Skip to main content

Full text of "Les Gascons en Italie: études historiques"

See other formats


This is a digital copy of a book that was preserved for générations on library shelves before it was carefully scanned by Google as part of a project 
to make the world's books discoverable online. 

It has survived long enough for the copyright to expire and the book to enter the public domain. A public domain book is one that was never subject 
to copyright or whose légal copyright term has expired. Whether a book is in the public domain may vary country to country. Public domain books 
are our gateways to the past, representing a wealth of history, culture and knowledge that 's often difficult to discover. 

Marks, notations and other marginalia présent in the original volume will appear in this file - a reminder of this book' s long journey from the 
publisher to a library and finally to y ou. 

Usage guidelines 

Google is proud to partner with libraries to digitize public domain materials and make them widely accessible. Public domain books belong to the 
public and we are merely their custodians. Nevertheless, this work is expensive, so in order to keep providing this resource, we hâve taken steps to 
prevent abuse by commercial parties, including placing technical restrictions on automated querying. 

We also ask that y ou: 

+ Make non-commercial use of the files We designed Google Book Search for use by individuals, and we request that you use thèse files for 
Personal, non-commercial purposes. 

+ Refrain from automated querying Do not send automated queries of any sort to Google's System: If you are conducting research on machine 
translation, optical character récognition or other areas where access to a large amount of text is helpful, please contact us. We encourage the 
use of public domain materials for thèse purposes and may be able to help. 

+ Maintain attribution The Google "watermark" you see on each file is essential for informing people about this project and helping them find 
additional materials through Google Book Search. Please do not remove it. 

+ Keep it légal Whatever your use, remember that you are responsible for ensuring that what you are doing is légal. Do not assume that just 
because we believe a book is in the public domain for users in the United States, that the work is also in the public domain for users in other 
countries. Whether a book is still in copyright varies from country to country, and we can't offer guidance on whether any spécifie use of 
any spécifie book is allowed. Please do not assume that a book's appearance in Google Book Search means it can be used in any manner 
any where in the world. Copyright infringement liability can be quite severe. 

About Google Book Search 

Google's mission is to organize the world's information and to make it universally accessible and useful. Google Book Search helps readers 
discover the world's books while helping authors and publishers reach new audiences. You can search through the full text of this book on the web 



at |http : //books . google . corn/ 



Digitized by 



Google 



Digitized by 



Google 



Digitized by 



Google 



n 



LES 



GASCONS EN ITALIE ^.^ 



ÉTUDES HISTORIQUES 



PAR 



PAUL DURRIEU 

ApchiYiate-Paléographe 
Ancien Meml^re de l*Hcole française de Rome 




AUGH 



IMPRIMERIE ET LITHOGRAPHIE G. FOIX, RUE BALGUERIE 

1885 



Digitized by 



Google 









Digitized by 



Google 



LES GASCONS EN ITALIE 



« Messieurs, comme il se voit de certenes contrées qui 
produisent aucuns fruicts en abondance, lesquels tiennent 
rarement ailleurs, il semble aussi que vostre Gascougne porte 
ordinerement un nombre inflny de grands et valeureus capi- 
tenes, comme un fruict qui lui est propre et naturel : et que 
les autres provinces, en compareson d'elle, en demeurent 

comme stériles C'est votre Gascougne, Messieurs, qui 

est un magazin de soldats, la pépinière des armées, la fleur 
et le chois de la plus belliqueuse noblesse de la terre et Tes- 
sain de tant de braves guerriers qui peuvent contester l'hon- 
neur de la vaillance avec les plus fameus capitenes grecs 
et romains qui feurent oncques (1). » 
' Ce n'est pas aux lecteurs de la Revue de Gascogne (2) qu'il 
est nécessaire de faire remarquer combien sont justes, malgré 
une exagération que nous devons bien concéder pour ne pas 
trop humilief les autres projinces, ces paroles qu'inscrivait 

(1) Commentaires de messire Biaise de Monluc* Bordeaux, Millanges, 1592, 
in-f' (édition originale), page 3. 

(2) Ces études ont paru successivement dans la Rtvue de Gascogne. Je suis 
heureux de saisir l'occasion de la remercier de son accueil et de témoigner 
toute ma gratitude à son éminent directeur. 



426442 

Digitized by VjOOQIC 



Il LES GASCONS EN ITALIE. 

Florimond de Raymond en tête de la première édition des 
Commentaires de Biaise de Monloc. Quelle place tiennent, 
en effet, dans notre histoire militaire les compatriotes du 
connétable d'Armagnac et du bon roi Henri! Que de noms 
gascons nous retrouvons parmi les plus braves et les plus 
fidèles défenseurs de la couronne de France, depuis Tépoque 
où le comte d'Armagnac et le sire d'Albret se réunissaient 
pour déchirer le traité de Brétigny qui les livrait à l'Angle- 
terre et pour rester, malgré tout, les vassaux du roi de 
France! Ce sera l'éternel honneur de l'Armagnac, pour ne 
rappeler qu'un fait, d'avoir donné son nom au parti national 
qui, d'abord écrasé à Azincourt et dans Paris, mais toujours 
plein de courage et de dévouement, devait finir par triom- 
pher sous la bannière de Jeanne d'Arc, avec les Barbazan, 
les Pardiac, les La Hire, les Saintrailles et tant d'autres 
héros moins connus ou injustement oubliés, comme ce Géraud 
de La Pallière et ce Naudonnet de Lustrac, dont M. P. La 
Plagne-Barris a naguère rappelé les exploits (1). 

Mais ce n'est pas seulement en France que les Gascons ont 
déployé leur vaillance. Parmi les pays qui ont été le théâtre 
de leurs hauts faits, l'Italie doit être citée en première ligne. 

J'écrivais à l'instant le nom de Biaise de Monluc Ses belles 
campagnes en Italie, et surtout son héroïque conduite au 
siège de Sienne, ne sont-elles pas les plus beaux fleurons de 
sa gloire? N'est-ce pas également sur un champ de bataille 
d'Italie, à Cérignole, que s'éteignit glorieusement, en 1503, 
la Maison d'Armagnac (2), dans la personne du duc Louis 
de Nemours tué, comme son aïeul le connétable, pour la 
cause du roi de France? Déjà, antérieurement aux grandes 
guerres du xvi* siècle, bien des Gascons avaient précédé, 
au-delà des Alpes, et Monluc et le duc de Nemours. Chose 



(I) Voir la Revue de Gascogne, xvii, p. 49, et xviii, p. 297. 
(3) J'entends la descendance légitime, et en ligne masculine, du connétable. 
Le cardinal Georges d'Armagnac n'appartenait qu'à une branche bâtarde. 



Digitized by 



Google 



LES GASCONS EN ITALIE. HI 

curieuse, c'est en Italie que la dénomination d'Armagnacs, 
appliquée à des corps de troupe, paraît avoir été employée 
pour la première fois, et cela quinze ans avant que ce terme 
ne devînt usuel en France (1). D'ailleurs, Texemple donné 
dès le règne de saint Louis par Jourdain IV, seigneur de 
risle-Jourdain, n'a cessé d'être suivi jusqu'à nos jours, et 
les armées qui s'illustrèrent en Italie sous le Directoire, le 
Consulat et le Premier Empire, comptaient dans leurs rangs, 
parmi les plus braves, les Harispe, les Lannes, les Lamarque, 
les Durrieu, les Soulès et les Espagne. 

J'ai eu, à plusieurs reprises, l'occasion d'effectuer de 
longues recherches dans les archives italiennes. Partout, à 
Milan comme à Naples, à Turin comme à Florence, à Sienne 
comme au Vatican, partout j'ai relevé des documents attestant 
le passage de nos vaillants Gascons. Il m'a semblé qu'il 
pouvait être intéressant de réunir quelques-unes de ces notes, 
de faire revivre des figures aujourd'hui oubliées, de rappeler 
des événements dont le renom, parfois, n'a même jamais 
franchi les Alpes. 

Assurément les personnages que nous rencontrerons n'ont 
pas toujours été heureux dans leurs expéditions. Ils ne peu- 
vent pas être cités sans exception comme les modèles du 
parfait chevalier. Mais chez tous nous retrouverons les qua- 
lités militaires des Gascons, leur audace et leur courage 
indomptables. Mon seul but a été de confirmer une fois de 
plus les paroles si justement placées en tête deis Commen- 
taires de Monluc; et je prie mes lecteurs, jaloux de notre 
antique renommée gasconne, de vouloir bien être indulgents 
pour l'auteur, en faveur de son intention. 



(1) J'ai troQTé ce nom à'Àrmagnaes (ÀrmagDiaci) employé déjà dans un 
acte du 15 avril 1395 qui est aux archives de Turin. 



Digitized by 



Google 



Digitized by VjOOQIC 



JOURDAIN IV, SEIGNEUR DE L'ISLE-JOURDAIN 

A LA CONQUÊTE 



DU 



ROYAUME DE NAPLES 



1266-1283 



Digitized by 



Google 



Digitized by 



Google 



I 
JOURDAIN IV, SEIGNEUR DE L18LE-J0URDAIN 

A LA CONQUÊTE DU ROYAUME DE NAPLES 



Nous avons, en France, un très grave défaut. C'est une 
sorte d'oubli dédaigneux, presque de mépris, pour le patri- 
moine de souvenirs hjêroïques qui constitue notre gloire 
nationale. J'ai entendu raconter qu'un haut personnage 
politique, dans un discours public, avait pris naguère la 
bataille de Bouvines pour une défaite des armes françaises. 
Le fait est-il certain, je ne sais; mais l'anecdote est caracté- 
ristique. Elle montre jusqu'à point les Français de nos jours 
ignorent en général les grands faits historiques dont ils 
devraient le plus être fiers. 

Nos vieux historiens étaient plus patriotes. Ils acceptaient, 
sans arrière-pensée, l'héritage de gloire laissé par nos pères, 
et, s'ils racontaient une expédition où les Français avaient 
eu à combattre les Anglais, les Allemands ou les Infidèles, 
ils n'hésitaient pas à applaudir de tout cœur à nos victoires 
et à déplorer sincèrement nos revers. 

Aujourd'hui, il n'en est plus de même. Il semble parfois 
que l'on rougisse de nos succès passés. On a célébré, il y a 
trois ans, chez une nation voisine, le centenaire d'un événe- 
ment qui faillit, au xm* siècle, porter un coup funeste à 
l'influence française sur la Méditerranée et qui fut comme la 
revanche de l'Allemagne d'abord vaincue par la France. Je 



Digitized by 



Google 



4 LES GASCONS EN ITALIE. 

veux parler des Vêpres siciliennes, de cette révolte qui enleva 
à Charles d'Anjou, frère de saint Louis, la moitié du royaume 
qu'il avait conquis sur les Hbhenstaufen. Il paraît, hélas ! 
qu'il s'est trouvé des Français pour s'associer à cette mani- 
festation. 

Que les Italiens, encore pénétrés de souvenirs gibelins et 
toujours sous l'influence des accents immortels de Dante (1), 
aient conservé une sorte de rancune haineuse contre le vain- 
queur de Manfred et de Comadin et qu'ils aient pris plaisir à 
rappeler le souvenir de ses défaites, bien que ces défaites 
n'aient eu d'autre résultat que de remplacer, en Sicile, des 
princes d'origine française par des princes d'origine espa- 
gnole; que les Allemands aient en exécration la mémoire du 
conquérant qui les chassa de l'Italie méridionale : rien de plus 
explicable. Quant à nous, Français, c'est notre droit et c'est 
notre devoir de réclamer, comme un des exploits les plus 
brillants accomplis sous le règne de saint Louis, l'expédition 
de Charles d'Anjou et la conquête du royaume de Sicile. 

Ce n'est pas ici le lieu de discuter le caractère de Charles I", 
d'examiner si les Français n'ont pas abusé de la victoire et 
trop durement traité les Hohenstaufen et leurs partisans. Il 
nous suffit de savoir que Charles d'Anjou et ses soldats ont 
déployé un courage, une énergie et une persévérance dignes 
de toute notre admiration; qu'ils ont vaincu des armées où 
les vieilles bandes allemandes combattaient à côté des Espa- 
gnols, des Gibelins d'Italie et des Sairazins venus d'Afrique; 
qu'ils ont fondé dans le sud de l'Italie un royaume absolu- 
ment français à l'origine, si français même que la langue 
d'oil fut pendant quelque temps prescrite comme langue 

(1) Il est à remarquer que si Dante a pleuré la mort do Manfredet de Con- 
radin, il s'est bien gardé de précipiter Charles d'Anjou en Enfer avec Frédéric IL 
Il l'a même placé, dans son Purgatoire, loin des tourments, dans une région 
tranquille, où Charles et son adversaire, don Pedro d'Aragon, réconciliés par 
la mort, attendent, en chantant les louanges du Seigneur, les effets de la Misé- 
ricorde divine. {Purgatorio, canto Vll>. 



Digitized by 



Google 



JOURDAIN DE l'iSLE-JOURDAIN. 5 

officielle pour la rédaction de certains actes (4); et qu'en 
somme cette monarchie, portant à son front les fleurs de 
lys de France, présida pendant plus d'un siècle à Tune des 
périodes les plus heureuses qu'aient traversées les provinces 
napolitaines. 

Parmi les compagnons de Charles d'Anjou se trouvait un 
gascon : Jourdain IV, seigneur de l'Isle-Jourdain (2). 

Le fait même de la présence de Jourdain IV dans les rangs 
de l'armée angevine est connu depuis longtemps. Il est prouvé 
par un extrait de son testament, publié dans V Histoire de 
Languedoc (3). Ce testament est daté de Pérouse, 29 jan- 
vier 1266, et Jourdain IV déclare lui-même qu'il est venu en 
Italie pour servir l'Eglise et Charles d'Anjou (4). 

D'ailleurs, aucun autre détail. Le Père Anselme (S) et, 
d'après lui, l'abbé Monlezun (6) ajoutent bien qu'on croit 
que Charles I" nomma Jourdain de l'Isle vice-roi de Sicile. 
Mais c'est là une erreur. Jourdain IV porta seulement le titre 
de conseiller du roi et n'exerça jamais que des commande- 
ments militaires. Il ne figure pas sur les listes des fonction- 
naires de toutes classes, dressées pour le règne de Charles V 
à l'aide des documents originaux (7). 

Heureusement nous avons, pour suppléer au silence de 
l'Histoire, l'incomparable collection des Registres angevins, 

(1) Voir : Paul Darrieu, Notice sur les Registres angevins en langue fran- 
çaise, Rome, 1883 (Extrait des Mélanges d'archéologie et d'histoire publiés 
par TEcole française de Rome). 

(â) Jourdain IV était le second fils de Bernard-Jourdain II, seigneur de 
risle-Jourdain, mort vers 1229. Il succéda, en 1240, à son frère aîné, Bernard- 
Jourdain III, mort sans postérité. 

C'est en faveur de Tarrière-petit-fils de Jourdain IV, Bertrand l*\ que la 
baronnie de l'Isle-Jourdain fut érigée en comté par le roi Philippe VI de Valois. 

(3) Dom Vaissèie, Histoire de Languedoc, m, p. 507 et Preuves, col. 526. 

(4) « Nobilis Tir Jordanus de Insula-Jordani , Tolosanœ diocœsis, existens 
Perusii, in itmere eundi in Apuliam constitutus in subsidium S. R. Ë. et D. 
Caroli régis Sicilie illustris. :» 

(5) Histoire généalogique de la Maison de France, ii, p. 705. 

(6) Histoire de la Gascogne, ii, p. 365. 

(7) Voir : Minieri-Riccio, iitnerarto di Carlo I di Angio, Naples, 1872. 



Digitized by 



Google 



6 LES GASCONS EN ITALIE. 

conservée dans les archives de Naples (1). Grâce aux rensei- 
gnements que fournit cette collection^ nous pouvons nous faire 
une idée du rôle joué par notre Gascon. 

Jourdain IV ne partit pas avec Charles d'Anjou. Il le rejoi- 
gnit seulement en Italie, alors que le prince entrait en cam* 
pagne après s'être arrêté quelque temps à Rome. Le 29 jan- 
vier 1266, le seigneur de l'Isle-Jourdain était encore à Pérouse; 
mais, quelques jours plus tard, il ralliait l'armée angevine avec 
une forte troupe de chevaliers et d'arbalétiers (2), et le 
26 février il se distinguait de la manière la plus brillante 
à la bataille de Bénévent gagnée par les Français sur Man- 
fred (3). 

La valeur déployée par Jourdain de l'Isle l'ayant mis au 
nombre des meilleurs lieutenants du roi Charles P% il fut 
choisi l'année suivante, le 25 mars 1267, pour commander 
les troupes chargées de défendre les Etats de l'Eglise (4). 

C'était un poste considérable, auquel les événements don- 
nèrent encore plus d'importance. En effet, au commencement 
de 1268, lé dernier des Hohenstaufen, Conradin, quittait 
l'Allemagne et passait les Alpes, pour tenter d'enlever à 
Charles d'Anjou l'héritage de Frédéric II. Les Gibelins se sou- 
levaient à sa voix, tandis qu'une violente réaction se mani- 
festait parmi les barons napolitains contre la domination 
française; et le pape Clément IV voyait passer, sous les fenêtres 
du palais où il résidait à Yiterbe, les soldats de Conradin qui 

(1) Cette collection, qui va de 1365 au commencement du xv* siècle, mais 
qui est surtout importante pour la fia du xiii« siècle et la première moitié du 
XIV®, comprend 378 volumes in-folio, dont quelques-uns ne renferment pas 
moins de trois à quatre mille pièces. 

(2) Â la fin de la campagne, le roi Charles I*' reconnut devoir à Jourdain de 
risle, pour la paie de ses chevaliers et arbalétriers, la somme relativement 
élevée de 1,141 livres, 9 sous, 4 deniers tournois. — Le fait est rappelé dans 
un acte du 5 mars 1267, extrait des Registres angevins et publié par Del Giudice» 
Codice diplomatico del regno di Carlo 1 et II d'Angib, i, p. 317 en note. 

(3) Summonte. Historia délia ciUh e regno di Napoli^ ii, p. 189. 

(4) Archives de Naples, Registre angevin, n» 29, P» 17 v«. 



Digitized by 



Google 



JOURDAIN DE l'ISLE-JOURDAIN. 7 

le bravaient en face, la tête couronnée de fleurs et de feuillages. 

La victoire de Tagliacozzo (23 août 1268), chèrement ache- 
tée au prix du sang des meilleurs chevaliers français (4), assura 
définitivement la couronne de Naples au frère de saint Louis. 

Vainqueur de Conradin, Charles d'Anjou songea à récom- 
penser ses lieutenants et ses soldats. Il leur distribua des 
flefs confisqués sur les seigneurs napolitains qui l'avaient 
trahi dans sa lutte suprême contre le descendant des princes 
allemands. 

Jourdain IV, qui avait été investi des titres fort recherchés 
de conseiller et familier du roi (2), reçut d'abord pour sa 
part la baronnie de Trojani, dans le Principal (3). Puis il 
la rendit au roi, et reçut en échange les terres plus consi- 
dérables d'Acri, de Corigliano et de Santo-Mauro, en Cala- 
bre {if). Ces diverses donations sout toutes antérieures au 
mois de septembre 4269. 

Charles d'Anjou avait un but politique en concédant ainsi 
des flefs aux Français qui l'avaient suivi. Il voulait les en- 
gager à se fixer à jamais dans le royaume de Naples, de 
manière à former autour de la nouvelle dynastie comme une 
armée permanente de feudalaires dévoués, tï)ujours prêts à 
la défendre. Le service militaire : telle est l'essence de tou- 
tes les donations faites par le roi. Chaque nouveau posses- 
seur de fief est tenu, en cas de guerre, de fournir gratuite- 
ment pendant deux mois autant de chevaliers que son fief 



(1) Un certain nombre de chevaUers français, et parmi eux un maréchal de 
France, Henri de Cousance, faits prisonniers par Conradin, farent massacrés 
de sang-froid, sous ses yeux, pendant le combat, à un moment où les Alle- 
mands purent se croire vainqueurs. 

[2] Les familiers faisaient partie de V hôtel ou maison du roi. Ils tou- 
chaient un traitement lorsqu'ils étaient de service à la cour et recevaient des 
manteaux à certaines fêtes. Ce titre honorifique de familier n'était accordé, 
comme faveur, qu'à l'élite des combattants français, aux princes de TEglise et 
aux représentants des plus grandes familles d'Italie. 

(3) Archives de Naples, Registre angevin n^" 6, f° 289. 

(4) Même registre, f« 5, y^. 



Digitized by 



Google 



8 LES GASCONS EN ITALIE. 

rapporte de fois vingt onces d'or (équivalant à cinquante 
livres tournois) de revenu annuel. Pour prévenir toute con- 
testation^ on a bien soin, dans les actes de donation, de pré- 
ciser le montant du revenu des fiefs. En outre, on note dans 
un registre spécial, conservé aux archives de TEtat, le nom 
des terres concédées et la somme qu'elles sont censées rap- 
porter. Ce registre est tenu à jour. On y indique les change- 
ments de propriétaires survenus par suite de décès, d'héri- 
tage ou de nouvelles concessions, afin que le pouvoir royal 
sache toujours combien de chevaliers il peut exiger des dé- 
tenteurs de fiefs et à qui il doit les réclamer (1). 

Mais les précautions prises par Charles d'Anjou demeurè- 
rent assez souvent infructueuses. Parmi les chevaliers fran- 
çais, beaucoup s'étaient armés à la voix du pape Clé- 
ment IV, appelant les fidèles à la déftmse de l'Eglise menacée 
par l'ambition des Hohenstauffen. Mahfred et Conradin 
morts, et Charles d'Anjou mis en possession de Naples et de 
la Sicile sous la suzeraineté du Saint-Siège, ils croyaient 
leur tâche accomplie. Rien ne les retenait plus en Italie et 
ils préféraient regagner la France par les ports de Provence. 

De ce nombre fut Jourdain de l'Isle. En vain Charles I" 
essaya-t-il de le déterminer à revenir en le menaçant de con- 
fisquer les fiefs qui lui avaient été octroyés (2 août 4274) (2). 
En vain mit-il ses menaces à exécution en faisant saisir ces 
fiefs au profit de la couronne (3). Six ans se passèrent sans 
que Jourdain lY manifestât aucune intention de quitter de 
nouveau la Gascogne. 

Mais ce que l'intérêt personnel n'avait pu faire, le dé- 
vouement qui rattachait Jourdain IV au frère de saint Louis 
finit par le déterminer. 

(1) Une partie de ce registre existe encore aujourd'hui. Il porte le n^ 7 dans 
la série des Registres angevins. 

(2) Archives de Naples, Registre angevin n* 1§, f»» 76, v®. 

(S) Les terres de Jourdain de l'Isle étaient déjà sous séquestre au mois 
d'août 1276. Registre angevin n» 9, f 222, v®. 



Digitized by 



Google 



I 



JOURDAIN DE l'iSI^E-JOURDAIN. 9 

Le 31 mars 1282, la révolte connue sous le nora de 
Vêpres siciliennes, avait éclaté à Palerme. La Sicile entière 
s'était soulevée et avait massacré ou chassé les garnisons 
françaises. Délivrés de la domination des Angevins, les Sici- 
liens voulurent d'abord se donner au Pape. Mais Martin IV, 
qui occupait la Chaire de Saint-Pierre, était dévoué à la 
France. Il refusa avec indignation de la trahir en profitant 
de la défaite du parti français. Les Siciliens appelèrent alors 
le roi. don Pedro d'Aragon, allié à la maison de Hohenstauf- 
fen par son mariage avec Constance, fille de Manfred. Don 
Pedro accepta. Il passa dans l'île, tandis que Charles d'Anjou 
réunissait une armée en Calabre pour faire le siège de Mes- 
sine, et allait installer son quartier général à Reggio. 

A la nouvelle du désastre, Jourdain de Tlsle mit aussitôt 
son épée au service du prince angevin. Dès le mois d'octo- 
bre 1282, il était de retour dans le royaume de Naples à la 
tête d'un corps de troupe. Le 19 octobre, le roi ordonna de 
lui verser 200 onces d'or (équivalant à 500 livres tournois) 
pour la paie des chevaliers et écuyers qu'il avait amenés avec 
lui. Le mandement royal était ainsi conçu : 

. « Charles, par la grâce de Dieu roi de J[erusalem et de Sejcile, etc. 
A Guillaume le No[ir, Ris de] La Marre et Pierre Bodin, etc. (1). 

» Nous vous mandons que, tantost receues les présentes lestres, 
doiez baillier et livrer au propre et certain mesage de Jourdain de 
rille, chevalier, nostre amé familier et feel, qui vous assegnera ces 
lestres et les lestres tesmoignables d'icelui Jordain, pour faire le 
prest au chevaliers et escuiers, les quiex icelui a amenez nouvele- 
ment avec soi, de la pecune de nostre Trésor, laquele vous gardez, 
deus cenz onces, en charlois d'or et d'argent ou en augustales. Non 
obstante (2). Et nous li ferons desconter icele pecune des gages que 
il recevra de nostre Court. Et recevez de ce que vous aurez baillé 

(1) Guillaume le Noir, Ris de La Marre et Pierre Bodin étaient les trésoriers 
du royaume. 

(2) Ces deux mots, abrégé de la formule bien connue : non obstante toute 
ordonnance h ce contraire, devaient, sous peine de nullité, figurer dans tout 
mandement adressé aux trésoriers. 

2 



Digitized by 



Google 



10 LES GASCONS EN ITALIE. 

convenable apodixe. Et nous segnefiez, et au mestres rationaux de 
nostre Court, la quantité de pecune que vous li aurez baillée pour ce. 

» Donnée à Rege (1), Tan de Nostre Seigneur mcc un" ii, le xix» 
jour d'octoubre de xi« indicion, de nos roiaumes de Jérusalem le vi an 
et de Sicile le xviii (2). » 

L'argent fut touché, le 7 novembre suivant, par « Pierre 
Durros, chevalier, et Guy de Pacer, chapelain de noble home 
monseignieur Jordain, seignieur de Tille, chevalier, establiz 
certains generaus et especiaus procureurs d'icelui monsei- 
gnieur Jordain en toutes ses besoignes(5). » 

Le retour de Jourdain IV faisait tomber toutes les mesures 
de rigueur prises contre lui. A peine revenu, il était rentré 
en possession, en vertu d'une ordonnance royale du 15 octo- 
bre 1282, des terres d'Acri, de Corigliano et de Santo-Mauro, 
jadis mises sous séquestre (4). 

Les troupes du seigneur de Tlsle allèrent grossir l'armée 
royale qui surveillait le détroit de Messine. Le 24 octobre 1282 
on les voit campées à Monteleone, non loin du rivage de la 
mer Ionienne (5). 

Mais la fortune avait décidément abandonné Charles 
d'Anjou. Le siège de Messine, déjà bien compromis par un 
assaut manqué du 14 septembre 1282, dut être levé par 
Tarmèe angevine. Pour épargner le sang des siens, le roi 
Charles P' eut alors Tidée de terminer la guerre par un 
combat singulier en champ clos, un véritable duel judiciaire 
entre son rival et lui. Don Pedro d'Aragon accepta en 
principe. De part et autre, les deux rois durent nommer 
chacun six arbitres pour régler les conditions du duel. 
Jourdain de l'isle, qui avait déjà été envoyé, le 6 décembre 



(1) Reggio de Calabre. 

(2) Archives de Naples, Registre angevin n'' 46, f« 192. 

(3) L'acte de quittance se trouve sur le même feuillet que la pièce précé- 
dente. Il est malheureusement en partie détruit par Thumidité. 

(4) Registre angevin no 46, f» 176, et Registre angevin n» 48, f*» 11. 

(5) Registre angevin n^ 46, f^ 192. 



Digitized by 



Google 



JOURDAIN DE L*ISLE-JOURDAIN. 11 

1282, comme ambassadeur auprès du roi d'Aragon (1), eut 
l'honneur d'être désigné le premier parmi les six arbitres 
choisis le 26 décembre par Charles d'Anjou. Les cinq autres 
étaient : Jean vicomte de Tremblay, Jacques de Burson, 
Eustache d'Hardicourt, Jean de Denisy et Giles de Saulcy (2). 

On tomba facilement d'accord; et le 30 du même mois, 
Charles I*' jura solennellement d'exécuter le programme 
tracé par les douze arbitres. Quarante chevaliers français se 
portèrent garants pour le Roi : le premier de ces quarante 
chevaliers fut encore Jourdain de l'Isle (3). 

Il avait été décidé que le duel aurait lieu le !•' juin 1283, 
à Bordeaux, sur les terres du roi d'Angleterre. Voilà donc 
Jourdain IV, comme arbitre du roi Charles, regagnant la 
France et quittant de nouveau l'Italie, cette fois pour n'y 
plus revenir. 

Le combat projeté ne put avoir lieu. Don Pedro d'Aragon, 
oubliant ses serments, se déroba au dernier moment. Force 
fut à Charles d'Anjou, après avoir exhalé sa colère, de rentrer 
dans le royaume de Naples, où le rappelaient de nouveaux 
désastres et où il mourut le 7 janvier 1285, abreuvé d'amer- 
tumes, mais plein de résignation et de confiance dans la bonté 
de sa cause. 

Jourdain de l'Isle, lui, resta en Gascogne. Puis, en 1285, 
il passa en Aragon avec le roi de France, Philippe le Hardi, 
pour combattre dans ses propres étals l'ancien adversaire 
de Charles I" (4). Lutter contre les troupes de Don Pedro, 
c'était encore servir la dynastie angevine. L'expédition fut 



(1) Registre angevin n» 39, ^ 144 y*. 

[2] Registre angevin n^ 39, f« 151 v**. — Minieri-Riccio, Memorit iella 
guerra di Sicilia, Naples, 1876, p. 20. 

(3) P. de Marca, Marca hispanica, Paris, 1688, pp. 582-591. — De Saint- 
Priesl, Histoire de la conquête de Naples par Charles d'Anjou, iv, pp. 217- 
227. 

(4) Recueil des historiens de la France, xxii, pp. 478, 479, 483 et 484. — 
Doni Vaissèle, Histoire de Languedoc, iv, p. 49. 



Digitized by 



Google 



12 LES GASCONS EN ITALIE. 

d'ailleurs assez malheureuse et dut être abandonnée au bout 
de quelques mois. 

Ce fut là probablement la dernière campagne de Jour- 
dain lY. Le seigneur de Tlsle-Jourdain avait atteint un âge 
avancé : il mourut à son tour en 1288 (1), ne survivant 
guère plus de trois ans au conquérant pour lequel il avait 
si vaillamment porté les armes en Italie. 

(1) Oihenart. Notitia utriuêque Va»eoniœ, Paris. 1656, p. 537. 



Digitized by 



Google 



II 



LA MORT DU COMTE JEAN IH D'ARMAGNAC 



1391 



Digitized by 



Google 



Digitized by 



Google 



Il 



LA MORT DU COMTE JEAN HI D'ARMAGNAC 



La période de notre histoire connue sous le nom de 
Guerre de Cent Ans présente ce lamentable caractère d'avoir 
été, pour plusieurs provinces de France, presque aussi 
désastreuse pendant les trêves et les suspensions d'armes 
enire Français et Anglais que pendant les années de guerre 
ouverte. C'est qu'un changement important s'était introduit, 
au XIV siècle, dans la composition des armées, A l'ancienne 
armée féodale, réunissant les vassaux autour du suzerain, 
se substituait peu à peu une armée nouvelle où figuraient, 
à côté des feudataires tenus au service militaire, des bandes 
de gens d'armes mercenaires, de toute nation, à la solde du 
prince. Tant que duraient les hostilités, rien de mieux. Les 
gens d'armes servaient avec fidélité et gagnaient courageu- 
sement leur solde. Mais la paix les laissait sans emploi. 
Comme il fallait vivre, ils continuaient alors à faire campa- 
gne pour leur propre compte, aux dépens des malheureuses 
provinces qu'ils exploitaient en attendant une nouvelle occa- 
sion d'offrir leurs services au roi d'Angleterre ou au roi de 
France. 

L'historien de Du Guesclin, M. Siméon Luce, a remarqua- 
blement mis ce point en lumière. Il a décrit de la manière 



Digitized by 



Google 



16 LES GASCONS EN ITALIE. 

la plus saisissante les ravages exercés par les routiers, 
après la conclusion du traité de Bréligny, dans les dernières 
années du règne de Jean-le-Bon (1). 

On sait ce qui advint alors des compagnies. On essaya 
d'abord de les disperser par les armes. Malgré les exploits 
do Du Guesclin, le résultat général de la lutte fut loin d'être 
satisfaisant. Détruites sur un point, les bandes se refor- 
maient un peu plus loin. Il fallut se résigner à traiter. Après 
quelques années de négociations, les routiers consentirent à 
se faire acheter leur retraite (2). Puis Du Guesclin se mit à 
leur tête, et les emmena se faire tuer en Espagne au service 
d'Henri de Transtamare (1366). 

Malheureusement la lutte séculaire recommença entre la 
France et l'Angleterre, avec ses alternatives de paix et de 
guerres. Les mêmes causes devaient infailliblement produire 
les mêmes effets. Aussi voit-on ce qui s'était passé à la fin du 
règne de Jean-le-Bon se reproduire presque identiquement, 
du moins pour une certaine partie de la France, après l'avè- 
nement de Charles Vi. 

Les grands succès remportés sous Charles V par Du 
Guesclin et ses lieutenants découragent les Anglais. Des trê- 
ves ont été signées qui doivent durer jusqu'au commence- 
ment du XV* siècle. C'est une véritable ruine pour les rou- 
tiers, surtout pour les compagnies jadis à la solde de l'An- 
gleterre, qui sont habituées depuis de longues années à 
traiter les provinces de France en pays conquis. H ne leur 



(1) Histoire de Bertrand du Guesclin. Chapitres X et XI. 

Voir ausi>i, pour ce qui concerne le Midi de la France, l'excellente Etude sur 
la vie d*Arnoul d*Àudreliem, maréchal de France, par M. Emile Molmier 
(dans les Mémoires présentés par divtr s savants h l'Académie des Inscrip- 
tions et belles-lettres). 

(2) l\ faut citer notamment le traité conclu à Clermont, le 23 juillet 1362, 
par le maréchal d'Audrehem, avec les grandes compagnies. Ce traité ressemble 
tout à fait, dans ses caractères généraux, aux conventions que le comte 
Jean III d'Armagnac devait plus tard proposer aux chefs de bande. — Voir : 
Emile Molinier, Etude sur la vie d'Àrnoul dÀudrehem^ p 107 



Digitized by 



Google 



LE COMTE JEAN III d' ARMAGNAC. ,17 

reste d'autre ressource que de se transformer en véritables 
bandes de brigands. Déjà les chefs de bande occupent dans 
les montagnes du centre de la France, sur les confins des 
pays de langue d'oc et de langue d'oil, un certain nombre de 
places fortes dont ils se sont emparés pendant la guerre, 
lis en prennent d'autres par force ou par surprise. Leurs 
ravages s'étendent sur le Limousin, l'Auvergne, le Quercy, 
le Velày, le Rouergue, le Gévaudan et jusque sur les séné- 
chaussées de Toulouse, Carcassonne et Beaucaire (i). Dans 
ces malheureuses contrées, chaque capitaine de routiers, 
solidement appuyé sur quelque forteresse, se met à courir la 
campagne, surprenant les marchands, détroussant les voya- 
geurs, mettant les seigneurs à rançon et frappant de lourdes 
contributions les populations épouvantées. 

Il fallait reprendre l'œuvre de Du Guesclin. Ce fut à la 
Maison d'Armagnac qu'échut cette difficile mission. 

Le comte Jean II d'Armagnac, sous les gouvernements 
du duc d'Anjou et du duc de Berry, lieutenants du Roi en 
Languedoc, essaya tantôt de battre les routiers, tantôt 
de négocier avec eux. A sa mort, en 4384, la lutte contre 
les compagnies h.t reprise par ses deux fils : le comte 
Jean III et Bernard d'Armagnac, le futur connétable de 
France. 

(1) Les principales places qui furent alors occupées par les routiers sont : 

Dans le département du Cantal : Murât, Cariât, Alleuze, Cbarlus, Champa- 
gnac, Anglars (Bibl. Nationale, collection Doat. vt)l. 203, f 112), Pailhès, Mes- 
silliac, La Garrigue (Doat, vol. 204, f> 75) et Le Saillant (Doat, vol. 204, f" 104). 

Dans TAveyron: Turlande, Valon (Doat, vol. 203, f 112) et La Roque- 
Bouillac (Doat, vol. 204, P 75). 

Dans la Corrèze : Saint-Exupéry, La Garnie, Gernes (Doat, vol. 203, f° 112) 
elBeynat (Doat, vol. 204, f^ 75). 

Dans le Lot: Vayrac, Rocamadour, le roc de Verdal, Pinsac, Costeraste, 
Sabadel, Montvalent, Creysse (Doat, vol. 203, f® 113) et Montbrun (Archives 
Nationales X^» 44, fllO). 

Dans la Lozère : Fraîssinet et Cenaret. 

Dans le Tarn-et- Garonne : Orgueil. 

Dans TArdèche : Le Gas (Doat, vol. 203, f 112), Bressac, Pralong, le Bois et 
Blaizac (Doat, vol. 204, fo 75). 



Digitized by 



Google 



18 LES GASCONS EN ITALIE. 

Les deux frères, qui s'aimaient tendrement, étaient alors 
dans la fleur de Tâge. Jean III n'avait que vingt-et-un ans; 
Bernard atteignait tout au plus sa vingtième année. C'étaient 
cependant déjà d'habiles capitaines. Sept ans auparavant, en 
1377, presque enfants encore, ils avaient servi brillamment 
en Guyenne, sous les yeux du duc d'Anjou (4). Tous deux, 
d'ailleurs, pleins de courage et d'ardeur, ne demandaient 
qu'à se signaler de nouveau, les armes à la main, au service 
de la France. 

Le comte Jean III, investi par le duc de Berry du titre de 
capitaine général sur le fait de la guerre en Guyenne el en 
Languedoc (2), pressa vivement les routiers et leur enleva un 
grand nombre de places (3). 

Quant à Bernard, il fut chargé de défendre le Rouergue et 
s'établit dans le comté de Rodez comme dans une sorte de 
poste avancé fermant aux compagnies le chemin de la Gas- 
cogne (4). Le corps de troupe commandé par lui n'était d'a- 
bord que de dix-huit hommes d'armes (5). Porté ensuite à 
vingt-cinq (6), puis à cinquante (7), il atteignit enfin l'effec- 
tif de deux cent vingt hommes d'armes, réduit, il est vrai, 
un peu plus tard, à cent quatre-vingt-dix (8). Grâce à sa vi- 

(1) Bibl. Nationale. Pièces originales du cabinet des Titres, vol 93 (Arma- 
gnac), n°8 74, 76, 78, 79. 80 el 81 . 

(2) Lettres du duc de Berry, du 27 octobre 1385. — Bibl. Nationale, coll. 
Doat, vol. 202, ^ 224. 

(3) Antoine Bonal, Histoire de la comté de Rodez (Bibl. Nationale, Ms. 
français 11644, l"^» 349 et 350). 

Cette histoire, restée manuscrite, est une excellente source à consulter. 
Fauteur, qui écrivait au commencement du xvii* siècle, ayant pu se servir, 
comme matériaux, d'un grand nombre de documents originaux conservés alors 
à Rodez, dans les anciennes archives des comtes d'Armagnac. 

Le manuscrit original existe à Rodez, dans la bibliothèque de la Société des 
lettres, sciences et arts de TAveyron. L'exemplaire de la Bibliothèque Natio- 
nale est une copie du temps, faite sous les yeux de l'auteur. 

(4) Coll. Doat, vol. 202. f» 250. 

(5) Archives de l'Aveyron, C. 1336, f« 104. 

(6) Môme registre, f<»» 105, 107 et 144 v». 

(7) Même registre, f° 145 v». 

(8) Coll. Doat, vol. 202, f- 250; — vol. 203, f*» 33, 148 et 161. 



Digitized by 



Google 



LE COMTE JEAN III D*ARMAGNAC. 19 

gilance, Bernard parvint à arrêter toute tentative d'incur- 
sion. 

Mais que servait de disperser une bande de routiers, si 
d'autres bandes se reformaient immédiatement; de reprendre 
quelques places aux compagnies, si les compagnies répa- 
raient leurs échecs par de nouvelles conquêtes ? Après d'inu- 
tiles efforts, il fallut de nouveau se décider à négocier et à 
acheter à prix d'or l'évacuation par les routiers des forteres- 
ses qu'ails occupaient. 

Déjà quelques seigneurs avaient conclu avec certains chefs 
de bande des traités particuliers dont ils s'étaient assez bien 
trouvés. Le comte dauphin d'Auvergne, Béraud II, avait 
obtenu du célèbre Aimerigot ou Mérigot Marchés, qu'il res- 
pecterait ses domaines moyennant une redevance, payée 
tous les quatre mois, de 260 francs en espèces, une pièce de 
cire, une pièce de satin et douze aunes de drap, accord qui 
fut soigneusement observé pendant sept ans,juqu'à l'arresta- 
tion de Mérigot Marchés (1). 

Au mois d'octobre 4384, Bernard d'Armagnac essaya de 
négocier un accommodement de même nature avec les bandes 
anglaises qui menaçaient le Rouergue. Mais ses ouvertures 
n'eurent aucun succès (2). 

Le comte Jean III d'Armagnac reprit ces négociations, non 
plus isolément avec telle ou telle bande de routiers, mais avec 
l'ensemble des compagnies. Les difficultés étaient extrêmes. 
Il parvint néanmoins, à force d'énergie et de patience, à at- 
teindre son but. Au commencement de juillet 1387, il avait 
obtenu de la plupart des chefs de bande la promesse de Uvrer, 
moyennant un prix à débattre plus tard, les places fortes 
qu'ils occupaient, de laisser en paix les sujets du roi de France 
et de s'éloigner au moins pour une année. Ramonet de Sort, 

(1) Registre criminel du Chatelet de Paris, publié par la Société des Biblio- 
philes français, 11, p. 204. 

(2) Archives del'Aveyron, C.1336. fo 118. 



Digitized by 



Google 



20 LES GASCONS EN' ITALIE. 

Raymond Gnilhem de Caupenne, Chopi de Badefol, le bort 
ou bâtard de Garlenx, Noliii Barbe, Amanieu de Monbec, le 
bort de Monsal, lo Basquinat, Monnet de Campagne, Gordi- 
net, Berlronnet de Bersanac, Pierre de Nisanl acceptaient en 
principe. On était moins avancé avec Mérigot Marchés, le 
bort de Vie, Berthut de Saint-Paul et Bernard Doat, mais on 
était à près certain de pouvoir compter sur leur acquiesce- 
ment. 

Avant tout il fallait de Fargent. Les délégués des trois or- 
dres, clergé, noblesse et tiers-état, des provinces d'Auvergne, 
Velay, Gévaudan, Rouergue et Quercy et des sénéchaussées 
de Toulouse, Carcassonne et Beaucaire, réunis à Rodez le 6 
juillet 1387, accordèrent au comte d'Armagnac, pour l'ex- 
pulsion des routiers, un subside de deux cent cinquante 
mille livres (1). 

Restait à pousser activement les pourparlers à peine enta- 
més, à conclure avec les compagnies des traités définitifs. On 
avait d'abord espéré que tout pourrait être terminé en quel- 
ques mois. En réalité l'œuvre entreprise par Jean III ne de- 
manda pas moins de trois ans d'efforts persévérants. Rien 
de plus délicat que ces négociations. Il fallait s'aboucher 
successivement avec chaque chef de compagnie, discuter le 
prix de sa retraite, régler le mode de paiement et les délais 
d'évacuation. Puis, une fois que l'on était tombé d'accord, 
c'étaient des précautions minutieuses à prendre pour ne pas 
être trompé. De là, nécessité d'exiger des otages, de ne payer 
les sommes promises que par à-comptes successifs et contre 
remise des châteaux-forts : en un mot, de traiter les capitaines 
de routiers avec toute la méfiance que de pareilles gens pou- 
vaient trop légitimement inspirer. Encore arrivait-il parfois 
que, malgré toute la prudence déployée, les routiers refu- 
saient au dernier moment de tenir leurs engagements, gar- 

(1) Dom Vaissèle, Histoire générale du Languedoc, IV» p. 390, et Preuves, 
col. 373. 



Digitized by 



Google 



LE COMTE JEAN III D* ARMAGNAC. 21 

dant à la fois les places qu'ils occupaient encore et les à-com- 
tes qu'ils avaient déjà touchés (1). 

Rien ne put rebuter Jean III, secondé avec autant de zèle 
que d'intelligence par son frère Bernard (2). 

Du reste la cour de France s'intéressait vivement à ces 
efforts, dont les malheureuses populations opprimées parles 
routiers suivaient les progrès avec un espoir croissant de 
jour en jour. Charles VI écrivait au comte d'Armagnac : 

« Notre amé et féal chambellan, Jean de Blaysi, nous a escrit la 
bonne diligence que vous aves eue au fait des vuides des forteresses 
occupées par nos ennemis au pais de par delà, moiennant laquelle il 
a bonne espérance que, au plaisir de Notre Seigneur, les dites vuides 
seront briefment parfaites et accomplies. Si vous prions, très cher et 
féal cousin, que, en continuant ce que fait en avés,vous veuilliés en ce 
tellement travailler que briefment la chose puisse prendre boime et 

(1) Consulter notamment, pour le détail des négociations de Jean III avec les 
routiers, les pièces suivantes qui se trouvent à la Bibliothèque Nationale, dans 
la collection Doat. 

Vol. 193 : f»» 29 et 148, Projets d'accords avec Rawonet de Sort; — î^ 65, 
Projet d'accord avec Arnaud-Guillem de Clarens; — P 156, Lettre du duc de 
Berry au comte d'Armagnac, du 6 juillet [1387]; — P 222, Contestations avec 
Chopi de Badefol, au sujet de la mise h exécution des traités, 

•Vol. 194: f<»54, Négociations avec Ramonet de Sort; — P 263, Accord 
avec Jean de Blaisy, commissaire du Roi, pour la garde des otages; — 
f 313, Mémoire indiquant ce que le comte d'Armagnac aurait h faire pour 
V évacuation des forteresses occupées par les Anglais, 

Vol. 203: P 106, Traité avec Mérigot Marchés, du 30 novembre 1387; — 
P 216, Enquête relative aux dommages causés par les compagnies, 3 sep- 
tembre 1387 et 14 janvier 1388 (n. s.); — P' 281 et 286, Traité avec Ramonet 
de Sort, 8 et 15 janvier 1389 (n. s.); — f" 295 et 315, Accord avec les Etats 
de Rouergue pour le vote d'un subside, 17 janvier 1389. 

Vol. 204 : f 39, Traité avec François de Naples\ 11 mai 1390; •— f 37, 75 
et 135, Accords avec Jean de Blaisy, commissaire du Roi^ relativement h. la 
marche h suivre dans les négociations avec les routiers, 7 mai, 28 juillet et 
25 novembre 1390; — P 103, Actes relatifs h la levée d'un nouveau subside 
de S0,000 livrest [21 mai], 14 octobre et 21 novembre 1390. 

Voir aussi Froissart (éd. Buchon, liv. m, chap. XC) et Bonal, Histoire de la 
comté de RodeXy chap. XVII et XVIII (Bibl. Nationale, Ms. français 11644, 
r- 349-370). 

(2) Bernard se chargea, notamment, de pousser les négociations avec Chopi 
deBadefol et Ramonet de Sort. — Bibl. Nationale, coll. Doat, vol. 193, P 222, 
et vol. 207, f> 138. — Archives del'Aveyron, C 1338, f- 117 v^ et 118. 



Digitized by 



Google 



22 LE8 GASCONS EN ITALIE. 

final conclusion, au plaisir et au profit de nous et de nos pays et que 
nous en puissions ouïr bonne nouvelle, car ce nous sera très singulier 
et spécial plaisir (1). » 

D'uQ autre côté Jean Il[ recevait des encouragements du 
pape d'Avignon, Clément VIL 

Clément, etc. Cher fil, tu sçais assés si comme Nous tenons, com- 
ment Nous desirons de tout notre cueur et estude que le traité très- 
commendable et très proufitable encommencié aveuc ces gens d'armes 
estant es parties de Languedoc, qui si très gravement oppriment et 
afïligissent tout le pais, soit mis à pleine exécution et accomplissement, 
et que les dites gens d'armes vuident le dit pais, et puissent les habi- 
tans d'iceluy vivre en paix et transquillité, et le service divin, qui pour 
ses tribulations y est moult amenri et diminué, y soit fait deument et 
augmenté à la loenge de Dieu, honneur et révérence de Sainte Eglise 
et renommée et exaltation de toy et de tous nobles qui à ce mettront 
peine, labeur et diligence : pourquoy,cher fil. Nous, qui a l'accomplis- 
sement du dit traité avons très ardent désir et affection, et plus grand 
que escrire nous ne le pourrions, te prions et exhortons tant affec- 
tueusement et de cœur comme plus pouvons, et aussi enjoignons en 
remission de tes péchés, que, pour honneur et reverance de Dieu et de 
Sainte Eglise, ta mère, perpétuelle loenge et mémoire de toy et le pro- 
fit évident du bien pubHque lequel tu es tenus conserver et deffendre, 
il te plaise ou dit traité travailler et labourer hastivement et sans delay, 
par telle manière que par le bon effect de toy il puisse venir à bon et 
brief effect. 

Pour lequel plus avancer et mettre à exécution, Nous envoions par 
delà nos bien amés familiers, l'evesque de Rennes et maistre Pierre 
Borrier, clerc de nostre chambre, porteurs de cestes, auxquels comme à 
ceulx à qui Nous avons très-specialle fiance te plaise croire, sur ce qu'il 
te diront de par Nous, et leur veulles donner conseil, confort, faveur 
et ayde, tel conmie mestier sera et le cas le requerra en temps comme 
tu Nous desires faire plaisir. Et se aucune chose te plaist que faire 
puissions, si la Nous veulles tousjours feablement faire savoir. 

Donné [à] Avignon, soubs nostre annel secret, le dix et huitiesme 
Jour d'avril (1). 

(1) Lettre du Roi Charles VI dal^' février [1391]. — Coll. Doat. vol. 202, 
fo260. 

(2) « Et au dessus est escript : Â nostre chier fil le comte d'Armagnac. » 
Collection Doat, vol. 202, fo292. 



Digitized by 



Google 



LE COMTE JEAN III d'aRMAGNAC. 23 

Mais ce n'était pas tout que d'acheter la retraite des com- 
pagnies. Il fallait s'assurer que celte retraite serait effective. 
Le meilleur parti à prendre, pour arriver à ce résultat, n'é- 
tail-il pas d'entraîner bien vite les routiers dans quelque 
lointaine expédition? Les laisser dans le pays, en se conten- 
tant d'une simple promesse de prochain départ, c'était vou- 
loir assurer à bref délai la reprise de leurs déprédations (4). 
Les trêves se prolongeaient entre la France et l'Angleterre. Or 
îes compagnies n'avaient pour vivre que la guerre, ou à défaut 
de guerre le brigandage. On voulut bien essayer, au cours des 
négociations, d'inspirer à quelques chefs de routiers le respect 
de la propriété d'autrui, en en faisant tant bien que mal des 
propriétaires de fiefs. C'est ainsi que le comte Jean III d'Ar- 
magnac donna le château de Gourdon (2) à Ramonet de 
Sort (3), au grand déplaisir des habitants, fort peu flattés de 
voir leurs franchises municipales à la merci d'un pareil sei- 
gneur (4). C'est ainsi que Mérigot Marches reçut, également 
de Jean III, Saint-Genièz de Rive d'Olt (5). Mais l'exemple 
même de Mérigot Marches prouva combien il était dange- 
reux de laisser les chefs de bande ressentir les ennuis de 
l'inaction. 

Ce Mérigot Marches (6) était issu d'une famille noble. Son 
père était chevalier et avait vaillamment servi le roi de 
France Jean-le-Bon (7). Orphelin de bonne heure, Mérigot 
Marchés fut élevé par des capitaines de compagnies au ser- 
vice de l'Angleterre et devint un des plus célèbres chefs de 

(1) Voir une enquête relative aux dommages causés sur les terres de Garin 
d'Apchier par les routiers après la conclusion des traités avec le comte d'Ar- 
magnac. — Coll. Doat, vol. 203, f 216. 

(2) Dans le Lot. 

(3) A de de donation du 4 avril iS89. — Coll. Doat, vol. 204, f« 7. 

(4) Coll. Doat, vol. 193, f» 306; et vol. 204, fo 7. 

(5) Registre criminel du Châtelet de Paris, ii, p. 200. 

(6) Voir, dans le Registre criminel du Châtelet de Paris, il, pp. 177-213, la 
relation du procès de Mérigot Marchés (du 9 au 12 juillet 1391), avec notes ren- 
voyant à Froissart et à Baluze : Histoire de la Maison d'Auvergne. 

[Tj Registre criminel du Châtelet de Paris^ ii, p. 184. 



Digitized by 



Google 



24 LES GASCONS EN ITALIE. 

bande. Justement redoutable par ses brigandages, son cou- 
rage, son audace, son habileté à dresser ses plans de campa- 
gne et à combiner ses ruses de guerre lui acquirent une véri- 
table réputation. Aussi, le comte Jean III d'Armagnac eut-il 
grand soin de s'assurer son concours lorsqu'il entreprit l'ex- 
pédition d'Espagne dont il sera question un peu plus loin. 
Le 30 novembre 1387, Mérigot Marchés avait conclu, avec 
Jean III, un traité en vertu duquel il s'engageait à évacuer 
les places qu'il avait conquises en Auvergne et à quitter le 
pays (1). Deux ans plus tard, il suivit quelque temps Ber- 
nard d'Armagnac en Catalogne. Par malheur, cette absence 
ne se prolongea pas. Mérigot eut des difficultés avec. le comte 
d'Armagnac. Il regagna l'Auvergne où il avait laissé le pro- 
duit de ses rapines, soigneusement mis en sûreté et dissi- 
mulé de côté et d'autre, dans des cachettes parfois bizar- 
res, telles qu'un coffre de fer enfoui dans le Ht d'un ruis- 
seau (2). 

C'était une véritable fortune que Mérigot Marches avait 
amassée. On estimait vulgairement qu'il n'aurait pas été 
embarrassé pour payer, argent comptant, une rançon de 
cent mille francs (3). De fait, pour consentir à traiter avec 
le comte Jean III, il ne s'était pas fait donner moins de 
dix mille livres (4) qui étaient venu s'ajouter aux sommes 
précédemment extorquées dans ses fréquents coups de 
main. 

Il était donc facile à Mérigot Marches de vivre quelque 



(1) Coll. Doat, vol. 203, P 106. 

(2) Je signale le fait aux chercheurs de trésors. Le colTret de Mérigot Marchés, 
contenant au moins cinq à six mille francs et peut-être même jusqu'à six mille 
êcus, était enfoui dans le lit d'un ruisseau à une lieue au-dessus d'Arches 
(département du Cantal, canton de Mauriac). Y est-il encore? Peut-être, car 
Idérigot mourut sans avoir pu indiquer exactement l'emplacement de sa cachette. 
— Voir : Registre criminel du Châtelet de Paris, ii, p. 210. 

(3) froissart, éd. Buchon, liv. iv, chap. XIV. 

(4) Bonal, Histoire de la comté de Rodez. ~* Bibl. Nationale, Ms. français 
11644, P 364. 



Digitized by 



Google 



LE COMTE JEAN III d'aRMAGNAC. 25 

temps dans le calme, en attendant le moment, qui s'annon- 
çait justement comme devant être prochain (4), de participer 
à quelque nouvelle expédition. Mais Mérlgot ne put résister 
à l'impression qull ressentit en revoyant les lieux qui avaient 
été le théâtre de ses exploits, avant qu'il n'eût traité avec le 
comte d'Armagnac et remis entre ses mains sa bonne forte- 
resse de Charlus (2), dont les épaisses murailles lui avaient 
si longtemps permis de tout braver. Il disait el imaginait en soi 
que trop tôt il s'était repenti de faire bien; et que, de piller 
et roher en la manière que devant il faisait et avait fait, tout 
considéré, c'était bonne vie. Ses regrets se manifestaient, 
avec une naïve franchise, dans ces paroles qu'il adressait à 
ses vieux compagnons d'armes : 

« Il n'est temps, ébattement ni gloire en ce monde que de 
gens d'armes, de guerroyer par la manière que nous avons 
fait ! Comment étions-nous réjouis quand nous chevauchions 
à l'aventure et nous pouvions trouver sur les champs un 
riche abbé, un riche prieur, marchand, ou une route de 
mulles de Montpellier, de Narbonne, de Limoux, de Fougas, 
de Béziers, de Toulouse et de Carcassonne, chargées de draps 
de Bruxelles ou de Montivilliers, ou de pelleterie venant de 
la foire du Lendit, ou d'épiceries venant de Bruges ou de 
draps de soie de Damas ou d'Alexandrie? Tout était nôtre à 
notre volonté. Tous les jours nous avions nouvel argent. Les 
vilains d'Auvergne et du Limousin nous pourvoyaient et 
nous amenaient en notre château les blés, la farine, le pain 
tout cuit, l'avoine pour les chevaux, et la litière, les bons 
vins, les bœufs, les brebis et les moutons tous gras, la pou- 
laille et la volaille. Nous étions gouvernés et étoffés comme 
des rois; et quand nous chevauchions, tout le pays tremblait 



(1) C'était le moment où le comte Jean III allait s'apprêter à passer en Lom- 
bardie. 

(S) Dans la commune de Bassignac, Cantal, arrondissement de Mauriac, can- 
ton de Saignes. 

3 



Digitized by 



Google 



26 LES GASCONS EN ITALIE. 

devant nous. Tout était nôtre allant et retournant. Comment 
prîmes-nous Cariât, moi et le bourt de Campane? Et Cha- 
lusset (1), moi et Perrot le Bernois (2). Comment échellà- 
mes-nous, vous et moi, sans autre aide, le fort château de 
Mercoeur (3) qui est au comte dauphin? Je ne le tins que 
cinq jours et si en reçus, sur une table, cinq mille francs. 
Et encore en quittai-je mille pour Tamour des enfants du 
comte dauphin (4). Par ma foi! cette vie était bonne et belle, 
et me tiens pour trop déçu de ce que j'ai rendu et vendu 
Charlus (5), car ce fort faisait à tenir contre tout le monde; 
et si était, au jour que je le rendis, pourvu pour vivre et 
tenir, sans être rafraîchi d'autres pourvoyances, sept ans. 
Je me tiens de ce comte d'Armagnac trop vilainement déçu. 
NoUn Barbe (6) et Perrot le Bernois me le disaient bien que 
je m'en repentirais. Certes de ce que j'ai fait je m'en repens 
trop grandement. » 

Et ses compagnons de lui répondre dans le même sens : 
« Aimerigot, nous sommes tous prêts à votre comman- 
dement. Si renouvelons guerre et avisons quelque bon fort 
en Auvergne ou en Limousin et le prenons et fortifions. Nous 

(1) Le château de Chalusset était «itué sur la commune de Boisseul, Haute- 
Vienne, arrondissement de Limoges, canton de Pierre-Buffière. 

(2) Célèbre chef de bande dontFroissart parle longuement et qui refusa tou- 
jours obstinément de traiter avec le comte d'Armagnac. 

(3) Corrèze, arrondissement de Tuile. 

(4) Reste à quatre mille francs, sans compter deux chevaux du prix de cinq 
cents francs, vingt-cinq draps de soie, deux houppelandes neuves fourrées de 
peau d'écureuil et vingt marcs de vaisselle d'argent, que le comte-dauphin d'Au- 
vergne envoya à Mérigot pour le remercier de ne pas avoir exigé davantage. — 
Registre criminel du Châtelet de Paris, ii, p. 205. 

(ôj LetextedeFroissartporteAlleuze (Cantal, canton de Saint-Fiour). Mais 
Alleuse fut occupée, jusqu'au 25 mai 1390, par le bâtard de Garlenx et non par 
Mérigot Marchés (Bonal, Histoire de la comté de Rodez. — Bibl. Nationale, 
Ms. français 11644, fo 357, v^). 

C'était Charius qui était la principale place de Mérigot, lequel tenait en outre 
Champagnac (dans le canton de Saignes comme Charlus) et un château près de 
Saint-Victor (Cantal, arrondissement d'Aurillac, canton de Roquebrou). — Voir 
coll. Doat, voL 203, î^ 106. 

(6) On a vu cependant, plus haut (p. 20), que Nolin Barbe s'était montré 
tout disposé à traiter avec le comte d'Armagnac. 



Digitized by 



Google 



LE COMTE JEAN III D^ARMAGNAC. 27 

aurons tantôt recouvré nos dommages; el si fait si bel et 
bon voler en Auvergne et en Limousin que meilleur ne peut 
faire (1). » 

Et Mérigot Marches, qu'excitait d'ailleurs sous main le roi 
d'Aragon, avide de troubler, par une diversion, le comte 
d'Armagnac (2), de se remettre en campagne, de. s'emparer 
de la Roche de Vendet (3), de fortifier cette place et de s'ap- 
puyer sur elle pour recommencer ses brigandages. Si bien 
que les représentants du Roi s'émurent; que le vicomte de 
Meaux se mit à la tète d'une armée et pressa vivement 
Mérigot Marchés, malgré l'intervention de l'Angleterre, dé- 
sireuse de sauver le chef de bande; que la Roche de Vendet 
fut reprise aux routiers; el que Mérigot, contraint de fuir, 
fut arrêté par le seigneur de Tournemine, livré au comte 
d'Armagnac, remis ensuite aux gens du Roi, sur la demande 
personnelle de Charles VI (4), transféré à Paris, jugé devant 
le Châtelet, enfin condamné à être traîné sur une claie, 
comme gentilhomme, promené dans Paris à son de trompe 
sur le haut d'une charrette, décapité aux halles, et écartelé, 
son corps pendu au gibet el ses quatre membres cloués aux 
portes de la ville : ce qui fut aussitôt exécuté (5). 

On peut juger par Mérigot Marchés de ce qu'étaient ces 
chefs de bande avec lesquels traitait le comte d'Armagnac. 

Jean IIl savait bien à qui il avait affaire. Mieux que 
personne, il comprenait la nécessité d'entraîner au loin les 
routiers. Aussitôt qu'il avait vu les négociations avec les 
compagnies en bonne voie, il s'était préoccupé de quelque 
expédition à entreprendre el avait résolu de lancer les ban- 



(1) Froissart, éd. Buchon, liv. iv, chap. xiv. 

(2) Zurita, Anales de la Corona de Aragon, libro x, cap. xlvi. 

(3) Dans la comijiune de Mural-le-Quaire, Puy-de-Dôme, arrondissement de 
Clerraont-Ferrand, canton de Rochefort. 

(4) Lettre du roi Charles VI au comte d* Armagnac, du 31 janvier [1391].— 
Collection Doat, vol. 194, fol. 248. 

(ô) Registre criminel du Châtelet de Paris, ii, p. 208. 



Digitized by 



Google 



28 LES GASCONS EN ITALIE. 

des, dès qu'il le pourrait, sur le Nord-Est de l'Espagne, vers 
la Catalogne et T Aragon. 

Le duc de Berry, oncle du comte d'Armagnac et lieutenant 
général du Roi en Languedoc, aurait préféré que Ton rejetât 
les routiers au-delà du Rhône, du côté de la Savoie et de 
ritalie. Il se prononça très nettement à cet égard (1). Néan- 
moins Jean III persista dans son premier projet. 

Que le souvenir de Du Guesclin et de son expédition de 
Castille ait influé sur la décision du comte d'Armagnac, la 
chose est au moins fort probable. Il est évident, d'ailleurs, 
que la frontière des Pyrénées était la plus rapprochée et 
la plus facile à atteindre. Mais Jean III avait, en outre, 
des raisons personnelles qui devaient lui faire choisir 
l'Espagne. 

C'était une ancienne tradition que la Maison d'Armagnac 
tirait son origine des rois de Castille et de Léon. « Du costé 
de ceulx d'Armaignac, répétait encore à la fin du xv* siècle 
le duc Jacques de Nemours, le dit monseigneur Jacques 
estoit venu et descendu de la Maison du roy d'Espaigne, par 
le moyen d'un fils maisné du roy d'Espaigne, qui espousa 
une conlesse d'Armaignac, dont les ditz d'Armaignac sont 
venuz et issuz (2). » 

Cette commune origine était parfaitement admise par les 
rois de Castille et de Léon. L'un d'eux donna plusieurs terres 
au comte d'Armagnac son proclw parent, de sa Maison et de 
la lignée royale des rois d'Espagne, Léon, Castille et Galice, 
en considération de ses droits héréditaires sur les dits 
royaumes (3). 

(1) Mémoire adressé par le duc de Berry au comte Jean III d'Armagnac 
et remis h son destinataire au mois d'octobre i 387, — Collection Doat, vol. 
194, fo 288. 

(2) Archives Nationales, J. 855, n^ 7. 

(3) Les lettres du don fait par /can, roi de Castille, de Léon, de Tolède, de 
Galice» etc., à Jean, comte d'Armagnac, sont mentionnées dans deux inven- 
taires d'Alençon, conservés à la Bibliothèque Nationale, dressés : l'un en 1525 

Ms. français 18944, ^313 v*»), l'autre au commencement du xvii® siècle (Ms. 



Digitized by 



Google 



LE COMTE JEAN III d'aRMAGNAC. 29 

Jean III, du reste, ne manqua pas de resserrer les liens 
qui Tunissaient aux souverains de Castille, en concluant, en 
1586, un traité d'étroite alliance avec le roi Don Juan I (1). 

D'un autre côté, un mariage avait rapproché la Maison 
d'Armagnac de la Maison royale d'Aragon. Le prince don 
Juan d'Aragon, fils et héritier du roi don Pedro IV, le cére- 
rnonieux, dixaii épousé^ en 4372, Mathe d'Armagnac, sœur 
du comte Jean II, et, par conséquent, tante du comte Jean III 
et de Bernard. 

Ce fut ce don Juan d'Aragon qui donna indirectement au 
comte Jean III d'Armagnac l'occasion de s'immiscer une pre- 
mière fois dans les affaires d'Espagne. 

Devenu veuf de Mathe d'Armagnac, don Juan se remaria, 
en 1384, avec Yolande de Bar, fille aînée de Robert, duc 
d8 Bar. Le roi don Pedro s'opposait à cette union. Don 
Juan passa outre, malgré son père, grâce au concours que 
lui prêta le comte d'Ampurias, lequel était à la fois son 
cousin et son beau-frère (2). La colère du roi don Pedro se 
tourna contre le comte d'Ampurias. La position de ce dernier 
devint d'autant plus critique, que don Juan, pour lequel il 
s'était compromis, se raccommoda avec son père. Il dut 

français 16837, f'' 8). Mais ces deux inventaires sont inexacts en indiquant 
comme date de ces lettres : le premier, l'année 1334, et le second, l'année 1400. 
En effet, la couronne de Castille était portée, en 1334, par Alphonse XI, et en 
1400 par Henri III. 

L'erreur commise dans l'inventaire de 1525 peut encore s'expliquer. Le ré- 
dacteur de cet inventaire aura mal lu la date, en oubliant soit un L soit un G, 
ce qui lui aura fait écrire 1334 au lieu de 1384 ou de 1434. Ces deux dates rec- 
tifiées peuvent également être justes. En 1384, il s'agirait du roi don Juan I et 
du comte Jean III d'Armagnac; et ce don pourrait être rapproché du traité 
d'alliance de 1386. En 1434, ce seraient le roi don Juan II et le comte Jean IV 
qui figureraient dans l'acte. 

En l'absence de toute pièce originale, il est impossible de rien préciser. 

(1) Le traité conclu à Burgos, le 29 juin 1386, par les mandataires du comte 
d'Armagnac, fut ratifié le 8 septembre suivant à Castelnau de Montmiral par le 
comte Jean HI. — Coll Doat, vol. 203. f" 50. 

(2) Oon Juan d'Aragon, comte d'Ampurias, était, de même que le roi don 
Pedro IV, petit-fils du roi d'Aragon, don Jayme II. Il avait épousé sa cousine 
Jeanne, fille du roi don Pedro IV, et sœur de don Juan d'Aragon. 



Digitized by 



Google 



30 LES GASCONS EN ITALIE. 

prendre les armes contre le roi d'Aragon et chercher des 
alliés. 

Ce fut au comte Jean III et à Bernard d'Armagnac qu'il 
s'adressa. Il leur envoya un de ses chambellans, Bernard 
Archimbaut, pour demander instamment le concours du 
plus jeune des deux frères. 

Bernard d'Armagnac était occupé à défendre le Rouergue 
contre les routiers. Cette lutte obscure ne pouvait guère lui 
donner l'espérance de signaler sa jeune valeur. Il saisit donc 
avec empressement l'occasion qui s'offrait à lui. D'ailleurs 
c'était un moyen de débarrasser le pays de quelques-unes 
des bandes de routiers, en les envoyant au secours du comte 
d'Ampurias. Les propositions apportées par Bernard Archim- 
baut furent acceptées; et au mois d'octobre 1384, Bernaj;d 
d'Armagnac, d'accord avec son frère Jean III, conclut avec 
le comte d'Ampurias une ligne offensive et défensive envers 
et contre tous, sauf le roi de France, les princes du sang 
royal, les Maisons d'Armagnac et d'Albret. Le comte d'Am- 
purias s'engageait à donner 60,000 florins pour la solde 
des gens d'armes et à partager avec son allié les places qui 
seraient prises. Toutefois les conquêtes faites en Roussillon 
et en Cerdagne étaient réservées à Isabelle de Majorque, 
marquise de Montferrat (1). Cette princesse réclamait une 
partie des provinces soumises au roi d'Aragon, notam- 
ment le Roussillon, en qualité de fille et d'héritière de don 
Jayme, dernier roi de Majorque, qui avait été dépouillé de 
ses étais par le roi don Pedro IV. Elle était donc tout natu- 
rellement portée à s'unir au comte d'Ampurias. 

Sans perdre un instant, Bernard d'Armagnac s'occupa de 
rassembler des troupes et de les envoyer à son nouvel 



(1) Isabelle de Majorque, fille du roi don Jayme. lue en 1349, avait épousé 
Jean Paléologue, marquis de Montferrat. Elle resta seule héritière de la Maison 
de Majorque à la mort d'un frère, nommé aussi don Jayme, qui décéda sans 
postérité en 1375. 



Digitized by 



Google 



LE COMTE JEAN III d'aRMAGNAC. 31 

allié (1). Mais il s'abstint iraller combattre en personne et 
resta en Rouergue. Bien lui en prît, du reste, car rexpèdilion 
eut une issue peu brillante. Le gros des troupes venues de 
France fut surpris et complètement battu, au printemps de 
1583, près de Durban (2), sur les frontières de Roussillon. 
La plupart des chefs, et, parmi eux, Amaury de Séverac, le 
fulur maréchal de France, tout jeune encore (3), tombèrent 
aux mains des Espagnols. Les autres capitaines gascons qui 
avaient pénétré plus avant et s'étaient enfermés dans quel- 
ques places fortes appartenant au comte d'Ampurias, durent 
capituler et traiter, le 23 juin 1385, avec le roi d'Aragon 
pour obtenir Taulorisation d'évacuer le pays et de ramener 
leurs soldats en Languedoc (4). 

Si malheureuse qu'eût été celte expédition, elle ne laissa 
pas d'inspirer à Jean III la pensée d'employer les compagnies 
contre le roi d'Aragon. Justement, en 1386, son ancien allié, 
le comte dAmpurias, venait de tenter une nouvelle prise 
d'armes. 

Il fallait un prétexte pour attaquer don Juan I, qui succé- 
dait alors (1387) à son père, don Pedro IV, sur le trône 
d'Aragon. Le comte d'Armagnac s'adressa à la marquise de 
Muntferrat, Isabelle de Majorque, dont il a déjà été ques- 
tion un peu plus haut. 

