franc, VIII, 81. 

(8) Yerronnais, Supplément à la statistique historique de la Moselle^ 
p. 129, 363. 



CHAPITRE II. 61 

station de Ricciacum (Ritzing), par où Ton passait pour se 
rendre à Trêves. Comme certaines autres forêts, celles 
d'Othe, de Thiérache notamment, TArdenne devint un 
\éritable pagus^ un pays, qu'on confondit quelquefois par 
ignorance avec le Danemark, à cause de la ressemblance 
des noms(l). 

Mais, malgré ces démembrements, la forêt des Ardennes, 
surtout dans sa partie centrale, garda pendant des 
siècles son aspect formidable; elle produisait une impres- 
sion si profonde sur les imaginations qu'on la voit figurer 
sans cesse dans les aventures fablées par nos trouvères. 
On la dépeignait comme le repaire de bêtes féroces 
étrangères à notre climat, lions, tigres, léopards. 

Devers Ardene vit venir un leuparz, 

dit la chanson de Roland (2). Dans le roman de Parlheno- 
pex de Blois, ce chevalier-et le roi Clovis sont représentés 
chassant dans cette forêt, dont on donne la description 
suivante : 



(1) Ce nom paraît être dérivé de rarticle celtique or. et dan, dean, 
« forêt. » En effet, on le trouve appliqué à plusieure forêts de la France 
et de l'Angleterre. Deux forêts importantes de ce dernier pays s'ap- 
pelaient Darit Dean et Arden. Il y avait jadis au diocèse de Bayeux 
une abbaye d'Arden qui était située au milieu des bois. (Piganiol de la 
Force, Nouvelle deseripL de la France, 3« édit. t. XI, p. 60.) La Chro- 
nique de raJ}baye de Savigny, de 11 18, mentionne une forêt appelée Ar- 
dem. (Voy. Historiens de France, t. XI, p. 200.) Les Anglais traduisaient 
le nom d'Ardenne par Sxjlva danica, Ogier le Danois est appelé, dans le 
roman de Raimbert de Pans, Ogier TArdenois (voy. la préface de ce ro- 
man, édit. Paulin Paris, 1842, p. iij); ce paladin était, eu effet, non du 
Danemark, mais du pays d'Ardenne. On doit toutefois foire obserN'er, à 
rencontre de cette étymologle, que l'article ar, dont l'ancienne forme pa- 
rait être tr, se change en an devant le d eilei ; en sorte qu'on aurait dii 
dire Andenne, et non Ardenne. Aussi le savant Zeuss, dans sa Gram- 
malica cellica (t. I, p. 70), explique-t-il ce nom par le celte Arddti, 
haut {altior). 

(2) Éd. Fr. Michel, st. L\r, p. 29. Cf. DoondeMayence, éd. Pey, p. 
xxxvii et suiv. 



62 LES FORÊTS DE LA GALLE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

Ardane ert moult grans à cel jor. 
Et porprendoit moult en son tor ; 
Car plus duroit dont li convers, 
Sains la mervelle des desers. 
Que or ne dure tote Ardene ; 
Si le volt Deus, ensi ordene. 
Ële est ore molt escillie 
Et par lius tote herbergie ; 
Mais à cel jor dont je vos cant 
1 par avoit de forest tant 
Oue cil qui erroient par mer 
N'i ossoient pas ariver. 
Por elefans, ne por lions, 
Ne por guivres, ne por dragons, 
Ne por autres mervelles grans 
Dont la forest ert formians. 
Ele estoit hisdouse et faée ; 
La disme pars n'en ert antée. 
Li paissant i missent mers 
De tant con duroit 11 convers. 
Ne passoil gaires nus les« sains 
Qui là revenist dont mut ains. 
Oltre les sains n'avoit convers, 
Ghievrels ne dains, bisce ne cers, 
^G beste nule fors maufés, ' 
Qui mangeoit les esgarés. 
Cil Cloevis, cil rices rois, 
Ala cacier en Ardenois, etc. (1). 

Cette naïve description, qui trahit l'ignorance du ro- 
mancier en matière d'histoire naturelle (2), peut nous 
donner une idée des fables dont la ténébreuse Ardenne 
était l'objet. Au fond de cette forêt, les mœurs étaient 
restées ce qu'elles avaient été au temps desNerviens et des 

(1) Voy. 499 et suiv. éd. Grapelet, 1. 1, p. 18, 19. 

(2) Les romanciers du moyen âge étaient généralement fort ignorants 
sur ce chapitre. C'est ainsi qu'Adenès, on son roman de Berte aux grands 
picSy place un olivier dans la forêt du Mans : 

G'ert dans la forest du Mans, ce oy tesmoignier 
Lors se sont arrestés dessous un olivier. 

ÉdiL P. Paris, p. 34. 



CHAPITRE II. 63 

Eburons. La forêt était un repaire de brigands. Le roman si 
populaire des Quatre fils Aymon nous représente Renaud 
et ses frères s'y retirant pour mener la vie de brigand 
et y restant jusqu'au moment où leur mère vint à leur 
secours. Lechristianisme ne pénétra que difficilement dans 
cette contrée. Les descendants de ces Nerviens, que César 
nous représente comme les plus barbares d'entre les Bel- 
ges (i), résistèrent avec obstination à la prédication del'E- 
vangile (2), attachés qu'ils étaient au culte des divinités 
forestières dont la nature semblait prendre soin de renou- 
veler autour d'eux les monuments. Aux environs de 
Trêves, le culte de Diane se conservait encore au v* siècle(3). 
C'est seulement au siècle suivant, que saint Hubert et saint 
Bérégise réussirent à déraciner de ce pays, des supers- 
titions dont le caractère vivace est indiqué par ces paroles 
de Hariger dans la vie de saint Remacle (4). « Reperit ibi 
» manifesta satis indicia, quod loca illa idolatriœ quon- 
j> dam fuissent mancipala, lapides scilicet Dianae et aliis 
» portentuosis nominibus effigiatos, fontes hominum 
» quidem usibus aptos, sed gentilium errore pollutos ac 
» per hoc daemonum adhuc infestatione obnoxios. » 

Des superstitions d'origine païenne, celles surtout qui 
tiennent à la croyance aux esprits des bois dont j'ai parlé 
dans l'introduction de ce livre, ont cours encore dans TAr- 



(1) De bell.gaU, II, 15. 

(2) « Nam cum illis adhuc temporibus fanalico errore Austrasionini 
populus miillis in locis horrende fœdarelur, per hune prsecipuum sacer- 
dotem dfiemonum prssstigia et idolorum fantasias maxime ab hoc Âr- 
dennensi territorio, etc.» (Bolland.ild. sanctor. Il octob. p. 528, col. 2.) 

(3) Grégoire de Tours, HisL franc. VIII, 15. Cf. A. Beugnot, Histoire 
delà desii^ction du paganisme en Occidentj t. II, p. 319. 

(4)Lib. I, 92. Saint Remacle, évoque de Maestricht, fonda les abbayes 
de Stavelot et de Malmédy, au pays d^Ardenne. (BoUand. Ad. III sep- 
temb. p. 6C9 ctsuiv.CSO.) Le pieux évoque eut soin préalablement d 'exor- 
ciser les lieux. 



64 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l'aNCIENNE FRANCE. 

denne. Il y a peu d'années, les paysans s'imaginaient en- 
tendre le bruit du cor et de la meute du chasseur nocturne 
et voir tout à coup tomber morts des sangliers, des daims 
et des cerfs frappés par son invisible épieu (1). D'autres 
disaient que c'était saint Hubert, apôtre de la contrée, qui 
continuait son ancien métier de chasseur (2). Une légende 
célèbre rapportait sa conversion miraculeuse dans la forêt 
des Ardennes (3). Dans la forêt de Soignes, le chasseur 
nocturne est devenu un jeune paysan maudit par son père 
pour avoir trop aimé la chasse, et condamné à chasser éter- 
nellement (4). Avant qu'on eut éclairci cette forêt, les char- 
bonniers assuraient entendre souvent les aboiements de sa 
meute. 

Les vestiges de superstitions analogues ont longtemps 
persisté dans la Belgique; elles furent comme les dernières 
traces des forêts disparues. Le peuple croyait encore, jadis, 
aux Woudmamien ou Boschgoden^ génies des bois qui 
viennent la nuit prendre leurs ébats sous les arbres. Le 
souvenir de ces divinités se retrouvait également dans 
Tusage de conjurer, la nuit de Noël, le diable qui faisait 
son apparition dans les forêts (5). Les Pfingsttannen ou 
Sapins de la Pentecôte^ longtemps en usage (6), ont été les 
héritiers des arbres sacrés et réputés prophétiques dont 
l'Ardenne était sans doute originairement toute rem- 
plie (7). 

(1) Voy. la légende Diewilde Jagd in den Aidenmn, dans l'ouvrage 
de J. W. Wolf, intitulé : NiederlmdUdve Sagen, p. 616, Leipzig, 1843. 

(2) Voy. J. W. Wolf, ouv. cit. p. 350, n- 259. 

(3) BoUand. Acl. sanct. II octob. p. 528, col. 2. 

(4) Voy. J. W. WTolf, ouv. cit. p. 350, n° 259. 

(5) Voy., sur un usage qui se rattache à la croyance aux WaMeufel, 
A. Kuhn et W. Schwartz, Norddeulsche Sagen, Mœhrchen und Gc- 
brauche^ p. 405. 

(6) Voy. Coremans, Uamée de V ancienne Belgique, p. 22 et suiv. 
(7J Pendant la nuit du dimanche au lundi de Bloeifesi (PtVques fleu- 



CHAPITRE II. 65 

Au reste, cène sont pas seulement les forêts du nord de 
la Gaule dont l'ancien caractère sacré se reflète dans les 
traditions mythologiques de notre pays; l'imagination 
populaire a attaché des idées de merveilleux à presque 
toutes nos grandes forêts; elles ont un rôle dans la féerie 
et les contes bleus. Raymondin rencontra la fée Mélusinc 
dans la forêt de Colombiers en Poitou (1). C'est dans celle 
de Léon en Bretagne, que Gugemer, étant en chasse, trouva 
la fée qui est le principal acteur de sa mystérieuse aven- 
ture (2). C'est dans une autre forêt que Gracient vit celle 
qui l'enleva au séjour d'Avallon (3). Les merveilles de la 
forêt de Brécheliant, dont nous reparlerons plus loin, ont 
occupé l'imagination des chroniqueurs bretons et se sont 
liées au souvenir de l'enchanteur Merlin, sorte de fée 
mâle dépeint par les traditions de la Grande-Bretagne 
comme un habitant des bois (4). J'ai montré dans un 
travail spécial que les fées descendent de l'union des Fata, . 
déesses de la destinée des Romains, et des déesses Mères avec 
les druidesses, les prophétesses de la Gaule et de la Ger- 
manie (5). 

L'association des noms de bois et de fées peut donc * 
être regardée comme un dernier vestige des forêts de la 
Gaule; et c'est là un fait qui n'est pas rare. Je me bor- 
nes, les paysans flamands étaient encore dans l'usage, au moyen âge, do 
planter autant d'arbres devant leurs étables qu'elles renfermaient do 
tôles de bétail. Ces arbres avaient un caractère sacré. 11 en était 
de môme des sapins de la Pentrcôle (PfingsUannen, Sinxrmlennen). Il n'y 
a pas eu d'exemple, suivant M. Coremans, qu'on les ait jamais endom- 
magés. Coremans, ouv, cil. p. 137. 

(1) Yoy. F. Nodot, Hisioire de Mélmiîie.i^. 19 (Paris, IG98;. 

(2) Voy. le lai de Gu(7e'??i<'r dans les Poésies de Marie de France, ]m]A, 
par de Roquefort, t. I, p. 54. 

(3) Voy. le lai de Gracient, dans les Poésies de Marie de France^ t. 1, 
p. 538, 539. 

(4) Voy. ce que je dis des forêts delà Bretagne. 

(5; Voy, mon ouvrage intitulé : les Fées du moyen âge Paris, 1843). 



66 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l'aNCIENNE FRANCE. 

nerai à quelques exemples. En Lorraine, un petit bois 
situé sur la route de Tarquimpol à Marsal, porte en- 
core le nom de Haye-des-Fées (1). Une dame blanche ou 
fée se montrait, au dire des paysans, près des forêts qui 
environnaient la Roche^u-Diahle , où un menhir, appelé 
kunkel, « la quenouille, » atteste l'existence ancienne du 
culte druidique (2). La célèbre Roche-aux-Fées se trouvait 
jadis dans la forêt du Teil, en Bretagne; mais aujourd'hui 
son emplacement a été déboisé (3), C'était au pied des ar- 
bres que les fées aimaient à se montrer. Témoin cet arbre 
aux fées où, au temps de Jeanne d'Arc, les superstitieux 
habitants de Domremy faisaient chanter la messe pour 
éloigner les esprits malfaisants (4). 



(1) Voy. H. Lepage, le département delà Mexnihe, t. II, p. 247. 

(2) Ce lieu est près d'Abresch\vâller. (Voy. H. Lepage, ouv. cU, t. II, 
p. 6.) 

(3) Mémoires de V Académie celtique^ t. V, p. 379, 381. 

(4) Notices et exlrails des manuscrits de la liibliot/ièque du roi, t. III, 
p. 300. — Procès de Jeanne dÂrc, publié par Laverdy. — J. Quicherat, 
Procès de Jeanne d* Arc, t. I, p. 67 et suiv., t. li, p. 390 clsuiv. 



CHAPITRE III. 67 



CHAPITRE III. 

ÉTAT FORESTIER DU JURA ET DU PAYS DES HELVÈTES. — FORÉ.TS DE LA 

GERMANIE, GRAVIDES FORÊTS DE l'aLLEMAGNE. CAUSE DU DÔDOISEMENT 

DANS CE PAYS. 

Quoique les Romains comprissent dans la Gaule le pays 
des Helvètes, il se rattachait plutôt par sa configuration 
à la Rhétie et à la Vindélicie, contrées en partie occupées 
paç des populations d'origine celtique. On peut dire que 
les forêts de la Germanie commençaient avec le Jura, 
puisque c'est la barrière naturelle qui ferme la France à 
l'est. La disposition orographique de cette chaîne, son 
sol calcaire éminemment propre à la croissance des 
arbres, la rapprochaient des PFéP/rfcr allemands, et, il y a 
deux mille ans, son aspect devait présenter une ma- 
jestueuse horreur. Les six à huit lignes parallèles dont 
le Jura se compose, comprennent une longueur de 
quatre-vingts à quatre-vingt-dix lieues, sur une largeur de 
dix à quinze ; il se termine à l'ouest au mont Vouache, 
dans l'ancien territoire des AUobroges, et à l'est, au Rau- 
denberg, près de Schaffouse, non loin de Tancien terri- 
toire des Rauraques. C'était naguère une suite de défilés 
impénétrables, bordés d'épaisses forêts. Des sommets de la 
Dole, du Chasserai, du Chaumont et du Weissenstein, ces 
forêts descendaient jusqu'au fond des vallées longitudi- 
nales qui, semblables à de larges ravins, séparent les 
crêtes parallèles ; elles garnissaient les cluses el masquaient 
les torrents (1). Des vents glacés, le Joran ou Juran et la 

(1) Voy. J, Thurmann , Essai sur les sotiUvemenls jurassiques de ' 
Poi^entmy, Paris, 1832, p. 47. 



68 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

Montaine (i), qui soufflent encore dans ces contrées, du 
nord, du nord-ouest, de Test, s'engouffraient dans les dé- 
filés et arrêtaient la marche des voyageurs assez osés pour 
s'y hasarder. Aujourd'hui, des villages ont remplacé les 
arbres qui tapissaient les vallons. Les petits cours d'eau 
qui traversent ceux-ci, la fertilité du sol ont appelé les 
habitants (2). 

A l'époque où les Romains pénétrèrent dans la Séqua- 
nie, les forêts des pentes occidentales du Jura devaient se 
rattacher à celles des pays des Lingons et des Eduens. 
Un épais manteau d'arbres s'étendait entre l'Ognon^ le 
Doubs et la Saône ; mais bien des centres de population 
s'y étaient formés, favorisés par la nature du sol que 
la main de l'homme avait déjà éclairci. Des oppida^ des 
vicus^ existaient en Séquanie, et Vesontio (Besançon), 
situé au pieddu Jura, était au temps de César non-seule- 
ment une ville importante, mais encore un lieu d'appro- 
visionnement (3). La domination romaine une fois établie, 
la Séquanie fut coupée par des voies dont on reirouve 
encore de nombreux tronçons. L'une d'elles passait à 
Gredisans, village de l'arrondissement de Dôle, et tra- 
versait une contrée qui conserve le nom de Vieux-grofid" 
chemin^ ou de Chemin de la Poste; elle reliait Dôle à 
la ville détruite qu'a remplacée Dammarlin. Les forêts 
qui la bordaient en plusieurs points ont fait le sujet d'une 
foule de traditions féeriques qui se sont perpétuées jus- 
qu'à nous. La forêt de la Serre, notamment, a joui chez 
les conteurs d'une grande célébrité ; ils en firent le théâtre 

(!) Voyez, sur ces vents, J. Thurmann, Essai de Phytostatique appli- 
(jxiée à la chaîne du Jura, t. I, p. 69. Berne, 1849. 

(2) Voy. Girod-Chantrans, Essai sur la géographie physique du dépar- 
icment du Doubs, t. 1, p. 2!. 

(3) DebelLgnlL T, 39. 



CHAPITRE III. 69 

de mille fictions : c'est là, disaient-ils, que l'empereur 
Frédéric allait tenir ses cours d'amoui; (4). 

La forêt de la Serre n'est qu'une petite fraction du Sal- 
tus sequanus que constituait le Jura. Dans celte chaîne 
\ivent des traditions qui remontent jusqu'aux Ro- 
mains et aux Gaulois. Ainsi, au Champ-Dolent, lieu voisin 
de Villers-Farlay, dans l'arrondissement de Poligny, se 
continuent des pratiques d'origine certainement païenne. 
Un autre débris du Sallus sequanus était l'immense forêt 
qui s'étendait naguère entre la rive gauche du Doubs et 
le bassin de la Seille. Son sol est aujourd'hui complètement 
défriché ; mais on a retrouvé aux environs du village de 
Tassenière, en creusant la terre, des fragments d'an- 
tiques troncs que la pioche ne put déraciner. Un reste 
non moins important du même saltus est la forêt qui 
porte actuellement le nom de Chaux ou de Lachaux^ et à 
laquelle se rattachent des traditions druidiques (2). A la 
même catégorie appartiennent la forêt de Colonne, peu- 
plée d'ermites au vi* siècle, et celle qui s'étend entre Sel- 
lières, Arlay et Bellevesvre, arrondissement de Lons-le- 
Saulnier. Un village de ce canton, Vers, s'appelait origi- 
nairement Warz, et tira son nom de sa position forestière ; 
car ce mot a le même sens que celui de Harz. Des souvenirs 
du culte des bois s'y sont conservés. Les paysans de Vers- 
sous-Sellières s'imaginent encore que les restes démantelés 
des vastes lucus de leurs ancêtres sont habités par des 
esprits mystérieux, des dames blanches, des dames vertes^ 

(1) Roussel, Dictionnaire géographique des communes du Jura, t. III, 
p. 283. 

(2) Dans cette forôt, dont le nom parait dérivé du celte chod, bois, 
existe un grand nombre de mottes» de tumulus, où, suivant la croyance 
populaire, venaient s'assembler des esprits mystérieux. Pareille superstition 
s'attache à i^ pie ire qui vire, vieille borne servant de limite du côté do 
la Lave. (Voy. Rousset, o. c. t. IIÏ, p. 2GI ; t. II, p. 280; t. I. p. 337. 



70 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANGE. 

des lotips-garous et des sorciers {i)y qui viennent la nuit 
y prendre leurs ébats. Pareille croyance se perpétue au 
village de Chatelneuf (arrondissement de Poligny); la 
superstition populaire peuple la forêt qui en porte le nom, 
et celle de LouUe, d'esprits, de sylphes et; de chasseurs 
sauvages (2). 

Les premiers défrichements opérés dans la contrée du 
Val de Miéges (arrondissement de Poligny), datent très- 
vraisemblablement des Gaulois. Depuis cette époque 
jusqu'à Charlemagne, la grande forêt du Jura ne cessa 
de s'éclaircir. Dans une charte de l'an 793, rédigée à Reims, 
cet empereur fit don à Tabbaye de Saînt-Oyen-de-Joux 
d'une grande partie de la forêt du Jura, dont il indique 
ainsi l'étendue : Depuis le lac de Brassus, nommé l'Orbe, 
et tout le long de Noirmont; en suivant le cours de cette 
rivière jusqu'aux Alpes et au chemin qui traversait le 
milieu de la Ferrière-sous- Jouarre ; depuis le cours de la 
Valserine jusqu'au Bief-Brun, et dès ce Bief jusqu'à la Se- 
mine; de la Semine jusqu'au Bief-Noir ; la troisième partie 
d'Eschalon, et depuis la rivière d'Orbe, du côté du cou- 
chant, j usqu'aux Chau mes appelés ilfererwes (les Marêchets), 
et de là, en tirant à l'est, jusqu'à la plaine de Segouciac 
(dans le pays de Vaud) (3). 

Lf^s forêts du Jura étaient en divers points coupées par 
des lacs, des étangs, dont le fond incomplètement desséché 
s'est transformé en tourbières (4), où sont venus se pourrir 
les troncs qui s'élevaient jadis pleins de sève sur la pente 
des montagnes. Tel est le cas, par exemple, pour le village 

(1) Rousset, Dict. géogr, des comm. du Jura^ t. VI, p. 43. 

(2) Ibid, t. Il, p. 19. 

(3) Ibid. t. IV, p. 398. — Cf. Pyot, Statistique générale du Jura, 
p. 441. 

(4) Voy. Guyétant, Tableau de Véial actuel de Véconomie rurale dans 
le Juray p. 25. — J. Thurmann, Essai sur les soulèvements jurassiques 



CHAPITRE III. 71 

de Fay-en-Bresse (arrondissement de DôIe), construit au 
milieu d'une vaste forêt, traversée par de larges étangs 
qui s'allongent à perte de vue(l). Le territoire de Cour- 
laoux (arrondissement de Lons-le-Saulnier) était autre- 
fois occupé par une forêt entrecoupée de marécages (2). A 
Biefinorin (canton de Poligny), et dans la contrée environ- 
nante, ces tourbières forestières sont singulièrement mul- 
tipliéesT; une mousse épaisse les recouvre et en dissimule 
la profondeur. Le fond de ces flaques d'eau est consis- 
tant et retentit comme un pavé. Là sont venus se dé- 
poser des arbres et une foule d'objets que le temps y a 
entraînés (3). 

Plusieurs de ces lacs étaient consacrés à des divinités ; 
car chez les Celtes, les dieux des eaux voyaient souvent 
leur culte associé à celui des dieux des bois. Au nord de la 
Séquanie, aux environs de Luxeuil, célèbre par le culte de 
Luxovius qui présidait à la vertu de ses eaux thermales, 
s'étendaient des forêts sacrées où se pratiquaient encore au 
moyen âge des cérémonies païennes. « Ibi imaginum lapi- 
dearum densitas, écrit Jouas (4), vicina saltùs densabat 
quas cyltu miserabili rituque profano vetusta pagano- 
rum tempora honorabant. » 

de Porentruy y Paris, 1832, p. 47. Presque tous ces lacs ou tourbières 
sont situés à environ 800 mètres au-dessus du niveau de la mer ; on les 
trouve surtout dans les forôts d'épicéas. 

(1) Rousset, ouv. cit. t. îll, p. 92. 

(2) Rousset, ibid, t. III, p. 300. 

(3) On en a retiré dos plats d'étain, des chaudrons, des ustensiles de 
cuisine et des objets beaucoup plus anciens. Roussot, oui;, cil. t. 1, 
p. 228. Ed. Clerc, la Franche-Comté à V époque romaine^ p. 1 56 (Besan- 
çon, 1846). On a extrait de ces marais des chênes auxquels leur séjour 
dans les eaux avait donné Tapparence de l'ébène. C'est dans ces marais 
-que se cachèrent les habitants pour échapper aux désastres de la guerre 
<le1636. 

(4) Vila S, Columbani, 17. ap. Acta SS. ordinis S. Benedicti, U II, 
p. 13. 



72 LES FORÊTS DE LA GALLE ET DE L* ANCIENNE FRANCE - 

Après avoir pour ainsi dire gravi les pentes occiden- 
tales du Jura, les forêts de la Séquanie redeseendaieni 
sur les pentes opposées et se liaient au vaste manteau 
d'ombrage qui dérobait aux yeux les vallées et les monta- 
gnes du pays des Helvètes. Le Rhin les séparait de la fo- 
rêt Noire {Sc/iwa7'ztvald); celle-ci s'étendait du pays des 
Rauraques, près duquel se trouve son point culminant dé- 
signé sous le nom de Hœm von Sckwarzwald (1), jusqu'à 
la partie de la Souabe où le Danube prend sa source. 
L'empereur Julien la iraversa dans toute sa longueur lors- 
qu'il afla reconnaître les sources de Tlster (2). 

Au delà de la Sylva Marckma, quand on avait passé le 
pays des' Chattuares et celui des Curions, on rencontrait la 
forêt Gabrète (sf/lva Gabreta ou G abrita) (3). La partie 
la plus occidentale de cette forêt correspondait au 
Thïiriiujcnvald^ ou forêt de la Thuringe, qui constitue 
encore aujourd'hui un des cantons les plus forestiers de 
l'Allemagne, un de ceux qui peuvent le mieux donner 
ridée des anciennes forêts de la Germanie; aussi, les habi- 
tanlsdupaysrappellent-ilslaForêt,laForêt par excellence, 
der Wald (4). La forêt de Thuringe est surtout composée 
de chênes qui s'associent quelquefois aux hêtres, plus ra- 
rement aux conifères, au pin, au genévrier, au mélèze, 
à l'épicéa. Cette dernière essence est une des plus belles 
de l'Allemagne centrale, et plusieurs individus y comptent 
un siècle et un siècle et demi d'existence (5). L'épicéa 

(1) Cf. Martinus Gerberlus, 2/w7on'a Nigrw Syhx ordinisS. Benedicti 
colmix, t. I, p. 12 (1783, m-4*). 

(2) Amiiiien Marcellin, XXI, 8, 9. 

(3) Strabon, YII, p. 292, Plolémée, Géograph, II, 11. 

(4) Voy. l'article sur cette forôt donné dans VAUgem. Forsl-und Jagd- 
Zeilung do Behlen, juin 183G. 

(5) Behlen, AUgemeine Forst-und Jagd-Zeilung, 1836, p. 435 ; II. 
Schaclit, Les arbres j trad. par Morren, p. 386. 390. 



CHAPITRE III. 73 

s'accommode merveilleusemeot du sol de porphyre et de 
grès rouge {todtliegende) qui recouvre surtout les pentes 
septentrionales de la Thuringe. Sur les hauteurs moins 
élevées de calcaire de la partie orientale, le sapin dispute 
le terrain à l'épicéa (i), car cet arbre tend toujours à en- 
vahir les cantons dans lesquels il a une fois pénétré. 11 
chasse Je hêtre qui, après avoir composé avec lui le fond 
du Thûringerwald, s'est réfugié à l'ouest, entre Eisenach 
et rinseisberg, et au pied de quelques cimes, telles que 
celles du Schneekopf. Le plus curieux débris de l'antique 
forêt de Thuringe, est celui qui se trouve au sommet 
du Wurzelberg, près de Katzhûtte, et dont M. Schacht 
nous a donné, dans son excellent ouvrage, une si curieuse 
description. C'est, dit-il, la plantation la plus sauvage et 
l'association la plus riche qu'il ait jamais vue d'épicéas, 
de sapins et de hêtres. 

La forêt Gabrète recouvrait le versant méridional des 
monts Sudètes (2) {montes Sudeii), aujourd'hui le Bœhmer- 
ivald (2), dont les restes se voient encore dans les districts 
si boisés de la Bohême (3). Plus loin, en allant vers le pays 
des Quades, on rencontrait la sylva Luna (4), qui se termi- 
nait aux montes Sarmatorum. Au nord de cette forêt s'of- 
frait la célèbre forêt Hercynienne {sylva Hercynia ou Orcy- 
nia) (4), véritable pendant de l'Ardenne, et qui inspirait 



(1) icO^Tira opu, les monts Sudètes. Ils se joignaient à VAsciburgium 
mons, le Riesengebirge actuel, jadis couvert de forêts. 

(2) Aux xiii* et XIV* siècles, le Bœhmerwald {Sylva boemica) était con- 
fondu avec la forêt Hercynienne, et regardée encore comme une ligne con- 
tinue d'arbres qui allait rejoindre les forêts de la Transylvanie ou Sylva' 
paganorum. Voy. de Sanlarem, Essai sur Vhisioire de la Cosmographie 
au moyen âge, t. III, p. 264. Voy. sur les forêts de la Bohême, et no- 
tamment sur celles du cercle de Bunziaw, qui occupent encore aujour- 
d'hui le tiers du sol, Sommer, Dos Kœnigreich BœUrnen^ t. II, p. 26. 

(3) 'H Ao6v« uXîi, Ptolém. Géogr. II, xi. ^ 

(4) Voy., sur celte forêt, Tit. Liv. V, 34; Plin* Hist. ?ial, IV, 25, 28;" 



74 LES FORÊTS DELA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANGE. 

aux Romains encore plus d'étonnement et d'effroi ; tel 
Fut le sentiment que cette forêt éveilla dans l'esprit de 
l'empereur Julien (1), quoiqu'il y eût déjà plus de quatre 
siècles que Drusus en avait ouvert les profondeurs par 
une route (2). Le nom de forêt Hercynienne fut du reste 
souvent étendu par les anciens à l'ensemble des forêts 
qui occupaient le centre de la Germanie. César donne 
déjà à ce nom une acception aussi générale, puisqu'il 
fait commencer la forêt qu'il appelle ainsi, aux fron- 
tières des Helvètes, de? Nemètes et des Rauraques, et 
qu'il la prolonge suivant la direction du Danube jus- 
qu'au pays des Daces et des Anartes (3). Il englobe 
donc dans la forêt Hercynienne la forêt Marciane et 
toutes les chaînes boisées de la Bavière et de TAutriche. 
Strabon ne lui assigne guère moins d'étendue ; car il 
nous la représente comme occupant le territoire des Boïens 
et des Suèves(4). Le poète Claudienla prolonge au sud 
jusqu'à la Rhétie (5). Cette élasticité topographique de la 
forêt Hercynienne s'explique par ce fait que toute la Ger- 
manie, du sud-ouest au sud-est, apparaissait comme une 
seule^et même forêt, redoutable retraite qu'il fallait 'ab- 
solument traverser pour arriver aux frontières de la Sar- 
matie et de la Dacie. Voilà pourquoi Charlemagne nous 
est dit avoir passé par la forêt Hercynienne, lorsqu'il alla 
porter la guerre chez les Bohèmes (6). Il s'y livra au plaisir 



Pomponius Mêla, III, 3 : Tacit. German, 28, 30. Cf. F. A. Ukert, Geo- 
graphie der Griechen wid Rœmer, t. III, part. I, p. 111, et K. Barth, 
Texdschlands UrgeschichtCy 2« édil. t. III, p. 90. 

(1) Julian. EpistoL LXIII. Cf. Suidas, V XQf.u.%. 

(2) Florus, IV, 12. 

(3) GaBsar, De belL gaU. VI, 25. 

(4) Strabon, Vil, p. 292, 293. 

(5) Prominet Hercyniae confiais Rhetia sylvœ, De bell, GeL 331. 
(6} Eginhard, Annales^ ann. 805. 



CHAPITRE III. 75 

de la chasse (1), poursuivant les bœufs sauvages ou bubales 
dont elle était alors peuplée (2). 

Le moyen âge a généralement désigné cette forêt sous 
le nom de Hircanus saltus. On en racontait, comme de 
l'Ardenne, des choses merveilleuses; et son souvenir s'at- 
tacha si fortement pour les nations occidentales de TEu- 
rope aux contrées placées à leur orient, que les anciennes 
cartes nous présentent la Bohême, et toute la contrée qui 
continuait à être désignée sous le nom de Scythie, comme 
couvertes d'une immense forêt (3). 

La stjlva Bacenis s'étendait à l'est du Rhin et servait de 
frontière aux Suèves et auxChérusques(4). Au nord-ouest 
se trouvait \qIucus Baduhennœ (5), qui formait la tête des 
forêts de la Frise. Cette partie de l'Allemagne demeura 
longtemps boisée. Les chroniqueurs ajoutent souvent, aux 
noms des localités qui y sont situées : in sylvis australl- 
hus (6). Le village de Frodawald indique par son nom 
l'existence d'une forêt qui se continuait au sud entre les 
estuaires Flevo et Lavica (7). Ce district reçoit chez les 
auteurs du moyen âge l'épithète de sylcestris, et les chro- 
niqueurs bas-allemands l'appellent Dee Seven Holden. 
Au XV* siècle, cette forêt frisonne : Frisia forestensis, comme 
disent les anciens géographes, appartenait à l'évêque 

(1) « Sed antca venationembubalorûm, caîtoranimque ferarumper sal- 
» tum Ilircanum exercuit. » (Eckhart, De reh, Franc, orient, t. II, p. 32.^ 

(2) Ce sont les urus de la forêt Hercynienne dont nous parlent déjà 
Pline {UisU naU lib. VIII, c. xv) et César (De bell. gall. VI, xxviii). 

(3) C'est ce qu'on observe dans les cartes, à partir du xiv« siècle. (Voy. 
de Sanlarem, Eisai sur Vhistoire de la Cosmographie et de la Carto- 
graphie pendant le moyen âge, t. III, p. 23.) 

(4) CsBS.De beU. gaU.\l, 10. 

(5) Tacit. Annal. IV, 73. 

(6) Voy. M. Alting, Descr, Frisix, p. 14. Amst. 1701. 

(7) Frodawalda ou FredawMa ou Frodasylva, C'est aujourd'hui une 
grande bruyère qui s'étend jusqu'aux bords du Zuyderzée. (Voy. Alting, 
ouv. cit.p. 60.) 



76 LES FORÊTS DE L.\ GAfLE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

d'Utrecht (1). Elle allait rejoindre celles dont était cou- 
vert le Brabant, débris du grand manteau forestier sous 
lequel s'enveloppaient, ainsi qu'on l'a vu plus haut, le 
pays des Ménapiens et celui des Nerviens. La forêt de Ai- 
mègue {Noviomagensis sylva) qui existait au ix* siècle, et 
dans laquelle allait chasser Louis le Débonnaire (2), celle 
où, en 1172, Henri, duc de Brabant, fit bâtir une maison 
de plaisance, circonstance qui lui valut le nom de sylva 
Ducis (3), sont autant de tronçons de la grande bande 
forestière qui unissait la Gaule Belgique à la Germanie 
septentrionale. 

Quoique le nord de l'Allemagne ne présentât pas des 
retraites ombragées si profondes et si continues que 
le centre de ce pays, il offrait cependant de nombreuses 
forêts. Non loin du Weser existait la forêt Teutoburg 
[T€iitoburgencald)y que la défaite de Varus a rendue ce- 
lèbre(4). La sylva Cœsia (5) occupait le pays de Goesfeld 
et de Nottuln et avait son point culminant au Mons Coi- 
siwn (6). Au delà se trouvaient les forêts du Holstein, pro- 
vince qui devait son nom à l'abondance de ses bois (7). Sur 
les bords de la mer du Nord existaient cette forêt de Sem- 
nons, dont Tacite nous a fait connaître le caractère re- 
ligieux (8), et le bois sacré des Naharvales, peu distant, des 



(1) Alting, ouv, cil. p. 58. 

(2) Bginhard, Annales Francor. an 825. 

(3) Aujourd'hui S'IIerlogenbosch ou Bois-le-Duc ^ dans le Brabant sep- 
tentrional. 

(4) Tacit. Annales, I, 51, 61 ; II, 7. Florus, IV, 12. Velleius Pater- 
culus. II, 105, 106, 120. Strabon, VII, p. .291. Dion Gassius, LVI, 18, 
24. Frontin, Slratagem. IV, 7, 8. 

(5) Tacit. Annal. I, 50. 

(6) Voy. Wilken, Versuch einer GeschiclUe der Stadl Munsiery p. 68. 

(7) Holstein, en latin Holsaiia. a Holzati dicti a sylyis quas accolunt. > 
Adam. Bremens. Histor. eccles. II, 8. 

(8) Voy. ce que j'ai dit dans l'introduction. 



CHAPITRE rtl. 77 

rives de l'Oder (1). Près de Minden était une autre foret 
consacrée à un dieu que Tacite identifie à Hercule (2). La 
Sf/lva Seinana^ moins septentrionale, et qui paraît s'être 
étendue sur le versant méridional du Mom Melibociis {S)y 
formait le passage des forêts de la Germanie du nord à celles 
du centre; c'était conséouemment une 'des fractions de la 
forêt Hercynienne. Celle-ci se scinda de bonne heure en 
plusieurs forêts distinctes qui constituèrent elles-mêmes 
encore d'immenses cantons forestiers; tels sont l'Erz- 
bîrge, le Thûringerwald, le Harz, et cette forêt que les 
chroniqueurs du moyen âge désignent sous le nom de 
Sylva o€cide7îialis{Westerwol(l}^et qui recouvrait les mon- 
tagnes de la Hesse; tel était aussi le Spesshart, un des 
plus importants vestiges de la forêt Hercynienne (4), et 
dans le nom duquel reparaît ce mot hart ou karz, si- 
gnifiant forêt en langue teutonique et qui entre en com- 
position dans un grand nombre de noms de lieux. 

Le Harz est peut-être de toutes les forêts allemandes 
celle qui a le plus gardé l'aspect des antiques forêts de la 
Germanie. La prédominance du pin, l'absence totale du 
chêne la rattachent à la classe des forêts septentrionales. 
C'est une grande marche forestière qui sépare les quatre 
États sur le territoire desquels elle s'étend, le Hanovre, 
le Brunswick, la Prusse et l'Anhalt. Jadis, à ces lignes de 
conifères se mêlaient aussi des amentacées, qui impri- 



(1) Tacit German. 43. 

(î) Tacit. Annal, II, 12. * 

(3) Tb MifjXiScxov 9po; — *H 2r,p.avà '3Xvs. Ptolémée, Gàogr. II, xi. 

(4) Barlh, ouv. cit, p. 34. Aujourd'hui lésforôts sont désignées en alle- 
mand par les noms de Forsi et de Wald. Ce dernier mot s'applique à 
toute une étendue de pays couvert d'arbres -, le premier implique l'idée 
d'un canton déterminé d'une forêt, d'une superficie bornée par des mon- 
tagnes, des vallées ou des bruyères. (Behlen, Lehrbuch der dentschen 
Forst'Und Jagd-Geschichte, p. 174. Francf. 1831.) "Voyez ce qui est dit 
plus loin de l'origine de ces différentes acceptions. 



78 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

maient à sa physionomie une teinte moins sombre; mais 
le défaut d'aménagement dont le Harzwald eut longtemps 
à soufiFrir (1), a laissé le pin tout envahir, et aujourd'hui 
le hêtre devient de plus en plus rare (2). Quant aux 
autres essences, elles ne se rencontrent presque pas dans 
les futaies, et ne se présentent que dans les petits bois. De 
grands incendies ont, à certaines époques, dévasté cette 
forêt. Le plus célèbre est celui qui arriva en 4473, 
par suite de l'incroyable sécheresse de l'année; car il ne 
tomba pas une goutte de pluie depuis le huitième jour de 
la Pentecôte jusqu'à la Saint-Éloi(2 décembre). Des oura- 
gans terribles déracinèrent aussi des cantons entiers de 
la forêt, notamment en 1714, 1747 et 1800. Enjfîn, un en- 
nemi plus dangereux encore, parce que ses attaques 
étaient moins passagères, les xylophages {hylurgiis pini- 
perdu) se répandirent par milliers sur les arbres et en at- 
taquèrent le bois. Cette maladie, appelée Trockniss, « sé- 
cheresse, » tua, en moins de douze ans, un million et 
demi de pins et fut, pour le pays, un véritable fléau. Le 
Harz est coupé eu divers endroits par des tourbières (torf- 
mooré), qui, lorsqu'elles occupent des plateaux élevés, 
sont souvent dépouillées de toute végétation. Çà et là on 
aperçoit quelques bouleaux {betula pubescens et betida 
7iana). Des bêtes fauves habitent en grand nombre les pro- 
fondes retraites du Harzwald, le cerf (cervus elaphus), le 



(1) Mais depuis deux siècles enyiron, surtout dans le haut Harz, l'a- 
ménagement des forêts peut être, au contraire, proposé comme modèle. 
ISàbies exceha^ aménagé, en général, par révolutions de cent vingt ans, 
y fournit des produits abondants, et s'y propage d'une manière remar- 
quable. (Voy. sur l'aménagement de ces forêts, F. Leplay, les Ouvriers 
européens j p. 145. Paris, Imprimerie impériale, 1855.} 

(2j Voyez l'intéressant article intitulé : Die Waldungen und Jagden 
des Ilarzes, dans ïAllgenieine Forsl-und Jagd-Zeilung de Behlen, mars 
1834. 



CHAPITRE lïl. 79 

sanglier, le blaireau, le chat sauvage, le lynx {felis lynx) 
et le renard. 

Les souvenirs du culte célébré dans les forêts de la Ger- 
manie se sont conservés au Brocken, dans le Harz et en 
d'autres localités environnantes, au Fichtelberg, dans la 
forêt de Zeitelmoos(l), comme dans les profondeurs du 
Riesengebirge. 

Le déboisement commença de bonne heure dans la Ger- 
manie; mais il ne s'effectua jamais sur une bien ^grande 
échelle. Les Gaulois qui accompagnaient Sigovèse durent 
opérerquelquesdéfrichementsdanslaforêtlïercynienne(2). 
Sur le Rhin et ses affluents, de nombreuses corporations 
de flotteurs, dont Texistence remonte aux Romains (3), 
conduisaient, attachés en radeaux, les arbres que leurs 
compagnons avaient abattus dans les forêts voisines, et ce 
fut là sans aucun doute une cause active de déboise- 
ment (4). Mais la disparition des forêts, que les chapitres 
suivants nous montreront s'être rapidement opérée dans 
la France, à partir du xii" et du xiii'' siècle, ne s'effectua que 



(1) Voy. J. et W. Grimm, Traditions allemandes, trad. par Theîl, 1. 1, 
p. 68. 

(2) Voy. Tit. Liv. lib. V, 34. 

(3) Ces corporations sont plusieurs fois mentionnées dans les inscrip- 
tions sous le nom de Nauta. (Orelli, Inscript. Helvetix^ p. 170, n» 174, 
p. 180, n» 212; Inscript, latin, sel. n»» 4077, 4120, 6950, 7007, 7254.) 
(Voy. un mémoire de M. Max do Ring, intitulé : Notice sur les Nattts' 
du Rhin, dans le Messager des sciences historiques de Belgique , an 1842, 
p* 332 et suiv.) Il y avait aussi dos corporations d'ulricularii (Orelli, 
Inscript, sel, n**" 7208, 6991, 41 19) qui conduisaient des trains soutenu^ 
par des outres. 

(4) La corj)oration des flotteurs existe encore aujourd'hui ii Ettingon 
et dans les environs. Elle est désignée sous le nom de Schifferscha/h 
mot qui répond tout à fait au contubemium nautarum des inscriptions 
latines. Cette corporation se partage en trois brandies, selon le métier de 
ceux qui en font partie : 1" les Waldschiffer, qui coupent dans les forêts 
le bois destiné au flottage ; 2° les Murgschiffer ou flotteurs de la Murg; 
3« les Rheinschiffer ou flotteurs du Bhin. Voy. M. de Ring, mém. cita. 



80 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

beaucoup plus lentement chez nos voisins d'outre-Rhin. 
Sans doute de magnifiques futaies tombaient journelle- 
ment sous la hache du bûcheron (4); le besoin de lumi- 
naire (2) amenait la décortication des arbres préjudi- 
ciable à leur croissance (3) ; on manquait, dès les x' et xi* 
siècles, en certains cantons, de bois de chauffage (4); quel- 
ques forêts, par exemple celle de Nuremberg, presque to- 
talement défrichée auxv* siècle (5), celle d'Altholt, située 
près de Soest, que l'archevêque de Cologne, Reinhold, ne 
regardait plus que comme un bois sans valeur (6), disparu- 
rent avec le temps; mais en une fouled'autreslieuxlaforce 
de la végétation forestière, des mesures intelligentes prises 



( 1) Voy, V. G. Anton, Geschirhle cler dcuischen Landwirlhschafl. 
t. I, p. 459 et suiv. (Gœrlilz, 1799.) 

(2) ce Cortices arborum quibus adluminariautîsolemus. » Vit. Ludger. 
ap. Leibniz, Scriptor. Germanie. 1, 87. 

(3; Les arbres ser\'ant à cet usage recevaient le nom do Schleissbximu:. 
éScIdeisshoh, et les fragments que l'on bnilait en guise de torches s'appe- 
laient Spell. Anton, ouv, cit, t. I, p. 461. Dans certaines provinces de 
France, la rareté de l'huile et du suif faisait qu'on s'éclairait avec des 
torches, ce qui avait lieu encore en Bretagne au siècle dernier. Voy. G. 
Daresle de la Ghavanne, Histoire des caisses agricoles en France. 2® éd. 
p. 49 1 . 

(4) G'cst ce qui résulte des termes de certaines chartes. Ainsi on voit, 
en 995, Otlion 111 donner à l'abbaye de Waldkirclien un bois [lucus) ap- 
pelé Hard, parce que les moines manquaient de bois. (Voy. Acta acad, 
Theod. Pal. 111, p. 134, etSchœpflin cité par Anton, t. II, p. 342. 

(5) Une charte de l'empereur Frédéric II fait donation de cette forêt à 
Henri Waldstromer et à son frère Gramlieb, pour services rendus idlra 
mare . Frédéric assure aux deux frères, à leur familleet à leurs descendants 
la charge de forestier, avec droit de chasse et de couper du bois dans la 
forêt. (Voy. HuillardBréholles, Hisioria diplomatica Federici Secumii. 
t. III, p. 41 .) — Une charte de 1266 de l'empereur Conradin accorde l'ad- 
ministration de la môme forêt à Conrad Stromaer et à ses héritiers. (Voy. 
Monumenta Boïca, nova coUect. t. XXX, part. I, p. 348.) — En 1309^ 
l'empereur Henri VII ordonna que la forêt de Nuremberg lût remise en 
état et plantée d'arbres. (Voy. Gotta, Piintipes de la science forestière, 
2* éd. trad. Nouguier, p. 9.; 

(6) Aussi cette forêt est-elle qualiliéc d'area nemoris. (Voy. Kindlin- 
ger, Miinsier, Beilrœge^ t. II, p. 9.} 



CHAPITRE lU, 84 

par les seigneurs, arrêtèrent cette destruction inconsidé- 
rée, et ce fut au xvii* siècle seulement que les guerres qui 
désolèrent TAllemagne, la dépouillèrent sur bien des 
points des majestueux ombrages dont elle était enveloppée 
depuis des milliers d'années. La Germanie garda donc 
plus longtemps que notre pays cet aspect forestier 
qu'offrait la Gaule, lors de la conquête romaine. 



82 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE, 



CHAPITRE IV. 

ESSENCES FORESTIÊHKS DE LA GAULE. — AMÉNAGEMENT ET ENTRETIEN DES 
FORÊTS AU TEMPS DES ROMAINS. — PREMIER DÉBOISEMENT. 

Les essences qui composaient les forêts de notre pays, 
au temps des Gaulois, étaient généralement les mêmes 
qu'on y rencontre aujourd'hui, abstraction faite bien en- 
tendu de celles qu'y ont introduites les progrès de la sylvi- 
culture. Ainsi on y voyait déjà nos principales espèces de 
chênes (1 ), l'érable (acer) (2), le bouleau, dont les Gaulois 
tiraient une sorte de résine (3), Terme (4), le saule (S); de 
magnifiques pins croissaient sur les hauteurs des Vosges, 
du Jura et des Alpes (6), et fournissaient une poix re- 



(1) Plin. Hist. nat. XVI, 31. 

(2) /&id. XV1,26, 27. 

(3) Matlhiol. In Dioscorid. l, c. xciii. Pline (XVI, xviii, g 30) parle 
de la beauté des bouleaux de la Gaule : « Gallica hsec arbor, écrit-il, 
» mirabill candore atque tenuitate, terribilis magistratuum virgis. » 
Le nom latin de cet arbre, betula, paraît être dérivé du nom celte, qui 
était vraisemblablement beitha ou bel. Quant au nom de bouleau f lui- 
même, il est dérivé de belula, « bétoul, bétouieau, » par la suppression dui, 
comme les mots rouleaUj rôle^ sont formés du latin rolulus par la suppres- 
sion de la môme lettre. (Voy. Radlof, Neue Untersuch. dea Kellenihums- 
Bonn, 1822, p. 300.) Le bouleau se rencontre surtout, comme essence 
forestière, sur les courants de lave de l'Auvergne. Il ne dépasse pas en 
altitude 1,985 mètres. 

(4) Plin. XV, XVII, 39. 

(5) Ibid. XV, xLiii, § 83. 

(6) Ibid. XV, 76. Le pin sylvestre, en tant que composant le fond des 
forêts, ne s'avance guère dans les plaines, au sud du 49®, et en altitude, 
au-dessus de 900 mètres. Il constitue aujourd'hui l'essence dominante du 
plateau granitique de l'Auvergne. Lç pin mugho, dans les Pyrénées, 
atteint jusqu'aux neiges étemelles. 



J 



CHAPITRE IV. 83 

cherchée jusqu'en Italie (1). L'if se rencontrait aussi fré- 
quemment en Gaulô ; les progrès de la culture durent 
plutôt s'opposer à sa propagation que la favoriser, car 
son ombrage était regardé comme funeste, son bois comme 
empoisonné (2). Le peuplier blanc est originaire de la 
Cisalpine (3) ; mais cet arbre préfère le bord des rivières 
aux épaisseurs des forêts; on ne saurait dpnc le compter 
comme essence forestière. Le buis atteignait, dans la Cel- 
tique, une hauteur inaccoutumée (4) , et le platane s'a- 
vançait au nord jusque dans le pays des Morins. Le 
hêtre, qui ne croissait pas dans la Grande-Bretagne, foi- 
sonnait au contraire en Gaule (5), là ou le sol atteignait 
une certaine altitude. On sait, en effet, que c'est à la 
hauteur d'environ mille mètres que le fagm sylvatica 
forme souvent à lui seul de magnifiques berceaux ou des 
forêts entières, à l'ombre desquelles pousse une végétation 
abondante, tandis que les chênes constituentde préférence 
lesforêtssurunsolmoinsélevé(6). Tous ces arbres étaient- 
ils indigènes dans ce pays? C'est ce qu'il est dififtcile de 
déterminer (7) ; il semble que certaines espèces, telles que 

(1) Columell. Dt re rusL XII, xxn, xxiii. 

(2) At^en. V, c. xl, t. II, p. 296, éd. Schweigh. 

(3) Des bords de l'Éridan. (Pausanias, I, Eliac. c. xiv, g 4.) 

(4) Plin. XVI, 28. Si, comme on le croit , le buis est originaire du 
Caucase, cet arbuste a dû être apporté fort anciennement dans l'a 
Gaule ; il croît aujourd'hui de préférence sur les terrains calcaires du 
Jlira et les schistes argileux des Pyrénées. La multiplicité des noms 
de Bussy, Buxeuil, Ewsièrey Boissy, etc., montre qu*en France le buis 
était jadis très-abondant. 

(5) Caesar, De bello gaU., V, 21. 

(6) Les hêtres n'apparaissent guère en France qu'à une hauteur de 
600 mètres, où ils s'associent encore aux chênes, essence dominante des 
forêts inférieures. Toutefois ces deux essences ne se mêlent pas d'ordi- 
naire; sur beaucoup de points, elles s'excluent ; et dans la région moyenne 
inférieure à 1,000, on voit souvent sur les mêmes terrains des bois de 
chênes et des bois de hêtres. Au-dessus de 1,000 mètres, les chênes sont 
rares, et à 1,200, ils ont complètement disparu. (Voy. Lecoq, Géographie 
•botanique, 1. 1, p. 450.) 

(7) Suivant Deleuze (Annal, du Muséum, t. UI, p. 191), la France 



84 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l'ANCIENXE FRA^îCE. 

le châtaignier qui recouvre aujourd'hui le vaste plateau 
de roches anciennes du centre de la France et les pentes de 
ses collines (1), sont des émigrés venus de TAsie. Car cet 
arbre (2) ne paraît pas avoir été connu dans les Gaules; 
Pline ne l'y mentionne pas; il se borne à dire que les pre- 
miers châtaigniers ont été apportés de Sardes. 

J'ai déjà dit plus haut qu'à l'époque de la conquête ro- 
maine, la culture avait pris en diverses parties de notre pa- 
trie une notable extension. Le froment était déjà cultivé 
danslesplaines crayeuses de la Champagne, sur les terrains 
tertiaires et jurassiques des territoires des Pictons et des 
Eduenset dans la Narbonnaise (3). he panicKip. se récol/ait 
en Aquitaine (4). Uarinca, le siligoi^), confondu plus tard 
avec le secale ou seigle, se semaient dans Ijes provinces 
méridionales. C'est, dit-on, à la culture de cette céréale 
que la Sologne (Secalaunià) doit son nom. 

renferme aujourd'hui deux cent cinquante espèces d'arbres, dont les 
trois quarts sont d'origine étrangère; ce qui réduit beaucoup le nombre 
d'espèces qu'on peut supposer avoir formé les forêts de la Gaule. Peut- 
être doit-on admettre qu'il y eut, dans notre patrie, plusieurs époques de 
végétation correspondant à des caractères forestiers déterminés. Toota- 
fois, si l'on induisait de ce qui s'est passé en Irlande, co qui a dû se 
passer chez nous, il faudrait admettre que la majorité des essences fores- 
tières est demeurée la même. En effet, on retrouve dans les bogs ou 
tourbières de l'Irlande, le chêne, le frêne, le bouleau, le sapin, le coudrier 
qui poussent encore aujourd'hui dans l'île. M. Worsaao a cherché à éta- 
blir, d'après M. Steenstrup, que les révolutions du sol du Danemark ont 
successivement donné naissance aux trembles, aux pins, puis aux hêtres, 
aux chênes. Le même auteur distingue quatre périodes. (Cf. Worsaae, 
Danemofks Vorzeii durch AUerihûmer und Grabhiigel, ùbers. von Ber- 
telsen, p. 7, Copenhague, 1844.) On pourrait tenter un travail analogue 
pour notre pays. 

(4) Voy. Dufrénoy et Élie de Beaumont, Descripiion géologique de la 
France^ 1. 1, p. 175. 

(2) Plin. HisL nal. XV, xxin, 25; XVI, 30. 

(3) Ibid, XVII, VM, 4. — Strabon, IV. p. 149, éd. MûUer et Dûbner. 

(4) Varron, De re rustica, I, c. vii; Pallad. De re rustica. I, xxxiv; 
Plin. Uist, naL XVII, viii ; XVIII, xxx, 72. 

(5) Strabon, lY. p. 158; Pline. XVIII, ?0. 



CHAPITRE lY. 85 

La plantation de la vigne, introduite d'abord aux envi- 
rons de Marseille (1), s'était peu à peu étendue dans la 
Gaule ; les progrès de cette culture ont certainement con* 
tribué à diminuer les forêts, notamment dans le midi et 
la région répondant à la Bourgogne. Au temps de Grégoire 
de Tours, Dijon était déjà entourée, à l'occident, de mon- 
tagnes couvertes de vignobles en renom (2). L'industrie des 
tonneaux, d'origine gauloise(3), venait se joindre à l'exten- 
sion des vignes pour accélérer le déboisement. 

Les guerres des Romains contre les Gaulois, et des Francs 
contre les Romains, furent pour les forêts une cause, une 
occasion de dévastation. César ayant attaqué les Belges, 
ceux-ci mirent pour se défendre le feu à leurs forêts (4) ; 
quand, au contraire, nos ancêtres choisirent les forêts 
comme retraite et y déposèrent leurs bagages, les Romains, 
à leur tour, y portèrent la flamme (5). Ces habiles domina- 
teurs renversaient tout ce qui pouvait s'opposer à leur au- 
torité, et, reconnaissant combien les forêts étaient dange- 
reuses par l'asile qu'elles fournissaient à l'indépendance 
des indigènes, ils employèrent ceux-ci à les abattre, non 
toutefois sans rencontrer de résistance. Aussi Tacite fait-il 
dire à Galgacus : < Sylvis emuniendis verbera inter contu- 
melias conterunt. » Les Romains n'abandonnaient pour- 
tant pas les forêts à une dévastation imprévoyante et sans 
pitié. On sait que des consuls nouvellement élus avaient. 



(1) Martial, lib. II, cpigr. lxxxii; lib. XII, opigr. gxxiii. 

(2) Gregor. Tur. Hisi. Franc, III, 9. 

(3) Plin. Hist. nat. XIV, xi, 27. 

(4) Dion Gassius, lib. XL, c. xlii, p. 030, od. Sturz. 

(5) Au siège d*Avaricum, nous voyons Vercingétohx déposer son ba- 
gago dans une forêt voisine. (Gœsar, De beU. galL VII, 16 sq.) Ge ftit 
dans les forôts qui occupaient les territoires des Bellovaques, des Am- 
bîains, des Atrebatos, que ces peuples, lors de leurs guerres contre Gésar, 
cachèrent lours provisions et leurs équipages. (Gœsar, De helio gaU,, 

rai, 6.) 



86 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

entre autres fonctions, la surveillance des forêts, ce que 
Ton retrouve désigné par les mots provincia ad sylvas et 
calles (i) . Dès les premiers temps de l'empire, les forêts 
furent soumises à l'impôt. Le bois était sujet au vectigal 
ou impôt indirect comme la plupart des objets de con- 
sommation (2). Dans le cadastre, on distinguait deux caté- 
gories de forêts, les sylvœ glandiferœ et les sylvœ vul* 
gares ^ ayant leur aménagement respectif (3). La sollicitude 
du gouvernement romain pour l'entretien des arbres utiles 
est marquée en vingt endroits. La loi des Douze Tables con- 
damnait à une amende de vingt-cinq as celui qui mutilait 
un arbre, amende autant de fois imposée qu'il y avait 
d'arbres mutilés (4). Des peines sévères furent édictées 
contre celui qui coupait, en Egypte, un sycomore, es- 
sence dont le bois servait à construire les digues qui rete- 
naient le Nil (5). Une loi du Code (6) nous montre les em- 
pereurs Arcadius et Honorius interdisant la destruction 
des cèdres dont était planté le bois sacré d'Apollon da- 
phnéen, près d'Antioche, défense renouvelée des temps 
païens (7), et qui avait alors pour motif non le respect dû 
au dieu, mais la protection des arbres. La garde des 



(1) Suoton. Vit. Cœsar. c. xix. 

(2) Voy. Dureau de la MuUe, Economie politique des RomainSy t. Il, 
p. 466. 

(3) Hygin. Gromatic. De limit, consliluend, ap. Die Schriften dêr RO' 
mischen Feldmesser, her. von Blume, Lachmann, Rudorff, t. I, p. 205, 
306, Berlin. 1848. 

(4) Lex XII Tab. viii, ad calcem Elément, juris rom. Heineccii, éd. 
Giraud, p. 491 .— Plin, HisL nat, XVII, l . Cf. Gains, Imt, Comm. IV, § il . 

(5) Digest. 1. XLVII, tit. xxi, 1. 10, ea? Ulpian. De offic. proc. Déjà, 
chez les Grecs, l'action de couper un arbre chez autrui était regardée 
comme un acte d'hostilité. (Libanius, Orat. VII pro Aristoph.p.l^Oy 
éd. Morell. — Xenophon. Ilistor. grxc. lib. IV, 1.)' 

(6) Cod, lib. II, tit. lxxvii. 

(7) Le sophiste Heraclite, d'une famille de prêtres, fut condamné à 
une amende qui \\\\ enleva une partie de son patrimoine, pour avoir 



CHAPITRE IV. 87 

forêts publiques ou privées était remise chez les Romains 
à des agents spéciaux appelés saltuarii (1). 

Les nombreux termes relatifs à l'aménagement des fo- 
rêts que Ton rencontre dans les lois romaines, prouvent 
d'ailleurs que les Romains étaient fort avancés en écono- 
mie forestière. Par les expressions de sylvœ materariœ et 
de st/lvœ ceduœ, ils distinguaient les forêts de haute futaie 
des bois taillis. Ceux-ci suivant leur caractère respectif 
recevaient des noms spéciaux tels que sylva regefminans , 
Sylva repullulans^ sylva renascens^ sylva stolones radicibus 
emittens. De même, des expressions particulières, comme 
celles d'arborés grandes^ arbores tonsileSy étaient en usage 
pour différencier les diverses classes d'arbres envisagées 
au point de vue de l'exploitation. 

Cette administration prévoyante des Romains empêcha 
la Gaule de trop se dégarnir d'arbres. Si l'extension de la 
culture amenait, en certains points, le déboisement, si les 
guerres furent une cause fréquente de dévastation des fo- 
rêts, si l'accroissement des latifundia entraînait la des- 
truction de bien des futaies, le goût des parcs, des jardins 
de plaisance, que les Romains avaient à un haut degré, 
leur faisait respecter des ombrages qu'une industrie agri- 
cole aussi développée qu'elle est aujourd'hui, n'eût pas 
manqué de détruire. 

Quoique l'invasion des barbares ait désolé notre pays, 
quoique les Huns, les Goths, les Vandales, les Burgondes, 
les Francs aient entretenu sur son sol presque constam- 
ment la guerre, la végétation forestière en beaucoup de 
points y perdit moins qu'elle n'y gagna. La fondation d'un 

coupé des cèdres sacrés. (Voy. Philostrat. De VU. sophUtarum, lib. II, 
c. XXVI, p. 614, éd. Olearius. Cf. Philostrat. De VU, ApoU, Tyan. lib. I, 

C. XVI.) 

(1) Petron, Salyric. c. lui. Digest. XXXII, 1. 38. 



88 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

grand nombre de villes et de villages sous la domination 
romaine avait nécessité de nombreux abattis ; la destruc- 
tion de plusieurs de ces villes et de ces villages par les bar- 
bares en rendit le sol aux végétaux sylvestres. La forêt re- 
poussée par la cognée du colon latin, reprit en plusieurs 
lieux ce qu'on lui avait enlevé, et les Francs, enfants des 
toàlder, grands amateurs de chasse, veillèrent à la conserva- 
fcion de ces retraites ombragées qui servaient à leurs plai- 
sirs ; c'est ce que l'on verra dans le chapitre suivant. 



CHAPITRE V. 89 



CHAPITRE V. 

I.1^GISLATI0^' FORESTIÈRE DE? POPULATIONS GERMANIQUES; INFLUENCE DES 
IDÉES QUI ONT INSPIRÉ CETTE LÉGISLATION SUR l'ÉTAT DES FORÊTS EN 
GADLE APRÈS L'ÉTABLISSEMENT DES GOTHS, DES FRANCS ET DES BUR- 
CONDES. 

« 

Les populations qui envahirent la Gaule aux y* et vi* 
siècles, étaient sorties d'un pays encore plus boisé que 
n'était celui où elles venaient s'établir. J'ai dit plus haut 
que les Germains vivaient en majorité au milieu des fo- 
rêts, qui fournissaient à leurs besoins et qu'ils entouraient 
d*un respect religieux. Ignorant alors l'art de construire 
des demeures assez hermétiquement closes pour les dé- 
fendre contre le froid des hivers, obligés de se réfugier dans 
des cavernes, ils trouvaient dans la forêt, malgré son hu- 
midité, un abri contre les frimas, contre les vents glacés 
que rien n'arrêtait dans les plaines; ils devaient en agir 
un peu à la façon des rennes qui quittent en Sibérie les 
toundras y au commencement de l'automne, pour se réfugier 
dans la profondeur des bois {!). C'était là un premier 
motif pour que les populations germaniques prissent soin 
des forêts; mais il en existait un autre ; elles avaient ap- 
porté de l'Asie le respect de la végétation arborescente qui 
régnait à un haut degré chez les Perses (2) et d'autres po- 
pulations de même race. De plus la forêt nourrissait en 

(1) Voy. sur la migration dos rennes en Sibérie, et leur passage alter- 
natif des forêts dans les toundras^ grandes plaines de mousse et de lichen 
des bords de la mer, Bibliothèque de Genève, n*** série, t. XXXII, 
p. 288 (184!). 

(2) Ce respect, qui se rattachait au culte dos arbres dont j'ai parlé 



90 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE - 

foule des animaux que le Germain aimait à voir se pro- 
pager dans l'intérêt de sa chasse. De là la législation pro- 
tectrice des forêts établie de bonne heure par F usage, et 
qui fut définitivement sanctionnée par les codes que les 
barbares rédigèrent sous Tinfluence de la civilisation des 
Romains et dans la langue de ceux-ci. La loi salique 
montre que le législateur, en protégeant les bois, s'était 
surtout proposé la conservation des animaux domestiques 
qui y trouvaient une pâture assurée. En même temps que 
par ses dispositions elle garantit la propriété des porcs, des 
brebis, des chèvres, des oiseaux et même des abeilles (1), 
elle protège les arbres contre les abattis imprévoyants des 
usagers (2). Lorsque l'on compare les dispositions pénales 
établies dans la loi salique dans l'intérêt des arbres et.des 
bestiaux, à celles qui se rapportent à la protection desper- 



dans rinlroduction, ressort de ce que nous lisons dans la vie d'Artaxer- 
cès. On y voit les soldats de ce prince n'osant couper, malgré le froid 
le plus vif, les grands arbres, les pins, les cyprès dont son parc ou 
paradis était planté, quoique Artaxercès le leur eût permis. Il fallut que 
le roi prît lui-même la cognée et leur donnât l'exemple. (Voy. Plutarque, 
Artaxercès, c.xxxv, p. 494, éd. Reiske.) 

(1) Voici, par exemple, le titre de quelques-uns des chapitres de la loi 
salique : c. ii, De furlis porcoi*um ; c m, De furiis animalium ; c. îv, Dr 
furtis ovium ; c. v. De furiis caprarum; c. vi, De furtis canum; c. vu, 
De furtis avium ; c. viu, De furiis arborum ; c. ix, De furtis apium, (Cf. 
édit. Pardessus, p. 4 et suiv. et quatrième texte, p. 121.) 

(2) Voici le texte delà loi salique relatif aux forêts : C. vin, De furtis 
arborum. 1. « Si quis pomarium, sive quamlibet arborem domesticam, 
extra clausuram exciderit aut furatus Aierit, GXX dinariis qui faciunt 
solidbs lU, culpabilis judicetur, excepte capitale et delatura. » 

2. a Si quis vero pomarium, aut quamlibet arborem domesticam, infra 
clausuram exciderit aut furatus fuerit, DG dinariis, qui faciunt soUdos XV, 
culpabilis judicetur, excepte capitale et delatura. » 

3. a Hanc quoque legem et de vitibus furatis observari jussimus. » 

4. « Si quis in sylva alterius materiamen furatus fuerit, aut incende- 
rît, vel concapulaverit, aut ligna alterius furaverit, DG dinariis, qui faciunt 
solidos XV, culpabilis judicetur, excepte capitale et delatura » (éd. Par- 
dessus, p. 121, 282% 



CHAPITRE V. 91 

sonnes, une chose frappe surtout, c'est que les peines sont 
plus sévères en matière de délits forestiers et agricoles que 
pour les attentats contre les individus (1), Tandis qu'on 
payait 15 sous pour avoir coupé ou brûlé des arbres pro- 
pres aux constructions, (materiamm) {^) on au chauflfage 
[ligna) (3), ou encore pour avoir' volé un porc de deux ans 
{binum porcum) {i) , plus cher même pour un verrat (ver- 
rum) (5), il n'en coûtait que 30 sous à celui qui avait 
frappéunhomme à la tôte assez fortement pour en faire 
sortir trois os (6). 

Des dispositions analogues se rencontrent dans les lois 
des autres peuples barbares d'origine germaine. La loi 
ripuaire condamne expressément le vol dans les forêts 

« 

royales et communales (7). La loi des Lombards veut que 
celui qui abat un arbre de réserve, ou qui en enlève seule- 
ment la marque, ait le poing coupé ou perde la vie (8). Au 
motif d'utilité publique, qui engageait le législateur bar- 
bare à défendre l'abattage du bois, se rattachait sans doute 
le respect religieux dont, malgré la conversion de ces peu- 
ples au christianisme, les arbres demeuraient entourés. 
C'est ce que prouve l'existence des arbores sac7*ivœ (9). 



(1) C'est ce qu'a remarqué M. Meaùme dans son introduction au Com- 
mentaire qu'il a rédigé sur le Code forestier. 

(2) « Si quis in sylva materiamen alienum aut incenderit aut capula- 
vorit, TKa dinariis, qui faciunt solides XV, culpabilis judicetur. » (Lex 
salica, c. xxlx, g 27, éd. Pardessus, p. 295.) 

(3) Lex salie Uy c. vin, g 4, p. 282, éd. Pardessus. 

(4) Si quis porcum binum furaverit, DC dinariis, qui faciunt solides XV, 
culpabilis judicetur, excepte capitale et delatura. 

(5) Lex salica, c. ii, ^ 12. 

(6) Voy. Lex salica, c. xix, g 3, éd. Pardessus, p. 289. 

(7) Lex Ripuariorum, tit. LXXVI, p. 317, éd. Canciani. 

(8) Leges langohardieœ^ 1. 1, c. i, art. 138 et suiv. p. 71 et suiv. éd. 
Canciani. Ces lois défendirent aussi d'incendier les forêts, p. 20G, éd. 
Canciani. 

(9) Cf. Leges langob. 1. VI, c. i, art, 30, p. 120, éd. Canciani; Du 



92 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

La loi salique dit peu dechose de la propriété forestière. 
On trouve au chapitre viii quelques dispositions relatives 
au vol des arbres ; au chapitre x sontdéterminées les peines 
pour les dommages faits aux champs et la destruction des 
clôtures. Ces dispositions ne paraissent dater que de l'épo- 
que delà conquête, alors que les Francs s'étaient distribué 
les terres dont ils s'étaientemparésetavaient pris l'habitude 
des demeures fixes. Il n^est rien dit dans la loi salique des 
démembrementsdela propriété forestière, des bois restésen 
indivision et des droits que certaines personnes pouvaient 
avoir sur eux (1). C'est seulement dans le Code des Bur- 
gondes, des Ripuaireset des Wisigolhs, qu'il est parléd'uoe 
manière circonstanciée des forêts indivises ou communes 
{sylvœ communes)^ c'est-à-dire des forêts dont les produits 
inférieurs étaient considérés comme communs (2). Car chez 
ces barbares, la communauté n'impliquait pas l'idée que 
nous attachons aujourd'hui aux ÎOTéiy^ommunalesi^). Cha- 
cun avait le droit de prendre dans la forêt d'autrui dû bois 
pour ses besoins, comme il ressort clairement d'un pas- 
sage de la loi Gombette (4). Ainsi, le droit de chacun était 

Gange, Glossar, sub. v* Sacrivus. (Voy. sur les Arbores sacrivx, Mura- 
tori, Antiquitates iialicas medii xvi^ t. V, p. 66 et suiv.) 

(1) Heaume, Introduction historique à la jurisprudence forestière^ 
? 15. 

(2) « Si quis Burgundio aut Romanus sylvam non kabeai, incidendi 
ligna ad usus suos dejacentivis et sine fructu arboribus in cujuslibet sylva 
habeat liberam potestatem, neque ab illo, cujus sylva est, repellatur. — 
Si quis vero arborem fnictiferam in aliéna sylva, non permittente donuno, 
fortasse incident, pcr singulas arbores quas incidit singulos solides, do- 
mino, sylva» inférât.... Quod si servus hoc fecerit, fustigetur et dominus 
ojus nullum damnum aut calumniam patiatur. — Si quis vero quem- 
quam dejacentivis et non fructiferis arboribus lignum usibus suis neces- 
sarium preesumere fortasse non permiserit, ac si ei pignora tulerit, 
restitutis in triplum pignoribus, inférât mulcbe nomine soUdos sex. » 
{Lex Burgund. éd. Canciani, tit. xxxii, p. 'îl.) 

(3) C'est une confusion qu'a faite le jurisconsulte Proudhon, ainsi que 
Ta remarqué M. Meaume. 

(4) Voyez le passage cité, note 2. 



CHAPITRE V. 93 

uojQ un droit de propriété commune, mais un droit d'u-' 
sage. Les produits secondaires des forêts, quel que fût le 
possesseur de celles-ci, étaient considérés comme faisant 
partie du domaine public (1). Le propriétaire faisait mar- 
quer les arbres dont il se réservait la disposition, et était 
supposé abandonner le surplus aux prolétaires. 

Les forêts qui servaient de frontières entre les peupla- 
des de la Gaule, entre celles de la Germanie, conservèrent 
pendant longtemps ce caractère de marches ; elles n'appar- 
tenaient vraisemblablement à aucun particulier; c'était 
Ja propriété commune des nations qu'elles séparaient; 
voilà ce qui explique pourquoi en certaines contrées, dans 
les pays germaniques surtout, les forêts apparaissent gé- 
néralement comme propriétés communales, avant de tom- 
ber au pouvoir du seigneur; car elles avaient originaire- 
ment constitué des zones forestières. Une fois maitre de 
la forêt, le seigneur n'accorda plus aux habitants des vil- 
lage» voisins qu'un droit d'usage de plus en plus limité (2). 
L'extension de la législation romaine fit en grande partie 
cesser l'indivision, en matière de propriété forestière, par 
la tendance à individualiser la propriété qu'elle introduisit ; 
les marches forestières durent être souvent partagées entre 
les cités auxquelles elles confinaient. Aussi quand les 
Francs et les autres populations germaniques envahirent: 
la Gaule, bien des forêts étaient-elles déjà devenues la pro- 
priétédesnobles,d'hommes riches; cequileprouve,c'estque 
toutesles lois barbares opposent constamment la forêt com- 
mune indivise à la forêt particulière ou partagée (3). Tou- 



(1) Mcaume, om\ cil. Cf. Lex salicdj c. xxix, § 28, 29, éd. Pardessus, 
p. 295. 

(2) Voy. ce que dit M. A. Bouthors, les Sources du Droit rural, p. 70 
(Paria, 1865j. 

(3) Cf. LexWisigoth. YIII, iv, 27; 11, ii; 111, viii; V, i; X, i, G. Lex 



94 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

tefois la tendance à l'individualisation de la propriété fo- 
restière était combattue par les habitudes des populations 
germaniques, qui avaient pour effet de ramener les choses 
en Gaule à ce qu'elles étaient avant César. M. A. Bou- 
thors, dans un ouvrage, où ce sujet est traité fort au 
long (1), fait observer que les termes : in sylva commum 
seti reffis, de l'article 76 de la loi ripuaire, prouvent que la 
déclaration de domanialité n'avait pas, à l'époque de la 
rédaction de cette loi, altéré d'une manière bien sensible 
le droit préexistant de ceux qui jouissaient des forêts com- 
munales. Toutefois, cette jouissance tendit chaque jour à 
se restreindre. Si l'on compare la loi salique à la loi 
Gombette (2), on voit que dans celle-ci les dispositions sont 
moins larges àl' égard des usagers. Tandis que le législateur 
salien imposait aux propriétaires l'obligation delà marque 
comme signe de réserve, le législateur burgonde ne per- 
mettait à l'étranger de disposer que du mort-bois et du 
bois mort gisant, « dejacentivis et sine fructu arboriStiSy » 
celui-ci ne pouvait toucher aux bois durs. Qu'ils fus- 
sent marqués ou non, le propriétaire avait seul le droit 
de disposer des arbres sur pied et portant fruit. Le bois 
mort et le mort-bois étaient si essentiellement du domaine 
public (3), que la loi prononçait une forte amende (sexso- 
lidos) contre le propriétaire qui en aurait interdit l'usage 
aux colons. 
Quand les barbares pénétrèrent dans la Gaule, voyant 

Ripuar. lxxvi; Lew salica^ VIII, iv. Lex Bajuv, II, xxi. Voy. BouUiors. 
ouv. cit. p. 71. 

(1) BouUiors, ouv. cit. 

(2) La loi salique est antérieure à la loi burgonde, qui ne date que du 
v« siècle. Le prologue des lois des Ripuaires et des Bavarois en attribue 
la composition à Théodoric ; mais ces lois ont été retouchées sous les Mé- 
rovingiens. La loi wisigothe a été rédigée à la fin du vi* siècle. 

(3) Le droit au mort-bois est celui qui porte sur les essences vives les 
moins précieuses et les moins propres à la combustion. 



CHAPITRE V. 95 

certaines forêts aux mains de propriétaires privés, les 
plus puissants d'entre eux durent chercher à s'attribuer 
la propriété d'une partie des forêts communes qu'ils y 
trouvèrent. En même temps ils dépouillaient souvent les 
propriétaires antérieurs. Voilà comment il arriva qu'une 
même forêt put appartenir à des hommes de race 
différente. Un titre de la loi wisigothe porte : Desyhisinter 
Gothum et Romanum indivisis relictis{\) . Le code burgonde, 
au titre xiii, traite des défrichements (2) et statue que si 
une forêt commune a été défrichée, soit par un Burgonde, 
soit par un Romain, le défricheur abandonnera en toute 
propriété, à son hôte copropriétaire, une étendue de la 
forêt égale à ceUe du sol défriché, laquelle demeurera la 
propriété exclusive de l'auteur du défrichement (2). 
Ces défrichements se faisaient souvent en mettant 
le feu à la forêt, incendie qui se communiquait par- 
fois aux forêts voisines, et occasionnait de graves 
dommages, contre lesquels nous voyons la loi burgonde 
prendre des mesures (3). Au reste, cette communauté entre 
hommes de race différente n'existait pas seulement pour 
la forêt. Les consortes romains et burgondes possédaient 
en commun ou divisément, moitié par moitié, les forêts 
non délimitées, les champs, les pâturages, en ce sens qu'ils 
participaient également aux profits de la communauté 
jusqu'à ce qu'il leur plût d'essarter une partie de la forêt 
commune, de mettre en culture ou de planter en vigne 
une partie du champ indivis. Lorsqu'un défrichement 
avait lieu, la division de la forêt devait se faire de manière 

• 

(1) Lex WisigoUu X, v, p. 175, éd. Canciani, 

(2) Tit. XIII. De exarlis : a Si quis tamBurgundio quam Romanus in 
Sylva communi exartum fecerit, aliud tantum spatii de syiva Hospili suo 
consignet, et exarlum, quem fecit, remota hospitis communione podsi* 
deat » (éd. Ganciani, p. 17}. 

(3) Lex Burgund. ibid. Cf. la disposition de loi wisigothe citée n. 1. 



96 LES FORÊTS DE LA GALLE ET'DE l'aNCIENNE FRANCE. 

à ce que la moitié des essarts fût toujours attribuée aux 
Romains. L'étendue du champ cultivé ou l'importance de 
l'exploitation individuelle, servait à déterminer dans 
quelle proportion les consortes pourraient prétendre à la 
jouissance de la forêt commune (I). 

Tandis qu'en Allemagne les forêts communes (2) ont 
persisté fort longtemps, en France les habitudes de la 
propriété romaine s'opposèrent à ce que la législation 
barbare en matière de forêts poussât de profondes racine. 
Le droit de propriété forestière fut de plus en plus ré- 
servé aux seigneurs, et ceux-ci en veillant, dans leur inté- 
rêt partiieulier, à ce que les usagers n'abusassent pas de 
leurs droits, contribuèrent à arrêter le défrichement. Nous 
allons voir même qu'ils étendirent souvent le domaine de 
la forêt. 

(1) Bouthors, owiT. ci7é, p. 72. Jo crois utile de rappeler cette obser- 
vation du même auteur : 

a La loi des Wlsigoths consacre aussi le principe de la liberté des dé- 
frichements de la forêt indivise pour la convertir en culture ; mais c'est 
sous la condition que le Romain ou le Barbare co-propriétaire sera in- 
demnisé par l'attribution d'une partie do la forêt encore intacte, égale en 
valeur ù celle de la partie dj^frichée, ou s'il ne reste pas de forêt de conte- 
nance et do valeur sufiisante pour lui offrir cette compensation, qu'il sera 
admis au partage, par moitié, de la portion mise en culture. » 

(2) Ces forêts sont souvent désignées sous le nom d'/l/eme/if, qui 
répond & l'allemand actuel AUgemeine, « générales, p et qui est rendu 
dans les chartes latines par le mot almenda. (Voyez Huiilard-BrëhoUes. 
IHstoria diplomaUca Fcdcrxci IL t. III. p. 396, 442 ei passim.) 



CHAPITRE VI. 97 



CHAPITRE VI. 

LÉGISLATION FORESTIÈRE £T GRANDES FORÊTS DE LA FRANCE AU TEMPS DES 

CARLO VINGIENS. 

Quoique les forêts communes se rencontrassent sur- 
tout, ainsi qu'il a été dit, chez les populations germa- 
niques, qui leur ont conservé longtemps le caractère 
indivis, ce sont des princes d'origine teutonique auxquels 
est due l'introduction du nouveau droit forestier qui res- 
treignit la communauté des forêts. Les Garlovingiens, 
tout en laissant subsister dans les Gaules une partie des 
coutumes apportées par les Barbares, cherchèrent à for- 
tifier leur autorité et à s'attribuer exclusivement des 
avantages dont avait d'abor J joui l'ensemble des conqué- 
rants. 

Certaines étendues de forêt furent destinées à l'usage 
spécial du roi et de ses officiers (1). On appela ces can- 
tons foresta^ forestis^foreste, en allemand Bannforstei^). 
Gomme c'était surtout en vue de la chasse que les mo- 
narques francs se les réservaient, on les peupla de bêtes 



(1) Cet usage existait déjà en Asie, d'où il a peut-être été porté pai* 
]es populations qui émigrôrent en Europe. La jouissance de certaines 
forêts était exclusivement réservée aux princes. L'empereur Khang-Hi, 
dans une de ses expéditions en Mongolie, s'attrihua ainsi la jouissance 
exclusive, pour la chasse, d'une grande forêt qui s'étend sur plus de 
100 lieues du nord au midi, sur plus de 80 de l'est à l'ouest, et qui a 
été depuis désignée sous le nom de Grande Forêt impériale de la Mon- 
golie. (Voy. Hue, Souvenin d'un voyage dans la Tartarie, le Thibel et 
la Chine, 2« éd. t. I, p. 38.) 

(2) Behlen, Lehrh. der deutschen Farsigeschichte , p. 59 et suiv. On a 
fait dériver tour à tour le mot foresta de forum, « droit do justice, dé- 
fens; » défera, a bête fauve; » de forehaha (fœhrenwald), a forêt de 
pins. » 



98 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE L* ANCIENNE FRANCE. 

fauves, qu'il fut interdit de détruire. Les forêts moins 
importantes, celles qui demeuraient à Tabri des défens, 
finirent par tomber en la possession, soit des seigneurs, 
soit des principaux usagers. Et une fois qu'elles eurent 
perdu le caractère de propriété communale, il fut d'autant 
plus facile aux hommes puissants de les revendiquer, en 
faisant valoir une sorte d'usucapion, de possession à 
long titre (1). Toute sylva^ tout Wald devint conséquem- 
ment une foresta^ un Forst, Le droit de forêt et de chasse 
fut un apanage obligé de la seigneurie. Nos rois se mon- 
traient alors fort jaloux d'un privilège qui assurait leur 
plaisir favori. On sait combien les Francs étaient amateurs 
de chasse. « Vix ulla in terris natio invenitur quae in 
hac arte Francis pqssit aequari, » écrit Eginhard (2). 
Cette passion que nos ancêtres avaient apportée de la 
Germanie (3), était très- vive chez Gharlemagne et ses suc- 
cesseurs (4). C'est ce que nous voyons par un capitulaire 
de Charles le Chauve, de l'an 877 (5). Le monarque y 
dresse une longue liste de forêts {forestœ regiœ) dans les- 



(1) Voy. AntoD, Geschichle der detUschen Landwirlhschafl, t. I, 
\). 462 etsuiv.; t. II, p. 326 et suiv. 

(2) Eginhard, Vita Caroli Magni, g 22. Cf. Eginhard, Annal, ann. 
819, 820,822. 

(3) Quand les Germains ne font pas la guerre aux hommes, écrit 
Tacite {German. \b), ils la font aux animaux. Ârrien nous apprend que 
les Gaulois avaient la même passion, et que leurs chiens de chasse 
étaient en grand renom. (De Venalione^ c. m, xxxv.) Cf. Du Gange, 
G'ossar.y v» Foresia, éd. Henschel, t. III, p. 350, et LaCume de Sainle- 
Palaye, Mém. hisioriq. sur la chasse, dans le tom. III, p. 167 et suiv. 
des Mémoires sur Vancienne chevalerie. 

(4) Voy. sur les chasses de Gharlemagne et de ses fils, un ppême 
attribué à Alcuin, ap. Alcuin, Oper. t. Il, part, ii, p. 452 (1777, Ratis- 
bonno, in-fol.). I^a moitié du poëme est consacrée à la description d une 
chasse, après laquelle, suivant l'auteur, l'empereur franc, s'étant en- 
dormi, eut un souge qui lui annonça les malheurs dont le pape était 
menacé: Versus de Carlo Magno, ap. Ifisloriens de France, t V, 
p. 392. 

(5) Capilul. éd. Baluze, t. II, p. 268. 



CHAPITRE VI. 99 

quelles il interdit expressément à son fils de chasser. Et 
même, pour les autres forêts, il ordonne que Ton s'en- 
quière ponctuellement {diligenter) du nombre des sangliers 
et des autres bêtes fauves que celui-ci aura tuées. 

Les restrictions apportées à la faculté de chasser en cer- 
tains lieux, expliquent pourquoi on donna à ceux pour les- 
quels l'interdiction n'existait pas le nom particulier de 
Veiiabula^ d'où est dérivé celui de Vénables que portent 
encore diverses localités (Eure, Seine-Inférieure). 

Les concessions de forêts accordées par les rois à des 
particuliers furent d'abord très-peu nombreuses ; elles 
n'étaient généralement obtenues que par des ecclésiasti- 
ques, en faveur de leur église, ou par des abbés, en fa- 
^e\XT de leur monastère. La première donation qui se ren- 
contre à cette époque est consignée dans un capitulaire de 
l'an 804. Elle est faite, en toute propriété, par l'empereur 
Charlemagne à Tévêque et à l'église d'Osnabruck (4). 

Au prince seul appartenait le droit de laisser établir une 
foresta. C'est ce que l'on appelait forestare, afforestare ou 
inforestare (2). Lorsqu'un grand de la cour, un comte {co- 
mes)y voulait établir une foresta^ c'est-à-dire proprement 
une garenne, pour quelque forêt que ce fût, même pour 
celle dont il était propriétaire, il devait demander l'au- 
torisation au monarque (3). 

La foresta, même établie avec le consentement royal, 
ix)uvait être supprimée, aussi bien dans les domaines des 
particuliers que dans ceux du prince. C'est ce qu'on ap- 
pelait deafforestare ou disaffarestare , Pareillement, les fo- 
restœ détruites étaient susceptibles d'être* reconstituées : 



(i) Elle porte pour titre : Prxceptum de scholis grœcis et laiinis insli' 
iuendis in ecclesia Osnabrukgensi. 

(2) Voy. Du Cange, Gloss, s. vv. forestagium et foresta, 
(3J Du Cange, iMd. 



100 LES FORÊTS DE LA GAULE ET D£ l' ANCIENNE FRANCE. 

c'e^t ce qu'on appelait reafforestare. Telle était lai ^islatioD 
germanique; mais elle ne s'introduisit jamais complète- 
ment en France : le droit de supprimer les faresUe 
établies cum jussiohe régis n'ayant guère été exercé 
par nos rois. On en trouve, au contraire, de nombreux 
exemples dans les chartes anglaises et allemandes (1). 

La régie des forêts royales fait l'objet de plusieurs capi- 
tulaires de Gharlemagne et de Louis le Débonnaire. Elle 
fut confiée sous ces princes à des oflSciers appelés fores- 
tarii (2). Le capitulaire 2)e villis^ de l'an 800, nous apprend 
que ces forestiers avaient la garde génâ*ale des forêts de 
la couronne. Ils décidaient des défrichements à opérer 
dans les endroits propres à la culture, et veillaient à ce 
qu'on ne mit pas en labour ceux où le bois prospérait ; ils 
avaient sous leur garde tout le gibier et affermaient la 
glandée. Au-dessus d'eux étaient placés les veneurs royaux, 
qui visitaient de temps à autre les forêts, y tenaient con- 
seil et dressaient des règlements. La surveillance des pê- 
cheries du roi leur était spécialement dévolue (3). Les fo- 
rets qui appartenaient aux comtes ou aux immunistes et 
qui se distinguaient des forestœ dominœ^ avaient leurs 
forestarii particuliers (4). 

Quoique la propriété forestière fût devenue plus abso- 
lue sous Gharlemagne et ses premiers successeurs, elle 
n'excluait pas encore complètement le droit d'usage géné- 
ral, la communauté de produits SQOondaires qui existait 
dans la législation germanique. Les lites, les colons et gé- 



(1) Du Gange, sub v® For esta, ne cite aucune charte de désafforesla- 
lion. (V. Anton, Geschichte der deulsch^n Landwirllischaft, t. II, p. 363 
ol suiv.) 

(2) CapUtU. ann. 813, g 18. Du Gange, Glosi. sub v° Foresiaiius. 

(3) CapittU. ann. 813, g 18, 19, éd. Baluze, 1. 1, col. olO. Capit. ann. 
800, 1. 1, col. 338. . 

(4) Du Gange, Gloss. sub V" Forestarius, p. 353. 



CHAPITRE \'I. 104 

aéralement tous les cultivateurs en usaient, comme le font 
encore aujourd'hui les usagers qui prennent du bois d'af- 
fouage ou de construction, soit dans les forêts domaniales, 
soit dans les forêts particulières (1). Il ne semble pas qu'il 
ait existé en ce temps-là de règles de police relatives à la 
délivrance; on ne les voit apparaître que beaucoup plus 
tard, en 1280, dans une ordonnance de Philippe le 
Hardi (2). Sans doule l'abondance des bois était alors 
assez grande pour qu'on ne se préoccupât pas toujours des 
coupes intempestives qui pouvaient être faites par lés 
ayants-droit autres que le propriétaire (3). Mais, tandis 
que le droit de recueillir les produits en bois mort et en 
mort-bois restait à peu près, pour les usagers, ce qu'il 
avait été chez les Francs, les droits de glandée, de panage 
ou paisson, subissaient une notable réduction. Le porc 
demeurait, comme au tpmps des Gaulois, la principale 
nourriture, et la population augmentant, on devenait de 
plus en plus sévère sur l'exercice des servitudes usagères 
établies dans le but d'assurer la subsistance de cet ani- 
mal. Déjà, la loi des Wisigoths (4) nous offre des disposi- 
tions fort étendues sur le droit de parcours des porcs dans 
les forêts. Ce droit constituait une propriété privée, et ne 
pouvait être exercé par chacun que sur son propre ter- 
rain, ou entre copropriétaires du même lot (cmsortes) (5). 

Cl) Voy, Meaume, FnlrodMction histarique à la Jurisprudence fores- 
Hère, g 25. 

(2) Voy. Saint- Yon, Ordonn, des eaux et forêts, liv. I, tit. xxix, 
p. 377 « — Il existe deux textes de cette ordonnance, l'un latin et Tautre 
français. Ce dernier porte : « Des livrées qui se doivent faire aux usa- 
gers. » On appelait livrées les délivrances de certains lieux et triages des 
forêts qui leur servaient de limites pour la perception des droits. 

(3) Voyez toutefois ce qui est dit ci-dessus des règlements établis par 
Charlemagne pour ses forêts particulières. 

(4) Lex Wisig, lib. VIII, éd. Ganciani, p. 161. 

(5) Les consortes étaient les copropriétaires d'un même lot do terre, ori- 
ginairement tiré au sort. Les lots gardèrent le nom de sortes, bien long- 



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102 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

Lorsqu'un propriétaire rencontrait dans les bois des porcs 
ne portant point sa marque, il avait le droit de les mettre 
sous le séquestre (1). Des dispositions analogues appar- 
tiennent à la loi des Lombards (2). Le droit depaisson n'é- 
tait pas entièrement synonyme de celui de partage. Il ne 
comprenait pas celui de glandée, c'est-à-dire qu'il n'auto- 
risai t pas l'usager à emporter de la forêt des glands pour 
la nourriture de ses animaux domestiques. La glan- 
dée désignait uniquement le droit de panage dans les fo- 
rêts de chênes, parfois ce mot s'appliquait au simple 
droit de ramasser les glands tombés naturellement. Le 
droit de prendre et de couper du bois dans les forêts roya- 
les, jus capulandi (3), fut réglé avec une plus grande sévé- 
rité, preuve de l'observation plus rigoureuse du droit de 
propriété forestière. Charlemagne défendit les coupes trop 
abondantes (4), et les serfs chargés du caplim, c'est-à-dire 
de la coupe du bois, furent assujettis à certaines obser- 
vances. Le capitulaire de vtllis de l'an 812 porte en effet : 
« Ut sylvae vel forestes nostrae bene sint custoditse, et 
» ubi locus fuerit ad stirpandum, stirpare faciant et 
» campos de sylva increscere non permittant. Et ubi 
» sylvae debent esse, non eas permittant nimis cnpulare 
» atque damnare (8). » 

Le soin que Charlemagne prenait d'empêcher la dévas- 
tation de ses forêts, de veiller à leur conservation, semble 
difficilement s'accorder avec la défense portée dans cer- 



temps après que la distribution ne s'en faisait plus ainsi. Dans les 
Ardennes, on désigne encore aujourd'hui par le mot sorts les portions 
de forêts sur lesquelles se pratique l'opération du sariage^ 

(1) Leg. Wisig. 1. VIII, tit. v, g 4, p. 161. 

(2) Leg, Langobard, lib. I, tit. xxiii, § 7, éd. Canciani,p. 93, 138. 

(3) Capitular. éd. Baluze, 1. 1, col. 300 eipassim. 

(4) Voy. Guérard, Polyplique de Vdbhé Irminon, 1. 1, part, ii, p. 68. 

(5) Capitul. éd. Baluze, 1. 1, col. 510, art. 13. éd. Pertz, g 36, p. 183. 



CHAPITRE yi. 103 

tains capitulaires (4) d'établir des forêts nouvelles. 
M. Meaume explique cette apparente contradiction, en fai- 
sant observer que les dispositions des capitulaires ne sont 
applicables qu'à l'administration des biens royaux (2). Le 
prince si attentif, si ménager pour ses intérêts, et auquel 
n'échappe aucun détail dans le règlement du revenu de 
ses terres, ne négligeait pas de rappeler à ses intendants 
qu'on ne devait point laisser les forêts envahir les champs 
cultivés; recommandation d'autant plus nécessaire que 
lesjtidices et les majores, qui avaient le droit de panage, 
étaient intéressés à l'extension du sol forestier. 

La plupart des auteurs ont interprété autrement le sens 
du passage du capitulaîre où cet avertissement est donné, 
et ils lui ont supposé une application beaucoup plus gé- 
nérale qu'elle ne doit lui être attribuée, quoique la même 
défense se reproduise en d'autres capitulaires et qu'elle se 
retrouve dans la loi lombarde (3) : circonstance qui mon- 
tre seulement que l'origine de cette mesure doit être 
cherchée dans les habitudes introduites par les popula- 
tions germaniques ; elle se rattache au droit de garenne 
dont il sera question au chapitre suivant. 

Le droit de forêt (foresta) avait d'abord porté sur la ré- 
serve appliquée à tout ou partie d'une forêt. Plus tard, 

(t) CapUul. de viUiSy g 36, édit. Baluze, col. 336; CapiL lib. IV, 
g 65, col. 788. 

(2) Meaume, Mrod. hUtor. à la Jurisprud. foresU g 23. — L'argu- 
mentation de cet autour contre le sens général appliqué aux défenses que 
publièrent les Garlovingiens, d'établir de nouvelles forêts, ne porte que 
sur le capitulaire De viUiSy dans lequel cette défense pourrait se ratta- 
cher à un simple fait de bonne administration des biens royaux. Mais il 
est à remarquer que les successeurs de Charlemagne rendirent ces dé- 
fenses d*une manière générale, interdirent dans leur domaine toute nou- 
velle forêt, et prescrivirent le déboisement de celles qui avaient été 
établies sans leur permission. {Capitûl. lib. IV, g 65, col. 788 ; Capiiul. 
Ludovic. PU, ann. 8i9, g 7, col. 612; g 22, p. 617.) 

(3) Leg. Langobard. g 49, éd. Ganciani, p. 193. 



i04 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANGE. 

on distingua deux espèces de droit : celui de forêt propre- 
ment dit : bannus sylvestris, Forstbann^ d'oii naissait le 
forestarium (1), et celui de chasse {Wildbtmn^ forestum) 
qui comprenait aussi le droit de pêche (for esta aquatica). 
Le premier était nécessairement contenu dans le second; 
mais l'inverse n'avait pas lieu; preuve que la pensée 
d'assurer la conservation du gibier; de réserver au 
seigneur les plaisirs de la chasse, était le principal oiotif 
de ces dispositions législatives (2). 

L'union étroite des droits de chasse et des droits de 
pêche explique pourquoi la surveillance des eaux et celie 
des forêts ont été, jusque dans ce siècle, confiées à une 
même administration, celle des eaux et forêts. Le pouvoir 
des rois ou des grands feudataires s'étant presque partout 
substitué au droit qu'exerçaient originairement les habi- 
tants des civitatesy les grandes forêts [sylvœ) finirent par 
entrer dans le domaine de ces puissants barons. Le do- 
maine royal embrassa les principales forêts du nord de la 
France. Les petits bois ou breuils {boscus)j les brosses 
[lucus)^ les forêts de peu d'étendue [nemus)^ appartinrent 
soit à des monastères, soit à des seigneurs de rang in- 
férieur. Les anciennes forêts communes de la Gaule, 
comme plusieurs de celles de la Germanie, furent enva- 
hies par les dé feus qui circonscrivirent ainsi chaque jour 
davantage la partie attribuée à l'usage commun. Les 
grandes marches forestières qui séparaient dans le principe 
les cités, furent dès lors partagées en divers districts, 
les uns concédés soit en propriété, soit pour l'usage, à 
des monastères ou à des villes, les autres réservés par les 
seigneurs pourleur jouissance personnelle. La conséquence 
de cette division fut le démembrement d'une foule de 

(1) Voy. Du Gange, Glossar. sub v« Forestagium, 

(2) Voy. Xuiou jGeschichte âer deutschenLandwirlhschafl,UU, p. 133. 



CHAPITRE yi. 105 

grandes forétsen un certain nombre de forêts distinctes qui 
prirent chacune des noms particuliers et ne tardèrent pas 
à être séparées les unes des autres par des essarts, des 
champs découverts dont les progrès de la culture éten- 
daient graduellement la superficie. On voit parles Comptes 
de saint Louis (i) que pour certaines forêts, ces subdivi- 
sions étaientdevenues singulièrement multipliées. Presque 
jamais la forêt n'y est désignée par son nom géographique 
et général. Il n'est question, le plus souvent, que de can- 
tons forestiers dénommés d'après l'époque de la coupe, le 
nom du propriétaire ou des usagers. 

Sous les Garlovingiens, les grandes forêts du nord de la 
France gardaient sans doute un développement consi- 
dérable; cependant elle^ avaient subi de notables dé- 
membrements et étaient déjà partagées en larges subdi- 
visions constituant encore des forêts importantes; plu- 
sieurs d'entre elles, devenues propriétés royales, sont men- 
tionnées dans un capitulaire de Gharlemagne et dans un 
autre de Charles le Chauve (2). Du Gange (3) en arecueilh 
les noms et a déterminé leurs équivalents modernes; 
nous nous aiderons de son travail. 

La vaste forêt des Sylvanectes, dont j'ai parlé au cha- 
pitre II, et qui s'étendait depuis les frontières du Parisis 
jusqu'à travers le territoire des Suessions et des Veroman- 
duens, avait été défrichée sur divers points, et un grand 
nombre de villas royales furent élevées sur son sol, villas 
ayant chacune à l'entour un parc de chasse, qui était une 



(1) Voy. le$ Comptes de saint Louù, t. XXI, p. 250 et suiv. des Histo- 
riens de France. 

(2) Capilul. Caret. Magni, XUn, 22. Cf. Capitul. éd. Baluze, t. II, 
coi. 268. Le capitulaire de Charles le Chauve, qui est de l'année 877, 
énumère, comme il a été dit, un certain nombre de forêts où Louis, fils 
de ce monarque, ne doit pas chasser en l'absence de son père. 

(3) Glossar. \^ foreMe dominieum, t. III, p. 350, éd. Henschel. 



106 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l'ANGIENNE FRANCE. 

fraction de la forêt primitive (1) ; celle-ci avait alors fail 
place à des forêts séparées que nous allons faire connaître. 
La forêt appelée Cotia ou Coatia, Caucia sylva (2), nom 
qui futplus tard altéré en celui de Guise, répondait à la plus 
grande partie de la forêt de Compiègne actuelle. Son ap- 
pellation montre qu'elle comprenait la partie centrale et 
principale de l'ancienne forêt des Sylvanectes, désignée 
auparavant, comme je l'ai remarqué, par le nom seul 
de la forêt (3). Car il est tout naturel de supposer que la 
partie centrale ou principale de la forêt des Sylvanectes 
avait gardé le nom imposé d'abord à la forêt tout entière. 
Ce nom se retrouve d'ailleurs altéré dans l'appellation 
d'un grand nombre de villages et de bourgs construits 
en divers points de l'ancien territoire de la forêt, tels sont : 
Coucy, Quincy, Cuissy, Cuisy, Choisy. Les mêmes noms 
reparaissent en beaucoup d'autres régions de la France, 
et il faut leur rattacher ceux de CuisancCy Ctiiseatix, 
Cuiserey^ Cuisery, Cuisiatj Chessy^ Crécy ou Cressy (4) et 
Chaource (5) indiquant tous l'existence d'anciennes forêts. 
La forêt de Cuise se subdivisa elle*même en deux autres : 
l"" celle de Cuise, nommée dans la suite forêt de Com- 
piègne, et qui a valu leurs noms à Choisy-au-Bac (6), 



(1} L'une de ces villas^ celle qui était située à peu près à son centre, 
prit le nom de Sylvanectis Palatium, et a été l'origine de Senlis. Voyez 
Du Gange, Glossar. t. V, p. 25. 

' (2) Grégoire de Tours, Histor. Franc. IV, 21. — Fredegar. chron. 
conU g 104. Fortunat. ViU S. Medardi^ p. 405, éd. L. d'Achéry. Gesta 
regum francorum, g 29. 

(3) Voy. ce qui est dit plus haut, p. 53» 

(4) Le nom de Choisy est rendu dans les chartes latines par Caïuiiacum ; ' 
peut-être le nom de Grouy (en latin Croici(icum)y porté par un village 
où existait un palais royal, au moyen &ge, (^t-il la même étymologie. 

(5) La forme latine était Caiusiacum, nom d'une station romaine de 
la Gaule. Voy. liintrar. ArUonini^ éd. Parthey et Pinder, n» 381, p. 183. 
Plusieurs bois portent en France le nom de Chaource. 

(6) En latin CauciacuSf Cociacus ou Cfiosiacus, Voy. sur le nom de 



CHAPITRE YI. 407 

village dont la forêt tira son nom de forêt de Ghoisy (i), 
et à Guise-la-Motle, village situé à l'extrémité nord- 
est de la même forêt; 2^ la forêt de Laigue (Lisica), 
sise au nord de la forêt de Gompiègne et dont j'aurai 
occasion de reparler en traitant des forêts de cette partie 
de la France, au moyen âge. M. S. Prioux, dans son ex- 
cellente carte de la Civitas Suessionum^ a donné approxi- 
mativement la topographie de ces deux forêts, à l'époque 
romaine. Nul doute que la voie qui allait de la ville des 
Sylvanëctes à Noviodunum (Soissons), et qui coupait la 
forêt de Guise au sud-est, n'ait amené de très-bonne 
heure dans cette direction un défrichement partiel. Des 
monnaies dont aucune n'est postérieure au règne de Gor- 
dien !•', découvertes en un lieu de la forêt de Gompiègne, 
qui paraît avoir été une station de la voie allant de Senlis 
^ Soissons (S), prouvent que, dès la moitié du m® siècle 
de notre ère, cette forêt fiit traversée par une route. Toute 
la rive gauche de l'Aisne était dégarnie d'arbres entre 
Noviodunum et la petite rivière de Vandy. Selon M. Prioux, 
la frontière septentrionale était marquée dana cet espace 
par une ligne brisée passant par Dommies, Missy-au-Bois, 
Vierzy et Parcy. La forêt avait pour borne, à l'est, le 
ruisseau appelé Grise, et au sud, la petite rivière d'Âu- 
tonne. Quant à la forêt de Laigue» la carte du même au- 
teur la conduit jusqu'à l'Oise, qui doit lui avoir de tout 
temps servi de frontière. A l'est, elle s'arrêtait à une ligne 

cette localité, de Ponton d*Amécourt, Essai sur la numisnuUique méro' 
vingiennej p. 77. 

(1) Ainsi le lieu de la forêt de Guise, appelé Camus y et plus tard le 
Chêne Herbelot, entre Ghelles et Retbeuil, où Ait fondée une abbaye, après 
la mort de Charles le Chauve, est indiqué comme se trouvant dans la 
foril de Choisy, Voy. Historiens de France^ t. YIII, p. 544, 545. 

(2) 8. Prioux, Civilas Suessianum, Mémoire pour servir d'éclairciS' 
semeni à la carie des Suessions^ p. 61. Voy. l'article de M. A. deRoucy, 
Revue numismatique, nouv. série, t. VIII, p. 463. 



108 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

qui unit Attichy, Saiat-€répin-aux-Bois, Tracy-le-Mont. 
Cette forêt était traversée par une voie romaine allant de 
Choisy-au-Bac à Blérancourt. Elle dut originairement 
s'avancer jusqu'à la voie romaine qui conduisait de 
Soissons à SaintrQuentin , puisque nous trouvons, au 
delà de la frontière orientale qui lui est assignée 
dans la carte de M. Prioux, une localité ayant retenu 
le nom de la forêt primitive; c'est Cuisia in alto 
monte ^ aujourd'hui CuisyenAlmont^ où existait, au temps 
de Brunehaut, une villa que cette reine donna à l^abbaye 
Saint-Médard de Soissons (1). Ajoutons que l'extension pri- 
mitive de la Cotia sylva dans cette direction est attestée 
par l'application de ce nom (Cotia ou Cuisia) à un can- 
ton où l'on compta.it plusieurs petites forêts (2). 

La forêt de Ver ou de Verneuil ( Vemensis sylva) qui 
englobait peut-être celle de Villers-Cotterets (3), était 
contiguë à celle de Cuise ou en était au moins très-voi- 
sine (4). Cet autre démembrement de la grande zone boisée 



(1) Priouxi ouv. cité, p. 80, 101. 

(2) On trouve mentionnés dans les Comptes de saint Louis, Venda 
Baornx in Cuisia , Venda Haseii in Cuisia , — Hisloriens de France, 
t. XXI, p. 275. 

(3) On pourrait croire de prime abord que le nom de Villers-Cotterets 
est dérivé de celui de Cotia y mais ce nom est une abréviation pour Vil- 
lers-Coste-Rez {Villare juxta Costum Resti), Du Gange, t. V, p. 86. 

(4) Capil, Caroli Magni ann. 808, c. x. Quelques énidits ont regardé 
cotte forôt comme étant celle de Vemeuil en Normandie; il nous paraît 
plus naturel d*y reconnaître celle qui entourait la ville de Yerberie, jadis 
Verubria^ Vermeria, Verbria^ où Gharlemagne avait fait bâtir un palais 
vaste et magnifique, et où les Mérovingiens possédaient déjà une maison 
de plaisance, forêt qui a sans doute laissé son nom au village de Ycr, 
situé entre Gompiègne et Paris. Verberie n'a plus, il est vrai, de forôts 
sur son territoire, qui ne présente que quelques bosquets (voy. Gambr\', 
Description du département de V Oise y t. II, p. 131); mais dans ses en- 
virons, on découvre des traces d*une forêt qui allait se joindre à celles de 
Gompiègne et de Halatte. Nous savons d'ailleurs que Gharlemagne avait, 
dans les environs de la forêt de Halatte, une villa appelée VemeuiL 
G'était évidemment celle qui donnait son nom à la forêt. Quant à la ter- 



CHAPITRK Yl. 109 

des Sylvanectes est probablement la forêt que Ton trouve 
désignée dans certains documents par le nom de Fe- 
ruga (1). Tout donne à penser que la forêt de Goucy qui 
devait s'avancer au sud jusqu'à Grécy-au-Mont, que celle 
de Fère, contiguë à celle de Ris, avec laquelle elle ne fai- 
sait vraisemblablement qu'un, sont aussi des démembre- 
ments de la même marche forestière, représentée encore, 
au IX® siècle, comme formant des retraites singulièrement 
profondes : densissimi saltus, dit un hagiographe (2). 
Toutefois la présence de nombreuses antiquités gauloises 
et romaines à Fère-en-Tardenois, atteste qu'au nord de 
la lorêt qui porte son nom, le pays, dès l'époque celtique, 
était cultivé et habile (3). La Cotiasylva ou forêt de Cuise 
e^t d'ailleurs mentionnée sous les Mérovingiens comme 
une forêt particulière où allaient chasser les rois ; Glo- 
taire P' y fut saisi de la maladie dont il, mourut (4). Elle 
s'était donc dégagée de la grande forêt des Sylvanectes 
antérieurement à l'arrivée des Francs. Du démembrement 
de la partie orientale de celle-ci sortirent un certain nom- 
bre de forêts. Le j^rompt développement de l'agriculture 
et de la richesse dans le Soissonnais, et le Laonnais, ex- 
plique pourquoi, de très-bonne heure, les défrichements 
prirent une notable extension de ce côté; d'ailleurs, le 
territoire des Suessions, quoique de médiocre étendue, 
était déjà fort peuplé à l'époque de César (5). Citons 

minaison briaj elle appartient à un radical celtique (Briga, Bria) qui 
implique Tidée de boue, de pays humide, et se retrouve dans les 
noms de Brie, Bray, Bresse, Brenne, etc. Voy. sur la position de la forêt' 
(le Ver et du Vemum Palatium qui y avait été construit, Du Gange. 
Glots. U V, p. 26. 

(1) Voy. Historiens de France, t. VI, p. 539. 

(2) Viia S. Drausii, ap. Historiens de France, t. III, p. 610. 

(3) Prioux, ouv, cit» p. 103. 

(4) Grégoire de Tours, Histor. Franc. IV, 21. 

(5) Cadsar, De belL gaU, II, 4. 



110 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

les principales forêts formées du démembrement de la 
partie orientale de la forêt des Sylvanectes : Celle de Sa- 
mouci (Salmotiacum foresté) {i), qui subît depuis de no- 
tables réductions ; celle de Selve (Silvacum foresté) (2), 
dont le nom rappelle à la fois celui des Sylvanectes et 
celui de Servais donné, comme on Ta vu plus haut, à un 
démembrement méridional de la même forêt, nom qui 
n'est vraisemblablement que la transcription latine du 
mot Coda ; cette forêt fit imposer le nom de Silvacum (3) 
k un palais des Garlovingiens construit sur sa lisière et 
qu'il faut rapprocher de celui de Servais porté par un 
village qui en occupa l'emplacement, près de La Fère ; h 
forêt de Voës ou de Vosage ( Vosagus sylva^ Vosagum fo- 
7'este)y située au sud de Laon, et que la forme de son nom 
a fait mal à propos confondre avec les Vosges (4) ; c'est 
vraisemblablement dans cette forêt de Voës que le roi 
Gontran allait chasser le bœuf sauvage {bubalus) (5) et que 

(t) DipîomaL Caroli Calvi, ap. Historiens de France, t. VIII, p. 660. I 
<jr. Ou Gange, Glossar. éd. Henschel, t. III, p. 350. 

(2) Du Gange, Gloss, cil. t. III, p. 350. * 

(3) Annal, S. Bertin. ap. Historiens de France^ l. VIII, p. 879; Cf. 
l. XII, p. 271. C'est dans cette résidence royale que Charles le Chauve 
se rendit en 865, venant d'Attigny, pour y passer le carême et les fôles 
de Pâques. Annal, S. Berlin, an. 865, dans les Historiens de France, 
t. VII, p. 89. On a identifié à tort la forêt de Ver avec celle qu'où 
trouve désignée sous le nom de Vedogiensis Sylva (Du Gange, Glossar, 
i. III, p. 350); car cette dernière forêt, appelée aussi Sylva Videgonia, 
se trouvait dans TAmiénois. Voy. GaUia christiana, 2« édit. t. X, col. 280. 

(4) Au centre de cette forêt s'élevait une habitation royale où Char- 
lemagne et son fils résidèrent en 805, habitation que Ton plaça mai à 
propos dans les Vosges, & Champ-le'DuCy quand on eut confondu la forêt 
de Voës avec le Saltus-Vogesus. Voy. Lepage etCharton, le Département 
des Vosges y t. II, p. 95. Cette conAision a donné naissance à quelques- 
unes des traditions héroïques qui se rattachent, chez les Allemands, à la 
forêt des Vosges. Voy. W. Grimm, Die deutsche Heldensage, p. 90. 

(5) Grégoire de Tours, Hisior, Francor. X, 10. C'est dans cette forêt 
que fut fondée l'abbaye de Prémontré. « Tune episcopus duxit eiun in 
Sylvam Vosagum, ostenditque in ipsa locum quemdam qui Pratum mons- 



CHAPITRE VI. m 

Chundon fut pris avant d'être envoyé à Châlons. Louis le 
Débonnaire aimait aussi à s'y livrer à la chasse (1) ; la 
forêt de Kiersy ou Quiersy-sur-Oise {Karisiacum foreste) 
était pendant l'automne le théâtre des exploits cyné- 
gétiques du même monarque ; elle s'étendait jadis 
entre l'Ailette et le chemin de Blérancourt à Noyon (2). 
Cette dernière forêt séparrait l'ancienne Cotia sylva ou 
forêt des Sylvanectes de celle des Ardennes (3), sans 
doute bien considérable encore, mais dont s'était pourtant 
détaché un certain nombre de forêts distinctes qui ser- 
virent de parcs à autant de palais royaux {villœ regiœ) (4), 
à savoir : les forêts d'Attigny {Attiniacum foreste) (5), 
d'Héristal ou Herstal (6) (Aristallum foreste), de Wara 
ou Vavra (7) autrement dit de Voivre (8), de Ste- 



tratum vel Praemonstratum vocatur. » — Herman. Laudunens. ap. HistO' 
riens de France, t. XII, p. 271. — Les traducteurs de Grégoire de 
Tours ont confondu cette forêt avec celle des Vosges ; d'autres ont été la 
chercher près du Berry. Voy. A. Jacobs, Géographie de Grégoire de 
Tours, p. 415. 

(1) Eginhard, Annoi. au. 8L7, 821. 

(2) Bginhard, Annal, an. 808. Cf. Melleville, Dictionnaire historique 
du département de V Aisne, t. II, p. 260. Au siècle dernier, cette forêt ne 
contenait plus que 200 arpents. 

(3) Arduenna sylva, — Annales Francor. ann. 802, 804, 813, 819, 
822, 823. Grégoire de Tours écrit : Ardoennensis sylva, et Frédégaire, 

Ardenna, 

(4) Ainsi la forêt d'Aix-la-Chapelle [Aquisgranensis foresia), canton 
<ie la forêt des Ardennes, était le parc de Gharlemagne et de ses succes- 
seurs. Voy. Du Gange, v» Foresta, éd. Henschel, t. III, p. 350. Non loin 
d"Aix-la-Ghapelle, une autre viUa royale, Gardina Palatium, avait été 
construite dans les Ardennes. Du Gange, t. V, p. 21. 

(5) Du Gange, v* Palaiium reguniy t. V, p. 21. 

(6) Annal. Francor. an. 823. Cf. Du Gange, Glossar. v Palaiium. 

(7) Du Gange, Gloss. t. V, p. 26. — Capitul. Caroli Magni, an. 877. 

(8) C'esi cette forêt qui a valu son nom au VabrensispaguSy Wavrensis 
Comitaius (Pays de Voëvre ou Voivre), souvent cité dans les documents 
de l'époque carlovingienne, et qui était compris entre Longwy et Gom- 
mercy ; j'en reparlerai plus loin. Des bois, des forêts de la Lorraine, de 
la Ghampagne et de la Franche-Gomté portent ce même nom de Voivre 
ou Voëvre, qui a passé à des villages construits sur l'emplacement de 



142 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

nay ou Astenay (Astenidum ou Satanacum foresté) (i). 
Les forêts qui couvraient dans le principe le territoire 
des Âtrébates, des Ambiains et des Morins, étaient, à la 
même époque, subdivisées en plusieurs grandes forêts, en- 
tre lesquelles nous citerons : celle d'Orville en Picardie (-4 «- 
driaca ou Odriaca sylva) (2), celle de Lens (3), celle de Cressy 
(Crestacum foresté) (4) ou Forestis Sylva (5), dans laquelle 
Ebroin prit et mit à mort Leudésius, maire du palais de 
Dagobert II. Nous reviendrons sur quelques-unes de ces 
forêts, en traitant de l'état forestier de l'Artois et de la 
Picardie. Ce qui vient d'être dit suffit à indiquer le ca- 
ractère essentiel des grandes forêts, à parjtir de l'époque 
carlovingienne et même des derniers temps de l'époque 
mérovingienne : elles furent surtout destinées .à servir 
de parcs de chasse aux souverains et aux seigneurs; 
l'on va voir que ce fut là une des causes qui contribuè- 
rent le plus, à l'époque suivante, au reboisement de 
notre pays. 



forêts ainsi appelées. On peut citer notamment le Bois-de-Voivre, situé 
dans la Haute-Marne, au sud de la forêt de Maréchats et Helanvaux. 
Voy. Historiens de France, t. VII, p. 110, note 1. Cf. D. Calmet, Notice 
de la Lorraine, t. Il, p. 989. A. Jacobs, Géographie de Grégoire dv 
Tours y p. 405. 
(i) Du Cange, Glossar, t. III, p. 350. 

(2) Cette forêt aurait pris son nom, selon d'autres interprètes, non irOr- 
ville près Douions, mais d'Aire en Artois où ils placent la villa royale 
dont parlent les Annales S. Bertini, ann. 865, 867, 873, 875. Cf. 
Eginhard, Epist. LIV. 

(3) Du Cange, Glossar. t. III, p. 350, w'^Poresla. 

(4) Cette forêt est désignée dans Frédêgaire par le nom de Criscecum, 
forme qui indique qu'à l'époque carlovingienne, le mot Cotia devenu ensuite 
Coatia avait subi dans sa prononciation gutturale une nouvelle altération 
qui amena l'insertion do r. Evidemment le c était prononcé comme kk 
dans le mot coat, col. — Voy. sur cette forêt, A. Jacobs, Géographie de 
Frédégaire, p. 443. 

(5) Voy. Diplom. Caroli Magni, ap. D. Bouquet, Historiens de France^ 
t. V, p. 759. 



n 



CHAPITRE VI. 113 

En résumé l'état forestier de la Gaule, sous la première 
race et au commencement de la seconde, ne devait pas être 
bien différent de ce qu'il était sous les Romains. Le seul 
trait qui différencie les deux époques, c'est que, de plus en 
plus coupées par des chemins, les forêts anciennes encore 
subsistantes tendaient à se partager en plusieurs foréls 
distinctes. 



8 



114 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE, 



CHAPITRE VIL 

RETOUR PARTIEL PE LA FRANCE A SON ANCIEN ÉTAT FORESTIER. PI- 
DROIT DE GARENNE. 

Les guerres dont la Gaule eut tant à souffrir, du iii« au 
VI* siècle, amenèrent la dévastation d'un grand nombre 
de forêts. Les armées ennemies y portèrent le fer et le 
feu. La profondeur des forêts gauloises, leur inextrica- 
bilité en faisaient pour les vaincus des retraites natu- 
relles; mais elles ne demeurèrent pas longtemps inex- 
pugnables. A la fin du m'' siècle, les Bagaudes (1), qui 
défendaient contre la cupidité romaine leur travail et leur 
indépendance, se réfugièrent dans les forêts et reprirent le 
genre de guerre propre à leurs ancêtres (2). La guerre de 
partisans rendit les campagnes peu sûres ; en une foule 
de lieux, les colons abandonnèrent leurs cultures pour se 
réfugier dans les villes ; les champs laissés en friche se re- 
couv rirent peu à peu d' une végétation arborescen te ; la forêt 
ressaisit son empire (3). Plusieurs forêts s'élevèrent même là 
où avaient existé des vicus et des habitations. Quand les 
barbares, Alains, Suèves, Vandales, Gothsou Hunss'ab^t- 
tirent sur la France, ils détruisirent bien des centres de 

(1) Ce nom est dérivé de Bagad, qui signifie, en celte, a rassemble^ 
ment. » Les Bagaudes {BagatLdii) étaient des bandes qui infestaient le 
pays. 

(î) C'est ce qui résulte de la comédie de Querolus, (Voyez, à ce sujet, 
les recherches de M. A. de Gourson, Histoire des peuples bretons, t, 1. 
p. 137.) 

(3; a Adeo major esse cœperat numcrus accipientium quam dantiuin, 
ut enormitate indictionum, cousumptis viribus colonorum, desererentur 
agri et culturas, verterentur in sylvam, n dit Lactance, en parlant des 
provinces romaines à cette époque. {De mort, persec. g 7.) 



CHAPITRE VII. 415 

population, et sur les ruines qu'ils avaient faites, les forêts 
reparurent. Un hagiographe (1) nous rapporte un fait 
de ce genre. Sur la colline de Magdunum (aujourd'hui 
Meung), dans le pagus d'Orléans, était une forteresse dont 
les Vandales s'emparèrent et qu'ils rasèrent jusqu'au sol ; 
aucun être vivant ne resta sur cet emplacement : les arbres 
y poussèrent, et ce lieu, auparavant rempli d'hommes 
renommés, fut réduit à n'être qu'une épaisse forêt (2). Les 
Sarrasins, dans le midi de la France, les Normands dans le 
nord, opérèrent des dévastations dont les conséquen- 
ces durent être les mêmes. C'est au premier de ces peuples 
ou aux Goths qu'il faut attribuer l'abandon des salines de 
Salces, exploitées jadis par les Romains avec un grand 
succès (3), et qui se changèrent en marais infects (4). Au 
temps de l'invasion* des Arabes, des bois de pins et de 
chênes lièges remplacèrent sur le littoral méditerranéen, 
à l'est de Marseille, les plantations d'oliviers qu'y avaient 
établies les Phocéens, et dont l'existence est attestée par 
les souches que le sol recèle encore. « Ces souches, écrit un 
savant forestier (5), sont tellement nombreuses dans quel- 
ques cantons, que leurs rejetons recherchés dans les bois, 
détachés avec un peu de racine et plantés dans les champs 
cultivés pour être plus tard greffés en place, tiennent 
lieu de plants élevés en pépinières. » 

(1) L'auteur de la Vie de S. Liphard. 

(?) « Est autom mons in Aurelianensi pago, qucm cjusdem incoiso re- 
gîonis Mogdunum appellant; in quo ab anliquis castrum fucrat œdifica- 
tùm, quod cnideli Wandalorum vastatione ad solum usque dirutum est. 
Nemine autem rémanente habitalore, nemoribus hinc inde succrescenti- 
bus, locus idem qui ciaris hominum conventibus quondam replebalur, in 
densissimam redactus est solitudinem. » (Bolland. Act. SS. III jun. 
p. 300.) 

|3) Pomponius Mêla, De silu orbit, III, 2. 

(4) Voy. J. J. Baude, Les Colei du Roussillon, dans la Revue des Deux- 
MondeSy ann. 1844, t. III, p. 1. 

(5j Â. Ysabeau, doubles Annales forestières, t. XIII, p. 301. 



116 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l'ANCIEIHNE FRANCE. 

Lors de leurs incursions au diocèse de Reims et sur les 
bords du Rhin, les Normands abattirent une foule de vil- 
lages, brûlèrent des abbayes (1), et laissèrent parlout le 
champ libre aux forêts, qui, déjà largement distribuées 
dans le pays, n'eurent qu'à étendre quelque peu leurs lignes 
pour englober dans leur domaine les points antérieure- 
ment habités. 

Des ruines romaines découvertes dans certaines forêts 
du Haut-Rhin, dans celles de Grand (Vosges), de Danville 
(Meurthe), et où se reconnaissent de^ restes de bourgades, 
prouvent l'envahissement par la végétation forestière de 
lieux jadis^habités et cultivés. D'autres ruines romaines 
ont été retrouvées à la Petite-Houssaye, dans la forêt de 
Brotonne, en Normandie (2), dans celle de Beaumont-le- 
Roger (Eure) (3). Le plateau de Lcinenberg, prèsd'Abres- 
chwiller en Lorraine, aujourd'hui tout boisé, fut jadis 
cultivé (4). 

Ces causes de reboisement n'étaient pas les plus acti- 
ves, comparées à celles qu'amena l'établissement du ré- 
gime féodal. La propriété particulière et libre disparais- 
sait chaque jour davantage de notre patrie, pour faire place 
à la domination seigneuriale. Les forêts par leur impor- 
tance, à raison des droits qui s'y rattachaient, tombèrent 
toutes nécessairement, comme je l'ai noté plus haut, sôus 
l'autorité du seigneur, qui se substitua à la propriété 
communale. Tandis que la majorité des grandes forêts 
continuaient à dépendre du domaine de la couronne, 
(lu'une foule d'autres étaient possédées par les abbayes, 

(1) Voy. Depping, HisL des expéditions maritimes des Normands, 
liv. II, c. VI; liv. m, c. I. 

(2) Annales forestières, t. III, p. 197, 546. 

(3) Badebled, Dictionnaire topographique , statistique et historique 
du département de VEure, p. 37. Évreux, 1840. 

(h) H. I^epage, Le Département de la Meurthe^ t. II, p. 43. 



CHAPITRE VU. H7 

auxquelles elles avaient été concédées en relourdes défri- 
chements du& aux moines, ou pour des motifs de piété, 
le reste des forêts était graduellement englobé dans le do- 
maine seigneurial. C'étaient les seigneurs qui distribuaient 
et réglaient l'affouage, les droits de panage et de pacage ; et 
modelant leur autorité sur celle du prince suzerain, ils 
restreignaient de plus en plus les droits des usagers comme 
les premiers rois carlovingiens l'avaient fait pour les fo- 
rêts de leur domaine. Telle était la liaison qui finit par 
s'établir entre les idées de seigneur et de propriétaire de 
forêts, qu'on en vint à exiger, jusqu'à un certain point, 
cette dernière qualité de celui qui était revêtu de la pre- 
mière, et que, dans plusieurs contrées, notamment dans 
l'Anjou, ce fut une règle que le justicier de certaine classe 
devait avoir forêt, comme si, dit Championnière (1), la 
marque essentielle de la justice dût être l'eflFet le plus terri- 
ble de la conquête et de la désolation. Les prélats s'arro- 
gèrent aussi, à titre de seigneurs, les droits de forêts. 
qu'ils concédaient ensuite, en tout ou en partie, aux moi- 
nes, leurs subordonnés spirituels (2). 

Les droits de forêt et de garenne furent de véritables 
calamités établies par l'autorité du bannum (3). En Alsace, 
en Lorraine, comme dans les contréesgermaniques situées 
au delà du Rhin, l'existence traditionnelle des forêts com- 
munes s'opposa à ce que l'usurpation du seigneur devint 
aussi complète et aussi générale. C'est ce qui explique 
comment la plupart des forêts y purent conserver le 
caractère de propriété commune; mais les seigneurs con- 



(t) Championnière, De la propriété des eaux courantes, p. 68, 

(2) Voyez, notamment, la concession Taite en 1128 par Adelbert, ar- 
chevêque de Mayence, et celle de Herman, archevêque de Cologne, en 
t099, citée plus haut. 

(3) Voy. Championnière, De lapropriéié des eaux courantes, p. 567. 



118 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

fîsquèrent parfois à leur profit les droits d'usage et ne les 
rendirent qu'à titre de concession volontaire et toute libé- 
rale (1). Ils s'efforçaient de légitimer leur droit de pro- 
priété, en se donnant l'apparence d'octroyer aux usagers 
des droits dont ceux-ci étaient déjà en jouissance et que la 
charte de concession prétendue ne faisait que rappeler en 
réalité (2). Cette charte était souvent même rédigée en vue 
de les restreindre, faute de pouvoir les supprimer com- 
plètement; elle ne les accordait qu'en certains cantons de 
la forêt. Ces faits expliquent pourquoi en Alsace, en Lor- 
raine, aussi bien qu'en Allemagne, l'état forestier ne tra- 
versa pas les mêmes vicissitudes que dans le reste de la 
France. En même temps que les forêls primitives demeu- 
raient plus intactes, ce qui a été déjà remarqué plus 
haut (3), le droit de garenne ne fut pas aussi efficace pour 
opérer le reboisement des parties anciennement défrichées. 
L'usurpation était plus difficile, quel que fut son objet, 
soit que le seigneur voulût s'approprier la forêt, soit qu'il 
prétendît, pour ses plaisirs ou ses besoins, transformer en 
forêt des terres dont la population rurale avait lajouissance 
ou la propriété. Plusieurs nobles durent revenir sur les 
usurpations par eux tentées et rendre les forêts qu'ils 
avaient incorporées dans leur domaine (4). 
Le droit de garenne n'était au reste qu'une dérivation 



(1) Voy. Schœpflin, Alsatia diploinaiica^ t. I, p. 230, n® 276. En 
Alsace, les droits d'usage forestiers demeurèrent toujours très-larges. 
£n certains lieux, l'usager avait même le droit de vendre. (Voy. Meaume, 
Comm. du Code forest. 1. 1, part, ii, p. 892.) 

(2) C'est ce qui résulte de la charte émanant de l'abbesse d*Ândlau, 
qui date de 1145, et que cite Schœpflin. 

(3) Xoy. ce qui a été dit p. 79. 

(4) Ainsi, en 1063, l'empereur Henri IV restitue au chapitre d'U- 
trecht une forêt qui avait appartenu à ce chapitre, s'exprimant en ces 
termes : a In cœdendis lignis et venatione et pascuis ex omnî utilitate. » 
(Heda, HUtor. epise, UUraj* p. 130.) 



CHAPITRE VU. 119 

<Ju droit de forêt. Ce mot degarenjia ou loarenna, dérivé 
■du germain tvaren, « défense, » avait originairement la 
même signification que le mot forestella, diminutif de 
/oresta, ainsi que cela ressort du passage suivant d'une 
-charte de 1209(1) : « Forestella illa quae garenna vocatur, 
priori de Pargis extra partem meam et succe^sorum meo- 
rum comitum Campaniae, libéra remanebit. » 

La législation carlovingienne, qui semble avoir interdit, 
en certams cas, dans Tintérêt de l'agriculture, rétablis- 
sement de nouvelles forêts, a complètement disparu au 
x«, au XI* siècle, et dans les siècles suivants. Les seigneurs 
ne songent plus alors qu'à leurs chasses, et veulent avoir 
les forêts les plus étendues possible (2). La distinction 
des deux classes de bois est fondée sur leur destination 
purement cynégétique. Les grandes forêts sont celles où 
l'on chasse les ours, les buffles, les cerfs, les sangliers; 
les gare/ines sont les forêts de moindre venue oîi vivent 
les lièvres, les lapins, les perdrix, les faisans. Une charte 
d'Edouard III, roi d'Angleterre, statue sur la question 
de savoir si les chevreuils sont bêtes de forêt ou de ga- 
renne, et, de l'avis de ses seigneurs hauts-justiciers, le roi 
décide que le chevreuil est un animal de garenne et non de 
forêt: c Yidetur tamen justitiariis et consiliodom. régis, 
quod caprioli sunt bestiae de warenna et non de foresta (3). » 

« L'établissement des premières garennes, dit M. Gham- 
pionnière, qui nous sert de guide ici (4), ne fut que la con- 

{U Ghampionnière, ouv. cit. p. 64, et Du Gange, Glossar, sub \^ Wa^ 
renna. 

(2) Aussi, vers cette époque, le cor ou la corne, destiné à servir d'ins- 
trument d'appel à la chasse, devint-il le symbole de la possession d'une 
forêt, en vertu d'un usage qui paraît d'origine germanique ou au moins 
danoise. (Voyez, à ce si^et, le Mémoire de M. Pegge, dans YArchxologia 
vol. m, p. 3.) 

(3) Ghampionnière^ ouo. cit. Du Gange, ouv, cil. 

(4) Ouvr. ciiéy p. 65 et suiv. 



120 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

tinuation des ravages de la conquête, mais plus odieuse 
peut-être que les inceudies et les meurtres de Tenvahisse- 
ment. Le soldat qui dévaste les récoltes et fait périr les 
habitants du pays où il pénètre, les armés à la main, 
trouve une excuse dans la nécessité de la guerre et les 
dangers que lui- même a courus; mais, lorsque les peuples 
vaincus ont déposé la résistance et que des traités ont 
permis aux vainqueurs de jouir des fruits de leur con- 
quête, l'abus de la force, au préjudice des populations qui 
ne se défendent plus, est un fait tyranniquedont le temps 
et la possession ne sauraient légitimer les conséquences. » 
Que les premiers établissements de garennes, de forêts 
et des banalités de diverses espèces, aient été le résultat 
habituel de la violence, c'est ce qui ressort d'un grand 
nombre de documents contemporains, surtout des monu- 
ments judiciaires. Pour preuve, il nous suffira de rappeler 
le procès élevé en 1259 entre un certain Jean de Moy 
et ses hôtes, qui avaient eu à souffrir des vexations 
de son père Drogon. Celui-ci, après avoir abusé de sa 
position, per potentiam suam^ pour établir une ga- 
renne sur les vignes, les blés et les jardins de ses hôtes, 
hospites suos, puis obtenu d'eux une somme considérable 
sous la promesse d'y renoncer, était parvenu par violence, 
per vint suam iterum levavit , à la rétablir, malgré la foi du 
serment, hoc ipsisjuravit. Jean de Moy prétendait mainte- 
nir cette garenne au mépris de tout droit (1). Dans le plus 
grand nombre des procès de ce gent*e, les réclamants attri- 
buent à la même cause l'établissement de la garenne con- 
testée (2). Citons comme autre exemple le fait suivant : 
Il est dit, dans un cartulaire de l'abbaye de Saint- 
Ci) Olim, éd. Beugnot, t. I, 83. Enquêtes, 1259. 
(2) Ghampioimière, De la propriété des eaux codantes, p. 73. Cet au- 
teur cite encore plusieurs autres espèces curieuses. 



CHAPITRE YII. 121 

Serge (1), qu'Adam, fils de Thibaud, avait, près de Braël 
{juxta Braellum), une terre nommée Ralée {Raleinm) dont 
il avait hérité de ses ancêtres. Elle était environnée par 
des forêts appartenant à Widon , seigneur de Laval, et à 
André, seigneur de Vitré. Un jour Hervé ayant fait obser- 
ver àces seigneurs, dontil était le forestier, l'avantage qu'ils 
auraient à agrandir leurs forêts en envahissant le do- 
maine du sieur Adam, Widon et André s'en emparèrent 
aussitôt^ sans forme de procès. En vain le possesseur dé- 
possédé protesta-t-ii contre la violence dont il était vic- 
time; les récriminations et les plaintes furent inutiles: 
les seigneurs de Laval et de Vitré étaient gens puissants; 
il lui fallut se résoudre à perdre son bien. Il ne cessa pas 
toutefois de réclamer, durant plusieurs années. Devenu 
vieux, Adam tenta une dernière démarche; il alla, en- 
touré de tous les siens, supplier André de Vitré. Celui-ci 
se laissa iljéchir ; mais il ne consentit à rendre au vieillard 
son domaine, converti en forêt, que sur la promesse d'en 
faire don à l'abbaye de Saint-Serge, dans laquelle Adam 
prit, ainsi que son fils, l'habit de moine. 

Le droit de garenne persista longtemps; on le trouve 
formellement consacré dans les Etablissements de 5. Louis 
où il est dit : c Hons coustumiers si fet soixante sols d'a- 
mende, se il brise la sesine de son seigneur ou il chace en 
ses garennes ou il pesche en ses étangs ou en ses defois (def- 
fens). » Une ancienne coutume de France, citée par Du 
Gange, au mot Feudum^fd\^^\i de la violation d'une ga- 
renne un cas de commise : « Le vassal perd son fief quand, 
par mal talent, il met la main sur son seigneur à tort, se 
il arme contre lui, se sans congié il pêche en ses étangs et 



(1) Voy. les preuves de V Histoire de Bretagne, do D. Lobinoau, t. 11, 
aan. 1073, coU 258. 



122 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

OU il chasse en sa garenne. » Mais la civilisation avait déjà 
fait de notables progrès; la commise et l'amende de 
soixante sous ont remplacé les cruautés des seigneurs du 
xi*^ siècle. Un arrêt de 1270, rapporté par Guénois (1), dé- 
clare également amendable celui qui prend cerf ou biche 
au lieu où il y a garenne. Enfin, dans les nombreux procès 
inscrits au registre des Olim^ la garenne est considérée 
comme un droit légitime, ayant le même caractère que le 
droit de corvée, de moulin banal ou tout autre élément de 
la puissance seigneuriale (2). 

Si les garennes ne comprirent pas des provinces entières, 
elles s'étendirent au moins sur de vastes possessions et des 
biens de toute nature. Moins destructives que les forêts, 
elles n'entraînaient pas nécessairement la ruine des popu- 
lations, l'abandon des terres et la dévastation du sol ; mais 
elles nuisaient considérablement à l'agriculture et restrei- 
gnaient le droit du propriétaire : aussi devinrent-elles la 
source d'innombrables contestations entre les seigneurs 
et les vassaux , dès que ces derniers purent recourir à la 
justice royale. Le registre des Olim contient une foule 
d'arrêts sur le sujet de garenne. L'exposé du litige montre 
qu'il s'agissait de garennes établies sur les terres d'autrui, 
terres souvent fort étendues et qui pouvaient comprendre 
des fiefs, des censives, des communautés, des vignes, des 
jardins, des villages, etc. (3). 

Les rois normands transportèrent en Angleterre cet ini- 
que droit de garenne et de forêt. Guillaume le Conquérant 
donna le premier l'exemple de l'envahissement des ter- 
rains cultivés (4). Il contraignit, dans le Hampshîre, des 

(i^ Grandes conférences des ordonnances et édils royaux, t. II, 
p. 344. 

(2) Championniôre, De la propriété des eaux courantes, p. 76. 

(3) Idem, ibid. p. 68. 

(4). L'usage de planter des forêts pour se ménager des chasses n*a pas 



CHAPITRE Vil. 123 

hommes à abandonner un espace de trente milles, où il 
détruisit toutes les habitations, sans môme épargner les 
églises. Les bêtes fauves devinrent bientôt si nombreuses, 
dans cette forêt de nouvelle création, que l'on prétendit 
qu'elles empestaient l'air. Voici ce qu'écrit à ce sujet Guil- 
laume de Malmesbury (i) : « Tradunt cervos, in nova fo- 
» resta terebrantem, tabidi aeris nebula morbum incur- 
» risse. Locus est quem Willielmus pater, desertis villis, 
9 subrutis ecclesiis, per triginta et eoamplius milliaria in 
» saltus et lustra ferarum redegerat, infando prorsus spec- 
> taculo, ut ubi ante vel humana conversatio, vel divina 
» veneratio fervebat, nunc ibi cervi et capreoli et cetera) 
» illud genus bestiœ petulanter discursîtent : nec illae qui- 
» dem mortalium usibus communiter expositae. » 

La Chronique de Philippe Aiousket attribue au fils du 
Conquérant, Guillaume le Roux, cet acte de tyrannie (2). 
Voici le naïf récit du chroniqueur gantois : . 

Gis rois fu Guillaume li Rous 
D'Ëngletière et fut moult irous. 
Es abéies soujournoit 
En toutes les glises reuboit. 
D'autre part Hanstone en I plain. 
Avoit I liu moult biei et sain : 
XVII que capieles que glises 
I avoit-on pour Dieu assises 

^té pratiqué par les seuls seigneurs du moyen âge; nous lisons dans le 
grand historien de TArménie, Moïse de Khorène, que Ghosroès II 
(Khosrow) planta, près du fleuve Ëleuthère, une forêt qui porte aujour- 
d'hui son nom, et au centre de laquelle il fit élever un palais, afin d'être 
plus à même de se livrer à la chasse, son passe-temps favori. (Moïse de 
Khorène, trad'. par Levaillant de Florival, liv. III, c. viii, t. 11^ p. 19.) 

(1) Lib. III, p. lit, ap. Savild, Rer. anglic. scriptores . 

(2) Orderic Vital, XI. 13, p. 82, éd. Leprévost. Cf. sur l'histoire do 
l'afforestation du Hampshire, Henri Eliis, À gênerai introduction io Do- 
mesday bock, London^ 1833, 1. 1, p. 105. L'établissement de cette forêt 
a inspiré à Pope une des plus belles tirades de son poëme sur la forêt do 
Windsor (vers 42 et suiv.). 



124 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. ' 

Très le tans Artus, le bon roi. 
Cil pois Guillaumes, par desroi 
Les fit abattre et bos planter 
Des kaillos fist son gart-muer^ 
Et quant vint al cief de vu ans 
Si fu li bos créus et grans 
Ciers i mist et bisses et dains ; 
Pour, counins, livres et ferains 
Et manière de sauvagine 
Tant que plaine en fut la gaudine. 
La Nueve-Foriés fu clamée. 
Encore est-ele ensi nommée (i). 

La forêt qui dut son origine au bon plaisir des Nor- 
mands est celle qui fut désignée depuis sous le nom de 
NetV'Forest (2) et qui constitua plus tard le parc de Sou- 
thampton (3). On dirait que la Providence ait voulu faire 
expier dans cette forêt même aux princes qui l'avaient 
établie l'iniquité de leurs procédés à l'égard des malheu- 
reux cultivateurs anglo-saxons. En eflfet, c'est dans New- 
Forest que Guillaume le Roux fut percé d'une flèche, et 
que périt Richard, le frère de Henri P'; Henri, neveu de 

(1) Chronique rimée de Philippe Mouskes, publiée par M. de Reiffen- 
berg, tome II, vers 17710-717-729. Nous renverrons aux notes de celte 
édition pour l'explication des vieux mots français du texte que nous ve- 
nons de citer ; nous remarquerons seulement que le mot gaudine^ em- 
ployé par Mousket avec le sens de forôt, et qui se retrouve chez les écri- 
vains en langue vulgaire, du môme temps, vient de l'allemand wald, par 
la substitution du ^au w et de Vu à 17. (Voy. Wachter, Giossarium germa- 
nic't/m, sub v<^ Wald,) Ce mot wald a donné naissance au bas latin 
gualdum* gualda^ « forêt, » qui fut en usage en Italie au xi* siècle, ainsi 
que le montre ce passage de la chronique du mont Gassin, écrite par 
Léon Marsicanus : « Necnon et duo gualda in flnibus Yicalbi, unum in 
loco qui dicitur sylva plana, alterum in monte Albeto. >» (Lib. II, ap. 
Pcrtz, Monument, gemian. histor. t. VII, p. 632.) De gaudinepn fit. par 
corruption, gaul, Voy. Roman de la Rose, v. 662.) 

(2) Elle est citée par Guillaume de Jumiéges {RecueU de Camden, 
liv. VII, c. ix) et Fr. Michel, Chroniques anglo-normandes, t. I, p. 51. 

(3) Chronic, Henr. Knyghion, p. 2373. L'île de Wight fut aussi affo- 
restée ; à ce point que, suivant les anciennes chroniques, un écureuil la 
pouvait parcourir tout entière en sautant d'arbre en arbre. 



CHAPITRE Vil. i25 

Robert, fils aine du Conquérant, y resta, comme Absalon, 
suspendu par sa chevelure à un arbre (1). 

Les successeurs de Guillaume, afin de se rendre la po- 
pulation favorable furent contraints d'abolir ce système 
révoltant d'oppression forestière, et c'est dans ce but que 
le roi Jean donna la charte des forêts, qui faisait partie 
de la grande charte. Les monarques anglais conservaient, 
en vertu de cette charte, leur juridiction forestière, mais 
des garanties y étaient accordées contre l'arbitraire dans 
tout ce qui se rapportait au droit de chasse, garanties re- 
nouvelées et étendues en 1225, par Henri III (2). 

Le droit de forêt et de garenne laissait seulement à 
celui qui en jouissait la faculté d'interdire de chasser 
ou de pêcher ; à l'origine le seigneur ne s'appropriait, ni 
le sol, ni le fleuve auxquels s'appliquait sa défense; il se bor- 
nait à s'y réserver les avantages de la pêche et de la chasse 
et à empêcher tout travail pouvant nuire à la propagation 
du gibier (3). Les interdictions avaient pour effet d'entrete- 
nir et de favoriser la présence des bêles fauves et des ani- 
maux nuisibles qui pullulaient souvent au point que les 
paysans se voyaient souvent réduits à abandonner la culture 
et à émigrer ailleurs, désertion dont le seigneur profitait 
pour s'emparer du territoire (4). L'exercice du droit de ga- 
renneengendra donc un véritabledroit dedépossession, une 
sorte de déshérence par voie d'abandon au profit du sei- 
gneur; mais ce qui démontre que' tel n'était pas le droit 
primitif, c'est l'eflFet de la renonciation au droit de forêt ; 

(1) Cf. Roger de Hoveden, Annal. P. I, p. 468, éd. Savile. 

(2) Voy. Mathieu Paris, Chronic. an 1215, trad. Huillard-BréhoUes, 
t. III, p. 23. Cf. Hallam, Supplemental io Uie views ofthe siaie of Eu- 
rope during the middle ages^ p. 278, London, 1848. 

(3) Mathieu Paris, Chronic. ann. 1225, trad. Huillard-BréhoUes, t. III, 
p. 283. 

C4) Championnière, De la propriété des eaux courantes, p. 560. 



126 LES FORÊTS DE LA. GAULE ET DE l'aNCIENNE FRANCE. 

cette renonciation que les chartes du moyen âge expri- 
ment par le mot deafforestarcy rendait au propriétaire, 
que l'exercice du droit en avait fait évincer, la libre dispo- 
sition du domaine. 

, Les résistances armées des possesseurs, et les procès 
auxquels la propriété d'un grand nombre de forêts a per- 
pétuellement donné lieu, ne sont qu'une protestation du 
droit contre la violence et le souvenir vague et traditionnel 
d'une spoliation. 



CHAPITRE Ylll. 127 



CHAPITRE VIII. 

INFLUENCE DES MOINES SUR LE DÉFRICHEMENT DES FORÊTS. — ENVAHIS- 
SEMENT DES FORÊTS PAR LES MONASTÈRES. — .ROBERT d'aRBRISSEL ET 
l'ordre de CITEAUX. 

La fondation des ordres religieux, le progrès de la vie 
monastique eurent une influence considérable sur la mise 
en culture des forêts. A l'instar des ascètes de THindous- 
tan qui choisissaient les forêts pour théâtre de leur \ie 
d'abstinence et de macération (1), de pieux solitaires 
cherchaient chez nous, au cœur de certaines forêts, une 
retraite où ils pussent se livrer librement à leurs médita- 
tions et à leurs pénitences. Ils vivaient là, respectés par les 
larrons, par les chasseurs dont les plaisirs venaient parfois 
les arracher au calme de leur solitude(2). Les ermitages fu- 
rent remplacés plus tard par des monastères qui devinrent 
autant de centres agricoles. Les moines défrichaient autour 
d'eux; leur règle leur faisait un devoir du travail manuel, 
et les besoins domestiques les obligeaient à chercher du 
bois. Ils éclaîrcirent de la sorte nombre de forêts; c'est ce 
dont témoigne la vie de plusieurs saints fondateurs d'or- 
dres monastiques, de divers abbés et ermites. 

Nous lisons dans la vie de saint Fiacre (3), que les hau- 

(1) Voy. Lois de Manou, XI, 72. 

(2) Voy. à ce sujet le roman de Doon de Mayence, qui nous raconte que 
le comte Gui de Mayence, père de Doolin, ayant tué un ermite dans la 
forét d'Ardenne, en croyant atteindre un cerf qui s'était réfugié dans la 
cellule de cet anachorète, se fit, en expiation, ermite à sa place. — 
Voy. Doon de Mayence, phanson de geste, éd. A. Pey, p. 27 et suiv. (Pa- 
ris, I859J et ce qui a été dit, p. 69, de la forêt de Colonne. 

(3) « Ad prœdictum locum reversus est Fiacrius et avulso nemore 
monasterium in honorem BeaUe Mari® construxit. » (Bolland. XX aug. 



128 LES FORÊTS DELA GAULE ET DE l'aNCIENNE FRANCE. 

leurs de la Brie, sur lesquelles se retira ce solitaire, étaient 
couvertes d'une épaisse forêt qu'il défricha en partie. 
C'est actuellement l'un des cantons les plus fertiles de Tar- 
rondissement de Meaux. Cette forêt se rattachait, par celle 
du Mans et les bois de Meaux (1), à la forêt de Jouarre {J ara- 
nus saltus) (2), où, au commencement du vu*' siècle, 
Adon (3), dégoûté des vaines pompes du monde, avait 
fondé le monastère de Jouàrre (4). 

On doit à saint Deicol ou Diel le .défrichement d'un can- 
ton des forêts des Vosges, celui de Luthre ou Luders^ au- 
jourd'hui Lure, qu'infestaient alors les bêtes fauves. Il 
y fonda la fameuse abbaye de Lure, où vint le visiter 
Clotairell, que la chasse du sanglier avait amené dans la 
contrée (5). 

Aux VII* et viir siècles, la forêt de Haguenau se peupla 
d'ermitages dont les habitants commencèrent à l'éclaircir; 
le séjour de ces nombreux cénobites lui valut le nom 
de Heilige Vorst {Sylva sancta)\ c'est là que vécurent 
saint Arbogast auquel un vieux chêne, dit \egros Chène^ 
est consacré, et saint Deodat qui avait abandonné pour se 

p. 606.) Lo lieu où s'établit saint Fiacre s'appelait le Breuil, c est-à-dire 
Le Bois, et appartenait à l'évêque Faron, qui le lui concéda pour sa re- 
traite. (Cf. Mabillon, AcL SS. Bened. t. II, p. 618.) 

(1) Ce sont vraisemblablement ces bois dans lesquels, au x*^ siècle, le 
moine Bichor raconte qu'il se perdit, en se rendant de Reims à Chartres. 
(Richor, HisU 1. IV, c. 50.) 

(2) Cf. Vit. S. Columbani, ap. D. Bouquet, //wL de France, t. Ill, 
p. 481, 513. 

(3) Adon et Dadon étaient fils d'Authaire, proche parent de saint Fa- 
ron, et aurjucl appartenait la forêt. Il avait été catéchisé par saint Golom- 
ban. (Voy. Mabillon, Act. 55. Bcnedicl, t. 11, p. 487, 612, et Toussaint 
Duplessis, Hist. de V église de Meaux, pièces justificatives, ann. 835, p. 3.) 
Cf. ce qui est dit plus loin de cette forêt. 

(4) Toussaint Duplessis, loc, cii, 

(5) BoUand. Ad. SS. XVUI jan. Saint Diel, dont le nom a été altéré 
plus tagd en celui de saint Diey ou Dié, vivait au commencement du 
VII* siècle. Le lieu des Vosges où il se relira appartenait à Weifbar, sei- 
gneur do la cour de Thierry, roi de Bourgogne. 



CHAPITRE VIII. 129 

retirerdu commerce des hommes, son évêché de Nevers (1). 
De nombreux anachorètes de la Flandre occidentale vin- 
rent s'établir dans la vaste forêt appelée Thigobusca, 
qui s'étendit, jusqu'au yii° siècle, de Poperinghe à Rou- 
1ers. Leurs cellules se multiplièrent, surtout dans le canton 
entrecoupé de criques et de marais, qui portait le nom de 
Rtimetia, et où abondaient les ormeaux ou ypreaux (en 
flamand Yepenboomen), ainsi que l'atteste le nom delà vi/le 
d'Ypres, élevée sur son sol, après qu'il eut été défri- 
ché (2). 

Au xr siècle, un des plus célèbres apôtres de la vie cé- 
nobitique, Robert d'Arbrissel, contribua singulièrement 
au défrichement des forêts de l'Anjou et de la Bretagne. Il 
s'établit dans la forêt deCraon (3), et le nombre de ses dis- 
ciples s'étant considérablement accru, il se vit obligé de 
les envoyer dans les forêts voisines. Les solitaires qui 
avaient embrassé sa règle, se divisèrent donc par colonies 
et allèrent fonder des abbayes en divers points de Test de 
la France. 

Robert s'était fixé dans la partie de la forêt de Craon qui 
portait le nom de La Roc (Rota). C'est là qu'il fit bâtir, en 
1094, un monastère (5'. Maria de Bosco ou de Sylva) placé 
par lui sous la règle de saint Augustin (4). Ce canton, qui 
était alors tout boisé, est aujourd'hui entièrement ou- 
vert (5) ; il sépare la forêt de Craon de celle de la Guer- 

(t) Voy. Risleihuber, l'Alsace ancienne et moderne ou Dictionn, topo- 
graph, hisioriq. et statUiiq. du Haut et du Bas-Rhin, p. 16(5. 

(2) Voy. J. J. de Smet, Essai sur les noms des villes et des communes 
de la Flandre occidentale, dans les Nouveaux Mémoires de VAcad. de 
Belgique, t. XXIV, p. 13. 

(3) Saltus Credoniensis , 

(4) Balderic. ep. Dolensis, Vil. B. Roberti, ap. BoUand. Ad. SS. 
XXV feb. p. 605. Cf. GaU. Christian, t. XIV, col. 716, Eccles. An- 
degav. 

(5) « Excisa tamen est magna pars illius sylvse, » disent les BoUan- 

distes, ouv, oit, p. 606, col. 1, note. 

9 



130 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANGE. 

che: le petit bois de Laubrière et deux autres bou- 
quets sont actuellement les seuls débris de la forêt de la 
Roë. Deux localités appelées les Bois^ et une autre nommée 
les Sarts (1) (les Essarts) rappellent encore la présence des 
arbres qui ont disparu. Il y a tout lieu de penser que la fo- 
rêt de Craon ne faisait alors qu'un avec celle de la Guerchc, 
et qu'elle se rattachait, par des lignes non interrompues 
d'arbres, à celles de Verzec, deLourzé, d'Ombrée, de Juigné 
et d'Airaise (2). Une foule de noms de lieux des environs, 
qui se rencontrent précisément dans les parties intermé- 
diaires entre ces forêts, attestent la présence ancienne de 
bois en des points qui en sont aujourd'hui totalement 
dépourvus. Tels sont le Bois-Gyaut^ le Grand-Bois^' le 
Bois-Bluiy la Brosse^ etc. 

Vital de Tierceville se retira avec une partie des disciples 
de Robert, dans la forêt de Fougères, où ses compagnons 
se dispersèrent en plusieurs endroits. Raoul de Fougères,, 
qui en était seigneur, les y soufifrit quelques années ; mais, 
comme il aimait passionnément la chasse, et qu!il crai- 
gnait que les ermites ne dégradassent la forêt où il en pre- 
nait le plaisir, il préféra leur abandonner la partie de la fo- 
rêt de Savigny le vieux, où Vital de Tierceville fonda lab- 
baye qui en prit le nom (3), et il la leur cc^icéda par une 
Charte en 1112. La carte de Cassini ne place plus à Savi- 
gné qu'un bois très-démantelé, qui a disparu de nos 

(1) Citons encore les localités, aujourd'hui défrichées, appelées Bois- 
Saini' Michel et le Bois-Dullier. (Voy. la carte de Cassini.) 

(2) Co nom d'Arraise, qu'on trouve appliqué à d'autres forêts, est peut- 
être dérivé du celte; à savoir de l'article ar et de waz, gwaz, « mis- 
seau, >» ce qui donnerait à penser qu'il a été attribué à des forêts traversées 
I)ar des cours d'eau. (Voyez sur ces forêts, Bizeul. Des Nannètes am 
époques celtiques et romaines, dans la Revue des provinces de l'Ouest, 
juin 1854, p. 392.) 

(3) Voy. Chronic. MaUeac. ad ann. 1103, ap. Historiens de France, 
t. XII, p. 404. Orderic. Vital. VIII. 27, p. 449, éd. Leprévost. 



CHAPITRE VIII. 131 

jours. Il est à remarquer que la partie de la forêt 
qui, d'après les termes de la charte, fut cédée à Vital 
et à ses compagnons (1), ne correspond pas du tout, 
sur la même carte, à un canton boisé (2). Le défrichement 
de cette partie de la forêt de Savigny doit avoir été 
l'œuvre des moines. L'inspection des lieux montre qu'elle 
s'étendait jusqu'à la rivière de Calmont, près de laquelle 
on trouve encore une localité appelée le Bois (3). 

Un autre compagnon de Robert, Raoul de la Futaye, 
alla s'établir dans la forêt de Saint-Sulpice, non loin de 
celle de Rennes, en un canton qui portait le nom de Nid- 
de-Mcrlcy aujourd'hui en grande partie déboisé (4). Re- 
naud choisit pour retraite la forêt de Melinois ou Meli- 
nais(5), qui n'est plus actuellement représentée que par les 
petits bois dits de Meliiiais et de la Boverie^ au sud de La 
Flèche. De l'inspection de la carte de Cas>ini on peut con- 
clure la forêt primitive se prolongeait jusque sur la rive 
que droite de la rivière appelée les Cartes, contre laquelle 
est une localité diteSavigné {Salviniacuni), nom qui dénote 
la présence ancienne d'une forêt. A peu de distance 
de ce bourg, est un village appelé le Grand- Bois-Richer. 
La forêt de Mélinais s'étendait, au sud, jusqu'à Vau- 
iandry, et, dans cette direction, on remarque une lo- 
calité déboisée appelée les Bois-de-Vaux. 



(1) « Forestam de Savigneio sicut ex iina parte fluvius qui vocatur 
C flamba, ipsam forestam a Genomannia disterminat et ex altéra parte 
Chambesnela fluviolus ab ipso vico séparât qui Savigneium appellalur. » 
(LohïneaMj' Histoire de Bretagne, preuves, iiv. IV, col. 202.) 

(2) En effet, la rivière appelée Cliamha dans la charte est le Calmont; 
il faut reconnaître le Cfiambesneta dans un petit ruisseau qui se jette 
dans le Déron, entre l'Habit et la Prise-aux-Nonnes ; le nom de Gham- 
besne s'étant conservé dans le nom d une localité placée sur ce ruisseau. 

(3) Voy. la carte de Cassini. 

(4) Lobineau, Hist. de Bretagne, preuves, col. 298. 

(5) Voyez, dans Gassini, la carte des environs de Tabbaye de Mélinais. 



132 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE L* ANCIENNE FRANCE. 

SalomoD, autre disciple du même solitaire, choisit pour 
retraite la forêt de Ny-Ois€au{\)y ou Nid-d'Oiseau, qui allait 
de la forêt d'Ombrée à la rivière d'Oudon; elle a dû ori- 
ginairement se rattacher à la forêt de Craon; elle n'est plus 
indiquée sur la carte de Cassini que par de très-petits 
bouquets épars. Allcaume, sorti de la même école monas- 
tique, bâtit l'abbaye d'Estival ou Etival dans la forêt de 
Charnie (2), au nord-ouest du Mans*. Le canton où se trou- 
vait l'abbaye d'Estival est représenté comme déjà défriché 
dans Cassini, aussi bien que l'espace s'étendant, au midi, 
jusqu'au Bois-du-Creux; il dut fairedans le principe corps 
avec la forêt (3). 

André, compagnon des cénobites que je viens de nom- 
mer, fixa sa demeure dans la forêt de la Chaussère, sur 
les confins de la Bretagne et de l'Anjou. Or, au siècle der- 
nier, la carte n'indiquait plus, au lieu où s'élevait 
l'abbaye, dont il fut le fondateur, qu'un bouquet sans im- 
portance. Un lieu voisin, dit La Fore/, rappelleseul l'exis- 
tence de cette foret de la Chaussère, qui devait s'étendre, 
d'un côté, jusqu'à l'Evre, et de l'autre jusqu'à la San- 
gueise. 

La forêt de Fougères, où alla habiter Engelger, subsiste 
encore aujourd'hui; mais sa superficie a été fort réduite. 
D'autres disciples de Robertd'Arbrissel se retirèrent dans 
la forêt de Concise, placée au nord-est de celles de Graou 
et de Fougères. 

Partout où les élèves de ce pieux ascète bâtirent des 

(t) Ny-Oiseau, Ni-Oisel (Nidtts Avis) ou Nid d'Oiseau. (Lobineau, Hist. 
de Bretagne, preuves, col, 183.) Cf. Gall, Christian, t. XIV, col. lOh. 
Ecoles. Andegavens. 

(2) Lobineau, HisL de Bretagne, 1. 1, p. 115. 

(3) Dans la carte de Cassini, on remarque deux forêts de Charnie, la 
grande et la petite, séparées par la rivière de Palais; elles se rat- 
tachaient à la grande forôt du Mans. (Voyez ce que nous disons pins loin 
de cette forêt. 



CHAPITRE VIII. 133 

monastères, les forètsdisparurent ou s'éclaircirent, preuve 
que le défrichement fut l'œuvre des moines. 

Une autre école de cénobites joua aussi un rôle consi- 
dérable dans le défrichement des forêts. L'ordre, qui eut 
pour fondateurs S. Robert et ses six compagnons, Albéric, 
OdoD, Jean, Etienne, Létalde et Pierre, lesquels avaient 
établi leur retraite en un lieu couvert de pierres et d'épines 
appelé Citeaux(4), donna naissance à une foule d'abbayes. 
La plupart furent élevées au milieu des bois, ainsi que 
l'attestent leurs noms (2). Telles sont : Sâuvelade {Sylva 
lata)^ dans le Béarn, fondée en 1150 par Gaston, vicomte de 
ce pays, Talaise, sa femme, et Centule,son fils (3) ; Sauve- 
Benoiteou Sauve-Bénite {Sylva benedicta{A)) en Vélay, à 
deux lieues de Monistrol, dans une partie actuellement en- 
tièrement déboisée; Saint-Benoît-dans-les-Bois, au diocèse 
de Verdun, fondée en 1131, et Haute-Selve (.4/^« sylva) ou 
Haute-Seille, fondée, en 1140, par Agnès, comtessedeSalm. 

Le clergé régulier a donc été un des grands agents du 
déboisement (o) ; le clergé séculier l'accéléra de son côté, 

(1) A. Manrique, Annal, Cisterc. an. 1098, c. m. 

(2) Entre les abbayes qui peuvent être citées comme étant dans ce cas, 
plusieurs avaient été fondées par des monastères issus eux-mêmes de 
Gîteaux, et en particulier par l'abbaye de Morimond, la plus illustre des 
lilles de Cîteaux. Voy. Chronic. Malleac, an 1120. p. 407. 

(3) A. Manrique, Annal. Cisterc. an 1144, c, vu, p. 468. Cette abbaye 
était la première fille de celle de Gimond, fille de celle de Morimond. 

(4) Cette abbaye de filles, dite de r-4«omp(iôn, fut construite dans une 
forêt dont le bois Bercarrie est le principal vestige et qui se rattachait, 
sans doute, au Grand-Bois, situé plus au nord. Les noms de Bois 
de Fruges^ de Dose, etc., rappellent encore la présence des arbres là où 
ils ont complètement disparu. Deux autres abbayes^ Tune située dans le 
diocèse de Constance, et appelée en allemand Wald, l'autre, fille de la 
Grande-Chartreuse {Sylve-Bénite), fondée en Dauphi né (canton de Viricu) 
on 1166 par Thierry, fils de l'empereur Barberousse, portaient également 
le nom de Sylva-Benedicta, destiné à rappeler leur construction au mi- 
lieu d'une forêt. (Voy. Gallia christ, t. II, p. 777, Eccles. Anic.) 

(5) Outre les abbayes de l'ordre de Cîteaux, beaucoup d'autres rappe- 
laient par leur nom qu'elles avaient été établies au milieu des forêts. 



134 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

poussé par l'intérêt qu'il avait aux défrichements. Ayant 
droit à la dîme (1) sur les parties mises en culture, il en- 
couragea les colons dans leur œuvre de destruction. 
Tout en veillant à la conservation des forêts qui fai- 
saient partie de leur domaine, les autorités ecclésias- 
tiques trouvaient avantage à abandonner, de temps à 
autre, certains cantons à la cognée et à la charrue du co- 
lon, pour les concéder ensuite, sous la réserve de dîmes et 
de redevances, à des couvents et à des abbés (2). Nous 
voyons, par exemple, en 1128, Adelbert, archevêque de 
Mayence, accorder aux moines de l'abbaye de Disiboden- 
berg une vaste étendue de forêt soumise à sa juridic- 
tion, ou dépendant de son domaine épiscopal (3). Le défri- 
chement avait été si considérable, que trois églises furent 
bâties sur des emplacements occupés auparavant parlafo- 
rôt (4). Adelbert, tout en attribuant aux monastères et à 
l'honneur du culte de saint Disibod ces champs nouvelle- 
ment cultivés, s'en réserva la dîme. 

Les termes précis dans lesquels sont faites les con- 
cessions, les délimitations rigoureuses des cantons 
à déboiser, prouvent que l'autorité ecclésiastique était 
aussi bonne aménagère des bois qu'instigatrice des défri- 

Telles étaient celles : de Sylva piira, dans le dioc('^.«'o de T'^éguier; de Sylva 
regolis ou d'Eaumet {IJlmetum), dans le diocèse d'Arles; de Sylva Me- 
lonis ou de Coetmaloen, dans celui de Quimper. 

(!) C'est ce qui ressort du passage d'une charte de l'an 1085 : 
a Ùniversa decimatio inde terminata ex novalibus proveniens nostris 
temporibus erutis sivc eruendis. » {Acta academ, Tlieod, pal. t. HT, 
p. 158.) 

(2) M. Léopold Delisle, dans ses Études sur la condition de la classe 
agricole en Normandie au moyen âge (p. 392 etsuiv.), adonné de nom- 
breux exemples do concessions de parties do forôts à défricher faites par 
le clergé, moyennant dîme sur les novaîes. En d'autres provinces de 
France, on en trouve également de fréquents exemples. 

(3) Gudenus, Codex diplomaticus, t. 1, p. 69. 

(4) C'étaient les églises de Bolenbach, Hundisbach et Merckenbacb. 
(Gudenus, lieu cil.) 



CHAPITRE VIII. 136 

chements utiles à Tagriculture. L'abbé, auquel était ac- 
cordé l'usage d'une forêt ou le défrichement d'un de ses^ 
cantons, ne pouvait, sans la permission de l'évéque, défri- 
cher là où il devait simplement couper du bois, et déraci- 
ner les arbres au delà de l'espace qui lui était assigné (1). 
Le rôle civilisateur, l'action agricole des moines (2), ne 
cessa que lorsque, enrichis par les efforts et les travaux 
de leurs devanciers, ils ne songèrent plus qu'à jouir 
paisiblement de leurs biens, et abandonnèrent à des serfs 
la culture du sol dont ils consommaient les produits. 
L'opulence amena la paresse, et les moines, en envahis- 
sant à leur tour les forets seigneuriales à titre d'usagers, 
en obtenant des seigneurs le droit d'abattre, dans les forets 
de plus en plus restreintes, le bois nécessaire à leur con- 
sommation (3), vinrent grossir la troupe déjà nombreuse 
de ceux qui dévastaient les forêts, sans pour cela les trans- 
former en de fertiles guérets. 

(1) Voyez la concession faite par Ilermann, archcvôque do Cologne, à 
l'abbé de Brauweiler, en 1099. {Acla academ. theod, pal. 1. 111, p. 161.) 

(2) On doit aux moines divers travaux agricoles fort importants. Ce 
sont eux notamment qui ont créé une foule d'étangs dans la Brenne oi 
dans la Bresse. (Voy. De Marivault, Précis de V histoire générale de Va- 
gricidlure, p. 311, note. Paris, 1837.) 

(3) Il existe un grand nombre de chartes par lesquelles des seigneurs 
concèdent à des abbayes des droits d'usage étendus dans leurs forêts. 
Nous aurons plusieurs fois l'occasion, dans les chapitres suivants, de citer 
des chartes de ce genre. 



136 LES FORÊTS DE LA GADLE ET DE L'ANCIENNE FRANCE. 



CHAPITRE IX. 

DROITà d'usage DANS LES FORÊTS SOUS LE RÉGIME FÉODAL. RÈGLEMENTS 

DE POLICE ÉTABLIS PAR LES ROIS ET LES SEIGNEURS AU TEMPS DL^ 
CAPÉTIENS. — LÉGISLATION DE SAINT LOUIS ET DE SES SVCCESSEVRS £.\ 
MATIÈRE DE FORÊTS. 

On vient de voir que les défrichements opérés par les 
moines avaient été un premier contre-poids à la manie 
de l'afforestation. Une autre cause ne tarda pas à ap- 
porter de nouvelles bornes à l'invasion de la végétation 
arborescente. Les droits d'usage que les rois et les sei- 
gneurs concédaient dans leurs forêts, dégénérèreiïf 
sur plusieurs points en abus et amenèrent la détério- 
ration de celles-ci. Une foule d'individus et de œœmU' 
nautés obtinrent le privilège de ramasser et de couper le 
bois nécessaire à leur chauffage, à la construction et à la 
réparation de leurs demeures (4) , parfois même à la con- 
fection de leurs ustensiles, de leurs instruments aratoi- 
res (2); souvent on allait jusqu'à autoriser les usagers à 
prendre des branches pour établir les haies destinées à 
protéger leurs propriétés contre les ravages du gibier(3). 
Aussi Philippe de Valois, par sa première ordonnance 
donnée à Brunoy, en mai 1346, déclarait-il qu'il ne serait 

(1) Voy. Léopold Delîsle, Éludes sur la condUion de la classe agricole 
et Vétal de V agriculture en Normandie,^. 374. Evreux, 1851. Gestes 
qu'on nomme en Alsace, en Franche-Comté, et dans les Pyrénées, le 
maronage ou mamage, 

(2) Ouv. cit.j ibid. 

(3) On appelait ce droit ramage, et ramagers ceux qui en jouissaient. 
En Normandie, le ramage appartenait généralement aux habitants àcs 
paroisses limitrophes des forêts. (Ouv. cil. p. 375.) 



CHAPITRE IX. 437 

plus accordé d'usage dans les forêts, à cause de leur dimi- 
nution et du préjudice que cela leur causait (1). 

La vaine pâture, les droits de panage, de glandée dont 
il a été question plus haut, quoique ordinairement moins 
étendus que celui d'affouage, ouvraient, en dépit des règle- 
ments édictés à leur égard, la porte à une foule d'abus. Les 
concessions en étaient déplus si multipliées, que même en 
restant dans les limites prescrites, l'exercice de ces droits 
tendait à devenir préjudiciable à la bonne conservation 
des forêts (2). Au moyen âge, la consommation du bois 
étaitd'ailleursassez considérable (3); car si, dans les mai- 
sons les feux ne s'allumaient point l'hiver en aussi grand 
nombre que de nos jours, en revanche les cheminées 
étaient bien plus spacieuses, et l'on y brûlait d'énormes 
souches; joignez à cela le bois qui; en certains lieux, 
servait au luminaire et que l'on allumait en guise de 
torche (4). Il faut pourtant reconnaître que nos ancêtres, 

(1) Voy. ce qui est dit clans les Conférences de V ordonnance de 
Louis XIV du mois d'août 1 669 sur le fait des eaux et forêts, n^** éd. t. II, 
p. 44 (Paris, 1752). 

(2) Il existe un grand nombre de chartes do concession de droits do 
paisson, panage, etc. {paslio, pastinacum jwrcorum, etc.). On en peut 
lire notamment dans D. Lobineau, Preuves de V Histoire de Bretagne, 
col. 137, 290 et passim. 0*étaient surtout les porcs que l'on nourris- 
sait dans les forêts. On y recevait aussi les juments^ les vaches et les 
brebis ; mais les chèvres étaient habituellement écartées. (L. Delislc, 
Études sur la condition de la classe agricole et l'étal de VagricuUure en 
Normandie, p. 369, et Saint-Yon, Ordonn. des eauxet forctSy 1. I, 
t. XXIX, art. 5 et 6.) 

(3) En voici un exemple que nous empruntons au savant ouvrage de 
M. L. Delisle : « Pour chauffer leurs hôtes, les religieux Je Montebourg 
pouvaient, chaque semaine, enlever un arbre. dans U forôt de Brix. Ceux 
de Saint- Taurin, pour lessiver leur linge, n'avaient pas à dépenser 
annuellement moins de vingt- six charretées de bois à deux chevaux. En 
vertu d'une concession faite en mai 1325^ Nigaise le Veneur prenait en 
la forêt de Lions, pour brûler en son manoir du Mesnil-Guilbert, autant 
de bois que pouvait en charrier journellement une charrette & deux ou 
trois chevaux. (L. Delisle, owv. cit, p. 371, 372.) 

(4) Voy. ce qui a déjà été dit à ce sujet p. 80. 



138 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

beaucoup moins avisés que nous sur le chapitre du con- 
fortable, ignoraient l'art de chauffer hermétiquement 
leurs maisons (1) : mais ces réserves faites, il n'en de- 
meure pas moins constant que la consommation du bois 
était au moyen âge déjà abondante, et le besoin de com- 
bustible s'opposa plus d'une fois, sous les Capétiens, à un 
aménagement prévoyant et économique des forêts. 

Il n'existait pas d'ailleurs, dans le principe, en France, 
de lois générales applicables au régime forestier, et, aux 
XI* et xii* siècles, les lois barbares qui y pourvoyaient à 
plusieurs égards, ayant cessé d'être en vigueur, chaque 
seigneur établit un règlement local sur la police des droits 
d'usage. En Normandie, nous voyons à des époques pério- 
diques, certains officiers et certains lenanciers se réunir 
pour juger les délits, percevoir les droits, visiter les forêts 
et prendre les mesures nécessaires à leur conservation. Ces 
opérations s'appelaient le plail et ler^jr^rr^de la forêt. Les 
mentions en sont assez communes à partir du xi® siècle. 
Mais dans ce pays la législation forestière était plus avan- 
cée qu'ailleurs (2), car les Normands, en deçà comme au 

(1) On lit dans la Conférence de V ordonnance de Louis XIV ^ t. II, 
p. 44 : « Anciennement on faisait facilement des concessions de bois 
par la grande quantité qu'il y en avait alofrs en France et le peu de 
monde pour le brûler-, mais depuis les forêts sont diminuées de plus 
des trois quarts; les peuples sont augmentés, et les hommes, devenus 
plus voluptueux en toute chose, se chauffant plus que ne le faisaient au- 
trefois nos pères, qui, s'ils se chauffaient, ne se mettaient pas du moins 
en peine de quelle soi^e de bois ce fCU... Au lieu que présentement, il 
n'y a pas jusqu'au moindre petit bourgeois qui ne brûle du bois neuf, 
c'est-à-dire qui ait été coupé vif, parce que le feu en est plus ardent, et 
qu'il rend plus de chaleur, le bois mort, et même le bois flotté n'étant 
que pour les petites gens ou pour l'usage de la cuisine... Ce qui a encore 
beaucoup augmenté la consommation de bois, c'est le grand nombre de 
feux qu'on fait aujourd'hui dans les ménages de gens médiocres; au lieu 
qu'autrefois, même des gens distingués n'en faisaient qu'un seul ; ils re- 
cevaient et travaillaient dans une chambre commune, comme faisait 
M. de Saumaise, conseiller au parlement. » 

(2) L'ancienne loi du pays de Galles interdisait l'accès des forêts aux 



CHAPITRE IX. 439 

delà de la Manche, sont sous ce rapport comme sous 
d'autres, demeurés plus que les Français fidèles aux tradi- 
tions germaniques qui ne dataient pas d'ailleurs pour eux 
d'une époque aussi reculée (i). 

La première règle de police à laquelle les usagers ont 
été soumis, les astreignait à demander la délivrance des 
produits auxquels ils pouvaient avoir droit. Les formes 
de cette délivrance ont varié suivant les temps et les 
lieux. Le plus ancien exemple connu de règlement forestier 
à cet égard, se trouve dans les archives d'Alsace. Schœp- 
flin (2) lui assigne la date de 1144. On y lit : « Omnes 
qui ibi aliquid incidere ad vendendum cupiunt, simi- 
li ter a custode petere debent. » Dans les chartes de Nor- 
mandie, la clause de ne s'approprier le bois que lorsqu'il 
sera livré aux usagers par la main des forestiers, est assez 
fréquemment énoncée (3). 

En général, les usagers n'étaient obligés à faire marquer 
par le forestier que les arbres dont ils avaient a/faire. Si 
le forestier, mis en demeure d'indiquer ces arbres, ne l'a- 
vait pas fait, l'usager pouvait alors les couper, sans être 



pourceaux qui y venaient paître, depuis le troisième jour avant la Saint- 
Hichel jusqu'au quinzième jour après l'Epiphanie, afin que ces animaux 
ne détruisissent pas les graines destinées à propager les arbres; en 
général, les forets étaient fermées durant cette période. ^Voy. Ancient 
latvs and instiltdes of Wales C1841, in-fol.), Leges Wallicx, c. xxvin, 
art. 16, p. 801 ; c. lviii, art. 22, p. 845. 

(1) On retrouve dans les coutumes recueillies en 940 par ordre d'Hoël 
le Bon, des dispositions fort analogues h celles que M J. Grimm a 
signalées dans les coutumes de la Marche. Chez les Bretons, les bois de 
haute futaie, ainsi que les taillis, étaient le privilège de toute une parenté. 
Dans la Marche, tout Germain libre, tout Erfexen avait le droit de porter 
la cognée. Un voyageur éloigné de toute habitation pouvait prendre dans 
lo bois de quoi nourrir lui et son cheval, et celui qui traversait la forêt 
sur un chariot, y pouvait choisir une bille de bois pour réparer son véhi- 
cule. 

(2) Abalia diplomaiicat t. I, p. 229. 

(3) Voyez L. Delisle, ouv. cil. p. 372. 



140 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

reproché de fraude. Cette disposition n'était applicable 
qu'aux arbres de haute futaie; lorsqu'il s'agissait du bois 
de tond ou des taillis, les usagers étaient autorisés à les 
couper sans délivrance, même s'il les voulait vendre, 
pourvu qu'il n'en résultât ni déformation ni dégât de la 
forêt (1). 

C'est de Philippe-Auguste que datent les premières or- 
donnances sur les forêts. Par une ordonnance rendue à 
Gisors en 1219, ce monarque règle la juridiction des 
gardesde la forêt de Retz et la vente de ses bois (2). Mais, 
antérieurement à cette époque, la surveillance des forêts 
était déjà remise à de hauts personnages. Thibaud File- 
Etoupe fut revêtu de celte charge, sous le roi Robert (3) ; 
les comtes de Flandres, à partir de Baudoin Bras-de-Fer, 
prirent le titre de forestiers (4). Les premiers maîtres des 
eaux et forêts ou forestiers royaux dont notre histoire 
fasse mention, sont Etienne Bienfaiteet Jean le Veneur(£î). 
Cette charge resta unique jusqu'au règne de Henri III (6). 
Ses attributions ne furent nettement déterminées qu'au 
xiii* siècle. Citons encore parmi les plus anciennes ordon- 
nances sur les forêts celle de 1280 établissant que les déli- 
vrances auxquelles les usagers peuvent avoir droit dans 
les forêts royales, doivent leur être faites parles usagers(7). 

(1) Voy. Irabert, Enchiridion, sub v° Usage ; Papon, Arrêts notables , 
t. XIV, tit. III; Coquille, Sur la coutume du Nivernais^ p. 57. 

(2) Saint- Yon, les Édits et Ordonnances des eaux et forêts^ p. 1137. 
La seconde ordonnance, aussi relative à la forêt de Retz, est de 
Louis VIIL Elle fut rendue à Montargis en 1223. 

(3) Aimoin, De Gest. Francor. l. V, c. xlvi. 

(4J Et. Pasquier, Les Recherches de la France, 1. 11^ c. xv, p. 126. 

(5) P. Anselme, Histoire généalog. et chronolog. de la maison royale 
de France, 3« éd. t. VIII, p. 841. 

(6) Il s*agit ici de la charge de maître des eaux et forôts près la cour ;. 
car il existait, depuis le règne de Philippe le Bel, des maîtres et enquê- 
teurs des forôts pour les diverses provinces. (Voy. dans L. Delisle, 
Etudes, p. 337 et suiv. la liste de ceux de Normandie.) 

(1) Saint-Yon, ouv, cit. Parfois c'était aux maîtres des forôts qu'il 



CHAPITRE IX. 441 

Dans quelques pays, on avait créé des sergentencs fief- 
fées. Ainsi UQ acte du duc d'Aquitaine, de 1273, nous 
montre des bois donnés en fief sous la condition de rendre 
foi et hommage de conserver les bois et la chasse. 'Des 
concessions analogues se multiplièrent tellement qu'on se 
vit plus tard, fréquemment, obligé de les révoquer (1). Les 
sergenteries étaient données à la charge de faire la garde 
du bois en personne. L'ordonnance de Philippe le Long 
de 1318 (2) organisa les sergents dans les forêts royales. 

En Normandie, on ne trouve qu'à la fin du xiv* siècle des 
traces d'une juridiction supérieure s'étendant sur toute 
la province. C'était moins une cour particulière qu'une 
sorte de commission siégeant à côté de l'Echiquier ordi- 
naire de Normandie ; on l'appelait l'Echiquier des eaux et 
forêts (3). Les baillis (balivi) et les justiciarii forestarum 
apparaissent pour la première fois dans un acte de 
1283 (4). Mais l'acte n'indique pas que ces officiers 
aient été chargés de veiller, d'une manière spéciale, à la 
conservation des produits forestiers, et leur juridiction, 
qui fut abrogée par l'établissement des maîtrises fores- 
tières, demeure encore entourée pour nous d'obscurité. 
L'ordonnance de Philippe le Bel, d'août 1291 (S), meuT 
tionnant pour la première fois les maîtres des eaux 

appartenait de fixer la valeur des bois, dont le prix seulement était aban- 
donné à des établissements religieux. Voyez, par exemple, l'ordre du 
maréchal d*Audenehan aux maîtres des forêts de la sénéchaussée do 
Beaucaire, d'assigner aux frères mineurs d'Uzès quarante livres de rente 
sur les bois du roi à Servies, pour la réédiûcation de leur couvent. (Mé- 
nard, Histoire de Nismes, t. II, p. 289. Preuves.) 

(1) Ces sergents furent supprimés par l'édit de Charles VI de 1413, el 
de nouveau par un édit de Charles IX de 1563. ^Terrien, Coutume ifr 
Normandie, 1. XIV, c. xi.) 

(2) Saint- Yon, Édicts et ordonnances des eaues et forests, p. 121. 

(3) Édits et ordonn. des rois de France ^ t.* IV, p. 141. 

(4) Delisle, Études, p. 330. 

(5) Ord. des rois àe France, 1. 1, p. 684. 



142 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE - 

et forêts, c'est à cette époque que Ton fait remonter 
l'organisation de la juridiction forestière qui subsista, 
sauf quelques modifications, jusqu'à la fin des Va- 
lois*(d). 

Nous n'entrejons pas dans le détail de cette organisa- 
tion, qui n'intéresse pas directement l'état forestier de la 
France à cette époque. Disons seulement que Philippe de 
Valois revisa toute la constitution du service des eaux 
et forêts, divisé en 1333 entre les baillis et sénéchaux aux- 
quels était attribuée la surveillance des rivières et étangs, 
et les maîtrises qui ne conservaient plus dans leur dépar- 
tement que les bois, mais réuni de nouveau en 1346. Le 
domaine fut réparti en dix maîtrises. En vertu de cette 
organisation, les appels de la juridiction supérieure des 
maîtres devant être portés au Parlemomt de Paris, une 
Chambre nouvelle y fut créée qui jugea en dernier ressort 
de ces appels (2). 

Malheureusement une partie des mesures prises par nos 
souverains pour la conservation de leurs bois tourna 
contrôleurs intentions. Les friponneries. et les malvei'sa- 
tions des agents forestiers vinrent se joindre encore aux 
abus des droits d'usage. 

Louis IX, frappé de l'improbité des magistrats sous l'ins- 
pection desquels les forêts étaient placées, avait expressé- 
ment défendu aux baillis, sénéchaux et autres officiers, de 
rien recevoir sur le produit de la vente des bois (3). Mais 
leséditsdePhilippede Valois, de Jean, deCharlesV, prou- 
* vent que, de tous côtés, les agents forestiersexploitaient les 
bois à leur profit et opéraient des achats et des ventes par 



(1) Saint- Yod, ouv. cil, 

(2) Voy. à ce sujet C. Daresle de la Chavanne, Histoire de Vadminis- 
iration en France, tom. II, p. 17, 18. 

(3) Ordonn. des rois de France, 1. 1, p. 684. 



CHAPITRE IX. 143 

• 

personnes interposées (1). Dans l'ordonnance de 1348, le 
premier de ces rois se plaint amèrement qu'un revenu 
considérable, celui des forêts, ait été comme mis à néant, 
et il cherche les moyens de le faire revivre. Les charges 
de sergent-iSeffé ayant été partagées ou vendues par les 
titulaires, il arrivait souvent que les acquéreurs ou les 
nouveaux possesseurs pillaient en commun les arbres 
confiés à leur garde (2). 

Chai les V crut porter .un remède efficace à tant de 
maux. Il réduisit le nombre des maîtres des eaux et fo- 
rêts (3). Les progrès de l'industrie rendaient alors le be- 
soin de bois plus urgent que jamais : déplus ce prince créait 
une marine et songeait à s'assurer des bois de construction . 
On le voit en effet dans l'ordonnance du 3 septembre 1376, 
régler la coupe du bois de la forêt de Roumare, située en 
Normandie non loin de Rouen, bois destiné, ainsi que nous 
l'apprend l'ordonnance, à la construction des vaisseaux 
et bâtiments du roi (4). 

Pendant la seconde moitié du xiv" siècle, les abus du 
droit d'usage étaient vraiment arrivés à leur comble. 
J'ai déjà rappelé plus haut que Philippe de Valois annon- 
çait, dès le 29 mai 1348, la ferme résolution de ne plus ac- 
'Corderde droits nouveaux ({>). Les termes de bois mort et 
de mort'bois^ dont le sens était si différent, avaient été 
abubivement confondus par les gens intéressés à ce qu'on 
ne les distinguât pas et qui voulaient étendre au bois vert 
les droits d'usage dont ils jouissaient sur le bois mort (6). 

(1) Ordonnances des rois de France, t. XV, p. xxxij, préface ; Isam- 
bert, Recueil général des anciennes lois françaises^ t. "V, p. 456 et suiv. 

(2) Voy. Meaume, Commentaires du Code forestier. 

(3) Ordonnance des rois de France, t. IV, p. 214. 

(4) Ibid. t. V, p. 218. 

(5) Ibid. t. II, p. 644. 

(6) Voy. la distinction établie par Tordonnance de Melun de 1376. 
(Isambert, Recueil général des anciennes lois françaises, t. V, p. 467.) 



444 LES FORÊTS DE LÀ GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

L'autorité luttait cependant en bien des lieux contre 
les usurpations des usagers, et veillait à ce que les forêts 
ne fussent pas dévastées. En Anjou, dès le xr siècle, on 
voit les seigneurs interdire l'enlèvement de la plus utile 
des essences, le bois de chêne (1). Philippe-Auguste fixa 
pour la Normandie un certain chiffre que ne devaient-pas 
dépasser les ventes annuelles de bois (2), et il continua à 
étendre sur les forêts cette même protection vigilante 
dont les ducs avaient donné l'exemple (3). 

Ces mesures protectrices ne furent pas suffisantes pour 
arrêter le déboisement. On verra plus loin qu'elles durent 
être renouvelées sous les Valois. Les délinquants étaient 
plus forts et plus nombreux que les agenls décidés à faire 
respecter les défenses émanées du roi. Les usurpations se 
produisaient de toute part. Dès le xii* siècle, effrayés de 
leur audace, les ducs de Normandie faisaient rechercher 
avec soin celles auxquelles les droits d'usage avaient ou- 
vert la porte dans leurs forêts. 



(1) Marchegay, Archives d'Anjou, p. 34i, 388. 

(2) A savoir : 2,000 liv. pour les bois du pays de Caux, 400 liv. pour 
la forêt de Rouvray, 1,000 liv. pour les bois do Bur en Gotentin, et 
500 liv. pour la forôt de Vernon. (Voy. rindication de ce règlement dans 
Delisle, Éludes sur la condition de la classe agricole et Vêlai de C agricul- 
ture en Normandie, p. 363.) 

(3) En 1171, Henri II fait rechercher les usurpations qu'à la faveur 
des guerres civiles, avaient commises ses sujets sur les forêts ducales. 
— Rob. du Mont, Appendix ad Sigeberlum, dans les Historiens de 
France j t. XIII, p. 315 On peut voir, dans l'ouvrage de M. Delisle, l'é- 
noncé de mesures semblables prises, dans la suite, en Normandie, par 
les souverains et les seigneurs particuliers (p. 341 et suiv.). Ces curieuses 
indications montrent que les forêts étaient dans cette province l'objet do 
beaucoup plus d'attention qu'ailleurs. - Les rois de France, par les ordon- 
nances de juillet 1376, et de septembre 1402, prescrivirent aux adjudi- 
cataires de bois dans les forêts royales, de faire clore, le temps de vidange 
expiré, leurs ventes de bons fossés, de haies vives, afin d'empêcher les 
bestiaux de causer dommage aux semis de chênes qui y étaient faits 
après la coupe. (Voy. Conférence de Vordonnance de Louis XIV^ 
1. 1, p. 305.) 



CHAPITRE IX. i45 

Quand on parcourt les procès-verbaux de la réforma- 
tion des forêts royales opérée par ordre de Louis XIV, on 
est frappé du grand nombre d'usagers qui existait encore 
au XVII* siècle ; Ton peut alors se faire une idée de ce qu'il 
devait être, deux ou trois siècles auparavant, sous une 
administration moins éclairée et moins vigilante. Venaient 
d'abord les gros usagers : les seigneurs, les abbés, les 
prieurs ayant droit au bois sec en estant et vert gisant ^ mort 
bois en estant et gisant avec pâturage^ et qui prélevaient 
pour leur fouage un chiffre énorme de cordes, chiffre qui 
s'élevait souvent à près de la moitié du rendement total. 
Puis arrivaient les petits usagers, les paroisses limitro- 
phes de la forêt ayant droit de branches et remanants, 
droit de mort bois avec panage. De là, on le comprend, un 
affouage considérable et des abus qui menaçaient inces- 
samment les forêts de dévastation. 



!• 



446 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 



CHAPITRE X. 

ÉTAT FORESTIER DE LA FRANCE DU XII* AU XYI® SIÈCLE. — FORÊTS DE L'ÎLE- 
DE-FRANCE. FORÊTS DE SARRIS^ DE ROUVRAY, DE LAYE, YVELINE. — LE 

GATINAIS, FORÊT DE FONTAINEBLEAU. — FORÊTS DE LIVRY, DE BOUDT, 
DE VINCENNES. — FORÊTS DE LA BRIE, DU VALOIS ET DU BEAUVAISIS. 

J*ai déjà présenté plus haut un aperçu sommaire de 
l'état forestier de la France au temps des Gaulois et dono^ 
quelques détails sur les grandes forêts à l'époque carlo- 
vingienne. Ce tableau serait insuflfisant pour le moyen 
âge, car ce qui a été dit précédemment montre que de- 
puis, des révolutions partielles s'étaient accomplies dans 
le sol forestier. Il faut donc, pour se faire une idée de 
l'étendue et de la distribution de nos anciennes forêts, 
réunir, province par province, les documents qui s'y rap- 
portent et chercher à en rétablir la topographie. 

Je commence par TUe-de-France, non pas seulement 
parce que c'a été le cœur de la nationalité française, tùBxs 
encore parce que les environs de Paris subirent de très- 
bonne heure un déboisement considérable. La population 
s'étant fort agglomérée dans cette région de notre patrie, 
le besoin des subsistances accéléra le défrichement. Les 
forêts qui environnaient l'antique Lutèce, furent rapide- 
ment éclaircies et démembrées au profit du sol cultivé de 
sa banlieue. La consommation du combustible et des bois 

• 

de charpente ne contribua pas peu à des abattis inconsi- 
dérés dans les forêts qu'avaient jusque-là ménagées le feu 
et la cognée (1) ; et elles étaient encore très-multipli^ 

(l) Déjà, au temps de Suger, l'insuffisance des bois aux environs de 
Paris contraignit de faire venir les grosses charpentes des environs 



.;.c»APiTRE X. 147 

aux xii*" et xiu'' siècles ; elles se rencontraiéat' presque 
dans toutes les directions. Cette ceinture arborescente de 
la capitale n'était interrompue que par des intervalles 
de ({uelques kilomètres . 

Aux portes de Paris, dans la direction du Nord , s*éten* 
daient les forêts de Sarrls et de Saint-Denis. En 1193, 
la première de ces foréls occupait le territoire du village 
de Villeneuve-Saint-Denis, qui y fut construit, peu d'an- 
nées après, et dont la cure dépendit de l'abbaye royale. 
L'année suivante, Gauthier de Ghâtillon, sénéchal de Bour- 
gogne, cédait à ce monastère la gruerie (1) et les autres 
droits qu'il avait dans la forêt de Sarris, en faveur du 
nouveau village qu'on y voulait fonder. Plus tard, Mau- 
rice, évêque de Paris, autorisait la construction d'une 
église paroissiale au même lieu (S). 

C'est donc vers le xia* siècle que la forêt de Sarris com- 
mença à être défrichée; deux siècles après, elle avait à peu 
près disparu. Elle devait recouvrir l'espèce d'isthme qui 
est compris entre les sinuosités de la Seine, d'Asnières à 
Ârgenteuil. La plaine de Gennevilliers, qui s'étend jus- 
qu'à Yilleneuve-Saint-Denis, était également boisée, et 
voilà pourquoi ce dernier village s'appelait autrefois Vil- 

d'Auxerre : « Cumque pro trabium inventions lam nostros quam Pari- 
sienses iignonim artifices consuluissemus, responsum nobis est, pro 
eorum existimatione verum, in flnibus iatis pfopter sylvanim inopiam 
minime inveniri posse, vel ab Autissiodorensi page necessario devehi 
oportere. » (Suger, LibeU. de consecraiione eccl€siw 5. Dionysii^ dans les 
Historiens de France, t. XIV, p. 314.) Les charpentiers exagéraient à 
dessein, il est vrai, cette pénurie; l'illustre abbé, en visitant lui-même, à 
rimproviste, la forêt Iveline, y trouva des pièces de bois très-propres à 
faire de larges solives; mais Tallégation des ouvriers prouve au moins 
que le bois n'était plus, au xii* siècle, d'une abondance notoire dans les 
environs de la capitale. 

(1) Voyez, sur ce qu'on entendait par gruerie, grairie ou gmrie, l'ar- 
ticle de Baudrillart, Dictionnaire général des eaux et forêts. 

(2) Voyez Félihien, Histoire de l*abbaye royale de Saint -Denis, 
p. 210. 



148 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANGE. 

Ieneuve-la-6arenne (1). Il y avait là des bois qui se ratta- 
chaient, dans le principe, à la forêt de Sarris. 

Le nom de forêt de Saint-Denis parait s'être appliqué 
au canton de cette forêt touchant au territoire immédiat 
de l'abbaye. La forêt de Saint-Denis s'avançait originaire- 
ment dans la direction de Pontoise et recouvrait consé- 
quemment les frontières du Vexin français. De là le nom 
de forêt de Verrerie-en-Vexin qui lui est donné par un 
acte de 1202^ dans lequel Jean de Gisors cède à l'abbaye 
royale une partie de ses droits sur la forêt (2). Gelle^i se 
continuait, selon quelques-uns, jusqu'à Neuilly; car on 
a cherché l'étymologie du nom de Neuilly dans le mot 
lund^ forêt (3). Peut-être ombrageait-elle dans le principe 
la rive droite de la Seine jusqu'au centre de Paris; on 
sait qu'à l'époque carlovingienne le quartier Sainte- 
Opportune était encore occupé par un bois (4). Il s'en- 
suivrait que le territoire répondant au Paris de la rive 
droite était anciennement enveloppé, à la fois par une 
épaisse ligne d'arbres et par un marais (5). Dans ce cas, 
on devrait considérer comme étant un démembrement de 
la forêt de Sarris, une forêt qui n'en était séparée plus 

(1) Ce nom de Garenne était précisément appliqué à toute cette partie 
de la banlieue de Paris ; il a valu le surnom de la Garenne à Glichy et 
à VUliers, dits jusqu'au xv* siècle, Glichy-en-la-Gareune et Villiers- 
en-la-Garenne. (Voy. Lecanu, Histoire de Clichy'Ui'Garenne, p. 15. 
— Paris, 1848.) 

(2) Féiibien, Histoire de Vabhaye royale de Saint-Denis, p. 314. 

(3) Neuilly, en latin NuUiacum, s'était d*abord appelé LuUiacum et 
Lugniacum, (Voy. Lecanu, Histoire de Clichy-lorGarenne, p. 12.) 

(4) L'église de 8te-Opportune dut ce nom aux reliques do sainte Op- 
portune, qui y furent apportées par Hildebert, évéque de Séez, à Tooca- 
sion de Tinvasion des Normands; elle s'appelait auparavant iV.-l);Hfe«- 
Bois, (Voy. Lecanu, ouv. cit, p. 15.) 

(5) Voy. sur ce marais, qui existait encore à la fin du xii* siècle, et 
qui allait depuis le pont Perrin, situé rue Saint^Ântoine, jusqu'à CSiaillot. 
Féiibien, Histoire de Paris, Preuves, t. III, p. 34, et Lecanu, ouv. eit. 



CHAPITRE X. 149 

tard que par la Seine, celle de Rouvray {Roveritum) (1) 
qu'en 717 Ghilpéric II avait concédée au monastère de 
Saint-Denis; elle s'avançait jusqu'à Ghaillot (2). Le viJlage 
de Boulogne, appelé d'abord Menus-lez-Saint-Gloud, s'é- 
leva sur l'emplacement des premiers larges abattis qu^on 
y opéra (3). En 1358, la forêt de Rouvray, déjà fort ré- 
duite, ne s'appelait plus que le bois de Saint-Gloud (4). 
Le bois actuel de Boulogne en est le dernier reste. 

La forêt de Laye ou Leie, qui subsiste encore aujour^ 
d'hui sous le nom de forêt de Saint-Germain, est désignée, 
dans le Polyptique d'Irminon, sous le nom de Lida (5), 
d'où l'on a fait par corruption Lia, Lea, Laie ou Laye (6). 
Au xiii*' siècle, il y existait de nombreuses clairières au 
milieu desquelles des habitations avaient été construites. 
Dans les Comptes de saint Louis ^ il est df^jà question de 
Saint-Germain-en-Laye {Sanctus Germarms in Laya) (7), 
et l'on y mentionne également la Venda Layœ (8). Réservée 



(1) Foreste nostra Roveriio eum omnemjure vel termene suo ad inte- 
grum qux est in pago Parisiaco super fluvium Sigona^-^ ôii l*acte de 
concession. Historiens de France y t. IV, p. 694. 

(2) ChaUoty ChaUoel, Chail ou Cal^ sont les noms sous lesquels, dans 
les anciens titres, le village est désigné. Le sens de ces noms est destruo 
tio arborum ; et, en effet, Ghaillot fut construit, vers le vu* siècle, sur 
remplacement d'un abbatis opéré dans la forêt de Rouvray. Cette forêt 
ne s'étendait pas toutefois jusqu'au territoire d'Auteuil, qui était, dès 
cette époque, occupé par des marais, des prés ou des cultures. (Voy. Le- 
beuf. Histoire de la banlieue ecclés. de Paris, p. 24.) 

(3) Lebeuf, ouv. cit, p. 18. C'est en 1343 que Menus-lez-Saint-Cloud 
prit le nom de Boulogne, de la chapelle de N.-D. -de-Boulogne qui y Ait 
élevée. 

(4) Lebeuf, ouv. cil. p. 24. 

(5) Polypt, dlrminon^ éd. Guérard, p. 90. 

(6) Lebeuf, Histoire du diocèse de Paris, t. vn, p. 210. 

(7) Historiens de France, t. XXII, p. 242. « Monasterîum S. Ger 
mani Parisiacensis cum ecclesia S. Yincentii in sylva cognominata 
Ledia. » (Helgald. Flor. Epit* vit, Rob, reg. 31 , ap. Historiens de Frafice, 
t. X, p. 115.) 

(8) Histor. de France, t. XXII, p. 253. 



i$0 LES FORÊTS DE LA GAtLE É'T Dfe L' ANCIENNE FRANCE. 

aux chasses de ûos rois, la forêt de Laye échappa pour ce 
motif aux défrichements qui firent promptement dispa- 
raître la forêt de Sarris. Au xvii' siècle, elle continuait 
d'occuper une étendue très-vasle (1). 

L'abbaye de Saint-Denis possédait une forêt plus impor- 
tante encore que celle de Sarris, c'était celle qui s'éten- 
dait originairement sur les confins du pays des Camuies 
et de celui des Parisii; on l'appelait au nàoyen âge la forêt 
Yveline (Aquilina sylva) (2), nom altéré plus tard en celui 
de forêt d'Yveline. Un démembrement de cette forêt a 
constitué la forêt de Chevreuse, dans laquelle Suger pri- 
ori vit de couper les bois nécessaires aux constructions 
et aux agrandissements qu'il fit faire à l'abbaye de Saint- 
Denis (3). 

Les documents historiques et Tinspection de la carte 
prouvent que la forêt Yveline était originairement limi- 
tée au nord-ouest par la ligne de hauteurs qui part de 
Septeuil (Seine-et-Oise, arrondissement de Manies)et de la 
rivière de Vaucouleur, suivant une direction N. O.-S. E. ; 
sa limite septentrionale dépassait Néauphle-le-Château (4) ; 
en sorte qu'elle a dà, dans le principe, ne faire qu'un 



(1) Voy. rétat de la Forêt de Laye en 1686 avec le plan manuscrit, 
indiqué dans le P. Lelong, Bibliothèque historique, tom. V, p. 353, 
n^ 34799. La Venda de Burgival ou bois de Bougival, mentionnée dans 
un document de la première moitié du xiii® siècle {Historiens de France^ 
t. XXI, p. 253), doit avoir été un écart de la forêt de Laye. 

(2) Cette forêt est appelée For este equUina dans des chartes du via* siè- 
cle. Yoy. B. Guérard, Essai sur le système des divisions territoriales de 
la Gaule, p. 139. 

(3) Félibien, Histoire de Y abbaye royale de Saint-Denis, p. 171. Cette 
forêt existe encore aii^ourd'hui, mais fort réduite ; elle a dû comprendre 
les bois de Sainte-Âppolline, près Néauphle-le-Chàteau, de Trappes el 
des bouquets environnants. 

(4) L*ancien bois de Néauphle est désigné dans les chartes soùs le ttom 
de Haya de Nielfa, 



CHAPITRE X. i5i 

avec la forêt de Laye, et englober conséquemment la forêt 
de Marly. Elle s'avançait certainement jusqu^à la voie ro- 
maine de Lulèce à Genabum, et renfermait alors la forêt 
qui reçut plus tard le nom de Palaiseau, de l'habitation 
royale qu'avaient en ce lieu les Mérovingiens (1). Les 
Comptes de saint Louis (2) font mention de celle-ci sous le 
nom de Venda de PaieceL Divers noms de localités situées 
à l'ouest de Montlhéry et de Longjumeau rappellent la 
présence de la forêt {Mlle-du-Bois, la Forest, etc.). Plus au 
sud, la forêt Yveline devait s'avancer jusqu'au voisinage 
d'Étampes ; car on trouve entre cette ville et Dourdan 
un village appelé la Forest-le-^Roi, Non loin de làe^i^t Allain- 
ville-au-Bois, Le bourg de Saint-Ârnoult» situé entre les 
bois de Rochefort et ceux de Dourdan, portait jadis le 
nom de Saint- Amoull-en-Yveline ; ce qui démontre que 
les bois de Rochefort et de Dourdan étaient des dé- 
membrements de VAquilina sylva (3). Nous savons en 
effet que cette forêt, déjà mentionnée à l'époque mé- 
rovingienne (4), et dont Pépin fit donation à l'abbaye 
de Saint-Denis (5) , avait subi, dès le xii* siècle, de grands 

(1) Voy. Lebeuf, Histoire du diocèse de Paris,' t. VUI, p. 1 et suiv. et 
Dissertât, sur l'Histoire de Paris, t. II, p. 215. — ChUdebert l" et GIo- 
taire III firelit pendant quelque temps leur résidence & Palaiseau. 

(2) Historiens de France, t. XXI, p. 254. Le nom de Palaiseau, anté- 
rieurement Paleisol ou Palaisel, est une corruption de Palaiiolum, « petit 
palais. » Cet endroit est cité ap. Translat. S. German. episc. Parisiens. 
dans D. Bouquet, Historiens de France, t. V, p. 427. (Voy. aussi Ex Vit. 
S. Rigomer. Jbid., t. III, p. 427, 428.) 

(3) Cette forêt est aussi appelée jEquûina sylva; peut-être l'étymologie 
de don nom est-elle la même que celle de la rivière d*Yvette, qui la tra.- 
versait. Au moyen âge, il existait encore un bois dTvette (Haia de 
Eveta) dans les environs de N.-D.-des-Vaux-de-Cemay, bois qui était 
certainement un démembrement de la forêt. 

(4) Grégoire de Tours, Histor. eccles. Franc, lib. X, ap. Historiens 
de France, t. II, p. 387, note K. 

(5) Voy. }a charte de donation de l'an 768, dans D, Bouquet, Histo^ 
riens de France, t. V, p. 707, 708. 



i52 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE L'ANGIETmE FRANCE. 

défrichements et été soindëe en plusieurs forêts. Ces dé- 
frichements furent dus pour une bonne part au)c moines 
de l'abbaye de Notre-Oame-des-^Vaux-^e-Cemay , fondée 
en 4418 dans le val de Bric-Essart, et dont l'impor- 
tance s'accrut rapidement. Dès cette époque, le terri- 
toire sur lequel s'éleva Cernay-la-Ville présentait un 
vaste essart que les chartes désignent sous le nom d'Es- 
sartnm Roberti (4). C'est là que fut construite une grande 
ferme qui a été l'origine du hameau d' Essart Robert, dont 
le nom s'est altéré ensuite en celui de Saint-Robert. A 
Tentour de Cernay-la-Ville, divers lieux-dits dénotent 
l'ancienne existence de bois qui n'étaient d'abord que des 
triages de la forêt Yveline Ttels sont : Choisel, la Grande- 
Hogue [Magna Eayd)^ la Petite-Hogue {Parva Baya), le 
Cormier, Le village de Tyvernon, situé dans le même can- 
ton, donnait son nom à une forêt qui a disparu. Ce dé- 
membrement de la forêt Yveline contenait encore en 4544 
une superficie de 200 arpents (2). Une autre forêt voisine 
de l'abbaye de Notre-Dame-des-Vaux-de-Ceriiay, qui ne 
subsiste pas davantage, la forêt deVaindrin, en contenait, 
à la même époque, 300 (3). Il y avait en outre une forêt 
plus petite, dite la Forêt du Prieur^ close à fossés. 

Ainsi le bois de Trappes faisait originairement partie de 
VAquilina sylva, et les noms de Hautes-Bruyères^ les Es- 
sartS'le-Roi^ les LaySy la Brosse, la Grosse-Haye ^ toutes lo- 
calités voisines de ces bois, mais situées dans une partie 
maintenant découverte, en accusent l'ancienne extension. 
Entre les bois de Trappes et ceux de Sainte-Appolline, voi- 
sins de Néauphle-le-Château, existaient, il y a un siècle et 



(1) Voy. Merlet et Mou lié, CarUdaire de V abbaye de Notre-Dame-des 
VauX'de-Cemay, t. I, p. 12 et 13, n»« 9 et 10. Paris, 1857, in-4«. 

(2) Merlet et Moutié, CarltUaire cité, t. il, appendice, p. 113. 
(Z) Merlet et Moutié, Cariulaire cité, ibîd. 



CHAPITRE X, 153 

demi, de nombreux bouquets. La présence primitive des 
arbres est indiquée sur des points cultivés par les noms 
suivants: Bois-dArcy y le Buisson^ les GâtineSy les Cou- 
drais^ etc. La forêt de Rambouillet et celle qui conserve 
le nom de forêt d'Yveline, sont les principaux restes de 
cette grande marche forestière. Au nord- est de la seconde 
de ces forêts se trouve la Celle^les-- Bordes , qui, dans Cas- 
sini^ est marquée comme un lieu découvert. Un petit 
bois voisin et un autre qui porte le nom de FouUeuse, 
formaient, au commencement du xvi« siècle, une forêt 
(Sylva Follosii, Nemus de Foillous) d'une étendue de 
330 arpents (1) ; mais il y avait eu là antérieurement de 
grands défrichements, puisque les chartes mentionnent 
dès 1263 un large essart sous le nom d'Essartum CAe- 
nardi (2). Au xiii* siècle, les forêts de FouUeuse et de la 
Celle-les-Bordes devaient donc s'être séparées depuis long- 
temps de la forêt principale. Les lieux-dits (3) indiquent 
que les défrichements avaient été opérés dans toutes les 
directions. La fondation de diverses abbayes y aida singu- 
lièrement. En 1031 fut construite l'abbaye de Saint-Léger, 
surnommée, à raison de son emplacement, en Yveline 
(Sanctus Leodegarius in Aquilina sylva) (4); elle donna son 
nom à un bois qui est un démembrement de la forêt Yve- 
line dont la sépare un vaste essart semé de noms rappe- 
lant la présence des arbres. Dès 1160, nous trouvons 
dans la même forêt Yveline, une autre abbaye» celle de 
Saint-Remi-des-Landes {Sanctus Remigius de Landis) ; 



(1) Merlet et Moutiô, Carltdaire cité, ibid. 

(2) Merlet et MouUé, Carltdaire cité, 1. 1, p. 601, n* 643. 

(3) Voy. FéUbicn, Histoire de V abbaye de Saint-Denis, p. 176. 

(4) Voy. Helgold. Flor. Epitom, vit. Roberti reg. c. xxxi (Historiens 
de France, t. X, p, 115); Chronic, Mauriniac, {Historiens de France, 
t. XIl, p. 80.) 



154 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANGÉ. 

et cependant, à cette époque, malgré ces fondations 
pieuses qui multipliaient les éclaircies (1), YAquilina 
sylva offrait encore une singulière étendue ; aussi était- 
elle le théâtre favori des exploits cynégétiques des rois d 
de leur cour. Louis le Gros, y étant à la chasse, fut pris 
de la fièvre dont il mourut (2). L'abbé Suger y diri- 
gea une chasse au cerf et y passa une semaine entière 
i?ous des tentes, avec plusieurs de ses amis et de ses vas- 
saux (3). 

Cette grande forêt Yveline doit, à une époque très-re- 
culée, s'être unie à l'est à la forêt de Bière ou de Fontaine- 
bleau, au sud à celles d'Orléans et de Montargis; car la 
région découverte qui sépare ces forêts prit le nom de 
GastinaisouGâtinais, en latin Va$tinium{i), c'est-à-dire : 
lieu défriché. Cette désignation doit remonter aux Ro- 
mains; elle était certainement déjà en usage avant le 
XI» siècle.» Je reviendrai sur la partie du Gàtinais qui fai- 
sait partie de l'Orléanais, en traitant des forêts de cette 
province. Je ne parlerai ici que du Gàtinais français qni 
comprenait Dourdan, Montlhéry, Courtenay, Nemours et 
Moret, et oc^^upait ainsi à la fois une fraction de l'ancien 
domaine de la forêt Yveline et une fraction de celui de la 
forêt de Bière (St/lva Bieria ou Biera) (5). Au xiii* siècle, 

(J) Ajoutons que l'abbaye de Saint-Remi-des-Landes, dont une légende, 
sans doute apocryphe, fait remonter la fondation au règne de Glovis, exis- 
tait déjà en 1160. {GaUia chrisL t. VIU, col. 1299, Eccles. CamoUru.; 

(2) Voy. Orderic Vital, XIII, c. 32, t. V, p. 88, éd. Leprévost. 

(3) Suger, De rébus in administratione sua gesiis, dans Duchesue. 
Hùtor. de France, t. IV, p. 334, et Félibien, HisL de Vabbaye de Saint- . 
Denis, p. 176. 

(4) On retrouve ce nom de Vastinium, dont j'ai déjà parlé p. 124, ap- 
pliqué à bien d'autres contrées de forêts défrichées ; il a subi diverses 
altérations, par exemple, il est devenu Vauciennes dans la Champagne. 
Voy. Chaleite, Précis de la statistique générûle du départ, de la Marne, 
t. II, p. 195, et ce que je dis plus loin. 

(5) Ce nom est cité dans les Comptss de saint Louis {Foresta Bierr»), 



CHAPITRE X. 155 

comme depuis, la forêt de Bière était la plus importante 
de rne-de*Franee; die se rattachait à la ibrét d'Emans 
ou Esmans, situëe dans le canton de Montereau, YAcmmi-- 
tus (m YAgmantus des diplômes carlovingiens. Au ix'siècle, 
Emans était environné d'une lisière de quatre lieues de 
forêts qui suffisaient à l'engraissement de 500 porcs (1). La 
forêt d'Emans faisait corps à son tour avec la forêt 
d'Otbe (3), dont j'ai parlé et sur laquelle je reviendrai» 
en traitant de l'état forestier de la Champagne. Il arriva 
pour cette forêt de Bière ce qui advint pour la forêt 
d'Othe ; elle laissa son nom au canton ou pagus dont elle 
avait auparavant recouvert le sol. En effet, Tépithète de 
en Bière, donnée à plusieurs villages, montre que le nom 
de Bière passa de la forêt de Fontainebleau à un pays 
en quelque sorte conquis sur son territoire. Le pays de 
Bière ou de Bierre était jadis dans la circonscription du 
diocèse de Sens; il formait la limite septentrionale du 6â- 
tinais. Les villages de Ghailly-en-Bière, Villiers-en^BièrC) 
existaient déjà au xiii* siècle ; celui de Fleur y -en-Bière 
date au moins du commencement du xu^ (3). On ignore la 
date de la fondation de Saint-Martin-en*Bière. Ainsi le 
défrichement du pays de Bière est certainement antérieur 
au XI* siècle. Nous savons, d'autre part, que de très** 
bonne heure la forêt de Fontainebleau avait été cou- 
pée par de larges clairières où furent bâtis des viens, dont 

Ilislor, de Prince, t. XXI, p. 174, et apparaît plusieurs fois dans le 
même document. {De veterihus paliciis Bierix, de hûsco caso in Éieritt^ 
de esplelis Bieria. — Historiens de France, t. XXI, p. 254.) Dans Tordon- 
nance de Charles IX du 25 octobre 1573, la môme forêt est appelée 
Forêl de Bitre-let-Fontainebleav, Yoy. Fontanon, les Édieis et Ordon- 
nances des Roys de France^ 2« édit. t. U, p. 259. 

(!) Voy. Guérard, Polyplique d'Irminon, t. I, part, ii, p. 199, 207. . 

(2) Voy. ce qui a été dit p, 43 et 61 . 

(3) Voy. F. Pascal, Histoire topographiquCy politique et statistique du 
départ* de Seine-et-Marne, t. I, p. 94, 97. 



156 LES FORÊTS DE LA. GAULE ET DE L*ÂNGIENNE FRANGE. 

quelques-uns devinrent plus tard des villes ou des bourgs 
importants. Nemours, en latin Nemoracum, doit son nom 
à la forêt ou bois qui l'entourait {nemus) (1). A Moret 
{Moretus), se tint un concile dès Tannée 880 (2). Dor- 
melles est peut-être encore plus ancien (3). Toutes les 
vraisemblances font donc admettre que, dès le temps des 
premiers Mérovingiens, la forêt de Fontainebleau n'allait 
pasau delàduLoing. S'il était prouvé queChâteau-Landon, 
qui fut dès le x? siècle le chef-lieu du Gâtinais, répondît au 
Vellaunodunum de César, il faudrait faire remonter encore 
bien plus haut le défrichement de la partie méridionale 
de la forêt de Bière (4). 

Lies Comptes de saint Louis mentionnent comme deux 
bois distincts, la Venda Dianœ sylvœ et le Boscus Chapuisf^), 
La première forêt est celle de Dian ou Dians, qui a laissé 
son nom à*un village construit dans la vallée de l'Orvanne, 
à la limite des départements de Seine-et-Marne et de 
l'Yonne, et fut jadis une résidence royale (6). On y voyait 
encore de petits bois en 1710 (7). Le nom de Dian ou 
Diane est visiblement une corruption du mot dean^ forêt, 
que nous rencontrons ailleurs (8), et a peut-être été l'ap- 
pellation primitive de la Sylva Biera. Quoi qu'il en soit, 
la forêt de Dians est vraisemblablement un démembre- 

(1) Voy. G. Morin, Histoire générale du Gastinois, p. 302 et suiv. Paris 
1630. Le nom de Nemours n'apparaît guère que vers le xiii* siècle. 

(2) Lupi Ferrariens. Epist. XLV, Hislor. de France^ t. VII, p. 507. 

(3) F. Pascal, ouv. cil. t. II, p. 423. Dormelles (Z^oromeÛM^) est men- 
tionné par Frédégaire (Chronic. 20) comme existant déjà au vi* siècle. 

(4) Voy./>e heUo gaUico.YH, 11. 

(5) Voy. Historiens de France, t. XXI, p. 254. 

(6) Le château de Dians ou Oyan, après avoir appartenu aux rois de 
France, passa à la famille des Alégrains. (Voy. G. Morin, our. cU. 
p. 588.) 

(7) C'est ce qui est indiqué par Ghalibert Dancosse, la Généralité de 
Paris, p. 328. Paris, 1710. 

(8) Voy. ce qui est dit p. 51. 



CHAPITRE X. 157. 

ment de la forêt de Fontainebleau, et Ton voit que ce dé- 
membrement est déjà fort ancien. 

Le bois Ghapuis se trouve encore indiqué par la carte 
de Gassini, près Machault, qui fait maintenant partie du 
canton du Ghàtelet. G'est pareillement un reste de la forêt 
de Bière. La Ghapelle-la-Reine avait déjà de l'importance 
au XI"" siècle : nouvelle preuve des réductions considéra- 
bles qu'avait subies la forêt, dès l'époque carlovingienne. 

A l'ouest, c'est-à-dire entre Melun et Gôrbeil, les bois 
ont dû longtemps se continuer jusqu'à la forêt de Se- 
nart (1), mentionnée comme une forêt distincte dès 1308. 
Ainsi les arbres ne cessaient guère alors qu'à quelques ki- 
lomètres de Paris. Divers noms de lieux, tels que Boissise- 
la-Bertrand, Boissise-le-Roi , Boissette montrent que la 
forêt des Rougeaux, sise sur la rive droite de la Seine, 
avait, antérieurement au xii"" siècle, une extension bien 
autre qu'aujourd'hui, puisque c'est à dater de cette 
époque qu'apparaissent divers villages, tels que Vert (au- 
jourd'hui Vert-Saint-Denis), Le Mée (jadis Le Mas), Gesson, 
Savigny-le-Temple, construits sur des points où la forêt 
s'était jadis avancée (2). 

Sur la rive gauche de la Seine, les forêts disparurent de 
bonne heure entre Melun et Paris. Gependant on trouve 
mentionnée, jusqu'au commencement du xvii^ siècle, une 
garenne dite du Louvre^ qui s'étendait dans les environs 
de Bagneux et recouvrait une partie de la plaine située 
entre ce village, Vanvres et Issy (3). 

La forêt de Meudon n'a pas subi de bien notables ré- 



(!) Voy. Historiens de France, t. XXU, p. 556. Celte forêt s'étendait 
encore, au temps de Henri II, des portes de Melun au port de Gharen- 
ton. Saini-YoUi Ordonnances des eaux et forests, p. 84. 

(2) Pascal, ouv. cit. t. I, p. 74 et suiv. 

(3) 8aint-Yon, Ordonnances^ p. 981. 



158 LES FOfiÈTS DE LA GAULE ET DE l'ANCIENNE FRANGE. 

ductions, et, dès le vu* siècle, Glamart (Clamardum) exis- 
tait déjà. On trouve à cette époque et aux âges suivants, 
une foule de terres cultivées en cette partie de la ban- 
lieue de Paris, preuve qu'elle n'était pas envahie par U 
forêt. Meudon est antérieur au xii^ siècle, et Fleury exis- 
tait, dès le commencement du siècle suivant (1). 

La bande forestière qui longeait, de Melun à Paris, h 
rive droite de la Seine, en remontant plus au nord, allait 
se rattacher à une autre large bande sylvestre qui se par- 
tagea de bonne heure en trois grandes forêts, à savoir : 
la Sylva Vilcena ou Vilcenna (2), aujourd'hui forêt de Vin- 
cennes, la Bungiacensis sylva, aujourd'hui forêt de Bondy, 
et la Liberiacensis sylva, aujourd'hui forêt de Livry. Ces 
trois forêts, lorsqu'elles n'en faisaient qu'une seule, 
étaient désignées sous le nom commun de Lauchoniasylm. 
C'est là que Childéric II fut assassiné en673parBodillon (3). 
Le nom de Lauchonia disparut, dès que la forêt eut été 
démembrée; mais ces démembrements constituaient en- 
core des forêts très-considérables. La forêt de Livry ne por- 
tait déjà plus, en 1302, que la qualification de boscus (4) ; 
celle de Bondy, qui devait son nom au village deBondifô, 
plus anciennement Bonsies, existait déjà en 700 et approvi- 
sionnait de bois Paris au xv' siècle. Charles VI y alla plu- 



(1) Voy. Lebeuf, Histoire du diocèse de Paris, t. VIII, p. 366 
et suiv. 

(2) Cette forêt est désignée, dans les documents du xiii* siècle, sous 
les noms de Vicerm boscus, Vieeux ou Vicenarujn nemus, Voy. Histo- 
riens de France, t. XXI, p. 70, 223, 227 eivassim. Lebeuf, oui?. cU, 
p. 74, 75. 

(3) Voy. Frédégaire, Chronique, ap. D. Bouquet, Historiens de France, 
t. I, p. 450. Cf. A. Jacobs, Géographie de Frédégaire, p. 458. 

(4) C'est ce qui résulte d'un traité passé entre Pierre de Ghambiy et 
Philippe le Bel, où le bosùus de Livriaco est mentionné avec le basctàs de 
Alneto (bois d'Anet) et le boscus de Courberon. Lebeuf, ouv. cU, t. VI, 
p. 200. . „ 



CHAPITRE X. 159 

sieurs fois chasser. Elle s'étendait jusqu'à la Marne et 
rejoignait la grande forêt des Sylvanectes par le canton 
actuel de Dammartin, dont Tancien nom, pays de Gouelle, 
n'est sans doute qu'une altération du mot celte Coil, fo^ 
rêt (4). En effet, il subsiste encore de nombreux bouquets 
dans tout ce canton. Au xiv* siècle, les bois de Montgé 
(Nemus montis Gai, boscus Rainaldi) touchaient à un bois 
appelé Gratuel, qui a disparu et qui s'avançait jusqu'aux 
environs de Pomponne (2). 

Au sud-est de Montgé, le village de Cuisy, dont le terri- 
tcHre dépendait jadis de la paroisse de Plessis-l'Ëvèque, 
rappelle, par son nom, la présence d'une forêt à laquelle 
appartenaient les deux bouquets qui ont valu leur ap- 
pellation aux villages de Plessis-l'Évêque et de Plessis- 
aux-Boîs. Sans doute, la fondation, au xiii*" siècle, de 
l'abbaye de Chambre-Fontaine, de l'ordre de Prémontré, 
qui s'élevait originairement au sommet d'une colline 
d'où l'on dominait la forêt, en amena la finale destruc- 
bion (3). Dans la même région, mais plus au sud de Mont- 
gé, les noms de Choisy-le-Temple^ Fresnesy portés par des 
villages sis en des lieux depuis longtemps découverts, 
accusent l'ancienne présence des bois. Ceux-ci s'unis- 
saient, selon toute vraisemblance, aux bois de Carnetin, 
qu'on doit considérer comme un démembrement de la 
forêt de Livry et de Montfermeil. Une localité située entre 
ce dernier village et Pomponne, garde encore le nom de 
Forest. Le docteur F. Pascal, dans la carte qui est jointe 
à son Histoire du département de Seine-et-Marne y a tracé 
la topographie approximative de toute cette région fo- 

(l) Lebeuf, oiir. cit. t. VI, p, 169. 

(*) Voy. H. Cocheris, Notices et Extraits des documents manuscrils 
conservés dans les dépôts publics de Paris et relatifs à Vhistoire de 
Picardie, t. 1, p. 414, 417. Paris, 1854. 

(3) Pascal, ouv. cit. 1. 1, p. 430. ' . ; 



460 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE L'ANGIEimE FRAHCE. 

restière, qui constituait une marche septentrionale entre 
rile-de-France et la Brie. 

Cette dernière province, aujourd'hui plus déboisée que 
les environs de PariS; était, à Tépoque mérovingienne, 
encore puissamment ombragée. En partant des défriche- 
ments opérés par les moines, j'ai déjà dit quelques mots 
du Joranm saltus ou forêt de Jouarre (1). Cette forêt n'était 
qu'une subdivision d'une forêt plus étendue qui entou- 
rait en partie la ville de Meaux (2), de l'est à l'ouest, en 
passant par le sud ; elle a laissé comme témoins de son 
antique existence les bois de Meaux et la forêt du Mans 
ou de Mant. Celle-ci s'étendait fort au sud-ouest, quand, 
au commencement du vu* siècle, saint Fiacre en com- 
mença le défrichement (3). Toutefois, les clairières n'y 
manquaient pas, et du massif principal s'étaient dé- 
tachés divers écarts, puisque c'est dans un petit bois ou 
breuil, peu éloigné de la forêt, que saint Fiacre fixa 
d'abord sa retraite (4). 

Les territoires de Boutigny et de Villemareuil ont été 
en partie formés aux dépens de la forêt du Mans ; ce dernier 
village ne fut érigé en paroisse qu'en 4549(5). Dans la di- 
rection opposée, le village de La Haute-Maison, qui doit son 

(t) Yoy. ce qui a été dit p. 128. Adon jeta les fondements de 
Tabbaye de Jouarre, dans le Joramu saltus, au vu* siècle. (Voy. Tous- 
saint Duplessis, Histoire de VÉglise de Meaux, 1. 1, p. 34.) 

(2) En 1176, il est fait mention d'une forôt de Maham, en Brie, 
qui devait se trouver dans les environs de Meaux, et qui servait de re- 
traite à un ermite nommé Guérin. Elle fut cédée par Tabbaye de Saint- 
Denis à l'abbaye de Notre-Dame-de-Ghaage. (Félibien, Hist. de Pahbaye 
de Saint-Denis, p. 202.) En 1226, elle fut partagée entre cette abbaye 
et le comte de Champagne (Félibien, ibid. p. 224); son défrichement 
doit s'être opéré au siècle suivant. 

(3) Yoy. Toussaint Duplessis, ouv. cil, 1 1^ p. 53. 

(4) Toussaint Duplessis, lœ. cii. 

(5) Voy. Pascal, owo, cil, 1. 1, p. 560 et suiv. 



CHAPITRE X. 161 

origine à une chapelle fondée au xiii^ siècle au cœur de la 
forêt, et quelques autres hameaux, sont aussi des con- 
quêtes de la culture. Il en faut dire autant du territoire du 
village de Pierre-Levée, des alentours du château de Mon- 
tebise, des paroisses de Signy et de Signets, réunies depuis 
1489 (1). L'espace cultivé qui séparait, à l'époque de l'in- 
vasion francque, le Joranus ou Jodremis saltus de la forêt 
de Grécy-en-Brie, devait être peu étendu, en sorte que 
cette dernière forêt peut, ainsi que celle de Jouarre, être 
considérée comme n'ayant été qu'une simple subdivision 
de la Brigia sylva ou grande forêt de Brie. La petite ville 
de Grécy remonte au delà du x"" siècle (2) ; on ne saurait 
dès lors attribuer une notable extension à la forêt dans 
sa région N.E., depuis l'époque de l'établissement des 
Francs; mais le nom de Crécy est la preuve qu'à l'époque 
gauloise, la forêt allait jusqu'à l'emplacement de cette 
ville. Plus tard, quand on eut oublié la signification du 
mot Grécy , dérivé, comme on l'a vu, du celte coat, la forêt 
prit le nom de forêt de Lubeton (3). L'inspection de la 
carte montre qu'elle a dû s'étendre originairement du 
grand Morin à la rivière d'Yères, suivant la direction 
nord-sud, et delà petite rivière d'Âubetin au ruisseau de 
Bréjon, suivant la direction est-ouest. Déjà antérieurement 
au xiii^ siècle, plusieurs paroisses et hameaux avaient été 
pris sur son territoire ; tels sont les villages de Touquin ou 
Toquin, de La Houssaie et de Fontenay-Tresigny , où 
Gharles IX eut une maison de plaisance. Le bois de Lu- 
migny est certainement un reste de la forêt primitive de 



(1) Toussaint Duplessis, Histoire de l'église de Meaux, t. II, p. 650. 
(î) Pascal, ouv. cit. t. I, p. 529. 

(3) Dans nn document de l'an 1308^ cette forêt est encore appelée 
Foresta de Creciaco. Voy. Historiens de France, t. XXII, p. 556. 



162 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

Lubeton. Plusieurs lieux-dits du canton de Grécy rappel- 
lent d'ailleurs la présence primitive des arbres. Nous 
citerons : Ghoisiel, écart de la commune de La Ghapelle- 
sur-Grécy; Romainvilliers, dont le territoire réuni au- 
jourd'hui à celui de Bailly renfermait jadis un prieuré 
appelé de Bosco; Sylvelle^où s'éleva une maison religieuse 
des Trinitaires, et qui était compris dans la paroisse de 
Magny-le-Hongre ; un petit bois sépare encore cette der- 
nière commune de celle de Coutevroult (1); enfin Serris 
ou SarriSy nom dérivé du mot essarta et que nous avons 
vu plus haut avoir jadis désigné une partie de la forêt de 
Saint-Denis ; le hameau de Sarris devait son origine à des 
réserves faites dans la forêt de Grécy (2). 

Les forêts qui environnaient Lagny, l'ancien LaiinUxr 
cum^ peuvent être considérées comme le dernier prolon- 
gement occidental de la forêt de Brie. Quand, en 645, 
Erchinpald donna à Furcy remplacement où fut depuis 
construit un monastère, le lieu qui servit de retraite à ce 
pieux Écossais se trouvait au milieu d'une forêt, qui a valu 
son nom au village de Ghesisy situé à une lieue à Test de 
Lagny, au sommet d'un coteau qui borde la rive gauche 
de la Marne. Les bois et le parc du château de Ghessy, 
que des peintures de Youët ont rendu célèbre, sont les 
derniers et maigres vestiges de cette grande forêt (3). 

G'est au commencement du vu* siècle, vers l'époque 
où saint Golomban visitait le diocèse de Meaux, où sainte 
Fare fondait l'abbaye du Pont, qui reçut plus lard le nom 
de Faremoutiers (4), que l'on peut faire remonter les pre- 

(1) Pascal, otiu. cit. 1. 1, p. 548. 

(2) Lebeuf, Histoire du diocèse de Paris, t XV, p. 17. 

(3) Lebeuf, ibid. t. XY, p. 41. Cet auteur donne une fausse étymologto 
<lu nom de Ghessy. 

(4) En effet, il est dit que sainte Fare alla s^établir dans la Sylva 
Brigia^ près d'un pont sur le Morin, qui valut & Tabbaye son nom. ^ 



CHAPITRE X. 163 

miers démembrements de la forêt de Brie; car c'est vers 
la même époque qu'il est pour la première fois question 
de la villa Calensis. Ce palais de Ghelles, construit par 
les rois Mérovingiens (1), tire son nom des premiers 
abattis effectués dans la partie de la forêt de Brie^ la plus 
rapprochée de Paris (2). La région de la même forêt qui en- 
vironnait la nouvelle résidence royale, fut appelée la forêt 
de Ghelles, et elle dut au plaisir de la chasse qu'elle four- 
nissait à nos rois (3), d*être préservée de la destruction; 
mais dans la partie orientale du Brigiensis saltus^ les dé- 
frichements furent moins ménagés. Toutefois, Vim portance 
qu'a gardée jusqu'à nos jours la forêt de Crécy (4), prouve 
qu'en cette région le déboisement n'a pas été fort étendu. 
Ce sont aussi les intérêts de la chasse plus encore que 
ceux de l'approvisionnement de bois, qui ont sauvé de la 
destruction une bonne partie, de la bande forestière qui 
traverserait le sud de la Brie. Cette bande a laissé un im* 
portant vestige dans la forêt d'Armainvilliers dont dépen- 
daient jadis les bois de La Grange. Désignée d'abord sous 
le nom de forêt de la Perrière, à cause du grand nombre 
de forges qu'elle contenait (5), cette forêt continuait au 



( Voy. Toussaint Duplessis, ouv. cit. 1. 1, p. 26, et Mabillon, Ada SS, Be- 
nedict. t. II, p. 117.) Cette forêt est désignée, dans la vie de saint Ouen, 
évoque de Rouen, sous le nom de Brigia sylva, Brigiensis saUus {cf, 
Aimoin, De gest. Francor, lib. IV, c. xli, p. 119, éd. Duchesne). 

(1) Ce fut dans la viUa Calensis que se retira le roi Ghîlpéric I*% après 
la mort de deux de ses fils. Il venait de quitter la ibrôt de Cuise, et fit 
venir de Brennacum à Chelles, Clovis, le seul fils qui lui restât. (Voy. 
Orégoire de Tours, HisL Francor. V, 40.) 

(2) C*est la même racine qui a donné le nom de Chaillot mentionné 
p. 149. — Voy. Lebeuf, ouv, cité, t. VI, p. 31. 

(3) Chilpéric 1*' fUt assassiné dans cette forét^ comme il y chassait. 
Grégoire de Tours, Hist. Franc. VI, 46. 

(4) 11 y avait à Crécy, avant la Révolution, une maîtrise des eaux et 
forêts. 

(5) Ce nom est resté au village d'Ouzouer, dit : OuMouer-la^Ferrière . 



164 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANGE. 

sud la marche boisée existant entre la Brie et me-de- 
France, dont il a été question plus haut. La ville de Brie- 
Gomte-Robert, jadis Bradeia^ qui date au moins du vi* 
siècle, marque une limite inférieure de la forêt à cette 
époque; Tournans, jadis îbwrntAawt/^, qui remonte aussi, 
suivant la tradition, à l'époque mérovingienne, nous 
fournit pour la même date sa limite à l'est (1). 

Au nord de Paris^ subsistaient au moyen âge bien des 
vestiges de l'ancienne forêt des Sylvanectes, dont j'ai fait 
connaître, dans un chapitre précédent, la prodigieuse 
étendue. Depuis la forêt de Montmorency jusqu'à celle de 
Cuise, autrement dit de Gompiègne, se succédaient à courts 
intervalles des forêts considérables, tant dans leBeauvaisis 
méridional que dans le Valois. La grande forêt des Sylva- 
nectes n'avait cessé depuis l'époque gallo-romaine de se 
fractionner. J'ai déjà parlé plus haut de plusieurs des forêts 
auxquelles elle avait donné naissance durant la période 
carlovingienne. Aux xii% xni* et xiv* siècles, son morcel- 
lement fut encolre plus accusé. 

Le bois de Goye, appelé encore boisde.Quaye {Boscus 
Coyœj Quayœ boscus)^ est mentionné dans différents do- 
cuments de ces époques, notamment dans les comptes de 
saint Louis (2), comme tout à fait séparé de la forêt de 
Guise {sylva Cotia^ devenu par corruption sylva Cmsia) 
dont il tirait pourtant son nom (3). 

Certaines circonstances, certains usages rappelaient 
l'unité primitive existant entre toutes ces forêts, isolées 
depuis. Ainsi, pour n'en citer qu'un exemple, les habi- 



(1) Voy. Pascal, ouv. ciU 1. 1, p. 184 eC suiv. 

(2) Voy. Historiens de France, t. XXI, p. 275. — Cf. XXII, p. 567, 
748. — On trouve aussi mentionnée une Venda Coys. Voy. sur ce boî& 
ce que je dis plus loin. 

(3) Voy. Historiens de France, t. XXII, p. 567. 



CHAPITRE X. 165 

tantsde Servais enParisis, village qui devait, comme on l'a 
vu, son nom, Silvacum ou Silviacum, à la forêt de Servais 
ou des Sylvanectes, avaient conservé le droit de panage et 
de pâturage dans la forêt de Coucy, démembrement le 
plus septentrional de la forêt primitive, et partageaient ce 
privil^e avec lés religieux de Prémontré (i). 

La portion de la forêt de Cuise qui recouvrait la partie 
du canton de Vie située sur la rive gauche de l'Aisne, ne 
fut défrichée qu'aux xi i* et xiii*' siècles, tant par le chapitre 
de Soissons que par plusieurs autres communautés reli- 
gieuses établies aux environs (2). 

La célèbre forêt de Rest ou Retz (3), désignée aujour- 
d'hui sous le nom de Villers-Cotterets (4), peut être consi- 
dérée comme un des plus importants démembrements de 
l'ancienne sylva Coda (8) ; elle parait même avoir, à une 
certaine époque, dépassé en étendue la forêt de Guise (6) 

(1) Voy. Farêis du déparUment de Vlk^de^France» Bibl. imp* mss. 
fonds Versailles, n» 8037, 11. 

(2) Melleville, Dictionnaire historique du département de P Aisne, 1. 1, 
p. 330. 

(3) Resti Foresta. Voy. Historiens de France, t. XXI, p. 253, 276; 
t. XXII, p. 526, 560, 567 et suiv. — Olim, éd. Beugnot, t. II, p. 206 
(année 1282). 

(4) VillershCotterets n'existait pas encore au viii^ siècle, et tire sou 
origine d*une ferme autour de laquelle se groupa un hameau appelé d'a- 
bord Villers-8aint-G«orge, et ensuite Villers-Gol-de-Retz ou Goste-Retz, 
d*où Viliers-Gotterets. (Melleville, ouv. cil, t. II, p. 456.) Cf. ce* que j'ai 
déjà dit sur fétymologie de ce nom, p. 108.) 

(5) Ph. de La Marre, dans sa Vie delanguet (éd. Ludwig, p. 50, 51). 
s'exprime ainsi au sujet de cette forêt : a Retise sylvœ omnium fere 
quotquot in Gallia sunt prcEîter Gompendiensem, vastissimss et ferarum 
omnis generis refertissimse. » 

(6) L'ordonnance de 1575 veut qu'il soit coupé 100 arpents en la forêt 
de Retz, et 96 en la forêt de Guise*lez-Gompiègne. Si l'étendue des 
coupes réglées par cette ordonnance est, ce qui paraît vraisemblable, 
proportionnelle à la superficie, il faut en conclure que ces deux forêts 
avaient alors une étendue de 22,000 arpents environ, puisque la Ibrêt 
de la Neuville n'est comprise que pour 23 arpents, c'est-à-dire pour 
1/220* de sa superficie actuelle* 



166 LES FORÊTS DE LÀ GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANGE. 

et était également le théâtre habituel des chasses royales. 
La fondation de l'abbaye de Longpont en 1131 , à Textré* 
mité orientale de la forêt cie Retz» en amena le défriche- 
ment dans cette directioi). Dès 1317, en était séparée la 
forêt de Dementart, qui commençait elle-même à se scinder 
en de plus petits bois» ceux de Longue-Roye, de la Croiz- 
le-Frison, de la Fautoye (1) qui ont eux-mêmes disparu. 
Nul doute que les bois que la carte, de Gassini marque en- 
core dans cette région, au nord-est de la forêt de Retz, le 
bois des Églises, un peu plus au sud celui de Yierzy, et en 
s*avançant au midi, le bois deBlanzy,le boisLouisan, celui 
de Graine, ne soient d'anciens écarts de la forêt qui s'avan- 
çait vraisemblablement jusqu'à l'Ourcq. Â l'est de la forêt 
de Retz s'étendait sur les confins de l'ancien pays des 
Suessions et de Tancien pays des Rêmes, entre la Yesle et 
la Marne, l'importante forêt de Dole {sylva Dola)^ mention- 
née au XI* siècle. Elle a dû occuper les territoires des com- 
munes de Mareuil en Dole et de Nesle en Dole qui font 
partie du canton de Père en Tardenois. La forêt qui a pris 
le nom de cette dernière ville, s'en était détachée à une 
époque fort ancienne ; d'autres lambeaux, les bois d'Or- 
mont, de Munières, s'en séparèrent dans un temps plus 
rapproché de nous. Aujourd'hui, toute la forêt qui a 
gardé le nom de Dole, n'offre plus qu'une superficie de SOO 
hectares, tandis que celle de Père en présente environ 
2000 ; mais au siècle dernier, la première occupait encore 
en bois taillis une surface de 2000 arpents (2). 

La forêt de Laigue appelée ensuite par corruption forêt 
de Laigle, et qu'on trouve désignée dans les anciennes 
chartes sous les noms de sylva Lisica^ Lisgua^ Esga (3), con- 

(1) Voy. Olim, éd. Beugnot, t. III, p. 1142 (an. 1317). 

(2) Melleville, <mii>. cit. 1. 1, p. 342. 

(3) Voy. Garlier, HUtoire du Valois, t. II, p. 280. 



CHAPITRE X. i67 

serva pendant tout le moyen âge une notable étendue ; 
plus visitée d'ailleurs pour les chasses que pour l'exploi- 
tation du bois, qui y est d'une médiocre qualité, elle était 
moins exposée aux ravages de la cognée (i). Au xvii'' siècle, 
la forêt de Laigue était encore comprise entre l'Aisne et 
VOise. Plantée en futaies de chênes, elle offrait une super* 
ficie de 6432 arpents ; 300 arpents au sud avaient déjà été 
défrichés. Cet essart s'étendait au midi de la forêt de 
Saint-Pierre, qui avait à la même époque 740 arpents (2). 
Les forêts de Hez (Hecium^ Hescium ou Hez) (3), celle 
d'Ageux (4), s'étaient détachées de la forêt de Cuise, dès le 
commencement de la seconde race (5). Mais celle de Guise 
qui avait subi, sous les Mérovingiens et les Garlovingiens, 
de notables défrichements, amenés par la présence à l'en- 
tour de nombreuses habitations royales (6), ne paratt 
avoir éprouvé sous les Capétiens que de faibles réductions. 
Pendant des siècles, elle s'étendit sur la rive gauche de 
l'Aisne, depuis Pernant et Cbaudun jusqu'à l'Oise, bien 

(1) Le nom de lAsgua ou Lisica est dérivé, selon quelques-uns, de 
Affua, aiguë (eau] ; et, en eflet, cette forêt est tellement humide, qu'il a 
fallu la. traverser en tous sens par des fossés, pour y rendre possible la 
production du bois de bonne qualité. Voy. V Annuaire du départ, de VOiae 
pour 1839, Slatûtique du canton de Ribecourt. 

(2) Voy. sur la forêt de Laigue, qui est encore une des plus belles de 
France, et a une contenance de 2,664 hectares, Fontanon, Sdictset Or» 
donnancesy t. Il, p. 259, et Annuaire de VOise pour 4838, Statistique 
du canton de Clermoni. 

(3) Voy. Historiens de France, U XXI, p. 507. Cette forêt, sise à 
rO. de Glermont, est aussi appelée forêt de la Neuville, du village de La 
Neuville qu*on dislingue, surnommé La Néuville-en-Hez. 

(4) Il faut aussi comprendre, dans ce vaste amas de forêts, les forêts 
d'Ourscamps, de Quierzy, sur la rive gauche de Ipise. 

(5) M. Melleville [ouv, cit.) n'admet pas cependant l'unité première de 
ces diverses forêts. 

(6) C'était dans la forêt de Cuise qu'allait chasser Chilpéric 1*', qui s'y 
retira avec Frédégonde en 580, pour y donner cours au chagrin que leur 
donnait la mort de leurs deux fils, enlevés par l'épidémie. (Grégoire de 
Tours, Hist. Franc. V, 40.) 



168 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

que des châteaux s'élevassent en quelques-unes de ses 
clairières. Tel est celui de Bétisy (BesHsiacum) où les rois 
de France ont plusieurs fois habité et qui est mentionné 
dès le XII* siècle (1). 

Un autre démembrement de la forêt des Sylvanectes, ce- 
lui qui correspondait précisément au territoire occupé 
par le petit peuple de ce nom, donna naissance à la forêt 
de Halatte (Halala, Halacta, Alatha, Harlata) (2), \oisine 
de Senlis, et qui était encore souvent confondue, au xiv* 
siècle, avec celle de Cuise (3). Cette forêt qui, plus tard, a 
pris le nom de la ville la plus importante qui l'avoisine 
(forêt de Senlis) (4), comme celle de Cuise a pris le nom 
de forêt de Compiègne (5), est déjà mentionnée dans les 
Comptes de saint Louis (6), et c'est à tort que Carlier, en 
son Histoire du duché de Vaiois (7), dit que l'emploi de ce 



(1) Cette mention est consignée dons deux lettres de Louis VTf, qui 
datent des années 1167. et 1I68. (Cf. Hisloriens de France^ t. XYI, p. 
139, 140. Epistol. régis Ludovici VII ad var.) Le château deBëUsy est 
appelé Bistisiaeensis regia mlla. Dans les Comptes de saint Louis (p. 275), 
on trouve mentionnée une Vente de la Chesnaye au-dessus de Bétisy 
(Venda Chemaim super Bestisiacum). 

(2) Voy. Historiens de France, t. XXI, p. 253, 271. — Olim, éd. 
Beugnot, t. II, p. 223 (an. 1283). 

(3) Yoy. F Annuaire de VOise pour 1834, Statistique du canton de Ponl- 
Sainte-Maxence. 

(4) Elle est aussi appelée forêt de Saint-Christophe* 

(5) En général, le nom de. forêt de Compiègne a Uni par être substitué 
à ces divers noms. Il a sa source dans l'institution des maîtrises, par 
l'ordonnance du 29 mai 1346, et dans la création de quatre de ces 
sièges pour le pays de Valois, dont l'un fut fixé à Compiègne. Cepen- 
dant r appellation de forêt de Cuise subsista encore pendant plusieurs 
siècles. Sous Louis XIV, la plupart des actes disent forêt de Cuise-Uz- 
Compiègne. (Voy, Statistique du canton de Compiègne, dans VAnn. de 
VOise pour 1850.) 

(6) On y lit en effet les noms de Venda Halate, Gruagium Halate, (His- 
toriens de France, t. XXI, p. 253, 271.) Dans un titre de 1 165, cette fo- 
rêt est désignée par le nom de Lucus Halaehius, (Voy. Carlier, ouv. eil. 
t. I,*p. 57.) 

(7) Carlier, tWdm. 



CHAPITRE X. 169 

nom ne date que du xiv* siècle. Le mot Halatte paraît être 
une corruption du nom de Hdta que portait une colline • 
qui domine la forêt et qu'on appela plus tard Mont Hal- 
tois (1). La forêt de Halatte s'est elle-même promptement 
réduite, et plusieurs bois et forêts s'en sont successive- 
ment détachés ; telles sont les forêts de Chantilly et d'Er- 
menonville. L'inspection de la carte montre que la forêt 
de Halatte devait, il y a cinq ou six siècles, être reliée à la 
forêt de Cuise par une succession de bois. Au xiv* siècle, 
il existait à Epinay-Champlatreux, près Luzarches, une 
forêt Aiiei^Foreste H€spyonie{i), qni n'était visiblement 
qu'un démembrement de la grande forêt de Senlis. Elle 
n'est plus représentée sur la carte de Cassini que par les 
petits bois, aujourd'hui à peu près disparus, du Tremblay 
et de Champlatreux. La forêt de Pontarmé et les bois 
d'Hervaux, situés au sud de Chantilly, sont pareillement 
un reste de cette forêt dont le village de Coye, en latin 
Cotia, rappelle le nom gaulois. Au xiv* siècle, la forêt d'Er- 
menonville était déjà distincte de celle de Perthes, qui 
avait fait originairement corps avec elle; elle s'avançait 
pluâ au sud et bordait la route qui va d'Ermenonville à 
Montagny. La forêt de Perthes elle-même se réduisait déjà 
à un bois contigu à un autre bois, celui de Coard ou 
Couard, mentionné à la même époque, et qui a disparu. 
Ce nom de Coard, que portent en France divers villages 
construits sur un sol jadis boisé, paraît être une altéra- 
tion du mot coat. Sans doute que la fondation de l'abbaye 

(1) Voy. Annuaire de VOise pour 1841, Statistique du canton de 
Sentis, 

(2) Voy. le dépouillement du cartulaire de Tobbaye de Chaalis, donné 
dans H. Cocheris, Notices et extraits des documents manuscrits conservés 
dans tes dépôts publics de Paris et relatifs à Vhistoire de la Picardie, 1. 1, 
p. 384 (Paris, 1854). 



170 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE L'ANCIENNE FRANGE. 

de Ghaalis, qui devint propriétaire de plusieurs de ces 
bois, en hâta le défrichement (1 ) . 

Un peu plus au nord-ouest de Paris, le déboisement 
était déjà très-étendu au commencement du xiii* siècle. 
L'ancienne forêt de Beaumont-sur-Oise n'était plus qu'un 
bois {Boscus belli montis) (2). • 

On doit donc regarder la frontière septentrionale du 
Parisis comme s'étant dégarnie d'une manière sensible 
aux xii«et xiii* siècles. Le Valois {Vadensis comitatus) res- 
tait sans doute encore très-boisé (3) ; mais une foule de 
massife d'arbres en avaient disparu; certaines essences 
mêmes ne s'y rencontraient plus (4). Le châtaignier, par 
exemple, qui y dominait, comme l'attestent des noms de 
lieux et de vieilles charpentes, n'y existe plus aujour- 
d'hui (8). 

Dans le voisinage le plus immédiat de la capitale, le 
bois de chauffage commençait à manquer (6). Les foTél& 
de la banlieue qui avaient d'abord suffi à la consom- 



(1) Gocheris, ouv. ciUy p. 386. 

(2) Voy. Historiens de France, t. XXI, p. 253. 

(3) De vieux auteurs ont voulu même faire dériver le nom de VaUns 
du grand nombre de vallées boisées qu'on y rencontrait, comme le rap- 
pelle le titre de cet ouvrage, imprimé en 1 600 : « Le païs de Valois, ainsi 
appelé pour les belles vallées, boys et buissons qui s'y trouvent, peint par 
Damiens de Templeux, sur ung mémoire et escript du feu sieur de Hume- 
relies, n 1600, in-fol. colorié. 

(4) Cette disposition de certaines essences des forêts d'un canton a été 
souvent le résultat d'une concession de droit d'usage accordé pour cette 
seule essence. Ainsi, dans la forél de Mary^ en Auvergne, le sapin a dis- 
paru des bois voisins de Salers, et le hêtre seul a survécu, parce que les 
habitants de Salers ne pouvaient couper que le premier bois. (Voy. 
J.-B. Bouillet, Description histor. et scienttf. de la haute Auvergne ^ p. 
308.) 

(5} Voy., à ce sujet, les curieux détails consignés dans Brayer, SUir 
tistique du département de V Aisne, Laon, 1824. 

(6) Voy. Félibien, Pièces justificatives à l'Histoire de Paris, p. 657. 