Cette princesse avait jadis chargé le duc Louis d'Anjou de 
défendre ses droits et de revendiquer l'héritage de la Maison 
de Majorque. Mais 1j duc d'Anjou était mort en 1384. Jean III 
ofîrit à la marquise de Montferrat de prendre sa cause en main 
et de tenter, de compte à demi, la conquête du Roussillon et 
de ses dépend.nices. La marquise de Montferrat accepta. Il fut 
décidé qu'elle continuerait à porter jusqu'à sa mort le titre 



(1) Archives de TAvayron, G. 1336, !« 152. 

(2) Aude, arrondissemenlde Narbonne. 

(3) Arcliives Nationales, X'-^» 18, à la date du 4 juin 1423. 
[4j Zurita, Anales delà Corona de Aragon, libro x, xxxv. 



Digitized by 



Google 



32 LES GASCONS EN ITALIE. 

de reine de ^Majorque, qu'elle recevrait de Jean III, jusqu'au 
début des hostilités, une pension de mille livres, et qu'elle 
garderait pour elle le Roussillon, abandonnant en revanche 
au comte d'Armagnac la Cerdagne et la vicomte de Cou- 
flens (1). Quant au reste des conquêtes, il serait partagé 
par moitié (2). 

Lorsque Jean III exposa, pour la première fois, au duc 
de Berry (3), son projet d'expédition en Espagne, les négo- 
ciations étaient à peine entamées avec les compagnies. La 
plus grande discrétion s'imposait donc à lui, sous peine de 
donner l'éveil au roi d'Aragon et de tout compromettre. 
Aussi, s'il insère dans les traités proposés aux chefs de bande 
une clause concernant une expédition à entreprendre en 
pays étranger, il a bien soin de ne pas désigner ce pays. Les 
capitaines de routiers s'engagent seulement à allei\ avec 
leurs gens, à certain voyage que Monseigneur veut faire ou 
faire faire, lequel est bon et honnorahle à Monseigneur et de 
grand profit aux compagnons qui y iront; et Monseigneur 
déclarera, quand besoin sera, quel est le dit voyage, mais, 
parce qu'à Monseigneur et à toute la compagnie pourrait 
tourner à grand dommage, il ne Va point osé dire ni dé- 
clarer (4). * 

Ce ne fut qu'à Taulomne de 1389 que le comte Jean III 
put enfin commencer à dévoiler ses plans. Les négociations 
avec les bandes étaient cependant loin d'être terminées et 
Jean III ne pouvait songer à quitter la France. Mais les rou- 
tiers qui avaient définitivement traité et qu'il importait d'é- 
loigner au plus tôt étaient déjà assez nombreux pour former 
une véritable armée. Un vieux chroniqueur porte les forces 
dont pouvait disposer le comte d'Armagnac au chiffre, évi- 

(i) Ariége, arrondissement de Saint-Girons, canton d'Oust. 
(5) Archives de Tarn-el-Garonne, série C, fonds d'Armagnac, deux pièces 
originales détachées, sur papier. 

(3) Antérieurement au mois d'octobre 1387. — Coll. Doat, vol. 194, f« 288. 

(4) ColI.Doat,Yol.l93,f«29. 



Digitized by 



Google 



LE COMTE JEAN III d' ARMAGNAC. 33 

demment fort exagéré, de dix-huit mille chevaux (1). D'après 
un autre témoignage, également ancien, elles se montaient 
seulement en tout à neuf mille combattants (2). Jean III ré- 
solut de leur faire passer la frontière sans plus tarder et de 
les envoyer, comme une sorte d'avant-garde, attendre, sur 
les terres relevant de la couronne d'Aragon, l'arrivée du reste 
des compagnies. Il confia à son frère Bernard le comman- 
dement de cette première expédition. 

Avant de se mettre en campagne, Bernard d'Armagnac fit, 
pour son frère, un sacrifice qui honore son désintéressement. 

Si la conclusion des traités avec toutes les compagnies se 
faisait si longtemps attendre, c'est que l'argent manquait. 
Les 250,000 livres promises, en 1387, au comte d'Arma- 
gnac, avaient été absorbées. De même un nouveau subside 
de neuf mille livres voté par les Etats de Rouergue le 47 jan- 
vier 1389 (5). Les plus fortes sommes disparaissaient vite 
avec les exigences énormes des chefs des routiers. Un seul 
d'entre eux, Ramonet de Sort, ne s'était pas fait payer moins 
de dix-neuf mille francs d'or la remise des places qu'il occu- 
pait (4). 

Bernard d'Armagnac possédait comme apanage, en vertu 
d'un arrangement de famille (5), le comté de Charolais, 
en Bourgogne. Prêt à partir pour l'Espagne, il consentit à 
ce que son frère, Jean III, fît argent de ce comté de 
Charolais, en l'engageant ou en le vendant, pour appliquer 
le prix que l'on en retirerait à satisfaire aux demandes des 
compagnies. 

(1) Pere Tomich, Historias et conquestas dels excellentissims e catholics 
reys de Arago, Barcelone, 1534, f^ xlviu v^. 

(2) Miguel Carbonell, Chroniques d'Espanya, Barcelone, 1517, f° ccnii v». 

(3) Coll. Doat, vol, 203, f^s 295 et 315. 

(4) Coll. Doat, vol. 193, f 29 et 148. 

(5) En vertu d'un accord passé le 16 novembre 1385, Bernard avait reçu de 
son frère le comté de Charolais en échange de la baronnie des Angles, en Bi- 
gorre, et d'une somme de 3000 livres que son père, le comte Jean H, lui avait 
laissées par testament. — Monlezun, Histoire de la Gascogne, vi, p. 321. 



Digitized by 



Google 



34 LES GASCONS EN ITALIE. 

Ce fut le 18 septembre 1389, à risle-en-Dodon (1), que 
Bernard donna pleins pouvoirs pour Paliénation du Charo- 
lais (2). Immédiatement après il quittait la Gascogne, allait 
rejoindre les compagnies qui s'étaient peu à peu concen- 
trées vers l'extrémité orientale des Pyrénées, se mettait à 
leur tête et pénétrait dans les états du roi don Juan par 
FAmpurdan et la Catalogne. Ses troupes remportèrent 
d'abord des succès répétés dans le diocèse de Girone, où 
Ton prit de vive force Bascara (3) et un grand nombre 
d'autres petites places. Puis les soldats de Bernard vinrent, 
le 11 février 1390, mettre le siège devant BèsaUi (4). Mais 
le frère du comte d'Armagnac ne paraissait pas avoir de plan 
de campagne bien arrêté. Les compagnies qu'il commandait 
ne pensaient qu'à piller le pays et à reprendre leur ancienne 
vie de brigandage. C'était là, il est vrai, le principal but de 
Bernard, désireux avant tout de faire retomber les ravages 
des routiers sur d'autres pays que sur les provinces de la 
France. 

Celle brusque aggression surprit le roi d'Aragon tout à fait 
au dépourvu. Il adressa d'abord ses réclamations au comte 
d'Armagnac, sans aucun succès, bien entendu; il fil alors appel 
au roi de France. Charles VI visitait justement le midi de la 
France. Il reçut à Bèziers, dans le courant du mois de janvier 
1390, les ambassadeurs du roi don Juan. 

Celui-ci, invoquant les traités d'alliance qui existaient 
entre la France et l'Aragon, demandait au roi Charles VI, 
l'ordre immédiat pour les compagnies d'évacuer ses états, la 
réparation du dommage causé et l'envoi d'un secours de 
mille chevaux chargés de contribuer à la défense du pays. 

La situation ne laissait pas que d'être embarrassante. 

(1) Haute-Garonne, arrondissement de Saint -Gaudens. 

(2) Archives Nationales, J. 247, n^SS. 

C3j A quelque dislance de Girone, au nord du Ter. 
4) Dans la plaine d'Ainpurias, à l'ouest de Bascara. 



Digitized by 



Google 



LE COMTE JEAN III d' ARMAGNAC. 35 

Charles VI comprenait trop bien l'immense service que 
Jean III et son frère rendaient à la France en éloignant les 
routiers. Il sut assez habilement se tirer d'affaire. Il répondit 
qu'il ne demandait pas mieux que d'observer les conditions 
des traités d'alliance; mais que, ces traités ayant été conclus 
pendant sa minorité, par ses oncles, les ducs de Bourgogne 
et de Berry, il n'était pas au fait de ce qui avait été stipulé, 
et avait besoin de consulter préalablement ses oncles. Du 
reste, il devait revenir par Dijon; il rencontrerait le duc de 
Bourgogne dans cette ville et pourrait alors donner une 
réponse positive. En attendant, il promit de ^défendre à tous 
ses sujets d'aller rejoindre Bernard d'Armagnac. 

Le roi d'Aragon patienta encore quelques semaines. Ne 
recevant aucune nouvelle de la cour de France, il se décida 
enfin à agir avec vigueur et à attaquer ces pillards qui 
depuis six mois dévastaient ses états. Après s'être avancé de 
Barcelone à Girone, il quitta cette dernière ville le 31 mars 
et marcha sur les compagnies avec 4,000 cavaliers et de 
nombreux gens à pied. 

Bernard ne l'attendit pas. Il n'entrait nullement dans ses 
vues de livrer bataille avant l'arrivée de son frère. Il recula 
donc vers les fontières du Roussillon et du royaume de 
France. Là, les bandes s'arrêtèrent dans une situation des 
plus favorables pour elles, entre Cerbère (1) et Fenouillet (2), 
trop loin pour être attaquées par don Juan, revenu à Girone, 
et n'ayant pour vivre qu'à faire de temps en temps de nou- 
velles incursions sur les domaines du roi don Juan, en 
Roussillon, vers Mosset(3), Salces (4)etSainl-Hippolyte (5). 

(1) Pyrénées-Orientales, arrondissement de Perpignan, canton de Millas. 

(2) Arrondissement de Perpignan, canton de Saint- Paul de Fenouillet. 

(3) Arrondissement et canton dePrades. 

(4) Salces et Saint-HippoJyte sont dans le canton de Rivesaltes, arrondisse- 
ment de Perpignan. 

(5) Zurita, Anales de la Corona de Aragon, libro x, cap. XLiiiiei xlvi. — 
PereTomich, Historias .. dels... reys de Arago, t^ xlviiii. — Miguel Garbo- 
nell, Chroniques d^Espanya^t* cciiii v<». 



Digitized by 



Google 



36 LES GASCONS EN ITALIE. 

Bernard, considérant alors sa lâche conjme momentané- 
ment accomplie, abandonna son commandement, rejoignit 
son frère Jean III qui avait passé l'hiver à poursuivre les négo- 
ciations avec le reste des bandes, et tous deux réunis partirent 
pour Paris, où ils arrivèrent dans le courant de mai 1390. 

Quels furent au juste les motifs et le but de ce voyage à 
Paris? Que se passa-t-il dans les entrevues que le comte 
d'Armagnac et son frère eurent avec le Roi, les princes et 
les membres du conseil? Nous constatons bien deux résul- 
tats importants qui justifient amplement ce déplacement du 
comte d'Armagnac. Tout d'abord, il conclut définitivement 
la vente, sous faculté de rachat, au duc de Bourgogne du 
comté de Charolais, moyennant 60,000 francs d'or (1). En 
second lieu, il obtint de Charles VI la levée d'un nouveau 
subside de 30,000 livres, sur l'Auvergne, le Quercy, le 
Rouergue, le Velay, le Gévaudan et les sénéchaussées de 
Toulouse, Carcassonne et Beaucaire (2). Mais ne fut-il pas 
aussi question de l'expédition d'Espagne? Ne se produisit-il 
pas une intervention personnelle du roi de France ou de 
quelqu'un des princes en faveur du roi d'Aragon? Bernard 
d'Armagnac, à son arrivée à Paris, fut reçu à merveille. 
Charles VI lui accorda une pension annuelle de 2,000 
livres (3), et voulut s'attacher le jeune capitaine d'une 
manière toute spéciale (4). Faut-il voir dans ces marques 
de faveur une sorte de dédommagement qu'on voulait don- 
ner à Bernard, en l'obligeant à abandonner son comman- 
dement sur les frontières du Roussillon? 

(1) La vente conclue le 11 mai 1390 par l'entremise de Guérin, sire d'Ap- 
chier, mandataire du comte d'Armagnac, fut ratifiée, à Paris, le 16 juin par 
Jean III, et le 17 du môme mois par Bernard d'Armagnac. — Archives Natio- 
nales, J. 247, no' 28, 29 et 30. 

(2) Bibl. Nationale, Pièces originales du cabinet des Titres, vol. 259, dossier 
Blaisy, n^ 28. — Coll. Doat, vol. 204, f» 103. 

(3) Lettres du roi Charles VI, du 22 novembre 1390. — Coll. Doat, vol. 
204, f" 133. 

(4) Archives Nationales, J. 293, n« 33. 



Digitized by 



Google 



LE COMTE JEAN III D* ARMAGNAC. 37 

Ce qu'il y a de sûr, c'est que lorsque Jean III partit pour 
Paris, il annonçait toujours son intention de faire la guerre 
contre le roi don Juan. On croyait même, au-delà des Pyré- 
nées, qu'il allait bientôt passer en Catalogne par le val 
d'Aran ou la vallée d'Aure (1). Cependant, il laissait déjà 
pressentir qu'il pourrait peut-être bien envoyer, tôt ou tard, 
les compagnies ailleurs qu'en Espagne (2). 

Jean III va à Paris. Il revient en Gascogne, et quelques 
semaines plus tard la lutte contre le roi d'Aragon est tout 
à fait abandonnée. 

Mais aussi, c'est qu'il s'est produit dans l'intervalle un in- 
cident dont les conséquences vont être des plus graves. 
Jean III voit de nouveaux horizons se dérouler devant lui. Au 
lieu d'une guerre plus ou moins fructueuse dans les monta- 
gnes du Roussillon et de la Catalogne, il a en perpective une 
expédition dans une des contrées les plus riches du monde, 
expédition qui lui promet à la fois gloire et profit, en assu- 
rant un emploi à toutes les bandes de routiers. 

Désormais, c'est vers l'Italie que se tournent toutes les 
pensées du comte d'Armagnac. 



La Péninsule entière déchirée par les rivalités et par les 
guerres civiles; l'Eglise désolée par le Grand Schisme d'Occi- 
dent; deux papes, le pape d'Avignon et le pape de Rome, se 
disputant le droit d'occuper la chaire de Saint-Pierre; deux 
prétendants, l'un français, le duc d'Anjou, l'autre italien, 
Ladislas deDurazzo, revendiquant l'héritage des rois angevins 
de Naples; partout la haine aveugle des partis; partout des 
rivaux acharnés, prêts à tout sacrifier à leurs mesquines 

(1) Ziirita, Anales de ta Corona de Aragon^ iib. x, Câp. xliiii. 

(2) Coll.Doai,vol.203,f>39. 



Digitized by 



Google 



38 LES GASCONS EN ITALIE. 

ambitions; puis, au milieu de ce trouble général, un politique 
d'une prodigieuse habileté, Jean-GaléasVisconli, premier duc 
de Milan, profitant des discordes et des luttes pour agrandir 
ses états, voyant bientôt le succès couronner ses efforts, 
rêvant alors d'étendre sa domination depuis les Alpes jus- 
qu'au royaume de Naples, et poursuivant sa marche ambi- 
tieuse avec tant de persévérance et d'audace, que la mort 
seule put l'empêcher de prendre le titre et de placer sur son 
front la couronne de roi d'Italie : tel est le spectacle que nous 
offrent les annales de l'histoire italienne pendant les quinze 
dernières années du xiv* siècle. 

Machiavel devait avoir une sincère admiration pour le pre- 
mier duc de Milan. Jean-Galéas appartient, en effet, à cette 
race d'hommes d'état hors ligne, d'aventuriers de génie, 
devenus peu à peu, en Italie, grands seigneurs ou princes 
souverains, à force d'intrigues, de rases, de trahisons, de 
violences et de crimes. 

Consommé dans l'art de dresser ses embûches, de tendre 
des pièges à ses victimes, de semer la division parmi ses adver- 
saires, marchant vers son but avec une constante opiniâtreté, 
tout en sachant patienter et même céder au besoin pour 
attendre une occasion plus favorable, ne livrant rien au 
hasard, ne reculant jamais devant une perfidie ou devant un 
crime pour satisfaire son ambition, n'hésitanl pas plus à 
tremper ses mains dans le sang de ses plus proches parents 
qu'à violer les engagements lès plus sacrés, d'ailleurs dépourvu 
de tout courage personnel et ne paraissant jamais sur les 
champs de bataille où il laissait aux meilleurs des condot- 
tieri, grassement payés, le soin de remporter pour lui la vic- 
toire, Jean-Galéas forme le plus parfait contraste avec le comte 
Jean III d'Armagnac, si brave, si loyal, si désintéressé, si 
fidèle à ses promesses, si plein d'affection pour les siens, 
mais aussi ayant les défauts de ses qualités, courageux jus- 
qu'à la témérité, incapable de résister au désir de signaler sa 



Digitized by 



Google 



LE COMTE JEAN III D* ARMAGNAC. 39 

vaillance, toujours trop disposé à courir au danger, à se 
lancer inconsidérément dans la première aventure, sans vou- 
loir prêter Foreille aux plus sages avertissements. 

Jean-Galéas était allié de près à la Maison royale de France. 
En 1360, il avait épousé la princesse Isabelle, fille du roi 
Jean-le-Bon, qui lui avait apporté pour dot le con.té de Vertus 
en Champagne. Ce nom, tout français, de Comte de Vertus 
fut, durant de longues années, le seul titre officiellement 
porté par Jean-Galéas. 

En 1378, son père, Galéas Visconti, lui laissa la moitié de la 
Lombardie comprenant Pavie, Novare, Vercell et Asti, plus un 
droit indivis sur Milan. Le reste de la province, avec Milan pour 
capitale, appartenait àToncle de Jean-Galéas, BernaboVisconli. 

Il semble vraiment que les vices et les crimes aient été le 
partage de celte farouche Maison des Visconti. Bernabo, 
voluptueux, débauché et sanguinaire, était un épouvantable 
tyran. On ne peut lire sans frémir le récit de ses cruautés et 
surtout certaines instructions quMl avait rédigées pour ses bour- 
reaux, de concert avec son frère Galéas Visconti, père de Jean- 
Galéas. Il y indique la manière de mettre quarante et un jours 
à faire mourir un condamné i\ mort, en le découpant pour 
ainsi dire morceau par morceau (1). 

Mais Bernabo était puissant et habile. Bernabo était riche et 
donnait de belles dots à ses enfants. Aussi les plus grandes 
familles d'Europe recherchaient-elles son alliance. Ses filles 
étaient mariées ou fiancées au roi de Chypre, au duc d'Anjou, 
au duc d'Autriche, au comte de Wurtemberg, aux ducs Fré- 
déric et Etienne de Bavière; et, ce qui nous intéresse plus 
directement, son fils préféré, Charles Visconti, qu'il avait fait 
seigneur de Parme, avait épousé, en 1382, Béatrix d'Arma- 
gnac, sœur du comte Jean III et de Bernard d'Armagnac (2). 

(1) Muralori, Rerum italicarum Scriptores,x\i, col. 410. 

(2) Le mariage par procuration fut célébré le 17 avril 1382. — L. Oslo, 
Documenti diplomatici tratti dagli Archivj Milanesi, i, p. 227. 



Digitized by 



Google 



40 LES GASCONS EN ITALIE. 

Pauvre Béatrix d'Armagnac ! Sa gaieté et son enjouement 
la faisaient appeler la Gaie Armagnageoise. La destinée donna 
un cruel démenti à ce surnom. Elle avait d'abord été fiancée 
à Gaston de Foix, le fils de Gaston Phœbus, qui mourut d'une 
manière aussi dramatique que mystérieuse. Mariée à Charles 
Visconti, c'est à peine si elle goûta trois ans de tranquillité, 
avant de passer dans l'inquiétude, dans les larmes et dans 
l'isolement, le reste d'une vie qui aurait été, sans le secours 
de ses frères, une vie de pauvreté et presque de misère. 

Le mariage de Charles Visconti avec Béatrix, établit entre 
le seigneur de Milan et la Maison d'Armagnac les plus cor- 
diales relations. Je n'en veux d'autre preuve que cette 
curieuse lettre de condoléance écrite, le 12 juillet 1384, par 
Bernabo Visconti au comte Jean III, à l'occasion de la mort 
de son père, le comte Jean II d'Armagnac : 

Noble Prince et très cliier frère et fils, 

A très grant desplaisance de nostre pensée avons receu vos letres, 
par lesqueles nous avons bien cogneu vostre grant perte et vostre grant 
dommage, par la mort de très noble prince et nostre très chier frère, de 
bonne mémoire, feu messire vostre père, Jasoit ce que nous volriens 
bien que par vosdites leti-es nous eussions cogneu meillours nouvelles, 
et à vous et à nous plus consolatoires, comme joieux et alaigre que nous 
serions de tout ce qui vous pourroit avenir en prospérité, et du con- 
traire tout autrement, confians et cognoissans tousjours ainsi estre de 
vous par pareil participation, toutes voies tout ce qui avient par l'Ottroy 
de Dieu et sans recouvrer, il est besoing du supporter patiemment. Mais 
en nostre dolour nous avons receu très grant plaisir, quant nous avons 
cogneu vostre bon estât et santé; et si est nostre entention que icelle 
mesmes et très parfoite charité et dilection fraternel, qui tant estoit 
viguereuse entre nostredit très chier frère, feu messire vostre père, et 
nous, à la grâce de Dieu croisse et multiplie tous temps entre vous et 
nous; vous, vostre hostel et vos besoignes, loés et commandés en 
charité paternelle du tout en tout selon nostre pooir, et vous, comme 
nostre très chier frère et fil, requérir feablement en toutes nos besoignes 
oportunes. 

Quant est de noble dame vostre suer, dame Béatrix, vous plaise 



Digitized by 



Google 



LE COMTE JEAN III d'aRMAGNAC. 41 

savoir que nous tousjours l'avons eue, avons et entendons avoir pour 
nostre très amée fille, et que, à la grâce de Dieu, avec la dessus nom- 
mée dame Beatrix et nos autres filles, nous sommes sains et en bon 
point. Et comme il soit ainsi que passés sont sept mois que la dessus- 
dite nostre fille par la grâce de Dieu a conceu et est griefve d'enfant, 
nous, considerans la utilité de son engendreure, et pour doubte des 
périls qui en ce luy pourroient avenir, ne voulons pas que jusques à 
tant qu'elle ait enfanté au délivre, elle sache aucime chose de la mort 
de nostre très chier frère son père (1). 

Et encores, noble Prince et très chier frère et fils, nous voulons que 
aussi vous sachiés tout ce qui nous avient a grant amertume et dolour 
de cueur, vous faisons savoir que le samedi dix et huitiesme jour de 
juing dernier passé, à dix et sept hores, par le plaisir de Nostre Sei- 
gneur, trespassa de ceste mortel vie, noble dame et nostre très chiere et 
très amée compaigne, feue dame Royne de Lescale (2). Et jasoit ce 
que de la doloreuse perte de tante et tele compaignie soyons tant contur- 
bés que plus ne pourrions estre, toutesvoies, pour ce que contre la 
divine volonté ne povons ne ne devons aucune chose attempter, consi- 
déré aussi que la dessus nommée dame Royne, jusques à sa derreniere 
heure, tousjours en bon estât de conscience et vraye cognoissance de 
nostre Creatour, avecques dévote réception des ordenance et sacremens 
de Saincte Eglise, ainsi comme bonne catholique a mérité et dessavi 
grâce de Notre Seigneur, nous avons disposé notre courage à prenre 
consolation en Celluy qui est parfaite consolation de toutes choses; et 
celluy bien que nous savons estre prouffitable à Famé de nostre dite feue 
compaigne, comme d'aumosnes, oraizons et d'autres suffrages, voyans 
que autre bien ne luy puet valoir, avons disposé et establi estre fait. 

Si vous prions tant affectueusement comme ne poons, en charité 
paternelle, que toutes dolour et tristece arrière mises du trespassement 
du dessus nommé feu nostre frère et vostre père, ceste mesmes prouffi- 
table voye vueillés eslire et tenir, et nous toujours requérir à tous vos 
bons plaisirs. 

Escript en nostre castel de Dixi (3), le dousiesme jour de juillet mil 
trois cens huitante quatre. 

Bernabo Viscomte, seigneur de Milan, etc., 
gênerai vicayre de l'Empire (4). 

(1) N'esl-il pas curieux de rencontrer chez un pareil tyran une telle délicatesse? 

(2) Regina de la Scala, fille de Mastin II, seigneur de Vérone. 

(3) Desio, entre Monza et Cônie, à quatre ou cinq lieues de Milan. 

(4) Bibliothèque Nationale, coll. Doat, vol. 202, f^ 109. — Le môme volume 

4 



Digitized by 



Google 



4â LES GASCONS EN itALI^. 

Bernabo Visconti fut la première victime de rambition de 
J^an-Galéas. Un mariage avait cependant encore resserré les 
liens qui unissaient l'oncle et le neveu. Veuf d'Isabelle de 
France, le comte de Vertus s'était remarié avec une fille de 
Bernabo. Mais pour être devenu gendre du seigneur de 
Milan, Jean-Galéas n'en songeait pas moins à le renverser 
à son profit. Il est vrai que de son côté Bernabo n'aurait 
pas été fâché de mettre la main sur les états de son gendre. 
Jean-Galéas fut le plus habile. 11 endormit la méfiance de 
Bernabo en affectant d'être tout entier à la dévotion et aux 
pratiques de piété. Puis un beau jour (6 mai 1385) il annonça 
l'intention d'aller en pèlerinage visiter le sanctuaire, encore 
aujourd'hui célèbre, de la Madonna del Monte, près dS; 
Varèse, et quitla Pavie avec une très forte escorte. La route 
de Pavie à Varèse passe sous les murs de Milan. C'était une 
occasion pour Jean-Galéas de demander à saluer son beau- 
père. Bernabo eut l'imprudence d'aller à sa rencontre. Il 



renferme [f^S62] la copie d'une lettre de Béatrix d'Armagnac à son père, le 
comte Jean II. Et quoiqu'elle ne soit pas fort importante, cette lettre mérite 
d'être reproduite, à titre d'insigne rareté : 

a Monsieur, joa me recomande a la vostra gracia lo plus humelment que 
podi; et vos plassia assaber que lo maior desirier que jou aye en aquest mon, 
so es de saber lo vostre bon estât, loqual plassia à Nostre Seignor que sie aitals 
comme jou desiri; per quaujou vos pregui tant carament comma podi que lo 
plus souvent que poiret lo me fassat assaber, quar vous m*en faret lo maioar 
plaser del mon. Se del estât de part nous plassia assaber, sapiat que lo senhor 
mossen Barnabo, madone Régine, sos enffans, Mossenhor Mossen Charles, et 
jou> et nostre filh estam ben, la merce de Nostre Seignour. 

Mossenhor Rogier Can s'en va part delà; loqual me ta tout jorn tots les 
plasers que pot. Per que jou vous pregui, tant carament comma podi, que per 
amour de mi lo vulhat aver per recomandat- Lo dit Rogier vos dira totas las 
notiVQlles de part dessa. 

MonseigDor, Nostre Seignor vous donne bona vida et longua. 

Ëscrich à Milas, le dotsieme jour de février. » 

Cette lettre ne peut être que de 1384. 

Le Rogier Can, dont il est question, est un La Scala, de Vérone, parent de 
^a femme de Bernabo. 



Digitized by 



Google 



LE COMTE JEAN III D^ ARMAGNAC. 43 

fut aussitôt saisi et jeté dans un cachot, où le comte de 
Vertus le fit de sang-froid empoisonner quelques mois plus 
tard (18 décembre 1385). Le Milanais tout entier tomba au 
pouvoir de Jean-Galéas. Charles Visconti fut complètement 
dépouillé et sa femme, Béatrix d'Armagnac, n'eut que le 
temps de fuir et d'aller, en Gascogne, demander asile à ses 
frères (1). 

Si peu digne d'intérêt que fût Bernabo Visconti, sa mort 
ne laissa pas de produire dans toute l'Italie une vive impres- 
sion qui se fit ressentir jusqu'en France. On comprend quelle 
dut être la douloureuse surprise du comte Jean III et de Ber- 
nard d'Armagnac en apprenant la ruine de leur beau-frère, 
en voyant revenir, errante et réduite à la misère, cette soeur 
aimée qu'ils espéraient voir vivre en souveraine à Milan, Dès 
ce moment, les deux frères vouèrent à Jean-Galéas une haine 
qui ne se démentit jamais. 

Maître du Milanais, il ne fallut que quatre ans à Jean-Galéas 
pour étendre sa domination, ou tout au moins son influence, 
sur tout le nord de l'Italie. Il enleva Padoue à François de 
Carrare, Vérone et Trévise à Antoine de La Scala. Le marquis 
de Montferrat, François de Gonzague, seigneur de Mantoue, 
et le marquis Albert d'Esté ne conservèrent quelque appa- 
rence de pouvoir qu'au prix d'une absolue soumission. Venise 
même, voyant les drapeaux milanais flotter sur les bords de 
l'Adriatique, dut mettre tous ses soins à ménager son redou- 
table voisin. 

Le moment était venu de pousser vers le sud et d'entre- 
prendre la conquête de la Toscane. 

L'occasion paraissait favorable. La prospérité de Florence 
avait excité la jalousie des répubUques voisines, moins riches 
et moins heureuses. On l'accusait de connivence avec les 
bandes armées qui dévastaient la contrée, tout comme les 

(1) Corio, Hiatoria d% Milano; m® partie (f^^ 267-259 de, l'édition de 
Y mm, 1554). 



Digitized by 



Google 



44 LES GASCONS EN ITALIE. 

compagnies dans le centre de la France, et qui n'osaient pas 
s'en prendre au territoire florentin, trop bien défendu. Les 
anciennes rivalités des Guelfes et des Gibelins étaient prêtes 
à renaître. Les mécontents s'agitaient; de fréquentes conspi- 
rations révélaient l'impatience des bannis; et Sienne, qui ne 
pouvait pardonner à sa rivale sa fortune toujours croissante, 
tendait à devenir, avec Pérouse, le centre d'une redoutable 
coalition contre Florence. 

Les intrigues de Jean-Galéas envenimèrent encore l'irrita- 
tion. Il noua des intelligences avec les mécontents et se créa 
des partisans à Pise et même à Florence. Les chefs de con- 
dottieri, furent séduits par ses largesses. Les ravages des 
brigands lui fournirent le moyen d'introduire ses troupes 
en Toscane, sous prétexte de protéger le pays; et, siu mois 
de juin 1389, une forte garnison milanaise vint s'établir à 
Sienne. 

Jusqu'alors les Florentins étaient restés étrangers aux luttes 
soutenues par Jean-Galéas. Préoccupés avant tout des intérêts 
de leur commerce, ils cherchaient à rester en bons termes 
avec leurs voisins. La paix leur était nécessaire. Elles assu- 
rait le transport de leurs marchandises, leur ouvrait toutes 
les routes et facilitait les progrès de leur richesse. Aussi 
avaient-ils sacrifié leurs préférences secrètes au maintien 
des relations amicales avec le comte de Vertus. Il n'avaient 
pas hésité à le reconnaître comme seigneur de Milan, malgré 
leur sympathie pour Bernabo Visconti. Ils avaient laissé 
écraser Antoine de La Scala et n'avaient fait aucune démar- 
che en faveur de François de Carrare, qui était pourtant 
leur allié. 

L'arrivée des soldats milanais à Sienne leur ouvrit les yeux. 
Ils comprirent la faute quils avaient commise et reconnurent 
hautement leur erreur. Laisser Jean-Galéas continuer ses 
audacieuses tentatives, c'était assurer la perte de leur liberté. 
La guerre parut inévitable, et les Florentins se prépa- 



Digitized by 



Google 



LE COMTE JEAN III d'ARMAGNAC. 45 

rèrent à opposer au comte de Vertus la plus énergique 
résistance (1). 

Avant tout, il était indispensable de s'assurer des alliés. 
Les Florentins s'adressèrent au roi de France, Charles VI. 

Depuis longtemps déjà nos rois exerçaient sur Florence 
une sorte de patronage honorifique. Les fleurs de lys d'or des 
descendants de saint Louis brillaient, en Toscane, à côté des 
armes de la République, sur les enseignes et sur les monu- 
ments publics; comme elles brillent, du reste, encore aujour- 
d'hui, sur la place de la Seigneurie, tout au haut du Palais- 
Vieux. Les Florentins prenaient plaisir à rappeler les services 
rendus à leur patrie par la couronne de France. «Nous devons 
à vos aïeux, écrivaient-ils à Charles VI, notre ville, notre 
liberté, et tout l'éclat de notre origine et de notre situation 
présente (2). » La République est la fille dévouée des rois de 
France (3). Les citoyens peuvent aussi bien s'appeler sujets 
du Roi que sujets de Florence (4). 

On comprend tous les avantages d'une telle situation. Elle 
n'avait rien d'ailleurs qui pût alarmer le patriotisme des 
Florentins, car cette haute protection s'exerçait de trop loin 
pour porter atteinte à la liberté. En réalité même, l'influence 
du roi de France était à peu près illusoire sur les bords de 
FArno. 

En bons ItaUens, les Florentins penchaient pour le pape 

(1) Proclamation des Florentins aux Italiens, àa 25 mai 1390. — Archives 
de Florence, Registre de lettres de 1388 à 1393, provenant de la Bibliothèque 
Magliabecchiana. 

Scipione Ammiralo, Istorie Florentine, lib. xv; Leonardo Aretino. Chroni- 
que, lib. ix; Corio, Historia di Milano, fin de la m® partie; Cronica de Piero 
Minerbetti, dans les Rerum italicarum scriptores de Tartini [suppléments 
Muratori) ii, col. 180 et suiv.; etc., etc. 

(2) Lettre à Charles F/, du 20 octobre 1384. — Voir : Paul Durrieu, /a 
Prise d*Arezzo par Enguerrand de Coucy, Paris, 1880, p. 19. (Extrait de 
la Bibliothèque de r Ecole des Chartes, t. xli.) 

(3) Instructions a Filippo Cavicciuli, citées plus bas. 

(4) a Populum Florentinum, imo regium. » — Lettre de la République au 
roi de France, du 16 janvier 1390. — Archives de Florence, registre prove- 
nant de la Magliabecchiana, 



Digitized by 



Google 



46 LES GASCONS EN ITALIE. 

de Rome et pour Ladislas de Durazzo, l'un des deux compé- 
titeurs au trône de Naples. La France, au contraire, soute- 
nait le pape d'Avignon et le duc d'Anjou, rival de Ladislas. 
Charles VI aurait voulu profiter de ses relations avec Florence, 
pour changer les préférences de la République en la gagnant 
à la cause qu'il avait lui-même embrassée. Mais c'est en vain 
qu'il avait multiplié à cet effet lettres et ambassades (1). 

Lorsque les Florentins, menacés par Jean-Galéas, se déci- 
dèrent, le 23 juin 1389, à envoyer vers Charles VI un pre- 
mier ambassadeur, Filippo Cavicciuli, ils étaient toujours fer- 
mement résolus à demeurer, malgré tout, fidèles au pape de 
Rome et à Ladislas de Durazzo. Cette circonstance rendait 
plus difficile le succès de la mission. On espérait cependant 
amener le roi de France à envoyer des troupes en Italie et à 
adhérer à la ligue contre Jean-Galéas en faisant luire à ses 
yeux la perspeclive de brillants résultais. 

D'avance on proposait le partage, entre les confédérés, du 
Milanais et des autres domaines de Jean-Galéas. Le roi de 
France aurait tout le pays en deçà du Pô, jusqu'à la côte de 
Gênes et aux Alpes, à partir de Pavie. Le comte de Savoie, 
s'il promettait son concours, recueillerait les terres attenantes 
à ses possessions actuelles de Piémont, jusqu'aux limites des 
territoires de Côme, Milan et Pavie. Les états démocratiques 
asservis et les familles souveraines dépouillées par le comte 
de Vertus rentreraient dans leurs droits et libertés, mais 
deviendraient les tributaires de la couronne de France et 
reconnaîtraient Charles VI pour suzerain (2). 

Le plan d'exécution était simple. Florence et Bologne s'en- 

(1) Archives de Florence, Signori, Carteggio, Missive, Reg. I, Cancel!eria, 
n» 19, fs 22 v°, 29, 97 v" et 225; iP 21. f» 6 v^. — p. Minerbetli, col. 145: 
Ammirato, lib. xv (p. 787 de l'édition de 1647). 

(2) Est-il nécessaire d'insister sur l'importance d'une pareille proposition? 
C'est la première fois que l'on voit énoncer l'idée d'étendre au-delà des Alpes 
les'limites du royaume de France, c'est-à-dire le principe même des grandes 
guerres d'Italie (|ai çomnoenceront un siècle plus tard. 



Digitized by 



Google 



LE COMTE JEAN IIl D*ARMAGNAC. 47 

gageaient à entretenir jusqu'à la fin des hostilités 1,500 lances 
et bOO arbalétriers. Ces troupes attaqueraient le comte de 
Vertus sur les frontières de Toscane pendant qu'une armée 
royale le prendrait à revers en débouchant par Asti. 

Quelque séduisantes que fussent de pareilles propositions, 
les Florentins ne se dissimulaient pas qu'ils rencontreraient 
bien des résistances. Ils pouvaient, il est vrai, compter sur la 
reine, Isabeau de Bavière, pelite-fiUe de Bernabo Visconti. 
Mais Jean Galéas avait désormais à la cour de France un 
auxiliaire non moins puissant. Grâce à l'appât d'une riche 
dot, il était parvenu à faire arrêter le mariage de sa fille, 
Valenline de Milan, avec le frère de Charles VI, Louis, duc 
de Touraine, plus tard duc d'Orléans. 

Aussi la seigneurie de Florence recommandait-elle la plus 
grande prudence à son ambassadeur. Avant d'exposer quoi 
que ce fût de la combinaison proposée, il devait s'assurer 
qu'elle avait des chances d'être favorablement accueillie. 
Sinon, il se bornerait à demander au roi de France la pro- 
messe de ne pas entraver l'action de la République en cas 
de guerre, et à solliciter l'autorisation de proposer des traités 
d'alliance à quelques-uns des grands seigneurs français (1). 

Cette dernière demande visait tout spécialement le comte 
d'Armagnac. Le service que Jean III rendait à la France, en 
traitant avec les compagnies, avait des conséquences trop 
favorables, au point de vue de la sécurité générale, pour 
ne pas avoir attiré l'attention de la Seigneurie. De nombreux 
agents et correspondants faisaient de Florence la mieux in- 
formée des cités italiennes. Or, quoi de plus intéressant 
pour un peuple voué au commerce que le départ de ces ban- 
des, si longtemps la terreur des marchands en rapport avec 
le Languedoc, la Gascogne, l'Auvergne, le Rouergue ou le 
Gcvaudan? Les récits des négociants florentins qui fréquen- 

(1) Instructions données à Filippo Cavicciuli. — Archives rte Florence, 
Riformagioni, Classe X, distinzione 3, n» 1, P 103^ 



Digitized by 



Google 



48 LES GASCONS EN ITALIE. 

taient les foires de Beaucaire auraient suffi, à eux seuls, 
pour faire connaître sur les bords de TArno le nom du comte 
Jean III. La République savait donc que le comte d'Arma- 
gnac était en relation avec de nombreux capitaines de rou- 
tiers sans emploi pour le moment. Elle prévoyait dès lors 
qu'elle pourrait peut-être, un jour, tirer parti de ces troupes 
prêtes à servir qui les paierait, et cela d'autant plus aisé- 
ment que Jean III avait à venger son beau-frère et sa sœur, 
victimes du comte de Vertus. 

D'ailleurs ce n'était là qu'une conception bien vague encore. 
Mais ce projet ne tarda pas à prendre plus de consistance, la 
mission de Cavicciuli n'ayant eu qu'un résultat fort peu 
brillant. Le roi de France, en efîet, se contenta d'annoncer, à 
son tour, le prochain envoi d'une ambassade à Floreiice (I). 

La situation parut alors se détendre en Italie. Au mois 
d'août 1389, Jean Galéas fit aux Florentins des ouvertures 
de paix et, après quelques semaines de pourparlers, un traité 
d'alliance pour trois ans fut conclu au commencenent d'oc- 
tobre (2). Dans l'Intervalle, le mariage de Valentine de Milan 
avec le duc de Touraine avait été célébré en grande pompe. 
Désormais la grâce exquise delà jeune duchesse, l'ascendant 
qu'elle prit rapidement sur son mari et sur le roi son beau- 
frère, firent de Valentine le plus précieux agent de la politi- 
que milanaise à la cour de France. 

Ce traité d'octobre n'était qu'une nouvelle feinte de Jean 
Galéas. Les Florentins ne tardèrent pas à le reconnaître en 
voyant leurs compatriotes violemment expulsés, comme 
coupables d'intrigues, des états du comte de Vertus. Les 
observations que la République voulut faire furent reçues 
avec hauteur. Sienne s'agitait. Un complot se tramait pour 
livrer San Miniato aux partisans de Jean Galéas. De tous 

(1) Lettre de la République au roi de France, du 14 août 1389.— Archives 
de Florence. Signori.Carteggio, Missive, Reg. 1, Cancelleria, n^ 21, f» 118, v". 

(2) L. Osio. Documenti diplomatici tratti dagli Àrchivj Milanesi, I, p. 279. 



Digitized by 



Google 



LE COMTE JEAN III d'arMAGNAC. 49 

côtés, enfin, se manifestaient les signes précurseurs d'une 
rupture imminente (1). 

Raison de plus pour redoubler d'efforts auprès de Char- 
les VI. De nouveaux ambassadeurs furent envoyés en France, 
et par Florence, et par Bologne, son alliée. La mission flo- 
rentine comptait quatre membres. Deux seulement, Filippo 
Corsinî, le célèbre diplomate (2), et Cristofano degli Spini 
purent arriver à Paris, les deux autres ayant été enlevés en 
route, au mépris du droit des gens, par les émissaires de 
Jean Galéas (3). 

En même temps, un envoyé florentin, Berto d'Agnolo Cas- 
tellani, allait trouver le comte d'Armagnac. 

Il ne paraît pas que Caslellani ait eu rien de bien précis 
à traiter. Il devait seulement s'assurer des dispositions de 
Jean III, voir s'il serait possible, le cas échéant, de lavoir 
pour allié. C'était justement l'époque où Bernard d'Arma- 
gnac venait de lancer sur les états du roi d'Aragon une 
partie des bandes de routiers. Jean III, toujours préoccupé 
de donner de la besogne aux compagnies, fit le meilleur 
accueil à l'envoyé do Florence. Dès lors la RépubUque fut 
certaine que le jeune comte ne demanderait pas mieux que 
de lui prêter son concours (4). 

Bien en prit aux Florentins d'avoir fait pressentir le comte 
d'Armagnac. L'ambassade de Filippo Corsini et de ses com- 
pagnons se termina par un échec à peu près complet pour 
la diplomatie florentine. Le roi de France reçut les envoyés 

(1) Proclamation des Florentins aux Italiens, du 25 mai 1390; dans le 
registre de la Magliabecchiana. — Minerbelti, col. 193 à 198; Ammiralo, lib. 
XV, etc., etc. 

(2) Voir, sar ce personnage, les Négociations diplomatiques de la France 
avec Toscane^ I, p. 26 {Collection des Documents inédits sur V Histoire de 
France). 

(3) Lettre de la République au roi de France, du 16 janvier 1390, dans le 
registre de la Magliabecchiana. —P. MinerbeUi, col. 191; So25omeno, dans 
Muratori, xxi, col. 1141. 

(4) Pièces justilieatives, n9 J. 



Digitized by 



Google 



50 LES GASCONS EN ITALIE. 

de la façon la plus gracieuse; mais, sous Tinfluence du duc 
de Touraine, il rejeta leurs propositions et refusa absolument 
d'entrer en lutte contre le comte de Vertus. Toutefois, il 
laissa à la République Tautorisation de traiter avec les vas- 
saux de la Couronne (1). 

La France n'interviendra pas. Cette nouvelle est aussitôt 
transmise à Jean Galéas par le duc de Touraine. Elle le 
décide à brusquer les choses. Le 19 avril 1390, il publie 
une lettre des plus menaçantes qui contient un véritable 
défi. Les Florentins le relèvent fièrement et, le 3 mai, 
déclarent la guerre au comte de Vertus et à ses alliés les 
Siennois (2). 

Aussitôt des négociations suivies sont entamées avec le 
comte d'Armagnac. Berto d'Agnolo Castellani repart le 21 
mai 1390, cette fois avec mission de faire des offres formelles 
à Jean III, en lui proposant d'entrer au service de la Répu- 
blique (3). Ce second voyage de Castellani coïncide justement 
avec le séjour du comte d'Armagnac à Paris. C'est alors que 
l'expédition d'Espagne est complètement abandonnée, Jean III 
ayant accédé aux ouvertures que lui fait l'envoyé florentin. 
Le 6 août, Castellani revient à Florence après s'être entendu 
avec le comte d'Armagnac (4). Un mois plus tard, le 6 sep- 
tembre, il est investi de tous les pouvoirs nécessaires (5), et 
le 16 octobre un traité définitif est conclu, à Mende, entre 
les représentants de la République florentine et le comte 
Jean III d'Armagnac. 

Dans l'intervalle, les Florentins n'avaient cessé d'entrete- 
nir les bonnes dispositions de Jean III, en lui rappelant la 
conduite barbare de Jean Galéas, les malheurs de Charles 



(1) Chronique du Religieux de Saint'DenySt I, p. 670. 

(2) Lunig, Codex Italiœ diplomaticus, III, col. 367. P. Minerbetti, c(H. 198 
et 199, et tous les chroniqueurs italiens contemporains. 

(3) Pièces justificatives, n^^ II. 

(4) Pièces justificatives, n" IV. 

(5) Pièces justificatives, n^ V. 



Digitized by 



Google 



LE COMTE JEAN III d' ARMAGNAC. 51 

Vîsconti et de Béatrix d'Armagnac, et en faisant luire à ses 
yeux la gloire qui rallendait sûrement en Italie (1). 

Le traité du 16 octobre 1390 porte les conditions suivantes : 

1*» Le comte d'Armagnac s'engage à passer de sa personne 
en Lombardie et à emmener avec lui deux mille lances gar- 
nies, soit environ douze mille combattants de troupes régu- 
lières, plus trois mille pillards ou fourrageurs (2). Ces troupes 
devront être rendues sur le théâtre des hostilités avant la fin 
de novembre pour pousser vivement la guerre contre les 
Milanais pendant six mois et, si les Florentins l'exigent, pen- 
dant un second semestre encore; 

2^ Le comte Jean III est chargé de s'assurer le libre pas- 
sage en Italie et de se procurer les vivres et tout ce qui sera 
nécessaire à l'entivtien de l'armée; 

5* Il promet, pour lui et ses gens, de s'abstenir de toute 
hostilité et de tout dommage envers les Florentins, non seu- 
lement pendant les six mois, mais pendant une année encore 
à partir de l'expiration du contrat; 

4* Tant qu'ils resteront au service delà République, Jean 111 
et ses gens ne pourront conclure aucune espèce de conven- 
tion ou d'accord avec Jean-Galéas. En outre, ils devront 
toujours opérer sur le territoire de l'ennemi et n'en sortir que 
dans un cas de force majeure ou si le succès du plan de 
campagne l'exige; 

(1) On troavera plus loin, dans les pièces justificatives » le texle même de la 
correspondance échangée entre la République florentine et le comte Jean III 
d*Armagnac. Celle correspondance nous a été conservée dans un très précieux 
registre de copies dj lettres, de 1388 à 1393, qui est aux Archives de Florence 
et qui provient de la bibliothèque Magliabecchiana. Lorsque j'ai consulté ce 
manuscrit, les feuillets n'étaient pas encore numérotés, mais les lettres sont 
rangées à peu près exactement suivant l'ordre chronologique. 

Les lettres de la Seigneurie au comte Jean III sont au nombre de treize, 
portant les dates suivantes : 15 décembre 1389; 21 mai, 18 juin, 6 août. 6 
septembre, 6 noveml)re, 2 décembre et 18 décembre 1390; 5 janvier, 17 fé- 
vrier, 2 mars, 30 avril et 25 juin 139L 

Il y a. en outre, deux lettres de Jean III, écrites : l'une à Mende, |e 18 oc- 
tobre 1390, l'autre à Rodez, le 22 novembre de la mônie anr)ée. 

(2j a Pilhardi seu saccoma^ni. » 



Digitized by 



Google 



52 LES GASCONS EN ITALIE. 

b** Les châteaux, pays et cités qui chercheront à secouer 
le joug du comte de Vertus devront être non seulement 
respectés, mais encore encouragés et secourus; 

6° Le comte Jean 111 et ses officiers seront tenus, aussitôt 
après avoir passé le Rhône, ou dans la quinzaine qui suivra, 
de jurer le maintien des conventions et de les ratifier par 
une déclaration munie de leurs sceaux; 

7° La paie due au comte, pour tout son monde, est fixée 
à quinze mille florins d'or par mois. Les premiers six mois 
expirés, les Florentins pourront, s'ils le veulent, conserver 
à leur solde, aux mêmes conditions, les troupes françaises, 
pourvu qu'ils préviennent un mois d'avance; 

8° Le comte et ses hommes s'abstiendront de toute vio- 
lence à l'égard des villes et places fortes qui se détacheraient 
volontairement du parti de Jean Galéas et chercheraient tout 
autre seigneur ou tout autre mode de gouvernement. Jean ill 
restera, au contraire, maître absolu de toutes les terres, 
villes et pays quïl enlèvera de vive force à l'ennemi; 

9° Indépendamment de quinze mille florins d'or par mois, 
le comte recevra, comme don et gratification, cinquante mille 
florins d'or, dont trente mille payables avant le quinze no- 
vembre à Avignon ou à Montpellier, et vingt mille payables 
à Gênes, Florence, Bologne ou Venise (1). 

Le comte d'Armagnac n'était pas entièrement satisfait des 
conditions du traité. Le délai fixé lui paraissait beaucoup 
trop court; il lui semblait impossible d'organiser ses troupes, 
de leur assurer libre passage et de les amener en Italie en 
moins de six semaines. D'un autre côté, il trouvait que les 
droits de son beau-frère, Charles Visconti, et de sa sœur, 
Béatrix d'Armagnac, sur une partie de la Lombardie n'é- 
taient pas assez nettement reconnus. Enfin, il élevait encore 
quelques objections et sur la clause qui l'obligeait à se pro- 

(1) Pièces justificatives, n'' VI. 



Digitized by 



Google 



LE COMTE JEAN III d'aRMAGNAC. 53 

curer lai-même les vivres nécessaires à la subsistance de 
l'armée, et sur la manière dont les sommes promises de- 
vaient être versées (1). 

Ces observations avaient été énoncées avant la conclu- 
sion du traité. L'envoyé florentin, contraint de rester dans 
les termes stricts de son mandat, n'avait pas qualité pour 
les admettre. Le renvoyer en Italie chercher de nouvelles 
instructions, c'eût été perdre un temps précieux, car déjà 
Castellani avait dû séjourner un mois à Florence avant d'ob- 
tenir ses premiers pouvoirs. 

L'assurance formelle que les Florentins laisseraient toute 
latitude pour l'exécution des engagements décida Jean III 
à passer outre. Il accepta donc le traité proposé. Mais 
le surlendemain, 18 octobre, il écrivait longuement à la 
République pour faire valoir le bien fondé de ses récla- 
mations. 

Elles obtinrent gain de cause après un- échange de cour- 
toises explications. Les droits héréditaires des descendants 
de Bernabo Visconti furent admis sans difflculté. Les trente 
mille florins d'or qui devaient être touchés à Avignon ou à 
Montpellier furent apportés au comte d'Armagnac jusqu'à 
Rodez par un nouvel envoyé florentin, Angelo de'Spini, et 
versés au 20 novembre 1390 (2). De plus, les Florentins 
promirent d'avancer notablement le paiement des vingt mille 
florins restants et du premier mois de solde. Quoique bien 
réduits, les délais parurent encore trop longs à Jean III. Il 
décida Castellani à lui * remettre l'équivalent de la somme 
totale en pièces de soie et autres marchandises, complaisance 
intéressée que récompensa un don de deux mille florins (3). 
Enfin, comme dernière concession, le mois de décembre tout 

(1) Pièces justificatives y n» VII. 

(2) Archives de Tarn-et-Garonne, série C, fonds d'Armagnac, registre por- 
tant le n* provisoire 862, f<» 56. 

(3) Pièces justificatives, n^* VIII, IX et XI. 



Digitized by 



Google 



54 LES GASCONS EN ITALIE. 

entier fat accordé au comte d'Armagnac pour achever ses 
préparatifs et passer en Italie (1). 

A ces divers incidents se rattaclie toute une série de lettres 
d'un très vif intérêt, échangées entre Jean III et la République 
florentine. 

Florence a pour habitude de confier aux meilleurs écri- 
vains la rédaction de ses lettres officielles. Parmi les auteurs 
célèbres qui ont servi de secrétaires à la République flgurent 
des hommes de génie comme Pétrarque et Machiavel. A la fin 
du XIV* siècle c'est un fin lettré, un peu rhéteur toutefois, 
Coluccio Salutati (2), qui tient le plus souvent la plume pour 
la Seigneurie. Aussi les lettres de la République se distin- 
guent-elles par la recherche du style et de l'effet, de périodes 
pompeuses et 3e belles phrases bien redondantes, mais 
ayant facilement une tendance trop accentuée à l'obscurité 
et même au mauvais goût. 

Bien entendu, Jean-Galéas est peint sous les couleurs les 
plus défavorables. Dans une lettre du 6 août 1390, la Sei- 
gneurie compare ses crimes à ceux de Denys, de Phalaris 
et de Busiris (5). 

L'Antiquité, porte une autre lettre, du 6 septembre 1390, a célébré 
Hercule parce qu'il avait tué Antée, Géryon, Cacus et Busiris, qui 
étaient sans pitié pour leurs voisins ou pour leurs hôtes. Lui (Jean- 
Galéas) n'est pas seulement intolérable pour ses sujets et dangereux 
pour ses voisins, il se montre encore plein de perfidie et de cruauté 
envers sa propre famille. Il n'est pas nécessaire de tout vous rappeler, 
à vous surtout qui avez auprès de vous, dans votre maison, un témoin 
qui vous touche de si près, votre noble stBur qu'il a dépouillée de ses 
biens, qu'il n'aurait pas hésité à jeter en prison, et qu'il a séparée de 
son beau-père, de son mari, de ses beaux-frères et de ses enfants.... 

(1) Pièces justificat'wes, n^^ VU et XIIL 

(2) Une partie seuletnent des lettres Je Colaccio Salutati a été publiée à 
Florence, en 1741 et 1742. Les contemporains avaient la plus haute estime pour 
le talent du secrétaire de la République florentine Jean-Galéas répétait souvent 
qu'il redoutait plus une lettre de Coluccio qu'une armée de vingt mille hommes. 

(3) Pièces justificatives, n® IV. 



Digitized by 



Google 



LE COMTE JEAN III d'aRMAGNAC. 55 

Oh ! quelle gloire se prépare Votre Magnificence si, pour remettre en 
possession de leurs biens votre sœur et son mari, pour délivrer vos 
neveux, vous prenez les armes, comme nous l'espérons, pour la Jus- 
tice et pour notre liberté ! si, comme un nouvel Hercule, vous entamez 
contre ce cruel tyran la plus honorable, la plus juste des guerres (1) ! 

Les pauvres secrétaires gascons du comte d'Armagnac 
répondent de leur mieux à l'éloquence florentine. 

Nous sommes poussé, dit Jean III, par une haine extrême, telle 
qu'on n'en saurait imaginer de plus violente, contre ce tyran, parri- 
cide et empoisonneur, qui s'est engraissé en se plongeant dans notre 
sang, sans aucune juste cause, et qui, s'en prenant à votre antique 
liberté, jusqu'ici respectée, et non-seulement à votre hberté, mais 
encore à celle de Tltalie entière, a songé follement à s'élever jusqu'au 
rang suprême, comme Auguste. la belle pensée! les justes mobi- 
les I la haute vertu ! Le plus scélérat se comparer au plus juste, le 
lâche au plus brave, l'esclave de tous les vices au plus vertueux ! 
Loin, loin de nous un tel monstre que l'on pourrait comparer à Cati- 
lina, à Néron ou à Caligula, si ce n'est que sa honte est encore plus 
grande et que ceux-ci avaient au moins en eux quelque chose de 
bon (2). 

« L'esclave de tous les VICES » , et cela quand il s'agit 
d'un personnage qui porte le titre de comte de VERTUS, 
il y a là, à la rigueur, les éléments d'un mauvais jeu de 
mots. Les Florentins n'ont garde de le laisser échapper. 
En bons courtisans, ils en attribuent la paternité au comte 
d'Armagnac, qui n'y songeait guère, fort probablement. 

Ce qui nous plait surtout en vous, illustre Prince, magnifique sei- 
gneur, très cher frère et ami, c'est cette juste haine que Votre Magna- 
nimité porte, du fond du cœur, à cet homme si féroce, ou plutôt à cette 
cruelle bête fauve, à ce monstre venu du Tartare, qui n'est pas le 
comte de Vertus^ ainsi qu'il se nomme lui-même, mais bien 
plutôt, conome le dit élégamment votre lettre, Vesclave de tous 
les vices. Nous voyons en efïet que vous connaissez entièrement 



(1) Pièces justificatives, ïi'' y. 

(2) Pièces justificatives, n» VU. 



Digitized by 



Google 



56 LES GASCONS EN ITALIE. 

ses vices. Nous voyons aussi que Dieu vous réserve la gloire de 
le renverser. Que disons-nous : la gloire? Disons plutôt la plus glo- 
rieuse des gloires, la plus splendide des renommées éternelles, telle 
que n'en aura eue aucun prince de notre temps. Il peut être glorieux 
de remporter la victoire, d'abattre par les armes la puissance d'un 
ennemi. Mais il est, par dessus tout, glorieux d'entamer une juste 
guerre, d'abaisser l'orgueil, de confondre l'iniquité, de venger les siens 
et d'écarter de la tête des peuples en danger une honteuse et abomi- 
nable tyrannie. 

Déjà l'Italie vous exalte de ses louanges. Déjà tous vous célèbrent 
d'une seule voix et vous appellent le champion de la justice, le libéra- 
teur des peuples, le vengeur de ses proches et le vainqueur du tyran. 
Déjà tous les yeux, tous les cœurs se lèvent vers vous, dans l'attente 
de votre heureuse arrivée, avides de voir la chute et la ruine de votre 
ennemi. Que disons-nous : votre ennemi? C'est bien l'emiemi du 
genre humain tout entier : dur pour ses sujets, cruel envers les siens, 
infidèle à l'égard de tous, chez qui se retrouve tout ce qu'il y a de 
cruauté, de turpitude et de perfidie. Il surpasse Busiris en dureté, 
Lycus en injustice, Jugurtha en cruauté pour ses proches. Sinon en 
astuce, Gaïus (1) et Locuste dans la préparation des poisons, Julien 
l'Apostat en impiété, Philippe, fils d'Amyntas, en perfidie, Hélioga- 
bale en honteuses débauches et Sardanapale en lâcheté (2). 

Le jeu de mots fil fortune. « Ce tyran, le ministre des 
vices, quoiqu'il s'intitule le comte de Vertus, » répète com- 
plaisamment Jean III, le 22 novembre 1390. Désormais pour 
les Florentins et pour leurs amis le comte de Vertus n'est 
plus que le comte de Vices (3). 

Pourquoi Jean III était-il donc si pressé de toucher les 
sommes promises par les Florentins? 

Ce qu'on a lu précédemment, au sujet des négociations 
entre Jean III et les chefs de bande, en donne facilement 
l'explication. L'argent était destiné aux dernières compagnies 



(1) Sans doute Caïus Galigula. 

(2) Pièces justificatives, n° VIII. 

(3) Lettre des Florentins aux habitants de Pérouse, du 3 juillet 1391, 
dans le registre de la Magliabecchiana. — Goro Dati, Istoria di Firenze (Flo- 
rence, 1735), p. 30, 



Digitized by 



Google 



LE COMTE JEAN III d'aRMAGNAC. 57 

q4ii achevaieat de traiter avec le comte d'Armagnac. Déjà, 
dans le courant de 1390, les routiers avaient absorbé et les 
60,000 francs payés par le duc de Bourgogne pour le Charo- 
lais (1), et le nouveau subside de 30,000 livres accordé au 
mois de mai par le roi de France (2). Toujours pressé par 
le manque de fonds, rallié de Florence s'était vu contraint 
de vendre encore (21 septembre 1390) la baronnie des 
Angles en Bigorre (3); et, fait à noter, c'était un chef de 
bande, Raymond-Guilhem de Caupenne qui l'avait achetée 
12,000 francs, plaçant ainsi en bonnes terres l'argent qu'il 
venait de recevoir pour consentir à déposer les armes (i). 

Il ne s'agissait plus seulement, en effet, au point où en 
étaient les choses, de racheter les places fortes aux routiers. 
On les enrôlait régulièrement dans l'armée qui s'apprêtait à 
passer en Italie. Il fallait donc leur payer une solde. Or 
cette solde n'est jamais moindre de 12 francs d'or par mois 
et par homme d'armes (5). Elle se monte même souvent à 
15 francs (6). En outre, les capitaines veulent être payés à 
l'avance, ils -exigent de lourds subsides pour leur entrée 
en campagne. Le bâtard de Garlenx se fait délivrer immé- 
diatement, dans la huitaine qui suit le jour où il a fait sa 
montre, six semaines des gages de sa compagnie (7). Un 
condottiere italien, François de Naples, reçoit de Jean III, 
pour 200 arbalétriers montés, avec 300 chevaux, 4,000 
francs d'or, plus 300 francs pour lui personnellement (8). 

tn présence de telles exigences, les sommes accordées au 
comte d'Armagnac par le traité de Mende paraissent bien 
modiques. A la fin du xiv* siècle, le florin vaut un peu moins 

(1) Collection Doat, vol. 204, P 37. 

(2) Coll. Doat, vol. 204, f> 103. 

(3; Haates-Pyrénées, arrondissement d'Argelès, canton de Lourdes. 

(4) CoU. Doat, vol. 204, f 81. 

(5) Coll. Doat, vol. 203, P 286; vol. 204, P 127. 

(6) Paul Durrieu, La prise d'Arezzo par Enguerrand de Coucy, p, 9. 

(7) Traité du 18 octobre 1390. — Coll. Doat, vol. 204, f> 127. 

(8) Convention du 11 mai 1390. — Coll. Doat, vol. 204, f« 40. 

5 



Digitized by 



Google 



58 LES GASCONS EN ITAUE. 

que le franc d'or. II faut environ 15 florins, plus une petite 
fraction, pour faire 12 francs (1). 50,000 florins ne repré- 
sentent donc guère plus de 46,000 francs. Mais c'est surtout 
la somme de 15,000 florins, soit environ 12,850 fr. stipulée 
pour le paiement mensuel des troupes, qui est notoirement 
insuffisante. À raison de 12 fr., minimum de la solde, les deux 
mille lances promises par le comte d'Armagnac se trouvent 
absorber au bas mot 24,000 fr.| ou 26,0(0 florins, par mois. 
Le traité avec Florence, s'il débarrassait la France des routiers, 
était donc loin d'être, au point de vue financier, une bonne 
affaire pour le comte Jean III. Il ne pouvait compter, pour 
combler cet énorme écart, que sur le butin à faire en Italie. 

Encore si, à force d'argent, le comte d'Armagnac avait 
pu bâter ses préparatifs, conclure immédiatement les derniers 
arrangements avec les compagnies et passer en Italie dans 
les délais convenus.; Mais quelles que fussent son impatience 
et son activité, il lui fut impossible d'être prêt pour la fin 
du mois de décembre 1590. Il avait été décidé que l'armée 
mise au service de Florence se formerait sur la rive gauche 
du Rhône, vers les montagnes du Dauphiné. Que de précau- 
tions à prendre pour concentrer de pareilles troupes, sans 
causer de trop graves dommages aux contrées que les com- 
pagnies auraient à traverser! Que de difficultés pour ramener 
en bon ordre, des frontières de Roussillon jusqu'au pied des 
Alpes, les bandes des routiers qui, depuis la fin de 1389, 
vivaient presque en brigands sur les terres du roi d'Aragon ! 
Sans compter toutes les démarches à faire auprès du roi et 
de ses représentants pour obtenir libre passage et se procurer 
les saufs-conduits nécessaires (2). 

A ces causes de retard se joignirent des obstacles imprévus. 
C'était le comte de Foix, Gaston-Phœbus, l'éternel adversaire 

(1) En 1398, la valeur intrinsèque du florin est environ de 12 fr. 17 c. de 
notre monnaie, au poids de For, tandis que le franc vaut 13 fr. 38 c. 

(2) Coll. Doat, vol 204, T 153. 



Digitized by 



Google 



LE COMTE JEAN III d'ARMAGNAC. 59 

de la maison d'Armagnac, qui prenait ombrage des mouve- 
ments de troupes, faisait presque un casus belli de la conti- 
nuation des négociations entre Jean III et les dernières com- 
pagnies et entravait de tout son pouvoir les efforts du comte 
d'Armagnac, en défendant notamment à tous les capitaines 
originaires du Béarn de traiter avec lui (1). C'était, en Auver- 
gne, Mérigot Marchés qui se remettait en campagne et 
faisait concevoir les plus justes craintes pour la sécurité du 
pays (2). 

Grâce à ces divers incidents, trois mois s'étaient écoulés, 
depuis la conclusion du traité avec Florence, lorsque le comte 
Jean 111 put enfin quitter ses états et gagner Avignon, suivi 
de son frère Bernard, le fidèle compagnon de ses travaux. 
De là, il était facile au comte d'Armagnac de surveiller la 
concentration des troupes et le passage du Bhône par les 
bandes de routiers, les unes arrivant de l'Auvergne, du 
Rouergue et du Quercy par le Gévaudan, les autres revenant 
par le Bas-Languedoc des confins du Roussillon. 

Le pape reconnu par la France, Clément VII, était à Avi- 
gnon. Les deux frères allèrent saluer le Pontife et Jean III 
lui offrit ses- services (3). L'expédition qu'il entreprenait 
pouvait, en effet, en cas de succès, avoir une grande influence 
sur l'extinction du Grand Schisme d'Occident. Le comte d'Ar- 
magnac avait, d'autre part, des raisons particulières pour 
désirer s'entendre avec Clément VIL Sa haute renommée de 
loyauté lui avait valu, quelques mois plus tôt, l'honneur d'être 
choisi, malgré sa jeunesse, comme arbitre chargé de trancher 
un différend des plus graves entre le Souverain-Pontife et le 
vicomte de Turenne (4). Avant de passer les Alpes, Jean III 
désirait terminer cette affaire. Il espérait, d'ailleurs, en avoir 

(1) Froissant (éd. Buchoni, liv. iii,(îhap. ic. — Zurita, Annales de lacorona 
de Aragon, libro x, cap. xlvi. 
i2) Voir plus haut, p. 27. 

(3) Froissart, liv. iv, chap. xx. 

(4) Collection Doal, vol. 204, P 53. 



Digitized by 



Google 



60 LES GASCONS EN ITALIE. 

bientôt fini, et, le 29 janvier 1391, il écrivait d'Avignon aux 
Florentins ponr leur annoncer sa prochaine arrivée (1). 

Mais c'était compter sans Jean Galéas. Le comte de Vertus, 
justement effrayé, mit tout en œuvre pour arrêter le nouvel 
allié de Florence. 

Tout d'abord il s'était reposé sur ses trésors pour acheter 
la défection du comte d'Armagnac. Mais eu vain multiplia-t-il 
les propositions les plus brillantes; en vain fit-il offrir des 
sommes infiniment supérieures aux subsides des Florentios. 
Jean III était l'honneur et la fidélité mêmes; digne petit-fils 
de ce comte Jean I d'Armagnac resté, malgré le traité de 
Brétigny, tout dévoué au roi de France, qui le livrait cepen- 
dant à l'Angleterre; digne frère de ce Bernard VII qui, même 
abandonné par ses alliés, ceulinnait à soutenir leur cause 
à lui seul, tant il avait à cœur de tenir scrupuleusement ses 
engagements. Toutes les offres de Jean-Galéas furent repous- 
sées avec indignation (2). 

Le comte de Vertus n'en proclama pas moins avec une 
impudente audace, dans toute l'Italie, pour décourager les 
Florentins et déconsidérer le comte d'Armaguac, que ses ten- 
tatives avaient pleinement réussi et que l'expédition annoncée 
n'aurait pas lieu (3). En même temps, espérant jeter le 
trouble dans l'esprit de Jean III, il faisait circuler le bruit, 
en France, que les Florentins renonçaient à la lutte et cher- 
chaient à signer la paix (4). 

Ses premiers essais de corruption ayant échoué, le sei- 
gneur de Milan recourut à rintervention des princes de la 
famille royale. Son gendre, le duc de Touraine, lui était tout 
dévoué. Jean-Galéas eut l'habilelé de mettre encore de son 
côté le rival même du duc de Touraine, Philippe-le-Hardi, 
duc de Bourgogne. Au mois de janvier 1391, ce dernii^rse 

(1) Pièces justificatives, n* XIV. 

(2) Pièces justificatives, n^* X el XVI. 

(3) Pièces justificatives, n" XIII et XIV. 

(4) Pièces justificatives, n? XII. 



Digitized by 



Google 



LE COMTE JEAN III d'aRMAGNAC. 61 

rendit en Italie et vint jusqu'à Pavie passer une quinzaine de 
jours auprès du comte de Vertus, au grand effroi des Floren- 
tins qui redoutèrent un instant quelque ligue entre le gou- 
vernement français et le maître du Milanais (1). 

De son côté, le duc de Touraine dépêcha vers Jean III 
l'illustre Enguerrand VII, dernier sire de Coucy. Le grand 
capitaine chercha à peser sur la volonté du comte d'Arma- 
gnac, de toute Tautorité que lui donnaient son âge, ses 
glorieux services et le rôle qu'il avait joué lui-même, à plu- 
sieurs reprises, dans les affaires d'Italie (2). 

Le duc de Touraine fit plus encore. Il suggéra à certains 
conseillers du roi l'idée d'une grande expédition française en 
Italie, sous la conduite personnelle du souverain, dans le but 
de renverser le pape de Rome, Boni face IX, et de placer à la 
tète de la chrétienté réconciUée le pape d'Avignon, Clé- 
ment VII. Le projet fut d'abord accepté avec enthousiasme 
par l'esprit aventureux de Charles VI. On devait se mettre en 
marche au niois de mars et le roi de France s'avancerait avec 
une formidable armée de douze à quatorze mille lances au 
moins, dont les principaux corps seraient commandés par 
les ducs de Touraine, de Berry, de Bourgogne, de Bourbon et 
de Bretagne, le connétable de France, le seigneur de Saint-Pol 
et le sire de Coucy. 

Si le plan s'était réalisé, Florence eût été écrasée. Elle 
comptait, en effet, parmi les cités dévouées au pape de Rome. 
Le comte de Vertus, au contraire, quoique reconnaissant 
habituellement l'autorité de Boniface IX, n'hésitait paS; dès 
que la chose lui paraissait avantageuse, à se retourner vers 
Clément VU. 

A peine les premiers préparatifs étaient-ils commencés (3), 

(1) Corio, Uistoria di Milano, parte m vf*» 269, v% de l'édition de 1554). 

(2) Pièces justificatives, n^ X. 

(3) Mandement du roi Charles VI, du 23 février 1391 (n. s.) cité dans une 
quittance du 28 février — Bibl. Nationale, Titres scellés de ClairambauU, 
vol. 113, f 8821. 