CHAriTRE X. i71 

maUoD, devinrent tout à fait insuffisants (1). On dut 
recourir aux forêts de Grécy-en-Brie, de Fontainebleau, 
de Jouy, dé Sourdun et à quelques autres plus éloi- 
gnées (2). C'est alors que Jean Rouvet, bourgeois de Paris, 
conçut ridée du flottage, qui devait amener dans cette 
irille les bois de la Bourgogne et du Morvan (3). Déjà, au 
temps de Suger, Finsuffisance dès bois contraignait 
d'envoyer ,prendre les grosses charpentes aux environs 
d*Auxerre(4). La disette du bois de chauffage s'était fait 
sévèrement sentir sous Charles VI. Pour y remédier, ce 
prince expédia, le 29 novembre 1418, aux trésoriers géné- 
raux des finances, des lettres patentes leur enjoignant de 
faire vendre extraordinairement, dans les forêts de Laye, 
de Senart, de Pommeraie (5),. de Bondy et dans les bois les 
plus proches de Paris, jusqu'à 300 arpents. Plusieurs fois, 
sous ses successeurs, des mesures analogues lurent or- 
données, afin de suppléer à la pénurie du combustible. 
Un arrêt du Parlement, du 26 novembre 1419, prescrivit 

(1) Voyez à ce 8ujet, dans les Annales foresUhres^ en 1849, Tintéres- 
sant trawil de M. Alfred Gerbaut, 5i/r le Bois de cluiuffage de ParU, 
depuis la fin du xui* siècle jusqu'au règne de Louis XIV. 

(2) Baudrillart, DicHonn. général des Eaux et Forêts, au mot Bois 
de chauffage. Les forêts de Jouy et de Sourdun faisaient partie de la 
maîtrise de Provins. (Ck)nf. sur ces forêts, Piganiol de la Force, Nouvelle 
description de la France, 3« édit. 1. 1, p. 18 et 19.) 

(3). Cette invention date de 1449. Jean Rouvet en fût lo véritable au- 
teur; meus, dix-sept ans plus tard, Amoul, bourgeois de Paris, s'en 
empara. 

(4) « Gumque pro trabium inventione tam nostros quam Parisienses 
liguorum artifices consuluissemus, responsum nobis est, pro eonim exis- 
timatione verum, in finihus istis propter sylvarum inopiam minime inve- 
niri possé, vel ab Autissiodorensi pago necessario devehi oportere. » 
(Suger, LibeU. de consecratione ecvlesiss 5. Dionysiit dans les Historiens 
de France^ t. XIV, p. 314.) Voy. toutefois ce qui a été dit p. 147, au sujet 
de ce fait. 

(5) G*6St le nom que Ton donnait à une partie de la forêt de Villers- 
Gotterets, appelée, au siècle dernier, bois de Pommereau, et qui contenait 
alors 1^300 arpents. 



172 LES FORÊTS DE LA GAtJLE BT DE L' ANCIENNE FRANGE. 

une coupe extraordinaire dans les forêts de Bondy de 
Senart,et les forêts des environs de la capitale (1). C'était 
étendre les causes du mal pour en atténuer momentané- 
ment les effets. Au xyi* siècle, on se montra plus intelli- 
gent. Un édit de mai 1520, pour remédier à la pénurie 
du combustible, fit défense de défricher les terrains en 
nature de bois, bordant la Seine et ses affluents, et éta- 
blit un règlement pour la coupe des arbres et la conduite 
du bois de chauffage à Paris{2). 

Déjà à cette époque, au lieu de présaiter un rempart 
quasi continu, comme au temps de l'invasion franqae, 
Fenceinte forestière de TIle-de-France avait été forcée en 
une foule de points et elle se réduisait à un certain nombre 
de grands massifs séparés par de larges éclaircies. 

{^) Voy. Delam&TeyTraitédelaPolicey t. III, p. 838 (Paris, 1770). 
(2) Isambert, Recueil des anciennes lois françaisesti. Wl, p. 173. 



■ 



CHAPITRE XI. 173 



CHAPITRE XI. 

FORÊTS DE LA PICABDIE, DE l'aRTOIS, DE LA FLANDRE ET DU HAINAUT. 

Les forêts de la Picardie ne semblent point avoir 
étéy au moyen âge, à beaucoup près, aussi nombreuses et 
aussi profondes que celles de l'ancien pays des SyWanectes. 
La basse Picardie surtout était déjà, à cette époque, dé- 
pouillée de répais manteau arborescent, dont quelques 
lambeaux enveloppaient encore la partie * orientale de 
cette même province. La plus célèbre des forêts de la Pi- 
cardie était celle de Cressy {Cresiacensis .foresta)^ que j'ai 
mentionnée en parlant des forêts de Tépoque carlovin- 
gienne. Plus tard, on la trouve simplement désignée sous 
le nom de Sylva forestensis; elle avait certainement subi 
alors de notables réductions, surtout à l'est, où elle était 
traversée par une ancienne voie romaine qui a valu leur 
nom jaux trois villages ^ Estrées-lez-Cressy y Cauchy^ 
Noyelle-en-Chaussée. C'est dans cette forêt que vint s'éta- 
blir, au vu* siècle, pour y terminer ses jours dans la re- 
traite la plus absolue, saint Riquier, qui avait quitté le 
monastère de Gentule, connu depuis sous le nom de ce 
saint personnage (abbaye de Saint-Riquier). Le lieu de la 
forêt où saint Riquier bâtit sa cellule lui fut donné par 
Gislemar, que la légende qualifie d'homme illustre et 
pieux, et par Maurontus, préfet des forêts royales (pr«?/ec- 
tus regiarum sylvarum). Cette dernière circonstance nous 
montre qu'au vu* siècle la forêt de Cressy appartenait 
au domaine royal (1). D'autres cellules "^s'élevèrent, après 



(1) Voyez GaUia ehristiana. Eccks. Ambian. t. X, col. 1307. 



174 LES FORÊTS DE LÀ GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANGE. 

la mort de saint Riquier, dans cette même clairière de la 
forêt située au voisinage du village SArgubius, aujour- 
d'hui Ârgenne, près de la Ganche. Au xi* siècle y était 
fondée une abbaye dite le Moùtier de la forêt ou Forét- 
Montier (Foresti monasterium) (1), dont la construction 
amena le défrichement de nouvelles parties de la forêt 
Toutefois la surveillance active des officiers royaux et das 
agents des comtes de Ponthieu en fit respecter les hautes 
futaies (2), et sa superficie varia peu pendant plusieurs 
siècles; c'est ce que démontre l'étude de la carte. Celle 
de Gassini place encore Forêt-Hontier sur la lisière de la 
forêt de Gressy, à l'angle sud-ouest ; d'où il suit qu'il 
n'y avait pas eu d'essart de ce côté. A l'ouest et au nord» 
la petite rivière de Maye, qui traverse l'étang de Rue, a 
dû toujours présenter une limite naturelle à la forêt, et il 
n'y a que la plaine d'Auville qui ait pu être boisée. La 
forêt descendait vraisemblablement à l'origine iusqu'k 
Saint-Nicolas-des-Essarts, dont le nom est très-significatif, 
et devait ainsi englober les bouquets du Plessiel et de Ha- 
loy (3). 

(1) GaUia chriHiana, t. X, col. 1307. 

(2) Voyez renoncé des amendes établies pour délits de chasse et vols 
commis dans la forêt de Gressy, dans V. de BeauviUé, Documents inédits 
concernant la Picardie, p. 132. L'activité de cette ancienne surveillance 
ressort des procès-verbaux de visite dressés lors de la réformation des 
forêts de la province de Picardie, faite au xvu* siècle. (Voy. Bibl. tmp. 
mss. fonds Saint-Germainy n« 27.) 

(3) Lors de la réformation des forêts de la province, en 1667, la forêt 
de Gressy renfermait, y compris le bois Blasset, 7,163 arpents 1/4 (me- 
sures du roi). (Voy. ms. cité.) Les derniers déboisements de cette époque 
s'étaient opérés & l'est et au nord^est, près du village de Marcbenille, 
dont les habitants avaient été réduits, par les dernières guerres, à trans- 
porter leurs cabanes dans ce canton de la forêt. La vallée dite ôeiGUnes 
présentait déjà en 1661 une clairière entièrement dépourvue de bois, de 
deux journaux environ. La partie occidentale du bois Blasset avait servi, 
lors des mêmes guerroie de refuge aux habitants de Nouvion. De là la 
formation de la clairière dite Flaque. 



CHAPITRE XI. 175 

Le grand nombre d'abbayes de la Picardie qui ont été 
fondées dans des bois aujourd'hui en partie disparus, 
montre que le Ponthieu et l'Âmiénois doivent surtout 
les défrichements de leur sol forestier aux moines. C'est 
dans un bois au sud d'Amiens et voisin de Saiut-Acheul, 
que fut fondée, en 1105, l'abbaye de Saint-Fuscien-aux- 
Bois (S. Fuscianus in nemoré) (1). Près 3es bords de la 
Ganche, existait, au milieu du xii* siècle, un bois assez 
considérable où fut fondée l'abbaye de Saint-André, qui 
dut à cette circonstance son nom Ajè S. Andréas innemore 
(Saint-André-aux-Bois) (2) . Sur la carte deCassini, l'empla- 
cement et tout le canton où se trouve Saint- André sont 
marqués comme déboisés. On ne rencontre plus, à cette 
heure, qu'une sorte de remise adjacente aux champs de 
Grémecourt ; le bois a donc disparu depuis le xir siècle. 

Vers la même époque, en 1125, une autre abbaye, celle 
de Saint-Josse-aux-Bois (S. Jiidocus in nemoré) (3), dési- 
gnée plus tard sous le nom de Domp-Martin, était cons- 
truite dans une forêt, sise au nord de la forêt de Gressy» 
près de l'Authie et dont ne s'aperçoit presque aucune 
trace. 

A l'est de Saint-Just, dans le diocèse de Beauvais, exis- 
tait un autre bois qui valut à l'abbaye de Rurecourt son 
appellation vulgaire : Saint-Martin-aux-Bois (4). A peine 
un bouquet en reste-t-il aujourd'hui. Le déboisement est 
donc aussi, dans cette localité, postérieur au xii* siècle. 
On peut citer également parmi les forêts qui ont dis- 
paru delà Picardie» celle de Holmes subsistant encore au 
xiii^ siècle et dont la destruction semble avoir été la con- 



(1) GaUia christianaj Eccles, Amhian. t. X, col. 301. 

(2) Gallia christiana, t. X, col. 315. 

(3) GaUia christianaf Eccles» Ambian. t. X, col. 303. 
(V) Ihid. t. X, col. 826, Ecdes, BeUavac. 



176 LES FORÊTS DE LÀ GAULE ET DE L* ANCIENNE FRANCE. 

séquence de rétablissement par Philippe-Auguste d'une 
forteresse dans son voisinage (1). 

Le Boulonais, dont le sol forestier ne semble pas, 
au reste, avoir jamais été bien riche, subit de bonne heure 
de notables défrichements ; c'est ce qui se passa aussi dans 
l'Artois, qui était beaucoup moins découvert. Ces défriche- 
mônts furent surtout l'œuvre des nombreuses abbayes 
élevées dans les diocèses de Boulogne et de Saint-Omer. 
L'abbaye de l'Ostine ou de Wesline (Vastùm), qui date 
de 1195 (2), tire son nom des défrichements qui lui don- 
nèrent son territoire. Le même motif fit imposer le nom 
de Wastinum ou Guatanum à une autre abbaye, celle de 
Watten, fondée vers la même époque dans une forêt (/o- 
resta) (3). L'abbaye de Buisseauville {Russellivilla)^ fon- 
dée, à la fin du xi* ou au commencement du xii* siècle, 
dans le diocèse de Boulogne , porta d'abord le nom de 
Sainte-Marie-du-Bois {B. Maria in nemoré) (4). Et ce- 
pendant la carte de Gassini place Buisseauville dans 
un lieu maintenant complètement déboisé. Le bois qui 



(4) Voy. Chroniques de Saint-Denis, 1. III, dans les Histor» de Fr, 
l. XVIII, p. 399^ et Guiilelm. Armorie. De geslis Philippi Augustin dans 
lesHislor. de Fr. t. XVII, p. 86, B. — Un grand nombre de bois et de 
forêts de la Picardie, aujourd'hui réduites à de simples bois ou même to- 
talement défrichées, sont mentionnées dans les actes. Nous nommerons 
notamment les forêts de Tirincourt et de Croy, dont parle la charte 
de fondation de la collégiale de Saint- Martin de Picquigny, de Tan 
1066. {GaUia chrisliana, Eccles. Ambian, t. X, col. 290.) Gassini n*in* 
dique plus près de Croy qu'un simple bouquet. 

(2) GaUia chrisUana, Eccles. Audomar, t. III, col. 537. 

(3) GaUia chrisiiana, t. III, col. 522. Eccles, Atreb. Ce monastère du 
diocèse de Tôrouaime ou Saint-Omer, passa ensuite au diocèse d'Arras. 

(4) Voy. Gallià christiana, t. X, col. 1607, Eccles. Bononens. La 
charte de fondation dit que l'abbaye fut élevée dans une clairière de la 
forêt, a In vacuo arboribtts spatio nemoris. » Au même diocèse de Bou- 
logne, deux autres abbayes furent fondées au milieu des bois, Sameivaux- 
Bois (Samerium in Bosco) et Saint-Sauguier-aux-Bois {Sanciiu Salvi^f 
in Bosco). 



CHAPITRE XI. 177 

donna son nom à l'abbaye, a disparu depuis le xii* siècle. 
li devait ne faire originellement qu'un avec ceux deFruges 
fort distants au nord de Ruisseauville, et englober divers 
bouquets épars depuis le bois de Créqui jusqu'aux 
bois de la Ternoise. Sur la route d'Hesdin à Fruges, on 
voyait jadis une chapelle SairU^Hubert^ élevée pour la pro- 
tection de ceux qui venaient chasser dans la forêt. Une 
autre localité du même vocable se trouve près .de Biès. 

Lors de la réformation des foréls du Boulonais et de la 
Picardie, en 4667, la forêt de Hardelot contenait encore 
\ ,220 arpents, 20 verges; celle de Guines, 4,788 arpents ; 
celle de Boulogne-sur-Mer, 4,432 arpents; celle de Desu- 
resmes, 2,242 arpents, non compris les bois des Monts et 
de Quesnet (1). Aujourd'hui la forêt de Boulogne ne ren- 
ferme plus que 3,300 arpents environ (2), et les autres ne 
sont pas moins réduites. On a des preuves certaines que 
les forêts d'Hesdin et celle du Forestel, située au sud du 
Vieil Hesdin, ont eu une extension fort supérieure à celle 
qu'elles présentaient au siècle dernier. La première s'a- 
vançait au nord-ouest jusqu'à la chaussée de Brunehaut; 
elle occupait, au xvii' siècle, une superficie de 1,933 ar- 
pents. La. seconde, qui tenait à la forêt d'Arguel, en avait 
591 ; elle a dû recouvrir, dans le principe, les deux rives 
de la Canche et s'avancer jusqu'à l'Authie. 

Dans la région orientale de la Picardie, subsistaient les 
débris de la partie septentrionale de la forêt des Sylva- 
nectes et de la partie méridionale de la forêt Charbon- 
nière. Si quelques forêts royales gardaient la majesté et 
l'étendue qu'elles avaient à l'époque carlovingienne^ d'au- 



(1) Voy. Ui Réformaiion des eaux et forets de Picardie^ Artois, Bou- 
lenois et Pays reconquis. Biblioth, impér. mss. fonds Saint-Germain, 

n« ae. 

(2) Voy. Bertrand, Histoire de Boulogne-sur-Mer, t. II, p. 170. 

12 



178 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

très s'étaient singulièrement réduites ; tel fut le cas pour 
la Vosagiissylva dont le nom s'était altéré en celui de Syl- 
va Voesia (1), foret de Voase ou Voëse. Nous avons déjà dit 
plus haut que c'est au milieu de celte forêt que fut fon- 
dée, au xii' siècle, la célèbre abbaye de Prémontré {Prœ- 
inonstratum), chef-lieu d'ordre (2). Antérieurement une 
autre abbaye avait été élevée dans la même forêt, celle de 
Saint-Nicolas-du-Bois ou du Saut {S. Nicolaus in Bosco ou 
de Saltu) (3). La forêt de Voëse était, au xn* siècle, aussi 
désignée sous le nom de Vendogia ou Vedogia (4). A celte 
époque, elle s'étendait entre l'Ailette, l'Oise et la Serre 
jusqu'à Assis et Laon (5); elle se divisa en plusieurs quar- 
tiers qui finirent par constituer des forêts séparées : la 
forêt de Goulommiers ou de Folembray, le bois de Fores- 
telle, du Tilleul, de Tranlois, etc. 

Le plus important de ses lambeaux est la forêt de Saint- 
Gobain; c'est surtout aux xii* et xiii* siècles, que Ja forêt 
de Voës fut défrichée en partie, grâce aux moines de l'ab- 
baye de Saint- Vincent de Laon. La forêt de Goulommiers, 
déjà mentionnée sous le nom de Colombaria sijha en 
l'an 831, perdit ce nom, puis celui de Folembray, pour 
prendre le nom de Forêt basse de Coucy (6), du .voisinage 



(1) Voy. ce qui en a été dit p. 1 10. 

(2) « Sed et aliud construxit monaslerium clericorum, ia loco qui vo- 
catur Cuissiacus^ abbatemque ibi ordinavit... Cum autem vidisset mo- 
nachos Valclarenses qui prope manebant, conlendere contra \-ici dos 
suos canonicos Cuissiacenses pro. quadam contigua sylva, etc. » Gesia 
Bartholomœi Laudunensis episcopi, dans les Historiens de France, 
t. XIV, p. 346. 

(3) Voy. Guibert de Nogent, dans les Historiens de France, t. Xlï, 
p. 249. GaUiachrisliana,i. IX, col. GIO. Ecoles. Laudunens, 

(4) S, Nicolaus de sylva Vendogii Stiessionis, lit-on dans une lettre de 
Samson, archevôque de Reims, à Innocent II. Voy. Historiens de France, 
t. XV, p. 404. 

(5) Melleville, Dictionn, histor. du départ, de V Aisne, t. II, p. 468. 

(6) Melleville, ibid. U I, p. 296. 



CHAPITRE XI. 179 

de cette ville, qui empruntait elle-même le ien à la grande 
forêt des Sylvanectes (i) ; elle ne présentait plus, au siècle 
dernier, que de faibles vestiges. L'inspection de la carte 
permet d'eftjretrouver les «limites originelles. La forêt 
de Coulommiers englobait la forêt Basse, placée dans 
dassini au nord de Coucy, et les grands bovi des Avonrs. 
Toute la contrée, jusqu'aux rivières de Souche et de Serre, 
fut visiblement recouverte naguère d'arbres. Saint-Nico- 
las-du-Bois, dont il vient d'être question, se trouve dans 
«ne partie actuellement déboisée. A l'est du bois des 
Avours, on rencontre un lieu maintenant faiblement om- 
bragé, dit le Mont-^e-Forèt. Les noms de Bussif-les-Ra^ 
monts y Bois-Roger y Sart^Notre-Dame , témoignent de la 
présence ancienne des arbres sur des points qui en sont 
actuellement tout à fait dégarnis. Le nom d'Ardon, porté 
par un village situé entre Bruyères et Laon, n'est pas 
moins 'significatif; il rappelle celui de l'Ardenne, forêt 
<Jont celle de Voëse n'est qu'un antique démembrement^ 
comme on le verra plus loin. Un autre village, sis au sud 
de Bruyères, s'appelle Vorges; ce mot semble être une 
corruption du nom de Vosges, transcription française de 
Vosagus. L'épithète de Waste, que reçoit le village de 
Monceau, situé dans la grande plaine s'étend an t vers la 
Souche, dénote l'existence d'une gàtine ou large défriche- 
ment opéré anciennement dans la partie de la forêt qui 
<îonstitua le bois de Samoucy. Ce dernier bois représen- 
tait déjà, à l'époque carlovîngienne, comme on l'a vu plus 
haut, une forêt séparée; le village de Coussy-les-Aipes 
(Codacus juxta Apiam)^ situé plus au sud, tire son nom, 
ainsi que Coucy, de la grande forêt primitive des Sylva- 
nectes. 

(1) Voy. ce qui a été dit p. 52, 1 10. 



180 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE L* ANCIENNE FRANGE. 

Le reste le plus septentrional de la forêt de Voese qui 
sépare le territoire des Bellovaques, de celui des Sues- 
sions, semble être la forêt de Bouveresse, appelée jadis 
forêt de Boveresche ou de Beverisse, sise au aud de Saint- 
Quentin et au nord de Ribecourt. Nous possédons sur 
l'état de cette forêt en 1260, un document curieux (1) qui 
indique quelles étaient alors les parties boisées entre 
Guiscard, Montdidier et Nesle. Nous voulons parler d'un 
texte des Olim où sont mentionnés une foule de noms de 
bois et de forêts, dont bon nombre ont totalement dispa- 
ru (2). Il ressort de ce document que la forêt de Boveresse 
ne s'étendait pas alors beaucoup plus au nord que ne l'in- 
dique, 500 ans plus tard, la carte de Gassini. Les villages 
de Solente, d'Ercheu (Herchieu dans le document), d'O- 
gnoles, de Moyencourt, les hameaux de Wally, de Breuil 
(Breuille dans le document), existaient déjà. Seulement, 
on mentionne près de Breuil, un bois qui a disprfru sur 
la carte de Gassini {Nenms qui dicitur Le Breuille), Le nom 
de Gressy porté par un village situé au nord de la même 
forêt, au voisinage des lieux que je viens de rappeler, date 



(1) Voy. Olinij éd. Beugnot, 1. 1, p. 115. 

(2) Nous extrayons de ce documeut le passage suivant, où se trouyent 
mentionnés bon nombre de ces bois : « Coterum dicebant ipsî milites et 
annigeri quod a nemore de Rovroy usqpie ad nemus quod vocatur les 
Gonchis de Gavaignes, in omnibus terris arabillbus que sunt inter dicta 
nemora de Rovroy et de Gonchis, usque ad ri vu m aqueque vocatur 
Verse ; item in omnibus nemoribus que vocantur les Gonchis de Cavai- 
gnes et de Gratoil et nemoribus Pétri de Kilescort et nemore bastardl de 
MoUencort et nemore Raboudi, militis, et nemore quod dicitur Le Fretoy 
et nemore quod dicitur les Gonchis Sancti démentis et a dictis nemoribus. 
in omnibus terris arabillbus et possessionibus sitis inter dicta nemora et 
aquam que dicitur Verse, excepto molendino de Tyllencort... Item a ne~ 
more quod vocatur les Gonchis Sancti Glementis in terris arabillbus et 
nemore quod dicitur Gauda de Buchy et aliis terris arabilibus et posses- 
sionibus usque ad Plancham de Meve... Item ab exitu nemoris des 
Crous de Boveresches versus Roienglese (RoyeégUse), usque ad murillos 
dicte ville y etc. » 



CHAPITRE XI. 481 

certainemeiit d'une époque bien plus ancienne; car il 
doit avoir été imposé, peu après le défrichement de la 
partie de la forêt oii il fut construit. Au sud de la forêt 
actuelle de Boveresse^ les limites n'ont pas changé sensi- 
blement davantage, puisqu'on trouve déjà mentionnés 
dans le document en question les villages du Fretoy et de 
Campagne, d'où il suit que les deux essarts au milieu 
desquels ils se trouvent, sont antérieurs au xiii'^ siècle. 

Si, au midi et au septentrion, la forêt de Boveresse a 
gardé pendant cinq siècles presque les mêmes limites, elle 
devait en revanche s'étendre beaucoup plus à l'ouest et au 
sud-ouest, et s'avançait vraisemblablement jusqu'au ruis- 
seau deMareuil. Quand on rapproche les indications de la 
carte de celles de la pièce des Olim du Parlement, on 
voit que tout le pays au sud de Nesle, de Roye, en tirant 
sur Montdidier, a dû être déboisé; mais en 1260 ces bois 
depuis longtemps ne formaient plus une forêt continue ; 
ils avaient chacun leur nom particulier (1). Gassini ne 
place en ce canton que quelques bouquets ; mais le 
grand nombre de lieux-dits formés avec le mot Rue révèle 
la présence de l'ancienne forêt. C'est ainsi qu'à l'est de 
Tilloloy> on rencontre la Rue de Maubuisson^ la Rue des 
PuquetteSj la Rue de l'Abbaye. Près de Conchy-les-Pots, lo- 
calité mentionnée dans notre document, et au sud de Til- 
loloy, se trouve encore marqué dans Gassini un bois de 
quelque importance. Au midi de Plessier-de-Roye repa- 
raissent également en foule les lieux-dits formés avec le 
mot Rue; Rue de la Plaine, Rue d*en haut. Rue du Bray, etc. , 
et plus au sud. Rue du Bout y Rue du Rhosne, Les deux 
essarts dont sur la carte de Gassini, la Potière-Pezzé et La 



(1) Outre les bois cités dans le passage précédent, nous rencontrons 
encore le Nemvs de BonoU, le Nemus majm de Uerchieu, le Nenws des 
Halois, le Nemus quod dicitur les Qiiesnays, etc. 



182 LES FORÊTS DELA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANGE. 

Toutelle occupent à peu près le milieu, sont visiblement 
d'origine assez moderne. 

Tout concourt donc à nous faire admettre que, depuis 
le xrii" siècle, Ja forêt de Boveresse a été largement défri- 
chée dans sa région occidentale. 

Au nord de la forêt des Sylvanectes, sur les confins de 
la Picardie, du Cambrésis et de l'Artois, la forêt d'Arouaise, 
dont j'ai déjà parlé plus haut, reçut, à partir du xu* siè- 
cle, de larges éclaircies. Elles furent dues surtout à la 
fondation de l'abbaye de Sainte-Trinité, autrement dit 
Saint-Nicolas-d'Arouaise, en l'an 1098 (1). La carte de 
Gassini marque cette forêt comme complètement distincte 
et séparée par un espace de plusieurs kilomèl' es, des bois 
de Liessies et d'Andigny. Or, dans la demi-lune défrichée 
qu'enveloppe le premier de ces bois, se trouve une loca- 
lité du nom de Vaux-en-Arrouaise. On doit donc r^ar- 
der ces deux bois, ainsi que les forêts de Bohain et de 
Beaurevoir, les bois de Tupigny, d'Hennechies, de Gui- 
sancourt et quelques bouquets voisins, comme autant 
de lambeaux épars de la forêt d'Arouaise (2). L'établis- 
sement de la voie romaine qui traversait celle-ci et qui 
a laissé son nom à Estrées-en-Arouaise (canton du Catelet), 
y appela les premiers défrichements (3). Au nord-ouest 
de Saint-Quentin, dans un canton actuellement Urès-dé- 
couvert et qui Tétait déjà au siècle dernier, se trouve 
Montigny-en-Arouaise. D'où il suit que l'ancienne Arida 
Gamantia devait recouvrir une bonne partie du Verman- 



(f) Voy. Chronie, Camerar, dans les Historiens de France, I. XI, 
p. 128. — Gallia chrisliana^ t. III. Eccks, Atrehaten,, col. 433. Cf. co 
qui a été dit p. 5G. 

(2) Voy. Melleville, Dictionnaire historique du départ, de V Aisne, 1. 1^ 
p. 40. 

(3) Voy. Cocheris, Notices et extraits relatifs à la Picardie, t. 11^ 
p. 504. Cf. ce que j'ai dit p. 56, note 4. 



CHAPITRE XI. 183 

dois; elle n'était coaséquemment séparée de la forêt de 
Thiéraclie que par un espace de quelques kilomètres. Un 
village appelé Pleine-Selve rappelle par son nom la pré- 
sence, entre Ribemont et Monceau-le-Neuf, de la forêt. 

Un acte de 1322 mentionne la foresterie de Wimy (1). 
Cette forêt, qui s'étendait aux environs d'Ohis, dans le 
canton d'Hirson, a disparu. Elle devait être un démembre- 
ment de la forêt de Thiérache, puisque le village de Wimy, 
déjà existant au xii® siècle, faisait partie du pays de ce 
nom (2). Sur la carte de Cassini, la forêt de Wimy n'est 
plus représentée que par de simples bouquets; mais à 
l'entour de Wimy, sont tracés plusieurs chemins portant 
encore le nom de Rue {Rue de la Chasse, Rue des Cen- 
dreux, etc.). La forêt de Wimy se rattachait au nord à la 
forêt dite /a Baie-de-Fourmies, jadis propriété de l'abbaye 
de Liessies et démembrement de la forêt de Thiérache. 
La fondation, en 940, de l'abbaye de Saint-Michel-en- 
Thiérache, qui a valu son nom à la forêt de Saint- 
Michel, celle de l'abbaye de Clerfontaine, non moins riche 
en bois que sa voisine (3), ont certainement hâté la des- 
truction des restes de la grande marche forestière du 
Vermandois. 

La constitution en forêts séparées des principales divi- 
sions de la forêt Charbonnière, explique pourquoi le nom 
de celle-ci disparut au moyen âge. Déjà, à la fin du 
xu° siècle, elle n'est plus représentée que comme un bois, 
Nemus Carboneria (4). Dans sa partie nord-est, la forêt 



(1) Cocheris, ouv. ciL— Gaïïia christiana, t. lX,.p. 600. Ecoles. Audom. 
(S) Melleviile, ouv. cit. t. II, p. 476. 

(3) Cocheris, ouv. cit. t. II, p. 517, 526, 592. Il est dit que l'abbaye 
de Saint-Michel fut élevée ad desertum locum in syîva Teoracia. 

(4) Voy. Gislebert. Montens. Hannaon. Chronic. dans les Historiens 
de Francôy t. XVIII; p. 377. 



184 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

Charbonnière avait, à la même époque, fait place à des 
bois et des forêts désignés par des dénominations spé- 
ciales. Il existait alors aux environs de Maubeuge quatre 
bois distincts, ceux de Tiloity de Falise^ de Couismis et 
di Aumône {Eleemosyiid) (1), qui ont aujourd'hui disparu 
ou n'ont laissé de traces que dans le bois de Jeumont rt 
quelques autres bouquets placés aux alentours de cette 
ville. Ainsi, dès la fin du xu" siècle, la forêt de la Fagne 
avait cessé d'envelopper Maubeuge, et l'éclaircie, au 
milieu de laquelle cette ville s'éleva, était déjà ancienne, 
puisque, dès avant le viii® siècle, une abbaye, celle 
d'Hautmont {Altus mons) (2), avait été construite aux 
environs, en un point de la forêt qui fut vraisemblable- 
ment défriché à la même époque. Le bois de Beaufort, 
qui allait rejoindre sans doute la forêt de l^Hayed'A- 
vesnes (3), est très-probablement un débris dé cet ancien 
manteau forestier. Les noms de Choisy^ de Sart^ du 
Censé du Faget (4), qui se rencontrent dans le voisinage, 
indiquent autant de points où s'étendait jadis la forêt. 
Dans le Cambrésis, la forêt de Mormal continuait à re- 
présenter le reste le plus important de la forêt Chj 
bonnière. A en juger par la carte, elle s'étendait 
nairement de Landrecy à Bavay et au Quesnoy. Bavay, 
existant déjà du temps des Romains, devait être, dès le 
commencement de notre ère, une des limites de la forêt. 

(1) Hannon, Chronic. ibid. 

(2) Gallia Christian, t. III, col. 1 14. Eccks. Camer. 

(3) Rappelons ici que le nom de Haye^ Hayes désignait, non une haie, 
une enceinte, comme aujourd'hui, mais une portion de forôt assez éten- 
due et réservée pour différents besoins du seigneur. Elle tira son nom de 
la clôture {haga ou haia)y qui la circonscrivait. On désignait sous le , 
nom de plessis une portion de forêt fermée par une clôture de bois vif 
dont les branches s'entrelaçaient. 

(4) Fagelum, lieu planté de hêtres. Le hêtre est une des essences domi- 
nantes des forêts du Hainaut. 



ChjJT- 

01^- 



CHAPITRE xr. 485 

Landrecy ne se trouve guère mentionné que dans les 
chartes du xiii*" siècle, où il est appelé Landeridacum. 
Le Quesnoy apparaît chez les chroniqueurs, dès le 
xi« siècle, sous le nom de Quercetum. On est donc en 
droit de supposer que la forêt de Mormal, qui a toujours 
été nécessairement bornée à l'estpar la Sambre, embras- 
sait, antérieurement aux** siècle, le territoire de Landrecy 
et celui du Quesnoy, où s'élevaient des futaies de chênes 
qui ont valu, plus tard, à la ville son nom (1). A une 
époque moins reculée, dans la direction ouest, furent 
ouverts les grands essarts de Preux-aux-BoiSy Bobersat et 
Montgamy (2). 

A la fin du xvii* siècle, les clairières qui entourent Lo- 
quignol,rHermitage et Grande-Pàture, existaient déjà (3), 
et dévastes défrichements avaient été opérés dans la di- 
rection sud-ouest. On estimait alors la superficie de la 
forêt de Mormal à 16,722 arpents 50 verges (4). Elle est 
aujourd'hui de 46,948 arpents ; ce qui prouve que les 
améliorations faites à son aménagement au xvni« siècle, 
lui avaient rendu quelque peu de son antique splen- 
deur (5). 

La Sambre séparait la forêt de Mormal de celles deNou- 
vion et d'Arouaise. J'ai déjà parlé de la seconde de ces 
forêts. Les bois du Toillon, le bois de l'Evêque doivent 
être des démembrements de la première. Ce dernier bois 



(1) Le chêne forme encore, dans la forêt de Mormal, de magnifiques 
futaies. 

(2) Voy. Plans des forêts des provinces des Flandres, Artois, Hai- 
nauli et pays d'entre Sambre et Meuse et Outre-Meuse, dont la réforma' 
lion a été faite par MM. L, Féronpère et fils, après la paix de Nimègue, 
suivant les ordres du rotj, mss. bibl. de TArsenal, in-4», n© 288, hist. 

(3) Voy. Féron, mss. cité. 

(4) Ihid. 

(5) Voy. Dieudonné, Statistique du département du Nord, t. ï, p. 282. 



186 LES FORÊTS DE LÀ GAULE £T DE l' ANCIENNE FRANCE. 

se trouve au nord-ouest d'un canton forestier appelé la 
Maye Catelaine dont le sépare une plaine de 5 à 6 kilomè- 
tres et au centre de laquelle se trouve le hameau du Start^ 
qui montre par son nom que toute cette étendue était 
boisée. La forêt de Nouvion n'est elle-même qu'une firac- 
tion qui s*est anciennement détachée de la forêt de Thié- 
rache, dont a également fait partie la forêt de Regnaval on 
Renneval. Non moins réduite que la forêt actuelle de 
Nouvion, cette forêt en constitua d'abord le canton le plus 
méridional, de même que le bois d'Ândigny en représente 
l'ancienne partie occidentale. La forêt de Nouvion tut de 
bonne heure limitée par deux voies romaines demeurées 
pendant des siècles de grands chemins de communication, 
à savoir : à l'ouest, celle qui traversait une partie de la 
forêt d'Arouaise et qui valut à Etreux-Landrenat son 
nom ; à l'est, celle qui passait par Estrez et par Etreung- 
la-Ghaussée. 

Au nord-ouest de la forêt de Nouvion, la forêt de Vi- 
cogne dont j'ai parlé comme existant à l'époque des Gar- 
lovingiens et qui, sur la carte de Cassini, n'est déjà plus 
représentée que par un grand bois dit « bois de Vicogne 
et de Saint-Amand, » fut dans le principe une simple sub- 
division de la grande forêt Charbonnière et dut compren- 
drela forêt de Coudé, que l'Escaut partage en deux. On dis- 
cerne encore sur la carte des traces nombreuses de son an- 
tique extension à l'ouest. Toute la rive gauche de la Scarpe, 
jusqu'au bois situé au sud de Tournay, est semée de loc^.- 
lités dont les noms dénotent l'ancienne présence des 
arbres; tels sont ceux de Santbois^ de Court-^ux-Bois, Le 
Chêne-Sartaiyney Rue-du-Bois. Une multîtudedelieuxsîtués 
en des points découverts et parfois très-éloignés de la fo- 
rêt actuelle^ portent le nom de Rue. Nous citerons notam- 
ment : Rue-Ver drerie^ Rue-Roteleux, Rue de la Place^ Rue 



CHAPITRE Xf. 187 

de Fressy, Rue de Qmez, Rue du Sort, etc. XRuedeMarly, 
Casfiinî indique encore un bouquet. 

A l'ouest d'Orchies, les Bois du Roi dessinent un der- 
nier lambeau de la partie de la forêt Charbonnière qui 
s'étendait au sud jusqu'au Toisinage de Douai, comme le 
rappelle le nom de La Forest porté par un village sis un 
peu au nord de cette dernière \ille. C'est là que passe la 
frontière de l'ancien Artois. Ce canton de la forêt Char- 
bonnière a dû conséquemment constituer la marche 
des Alrébates. Une charte de l'an 937 mentionne, dans les 
environs de Saint-Amand, une forêt appelée Blangiacus 
(Blangy) et dont la position n'est pas nettement fixée (1). 
C'était là encore un autre djébris de la grande forêt 
Carbonière. 

Les bois que l'on coupait dans cette forêt étaient vrai- 
semblablement embarqués sur l'Escaut et conduits de 
là sur les bords de l'Occ^an, où ils servaient à construire 
des nefs qui hantaient la haute mer. Au temps des Car- 
lovingicns, Tournay et Valcnciennes étaient des ports 
importants (2). 

Il arriva pour la forêt Charbonnière et pour celle de 
Mormal qui en représenta dans la suite le plus grand 
morceau, ce qui advint pour une foule d'autres; les mo- 
nastères fondés à leur voisinage ou dans leurs clairières 
en hâtèrent le démantèlement. Dèslevii*" siècle, s'élevèrent 
les abbayes de St-Amand {Elnonense Mmmsterium) (3), 
dans le diocèse de Tournay, et sur les bords de la Scarpe, 



(1) Voy. Historiens de France ^ t. IX, p. 587, c. 

(2) Ces doux villes sont indiquées comme des ports dans la légende de 
leurs monnaies carlovingiennes. Voy. A. de Longpérier, Notices des mon- 
naies françaises de la eoUection Rousseau, p. 226, 

(3) Galh'a chrisiiana, tom. III, col. 254. Ecoles. Tomae. Cf. V. de 
Conrmaceul, Histoire de la viUt et de Vabbaye de Saint-Amandy p. 2. 
(Valcnciennes, 1866.) 



188 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANGE. 

dans le diocèse d'Ârras, ceux de Hasnon et de Marchiai- 
nés (1). En 1039, des religieux de l'abbaye d'Arouaise 
vinrent fonder dans le premier de ces diocèses Tabbaye de 
St-Christophe de Falempin (2). Yevs 1125, Alman de Poat 
donna au prêtre anglais Guidon, pour y construire un 
monastère, un lieu de la forêt de Vicogne ; l'abbaye ex 
prit le nom (St- Sébastien de Vicogne) ; en 1234 s'élevait 
près de Douai, celle de Flines ou Félines (3). La partie de 
la forêt de Vicogne où furent construites les abbayes 
de Hasnon et de Marehiennes et qui s'étendait sur la rive 
droite de la Scarpe, était, au siècle dernier, très-faiblement 
boisée. Un petit canton bien cultivé, la Pévèle, s'était 
formé aux dépens de la fqrêt près de laquelle s'éleva ori- 
ginairement l'abbaye de Saint-Amand. Le petit bois de 
Racbes est tout ce qui subsistait de la forêt qui avait 
environné le territoire de Flines. Les cantons de l'an- 
cienne forêt Charbonnière, qui devinrent des propriétés 
de ces abbayes, après avoir constitué des forêts isolées, 
disparurent ainsi graduellement (4). 

Au diocèse d'Ypres, limitrophe de celui de Tournay, 
une autre abbaye, celle de Vestines sur la Lys (Waieniœ 
ou Guateniœ)^ fut pareillement fondée dans l'essart d'une 
forêt dont elle amena l'entière destruction (5). 

A l'est de la forêt de ncogneet de Nouvion, la forêt dite 
LaHayed'Avesnes^ dont j'ai parlé ci-dessus, servait comme 
de raccordement entre la forêt Charbonnière et celle des 

(1) GaUia chrUtiana, t. HT, col. 393, 399. Eccles. Airebat. 

(2) Ibid. l. m, col. 294. Eccles, Tornac. — Les bois de Falempin 
occupaient encore à la fin du xvii* siècle une superficie de 1549 arpents 
98 perches. Voy. Féron, mss. oité. 

(3) GaUia ckrisiianay t. III, col. 463. Eccles. Atrebatens, 

(4) Voy. Dieudonné, Slalisiique du département du Nord, 1. 1, p. 281 . 

(5) Gcûlia christianay t. V, col. 345. Dans le même diocèse existait 
l'abbaye de Nonnenboscht bâtie avant le xii« siècle dans la forêt de Ru-* 
mètre {Rumetra sylva) qui n'existe plus aujourd'hui. 



CHAPITRE XI. iS9 

Ardennes. Elle ne tarda pas à constituer une forêt isolée, 
et c'est ainsi qu'elle est indiquée dans Gassini. Plus au 
sud, la Haye (TAubenton représente un autre tronçon de 
la bande qui unissait dans le principe l'Ârdenne à la forêt 
Charbonnière et qui n'était autre que la continuation de 
la Theorada Sylva ou forêt de Thiérache dont j'ai déjà 
parlé (1). 

Cette forêt de Thiérache recouvrait, au xii« siècle, le ter- 
ritoire compris entre la Serre, Guise et le Nouvion : elle a 
laissé son nom à un bois marqué encore comme assez im- 
portant dans Gassini, et qui s'est peut-être rattaché au 
nord à la forêt de la Fagne, dont il est séparé par le terri- 
toire de Ghimay; ses parties centrale et méridionale fu- 
rent de bonne heure défrichées. La ville de Guise {Guisia), 
dont la fondation est antérieure au xii*' siècle, fut élevée 
dans un de ses essarts et tire son nom du celte coat par 
une altération semblable à celle qui donna le mot Cuise. 
Auxxiii^ et XIV* siècles, certaines communautés religieuses, 
particulièrement les abbayes de St-Denis, de Foigny, de 
Thenaille, accélérèrent le défrichement de la forêt de 
Thiérache ; il fut encore étendu au xvi*par les cendriers, 
qui, pendant cinquante ans, brûlèrent tout le menu 
lK>is leur tombant sous la main. La forêt devait s'étendre 
originairement à l'est jusqu'à l'Aisne. Le bois de la Mal- 
maison, le bois d'Angoutte, près duquel est une localité 
appelée La Ville aux Bois, en sont certainement des dé- 
bris. Plusieurs noms très-significatifs marquent des points 
où s'étendait anciennement la forêt ; tels sont La Selve, 
village situé au sud du Gros-Dizy, Ghaource (2) en Thié- 
rache, village situé sur les bords de la Serre, à Test de 



(1) Voy. p. 56. Cf. Melleville, Diciionn. hisioriq. de V Aisne, t. U, p. 370. 

(2) Voy. ce qui a été dit sur ce nom, p. 106. 



190 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

Rozoy en Thiérache; Sevigny, village situé au sud du boîs 
de Voilep, et où il faut peut-être reconnaître le Sylvirda- 
cura mentionné dans une charte de 1380 comme se trou- 
vant au voisinage du bois de Valencourt (1). 

La forêtde Thiérache s'était graduellement subdiviséeen 
plusieurs cantons qui devinrent des forêts distinctes, et 
parmi lesquelles il faut compter les forêts de Waltigny, de 
St-Michel, d'Origny, de Renneval, deNouvion, les grands 
bois de Hooduin et de Ciny, les haies de Vigneux, de 
Chaource, de Guise, d'Artaing(2). J'ai déjà parlé ci-dessus 
de quelques-unes de ces forêts. La haie de Chaource (Ca- 
tusiacum, et par corruption Cadussa^ Cadurca^ Caoursius} 
occupait jadis l'espace compris entre la Serre et le Gros- 
Dizy. Au XII* siècle, elle appartenait aux seigneurs de 
Rozoy, et l'un d'eux la donna en d210 aux moines de St-De- 
nis, avecledroitde l'essarter (3). La haie de Vigndux s'éten- 
dait du village de ce nom jusqu'aux rives de la Serre; elle 
fut également défrichée par les moines de St-Deuis qui en 
étaient propriétaires (4). Quant à la forêt d'Origny {Sylva 
Orignidci)^ elle s'étendait autrefois vers le confluent du 
Thon et de l'Oise (5). 

Ainsi encore au moyen âge, malgré des défrichements 
nombreux, surtout dans sa région nord-est, l'ancienne 
forêt Charbonnière avait laissé des vestiges aussi étendus 
que multipliés. Tout l'ancien territoire des Nerviens con- 
servait la plus grande partie de son manteau forestier, 
La forêt de la Fagne formait la lisière méridionale de la 
grande forêt qui recouvrait dans le principe le Hainaut 

(1) Voy. V. J. Lecarpentier, Histoire de Cambray. Preuves, p. 56. 
Peut-être était-ce Selvigny. 

(2) Melleville, ouv. ciL, t. Il, p. 370. 

(3) Melleville, ouv, cit,^ t. I, p. 206. 

(4) Melleville, ouv. cU., t. II, p. 447. 

(5) Melleville, ouv, cit., t. II, p. 185, 



CHAPITRE Xll. 191 

et le Brabant (1). De la Sambre à la Meuse, le réseau arbo- 
rescent devenait plus épais et plus serré ; on entrait alors 
dans ce qui représentait à proprement parler la forêt des 
Ardennes. 

L'extension de la culture, due à l'introduction vers le 
XVI* siècle, dans le nord de la France, des plantes oléagi- 
neuses, telles que le colza et la navette (2), donna plus de 
valeur aux terres arables et poussa au défrichement. Aussi 
est-ce à cette époque qu'il faut rapporter l'essartement de 
divers cantons des forêts qui viennent d'être passées en 
revue. 

(i) Yoy. ce que j'ai dit de cette «forêt, p. 54, 60. 
(2) Voy. G. Dareste de la Chavanne, Histoire des classes agricoles en 
France^ V^ édit., p. 491. 



192 LES FORÊTS DE LA. GAULE ET DE l'aMCIENNE FRANCE. 



CHAPITRE XII. 

FOUET DES ARDEXXES, — i/aRGOXNE, FORÊTS DU BARROIS^ DE L\ 

LORRAINE. 

La forêt des Ârdennes ne présentait plus, sans doute, 
au moyen âge, cette étendue gigantesque qu'elle avait au 
temps de César ; ses profondeurs, longtemps impéné- 
trables, avaient été maintes fois violées, et de vastes clai- 
rières devenues bientôt des cantons peuplés et cultivés, 
l'avaient fractionnée en plusieurs forêts distinctes. Ce- 
pendant le souvenir de la grandeur de son domaine vivait 
encore dans les imaginations. C'était, comme l'appeUe 
l'auteur du roman de Doon de Mayence : 

La grande forest qui moult fort verdoict (i), 

la grande forêt de la France par excellence. 

On a rappelé plus haut le rôle qu'elle joua dans nos 
vieilles chansons de geste, les légendes qui couraient à 
son sujet. Ajoutons qu'une des aventures romanesques 
imaginées sans doute par nos jongleurs, qui jouirent aux 
siècles derniers de plus de popularité, avait reçu un can- 
ton des Ârdennes pour théâtre. Il s'agit de l'histoire si 
touchante de Geneviève de Brabant, que son époux Sige- 
froi, palatin d'Oftendinck, retrouva dans une des retraites 
les plus inaccessibles de la forêt, là où plus tard, suivant 
la tradition, s'éleva la chapelle de Frauenkirchen, que 
visitent encore les pèlerins des provinces rhénanes. La 
victime de la scélératesse de Golo prit, dans la vénération 
des paysans ardennois, la place de la Diane Arduenna dont 

(1) Un des principaux épisodes de celle chanson se passe « en chele 
grant forest qui Ârdane a à nom. » Voy. Doon de Mayence, chanson 
de geste, publiée par A. Pey, p. 43 et suiv. (Paris, 1859). 



CHAPITRE XII. 193 

le culte avait laissé des traces dans les superstitions lo- 
cales. 

Malgré la réduction notable de la forêt, on lui attri- 
buait encore au xvi* siècle une étendue gigantesque; on 
assurait qu'elle allait de l'Escaut au Rhin. En effet, André 
Thevet en fait, dans sa Cosmographie universelle^ la des- 
cription suivante (1) : « La fores t d'Ârdenne, ayant une 
grande estendue, va depuis Trêves du Rhin avant, jus- 
qu'aux limites de Trêves, jusqu'aux Nerviens (qui est le 
comté de Hainault et Artois), contenant plus de cent lieues 
de longueur. Quant à cette large forest tant célébrée, c'est 
peu de chose aujourd'hui, qu'il n'y a seigneur y préten- 
dant droit qui ne la fasse abattre et démolir, pour en ti- 
rer du profit. Jadis elle embrassait les pays de Hainault, 
Luxembourg, Bouillon, Bar, Lorraine, Limbourg, Metz, 
* Namur, Mayence, Confluents et Cîologne, voire encore à 
elle, soubz soy la^ plus part du pays de Liège, tirant à 
l'ouest... Et vers les Belges, l'extrémité de ceste forest est 
prise aux rivières de Meuse et d'Esciault ; car, quant à la 
Moselle, du côté de l'est, elle est encore ombragée de cette 
forêt de la part de Trêves. » 

Là où des villes, des villages n'avaient pas chassé les ar- 
bres, les moines se chargèrent de ce soin. Une foule d'ab- 
bayes, dont quelques-unes donnèrent naissance à des 
villes, ont été fondées dans l'Ardenne. Déjà, à la fin du 
xu* siècle, existaient celles d'Eslam^ appelée depuis El- 
lant (Ellantium) (f), de Signy (Signiacum) (3), d'Orval 
{Aurea vallis) (4), de Saint-Hubert (Andaginum) (5), de 

(1) Livre XVI, c. 14. 

(2) Voy. GaUia christ, t. IX, col. 310^ Ecoles. Bemens. Cette abbaye 
fut fondée en 1148. 

(3) GaU. christ, ibid., coi. 304. Eccl. Remens. 

(4) Gali. christ. L XIII, Eccles. Trevir. Cette abbaye date de 1124. 

(5) GaU. christ, t. III, col. 966, Ecel. Leod. Cette abbaye date de 687. 

13 



194 LES FORÊTS DE Lk GAULE ET DE l'ANGIENNE FRANCE. 

Saint-Trond oxx Truyon [Sanctus Trudo ou Sarcinium) (I). 
Quand on jette les yeux sur la carte, on reconnaît rem- 
placement de la plupart de ces monastères (2) à des es- 
sarts s'étendant parfois sur une longueur, une largeur de 
plusieurs myriamètres et dont ils occupaient le centre. 
Plusieurs ont laissé leur nom aux cantons de TArdenae 
où ils avaient été élevés. 

Malgré ces éclaircies, il subsistait encore, il y a deui 
siècles, une large zone forestière, orientée à peu près du 
sud-ouest au, nord-ouest, et recouvrant la province de 
Namur, les principautés de Bouilloà et de Luxembourg, 
les évêchés de Trêves et de Liège. Les nombreuses val- 
lées du Gondros étaient alors, comme elles le demeurent 
aujourd'hui, tapissées de futaies (3), surtout multipliées 
aux environs de Dinant et de Bouvignes. Dans le pays 
d'Hervé et la Famenne, au contraire, les essences forefr-* 
tières semblent avoir été de fort bonne heure clairsemées. 
Dès l'antiquité, les vastes étendues marécageuses que l'on 
nomme Hautes-Fagnes (4) {Hohe-Wehen), analogues aux 
Hautes-Chaumes des Vosges, devaient interrompre çà et là 
les fourrés ; elles se sont seulement depuis agrandies. 

Les larges essartements subis par la forêt d'Ârdenne 
expliquent pourquoi, dès le xii* siècle, on en mentionne des 
parties comme des forêts distinctes, ayant des noms spé- 

(1) Gall, chrisLUHlj col. 952, Eccl. Leod, Cette aLbave date de Tan 
C02. 

(2) Ajoutons encore à celte abbaye celle de Bellefaget (Bellofageium), 
placée au voisinage d'une forêt qui était un démembrement de l'Ardenne 
et dont Robert, évéque de Verdun, lui fil cession en 1215. Voy. Gattiê 
christ, t. III, col. 10 iO, Eccles, Leod. L'abbaye de Pruim, fondée en 720 
à 10 lieues de Trêves, fut bùlie dans un lieu qui éUil déjà déboisé. Gallia 
chnstian, t. XUl, col. 589, Eqcles, Treviréns, 

(3) Voy. dOmalius d'IIa^loy, Coup d'œil sur la géoloyie de la Belgique, 
p. 27 (Bruxelles, 1843). 

(4) Voy. Dufrénoy et ELo de Beaumont, Explication de la carie géolth 
yxque d^ la France^ 1. 1, p. 243. 



CHiPlTRE XII. 195 

ciaux ; par exemple, on trouve citée dans le diocèse de 
Namur, près de Bromes, une sylva Cipelets {{), et les An- 
nales de Saint-Berlin (2) parlent déjà de la fo:èt de la 
Fagne (3), qui s'étendait, au siècle dernier, de la rivière 
■d'Epte au sud de Pliilippeville, et dont j'ai parlé plus haut, 
ailette forêt, ainsi que les bois de Signy, forme le trait 
■d'union entre l'Ardenoe et l'ancienne forêt Charbonnière, 
«elles de Thiérache et du Laonnais. 

Un espace de quelques lieues séparait encore, ai 
tiernier, les débris de la forêt de Thiérache de c 
Mazario, l'un des grands tronçons de l'Ardenn 
s'avance jusqu'à la Sémoy et se déploie au nord c 
chery et au nord-est de Charleville. 

La forêt de Mortagne, sise entre la Sambre et la Meuse, 
représente un autre des plus importants débris de la 
partie de l'Ardenne qui recouvrait le diocèse de Namur. 
Sous le règne de Louis XIV, elle offrait une superficie de 
14,530 arpents (4). C'est au milieu de cette forêt qu'avait 
■été bâti le monastère de Bronium. ou Saini-Gérard-de- 
Brogne (5). Depuis l'an 928, auquel en remonte la fonda- 
tion, la forêt fut rejetée au delà du territoire du monas- 
tère. Toutefois, les abbés et les religieux de Saint-Gérard 



(1) Chronic. Valciodorcns. ccenob., dons les Historiens de France, 
-t. XIV, p. 515. 

(î) Historiens de France, l.VIl.p. 110, p. 514 
(î) Le nom de Fagne est encore donné aujourd'hui h des Lois qui sont 
les débris de cette ancienne Turét : la Fagne-de-Tn'lon, la Fagne- 
de-Sains. Dans un bréviaire manuscrit lui so conserve aux archives de 
Saint-Omer, il est fait mention d'une Pagina sj/lva. (Voy, Du Gange, 
Gloss. med. et infim. latin, éd. Henschcl, s. h. v. Dieudonné, Slatist. du 
dép. du Nord, t. I, p. !83.) M. Meugy {Mim. de la société de Lille, 
1850, p. lOG) remarque que le nom d'j Fagne parait indiquer qu'à une 
époque reculée celle forêt, dont le chêne est aujourd'hui l'essence doml- 
■ aanle, n'était peuplée que do hêtres. Voy. louleroia ce qui a été dit p- 54. 
(4) Pérou, fflM. ciU. 
(5,'.GaH. christ, t. lll, col. 540. Eccles. Namurc. 



196 LES FORÊTS DE LÀ GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

conservèreat le privilège de choisir tous les ans trots 
hêtres dans la forêt (1). 

J'ai déjà dit que les bords delà Moselle avaient subi, dès 
l'époque de la domination romaine, un vaste défrichement 
qui dégarnit toute la marche septentrionale du pays 
des Médiomatrices. Le Sonnerwald, qui s'étend entre Bin- 
gen et Simmern, est le vestige le plus septentrional de celte 
forêt. Ausone, qui l'avait traversé dans son voyage sur la 
Moselle, y fait allusion djans ces deux vers : 

Unde iter ingrediens nemorosa per avia solum 
Et nulla humani spectans vestigia cultus. 

(AusoN. MoseïL v. 5, 6.) 

Toutefois, l'extrémité orientale du pays Messin conserva 
son aspect forestier. Avant la cession du canton de Bit- 
che à la France, les forêts étaient presque ce qu'elles 
avaient été, six siècles antérieurement, et dans un espace 
de quinze années, le gouvernement en vendit 93,593 chê- 
nes (2). Actuellement, elles embrassent encore une super- 
ficie de 20,553 hectares (3). M. V. Simon, dans une intéres- 
santé notice sur le Sablon, près Metz, a signalé l'existence 
d'un bois, situé sur le versant nord de la Raque, qui a 
envahi une voie antique; cette circonstance démontre 
clairement l'extension des forêts dans la contrée, après la 
domination romaine (4). 

Au xii* siècle, quand fut fondée près des bords de la 
Sarre, non loin de la ville actuelle de Sarrelouis, le mo^ 

(1) Péron, mss. cité. 

(2) Yerronais, Staiisiique du déparlemenl de la Moselle (Metz, 1844, 
in-8»), p. 62. 

(3) L'hiver de 1709 a amené dans ces forêts une grande dévastation, 
à laquelle sont venus se joindre, quarante ans plus tard, en 1750, les 
obatis de plus de cinquante mille arbres faits inconsidérément pour le 
compte de la Hollande. 

(4) Voy. Mémoire de r académie de Metz^ an. 1848, 1849. 



CHAPITRE XII. 497 

nastère de Wadegotia {Wadegassen), son emplacement 
était en partie couvert de bois (1). Or, on trouve encore 
indiqué sur la carte de Gassini, un bois au sud de l'abbaye ; 
ce qui prouve que l'état forestier n'avait pas sensiblement 
changé. Ce bois est certainement un démembrement de 
la partie de l'Ardenne qui longeait la rive gauche de la 
Sarre et qui a dû originairement comprendre au sud les 
forêts de Longeville (S) et de Saint-Avold, à Test celle de 
Gueslanter. Peut-être englobait-elle celle de Remilly, 
beaucoup plus méridionale et qui fut longtemps une pro- 
priété des évoques de Metz. Au nord-ouest, ce prolonge- 
ment de TArdenne se rattachait à la forêt de Gallenho- 
ven (3), sise entre le Nied français et la Moselle ; il courait 
ainsi parallèlement à la région, plus fortement boisée au- 
jourd'hui, qui s'étend sur la rive droite de la Sarre et où 
la grande forêt du prince de Nassau, indiquée dans Gas- 
sini, s'est formée d'un démembrement de l'Ardenne pri- 
mitive. 

Sur la rive gauche de la Moselle, aux confins du domaine 
des évêques de Metz et du comté de Briey, se rencontraient 
plusieurs forêts assez étendues ; c'est laque furent fondées, 
en l'an 1090, l'abbaye de Saint-Pierremont, et vers H32 
celle de Justemont (4). La première donna naissance à une 
clairière quasi-circulaire, au centre de laquelle s'éleva le 
village d'Avril. Les bois de Thionville, situés en face de 
cette ville, sur la rive opposée de la rivière, et la forêt de 
Mangienne son t les restes de ce prolongement de l'Ardenne. 



(l) GaU, Christian, t. XIII, col. 658. EccUs. Trevirens, 

(S) C'est près de cette forêt que fût fondé, vers 587, le monastère de 
Longeville ou Glandières dit Saint-Martin-aux-Chênes. GaUia Christian. 
t. XIII, col. 841. Eccles. Metens. 

(3) Yoy. ce que j'ai dit plus haut de cette forôt, p. 60. 

C4} GaU. christ, t. XUI, col. 938, 949. Eccles. Metens. 



199 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE L* ANCIENNE FRANCE. 

Une autre zone forestière, beaucoup plus fractioQoée, 
formait comme la bordure méridionale de la forêt des Ar- 
dennes et poussait au sud de longs rameaux presque per- 
pendiculaires à la ligne principale. Ce réseau séparait 
jadis les territoires des Rèmes, des Médiomatrices et des 
Leuques; il embrassait les forêts des anciens évêchés de 
Verdun et de Toul, du Barrois et du diocèse de Nancy. 

La première grande forêt que cette zone nous présente 
est celle d' Argonne ; elle recouvre les deux versants d'une 
chaîne de petites montagnes dirigée du sud au nord dans le 
départemeni delà Meuse^ et pouvant être regardée comme 
la frontière naturelle entre la Champagne et la Lorraine. 
Cette chaîne constitue la ligne de faites qui sépare 1^ eaux 
de la Manche de celles de la mer du Nord. La forêt d'Ar- 
gonne est mentionnée par le moine Richer (1), qui écri- 
vait au X* siècle, et citée par divers chroniqueurs (2). 
Elle appartint longtemps aux comtes de Toul (3). C'est 
du vu® au xii* siècle, qu'on en poursuivit activement le dé> 
frichement, surtout aux environs de monastères qui y 
avaient été fondés, et entre lesquels nous citerons l'abbaye 
de Beaulieu {Bellus /ocw5), dit Beaulieu-en-Argonne, élevée 
en 642 dans un lieu de la forêt infesté de bétes fauves (4), 
rétablie en 1015 (8). Non loin de ce monastère fut bâtie plus 
tard une abbaye de femmes de l'ordre de Prémontré qui 
dut à sa situation dans la forêt, son nom de Sylva danUm- 
rum (6). En 1134, un autre monastère fut fondé, comme 

> 

(1) Richer, Histor. III, 13, t. H, «28, éd. Guadet. 

(2) Voy. la Chronique rimée de Philippe Mouskes, 24,987, l. Il, 
p. 471, éd. Reiffenberg. 

(3) Voy. Hist. ecclés, et civile de Verdun^ par un chanoine de la villes 
p. 198. Paris, 1745, in-4% 

(4) Gallia chrislian. t. XIII, col. 1160. Ecoles. Verdun, Il est dit que- 
Tabbaye fut fondée in loco ubi erant lustra ferarum, 

(5) Beaulieu se trouve dans la partie méridionale de VÂrgonne. 

(6) Gallia Christian, t. IX, col. 180. Eccles. Remens. 



CHAPITRE XII, i99 

celui de Beaulieu, dans la partie méridionale de TArgonne, 
mais plus à Touest; cest celui de Sainte-Marie, généra- 
lement connu sous le nom de Moutier^en-Argonne {Monas- 
terium in Argotina) (1). Ses religieux ont puissamment 
concouru à réclaircissement de la région de la forêt dans 
laquelle il avait été édifié. Les défrichements dus à la 
présence de ces abbayes, bien que notables, laissèrent ce- 
pendant encore à la forêt d*Argonne une étendue considé- 
rable, comme on en peut juger par la superficie qu'elle 
offrait au siècle dernier* Elle représentait alors une lon- 
gue bande dirigée du nord au sud, et sise à l'ouest de Cler- 
mont, dit Clermont-en-Argonne. Sa limite septentrionale 
était plus anciennement la petite rivière d'Aire, dont 
les bords, à l'est deGraudpré, s'éloignaient peu de la 
lisière de la /orét; mais antérieurement la forêt devait 
s*étendre beaucoup plus au nord, et il n'est pas témé- 
raire d'admettre que la forêt de Dieulet, sise au sud de la 
Meuse, non loindeMouzon (département des Ardennes), 
en a originairement constitué la tête. Cette forêt de Dieu- 
let, une des plus importantes du pays de Sedan (2), a subi, 
aux xiv« et xv"* siècles, de larges défrichements, comme le 
montre le vaste essart de Beaufort, marqué sur la carte de 
Gassini ; elle a dû former uneméme chaîne avecl'Argonne^ 
dont lès anneaux aujourd'hui détachés se retrouvant dans 
les bois de Montigny, la forêt et les bois de BrieuUe^ 
les forêts de Hesse, de Souilly, etc. A l'ouest, l'Argonne 
devait s'avancer originairement jusqu'à l'Aisne. Au 
sud, le nom de Villiers-en-Argonne ^ qui rappelle sa pré- 
sence, montre qu'elle se prolongea dans le principe jus- 
Ci) GaUia Christian, t. IX, col. 967. Eccles. Catcdaunens. 
(2) Voy. le mss. de la Bibl. imp. intitulé : Procès-verbaux et autres 
actes touchant la forêt de Dieullet appartenant au roy à cause de sa sei- 
gneurie de Mouzon, 



200 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE L'ANCIENNE FRANCE. 

qu'à rOrnain. L'Aisne se relrouvait aussi comme fîtm- 
tière de la forét à l'angle sud-ouest, en un point qui fait 
face à l'emplacement de l'abbaye de Ghatries. 

Au delà de TOrnain, les forêts reparaissaient de distance 
en distance; mais on n'était plus dansl'Argonne^on péné- 
trait en Champagne. Nous reparlerons de ces forêts, en 
traitant de l'état forestier de la province de ce nom. 

De la grande région de l'Argonne, s^était détachée à une 
époque déjà fort ancienne la Yoêvre ou Voivre, en latin 
Vepria ou Vabria^ pays qui s'éteudait entre la Meuse et la 
Moselle, de Longwy à Commercy, et que Grégoire de 
Tours (l) désigne sous le nom ù^pagus Vabrensis. C'était 
une antique conquête de la culture faite sur la Wara ou 
Vavra sylva encore subsistante, comme on l'a vu, au temps 
des Carlovingiens. Son nom qui est resté à un petit bois 
situé au nord-est de Golombey, près de la voie romaine 
venant de Neufchâteau, paraît indiquer une forêt couverte 
de buissons {Vêpres) (2). La Voivre doit avoir été une 
r^on de l'Argonnei oit les bois taillis et les broussailles 
remplaçaientles arbres de haute futaie. C'est dans ce can- 
ton, en un lieu qui s'appelait d'abord Richismanil^ que 
fut fondé en 1132 le monastère de Saint-Benoit, qui prit 
le nom de Saint-Benott-en-Voivre {S. Benedictus in 
\epria (3). 

En résumé, la région forestière et montagneuse, désignée 



(1) Grégoire de Tours, Hisl. Franc. IX, ^.Ijdpagus Vabrensis tenait 
à l'est à TArdenne, car le castrum Vabrense se trouvait à huit milles 
d'Yvoy-Carignan. 

(2) Voy. ce qui a été dit p. 1 1 1 , note S, des localités jadis boisées por- 
tant ce nom. On retrouve en Normandie une forét de Viévre (Vievra) 
(Orderic-Vital, XII, p. 365, éd. Leprévost) voisine de Saint-Martin-Saint- 
Firmin. C'est la Vevrx foresta ou Vews venda dont il est question dans 
les comptes de S. Louis. Historiens de France, t. XXII, p. 575, 662. 

(3) Gallia Christian, t. XIIl, col. 944. Eccles. Metens, 



CHAPITRE XII. 201 

SOUS le nom d'Ârgonne, commençait, au sortir delà grande 
plaine crétacée de Yalmy, avec la forêt de Sainte-Mene- 
hould, encore considérable à la fin du xyi« siècle (1). Les 
sinuosités répétées, formées par les mamelons ombragés 
qui se présentent après qu'on a gravi la bande de grès 
vert, valurent peut-être à la forêt son nom (2). Celle-ci 
constituait la ligne principale du réseau forestier qui re- 
couvrait les anciens diocèses de Verdun et de Toul;' ce 
réseau a toujours été s'éclaircissant. Au x"* siècle, les pentes 
escarpées que baigne la Meuse, près de Verdun, étaient 
tapissées d'une longue forêt (3). Au reste, l'inspection de 
la carte fait facilement découvrir quel a été l'état forestier 
primitif du pays entre la Meuse et la Moselle. Les bois de 
La Marche, de Foug, d'Ugny, qui se succèdent du nord 
au sud, celui d'Ochey, placé au sud-est, apparaissent 
comme autant de lambeaux d'une grande ceinture de fo- 
rêts anciennement lacérée. Dans les forêts ou bois de la 
IteinCy les rois d'Austrasie avaient une résidence (regia 
mansio) qui valut à Royaumex son nom ; ils se livraient à 
la chasse dans les fourrés environnants plus étendus et 
plus épais alors qu'aujourd'hui. Le souvenir d'une reine 
de ce temps s'attache encore à ces bois '(4). Gommercy, 
qui donne son nom à une forêt voisine, située sur la rive 
gauche de la Meuse, était enveloppé d'une zone sylvestre. 



(1) Cette forêt est mentionnée comme importante en 1573. Voy. Fon- 
tanon, Les édicts et ordonnances des roys de France y 2« édit. t. Il, p. 
260. 

(2) Ce nom semble être formé du celtique ywan^ courbe, précédé de 
Tarticle ar, Peut^tre aussi n'esl-ce qu'une altération du mot Arduenna. 

(3) Richer, HisiorAll, 101 ; t. Il, p. 125, éd. Guadet. 

(4) Suivant la tradition, elle fut ainsi appelée, en souvenir de Brune- 
haut; mais le nom de ForestU regia Ermandia^ sous lequel elle est dési- 
gnée au moyen âge, ftiit plutôt songer à une reine Ermengarde, sans 
doute la femme de Louis le Débonnaire. Voy. Lepage, Le département 
de la MeurlhCf t II, p. 497. 



202 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE L' ANCIENNE FRANCE. 

Au nord de cette ville, les noms de Cousances-aux^Baisj 
LignièreSy Mesnil-aux-Bois, rappellent la présence des 
arbres. A l'ouest et au sud, les forêts du Saulcy et de 
Ligny sont d'autres tronçons détachés de la même can- 
ture qui devait aussi englober les Bois-du-Roi sur la fron- 
tière du Barrois. 

Une déclaration royale de 1682, autorisant ceux qui 
avaient la jouissance de nombreux bois de propriété ec- 
clésiastique, à ne pas se soumettre aux règles imposées 
par l'ordonnance d'août 1669 sur la coupe et l'exploita- 
tion, atteste qu'à cetteépoquela végétation était encore 
si riche dans les évêchés de Metz, Toul et Verdun, qu'il y 
avait utilité à favoriser l'essartement et la création des 
villages sur le sol forestier (1). 

Moins boisés que le pays d'Argonne et que Tévôché 
de Verdun, les évêchés de Toul et de Nancy présentaient 
cependant des forêts importantes. Dans un acte de 897, 
contenant une concession au monastère de Saint-Evre (2), 
il est question d'une forêt de Saint-Étienne et d'une autre 
de Saint-Evre (Sancti Stephani et samti Apri sylvœ) 
comme étant situées le long de la Moselle. Une charte 
de donation de 'Conrad-le-Salique à la même abbaye (3) 
mentionne d'autres bois étendus. Une charte de con- 
cession de Charles-le-6ros, renouvelée par Charles-le- 
Simple, parle d'une forêt située près de l'église Saint- 

(1) Voy. les termes de cette déclaration dans Conférence de V ordon- 
nance de Louis XIV du mois d'août 1C69, sur le fait des eaux et forêts, 
nouv. édit. t. II, p. 179. On y lit : « D'autant plus que la plus grande 
partie des dits bois sont situés en des pays presque déserts et inhabitables, 
et ne peuvent jamais être presque d'aucune utilité pour être trop éloi- 
gnés des villes, et qu'il serait même à souhaiter qu'il y eût assez de i>eu- 
pies pour se servir des dits bois pour bâtir des maisons et les essarter et 
défricher, etc. » 

(2) Voy. Historiens de France, t. IX, p. 397. 

( 3) R. P. Benoit, Histoire ecclésiastique de TotU, preuves, p. xxv. 



CHAPITRE XII. 203 

Etienne (i) qui dent être Tune de celles qui fut concédée 
au monastère de Saint-Èvre. Des débris de cette forêt de 
Saint-Étienne se reconnaissent dans le bois de Villey- 
Saint-Étienne, qui allait rejoindre certainement, dans le' 
principe, ceux de Fougues et de Blënod. Au même pays, 
la forêt de Haye occupait, sur les deux rives de la Moselle, 
un espace beaucoup plus étendu qu'aujourd'hui, puisque 
sur la rive droite qui fait face à celle que couvre la forêt 
de Haye, sont des localités appelées Villers^en-Haye^ et 
Razière-enrHaye (2). Cette branche de la forêt de Haye, 
située sur la rive droite de la Moselle, devait aller rejoindre 
la forêt de Pont-à-Mousson, actuellement très-réduite. 
C'est dans un des bois dont étaient semés les bords de la 
Moselle, de Nancy à Met^, que fut fondée, en 1126, l'ab- 
baye de Sainte-Marie-aux-Bois (S. Maria in Nemore), au- 
trement dit Sainte-Marie-Majeure (3). 

Il est à supposer qu'une grande forêt existait aussi à 
l'extrémité nord-est du diocèse de Nancy, là où fut élevée 
l'abbaye de naut€'Seille;\siîoTme latine de son nom (Alt a 
sylva) le donne du moins à penser (4). Il se pourrait tou- 
tefois que ce ne fût point à une forêt, mais à une rivière, 
que cette abbaye ait dû son nom ; car la contrée où le 
monastère fut fondé en 1140, paraît, dès cette époque, avoir 
été peu boisé (5). 

(1) Benoît, ouv, cit. p. x, xv. 

(2) On trouve aussi ViéviUe-en-Haye, Vilaine-en-Haye, Tout le canton 
a gardé le nom de Tancienne forôt. 

(3) Voy. GaUia Christian, t. XIII, col. 1127. Eccles. TuUens. 

(4) Voy. GaUia Christian, t. XIII, 1372. Eccles.Nanceiens., et ce qui 
a été dit plus haut, p. 101 . 

(5) Voy. la carte de Gassini. Il ne reste plus que les petits bois de la 
Haute-Seille et de Girey, qui sont contigus. Entre ces derniers et la 
Sarre, on rencontre encore une localité appelée la Forêt, et, au sud d'une 
ancienne abbaye, sur la rive gauche de la Vezouze, on trouve des lieux 
appelés Bois-Coupé, Bois-de-la-Grange, la Grande-Haye, làoùles arbre» 
ont dispani. 



204 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

L'ancien diocèse de Nancy peut donc être considéré 
comme représentant une vaste clairière ouverte entre 
l'Ârdenne, TArgonne et les Vosges. Une partie de la région 
vosgienne dépendait de la Lorraine, mais comme d'autres 
de ses parties appartenaient à l'Alsace, et qu'on ne saurait 
scinder l'étude de l'état forestier de l'une et de l'autre, 
nous remettrons au chapitre suivant ce que nous avons à 
en dire. 

Nous ajouterons seulement qu'une marche forestière 
marquait la séparation entre la région vosgienne propre- 
ment dite el la Basse-Lorraine : marche formée par quel- 
ques forêts importantes, celles de Charmes, de Fraise, 
celle de Romont, qui se joignait à l'Ë. à une suite de bois 
taillis occupant un canton qui avait reçu, comme celui 
dont il a été question plus haut, le nom de Yoivre (i) et 
où fut fondée au vu® siècle l'abbaye d'Estival. 

(1) Un village au sud d'Estival a conservé le nom de La Voivre; un 
peu au nord d'Epinal se trouve aussi un bois de la Voivre qui s'est sans 
doute détaché 'de la forêt d'Epinal. 



CHAPITRK XIII. 205 



CHAPITRE XIII. 



ANCIEN ÉTAT FORESTIER DES VOSGES ET DE l' ALSACE. — DISTRICTS 

FORESTIERS DE LA SOUABE. 



Les sommets arrondis des Vosges, comme une foule de 
chaînes de montagnes de TEurope moyenne et septentrio* 
nale, devaient encore, au moyen âge, être enveloppés par 
l'épais manteau d'arbres que la carte de Peutinger désigne 
sous le nom de Sylva Vosagus. A en juger par ce qui en 
subsiste aujourd'hui, des amas de hêtres, de sapins 
blancs, de sapinettes recouvraient les pentes du Barenr 
kopf^ du Bossberffy du Hohneck^ du Cresson^ du Ballon 
(T Alsace^ du Grand-Ventron^ du Ballon-de-Guebwiller (1). 
Toutefois, ces forêts étaient déjà interrompues par les 
grandes clairières naturelles qui s'observent dans les 
Vosges, là où sont des cimes élevées et qu'on appelle 
Hautes- Chimmes {Calvi montes) (3). En effet, la nature du 
sol dut, en certains points de la montagne, toujours s'op* 
poser à la végétation arborescente. Les géologues ont re* 
marqué que le grès vosgien donne naissance à un terrain 
léger et arénacé peu propre à la culture, mais où réus- 
sissent fort bien les arbres et les taillis, en sorte que les 
limites du sol boisé sont souvent indiquées par celles 



(1) Dufrénoy et Elie de Beaumont, Explication de la carie géologique 
de France^ 1. 1, pag. 278 et suîv. 

(2) Voy. H. Hogard, Descript. du système des Vosges, p. 19. EpinaJ, 
1837, et H. Lepage etCharton, Le département des Vosges, t. II, p. 121. 
1^8 forôts sont aujourd*hm plus abondantes à Test et au sud-est de la 
chaîne des Vosges que dans l'ouest du département, qui est plus enlrc- 
môlé de coteaux« 



206 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l'aNGIENNE FRANCE. 

mêmes du grès vosgîen. Le grès bigarré, au contraire, ne 
produit qu'un sol froid, impropre à la culture forestière : 
aussi, à son voisinage, voit-on disparaître peu à peu le 
hêtre, qui se mêle au sapin sur le versant septentrional des 
Vosges, et au chêne sur le versant méridional (1). C'est 
surtout à dater du xv® siècle, que la chaîne des Vosges s'est 
vue dépouillée de ses majestueux ombrages dont des 
lambeaux importants subsistent encore aux flancs des 
vallées de la Thur, de la Vologne, de Plancher et d'An- 
^lau. 

De petits lacs tout entourés de forêts (Waldsee), tels que 
ceux de Gérardmer, de Longemer, de la Maix, de Sternsee, 
ajoutaient encore à l'humidité entretenue par les arbres 
qui sont maintenant éloignés de leurs bords ; mais avant 
■de les abandonner, ils ont jonché de leurs rameaux et de 
leurs feuilles le fond de ces lacs dans les tourbières des- 
qnels ils se sont accumulés (2). 

La présence si multipliée encore de bois et de forêts 
explique pourquoi les traditions relatives à la disparition 
des arbres ne se rencontrent pas autant dans cette région 
de la France qu'ailleurs. Les wœlder, qui recouvrent des 
espaces assez considérables dans les parties nord et ouest 
du département du Bas-Rhin, s'avançaient, il y a quelques 
siècles, jusqu'au voisinage du fleuve; en sorte que sur di- 
vers points, le Rhin semblait s'ouvrir un passage à travers 
une immense forêt. Les retraites ténébreuses des Vosges 
et celles de la Forêt-Noire ne formaient en réalité qu'un 
même tout, un seul et même manteau arborescent. L'Al- 

(1) Voyez, sur tous ces ftiits, Daubrée, Description géolog. et miné- 
ralog. du département du Bas-Rhin, Strasbourg, 1852, p. 270 et suiv. 

(2) Voy. Dufrénoy et Élie deBeaumont, ouv. cit. p. 275. C'est ce qu'on 
observe notamment au lac de Foudromey, où l'on voit beaucoup d'îlots 
tourbeux, couverts de bouleaux, et qui changent déplaces. Ce lac est élevé 
h plus de 200 mètres au-dessus du Rupt. 



CHAPITRE xi:i. 207 

sace et une portion de la haute Lorraine, quoique séparées 
de l'Allemagne par un large cours d'eau, y appartiennent 
par l'aspect physique comme par l'histoire. Si ces deux 
provinces faisaient partie de la Gaule, si les frontières 
naturelles les donnent incontestablement à la France, 
la nature comme les événements du passé en font un 
prolongement des contrées germaniques; elles consti- 
tuaient la marche qui séparait la race germanique de la 
race celtique. Dès une haute antiquité, en effet, des popu- 
lations germaines avaient passé le Rhin et occupé sa rive 
gauche. Au nord de l'Alsace, les forêts de Haguenau, du 
comté deHanau, au sud, les bois du Roi, de Strasbourg, 
la longue bande quasi-longitudinale que trace la forêt de 
la Harlt, celle d'Ensisheim sont des appendices de la 
grande forêt vosgienne. Le sol de la plupart de ces forêts 

• 

renferme de nombreuses sépultures attestant le séjour 
de populations celtiques ou germaines (1). Au moyen 
âge, bon nombre de ces forêts étaient encore communes^ 
et la jouissance en appartenait à ce qu'on appelait des 
marches^ groupes de villages et de hameaux ayant une 
administration, une justice, une constitution commu- 
nes (2). Ainsi, la forêt d'Aspruch, partie septentrionale 
de celle de Haguenau, dépendait de la marche de Hatgau, 
qui comprenait Hatten, les deux Belschdorf, Rittershofen 
et quatre autres villages (3). Certaines fractions de la 
forêt vosgienne appartenaient à des abbayes. Telle 
était la forêt deHildenhusen, sise au sud de la Zorn et 



(1) Voy. M. de.Bing, Tombes celtiques de VAlsace, Védït, p. 3, 17, 
27. Ces tombes ont été découvertes dans les fpréts de Hatten, Seitz, Ha* 
guenau, Schirrheim, Brumath {canton dit Stockunnkel)^ Schelestadt, Rix- 
heim, delà Hartt, del'AUmend ou d'Ensisheim. Voy. ce qui est dit, p. 38. 

(2) Voy. sur ce qu'on appelait AfarA en Alsace, Hanauer, La constilU' 
lion des campagnes de r Alsace au moyen âge, p. 45 (1865, in-S*»), 

.;3) Hanauer, ouv.cU, p. 127, 128. 



208 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE L'ANUENNE FRANCE. 

qui était comprise dans les propriétés de l'abbaye de 
Marmoutier (i). Les seigneurs travaillaient déjà à s'ea at- 
tribuer la possession. En 1527, le comte Philippe de Hanau 
tenta vainement de retirer aux habitants du Hat^u }a 
jouissance de la forêt d'Aspruch. Un long procès s'ensui- 
vit devant la chambre impériale» qui ne fit que mieux 
mettre en lumière les droits de ceux-ci (2). Profitant des 
droits d'usage étendus que l'abbaye de Marmoutier 
avait concédés à ses ancêtres dans la forêt d'Hilden- 
husen, Pierre, comte de Lutzelbourg, prétendait s'em- 
parer de celle-ci. Son fils Reginold dut les rendre aux 
moines (3). 

Les habitants des Vosges prenaient un éoin attentif de 
leurs forêts communales; ils avaient des tualdmeister char- 
gés de surveiller les bois, de dénoncer les délits, de rendre 
compte des revenus à la communauté (4). D'autres fois, 
c'étaient les forestiers (Forsteier) du seigneur qui surveil- 
laient les usagers dans l'intérêt de la colonge ou de la 
marche, et les rotules que Ton a conservés déterminent 
en détail les droits de chaque village, de chaque indi- 
vidu (5). 

Cependant, malgré cette intelligente administration, des 
fopêts furent dévastées, des parties en furent abattues. Gela 
arriva surtout au xvi*" siècle, après la guerre des Paysans. 
Des traditions parlent de ces destructions. Des forêts 
recouvraient, dit-on, jadis les coteaux d'Attigny, auxquels 



(1) Hanaucr, otiv. cit,, p. 57. 

(2) Ibid., p. 127, 128. 

(3) Ibid,, p. 57. 

(4) Jbid., p. 127. -• 

(5} Ilanauer, les Paysans de V Alsace au moyen âge, Eludes sur les 
cours colongères de l'Alsace, p. 49, 50 (1865, in-8). On voit par l'impor- 
tante étude de M. l'abbé Hanauer que tout était réglé pour (pie les usa- 
ges n'outrepassassent pas leurs droits de simple usage. 



CHAPITRE- XIII. 209 

se rattachent des légendes et des superstitions popu- 
laires (1). Les emplacements de Gérardmer et d'Auzain- 
\illiers passent de même pour avoir été couverts de 
bois (2). 

La contrée qui comprend le département de la Moselle 
et le nord de celui du fias-Rhin, liait la forêt des Vosges à 
celle des Ardennes. Dans ces deux départements, la r^'on 
forestière est demeurée considérable. Les chênes, les char- 

■ 

mes, et parfois les hêtres dominent dans la partie occi- 
dentale de Tancien pays. messin (3); le pin sylvestre 
apparaît près de Creutzwald, en allant vers Bitche, et 
surtout aux frontières de l'Alsace. 

Cette dernière province est aujourd'hui, eu égard à son 
étendue, la plus forestière de la France. Malgré le dé- 
boisement qu'ont subi ses montagnes, la vallée du Rhin 
s'est aussi fort dégarnie. Le département du Haut-Rhin ne 
possède plus aujourd'hui que deux forêts domaniales en 
plaine, celles de Kusten (Kustenwald) et de la Hartt (4). 
La tradition orale et les témoignages écrits s'accordent 
pour représenter les forêts alsaciennes comme ayant été 
considérablement réduites. Les îles du Rhin furent jadis 
couvertes d'aunes, de frênes, d'ormes et de charmes. Le 
canton de Souitz, quoique encore fort boisé, a pourtant 
perdu ses massifs de mélèzes (5). Les forêts de fiienwald et 
de Haguenau dessinaient une zone étendue, avant que 

(1) Voy. Lepage et Gharton. Le département des Vosges ^ tom. II, 
p. 19, 20. 

(2) Lepage et Gharton, ibid. 

(3) Verronais, Statistique du département de la Moselle (MeU, 1844, 
in-8*), p. 62. 

(4) Yoy. Onimus^ Mémoire sur F aliénation et le défrichement de la 
forêt, et sur les irrigations du territoire de la Uarth. Golmar, 1866 
(Extrait de la Revue d'Alsace). 

(5) Laumond, Staiist, du Bas-Rhin^ p. 38. La forêt de Soulte-souô-Fo- - 
rets présente encore un assez notable développement. On y observe une 
pierre énorme dite Hexenstein, la Pierre des Sorcières, qui parait avoir 



210 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l'àNGIENNE FRANCE. 

les ravages des guerres de la première république les eus- 
sent resserrées entre des limites beaucoup plus étroites. 
La forêt de la Hartt, qui, comme son nom Tindique, était 
la forêt de F Alsace par excellence (1), occupait une étendue 
de 22 lieues entre Baie et Markolsheim (2). 

Les pins sylvestres qui constituent l'essence dominante 
dans la forêt de Haguenau, distribuent leurs bouquets sur 
un sable quartzeux provenant de la désagrégation du 
grès des Vosges; ceux-ci sont actuellement très-clair-se- 
mes et alternent avec des essarts qui ne remontent pas à 
une époque ancienne. 

La forêt d'Obernheim, qui occupe le versant oriental des 
Vosges, a dû se joindre à celle du Bande la Roche et redes- 
cendre, sur l'autre versant, jusqu'au Champ-de-Feu^ dont 
le sol, de nature amphibolique, présente une riche v^é- 
tation arborescente (3), Le nom de Walderbach rappelle 
la présence des forêts, et celui de Bruche dénote l'exis- 
tence d'un essart entre les bois du Grand-Rond et cduî 
du Bas-Orbois. Il y a donc lieu de penser que ces deux 
bois ne formaient dans le principe qu'une seule et même 
forêt. 

Le Rhin séparait les centres forestiers de la Suisse des 
districts forestiers de la Souabe. Le Brisgau avait, comme 
l'Helvétie, ses quatre districts forestiers ou Waldstetten : 
Rheinfeld, Seckingen, Laufenburg et Waldshut (4). La 



été jadis l'objet d'un culte. Voy. Bistelhuber, L Alsace ancienne et mo- 
demCf p.. 488. 

(1) Voy. ce qui a été dit plus haut, p. 207. 

(2) Schœpflin, Alsatia Uluslrala, 1. 1, xi, p, 8. Billing, Ge$chickU und 
Beschreihung des Elsasses (Bàle, 4782). 

(3) Voy. Daubrée, Description géologique et minéralog. du déparle- 
Tïient du BaS'Rhin, p. 870. 

(4) Gerbert, Hisloria Nigrx sylvœ, t, II, p. 27 etsuiv., 2U.etsuiv., 
477 et suiv. 



CHAPITRE xni. 2H 

Forêt-Noire, à laquelle ces villes servaient comme de portes 
et de garde, se développait sur les montagnes j usqu'à Pforz- 
heim, qui en constituait l'entrée septentrionale {Pœta 
Nigrœ sylvœ). Des forteresses, qui devinrent plus tard des 
villes, et qu'on désignait sous le nom de Waldenburç, c'est- 
à-dire Fort de la forêt (1) défendaient à Touest, près de 
Bâle, au pied de l'Ober-Hauenstein, et au nord-est, près 
d'QEhrigen, dans le territoire occupé ensuite par la sei- 
gneurie de Hohenlohe-Waldenburg-Schillingsfurst, la 
longue marche forestière de la Germanie. De même que 
les Burgondes, les AUamans s'étaient établis au milieu de 
vastes forêts qui formaient autant de rameaux de la sylva 
Marciana. Plus barbares que les conquérants de THelvé- 
lie, ils vivaient du produit de la chasse des bêtes fauves 
qui infestaient ces cantons; ils poursuivaient l'ours avec 
leurs limiers (ursaritii) afin d'en dévorer la chair (2) ; ils 
habitaient des chalets {vaccaritia) et faisaient paître leurs 

• 

taureaux sauvages (bisontes). 
'Les moines défrichèrent ces contrées; l'abbaye de Sec- 

4 

kingen, fondée par saint Fridolin, auquel Clovis II avait 
fait don du district de la Forêt-Noire qu'elle occupait (3), 
les abbayes de Rheinau (4) et de Reichenau, devinrent les 
centres des grands travaux de colonisation de la Forêt- 
Noire et de la Thurgovie dont les solitudes ombragées 
s'étendaient jusqu'au lac qui baigne Uri. 
Les Waldstetten de la Souabe formaient avec les Vosges 

(1) Un grand nombre de villes placées à l'entrée des forêts de la Silésie 
et de la Saxe (dans TErzgebirge) portent aussi ce nom, pour le même 
motif. 

(2) J. de Millier, ont, cit, 1. 1, p. 158. 

(3) Gerbert, ouv, cit, 1. 1, p. 27. 

(4) Gerbert, Hist, Nigrx sylvw, 1. 1, p, 69, 431. Ce nom de Forél 5C- 
crée, qui rappelle celui de forêt d'Odin, Odenwaîd, donné à la forêt 
située sur l'autre rive du Rhin, provenait sans doute du culte qui était 
rendu aux arbres par les anciens Germains. L'Heiligenforst^ Foresta 



212 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE L*ANC1ENNE FRANCE. 

une seule et même région dont le lit du Rhin représenlaîl 
en réalité la vallée principale. Une ligne de forêts bordait 
cette vallée du côté de la France. Au nord, la forêt Sainte, 
Heiligenforst (1), appelée plus tard forêt de Haguenau, 
et que défrichèrent en partie les moines de Tabbaye de 
Saint-Walbourg, au sud le Harz ou forêt de»la Hartt dont 
il a été question plus haut, et qui donna naissance par des 
démembrements aux forêts de Rouffach et de TAUmend 
ou d'Ensisheim. De celle-ci se détacha plus tard le bois 
de Hûbelwaeidele (2). 

Les forêts du Rhin allaient rejoindre celles qui bor- 
daient le Danube par deux cantons forestiers, le Klekgau, 
semé de hauteurs ombragées entre lesquelles le mont 
Randen élevait sa cime altière, que couronna bientôt une 
forteresse, Randenburg, et le Hégau, dont le canton 
de Schaflfouse occupe actuellement remplacement. De 
nombreux monastères, bâtis par Eberhard , comte de 
Nellenbourg, animèrent ces solitudes. Les moines des 
couvents d'HirschaUj de Saint -Sauveur, de TVms-te- 
Saints défrichèrent ces restes de l'antique forêt Hercy- 
nienne et dégagèrent les bords du Rhin et de la 
Durach (3). 

Le Rhin formait donc comme un magnifique Waldstrom 
entre les forêts des Vosges et celles de l'Odenwald. Cette 
dernière chaîne forestière, désignée dans les chartes et par 



sancia^ est mentionnée dans les chartes remontant an xii* siècle (Conf. 
Schœpflin, AlsaXia iUusiraia^ t. III, p. 65, n« 800). 

(I ) Voy. sur cette forôt mentionnée dans les chartes des ix« et xiv« siè- 
cles ce qui a été dit p. 128. (Cf. Schœpflin, AUaiia iMstr. t. III, p. 97, 
nM23;t.IV,p.256, nMl42). 

(2) Voy. M. de Ring, Tombes celtiques de la forêt communale d'En- 
sisheim, p. 2, 14 (1859, in-fol.) 

(?) Voy. Ch. G. Reichard, Germanien unter den Rœmern, Numberg. 
18f4, p. 19. 



CHAPITRE XIII. 213 

les chroniqueurs latins sous le nom d'Oihonia sylva{\\ 
étendait sur toute la marche de Souabe ses lignes de pins 
(fokré) qui valurent à une partie de cette forêt le nom de 
Forhahum {Fohrheim, Fohrenwald)^ mentionné dans les 
Niebelungen. 

(1) Voy. Fr. Baader, Sagen des NeckarthaU, der Bergstrasse und des 
Odenwaldes, Manheim, 1847, p. 416, 417. 



314 LES FORÊTS DE L\ GACLE ET DE l'aNCIENNE FRAKCE. 



CHAPITRE XIV. 



FORETS DE LA CHAMPAGNE. 



La Champagne demeurait encore au siècle dernier une 
des régions les plus forestières de la France. « Il est peu 
de provinces dans le royaume, écrit Tabbé Expilly en son 
Dictionnaire des Gaules ^ qui soient mieux fournies de forêts 
que la Champagne. » Il en était ainsi également au moyen 
âge, carHuonle Roi, dans son charmant fabliau Dti lair 
/>a/e/ro/, s'exprime ainsi : 

A donc estoient li boschage 
Dedans Champaingne plus sauvage 
E li pais que or ne soit (i). 

• 

Cependant, déjà dès cette époque, de nombreuses forêts 
y avaient été abattues ou démantelées. Le développement 
de l'industrie et du commerce dans la province (2) eut 
pour eflfet d'accroître la consommation du bois. Au 
xin" siècle, il existait en Champagne des associations bu 
compagnies d'exploitations agricoles pour l'acquisition des 
grands bois et quelquefois pour leur défrichement et mise 
en culture(3).Un grand nombre de témoignages recueillis 

(1) Barbazan, Fabliaux ci Contes, l. I, p. 167. 

(2) Voy. le savant mémoire de M. F. Bourquelot, mr les foires d€ 
Champagne et de Paris. Mém. de VAced. des ïnscripl. Sav. élrang. 
2« série, part. I et 11. 

(3) Ainsi on trouve mentionnée une association d'Eudes, abbé de Saiut- 
Remy de Troyes, et de Blanche, comtesse de Champagne, pour construire 
une viite neuw dans les bois de Saint-Remy appartenant.au monastère. 
[IMbL imp. mss. Liber principurHy n^ 5992, fol. 181 v®.) Il est parlé, dans 
une autre charte de Tannée 1206, et antérieure, par conséquent, d'un an à 
la mention précédente, de rétablissement de la même ville. (Bibl. imp. 



CHAPITRE XIV. 215 

par M. F. Bourquelot^ prouvent que, dès le xii« siècle, on 
avait autorisé et encouragé le défrichement des bois (1). 

J'ai déjà dit plus haut quelques mots des forêts qui rat- 
tachaient la Champagne à la Lorraine et que Ton peut 
considérer comme ayant originairement formé les marches 
qui séparaient les territoires des Médiomatrices et des 
Leuques, de ceux des Rèmes et des Lingons. La rive gau- 
che de la Meuse, ainsi que je l'ai observé, a dû être très-boi- 
sée. Mais les forêts n^étaieiit pas seulement limitrophes 
entre ces diverses provinces, elles s'étendaient jusqu'au 
cœur de la Champagne, et Ton a la preuve de l'exac- 
titude des paroles de Huon le Roi. Toutefois, c'était plus 
particulièrement sur les frontières de ce comté, que les 
forêts s'étaient conservées avec leur antique épaisseur; 
le centre de la province, tant par la nature de son sol que 
par suite de défrichements amenés par l'agglomération de 
la population, offrait déjà, dès l'époque romaine, ces vastes 
plaines qui ont valu son nom à la province [Campania^ 
Champagne). 

Dans la partie orientale de la Champagne, un pays ap- 
pelé le Perthois, sis au sud de Vitry, a dû jadis être en- 
tièrement couvert de forêts ; c'est peut-être à cette cir- 
constance que la ville de Perthes, dont le Perthois tire sa 
dénomination, doit le nom qui lui a été imposé (2). Une 
forêt, qui gardait encore au xvii* siècle le nom de forêt de 
Perthes, présentait en 1663, lors de la réformation des 

CartuL Campan. n® 5993, fol, 112 i*.) Une charte de Milon de Nan- 
leuil, prévôt de Reims, de février 1210, parle d'une société de culture 
analogue, entre la même comtesse et les seigneurs. (CartuL Campan, 
dit Liber principum, n* 5992, fol. 145, v*>, et CartiU. Camp, n* 5993, 
fol. 29, v*.) 

(1) Voy. Bourquelot, mém, ciléy part. I, p. 59 etsuiv. * 

(2) On trouve, en effet, dans plusieurs chartes l'expression in sylvis, 
foresiUy periis. Voy. notamment E. de Barthélémy, Diocèse ancien de 
ChdlonS'Sur^Marne, tome 1, p. 358. (Paris, 1861.) 



216 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE L'ANCIENNE FRANCE. 

m 

forêts de Champagne (1), une superficie de 800 arpents. 
On voit par la carte de Cassini qu'elle était singulière- 
ment réduite, un siècle plus tard, et n!occupait plus alors 
qu'une petite bande dirigée de l'ouest à l'est et sise au 
nord du village d'Hallignicourt, dont les habitants jouis* 
saient depuis bien des années du droit d'usage dans 
celte forêt : aussi n'était-elle plus connue que sous le nom 
de la Garenne, qu'on commença à substituer à celui 
de forêt de Perthes, sous Louis XIV. Cette forêt s'éten- 
dait originairement de la Marne à la rivière de Saux, et 
on doit considérer comme s'en étant détachés les bois des 
Tr ois-Fontaines y la forêt d'Ancerville, qui en constituait la 
région orientale avec le bois deRupt, les boisdeChemi- 
non, Sermaize et Andernay. 

En 672, Childéric II fit don à saint Berchaire d'une pe- 
tite partie du territoire d'une grande forêt qui n'était sé- 
parée de celles du Perthois que par la Marne ; c'est la forêt 
de Der ou Ders {foresta Dervensis), qui a valu son nom au 
PagusDervensis, appelé aussi Ager Z)^n;en5e5; elle est men- 
tionnée sous le nom de Dervus sylva dans des chartes de 
815, 816 et 837(2). Le monastère fondé par saint Berchaire 
{Monasterium Dervense) s'appela d'abord Nova Cella (3), 
et s'éleva lui-même sur remplacement d'un manoir 
nommé Mansus Corbonisy preuve qu'il existait déjà là un 
essart. Le lieu de ce monastère se retrouve au bourg de 

(^) Voy. la Ré formation des forêts de Champagne^ mss. BibL impér. 
n* 16686, r» 242. 

(2) Voy. Hùtoriem de France, t. VI, p. 249, 476, 498, 552. Dan» 
une charte de Tempereur Othon, datée de l*année 974, et confirmant 
les biens de la ville de Toul, le monastère est désigné sous le nom de 
Sancius Petrus in saltu Denervensi {sic). (Voy. R. P. Benoit, Histoire 
ecclésiastiqiie du diocèse de Toul, preuves, p. xec.) Cf. E. de Barthélémy, 
Diocèse ancien de ChcHons-sur-Mame, t. I, p. 353. 

(3) C'est ce que nous dit la charte de 837. Voy. Historiens de France, 
t. VT, p. 242. 



CHAPITRE XIV. 217 

Monlier-en-Der (Haute-Marae), situé au sud-est de la forêt 
actuellement désignée sous ce nom ; il est précisément 
placé, comme le dit la charte de 815, au confluent de la 
Voire ( Vigera) et d'un ruisseau appelé dans cette charte 
Alsmantia (1). Nous voyons par la vie de saint Berchaire 
que la forêt, alors très-vaste, s'étendait sur le canton de 
Brienne (Aube) et était un repaire de brigands (2). Les lo- 
calités appelées Vilie-au-Bois et Sauvage dénotent l'ancien 
pMongement au sud de la forêt de Der. Le nom de forêt de 
Der étendu, dès le ix' siècle, jusqu'aux bois qui environ- 
naient Montieramey, nous est la preuve que cette forêt 
avait alors une largeur d'au moins dix lieues (3). Elle 
s'avançait près des bords de FAube, plus à l'est vers la 
Haute-Voire; elle paraît avoir étééclaircie de très-bonne 
heure, car le village de Sommevoire {Sommavigera)^ cons- 
iruitsur ce cours d'eau, existait déjà à l'époque de l'apos- 
tolat de saint Berchaire (4). Il n'y a pas de doute qu'au 
IX® siècle, la forêt ne comprit les bois actuels du Boulay et 
du Grand'Bois. 

Plusieurs petites forêts, notamment celle de Montmo- 
rency, de Champagne, où se trouve l'étang de La Horre, 
semblent avoir été des démembrements fort anciens de 
cette vaste marche forestière appelée le Der ou le Derve. 

Les forêts du Perthois se rattachaient à celles du Bassi- 
gny et du Yallage. Un des plus importants débris de 
celles-ci et qui faisait face sur l'autre rive de la Marne, à la 



(1) Historiens de France, t. VI, p. 416, cf. t. X, p. 375. 

(2) Qu3B imniensa circunxquaque diffusa, — Ex. miraeul, S. Bercharii 
ali. Deroens,, dans les Historiem de France, t. X, p. 375. 

(3) Voy. D'Arbois de Jabainville, Voyage paléographiquê dans le dé-- 
parlement deVAube, p. 214, où Ton renvoie au Prompluarium de Ga- 
muzat. 

(4) Voy. G. Garnandet, Géographie historique^ industrielle el slaiis' 
tique du département de la Haiiie-Mame, p. 599. (Ghaumont, 1860.) 



218 l.ES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

forêt de Perthes, est la forêt du Val, qui dépendait de 
lamailrise de Saint-Dizier ; lors de la réformation des 
forêts de Champagne, en 1 664, elle renfermait 6,838 ar- 
pents (1). Cette forêt, peuplée comme la plupart de celles 
de la province, de chênes, de hêtres, de charmes et de 
trembles, et au centre de laquelle avait été construite Tab- 
baye de l'Espine, où, plus tard, François I*'fit bâtir uo 
pavillon de chasse, était entièrement ruinée, lorsque les 
mesures conservatrices prescrites par Louis XIV vinrent 
en arrêter la dévastation (2). 

Dans le diocèse de Châlons-sur-Marne, la fondation de 
divers monastères amena la réduction ou même la dispa- 
rition de plusieurs forêts. Tel fut le cas pour celle qui était 
d'abord désignée sous le nom de Sylva major, et au cœur 
de laquelle fut élevée l'abbaye appelée ensuite S. Nicolaûs 
in sylva Imwx?, . antérieure à l'an 1120 (3). L'abbaye 
de Chatrices {Castriciœ)^ bâtie, vers la même époque, 
dans un canton encore fort boisé, et dotée de 1 ,500 ar- 
pents de bois dont ceux des Chambres et de Pologne doi- 
vent être des restes , était originairement tout entourée 
de forêts qui se liaient à celle d'Argonne (4). 

Non loin de labbaye de Chatrices, une autre abbaye, 
celle de Trois-Fontaines, fut élevée, vers le xii« siècle^ au 



[\) Yoy. la Réfonnalion des forêts de Champagne, BiblioUi. inii»ér. 
mss. n» 16686. 

(2) C'est ce qui est dit formellement dans le procès-verbal de visite 
contenu dans la réformation des forôts de la province. Mss. citéj p. '230 
et suiv. 

(3) Amaluinus sylva) majoris diclus abbas... quod ad nemus nostnim 
juxta bellam vallem situm quod de Luviz, nobilem mulierem Blancfaam 
comitissam Trecensem palatinam tali conditione associavimus quod nés 
simul faciemus ibi villam novam, etc. (Biblioth. impér. Liber princi^ 
purriy n» 5992, fol. 255. Cf. fol. 254, 276, cité par F. Bourquelot.) 

(4) Voy. Gallia Christian, t. IX, col. 952. Ëccles, Catalann., el Kx- 
pilly, Dictionnaire géographique des GaiM^s, art. Chatries. 



CHAPITRE XIV. 219 

voisinage de bois qui s'étendaient au nord de Saint-Dizier 
et qui prirent le nom du monastère. 

Le diocèse de Reims était beaucoup plus boisé. Je ne 
parle pas de la partie occupée par la région sud-ouest de 
1* Ardenne, mais du voisinage même de Tancien Ihirocor- 
torum. Quoique la cité des Rèmes fût depuis longtemps 
cultivée, une grande forêt, appelée sous la première et la 
seconde race, l^emus Rigetti ou Rigetius^ Richetius saltus^ 
occupait une Taste étendue (4). C'est là que fut fondé en 
573 le monastère de Verzy {Virisiacum)^ autremeût dit de 
Saint-Basle (5. Basolus)^ au pied des hauteurs que cette 
forêt ombrageait (2). Celle-ci n'est plus représentée que- 
par les bois dits de la Montagne de ReimSy appelés encore, 
il y a quelques siècles, la forêt de Route. Ville-en-Selve 
(Villare in Silva) existait déjà au ix* siècle, dans une 
clairière de ces bois, maintenant fort clair-semés. Ainsi, 
dès cette époque, l'établissement dans la syka primitive 
de nombreux centres d'habitations amena des défriche- 
ments (3). 

L'état forestier des cantons situés plus au sud de 
Reims ne paraît pas avoir subi des modifications bien 
marquées, durant le moyen âge. Peut-être les trois forêts 
d'Epernay, d'Enghien et de Vassy étaient-elles réunies en 
une bande unique, allant de l'est à l'ouest, s'arrêtant au 
nord à quelque distance de la Marne, au sud à la petite ri- 
vière de Surmelin. Mais Dormans (Duromannumjy ancien 



(1) Frodoard, Hist, Rhemens., II, i, 3. Cf. H. Volesius, Notitia Gallia- 
rum, p. 614. 

(2) GaU. Christian, t. IX, col. 195. Eccles. Remens. L'abbaye s'ùleva 
dans la partie de la forôt où saint Bàsle ou Basile avait mené quarante 
ans la vie d'ermite. Voy. Baillet, Vies des Saints, 26 novemb. p. 69 1 . 

(3) B. Guérard, Po<i/P^tçu« deVabbayede saint Rémi de Reims, p. 28. 
Voy. J. Chaletle, Précis de la statistique de la Mame^ t. II, p. 412. (Gha- 
Ions, 1845.) 



220 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l'ANGISKNE FRANCE. 

oppidum gaulois où ont été tlécouvertes des antiquités cel- 
tiques, existait déjà (t). 

Dans la Champagne Pouilleuse, le premier rang appar- 
tenait, entre les forêts, à celle de la Tracotme, situéeà Touest 
de Sézanne et qui fit originairement corps avec celle du 
Gault, sise plus au nord, ainsi que l'indique le Grand 
Essart placé entre les deux forêts sur la carte de Cassini. 
Elle appartenait au domaine royal et formait avec quel- 
ques autres bois voisins, en 1663, une étendue de plus 
de 7,000 arpents. Les Essarts-le-Vicomte indiquent que la 
forêt de la Traconne s'étendait plus à l'ouest, quelques 
siècles auparavant, sans doute jusqu'aux hauteurs de 
Saint-Bon et de Saint-fienêt. Le voisinage de la Seine 
rendait facile l'exploitation de ses bois, qu'on expédiait, 
par bresles ou bateaux, dans les petits ports de Marsilly, 
Lure et Gonflans (2). 

Dans la partie de la Champagne qui confine à la'firie, 
les documents anciens témoignent de la disparition de 
plusieurs forêts. Une charte de Henri-le^Libéral, concé- 
dant des privilèges au chapitre de Saint-Quiriace de Pro- 
vins, mentionne la Sylva Hildonis, dont l'emplacement est 
occupé actuellement par la commune tout à fait déboisée 
de Bois-Don dans le canton de Nangis (3). La forêt de 
Sourdun, dans l'arrondissement de Provins, ne forme plus 
de nos jours qu'une longue bande; elle parait s'être éten- 
due jadis à l'est jusqu'à la Vieille Seine. Toutefois, dès lexn* 
siècle, cette partie était déjà découverte, puisque, suivant 
la tradition, le Petit-Paraclet fut bâti près de laFontaine- 
aux-Bois, fontaine qui dépend de la commune de Melz (4). 

(1) Voy. S. Prioux, Civiias Suessionum, p. 102. 

(2) Voy. Réfbnnalion des forêts de Champagne^ mss. cité fol. 342. 
{3) Boiirquelot, Histoire de Provins, t. II, p. 394. 

(4) F. Pascal, Histoire de Seine-et-Marne, t. Il, p. 889. 



CHAPITRE XIV. S21 

La forêt de Jouy, au nord de Provins, n'a pas subi non 
plus de bien grandes réductions. Jouy-le-Ghâtel date au 
moins du x* siècle (1); ce qui démontre que sa limite ne 
dépassait pas ce point au nord, et au sud la fondation de' 
l'abbaye de Jouy en 1124 montre également qu'elle ne se 
prolongeait guère dans cette direction plus qu'aujour- 
d'hui. 

Le diocèse de Troyes et la partie occidentale de celui 
deLangres, conservaient sansdoule, auxviii'* siècle, encore 
quelques grandes forêts ; mais la plupart étaient, six à huit 
siècles auparavant, bien plus étendues que ne les repré- 
sente Gassini. 

La forêt de Glairvaux est le débris d'une forêt considé* 
rable mentionnée sous la première race (2); il est facile 
de retrouver sur la carte les traces du domaine de 
cette antique forêt. Toute la partie de la forêt de Clair- 
vaux, qui s'étend entre sa région septentrionale, dite /â; 
Foresty et les bois de Jocourt, n'était qu'une succession 
non interrompue d'arbres. Boismartin, Yalperdu, Ârcon- 
ville se sont élevés sur les clairières de cette forêt , qui a 
dû originairement se rattacher à celle de Bossican, et par 
suite à celle d'Orient. 

La SylvaRubra, qui valut son nom au petit monastère de 
Sivarolle-sur-l'Aube, audiocèsedeLangœs, adisparudepuis 
dessiècles(3).Laforêtd'0rient, qui s'étend au nord deVen- 
dœu vre, une des plus importantes du département de l'Au- 
be, a dû s'avancer jadis plus au sud et comprendre le terri- 
toire de Ville-aux-Bais. La forêt deBossican, qui faisait jadis 
corps avec les bois de Trode, situés plus à l'ouest, comme le 



(1) Pascal, 0110, eil. t. Il, p. 228. 

(2) Roget de Belloguet, Carte du premier royaume de Bourgogne, 
Supjdémeni aux questions bourguignonnes. Dyon, 1848. 

(3) Voy. H. Valesius, NotitiaGcUliarum. p. 28. 



222 LES FORÊTS- DE LA GAtLE ET DE L*ÀNGIENNE FRANCE. 

lieu-dit la Forest, placé entre eux Tindique, n'en est traî- 
semblablement qu'un démembrement. Au voisinage de 
Bar-sur-Seine s'étendait la forêt de Ghaource, dont le nom 
rappelle, par son étymologie (Catorissium), une forêt des 
temps celtiques. La partie nord-est de cette forêt reçut le 
nom de Forêt de Rumilly^ qu'on étendait déjà au xyii* siè- 
cle à la forêt tout entière, dont la superficie était évaluée 
à 6,000 arpents (1). Des bois étaient distribués au moyen 
âge entre cette forêt et Bar-sur-Seine ; ils recouvraient la 
plaine de Foolz qui séparait, au xviir siècle, un certain 
nombre de paroisses appartenant au diocèse de Troyes, 
d'autres dépendant de celui de Langres; ils avoisinaient 
le village de JuUy et ont maintenant totalement disparu (2). 
La forêt d'Othe> qui fut, comme on l'a vu, désignée par le 
nom d' Usta ou Otta sylva^ aux temps carlovingiens (3), 
avait depuis cette époque été défrichée sur une vaste su- 
perficie (4). Dans un pouillé du diocèse de Troyes, qui 
date de 1407 (5), on indique comme des paroisses ou des 
villages, Maraye-en-Othe, Nogent-en-Othe, Aix-en-Othe, 
Bercenay-en-Othe. Bucey, Bligny, fiussy, ParoySt-Mards, 
Yillemaur, reçoivent la même épilhète. Cette forêt occu- 
pait donc une grande partie des cantons d'Estissac, d' Aix- 
en-Othe et de Brienon; elle était d^'à fort réduite au 
xia'' siècle. 'Les Comptes de saint Louis (6) ne lui donnent 

(1) C'est ce qui résulte des pièces d'un procès qui s'éleva entre ces 
communes. Voy. D' Arbois de JuTiainville, Voyage paléographique dans 
le département de l'Aube, p. 216. 

(2) Voy. Réformation des forêts de Champagne, mss. cité. 

(3) Voy. Historiens de France, t. VI, p. 650 et ce qui a été dit p. 43, 
61, 155. 

(4) Pagusornatiensis, voy. GneruTd, Polyptique d'Irminon^ Prolégo- 
"fnènes, p. 63. 

(5) D' Arbois de Jubainviile, Pouillé du diocèse de JroyeSy p. 134. 

(6) Historiens de France, t. XXI, p. 254. Ce nom d'Olha fut altéré 
parfois en celui d'Orta, comme on le voit par une lettre de Milon do 
Traisnel, à Louis VIÏ. Voy. Historiens de France, t. XVI, p. 76* 



CHAPITRE XIV. 223 

l>lus que le nom de Venda Otœ. Maïs nous avons des indi- 
cations qui permettent de préciser davantage Tépoque 
de ses défrichements. 

Dès le vn*" siècle, le village d'Arces {Arcea) avait été 
«construit dans Tessart sur lequel s'éleva plus tard Tabbaye 
de Dilo et qui finit par s'étendre à l'ouest jusqu'au village 
de Villechélive (1). Pai^oy-en-Othe (Paretum^in-Otha) est 
mentionné dès l'an 519. Celte grande forêt se trouva ainsi 
subdivisée en plusieurs sections séparées par des parties 
ouvertes, et qui finirent par représenter des forêts diverse- 
ment dénommées. C'est ainsi que se constituèrent la forêt 
de Rajeuse {Raiosa onBabiosa sylva)^ (canton d'Arces), qui 
est mentionnée au xii* siècle, la forêt de Lancy {Lanceia 
sylva), (canton de Villeneuve-l'Archevêque), dont il est 
parlé dès 1148, la forêt de &^\niAjOVL^{Sancti Lupi nemm) 
(canton de Brienne), citée également dès le xii* siècle (2). 
L'étendue des défrichements opérés dans la forêt d'Othe, 
dès nos premiers rois, montre que comme je l'ai dit et 
ainsi que Ta pensé Adrien de Valois, son territoire cons- 
titua dès l'époque carlovingienne une sorte de pagus. 
Aujourd'hui 9 la forêt d'Othe, quoique encore importante, 
n'occupe qu'une superficie singulièrement réduite, aux 
environs de Joigny et de Saint-Florentin ; et non-seule- 
ment cette forêt a perdu plus de la moitié de son domaine, 
une essence, le châtaignier (3), en a, en outre, totalement 
disparu. 

Deux autres forêts situées dans la partie méridionale du 



(1) Quantin, Dictionnaire toDographique du département de V Yonne y 
p. IV, Cartulaire général de V Yonne, t. II, p. 337, 

(2) Quantin, 1. c. 

(3) Des charpentes en bois de châtaignier, provenant de la forêt 
d'Othe, ont été jadis employées dans les constructions de Troyes. Voy. 
sur cette forêt, Grosley, Mémoires historiques et critiques pouv Vhistoire 
de Troyes, t. I, p. 86. 



1 



224 LK8 FORÊTS DE LA GkVLE ET DF l'aNCIENNE FRANCE. 

mêtae dioeèse n'ont plus laissé d'autres vestiges que les 
noms de deux villages; la première est la Sylva Çlarascen- 
sis (1), mentionnée dans une charte de 864 et qui devak 
recouvrir les hauteurs actuellement déboisées, sises ao 
nord du village de Clérey, qu'on trouve sur la route allant 
de Troyes à Bar-sur-Seine (2). Cette forêt, dont les boê 
de Ghappes, situés au sud-est, sont un débris,* devait s'a^ 
vancer au nord jusqu'à la Barse; la seconde était la forél 
Javerfumdus, dont le nom "subsiste dans celui du village 
de Javernant, au sud -ouest de Glérey et au sud de 
Bouilly. C'était sans doute un démembrement fort ancien 
des forêts d'Aumont et de Rumilly, dont la lisière devait 
s'avancer à l'est jusqu'à la Sarce, à en juger par les nom- 
breux bouquets marqués sur la carte de Cassini. Aa 
sud de cette rivière s'offrait la forêt de Balnot, déjà au 
xvi*" siècle partagée en plusieurs bois qui ne subsistent 
plus (3). 

Citons encore parmi les forêts qui ontà peu près disparu 
du midi de la Champagne, celle de Mâlay-le-Roi {Maalei 
foresta)^ mentionnée dans les Comptes de saint Louis (4) 

(1) Voy. HisUniens de France, t. VIII, p. 590. 

(2) D'Arbois de Jubainville, PouiUé du diocèse de Troyes, p. 22. Le 
nom de Clarey où Clerey est dérivé de Clarascensis, 

(3j Balnot, dit Balnot-la^Grangey était le centre d*une exploitatioii 
rurale appartenant à l'abbaye de Quincy-sur-Armançon. Les bois recou- 
vraient encore son territoire au xvi* siècle, bois dont l'existence est rap- 
pelée par le nom de VUliers^le-Bois. Dans une^charte de 1518, on îùi 
mention de quatre bois environnant Bainot-la-6range, & savoir : le bois 
de Vauclairon, celui de Fayei, celui des EstrapiSj enfin le bois dit 
Bois-de-dessous-le-Grand-Fayel, Dès Tannée 1210, la forêt de Balnot 
{sylva de Beleno) avait été l'objet d*une sentence arbitrale de Blanche, 
comtesse de Champagne, qui en fixait les limites ainsi que celles de la 
forôt de Pargues. (Voy. D'Arbois de Jubainville, Voyage paléographique, 
cité p 1 88, 194, 197.) Il est probable que la forêt de Mosne, et que celle 
de Palsson, toutes deux situées au sud de Balnot, en sont d'antiques 
démembrements. 

(4) Historiens de France, t. XXI, p. 242, 273. 



CHAPITRE XIV. 

aux environs de Sens, et une date plus reculée, s'éten- 
dant au nord de Tonnerre et dont le bois de Saint-Michel 
est un dernier reste. Elle dut naguères avancer jusqu'aux 
bords de TArmance, où existe en face d'Ervy un lieu ap- 
pelé La Forêt. Plus au sud, sur la rive gauche du même 
cours d'eau, une localité du nom de Chessy, et plus à Test, 
deux hameaux d its Le Breuilel Bois-Lessu, en sont d'autres 
indices. Le bois de Cussangy est aussi vraisemblablemeut 
un écart nord-est de cette forêt, qui dut se rattacher, dans 
le principe, à celle de Chaource dont il a été question éi- 
dessus. Il est à croire qu'originairement tout le pays entre 
i' Armance et TArmançon avait élé boisé. 

Une charte de Tannée 1239 mentionne comme bois 
de quelque importance : le Nemus de Valeres, hNemusde 
Dorso Asini et le Nenius de Bouloy, Or, aux environs des 
Vallières (Valeres), où la charte nous dit qu'ils étaient si- 
tués (1), la carte de Cassini n'indique que deux faibles 
bouquets. Les noms de localités voisines. Le Charme, ViU 
lierS'le-Bois/Bois-le-Co7nte, rappellent l'existence de bois 
graduellement détachés du grand voile forestier qui s'é- 
tendait jusqu'à l'Armançon, et dont la forêt de Mosne est 
le principal des lambeaux encore subsistants. 

Sur les bords du Serain, à la limite de la Champagne et 
de la Bourgogne, une foule de noms de lieux dénotent la 
présence de bois et de forêts Tels sont ceux de Chablis, de 
Sarry, de Lucy4e'Bois, etc. A Sainte-Vertus, sur ce cours 
d'eau, existait au moyen âge une villa que son voisinage 
. des forêU fît appeler Silviniacus (2). 

« 

(1) Voy. l'histoire de Tabbaye de Moutier-Saint-Jean, intitulée : Bec-» 
m&us seu Hisioria monaslerii S.Johannis Reomaenm, in tractu Linge 
nensi, ûuctore Petro Rouerio, p. 264. (Paris, 4637, iii-4».) U charte, en 
parlant de ces trois bois, dit : « Quibusdam nemonbus sitis in territorio 
de Valeriis. » 

(2) H. Valesiu^, Nolitia Galliarum, p. 526. 

15. 



Î26 LES FORÊTS l»E LA GAULE ET DB l'aNCIEXNE FRANCE- 

Quoiquesiluéeen réaliléeo Lorraine, la forêide Passavant 
doit être comptée parmi les forêts de la Champagne, parée 
qu'elle s'étendait en grande partie sur une enclave de cette 
dernière province. Cette forêt tirait son nom d'un boui^ 
jadis ruiné (1) et qui ne faisait que commencer à ^e rele- 
ver dans les premières années du xvii'' siècle (2). Elle fut, 
de 1574 à 1577, l'objet d'une transaction entre le rot 
de France et le duc de Lorraine, qui s'en étaient disputé 
la possession (3). On y planta une suite de bornes eo 
pierre destinées à faire reconnaître 1(% parties qui appar- 
tenaient respectivement aux deux princes. Au commen- 
cement du xvif siècle, on y pratiqua de vastes essarts qui 
furent également partagés. A dater de cette époque, oa 
veilla avec soin à sa conservation; elle n'avait pas eu, au 
reste, à souffrir d'une exploitation inconsidérée; car lors 
de la réformation des forêts de Champagne (4), il ne s'y était 
fait aucune vente depuis quarante ans ; mais la guerre 
lui avait causé quelque préjudice. Sise aux confins du 
Barrois, de la Champagne et de la Franche-Comté, dte 
formait entre ces provinces une marche boisée; au 
xviii* siècle, elle perdit une grande partie de son impor- 

(1) Passavant en Vosges^ bourg du canton de Jussey (Haute-8a6ne). 

(2) C'est ce que nous lisons dans le mss. cité de la Réfbrmation des 
forêts de Champagne. Ce bourgs aujourd'hui important, n'avait, en 
1660, que neuf huttes de bois, couvertes de paille. Ses habitants, ainsi 
que ceux de Vaugiscourt et La Goste, jouissaient du droit d'usage dans la 
forêt, droit dont ils profitèrent largement pour la reconstruction du vil- 
lage, ce qui a dû singulièrement contribuer à l'amoindrissement de cette 
forêt. 

(3) Voy. le manuscrit de la Biblioth. impér. intitulé : Procès-verbaus . 
et autres actes touchant ta forêt de Passavant en Vosges^ i577. La forêt 
fût partagée par parties égales entre Henri III et le duc de Lorraine. 
Lors de la réformation des forêts de Champagne, une petite partie, aise 
près Selle, appartenait au roi d'Espagne. 

(4) Mss. cité f^ 168. Quoique la Saône se trouvât au rein de la forêt, on 
n'expédiait sur cette rivière aucun bois par lo flottage, quand eut lieu la 
réformation. 



CHAPITRE XIV. 227 

tance. Eh 1663, on estimait sa superficie ai 0,000 arpents 
de haute futaie. Sur la carte de Gassini, la forêt de Pas- 
savant n'est déjà plus représentée que par une série de 
bouquets coupés de clairières. Elle bordait originairement 
la Saône et s'avançait au nord jusque vers Darney. 

Cette forêt doit avoir été un antique démembrement de 
la grande forêt des Vosges, dont j'ai parlé en traitant des 
forêts de l'époque carlovingienne. 

J'avertis, en terminant cet aperçu des forêts de la 
Champagne au moyen âge, qu'il ni'a été impossible de 
mentionner toutes celles qui présentaient une notable 
étendue: aussi ne me suis-je attaché qu'à parler de celles 
«ur l'importance desquelles j'ai pu recueillir quelques 
données. 



228 LES FORÊTS W. I,A r.AUl.E BT DE I,'aî«<:IKNNE FRANCE. 



CHAPITRR XV. 

rORf.TS DE I.A BOURGOC.NF, ET Di: NIVERNAIS. — ÉTAT FORESTIER nC 

MORYAND ET DE LA BRESSE. 

Si la Champagne fut, durant la première période du 
moyen âge, ombragée par un réseau de forêts, le lacis 
recouvrait beaucoup plus serré la Bourgogne, qui de- 
meure encore, de nos jours, une des parties le plus riche- 
ment boisées de la France. D'ailleurs, les forêts de la Cham- 
pagne méridionale se continuaient jusqu'en Bourgogne, et 
les frontières géographiques de ces deux provinces dis- 
paraissaient, pour ainsi dire, sous la bande forestière se^ 
pentant à travers les diocèses de Troyes , de Sens et 
d'Âuxerre. Les documents anciens mentionnent en effet 
un assez grand nombre de forêts appartenant au territoire 
de Tancien pagus d'Auxerre. C'était d'abord la forêt 
d'Hervaux, auparavant forêt d'Erviel ou d'Arviail, qui oc- 
cupait la presque totalité du canton actuel de Guillon, et 
devait s'avancer à l'ouest jusqu'au Serain, et, au sud, au 
moinsjusqu'à unelignedont nous connaissons deux points: 
Lucy4es'Bois et Sauvif/ny-les-Bois. La forêt de Maulne, 
qui subsiste en partie dans le canton .de Crusy, n'était 
guère moins importante. Jusqu'aux portes d'Auxerre 
s'avançait la forêt de Bar {Barms sylva), qui n'avait, au 
commencement du siècle dernier, laissé d'autres vestiges 
que le petit bois de Monéteau, sis au nord de la capi- 
tale de l'Auxerrois. Une charte de l'an 1471 nous ap- 
prend que le comte Guy fit don à l'abbaye de Saint-Marien 
de la partie de la foret de Bar sise entre deux étangs ap- 






CIIAPITHE XV. 229 

parlenant aux religieux (i). La même pièce nous apprend 
qu'au voisinage de cette forêt existait alors un petit bois 
dit de Saint'E tienne ^ei qui devait être un ancien écart. 
En 1181, la comtesse Mathilde accorda au monastère de 
Pontigny, 40 arpents de bois dans la même forêt. Quel- 
ques années plus tard, on trouve Fabbaye de Crisenon en 
possession d'une partie de la forêt de Bar (2). Les reli- 
gieux de ces abbayes ont vraisemblablement été tes 
principaux agents du défrichement de la Bamis sylva. 
Il y a quatre à cinq siècles, elle s'étendait jusque sur le 
territoire des communes de Charbuy et de Villefar- 
geau (3). 

Dans le diocèse d'Auxerre, un pays connu aujourd'hui 
sous le nom de Puisaie et appelé dans les chartes du moyen 
àgePoisea, Pusêya{A), est occupé par une succession de ma- 
récages et de bois. L'état physique de cette partie de la 
Bourgogne n'a sans doute pas beaucoup changé; mais il 
y a lieu de supposer que les bois y étaient naguère beau- 
coup plus étendus. Le Polyptique dirminon mentionne 
même une forêt appelée Paciolus, qui tirait son nom de la 
Puisaie et devait se trouver dans les environs de Bitry. 

Au nord de Coulanges-sur-Yonne, entre Auxerre et Ve- 
zelay, s'étendait uneforêt assez importante, celle deFretoy 
ou Frettey (Freteium), actuellement réduite à un grand 
bois dont le territoire est divisé entre les communes de 
Mailly-le-Chàteau,Mailly-la-Ville et Coulanges-sur- Yonne. 

(1) Quanlin, Cartulaire de l'Yonne, t. II, p. 472. — Lebeuf, Mémoire 
concetmani Vhisioire ecclésiastique et civile (TAuxerre, t. II, p. 25, 
no 49. Cette partie de l'ancienne forêt s'étendait de l'étang MxUsus à ro- 
tang Del Barber, 

(2) Quantin, ouv. cit. 

(3) On rencontre dans les environs diverses localités dont le nom dé- 
note la présence ancienne de bois : les Petits-Bois, les Bries, Gdlinrs, 
Ciiarmny. les Varenncs^ etc. 

(4 Quanlin, 1. c. 



230 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l'aMCIENNE FRANCE. 

< 

Des traditions d'origine païenne se rattachent encore au- 
jourd'hui à cette forêt et en démontrent l'antiquité (1). 
Pierre II de Courtenay, comte d'Auxerre et de Tonnerre, 
y concéda aux habitants de Mailly le droit d'usage. La 
concession fut confirmée en 4239 par Guy, comte de Mi- 
veraais et de Forez, et étendue en 1315 par une stipu- 
lation de leur seigneur aux habitants de Merry (3). Les 
termes de la concession sont un témoignage curieux de 
la libéralité de certains seigneurs en matière de droits 
d'usages forestiers, libéralités dont eurent tant à souffrir 
nos forêts (2). Ces concessions n'étaient du reste parfois, 
comme il a déjà été remarqué, que la reconnaissance de 
droits ikMit jouissaient les usagers, et Pierre de Courtenay 
ne fit lui-même qu'en agir ainsi à l'égard des habitants de 
Mailly. Ledroit d'usage s'étendait sur le tremble, le charme 
et l'érable. Il était permis aux bourgeois de recueillir tout 
le bois mort nécessaire pour se chauffer, de couper tout 
le bois YÎf nécessaire pour la construction des maisons, la 
confection de tous les aisements (aisementa) , de tous les 
ustensiles de ménage, de tonneaux, de cuves, de plats de 
diverses espèces, de quelque bois que ce fût (3). 

On pourrait encore citer, dans le diocèse d'Auxerre, bien 
d'autres bois qui existaient au xii" siècle et dont il ne 
reste maintenant aucune trace; tels sont par exemple 
ceux de Tul ou Tuleau (4), et de Montiers (5), etc. 

Plus au midi, vers le centre de la Bourgogne, les bois 
foisonnaient littéralement; le pays compris entre la Seine, 



(1) Voy. J.-F. Baudiau^ Le Morvand, t. I, p. 278. 

(2) Voy. H. de Riancey, Mémoire pour servir à Vhistoire éTune forêt, 
dans 2e Correspondant, t. I, p. 183 et suiv. 

(3) H. deRiancey, mém, cité p. 193. 

(4) Voy. Lebeuf, Mémoires concernant r histoire ecclésiastique et civili 
d'Auxerre, t. II, pièces, n* 37. / 

(5; Jbid, p. 21, charte de 1165. 



ch;lpitre XV. 231 

rArinnn:,on, la Brenne et la Loze, constituait une sortei 
d'ile boisée. Cest dans un des cantons de celte grande 
forêt bourguignonne, appelé Chatelun ou Chatelot^ que 
fut fondée, en l'an 4116, une abbaye de Tordre de saint 
Benoit, sur remplacement où existait auparavant un er- 
mitage (1). 

Le défrichement commencé par les moines fut continué 
plus tard pour le service des forges; Texploitalion du fer 
oolithique dont cette forêt devint le siège, acheva la des- 
truction des futaies. Les longues lignes d*arbres qui se 
déployaient encore, il y a quelque cent ans, sur le cal- 
caire oolithique compris entre Montbard et Ghâtillon-sui:- 
Saône, à plusieurs myriamètres de distance, ont été ro- 
gnées par. les champs (2). 

Au sud, en descendant vers Dijon, la culture, celle de 
la vigne plus particulièrement, avait amené de bonne 
heure le défrichement, et, parmi les nombreuses chartes 
que D. Plancher nous a conservées dans son histoire, il 
est fréquemment question, en cette partie de la province, 
de prés, de vignobles et de terres labourables (3). Toute- 
fois les environs de Dijon, dans la direction du nord- est, 
jusqu'à la Norge, doivent avoir été boisés, il y a seulement 
quelques générations, car on y renéontrait au siècle der- 
nier plusieurs lieux-dits accusant l'ancienne présence des 
bois, tels que Bois-de-Sully, Bois^-Pierre ^ Bois-de-Va- 
rois y etc. 



(1) D. Plancher, Histoire générale de Bourgogne, 1. 1, p. 313, Preuves, 
p. XXXVII. La charte qui relate ce fait est une concession faite par Guy, 
abbé de Molesme, à la réquisition d'Etienne, évéque d'Autun. Cette 
chartô appartenait au cartulaire de Fontenay. 

(2) Voy. Dufrénoy et Elie de Beaumont, Explication de la carte géolo- 
gique de France, t. II, p. 386. 

(3) Voy. Preuves de V Histoire générale de Bourgogne ^ p. lxiii et 
passim. 



232 LES FORÊTS DE LA (iAULÊ ET DE l'aNCIENNE FRANCE. 

Au sud-est de Dijon, près de rOiiche, existaient, en 
1125, deux bois, ceux d'Aile et de Broesse, sur remplace- 
ment ou au voisinage desquels fut fondée l'abbaye de 
Tart, le premier monastère de femmes qui soit sorti de 
Citeaux (1); mention est faite de ces bois dans le Vidimus 
de Hugues, abbé de Saint-Bénigne de Dijon, certifiant 
une concession de Jean, seigneur de Montréal, à l'ab- 
baye (2). Le bouquet indiqué dans la carte de Gassini 
sous le nom de bois des Ailiers, est certainement un 
débris du premier de ces bois. Toute la partie sise au midi 
dTchigey doit avoir été défrichée. pour le service des 
nonnes. 

Une autre fille de Cîteaux, l'abbaye de là Ferté, fondée 
en 1113, fut la cause principale du déboisement du dis- 
trict qui environne Bragny, à deux kilomètres de Verdun, 
entre la Saône et la Dheune. Cette forêt, dite forêt de 
Braif/ne, ou du Grand-Bragny^ au milieu de laquelle fut 
construite l'abbaye (3), n'est déjà plus que qualifiée de 
bois {ne^nus de Braigneaut) en 1283; elle devait compren- 
dre le massif forestier qui occupe l'angle formé par la 
Guye, le Grisou et la Grône, à savoir, le bois de Bragny, 
les bois de Ghapaise et de Gluny. Elle a dû aussi s'unir, 
dans le principe, à la forêt de Givry ^Joresta de Givereio) 

(1) Voy. Gall. christ, t. IV, col. 848, de Eccies. Lingofu 

(2) Voy. D. Plancher, Hisl. générale de Bourgogne^ preuves, t. I, 
p. 101. Jean de Montréal concède à l'abbaye l'usage du bois de hétre et 
de chône et de tout autre bois, et il s'engage, dans le cas où il voudrait 
faire abattre le bois (boscum), de rendre aux nonnes l'usage de bois équi- 
valents. La même charte parle d'un défrichement antérieur d'une partie 
des bois d'Aile et de Broesse, qui ont été convertis en prés et en champs : 
« Quod ad homines jam dicU domini Joannis (de Montréal) in bosco Allé 
vel de Broesse extirpavenint, ad faciendum prata vel campos, similiter et 
jam dictffî moniales potuenint extirpare. » 

(3) « Quamdam partem sylvae quam incolee loci illius Bragne, gallice 
le Grand^Bragmj (i\)[ie\\iinij » est-il dit dans la charte. (Voy. Preuves de 
VHisi. de la ville de Chdlon Tillmlre Orbandalc), t. II. p. 7!.) 



£HAP1TIIE XV. 233 

appelée au xiu* siècle, foresta de rupttis Gitreiiun^ et dont 
plusieurs bois s'étaient alors détachés. Car elle n'en est 
séparée que par la Corne. 

La partie déboisée de Tancienne forêt de Beauregard et 
de Malleroye occupe la rive droite de la Dheune et est in- 
diquée par Saint-Martin-en-Gàtinais, Sondebois et le bois 
de Gergy. Cette rivière la séparait de la forêt de Borne. 

Eu général, au midi de la Bourgogne, surtout dans la 
région qu'embrasse le département de Saône-et-Loire, la 
majorité des forêts n'a subi de grands défrichements que 
depuis un siècle à peine (1). 11 n'y a pas soixante-dix ans 
que celles qui appartenaient à l'abbaye de Cluny ont été 
envahies par la culture (2). L'Autunois, le Brionnais, pré- 
sentaient de vastes étendues boisées qui nesubirent pas de 
notables réductions pendant toute la durée du moyen âge. 
On en a la preuve pour la forêtdePlanèse, dans la donation 
faite d'une partie de cette forêt à l'abbaye de Maizières, 
par Hugues III, duc de Bourgogne, en l'an 4174 (3). Le 
bois dePlanoise qui, réuni à celui de Beunchy, représente 
Fancienne forêt de Planèse^ garde presque les mêmes li* 
mites qu'avait celle-ci, il y a sept cents ans. Antully {Antul^ 
liacum) occupait déjà, en 1474, le centre d'un vaste essart, 
. comme l'indique la carte de Cassini. La route romaine 
désignée dans la charte d'Hugues sous le nom de Chemi- 
num Petrinum, qui allait d'Âutun à Chàlon, traversait de 
même là forêt, laissant de côté une forêt de Saint-Saturnin 
et de Tautre la terre de Saint-Martin. C'est seulement au 
nord, aux environs de Saint-Léger-des-Bois, que quelques 
défrichements paraissent avoir été opérés. 

(1) Dans le GharoIIais, il y a eu pourtant des défrichements notables 
qui ont amené Téclaircissement de ia forêt de Cbarolles et la séparation 
des bois BnUé et du Grandva'ux. 

(2) Bagut, Statistique de Saône^et' Loire, p. 561. 

^3) Voy. D. Plancher, Histoire gén. de Bourgogne, t. I, preuves, p. liv. 



234 L£S FORÊTS DE LA GAULE ET DE l'aNCIENNE FRANCE. 

La forêt de Planèse a pu se rattacher originaireoienl à 
celle qui euTironnait Âutun, l'antique Augnstodunum , et 
que Ton trouve désignée dans une ctorte de Louis d*Ou* 
tremer sous le nom de Forêt de la montagne (1). 

D'ailleurs, dans sa partie occidentale, le département 
de Saône-et-Loîre occupe le sud du Morvand, i-égion qui 
ccmserva encore, à beaucoup d'égards, Taspect forestier 
de Tancienne France. On y trouve en grand nombre de 
belles forêts, telles que celles de Ghàttllon et de la Gra- 
velle, et j'en ai déjà signalé quelques-unes, en parlant 
de TAuxerrois. Ce n'est pas à dire cependant que dans le 
Morvand l'influence du déboisement ne se soit pas &it 
sentir. Plusieurs forêts ont subi des réductions notables; 
plusieurs ont à peu près disparu. Dès le milieu du 
xiii^ siècle, la forêt de Saint-Germain, située au vpisinage 
deBrazey^n-Morvand, offrait de larges clairières,puisqu'eB 
4261 nous trouvons au centre de cette forêt un hameau 
nommé Tanoise et une chapelle dédiée à Saint-Germain (2). 
Cus$y-en-Morvand,qui faisait jadis partie de l'archiprètré 
d'Autun, tire son nom, corruption du mot cotia,de% forêts 
étendues dont il était environné. Dans ces forêts seigneu- 
riales, les habitants jouissaient, moyennant cinq sous par 
feu, du droit d'usagé et de pacage ; ils pouvaient, disent 
les anciennes chartes, prendre bois mort et mort-bois 
pour leur chauffage, ^0/5 de fol coupé à la serpe ^ pour bou- 
cher leurs héritages , pièces à bâtir et pour chaussure de 
charrettes et charrues et autres engins nécessaires, sans 
pouvoir toutefois en vendre, à peine de trois livres un sou 
par chaque contravention (3). On comprend quede si beaux 



(1) Celte charte a été publiée par la société éduenne (Hém. an. 1839, 
p. 3V). 

(2) Voy. à ce sujet Baudiau, le }forvand, t. II, p. 628. 

(3) Baudiau, our. cil* t. Il, p. 314. 



CHAPITRE XV. 235 

privilèges aient amené la dëvastalion de la forêt. Une autre 
forêt dite la forêt au Duc, parce qu elle appartint jadis au 
duc de Bourgogne, occupe encore aujourd'hui une notable 
superficie (i,235 hectares); mais elle était beaucoup 
plus étendue, quand, en 1215, Eudes III en fit l'acquisition 
de Robert de Gorbigny (1). C'est ce que montrent le grand 
nombre de villages qui y avaient droit d'usage et de pa- 
cage, moyennant une certaine somme (2). D'épaisses forêts 
environnent encore le village de Roussillon-en-Morvand , 
appelé jadis Blain; l'inspection de la carte de Gassini ac* 
cuse certains défrichements antérieurs (3). 

Au reste, leMorvand partageait avec le Nivernais, dans 
lequel se trouve la majeure partie de son territoire, ce 
caractère forestier. Bien que l'établissement de forges 
en cette province ait été la cause de l'exploitation impré- 
voyante du bois (4), les forêts y sont encore étendues. Dans 
les temps anciens, elles couvraient cette partie de l'ancien 
territoire éduen d'un réseau serré d'arbres. Une forêt 
presque continue se déroulait au sud-ouest et au sud d'En- 
trains, localité d'origine romaine, et s'avançait jusque 
vers Gosne, le Condate des Itinéraires. Des lambeaux do 
bois , qu'indique Gassini sur la rive gauche de la Gure, 
semblent être les vestiges de la forêt qu'on trouve men- 
tionnée dans une charte de la fin du xn* siècle, sous le nom 
de forêt de CalUbus, autrement dit la forêt de Galz et qui 
empruntait son nom à un village ainsi appelé, et qu'a rem- 
placé le hameau de Ghau , dépendant de la commune de 

(1) Baudiau, ihid. t. II, p. 433. 

(2) Les villages qui y avaient ce droit étaient Quarré-les-Tombes, 
Ghamplois, Montz, La Fouletière, La Gorge, Yilliers, Yelars, Menemois, 
Hontgaudier, Bousson, Iles-Menerier, Grot de Fou, Bonnaré et Borooux. 

(3) Baudlau, ouv, cit, t. II, p. 321. 

(4) Voy. Guy Goqùilie, Histoire du pays et duché de Nivernais, 
' p. 349. 



236 LES FORÊTS DE LA GAULE KT DE l'aNCIENNE FRANCE. 

Dhun-les-Places, canton de Lorme, arrondissement de 
Clamecy (1). 

Des souvenirs de l'âge celtique vivent encore dans plu- 
sieurs forêts nivernaiseSjdont la présence est rappelée par 
des noms de lieux. Ainsi, près des Âmognes {Amangiœ 
ou i4 momVs dans les chartes), dont le nom nous conserve 
un mot de la langue celtique, existe un hameau de La 
Forest, Près de Saint-Sauge, se rencontrent les lieux-dits 
La Forest, Bussières, Saiiii-Benin^es-Bois. Auprès de La 
Fermeté se trouve le bois de Gui-ran-Neuf^ dans lequel 
est un dolmen (2). 

Le commerce du bois, que l'établissement du flottage a 
singulièrement activé dans le Nivernais, doit être consi- 
déré comme une des causes qui ont le plus puissamment^ 
depuis trois siècles, contribué à éclaircir les forêts niver- 
naises et en particulier celles du Morvand. Quoique la 
plupart des forêts n'aient point été coupées à blanc, qu'on 
se soit souvent borné au furetage (3), la consommation 
croissante du combustible dans la capitale a fait jeter dans 
les eaUx de la Cure, de l'Yonne et de leurs affluents, une 
masse de plus en plus étendue de bûches perdues de chênes, 
de hêtres, de charmes, d'ormes, de bouleaux (4). 

Mais cette exploitation active n'a pu dépouiller le Ni- 
vernais et la Bourgogne de la parure de leurs forêts; elles 

(1) Voy. Quantin, Cartvlaire général de VYonne^ t. II, p. Î35. 

(2) Voy. Morellet, Supplément à V Album histotique et pittoresque du 
Nivernais, 

(3) Aujourd'hui le gouvernement et quelques riches particuliers coupent 
à blanc ; mais la plupart des autres particuliers coupent au furetage; ce 
qui ,se fait en abattant les plus gros arbres ; c'est le mode d'exploitation 
qu'exprime le terme jardiner. 

(4) Voy. à ce sujet Baudiau, Le Morvand, 1. 1, p. 4, 5. L'invention de* 
)a marque des bûches {martelage)^ qui date de 1798, en facilitant le com- 
merce par flottage, en étendit encore la sphère. Auparavant les mai- 
chands retiraient un nombro de bûches proportionnel à celui qu'ils 
g.vaicnt jeté à l'eau. 



CHAt>ITRE XV. 237 

ël aient, il y a un ou deux siècles, l'orgueil des habitants 
de cette province, qui les défendaient avec ténacité 
contre des défrichements inconsidérés. « Quant aux bois 
pour la multitude desquels nos voisins coustumièrement 
se inoucquent, écrit Gollut, ils sont couchés pour une sin- 
gulière commodité et proffitde tout le peuple, non-seule- 
ment pour la nécessité des bastim^nts et du chauffage, 
mais pour le plaisir et profBt des bestes sauvaiges qui s'y 
establent et infinie multitude, mais encore pour le gland, 
faine, cerises es pasturages et austres choses nécessaires 
au bestail, desquelles l'on tire tant de profBt que nous 
disons cela valoir une troisième portion des graines du 
pays. Et c'est pourquoy les laboureurs les appellent le 
troisième grenier de Bourgogne. Et sert ce grenier mer- 
veilleusement pour la seuretédu païs, parce que, de quel- 
que endroit que vous voudrez, vous passerez à couvert 
par tous les quartiers du pays, de forteresse à autre, et 
pourrez facilement aller au secours et ravitaillement des 
villes, donner camisades aux ennemis, faire retraite à la 
seureté et vous refaire et rassembler à un signal, en tel 
endroit du païs, prochain ou esloigné, que vous voudrez, 
comme l'hay apprins par un militaire discours, etc. (1). » 
Les cantons qui longent la rive gauche de la Saône, dans 
la partie de son cours où elle sépare la Bourgogne de la 
Bresse, étaient, suivant la tradition du pays, couverts de 
bois lorsque les débris des armées sarrasines vinrent s'y 
établir. Ce furent elles qui transformèrent par leurs défri- 
chements, ces contrées forestières en des plaines très- 
productives. Le nom de Boz (bois), que porte encore une 
localité de cette contrée, rappelle l'ancienne existence de 
ces bois. 

(t) Mém, histor, delà rtpubl, séquanoise, p. 84. Dijon, édit. de 1647, 
in-fôl. 



238 LES FORÊTS DE lA OAULE BT DE L ANCIENNE FRANXK. 

Cette tradition (1) est confirmée par le témoignage d*Ai- 
moin, qui parle du Saitus Brexius; car, comme Ta remar- 
qué Adrien de Valois (2) , ce Saitus devait s*étendre sur la 
rive gauche de la Saône. Il en subsista longtemps des vesr- 
tiges. En face de Mâcon se trouvait le Bois chétif^ dont le 
nom est une corruption de l'appellation Nemus Captiotme. 
Le bois Vatœré se rencontrait plus au sud, là oii sont les 
prairies de Gormoranche (3). - 

Des bords de la Seille à ceux du Doubs, dans Tarron- 
dissement actuel de Louhans répondant en grande partie 
à la Bresse chalonnaise» régnait une succession de grands 
bois qui indiquait la séparation de la Bourgogne et de la 
Franche-Comté, et dont Lessard et Saint-Germain du Bois 
marquent le centre. Les bois de La Marche, la forêt de 
Malvèvre, ceux de Savigny en sont les restes (4). 

Ainsi au sud comme au nord, subsistaient au moyen âge 
des pans de la vaste muraille de foréU qui environnait la 
Bourgogne comme un rempart naturel. 

(l).Voy. à ce sujet Beinaud, Invasions des Sarrasins en France^ 
p. 302, 303. 

(2) H. Vales. NotiUa GaUiarum, p. 9S. Adrien dé Valois r^ipporta It 
passage du livre IV d'Aimoin. 

<3) Aug. Bernard, CarttUaire de Savigny et d^Ainay, II* partie, 
p. 1073. 

(4) Quelques autres forêts ont disparu de la Bresse, telle est celle qui 
portait le nom de Sylva Pireia située près de Replonges (canton de Bagé 
le Chatel). Voy. sur cette forêt et sur plusieurs autres de la Bresse, du 
Maçonnais» du GharoUais et du Brionnais, Ragut, fiarttdaire dt Saini- 
Vincent de Mâcon, p. 249 et passim. 



CHAPITRE XVI> 239 



CHAPITRE XVI. 

FORÊTS DE LA FHANCHB-COMTÉ. — LE JURA. — LE PATS DE VAUD. — 
ANCIENNES FORÊTS DE LA SAVOIE. — LES WALDSTETTEN. — INFLUENCE 
• DES BURGONDES. — DÉFRICHEMENTS OPÉRÉS DANS l'hELVÊTIE. 

On a déjà vu, par ce que j'ai dit du Saltus Sequanm^ 
quelle vaste étendue occupaient les forêts dans la partie 
de la France qui porte le nom de Franche-Comté. Durant 
la période du moyen âge, tandis que le défrichement se 
poursuivait sur certains points, en d'autres, ainsi que 
cela s*est passé pour diverses provinces, les arbres repre- 
naient le domaine dont ils avaient été chassés. La vaste 
forêt de Chaux, dont il a déjà été question, celles de 
Chailluz, de Ban, du Jura, la forêt de Lomont, au pays de 
Baume, formaient comme les diverses mailles du réseau 
forestier qui enveloppait les défilés conduisant delà Comté 
de Bourgogne dans THelvétie (1). Dans la partie de la 
Franche-Comté, qui répond au département actuel de la 
Haute-Saône, une foule de bois furent laissés debout et ils 
ont subsisté jusqu'au siècle dernier. La région, notam- 
ment, qui s'étend de Vesoul à la rive de l'Ognon, était 
toute boisée, mais on n'y rencontrait aucune grande forét^ 
et celle de Sorans, malgré son nom, n'était elle-même 
qu' un de ces grmids bois qui continuaient ailleurs de porter 
simplement cette appellation générique. Du x* au xvii* siè- 
cle, les mailles de ce réseau se sont graduellement élargies ; 
plusieurs forêts disparurent; je citerai notamment celle 



(1) Annuaire hislor. ti statisL du DouhSy 19« année, p. 201. (Voy. sur 
les forêts de la Franche-Oomté, Goilut, Mém, histor. de la répubL séqua^ 
noise, p. 8G.) 



240 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l'aNCIENNE FRANCE. 

qui environnait Dôle et qui, s'avançant jusqu'à Auxonne, 
servait de marche entre le duché et la comté (4). Cette 
forêt, ainsi que celle de la Serre, était un des principaux 
débris du Saltus Sequanus; là se pressaient les futaies de 
hêtres, d*aulnes et de frênes, comme l'indiquent les noms 
d'une foule de villages dérivés de celui de ces essences (2) : 
Faye ou Fai (du latin fayus^ hêtre), Vernois, Vernay ou 
quelques noms commençant par le radical ver (rem, en 
celtique, aulne) (3), Frasne, Frasnée, Frasnois (du latin 
fraxinus^ frêne) (4). Du xii* au xiv* siècle, tout le territoire 
qu'occupent actuellement les villages du Grand et du Petit 
Abergement était entièrement boisé. Le défrichement date 
des constructions élevées en 1190 par l'abbé de Rosières, 
au hameau de la Tournelle, qui n'était alors qu'une 
simple ferme. Dans les siècles suivants, les colons ne ces- 
sèrent d'y arriver, attirés par les avantages qui leur étaient 
faits, et nous voyons encore, au xv!!"" siècle, le maréchal de 
Lorge, baron de Vadans, accorder aux nouveaux habi- 
tants des droits importants dans ses forêts (5). Au val de 
Miége, arrondissement de Poligny, les prieurés de Miége 
et de Sirod, colonies sorties du monastère de Saint-Oyan- 
de-Joux, devinrent des centres agricoles. Les clairières 
s'étendirent rapidement; au xii' siècle, les villages de 

(i) Roussel, Dictionnaire géographique des communes du Jura ^ t, III, 
p. 141. 

(2) Roussel, 0. «. t. III, p. 159. 

(3) Vingt villages de la Franche-Comté s'appellent le Vernois ou le 
Vernay, Le radical Ver ou Vaire se retrouve dans les dénominations 
géographiques des environs de Cuisia, village de Tarrondissement de 
Lons-le-8aulnier, dont le nom, d'origine celtique (coat^ bois), dénote la 
présence ancienne d'une forêt. (Voy. Rousset, o. c. t. II, p. 355.) - 

(4) Rousset, 0. c. 1. 111, p. 159. 

(5) Rousset, 0. c. t. 1, p: 4 et 5. Le nom d*Abergement«€ommence à 
figurer dans les titres à partir de 1?63. Les deux villages, qui ne ibr- 
maient dans le principe qu'une commune^ dépendaient du bailliage de 
Salins. 



CHAPITRE XVI. ^i 

Miége et de Molpré étaient déjà florissants. En possession 
de droits d'usage étendus dans les forêts d'Onglières et de 
Ja Haute-Joux que leur avait concédés un seigneur de No* 
zeroy, les habitants abattirent sans discernement, et la 
dévastation des arbres marcha rapidement (i). Toute cette 
partie de la Franche-Comté subit un déboisement tel qu'il 
. ne restait plus, au xvi"" siècle, dans la seigneurie de Poli- 
gny, que deux forêts domaniales, celle de Vaivre (2), qui 
contenait de 800 à 1 ,000 journaux, et celle de la Mangette, 
d'une superficie de 500 arpents. A une époque plus recu- 
lée, existaient les iprêts de Boichat, du Bois-Gouronné, du 
Bois*Fromonty des Ghamps-Rouges, de Dam-Rainaud, de 
MontrÂdelon, autrefois niont Oidelon {mons Odilords) (3), 
de Devens et d'Outre-Boîs (4). Ce n'est qu'au xv* siècle, que 
des mesures furent prises pour en régler l'aménagement 
et y limiter le droit d'usage (5). 

J'ai dit qu'au moyen âge la forêt reprit souvent le ,'do- 
maine dont elle avait été jadis chassée. On en a la preuve 
dans les antiquités romaines, telles que tuiles à rebords, 
médailles, débris de constructions, découvertes dans le 
climat nommé aux Vannoz^ sur le territoire de Balay- 
Saux (arrondissement de Dôle); car l'origine de ce village 

(1) Hou8set, 0. c. t. lY, p. 168. 

(2) Voy. sur ce nom, variante de celui de Voëvre, ce qui est dit 
p. 200 et'204. 

(3) Cette forêt tira, dit-on, son nom du forestier Odîlon, qui est men- 
tionné dans une charte de 1133. Voy. Chevalier, Mémoires historiques 
surlavUlê et seigneurie de PoliçHy, t. II, p. 91, note. 

(4} Rousset, ouv. cit. t. V, p. i67. Voy. sur la forêt de Devons, p. 248. 

(5) Le 4 juillet 1459, la ville de Poligny renonça au droit qu'elle avait 
de prendre librement dans la forêt de Vaivre les bois nécessaires pour 
les besoins publics. L'obtention de ce droit dépendit désormais du gruyer 
de Bourgogne ou de son lieutenant. Indépendamment des droits d'usage 
que les habitants de Poligny avaient dans les forêts de Vaivre et de la 
Mangette, ils possédaient de vastes forêts sur la montagne. Le maire en 
avait d'abord l'administration, mais celle-ci passa ensuite à la maîtrise 
ie Poligny, puis aux officiers de la réformation des forêts. Rousset, /. c. 



242 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE L* ANCIENNE FRANCE. 

et des villages limitrophes est comparativement récente; 
ils ont remplacé des forêts qui existaient au moyen 
âge, et pourtant cette contrée forestière nous apparaît 
comme défrichée pendant l'époque romaine (1). Ces re- 
tours de la forêt sont en certains points d'une date assez 
moderne. Le village de Lamaud, qui appartient aujour- 
d'hui à l'arrondissement de Lons-le-Saulnier, avait déjà 
acquis assez d'importance, lorsqu'au xv* siècle les armées 
de Louis II le ruinèrent. La végétation arborescente s'em- 
para alors des champs qu'offrait le territoire de ce village, 
et elle transforma en forêt le pays auparavant ouvert et 
fertile compris entre l'Etoile, Montmort et Louhans. Les 
défrichements furent suspendus durant une courte pé- 
riode; mais ils reprirent en 1530, et les hameaux cons- 
truits à la suite de ces abattis, empruntèrent leurs noms 
aux essences forestières qui dominaient à l'entour. De ce 
nombre furent le Frasnois, la Grande Verney, la Petite 
Verney. Au xvn* siècle, les guerres ei les maladies conta- 
gieuses qui désolèrent ce canton ramenèrent le sol à l'état 
où il était du temps des Gaulois (2). Mais il faut le recon- 
naître, ces reboisements naturels ont été en somme 
moins nombreux que les défrichements. Dans l'arrondis- 
sement de Poligny, les vignobles prirent la place des forêts 
abattues, forêts dont les noms viennent d'être rappelés. 
Aux environs de Saint-Amour, dans le canton de Lons-le- 
Saulnier, grâce aux soins de Philibert de la Baume, de- 
venu acquéreur de la terre de Saint-Amour en 1548, les 
mûriers blancs plantés pour l'élève des vers à soie, les 
châtaigniers du Dauphiné, qui donnent les célèbres mar^ 

(1) Roussel, 0. c. t. I, p. 139. Non loin de l'ancien ch&teau de Sainte- 
Marie existe une mare profonde d'où Ton a retiré d'énormes pieds de 
chône. 

(2J Roussel, 0. c. t. III, p. 374. 



■ 



CHAPITRE XYI. 243 

rons de Lyon, remplacèrent pendant un temps les essences 
purement sylvestres (1). 

Dans le Jura proprement dit, le sapin demeura l'essence 
dominante à partir d'une altitude de 700". Entre ce 
niveau et 1,100" environ, il forme surtout des forêts qu'il 
peuple seul de ses troncs élancés. Plus haut l'épicéa sou- 
vent le remplace (2). 

Un peu plus à l'est, dans la contrée qui constitue 
comme une vaste marché montagneuse entre notre pays, 
l'Allemagne et la Suisse, apparaissent au moyen âge des 
restes plus imposants de YsintiqueSaltus Sequaniis;YRel' 
vétie en est encore enveloppée sur une foule de points. 
Là, comme dans le Jura, le sapin continue à se montrer; 
mais il règne moins exclusivement. Aux environs d'Aarau 
et d'OIten, il fait place, sur le versant oriental de la chaîne 
jurassique, au hêtre, dont les teintes riantes contrastent 
avec la sombre couleur des épicéas prédominant dans le 
bassin suisse. Le hêtre descend en général dans cette 
chaîne plus bas à l'exposition du nord, ainsi qu'on peut 
l'observer au voisinage de Bade, Ferrette et Porentruy, 
ot se présente à une plus forte altitude dans les districts 
méridionaux de la même chaîne (3). 

La distribution des essences n'a pas changé depuis des 
siècles. Au moyen âge comme de nos jours, les forêts se 
continuaient de France en Suisse et de Suisse en Savoie. 
Cette ténébreuse enveloppe qui dissimulait en partie la 
frontière dressée par la nature entre ces trois pays, est 



(1) Rousset, 0. c, t. 1, p. 22. Saint-Amour est un des lieux les plus 
anciens de la Franche-Comté. 

(2) Le sapin prédomine aux niveaux indiqués ici, à partir des chaîne!^ 
sises à l'est du Stafelegg, et s'avance sans interruption jusque dans le 
Bugey. 

(3) J. Thurmann, E$sai de phytosialique, 1. 1, p. 183. 



244 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

toutefois devenue moins épaisse. Entamée par le temps et 
par Thomme» elle laisse maintenant percer à travers de 
nombreuses fissures faites à son ombre, la roche nue 
qu'elle recouvrait. Quelques forêts ont totalement disparu. 
Dans un diplôme de Tannée 862, où se trouve consignée 
une donation faite par Charles le Chauve à Richebert, 
abbé de Saint-Oyan {Sanctus Eugendus) (i), il est fait 
mention d'une forêt s'étendant de la rivière d'Orbe {Orbàj 
à la montagne Noire {terminationem Nigri montis). Cette 
forêt ombrageait donc les flancs de la Grande-Combe, ac- 
tuellement déboisés ; die allait certainement se joindre 
à l'épais rideau derrière lequel se dérobe la montagne qui 
court parallèlement au lac des Charbonniers. Deux lieux 
dits, ChapellenleS'Bois et Bois-cTAmorU^ rappellent encore 
l'étendue de cette vaste forêt, jetée comme une muraille 
végétale entre la France et la Suisse. 

Le nom de Juris appliqué à cette forêt dans la charte 
précitée, semble être une altération de celui de Jura, par 
lequel on continua longtemps de désigner toute la chaîne 
forestière qui recouvre les lignes du Jura (Jurcmus sal- 
tus) (2). Les noms que portent deux contrées princi- 
pales de la Suisse, en rappellent l'état forestier^ à savoir : 
au nord-est, les Waîdstetten ou Cantons forestiers, qui ont 
valu au lac deLucerne une des appellations sous lesquelles 
il est connu; et au sud-ouest, le pays aujourd'hui canton 
de Vaud {pagus Waldensis) (3). Les cantons forestiers 

(1) Historiens de France, t. VIII, p. 583. 

(2) Ce nom de Juranus saUus se trouve employé notamment dans Ai- 
moin,D« gestis Francorum, lib. III, c. xcvi, éd. D. Bouquet, p. 114. 

(3) J'ai déjà dit que ce mot Wald signifiait à la fois une forêt et une 
chaîne de montagnes boisées, absolument comme cela arriva en latin pour 
le mot sylva, Diodore de Sicile nous apprend, en effet, que de son temps 
on appliquait ce nom aux montagnes évidemment parce qii*elles étaient 
boisées. TûvAanvwv to 5po« cîXouav 6vc[a«Ï9vt«v. (Diodor. Sicil. Excerpt, 
cap. IV, p. 8, édit. G. Millier.) 



ca/ PITRE XVI. 245 

■ 

ëtdYeni ceux de Lucerne, de Schwytz, d'Uri et d'Unter- 
vralden. Ce dernier npm rappelle les forêts dont le pays 
fut jadis ombragé. 

Le pagus Waideiisis^ auquel les Burgondes avaient 
imposé cette dénomination tirée du mot Wald^ s'éten- 
<}ait originairement bien au delà des limites du can- 
ton de Vaud actuel (1) ; il comprenait une grande partie 
du canton de Fribourg. Au voisinage de cette ville, on 
trouvait, en remontant la Sarine, une vaste forêt, dont 
la tradition a conservé le souvenir et dans les solitudes 
de laquelle s'étaient jadis établies les hordes du roi Gun- 
diock {%. 

La plaine qui s'allonge de TÂar au Jura était dominée 
par la forêt de Gouggisberg, qu'une chanson populaire de 
la Suisse a rendue célèbre. Cette forêt recouvrait une 
partie de l'Âufgau, où Lutold de Rumligen bâtit un mo- 
nastère de l'ordre de Gluny, circonstance qui la lui fit 
donner en toute propriété par l'empereur Henri IV. Au- 
jourd'hui on ne trouve plus sur l'emplacement de la forêt 
de Gouggisberg, que des prairies , des champs, des bos- 
quets et des jardins (3). « 

L'ancien peym ou décanat d'Alinges, qui comptait, 
au XI"" siècle, soixante-quatre églises paroissiales, et 
s'étendait entre le lac Léman et la Menoge, limite de la 
province de Faucigny, depuis le château de Troches à 
l'ouest jusqu'à Saint-Gingolph à Test, était couvert de 
forêts, surtout dans sa partie orientale, appelée pour cette 



(1) Vby. le savant mémoire de M. Fr. de Gingins-Ia-Sarraz sur réta- 
blissement des Burgondes dans la Gaule, dans les Mémoires de VAcadé' 
mie royale des Sciences de Turin, t. xl, p. 243 , 253. 

(2) Voy. Gingins-la-Serraz, Mémoire cité^ p. 247. 

(3} J. de MûUer, Hist. de la Confédération suisse, traduite par 
Ch. Monnard, 1. 1, p. 335. 



2.46 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

raison Gaw-Oti^ c'est-à-dire le pays désert, d'où Ton a 
fait par corruption pays de Gavot. 

Ce pagus, qui a formé depuis la province de GhaUais, 
est maintenant dépouillé de la presque totalité de ses 
bois (1). 

Les forêts qui valurent le nom de Waldstetten aux qua- 
tre cantons de Schwytz, d'Uri, d'Unterwalden et de Lu- 
cerne, entouraient d'une large ceinture arborescente le 
magniflque lac qui baigne ces cantons et dans les eaux 
duquel se réfléchissaient ses ombrages. Cette zone syl- 
vestre s'élargissait au nord du lac de Lucerne et allait se 
joindre aux forêts de l'Helvétie septentrionale. Quand, 
vers l'an 1150, le déboisement eut enlevé aux Waldstetten 
leur physionomie primitive et en eut fait disparaître les 
plus épaisses profondeurs, un seul canton conserva ses té- 
nébreuses forêts, ce fut celui de Stanz, et on s'habitua dès 
lors à le distinguer des autres petits cantons par le nom 
d' Unterwalderiy comme nous dirions en français : Som bais. 
Les deux vallées dont il est formé n'étaient alors en réalité 
que deux forêts : l'une placée au sommet des Alpes, l'O- 
bewvalden, et l'autre à leur pied, le Niedervvalden (2). 
Le caractère forestier que présentait au moyen âge la 
partie de la Suisse qui répond aux petits cantons, la fit 
désigner par les chroniqueurs latins sous le nom de 5t7- 
verna; ses habitants furent appelés Silvanii (3). 

De même que le lac des quatre cantons, celui de Zu- 
rich était entouré d'une forêt qui, sous Gharlemagne, 
devint propriété royale. Ginq siècles de défrichement ont 

(1} Gingins-la-SarraZ) Mém, cit. p. 264. 

(2) Tscliudi, Chronicon Beheikumy 1. 1, p. 34, 58, 71 et 72. 

(3) Le nom de Sylvain, Sylvius, fut aussi imposé à plusieurs mon- 
tagnes qui séparent la Suisse de lltalie. Ainsi les monts Rosa et Gervin 
reçurent successivement ce nom, ??ion* SylviWj à cause de leurs cimes 
boisées. {Nouv. Annal, des Voyages, 1824, t. XXIII, p. 238.) 



CHAPITRE XYI. 247 

substitué à cette ceinture forestière de nombreux vigno- 
bles (1). 

Les Burgondes apportèrent la culture et la \ie dans ces 
solitudes, abandonnées auparavant aux bétes fauves, aux 
chamois et aux aigles. Les villages s'élevèrent en grand 
nombre dans les clairières pratiquées sur les flancs des 
montagnes et gagnèrent jusqu'à leur cime, que les glaciers 
ont souvent envahie depuis. Le^brtiches{9), les n€ureus{S) 
prirent la place des futaies de sapins et d'épicéas. Là où 
auparavant l'on se bornait à ouvrir par le feu un essart 
sur le sol ducpiel se semaient quelques maigres céréales, 
furent créés des vignobles et des jardins. 

Toutefois, malgré les progrès du défrichement, l'Helvé* 
tie, et en général les contrées qu'envahirent les Burgondes, 
conservèrent de vastes forêts dont la jouissance commune 
assurait aux populations voisines la satisfaction d'indis- 
pensables besoins. Les Burgondes apportèrent dans la 
Gaule les habitudes germaniques, et j'ai déjà dit plus 
haut qu'en Allemagne, surtout dans la Saxe, l'existence 
des forêts communes s'est continuée fort longtemps. C'est 
seulement à dater de la fin du xii* et du commencement 
du xiii« siècle, que les princes commencèrent à s'en attri- 
buer la possession. Cette usurpation eut d'heureux effets 
pour la conservation des forêts. En perdant le droit dont 

(1) J. de Mûller, HisL de la Conf. suisse^ trad. par Gh. Monnard, t. ], 
p. 203. 

(2) G*e8t ainsi qu*on appelle» dans le Jura et les Âlpes» les lieux défri- 
chés ; ce nom vient de l'allemand brache^ « friche. » En gaèlic, ces lieux 
s'appellent Prith^ Frilhe (mot celle d'où paraît dériver notre français 
friche, et q[ui avait désigné originairement une forêt). Lés anciens Alle- 
mandSi à l'époque carlovingienne, donnaient le nom de Bi fange aux can- 
tons d'une forêt qui étaient défrichés et livrés & la culture. (Behlen 
Lehrh der detUsch, Parstgeschichte), 1. 1, p. 56.) 

(3) Ce nom, porté par divers villages, signiile lieu nomeUemfnt difri-- 
chéydereuUn^ « extirper.» Le nom de iVetirew* s*est changé, dans cer- 
tains endroits, en celui de Nugerol. 



248 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE L* ANCIENNE FRANGE. 

ils avaient joui durant des siècles de couper du bois, de 
chasser, les paysans allemands furent mis dans l'imposât- 
bilîté de dévaster les forêts. La possession devint plus mé- 
nagère entre les mains des seigneurs. Les établissements 
religieux envahirent au^si les forêts communes ; des char* 
tes de donation firent passer de grandes étendues d'an- 
ciennes marches forestières entre les mains des moines 
avec tous les droits utiles qui en dépendaient (1). Les mo* 
nastères devinrent alors, comme ils l'ont été en Fnnoe, 
les grands centres de défrichement; c'est ce qui arriva 
également en Suisse. Les vallées du Jura et de l'Oberland 
se peuplèrent de solitaires; leur établissement en Helvétie 
remonte aux premiers temps de l'invasion burgonde. 
Protais s'était retiré dans les forêts qui bordaient le Lé- 
man. Il construisit au-dessus de l'ancien Lotisanium 
quelques cabanes qui donnèrent naissance à Lausanne. 
Genève, l'antique Genabay avait dû par son importance 
amener le défrichement de presque toute la contrée qui 
la sépare du Jura, et la colonie équestre de Nyons étendit 
encore de ce côté la zone cultivée. Aussi au xm* siècle, 
ne restait-il plus de la forêt qui, dans le principe, s'avan- 
çait de la crête du mont Tendre au lâc^ que la forêt de 
Devens, qui ombrageait le district de Gossonay (2). Dans 
la haute vallée du Jura, Pontius, Romanus et Lupicinus 
fondèrent des ermitages. Sigonius plaça sa cellule au 
haut des rochers de Balm ou Baulmes (3). Saint Germain 
appelait, au vu* siècle, dans la vallée de Porentruy, les 
religieux qui défrichèrent la vallée de Moutîers-Grand- 

(1) Voy. Bouthors, Les Sources du droit rural, p. 85. 

(2) Nemus casUlli quod diciiur Devens, dit une charte de l'an 12M. 
— Cartulaire de la Chartreuse d'OuJon, publ. par J.-J. Hisely, p. 10. 
[Mémoires de la Société d'Histoire de la Suisse romande, t. ICII.) 

(3) J. de Millier, Hisl. delà Conf. suisse, irad. parGh. Monnard, U h 
p. 119. 



ÇHAPITIUE XYl. 249 

Val (1). Vers la même époque, Ursmus allait bâtir, sa 
cellule non loin de la source du Doubs, là oii est aujour- 
d'hui Sainte*Ursanûe. La vallée, arrosée par la Suze, 
cfui notait qu'un défilé couvert de forêts, circonstance à 
laquelle elle dut le nom de Nigra Fa//i5(Nugerol),s'écIair- 
cissait sous la hache d'Imier et de son valet Albert (â). 
N(m loin de Horat, Marins, par des travaux du même 
genre, jetait les fondements de Payerne (3). Saint Gall et 
saint Mang, son disciple et son ami, après avoir traversé 
tes bois de Zurich et ceux qui recouvraient les pentes de 
l'Albis (4), pénétrèrent jusqu'aux bords du lac de Cons- 
tance dans une forêt contiguê à la forteresse d'Arbon, 
dont le nom primitif rappelle encore la présence des ar- 
bres {Arbor felix) (5). Ils gravirent la montagne, qui n'a- 
vait jusqu'alors été hantée que par les bétes fauves, et se 
mirent à défricher le pays (6). 

De toutes ces forêts que les ascètes chrétiens ont rendues 
à la culture, il ne subsiste plus que de maigres débris, 
des sapinières, comme celles de la Handeck (7), qui par 
l'altitude à laquelle elles s'élèvent, échappent à la dent 
des bestiaux, à la hache du cultivateur, et qu'on est* 
aujourd'hui plus intéressé à conserver qu'à détruire (8). 



(t) Gingins-la-Sarraz, Mém. oUé^ p. 226. 

(2) J. de Millier, Hist, de la Conf, Suisse, tr^d. par Cb. Monnard, 
1. 1, p. 151. 

(3) /Md;p. 152. 

(4) Ibid. p. 161. 

(5) Ihid, p. 168, Arbon est indiqué dans ritinéraire d'Antonin sous 
le nom é' Arbor felix, (Voy. vP 234, p. 4 10, éd. Parthey et Pinder.) C'é- 
tait dans les forêts de l'Albis, & roccideut du lac de Zurich, que s'étaient 
retirés Buprecht et Wikard, son frère. 

(6) Ibid. p. 164. 

(7) J. Olivier, Le canton de Vaud, 1. 1, p. 105. Lausanne, 18S7. 

(8) Voy. E. Desor, Excursions et séjour dans les glaciers et les hautes 
régions des Alpes, Neuchatei, 1844, p. 22. La vallée de Hassli est une 
<lc celles où la végétation forestière atteint, en Suisse, la plus grande élé- 



250 LES FORÊTS J)E LA GAULE ET ï)£ l' ANCIENNE FRANCE. 

Des bords du lac de Constance {Brigantinus lacus) jus- 
qu'aux Alpes Pennines, s'étendait une vaste forêt dont une 
partie a été défrichée par les serfs de Beronmûnster. Un 
grand nombre de monastères de la Suisse, ceux par exem- 
ple de Roggenbourg, près du Weissenhorn (1)^ d'Einsied- 
len (2), située dans une forêt surnommée la Noire, de Ro- 
mainmoutier, n'ont pas d'autre origine. Frappés des ser^ 
vices que les moines rendaient à l'agriculture^ les seigneurs 
fondèrent à leur tour de nombreux couvents (3). 

Leurs serfs concoururent avec les moines au vaste tra- 
vail de défrichement qui découronna les cimes des Alpes 
de leurs épais ombrages. Les montagnes, de plus en plus 
habitées, cessèrent d'être le repaire des bêtes fauves qui 
foisonnaient dans THelvétie ; car les dominateurs de ces 
contrées, les comtes de Rapperschwyl,deTokéhbourg, de 
Gruyère, de Lenzbourg, les seigneurs de Montfort, les 
comtes deKibourg, les ducs de Zœhringen et cent autres 
nobles les poursuivaient journellement dans leurs chas- 
ses (4). Non-seulement le paysan lié à la glèbe transfor- 
mait pour son seigneur le sol forestier en terre arable, il 
ouvrait encore dans les taillis des clairières qu'il cultivait 
à son profit {sondntm suum). Des pâtres s'établissaient dans 
les forêts les plus élevées, comme cela eut lieu au Sentis 
et au Kamor (8). Telle a été l'origine du canton d'Appen- 
zell. Le nom des deux divisions qu'on y reconnaît aujou^ 



vatton. Le chalet de la Handeck, à 4,400 pieds, est caché au milieu d'un 
magnifique bosquet de sapins séculaires. 

(1) Fondé en 1126, par Conrad, comte de Biberek, évéque de Coire, et 
par Berthold et Siegfried, ses frères. 

(2) Le couvent de Notre-Dame-des-Ermites. (Millier, 1. 1, p. 279; Ger- 
bert, HUL SUvs Nigrœ, t. I, p. 193.) 

(3) Voy. Mémoires et documents pubUés par la société d'hîstoire de k 
Suisse romande^ t. I, p. 120. 

(4) J. de Millier, ouv. cit, p. 399 et suiv. 

(5) Ihid. p. 387. 



CHAPITRE XTI. 351 

d*buiy les rhodes (1) intérieurs et les rkodes extérieurs^ rap- 
pelle les défrichements qu'on y a jadis opérés. L'antique 
Rhétie, que d'immenses forêts traversaient, ainsi que THel- 
vëtie, fut plus épargnée par la hache des moines et des 
serfs. Plusieurs de ses ténébreux massifs gardèrent pen- 
dant bien des siècles leur sauvage et primitif aspect ; et 
le chasseur seul se hasardait dans leurs inextricables défi- 
lés. Mais avec le temps» ces solitudes se laissèrent péné- 
trer. Les hardis montagnards de l'Allemagne gravirent le 
Monte d'Uccello et sillonnèrent, dans leurs courses aventu- 
reuses, le Rheinwald ou forêt du Rhin. Les paysans de la 
Souabe traversèrent la forêt qui occupait le canton de 
Gurwalchen et parvinrent jusqu'au pied dû Splugen (2). 
Les friches, et les clairières qui avoisinent le lac de Wal- 
lenstadt furent mises en culture par les serfs des comtes de 
Bregenz et de Lenzbourg (3). Ceux du couvent de Saint- 
Hilaire, à Seckingen, se répandirent, en suivant sans 
doute les bords de la Limmat, de FAar ou du Rhin, dans 
le pays de Claris, vallée moitié rhétienne, moitié allema- 
nique, et construisirent leurs habitations avec les arbres 
qui en tapissaient les flancs (4). 

Aux altitudes où ne pouvaient atteindre les demeures 
des cultivateurs, celles des hommes de Dieu arrivaient 
encore, et conime à l'Engelberg, au comté de Zurich, les 
moines ne reculaient pas devant des forêts chargées toute 
Tannée de frimas. 

Des villes s'élevèrent donc peu à peu dans les contrées 
qu'occupaient les forêts. Au milieu des épais ombrages 

(1) Ce nom est dérivé de roda^ rode, qui répond, au latin novale. 
(Voy. ScherziuB, Ghssar, german, s. v.) 

(2) J. de Mûller, Hist. de la conf. suisse, trad. par Gh. Monnard, t. I, 
p. 150, 322. 

(3) Jbid. p. 154, 322. 

(4) Jbid. p. 150, 281, 325. 



SKiâ LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

qui environnaient le chiteau de Nidek, Guno de Buben- 
berg ouTrit de vas^s clairières qu'il 4youta au territmre, 
alors Jbomé, de Berne, et» de simple bourgade, cette place 
devint une des métropoles de l'Helvétie (1). Le pied du 
Jorat, dont quelques habitations perçaient le rideau ar- 
borescent, vit s'élever la ville de Moudon. Jadis cette mon- 
tagne s'était confondue avec la chaîne du Jura, à laqudle 
la liait une Ugne continue deforéts dont un tronçon impo^ 
tant {nemus de Jorat) subsistait encore au xiii* siècle (3^. 
Enfin, au milieu des déserts ombragés de TUechtland, 
qui appartenaient à l'abbaye de Payerne, sur les bords de 
la Sarine,' Berlhold, duc de Zaehringen, fît construire 
Fribourg, qui devint, pour l'abbaye d'Hauterive, une ri- 
vale redoutable (3). 

Les forêts marécageuses de l'Uechtland (pays de Neu- 
châtel), vraisemblablement d'un aspect analogue à la vaste 
forêt de Dromling, dont les lignes irrégulières couvrent 
les bords de TOhre (4), furent asséchées ; à leur place on 
vit paraître des campagnes fertiles que des digues le- 
vées préservaient des inondations dues à l'irruption des 
eaux des lacs (5). 

Les habitants de la Suisse jouissaient en commun de ces 
magnifiques forêts où ils faisaient paître leurs troupeaux et 
allaient recueillir du bois. Ainsi l'autori^it, comme je 
l'ai fait remarquer plus haut, la loi des fiurgondes. c Syl- 
varum. montium et pascuorum unicuigue pro rata ^p- 

(1) J. de Mûller, 1. 1, p. 168, 373. 

(2) Voy. Cartuiaire de Vabhaye de Hauterei, publ. par J.^. Hisely,. 
p. 202 (dans les Mémoires de la société d* histoire de la Suisse romande). 

(3) J. de Mûller, 1. 1, p. 1 64, 367 et suiv, 

(4) Cette forêt, qui recouvrait encore, il y a quelques années, une su- 
perficie de 130,000 arpents, s'étend dans la Saxe prussienne, le Hanovre 
et le duché de Brunswick. 

(5) L'Âar, en débordant, inondait ]e& bois de l^echtland. (Voy. 
Millier, t. I, p. 254.) 



CHAPITRE XVI. 253 

petitesse commonionem (1), » dit un de ses articles. Des 
restes de cette Gommunauté se conservèrent longtemps 
dans rUechtland ; on peut citer notamment Fassociation du 
bovLchoyage^ établie entre les barons-4>ourgeois de Pontar- 
lier (2). A leur arrivée dans le pays, les Burgondes avaient 
exigé des propriétaires riverains la cession de la moitié de 
leurs bois (3). Cet état de choses ne tarda pas à entraîner 
de graves abus, qui portèrent un coup funeste aux forêts 
suisses. Les communiers commirent de nombreux dégâts. 
De plus l'exploitation naissante des mines hâta la des» 
iruction des forêts du Mont-Julier (4) et d'autres mon- 
tagnes dont les flancs recelaient des métaux utiles. Les 
communiers se disputèrent, chacun pour son industrie 
particulière, le droit d'abattre et de mutiler les arbres. 
Les charbonniers, les tonneliers, les verriers entrèrent eïi 
lutte, et cette lutte se continuait encore au commence- 
ment du siècle dernier (5). Aussi, du moment que les 
usages se multiplièrent assez pour amener une exploita- 
tion abondante, vit-on les forêts péricliter rapidement. 
En 1576, les joux ou vastes sapinières de la vallée de 
Romainmoutier, sont dévastés par les communautés de 
risle, Villars-Boson et la Coudre (6), qui abattent par 
milliers les sapins pour en faire lav&ns (planches), ce qui 

(1) Lex Burgtmd. addit. pr. g 6. 

(2) Droz, Hist, de Pontarlier^ p. 120, 121. Voy. ce que je dis plus loin 
du bouchoyage, en parlant de l'extension des droits d'usage. 

• (3) MûUer, ouvr. cit. 1. 1, p. 114. 

(4) On y exploitait des mines de fer pour les Guelfes, comtes d'Altorf. 
{Voy. Millier, ouv. dt. p. 285.) 

(5) Voy. les pièces justificatives de l'Histoire de la vallée du lac de 
Joux, par J. D. Nicole, dans le t. I, part, u, p. 496, 440, 444, des Mé» 
moires et documents publiés par la société d'histoire de la Suisse 
romande. 

(6) Voy. les pièces justificatives des Annales de Tahbaye de Joux, 
publ. par Fr. de Gingins-de-la-Sarraz, n*» 86, t, I, part, m, p. 4SI, des 
Mémoires de la société d'histoire de la Suisse romande. 



254 LES FORÊTS DE hk GAULE ET DE L'ANCIENNE FRANCE. 

donne lieu à de vives réclamations. La forêt de Risou, sise 
entre la vallée de Joux et la Franche-Comté (1)» la forêt de 
Febeton (2), fort importante au xiii'' siècle, perdirent 
promptement une partie notable de leur étendue. Une 
pièce des archives de Cossonay, de l'année 1664, repré- 
sente les bois de Seppez, qui entouraient cette vilk, 
comme grandement ruinés depuis plusieurs années (3). En 
i618, un seigneur de Gorgier, dans la principauté de 
Neuchàtely se plaint aux grands jours ou plaids de mai c du 
grand mésus qui se commet aux bois et forêts, tant de 
son altesse, de ses vassaux, que communs et particuliers, 
pour n'être châtiés suffisamment et extraordinairement 
ceux qui font le guet sur les arbres, quand les autres mé- 
susaQts coupent et abattent du bois, ni ceux qui avec un 
corbet, couteau ou autres glaives qui n'appellent le fores- 
tier, font aussi dégât de jeunes arbres, plantes et arbres, 
qu'ils peuvent plumer et couper avec lesdites menus 
glaives (4). j» Toutefois, la Suisse était assez riche de bois 
pour pouvoir réparer les pertes et ne point souffrir de ces 
dévastations locales. D'autres contrées nous donneront le 
spectacle d'un gaspillage de la matière ligneuse ayant 
eu des conséquences bien autrement fâcheuses. 

{1} Mémoires et docunu de la société dliist* de la Suisse romande^ 1. 1. 
part, m, p. 440. 

(2) Voy. Recueil de pièces concernant Fancien évêché de Lausanne, 
Gartulaire de Tan 1277, Mém. et docutn. cités^ t. VII, part, i, p. 69. 

(3) Pièces, justificatives de la Chronique de Cossonay, publ. par L. de 
(«barrière, Mém, et doc. cit. II* livr. p. 435. 

(4) Matiie, Travaux législatifs des plaids de mai, p. 42, Neufchàtel, 
1837. En Allemagne, c'était aussi aux assises de mai [Maigedinge) qu'é- 
taient portées les affaires de délits forestiers. 



CHAPITRE XVI. 253 



CHAPITRE XVII. 

m 

ANCIEN ÉTAT FORESTIER DE l/ORLÊANAIS. — FORÊTS d'oRLÉANS ET DE 
MONTA RGIS. — LE GATINAIS. — FORÊTS DU PAYS CHARTRAIN, DU BLÊSOIS 
ET DU VENDOMOIS. — LA SOLOGNE. — • FORÊTS DU BERRT. 

L'ancien pays des Carnutes, qui répondait en grande 
partie au territoire de la province d'Orléanais, formait, 
ainsi qu'on Ta vu plus haut, comme la frontière entre les 
deux Gaules, telle que la donnent les Romains, la Gaule 
Belgique et la Gaule Celtique . 

La Loire, dont le cours partage la France en deux por- 
tions à peu près égales, était prise par eux pour la ligne 
de démarcation entre les deux races (1), quoique au temps 
de César, la Belgique ne commençât qu'à la Seine (2). 
La large zone forestière qui recouvre, du Sénonais au pays 
Chartrain et au Vendômois, toute la rive gauche de ce 
crrand fleuve, constituait donc une immense marche boisée 
analogue à celles qu'on rencontre entre les territoires de 
diverses cités gallo-romaines. Le centre de cette zone était 
occupé par une des forêts les plus importantes de la Gaule, 
la Leodia ou Leodica sylva (3), désignée plus tard soiis le 
nom de foresta Lagii (4) et que nous appelons aujourd'hui 
forêt d'Orléans. Ce nom de foresta Lagii ou simplement 
Laginm apparaît dès le xiii* siècle, et comme à cette 

(1) Ce fleuve séparait, au moyen âge, les pays de langue d*oc et ceux de 
langue d'oyl. 

(2) 8trai)on. IV, i, p. U7, éd. Dûbner et Mûller. Cf. Csesai», de belL 
gnllic. I, 1. 

(3) Voy. H. Valesius, Notitia GaUianim, p. 270. 

(4) Voy. Historiens de France, t. XXII, p. 517, 578, 610. — Olim, 
M. Beugnot, 1. 11, p. 289. (An. 1289.) 



256 LES FORÊTS DE LA GAULE Et DE L* ANCIENNE FRANCE. 

époque, dWers villages s'étaient élevés en des lieux qu'oc- 
cupait originairement la forêt, l'épithète de in Lagio fat 
donnée à quelques-uns d'entre eux (!)• 

On ne peut douter qu'au temps des Romains, la forél 
d'Orléans et celle de Montargis dont je parlerai tout à 
l'heure et qui n'en était qu'un démembrement, ne pré- 
sentassent sur une foule de points de grandes trouées. 
Les voies romaines de Genabum (Orléans) à Agendicim 
(Sens), et à Lutèce, dont on retrouve encore aujourd'hui 
les tronçons (2), avaient nécessité pour leur percement de 
. nombreux abattis. Plusieurs des villages construits sur 
l'ancien territoire de la Leodia sylva datent au moins de 
l'époque carlovingienne. Dès le x* siècle, il existait dans 
cette forêt, qui était une propriété royale et où les princes 
allaient souvent chasser, plusieurs villas (3). La seule ins- 
pection de la carte de Cassini peut faire découvrir quelles 
pertes la forêt d'Orléans avait antérieurement éprouvées. 
Les défrichements se sont surtout étendus dans la partie 
septentrionale. Une foule de localités placées bien au delà 
de la lisière de la forêt, à huit, dix kilomètres et même 
davantage, portent des noms qui rappellent leur présence 
au milieu des bois : tels sont Vrigny-aux-Bois, Bois-de- 
Laleu^ la Brasse^ le Buisson-aux-Bois, Bois-Bénier, Bouzoni- 
ville^auX'Bois, le Bois-Jean^ Bois-de-Lully, Neuville-^nx- 
Bois, VillereaiHzuX'Bois, Chilleurs-aux-Bois^ Bois^Boissin^ 
Bois^ommun. 



(1) Ainsi Neuville-aux-Bois est appelé, au commencement du xiv* siè- 
cle, NomUa in Lagio, {Historiens de France, t. XXII, p. 517.) 

(2) Voy. à ce sujet Jollois, Mémoire sur les antiquités du département 
du Loiret, Il y avait deux voies qui conduisaient à'Agendicum & Gena- 
bum; l'une passait pàtAqwB Segeste, Tautre vraisemblablement par Yel^ 
launodunum ; cette dernière est encore connue sous le nom de Chemip 
de César, 

(3) Valesius, Notiiia Gaîliarum, p. 270. 



CHAPITRE XVII. 257 

Pour retrouver l'ancienne frontière septentrionale de 
la forél d'Orléans» il fautdonc réunir à son domaine toutes 
ces localités et tirer une ligne de Neuville jusqu'à Boyne, 
en la faisant passer par le Bois-de-Laleu, Saint-Michel, où 
se trouve encore un bouquet, Bouzonville, Mareau, et 
Bois-de-Lully. 

Au sud, entre Boigny et Saint-Benoît, la forêt se rap- 
prochait beaucoup des rives de la Loire. Dans cette ré- 
gion, les noms de Chessy et de Fay-aux-Loges sont suffi- 
samment significatifs. Le territoire de Saint-Benoit était, 
au VII* siècle, occupé par la furet, quand on y fonda l'ab- 
baye de Fleury (Floriacum) (1). Antérieurement, une 
autre abbaye fut élevée en un de ses cantons qui n'était 
plus au XIII* siècle, ainsi que cela ressort des Comptes 
de saint Louis, qu'un simple bois (boscus sancii Evurtii)(i). 
Je veux parler de l'abbaye de saint Evurte, appelée par 
corruption saint Euverte, et qui se trouvait sur le bord 
de la Loire aux portes mômes d'Orléans. L'existence, à cette 
époque, du bois de St-Evurte, ou comme l'on disait encore 
de Saint-Euverte, prouve que la forêt s'était avancée à peu 
de distance de4a banlieue de la ville. 

Sans doute qu'à la période gallo-romaine, la sylm Lagii 
s'étendait beaucoup plus loin au sud-est; elle allait re- 
joindre la forêt de Montargis dont un prolongement avoi- 
sinait Châtillon-sur-Loing; car divers lieux-dits qui se 
trouvent entre Sury-aux-Bois (4) et cette dernière ville, 
accusent Texistence d'une suite de bois, tels sont Ste-Ge- 

(1) Ce monastère qui doit son origine à Léodehode, abbé de Saint- 
Aniane (GaUia chrisliana, t. VIII, col. 1538, Ecclesia Âureliuneiisis), 
était situé ù sept lioucs à lest d'Orléans. 

(2) Hisiorims de France, t. XXI. 

(3) GaUia rhrisliana, t. VIII, col. 1573, Ercles. Aurelianensis, 

(4) Sur>'-îiux-Bois, en latin Svinniacxis ou Siriacus^ existait déjft au 
x" siècle. (Voy. GaUia chrisL t. \^III, Instrum. col. 488, charte do 
!lu|juesCapet, de Tannée 990.) 

17 



2o8 LES FOHKTS PE LA GAULE KT 1>E l' ANCIENNE FRANCE. 

nemève-dcs^Iiois y Changy^les^Uois, La Forcst^ le Graml- 
Boisy /eJiout-du'BoiSy etc. Il en est de même d'une foule 
ile noms de lieux dans la partie comprise entre Cliâtillon- 
sur-Loing, et la forêt actuelle de Montargis, par exemple 
La Grande-'Brmse^ Boisgei^main , Cottereaii^ Bois^Franc, La 
For est ^ etc. 

Au XIII® siècle, la Foresta Lagii élsiil subdivisée en plu- 
sieurs parties distinctes qui répondent aux Gardes que 
l'on y trouve établies au xviir, à savoir : la Vemla de 
Gomet (1), qui est la Garde de Gonmas près Mehun; k 
Venda Chomontessi , appelée quelquefois simplement 
Chofïwntesiwn (2), qui est la Garde de Chaumontois^ la- 
quelle s'étendait au-dessus de Saint-Martin; le Bùscu$ 
Sancti Lœti <?/ S. Erurtii (3), qui est le bois de Saint-Lyé, 
situé au nord-est de la forêt «actuelle, dans le canton de 
Neuville-aux-Bois; le Basais Curiœ Dei^ qui est la partie 
de la forêt d'Orléans sise au nord de Sully-la-Chapelie 
où fut fondée en 1418 la célèbre abbaye de la Cour-ûieu 
de Tordre de Cîteaux (5); cette abbaye qui lui valut son 
nom se trouvait sur le territoire actuel de la commune 
d'Ingranne(canlonde Neuville-aux-Bois); la Garetma Cas- 
tri Novi, qui est l'ancienne Ga^^de de Chateauneuf-stir- 
Loire^ aujourd'hui presque totalement démantelée. D'au- 
tres parties, dont il n'est point aussi fapile d'assigner 
Tcxact emplacement, telles que la Venda Boartii, \e Basais 
Pagœii de Villari et Venatorum sont aussi mentionnées 
dans les Comptes de saint Louis, auxquels nous emprun- 
tons ces indications. 

(t) Voy. Historiens de France, t. XXI. p. Î54. 
(î) ma. p. 254, t. XXII, p. 574. 

(3) Jbid. t. XXI, p. 272. 

(4) Ilnd, t. XXI, p. 272. 

(5) Gnll. christ, l. Vlll, col. 1582, Ecries. Aureïian. 
' (G) llistonens de France, t. XXI, p. 254. 



CHAPITRE XVII. 259 

Le monic document mentionne des parties de la forf* 
d'Orléans plus éloignées de cette ville et dont ellea aujour- 
d'hui abandonné le sol : telles sont la Venda Cantollii (1), 
qui est l'ancien bois de Cbantaloue, la Venda Mellerii, 
qui est l'ancien bois de Melleroy, dans le canton de Châ- 
teau-Renard (arrondissement de Montargis); le Boscas 
Jtableiœ, qui est le bois d'Arrabloy {Arreblaytim)^ dans le 
canton de Gien (2). Pithiviers date au moins du x* siècle; 
circonstance d'où l'on doitconclure que dèscetteépoque^ la 
forêt d'Orléans avait déjà été ouverte dans cette direction. 

L'indication de ces diverses parties de la forêt montre 
que les éclaircics n'y étaient pas encore très*multipliées, 
au commencement du xni° siècle. Quatre cents ans plus 
tard, François Lcmaire, dans son livre intitulé : Histoire 
ci antiquités de la ville et duché d Orléans (3) a signalé en 
ces termes l'étendue considérable qu'avait eue antérieu- 
rement la forêt : « L'estendue de la forest d'Orléans estoit 
grande; le Gastinoisy estoit compris. Pluviers, Yenville, 
Nemours et autres qui en portent le nom ; car Gastinois 
est appelé en latin Vastinium, qui vient du mot vastum 
« large et estendu. » Nemours a Nemore « une forest; » que 
les bourgs et villes qui sont dans l'estendue de la dite 
forest, comme Vitry, Fay, Neufville et autres, sont surnomr 
mes aux-Loges, à cause du relais que les princes et roys y 
mettoient, et Boigency a pris son nom de Bois-Jolly (4). » 

Les souverains et les seigneurs allèrent souvent chasser 

(t) Historiens de France y t. XXI, p. Î54. 

(2) Ibid. t. XXI, p. 272. 

(3) Chapitre XIII, p. 45 et suiv. 

(4) Ces deux étymologies proposées par Lcmaire sont absolument 
inadmissibles. La forme latine Bolgenciacum exclut formellement la se- 
conde. 

(5) Belleforest, dans sa Cosmographie universelle, t. I, p. 331, qua- 
lifie cette forêt de tant renommée. Quelques auteurs admettent que c'est 
dans la forôt d'0rl6ansquc se trouvait une villa d'Arèlc, où Bertoald, maire 



2G0 LES FORÊTS DE LA f.AULE ET DE h ANCIENNE PHANCE. 

dans celle magnifique forôl (i), qui fut, en 1545, durant 
un mois entier, le théâlre des plafsirs cynégétiques de 
François F (2). Le même délassement y avait déjà, aux 
premiers temps de son règne, appelé le fils de Charles 
d'Orléans. L'état de dégradation où se trouvait la forêt le 
frappa. Il était la conséquence des coupes inconsidérées 
qui y avaient été faites. François P' sentit la nécessité d'en 
régler Taménagement. Il ordonna que la superficie de la 
forêt fût exactement arpentée ; celle superficie fut trouvée 
de 4 40,000 arpents. Mais les mesures prévoyantes, prescri- 
tes par le monarque, ne furent guère mises à exécution. 
LescoupescoQlinuèrent sur une grande échelle. Une cause 
contribuaitd'ailleursàl'éclaircissementdela forêt; c'était 
unebarrière incommode élevée entre Paris et la Loire, une 
des grandes artères commerciales à cette époque. On récla- 
mait des roules de plus en plus nombreuses qui missent 
en communication l'Ile-de-France et l'Orléanais; l'éta- 
blissement de ces voies amenait sans cesse de nouveaux 
abattis. Au milieu du xvii" siècle, la forêt d'Orléans était 
déjà réduite à 70,000 arpents (3). Rabelais assigne à la 
forêt d'Orléans (3), une longueur de trente-cinq lieues et 
une largeur d'environ dix-sept. Un siècle après, elle s'était 
considérablement réduite, car F. Lemaire, qui écrivait au 
xvir siècle, ne I ui a ttr i bue pi us que douze lieues de longueur . 

(lu palais du royaume de Bourgogne, se livrait aux plaisirs de la chasse 
(|uand Clotairo envoya contre lui Mérovée, son lils, et son maire du ()alais 
Landry, avec un corps de troupe pour l'accabler (Frédégaire, Chfo- 
nique, ch. 25). Ils se fondent sur ce que Bertoald, qui n'était pas en 
force pour résister, s'enfuit à Orléans. Mais, suivant Tabbé Cochet et 
M. Alfred Jacobs, il s'agirait ici d'une villa située dans la forêt Arelau- 
nunXj autrement dit de Bretonne, en Normandie. (Voy. A. Jacobs, Gré- 
goire de Tours et Frédégaire, t. II, p. 435.) 

(1) C'est ce que rapporte Paradin, cité par Lemaire, l. c. 

(2) Lemaire, L c. Cf. Fontanon, Ordonnances, t. II, p. 270. -^-Isam- 
bort, Recueil, t. XII, p. 107. 

(;p Rabelais, liv. 1, ch. xvi. 



CHAPITRE XVll. 261 

De la forêt d'Orléans, s était détachée depuis une époque 
déjà reculée, celle de Montargis, qui, unie à celle de Bière 
ou de Fontainebleau, dut constituer à l'époque gauloise 
la nuircbe boisée séparant le« Belges des Celtes. Le dé- 
veloppement de la puissance des Séoons, les progrès de 
V agriculture sous la domination romaine, amenèrent des 
défrichements; les essarls, en s'agrandissant peu à peu, 
fractionnèrent en trois cette vaste zone sylvestre. On a vu 
plus haut que le Gàtinais est une conquête de Thomme 
sur le sol boisé; la distinction qui s'établit de bonne 
heure, entre le Gàtinais français et le Gàtinais Orléanais, 
montre que ce furent d'une part la forêt de Bière et ses 
dépendances, de l'autre les forêts de Montargis et d'Or- 
léans qui cédèrent leur territoire au pays de oe nom. J'ai 
parlé ci-dessus du Gàtinais français (1); j'ajouterai quel-* 
ques mots sur le Gàtinais Orléanais. 

Aux xjii* et xiv'' siècles, ce dernier pays embrassait déjà 
une notable superficie ; plusieurs bourgs assez distants les 
uns des autres reçoivent dans les Comptes de saint Louis 
et de ses successeurs, l'épithète de in GasUnio (2). Tels 
sont Loriucum in Gastinio (Lorris en Gàtiqe); Ferrariœ in 
Vastinio, aujourd'hui Ferrières (arrondissement de Mon- 
targis), où existait au xiii" siècle une abbaye; Foresta 
in pago Vastinemi (Forest-lez-Milly-en-Gàtine) ou avait 
été bâtie uno villa royale (3) ; Morman^ en Gàtine, ou 
comme l'on dit plus tard, Mormans en Gàtinais, bâti eu 
un canton qui fut totalement défriché. 
C'est principalement aux dépens de la foret de Montar-» 



m Voy. p. 46, 154. 

("î; liisioriens (ir Fratu^r, [. XX!, p. J03. 505^ 
'3, Ilixlorinis (fr Fnimr, t. XXI, \^. JOi. <'f. Du Caii-r, (jhmnr. ^^\. 
}|».•Il^ohol, t. V, i». "21. 



%S LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE L* ANCIENNE FRANCE. 

gis et celle de Chàtillon sur Loing, qui n'en est qu'un dé- 
membrement, que le Gàtinais Orléanais a été agrandi. 
Ou trouve la première de ces forêts mentionnée au xur 
siècle sous le nom de forêt de Poecourt^ Pouecouri ou 
Paucourt^ tiré de celui d'un bourg qui fait aujourd'hui 
partie du canton de Montargis. Cette appellation parait 
être dérivée du latin : Pauca Curia. Les Comptes de saint 
Louis nous parlent de la V^enda de Poîieconrt, des Espleta 
de Pouecourt (1). Au xin« siècle, les rois allaient parfois 
chasser dans la forêt de Montargis, dont Guillaume Horin, 
qui écrivait au xvii" siècle, évalue sa contenance à 9733 
arpents, et le circuit à sept lieues. La forteresse de Cbas- 
lellier, ancien Castellum romain, qui avait peut-être pris 
la place d'un oppidum gaulois, s'élevait en son centre et 
commandait aux diverses routes qui la sillonnaient. Au 
temps de cet historien, des vestiges du culte druidique, 
ou tout au moins des cérémonies païennes dout c4^tle téné- 
breuse retraite dut être le théâtre, s'y conservaient encore. 
Les rites accomplis par les prêtres gaulois s'y répétaient 
sous la forme dégénérée du sabbat et des pratiques ma- 
giques : Ton montrait au Chàteau-du-Chaty près de la 
pierre du Gros-Vilain y le lieu où se réunissaient les sor- 
ciers (2)! 

A l'ouest, la forêt d'Orléans allait rejoindre la grande 
forêt des Carnutes, qui n'était plus au moyen âge repré- 
sentée que par les forêts de plus en plus clairsemées de la 
Beauce et du Drouais ; car cette vaste nappe arborescenle, 
depuis l'établissement des Francs, avait été incessamment 
lacérée. La multitude de noms de lieux qui rappellent la 
présence des bois dans le département d'Eure-et-Loir, 
est une preuve manifeste que des parties nombreuses de 

(l) ilixlorie fis de France, i. XXI, p. 25 i. 

{'i, G. MuriiJ, Histoire gcnnnl' du G'tbtînoiSy p. 8*i, 83. 



CHAPITRE XVII. 263 

celle antique foret ont été défrichées; on ne compte pas 
moins de cent quarante localités (|ui, dans ce départe- 
ment, s'appellent Dois ou Boissy (I). Une vaste foret, celle 
do Gault, qui a valu leur nom au Gault {Gaudum Thvsnu- 
rarii) (canton de Droué) et au Gault en Beauce {Gaudum 
S. St€pham)(cîïnton de Bunneval), recouvrait les frontières 
des départements actuels d'Eure-et-Loir et Loir-et- 
Cher (2), aujourd'hui presque complètement découvertes. 
Toute la commune d'Arrou (canton de Cloyes), située h 
fouest deChàleaudun, n'offre plus que des plaines sans 
un bouquet d'arbres. Au siècle dernier, le bois Uuffin, 
situé à l'ouest d'Arrou, et déjà mentionné au xiu* siècle, 
était le seul vestige de la forêt de Gault. Elle s'étendait 
bien au delà et allait rejoindre au sud la forêt de Freteval, 
déliris important de cette zone sylvestre. A l'entour d'Ar- 
rou, on tiouve des villages ou hameaux du nom de Bois- 
Besnards, Forêt-Au-dinot, Bois-Gasson (Nemits Gachonis), 
/loiS'Ctirvée , Au nord d'Arrou, le nom de Grande-Forest 
donné à un hameau autour duquel il n'y a plus nulle 
trace de bois, peut marquer le point où commençait cette 
forêt du Dunois, au temps où, quoique réduite, elle pré- 
sentait encore une notable étendue. La forêt s'avançait 
vraisemblablement jusqu'aux bords du Loir et avait do 
l'autre côté pour limite la petite rivière d'Yères. 

Presque en face de la forêt de Freteval, sur l'autre rive 
du Loir, se déployait la forêt de Marchenoir qui subsiste 
aujourd'hui, mais dont la superficie a été fort réduite. 
L'abbé Expilly lui assigne encore, au siècle dernier, une 



(1) Voy. L. Morli.'t, DivUonnoii'e topograpliiquc dit dcparU'inrnt 
d*!iure'('l'Lnir, rompvenanl 1*5 noms de lieux anciens et modernes. 
nnipriin. imprr. 1801, in-i".; — K. '|p I/'piii'jis «'1 fi. Moi|"l, l'arln- 
hiirr de y U. dr ri^nfns. l. I, p 1S\Î. l H. p. 1 Vi, .J7j. 



264 LES FOnÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

étendue de 4230 arpcnis; d'où il suit qu'elle était alors la 
plus considérable du Dunois. Mais antérieurement sa su- 
perficie avait été plus que double; et c'est ce qui explique 
Je nom de Sylca Lonrja sous lequel elle fut désignée au 
moyen âge, nom altéré ensuite en celui de Sylva Lmia. 
La fondation, au xii* siècle, de l'abbaye d'Aumône [Elee- 
mosynd) (\) n'a pas peu contribué à la faire défricher sur 
divers points ; elle a dû comprendre les bois de Rocheval 
qui s'en sont détachés au nord depuis plusieurs siècles. 
D'autres bois, tels que ceux de Samt-Clmide^ des Bretotis^ 
de Jienay^ de CIncheray paraissent en être également des 
débris épars. Entre la forêt de Freteval et celle de Marche- 
noir, plusieurs noms de lieux attestent l'existence des ar- 
bres. Tels sont : Notre- Dame-des-IJautes- Forêts, le Breml, 
LignièreSy les Souches^ la Chesnay^ Tremblay^ Gros-Chêne^ 
la Boissière, le Boisrwrmand, 

D'autres noms qu'on rencontre en des lieux actuelle- 
ment découverts, au nord de la forêt de Marchenoir, La 
Brosse^ St-Latirent-des-BoiSy Bois-(t Enfer ^ indiquent que 
la grande marche ténébreuse s'étendait autrefois beau- 
coup plus dans cette direction. 

Les forêts du Dunois se continuaient sur certaines lignes 
jusque dans le Vendomois. L'une des forêts de cette der- 
nière province recouvrait la plus grande partie des can- 
tons de Saint-Amand et de Montoire (Loir-et-Cher), de 
Château-Renault et Neuvy-le-Roi (Indre-et-Loire). « Cette 
forêt, écrit le savant historien du Vendomois, M. de 
Pétigny, était connue sous le nom de Gflr^/me^ ou Wastines 
que porte encore une masse assez considérable de bois 
près de Montrouveau., J'ai donné ci-dessus l'étymologie 



(l) Gallia chrislinna , t. VMI , ^ol. 1397, Enf. Blesrns. Iiisirum. 
p. 420. 



CHAIITUE XVII. 205 

de ce nom, dérivé du radical vast (1). La foret de Gàtiiies 
{Guastinensis ou Wasiinensis sylca, Wastudum) s'avan- 
çait jusqu'en Touraine et se joignait à celle de Biémars 
dont je parlerai plus loin. La foret de Beaumont-Ia- 
Ronce, mentionnée dès Tan 1399, en constituait le can- 
ton le plus important. Elle comprenait aussi le Bois de 
Yilledomer (Foresta Villadomerii) et la forêt de Sera blan- 
<;ay {Foresta de Sempliacio) qui se rattachait à la pre- 
mière et recouvrait une partie du territoire des paroisses 
\oisines de Semblançay (Serrain, Charenlilli, St-Anloine 
du Rocher, Bousiers) (2). La forêt de Gàtines n'a com- 
mencé à être défrichée qu'au xi® siècle. La métai: ie de 
Grand-Mars j sur les confins de la commune d*Huisseau, 
semble indiquer sa liipite primitive au nord; vers le midi 
elle s'étendait au moins jusqu'à la commune de Saint- 
Laurent-en-Gàtines (Indre-et-Loire); son défrichement est 
un des faits les plus importants de l'histoire du Vendômois 
du moyen âge (3). Ronsard, qui était de cette province, 
a célébré dans' ces vers la forêt de sa terre natale : 

Saincte Gastine, ô douce secrétaire 

De mes ennuis qui respons en ton bois. 

Ores en haute, ores en basse voix. 

Aux longs soupirs que mon cœur ne peut taire 

Loir, qui refreins la course volontaire 

Des flots roulans par notre Vendômois (4) . 

Ailleurs, il consacre à la forêt de Gàtines une de ses odes: 

Donques forest c'est à ce jour 
Que nostre Muse oisive 

(1) Ce mot est devenu Val, Voit en Normandie, et a donné naissance 
au nom de VaUeville. 

(2) E. Mabille, Notice sur les divisions lerriloriales de Vancienne 
Touraine, p. 153, 159, 161. 

!i; J. de Péligny, Ilisloire archf'oloyifjue du Vendômois. l. I, p. "*!• 
(i) h' livre des AnwurXy CLXl. — Cf. <;. xxiv, vera '2. 



206 LES FOBÊTS DE LA GAULE ET DE l'aNCIENNE FRANCE. 

Veut rompre pour loy son séjour; 

Aussi tu seras vive^ 
Je te dy vive pour le moins 

Autant que celles, voire 
' De qui les Latins sont témoins 

Et les Grecs, de leur gloire. 
De quel présent te puis-je aussi 

Payer et satisfaire 
■ Plus grand que cestuy-là qu'ici 

Ma plume te veut faire ! 
Toy qui au doux froid de tes bois 

Ravy d'esprit m'amuses, 
Toy qui fais qu'à toutes les fois 

Me répondent les Muses. 
Toy qui devant qu'il naisse en moy 

Le soin meurtrier arraches : 
C'est toy qui de tout esmoy 

M'allèges et défasches. 
Toy qui en caquet de mes vers 

Estens l'oreille oyante 
Courbant en bas les cheveux vers 

De ta cime ployante. 
La douce rosée te soit ^ 

*■ Tousjours quotidiane 
Et le vent qu'en chassant reçoit 

L'alenante Diane, 
En toy habite désormais 

Des Muscs le collège, 
Et ton bois ne sente jamais 

La flàme sacrilège. 

Ladestructioa des magnifiques arbres dont Gàlines était 
plantée, commençait au temps du poêle; elle lui a inspiré 
d'autres vers oU éclatent son.indignation et ses regrets (1). 

Les forêts de Dreux, de Chàteauneuf-en-Thimcrais, de 

( I ) Voy. notamment V Elégie XXX, commençant par ces vers : 

Quiconque aura premier la main embosongnéo 
A te coupper, forest. d'une dure cognée, 
et son églogue, commentant par ceux-ci ; 

Les chesaos ombrageux que, sans art, la nature 
|:*ar ses hautes Ibrosts nourrit à l'aventure. 



CHAPITRE XVII. 267 

Lorges, la forôl Yveline, dont il a été question plus haut, 
sont autant de lambeaux de la forêt des Carnutes. Le 
Diouais ou pays de Dreux (paytis Durocassiniis) desnii dé'ik 
être défriché en partie au xi** siècle; car à cette époque il 
formait un comté renfermant un grand nombre de vil- 
lages (1). La forêt de Dreux, deux ou trois siècles au- 
paravant, s'avançait jusqu'à la Vesgre; elle touchait 
vraisemblablement au village de Rouvres, construit au 
bord -de cette rivière et dont le nom dénote l'antique pré- 
sence de chênes. Houdan, petite ville située à l'extrémité 
occidentale du département de Seine-et-Oise, et au voisi- 
nage de laquelle est un village appelé La Forcsty fut cei- 
tainement construit sur un territoire originairement en- 
veloppé dans cette grande marche forestière (2). L'Eure 
traversait, selon toute apparence, de part en part cette 
région de la forêt des Carnutes, car sur la route de Dreux 
à-Evreux, non loin de cette rivière, se trouve nn village 
appelé Cussay, jadis Cusei, qui est désigné dans une charte 
de 1031 sous le nom de Campus sylvœ (3). Il y avait donc 
là une forêt dont le Bois-Yon est uti reste; elle allait de 
l'Avre au nord jusqu'à l'Eure au sud, et comme la forêt 
actuelle de Dreux s'étend aujourd'hui sur la rive gauche 
de cette dernière rivière, il faut en conclure que la forêt 
originelle en ombrageait les deux rives. Mais l'établisse- 
ment de la chaussée de Dreux à Paris, qui date de l'époque 
gallo-romaine, amena de nombreux abattiô qui durent 
se continuer dans les âges suivants; ils se multiplièrent 
surtout au sud ; ce qui donna naissance à une (jàtiney dont 
la création a fait donner à un village le nom de Saint- 
LaureiU-de-Gàtine, 



(1) Voy. Guùrard, Polyplifjue d'Inninon, i)roi'''{2:omciicti, p. GO. 

[2) llouilnn {llodanum) existait (l*'^jâ au x" si«3clt'. 
(:r M'Tlut, ouv. cit. 



268 LES FORÊTS DE LA GAULE BT DE L ANCIENNE FRA?ÇCE. 

La foret 4ie Thiinerais {Sylva Tinmriensi^ consUluait 
déjà uae section séparée de la forêt des Carnutes(l), quand 
y fut fondé, en l'an 1066, un oratoire consacréù saint Vin- 
cent où se retirent Guimond et ses frères, et qui fut l'ori- 
gine de l'abbaye de Saint'Vincent'auX'Bois [Sainl^VinceU" 
tius in Nemoré) (2). D'autres abbayes s'élevèrent au pays 
Chartrain dans des parties boisées au défrichement des- 
quelles elfes contribuèrent ; de ce nombre furent l'ab- 
baye des Hautes-Bruyères (Altœ Brueriœ) (3) et celle des 
Clairets, fondée dans un bois dit, dans la charte de dona- 
tion, Nemus de Clareto (4), par Mathilde, veuve deGeoffroy, 
comte de Perche, 

Sur les confins du Drouaiset de laNormandie, s'étendait 
la forêt de Groth ou de Grolois, mentionnée dès la fin du 
xiiP siècle (5) sous ce dernier nom, et sur laquelle nous 
reviendrons, en traitant des forêts de la Normandie. Elle 
était séparée par l'Avre du Bois-Yon, autrefois Bois-Guyon, 
séparé lui-même par l'Eure de la forêt de Dreux, comme 
il vient d'être dit. 

Les forêts du Blésoisse liaient par une suite de bois peu 
distants les uns des autres, à celles d'Orléans et du pays 
Chartrain. Il y adeux siècles, on y distinguait trois belles 
forêts : La plus proche de la ville de Blois, écritBernier (6), 
et qui est située du côté de la Beauce, s'appelle vulgaire- 
ment la forêt de Blois; des deux autres, qui sont au delà 
de la Loire, la première s'appelle la forêt de Riissi, et tire 
vers Les Montils; la seconde est la forêt de Boulogtie; 

(I) Voy. ce qui a été dit plus haut sur cette forôt, p. 

tî) GalL chrislian. t. VllI, col. 1320, Eccles, Camolens. 

(3) Orderic Vital. Ilislor. lib. V, an. 10G6, éd. Le Prévost, p. 105. 
VU. Roberli de Arbnssel.^ dans les Historiens de France, t. XIV, j). IGô. 

(4) Gall. Christian, t. Vllï, col. 1324, Kccles. Camolens. 

(5) Foresta de Crotois in pago Drocensi. OUm. éd. IJeugnut^ t. I, 
j». 70. (An 1275.) 

'»)) Histoire de Itlnia, parlio J, p. j ri 5. 



CHAPITRE XVII. 269 

celle-ci élait? la plus importante des trois; elle est men- 

lionnée sous le nom de Boidongne dans une ordonnance 

de Charles IX de 4573 (1). La forêt de Blois contenait, 

cVîiprès Bernier, 8316 arpents ; elle en avait 8000 au temps 

de Charles, duc d'Orléans et comte de Blois, père de 

Louis XII, qui en fit abattre une grande partie, nous dit 

encore le même historien, pour bâtir des maisons dans la 

ville à ses officiers et aux bourgeois, armant mieux, par 

un motif d'humanité assez rare chez les grands, loger des 

hommes que des bêtes. Lès comtes de Blois chassaient 

souvent dans cette forêt, et la maison de chasse que l'un 

d'eux fit construire dès l'an 1090, au nord de la forêt, a été 

l'origine du château de Chambord. 

La forêt de Blois ne parait pas avoir subi de bien no- 
tables réductions au moyen âge. Peut-être comprenait- 
elle originairement à l'ouest le bois de Raçeon, et au nord- 
ouest ceux de Boulème7\ Rougey et Chambon. Le nom de 
Chou.sy, dérivé du latin Cociacum, porté par une localité 
située entre la forêt et le bois de Raçeon, indique qu'ils 
ne faisaient qu'un, à l'époque gauloise. 

La Sologne, par la nature de son sol, n'a jamais com- 
porté une notable extension des forêts ; cependant on en 
trouve mentionnées plusieurs au moyen âge qui ont dis- 
paru ou sont singulièrement réduites. Il est question 
d'une Cosdrena sylvad^ns, l'état des propriétés de l'abbaye 
de Micy {Midacus)^ ainsi que d'une autre forêt qui en était 
voisine et qui prenait son nom du village de Cersy (Cer- 
ciacum). Ceile-ci est simplement désignée sous le nom de 
la Forêt; elle s'étendait, ainsi que le bois de Saint-Agile 
{Boscus S.Agili) sur la rive gauche de la Loire (2). Au 

(t) Voy. Fontanon, Les Edits et Ordonnances des rois de France, 
2» Odit. t. Il, p. 259. 

(2) Voy. les Miciacensis monasierii possessiones, dans les Historiens 
de France, l. X, p. 600. 



276 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE L' ANCIENNE FRANCE. 

d'hui très-importante (1). L'ancienne Faresta AmbasÙB 
s'étendait entre la Loire et le Cher, depuis cette ville jus- 
qu'à Bouré et St-Martin-le-Bcau. Elle s'avançait jusqu'à 
Rocbepinard et se liait conséquemment à la forêt de Chi- 
non. Le bois appelé Braium nemus (Bois-de-Braie), où lui 
vaincu Eudes il, comte de Touraine, et où fut pris, en 
1402, par le comte d'Anjou Geoffroy Martel, le comte de 
Touraine et de Blois, Thibault, en a été un des premiers 
démembrements. Divers noms de lieux qu'on rencontre 
en cette région : Chissay^ Chisseau^ Sotwigny^ rappellent 
la présence des bois aux époques celtique et gallo-ro- 
maine. Les bois de Ghaumont, la forêt de Ghoussy, située 
plus à l'est, celle de Gros-Bois, qui s'y rattachait peut- 
être au sud, paraissent être autant de démembrements de 

• 

la grande forêt d'Âmboise ; leur distribution topogra- 
phique ainsi que celle d'un certain nombre de bou- 
quets font même supposer que la forêt de Montrichard 
n'en était pas, dans le principe, distincte. Gelle-ci, en 
effet, était liée originairement à la forêt de Ghaumont, 
prolongement delà Sylva longa [^) qui s'étendait le long 
de la Loire et dont parlent les chroniqueurs angevins. 
La forêt d'Aigues-Vives(i4yw« vivœsylva) presque contigué 
à celle de Montrichard, s'avançait jadis au nord et à 
l'ouest, jusque dans les environs d'Epeigné* Ainsi tout le 
pays a été boisé entre la Loire et le Gher. L'établissement 
de l'abbé Geoffroy dans cette forêt en avait amené de bonne 
heure le défrichement partiel (3). Les noms des lieux qui 
séparent ces forêts démontrent Texistence ancienne d'une 



(1) Cette forôt contenait, au xviie siècle, 3,633 arpents. Les buissons 
des Hayes dAmboise en renfermaient 104, ceux de Courgerayes 23, et 
ceux do Mortesoif 9 arp. 90 ch. (Voy. Voisin de La Noiraye, nus, cité.) 

(2) Voy. ce qui a été dit plus haut de la forêt de Marchenoir, p. 263. 

(3) André Salmon, Recueil des chroniques de Totiraine, p. 264. 



CHAPITRE WJI- 271 

nord deVierzon, auquel elle emprunte son nom. Celle 
foret deVierzon a conservé quelque importance; elle était 
séparée par la petite rivière de Barangeon des forêts de 
fi mite-brune et (TAllogny situées plus à l'est. De ce côté du 
Berry, en effet, les forêts commencent à se montrer moin^ 
rares. Le duché de Châteauroux passait même pour assez 
boisé. Les bois en couvraient encore, il y a soixante ans, 
une notable superficie, ainsi qu'on en peut juger par la 
carte de Legendre (2). 

On trouve, au moyen âge, mentionnée la forêt de Chèvre 
peu éloignée d'Issoudun et que Eudes, seigneur de cetie 
ville, concéda aux religieux du prieuré de Saint-Mar- 
tin (3). Une charte de 1323, émanée du roi Charles le Bel, 
accorde dans la même forêt des droits d'usaa^e (4). 

Entre la petite et la grande Sandre, il dut jadis exister 
une forêt assez étendue, qui a laissé comme débris de 
nombreux bouquets et la petite forêt d'Yvoi. La fondation 
de l'abbaye de Loroy {Locus regiits)^ qui s'éleva dans un 
cssart d'un grand bois situé de l'autre côté de la petite 
Saudre, a certainement contribué à faire disparaître les 
arbres dans cette région. Il est d'autant plus naturel d'ad- 
mettre que le Berry dans sa partie occidentale fut jadis 
très-boisé, que par ce côté il touchait à la Touraîne, con- 
trée qui l'était également. La grande forêt de Brione 
{Briona sybm) formait jadis une marche entre le terri- 
toire des Bituriges et celui des Turimes;'iG{x reparlerai 
plus loin. Une autre forêt, celle de Berohart ou Brouart^ 
qui faisait suite à la forêt de la Tonne, marquait sur un 



(1) Cotlc carte a él6 copiée par Fricalot, voy. Monteil, Traité des ma- 
ter ianœ manuscrits^ t. T, p. 17. 

(2) Voy. Thaumasde la Thaumassière, Histoire du Berry, p. 357, *' 

(3) Thaumas de la Thaumassière, ouv. cil. p. 366 . 

(4) H. Valpsius, NotiHa Galliarum, p. Î83. 



272 LES FORÊTS DK LA T.AULE KT DE L'aNCIENNE FRANCE. 

tiulre point la séparation de la Tourainc et du Ëcrry (1). 
Elle a laissé son nom à la Brenne , contrée maintenant 
déboisée, qui s*étend entre la Creuse et l'Indre» dans 
Touestdu département qui porte le nom de cette rivière. 
L'abbaye de Landais près Levroux, de Tordre de Citeauï, 
fut fondée en 1115 dans cette grande contrée forestière 
qui unissait la Touraine au Berry, et voilà pourquoi 
saint Sylvain y fut l'objet d'un culte tout particulier (i). 
D'autres abbayes s'élevèrent également dans cette région 
du Berry ; celle de Miserai {S. Xicolaus de Miseraïo)^ sise 
à rO. de celle de Landais, commença par être un simple 
oratoire bâti en \ 089, dans une forêt appelée Sylva Ognen- 
sis (forêt d'Heugnes) qui comprenaitcelles de Saint-Paul et 
de Garsenland (3) encore existante, et dut ensuite à son 
vaste défrichement opéré surtout dans la direction du 
sud, le nom de forêt de Gàtines ; elle n'était séparéequepar 
le Nabon des forêts de Vernusse et de Vatan. 

Cette forêt de Gàtine, qui se trouvait à l'ouest et au nord- 
ouest de Yalençay, dut s'avancer dans le principe au sud 
jusque vers Argy; les bois qui prennent leur nom de 
cette dernière localité, en sont, selon toute vraisemblance, 
le tronçon le plus éloigné dans la direction méridionale. 

La partie du Berry qui s'étend à l'ouest et au sud de 
Chàteauroux, présentait une succession de forêts et d'é- 
tangs. La partie la plus septentrionale de cette zone fores- 

(1) E. Mnbille, Notice sur les divisions tcrrilorialvs de V ancienne 
Touraine, p. 154. 

(2) Voy. sur saint ftylvain, conrondu parfois avec saint Sylvestre, 
Boliand. Acla Sanctor, xxii septemb. p. 404. Ce saint, dont la légende 
est on partie fabuleuse, fut regardé comme identique au Zachée de l'E- 
vangile. Voy. GaUia chrisliana, t. Il, col. ÏOO, Ecoles. Bilxiric. Cf. sur 
Tabbaye de Landais, Ghampollion-Figeac, Document historiques inédits 
tirés de la Bibliothèque royale y 1. 1, p. 220, 

(^)\0YiGaUiachrisliantt, t. Il, col. 188. Ecoles, Dituric, La forôtde 
Saint-Paul, sise au nord de Levroux, est enloupco, sur la carte de Cas- 
sini, dn cinq bois qui son sont jadis dMlachés. 



CHAPITRE XYII. . 273 

tière était représentée parla forêt du Berger ; à son centre 
répond la forêt Thibault ; tes bois d'Epinay, de Merssan, 
de Lorez peuvent en être regardés comme des démembre- 
ments. La Bouzanne séparait cette forêt de la forêt d'Ar- 
genton, vraisemblablement la foresta Argent&nii men- 
tionnée dans le registre des Olim (4), et qui n'est plus 
figurée sur la carte de Cassini que par les grands bois des 
Salerons et de la Ghaize, maintenant aux trois quarts dé- 
frichés. Les noms de Bouesse, de Bouqueteau, du Breuil, 
de Vavre, prouvent que les bois s'étendaient à Test et re- 
montaient jusque sur les bords de la Bouzanne. 

A l'ouest d'Argenton, le Bois-Rùban semble être le reste 
d'une forêt qui, à l'époque gallo-romaine et au commen- 
cemeiit du moyen âge, dut rejoindre au sud la forêt de 
Fousseaux, et ombrager tout le pays que coupent la Scène 
et l'Abloux, en s'avançant jusqu'à St-Benoist-du-Sault. 
La petite ville de ce nom, d'abord appelée Salis, s'éleva 
au centre d'une forêt dite Caput Cervinum ou de Sa- 
cerge (2), et que traversait la voie romaine d'Avaj^icum 
(Bourges) à Augustontum (Limoges). Elle échangea cette 
dénomination contre celle de St-Benoist-du-Sault qui rap- 
pelait sa position au centre d'un saltus^ quand une colonie 
de moines venus de S.-Benoist-sur-Loire y eut fondé un 
monastère (3). La Sylva Caput cervinum servait, dans le 
principe, de marche aux Pictaves et aux Biluriges. Le 
bois de Chinon est un autre reste de cette forêt frontière 
que rappellent dans ce canton quelques lieux-dits (4). 

(1) Olimy éd. Beugnot, t. 1, p. 585 (an. 1264). Argenton, ville gau- 
loise, s'appelait ÂrgentomaguSf comme le prouvent les itinéraires an- 
ciens ; mais au moyen ftge ce nom Ait altéré en Argentonium, 

(2) Salis j d*où le nom de Scdense Ccmobium. — Âimoin, De GesL Fran- 
cor.f II, 7, 15. — Historiens de France^ t. VIII, p. 544, t. IX, p, 141. 

(3) Voy. E. de Beaufort, Recherc/ies archéologiques dans les environs 
de Saint-BenoU-du'Saultf dans les Mémoires de la Société des Anti' 
quaires de VOuesiy ann. 1S60-61, p. 270. 

(4) Le Breuil, Petit-Bosc, les Bois, Forest-Bate, etc. 

18 



274 VBt FORÊTS DE LA GAOLE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 



CHAPITRE XVIII. 

ÀNaENNES FORÊTS DE* LA TOURÂINE^ DU MAINE ET DE l'aNJOU. 

Le grand développement que prit de bonne heure la 
culture sur les bords de la Loire n'eut pas cependant pour 
effet de faire disparaître les vastes forêts qui recouvraient, 
à répoque gauloise, le territoire des Turones. Sans doute 
leur lisière s'écarta de plus en plus des rives du fleuve, 
mais elles conservèrent, pendant longtemps, une extension 
remarquable, et au siècle dernier plusieurs des forêts de 
la Touraine figuraient encore au nombre des grandes 
forêts de la France. Nous devons une énumération des 
vieilles forêts tourangelles à Texcellente A^o/icc de M, Emile 
Mabille sur les divisions territoriales et la topographie de 
r ancienne province de Touraine {{) ; aussi dans ce qui va 
suivre la prendrons-nous souvent pour guide. 

La forêt de Ghinon {Sylva Caynonis^ foresta de Chinon) 
est mentionnée dans les Comptes de saint Louis (2). Au 
XV* siècle, suivant M. E. Mabille, elle commençait à l'ouest 
entre la Loire et la Vienne, depuis Huismes jusqu'à Chi- 
non, et s'étendait à l'est jusqu'à Thilouze, Ville-Perdue et 
Ste-Catherine-de-Fierbois. L'ancienne route de Tours à 
Ghinon et la vallée de l'Indre lui servaient de limites au 
nord. L'inspection de la carte de Gassini montre qu'elle a 
dû anciennement s'avancer jusqu'aux bords de l'Indre, 
embrasser Azay-le Rideau et rejoindre Montbazon. Gomme 



(!) Paris, 1866, in-8«. 

(2) Historiens de France^ t. XXI, p. 258. C'est à tort que M. E. Ma- 
bille dit que le nom de forêt de Ghinon n'apparaît que vers la lin du 
xrv* siècle. 



CHAPITRE XVIII. 275 

ces deux villes ne paraissent pas remonter au delà du x* 
ou xi"" siècle, il est probable qu'elles furent bâties dans des 
clairières de la forêt (1). Quelques bouquets, tels que le 
bois de Montison^ celui des Etangs^ en doivent être des par- 
celles détachées. Dans le principe, la forêt de Ghinon ne 
faisait vraisemblablement qu'un avec celle de Grissay dont 
le nom rappelle le celtique Coiia ; en effet, elle n'en était 
séparée, au siècle dernier, que par les landes et les bruyè- 
res de Ruchard (Nemus de Ruchart), qui ont pris, il y a 
quatre ou cinq siècles, la place de l'ancienne forêt de Bel- 
levau {Nemus de Bella Valle) dont le nom ne subsiste plus 
que dans celui d'une petite habitation isolée (2). Vers cette 
époque, la contenance de la forêt de Ghinon était évaluée à 
6369 arpents (3). Entre cette forêt et l'Indre existent des 
localités dont les noms rappellent la présence des bois, 
telles sont : Bois-Saint'Mariin^ PEssart, la Frenaye^ la 
Brosse y les Brosses ^ la Chenuaise, Ste^Catherine-de-Fier- 
Bois et un hameau appelé la Forêt, au sud de Villeperdue. 
Ces deux dernières occupent l'emplacement de la partie 
de la forêt dont le bois Saint-Maurice est certainement un 
débris. Dès le xi* ou xii* siècle, diverses autres forêts s'é- 
taient détachées de l'épaisse nappe d'ombre dont la forêt 
de Ghinon a constitué jusqu'à nos jours le reste le plus 
important. La forêt de Teillier ou Teillay (Tilliacum ne- 
mus) englobait dans sa primitive étendue la forêt de Ghi- 
non et plusieurs bois, tels que le bois Chétif et le bois du 
Bouckei, 
Amboise donne son nom à une forêt encore aujour- 

(t) Azay-le-Rideau et Montbazon n'apparaissent dans notre histoire 
qu'au xrv* siècle. 

(2) E. Habille, ouv, cU. p. 153, 161. 

(3) Voy* les procès-verbaux de visite de la forêt de Ghinon, dressés à 
Toccasion de la réformation des eaux et forêts, par M. Voisin de La Noi- 
raye, en 1669. Bibliolh. impér. mss. sxipplém, franc. n« 3540 (2). 



276 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE L' ANCIENNE FRANCE. 

d'hui très-importante (1). L'ancienne Foresta Ambasiœ 
s'étendait entre la Loire et le Cher, depuis cette ville jus- 
qu'à Bouré et St-Martin-le-Beau. Elle s'avançait jusqu'à 
Rochepinard et se liait conséquemment à la forêt de Chi- 
non. Le bois appelé Braium nemus (Bois-de-Braie), oîi fut 
vaincu Eudes II, comte de Touraine, et où fut pris, en 
1402, par le comte .d'Anjou Geoffroy Martel, le comte de 
Touraine et de Blois, Thibault, en a été un des premiers 
démembrements. Divers noms de lieux qu'on rencontre 
en cette région : Chissay^ Chisseau^ Souvigny^ rappellent 
la présence des bois aux époques celtique et gallo-ro- 
maine. Les bois de Chaumont, la forêt de Ghoussy, située 
plus à Test, celle de Gros-Bois, qui s'y rattachait peut- 
ôtre au sud, paraissent être autant de démembrements de 
la grande forêt d'Amboise ; leur distribution topogra- 
phique ainsi que celle d'un certain nombre de bou- 
quets font même supposer que la forêt de Montrichard 
n'en était pas, dans le principe, distincte. Celle-ci, en 
effet, était liée originairement à la forêt de Chaumont, 
prolongement de la 5y/t'« /onjra (2) qui s'étendait le long 
de la Loire et dont parlent les chroniqueurs angevins. 
La forêt d'Aigues-Vives(i4ywfl? ve'yœ^y/vtf) presque contiguê 
à celle de Montrichard, s'avançait jadis au nord et à 
l'ouest, jusque dans les environs d'Epeigné. Ainsi tout le 
pays a été boisé entre la Loire et le Cher. L'établissement 
de l'abbé Geoffroy dans cette forêt en avait amené de bonne 
heure le défrichement partiel (3). Les noms des lieux qui 
séparent ces forêts démontrent l'existence ancienne d'une 



(1) Cette forôt contenait, au xvii« siècle, 3,633 arpents. Les buissons 
des Hayes d'Amboise en renfermaient 104, ceux de Courgerayes 23, et 
ceux de Mortesoif 9 arp. 90 ch. (Voy. Voisin de La Noiraye, mss. ciU.) 

(2) Voy. ce qui a été dit plus haut de la forêt de Marchenoir, p. 263. 

(3) André Salmon, Recueil des chroniques de Touraine, p. 264. 



CHAPITRE XYIII. 277 

série de bouquets et de bocages, de plantations d'arbres 
qui doivent avoir été les débris d'une véritable forêt (1). 

Sur la rive gauche de la Loire» plusieurs autres forêts 
avaient encore, au moyen âge, une vaste contenance, à 
savoir : La forêt de Ghedon {Capduanasylva^ sylvade Chep^ 
doné)^ qui longeait le Cher et s'étendait sur les paroisses 
de Ghedon, Faveroles, Ange et Poillé; la forêt d'Aigues- 
vives pourrait bien n'en avoir été dans le principe qu'un 
lambeau; la forêt de Bréchenay ou Brussenay {Brusse- 
ffneium nemus, Brunissiacum nemus), dite encore forêt des 
Pelouses, sise entre l'Indre et le Gher, allant de Gourçay, 
Athée et Azay-sur-Gber d'un côté, jusqu'à Balan et Miré 
de l'autre ; au xiii* siècle, cette forêt était déjà divisée en 
plusieurs parties (2) désignées chacune par un nom pro* 
pre (3) ; les bois actuels de Balan en sont de faibles dé- 
bris; le bois de rile-Bouchard {Nemus insulanensé) ^ dont 
il ne subsiste plus de trace, joignait la forêt de Bellevau 
et s'étendait vraisemblablement sur une partie des pa- 
roisses de Panzoult et d'Avon sur la rive gauche de Tlndre, 
depuis Perrusson jusqu'à Gornillé, elle allait à l'ouest 
jusque vers Doulus et La Joncheray; la forêt de Bois-Oger 
{Boscus Ogeriî)^ dont la partie centrale a depuis longtemps 
été défrichée ; le bois de Châtres^ situé sur la commune de 
Gbambourg, le bois de fEpirms en ont été des démem- 

(l) Tels sont les bois de Cornilli, le Breuil, Cormeray, Aulnière, le 
Bois, les Grandes-Touches, la Touche, la Coudraie, le Grand-Bois-Mar- 
tin, le Chône-au-Loup, Vert-Bois, le Petit-Boulay. 

(7) Habille, <mv. cit. p. 157. 

(3) L'une s'appelait le Bois-Martin {Nemus S. Martini) ; une seconde 
Landa MUitum ; une troisième Hasta Comitis ; une quatrième le bois de 
r Archevêque; une cinquième le bois du Chantre {Nemus Cantoris)-j une 
sixième le bois du Brandon. Le lieu nommé Bois-Rahier, qui ftit donné 
aux religieux de Grammont pour y fonder un prieuré, était également 
une dépendance de la forêt de Bréichenay ou de la forêt de Bray, à la- 
quelle elle confinait en cet endroit: le canton de la fon>t dont il faisait 
partie est désigné sous le nom de Albereia 



â78 LES FORÊTS DE hk GAULE ET 0E L' ANCIENNE FRANCE. 

bremenls; la forêt de Plante {Foresta Splenta, Splendida^ 
Explenta nemus)^ dont il subsistait encore un assez large 
reste au xvii'' siècle, recouvrait Textrëmité de l'ile de Ber- 
thenay qu'elle enveloppa dans le principe tout entière 
depuis le Cher jusqu*à la Loire. Un de ses cantons (£//- 
meium)^ planté en ormes au xf" siècle, fut désigné sous le 
nom de YEpilois ou VEspîante. Enfin nous citerons plus 
au sud, entre la Creuse et la Glaise, sur les paroisses d'A- 
billy, du Grand-Pressigny, de la Guierche et de Barrou, 
Tancienne forêt de ÏEpinaty qui donna son nom à une 
commanderie de Saint-Jean-de-Jérusalem. 

La forêt de .Loches (Nemus Loehiœ) est mentionnée dans 
les titres des xii' et xiii'' siècles. Elle s'avançait autrefois 
beaucoup plus à l'est qu'elle ne le fait aujourd'hui ; toute- 
fois elle était encore, il y a deux siècles, une des plus im-: 
portantes de la Touraine (1) ; elle a dû comprendre, à une 
époque peu éloignée, le bois de Beaugerais, situé au sud, 
et peut-être même celui de Ghampdoiseau, placé plus à 
Test. Le bois de La Fontaine-Milon, situé sur la rive 
droite de l'Indre, près de Cornillé, en était un quartier ; 
peut-être même s'est-elle dans le principe rattachée aux 
forêts du Berry, à la forêt de Vatan, ville dont le nom 
( Vastinium) indique par son étymologie un ancien essart 
ou gàtine, à celles de Brouard, de Yernusse, de La Tonne, 
de Saint-Paul et de Gâtine, dont j'ai déjà parlé plus haut, 

(l) Au xvii« siècle, la forêt de Loches présentait une superficie de 
4,850 arpents. (Voy. Voisin de La Noiraye, mss, cité.) D'après le mesu- 
rage de Jacques Le Loyer, elle était alors bornée et confinée par les 
paroisses de Saint-Quentin, Genillô et Aubigny, au Nord; Ferrière-sur- 
Beaulieu et Senevières, au Midi; de Chenille, à TEst; de Ghedigné, 
à rOuest. Elle se divisait en cinq gardes ou triages : de Mareschal, de 
Mignon, de Poussechat, de Bataillé et de Migeon, renfermant 1,577, 545, 
1,048, 718 et 762 arpents, y compris deux étangs enclavés, aboutissant 
Tun à l'autre, et d'une superficie, l'un de 11, et l'autre de 6 arpents 
30 ch. (Voy. RibL imp. mss, SuppL fr. n« 3540.) 



CHAPITRE xvin. 279 

S'il en fut ainsi, la forêt de Loches constitua le prolonge- 
ment de la grande marche forestière qui s'élevait entre 
les Bituriges et les Turones. L'Indre séparait cette grande 
forêt de celles qui allaient rejoindre les forêts des Pictaves, 
et entre lesquelles il faut citer la forêt de Preuilly, au- 
jourd'hui très-réduite, mais qui s'est jadis avancée jus- 
qu'aux portes de Ghâtillon-sur-Indre. Cette forêt n'est 
qu'un démembrement de l'ancienne forêt de Brenne 
{Briotma sylva, sylva Brenniœ)^ citée dès le vii* siècle et 
qui ombrageait les territoires de Preuilly, Bossay et Tour- 
non (4) ; elle en représente la partie tourangelle ; elle a 
été aussi désignée sous le nom de Forêt de Samt-Michel. 
Tout le canton qui sépare GhâtiUon-sur-Indre de la forêt 
de Preuilly, est encore semé de noms très-significatifs : 
Cléré^u-Bois^ La Forêt ^ Bois-le-^Roy^ le Breuil-Mançon, les 
Brosses^ la PetUe^Boissière, etc. La forêt dite de Beaumont^ 
qui s'étendait à l'est de celle de Loches, n'était déjà plus, 
au ^ècle dernier, qu'un petit bois situé au nord de Mon- 
trésor. A l'époque où ce bois constituait réellement une 
forêt, ildevait se rattacher à celui de Brouard. Uneloca- 
lité du nom de La Forêt subsiste en effet dans les envi- 
rons. De l'Indre au Cher et à l'Arnon, on retrouve égale- 
ment des lieux appelés La Forêt et des noms qui nous 
révèlent Tantique présence des arbres. 

Un peu moins au sud, en tirant vers l'est et s'appro- 
chant des frontières du Berry, existait aux xi* et xii* siècles 
une autre forêt qui a pareillement disparu, celle de Che- 
nevose [Canevosa sylva)^ que bornait au midi la vallée de 
rindroye, et qui s'étendait sur les paroisses de Saint-Quen- 
tin^ de Chedigny, de Braye. L'établissement du prieuré 
de Brenezay en amena la destruction (2). 

(1) Habille, ouv, cit, p. 154. Voy. ce que j'ai dit de cette forêt, p. 271. 

(2) Mabille, otiv. ciL p. 157. 



380 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE L* ANCIENNE FRANGE. 

Au sud-ouest, la frontière de la Touraine et du Poitou 
était tracée par la forêt de Bort {Foresta de Bort, Faresia 
Bomus)y qui s*étendait sur les paroisses de Tizay, Cou- 
ziers, Lerné, Cinais, Candes en Touraine, Boifiëen Poitou, 
Champigny-le-Sec, et où fut fondée la célèbre abbaye de 
Fontevrault à la fin du xi* siècle. 

Sur la rive droite de la Loire, au nord de la Touraine, 
existaient plusieurs forêts importantes : celle deBourgueil 
{Foresta Burgulit)^ depuis longtemps disparue, et qui om- 
brageait la vallée de Bourgueil, en face de Candes et de 
Montsoreau; en 1488, une partie de cette forêt existait 
encore sous le nom de Bois du Port cTAblevoie (1); la forêt 
de Château-la-Vallière {Nemus de Castellts)^ qui s'étendait 
sur les frontières de la Touraine et de l'Anjou, La forêt de 
Ghàteau-Renault dut, dans le principe, englober les bois 
de Couard situés plus au sud, et celui de la Chaîne ; c'est 
un reste de la marche forestière qui séparait la Touraine 
du Yendomois, marche qui, en se continuant plus au sud , 
allait rejoindre celle qui confinait à la première de ces 
provinces et au Blésois. Nous avons dans cette région à 
signaler une forêt importante : 

La forêt de Bimars ou Blimard (Foresta Blimardi, BU- 
marcium nemus^ Blemardisylva)^ située sur les territoires 
de Sl-Ouen-du-Bois, de Cangy, de Fleur-Aylée, d'Autres- 
ches, de Dame-Marie-du-Bois, de Moran, de St-Nicolas- 
des-Motets, de St-Etienne-des-Guérets, dit jadis St-Etienne- 
de-Blémard, séparait la Touraine du Blésois, et c'est à 
cette circonstance qu'elle a dû son nom, corruption de 
Blesis Marca (2). Cette vaste forêt était déjà fort entamée 
au XII* siècle. La fondation de l'abbaye de Fontaines-les- 



(1) Mabille, ouv. ciL p. 156. 

(2) André Salmon, Recueil des chroniques de Touraine, p. 28^ et 
suiv. 293. 



CHAPITRE XYIIÏ. 284 

Blanches (Fontanœ albœ) dans un de ses quartiers les plus 
recules et les plus inaccessibles, devenu un repaire de 
brigands, y fit pénétrer comme un germe de destruction 
qui se développa rapidement (1). En 1130, des ermites 
se mirent à défricher les bois de la Ghapelle-Ste-Marie* 
Madeleine, et dix années après, en 1140, ayant obtenu 
de Raymond de Château-Renault, seigneur du pays, le 
droit d'affouage et d'usage, ils portèrent hardiment la 
cognée en divers points de la forêt de Bimars. On voit 
par la chronique de l'abbaye de Marmoutier, écrite au 
commencement du xv!!"" siècle, qu'à cette époque la forêt 
de Bimars se réduisait à des bouquets, des haies dite5% 
Baies de Saint-Cyr {Hayœ Sancti-Cyrici) (2). 

L'inspection de la carte de Gassini nous fait voir que 
toute la contrée qui s'étend sur la rive droite de la Loire^ 
depuis la forêt de Blois jusqu'au cours du Doit, avait été, 
dans le principe, fort boisée ; la forêt de Bimars devait 
recouvrir f espèce d'île comprise entre la Loire et la 
Branle. Un lieu de cette forêt, qui est désigné, en 1286, 
sous le nom de Puzei^ se retrouve dans la métairie dePuzé, 
dépendant de la commune de Monteaux (3). Cette commune 
devait donc être occupée par la forêt, et, en effet, il existe 
sur son territoire et sur celui des communes voisines, 
diverses localités dont les noms rappellent la présence de 
bois à cette heure totalement détruits ; telles sont Gros- 
Bois, le Bois-'Huart^ la Boulerie^ le Bois^Guicher y les Hayes^ 
CotereauXy etc. Les bois encore subsistants, mais très- 
réduits, de Corneau, de la Chaîne, des Dames, de la 
(buarde^ sont certainement des démembrements de cette 
grande forêt ; le nom de Forêt de Chancay, donné à un 



(Il À. Salmon, ouv. ciU p. lxxxvi. 

(2) Jbid, p. 295. 

(3) Ihid. p. 289. 



282 LES FORÊTS DE LÀ GAULE ET DE l'aNGIENKE FRANCE. 

bouquet fort éclairci, qu'on aperçoit sur la rive gauche 
de la Branle, accuse l'existence d'une forêt qui a disparu 
depuis plus de deux siècles, et qui, comprise entre Yer- 
nou et Nazelles, avoisinait au nord Montreuih H est 
vraisemblable que cette forêt n'était en réalité qu'un 
quartier Âe la forêt de Bimars ; on la trouve désignée au 
moyen ége sous le nom de Nemus Aquilonarium ; la forél 
de Ghancay doit en être un reste (i). 

Les forêts de la Touraine se rattachaient par leurs pro- 
longements à celles de l'Anjou et du Maine. Faisons con- 
naître l'état forestier de ces deux provinces, il y a cinq 
à six siècles 

On a vu qu'au commencement du xii"" siècle, les moines 
qui suivaient la discipline de Robert d'Ârbrissel avaient 
fixé leur retraite dans les forêts du Maine et de l'Anjou, 
et donné le signal du défrichepaent qui s'est continué jus- 
qu'à nos jours. Déjà au chapitre viii j'ai indiqué quelques- 
uns des changements qui se sont opérés dans l'état fores* 
tier de cette partie de la France et déterminé pour plu- 
sieursforêtsl'étendue des défrichements. Mais cesdeux pro- 
vinces possédaient de trop riches et de trop épais ombrages 
pour que la bêche ou la cognée des moines et des serfe 
pussent rapidement les éclaircir. .Si les arbres perdirent 
une fraction considérable de leur domaine, ils continuè- 
rent sur bien des points à former d'aussi majestueuses 
futaies, d'aussi épais fourrés que par le passé. Le Haine 
renfermait originairement plusieurs forêts qui pouvaient 
le disputer en importance à celles de la Touraine, mais 
qui de bonne heure furent éclaircies et partiellement 
abattues. Il n'y avait pas d'ailleurs que les disciples de 
Robert d'Arbrissel qui, dans cette province, eussent déclaré 

{{) Mabille, ouv. cit. p. 153. 



CHAPITRE XYIII. 983 

la guerre à la végétation arborescente. Le grand nombre 
de maisons religieuses fondées au milieu des bois est la 
preuve que les moines se plaisaient dans les solitudes om- 
bragées dont ils ne tardaient pas à agrandir la clairière 
où ils avaient bâti leurs cellules. Gauvin, dans sa Géogra- 
phie anciemie du diocèse du Mans (1), rappelle les noms des 
abbayes de Bots-RenoUy depuis le Perray-Neufy de Saint- 
Georges-du'Bois^ de Sainte^Marie-du-Bois ou de la Boë, 
dont j'ai déjà parlé plus haut (2), des prieurés de Saint- 
Jean-du-Bois et de Saint^Léonard-du-Bois ; il ne relève pas 
moins de trente paroisses du même diocèse dans le nom 
desquelles entre le mot 6oû. 

Une des contrées du Maine qui fut dépouillée le plus 
tôt de son manteau forestier est le pays inégal et cou- 
vert de rochers, qui porte le nom de Charnie {Camicensis 
paffus). Ce pagus, mentionné dès l'an 838, occupait le do- 
maine d'une vaste forêt appelée Cameta sylva ou sylva 
Camida^ ou simplement Camea. Une foule de villages 
se construisirent sur son emplacement. Cauvinen compte 
vingt-trois, et plusieurs sont encore qualifiés par l'épi thète 
en-Chamie (3), qui montre que leur sol était une con- 
quête opérée sur la forêt. Au xvii^ siècle, ce qui restait 
de la "forêt de Charnie était entouré de vastes landes qui 
avaient pris naissance au détriment de la forêt primitive. 
Celle-ci a dû, dans le principe, ne faire qu'un avec celle 
de Lavardin, qui touchait Savigné. Tout le pays jusqu'à 
l'Huisne n'offrait guère qu'une succession de bois. C'était 
dans cette région qu'existait la forêt du Mans, célèbre 
dans les traditions du moyen âge et où se passa l'aventure 

(t) P. 67. 

(2) Voy. p. 129. 

(3) Tels sont Livet-en-Cfuimief Saint-Léger-enrCfiarnie, Elwat-en- 
Chamiè, Viviers-en-Chamie, etc. Voy. Cauvin, Géographie ancienne 
du diocèse du Mans^ p. 1 1 1 . 



284 LES FORÊTS DE LA GACLE ET DE L* ANCIENNE FRANGE. 

qui fit éclater la folie de Tinfortuné Charles VI (1). Il n'en 
reste plus maintenant que des bouquets (2). Cette forèl 
se confondait avec la forêt de Longaunai {Longiis Abietus} 
qu'on trouve mentionnée dès le xi* siècle, et qui occupait 
les territoires de Mézeré, Courcelles, Ligron, La Fon- 
taine-Saint-Martin, Cerans, Saint-Jean-du-Bois, La Suze, 
Roézé, et s'étendait jusqu'à Alonne (3). 

La forêt de Longaunai subit des défrichements fort 
étendus et n'occupait plus au siècle dernier qu'une supe^ 
ficie de 500 arpents, auxquels on peut rattacher 128 ar- 
pents de la Forêt le Vicomte, qui n'en était qu'un dé- 
membrement, et 100 arpents du Bois-des-Pâtis (4). 