Digitized by 



Google 



€2 LES GASCONS EN ITALIE. 

que ce projet d'une grande expédition était aussi légèrement 
abandonné qu'il avait élé légèrement conçu. L'événement 
donnait ainsi raison au duc de Bretagne, qui s'était mis à 
rire en apprenant le beau plan adopté par le roi : « Regar- 
dez et entendez ce que Monseigneur m'écrit ! Il a entrepris de 
partir au mois de mars et d'aller vers Rome et de détruire, 
par puissance de gens d'armes, le pape Boniface et les car- 
dinaux. Si m'aident Dieu et les Saints, il n'en fera rien; il aura 
en bref temps autres étoupes en sa quenouille (1). » 

Mais cette expédition servit de prétexte au duc de Tou- 
raine pour se faire donner par le roi une mission en Lom- 
bardie. Il partit, en février, avec l'amiral de France, Jean de 
Vienne; et tandis que le comte d'Armagnac terminait, à 
Avignon, ses préparatifs contre le Milanais, on vit le frère 
du roi de France rejoindre l'adversaire des Florentins et 
séjourner quelque temps à sa cour (2). 

Il n'y eut pas jusqu'au roi Charles VI qui ne se laissât 
circonvenir par les agents de Jean Galéas et, l'esprit tout 
occupé par la pensée d'une grande expédition, n'écrivît au 
comte d'Armagnac pour l'engager à ne pas faire la guerre 
contre le comte de Vertus : 

« Très cher et amé Cousin, 

» Nostre très cher et amé oncle, le sire de Milan, nous a fait savoir 
par ses especiaulx messages que il se veut mètre à nostre ordonnance 
de tous les deh^s et question qui pourroient estre entre lui et vous, et 
de toutes les demandes que vous luy vouldés faire à cause de nostre 
cousine vostre suer, ou autrement, si comme nostre très chier et très 
amé oncle le duc de Berri, auquel nous avions enchargié de vous dire 
nostre entencion sur ce, vous dira plus à plain. Si vous prions, très 
cher et amé Cousin, que vous le vueilliés croire, et faire ce que il vous 

(1) Froissant, IV, chap. xix. — Ce passage de Froissarl est confirmé par la 
pièce indiquée dans la note précédente. ' 

(2) Bibl. Nationale, Pièces originales du Cabinet dé^s Titres, vol. 2152 
(Orléanà, II) pièces n*»» 114, 115 et U6. — M*' Terrier de Loray, Jem de 
Vienne, pp. clxvii et qnviiï. 



Digitized by 



Google 



LE COMTE JEAN III D* ARMAGNAC. 63 

en dira de par nous; car vous devriés mieulx valoir avoir le vostre par 
voye amiable que par voye défait. 

Donnéà Melunle vingt et quatriesme jour de janvier [1391]. 

(Signé) Charles (1). 

Le duc de Berry ne tarda pas, en effet, à arriver à Avi- 
gnon. Il y fut rejoint parle duc de Bourgogne, revenant de 
Pavie. Jean-Galéas expédia aux deux princes le meilleur de 
ses agents, Tun des plus fins diplomates de Tltalie entière, 
Nicolas Spinelli, comte de Gioia, ancien grand chambellan de 
la reine Jeanne de Naples (2). Quelques milliers de florins 
distribués à propos achevèrent de gagner les ducs à la cause 
du seigneur de Milan. Ils déployèrent toute leur influence, 
s'efforcèrent de faire valoir les meilleures raisons pour amener 
le comte d'Armagnac à déposer les armes ou plutôt à passer 
au service du comte de Vertus. Le pape Clément VII finit à 
son tour par se laisser séduire par Nicolas Spinelli, et par 
plaider, auprès de Jean III, les avantages d'un rapproche- 
ment avec Jean-Galéas. A plusieurs reprises les ducs et le 
Souverain-Pontife réitérèrent auprès du comte d'Armagnac 
les plus magnifiques propositions. 

Mais Jean III restait inébranlable. A tous, au pape Clé- 
ment VII, comme à Enguerrand de Coucy, comme aux ducs 
de Berry et de Bourgogne, il répondait simplement qu'il s'était 
engagé avec les Florentins et que l'honneur lui défendait de 
reculer (3). 

(1) « Et au-dessus est escript: A nostre très chier et féal cousin, le conte 
d'Armignac. » — Collection Doat, \ol. 9, f«272. 

(2) Voir sur ce personnage: Paul Durrieu, le Royaume (i'iittna, Paris, 1880, 
p. 17 (Extrait de la Revue des questions historiques), 

(3) Pièces justificatives, n«» X et XVI. 

Piero Minerbelti, col. 249. — Spécimen historiœ, de Sozomeno, dans 
Maratori, xvi, col. 1145. — Saint Antonin, Chronica, tit. xiii, cap. m, ix. — 
Piero Buoninsegni, Historia Fiorentina, [Flcfî'ence, 1580] p. 706. — Poggio 
Bracciolini, Historia Florentina, lib. m [p. 105 de l'édition de Venise, 1715). 
— Lionardo Aretino, Historiœ Florentinœ, lib. x (p. 215 de l'éditiun de Stras- 
bourg, 1610). — Scipione Ammirato, lib. xv, p. 816. 



Digitized by 



Google 



64 LES GASCONS EN ITALIE. 

Les moindres occasions furent mises à profit par Jean- 
Galèas. Parmi les troupes réunies sur la rive gauche du 
.Rhône figuraient des aventuriers bretons. Ceux-ci laissaient 
derrière eux des dettes criardes. A l'instigation des agents 
milanais, leurs créanciers mirent opposition au départ de 
leurs débiteurs. Peu s'en fallut qu'on ne vit ce spectacle bur- 
lesque d'une expédition arrêtée par ministère d'huissier. Le 
duc de Bretagne, sur la demande du comte d'Armagnac, 
leva la difficulté. Il prorogea jusqu'au mois qui suivrait le 
retour d'Italie, les poursuites judiciaires et l'effet des cita- 
tions intentées aux capitaines bretons. Il faut que ce service 
ait eu une réelle importance, à voir la vivacité des remer- 
ciements adressés par Florence au duc de Bretagne (4). 

Mais ce qui fut infiniment plus grave, ce fut une tentative 
de corruption exercée, et avec succès, sur une partie des 
capitaines de routiers (2). Les ducs de Berry et de Bourgo- 
gne, d'accord avec Nicolas Spinelli, les firent secrètement 
sonder. Consentiraient-ils, malgré les grosses sommes que 
leur avait données le comte d'Armagnac, à violer leurs enga- 
gements au profit de Jean-Galéas ? — « Avec de l'argent, 
répondirent-ils^ on fait de nous tout ce qu'on veut. » — 
Avec de l'argent, oui, mais avec beaucoup d'argent. La tra- 
hison coûte cher. Pour débaucher environ cinq cents lances, 
soit trois mille hommes, Nicolas Spinelli dut leur verser 
50,000 florins, juste la somme que Florence avait octroyée 
au comte d'Armagnac. 

Les Florentins avaient pressenti ce danger. Dès le commen- 
cement du mois de décembre 1390, ils insistaient vivement 



. (1) Pièces justificatives t n^ XV. 

&) Les chroniqueurs italiens désignent comme Bretons les chefs de bande 
gagnés par Jean-Galéas. Mais ce nom de Bretons est. au xiv* siècle, un terme 
générique appliqué en Italie à tous les aventuriers venus de France.quelle que 
fût exactement leur province d'origine. Cependant, il est certain, d'après la 
pièce indiquée dans la note précédente, que la Bretagne avait fourni un contin- 
gent considérable à l'armée des routiers. 



Digitized by 



Google 



LE COMTE JEAN III d'aRMAGNAC. 65 

auprès de leur allié pour l'engager à se tenir en garde contre 
ses propres soldais (1). 

Jean 111, cependant, ne soupçonnait rien. Quelques jours 
après la conclusion du honteux marché, il venait donner aux 
capitaines qui le trahissaient Tordre de tout préparer pour 
rentrée en campagne. « Nous ne bougerons pas, repliquè- 
rent-ils insolemment, nous voulons prendre la défense du 
comte de Vertus et nous avons maintenant des engagements 
avec lui. — Comment ? N'avez- vous pas reçu de moi des som- 
mes considérables pour me suivre ? N'êtes-vous pas absolu- 
ment liés avec moi ? — Nous voulons servir le comte de 
Vertus, » répétèrent-ils encore en injuriant grossièrement le 
comte d'Armagnac. Le moment était décisif. La moindre "^^ 
hésitation, la moindre faiblesse, et la révolte gagnait Tarmée 
entière, et l'expédition devenait impossible. L'énergie de 
Jean III sauva la situation. Il réunit en hâte une partie des 
troupes restées fidèles, tomba résolument sur les compagnies 
mutinées et les tailla en pièces. Tous les chefs payèrent de 
leur tête leur trahison. La discipline était rétablie; mais quel 
sanglant prélude à l'ouverture des hostilités contre le Mila- 
nais (2) ! 

Bien heureux encore que le comte de Vertus n'ait 
pas songé à employer contre l'incorruptible Jean 111 une 
arme qui ne lui était que trop familière. « Prenez garde, 
écrivaient les Florentin^, que le tyran ne cherche à perdre 
par le poison celui auquel il n'aura pu résister par les 
armes (5). » 

Au dernier moment la mauvaise chance s'en mêla. Mal- 
gré toute la vigilance déployée, on ne pouvait toujours arri- 
ver à contenir les instincts pervers des routiers. Un attentat 
fut commis, sur la route d'Avignon, par quelques aventu- 

(1) Pièces justificativea, n' X. 

(2) Pioro Minerbelli, col. 249.— Sozomeno, dans Muratori, xvi, col. 1145. 
— Saint Antonin, m* pars, tit. xxii, cap. m, xi. — Buoninsegni, p. 706. 

(3) Pièces jiksli/icativest u? XIV. 

6 



Digitized by 



Google 



66 UES GASCONS EN ITALIE. 

riers ayant servi en Roussillon sous Bernard d'Armagnac. 
Les victimes étaient des Bourguignons. Le duc de Bourgo- 
gne^ toujours favorable à Jean-Galéas, le prit de très haut, 
se plaignit amèrement et exigea les plus complètes répara- 
tions. Le comte d'Armagnac et son frère, pour éviter un 
nouveau retard, durent se soumettre à tout et consentir à 
payer une lourde indemnité, à fonder une chapelle expiatoire 
et à la doter. Bernard s'eâgagea de plus à venir à Dijon faire, 
en personne, amende honorable (1). 

Les Florentins suivaient avec anxiété les menées de Jean- 
Galéas. Ils avaient d'autant plus heu de craindre qu'ils 
avaient déjà éprouvé, à leurs dépens, ce que pouvait l'or du 
comte de Vertus. Un prince allemand, le duc Etienne de 
Bavière, s'était engagé à leur service, par une convention 
analogue au traité de Monde. Il avait passé les Alpes. 
Mais il n'était pas en Lombardie depuis un mois que déjà 
il avait été gagné par les dons de Jean-Galéas et trahissait 
ses aUiés (2). 

Il faut rendre cette justice aux Florentins qu'ils ne doutè- 
rent pas un instant de la loyauté de Jean III : 

« Nous connaissons votre caractère, nous connaissons votre répu- 
tation, nous connaissons vos glorieuses actions, qui célèbrent par 
mille preuves votre fidélité et votre constance singulière dans vos pro- 
messes Ne pensez donc pas que nous ayons le moindre doute, 

que nous attendions de vous autre chose que Taccomplissement entier 
et plus que complet de vos engagements. Que Ton dise ce que Ton 
voudra I Que notre adversaire se vante d'avoir opposé, pour détruire 
nos espérances, de merveilleux obstacles, le crédit de grands seigneurs, 
ses machinations habituelles et le torrent de ses écus I Nous, nous 
nous tenons pour assurés, sans aucune hésitation, que vous prendrez 
vos dispositions de telle sorte que nous verrons tous vos gens accom 
plir effectivement ce qui a été convenu (3). » 

(1) Coll. Doat, vol. 304, f> 150. 

(2) Piero Minerbetti, col. 224. — Ammirato, lib. xv, p. 809. — Etc., etc. 

(3) Pièces justilieative», n» XL 



Digitized by 



Google 



LE COMTE JEAN III d' ARMAGNAC. 67 

Cependant ils excitent Jean III à hâter son arrivée, pour 
mettre fin à tous les mauvais bruits que faisait courir Jean- 
Galèas : 

« Courage donc, excellent Prince, ne vous laissez plus attarder et 
détruisez l'accusation infamante, dont vous charge mensongèacement 
reiij^emi, par une prompte arrivée, une fière attaque, une heureuse 
guerre, de glorieuses actions et de brillants hauts faits, afin que tous 
reconnaissent combien sont différents les mérites des deux comtes qui 
vont bientôt être en présence : vous le plus loyal des hommes, lui la 
bouche pleine de mensonges; vous le vengeur des crimes, lui Fauteur 
de toutes les actions honteuses; vous magnanime et courageux, lui 
pusillanime et lâche; vous restant fidèle à vos promesses, lui cherchant 
par ses mensonges à souiller la gloire de votre nom (1). » 

La lettre du comte d'Armagnac, écrite d'Avignon, le 28 
janvier 1391, pour annoncer sa prochaine arrivée, vient rani- 
mer le courage et les espérances des adversaires du comte 
de Vertus : ils s'empressent d'en répandre partout des copies 
pour confondre les accusations de Jean-Galéas. 

« Oh! quel spectacle ce sera, ajoutentrils, de voir vos camps glo- 
rieux étabUs en plein territoire de rennemi commun ! de voir votre 
armée combattre pour la justice et pour la boime foi, tandis que lui, 
conscient de la cause qu'il soutient, se cachera honteusement I de voir 
la fuite des siens et le frémissement des peuples ! de voir les événe- 
ments démontrer que tout ce qu'il a dit de vous n'est que mensonge ! 
de voir enfin votre heureuse victoire et la ruine d'une si grande ty- 
rannie (2) I » 

Un long silence suit la lettre du 28 janvier. Mais les 
FlorentiQS n'ont plus aucune inquiétude. Ils savent que 
les rangs de l'armée se complètent et qu'une partie des 
troupes est descendue en Provence, jusqu'aux environs de 
Nice, comme si l'on voulait pénétrer en Italie par la Cor- 
niche. Ils savent que le comte d'Armagnac a quitté Avi- 
li) Pièces justi/icatives, n® XIII. 
(d) Pièces justificatives, n» XIV. 



Digitized by 



Google 



68 LES GASCONS EN ITALIE. 

gûon et s'est rendu à Montèlimart pour activer lui-même 
les préparatifs. EûQn un correspondant génois leur a appris 
que Jean III est parti déûnitivemeul d'Avignon, le 2 mars 
1391, pour passer en Lombardie (1). Il est vrai que celte 
dernière nouvelle est singulièrement prématurée, car, en 
réalilé, le comte d'Ârmagnac a regagné Avignon, où il se 
trouve encore le 7 avril (2). 
L'ardeur des Florentins ne se dément pas : 

« Le sort en est jeté : on en est arrivé maintenant à un point que ce 
perfide tyran ne pensait jamais devoir être atteint. Accoutumé à ache- 
ter par ses largesses l'honneur d'autrui, il voit* que ce système n'a pas 
réussi avec vous. Il voit qu'il a enfin rencontré un homme ^ \m véritable 
honmie, pour qui il est plus glorieux de briser par la guerre les posses- 
seurs d'or, que de posséder lui-même l'or et la richesse. Il a vu votre 
caractère, il a vu la constance inébranlable de votre cœur : qu'il voie 
maintenant cette science des armes et de la guerre qu'il a en telle hor- 
reur et qu'il s'est efforcé, par tous les moyens et avec des monceaux 
d'or, d'écarter loin de lui. Qu'il sente que vous valez César pour la 
rapidité, Fabius pour l'habileté, Marcellus pour l'impétuosité. Qu'il 
reconnaisse par vous ce que c'est que de tremper ses mains dans son 
propre sang; ce que c'est que de chasser et de dépouiller vos neveux et 
votre sœur; ce que c'est que de violer sa foi envers nous comme en- 
vers tant d'autres; ce que c'est que de déclarer la guerre au peuple de 
Florence. Vos illustres ancêtres ont pu faire bien des actions dignes de 
louange; mais en aucun temps, croyez-nous, ils n'ont trouvé dé 
guerre si glorieuse ni une teUe occasion de renonmiée. Quoi de plus 
glorieux, en effet, que de prendre les armes pour les siens, pour la 
justice et contre la plus cruelle tyrannie t Plus de délai, magnanime 
Prince, hâtez-vous et pressez votre arrivée. Que votre heureuse et 
invincible armée passe les Alpes, conmie jadis Annibal le Carthagi- 
nois. Attaquez un ennemi lâche et tremblant, menacez de toutes vos 
forces la Ligurie chancelante, afin de consacrer à jamais, par le succès 



(1) Pietro Bigazzi, Firenze-Milano. Saggio di lettere diplomatiche.,»* 
édite per le noxze Àrese-Serristori (Florence, 1869, iD-8^) : Lettres de la 
R/puhlique Florentine h »es ambassadeurs h Padous, du 13 février, du 93 
février et du 15 mars 1391. 

S) Archive» de l'Aveyron, C. 1339, f^ 36, v. 



Digitized by 



Google 



LE COMTE JEAN III D ARMAGNAC. 69 

d'une si juste guerre, rétemelle renommée de votre très-gloneux 
nom (1). » 

Celle letlre est du 30 avril. Le mois de mai s'écoula en- 
core tout enlier sans amener la réalisation de ces brillantes 
espérances. Enfin, tout était prél, les derniers obstacles se 
trouvaient aplanis. Jean III avait reçu de Florence Téquivalent 
de deux mois de solde, ce qui porlait en tout à 80,000 florins 
la somme versée par la République (2). Le moment était 
venu pour le comte d'Armagnac de passer la frontière. 

Il fallut se séparer de son frère, de ce Bernard, qui, depuis 
le commencement des négociations avec les routiers, lui 
prêtait le plus dévoué concours : « Beau frère, vous retour- 
nerez en Comminges et en Armagnac et garderez notre héri- 
tage de Comminges et d'Armagnac; car encore ne sont tous 
les forls délivrés ni acquittés. Veillez sur Lourdes que messire 
Pierre-Arnaud de Béarn tient en garnison pour le roi d'An- 
gleterre, et aussi sur la garnison de Bouteville que tient 
messire Jean de Grailly, flls du captai de Buch, tout dévoué 
au parti de la maison de Foix. Et quoique par le présent 
nous ayons trêve avec le comte de Foix, il est cruel et chaud 
chevalier; et nous ne pouvons savoir à quoi il pense; ni 
notre terre ne peut demeurer dégarnie. Et, pour ces états que 

je vous remontre, vous retournerez. Moult souvent orrez- 

» 

vons nouvelles de moi et moi de vous (3). » 

Pendant que Bernard gagnait Paris (4), après avoir été à 
Dijon porter les excuses promises (5), Jean III se dirigea vers 
le Pas de Saze, en passant par Gap (6). Le 1" juin 1391, il 
èlail à Baralier, près d'Embrun, faisant expédier sa dernière 
ordonnance avant de quitter la France (7). C'était pour nom - 

(1) Pièces justificatives, n« XVI. 

(2) P. Minerbetti, col. 249; Buoninsegni, p. 906. 

(3) Froissant, liv. iv, chap. xx, 

(4) Archives de TAveyron. C. 1237, f* 7. 

(5) Coll. Doat. vol. 204. f* 150. — Bernard éUit àDijon le 5 jain 1391. 

(6) Froissart, 1. c. 

(7j Archives de l'Aveyron, C 1339, r 35. - Coll. Doat, vol. 304. ^ 148. 



Digitized by 



Google 



70 les' gascons en ItALIE. 

mer son frère lieutenant-général dans tous ses Etats pendant 
Texpédilion. Quelques étapes à faire, le Pas de Suze à 
franchir, et le comte Jean III d'Armagnac débouchait enfin 
en Italie à la tète des compagnies. 



Les soldats de Jean III étaient pleins d'ardeur : « Chevau- 
chons gaîment sur ces Lombards, répétaient-ils en marchant; 
nous avons bonne querelle et juste, et bon capitaine; si en 
vaudra notre guerre grandement mieux et en sera plus belle. 
Et aussi nous allons au meilleur pays du monde. Si sont 
Lombards de leur nature riches et couards. Nous y ferons 
notre profit, chacun de nous qui sommes capitaines, telle- 
ment que nous retournerons si riches que nous n'aurons 
jamais que faire de guerroyer (4). » 

Quel était l'effectif dont pouvait disposer le comte d'Ar- 
magnac? Aux termes du traité conclu à Mende, il avait 
promis d'amener aux Florentins deux mille lances garnies, 
plus trois mille pillards, ce qui fait environ, en tout, de 
douze à quinze mille hommes. Jean IIÎ se montre toujours 
si fidèle à la parole donnée qu'il devait certainement avoir 
fait tous ses efforts pour remplir. ses engagements (2). De 
fait, en prenant la moyenne des évalutions données par les 
différents chroniqueurs, on arrive à un chiffre à peu près 
égal, ou du moins peu inférieur (3). Ce qui ne permet pas 
d'être très précis, c'est qu'en général on n'a fait entrer en 

(1) Froissart, liv. IV, chap. xx. 

(2) C'est, du reste, ce que dit positivement Piero Minerbetti, ie plus autorisé 
des chroniqueurs ilaliens,— iîcrttw italicarumscriptores de Tarlini, II, col. 238. 

(3) Voici quelques-unes de ces évalutions : Chronique du Religieux de 
Saint'Denys (I, p. 712) : sept mille combattants. Corio (f> 271 v« de l'édi- 
tion de 1554) : dix mille. Poggio Bracciolini (p. 104 de l'édition de 1715) ■ 
douze.mille, tant fantassins que cavaliers. Enfin, Lionardo Aretino (p. 216 de 
l'édition de 1610), et saint Antonin (IIP part., tit. xxii, cap. m, xi) ; quinze 
mille chevaux, sans compter les gens de pied et les fourrageurs. 



Digitized by 



Google 



LE COMTE JEAN III d'ARMAGNAC. 71. 

ligne de compte que les hommes d'armes montés, en négli- 
geant les suivants et les fantassins. Si Ton se rapporte aux 
chiffres qui seront donnés plus bas, on peut cependant 
avancer qu'au moment des combats livrés dans les environs 
d'Alexandrie, il y avait encore dans l'armée du comte d'Ar- 
magnac de sept à huit mille cavaliers, auxquels il faut ajou- 
ter la masse des gens de pied (1). 

Dans cette petite armée entraient deux éléments bien dis- 
tincts : 

C'étaient, d'une part, les compagnies, les anciennes ban- 
des de routiers, dont on avait eu tant de mal à acheter le 
départ. Aux yeux de ces aventuriers, l'expédition apparais- 
sait surtout comme une excellente affaire, une source de 
fructueux pillages qui leur faisait espérer une rapide for- 
tune. Froissart prête un mot fort juste à l'entourage de Jean 
Galéas : « Ce sont gens de routes et de compagnies qui ne 
demandent que à gagner et à chevaucher à l'aventure... Et 
tel se nomme homme d'armes en cette compagnie et dispose de 
cinq ou six chevaux, qui irait à pied dans son pays et y serait 
un pauvre homme. Pour ce s'aventurent-ils à la légère. » 

Se réserver la plus grosse part dans les dépouilles de l'en- 
nemi, telle est la préoccupation dominante des chefs de bande 
lorsqu'ils s'engagent, par traité, au service du comte d'Ar- 
magnac. Toutes les conquêtes devront, il est vrai, revenir 
en principe au chef de l'expédition. Mais chaque chef de 
compagnie qui se sera emparé d'une place forte en deviendra, 
•le droit, capitaine; il exercera les prérogatives de cette 
charge et pourra distribuer à son gré toutes les fonctions 
inférieures. Il sera bien tenu de rendre sa prise au comte 
d'Armagnac, à première réquisition, mais à la condition 
d'être indemnisé si la place s'est rendue à composition. De 



(1) En effet, il y eat qainze cents chevaax qui prirent part, avec le comte 
d'Armagnac, an combat du 25 juillet. Et le lendemain, 26 juillet, Jacopo del 
Verme trouvait encore, en face de lui, six mille cavaliers. 



Digitized by 



Google 



72 LES GASCONS EN ITALIE. 

même, tout capitaine pourra lui-même mettre à rançon tous 
les prisonniers qu'il aura faits, à moins qu'il ne s'agisse d'un 
des chefs de l'armée ennemie ou d'un homme coupable de 
quelque crime. Dans ce cas seulement, le comte d'Armagnac 
aura le droit de se faire livrer les captifs, et toujours sous la 
réserve d'un dédommagement équitable. Quant à l'ensemble 
du butin, de toute nature, dès qu'il atteindra une valeur de 
dix mille livres, il sera partagé en deux parties inégales. Les 
deux tiers resteront aux capitaines de compagnies; un tiers 
seulement sera remis au comte d'Araiagaac (1). 

On a vu plus haut que cette part proportionnelle du butin 
était indispensable pour couvrir entièrement les frais de 
l'expédition. De plus, grâce à l'appât du gain, quelques 
compagnies avaient consenti à ne plus exiger de solde régu- 
gulière à partir du jour de l'entrée en Italie (2). Mais ces 
instincts cupides qui guidaient les routiers avaient une con- 
séquence déplorable. Tout entiers au plaisir de profller des 
avantages matériels que leur offrait le séjour en Piémont et 
en Lombafdie, les aventuriers oubliaient trop le but de l'ex- 
pédition et s'attardaient ^outre mesure, et quand ils trou- 
vaient une grasse marche, ils s'y tenaient et logeaient un 
temps, pour mieux se mettre à l'aise eux et leurs chevaux (3). 

L'armée de Jean III se complétait d'un certain nombre de 
chevaliers et de jeunes seigneurs, appartenant aux premières 
familles de la Gascogne et du Roaergue. Tels étaient Fran- 
çois d'Albret et Amaury de Séverac (4). Ceux-ci ne rêvaient 

(1) Collection Doât, vol. 203, f» 286; vol. 204, f^ 40 et 127. 

(2) Froissart a trop généralisé en prétendant que celle mesure fut étendue 
à l'armée tout entière. Le texte des traités conclus avec les routiers montre, 
au contraire, que si quelques compagnies cessaient d'être payées après avoir 
passé les Alpes, les autres continuaient à toucher leurs gages en Italie. 

(3) Froissart, 1. c. 

(4) François d'Albret. seigneur de Sainte-Bazeille, mort sans postérité. Il 
était petit- fils de Bernard Ezy II, sire d'Albret. Sa présence à Tannée de Jean 
III est attestée par un texte qui sera reproduit plus loin, en note, page 96. 

Quant à Amaury de Séverac, voir le Père Anselme, Histoire généalogique 
de la Maison de France et des grands officiers, vu, page 68. 



Digitized by 



Google 



LE COMTE JEAN III d' ARMAGNAC. 73 

que prouesses et beaux coups d'épëe. Ils étaient animés de 
cet esprit d'aventure qui caractérise le règne de Charles VI, 
antérieurement aux débuts de la guerre civile. 

C'est, en effet, dans notre histoire nationale, une période 
très particulière que ces dernières années du xiv* siècle. Une 
sorte d'entraînement irrésistible, de besoin d'agir s'empare 
de l'élite de la nation. L'Anglais est toujours menaçant; mal- 
gré les succès du règne précédent, il occupe encore une 
partie des provinces qu'il a jadis conquises. Mais il semble 
que l'on soit dégoûté de cette lutte interminable contre l'en- 
nemi héréditaire; ou si Ton songe à reprendre contre lui le 
cours des hostilités, c'est en imaginant un plan aussi vaste 
qu'irréalisable de descente en Angleterre. La noblesse fran- 
çaise réserve toute son activité pour les expéditions les plus 
audacieuses, les projets les plus grandioses et parfois les plus 
chimériques. C'est précisément à cette époque que l'on trouve 
formulée pour la première fois, d'une manière nette, cette 
pensée des grandes guerres d'Italie, qui ne doit être mise à 
exécution que cent ans plus tard (1). Chose curieuse, plus 
on s'éloigne des âges chevaleresques,. plus les sentiments éle- 
vés qui animaient le véritable Moyen-Age tendent à s'affaiblir 
sous la double influence du progrès de la richesse matérielle 
et de la dépravation des mœurs; et plus les représentants des 
grandes familles paraissent tourmentés du désir de renouveler 
les exploits légendaires de leurs ancêtres. Le grand mouve- 
ment des Croisades est à peu près complètement arrêté. On 
ne voit plus, comme au xi* et au xn* siècles, des peuples 
entiers s'enflammer pour la délivrance des Lieux-Saints. Mais 
en revanche, des expéditions s'organisent fréquemment, bril- 
lantes et luxueuses, sous la direction des princes et des plus 
braves capitaines du royaume. On va, comme à un passe- 
temps héroïque, presque comme à une fête guerrière, com- 
battre les païens et les infidèles, depuis les frontières de 

(1) Voir ci-dessas, page 46. 



Digitized by 



Google 



74 LES GASCONS EN FTAUB. 

Prusse, jusqu'en Hongrie el jusqu'en Afrique, avec le duc de 
Bourbon, le comte de Nevers, le maréchal de Boucicaot, 
Enguerrand de Coucy, et tant d'autres encore {\). 

Par malheur cette ardeur est, en général, aussi imprudente 
que généreuse. Les nobles sujets de Charles VI se croient 
encore au temps des Paladins, alors que le courage person- 
nel était tout. En vain les terribles défaites essuyées sons 
Philippe VI et sous Jean-le-Bon ont-elles prouvé que les con- 
ditions de la guerre étaient changées, qiie les bonnes dispo- 
sitions et les habiles manœuvres avaient trop facilement rai- 
son de la vaillance irréfléchie. Les chevaliers français persis- 
tent à garder le même principe de combat. Ils continuent à 
chercher la victoire dans l'impétuosité de l'attaque, là vigueur 
d'un élan emporté. Aussi tant de valeur déployée, tant de 
généreux efforts n'aboutissent-ils le plus souvent qu'à un 
insuccès, quand ce n'est pas à une catastrophe. Tels avait 
été Crécy et Poitiers; tel devait être Nicopolis, prélude 
d'Azincourt. Tel fut aussi le triste combat qui entraîna la perte 
du comte d'Armagnac. 

Jean III se distinguait, entre tous, par son ardeur. Il ne 
doutait pas du succès. Et cependant, les propres annales de 
la Maison d'Armagnac lui présentaient un exemple qui aurait 
pu lui servir d'avertissement. Ignorait-il donc que, quelque 
soixante ans plus tôt, son grand-père, le comte Jean !•' d'Ar- 
magnac, avait, lui aussi, conduit une expédition en Italie, où 
il allait défendre les intérêts du pape Jean XXII, et que, trahi 
par la Fortune, abandonné par ses alliés, il avait été fait 
prisonnier, devant Ferrare, et avait dû payer rançon? 

Mais ces sombres préoccupations étaient bien loin de l'esprit 
du jeune général que Florence attendait comme un sauveur. 

Un premier succès remporté dès le début de la campagne 
vint encore accroître sa confiance. 

(1) Notre savant confrère M. J. Delaville Le Roalx, prépare un grand tra- 
yail d'ensemble sur ces curieuses tentatives de crouade, encore si DutleoDiraes. 



Digitized by 



Google 



LE COMTE JEAN III b'aRMAGNAC. 75 

Jeân-Galèas semblait s'être ingénié pour opposer Gascon 
contre Gascon. Pendant que la République négociait avec 
le comte Jean lil, il avait gagné à sa cause un capitaine 
de routiers, nommé Bernardon de la Salle, originaire du 
diocèse d'Âgen. Ce Bernardon de. la Salle, dont les aven- 
tures méritent une étude spéciale, s'était fait un nom 
en Italie. Pendant plusieurs années, il avait brillamment 
exercé, dans la Péninsule, le métier de condottiere, se 
montrant d'ailleurs aussi peu scrupuleux, en matière de 
brigandage, que les compagnies installées au cœur de la 
France. Sa réputation d'habile homme de guerre s'était si 
bien établie, que Bernabo Yisconti, la victime de Jean Galéas, 
n'avait pas hésité à lui donner en mariage une de ses filles 
naturelles. 

Devenu, malgré sa parenté avec Bernabo, l'auxiliaire et 
l'agent du comte de Vertus, Bernardon de la Salle se chargea 
de procurer des soldats à l'armée milanaise. Il réunit, en 
France, pour le compte de JeanGaléas, cinq cents lances de 
troupes mercenaires. 

Les chefs qui commandaient ces troupes appartenaient-ils 
à quelques-unes des nombreuses compagnies de routiers 
ayant traité avec le comte d'Armagnac, . et violaient-ils un 
engagement antérieur en prêtant leur concours au comte de 
Vertus ? Ou bien le prince allié de Florence considérait-il 
comme une félonie le seul fait d'aller se joindre aux forces 
milanaises, au moment même où il s'apprêtait à attaquer 
Jean Galéas, à la tête des com[^agnies françaises et gasconnes 
réunies sous la bannière d'Armagnac pour la défense de la 
République florentine? Toujours est-il qu'aux yeux de 
Jean III, Bernardon delà Salle et les capitaines groupés autour 
de lui n'étaient que des traîtres, aussi coupables que ces 
malheureux chefs de routiers dont la tentative de révolte 
avait été naguère si cruellement punie. 

Le comte d'Armagnac franchissait les Alpes lorsqu'il 



Digitized by 



Google 



76 LES GASCONS EN ITALIE. 

apprit que les cinq cents lances de Bernardon de la Salle 
passaient également de France en Italie, par un autre col, 
à plus de cinquante milles de distance. Quelle belle occasion 
de se signaler par un coup d'éclat, en détruisant le renfort 
attendu par Jean-Galéas, sans lui laisser le temps de descen- 
dre dans les plaines de Lombardief L'entreprise, il est vrai, 
semblait bien difficile. Les troupes engagées au service du 
comte de Vertus avaient eu soin, afln d'éviter le danger d'une 
rencontre, de choisir une route fort éloignée de celle que 
suivait l'armée du comte d'Armagnac. Pour les atteindre, il 
fallait faire un long trajet, en pleine montagne, par des sen- 
tiers à peine tracés. Ces obstacles ne firent qu'exciter l'impa- 
tience de Jean III. Il prit avec lui six cents lances d'élite, les 
entraîna à marche forcée, de jour et de nuit, au travers des 
précipices, et parvint à atteindre l'ennemi encore engagé 
dans les défilés des Alpes. 

Les compagnies surprises lui firent bravement tête. Elles 
avaient pour elles l'avantage des positions. Mais leur courage 
ne put résister longtemps à l'impétuosité de l'attaque. La 
plupart des chefs succombèrent dès le premier choc. Les 
soldats débandés voulurent alors chercher à fuir. Bien peu 
parvinrent à s'échapper. Plus de la moitié mordit la poussière, 
et le nombre de ceux qui furent pris dépassa trois cents. 
Parmi ces derniers se trouvaient les deux principaux capitai- 
nes. Le comte d'Armagnac les fit mettre à part et ordonna de 
leur trancher la tête. Quant aux autres prisonniers, on se con- 
tenta de les désarmer et de les chasser comme un vil trou- 
peau, du côté de la France (1). 

Bernardon de la Salle ne survécut pas à cette défaite. Le 
Religieux de Saint-Denys dit nettement que le comte d'Ar- 
magnac, après avoir essayé en vain de le corrompre à prix 
d'or, séduisit ceux qui servaient sous sa bannière, lui tendit, 

(1) p. Minerbetti, col. 259: Sozomeno, Spedmen historiœ, dans Muratori, 
XVI, col. 1146; Buoninsegni. p. 708. 



Digitized by 



Google 



LE COMTE JEAN III d'aRMAGNAC. TÎ 

d'accord avec eux, des embûches, dans les bois qu'il avait à 
traverser, et le fit tuer, par trahison, comme il s'avançait suivi 
de trois cavaliers (4). 

Tout, dans l'histoire de Jean III, proteste contre le carac- 
tère odieux de ce récit. Par ces tentatives de corruption, il 
faut entendre sans doute que le comte d'Ârmagnac fit offrir 
à Bernardon de la Salle, comme à tous les autres chefs de 
compagnies, d'entrer à son service. Quant au meurtre, ne 
faut-il pas y voir comme une sorte d'exécution sommaire ? 
Pour Jean III, Bernardon de la Salle méritait la mort. Que 
lui importait la manière dont le coupable serait frappé, 
pourvu qu'il subît son châtiment ? Il est certain que Ber- 
nardon de la Salle périt victime de la trahison de quelques 
soldats que l'on retrouve plus tard enrôlés dans l'armée de 
Jean III (2). Mais, au point de vue ou se plaçait le comte 
d'Armagnac, implacable justicier, cette mort était aussi 
légitime que le supplice des deux capitaines décapités 
après le combat. 

Jean III n'avait pas encore annoncé aux Florentins qu'il 
avait quitté la France. L'affaire heureusement terminée, il 
leur écrivit du champ de bataille même, leur apprenant ainsi, 
à la fois, et sa prochaine arrivée et sa première victoire (3). 

Depuis l'ouverture des hostilités, les choses avaient assez 
mal tourné pour Jean-Galéas. Florence avait pour elle l'appui 
de Bologne, le concours des exilés de Sienne, des fils de 
Bernabo Visconli et surtout de François de Carrare, jadis 
chassé de Padoue par le comte de Vertus. Le 6 novembre 



(1) Chronique du Religieux de Saint-Denys, i. p. 713. 

(2) Lettre de Jacopo del Verme, du 28 juillet 1391, publiée par Giulini, 
Continuazione délie Memorie di Milano, ii, p. 536. La défaite des routiers 
et la mort de Bernardon de la Salle sont également mentionnées dans une 
lettre de$ Florentins aux habitants de Pérouse, du 3 juillet 1391, transcrite 
dans le registre de la Magliabecchiana. 

11 esta remarquer qu'aucun historien italien ne répète les accusations por- 
tées contre Jean III par le Religieux de Saint-Denys. 

(3) Pièceê justificatives, n^ XVU. 



Digitized by 



Google 



78 LES GASCONS EN ITALIE. 

1390, la République pouvait écrire au comte d'Armagnac que 
François de Carrare avait repris Padoue; que Vérone, aban- 
donnée par ses habitants, était incapable de résister, même 
quelques jours; que de tout côté le sol semblait se dérober 
sous Jean-Galéas; et qu'un de ses plus fermes appuis^ le 
marquis d'Esté, rebuté par sa mauvaise foi, s'était séparé de 
lui pour conclure la paix (1). Au commencement de Tannée 
suivante, la situation s'aggravait encore. Une armée à la solde 
de Florence opérait dans le nord de Titalie. Elle était com- 
mandée par Jean d'Hawkwood, le plus célèbre de tous les 
condottieri, anglais d'origine, mais devenu Florentin de 
cœqr. Déjà Hawkwood avait remporté quelques succès, quoi- 
que Jean-Galéas lui eût opposé un digne adversaire, en pla- 
çant également à la tête de ses armées un général de pre- 
mier ordre, Jacopo del Verme. 

Les Florentins pensaient que l'arrivée du comte d'Arma- 
gnac s'effectuerait beaucoup plus tôt et qu'elle aurait lieu, 
sinon à la Qn de janvier 1391, du moins au début du prin- 
temps. Le plan de campagne fut calculé d'après cette espé- 
rance. Le 10 mai 1391, Jean d'Hawkwood quitta Padoue et 
poussa une pointe jusqu'à une faible distance de Milan. Si 
les troupes de Jean 111 avaient en même temps débouché des 
Alpes et étaient venues tomber par derrière sur l'armée 
milanaise, le comte de Vertus, attaqué de tous côtés, eût pro- 
bablement succombé. 

Les retards involontaires du comte d'Armagnac firent tout 
échouer. Au bout de quelques jours, Jean d'Hawkwood, 
menacé par Jacopo del Verme, dut reculer et se retirer 
momentanément au-delà de rOglio(2). 

Mais le plan pouvait être repris. Deux ambassadeurs flo- 
rentins, Giovanni de'Ricci et Rinaido Gianfigliazzi, avaient 



(1) Pièces justificatives, n» VUl. 

(2) Scipione Ammirato, lib. xv. Corio, m" parte; et tous les chroniqueuri 
Italiens de l'époque. 



Digitized by 



Google 



LE COMTE JEAN III d'arJ^AGNAC. 79 

reçu, dès le 27 avril 1391, Tordre de guetter l'approche du 
comte d'Armagnac et, dès qu'il paraîtrait, de s'attacher à ses 
pas, sans jamais le quitter, pour lui donner tous les avis et 
tous les renseignements nécessaires (1). Ils devaient surtout 
le pousser à marcher le plus vite possible vers Milan, sans 
s'attarder en route, afin de chercher à donner la main à 
l'armée florentine. La Seigneurie de Florence insista encore 
dans le même sens, en répondant, le 25 juin, à la lettre 
qu'elle venait de recevoir du comte Jean III : 

« Illustre Prince, magnifique Seigneur, honorable frère et très cher 
ami, 

» Nous avons reçu vos très joyeuses lettres, écrites dans votre 
heureux campement placé sur le terrain conquis par une victoire, pré- 
sage du triomphe à venir, lettres qui nous annoncent votre arrivée si 
désirée. De quelle joie nous avons été inondés, il n'est possible ni de 
l'imaginer, ni de rexprimer par lettres, tant cette joie est grande. Il est 
donc enfin venu ce moment tant attendu, que notre peuple a si long- 
temps souhaité, où nous vous verrons, à la tête de votre invincible 
armée, fouler les terres d'un ennemi, sur lequel la grâce du Seigneur 
vous fera marcher comme sur un aspic et un basilic ! Et puisque la 
haine du tyran, l'amour de la justice, et im immense désir de gloire 
vous pousse, après avoir quitté la douceur de la patrie, à passer tant 
de fleuves, à franchir tant de terrain, dans le but de perdre l'exécrable 
comte de Vices^ pour venger votre sœur et vos neveux, et défendre 
notre liberté, ne perdez plus un moment, ne différez pas un instant à 
attaquer l'ennemi. Rien de plus important et de plus utile à la guerre 
que cette rapidité qni ne permet pas à l'adversaire de prendre conseil 
ni de parer à ce qui peut arriver. 

» Il nous parait nécessaire, pour hâter la ruine de l'ennemi commim, 
de l'attaquer au cœur de ses états et dans sa capitale; nous pensons 
donc qu'il faut vous diriger au plus vite sur Milan, où opère, comme 
vous pouvez le savoir, notre autre armée. Si vous la rejoignez avec 
vos troupes, vous aurez des auxiliaires qui connaissent parfaitement 
le terrain et qui pourront vous suggérer en maintes occasions les plus 
utiles dispositions. En attendant, votre prudence, votre habileté dans 

(1) Lettre des Florentine h Rinaldo GianfigUazzi et h Giovanni de* Ricci^ 
da Sf7 avril 1391, transcrite dans le registre de la Magiiabecchiaiia. 



Digitized by 



Google 



80 LES GASCONS EN ITALIE. 

la guerre, et le concours empressé de nos ambassadeurs vous procurera, 
suivant le temps et le lieu, des éclaireurs et des guides. Il ne reste 
plus qu'à réparer la lenteur de votre arrivée par la rapidité de vos 
actions (1). » 

Par malheur, ces sages conseils furent trop peu suivis, 
quoique le comte d'Armagnac eût eu soin de se mettre 
immédiatement en rapport avec Jean d'Hawkwood (2). 

Vers le 22 juin 1391, Jean III, descendant enfin dans la 
plaine, franchit le Pô, non loin de Turin (3). Tout d'abord, 
il était question de suivre la rive droite du fleuve, jusqu'au 
delà de son confluent avec le Tessin, de manière à éviter la 
traversée de cette dernière rivière; on aurait ensuite repassé 
le Pô pour remonter vers Pavie et Milan (4). D'autres dispo- 
sitions prévalurent. L'armée du comte d'Armagnac s'éloi- 
gna, au contraire, du fleuve; longea le territoire d'Asti, qui 
appartenait au duc de Touraine, comme dot de Valentine 
de Milan; et atteignit les environs d'Alexandrie, la première 
ville importante qu'elle rencontrât dépendant des états de 
Jean-Galéas (5). 

Le comte de Vertus, alors à Pavie, avait été averti par 
Amédée de Savoie, prince d'Achaïe, de la marche de 
Jean III (6). La retraite de Jean d'Hawkwood au-delà de 
l'Oglio lui permettait d'employer • à sa guise Jacopo del 
Verme. Il l'envoya s'enfermer dans Alexandrie avec une 
partie de l'armée milanaise, grossie de troupes auxiliaires 
et de mercenaires allemands (7). Le général du comte de 
Vertus avait sous ses ordres deux mille lances garnies et 
quatre mille fantassins, dont beaucoup d'arbalétriers, sans 

(1) Pièces justificatives, n° XVII. 

(2) Froissant, 1. c 

(3) Mis4:ellanea di Storià italiana, t. xx (Tarin, 1882), p. 189. 

(4) Saint Ânlonin, m" pars, tit. xxii, cap. m, xi. 

(5) Froissart; Andréa Gattaro, Istoria Padovana, dans Muratori, xvi, 
col. 808, etc. 

(6) Miscellanea diStoria italiana, xx, p. 189. 

(7) FroUsart. 



Digitized by 



Google 



LE COMTE JEAN III d'aRMAGNAC. 81 

compter les garnisons laissées par lui à Tortone, à Verceil et 
de côté et d'autre sur les frontières des domaines de Jeaû- 
Galéas (1). 

Jean III, cependant, au lieu d'attaquer directement Alexan- 
drie, se détourna vers la droite et vint, le 29 juin, se poster 
au sud de la ville, sur la route de Gênes, auprès de la 
petite place de Castellazzo (2), dont il commença aussitôt le 
siège (3). 

. Trois semaines plus tard, le camp français se trouvait tou- 
jours dressé au même endroit. 

Il fallait un motif grave pour arrêter ainsi le comte d'Ar- 
magnac. Ce motif, hélas t était encore celui qui avait déjà 
occasionné tant de relards. C'était de nouveau cette éter- 
nelle question d'argent, que l'on voit si souvent revenir et 
jouer un rôle capital lorsque Ton étudie de près l'histoire 
militaire du règne de Charles VI. Le comte Jean III attendait 
l'arrivée d'un nouveau subside pour la solde de ses troupes. 
La République florentine avait envoyé les fonds à Gênes. 
Il fallait les chercher. Cette mission revint à l'un des deux 
ambassadeurs florentins attachés à la personne du comte 
d'Armagnac, à Giovanni de'Ricci. Puis, quand ce dernier 
eut l'argent, il craignit d'être attaqué en revenant. Jean III 
dut détacher de son armée deux mille cavaliers pour l'aller 
prendre à Gênes et le ramener en lui servant d'escorte (4). 

Dans l'intervalle, le comte d'Armagnac aurait ardemment 
souhaité que Jacopo del Verme se décidât à sortir d'Alexan- 
drie et à accepter la bataille. Trois jours de suite, il envoya 
ses soldats sous les mars de la place, jusqu'aux barrières, 
pour provoquer les Milanais : « Dehors, dehors, vilains 
Lombards! » Jacopo del Verme était trop habile pour s'expo- 

Cl) p. Minerbetti, col. 261. — Voir, plus loin, la lettre de Jacopo del Vermé 
du 25 juillet 1391. 

(2) Castellazzo-Bormida, dans le district d'Alexandrie. 

(3) J.-B. Moriondus, Monumenta Aquensia, Tarin, 1789, pars i, col. 590. 

(4) Minerbetti, col. 260. 

7 



Digitized by 



Google 



82 LEâ GAdCONS EN ITALIE. 

poser inutilement. Suivant une ligne de conduite arrêtée^ 
parait-il, dans le conseil même de Jeao-Galéas, il se retrancha 
impassible derrière les murailles et laissa Tennemi s'attarder 
inutilement. Jean III dut se contenter de pousser le siège de 
Gastellazzo et d'enlever, dans la banlieue d'Alexandrie, 

j Frugarolo et cinq autres châteaux de faible importance. 

i Encore vitil une partie de ses barraquements surpris et 

I brûlés, dans une sortie, par la garnison de Gastellazzo. 

Quant aux compagnies qui formaient le gros de Tannée, 
elles se trouvaient à merveille de cet arrêt au milieu d'une 
contrée riche et fertile. Gomme on les redoutait, on avait soin 

j de leur procurer tout ce qui pouvait leur être nécessaire. 

Vivres et victuailles leur arrivaient de toutes parts en abon- 
dance, dePignerol, du marquisat de Saluces; du marquisat de 
Monferrat et même de la Savoie et du Dauphiuè. D'ailleurs, les 
routiers avaient à leur discrétion les campagnes environnantes, 
les villages non fortiflés, qu'ils pouvaient piller et ravager, 
comme terres de l'ennemi. Ils ne se firent pas faute de repren- 
dre, aux dépens des malheureux paysans, le cours de leurs 
brigandages; et on les vit notamment se signaler par leur 
brutalité et leur cruauté lors de la prise de Frugarolo (1). 
On comprend, par là, pourquoi Jean III tenait tant à avoir 
l'argent déposé à Gênes. Ges anciennes bandes de routiers 
restaient toujours fort peu disposées, malgré de terribles 
exemples, à respecter la discipline. Leul- fidélité même était 
douteuse. Si l'on avait donné aux compagnies le inoindre 
prétexte à mécontentement, en négligeant de leur payer 
régulièrement leurs gages, auraient-elles volontiers consenti 
à se remettre en campagne et à abandonner ce pays où il 
faisait si bon vivre, en face d'un adversaire qui n'osait pas 
s'îiventurer hors de ses retranchements? 
Enfin, le 24 juillet 1391, Giovanni de'Ricci rejoignit 

(1) Archifio Civico, à Milan, Lettereducali, ann. 4404^ AOS, f>6u — Prois- 
sart; P. liinerbeUi, col. 360; Corlo, iii* parte; etc. 



Digitized by 



Google 



LE COMTE JEAN III d'aRMAGNAC. 83 

le comte d'Armagnac. Il apportait de Gôoes vingt^inq mille 
florins. Rien désormais ne s'opposait plus à la marche en 
avant, et les ambassadeurs florentins insistaient vivement 
auprès de Jean III pour qu'il partit immédiatement, en 
s'abstenant désormais de prendre l'offensive jusqu'au moment 
où il pourrait combiner ses mouvements avec ceux de Jean 
d'Hàwkwood. 

Fallait-il donc s'éloigner d'Alexandrie sans avoir obtenu 
d'autre résultat que la prise de quelques petites places? Fal- 
lait-il laisser à Jacopo del Verme la joie de voir son adversaire 
renoncer à le combattre et lui abandonner sans coup férir 
les positions inutilement occupées depuis plus de trois semai- 
nes ? Les envoyés de la République faisaient valoir, il est 
vrai, que c'était là le plus sage parti à prendre. Mais quitter 
les environs d'Alexandrie, c'était reculer; et reculer, quelle 
humiliation pour un général de vingt-huit ans, pour un vrai 
gascon, plein de vaillance et d'audace, habitué à briser tous 
les obstacles et brûlant du désir de s'illustrer par une écla- 
tante entrée en campagne ! Cependant il allait céder aux 
exhortations des ambassadeur^ florentins; l'ordre était même 
donné de tout préparer pour le départ, lorsque le lendemain 
même du retour de Giovanni de'Ricci, le 25 juillet, dans la 
matinée, on vit s'avancer jusqu'aux portes du camp, comme 
pour narguer le comte d'Armagnac, une centaine de cava- 
liers milanais, bien montés, détachés en reconnaissance par 
Jacopo del Verme. 

C'était trop d'audace ! Jean III ne réfléchit pas que cette 
démonstration peut cacher un piège. Son ardeur l'emporte et 
lui inspire la funeste pensée de répondre à cette bravade en 
faisant une dernière tentative pour provoquer au combat le 
général de Jean-Galéas. Quand il eut ouï sa messe en sa 
tente, et bu un coup, il demande ses armes. Malgré l'été, il 
endosse nne de ces armures complètes, en fer pQli, étroite- 
ment ajustées, que l'on commençait alors à porter; harnais 



Digitized by 



Google 



84 LES GASCONS EN ITALIE. 

fort bon peut-être poar combattre en France, mais que le 
chaud climat de ritalie rendait singulièrement pénible à sup* 
porter. Il fait déployer la bannière d'Ârmagnac, saisit sou 
épée et s'adressant principalement à la jeune noblesse qui 
Tentoure : « Avant de lever le camp, dit-il, je suis d'avis de 
pousser aujourd'hui jusqu'aux portes d'Alexandrie. Nous 
verrons ce que voudront faire nos ennemis; et s'ils sortent, je 
suis sûr que nous les vaincrons bien vite, tant je vous con- 
nais valeureux et gaillards.» — «Marchons,» répondent d'une 
seule voix les braves auxquels il s'adresse. — Mais Jean III : 
« Si nous menons toutes nos forces vers la ville, il me paraît 
certain que les ennemis ne sortiront pas. Il faut donc n'y aller 
seulement qu'au nombre de quinze cents hommes. Ce petit 
nombre suffirait à vaincre nos ennemis, fussent-ils encore 
bien plus nombreux qu'il ne le sont. Je le répète, je suis cer- 
tain que nous les battrons, et bien vite; et noire pelit nombre 
engagera l'ennemi à sortir pour livrer bataille (1). » 

C'est donc suivi tout au plus de quinze cents, ou même, sui- 
vant d'autres récits, d'un nombre infiniment plus faible de 
combattants (2), que le comte Jean III se lance à la poursuite 
des cavaliers milanais. Quant aux chefs des compagnies qui 
composent le reste de l'armée, à la masse des routiers, ils se 
préoccupent vraiment bien de ce qui peut advenir à leur géné- 
ral ! Se bien goberger, bien boire, bien manger et passer 
agréablement leur temps, voilà leur unique pensée. « Allons 
voir la ville et escarmoucher^ a ajouté le comte d'Armagnac 
en partant; nous reviendrons pour dîner. — A quoi faire 
nous armerions-nous et travaillerions-nous ? » observent ceux 
qu'il laisse derrière lui. « Quand nous avons été aux bar- 
rières, nous ne savions à qui parler (3). » Fatale sécurité qui 

(1) p. Minerbetti, col. 260. 

(2) D'après Froissart, le comte Jean III partit seulement avec une centaine 
de combattants. Mais ce chiffre est certainement beaucoup trop bM. 

(3) Proissart, 1. c. 



Digitized by 



Google 



LE COMTE JEAN III D*ARMAGNAC. 85 

pousse à la fois le comte d'Àrmagnâc à courir aveuglément 
les chances d'un combat écrasant contre toute Farmée de 
Jacopo del Verme; el les compagnies à rester débandées dans 
leurs quartiers, sans prendre la moindre disposition pour 
intervenir en cas de danger, sans même songer à surveiller 
les suites dd cette périlleuse chevauchée. 

Jean III et les siens, dans un élan furieux et désordonné, 
chargent les éclaireurs de Jacopo del Verme, culbutent tout 
ce qui tente de les arrêter et poussent les fuyards Tépée aux 
reins jusque sous les murs d'Alexandrie. Ordre est alors donné 
de descendre de cheval, de se former en bataillon serré et de 
continuer le combat à pied. C'est presque exactement la répé^ 
tition de ce qui s'était passé à Poitiers; tant la tradition a 
d'empire, même pour perpétuer une manœuvre condamnée 
par l'expérience! Il est vrai qu'on s'attaque aux ouvrages qui 
défendent la place et qu'il n'est guère possible d'agir autre- 
ment si l'on veut les prendre d'assaut. Les troupes milanai- 
ses, poussées contre les murailles, sont obligées également 
de quitter leurs montures. Comme elles hésitent, Jacopo del 
Verme doit, le premier, leur donner l'exemple et mettre pied 
à terre (1). Plus de mille lances de troupes, sans compter les 
fantassins, sortent de la ville pour contribuer à la défense (2). 
Un combat d'infanterie s'engage. Trois cents gascons essayent 
d'enlever une des portes d'Alexandrie, appelée la Porte 
Génoise; et la valeur déployée par les soldats de Jean III semble 
d'abord leur assurer de toutes parts l'avantage. 

Cependant Jacopo del Verme, en bon général, cherche à se 
rendre compte du plan de l'ennemi. Il envoie surveiller les 
abords du camp où sont restés la plupart des routiers. Le petit 
nombre de ses adversaires l'étonné et lui fait craindre que 
ce ne soit une attaque d'avant-garde destinée à être soutenue 
bientôt par toute l'armée. Mais les rapports de ses émissaires 

(1) Voir plas loin la lettre de Jacopo del Verme, du 25 jaiDet 1391. 

(2) P. Minerbetti, col. 361. 



Digitized by 



Google 



86 LES GASCONS EN ITALIE. 

le rassurent. Les quelques centaines de combattants qui lut* 
tent sous les murs sont les seules forces qui se soient mises 
en mouvement. A plus de quatre milles à la ronde, on n'aper- 
çoit, du côté des Français, aucun corps de troupes qui paraisse 
se disposer à venir à la rescousse. Le général de Jean-Galéas 
peut donc, sans crainte, engager tout son effectif. Il fait sortir 
par la porte de Marengo un de ses lieutenants, Calcino Tor- 
nielli, qui se rabat en flanc sur la pelile troupe du comte 
d'Armagnac. En même temps, les brigades postées dans le 
faubourg du Borgoglio (1), appelées en toute hâte, accourent 
bride abattue. Le comte d'Armagnac et ses compagnons sont 
enveloppés de tous côtés. Pour comble de malheur, ils voient 
leurs chevaux, qu'ils ont imprudemment laissés en arrière, 
enlevés, dans un coup de main, par la cavalerie milanaise. 
Désormais ils sont condamnés à rester démontés et à pour- 
suivre le combat à pied, sous leurs pesantes armures de fer. 
Ils renoncent alors à pousser plus loin l'attaque, et commen- 
cent à battre en retraite. 

C'est le moment attendu par Jacopo del Verme. Le chef 
de l'armée milanaise prend avec lui l'élite de ses gens d'ar- 
mes, sort par une porte détournée et va se poster en embus- 
cade, dans un bois, entre la ville et le camp français, à un 
mille de distance. 

Au dire même des historiens français, l'embuscade est 
dressée depuis longtemps. Si les éclaireurs «milanais se sont 
exposés à être si chaudement pourchassés; si les défenseurs 
d'Alexandrie ont laissé l'ennemi parvenir jusqu'au pied des 
murailles : c'est pour attirer loin de son camp le comte 
d'Armagnac, le fatiguer, et le pousser ensuite peu à peu dans 
le piège qu'on lui a tendu (2). 

Le comte Jean III, qui recule en faisant tête à l'ennemi, 

(1) Le faubourg du Borgoglio, situé sur la rive gauche du Tanaro, a été 
démoli, en 17^, pour £aire place à la citadelle encore existante. 

(2) Froissart, 1. c. — Chronique du religieux de Saint-Denis, i, p. 714. 



Digitized by 



Google 



LE COMTE JEAN III d'aRMAGNAC. 87 

vient, en effet, se heurter contre Jacopo del Verme. Jl se trouve 
pris à revers et doit entamer, contre ces troupes fraîches, un 
nouveau combat, dans laproporlion écrasante d'uncontre trois, 
et avec des soldats déjà épuisés par une lutte très vive. 

A mesure que la journée s'avance, la température devient 
de plus en plus accablante. On est au plus fort de Tété et le 
soleil brûle la plaine d'Alexandrie, où s'élève une épaisse 
poussière. Jean III et ses capitaines, qui ont eu la malheu- 
reuse idée de s'armer de toutes pièces, souffrent cruellement. 
// semble à ceux qui sont en leurs armures qu'ils soient 
en un four, tant Vair est chaud et sans vent (1). Et c'est 
dans ces conditions terribles qu'ils résistent encore deux 
heures à un ennemi presque insaisissable, armé et monté à 
la légère, qui les harcèle sans trêve, en se dérobant à la riposte 
par la rapidité de ses manœuvres. Enfin la fatigue et la chaleur 
achèvent la déroute des troupes françaises; et Jacopo del Verme 
n'a plus qu'à ramasser des prisonniers complètement à bout 
de forces et incapables de supporter plus longtemps le poids 
de leurs armes. Quatre à cinq cents combattants tombent ainsi 
au pouvoir des Milanais. Le combat cesse peu* à peu. Dans 
le camp des routiers on commence à s'émouvoir. Des renforts 
arrivent. Jacopo del Verme, qui ne veut pas compromettre le 
succès, ordonne la retraite. Il se retire en bon ordre et ramène 
ses prisonniers dans Alexandrie, tandis que les survivants des 
gens d'armes engagés avec le comte Jean III viennent se re- 
mettre, dans leur campement, des fatigues de la journée (2). 



(1) Froissart. 

(2) Lettre de Jacopo del Verme, reproduite plus loin. — P. Minerbetti, col. 
260: Buoninsegni, p. 709; Froissarl, liv. iv, chap. xx; Chronique du Religieux 
de Sainl-Denys, i, p. 714; Chronique des quatre premiers "^Valois (publiée 
par la Société de l'Histoire de France), p. 318; saint Antonin, iii« pars, tit. 
XXII. cap. m, XI. Et, dans Muratori : Chronicon Estense, xv, coi. 523; Chro- 
nicon Plncentinum, xvi, col. 554? Chronicon Bergomense, xvi» col. 858; 
Sozomeno, Spécimen historiœ, xvi, col. 1146: Andréa Gattaro, Istoria Pado- 
vana, xvii, col. 808; Poggio Bracciolini, xx, col. 260; Annales Bonincontrii, 
XXI, col. 58. 



Digitized by 



Google 



88 LES GASCONS EN ITALIE. 

On s'apençoit alors avec stupeur que le comte d'Armagnac 
a complètement disparu. Nul ne peut dire ce qu'il est devenu. 
Est-il donc resté parmi les morts? On parcourt le champ de 
bataille. On examine les cadavres. Toutes les perquisitions 
demeurent sans résultat et ceux qui les ont dirigées reviennent 
ainsi que gens tout ébahis. 

. Cependant, un écuyer lombard, au service de Filippo da 
Pisa (1), un des capitaines de Jacopo del Verme, a trouvé 
sur un des côtés du champ de bataille, dans un petit bou- 
quet d'aulnes, un chevalier étendu, sans connaissance et le 
casque ôté, au bord d'un ruisseau. « Qui êtes-vous, lui a-t-il 
dit? Rendez-vous. Vous êtes mon prisonnier. » L'autre a 
paru entendre; il a cherché à répondre, mais il n'a pu pro- 
noncer distinctement un seul mot. Il a seulement tendu la 
main, en faisant signe qu'il se rendait. L'écuyer lombard 
voit, à ses armes, que ce chevalier doit être un personnage de 
marque. Aidé de quelques-uns de ses compagnons, auxquels 
il promet une part de la rançon, il emporte le mourant à 
Alexandrie et le dépose chez lui, sur un lit, après l'avoir 
désarmé et déshabillé. Puis il avise un écuyer gascon qui 
s'est rendu sur parole, l'emmène dans sa chambre et faisant 
bien éclairer le visage du malheureux qui pousse des gémis- 
sements plaintifs : « Dites-moi, mon ami, connaissez-vous 
cet homme? — Oui, certes! je dois bien le connaître : 
c'est notre capitaine, monseigneur le comte d'Armagnac ! » 

L'infortuné Jean III, après avoir donné mainte preuve de 
sa valeur, épuisé de chaleur et de fatigue, tout couvert de 
sueur, et presque aveuglé par la poussière, s'était senti 
défaillir. Il était seul. Nul, ami ou ennemi, ne pensait à l'ob- 
server. Tout auprès, un bouquet d'arbres semblait lui offrir 

(1) Ce Filippo da Pisa, nommé Philippus de Pisis par Jacopo del Verme et 
Andréa Gattaro (Maratori, xvii, col. 808), est mentionné, à l'exclusion de 
Jacopo del Verme, comme l'un des principaux défenseurs d'Alexandrie, dans 
la chronique de Morelli, imprimée à la suite de Vlstoria fiorentina àe Ricor- 
dano Malespini, Florence, 1718, p. 293. 



Digitized by 



Google 



LE COMTE JEAN III d'aRMAGNAC. 89 

un asile. Jean III n'avait pas remarqué un petit ruisseau qui 
en sortait. En marchant vers le bois, il mit le pied dans Teau; 
et, ajoute le chroniqueur, si lui fut avis proprement qu'il 
fût en paradis. 

II s'était alors assis, avait à grand'peine ôté son casque, 
et conservant seulement sur la tête une coiffe de toile, il 
s'était penché sur le ruisseau pour s'y plonger le visage et 
étancher la soif ardente qui le dévorait. Mais tandis que, tout 
en nage, il buvait à longs traits sans parvenir à se désaltérer, 
le froid de l'eau, par une brusque réaction, avait déterminé 
une sorte d'attaque d'apoplexie ou plus probablement de 
congestion pulmonaire; et le comte d'Armagnac était tombé 
pour ne plus se relever. C'était dans cet état que les gens de 
Filippo da Pisa venaient de le trouver. 

L'écuyer gascon essaye de le ranimer en lui parlant. Mais 
déjà Jean III est tout à fait privé de sentiment. Jacopo del 
Verme est averti. Il délivre un sauf-conduit pour que l'on 
aille chercher le médecin du comte, resté dans le camp fran- 
çais. Tout est inutile; et le comte Jean III d'Armagnac expire 
quelques heures plus tard, sans avoir repris connaissance (1). 

Rien de plus naturel que cette mort. L'imprudence commise 
par Jean III suffit à en préciser nettement la cause. Mais le " 
gros du populaire ne se contenta pas de cette explication trop 
simple. Pour lui, le comte d'Armagnac devait certainement 
avoir été empoisonné. On raconta que, transporté à Alexan- 
drie dans le plus triste état d'épuisement, il avait demandé 
à boire; qu'on lui avait apporté du vin; et que, aussitôt cette 
boisson suspecte avalée, il avait été pris de violentes douleurs 
d'estomac qui n'avaient pas tardé à amener la mort. Du reste, 
ajoutait-on, quelque précaution que l'on eût pris pour cacher 

(i) Froissart, liv. iv, chap. xx. — La mort de Jean Hl est également attri- 
buée à an excès de fatigue et de chaleur, par les auteurs de la Chronique des 
quatre premiers Valois, p. 318; du Chronicon Estense (Muratori, xv, col. 
S^); àvL Chronicon Plaeentinum [lAuTZiOTÏ, xvi, col. 554); et des Annali 
Sanesi (Moratori , xiv , col . 395) . 



Digitized by 



Google 



90 LES GASCONS EN ITALIE. 

le fait, on avait pu remarquer surle cadavre des traces irrécu- 
sables de l'empoisonnement (1). 

Jean-Gâléas était certes fort capable de se débarrasser ainsi 
d'un adversaire, lui qui fît périr, par le poison, et sa femme 
et son beau-père, et tant d'autres victimes. On se souvient, 
d'ailleurs, des recommandations faites, à ce sujet, par les 
Florentins au comte d'Armagnac (2). Cependant il ne paraît 
pas, malgré l'opinion assez généralement admise alors en 
Italie et surtout en Toscane (3), qu'il soit nécessaire de char- 
ger de ce nouveau crime la mémoire du comte de Vertus. 
Quel intérêt aurait- il eu à faire mourir le comte d'Armagnac 
prisonnier? N'était-il pas plus avantageux pour Jacopo del 
Verme et surtout pour Filippo da Pisa de le garder vivant, 
afin d'en tirer rançon ? Que l'on ait fait boire du vin au comte 
Jean III, après son arrivée dans Alexandrie, la chose est fort 
possible; mais ce breuvage ne pouvait plus avoir aucune 
influence sur son état; car déjà, frappé d'une attaque mor- 
telle, il était presque à l'agonie. 

Telles sont, d'après les meilleures sources, les circonstances 
qui ont accompagné la mort du comte d'Armagnac. Mais une 
véritable légende tendit à se substituer à la vérité. On voulut 
'que le comte d'Armagnac eût été tué, en combattant, les 
armes à la main, ou tout au moins qu'il eût succombé aux 
blessures reçues dans l'action. On donna même des détails 
sur ses derniers moments. « Le coqjte, nous dit le Religieux 
de Saint-Denys, malgré le piège où il était tombé et qui lui 
fermait toute issue, ne perdit pas courage et ne se laissa pas 
abattre par le malheur. Frappant de droite et de gauche avec 

(1) p. Minerbetti, col. 282. 

(2) Voir plus haut, p. 65. 

;3) Scipione Ammirato, Islorte Florentine, lib. xv, p. 821. — Cet auteur 
ne croit pas, non plus, à la réalité des accusations portées contre Jean-Galéas. 

Goro Dali, p. 33, Buoninsegni,p. 710, et Sozomeno (Muratori, xvi, p. 1146), 
racontent aussi que l'on donna à boire au comte d'Armagnac à son arrivée dans 
Alexandrie et qu il expira bientôt après; mais ils ne prononcent pas le mot de 
poison. 



Digitized by 



Google 



LE COMTE JEAN III D* ARMAGNAC. 91 

une vigueur digne d'Hector et en même temps exhortant les 

siens> il ne négligea rien de ce qui pouvait les sauver. A son 

exeniple, ses compagnons voulurent signaler leur vaillance; 

faisant de nécessité vertu, ils combattirent avec la plus grande 

intrépidité; mais la lutte ne fut pas longue. Enveloppés de 

toutes parts, quatre cents d'entre eux tombèrent percés de 

coups; et le comte, après avoir reçu huit blessures, fut enfin 

fait prisonnier. Les ennemis ne se félicitèrent pas longtemps 

de ce succès. On l'avait placé presque mourant sur un char 

et on le conduisait vers la ville comme un trophée de victoire; 

on le prévenait qu'il aurait à payer rançon : « Je sens,répon' 

dit-il, que ma vie m'abandonne avec mon sang, et que je 

suis aux portes du tombeau. Mais je mourrai sans être 

vaincu. » En achevant ces mots, il but un peu d'eau; et avant 

qu'on eût franchi les portes de la ville, il expira en disant : 

« Seigneur, je remets mon esprit entre vos mains. » Ainsi 

périt, victime d'une embûche, ce fier chevalier, issu d'une 

antique et noble race, si remarquable par sa haute taille et sa 

force physique, si célèbre par ses nombreux exploits. Il 

avait toujours tenu le premier rang entre tous les barons de 

Languedoc par son éloquence et sa valeur, et ses hauts faits 

avaient répandu sa gloire dans diverses contj-ées (1). » 

On s'explique facilement que la brusque disparition du 
comte d'Armagnac ait pu donner lieu à bien des récits con- 
tradictoires, alors surtout qu'une faible portion seulement de 
son armée avait pris part au combat. Ce qu'il y a de sûr, 

(1) Chronique du Religieux de Saint-Denis, i, p. 716. — Ce récit se trouve 
résumé dans Juvénal des Ursins, éJ. Godefroy, p. 85. 

On lit également dans les Annales Mediolanenses (Muratori, xvi, col. 820), 
à^mVIstoria Padovana, d'Andréa Gattaro (Muratori, xvii, col. 808), et dans 
^Qs Annales Bonincontrii CMufatori, xxi, col. 58), que Jean III fut frappé à 
mort dans le combat. Saint Antonin, dans sa chronique, Lionardo Aretino, 
^b. X (p. 216 de l'édition de 1610), et Poggio Bracciolini (Muratori,xx,col.262, 
<>u p- 109 de l'édition de 1715) attribuent à la fois la mort du comte d'Arma- 
gnac à ses blessures, à la fatigue et au désespoir. Le rédacteur du Chronicon 
Sergomense (Muratori, xvi,coI. 858) rapporte les deux versions, sans oser s^ 
prononcer. 