La forêt de Bersay {Burseium), située dans le déparle- 
ment de la Sarthe, au sud de Lucé et de Pruillé, sur la 
rive droite de l'Etangsort, a été plus respectée ; elle pré- 
sentait, il y a un demi-siècle, une superficie de 8,309 ar- 
pents (5). Cette forêt, qui appartenait à la couronne et qui 
s'avance jusqu'aux environs de Château-du-Loir, est men- 
tionnée dès l'an 1196 ; on y trouvait un manoir féodal où 
fut établi un monastère de l'ordre de Grand-Mont. 

La forêt de Vibraye, située à l'est du Mans et au nord 
de Saint-Calais, dans la partie orientale du Maine, et qui 



(1) Froissart) Chroniques, Uv. IV, c. xxix, p. 88, 89, éd. Buchon. 

(2) Il est question de cette forêt dans le roman do Berte aux granspiés 
(éd. Paulin Paris, p. 34). Voici le passage : 

Bien cinq grandes journées, i voudront détrier 

Tant qu'en un bois s'en vindrent haut et grand et plainier, 

G*est la foret du Mans, ce oy tesmoigner, 

Lors se sont arrestées desous un olivier. 

(3) Cauvin, ouv, cit. p. 376. Le bois de Ghalonge {Boscus de Caiwn- 
nia), qui devait occuper remplacement du bordage de Ghalonge, au sud 
de Roézé, est mentionné en 1050 comme un ancien écart de cette forêt. 
Voy. Gauvin, ouv. eit, p. 67. 

(4) Gauvin, ibid. p. 377. 

(5) Gauvin, ibid. p. 80, 505. 



CHAPITRK XVIII. 285 

contient encore aujourd'hui 2,800 arpents, s'étendait jadis 
plus à Fouest et au nord-ouest, et englobait dès lors les 
hois de Saint'Pietre et des Loges; elle devait aller jusqu'au 
ruisseau de la Tortue; car on trouve dans cette direction 
divers hameaux portant des noms qui rappellent la pré- 
sence des arbres, tels que Hautes-Brosse ^ Basse-Brosse^ La 
Brosse^ les EssartSy Bois-Guinant , etc. Au vi' siècle, la ville 
de Vibraye n'existait point encore; elle eut pour origine 
un oratoire fondé en l'honneur de saint Pierre, sans doute 
au voisinage de la forêt, près d'un gué que présentait la 
petite rivière de Braye, d'où la ville qui succéda à l'ora- 
toire tire son nom {Vadum Brigiœ^ Yibrœium) (1). 

Dans le nord-est du Maine, là où cette province con- 
fine au Perche et à la Normandie, existaient d'autres 
forêts, qui comme celles de Vibraye et de Bersay, conti- 
nuaient celles du Perche et du pays des Carnules ; telle 
était la grande forêt de Perseigne, située au nord-ouest 
de Mamers, et qui s'étendait sans doute originairement 
jusqu'à cette ville ; elle dut recouvrir en partie le Sonnois 
dont Mamers, déjà existant au xi' siècle, devint la capi- 
tale. Plus au sud, elle se rattacha peut-être originaire- 
ment à la forêt de Bonnétable, autrefois Malestable, qui 
est antérieure au xn* siècle (2). Cette forêt de Perseigne, 
qui a perdu beaucoup de son importance, faisait partie 
du domaine de la couronne. On la trouve désignée au 
moyen âge sous les noms de Perseingna, Persenia. En 1145, 
une abbaye de Tordre de Cîteaux y fut construite et 
contribua sans doute beaucoup à son défrichement. La 
concession faite aux moines par Guillaume, comte d'A- 
lençon, et renouvelée par ses successeurs, donna lieu à 

(I) Cauvin, ouv» cit. p. 548. Vibraye a été aussi appelé Vicus Brigix. 
(?) Cauvin, ihid. p. 391. La forêt de Bonnétable a pu se rattacher elle- 
m^^mc h colle de Hallais, située plus au nord. 



286 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l'ANCIENNE FRAKCE. 

de graves abus (1) auxquels on dut remédier par uo 
règlement en 1668 (2). 

En avançant plus à l'ouest, sur les frontières du Maine 
et de la Normandie, se trouvait une autre région Clément 
boisée qui avait formé dans le principe la marche septen- 
trionale du pays des Diablintes. C'était le Passais, pays 
qui s'étendait depuis Domfront, au nord, jusqu'au delà de 
Sillé-le-6uillaume au sud. Le nom latin de cette deroière 
ville, SUviacus (3), dont la fondation date au moins dn 
IV* siècle (4), montre qu'elle s'était élevée sur un sol jadis 
occupé par une forêt. La forêt de Sillé, sise au nord, est un 
des plus importants vestiges de cette vaste sylva. D'autres 
lambeaux nous sont offerts par les forêts d'Andaine, de 
Pail et de Monnaie. 

La forêt d'Andaine (Andena) (8), contenue aussi dans le 
Passais, est mentionnée avec une autre sous le nom de 
Silvedine, dans un acte de l'an i036. Elle allait de Dom- 
front à la Vée. Elle n'est plus représentée de nos jours que 
par une étroite bande semée de nombreuses éclaircies et 



(1) Gauvin, ouv. cil. p. 456. 

(2) Voy. Voisin de la Noiraye, Procès-verbaux de la réformalion des 
eaux et forêts de la Perseigne. BibL impér. mss. fïranç. supplém. 
n« 3540 (5). 

(3) Il existe en France un assez grand nombre de localités perlant 
le nom de SiUé ou SiUy ; la plupart doivent ce nom à des forets. Nous 
citerons comme renfermant des villages ou bourgs de ce nom les dé- 
partements de rOise, TAisne, la Moselle, la Vienne. Dans le même 
département de la Sarthe, il existe une autre ville du nom de Sillé, SiUé- 
le-Philippe, 

(4) Cauvin, p. 16. Hélie, comte du Maine et seigneur de Domfronl, mort 
en 1 UO, avait accordé aux curés du Passais le droit de l^ire paitro leurs 
porcs dans cette forêt et dans toutes celles du métnepagus. Voy. Cauvin, 
p. 506.. 

(5) Cauvin, p. 449. M. E« Lehericher regarde ce nom d*Ândaine comme 
une forme altérée de celui d'Ardenne ; et il rattache à la même étymo- 
logie ceux d'flardincourt, d'Hardinvast, Hardonville. Voy. Mémoires de 
la société des Antiquaires de Normandie, U XXV, p. 227. 



CHAPITRE XVIII. 287 

que traverse la route de Domfront à Bagnoles. Jusqu'au 
moyen âge^elle devait border la route qui conduit de la 
première de ces villes à Alençon, entre Juvigny et Cou- 
terne ; car on rencontre dans cette région une foule de 
noms où entre le mot de bois. La forêt d'Ândaine a dû con- 
stituer à l'origine la marche qui séparait le Maine de la 
Normandie» ou plutôt le pays des Es'sui de celui des Dia- 
blintes. Il en faut dire autant de la forêt de Pail {Paty 
PcUlitim), qui courait de la Mayenne au Merdereau. Elle 
dut jadis englober le bois deChemasson. Son défrichement 
partiel donna naissance à un pagtis qui en prit le nom et 
dont le souvenir se conserve dans l'épithète donnée à plu- 
sieurs des villages qui s'y élevèrent, à savoir : Prez-en- 
Pa£/y maintenant séparé de ce qui subsiste de la forêt, 
par un espace de plus de 6 kilomètres ; dans la direction 
du sud, Saint-Cyr-en-Pail, Ville-pail (1). 

Peutrêtre faut-il chercher l'étymologîe de ce nom de 
PallutHy Pail, dans le caractère originairement maréca- 
geux de la forêt. Car la racine de ce nom trouve une 
explication naturelle dans le celtique jooto/, marécage, ^ui 
a donné naissance au nom de Pallu, Pallue, et aux noms 
de Pouilly, Pavilly, La Bouille et Pauliac (2). 

En s'avançant toujours dans la même direction, on ren- 
contre une partie jadis boisée, mais où la végétation arbo- 
rescente ne semble pas avoir été jamais bien active, et qui 
sous le nom de Désert constitua aussi un pagus dans le- 
quel furent établis divers villages (Saint-Maurice du Désert^ 
Scùnt-Calais du Désert^ Saint-Mars du Désert^ etc.) (3), et 
qui s'étendait au nord, au sud et à l'est de la Vée et de 
l'Aisne. 



(1) Cauvin, p. 449. 

(2) Voy. sur ces noms Revue archéologique, nouv. série, t. II, p. 93. 

(3) Cauvin, p. 296. 



288 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE L* ANCIENNE FRANCE. 

Au Dord de Prez-en-Pail se trouve la petite forêt de 
Monnaie (Moneta) (1), qui a pu se rattacher dans le prin- 
cipe à la forêt de Pail aussi bien que le bois de Moultonne; 
elle est, de même que celles de Douvereau et de Pincé, k 
maigre vestige de forêts beaucoup plus étendues. 

L'Anjou offre toute Tapparence d'un ancien boise- 
ment; une foule de localités rappellent par leur nom, 
spécialement dans le (ianton avoisinant Saint-Liéger-des- 
Bois, Texistence de forêts ou de bois actuellement dé- 
truits. La forêt de Becon est un débris de ce vaste man- 
teau arborescent qui couvrait le pays des Andecavi. Au 
sud les forêts de GhoUet, de Longeron, au nord-est celles 
de Ghambiers et de Baugé en sont d'autres lambeaux. 
J'ai parlé déjà de la forêt de Nidoiseau ou Nyoiseau qui 
s'étendait non loin de l'Oudon, et se li^it à celle de Graoo. 
Elle n'a laissé de nos jours que de faibles restes (2). 

La belle forêt de Beaufort {Nemus Belli Fartis), qui s'é- 
tendait, au xi° siècle, sur les bords de l'Authion, et 
touchait presque Mazé, n'existe plus; il n'en subsiste pas 
même un arbre (3); sa surface était de 7497 hectares (4). 
En 4148, Geoffroy le Bel, comJLe d'Anjou, en donna 29^1 à 
Othon, seigneur du Lac. En 1356, elle n'occupait plus que 
2178 hectares. En 1567, le souvenir de son ancienne con- 
tenance se conservait encore par tradition, et on estimait 
alors sa superficie de 1200 à 1300 arpents, sans y com- 
prendre le buisson de Ghaanne, qu'on . évaluait de 30 à 
40 arpents. Mais son étendue s'était augmentée, ou celle 

. (l) Cauvin, p. 421. 

(2) Belleforest, Cosmographie universelle, de la Gaule ceUique, p. 79. 

(3) Desvaux, Slalistique de Maine-et-Loire, part. I, p. 1 13, 114. Voy. 
ce que j'ai dit sur la forêt de l'Anjou, p. 131 et suiv. 

(4) Dès le xi« siècle, on voit les magistrats de Beaufort s*efforcer fi- 
nement d'enlever aux moines de 8aint-Maur les droits d'usage que leur 
avait accordés, dans la forôt, Geoffroy Martel l'Ancien, et dont ils abu- 
saient. (Voy. Marchegay, ArcfUves d'Anjou, p. 334.) 



CHAPITRE XYIII. 389 

éyaluation était fautive» puisque, lors du mesurage effec- 
tué cette année-là, on trouve 1762 arpents et demi (1). De 
1790 à 1795, le reste fut détruit (2). Cette forêt allait se 
rattacher aux forêts, maintenant très-réduites, d'Ombrée 
et de Ghandelais (3). 

La forêt de Belle-Poule, jadis si jétendue, et qui rejoi- 
gnait l'espèce de ligne de circonvallation forestière dont 
Angers était entouré, n'offrait plus, en 1575, que des bois 
de peu d'étendue (4), et, au temps de Charles Colbert, 
elle était défrichée aux deux tiers (5). Au xvu^ siècle, la 
forêt de Durtal avait encore une réelle importance. Elle 
séparait l'Anjou du Maine, et n'a laissé pour vestige que 
la forêt de Malpayre (6). 

Du xni® au xv® siècle, les provinces de Maine et d'Anjou, 
dont je viens d'indiquer l'ancien état forestier, fournis- 
saient à nos rois et aux seigneurs du pays des chasses 
magnifiques et fort recherchées. Hardouin de la Fontaine- 
Guérin au commencement de son Trésor de la Vénerie, 
composé dans les .dernières années du xiv* siècle, signale 
les plus importantes de ces forêts, et nous retrouvons dans 
ses vers plusieurs de celles qui viennent d'être passées en 
revue : 

(t) Le môme mesurage donne 37 arpents et demi pour le buisson de 
Chaanne, et pour le buisson de Beaufort 112 arpents et demi, (Voy. le 
procès-verbal de reconnaissance de visite générâle, faite par le sieur 
FéroU) des forêts de Beaufort et de GhaasneS; dans les procès- verbaux 
de la réformation des eaux et forêts, dans les forêts de Beaufort, Beaugé, 
Perseigne, par Voisin de la Noiraye, an 1667-1669. Bibl. imp* mss, 
SuppL franc, n* 3540 (5).) 

(2) Desvaux, ouv. cit. ^ 

(3) La forêt de Ghandelais contenait encore, en 1668, 6,435 arpents, 
dont 3,870 en vieilles f^itaies. Yoy. Voisin de la Noiraye, mss» ciUi 
n» 3540 (9). 

(4) Voy. redit de Henri III sur les eaux et forêts, dans Fontanon, Or- 
donnanceiy t. II, p. 267. 

(5) Marchegay, Archives d* Anjou, p. 145. 

(6) C'est la seule que Robert de Salnoue donne pour l'Anjou, dans son 
dénombrement. Voy. te Vénerie royale y p. 417. (Paris, 1665.) 

19 



290 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

Des plesans lieux et li remebre 
Du très-douls lieu plain d'esbanoy 
De la forest de Lonc aunoy 
Et une autre qui est moult belle 
De Bepsay se nomme et appelle 
La forest de Monnoys nous nomme 
Où déduit prennent maint noble homme 
La forest de Baugé après 
Et Chandelais qui en est près 
Qui pour un roy est belle et gente 
La trouve ou de maint cerfs la sente 
Et le grand boysson de Bondré 
Où maint noble a^ tout à son gré 
Souvant grant venoison trouvée 
Et Belle Poule Tesprouvée 
Dètre de maint cerfs bien garnie 
Et les Ylles sans viconnie 
Qui du pont de Gée se sournoment 
Et un boysson que de la noment 
Et appellent le breuil de Fains 
Dont yssent maint grands cerfs au plins. 

Avant de terminer cet aperçu des forêts de l'ancieu An- 
jou, mentionnons une forêt qui avait disparu antérieure- 
met à quelques-unes de celles qui viennent d'être rap- 
pelées, la Brisiaci sylva (1), ou forêt de Brissac ; il en est 
parlé dans un document du ix« siècle (2) ; il y faut vrai- 
semblablement reconnaître non une forêt de la Bretagne, 
comme plusieurs Tout cru, mais la forêt qui s étendait sur 
la rive gauche de la Loire, au sud de Brissac, et dont se 
voient encore de faibles vestiges sur la carte de Gassini. La 
forêt de Beaulieu-des-Marchais, située plus à l'ouest, doit 
en être un démembrement. Les lieux-dits de cette partie 
de l'Anjou accusent en effet l'ancienne présence des bois. 



;i) Voy. BiUiolh. impér, mss. coUed, Mouchei [Chasse^ t. II, p. 507). 
(2) Voy. Historiens de France, t. VI, p. 513, note. 



CHAPITRE XIX. 291 



CHAPITRE XIX. 

AN'CIEN ÉTAT FORESTIER DE LA NORMANDIE ET DU PERCHE. 

La Normandie est- signalée, au temps de Charles V, pour 
Tabondance de ses forêts. Une ordonnance de ce prince, 
rendue à Melun en 1372, porte : « Au pays du duché de 
Normandie, qui est peuplé de forests, buissons et brosses 
plus qu'aucunes autres parties de nostre royaume (1). » 
Et, cependant, c'est au règne de saint Louis que se rap- 
portent les principaux défrichements effectués dans les 
forêts de la Normandie (2); ce qui montre à quel point cette 
province avait été boisée dans le principe. 

Le grand nombre d'abbayes et d'établissements monas- 
tiques fondés sur le territoire normand hâta singuliè- 
rement la transformation du sol. Les forêts étaient de- 
nieurées en dehors de la circonscription paroissiale; elles 
passaient donc plus facilement dans le domaine des com- 
munautés religieuses, ou, tout au moins, des dîmes et des 
servitudes usagères étaient concédées- à celles-ci sans 
beaucoup d'oppositidn (3). Les servitudes accordées soit 
H des monastères, soit à des paroisses, soit à des seigneurs, 
étaient arrivées à être si nombreuses au xiv® siècle, qu on 



(1) Saint- Yon, Les Edils et Ordonnances des eaues et forêts y p. 55. 
lies forêts étaient si étendues que les voyageurs s* y perdaient souvent. 
D'après VOrdinalio forestx de 1306, tout étranger trouvé dans la forêt, 
hors du chemin ordinaire et public, pouvait, aprôs avoir prêté serment 
sur les armes qu'il s'était égaré, et que le vrai chemin lui était inconnu, 
obliger le forestier à lui indiquer la route convenable pour parvenir 
au lieu de sa destination. (Leges foreslarUs, c. xi, dansHouard, t. II, 
p. 369.) 

(2) Voy. L. Delisle, Études jsur la condition de la classe agricole en^ 
Normandie au moyen âge, p. 390. 

(3) Ibid. p. 392 et suiv. 



292 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

dut rédiger à cette époque, sous le nom de Coutmnier 
des forêts de Normandie, un code spécial qui en fixait la 
nature et l'étendue. Ces droits d'usage amenèrent des 
ëclaircies au milieu desquelles des hameaux, des villages 
furent bâtis. D'un autre côtelés religieux usagers élevaient 
dans la forêt des granges (l)qui devenaient le centre d'au- 
tres hameaux d'où partait une véritable déclaration de 
guerre à la forêt. Les grandes forêts de la Normandie qui 
se trouvent avoir subi le plus de défrichements sont pré- 
cisément celles oïl nous voyons de bonne heure se fonder 
des abbayes. 

Dans la forêt de Gouffer ou Gouffern {Gôlferni Sylva) 
fut établie, dès le viii** siècle, l'abbaye d'Almenèches (Al- 
maniscanim) (2). Noa loin de là existait un autre monas- 
tère de femmes souvent confondu avec cette abbaye et qui 
était gouverné par sainte Opportune (3). Quatre siècles 
environ plus tard, s'élevèrent les abbayes de Saint-André- 
de-Goufîern (4) et de Sainte-Marie à Silly de Gouffern (b). 
Des témoignages historiques démontrent qu'une autre 
abbaye de filles existait déjà dans un canton de la foréi 
appelée Vignaz (Vinacium), Sainte-Marguerite-de-Vignaz 
ou de Gouffern (6). Une charte constate que les moines 
de Saint-André avaient, à la fin du même siècle, opéré le 
défrichement d'une partie de la forêt (7). A cette époque 



(1) Voyez les détails donnés à ce sujet par L. Dolisle, ouv. cit. p. 395^ 
396. 

(2) Gallia chrisliana, t. XI, col. 736, Eccks. Sagiensis. — Orderic 
Vital, X, 18, p. 104, éd. Le Prévost. 

(3) GaUia christiana^ ibid. 

(4) GalHa chrisiiana, t. XI, col. 744, Bccles. Sagiens. 

(5) Jbid. col. 758. Cette abbaye, de l'ordre de Prémontré, fut foudée 
eu 1150 par Timpératrice Mathilde. Silly a conservé le nom do Silly-en" 
Gouffern. 

(6) Jbid. col. 740. 

(7) Voy, Léchaudé, Extrait des chartes de Normandie, t. I, p. 421. 



CHAPITRE UX. 293 

fut conclu un accord entre le prieur de Sainte-fiarbe et 
Fabbë de Silly, au sujet de la dime de Tessart, sis entre 
Terde et Saint-Benoit, que le roi Jean avait donnée à 
Robert de Tournay, et au sujet d'un droit appelé peTT(h 
safjium^ « sur les ménages qu'on pourrait établir dans cet 
essart (1). » 

Ces faits trouvent leur confirmation dans l'inspection 
de Ist carte. D'abord, tout le territoire occupé par les ab- 
bayes de Saint-André, d'Almenèches, de Sainte-Marie, de 
Sainte-Marguerite-de-Vignaz est complètement déboisé(2). 
La forêt semble s'être fractionnée d'abord en deux par* 
lies : la plus septentrionale, la seule qui ait subsisté jus- 
qu'à nos jours, s'avançait au nord aux environs de 
Falaise, ville fort ancienne^ qui nous en marque de ce 
côté la limite extrême. La partie méridionale descendait 
jusqu'aux environs de Séez, qui nous fournit par son em- 
placement la limite ancienne la plus extrême au sud. Car 
Séez, la cimtas des Sagii, date de l'époque romaine. La 
forêt de Goufiferna certainement englobé d'abord celle de 
Saint-Évroult, qui, sur la carte de Cassini, en est séparée 
à l'est par un espace de plusieurs kilomètres. Elle a dû se 
rattacher originairement à celle de Pail, dont j'ai parlé au 
chapitre précédent, et à celle de Sillé, que j'ai également 
mentionnée. 

En général, cette partie, de la Normandie qui occupe 
l'ancien territoire des Essui et peut-être aussi une partie 
de celui des Abrincatui, ne présentait qu'une suite quasi 
non interrompue de forêts. De là l'aspect de bocage que 



(1) Voy6z le passage de la charte donnée p&r L. Delisle, ouv. cil, 
p. 415, note. 

(2) Voyez, sur la forêt de Gouffer ou Gouffern, Orderic Vital, liv. X, 
ann. 1110 et 1102, éd. Le Prévost, p. 104.Rob. de Mont. Appendix ad 
Sigeberlwn, dans les Historiens de France, t. XIII, p. 311. Cf. t. XII, 
p. 681, 686. 



294 LES FORÊTS DE hk GAULE ET DE l'àNCIENNE rRANCB. 

conserve encore de nos jours cette région i circonstane^r 
qui a valu son nom au pays dont Vire était la capi 
taie, et à une partie du Perche {le Bocage percheron >• 
Même dans Tétat de déboisement qu'elle offre mainte- 
nant, cette contrée de la France rappelle beaucoup par 
sa physionomie Tancien aspect forestier de la Neustrie. 
Plusieurs forêts du département actuel de l'Orne se re- 
connaissent aisément comme autant de lambeaux do 
grand manteau forestier qui recouvrait tout le pays d'Hyes- 
mois et le Bocage normand. Nous citerons d'abord la foTéi 
de Bourse, à trois lieues au nord-est d'Alençon, dans Je 
canton de" Le Mesle-sur-Sarthe ; elle fut essartée de bonne 
heure; aussi est-elle simplement mentionnée dans les 
Comptes de saint Louis sous le nom de Bersœ Venda. En 
1246, les moines de l'abbaye de Perseigne avaient sur ses 
essarts des droits qui tenaient sans doute à l'union ori- 
ginelle des deux forêts (1). Celle de Bourse, qui n'apparaît 
sur la carte de Gassini que comme un bois, malgré le nom 
de forêt qu'elle garde encore, n'est en réalité qu'un écart 
un peu éloigné au nord, de la forêt de Perseigne, dont elle 
dut au reste toujours se distinguer, puisqu'elle en est sé- 
parée par la Sarthe. Une forêt plus importante était 
celle d'Ouche, l'ancienne Uticensis Sylva^ où fut, dès le 
VI' siècle, fondée une abbaye (2). Elle recouvrait la ma- 
jeure partie de l'Hyesmois, regorgeait de bêtes fauves et 
était infestée de brigands, quand vers 562, sous le règne 
de Clotaire I*' (3), saint Évroult (sanctus Ebrulfus) vint s'y 



(1) Voy. Historiens de France^ t. XXI, p. 256. — Neusiria pia, 
p. 819. 

(2) Gallia Christian, t. XI, col. 813. Eccles. Lexoviens. 

(3) OrderiCj Vital, III, i, p. 5, éd. Lo Prévost. « Bajocensis EbrulAis 
in Uticensi saitu, angelica demonstratione doctus, mooaslerium instau- 
ravit et agrestes incolas qui rapinis et latrociniis ante deservicrant. cor- 
rexit. » Surius, Vit. Sanctor. XXIX decemb. p. 363. 



CHAPITRE XIX. 295 

établir. La fondation de l'abbaye n'en traîna pas immé- 
diatement des défrichements étendus. Le monastère ayant 
été presque entièrement détruit dans la suite, c'est seule- 
ment au XI* siècle qu'il fut rétabli par Guillaume, sei- 
gneur d'Eschaufour (1). Les bois purent donc, pendant 
quelques siècles, reprendre leur empire; mais à partir 
de la réédification de l'abbaye, la guerre aux arbres re- 
commença. La forêt a dû s'étendre jadis dans la direction 
du nord, depuis les Bois, localité située au septentrion de 
Noyer-Ménard, jusqu'au bord de la Rille, au delà de 
. L'Aigle, en remontant vers les bois de Broglie (2), qui pa- 
raissent en être des débris. Les ]ieux*dits qu'on reneontre 
entre la forêt actuelle d'Ouche et le Noyer-Ménard, d'une 
part, et de l'autre entre cette forêt et la Rille, le prouvent 
clairement (3). Sur le territoire de la commune de Notre- 
Dame-du-Hamel (canton de Broglie) se trouve la gâtine 
de Pont-Échanfré mentionnée dès le xiii^ siècle et qui rap- 
pelle un défrichement de la forêt plus ancien (4). 

(1) Mabillon, Acta SS, Benedict. Sœc. I, p. 354. Orderic Vital, V, 
p. 576 et suiv. Orderic Vital ôtait moine de Tabbaye d'Ouche. CL Andrù 
Dachesne, Hislor, Norman, scriptor,, p. Î79, 460, 575. Cf. Vit, Orderic. 
Vital, t. V, p. 56. 

(2) Citons, dans la première de ces directions, La Gdtine, Le Bois* 
Hué, Le Buisson, Cisay (altération du nom de Cotiacum), Lès Bois ; dans 
la seconde, Bois^Normand^ La Boissière, Bois-Bertre, Bois-au-Père, 
La Gdtine, La Chenaye, Bais-Nouvel, Bosc-Rohert, Bois-BarU, Bojs- 
Mahiardj Bois-André, 'Bois-Truel, BoiS'Penthon, Bois-Branger, Bout- 
du-Bois, BoiS'Gout, Bois-Duclos, etc. 

(3) Le nom de Broglie n'indique pas ici la présence d'un bois ; il a été 
donné, en 1742, au village de Chambrais, quand la baronnie de FerHères, 
dont il dépendait, Ait érigée en duché-pairie pour le maréchal de Broglie. 
Le nom de Broglie (italien, Broglio), comme notre français Breuil ou 
Bretdf est dérivé du mot brogUum^ hrogUus, par syncope hroiluniy d'o- 
rigine lombarde, et qui, signifiant d'abord un parc, un lieu fermé, a 
fini par s'appliquer à un petit bois- taillis ou à un bois clos de murs ou 
de fossés. Voy. Aug. Le Prévost, Mémoires et notes pour servir à T/tw- 
toire du département de VEure, 1. 1, jiart. ii, p. 436. 

(4) A. Le Prévost, Mémoires et notes pour servir à Vhistoire du dé- 
partement de VEure, 1. 11, part, ii, p. 499, 500. 



296 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE L* ANCIENNE FRANCE. 

La forêt de L'Aigle, située à l'est de la ville de ce nom, 
est un des plus importants lambeaux de ce vêtement fores- 
tier, que le temps a percé à jour. IjCS noms d'un grand 
nombre de localités sises entre la forêt et la ville montrent 
que dans le principe elles étaient contiguês. Nous cite- 
rons: Saint-Micâel'de-la'Forêty le Bois^u-Lard, Boi»- 
Hamery, le Bois-Heuœ, Bois^Robert, Chaillouetj les Boi»^ 
de-la-Pierre, les Bois-de^a-Pichotière. La forêt s'avançait 
conséquemment jusque sur les bords de la Rille, et si Tob 
en croit une tradition qu'Orderic Vital nous a conservée, 
un nid d'aigle trouvé sur un des chênes de la partie dé- 
truite de la forêt, valut son nom au castrum, d'où la vilk 
de L'Aigle tire son origine. 

C'est également le relevé des noms de lieux, dans la ré- 
gion comprise entre la forêt de Gouffern et la Dive, qui 
nous fournit la preuve de l'extension qu'a eue là naguère 
la zone forestière. Citons les noms suivants : Fre^wy^ Le 
Cheney, Bierres, qui rappelle l'ancien nom de la forêt de 
Fontainebleau, et dont le sens doit impliquer l'idée de 
forêt, La Londe (1), qui rappelle par son étyiAologie le 
nom ancien de la capitale de l'Angleterre, Londonitm, 
ville qui s'élevait dans l'origine au milieu d'une fo- 
rêt (2). 

L'espèce de presqu'île comprise entre la Dive et l'Orne 
était certainement fort boisée; les noms de lieux l'in- 
diquent encore (3). La forêt devait s'étendre jusqu'au 



(!) Voy. ce qui est dit dans Viniroduciion^ p. 25. Une forêt de la Nor- 
mandie, dont il sera parlé plus loin, porte le nom de La Londe, 

(2) Citons les noms de Londinières (Seine-Inférieure), La Londe^ porté 
par deux localités de TEure et une de la Seine-Inférieure, Londemare 
(Eure, commune de Grestot). 

(3) On peut citer les noms Frênay4e' Bu/fard y Les Bois, Bois-ÀumorUy 
BoiS'de-SerranSj Courbois, Les Brousses^ Le Buisson, etc. 



CHAPITRE XIX. 297 

bord de la seconde de ces riyières, au sud de Montabard , 
et englober un bois que Gassini y indique. 

Les forétsde TEstdu département del'Orne constituaient 
donc une marche mitoyenne, confinant à la fois aux Baio- 
casses^ aux Unelles^ aux LexovienSy aux Eburovices, aux 
Cenomans et aux Camutes. La partie orientale de cette 
grande bande sylvestre formait la sylva Pertica, autre- 
ment dit le saiim Perticus^ mentionné dès l'époque carlo- 
vingienne (1). Défrichée sur une assez grande surface, 
elle donna naissance, comme bien d'autres forêts, à un 
pagus^ qui en prit le nom, le Perche (2). La profondeur de 
la sylva Pertica (3) oflTrait à ceux qui voulaient se retirer 
de la société, de commodes retraites. Les moines y affluè- 
rent. C'est là que s'élevèrent au x« siècle, le monastère de 
Saini-Laumer {SanttiS'Launomarus)(i), au xu® siècle, celui 
de La Trappe (5), et en 1323, l'abbaye du Ghéne-Galon 
(Qiiercus-Galonis)^de Tordre de Grandmont (6). 

Le plus important débris de la grande forêt du Perche 
est la forêt de Bellesme, qui dut jadis ne faire qu'un avec 



^\) Voy. Nilhard, Histor, Caroli Magni, dans les Hisloriens de France, 
t. III, p. 26. 

(2) 11 est à noter que le Pagusperiicus, d'une formation plus récente 
que les Pagi voisins, a pris une partie de leur territoire, en sorte que 
les limites du Pagus embrassent un espace plus étendu que la Sylva Per- 
tica, Voy. Merlet, Dictionnaire topographique du dépârUm. d' Eure-et- 
Loir ^ Introduct. p. xi. 

(3) Aimoin dit & son sujet : a Post eum existât Liger, qui terram illam, 
quœ inter illum et Sequanam Jacet, pêne insulam efficit ; sylvse multee, sed 
Dminentior cœteris Perticus. » {Prsfal, in Gest. Francorum ap. D. Bou- 
(fuet, Historiens de France, t. III, p. 25. Cf. Excerpt. ex Vit, S. Betha- 
niy de Cloiario //, ap. O. Bouquet, t. III, p. 489, etc., et Lasicotière, 
Sur le Perche, dans V Annuaire des cinq départements de l'ancienne 
Normandie, 1838, 4« année^ p. 261, 262. Cf. Guérard, Polyptique de 
Vahhé Irminon, p. 75, proleg.) 

(4) GaU. Christian, t. VIII, col. 1350. Ecdes. Blés. 

(5) Gall. Christian, t. XI, col. 747. Eccks. Sagiens. 

(6) Historiens de France, t. XXI, p. 502, , 



298 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DÉ L'ANCIENNE FRANCE. 

la forêt de Reno, située au nord-est, et qui n'en est séparée 
que par FHui^ne. Cette forêt dut aussi englober deux 
bois qui n'en sont réellement que des écarts, ceux de 
Dambray et de Sablonne. Elle est mentionnée sous le nom 
de Foresta Balismi dans les Comptes de S. Louis en 1238. 
La forêt de Bellesme se lia originairement à celle de Per- 
seigne, dont il a déjà été question au chapitre précédent. 
En effet, si on tire une ligne de Bourg-le-Roy, au delà de 
Bellesme, jusqu'à Origny, en la faisant passer par Saint- 
Âubin-des-Croix et Chemilly ; si on en trace une autre à 
partir.de Lignières et gagnant les rives de l'Huisne, près 
du Petit'Bois et du Breuil, en face de Mauves, on dessine 
à peu près le pourtour de la partie encore boisée au moyen 
âge. Les noms d'une foule de lieux rappellent dans cet 
espace la présence des arbres (1). L'éclaircissement de 
cette forêt a commencé dès l'époque mérovingienne (2). 
La Sarthe sépare la forêt de Perseigne de celle d'Ecou- 
ves (3), qui dut jadis s'avancer dans la direction du sud 
jusqu'à Cuissey (Cotiacum), et demeure aujourd'hui une 
des plus importantes du département de l'Orne. On y 
reconnaît un débris de la partie la plus occidentale de 
l'ancienne Sylva Pertica. Alençon, situé au sud de la forêt 



(1) Tels sont : Le Moulin-di^Bois, Lignères, Les AtUneaux, etc. 
Entre les forêts de Perseigne et d'Écouves, on rencontre Bais^Guérin, 
Haut'Bùis, Bois-Jouin, Saint-HUaire-de-Soùay (Soisay ou Soisy, forme 
altérée de Choisy), Haut-Boucage, Bois^Hébert, Les Brosses, La Brosse. 
BoisSemélé, Gué-des^Bois, La GâUne, Les Bois, etc. 

(2) Bellesme est antérieur au x* siècle ; ce n'était d'abord qu'un châ- 
teau fort. Â l'époque de sa construction^ le territoire qu'il occupait de- 
vait être déj& défriché. Cette observation est applicable à Mortagne, de 
date un peu moins ancienne. L'espace qui séparait Mortagne de Bellesme 
n'était conséquemment plus recouvert par la Sylva Pertica aux xi* et 
XII* siècles, bien que le pays gardât l'aspect d'un bocage. 

(S) M. E. Lehéricher croit que cette forêt a dû son nom, dérivé du 
latin Scopa, Scopx, à ce qu*elle était originairement remplie de genêts. 
Voy. Mémoir, de la société des Antiq, de Normandie^ t. XXV, p. 253. 



CHAPITRE XIX. 299 

d'EcouveSy date au moins du iv® siècle» circonstance qui 
prouve que, dès le commencement de notre ère, un vaste 
essart séparait cette forêt de la forêt de Perseigne. 

La forêt du Perche, représentée dans Gassini par une 
forêt assez éloignée de l'Iton, doit jadis avoir eu ce cours 
d'eau pour limite au nord ; divers noms de lieux (Le Bms- 
soTij Bois de la Hais, Les Bais, Gâiine, Randonnai)^ indi- 
quant dans celte direction la présence originelle de bois. 
Elle s'étendait naguère jusqu'aux bords du Loir et de 
TEure, car cette région était encore une forêt au xif siècle. 
Une charte passée en 1134 au Temple, près Mondoubleau, 
est datée de la maison des chevaliers du Temple, dans la 
forêt du Perche. Or, ce lieu se trouve dans l'arrondisse- 
ment actuel de Vendôme, en un canton déboisé, mais 
qui garde de nombreux vestiges de son ancien état fo- 
restier^ et où la population demeure très-clairsemée (1). 
En plusieurs communes, les défrichements ne remontent 
pas plus haut que le règne de Henri IV, qui aliéna dans 
cette région de vastes étendues de bois domaniaux, et 
les livra à la culture (2). 

Un autre tronçon de la grande forêt du Perche est celle 
qui s'étend au sud-est de La Loupe, et que l'inspection de 
la carte nous montre s'être étendue à l'orient jusque 
vers Bois-Saint-Père, Fruncé et le Bois-Hénou. La gâtine, 
qui a laissé son nom à Ghamprond-en-Gâtine, la partagea 
en deux. Bordée au nord par l'Eure, cette forêt faisait foce 
à deux forêts maintenant fort réduites et situées sur l'au- 
tre rive de la rivière. La forêt de Senonches s'étendait au 
nord de Saint-Âubin-des-Bois, de Dangers à Fontaine-le^ 
Guyon. Ge sont autant de restes de l'ancienne forêt des 

(1) Voy. J. de Pétigny, Histoire archéologique duVenâômoiSy Part. I, 
p. îl, 22 ; Merlet, Diciionn^ cité, p. xi. 

(2) J. de Pélîgny, our. cit. 



300 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE L* ANCIENNE FRANCE. 

Caroutes et de la marche arborescente placée entre ce 
peuple et les Eburovices. Au xi' siècle, existait près de 
Gardais, dans le canton de Nogent-le-Rotrou, une forêl, 
celle de Thiron (1), dont de nombreux lieux-dits rap- 
pellent la présence (2), et où Bernard, abbé de Saint- 
Cyprien, fonda un monastère sous le vocable de Sainl- 
Sauveur (3). 

Citons encore dans le département de l'Orne, aux portes 
d'Alençon, la forêt de Malètre (Malafia S7jlva)y dont parie 
Orderic Vital (2), et où fut tué en 1136 le chambellan de 
Geofifroy, comte d'Anjou. Cette forêt a totalement disparu, 
et son existence n'est rappelée que par quelques noms de 
lieux des environs de Malèfre-aux-Moines : Bois-Louvet, 
Bois-Margot, La Garenne y Lignerottes, etc. 

Si nous quittons maintenant la partie méridionale de 
la Normandie et nous nous avançons dans l'Avranchin, 
nous rencontrons de nouvelles preuves d'un boisement 
beaucoup plus considérable qu'on ne l'observe aujour- 
d'hui . Les forêts ont commencé surtout à s'y éclaircir à 
dater du xiv'' siècle. Au milieu de la forêt de Lœide- 
Pourrie, les essarts devinrent alors si nombreux qu'ils 
formèrent un territoire suffisant à l'établissement de deux 
nouvelles paroisses. 

(1) Les lieux-dits, tels que le Bois-Massé, Grand* Bois-Ragam, Bois- 
Brûlé, Bois-aux-Glayes, Le Plessis, Les Brosses, indiquent que la forêt 
de Thiron, qui n'est plus représentée que par de faibles bouquets, s'é- 
tendait de MaroUes, au nord, Jusqu'à la Crùix-du-Perche, au sud, et 
s'avançait à l'ouest jusqu'aux abords de Nogent-le-Rotrou. 

(2) Orderic Vital, liv. XIH, p. 74, éd. Le Prévost. 

(3) Nous citons ici le curieux passage d'Orderic Vital (Vni, 27, p, 448, 
éd. Le Prévost) : « Denique post plures circuitus, ad veneFabilem epis- 
copum Ivonem divertit, et ab eo benigniter susceptus, in prœdio Carno- 
tensis ecclesiae cum fratribus quibusdam constitit et In loco silvestri, qui 
Tiron dicftur, cœnobium in honore S. Salvatoris construxit. llluc multi- 
tudine ûdelium utriusque ordinis abunde confluxit et praedictus pater 
omnes ad conversionem properantes, charitativo amplexu suscepit, et 
singulis artes quas noverant, légitimas m monasterio cxercere praecepit. 



CHAPITRE XIX. 301 

Cette forêt de Lande-Pourrie se rattachait, dans l'ori- 
gine, à d'autres bois qui en étaient des annexes, notam- 
ment à celui dont Nicolas-des-Bois occupait le centre et 
qui s'étendait, au nord-est, jusqu'à Saint-Maur-du-Bois 
et dont la forêt de Sainl-Se\er est le dernier reste (1). 
C'est près de ce bois que fut fondée, en 1143, l'abbaye de 
la Luzerne. La charte de fondation de cette abbaye, en 
partie reproduite dans la chronique de l'abbaye d'Ar- 
denne en Normandie (2), indique que la partie comprise 
entre Menidre, la Tanaise, et le Thar, était boisée (3). 

En remontant plus au nord, dans la presqu'île de Go- 
tentin, on retrouve sans doute aussi des traces de forêts, 
mais moins étendues. La forêt de la Lande-^Airou ou 
d'Hérould, qui s'étendait près de Villedîeu, n'a laissé que 
d'insignifiants vestiges. Elle a valu son nom à la chapelle 
dite Saint'Léonardrdes-Bois. En revanche, la forêt de Beau- 
quenay, que la Sandre sépare de celle de Saint-Sauveitr" 
le-Vicomte, semble n'avoir perdu que peu de son an- 
cienne extension. A l'extrémité septentrionale du dépar- 



Unde libenter convenerunt ad eum fabri, tam lignarii, quam fcrrarii, 
sculptoreset aurifabri^ pictoreset cœmentarii, vinitores et agricolse, mul- 
torunique ofliciorum artifices peritissimi. Sollicite, quod eis jussio senio- 
rie injungebat, oj^erabuntur et communem conferebant ad utilitatcm 
quœ lucrabantur. Sic ergo, ubi paulo ante in borribili saltu latrunculi 
solebant latitare, et incautos viatores repentino incursu trucidare, adju- 
vante DeO) in brevi consurrexit monosterium nobile. » Tiron n'est plus 
aujourd'hui qu'un hameau de la commune des Gardais (Eure-et-Loirj. 

(1) Yoy* L. Delisle, Etudes sur la condition de la classe agricole en 
yonnandie, p. 416. 

(2) Cette charte et la Chronique de Tabbaye d'Ardenne parlent d'un 
bois situé près de la rivière de Thar, et qui s'appelait. J/o2&ndtnum. (Voy. 
Seustria Pia^ p. 793, et la Chronique manuscrite de V abbaye d'Âr- 
denne, que possède la Bibliothèque impériale, et que m'a signalée mon 
obligeant et savant conArère M. L. Delisle.) 

(3) Le nom de Sartilly^ que porte une localité au sud de la Luzerne, 
])arait indiquer un ancien essart. Au nord de cette abbaye, La Cour du 
Bois rappelle remplacement de la tète du bois. 



302 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE L* ANCIENNE FRANCE. 

tement de la Manche, une autre forêt, celle de Brix (1), 
située près de Cherbourg, a été atteinte par le défriche- 
ment sur toute la lisière et réduite graduellement à Téfat 
de simple bois (2). Jusqu'au siècle dernier, elle occupa un 
espace assez considérable. 

Dans l'ancien territoire des Baïocasses, plusieurs forêts 
très-importantes ont disparu. Ce sont celles de Mauper- 
tuis, Torteval, de Foulogne, du Quênay, dont Guillaume-Je- 
Conquérant avait fait concession aux religieux de l'abbaye 
de Saint-Etienne-de-Gaen^ sous la condition de ne point 
la défricher et de n'en pas détruire le gibier (3). Il n'y 
a plus de traces de bois aux environs des trois dernières 
localités (4), et près de Maupertuis, dans l'arrondissement 
de Saint-Lô (canton de Percy), on ne trouve plus que le 
chélif bois de Moyon, sis au nord de ce village. La forêt de 
Cérisy, qui s'étend au sud-ouest de Bayeux, parait asoir 
aussi subi de notables défrichements. 

La partie de la Normandie qui répond aux arrondisse- 
ments de Gaen, de Pont-L'Évéque, dans le département 
du Calvados, et qui embrasse la plus grande partie du 
territoire des deux peuples gaulois appelés les Viducasses 
et les Lexoviens, ne semble pas avoir offert dans l'anti- 
quité cette même abondance de bois qui caractérisait 



(t) Elle est menlionnêe dans les Comptes de saint Louis sous le nom 
de Venda de Bruits* Historiens de France, t. XXI, p. 257. 

(2) Voy. les passages des cartulaircs de Goutances, cités par L. De- 
lisle, ouv. cit. p. 416, 417. 

(3) La donation rappelée par le registre des Olim pour 1268 (t. I, 
p. 747, éd. Beugnot) porte : « Silvam de Malo-Perluso, et de Torta-Valle, 
et de Folonia, et de Gasneto cum aquis et terris seu omnibus ad eas per- 
tinentibus bac conditione servata ut monacbl ipsius cœnobii ipsas silvas 
nulle tempore destruant vel destrui jubeant propter ipsam terram colen- 
dam sive inbabitandam, retentis in suo dominio cervis^ capreolis et apris 
silvestnbus. • 

(4) Le bois du Vemay, au nord de Foulogne, peut être toutefois le 
reste d'une de ces forêts. 



CHAPITRE XIX. 303 

d'autres cantons de la Normandie ; il n'y faut donc pas 
aller chercher les vestiges d'autant de forêts. A une lieue 
au nord de Càen, fut fondée cependant, au xii^ siècle, une 
abbaye dont le nom indique la présence d'une forêt im- 
portante, nom que nous avons vu plus haut appliqué 
h l'une des plus grandes forêts de la Gaule : c'est l'abbaye 
d'Ardenne (1), qui joue dans l'histoire de la province un 
certain rôle. 

La forêt de Bur a jadis présenté une superficie bien su- 
périeure à celle qu'elle avait au xvii* siècle. Elle est men- 
tionnée dans les Comptes de saint Louis (Venda ou Foresta 
de Bur) ; c'est le principal reste de la grande forêt du Bocage 
normand (2). Sous Philippe^le-Bel, lés bois de Foulogne 
s'en détachèrent. La carte de Gassini nous montre égale- 
ment qu'une bonne partie de la forêt de Touques, située 
à quatre lieues de Pont-L'Evêque, avait disparu au siècle 
. dernier, car les noms de lieux annoncent un ancien boise- 
ment entre l'Orne et la Touques. La forêt qui emprunte 
son nom à cette rivière, et qui est située au nord de 
Pont-L'Evêque, a dû s'avancer dans le principe jus- 
qu'aux abords d'Honfleur. Saint-Quentin-des-Bois marque 
un des essarts qui y furent ouverts au moyen âge. Elle 
constitua sans doute la marche qui séparait les Lexoviens 
desViducasses. 

Les forêts, redeviennent très- nombreuses, quaod on 
s'approche de la haute Normandie ; elles l'étaient encore 
davantage au moyen âge. Les départements de l'Eure et 
de la Seine-Inférieure conservent les débris de plusieurs 
des plus magnifiques forêts de la France. Nous sommes ici 
sur l'ancien territoire des Eburovices, des Lexoviens, des 
Véliocasses et des Galètes. 



(1) Gallia chrislian. t. XI» col. 459. Eccles. Dajocem, 

(2) Hisioriens de France, t. XXI, p. 258. Cetlo forôt de Bur recouvrait 



304 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE L'A?IC1ENNE FRANCE. 

A une époque qui n'est pas fort reculée, la contrée qu'a- 
vait occupée cette grande fraction des Aulerques, dont le 
nom se conserve dans celui du chef-lieu du département 
de l'Eure, était couverte par plusieurs forêts très^étendues. 

Au centre et dans le voisinage immédiat de Tancien 
MediolùnumAulercarum, s'élevait la forêt d'Evreux(F€>refto 
Ebroicensis), plusieurs fois mentionnée par les Gompies 
de saint Louis (1). Ce monarque en poussa activement le 
défrichement et y établit de nombreux colons; chacun 
d'eux reçut quelques acres de terre moyennant redevance. 

La forêt d'Evreux doit avoir subi un commencement de 
défrichement à l'époque gallo-romaine, sans doute à ia 
suite de l'ouverture de la voie romaine, dont un tron- 
çon subsiste sous le nom de Chemin-Chaussée^ et qui allait 
d'Evreux à Condé-sur-Iton ; car on a découvert sur son 
sol^ dans la commune des Ventes, près du hameau de Ja 
Trigale, des débris de murailles portant des traces d'en- 
duit et autres vestiges de constructions romaines (2). 
Cette forêt ne forme plus aujourd'hui qu'une bande légè- 
rement contournée et s'étendant au sud du chef-lieu de 
l'Eure. Elle n'était séparée, il y a deux ou trois siècles, 
de la forêt de Couches que par la vaste clairière du Champ 
Dolent; ce qui fiiit croire qu'elle en a dépendu origi- 
nairement. Le nom de Champ Dolent dénote l'existence 
d'un ancien lieu de sépulture (3). < 

une partie du canton de Bessy -Bocage (arrond. de Vire). Cf. Otm, 1. II, 
p. 378, cités par M. Delisle, ouv, cil. p. 476. 

(1) Historiens de France, t. XXI,p. 259, 267, 2if8. Cf. Delisle, Elude 
citée, p. 409 et 410. — On. la trouve aussi mentionnée sous le nom de 
Foresta Ebroycensis dans le registre des Olim pour 1309. (Voy. éd. 
Beugnot, t. III, p. 496.) 

(2) Aug. Le Prévost, Mémoires el notes pour servir à V histoire du dé- 
partement de VEure^ publ. par L. Delisle et L. Passy, t. I, Pan. i. 
p. 32. 

(3) Ce nom parait, en effet, avoir été imposé à des lieux où se trou- 
vaient des tombes à Tépoque gallo-romaine ou franquo. On peut encore 



CHAPITRE XIX. 305 

Malgré les défrichements opérés sous saint Louis, la foret 
d'Evreux demeurait encore vaste en 4298. Sa garenne, son 
panage, ses ventes et ses amendes firent partie de Tapa- 
nage donné par Philippe-le-Bel à son frère Louis, comte 
d'Evreux (1). Le nom de Grandis sylva, qu'a jadis porté le 
irillage ou plutôt le château de Grossœuvre (2), sis au sud 
d'Evreux, atteste son antique importance. Elle était plan- 
tée des essences les plus variées, chênes, hêtres, érables, 
trembles, genévriers, saules, merisiers, coudriers, etc., 
ainsi que nous l'apprend le Coutumier des forêts de, Nor- 
matidie (3), qui traite des droits d'usage dont y jouissaient 
les habitants de Bérengeville et de Melleville. 

Tout le canton actuel de Saint-André, c'est-à-dire la 
partie de l'ancien comté d'Evreux comprise entre l'Iton 
et l'Eure, fut jadis recouverte de bois qui s'étaient successi- 
vement détachés de la forêt d'Evreux. Un de ces bois, de- 
meure assez étendu pour être qualifié de forêt ^ fut donné 
au XV® siècle par Hugues, fils d'Hubald de Pacy, à l'ab- 
baye de Saint-Taurin; le village de Paintourville en prit 
le nom, à dater du xni'' siècle, et s'appela La Forêt du 
Parc (4). 

On trouve dans une pièce concernant les droits d'un 
seigneur de Garencièrés, conservée aux archives de TEin- 

supposer qu'il fait allusion à quelque événement sanglant, par exemple, 
à une bataille. Voy. Le Prévost, Mém. et no/es cités, 1. 1, Part, ii, p. 484, 
et Orderic Vital, XIII, 10, p. 20, note, éd. Le Prévost. Toutefois M. Le- 
héricher, qui a relevé plusieurs localités de ce nom en Normandie et en 
Bretagne, le fait dériver du celte loi, doly a élevé, » et trouve dans cette 
étymologie Texplication deMont-Dol, ChêncdoUé, Camdol. Voy. Mémoires 
de la société des Antiq, de Normandie^ t. XXV, p. 232. 

(1) Le Brasseur, Preuves de V Histoire du comté d'Evreux^ p. 24. 

(2) Orderic Vital, XllI, p. 89. Cf. A. Le Prévost, Dictionnaire des 
anciens noms de lieux du départem, de VEure, p. 140. 

(3) Â.. Le Prévost, Mémoires et notes oités^ tom. I, part, i, p. 262; 
t. II, part. IT, p. 393, 547. 

v4) I^ Prévost, ibid. t. II, part, i, p. 121 . On dit d'abord Nolre-Dame- 
de-Paintourviile, puis Notre-Dame-de-larForét, puis simplement La Forêt, 

20* 



906 LES FORÊTS DE LA OAÙLÈ EfT t>& l'âNGIENKE FRÀI^CE. 

pire et datant de la fin da xiy*" siècle, un tableaa curieas 
de la contenance d*uû grand nombre de bots, la j^upart 
situés dans le même canton (1). Nous citerons qudque»- 
uns des chiffres : 

« Les bois de la Queue contenant environ IHI^el 

XVI arpents ; les bois dû Rouvray XIIII arpents : les bois 
du Buisson XIIII arpents ; les bois de la Ghaste-Houlle II 
arpents; les bois de Grantsenvre appelez Descouardes 
XLVIII arpents ; les bois du Plesseiz-Hébert XXX arpents; 
les bois de la Neufville-des-Vaulx, le bois de Trasselangae 
IIII" arpents; les bœs de la Maire-Rogier X arpents; 
les bois Crespin jouxte la forest de Méré, qui sont bois 
coustumiersy et n'y peut-on faire vente, contenant CL ar- 
pents ; les bois de Bacquet contenant environ IIII CXXVD 
arpents et trente perches ; les bois de Tronqueux conte- 
nant environ IIII^^ VI arpents ; le^ bois Ferreux contenant 
environ XXXVII arpents XII perches ; les bois du Long 
c<»itenant environ LXVÏ arpents XLIIII perches ; les haies 
de Fourges contenant environ III arpents et demi ; tous 
lesdits bois sans tiers et dangier, aveeques tous autres 
bois, prez, terres et revenues et toutes les autres apparte- 
nances et appendances des dites villes. » 

Une des forêts mentionnées dans le document précédent, 
celle de Méré offrait une étendue assez considérable. Aa 
XV* siècle, elle appartenait au roi, mais plusieurs «eigneors 
y avaient obtenu le droit de franc usage. Quelques villages 
y étaient aussi usagers. Toutefois à cette époque elle avait 
certainement été réduite, et on la regardait comme une 
simple dépendance de celle de Pacy. Sur la carte de Cas- 
sini, elle n*est plus indiquée que comme recouvrant un 
étroit canton au midi d'Evreux. Elle s'avançait dans le 

(1) A. Le Prévost, Mém&ires et notes cités U II, part, i, p. 1S9. 



principe daTantage au sud où les noms de la Boissière, 
Sérez4e-Bois, la Haye, rappdknt la présence des arbres ; 
-elle n*oocope maintenant qu'une faible portion du canton 
de Saint-André. Cette forêt était, au xiy* siècle, plantée 
de châaeset de hêtres (1). Au siècle suivant, les seigneurs 
d'Ivry s'en réservai^at la jouissance exclusive* pour k 
chasse, aussi bien que de celle de Roseux (partie méri- 
dionale de la forêt d'Ivry), qui en était peu éloignée (3). 

On doit citer entre les forêts de cette partie de la Nor- 
mandie qui subirent de notables réductions, celle de 
Pacy et celle d'Anet {foresta de Anet), mentionnée dans 
les Comptes de saint Louis (3). Celle d'Ivry ne s'étendit 
certainement jamais plus au sud qu'elle ne le fait de nos 
jours ; elle n'a dès lors pu faire corps avec la forêt de 
Dreux, car elle en est séparée par l'Eure ; mais elle s'é- 
tendait originairement fort au nord et allait vraisembla- 
blement rejoindre la forêt d'Evreux. En efiet, la région 
intermédiaire est toute semée de noms de lieux annonçant 
d'anciennes forêts ou d'anciens bois {le Bois-Hébert, le 
Bois^Perier, la Ville-au-Bois, la Brosse ^ la Forest), 

Une forêt qui se rattachait à celle d'Ivry et qui a dis- 
paru, ne laissant guère de vestige que le bois de Roseux 
ou Roze, dans lequel se reconnaît un prolongement méri-« 
dional de la même forêt, est celle de Croth ou Groteis (fo- 
resta de Croteis), plusieurs fois citée dans les chartes du 
xn*^ siècle en faveur des religieux de l'Estrée (4) . Cette forêt. 



(1) Le Prévost, ouv. cil. t. Il, part, ii, p. 332, 622. Voy. l'indication 
des droits d'usage qu'avaient dans cette forôt, d'après le Goutumier des 
f'orôts de Normandie, les habitants de JBretagnoUes. Le Prévost, ouv, cil. 
1. 1, part, n, p. 413. 

(2) Voyé l'aveu de la seigneurie d'Ivry donné dans Le Prévost, ouv, 
cit. t. II, Part. I, p. 289. 

(3) Foresta de Ànety Historiens de France, t. XXI, p. 253. 
(é) Voy. Le Prévost, ouv. cit. 1. 1, part, n, p. 573. 



308 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

qui tire son nom d'un mot saxon {Crost ou Craft, enclos), 
était déjà assez notablement défrichée au xi* siècle, puis- 
que le village qui lui valut cette dénomination avait alors 
quelque importance. En 1258) 320 jirpents en étaient de- 
puis peu essartés (1). Elle a dû s'étendre dans le principe 
assez à l'ouest pour embrasser les territoires de Saint- 
Laurent-des-Bois, de LigneroUes et de Grateuil, et absor- 
ber le bois situé plus au sud le long du cours d'eau appelé 
la Coudaney et pénétrer jusque dans le Drouais, comme 
il a déjà été dit à l'article de ce pagus. La forêt de Groth 
se scindait, deux siècles plus tard, en plusieurs parties; 
l'une gardait le nom de l'ancienne forêt, et s'appelait 
Magna foresta de Croteis ; les autres formèrent de petits 
bois, dont l'un est nommé Venda de Crot dans les Comptes 
de saint Louis (2). Les seigneurs d'Ivry avaient, au xv* siè- 
cle, droit de chasser une fois Fan dans la forêt de Groth (S)^ 
droit fort recherché alors, car le gibier y abondait. Entre 
les causes qui ont amené la disparition de la forêt deGroth, 
il faut placer en première ligne la fondation de l'abbaye de 
Breuil-Benoit, qui y posséda des droits d'usage étendus. 

Au nord et au nord-est d'Evreux, j'ai aussi à signaler 
quelques forêts importantes. La Chapelle du Bois-des-Faux 
{Capella des Bosco Fagorum) dut son nom à un bois de 
hêtres dont l'établissement de la voie romaine de Rouen à 
Ghartres qui la traversait, dut amener de bonne heure la 
destruction. Gette chapelle, dédiée à saint Nicolas, a été 
l'origine d'une paroisse qui existait déjà au xiii^ siècle (4). 

(1) Voy. Olim, éd. Beugnot, 1. 1, p. 70. (An. 1258.) 

(2) Historiens de France, t. XXI, p. 253, 277. Le Prévost, ouv, ciié. 
Elle est appelée simplement Bois-de-Crotois dans une pièce de 1282, oCi 
est mentionné rélablissement, car Robert, comte de Dreux, de sept cha- 
noines de Notre-Dame-de-Braisne eu l'église de Fermecourt. 

(3) Le Prévost, ouv. cil, t. II, part, i, p. 289. 

(4) Le Prévost, ihid, 1. 1, part, ii, p. 488. 



CHAPITRE XIX. 309 

La forêt de Yernon {foresta Vemonis) (1), mentionnée 
dans les Comptes de saint Louis (2), avait dû originaire- 
ment comprendre le terriloirede Bois^Gérôme-Saint-Ouen^ 
anciennement Bois^Gtreaume^ village datant au moins du 
xii*" siècle, et dont les habitants, deux siècles plus tard, 
continuaient à jouir dans la forêt de droits fort éten- 
dus (3). Un canton de cette forêt, désigné dans les Comptes 
de saint Louis (4) sous le nom de Venda de Boutevant^ était 
situé près du cjiâleau de ce nom. 

Un bourg dit La Forest^ situé à 14 kilomètres environ 
de la forêt de Yernon , montre que celle-ci s'avançait jadis 
dans la direction nord-est et englobait les bois qui avoi- 
sinent Ârquency. La réduction de la superficie de celte forêt 
s*opéra assez rapidement du xiii® au xvii* siècle. Sur la 
carte de Cassini, la forêt de Yernon n'est plus qu'une lon- 
gue bande qu'on prendrait pour un écart de la forêt d'Ân- 
dely (foresta Andeliaci) qui, quoique peu éloignée au nord, 
constituait cependant dès le moyen âge une forêt dis- 
tincte, et est également mentionnée dans les Comptes de 
saint Louis (5). Les deux forêts étaient sans doute unies 
dans le principe, mais elles durent se détacher à la 
suite du percement de la route de Yernon à Gisors. 
Les villages de Bouafles (Boalfa) (6) et de Fours, qui 
avaient conservé des droits d'usage dans la forêt d'An- 
dely (7), s'élevèrent certainement, ainsi que celui de Forêt- 

(1) riistoriens de France, t. XXI, p. 252. 

(2) On trouve aussi dans ces Comptes la forôt mentionnée sous le nom 
de Venda de Vemon. 

(3) Le Prévost, ouv. cii, t. part, ii, p. 353. 

(4) Historiens de France, t. XXI, p'. 258. 

(5) Historiens de France, t. XXI, p. 278. On la trouve mentionnée 
dans divers actes du xiv* siècle, sous le nom de foresta de Andeliaco, Le 
Prévost, ouv. cit. t. II, part, ii, p. 319. 

(6) Ce nom de Boalfa^ d'origine nordique, signifie : le domaine de Do 
ou deBui, Voy. Le Prévost, ouv. cit. t. I, part, ii, p. 384. 

(7) Le Prévost, ouv, cit. t. II, part, t, p. 133. 



3t0 LES FORÊTS DE LA GAULE HT Dff l^ANCIENNE FRANCE. 

la-FoHe (1) dans des essarts qu'on y ayait opérés a^ant le 
xn® ^ècle. Au xnr*, au temps de la rédaction du Cimiu- 
mier des forêts de Normandie^ le hêtre en était Fenence 
dominante (2). 

Au sud-ouest d'Évreux existe encore une des forêts ooa- 
lumières qui fut une des plus célèbres de la jH^Tinee, a 
raison du grand nombre de \illages qui y avaient de& 
droits d*usage(3) : c'est celle de Couches. Elle est désignée 
sous le nom qu'elle porte encore aujourd'hui, dès le 
XII* siècle (for esta Concharum) (4). Riche des essences les 
plus variées, chênes, hêtres, bouleaux, trembles, ehamws^ 
saules, etc. (5), les cerfs et les sangliers y pallulaient. La 
multitude des francs-usagiers y causa de bonne heure des 
dégâts qui ouvrirent la porte aux défrichements. En 1492, 
on distinguait la haute forêt de Conches^ c'est-à-dire le 
canton où les grands arbres avaient été respectés, de oeiui 
où n'existaient plus que des bois taillis (6). Les moîiies de 
l'abbaye fondée (7) en 1035 à Conçues, et ceux df abbayes 
voisines, ont beaucoup contribué à cette destruction par- 
tielle d'un des principaux lambeaux de la marche fores- 
tière des Éburovices. 

Les religieux de l'abbaye de Bernay tenaîani des set- 
gneurs de Couches dans la même forêt des droits d'osaj^ 
fort étendus que reconnut Charles VI, en 1^2. La fbrét 
étant devenue propriété de la couronne (8), quelques 

(1) Le Prévost, oiiv. oit. t. n, part i^ p. 122. 
(2] Voy. le passage du Goutumier des forêts de Normandie, cité par Lo 
Prévost, t. I, part, ii, p. 384. 

(3) Le Prévost, ouv, cU. t. I, part, n, p.^90, 517, 53 U 

(4) Le Prévost, tmv, cit. t. I, part, n, p, 53L 

(5) Le Prévost, oti«. eU. U I^ part, n, p. 517, 531* 

(6) Le Prévost, ouv, cit. t. II, part i, p. 77» 533. 

(7) Cette abbaye se trouvait à L'ouest de la. ville, sur la routa de Con- 
ches à Evreux. GÎaUia ehristiana, t. XL, coL 637. EeaUs, SbroUems^ 

(8) Le Prévost, ouv, cit. t II, part u, p. 290. 



GHAPITUB XIX. 311 

communes, telles que celle de Louversei, y jouirent aussi 
de droits, analogues (1). £n 1^, Robert de G(Mirtenay 
donna aux moines de Couches la dime de toutes les terres 
-de la forêt nouvellement défrichées ou qui seraient défri- 
chéesdaids la suite (2), et, afin d'augmenter leur revenu, les 
moines travaillèrent activement à son éclaircissement* 

Dans^Ie principe, la forêt de Couches allait se joindre à 
cdle de fireteuil, dont elle n'est séparée que par un^ vaste 
clairière dans laquelle on rencontre des noms de localités 
tels que ceux-ci : la Çoupe^Bois^ le Friche, la Rue-durBois^ 
les Baux-de-Breteuil (3). Garnan ville (4) occupe le centre 
de cette clairière (5). La forêt poussait ses lignes ombra- 
gées jusqu'à riton ; ckr la région qui s'étend entre elle 
et cette rivière est semée de petits bouquets (6) et de loca* 
lités dont les noms rappellent d'anciens bois (7). 

La forêt de Breteuil {BritoHi ou Bretolii foresta, ou 
forera de BrUholio (8) est mentionnée dans les Comptes 

(1) Le Prévost, (mx>, cil. t. IT, part, ii, p. 334. 

(2) Gallia chrisL t. XI, instrum. c. cl. 

(3) Le village de Baint-Christophe-des-Baux-de-Breteuii fut fondé sur 
remplacement que le roi avait concédé, en 1246, aux moines de Lire. 
Voy. les chartes mentionnées pajr M. L. Delisle, ouv, cit. p. 412, 413. 

(4) Ou Guernanvillo Vovs 1246 saint Louis céda un morceau de la 
forêt de Breteuil, du côté de Guernanville, aux moines de Royaumont, 
qui, selon leur habitude, partagèrent ce terrain entre des cultivateurs 
chargés de lour payer un cens annuel, (Mai*iène, Thésaurus anecdO'* 
torum, t. III, col. 1434.) 

(5) Voy. la carte de Cassini. 

(6) Tels sont le bois Morin, qui s'étend de Nogent-le^ec à Saint- 
Biaise, celui de Boahion, et le bois plus étendu, au nord, dit de la 
Haye. 

(7) Tels »ont : Le Buiâson-Huet, Boiaeet, le Boia-Morin, l^ Brosse, le 
Buiflfloa-AMouin, Le Paye, le G^éœ, les Êaaarts, Le Goudray, l^Groix- 
du-Friche, la Rue-du-Long-Essart, le Gornet-du-Bois, les Boulets, le 
Bouquetard, Buiasoa-Vern»^ le Frtoe, le Bpis-RMiard, la Bro3ae (deux 
localités de ce nom), le Tronchet. 

(8) HUiQinem de Frmee, t. XXI» p. 256, 248. Cf. Le Prévost, Mé- 
moiret ei noien^ 1. 1, part, u, p. 259. -^ Okim^ éd. Beugiiot^ t..ll, p. i53 
(an. 1275). 



312 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l'aNCIENNE FRANCE. 

de saint Louis, avec celle de Bort, il 'faut croire qu*aa 
XMi® siècle, les deux forêts que Tlton sépare formaient 
des parties distinctes. La forêt de Breteuil était alors uae 
des plus considérables de la Normandie. Saint Louis y 
établit des colons pour en faire opérer en partie le défri- 
chement (1). Déjà à celte époque, ce qui se répéta depuis, 
un grand nombre d'ermitages y avaient été fondés (2), 
tous placés sous le patronage des moines de Lire; ce qui 
donna naissance à divers essarts. Les territoires de Vieille 
et de Nouvelle-Lire furent deux conquêtes faites sur la 
forêt de Couches (3), laquelle s'avançait dans le principe 
jusqu'à la Rille. , 

L'état de la forêt de Breteuil, au commencement du 
XI n* siècle, nous est révélé par une enquêle qu'ordonna 
Philippe-Auguste et qu'a publiécM. Lechaudéd'Anisy(4). 
Il ressort de cette pièce curieuse que la partie avo/si- 
nant Ambenay (5) formait au xni« siècle un quartier 
distinct, ou haie {haia), que le territoire de Bordigny, 
village situé au nord de Breteuil, n'était pas encore défri- 
ché, défrichement qu'indique Cassini. D'où il suit que la 
forêt a subi de bonne heure des abatis dans sa région 
orientale. 

La grande clairière dans laquelle se sont élevés les BauT 
de flreteuil, Garnanville, Sainte-Marguerite, existait déjà 



(1) Voy. Delisle, ouv. cit. p. 414. 

(2) Voy. les cartulairea cités par L. Delisle, ouv. cit. p. 412, et Le 
Prévost, ouv. cit. l. 1, part, n, p. 410. 

(3) L'abbaye de Lire date du milieu du xi* siècle, et avait remplacé une 
chapelle de Saint-Christophe déjà existante en ce heu. Voy. Gailia chriS' 
tiana^t. XI, col. 644. J^ccfes. Ebroicens. 

(4) Voy. Le Prévost, Mémoires et noies cités, t. I, part, n, p. 4Î4 et 
suiv. 

(5) Ambenuy est situé au nord-est de Rugles, près la rive gauche de la 
Rille. Le nom de Bois-Arnault. que porte un village voisin, montre que 
ce côté avait été boisé, et rappelle celui d'un dos écarts cité ici. 



CHAPITRE XIX. 313 

alors, en partie du' moins, et était occupée par ce qu'on 
appelait fo jBe/fe-L«wrfc (Beila-Landa)^ qui séparait celle 
forél de celle de Conches, de même que le canton dont Les 
£5^r^5 indique à peu près le centre, la séparait delà forêt 
d'Évreux, qui avait dû faire corps avec ellc.au temps où 
elle se liait encore au sud à la forêt de l'Aigle, dont il a été 
question plus haut. 

Le texte de Tenquéte ordonnée par Philippe-Auguste 
prouve qu'un assez grand nombre de petits bois ou parcs 
(nemora) s'étaient détachés de la forêt principale (Saltus), 
parcs dont la jouissance était réservée à certaines per- 
sonnes ou à certains établissements. Tels étaient le Bois- 
Arnaud et le Parc-de-Breteuil (parcus Bntolii). 

Les moines de l'abbaye de Lire, les habitants de Vieille 
et Nouvelle-Lire avaient dans la forêt de Bretçuil des droits 
d'usage importants (1), ainsi que les ermites du Désert ou 
Ermitage du Lerme, et divers paroisses et seigneurs (2) 
du voisinage. La liste des usagers était sans fin, et cette 
prodigalité des droits d'affouage, de paisson, de panage, 
de récolte du bois mort et du mort-bois, amena forcé- 
ment de graves abus dont la forêt eut grandement à souf- 
rir. Celle-ci renfermait en outre de nombreux herbages 
d'«>ii les arbres avaient disparu et que s'efforçaient d'a- 
grandir par des abatis faits à la dérobée ceux qui en 
avaient la jouissance. 

J'ai parlé tout à l'heure de la forêt de Bort ou Bourth, 
dite aussi de Borz^ comme étant dès le xii* siècle disti^aite 
de celle de Breteuil. Elle parait avoir occupé à celte épo- 
que une portion notable du canton actuel de Verneuil. 
Elle répondait à la section la plus méridionale de la grande 



(1) Le Prévost, ouv. eit, t. II, part, ir, p. 468. 

(2) Voy. Lo Prévost, ouv. cit. t. II, part, ii, p. 303. 



314 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE L ANCIENNE FRANGE. 

Sylva Eburevieum^ dont les forêts d*Ëvreux et de Goneh» 
occupent le centre. £Ue est souvent mentiùmiëe dans le 
cartulaire de Tabbaye de Bon-Port avec cdle d'Eavi {de 
Aquosis)y dont je reparlerai plus loin (1). Au. commeiMse- 
ment du règne de saint Louis, Gautier, châtelain de Vaa- 
dreuiU abandonna diverses portions de cette forêt à des 
particuliers, sous condition de les défricher héréditaire- 
ment, moyennant des rentes de 4, 5 ou $ sous par an. Les 
défrichements prirent assez d'extension pour l'obliger à 
indemniser des graves préjudices qu'éprouvaient las 
moines de l'abbaye de Bon-Port, auxquels Richard Gœor- 
de-Lion avait fait de larges concessions dans la forêt (S). 
En 1246, saint Louis accorda aux moines de cette abbaye 
cent acres de terre dans la forêt (3), et en 1256 et 1280 ils 
obtenaient des droits d'usage étendus ; mais ces conces- 
sionsconduisirent parfois lesmoinesà dépafiserleursdnMts, 
et ces usurpations ont dû ouvrir la porte à des d^âts qui 
amenèrent de nouveaux défrichements. Ainsi noo^ voyons 
Charles YI faire remise à ces religieux d'une amende de 
30 francs qu'ilsavaient encourue pour bois indûment pris 
dans la forêt (4). Souvent mentionnée au xui* siècle, la 
forêt de Bort perdit peu à peu son importance. Le can- 
ton actuel de Rugles, sur lequel elle s'étendait dans te 
principe, fut graduellement déboisé, mais l'existence des 



(i) Andrieux, Carlulaire de V abbaye royale de Notre-Dam&^'Bon- 
port^ de V ordre de CUeaux au diocèse d'EvrevLPy p. 159, 33 U (Evreux, 
1861.) La forêt de Bort est mentionnée dans les Comptes de saint Louis, 
sous les noms de foresia ou venda de Bort, Voy. Hisioriens de France, 
t. XXI, p. 253, 2W. 

(2; GaUia christiana, t, XI, insLrum. c. cxxxvii. -^ Neusiria Pia^ 
p. 197. 

(3) Andrieux, Carlxd, de V abbaye de Bonport, p. 159. Une conces- 
sion de droits d'usage dans la môme forêt fut encore accordée à cetle 
abbaye par saint Louis eu 1256. — Voy. Andn^^ux, Quv* cU» p. 21». 

(4) Andrieux, ouv^ cU, p* 318, 372, 40â* 



CHAPITRE XUC. 315 

bois détruits nous est encore attestée par les noms de di- 
verses communes {Bots-Gautier, La Haie^ SHvestre^ ie 
Beut-du-BùiSj Boi^^Béranger, etc.) (1). 

Les forêts de Neubourg et de BeaumoHt-Ie^eger re- 
présentent les quartiers nerd-ouest et ouest de Fancienne 
forêt des Eburovices. Cellerci dut recouvrir les deux rives 
de la Rille,. car tout le plateau du canton de BeaumesniU 
qui longe la vallée de cette rivière, était, aux x* et xi* siè- 
cles^ couvert de bois^ ainsi que le rappelle le grand nom- 
bre de paroisses dans le nom desquelles entre le mot bois 
ou bosc {BosC'-Itenoult, Bois-Auzercd , Bais-Nouvel^ Bois^ 
Pantou y Bois-NormoTui^ Bois-^Mahiara) (2)« 

La forêt de Neubourg {Noviburgi foresta), sise au nord 
/le cette petite ville, dût s'étendre anciennement beau 
coup plus dans le sens septentrional et comprendre 5flm/- 
Mélin-^u-Bosc et Samt-Nicolas^u-^Bosc; elle a pu faire 
originairement corps avec la forêt de la Londe, qui se 
trouve au nord d'Elbeuf, sur la rive gauche de la Seine, 
et dont il sera parlé plus loin ; car l'espace qui les sépare 
est semé d'une foule de localités aceosant par leur nom 
l'existence antérieure de bois. En 1281, la forêt de Neu- 
bourg présentait déjà de vastes espaces cultivés (3), et.en 
1281 , on dut fixer les limites de la paroisse de Sainte-Ca- 
therine nouvellement fondée sur son territoire (4). 

La forêt de Beaumont-le-Roger ne prit guère ce nom 
qu'au XIV* siècle; elle le dut à la ville qui Tavcrisine, tille 
qui reçut l'épithète de Roger, en mémoire du seigneur 



(1) Le Prévost, Mémoires et noies, t. I> part. r,.p. 260"; t II,. poct. i, 
p* -^37. 

(2) Le Prévost, Mémoires et notes, 1. 1, part, ii, p. 373> 

(3) Yoy. le Cartulaire du chapitre d'Evreux cité par L» DelisiCf 
ouv. cil. p. 408. 

(4) Delisle, 1. c. 



316 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE L* ANCIENNE FRANGE. 

de Ponl-Âudemer, dont la piété dota richement, au xi' siè- 
cle, sa collégiale (1). Dans «le principe, la forêt portait le 
nom de forêt d'Ouche (Occasylva). Elle ne faisait d'abord 
qu'un avec la forêt de Barc {foresta Barchi) qui s'en était 
détachée dès le xi^ siècle (â). La petite forêt de Plasnes 
(Platanensis sylva) avait du subir, par suite de la fonda- 
tion du village de ce nom (canton de Bernay), un défri- 
chement dès l'époque mérovingienne. Au xv* siècle, elle 
ne recevait plus que la qualification de Parc (3). 

En s'avançant au nord de la forêt de Neubourg, on ren- 
contre les deux forêts de la Londe et de Montfort, qu'on 
peut, ainsi que celle de Rouvray, regarder comme les dé- 
bris de la partie la plus septentrionale de la forêt des 
Eburovices. Ces trois forêts recouvraient toute la rive gao- . 
che de la Seine entre Saint-Sever et Vieux-Port. 

La forêt de la Londe, qui ombrage encore aujourd'hui 
une partie du canton de Bourg-Théroulde, et s'avançait 
au siècle dernier jusqu'aux portes d'Elbeuf, est plusieurs 
fois meniionnée dans les documents des xii* et xin* siècles, 
époque à laquelle elle fut singulièrement éclaircie. Cette 
circonstance lui valut le surnom de forêt des Essarts (4). 

1] n'est pas impossible qu'elle se soit rattachée, dans 
les temps primitifs, à la forêt de Pont-de-l' Arche , qui 
allait autrefois de cette ville aux abords de Louviers. 
On sait en effet que les environs de cette dernière ville 
fuient naguère beaucoup plus boisés qu'ils ne le sont de 



(1) Le Prévost, Mémoires et noleSy t. 1, part, i, p. 202 et suiv., 224. 
Roger, tils d'Onfroy, accorda de grandes donations à la collégiale, depuis 
prieuré de la Trinité de Beaumont, notamment des dîmes sur les forets 
d'Ouche et de Barc. 

(2) Le Prévost, 1. 1, p. 98 et 146. 

(3) Le Prévost, ouv. cit. t. Il, part, ii, p. 541. 

(4) Voy. Rôles de VEchiquier^ t. i, p. 98 et 1 46. 



CHAPITRE XIX. 317 

nos jours (1). Dans les Comptes de saint Louis, la foi*ét de 
la Londe n'est mentionnée que sous le nom de venda 
Londœ (2). En 1218^ le bois de Rispeville qui s'en était 
détaché, commençait à être mis en culture. A cette date» 
un seigneur, du nom de Jean Gommin, dans une^harte 
relative au bois ainsi appelé (3), et au manoir de Beaure- 
paire, prévoit le cas oii le grand nombre de défrichements 
et rétablissement de nouvelles habitations dans ledit bois 
nécessiteraient la construction d'une ^lise (4). 

La forêt de la Londe s'était, sans doute, d'abord confondue 
avec la forêt de Beaulieu qui, depuis, prit le nom de forêt de 
jMauny. En 1225, on voit les moines du Bec se réserver les 
deux tiers des dîmes des essarts dans la forêt de ^eaulieu et 
laisser le reste à l'église de Mauny (5). En 1266, les défri- 
chements exécutés dans les vingt dernières ann^ obligè- 
rent Eudes Rigaud à fixer les limites de la paroisse d'Iville. 
Cinq ans plus tard, il dut ériger la chapelle de Mauny en 
église paroissiale (6).1je village de Bosnormand, qui est 
antérieur au xiii'' siècle, occupe un territoire conquis sur 
la forêt de la Londe (7). Au xiv"" siècle, cette forêt était 



( \) Une partie des bois de ce canton furent essartés par les moines de 
TabJbaye du Bec. Voy. Le Prévost^ ouv» cit. U II, part, i, p. 231. 

(2) Historiens de France y t. XXI, p. 255. 

(3) C'est le bois ou bosc Bénard^Commin qui a laissé son nom a un 
village du canton de Bourg-Théroulde, et qui fut partagé en deux au 
XII* siècle ; le bosc Bénard-Commin et le^bosc Bénard de.Cressi» (Voy. Le 
Prévost, Mémoires et notes, t. I, part, ii^ p. 369, 370.) Ces deux bois 
devaient être d'anciens écarts de la forêt de la Londe. 

(4) Cartul, de Saint-Georges, dans Delisle, p. 407. 
{o) Carttdaire de Saint-Imer, dans Delisle, p. 407, 
(6) Cartvlaire de Saint-Imer^ 1. c. 

(7} La forôlde Montfort {foresia Montis Forlis) est mentionnée dans les 
pièces du parlement de 1256 et 1258. 0/tm, éd. Beugnot^ t. I, p. 6 
cl 69. Le bois qu'on coupait alors dans cette forêt était amené par eau à 
Pont-Âudemer. 



318 LES FORÊTS DE LA GAULE ET BE x' ANCIENNE FRANCE. 

plantée ^n grande partie de hêtres, comme cela ressort 
de ce qui en est dit dans ie Coutttmier des forêts de Nor- 
fnùnche* 

La forêt de Montfort, qui s'étend au nord de Glos-sur- 
Bille,* constituait déjà une forêt séparée au xi* siècle, 
époque à laquelle quelques essarts y avaient été ou- 
Terts. C'était une propriété des comtes de Montfort (1) ; 
les habitants de la ville et de divers villages voisins y 
avaient des droits étendus, ainsi qu'en témoigne le Cota»- 
mier des forêts de Normandie (2). Peuplée d'essences 
variées, chênes, hêtres, bouleaux, frênes, trembles, etc. (3), 
cette forêt devait s*être détachée, quelques siècles aupara- 
S-ant, de la forêt de Bro tonne. On peut donc la consid^er 
comme en ayant formé à l'origine la partie méridionale. 
Elle n'en était, au siècle dernier, séparée que par le vaste 
essart dans lequel s'élevèrent les paroisses de Roogemon - 
tier et d*Eturqueraie, et où une foule de lieux-dits rap- 
pellent l'ancienne présence des bois. 

La forêt de Brotonne {lirotojia, Britonis ou Brothoniœ 
sylva) (4) apparaît déjà sous ce nom dès les vin* et ix* siècles, 
on la trouve notamment ainsi désignée dans Orderic 
Vital (8). Elle le dut, suivant l'op'inion commune, au Bre- 
ton saint Condé, auquel Thierry III avait donné la partie de 
cette forêt que posséda plus tard l'abbaye de Saint-Wan- 
drille. Elle portait antérieurement le nom de Arelaunum 



(1) Le Prévost, Mémoires et noies, 1. 1, part, ii, p. 369 et suiv. 

(2) Le Prévost, Mémoires et noies, t. I, part, ii, p. 412; t. Il, part. i. 
p. 109, 187. Ces droits ont été parfois l'objet de procès qui furent portés 
au Parlement. Voy. Olim, 1. 1, p. 6. 

(3) Le Prévost, out. cit. t. I, Part, n, p. 412, t. II, Part, n, p. 118. 

(4) Abbé Ciochet, La Seine-Inférieure historique et archéologique, 
époque gauloise j romaine etfranque, p. 315. 

(5) Orderic Vital, lib. XI, 39, p. 456, éd. Le Prévost. 



CHAPITRE TLX. M9 

Sylva ott de Saltus Arelàunemis^ lequel est mentionné par 
Fauteur des G^a regum qui l'identifie avec la forêt où, 
!selon Gr^ire de Tours (i), se réfugia en 837, Glotaire P% 
roi de Soissons, poursuivi par son frère Childebert !•% roi 
de Paris, et son neveu Théodebert P', roi de Metz. 

Jusqu'au xV siècle, les rois de France contiouèrent à 
aller chasser dans ia forêt de Brotonne, qui était alors- par- 
tagée entre les communes de Vatteville-la-Rue et deGuer- 
baviUe-l»-MaiUeraye . 

Quoique très-importante sous nos premiers rois, cette 
forêt avait pourtant déjà subi, à l'époque romaine, de 
notables défrichements. A son voisinage s'élevait une 
villa romaine qui devint sous les Mérovingiens une villa 
royale. On a trouvé dans la forêt de Brotonne des anti- 
quités romaines (2) ; on y a même observé des fosses de 4 
à 5 mètres de profondeur et de 40 à 42 de diamètre, qui 
semblent remonter à l'époque celtique et que Ton nomme 
Puits du trésor (3). 

Cette forêt n'échappa pas plus à la cognée que les au- 
tres forêts de la Normandie. Une curieuse charte, éma- 
née de Renaud, abbé de Saint-Wandrille, et qui porte la 
date de 4202, y mentionne des défrichements considéra- 
bles (4). Mais, quelque étendue qu'ait été avant cette épo- 
que sa superficie, quoique elle ait dû s'avancer au sud au 
delà de Routot, elle n'a jamais pu dépasser à l'ouest le 
Vieux-Port. Au reste, la physionomie de cette belle forêt 



(1) Grégoire de Tours, Hisior. eccles. Francor. III, c. xxviii. Voy. ce 
qui a été dit p. 959, note 5. 

(2) Cochet, 1. c. Cf. Archives de VEmpire, Trésor des chavtes, P. Î77, 
n«241. — Bibliothèque de V Ecole des chartes, t. IV, p. 5S7. 

(3) Cochet, ouv, cit. p. 311. 

(4) Voy. Carlvlaire de Saint- WandriUe, cité par Delisle, wi«. cit. 
p. 406. 



320 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

doit avoir peu changé, et au xiv" siècle, elle était plantée 
comme aujourd'hui de chênes et de hêtres (1). 

La forêt de Rouvray dont le nom, Roveretum^ rappeik 
Tessence (Robur) qui y dominait, doit avoir primitive- 
ment recouvert toute l'espèce d'île ou de presqu'île que 
dessine la sinuosité de la Seine, d'Ëlbeuf à La Bouille. 
Le nom de Saint-Élienne-du-Rouvray indique qu'elle s'est 
prolongée autrefois jusque sur le territoire de ce village. 
Un grand nombre de noms de lieux rappelant la présence 
des bois (2) donne à penser que naguère cette forêt s'avan- 
ça beaucoup plus dans la direction de l'ouest et du sud- 
ouest. Elle ne faisait en réalité qu'un .avec la forêt de la 
Londe, dont elle n'est encore séparée, sur certains points, 
que par un espace assez étroit. 

Les chartes parlent peu de la forêt de Rouvray. Il est 
question de trois cents acres de landes qu'accorda avec 
droit d'usage le roi d'Angleterre, Henri II, en des bois 
qui paraissent en avoir dépendu, aux hôtes établis par 
Martin de la Heuse (3). On sait d'autre part que ce fut 
dans cette forêt, ou il était allé chasser, que Guillaume 
le Bâtard, dit depuis le Conquérant, apprit qu'Harold 
s'était fait proclamer roi d'Angleterre (4). 

Aux environs de Rouen existait une autre forêt qui n'a 
laissé que d'insignifiants vestiges. C'est celle de Sîlvei- 
son, qu'à partir du xv*' siècle, on commença à désigner 
le plus ordinairement sous le nom de Foret- Verte. Aux xii* 
et XIII' siècles, les moines de St-Ouen qui lavaient reçue 
en donation de Robert le Magnifique, y établirent des co- 

(l) Le Prévost, Mémoires et mies, 1. 1, part, ii, p. 379. 
(*2) Voy.,la carte de Cassini. 

(3) Carlulaire de Saint-Imer, dons Delisle, ouv. cit. p. 408, Olim, 1. 1, 
p. 502. 

(4) Extrait de la Chronique de Normandie^ dans les Hisloriem dt 
France, t. XIII, p. 1U. 



CHAPITRE XIX • 321 

lofis; ce qui fut l'origine des villages dlsneauville et de 
Ouiûquempoist (4). Une charte de Renaud du Bois, de Tan 
4212, nous apprend que les religieux, à cette époque, 
essartaient un canton de la forêt verte dit : la Honssaye- 
dlsneauville. Des chartes, d'une date antérieure mention- 
nent d autres défrichements opérés par les moines dans 
les forêts aujourd'hui presque totalement détruites de 
Préaux et de Cailli (2). 

La forêt deRoumare {Romariœ foresta, Rotmaremis sylva) 
citée dans les Comptes de saint Louis (3), tapisse les abords 
de la Seine au voisinage de Ducler (4) et fait face à celles de 
Rouvray et de La Londe sises sur la rive opposée. Forcé- 
ment limitée par l'isthme de la Seine où elle se trouve, 
elle n'a jamais pu occuper un espace plus étendu que cet 
isthme même. C'est au règne d'Henri II, roi d'Angleterre, 
que remontent les premiers défrichements importants 
qui y furent exécutés. Les abbayes de Bondevillc et Saint- 
Georges enlevèrent des parties considérables de cette forêt 
pour les livrer à la culture (5). 

La forêt de Maulevrier, qui se confondait dans le prin- 
cipe avec celle du Trait, située au S.-E. de Caudebec, doit 
être également signalée comme l'une des plus impor- 
tantes de cette région de la haute Normandie. Elle 
subit de bonne heure de grandes réductions, par suite 
des travaux de défrichements dus aux moines de Rovau- 



(1) Voy. Delisle, ouv. cil, p. 402. 

(2) Voy. les passages donnés dans Delisle, p. 403. . 

(3) Venda Romarix. — Historiens de France, t. XXI, p. 255.* 

(4) Romara sylva, Orderic Vital, éd. Le Prévost, t. V, p. 125. On 
retrouve dans ce nom de Hotmara la racine Roi, qui entre dans Ro- 
iomasus, et qui appartenait sans doute au nom celtique du Rou- 
mois. 

(5j Delisle, outs^ cit. p. 403. Cartulaire de BondeviUe et des Em- 
murées. 

21 



32< LES FORÊTS D£ LA GAULE £T M L'ANCIENNE FRANCE. 

mont (1). Le bois de Beauvoir en avait probablemest 
dépendu à l'origine, et, au commencement du xiii* siè- 
cle, Richard d'Yvptot fît dans cette forêt dœ essarts 
considérables où il bâtit une chapelle à saint Mi- 
chel (2). 

Les ducs de la maison d'Anjou furent les auteurs de 
vastes défrichemeats dans la foret de Lillebonne (3)^ oii 
s'ouvrirent de telles éclaircies, qu'elle n'a pas tardé à dis- 
paraître complètement. Le rôle de l'échiquier de 1180 
parle des nouveaux villages établis dans cette forêt, villa- 
ges dont la liste nous est exactement fournie par l'accord 
conclu, la même année, entre les abbayes de Yallemont, 
deMontivilliersetde St-Georges, au sujet des églises et des 
dimes de la forêt. L'abbaye de Yallemont obtint les églises 
de Saint-Gilles, de Saint-Thomas et de Saint*Blaise-du- 
Parc ; les abbayes de Saint-Georges et de Montivilliers 
eurent les deux tiers des gerbes de Saint-Jean-de-Ia-Neu- 
ville et de Notre-Dame-du-Herteley (4). Le village de la 
Remuée est d'une origine un peu plus récente: il eut pour 
fondateur Renaud, comte de Boulogne (5). Le nom de Si- 
Antoine-de-la-Forèt nous indique jusqu'où s'avançait la 
forêt ; il en est de même du nom de St-Jean-des-Essaris, 
village situé en aval de Lillebonne. Le petit bois de Taii- 
carville, sis plus au sud, était, au siècle dernier, avec 
quelques autres bouquets plus voisins de l'antique Julia-^ 
hona, le seul vestige de cette large bande arborescente. 
L'inspection de la carte suffit pour faire reconnaître que 
tout le pays dut être originairement boisé jusqu'à Bdbec. 

(1) Delisle, ouv* cii, p. 404. 
(l) Voy. le grand Cartulaére de Aimiég^s, n» 380. 
(^ Voy. ies Râles de VEchiquiery 1. 1, p. 90, et ies »ôks normtmés, 
*»itAs par M. DeHsle, p. 405. 

(4) OUm, t. I, p. 733, cités par M. Delisle. 

(5) Cartulaire de Graville, cité par M. Delisle, p. 405. 



CHAPITRE XIX. 323 

La focêt de Fécamp [Fiscamiensis sylva o« saltus) est une 
•de celles que la hache du paysan aoroiand a le pluséclair- 
cie. Elle recouvrait, au temps des rois francs et même 
sous les premiers ducs de Normandie, toute cette contrée 
maritime qui s'étend depuis les Dalles jusqu'au delà d'E- 
tretat, et ses seigneurs s'y donnaient souvent les plaisirs 
de la chasse (4). Aux xi* et xu' siècles, Fécamp était en- 
core enveloppée de forêts ; telle Baudry, archevêque de 
Dôle, nous dépeint cette ville (2). Le démembrement de 
la Fiscannensis sylva a été surtout le résultat de la fonda- 
tion, sur son domaine, d'un grand nombre d'églises, de 
prieurés, de chapelles. Divers seigneurs s'en partagèrent 
les tronçons. L'abbé de Fécamp se réserva les bois de 
Hogues (sylva de Hogis) (3) déjà cités dans la Chroni- 
que de Normandie (4) ; la conservation de ceux des Loges 
est due aux Etoutteville» châtelains de Valmont, qui les 
possédaient depuis des siècles. Le bois de Bocquelon est 
un autre débris de cette grande couche forestière dont le 
souvenir subsiste encore au nord et à l'ouest de Fécamp, 
.dans des lieux-dits tels que les Plantis, la Riie-sonS" 
Bois {^) 9 etc. 

La forêt d'Eu subit, du xr au xii'' siècle, des défriche- 
ments qui eurent pour eflfet de la scinder en deux forêts 
distinctes: la Ikaute et la basse forêt dEu. La partie située 
à Test de Foucarmont fut mise, alors, en culture par 



(t) Ânsegise, Lothaire et Waninge chassèrent dans cette forôt. Aev^- . 
iria-pia^ p. 196, 198, 199. 

(2) « Ab hinc sylvulâ gi^atissimà clrctimscptus. ^ Neitstria pia, 
p. 238. 

(3) L. Delisle, ùuv. cil. p. 40G. 

(4) Ilùtoriem de Ft^anoe, t. XIII, p. 254, b. Cf. Robert, abb. de 
Monte, Appendis ad Sigeherttim^ ibid. p. 30G. 

(5) Cochet, La Seine- Inférieure historique et archéologique, époques 
gauloisey romaine et frênquey p. 200, 238. •«• La Normandie souter^ 
raine^ ch. vu, p. 76, 



324 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE L* ANCIENNE FRANCE. 

les moines de l'abbaye fondée dans cette localité. Henri II, 
roi d'Angleterre, confirma la possession qui leur avait été 
accordée du lieu appelé Beloi et celle du canton de la forêt 
qui l'avoisine et qu'ils devaient défricher (1). Ces religieux 
mirent également en rapport le quartier de la forêt d'Eo 
situé du côté d'Onnemesnil, et sur lequel ils conservè- 
rent le droit de lever la dîme (2). Sous le règne de saint 
Louis, les paroisses de Réalcamp et d'Aubignemont furent 
fondées dans la même forêt par la comtesse d*Eu (3), et 
voilà comment prit naissance la vaste clairière qui sépare 
les deux forêts d'Eu. A l'origine, la grande forêt de ce nom 
dut aller jusqu'à la Bresle; celle-ci la séparait d'autres fo- 
rêts, qui peuvent aussi être regardées comme en étant d'an- 
tiques démembrements; telle est notamment celle d'Ar- 
gueil située près d'Auiftale. Les noms de plusieurs localités 
sises entre ces deux forêts, Saint-Légei'-aii'Bois, le Buis- 
son, la Floussaije, Saint-Mariin'aU'Bois, prouvent l'exten- 
sion originelle de la végétation arborescente dans cette 
direction. 

La forêt d'Arqués, qui avait encore, au siècle dernier, 
une certaine importance, et qui s'étend au sud-est de 
Dieppe, formait originairement une bande de plus de 30 
kilomètres; car trois autres forêts, presque contîguês, 
n'en sont que d'anciennes subdivisions. La première de 
ces trois forêts est désignée dans Cassini sous le nom de 
forêt des Yentes; elle s'avançait à l'ouest jusqu'à la rive 
droite de la rivière d'Arqués ; vient ensuite la forêt d'Eavi, 
dont j'ai déjà parlé plus baut (4) et qui fut.un des théâtres 



(1) Voy. Carlulaire de Foucarmont, cité par Delisle, ouv, cil. p. 398, 

note. 

(2) Ibid, Delisle, p. 396. 

(3) Carlulaire de Phil, d'Alençoîit cité par Delisle, p. 399, note. 

(4) Voy. ci-dessus, p. 314. 



CHAPITRE XIX. 325 

de Tactivité des religieux de Boyaumoat. Elle présentait 
déjà des essarts considérables au temps de Guillaume le 
Conquérant (1). La rivière d'Arqués en formait, comme 
pour la précédente, la frontière occideniale. Sa plus grande 
extension au sud nous est indiquée par une foule de 
noms de lieux rappelant la présence des bois : Bosc-- 
Mesnil^ NeufbosCy Bosc-Bordel^ Bosc-Édeline^ Rotcvray, 
Boisguilberty Bosc-Asselin, Bois-Hcroulty etc. Un petit bois 
marqué encore dans Cassini au nord-ouest de Sigy, sem- 
ble être le dernier vestige de la partie orientale de l'an- 
cienne forêt d'Eavi. La forêt d'Alihermont, quand elle fut 
abandonnée par Richard Cœur-de-Lion à Gautier de Cou- 
tances, se confondait presque avec La Haye d'Arqués (2). 
En 1217, l'archevêque de Rouen transigea avec Robert de 
Saint-Valery et ses hommes de Saint-Aubin relativement 
au nouveau village fondé par le prélat entre cette localité 
et Envermeu (3). Un autre accord, conclu en 1256, prouve 
qu'à cette époque la forêt était déjà fort démantelée. 

La forêt de Bray peut être regardée comme l'extrémité 
la plus méridionale de la bande forestière dont la forêt 
d'Arqués représentait la tête du côté de la Manche ; car 
au siècle dernier,. elle se continuait encore à l'ouest et au 
nord-ouest, sauf quelques étroites interruptions, jusqu'à 
la forêt d'Eavi. L'ancien pays de Bray (pagits Bracuis) avait 
été à l'origine très-boisé (4); ce n'était en réalité qu'une 

(t) Voy. CarliUaire de Saint-Amandy cité par M. Delisle, p. 401, note. 

(2) Rolidi Norman, cités par M. Delisle, ouv. cilé p. 400, note. Cf. Le 
Prévost, Mémoires et notes sur le département de l'Eure, t. I, Part, i, 
p. 104. 

(3) Cartul. de PhiL d'Alençon, cité par Delisle, p. 400, note. 

(4) Ce nom, identique à celui de Brie, signiflait fangeux. Il a servi u 
former un grand nombre de dénominations fie lieux : Folembray, Oscm- 
bray, Tinchebray, Vibraye, etc. Voy. Lehéricher, Philologie de la Nor- 
mandie, dans les Mémoires de la Société des Anliq. de Normandie, 
t. XXV, p. 229. Saulx-Tavannes, dans ses Mémoires (t. II, p. 380, 



» 

326 LES FORÊTS DE LÀ GAULE ET IHE l' ANCIENNE FRANCE. 

forêt ; son défrichement amena, ainsi que nous avons tu 
que cela était an*fvé pour d'autres, la création d'un pays, 
celui de Bray ; de là l'épithète de en Bray^ donnée à qud- 
ques localités {EWeuf-en-Bray^ Mortemerren-Bray). 

Cette forêt formait vraisemblablement avec celle de 
Lyons ou Léons la marche qui séparait le pays des Velîo- 
casses de celui des Bellovaques. La forêt de Lyons est fré- 
quemment mentionnée au moyen âge sous le nom de 
Leonis ou Leonum sylva (4). Mais ce nom de Lyons est une 
corruption du vieux français : Li-Hons ou Li-HomSy c'esl- 
à-dire « les hameaux. » La forêt avait été ainsi appelée à 
raison du grand nombre de petites habitations qui s'y 
élevèrent, après que le défrichement en eut été commencé. 
Les premiers défrichements doivent remonter à l'époque 
gallo-romaine, car on trouve sur le territoire de la forêl 
de Lyons des restes de construction datant de cet âge (f). 
De là les noms de Beauvoir^en-Lyons, La Haye-en-Lyonsi^)^ 

C'est dans la forêt de Lyons que fut fondée, au xn* sièeley 
la célèbre abbaye de Mortemer (4) dont les moines établirent 
de nombreuses granges en différents points de la Leonk 
sylva où ils jouissaient de droits étendus (5). A la fin du 
xiii« siècle, la paroisse de Beauficel (6) s'éleva sur une 



éd. Petitot), appelle le pays de Bray, un pays plein de bois, marais^ 
fanges et broussailles. (Voy. sur ce pays A. Passy, Description géolo- 
gique du département de la Seine-Inférieure, t. 1, p. 196. 

(1) Orderic Vital, éd. Le Prévost, t. IV, p. 355, t. V, p. 479. Voy. 
H. Valesius, NotUia; Galliarum, p. 271. 

(V Voy. A. Le Prévost, Mémor, et notes, t. 11, Part, ii, p. 313. 

(3) Voy. Noël, Essais sur le déparlement de la Seine-Inférieure, t. I, 
p. 31. (Rouen, 1795.) 

(4) GaUia Christian, t. XI, ctA. 307. Eccles, Roiamag. 

(5) Voy. Delisle, ouvr. cit. p. 395. A. Le Pfôvoet, our. et*. p.*319, 
relate ces droits. Les abbés de Mortemer avaient aussi* des droits- dans 
les forêts de Baqueville, d'Andely et de Portmort. 

(6} CaHulair, de PhiL d'Alençon, cité par M. Delisle, p. 401.. 



GHAPITIUÎ XtX. 527 

partie défrichée de ce canton. A partir de la fin dn rv* siè- 
cle, grâce à la facilité de transport que présentait l'An- 
délie, les bois de la forêt de Lyons furent largement 
coupés et transportés à Paris (i). Aux xii® et xiii^ siècles, 
il existait déjà dans la forêt de Lyons de vastes landes 
d'où les arbres avaient disparu. Telles étaient la lande 
de Mater ou Amara Herba^ r Therbe amère i» (2), celle de 
Corœl, dont parle Robert Wace (3). 

A la fin du ws^ siècle, les rois possédaient en cette forêt 
une maison de plaisance^ Folleye ou Fouillée, construite 
dans l'un des nombreux essarts qu'elle présentait dès 
cette époque (4). Bézu -la-Forêt s'éleva pareillement dans 
une des clairières de la forêt de Lyons ; les habitants de ce 
bourg y avaient, au xiv* siècle, conjointement avec ceux 
de Fleury-sur-Andelle, de Lisors, de La Haye-en-Lyons, 
de Lilly, de Morguy, de Martiguy, des droits d'usage qui 
provenaient de ce que ces diverses localités appartenaient 
dans le principe au territoire occupé par la forêt (5). 

Au siècle dernier, la forêt de Lyons n'était plus qu'un 
assemblage de lambeaux disjoints portant de nombreu- 
ses traces de dévastation (6). Toutefois les débris qui en 
subsistent encore ne sont pas sans magnificence. La po- 
pulation sylvaine qui l'habite, et qui y vit de l'industrie 
de la sabotcrie, y a conservé en partie la simplicité et la 
rudesse des mœurs de nos ancêtres. 



(1) Voy. Baudrillart, JHcHonnairê générai des Eaux M Forêls, art. 
Flottage. 

(2) Delisle, ouvr. cit. p. 370. 

(3) Roman de Roii, v. 56G68. — En mai 1305, Enguerrand do Mari- 
gny reçut de Philippe le Bel les lancfes de la forêt de Lyons, situées près 
Longchamp. Le Prévost, oui?, cit. p. 361. 

(4) Du Cange, Glossarium, éd. Henschel, t. V, p. 21. 

(5) Voy. Le Prévost, Mémoires «i notes, i. I, Part, ii, p. 339; t. II, 
Part. Il, p. 313, 314, 356. 

(6) Voy. la carte de Cassini. 



3Î8 LES FORÊTS DE LA GAUÎ.E ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

La forêt dite des Sept- Villes a dû origioairement ne faire 
qu'un avec la forêt ou buisson de Bleu^ qui en est distante 
d'un kilomètre seulement, et constituait dans le principe 
un simple canton de celle de Gi^ors, mentionnée dans le 
Coulumier des forêts de Normandie ^ et où le prieur de Thô- 
pital de Néaufle-St-Martin jouissait des droits d'usage. 
Les trois noms finirent par se confondre. On appela forêt 
de Bleu celle qui s'étendait sur les sept communes de 
Mainneville, Hébécourt, Tierceville, St-Denis-le-Fermenr, 
Sancourt, Heudicourt et Amécourt, voisines de Gisors, 
communes désignées sous le nom des Sept-Villes^de-Bleu. 
Cette forêt, dont les habitants desdites communes étaient 
usagers, paraît avoir été en grande partie déracinée par 
un ouragan en 1519. Le terrain de la forêt des sept 
communes de Bleu devint alors un objet continuel de 
contestation, et le défrichement s'en opéra gnidueWe- 
ment (1). 

La forêt de Long-Boël, qui s'étendait jusque sur la rive 
droite de la Seine, presque en face de la forêt de Pont-de- 
l'Arche, ombrageant la rive opposée, a dû toujours avoir 
pour limite ce fleuve et la petite rivière d'Andelle ; mais 
elle remontait jadis beaucoup plus au nord. Comme celle 
d'Eavi, elle dut aux moines de l'abbaye de Royaumont 
ses principaux défrichements (2), et, selon toute appa- 
rence, la paroisse de la Neuville-Champ-d'Oisel fut prise 
sur le territoire déboisé de cette forêt (3). 

La forêt- de Long-Boël est déjà mentionnée sous ce nom 
dans les Comptes de saint Louis (4) {Venda longi Boelli); 



(1) Le Prévost, om. ciL t. II, Part, n, p. 364, Mb, 
»2) Voy. Delisle, ouv. cit. p. 396. 

(3) Ld commune de Boos doit aussi être une conquôlo faite sur la 
forêt. 

(4) Historiens de France ^ t. XXI, p. 271. 



CHAPITRE XIX. 329 

elle le dut aux Boëk ou masures qu'y avaient construites 
les colons qui la défrichèrent en divers points. 

Cette forêt est un des principaux tronçons de la grande 
zone forestière qui commençant aux environs d'Eu se con- 
tinuait, par le comtéd'Evreux, jusqu auPerché, et dont je 
viens de passer en revue les nombreux segments. 



330 LES FORÊTS DE LÀ GAULE ET VE l' ANCIENNE FRANCE. 



CHAPITRE XX. 

£7àT forestier DE LA BRETAGNE AT MOTEN AGE. 

L'Armorique, par la nature de son sol, ne se prétait 
pas, à beaucoup près, autant que la Normandie au déve- 
loppement des forêts., Les landes, oîi l'ajonc et le j^nèt 
chassent presque toute autre végétation, y ont toujours 
occupé des espaces considérables, surtout dans Tancienne 
Domnonée. Toutefois, il n'y a pas encore bien longtemps 
que plusieurs des cimes de l'Arrhès se dérobaient sous 
un manteau arborescent, dont les progrès de l'agriculture 
et le besoin de combustible ont fini par les dépouiller. 

Dans la partie de la Bretagne confinant à l'Anjou, au 
Maine, à la Normandie, les forêts prenaient plus d'éten- 
due et de profondeur, et au siècle dernier, il subsistait de 
nombreux débris de la grande marche forestière qui sé- 
parait les territoires des Abrincatui, des Diablintes^ des 
Andecavi^ de ceux des Nannetes et des Redones. En effet, 
quand on s'avance du bord de l'Erdre vers les sources de 
la Vilaine, on rencontre sur une zone de peu de largeur, 
les forêts de Juigné, d'Araise, d'Ombrée et Craon, et à 
l'ouest celle de la Guerche, celle de Pertre, faisant corps 
peut-être dans le principe, par les bois de Pars, avec la fo- 
rêl de Concise .dont j'ai déjà parlé. Ces diverses forêts qui 
occupent sur la carte de Cassini une superficie notable, 
sont aujourd'hui bien réduites. 

Entre toutes les forêts de l'Armorique, celle qui a vu le 
plus se rétrécir son domaine, et qui jouissait au moyen 
âge du plus de célébrité, est celle de Quinlin, connue 



CHAPITRE XX. 331 

jadis sous les noms de Brocélian^ Broc(^limKle, Bréchéliani, 
JBrécilien^ Bréchilieny de forêt de Barenton^ et surnommée 
la /orêt de la retraite montagneuse (1). Elle dÎTisdit jadis 
en deux parties» l'une septentrionale, l'autre méridionale, 
la presqu'île armoricaine. Quand les traditions galloises 
eurent pénétré en Bretagne, on la confondit avec la forêt de 
Galidon, où Geoffroy de Monmouth (2) raconte que Merlin 
s'était retiré. La légende d'outremer se localisa dans la 
forêt bretonne, et on la représenta en conséquence comme 
la demeure du fameux magicien (3). Elle s'offrit dès lors 
à la croyance populaire, comme un lieu d'enchantements. 
Le trouvère Robert Wace y alla vainement chercher Ie& 
fées qui, au dire des Bretons de son temps, y faisaient 
leur séjour; il s'en ^è^'int, sans avoir rien pu voir, s'écriant 
avec un accent d'incrédulité : Fol y allais^ fol m en re- 
vins, 

A la fin du xii* siècle. Chrétien de Troyes, plus enthou- 
siaste, chanta les merveilles de la forêt armoricaine. Dans 
le poëme qu'il a composé sous le titre du Chevalier au //oh, 
Yvain le héros se rend à la fontaine de Baranton, située 
au milieu de la forêt de Brécilient et dont Calogrenaut lui 
a vanté les prodiges. Il y rencontre un géant auquel obéis- 
sent les bêtes du bois. L'eau qu'il puise dans la fontaine 
à l'aide d'un bassin d'or, et qu'il répand, excite une 
épouvantable tempête qui fait accourir le seigneur du 
lieu ; Yvain le combat, leblesse mortellement, le poursuit, 

entre avec lui dans son château, maisy est retenu prison- 

• 

(1) Tel est le sens du mot Brécilien ou Bréxilien; car ce mot signifie 
proprement : les asiles de la montagne de Bré, Le mot A7I, Kill (pluriel, 
Killitm) se retrouve dans le noin (yi-Colm-Kill, dont le sens est : Retraite 
de Saint'Colm (Cdumban), dans Vile (f /. 

(2. Voy. Galfrid. dcMonemuta, Viia xMerlini, édit. Pr. Michel, v. 132, 
239 et suiv. p. 10. 

(3) Voy. Th. de la Villemarqué, V Enchanteur Merlin (Myrdhinn),. 
ton histoire, ses œuvres^ son influence, p. 71. (Paris. 1862.) 



332 LES FORÊTS DE LÀ GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

nier. Il est délivré par une demoiselle nommée Lunette, à 
laquelle il a eu le bonheur d'être utile. Celle-ci le rend 
invisible au moyen d'un anneau magique (1). 

Chrétien de Troyes, guidé par Robert Wace, nous a 
donné une description un peu fantastique de cette forêt (2). 
Elle a été copiée au siècle suivant par Huon deMéry dans 
son Tourrwiement de l'Antéchrist (3), et cent ans plus tard, 
par l'auteur de l'Image du monde (4). 

Ces fables dont la forêt de Bréchéliant était deve- 
nue le sujet, semblent avoir inspiré l'auteur du roman 
de Huon de Bordeaux dans ce qu'il rapporte de la fo- 
rêt enchantée où habitait, avec ses chevaliers fées, le nain 
Oberon qui, comme le seigneur mystérieux de la forêt 
bretonne, commandait aux bêtes fauves, et au son de 
son cor, provoquait les tempêtes. Oberon donné comme 
le fils de la fée Morgane est une imitation affaiblie de 
Merlin (5). 

On trouve, dans un curieux documentdu milieu du xv* 
siècle, mais qui relate des usages et des données d'une 
date bien plus reculée (6), une description de la forêt de 
Bréchéliant. En voici quelques passages: 

« La dicte forest est de grant et spacieuse estandue, appe- 



(1) Voy. Th. de la Villemarqué, les Romans de la Table ronde ^ 3« td. 
p. 87 et suiv. 

(2) Voy. ce morceau donne à la suite du Tournoiement de rAnié- 
christ, éd. P. Tarbé, p. 114 et suiv. Cf. Leroux de Lincy, le Livre des 
Légendes, introduction, p. 97, et l'appendice n» 2. 

(3) Voy. le Tournoiement de r Antéchrist, par Huon de Mér\-, ûd. 
Tarbé, p. 125. ' " 

(4) La Villemarqué, les Romans de la Table ronde, p. 23 1. 

(5) Voy. ce qui est dit dans l'introduction de Huon de BordeavXy 
chanson de grste, publiée par F. Guessard et G. Grandmaison, p. xxri, 
XXXI. (Paris, 18G0.) 

(6) Voy. Aurel. de Courson, Cartulaire de V abbaye de Redon^ Éclair- 
cissements, p. cccLxxxvi. Les usements et couslumes do la forest de Bn!- 
cilien. 



CHAPITRE XX. 333 

lée mère forest, contenant sept lieulx de long et de lèse 
deux et plus, habitée d'abbayes, prieurez de religieulx, 
et dames en grand nombre, ainsi qu'est décléré cy davant 
ou chappitre des usagiers, touz fondez de la seigneurie de 
Montfori et de Loheac, qui leur ont donné le droiz et pri- 
Tilégez dont davant est fait mencion. 

Item, en ladicte forest y a quatre chasteaulx et mesons 
fortes, grant nombre de beaulx estangs, et des plus bel- 
les chassez que on pourrait aultre part trouvez. 

Item, en la dicte forest y a deux cens brieuc de bbays, 
chacun portant son nom différent de l'autre, et ainsi que 
on dit, autant de fontaynes chacune portant son nom. 

Item, entre aultres desbrieuc da la dicte forest, y a un 
breil nommé le breil au seigneur auquel james n'abite ne 
ne peult abiter aucune beste venymeuse ne portante ve- 
nin^ ne nulles mouches, et quant ou y apporterait au dit 
breil aucune besto venymeuse, tantost est morte et n*y 
peult avoir vie, et quand les bestes pasturantes, en ladicte 
forest sont couvertes de mouches, et en mouchant elle 
peut recouvrez le dit breil, soudaynément les dictes mou- 
ches se départent et vont hors d'icelui breil. 

Item, auprès du dict breil, y a ung aultre breil nommé 
le breil de Bellenlon, et auprès d'icelui y a une fonlayne 
nommée la fontayne de Bellenlon, auprès de laquelle fon- 
tayne, le bon chevalier Pontus fist ses armes, ainsi que on 
peult voir par le livre qui de ce fut composé. 

Item, joignant la dicte fontayne, y a une grosse pierre 
que on nomme le perron de Bcllenton , et toutes les 
foiz que le seigoeur de Monfort vient à la dicte fontayne, 
et de l'eau d'icelle arouse et mouUe le dit perron, quelque 
challeur temps assuré de pluye, quelque part que soit le 
vent, et que chacun pourrait dire que le temps ne serait 
aucunement disposé à pluye ; tantost et en peu d^espace 



334 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE L' ANCIENNE FRANCE. 

aucunes foiz plus tost que le dit seigneur ne aura peu 
coupvrez son chasteau de Gompôr, aulters foiz plus tart, 
et qui que soit ains que soit la fin d*icelui jour, pleut oo 
pays si habundamment que la terre et les biens eslans ea 
ycelle en sont arousez et moult leur proufite. » 

Telle était l'étendue de cette forêt, qui allait des envi- 
rons de Montfort-sur-Meu aux portes de Corlay (Gôtes-du- 
Nord), que dans Tenceinte qu'elle présentait encore aa 
moyen âge, s'élevaient cinq abbayes ; l'abbaye de Saint- 
Méen (1), fondée au vu* siècle, détruite au viu% rétablie 
sous Gharlemagne, et enfin détruite de fond en comble au 
X® siècle par les Normands ; l'abbaye de Plélan (2), fondée 
au ix"" siècle par Salomon, roi des Bretons ; l'abbaye de 
Gaël (3), détruite au x'' siècle par les pirates du nord; l'ab- 
baye de Montfort (4), fondée en 1152 par Guillaume ï*, 
seigneur de Montfort-laGanne et de Gaël, et, enfin l'ab- 
baye de Painpont (5), originairement prieuré dépendant 
de Saint-Méen et érigé en abbaye de chanoines r^uliers 
dans la dernière moitié du xii« siècle (6). U faut encore y 
joindre l'abbaye de Bosquien, fondée en 4137 par Olivier 
de Dinan, à l'angle nord d'un bois de ce nom qui est un 
démembrement de la forêt. Il existait en outre au xi"* siè- 
cle, en la forêt de Brécilien, de nombreux hermitages (7). 

La forêt de Gatelun, qui n'est plus représentée que 



(l) Lobineau, ^Mt. de Bretagne , U 11^ cd. 31, 3S, 56, 110,280;pfvii- 
vw, col. 312. 
(^) Pkhelanum ou Salomonis monasterium, (Lobineau, 1. 1, p. 63.) 

(3) Gaeltim. Cette abbaye, fondée dans la seconde moitié du vi* siècle, 
a été ensuite confondue avec celle de Saint-Méen, soaa le nom de SaioU- 
Méen ou 8aint-Melaine-de-Ghé ou de Gaël. (liObineaù, t. I, p. 24.J 

(4) Monsforiis, Monlfort-la-Canne. (Voy* Lobineau, preuves, col. 301.) 

(5) L'abbaye de Saint-Judicael-de-Painpont. (Lobineau, 1. 1, p. 22.) 

(6) Voy. A. de Courson, ouv. cU, 

(7) On lit dans la Chronique de Bretagne : « Et alîaî malt» heremi- 
tarum mansioaes in Brecheliam (Befrelien) et aliis forealta « qaodoa 



CHAPITRE XX. 335 

par un petit bois au nord de Merd^Jiac, celle de Paim- 
pont, déjà fort démantelée au siècle dernier, celles de 
Coulon, Saint-Méen, Coet-Lorges, Loudéac, qui se sont 
formées du démembrement de cette Ardenne armoricaine 
ont elles-mêmes singulièrement perdu de leur impor- 
tance. La forêt de Loudéac, qui n'offre plus à cette heure 
qu'une superficie de 2,573 hectares, en embrassait, en 
1460, une de plus de 20,000 (1). Au siècle dernier, elle 
n'était séparée de la foret*de Quintin, appelée depuis Ibrét 
de Loroux, que par la large lande de Trèye. Cette dernière 
forêt constituait alors une longue bande commençant au 
nord non loin de Plaintel, ayant THermitage à son centre 
et Graces-Trève au sud. 

Entre Lanmor et Lamballe s'étendait une belle forêt 
qui est peut-être le plus ancien démembrement de celle 
de Brécilien ; elle a donné naissance à un certain nombre 
de forêts distinctes, celles de la Hunaudaye, appelée aussi 
la forêt Noire, et oîi fut fondée en 1137 Tabbàye de 
Sàint-Aubin-des-Bois (2) ; celle de Lanmor qui, au xvi^ siè- 
cle, ne faisait qu'un avec elle (3) ; enfin celle de Lam- 
balle' (3). La forêt de Brécilien était séparée par la ri- 
vière d'Arguenon de celle de Faigne, dont remplace- 



haerelico ipsas forestas cum multis sequacibus habitante quem tan tu m 
sequebatur. (An. 1145.) Chronic. Brit. dans les Historiens de France, 
t« XU, p. 558. 

(1) Habasque, Notions historiques sur les Côtes-du-Nord, t. III, 
append. p. 55. 

(2) On lit dans les Contes d*Eutrapel (de la Moquerie, p. 191 i^, éd. de 
Rennes) : «< Ce que le grand roy François souffrit être fait en sa personne 
par les sergents et forestiers de la forest Noire, depuis appelée Lanniur, 
aujourd'hui de la Htmaudaye. » 

(3) GaU, Christian, t. XIV, col. 1115. Eccles, Briocens. Lobineau, 
Histoire de Bretagne ^ 1. 1^ p. 55. 

(4) Habasque, Notiçns historiques sur ks C J^H^u-iVord ^ t. UI, 
p. 41. 



336 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

ment est aujourd'hui occupé par la ville de Dinan (i). 

Il existait dans la forêt de Brécilien une population fo- 
restière analogue à celle que nous rencontrons en diverses 
forêts de la Normandie et de l'Anjou, et qu'avaient attirée 
les privilèges dont jouissaient les usagers, c En la dicte 
forest, lit-on dans le document que j'ai déjà cité (2), il y a 
un grand nombre de gens mencionniers e( habitante 
d'icelle, comme dit est ; lesquels, pour quelque marchan- 
die, manœupvre ne quelque aultre chose ou mestier dont 
ils s'entremeptent, ne sont subjetz ne contributifs en la- 
dicte forest à aucun subside de ne debvoir quelconque, 
et sont de longtemps en possession de franchise par toute 
la dicte forest. » 

Citons encore dans cette même partie de la Bretagne le 
Goet-Maloen , qui gardait quelque importance au siècle 
dernier, et près duquel tut fondée en 1142, par le comte 
Alain le Noir, l'abbaye de Sancta-Maria-Mellonis, A cette 
époque, le territoire voisin de Saint-Gilles-Pligeau(canlon 
de Bothoa) était en grande partie boisé (3). 

Dans le département du Morbihan, la forêt de Camors 
(canton de Pluvigner) s'étendait jadis beaucoup plusàTest 
et ne faisait originairement qu'un avec celle de Louvaux, 
fort éclaircie depuis deux siècles. Au nord-€st de ce canton 
et au nord de Josselin, la forêt de La Nouée parait avoir 
eu dans le principe plus d'étendue vers le sud. 

Les environs de Rennes, qui présentent encore aujour- 
d'hui un si grand nombre de petits bois et quelques fo- 
rêts, ont été, à la même époque que le centre de la Bre- 
tagne, occupés par d'épais ombrages. Les forêts de Fou- 

(1) Ogéo, Dictionnaire historiq. et géogr<rphiq. de la Bretagne, sous 
ce nom. 

(2) A. de Courson, oud. cit. Eclaircissements, p. ccclxxxvi. 

(3) Gallia Christian, t. XIV, col. 907. Eccles. CorisopotUan. Le bois 
dit Goetmaloen était situé au nord et à l'ouest de Tabbave. 



CHAPITRE XX. 337 

gères et du Teil allaient rejoindre celles qui bordent 
l'Anjou (1), et les traditions d'origine païenne qui s'y 
rattachent font supposer que ces forêts ont été un des 
principaux sièges du culte gaulois (2). Deux monuments 
vraisemblablement consacrés par les Celtes, le Monument 
et la Pierre du Trésor^ y ont attiré l'attention des anti- 
quaires. Les forêts de Rennes et de Liffré, jadis réunies en 
une seule, sont actuellement séparées par une lande do- 
maniale de 500 hectares (3).. 

La forêt de Ville- Gardier, débris de la marche qui sé- 
parait le territoire des Redones de celui des Abrincatui^ 
ne doit guère avoir occupé au moyen âge un espace plus 
'étendu qu'au siècle dernier. Le nom de Pleinefougères 
donné à un bourg situé très au nord de la forêt actuelle, 
montre que les arbres avaient déjà disparu de son empla- 
cement au xii* ou-xTii* siècle, époque de laquelle date sa 
construction. Entrain sis à Test de la forêt, Bazouges 
place au sud, indiquent des limites que n'a jamais fran* 
chies son territoire. Tout au plus peut-on admettre que 
cette forêt s'avança naguère un peu plus au sud-ouest, si 
Ton tient compte de lieux-dits, tels que Bois-Férans, les 
Gaudines, le Groschêne, qui se rencontrent dans cette di- 
rection. 

La forêt nantaise s'étendait de Nantes à Glisson, Mache- 
coul et Prince (4). Une charte de 1123 constate l'existence 
d'une forêt de Gastine, près d'Issé, au nord de Nantes, 

(1) Voy. ce qui a été dit, au chapitre viii, p. 129 .et suiv., des forêts 
dans lesquelles se retirèrent les disciples de Robert d'Ârbrissel. 

(2) Voy. Mémoires de VAcadém, celtiq^ie, t. V, p. 381; Mémoires de 
la Société des Antiquaires de France ^ 1. 1, p. 396. 

(3) Voy. le mémoire de M. Vigan dans les Annales forestières, t. IV, 
p. 100. Il est fait mention de la forêt de Liffré dans les Contes d'Eutrapel 
(ch. intitulé : ifu^i^e d'EtUrapel, p. 100 v^, éd. de Bennes, 1585}. 

(4) Travers, Histoire de Nantts, p. 216; Cf. J. B. H. Rechercha 
économ, et statist, sur le départ, de la Loire-Inférieure (an xii, Nantes), 
p. 86. 



338 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE L* ANCIENNE FRANCE. 

sur les LorJs du Don (1), Vers les frontières de TAnjou, 
)a forêt de Puzarlès, Puteus Arlesii^ mentionnée dans des 
chartes du xir siècle, n*a laissé que quelques vestiges au 
milieu desquels s'éleva la Madeleine-eti-Bois (2). 

La forêt de Saifré, assez étendue encore aujourd'hui, 
était évidemment, comme l'a remarqué M. Bizeul (2), la 
prolongation des forêts de l'Arche, de Vioreau et d'An* 
-<;enis ; elle a dû occuper tout ce côté élevé où se trouvent 
le moulin à vent de la Praye et les mines de Lao-Gueo. 
De là jusqu'à l'ancienne forêt de Héric, il ne restait plus à 
parcourir que quelques centaines de mètres. On peut 
même croire que la lande des Jarriai$> où se trou?e le 
])oint de partage entre les eaux de l'Erdre et de Tlsar 
pour le canal de Nantes à Brest^ fît partie de Tune ou 
l'autre forêt, et que, comme tant d'autres landes, elle a 
éprouvé un déboisement complet. 

La forêt de Héric, mentionuée dans des actes do xiv« 
siècle (3), observe le même auteur, n'existe plus; car od 
ne saurait compter comme telle quelques hectares de 
taillis de chêne, morcelés et semés çà et là sur son an- 
cien emplacement; mais le nom a persisté. Cette forêt 
s'étendait sur tout l'espace compris entre les boui^ de 
Grand-Champ, de Héric, de Casson^ et aboutissait, au 
nord-est, à la lande des Jarriais, près d'un village encore 
appelé Le Pas-^e-HériCy au nord-ouest à la vieille hôtellerie 
du Bout-de-Boisy qui marque le point où la forêt (4) finîs- 

(1) Jsiacum eum Gasiina sylva, dit une charte citée par M. Bizeid, 
dans sa Notice ntr les Nannètes aux époques celtique et romaifie {Bé- 
vue des provinces de l Ouest, juin 1854, p. 392). 

(2> Lobinean, Mist. deBretagney i I, col. 513, 523. 

(3) Voy. Bizeul, article cité^ 

(4) Ogée, IHctionn. de Bretagne j Héric. On trouvait dans cette forêt le 
prieuré de Ste-Honorine. 

(5) Voy. les intéressants dtHaiU donnés^ sur cette forêt, par M. Bizeul, 
qui cite la charte de visu. 



CHAPITRE XX. 339 

Mit. C'est au XYii'' siècle que cette forêt fut définitivement 
abattue. Vers 16S1, Marguerite de Rohan fit raser la 
futaie et effroger le sol qui demeura plus d'un siècle à 
Tétat de broussailles et de vaine pâture. 

Des vestiges de bois, encore apparents» chênaies, 
broussailles, taillis aménagés, des noms de localités, des 
traditions, prouvent qu'en suivant la chaîne de collines 
serpentant du moulin à vent de la Bosse-des-Landes, près 
du bourg de Héric, vers la Praquelage, la forêt de Héric 
allait se réunir entre Vignieux et Toulières, à la forêt de 
Sautron (1). Celle-ci a subi le sort de sa voisine. En 1734, 
elle ne contenait plus que 30 arpents en futaies et 80 ar- 
pents en bois taillis. Ogée lui donne encore 200 arpents (2). 
Cette forêt parait s'être étendue jadis jusqu'aux portes de 
Nantes. Les bois de Launay et- des Dervalières en sont 
des restes, et sa présence est rappelée par les noms de 
diverses localités sises entre Nantes et Sautron (3). 

La forêt de Gavre, qui est, comme celle de Prince, un 
débris de la grande forêt nantaise, avait déjà subi de 
notables réductions en 1544, lors de la réformation des 
eaux et forêts de Bretagne (4). Les abus auxquels se lais- 
saient aller les usagers éveillèrent l'attentio^ royale, et» 
en 1345, François h' interdisait la vaine pâture dans cette 
forêt (5), qui avait eu particulièrement à souffrir des 

(1) C'est dans ce parcours qu'on trouve les noms significatifs de Lafarest 
Rivaudf la Foresterie, le HatU-Fay, U Breilj Iq BreU-Renatuij Breil-Vain. 
Près de ce dernier village, un tronçon de la voie romaine de Blain à 
Nantes porte, pendant une lieue, du Breil-de-Loup à TEpine-de-Fay, le 
nom de Chaussée 'de- Vieille -For est. En 1618, la Vieilie-Forest consti- 
tuait encore quelques brosses et ragosses. (Yoy.Bizeul, art. ciiéy p. 396.) 

(2) Dictionn. de Bretagne, art. Sautron. 

(3) Voy. la discussion intéressante à laquelle M. Bizeul s'est livré sur 
celte question, p. 397 et suiv. 

(4) Voy. Fontanon, Ordonnances, t. II, p. 239. 

(5) Saint-Yon, Ordonnances, p. 407. La forêt de Gavre ne couvre pas 
aujourd'hui moinç de 5|000 hectares. Divers bois qui n'en sont qu'une 



340 LES FOnftTS DK TA GAULK KT DE L'ANCirNXK FHAJïCE. 

tàoisiers dont elle éUiit peuplée. Une autre forôl voisine de 
Nantes, celle de Torfou, est mentionnée dans Tëdil de 1544, 
qui avait également pour objet de porter remède aux dé- 
vastations dont se rendaient coupables les usagers (1). 
Le déboisement du p^iys nantais ne fut pas seulement 
le résultat de l'imprévoyance, de Tavidité de ceux qui 
avaient la jouissance de ses forêts^ il a été aussi rœuvre 
des religieux. Tai cité* plus haut un grand nombre d'ab- 
bayes élevées sur le sol des forôts bretonnes. Je dois 
encore mentionner l'abbaye de Saint-Gilda?-des-Boîs, qui 
fut fondée en 1026^ au cœur même du pays nantais, par 
Simon de la Roche-Bernard (2). 

Si maintenant nous nous approchons du littoral méri- 
dional de l'Ârmorique, nous y trouvons des pi*euves de la 
disparition de plusieurs' forêts importantes. Une for^ 
e^îiitait entre Goncarneau et Fouesnant, qui a valu son 
nom à la Ime de la Forêt. A l'est la forêt de Carnoet, placée 
sur là rive droite du Quimperlé, a dû s'avancer un peu au 
sud, là où fut fondée, vers 4170, l'abbaye de Saint- 
Mi^irice. 

Aux environs de Vannes, on chercherait vainement de 
nos jours la* forêt de Goetloux, ou Goitlou, au milieu de 
laquelle s'élevait le château dans lequel se tint en 848 un 
concile qui déposa quatre évéques bretons (3). Le radical 

conlinuation, et qui s'étendent sur la chatne de collines entre le Don et 
risar, subsistent encore aij^ourd'hui. (Voy. l'article de M. Bizeul, Sur 
les Nannètes aux époques celtique et romaine, dans la Revue des prot. 
de r Ouest (Juin 1854), p. 393.) 

(1) Fontanon, toc. cit. 

(2) Voy. Lobineau, Preuves de VHisioire de Bretagne^ liv. IV, 
col. 161. Le surnom de Saint-Gildas-des-Bois, Sanetus GUdasius de 
Nemore^ distingue cette abbaye, de celle de Saint-6ildas-de-Rhuîs. Le 
CootrSé ou Couossé, petit bois qui existait, il y a deux siècles, dans cette 
locoltté, a été le dernier vestige de la forêt de ce canton. (Bizeul, arL rilé^ 
p. kQh.) 

(3) Lobineau, Jlistcirc de Bretagne, 1. 1, p. 4ô, et Preuves, col. 58. 



CHiUITRE XX. 341 

eaet ou coaiy qui entre dans le nom de Coelloux et dans 
celui de Gootmaloën mppeié ci-dessus ^i), entre dans des 
noms de localités de la Bretagne situées dans des districts 
actuellement tout à fait découverts. Aux environs du 
l^aou (Finistère), les noms de Coatmenec, Goatmeur, Goa- 
ti*ian, Goatnan, Penarcoat accusent Texistence originelle 
d*'une grande forêt dont la forêt du Grannou, sise à Test 
du Faou, et le bois de Gars sont les débris (2). Gette forêt 
subsistait en partie au xvii^ siècle; elle s'étendait vraisem- 
blablement au nord du Faou et tapissait le bassin com- 
pris entre TAulneet TEIorn. La partie supérieure de l'es- 
pèce d'isthme que forme TEiez réunie à Tllière et où se 
trouvent les deux exi)loilalions plombifères de Huelgoat 
et de Poullaouen, devait être enveloppée par une autre 
foi'ét qui a laissé de nombreux vestiges^ notamment les 
liois, encore importants au siècle dernier, de la Garenne 
et de Fréau. Le nom de Coatqueau^ donné à une localité 
sise entre le premier de ces bois et l'Aulne, atteste égale- 
ment Ist présence originelle d'une épaisfse agrégation d'ar- 
bres dans cette région. 

£n Bretagne, riucuiie des habitants, rabsencê de ca. 
pitaux chez le propriétaire ont été cause que le déboise- 
ment s'est continué aclivemeut jusque de ;i6s jours. Une 
circonstance le démontre^ c'est que dau$ les départements 
de la Loire-Inférieure, du Morbihan et de rille-et- Vilaine, 



(0 J*ai mentionné. ci-dessus l'ahbaye de Cootmaloon, qui s*^lcvait au 
dioccse du Quiiuper, & trois lieues sud de Guini'uiup, dans un bois au- 
jourd'hui presque entièrement détruit. Les noms de localités situées fort 
au nord de ce bois, Goatpeu! , les Bois-de-Fau\ Couadout. Goetando, etc , 
suftlraient à établir que, dans le principe, il exisUi là une forôt. L(.>s 
débris de celle-ci- sont les bois dos montagnes de Froniontel, qui se rat- 
tachaient sans doute à la fonH de Quintin oïl Qrechelicn. (Voy. Lobi- 
neau, Histoire de Bretagne^ preuves^ col. 1G45.) 

(?) Voy. ce qui est dit dins la suite d»^ cet ouvrage sur les mesures 
proposées par Colbcrl rclalivcm-jul à la for^t du l'dou. 



342 h^ FORÊTS DE LA GAULE ET DE L* ANCIENNE FRANCE. 

la plupart des propriétés rurales, éloignées des centres de 
population/ comprennent, suivant leur désignation ca- 
dastrale^ àe& landes autrefois en bois. La disparition de ces 
bois, sur divers points, remonte à peine à cent ans (i). 

(1) A. Isabeau, les Forêls du Globe, t. XIII (1854), p. 299. Voy. no- 
tapmeot ce que dit cet auteur de la forêt de Pont, dans rarrondisse 
ment de Chateaubriand. 






CHAMTnE XXI. 343 



CHAPITRE XXr, 

FORÊTS DU POITOU. — LA GATINE ET LE BOCAGE. 

Lorsqu'on jette los yeux sur la carte de l^ancienne pro- 
vince du Poitou, on y voit figurer une foule de localités 
dont les noms et remplacement annoncent des établisse- 
ments faits sur des novales, dans desessarts, au milieu de 
clairières. Ces appellations réveillent le souvenir des in- 
dustries qui se développèrent au voisinage des bois, ou des 
manoirs édifiés à la hâte sur le sol éclairci. M. Redet (1) a 
compté dans le seul déparlement de la Vienne 31 lietx 
habités s'appelant la Forêt, 9 le Fouillou (lieu planté do 
hêtres), ^8 la Garenne y 26 la Varenne^ 42 le Breuily 39 la 
Broussey 47 la Touche (2). Ce fait montre combien le pays 
fut jadis boisé. 

Le nord du Poitou s'est rapidement dégarni des forêts 
qui l'ombrageaient. L'une d'elles, la forêt de Ghàtelle- 
rault, n'a pas toutefois diminué notablement de super- 
ficie. Resserrée entre la Lan vigne, le Clain et la Vieane, 
elle n'a pu franchir les limites que lui a^signe Gassini ; 
c'est seulement au sud-ouest qu'elle a dû se raccourcir ; 
elle s'avançait yraisemblablement jusqu'à Ouzilly» près, 
duquel existe un lieu appelé les Essarts. 

A l'est de Poitiers,, près de Ghauvigny, ctens Tarrondis^ 



(1) Redet, Observations sur les noms de lieux dans le départemenl de 
la Vienne, dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de l'Owstf 
an I84G, p. 343. 

(2) La Touche; ce nom signifie un bouquet de fVitatos ; en Normandie,, 
il dérive quelquefois, suivant M. Lehéricbor, do toca, qui aurait ou lo 
sens de limite de propriété, Antiq. de Soiinandie^ t. XXV, p. 254, 



344 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l'aNCIENNE FRANCE. 

sèment actuel de Montmorillon, se trouve une forêt que 
le temps a fort réduite au contraire et qui était connue 
au moyen âge sous le nom de forêt de Mareuil ou de 
Marealhe (1). Elle commençait à 5 kilomètres environ au 
couchant de Ghauvigny, au nord-est des Eglises. Jadis 
propriété des sires de Gouzon, à qui appartenait le châ- 
teau de cette ville, elle fut acquise plus tard en partie par 
les évoques de Poitiers, qui, par suite d'une cession, 
étaient devenus, en 1366, propriétaires de toute sa con- 
tenance. Plantée de chênes, elle occupe encore une su- 
perficie de 620 hectares. La route de St-Savin, percée en 
1834, la traverse dans son étendue la plus méridionale. 
Une des forêts du Poitou portait, comme une de celles 
du Vendomois, le nom de Gâtines (2), qui désignait la 
contrée que son défrichement rendit habitable. Elle est 
aujourd'hui fort réduite. Au xvii** siècle, une partie de 
la baronnie de Parthenay et de la Gâtuie était encore 
richement boisée (3). Les forêts de Ghantemerle, de 
Montcoutant, d*Aubigny, de La Perrière, ont dû s'en dé- 
tacher à une époque déjà reculée. 



(1) Voy. sur celte for^t, dite aussi de Ghauvigny, Auber, Recherches 
archéologiques sur Saini'Pierre-leS'EgliseSy dans les Mémoires de ia 
Société des Antiquaires de l'Ouest, an 1851, p. 331. Cet auteur pro- 
pose du nom de Mareuil, que portait cette forôt, une étymologie inac- 
ceptable {MaV'Ruil, grand bois). 

(2; Voyez, sur la G&tine du Poitou, le travail de M. Dupîn, dans les 
Mémoires de la Soc. des Antiquaires de France^ l. 111, p. 276, 277. 
C'est dans la forêt de Gâtine (in nemore Gastinensi), à 5 lieues sud-ouest 
de Poitiers, que l\it fondée, en 1120, l'abbaye de Saint- Benoit-du-Pin, 
dont les moines contribuèrent à son défrichement. (Chronic, MaUeac, 
ap. Hist. de France j t. XII, p. 407.) La môme année, une seconde abbaye 
s*éleva dans la forêt de Bonnevaux {Bona Valtis). {Chron* MaXt. ib.} 
Dans une autre partie de la Gâtine du Poitou, aux environs de Par- 
thenay, fut fondée, en 1220, Tabbaye d*Absîe-en-Gàtine. {GaUia christ. 
t. II, col. 1380. Eccles, MaUeac,) 

(3j Voyez, sur les forêts du Poitou, Estais des forests et boys du roy 
de la province du Poiclou (Poitiers, 1G07, in-r*). p. 261 cl suiv. 



CHAPITRE XXI. 345 

La forêt des Moulières, située non loin de Poitiers, est 
mentionnée dans les Comptes de saint Louis sous le nom 
de foresta de MoUiere (1) ; il en est souvent question dans 
les anciennes chartes ; celles de Dine et de Brosse avaient 
été naguère fort importantes ; elles étaient déjà extrême* 
ment réduites au xvif siècle. 

La partie du Poitou jadis désignée sous le nom de Bo- 
cage et que comprend le département de la Vendée, ren- 
fermait les forêts les plus épaisses et les plus serrées. Les 
nombreux bocages qui la coupent en tous sens en sont 
certainement des débris. La forêt de Vouvant ou Mere- 
vant, dont la superficie égale 2,982 hectares (2), oiFrait, 
il y a p3U d'années, de superbes futaies de chênes et de 
châtaigniers. Le gibier abondait daps ces retraites, et 
du Fouilloux, dans La Vénerie (3). à propos de la forêt 
de Merevant, parle de ses cerfs remarquables, à la tête 
petite et noire, qui se distinguaient de ceux das autres 
forêts de la province, et notamment de ceux de la forêt 
de Chisay (Chizé) (4). 

Au commencement du xi' siècle, Guillaume III, duc 
d'Aquitaine, comte de Poitiers, seigneur de Talmont, fit 
donation, pour la construction d'une abbaye, d'un terrain 
très-vaste situé au sud des Sables-d'Olonne, et qui était en 
partie occupé par la forêt d'Orbjestier {stjlva Orbisterii) (5). 

(t) Historiens de France, t. XXI, p. 258. 

(1) Voy. Gavoleau, Slalistique de la Vendée^ p. 335. 

(3) Voy. la Vénerie de Jacques du Fouilloux, ch. xix, p. 18, v». 

(4) Voy. les preuves de 17/t5<. du Poitou, par J. Besly. 

(5) Voy. la charte de donation dans les preuves de VHiiL du Poitou, 
p. 351. Guillaume VI accorda aux moines le droit de couper du bois vert 
et du bois sec pour tous leurs besoins, « de viridi et de sicoo ad omnia 
necessaria officiorum. » Il leur permet, ou, pour mieux dire, il leur con* 
firme, en môme temps que ce droit d'usage, le droit de paisson et de pa- 
cage pour leurs porcs, leurs bœufs, leurs vaches et leurs juments, tant 
en été qu'en hiver. Leurs porcs pouvaient paître partout où bon leur 
semblait, etc., etc. (Voy. les termes mcmc de la charte dans Besly, p. 320.) 



346 LES FORÊTS DE LA. GÀDLE ET DE L* ANCIENNE FRANCE. 

Un peu plus lard, vers le milieu du xi* siècle, Pierre- 
Guillaume VI, dit le Hardi, duc d'Aquitaine, comte de 
Poitiers, accorda aux moines de Sainte-Croix-de-Talmont 
des droits d'usage étendus dans la même forêt (1), droits 
qui ne contribuèrent pas peu à hâter sa dévastation. 

La forêt d'Orbestier n'est plus aujourd'hui représentée 
que par un bois assez maigre. Elle s'étendait, à Tongine, 
au sud de Saint-Hilaire-de-la-Forêt, jusqu'au bois des Mal- 
tières, que Ton rencontre au sud-est de la Mothe-Achard. 
Dans une charte du milieu du xi^ siècle(l), il estfait mention 
de Saint-Hilaire-de-la-Forêt {Sanctus Hilarius de Foresta) 
et de Gros-Breuil (Gros-Brol)^ d'où il suit que déjà, à 
cette époque, cette partie de la forêt d'Orbestier avait été 
défrichée. Il ressort, d'ailleurs, de la charte de donation, 
de l'an 4007, aux moines de l'abbaye d'Orbestier {Orbis- 
terium) (S), que la forêt était alors limitée, d'un côté, par 
la route des Sables-d^Olonne ^ Talmont,et, de l'autre, par 
un torrent, celui d'IUicon, qui se jette dans la mer à la 
baie de Doet {gula de Doetis) (3). 

Les noms des localités qui environnent Saint-Hilaire-de- 
la-Forêt, fournissent des indications certaines d'un boise- 
ment antérieur au xi* siècle; tels sont outre plusieurs vil- 
lages du nom de Bois^ La Forêt, Le Bois-Renard, Bois^ 
Sarraziriy Bois-Grollànd {i)y dont le territoire fut sans 
doute pris sur un bois qui a laissé ses débris sur la rive 



(l) Voy. la note 5, à la page précédente^ 

(3) Cette abbaye était de l'ordre de saint Benoit, et bâtie à quelque 
distance de l'Océan, entre la ville de Talmont et celle des Sables-d'O- 
lonne. 

(3) La charte de 1007 donne avec détail la circonscription des lieux« 
dont une partie se retrouve encore sur la carte de Gassini. 

(4) C'est à Bois-Qroiland {Brolium (Ïo/Zandt) qua fut fondée, en lt09, 
Tabbaye de ceuom^ «médium inler syhras et sabulosa loca aut myricis et 
sumetis obsila, » {Gallia chrislianUy t. II, col. 1437) ; ce qui montre qu'à 
celle époque il existait dôjà une lande en cette partie de la forêt. 



CHAPITRE XXÎ. 347 

m 

droite de là rivière Troussepoil, entre la Frenaudière et 
les Petites:Brosses. Le bois de la Garde, à Test de 
Saint-Àvaugourd'des-Landes, est uu reste de la même 
forêt. 

Dans cette partie du Poitou existait encore la forêt de La 
Gwi'nQcbe{Gtumapu fofesta)^ qui empruntait son nom à une 
petite ville du canton de Challans (Vendée) appelée dans les 
chartes Ganapia. Elle est mentionnée dans un diplôme de 
Tan 838, émanée de Pépin P% roi d'Aquitaine; il n'en sub- 
siste plus de trace (1). 

Le pays compris entre Talmont et Âizenay offrait jadis 
une succession de forêts ou de bois dont la forêt d'Âizenay 
est le principal vestige. Des bords du Lay jusqu'à la mer, 
les bois continuent à se succéder à de courts espaces. Là 
forêt d'Aizenay semble s'être rattachée à celle de la Chaize 
par les Essarts-Gouin, Saint-Florent-des-Bois, la Grange- 
du-Bois, le Bois-au*Boin, le village du Bois. 

Le bois de l'Étang-Neuf est un démembrement de cette 
dernière forêt, dont il n'est séparé que par quelques kilo- 
mètres ; et au sud-ouest de la forêt de la Chaize on ren • 
contre une localité qui a gardé le nom des Bois-de-Mal^ 
traite^ quoique en un pays qui n'offre plus d'arbres. 

L'inspection des lieux donne également à penser que de 
l'embouchure du Pairay, où subsiste le bois de Veillon, à 
la rivière de Vie, s'étendait une forêt ou une succession de 
bois qui faisait pendant à la forêt d' Aizenay. Le pays 
toutefois n'a pu être habité sans que les essarls aient 
de bonne heure étendu leur domaine, et la charte de Guil- 
laume III, que nous avons citée, mentionne, au voisinage 



(1) Je <loi& cette indication au savant M.> Lacabane. Cet habile paléo- 
graphe a fait voir qu'on devait chercher cette forêt dans lo Bas-Poitou, 
en suivant l'itinéraire do Pépin I, ù l'aide des diplômes publiés dans lo 
tome VI des Historiens de France, 



348 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE L'ANCIENIfK FRANCE. 

de la forêt d'Orbeslier, des prés, des vignes, des champs 
qui, dans la suite, n*ont cessé de s'étendre. 

C'est à l'est de l'ancien Bocage poitevin, que le sol a 
le plus gardé son antique aspect forestier ; rarrondisse- 
nient de Bressuire compte encore plusieurs forêts impor- 
tantes : celles d'Etusson, de La Fougereuse, d'Oiron et de 
Saint-Porchaire. 

Sur les confins du Poitou et de l'Angoumois^ la forêt de 
Tusson (Tutio) a dû être notablement défrichée daus sa 
partie septentrionale; tout donne à penser qu'elle s'a- 
vançait originairement au sud etàl'est jpsqu'à la Cha- 
rente. Un lieu nommé la Forêts maintenant à la distance 
de plusieurs kilomètres de cette forêt, se trouve en un 
canton tout découvert. Le territoire de l'abbaye de Tusson, 
fondée en 1120, fut pris sur la forêt, et il se trouve ac- 
tuellement au nord de celle-ci. On doit i!onc attribuera 
la création du monastère la cause principale du déuoi^e- 
ment déco district. 

La partie du Poitou, qui répond au sud du départe- 
ment des Deux-Sèvres, a pareillement subi de larges dé- 
frichements qui ont partagé en lambeaux l'ancienne 
marche arborescente des Piclaves et des Santons, lam- 
beau?^ qui ont donné naissauce à la forêt de rUcmiUam^ 
à celle de Chef -Boutonne^ aux ho%$ de Melle^ Celles et 
Saint^Léfjcr, 

Nous citerons dans la même région méridionale du 
Poitou, la forêt d'AuInay, qui avait au oommencement de 
ce siècle une superficie de 2,278 hectares (1), celle de 

(L) Voy. sur 1& forât d*Aulnay, qui a été l'objet de réglemente spé- 
ciaux en i60l et 1602, Saint-Yon, Ordonnances, p. Il 13. Au xvii» siè- 
cle, cette forât contenait 4,000 arpente. Voy. EsUU des faresU et 6oy» du 
roy delà province de Poiclou, à la suite de la RéfontudiongéHét^ale des 
forests et boys de Sa Majesté de la province de Poictou, p. 264 (Poitiers, 
10G7, in-fol.). 



CHAPITRE XXI. 349 

Cliizé, qui en renfermait 3,974 et donl^s'est détachée celle 
«i'Etampes ou Petile-Forét-de-Ghizé, d'une superficie de 
7i4 hectares. Dans Tune et l'autre, le chêne atteint une 
grande longévité (1). 

(1) Voy. Dupin, Slaiisi. du déparietnent des Deux^Sèvres, inss. de la 
BiblioUi. de l'Institut, p. 556. 



350' LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE, 



CHAPITRE XXII. 

FORÊTS DU CENTRE DE LA FRANCE. SÉPARATION DES DEUX GRANDES ZONES 
FORESTl£.RES DE CE PAYS. VÉGÉTATION DU CHATAIGNIER. LES ANOENNES 
FORÊTS DU LYONNAlà^ DE l' AUVERGNE^ DU LIMOUSIN^ DU BOURBONNAIS, 
DE LA MARCHE. 

Une chaîne de montagnes, les unes granitiques, les 
autres d'origine volcanique, traverse la France par son 
milieu et la divise en deux parties presque égales. Elle 
constitue une véritable frontière naturelle'entre les pays 
de langue d'oc et ceux de langue d'oïl. La végétation fo- 
restière n'est ni très-riche ni très-vigoureusesur le chaînon 
purement granitique de ces montagnes ; mais l'abondance 
du châtaignier lui imprime une physionomie propre; 
l'apparition de ces arbres annonce au yoyageur venu du 
nord qu'il entre dans une nouvelle zone. Le Vélay, l'Au- 
vergne, le Limousin présentaient, dès le xii* siècle, de 
vastes châtaigneraies qui ont aujourd'hui en partie dis- 
paru, dans les deux premières de ces provinces sur^ 
tout (1). Vers l'ouest, d'épaisses lignes de bois conti- 
nuaient jadis la marche arborescente formée par les mon- 
tagnes dont il vient d'être parlé. A l'est, cette frontière 



(l) Voy. Duribier du Chatelet, Description statistique de la Haute- 
Loire y p. toi. Le châtaignier était autrefois plus commun dans les Cê> 
venues qvCil ne Test aujourd'hui. Le nombre de ces arbres parait avoir 
beaucoup décru depuis le froid rigoureux de Tan 1709 et les grands 
hivers antérieurs Le châtaignier se rencontrait aussi avec abondance, 
au xvi« siècle, dans les Vosges de l'Alsace, à ce que nous apprend Fr. 
de Belleforest {Cosmographie , t. II, col. 1139. Paris, 1575, in-fol,); 
mais il est actuellement devenu assez rare. (Voy. D'Hombres Firmas, 
mém. cité, p. 510.) 



CHAPITRE xxir. 381 

sylvestre se terminait au Rhône. Car entre Ja Bresse et le 
Dauphiné, aucune séparation tranchée n'apparaît dans la 
végétation arborescente ; il faut s'avancer beaucoup plus 
au sud pour rencontrer les signes indiquant une nouvelle 
région végétale. 

Ces conditions n'ont pas varié depuis bien des siècles» 
et quoique les forêts n'offrent plus d'ombrages aussi 
épais que par le passé, le contraste de leur physionomie 
demeure ce qu'il était au moyen âge. La prédominance 
de certaines essences avertit encore le voyageur qu'il a 
quitté la zone du nord. 

Lyon, placé au confluent de deux grands «ours d'eau, 
est dominé par de nombreux coteaux que recouvraient 
naguère des bois dont la destruction n'est pas très-an- 
ciennet. On a, suivant Âlléon Dulac (1), les preuves les 
plus authentiques que les coteaux de Fontanières et 
de Sainte-Foix, qui sont aux portes de l'ancien Lugdu-* 
num, étaient trè&*boisés; les Bénédictins en ont opéré le 
défrichement. Le micocoulier {celtis australis\ qui croit 
encore spontanément sur les rochers des environs de cette 
ville, peuplait vraisemblablement tous ces coteaux. 

On voit donc que le Lyonnais, aussi bien par son dia* 
lecte et sa population que par la nature de sa végétaticm 
arborescente, représentait l'extrémité orientale de la 
grande lande montagneuse et forestière qui scindait eu 
deux parties la Gaule et l'ancienne France. 

Cette province, quoique offrant encore quelques bois, 
a considérablement perdu de ses ombrages ; et quand on 
compulse les vieux titres, on y trouve mentionnés une 
foule de bois dont il ne subsiste plus de trace. 



(1) Mémoires pour servir à V histoire nalureile du Lyonnais, Forez et 
Beaujolais^ t. 1, p. 50. 



351 LRS FORÊTS DE LA GACLE ET DE L* ANCIENNE FRAHCE. 

En 1131, lorsque fui fondée dans le diocèse de Lyoo 
Tabbaye du Miroir {Miratorium)^ il existait au Toisinage 
du lieu où s'éleva le monastère, une forêt que les chartes 
du temps appellent Nemus Bilcinm (1), et qui n*est plus 
représentée que par quelques bouquets placés du côté de 
Saint-Amour. Tout le pays jusqu'à Saint-Trîvier, à en 
juger par les lieux-dits (2), était boisé. 

Le Beaujolais ne parait pas avoir possédé, depuis 
une époque très-ancienne, de forêts d'une étendue bieo 
vaste; mais il était incontestablement, il y a sept on 
huit siècles, beaucoup plus boisé qu'il ne l'est aujourd'hui. 
Les dévastations commises dans ses bois durant le xiv' 
siècle ressortent des mesures que prit en 4407 Louis H, 
duc de Bourbonnais et seigneur deBeaujeu, pour porter 
un remède au mal (3). L'étude de la carte nous niontre, 
en efiet, que des forêts ont dît exister là où il n'y en a 
plus guère de trace. C'est ainsi que le bois de Piace- 
Blanche^ qui n'est déjà plus marqué dans Gassini que 
comme occupant une centaine d'hectares, parait être le 
reste d'une forêt assez considérable qui s'étendait entre 
la Yauzonne et le Morgon, deux affluents du Rhône 
dont le cours est à peu près parallèle. Cette forêt pouvait 
même remonter jusqu'au delà de la Yauzonne, dans les 
environs de Belleville, car on trouve près de ce bourg 
les bois de Manœuvre, qui doivent être un démembre- 
ment d'un bois plus considérable. Quelques noms du voi- 
sinage rappellent aussi la présence des arbres ; mais ces 



(1) Gallia christ, t. IV, col. 296. Ecdes. Lugdun, — > Historiens de 
France, t. XIV, p. 402. 

(2) Citons lés noms de Varenne, La Forest, Les Vemeis, Bois-Bou* 
iner, La Varenne, Tremblay et un autre La Forest au nord de Cour- 
toux. 

(3) Voy. F. de La Roche la Carelle, Histoire du Beaujolais et des sires 
deBeaujeu (1853), t. I, p. 362. 



CHAPITRE XXII. 353 

noms deviennent surtout plus nombreux entre la Vauzonne 
et le Morg(>n. Sans parler des hameaux de Bois-Robin, de 
la Varenne, de Cheissy, de Bois franc, certains fiefs encore 
mentionnés dans les vieux actes portent des noms très- 
significatifs. Un des fiefs de Cogny s'appelait Epeisses-le- 
Bois (1). Saint-Georges de Reneins ou de Rogneins, cons- 
truit aux bords de la Vauzonne, sur la route de Lyon à 
Mâcon, avait entre autres fiefs Bussy, Laye, Boislrait (2). 
L'emplacement de cette localité a donc du être originaire- 
ment fort boisé. Vraisemblablement on doit attribuer la 
destruction des derniers débris de cette antique forêt aux 
moines du prieuré de Salles, de l'ordre de Cluny, et dont 
la fondation est très-ancienne. 

Dans la partie occidentale du Beaujolais, là où le sol de- 
vient plus montagneux, les forêts étaient certainement 
abondantes. On trouve encore en eflTet, dans la partie 
septentrionale de cette région, des bois assez importants, 
comme ceux d'Aigueperse et d'Aujoux, et plus à l'est, tels 
que les bois de Pramenou et de Molières; mais au sud de 
Roanne, dans la partie qu'arrose le Reins ou Rhin, devait 
exister une forêt assez vaste qui n'est plus représentée 
que par le bois de Féchier. Son nom est rappelé par 
celui de Lay que portait une ancienne chàlellenie et 
qu'emprunta le village de Saint-Symphorien, construit 
plus tard à quelque distance et qui finit par devenir le 
chef-lieu de la paroisse. Tout ce pays est actuellement 
déboisé, et cependant outre le nom très-significatif de 
Lay (3), nous trouvons parmi les anciens fiefs de la cbâ- 
tellenie un lieu appelé LaForest. A quelque distance, une 



(1) Voy. dé La Roche la Carelle, ou\). cité, t. II, p. 84. 

(2) Voy. d&La Roche la Carelle, ouv. cité, t. Il, p. 108. 

(3) Voy. ce qui a été dit au eujet de la forôl de Saint-Qermain-en- 
Lave, ]). 149. 

23 



354 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANGE. 

autre localité s' Sippelle Sa fin-duSois. Les sires de Beanjeo 
devaient aller chasser dans cette antique forêt, maintenant 
effacée de la carte, car ils avaient encore au xiii* siècle une 
maison de chasse à Pesselay , autre fief de Lay (1 ) . Tout donne 
donc à croire que la forêt s'étendait du Reins à un autre 
petit cours d'eau appelé le Gand. Les montagnes du fo- 
rez qui présentaient encore au temps d'Anne d'Urfé(2) 
d'épaisses forêts de sapins et de hêtres, sont aujourd'hui à 
peu près dégarnies. 

Plus au nord s'annoncent aussi des indices de déboise- 
ment assez notables. La célèbre abbaye de Souvigny, 
dans la province de Bourbonnais^ s'éleva, à trois lieues 
de Moulins, sur remplacement d'un courtil {curiis'Silvi" 
niaci) (3) dont le nom rappelait l'existence antérieure 
d'une forêt qui devait avoir disparu bien avant le x* siècle, 
puisque Fabbaye date de cette époque. 

Dans l'Auvergne, le Vélay et le Vivarais, une multitude 
. de forêts qui garnissaient le flanc des montagnes ont fait 
place à des cultures. Les roches volcaniques, qui y consti- 
tuent le fond du sol, étaient éminemment propres, par leur 
décomposition sous l'influence des agents atmosphériques, 
à la végétation arborescente (4). Nous ne pouvons citer le 
nom et l'emplacement de tous ces ombrages; nous nous 
bornerons à en signaler quelques-uns. 

Entre Pionçat et Menât, sur les boWs de la petite rivière 
deBauble, s'étendait, au temps de Grégoire de Tours, une 



(1) De La Roche la Carello, ouv, cité, t. 11, p. 143, 

(2) Aug. Bernard, Les d'Urfé, p. 444. 

(3) GaUia Christian, t. II, col. 377. Le nom de SUviniacus (Souvigny) 
fut donné à diverses cellx établies dans des forêts. Voy. H. de Valois, 
Noiilia GalUarum, p. 526. 

(4) C'est ce qu'on peut observer au mont Etna, à la région dite Nemo- 
rosa. Voy. les observations de M. Élie de Beaumout dans le Journal deç 
Savants, octobre 1839. 



CHAPITRE XXII. 355 

forêt que cet écrivain appelle Poniiciacensis sylva et dans 
la profondeur de laquelle saint Émilien et saint Bravi al- 
lèrent placer leur ermitage (1). Au siècle dernier, il ne 
subsistait plus de cette forêt que les bois de Pionçat et de 
Pierrebrune. Peut-être celui de Montaigu, situé plus au 
nord, en est-il aussi un vestige. En descendant plus au 
sud, nous rencontrons dans les montagnes d'autres indi- 
ces de la disparition des arbres. Les belles sapinières du 
Mont Dore, encore si touffues en 1669, se sont depuis bien 
éclaircies (2). 

Les progrès de l'agriculture ont aussi amené la des- 
truction ^es forêts dont était semée la contrée comprise 
entre le Tanargue et le Mézenc. La fertilité du sol, d'ori- 
gine volcanique, y appelait naturellement le colon, et, de 
cette vaste masse némorale, refuge de tant de bêtes fauves, 
il ne reste plus que 40,000 hectares environ. 

Dans le pays qui répond aux départements de la Haute- 
Loire et du Cantal, le domaine de presque toutes les an- 
ciennes forêts s'est graduellement rétréci. Dans le premier 
de ces départements, la forêt de Ceyroux, jadis une des 
plus belles possessions de la maison de Penthièvre, occu- 
pait encore au siècle dernier une superficie de 350 hec- 
tares ; elle n'est plus à cette heure qu'un amas de taillis de 
hêtres et de chênes (3). Elle dut naguère ne faire qu'un 
avec le bois de Montdésir et constituer la marche qui sépa- 
rait les Arvernes des Vellaves. 



(f ) Voy. le Dictionn. géographiopie placé par M. Alfred Jacobs à la 
suite de la nouvelle éidilion de la traduct. de Grégoire de Tours par 
M. Guizot, t. II, p. 380. Pionçat ou Pionsat est situé au nord-ouest de 
Riom. Un y a trouvé un grand nombre de monnaies gauloises. 

(2) Voy. Depping, Correspond, administrative soiu Louis IIV, t. III, 
p. 704. 

(3) Voy. Deribier duGhatelet, Description statistiq. de la Haute-Loire, 
p. 101. Cf. ce qui a été dit p. 133 de Sauve- Bénite. 



356 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE L* ANCIENNE FRANCK. 

Dans le Cantal, les forêts se sont sans doute mm& 
éclaircies, elles ont pourtant cédé en bien des points h 
place aux cultures. L'ancien vicomte de Murât comprenait 
les bois de Murât, d'Albepierre, deMallet, de Ghâteauneuf, 
d'Anglards, les forêts de Vigouroux et de Giniq vraisem- 
blablement unies à l'origine. Les nombreux droits d'usage 
accordés aux habitants des villages limitrophes aaienèrent 
le démembrement de cette dernière, qui fut dans le prin- 
cipe Tune des plus importantes de l'Auvergne et se Ha 
aux forêts de Brezons et de Malbo. 

Tous ces bois de la vicomte de Murât n'occupaient pas, 
il y a deux siècles, une superficie de moins de 15,090 ar- 
pents. Le sapin en constitua toujours l'essence dominante; 
il s'y trouve associé à quelques hêtres. Les magnifiques 
ombrages des pentes du Cantal avaient subi, lors de l'or- 
donnance de 1678, de graves dommages auxquels elle 
eut pour objet de porter remède (1). 

Le plateau de la Margeride, qui sépare la valléede l'Allier 
de celle de la Truyère, était, il y a moins de deux siècles, 
ainsi que les pentes du Cantal, occupé par de vastes forêts 
de sapins, admirables de vigueur et d'énergie. Aucune 
route ne traversait alors cette région, le transport du bois 
étaitconséqiiemmentdifficile, cequi fitque les forêts échap- 
pèrent à l'avidité des exploitants. Les habitants de Saint- 
Flour se 'contentaient d'aller chercher sur leur lisière un 
mauvais charbon et quelques pi^ovisions pour le chaufiage 
et les usages domestiques. Aussi, malgré les droits d'usage 
concédés par les anciens seigneurs, la partie centraledecette 
masse forestière demeura-t-elle fort longtemps intacte (2). 

(1) Deribier du Chatclet, Dictionnaire historiq, elstaiistiq. du Cantal, 
t. IV, p. 92, 503. 

(2) Ibid. t. IV, p. 129. Entre autres forêts de cette parUe de la France, 
ayant gardé de l'importance, il faut citer celle de Mercoire, oii rAUier 
prend sa source. 



CHAPITRE XXII. 357 

A côté de ces forêts, mdintenant plus ou moins réduites, 
il en faut citer d'autres ayant totalement ou presque tota- 
lement disparu. Près de Mauriac, il en existait, au moyen 
âge, une qui était le repaire de nombreuses bêtes fauves (1). 
Une charte de Tannée 4119 renferme la donation faite 
par Odon, comte de La Marche, au monastère de Rocama- 
dour , de la forêt appelée Mons Salvii et de toutes les terres 
cultivées et incultes qui l'avoisinent (2). Cette charte 
marque d'une manière précise la position de la forêt (3), 
qu'il est possible de reconnaître sur la carte. Montsalvy est 
aujourd'hui non plus une forêt, mais un bourg, et les 
arbres ont presque complètement disparu de ses environs. 
Les noms du Fau^ du Bousquet y de Choisy, indiquent leur 
ancienne présence. Une localité appelée Arses, fait vrai- 
semblablement, par son nom, allusion à quelque dé- 
frichement opéré par l'incendie. Le petit bois désigné 
dans la charte sous le nom de Costa Chapsis^ dut oc- 
cuper les environs de l'endroit appelé encore aujour- 
d'hui la Coste. Mais il est impossible de retrouver la posi- 
tion du bois de Bézeus, dont le nom rappelle la présence 
d'une forêt (4) ; ce bois était situé à Tautre côté du grand 
chemin, aparté straiœ publicœ^ qui ne saurait être que la 
route d'Aurillac à Montsalvy. 

Le Limousin a vu les flancs de ses montagnes se dégar- 
nir avec le temps ; ses forêts se sont éclaircies par suite 

(1) Yoy. la chronique citée par le P. Dominique de Jésus, dans sa Vie 
de saini Marias. Deribier du Ghatelet, Diciionn. historiq. et statist, du 
Cantal, t. IV, p. 210. 

(2) Baluze, Bistoria Tutelemis, lib. lïl, p. 138. 

(3) « Hanc autem sylvam sciant qui scire voluerint sitam esse inter 
Nemus Bastutorum ^ , ex altéra parte inter ipsum qui dicitur Nemus 
Omorum, ex altéra sibi adjacente nemus qui dicitur Nemus de Bezeus 
a parte stratœ public», ex altéra vero nemus qui dicitur Costachapsis. >• 

(4) En effet, il existe en France plusieurs localités du nom de Bézu,^ 
qui sont toutes au voisinage de bois ou de forêts. Nous citerons notam- 
ment, dans le département de l'Eure, Bézu-la-Forèt. Voy. p. 327. 



358 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE L'aNjCIENNE FRANCE. 

des progrès de la culture. Au moyen âge, celles-ci 
ayaient déjà été largement défrichées, car les pièces que 
nous a conservées Baluze attestent l'existence dans la pro- 
vince de nombreuses terres labourables, de vastes prai- 
ries et de champs multipliés (1). Toutefois jusque vers la 
fin du moyen âge subsistèrent quelques grandes forêts 
qui depuis ont disparu en tout ou en partie. 

La forêt dont l'abbaye d'Obasine, foAdée au xiii" siècle, 
occupa une clairière (2), n'a laissé aucune trace; la com- 
mune de ce nom où s'élevait la forêt donnée à saint 
Etienne par le vicomte Archambault, n'oflFre pas même 
un bouquet. Au sud d'Uzerches, sur la rive gauche de la 
Vézère, le déboisement date seulement d'un ou deux siè- 
cles (3). C'est là que se trouvait la forêt d'Espartignac, 
mentionnée dans une charte de l'an 1004 (4). Une autre 
charte quelque peu postérieure (de l'an 1036) contient une 
donation faite par Guy, vicomte de Limoges, aux moines 
de la ville d'Uzerches. Et il y est parlé de l'église de La 
Fage (ecclesiam quœ vocatur a La Paya) (5), placée dans la 
forêt de Celom {quœ posita est in sylva quœ dicitur Celom). 
Or, le village de La Fage est peu distant d'Espartignac, et 
au sud-est se rencontre une localité du nom de Bais la 
Fage, mais où ne se montre aucune trace de forêt. Ce 

(1) La Gorrèze n'offre aujonrd'hm qiA peu de foréU, si ce ii*est daos 
Tancien duché de Ventadour, près Eglelon et aux confins de la Haute- 
Vienne où sont les forêts de Montar et de Pouriras. Voy. A. Firmigier, 
Esêai de itaiistiq. de la Gorrèze, p. 9 (1802). 

(2) L'abbaye* d'Obasine fut fondée en 1152, sur l^ëmi^acement d*iiii& 
forêt à deux lieues nord-est de Brives. Voy. GaUia chrisi, t. Il, coL 635. 
Eccks. Lemov. 

(3) Le déboisement ne s'est pas autant étendu dans la Hmite- Vienne, 
où plusieurs forêts, telles que celles de Rançon, Coutumes, Lastoun, 
présentent encore sensiblement la même étendue qu'au moyen Age. Voy* 
Texier-Olivier, Slatistiq, de la HatUe-Viennê, p. 53, 54. 

(4) Baluze, Hist. Tulel, col. 404. 

(5) Baluze, ouv. cit. col. 868. 



CHAPITRE XXII. * 3S9 

point marque évidemmeût remplacement de Fancienne 
forêt de Célom, et effectivement, dans les environs^ sont 
•des lieux qui gardent les noms de la Fagearderie^ la 
Fage^ le Bosc, le Bos-Peirat. Le bois de la Page était 
donc une dépendance de la forêt d'Espartignac, et tous 
.deux ont été défrichés depuis le xf siècle. Une charte du 
x° siècle nous donne le nom d'autres forêts, celles de Mom- 
bresme et Malevalle, appartenant à la même contirée et 
qui n'ont pareillement laissé aucun vestige (1). 

M. Max Deloche, en publiant le cartulaire de l'abbaye 
de Beau lieu (2), a relevé le nom de plusieurs forêts du 
Limousin méridional, mentionnées dans des documents 
du ix*" au xn® siècles et qui ont été totalement ou presque 
totalementdéfrichées. Nousciterons notamment la forêt sei- 
gneuriale de Gaumont, dans] l'ancienne vicairie de Bri- 
ves, celles de Mollis Caparia^ de Palson (sylva de Palsonis), 
•de Surdoire (Surdoira), dans l'ancienne vicairie de Puy- 
<l'Arnac (3). Cette dernière forêt tirait sans doute son nom 
de la petite rivière qui la traversait ; elle dut originaire- 
ment s'étendre à l'est et au sud de Meissac. Quoique la 
contrée sise au midi et à l'ouest dé Puy-d'Ârnac, soit ac- 
tuellement découverte, nombre de localités rappellent par 
:ieur appellation l'ancienne présence des arbres [la Brousse, 
le Bois, le Bois-Cailleau). Au nord-ouest du même bourg 
se trouve un endroit appelé le Bas. D'autres forêts, telles 
que celle du Doignon, située au nord-est de Limoges, sur 
la rive gauche du Thorion, ne sont plus représentées dans 
Cassini que par une très-petite bande (3). Au sud-est de 

(1) Baluze, ouv,cil. col. 337. 

(2) Max. Deloche, Cartulaire de r abbaye de Deaitlieu, en Limousin^ 
p. cv, cvi. (Paris, 1859, in-4**.) 

(3) Ce nom de Dognon ou Doignon parait avoir impliqué le sens de 
Xorôt. Toute la contrée désignée sous le nom de Dognon ou Doignon, et 
•qui s'étend au sud do la rivière du Thorion, contenait des bois épais. Di- 



360 LES FORÊTS DE DJk GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

Limoges, la forêt de Cbâteauneuf, qui ne constitue d^à 
plus sur la carte de Cassini qu'une étroite zone longitu- 
dinale, semble s'être, dans le principe, étendue de Cbâ- 
teauneuf jusque près de Chambéret (1). 

Au sud-ouest de Limoges, la forêt des Cars, sise à Test 
deChalus,doit avoir fait corps, il y a quelques siècles, avec 
la forêt de Flàvignac qui en est voisine. Entre la Vienne 
et la Grande-Briance, la contrée a été j[adis maniffôte- 
ment boisée. La forêt d'Aigueperse est un autre vestige 
du grand manteau forestier dont s'enveloppait le Limou- 
sin et que le temps a percé à jour. 

J'ai déjà rappelé l'existence d'une forêt du Bourbonnais 
à propos de la fondation de l'abbaye de Souvigny ; je dois 
revenir sur l'ancien état forestier de cette province dont 
je n'ai dit qu'un mot. Le recueil des cartes et plans des 
forêts du Bourbonnais que possède la Bibliothèque impé- 
riale (2), peut donner une idée de l'extension qu'avait 
dans le principe le sol forestier de cette province. Entre 
les forêts bourbonnaises qui sont mentionnées au xvii* siè- 
• cle, il faut d'abord citer celle de MoUadier, d'une conte- 
nance de 4,452 arpents et qui ombrageait la rive gauche 
de l'Allier. Elle se terminait au nord aux bois taillis de 
Roze et des Billotz, et à l'ouest à d'autres bois également 
peu étendus, dits bois Pommerets^ pois des Fours. Sur la 
lisière occidentale s'élevaient les hameaux de Montaret, la 
Goutte et Sanrondin. Au midi, la forêt était séparée par 

• 

verses localités éloignées de la région qui porte plus spécialement ce 
nom sont aussi appelées Doignon : Chatenet-en-Doignon, dans la com- 
mune de Saint-Iiéonard (Haute- Vienne), Puy-de-Doignon, étaient égale- 
ment entourées de forêts. 

(1) Voy. Deloche, Études sur la géographie historique de la Gaule, et 
spécialement sur les divisio7is territoriales du Limousin au moyen âçe, 
p. 195 et 196. (Paris, 1861.) 

(2) Mss. fonds Saint-Germain, n^ 33. Ce curieux manuscrit renferme 
une belle collection de planches sur parchemin. 



GHÂPItR£ XXII. 361 

quelques bois taillisdeshameauxdelaRocheet des Thierry. 
Le village des Ramilloas marquait la lisière orientale et 
le lieu-dit les Jean-Denis, sa frontière sud-est. C'est sur 
cette forêt que fut pris tout le territoire du prieuré qui 
porta son nom, le prieuré de MoUadier. 

Une seconde forêt, sise à Test et au nord-ouest de celle- 
ci, la forêt de Messarge, devait à l'origine n'en être pas 
séparée; elle contenait 4,165 arpents plantés en chêne, 
et c'est à cette même zone sylvestre qu'il faut rattacher la 
forêt qui valut son nom à l'abbaye de Souvigny. 

La forêt de BagnoUet, sise au nord de la forêt de MoUa- 
dier, et sur la même rive de l'Allier, renfermait 1,600 ar- 
pents. Les cartes citées ci-dessus montrent qu'elle s'éten- 
dait depuis la Justice-de-l'Espine, à l'occident, jusqu'aux 
étangs et au village de la Terrasse, à l'est, depuis Ghanne, 
et les Gillelz au sud, jusqu'à une petite distance de l'Al- 
lier, aunordy présentant son plus grand allongement dans 
la direction sud-nord. Les alentours de Langeron étaient 
déjà déboisés. La forêt de Givrais, à l'ouest de celle de Ba- 
gnoUet, contenait 1,926 arpents. 

La forêt de Tronçais, à Touest de celle de Givrais, ren- 
fermait 18^300 arpents. G'était la plus vaste du Bourbon- 
nais ; elle s'étendait depuis le village de Breton, au sud, 
jusqu'à l'étang près duquel s'élevait la tuilerie de Ganot 
au nord, depuis les hameaux de Barrière et de Salle-Guérin 
à l'est, jusqu'à ceux de Douigndfet et de Vaux à l'ouest. 
Déjà, au XVII* siècle, elle avait subi de larges défriche- 
ments ; la partie comprise entre les localités des Nigaults^ 
les Loges^ Chez-Cepyy le Moniest, Bretoire^ et entre la Ver^ 
nattCy le Metz et la Villette, était transformée en clai- 
rière. A l'ouest, la forêt était limitée par le Gher qui la 
longeait pendant plusieurs kilomètres, et par un ruisseau 
que reçoit cette rivière près du moulin de Vernil; à 



362 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DJS l' ANCIENNE FRANCE. 

Meaulne, en allant vers le sud, la forêt rQculait à l'est et 
avait pour lisière le cours d'eau que reçoit le Cher et sur 
lequel étaient construits le moulin d'Âglandebeuf et le vil- 
lage du Creux. Il semble qu'au sud-est le village de la Rit 
faudière ait formé Tangle originaire de la forêt, laquelle, 
au nord-est, s'avançait jusqu'à l'étang de Ck>uilleuvre et 
s'élevait au nord, jusque près de Valigny, d'où elle re- 
montait jusqii'au château de Ghandon et allait rejoindre 
la tuilerie de Jaccotz. Enfin, vers l'ouest, la forêt re- 
descendait au village de Braize et à celui de la Pacau- 
dière, qui était presque enclavé dans la forêt, dont il oc- 
cupait une clairière. La forêt prenait alors pour lisière le 
cours d'eau joignant deux étangs, sur lequel était cons- 
truit le moulin du Ris et qui se jette, à l'ouest, dans le 
Cher. 

Les forêts de Grosbois et de Drbuille^ au sud de celle de 
Tronçais, contenaient, la première, 2930 arpente, et la 
seconde, 1917 arpents uo quart. La forêt de Grosbois s'é- 
tendait à l'est depuis la tête de l'étang de fiaraclûs et la 
Croix-de-Baràchis jusqu'à Fonteneau à l'est; au sud, les 
bruyères des Touraults, les bois taillis de Saint-Pierre et 
de Heregnières. L'inspection de la carte manuscrite dres- 
sée au xvu"" siècle et citée précédemment, montre que la 
forêt allait jusqu'à la Menigodière; la Groix-^left-Touraults 
occupait le centre du canton méridional de cette forêt, qui 
s'allongeait, dans la direction du sud-est, jusqu'à Gipsi. 
Au nord, le ruisseau qui sort de l'étang de . GoUcHnhière 
devait en former depuis longtemps la frontière, comme 
le figure la carte. Du reste, la présence du prieuré de 
Grosbois, presque au centre de la forêt, dut en amener 
promptement sinon la dévastation, au moins le défriehe- 
ment partiel. Au delà du ruisseau septentrional, les noiBS 
de Bois et de Forét-dthPrieur, de Bais-des-Jeunes-PalUangeSt 



CHAPITRE xxni. 363 

rappellent que la forêt dépassait, originairement, le cours 
d*eaii. 

Au nord-est , une partie de la forêt dépendait du 
prieuré de Souvigny, qui dut aussi en hâter l'essartement 
et la mise en culture. De toutes les forêts du Bourbonnais, 
celle de Grosbois, plantée en chênes et hêtres, présente 
les traces les plus visibles d'un défrichement graduel. 
L'espace compris entre la route de Cosne à Moulins et le 
village de MéroUes paraît avoir été déboisé, quelques 
siècles seulement avant la réformation des forêts de la 
province. Les forêts deBort, de Maulnay et de Laide durent 
dans le principe former une seule bande à l'Est de Moulins. 

La forêt de Dreuille affectait originairement la forme 
d'un triangle dont les sommets s'appuyaient : 1"* sur le ruis- 
seau au bord opposé duquel est bâti le village de^Perchatz; 
2* à l'angle compris entre le Magnou et les Regnaux, et 
qui dépasse de 500 mètres environ la ligne joignant ces 
paroisses; 3* à Pilotas, vers l'occident. Au sud, Malicorne 
et Tortezay durent, dès le moyen âge, se trouver en dehors 
de la ligne de pourtour de la forêt. Même observation pour 
Bedun à l'ouest. Dans la direction Est sa ligne dépassait 
• Perrière. 

La forêt de Lespinasse, que la petite rivière d'OEil - 
sépare de la forêt de Dreuille, contenait, il y a un siècle» 
1,733 arpents. Elle se terminait à l'est un peu en avant de 
la Forge et de la Varenne ; elle était bornée au sud par le 
cours d'eau sur lequel est bâti le hameau d'Ieu. Ce cours 
d'eau en suivait la lisière jusqu'à la route de Parrouy-au- 
Mont, hameau placé à l'occident, en avant de la forêt. Au 
nord, les villages de Jobergère, Givrais, desPoyars traçaient 
son pourtour; Parsay le dépassait un peu. 

La forêt de Marsenac contenait jadis, avec ses annexes, 
1,147 arpents. Elle était comprise entre Lonzat, Saint- 



364 LES FORÊTS DE LÀ GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

Didier et Villaine ; s'avançant au sud de la première loca- 
lité, elle avait été réunie originairement au bois des 
Granges, dont la séparait le chemin des Baux à Lonzat. 
Le chemin du Pont-de-Vichy à Saint-Remy formait la fron- 
tière méridionale. Au nord, le hameau d'Afière n'en était 
séparé que par un petit chaume, et Martillière touchait 
presque à sa lisière. Le nom de Champ -de-la-Petiîe-Farii, 
donné à une clairière, située à l'est, entre deux cour 
d'eau, et d'une étendue de 16 arpents et demi, représen- 
tait un écart de la forêt de Marsenac. Un village, qui porte 
aussi le nom de la Petite-Forêt, le rappelle également; 
c'est évidemment de cette Petite-Forêt qu'avait dépendu 
la partie encore subsistante au delà du confluent des deux 
ruisseaux qui se trouve au sud du Champ-de-Ia-Petite- 
Forêt. 

La partie méridionale du Bourbonnais qui touche à 
l'Auvergne et au Lyonnais, offre encore diverses forêts de 
quelque importance qui sont visiblement les restes d'une 
zone forestière par laquelle était traversé l'ancien pays 
des Arvernes. 

La forêt de Marsenac, qui s'étend sur la rive gauche de 
l'Allier, en face de Vichy, n'est que le prolongement sep- . 
tentrional d'une zone plus allongée qui boisait autrefois 
toute cette rive et pénétrait jusque dans l'Auvergne. Les 
bois de Randan et de Montpensier en sont des débris, et 
le village de Saint-Sylvestre doit sansdoute son nom à st 
position au centre de ce canton forestier. 

Plus au nord, sur la rive droite de l'Allier, quand on se 
dirige de Varennes et de Vouroux, l'ancien Vorogium, 
vers le Bèbre, on rencontre la forêt de Youdelle, située au 
nord de Saint-Géraud, et qui était limitée à l'orient par 
cette petite rivière, ainsi qu'une succession d'autres bois 
(bois de Brosses, bois du Moutier, etc.). En remontant le 



CHAPITRE XXIII. 365 

cours de la Bèbre, au sud de La Palisse, se trouvait un 
canton que Finspection de la carte nous montre avoir été 
occupé naguère par des bois nombreux, maintenant défri- 
chés pour la plupart, et dont le bois de Champagne est le 
seul reste de quelque importance. 

L'ancienne Marche dont le territoire répond en grande 
partie au département actuel de la Creuse, était loin de 
présenter des forêts aussi épaisses et aussi nombreuses. 
Voilà pourquoi au siècle dernier on n'y rencontrait déjà 
plus qu'un très-petit nombre de bois. C'est la région qui 
s'étend à l'ouest de Guéret, vers le nord du département 
de la Haute-Vienne, et s'avance vers les anciens confins 
duBerry, qui a toujours présenté l'aspect le. plus boisé. 
Le village de la Forest, situé à l'ouest de Bourganeuf, dé- 
note l'ancienne existence d'une forêt qui n'a laissé presque 
aucun vestige. Plus au nord, sur les bords de la rivière de 
Gartempe, au sud de Saint-Vaulry, existait encore, il y a 
un siècle, un canton très-boisé dont la petite forétdeSaiute- 
Berthe représente le débris principal, et dont le centre 
était occupé par le village de Saint-Silvain, qui doit sans 
doute son nom à cette circonstance. La forêt de Cervelle, si- 
tuée au nord de Dun-Paileteau, est, sans contredit, le reste 
le plus important de l'ancienne marche forestière qui sé- 
parait les Bituriges des Arvernes; elle a dû s'étendre dans 
le principe à l'est jusqu'à la Creuse, et elle n'était séparée 
de la petite forêt de Saint-Germain, autre débris de la 
même marche, que par un faible cours d'eau. De ce côté, 
au delà de la Creuse, on entrait dans le Berry, et les fo- 
rêts de Murât et du Temple annonçaient une zone plus 
boisée. En redescendant plus au sud, on trouve encore 
des bois qui peuvent être les débris d*une forêt de quel- 
que importance, tels sont ceux du Grand-Chapitre si- 



366 LES FORÊTS DE LA. GAULE ET SE l' ANCIENNE FRANCE. 

tués au sud de Guéret et ceux de Pognat qui s'y niUa- 
chaient vraisemblablement. Certains noms de lieux moar 
trent que dans le principe les bois se continuaient jusqu'à 
la Creuse. 



CHAPITRE XXIII. 367 



CHAPITRE XXIII. 

ANCIENNES FORÊTS DE l'aNGOUMOIS, DE LA SAINTONGE ET DE l'aUNIS. 

Lorsque le voyageur quitte le Limousin et s'avance vers 
l'ouest, il voit le pays s'abaisser et la végétation arbores- 
cente se rapprocher davantage du caractère qu'elle pré- 
sente plus au nord. 

L'Angoumois, célèbre par ses bellesforêtsdechênes, avait 
conservé, jusqu'au milieu du siècle dernier, d'épais ombra- 
ges. La raison en est que dans cette province le sol forestier 
n'avait point été morcelé entre les communes. Il n'y exis- 
tait que des forêts royales ou seigneuriales. Toutefois ces 
forêts, mal tenues et mal exploitées, ne demeurèrent pas 
tout à fait ce qu'elles avaient été au vieux temps (4). L'édit 
de mars 1514 (2), relatif à la forêt d'Angoulême, nous 
montre que cette forêt avait encore à cette époque une 
grande importance. Un peu plus tard, en 1580, la forêt de 
la Braconne, qui se trouve au nord-est de cette ville, est re- 
présentée comme une des plus vastes de l'Angoumois. Sa 
superficie était alors évaluée à 14,500 journaux de 
terre (3). En 1778, elle contenait 10,300 arpents (à la 
perche de 22 pieds). Mais, à cette époque, les besoins de la 
marine et de la forge de Ruelle y firent faire des coupes 
inconsidérées. 

(1) Voy. ce qne dit Tingéûieur Munier dans son ouvrage inlitulô : Essai 
éPune méthode générale pour étendre la connaissance des voyageurs, 
1. 1, p. 280, 469. (Paris, 1779.) 

(2) Voy. Isambert, Rect^U général des anciennes lois françaises^ 
t. XII, p. 30. 

(3) Desrues, Antiquités de la France, 2® édition, p. 394, et Munier, 
Notice sur la forêt de Braconne, dans l'ouvrage cité t. II, p. 435. 



368 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE L* ANCIENNE FRANCE. 

On aurait, suivant un statisticien (1), une idée assez 

* 

juste de l'état forestier de cette province, avant Fépoqae 
des armes à feu, en se la représentant comme un archipel 
de forêts ; ces forêts étaient la propriété d'une trentaine 
de châtelains qui relevaient des comtes d'Angoulême; là 
vivait toute une population sylvaine qui les défricha peu 
à peu et les sema en froment. Ces défrichements se mul- 
tiplièrent surtout aux xiv*' et xv* siècles, et la découverte 
de l'Amérique ayant donné une grande activité aux ports 
de TAunis, du Médoc et de la Saintonge, de nombreux 
navires y furent construits aux dépens des forêts angoo- 
moises. L'histoire de quelques-unes des anciennes forêts de 
cette partie de la France peut encore être établie. 

A quatre lieues au sud d'Angoulême, s'étendait, à la fin 
du XII® siècle, une forêt dite Gros-Bois^ qui valut son nom 
à l'abbaye qu'on y fonda à cette époque (Sancla B, Maria 
de Grosso- Bosco) (2). En moins de deux siècles, ce Gros- 
Bois ou, comme on disait dans le dialecte delà province, 
ce Gros-Bos, avait été tellement défriché qu'il bc trouvait 
fractionné en cinq forêts ou bois, à savoir : la forêt de 
Horte, celle de Dirac, celle de Bois-Blanc^ les bois de Venil 
et de Torsac, Divers noms de lieux indiquent que ces fo- 
rêts, maintenant fort réduites, présentaient originaire- 
ment une beaucoup plus grande superficie (3). La forêt 
de Horte notamment a dû s'étendre jusqu'au bord de la 
rivière de Bandiat (4). 

(1) Quenot, Slatislique de la Charente, p. 375. 

(2) GaUia christ, t. II, col. 1048. Eccles. Engol. 

(3) Ainsi, au nord du territoire de l'ancienne abbaye, on trouve un 
lieu nommé les Essarts. Au sud de la forêt de Horte, dans une partie 
toute déboisée, sont deux localités appelées Bois-Verdun et la Foréi-de- 
Laurière. Entre cette même forêt et celle de Dirac, est un village nommé 
Bouex. 

(4) Entre la forêt de Horle et la rivière Bandiat, on rencontre, au sud 



CHAPITRE xxin. 369 

n est à supposer que dans le principe cette grande forêt 
allait se rattacher à celle de la Braconne, située plus au 
nord et qui, comme je yiens de le dire, demeura longtemps 
Tune dès plus importantes de TAngoumois. L'inspection 
de la carte donne à penser qu'elle était originairement 
bornée à l'est par la Tardoire, car divers noms de lieux 
qu'on rencontre dans cette direction, rappellent la pré- 
sence d'anciens bois. 

Au nord de La Rochefoucauld jusqu'à la Sonnette et au 
cours supérieur delà Charente, se présentent une succes- 
sion de petites forêts, débris de la marche forestière qui 
servait de limite méridionale au pays des Pictaves. On 
y distingue les forêts de Quatrevaux et de Belair, que 
sépare la Dronne. 

D'autre part, l'ancien pays des Petrocorii était séparé de 
l'Angoumois par une grande marche forestière, mainte- 
nant déchiquetée en une foule de tronçons, à savoir : les 
grands bois de la Roche-Beaucourt, déjà très-éclaircis au 
siècle dernier, et qui devaient englober dans le principe 
les bois de Beaussat et de Rudeau, de façon à former une 
forêt continue qui s'avançait jusqu'à la rivière de Bandiat ; 
les petites forêts de Saint-James et de Paussac, situées au 
nord-est de Bourdeilles, et celle de Mareuil qu'on trouve 
plus au nord. 

Dans la Saintonge existaient également quelques larges 
lambeaux de l'antique manteau forestier qui le recouvrait 
au temps des Gaulois. 

La forêt de Saintes (Santoriœ sylva) était très-impor- 
tante au xii" siècle; une charte curieuse de l'an 4129 nous 
fait connaître en partie les limites du territoire qu'elle oc- 



Souffraignac, une localité nommée la Grande^Forêt, et des lieux portant 
les noms de Grand^Breuil, Peiil-BreuU, Breuil^ etc. 

24 



370 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

cupaît alors (1). Par cette charte, Guillaume YIII, comte 
de Poitiers et duc d'Aquitaine, abandonne aux moines da 
nouveau monastère de Poitiers tout ce qu'ils réclamaient 
dans la forêt de Saintes (2). Lç canton revendiqué par les 
religieux commençait à la Groix-de-Tirmorins en sui- 
vant Pont-l'Abbé (Ponte Labium); il allait de la source de 
la Groîx-aux-Seguins par la carrière jusqu'au Palet (Pak' 
tum) ; longeait les terres cultivées et le chemin qui con- 
duisait à Maleville (Malavilla) jusqu'aux confins de Ja 
Fraignée, et à la paroisse de Saint-Georges-aux-Cousteaux, 
près des fiefs de la Loubatre et de la Béraudière, s'avan- 
çant jusqu'à un endroit désigné sous le nom d'Enseigne- 
filanche ou de Marque-Blanche, puis revenait au fief Bau- 
douin, auquel est assignée une étendue de 30 journaux de 
terre, pour atteindre ensuite la route de Saintes à Pont- 
l'Abbé. Ledit canton forestier longeait cette roufe jusqu'à 
la fontaine Boudard et à Bouliraud (3), d'où elle aUaît re- 
joindre la Croix-de-Tirmorins. 

Lorsqu'on suit sur la carte cette description typogra- 
phique si minutieuse, on voit que la forêt s'étendait sur- 
tout à la droite de la route de Saintes à Rochefort. Toute 
la partie comprise entre Pont-l'Abbé, Saint-Georges-aux- 
Cousteaux (aujourd'hui Saint-Georges-des-Coteaux) et 
Saintes, n'offre d'autre trace de bois que de très-maigres 
bouquets d'arbres. Des localités du nom des Essarts^ de i 
Grand-Breuil^ de Petit-Breuil^ de la Forest, du Chail (ou 
Chaillot, c'est-à-dire « bois tombé »), du Gros-Chêne et de 



(1) Cette charte est donnée dans Champollion-Figeac, Docuïii^fito Aw- 
t&riques inédits, tirés de la Bibliothèque royale et des archives et bibUo- 
thèqxies des départements y t. II, partie II, p. 12. 

(2) Documents cités. 

(3) Butiraldus. Nous avons traduit ici en français quelques-uns des 
noms mentionnés, tels que Ponlelabium, etc. 



GHAPITRK XXUl. 374 

Freuche (c'est-à-dire, « lieu défriché »), annoncent encore 
l'emplacement de bois qui ne sont plus. 

Les indications contenues dans la charte^ de Guil- 
laume VIII permettent de rétablir avec une assez grande 
approximation la ligne de pourtour de la forêt; car on 
y trouve mentionnés divers lieux-dits ayant conservé 
jusqu'à ce jour leur nom, sauf de légères altérations. La 
Croix-aUx-Séguins doit être la localité située au sud-est 
de Saint-Michel-de-la-Nuelle, qui porte actuellement le 
nom de La Croix. En effet, on rencontre à son voisinage 
un endroit appelé La Séguinière, nom qui indique qu'on 
est là sur l'ancien domaine des Séguins. Palet a gardé son 
nom ainsi que La Fraignée. Le& fiefs de la Loubatre et de 
ia Béraudière doivent être incontestablement identifiés aux 
lieux dits dans Cassini, la Loubatière, situé au nord- 
ouest de Saint-Porchaire, et laBrodière. Boutiraud, qu'on 
écrit aussi Boutireau, n'a pas changé d'appellation. La 
Croix-de-Tirmorîns est vraisemblablement l'autre localité 
du nom de La Croix, sise à l'est et tout près de Saint- 
Porchaire. 

Cette forêt de Saintes, ainsi limitée au nord, devait 
renfermer, au sud, la forêt actuelle de Corme-Royal^ qui 
dut elle-même s'avancer anciennement jusqu'au lieu ap- 
pelé la Foresty entre Corme-Royal et la Clyce, et se ratta- 
cher aux débris de bois qu'on voit au nord de Nancras. 
Smnt^Thomas-du'Bois marque un autre point septen- 
trional jusqu'où s'élevait la forêt de Saintes dont le bois 
de Sâinte-Radegonde est sans doute un débris. Il est 
probable que cette forêt allait rejoindre, dans le prin- 
cipe, celle de Mortagne, par le bois de Chatenay encore 
subsistant. 

Nous trouvons en Saintonge, mentionné, au xii* siècle, 
un autre bois, celui de Sanzel (boscus de Sanzelia)^ qui 



372 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

fut un objet de contestation entre le sénéchal Rodolphe et 
Tabbé d'Oléron (1). Ce bois n'existe plus aujourd'hui, 

L'Âunis dont le territoire fait maintenant partie du dé- 
partement de la Charente-Inférieure renfermait, à la fin du 
XYi'' siècle, quelques forêts importantes, entre lesquelles il 
faut citer celle d'Aulnay, dont j'aijdéjà parlé ci-dessus (2). 
Dans l'arrondissement de La Rochelle, la forêt de Benon 
est le seul débris de l'ancien \étement forestier de la pro- 
vince. De vastes clairières dénotent l'extrême étendue 
qu'elle a jadis occupée (3). Une portion de la forêt qui 
entourait le bourg de Benon, fut donnée^ en 1135, à 
Bernard, abbé de Clairvaux^ pour y fonder un monastère 
qui reçut le nom de la Grâce-de-Dieu ou la Grâce* 
Dieu (4). Une charte de 1189 désigne comme appartenant 
à la forêt de Benon le canton compris entre le chemin de 
>Iauzé à Cramahé et celui de Laiaigne à Benon (o), lieu 
maintenant tout à fait défriché, et qu'occupait, en 1839, 
une sucrerie (6). 

Les forêts de la Saintonge et de l'Aunis durent se lier 
naguère aux forêts de l'Ângoumois, notamment à celles 
de Cognac et des Ombrets. La forêt de Cognac, mainte- 
nant réduite à un faible bois fort démantelé, formait, 
dans le principe, l'une des parties méridionales de la 
forêt de Jarnac, distante de la ville qui lui donne son 

(1) Voy. Historiens de France, t. XII, p. 488. 

(2) Voy. ce qui a été dit p. 347. 

(3) Voy. A. Gautier, StcUisiique du département de la Charente- 
Inférieure, part. 1, p. 27 et 303. Celte forêt est célèbre par ses charbon- 
nages. 

(4) Gallia Christian, t. II, col. 1397. Cette forêt ou plutôt ce bois 
s'appelait alors Bois-VAbbé. Vo/. GaUia Christian, t. II, instrum. 
col. 387. 

(5) GaU, christ, t. II, instrum. col. 387. La forêt est désignée sous le 
nom de Foresta de Ariansum, C'est celle qui prit plus tard le nom de 
Bois-l'Abbé. 

(6) Gautier, Statist. de la Charente^Infér. p. 40. 



CHAPITRE XXIIl. 373 

nom, de plusieurs lieues (1). Il y a là un indice que la 
forêt s'avança primitivement jusqu'au voisinage de 
Jarnac. Et en effet, l'inspection de la carte fait voir que 
cette forêt a été naguère très-étendue (2). Elle descendait 
jusqu'à la Charente, entre Jarnac et Cognac, allait se 
rattacher, à Test, à la forêt de Marange (3), et, à l'ouest, 
à un bois ou une forêt qui ombrageait le canton situé 
entre l'Auteine et la Charente (4). 

(t) On trouve, entre la forêt actuelle de Jarnac et la Charente, des 
localités toutes découvertes, appelées cependant Bois-Clair^ la Grange- 
du-BoiSf le Buisson^ Taveau-des-BoiSy etc. 

(2) La forêt devait s'étendre à plusieurs kilomètres au sud de Ségon- 
zaC| ainsi que le démontre une foule de noms de lieux qui annoncent 
loua des bois : le Bois-de-Pressac, Bois-Blanc^ Bois-Bajaux, le Maine- 
Bois, Bois-Clavaux, le Bois, Bois-CharenU^ la Brousse (la Brosse), Gd- 
Hnoux (la G&tine), les Bois, le Court, le BreuU, le Bois d*Angeac^ etc. 
G*est au centre de cette partie de la forêt que fût fondée, au milieu du 
XII* siècle, Tabbaye de la Frenade, dont rétablissement .contribua cer* 
tainement à son défrichement. 

(3) On rencontre, en effet, entre ces deux forêts, des localités dont les 
noms sont la trace du cordon d'arbres qui les unissaient autrefois; ci- 
ions : le BoiSy Bois-Noble, Maine-Bois, la Brousse, les Brandes (lieiix 
défrichés par le feu), etc. 

(4) Tout le pays au sud d'Escoveux, jusqu'à la route de Saintes, est 
semé de petits bouquets d'arbres ou de remises, et dans les intervalles 
découverts, on rencontre des lieux appelés : ViUars-les-Bois, Saini-Brice- 
deS'Bois, La Forest, Bichou-des-Bois, La Brousse, Petit-Bois, Le Plessis- 
Gâtineau, etc. 



374 LES FOKÊTS DE LA GAULE ET DE L'ANCIEICNE FRANCE. 



CHAPITRE XXIV. 

FORÊTS DU DAUPHINÉ. — LA GRANDE-CHARTREUSB. — DÉBOISEMENT DEî^ 

ALPES. 

• 

Le Graisivaudan, le Yalentinois, le Briançonnais gardè- 
rent plus longtemps que l'Auvergne et le Lyonnais, leur 
épaisse enveloppe forestière. Des forêts de pins iarido^ de 
hêtres, de châtaigniers, disposées chacune à des ^ges 
différents, comme on Tobserve aujourd'hui, unissaient le 
Dauphiné au Piémont et à la Savoie. Le dauphin Hum- 
bert ayant observé qu'elles arrêtaient les avalanches 
veilla par une ordonnance à leur conservation (1). Mais ce 
n'était pas seulement la chaîne des Alpes qui se dérobait 
alors tout entière sous un épais manteau d'arbres; les 
parties moins élevées de la province étaient également 
occupées par de belles forêts. En 1193, celle deBaratier 
couvrait tout le territoire des Orres, de Baratier et d'Em- 
brun. Parmi les anciennes forêts du Dauphiné, celles de 
Lens et de Vergues sont les plus connues. Il en est fait 
mention dès 877, dans une ordonnance de Charles-le- 
Ghauve (2). Vienne était alors toute environnée de bois (3), 
les forêts de Limon, deSeptême, de Saint-Georges, deFala- 
vier et d'Eyrieu étaient à la même époque réunies. Sur les 
éminences qui entourent le vieux château.de Pipet se dé- 

(1) Voy. lAdoucetiQ, Histoire iapographique des HauUS'Alpes, 3«édii. 
p. 766. 

(2) Voy. ce qae rapporte à ce suget Ghorier, Histoire générale du 
Dauphiné, t. I, liv. i, p. 60. 

(3) Voy. l'extrait du Cartulaire de Saint-Pierre de Vienne, cité par 
Chorier, I. c. 



CHAPITRE XXIV. 375 

p\o^Bii\Bi(orèt^eUoni\éans(yancienMon$Lugdunum)^qui, 
sous les Garlovingiens, appartenait au roi, comme l'in- 
dique le nom de BeureyelÇboisTojeA) qu'une partie de son 
lerritoireaconservé.Elleestappelée,dansGirarddeVienne, 
forêt de Clèrmont (1 ). On rapporte dans ce roman que Vienne 
étant assiégée depuis sept années, par l'empereur Charles- 
Je-Chauve, Girard le surprit dans la forêt, ayant été averti, 
le jour d'auparavant, que ce monarque devait y chasser : 

Demain ira Tempère chasser 

Dedans Glarmont^ vostre grand bois plener. 

Au dire du poëte, on pouvait alors se rendre, sans être 
aperçu, de la ville dans la forêt par une grotte ou galerie 
souterraine que traversa Girard. 

Dans la partie du Dauphioé qui confine au Lyonnais, 
les bois s'étaient éclaircis depuis la plus haute antiquité ; 
peut-être même n'y ont-ils jamais été abondants. Mais au 
sud de la Galaure, rivière qui tombe dans le Rhône près 
de Saint-Vallîer, existait jadis une grande forêt, dont il 
ne subsistait, il y a deux cents ans, que d'étroits lambeaux ; 
elle dut occuper la presque totalité du territoire de Roybon 
et s'avancer plus au sud, dans la direction de Romans 
(Drôme). Cette forêt est mentionnée dans une charte de 
1062, sous le nom de sylva de Cambaran; un débris s'en 
voyait encore au commencement du xviii* siècle dans le 
bois de Ghamberan, maintenant presque entièrement dé- 
friché. La lisière de cette forêt longeait, selon toute appa- 
rence, la grande plaine de la Côte Saint-André. L'ancien 
bois du Vers et le hameau appelé Bois-Blanchard attestent 
son extension primitive en dehors des limites données dans 
la carte de Cassini au bois de Chamberan. A l'ouest de ce 

(1) Ghorier, 1. c. 



1 



376 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANGE. 

bois, un autre bois, dil^(? Montailles^ semble être aussi un 
démembrement de la sylva de Cambaran. 

Sur la rive gauche de la Galaure, le déboisement a éga- 
lement laissé des traces. La petite forêt de Thîvole présen- 
tait naguère une superficie beaucoup plus grande que 
n'en accusent nos apciennes cartes. La fondation de Tab- 
baye de Saint-Antoine dans un essart de cette forêt eut 
pour effet de la scinder en deux parties; l'une, celle qui 
est dirigée vers l'Orient, se rétrécit graduellement de façon 
à ne plus former qu'une simple bande longitudinale. La 
charte citée ci-dessus prouve qu'au xi* siècle la forêt de 
Thivole devait être bordée par le ruisseau appelé le Vaillet, 
et que l'espèce de delta compris entre ce ruisseau et le lié- 
darel était déjà déboisé. En effet, c'est là que s'élève le 
village de Bessin dont parle la charte en question et au 
territoire duquel appartenait la forêt de Ghamberan. 

Ainsi toute la partie du Dauphiné que traverse la Ga- 
laure, entre Bessin et la plaine de la Gôte Saint-André, 
n'avait encore au xi^ siècle, aucun centre de population, 
nouvel indice qu'elle était complètement boisée (1). 

Dans la partie orientale et haute du Dauphiné, les forêts 
demeuraient, à la même époque, singulièrement épaisses. 
Le mont Durbon en était tout recouvert. Les chartreux, 
auxquels les seigneurs du pays avaient abandonné ces pro- 
fondes solitudes, eu défrichèrent une vaste étendue et y 
fondèrent un monastère qui devint un digne pendant de 
celui de la Grande-Ghartreuse, dont il sera question 
plus loin (2). La forêt de Durbon offre encore vingt-neuf 



(1) Voy. le Gartulaire de Romans, n^ 41, dans Giraud, Essai hiHO'' 
tique sur Fabbaye de SairU-Bernard et sur la ville de Bornons, U II, 
p. 91. 

(2) Ladoucette, Histoire topographique des Haules-Alpes, 3* édiUon, 
p. 1348. 



CHAPITRE XXIV. 377 

kitomèlres de tour; mais ses futaies de hêtres et de sapins 
ne donnent qu'une faible idée de ce qu'étaient naguère ses 
majestueux massifs. Une des essences les plus élégantes 
<{u'on y voyait autrefois, le mélèze, a presque totalement 
disparu de cette montag:ne et des cimes environnantes (1). 
Il en est de même del'arole; arbre plus modeste, mais qui 
a aussi son pittoresque (i). 

La Grande-Chartreuse (Carthusia ou Catorissium)^ dont 
le nom rappelle la présence des bois à l'époque cel- 
tique, est trop connue pour qu'il soit besoin de rappeler 
qu'elle fut fondée en 1084, dans une des retraites les 
plus inaccessibles des Alpes dauphinoises (3). Ce mo- 
nastère est devenu le centre d'un déboisement qui n'a 
heureusement, jamais, pris de bien grandes proportions. 
Ses alentours sont encore garnis d'admirables futaies 
de hêtres croissant à une altitude de 1013 mètres et aux- 
quels succèdent plus haut des buissons de la même es- 
sence qui se mêlent à des érables, des sapins et des épi- 
céas (4). Ce magnifique manteau arborescent peut donner 



(1} D*après la tradition, le mélèze recouvrait jadis les montagnes de 
Ghaillot et de Saint-Bonnet : on ne le trouve plus guère qu'au plateau 
d*Aureas, dans la forôt sise au nord-ouest du col de la Postérie, un peu 
plus haut que le Puy-Saint-Vincent, en Vailouise. (Voy. Ladoucette, 
ùuv. ciL p. 765.) 

(2) Il y avait autrefois des aroles dans les montagnes du Dau- 
phiné, de la Provence ; on ne les trouve plus guère actuellement qu'en 
Suisse, par petits groupes, à une assez grande hauteur. (Voy. Rasthofer, 
Le Gmide dans les forêUj trad. par Monney, t. I, p. 205; Porentruy, 
1838, in-8o.) 

(3) Voy. B. Tromby, Storia criticoi>ronologica diplomatica del pa- 
triarca S. Brunone e del suo ordine, t. II, p. 43. 

(4) Martins, Géographie botanique de la France, dans Patria, 1. 1, 
p. 433. Les hêtres commencent sur le versant septentrional, au-dessus 
de Saint-Laurent-du-Pont, près du Martinet de Fourvoirie, à 454 mètres 
au-dessus dU niveau de la mer, «t la forêt règne sans interruption jus* 
qu'à la Grande-Chartreuse, c'est-à-dire à une hauteur de 1,043 mètres. 
Les hêtres cessent, en se rabougrissant, à 1,465 mètres. Les sapins et 



378 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE L'ANGIENNE FRANCE. 

une idée de ce qu'étaient à l'origine les forêts du I>a«r 
phiné. , ^ 

La région située au nord et à l'est de Grenoble, entre 
l'Isère et la Romanche, offre des vestiges manifestes de 
forêts. C'est dans'ce canton tout couvert d'arbres que fut 
fondée l'abbaye de Domène. L'une des forêts voisines est 
désignée dans une charte du xi* ou xii* siècle sous le nmn 
de sylva Rotunda (1). La forêt d'Uriage est le plus large 
lambeau de ce lacis arborescent où les Romains qui exploi- 
taient les eaux minérales d'Uriage et lui donnèrent son 
nom {Auriacum)y avaient déjà opéré de larges trouées. 

Quand on parcourt les vallées des Alpes françaises, on 
rencontre à chaque pas des restes des forêts qui les en- 
veloppaient dans le principe jusqu'au voisinage de la 
région des neiges. Des successions de pins et de hêtres, 
dont la croissance alterne souvent, ont laissé leurs em- 
preintes dans le sol. Ainsi dans le canton de La Grave, sur 
les bords de la Romanche, de larges ravins gardent enfouis 
des conifères qui ont cessé d'y croître. Des pièces de boîs^ 
déposées au fond des lacs, des cols, comme au col de Cris- 
taon, à celui de Galibier, à celui de la Croix-de-Queyras, 
sont, en quelque sorte, des ossements fossiles de ces an- 
tiques habitants du sol (2). 

Dans la vallée de Dévoluy, à l'ouest du dépai'tement des 
Hautes-Alpes, non-seulement on déterre dans les tour- 
bières les troncs des arbres qui garnissaient les flancs de 
la montagne, aujourd'hui arides et désolés, mais on ren- 
ies érables ne dépassent pas le Ghalet-de-Bouvines (1,631 mètres). Ar- 
rivé à cette hauteur, Tôrable se rabougrit et disparaît à i,680 mètres. 

(1) L*édit6ur du Gartulaire de Domène croit que cette forêt se trouvait 
sur le territoire de Saint-Martin-de-Mlsérè, commune de Montbonnot. 
Voy. Cariulare monasterii beatorum Pétri et Pauli de Domina, p. 43 
(Lyon, i859). 

(2) Ladoucette, ouv, cit. p. 428, 



' GHAPITRB XXIT. 379 

contre dans les charpentes des \ieilles habitations, 
d*énormes pièces de bois que ne pourrait actuellement 
fournir la contrée. 

Dans le département des Hautes-Alpes, plusieurs quar- 
tiers, maintenant exposés aux ardeurs du soleil, portent 
encore le nom de bois, bien qu'on y cherche vainement 
des futaies ou des taillis. Tel est le quartier du bois de 
Laye. Un vallon voisin, celui d'Âgnères, est désigné dans 
les anciens titres sous le nom de Gomba Nigra^ à raison 
des obscures forêts qui tapissaient autrefois ses flancs (1). 

Les archives des bénédictins de Boscodon, conservées 
dans réglise de Notre-Dame-d'£mbrun , renferment un 
grand nombre de contestations relatives à des dépréda- 
tions forestières qui s'exercèrent pendant près de cinq 
siècles (2). Le bois au milieu duquel fut construit cette 
abbaye, et qui lui a valu son nom (3), existait encore, en 
partie, au siècle dernier; mais il est maintenant presque 
détruit. La forêt de Boscodon se rattachait à celle deMor- 
gon, et, plus anciennement, elle remontait jusqu'au pont 
Meale, comme l'indique une localité du nom de Laforest^ 
qu'on rencontre au nord du bois de la Ville. 

Il est certain qu'une bonne partie des Alpes était déjà 
déboisée, quand parut, en 1669, l'ordonnance de Golbert, 
qui régla les eaux et forêts et interdit le défrichement aux 
communautés (4). Pendant tout le cours du xvii* au 
XVIII® siècle, l'autorité judiciaire lutta contre le déboi- 
sement des montagnes (5). « 

(1) Voy. A. Surell, Eixide sur ks torrents des Houles- Alpes ^ p. 152. 

(2) A. Surell, Eiude^ note 15. 

(3) Voy. GaUia chrisL t. III, col. 1103, Bccles. Ebrodun. 

(4) Voy. Surell, Etude, note 15. 

(5) Allard {Dictionnaire du Dauphiné, art. Bois) cite plusieurs arrêts 
du parlement de Grenoble de 1651, 1655 et de 1672, qui interdisaient 
de couper, défricher, dégrader et essarter les bois des montagnes* Cf. 
les arrête du conseU de 1729, 1735^ 1749, 1756 et 1780. 



380 LES FORÊTS DE hk GAULE ET DE l'âNCIEN^CE FRANGE. 

Dans toutes les Hautes-Âlpes, le déboisement a com- 
mencé par le flanc des montagnes; il est descendu peu 
à peu au fond des vallées, puis a remonté ensuite jus- 
qu'aux cimes qu'il avait d'abord respectées. La nature 
des essences dont les forêts alpestres sont peuplées a aidé 
à ce déboisement. Les arbres résineux qui y prédominent, 
ne repoussant pas de souche, et le gazon étouffant les 
semis naturels^ on ne saurait les exploiter par coupes 
réglées, ou, pour employer l'expression consacrée, à 6/anc 
estoc; il faut les abattre çà et là dans les parties les plus 
fourrées où de jeunes arbrisseaux sont prêts à les rem- 
placer. Ce mode d'exploitation, qu'on appelle jardiner, 
ne peut s'effectuer, sans briser, sans mutiler beaucoup 
de jeunes arbres (1). 

Cependant, en dépit du déboisement général des Alpes, 
quelques bois ont été épargnés, entre lesquels nous cite- ' 
rons celui qui occupe le versant du torrent de Gloi^tte, 
à l'est de Veynes. Le respect qu'il inspire, les traditions 
qui s'y rattachent, l'ont protégé contre l'ardeur de des- 
truction des habitants (2). 

La partie du Dauphiné qui répond au département 
actuel de la Drôme, moins montagneux que celle qu'oc- 
cupent les Alpes, n'offrait pas au moyen âge d'aussi vastes 
nappes de forêts; elle en renfermait pourtant quelques- 
unes assez importantes. Au temps des Mérovingiens, une 
grande forêt s'étendait entre Grenoble et Valence. Les 

(1) Surell, Etude citée, p. 141. 

(2) Ce bois était vraisemblablement un lucus gaulois. Les jurais fai- 
saient jadis serment, à leur entrée en fonctions, de le respecter. Veynes 
(Hautes-Alpes) parait être le Davianum de Tltinéraire de Bordeaux à 
Jérusalem, le Veneium du moyen âge. Cf. Ladoucette, ùuv, cU, p. 324. Un 
autre lucus ^ qui avait été consacré à Auguste {Lucus Augustij^ existait 
dans le pays des Voconces, et a donné naissance à un municipe romain 
mentionné par Tacite {Hist. I, 66), qui a été l'origine du bourg actuel de 
Luc (DrOme, arrond. de Die). 



CHAPITRE XXIY. 381 

Lombards la traversèreût sous la conduite de Rhodan, 
lorsqu'ayant été défaits par Mummole, ils allèrent re- 
joindre Zaban qui assiégeait Valence (1). Il y a un siècle 
et demi, le mamelon prolongé d'une montagne parallèle 
au Rhône et située à un myriamètre de ce fleuve, était 
ombragée par une forêt qui n'occupait pas une superficie 
moindre de âO,000 arpents. Cinquante ans plus tard, il 
ne subsistait plus de ce vert tapis, appelé forêt de Mar- 
sonne j que des halliers, des broussailles, et la roche cal- 
caire se montrait à nu sur tout le reste de son ancien do- 
maine (2). 

Dans l'ancien diocèse de Saint-Paul-Troîs-Chàteaux, une 
forêt, dont on cherche aujourd'.hui vainement les traces, 
ombrageait, antérieurement au xii* siècle, le canton de 
PierrelattOf au voisinage du village de Saint-Restitut (3). 

Tout le pays sis au sud du Roubion jusqu'au Lez (arron- 
dissement de Montélimart), paraît avoir été jadis boisé. 
Les forêts de Charambert et de Taulignan^ les bois de 
Luba, situés plus à l'est, ceux de Montjoyer, à l'ouest, 
ceux de Salles, au sud, sont des vestiges de cet immense 
rideau forestier. 

L'arrondissement actuel de Die garde également des 
traces assez apparentes de son ancien état forestier. La pe- 
tite chaîne du Vercors ou Vécors était au siècle passé en- 
veloppée par une forêt qui a été depuis, toujours en s'é- 
claircissant, et ne tardera pas à disparaître complètement 
par suite du percement de la nouvelle route qui traverse 
cette région du Dauphiné (4). 

(1) Grégoire de Tours, Histor. eccles. Francor. IV, 45. 

(2) Colin, Observations sur la situation du département de la Drame. 

(3) Cest là que fiit élevée Tabbaye du Bosquet (Boscfietum). Voy. 
Gallia Christian. 1. 1, col. 739, Eccles. Tricast. 

(4) Cette route a été ouverte, 11 y a quelques années, par M. de Mont- 
richer. 



382 LES FORÊTS DE LÀ GAULE ET DE L'àNCIENNE FRANCE. 



CHAPITRE XXV. 

ANCIENNES FORÊTS DE LA PROVENCE. — FORÊTS DE LA CORSE. 

La Provence, pays ouvert et brûlé, non plus que les au- 
tres régions du littoral méditerranéen, n'a jamais présenté 
les retraites ténébreuses si multipliées dans la France 
moyenne et septentrionale. Au siècle dernier, le Parlement 
d'Aix, dans ses remontrances au roi sur Fédil des eaux et 
forêts de 1773(1), faisait remarquer que le sol aridede cette 
province se refuse à produire des arbres de haute futaie; 
que des racines sarmenteuses, des bois en petit nombre et 
résineux sont tout ce que son sol végétatif peut alimenter. 
Cependant, si au moyen âge, pas plus que de nos jours. Tan- 
cienne Province romaine n'a offert une végétation arbo- 
rescente bien riche, elle était moins dépouillée qu'aujour- 
d'hui. Les parties nord et est furent naguère ombragées 
par quelques forêts qui s'étendaient sur le flanc des 
montagnes, mais dont on n'aperçoit plus maintenant que 
des lambeaux. Ainsi dans le département des Basses-Al- 
pes, aux environs de Sisteron, on donne le nom de La Forêt 
à une contrée qui environne Aubîgnosc, et n'a plus un 
bouquet (2). Une inscription latine que Ton ya décou- 

(t) Cet édit supprimait la chambre des eaux et forêts du parlement 
d'Aix, et enlevait la Provence au grand-maître des eaux et forêts du 
Lyonnais, pour en faire un département particulier. Voy. abbé de Corio- 
lis, Traité sur Vadministralion du comté de Provence, t. Ilf, p. 1 06 
(Aix, 1788). 

(2) Laplane, Histoire de Sisteron^ t. I, p. 31. Il a dans le canton de 
Sisteron deux villages de ce nom. Le second n'est plus aujourd'hui 
qu'un hameau dépendant de la commune de SainUléniés. Voy. Achard, 
Dictionn, géographiq, de la Provence et du Gomtai venaissin (Aix, 
1777), art. Laforêt. 



CHAPITRE XXY. 383 

verte (1) et qui sert maintenant de support au bénitier de 
l'église, nous apprend que la grande divinité des bois, Syl- 
vain, y était l'objet d'une dévotion particulière. Le récit 
de Pétrarque nous fait soupçonner et la tradition nous 
rapporte que jadis le mont Ventoux était couvert de bois. 
La violence des vents a achevé l'œuvre de destruction 
commencée par l'homme (2). 

Lorsque au milieu du xi* siècle fut fondée, dans le dio- 
cèse d'Aix, l'abbaye de Sauve-Cane [Sylva Cana) (3), des 
massifs de peupliers argentés, d'oliviers tapissaient le lieu 
choisi pour son emplacement, et au siècle dernier, le nom 
de cette forêt blanche transporté au monastère était la 
seule trace de son existence. 

Au diocèse d'Arles, une autre forêt, encore en grande 
partie subsistante, occupait une vaste superficie; c'était 
celle que l'on appelait la forêt Royale ou Sylva Real (sylva 
regalis), et qui est dite encore forêt d' Albâron . En 1 194, Al- 
phonse II, roi d'Aragon, en fit cession à l'abbé Etienne (4). 
Le nom d'Eaumet (Ulmetum)^ que prit une abbaye bâtie 
sur son territoire, annonce qu'elle était partout plantée 
d'ormes. Actuellement la forêt de Silvéréal recouvre dans 
la petite Camargue une superficie nominale de 5000 hec- 
tares, mais les quatre cinquièmes sont occupés par des 

(1) SILVANO II G. IVL || P. HALLVS || EX VOTO. 

(2) Voy. Ch, Marlins, Du Spitzberg au Sahara, étapes d'un natura- 
liste^ p. 409. 

(3) Voy. Manriqne, Annal, cisterdenses, U II, p. 91, t. III, p. 87. Cr. 
GaUia chnstiana, t. I, p. 310. 

(4) Cette forêt était placée au sud de Saint-Gilles. Voy. GaUia chris- 
liana, t. I, instrumenta, p. 105. — La charte de donation concède 
à Etienne la forêt d'Albaron, franche et libre de tous droits {francam, 
liberam et tmmunem), avec les pâturages, cours d'eau, chasses qui en 
dépendent, et toutes les essences {omnibus arborihus diversi generis) 
dont les moines peuvent avoir besoin. On comprend qu'une concession 
aussi l(}irge ait ouvert la porte à des abus qui portèrent la dévastation 
dans la forêt. 



384 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANGE. 

marais, des étangs, des landes. L'orme en a disparu et le 
pin est actuellement à peu près la seule essence qu'on y 
rencontre (1). De là le nom de Pinède-des-Saintes-Marîes 
qui lui est souvent donné (2). 

En général le pin tend, en Provence, à chasser les autres 
essences forestières. Les différentes espèces de pin ont en- 
vahi toute la région littorale jusqu'à la partie inférieure 
et méridionale de la Durance(3). Au cohtraire, le hêtre et 
rif disparaissent, et le comte de Villeneuve écrivait, en 
1824, qu'on ne rencontrait plus ces arbres qu'à Cuges et 
a la Sainte-Baume (4). Les chênes ont certainement cons- 
titué naguère des forêts dans des plaines où ne se voient 
plus maintenant que quelques individus isolés (5). 

On évaluait, il y a quarante ans, encore à 155,000 hec- 
tares l'étendue du sol forestier du département des Bou- 
ches-du-Rhône, mais on comprenait dans cette évaluation 
tout le sol boisé, et les forêts proprement dites y figuraient 
pour une faible fraction. Entre ces forêts, outre la Silve- 
real, celles de Suez et de la Taillade, aux environs de 
Lambesc, plantés de pins, de Gadarache, dans le canton 
de Peyroles, sur le territoire de Saint-Paul-lez-Durance, 
de la Palière, qui ne faisait jadis qu'un avec celle de Pa- 
leirotte, aux environs de Puy-Loubier, dans le canton de 
Tretz, toutes plantées de chênes verts, sont les plus con- 
sidérables. Mais leur étendue est relativement médiocre 
et l'État ne possède dans le département aucune de ces 
forêts domaniales dont les majestueux ombrages embel- 



(1) Voy. comte de Villeneuve, Staiistique du département des Bau- 
ches-dU'RMne, t. II, p. 730, 731, t. IV, p. 105. 

(2) Les habitants de cette commune avaient dans la forêt des droits 
étendus. 

(3) Villeneuve, Statistique des Douches-du- Rhône, L IV, p. 103. 

(4) Villeneuve, ibid. 

(5) Villeneuve, ibid. 



CHÂPITBE XXV. 385 

lissent tant l'aspect du pays. Il y a cinq ou six siècles, les 
pinèdes et les chênaies étaient beaucoup multipliées. La 
commune des Pennes, dans le canton de Gardnnne, tire 
son nom des hautes forêts de pins qui l'entouraient. Un 
monument/ découvert sur le territoire de cette commune, 
parait indiquer que les forêts de Pennes avaient été consa- 
crées à la déesse Gybèle, dans le culte de laquelle ce coni 
fère jouait un grand rôle (1). 

La partie de la Provence qui répond aux départements 
actuels du Var et des Âlpes-Maritimes, a subi, en beaucoup 
de points, un déboisement aussi étendu et aussi impi- 
toyable que celui dont a souffert le département des 
Bouches-du-Rhône ; mais dans sa zoqe montagneuse, 
l'état forestier est resté à peu près ce qu'il devait être en 
Provence au moyen âge. Les hauteurs de l'Esterel sont 
couvertes de chênes blancs, d'yeuses, de pins et de hêtres. 
Le mélèze et le sapin y ont jadis été abondants, mais ces 
deux essences reculent de plus en plus vers le nord (2), et 
on ne les rencontre plus guère dans l'ancienne Basse-Pro- 
vence. 

La forêt de la Sainte-Baume a conservé^ à quelques 
égards, l'aspect que devait offrir, il y a cinq ou six 
siècles, le sol forestier de cette région de la France. 
Les traditions qui se rattachent en grand nombre à cette 
localité (3), nous la représentent comme ayant jadis été ' 
enveloppée de futaies d'érables,*de hêtres, d'ifs, de tilleuls, 
qui ont disparu, ainsi que vingtautres forêts de cette même 
partie de la Provence, dont on a conservé les noms (4) ; 

(1) Villeneuve, ouv. cit, p. 105. — Orelli, Inscript, lai. n» 1896. 
(2j Villeneuve, ihid. l. IV, p. 103. 

(3) Baint Honorât, avant de se fixer dans Tile de Lerins, s'était retiré 
à la Sainte-Baume. Bolland. Âct. Sanctor. xvi Januar. p. 19. Cf. Bail- 
let, Vies des Saints, t. U, p. 207. 

(4) Noyon, Siaiislique du Var, p. 76. 

25 






386 LES FORÊTS DE LA GAULE ÇT DE l' ANCIENNE FRANCE. 

la plus importante s'étendait de la Sainte-Baume à Tou- 
lon. De celles qui restent, l'incendie a anéanti ou au 
moins fort réduit plusieurs. La plupart des essences qui 
les peuplaient ont ainsi été expulsées du sol ; le chéne- 
liége, sur lequel la flamme est impuissante, quand il a dé- 
passé un certain âge, a seul résisté au feu (1). Mais une 
autre cause de destruction le menace. Le démasclage (2), 
qui constitue dans le pays une industrie fort ancienne^ 
a fait périr des milliers d'individus privés trop jeunes de 
leur écorce^ et actuellement des incendies consument les 
derniers débris de cette antique parure des montagnes de 
la contrée (3). Mais, si la main de Thomme a produit tant 
de dévastations, elle a, d'un autre côté, réparé le dom- 
mage causé par son imprévoyance. Plusieurs essences in- 
connues à nos pères remplacent maintenant les arbres 
détruits; l'arbousier, qui peuple aujourd'hui lesforéfsdes 
Maures, l'oranger, le myrte, le laurier-rose, le pin d'Alep, 
acclimaté par les Arabes, le pistachier-lentisque ont doté 
laProvénce d'une végétation plus chétive, il est vrai, que 
l'ancienne, mais plus gracieuse et plus odorante (i), à la- 
quelle se marie de plus en plus l'olivier, indigène en Pro- 
vence, ou du moins apporté par les Grecs dès une haute 
antiquité (5), et que la culture a été propageant sans cesse. 
Théophraste, Polybe, Diodore de Sicile, Denys le Périé- 

* gète (6) parlent des magnifiques forêts qui couvraient les 

• 

(1) Voy. Tarticle de M. Ysabeau, sur les forêts du Globe, dans les 
Annales forestières, t. XIII, p. 301. 

(2) Jbid. p. 620. 

(3) Voy., sur les incendies de ces forêts, rarticle de M. Tsabeau, dans 
les Annales forestières^ t. III, p. 439 et suiv. Comparez ce que M. Al- 
bert de la Marmora dit des incendies des forêts de la Sardaigne, dans 
son Voyage, !• édit. 1. 1, p. 426. 

(4) Dariuc, Histoire naturelle de la Provence^ t, III, p. 309. 

(5) Cf. Am. Thierry, Histoire des Gaulois, 3» édit. t. II, p. 5. 

(6) Dionys. Perieg. V, 460. Diodor. Sic. V, 13. (Cf. Mannerl, Géogra- 
phie der Griechen und Ramer, part. IX, t. n, p. 506 et suiv.) 



CHAPITRE XXV. 387 

montagnes de la Corse. Ces forêts ont été, comme celles 
de la Sardaigne, détruites en grande partie par les dé- 
frichements et les incendies. Un petit nombre seulement 
rappelle la magnificence de la parure forestière de Tan- 
tique Cymos. Ces forêts sont, en majorité, formées de pins 
laricio, ou pins de Corse ; il n'y a guère d'autres espèces 
que les conifères. Aussi, depuis la réunion de l'île à la 
France, ses forêts fournissent-elles de précieux bois de 
construction. Les plus belles tiges se rencontrent dans 
les forêts de Parma, Loma, Tretore, Libio, Aitone et 
Pietro-Piano. D'énormes pins faisaient l'admiration du 
voyageur dans la forêt de Vizzavona, avant le terrible 
incendie qui vient de la consumer (septembre 1866). 
Quelques forêts de la Corse sont encore tout à fait 
vierges et n'ont même point été exploitées; telles sont 
celles de Valdoniello, qui présente des pins de propor- 
tions colossales (1), de Rospa, dont l'exploitation avait 
été décidée, de l'Indinosa, qui n'est qu'une branche de 
la forêt d' Aitone (2). Ailleurs, de vastes défrichements ont 
commencé à être opérés. La vallée de Cruzini, située sur 
la côte occidentale de l'île, et qui s'étend de Boccia- 
d'Oreccia à Uti, où elle confine à la mer, n^était an- 
ciennement qu'une vaste forêt dont la destruction a été 
][»*esque achevée dans le xvjn« siècle (3). Filippini, dans , 
son Histoire de la Corse^ écrite au xvr siècle, dit que la 
chaîne principale, qui traversel'îlediagonalement, dunord- 
ouest au sud-est, et à laquelle il assigne une étendue de 70 
milles, formait une suite de montagnes couvertes de forêts. 

(1) On voyait, il y a quelques années, dans cette forêt, un pin de 
6"*, 20 de circonférence, qui était connu dans le pays sous le nom du Roi 
des arbres, (Voy. Robiquet, Rech. hisL et siat, sur la Corse^ p. 529.) 

(2) Robiquet, ouv, cit. p. 524 et suiv. 

(3) H. J. Michiel von Kessenich, Manuscrit inédit sur les bois et les 
forêts f publié par son fils, p. 50, 51. 



388 LES FORÊTS D£LA GkVl^ £T DE L'ANCIENNE FRANCE. 

A côté de ces forêts séculaires croisseat des forêts 
naines, vrais carrascos de Ftle, les maquis^ qui sont pour 
la Corse ce que les jungles sont pour Tlnde, vastes éten- 
dues de broussailles que le feu dévore en vain et qui ^ 
repoussent sans cesse sur le sol cent fois dévasté par Tin- 
cendie (1). 

(l) Voy. De Beaumont, Observations sur la Corse, 2«édit. p. 72. Cf. 
l'article de M. Ysabeau intitulé : La Corse et ses forêts. Annales fores- 
tières, t. XÏII, p. 249 etsuiv. 



X 



CHAPITRE XXVI. 389 



CHAPITRE XXVI. 

FORÊTS DU LANGUEDOC ET DE LA GUTENNE AU ^OTEN AGE. — FORÊTS DES 
PYRÉNÉES, du! COUSERANS. — FORÊTS DU R0US5ILL0N, DE l' ALBIGEOIS 
ET DU nOUERGUE. — LES SAUBES. — FORÊTS DU BÉARN ET DU PAYS 
BASQUE. — ANCIENNES FORÊTS DU QUERCY ET DU PÉRIGORD. 

* 

La chaîne des Corbières, qui traverse le Bas-Languedoc, 
était, dans le principe, fort boisée; on n'y rencontre plus 
maintenant que de rares taillis. Ce déboisement a com- 
mencé sans doute, il y a bien des siècles, mais il s'est con- 
tinué jusqu'à notre époque, et les vieillards du pays se 
rappellent encore avoir vu très-ombragées certaines mon- 
tagnes qui ne sont plus à cette heure recouvertes que de 
mousse. Là où subsiste une végétation plus élevée, on 
n'aperçoit guère que des arbrisseaux, des arbustes, tels 
que des genêts, des romarins, des bruyères auxquels 
s'associent sur quelques points des arbres rabougris, et 
que dévaste la dent des moutons et des chèvres (1). 

Dans les Montagnes-Noires, la végétation arborescente 
étant restée plus énergique, les dégâts dus à l'impré- 
voyance ou à la cupidité sont vite réparés. Toutefois, la 
sécheresse cause au bois de graves préjudices, et partout 
où il n'est pas abrité contre les ardeurs du soleil, il se 
dessèche et languit. 

Nous possédons divers documents qui témoignent de 
l'existence ancienne, dans le Ba&-Languedoc, de forêts 
aujourd'hui totalement disparues. 

Dans un diplôme de l'an 864, daté de Gompiègne, et 
contenant une donation faite par l'empereur Charles le 

(l) Voy. Duhamel, Notice sur Vélat des hois et des forêts en France, 
dans le Journal des Mines ^ n» tl, p. 49 (prairial, an iv). 



390 LES FORÊTS DE LA «AULE ET DE L' ANCIENNE FRANCE. 

Chauve à un nommé Adroarius (1), il est question de deux 
forêts, l'une appelée Sylva Montedema ou simplement 
Montedemusy et l'autî^e Sylva Bitoranda^ qui ont été depuis 
si longtemps défrichées qu'il est difficije d'en retrouver 
la position précise. Lelexte de la charte porte: « Et cum 
ipsa sylva Montedema et ipso monte quem vocaot Monas* 
teriolum cum sylva Bitoranda usque ad Riotaraciaco et 
usque ad'Petraficta inter Redense et Narbonnense. > 
D'où il suit que les deux forêts s'étendaient entre le Har- 
bonnais et le Rasez, non loin d'un village appelé /V/m- 
ficta (en français Pierrefitte, en dialecte languedocien 
Peyrefite). Or il n'y a, dans cette partie du Languedoc, 
que deux Peyrefite : l'un dit Peyrefite du Razès (Aude, 
canton de Chalabre), l'autre dit Peyrefite-sur^rHers (can- 
ton de Belpech). La topographie des environs du pre- 
mier village ne s'adapte pas aux indications du diplôme. 
Au nord de Peyrefite-sur-l'Hers existait au contraire, 
au siècle dernier, un petit bois qui était désigné sous 
le nom de bois de Montauriol^ et devait être le dernier 
vestige de la Sylva Montedema ; car celle-ci était placée, 
d'après la charte, près du Mons Monasteriolum^ dont 
l'appellation se retrouve altérée dans celle de Montaurioi. 
Au sud du bois de ce nom, Gassini en marque un autre 
dit de la Selve^ nom où se reconnaît une forme languedo- 
cienne du latin sylva. Ce bois ne peut être que le reste de 
la forêt Bitoraiida. Ainsi les deux forêts, importantes au 
IX' siècle, n'étaient plus représentées au siècle dernier que 
par deux maigres bois. Nul doute qu'au temps de Charles 
le Chauve, l'une de ces forêts ne s'étendît jusqu'au cours 
d'eau appelé Lers-Morte, et l'autre jusqu'à la Vixiège. 
Dans les environà, le nom de Gaston (Gâtine), donné à 

(1) Voy. Historiens de France, t. VIII, p. 592. 



CHAPITRE XX YI. 391 

un hameau, rappelle les défrichements qui y furent jadis 
opérés. 

Une forêt non moins importante, à en juger par le nom 
de Grandis Sylva qu'elle portait au xii* siècle (4), fut 
celle de Fontfroide^ également située dans le Narbonnais. 
L'examen de la carte montre qu'elle dut originairement 
s'avancer beaucoup plus au nord que ne fait aujourd'hui 
le bois auquel elle est réduite. Dans cette direction se 
trouvait en effet l'abbaye qui lui valut son nom, abbaye 
dont les moines hâtèrent son défrichement. La dénomi- 
nation de Grandis Sylva ne pouvant plus convenir aux 
étroites proportions dans lesquelles la forêt s'était res- 
serrée, tomba peu à peu en désuétude. 

La montagne de Cette s'est dépouillée depuis i62S des 
pins qui l'ombrageaient, et dont parle déjà Festus Avie- 
nus {Setius inde mons tumet. — Procerus arcem ac pini- 
fer) (2). 

Gervaisde Tilbury (3) rapporte qu'il avait existé, aux 
environs de Montpellier, une forêt qui fut détruite par la 
hache et le feu {succisa aique combustà)^ puis défrichée 
{aratro scissa). Une vigne y poussa sans avoir été plantée, 
et fournit pendant trois ans de très-bon vin. 

Les nombreux étangs distribués le long de la côte du 
bas Languedoc, les alluvions qui s'y accumulent, ont du 
de tout temps s'opposer à ce que la végétation forestière 
y prît autant d'extension que dans la montagne. Un»docu- 
ment du v* siècle nous fournit la preuve que, sur certains 
points de cette contrée littorale, la distribution des arbres 
n'a guère changé. Un diplôme de l'an 844 renferme la 



(1) Gallia ckristiana^ t VI, col. 199. Eccles, Narbon. 

(2) Yoy. ce que dit P. de Marcel cité par M. de Saulcy {Revue ar^ 
chéolog., 1867, p. 88). 

(3) Oiia impericUia, t. III, c« xxxvi, p. 973, éd. Leibnitz. 



392 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

concession d'un droit d'usage et de paisson au monastère 
de Psalmody, dans une forêt voisine, désignée sous le non 
de Pineta (1). C'est celle qui subsiste encore sous le nom 
de Pinède-de-tAbbe, près de l'emplacement de l'anciai 
monastère, au nord-est d'Aigues-îlortes. Or, la dispo- 
sition des lieux, coupés de marais et de cours d'eau, 
écarte l'idée que cette forêt de pins se soit jadis plus 
étendue qu'elle ne fait aujourd'hui (2), 

Toute la chaîne des Pyrénées a vu s'éclaircir graduelle- 
ment l'épais manteau forestier dont elle était d'abord en- 
veloppée. Dans les Pyrénées orientales, le déboisement n'a 
pris des proportions considérables que depuis deux siècles 
environ. Il y a deux cents ans, de larges sapinières éten- 
daient encore leur voile vert foncé sur la croupe de Ga- 
nigou (3). Le touriste qui visite les frontières du la 
France et de la Catalogne aperçoit de tout côté des vestiges 
manifestes de l'ancienne richesse forestière de la r^on 
orientale des Pyrénées. Aux bords des torrents s'offrent 
presque à chaque pas des ruines de forges que le manque 
de bois a obligé à éteindre, mais dont l'ancienne activité 
est attestée par les tais de scories çà et là répandues (4). Le 
comté de Foix eut aussi beaucoup à souffrir de la dévas- 

(1) Voy. Historiens de France, t. VIII, p. 467; Diplom. (Cf. GaUia 
chriMiana, t. VI, col. 471 ; Eccles, Nemaus.) 

(2) Dans la même partie du Languedoc, on trouve, & la fin du xn* siè- 
cle (1174}, mention d*une forêt, dite forêt Gothique ou Godesqmc {Syiva 
Godescà)y sise près de l'abbaye de Franquevaux, dont le reste parait 
être le bois qu'on rencontre sur les collines, au nord de Franquevaux, 
dans la direction de Générac. Brémond, seigneur d'Uzès, y avait accordé 
aux moines de l'abbaye droit de paisson (D. Vaissete, Histoire du Lan" 
guedoc, t. III, preuves, col. 135), mais il fit réserve pour le droit d'af- 
fouage et droits analogues ; ce qui explique comment la forôt Godesque 
n'a pas été totalement détruite. 

(3) P. de Marca [Marca hispanica, col. 9), dit & propos du mont Ca- 
nigou : Abietum laudabili sylva comatus. 

(4) Voy. J. J. Baude, Les côtes du RoussiUon, dans la Revue des deux 
mondes^ année 1849, t. III, p. 33, 34. 



CHAPITRE XXVl. 393 

tation des forêts (1). Le Gouserans (2) a seul dans cette ré- 
gion du Midi échappé à un si déplorable appauvrisse- 
ment. Ses belles forêts fournissent encore de quoi alimen- 
ter des mines de fer dont Fexploitation remonte au temps 
des Ibères et qui étaient si multipliées à la fin du xv^ 
siècle, que les ouvriers du pays ne suffisaient plus et qu'on 
était obligé d'en faire venir d'Allemagne (3). 

En avançant plus à l'ouest, les traces du déboisement 
sont plus apparentes, les pentes se dégarnissent. C'est là 
un fait déjà fort ancien ; Strabon (4) remarquait que le 
versant septentrional des Pyrénées était nu, comparé au 
versant méridional, ombragé par les essences les plus 
variées. Toutefois il ne faut pas s'exagérer l'étendue du 
déboisement ; nous avons des preuves que bien des parties 
du département actuel des Basses-Pyrénées étaient encore 
très-boisées, il y a plusieurs siècles. Froissart nous parle 
du Béarn comme d'un pays riche en bois. C'est dans un 
de ces bois, aujourd'hui détruit, que s'éleva naguère la 
chapelle qui devint plus tard la cathédrale de Lescar (5). 
Au vin* siècle, une immense forêt de hêtres s'étendait sur 

(1) Voy. ce qu'écrivait en 1801 le préfet Bmn (Ebauche d'une des- 
cripl, du dépL de VAriége, p. 9). 

(2) Le Cùuserans ou Conserans et le pays de Commingés sont très- 
montagneux et encore assez boisés. Une bulle du pape Alexandre III, 
en faveur de l'abbaye de Bonnefont, en Commingés, mentionne des 
localités de ce pays appelées 5i7r a, Silveyra. (GalL christ. 1. 1, Instrum.j 
p. 180.) . • 

(3) Voy. la déclaration de Beaugency, de novembre 1483, dans Isam- 
bert, Recueil général des anciennes lois françaises, t. XI, p. xii. Cf. Cor- 
respondance administrative sous le règne de Louis XI V, publ. par Dep- 
ping, t. III, p. 876, t. IV, p. 52. Il se pourrait toutefois, qu'ainsi que cela 
se passa sous le ministère de Colbert, l'introduction des ouvriers alle- 
mands ait eu pour véritable motif leur habileté dans la métallurgie. 

(4) Strabon, III, p. 161. 

(5) La charte de fondation de Lescar, ville bâtie en 1084 par Lopofort, 
porte qu'en ce lieu nihil invenit prêter sylvam et ecclesiolam B. Joannis 
Baptiste, (Voy. Marca, ouv. cit, p. 212, etPalassou, Mémoires pour ser- 
vir à l'histoire naturelle des Pyrénées, p. 190 et suiv. (Pau, 1815.) 



394 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANGE. 

tout le défilé de Roûcevaux. « Est eûim locus ex opacitate 
sylvarum, quarum ibi maxima est copia, insidiis ponen£s 
opportunus, » dit Eginhard (1). 

Le département des Basses-Pyrénées ne présente plus 
de nos jours qu*un fort petit nombre de forêts de quelque 
importance; ce sont celle de Gabas, commune de La- 
runs, arrondissement d'Oléron, et celle d'Iraty, qui s*étend 
sur les deux cantons de Tardets et de Saint-Jean-Pîed-de- 
Port ; mais antérieurement leur nombre était beaucoup 
plus considérable. Dans la vallée de Soûle, la forêt d'Ar- 
bailles ou d'Ârbalhe recouvrait une partie des communes 
de Camou-Cihigue, Aussurucq, Ordiarp,Museuldy;Saint- 
Just-Ibarre et Behorleguy (2). 

Le nom de Saube ou Seubeque portent encore plusieurs 
localités de ce département, est dérivé du latin sylva ou 
silvœ, ainsi que les chartes en font foi (3) ; mais les forêts 
qui leur valurent ce nom ont disparu. Ainsi le village de 
La Seube occupe l'emplacement de l'ancienne forêt d*Es- 
cout (4). Au diocèse d'Oléron existait une abbaye, celle de 
Saudebonne-de-Luc, appelée antérieurement Sauvebone- 
de-Luc, et dont le nom latin était Sanctus Vincentius de 
saltu bono ou de luco^ en mémoire de la forêt au milieu de 
laquelle elle fut élevée (5). J'ai déjà parlé de l'abbaye de 
Sauvelade {Sylva Lata)^ dans le diocèse de Lescar, qui s'é- 
leva, en 1127 (6), au milieu d'une forêt de hêtres, dite 

*(1) Vila Karoli Magni, 9, p. 32, éd. Teulet. 

(2) Paul Raymond, Dictionnaire topographique des Basses-Pyrénées. 
p. 8. 

(3) Ibidem, p. 96. — Lasseube (arrondissement d*01éron) est désignée 
sous le nom de Sylvx, dans une charte de 1305. 

(4) Palassou, Mémoires pour servir à Vhisioire naturelle des Py- 
rénées, p. 173, 190 et suiv. (Pau, 1815.) 

(5) GaUia christiana, t. I, col. 1281, Ecdes, Oîor, 

(6) Idem, t. I, col. 1305; Ecoles. Lascar. — L'abbaye de Sauvelade, 
de r ordre de Glteaux, désignée aussi sous le nom de Seublade ou Gen- 
blade, donna naissance à un village compris aujourd'hui dans le canton 



CHAPITRE XXVI. 395 

pour cette raison, la forêt du Faget (Fagus) (1); il ne 
reste plus aujourd'hui de cette forêt que d'insignifiants 
vestiges, quoique Tépithète de Lata dénotât que «dans le 
principe elle était trè&-vaste. Il ne serait guère possible 
aujourd'hui, tant Sauvelade a été défrichée, d'en recons- 
truire sur la carte les limites précises. Cap del bosc, loca- 
lité sise à l'ouest, à^plus de deux kilomètres au delà du 
territoire de l'abbaye, et Moulin-du-Bosc, autre localité 
déboisée que l'on rencontre à plus d'une lieue au sud-est, 
indiquent certainement d'anciens cantons de la forêt» qui 
dut comprendre le bois d'Abos, placé au sud-est. 

L'abbaye de la Reule fut fondée en un canton appelé 
Sauvestre(5y/ves^m), à raison de son aspect forestier (2). 
Ce pays de Sauvestre s'étendait le long du Gave de Pau 
jusqu'à Haget-Aubin et Sault-de-Navailles. Ce dernier 
nom, dérivé du latin saltus^ et celui de Castillon-en-Sau- 
vestre attestent l'existence ancienne de forêts là où ne 
s'élèvent plus que de minces bouquets. 

Le versant méridional des Pyrénées occidentales est le 
seul qui puisse encore donner quelque idée de l'aspect 
qu'offraient jadis un grand nombre de régions du Béarn 
et de la Navarre française. Aux montagnes d'Iropil et vers 
les gorges d'Iral, les hêtres forment un épais rideau sur 
lequel les gaves se dessinent comme des fils d'argent ; leurs 
eaux bouillonnantes roulent souvent les troncs fracassés par 
les avalanches. De la crête des monts jusqu'au bas de la 



de Lagor, et qui comptait déjà, en 1385, dix-sept feux. (Voy. P. Ray- 
mond, ouv, cit.f p. 158 et ce qui a été dit p. 133.) 

(1) «In Sylva quae vocatur Pajet, in loco qui dicitur sylva lata, » lit-on 
dans la charte de donation de Gaston, vicomte de Bearn. 

(2) La Reule ou La Réole, & trois lieues nord-ouest de Lescar, fondée 
au x« siècle, sous le nom de Sanclus Petnu de Régula, dans le pays de 
Sauvestre. « Monasterium situm in pago Yasconiœ qui Sylvestrensis 
dicitur. n {GaU. chrisliana, 1. 1, col. 1303. Eccles, Lascar.) 



396 LES FORÊfS DE LÀ GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANGE. 

vallée, les forêts d'Iraty, d' Aran, d' Artigues-Teline, d'Orde- 
sa,du Val de Lastos, de Bielsa, promènent leurs lignes té- 
nébreuses. La pente moins rapide du versant sud donne 
plus rarement naissance à des avalanches, et cette cause, 
jointe au peu de développement de l'industrie, a préservé 
jusqu'à présent ce côté des Pyrénées de la perte de sa pa- 
rure (1). ^ • 

Le Haut-Armagnac, maintenant si découvert, renfermait 
encore au moyen âge uneforét d'assez notable importance; 
c'était celle de Bouconne oude Bacônne, qui conserva pen- 
dant longtemps la physionomie des antiques et téné- 
breuses forêts de la Gaule. « La grande et profonde forêt 
de la Baconne, écrit Fr. de Belleforest (2), pour laquelle il 
y a de grands procès entre les comtes d'Isle et de Tolose, 
à cause des limites, je l'ai vue si épaisse, qu'on n'y eût 
sceu choisir un homme à quatre pas là où maintenant U 
y fait beau et large, tant l'on l'a éclaircie, je pense, pour 
en chasser les voleurs qui y repairaient ordinairement. » 

Toutefois, malgré la présence de ce débris important des 
grandes forêts de la Gaule, la Gascogne, dont les plaines 
riches et riantes appellent la culture, était, selon toute 
vraisemblance, déjà largement défrichée à l'époque qui 
nous occupe. Dans les pièces nombreuses que D. Clément 
de Brugèles a recueillies à la suite de ses Chroniques ecdé- 
siastiques du diocèse d^Auch (3), on ne rencontre que fort 
peu de mentions de bois et de forêts. Il y est sans cesse 
parlé de prairies, de champs de blé, de vignobles, de jar- 
dins potagers. Quand les bois sont nommés, ils n'appa- 
raissent que comme des accessoires. Évidemment, au 

(1) Voy. Arbanère, Tableau des Pyrénées françaises, t. Il, p. 272. 
(t) Cosmographie, 1. 1, col. 372. (Paris, 1575.) 
(3) Voy. Chroniques ecclésiastiques du diocèse d'Âuch, Toulouse, 
1746, m-k\ 



CHAPITRE XXVI. 397 

moyen âge, les grandes forêts avaient depuis longtemps 
disparu de la province. Au xii'' siècle, lorsque fut fondée 
Tabbaye de Gimont, son territoire était encore occupé par 
un bois (nemus) qui gardait le nom de Plana sylva (1)^ rap? 
pelant son importance primitive. Depuis le xii* siècle, 
cette forêt n'a cessé d'être défrichée ; elle n'est plus re- 
présentée de nos jours que par quelques maigres bou- 
quets. Au nord de l'emplacement qu'occupait l'abbaye de 
Gimônt, l'ancienne présence des bois est accusée par plu- 
sieurs lieux-dits : Lq Bosc^ Saint-Pé-du-Bosc^ le Brouil^ 
Embouasy etc. 

L'abbaye du Haut-Faget (Altum Fagetum)^ antérieure 
au ix'' siècle {% atteste par son nom qu'il existait dans 
son voisinage, à cette époque, une forêt de hêtres qui 
a été depuis longtemps abattue. Pareillement les noms 
de Haget-Âubin (Basses-Pyrénées), Hagetmau (Landes) 
tirent leur origine d'anciennes forêts de hêtres efde peu- 
pliers blancs qui occupaient le territoire de ces petites 
villes (3). A la fin du xr siècle, on trouvait à une faible 
distance d'Auch, la forêt de Nigra Vallis^ qui s'étendait 
aux environs de Montant (4], dans un pays qui, de nos 
jours, est totalement découvert (5). La Mediana sylva^ 
forêt non moins importante, ombrageait les environs de 



(1) Gall, Christian. X. I, coi. 1026. Eccles. Ausc» 

(2) Voy. Gàllia ehristiaruif 1. 1, col. 1009. EccL Ausc. 