Digitized by 



Google 



d2 LES GASCONS EN ITALIE. 

c'est que le comte d'Ârmagnac, lorsqu'il fut amené à Âlôxau- 
drie, n'avait aucune blessure, mais qu'il était déjà sous iln^ 
fluence de l'attaqua mortelle qui devait bientôt l'emporter. 
Nous avons, à cet égard, un témoignage capital, celui de 
Jacopo del Verme lui-même. Voici, en effet, dans quels ter- 
mes le général du comte de Vertus écrivait à Jean-Galéas, 
au sortir du combat, pour lui annoncer sa victoire : 

lUustxe et excellent Prince et Seigneur. 
J'avais envoyé ce matin de quatre-vingt à cent chevaux de ma 
brigade vers le camp des Armagnacs, vos ennemis, pour voir s'ils 
sortiraient du camp et de quelle manière. Bientôt vos dits ennemis 
sortirent de leur camp d'im élan désespéré et en grand nombre. Pour- 
suivant ainsi désespérément les vôtres, ils arrivèrent jusqu'à la Porte 
Génoise, où trois cents d entre eux se mirent à combattre à pied. Pour 
moi, voyant que je ne pouvais autrement décider mes troupes à mettre 
pied à terre, je mis moi-même pied à terre. Ce que voyant, vos gens 
mirent également pied à terre, en se retournant vigoureusement contre 
leurs adversaires (1). Et voici que Calcino Tornielli, que j'avais fait 
sortir par la porte de Marengo, pour prendre les ennemis de flanc, les 
atteignit de flanc, suivant les instructions données. Brolia et Bran- 
dolino, qui étaient dans le Borgoglio avec leur brigade et auxquels 
j'avais envoyé l'ordre de faire armer leur brigade, arrivèrent également 
assez vite. Et ainsi, vos troupes renforcées obligèrent les ennemis à 
reculer, en les poursuivant jusque vers leur campement. Et moi je 
me transportai auprès dudit camp, à im mille de distance, auprès de 
la Bormida (2), où je fis tète avec vos gens. Qu'ajouterai-jet Vos 
ennemis furent si vivement repoussés, que cinq cents hommes d'armes, 
ou environ, restèrent prisonniers, sans compter ceux qui restèrent 
morts sur le champ de bataille. Et parmi les captifs se trouvent le 
comte d'Armagnac en personne, et mei^ire Benoît, son maréchal (3), 

'1) La lettre de Jacopo del Verme, écrite en latin, est la lettre d'an soldat. 
J'ai cherché à la reproduire avec ses incorrections de style et ses répétitions 
des mêmes mots. 

(2) Petite rivière qui se jette dans le Tanaro, au-dessous d'Alexandrie. 

(3) « Dominus Benedictus» marescallus suus. » — Il est impossible de re- 
trouver un personnage auquel puisse s'appliquer, d'une manière certaine, 
cette désignation. Il faut, ou bien que Jacopo del Verme se soit lui-même 
trompé de nom, ou bien que Giulini ait commis une erreur de lecture en 
transcrivant la pièce. 



Digitized by 



Google 



LE COMTE JEAN III d'aRMAGNAC. 93 

et beaucoup de nobles et de chevaliers. Je m'informerai de leurs noms 
et je vous l'écrirai. Le comte d* Armagnac n'est pas blessé^ mais il 
esi^ par suite de la chaleur et du poids des armes, plus brisé que 
je ne saurais l'écrire. Il m'a fait demander un sauf-conduit pour son 
médecin qui est au camp; et je me suis offert à lui accorder ce sauf- 
conduit et d'autres choses encore. Le comte d'Armagnac a été pris par 
les gens de Filippo da Pisa et demeure le prisonnier de Filippo. 

J'envoie à vos troupes qui sont à Tortone, et dispersées de ci et de 
là sur les frontières, l'ordre de venir ici au plus vite, ayant l'intention, 
lorsqu'elles seront arrivées, d'aller voir quelle contenance sauront 
faire le reste des Armagnacs, vos ennemis, qui sont campés autour de 
Castellazzo. 

Donné à Alexandrie, le 25 juillet, à la dix-neuvième heure (1). 

Votre 

Jacopo DEL Verme (2). 

Cette lettre résume fidèlement le caractère du combat livré 
devant Alexandrie. Ce fut, de la part du comte d'Armagnac, 
une attaque d'avant-garde, conduite avec la plus folle im- 
prudence, tandis que Jacopo del Verme sut habilement ral- 
lier et faire donner à propos toutes les forces qu'il avait 
sous la main (5). 

Le comte d'Armagnac n'eut pas plus tôt rendu le dernier 
soupir, que Jacopo del Verme s'efforça de faire partout 
annoncer l'événement. Il renvoya même quelques-uns des 
prisonniers en porter la nouvelle au camp français. 

Le comte Jean III était véritablement l'âme de son armée. 
Lui seul avait assez d'ascendant pour maintenir, tant bien 
que mal, l'ordre et la cohésion parmi ce ramassis d'anciennes 

(1) On sait que l'heure italienne se compte par vingt-quatre heures, à par^ 
tir de la tombée de la nuit et de ÏAve Maria, dont le moment varie suivant la 
saison. A la fin de juillet» la dix-neuvième heure peut correspondre à peu 
près à trois ou quatre heures de l'après-midi. 

(2) Giulini, Continuazione délie Memorie di Milano, ii, p. 584. -^ Le vo- 
lume des LHtere Ducali, auquel Giulini a emprunté ce précieux document* 
n'existe plus, m'a-t-on affirmé, à l'Archivio Civico de Milan. 

(3) C'est également sous ce môme aspect que les Florentins envisagent le 
comiiat, dans une lettre aux Bolonais et à François de Carrare, du S août 1391, 
transcrite dans le registre de la Magliabecchiana. 



Digitized by 



Google 



94 LES GASCONS EN ITALIE. 

bandes d'aventuriers. Lorsqu'il eut disparu, et surtout lors- 
qu'on apprit qu'il était mort, une épouvante indicible 
s'empara des routiers. En vain essaye-l-on, au milieu du 
tumulte, de confier le commandement à deux des principaux 
capitaines. • Sauvons-nous et mettons-nous au retour; car 
nous avons perdu la saison ! » tel est le cri unanime de 
l'armée. Le soir même on lève le camp, et la retraite com- 
mence dans le plus grand désordre. Les routiers voudraient 
gagner le territoire d'Asti. Mais leurs guides les égarent, leur 
font prendre les chemins les plus difficiles et les plus défa- 
vorables à la défense en cas d'attaque. 

Le bruit de la mort du comte d'Armagnac s'est rapidement 
répandu dans la campagne. De tous côtés les paysans pren- 
nent les armes. On va donc pouvoir faire payer aux routiers 
tout ce qu'on a eu à souffrir de leur part ! Les fuyards sont 
attaqués et un affreux massacre commence. 

Au point du jour, l'armée des Armagnacs se trouve encore 
à quelques milles d'Alexandrie, entre Nizza et Incisa (1). 
Elle est rejointe par Jacopo del Verme, qui s'est mis à sa 
poursuite la veille au soir. Au premier moment, comme le 
général milanais n'a pris avec lui que quatre cents lances, il 
se contente de s'établir dans une forte position, d'où il peut 
harceler l'ennemi. Bientôt lui arrivent, de côté et d'autre, 
les renforts qu'il a mandés. Son effectif se trouve porté 
à douze cents lances. Vers midi, il se décide à attaquer 
ce qui reste des compagnies ; et il achève de les tailler en 
pièces. 

Il aurait été facile aux Armagnacs de résister, car ils pou- 
vaient encore mettre en ligne six mille chevaux. Mais une 
sorte de stupeur les paralyse. Ils se laissent égorger sans 
défense par les paysans. Sur un seul point, douze cents 
cadavres s'entassent les uns sur les autres. Il faudra plus tard 

(1) Nizza-Monferrato , et Incisa-Belbo, province d'Alexandrie, district 
d'Àcqui. 



Digitized by 



Google 



LE COMTE JEAN III d'aRMAGNAC. 95 

établir un grand charnier pour y déposer tous ces corps (1). 
Les autres combattants jettent leurs armes et se rendent à 
merci. Lorsque Jacopo del Verme, vainqueur, rentre dans 
Alexandrie, il chasse devant lui une masse de prisonniers, 
ainsi qu'on chasse un troupeau de bêles qu'on a cueillies 
devant une forteresse (2). 

Le butin fut considérable en armes et en chevaux. Au nom- 
bre des prisonniers se trouvaient les deux ambassadeurs flo- 
rentins, avec tout l'argent que la République leur avait confié. 

L'armée du comté d'Armagnac était complètement anéan- 
tie. Parmi les combattants qui avaient échappé au désastre, 
quelques-uns, ce furent les plus heureux, parvinrent à se 
reformer en compagnies. Ces nouvelles bandes, connues sous 
le nom désormais consacrés d'Armagnacs, continuèrent pen- 
dant plusieurs années à exercer, dans le Nord de l'Italie, le 
métier de condottieri. Les unes prirent part, en 1396, à la 
guerre soutenue par Amé de Savoie, prince deMorée, contre 
le marquis de Monf errât (3). D'autres louèrent leurs services 
aux agents du duc de Touraine, devenu duc d'Orléans, et 
furent employés à la garde des domaines que le duc avait en 
Italie par suite de son mariage avec Valentine de Milan (4). 
Une de ces compagnies, placée sous le commandement 
d'Amaury de Séverac, sut même se rendre justement redou- 
table. Comme elle rentrait en France, après avoir contribué à 
la prise de Savone par les troupes du duc d'Orléans (139S), 
le prince d'Orange ayant voulu lui barrer le passage à la tête 

(1) J. B. Moriondus, Monumenta Aquensia^ i, vol. 591. G. Schiavina, An-- 
nales Alexandrini, dans les Historiœ patriœ monumenta, publiés à. Turin, 
t. XI, col. 374. 

(2) Lettre de Jacopo del Verme au comte de Vertus, du 26 juillet 1391, 
publiée par Giulini. Continuazione délie Memorie diMilano, ii, p. 535. —P. 
Minerbelti, col. 262; Froissart, liv. iv, cbap. xx; et tous les cbroniqueurs 
ilaliens cités plus baut à l'occasion du combat du 25 juillet. 

(3) Guichenon, Histoire généalogique de la maison de Savoie, p. 336. 

(4) Règlement de compte avec un messager du duc dVrlèam, du 25 avril 
1395, conservé aux archives de Turin. 



Digitized by 



Google 



96 LBS GASCONS EN ITALIE. 

de la noblesse du Daupbiné, fut par elle battu à plates cou- 
tures et fait prisonnier avec UD grand nombre de chevaliers (1). 

Mais la plupart des anciens soldats de Jean III, durent 
s'acheminer vers les Alpes et regagner le territoire français» 
en proie à la plus profonde misère. On vit des capitaines 
réduits à implorer la cbaritë publique. Si quelques seigneurs, 
tels que le prince d'Âcbaie, compatirent à leurs maux et leur 
firent largement Taumône (2), que de fois aussi furent-ils 
accueillis par des sarcasmes ! < Allez, leur disait-on, allez 
quérir votre comte d'Armagnac qui s'est tué et crevé à boire 
en une fontaine devant Alexandrie (3). » 

Tel fut surtout le sort réservé aux prisonniers. Après les 
avoir désarmés et leur avoir fait prêter serment de ne plus 
servir à l'avenir contre le comte de Vertus, on avait pris le 
parti de les renvoyer en France. Froissart ajoute que Jean- 
Galéas, se montrant généreux, fit donner aux gentilshommes 
un cheval, et aux simples hommes- d'armes un florin, par 
tête (4). Quoi qu'il en soit, il est certain qu'on se garda bien 
de laisser partir sans en avoir tiré de grosses rançons aucun 
de ceux qui paraissaient être en état de financer (5). C'est 
ainsi que François d'Albretdut verser, par l'entremise du duc 
d'Orléans, dix mille francs à Jacopo del Vçrme et à un autre 
capitaine de l'armée milanaise (6). Les deux ambassadeurs 

(1) Chronique du Religieux de Saint-Denis, ii, p. 392. — Voir : Gaujal. 
Etudes historiques sur le Rouergue, ii, p. 255. 

(2) Miscellanea di Storia italiana, XX, p. 190. 

(3) Froissart, 1. c. 

(4) Ce qui rend douteuse l'assertion de Froissart relativement à la générosité 
du comte de Vertus, c*est que l'historien milanais Corio, très farorable à Jean- 
Galéas, n'en dit pas un mot. 

^5) Corio, III" parte (fo270 v<» de l'édition de 1554); G. Schiavina, Annales 
Àlexandrini, col. 374. 

(6) On lit, dans un Règlement de compte entre Jean-Galéas et le due d'Or- 
léans, qui est conservé dans les Archives de Milan Ja mention suivante : «Item 
solutos domino Jacobo de Verme et Ottoni de Mandello, die secundo maii, 
anni mccclxxxxiiii^', pro reJemplione domini Francisci de Lambreto, olim 
ipsorum dominorum Jacobi et Ottonis captivi — f r — X «"!»». » 

Cet Otto de Maudel ne serait-il pas un des Allemands qui faisaient partie, 
fttivant Froisaart, des troupes de Jacopo del Verme? 



Digitized by 



Google 



LE COMTE JEAN III d'aRMAGNAC. 97 

florentins furent également traités fort durement. Rinaldo 
Gianflgiiazzi eut à payer deux mille cinq cents florins; et 
Giovanni de'Ricci ne fut relâché qu'au bout de plusieurs mois 
de captivité, moyennant une rançon de sept mille florins (1). 
Toutes ces dépenses retombèrent encore à la charge de la 
République, qui se trouva, en fin de compte, avoir perdu, 
dans celte malheureuse guerre, un million deux cents 
soixante-six mille florins d'or (2). 

Froissart dit également que le comte de Vertus fit ren- 
voyer, par l'entremise d'un évéque italien, le corps du comte 
Jean III, soigneusement embaumé, à son frère Bernard d'Ar- 
magnac. 

Les historiens d'Alexandrie prétendent, au contraire, que 
lean III fut enseveli en grande pompe, par ordre de Jacopo 
del Verme, à Alexandrie même, dans l'église de San- 
Marco (5). Mais il est à remarquer que non seulement il ne 
subsiste plus aucune trace d'un prétendu tombeau du comte 
d'Armagnac dans Féglise de San-Marco, mais encore qu'il 
n'y a aucune preuve, aucune mention, sur laquelle on puisse 
s'appuyer pour avancer que ce tombeau ait jamais existé. 
Faul-il conclure de l'absence de tout monument funéraire 
que le corps de Jean III aurait été seulement déposé provi- 
soirement dans l'église de San-Marco et qu'il n'y serait pas 
resté enterré (4)? 

Pour éterniser la mémoire d'un événement, auquel l'Arioste 
devait plus tard consacrer quelques vers (5), les habitants 

(1) p. Minerbetti, col. 263. 

(2) Lionardo Aretino, libro x, p. 216. 

(3) Girolamo Ghilini, Annales di Àlessandria, Milan, 1666, p. 77. — G. 
Scbiavina, Annales Àlexandrini, col. 375. 

(4) Telle est ropinion du chevalier Balduzzi, proyiseur royal des éludes 
dans la province d'Alexandrie, profondément versé dans l'histoire du pays. 

(5) Lor mostra poi (ma vi parea intervallo 
Da molti e molti non ch'anni ma lustri) 
Scender dai monti un capitaino gallo 
E romper guerra ai gran Yisconti illustri; 

8 



Digitized by 



Google 



98 LES GASCONS EN ITALIE. 

d'Alexandrie placèrent, à gauche de la porte par laquelle on 
entrait dans le Borgoglio, après avoir passé le Tanaro, une 
plaque de marbre avec cette inscription : mcccxci die xxv (sic) 
IN PBSTO Sancti Iacobi, Alexandrina juventus in conflictum 

POSUIT GOMITEM ArMENIACUM, IN CASTRIS CONSTITUTUM, EXISTENTE 

GAPiTANEO D. Iagobo Vermo (1). Cette inscription a disparu. 
Mais il reste encore, à Alexandrie, une petite église votive de 
Saint-Jacques de la Victoire, construite immédiatement après 
la défaite du comte d'Armagnac, en partie aux frais de 
Jacopo del Verme, et à Faide des dépouilles des vaincus. 
Cette église porte, au fronton, cette inscription : Anno 
Christi mgcclxxxxi, die xxv Julii, festo Sancti Jacobi Apost. 
Alexandrina juventus, duce Jacobo Vermensï, exercitum 

COMITIS ArMENIACI PROFLIGAVIT, et TEMPLUM hoc INDE CONSTITUTUM 
DIVO IaCOBO DICAVIT, QUOD AB HAC VICTORIA DE VICTORIA 

APPELLAViT. Et la rue où est Téglise s'appelle toujours : Via 
délia Villoria, la rue de la Victoire (2). 

L'approche du comte d'Armagnac avait causé les plus 
vives alarmes. Jean-Galéas, à Pavie, se tenait tout prêt à 
prendre la fuite. Aussi la nouvelle des succès de Jacopo del 

E con gentc Francesca a piè e cavaUo 
Par ch'Alessandria intorno cinga et lustri; 
£ che il Duca il presidio dentro posto 
£ fuor abbia l'agguato un po'discosto. 

E la gente di Francia mal accorta 
Tratta con arte ove la rele è tesa, 
Col conte d'Armeniaco, la cui scorta 
L'avea condotta ail' infelice impresa, 
Giaccia, per tutta la campagna, morta; 
Parte sia tratta in Allessandria presa; 
Et di sangue non men che d'acqua grosso 
l\ Tanaro si vede il Po far rosso. 

(Orlando Furioso, canlo XXXIII, st. 21-22.). 

(1) Gbilini, p. 77; Schiavina, col. 374; De Conli, Notizie storiche di 
Casale, m, p. 321. 

(2) Je dois ces renseignements à l'obligeance de M. le docteur Gorrini, auteur 
d'un excellent ouvrage sur Asti, qui a bien voulu consulter à ce sujet M. le 
chevalier Balduzzi. 



Digitized by 



Google 



LE COMTE JEAN III d'aRMAGNAC 9d 

Verme fut-elle accueillie aVec des transports d'allégresse* 
UlumiDations, feux de joies, fêtes et réjouissances publiques 
se succédèrent à Milan et dans le reste des états du comte 
de Vertus. Pendant trois jours on fit des processions solen- 
nelles, à grand renfort de musique (1). Jean-Galéas, attri- 
buant son salut à la protection divine, voulut que chaque 
année, au jour anniversaire de la mort du comte d'Arma- 
gnac, le 25 juillet, fête de saint Jacques, on fit une offrande 
commèmorative à Alexandrie même, dans Téglise de Saint- 
lacques, et à Milan, dans Thôpital placé près de la porte de 
Verceil (2). Plus tard, il fit construire une chapelle sur le 
lieu même de Faction (5). ' 

A répoque où Tévénement se passait, le comte de Vertus 
croyait de son intérêt de se montrer fort zélé pour la cause 
du pape de Rome, Boniface IX, ce qui, du reste, ne devait 
pas l'empêcher, deux ans plus tard, de combiner un vaste 
plan dont le point de départ était justement là reconnais- 
sance, par toute la chrétienté, . du pape d'Avignon (4). 
A peine eut-il reçu le 26 juillet, la lettre de Jacopo del 
Verme, qu'il se hâta d'en envoyer une copie au Souverain- 
Pontife (5). Le 28 août suivant, il lui écrivait de nouveau 
pour se féliciter encore de son bonheur. Mais, dans l'inter- 
valle, les faits semblaient avoir pris une nouvelle importance 
à ses yeux. Ce n'était plus seulement le comte d'Armagnac 
qui avait été vaincu, c'était le parti français tout entier, ce 
parti qui s'entêtait à soutenir le pape d'Avignon. Jean-Galéas 
représentait les Florentins comme affolés de terreur, tout 
prêts à se jeter dans les bras du roi de France Charles VI. 
II racontait surtout en détail, à Boniface IX, de quelle émo* 



(1) Corio, m" parte, 1. c; G. Sohiavina, col. 375. 

(2) Milan, Archivio Civico, Registro délie provisioni d'alVanno 4S89 à^5P7, 
^74. — GiuUni, Ctmtinuaziene délie Memorie di Milano, ii, p. 638. . 

(3) Milan, Archivio Civico, Lettere Ducali, ann. 4404-440$, f>98. 

(4) Voir : Paul Durrieu, le Royaume d'Adria. 

(5) L. Osio, Doeumenti tratti dêgli Àrehivj Milanesit i, p. 300. 



Digitized by 



Google 



100 LES GASCONS EN ITALIE ' 

tion le roi de France avait été saisi en apprenant la triste fin 
du comte d'Armagnac : 

« Le comte d'Annagnac mort, par le juste jugement de Dieu, et ses 
gens totalement mis en déroute, le gouverneur d'Asti s'est empressé 
de faire connaître l'événement au roi de France, aussi rapidement que 
possible, par messager spécial. A cette nouvelle le roi a frémi; et emporté 
par un sentiment d'arrogance, il s'est écrié après avoir juré : « Il nous 
a été extrêmement amer d'ouïr la malheureuse destinée de notre amé 
comte. Mais il ne tiendra pas à nous que nous n'accomplissions, au 
sujet des affaires de l'Eglise, notre projet dont l'exécution a été com- 
mencée par lui. » Et il a continué ainsi en présence des Grands. Quoi 
de plus vif ? Il a jeté un regard terrible sur le messager qui lui annonçait 
l'heureuse victoire, l'a accablé d'injures et, en guise de récompense, lui 
a donné sur la mâchoire un énorme coup de poing (1). » 

Plût à Dieu que le fait fût exact ! Et, d'ailleurs, il est fort 
possible que le fond du récit soit vrai, car le comte de Vertus, 
soigneusement renseigné par sa fille, Valenline de Milan, était 
fort au courant de ce qui se passait à la cour de France. Ne 
méritait-il pas, en effet, d'être pleiiré par son roi, fût-ce même 
sous une forme un peu trop rude, ce jeune prince qui s'était 
sacrifié à la tranquilité du pays, en se mettant a la tête des 
compagnies? On ne peut qu'appplaudir les Florentins lorsque, 
signalant avec indignation au roi de France le passage qui 
vient d'être cité, ils ajoutent, dans une brusque apostrophe à 
Jean-Galéas : 

« honte 10 déshonneur ! OcrimineUe bassesse de notre temps ! Quoi 
doncl il y a quelque chose de répréhensible,d'arrogant,pour un roi excel- 
lent et humain, à frémir, à se troubler en apprenant la mort d'un de ses 
Grands, d'un de ses cousins? Si tu l'ignores, le Christ a frémi et s'est 
troublé lui-même à la mort de Lazare. Mais ce sentiment n'existe pas 
chez toi, chez toi qui a pris par trahison, cruellement empoisonné et fait 
tuer, crime exécrable, un vieillard à la fois ton oncle et ton beau-père et 

(1) Lettre de Jean-Galéas au pape Boniface II, du 20 août 1391, transcrite 
dans le registre de la Magliabecchiana, à côté de la lettre des Florentins au roi 
de France, da 28 septembre. — Cette lettre a été imprimée, mais d'après une 
copie ne portant pas de date, par Giulini, Continuazione délie Memêrie di 
MilanOf ii, p. 653. 



Digitized by 



Google 



LE COMTE JEAN III d'aRMAGNAC. 101 

l'aïeul de la sérénissime reine de France. Ne va pas, tyran cruel, juger 
d'après toi les rois les plus cléments! A eux la foi, à eux la piété, à eux 
aussi la mansuétude surnaturelle, sous l'influence des bonnes qualités 
innées en eux. A toi l'infidélité, à toi l'absence de toute religion, à toi la 
cruauté d'une bête fauve, avec des vices qui corrompent ce que l'on peut 
trouver de bon dans l'homme à sa naissance. Et tu oses, et tu n'as pas 
honte d'affirmer que cet illustre et bon roi a sali ses mains à frapper la 
mâchoire d'un serviteur! Tu oses dire qu'il était emporté par un senti- 
ment d'arrogance lorsqu'il pleurait un événement que toi-même, s'il y 
avait en toi quelque peu de vertu et si ce faux bonheur ne t'avait exalté et 
gonflé d'orgueil, que toi-même tu devrais considérer avec horreur, en 
songeant aux accidents qui menacent les hommes (1) ! » 

Il est un mol terrible, éternellement vrai : Vœ victist 
Malheur aux vaincus! Il n'y a guère peut-être que notre 
grande poésie française et chrétienne du Moyen-Age qui ait 
osé pleinement glorifier la défaite, en faisant de Roncevaux 
et d'Aliscamps le centre de ses cycles épiques. L'Histoire, 
plus sévère, et parfois sévère jusqu'à l'injustice, a presque 
toujours mesuré la renommée aux résultats obtenus, cou- 
vrant de son dédain les malheureux que la fortune a trahis. 
Que d'exemples à citer en nous bornant seulement à nos 
Annales gasconnes ! La Gascogne a eu le privilège, pendant 
la guerre de Cent Ans, de fournir à la cause de la Patrie 
d'héroïques défenseurs. Parmi eux, quels sont ceux dont le 
souvenir est resté populaire? Ceux qui ont eu le bonheur d'ar- 
river au moment où la France se relevait et reprenait l'avan- 
tage, les contemporains de Jeanne d'Arc, les La Hire et les 
Xaintrailles. Barbazan, fait prisonnier à Melun, tué dans une 
défaite à Bulgnéville, est déjà moins célèbre. Mais leurs pré- 
décesseurs, les braves tombés à Azincourt avec le connétable 
d'Albret, ou massacrés à Paris par les Bourguignons, qui 
donc s'en souvient? Qui donc a pensé à rendre justice au 
connétable d'Armagnac, relevant si fièrement et défendant 
jusqu'à la mort le drapeau de la France frappée au cœur dans 

(1) Pièces justificatives, n® XVHI. 



Digitized by 



Google 



102 LES GASCONS EN ITALIE. 

un inoubliable désastre? Qui donc, sauf quelques rares excep- 
tions, connaît aujourd'hui, je ne dis pas les actions, mais le 
nom seul de Raymonnet de Guerre, de ce Raymonnet qui fut 
pourtant un des premiers capitaines de son temps, bien supé- 
rieur peut-être à La Hire et à Xaintrailles, et pour qui le roi 
d'Angleterre Henri V, le vainqueur d'Azincourt, qui certes s'y 
connaissait en vaillance, professait une si haute estime? Le 
comte Jean III est un vaincu. Gomme tel, il est resté dèdai- 
gnè. L'Histoire s'est bornée à enregistrer son imprudence 
dans la téméraire attaque qui lui coûta la vie. On a méconnu 
le service immense qu'il rendit en délivrant des routiers le 
Gentre et le Midi de la France. On n'a pas remarqué l'énergie 
qu'il déploya pour atteindre son but à travers tous les obstacles. 

£h! bien, soit. Jean III n'a pas su reculer à propos. Il 
s'est montré trop follement brave. Mais être trop brave, quel 
beau défaut! Et, disons-le avec orgueil, quel défaut bien 
gascon ! Le comte d'Armagnac est mort à vingt-huit ans, déjà 
en pleine réputation. S'il eût vécu, nul doute qu'il n'eût jus- 
tifié par de nouveaux exploits la confiance que lui témoi- 
gnaient et le roi de France, et le pape Clément VII, et le gou- 
vernement florentin. N'estrce pas d'ailleurs une flère et sym- 
pathique figure? Et cette figure n'éveille-t-elle pas le souvenir 
d'un autre général mort, comme Jean III, à la fleur de l'âge et 
presque dans le même pays, pour s'être lui aussi laissé empor- 
ter par son audace, de Gaston de F6ix,le vainqueurde Ravenne? 

Je ne sais si je suis parvenu à faire comprendre, comme je 
l'aurais souhaité, le rôle joué par le comte Jean III d'Arma- 
gnac, la nature des difficultés qu'il eut à vaincre, le caractère 
de ces compagnies, de ces bandes de routiers au milieu des- 
quelles il lui fallut se débattre. Mais je serais bien heureux si 
ce récit pouvait contribuer à replacer au rang qui lui est dû 
légitimement, parmi nos capitaines gascons, le digne frère 
du connétable Bernard d'Armagnac. 



Digitized by 



Google 



LE COMTE JEAN III d'aRMAGNAC. 103 

Le comte Jean III n'ayant laissé que deux filles de son 
mariage avec la comtesse Marguerite de Comminges.sa succes- 
sion revint à son frère, le célèbre Bernard VIL Le nouveau 
comte d'Armagnac n'eut rien de plus pressé, après son avène- 
ment, que de mettre son épée au service de Florence (1). Mais 
la République, gravement atteinte par la défaite de son allié, 
ne songeait plus à poursuivre la guerre et négociait déjà avec 
le comte de Vertus. 

Les offres de Bernard VII ne furent donc pas agréées. Toute- 
fois le frère de Jean IIÏ ne perdit pas Tespoir de prendre, tôt ou 
tard, une revanche sur Jean-Galéas. Un instant même, il put se 
croire tout près de réaliser ses vœux.En 1396,les circonstances 
parurent favorables aux Florentins pour renouveler leurs 
anciennes tentatives et répéter au roi de France ces mêmes 
propositions de conquête du Milanais qui avaient eu si peu de 
succès en 1389. Comme ils connaissaient les sentiments du 
comted'Armagnac,ilss'adressèrent d'abord àlui,avant d'entrer 
en négociations avec le roi Charles VI.Bernard VII prodigua ses 
conseils aux ambassadeurs de la République et leur prêta tout 
le concours possible. Le 29 septembre 1396, un traité provi- 
soire fut conclu entre le roi de France et les Florentins. 

Sur ces entrefaites, survint la défaite des croisés français à 
Nicopolis, défaite qui rendait, en créant une diversion, un tel 
service à Jean-Galéas, qu'on accusa généralement ce dernier 
de ne pas être resté étranger au désastre et d'être secrètement 
l'allié des Turcs. Les Florentins obtinrent pourtant, à force 
d'insister,la ratification du traité et la promesse qu'une expédi- 
tion serait envoyée en Lombardie, sous le commandement du 
comte d'Armagnac. Mais Bernard VU fut arrêté, lui aussi, par 
des difficultés financières, plus graves encore que celles dont 
Jean III avait eu tant de peine à triompher. D'ailleurs, il avait 
contre lui le duc d'Orléans, qui s'efforçait de tout entraver. 

(1) lettre des Florentins au comte Bernard Vil d'Àrmagnac, du !•' mars 
1393, transcrite dans le registre de la Magllabecchiana. 



Digitized by 



Google 



104 LES GASCONS EN ITALIE. 

Enfin, après être parvenu à arracher à la cour de France 
une partie des subsides promis, il avait regagné la Gascogoe 
pour achever ses derniers préparatifs. Déjà, sous Tinfluence 
du triste souvenir de son frère, il avait dicté son testament et 
avait eu soin de le faire reconnaître, avant de partir, par ses 
vassaux d'Armagnac; déjà une partie de ses troupes était en 
marche;lorsque, le 8 juin 1398, alors qu'il était à dînera Lec- 
toure, on vit arriver un ambassadeur florentin. Celui-ci venait 
lui annoncer que la République, après avoir vainement attendu, 
n'espérant plus rien de la France, s'était décidée à conclure 
de nouveau la paix avec le comte de Vertus. , 

Au premier moment, le coup fut extrêmement dur pour le 
comte d'Armagnac. Mais le mal était irréparable. Il fallut bien 
se résigner et faire contre fortune bon cœur (1). 

La haine qui animait Bernard VII contre Jean-Galéas et sa 
race n'en subsista pas moins. Elle se perpétua même après la 
mort du comte de Vertus, en se reportant sur ses fils; et nous 
avons la preuve certaine (2) qu'en 1410, dix-neuf ans après le 
combat d'Alexandrie, Bernard n'avait pas encore abandonné 
toute idée de passer en Italie pour réclamer la portion de l'héri- 
tage de Bernabo Visconti qui revenait à sa sœur Béatrtx, et 
venger la mort de son frère, le comte Jean III d'Armagnac. 

(1) Tous ces événements, qui forment une des pages les plus curieuses de 
la vie de Bernard VU d'Armagnac, seront plus tard étudiés en détail 
dans un ouvrage d'ensemble, depuis longtemps en préparation. 

(2) Archives Nationales, R. 56, n<» 25; et Bibliothèque Nationale, collec- 
tion Doat, vol. 211, ^ 254. 



Digitized by 



Google 



III 



BERNARDON DE LA SALLE 



1359-1391 



Digitized by 



Google 



Digitized by 



Google 



m 



BERNARDON DE LA SALLE 



Le nom de BérDardon de La Salle D^est pas nouveau pour 
le lecteur de ces études. II a déjà vu, plus haut (1), 
comment ce chef de compagnies, s'étant mis au service 
de Jean-Galéas Visconti, fut considéré comme un traître 
par le comte d'Armagnac et périt d'une manière tragi- 
que au passage des Alpes* Il reste à savoir ce qu'était ce 
Bernardon de La Salle, et quelle situation il occupait en 
Italie pour avoir été choisi comme auxiliaire par le comte de 
Vertus. 

Avec Bernardon, nous rentrons dans ce monde de routiers 
et de chefs de bandes qui donna tant de mal au pauvre 
Jean III d'Armagnac. L'Italie, en effet, pendant la seconde 
moitié du xiv* siècle, ne fut pas plus que la France exempte 
des ravages des compagnies. Il semble même que les aven- 
turiers du monde entier se soient donné rendez-vous dans la 
Péninsule. Parmi les chefs les plus renommés, on trouve : 
des Allemands, comme Eberhard de Landau; des Anglais, 

(1) Voir pp. 75-77. 



Digitized by 



Google 



108 LES GASCONS EN ITALIE. 

comme Jean d'Hawkwood; des Français, originaires de 
toutes les provinces du royaume, mais surtout des Bretons 
comme Silvestre Bude et Jean de Malestroit; enfin des 
Gascons. 

Dès 1313, il y a des hommes d'armes à cheval, venus de 
Gascogne, qui servent à Naples dans les armées du roi 
Robert (1). Mais c'est surtout à partir de 137S, jusqu'au 
commencement du XV* siècle, que Ton constate la présence 
en Italie d'un grand nombre d'aventuriers nés dans le Sud- 
Ouest de la France. Parmi eux, les deux chefs les plus célè- 
bres, ceux dont les aventures peuvent le mieux donner l'idée 
du rôle joué par les compagnies gasconnes, sont Bernardon de 
La Salle, et un autre capitaine, plus jeune que lui, mais qui 
fut quelque temps son compagnon d'armes, Bernardon de 
Serres. Retracer brièvement les actions de ces deux chefs de 
partisans, c'est donc rappeler en même temps le souvenir de 
tous ces routiers, leurs compatriotes, qui, par leur courage, 
par leur audace, par leur supériorité dans le combat, et 
aussi hélas! par leur brutalité et leur ardeur au pillage, 
rendirent le nom des Gascons si justement redouté en Italie. 
Est-il nécessaire d'ajouter que Bernardon de La Salle et 
Bernardon de Serres, quoique ayant été mêlés tous les deux 
d'une façon active à quelques-uns des événements les plus 
importants de leur époque, sont restés jusqu'ici absolument 
oubliés; et que, si l'on excepte quelques lignes, fort insuffî- • 
santés d'ailleurs, de Pithon-Curt (2) sur Bernardon de Serres, 
nul auteur n'a jamais songé à leur consacrer la moindre 
notice biographique? 

Avant de pousser plus loin, il importe de signaler une 

(1) Mention d'un paiement fait, le 15 avril 1313, « Guillelmo de Pis, 
Galardo de Cornera, Bernaldo de Morol, et Raymundo de Altaripa, Guasconibus 
stipendiariis equilibus. » — Archives de Naples, Registre Angevin n* 201, 
fo 127 V». 

(2) Histoire de la noblesse du Comtat Venaissin, d'Avignon, et de la 
Principauté d'Orange, 4 vol. in-4^ Paris, 1743-1750. in, pp. 266-268. 



Digitized by 



Google 



BERNARDON DE LA SALLE. 109 

difficulté que Ton rencontre, dès que Ton veut déterminer 
exactement ce qu'était telle ou telle compagnie opérant au 
delà des Alpes. On voit, en effet, les écrivains italiens traiter 
indifféremment les mêmes routiers : de Bretons, de Gascons 
et même d'Anglais. L'occasion s'est déjà présentée d'expli- 
quer (1) que le mot de Bretons est, au XÏV" siècle, un terme 
générique appliqué sans distinction, en Italie, à toutes les 
compagnies venues de France. Cet usage remonte probable- 
ment à la grande expédition du cardinal de Genève, dont il 
sera question plus loin. Les principales compagnies qui furent 
alors envoyées en Toscane et dans les Etats de l'Eglise 
étaient, en effet, celles de deux Bretons, Silvestre Bude et Jean 
de Malestroit. Quant à la désignation d'Anglais, on sait qu'un 
grand nombre de chefs de bandes originaires de nos provin- 
ces du Midi, à commencer par Bernardon de La Salle, avaient 
pris parti, pendant la première période de la guerre de 
Cent Ans, pour le roi d'Angleterre. 

Du reste, à considérer de près les choses, on conçoit qu'il 
ait été bien difficile d'être très exact quant au nom d'origine 
par lequel on désignait les bandes de routiers. Examinons, 
par exemple, la composition iTune petite compagnie em- 
ployée, en 1406, à la garde d'Asti, dont le gouverneur était 
alors Bernardon de Serres. Le capitaine est un gascon : noble 
Migonet, de Gascogne. Il a, sous ses ordres, à la fin de 
février : Jean de Costa, Espagnol; Pierre d'Estaing, originaire 
du Rouergue; Jean de Raymond, de Toulouse; Hannequin de 
Neufchdteau en Lorraine, et Raymin de Reims en Champa- 
gne, auxquels viennent se joindre, au mois d'avril : Jean de 
Prieur, de Paris, et Jean Joli, d'Epinal (2). Et voilà pour- 
tant un corps de troupes ne renfermant pas d'autre gascon 
que son chef, et ne comprenant pas un seul homme d'armes 
venu de Bretagne, qu'un écrivain italien aurait peut-être 

(1) Voir plus haut, p. 64, note 2. 

(2) Pièces juêtificativêê, n^ XXU et XXIII. 



Digitized by 



Google 



110 LES GASCONS BN ITALIE. 

appelé, à cause da capitaine : une compagnie de Gascons; 
mais quMl n'aurait surtout pas hésité à nommer : une com- 
pagnie de Bretons ! 

Pareilles divergences existent pour Bernardon de La Salle 
lui-même. Les chroniqueurs en font tantôt un Gascon, tantôt 
un Anglais. Une des rédactions des chroniques de Froissart, 
celle du manuscrit d'Amiens, porte que Bernardon « était 
natif d'Auvergne (1). » D'autre part il a fait ses premières 
armes au service du roi de Navarre, En combinant ces divers 
éléments, M. Kervyn de Letlenhove, le savant éditeur belge de 
Froissart, a fait, assez singulièrement, de Bernardon de LaSalle, 
un « homme d'armes navarrais, né en Auvergne (2). » Nous 
possédons heureusement un document précieux, conservé 
dans les Archives du Vatican (3), qui met fin à toutes les 
incertitudes en attestant que Bernardon n'était ni Anglais, ni 
Navarrais, encore moins originaire d'Auvergne, comme le 
prétend le manuscrit d'Amiens^ mais qu'il était né au nord de 
la Gascogne proprement dite, dans le diocèse d'Agen. D'ail- 
leurs il était de bonne famille. Le même acte des Archives 
du Vatican, qui est de l'année 1390, le qualifie de noble et 
de chevalier. On verra du reste, plus loin, qu'il fut armé 
chevalier, le 14 octobre 1371, jour de la prise de Figeac. 
Comme beaucoup d'autres chefs de routiers, Bernardon avait 
un surnom populaire; et, rapprochement assez inattendu, ce 
surnom était le même que celui qui devait être plus tard 
illustré par un compagnon du bon roi Henri, beaucoup plus 
célèbre, il est vrai, dans le roman que dans l'histoire (4). 



(1) Froissart, éd. Siméon Luçe, y. p. 351. 

(3) Œuvres de Froissart publiées avec les variantes des divers manuscrits ^ 
parle baron Kervyn de Lettenhove, xxiii, p. 111. 

(3j Bulle dupape Clément VII d'Avignon, du 12 septembre 1390, imprimée 
dans les Pièces justificatives, n« XIX. 

(4] Je rappellerai les notes que MM. Tamizey de Larroque et Paul La Plagne- 
Barris ont consacrées à Chicot, dont le véritable nom parait avoir été Antoine 
d'Anglerez. — Voir la Revue de Gascogne, xi, p. 148, et xv, pp. 243 et 
340. 



Digitized by 



Google 



BERNARDON DE LA SALLE. 111 

Bernardon, en effet, est aussi appelé par les chroniqueurs : 
Chicot ou Chikos de La Salle (1). 

Le nom de de La Salle est porté, au XIV* siècle, par plusieurs 
personnages. Deux d'entre eux ont leur histoire intimement 
liée à celle de Bernardon. Le premier, Horlingo de La Salle, 
appelé aussi par Cabaret d'Orville : Hortingo d'Orlénie, accom- 
pagne presque toujours notre aventurier dans les expédi- 
tions qui remplissent la première partie de son existence. Il 
est, notamment, avec lui : au Pont-Saint-Esprit, en 1360; à la 
Charité-sur-Loire, en 1363; en Espagne, en 1367; en Cham- 
pagne, en 1368; à Belleperche, en 1369 (2). L'autre, Guilhoriet 
de La Salle, ou du Sault (3), est, en Italie, l'auxiliaire de 
Bernardon, et, comme lui, concourt, à partir de 1378, à 
défendre les intérêts du pape Clément VIL Hortingo et Guil- 
honet étaient-ils des parents de Bernardon de La Salle, peut- 
être ses frères ou ses neveux ? On peut tout au moins le 
supposer avec vraisemblance, surtout pour le second qui non 
seulement portait le même nom de famille que Bernardon, mais 
encore était également originaire du diocèse d'Âgen. 

L'histoire de Bernardon de La Salle peut se diviser en deux 
périodes. Dans la première période qui s'étend jusqu'à son 
départ pour l'Italie, en 1375, c'est un chef de bande, tout 

(1) Ce surnom est donné à Bernardon par Froissart, dans la rédaction du 
manuscrit d'Amiens [éd. Siméon Luce, vu, pp. 367 et 398). La forme : Chikos 
de La Salle, es't devenue, par corruption : Ciquot de La Saigne, dans la Chro- 
nique du bon duc Loys de Bourbon, de Cabaret d'Orville. 

(2) Froissart, éd. Siméon Luce, vi, pp. 62, 71, 138; vu pp. 9, 65, 155, 367, 
etc.; Cabaret d'Orvilie, Chronique du bon duc Loys de Bourbon, éd. publiée 
par M Chazaud pour la Société de l'Histoire de France, pp. 75-77. 

(3) Une bulle d'Urbain VI, du 29 novembre 1378 l'appelle: « Guiihonetus du 
la Sala domicelius » (Raynaldi, i4nna/«9 J^cc/mash'ct, 1378, § cv). Dans la 
buUe de Clément VU, du 12 septembre 1390 {Pièces justificatives, no XIX), 
il est désigné sous le nom de: a Guiihonetus de Saltu, alias de Sala, demi" 
cellus. » Il résulte de ce dernier document que Guilhonet, encore vivant en 
1385, était mort avant le mois de septembre 1390. Peut-être Guilhonet est-il 
le même personnage qu'un certain Guillem de La Sala qui fut désigné, en 
1372, comme commissaire, de côté des routiers, dans le traité conclu avec le 
comte d'Armagnac pour l'évacuation de Figeac (Bibl. Nationale, coll. Doat, 
vol. 125, f>50v«). 



Digitized by 



Google 



112 LES GASCONS EN ITALIE. 

dévoué au parti Anglais, qui opère, enFrance> tantôt pour son 
propre compte, tantôt sous les ordres des généraux ou des 
alliés du roi d'Angleterre. Ses aventures rappellent alors celles 
deMérigot Marchés ou de tout autre capitaine de routiers. 
Il compte, il est vrai, parmi les plus braves et les plus 
habiles. 

Le nom de Bernardon apparaît pour la première fois dans 
THistoire en 1389. Dès le début, le jeune aventurier venu 
du diocèse d'Agen se signale par un trait d'audace extraor- 
dinaire. Il servait alors sous le captai de Buch, envoyé en 
Normandie par le roi de Navarre, Charles le Mauvais. Le 
captai de Buch, se rapprochant de Paris, avait pris pour 
objectif Clermonten Beauvaisis. De hautes murailles semblaient 
rendre la place absolument inaccessible. Cependant quelques- 
uns des gens du captai cherchèrent, et, chose incroyable, réus- 
sirent à escalader les parois à pic, à Taidede cordes et de cro- 
chets de fer (18 novembre 1359). A leur tête était Bernardon 
de La Salle, le fort et subtil eschelleur, comme l'appellent 
les chroniques, qui, à la grande admiration des assistants, 
pénétra le premier dans Clermont a en grimpant comme un 
chat (1). » 

Dès lors mis en réputation, Bernardon de La Salle est un 
des chefs de bande qui, après la conclusion du traité de 
Bretigny,(mai 1360), se réunissent en Champagne et en 
Bourgogne pour former la Grande compagnie.* k la fin de 
1360, il descend la vallée du Rhône avec Jean d'Hawkwood, 
Robert Briquet, Espiote, Creswey, Naudon de Bageran, 
Lamit, Bataillé, le bourc de Lesparre et autres aventuriers 
connus, pour la plupart Anglais ou Gascons, qui se diri- 
geaient vers Avignon, résidence du pape Innocent VI, dans 
le but de mettre à rançon le Souverain-Pontife et les cardi- 
naux. Le Pont-Saint-Esprit (2) tombe en leur pouvoir dans la 

(1) Proissart, éd. Siméon Luce, v, pp. 134 et 351. 

[%) Gard, arrondissement d'Uzôs, à 30 kilomètres d'Avignon. 



Digitized by 



Google 



BERNARDON DE LA SALLE. 113 

nuit du 27 au 28 décembre 1360 (1). Justement terrifié, le 
pape Innocent VI adresse un pressant appel à tous les princes 
de la chrétienté, notamment aux comtes de Foix et d'Arma- 
gnac (2). Il fait prêcher contre les routiers une véritable 
croisade. Mais en vain mulliplie-t-il ses lettres pleines 
d'angoisses. Force lui est de chercher un expédient, et de se 
résoudre à négocier pour acheter la retraite des bandes. Un 
prince italien, le marquis de Monferrat, alors en guerre avec 
les Visconti, a, par bonheur, besoin de soldats. Le pape lui 
fournit un subside considérable; et, à Taide de cet argent, le 
marquis de Monferrat engage à son service une partie des 
routiers, qu'il emmène immédiatement en Lombardie. Ceux-ci 
vont passer plus d'une année, hors de France, à combattre 
victorieusement les troupes des Visconti. Quelques-uns même, 
comme le célèbre Jean d'Hawkwood, se fixeront pour toujours 
au-delà des Alpes. Quant aux autres routiers, affaiblis par le 
départ de leurs compagnons, et surtout effrayés par une 
épidémie contagieuse qui désole le Çomtat-Venaissin, ils 
s'éloignent d'Avignon et vont porter leurs ravages en Provence 
et dans le centre de la France (3). 

Bernardon de La Salle faisait- il partie des compagnies qui 
allèrent guerroyer en Lombardie, après la prise du Pont- 



(1) Froissart, éd. Siméon Luce, vi, p. xxxi» note 1. 

(2) Martèae, Thésaurus Anecdotorumf ii, p. 857. Les lettres du pape Inno- 
cent VI à Jean, comte d'Armagnac, et à Gaston, comte de Foix, sont du 18 
janvier 1361. 

(3) Froissart, éd. Siméon Luce, vi, pp. xxii, xxx-xxxiv, 62, et 71-76. — 
Matteo Villani, Istorie, dans Muratori . xiv, coL 642, 647 et 651. — Voir aussi ' 
Allut, Les routiers au xv* siècle, les Tard-Venus et la bataille de BrignaiSt 
Lyon, Perrin, 1859. 

Il est encore question de la prise du Pont-Saint-Esprit, dans un autre passage 
de Froissart (éd. fiuchon ii, p. 64], consacré à Jean d'Hawkwood. Le chroni- 
queur nous dit qu'Hawkwood « aida à prendre le Pont-Saint-Esprit avecques 
Bernard des Forges, » Je crois qu'il faut reconnaître Bernardon de La Salle 
dans ce prétendu Bernard des Forges. Du reste, cette correction a déjà été 
proposée par Denis Sauvage, dans la grande édition de Froissart imprimée à 
Lyon en 1559, ii, p. 56. L'édition de M. Kervyn de Lettenhove (ix, p. 155) 
porte : Bernard de Borges, ce qui ne signifie rien. 

9 



Digitized by 



Google 



114 LES GASCONS EN ITALIE. 

Saint-Esprit? Est-ce, par conséquent, à cette époque qu'il faut 
faire remonter le premier séjour de notre aventurier en Italie? 
La chose est possible; mais en Tabsence de toute preuve 
absolument certaine, il serait téméraire de rien affirmer de 
précis à cet égard, dans un sens ou dans Tautre (1). 

Quoi qu'il en soit, que Bernardon ait été servir pendant 
une année environ à la solde du marquis de Monferrat, ou 
qu'il soit demeuré en France, on le retrouve, quatorze ou 
quinze mois après la prise du Pont-Saint-Esprit, rallié de 
nouveau à la Grande Compagnie qui ravage successivement 
la Bourgogne et surtout le comté de Maçon, le Beaujolais, 
le Lyonnais et le Forez. Ces routiers, ces Tard-Venus, comme 
on les appelle encore souvent du nom d'une des principales 
compagnies, forment une véritable armée de bandits. Pen- 
dant le carême de 1362, leur nombre n'est pas inférieur à 
quinze mille combattants. Et c'est en essayant de lutter contre 
eux, à la tête de troupes d'élite, qu'un prince du sang de 
France, aïeul direct de la maison royale de Bourbon, Jacques 
de Bourbon, comte de La Marche, est vaincu et frappé mor- 
tellement, le 6 avril 1362, à la bataille de Briguais (2). 

Après Briguais, les compagnies se dispersèrent. Bernardon 
et Hortingo de La Salle allèrent rejoindre le frère cadet de 
Charles le Mauvais, Louis de Navarre, qui, avec Robert 
Knolles, Robert Ceni, Robert Briquet et Creswey, ravageait 
le pays compris entre la Loire et l'Allier, le Bourbonnais 
et surtout les environs de Moulins, de Saint-Pierre-le-Mou- 

(1) Bernardon de La Salle n*est malheureusement pas nommé dans le char- 
mant et curieux récit que le Bascot de Mauléon fit à Froissart, à Orthez, dans 
rhôtellerie de la Lune (Froissarl, éd. Buchon, liv. m, chap. xv). D'après ce 
récit, les principaux chefs de routiers qui passèrent au service du marquis de 
Monferrat étaient : Jean d'Hawkwood, Robert Briquet, Creswey, Naudon de 
Bageran, le bourc de Breteuil, le bourc Camus, le bourc de Lesparreet Bataillé. 
Seguin de Badefol, au contraire, resta en France; et, avec lai, Jean Jouel, Larait, 
Espiote.le bourc de Périgord, Limousin , le Bascot de Mauléon et plusieurs autres. 

(2) Le 6 avril 1362 est, en effet, la véritable date de la bataille de Briguais, 
que Dom Vaissèle a rapportée, par erreur, à Tannée 1361 {Mist. de Languedoc, 
IV, p. 312).— V. Tédition de Froissart de M. Siméon Luce, ri, p. xxix, note 1, 



Digitized by 



Google 



BERNARDON DE LA SALLE. 115 

lier (1) et de Saint-Pourçain (2). Au mois d'octobre 1363, 
Bernardon se détacha du gros des forces navarraises, emme- 
nant un corps de quatre cents routiers, parmi lesquels 
Hortingo de La Salle et le Bascot de Mauléon (3). Il passa 
la Loire en dehors de Marcigny (4), et, dérobant habilement 
sa marche, vint surprendre et emporter d'assaut la Charité- 
sur-Loire (8). 

Il semble que ce coup de main n'ait pas été tout-à-fait 
exécuté avec l'audace habituelle à Bernardon de La SaJle. 
Les murs avaient été escaladés, un dimanche matin, à l'aube, 
tandis que l'obscurité n'était pas encore dissipée. Craignant 
quelque embûche, les assaillants voulurent attendre, avant 
d'aller plus loin, que le jour fût complètement levé. Dans 
l'intervalle, les habitants de la Charité eurent le temps de 
s'embarquer sur la Loire, avec ce qu'ils avaient de plus 
précieux, et de s'enfuir en bateau jusqu'à Nevers, abandon- 
nant aux routiers la ville presque déserte. 

La prise de la Charité constituait néanmoins une conquête 
de grande importance. Louis de Navarre, instruit de ce 
succès, se hâta d'envoyer, comme renfort, à Bernardon de 
La Salle, Robert Briquet et Creswey avec trois cents combat- 
tants armés de toutes pièces. Dès lors, la Charité-sur-Loire 
fut le principal boulevard du parti navarrais en France, 
surtout après la défaite des troupes de Charles-le-Mauvais à 
la bataille de Cocherel (16 mai 1364). Le roi Charles V, qui 

(1) Nièvre, arrondissement de Nevers. 

(2) Allier, arrondissement de Moulins. 

(3) Cet aventurier basque est surtout connu par ses relations personnelles 
avec notre grand chroniqueur Froissart, àOrthez. Après la prise de la Charité* 
sar-Loire, le Bascot de. Mauléon alla s'établir à quelque distance, sur la route 
du Bourbonnais, dans le château du Bec-d' Allier (commune de Cuffy, Cher» 
arrondissement de Saint-Aioand-Mont-Rond, canton de La Guerche}. Puis il 
rejoignit l'armée du captai de Buch et fut fait prisonnier à la bataille de 
Cocherel. — Froissart, éd. Buchon, liv. in, chap. xv. 

(4) On, comme on disait alors. Marcigny-les-Nonnalns, Sa6ne-et-Loire, 
arrondissement de Charolles. 

(5) Nièvre, arrondisseement de Gosne. 



Digitized by 



Google 



116 LSS GASCONS EN ITALIE. 

venait de succéder à son përe^ le roi Jean le Bon, comprit à 
quel point il importait de reprendre une pareille place. 
Il envoya, contre la garnison de la Charité, toute une armée, 
où se trouvaient, entre autres, le connétable de France, 
Moreau de Fiennes, les maréchaux Boucicaut et Arnoul 
d'Audrehem, Mouton de Blainville et Louis de Sancerre, ces 
deux derniers destinés à devenir également : le premier, 
•maréchal, et le second, connétable de France. Du Guesclin 
lui-même, au dire de Froissart, aurait été employé au siège 
de la Charité. Mais la chose est plus que douteuse (1). Ce 
qui est certain, au contraire, c'est que le jeune duc de 
Bourgogne, Philippe-le-Hardi, frère du roi, vint, à la fin de 
septembre 1364 (2), prendre en personne, la direction des 
opérations. Vivement attaquée, la Charité fut vaillamment 
défendue. De part et d'autre, assiégeants et assiégés rivali- 
sèrent de courage. Les routiers espéraient être secourus par 
Louis de Navarre, alors cantonné sur les frontières d'Auver- 
gne. Mais Louis de Navarre fut réduit à l'impuissance. Voyant 
leur situation presque désespérée, les capitaines demandè- 
rent au duc de Bourgogne de leur accorder une capitulation 
honorable. Philippe-le-Hardi refusa. Il voulait contraindre l'en- 
nemi à se rendre à merci. C'était compter sans l'énergie d'ad- 
versaires tels que Bernardon de La Salle, Creswey et Robert 
Briquet. Quoique réduits à la dernière extrémité, les chefs de 
bande continuèrent à si bien se défendre que le duc de 
Bourgogne, de l'avis même du roi de France, dut se résou- 
dre, pour en finir, à négocier avec eux. Les routiers rendi- 
rent la Charité-sur-Loire et s'engagèrent, de plus, à ne pas 
porter les armes pour le roi de Navarre contre le roi de 
France pendant une période de trois ans. Moyennant quoi, 
ils purent se retirer en bon ordre, sans rien emporter, il est 
vrai, mais ayant eu ainsi l'honneur de tenir tête, jusqu'au 

(1) Froissart, éd. Siméon Luce, vi, p. lxv, note 1. 

(2) Froissart. éd. Siméon Luce, iv, p. liiv, note 4. 



Digitized by 



Google 



BERNARDON DE LA SALLE. 117 

bout, aux meilleures troupes de Charles V et du duc de Bour- 
gogne (1). L'occupation de la Charité par les routiers avait 
duré environ de seize à dix-sept mois (2). 

Depuis [Plusieurs années déjà, le Pape d'un côté, et, de 
l'autre, les représentants du roi de France, notamment le 
maréchal d'Audrehem, donnant ainsi l'exemple que devait 
suivre plus lard le comte Jean III d'Armagnac, cherchaient à 
négocier avec les compagnies et à les envoyer guerroyer hors 
de France. A la fin de 1365, la plupart des chefs de bande 
ayant consenti à traiter. Du Guesclin et le maréchal d'Au- 
drehem se mirent à leur tête pour aller, en Espagne, ren- 
verser le roi de Castille, Pierre-le-Cruel, au profit de son frère 
naturel, Henri de Trastamare, Un certain nombre de capi- 
taines attachés au parti du roi d'Angleterre ou au parti du 
roi de Navarre, se joignirent à l'expédition. Parmi eux était 
Bernardon de La Salle, qui, d'après les termes de l'accord 
conclu à la Charité avec le duc de Bourgogne, se trouvait 
momentanément réduit, en France, à l'inaction (5). Mais, 
tout en utilisant ses loisirs pour accompagner le héros breton, 
Bernardon n'en restait pas moins fidèle à la cause qu'il avait 
toujours servie. Que les généraux anglais eussent besoin de 
troupes, pourvu qu'ils ne lui demandassent pas de servir 
contre le roi de France, avant l'expiration des trois ans, et 
notre a¥enturier était prêt à accourir. Ce fut justement ce 
qui arriva. Pierre-le-Cruel, forcé de fuir, vint demander aide 
et protection au prince de Galles. Celui-ci commença par 
rappeler tous les capitaines du parti anglais qui se trou- 
vaient avec Du GuescUn et le maréchal d'Audrehem. Puis il 

(1) Froissart, éd. Siméon Luce, vi, pp.ixi-Lxvn, 137-139, 141-148. 315-322. 

(2) Archives nationales, J J 97, n^eSS, f« 173, pièce reproduite en partie, 
par M. Siméon Luce, dans son édition de Froissart, n, p. lxi, note 2. 

Le Bascot de Mauléon dit, de son côté, que les routiers tinrent la Charité 
«bien an et demi» (Froissart, éd. Buchon, ii, p. 408). On voit que les deux 
indications concordent presque exactement. 

(3) Chroniques abrégées, publiées à la suite des chroniques de Froissart» 
dans l'édition de M. Kervyn de Lettenhove, xvii» p. 426. 



Digitized by 



Google 



118 LES GASCONS EN ITALIE. 

les enrôla, à son tour, pour combattre, non plus Pierre- 
le-Cruel, mais an contraire Henri de Trastamare, Du Gues- 
clin et le maréchal d'Audrehem. Bernardon de La Salle 
retourna donc en Espagne, en 1367, sous les ordres 
du prince de Galles. Il faisait partie du troisième corps 
de Tarmée anglaise, qui franchit les défilés de Ronce- 
vaux le mercredi 17 février 1367, et dans lequel figuraient, 
outre les chefs de compagnies, les principaux seigneurs de 
Gascogne, tels que le comte d'Armagnac, le comte de Com- 
minges, le sire d'Albret, le seigneur de La Barthe, obligés, 
de par le traité de Bretigny, de servir bon gré mal gré le 
roi d'Angleterre (1). 

On sait comment cette expédition se termina à l'avantage 
des Anglais et de Pierre-le-Cruel. Du Guesclin et Audrehem 
furent battus et faits prisonniers, le 3 avril 1367, à la bataille 
de Najera. Revenu vainqueur, le prince de Galles, après 
avoir repassé les Pyrénées, congédia les compagnies, à la fin 
de 1367, en ayant bien soin de leur enjoindre d'évacuer 
aussitôt toutes les contrées soumises à la domination anglaise 
en Gascogne et en Guyenne. Mais qu'importaient aux rou- 
tiers? N'avaient-ils pas à leur disposition tout ce royaume 
de France, qu'ils appelaient en riant : leur chambre (2)? Les 
capitaines des compagnies, tous gascons ou anglais, Ber- 
nardon de La Salle, Hortingo, Lamit, Robert Briquet, Cres- 
wey, Robert Ceni, le bourc de Lesparre, Naudon de Bageran, 
et les autres, se dirigèrent donc vers le nord, sans précisé- 
ment faire la guerre, mais en pillant tout sur leur passage. 
Ils se répandirent d'abord en Auvergne et en Berry. A l'entrée 
de février 1368, ils passèrent la Loire à Marcigny et s'éta- 
blirent dans le comté de Mâcon, où Bernardon de La Salle 
opéra quelque temps avec d'autres chefs gascons, tels que 
Bérard d'Albret, Gaillart de La Mothe, Bernard d'Eauze et le 

(1) Froissart, éd. Siméon Lace, vu, pp. vi, 9 et 263. 
(â) Proissart, éd. SiméoD Luce, vu, p. 55. 



Digitized by 



Google 



BERNARDON DE LA SALLE. 119 

boarc de Badefol (1). Pais les routiers pénétrèrent dans le 
duché de Bourgogne; mais le défaut de vivres les obligea 
bientôt à se retirer, le duc de Bourgogne ayant eu soin de 
faire tout mettre en sûreté dans les forteresses. Ils envahirent 
alors TAuxerrois, où ils s'emparèrent des églises fortifiées de 
Gravant et de Vermenton (2). A Gravant les compagnies se 
divisèrent en deux bandes. Tandis que Tune de ces bandes, 
forte de 800 hommes d'armes anglais, passait l'Yonne et 
entrait en Gâtinais, l'autre forte de 400 combattants et 10,000 
pillards, femmes et enfants, passait la Seine, FAube, s'éta- 
bUssaitenChampagne,oiielle occupai tEpernay, Fismes,Ay (5), 
Goincy-l'Abbaye (4), él remontait jusque vers Beims, Sois- 
sons et Noyon (5). 

La reprise des hostilités entre Français et Anglais, qui 
devint fort vive à la fin de 1368, ramena Bernardon de La 
Salle en Quercy. Depuis quelque temps déjà, le délai de 
trois ans, stipulé dans la capitulation de la Charité-sur-Loire, 
avait pris fin. Le capitaine gascon était redevenu absolument 
maître de ses actions. Mais bientôt le prince de Galles ordonna 
de suspendre les opérations, rappela auprès de lui, àAngou- 
lême, les chefs des troupes anglaises, en laissant aux com- 
pagnies la liberté de s'arranger comme elles l'entendraient, 
pour continuer à vivre, aux dépens des populations fran- 
çaises, sur les frontières de l'Auvergne et du Limousin. C'est 
alors que Bernardon de La Salle, ne voulant pas rester inactif, 
adjoignit à son fidèle Hortingo un chef de bande anglais, 
nommé Bernard de Wisk, pour tenter tous les trois réunis, le 
coup de main le plus hardi peut-être que jamais routier ait 
cherché à exécuter. 

(1) Archives delà Côte-d'Or, B 9292; Inventaire, m. p. 388. Cf. Tédilion 
de Froissart, de M. Siméon Luce. vi. p, xxn, note 7. 

(2) Yonne, arrondissement d'Aueerre, canton de Vermenton. 

(3) Marne, arrondissement de Reims. 

(4) Aisne, arrondissement de Château-Thierry, canton de Fère-en-Tardenois. 

(5) Froissart, éd. Siméon Luce, vu, pp. xivi et 65; Grandes chroniques de 
¥rance, éd. Paulin Paris, vi, pp. 249-250. 



Digitized by 



Google 



120 LES GASCONS EN ITALIE. 

Au château de Belleperche, en Bourbonnais (1), résidait 
alors la plus grande dame de France après la reine, Isabelle 
de Valois, duchesse douairière de Bourbon, veuve du duc 
Pierre I", tué à Poitiers, sœur du roi Philippe VI et belle- 
mère du roi régnant, Charles V, qui avait épousé sa fille, 
Jeanne de Bourbon. La garnison de Belleperche, persuadée 
que nul danger ne pouvait la menacer, veillait assez négli- 
gemment à la garde de la place. Le fait parvint à la connais-^ 
sance des routiers. Prendre avec eux cent hommes seulement, 
chevaucher sans trêve pendant un jour et une nuit, arriver 
au matin près de Belleperche; se déguiser alors avec trente 
des leurs en paysans et s'introduire dans le château, où se 
tenait le marché, comme pour y vendre des fruits, des œufs, 
de la volaille ou autres denrées; puis, une fois entrés, se 
précipiter sur la garnison surprise, tuer les sentinelles, s'em- 
parer des portes et assurer la victoire en appelant ceux des 
routiers restés en dehors : tel fut le plan exécuté avec autant 
de bonheur que de hardiesse par Bernardon de la Salle et 
ses deux associés, dans la première quinzaine du mois d'août 
1569. Le jour même de la prise de Belleperche, les trois 
chefs de bande, infatigables, s'emparèrent encore dé Sainte- 
Sévère (2), qu'ils livrèrent à Jean Devereux, sénéchal de 
Limousin pour le roi d'Angleterre. 

Inutile de dire quelles furent la surprise et l'indignation à 
la cour de Charles V lorsqu'on apprit que la mère de la reine 
de France était au pouvoir des routiers. Dès le mois de septem- 
bre, le duc Louis de Bourbon, encouragé par le roi, partait 
à la tête d'une expédition pour aller mettre le siège devant 
Belleperche. Il était secondé par le maréchal de Sancerre, le 
sire de Beaujeu et les principaux chevaliers du Bourbonnais, 
du Beaujolais, du Forez et de l'Auvergne, auxquels se joigni- 



(1] Aujourd'hui château ruiné situé près de Bagneux, dans l'Allier, arron- 
dissement et canton de Moulins. 
(2) Indre, arrondissement de La Châtre. 



Digitized by 



Google 



BERNAHDON DE LA SALLE. 121 

rent plus tard les troupes du duc de Bourgogne. De leur côté 
les Anglais n'abandonnèrent pas les trois hardis compagnons. 
Ils envoyèrent à leur secours, en plein hiver, les comtes de 
Cambridge et de Pembroke. Pendant quelques mois, Belle- 
perche fut le centre les hostilités entre Français et Anglais. 
Le duc de Bourbon finit par l'emporter. Les routiers durent 
évacuer Belleperche pour ne pas en être chassés de vive force 
(commencement de mars 1370). Mais en quittant la place, 
ils eurent bien soin d'emmener avec eux leur prisonnière; et 
ce n'est qu'au mois d'août 1372 que la duchesse douairière 
de Bourbon put être enfin délivrée par son fils, le duc Louis 
de Bourbon, aidé de Du Guesclin et du duc d'Anjou (1). 

Quant au château de Sainte-Sévère, il était encore occupé 
par les compagnies anglaises à la fin de 1371 (2). 

Après être sortis de Belleperche, Bernardon de La Salle, 
Hortingo et Bernard de Wisk accompagnèrent, au mois de 
septembre 1370, le prince de Galles au siège de Limoges, 
douloureux épisode de la guerre de Cent Ans, où le prince 
de Galles ternit sa gloire passée, en traitant avec la dernière 
cruauté la malheureuse ville, prise d'assaut le 19 septembre, 
malgré la résistance héroïque de ses défenseurs (3). 

Au siège de Limoges, se trouvait également, avec Bernar- 
don de La Salle, un autre aventurier connu, issu d'une des 
premières Maisons de Gascogne, Bertucat d'Albret (4). La 

(1) Froissart, éd. Siméon Luce, vu, pp. lxxi,xc, xcv, 155, 213, 223, 366, 
398, 405; Cabaret d'Orville, Chronique du bon duc Loys de Bourbon, pp. 74- 
78, 92 et 351. 

D'après cette dernière chronique, lorsque la duchesse douairière de Bourbon 
fut délivrée, elle était, dans la tour de Brou (commune de Saint-Sernin, Cha- 
rente-Inférieure, arrondissement et canton de M arenn es) , toujours captive sous 
la surveillance de Bernardon de La Salle. Cette assertion constitue une erreur, 
car au mois d'août 1372, le capitaine gascon était, depuis neuf ou dix mois 
déjà, installé à Figeac, comme capitaime de la ville pour le roi d'Angleterre. 

(2) Archives Nationales JJ 102, n» 371, pièce citée par M. Siméon. Luce 
dans son édition de Froissart, vu, p. lxxi, note 2. 

(3) Froissart, éd. Siméon Luce, vu, p. 244. 

(4) M. Kervyn de Lettenhove {Œuvres de Froissart xx, p. 19) suppose que ce 
célèbre aventurier était peut-être un fils naturel de Bernard-Ezy II, sire d'Albret. 



Digitized by 



Google 



122 LES GASCONS EN ITALIE. 

communauté d'inlérêts et d'opinion porta les deuj chefs à 
s'unir l'un à l'autre pour courir les aventures. Déjà en 1369, 
on les avait cru associés ensemble. En effet, au mois d'oc- 
tobre 1369, on raconta, à Rodez, que Bertucat d'Albrel et 
Bernardon de La Salle se trouvaient dans les environs de 
Livinhac (1) avec des forces considérables (2). La nouvelle, du 
reste, devait être inexacte, car deux mois plus tôt, Bernardon 
de La Salle était entré à Belleperche, et il est fort peu proba- 
ble qu'il ail alors songé à quitter son importante conquête 
pour pousser une pointe sur le Rouergue, La coopéralioQ 
des deux routiers n'amena réellement de résultat important 
qu'en 1371; d'autant que, dans l'intervalle, Bertucat d'Albret 
avait joué le rôle le plus ambigu, tantôt se ralliant au parti 
du roi de France qui le combla de faveurs, tantôt se laissant 
persuader par Robert Knolles et revenant servir le prince de 
Galles (3). 

En 1371, donc, Bernardon de La Salle et Bertucat d'Albret 
entrèrent en Quercy,où ils occupèrent violemment un certain 
nombre de petits châteaux et de villages. Puis, le 14 octobre, 
avec cent soixante hommes d'armes et cinq cents pillards, 
ils s'emparèrent, par escalade, de la ville de Figeac, détrui- 
sant cinq maisons et enlevant pour plus de cinquante mille 
francs d'or et de joyaux, sans compter une valeur de quatre 
mille florins en blé, vin, marchandises et autres denrées (4). 
Un incident assez remarquable signala cette prise de Figeac. 
C'était une coutume fort répandue au XIV* siècle, le jour 
d'un combat, avant ou après l'action, de conférer l'ordre de 
chevalerie à quelques jeunes écuyers, soit pour les encourager 
à déployer plus de vaillance, soit pour récompenser leurs 

(1) Livinhac-le-Haut, Aveyron. arrondisseraeot, de ViUefranche, canton de 
DecazeviUe. 

(2) Archives communales de Rodez, Cité, CC 205. — Inventaire^ p. 36. 

(3) Froissart, éd. Siméon Luce, vu, pp. L et lxvii. 

[4] Bibliothèque Nationale, coU. Doal, vol. 125, f» 98. 



Digitized by 



Google 



BERNARDON DE LA SALLE. 123 

hauts faits (1). Les routiers en firent autant à Figeac; et 
Bernardon de La Salle fut armé chevalier sur la brèche 
même (2), On lui confia, en outre, le commandement de la 
place, avec le titre de capitaine de la vUle de Figeac pour 
Messeigneurs le roi d'Angleterre et le prince d'Aquitaine (5). 