(3) C'est ce que nous apprend Palassou, loc, ciL — Toutefois rél6va- 
tion de la Ghalosse, qui ne dépasse guère 1 30 mètres, parait peu favo* 
rable à la végétation du hêtre^ qui, dans le Limousin, ne descend pas 
au-dessous de 5 à GOO mètres, et, dans les Pyrénées, de 700. 

(4) Voy. Gallia chrisiiana, 1. 1, p. 160, instrumenta; cf. D. Clément 
de Bru gèles. Chroniques eccl. du diocèse d'Auch, preuves, p. 58. 

(5) Peut-être la localité appelée Lasseube, au sud d'Âuch, et Masseube 
occupent-ils l'emplacement d'une partie de cette forél de la Vallée- 
Noire, dont le nom contraste avec l'aspect actuel du pays. Le peut bois 
de Sainte-Dode peut en être un reste. 



398 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE L' ANCIENNE FRANCE. 

Madéran, au diocèse de Tarbes (!)• Il semble que cette 
forêt s'étendit au sud de Casteinau-Rivière-Basse, car 
divers noms de lieux y rappellent la présence des bois. Du 
reste, le pays de Bigorre est encore assez riche en forêts, 
et le déboisement n'y a pas pris d'aussi grandes propor- 
tions que dans l'Agénois et la Gascogne propre. 

Les bords delà Garonne, depuis Toulouse jusqu'au delà 
deMontauban, offraient une succession de forêts étendues 
dont les vestiges sont encore nombreux. L'examen de la 
carte permet de renouer la ligne des localités boisées qui 
leur servait comme de soudure et que le temps a disjointe. 
Sur la rive gauche de ce fleuve régnait, au commence- 
ment du XII® siècle, une forêt qui, dans le pays, était ap- 
pelée la Grande-Forêt {Grandis sylva)^ nom qui, dans le 
di|Jectedu pays, est devenu la Grand Selve (2). (Test au 
sein de cette forêt qap s'éleva en l'honneur de la Vierge 
un mon*astère célèbre de l'ordre de Saint-Benoit (3). La 
Grand'Selve fut peu à peu envahie par les moines et ré- 
duite aux conditions d'un simple bois. 

Cette grande bande forestière, coupée par ia Garonne, 
était traversée par la Daire, dont les eaux conduisaient au 
fleuve les troncs qui tombaient sous la hache des gens de 
l'abbaye. À la suite de nombreux essartements, la Grand'- 



(1) Voy. Ex initiis Madirensis monasterii, dans les Historiens de 
France^ t. XI, p. lO. 

(2) « In territorio Tolosœ est unum cœnobium in honore Sanctae 
Mariœ quod vocatur Major Sylva, ubi primus abbas fuit Stephanus. * 
Chronic. MaUeacens. cité par J. Besly, Histoire du Poitou, preuves, 
p. 450. 

(3) Voy. Notitia de fundatione monasterii Syivw mqjoris, dans les 
Historiens de France, t. XI, p. 312 et 407, t. XIV, p. 45, — Galita 
christiana, t. XIII, col. 127. Ecoles. Tolos.' — Chronic, Màdeac. ad 
an. 1120, dans les Historiens de France, t. XII, p. 407. Voy. aussi Ju- 
glar, Monographie de Vàhhaye de Graruiselve, dans les Mémoires de h 
Société archéolog. du midi de ta France, 1857. 



CHAPITRE XXVI. 399 

Selve finit par se scinder en deux parties que séparait 
la rivière, et celle qui était placée au delà de la Daire, 
prit le nom de forêt de Verdun, de la ville au sud de 
laquelle elle est située. 

La partie orientale et nord-est du département actuel 
de Tarn-et-Garonne, formée d'une fraction du Languedoc 
et de la Basse-Marche du Rouergue, présentait une suc- 
cession de forêts qui servaient de limites communes aux 
Tolosates, et aux Rutènes, aux Gadurques. 

Les forêts du Rouergue et de TAlbigeois ont' été incon- 
testablement plus étendues qu'elles ne le sont aujourd'hui, 
et comme celles des Pyrénées, elles doivent avoir eu à 
souffrir de la dévastation et de l'imprévoyance. 

Des bois de chênes recouvraient jadis les collines cal- 
caires du Rouergue (1); ils ont disparu. La forêt dePa- 
lance, située à l'est de Rodez, s'étendait vraisemblablement 
à l'origine de l'Aveyron au N. jusqu'à la Viaur au S. Mais 
les territoires de St-Martin-des-Cormières, de Vibal et 

■ 

d'Argués furent pris sur la forêt dans la région qui avoi- 
sine la Viaur, et déjà, au siècle dernier, le grand essart de 
Malvertie, ouvert au centre de la partie la plus boisée, 
frappa comme au cœur l'existence de cet épais groupe 
d'arbres. Vers la frontière du Rouergue et du Languedoc 
proprement dit, un autre débris important des anciennes 
forêts de cette partie de la France, est la belle forêt de 
Guillaumard, sise au S. de Cornus, et qui est comprise 
entre la Pesade au N. et l'Orb au S. On est ici dans la ré- 
gion des Gévennes, dont les montagnes sont en grande 
^ partie dépouillées de leur manteau forestier. En s'avançant 
plus au N,^ les pentes du mont Largoust, dont la cime 
s'élève au N.-O. de Valleraugue (Gard), gardent, dans la 

(1) Bosc, Mémoires pour servir à V histoire natureUe du Rouergriey 
l. I, p. J9, 69. 



1 



400 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

forêt des Goilles ou de Galcadis, un lambeau de ce vête- 
ment arborescent. 

Dans TAlbigeoiSy le défrichement semble avoir été 
moins prononcé que dans le Rouergue. Plusieurs foréis 
assez vastes s'y voient encore. Telle est d'abord celle de 
Grésigne, qui recouvre un so( de grès bigarré, d*argile et 
de marne, dans le canton de Gastelnau-de-Montmirail, sur 
les frontières du bas Quercy ; au x" siècle, elle apparte- 
nait au comte de Toulouse ; elle fut partagée, aa inr, 
entre plusieurs propriétaires, et offrait encore, au xrii* siè- 
cle, une superficie de 7,450 arpents ; elle en a aujour- 
d'hui une de 3,264 hectares. Au moyen âge, une foule de 
communes y jouissaient de droits d*usage, notamment 
celle de Gaillac, qui y avait droit de gaudence^ c'est-à-dire 
droit de prendre chaque année pour faire merrain 150 
pieds d'arbres, en payant un prix déterminé. Les rois de 
France s'efforcèrent de limiter ces privilèges, souvent 
abusifs ; une lutte s^engagea entre la royauté et les usa- 
gers, qui ne finit qu'à la Révolution. Gaillac se désista de 
son droit en 1637 (1). 

Au nord de la forêt de Grésigne, dans le canton de 
Vaour, s'étendaient sur la commune de Montricoux, des 
bois considérables ou les communes avaient également 
des droits d'usage ; ils leur. furent accordés par les Tem- 
pliers, possesseurs d'une commanderie dans le canton, 
lesquels n'avaient fait de réserves que pour les forêts de 
Breton et de Gastres (2). 

Citons encore, comme ayant une notable importance, 
les forêts de la Narbonnaise, de la Gabarède, de Gîrous- 
sens et de Yialavert. Ces deux dernières ont été toutefois 

(1) Voy. les détails donnés dans A. Rossignol, Monographies commU" 
nales du déparlement du Tam^ Part, ii, t. III, p. 298. 

(2) Voy. A. Rossignol, ouv. cit Part, ii, t. III, p. 218. 



CHAPITRE XXVI. 401 

partiellement démantelées. La forêt d'Angles, jadis l'or- 
nement de TAlbigeois, n'est plus représentée que par le 
bois assez maigre de Salabert, d'où ODt disparu les gi- 
gantesques sapins qui firent jadis la renommée de la 
forêt (1). Un bois, dont l'abbaye de Gandeil a perpétué le 
nom, doit être compté également parmi les pertes qu'a 
faites la végétation sylvestre en cette province (2). La fon- 
dation de ce monastère, vers 1150, fut une des causes 
principales de la destruction du bois; les religieux, après 
en avoir abattu une partie, accordèrent libéralement des 
droits d'usage aux communes environnantes. 

L'Agénois parait avoir été déboisé depuis une époque 
fort ancienne et couvert de nombreuses cultures, dès le 
temps des Romains. La carte ne nous offre plus aujour- 
d'hui le moindre vestige de forêt, et les noms de localités 
rappelant la présence d'arbres ou de bouquets y sont 
rares. 

Le Quercy était beaucoup plus boisée Bien des forêts 
importantes en ont disparu. Citons d'abord la forêt de 
Trégazou {Tresgonus)^ située aux environs de Saint-Géré 

(1) Massoi, Description du départem. du Tarn, p. 186, 187. (Alby, 
1818, in-8».) 

(2) Voy. A. Rossignol, ouv, ciL Part. 1, 1. 1, p. 104, 184. Ce bois de 
Gandeil {Boscus de Candeîio) était situé au sud de Gaillac, daus le canton 
de Gadalen. Giraud Bec et Guillaume de Grave y cédèrent, vers 1150, à 
Alexandre, abbé de Grand'Selve, un territoire où fut élevée Tabbaye qui 
prit le nom de Gandeil. (D. Yaissette, Histoire du LanguedoCy t. II, 
preuves, col. 528.) Les termes mêmes de la charte de concession nous 
montrent qu'à cette époque il y avait dans le bois de Gandeil une partie 
défrichée {cvUum et incuUum,dii la charte). De faibles vestiges de bois 
se voient encore près remplacement de Tancienne abbaye. A l'ouest, 
Il devait s'étendre au moins jusqu'à 8aint-Laurent-du-Bosc-Gros^ et à l'est, 
il se prolongeait beaucoup plus loin, jusqu'à Saint-Salvi-de-Foresestes 
et à Notre-Dame-de-Salviniame, dont les noms sont suffisamment signi- 
ficatifs. Dans l'intervalle de plus de 1 kilomètres qui sépare de Gandeil 
ces deux, localités, on rencontre d'autres lieux-dits dont la signification 
nous reporte également à l'existence d'anciens bois, tels sont : le Bouis- 
son, la Bouisse^ La Forest, Bousquet, Ardenne, etc. 

20 



402 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANGE. 

(Lot), et que donna, en 878, à l'abbaye de BeauUeu, le fils 
de Godefroy, vicomte de Turenne (1). 

Cette forêt pourrait bien être la même que celle qu on 
trouve plus tard appelée forêt de Saint-Céré et qui occtt- 
pait l'emplacement de la ville de ce nom, quand, antériea- 
rement au xin® siècle, fut élevée la chapelle de Sainte- 
Spérie, à laquelle Saint-Céré doit son origine (2). Figeac, 
à l'arrondissement duquel Saint-Géré appartient était 
encore, aux vni® et ix** siècles, environné de vastes 
forêts (3). 

La tradition populaire veut que la région orientale du 
Haut-Quercy, qui s'étend depuis Fîgeac jusqu'à la frontière 
de l'Auvergne, et où se rencontrent Sainte^Gplombe A 
Prendeignes, ait été jadis occupée par une vaste forêt 
dans laquelle croissaient le chêne, le bouleau et surtout 
le châtaignier qui domine encore aujourd'hui en cette ré- 
gion. Un diplôme de Pépin I, roi d'Aquitaine, du 23 sep- 
tembre 838, par lequel ce prince confirme diverses pos- 
sessions et accorde divers privilèges à la célèbre abbaye 
de Conques, en Rouergue, vient à l'appui de cette tradi- 
tion. Gar^ parmi ces possessions, Pépin comprend sa forêt 
de Prendeignes ou, comme on disait alors, de Prenderemies 
{Foresf,a nostra quœ nomincUur Panderemia)^ et la phrase 
qui précède montre que la forêt était voisine de Sainte- 
Golombe [Sancta Cohimba) (4). 

Au sud-est de Gaussade, sur la frontière du Quercy et 
du Languedoc, la petite forêt de La Yaur a dû se ratta- 
cher anciennement à celle de La Garrigue, située plus à 

(1) M. Deloche, Carttdaire de V abbaye de BeaulieUf n* xlvi, p. 83. 

(2) Delpon, Statistique du département du Lot, t. I, p. 451, t. U, 
p. 15. 

(3) Delpon, ibid. 1. 1, p. 445. 

(4) Je dois ce précieux renseignement au savant M. Lacabane, si 
versé dans l'histoire du Quercy. 



GHAPITI^ XXYI. 403 

Test, car entre ces deux forêts, des lieux-dîts [Bousquet^ . 
Bart, A Ibérique^ etc.) rappellent la présence des bois. Elle 
a pu également faire corps avec la forêt de Bretou, sise 
plus au nord. 

LeYivarais, pays montagneux et inégal, n'a jamais 
offert ces vastes tapis de forêts qu'on trouve dans la 
France septentrionale, mais ses hauteurs étaient naguère 
plus ombragées que de nos jours. Il en était de même de 
Gévaudan. En s'avançant de Villeneuve-de-Berg jusqu'à 
Bagnols et aux bords de la Cèze, on rencontre une succes- 
sion de bois (Bois de Valbonne, Montclus, Ronze, Malbosc, 
Leaux, Saint-Maurice, Arus) qui semltlent être les débris 
des forêts qui occupaient à l'origine la plus grande partie 
du territoire des Helviens. 

En s'approchant du Vélay, dont j'ai déjà parlé au 
chap. XXII, de véritables forêts reparaissent. Au nord de 
Montpézat s'étend la forêt de Dauzon à laquelle la Loire, 
encore très-voisine de ses sources, sert depuis longtemps 
de limite. Elle dut dans le principe être unie à la forêt 
de Bauzon, située au sud-ouest, déjàtrès-réduiteau siècle 
dernier, et dont le défrichement fut hâté par la fondation 
de Tabbaye de Mazan. 

Le Périgord offre aussi de nombreux vestiges de bois ; 
leur étendue originelle nous est indiquée par des noms 
de localités. L'espèce de presqu'île que forme en se con- 
tournant le cours de la Dronne et qui est situé au sud de 
la Roche-Ghalais, en est surtout riche (4). De Ci vrac à Ber- 
gerac, le pays parait avoir jadis présenté une succession 
de landes et de bois. C'est là qu'on trouve : Saint- Hilaire" 
durBoiSy Saint-Martin-de-Lerine^ dont le surnom est em- 



(1) On y trouve, par exemple, Grand^Bois-Vert, Petit-Bois-Vert^ 
BoiS'Mariin, 



404 LES FORÊTS DE LÀ GAULE W DE l' ANCIENNE FRANCE. 

.prunté à une lande ou désert {Eremus), Soubie^le-Bois, 
La For est ^ près Sainte-Innocence, Les Forests, entre Cu- 
nêges et Thenac, le Bosc. 

L'une des plus importantes forêts du Périgord était 
celle de Ver, qui parait devoir être identifiée avec la sylvn 
Edobola, dont parle le continuateur de Frédégaire (1). 
Cette forêt avait du reste été ouverte avant l'époque fran- 
que, puisqu'elle était traversée par la voie romaine de 
Périgueux à Càhors, dont on voit encore un tronçon 
près Rossignol. 

La Guîenne proprement dite n'a du jamais présenter 
les grandes étendues de forêts que Ton trouve dans le 
midi de la France en se rapprochant de la partie mon- 
tagneuse. 

La marche qui séparait dans le principe le territoire 
de Pefrocorii de ceux des Cadurci et des Lemovices^ était 
toute semée de forêts et de bois, entre lesquels il faut 
citer la forêt de Coly qui s'étendait, il y a plusieurs siècles, 
des bords de la Yezère aux frontières du Limousin, ainsi 
que cela se reconnaît à la suite de bouquets qui sont 
marqués sur la carte de Gassini. Un autre vestige de 
cette marche sylvestre est la forêt de Bourzolles qui s'a- 
vançait jusqu'à la rive droite de la Dordogne et n'était 
elle-même, au moyen âge, que la partie orientale de la forêt 
de Salagnac, sise au sud de celle de Coly et au nord- 
ouest de Souillac. 

J^ai déjà parlé ci-dessus de la forêt de Saint-James qui 
était située au nord-ouest de Bourdeilles ; elle parait être 



(1) Voy. Ghronic. Fredegar. continuât. Pars IV auctor. anonym. 
,c. 134, dans les Historiens de France, t. Y, p. 8. Le cfaronîqueur 
dit que cette forêt était dans le pofftis Peirocorrecus. C'est dans cette 
forêt que se réf\igia, en 76S, Waifre, duc d'Aquitaine, poursuivi par Pê- 
pin-Ie-Bref. 



CHAPITRE XXVI. 405 

le reste de la bande forestière qui s'éteudait dans le prin- 
cipe entre le Périgord et FAngoumois. 

L'extension des vignobles a peu à peu chassé les forêts 
du Médoc et du Bazadois. En i078, à six lieues au sud de 
Bordeaux, existait une forêt épaisse, remplie de buissons 
et de ronces; les habitants du pays l'appelaient la Grande- 
Forêt, Saulve-Majour {Sylva Major), C'est là que saint Gé- 
raud ou Gérard, qui avait obtenu de Guillaume VII, comte 
de Poitiers et duc d'Aquitaine, la concession de ce dé- 
sert (4), construisit un monastère. Aujourd'hui remplace-, 
ment de Tabbaye de la Saulve-Majour, dont le nom s'est 
altéré en celui de La Séoube^ se trouve dans un canton 
complètement défriché et n'offrant presque aucune trace 
d'arbres; mais les noms de GâtineaUy de Hautbois^ de 
Bois-du-Moiy de la Forêt, de Bais-des-Filles, de Bois-des- 
Moulins, de Breuil, etc., sont autant d'indices de l'exis- 
tence antérieure d'une grande forêt. La Saulve-Majour 
devait s'étendre de Crognon-aux-Loupes à la Trène; sa 
lisière allait vraisemblablement rejoindre, par Mainac, 
l'emplacement qu'occupent Haux et Targon, d'où elle re- 
venait à Grognon, en passant par une localité du nom de 
La Forêt. La Saulve-Majour n'est pas la seule forêt dans 
cette province de la France dont on puisse constater la 
disparition. On sait d'autre part que de hautes futaies 
ombrageaient la Benauge (2), l'Entre-deux-Mers, les deux 
rives de la Dordogne et de la Garonne. Les noms de Bous- 
cat (Boscm), de Bois-Majou (Boscus Major), de la Barthe 

(1) <c Et ad iocum qui Sylva Major inter duo maria nuncupatur, 

adduxit sylva autem in circuitu tam densa vepribus et sentibus 

creverat, quod nulius ad ecclesiam appropinquare poterat, nisi gladio 
aut alio feramento prius iter fecisset. » (Boll. Acia SS. v. April, p. 419 ; 
cf. HugoD, Florac, De modemis Francorum regibus, dans les Historiens 
de France, t. Xll, p. 797.) 

(2) Le chêne blanc constituait Tessence principale des forêts de Tan- 
cienne Benauge. 



406 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

{Bartha) et une foule d'autres y rappellent encore Texis- 
tence de forêts dont il ne reste plus d'autre souvenir (1). 
Le canton confinant à la Guyenne et à la Saintonge 
était jadis occupé par une vaste forêt, qu'on peut re- 
garder comme ayant été le prolongement de la ligne fores- 
tière qui partageait en deux la France, et marquait sa 
région centrale. Cette forêt était celle de Pleine-Sehe ou 
Plane-Selve (Plana-Sylva), dans laquelle fut, en 1148, 
fondée l'abbaye qui en prit le nom (3), et qui s'est aussi 
appelée Saint-Géniez-de-la-Plaine. L'étendue de cette 
forêt, que traversait la route de Blaye à Mirambeau, 
à Testimer par l'aire où sont répandus les noms de lieux 
qui en rappellent l'existence (4), était, de l'est à l'ouesl, 
de près de trois lieues. Elle comprenait au sud une laûde, 
dans laquelle fut construit le village de Saint-Ciers (Saint- 
Ciers-la-Lande). Sans doute qu'à l'origine la Pleine-Seke 
se rattachait à la forêt de Saintes, dont il a été parlé plus 
haut (5). 

(1) Jouannet, Statistique du département de la Gironde^ t. II, Part, i, 
P' 28. 

(2) Voy. ce qui a été dit au sujet d'une forét de môme nom, p. 39< 

(3) Gallia christiana^ t. II, col. 892 ; Eccles. BurdigaL 

(4) Ainsi, à l'ouest de la route, on rencontre le Petit-Bois, et au sud- 
est Boisredon, Bois-Menu, le Bosquet, Bois-Sec, Bois-Renau, Sauvètre, 
DrouilIard-des-Bois, etc. 

(5) Voy. p. 371. 



CHAPITRE XXYII. 407 



CHAPITRE XXVII. 

ARBRES CÉLÈBRES PAR LEUR VÉTUSTÉ ET LEURS GRANDES DIMENSIONS. — 
DERNIERS HABITANTS DES ANCIENNES FORÊTS. 

Non-seulement les anciennes forêts de la France ont 
laissé de leur importance passée et de leur extension pri- 
mitive, des traces que fait découvrir l'inspection de la 
carte, mais quelques-uns des arbres qui les habitaient, il 
y a quatre ou cinq siècles, ont vécu jusque de nos jours. 
Entourés d'une végétation plus jeune de dix ou douze 
générations, ils peuvent être regardés comme les pa- 
triarches de nos bois, et une sorte de vénération les a 
défendus contre la hache qui n'a point respecté d'autres 
vieux baliveaux (1). 

On sait que, placés dans un terrain et à une exposition 
très-favorables, les arbres prolongent parfois leur exis- 
tence durant des siècles. On a pu apprécier l'étonnante 
antiquité de plusieurs, par le nombre de couches concen- 
triques dont se compose leur tronc (2). Le chêne de La 

(1) Une des principales raisons de la rareté des vieux arbres dans nos 
forêts, c'est que la loi permettait, avant la révolution, aux gens de main- 
morte, d'abattre une partie des baliveaux, dits anciens baliveaux, c'est- 
à-dire âgés de 100 à 120 ans, à condition de commencer par ceux 
qui donnaient les signes les plus évidents de vétusté et de dépérissement. 
Voy. Duhamel du Monceau, De V Exploitation des Bois, p. 139. 

(2) Celte manière d'apprécier l'âge des arbres n'est applicable qu'aux 
climats tempérés. Dans les contrées tropicales, telles que le Mexique, où 
la végétation est si active qu'en trois ans un arbre a atteint la grosseur 
pour laquelle il faudrait en Europe douze à quinze ans, en une seule 
année il se forme souvent de trois à six de ces cercles, et l'ignorance de 
ce fait a conduit parfois à prêter aux végétaux de l'Amérique et de l'A- 
ftlque une antiquité exagérée. Voy. l'excellent ouvrage de M. le baron 
J.-W. de Millier, Reisen in den Vereinigien Staaten, Canada^ und Mexico ^ 
1. 1, p. 232. 



408 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l'àNGIENNE FRANCE. 

Mothe, dans rarrondissement de Neufchàteau, a 7 mètres 
de circonférence, et, à en juger par son dianaètre, doit 
dater du xii" siècle. On abattit en 1825, près de Treignac 
(Corrèze), un chêne d'une grosseur plus considérable en- 
core, car il ombrageait une surface de plus de dix ares; 
son tronc mesurait 18 mètres en circonférence, et il en 
naissait quatre branches principales ayant chacune 
1 m. 20 de diamètre; ce qui dénote un âge non moins 
avancé que celui du chêne de La Mothe. C'est aussi au xn' 
siècle, qu'il faut faire renionter la naissance de deux i& de 
La Haie de Routot, arrondissement de Pont •Audemer(l). 
Le genévrier qui s'élève à l'extrémité de la maison de cam- 
pagne de Gresset, près d'Amiens, l'emporterait encore 
en antiquité sur cas respectables vétérans delà v^;étation 
sylvestre, si l'on en croit la tradition populaire, car elle 
veut que ce conifère ait été planté par saint Firmin, 
premier évêque de la ville. On pourrait douter de la 
réalité de cette date, si dans d'autres parties du monde 
on n'avait pas signalé des conifères d'une aussi haute 
antiquité. En Californie, par exemple, se rencontrent cer- 
taines variétés de pins qui atteignent jusqu'à 100 mètres 
de haut et 6 de diamètres et dont les cônes ont jusqu'à 
m. 40 de long ; leur naissance date de plusieurs siècles (2j. 
Bien d'autres localités de la France possèdent des arbres 



(1) Voy. Â. Le Prévost, Mémoires et notes sur le département de 
VEure, t. II, part, i, p. 236. 

(2) Voy. Duhaul-Cilly, Voyage ^ulour du monde, 1835, t. II, p. ÎÎ5. 
— Duflot de Mofras, Exploration de VOrégon, 1. 1, p. 478; t. II, p. 403. 
Toutefois il faut rabattre beaucoup de Tautiquitê qu'on a attribuée à ces 
arbres, par ce qui vient d'être dit ci-contre ; le baron J.-W. de MûUer 
estimeque sous les tropiques les arbres vivent rarement plus 80 à 100 ans. 
Dans les forôts de i* Amérique du Nord, on voit peu de très- vieux arbres, 
parce que la décomposition est hâtée par les alternatives de pluie et de 
soleil. Voy. Ch. Lyell, Traveh in North America, 1. 1, p. 60 (Londres. 
1845). 



CHAPITRE XXVII. 409 

d'une prodigieuse vétusté. Dans le département de la 
Haute-Saône, on en cite notamment plusieurs : H y a un 
chêne au boi»* de la Malachère dont le icône unique se 
divise, au sortir de terre, en dix tiges élancées ayant cha- 
cune près de m. 40 centimètres de diamètre. Que d'an- 
nées n'a-t-il pas fallu pour que cet arbre atteignît de telles 
dimensions! Le tilleul qui s'élève au milieu du village 
d'Oricourt, a près de 7 mètres de circonférence ; ses bran- 
ches prennent toutes naissance à deux mètres du sol et 
forment un massif d'ombre et de verdure dont la circon- 
férence est de près de 30 mètres. A Fresne-Saint-Mamès, 
deux autres tilleuls remontent, suivant la tradition, à 
l'année 1340. 

Dans la plupart des grandes forêts de la couronne, les 
paysans montraient encore, il y a cinquante ans, certains 
chênes royaux auxquels se rattachaient des souvenirs 
historiques, et dont les dimensions et l'aspect attes- 
taient la vétusté (i). • 

L'habitude de ne couper les futaies qu'à un âge très- 
avancé, favorisait la multiplication de ces arbres de fort 
brin qui pullulaient dans les anciennes forêts doma- 
niales (2). Ils servaient à marquer, dans les chasses, les 
quêtes et les relais (3). En la forêt de Vincennes, existait 
naguère un chêne sous lequel on assurait que saint Louis 
avait rendu la justice. Dans celle de Compiègne, le chêne- 
rouvre, dit de Saint-Jean^ si remarquable par sa confor- 
mation bizarre, parait remonter à une assez haute anti- 

• 

(1) J'ai lieu de croire, écrit P. de Gandoile, qu'il existe encore dans 
nos pays des chênes de quinze à seize siècles; mais il serait utile de con- 
stater ces dates par des travaux plus soignés. (De la longévité des arbres^ 
dans la Bibliothèque universelle de Genève y 1831, t. XLVII, p. 64.) 

(2) Cf. Dralet, Traité de V aménagement des bois et forêts, p. 29, Ces 
forêts étaient généralement aménagées à cent cinquante ans. 

(3) Voy. Rob. de Salnoue, la Vénerie royale, p. 341 et suiv. 



410 LES FORÊTS DE LÀ GAULE ET DE L^ÂNGIEBTPIE FRANCE. 

quité(l). Près de Ghâtillon-sur-Seine, à. la eolline Sainte- 
Anne, s'élève un chêne qui compte, dit-on, près de hait 
cents ans; car on assure qu'il fut planté, «m 1070, sousles 
premiers comtes de Champagne (2). Le chêne surnommé 
le Charlemagne qui n'avait pas moins de 20 pieds de cir- 
conférence (3), les chênes dits de CloviSy de la reine Blan- 
che ^ de Henri IV y de Sully ^ les futaies du Gros-Fouteau^ 
de la Titlaie (4) de la forêt de Fontainebleau, sont plusieurs 
fois centenaires. Voici encore d'autres exemples d'arhres 
d'une extrême longévité et les noms de plusieurs vétérans 
de nos forêts: Le chêne de Henri IV, dans la forêt de 
Roumare en Normandie ; celui cFAllouville (5) près d'Yve- 
tot, qui a près de 12 mètres de circonférence et dont on 
évalue l'âge à 900 ans ; le chêne des Vendeurs de la forêt de 
Montfort dont la circonférence mesure plus de 43 mètres 
et dont la hauteur est proportionnelle ; le chêne gigan- 
tesque de la forêt de Bretonne que ses prodigieuses di- 
mensions ont fait appeler la Cuve; un autre chêne très- 
ancien de la forêt de Trouhart (Calvados) ; le chêne 
Salle ou Soret de la forêt de Bellesme, dont on estime l'âge 
à 800 ans (6) ; le chêne dit des Sept-Frères de la forêt com- 

(1) Voyez, sur ce chêne, la notice de M. Poirson, Annales foresiières, 
t. I, p. 719. II est probable que la dénomination de chênes de Saint-Jean^ 
appliquée à certains chênes de nos forêts, remonte aux cérémonies drui- 
diques qui se célébraient sous les chênes sacrés^ à l'époque du soUtioe 
d'été. 

(2) Voyez, sur ce chêne, les détails donnés dans ïAUgemeine Forsi- 
und Jagd-Zeiiung, mars 1834, p. 152. 

(3) Cf. Dennecourt, Guide dans la forêt de Fontainebleau ^ p. 23. 

(4) Dennecourt, ouv. cit., p. 112. La futaie de la grande Tillaie est 
une des plus belles de la forêt de Fontainebleau, si riche en arbres gi- 
gantesques ; on y remarque ceux qui sont désignés sous les noms du 
Goliath, du Pharamondj du Majestueux, 

(5) Voy. sur ce chêne de Jouy, L'Ermite en province y dans ses Œuvres. 
t. VII, 337. Une chapelle a été établie dans l'intérieur de ce chêne. 

(6) Voy. sur le chêne de la forêt de Montfort, J.-B. Thomas. TraUé 
général de statistique , culture et exploitation des hoiSy 1. 1, p. 3'Î6; sur 



CHAPITRE XXVII. 411 

munale de Charmes (Vosges), doit son nom aux sept puis- 
santes tiges nées de sa souche ; il s'élève près de la fon- 
taine Gauffy. Au même département^ dans la forêt de 
Saint-Ouen-lez-Parez, le chêne des Partisans fut ainsi ap- 
pelé parce qu'au commencement du xvi® siècle, il servit 
de point de réunion aux partisans Lorrains qui dévas- 
taient alors les forêts et désolaient les villages de la fron- 
tière française (1); le chêne d'Autrage (Haut-Rhin) abattu, 
il y a quelques années (2), avait 14 m. de tour à sa base; 
plusieurs rameaux mesuraient en circonférence 3 à 4 m. ; 
le chêne à la Aotre-Damcy dans l'arrondissement de Po- 
ligny, entre Villers-les-Bois et le Petit-Villey demeura 
jusqu'au moment de sa destruction l'objet d'un pieux 
pèlerinage (3) ; le chêne dit du comte Thibaudy dans la 
forêt de Marchenoir ; le chêne Rognon dit rfw Druide, dans 
la forêt de la Pommeraye (Maine-et-Loire) ; le chêne au 
Ducy dans la forêt de Gavre près Blain (Loire-Inférieure); 
le tilleul du château de Chaillé (Deux-Sèvres) ; le Chêne de 
la chair au Point dans la forêt de Saint-Benoît-du-Sault 
(Indre) offrait plus de 17 m. de circonférence à 3 m. au- 
dessus du sol, et son tronc creux servit aux jeunes filles de 
salle de danse* (4). 



le chêne dit la Cuve, Cochet, La Seine^ Inférieure historique et archéo- 
logique, p. 316. Ce chêne est sur la lisière de la forêt près le Lendin. 

(1) Voy. H. Lepage et Charton, le département des Vosges, t. II, p. i04, 
470, 471. 

(2) Cet arbre, au débit, a donné environ 170 stères do bois. La cavité 
de son tronc avait 2 mètres. 

(3) Ronsset, Diclionn, géograph. des communes du départ, du Jura, 
t. YI, p. 239. Des pèlerins ;ivaient pratiqué dans la tige de cet arbre une 
niche où fut placée une madone qui valut son nom au chêne. Suivant la 
croyance populaire, le diable^ sous la forme d'un lièvre boiteux, allait 
chaque dimanche au-devant des fidèles qui se rendaient à l'église de Se- 
ligney , et il se faisait poursuivre par eux, de manière à ne les laisser ar- 
river que quand la messe était achevée. 

(4) Voy. sur cet arbre les détails donnés par le D' E. de Beaufort, 



412 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE L*ANG1ENNË FRAHCE. 

Tous ces arbres, auxquels se rattachent des traditions 
historiques (1), ont vécu dans les forêts du moyen âge. 
D'autres, non moins anciens peut-être, n'ont pas autant 
attiré l'attention; tels sont les magnifiques baliveaux 
qu'on rencontre dans la forêt de Nouvion (Aisne) et daas 
celle de Der (Haute-Marne, canton de Brancourl) (2). 

Combien de ces patriarches de nos bois ont disparu, 
après avoir fait, durant des siècles, l'admiration de ceux 
auxquels ils distribuaient libéralement leur ombrage! 
L'homme, en les voyant périr, ne peut se défendre d'un 
sentiment de regret, ainsi que l'a heureusement exprimé 
Guillaume le Breton, dans sa Philippide, en parlant la 
destruction de l'orme de Gisors, un des derniers survi- 
vants, au xn" siècle, des forêts druidiques. La description 
qu'il en donne pourrait s'appliquer à la plupart des 
baliveaux dont nous venons de rappeler les noms : 

dans ses Recherches archéologiques sur les environs de Saint-BenoiMu- 
Saull^ dans les Mémoires de la Société des antiq. de VOueH^ an. 1860-61 , 
p. 27 1 . — A 5 m. au-dessus du sol, cet arbre se divisait en k branches qui 
auraient pu fournir une poutre de 20 m. de longueur. Trois chevanx char- 
gés pouvaient se tenir à Tabri dans son tronc. Ce chêne, qui se trouvait è 
l'entrée du bois, a disparu, il y a 30 ans environ. 

(1) Ces vieux chênes rappellent celui qu'on voyait, au temps dePlutar* 
que, prés du Géphise, et qui portait le nom d'Alexandre, en mémoirs de 
ce que le grand conquérant avait dressé dessous sa tente (Vit. Âtexand.^ 
g 9, p. 22, éd. Reiske). 

(2) Thomas, ouv, cit. On pourrait encore citer des arbres fortan<â«ns, 
quoique n'appartenant pas tous à la période qui nous occupe, et qui sont 
aujourd'hui les derniers représentants d'un état forestier qui a dispara; 
tels sont-: l'arbre des Sept-Frères, de la forêt de Viilers-Cottenets, le 
hêtre des Beauremonts, de la forêt de Ck)mpiêgne, le Châlaigni^ brûté, 
de la forêt de Montmorency. Il y a quelques années, nous eussions pu joinr 
dre à cette listé les magnifiques futaies de la mare d'Àuteuil et le hêtre 
pleureur de la forêt de Troam, près Caen. (Voy. Pbilippar, Etudes sykn- 
coles, dans les Annales de VagricuUure française^ 4* série, t. VI, p. 305, 
306. De GandoUe, Mém, cit. dans \a^ Bibliothèque universelle de Genève.) 
Nous rappellerons aussi l'oranger surnommé le Grand-Bourbony qui fut 
planté en 1411, par une des aïeules de Jeanne d'Âlbret. (Voy. Remit 
britannique, 5» série, t. VIII, p. 297 ; on donne dans cet article de cu- 
rieux détails sur ces orangers.) 



CHAPITRE XXV) I. 413 

Haud procul a mûris Gisorti qua via plures 
Se secat in partes, prwgrandi robore qusBdam 
Ulmus erat visu gratissima^ gratior usu 
Ramis ad terrain redeuntibus, arte juvante 
Naturam, foliis uberrima ) roboris imi 
Tanta mole tumens, quod vix bis quatuor illud 
Protensis digitis circumdent bracchia totum ; 
Sola nemus facîens, tôt obumbrans jugera terra' 
Milibus utmultis solatia mille ministret (i). 

Plus les exigences de Findustrie se multiplieront, plus 
les vieux arbres deviendront rares dans les forêts ; car 
celles-ci tendent à passer des mains de TÉtat dans celles 
des particuliers qui ne les exploitent pas à de si longues 
révolutions. En France, VÉtat, sur les 9 millions d'hectares 
boisés, n'en possède que 100,000,représentantun revenu de 
30 à 35 millions de francs ; les essences résineuses tendent 
en même temps à remplacer les amentacées, les cupuli- 
fères, qui nous fournissent la plupart de ces majestueux 
vétérans de la végétation des temps passés. 

(t) Liv. III, V. 102 et suiv. Historiens de France^ t. XVUI, p. 148. 
Le poëte dit plus loinqu*aprôs que Tarbreeutété abattu parles Français, 
une nouvelle génération de rejetons sortit du sein de la terre et donna 
naissance à une forôt : 

Kam nova progenies fructicum succrevil ad insiar 

A terra sensim steterat qua nobile lignum ; 

QuaB numerum vincens, sylvam facil ordine pulchro. 



414 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE L'ANGIEinfE FaàNGE, 



CHAPITRE XXVIII. 

ANIMAUX QUI HANTAIENT LES ANCIENNES FORÊTS DE LA GACLE ; — PLAKTIS 
AUXQUELLES ILS DONNENT LIEU. — POPULATION DES FORÊTS. ASSO- 
CIATIONS PARMI LES HABITAJÎTS DES FORÊTS. 

On ne saurait douter qu'au temps où la Gaule était cou- 
verte de forêts, les bêtes fauves, les animaux sauvages n'y 
fussent singulièrement multipliés. L'urus (Bas primige- 
nius) hantait encore la forêt Hercynienne, au temps de 
César (1), et les Germains excellaient à lui dresser des piè- 
ges. Pline donne à entendre qu'il avait habité la Gaule (2). * 
Répandu d'abord dans toute l'Europe occidentale et cen- 
trale, cet animal disparut peu à peu de nos forêts. Sous 
les Mérovingiens, il était devenu assez rare pour que ces 
rois s'en réservassent la chasse (3). Le poème de Niebe- 
lungen, rédigé au xu^ siècle sur des traditions beaucoup 
plus anciennes, mentionne le Bos primigenius au nombTe 
des animaux qu'on chasse dans l'Odenwald, non loin de 
Worms (4). Avec lui avait vécu l'aurochs, que César n'a 
point mentionné, mais qui est évidemment le bison, dont 
parlent Pline et Sénèque (5), car la chronique de Saint- 
Gall, rédigée au xii* siècle, le désigne sous le nom de 
Veson omnipoteyiSy et nous apprend que les moines en 

(1) Caesar, De beîl. gaU.^ VI, 28. 

(2) Pline en parle comme d*un animal de la Germanie. BisL nol.. 
VIII, 15, 16, 81, éd. Sillig. « Uri enim galtica vox est^ qua feri boves 
significantur^ » dil Macrobe {Satum,., YL, 4). 

(3) Voy. Legrand d'Aussy, Vie privée des Français, 1. 1, p. 371. 

(4) Voy. les Niehelungen, 16* aventure, trad. par M«« Moreaux de la 
Meltière, t. I, p. 288, 291, 371. 

(5) Pline [HisL nat., VIIT, 17, p. 81, éd. Sillig) en parle comme dun 
animal de la Germanie. 



CHAPITRE XXVIII. 418" 

faisaient servir la viande dans leurs repas (1). Au xiii*' 
siècle, l'aurochs ne se rencontrait plus qu'en Bohême et 
en Carinlhie (2), et de nos jours sa descendance se réduit 
à quelques individus parqués dans la forêt de Biéloviecza, 
en LiChuanle (3). Plus redoutable pour le chasseur était le 
chamay appelé aussi par les Gallo-Romains rufius^ et qu'à 
la description que nous en donne Pline (4), nous recon- 
naissons pour être notre lynx ou loup-cervier. Au xv* siècle, 
on le chassait dans les forêts des Pyrénées (5), et quel- 
ques individus ont encore été tués de nos jours sur leS' 
hauteurs ombragées des Alpes (6). L'ours, qui continue à 
hanter les vallées les plus sauvages des Pyrénées (7), était 
jadis très-commun et se trouvait dans des cantons d'où 
il a complètement disparu . Si l'on en croit la légende de 
saint Vaast ou Védast, ce carnassier habitait, aux v* et 
vr siècles, les forêts de TArtois (8). Les loups pullulaient, 
et au moyen âge, leurs troupes aflFamées accouraient de 



(i) Voy. ce que dit, sur cet animal, M. Ed. Lartet, dans sa dissertation 
intitulée : Nouvelles recherches sur la coexUience de V homme et des 
grands mammifères fossiles réputée caractéristique de la dernière pé- 
riode géologique^ dans les Annales des sciences nalureUes^ iv* série, par- 
tie zooiogîque, t. XV, p. 230. 

(2) Voy. les fragments d'an géographe latin du xviii* siècle, publiés 
par M. Wackemagel, dans la Zeitschrifl fur devisches Alterthum^ ûe 
Haupt, t. IV, p. 487, 483, c. xc, xxx. Toutefois, un siècle auparavant, on 
volt par ce que dit Fitz-Stcphen, que l'immense forêt de Middlesex abon- 
dait encore en taureaux sauvages, qui devaient être des aurochs (Cf. Sam. 
Pegge, On the hunting ofthe ancieni inhabitants ofour Islande Brilons 
and Saxons i dans YArchaologia, l. X, p. 163 (1792). 

(3) Voyez, sur cette ancienne forêt, le Mémoire de Brinken, publié en 
1825, à Varsovie, et analysé dans les Nouvelles annales des voyages, 
2« série, t. 111, xxxiii, p. 277. 

(4) Hist. nat, VIII, xix, 28, p. 90, éd. Sillig. 

(5) C'est ce qu'on voit par l'ouvrage de Gaston Phoebus. 

(6) Cet animal se trouve encore dans le Hartz. 

(7) On le rencontre notamment dans la vallée d'Ossau, circonstance qui 
valut, au moyen âge, à cette vallée le nom d'UrsuniSaltus, 

(8) Un ours sortit des forêts qui s'étendaient au delà du Grinchon, 



416 LES FORÊTS DE LÀ GAULE ET DE L* ANCIENNE FRAlfCE. 

très-loin dans nos forêts et jusque dans les villes, pour 
dévorer les cadavres abandonnés à la suite de ces com- 
bats incessants, triste fruit des guerres civiles et des 
luttes des seigneurs (1). Les porcs sauvages» les san- 
gliers, erraient par troupes nombreuses dans les forêts 
de la Gaule, où les glands leur fournissaient une abon- 
dante nourriture (2), et leur multiplication les rendait 
aussi dangereux que les carnassiers (3). Les renards, les 
cerfs n'étaient pas moins répandus. Peut-être, àTarrivée 
des premiers Celtes en Gaule, continuaient à virre dans 
nos bois quelques-uns de ces ruminants qui ont laissé 
leurs débris dans les dépôts quartenaires, associés à des 
ouvrages de main d'homme : Le renne qui, à une épo- 
que très-ancienne, vécut dans les Pyrénées; le grand 
cerf d'Irlande {Megaceros Hibemicus)^ dont les restes 
se sont rencontrés à la fois dans le nord de la France 
et jusqu'au pied des Pyrénées, qui habitait les fles firi- 
tanniques, à une époque à peine éloignée de quelques 
siècles des temps de la conquête romaine (4), Vélan, 



nous dit la vie de ce saint (F. Àicuini, Vila S* Vedasti dans les GSuvres 
d'Alcuin, t. II, vol. 2, p. 168, éd. Froben). 

(1) Il est dit à ce sujet, dans les additions à la Vénerie, de du Fouil- 
loux, fol. 112 : « Ainsi les tient-on (les loups) pour bestes de passage 
•eii)ui viennent de bien loin, comme des Ardennes et autres grandes fo- 
rests. Ge qui attire aussi une quantité de loups en un pays, ce sont les 
guerres, car les loups suivent toujours un camp, etc. 

(2) Strabon, IV, p. 197. 

(3) Sigebert, roi des Anglo-Saxons, périt déchiré par un troupeau de ces 
animaux qui vaguait dans la forôt d'Andred (Sussex), où il s'était ré- 
fugié après avoir perdu sa couronne. Voy. Gamden^ Britannia, éd. Gib 
son, 3* édit., col. 151. 

(4) Voy.Lartet, Dissertation citée^ passim» Il faut toutefois faire remar- 
quer que dans Topinion de quelques naturalistes^ et notamment du célèbre 
paléontologiste Owen, le Megaeeros hibemicus appartiendrait à Tépoque 
antérieure aux tourbières d'Irlande, et que ses os proviendraient de la 
marne coquillière qui leur sert de base. Voy. les mémoires de M. Lubbod^ 
Annales des sciences naturelles, 5* série, t. 2, p. 358, part, zoolog. (1864). 



CHAPITRE XXYlll. 417 

que César trouva encore dans la forêt Hercynienne (1). 
Pendant bien des années, Thomme dut faire une guerre 
incessante à ces bêtes fauves qui lui disputment la jouis- 
sance des forêts et en rendaient Faccès dangereux ; sans 
doute il porta parfois la flamme pour les contraindre à 
sortir de leurs repaires. Si quelques espèces disparurent 
dès les temps anciens, les autres, plus multipliées ou plus 
vivaces, s'y maintinrent durant tout le cours du moyen 
âge. Le chasseur tenait d'ailleurs à ne pas détruire en- 
tièrement des animaux qui étaient la source de ses plaisirs, 
et nous avons vu que, seuls en possession du droit de 
chasse, les rois et les barons étendaient sans cesse leurs 
garennes pour s'assurer des chasses plus belles et plus 
variées. Le droit de garenne, en multipliant le gibier ou, 
comme on disait alors, Isl sauvagine, entraînait pour l'agri- 
culture de graves préjudices. Le gros et le menu gibier oc- 
casionnaient dans les champs des pauvres paysans des 
dégâts considérables (2). Qu'on lise pour s'en convaincre 
ce passage d'une lettre du grand sénéchal de Sisteron, 
datée du 28 septembre i377 : c Invalescunt assidue cervi, 
y est-il dit, apri et aliœ bestiae, ferae in districtibus dicto- 
rum et locorum, quod in vineis, bladis et possessionibus 
aliis fructus edunt, dissipant inextimabiliter et consu- 



Quant au renne, il a non-seulement habité les Pyrénées, mais les Alpes, 
et Ton a retrouvé ses ossements associés à des silex travaillés de main 
d'homme et à des cendres dans la caverne de rËchelle, entre le grand 
et le petit Salève, près Genève (Lubbock, ouv, ct7., p. 360). 

(1) Cœsar, De beU. gaU., VI, 27, Plin., HisU nat,, VIII, 17, p. 81, éd., 
Sillig en parle seulement comme d'un animal du Nord de TEurope. 

(2) Dans les chartes qui accordent le droit de chasse dans les forêts 
royales, on distingua généralement, les salvaticaf besiix et les sangliers 
iflpn)^ des animaux qui se prennent aux rets {ramerii, rameria), 
Voy. notamment une charte du xiv^ siècle, citée par.Belhomme, Notice 
historique sur le lieu d'Orfbns, dans les Mémoires de la société ar- 
chiolog, du Midi de la France, t. V, p. 263. 

27 



i 418 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l'aKCIENNE FRANCE. 

munt (i). » En 1364, les consuls, syndics et conseilleis 
de Revel en Lauraguais, se plaignaient amèr^oient des 
dégâts causés dans la grande forêt de Vaur {alla et hia 
foresta) par les bétes fauves, qui infestaient la banlieue 
de cette ville. « In quibus, écrivent-ils à propos de h 
forêt, multitude lu porumrapacium, aprorum, cervorum, 
caproUorum et aliarum diversarum ferarum cohabitant, 
permanent et nutriuntur, quse ipsis habitatoribus de Re 
vello et aliislocis circumvicinis* magna et inextimabilia 
damna 'afferunt (2). » 

Pour parer à ces inconvénients graves, le roi Jean or- 
donna la suppression des nouvelles garennes (3); mais 
ses bonnes intentions furent paralysées dans l'exécation, 
et Charles VI dut renouveler l'interdiction d'une manière 
toute spéciale. Dans son édit, ce roi reproche aux sa- 
gneurs d'abuser de leur puissance et de la faiblesse de 
leurs tenanciers, pour leur, imposer de nouvelles garen- 
nes, ce qui a pour résultat de dépeupler d'habitants le pays 
voisin et de le peupler de bêtes sauvages ; c ce pourquoi 
les labourages et vignes des pauvres gens étaient telle- 
ment endommagés que les malheureux n'avaient plus de 
quoi vivre et s'étaient vus forcés d'abandonner leur de- 
meure (4). y> En Angleterre, des plaintes analogues se fai- 
saient entendre (5). De pareils abus, faiblement réprimés^ 



(1) Laplane, Histoire de Sisteron^ 1. 1, p. 524, pièces justificatives. 
(^) Ordonnances des rois de France^ t. IV, p. 448. 

(3) Ihid.y t. II, p. 395, .507, 530, 568. 

(4) Ihid., t. XVm, préface, p. 25. 

(5) La réserve du droit de chasse aux seigneurs, a de même multiplié 
extraordinairement les botes fauves dans la Grande-Bretagne. En Ecosse, 
les cerfs et les daims se sont ainsi accrus d'une manière prodigieuse; par 
exemple, la forêt d' Atholl, située dans le Perthshire , entre les comtés 
d'Aberdeen et d'Invcmess, qui a quarante milles de long sur environ 
dix-huit de large, ne comptait guère, en 1776, qu'une centaine de cerfs, 
tandis qu'elle en renferme aujourd'hui cinq à six mille. La forêt de Dl- 



CHAPITRE XXYIII. 419 

se perpétuèrent jusqu'aux deux derniers siècles. Le 8 juin 
i607, les habitants de Gérardmer adressèrent au duc de 
Lorraine une requête pour lui remontrer que ce lieu étant 
limitrophe de rÂlIemagne et de la Bourgogne, couvert de 
forêts et environné de hautes montagnes, leurs bestiaux 
étaient en danger d'être mangés par les loups, ours et 
autres bêtes sauvages ; pour ce motif, ils demandaient 
qu'il leur fût permis de continuer à chasser sans payer 
aucun tribut, au receveur d'Arches (1). Le droit que ré- 
clamaient les habitants d'une ville de Lorraine, les bour- 
geois de DôIe en Franche-Comté, sans doute pour le motif 
qui vient d'être énoncé, en jouirent en tout temps ; il 
leur avait été concédé non-seulement dans tout le finage 
et le territoire de leur cité, mais encore dans la giboyeuse 
forêt de Chaux, où ils pouvaient chasser à la grosse et à 
la petite bête. Les règlements sur la chasse étaient faits 
par le mayeur, et les chasseurs étaient organisés en une 
confrérie qui portait le nom de Saint-Hubert (2). Mais 
on accordait raremeat ces privilèges aux bourgeois, et 
dans la majorité des cantons de la France, la réserve du 
droit de chasse au seigneur continua à favoriser la propa- 
gation des bêtes nuisibles. « Le fléau le plus redoutable 
pour l'agriculture, disait le tiers-état de Paris en 1789, 



rimorei dans le comté de Sutherland, en Ecosse, est célèbre par Tabon- 
dance étonnante de son gros gibier, et notamment de ses cerfs à queue 
fourchue. (Voy. à ce sujet, James Wilson, A voyage round ihe coasts of 
Scoiland, t.l, 345, Edinburgb, i842.) Les forêts de Mar, de Sutherland, 
de Gorrichibah, de Glenartney, en nourrissent également un nombre con- 
sidérable. (Voyez, à ce sujet, im article de VEdinburgh RevieWy publié 
dans \a, Revue britannique^ 4* série, t. XXVIII, p. 39 et suiv.) Déjà, de 
son temps, Gervais de Tilbury signale la multitude de cerfs que Ton ren- 
contrait dans la forêt de Gaerléon. (Voy. Otia imperialia, III, c. lxxi, 
p. 984.) 

(1) Voy. Lepage'et Charton, le département des VosgeSj i. II, p. 235. 

(2) Rousset, Dictionnaire géographique des communes du Jura. t. II,, 
p. 459. 



420 LES FORÊTS DE LÀ GAULE ET DE L* ANCIENNE FRANCE. 

dans ses cahiers, c*est Texcès du gibier rësultant du pn- 
vilége de la chasse ; de là les campâmes dépouillées, 
les forêts dévastées, les vigoes rongées jusqu'aux raci- 
nes, etc. Aussi vit-on, jusqu'au xviii' siècle, des ordoD- 
nances spéciales prescrire la destruction des animaux nui- 
sibles. C'est ce que fit notamment Louis XIY par lettres- 
patentes du 2 mars 1671, pour les bêtes fauves, dont rahoo- 
dance s'opposait au récépage des forêts du duché de la Val- 
lière, et portait préjudice aux cultures avoisinantes (i), ^ 

Qui aurait pu prévoir alors que, soixante ans plus fard, 
le gibier deviendrait assez rare pour qu*6n dût s'occuper 
de veiller à sa conservation? Qui aurait pensé que ces 
mêmes paysans, traités avec tant de rigueur et d'injusiice 
lorsqu'il leur arrivait d'enfreindre la prohibition dechasser 
qui leur était faite (2), deviendraient, à une autre épo- 
que, d'incorrigibles braconniers, qui, d'un coup de SleU 
anéantissent tout le gibier d'une propriété particuh'ère, et 
tirent même parfois, sans scrupule, sur un garde prêt à les 
surprendre. 

Au milieu des forêts, vivait au moyen âge une popula- 
tion sylvestre, livrée exclusivement aux industries qui 
naissent de l'exploitation des bois : les charbonniers, les 
cercliers, les cendriers, les tourneurSi les briquetiers, lés 
tuiliers, les fourniers, les forgerons, les potiers, les van- 
niers, les verriers, tous gens qui, sans mener une vie aussi 
sauvage que les Wood-cutters (3) de l'Amérique du Nord, 

(t) Yoy. Correspondance adminisiraiwe sous le règne d$ Louis IIV, 
publ. par Depping, t. IV, p. 706. 

(2) Les coutumes du Nivernais, de Yitry et d'Orléans, déclarent pu- 
nissables comme larrons ceux qui sont trouvés chassant en garennes 
ou connilières. (Voyez les lois de chasse. Isambert, Recueily vol. XII, 
p. 381.) 

(3) Voy. le curieux ouvrage de 1(- John Springer, sur la vie des cou- 
peurs de bois dans les forêts du Maine, Forest life and foresL (rees 
(London, 1851, in-8^). Ces Woodmen établissent leur camp et leur hovtl 



CHAPITRE XXYIII. 4di 

coDstituaient cependant une classe d'hommes plus rus- 
tiques que les habitants des bourgs, et des villages. 

Dans la Franche-Comté, toute une population vivait 
dans les bois pour extraire des pesses ou épicéas la résine 
connue sous le nom de poix de Bourgogne, et les fours où 
elle la faisait cuire devenaient le point de départ des vil- 
lages dont le territoire se formait aux dépens de la fo- 
rêt (1). 

En certains lieux, ces artisans s'étaient constitués en des 
associations qui prirent quelquefois un caractère politique 
ou religieux, et offraient quelque analogie avec nos mo- 
dernes compagnonnages. Tels étaient, dans l'Artois, les 
bons-cousins des bois et les .fendeurs-charbonniers. Cette 
confrérie, composée de charbonniers, de coupeurs, de 
scieurs et de fendeurs de bois, s'était placée sous le patro- 
nage de saint Jhibaud, solitaire de Provins, que la légende 
représentait comme ayant d'abord exercé, en Souabe, la 
profession de charbonnier. Plus tard, des gentilshommes 
verriers, des marchands de fer et quelques autres corps 
d'état s'agrégèrent à cette compagnie (2). 

Dans les montagnes de la Franche-Comté et les Alpes, 
existaient des corporations analogues, où l'on n'était ad- 
mis qu'après une sorte d'initiation. Dans le Jura, ceux qui 
en faisaient partie portaient le sobriquet de cousins-char- 
bonniers (3). 

dans la clairière qu'a ffiite leur cognée ; c'est là qu'ils bâtissent leurs 
log-houses destinés h les loger eux et leurs bestiaux. Cf. sur la vie des 
forêts du Nouveau Monde, Âbr. Gesner, New-Brunswick (London, 1847). 

(1) Voy. Tissot, Les Fourgs ou un village de la Haute-Comté, dans les 
Mémoires lus à la Sorbonne dans la séance extraordinaire du comité 
impérial des travaux historiques «;\186d, p. 220 et suiv. (PariSi 1864). 

(2) Voy. Cauchard d'Hermilly, des Carbonari et des fendeurs^char- 
honniers, Paris, 1822, in-S". 

(3) Voy. Gillias de Marchand, Réflexions sur les sociétés secrètes et les 
UsurpationSj t. II, p. 248 et 19. Arbois, 1813 2 vol. in-8<>. 



422 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE L* ANCIENNE FRANCE. 

Il est à noter qu'à toutes les époques, ceux que leur pro- 
fession retient au milieu des bois, ont constitué des 
associations particulières, et leur séparation des corpora- 
tions d'artisans des villes leur a donne quelque peu le 
caractère de sociétés secrètes. En Gaule et en Italie, 
les dendrophores, ouvriers occupés à transporter le 
merrain nécessaire pour les constructions, le bois à brû- 
ler, le charbon et les planches, formaient déjà de vérifca- 
bles confréries {collegia) (1), qui nous ont laissé çà ef ià des 
traces de leur existence (2). Dans les Pyrénées, les cagats, 
race méprisée et regardée par les montagnards comme 
d'origine païenne, presque exclusivement livrée au moyen 
âge aux professions sylvestres, et habitant au voisinage 
des forêts, formaient une société à part (3). 

Une classe qui contribua beaucoup au défrichement des 
forêts eut sa bonne part dans leur dévastation, et ce furent 
les hôtes {hospites) (4). On appelait ainsi ceux qui rece- 
vaient du seigneur, sur son domaine, une masure, une ca- 
bane, quelques acres ou journaux de terre pour les la- 
bourer ou y établir un courtil (5). Fréquemment ces hôtes 
étaient établis par le seigneur sur la lisière ou dans l'inté- 
rieur d'une forêt qu'il voulait faire défricher (6), et pour 



(t) Orelli, InscripL latin, sélect., n" 2177, 2322, 4082, 4166, 5113, 
6031. 

(2) Voy. Rabanis, Recherches sur les dendrophores (Bordeaux, 184!), 
p. 25. " 

(3) Voy. Francisque Michel, Histoire des races maudites de la France 
et de V Espagne, 1. 1, p. 81 et suiv. 

(4) Voy. sur les hôtes Guérard, Polyptique de Çabhé Irminon, Pro-. 
légom., p. 424. — L. Deiisle, Eludes sur la condition de la classe ayrt- 
cole en Normandie, p. 8 et suiv» 

(5) L. Delisle, 1. c. — Lehuerou, InstittUions carolingiennes, 1. 1, p- 
179, 180. 

(6) Et ubicumque invenient utiles vilos homines, detur illis sylva ad 
stirpandum ut nostrum servitium immelioretur. Karoli Magni CapituU 
Àguisgran. an. 813. 



CHAPITRE XXVIII. 423 

compenser ce qui manquait aux faibles produits de leur 
tènement, ces colons entamaient souvent les parties de la 
forêt qu'il leur était enjoint de respecter. Loin de la sur- 
veillance des officiers seigneuriaux, il leur était facile de 
prendre en plus grande abondance qu'on ne leiir avait con- 
cédé le bois placé à leur portéa 

En certaines provinces, les hôtes se multiplièrent sin- 
gulièrement, et, de la réunion de leurs masures dans les 
clairières des forêts, naquirent des villages qui finirent par 
chasser tout à fait les arbres. En Franche-Comté, bien des 
défrichements forestiers ont eu ces colons pour auteurs. 
Dans l'arrondissement de Lons-le-Saulnier , la forêt du Ver- 
nois, appelée sans doute ainsi à raison de l'abondance des 
aunes ou vernes, fut démantelée au xv* siècle par les hôtes 
qu'avaient appelés les seigneurs du pays. Ceux-ci avaient 
reçu dans cette forêt, des ducs de Bourgogne, comme une 
annexe de leur fief, une superficie de deux cents arpents 
qu'ils firent défricher par des hôtes (4). Leur but était aussi 
vraisemblablement, en y amenant une population agri- 
cole, de faire disparaître les bêtes fauves qui désolaient le 
canton (2). Dans le même arrondissement de Lons-le-Saul- 
nier, le hameau du Bois-du-Ban, qui n'existait pas avant 
la fin du xvii" siècle, doit son origine à une agglomération 
de cabanes sous lesquelles vivaient les hôtes établis par le 
seigneur de Loisia. D'après le contrat passé en 1691 , ce bois, 
tenu en ban, devait être défriché par huit individus aux- 
quels cent journaux de terre étaient concédés, le seigneur 
ne se réservait que les chênes des hautes futaies (3). Dans 



(1) Rousset, ouv. cit,, t. VI, p. i76. 

(2) Un village qui touchail la forôt domaniale du Vemois, dut à la 
prêseuce des loups le nom de Louverot. Rousset , ouv. cit,, t. IV, p« 30. 

(3) Cette donation fut faite à la fille du célèbre Bussy de Rabutin.Voy. 
Rousset, ouv. ciL, L. III, p. 451. 



424 LÈS FORÊTS DE LÀ GAULE ET DE l'àNCIENNE FRAUCE. 

l'arrondissement de Poligny, au bord du bois de Fraisse» 
Tundes plus beaux assemblages de sapins qu'offre le Jura, 
lesséigneurs de Vers avaient accordé, dans le coursdu xni* 
siècle, de nombreux droits d'usage aux colons, ce qui eut 
pour effet de réduire singulièrement la forêt et l'amena 
peu à peu aux proportions de bois qu'elle offre aujour- 
d'hui (1). Même fait se passa au village de Bouchaud, qui 
prit naissance au milieu d'une vaste forêt où les colons 
étaient accourus de toutes parts (2). Dans l'arrondissemeiil 
de Saint-Claude, à la fin du xii^ et au commencaneot du 
xiu* siècle, les seigneurs de Saint-Sorlin divis^ent par lots 
le territoire actuel du village d'Uxel, et le concédèrent àdes 
colons appelés de diverses contrées, et dont l'industrie se 
rattachait pour la plupart à l'exploitation des bois (3). Le 
petit village de Recanoz, dans l'arrondissement de Dôle, 
eut pour premiers fondateurs deux familles de charbon- 
niers qui s'établirent, en 1510, dans les vastes forêts de 
la baronnie d'Arlay (4). Le village de Bois-de-Gand doit 
pareillement son origine à des charbonniers et à des cou- 
peurs de bois, venus au xrv* siècle pour exploiter la forêt 
qui ombrageait son territoire (5). 

Dans les Vosges, les choses se sont passées souvent de 
même ; par exemple, le village d'Âuzainvilliers a eu pour 
point de départ les cabanes construites par les sabotiers 
et les charbonniers qui vinrent se fixer dans la forêt dont 
ce village occupe l'emplacement (6). Gérardmer s'élève 
dans un canton jadis tout couvert de bois de haute futaie. 



(1) Rousset, oiiv. cil. t. III, p. 367. 

(2) Rousset, t. I, p. 283. 

(3) Rousset, 1. 1, p. 100. 

(4) Rousset, t. V, p. 418. 

(5) Rousset, t. 1,271. 

(6] H. Lepage et Charion, le déparlemenl des Vosges, t. II, p. 24. 



1 



CHAPITRE XXVIII. 425 

et qui fut défriché par une population de sabotiers , de 
cUYeliers, de boisseliers, de marcaires et de fromagers (1). 
Les cabanes faites avec l'écorce qu'ils enlevaient aux ar- 
bres, s'avancèrent peu à peu sur la rive orientale du lac 
et dans les clairières qu'ils avaient ouvertes (2). 

Cette population que renfermaient nos forêts au moyen 
âge, remplaçait sans doute avantageusement les animaux 
qui les hantaient, mais elle était pour la végétation sylves- 
tre une cause plus grandede dévastation. Elle s'accrut d'ail- 
leurs non moins rapidement que ne l'avaient fait les bêtes 
fauves, quelques siècles auparavant. A partir du règne de 
François I*% les hâtes des bois avaient tellement grossi en 
nombre, que Taulorité dut songer à en arrêter les progrès. 
Elle renouvela, en les spécifiant davantage, les disposi- 
tions déjà consignées dans les ordonnances de juillet 1370, 
mars 1388, septembre 1402^ qui défendaient de souffrir 
ailleurs que dans les ventes ordinaires, aucuns attelages de 
tuiliers, briquetiers, potiers, verriers, forgerons, tonne- 
liers, charpentiers, boisseliers, cercleurs, jattiers, pelle- 
ronniers, cuilleronniers , tourneurs et autres sembla- 
bles (3). Mais de nouvelles professions que les ordonnances 
n'avaient pas mentionnées, vinrent s'abattre sur les bois : 
les teinturiers, les chaufourniers, les plâtriers prirent dans 
les forêts la matière première nécessaire à leurs outils et 
leurs établissements. Les arrêts du parlement secondèrent 
l'action de l'autorité. 

Ce n'était pas toutefois au mépris des lois que cette po- 
pulation d'artisans s'était établie à l'intérieur ou sur la li- 
sière des forêts. Bon nombre avaient obtenu à cet égard 



(1) Lepage et Gharton, ouv. cit. 

(2) Voy. Annales forestières, 1848, p. 190. 

(3) Conférence de V ordonnance de Louis XIV de 1669 sur le fait des 
eaux et forêts^ U II, p. 455. 



426 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

des concessions. On chercha à mettre un terme à ces actes 
d'une libéralité imprévoyante; une ordonnance de janvier 
1518 défendit aux maîtres gruyers, verdiers, maîtres des 
gardes ou maîtres sergents, et tous autres officiers des fo- 
rêts, de bailler congé et permission d'attelages (ateliers) à 
tuiliers, potiers, verriers, forgerons, cercleurs, tourneurs, 
sabotiers, cendriers et autres, et de prendre terre-mine en 
lesdites forêts (1). En 1536 cette défense fut renouvelée, et 
le roi interdit spécialement aux cendriers de faire cen- 
dres dans les forêts royales, sous peine d'amende arbitraire 
et confiscation des outils et ouvrages (2). En 1584 et en 
1597, des ordonnances royales interdisent, pour les forêts 
dé Normandie et pour celle de Villers-Cotterets, rétablis- 
sement des industries dont nous venons de parler (3). En- 
fin, comme ces défenses n'atteignaient pas leur but, Tor- 
donnance de 1669 interdit, sous peine de 100 livres d'a- 
mende, à tous ces artisans, d'établir leurs atehers à moins 
d'une demi-lieue de la forêt, en même temps qu'elle pro- 
hibait formellement le transport du feu et l'établissement 
de cendreries dans les mêmes forêts. 

Les mesures de précaution pour empêcher le détourne- 
ment du bois dans les forêts royales, allèrent si loin que l'or- 
donnance de 1669 défendit à ceux qui demeuraient dans les 
forêts ou sur leur lisière, d'avoir plus de bois qu'il n'était 
nécessaire pour leur chauffage, à peine de confiscation, 
d'amende arbitraire et de démolition de leurs maisons, 
disposition déjà prise dès 1563 à l'égard de la forêt deCuise. 
Défense fut faite aux sergents et autres gardes des forêts 
de tenir taverne, ni d'exercer aucun métier où l'on emploie 



(1) Voy. Saint- Yon, Ordonnances des eaues et forets^ p. 408. 

(2) Pontanon, Ordonnances, t. U, p. 223. 

(3) Saint- Yon, p. 1 1 10 et 1 1 H . 






CHAPITRE XXYllI. 427 

le bois ; disposition qui ne faisait au reste que généraliser 
des mesures datant de saint Louis (1), et qui a été repro- 
duite dans l'ordonnance du !•' août 1827 pour l'exécution 
du Code forestier (art. 31). 

11 n'y avait pas, du reste, que ces professions sylvestres 
qui portassent dans nos forêts leurs dégâts journaliers. 
Dans certaines villes, chaque corps d'état avait le droit 
d'aller chercher au bois la matière première dont il 
avait besoin. Les ferrons, les tourneurs, les charrons, les 
huchiers, les charpentiers abattaient les troncs nécessaires 
pour fabriquer des solives ou des moyeux, des brancards 
ou des planches (2). Les tanneurs prétendaient, en certains 
lieux, pouvoir s'approprier l'écorce de tous les arbres 
abattus. En Normandie, nous voyons les bouchers s'empa- 
rer dans les forêts, du bois qui devait servir à la confection 
des crochets pour pendre la viande ; les boulangers allaient 
chercher de quoi faire les fourgons pour enfourner le pain; 
les tisserands abattaient des hêtres pour établir leurs mé- 
tiers; les forgerons ramassaient ou coupaient les grosses 
branches pour façonner les manchesde leurs marteaux et le 
tronc de leurs enclumes (3). On a déjà vu plus haut que cer- 
taines forêts, par exemple celle de Lyons en Normandie, 
étaient occupées par toute une population sylvestre dont la 
présence a singulièrement hâté leur déboisement. Jusque 
dans ces derniers temps, en Bretagne, dans la partie ré- 
pondant au département du Morbihan, les bois de châtai- 
gniers ont été singulièrement réduits par l'exploitation à 
vide des tonneliers qui s'y venaient établir pour y ïaîre 
des cerceaux qu'ils expédiaient au loin. 

(1) Conférence de V ordonnance de Louis XJV de 1669, t, II, p. 466, 
467. 

(2) Delisle, Eludes citées p. 377. 

(3) Delisle, Etudes cit. p. 377, 



\ 



428 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE L*ANGIENIfE FRANCE. 

Moins dangereux pour les forêts que les Ad/es^ mais beau- 
coup plus pour ceux qui les traversaient, étaient les lar- 
rons qui y fixaient leur repaire, y construisaient quelque^ 
fois de véritables forteresses. C'est ce qui a suggéré à 
l'auteur du roman de Gaufrey l'idée de ce château périlleux 
où s'engage l'intrépide Robastre, qui le prenant pour la 
demeure de quelque forestier, envoie son infortuné 
écuyer Aleaume demander pour lui un gite. Trente lar- 
rons en sortent à l'improviste après avoir tué T imprudent 
mais Rabastre les met en pièces et s'établit dans cette de- 
meure, où son père, le lutin Malabron, met encore à l'é- 
preuve son courage (1). Ces brigands attaquaient les 
gens isolés ou ne voyageant qu'avec une très-faible 
escorte. A la suite des guerres civiles-et intérieures qui dé- 
solèrent la France aux xiii% xiv« et xv* siècles, des parti- 
sans se cantonnèrent dans bon nombre de ces forêts, qui 
pour la plupart étaient coupées de grands chemins. Ce 
furent notamment les Jacques^ les Grcmdes Compagnies^ 
les Pastoureaux. Les soldats débandés (2), jusqu'alors dé- 
signés sous le nom de brigands, devinrent si habituelle- 
ment des voleurs, que leur nom passa aux larrons, tout 
comme en Italie et en Corse l'épithète de bandit {ban- 
ditto^ c'est-à-dire banni), en Angleterre celle à!outlau.\ 
est passée aux voleurs de grandes routes. Plusieurs forêts 
devaient aux brigands dont elles foisonnaient une véri- . 
table célébrité : telles étaient celles d'Amboise, de Cer- 
cotte, de Gouffern, de Baconne. Telle fut à une époque 
moins ancienne celle de Bondy . Sous Louis XIII, plusieurs 



{\ ) Voy. sur ce roman du xin« siècle, Gaufrey y chanson de gesUj pu- 
blié par F. Guessard et Ghabaille, p. xxxix et 164 (Paris, 1859). 

(2) Voy. 8. Luce, Histoire de la Jacquerie, p. 8. 

(3) Voy. ce qui est rapporté dans les Mémoires de Ponlis, livre II, 
p. 254; éd. Petitot, et ce que j'ai dit dans l'introduction, p. 3. 



CHAPITRE XXVIII. 429 

des forêts traversées même par des routes très-fréquen- 
tées (3), étaient infestées de ces dangereux larrons, et 
jusqu'aux abords de la capitale, dans le bois, aujourd'hui 
transformé en parc, de Boulogne, les arrestations à main 
armée n'étaient pas rares (1). La fréquence de ces attaques 
dans les forêts fut le principal motif qui dicta la disposi- 
tion de l'ordonnance des eaux et forêts de 1669 (tit. 28, 
art. 3), imposant une largeur de soixante pieds aux 
grands chemins là oîi ils traversent une forêt. 



(l) Voy. le curieux Journal d'un voyage de deux Hollandais à PariSf 
en 1657, publié par P: Faugère, p. 384. 



i. 



430 LES FORÊTS DE hk GAULE ET DE V^AJXaEKSE FRANCE, 



CHAPITRE XXIX. 



INFLUENCE DU DROIT d'uSAGE SUR LA DIMINUTION ET l'eTTÉMSIOS D& 
FORÊTS A DATER DU XV® SIÈCLE. LÉGISLATION DE FRANÇOIS I*' ET DE $E> 

SUCCESSEURS. 



Les chartes et documents du moyen âge nous offrent 
sans cesse le tableau de la lutte des milites, des amUgeri^ 
des baillivi, des servientes reyis, contre les paysans. Ceux- 
ci se vengeaient des violences des nobles^ en dévastant les 
forêts, objet de contestations et source de vexations fis- 
cales. Ils enlevaient sans scrupule le plus de bois possible 
et se mettaient peu en peine de respecter les baliveaux. 
A partir du xii* siècle, un grand nombre de villages nou- 
veaux furent élevés, et comme le bois entrait alors pour 
une bien plus grande proportion qu'aujourd'hui dans les 
constructions, comme la plupart des maisons, même des 
villes, étaient en bois, cette matière prenait une impor- 
tance et une valeur croissantes. Les fréquents incendies 
qui désolaient les villages, les dévastations de la guerre, 
amenaient sans cesse des reconstructions. 

Toutefois cette cause de destruction des forêts était 
contrebalancée par la persistance du droit de garenne. 
Bien que la reconnaissance et le maintien de ce droit 
fussent soumis à la condition d'une possession immémo- 
riale (1), des usurpations se prodi|isaient tous les jours^ 
et les seigneurs continuaient à donner comme des con- 
cessions, des droits qui, ainsi qu'il a été remarqué plus 
haut, n'étaient, au contraire, que les derniers vestiges 
d'une propriété commune. 

(1) Voy. Championnière, De la propriété des eaux courantes, p. 77. 



CHAPITRE XXIX. 431 

Mais rabaissement graduel de la noblesse, la substitu- 
tion du pouvoir royal, c'est-à-dire d'un régime plus éclairé 
et plus paterne], au pouvoir seigneurial, radoucissement 
des mœurs, l'énergie croissante des communes affranchies, 
mirent fin à cet ordre de choses et en firent naître un nou-' 
veau. Les deffens perdirent de leur rigueur. Les solitudes 
que la guerre avait faites étant devenues pour les no- 
bles de stériles domaines, ils furent contraints de pro- 
voquer le retour de la culture; de là l'établissement des 
hôtes dont il a été question au chapitre précédent. An 
XV* siècle, une multitude d'actes ont pouir objet d'offrir à 
ceux qui voudraient s'établir dans une seigneurie autant 
de terres qu'ils en pourraient cultiver, le pâturage libre 
pour les bestiaux, et tout le bois nécessaire soit au chauf- 
fage, soit à la construction et à l'entretien dqs mai- 
sons (1). « De grande ancienneté, dit Guy Coquille (2), les 
seigneurs, voyant leurs territoires déserts ou inhabités, 
concédèrent des usages à ceux qui voudraient les habiter, 
moyennant quelque légère prestation , plutôt en recon- 
naissance de supériorité qu'en profits pécuniaires (3). » 
Le droit de prendre du bois dans les forêts fut accordé 
de bonne heure par les seigneurs en échange de certains 
services que leurs sujets s'engageaient à leur rendre (4). 

En plusieurs parties de la France, le droit d'usage dans 

(1) Ghampionnière, De la propriété des eaux courantes^ p. 341. 

(2) Coutume du Nivernois^ quest. 303. 

(3) Cf. Henrion dePansey, Des biens communauXy p. 72; du même, 
Dissertations féodales, v** Communauté, Salvaing, Usage des fiefs, 
chap. xcvi. Bouhier, Observations sur ta coutume de Bourges, ch. lxh, 

n*> 30. 

(4) Pour en citer un exemple, nous voyons, en 1378, Gaston Phébus, 
comte de Foix, concéder aux cagots le droit de forôtage dans tous ses 
bois, pour prix de l'engagement qu'ils prennent d'exécuter tous les ou- 
vrages de charpente nécessaires au château do Montaner. (Voy. Francis- 
que Michel, Histoire des races maudites, t. I, p. 179.) 



432 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE L*AlfCIENNE FRANGE. 

les forêts put être acquis sans titre et uniquement par 
Teffet d'une longue possession (1). * 

Ce droit fut inégalement étendu suivant les lieuic. En 
Alsace, en Franche-Comté surtout, ainsi qu'on Ta vu plus 
haut,Iàoii lesforéts abondaient, les seigneurs se montrèrent 
à cet égard fort libéraux. Dans la seconde de ces provinces, 
le droit de bouchoyage dégénéra en une insupportable li« 
eence, et eut pour Texistencé des bois des conséquences 
désastreuses. Suivant Droz (2), ce droit conférait à ceux gui 
l'avaient obtenu, la faculté de couper les bois et les brous- 
sailles crus sur les prés des particuliers, en sorte que ceux 
qui voulaient laisser croître du bois sur leurs héritages, 
étaient obligés de recourir à l'autorité des magistrats 
municipaux pour les banaliser ou mettre en défens. Les 
hôtes qui venaient s'établir dans les clairières ou sur 
la lisière des bois, n'étaient pas seulement autorisés 
à couper et à ramasser pour le chauffage, ils pouvaiait 
aussi prendre du bois pour bâtir (3), et, en certains cas, 
pour vendre (4). Aussi quand ces droits d'usage vinrent à 

(!) Yoy. à ce sujet, le savant ouvrage de M. Heaume, intitulé : Des 
droits d'usage dans les forêts y t. I, p. 19 et 25. 

(2) Droz, Histoire de Pontarlier, p. 279. Yoy. ce qui a été dit, p. 253, 

(3) Au village des Bouchoux, arrondissement de Saint-Claude, les ha- 
bitants pouvaient couper du bois dans une partie de la forôt de Cerne- 
trou, pour les besoins du chauffage ; dans l'autre ils pouvaient, avec Tui- 
torisation des échevins et messiers, prendre du bois pour bâtir. (Voy. 
Rousset, Dict, géographique des communes du Jura^ 1. 1, p. 290.) 

(4) Les habitants du Latet, village de Tarrondissement de Poligny, 
avaient obtenu du seigneur de Vers le droit de couper dans la forêt de 
Fraisse du bois pour leur usage et môme pour en vendre aux sauneries de 
Salins; il n*y avait d'exception que pour les arbres forestiers, restriction 
qui rappelle celle de la loi des Bavarois (Lex Bajuvariorum, VU, 21). 
Voy. Rousset, ouv. cit. t. III, p. 380. A Champagnole, ville de Tar- 
rondissement de Poligny, les habitants avaient non-seulement, dans le 
bois de Taravant, le droit de prendre du bois de chauffage et de cons- 
truction, ainsi que la glandée, mais ils pouvaient encore couper du bois 
pour vendre dans les Joux qui dépendaient de la seigneurie de Montrivel, 
moyennant un droit de 4 deniers par charretée de bois vendu. (Rousset, 



CHAPITRE XXIX. 433 

être restreints, des villages qui trouvaient là toutes leurs 
ressources, tombèrent-ils dans la misère^ et les cabanes 
perdirent-elles leurs habitants (1). 

Une fois cette extension des droits d'usage autorisée par 
les seigneurs, ce ne fut plus l'envahissement des forêts 
qu'on eut à déplorer, mais leur diminution trop rapide. 
Une guerre sourde et continue fut déclarée à la v^étation 
forestière; le besoin croissant de combustible et de ma* 
tières premières pour les industries qui emploient le bois» 
fit abattre les arbres à profusion, et la France perdit peu 
à peu ses innombrables ombrages. 

Tant que le combustible demeurait assez abondant pour 
que le gaspillage du bois ne produisit pas un renchérisse- 
ment marqué, une disette véritable, on s'occupa plus, 
quand on cherchait à y porter remède, des droits des pro- 
priétaires que de l'intérêt des consommateurs, c'est-à-dire 
du public. Cette abondance était parfois telle que l'on ne 
payait pas la matière première plus cher que le trans- 
port (2). 

Il n'y avait qu'un remède à ces dévastations croissantes, 
c'était la concentration de l'autorité forestière en une 
seule main, l'établissement d'une administration, une et 

ouv» cil, t. I, p. 420.) — Dans la forêt de Saint-Aubin (arrondissement 
de Oôle), en vertu de droits conférés par Jean de Neuchàtel, les habi- 
tants du bourg du même nom Jouissaient non-seulement de la faculté de 
prendre pour leur chauffage et leurs clôtures, mais quand ils voulaient 
b&tir, ils n'avaient qu'à en faire la déclaration pour recevoir tout le bois 
qui leur était nécessaire. (Voy. Rousset, ouv. cit, t. I, p. 106.) 

(1) Ainsi la restriction apportée par Louis XIV aux droits qu'avaient 
les habitants d'Aumur, dans Tarrondissement de Déle, et qu'ils tenaient 
depuis 1390 de leurs seigneurs, d'un usage étendu dans les vastes forêts 
dites les Noues et les Grands BaiSy amena la décadence de ce village. 
(Voy. Rousset, o. e. 1. 1, p. 126.) 

(2) Encore au zvin* siècle, dans une partie du Bourbonnais la corde 
de bois de chauffage coûtait trois livres prise dans la forêt, et six rendue 
en ville. .(Voy. Allier, Histoire du Bourbonnais^ p. 284. Cf. Dareste de 
laChavanne, Histoire des classes o/ffricoUs en Frmce^ 2 édit., p. 458.) 

28 



434 LES FORÊTS DE LÀ GAUL£ ET DE l'àNGIENIIE FBÂJUCÊ. 

simple, qui put veiller également à la protection de toutes 
les forêts du royaume, et eût assez de force pour que cette 
protection fût efficace. On a vu que cette administration 
n'avait d'abord embrassé que le domaine royal ; c'était, ea 
effet, dans les forêts appartenant au roi, que s'étaient le 
plus multipliés les droits d'usage, et que les inconvénients 
qu'entraînait cette multiplication s'étaient foit le plus 
tôt sentir. Écoutons Pecquet, dans ses Lais forestières : 
« Les droits de pâturage dans les forêts du roi sont, dit-il, 
vne des parties sur lesquelles les temps reculés nous pré- 
sentent le plus d'abus préjudiciables à Sa Majesté. On peut 
dire qu'elles en étaient inondées ; il n'y avait personne un 
peu voisin des forêts qui n'y fût usager. Et cela .ne pou- 
vait être autrement, puisque cela avait été originairement 
un des avantages accordés libéralement pour attirer des 
habitants dans les environs. L'on ne prévoyait pas alors 
que les bois deviendraient d'une valeur considérable, et 
que ces espèces de colons, qu'on cherchait à multiplier, 
seraient un jour fort à charge aux forêts par les faâliiës 
que l'ouverture de celles-ci donnait pour commettre les 
délits. Les communautés ecclésiastiques fondées par la 
piété de nos rois, y possédaient des droits excessifs. Il y 
en avait qui avaient droit de paisson, avec feu et loge, 
comme le couvent de Saint-Valery, en la forêt de Retz, re- 
connu par arrêt des juges, en dernier ressort, du 17 no- 
vembre 1537 ; les chartreux de Bourg-Fontaine, reconnus 
par arrêt du même tribunal, du 2 septembre i549; le 
couvent de Saint- Jean-du-Moncel, en la forêt de Guise, 
reconnu par arrêt des mêmes juges, du 26 octobre de la 
même année (1). r» 

m 

(i) L'usage d'accorder le droit de glandée et de paisson dans les bois, 
comme récompense de services rendus, existait déjà dans rt^tiquité. 
Gela ressort d*une inscription découverte en Arcadie, où ce droit eu dé- 



CHAPITRE XXlXé * 435 

L'autorité royale^ en matière de forêts comme dans les 
autres branches de l'administration, tendit à devenir de 
plus en plus générale. Effrayés de cette extension du pou- 
voir monarchique et craignant de voir soustraites à leur 
juridiction patrimoniale les forêts particulières, les sei- 
gneurs se la firent confirmer par lettres spéciales en 1355. 
Certaines villes, telles que Montauban, obtinrent la recon- 
naissance du privilège qui leur attribuait une juridiction 
forestière indépendante (1) ; mais ces concessions ne firent 
que retarder de quelques années une révolution devenue 
inévitable. Les règlements faits aux xiv' et xv* siècles fu- 
rent repris, étendus, promulgués de nouveau par Fran- 
çois P'. Une ordonnance de mars 1515, rendue à Lyon, 
reproduisit en partie celle de 1376; elle prescrivit aux 
agents forestiers une inspection fréquente et régulière des 
forêts ; elle réglementa leur aménagement, leur mode de 
conservation et de vente ; institua et définit les fonctions 
de maîtres, verdiers, gruyers et sergents. On y trouve une 
disposition spéciale (art. 60) interdisant aux maîtres de 
vendre ni bailler aucunes rentes des forêts à aucun de son 
lignage, ni à gentilhomme ou officier, ni à clerc béné- 
ficier (2). 

L'ordonnance de janvier 1518, intitulée : Édit sur la con- 
servation des forêts (S) f signale la ruine et le dépeuplement 
non-seulement des forêts de la couronne, mais encore des 



signé par les mots rb iicivo{Aicv xat paXocvtov Opi^(x,«T6iv. (Yoy. Ph. Le Bas, 
Inscr. grecq. et lat. de Morée, col. I, p. 46.) 

(1) Eu 1367, les seigneurs stipulèrent que les maîtres des eaux et fo- 
rêts ne pourraient poursuivre les délits de pèche, sans Tassistance des 
justices locales. Yoy. G. Dareste de la Ghavanne, Histoire de Vadminis^ 
ircUion en France, t. II, p. iS. 

(2) Pontanon, Ordonnances, t. II, p. 259; Isambert, Recueil^ t. XII, 
p. 49etsuiv. 

(3) Voy. Fontanon^ Ordonnances, t. II, p. 271 ; Isambert, Recueil, 
t. XII, p. 16. 



'436 LES FORÊTS DE LA..6ÂULE ET DE lVnCIENNE FRANGE. 

autres. Pour remédier à cet état de choses, des peines pé- 
cuniaires fixes et certaines y sont établies contre les au- 
teurs des délits forestiers. 

L'article 24 interdit le défrichement des forêts royaks 
et de celles oU le roi avait droit de gruerie, de tiers ei 
danger. Ce dernier droite qui avait pris naissance en Nor- 
mandie, sous le gouvernement des ducs, autorisait à pré- 
lever le tiers et le dixième du produit des bois (1). Quant 
au défi'ichement des bois appartenant à des particuJiers, 
l'ordonnance ne prit encore aucune mesure (2). 

L'édit de Fontainebleau du 17 juin i537, s'immisça 
plus directement dans l'administration des forêts parUcu- 
lières. Il défendit aux évéques et archevêques de couper 
les bois de haute futaie dépendant de leurs bénéfices (3)* 

Une déclaration de 1543 étend la compétence des tri- 
bunaux de maîtrise à toutes les forêts, sans distinction en- 
tre le domaine de la couronne et celui des princes, prélats 
et communautés. La même règle fut établie en 1545 dans 
la Bretagne.^ 

Déjà, en 1533, afin de mettre un terme à Textension 
des droits des usagers, François I"^ avait fixé par un édit 
la signification des mots bois-mort et mort^is (4), 



(1) Voy. le traité de Ghristofle Bérault, avocat au pariement de RoœD, 
intitulé : Des droits de tiers et danger^ grurie et grairie ; Rouen, 1625, 
in-8. Le mot « danger » signifie, comme Ta fait voir M. L. Delisle, « seî- 
gneurio. » Ce droit n*était général qu'en Normandie ; il existait partieUe- 
ment dans TOrléanais, l»Beaùce, le Hurepoix et le Valois. (Voyez Massé, 
Diclionnaire des eaux et forêts^ art. Gruerie) et était plao§ sous la sur- 
veillance des sergents dits dangereux. (Voyez Conférences de Vordon" 
nance de Louis XIV y 1. 1, p. 601.) 

(2) Ordonnances citées. 

(3) Voy. Isambert, Kecueû, t. Xll, p. 540. 

(4) Le mort-bois était « le bois de saux, le mort-saux, espines, prui- 
nes, seur, aulne, genêts et geoesvre et non autres. » Le bois mort est 
défini : « bois sec en estant ou gisant. » (Fontanon, t. Il, p. 276 ; Isam- 
bert, t. XTl, p. 383.) 



CHANTRE XXIX. ' 437 

L'établissement des forges était devenu une des causes 
principales des dégâts dans les forêts; la déclaration de 
Saint-Germain-en-Laye, du i8 mai 1543, porta règlement 
pour les mines de fer du royaume, afin d'apporter des en-* 
través à l'établissement trop facile des usines (i). Fran- 
çois I^ encouragea aussi la plantation des bois tendres, 
tels que peupliers, saules, marceaux , dans le but d'empê- 
cher les nombreux artisans qui faisaient usage de ces bois, 
d'aller les couper dans les forêts. L'ordonnance de Fontai- 
nebleau, citée ci-dessus, défendit, pour la même raison, 
d'employer le bois de chêne à faire les échalas des vi- 
gnes (2). 

Indépendamment de la juridiction des maîtrises, le faxt 
des eaux et forêts, pour nous servir de l'expression jadis 
consacrée, ressortissait à la Table de marbre^ dont le siège 
était à Paris. On ignore l'origine de cette juridiction, qui 
s'étendit delà capitale dans les provinces, et apparaît déjà 
au commencement du xvi' siècle. Louis XII en créa une au 
parlement. de Rouen en 1508. Henri II en institua, en 1554, 
dans ceux de Toulouse, Bordeaux, Aix, Dijon, Grenoble et 
Rennes. Cette juridiction eut pour effet de centralise^ tout 
ce qui touchait à la police forestière, car ce fut de la Table 
de marbre que découla toute l'organisation judiciaire des 
eaux et forêts. A sa tête était le grand-maltre, au nom du^^ 
quel les sentences étaient rendues et dont les officiers des 
maîtrises recevaient leur institution. 

La Table de marbre jugeait sans appel les causes ordi- 
naires et en première instance celles qui avaient plus d'im- 
portance. Ce fut l'édit du mois de mars 1558 qui établit 

(1) Voy. ce que nous disons an chapitre suivant. 

(2) Yoy. ce qui est dit plus loin de Tordonnance de février 1554. 

(3) L*ordonnance qui leur attribue cette extension est du 22 mai 1539. 
(Yoy. Fontanon, 1. 1, p. 979. Isambert, t. xn, p. 559.) 



438 LES FORÊTS Dl LA GAULE ET DE l'aNCIENITB FRANCE. 

des juges en dernier ressort au si^ de la Table de mar- 
bre à Paris, ëdit confirmé par lettres d'attache du roi Fran- 
çois II, du 17 juillet de Tannée suivante. Le parlement ne 
^pulait pas se dessaisir de toute compétence dans cette 
matière, et les lettres de François II font r&erve de tout ce 
qui touchait aux procès portant sur le fonds domanial, sur 
les droits de grurie, grairie et segrairie ; elles n'attribuaient 
à la Table de marbre que la connaissance des a£Eadres tou- 
chant aux usages, délits, abus et malversations œmmis 
dans les eaux et forêts. Le parlement tenait à se réserver 
l'appel de la Table de marbre, et voilà pourquoi Vordon- 
nance de Henri II, qui attribuait cet appel à une chainbre 
mi-partie composée d'un président du parlement et d'un 
maître des requêtes, et de dix juges, ne put recevoir son 
application. L'édit ne fut enregistré sous le règne suivant 
qu'avec des modifications qui empêchaient la nouvelle ju- 
ridiction de se constituer d'une manière indépendante. 
Ces résistances de la cour souveraine nuisaient, il faut le 
dire, à la bonne administration des forêts, en enlevant au 
conseil supérieur une partie de l'autorité dont il avait be- 
soin pour faire exécuter des règlements toujours trans- 
gressés. L'édit de décembre 1543, qui constitua définiti- 
vement les Tables de marbre et fixa leur juridiction, 
montre qu'à cette époque les officiers des forêts ne pou- 
vaient prendre connaissance des aiffaires concernantles bois 
des gens de mainmorte et des particuliers,) qu'en vertu 
de commissions spéciales données par le roi. Ainsi, l'au- 
torité royale n'avait agi qu'exceptionnellement, par me- 
sure de règlement, sur les forêts placées en dehors du do- 
maine, et c'est de François I^ que date véritablement 
rétablissement d'une juridiction émanant du roi, appli- 
cable à tout le royaume. Les ordonnances de 1513, 1518, 
et l'édit de 1543, manifestent tous une tendance de plus 



CHAPITRE XXIX. 439 

•en plus marquée à réglementer d'une manière générale 
les forêts, quel qu'en soit le propriétaire. En voici 
notamment une preuve : Quoique les ordonnances anté- 
rieures à 1543 n'eussent investi les officiers des forêts que 
d'attributions relatives aux bois royaux, le préambule de 
cette ordonnance montre que les lettres de provision des 
forestiers étendaient leur surveillance et leur juridiction à 
(toutes les autres propriétés boisées. Le principe de l'ins- 
pection par les agents royaux, des bois privés, que recon- 
naît et sanctionne l'ordonnance de 1515, que confirme 
redit de 1543, demeura depuis la base de la législation 
forestière. Les édits postérieurs à 1543 étendirent la ju- 
ridiction des forêts, en la distinguant nettement de la ju- 
ridiction ordinaire. Charles IX continua, par ses ^ordon- 
nances, l'établissement des mesures protectrices dont 
François P' avait eu l'idée. Un édit de septembre 1563 
interdit à tout particulier de couper les taillis avant l'âge 
•de dix ans. En cas de contravention^ les bois coupés in- 
dûment étaient . confisqués et le propriétaire puni d'a- 
mendes arbitraires. De plus, à l'égard des taillis exploités 
après l'âge de dix ans, il était enjoint de laisser .un cer- 
tain nombre de baliveaux par arpent. Déjà, fort anté- 
rieurement, les ducs de Normandie avaient donné dans 
leurs États l'exemple de cette sage précaution et inierdit 
de défricher les taillis (l).-Ges dispositions étaient ailleurs 
traditionnellement consacrées; mais on les éludait trop 
souvent. 

Toutes ces mesures demeuraient cependant encore in- 
sufiKsautes, aucune règle n'étant prescrite pour l'exploita- 
tion des futaies. La coupe à blanc estoc, que nous avons déjà 
signalée dans les Alpes comme si funeste, était d'un usage 

(1) Yoy. G. Dareste de la Ghavanne, Histoire des eUuses agricoUs «n 
France, ?• édit, p. 459. 



440 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

général^ en sorte que les futaies se trouvaieni bien Tîte 
réduites à de simples taillis. Ce mode d'exploitation in- 
considéré était même employé dans 1^ forêts du domaiae 
royal. Le bois se vendant alors beaucoup plus en fagots 
qu'en bûches (1), on trouvait un avantage momentané i 
multiplier les taillis. Une ordonnance de Charles IX, de 
1561, prescrit de mettre en réserve, pour les faire croître 
en futaiesy le tiers des bois taillis dépendant du domaine. 
La même disposition fut étendue aux bois des gens de 
mainmorte, bénéficiers et communautés, tant ecclésias- 
tiques que laïques (2). Les ofSciers des maîtrises étaient 
chargés de veiller à l'exécution de cette ordonnance sous 
peine de privation de leur office. 

Douze ans plus tard, en 1573, soit qu'on eût trouvé cette 
mesure trop rigoureuse pour les propriétaires de bois, soit 
que le besoin de combustible et de matière première se 
fit plus fortement sentir, on réduisit au quart l'étendue 
des bois à réserver pour croître en futaies ; mais il fut en- 
joint de choisir ce quart dans l'endroit où le fonds se trou- 
verait le meilleur et le plus propre à la croissance des 
arbres. Telle est l'origine des quarts en réserve existant 
encore aujourd'hui dans les bois des communes et deséta- 

(1) On trouve dans les mémoires de Claude Haton (éd. Bonrquelot, 
1. 1, p. 16, 1857) écrits, au milieu du xvi* siècle, quelques indicatioDS cu- 
rieuses sur le prix du bois à Provins en 1555. On y voit notamment qtae 
le cent des meilleurs fagots valait de 25 à 30 sous, et le cent des moyens 
de 18 à 20. Quatre années plus tard, en 1559, le cent des meilleurs fit- 
gots dits de houppier, de 3 pieds et demi de long et autant de groœeur, 
se vendait de 30 à 35 sous; le millier d'échalas de chône valait 50 sous, 
la planche de chêne d'une toise de long et d*un pied de large, 5 sous ; 
la paire de roues d'orme, 25 sous, et de hèire, 20 sous. On peut consulter 
sur le prix du bois en Normandie au moyen âge, de Robillart de Beaure- 
paire, Notes et documents concernant Vétat des campagnes de la houle 
Normandie dans les derniers temps du moyen âge, p. 263, 265. (Evrcux. 
1865.) 

(2) Yoy. V Ordonnance de Louis XIV pour les eaux el forêts : Des bois 
appartenant aux ecclésiastiques, art. Il, p. 114, éd. 1673. 



CHAPITRE XXIX. 441 

blissements publics (1). L'ordonnance de 1573 établit, par 
son article 4, que les bois taillis se couperaient de dix en 
dix ans, mais par dixièmes, de manière à avoir chaque 
année une vente ordinaire. Les ordonnances de 1539 
et 1566, renouvelées en 1597, avaient établi que les ventes 
extraordinaires, c'est-à-dire des bois de haute futaie, ne 
pouvaient être aliénées que dans des cas de grande néces- 
sité, par exemple pour l'apanage d'un fils de France. L'é- 
tablissement des gardes-marteaux par Henri III, en l'année 
1583, assura l'exécution de ces mesures conservatoires; 
les arbres destinés à la réserve eurent leur marque cerr 
taine. 

L'institution de ces agents se rattache, au reste, aux 
changements qui ne cessèrent de s'opérer dans la distri- 
bution des officiers des eaux et forêts depuis François I'' 
jusqu'à la fin du xvi* siècle. Le règlement de février 1554 
avait créé en titre d'office toutes les charges des eaux 
et forêts et supprimé les commissions précédemment 
données. L'article 2 établit dans chacun des palais des par- 
lements de Toulouse, Bordeaux, Dijon, Provence, Dau- 
phiné et Bretagne , un siège de grand maître et réforma- 
teur général des eaux et forêts. Chacun de ces sièges devait 
être occupé par un lieutenant avec quatre conseillers ou 
avocats et 'un procureur du roi. La Table de marbre de 
Rouen, créée en 1508, fut augmentée de quatre conseillers. 

Henri IH supprima, en 1575, l'office unique de grand 
maître enquêteur et réformateur général, pour le partager 
entre six personnes. Les six offices ainsi créés subsistè- 
rent, malgré leur suppression nominale en 1579, et furent 
même rendus alternatifs, en 1586, ce qui porta leur nom- 
bre à douze. Par ces créations de nouveaux offices, on se 

(1) C'est ce qa*observe M. Meaume dans son Introduction au droit 
forestier. 



442 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE L* ANCIENNE FRANCE. 

proposait plutôt de faire de Targent que d^arriver à one 
meilleure administration des forêts. Si même on crut au» 
atteindre ce dernier but, on alla droit à rencontre. La 
plupart des nouveaux officiers ayant acheté cher leur 
charge, s'indemnisèrent par le pillage; ce qui donna lien à 
de nombreuses réclamations. 

Les heureuses réformes introduites par Charles IX res- 
tèrent ainsi sans effet. Les guerres de religion, les discordes 
civiles, frappèrent de stérilité la belle l^slation de fVaii- 
çois l^. Les abus reprirent comme par le passé. L'État, 
dont les finances étaient obérées, concédait facilement dans 
les forêts des droits d'usage, parce que ces concessioDS 
étaient un moyen d'accroître ses ressources pécuniaires; 
aussi , quand Henri IV monta sur le trône , le désordre 
était-il arrivé à son comble (1). 



(i) Les arbres furent abattus, dans les temps de guerres civiles, par 
les mômes motifs qu'ils avaient été détruits lors de rétablissement de la 
domination romaine : « Asserentium quod ex multitudine salicnm et 
» aliarum diversanim arborum... locus predictus est adeo absconditos et 
» cohopertus quod hostes qui presentem patriam et alias circumvicinas 
» discurrunt et discurrere et equitare nituntur, inter dictas arbores abs^ 
» condi possunt et se plures abscondere ceperunt de die et de nocte, etc. • 
est-il dit, à propos des habitants de Lates, près Montpellier,' dans U 
permission que leur donne, en 1363, le maréchal d'Audenehan, de cou- 
per les arbres qui couvraient les chemins. (Yoy. Ménard, Hisloirg de 
Nismes, preuves, t. n, p. 271.) Les bois ser\'aient constamment de re- 
traite aux partisans dans les guerres civiles. Divers mots français rap- 
pellent encore, par leur étymologie, le rôle qu'ils jouaient alors; tête sont 
les mots, embusquer, débusquer, embûche, où entre le radical frtuc,bois. 
(Voy. L. Delatre, La langue française dans ses rapports avec U sanscrU, 
p. 169 et ce qui a été dit p. 428.J 



CBAPITBE XXIX. 443 



CHAPITRE XXX. 

INÉGALITÉ DANS LA MARCHE DU DÉBOISEMENT EN FRANCE. — EFFET DU 
DÉBOISEMENT SUR LE RÉGIME DES EAUX ET SUR LE SOL ; — PLAINTES A 
CE SUJET. — COUP d'ŒIL RÉTROSPECTIF SUR LE RÉGIME DES EAUX AU 
MOYEN AGE. * 

Ce qui a été dit dans les pages précédentes montre que, 
du xvi" siècle au xyiii% la dévastation des forêts marcha 
avec une extrême rapidité. La terre prenant chaque jour 
plus de valeur par l'accroissement de la population , le 
profit qu^on avait à la mettre en culture augmentait. Les 
seigneurs voyant qu'ils pouvaient retirer des sols cultivés 
en céréales de plus fortes redevances que des sols boisés, 
prêtaient eux-mêmes les mains à la destruction des forêts. 
GoUut se plaint de ce qu'ils « font raser leurs bois, par 
trop grande cupidité, pour avoir des subjets ou des cens, 
ou fournir leurs forges à fer (1). » 

Durant les siècles antérieurs, le ramage, le panage et la 
glandée, donnaient un prix particulier aux terrains plan- 
tés de bois; mais, plus tard, les procédés d'élève des bes- 
tiaux changèrent, on nourrit moins de porcs, et la glandée 
fut de moindre profit. On préféra les prairies ouvertes aux 
forêts, qui avaient Tinconvénient d'entretenir dans le voi- 
sinage un froid dont la cherté croissante du bois rendait 
plus difficile de se garantir. L'industrie métallurgique 
se développait et devenait une autre cause de déboisement, 
car une quantité croissante de bois était nécessitée pour 

(1) Mémoires historiques de la république Séquanoise, p. 84. Les 
forges et les verreries furent les premières usines établies à la naissance 
des arts industriels. 



444 LES FORÊTS DE hk GAULE ET DE L'ANCIEIflfE FRANCE. 

alimenter les usines. Des forges, qui s'établirent de bonne 
heure dans les forêts des pays riches en fer (1), ont été poor 
celles-ei une des causes les plus actives de destruction. 
La législation ne prit pas malheureusement en France, 
comme elle l'a fait en Suède depuis une époque fort an- 
cienne (2), le soin de lier par un système solidaire de con- 
servation, la propriété forestièire et l'industrie des mines 
et des usines métallurgiques. * 

En Bourgogne et dans le Nivernais, les forges à bras da- 
tent d'un âge reculé. De ces forges existaient très-ancien- 
nement au voisinage de la belle forêt de Narcy, dans le 
canton de La Charité ; ainsi que cela est attesté par les 
nombreux dépôts de laitiers qu'on rencontre dans les 
communes de Narcy et de Martin, dépôts qui sont deve- 
nus par leur décomposition très-propres à la culture (3). 



(1) G*e8t ce qui a eu lieu notamment en Alsace dans les forêts de 
Bienwald et de Haguenau. Ces forêts s*élôvent surunsable maréeai^eiiz; 
le minerai de fer, précipité par les eaux dont le sol est arrosé, s*mfiltre 
graduellement dans les sables ; il se réunit à Toxyde dç fer qui y a été 
amené de la même manière, et contribue à la formation de concrétions 
ferrugineuses, qui ont été exploitées à Taide du bois qui pousse sur les 
lieux. (Voy. le mémoire de M. Daubrée, dans les Annaïes des mines^ 
4* série, t. X, p. 45 etsuiv.) 

(2) Cette législation conservatrice a créé ce qu'on nomme les Bergàaçt, 
c'estrà-dire des circonscriptions tracées autour des grands gîtes minéranx 
de la Suède. On a compris, en général, dans chacune d'elles toutes les 
forêts dont les produits peuvent servir à Texploitation d^nn groupe de 
gîtes et au traitement métallurgique de leurs minerais. (Voy. sur les 
Bergslags, F. Le Play, Les ouvriers de V Europe , p. 97. Paris, Impri- 
merie impér.) En d*autres contrées de l'Europe, comme en certains lieux 
des Alpes et de la Garinthie, des conventions entre les propriétaires de 
forges produisent à peu près le même effet. (Voy. Le Play, ouv, ctl. p. 1 32.) 

(3) Voy. Née de la Rochelle, Mémoires pour servir à Vhisioire du di- 
partemenl de la Nièvre, 1. 1, p. 355, 356. Cette forêt est mentionnée dans 
l'histoire du Nivernais à une époque déjà reculée. Elle appartenait, ainsi 
que celle de la Bertrange, à Ermengarde, femme de Hugues Dulys; la 
plus grande partie de Tune et Tautre Ait donnée, en 11)1, aux reiigieaz 
de La Charité qui possédaient aussi la forêt d'Artonne, dont Marguerite de 
Fontenay, dame de Gbamplemy, leur avait fait donation. 



CHAPITRE XXX. 

On à vu par ce qui a été dit plus haut, que presque par- 
tout en France, au xvi* siècle, les usagers à divers titres 
se multiplièrent, que bon nombre abusèrent de leurs 
droits. La mauvaise constitution du régime delà propriété 
contribuait encore à ce fâcheux état de choses. On avait 
sans doute édicté, sous François P% des peines sévères 
contre les délits dont les usagers se rendaient coupables; 
mais ces peines étaient éludées, à raison même de leur 
rigueur. Les lois répressives demeuraient inefficaces, et 
les provinces où il eût le plus importé qu'elles fussent 
appliquées^ étaient précisément* celles oh elles Tétaient 
le moins. Au contraire, en Franche-Comté, en Lorraine et 
en Alsace, où le régime forestier était plus doux, les forêts 
eurent moins à souffrir des déprédations (1). 

Ces diverses circonstances expliquent pourquoi la des* 
truction des forêts ne marcha point, dans toute la France, 
du même pas. Au nord, lés forêts restèrent plus longtemps 
environnées du respect des populations. Au midi, au con- 
traire, le besoin de pâturages fit déclarer aux arbres une 
guerre acharnée (2). Dans les Basses- Alpes, le déboisement 
a été directement contre le but quel'on voulait atteindre. 
Les pâturages n'ont pas tardé à être entièrement détruits 
par les torrents que la disparition des arbres avait fait 
grossir, comme Fa observé un habile administrateur, 
M. Dugied (3). 

(1) Voy. le mémoire de M. Noirot, dans les Annales forestières, t. IV, 
p. 199 et suiv. 

(2) C'est Tusage de la Mesia qui a amené en Espagne la destruction de 
presque toutes les forêts, et qui tend à faire disparattre celles de l'Amé- 
rique du Sud. L'oisif colon espagnol préfère le soin facile des bestiaux à la 
culture pénible des terres, et conduit par son aphorisme favori : Crianza 
quiia îahranza (rélève des bestiaux dispense de toute autre occupation), 
il incendie les forêts vierges et prive ses descendants de ce qui eût fait 
leur richesse. 

(3) Dugied, Projet de reboUemetU des Basses-Alpes, 



446 LES FORÊTS DE UL GAULE BT VE L*AllGIEIfllB FRANCE. 

Dans les forêts des Pyrénées, on comptait encore, au 
XTii* siècle, les sapins par centaines de mille, et il a Ma 
toute reneige de la végétation du sol pour résista qud- 
que peu à la fureur destructive des habitants (1). 

A ces causes, qui établissent, sous le rapport des Tidasî- 
tudes forestières, une distinction marquée entre les pro» 
vinces du midi et celles du nord, il fout en joindre une 
autre. Les provinces méridionales n'ayant jamais reconnula 
maxime: «Nulle terre sans seigneur ; » les nobles neporent, 
dans cette partie de la France, envahir, comme ils le firent 
dans le nord, les communaux, sous prétexte qu'ils étaient 
sans propriétaires, et convertir en forêts destinées à leurs 
plaisirs les biens qui servaient aux usages communs des 
habitants. Dans l'est de la France, l'emploi des coupes som- 
bres ou système allemand fit conserver les grands arbres, 
à l'ombre desquels on plantait, et dont les rameaux rap- 
prochés protégeaient les jeunet plants délicats. Dans le 
midi, au contraire, la prédominance des coupes blanches, 
des défrichements à blanc estoc, anéantit les baliveaux ré- 
générateurs des forêts. Les réserves, trop vite éclaircies, 
finirent par disparaître^ et le sous-bois ne rencontrant plus 
l'abri nécessaire, le sol se dépouilla complètement. Enfin, 

(1) Ainsi qu'il a été observé p. 393, les forêts des Pyrénées paraissent 
avoir été mieux respectées du côté de l'Espagne que du côté de la 
France; de celui-ci, elles ont perdu, par les incendies, les défrichements, 
les abus de pâturages et le pillage, dans l'espace de cent quarante ans, 
les deux tiers de leur contenance. Si elles continuaient, écrivait un ins- 
pecteur forestier, M. Dralet, à être livrées à la dévastation, dans cent 
vingt ans, il n'en existerait plus. Depuis que ces réflexions ont été publiées, 
des bandes de pillards ont, à la suite de la révolution de février 1S4S, 
de nouveau porté la destruction dans les faibles restes de ces magnifi- 
ques forêts. En certains cantons des Basses-Pyrénées, l'on a tant défri- 
ché, tant extirpé, tant incendié et dilapidé, que les cpmmunes ne trou- 
vent même plus le combustible ligneux le plus indispensable, le simple 
nécessaire. Quantité de hameaux ont été abandonnés par les habitants, 
faute de bois. D'autres villages sont obligés de l'aller chercher dans les 
forêts éloignées, et jusqu'en Espagne. 



CHAPITRE XXX. 447 

une dernière cause qui hâta, dans le midi, la dévastation 
des forêts, c'est que l'usage des constructions en bois s'y 
continua plus longtemps qu'au nord et au centre de la 
France, où la pierrecalcaire abondait (l).Danslescontrées 
de sol granitique, de landes et d'alluvions, la rareté des 
pierres à bâtir nécessitait Tusage du bois et faisait abattre 
un grand nombre d'arbres. Ainsi, dans le Bordelais, pres^ 
que toutes les maisons étaient en boi$ ou en torchis, comme 
les .habitations des anciens Gaulois (2), et du mortier ne 
réunissait pas même les poutres. Les fenêtres et les portes 
étaient pratiquées à coups de hache dans les murs formés 
de solives superposées (3). 

La destruction des forêts a exercé en France, comme 
ailleurs, une influence notable sur le régimedes eaux. Pour 
les rivières qui, comme le Mississipi, en Amérique (4), pren* 
nent leur source dans des forêts, dans des cantons fort 
boisés, conséquemment là où le sol humide amasse lente- 
ment les réservoirs qui les alimentent (5), le volume moyen 



(1) On continua longtemps, cependant, dans certaines villes du Nord, 
à construire les maisons en bois. A la fin du xrv* siècle, la ville de 
Gand n'offrait que des maisons de cette matière, plâtrées d'argile et cou- 
vertes en paille. (Diericx, Mém. sur Gand, t. II, p. 10.) A ^ouen, les 
maisons en bois n'ont complètement disparu que depuis trente ans en- 
viron. (Voy. Behlen, Lehrb. der deutschen Forst-Geschichle, p. 35i) 

(2) CfiBsar, de bell. GalL, VII, 23. Voy. ce que dit Vitruve des adificia 
des Gaulois. 

(3) Jouannet, Slatisiiq, de la Gironde, 1. 1, part, ii, p. 284.. 

(4) Le lac Itasca, où le Mississipi prend sa source, est entouré de hau- 
teurs couvertes de conifères et dites hauteurs des terres ; ces hauteurs, 
où se tamise l'eau des pluies qui alimente le lac, s'étendent à une 
grande distance et présentent plusieurs branches dont la principale est dite 
Coteau du grand bois. Voy. Nicollet, Beport on the hydrographical ba^ 
sin oftheupper Mississipi river^ p. 238. (Washington, 1843, in-8.) 

(5) Nous citerons, comme étant de ce nombre, l'Aff qui prend sa source 
dans la forêt de Paimpont (llle-et-Vilaine), la Brevonne qui prend la 
sienne dans la forêt d'Orient (Aube), l'Allier qui prend sa source dans la 
forêt de Mercoire (Lozère), l'Huisne qui prend la sienne dans la forêt de 
Bellesme (Orne), le Vrin qui sort de la forêt de Bontin (Yonne). 



448 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

des eaux a diminué; en revanche, sur les montagnes dé- 
boisées, Feau n'étant plus lentement tamisée, les torrents 
sontdevenus plus impétueux et plus irréguliers. Il ne &at 
sans doute pas trop généraliser ce fait. Les forêts ne sont 
pas la source unique, ni même principale des rivières. 
Ainsi que l'a remarqué un ingénieur auquel on doit des 
recherches approfondies sur les inondations, M. Vallès, les 
sources qui se produisent aux environs des forêts sont gé- 
néralement d'un débit peu important; c'est aux sources 
profondes que les grands cours d'eau empruntent leur ali- 
mentation ; et les sources résultent des infiltrations sou- 
terraines qui amènent les eaux pluviales tombées sur une 
vaste surface en un point où l'inclinaison et l'imperméa- 
bilité d'une couche géologique les oblige à se créer une 
issue (1). Cette réserve faite, on doit admettre, avec Alex, 
de Humboldt, que l'absence de sources permanentes, la 
destruction des forêts et l'existence des déserts sont trois 
phénomènes étroitement liés (2). Les anciens avaient 
déjà été frappés de l'influence des bois sur le régime des 
eaux (3). 

Le déboisement d'un canton a parfois suffi pour amener 
le dessèchement d'un torrent (4). Un grand nombre de ri- 
vières autrefois navigables ne le sont plus actuellement, à 

(1) Voy. à ce s^jet dans la Revue contemporaine (30 avril 1866) 
l'article de M. E. Tisserand, sur la question des forêts, p. 699. 

(2) Voy. sur les effets du déboisement Revue britanniqi^y S* série, 
t. VIII, p. 391. — Boussingault, Mémoire sur Vinfluence des défriche- 
merUs dans la diminution des cours d'eau, dans le tome LXIV des An- 
naJesde physique etdechimie (1837). — W.U. Parish, Onthe influence 
of farests on climaie dans le Journal ofthe asialic sodety of BengàL, 
t. XVIII, p. 791 et suiv., enfin le curieux chapitre de Touvrage de 
Schacht, sur les arbres, intitulé ; La forêt et sa vte^ tradL Morren, p. 380 
et suiv., et surtout le chapitre suivant intitulé : La forêt et «on tm- 
portafice, p. 410 etsuiv. 

(3) PUne» HisU nai. XXXI, 4. 

(4) A. Surell, Etude sur les torrents des Hautes-Alpes^ p. 1 34. 



CHAPITRE XXX. 449 

cause de leurs bas-fonds. Ceux-ci sont déterminés par le 
sédiment qui se dépose dans leur lit et que les eaux ont 
charrié avec d'autant plus de facilité, que le sol était 
moins consolidé sur les rives par la végétation (1). 

Au temps des Romains, sur la partie la plus haute de la 
Durance, il existait une corporation de bateliers et de flot- 
teurs, tandis qu'aujourd'hui la pénurie des eaux s'oppose 
à ce que le flottage s'y puisse effectuer; c'est là un des 
effets du déboisement qui s'est principalement opéré sur 
la rive gauche de cette rivière torrentielle depuis Savines 
jusqu'à rUbaye (2). De semblables corporations de nautœ 
existaient aussi dans l'antiquité sur le Rhône, le Rhin, la 
Saône et la Seine. Il dut vraisemblablement y en avoir 
sur d'autres rivières de la Gaule, et elles subsistèrent 
jusqu'à l'établissement des barbares (3). Ces collèges de 
bateliers et de flotteurs ont eu leur part dans l'œuvre du 
déboisement, en facilitant et accélérant l'expédition des 
bois coupés, absolument comme depuis deux siècles, les 

(1) Surell, Quv. cU. p. 125, note 17. 

(2) Voy. Orelli, Inscription, laiin. sélect., n» 1993, 4077, 4243, 4244, 
4245, 6950, 7007, 7254,'7256, 7257. Cf. dans le Messager des sciences 
historiques de Belgique, an. 1842, une notice de M. de Ring sur les Nau- 
toi du Rhin et ce que nous avons dit plus haut, p. 79. 

(3) « On voit dans les Gaules des corporations multipliées de bateliers 
pour transporter les marchandises et pour faciliter le passage des rivières. 
Une inscription, trouvée sous le chœur de Notre-Dame de Paris, parle 
des nauts Parisiaci, La notice des dignités de Tempire, le recueil des 
historiens de France, par D. Bouquet, offrent la preuve qu'il existait de 
ces corporations pour la Seine, la Sambre, la Loire, la Saône, le Rhône, 
la Durance, etc., et que chacune avait un préfet ou patron. Toute 
cette organisation disparut pendant l'invasion des barbares et l'anarchie 
qui lui succéda. Mais on ne peut douter que, lo^^gue les voies de terre 
furent devenues impraticables, faute de police et d^ntretien, les rivières 
présentant des chemins tout faits qui pouvaient à la rigueur se passer de 
la main des hommes, servirent au transport des matériaux, des produits 
du sol et des autres objets de première nécessité, dont le commerce ne 
peut être absolument anéanU, même dans l'état social le plus barbare. >• 
(Vignon^ Eludes historiques sur l'administration des voies publiques en 
France, 1. 1, p. 30.) 

29 



450 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

trains qui descendent l'Yonne et la Marne, dépeuplait les 
forêts du Morvand, de l'Âuxerrois et du Bassigny (1). La 
disparition des essences forestières dont étaient couvâtes 
les chaînes de montagnes qui longent le Rhône, depiûs 
Tournon jusqu'au delà de Bourg-Saint-Andéol, a gra- 
duellement grossi les torrents qui versent leurs eaux dans 
ce fleuve. Ceux-ci ont raviné les pentes des Gévennes, 
occasionné d'incessants éboulements, et, avec le temps, 
la terre qui garnissait le versant tourné vers le Rhône, a 
été précipitée dans son lit et charriée, par ses flots rapides, 
jusqu'à son embouchure, oii elle élève les bords, m^e le 
fond, et détermine la formation des canaux latéraux (^). 

Ces attérissements continuels ont apporté des modifica- 
tions sensibles dans le delta du Rhône ; ses bras se sont 
notablement restreints. C'est ainsi que Saint-Gilles, qui 
était, au xi* et au xii'' siècle, un port important, ne peut 
plus actuellement recevoir de navires, qu'Âigues-Hortes 
n'offre plus, depuis plusieurs siècles, un chenal assez lai^ 
'pour donner accès à des vaisseaux tels que ceux qui ser- 
virent à rembarquement de saint Louis, à l'époque des 
croisades (3). 

Si le déboisement exerça sur le régime des eaux une lâ- 
cheuse influence, le mauvais état de ce régime réagit à 
son tour sur la végétation ; il multiplia les étangs, les eaux 
stagnantes, et convertit en contrées malsaines des lieux 
qui avaient été précédemment boisés. Le séjour des eaux 
amenait rapidement la destruction des arbres (4) et chas- 

(1) Voy. à ce sujet Delamare, Traiié de la Police, t. III, p. 475. 

(2) Elie de Beaumont^ Leçons de géologie pratique y t. I, p. 373. 

(3) /Wd., p. 384. 

(4) Voy. ce que dit M. Isabcau de la forêt de Pont f Loire-Inférieure), 
où depuis un siècle des centaines d'hectares de bois ont été détruits 
par l'accumulation des eaux stagnantes : Annales forestières, t. XII. 
p. 229. 



CHAPITRE XXX. 451 

^t la végétation. Dans des intérêts de fiscalité, dans le 
but de multiplier les moulins ou de grossir les produits 
«de la pèche, les seigneurs retenaient les eaux par des per- 
tuis ou des barrages, plantaient au milieu des rivières des 
pieux, ou y élevaient des digues qui nuisaient à leur cours; 
et, afin de lever péage plus fréquemment, rapprochaient 
les écluses. Ces usurpations se rattachaient à toute une 
invasion d'abus de la puissance seigneuriale contre les- 
quels Richelieu et Golbert luttèrent plus tard énergique- 
ment (1). Au commencement du xvi"" siècle, ces abus étaient 
arrivés au dernier degré, et ils furent, de la part des habi- 
tants, lésés dans leurs intérêts légitimes, l'objet de vives 
réclamations, auxquelles fit droit l'ordonnance du 29 mars 
1515 (2). C'était surtout dans le nord de la France qu'une 
«uite d'usurpations persévérantes avait donné aux sei- 
gneurs plus de facilité pour s'approprier les rivières. 
L'abondance des eaux fit dans le principe attacher peu 
d'importance au détournement ou à robstructi(»n de quel- 
ques cours d'eau. En certaines provinces même, toute li- 
berté était accordée aux justiciers d'établir des étangs et 
de retenir les eaux des rivières. Ailleurs, on allait plus loin. 
D'après les coutumes de Tours, du Maine, de l'Anjou, du 
Perche (3), le seigneur bas-justicier pouvait, à sa conve- 
nance, établir moulins et barrer les rivières. Cette faculté 
abusive laissée aux seigneurs portait la désolation dans 
les propriétés riveraines, sans cesse exposées à être sub- 
mergées. Dans le Yendômois et le Blésois, on constate en- 
core aujourd'hui les conséquences de ce déplorable sys- 
tème. Des étangs occupent l'emplacement sur lequel 

(1) Yoy. à ce si:^et J. Gaillet, V administration en France, sous le 
ministère du cardinal de BichelieUf 2^ édit.^ t. II, p. 1 1 et suiv. H. Do* 
niol, Histoire des classes rurales en France, 2* édit., p. 404 et suiv. 

(2) Fontanon, t. II, p. 622. Isambert, Recueil, t. XII, p. 43. 

(3) Voy. 8aint-Yon, p. 444, 448. 



452 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l'ANCIEKNE FRANCE. 

s^élevaient jadis des villages (1). La multiplicité de ces 
abus éveilla pourtant la sollicitude des villes. Les cou- 
tumes de Montargis et de Blois renferment des dispositions 
destinées à empêcher qu'en retenant Feau des moulins, on 
ne submerge les terres d'autrui (2). On mit certaines res- 
trictions aux privilèges qui tout d'abord avaient été io- 
considérément concédés aux nobles (3). Dans certaines 
coutumes, le droit d'établir un moulin à étang ne peut être 
accordé à tout autre que celui auquel il appartient, sans 
un congé exprès du seigneur (4). La coutume de Norman- 
die dénote plus de prévoyance encore, et l'on reconnaît 
aux mesures qu'elle prescrit, un pays où l'agriculture, à 
raison même de ses progrès, attirait davantage la sollici- 
tude de l'autorité. Cette coutume défend formellement de 
retenir les eaux des rivières pour en faire des étangs (5). En 
revanche, d'autres coutumes, celle du Nivernais par exem- 
ple, accuse à cet égard une négligence complète, et dé- 
clare qu'il est loisible à chacun de faire étang dans son 
domaine et d'y asseoir bonde ou pilon (6). 

Dans le midi de la France, le régime des eaux était 
beaucoup plus avancé. Les traditions de l'administration 
romaine, si vigilante à ce sujet, comme le montre le cé- 
lèbre traité de Frontin sur les aqueducs, ne s'étaient pas 
complètement perdues. Aussi tandis que dans les pro- 
vinces de droit coutumier, tout était livré, en matière de 
régime des eaux, à l'arbitraire du seigneur, qui se mon- 

(1) Je dois la connaissance de ce fait à feu mon confrère J. de Pé- 
tigny. 

(2) Saint-Yon, p. 444. 

(3) Le principe que le droit d'établir moulin et étang appartient exclu- 
sivement au seigneur, est posé par la coutume de Bretagne. 

(4) C'est ce qui est formellement dit d&ns la Coutume de La Fertë-Im- 
battt(c.V, art. 10). 

(5) Saint-Yon, p. 452. 

(6) Saint-Yon, p. 449. 