Telle était la réputation que Bernardon s'était acquises par 
ses opiniâtres résistances à Belleperche et à la Charité-sur- 
Loire, que les chefs du parti français dans le centre et dans le 
midi du royaume ne se soucièrent pas de commencer une 
nouvelle campagne contre l'infatigable eschelleur de places 
fortes. Ils préférèrent négocier, en chargeant de ce soin le 
comte Jean !•' d'Armagnac, devenu tout dévoué au roi 
Charles V, après avoir refusé d'obéir plus longtemps aux 
clauses du fatal traité de Brétigny. Un accord fut conclu, en 
1362, par lequel Bernardon de La Salle et Bertucat d'Albret 
s'engagèrent à rendre leur conquête, moyennant une rançon 
de cent vingt mille francs d'or, que les trois Etats de Quercy, 
de Rouergue et des montagnes d'Auvergne promirent de payer. 
Il fallut naturellement plusieurs mois pour lever les subsides 
nécessaires. Enfin, le 30 août 1373, la somme stipulée ayant 
été en grande partie versée aux routiers, et des sûretés ayant 
été données pour le paiement du reliquat, soit à Moncuq, 
soit à Bergerac, avant le 29 septembre suivant, les compa- 
gnies évacuèrent Figeac. Mais Bernardon de La Salle n'avait 
pas seulement entendu faire une expédition des plus fruc- 
tueuses pour lui. Il voulait encore que cette expédition profitât 

(1) C'est ainsi, notamment, que Robert d'Alençon, fils du comte d'Alençon, 
et Louis de Cbâlon, second fils du comte d'Auxerre, qui faisaient partie de 
l'armée envoyée contre Bernardon de La Salle, furent armés chevaliers pendant 
le siège de la Charité-sur-Loire, à l'occasion d'une sortie de la garnison. — 
Froissart, éd. Siméon Luce, vi, p. 145. 

(2) Petit Thalamus de Montpellier, publié par la Société archéologique de 
Montpellier, p. 386. 

(3/ « Capitaneus vUle Figiaei pro dominis rege Ànglie et principe Aqui- 
tanie. » Coll. Doat, vol. 125, f> 94 v^. 

On sait que le prince de Galles, le célèbre Prince Noir, portait également le 
titre de prince d'Aquitaine, 



Digitized by 



Google 



124 LES GASCONS EN ITALIE. 

à la cause anglaise. Aussi, avant de s'éloigner, il exigea abso- 
lument que les notables habitants de Figeac vinssent, le 
24 juillet, en leur nom et au nom de tous leurs compatriotes, 
prêter, entre ses mains, serment de fidélité au roi d'Angle- 
terre et au prince de Galles (1). Par bonheur, les habitants 
de Figeac, invoquant un précédent, purent rappeler que 
jadis, dans une circonstance semblable, l'anglais Jean Chan- 
dos leur avait permis d'insérer, dans un pareil acte de ser- 
ment, la clause restrictive : « Sauf le droit du roi de France.» 
Bernardon de La Salle consentit à adopter la même rédac- 
tion. C'était diminuer singulièrement, ou, pour mieux dire, 
réduire à néant la portée réelle de la promesse de fidélité au 
roi d'Angleterre (2). 

La Bourgogne semblait-elle offrir, pour notre aventurier, 
un champ d'opération particulièrement avantageux? Où 
pourrait le croire. Il avait déjà séjourné dans cette province 
en 1360, en 1362 et en 1368. Il y retourna encore après 
l'évacuation de Figeac. En 1374. il était logé « à grande 
compagnie d'Anglais » à Chalmoux (3), sur les confins de 
ce comté de Charolais qui appartenait alors à la Maison 
d'Armagnac (4). 

Mais bientôt allait s'ouvrir, pour Bernardon de La Salle, 
une nouvelle série de campagnes, cette fois presque toutes 
en dehors du royaume de France. Et, chose curieuse, autant 
Bernardon s'était jusqu'alors montré hostile aux Français, 
autant il devait, dans la seconde période de sa carrière, 
devenir un fidèle partisan de la politique française en Italie. 

Le long séjour des Papes à Avignon avait singulièrement 

• (1) Bibl. Nationale, coll. Doat, vol. 125, f« 94. 

(2) Coll. Doat, vol. 125, (^^ 41-147; et vol. 146, fo« 95-100. — Dom Vaissète, 
Histoire générale de Languedoc, iv, p. 351. -— De Gaujal. Etudes historiques 
sur le Rouergue, ii, pp. 217-218. 

(8) Sa6ne-et-Loire, arrond. de Charolles, canton de Bourbon-Lancy. 

(4) Archives nationales, JJ 112, n^ 283; pièce citée par M. Siraéon Luce 
dans son édition de Froissart, v, p. 41, note 2. 



Digitized by 



Google 



BERNARDON DE LA SALLE. 135 

affaibli leur autorité sur Rome et sur le Patrimoine de Saint- 
Pierre, Comprenant le danger qu'entraînerait une absence 
plus prolongée, Urbain V, en 1367, avait reporté le siège du 
gouvernement pontifical dans Tancienne capitale du monde 
chrétien. Mais Urbain V, trois ans plus tard, était revenu 
mourir à Avignon; et son successeur, Grégoire XI, s'était de 
nouveau fixé dans le Comtat Venaissin. Dès lors, la situation 
n'avait fait qu'empirer. En 1375, un sentiment général de 
révolte agitait les Etats de l'Eglise. De tous côtés les cités 
aspiraient à conquérir une entière indépendance. Elles comp- 
taient sur l'appui des Visconti de Milan, alors en guerre 
contre le Saint-Siège. D'autre part, la République florentine 
se montrait extrêmement favorable aux chefs du mouvement, 
parmi lesquels figurait, en première ligne, le préfet de 
Rome, Francesco de Vico, qui s'était rendu tout-puissant à 
Viterbe. 

La force seule pouvait arrêter le soulèvement prêt à éclater. 
Déjà le Souverain Pontife avait en Italie, pour défendre ses 
droits, le condottiere anglais Jean d'Hawkwood, qui venait de 
combattre les Visconti au nom de l'Eglise. Mais les troupes 
de Jean d'Hawkwood parurent insuffisantes. On songea alors 
à leur adjoindre la compagnie de Bernardon de La Salle. 
Depuis la prise du Pont-Saint-Esprit, le nom de notre gascon 
était resté justement redouté à la cour du Pape, et ses exploits 
subséquents, comme la surprise de Belleperche ou la con- 
quête de Figeac, avaient encore accru sa renommée. Bernar- 
don se trouvait justement dans la vallée du Rhône, par 
conséquent à portée d'Avignon, et libre de tout engagement. 
Les circonstances favorisèrent donc les négociations; et 
Bernardon de La Salle, étant passé, avec ses bandes, au 
service du Saint-Siège, fut immédiatement envoyé dans le 
Patrimoine de Saint-Pierre. Dès la fin de 1375, il était établi 
aux environs de Corneto. D'ailleurs, ni sa présence en plein 
cœur des Etats de l'Eglise, ni celle de Jean d'Hawkwood^ 



Digitized by 



Google 



126 LES GASCONS EN ITALIE. 

ne purent empêcher l'explosion de la révolte. Bernardon 
perdit même une centaine d'hommes de sa compagnie, qui 
furent tués, au mois de décembre 1375, par les habitants de 
Cornelo, soulevés contre Tautorilé pontificale (1). 

Il fallut se décider à l'envoi d'une grande expédition contre 
les rebelles et contre les Florentins, leurs alliés. La direction 
suprême en revint à un belliqueux prélat, le cardinal Robert 
de Genève, légat du Saint-Siège. Quant à l'armée, elle fat 
composée, pour la majeure partie, de bandes d'aventuriers 
engagées en France, comme l'avait été auparavant celle de 
Bernardon de La Salle. Une fois en Italie, toutes les bandes 
réunies formèrent un total de plus de dix-huit cents lances (2). 
Les deux principaux chefs étaient deux fameux capitaines 
bretons, Jean de Malestroit et Silvestre Bude, propre cousin 
de Du Guesclin (3). Rien n'égalait la brutalité et l'outrecui- 
dance de ces aventuriers. Comme le Pape demandait à Jean 
de Malestroit, avant son départ, s'il se croyait capable d'en- 
trer à Florence : « Le soleil entre-t-il à Florence, répondit 
superbement le chef de bande? Nous y entrerons donc 
aussi (i) ! » 

(1) Lettre des Florentins à Bemaho Visconti, du 19 décembre 1375, publiée 
dans VArchivio Storico Italiano, terza série, tomo vu, parte i, p. 218. 

(2) Ou plus exactemeut 1844 lances, d'après le compte des paiements faits à 
l'armée pontificale, jusqu'au 1<"^ novembre 1376. L'original de ce compte se 
trouve à la Bibliothèque nationale, Ms. latin 4190, f*»» 26-33. A l'exception 
des deux principaux chefs, les capitaines de routiers ou de Bretons, suivant 
l'expression mise alors en usage, ne sont pas énumérés individuellement, mais 
simplement désignés en bloc : a Dominus Johannes, dominus de Malestroit, 
capitaneus generalis Brittonum débet habere pro se, dommo Silvestro Bade, 
et aliis capitaneis predictorum Brittonum, etc. » (Ms. latin 4190, f°27.) Le 
nom de Bernardon de La Salle ne se trouve donc pas dans ce document, mais 
la part importante qu'il prit à l'expédition nous est attestée par le rédacteur du 
Chronicon Estense, Muratori, xv, col. 499. 

(3) Silvestre Bude était fils d^ Guillaume Bude, seigneur d'Ussel et de 
Jeanne Du Gueschn. Sa parenté avec le glorieux connétable de France, ne 
l'empêcha pas de finir comme un malfaiteur, décapité à Mâcon, par ordre du 
cardinal d'Amiens, en punition de ses brigandages. 

(4) PieroBuoninsegni, Historia Fiorentina, p^ 567; Scipione Ammirato, 
Istorie Fiorsntinet lib. xiii, p. 695. 



Digitized by 



Google 



BERNARDON DE LA SALLE. 127 

Avec de pareils éléments, la guerre fut ce qu'elle devait 
être : une suite de pillages et d'atroces excès. La barbare con- 
duite des routiers au sac de Ccsena (février 1377) souleva, à 
juste titre, l'indignation de l'Italie entière (1). 

Sur ces entrefaites, Grégoire XI s'était enfin décidé à 
adopter le seul moyen qui fut capable de rendre la paix pos- 
sible. Il avait quitté Avignon pour revenir à Rome, où il entra 
le 17 janvier 1377. Mais un an s'était à peine écoulé, que 
le pontife tombait malade le 5 février 1378 et expirait le 27 
mars suivant. Dans la crise que traversaient les Etats de 
l'Eglise, cette mort aggravait encore les périls de la situation. 
Les cardinaux qui avaient suivi Grégoire XI à Rome se 
réunirent en conclave au milieu du trouble et du tumulte. 
Autour d'eux s'agitait une foule impérieuse et hostile qui 
allait jusqu'à envahir le palais pontifical, en exigeant, à 
grands cris, un pape rcymain. Sous la pression de ces mena- 
ces, les cardinaux, désireux d'en-finir au plus vite, choisirent, 
en dehors du Sacré-Collège, un italien, né dans le royaume de 
Naples, Barthélémy Prignano, archevêque de Bari. Et l'arche- 
vêque de Bari fut proclamé Pape sous le nom d'Urbain VI 
(9 avril 1378). 

Quelle fut réellement la valeur canonique de cette élection 
tant discutée, qui allait donner naissance au Grand Schisme 
d'Occident? Il serait téméraire de formuler aucune apprécia- 
tion sur une question restée insoluble pour les contempo- 
rains. Le Concile de Constance, qui s'efforça plus tard de 
remédier au mal, ne se hasarda pas à en juger les causes 
originelles. Si le pape Urbain VI eut, en Italie, des partisans 
enthousiastes, comme sainte Catherine de Sienne, par exem- 



(1) Voir, poar plus de détails, outre les chroniques italiennes conteroporai- 
nés, publiées dans la collection de Muratori, l'important mémoire de Gherardi : 
La guerra dei Fiorentini con papa Gregsrio XI, dans VArchivio Storico Ita^- 
liano, lerza série, tomi v, vi et vu. — Voir aussi : G. Gori, VEccidio di 
Cessna del 4577, dans VArchivio Storico Italiano, nuova série, tomo viii, 
parte ii, pp. 3-37. 



Digitized by 



Google 



128 LES GASCONS EN ITALIE. 

pie, d'autre part on vit des hommes d'un esprit supérieur et 
impartial, préoccupés uniquement de la recherche de la vérité 
et de la justice, tels que le roi Charles V, ou tels que Jean 
Gerson, se déterminer, après le plus prudent examen, à 
considérer l'élection d'Urbain VI comme entachée de nullité. 

Quoi qu'il en soit, le nouvel élu commença par jouir d'abord, 
pendant quelque temps, d'une autorité incontestée. Un de 
ses premiers soins fut de poursuivre la guerre contre les 
ennemis du Saint-Siège et notamment contre le préfet de Rome 
Francesco de Vico. Pour combattre ce dernier, alors cantonné 
à Viterbe, il fit choix de Bernardon de La Salle. Ce choix 
atteste assez combien, depuis son entrée en Italie, le capitaine 
gascon avait su justifier son ancienne réputation de bravoure. 

Bien ne montre mieux le caractère violent du pontife que 
sa dernière entrevue avec Bernardon (avril ou mai 1378). 
Comme Urbain VI exhortait le capitaine à faire bonne et 
forte guerre au préfet et à se conduire en vaillant chevaUer, 
en ajoutant qu'au besoin il l'aiderait de sa propre personne, 
on le vit tout à coup, oubliant son caractère sacré, saisir la 
dague de Bernardon et s'écrier que, i du reste, il était encore 
homme à monter a cheval et à aller lui-même combattre l'en- 
nemi (1). » 

Bernardon partit donc pour Viterbe. Mais voici que tous 
les cardinaux qui avaient proclamé Urbain VI, à l'exception 
de trois d'entre eux, quittèrent furtivement la cour papale et 
vinrent se réfugier à Anagni. Une fois hors d'atteinte, ils 
déclarèrent qu'en choisissant l'archevêque de Bari, ils avaient 
agi sous la pression du danger et pour sauver leur tête, que 
l'élection, n'ayant pas été libre, restait absolument nulle et, 
par conséquent, qu'il y avait lieu de considérer Urbain VI 
comme un intrus et d'élire un autre successeur à Grégoire XL 

Une pareille attitude exposait les cardinaux dissidents aux 

(1) Baluze, VUœP»parum Avenionensiumt i, col. 1198 et 1199. 



Digitized by 



Google 



BERNARDON DE LA SALLE. 129 

plus grands dangers. Si contestée que fût son élection^ 
Urbain VI n'en était pas moins investi de fait, depuis quel- 
que temps déjà, de la puissance souveraine. Il pouvait agir 
en maître; et son inflexible sévérité, qui paraît avoir été la 
véritable cause du débat, en faisait un adversaire aussi dange- 
reux qu'implacable. Ne devait-il pas, en effet, quelques 
années plus tard, ordonner impitoyablement de mettre à la 
torture, puis d'exécuter, sans autre forme de procès, cinq 
cardinaux dont la fidélité lui semblait douteuse (1) ? Pouir 
que le Sacré-Collége pût se réunir en toute liberté, et procé- 
der à cette nouvelle élection que ses membres considéraient 
comme un devoir, il fallait un bras assez puissant pour le 
protéger contre les violences du parti romain, beau rôle assu- 
rément si la situation avait été moins sujette à discussion et 
s'il s'était réellement agi de soutenir, contre un antipape 
imposé de force, l'honneur et l'indépendance de l'Eglise. Ce 
fut sur Bernardon de La Salle que l'on jeta les yeux. Par 
ordre des cardinaux, Pierre de Cros, archevêque d'Arles, 
camérier de la Sainte-Eglise-Romaine, lui demanda de venir 
prendre la défense du Sacré-Collége. Bernardon de La Salle 
accepta, d'autant plus volontiers qu'au premier rang des 
opposants se trouvait ce même cardinal Robert de Genève 
qui avait eu tant de part à l'envoi des routiers en Italie. 

Noijs voici arrivé au fait capital de la vie de Bernardon 
de La Salle. Qu'il eût refusé d'accéder à la demande de Pierre 
de Cros; et les cardinaux se seraient peut-être découragés, ou 
auraient été soumis de force, et par suite, le grand schisme 
n'aurait pu éclater. Les Romains et les partisans d'Urbain VI 
sentaient si bien de quel poids pouvait être l'intervention du 
capitaine gascon qu'ils essayèrent de l'arrêter à tout prix 
lorsqu'il passa près de Rome, au mois de juillet 1378, en 
allant de Viterbe à Anagni. Au pont Lamentano, sur le Teve- 

(1) Voir les tristes détails donnés, à ce sujet, par on témoin oculaire, Theodo- 
rieus de Niem, De origine causisque Schitmatis, lib. i. 

10 



Digitized by 



Google 



9tD LB8 «ABCOHS EK FTALTE. 

]mie/ à une lieae environ des murs de la Ville Eternelle, 
BernardoQ de La Salle, qui n'avait avec lui que deux cents 
lances, trouva la route barrée par cinq mille Romains en 
armes. Il leur demanda de lui livrer passage < Non, tu ne 
passeras pas, rèpondirent-ils. Mais tu vas mourir ici avec 
tous tes gens.» Les moments étaient précieux. Malgré Tinfé- 
riorité du nombre, Bernardon chargea, à grands cris, les 
troupes romaines et les mit en pleine déroute, après leur avoir 
tué cinq cents, ou même, suivant un autre témoignage, huit 
cents hommes (1)* La route d'Anagni était libre. Bernardoo 
put rejoindre les cardinaux. Ceux-ci, rassurés par sa présence, 
6e réunirent en conclave à Fondi et, le 21 septembre 1378, 
élurent pour pape le cardinal Robert de Genève, qui prit le nom 
de Clément VIL Le grand schisme d'Occident était consommé. 

Il faut ajouter que, suivant les historiens hostiles à Clé- 
ment VII et à ses partisans, Tintervention de Bernardon de 
La Salle ne fut pas absolument désintéressée. Pour le gagner, 
paratt-il, les cardinaux lui auraient promis les châteaux de 
MorBas(2) et de Caderousse (3). Ce qu'il y a de sûr, c'est 
que ces deux châteaux furent effectivement donnés, par le 
Douvel élu, au capitaine de routiers, en vertu d'une bulle 
du 27 décembre 1379 (4). 

Bientôt la lutte éclata entre les deux prétendants à la Chaire 
de Saint-Pierre, ardente et passionnée. Pendant que leurs 
adhérents prenaient les armes, Urbain VI et Clément VII 
s'excommuniaient mutuellement, et chacun d'eux lançait 
l'anathème contre les partisans de son rival. La fortune parut 
d*abord sourire à Clément VIL Le peuple de France,à 
commencer par le roi Charles V en personne, reconnaissait 

(1) Bs^oze» Vitœ Paparwn Avmonensium, i, col. 465, 1231 et 123% ii, 
col. 904. — Theodoricus de Nieiu, De origine catbsisque schiematiSt Iib> i, 
oap. tiH. 

(3) Vaaclase, arrondissement d'Orange, canton de BoIIène. 

(3) Vaacluse, canton 4'Orange. 

(4) Raynaldi. ÀnnaleM ^clmmHçh IW^ % l«U>v. 



Digitized by 



Google 



BBRNARDON DE LA SALLE. 131 

son élection comme §eule valable et manifestait à son égard 
une sympathie qui ne devait jamais se démentir. En Italie, la 
grande majorité des anciens cardinaux lui était dévouée. De 
plus, les chefs des bandes jadis venues de France, les Sil- 
vestre Bude çt les Jean de Malestroit, imitant l'exemple de 
Bernardon et de son lieutenant, Guilhonet de La Salle, se 
déclaraient pour lui (1). Pareille attitude était prise encore 
par le préfet de Rome, Francesco de Vico; de telle sorte que 
Bernardon de ia Salle se trouva servir sous les mêmes drapeaux 
que cet ancien adversaire, contre qui naguère il faisait campa- 
gne (2). Les troupes dont disposaient ces divers personnages 
pressèrent vivement les partisans de l'ancien archevêque de 
Bari. A Rome même, pendant que tout le reste de la ville 
demeurait fidèle à Urbain VI, le Château-Saint-Ange fut occupé 
par un capitaine à la dévotion de Clément VIL 

Mais Urbain VI avait sur son rival l'immense avantage d'être 
ûè en Italie et de vouloir maintenir sa résidence dans la Ville 
Eternelle; deux circonstances qui suffisaient à lui gagner les 
cœurs dans toute l'étendue de la Péninsule. Bientôt les rôles 
furent renversés et la position de Clément VU devint si criti- 
que que ce prétendant a la tiare, réfugié à Sperlonga (5), 
dans le royaume deNaples, dut songer, comme dernier expé- 
dient, à appeler à son aide un prince du sang de France, le 
duc Louis I" d'Anjou, frère du roi Chartes V. Pour gagner ce 
prince, ambitieux et avide déjouer un grand rôle politique, ii 
consentait à lui abandonner une partie des possessions de 
l'Eglise pour en former, sous le nom de royaume d'Adria, 
un état vassal du Saint-Siège; projet qui fut d'ailleurs presque 
aussitôt abandonné que conçu (4). 

(I) Raynaldi, Annales Ecclesiastici, 1378, § cv. 

(3^ Balaze, Vitœ Paparum Avenionemium, I, col. 123^. 

(3) Dans la province de la Terre de Labour, non loin de Fondi. 

(4) La^boHe octroyée, à ce sujet, au duc d* Anjou, est du 17 arril 1379, anté-» 
Heure, par conséquent» de douze jours seulement à cette défaite deMarino qui 
décida Clément VII à quitter l'Italie. — Voir: Paul Durriea, ie Royaume 
dAdria,^.l% 



Digitized by 



Google 



132 LKS GASCONS EN ITALIE. 

Cependant tout n'était pas encore désespéré. Clément VII 
avait fait venir, pour le placer à la tête de ses troupes, un 
de ses parents, Louis de Montjoie, qui devait être plus tard 
vice-roi de Naples, puis gouverneur d'Asti (1). Prenant hardi- 
ment l'offensive, Louis de Montjoie s'était avancé jusqu'à 
Marino, à douze milles de Rome, avec une petite armée de cinq 
cents lances environ, divisée en trois corps : le premier placé 
directement sous ses ordres, les deux autres commandés par 
Bernardon de la Salle et par Silvestre Bude (2). D'un autre 
côté, la bannière de Clément VII, flottait toujours sur le 
Château-Saint-Ange. 

Mais dans un même jour, le 29 avril 1379, le Château- 
Saint-Ange fut repris par les Romains, et le comte Albéric de 
Barbiano, célèbre condottiere italien au service d'Urbain VI, 
écrasa, à Marino, les troupes de Louis de Montjoie et de 
Bernardon de La. Salle. Albéric de Barbiano avait pour second 
Galeazzo de' Pepoli. Celui-ci commença par avoir le dessous, 
au premier choc. Mais Albéric de Barbiano ayant exécuté une 
charge impétueuse, la compagnie de Bernardon de La Salle 
fut rompue, et Bernardon en personne tomba aux mains de 
l'ennemi. Louis de Montjoie et Silvestre Bude finirent par 
partager le même sort, après cinq heures de combat acharné. 
Un grand nombre de routiers avait péri; les autres, à peu 
d'exceptions près, furent faits prisonniers avec leurs trois chefs; 
et Albéric de Barbiano rentra triompant dans Rome, traînant 



(1) Loais de Montjoie appartenait à Tune des plus anciennes familles d'Alsace, 
les Frohberg. Montjoie est la traduction exacte en français des mots allemands : 
hêrg et froh. 

(2) D'après certains auteurs, notamment d'après Gattaro et CoUenuccio, le 
troisième corps était commandé, non par Silvestre Bude, mais par un certain 
Pierre de la Sagra.qui était également un capitaine de routiers,venu de France 
et tout dévoué à Clément VII (Raynaldi, 1378, § cv). Dans d'autres récits, 
Louis de Montjoie n'est pas nommé. Mais il est un nom qui se retrouve tou- 
jours, dans tous les textes, c'est celui de Bernardon de La Salle. Tant la répu- 
tation du Gascon avait fini par se répandre en Italie et par surpasser celle de 
tous les autres chefs de compagnies françaises. 



Digitized by 



Google 



BERNARDON DE LA SALLE. 133 

derrière lui ses adversaires vaincus et captifs, la bannière 
renversée en signe de défaite (1). 

Les historiens favorables à Urbain VI n'ont pas manqué de 
faire grand bruit de celle défaite de Marino. L'un d'eux 
raconte même, par une erreur singulière qui n'a pas échappé 
aux critiques du savant Baluze (2), que Bernardon de La Salle 
fut tué dans le combat, en ajoutant, bien entendu, avec force 
phrases à effet, que cette mort était le juste châtiment du 
concours prêté par le Gascon aux fauteurs du schisme (3), 
Que les partisans de Clément VII aient été complètement battus, 
la chose est hors de doute. L'échec parut si grave que Clé- 
ment VII se détermina, quelques jours plus tard, à abandon- 
ner ritalie, et qu'il s'embarqua au mois de mai pour aller se 
réfugier à Avignon. Mais Albéric de Barbiano se borna, en 
somme, à mettre en pleine déroute la petite armée qui s'était 
trop hardiment avancée sur Rome. Tout au plus fit-il ensuite 
une démonstration vers Anagni, sans essayer du reste, de 
s'emparer de cette ville. Or, il restait d'autres bandes de 
routiers dévouées à la cause de Clément VII; et, ce qui est 
plus grave, ces bandes détenaient, comme point d'appui, sans 
parler d'Anagni (4), quelques petites places fortes situées au 
nord du Patrimoine de Saint-Pierre, en général dans les alen- 
tours du lac de Bolsène. Les compagnies les avaient, sans 

(1) Chronicon Estenae, Muratori, xv, col. 503; Cronica Saneie, Maratori, 
XY, col. 363; Cronaca Rimineset Muratori, xv col. 920; Andréa Galtaro, /«(o- 
ria Padovana, Muratori, xvii, col. 277; Cronica di Bologna, Muratori, xviii, 
col. 520; Collenuccio, Compendio d$lla storia di Napoli^ lib. V. 

(2) 'Baluze, Vitœ Paparum Avenionensium, I. col. 1231. 

(3) Raynaldi, Annales Eccles., 1379, § xxiv. — Raynaldi invoque l'autorité 
de VHistoria Anglicana, de Thomas Walsingham. Mais Raynaldi s'est laissé 
tromper par une mauvaise leçon, qui substituait le mot : catnpt aamot : eapti, 
dans Tancienne édition de Walsingham. Cette faute ayant été corrigée, lorsque 
VHistoria Anglicana&éié réimprimée, en 1863, dans la collection du Master 
of Ihe Rolls, il se trouve que le passage (I, p. 393), invoqué à tort par Raynaldi. 
est au contraire parfaitement d'accord avec toutes les autres sources, pour 
attester que Bernardon de La Salle fut seulement fait prisonnier. 

(4) En 1383, Ânagni appartenait toujours aux partisans de Clément VII. — 
Raynaldi, Annales Ecoles., 1383, §iii. 



Digitized by 



Google 



l34 LES GASCONS BN ITALIE. 

hal doute, occupées à Tépoque de Texpédition contre les cités 
rebelles au Saint-Siège, alors que les routiers étaient venus 
de France, soit avec Bernardon de La Salle, en 1375, soit 
avec Jean de Malestroit et Silvestre Bude, en i376. Telles 
étaient Farnèse, Bolsène, Onano et Acquapendente(l), dans 
le dictrict de Viterbe, et plus à Test, en Ombrie, le château 
de Cannara (2) dans le district de Foligno. Déloger les rou- 
tiers de ces positions, presque toujours d'un accès fort diffi- 
cile et rendues presque inexpugnables par la nature même, 
eut été une entreprise aussi longue que pénible. Ni Albéric 
de Barbiano, ni aucun autre général au service d'Urbain VI, 
ne se soucièrent de la tenter. Naturellement, les vaincus de 
Marino trouvèrent auprès de ces autres compagnies un 
concours assuré, qui leur permit de se rallier plus facilement, 
lorsqu'ils furent, suivant l'usage général de l'époque, rendis 
ien liberté, sous des conditions plus ou moins dures, après le 
triomphe d' Albéric de Barbiano. Pendant de longues années 
encore, toutes ces bandes, tous ces Bretons, comme disaient 
les Italiens, dont le chef le plus influent fut désormais sans 
conteste Bernardon de La Salle, devaient se maintenir en plein 
cœur de l'Italie, disposées parfois à servir sans distinction qui- 
cohque|les payait bien, mais restant toujours et malgré tout 
immuablement fidèles à l'obédience du pape d'Avignon, et 
constituant une perpétuelle menace pour les états soumis au 
pape de Rome. 

Quant à Bernardon de La Salle, non seulement il ne périt 
pas dans le combat de Marino, mais encore, fait prisonnier 
par Albéric de Barbiano, il dut, à la fois, recouvrer rapide- 
ment sa pleine liberté et pouvoir aussitôt reformer ses com- 
pagnies. En effet, dès l'année suivante (1380), il se trouvait 

(1) Toutes ces places étaient encore occupées en 1393 par ies compagnies 
dévouées an pape d'Avignon. — Voir Paul Durrieu, Le Royaume d'Àdria, 
p. 59, 

(2) Cannara fut, en 1388, le quartier général de Bernardon de La Salle, en 
Ombrie. — Minerbetti. col. 159. 



Digitized by 



Google 



BERNARDON DE LA SALLE, 185 

en mesure de prendre sa revanche, en battant à son tour 
les Romains, avec le concours du comte de Fondi (1), et en 
leur infligeant une perte de plus de quatorze cents hommes, 
tant morts que pris (2). 

Malgré la retraite de Clément VII à Avignon, le rôle de ses 
partisans n'en continuait pas moins à rester des plus actifs 
en Italie. Des Etats de TEglise, la guerre allumée par le 
Grand Schisme gagnait le royaume de Naples, La reine 
Jeanne, oui gouvernait alors, s'était déclarée, contrairement 
aux vœux de ses sujets, en faveur du cardinal de Genève. 
Jeanne n'avait pas d'enfants. Mais il restait un descendant 
mâle de ce frère de saint Louis, de ce roi Charles P' qui 
avait fondé la dynastie angevine en 1265. C'était Charles 
d'Anjou, duc de Durazzo, issu d'un fils cadet du roi de 
Naples Charles II. Tandis que la reine penchait pour Clé- 
ment VII, Charles de Durazzo embrassa chaudement le parti 
d'Urbain VI, fit déclarer par ce pontife la reine déchue du 
trône, pour rébellion au Saint-Siège, et, en conséquence, 
comme plus proche héritier mâle de la couronne, prit, sous 
le nom de Charles III, le titre de Roi de Sicile, qui était le 
titre officiel des souverains régnant à Naples. Justement 
irritée, la reine Jeanne, de son côté, voulut ruiner à jamais 
les droits héréditaires invoqués par Charles de Durazzo. Sur 
le conseil de Clément VII, elle choisit pour fils adoptif et pour 
successeur ce même duc Louis d'Anjou dont il a déjà été 
question, bien que ce prince français ne se rattachât que par 
une parenté assez éloignée, et en ligne féminine, à la famille 
royale de Naples (3). 



(1) Onorato Cajetaai, comte de Fondi, un des partisans les plus dévoués de 
Clément VII. 

(2) Chronique des quatre premiers Valois, publiée par la Société de THii-* 
toire de France, p. 385; Cronica di Bologna, Muratori, xviii, col. 522. 

(3) Louis d'Anjou était T arrière- petit-fils de Marguerite de Sicile, fille du 
roi de Naples Charles II, qui avait épousé en 1290 son cousin Charles dé 
France, comte de Valois, en lui apportant en dot le comté d'Anjou» plus tard 



Digitized by 



Google 



136 .LES GASCONS EN ITALIE. 

Dès lors, il y eut pour le trône de Naples, comme pour la 
Chaire de Saint-Pierre, deux partis rivaux. D'une part, la 
seconde Maison d'Anjou, issue du frère de Charles V, faisant 
cause commune avec le pape d'Avignon. De l'autre, Charles 
de Durazzo, et plus tard son fils Ladislas, continuant tou^ 
jours, malgré quelques altercations très vives, à rester d'ac- 
cord avec le pape de Rome pour se prêter un mutuel con- 
cours. Bien entendu, la France ne pouvait hésiter. Pendant 
plusieurs années, tous les efforts de sa politique, en Italie, 
allaient tendre à favoriser les revendications ou les tentatives 
de Clément VII et de la Maison d'Anjou (1). En revanche, 
Charles et Ladislas de Durazzo, de même qu'Urbain VI et ses 
successeurs, devaient être appuyé;', d'une manière presque 
unanime, par tous les états italiens, sans excepter même ceux 
qui se trouvaient, comme la République de Florence, atta- 
chés à la monarchie française par d'étroits liens d'ancienne \ 
amitié. I 

Après avoir adopté le duc d'Anjou, la reine Jeanne était I 
revenue à Naples, voulant jusqu'au bout disputer son royaume [ 
à Charles de Durazzo. Elle comptait, pour diriger la résis- 
tance, sur son quatrième mari, un prince allemand, Olhon 
de Brunswick. Autour d'Othon se groupèrent quelques auxi- 
liaires dévoués, tels que Robert d'Artois, fils du comte d'Eu, 
et le marquis de Monferrat. Bernardon de La Salle était trop 
attaché à Clément VII pour ne pas être tout acquis, à l'avance, 
au parti de la reine. Il vint donc également se placer au 



érigé en duché. En ligne masculine, ii faut remonter jusqu'au père de saint 
Louis pour retrouver un ascendant commun de la première et de la seconde 
Maisons d'Anjou. Mais on doit remarquer, d'autre part, que la prétendue loi 
salique n'existait pas dans le royaume de Naples et que les femmes succédaient 
parfaitement. C'est ainsi que la reine Jeanne était montée sur le trône après la 
mort de son grand-père, le roi Robert. 

Voir : Paul Durrieu.Lapmtf d'Àrexzopar Enguerrand Vil, sire de Coucy , p.3. 

(1) Voir ce qui a déjà été dit plus haut, p. 46, au sujet des fréquentes 
démarches faites, au nom du roi de France, auprès de la République floren- 
tine, en faveur de Clément VII et de la Maison d'Anjou. 



Digitized by 



Google 



BERNARDON DE LA SALLE. 137 

premier rang parmi les défenseurs de la reine Jeanne (1). 

Cette fois encore, Taventurier gascon vit succomber la cause 
qu'il servait de son épée. Charles de Durazzo entra dans 
Naples le 16 juillet 1381. La reine Jeanne, réfugiée dans le 
Château-Neuf, fut étroitement bloquée pendant qu'Othon de 
Brunswick, qui tenait encore la campagne, faisait de suprêmes 
efforts pour tenter de reprendre la ville. Un dernier combat, 
livré le 25 août 1381, décida du sort du royaume. Othon de 
Brunswick fut vaincu et fait prisonnier. Les autres capitaines 
du parti cherchèrent un asile dans le Château-Saint-EIme. 
Mais dès le lendemain 26 août, ils durent capituler. Ils obtin- 
rent, il est vrai, de conserver leur liberté; mais à la condi- 
tion formelle de s'engager, pendant un an, à ne plus porter 
les armes contre Charles de Durazzo (2). La reine Jeanne 
n'eut plus d'autre ressource que de se rendre au vainqueur. 
Mieux eût valu, pour elle, chercher à fuir à tout prix. Charles 
de Durazzo voulut la contraindre a annuler, en sa faveur, 
l'adoption du duc d'Anjou. Comme elle s'y refusait, il la fit 
impitoyablement mettre à mort, sous prétexte de venger la 
mort d'André de Hongrie, premier mari de la reine, qui avait 
été assassiné en 1345 (3). 

Bemardon de La Salle échappa-t-il au désastre? ou, ce qui 
est infiniment plus probable, fut-il au nombre des capitaines 
qui traitèrent pour la reddition du Château-Saint-Elme? Il est 
certain qu'il ne demeura pas prisonnier comme Othon de 
Brunswick; et, dan^ tous les cas, s'il dut, pour conserver sa 



(1) Giornali Napoletani, dans Maratori, xxi, col. 1043; Summonte, Historia 
délia citthe regno di Napoli, 2® édition, ii, p. 463. — Voir aussi Froissart, 
éd. Buehon, liv. ii, chapitre l. 

(2) BoDincontri,i4nnaie«, dans Muratori, XXI, col. 41; Giornali Napoletani^ 
môme volume, col. 1043; Sammonte, fin du livre m; Giannone, Historia civile 
del regno di Napoli, Wh^vnii, cap. v; etc., etc. 

(3) Rien de moins certain, cependant, que la participation de la reine Jeanne 
à l'assassinat d'André de Hongrie. Elle n'est guère mieux prouvée, pour citer un 
exemple célèbre qui présente une grande analogie, que la prétendue complicité 
de Marie Stuart dans le meurtre de son second mari, Darnley. 



Digitized by 



Google 



138 LES GASCONS EN ITALIE. 

liberté, promettre, comme ses compagnons d'armes, de m 
plus combattre Charles de Durazzo pendant une année entière, 
ce délai d'un an se trouvait expiré, lorsqu'au mois de sep- 
tembre 1382, Louis d'Anjou pénétra à son tour dans le 
royaume deNaples. 

A la mort de la reine Jeanne, le duc d'Anjou avait pris de 
son côté, comme Charles de Durazzo du sien, le titre de roi 
de Sicile, sous le nom de Louis I". Vivement poussé par 
Clément VII, il avait organisé une expédition, grâce au con- 
cours de la France; et il venait dans le midi de l'Italie, avec 
le double but de venger le meurtre de sa mère adoptive et 
de conquérir l'héritage qu'elle lui avait laissé. Dès que Louis 
d'Anjou se fut un peu avancé dans le royaume de Naples, tout 
ce qui restait des anciens défenseurs de la reine Jeanne vint se 
rallier autour de lui. L'un des premiers à accourir fut natu- 
rellement Bernardon de La Salle (1). Par un des contrastes si 
fréquents dans les. guerres du xiv' siècle, pendant qu'il allait 
rejoindre l'armée de Louis d'Anjou, il y avait également, parmi 
les capitaines de Charles de Durazzo, un gascon, un chef de 
compagnie, peut-être un des anciens compagnons d'armes de 
Bernardon : Bertrand d'Orthez (2). 

Une sorte de fatalité semblait poursuivre les alliés du pape 
d'Avignon. La campagne entamée par Louis d'Anjou débuta 
assez heureusement; il pressa vivement son adversaire et lui 
enleva quelques places importantes. Il est même impossible 
de dire que le prince français ait jamais éprouvé le moindre 
échec sérieux. Mais Charles de Durazzo sut organiser la plus 
habile résistance et faire surgir de toutes parts des obstacles 
qui entravaient la marche de l'ennemi. Puis, quand il se vit 



(1) Bonincontri, Annales, Muralori, xxi, col. 42. 

(2) <f Bertherandus de Orthes in Gasconia » reçut, de Charles de Durazzo, 
en récompense de ses services, pour lui et pour ses héritiers, une rente annuelle 
de cent ducats d'or à percevoir sur les revenus de la gahelle de Nice; et cette 
donation fut confirmée, le 18 juillet 1393, par Ladislas de Durazzo. — Archives 
de Naples, Registre Angevin n^» 363, f^ 131 v». 



Digitized by 



Google 



BERNARDON DE LA SALLE. 13Ô 

serré de trop près, il arrêta Louis d'Anjou, en lui proposant 
de vider leur querelle par un combat singulier en champ clos. 
Le chevaleresque Louis d'Anjou accepta de bonne foi, et 
s'occupa de faire régler les conditions du duel. Bien entendu, 
cette proposition n'était qu'une feinte, qui permit à Charles 
de Durazzo de gagner plusieurs mois, en amusant son rival 
par de vains simulacres de préparatifs. Chose curieuse, 
l'emploi de ce stratagème avait été conseillé à Charles de 
Durazzo par son prisonnier, par Othon de Brunswick en per- 
sonne. Cependant, tandis que les délais s'ajoutaient aux 
délais^ les approvisionnements s'étaient épuisés, et, les 
vivres manquant, les troupes venues avec le flls adoptif 
de la reine Jeanne se trouvaient dans la plus affreuse 
détresse. En outre, le climat de l'Italie méridionale, tou- 
jours si fatal aux armées françaises, exerçait sa funeste 
influence. Les effectifs diminuaient rapidement de jour 
en jour. Une épouvantable épidémie survint, qui acheva 
de décimer les rangs, en enlevant un grand nombre de 
chevaliers et notamment le comte Amédée VI de Savoie, le 
principal chef de l'expédition, après le roi Louis. Jusqu'au 
bout, Louis d'Anjou fut véritablement admirable de courage 
et de résignation. Mais enfin, déjà affaibli par les privations 
et frappé au cœur par tant de désastres, il finit par succom- 
ber lui-même, à Bari, le 20 septembre 1384, emporté presque 
soudainement par un refroidissement (1). 

Le trépas du prétendant français entraîna aussitôt la dis- 
persion de ses partisans. Tous ceux qui étaient originaires du 
royaume de Naples même se groupèrent désormais autour de 
deux grands seigneurs napolitains, Ugo de Sanseverino et 
Ramondello Orsini, flls du comte de Nola. Quant aux Français, 
ils ne cherchèrent plus qu'à regagner leur patrie au prix de 

. (1) Religieux de Saint-Denys, i. pp. 330-338; Summonte, Collenuccio, et 
le» autres historiens napolitains déjà cités. — Voir aussi : Laprise d*Arexxo 
par Knguerrand VU Sire de Coucy. 



Digitized by 



Google 



140 LES GASCONS EN ITALIE. 

peines et de souffrances sans nombre. Bernardon de La Salle 
prit également le chemin de la France, mais en exécutant son 
voyage dans des conditions infiniment plus douces. Son 
ancien métier de chef de bande, en le familiarisant avec les 
situations presque désespérées, devait certainement lui avoir 
rendu moins pénibles à supporter les terribles épreuves par 
lesquelles les compagnons du roi Louis venaient de passer. 
De plus il eut l'avantage de faire route avec Othon de Bruns- 
wick, que Charles de Durazzo venait de remettre en liberté, 
comme récompense de son bon conseil. Singulier personnage 
vraiment que ce quatrième mari de Tinforlunée reine Jeanne! 
Fait prisonnier par Charles de Durazzo, il avait donné à son 
vainqueur un avis qui avait entraîné la perte de Louis d'An- 
jou; délivré par Charles de Durazzo reconnaissant, il se hâtait 
de regagner la France pour aller offrir ses services à la veuve 
et aux enfants de Louis d'Anjou, et contre ce même prince 
qui lui ouvrait à l'instant les portes de sa prison. Bernardon 
de La Salle et Othon de Brunswick passèrent par Sienne, où 
les chefs du gouvernement leur offrirent une somptueuse 
hospitalité, du 19 au 21 janvier 1385 (1). Quelques jours 
plus tard le capitaine gascon arrivait à Avignon, auprès du 
pape Clément VII (2). 

L'attitude que Bernardon de La Salle avait prise au moment 
de la déclaration du Grand Schisme et dans les guerres qui 
précédèrent ou suivirent la mort de la reine Jeanne, jointe à 
l'influence que lui donnait la présence de ses routiers au centre 
de la Péninsule, lui avaient acquis une situation tout à fait 
exceptionnelle. Dès lors, à la cour d'Avignon, aussi bien que 
dans les conseils de la Maison d'Anjou, il fut considéré comme 
l'un des plus fermes appuis de ce que l'on peut justement 
appeler le parti français eu Italie. En Italie même, sa réputa- 



(1^ Cronica Sanese, Muratori, xv, col. 291. 

0) Bernardon de La SaUe dut arriver à Avignon au moins quelques jours 
avant le 20 avril 1385. 



Digitized by 



Google 



BERNARDON DE LA SALLE. 141 

tioQ n'était plus à faire comme habile homme de guerre, 
comme gran condottiere di gente d'armi (1). Nous en avons 
pour preuve un fait bien significatif. Le vieux Bernabo Vis- 
conti qui recherchait de si belles alliances pour ses filles 
légitimes (2), n'oubliait pas non plus ses filles naturelles. 
Pour les premières il avait voulu des princes; pour les secon- 
des, il choisit parmi les premiers capitaines de l'époque. 
A Donnina, l'une d'elles, il avait donné comme époux 
Jean d'Hawkwood, l'illustre général dont le portrait équestre 
se dresse encore aujourd'hui sur les parois du Dôme de Flo- 
rence, en témoignage de reconnaissance et d'admiration. 
Lorsqu'il s'agit de marier Ricciarda, la sœur de Donnina, nui 
ne lui parut plus digne d'obtenir la main de la jeune fille que 
Bernardon de La Salle (3). 

La naissance de Ricciarda était irrégulière, il est vrai; mais 
d'après les mœurs du pays, cette circonstance constituait 
une infériorité beaucoup moins grande en Italie que par- 
tout ailleurs. Du reste, au moment du mariage de Donnina 
avec Jean d'Hav^kv^ood, la propre femme légitime de Ber- 
nabo, Regina de La Scala, prit part à la cérémonie, avec 
toutes ses filles. Elle combla même Donnina de cadeaux 
princiers. Les fêtes furent somptueuses; et si l'on ne se 
livra pas au plaisir de la danse, ce fut à cause de la 
mort encore récente d'une fille de Bernabo, Taddée Visconti, 
femme d'Etienne de Bavière et mère de la future reine de 
France Isabeau de Bavière (4). Ricciarda fut-elle plus heu- 
reuse que sa sœur en épousant Bernardon de La Salle, 
et lui fut-il permis de danser à ses noces? En tout cas. 



(1) C'est ainsi que l'appelle un auteur contemporain , Andréa Gattaro, dans 
son Istoria Padovana, Muratori, xvii, col. 500. 

(2) Voir plus haut, p. 39. 

(3) Corio, Historia di Milano, m parte (f« 259 ¥<> de l'édition dt 1554); 
Andréa Gattaro, htoria Padovana^ 1. c. 

(4) Ycir les curieux détails renfermés dans un document publié par L. 
Osio, Doçumenti tratti dagli Archivj Milanesi^ i, p. 191. 



Digitized by 



Google 



142 LES GASCONS EN ITALIE. 

par ce mariage^ l'ancien chef de routiers^ devenu le gendre 
de Bernabo, se trouva, en somme, allié aux familles sou- 
veraines, propre beau-frère des ducs d'Autriche et de 
Bavière, du roi de Chypre et de JeanGaléas Visconti, le 
futur duc de Milan. 

Louis d'Anjou laissait deux fils, Talné appelé Louis comme 
son père et le second Charles, sous la tutelle de sa veuve, la 
reine Marie de Bretagne. Marie était la fille d'un saint, Char- 
les de Blois, et de l'héroïne presque légendaire des guerres 
de Bretagne, l'intrépide Jeanne de Penlhièvre. Je ne sais pas 
de plus magnifique éloge à faire de la reine Marie que de la 
proclamer, à juste titre, digne d'un tel père et d'une telle 
mère. Il nous est resté, pour la période qui s'étend de 1381 
à 1387, un document du plus haut prix. C'est le journal de 
Jean Lefèvre, évêque de Chartres, qui fut successivement 
chancelier de Louis P' et de Louis II d'Anjou (1). Dans ce 
journal, aucun artifice de composition, rien qui sente le ré- 
dacteur de chroniques ou de mémoires, ni à plus forte raison 
l'apologiste. L'évêque de Chartres se contente de noter briè- 
vement, en quelques phrases très sèches, ce qu'il a fait chaque 
jour, soit en compagnie de la reine, soit par ses ordres. Ja- 
mais de réflexion personnelle, jamais la moindre remarque 

(1) Jean Lefèvre, évèque de Chartres en 1380, fut investi de la i^harge de 
chancelier par Louis P' d'Anjou, le 7 février 1381. Il mourut le 11 janvier 1390. 

Le manuscrit autographe de son Journal est conservé à la Bibliothèque natio- 
nale. Ms. français 5015. C'est un manuscrit, sur papier, de deux cent dix -neuf 
feuillets numérotés ii à ccxviii, le chiffre xxx étant répété, plus un feuillet dont 
le numéro a disparu. Les feuillets ont 27 centimètres de haut sur 21 de large. 
En laissant de côté les notes exclusivement relatives au fonctionnement de la 
Chancellerie et quelques pièces transcrites in extenso ^ tout le Journal propre- 
ment dit est en français et, à partir du feuillet 30, de la main même de Tévèque 
de Chartres. Ce précieux volume est en grande partie inédit. Cependant Le 
Laboureur en a publié d'assez longs fragments dans son Histoire de Charles VI, 
pp. 57-70; et Baluze s'en est servi pour les notes des Vitœ Paparum Avenio- 
nensium. Mais tous les passages reproduits par Le Laboureur sont relatifs à 
Louis P*" d'Anjou et ne dépassent pas le f^ 44 du manuscrit original. Quant à 
Baluze, il se contente d'invoquer l'autorité du Journal de Jean Lefèvre, en en 
donnant seulement quelques extraits, traduits en latin, et souvent abrégés ou 
tnême analysés. 



Digitized by 



Google . 



BERNARDON DE LA SALLE. 143 

sur rimportance de tels ou tels événements. Et cependant il 
est impossible de parcourir ces pages, qui dépeignent avec 
tant de simplicité la vie de la reine Marie, sans se trouver 
entraîné à rendre un éclatant témoignage à la veuve de Louis 
d'Anjou. Marie de Bretagne, en effet, nous apparaît comme 
un de ces nobles types de femmes, à la fois mères admirables 
et véritablement souveraines par le cœur comme par la nais- 
sance, chez qui le dévouement maternel n'est égalé que par 
le courage et la dignité. Par la mort de Louis d'Anjou, son fils 
aîné, Louis II, se trouvait investi de tous les droits ayant 
appartenu à son père. Louis d'Anjou avait, à l'avance, dévolu 
à la reine la tutelle de ses enfants. Au moment de quitter la 
France pour aller tenter la conquête du royaume de Naples, 
il lui avait fait jurer de continuer son oeuvre s'il lui arrivait 
de succomber à la tâche. La reine Marie le déclare elle-même : 

a Quant Monseigneur partit pour faire son voyage je lui 

promis et jurai, sur les Saints-Evangiles, que s'il plaisait à 
Dieu le prendre avant moi, je prendrais le bail, garde et 
gouvernement de nos enfants et de leurs terres, et la charge 
d'accomplir son testament à mon pouvoir; lesquelles promesse 
et serment je n'oserais sans charger ma conscience, ni ne 
voudrais en aucune manière enfreindre (1).» De fait, rarement 
serment fut mieux tenu. Désormais toutes les actions de la 
reine Marie, ou pour mieux dire son existence tout entière, 
n'eurent plus qu'un seul but : assurer à son fils la couronne 
léguée par la reine Jeanne à la seconde Maison d'Anjou. 

Quant à' ce fils, objet d'une telle sollicitude, au jeune 
Louis II, ce n'était encore qu'un enfant. Né le 5 octobre 1377, 

(1) a Quant Monseigneur se parti pour faire son voiage, comme dessus est 
dit, il voulsist que je lui promeisse et par son commandement lui promis et 
juray, sur les Saints-Evangiles, que se il plaisoit à Dieu le prendre avant moy, 

je prendroie le bail, garde et gouvernement de noz enfans et de 

leurs terres et la charge de acomplir son testament à mon povoir; lesquelles 
promesse et serment je ne oseroie sauve ma conscience, ne vouldroie en aucune 
manière enffraindre. s— Journal de Jean Lefèvre, Bib. nationale, Ms. français 
5015, f> 36. 



Digitized by 



Google 



144 LES GASC0T4S EN ITALIE. 

il n'avait donc pas encore tout à fait sept ans à la mort de son 
père. Mais déjà, avec une gravité bien au-dessus de son âge, 
il commençait à s'acquitter de son rôle de roi. Je ne puis 
résister au plaisir de citer, à ce sujet, un délicieux épisode 
raconté paf Tévêque de Chartres : « Ce jour [mardi 26 sep- 
tembre 1385] le pape parti de Castelnof (1). Le roy li fu au 
devant ainssi comme à mi-chemin. El vindrent à l'entrée du 
pont de Sorgue (2) et le roy descendi à pié pour mener le 
pape par le frain. Et, pour ce qu'il estoit trop petit, le sire 
de Vinay (3) porta le roy entre ses bras; et le roy tenoit la 
main au frain de la mule du pape. Ainssi vindrent jusques 
au chastel (4). » N'est-ce pas le plus charmant tableau? Ne 
croirait-on pas voir, en lisant ces quelques lignes, le petit 
roi ainsi respectueusement porté par un de ses fidèles défen- 
seurs, afin que sa main d'enfant puisse saisir à la bride la 
monture du Souverain-Pontife, que le monarque de sept ans 
doit conduire lui-même, en sa qualité de chef d'un royaume 
vassal de l'Eglise? 

Bien lourde était la tâche qu'allait assumer la reine Marie. 
Tout semblait l'accabler à la fois. Pendant ce même mois de 
septembre 1384, elle perdait, à quelques jours de distance, 
et son mari et sa mère, Jeanne de Penthièvre. Mais le courage 
de la reine grandissait avec les épreuves. Elle ne se laissait pas 
abattre, comme ce bon seigneur de Chasteaufromont (5), un 
des plus vieux amis de Louis d'Anjou, qui, étant venu la voir 
le jour même où il avait appris qu'elle était veuve, ploura 
comme une commère, très nkement (6), sans dire mot de 



(1) Château-Neuf-du-Pape, Vaucluse, arrondissement et canton d'Orange. 
(â) Sorgues, Vaucluse, arrondissement d'Avignon, canton de Bédar- 
rides. 

(3) François de Chassenage, seigneur de Vinay, qui fut plus tard gouver- 
neur d'Asti. 

(4) Journal de Jean Lefèvre, f« 85. 

(5) Pierre d'Avoir, seigneur de Chasteaufromont, était le favori de Louis !•' 
d'Anjou. 

(6) Très niaisement. 



Digitized by 



Google 



bERNARDON DE LA SALLE. 145 

réconfort (1). Bien au contraire, Marie se mit aussitôt réso- 
lument à l'œuvre. La malheureuse issue de l'expédition de 
Louis d'Anjou la laissait presque dénuée de ressources. Il 
fallait tout réorganiser, rallier autour d'elle ses partisans, ou 
se mettre en rapport avec ceux qui étaient restés en Italie; 
enfin gagner les régents du royaume de France, ses deux 
beaux-frères, les ducs de Berry et de Bourgogne. Ceux-ci 
avaient jadis fourni un subside considérable au roi Louis !•'; 
plus tard ils lui avaient envoyé Enguerrand de Coucy avec 
des renforts (2). Ils estimaient donc qu'ils s'étaient suffisam- 
ment acquittés envers la Maison d'Anjou et se montraient 
assez froids à l'égard du jeune Louis II, dont ils hésitaient 
presque à reconnaître formellement les droits. Toutefois la 
veuve et les enfants de Louis d'Anjou ne manquaient pas 
d'alliés restés fidèles à leur cause. Tel était Bernabo Visconti, 
qui espérait marier sa fille Lucie à l'héritier du trône de 
Naples. Tel était surtout le pape Clément VII d'Avignon. Ce 
dernier se montrait toujours disposé à faire cause commune 
avec la Maison d'Anjou. La reine Marie comprit les avantages 
d'une alliance intime avec le Pontife. Pour pouvoir mieux 
agir de concert avec lui, elle se décida à quitter ses résidences 
habituelles de l'Anjou et du Maine et à aller s'étabUr dans le 
Comtat-Venaissin, aux portes d'Avignon. D'ailleurs un séjour 
dans la vallée du Rhône devait lui permettre d'agir person- 
nellement, et sans perdre de temps, en faveur de son fils. 

En effet, ce n'était pas seulement le royaume de Naples que 
la reine Jeanne avait légué à Louis d'Anjou. C'était encore la 
Provence, restée toujours l'apanage des descendants du roi 
Charles I" d'Anjou. A la mort de sa mère adoptive, Louis P' 
avait d'abord songé à mettre la main sur cette province; mais 
les instances de Clément VII l'avaient déterminé à suivre une 



(2) Journal de Jean Lefèvre, î^ 34. 

(3) Voir : Paul Darriea, La Prise d'Àrezxo par Enguerrand VU, sire de 
Coucy, 

U 



Digitized by 



Google 



146 LES GASCONS EN ITALIE. 

autre marche. Il avait cru mieux (aire eu passant eu Italie, 
pour attaquer son ennemi dans le cœur même des états 
disputés. La reine Marie fut plus heureusement inspirée. 
Avant d'organiser une nouvelle expédition contre Naples, elle 
voulut tenter la conquête de la Provence. Balthasar Spinola 
gouvernait le pays au nom de Charles de Durazzo, avec le 
titre de sénéchal de Beaucaire. Mais les sympathies étaient 
déjà grandes pour la Maison d'Anjou. Une fois installée dans 
le Comtat-Venaissin, la reine Marie allait achever de gagner 
les cœurs, en encourageant ses alliés de sa parole, en recevant 
en personne les seigneurs et les délégués des municipalités et 
même en n'hésitant pas à s'aventurer, au besoin, jusque 
dans les contrées encore soumises à la Maison de Durazzo (1). 
Partie de Bicêtre, près Paris (2), le 22 mars 1385 (3), la 
veuve de Louis d'Anjou arriva le 20 avril suivant à Ville- 
neuve, en face d'Avignon. Au devant d'elle vinrent deux 
capitaines envoyés par le pape. L'un était Bernardon de 
La Salle, arrivé récemment de Sienne; l'autre un chef de 
compagnie, allemand d'origine (4), Pierre de La Cou- 
ronne (S), qui, comme Bernardon de La Salle, avait été, en 



(1) À ces voyages de la reine dans les cantons encore rebeUes, se raltache 
cel épisode raconté avec une si naïve crudité de langage par Jean Lefèvre : 
« Jeudi VII® jour [de septepabre 1385) Madame disna aux Cordeliers dehors 
Salon (Bouches-du-Rhône, arrondissement d'Aix).... Après disner, quant nous 
passâmes devant Alemanon (Lamanon, Bouches-du-Rhône, arrondissement 
d'Arles, canton d'Eyguières), un delà garnison, estant sur les roches, nous 
monstroit son c, et faisoit mine de nous geter des pierres à nous, et ycelle 
forteresse se tient pour le sénéchal de Beaucaire. Et ce despleust for[te]meDt 
aux gens de Madame. » — Journal de Jean Lefèvre, P 82 vV 

(2) Bicêtre était la résidence du duc de Berry. 

(3) Journal de Jean Lefèvre^ î° 52. 

(4) Theodoricus de Niem, De origine causisque Schismatis, lib. I, cap. xxvii. 

(5) C'est à tort que Litta {Famiglie célèbre Italiane, Colonna di Homa, 
tav. v) a fait de ce chef de bandes un membre de l'illustre famille des Colonna, 
en le rattachant à la branche des seigneurs de Palestrina. Cette erreur remonte 
à Baluze qui dans les notes des VUœ Paparum Avenionensium (I, col. 1254), 
a traduit inexactement par : Petrus de Columna, le Pierre de La Couronne da 
Journal de Jean Lefèvre. Le véritable nom du capitaine sous sa forme 
allemande, devait être quelque chose comme : Peter Kranz, ou Peter von Krone. 



Digitized by 



Google 



BERNARDON DE LA SALLE. 147 

Italie, un des auxiliaires de Louis I" d'Anjou dans sa funeste 
tentative sur le royaume de Naples (1). 

La soumission de la Provence au jeune Louis II, telle était 
la grande préoccupation du parti Angevin. Dès le 24 avril, 
une sorte de grand conseil de guerre fut tenu, en présence 
du pape et de la reine. Parmi les assistants, on remarqua 
Bernardon de La Salle (2). L'aventurier gascon, ainsi que 
Pierre de La Couronne, allait être appelé à jouer un rôle 
important dans la réalisation de ces projets de conquête. Tous 
deux, en effet, au milieu des partisans de la Maison d'Anjou, 
représentaient l'élément purement militaire; ils apportaient 
Tappui de leur expérience, et pouvaient mettre en ligne, à 
côté des troupes plus ou moins solides fournies par les 
seigneurs qui entouraient la reine, leurs compagnies de gens 
d'armes, depuis longtemps rompus au métier de la guerre. 
Aussi de quels égards furent-ils entourés! A la cour du pape, 
ils occupaient, ou peu s'en faut, la première place réservée 
aux laïques. C'étaient eux, on l'a vu à l'instant, qui avaient 
été recevoir la reine Marie, lors de son arrivée à Villeneuve. 
Un peu plus tard, des fonctions d'honneur leur furent encore 
attribuées dans une circonstance solennelle. Pour tous ses 
partisans, le fils aîné de Marie d'Anjou était depuis longtemps : 
LE ROI Louis IL Dès le 31 décembre 1384, l'un des plus 
puissants parmi les grands seigneurs napolitains dévoués à la 
Maison d'Anjou, Ugo de Sanseverino, comte de Potenza, était 
venu, à Angers, proclamer l'avènement du jeune prince au 
royaume de Sicile (3). Mais comme la couronne de Sicile 
était un fîef dépendant du Saint-Siège, il fallait encore que le 
nouveau souverain prélat hommage au pape et reçut de lui 
l'investiture, sous la forme symbolique de la tradition d'une 

(1) Bonincontri, Annales, dans Miiratori, xxi, col. 42; Giornali Napoletani, 
même yolume, col 1046. A. di Constanzo, Historia del regno di Napoli^ Aquila, 
1582, f«, lib. VIII, pp. 207-209; 

(2) Journal de Jean Lefèvre, f« 55 v^. 

(3) Journal de Jean Lefèvre, P 44. 



Digitized by 



Google 



148 LES GASCONS EN ITALIE. 

bannière aux armes du royaume. En même temps, pour attes- 
ter l'étroite alliance qui existait entre eux, le Saint-Père devait 
remettre à Louis II le gonfalon de la Sainte-Eglise-Romaine. 
La cérémonie eut lieu le jour de la Pentecôte, 21 mai 1385, 
à rissue de la messe du pape; et jusqu'au moment fixé pour 
la remise des deux bannières emblématiques, ces bannières 
furent portées. Tune, celle de l'Eglise, par Bernardon de 
La Salle, l'autre, celle du royaume de Sicile, par Pierre de 
La Couronne (1). Ainsi, tandis que le petit roi, accompagné 
de sa mère, s'inclinait devant le pontife, debout, à côté de 
l'autel, comme prêt à défendre de sa vaillante épée, cette 
femme, ce prêtre et cet enfant, se tenait Bernardon de La Salle, 
ayant dans ses mains le drapeau, insigne du pouvoir conféré 
par le Saint-Siège. Spectacle vraiment remarquable et bien 
caractéristique ! Lorsque Bernardon quittait l'Agenais pour se 
mettre à courir les aventures, lorsque, au début de sa carriè- 
re, il escaladait les murailles des places-fortes en grimpant 
comme un chat, aurait-il jamais pu rêver que quelques 
vingt-cinq ans plus tard il serait appelé à figurer au milieu 
des pompes de la cour pontificale, entre l'héritier du trône de 
Naples, cousin-germain du roi de France, et celui qui restait 
toujours le vrai pape aux yeux d'une partie de la Chrétienté? 
Hélas I dans le chevalier honoré de marques d'estime si parti- 
culières, dans le capitaine, espoir du pape d^Avignon et de la 
Maison d'Aiijou, survivait toujours l'ancien chef de routiers. 
Deux ans se seront à peine écoulés que Bernardon de La Salle, 
revenu en Italie à la tête de ses vieilles bandes, inaugurera 
une nouvelle série d'expéditions qui ne rappelleront que trop 
fidèlement les exploits de sa vie passée. 



(1) a Dimanche, jour de la Penthecoste, Madame [la reine] et le roy furent à 
la messe du pape. Après la messe, le roy, autorisé de sa mère, fist hommage 
et les seremens de Tinfeudacion. Et li fist le pape investiture par la tradition de 
labaniere de TEsglise que tenoit messire Bernard de La Sale, et de la baniere 
de Secile que tenoit messire Pierre de La Couronne. » — Journal de Jean 
Ie/èt?re, f68vû. 



Digitized by 



Google 



BERNARDON DE LA SALLE. 149 

Du reste, si le Gascon était dévoué à Clément Vil et à 
Louis II d'Anjou, s'il ne demandait qu'à seconder les efforts 
de la reine Marie, c'était cependant à beaux deniers comp- 
tants qu'il leur offrait le concours de ses troupes. On ne fait 
pas la guerre sans argent. Le lecteur a déjà vu, à propos de 
l'expédition de Jean III d'Armagnac, quelles hautes payes se 
faisaient donner les gens d'armes. En Italie, ils n'étaient pas 
moins exigeants qu'en France. Les bandes amenées, en 1376, 
par le cardinal de Genève contre les cités rebelles au Saint- 
Siège, avaient reçu, par lance garnie, dix-huit florins de 
gages mensuels (1). Bernardon de La Salle et Pierre de La 
Couronne étaient tout prêts à se lier, pour un temps plus 
ou moins long, par un traité absolument analogue à celui qui 
intervint, en 1390, entre la République florentine et le comte 
Jean III d'Armagnac. Mais la clause essentielle, le principe 
même de ce traité, était l'engagement à contracter par le 
pape et par la reine de leur payer, avant le 1" novembre 
suivant, quarante mille florins (2), sans compter les gages à 
courir ultérieurement. Or, l'argent manquait presque com- 
plètement, aussi bien à Clément VII qu'à la reine Marie. 
Dès qu'un nouveau besoin de fonds se manifestait, on 
voyait se reproduire cette scène, décrite en quelques mots 
par l'évêque de Chartres : « Ce jour fûmes au conseil, très- 
angoisseux, sur faulte de finance (3). » La reine pouvait 
bien encore se procurer ce qu'il lui fallait pour octroyer en 
don, le 5 mai 138S, six cents francs à Bernardon de La 
Salle et autant à Pierre de La Couronne (4). Mais il n'en était 
plus de même lorsqu'il s'agissait d'un total aussi considé- 
rable que celui qui était inscrit dans le traité. On ne s'imagine 
pas combien l'obligation de réunir une pareille somme causa 



(1) Bibl. Nationale, Ms. latin 4190, ^ 27. 

(2) Journal de Jean Lefèvre, f» 59. 

(3) Journal de Jean Lefèvre, f^ 15, 153 v», 166 r>, etc. 

(4) Journal de Jean Lefèvre, f» 56 y«. 



Digitized by 



Google 



150 LES GASCONS EN ITALIE. 

de soucis au Souverain Pontife et à l'entourage de la reine 
Marie. Dès le 16 mai, la question était débattue en présence 
du pape (1). La discussion fut reprise le surlendemain, 
18 mai, et unit par devenir assez orageuse, ainsi qu'il arrive 
souvent en pareil cas. Le comte de Potenza, Ugo de Sanseverino, 
se eschauffa tant mal gracieusement et parla si hault, queU 
contraignit Madame [la reine Marie] à dire paroles cuisam, 
desquelles il fu comme foursenné (2). Comme expédient, 
le pape proposa de prendre la dette à sa charge. Il fît, le jour 
même, rédiger une déclaration portant que la Chambre pon- 
tificale se reconnaissait débitrice des quarante mille florins 
envers Bernardon de La Salle et ses compagnons (3). Mais 
cette reconnaissance de la dette n'avançait guère la solution 
du problème. Cependant, quoiqu'une nouvelle conférence du 
22 mai n'eût encore amené aucun résultat (4), on se décida 
à conclure le traité avec Bernardon de La Salle et Pierre de 
La Couronne. Le 16 juin, en présence des conseillers de la 
reine, ce traité fut lu devant Clément VII et les principaux 
dignitaires de sa cour, qui le confirmèrent solennellement 
par serment (5). Restait toujours à se procurer les fonds. Et 
même, ce n'était plus seulement les quarante mille florins 
auxquels on devait songer; il fallait encore, pour plus de 



(1) « Mardi xvi jour [de may] après disner, devers le pape, fusmes en 

grande perplexité comment le pape et Madame [la reine] pourroient faire seur 
messire P. de La Couronne et messire Bernard de La Sale de xl" fr. » — 
Journal de Jean Lefèvre, f° 57 v«. 

(2) Journal de Jean Lefèvre, f« 58. 
^3) Pièces justificatives, n^ XIX. 

(4) « Lundi xxii jour [de may] Ce jour Madame fu devers le pape à 

conseil sur ce que elle avoit à faire pour le royaume, et en especial a trouver 
manière de asseurer messire P. de La Couronne et messire B de La Sale de 
avoir, dedens la Toussains, xl" fr. » — Journal de Jean Lefèvre, f»» 59. 

(.5) « Vendredi xvi jour [de juing] Ce jour, au matin, le conseil de 

Madame fu devers Nostre Saint-Pere; et furent leuz les chapitres du traité fail 
avec messire P. de La Couronne et messire Bernard de La Sale; et par le pape 
furent jurés, et par le chamberlen du pape et par les cardinaulx d'Embrun et 
de Cusense, et par Tevesque de Rodés, et messire le Dispot, et moy, et maistre 
J. LeBegut. » — Journal de Jean Lefèvre, f* 63 v^. 



Digitized by 



Google 



BERNARDON DE LA SALLE. 151 

prudence, se mellre en mesure de parer aux dépenses subsé- 
quentes, sans compter Timprévu; portée d'abord de quarante 
à cinquante mille florins, la somme jugée strictement indis- 
pensable finit par être évaluée à soixante mille florins. Après 
de nouveaux débats qui se prolongèrent jusqu'au 11 juillet, 
le résultat le plus clair que Ton put atteindre fut de fixer 
exactement la quote-part qui devait revenir, et au pape et à la 
Maison d'Anjou, dans la dépense commune. La reine Marie 
avait d'abord proposé de s'engager à payer vingt mille florins, 
en en laissant trente mille à la charge du Souverain- 
Pontife (1). Comme cette proposition soulevait des diffi- 
cultés, on s'en remit à l'arbitrage du duc de Berry, arrivé 
depuis quelque temps dans le Comtat-Venaissain. Il fut alors 
décidé, en fin de compte, que sur l'ensemble de soixante 
mille florins, la reine en fournirait vingt-quatre mille et le 
pape trente-six mille (2). En réalité, les sommes, tant de fois 
promises, ne devaient jamais être intégralement touchées. 
En effet, cinq ans plus tard, au mois de septembre 1390, 
Bernardon de La Salle en était encore à recevoir, sur les 
quarante mille florins mentionnés dans la déclaration du 
18 mai 1385, des à-comptes de cinq cents florins (3) ! 

Fort heureusement le capitaine gascon n'attendait pas la 
réalisation des paiements pour entrer en campagne. Son utile 
concours fut aussitôt mis à profit. Le 12 juillet 1385, la reine 



(1) a Dimenche, ix jour [de juillé] — Ce jour, présent le pape, je offris, de 
par Madame, bailler xx" florins et le pape en devoit fîner de xxx^, pour la 
délivrance de messire P. de La Couronne et messire B. de La Sale. Geste offre 
ne pleuct point au comtç de Potence. Et pour ce que, en replicant, je dis que 
il saoïbloit que il ne eust point de compassion de Madame, il se molesta fort 
contre moy. et s'en plaingt au duc de Berri, et dist que je confondoie Madame 
et les enfans par mes involucions; et dist de bien rudes paroles en la chambre 
dapape. » — Journal de Jean Lefèvre, f» 70 v®. 

(2) « Mardi [xi jour de juillé] fusmes après disner devers le pape. Et là, 
Monseigneur de Berri appointa que de ix"* florins qu'il faloit payer pour 
messire P. de La Couronne et messire Bernard de la Sale, le pape paiera 
xxxvi" et Madame xxiiii" . Ainssi fu accordé. » —Journal de Jean Lefèbre, f» 71. 

(3) Pièces juBti/iealiveStn^XlX, 



Digitized by 



Google 



152 LES GASCONS EN ITALIE. 

le chargea d'aller, avec le seigneur de Châteaurenard, rece- 
voir, au nom du roi Louis II, la soumission des habitants de 
Tarascon, en lui donnant en même temps pleins pouvoirs 
pour punir les rebelles qu'il trouverait dans cette ville (1). 

Mais tandis que la conquête de la Provence se poursuivait 
activement, une étrange nouvelle arrivait à Villeneuve et à 
Avignon, le 11 juillet, la veille même du jour où Bernardon 
était envoyé à Tarascon. On racontait que Vanlipape Berthe- 
lemi, c'est-à-dire le pape de Rome, Urbain VI, estait avec les 
gens de Sicile qui se tiennent pour le roy Loys (2). Le fait 
était exact. Il reste à l'expUquer. 

Le caractère d'Urbain VI n'avait pas tardé à rendre ses 
relations avec Charles, de Durazzo extrêmement difficiles, 
malgré la communauté d'intérêts qui les liait l'un à l'autre. 
Cependant, en dépit de quelques altercations passagères déjà 
très vives, tant que Louis P' d'Anjou avait été menaçant, le 
pape de Rome et le vainqueur de la reine Jeanne étaient res- 
tés, en somme, étroitement unis. Mais une fois le prétendant 
français mort à Bari, la mésintelligence éclata entre les deux 
alliés. Elle atteignit bientôt un tel degré d'intensité qu'au 
commencement de 1385, Charles de Durazzo envoya son 
grand-connétable, Albéric de Barbiano, assiéger Urbain Vï 
dans la ville de Nocera (3). Cette attaque eut naturellement 



(1) a Merqaedi xii jour [de jaillé]... scellée une lettre par laquelle Madame 
donne puissance à messire Bernard de La Sale et au sire de Chasteaure- 
gnard de reconcilier ceulz de Tarascon.... Item une par laquelle Madame donne 
poYoir à Messire Bernard et à l'autre de punir les malfaiteurs de Tarascon. » 
— Journal de Jean Lefèvre, P 71. 

(2) « Ce jour vindrentde Milan messire P. de Craon et le mareschal du pape 
[Louis de Montjoie], et de Oultremer vint messire Olivier de Mauni, et appor- 
tèrent nouvelles que l'antipape Berthelemi estoit avec les genz de Secile qui 
se tiennent pour le roy Loys, et en faisoit-on grande feste. » — Journal de 
Jean Lefèvre, f> 71. 

(3) Ville située entre Naples et Salerne, dans la province du Principat Cité- 
rieur. C'est bien à Nocera qu'Urbain VI fut assiégé, et non pas à Lucera, 
comme le disent à tort certains auteurs, notamment Raynaldi, Annales Eccle- 
siastici, 1385, S IV. 



Digitized by 



Google 



BERNARDON DE LA SALLE. 153 

pour résultat de rapprocher Urbain VI des barons napolitains 
qui avaient embrassé la cause de Louis d'Anjou et qui, par 
conséquent, étaient les ennemis de la Maison de Durazzo. 
Le fils du comte de Nola, Ramondello Orsini (1), étant par- 
venu à s'introduire dans Nocera, fut le premier à conseiller au 
pontife de s'entendre avec Thomas de Sanseverino, un des 
chefs du parti angevin. Celui-ci, en effet, avait rallié autour de 
lui une portion des débris de l'ancienne armée du roi Louis, 
notamment quelques-unes de ces bandes, venues de France, 
qui avaient jadis combattu sous les mêmes drapeaux que 
Bernardon de La Salle et qui étaient demeurées en Italie, tou- 
jours dévouées à la cause du pape d'Avignon et de la Maison 
d'Anjou. La position de ces routiers. Gascons ou Bretons pour 
la plupart, ne laissait pas que d'être assez piquante. Aban- 
bandonner Urbain Yl à la merci de Charles de Durazzo, c'était 
permettre au rival de Louis d'Anjou d'accroître singulière- 
ment sa puissance. D'un autre côté, devaient-ils prêter leur 
concours à celui qu'ils considéraient comme un intrus sur la 
Chaire de Saint-Pierre? Les sommes considérables qu'Ur- 
bain VI sut promettre ou donner à propos firent cesser toute 
hésitation. D'ailleurs le pontife romain, furieux contre Char- 
les, laissait à entendre qu'il allait reconnaître le jeune 
Louis II comme légitime roi de Naples. Peut-être même était-il 
sincère, quoiqu'il dût, plus tard, le danger passé, revenir à 
ses anciennes préférences et se réconcilier complètement, 
sinon avec Charles de Durazzo, du moins avec ses héritiers. 
Thomas de Sanseverino et les bandes de routiers s'avancèrent 
donc jusqu'aux portes de Nocera, pour protéger la fuite du 
pape. Grâce à eux, Urbain VI put sortir, le 7 juillet 1585, de la 
place où il était bloqué. Il ne lui restait plus qu'à gagner, 
sous leur escorte, le rivage de la mer Adriatique, où l'atten- 
daient des galères envoyées par les Génois. 

(1) Ce même personnage est aussi appelé parfois, d'ane manière inexacte, 
Raymond des Baux (del Balzo). 



Digitized by 



Google 



154 LES GASCONS EN ITALIE. 

Il faut rendre cette justice aux aventuriers et aux condot- 
tieri, opérant alors en Italie, qu'en général, lorsqu'ils avaient 
promis leur concours, ils restaient fidèles à leur parole, jus- 
qu'à l'expiration de leur engagement. Cette fois cependant, la 
singularité de la situation inspira à quelques-uns des chefs 
de compagnies, employés à la délivrance d'Urbain VI, la 
pensée de tirer parti des événements à leur propre profit. Le 
prétendant italien à la tiare se trouvait à peu près à leur 
discrétion. Pourquoi ne pas en profiter pour le faire prison- 
nier et l'amener à Avignon, afin de le livrer, ou plutôt 
de le vendre à son rival? Quelle influence pourrait avoir 
un pareil acte en faveur de l'extinction du grand schisme ! 
Ce fut surtout dans les rangs des aventuriers originaires 
de France, et par conséquent soumis à Tobédience de 
Clément VII, que l'idée d'une trahison, si peu hono- 
rable qu'elle fût, rencontra de nombreux adeptes. Ces 
sentiments furent encore partagés par un capitaine alle- 
mand, le comte Conrad. Ce dernier, paraît-il, laissa claire- 
ment entendre que, moyennant quelques vingt mille francs, 
il se chargerait d'enlever le ponlife et de le conduire en 
France (1). 

Bernardon de La Salle, malgré son séjour en Provence, 
n'avait cessé d'être en relation avec les bandes laissées par 
lui dans la Péninsule. D'un autre côté, mêlé comme il l'était 
aux affaires de l'Eglise, il suivait avec attention, depuis plu- 
sieurs mois déjà, le revirement qui s'opérait dans l'esprit 
d'Urbain VI, par suite des démêlés avec Charles de Durazzo. 
Le 2 janvier 1385, alors qu'il n'était pas encore revenu d'Ita- 
lie, on se communiquait déjà dans l'entourage de la reine 
Marie, à Angers, des lettres de lui, écrites probablement de 
Tarente, qui contenoient créance de Berthelemi, intrus à 
Romme, que tout le fait de son estât il mettait en Pordenance 

(1) Froissart, édit. Buchon, Uv. m, chap. xvii. 



Digitized by 



Google 



BERNARDON DE LA SALLE. 155 

du roy de France (1). Aussi, dès qu'il apprit ce qui se passait 
de Tautre côté des Alpes, notre Gascon jugea qu'il y avait 
peut-être là une occasion à n« pas laisser échapper; et, dans 
Tespoir de servir d'intermédiaire entre les routiers et la cour 
d'Avignon, il partit en toute hâte pour l'ItaUe (2). 

Par bonheur pour Urbain VI, l'argent, nous le savons, 
manquait complètement à son adversaire pour acheter les 
défections. Le pape de Rome, au contraire, après avoir habi- 



(1) a Le second joardadit mois [janvier 1385, n. s.], maistre Jehan Tribou 
qui, avec messire Leonnel de Coemes, avoit esté à Tarente, nie bailla 

lettres de messire Bernard de La Sale, et disoit messire Leonel que elles 
conlenoient créance de Berthelemi , intrus à Romme, que tout le fait de son 
estât il metioit en l'ordenance du roy de France. »— • Journal de Jean Lefèvre^ 
^ 45 v<>. 

Le blanc laissé entre les deux mots bailla et lettres, est dans le manuscrit 
original. 

(2) Froissart, éd. Buchon, Ut. m, chap. xxvii, p. 458. — Le récit de Frois- 
sart présente de grandes inexactitudes. Il dit, en effet. qu'Urbain VI fut « enclos 
en la cité de Pérouse » par « les souldoiers du pape Clément qui se tenoient 
en Avignon, » y compris le sire de Montjoie et Bernardon de La Salle lui-même. 
« Et fut là moult abstreint le dit pape et près sur le point d'être pris; et ne 
tint qu'a vingt mille francs, si comme je fus adonc informé, que un capitaine 
allemand, tenant grands routes, qui s'appeloit le comte Conrad, l'eut délivré 
es mains des gens du pape Clément, si les eut eus. Donc messire Bernard de 
La Salle en fut envoyé en Avignon, et démontra tout ce au pape et aux cardi- 
naux; mais on n'y put entendre tant qu'à délivrer la finance, car la cour étoit 
si povre que point d'argent n'y avoit. Et retourna messire Bernard mal content 
au siège de Péruse. Si se dissimulèrent et refreignirent les choses, et les Peru- 
siens aussi, et cil comte Conrad et aussi Urbain de ce péril; et s'en vint à 
Rome et là se tint. » On voit évidemment que le chroniqueur français n'a pas 
compris comment les routiers partisans du pape d'Avignon avaient pu se 
trouver amenés, à un moment donné, à servir le pape de Rome. Cependant le 
fond du récit repose sur des événements réels. Les velléités de trahison sont 
attestées par les auteurs les plus dignes de foi. Quant au voyage de Bernardon 
de La Salle, il paraît absolument certain. On lit dans le Journal de Jean Le- 
fèvre^ f° 95 v°, à la date du 25 novembre 1385 : « Ce jour un nommé Jehan 
Carelliers, du chastel de Peyruse ou dyocese de Rodés, apporta lettres à 
Madame Je messire Bernard de La Sale; et disoit soi avoir esté à Gaieté et à 
Romme; et apportoit traités, comme il disoit, de tous deulx; et pour Gaieté 
faloit xiii" francs. » Si le messager de Bernardon arrivait d'Italie, cest donc 
que le capitaine gascon se trouvait lui-même dans cette contrée quelque temps 
auparavant. D'un autre côté son départ avait dû être très brusque, puisque le 
12 juillet il était encore tout occupé à la conquête de la Provence. D'ailleurs, 
on le sait, ce n'est que le 11 juillet que les premières nouvelles concernant 
Urbain VI étaient arrivées à Avignon. 



Digitized by 



Google 



156 LES GASCONS EN ITALIE. 

lement congédié les plus douteux parmi ses prétendus défen- 
seurs, put réchauffer la fidélité chancelante des autres en leur 
versant immédiatement onze mille florins et en leur en pro- 
mettant encore vingt-six mille, bien garantis sur gages. 
Urbain VI échappa donc au danger. Après d'émouvantes 
péripéties, il finit par trouver les galères génoises sur la côte, 
entre Barletta et Bari, et par s'embarquer le 19 août. Dès 
lors il était sauvé. Le 25 septembre suivant, il atteignit heu- 
reusement le port de Gènes (1). 

Le coup était manqué. La présence de Bernardon de La 
Salle en Italie devenait donc inutile, et le Gascon n'eut plus 
qu'à revenir en Provence pour se remettre aux ordres de la 
reine Marie (2). Toutefois ce voyage ne demeura pas sans 
doute absolument dénué de résultat, car Bernardon paraît en 
avoir profité pour nouer des intelligences, dans le royaume 
de Naples, à Gaète, et même à Rome (3). 

Si le pape de Rome continuait à se maintenir en face du 
pape d'Avignon, en revanche la fortune se retournait en 
faveur de la Maison d'Anjou. On dirait presque que sa lutte 
contre Urbain VI porta malheur à Charles de Durazzo. Non 
content d'occuper le royaume de Nàples, il voulut encore 
faire valoir de prétendus droits sur la Hongrie. A peine sa 
nouvelle campagne entamée, il périt misérablement à Rude, 
au commencement de 1386, laissant pour héritier, sous la 
tutelle de sa veuve Marguerite, un fils nommé Ladislas ou 
Lancelot. Ladislas n'avait guère que trois ans de plus que 



(1) Gobelinus Persona, Cosmodromium, Francfort, 1599, f*, Aetas vi, cap. 
Lxxviii et Lxu, récit reproduit en partie par Raynaldi, Annales ecclesiastid, 
1385, § iv-vii; Froissart, I. c; Bonincontri, dans Muratori, xxi, col. 46: Gior- 
nalinapoletani, même volume, col. 1042; Th. de Niem, De origine camisque 
Schismatis; lib. i^ cap. l et liv; Summonte, Historia di Napolit ii, p. 489; 
Giannone, Istoria civile del regno di Napoli, m, p. 268, etc., etc. 

(2) « Le xv^ jour [de mars 1386, n. s.] messire Bernard de La Sale vint [à 
Âpt] veoir Madame, et venoitde Avignon.»— Journal de Jean Lefèvre, f^ll3 y^. 

(3) Voir le passage du Journal de Jean Lefèvre,f^9S v», reproduit ci-dessus, 
note 2 de la page précédente. 



Digitized by 



Google 



BERNARDON DE LA SALLE. 157 

Louis IL Désormais, la Maison de Durazzo, comme la Maison 
d'Anjou, était représentée par une femme et un adolescent, 
presque un enfant. Situation éminemment faite pour favo- 
riser les espérances du parti angevin, d'autant que le gou- 
vernement dur et tyranique de Marguerite de Durazzo 
souleva bientôt d'unanimes protestations. D'autre part, la 
prise de possession de la Provence était à peu près terminée. 
Le 19 août 138S, le roi Louis II était entré triomphalement 
à Marseille (1), et le 20 octobre suivant Balthasar Spinola 
avait sollicité une trêve de vingt mois, prélude d'une com- 
plète soumission (2). Le moment paraissait donc venu de 
songer à tenter de nouveau la conquête du royaume de 
Naples. 

Othon de Brunsv\rick, ce prince allemand qui avait été le 
dernier mari de la reine Jeanne, mettait son épée au service 
de Clément VU et de la Maison d'Anjou. Avant même l'époque 
de la mort de Charles de Durazzo (3), on lui proposa le com- 
mandement d'une expédition, avec le titre de capitaine- 
général. Le 20 janvier 1386, Othon de Brunswick avait 
formellement accepté (4). Mais, comme pour Bernardon de 
La Salle, la rédaction du traité à intervenir demanda du 
temps; et ce n'est que le 3 octobre que furent enfin scellées 
les lettres conférant au prince allemand l'ofjice de capilainne 
gênerai au royaulme jusques à II ans (5). 

Tout naturellement, une part importante était réservée 
dans l'expédition au capitaine gascon. Les pourparlers avec 
Othon de Brunswick étaient loin d'être terminés, que déjà 
Bernardon était prêt à partir. Le 23 juin 1386, il vint 
prendre congé de la reine. Celle-ci lui remit un à-compte de 



^1) Journal de Jean Lefèvre, P 77. 

(2) Journal de Jean Lefèvre, P 90. 

(3) Ce n'est que le S mars 1386 que la reiue Marie apprit la mort de Charles 
de Durazzo. — Journal de Jean Lefèvre, P 112. 

(4) Journal de Jean Lefèvre, î^ 105. 

(5) Journal de Jean Lefèvre, ^ 141. 



Digitized by 



Google 



158 LES GASCONS £N ITALIS. 

mille francs, après lai avoir fait d'abord solder une somme 
de six cents francs, reliquat d'une ancienne dette qui 
remontait aux campagnes du roi Louis I". Et, ajoute l'èvêque 
de Chartres, en parlant de Bernardon, il doit aler au royaume 
de Secile, et a promis servir Madame et son fils, de H et de 
sa compagnie (1). 

A lire une déclaration aussi nette, et connaissant d'ailleurs 
les sentiments de notre capitaine d'aventures, on s'attend à 
le trouver parmi les gens de guerre qui, sous les ordres 
d'Olhon de BrunsWick, arrivèrent devant Naples au mois de 
juin 1387 et pénétrèrent dans la ville en acclamant l'héritier 
de la reine Jeanne, pendant que Marguerite de Durazzo 
s'enfuyait, le 7 juillet suivant, pour aller se réfugier à Gaèle. 
On s'attend à le voir encore sur le port de Naples, au mois 
d'août 1390, recevant le roi Louis II qui venait s'établir, 
hélas I pour quelques années seulement, dans son royaume 
momentanément reconquis. Cette attente est entièrement 
déçue. 11 est fort probable, cependant, que Bernardon ne 
demandait d'abord qu'à s'acquitter de ses promesses. Mais 
au mois de mai 1387, c'est-à-dire antérieurement à l'entrée 
d'Othon de Brunswick à Naples, un grave événement vint 
rendre sa présence absolument indispensable dans le centre 
de l'Italie, au nord de Rome, et par conséquent l'empêcher 
de pousser plus loin dans la direction du royaume de Sicile» 

La plupart des places occupées, dans le Patrimoine de 
Saint-Pierre, par les bandes de routiers jadis venues de 
France, étaient situées à proximité de Viterbe. Viterbe même 
était gouvernée par le préfet de Rome, Francesco de Vico, 
qui s'était, en 1378, déclaré pour Clément VII, et qui était 
resté, dès lors, l'ami et l'allié des chefs de compagnies. 
Dévoué au pape d'Avignon, le préfet n'avait pas témoigné 
moins de sympathie pour les princes delà Maison d'Anjou. 

(1) Journal de Jean Lefèvre, f? 127. 



Digitized by 



Google 



BERNARDON DE LA SALLE. 159 

Le roi Louis l'avait même officiellement retenu pour son 
conseiller aux gages ou, comme on disait alors, à la provision 
de sept cents florins par mois (1). Francesco de Vico pouvait 
donc, à juste titre, passer pour un des plus fermes appuis 
du parti français en Italie. Or, au mois de mai 1387, le pape 
Urbain VI ayant envoyé des troupes assiéger Viterbe, les 
habitants se soulevèrent contre le préfet, le massacrèrent et, 
après avoir d'abord songé un instant à rester indépendants, 
déclarèrent se soumettre à la domination du pape de Rome. 
La prise de posàession de Viterbe par les représentants 
d'Urbain VI portait un coup terrible à Clément VII, en cons- 
tituant en outre un danger permanent pour les routiers 
fidèles à sa cause. Fort heureusement, le pape d'Avignon 
avait déjà dans la contrée un défenseur de ses intérêts, 
Rinaldo Orsini, sur lequel il pouvait absolument compter. 
Bernardon de La Salle accourut se joindre à Rinaldo Orsini; 
et tous deux réunis se mirent aussitôt vigoureusement en 
campagne, pour faire la plus rude guerre aux anciens sujets 
du préfet. Au mois de juin, Rinaldo Orsini remporta, près 
d'Orvieto, un avantage signalé sur l'anglais Jean Beltot, 
condottiere au service d'Urbain VI. Par malheur, Bernardon 
de La Salle qui opérait de son côté, appelé à la rescousse, 
arriva trop tard sur le champ de bataille; et la victoire fut 
moins complète qu'elle aurait pu l'être (2). Néanmoins, le 
succès couronna les efforts de Bernardon et de Rinaldo. 
Viterbe même finit par être de nouveau soumise à l'obédience 
du pape Clément VII et reçut une garnison de routiers, bretons 
et gascons, qui y étaient encore en 1393 (3). 

Une fois revenu dans ces parages, témoins de ses premières 
campagnes en Italie, Bernardon de La Salle ne paraît plus 



(1) Journal de Jean Lefèvre, f° 94 v«. 

(2) Piero Minerbetti, Cronica, dans les Rerum italicarum seriptores de 
Tarlini (supplément à Muratori), ii, col. 122 et 123. 

(3) Paul Durrieu, le Royaume d'Àdria, p. 59. 



Digitized by 



Google 



160 LES GASCONS EN ITALIE. 

avoir jamais songé à retourner guerroyer dans le royaume 
de Naples. Comment expliquer un tel changement d'attitude? 
On peut en donner deux raisons, également vraisemblables 
et qui, d'ailleurs, ne s'excluent pas Tune l'autre. 

Tout d'abord, on sait qu'une portion notable des sommes 
promises à Bernardon, en 1385, restait encore à payer. Il 
est fort possible que ces embarras financiers aient amené, 
non pas une rupture Sabsolue, mais un refroidissement très 
sensible dans les relations du Gascon avec la Maison d'Anjou, 
soit que l'aventurier fût lassé d'attendre en vain son argent, 
soit que la reine Marie, se voyant déjà fort obérée envers lui 
et n'ayant plus aussi besoin de son concours, n'ait pas voulu 
accroître encore sa dette, en le gardant plus longtemps à sa 
solde. Du reste, le traité du 16 juin 1385, comme tous les 
engagements de même nature, ne devait certainement se 
trouver valable que pour un temps donné (1). Peut-être les 
délais stipulés étaient-ils arrivés à leur terme. 

D'un autre côté, l'occupation momentanée de Viterbe par 
les envoyés d'Urbain VI constituait un sérieux avertissement 
pour Clément VII. Elle lui prouvait que la plus grande vigi- 
lance était indispensable, s'il voulait conserver ces places 
qui lui donnaient un si précieux point d'appui dans le Patri- 
moine de Saint-Pierre. Ne peut-on pas se demander si ce 
n'est pas le pape d'Avignon lui-même qui, pour parer à de 
nouveaux dangers, conseilla à Bernardon de La Salle de 
s'établir à demeure dans la région menacée par les entre- 
prises du parti romain ? Cette supposition mérite d'autant 
plus de crédit que l'écho des préoccupations du pontife est 
parvenu jusqu'à nous. Le 7 juillet 1387, le comte de Potenza 
venait demander à Clément Vil de nouveaux subsides pour 



(1) Sans parler du traité conclu entre la République florentine et le comte 
Jean III d'Armagnac, valable pour six mois, sauf renouvellement, on vient de 
voir plus baut qu'Otbon de Brunswick n'avait été investi de la charge de 
capitaine-général que pour une période de deux ans. 



Digitized by 



Google 



BERNARDON DE LA SALLE. 161 

la conquête du royaume de Sicile. Le pape commença par 
protester de son affection pour la Maison d'Anjou, puis il 
ajouta : « que messire Rinaldo Orsini et ceux du Patrimoine 
de Saint-Pierre reprochaient que le pape mettait sa finance 
au royaume de Sicile, qui n'est que fief de l'Eglise, et laissait 
perdre sans ressource la terre de l'Eglise; et que, par ce, le 
préfet était mort et l'antipape Barthélémy seigneurisait dans 
le Patrimoine (1). * 

Ne dirait-on pas que Clément VII cherche, en quelque 
sorte, à prévenir les reproches possibles des chefs du parti 
angevin, en leur laissant entendre qu'il va être, sinon même 
qu'il a été déjà obligé de céder aux justes réclamations de 
Rinaldo Orsini, et de lui envoyer de l'argent ou des renforts ? 
Or quelques semaines plus tôt, un précieux auxiliaire était 
venu, en effet, apporter son concours à Rinaldo Orsini; et 
cet auxiliaire, nous le savons, n'était autre que Bernardon 
de La Salle. 

Quoi qu'il en soit, à la suite des troubles d3 Viterbe, le 
capitaine gascon resta à opérer dans le Patrimoine de Saint» 
. Pierre et en Toscane; et, tout en demeurant fidèle à Clé- 
ment Vil, tout en continuant à pourchasser les partisans du 
pape de Rome, il ne paraît plus avoir agi que sous son 
inspiration personnelle et pour son propre compte. 

On ne tarda pas à s'apercevoir, dans l'Italie centrale, que 
le terrible chef des routiers était revenu de France et désor- 
mais entièrement libre de ses actions. Raconter les dernières 
années de la vie de notre aventurier, c'est raconter une 
suite d'expéditions, toujours à peu près semblables, aussi 
bien pour le résultat que pour le mode d'exécution. Que 
fallait-il à Bernardon de La Salle? Des vivres, et surtout de 

(1) « Dit oulire le pape que messire RegnauJ des Ursins et ceuls du Patri- 
moine de l'Esglise reprochoient que le pape metoit sa finance au royaume qui 
n'fst que fief de TEsglise.et la terre de l'ËsgHse sanz moyen il laissoit perdre, 
et que le préfet estoit mort par ce, et Berlhelemi segnorioit ou Patrimoine. » 
Journal de Jean Lefèvret P 158 

12 



Digitized by 



Google 



162 LES GASCONS EN ITALIE. 

Targenl pour rentretien de ses troupes. Dans ce but, on le 
voit s'unir à quelques autres chefs de compagnies. Gascons, 
Italiens, Anglais ou Allemands, qu'attire sa grande renommée. 
Puis il se^ met en marche, quittant la contrée qui lui sert 
habituellement de résidence, du côté de Viterbe, de Bolsène 
et d'Orviéto. Quelle que soit la cité vers laquelle il dirige 
ses pas, partout il trouve un parti vaincu, partout des ban- 
nis, qui favorisent ses opérations, dans Tespérance de ressaisir 
le pouvoir par son intermédiaire et de rentrer, grâce à lui, 
dans leur patrie. Mais Bernardon ne songe pas à faire des con- 
quêtes. Il se contente de recueillir le plus de butin possible 
et d'occuper quelques bonnes positions d'où il peut menacer 
les campagnes, jusqu'à ce que les habitants du pays, désireux 
de se débarrasser de ce redoutable voisinage, se décident à 
lui offrir une grosse somme pour qu'il veuille bien consentir 
à s'éloigner. Procédé assez peu scrupuleux, dira-t-on, et qui 
sent furieusement son chef de bande ! C'est vrai; mais ce 
procédé est alors mis en pratique par tous les condottieri 
d'Italie, lorsqu'ils ne trouvent pas à louer leurs services. 
D'ailleurs, c'est de bonne guerre. Car ils sont dévoués au 
pape de Rome; car ils favoiisent la Maison de Durazzo, mal- 
gré leurs protestations d'impartialité, tous ces Siennois, 
ces Pisans, ces Lucquois, auxquels Bernardon de La Salle 
vient ainsi arracher les ressources nécessaires à rentretien 
des anciens soldats du pape d'Avignon et de la Maison 
d'Anjou. 

La première campagne de ce genre débute au mois de 
septembre 1387. Bernardon de La Salle s'en prend d'abord 
au territoire de Pérouse. Grâce au concours des bannis, il 
s'établit dans le château de Carnaia, près de Fabbro (1), et, 
s'appuyant sur celte place comme centre d'opérations, il 
pousse ses incursions jusqu'aux portes de Pérouse même. En 

(1) Province de Pérouse, district d'Orvieto. 



Digitized by 



Google 



BERNARDON DE LA SALLE. 163 

octobre, un chef allemand, Eberhard de Landau, vient à 
Carnaia rejoindre Bernardon de La Salle. Trois mois de rava- 
ges incessants finissent naturellement par épuiser le pays. 
Faute de vivres, les routiers quittent Carnaia, en décembre, 
et marchent vers Gubbio et Città di Castello, sans cesser de 
tout dévaster sur leur passage. Un condottiere italien, Guido 
d'Asciano, s'étant encore réuni aux compagnies, Bernardon 
de La Salle se trouve alors à la tête de plus de mille chevaux. 
Avec ses deux associés, il traverse le territoire d'Arezzo, qui 
dépend de Florence. Là, Tattitude des bandes change com- 
plètement. Plus de tentatives pour surprendre les châteaux; 
plus de prisonniers enlevés et mis à rançon. Les routiers se 
proclament bien haut les amis de la République. D'un autre 
côté, les habitants d'Arezzo et des lieux voisins s'empressent, 
sur Tordre même des Florentins, de fournir en abondance 
aux routiers vivres et victuailles. Mais une fois sorties des 
pays soumis à Florence pour entrer dans les états de la 
RépubUque de Sienne, les compagnies se dédommagent 
amplement de leur réserve momentanée. Pour arrêter les 
dégâts, déjà bien considérables, les Siennois doivent se résou- 
dre à traiter et à acheter le départ des bandes moyennant 
trois mille florins pour chacun des trois chefs. Les Pisans, 
attaqués à leur tour à Fimproviste, suiv(înt le même exemple 
et donnent sept mille florins pour Tévacualion du pays. Telle 
est également la ressource des habitants de Lucques, mais 
ceux-ci, plus heureux, n'ont à payer que quatre mille 
florins. 

L'attitude singuUère du gouvernement florentin, le soin 
que les compagnies ont mis à respecter le plus possible le 
territoire de la République, ont fait naître des soupçons bien 
naturels. On accuse la Seigneurie d'être de connivence avec 
les bandes. A Sienne, notamment, l'indignation est des plus 
violentes; et peu s*en faut que les Siennois ne se vengent des 
routiers sur les marchands florentins établis dans leur ville. 



Digitized by 



Google 



164 LES GASCONS EN ITALIE. 

Cependant, les compagnies étant revenues à Peccioli (1), 
dans le val d'Era, entre Pise et Volterra, Florence leur en- 
voie à son tour des négociateurs pour conclure un traité. Les 
compagnies s'engagent à ne pas servir contre la République 
pendant un délai de quatorze mois. En revanche, on leur 
octroie trois mille florins. Ce qui prouvait bien, comme les 
Florentins eurent soin de le faire hautement remarquer, qu'il 
n'existait auparavant aucun accord entre eux et les routiers (2). 

Il faut avouer que cette somme de trois mille florins paraît 
fort minime; et Ton est vraiment porté à se demander si les 
Florentins n'ont pas cherché, au moyen de ce léger sacrifice 
d'argent, à donner une sorte de satisfaction à l'opinion 
publique, en feignant d'être, eux aussi, obligés, comme leur 
voisins, de payer pour acheter la retraite des bandes (3). 

Quoi qu'il en soit, Bernardon de La Salle recommença l'an- 
née suivante (1388), au mois de mai, avec l'Allemand Eber- 
hard de Landau et l'Anglais Jean Beltot, à menacer les 
Siennois. Ceux-ci, avertis par l'expérience, se hâtèrent de 
traiter en secret. Cette fois ce ne fut plus neuf mille, mais 
bien douze mille florins qu'il leur fallut donner. De même les 
Pisans, taxés, lors de la première campagne, à sept mille 
florins seulement, durent en verser quinze mille, dont trois 
mille destinés personnellement aux trois chefs. L'approche 
des compagnies avait d'abord causé la plus vive frayeur aux 
Pisans. En effet, avec Bernardon de La Salle se trouvaient 
un grand nombre de citoyens jadis bannis de Pise. La révolte 
de deux châteaux prouva que ces bannis avaient conservé des 
intelligences dans le pays. Sous l'influence de Piero Gamba- 



(1) Dans le district de Pise, et dans le diocèse de Volterra. 

(2) P. Minerbetti, col. 130, 143 et 144; Sozomeno, dans Muratori, xvii, col. 
1134; Buoninsegni, Hisloria fiorentina, p. 686. 

(3) On doit ajouter que, suivant Buoninsegni, ce n'est pas 3,000 florins, 
comme le dit Minerbetti, mais bien 7,000 florins que les*Florentins donnèrent 
aux routiers. Si ce chiffre est exact, la portée de l'observation ci-dessus se 
trouve singulièrement atténuée. 



Digitized by 



Google 



BERNARDON DE LA SALLE. 165 

corti, on fit à Pise de grands préparatifs de guerre. On 
demanda du secours aux Florentins. Bref, au 3 juin 1388, il 
n'y avait pas moins de quatre cent cinquante lances de 
gens d'armes, sans compter de nombreux fantassins, réunis 
pour la défense de la ville. Les Pisans finirent par où ils 
auraient dû commencer. Les quinze mille florins donnés aux 
compagnies furent plus efficaces que toutes ces démonstra- 
tions belliqueuses. Enfin, après avoir encore obtenu des 
Lucquois neuf mille florins, Bernardon de La Salle et ses 
associés vinrent se partager le produit de cette fructueuse cam- 
pagne au quartier général deCannara, non loin de Foligno (1). 

Malgré ces brillants résultats, Talliance des trois chefs de 
compagnies ne persista pas. Jean Beltot avait précédemment 
défendu les intérêts du pape de Rome. Celui-ci lui ayant offert 
de rentrer à son service, il n'hésita pas à accepter. Bernardon 
de La Salle, au contraire, voulut rester fidèle au pape d'Avi- 
gnon. Il y eut donc entre eux rupture complète (2). Et ce fut 
avec un nouvel associé, le comte Conrad, jeune capitaine alle- 
mand, que Bernardon de la Salle revint, en 1389, également 
vers le mois de mai, attaquer pour la troisième fois les 
malheureux Siennois, en mettant tout le pays à feu et à sang 
et en poussant ses incursions jusqu'aux portes de la ville (3). 
Si bien que les Siennois appelèrent à leur aide l'ambitieux 
comte de Verlus, Jean-Galéas Visconti. Celui-ci ne demandait 
qu'une occasion d'intervenir dans les affaires de Toscane. 11 
se hâta d'envoyer à Sienne une garnison de troupes milanai- 
ses qui, tout en protégeant le pays, devinrent pour l'indépen- 
dance des Florentins une perpétuelle menace. 

Bernardon de La Salle dut battre en retraite devant les 
renforts fournis par Jean-Galéas. Au lieu de continuer sa 



(1) p. Minerbetti, col. 158 et 159; Sozomeno, dans Muratori xvii, col. 1137; 
Boninconlri, dans Muratori xxi, col. 52; Buoninsegni, p. 687. 

(2) Boninconlri, dans Muratori, xxi, col. 52 et 53. 

(3) Minerbetti, col. 180; Sozomeno, dans Muratori, xvii, col. 1139. 



Digitized by 



Google 



166 LES GASCONS EN ITALIE. 

marche vers le nord, dans la direction de Pise, comme les 
années précédentes, il se rejeta au contraire du côté de Rome 
et, dès le milieu de juin, commença à ravager toute la partie 
du Patrimoine de Saint-Pierre qui était soumise à l'autorité 
d'Urbain VI. Il avait alors pour compagnon d'armes uq autre 
capitaine gascon, Bernardon de Serres, dont la renommée 
devait bientôt faire oublier la sienne (3). 

Il semble vraiment qu'Urbain VI, auquel Bernardon de La 
Salle avait donné tant de soucis dans les premiers temps de 
son pontificat, ait été destiné à voir encore ses derniers jours 
troublés par les attaques du même capitaine. En effet, trois 
mois plus tard, le 15 octobre, l'adversaire de Clément VII 
expirait à Rome. Le grand schisme aurait pu Qnir; mais les 
cardinaux romains, ne voulant pas se soumettre, se hâtèrent 
de donner un successeur au pontife mort. Ils choisirent le 
cardinal de Naples, qui fut proclamé sous le nom de Boni- 
face IX (2 novembre 1389). 

Bernardon de la Salle se montra aussi hostile au nouvel 
élu qu'il l'avait été à son prédécesseur. Pour les routiers, 
tous les procédés étaient de bonne guerre. L'aventurier gascon 
trouva un moyen d'agir contre Boniface IX, assez ingénieux 
peut-être, mais en tout cas fort peu chevaleresque. Enappre' 
nant l'élection d'un nouveau pape romain, un grand nombre 
de clercs s'étaient mis en route pour la Ville Eternelle, dans 
le but de venir demander la confirmation de leurs bénéQces 
ou en solliciter d'autres. Les gens de Bernardon ne laissèrent 
pas échapper cette bonne aubaine. Ils s'établirent dans la 
Marche d'Ancône et en Romagne, surveillant tous les chemins 
et guettant les solliciteurs au passage. Beaucoup de partisans 
de Boniface IX tombèrent ainsi au pouvoir des routiers. Plu- 
sieurs même périrent. Bien entendu, on leur prit tout ce qu'ils 
avaient sur eux. Et par un contraste piquant, l'argent destiné 

(1) Raynaldi Annalis EcclesiasticU 1389, § yiit. 



Digitized by 



Google 



BERNARDON DE LA SALLE. 167 

au pape de Rome fut appliqué à rentretîen des troupes res- 
tées fidèles à Tobédience du pape d'Avignon (1). 

Cette lutte contre les adhérents d'Urbain VI et de son 
successeur termina, en Italie, la carrière de Bernardon de 
La Salle; véritable carrière de routier, singulier mélange de 
haats-fails et d'actes de brigandage; qui nous montre l'aven- 
turier gascon tantôt occupant une place importante à la cour 
d'Avignon et traité avec de grands égards par le pape 
Clément VII, les cardinaux et l'entourage du roi Louis II 
d'Anjou, tantôt courant les grands chemins et extorquant, 
par la violence, l'argent des Siennois, des Pisans et des 
Lucquois; où l'on trouve pour ainsi dire de tout, hormis 
cependant un seul acte de lâcheté ou de félonie. Le malheur 
de Bernardon de La Salle est d'avoir été toujours attaché à 
des causes peu sympathiques ou trahies parle succès. Avant 
son départ pour l'Italie, il reste immuablement fidèle au roi 
d'Angleterre; et cela au moment où la fortune de la France 
se relève d'une manière si brillante avec Charles V et Du 
Guesclin. Il n'a même pas l'heureuse idée de suivre l'exemple 
donné par la Maison d'Armagnac et les autres grands seigneurs 
de Gascogne, lorsqu'ils secouent le joug odieux imposé par 
le traité de Bretigny et se vouent corps et âme à la défense 
des Fleurs de lys. Plus tard, ni Clément VII, ni le duc d'Anjou, 
auxquels Bernardon prête un concours si dévoué, ne peuvent 
arriver à triompher définitivement de leurs rivaux. Les 
services du Gascon sont donc à peine récompensés; et il se 
voit obligé, en définitive, pour faire vivre ses gens, de 
reprendre son ancien métier de chef de bande. 

La mauvaise chance devait poursuivre jusqu'au bout Ber- 
nardon de La Salle. En 1390, il quitte pour toujours l'Italie; 
il regagne le midi de la France, où il est certainement de 
retour avant le commencement d'août (2). Encore quelques 

(1) Froissarl, éd. Buchon, livre iv,chap. ix. 

(2) Baluze, Vitœ Paparum Avenionensitm, ii, col. 1056. 



Digitized by 



Google 



168 LES GASCONS EN ITALIE. 

mois, et Bernardon va se laisser gagner par l'or et par les 
promesses de ce dangereux séducteur qui s'appelle Jean- 
Galéas Visconti, auquel il est, d'ailleurs, attaché par les liens 
du sang, en vertu de son mariage avec Ricciarda Visconti. 
Il oubliera que Jean- Galéas est un partisan du pape de Rome, 
et qu'en s'unissant à lui il déserte indirectement la cause 
de Clément VIL Une fois sa parole donnée au comte de Vertus, 
il voudra lui rester fidèle, quoique l'on puisse faire pour l'en 
détacher; et comme celte alliance est un crime aux yeux de 
l'inexorable comte d'Armagnac, sa persistance à tenir ses 
engagements deviendra son arrêt de mort. 

Inutile de répéter tous les détails qui ont été donnés précé- 
demment sur la défaite des troupes de Bernardon de La Salle 
par le comte Jean III d'Armagnac, dans les défllés des Alpes, 
et sur la mort tragique et mystérieuse de leur chef (1). Mais 
il reste à signaler deux particularités qui se réfèrent aux 
derniers mois de la vie de Bernardon, entre son retour d'Italie 
et le moment où il accepta, de Jean-Galéas Visconti, la fatale 
mission de recruter, en France, des soldats de renfort pour 
l'armée milanaise. 

Tout d'abord, il est certain que Bernardon s'occupa d'ob- 
tenir enfin, de la Cour d'Avignon, le règlement des sommes 
qui lui étaient dues depuis plus de cinq ans. lusqu'à quel 
point ses efforts furent-ils couronnés de succès? C'est ce qu'on 
ne saurait préciser. Mais, en même temps, Bernardon était 
lui-même tellement endetté envers ses anciens compagnons 
d'armes, pour arriérés de solde, qu'au lieu, par exemple, de 
toucher directement un à compte de cinq cents florins, offert 
par la Chambre pontificale au mois de septembre 1390, il 
dut l'abandonner en entier à un de ses anciens lieutenants, 
originaire du diocèse deCpmminges (2). N'est-on pas en droit 

(1) Voir plus haut, pp. 75-77. 

(2) « Bernardus de Aurenca, domicellus, Convenarum dioccsis. » — Pt^cf« 
jmtificatives n^XW. 



Digitized by 



Google 



BERNARDON DE LA SALLE. 169 

de supposer que ces embarras financiers durent, sinon indis- 
poser le Gascon contre l'entourage de Clément VII, du moins 
le rendre beaucoup plus facilement accessible aux offres du 
seigneur de Milan, toujours prêt à prodiguer For? 

Mais c'est surtout un autre fait qui mérite d'attirer l'atten- 
tion, car il jette une vive lumière sur les causes de la mort 
de Bernardon de La Salle. 

On sait qu'avant de partir pour Tltalie, le comte Jean III 

d'Armagnac se vit chargé de trancher, en qualité d'arbitre, 

un grave différent qui avait surgi entre le pape Clément VII 

et le vicomte de Turenne (1). Celte délicate mission fut confiée 

à Jean III en vertu d'un accord conclu, à Monde, le 9 août 

1390, en présence du comte d'Armagnac lui-même et de son 

frère Bernard, entre Tévêque de Maguelonne, délégué par le 

pape, et les représentants du vicomte de Turenne. Bernardon 

de La Salle assistait à cetle réunion et y servit de témoin (2). 

Or, à ce moment, le comte d'Armagnac était tout entier à ses 

préparatifs d'expédition contre Jean-Galéas. L'alliance avec 

les Florentins pouvait être considérée comme chose faite, et 

l'on n'attendait plus, pour conclure le traité, que le retour de 

Berto d'Agnolo Castellani, muni des pouvoirs nécessaires (3). 

Il est impossible que Bernardon de La Salle n'ait pas été 

instruit de ces projets, dont tout le midi de la France suivait 

la réalisation avec tant de sollicitude. Et sa présence à Monde, 

au mois d'août 1390, nous prouve qu'il était alors dans les 

meilleurs termes avec le comte d'Armagnac et son frère. 

D'ailleurs, toutes les circonstances semblaient se réunir pour 

faire de Bernardon l'allié naturel du comte Jean III. Parmi les 

capitaines et les gens d'armes qui se préparaient à aller 

combattre pour Florence, la plupart, à commencer par le chef 

de l'armée en personne, étaient des Gascons, ses compatriotes. 



(1) Voir plus haut. p. 59. 

(2) Baluze. Vitœ Paparum Âvenionemium, ii, col. 1052-1057. 

(3) Voir plus haut, p. 50. 



Digitized by 



Google 



170 LES GASCONS EN ITALIE. 

quelques-uns peut-être même ses anciens compagnons d'aven- 
tures. Tous, comme lui, étaient dévoués au pape d'Avignon. 
Clément VII, de son côlé, considérait Tintervention de Jean lll 
dans les affaires d'Italie comme susceptible de rendre de grands 
services à sa cause. Ses relations avec le comte d'Armagnac, 
et surtout le long séjour que ce dernier fit à Avignon, auprès 
du Pontife, jusqu'au moment d'entrer en campagne (1), l'at- 
testent suffisamment. Le comte d'Armagnac devait donc se 
croire certain de pouvoir compter, d'une manière absolue, 
sinon sur le concours de Bernardon de La Salle, du moins 
sur sa sympathie, et, à plus forte raison, sur sa complète 
neutralité. On conçoit donc quelles furent sa colère et son 
indignation lorsqu'il vit Bernardon se ranger parmi ses enne- 
mis et passer au service de Jean Galéas. 

L'ancien chef de bande n'était peut-être pas aussi coupable 
que le croyait Jean III. Jean-Galéas Visconti restait, au fond, 
soumis à l'obédience du pape de Rome. Les lettres écrites 
par lui à Boniface IX, après la défaite du comte d'Armagnac, 
en sont la preuve certaine (2). Mais quand il s'agissait de ses 
intérêts, le comte de Vertus faisait assez bon marché de ses 
préférences et de ses opinions. Menacé par les projets du comte 
Jean III, il n'hésita pas, pour détourner l'orage, à manifester 
des velléités de revirement en faveur du pape d'Avignon. Il 
suffit de rappeler le projet conçu par son gendre, le duc de 
Touraine, d'une grande expédition française contre Rome; et 
surtout l'envoi, à Avignon, de Nicolas Spinelli. Ce dernier, a 
force d'habileté, en arriva à ce résultat, vraiment incroyable, 
de faire intercéder le pape Clément VII auprès du comte 
d'Armagnac, en faveur de Jean-Galéas (3). Les mêmes agents 
milanais ne pouvaient-ils pas, bien plus facilement encore, 
persuader au pauvre Bernardon de La Salle, déjà fort ébranlé 



(1) Voir plas haut, pp. 59 et suiv. 

(2) Voir plus haut, pp. 99-100. 

(3) Voir plus haut, pp. 61-63. 



Digitized by 



Google 



BERNARDON DE LA SALLE. 171 

par leurs séduisantes promesses, qu'en secondant le comte 
de Vertus, il allait aider un partisan secret, mais dévoué, de 
Clément VII? 

Mais quand bien même Bernardon de La Salle aurait été 
complètement abusé sur les véritables sentiments de Jean- 
Galéas Visconli, ce qui, du reste, n'est nullement prouvé, la 
nuance eût échappé au comte d'Armagnac. Pour lui, la con- 
duite de Bernardon ne pouvait être qu'une véritable trahison; 
et Jean 111 était impitoyable pour les traîtres. Aux yeux des 
grands seigneurs ou des représentants de l'autorité royale, 
la vie des routiers, quelles que fussent d'ailleurs leur valeur 
et leur renommée, pesait fort peu. La plupart d'entre eux 
ont fini misérablement, comme Mérigot Marchés; même ceux 
qui étaient issus de bonne race. Bernardon de La Salle, en 
tombant frappé par surprise, fut encore plus heureux que 
tant d'autres aventuriers, jadis ses compagnons et ses émules, 
tels que Robert Ceni ou tels que Silvestre Bude, ce propre 
cousin de Du Guesclin. Lui du moins succomba dans une 
expédition militaire, à la tête de ses troupes. Eux, comme 
de vils malfaiteurs, avaient péri dans les supplices, de la main 
du bourreau. 



Digitized by 



Google 



Digitized by 



Google 



IV 



BERNARDON DE SERRES 



1375-1412 



Digitized by 



Google 



Digitized by 



Google 



IV 



BERNARDON DE SERRES 



Ainsi donc Bernardon de La Salle était, malgré tout, resté 
jusqu'à la fin de sa carrière ce qu'il avait été au début : un 
vulgaire chef de routiers, sans doute plus redouté et partant 
entouré de plus d'égards que ses rivaux, mais toujours réduit 
en fin de compte à reprendre son ancien genre de vie et à en 
supporter les conséquences. Etait-ce là une règle absolue? et 
les chefs de compagnies, originaires de France, qui opéraient 
en Italie, devaient-ils renoncer à tout espoir d'acquérir un 
jour assez de réputation pour sortir du rang des aventuriers 
et se voir traiter d'égal à égal par les plus vaillants cheva- 
liers et par les seigneurs auxquels leur naissance et leur 
fortune épargnaient la difficulté des débuts? Assurément, 
non; et l'exemple d'un autre Gascon, de Bernardon de Serres, 
est là pour nous prouver le contraire. 

L'histoire de Bernardon de Serres a bien des points de 
contact avec celle de Bernardon de La Salle. Mais, plus heu- 
reux cette fois-ci que dans l'étude précédente, nous pouvons 



Digitized by 



Google 



176 LES GASCONS EN ITALIE. 

préciser d'une manière absolue l'origine el le lieu de naissance 
de notre nouveau héros. 

Bernardon de Serres était né dans le diocèse d'Aire (1), à 
quatre lieues au sud de Saint-Sever, près de la petite ville 
d'Hagetmau, dans la contrée où se trouvent situées, à quelque 
distance l'une de l'autre, deux localités du nom de Serres : 
Serres-Gaston et Serreslous que l'on écrivait autrefois Serres- 
Los (2). Ces deux seigneuries de Serres-Gaston et de Serres-Los 
appartenaient à une famille qui a joué un certain rôle dans 
l'histoire du pays landais et qu'il faut distinguer d'une famille 
du même nom fixée en Béarn (3). 

On trouve au xiv* siècle, dans les rôles de l'armée de Gaston- 
Phœbus, parmi les gens de guerre qui ne sont pas originaires 
des étals du comte de Foix : le seigneur de Serres, venu de la 
prévôté de Saint-Sever (4). 

En 1428 ou 1429, Bernard, seigneur de Serres-Gaston, est 
chargé par Philippe de Bassabat, dame de Lacq et de Len- 
dresse, de prêter, en son nom, Thommage dû à Jean l", 
comte de Foix, comme vicomte de Béarn (5). 

Plus tard, Fortaner de Serres, d'abord sénéchal de Nébouzan 
pour le comte de Foix (6), est nommé, le 1" juillet 1451, à 
la prévôté de Saint-Sever, par le roi d'Angleterre Henri VI (7). 

Enfin, en 1476, parmi les nobles originaires de la Chalosse, 
du Tursan et du Marsan qui font partie de l'armée du roi de 



(1) Pièces justificatives, n© XX. 

(2) Inventaire des Archives des Basses- Pyrénées ^ iv, p. 20. 

(3) C'est à cette famille béarnaise que se rattachaient Jean et Pierre de 
Serres, que l'on trouve de 1360 à 1402 parmi les vassaux des comtes de 
Foix. — Archives des Basses-Pyrénées, E 314, 408, 432. 

(4) Archives historiques de la Gironde, xii, page 169. 

(5) Archives des Basses-Pyrénées, £ 321; Inventaire^ iv, p. 90. Bibl. 
Nation. Collection Doat, vol. 216, f'>208. 

(6) Fortaner de Serres était sénéchal de Nébouzan, en 1442, quand il maria 
sa fille aînée, Annettede Serres, avec Bernard de La Roche, fils de Gaillard de 
La Roche-Fontenilles. Bibl. Nat. Trésor généalogique de VillevieilUt vol. 84, 
fo 46 v<». La Chesnaye-Desbois, Dict. de la Noblesse, xi, p. 26. 

(7) Catalogue des rôles gascons j i, p. 234. 



Digitized by 



Google 



BERNARDON DE âÈRRËS. 177 

France envoyée en Espagne, figurent, côte à côte, le seigneur 
de Serres-Los et le seigneur de Serres-Gaston (1). 

Bernardon était le fils puîné de Bernard (2), seigneur de 
Sei res-Los. Il avait un frère nommé Gration. Ce dernier était 
certainement Taîné; car dans les actes il est toujours le seul 
qui porte le titre de : seigneur de Serres (3). Mais les talents 
supérieurs de Bernardon lui assurèrent le premier rang; et 
Gration, malgré son droit d'aînesse, fut trop heureux de 
servir, au besoin, de lieutenant à son frère investi de fonctions 
considérables (4). 

Que Bernardon se rattache à la branche des seigneurs de 
Serres-Los, la chose est hors de doute. Dans les documents, 
il est vrai, il est seulement désigné sous le nom de <r Bernard 
de Serres » — « Bernardon us de Serris » ; mais son sceau, dont 
voici la reproduction, porte la légende : S. BERNARDONIS 
DE SERRA LOS. 




Celte indication concorde d'ailleurs parfaitement avec ce 
que nous atteste d'autre part une bulle du pape Clément VII 
d'Avignon, du 1" septembre 1394, lorsqu'elle attribue comme 



(1) Archives des Basses-Pyrénées, E 77; Inventaire, iv, p. 20. 

(2) Bernardon se désignait lui-même ainsi : « Bernardonus, Bernardi [sous- 
entendu : Filius] de Serris. » Buonaccorso Pitti, Cronica, éd. de 1720, p. 71, 
note 4. 

(3) Bibl. Nationale. Pièces originales^ vol. 2694, dossier Serres, n«» 7, 8, 
25, 27. 

(4) Suivant la note déjà citée qai est insérée dans l'édition de 1720 de la 
Cronica de Buonaccorso Pitti, Bernardon aurait eu un autre frère nommé An- 
toine. Mais il parait évident qu'il y a là une erreur de copiste ou que Ton a lu 
Antonius au lieu de Gvationus. 

13 



Digitized by 



Google 



178 LES GASCONS EN ITALIE. 

I lieu de naissance à Bernardon de Serres une localité du dio- 

cèse d'Aire (1). 
I Le même sceau (2) nous donne les armes de Bernardon de 

Serres, mais bien entendu sans les couleurs. L'écusson est un 
écusson parti : au 1" paie de .... et de .... de six pièces (5); 
au 2* fascéde .... et de .... de six pièces, L'écusson timbré 
d'un heaume qui a pour cimier une tête de cerf avec sa ramure. 

Ces renseignements, si nets et si bien d'accord, qui décou- 
lent de l'étude des sceaux et des pièces d'archives, rendent 
plus frappantes encore les erreurs qu'un auteur du siècle 
dernier, Pithon-Curt, a commises dans son Histoire de la 
noblesse du comté Vmaissin (4). 

Pithon-Curt rattache Bernardon de Serres à une famille du 
même nom étabhe dans le Comtat Yenaissin, à Carpentras 
et à Marseille, famille qu'il considère comme étant la des- 
cendance de Gration, le frère aîné de Bernardon. 

Ce n'est pas ici le lieu de discuter cette question généalo- 
gique pour laquelle Pithon-Curt peut avoir raison, bien que 
les armes de cette famille de Serres de Provence soient tout à 
fait différentes de celles que nous avons relevées sur le sceau 
de Bernardon. Mais là où l'auteur de V Histoire de la noblesse 
du comté Venaissin se trompe grossièrement, c'est lorsqu'il 
veut donner pour souche à Gration et à Bernardon la famille 
génoise et espagnole des Serra, en faisant d'eux les frères de 
Pedro Serra qui fut créé cardinal par le pape Benoît XIII 

(1) Pièces justi/icativeSt n** XX. 

(2) l\ existe de ce sceau plusieurs exemplaires qui sont tous plus ou moins 
frustes, mais qui se complètent mutuellement. Bibl. Nationale Pièces origi- 
nales, vol. 2694, dossier Serres, n°* 12, 13, 16, 18, 19, 25, 28, 30. Archives 
Nationales, K 57, n^ 9^. Cf. Douët-d'Arcq. Sceaux des Archives, no3612. 

(3) L'armoriai de d'Hozier, conservé à la Bibl. Nationale, donne cette indi- 
cation curieuse : a Antoine Serres l'aisné, procureur au parlement de Tou- 
louse, porte : Paie d'azur et d'argent de 5ia? pièces (Languedoc, i, page 635).* 
Je laisse aux généalogistes le soin de tirer parti de cette analogie inattendue de 
noms et de blasons entre le fier capitaine du xiv^ siècle et le modeste procu- 
reur de la fin du xvii^. 

(4) Tome m, pp. 264-267. 



Digitized by 



Google 



BERNARDON DE SERRES. 179 

d'Avignon en 1397, et qui mourut évêque de-Calane en 
U04. 

L'auteur allègue, au sujet de la famille Serra, le témoignage 
du P. Ménestrier, dans son traité des Preuves de Noblesse (1); 
mais le P. Ménestrier doit être mis tout à fait hors de cause. 
Il n'y a pas un mot du traité des Preuves de Noblesse qui 
puisse se rapporter, même de la manière la plus indirecte, à 
Bernardon de Serres. En réalité, c'est de son propre chef et 
sans aucune preuve que Pithon-Curt a confondu, d'un trait 
de plume, les seigneurs de Serres-Los, en Gascogne, avec les 
Serra, d'Aragon. 

Il suffit cependant d'ouvrir les historiens et les chroniqueurs 
italiens pour se convaincre que Bernardon de Serres ne peut 
être né ailleurs qu'en Gascogne. En effet, pour ces chroni- 
queurs, Bernardon a'est pas seulement un Gascon; il est le 
Gascon par excellence. îl a, pour ainsi dire, perdu son nom.de 
famille pour l'échanger contre le nom de son pays. Bien des 
écrivains italiens, à la fin du xiV' ou au commencement du 
XV* siècle, ne savent pas ce que c'est que Bernardon de 
Serres, mais tous connaissent Bernard le Gascon, « Bernar- 
done Guascone, » le vaillant capitaine que le vulgaire appelle 
encore, par un surnom bien significatif : « Le Grand Ber- 
nard (2). » 

Pithon-Curt ajoute, il est vrai, un peu plus bas : « Ber- 
nardon de Serres, chevalier, que quelques-uns disent être du 
diocèse d'Àgen...» Nouvelle erreur dont l'origine se comprend 
facilement. L'écrivain provençal a tout simplement confondu 
ensemble les deux capitaines qui portaient le même prénom 
à la même époque. Il a certainement pris Bernardon de La 
Salle pour Bernardon de Serres (3). 

(1) Le Blason de la noblesse ou les preuves de noblesse, Paris 1683. 

(2) Annales Mediolanenses, dans Muratori, xvi, col. 835. 

(3) Cet auteur joue vraiment de malheur : car s'il parle à tort de TAgenais 
à propos de Bernardon de Serres, il ne prononce pas ce nom là où il pourrait 
être bien appliqué, c'est-à-dire dans la courte notice qu'il a consacrée à 



Digitized by 



Google 



lÔO LEè GASCONS EN ITALIE. 

Pour en Unir avec les particularités relatives à Tétat-civil de 
Bernardon de Serres, il faut ajouter que le capitaine landais 
épousa une italienne appartenant à une des plus anciennes 
familles de la Toscane et de l'Ombrie, Romaine de Baschi, fille 
de Guichard de Baschi et de Jacquette Farnèse. Guichard de 
Baschi, seigneur de Vitozio, de Morano et de Lalera, en 
Toscane, après avoir joué un rôle considérable dans les affaires 
de la République de Sienne, s'attacha à la fortune de Louis I" 
d'Anjou et finit par quitter sa patrie pour aller s'établir en 
Provence, où ses descendants se sont perpétués par les mar- 
quis d'Aubays. Avec Romaine, Guichard de Baschi eut encore 
un fils nommé Barthélémy ou Bertold, qui devint par consé- 
quent le propre beau-frère de Bernardon de Serres. Ce Bertold 
fut, en 1393. déclaré rebelle par les Siennois, pour avoir prêté 
la main aux expéditions entreprises par les compagnies de 
Bretons (1). 

Bernardon de Serres n'eut pas d'enfant de son mariage. 
A sa mort, en 1412, tous ses biens passèrent à son frère 
Gration (2). 

Quant à sa veuve, Romaine de Baschi, elle fut d'abord 
fiancée par son frère Bertold, le 23 décembre 1413, avec 
Henri, seigneur d'Atenaïo, grand-maître d'hôtel du roi de 
Naples. Puis elle épousa Guillaume de Forcalquier, seigneur 
de Viens et de Garambois; et se remaria enfin en troisièmes 



Bernardon de La Salle {Histoire de la noblesse du comté Venaissin, iii. 
pp. 215-217). 

Bien entendu, Pithon-Cart rattache le défenseur de Clément VH et de 
Louis 11 d'Anjou, mais sans établir de filiation certaine, à une famille de La 
Salle, habitant le comtat Venaissin, famille dont la généalogie ne peut être 
dressée qu'à partir du commencement du xvi® siècle. Quant au pays d'origine 
de Bernardon de La Salle, Pithon-Curt se contente de rapporter, d'une ma- 
nière dubitative il faut le dire, l'assertion de Fantoni fHistoria délia M'a 
d'Avignone, i, p. 267) qui fait très bizarrement de Bernardon de La Salle un 
chevalier d'Ânagni I 

(1) Malavolti, Historia di Siena, m parte, p. 178. 

(2) J. Columbi, De rébus gestis episcoporum Vasionensium, lib. m, 
n^ 56 à 58. 



Digitized by 



Google 



BERNARDON DE SERRES. 181 

noces avec Luchino de Ricci, coseigneur de San-Paolo et de 
Corveglia dans le pays d'Asti, auquel elle survécut encore (!)• 

Les premières années de la vie de Bernardon de Serres res- 
tent complètement obscures. Tout ce que nous savons à son 
sujet, c'est qu'il arriva en Italie avec les bandes de routiers 
envoyées de France par le pape Grégoire XI, soit en 1375 
avec Bernardon de La Salle (2), soit l'année suivante avec 
Silvestre Bude et Jean de Malestroit (3). 

Le lecteur a vu dans l'histoire de Bernardon de La Salle 
quel fut le rôle important joué par les routiers bretons et 
gascons après la déclaration du Grand Schisme. Il sait com- 
ment ces bandes, solidement établies dans le centre de l'Italie, 
au nord de Rome, continuèrent pendant de longues années à 
défendre les intérêts du pape d'Avignon, Clément VII, tout en 
effectuant, pour leur propre compte, de 1386 à 1389, une 
série de brillantes et fructueuses opérations sous les ordres de 
Bernardon de La Salle. Nul doute que Bernardon de Serres 
n'ait pris une part de plus en plus importante aux exploits 
des compagnies. Mais alors le nom de Bernardon de La Salle 
domine tout. Sa renommée éclipse absolument celle des autres 
gens de guerre qui l'entourent, et le chef incontesté des com- 
pagnies gasconnes est le seul personnage qui soit connu et cité 
par les chroniqueurs italiens. 

Cependant, avec le temps (4), Bernardon de Serres arrivait 
peu à peu à se placer au premier rang à côté du célèbre capi- 
taine des routiers. La dernière grande campagne que Bernardon 
de La Salle dirigea au centre de l'Italie, dans l'été de 1389, 



(1) Généalogie de la Maison de Baschi (Bibl. Nationale, imprimés, Lm' 
1073), p. 9. 

(2) Voir plus haut, p. 125. 

(3) Poggio Bracciolini, lib. m, dans Muratori, xx, col. 273. 

(4) Les historiens italiens sont d'accord pour attester que Bernardon de 
Serres était depui$«fort longtemps déjà en Italie lorsqu'il fut, en 1396, nommé 
capitaine de la guerre par les Florentins.— Lionardo Aretino, lib. xi, p. 290. 
Poggio Bracciolini, lib. m, dans Muratori* xx, col. 273, 



Digitized by 



Google 



182 LES GASCONS EN ITALIE. 

acheva de mettre en pleine lumière raventurier landais (i). Et 
lorsque les compagnies renoncèrent à marcher sur Sienne, à 
cause des renforts envoyés par Jean-Galèas, et se rabattirent 
au mois de juin sur le Patrimoine de Saint-Pierre, le pape 
de Rome Urbain VI, en donnant des ordres pour l'organisa- 
tion de la résistance, dénonça Bernardon de Serres, à côté 
de Bernardon de La -Salle, comme étant l'un des deux chefs 
des troupes ennemies (2). 

Le départ de Bernardon de La Salle pour la France, en 1390, 
et sa mort survenue quelques mois plus tard, dans les défilés 
des Alpes, achevèrent de laisser le champ libre à Bernardon 
de Serres. Dès lors, ce dernier hérita de cette influence et de 
cette véritable suprématie que Bernardon de La Salle avait si 
longtemps exercées sur les troupes de routiers ou, comme 
Ton disait alors, de Bretons, fixés en Italie, dans le Patrimoine 
de Saint-Pierre, sur les confins de la Toscane. 

L'auteur de V Histoire de la noblesse du comté Venaissin 
prête à Bernardon de Serres, sans donner aucune preuve à 
Tappui, une participation aux affaires de Provence qui se 
placerait dans les années obscures de son existence, avant la 
campagne de 1389. D'après lui, Bernardon de Serres fut 
employé, en 1383, par le pape Clément VII, pour défendre 
la Provence et le Comtat Venaissin, contre les entreprises des 
partisans de Charles de Durazzo. La chose n'aurait rien d'im- 
possible. Mais Pithon-Curt ajoute que « ces services impor- 
tants déterminèrent Clément VII à lui inféoder le bourg de 
Malaucène par une bulle des ides de mai de Tan 1386 (3). » 
Or, nous verrons que la donation de Malaucène est en 
réalité du 1" septembre 1394 et qu'elle fut faite expressé- 
ment pour récompenser les services rendus par Bernardon 
de Serres en Italie. Cette erreur flagrante rend suspect 



(1) Ammirato, Istorie Florentine, nb. xv, p. 796. 

(2) Raynaldi, Annales ecclesiastici, 1389, § viii. 

(3) Histoire de la noblesse du comté Venaissin, m, p. 266. 



Digitized by 



Google 



BERNARDON DE SERRES. 183 

tout le passage. Et Ton peut demander si Pithon-Curt n'a 
pas été de nouveau trompé par une similitude de prénoms 
qui lui a fait attribuer à Bernardon de Serres des faits qui se 
rapportent à Bernardon de La Salle. Ce dernier, en effet, 
se trouvait justement en Provence en 1385, occupé à com- 
battre, pour le CQmpte du pape Clément Vil et du roi Louis II 
d'Anjou, les partisans.de la Maison de Durazzo (1). 

Quoi qu'il en soit, si l'on veut ne s'appuyer exclusivement 
que sur des indications certaines, il faiït se contenter de suivre 
Bernardon de Serres à partir du moment où il reçut le com- 
mandement suprême des bandes de Bretons établies en Italie. 

La présence à leur tête d'un nouveau chef, plus jeune, 
ayant encore sa réputation à établir, redoubla l'ardeur des 
bandes. Les routiers reprirent avec un succès croissant le 
cours de leurs incursions, interrompues quelque temps, 
semble-t-il, par le départ et la mort de Bernardon de La 
Salle. 

Dans le courant de l'année 1392 et au commencement de 
Tannée suivante, c'est de leur part une guerre incessante 
contre les Romains et les Siennois. Entre temps, ils ravagent 
les Maremmes ou poussent leurs incursions sur le territoire 
pisan et même jusque vers Pérouse. 

En mars 1393, le château de Montalto (2), dans les Marem- 
mes, qu'ils avaient déjà occupé une première fois, puis 
perdu (3), retombe en leur pouvoir et est immédiatement 
transformé par eux en citadelle. Ils s'emparent encore de 
Corneto et de plusieurs autres places, et finissent par étendre 
leur domination jusqu'à Monteflascone, en causant de graves 
dommages à quiconque ne se met pas d'accord avec eux. 

Aux routiers proprement dits sont alors venus se joindre 
un grand nombre d'Italiens. Néanmoins on continue à dési- 



(1) Voir plus haut, pp. 151 et 152. 

(2) Montalto di Castro, province de Rome, district de Civita-Vecchia. 

(3) Paul Durrieu, Le Royaume d*Adria, p. 59. 



Digitized by 



Google 



184 LES GASCONS EN ITALIE. 

gner iadistiactement sous Tappellation de Bretons toutes les 
troupes qui reconnaissent Tautorité suprême de Bernardon 
de Serres. C'est, du reste, au nom du Landais que s'effectuent 
toutes les conquêtes, en son nom que Ton organise la garde 
des places fortes et des terres qui sont prises par les bandes (1). 

Dans toute guerre, mais surtout dans une guerre qui n'est 
qu'une suite de surprises et de coups de main, il est presque 
impossible qu'à côté des succès il ne faille pas enregistrer 
quelques échecs. Les Compagnies en firent plus d'une fois 
l'expérience. Au mois de mai 1393, Viterbe, où Jean Sciarra, 
partisan de Clément VII, était établi avec une forte garnison 
de Gascons et de Bretons, et qui était considérée comme l'une 
des cités les plus dévouées, en Italie, au pape d'Avignon (2), 
Viterbe donc fut attaquée par les troupes romaines. Les 
routiers de la garnison subirent une défaite complète dans 
une rencontre. Ils prirent la fuite, en laissant plus d'une 
centaine des leurs sur le champ de bataille. Sciarra dut se 
résoudre, pour conserver sa situation personnelle, à se sou- 
mettre à l'obédience de Grégoire IX, pendant que les Romains, 
avant de regagner les bords du Tibre, poussaient jusqu'à 
Montefiascone, la principale place occupée par les gens de 
Bernardon de Serres, en faisant sur leur passage tout le mal 
possible (3). 

Les routiers prirent amplement leur revanche l'année 
suivante (1394). Encouragés par la réussite de leur entre- 
prise sur Viterbe, les Romains et les Siennois avaient de 
nouveau envoyé une puissante armée dans les Maremmes 
pour pousser vivement les compagnies de Bretons et leur 
couper les vivres. Mais Bernardon de Serres et les siens s'en- 
tendirent en secret avec un capitaine italien, Gian Tedesco 
de Pietramala, qui était alors à Narni. Moyennant deux mille 

(1) Minerbetti, col. 312. 

(2) Le Royaume d'Àdria, p. 59. 

(3) Minerbelti, col. 315; Boninconlri, Annales, dans Moratori, xxi, col. 65. 



Digitized by 



Google 



BERNARDON DE SERRES. 185 

florins, ils achetèrent son concours et, secondés par lui, 
firent essuyer une déroule aussi complète que sanglante aux 
Romains et aux Siennois. Ceux-ci perdirent plus d'un millier 
d'hommes, et tout le reste de leur armée fut pris ou dut 
chercher son salut dans une fuite honteuse (1). 

Aux yeux des Italiens ces exploits des routiers n'étaieiit 
guère qu'une série de brigandages. Mais, en réalité, Bernar- 
don de Serres avait une pensée plus haute. En faisant ainsi 
la guerre aux Romains et à leurs alliés, il avait toujours en 
vue le triomphe futur du pape d'Avignon. Clément VII était 
probablement d'accord avec lui. En tous cas, il savait appré- 
cier le concours que lui prêtait l'aventurier landais en éten- 
dant ainsi le cercle des pays où les routiers, venus de France, 
imposaient la reconnaissance du pontife qu'ils tenaient eux- 
mêmes pour le seul vrai pape. Après les succès de l'année 
1394, le pape d'Avignon voulut récompenser le Gascon en 
lui octroyant, par une bulle solennelle du i" septembre 1394, 
la propriété du château et de là ville de Malaucène (2) dans le 
diocèse de Vaison « eu égard, disait la bulle, aux services 
que notre amé fils, noble homme Bernardon de Serres, 
damoiseau, du diocèse d'Aire, nous a rendus à Nous et à 
l'Eglise Romaine, en Italie, pour le recouvrement et la défense 
des terres et des autres lieux et droits appartenant à l'Eglise 
dans la dite contrée (3). » 

Plus tard, Bernardon de Serres reçut encore dans la même 
région, soit des papes d'Avignon, soit du roi Louis II 
d'Anjou, la seigneurie de Mollans (4) et le port de Noves (S), 
qu'il devait laisser avec Malaucène à ses héritiers (6). 



(1) Minerbetti, col. 330; Sozomeno, dans Muratori, xvi, col. 1157. 

(2) Vaucluse. arrondissement d'Orange. 

(3) Pièces jusii^caiives, n* XX. 

(4) Drôme, arrondissement de Nyons, canton de Buis. 

(5) Bouches-da-Rhône, arrondissement d'Arles, canton de Ghâteaarenard. 

(6) Généalogie de la Maison de Baschi, p. 9; J. Columbi, De Rehus gestis 
€piscoporum Vasionensium, lib. m, n<>ô8. 



Digitized by 



Google 



186 LES GASCONS EN ITALIE. 

Les succès remportés par Bernardon de Serres à la tête des 
compagnies, en fondant d'une manière définitive sa répu- 
tation d'habile homme de guerre, devaient forcément l'amener 
tôt ou tard à intervenir dans les affaires politiques de l'Italie, 
avec un rôle plus relevé que celui de vulgaire chef de bandes. 
L'occasion parut un instant s'offrir à la fin de cette même 
année 1394. 