CHAPITRE XXX. 453 

trait moins préoccupé des intérêts de la navigation et de 
la culture, que de se créer des fiefs productifs, dans la 
partie du royaume qui gardait le droit romain, le prin- 
cipe de cette législation a aqua publica nuUo modo reti- 
neri potest, » continua à être en vigueur. D'ailleurs la 
nécessité des canaux d'irrigation pour l'agriculture, dans 
un pays .où le sol est plus sec et la température plus 
chaude, avait appris à régler de boifine heure l'usage des 
-eaux. L'établissement d'un grand nombre de canaux par 
les Yisigoths et les Arabes, canaux qu'alimentaient des 
torrents (1), obligeait à veiller plus attentivement à ce que 
rien n'arrêtât ou ne diminuât, dans leur volume, les eaux 
destinées à fertiliser les champs. On peut citer divers can* 
tons de la France comme ayant subi, sur une assez vaste 
^helle, la fâcheuse influence de cette extension démesurée 
des étangs et du barrage inconsidéré des cours d'eau. 
Dans la Brenne, jadis couverte de forêts, des étangs pri- 
rent la place des arbres, et les poissons celle du giljier. 
Cette révolution, opérée surtout à la fin du xv" et au mi- 
lieu du xvi*" siècle, se continua dans le siècle suivant. La 
multiplication des eaux stagnantes finit par être portée 
à un tel pomt, qu'en 1714 la seule terre du Bouchet, en 
Brenne, comptait trois cent neuf étangs (2). 

La Bombes, naguère pays riche et peuplé^ fut aussi, à 
partir du xv siècle, si encombrée d'étangs que des vil- 
lages entiers disparurent. L'insalubrité chassa ceux des 
habitants qui n'avaient point été déjà expulsés par l'in- 
vasion des eaux. La pêche devint presque Tunique res- 

(1) Tels sont le canal d'Alaric, qui est dérivé de la rive droite de l'A- 
dour, ceux du Vernet, d'Els, Molis, dans les Pyrénées-Orientales, etc. 

(2) Piganiol de la Force, Descript. de la France, t. XIII, Cf. Raynal, 
HisU du Berry, 1. 1, p. xii. Ces marais abondent surtout dans la partie 
de la Brenne qui reçoit le surnom de Désolée^ laquelle s'étend entre Nou- 
-ziers et Vendœuvrc. , 



tëi LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l'ANGIENKE FRANCE. 

source du pays. Tous les champs qui présentaient quel* 
que humidité naturelle furent graduellement transformés 
en étangs. Lorsqu'on parcourt la Dombes, on est surpris 
du peu d'importance des villages, eu égard à l'étendue et 
à la grandeur de leurs églises (1). Cette circonstance prouve 
que la population a notablement diminué, et la cause en 
est à l'établissement des étangs. 

Les rois de France cherchèrent à porter remède à cette 
extension déplorable des eaux dormantes et à la multipii- 
cation fâcheuse des barrages et des moulins. Dans le man- 
daoaent déclaratif de l'édit de 1544, sur la réformation dfê 
eaux et forêts en Bretagne (2), on ordonne la destruction 
des écluses qui arrêtent l'écoulement des eaux et la navi- 
gation. L'ordonnance de Charles IX, de 1570, interdit les 
écluses, pêcheries, nasseries, moulins, plantations d'ar- 
bres, de paux et de pieux, et autres choses étant dans Jes 
rivières et les fleuves, qui empêchent leur navigation (3). 

Cos défenses soulevèrent beaucoup de réclamations. En 
diverses provinces, dans le Midi surtout, les intérêts des 
propriétaires se coalisèrent pour faire obstacle aux plans 
de Colbert qui s'efforçait d'augmenter le nombre des ri- 
vières navigables et flottables (4). Dans l'ouest, les inter- 
dictions ne semblent pas .avoir eu grand effet, puisque 
l'abus s'était perpétué jusqu'au commencement de la ré- 
volution française. Il faut le dire aussi, l'arrêt des eaux 

(1) Ainsi, les églises de Versailleux, Marlieux, Saint-Paul, Bouli- 
gaeux, le Montellier, conliendraient une population triple de celle qui se 
trouve aujourd'hui dans ces localités. (Voy. Becquerel, Des climaU ei de 
Vinfluence qu'exercent les sols boisés et non boisés, p. 277.) 

(2) Fontanon, t. II, p. 268. 

(3) Fontanon, t. II, p. 421. 

(4) Voy. à ce sujet la Correspondance adminUtrative sous le règne 
de Louis XIV publ. parDepping, passim et notamment T. III, p. 704, 
T. IV, p. 75, et Vignon, Eludes historiques sur V administration des voies 
publiques en France^ T. I, p. 97 et suiv. 



CHAPITRE XXX. 455 

avait parfois son avantage ; il produisait une sorte de col* 
matage ; car le limon charrié par la rivière était forcé de 
se déposer, quand les eaux étaient retenues, et le sol ga- 
gnait alors en fertilité. C'est ce qui s'est produit surtout 
dans le midi de la France; l'établissement du barrage ne 
s'y faisait plus dans l'intérêt tout personnel du seigneur, 
c'était un avantage concédé à tous les agriculteurs. Les 
statuts des comtes de Provence et de Forcalquier per- 
mettent c à chacun, ayant droit et faculté de moulin et 
engin, de conduire les eaux, faire fosse, levée et écluse 
par les propriétés de ses voisins, là où il lui sera conve- 
nable, moyennant indemnité (1). » Les chartes de la Pro- 
vence et du Languedoc nous fournissent des exemples de 
transactions qui intervenaient entre les usagers dans le 
but d'assurer aux terres de chacun l'irrigation et le col- 
matage. Telle est la transaction passée, en 4204, entre les 
usagers dés eaux de Yaucluse, et qui réglait le partage et 
la proportion dans laquelle chacun devait subvenir à 
l'entretien et aux réparations (2). Telle est encore la con- 
cession faite, en 4235, par l'évêque de Gavaillon, aux habi- 
tants de cette ville, de se servir des eaux de la Durance 
qui étaient dérivées par le canal Saint-Julien (3). 

L'établissement des étangs et le mauvais régime des 
eaux conspirèrent donc avec les dévastations des forêts 
pour amener le déboisement de notre patrie. Le danger 
était déjà visible au xvi** siècle, pour des yeux clair- 
voyants, puisque Bernard Palissy écrivait, dans son 
style naïf : c Et quand je considère la valeur des plus, 
moindres gittes des arbres ou espèces , je suis tout émer- 



(1) Saint Yon,p. 449. 

(2) Nadaull de Buffon, Traité théorique et pratique des inHgations, 
t. I, p. 163. 

(3) Ibid. p. 177. 



456 LES FORÊTS DE Lk GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

veillé de la grande ignorance des hommes , lesquds il 
semble qu'aujourd'hui ils ne s'estudient qu'à rompre, 
couper et déchirer les belles forêts que leurs prédéces- 
seurs avaient si précieusement gardées. Je ne trouveray 
pas mauvais qu'ils coupassent les forests, pourvu qu'ils 
en plantassent après quelque partie ; mais ils ne se sou* 
cient nullement du temps à venir, ne considérant point le 
grand dommage qu'ils font à leurs enfants à radvenir. Je 
ne puys assez détester une telle chose et ne la puys appeler 
faute, mais une malédiction et un malheur à toute la 
Frauce, parce qu'après que tous les bois seront coupez il 
faut que tous les arts cessent, et que les artizans s'en 
aillent paistre l'herbe, comme fit Nabuchodonosor (1). » 
Sous Henri IV et sous Louis XIII, on commença pourtant à 
s'occuper du dessèchement des étangs, en vue de rendre à 
la culture des terres en grande partie improductives (2), 
et les champs remplacèrent sur divers points les eaux 
stagnantes qui avaient auparavant pris la place des 
arbres. 



(1) Recept vérUable pour miUtipUer les thrésors deufis les Œuvres de 
B. Palissy, éd. Cap, p. 88, 89. 

(2) Voy. à ce sujet J. Caillet, V AdmvUstration en France sous le mi- 
nistère du cardinal de Richelieu, 2«édit., t. Il, p. <2. 



CHAPITRE XXXI. 4SI 



CHAPITRE XXXI. 

LÉGISLATION FORESTIÈRE SOUS HENRI IV ET LOUIS XIV. ABOUTION DE 

L'ANaEXXE LÉGISLATION. FORESTIÈRE A LA RÉVOLUTION FRANÇAISE. 

Le XVII* siècle fut, pour les forêts de la France, une ère 
de réparation. Sully était aussi occupé que Bernard Pa- 
lissy du danger que faisait courir au pays leur disparition, 
alors qu'il annonçait que la France périrait faute de bois. 
Henri IV, qui subissait l'influence des idées de son mi- 
nistre et en concevait lui-même souvent de plus élevées et 
de plus étendues, comprit l'iasuffisance des mesures jus- 
qu'alors adoptées; et par une réglementation plus sévère, 
plus prévoyante, il s'eflForça sur ce point, comme sur 
bien d'autres, de cicatriser les plaies faites par les guerres 
civiles. On peut dire que, pendant plus d'un quart de 
siècle, les forêts avaient été livrées à la dévastation et 
au pillage. Les unes avaient été incendiées par les parti- 
sans; dans les autres, on avait inconsidérément et au dé- 
triment des futaies et des taillis les plus nécessaires à 
conserver, ouvert des chemins et des sentiers qui devin- 
rent à leur tour le point de départ de nouveaux abattis (1). 
Le besoin d'argent avait multiplié les ventes, et beaucoup 
avaient été opérées dans les forêts domaniales au préju- 
dice du trésor royal. A la faveur de ce désordre, les usagers 
.usurpèrent des droits nouveaux. En un mot, les mêmes 
motifs qui appelaient, plus d'un demi-siècle aupara- 

• 

(1) Voy. ce qui est dit, dans le règlement de Ghâtellerault, du 1*' dé- 
cembre 1601, pour les forêts de Ghizé etd'AuInay . ««Aussi tant à cause 
des guerres que du grand désordre qu'il y a eu par ci-devant es dites fo- 
rests, chacun s'étant licencié de faire des chemins et sentiers nouveaux 
partout où bon leur a semblé, elc.w Saint- Yon, p. 1 1 12. 



458* LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

vant, la sollicitude de François 1* pour la conservatioii 
des forêts, se représentaient avec plus de force que jamais. 
L'administration était à régénérer et des mesures conser- 
vatrices devaient être prises avec vigueur. 

Un édit^ donné à Rouen par Henri IV» interdit toute 
coupe extraordinaire et révoqua les droits d'usage, con- 
cédés à titre gratuit depuis François I^, prescrivant en 
même temps la révision et le rachat des droits concédés i 
titre onéreux. En tête de l'édit de Rouen se trouvent ces 
paroles remarquables : 

« Considérant que les grands d^ts et ruines des forêts 
de notre royaume, tant de celles de notre domaine et au- 
tres baillées en douaire^ usufruit et engagement, que de 
celles des ecclésiastiques, commanderies et communautés, 
procèdent principalement des ventes extraordinaires qui 
se font contre les règlements et ordonnances de nos pré- 
décesseurs et de nous ; du grand et excessif nombre d'offi- 
ciers, grands et petits, qui prennent gages et taxations, 
chauffage et autres droits es dites forêts, que de Textrème 
quantité d'usages et chauffages qu'il y a en icelles, et des 
délits, abus et malversations qui s'y commettent ; et dé- 
sirant, à l'exemple des rois nos prédécesseurs, Philippe et 
Charles, très-amateurs de forêts, remédier à la ruine évi- 
dente de nos dites forêts et conserver ce qui y este et 

les traverses d'aucuns de nos dits officiers ayant causé une 
licence si effrénée à tous débordements es dites forêts qu'il 
semble qu'on en ait conjuré l'entière ruine et dépopula- 
tion... ne pouvant plus tolérer ni laisser aller le mai plus* 
longtemps..., etc. » 

Les charges d'officiers des eaux et forêts, créées depuis^ 
la mort de Charles IX, furent supprimées, afin de rendre 
l'unité à la direction. Mais, à cette époque, la vénalité des 
offices opposait de graves obstacles aux réformes adminis- 



CHAPITRE XXXI. 459 

tratives. On se heurtait sans cesse contre le droit de pro- 
priété, qui était regardé comme sacré. L'édit de Rouen 
dut garantir aux possesseurs des offices supprimés le 
remboursement de la somme qu'ils avaient payée pour se 
les faire conférer ; toutefois l'état des finances ne permit le 
remboursement que des deux grandes maîtrises de l'Ile- 
de-France et de Normandie. Quoique on n'eût pas toujours 
autant de respect pour la possession du droit d'usage dans 
les forêts, on craignait cependant d'y porter atteinte, 
quand il appartenait à des nobles, à l'Église, et on n'avait 
pas encore imaginé, en vue d'affranchir de ce droit les 
forêts de la couronne, de recourir au cantonnement, 
comme le fit le code forestier (tit. 3, art. 63). 

La même année, 4597, qui venait d'être inaugurée par 
redit de Rouen, vit paraître un r^lement général des 
eaux et forêts, où sont contenues un grand nombre, de 
dispositions sur les officiers, sur les coupes et les ventes • 
ordinaires. L'article premier est ainsi conçu : « Voulons 

que sur l'avis qui nous en sera donné par nos officiers 

es sièges des tables de marbre, être par eux commis et 

pris arpenteurs jurés pour faire borner de hautes et 

apparentes bornes le circuit et reins desdites forêts et 

par peintres être faites cartes et figures desdites forêts, où 
seront dénotées lesdites bornes. i> 

La mention d'arpenteurs des forêts n'est point ici nou- 
velle. La nécessité d'évaluer rigoureusement leur conte- 
nance et d'établir l'assiette des coupes, avait déjà obligé 
de recourir à des arpenteurs ; mais leurs plans ou cartes 
étaient fort grossiers. Il y eut longtemps, en titre d'office, 
un grand arpenteur ordinaire, pour arpenter tous bois, 
buissons, forêts, garennes, terres, eaux, îles, pâtis, com- 
munes^ prés, ventes, asseoir bornes, faire partages et di- 
visions, et rapports de toutes choses, circonstances et dé- 



460 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

pendances desdites mesures, soit qu'elles fussent du do* 
maioedu roi ou des princes, potentats, gens d'église, com- 
munautés, seigneurs et autres sujets du royaume (1). 

Henri II avait porté à six le nombre des arpenteurs placés 
sous la direction du grand arpenteur et mesureur général 
du pays. En juin 1575, Henri HI arrêta, pour chaque juri- 
diction le chiffre de quatre arpenteurs-mesureurs et pri- 
seurs-jurés. Le personnel du cadastre forestier ne se 
trouva donc pas, sous Henri IV, en rapport avec l'étendue 
des travaux qui leur étaient imposés. Aussi son projet de 
faire exécuter la topographie complète de nos forêts ne 
reçut-il qu'une exécution très-imparfaite. Déjà, en i5Tl, 
la formation d'un terrier des eaux et forêts avait été inu- 
tilement décrétée. 

C^était à Louis XIV qu'il était réservé de reconstituer 
sur des bases meilleures la propriété forestière dans notre 
pays. L'ordonnance d'août 1669, qui est à elle seule tout 
un code forestier, demeurera un des plus beaux monu- 
ments législatifs de son règne. Le préambule de celte or- 
donnance nous apprend que le désordre qui s'était glissé 
dans les eaux et forêts du royaume, était si universel, si 
invétéré que le remède semblait presque impossible. 
Aussi Louis XIV ne négligea-t-il aucun soin pour arrivera 
guérir tant de plaies ; il se fit représenter les ordonnances 
de ses prédécesseurs, qui s'étaient plaints à diverses épo- 
ques de la désolation et de la ruine des forêts ; il fit exa- 
miner dans son conseil les procès-verbaux de vingt et un 
commissaires qui avaient été envoyés dans les provinces, 
et qui, durant huit ans, en avaient visité les forêts (2). 

(1) Voy. P. Neel Duval, sieur de la Lissandrière, Trailé universel des 
eaux et forêts de France, Paris, 1699. 

(2) Voy. Conférence de V ordonnance de Louis XI Y du mois d'aùût 
1669 ntr le fait des eaux et forêts, Nouvelle édition. Préface (Paris, 
nsî, 1. 1). 



CHAPITRE XXXI. 461 

Cette idée avait été suggérée à Louis XIV par Colbert, 
qu'on peut regarder comme le véritable promoteur de 
l'ordonnance d'août 1669. Colbert, frappé comme Sully de 
l'importance de la surveillance des forêts et de leur bon 
aménagement, en même temps qu'il prenait des mesures 
générales, apportait dans le détail de l'administration 
des soins tout particuliers pour arrêter le déboisement. 
On trouve dans la Correspondance administrative sous 
Louis XI\\ des instructions précises adressées par lui à 
Froidour, qui avait été chargé de la réformation des forêts 
dans les Pyrénées (1). Colbert voulait aussi qu'on lui si- 
gnalât les forêts dont l'État pouvait utilement faire l'ac- 
quisition. C'est ce qui ressort d'une lettre qui lui est 
adressée par Colbert de Terron, où celui-ci appelle son 
attention sur l'utilité qu'il y aurait à faire acheter par le 
roi la forêt du Faou, en Basse-Bretagne, forêt toute peu- 
plée de chênes et qui avait alors une lieue de long sur en- 
viron trois quarts de lieue de large, et qui, comme il a été 
dit plus haut, devait offrir antérieurement une plus vaste 
étendue. La forêt du Faou était, il y a deux siècles, la seule 
qui existât dans les environs de Châleaulin ; car la plus 
grande partie des bois qui avoisinaient Brest, avaient été 
coupés depuis peu pour les besoins de la marine (2). Les 
progrès de toute nature faits par le commerce et l'in- 
dustrie, l'accroissement de la population avaient doublé, 
triplé la consommation du bois, et le développement pro- 
digieux que Louis XIY donnait à ses flottes, en rendait 
le besoin plus impérieux. 

(!) Voy. Correspondance adminislralive sow Louis XIV, recueillie 
et mise en ordre par G.-B. Depping, t. IV, p. 75. 

(2) Ihid,, t. IV, p. 13. Le nom de plHsieurs localités des environs de 
Brest, rappelle encore la présence de forêts qui ont disparu ; on peut 
citer notamment Tendroit appelé La Foresty non loin de Landemeau. 
(Voy. au reste ce qui a été dit au sujet des forêts de la Bretagne, p. 341.) 



462 LES FORÊTS DE LÀ GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCS. 

L'ordonnance de Louis XIV introduisit dans la l^;isla- 
tion forestière la même unité que ce souverain s'attachait 
à faire régner dans toute l'organisation du royaume ; 
elle mit un terme aux aliénations du domaine, objet de 
vives réclamations aux états de 1614. Je viens de remar- 
quer que le désordre était arrivé à son comble dans cette 
branche de l'administration, c Depuis que nous avoi^ 
pris nous-méme la conduite et direction de nos princi- 
pales affaires de finances, dit le monarque dans son édit 
du 1*' mars 1663, nous n'en avons trouvé aucune où les 
désordres du temps passé nous aient paru plus considé- 
rables que dans l'état des forêts à nous appartenant. > 
Dans l'exposé des motifs qui avaient nécessité la réforma- 
tion des forêts de Champagne, on lit ce passage caracté- 
ristique : c Et parce que le mauvais état des forêts tant 
du domaine royal, que des ecclésiastiques et commu- 
nautés, a principalement été causé par la mauvaise admi- 
nistration des grands maîtres et des officiers es maitrises 
particulières qui, non contents de les dégrader eux-mê- 
mes par des coupes forcées et par l'emploi de leurs plus 
beaux arbres à leurs maisons et bâtiments, ont traité avec 
les riverains, usagers, rentiers, bénéfîciers, syndics ei 
principaux habitants des lieux, pour permettre et souffrir 
les abus, moyennant sommes notables et pensions an- 
nuelles, qu'ils ont exigées par composition, outre les 
droits inclus, exorbitants, qui ont souvent absorbé le prix 
des ventes et l'application des amendes à leur profit par- 
ticulier, en sorte que ceux qui étaient prépesés pour la 
garde et la conservation des forêts ont été les véritables 
auteurs de la ruine où elles se trouvent (1). » 
Le régime forestier sortit du chaos dans lequel il était 

(1) Voy. Réformaiiondes forêlsde Champagne^ mss. BU)!, impr. fondf 
fr. nM6686, f. 14. 



CHAPITRE XXXI. 463 

plongé. Un système à peu près uniforme d'aménagement 
et de pénalité fut adopté pour toutes les provinces. L'or- 
donnance de 1669 prescrivit la constatation rigoureuse 
de la contenance et de la superficie des principales 
forêts; elle détermina leur mode de conservation et d*a- 
ménagement, ainsi que les précautions et les formalités 
relatives aux coupes et à la vente de leurs produits. 

Les règlements de 1561, 1573 et 1579 avaient pour but 
d'em pécher l'exploitation trop précoce du sous-bois et de 
faire établir des réserves en bois de fortes dimensions. 
Dans ces ordonnances, il était prescrit de mettre en dé- 
fends certaines parties des forêts pour la production des 
arbres de gros brin, et il était interdit d'exploiter en 
taillis les peuplements ainsi réservés. L'ordonnance de 
1669 fut plus explicite; elle défendit d'exploiter des taillis 
âgés de moins de 25 ans, limite inférieure qui fut même 
fixée à 35 pour les forêts dont la superficie dépasserait 
50 arpents et dont le bois pouvait être livré à la consom- 
mation de Paris (1). On enjoignit aussi de laisser des ba- 
liveaux en npmbre déterminé dans les cantons où se fe- 
raient des abattis, ces étalons servant à repeupler par le 
gland les parties d^arnies (2). 

La nouvelle législation s'appliquait non-seulement aux 
bois de l'État, elle devait aussi régir les bois des com- 
munautés «t des établissements publics ; elle reproduisit 
sur les bois des particuliers certaines dispositions des or- 
donnances antérieures : c< Les r^les qu'elle trace pour 

(1) Voy. Duhamel du Monceau, De VexploiUUUm des bois, p. 139. 

(2) En Allemagne^ il y avait un siècle qu'on avait déjà pris pareille 
mesure. En 1 568, le duc Louis de Wurtemberg prescrivait la réserve 
d'un nombre suffisant de baliveaux, et en 1585^ la célèbre ordonnance fo* 
restière de Mansfeld renouvelait les mêmes injonctions. Voy. l'analyse de 
la Théorie de l'aménagemerU des taiUis sous fiUaie, par Pfeil, dans les 
Annales foresiièreSt t. XIII, p. 155. 



464 LES FORÊTS DE LA GAULE ET DE l' ANCIENNE FRANCE. 

l'assiette, le balivage, le martelage et la vente des bois, les 
recolements, et, en général, les conditions de Fexploita- 
tion, écrit l'éminent jurisconsulte Dupin (1), sont dignes 
de servir de modèle à l'administration du père de famille 
le plus éclairé sur ses intérêts particuliers. * 

Cette réforme administrative fut anncmcée, dès 4667, 
par la réorganisation du personnel des eaux et forêts, la 
réduction du nombre des officiers en chaque nudtrise, la 
mise sous Tinspection d'un gruyer spécial, des forêts, qui 
. par leur position écartée pouvaient échapper à la sur- 
veillance. Une réforme si radicale blessait trop d'intérêts 
privés, elle portait remède à trop d'abus dont profitaient 
des gens puissants, pour ne pas provoquer des résistances. 
Elle fut repoussée par quelques parlements, et notamment 
par le 4)arlement de Paris, dont l'opposition intempestive 
et inintelligente s'est manifestée en tant d'occasions. Cette 
cour ne l'enregistra le 43 août, qu'en vertu de lettres de 
jussion, le roi séant à son lit de justice. 

Les usurpations auxquelles la nouvelle législation pro- 
mettait de mettre un terme, étaient si anciennes et 
devenues si tenaces, qu'elles se présentaient à beaucoup 
d'esprits, surtout aux intéressés, avec le caractère de vé- 
ritables droits ; les usagers, les seigneurs» propriétaires 
de bois se prétendaient injustement dépouillés. Bans 
beaucoup de coutumes avait passé une doctrine favorisant 
singulièrement les usurpations ; elle admettait que la pos- 
session immémoriale en matière de servitude discontinue 
peut tenir lieu de titre. Les chartes de propriétés et le 
payement d'une redevance étaient placés sur la même 
ligne, en dépit de la règle : Nulle servitude sans titre. On 
comprend qu'il était facile, en l'absence de pièces écrites, 

(!) Lois forestières j p. G. 



CHAPITRE XXXI. 465 

et une foule de ces pièces avaient été détruites pendant 
les guerres (4), de prétendre à une longue possession. Les 
coutumes de Chaumont (art. 102), de Nivernais (titre des 
Bois, chap. 9 et 10), de St-Mihiel (titre xiii, art. 9), de 
Meaux (art. 76), d'Auxerre (art. 271), de Sens (art. 147), 
consacraient ainsi la substitution d'une jouissance immé- 
moriale à un titre véritable. 

Les usages en matière de forêts sont si divers et si mul- 
tipliés, que, pour empêcher les abus auxquels ils ouvrent 
la porte, une surveillance de tous les instants était néces- 
saire. La nouvelle législation le comprit. De là le soin 
qu'eut le monarque de n'en confier la préparation qu'à 
des hommes possédant une parfaite connaissance de la ma- 
tière. Les règlements exigeaient d'autant plus d'attention 
que le sens des mots, la valeur précise des termes variaient 
suivant les provinces. Par exemple, le mot affouage était 
entendu tantôt de l'usage du bois destiné au chauffage 
{adfocum) (2), tantôt de la portion afférente à chaque ha- 
bitant dans le partage du produit en bois de chauffage des 
forêts concédées à plusieurs communes ; celte dernière 
acception est celle qui a été adoptée dans notre Gode fo- 
restier; d'autres fois, le droit d'affouage s'entendait aussi 
du droit de couper du bois pour les usages domestiques : 
Jus cœdendœ sylvœ domesticos in usus, dit Du Gange ; ce qui 



(1) Il est dit dans des lettres patentes de Louis XII, conlirmant à 
Jacques do Ghambray ses droits dans les forêts de Beaumont-le-Roger, 
de Conches et de Breteuil : « Mais, pour ce que, durant les guerres des 
Anglois et autres divisions qui , par cy-devant, ont eu cours en nostre 
royaume, les prédécesseurs de nostre dit chambellan^ tenant le party des 
François, ont perdu plusieurs Chartres, lettres, papiers et écritures fai- 
sant mention des droiture^ de sadite terre de Thevray et en spéciale celle 
des franchises desdites forets, etc.» (Le Brasseur, Hist. civile et ecclé- 
siastique du comté d*Evreux, preuves, p. 126.) 

(2) Voy. Du Gange, Gloss. v^ Affuagium : « Jus ezcidendi ligni in ne- 
more ad focum suum. 9 

30 



w 



CHAPITRE XXXI. 467 

Douai furent les seuls auprès desquels les nouvelles cham- 
bres fonctionnèrent ; ceux de Rennes et de Toulouse se 
bornèrent à augmenter le nombre de leurs conseillers aux 
chambres des requêtes. Les tables de marbre de Paris et 
de Bordeaux furent rétablies dans leurs droits en 1704 et 
1705 ; celles des autres villes ne cessèrent jamais de les 
exercer. 

Le règne de Louis XV n'apporta aucun changement sé- 
rieux au système inauguré par son prédécesseur. 

Louis XVI s' efforça de suivre les principes qu'avait con- 
sacrés son ancêtre. Une déclaration du 44 décembre 1777 
organisa une nouvelle régie des domaines et bois. La 
science, qui avait jadis réclamé contre la destruction des 
forêts, par la bouche dePalissy, réclamait de nouveau, et 
avec plus d'autorité, par celles de Réaumur et de Bufibn. 
Turgot écouta les avis éloquents de ce dernier et voulut 
marcher sur les traces de Colbert. Il prépara un arrêt du 
conseil obligeant les propriétaires à planter un vingtième 
de leurs biens, sous peine d'une surtaxe d'imposition. 
Mais ce projet partagea le sort de son auteur. 

La révolution, en renversant tout l'ancien édifice social, 
abaissa les barrières que l'autorité opposait à la destruc- 
tion des forêts. 

ê 

Si le décret du 15-29 septembre 1791 soumit au régime 
forestier, non- seulement les bois des communes et des sec- 
tions de conmiunes, des établissements publics, mais en- 
core ceux dans lesquels l'État, la couronne, les communes 
ou les établissements publics avaient des droits de pro- 
priété indivis avec les particuliers, en retour il émancipa 
la propriété forestière privée . Tandis que l'ordonnance 
d'août 1669 avait astreint au régime forestier, outre les bois 
royaux, ceux qui étaient tenus en gruerie, grairie, ségrai- 
rie, tiers et danger, apanage, engagements par indivis, 



'.-*' 






CHAPITRE XXXI. 



469 



forêts; car le marquis de Mirabeau, dans sa Théorie de 
f impôt (1), évalue à trente-quatre millions d'arpents les 
forêts qui couvraient la surface de la France, et aujour- 
d'hui elle ne présente que huit millions et demi d'hec- 
tares boisés (2). Au reste, il ne faut pas s'effrayer outre 
mesure de ce mal'; la plus-value d'une matière première 
d'une indispensable utilité ramènera le bois là où le 
sol n'est pas propre à donner des produits plus avanta- 
geux, et un temps viendra où s'établira de soi-même 
l'équilibre entre la culture et les boisements, sans que le 
gouvernement ait besoin de continuer un système de pro- 
tection, utile en des âges d'imprévoyance et d'inégalité, 
dangereux, impuissant pour des peuples libres et juges 
éclairés de leurs intérêts (3). 

La végétation forastière tend, sans doute, chaque jour 
à perdre de son domaine, mais elle ne saurait être expul- 
sée complètement sans de graves dangers, sans de funestes 
conséquences ; elle est le symbole de ces instincts puis- 
sants et de ces sentiments naïfs qui prédominent dans les 
sociétés primitives, s'affaiblissent avec le temps, mais ne 
peuvent être complètement détruits au sein des sociétés 
civilisées, sans tarir chez celles-ci les sources les plus fé- 
condes de l'activité et de la vie. Dépouillé totalement de 
ses épais ombrages, le sol, quelque cultivé qu'il fût par la 
main des hommes, soufirirait d'une désolante sécheresse 
ou serait exposé à des inondations terribles. De même chez 

(1) Ed. 1760, p. 211. 

(2) Suivant les dernières statistiques, 8,900,000 h., c'est environ 1/6 
de la superficie de la France. Les forêts produisent annuellement 35 mil- 
lions de stères de bois de construction et de chauffage, valant près de 
4,000,000 flr.^ chiffre insuffisant pour nos besoins, puisqu'on importe en 
France une grande quantité de bois. 

(3) Yoy. à ce sujet le savant et curieux article de M. Eugène Tisse- 
rand, intitulé la Question des forêts, dans la Revue corUemporaine du 
30avrU1866. 



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470 LES FORÊTS DE LA GAUL 

les nations dans le cœur d 
nés et la naïveté des prem 
aucune trace, rien ne sau: 
nie des intérêts matériels i 
tour périodique des révolu 
versent et les énervent. 



TABLE DES CHAPITRES, 



* pages. 

Préface v 

Introduction 1 

Chapitre 1*'. — Etat forestier primitif de la Gaule 41 

Chapitre II. — Etat forestier du nord de la Gaule. — Forêt char- 
bonniôre. — Pays de Thiérache. — Élat forestier ancien de la Bel- 
gique. — Forêt des ArdenHes. — Traditions et souvenirs qui s'y 
rattachent. • 52 

Chapitre III. — Etat forestier du Jura et du pays des Helvètes. 
—Forêts de la Germanie. — Grandes forêts de T Allemagne. — 
Causes du déboisement dans ce pays 67 

Chapitre IV. — Essences forestières de la Gaule. — Aménagement 
et entretien des forêts du temps des Romains. — Premier déboi- 
sement 82 

Chapitre V. — Législation forestière des populations germaniques; 
influence des idées qui ont inspiré cette législation sur l'état des 
forêts en Gaule, après l'établissement des Goths, des Francs et des 
Burgondes 89 

Chapitre YI. — Législation forestière et des grandes forêts de 
la France au temps des Carlovingiens. ..•....• 97 

Chapitre VU. — Retour partiel de la France à son ancien état fo- 
restier. — Du droit de garenne H 4 

Chapitre VIII. — Influence des moines sur le défrichement des 
forêts. — Envahissement des forêts par les monastères. — Robert 
d'Arbrissel et Tordre de Citeaux 127 

Chapitre IX. ~ Droits d'usage dans les forêts sous le régime féo- 
dal. — Règlements de police établis par les rois et les seigneurs 
au temps des Capétiens. — Législation de saint Louis et de ses 
successeurs en matière de forêts 136 

Chapitre X. — Etat forestier de la France du xii* au xvi* siècle. 

— Forêts de T Ile-de-France. -- Forêts de Sarris, de Rouvray, de 
Laye, Yveline.— Le G&tinais, forêt de Fontainebleau. — Forêts 
de Livry, de Bondy, de Vincennes.— Forêts de la Brie, du Valois 

et du Beauvaisis 1 46 

Chapitre XI. — Forêts de la Picardie, de l'Artois, de la Flandre 

etduHainaut 173 

Chapitre XII. — Forêt des Ardennes, — l'Argonne. — Forêts du 

Barrois, de la Lorraine. 192 

Chapitre XIII. — Ancien état forestier des Vosges et de l'Alsace. 

— Districts forestiers de la Souabe . 205 

Chapitre XIV. — Forêts de la Champagne '. . 214 



TABLE 1 

3 XV. — Forftlsdelttl 
er du Horvand et de la 

i XVI.— ForêtadelftFt 
jd. — Anciennes forêts t 



, XVII. — Etat foreaU 
et de Montargis. — Le G. 
ésojs et duVendomois. 
î XVIII. — AncienneB 

"jou 

i XIX. — Ancien ëUt 

î XX. — Eut forestier 
î XXI. — ForêU du Pc 
i XXII. — Forèls du c 
lux grandes zones fore 
gnior. — Les anciennes 
le ta Marche, . . . 
1 XXIII.— Anciennes 
et de l'Aiinis. . . . 
a XXIV. — Forêts du I 
«emenl des Alpes. . ■ 
î XXV. — Anciennes : 

s XXVI. — ForéU du 
1 âge. — Forêts des Pyj 
illon, de l'Albigeois et 
i du Béam et du pay 
y el du Périgord. , ■ 
a XXVn. — Arbres ci 
es dimensions. — Demi 
e XXVIII. — Animaux 
Gaule.— Plaintes auxqv 
rets. — Associations pa 
s XXIX. -Influence < 
(tension des forêts, à ( 
ois I" et de ses succei 
E XXX. — Inégalité di 
e. — Effet du déboîsea 
Plainlesà ce sujet. — G 
ux au moyen Age. . . 
s XXXI. — Législatt 
XIV. — Abolition de 1 
ition française. . . . 



TABLE GENERALE 

DES FORÊTS ET DES BOIS PRINCIPAUX DE LA FRANGE 
ANCIENNE ET MODERNE ET DES AUTRES FORÊTS CITÉES 

DANS CET OUVRAGE. 



N.-B. — Les naméroff qui saireot le nom de chaque forêt rentoient aux p&ges où il en 
est parlé. La lettre n iadique que la citation se trouve dans une note. Les noms de forêts 
qui n'ont pas été mentionnées dans l'ouvrage ne sont suivis d'aucun numéro. 



Abresohwiller (Bois d') (Meurtho, 

arr. de Sarrebourg), 
Acmanii sylva, 155. 
Ageville (F. d') (Haute-Marne, arr, 

de Chaumont). 
Ageux (Forêt d') (Oise, arr. de Sen- 

lis), 167. 
Aigueperse (F. d') (Haute-Vienne, 

arr. de Limoges), 360. 
Aigueperse (B. d') (Rhône, arr. de 

Villefranche), 353. 
Aigues-Vives (F. d') (Loir-et-Cher, 

arr. de Blois), 276, 277. 
Aisances (F. des) (Saône-et-Loire). 
Aitone (?. d') (Corse), 387. 
Aix-la-Chapelle (F, d') (Prusse Rhé- 
nane), 111 (n). 
Aixe (F. d') (Haute-Vienne, arr. de 

Limoges). 
Aizenay (F. d') (Vendée, arr. de 

Napoléon-Vendée), 347. 
Alatha sylva ^ 168. 
Albepierre (B. d') (Cantal, arr. de 

Murât), 356. 
Albis (F. de 1') (Suisse), 249 (n). 
Aliermont (F. d') (Seine-Inférieure, 

arr. de Dieppe), 325. 
Alix (B. d') (Rhône, canton du Bois- 

d'Oingt). 
Aile (B. d') (Côte-d'Or), 232. 
Ailiers (B. des) (Côte-d'Or), 232. 
AUmend (F. de V) (Haut-Rhin, arr. 

de Colmar), 207 (n), 212. 
Allogny (F. d') (Cher, arr. de 

Bourges), 271. 



Alluets (P. des) (Seine-et-Oise, arr. 

de Versailles), 
Alneto (Boscus dé), 158 (n). 
Aliasylvay 133. 

Altholl(F. d') (Allemagne), 80. 
Amboise (F. d') (Indre-et-Loire, arr. 

de Tours), 275, 276, 428. 
Ameillon (F. d') (Deux-Sèvres). 
Amont (F. d') (Jura, arr. de Lons- 

le-Saulnier). 
Ancenis (F. d') (Loire-Inférieure, 

arr. d*Ancenis), 338. 
Ancerville (F. d') (Meuse, arr. de 

Bar-le-Duc), 216. 
Andaine (F. d') (Orne, arr. de Dom- 

front), 286, 287. 
AndeliaH foresta, 309. 
Andely (F. d') (Eure, arr. d' Andely) , 

309, 326 (n). 
Andena sylva, 286. 
Andernay (F. ou B. d') (Meuse, arr. 

de Bar-le-Duc), 216. 
Andigny (B. d') (Aisne, arr. de Ver- 
vins), 182, 186. 
Andlau (F. d') (Bas-Rhin, arr. de 

Schélestadt). 
Andred (F. d') (Angleterre, Sussex), 

416 (n). 
Anet (F. d') (Eure-et-Loir, arr. de 

Dreux), 158 («), 307. 
Anglards (B. d') (Cantal), 356. 
Angles (F. d') (Tarn, arr. de Cas- 
tres;, 401. 
Angouléme (F. d') (Charente, arr. 

d'Angoulême), 367. 
Angoutte (B. d*) (Aisne, arr. de 

Laon), 189. 



474 



TABLE GÉNÉRALE. 



Anost (F. d') (Saône-et-Loire, arr. 
d'Aulun). 

Auguien (F. d') (Marne, arr. d'E- 
pernay), voy. Enguien. 

Antoniboul (F. d') (Tarn). 

Antremont (F. d') (Meurllie, arr. de 
Nancy, canton de Nomeny). 

Anville (F. d') (Charente, arr. 
d'Angoulôme). 

Any (B. d') (Orne, arr. de Dom- 
front). 

Apollon daphnéen(Bois sacréd'), 86. 

AquHina sylvdy 150, 151, 152, 154. 

Aquilonarium nemus, 282. 

Âquisgranensis foresla, 111 (n). 

Aquosis {foresla de), 314. 

Araise ou Arraize (F. d') (Loire- 
Inférieure, arr. de Ghateaubriant), 
130, 330. 

Aran (P. d') (Basses -Pyrénées), 
396. 

Arbailles ou Arbalhe (F. d') (Basses- 
Pyrénées), 394. 

Arbois (F. d') (Jura, arr. de Poli- 
gny). 

Arc (F. d') (Doubs). 

Arc-en-Barrois (F. d') (H. -Marne, 
arr. de Ghaumont et Aube, arr. 
de Bar- sur- Aube). 

Arche (F. de 1'). Voy. L'Arche. 

Archevêque (B. de 1') (Indre-et- 
Loire), 277 (n). 

Ai'denna sylva, 60 (n), 111 (n). 

Ardennes (F. des) (Ardennes), 23, 
52, 59, 61,64, 411 (n), 127 fn), 
179,189,191, 192,193,194,195, 

197, 198,209, 416 (n). 

Arelaunum scUtus^ 260, 319. 

Arelaunum sylva^ 318. 

Argenton-le-Chàteau (F. d') (Deux- 
Sèvres, arr. de Bressuire), 273. 

Argentonii foresla, 273. 

Argonne (F. d') (Meuse, arr. de 
Montmédy et de Verdun), 192, 

198, 199, 200, 218. 
Argoulais (F. d') (Nièvre, cant. de 

Montsauche). 
Argueil ou Arguel (F. d') (Somme, 

arr. d'Abbeville), 177, 321. 
Aricie (Bocage d') (Italie), 18 (n). 
Arida Gamanlia sylva, 56. 
Aristallum for este ^ 111. 



Armainvilliers (F. d') (Seine-et- 
Marne, arr. de Melun), 163. 

Armes (B. des) (Lozère, arr. du 
Florac, canton de Montverl). 

Arnaud (Bois) (Eure), 313. 

Ame (F. d') (Jura, arr. de Dolt*)- 

Arouaise ou Arrouaise (F. d') f Aisn«?, 
arr. de Vervins et St-Quentin), 
56, 57, 182, 185, 186. 

Arques (F. ou B. d') (Seine-Infé- 
rieure, arr. de Dieppe), 324, 325. 

Arrablay (B. d') (Loiret, arr. de 
GïQTi)] 259. 

Artaing (la Haie d') (Aisne), 190. 

Artigues-Telline (F. d') (Basses- 
Pyrénées), 396. 

Artonne (F. d') (Nièvre), 444 (n). 

Ams (B. d') (Ardèche), 403. 

ArviaU (F. d') (Yonne), 228. 

Aspruch (F. d') (Bas-Rhin, arr. de 
Wissembourg) , 207, 208. 

Astenay (F. d') (Meuse, arr. de 
Montmédy). Voy. Stenay, 112. 

Astenidum foresie, 112. 

AthoU (F. d') (Ecosse), 418 Cn). 

Attigny(F. d') (Ardennes), ïil. 

AHiniacum foreste, 111. 

Aubenton (la Haie d') (Aisne, arr. 
de Vervins), 189. 

Aubignosc (F. d') (Basses-Alpes, arr. 
de Sisteron), 382 (n). 

Aubigny (F. d') (Cher, arr. de San- 
cerre). 

Aubigny (F. d') (Deux-Sèvres, arr. 
de Parthenay), 344. 

Aubrac (F. d*) (Aveyron, arr. d'Es- 
palion et Lozère). 

Aubusson (F. d') (Puy-de-Dôme, 
arr. de Thiers). 

Atidriaca sylva, 112. 

Aujoux (B. d) (Rhône, arr. de Vil- 
lefranche), 353. 

Aulnay (F. d') (Deux-Sèvres, arr. de 
Melle etCharente-Infér. , arr. de St- 
Jean-d'Angély), 348, 370, 457 (n). 

Aumône (B. d') (Nord, arr.d*Aves- 
nes), 184. 

Aumont (F. d') (Aube, arr. de 
Troyes), 43, 224. 

Autrey (F. d') (Hauie-Saône, arr. 
de Gray). 

Autun ou Autin (F. d*) (Deux- 
Sèvres, arr. de Parthenay). 



TABLE GÉNÉRALE. 



Availles (F. d') (Deui-Sèvres). 
Avesnes (la Haie d"). Voy, La Haie 

d'Âvesnes. 
Avignon (F. d') (Jura, arr. de St- 

Claude). 
Avaizo [F. d") (Saône-el-Loire, arr. 

de Charoltesj. 
Avours (B. des) (Aisne, arr. de 

Laon), 179. 



Bacenis lylva.lb. 
BacoDne, Voy. Boucenne. 
Bacquet (B. de) (EnreJ, 306. 
Baduhennx lucus, 75. 
Bagnollet (F. de) (Allier, arr. de 

Moiriins), 3ftl. 
Bailleul (B. de) (Nord, arr. d'Haze- 

brouk), se. 
Balan (B. de) (Indre-et-Loire), 

277. 
Bidismi foresla, Î98. 
Balaot (F. de) (AuJm, arr. de Bar- 
sur-Heine], 224. 
Ban {P. de) (Jura), S39. 
Ban de la Roche (F. du) (Vos^s, 

arr. de SaiDt-Dié),îiD. 
Baomx Venda in Cwsia, 108 (n). 
Bequevilla (B. de) [Eure, arr. d'An- 

dely), 326 (n). 
Bar (F. de) (Yonne, arr. d'Auxerre), 

228. 220. 
Baratier (F. de) (Hautes-Alpes), 

37*. 
Barban£OD (P. de) (Nord, arr. d'A- 
vesnes). 
Barc{F.de)(Eure),316. 
Barenton (F. de) (Côtes -du-Nord, 

arr. de Saint-Brieuc et Loudéac), 

331. 
Baronnies (Bois des] (Heurthe, arr. 

de Sarrebourg). 
Barr (F. de) {Baa-IUuD, arr. de 

Scbi^lesUdt). 
Barrade (F.) (Dordogne, arr. de P4- 

rigueui). 
Bamis tylva, 228, 229. 
Bas (F. de) (Loire, arr. de Roanne). 
Bas-Orbois (B. du) (Vosges, arr. de 

SainUDië), 210. 
Basqui [F, du) (Ariége, arr. de 

Foii). 



Basse (F.UÂisne), 179. 
Bassine (F. de la) [Tarn). 
Basluhrum nemus, 357 (n). 
BaugéiF. de](MaiQe-et-Iiaire' 

289 (n), Î90. 
Bauzon (F. de) (Ardèehe, ai 

Largentière, cantons de Mi 

zat, Concouron, Saint-Etioi 

Lugdares), 403. 
Bazoge (B. de la) (Sartbe, a 

Beaufort' (F. de) [Moine-et- 

288, 289 (n). 
Beaufort (B. de) (Nord, arr. 

vesnes), 184. 
Beaugerais (B. de) (Indre-et- 

arr. de Loches), 278. 
Beaulieu [F. de) (Deui-Sèvrei 

de Bressuire). 
Beaulieu (F. de] (Seine-Inféi 

arr. de Bouen), 317. 
Beaulieu des Marchais (F 

(Maine-et-Loire, arr. d'An 

290. 
Beaulieu (B. de) (Loire, at 

Roanne)- 
BeaumoDt (F. de) (Indro-et- 

arr. de Tours), 279. 
Beaumont (F, de) (Marne). 
BeaumoDt la Ronce (F, de) (J 

et- Loire), 265. 
BeaumOQt le Roger (F. de) | 

arr. deBomay), 116, 315,4 
Beaumont- sur-Oise (F. de) (1 

et-Oise, arr. de Pontoisai, 1 
Beaupré (F. de) [Oise, arr. de 

Beauquânay (F. de) (Manche 

de Valognes), 301. 
Beauregard [F. de) (8a*ne-et- 

arr. de CbAloD), 233. 
Beaurevoir (F. de) {Aisne, a 

SaintrQuenUn), 182. 
Beaussac (B. de) (Dordogne 

de Nontron), 369. 
Beauvoir [B. de) (Seine-Inréri 

312. 
Bëcon (F. de) (Maine-et-Loirt 

d'Angers), 288. 
Beffou (P. de) (&Jtes*du-Non 

de Guingamp). 
Belair (F. de) (Charente, ai 

Confolens), 369. 



TABLE GÉNÉRALE. 



47Y 



t ' ', 



Boisseaux (F. de) (Indre). 

Boland (F. de) (Belgique), 59. 

Bommiers (F. de) (Indre, arr. d'Is- 
soudun). 

Bondré (Buisson de) (Maine-et- 
Loire), 290. 

Bondy (F. de) (Seine-et-Oise, arr. 
dePonloise), 146, 158, 171, 172, 
428. 

Bonne (F. de) (Aisne, arr. de Châ- 
teau-Thierry). 

Bonnétable (F. de) (Sarthe, arr. do 
Mumers), 285. 

Bonnevaux(F. de) (Vienne), 344 (n). 

Bonnevaux (B. de) (Isôre, arr. de 
Vienne). 

Bonoil(nemus de)^ 181 (n). 

Bonlin(F de) (Yonne), 447 (n). 

Boquien (F. de) près de Collinée 
(Côtes-du-Nord, arr. de Lou- 
déac). 

Bor.l (F. de) (Allier, arr. de Mou- 
lins, cant. de Neuilly le Real), 
303. 

Borey (B. de) (Haute-Saône, arr. de 
Vesoul). 

Bornacq (F. de) (Cher, arr. de Saint- 
Amand). 

Borne (F. de) (Côte-d'Or, arr. de 
Beaune), 233. 

Borniu foresia, 280. 

Bort (F. de) (Indre- et -liOire et 
Vienne), 280. 

Bort (F. de) (AlUer?), 363. 

Bort ou Borz (F. de) (Eure), 312. 
313, 314i'7i). 

Boscodon (F. de) (Hautes- Alpes), 
379. 

Boshion'CB. de) (Eure), 311 (n). 

Bossican |F. de) (Aube, arr. de Bar- 
sur-Seine et Bar-sur-Aube), 231. 

Boucharde (F.) (Allier, arr. de Can- 
nât, et Puy-de-Dôme, arr. de 
Riom). 

Bouche-Clause (B. de) Hautes- 
Alpes). 

Bouchet (B. du) (Indre-et-Loire) 275. 

Bouche ville (F. de) (Aude, arr. de 
Limoux). 

Bouclans ou Chauley (F. de)(Doubs, 
arr. de Baume-les-Dames). 

Bouconne (F de) (Haute-Garonne, 
arr. de Toulouse, canton de Le- 



gnevin, au N. de Legnevin), 396, 

428. 
Bougival (B. de) (Seine-et-Oise), 

150 (n). 
Bouhey (F. de) (Côte-d'Or, arr. de 

Beaune). 
Boulay (B. du) (Haute-Marne, arr. 

de Vassy), 217. 
Boulemer (B. de) (Loir-et-Clier\ 

269. 
Boulogne (F. de) (Loir^t-Cher, arr. 

de Blois), 263. 
Boulogne (F. de) (Pas-de-Calais), 

177. 
Boulogne {B. de) (Seine), 149, 429. 
Bouloy (^nemus (ie), 225. 
Bourcier(F. de) (Saône-et-Loiro). 
Bourdonnais (F. de la) (Morbihan, 

arr. dePloermel, cant. de Guer). 
Bourgon (F. de) (Mayenne, arr. de 

Mayenne). 
Bourgueil (F. de) (Indre-et-Loire> 

arr. de Chinon), 280. 
Boursault (F. de) (Marne, arr. d'E- 

pernay). 
Bourse (F. de) (Orne), 294. 
Bourth (F. de). Vov. Borl ou Borz 

(F. de). 
BourzoUes (F. de) (Dordogne, arr. 

de Sarlat, sur la frontière du Lot- 
et-Garonne), 404. 
Pouiivant {venda de), 309. 
Bouveresse ou Boveresse (F. de) 

(Oise, arr. de Compiègne, front. 

de la b^omme), 180, 181, 182. 
Boverie (B. de la) (Sarthe, arr. de 

La Flèche), 131. 
Braconne (F. de) (Charente, arr. 

d'Angouléme), 367, 369. 
Bragny (Grand) (F. du) (8aône-et- 

Loire). Voy. Grand-Bragny. 
Bragny-la-Ferlé (F. de). (Saône-et- 

Loire). 
Braie (B. de) (Indre-et-Loire), 276. 
Braigne (F. de) (Saône-et-Loire\ 

232. 
Braigneaui {nemtis de), 232. 
Bratuni nemtiSy 276. 
Brandon (B. du) (!ndr»-et-Loire), 

277 {n), 
Brassac (F. de) (Ariége, arr. de 

Foix). 
Bray (F. de) (Seine-Inférieure, arr. 



■ / 



s'i 



1 ft. 






..^ 






^ ■ -- ■ - . 



TABLE GÉNÉRALE. 



479 



réaées, canton de la Barthe de 
Neste). 

Capduana syîva, 277. 

Captionne nemuSy 238. 

Caput cervinum sylvtty 273. 

Carbonaria sylva, 53, 183. 

Carbonnière ou Charbonnière (F.) 
52, 53, 54, 59, 177, 183, 184, 
187, 188, 189, 190, 195. 

Carneta sylva, 283. 

Carnida sylva, 283. 

Carnetin (B. de) (Seine-et-Marae, 
arr. de Meaux), 159. 

Garnoët (F. de) (Finistère, arr. de 
Qiiimperlé), 37, 340. 

Gamutes (F. des) (Eure-et-Loir, 
Loiret) 37, 262, 267, 268, 285, 
300. 

Cars (F. des) (Haute-Vienne, arr. 
de SaintrYrieix), 360. 

Casnelo (sylva de)^ 302 (n). 

Castellis (nemus de), 280. 

Gatelaine (Laliaye) (Nord), 186. 

Castres (F. de) (Tarn), 400. 

Castum nemuSy 22. 

Catelun (F. de) (Côtes-du-Nord, 
arr. de Loudéac), 334. 

Caucia sylva, 106. 

Caumont (F. de) (Gorrèze), 359. 

Cau;c (F. de) (Seine-lnfériewre). 

Caynonis sylva, 274. 

Celle-lez-Bordes (F. de) (Seine-et- 
Oise), 153. 

Celles (F. de) (Deux-Sèvres), 348. 

Cellier (F. de) (Loire-Infériçure, 
arr. d'Âncenis}. ; 

Cleom (sylva de), 358, 359. 

Cercottes (F. de) partie de la forôt 
d'Orléans (Loiret), 248. 

Cerisy (F. de) (Calvados), arr. de 
Vire), 302. 

Cemetrou (F. de) (Jura, arr. de Po- 
ligny), 432 (n). 

Cersy (F. de) (Loir-et-Cher), 269. 

Cette (F. de la montagne de) (Hé- 
rault), 391. 

Ceveunes (F. des), 3. 

Ceyroux (F. de) (Haute-IiOire, can- 
ton de la Voûte), 355. 

Chaanne ou Chasnes (Buisson de) 
(Maine-et-Loire), 288, 289 (n). 

Chabel (F: de) (Nièvre, arr. de Ne- 
vers). 



Chagny (F. de) Saône-et-Loire, arr. 

de Ch&lon). 
Chailluz [¥. de) (Doubs, arr. de 

Besançon), 239. 
Chaîne (B. de la) (Indre-et-Loire, 

arr. de Tours), 280, 281. 
Chaise ou Chaize (F. de la) (Vendée, 

arr. de Napoléon-Vendée), 347. 
Chaize (B. de la) (Indre), 273. 
Chalonge (B. de) (Sarthe), 284 (n). 
Chambaran (B. de) (Drôme), 375.' 
Chamberceau (F. de) (Haute-Marne, 

arr. de Langres, canton de Prau- 

thoy). 
Chambiers ou Chambières (F. de) 

(Maine-et-Loire, arr. de Baugé), 

288. 
Chambon (B. de) (Loir-et-Cher), 269. 
Chambres (B. des) (Marne), 218. 
Champ d*oiseau (B. de) (Indre-et- 
Loire), 278. 
Champfromier (F. de) (Àin, arr. de 

Nantrou). 
Champlive (F. de) (Yonne, arr. d'A- 

vallon). 
Champlatreux (B. de) (Seine-et-Oise^ 

arr. de Pontoise), 169. 
Champlitte (B. de) (Haute-Saône, 

arr. de Grayj. 
Champs rouges (F. des) (Jura), 241 . 
Ghançay (F. de) (Indre-et-Loire), 

281, 282. 
Chandelais (F. de) (Maine-et-Loire, 

arr. de Beaugé), 289, 290. 
Chantaloue (B. de) (Loiret), iî59. 
Ghantemerle (F. de) (Deux-Sèvres, 

arr. de Parthenay), 344. 
Chantilly (F. de) (Oise, arr. de Sen- 

lis), 52, 169. 
Chantre (B. du) (Indre-et-Loire), 

277 (n). 
Chanveaux (F. de) (Loire-Infé- 
rieure). 
Chaource(F. de) (Aube, arr. de Bar- 
sur-Seine), 43, 222, 225. 
Chaource (la Haie de) (Aisne), 190. 
Chapaize (F. de) (Saône-et-Loire, 

arr. de Mâcon), 232. 
Chapelle Sainte-Marie Magdelaine 

(B. delà) (Indre-et-Loire), 281. 
Chappes (F. ou B.de) (Aube), 43, 

224. 
Chapuis(boscus),ib&, 157. 



480 



TABLE GÉNÉRALE. 



Charbonnière (F.]. Voy. Carbon- 
nière. 

Chardin (F. de) (Charente, arr. 
d'AngOulême). 

Charmes (F. de) (Vosges, arr. de 
Mirecourt;, 204, 411. 

Chamay (B. de) (Rhône, arr. de 
Viliefranche). 

Charnie (F. de) (Sarthe, arr. du 
Mans), 122, 283. 

Charnouveau (F. de) (Nièvre, arr. 
de Cosne). 

Charolles (F. de) (Saône-et-Loire, 
arr. de Charolles), 233 (n^ 

Chartreuse (la Grande) (F. de la) 
(Isère), 377. 

Chaste-HouUe (B. de la) (Eure), 
306. 

Chateaulin (F. de) (Finistère). 

Château la Vallière (F. de) (Indre- 
et-Loire, ^arr. de Chinon), 280. 

Châteauneuf (F. de) (Haute-Vienne, 
arr. de Limoges), 360. 

Châteauneuf (B. de) (Cantal), 356. 

Châteauneuf en Thimerais (F. de) 
(Eure-et-Loir, arr. de Dreux), 
266. 

Château -Renault (F. de) (Indre-et- 
Loire), 280. 

Chàteauroux (F. de) (Indre). 

Château-Salins (F. de) (Meurthe). 

Chàteauvert (F. de} (Creuse, arr. 
d'Aubusson). 

Château-Villain (F. de) (Haute- 
Marne, arr. de Chaumont). 

Chatellerault (F. de) (Vienne), 343. 

Chatelneuf (F. de) (Jura), 70. 

Chatenay (B. dç) (Charente-Infé- 
rieure), 371. 

ChaUlIon (F. de) (Loiret), 262. 

Chatillon-sur-Seine (F. de) (Côte- 
d'Or, arr. de Châtillon-sur-Seine), 
234. 

Chatillon en Bazois (F. de) (Nièvre, 
arr. de Château- Chinon). 

Châtres (B. de) (Indre-et-Loire), 
277. 

Chaume-Germigny (F. de) (Saône- 
et-Loire). 
Chaumont (F. de) (Loir-et-Cher), 

270, 276. 
Ghausse-Moreau (F. de) (Jura, arr. 
de DôIe), sur la frontière du 



département de Saône-et-Loire. 
Ghaussère ou de Leppo (F. de la) 

(Maine-et-Loire), 132. 
Chauvigny (F. de) (Vienne^ 344 . 

(n). 
Chaux (F. de) (Jura, arr. de Dôl*/, 

69, 239, 419. 
Chazelte (F. de) (Haute-Loire, can- 
ton de Saugues). 
Chedon (F. de) (Indre-et-Loirç', 

277. 
Chef-Boutonne (F. dô) (Deux-Sè- 
vres, arr. de Melle), 348. 
Ghelles (F. de) (Seine-el-Jilanie\ 

163. 
Chemasson (B. de) (Mayenne), 287. 
Cheminon (B. de) (Marne, arr. de 

Vitrv), 216. 
Chenevole (F. de) (Indre), 279. 
Chenue (F.) (Nièvre, canton Je 

Montsauche). 
Ghepdone sylva, 277. 
Cherbourg (F. de) (Manche). 
Chérimont (F. du) (Haute-Saône, 

arr. de Lure). 
ChesnaisB vendOy 1 68 (n). 
Ghessy (B. de) (Seine-et-Marne, 

arr. de Meaux), 162. 
Chétif (B.) (Ain), 238. 
Chélif (B.) (Indre-et-Loire), Vïh. 
Chèvre (F. de la) (Indre), 271. 
Chevreuse (F. de) (Seine-et-Oise\ 

150. 
Chinon (F. de) (Indre-et-Loire\ 273, 

274, 275, 276. 
Chizay ou Ghizé (F. de) (Deux-Sè- 
vres, arr. de Niort et de MeiJeJ, 
345, 349, 457 (n). 
Chœurs (F. de) ^Cher, arr. de Saint- 

Amand). 
Choisy (F. de) (Oise), 107. 
Ghollet (F. de) (Maine-et-Loire), 

288. 
Chomontesio (Venda de), 258. 
Ghoussy(F. de) (Loir-et-Cher), 276. 
Cinglais (F. de) (Calvados, arr. de 

Lisieux). 
Ciniq (F. de) (Cantal), 356. 
Ciny (B. de) (Aisne), 190. 
Cipeleis sylva, 195. ^ 

Cirey (B. de) (Meurthe), 203. 
Gîteaux (B. de) (Côte-d'Or, arr. de 
Beaune et Dijon), 221. 



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TABLK GÉNÉRALE. 



481 



Givens (F. de) (Tarn). 
Givrais (F. de) (Allier), 361. 
Glairmarais (F. de) (Pas-de-Calais, 

arîT, de Saint-Omer). 
Glairvaux (F. de) (Aube, arr. de 

Bai^sur-Seine et Bar-sur- Aube), 
. 221, 224. 
Clarascencis sylva^ 224. 
Glay (F. de) (Isère). 
Glermont (F. de) (Isère), 375. 
Cluny (B. de} (Saône-et-Loire), 232. 
Coard ouGouart(B. de) (Oise), 169. 
Coat-an-noz et Goat-an-nay (F. de) 

(Côtes-du-Nord, arr. de Guin- 

gamp). 
Cœsia sylva, 76. 
Coet-Lorges (F. de) (Côtes-du-Nord, 

arr. de Saint-Brieuc), 335. 
Coet-Loux (F. de) (Morbihan), 340. 
Goet-Maloen (B. de) (Gôtes-du-NoVd, 
• arr. de Guingtfmp), 336. 
Colettes (F. des) (Allier, arr. de 

Gannat). 
Colombaria Sylva, 178. 
(Colombe (F. de) (Aube). 
Colombiers (F. de) (Vienne ou Deux- 
Sèvres), 65. 
Colonne (F. de) (Jura), 69. 
Coly ou Labal (F. de) (Dordogne, 

arr. de Sarlat), 404. 
Combamgra (sylva), 379. 
Comme/cy (F. de) (Meuse), 201. 
Compiègne ou Cuise (F. de) (Oise), 

52, 106, 107, 108 (n), 164, 168, 

409. Voy. Cuise (F. de). 
Concameau (F. de) (Finistère), 340. 
Conchamm foresta, 310. 
Couches (F. de) (Eure), 304, 310, 

311, 312, 313,314. 
Conchis S. Clemenlis {nemus) 1 80 (n) . 
Conchis de Cavaignes {nemus) 180 

(n). 
Concise (F. de) (MavenAe, arr. de 

Laval), 132, 330. ' 
Condô (F. de) (Nord), 186. 
Cootsé (B.) (Loire-Inférieure\ 340 

(n). 
Corbeny (F. de) (Aisne, arr. de 

Laonj. 
Corbière» (Forêts des), 389. 
Corgebin (F. de) (Haute-Marne, 

arr. de Chaumont). 



Corn>aranche (F. de) (Ain, arr. de 

Belley). 
Corme Royal (F. de) (Ciharente-In- 
% férieure), 371. 
Gorneau (B. de) (Saône-et-Loire), 

281. 
Comeau (B. de) (Indre-et-Loire, arr. 

de Tours). ' 
Cosdrena sylva, 269. 
Costa Chapsis {Boscus)^ 257. 
Coiiasylva, 106, 108, 109, 111. 
Couarde (B. de la) (Indre-et-Loire), 

281. • 
Couard (B. de), voy. Coard. 
Couassé (B. de) (Loire-Inférieure), 

340 (n). 
Coucy (F. de) (Aisne, arr. de Laon), 

52, 109, 165, 178. 
Coudane (B. de la) (Eure et Eure- 
et-Loir), 308. 
Couisans(B. de) (Nord), 184. 
Coulommiers (F. de) (Aisne), 179. 
Coulon (F. de) (Côtes-du-Nord), 335. 
Courberon (Boscusde) 158 (n). 
Coutumes (F. de) (Haute- Vienne), 

358 (n). 
Couvaux (F. de) (Morbihan, arr. de 

Napoléonville). 
Coye {Boscus de), 164. 
Coyw {Venda)j 164 (n). 
Graine (B. de) (Oi?e), 166. 
Crannou (F. de) (Finistère), 341. 
Craon (F. de) (Mayenne, arr. de 

Chàteau-Gontier), 129, 130, 132, 

288, 330. 
Creciaco {for esta de), 161 (n). 
Crécy (F. de) (Seine-et-Marne, arr. 

de Meaux et Coulommiers), 161, 

162, 168, 171. 
Créqui (B. de) (Pas-de-Calais, arr, 

de Montreuii), 177. n 

Cresiacum foresUj 112, 173, 
Crespin (B.) (Eure), 306. 
Cressy (F. de) (Somme, arr. d'Ab- 

beville), 112, 132, 173, 174. 
Crissay (F. de) (Indre-et-Loire, arr. 

de Chinon), 275. 
Croc (F. du).(8eine-Infér., arr. de 

Dieppe). 
Croiz-le-Frison (B.) (Aisne), 166. 
Cronilhac (F. de) (Haute-Loire, com- 
mune de Tence, arr. d'Yssin- 

geaux). 

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482 



TABLE GÉNÉRALE. 



Croie (Vendade), 308. 
CroleU {foresta de), 307, 308. 
Groth ou Grot (F. de) (Eure), 268, 

307, 308. 
Crotois (B. de), 308 (n). 
Cretois, voy. Croth (F. de). 
Crous de Bover esche {nemus), 180 

(n). 
Crov(F. de) (Somme), 176 (n). 
Guise (F. de) (Oise), 106, 107, 108, 

109, 164, 465, 167, 168, 169, 

434. Voy. Gompiègne (F. de). 
Cuisiasylvay 164. • 

Cunexy (F. de) (Moselle, arr. de 

Metz). 
Curia Dei (Boscus), 258. 
Gussangy (B. de) (Aube, arr. de 

Bar-sur-Seine), 225. 
Gussey-Ies-Forges (F. de) (Gôte- 

d'Or, arr. do Dijon). 



Dambach {F. de) (Bas-Rhin, arr. de 
Schélestadt). 

Dambray (B. do) (Orne), 298. 

Dames (B. des) (Indre-ët-Loire), 
281. 

Dam-Raynaud (F. do) (Jura), 241. 

Danville (F. de) (Meurthe), 116. 

Dauzon (F. de) (Ardèche, arr. de 
Largentière), 403. 

Dementart (F. de) (Aisne), 166. 

Denervense saltuSj 216 (n). 

Der, Ders ou Derve (F. de) (Haute- 
Marne, arr. de Vassy), 43, 216, 
217, 412. 

Dervalières (B. des) (Loire-Infé- 
rieure), 339. 

Descouardes (B. de) (Eure), 306. 

Désuresmes ou de Desvres (F. de) 
(Pas-de-Galais, arr. de Boulogne), 
177. 

Devons (F. de) (Jura), 241, 248. 

Devez (F. de) (Haute-Loire, canton 
de Saugues). 

Desvres (F. de). Voy. Desuresnes, 
arr. de Boulogne). 

Dian ou Dians (F. de) (Seine-et- 
Marne), 156. 

Dianx sylva, 51, 156. 

Dieufit (F. de) (Orne, arr. de Dom- 
front). 



Dieulet (F. de) (Meuse, arr.delfoDt- 

médy), 199. 
Dinan (B. de) (Côtes-du-Nord),î3i 
Dine (F. de) (Vienne), 345. 
Dirac (F. de) (Gharente, arr. d'An- 

goulème), 368. 
Dirimore (F. de) (Angleterre). 419 

(n). 
Dissey (F. de) (Saône^t-Loire, arr. 

de Louhans). 
Doignon (F de) (HauUj-Vienne, arr. 

de Limoges), 359. 
Dola Sylva, 166. 
Dole (P. de) (Aisne, arr. de Châ- 
teau-Thierry), 166. 
Domenèche ou Domnaid» (F. de) 

(Loire-Inférieure, arr. de Châ- 

teaub riant). 
Dorment (B. de) (Aisne, arr. de 

Château-Thierry) . 
Dorso asini {nemilk de), 255. 
Dourdan (F. de) (Seine-et-Oise, arr. 

de Rambouillet), 15/. 
Douvereau (F. de) (Mayenne;, 288. 
Dreuille (F. de) (Allier, arr. de 

Montluçon), 362, 363. 
Dreux (F. de) (Eure-et-Loir), 266, 

267, 268, 307. 
Dromling (F. de) (Allemagne), 25X. 
Drouille (F. de) (Creuse, arr. d Àu- 

busson). 
Duault (F. de) (Côtes-du-Nord, arr. 

de Guingamp), 37. 
Duc (F. au) ou Bois du Bol (Yonne. 
arr. d'Avallon, canton de Quarre- 

les-Tombes), 235. 
Z)i*c« sylvùy 78. 
Durbont (F. du Mont), 376. 
Durtal (F. de) (Maine-et-Loire, arr. 

de Baugé), 289. 

fl 

Eaumet (F. d') (Bouches-du-RhW' 

383. 
Eavi(F. d') (Seine-Inférieure, «uj. 

de Dieppe et Neufcbâlelj, i^*' 

324, 323, 328. 
Ebroicensis foresla, ZO^' «,/. 
Eburovices (F. des) 314, 31&t ^»"; 
Echallon (F. d') (Ain, arr. de wa» 

tua). 



^'. 



.;^;-., 



TABLE GÉNÉRALE. 



483 






Ecouves (F. d') (Orne, arr. d'Argen- 1 Etusson (F. d*) (Deux-Sèvres, arr. 



tan), 298, 299. 
Edobola sylva, 404. 
Eglises (B. des) (Aisne), 166. 
Emans (F. d') (Seine-et-Marne), 

155. 
Embeyre'(F, d') (Ariége, arr. de 

Foix). 
Enfers (B. des) (Va»*, arr. de Dra- 

guignan). 
Engbien ou Anguien (Marne, arr. 

d'Epemay), 219. 
Engoudsent (F. d') (Pas-de-Calais, 

arr. de Mon treuil). 
Ensigné (F. d') (Deux-Sèvres), arr. 

de Melle). 
Ensisheim (F. ou B. d') (Haut-Rhin), 

207 (n), 212. 
Epernav(F. d') (Marne), 219. 
Epinal (F. d') (Vosges), 204 (n). 
Epinat (F. de 1) (Indre-et-Loire), 

278. 
Eplnay (B. d') (Indre), 273. 
Epinoy (B. de V) (Indre-et-Loire), 

277. 
Epoisses (B. des) (Doubs, arr. de 

Besançon). 
Epping (F. d') (Angleterre), 54 (n). 
Equilina foresla, 150 (n). 
Ermandia regia foresta, 201 (7i). 
Ermenonville (F. d') (Oise), 169. 
Erviel (F. d') (Yonne), 228. 
Escout (F. d ) (Basses-Pyrénées), 

394. 
Esga sylva, 166. 
Esmans (P. d') (Seine-et-Marne), 

155. 
Espartignac (F. de) (Gorrèze), 358, 

359. 
Epinasse (F. de V) (Allier, arr. de 

Montluçon), 363. 
Essarts (F. des) (Eure et Seine-In- 
férieure), 316. 
Essarts (F. des) (Vendée, arr. de 

Napoléon- Vendée) . 
Estrapes (Bois des) (Aube), 224 (n). 
Etampes (F. d') (Deux-SèvresJ, 349. 
Etang-Neuf (B. de 1') (Vendée), 

347. 
Etangs (B. des) (Indre-et-Loire), 

275. 
Etoile (F. de 1'} (Haute-Marne, arr. 

de Ghaumont). 



de Bressuire), 348. 
Eu (F. d') (Seine-Inférieure), 323, 

Evêque (Bois de 1') (Nord), 185. 

Everta {Haiade), 151 (n), 

Evreux (F. d') (Eure), 304, 305, 

307,313,314. 
Evroux, voy. S. Evroux (B. de). 
Evuriii {S.) (Boscus), 257. 
Explenta (nemiw), 278. 
Eyrieu (F. d') (Isère), 374. 



Fage (B. de la) (Gorrèze), 359. 
Faget (B. du) (Gôte-d'Or), 224 (n). 
Fagina sylvay 195 (n). 
Fagne ou La Fagne (F. de) (Nord et 

Ardennes), 54, 184, 189, 190, 

195. 
Fagne de Sains (B. de la) (Aisne, 

arr. de Vervins), 195 (n). 
Fagne de Trélon (B. de la) (Nord, arr. 

d'Avesnes), 195 (n). 
Fdigne (B. de la) (Gôtes-du-Nord ^ 

335. 
Fains (Buisson du Breuil de) (Maine- 
et-Loire), 290, 
Fajet (syloa de), 395 (n). 
Falavier (F. de) (Isère), 374. 
Falise(B. de) (Nord), 184. 
Falempin (B. do) (Nord), 186 (n). 
Fannia sylvay 54 (n). 
Faou (F. du) (Finistère), 341, 461. 
Farschwiller (F. de) (Moselle, arr. 

de Sarreguemines). 
Fauge (F. de) (Aude). 
Fautoye (B. de la) (Aisne), 166. 
Faux (F. de) (Gôte-d'Or, arr. de 

Beaune). 
Faye {¥. de la) (Jura, arr. de Poli- 

Faye de Valempoulière (F. de la) 

(Jura, arr. Je Poligny). 
Febeton (F. de) (Suisse), 254. 
Fôcamp (F. de) (Seine-Inférieure), 

37, 323. 
Féchier (B. de) (Loire, arr. de 

Roanne), 353. 
Fère en Tardenois (F. de) (Aisne, 

arr. de Château-Thierry), 109, 

166. 



t-'.« 



484 



TABLE GÉNÉRALE. . 



Perrière (F. de la) (Seine-el-Marae), 
163. 

Ferrière (F. de la) (Deux-Sèvres, 
arr. de Bressuire), 344. 

Fertans (F. de) (Doubs, arr. de Be- 
sançon). 

Ferté (F. de la) (Indre-et-Loire). 
Voy. Bragny (F. de). 

Ferté-Vidame (F. do la) (Eure-et- 
Loir, arr. de Dreux). 

Feytaud (F. de) (Dordogne, arr. de 
Périgueux). 

Fiscannensis sylva, 323. 

Flavignac (F. de) (Haute-Vienne), 
360. 

Fléteau (B. de) (Indre-et-Loire, arr. 
de Tours). 

Flines (F. de) (Nord, arr. de Douai). 

Foillous {nemus efe), 153. 

Folembray(F. de) (Aisne), 178. 

Folin (F. de) (Saône-et-Loire). 

Follosii Sylva 1 153. 

Foloniasylva, 302 (n). 

Fohrenwaidj 213. 

Fontainebleau ou de Bière (F. de) 
(Seine-et-Marne), 27 (n), 46, 50, 
146,154,155, 156,157,171,261, 
296, 410. Voy. Bière (F. de). 

Fontaine-Française' (F. de) (Gôte- 
d'Or, arr. de Dijon). 

Fontaine-Milon (B. de la) (Maine- 
et-Loire, arr. de Baugé), 278. 

Fontevrault (F. de) (Maine-et-Loire, 
arr. de Saumur). 

Fondfroide (F. de) (Aude), 391. 

Fontpéron (F. de) (Deux-Sèvres). 

Forahwn sylva, 213. 

Forbach [¥. de) (Moselle, arr. de 
Sarreguemines). 

Forêt Noire (Allemagne), 30 (n\ 72, 
206,211,250. 

Forèl Noire. Voy. Hunaudaye (F. 
de la). 

Forestel (F. du) (Somme), 177. 

Forestelle (B. de) (Aisne), 178. 

Fossarl (F. de) (Vosges, arr. de Re- 
miremonl). 

Foucaudière (F. de la) (Maine-et- 
Loire, arr. de Chollet). 

Fougaron (F. du) (Haute-Garonne, 
arr. de Saint-Gaudens). 

Fougères (F. de) (llle-et-Vilaine), 
130, 132. 



Fougereuse (F. de la) (Deux-Sè\res, 

arr. de Bressuire), 348. 
Fougues ou Foug (B. de) (Meurlhe, 

arr. deToul), 201, 203. 
Foulleuse (B. de) (Seine-et-Oise), 

153. 
Foulognes (B. et F. de^ (Calvados, 

arr. de Bayeux), 302, 303. 
Fourges (B. de) (Eure), 306. 
Fours (B. de) (Nièvre, arr. deNe- 
' vers), 860. 
Fourmies (La Haye de). Voy. Haie 

de Fourmies. 
Fousseaux (F. de) (Indre), 273. 
Fraise (B. de) (Vosges), 204. 
Fréau (B. de) (Finistère^ 341. 
Fresne (F. de) (Meurlhe, arr. de 

Ch&teau-Salins). 
Fresse ou La Presse (F. de) (Jura, 

arr. de Poligny), 424, 432 (n}. 
Fretieum sylva, 229. 
Fretey ou Fretoy fF. de) fYonne, 

arr. d'Auxerrê), 229. 
Fretoy {nemus de), 1 80 (/i). 
Fretteval (F. de) (Loir-et-Cher, arr. 

de Vendôme), 263, 264. 
Freyenwald, 30 (n). 
Fricourt (F. de) (Somme, arr. de 

Péronne). 
Frxsia foresfensis, 75. 
Froidmont (F. de> (Ardennes, arr. 

do Mézières). 
Fromontel (B. des Montagnes de) 

(C6tes-de-Nord), 34 (n). 
Frugos (B. de) (Pas-de-Calais', 177. 
Fulehant(F. de), 25 (n). 
Furst (B. de) (Moselle^ arr. de Sar- 
reguemines). 



Gabas (F. de) (Basses-Pyrénées, 

arr. d'Oloron), 394. 
Gabreta sylva, 72, 73. 
Gajon (F. de) (Gers, arr. de Lec- 

loure). 
Gampen (F. de) (Allemagne), 35 (n). 
Ganac (F. de] (Ariége, arr. de F'oix}. 
Garde (B. de laj (Vendée), 347. 
Garenne (B. de la) (Finistère). 341. 
Garrigue (F. de la) (Tam-et-Ga- 

ronne, arr. de Montauban), 402. 
Garnache (F. de la) (Vendée), 347. 



1^ 

[ 









TABLE GÉNÉRALE. 



485 



Gars(B. de) (Finistère), 341. 
Gars (F. du) (Haute-Garonne, arr. 

de ëaint-Gaudens). 
Garseuland (F. de) (Indre)^ 272. 
Gartempe (F. de) (Creuse, arr. de 

Guéret), 38 (n). 
Gastines ou Gàtines (F. de) (Loir- 
et-Cher), 264, 265. 
Gatey (F. de) (Jura, arr. de Dôle). 
Gàtine (F. de) (Indre), 272, 278. 
Gàtine (F. de) (Vienne), 344. 
Gats (F. des) (Vendée, arr. de Na- 
poléon-Vendée). 
Gault (F. de) (Marne, arr. d'^per- 

nay), 220. 
Gault (F. de) (Eure-et-Loir), 263. 
Gavre (F. de) (Loire - Inférieure, 

arr. deSavenay), 339, 411. 
Gehan (F. du) (Vosges, arr. de Re- 

miremont). 
Gennes (B. de) (Doubs, arr. de Be- 
sançon) . 
Gergy (F. de) (Saône-et- Loire, arr. 

de Chalon). 
Gervelle (F. de) (Creuse), 365. 
Gesse (F. de) (Aude). 
Gélel (F. de) (Orne, arr. de Dom- 

front). 
Giroussens (F. de) (Tarn, arr. de 

Lavaur), 400. 
Gisors (F. de) (Eure), 328. 
Givereio (for esta de), 232. 
Givreium iforesla de ruptus), 233. 
Givry (B. de) (Saône-et-Loire, arr. 

de Chalon), 233. 
Gnadenwald (Tyrol), 35 (n). 
Godesqne (Forêt), 392 (n). 
Goille ou des GoiiJes (F. de) ou de Gal- 

cadis (Gard, arr. du Vigan), 400. 
Golfemi sylva, 292. 
Gomet (^Venda de), 258. 
Gondrecourt (F. de) (Meuse, arr. 

de Commercy). 
Gorze (B. de) (Moselle, arr. de 

Metz). 
Gouffer ou Gouffern (F. de) (Orne, 

arr. d'Argentan), 292, 293, 296, 

428. 
Gouggisberg (F. du) (Suisse), 245. 
Gouline (F. de) (8aône-et-Loire, arr. 

de Màcon). 
Gfalas (F. de) (Vendée, arr. de 

Napoléon-VendéeJ. 



Grand (F. de) (Vosges, arr. de 

Neufchàteau), 116. 
Grand-Bragny (F. du) (Saône-et- 

Loire), 132. Voy. Bragny. 
Grand-Bois (B. du) (Marne), 217. 
Grand-Chailly (F. du) (Côte-d'Or, 

arr. de Chatillon-sur-Seine). 
Grand-Chapitre (B. du) (Creuse), 

365. 
Grandes Vendres (F. de) (Hé- 
rault). 
Grandis sylvay 305, 39 1 . 
Grand Lande (F. de) (Vendée, arr. 

des Sables d'Olonne). 
Grand-Fayet (B. du^ (Côte-d'Or), 

224. 
Grande -Vèvre (B. de) (Haute - 

Saône, arr. de Vesoul). 
Grand Selve (F. de) (Haute-Ga- 
ronne), 398. 
Grandvaux (B. de) (Saône-et-Loire, 

arr. de Charollesj. 
Grange (B. de la) (Seine-et-Marne, 

arr. de Coulommiers, 163. 
Granges (B. de) (Allier), 364. 
Grange (F. de) (Haute-Saône, arr. 

de Lure). 
Grantsœuvre (B. de) (Eure), 306. 
Grata (F. de) (Vendée). 
GratoU{nemus de), 180(n). 
Gratuel (B. de) (Seine-et-Marne), 

159. 
Gravelle (F. de la) (Nièvre, arr. de 

Château- Chinon), 234. 
Gravelle (B. de la) (Isère, arr. de 

Grenoble). 
Grésigne (F. de) (Tarn), 400. 
Grosbois (F. de) (Charente), 368. 
Grosbois (F. de) (Indre-et-Loire), 

276. 
Grosbois (F. de) (Allier, arr. de 

Moulins), 362, 363. 
Grosme (B. de) (Saône-et-Loire, arr. 

d'Autun). 
Croulais ou La Croulais (F. de) 

(Loire-Inférieure, arr. de Save- 

nay), 330. 
Guanapii foresla, 347. 
Guastinensis sylva^ 265. 
Guerche (F. de la) (Ille-et-Vilaine, 

arr. de Vitré), 129, 130. 
Guerche (F. de la) (Vienne, arr. de 

Ghatellerauit). 






TABLE 

nier (F. de) (Moselle), 197. 
;au]t (B. de) (HayeDiie, an 
.aval). 

imard (F. de) (Aveyron, an 
ainte-Affriquej, 399. 
(F. de) (Pas-de-Calais, an 
loulogno), 117. 
iden (F. de) (Baî-Rhia, ar; 
chélesladt). 
icourl fi. de) (Aisne ou Nord 

(Haie de) (Aisne, air. d 
'ins), 190. 
(B.) (Eure-et-Loir), 368. 



;ald (F. de) (Bas-Rhin, an 

Vissembourg). 
lau (F. d') (Baa-Bhin, an 
Jlrasbourgl, 128, 207, ÎOS 
212. 

it(F. du), 173, 184 (n). 
(F. de) (Basses-Pyrénées). 
iitii lucvi, 108 (n). 
a sylva, IGS. 
i (F. de) (Sarthe), 285 In). 
,e(F.de)(0i3e), t08(»),16î 

inemu,de),m{n). 
,e (F. d') (Orne, air, de Don 
t)- 

iF. de) (Bas-Rhin), 207. 
ck (F. de la) (Suisse), 219. 
ot (F. de) (Pas-de-Calais, an 
loulogne), 177. 
a s'jlm, 1G8. 

ou Harth (F. de la) (Haul 
L, arr. de Mulhouse et Col 
1,207, 209, 210, 212. 
f.duj'AlIpmagno), 77,78,73 
(Venda) in Cuisia, 108 (n] 
comilii (nemiu), 277 (n). 

(F. de) (Bas-Rhin, arr. d 
sembourg), 138, 207 (n). 
î (B. des) (Seine-InKrieure) 

Brune (F. de) (Cher), 271. 
Forêt (P. de la) (Gflte-d'Oi 
de Beaune, canton do Nuil 
î Seurre). 
-JouK (F, des) (Jura), 241. 



• 11' 



TABLE GÉNÉRALE. 



487 



Hôpital (F. de V) (Gôte-d'Or, arr. 

de Chatillon-sur-Seine). 
Horle (F. de) (Charente, arr. d'An- 

g;oulème), 368. 
Hoùssière (P. de) (Nièvre, canton de 

Montsauche). 
Houvre (F. de la) (Moselle, arr. de 

Thionville). 
Hubelwaeldele (B. de) (Haut- Rhin), 

212. 
Hunaudaye (F. de la) ou Forêt 

Noire (I Ile-et-Vilaine), 335. 



Tle-Bouchard (B. de V) (Indre-et- 
Loire), 277. 

Indinosa (F. de V) (Corse), 387. 

Insulanus nemus, 277. 

Iraty (F. d*) (Basses-Pyrénées), 394, 
396. 

Isneauville (La Haie d') (Seine- 
Inférieure), 321. 

Isseaux (F. d') (Basses-Pyrénées, 
arr. d'Oloron). 

Issoudun (F. d') (Indre). 

Iveline (F. d'). Voy. Yveline (F). 

Ivry (F. d') (Eure), 307. 



Jailly (F. de) (Côte-d'Or, arr. de 

ChaUUon). 
Jarnac (F. de) (Charente, arr. de 

Cognac), 370. 
Javemandus sylva, 124. 
Jeumonl (B. de) (Nord, arr. d'A- 

vesnes), 184. 
Jeune (F.) (Dordogne, arr. de Non- 

tron). 
Jocourt (B. de) (Aube), 221. 
Jodrensis saliiLS, 161. 
Jonchère (F. de) (Saône-et-Loire). 
Joranus salius^ 128, 160, 161. 
Jorat {nemtis de), 252. 
Jouarre (F. de) (Seine-et-Marne), 

128,160,161. 
Joux (F. de la Haute-) (Jura, arr, 

de Poligny). 
Joux (F. de) (Jura, arr. de Saint- 
Claude), 240. 
Jouy (F. de) (Seine-et-Marne, arr. 

de Provins), '171, 221. 



Jugny (F, de) (Côte-d'Or, arr. de 

Dijon). 
Juigné (F. de) (Loire-Inférieure, 

arr. deChàteaubriant), 130, 330. 
Jura (F. royale de) (Doubs, arr. de 

Ponlarllcr). 
Jura (Forêts du), 70, 239. 
Juranus sallus, 244. 
Juris sylvGf 244. 



Karisiacum foreste, 111. 

Kasten (F. de) (Haut-Rhin, arr. de 

Colmar), 209. 
Katzenwald (F. de) (Bas-Rhin, arr. 

de Wissembourg\ 
Kiersy. Voy. Quiersy, 111. 
Kilescort {nemus de) y 186 (n). 
Kintzheimer (F. de) (Bas-Rhin, arr. 

de Schélestadt). 



Labal (F. de). Voy. Coly. 
L'Absie (F. de) (Deux-Sèvres, arr. 

de Parthenay). 
Lagii foresia, 255, 257, 258. 
Laide (F. de) (Allier, arr. de Mou- 
lins), 363. 
L'Aigle (F. de) (Orne, arr. de Mor- 

tagne), 296, 313. 
L'Aigle {F. de). Voy. Laigue. 
Laigue (F. de) (Oise), 52, 107, 166, 

167. 
Laigue- (F. de) (Isère). 
Laie (sylva), 149. 
Lalonde (F. de) (Seine-Inférieure), 

296 (n), 315, 316, 317, 320,321. 
liamandes (F. de) (Haute-Loire, 

eau t. de la Chaise-Dieu). 
Lamarche (B. de) (Saône-et-Loire, 

arr. de Louhans), 238. 
Lamarche (B. de) (Meurlhe), 20J. 
Lamballe (F. de) (Côtes du Nord), 

335. 
Lambert (B. de) (Vaucluse, arr. 

d'Apt). 
Laficeia sylva, 223. 
Lancy (F. de) (Yonne, canton de 

Villeneuve-r Archevêque), 223. 
Lande-d'Airou (F. de la) (Manche), 

301. 



bart. 

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de Cl 

«(B. 



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TABLE GÉNÉRALE. 



489 



Lorges (F, de) (C61ea-du-Nord, arr. 

de Saint-Brieuc et Loudéac). Yoy. 

Coet-Lorges. 
Lorme (F. de) (Nièvre, arr. de Cla- 

mecv). 
Loroux (F. de)(Gôtes-du-Nord), 235. 
Loubillé (F. de) (Deux-Sèvres, arr. 

de Melle). 
3Loudéac (F, de) (Côtes-du-Nord), 

335. 
Louisian (B.) (Aisne), 166. 
Loulle (F. de) (Jura, arr, dé Poli- 

gny), 70. 
Lourzé (F. de) (Maine-et-Loire, arr. 

deSegré), 130. 
Louvaux (F. de) (Morbihan), 336. 
Louvre (Garenne du) (Seine-et-Oise), 

157. 
Luba (B. de) (Vaucluse, arr. d'Apt), 

381. 
Lubeton (F. de) (Seine-et-Marne), 

161,162. 
Lucheux (B. de) (Pas-de-Calais), 56. 
Lumigny (B. de) (Seine-et-Marne), 

161. 
Luna sylva, 73. 
Liu*e (B. de) (Basses -Alpes, arr. de 

Forcalquier et Sisteron) . 
Lussac (F. de) (Vienne, arr. *de 

Montmorillon). 
Lyons (F. de) (Eure et Seine-Infé- 
rieure), 137 (n), 326, 327. 
Lys (F. du) (Oise, arr. de Senlis). 



Maalet foresla, 224. 
Mably (B. de) (Loire, arr. de Roan- 
ne). 
Machecoul (F. de) (Loire-Inférieure, 

arr. de Nantes). 
Macretet (F. de) (Ain, arr. de Nan- 

tua). 
Magdelaine (B. de la) (Allier, arr. 

de La Palisse). 
Magnac (F. de). Voy. Meuzac (F. ùe^. 
Magnat (F. de) (Creuse, arr. d'Au- 

busson). 
Magot (B. de) (Deux-Sèvres, arr. âe 

Parthenay) 
Maham (F. de) (Seine-et-Marne), 

160 (n). 
Maire-Rogier(B. de la) (Eure), 306. 



Maisonrouge (B. de) (Ardennes. arr- 

de Vouziers). 
Major {sylva) y 218. 
Malachère (B. de la) (Hauie-Saône), 

409. 
Malafia sylva, 300. 
Mdlay-le-Roy(F. de) (Yonne), 224. 
Malbo (F. de) (Cantal, arr. de Saiut- 

Flour), 356. 
Malbosc (B. de) (Ardècbe, arr. de 

Privas), 403. 
Maldabide (B. de) (Basses-Pyrénées, 

arr. deBayonne). 
Malefre (F. de) (Orne), 300. 
Malestable (F. de) (Sarlhe), 285. 
Malevalle (F. de) (Haute- Vienne), 

359. 
Malissard (F. de) (Isère, arr. de 

Grenoble). 
Malleroye (F. de) (Saône-et-Loire, 

arr. de Chaion), 233. 
Mallet (B. de) (Cantal), 356. 
Malmaison (B. de la) (Aisne, arr. 

de Laon), 189. 
Malnoue (B. de) (Jura, arr. de 

Dôle). 
Malo Pertuso {sylva de), 302 (n). 
Malpayre (F. de) (Sartbe, arr. de La 

Flèche), 289. 
Manières (B. des) (Vendée), 340. 
Malvèvre (F. de) (Saône-et-Loire, 

arr. de Louhans), 238. 
Mangette (F. de la) (Jura), 241. 
Mangienne (F. de) (Meuse, arr. de 

Montmédy), 197. 
Manœuvre (B. de) (Loire et Rhéne), 

352. 
Mans (F. du) (Sarthe), 283 fn), 284. 
Mans ou Mant (F. du) Seine-et- 
Marne), 128, 132fn), 160. 
Marange (F. de) (Charente, arr. 

d'Angouléme). 
M&quis de la Corse, 388. 
Marchenoir (P. de) (Loir-»et-Cher, 

arr. de Vendôme), 263, 264, 276 

(n), 411. ^ 

Marciana sylva, 72, 74, 211. 
Maréchats ou du Marchât (F. de) 

(Haute-Marne, arr. de Chau- 

monl), 112 (n). 
Mareuil ouMarealhe (F. de) (Vienne, 

arr. de Montmorillon), 344. 
MareuU.(F. de) (Dordogne), 369. 



490 TABLE G 

Mariage (F. de) (Belgique), 50. 
Marmiesso (F. de) (Gantai, air. 

d'AurilIac). 
Marly (P. de}(SeiQe-el-Oise), 151. 
Marloux (F. de) (Saûne-et-Loire, arr. 

de ChaloD). 
Maraenac ou Marcenat (F. de) 
(Allier, arr. de Gauaal), 363, 
364. 
MartigDy-les-Lamarohe (B. de) 
(Vosges, arr. de Neufchateau), 
3» (n). 
Marsois (F. de) (Haute-Marne, arr. 

di! Cbaumont). 
Martin (B.)('ndr&*t-Loife),aT7(n). 
MartîDville [F. de) (Vosges, arr. de 

Mirecourl'. 
Mary (P. de) (Cantal, arr. de Mau- 
riac), 170 (n). 
Mas d'AgeDOis et de âeneslis (P. de] 
(Loi-et-Garonne, arr. de Mar- 
mande). 
Matte (P. de la) (Pyrénée»0 rien ta- 
lée, arr. de Prades}. 
Mauljoussin (F. de) (Haute-Ga- 
ronne, arr, de Saint-Gaudens). 
MaulHvrier (F. de) (Seine-lnfé- 

rieure), 321. 
Maulnay [F. de] (Allier), 363. 
Maulne et Grailly (F. de) (Cher 

arr. de Saint-AmaDd). 
Maulnes {F, de) {Yonne, arr. di 

Tonnerre). 
Maumusson (F, de) (Loire- Infô- 

rieure, arr.-d'Ancenls). 
Mauny (P. de) (Seine -Inférieure, 

canton de Ducler), 311. 
Maupertuis (F. de) (Manche, a 

de Sainl-Lâ), 302. 
Maures (F. des) (Var, arr. de Dra- 

guignan), 386, 
Mauzâ (F. de) (Deux-Sèvres). 
Mayenne (F. de) [Mayenne, arr 

Laval et Mayenne). 
Mazarin (F. de) {Ardennes, arr. de 
■Méiières), 195. 
Meaux (B. de) (Sein e-ot- Marne), 

I2S, 160. 
Mediana sylva, 397. 
MeiUeraie (P. de la) (Deux-Sèvres, 

arr. de ParUienav), 
Méllnais (F. de) (Sarlbe, arr. de La 
Flèche), 131. 






TABLE GÉNÉRALE. 



491 



Monnaie (F. de) (Maine-et-Loiro, 

arr. de Baugé), 286, 288, 290. 
Monpeje (F. de) (Indre). 
Monque (F. de) (Côte-d'Or, arr. de 

Ghatillon-sur-Seine). 
Mont (F. du) (Jura, arr. de Poli- 

gny). 
Montaig:u (B. de) (Puy-dô-Dôme, 

arr. de Riom), 355. 
Montagne (F. de la) (Saône-et-Loire, 

arr. d'Autun), 234. 
Montagne de Reims (B. de la) 

(Marne), 219. 
MontaUles (B. de) (Drôme, arr. de 

Valence), 376. 
Montar (F. de) (Corrèze), 358 (n). 
Montargis (F. de) (Loiret), 46, 50, 

154,255,256,257,258,261,262. 
Montauriol (B. de) (Aube), 390. 
Montbessy (F. de) f Saône-et-Loire). 
Montclus (B. de) (Ardèche, arr. de 

Largentière). 
Mon tcou tant (F. de) (Deux-Sèvres, 

arr. de Parthenay), 344, 
Montdésir (B. de) (Haute-Loire, arr. 

de Brioude, cant. de La Youte), 

355. . 
Montech (F. de) (Tam-et-Garonne, 

arr. de Gastel-Sarrazin). 
Moniedema sylva, 390. 
Montiermeil (F. de) (Seine-et-Oise), 

159. 
Montferrat (B. de) (Var, arr. de 

Draguignan). • 
Montfort (F. de) (Eure), 316, 317 

(n), 318, 410. 
Montgô (B. de) (Seine-et-Marne, arr. 

de Meaux), 159. 
Mont de Hère (B. de) (Orne, arr. de 

Domfront). 

Montiers (B. de) (Yonne). 230. 
Montier-sur-Seaux (F. de) (Meuse, 

arr! de Bar-le-Duc), 217. 
Montignon (F. de) (Saône-et-Loire). 
Montigny (B. de) (Aisne, arr. de 

Chûteau-Thierry), au 8. de La- 

ferté-Milon. 
Montigny (B. de) (Meuse, arr. de 

Montmédy), 199. 
Montis forlis foresUiy 3l7 (n). 
Montis Gaii nemuSj 159. 
Montis Odilonis sylvUy 241. 



Monlis Salvii foresia^ 357. 

Montison (B. de) (Indre-et-Loire), 
275. 

Montjoyer (B. du) (Drôme, arr. de 
Montelimart), 381. 

Mont-Julier (F. du) (Suisse), 253. 

Montléans (F. de) (Isère), 375. 

Montmajour (B. de) (Var, arr. de 
Brignolles). 

Montmeillant (F. de) (Ardenues, 
arr. de Réthel). 

Montmirail (F. de) (Sarthe, arr. de 
Mamers). 

Montmorency (F. de) (Seine-el-Oise, 
arr. de Pon toise), 164, 217. 

Montmorency (F. de) (Aube, arr. 
d' A rcis-sur^Aube). 

Mont-Oidelon (F. du) (Jura), 241. 

Montoulieu (F. de) (Ariége, arr. de 
Foix). 

Montpellier (F. de) (Hérault), 391. 

Montpensier (B. de) (Puy-de-Dôme, 
arr. de Riom), 364. 

Montpinçon (F. de) (Calvados, arr. 
de Lisieux). 

Montrauves (F* de) (Haute-Oaronne, 
arr. de Saint-Gaudens). 

Montréal (F. de) (Ain, arr. deNan- 
tua). 

Montrichard (F. de) (Loir-et-Cher), 
276. 

Monts (B. des) (Pas-de-Calais), 177. 

Morgon (F. de) (Hautes-Alpes), 379. 

Morin (B.) (Eure), 311 (n). 

Morley (F. de) (Meuse, arr. de Bar- 
le-Duc). 

Mormal (F. de) (Nord, arr. d'Aves- 
nes), 54, 184, 185, 187. 

Mortagne (F. de) (Belgique), 195. 

Mortagne (F. de) (Charente-Infé- 
rieure), 371. 

Mortain (F. de) (Manche). 

Mosne (F. de) (Aube, arr. de Bar- 
sur-Seine ; Yonne, arr. de Ton- 
nerre), 224 (n), 225. 

Motte (B. de la) (Indre-et-Loire, arr. 
de Tours). 

Mouère (F. de) (Indre). 

Meulières ou Mollières (F. de) 
(Vienne, arr. de Poitiers), 345. 

Moulins (F. de) (Orne, arr. d'Ar- 
gentan). 



Moutlonnu ou Hulloone 
(Majcnne, arr. de Maye 
Moussiéres (F. des) (Ai 

Nantua). 
MauUer (B. du) (Allier), 
Moyeuvre (P. dej (Mosel 

Thionville). 
Moyoa (B. de) (Haucb 

Sdint-Lû), 302. 
Hozun (F. de) (Haute-Lo 

Brioude, cant.de La Cil 
Muudat (F. de) (Bas-Rhi 

Wiasembourg). 
Munet (F. de) (Allier, ar 

lins). 
Munière (B, de) (Alsni 

Château-Thierry), 166 
Mural (F. de) (Indre, t 

Cbàtre), 365. 
Mural {B. de) (Cantal), 3 
Murs (F. de) (Vaucluse, i 

VÉDasque), 
Myonne (F. de) (Haute- 

du Puy, canloD de Vo 



Maharvales (Bois sacré di 

Ua), IG. 
Nainglel(F. de) (Sauner 
Nani (B. de) (Haute-Saûi 

Lure). 
Nantaise (F.) (Loire-1 

337. 339. 
Nappes (F, des) (Seine-In 

Dieppe). 
Narbonnaise (F. de la) {i 
Nassau (F. du Prince 

Hliin), 197. 
Neauphlo (B. de) (Sein 

150 (n). 
Nesie (F. de) (C6te-d"C 

Dijon). 
Neubourg (F. de) (Eure), 
Neuf-Caotons (F, des) 

Loire), 306. 
Neuve (F.) (Loire-Inférie 
Neuville [F. de la) (Oise 
New forest (An gicle rro), 
Nidoiseau (F. de). Voy. 1 
Niedernai (B. de) (Bas-RI 
Niederuitûd, 246. 



TABLE GÉNÉRALE. 



493 



Orient (F. d') (Aube, arr. de Troyes 
et de Bar-sur- Aube), 43, 221, 
447 (n). 

Origniaci sylva^ 190. 

Origny (F. d') (Aisne, arr. de Ver- 
vins),.! 90. 

Orléans (F. d') (Loiret), 50, 154, 
255, 256, 257, 258, 259, 260, 
261,262,268. 

Ormont (B. d') (Aisne), 166. 

Orvilie (F. d') (Somme, arr. de Doul- 
lens), 112. 

Otta sylva, 222. 

OihsDvenda^ 223. 

Olhonia syLva, 213. ^ 

Othe (F. d') (Aube, arr, de Troyes, 
et Yonne, arr. de Joigny), 43, 61, 
155 222 223. 

Ouche (F. d') (Orne), 294, 295. 

Ouche (F. d) (Eure), 314. 

Ourscamps (F. d') (Oise), 167 (n). 

Outre-Bois (F. d') (Jura), 241. 



Pacioîvs sylvUy 229. 

Pact (F. du) (Basses-Pyrénées). 

Pacy (F. de) (Eure), 306, 307. 

Pagani boscus, 258. 

Paganorum sylva^ 73 (n). 

Pail (F. de) (Mayenne, canton de 

Villaine), 286, 287, 288, 293. 
Paimpont (F. de) (Morbihan, arr. 

de Ploërmel, et lUe- et- Vilaine, 

canton de Piélan), 335, 447 (n). 
Paisson (F. de) (Yonne, arr. de 

Tonnerre), 224 (n). 
Pal (Sylva de), 287. 
Palaiseau (F. de) (Seine-et-Oise), 

151. 
Palanges (F. des) (Aveyron, arr. 

de Hhodez). 
Palbion (P. de) (Yonne). 
Palecel ( Venda de), 151. 
Paleirotte (F. de) (Bouches-du-Rhô- 

ne), 224 (n), 384. 
Paliére (F. de) (Bouches-du-Rhône), 

384. 
Pdlium sylm, 287. 
Palson (F. de) (Corrèze), 359. 
Panderemia sylva, 402. 
Parc (F. du) (Maine-et-Loire, arr. 

de Ghollet). 



Parc-Châlon (F. du) (Deux-Sèvres) • 
Parc-Soubise (F. du) (Vendée, arr» 

de Napoléon -Ven»1ée). 
Pargues (F. de) (Aube, arr. de Bar- 

sur-Seine), 224 (n). 
Parma (F. de) (Corse), 387. 
Pars (B. du) (Mayenne, arr. de La- 
val), 320. 
Passavant (F. de) (Vosges, arr. de 

Mirecourt), 226, 227 (n). 
Pâlis (B. des) (Sarthe), 284. 
Paucourt (F. de) (Loiret), 262. 
Paussac ou Peaussac (F. de) (Dor- 

dogne, arr. de Riberac), 369, 
Pavée (F.) (Loire-Inférieure). 
Pavillon (F. du) (Haute-Marne, arr. 

de Vassy). 
Pelouses (F. des) (Indre-et-Loire), 

277. 
Pennes (F. de) (Bouches-du-Rhône), 

285. 
Perche (F. du) (Orne, arr. de Mor- 

tagne), 285', 297, 299. 
Perray (F. du) (Nièvre, arr. de Ne- 
vers). 
Perreux (B.)l;Eure), 306. 
Perseigne (F. de) (Sarthe, arr. de 

Mamers), 285, 289 (n), 294 298, 

299. 
Perseigna sylva, 285. 
Perlica sylva, 297, 298. 
Perticus sallus, 297. 
Perlhes (F. de) (Oise), 169. 
Perthes (F. de) (Haute-Marne), 215, 

216,218. 
Pertre (F. de) (Ille-et^Vilaine, arr. 

de Vitré), 330. 
Pinède de l'Abbé (Gard), 392. 
Pierrebrune (B. de) (Puy-de-Dôme), 
• 355. 

Pietro-Piano (F. de) (Corse), 287. 
Pionsat (B. de) (Puy-de-Dôme, arr. 

de Riom), 355. 
Pireia sylva y 238. 

Place-Blanche :B. de) (Rhône), 352. 
Plana sylva, 397, 406. 
Planèse ou Planoise (F. de) (Saône- 

et- Loire, arr. d'Aulun), 233, 

234. 
Plante (F. de) (Indre-et-Loire), 278. 
Plasnos (F. de) (Eure), 316. 
Platanensis sylva, 316. 
Pleine-Selve (Gironde, arrond. de 



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Blayo, et Ch; 

Jonzac), 406 
Pleisseiz-Héber 

306. 
Pleumartin (F. 

Chaiallerault 
Pogaal(B. de) 
Poiseux (F. de) 

Porigny [F. de] 
Pologne (B, de; 
Pommeraie (F. 
Pommeraie (F 
Loire), 411. 



Pom (F. de) (1 

de Cb&leaubr 
Ponl-ù-Mousso; 

arr. de Nanc 
PonUrmé (F. à 
Pontcalleo (F. 

de Lorient). 
Pont-de-l'Archi 

328. 
Pont-IEvéque 
Ponticiacejisis : 
Ponloise (F, de 
Port d'Ablevoii 

Loire), 380. 
Porimort [F. d( 

326 (n). 
Poxucourl (Ven 
Pouriras (F. de 
Pour!an9(F.de) 

de ChaioQ). 
Pramenou (B. 

Villefranche) 
Prayols (F. dt 

Foix). 
Préaux (F. di 

arr. de Rouei 
■Prendeigiies (l 

Figeac), 402. 
Preuilly (F. c 

arr. de Locht 
Prieur (F. du; | 
Prieuré (F. du) 

Prinoé{F. de)(l 

de PaimbeiiC] 

Pitleus Arksii { 

Puzarlôs (F. dej 



TA.BLG GÉNÉRALE. 



495 



Relanvaux (F. de) (Haute-Marne, 

arr. de Chaumont), 112 (»]. 
Remberviller (F. de) (Vosges, arr. 

d'EpinQl). 
Remich (F. de) (Moselle, srr. de 

Metz). 
Remilly (F. de) (Moselle, arr, de 

MeU), 197. 
Renay (B, do) (Loir-et-Cher), 201. 
Renëve (B. de) (Cûte-d'Or, arr. de 

Dijon). 
Rennes (F. de) (Ilie-et- Vilaine), 

131,337. 
Renne val ou Régna val (F. de) 

(Aisne, arr. de Laon), 186, 190. 
Reno (F. de) (Orne, arr. de Morla- 

gne), !9B. 
Retz ou Best (F. de) f Aisne), 140, 

IGà, IG6, 434, 
Reuncby (6, de) (SaÛn&-el-Loire), 

133. 
Rheintvald. 251. 
Rieumes (P. de) (Haute- Garonne, 

arr. de Muret). 
Richelius satlus, 210; 
Rigambal (F. de) (Aveyron, arr. 

d'Espalion), au N. de celle d'Au- 

mgeliùsnemu3,'H9. 

Ris (F. de) (Aisne, arr. de Ch&teau- 
Tbierry), 109. 

Risou(F. de) (Suisse), Î54. 

Rispevitle (B. de) (Eure ou Seine- 
Inférieure), 317. 

Riiheim (F. de) (Haut-Rhin), 38, 
207 (n) 

Roche (p. de la) (Puy-de-Dômej arr. 
de Clermont). 

Roche (F. de) (Puy-de-Dôme, arr, 
de Riom). 

Roche Boaucourt (B. de la) (Dordo- 
gne), 369. 

F -..lie -Bernard (F. de lu) (Loire-ln- 
fèrieure et Morbihan). 

Rochechouart tF. de) (Haute- 
Vienne). 

Rocbefort (B. de) (Seine-et-Oise\ 
151. 

Roche-3ervière (F. de) (Loire-Infé- 
rieure, arr, de Nantes', 364. 

Socheval(B. de) (Loir-ei Cher). 264. 

Roë ou Rouée (F. de la) [Mayenne, 
nrr. de Cbateau-Gontier), 130. 



Boi (B. du) (Nord), 187. 

Roi (B. du) (Meuse', ÎOÎ. 

Roi (B. du). Voy. Duc (F, au). 

Romainville (B. de) (Seine). 

Homora sylva, 321, 

RomariiBvenda, 321 (n). 

Romilly (F. de) (Moselle, arr. do 

Metz). 
Bomonl (F. de) (Vosges, arr. d'E- 

pinal), 204. 
Roorliivenda,2hS. 
Roseuï (F. dej (Eure), 307. 
Rosheim (F. de) (Bas-Rhin, arr. de 

Schélesiadt). 
Rosny (B, de) (Seine-et-Oise, arr. 

de Manies). 
Rospa (F. dei (Corse). 287. 
RotmariensU sylva, 32 1 . 
Rotunda sylva, 378. 
Roulfach (F, de) (Haut-Rhin), 

212, 
Rougeauï (F. de) (Soine-et-Oise, 

orr. de Corbeil), 157. 
Rougey (B de) (Loir-et-Cher), 269. 
Roumare ou Romaro (F. de) (Sdne- 

Inférieure), 143, 321, 410. 
Route (F. de) (Marne), 219. 
Routot (La Haie de) (Eure), 408. 
Rouvray (F. do) (Seine- Inférieure), 

144(n), 306, 320. 
Rouvray (F. de) (Seine-et-Oise), 

M6, 149, 
Rouvray (B. de) {Meuse, arr. do, 

Montmédy). 
Roveritum sylva, i 49, 320. 
Rovroy (nemt« de). 180 (n). 
Roie (B, de). Voy. Roseui, 360, 
Roie(n. de) (Allier), 
Ruban (B.) (Indre), 273. 
Rubra (sylva), 25t. 
Buchart [neinus de). 275. 
Ruchart (Voy. Lande Rucbart). 
Rudeau (B. de) (Dordogne), 369. 
RufTec (F. de) [Charente). 
RuCtin (B.) (Loir-et-Cher), 263. 
Rumetra sylva, 188 (n). 
Rumetra iF. de) (Belgique), 188 

(")■ 
Rumilly (F. de) (Aube), 43, 222, 



224. 



■.de 



nue (B. de) (Ome] 
ge (F. del (Imire). 
e (F.) (Allemagne' 
ou Saffrâ (P. de)' 
jre, arr. -ie Chi 

elle (F. de) (Haute 

-Agile (B. de) (L 

-Amand [F. de) (N 

5, 197. 

-AmBDd de Bon 

larenle, arr. d'Ani 

-Amoult (F, de)(i 

. d'ïvetol). 

-Aubin (F. de) (J 

le), 433 (n). 

-Aubin de Beaul 

!ui-8èvres, arr. d 

-Auhin du Corm 

laioe, arr. de R« 

■ca). 

-Avold (F. do) (1 

SarreguemJDes), 

-Benoit (F. de) ( 

Spinal). 

-Benoit du Saull(l 

-.du Blanc], 411. 

-Géré (F. de) (I 

jeac), 402. 

-Christophe (F. dr 

■(F. de) (Oise), Ifiï 

•Claude (B. de) (I 

4. 

-Cloud (B. de) (S 



.-Dagobert {F, de) 
Monlmédy). 
.-Denis [F. de] ( 
8. 162. 

; Eloy (B. de) (Pft! 
I-Engrace (P. d 
renées, arr. de M 
.-Etienne {P. de) (M 
.-Etienne ;B. de) ( 
-Euverte (B. de) ( 
.-Evre (F. de) (Mi 



TABLE GÉNÉRALE. 



497 



Saint-Pierre (F. de) (Oise), 167. 
Saint- Porchaire (F. de) (Deux- 
Sèvres, arr. de Bressuire^, 348. 
Saint-Remy (B. de) (Aube), 214 (n). 
Saint-Restitut (F. de) (Drôme, arr. 

de Montelimart), 381. 
Saint-Saens (F. de) (Seine-Infèr. , 

arr. de Neufchatel). 
Saint-Saturnin (F. de) (Saône-et- 

Loire). 
SaintrSauveur (F. de) (Deux-Sèvres, 

arr. de Bressuire). 
Saint-Sauveur (F. de) (Manche, arr. 

de Valognes), 301. 
Saint-Sever (F. de) (Calvados, arr. 

de Vire), 301. 
Saint-Sulpice (F. de) (Ille-et- 

Vilaine, arr. de Rennes), 134. 
Saint- Waast (F. de). Voy. Waast 

(F. de S.-). 
Sainte (F.J ou de Haguenau (Bas- 
Rhin), 212. 
Sainte- Apolline (B. de) (Seine-et- 

Oise), 150 (n), 152. 
Sainte-Baume (F. de la) (Var), 385, 

386. 
Sainte-Bert^e (F. de) fCreuse), 365. 
Sainte-Dode (B. de) (Gers, arr. de 

Mirande). 
Sainte- Geneviève (F. de) (Meuse, 

arr. de Bar-le-Duc). 
Sainte-Menehould (F. de) (Marne), 

201. 
Sainte-Radegonde (B. de) (Gbarente- 

Inférieure), 371. 
Saintes (F. de) (Charente-Inférieure) , 

369,370,371. 
Salabert (B.de) (Tarn), 401. 
Salagnac (F. de) (Dordogne, arr. de 

Périgueux), 404. 
Salerons (B. des) (Indre), 273. 
Scdmotiacvm foreste, 110. 
Salmoucy (F. de) (Aisne, arr. de 

Laon), 110, 179. 

Sancta foresta, 211 (n). 
Sancti Apri sylva^ 202. 
5. Lxti boscuSf 258. 
S. Lupinemus, 223. 
Santona sylva, 369. 
Sanzel (B. de) (Charente-Inférieure), 
371. 

Saon (F, de) (Drôme) . 



Sapet (F. de) (Haute- Loire, arr. du 

Puy, canton d'Allègre). 
Sarris (F. de) (Seine et Seine-et- 

Oise), 146, 147, 148, 150. 
Satanacum foreste, il2. 
Saulnot (B. de) (Haute-Saône, arr. 

de Lure). 
Saul forest{Rindousiaik), 15. 
Sault de Grillet (F. du) (Vendée, 

arr. de Fontenay). 
Saulcy (F. de) (Meuse, arr. de Com- 

meruy), 202. 
Saulve-Majour, 404. 
Saurais (F. de) (Deux-Sèvres, arr. 

de Parthenay). 
Saussoy (F. de) (Côte-d'Or, arr. de 

Beaune). 
Sautron (F. de) (Loire-Inférieure), 

339. 
Sauve-Cane (F. de) (Bouches-du- 

Rhône), 383. 
Sauvestre (F. de) (Basses-Pyrénées}, 

395. 
Savigneio (foresta de), 131 (n). 
Savigny (B. de) (Saône-et-Loire), 

238. 
Savigny le Vieux (F. de) (Manche, 

arr. de Mortain), 130, 131. 
Savoie (Forêts de la), 245, 246. 
Scay (F. du) (Doubs, arr. de Pon- 

tarlier). 
Scévolle (F. de) (Vienne, arr. de 

Loudun). 
Schélesladt (F. de) (Bas- Rhin), 

207 (n). 
Schirrheim (F. de) (Bas-Rhin, arr. 

de Strasbourg), 38, 207 (n). 
Schwarzwaldy 72. 
Scissy (F. de) (Gaules), 49. • 
Secondigné (F. de) (Deux-Sèvres, 

arr. de Melle). 
Seillon (F. de) (Ain, près Bourg). 
Seltz (F. de) (Bas-Rhin, arr. de 

Wissembourg), 207 (n). 
Selve (F. de) (Gaule Belgique), 110. 
Selve (B. de la) (Aude), 390. 
Semblancay (F. de) (Indre-et-Loire, 

arr. 4e Tours), 265. 
Senmons(F. des) (Germanie), 76. 
Sempliaco (foresta de), 265. 
Senart(F. de) (Seine-et-Oise), 157, 

171 172. 
Senlis^F. de) (Oise), 168, 169. 



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it-Cftnton3 (F. 

t-Villea (F. des 

téme (F. de) 

tienne), 374. 

vanus laLlus, 69, 239, 240, !43, 

maiie (B. de) (Hanie, arr. dt 

filryle Français), Î16. 

vais (F. do) (Oise et Seine-el- 

lise), 1G5. 

veirin (F. de) (Isère). 

siacum syli-a. 49. 

ly-Ie-Grand (F. de) (Ardenoes, 

rr. dcMeziéres), 195. 

ly-le-Petil (F, de) {Ardennes, 

fr. deRocroyi. 

; [F. do) iSarlhe, arr. du Mans), 

86, Î93. 

nctim ou Silviacvm foresta, 52, 

10. 

e (B. de la) (Hautes- Alpes). 

eison (F. de^ (Eure), 320. 

elino (F. de). Voy. Andaine 

\ d"), 386. 

eréal [F. de) (Bouches -du - 

hâne), 383, 384. 

iane(B. de) (Basses- A Ipe?, arr. 

9 Forcalquier, oant. de Banon). 

ull ou TirauU(F. de) (Belgique!, 

nerwald, 196. 

mes (F. de) (Belgique), 54, 61. 
iaea sylva, 54. 

ins (F, de) (Haute-SaÛne, arr. 
i Vesoul, couton de Rioz), 239. 
ins-les-Cordiers [B. de) (Uaute- 
lùne, arr. de Vesoul). 
ly (B. de) (Ardennes, arr. de 
Sthel). 

Irin CF. de) (Cher, arr. de 
)urges>. 

Ily (F. de) (Meuse, arr. de Vér- 
in), 199. 

aines iF. de) (Aube, arr. de 
ir-sur-Aube), 43. 
dun {F. de) (Seine-et-Marne, 
r. de Provins), ni, 220. 
ï-sous-Foréis (P. de) {Bas-Rhin, 
r. de Wissembourg^ 309 (n), 
shart, 77. 



Surdoire {F. de) (Gorrèze). 359. 

Sulherlaud (F. de) lEcoss*), tiSi»). 

Sylva cana, 383. 

Sylva lala, 133, 391, 39S. 

Syka regalis, 383. 

Sylva major, 104. 

Sylvanectes (F. des), i3, IflS, 'M, 

109, 110, 111. loS, ISt, 165, 

168, 177, 179, 182. 
Sylvestrit pagut, 39S. 



TancarvUlo (B. de) (Seine-lnr^ 
rieure, arr. du Havre', 3!î. 

Tahy IF. de) (Haut-Rbin;. 

Taillade (B. de la) (Hérault, arr. de 
Montpellier). 

Taillade (F. de) (Bourhfs^u-Bbiloe,, 



de ce nom). . 

Teil (F. du) (Il iMt- Vilaine, m- « 

Vîiré), 66. , , 

Teillay ou Telller (F. du) (IwliMi- 

I.oire\ 275. 
Teille (F. de) ( Loire -Inférienfe, wr. 

do Ctiàlcaubrianl el lUf*'-"" l 

laine, arr. de Redon]. ] 

Temple (F. du) (Indre). Î6i- , 

Teoracia syiva, 56, 1*3 W'»'' 
Temoiso (B. de la) (Paï<lfr(-^^'' [ 

Teutoburg(F.deî{Geniiiiiie,.'C. I 

Tharlet (B. de) (Ain, »rt. ■ 

Bourg). 



273. 
Thiërache (F. de) (Aifno et 
56, 57 (n), 61, Mi- ' 
190, 195. 



TABLE GÉNÉRALE. 



499 



Thigahusca sylva, 129. 
Thimerais (F. de) (Eure-et-Loir, 

arr. de Dreux), 268. 
Thionville (B. de) (Moselle), 197. 
Thiron (F. de) (Eure-et-Loir), 300. 
Thivole (F. de) (Drôme, arr. de 

Valence), 376. 
Thoraldi sylvQj 59. 
Thuringerwald, 72, 73, 77. 
Tiberge (F. de) (Isère). 
Tilleul (B. du) (Aisne), 178. 
Tilliacum nemuSf 275. 
Tillols (F. des) (Moselle, arr. de 

Briey). 
Tiloit (B. de) (Nord), 184. 
Timariensis sylva^ 268. 
Tirant (F. de;. Voy. Siraut (F. de), 

54. 
Tirincomt (F. do) (Somme), 176 (n). 
Toilloux (B. du) (Aisne ou Nord), 

185. 
Tombe (F. du Mont) (Manche, Ille- 

et- Vilaine), 50. 
Tonne (F. de la) (Indre, arr. de 

Châteauroux, et Indre-et-Loire, 

arr. de Loches), 271, 278. 
Torfou (F. de) (Loire-Inférieure), 

340. 
Torsac (B. de) ("Charente, arr. d'An- 

gouléme), 368. 
Torla voile sylva, 302 (n). 
Torteval (F. de) (Calvados, arr. de 

Bayeux), 302. 
Tolehèle ou Tothil (F. de) (Angle- 
terre), 25 (n). 
Touques F. de) (Calvados, arr. de 

Pontrl'Èvéque), 303. 
Toumehem (F. de) (Pas-de-Calais, 

arr. de Saint-Omer). 
Toumelles (B. des) (Aisne, arr. de 

Château-Thierry). 
Touvois (F. de) (Loire-Inférieure, 

arr. de Nantes). 
Traconne (F. de la) (Marne, arr. 

d'Epernay), 220. 
Trait (P. du) (Seine-Inférieure, près 

Caudebec), 321. 
Tranlois (B. de) (Aisne), 178. 
Transylvanie (F. de), 73 (n). 
Trappes' (B. de) (Seine-et-Oise), 150 

(n), 152. 
Trasselangue (B. de) (Eure), 306. 
Tregarou (F. de) (Lot), 401. 



Trélon (La Haie ou F. de) (Nord, 

arr. d'Avesnes). 
Trémonts (F. des) (Ardennes, arr. 

de Réthel). 
Tremblay (B. du) (Seine-et-Oise), 

169. 
Tresgonus sylva, 401. 
Tretore (F. de) (Corse), 387. 
Tristiacensis sylva, 56. 
Trode(B. de) (Aube), 221. 
Trois-Fontaines (B. ou F. des) 

(Haute-Marne, arr. de Vassy), 

216. 
Tronçais (F. de) (Allier, arr. de 

Montluçon), 361, 362. 
Troncay (F. de) (Nièvre, arr. de 

Clamecy et de Nevers, canton 

de Saint-Saulge). 
Tronquet (B. de) (Aisne, arr. de 

Château-Thierry). 
Tronqueux (B. de) (Eure), 306. 
Trouhart(F. de) (Calvados), 410 
Truche (F. de la) (Haut-Rhin). 
Truchy (F. de) (Saône-et- Loire, arr. 

de Louhans). 
Tul ou Tuleau (B. de) (Yonne), 230. 
Tupigny (F. de) (Aisne, arr. de 

Vervins), 182. 
Tusson (F. de) (Charente, arr. de 

Ruffec), 348. 



Uchon (F. d') (Saône-et-Loire, arr. 
d'Autun). 

Uechtland (P. de 1') (Allemagne), 
252. 

Ugny (B. d') (Meuse, arr. de Com- 
mercy), 201. 

Uriage (F. d') (Isère, arr. de Gre- 
noble), 378. 

Usia Sylva, 222. 

Uiicensis sylva, 294. 



Vaast (F. de) (Somme). Voy. Saint- 
Vaast. 

Vacquies (F. de) (Haute-Garonne, 
arr. de Toulouse, canton de Lè- 
gue vin, au N. de Legnevin). 

Vaindrin (F. de) (Seine-et-Oise), 152. 



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TÂ6LB GÉNÉRALE. 



501 



Vizzavone (F. de) (Corse), 387. 
Voës, Voëse ou Voas (F. de) (Aisne), 

110, 178. 
Voëvre ou Voivre (F. de) (Meuse), 

200. 
Voilep (B. de) (Ardennes, air. de 

Réthel], 190. 
Vonc (B. de) (Ardennes, arr. de 

Vouziers). 
Vosagus sylva, MO, 178. 
Vosôge (F. de) (Aisne). Voy. Voës 

(F. de). 
Vosegus saltus^ 110 (n). 
Voudelle (F. de) (Allier, arr. de La 

Palisse), 364. 
Vouillé (F. de) (Yienne, arr. de 

Poitiers). 
Vouvant ou Merevant (F. de) (Ven- 
dée, arr. de Fontenay), 345. 

Waes (F. de) (Belgique), 59. 
Waldeck (F. de) (Moselle, arr. de 

Sarreguemines). 
Warasylva, 111, 200. 
Warèse (F. de) (Moselle, arr, de 

Metz). 
Wasda sylva^ 59, 
Wastinensis syîva, 265. 



Wastines ou Gastines (F. de) (Loir- 
et-Cher). Voy. Gastines, 264. 

Watten QB. de) (Pas-de-Calais, arr. 
de Saint-Omer). 

Wattigny (F. de) (Nord), 190. 

Wfistminster (F. de) (Angleterre), 
25 (n). 

Westerwald, 77. 

Wimy (F. de) (Aisne, arr. de Ver- 
vins), 183. 

Windsor (F. de) (Angleterre), 27, 
123 (n). 



Yiles (F. des) (Maine-etrLoîre), 290. 
Yon (B.) (Eure et Eure-et-Loir), 

267, 268. 
Yveline ou des Yvelines (F.)(Seine- 

et-Oise), 146, 147 (n), 150, 151, 

152, 154, 267. 
Yvettes (B. d') (8eine-et-0ise), 151 

(n). 
Yvoy (F. d*) (Cher), 271 . 



Zang (F. de) (Moselle^ arr. de Sar- 
reguemines) . 
Zeitelmoos (F. de) (Allemagne), 79. 



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