La situation de la Péninsule restait toujours la même. 
C'était, dans le nord, Florence luttant plus ou moins ouver- 
tement contre le comte de Vertus, Jean-Galéas Visconli, qui 
aspirait à placer un jour sur sa tête la couronne du roi d'Italie. 
C'était, au sud, Louis II d'Anjou et Ladislas de Durazzo se 
disputant, les armes à la main, le royaume de Naples et l'héri- 
tage de la reine Jeanne. Cependant, malgré la défaite du comte 
d'Armagnac, les progrès de Jean-Galéas s'étaient momenta- 
nément arrêtés. Le capitaine des armées florentines, l'illustre 
Jean d'Hawkwood, avait si bien manœuvré qu'il avait en 
partie réparé le désastre d'Alexandrie; le comte de Vertus 
s'était vu amené à conclure la paix de Gênes au mois de jan- 
vier 4392. Or, par ce traité, qui le forçait à rendre Padoue, 
il perdait du terrain plutôt qu'il n'en gagnait. De plus, le 
danger avait ouvert les yeux aux Florentins. Aussitôt le calme 
rétabU, ils s'étaient efforcés de grouper autour d'eux, par 
une ligue signée à Bologne dans le courant du mois d'aont 
1392, les princes et les républiques d'Italie dont l'indépen- 
dance ou les intérêts étaient menacés par les empiétements 
du seigneur de Milan (1). 

Jean-Galéas n'avait pu triompher de Florence et de Bologne 
réduites à leurs propres forces. Désormais il trouverait en 
face de lui une menaçante coalition, où tous ses ennemis 
étaient entrés. Que devenaient alors ses grands projets de 
monarchie itaUenne? Il sentit qu'il avait été trop vite et qu'il 

(1) p. Minerbelli, col. 293 et 303.. 



Digitized by 



Google 



BERNARDON DE SERRES. 187 

achèverait de compromettre à jamais la réalisation de ses rêves 
s'il tentait de recommencer la latte sans y introduire de nou- 
veaux éléments. Il résolut alors de mettre en avant son gendre, 
Louis de France, duc d'Orléans, le même qui, sous le nom 
de duc de Touraine, avait suscité tant d'obstacles au départ 
du comte Jean IIÏ d'Armagnac pour l'Italie. 

Le duc Louis d'Orléans est certainement une des figures 
les plus mal connues et, disons-le, pour qui l'étudié de près, 
à la fois une des plus attachantes et des plus injustement 
calomniées. L'Histoire, qui s'est faite trop souvent bourgui- 
gnonne, n'a guère considéré que ses défauts, dont on ne peut 
du reste nier l'existence. Mais elle a laissé dans l'ombre les 
qualités remarquables qui distinguaient le prince, à com- 
mencer par cette bonté et cette affabilité qui faisaient, de 
tous ceux qui l'avaient une fois approché, des amis et des 
partisans dévoués jusqu'à la mort. Il est surtout un côté delà 
vie de Louis d'Orléans que l'on soupçon;:e pour ainsi dire à 
peine. Ce sont les grands projets politiques dont le frère de 
Charles VI a été toujours occupé. Tant qu'il vécut, Louis 
d'Orléans ne cessa de rêver et de poursuivre la création à son 
profit d'un vaste état indépendant, sinon même d'un royaume, 
qui l'eût placé au nombre des plus puissants princes de la 
chrétientés Son malheur fut de vouloir trop embrasser et de 
ne savoir jamais s'arrêter à un plan définitif. Où trouver les 
éléments de sa future grandeur? Louis d'Orléans songea à la 
fois à l'Italie du nord ou à l'Italie centrale et, d'autre part, au 
duché de Luxembourg, que ses acquisitions successives de 
la seigneurie de Coucy et du Porcien lui auraient permis de 
rattacher, presque sans discontinuité de territoire, aux vastes 
domaines qu'il possédait déjà en France, de manière à étendre 
son autorité depuis la frontière du royaume à l'est jusqu'aux 
bords de la Loire. Adoptant puis abandonnant tour à tour, 
tantôt l'un, tantôt l'autre de ces deux projets, il était con- 
damné à n'atteindre en somme aucun résultat. On doit ajou- 



Digitized by 



Google 



188 LES GASCONS EN ITALIE. 

ter, il est vrai, que Louis d'Orléans trouva dans la jalousie 
de la Maison de Bourgogne un perpétuel obstacle et que s'il 
s'arrêta toujours en chemin, c'est que son oncle, le duc 
Philippe-le-Hardi, ne manqua jamais de traverser et de réduire 
à néant ses plans les plus savamment combinés. 

Il a déjà été question incidemment, dans l'étude consacrée 
à Bernardon de La Salle, à propos des événements qui pré- 
cédèrent la bataille de Marino, en 1379, d'un expédient ima- 
giné par Clément VII aux abois, et qui consistait à ériger 
en royaume vassal du Saint-Siège, sous le nom de royaume 
d'Adria, la majeure partie des Etats de l'Eglise. Ce royaume 
aurait été destiné à un prince du sang de France, au duc 
d'Anjou. La combinaison fut exposée tout au long et même 
formellement arrêtée dans une buîle du 17 avril 1379. 
Mais les événements qui suivirent : la défaite de Marino, 
le départ de Clément VU pour la France et encore plus 
l'adoption du duc d'Anjou parla reine Jeanne, firent presque 
aussitôt avorter, puis complètement oublier le projet à peine 
ébauché (1). 

Ce fut cette bulle du 17 avril 1379, à laquelle personne ne 
pensait plus, qui servit de point de départ, après la paix de 
Gênes, aux nouvelles combinaisons de Jean-Galéas. Repren- 
dre le programme abandonné, créer effectivement le royaume 
d'Adria, faire placer cette couronne, qu'il n'osait demander 
pour lui, sur la tête de son gendre le duc d'Orléans, rame- 
ner Clément VII à Rome et affermir à Naples l'autorité du 
roi Louis II : telle est la conception vraiment grandiose ima- 
ginée par le comte de Vertus, dans l'espérance d'arriver 
ainsi à établir enfin sa complète suprématie sur l'Italie. 

Le résultat était facile à prévoir. Louis d'Orléans, complè- 
tement d'accord avec son beau-père et soumis à l'influence 
de sa femme, la duchesse Valentine de Milan, ne songerait 

(1) Voir plus haut, p. 131. 



Digitized by 



Google 



BËRNARDON DE SERRES. 189 

qu'à seconder la politique milanaise. Le rôle de Clément VU, 
installé à Rome, et du roi Louis II, définitivement assis sur le 
trône de la reine Jeanne, serait encore plus effacé. Devenus 
les protégés de Jean-Galéas, ils seraient obligés de tout sacrifier 
pour conserver Tappui du seigneur de Milan. Leur intérêt 
répondrait de leur complaisance et la seule menace de les 
abandonner suffirait à arrêter chez eux toute manifestation 
d'indépendance ou toute tentative de révolte-. 

Ainsi le comte de Vertus n'aurait qu'à seconder une expé- 
dition française dirigée par le duc d'Orléans, qu'à mettre son 
influence au service du pape d'Avignon et de Louis II d'Anjou 
pour devenir, sinon en apparence, du moins de fait, l'arbi- 
tre souverain de toute la Péninsule, depuis les Alpes jusqu'au 
détroit de Messine. 

Cette idée de reprendre la création du royaume d'Adria, 
suggérée d'une manière extrêmement habile par les émissaires 
de Jeaii-Galéas, fit fortune à la cour de France. Le*24 janvier 
1393, « après grand avis et délibération », trois ambassa- 
deurs reçurent l'ordre d'aller trouver Clément VII à Avignon 
pour lui demander de renouveler en faveur du frère du roi 
de France la bulle jadis octroyée au duc d'Anjou. En tête 
de cette ambassade se trouvait l'illustre Enguerrand VII, sire 
de Coucy, qui était tout dévoué au duc Louis d'Orléans. 

J'ai raconté ailleurs, dans les plus grands détails, les 
longues et curieuses négociations qui commencèrent alors 
entre ces envoyés du roi de France et du duc d'Orléans, 
poussés à leur insu par JeanGaléas, et la cour pontificale 
réunie à Avignon autour de Clément VII (1). 

Malgré l'intérêt capital qu'il avait personnellement à la 
réussite de ce projet, le pape d'Avignon, à son honneur, fut 
effrayé de la responsabilité qu'il allait encourir. Il hésita. 



(1) Le Royaume d'Adria, Paris 1880. — Le texte seul de ce travail, sans 
les pièces justificative?, a paru d'abord dans la Revue des questions /iûlon- 
ques, livraison de juillet 1880. 



Digitized by 



Google 



190 LES GASCONS EN ITALIE. 

chercha à gagner du temps, souleva des objections; si bien 
qu'après vingt mois de négociations les choses étaient fort 
peu avancées, lorsqu'Enguerrand de Coucy quitta Avignon, 
le i septembre 1394, pour passer en Italie et aller s'établir à 
Asti que le duc d'Orléans possédait comme dot de Valentine 
de Milan. 

Tout en continuant ses démarches auprès du Pontife, le 
duc Louis d'Orléans, obéissant à son caractère ambitieux et 
mobile, avait déjà échafaudé une nouvelle combinaison, 
et c'était pour la mettre en pratique qu'Enguerrand de 
Coucy arrivait en Lombardie avec le titre de lieutenant du 
prince. 

II s'agissait, en attendant mieux, d'étendre l'autorité du 
duc sur toute la Ligurie, en plaçant Savone sous son protec- 
torat et en cherchant ensuite à mettre la main sur Gènes, 
alors déchirée par la rivalité des partis et bouleversée par de 
perpétuelles" révolutions. 

Pour réaliser les vues du prince, Enguerrand de Coucy 
avait à sa disposition une véritable armée. De France étaient 
venus Jean de Roye, chambellan du duc, avec deux cents 
hommes d'armes et cinquante archers (1); et, en même 
temps, Jean de Trie, Pierre de'Vieuville et Guillaume de 
Bracquemont qui avaient amené encore cent hommes 
d'armes et cinquante archers (2). Dans le pays même, le 
lieutenant du duc d'Orléans engageait des condottieri, comme 
Facino Cane et Otto Rusco et des compagnies d'Armagnacs, 
débris de l'armée du comte Jean III (3). 

Du reste les voies étaient préparées à l'avance; à force 
d'argent, le duc d'Orléans avait gagné successivement les 
principaux seigneurs du pays, les Carretto, Marquis de 

(1) Archives de Tarin, Paesi in génère, liasses d'Asti, Mandement du duc 
d^Orléans du 2i a9Ût 1594. 

&] Bibl. Nationale. Pièces originalei^ vol. 2989, dossier la Vieuville, n^ 7. 

(3j Archives de Turin, Paesi in génère, liasses d'Asti. — Bibl. Nationale. 
Pièces originales, vol. 588, dossier Ganteleu, n<>4, etc., etc. 



Digitized by 



Google 



BERNARDON DE SERRES. 191 

Savone (1) et seigneurs de Finale (2), les Fieschi (3), les 
Doria (4), les Spinola (5), les marquis de Ceva (6), les 
confites de Vintimille (7), etc.. D'un autre côté, parmi les 
Génois, deux des principaux compétiteurs à la dignité de 
doge, Antoine deGuarco et Antoine de Montalto, poussés par 
le désir de renverser leur rival, Antoniotto Adorno, promet- 
taient de faire tous leurs efforts pour donner la seigneurie de 
Gènes au duc d'Orléans (8). 

Sous l'impulsion d'Enguerrand de Coucy les progrès 
furent d'abord assez rapides. Le 17 novembre 4394, 
Savone se mit sous la protection du duc (9). De tous côtés 
on vit arborer les bannières portant les fleurs de lys et le 
lambel d'Orléans (10). Bientôt on put prévoir le moment 
où Gênes même, qui essayait encore de reprendre Savone, 
finirait par rentrer sous la domination du gendre de 
Jean-Galéas. 

Tous ces projets du duc d'Orléans, plus ou moins bien 
connus dans leurs détails, et, comme il arrive en pareil cas, 
grossis par des rapports inexacts, causaient une grande 
émotion au-delà des Alpes. A Florence, au commencement 
de l'année 1393, on voyait déjà le duc d'Orléans descendant 
en Italie avec un corps d'armée de quinze cents lances, arri- 
vant à Pavie où il doublait ses forces par l'adjonction des 
troupes fournies par Jean-Galéas, et entreprenant à la tête 
de cet effectif redoutable la soumission, par les armes, de 



(1) Bibl. Nationale. Pièces originales, vol. 2153, n^ 176. •— Archives de 
Tarin. Paesi in génère, liasses d'Asti, Mandements du 2S septembre et du 
44 novembre 1394, etc. 

(2) Bibl. Nat. Ms. français 6210, n^ 516. 

(3) Maurice Faucon, Rapports de deux missions en Italie, p. 53. 

(4) Pièces originales, y o\. 875, dossier Coucy, n^ 23. 

(5) Pièces originales, vol. 2153, n» 185; voj. 875, dossier Coucy, n^ 22. 

(6) Bibl. Nat. Ms. français 10431, P 124. 

(7) Même manuscrit, f*^ 46. 

(8; Bibl. Nat. Ms. français 10431, f<»»28, 40, etc. 

(9) Maurice Faucon, Rapport de deux missions en Italie, p. 14. 

(10) Bibl. Nat. Pièces originales j vol. 875, dossier Coucy, n<>20. 



Digitized by 



Google 



192 LES GASCONS EN ITALIE. 

Bologne et du reste des Etats de TEglise (1). Mais ce fat 
naturellement dans les territoires destinés à faire partie du 
futur royaume d'Adria, que le contre-coup des négociations 
entamées à Avignon se fit le plus vivement sentir. En appre- 
nant l'arrivée d'Enguerrand deCoucy en Lombardie, plusieurs 
barons, nobles et châtelains de la Marche d'Ancone, de la 
Romagne, du Patrimoine de Saint-Pierre et du Bolonais, 
prirent les devants et firent proposer, par lettres ou par mes- 
sagers, au lieutenant du duc d'Orléans de faire alliance avec lui 
et de prêter hommage au prince français, leur futur souverain. 

Bernardon de Serres était parmi eux. Il offrait de mettre au 
service du duc d'Orléans toutes les villes, forteresses et châ- 
teaux qu'il détenait dans le Patrimoine de Saint-Pierre, s'en- 
gageant, dès que l'on aurait besoin de lui, à seconder par- 
tout avec ses gens d'armes les entreprises du frère de 
Charles VI. 

Dans l'état actuel des choses^ Enguerrand de Coucy, obligé 
de concentrer toute son attention sur Savone et sur Gênes, 
ne pouvait encore mettre à profit, d'une manière active, les 
offres du Landais et conclure avec lui un arrangement défini- 
tif. Mais il comprenait trop combien un pareil auxiliaire était 
précieux à gagner; et, pour confirmer le capitaine de routiers 
dans ses bonnes dispositions, il commença par lui octroyer, 
le 22 décembre 1394, un don personnel de cent florins d'or 
au nom du duc d'Orléans (2). 

C'était à ce don de cent florins que devaient momentané- 
ment se borner les rapports de Bernardon de Serres avec le 
duc d'Orléans. En effet, un an ne s'était pas écoulé que 
déjà tous les projets du gendre de Jean-Galéas s'écroulaient 
les uns après les autres. 

Douze jours après le départ d'Enguerrand de Coucy, le 



(1) Lettre de la République florentine du 21 février 1393. — Archives de 
Florence* Signorr, Carleggio, Missive, Reg. i, Cancell, n^* 22, f> 87 v<>. 

(2) Pièces juitificatives, n<> XXI. 



Digitized by 



Google 



BERNARDON DE SERRES. 193 

16 septembre 4394, Clément VII était mort subitement à 
Avignon. Avec lui disparut pour jamais le chimérique 
royaume d'Adria, bien que l'on constate encore au moià de 
janvier 1395 renvoi d'émissaires du duc d'Orléans dans le 
centre de l'Italie, à Urbin et à Forli (1). Restait Savone 
qu'Enguerrand de Goucy avait victorieusement disputée aux 
Génois. Restait Gênes, de plus en plus menacée de perdre son 
indépendance. 

Mais pendant que Louis d'Orléans poursuivait la réalisa- 
lion de ses espérances, un très fort courant d'opinion se mani- 
festait contre lui aussi bien en France qu'en Italie. A quoi bon 
disait-on, travailler pour le compte du duc d'Orléans? Ne 
serait-il pas préférable de saisir l'occasion au proQt de la 
Couronne de France elle-même? Le duc d'Orléans a fait de 
grandes dépenses pour conquérir Savone. Que le roi de 
France lui rachète ses droits en l'indemnisant de ses frais! 
Dans ce revirement de la politique suivie par le gouverne- 
ment français se reconnaissaient les manœuvres habituelles 
du duc de Bourgogne toujours jaloux de son neveu. Dès le 
15 mars 1395, on annonçait en Lombardie que le duc 
d'Orléans était obligé d'abandonner au roi, moyennant trois 
cent mille francs, ses prétentions sur Gènes et sur Savone (2). 
De fait, le 10 mai suivant, le capitaine de Savone déclare 
qu'il est maintenant au service du roi de France (3). 

A la même époque, le doge de Gênes, Antonio Adorno, 
persuadait à ses compatriotes de se placer sous la protection 
directe du roi de France. Au mois d'août 1395, une ambas- 
sade génoise vint offrir à Charles VI de le reconnaître pour 
souverain (4). 
La conduite de Jean-Galéas acheva de tout perdre. Fu- 

(1) Bibl. Nat. Ms. français 10431, f° 35. 

(2) Quittance pour paiements faits h un chevaucheur du due d'Orléans du 
6 avril 1395. — Archives de Turin, Paesi in génère, liasse d'Asli. 

(3) Bibl. Nat. Pièces originales, vol. 1954, dossier Meulhon, n^ 3. 

(4) Usligieux de Saint-Denis, ii. p. 402. 

14 



Digitized by 



Google 



194 LES GASCONS EN ITALIE. 

rieax de voir Gênes échapper à son influence, il mit tout en 
œuvre pour entraver les négociations, essaya de jouer un 
double jeu, et, tout en signant un traité d'alliance avec la 
France (1), s'efforça sous main d'amener un soulèvement 
contre Antonio Adorno et le parti favorable à la domination 
française. Ces intrigues n'eurent d'autre résultat que d'exciter 
lïndignation et la colère du roi de France et de ses conseil- 
lers. De toutes parts on demanda un sévère châtiment pour 
une telle perfidie (2). 

En même temps, les bruits les plus fâcheux couraient sur 
sa fille, la duchesse d'Orléans. On prétendait qu'elle avait 
voulu empoisonner le dauphin, que la maladie du roi était 
due à ses sortilèges. Si peu fondées qu'aient été de pareilles 
accusations, elles rencontrèrent une telle crédulité que la 
duchesse dut céder aux clameurs populaires, en abandonnant 
la cour pour se retirer sur les bords de la Loire (3). Le duc 
d'Orléans perdit, bien entendu, une partie de son influence 
et n'osa plus élever la voix pour défendre son beau-père. 

Jamais plus belle occasion ne s'offrit aux Florentins. C'était 
le moment ou jamais de chercher une seconde fois à entraîner 
le roi de France dans une ligue contre Jean-Galéas, ou comme 
l'on disait désormais, contre \educde MUan, car Jean Galèas 
avait acheté ce titre de duc, l'année précédente, à l'empereur 
d'Allemagne, Wenceslas. 

Les Florentins avaient en France un allié assuré : c'était 
le frère du comte Jean III d'Armagnac, le comte Bernard VII, 
qui depuis la mort de son frère portait une haine mortelle 
au comte de Vertus. On résolut de l'interroger d'abord pour 
lâter le terrain, et, le 6 mars 1396, un envoyé, Ser Pero de 
San Miniato, partit des bords de l'Arno pour aller le trouver 
au nom de la Seigneurie. 



(1) Le 31 août 1395.— Lûnig, Codex Jtaliœ diplomaticuê, i, eoL 421. 

(3) Religieux de Saint-Deniê, ii, pp. 436 et suiv. 

(3) . Froissart, Uv . iy, chap. l et uv. — Rêligietix de Saint^Dênit, u» p. 404. 



Digitized by 



Google 



BERNARDON DE SEERES. 195 

Le récit fait par Tambassadeur floreDlin de son entrevue 
avec Bernard VII est bien curieux, mais il jette un triste jour 
sur la vénalité des personnages qui formaient l'entourage du 
roi de France. Naturellement, le comte d'Armagnac accueillit 
avec empressement un projet où il était question de venger 
son frère, et Ton en vint bientôt à discuter les conditions 
d'une campagne en Italie. Bernard exposa en détail ses plans 
d'organisation. Avant tout, il demandait un traité qui liât les 
deux parties : « Nous tomberons d'accord ensemble, disait-il, 
mais je ne voudrais pas qu'après m'avoir conduit en Lom- 
bardie, vous me disiez : Bernard, nous n'avons plus besoin 
de toi, va à tes affaires. » Au moment où l'envoyé florentin 
allait s'éloigner, le comte d'Armagnac, le retenant : « Dépensez 
sans regrets, d'un coup, dix ou quinze mille francs et achetez 
les conseillers du roi, comme l'a fait le comte de Vertus; car 
le roi ne manquera pas de les écouter et d'adhérer à votre 
entreprise, ce qui portera un coup irrémédiable au comte de 
Vertus. » Dans de nouvelles entrevues, qui eurent lieu au 
mois de juin, le futur connétable de France affirma encore 
plus son désir de seconder les Florentins : « Nous sommes 
aujourd'hui réunis d'intérêt. Vous avez perdu votre argent et 
votre honneur; j'ai perdu mon frère et l'honneur. Il faut 
nous venger enfin du comte de Vertus (1). » 

Déjà, sur les renseignements favorables envoyés de France, 
la Seigneurie de Florence avait entamé des négociations avec 
le roi Charles VI. Le 5 mai, elle avait fait partir pour Paris Maso 
degli Albizzi. Grâce à l'indignation soulevée par les manœuvres 
déloyales de Jean-Galéas, grâce à l'appui de la reine Isabeau de 
Bavière et du sire d'Albret, ami intime du comte d'Armagnac, 
les négociations marchèrent très vite et réussirent même 
beaucoup plus complètement que les Florentins n'avaient osé 
Tespérer au début. Ils s'étaient bornés d'abord à solliciter la 

[1) Relation de Ser Pero de San Miniàto. — Archives de Flôreûce, Rif«, 
classe X, dist. 4, n« 1, t» 18 v». 



Digitized by 



Google 



196 LES GASCONS EN ITALIE. 

faveur de lever dans le royaume, au cas d'une guerre contre 
Jean-Galéas, des troupes qui seraient soldées par la Répu- 
blique, mais qui combattraient sous la bannière du roi de 
France (1). Au lieu d'obtenir cette simple autorisation, ils 
arrivèrent à conclure avec la France un traité complet d'alliance 
offensive et défensive. Pleins pouvoirs furent donnés à cet 
effet, le 30 juin 1396, aux ambassadeurs florentins. Maso 
degii Albizzi et Buonaccorso Pilti. Ce dernier rejoignit son 
collègue à Paris, le 23 août; et un mois plus tard, le 29 sep- 
tembre, la ligue était solennellement conclue entre les repré- 
sentants du roi de France et ceux de la République florentine. 

De part et d'autre, les contractants devaient se prêter an 
mutuel concours dans les guerres d'Italie. Toutes les con- 
quêtes faites en Lombardie resteraient à la disposition du 
roi de France, à l'exception de quelques places nommément 
désignées qui étaient réservées aux alliés de Florence, aux 
seigneurs de Mantoue et de Padoue et au marquis d'Esté. On 
mettait hors de cause Gênes et son territoire, qui apparte- 
naient déjà en principe au roi, et la Toscane où Charles VI, 
au contraire, devait s'interdire toute acquisition (2). 

D'autres stipulations presque contemporaines achevèrent 
de préciser la situation. Le 25 octobre un traité consacra 
d'une manière définitive la réunion de Gênes à la Cou- 
ronne (3). Enfin, dans le courant de décembre, le roi 
Charles VI régularisa l'achat fait à son frère de tous ses 
droits sur Gênes et sur Savone (4). \ 

L'alliance avec la France, c'était pour Florence la guerre 
à bref délai contre Jean-Galéas. Et quel adversaire que le | 



(1) Instructions h Maso degli Albizzi du 5 mai 1396. — Archives de Flo- 
rence, Rif., classe x, dist. i. ii" 14, f" 5. 

(2) Archives Nationales. J. 503; Archives de Florence. Rif., classe xi, disl. 
III, n» 7, f^5. — Lûnig. Codex Itaiiœ diplomaticus^ i, col. 1094. 

(3) Archives Nationales, J. 49S, n» 1. 

(4) Archives Nationales, J. 496, n»' 25 et 26; K. 54, n» 11. — Doaêt d'Arcq, 
Pièeei inédiUi reUUiveê au règne de Charles VI, i, p. 134. 



Digitized by 



Google 



BERNARDON DE SERRES. 197 

dac de Milan! Jean-Galéas avait su grouper autour de lui les 
meilleurs capitaines italiens. A la tête de ses troupes on 
retrouvait cet Albéric de Barbiano et ce Jacopo del Verme 
qui avaient jadis triomphé de Bernardon de La Salle et du 
comte Jean III d'Armagnac. 

En attendant le concours espère de la France, il fallait se 
préparer immédiatement à la lutte et trouver un chef capable 
de prendre le commandement des troupes florentines. Malheu- 
reusement le grand homme de guerre qui avait si longtemps 
défendu victorieusement les intérêts de la République, Tillus- 
tre Jean d'Hawkwood était mort en 1394, pleuré de tout Flo- 
rence, qui lui avait fait les obsèques les plus solennelles. 
Lorsqu'on vit les hostilités prêles à éclater en 13i>6, Topinion 
publique demanda d'une voix unanime que Ton s'adressât à 
Bernardon de Serres. D'ailleurs, Jean d'Hawkwood semblait 
avoir désigné lui-même son successeur, car il avait déclaré 
de son vivant que, depuis la mort d'un autre chef renommé, 
Giovanni Ubaldini, le Gascon l'emportait, à ses yeux, sur 
tous les autres capitaines de l'Italie (1). 

Bernardon de Serres ne pouvait refuser une telle marque 
d'estime. Au mois d'août 1398 il fut élu capitaine de la 
guerre de la commune de Florence, et s'engagea à venir servir 
avec deux cents lances et deux cents archers de sa bri- 
gade (2). Restait à régler un point assez important pour lui. 
Qu'allaient devenir les terres et les places qu'il occupait dans 
le Patrimoine de Saiat-Pierre, alors qu'il ne serait plus là 
pour les garder et les défendre? Les Florentins lui conseillè- 
rent de les vendre à beaux deniers comptants, se chargèrent 
de faire Topération et, en bons partisans du pape de Rome, 
s'empressèrent d'aller les céder à ce pontife moyennant 
finances (3). 

(1) Poggio Bracciolini, xx, col. 273. 

(2) Minerbetii, col. 361; Sozomeno dans Muratori, xvi col., 1161. 

(3) Poggio Braccioiini, col. 268. 



Digitized by 



Google 



198 LES GASCONS EN ITALIE. 

Le 17 octobre suivant, Bernardon de Serres entrait à Flo- 
rence, amenant avec lui les troupes promises et remplissant 
scrupuleusement tous ses engagements (1). 

Capitaine de la guerre pour la République de Florence, 
d'abord de 1396 à 1398, puis de 1401 à 1402, Bernardon 
de Serres justiQa sa haute réputation. Ce qui excitait particu- 
lièrement Tadmiration des contemporains, c'était sa vigilance, 
son activité et sa prodigieuse habileté à dérober sa marche et 
à apparaître tout à coup sur un point menacé par Fcnnemi, 
alors qu'on le croyait encore à l'autre extrémité du territoire. 
I On dirait qu'il passe à travers les airs, • répétait-on à Flo- 
rence. D'ailleurs, d'un courage à toute épreuve. Que n'avait-il 
pas à redouter d'un adversaire aussi peu scrupuleux que Jean 
Galéas, ou des ennemis implacables que ses exploits, comme 
chef de routiers, avaient dû certainement lui susciter en Tos- 
cane? Cependant il dédaignait de se faire escorter, et c'était 
en compagnie d'un seul valet qu'il exécutait ses courses sur- 
prenantes (2). 

A ses qualités de soldat, Bernardon de Serres joignait une 
piété sincère (3). Mais chez lui, comme chez le comte Jean ill 
d'Armagnac, comme chez la plupart des capitaines de l'épo- 
que, la nécessité de se faire obéir par des bandes de routiers 
indisciplinés avait développé une sévérité poussée parfois à 
l'extrême. Il était inflexible pour quiconque tentait de 
desobéir ou de trahir. Cette rigueur faillit même le perdre. 
Dans les armées de la République florentine se trouvaient des 
capitaines italiens fort irrités de voir cet étranger, ce Gascon, 



(1) Minerbetti, col. 361; Sozomeno, col. 1181; Baoninsegni, Historia Fio- 
rentina, p. 738. 

(S) Gesare Guasli, Ser Lappo Mazzei, leltere di un notaro a un mer- 
eante, l, p. 433. 

(3) En 1401 il donne 200 florins aux Dominicains de Santa Maria Novella 
à Florence pour que chaque jour, à perpétuité, on dise une messe pour le 
repos de son âme et de celle de son frère. — Buonaccorso Pitti, Cronica, p. 
71, note 4. 



Digitized by 



Google 



BERNARDON DE SERRES. 199 

ainsi place au-dessas d'eux et investi de rautorité suprême. 
Le chef des opposants élaitBarlolomeo Gherardacci de Prato, 
surnommé Boccanegra. À plusieurs reprises^ pendant lacam* 
pagne de 1397, ce dernier, qui affectait de dédaigner l'ancien 
chef de routiers, transgressa les ordres donnés et par là mit 
Bernardon dans les situations les plus difficiles. Malgré une 
défense formelle, il envahit le territoire de Pise. Enfin il gar- 
dait pour lui tout le butin, tandis que le chef de l'armée vou- 
lait quïl fût partagé équitablement et par portions égales 
entre tous les soldais. Un exemple était devenu nécessaire. 
Bernardon n'hésita pas; il fit saisir Bartolomeo et lui fit tran- 
cher la tête comme à un traître. Aussitôt grand émoi parmi 
les troupes italiennes. Paolo Orsini, qui commandait quatre 
cents lances et qui n'avait pas agi autrement que Bartolomeo, 
craint de subir le même sort et songe à se révolter avec d'autres 
capitaines, ses compatriotes. A Florence même l'opinion est 
divisée. Plusieurs blâment très vivement l'action du Landais. 
Mais le plus grand nombre lui donne raison et affirme qu'il 
a bien fait de punir dans Bartolomeo de Prato le traître et l'in- 
signe larron. La Seigneurie s'émeuL Le 5 juillet 1397 elle 
envoie à Colle, où se trouve Bernardon de Serres, Simone 
Altoviti et Niccolo daUzzano pour faire une enquête. Bernar- 
don de Serres se justifie pleinement à leurs yeux ; la Seigneurie 
approuve sa conduite; Paolo Orsini et ses amis sont ramenés 
à l'obéissance ; et par son énergie Bernardon de Serres main- 
tient intact le prestige de son autorité (4). 

En toute occasion Bernardon conservait sa franchise et son 
indépendance de langage. Son caractère loyal s'accommodait 
mal des subtilités plus ou moins avouables et des capitula- 
tions de conscience que les politiciens d'Italie aimaient tant à 
mettre en pratique. Vers la fin de l'année 1401, les Floren- 



(1) Minerbelli, col. 376 et 377 ; Bonincontri, dans Maratori, xxi, col. 73; 
Cesare Gaasti, Ser Lapo Mazzei,ît p* 179; Ammirato, lib. zyi, p. 860; 
Buoninsegni, p. 742; Lionardo Ârelino, lib. XI, p. 232. 



Digitized by 



Google 



200 LES GASCONS EN ITALIE. 

tins, toujours en lutte contre Jdan-Galéas, songeaient à sous- 
traire Pise à TinQuence du duc de Milan. Ils comptaient sur 
un mouvement populaire, qui devait éclater le 28 octobre | 
1401 et qui aurait rendu le pouvoir à leurs amis les Gamba- 
corliet les Bergolini. Déjà ils se préparaient à intervenir pour j 
favoriser le changement de gouvernement, lorsque la vigi- i 
lance du lieutenant de Jean-Galéas à Pise ût tout échouer. II 
fallait trouver un autre moyen d'arracher les Pisans à TalliaDce 
milanaise. Les attaquer ouvertement était chose impossible, 
car la guerre n'était pas officiellement déclarée entre Pise et 
Florence. On eût alors Tidée d'envoyer Bernardon faire uae 
chevauchée sur le territoire pisau, non pas comme capitaine 
de l'armée florentine, mais comme un étranger et sous le 
drapeau de Tempereur d'Allemagne, qui était, lui, en hosti- 
lité ouvertes avec Jean Galéas. Aux premiers mots, le Gascon 
refusa nettement. « Il n'était pas à la solde de l'empereur, 
disait-il, en accentuant son refus, et il ne chevaucherait pas 
sous d'autres drapeaux que ceux qu'il devait réellement ser- 
vir. Si les Florentins voulaient qu'il s'en prît au territoire 
pisan ou a tout autre, il chevaucherait avec le drapeau de 
Florence. Autre:nent non. » Essayant alors de le prendre par 
l'intérêt, les Florentins lui dirent de faire au moins la chose, 
comme il l'aurait faite autrefois, sous sa bannière personnelle 
de chef de compagnies. « Montre-loi ton homme, soulève 
Montopoli (1). Nous serons contents et tu auras tout le 
profit et nous te fournirons toujours de vivres et d'argent. » 
Mais Bernardon, avec une indignation croissante : « Comment ! 
je voudrais donc être appeli un traître? Si c'est votre plaisir 
que la chose soit faite par moi, cassez-moi aux gages; et alors, 
dans ce cas, j'attaquerai qui me plaira. » Les Florentins s'em- 
pressèrent de répondre qu'ils n'avaient nullement l'inlenlion 
de rompre avec leur général, et force leur fut de s'incliner, 

(1) Montopoli-in-VaMarno, dans te district de San-Miniato. 



Digitized by 



Google 



BERNARDON DE SERRES. 201 

en fin de compte, devant la fierté et les scrupules du Gas- 
con (1). 

Tel était le chef auquel Florence confia, en 1596, le com- 
mandement suprême de ses troupes. 

Il serait assez long et d'un faible intérêt de raconter dans 
tous ses détails la lutte confuse qui s'engagea alors, sur plu- 
sieurs points à la fois, entre Jean-Galéas, les Siennois et les 
Pisans d'une part, Florence et ses alliés de l'autre. Ces guer- 
res italiennes à la fin du XIV* siècle offrent rarement des faits 
d'armes très brillants. Elles présentent en effet un caractère 
particulier que Sismondi a bien mis en lumière: 

» Le plus souvent, dit-il, il n'y avait point de bataille ran- 
» gée dans tout le cours d'une guerre: alors toutes les hosli- 
» lités se bornaient à une ou plusieurs cavalcades: c'est le 
» nom qu'on donnait aux expéditions en pays ennemi. Un 
» général entrait dans une province avec l'intention de brû- 
» 1er les maisons, de détruire les récoltes et d'enlever le bétail ; 
» tous les habitants s'enfermaient dans des lieux forts. 
» Comme il ne pouvait s'arrêter pour en former le siège, il 
» poussait en avant en dévastant tout ce qui était à sa portée. 
» Pendant ce temps le général ennemi garnissait les châteaux 
» de troupes, suivait l'armée à distance, veillait l'occasion 
» de la surprendre, tombait sur les maraudeurs, les forçait à 
» ne pas s'écarter du camp et en peu de jours il contraignait 
» l'agresseur à repasser les frontières et à retourner chez lui 
» faute de vivres (2). » 

Rien ne saurait mieux s'appliquer aux campagnes de 1397 
et de 1398. Bornons-nous donc à mentionner rapidement les 
principales opérations effectuées par Bernardon de Serres en 
personne. Le rôle du Gascon demeure d'ailleurs très net. C'est 
lui que l'on charge de défendre les frontières florentines de 
l'ouest et du sud depuis Lucques jusqu'à Ârezzo, et de 

(1) Croniea di Lueea, dans Muratori, xviii, col. 829. 

&) Hiitoire dêi Républiques italiennei, tome y, chap.* tiii. 



Digitized by 



Google 



202 LES GASCONS EN ITALIE. 

repousser les tentatives des généraux de Jean-Galéas qui cher- 
cheront à entamer de ce côlé le territoire de la République, 
en s'appuyant sur Pise et sur Sienne. 

Au commenccmenl de Tannée 1397, Bernardon de Serres 
est campé avec six cents chevaux et deux cents hommes de 
pied à San-Miniato dei Tedeschi, à mi-chemin entre Florence 
et Pise. Bientôt il quitte ses premières positions et va à Pcscia 
afin de secourir Lucques menacée par Âlbéric de Barbiano (1). 
Lui parti, quelques habitants de San-Miniato essayent, par 
un hardi coup de main, de soustraire leur cité à la domination 
de Florence et de la jeter dans le parti de Jean-Galéas et des 
Pisans. Fort heureusement Fenlreprise avorte. Albéric de 
Barbiano, qui arrivait pour agir au nom du duc de Milan, doit 
changer ses batteries. Il traverse les états de Pise, tourne 
autour du terri oire florentin et vient se réunir, à Sienne, à 
d'autres troupes de Jean-Galéas, qui portent son effectif à dix 
mille chevaux. Bernardon de Serres le suit pour lui barrer le 
passage. Mais il se laisse tromper par une feinte ; et, tandis 
qu'il s'occupe de couvrir Arezzo, Albéric de Barbiano passe 
par Chianti, s'avance jusqu'aux portes de Florence, ravage le 
val d'Arno inférieur et après dix jours de pillage, ramène 
vers Sienne un immense butin (2). 

Le Gascon qui est revenu en hâte à Colle, au Nord-Ouest 
de Sienne, ne tarde pas à prendre sa revanche. Le 7 mai 1397, 
il part de Colle avec quinze cents cavaliers d'élite et pousse sa 
chevauchée jusqu'aux portes de Sienne. Trois jours après, 
le 10 mai, il s'empare du château de Selve à huit milles de 
Colle. L'ennemi, il est vrai, parvient ensuite à regagner cette 
position. (3) 

Encouragés par le succès, les Florentins, qui s'étaient tenus 

(1) Bonincontri, dans Muratori, xx, co(. 70 ; Lionardo Aretino, 1U>. xi, 
p. 203. 

(2) Lionardo Aretino, lib. xi, p. 231 ; Ammirato» lib. xvi, p. 857 et sqq. 

(3) Minerbelti, eol. 373 et 374 ; Ammiralo, p. 858. 



Digitized by 



Google 



BERNARDON D£ SERRES. 203 

jqjiqu'alors sur la défensive, prennent le parti de pousser plus 
f jvementles choses. Ils décident que Barnardon de Serres sera 
chargé de diriger une grande attaque contre Sienne, Le 30 
juin au matin, Bernardon de Serres, manJè à Florence, rejoit 
m grande pompe, sur la place de la Seigneurie, au milieu 
des transports de joie de tout le peuple, les insignes du com- 
mandement et Pétendard de la République. On place sons ses 
ordres deux mille lances de cavalerie, quinze cents arbalétriers 
et trois mille fantassins. Mais pendant que leur capitaine géné- 
ral retourne à Colle, s'occupe de rallier les troupes et de faire 
tous ses préparatifs d'entrée en campagne, les Florentins 
changent d'avis. L'expédition contre Sienne est renvoyée à 
une époque plus éloignée. Rn attendant, Bernardon s'établit 
à Colle et met des garnisons dans les places voisines (1). 

C'est alors que l'exécution de Bartolomeo de Prato vient 
jeter momentanément la discorde entre Bernardon de Serres 
et les capitaines italiens placés sous ses ordres. Albéric de Bar- 
biano veut proQter de la circonstance. Il quitte de nouveau 
les états de Sienne et s'avance le 14 juillet sur le territoire 
florentin en commençant à ravager la campagne. Mais la 
Seigneurie de Florence donne raison à son capitaine général; 
et tout rentre dans l'ordre. Albéric de Bs^rbiano est contraint 
de battre en retraite, aussi vite que possible, devant Bernardon 
de Serres. Il n'a même pas le temps de rallier un certain nom- 
bre de ses soldats, dispersés aux environs, qui sont tous sur- 
pris et tués (2). 

Pendant que Bernardon de Serres continue sur la fron- 
tière siennoise à tenir tête avec avantage à Albéric de Bar- 
biano, Jean-Galéas essuie un grave échec dans le Nord de 
l'Italie. Le 28 août 1597, ses généraux sont défaits à Gover- 
nolo, au confluent du Mincio et du Po, par François de Gon- 
zague, seigneur de Mantoue, aidé des troupes florentines. A 

(1) Minerbetti. col. 376; Ammirato, p. 369. 
(3) Minerbelti, col. 377 



Digitized by 



Google 



204 LES GASCONS EN ITALIE. 

cette nouvelle, le duc de Milan rappelle de Sienne, en toute 
hâte, Albèric de Barbiano. Celui-ci regagne la Lombardie, en 
laissant le champ libre à Bernardon de Serres. Le Gascon 
attaque alors le territoire pisan. Au mois d'octobre il s'avance 
dans une chevauchée jusqu'aux portes de Pise même. Si dif- 
ficiles à atteindre que soient plusieurs points de la contrée, il 
ne se laisse jamais arrêter et pousse de tous côtés ses incur- 
sions. Aussi peut-il, à la fln de la campagne, distribuer à ses 
soldats un butin considérable qui les enrichit tous (1). 

Ces chevauchées du Grand Bernard contre Pise se répètent, 
avec plus de succès encore. Tannée suivante, au mois d'avriK 
C'est par milliers que l'on compte les têtes de bétail enle- 
vées alors à l'ennemi. En vain les Pisans cherchent-ils à sur- 
prendre le capitaine des Florentins tandis qu'il se relire avec 
ses prises vers San-Miniato; leur tentative aboutit à une 
déroute complète. Les Pisans ne réussissent pas davantage à 
s'emparer par trahison du château de Barbialla, près de San- 
Miniato. Bernardon de Serres, averti de leur projet, attaque 
leurs troupes à l'improviste et leur fait plus de trois cents 
prisonniers (2). 

Cependant les Florentins attendaient toujours vainement 
le secours promis par le roi de France. Après de longs retards 
dus au désastre de Nicopolis, le traité d'alliance du 29 sep- 
tembre 1396 avait été confirmé : et l'on avait décidé en prin- 
cipe, dans l'entourage du roi, l'envoi d'une expédition fran- 
çaise en Italie, sous les ordres du comte Bernard VII d'Ar- 
magnac. Mais le duc d'Orléans, déçu de ses espérances sur 
Gênes, se vengeait en entravant à son tour les préparatifs de 
cette expédition. Grâce à ses manœuvres, le comte d'Arma- 
gnac continuait à se débattre au milieu de difficultés finan- 



(1) MinerbeUi, col. 383; Sozomeno dans Muralori, xvi, col. 1164; Poggio 
Bracciolini, col. 277; Buoninsegni. col. 745. 

(2) Minerbetti, col. 392; Sozomeno, col. 116S ; Ammirato, p. 867 ; Bao- 
ninsegni, p. 747. 



Digitized by 



Google 



BERNARDON DE SERRES. 205 

ciëres qui éloîgaaient de plus en plus le moment de son 
départ pour Tltalie (1). Les Florealins finirent par perdre 
tout espoir, et fatigues de prolonger inutilement une lutte 
désastreuse pour leurs intérêts matériels, ils se décidèrent à 
aiccepter rintervenlion des Vénitiens, et à conclure, par leur 
intermédiaire, une trêve de longue durée avec Jean-Galéas. 

Cette trêve, conclue le 11 mai 1598, devait commencer à 
partir du jour de la Pentecôte, 26 mai suivant (2). Il restait 
donc encore quelques jours à courir. Par une décision qui 
peint bien le caractère de la guerre à cette époque, les Flo- 
rentins voulurent les mettre à profit pour accroître autant 
que possible le mal qu'ils avaient déjà fait aux Pisans et aux 
Siennois. Ils envoyèrent leur capitaine de la guerre et leurs 
deux autres principaux chefs ravager une dernière fois les 
terres de Tennemi. Bernardon de Serres se dirigea du côté 
de Sienne avec six cents lances et une forte infanterie. Paolo 
Orsini et Gian Colonna marchèrent vers Pise et vers Marciano, 
accompagnés chacun de quatre cents lances et de nombreux 
fantassins. Puis, au jour convenu, les opérations s'arrêtèrent 
et la trêve fut partout proclamée. Le 6 juin, Bernardon de 
Serres rentra, avec toute sa brigade, au milieu de Taliégresse 
générale, dans Florence en fête. Le capitaine de la guerre 
venait rendre à la Seigneurie la bannière qu'elle lui avait 
confiée, portant le lis rouge, symbole héraldique de la Répu- 
blique florentine (3). 

Les hostilités étant suspendues, il n'y avait plus qu'à licen- 
cier les capitaines, en leur payant ce qui leur était dû. Mais 
les Florentins connaissaient trop Jean Galéas pour ne pas 
prévoir à bref délai une reprise de la lutte et pour ne pas 
s'y préparer à l'avance. A cet effet, ils conclurent avec Bernar- 

(1) Buonaccorso Pitti, Cronien, passim; et les Relations àen ambassadeurs 
florentins, encore inèJitçs, conservées dans les archives de Florence. 

(2) Minerbelli, col. 387. 

(3) Minerbelti, col. 395; Ammirato, p. 869; Buoninsegni, p. 748. . 



Digitized by 



Google 



206 LES GASCONS EN ITALIE. 

don de Serres un accord en vertu dpquel le Gascon restait 
pendant dix mois encore à la disposition de la République, à 
raison d'une solde réduite de deux mille trois cents florins d'or 
par mois. Moyennant quoi, il s'engageait, en cas de danger, 
à venir avec deux cents lances au service de Florence (1). 

En attendant, Bernardon voyait un nouveau champ s'ou- 
vrir à son activité. En effet, Louis II d'Anjou sollicitait son 
concours dans le royaume de Naples contre les partisans de 
Ladislas de Durazzo. En quittant Florence, le Landais mena 
ses gens d'armes vers Pérouse; puis, sans s'arrêter, il gagna 
les Abruzzes et marcha sur Aquila, place importante à gagner 
pour le parti angevin. D'avance il s'élait entendu avec le 
comte de Montorio qui jouissait dans le pays d'une immense 
autorité. Grâce à lui, il pénétra dans la ville, sans coup férir; 
et nul acte de violence ne vint souiller celte paciflque prise de 
possession. Créé alors vice-roi pour le roi Louis II (juillet 1398) 
Bernardon de Serres continua à étendre peu à peu son auto- 
rité sur le reste de la contrée en s'appuyant toujours sur le 
comte de Montorio (2). Malheureusement les grands services 
que le Gascon rendait à la maison d'Anjou (3), ne devaient 
pas suffire à empêcher le triomphe de Ladislas. Louis II com- 
mit la faute de quitter sa capitale; Naples se souleva contre 
lui; ses partisans l'abandonnèrent; si bien que l'héritier de la 
reineJeannedut se rembarquer pour la Provence en laissant 
tout le royaume aux mains de son rival. 

Pendant que Louis II regagnait la France, Bernardon de 
Serres revint à Florence. On l'y retrouve en 1401 investi de 
nouveau par la République du titre de capitaine-général de 
la guerre (4). 

(1) Minerbetti, col. 393. 

(2; Mintrbelli, col. 396; Sozomeno, col. 1166; Bon incnn tri, col. 76. 

(3) il est question de ces servii;es dans une lettre de Charles V[, de 1408, 
mentionnée par Pithon-Curt, Histoire de la noblesse du Comté Venaissin, 
m, p. 263. *• 

(4) Buonaccorso Pitti, Cronicat p. 71, note 4. 



Digitized by 



Google 



BERNARBON DE SERR£S. ^^2Bf 

Lorsque le célèbre greffier du Parlement de Paris, Nicolas 
de Baye, notait sur ses registres la réconciliation mensongère 
des ducs d'Orléans et de Bourgogne, en 1409, il inscrivait en 
marge celle citation trop justifiée hélas ! par Tévénement : 
a Fax, pax, inquil propheta, cl non est pax (1). » On peut 
en dire aulant des trêves conclues entre Florence et Jean- 
Galéas. 

Le duc de Milan ne cessait pas de poursuivre ses ambi- 
tieuses entreprises. En vain Florence avait-elle cherché à lui 
susciter de nouveaux ennemis. En vain avait-elle attiré en 
Lombardie l'empereur d'Allemagne, Robert. Jean-Galéas avait 
partout triomphé. La plupart de ses anciens adversaires, le 
seigneur de Mantoue lui-même, avaient fini par se rallier à 
sa cause. Â la fin de 1401, les Florentins ne pouvaient plus 
avoir pour eux, en cas de guerre, que François de Carrare 
seigneur de Padoue, et Jean Bentivoglio, devenu récemment 
(mars 1401) maître absolu dans Bologne par un habile coup 
de main. 

Telle était la situation, lorsque le duc de Milan chargea 
Albéric de Barbiano d'attaquer Jean Bentivoglio. Bentivoglio 
fit appel aux Florentins. La Seigneurie comprit la gravité de 
cette partie suprême. Elle envoya en hâte à Bologne des ren- 
forts importants et, ce qui valait bien des escadrons, son 
capitaine-général (2). Puis se mettant tout à fait en avant, elle 
conclut le 20 mars 1402 un traité d'alliance avec Bentivo- 
glio (3). D'autres troupes furent encore expédiées de Flo- 
rence à Bologne : notamment une compagnie de trois cents 



(1) Archives nationales, t^», 1479, P 65. 

(2) iMinerbelti, col. 452; Lionardo Aretino, lib. xii, p. 241; Sozomeno, 
col. 1175; Annales Rslenses dans Muralori, xviii, col. 917. Les indications 
des chroniqueurs sont très variables en ce qui concerné reffeclif des troupes 
que Bernardon de Serres amena lui -même à Bologne. D'après Minerbetli il 
arriva avec deux cent quarante lances et deux cents fantassins. Suivant Sozo- 
meno et les Annales Estenses avec quatre cents lances et deux cents fantas* 
ftins. 

(3) Minerbetti, col. 453. 



Digitized by 



Google 



208 LES GASCONS EN ITALIE. 

lances que Ton appelait : la compagnie de la Rose (1). Ben- 
livoglio eut aussi comme auxiliaires quelques condottieri 
comme Sforza de Cotignola et Tartaglia. Enfin le seigneur de 
Padoue lui envoya ses deux fils, Giacomo et Francesco Terzo 
de Carrare. De Tavis unanime, le commandement suprême 
de toutes les forces réunies pour la défense de Bologne fut 
confié au capitaine-général de Florence, à Bernardoa de 
Serres (2)- 

Déjà Bentivoglio avait mis à profit le concours du chef 
gascon. 11 Tavait envoyé surprendre Carpi, où les Malatesta, 
alliés du duc de Milan, se préparaient à la guerre contre Bolo- 
gne. Mais, malgré la vigueur de Tattaque, l'opération n'avait 
pas eu grand résultat, les ennemis s'étant retranchés derrière 
les murailles (3). Plus tard, sur Tordre de Bentivoglio, Ber- 
nardon était allé punir, avec la plus extrême rigueur, les 
habitants des territoires de San-Giovanni in Persiceto et de 
Lojano, qui s'étaient déclarés contre le seigneur de Bologne (4). 

Ce n'était encore que le prélude des hostilités. Au mois de 
mai 1402, Jacopo del Verme pénètre dans les états de Benti- 
voglio. Bientôt Albéric de Barbiano vient s'établir avec une 
autre division milanaise à quelques milles de Bologne. Aux 
troupes du duc de Milan se sont jointes celles du seigneur de 
Mantoue et des Malatesta, ainsi que les citoyens chassés de 
Boloffne par la révolution qui a donné le pouvoir à Bentivo- 
glio. Lorsqu'elle est entièrement concentrée, l'armée mila- 
naise atteint un effectif formidable : quinze à seize mille 
cavaliers et vingt mille hommes de pied, fantassins et 



(1) Cette compagnie est la dernière qai ait encore porté un nom spécial, 
suivant un usage qui avait été très en faveur en Italie dans le courant du 
xi\^ siècle, mais qui était alors presque complètement abandonné. Voir sur la 
compagnie de la Rose : Ricolti, Storia délie compagnie di venlura in lialia, 
II, p. 206, notes. . 

(2) Minerbeili, col. 455; Andréa Gatlaro, hloria Padovana. col. 848. 

(3) Annales Estenses, dans Muratori, xviii, col. 968. 

(4) Ghirardacci, Historia di Bologna, lib. xxYiiif pp. 529 et 530. 



Digitized by 



Google 



BERNARDON DE SERRES. . 209 

archers (1), coojipaaïidés par les meilleurs çapilaines ,(J^ l'épo- 
que. 

A leur tête, se partageant courtoisement ^'autorité suprême, 
marchent Ajbériç de Barbiano et Jacopo ciel Verme, montés 
tous deux, sur leurs graqds coursiers bardés, de fer, et portant 
à la main le bâton doré du commandement* « Depuis Char- 
leqiagne, iiisei>t les Italiens, il n'y a pas eu plus belle 
aymçe (2). » 

PouF; i;çsi^ter à une telle masse de geps d'armjes, Bernar- 
dqn (Je Serres ij'apraen tout au jour de la tiataille, suivant les 
évaluations les plus élevées, en tenant compte des troupes de 
Sforza, .de3 renforts arpenés par les princes de la. maison de 
Garrare„ de la compagnie delà Rose et des partisans, de Ben- 
tivoglio qq.e^seçt mille chevaux au maximum. C'est à. peine 
la moitié de TeffecUf mis en ligne par les Milanais ! 11. a bien, 
il est vrai, quelques milliers de fadlassins ; mais dans ces 
batailles dllalie, c'est la cavalerie qui décide tout. 

Le Gascon reconnaît immédiatement son écrasante infério- 
rité. Il conseille à Bentivoglio de renoncer à tenter unp lutte 
en rase campagne et de s'enfermer dans Bologne, en laissant 
Tennemi se fatiguer inutilement au dehprs. Une telle multi- 
tude aura bien vite épuisé le pays et le manque de vivres 
ramènera forcément à battre en retrait^;. Mais Benlivoglio 
refuse de prêter Toreille à ces sages consejlls; il veut absolu- 
ment combattre, jouer le tout pour le toiut, ds^ns l'espérance 
de consolider par ua coup d'éclat sa domination sur Bologne. 



(1) Les effectifs sont donnés ici d'après Andréa Gattaro (Istoria Padovana, 
dansMaratori, xvii.jcol. 352), qui paraît avoir eu des renseignements tout parti- 
culiers sur ces êvénemenls. Mais les évaluations varient beaucoup dans les 
autres chroniqueurs; Suivant Minerbelti (col. 457), à la bataille de Gasalecchio, 
les Milanais n'auraient eu que huit mille chevaux et Bernardon de Serres 
quatorze cents lances seulement. Ce qui reste constant, d'après tous les 
témoignages/ c'est l'énorme infériorité, dans la proportion de un contre deux, 
des troupes de cavalerie commandées par Bernardon de Serres, vis-à-vis de 
Tarmée milanaise. 

(2J Goro D9k\X„hU)ria di Firentfu p. 65. 



Digitized by 



Google 



210 LES GASCONS EN ITALIE. 

Tout au moins, il exige que Ton ne laisse pss mampcr^por 
l'ennemi la position de Gasalecchio, à quatre milles à l'ouest 
de Bologne sur les bords du Reno. En cela Bentivoglio n'a 
pas absolument tort, car Gasaleccbio couvre le canal qui 
amène à Bologne les eaux du Reno, et iï importe d'éviter 
que les troupes de Jean Galèas ne viennent couper ce canal. 

Bernardon de Serres se trouve placé dans la nécessité d'o- 
béir aux ordres de Bentivoglio. Il tente encore un dernier 
effort pour le ramener à son avis. Le Seigneur dé Bologne 
lui répond que s'il a peur il n'a qu'à rester dans la ville, et 
qu'il se chargera lui-même de diriger les opérations. Devant 
une telle réponse, le Gascon n'a plus qu'à gagner Gasaleccbio. 
< Dieu veuille, dit-il, que ce soit le meilleur parti. » Il se 
retranche fortement à Gasaleccbio et, déployant la plus vive 
ardeur, ne néglige rien de ce qui pourrait amener la victoire, 
si la victoire était possible. Mais il ne se fait aucune illusion 
et il écrit à Florence pour exposer le danger où il se trouve, 
ajoutant que la défaite lui parait inévitable et qu'il engage là 
Seigneurie à préparer une nouvelle armée (1). 

En obligeant ainsi son général à combattre malgré lui, 
Bentivoglio comptait pouvoir lui envoyer de Bologne même 
des renforts sérieux. Mais lorsqu'il voudra, le 20 juin, faire 
appela ses partisans, il n'y en aura pas un sur dix qui con- 
sentira à prendre les armes (2). 

Les craintes du capitaine gascon ne lardent pas à se réali- 
ser. Tandis que les défenseurs de Bologne ont établi leur camp 
autour de Gasaleccbio sur la rive droite du Reno, l'armée 
milanaise se concentre sur la rive gauche. Un pont fait com- 
muniquer les deux rives; Bernardon de Serres en a conQéla 
garde à la compagnie de la Rose. Le 17 juin, Albéric de Bar- 
biano et Otto Buonterzo attaquent la compagnie de la Rose et 
la mettent en fuite après un combat très meurtrier. Le pont 

(1) PoggioBraccioUni, col. 288; Morelli, Cronica, p. 311 et 313. 
(3) Cronica di Bologna^ dans Muratori, tviii, p. 572. 



Digitized by 



Google 



BERNARDON DE SERRES. 211 

reste ainsi au pouvoir des généraux de Jean-Galéas, qui peu- 
vent désormais menacer directement Bologne (1). 

Une semaine plus tard, le samedi 24 juin, Facino Cane 
passe le pont du Reno et vient attaquer avec impétuosité le 
camp de Bernardon à Casalecchio. Sforza de Colignola 
repousse celte agression. La journée du dimanche se passe 
tranquillement, le capitaine général des Florentins ayant pris 
soin de poster des vigies sur lo haut des collines pour Taver- 
tir de tous les mouvements de Tennemi. Mais le lundi 26, dès 
Faube, Albéric de Barbiano et Jacopo del Verme, à la tête de 
toute l'armée milanaise, font déployer leurs étendards et se 
mettent en marche pour engager une action décisive. 

Leur armée forme six corps. Les quatre premiers, de plus 
de deux mille cavaliers chacun, sont sous les ordres de Facino 
Cane, du Seigneur de Mantoue, de PandolfoMalatesta et d'Otto 
Buonterzo. Albéric de Barbiano commande le cinquième où 
se trouvent trois mille de ses cavaliers. Enfin le sixième corps, 
de quatre mille chevaux, est conduit par Jacopo del Verme. 

L'approche du danger rend toute son ardeur à Bernardon 
de Serres. Oubliant Timmense désavantage de sa position, il 
ne songe plus qu'à combattre. Les sept mille cavaliers dont 
il dispose sont ainsi répar is : Sforza de Colignola et Messer 
Fricolino en ont deux mille, Crivello mille, y compris la com- 
pagnie de la Rose, enfln Tartaglia et Lanciarotto Beccaria 
quinze cents. Bernardon de Serres garde avec lui les deux fils 
de François de Carrare et deux mille cinq cents cavaliers (2). 

Les dispositions étant prises, de toute part les trompettes 
donnent le signal du combat. Facino Cane s'élance avec les 
siens; il se précipite la lance en arrêt sur Messer Fricolino et 
le frappe si rudement à la poitrine qu'il lui fait vider les 



(1) Cronica di Bologna, ibid. ; Andréa Galtaro, col. 849. 

(2) Je suis toujours le récit d'Andréa Gattaro. Ghirardacci {Historia di 
Bologna, lib. xxviii, p. .532) indique une autre disposition des deux armées, 
qui présente quelques légères différences de détail. 



Digitized by 



Google 



212 LES GASCONS EN ITALIE. 

arçons et renverse encore du même coup deux ou trois autres 
cavaliers placés derrière. Du côté des Bolonais, Sforza de Coti- 
gnola fait le plus grand mal aux partisans de Jean-Galèas. Il 
est attaqué par le seigneur de Mantoue et voit en peu de temps 
ses troupes presque mises en déroule ; mais la compagnie 
de la Rose vient à son secours et le dégage. Tomasino Cri- 
vello et Otto Buonterzo se distinguent également par* leur cou- 
rage. Ces deux adversaires s'abordent avec tant d'impétuosité 
que tous les deux roulent par terre. Ils sont d'ailleurs immé- 
diatement secourus et remis en selle. Bernardon de Serres dé- 
ploie de son côté la plus grande vaillance; il court partout pour 
animer les siens, félicitant les braves et gourmandant ceux qui 
font mine de plier. Dans les mains du Grand Bernard on voit 
cette terrible lance qu'un contemporain émerveillé déclarait 
a être grosse comme la cuisse d'un homme (1). » Cependant 
après un combat acharné, les défenseurs de Bentivoglio suc- 
combent peu à peu sous le nombre toujours croissant des 
troupes milanaises. C'est bien le cas d'appliquer ici, comme 
le fait l'historien Andréa Gattaro, l'ancien dicton italien: 
« Buoni sono i pochi, ma i più sono i vincilmi — Ils sont 
ce bons ceux qui sont peu, mais ce sont les plus nombreux qui 
« sont les vainqueurs » . 

Bernardon voit que la bataille est perdue. Dédaignant de 
fuir il veut au moins sauver l'honneur. Suivi de Francesco 
Terzo et de Giacomo de Carrare, il se jette au plus fort de 
la mêlée, en 'frappant d'un furieux coup de lance Lodovico 
Cantello, un des chefs ennemis. Mais alors la compagnie de 
la Rose lâche pied de nouveau et s'enfuit vers Bologiie. La 
défaite se bhange en désastre. Tout le camp de Casalecchio 
est occupé par l'ennemi. Bernardon de Serres est fait prison- 
nier, avec Francesco Terzo de Carrare, par Facino Cane. 
Giacomo de Carrare veut encore lutter; d'un seul coup il 

(1) Archiyes Nationale», K. 67, no 10. 



Digitized by 



Google 



BERNARDON DE SERRES. 213, 

jelte à terre Bartolomeo de Gonzague et son cheval. « Gia- 
como de Carrare, lui crie alors le seigneur de Manloue qui 
Ta rejoint, rendez-vous, vous serez en bonne compagnie! » 
El Giacomo de Carrare doit se résigner à partager le sort 
des autres chefs. La défaite livre Bologne aux troupes 
de Jean-Galéas. Bentivoglio tenle en vain de prolonger la 
résistance. 11 est fait prisonnier et massacré deux jours 
après (1). 

La bataille de Casalecchio marque une date importante 
pour l'histoire militaire de Tltalie. Elle consacre, pour ainsi 
dire, une transformation complète qui s'achève avec les der- 
nières années du xiv* siècle. Dans le courant de ce siècle, 
c'étaient des étrangers. Gascons, Bretons, Anglais ou Alle- 
mands, qui jouaient le grand rôle dans les guerres de la 
Pèûinsule. Mais peu à peu, à l'école d'Albericde Barbiano, 
se sont formés des généraux nés en Italie même. Ces géné- 
raux italiens finissent par supplanter absolument leurs 
rivaux. Les étrangers meurent ou s'éloignent. Bernardon de 
La Salle disparaît; puis Jean d'Hawkwood. Bernardon de 
Serres reste le dernier de tous les grands capitaines venus 
d'outre-monts. En 1402, c'est encore ce Gascon qui com- 
mande les troupes réunies de Florence et de Bologne. Mais 
la défaite de Casalecchio met fin pour toujours à sa carrière 
de chef de compagnie. Dès lors, il n'y aura plus que des 
Italiens à la tête des armées italiennes. 

Maître de Bologne, Jean-Galéas touchait à la réalisation de 
ses vœux. Il allait pouvoir prendre ce titre de roi d'Italie 
auquel il aspirait depuis si longtemps. Déjà, paraît-il, les insi- 

(1) Dans Muratori : Andréa Gallaro, Istoria Pndovana, xvi col. 853-851; 
Cronica di Bologna, xviii, col. 571; Poggio Bracciolini, xx, col. 288; Annales 
Mediolanenses, xvi, col. 835; Chronicon Bergomense, xvi, col. 929; Cronica 
diLucca, XVIII, col. 834; Annales Estenses, xvin, col. 969; Cronicon Tarvisi^ 
num, XIX» col. 795; Sozomeno, xvi, col. 1175; Bonincontri, xxi, col. 87. — 
Minerbetti, col. 457; Lionardo Arelino, lib.xii, p. 246; Morelii, pp. 311-313; 
Goro Dati, p. 63; Buoniqsegni, p. 769; Ammirato, libr. xvi, p. 890; Ghirar-' 
dacci, Historia di Bologna, lib. xxviii, n, p. 532. 



Digitized by 



Google 



214 LES GASCONS EN ITALIE. 

giies de son couronnement étaient préparés (1). Mais il comp- 
tait sans « Celui de qui riilèvenl tous les empires. » En plein 
triomphe, le duc de Milan tombe tout à coup gravement 
malade, et il expire le 3 septembre 1402, en laissant ses étais 
à des flis trop jeunes pour pouvoir en maintenir rintègritè. 

Florence est sauvée. Bientôt, en Italie, c'est à qui s'effor- 
cera, depuis le pape de Rome, jusqu'aux anciens généraux 
de Jean-Galéas eux-mêmes, do proQter du trouble pour mellre 
la main sur quelque portion des conquêtes du feu duc de 
Milan. 

En France, le duc Louis d'Orléans se préoccupe aussi de 
l'héritage de son beau-père. Lui, du moins, peut invoqu^^r 
les droits qui découlent de son mariage avec Valentinede 
Milan. Vers l'automne de 1403, il songe à passer en Lombar- 
die, et vient faire ses préparatifs dans la vallée du Rhône, à 
Lyon et à Avignon (2). 

Les projets du duc d'Orléans devaient être très sérieux. On 
le voit, en effet, chercher à gagner, par de grosses pensions 
et des dons d'argent, des capitaines et des grands seigneurs 
qui pourront le seconder dans son entreprise. C'est à celle 
occasion qu'un rapprochement s'opère entre le duc d'Orléans 
et le comte Bernard VII d'Armagnac, jusque là absolumenl 
opposés l'un à l'autre dans toules les questions qui touchenl 
à la. politique italienne (3). 11 a fallu la mort de Jean-GalJas 
pour rendre possible la conclusion d'un pareil accord. 

L'insistance que le duc d'Orléans met à rechercher le con- 
cours du plus puissant des seigneurs de Gascogne, n'est pas 
un fait isolé. Le frère de Charles VI aime les Gascons et sait 
apprécier leur vaillance. Depuis dix ans déjà, il a parmi les 



(1) Corio, Histaria di Milano, parte vr, p. 286. 

(2) Ce fait est attesté par de nombreuses pièces conservées à la Bibliothèque 
Nationale, dans les dossiers des Pièces origirniles, et aux Archives Nationales. 
K. 56 et K. 57. 

(3) L'alliance du duc d'Orléans et du comte d'Armagnac fut conclue à Lyon, 
le 17 novembre 1403. 



Digitized by 



oy Google 



JBERNARDON DE SERRES. 2)5 

officiers de sa maison un des hommes dont nos contrées du 
Sud-Ouest ont le plus justement droit d'être flères : Arnaud- 
Guillem de Barbazan, le chevalier sans reproche (1). Chose 
remarquable, lorsque le prince choisit, à la fin du mois de 
janvier 1404, deux de ses chambellans et un de ses écuyers 
pour les envoyer à Tavance en Lombardie, ce sont trois Gas- 
cons qu'il charge de cette mission de haute confiance : Bar- 
bazan, Gaillard de La Roche, seigneur de Fontenilles, et 
Gaston de Sédillac (2). 

Toutes les circonstances se réunissaient donc pour attirer 
l'attention du duc d'Orléans sur le capitaine landais qui lui 
avait déjà offert son épée en 1394, à Tépoque des négocia- 
tions du royaume d'Adria. Bf-rnardon de Serres, sans emploi 
depuis Casalecchio, ne dentandait qu'à se mettre aux ordres 
du duc. Le as janvier 1404, à Pont-Saint-Esprit, il s'enga- 
gea solennellement à servir le duc d'Orléans, envers et contre 
tous, excepté le pape, «dans son voyage en Lombardie (3).» 
Le duc, de son côté, lui accordait un don de quatre mille 
livres tournois, qu'il lui fit payer par mandement donné à 
Lyon, le 2 février suivant (4). 

Il en fut de cette nouvelle conception du duc d'Orléans 
comme des précédentes. Le prince y renonça presque aussi- 
tôt, détournant son attention de la Lombardie pour la 
reporter sur le duché de Luxembourg. Les préparatifs demeu- 
rèrent donc inutiles en apparence. Mais ils devaient dans 
l'avenir avoir les résultats les plus considérables. Tous ces 
grands seigneurs, tous ces capitaines, gagnés par le duc 
d'Orléans, restèrent diîs lors ses fidèles partisans. Leur 
dévouement ne fit que s'accroître après le meurtre du duc 
Loais, en 1407. Et lorsque le duc Charles d'Orléans voulut 

(1) Paul Durriea, Documents relatifs h la chute de la Maison d'Armagnao- 
Fezensaguet, p. 17, note 1. 

(2) Pièces justificatives, n<»XXIV. 
l3) Pièces justificatives, n» XXV. 
(4) Pièces justificatives^ n* XXVI. 



Digitized by 



Google 



i o • • 



216 hES GASCONS EN ITALIE.' ' 

venger la mort de son père, il n'eut qu'à faire appel aux 
alliés de 1403 et de 1404, pour former immédialement le 
noyau de ce parti d'Orléans qui ne tarda pas à devenir le 
parti d'Armagnac. 

De tous les auxiliaires reufiis par le mari de Valent! ne de 
Milan dans la vallée du Rhône, il n'y eut que le seul Ber- 
nardon de Serres, dont le concours fut effectivement utilisé 
pour rilalie. Louis d'Orléans lui donna la charge de gou- 
verneur d'Asti, en remplacement de Jean de Fontaines (1), 
avec trois mille florins de gages annuels (2). 

Cette situation acheva de consolider la fortune de l'ancien 
chef de compagnies. Au commencement de 4404, il n'était 
encore que : « Bernardon de Serres, escuier » . Trois ans 
plus tard, le' duc d'Orléans l'appelle « son chambellan, con- 
seiller, et gouverneur de son domaine' d'Asti, son très cher 
et très aine » (3). ' 

Gouverneur d'Asti, Bernardon de Serres s'acquitta en 
conscience de ses devoirs, continuant à se montrer aussi 
sévère sur la discipline qu'à l'époque où il commandait les 
armées de Florence (4). D'ailleurs là position présentait bien 
des avantages. La proximité lui permettait de se rendre faci- 
lement en Provence, soit pour visiter sa terre de Malau- 
cène (5), soit pour essayer' de se faire payer par Benoît Xlll, 

(Ij Bernardon de Serres était déjà gouverneur d'Asti antérieurement à la 
date du 25 août 1405. — Arch. Nationales, KK. 267, fo 97. 

(2) Pièces ju9tificatives. n^XKVlll. 

(3) a Jacobi de Verme et Bernardoni de Serris, carabellani et consi- 

liarii ac nostri Astensis dominii gubernatoris, carissimoruiri et predilectorum 
noslrorum. » — Arch. Nationales, K. 56, n« 16. 

(4) C'est ainsi qu'au mois de mars 1403, il révoqua brusquement Louis de 
La Tour, qui commandait le Cbâteau Neuf d'Asti, pour le remplacer par un de 
ses compatriotes : noble Migonet de Gascogne. — Bibl. Nationale, Pièces origi- 
nales, voL 2894, dossier Serres, n" 10. Ce môme dossier renferme un certain 
nombre d'autres pièces administratives qui se rapportent à l'exercice des 
fonctions de gouverneur d'Asli, par Bernardon de Serres et par son frère 
Gration, pendant les années 1406 et 1407. 

(5) Pièces justificatives, n« XXVII. 



Digitized by 



Google 



BERNARDON DE SEfUŒS. 217 

soccesseor de Clément TU, des sommes daes depuis fort 
longtemps pour ser?ices rendus jadis aux papes d'Avi- 
gnon (1). Pbndant ses absences Bernardon déléguait la garde 
d'Aslf à son frère Gration, seigneur de Serres, avec le litre 
de vice-gODverneur (2). 

L'ancien défenseur de Bentivoglio pouvait toujours espé- 
rer que le duc d'Orléans finirait par reprendre ses projets 
concernant la Lombardie. Mais le prince était absorbé par la 
guerre contre les Anglais et surtout par sa rivalité croissante 
avec la Maison de Bourgogne. Il se voyait même obligé, au 
mois d'août 1405, de réunir des forces à Melnn et de mander 
auprès de lui tous ses partisans, y compris son gouverneur 
d'Asti, tant ses rapports avec Jean-Stems-Peur étaient devenus 
tendus (5); 

Cependant, vers là fin de 1407, en présence des troubles 
profonds gur ébranlaient de plus en plus, en Lombardie, 
l'autorité des deux fils laissés par Jean-Galéas, le duc d'Or^ 
léans, à la sollicitation mémo des jeunes princes, déclara, 
par acte daté du 47 octobre, qu'il allait entreprendre la 
défense de ses beaux-frères et se charger de gouverner en 
leur nom; mais comme il ne pouvait actuellement se rendre 
en personne de l'autre côté dès Alpes, il déléguait sies pleine' 
pouvoirs àJacopo del Verme, l'ancien général de Jéan-Galéas; 
et à Bernardon de Serres, réunissant ainsi dans une œuvre 
comfmune les deux adversaires dû temps passé (4). 

Que cachait au juste ce programmé d'intervention? Etait-il 
absolument désintéressé, ou' bien le duc d'Orléans voulait-il 
en faire lé point de départ de quelqtié nouvelle (Combinaison 
à son avantage? C'est un secret qu'il a emporté avec lui dans 
la tombe. La nomination de Berhardon de Serres et de Ja- 

(1) Pithon-C'.irl, Histoire de la Noblesse du Càmté-Venaissifi, m, p. 266. 

(2) Pièces justificatives, n« XX VII. — Voir aussi, dans le dossier de la 
Bibl. Nationale auquel est emprunté ce document, les n*^ 8, 36 et 28. 

(3) Arch'. Nationales. KK.'267, f» 97. 

(4) Arch. Nationales, K. 56, n» 16. 



Digitized by 



Google 



218 LES GASCONS EN ITALIE. 

copo del Verme comme gouverneurs du duc de Milan et de son 
frère, le comte de Pavie, porte la date du 47 octobre. Un 
mois plus tard, on le sait, le 23 novembre, Louis d'Orléans 
tombait lâchement assassiné, dans la rue Barbette, sous les 
coups des meurtriers apostès par le duc de Bourgogne. 

Ca\ était fait des projets sur ritalie, des tentatives pour 
étendre au-delà des Alpes la domination française. C'était la 
guerre civile qui allait éclater et précipiter la Franeedaas u.a 
tel abime de maux qu'un miracle seul put la sauver. 

Bernardon de Serres comme prévoyant ce qui allait se^ 
passer, résigna, après la mort du duc d'Orléans, son titre de 
gouverneur d'Asti, qui fut donné à Louis de Montjoie, le 
7 mai 1409 (1). Il revint attendre les événements dans ses 
domaines de Provence. C'est alors qu'une singulière marque 
de confiance lui (ut témoignée. L'évéque de Vaison, Guillaume 
dePasserat mil son diocèse sous sa protection et lui en aban- 
donna absolument l'administration en lui déléguant ses pleins 
pouvoirs. Un pareil acte est unii^ue, à cette époque, dans 
l'histoire de l'Eglise de France, et les aoâeurs ecclésiastiques 
n'ont pas manqué d'en faire ressortir le cara^Btère absolument 
exceptionnel (2). 

Mais déjà le bruit des armes retentissait dans toute la Fraace. 
Le 15 avril 1410 les ducs de Berry, d'Orléans et de Bretagne, 
les comtes de Clermont, d'Alençon et d'Armagnac avaient 
apposé leurs signatures sur l'acte fameux que l'on appelle la 
ligue deGien (5). Le parti Armagnac était créé. Les hostilités 
allaient s'ouvrir contre les Bourguignons. Bernardon de Serres 
quitta la Provence et vint rejoindre les anciens amis du duc 



(X) Bibl. Nationale, Ms. français 26036, n^» 4191 et 4196. 

% J . Columbi, De rébus gestis episcoporum Vasionensium, lib. m, n^ 54- 
58; Boyer de Sainte-Marthe, Histoire de l'Eglise de Vaison, pp. 167-169; 
GalliaChristiana,}, co\. 932. 

(3) L'auteur a la bonne fortune de posséder un des exemplaires originaux 
de la ligne de Gien. On y voit une signature du connétable d'Ârmagaac, qui 
est jusqu'ici la seule mentionnée. 



Digitized by 



Google 



J^RNARDON DE SERRB6. '219 

d'Orléans qui s'apprêtaient à combattre pour venger le crime 
de la rue Barbette. Dès le 47 mai 1410, le Landais était à 
Blois, auprès du duc Charles d'Orléans (i). 

Ce serait sortir des limites des présentes études que de 
suivre plus longtemps Bernardon de Serres après son retour 
en France. Nous n'avons pas à raconter en détail comment, 
en 14H, il alla guerroyer avec le comie de Vertus et le comte 
d'Alençon (2), puis accompagner le duc de Bourbon dans sa 
chevauchée en Normandie (3). Nous n'avons pas à insister 
sur la place qu'il occupait encore, au commencement de 1412, 
dans les conseils du duc d'Orléans (4). Il suffit de dire 
que Bernardon de Serres était tenu pour un des meil- 
leurs capitaines armagnacs, lorsqu'il succomba, vers le 
15 avril 1412, dans une affaire malheureuse contre les 
troupes du duc de Bourgogne, aux environs de Villefranche 
de Beaujolais (5). 

Mais avant de quitter notre Landais, il faut encore citer 
un acte curieux qui se rapporte indirectement à lui. 

Au mois de novembre 1411, les autorités royales ou plutôt 
bourguignonnes, car alors c'était tout un, firent faire une 
enquête sur la conduite tenue par Jean Planterose, vicomte de 
Caudebec, au momejit d'une diversion du duc de Bourbon sur 
la Basse-Seine. Le vicomte de Caudebec était accusé d'avoir 
pactisé avec les Armagnacs. Or dans la compagnie du duc de 
Bourbon s'était trouvé Bernardon de Serres. On peut voir, par 
les paroles que les Bourguignons imputaient à charge au 

(1) Bibl. Nationale, Nouv. Acq. françaises 3641. n' 558. 

(2) Chronique de la Pucelle, éd. Vallei de Viri ville, p. 134. 

(3) Arch. Nationales, K. 57, n^ 10. 

(4) Le 36 janvier 1412, Bernardon de Serres est présent au conseil du duc, 
à Orléans, avec Guillaume Le Boiiteilleret Jean de Fontaines.-— Bibl. Nationale, 
Ms. français 6211, n* 89, et Nouv Acq. françaises 3641, n» 638 

Un mois plus tard, le 23 fôvri^T, Charles d'Orléans faisait donner « à Ber- 
nardon de Sarre, escuier, son conseillier » une haquenée noire du prix de 
200 écus. — Bibl. Nationale, Nouv. Acq. françaises 3641, n» 644. 

(5) Enguerrand de Monstrelet, éd. de la Société de THistoire de France ii 
p. 256. 



Digitized by 



Google 



220 :• LES GASOONS EN ITAUE« ~ 

malheureux Planterose, quelle profonde impression avait 
causée en Normandie Tapparilion de celui que les Italiens 
appelaient si justement le Grand Bernard. 

Sait-on, en effet, ce que le vicomte de Caudebec avait 
raconté en revenant émerveillé de sa visite au duc de Bourbon? 
< Que le duc d'Orléans et ses alliez estoient taillez de venir à 
leur entente, et que, en leur compaignie estoit Bernardon de 
Serre, le meilleur capitaine de chrétiens. » Ailleurs il avait 
encore répété « que le duc de Bourbon avoit en sa compa- 
gnie les plus belles gens d'armes qu'il vit oncques; et qu'il y 
avoit un capitaine, nommé Befnardon de Serre, qui portoit un 
tronçon de lance gros comme la cuisse d'un homme, et valait 
mille hommes d'armes » (1). 

Ne croirait-on pas entendre, dans ces paroles enregistrées 
par les Bourguignons, comme un écho lointain et qui aurait 
traversé toute la France, de ce qui s'était dit, quelques quinze 
ans auparavant, à Florence, au moment où l'opinion publique 
avait unanimement reconnu dans Bernardon de Serres le seul 
capitaine digne de succéder au grand Jean d'Hawkwood? 

Bernardon de Serres « le meilleur capitaine des chré- 
tiens » ; Bernardon de Serres qui « valoit mille hommes 
d'armes » : assurément on peut sourire de ces expressions 
emphatiques du vicomte de Caudebec. Mais, même en faisant 
la part de l'exagération, on doit reconnaître qu'il y a certaine- 
ment quelque chose de vrai dans ce magnifique éloge incon- 
sciemment rendu par ses adversaires politiques à celui qui, 
parti des environs d'Aire et de Saint-Sever, pauvre petit cadet 
de Gascogne, sans fortune, sans prolecteur, sans appui, 
obligé de tout devoir à lui-même et de passer de longues années 
obscurément confondu dans les rangs dçs routiers, avait fini 

(1) Archives Nationales, K. 67, n° 10. 

Je croirais manquer à un devoir, si je ne témoignais pas ici toute ma gra- 
titude à M. le comte Albert de Circourt qui a bien voulu m'indiquer, avec la 
plus, grande obligeance, l'existence de ce précieux document et de bien 
d'autres encore. 



• 



Digitized by 



Google 



LES GASCONS EN ITALIE. 221 

par devenir, et cela uniquement à force de courage et de 
talent : Noble Bernardon de Serres, Seigneur de Malaucène 
et de MoUans, général en chef des armées florentines, vice- 
roi d'Aquila pour Louis II d'Anjou, gouverneur d'Asti, 
chambellan et conseiller des ducs d'Orléans et prolecteur du 
diocèse de Vaison. 



Le pape Paul III (Alexandre Farnèse), qui occupa la Chaire 
de Saint-Pierre de* 1534 à 1549, s'étanl trouvé, à une certaine 
époque de son pontificat, en désaccord avec les Espagnols 
et presque assiégé dans Rome par le duc d'Albe, demanda le 
concours des troupes françaises alors cantonnées en Toscane. 
On lui envoya quelques-uns des soldats gascons qui compo- 
saient l'élite de notre armée. « Un jour, rapporte Brantôme, 
les voyant entrer en garde dans Sainct-Pierre, se plaisant à les 
voir, il se mit à dire : Qtiesli Francesi gasconi parescono 
veri instrumenti mandati da Dio pei* far guerra. — Ces 
François gascons paroissent de vrayz instrumens envoyez de 
Dieu pour faire la guerre (1). » 

Plus on étudie les annales italiennes, plus on compulse les 
archives de la Péninsule et mieux on comprend cette excla- 
mation du Pontife. 

Nous voici parvenu, avec Bernardon de Serres, à la fin 
de notre première série d'études. Sauf les quelques pages 
consacrées, au début, à Jourdain IV de Tlsle-Jourdain, ce 
volume se rapporte, en somme, presque en entier à un espace 



tl) Brantôme, Disùoii,n sut Ves coutonmls de Virifanterie\ édition de la 
Sotiété' de rHistoilrede France, VI, p. 162. 



Digitized by 



Google 



22S LES QASCONS EN ITALIE. 

de temps bien limité, qui atteint tout au plus un demi-siècle (1). 
C'est donc à peine si nous avons commencé à défricher une 
faible portion du vaste champ qui s'ouvre devant nous. Avant 
Jean III, un autre comte .d'Armagnac, le comt^j Jean I", 
avait conduit au delà des Alpes une expédition dont les détails 
n'ont jamais été racontés. Bien d'autres cadets de Gascogne 
ont fait comm3 Bernardon de la Salle et comme Bernardon de 
Serres, en venant tenter la fortune dans les mêmes contrées. 
Que de noms il reste à citer, que d'événements curieux à 
rappeler comme d'exploits oubliés à remettre en lumière, 
avant d'achever une revue complète des Gascons en Italie! 

Encore nous sommes-nous jusqu'ici cantonné dans le 
Moyen-Age. Combien la moisson de hauts faits deviendra plus 
abondante quand nous aborderons l'époque de la Renaissance 
et ces luttes mémorables qui commencèrent à îa fin du xv* siècle 
pour se prolonger pendant une partie du siècle suivant, depuis 
Charles VUI jusqu'à Henri II! Les grandes guerres d'Italie? 
Mais elles constituent peut-être, pour la Gascogne, le plus 
beau fleuron de sa gloire militaire. Tant que l'on saura rendre 
hommage au courage et au patriotisme, on célébrera l'héroï- 
que défense de Monluc au siège de Sienne. Et la défense de 
Sienne n'est qu'un épisode de cette véritable épopée où s'illus- 
trèrent tant de compatriotes de Monluc, où les noms des trois 
plus grandes races féodales de la Gascogne, Armagnac, Foix 
et Albret, sur le point de s'éteindre, vinrent briller d'un der- 
nier éclat avec Louis d'Armagnac (2), Henri d' Albret (3) et 
Gaston de Foix (4). 

(1) C*est au pius tôt en 1360, et plus probablement en 1375 seulement que 
Bernardon de La Salle passa pour la première fois en Italie. D'autre parc, 
Bernardon de Serres fut remplacé comme gouverneur d'Asti en 1409. 

(2) Louis d'Armagnac, duc de Nemours, vice-roi de Naples, tué à la bataille 
de Cérignole en 1503. 

(3) Henri d' Albret, roi de Navarre, grand-père d'Henri IV, se dis.tingaaà la 
bataille de Pavie. 

(4) Gaston de Foix, le béros deRavenne... Ne suffit-il pas d'inscrire son 
nom, en y ajoutant la belle épitaphe que les Florentins ont mise, à Santa - 
Croce, sur le tombeau de Machiavel : Tanto non^ini nuHum par elogium f 



Digitized by 



Google 



LES GASCONS EN ITALIE. 223 

Du reste, le rôle joué par les Gascons dans les guerres d'Italie 
£êt altegvtè par uo fait sîAgtiliéreineDl éloquent. A la Qn du 
xvr siècle, dans toute TEurope, jusqu'au fond des plaines de 
la Pologne, lorsqu'on voulait désigner ce qu'il y avait de plus 
brave parmi les troupes de France, la fleur de l'armée, on 
employait communément et sans distinction ce seul mol : 
le^ Gascons. < Gomme ce nom de soldat gascon, nous dit 
Brantôme, s'estoit espandu parmi la Ghreslienté, voire une 
partie du monde...., tout soldat françois, mais qu'il fust vail- 
lant, on le tenoit pour Gascon. Cela me faict souvenir de ce 
que j'ay leu dans Paule-^Emile en son histoire de France (1), 
que : durant la guerre saincle, tous les bons hommes et 
braves et vaillans gentilzhommes, chevalliers, soldatz et 
gens-d'armes, on les disoit tous François; et avoient beau à estre 
Anglois, Allemans, Flamans, Espaignolz, Italiens, Hongres et 
autres nations, ilz estoient toujours dictz François, mais qu'ilz 
fussent vaillans et qu'ilz eussent faict quelque bel acte de 
guerre. Si bien que le nom françois, ce dict Paule^Emile, 
estoit un nom de vaillance et non de nation. 

» Quelle gloire pour les François de ce temps-là et une 
grand'aemulation pour ceux qui sont à venir ! De mesmes est 
le nom des soldatz gascons, et principalement en Italie, où 
les guerres ont esté despuis cent ans, car la pluspart des sol- 
datz françois qu'y ont passé, repassé et combattu ont estez 
tousjours nommés Gascons (2). » 

Bien plus, on vit alors se produire un fait piquant. La 
fraude g'en mêla. Il y eut de faux Gascons. Afin d'être tenu 
ponr -brave, on se prélendit, sans aucun droit, natif de la 
Gascogne, tant une pareille origine constituait, à elle seule, 
un brevet de courage. Ecoutons encore, à propos des Gas- 
cons, l'auteur du Discours sur les couronnels de l'infanterie 
de France : « Ce sont de très-bons soldatz, et ne se faut 

(1) Pauli iEmilii, De rehus gestis Francorum. 

(2) Brantôme, Discours sur les Couronnels, vi, p. 308. 



Digitized by 



Google 



224 LE& GASCONS EN ITALIE. 

' esmerveiller si de longtemps quelque bon soldat qu'il soil, on 
Tayt appelle Gascon, encor qu'il ne le soit poin*., mais qu'il 
en face la faction avecqu'un petit cap de Diou tant seule- 

i -ment, et quelque peu de mine; comme j'en ay veu.plusieurs 
qui n'estoient Gascons, ains ks contrefaisoienl, et estoienl 
natifz de Sainct-Denys en France ou d'ailleurs; mais voylà! 
ilz ne pensoient estre estimez vaillans, s'ilz n'estoûeat Gas- 
cons ou les contrefissent (1). ' 

Des guerres du XVI' siècle, les souvenirs laissés en Italip par 
les Gascons nous amèneront, à travers les expéditions des 
règnes de Louis XIII, Louis XIV et. Louis XV, jusqu'aux 
campagnes de la Révolution et de l'Empire. Alors s'ouvre 
pour nos armées^ au delà des Alpes>.une nouvelle et 
incomparable série d'exploits et de victoires. Ici encore nos 
provinces du Sud-Ouest soutiennent dignement leur ancienne 
renommée. S'il est dans la partie moderne de nos annales 
militaires une page étincelante, c'est assurément la campagne 
dé 4796 en Lombardie, cette campagne dont les étapes 
s'appellent Montenotle, Millesimo, Lodi, Casliglione, Ro- 
veredo, Bassano, Arcole et Rivoli, L'armée piémontaise 
annihilée, trois autres formidables armées détruites, celles 
de Beaulieu, de Wûrmser et d'Alvinzy, plus de deux cent 
mille Autrichiens vaincus, dont quatre-vingt mille faits 
prisonniers et vingt mille tués ou blessés, douze batailles 
rangées et soixante combats livrés, souvent dans des 
conditions de disproportion effrayante, un nombre immense 
de canons et de drapeaux enlevés, toute l'Italie conquise ou 
réduite à composer : tels furent les résultats obtenus en dix 

• mois par Bonaparte^ avec une armée de cinquanle-cinq mille 
Français seulement. 

Or cette armée qui força l'admiration de l'Europe, un des 

• plus brillants officiers de l'époque impériale, attaché de près 

(1) Brantôme, yi, p. 210. 



Digitized by 



Google 



LES GASCONS EN ITALIE. 225 

à Napoléon, le général comte de Ségar, en a tracé un por- 
trait plein de verve qui se termine par ces mots bien dignes 
d'être cités avec orgueil : « Telle était celte armée. Elle élait 
composée surtout de Gascons^ de gens du midi de la 
France (1). » 

Ainsi viennent se rattacher aux récits du passé les sou- 
venirs contemporains. Ainsi à toutes époques les épisodes 
empruntés à Thistoire d'Italie justifient ce que disait déjà 
un vieil auteur (2) en s'émerveillant de ce grand nombre 
de a bons hommes de guerre » que la Gascogne a produits : 

« Toutes nos histoires sont plaines de leur prouesses et de 
leurs faits, et je ne puis trouver rencontre, escarmouche ou 
bataille, siège, assaut, deffense ou prise de ville que je n'y 
remarque que les Gascons s'y sont signalez. » 



(1) Général comte Philippe de Ségar. Histoire et Mémoires^ i, p. 198. 

(2) François de Pavie, baron de Fourquevaux, dans les Vies de plusieurs 
grands capitaines français, Paris, 1643, p. 46. 



16 



Digitized by 



Google 



Digitized by 



Google 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 



Digitized by 



Google 



Digitized by 



Google 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 



Florence, 15 décembre 1389. — Lettre de la République florentine au comte 
Jean III d'Armagnac, pour le remercier du favorable accueil fait à Venooyé 
de Florence, Berto d'Afjnolo Castelkcni. 

(Archives de Toscane, à Florence, Registre de copies de lettres des an- 
nées 1388 à 1393, provenant de la Bibliothèque Magliabecchiana. Cl) — Trans- 
cription contemporaine sur le registre original de la chancellerie florentine). 



CoMiTi Armagniaci. 

Magnifiée Domine, honorande frater et amice karissime, 
Fuit hic Bertus Angeli de Castellanis, civis noster dilectissimus, et 
plura nobis gratissima pro parte vestra narra vit ; de quibus ipsemet 
referre poterit quantum f uerit super illis traditum in responsis. Et quia 
videmus quod Excellentia Vestra nos et nostrum Comunem dilectione 
prosequitur singulari^ tante benevolentie gratias agimus. quantas et 
possumus et debemus, offerentes vobis Comunem nostrum in cunctis 
possibilibus ethonestis. Ceterum dictum Bertum oontemplatione nostri 
suscipere placeat commendatum. 

Datum Florentie, die xv decembris, xni indictione, mccclxxxviui. 



(1) Lorsque j*ai consulté ce précieux manuscrit aux archives de Florence, le 
volume n'avait pas encore reçu de cote spéciale et les feuillets n'en étaient pas 
numérotés. Mais les lettres sont rangées à peu près exactement suivant Tordre 
chronologique. 



Digitized by 



Google 



390 LES GASCONS EN ITALIE. 



II 



Florence, 21 mai 1390. — Lettre de la République florentine au comte d' Ar- 
magnac, lui annonçant que Berto Castellani oient lui offrir d'entrer aa 
Beroice des Florentins et que le comte de Vertus a déclaré la guerre. 

(Même source que la pièce précédente.) 



GoMiTi Armaniachi. 

Magnifiée et excellens Domine, frater et amice karissime, 

Remittimus Bertum Angeli, civem nostrum dilectum, ad Magnifiœn- 
liam Vestram, cum commissione subsidii Vestre Magnitudini faciendi, 
quanto secundum conditionem temporum fieri potuerit amplioris. 
Nam ille, soceri sui non solummodo fidif ragus captivator, sed etiam 
cnidelissimus interemptor, cornes Virtutiim, et suorum consobrino- 
nim violentus expulsor, nobis prinum bellum intulit et, post plurium 
dierum lapsum, bellum nobis, a suis fraudibus non disc^ndens, per 
litteras suas nuntiavit. Ex quo bello quod cum ipso nunc habemus 
implicite, non possumus incepta Vestre Justicie largitate qua cupimus 
adjuvare. Verumtamen cum nobiscum habeat ferme cum omni sua 
potentia bellum gerere, minus poterit, per Dei gratiam, vestris insulti- 
bus obviare; ut quantum de nostra subventione subtratitur, vobis 
compensatione mirifica, pro facilitate quam inceptum vestrum asseque- 
tur largissime compensatur. Ite igitur, magnifiée Domine, et hostem 
vestrum féliciter, ut speramus, invadite, quem vobis facillime supe- 
randum pro bello quod cum ipso gerimus, cum hinc et inde sufficere 
nequeat, exhibemus. Venite celer et pede faustissimo, et sororem ves- 
tram dominatu sibi débite pulsam, una cum vire sue, quem hinc 
mittimus, vestrosque nepotes in jura paterna reducite, et ipsos in domi- 
nium, tanta proditione subtractum, vestra cum potentia collocate. 
Majorem etenim glorie occasionem vobis et patribus vestris etas nostra 
non dédit, cum possitis simul tirannum cunctorum odio et persciîu- 
tione dignissimum facili labore comprimere, et consanguineos atque 
affines vestros in statu magnifiée sublevare. 

Datum Florentie, die xxi maii, xiii indictione, mccclxxxx. 



Digitized by 



Google 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 231 



III 

Florence, 18 juin 1390. — Lattre do la République florentine au comte 
d'Armagnac, lui rappelant la conduite barbare du comte de Vertus, le 
pressant do se joindre aux Florentins pour oenger sa sœur et lui promet- 
tant le concours le plus empressé. 

(Même source que les deux pièces précédentes.) 



CoMiTi Harminiaci. 

lUustris, et magnifiée Domine^ 

Gratissimum nobis erat quod Magnitude Vestra de presenti posset 

in fortissimo brachio comunis hostis fines, dum et hinc ipsmn nos 

aggredimur, sicut et vos desiderare cernimus, insultare. Facillime 

quidem ejus ruinam et exitium videbamus si vobis hec commoditas 

affuisset. Et sicut a Berto de Castellanis, cive nostro dilecto, Nobilitas 

Vestra percipiet, adhuc ad illa que per ipsum in ultimis obtulimus 

addebamus, conantes etiam ultra vires Vestram Excellentiam taliter 

adjuvare quod commendabile propositum vestrum et justissimam belli 

gerendi eausam tam exequi quam prosequi valeretis. Scitis etenim, ut 

ad hujus hominis nomen expressius veniamus, hune comitem Virtu- 

tum, jnfanda et detestabili prodictione, patruum socerumque suum 

dominum Bemabonem, fraude eaptum, crudeliter peremisse, et eonso- 

brinum suum dominum Karolum Viceeomitem, sororis vestre maritum, 

ex omni suo dominio pepulisse, quem nunc exulem et extorrem in statu 

suo reponere procuramus. Quamobrem habetis justissimam belli 

eausam. Vestrum est ulsisci sororis injuriam, cognatum vestrum in suo 

statu reponere et af finium vestrorum justiciam ordinare. Ad quod si 

Vestra Nobilitas nunc, dum tempus est et dum prebet se commoditas, 

disponatur, non deerunt vobis nostra subsidia, sed incepta vestra onmi 

cum nostra potentia debitis favoribus prosequamur. Intentionem autem 

vestram circa dictam materiam commendamus, et affectionem vestram 

ergo nostra beneplacita leta mente percepimus, et pro ipsa vobis am- 

plissima gratiarum numera repensamus, parati pro vobis versa vice, 

quantum se facultas extendit, in cunetis vestris honoribus operari. 

Datum Florentie, die xxvin junii, xiii indictione, mccclxxxx. 



Digitized by 



Google 



332 LES GASCONS EN ITALIE. 



IV 



Florence, 6 août 1390. — Lettre de la République florentine au comte 
d'Armagnac, pour lui annoncer que Berto Castellani cient d'apporter sa 
réponse à Florence et qu'il retournera oers lui aoec de noucelles instructions, 

(Même source que les trois pièces précédentes.) 



GoMiTi Arminiaci 

lUustris et magnifiée Prineeps, honorabilis frater et amice karis- 
sime. 

Et per illa que scribitis, et per ea que nobis Bertus Angeli de Castel- 
lanis, sicut jussit Vestra Sublimitas, intimavit, plene concepimus et 
perspicua declaratione videmus Excellentiam Vestram una nobiscum 
pari voto concurrere, et hostis nostri ruinam, non minus quam nos, 
Vestram Magnificentiam exoptare : pro quibus Benignitati Vestre 
quanto copiosiora gratiarum impendia possumus vobis referimus et 
habemus. Nam quamvis perfidus ille tyrannus, crudelis in suos, 
insidus in omnes et suarum promissionum ac juramentorum mani- 
festus transgresser et irreligiosissimus violator, et Dei et hominum 
persecutionem et odium mereatur, nichilominus tamen vos in eum 
taliter esse dispositum nimis est nosiris sensibus gratiosum. Videmus 
enim Magnitudinem Vestram illius hominis conditiones agnoscere; 
videmus vos, sicut veram nobilitatem decet, sua scelera suasque turpi- 
tudines abhorere. Nec potest, crédite nobis, eminentia, nec quicquid 
in mundo principum est, concipere justius odium nec Deo gratiorem 
hostiam immolare quam tyrannum iniquum, et istum presertum, 
qualis non vidit Trinacria vel Tracia, aut universus orbis, truces 
Dyonisios, inhumanos Phalaridas aut Busirides illaudatos. Verum- 
tamen quid circa dictam materiam intendamus idem Bertus vobis 
plenius référât viva voce, cui dignetur Benivolencia Vestra fidem 
plenissimam adhibere. 

Datum Florentie, die vi mensis augusti, xiii indictione, 1390. 



Digitized by 



Google 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 233 



Florence, 6 septembre 1390. — Lettre de la République /lorentine au comte 
d'Armagnac, écrite à l'occasion des pleins pouvoirs donnés le même Jour à 
Bcrto Castellani pour conclure un traité acec lui. 

(Même source que les quatre pièces précédentes.) 



CoMiTi Harminiaci 

lUustris et magnifiée Prinoeps, honorande frater et amice karissime. 

Recepimus gratiosas litteras vestras, in quibus quidem noster popu- 
lus, viso quanto fervore sitis affectus ad conservationem nostre libertatis 
et status, mirabiliter exulta vit. Sed id quod maxime nos commovit, et 
in inenarrabilis spei gaudium mentes nostros erexit, est récépissé quam 
constanti proposito intenta sit Vestra Sublimitas in exterminium illius 
monstri, quod celum liorret, et cunctos mortales decet de medio toUere, 
et in posteritatis exemplum totis viribus conculcare. Celebravit anti- 
quitas Herculem, Antheo, Gerione, Caco, Busiridique peremptis, qui 
quidem vicinis aut hospitibus graves erant. Hic vero, non solum 
subditis intolerabilis et vicinis infestus, sed sue proprio sanguini 
perniciosus, maleficus et cmdelis. Non oportet cuncta referre, preser- 
tim vobis qui testem domesticum, inclitam sororem vestram, habetis 
in domo, quam ille spoliavit bonis nec fuit veritus carcerare, priva vit 
socero, viro, cognatis et filiis, nec puduit tôt suarum necessitudinum 
nomina violare. Habet iste pre ceteris, quos etas nostra tulit iniques 
dominos et tirannos, ut nihil quod promisit observât, sed semper prius 
cogitet fidem rumpere quam in obligationem, quam facturus extiterit, 
consentire. quanta glorie celebritas Vestre Magnificentie preparatur, 
si pro sorore vestra restituenda, si pro cognato in erepto per injuriam 
dominatu reponendo liberandisque nepotibus vestris, sique pi*o justi • 
cia, et libertate nostra, sicut speramus, arma sumetis ! Si quasi novus 
Hercules, ad contendendum hoc monstrum tantamque nequitiam con- 
tendundam, huic tiranno crudelissimo bellum honestissimum atque 
iustissimum inferitis I 

Nos autem quid circa vestrum auxilium faoere decreverimus per 



Digitized by 



Google 



234 LES GASCONS EN ITALIE. 

Bertum de Castellanis, commissârium nostrum, Excellentie Vestre 
facimus declarari; in memoriam reduoentes quod hyems imminet, 
Alpes sunt asperrime etiam estivis caloribus transeunde, callidissi- 
mum hostem habetis qui conabitur modis omnibus vestrum transitum 
impedire, e hujus belli totam victoriam in celeritate pendere ; ut nihil 
sit perdendum temporis, omnisque sit occasio, ut ejus preveniantur 
consilia, si rem perficere volueritis, amplectenda. 

Datum Florentie, die vi septembris, xiii indictione, mccclxxxx. 



VI 



Mende, 16 octobre 1390. — Traité conclu entre le comte Jean III d'Arma- 
gnac et la République Jlorontine. 

(Archives de Toscane à Florence, Riformagioni, classe x, dist. m, reg. 
n° 53; ou Atti publici, t. 40 délie Cartapecore, n° xlvi. — Expédition originale 
tormant un cahier de six feuillets sur parchemin.) 



In Dei nomine, amen. Anno ejusdem salutifere Incamationis mille- 
simo ccc° monagesimo, indictione xiiii* secundum cursum et consue- 
tudinem notariorum civitatis et provincie Florentine, et indictione xiii* 
secundum cursum et consuetudinem notariorum civitatijs Mimamentis, 
die XVI* mensis octobris, actum in civitate Mimatensi partium Gabel- 
litanarum, in domo episcopali, presentibus nobili viro Petro Valete, 
condomino loci de Parisio, comitatus Ruthenensis, nobili viro domino 
Bemardo quondam Bernardi de Gorsolis, licenciato in legibus, nobili 
viro Arnaldo de Bovevilla filio quondam Gauberti et Antonio quondam 
Johannis Leonis de Florentia, testibus ad hec vocatis, habitis et 
rogatis, 

Illustris princeps et magnificus domiaus, Dominus Johannes 
natus quondam inclite memorie alterius domini Johannis, Dei graxîia 
comes Armaniaci et Convenarum, suo proprio et privato nomine, ex 
una parte, et prudens vir Bertus quondam Angeli de Castellanis de 
Florentia, sindicus et procurator magnifici populi et comunis Flo- 
rentie, ut de ejus sindicatu et mandate constat manu mei infrascripti 
Ser Péri de Sancto Miniate notarii publici sub die vi* preteriti mensis 
septembris, ex alla parte; advertentes et considérantes quanta rappaci 



Digitized by 



Google 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 235 

et effreni cupidine dominus Johannes Galeaci de Vicecomitibus de 
Mediolano, qui se scribit Virtutum comitem, conetur sepelire et con- 
tondere ytalicam libertatem et precipue Florentinam, prius blando 
austu verbisque dulcibus et fellitis, deinde dolis et fraudibus, ut nedum 
Florentinos sed pêne omnes Tuscos decipiens, seminatis magnis scan- 
dalis et zizanis, eos in cassem sue tyrannidis traheret, nunc, détecta 
malicia, bello publiée et nefasto ad posse studeat preffatos Florentinos 
et cunctos populares status et libères conculcare; considérantes etiam 
qua et quanta sevicia et inhumanitate in proprium sanguinem crude- 
liter agens, necato atrociter socero et patruo suo, cognatum, nepotes et 
claram sororem antedicd principis, nuUa juris vel equi causa, spolia- 
verit statu suo; et enim intersit principum populos fovere, deffendere et 
tutari, tyrannosque compescere et deleie, ut frenetur et confundatur 
dicti domini Johannis Galeaz nepharius et illicitus appetitus ac suorum 
facinorum penam luat, et antedictus illustris princeps tanti laudabilis 
operis et honesti fama perpeti floreat, et civitas Florentina in sua 
libertate et tranquillitate quiescat, et quod quicunque timuerit hune 
homivoracem colubrum deponat et exuat omnem metum; et considé- 
rantes quod status ejus non potest sine potenti marte et auro enervari ; 
ad laudem et gloriam omnipotentis Dei et gloriosissime matris ejus 
Virginis Marie, gloriosi martiris beati Johannis Baptiste, patroni et 
deffensoriscivitatispreflFate et dicti domini principis et domini, actotius 
celestis curie, et ad honorem et claritudinis augmentum dicti principis 
et domini, et ad pacem, tranquillitatem et statum perpetuum popula- 
rem, liberum et securum augmentum et exaltationem civitatis predicte 
et populi et comunis ejusdem : ex certa sciencia et non per errorem, 
s(îientes se ad infrascripta non leneri, sed volentes dictis nominibus 
teneri et efficaciter obligari omni modo, via, jure et forma quibus 
magis, melius et efficatius poterunt, mutuis et vicissitudinarum assen- 
tibus et voluntatibus, tractaverunt, fecerunt, inierunt, contraxerunt et 
firmaverunt inter se, dictis nominibus, concordiam, amicitiam, socie- 
tatem, conventum, fedus et capitula, cum infrascriptis pactis, articulis, 
obligationibus et promissionibus. Videlicet : 

In primis quod dictus princeps et dominus, Dominus Johannes 
comes prefatus Armaniaci et Convenarum, teneatur et debeat, et sic 
ex nunc promisit solempniter et convenit dicto Berto sindico et procu- 
ratori dicti populi et comunis Florentie, prj dicto populo et comuni 
Florentie et ejus vice et nomine recipienti et stipulanti, venire et 
transire personaliter in Ytaliam in partes Lpmbardie, et secum ducere, 



Digitized by 



Google 



236 LES GASCONS EN ITALIE. 

babere et retinere in sua et pro sua comitiva et sub suo principatu et 
conductu, vexillo, baculo, disciplina et gubematione militari, duo 
milia lanoearum hominum expertorum et probatorum in armis et tria 
milia pilhardorum seu saccomannorum, omnium videlicet hominum 
et pilhardorum bene munitorum et fulcitorum equis, armis, et aliis 
amesibus ad bellum opportunis, secundum morem et modum pugnan- 
tium Vasconum armigerorum, et esse hostiliter cum dictis gentibus et 
comitiva super territorio dicti oomitis Virtutum, infallibiter hinc ad 
per totum futurum mensem novembris proxime sequturum, et super 
dicto territorio et in ipso et per ipsum territorium ire et stare campestri 
modo cum dictis suis gentibus et pilhardis, et pugnare et bellum seu 
guerram acriter et hostiliter facere, emittis guerrarum asperitatibus, 
terroribus et modis, sibi et dictis suis gentibus possibilibus, ima cum 
dictis suis gentibus et pilhardis, et ipsum comitem Virtutum suosque 
adhérentes, subditos, colligatos, complices et sequaces et gentes suas 
sicut hostes et inimicos persequi et tractare, simul cum diclis suis gen- 
tibus armigeris et pilhardis, sex mensibus et pro tempore et termino 
sex mensium, iniciendorum die quo dictus cornes Armaniaci cum dic- 
tis SUIS gentibus et pilhardis intraverit territorium dicti comitis Virtu- 
tum, et ipso toto tempore et termino sex mensium, ut superius scrip- 
tum est. 

Item quod dictus dominus comes Armaniaci et Convenarum tenea- 
tur et debeat petere, habere, querere et procurare sibi et dictis suis 
gentibus armigeris et pilhardis et toti suo felici exercitui passum, tran- 
situm, victualia et recepta et alia quecunque necessaria et opportuna, 
tam ad vitam et victum sui et dictarum suarum gentium ac exercitus 
pabulum, annonam et foragium equorum et aliorum jumentorum, 
quam ad bellum seu guerram viriliter faciendum, toto dicto tempore et 
termino sex mensium incipiendorum ut supra dicitur, et alio toto 
semestri futuro post hos sex menses, si contingat dictum principem 
modo simili remanere ad voluntatem dicti comunis et libitum, ut 
infra dicetur, et dictis adventu et transitu in Ytaliam ut prefertur. 
Neque possit vel debeat dictus dominus copies Armaniaci, uUo modo 
vel causa, toto tempore et termino dictorum sex mensium et toto 
etiam tempore alterius semestris et transitu et adventu predic- 
tis in Ytaliam, et dicte sue gentes dicere vel allegare aliquod impedi- 
mentum passus, receptus et victualiorum, vel quodvis aliud retinacu- 
lum vel obstaculum quominus transeat in Ytaliam, in partes Lombardie 
et super territorio dicti comitis Virtutum; et reliqua alia omnia faciat 
ut superius scriptum est. Et quod dictum comune Florentie ad 



Digitized by 



Google 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 237 

dandum, tradendum, procurandum, petendum, querendum vel impe- 
trandum dicto domino comiti Armaniaci et dictis suis gentibus et 
exercitui aliquid aliud faciendum, preterquam ad eaque infra dicentur, 
nuUathenus teneatur; sed ea omnia et singula supradicta, et alia 
quecunque sibi et dictis suis gentibus et exercitui neoessaria et bppor- 
tuna, ipsemet dominus cornes Annaniaci et dicte sue gentes et 
exercitus procurent, impetrent, pétant, habeant et querant, onmibus 
suis expensis, sumptibus et fortunis, prout sibi visxun fuerit expedire. 

Item qaod durantibus dictis sex mensibus, iniciendis ut supra dicitur, 
et ipsis finitis et completis inde ad unum annum tune proximesequtu- 
lurum, dictus dominus cornes Armaniaci et dicte sue gentes, armigeri 
et pilhardi, vel aliquis eorum non possint vel debeant ledere, offendere 
vel dampnificare dampno vel lesione reali aut personali dictum comu- 
nem Florentie et suas terras, subditos, colligatos, adhérentes et 
sequaces, territoria et loca, vel aliquem ex dictis suis coUigatis, sequa- 
cibus, subditis vel adherentibus, vel eorum aut alicujus eorum terras, 
territorium, subditos vel loca, aut esse in dicto termine contra dictum 
comunem Florentie et ejus terras, territorium, subditos vel loca, vel 
contra dictes colligatos, adhérentes vel sequaces et eorum vel alicujus 
eorum territorium, terras, subditos vel loca, et seu contra dictum 
comunem Florentie et suos colligatos, subditos vel adhérentes, aut 
eorum vel alicujus eorum terras, in dicto termine stare, vel aliqualiter 
militare publiée, palam vel occulte, aut sub aliqua fictione vel colore, 
tam in actu et modo stipendii et societatis quam aliter quovismodo. Et 
finitis insuper et completis dictis secundis sex mensibus, si contingeret 
dictum comitem Armaniaci cum dictis gentibus et numéro gentium 
remanere ad voluntatem et libitum dicti comunis Florentie, ut infra 
dicetur, ita quod finita omni obligatione sua et dictarum suarum gen- 
tium inde ad unum annum tune proxime sequturum, non possit ipse 
et sue gentes predicte offendere dictum comunem Florentie et ejus 
subditos, terras et loca, colligatos et adhérentes ut supra dictum est. Et 
ex nunc dictus dominus comes se facturum et curaturum promisit et 
convenit, solempniter et cum effectu, dicto sindico ut suprascriptum, 
ita et taliter et cum effectu quod dicte gentes non offendent, contrafa- 
cient vel ledent, sed ea omnia a se promissa facient et excequentur 
effectuose ac observabunt ut in presenti capitule continetur. 

Item quod dictus dominus comes Armaniaci et dicte sue gentes 
simul vel divisim non possint vel debeant, durantibus dictis sex 
mensibus et, ipsis finitis, aliis secundis sex mensibus, si centingat 
eum remanere ut infra dicetur, facere, contrahere vel inire, conclu- 



Digitized by 



Google 



238 LE9 GASCONS EN ITALIE. 

dere vel finnare aliquam paoem, conoordiam, treguam^ fedus, amici- 
tiam, conventionein vel pactum cum dicto comité Virtutum, autaliquo 
pro 60 vel ejus nomlne^ vel cum suis subditis, coUegatis^ recomendatis, 
sequacibus, complicibus vel adherentibus Lombardie, aut aliquo eorum 
presentibus vel futuris ; nec de dicto temtorio dicti comitis Virtutum 
discedere, recédera vel abire aut exire, nisi jam solummodo et duntaxat 
intuitu, causa vel occasione majoris, gravions et crudelioris guerre, et 
seu belli inferendi contra dictum comitem Virtutum et suos subditos, 
colligatos^ complices, adhérentes et sequaces et gentes suas, et in ejus 
comitis Virtutum et sui status majorem confusionem, eversionem, 
perniciemvel jacturam, et in majorem tutelam et victoriam dicti 
Principis et comunis Florentie percipendiam, et in inimicorum offen- 
sam. Et hune talem dicessmn ipse et dicte sue gentes faciant bona fide 
et belli seu martis prerrogativa, pure et simpliciter, et puro et mundo 
corde et animo, sine dolo, fraude vel labe aut alia corruptela gracia vel 
aliqua cantate partis contrarie, sed solxmx et dumtaxat in exterminium 
dicti comitis Virtutum et suarum gentium et pro deffensa dicti Princi- 
pis et comunis, et ad lucra, commoda et emolumenta auferenda 
dicto comiti Virtutum et suis subditis, etbrevi tamen tempore, termine 
et spatio, videlicet quod, €xpedita re predicta, confestim redeat cum 
dictis gentibus et pilhardis super territorium dicti comitis Virtutum 
antedicti, nisi jam de licentia dicti comimis Florentie, ut infra 
dicetur, permaneret, et non aliter vel aUo modo. Nec a belle et seu 
guerra et persequtione hostili dicti comitis Virtutiun et suorum subdi- 
torum, colligatorum, adherentium et complicxmi et gentium suarum 
desistere, defficere, desinere, tepescere vel resilire ullathenus sine 
expressa licentia, coscientia, deliberatione vel consensu dicti comunis 
Florentie, durantibus sex mensibus vel aliis secundis ut infra dicetur, 
sed super dicto territorio dicti comitis Virtutum stare et adesse hosti- 
liter, cum dictis suis gentibus armigeris et pilhardis, dicto toto tempore 
et termino, et guerram continue asperam et indesinentem facere tenea- 
tur et debeat. Et sic ex nunc promisit et convenit solempniter dictus 
dominus comes Armagnaci dicto sindico, ut supra stipulanti, se fac- 
turum et curaturum ita et taliter et cum effectu quod dicte sue gentes 
facient et observabunt ut supra dictum est. Et versa vice quod dictum 
comune Florentie, durante dicto termino, non possit vel debeat cum 
dicto comité Virtutum et suis subditis, adherentibus, coUegatis, reco- 
mendatis vel sequacibus Lombardie facere vel inire, concludere vel fir- 
mare aliquam pacem,concordiam, treguam, pactum, amicitiam vel con- 
ventionem, sine licentia, coscientia et consensu dicti comitis Armaniaci. 



Digitized by 



Google 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 239 

Item quod dictus dominus cornes Armaniaci et dicte sue gentes armi- 
gère et pilhardi, vel aliquis eorum, non possint vel debeant ullo modo, 
causa vel colore ledere, offendere vel dampnificare dampno vel lesione 
reali vel personali, durantibus dictis terminis et temporibus, aliquam 
civitatem, terram, castrimi vel locum que, seu qui, vel quod exiverit, 
vel exivit aut exivisset subjectionem, dominixmi vel tyrannidem dicti 
comitis Virtutum, quomodocunque vel qualitercunque exiverit vel ab 
eo discesserit, et seu se rebellaverit ; sed ipsis terris, civitatibus, castris 
vel locis et cuilibet earum vel eorum, dictus dominus cornes Armaniaci 
et dicte sue gentes subvenire, favere et auxiliare possethenus teneantur 
et debeant, dummodo dicte terre non redeant ad submissionem, domi- 
nium, tyrannidem vel favorem dicti comitis Virtutum et ejus colliga- 
torum, adherentium, complicium, sequacium et subditorum, sed extra 
suum dominium, tirannidem vel subjectionem morentur et sinl, et in 
rebellione continua contra eum, donec presens guerra duraverit, 
persévèrent. 

Item quod dictus dominus cornes Armaniaci, domini capitanei, capo- 
rales, proceres, nobiles et barones, mariscalli et submariscalli ac duc- 
tores dictarum gentium, qui secum venient in dicta sua comitiva et 
conductu, et secum transibunt in Ytaliam in partes Lombardie, ut 
prefertur, teneantur et debeant, adstringantur et adstricti sint, virtute 
presentis capituli, cum statim transierint Rodanum seu flumem 
Rodani, vel a dicto transitu Rodani inde ad quindecim dies tune 
proxime futures, promittere, jurare et sigillare, et sigilla sua consueta 
ponere, promissiones facere et juramenta prestare, de observando, 
manutenendo et adimplendo solempniter et cum eflPectu predicta omnia 
et singula suprascripta, per publica documenta vel per literas suas 
sigillatas ; videlicet, comes de per se, et reliqui in manibus dicti comitis 
Armaniaci pro se ipso recipiente et pro dicto comuni Florentie, et 
vice et nomine comunis predicte. Quas literas aut documenta dictus 
dominus comes Armaniaci mittere et tradere teneatur et debeat dicto 
comuni Florentie, ad omnem requisitionem et voluntatem dicti co- 
munis. Et sic ex nunc dictus dominus comes Armaniaci promisit 
solempniter et convenit dicto Berto sindico et procuratori predicto, ut 
supra stipulanti, se facturum et curaturum ita et taliter et cum effectu 
quod dicti domini capitanei, caporales, proceres, nobiles, barones, 
mariscalli et submariscalli ac ductores jurabunt, observabunt et facient 
ut supra scriptum est, sub vera legalitate et fide militie et sub salute 
anime et honoris. 

Item, quod dictus comes Armaniaci et dicte sue gentes obligentur et 



Digitized by 



Google 



240 LES GASCONS EN ITALIE. 

obligati sint et remaneant dicto comuni Florentie, pro et sub hiis 
isdem pactis, conventionibus, modis et fonnis et capitulis, pro aliis sex 
mensibus immédiate futuris, finitis et completis primis sex mensibus 
incohandis ut supra dictum est, ad voluntatem, libitum et beneplaci- 
tum dicti comunis, salvo quod in dictis sex mensibus secundis 
nullum donum, munus vel benandata interveniat aut sit, sed solum- 
modo illa quantitas florenorum auri quindecim millium que infra 
dioetur, dummodo et si et in quantum dictum comune Florentie, per 
suas litteras vel ambaxiatoreô aut commissiarios, notificet et prédicat 
dicto domino comiti Armaniaci, per unum mensem prius et ante finem 
dictorum primorum sex mensium, de dicta obligatione sub dictis pactis; 
de quorum ambaxiatorum et commissariorum ambaxiata et commis- 
sione appareat per litteras dicti comunis qualiter dictum comune 
intendit, requirit et vult quod ipse dominus comes Armaniaci obliga- 
lus remaneat cum dictis gentibus pro aliis secundis sex mensibus 
futuris, et guerram faciat cum dictis gentibus et pilhardis contra 
dictum comitem Virtutum et super suo territorio, et omnia alia faciat 
et observet que in capitulis presentibus continentur et scripta sunt, 
durante termine et tempore dictorum secundorum sex mensium. Que 
omnia et sirgula dictus dominus comes Armaniaci cum dictis suis 
gentibus armigeris et pilhardis, si placuerit comuni Florentie predicto 
et sibi notificeverit et predixerit, ut supra dicitur, facere teneatur et 
debeat, durante dicto termino, solummodo et duntaxat pro quindecim 
millibus florenorum auri, ad pondus et conium florentinum, et seu 
eorum tune temporis valore seu valuta, sibi domino comiti, pro se et 
dictis suis gentibus, per comune Florentie mense quolibet dictorum 
secundorum sex mensium persolvendis, pro tempore et rata temporis 
quo supra dicto territorio dicti comitis Virtutum, vel alibi, de volun- 
tate tameû et consensu dicti comunis cum suis gentibus et pilhardis 
hostiliter permanebit, pro subsidio et subventione infrascriptis. Et 
solummodo pro ipsa quantitate xv" florenorum auri, ad dictum pondus 
et conimn, mense quolibet dictorum sex mensium solvenda pro co- 
mune Florentie ut supra dicitur, et seu eorum tune temporis valore 
seu valuta, in una ex infrascriptis civitatibus, ut infra dicetur de 
solutione primorum sex mensiiun, sine aliqua alia re, provisione vel 
donc, munere vel benandata, sed solummodo et duntaxat pro ipsa 
quantitate simpliciter, dictus dominus comes Armaniaci et sue gentes 
prefate guerram contra dictum comitem Virtutum et super suo terri- 
torio, et omni alia et singula in capitulis comprehensa facere teneantur 
et debeant et effectualiter adimplere, notificante et predicente comuni 



Digitized by 



Google 



PIÂCES JUSTIFICATIVES. 241 

predicto ut supra dictum est. Et quod nichil aliud a dicto comuni 
Flôrentie vel ab aliqua singulari persona dicti comunis, pro toto 
tempore et termino dictorum sex mensium et pro guerra predicta et 
aliis quibuscunque in capitulis contentis, ipse dominus cornes 
Armaniaci, cum dictis suis gentibus, ubi dicto comuni Flôrentie 
placeat, facta dicta notificatione, voluit teneri et obligari pro dicto 
semestri future, finitis primis sex mensibus, ut supra dictum est. 

Item quod civitates, terre, castra vel loca nunc subposita vel sub- 
jecta dominio seu tyrannidi dicti comitis Virtutum et quelibet vel 
quodlibet earum vel eorum que suam tirannidem, dominium, vel 
subjectionem exire vellent vel volent, et seu ab ejus gravi jugo et 
crudeli tirannide liberari, eximi vel absolvi, et alium statum seu 
dominium accipere, possint et valeant, et sibi et cuilibet earum vel 
eorum liceat et licitum sit illum statum, dominium seu regimen acci- 
pere, eligere vel habere quem vel quos volent : videlicet quod quecum- 
que civitas vel terra, seu quodcunque castrum seu quicunque locus 
nunc et seu tune dicto comiti Virtutum ut supra dicitur subpositum 
vel subjectum, voluerit ad populum et populariter vivere et se regere 
et gubemare, possit et valeat et sibi liceat et licitum sit sub tali statu 
vivere et se regere et gubemare ; sin autem maluerint (sic) dominum 
vel majorem, quocunque nomine tituletur, accipere, dominum habeat 
vel majorem, et eum eligere, accipere et habere possit et valeat, pro 
libito voluntatis, sine conditione aliqua, molestia, injuria, vi, impetu 
vel violentia armorum, minis, terroribus, vel offensis realibus vel 
personalibus dicti comitis Armaniaci vel suarom gentium predicta- 
rum, sibi et cuilibet earum vel eorum inferendis per ipsas gentes et 
comitem Armaniaci predictos. Hoc intellecto et declarato quoà dicte 
terre, civitates, castra vel loca dicto comiti Virtutum et suis coUigatis, 
adherentibus, subditis vel sequacibus et gentibus suis adversentur et 
rebelles sint et in continua rebelUone perdurent et persévèrent donec 
duraverit presens guerra; et quod quicunque ceperit vi vel aliter ali- 
quam terram, civitatem, castrum vel locum nunc et seu tune dominio 
vel tirannidi dicti comitis Virtutum suppositum vel subjectum, talis 
capiens illam talem terram, civitatem seu illum locum vel illud castrum 
habeat et tenere possit, prout volet, et sua vel suum sit sine conditione 
aliqua, molestia, injuria vel offensa dicti comitis Armaniaci et sua- 
nim gentium predictarum inferenda ut supra dicitur. Et similiter terre, 
civitates, castra vel loca dicti comitis Virtutum et seu quas vel que 
ipse comes Virtutum tenet ad presens, vel in f uturum, quod absit, 
teneret, que ultra se traderent dicto comiti Armaniaci, et seu quas vel 

17 



Digitized by 



Google 



242 LES GASCONS EN ITALIE. 

que vi vel alio belli modo ipse dominus cornes Armaniaei vel dicte sue 
gentes oaperent, sint etiam libère dicti comitîs Armaniaei, et de eis et 
seu qualibet earum vel eorum possit et valeat liberaliter et ex toto facere 
velle suum et de eis et qualibet earum disponere prout volet. 

Item quod comune Florentie predictum teneatiir et debeat, et ex 
nunc dictus Bertus procurator et sindicus, predicto sindicario et pro- 
curatorio nomine dicti populi et comunis Florentie, promisit et 
solempniter convenit dicto domino Johanni comiti predicto, pro se ipso 
stipulanti et recipienti, dare et solvere, et dari et solvi facere a dicto 
comuni Florentie sibi domino Johanni comiti Armaniaei predicto, et 
seu ab alio solvente pro dicto c>omuni. pro predictis omnibus et singu- 
lis in presentibus capitulis contentis, transitu et adventu feUciter 
faciendo in Ytaliam per ipsum dominum comitem Armaniaei super 
territorio dicti comitis Virtutum cum dictis suis gentibus et pilhardis 
in dicto termino et usque ad per totum mensem novembris proxime 
futurum, ut supra dicitur, mora et bello seu guerra facienda contra 
comitem Virtutum et super diclum suum territorium, in dono et pro 
donc et munere et doni et muneris causa, florenos quinquaginta millia 
auri, ad pondus et conium florentinum, et seu eorum tune temporis 
valorem seu valutam, videlicet : triginta in civitate Avinionense vel in 
Montepessulano, hinc ad per totum médium mensem noveiMbris proxime 
sequturum vel ante, secundum possibilatem vel abilitatem dicti co 
munis, et reliqua viginti millia florenos auri, ad dictum pondus et 
conium, et seu eorum tune temporis valorem seu valutam, in civitate 
Janue, et seu Florentie vel Bononie aut Venetiarum, et seu in una ex 
dictis civitatibus, ubi vel in qua dicto comuni Florentie abilius, secu- 
rius vel commodius fuerit, tune et cxmi demum dictus dominus cornes 
Armaniaei, cum dictis suis gentibus et exercitu et comitiva, fuerit et 
erit supra territorio dicti comitis Virtutum in partibus Lombardie, et 
non ante vel aliter. Et ultra dictam quantitatem florenorum quinqua- 
ginta millium auri causa dom et muneris persolvendorum ut supra 
dicitur, pro subsidio et subventione pro se et dictis suis gentibus et 
comitiva, quolibet mense dictorum sex mensium, incohendorum u^ 
supra dicitur, florenos quindecim millia auri, dicti pondus et conii floren- 
tini, et seu eorum tune temporis valorem seu valutam, in civitate Flo- 
rentie, et seu Bononie et seu Janue vel Venetiarum, et seu in una ex dic- 
tis civitatibus, ubi vel in qua dicto comuni Florentie abilius et securius 
vel commodius fuerit, pro tempore et rata temporis quo dictus dominus 
cornes Armaniaei stabit hostiliter et guerram faciet supra dicto territoro 
dicti comitis Virtutum, vel alibi, de voluntate predicti comunis Flo- 



Digitized by 



Google 



PtÈCES JUSTIFICATIVES. 243 

rentie, ut supra dictum est, cum dictis suis gentibus annigeris et 
pilhardis, distribuendos inter se et dictas suas gentes armigeras et 
pilhardos, capitaneos, marescallos, et caporales, prout et sicut dicto 
domino comiti videbitur et placebit. Et quod nichil aliud a dicto co- 
muni Florentie, seu ab aliqua singulari persona dicti comunis, dictus 
dominus cornes Armaniaci vel dicte sue gentes, aut aliquis eortun, pro 
predictis omnibus et singulis vel aliquo predictorum, aut eorum vel 
alicujus eorum pretextu, causa vel occasione, possint vel valeant plus 
petere vel habere. 

Que omnia et singula suprascripta et infrascripta, et quodlibet 
eorum, promiserunt et convenerunt dicte partes et quelibet earum sibi 
ipsis invioem et vicissim, dictis nominibus, et quolibet eorum, stipu- 
latione solempni hinc inde interveniente, ac etiam solempniter jurave- 
runt ad Sancta Dei Evangelia, corporaliter tactis litteris, ad delationem 
mei Péri notarii infrascripti et mei infrascripti Arnaldi, pariter deffe- 
rentium juramentum, videlicet dictus dominus comes Armaniaci super 
animam suam et per salutem sui honoris et glorie, per cultum fidei 
militaris, et dictus Bertus, sindicus et procurator predictus dicto nomine, 
super animam Dominorum constituentium, firma, rata, grata et accepta 
habere, tenere, facere, observare et inviolabiter adimplere integraliter, 
modis, locis et de omnibus terminis, formis et temporibus suprasorip- 
tis, et contra non fac<re vel venire per se vel alium, aliqua ratione vel 
causa, ingenio vel colore, de jure vel de facto, sub fide milîtie et 
reipublice, et sub vera legalitate, veritate et equitate et sub timoré 
Divine ultionis et ire Dei ; affirmantes, asserentes et dicentes ipse 
partes, et quelibet earum, dicto nomine, quod ea omnia et singula 
suprascripta possunt et valent sine aliqua diminutione facere, obser- 
vare et adimplere textualiter ut supra scriptum est ; promittentes 
insuper dicte partes sibi ipsis invicem et vicissim, nominibus predictis, 
non dicere vel allegare aut aliquam exceptionem vel cavillationem 
objicere quod ea omnia et singula a se ipsis et qualibet earum pro- 
missa, in dictis capitulis comprebensa et annexa, facere et observare 
non potuerint vel valuerint aut non debuerint aliquo impedimento, 
obstaculo vel fortuna, casu vel alia re quomodocunque et qualitercun- 
que veniente, quorum omnium et alicujus eorum allegatione possent 
se excusare vel aliquater se tueri; quorum etiam favoribus, presidiis 
ac beneficiis et cuilibet eorum renunciaverunt dicte partes, dictis nond- 
nibus, penitus et expresse, exceptioni etiam doli, conditioni sine causa 
in factum actionis et omni alio legum et jurium auxilio et favori, sibi 
ipsis et cuilibet earum competentibus et competituris, et maxime juri 



Digitized by 



Google 



%)^ LES GASCONS EN ITALIE. 

j^pj^^^eralem renuntiationem non valere. Facti insuper dicti con- 
tj^h^^^;^ hiis omnibus et singulis certiores, ut dixerunt, in présen- 
tai)^ cfpij^lis et contractu contentis, quid dicant vel importent de jure 
Xi^d^jf^^i^ vel quid eisdem et cuilibet vel alicui eorum, dictis nomi- 
qj^f) l^jç^^l^œnt vel prejudicare possent, et sub reffectione etiâm 
49^I!196Wi'^ ^t ezpensarum ac interesse litis et extra. Pro quibus 
<y|^€)^jq^q;E^bijs et singulis finniter observandis et adimplendis obli- 
Égflf|çp}fl.j^^|Çt, 3fpothecaverunt dicte partes nominibus quibus supra, 
videUcet dictus dominus comes Johannes dicto Berto sindico et procu- 
^ly^fflbBS^^^' .^P^ nomine recipienti et stipulanti, se ipsum suosque 
If^n^dg^i^^^jOt^niapresentia et futura; et ipse Bertus sindicus 
pX]gffg^s^j^i}Çtp i4Qiiûno comiti ut supra stipulanti dictum comune 
^^^lï'Ffin^Stitl^W^W^ ^^^^ comunis presentia et futura; protestans 
%JIH9HkNW^?^¥^fl^^ ex hoc contractu et capitulis se ipsum suosque 
lll^{fi^s^§^^.j^aj(f^^^are non intendit^ sed solummodo et duntaxat 
djg(u^]Q^jgfj^jfI(^^ etejus bona ut prefertur. Et ad majorem 
Aâ^'iHfl^l^^lt roij^s firmitatem et pro majori observantia dictorum 
cq^|j}}g{]cg]|V,j)];^[}9^ preffatus dominus comes Armaniaci jussit 

ajgu^^gi^^^l^^ixtlf^ capitula et contractum' et banc paginam suf 
^^^Hf(^9)W^^^^^^i¥'t>^W^^^^ sigilli appentione munin. Rogantes 
^¥yB§l^^^!!M^]¥i9^ l^^rum et Amaldum notarios inirascriptos ut 
^'/P|^(^ £î!MA!i?H^nM^^i^^^^s instrumentum unum vel plura, 
f^i^^fjpQj^i^ ^j9pi^^.j^rit^ non mutata forma et substantialitate 
^mSSfNin^ ^mfë^ c*servata. 

o^aAfiWl^m 4SiiA»rit*P?. filius quondam Raymundi, loci de 
l^ffi$f^^}9^9ffKifB^^S^B@?^^r^^^^^^ publions et nomine notarius et 
«.SÇraîîi^î^îB» ^- ^^^^y Domini comitis Armagnaci, 

IgSJfeil^flitfflff^^fe^^ fiffl8^|:^^dycriptis in precedentibus tribus foliis 
«gl^ffiki^ijBÏS^ tf^h^y^^ agebantur, interfui, et ea rogatus 
^l^mêmh^mMsmm^ notano, scripsi et publicaviet 

^iSÇP^nfiH'^WiSflV^^t^^^^^^ ad fidem et testimonium premis- 

,(lifâ^fi$»ïftB^ 4^Sancto Miniato, pubUcus Imperiali 

a3îîî(>HêJ^i^^Çi«^^ predictis omnibus et singulis 

4»S!i^s^ffl^fl(te et presenti facie, et scriptis et 

Hl^»ttf Ç«5(^W» Affl^4a»^«<i^um suprascriptum, et de pre- 
<ïijiifc#B»dB^»«^Al«Mtffteill^^^ rogatus fui. Ideoque me 

''l^K^Bîft^îittroJWftd^TOmiâftl^ ad fidem et testimo- 

ïftHP,BWWW>WBk.iri5 muiiut r*) uiug^l c 

iiDJ 9ffli/Bm le ^ghuîJleqirioo h ^ndiinov. 



Digitized by 



Google 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 24^ 



VII 



Mende, 18 octobre 1390. — Lettre du comte d*Armagtiac à la République 
florentine, pour demander quelques légères modifications dans la mise à 
ewécution du traité du 16 ociohre. 

(Archives de Toscane, à Florence, registre provenant de la bibliothèque 
Magliabeochiana. (1; — Copie contemporaine laite sur l'original et insérée dans 
le registre de la Chancellerie florentine.) 



Copia littere qaam cornes Arminiaci transmisit : « Magnificis et 
potentibus dominis, dominis prioribus artium et vessillifero justitie 
populi et comunis Florentie, fratribus nostris et amicis karissimis » : 

Magnifici viri, fratres et socii karissimi, 

Inter nos et vestros ambaxiatores sincerum fedus cordialisqufi 
amicitia et societatis nexus sunt firmati, ut quorimdam ^jç^fg^ojç^m 
séries, manu publica in scriptis redactorum, voq^j5i9|{^U^<<p499^/!;l)^. 
quibus quidem articulis, aUqua sunt,(5pfRpi;eh^n3ftjqi|Ç^i§i gifit^U(çr^-^ 
tur ut nuda verba sonaD^t^^ç|J,^|j^^qiî1j^.baJ^^ 
sius quod ibi .çQflapi;çji,^ï\sj4nji, sijt; ^f^1^,4i:fC\vmV/io)î^^.o^Pftr9frffl9^^ 

piçfeijtl flux^ii,,y^tfj,,.s^,43^p, ?)lip,.ii¥^p; w¥*A%i8eWMiW?iBftWft 

"^^m^w^Mf^mm^ %#^M?Mii.<^rttav^R3woOTe3îw^ 

Wi^ ft9^?^rî*Piffp1ft9ser^fiïW8îsti&[«^ jffiOAçaUS'ir^^WfiJsrfifef 

W^. îft^ff!WW?ÇV«^.«i^i#>iSj>?ige]5?rfip^t^iî^^ 

v\ meîlsî' hv ,^ ool oioboe ni /!a<|n?.îii j^ .nibeqze oi^okî .eorniisb 



Digitized by 



Google 



246 LES GASCONS EN ITALIE. 

occasione vel causa, crassatus est ; qui, vestre, que diu floruit incon- 
cusse et, eo invito, procurante Altissimo, in etemum florebit, libertali 
insidians, et non solum vestre, sed universali totius Italie, se incas- 
sum et vano spiritu somniavit in Augusti similitudinem elevare. 
preclara cogitatio I justi motus I celsa virtus ! Justissimo nequis- 
simus, fortissimo semivir, virtuosissimo cunctorum vitiorum servus, 
comparari contendit ! Absit^ absit a seculo tantum raonstrum ! Kati- 
line autem, aut Neroni, vel Gaio Gallicole, nisi Jiujus exhuberantius 
redundarent flagitia, et nisi illi aliquid boni habuissent, in se poterant 
comparari. 

Imprimis autem scitote quod terminus nostri transitus non potest ita 
brevis esse ut pactis est expressum ; imo per totum dicembris men- 
sem, cum vestra tarda responsio aliqualiter in causa sit, habebit pro- 
longari. Preterea quod in necessitate victualia, passum aut receptum, 
nummis meis empta, negaretis ut hosti non cogito ; alioquin, a 
priscis vestris optimis moribus déviantes, vobis ipsis pareretis exicium, 
quorum statum non solum protegere sed exaltare, quorum libertatem 
non modo fovere et tueri, sed propagare et etemam facere, opum nos- 
trarum et proprii sanguinis impensa propensius cordi gerimus. Rursus 
quod karissimi fratris nostri domini Karoli subditos, si alio domino 
se dare vel populariter vellent vivere, cogère non valeremus ad dicto 
suo domino obedientiam exhibendam, dedecorosum, et principali 
nostro proposito repugnans negari non possimus. Inter causas enim 
expeditionis nostre, ea non est ultima quod fratrem, sororem et nepo 
tes, opibus exutos, ad pristine dignitatis statum, nostris viribus resti- 
tuemus et fortuna. Addo et illud, quod pro pecunia mittere ad unain 
de civitatibus Florentie, Janue, Bononie aut Venetiarum, nobis erit 
impossibile, vel saltem pernitiose damnosum. Idcirco preclaram Fra- 
temitatem Vestram attentius rogitamus quatenus, attente pure cx)rde 
et zeli fervore quibus Magnificentie Vestre ligari curavimus, velitis, si 
et quomodo nécessitas ingrueret, ultra pactorum rigorem et amicabili- 
ter subvenire. Nostra enim est etiam mtentio, in quibuscunque nobis 
etiam summis, labore et periculo possibilibus, vestram tueri et am- 
pliare libertatem, ultra etiam quam nos vis pactorum astringat. Et 
specialiter vos exoramus quatenus illa XX™ florenorum que de sumraa 
muneris nobis debetis largiri, cum primum tiranni patriam intraveri- 
mus, placeat in Avinionem, postquam cum exercitu Rodanum traii- 
sierimus, facere expediri, et insuper, in eodem loco, vel saltem in 
Lombardia cum primum ibi fuerimus, XV™ primi mensis facere 
elargiri. Ex hoc enim noster validior redderetur exercitus, et ad nocen- 



Digitized by 



Google 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. ' 247 

dum liosti, non dicimus nostro, sed totius humane nature, magis 
promptus. Placeat insuper, quam primum poteritis, post nostrum 
adventum in Lombardia, qui sint vestri colligati et adhérentes scribere 
nobis ; alioquin nos facile possemus aliquid facere ignoranter contra 
seriem illius articuli, qui de colligatis facit mentionem. 

Scriptum Mimate, die x viii mensis octobris, anno Domini mccclxxxx. 

Cornes Armaniaci et Convenarum. 



VIII 



Florence, 6 novembre 1390. — Lettre de la République florentine au comte 
d' Armagnac, rédigée par Coluccio Salutati, en réponse à sa lettre du 
18 octobre. (Pièces just. n* vu), lui accordant en partie ce qu'il aoait ete- 
mandé et lui donnant des détails sur la situation politique de l'Italie. 

(Même registre que la pièce précédente (1). — Transcription contemporaine 
sur le registre original de la Chancellerie florentine.) 



CoMiTi Arminiaci. 

Piacuit nobis, iliustiùs princeps et magnifiée domine, frater et 
aniice karissime, 

Piacuit nobis quod Vestra Sublimitas dignatii f uerit nobiscum fedus 
ami^itiamque conjungere; piacuit nobis quod videamus vos et vestram 
potentiam ad communis hostis excidium se parare ; piacuit nobis quod 
tanto cum fervore cognoscimus vos, dimissis tiranni pollicitis, et ma- 
gnificis sed insidiosis oblationibus ejus spretis, societatem et fidem 
nostri populi delegistis. Sed super omnia piacuit atque placet illud 
justissimum odium et cordialis malevolentia, quibus illum inhuma- 



(1) Il existe, en outre, des copies de cette pièce dans deux manuscrits du 
x\ ' siècle : Bibliothèque Laurentienne, à Florence, Bibl. Leopoldina Gaddiana 
cod. CI, f* 37 V* ; et Bibl. Nationale de Paris, Nouvelles Acquisitions lati- 
nes 1152, f* 17 V* . Ce dernier manuscrit attribue fonnellement la rédaction 
de la lettre à Coluccio Salutati. — Ce texte a déjà été pubUé par Muratori, 
Annales mediolanenses dans les Rerum italicarum scriptores, xvi, col. 818; 
et par Lûnig, Codcœ Italiœ diplomaticus, m, col. 369; mais avec des yariantes 
plus ou moins heureuses et la fausse date de 1391. 



Digitized by 



Google 



248 LES GASCONS EN ITALIE. 

nissimum hominem^ imocnidelissimam feram monstrumque tartareum, 
comitem non Virtutum, ut se nominat, sed ut eleganter vestra testa- 
tur epistola, cunctorum Vitiorum servum, Vestra Magnanimilas de- 
testatur, persequitur et abhorret. Videmus etenim vos sua vitia plene 
cognoscere; videmus et Deum Excellentie Vestre sue destructionis 
gloriam preparare. Quid dicimus : glorîam t Imo gloriosissimam glo- 
riam et eterne famé splendidissimum monumentum, et tantum et taie 
quantum atque quale dici non potest alicui principum nostri temporis 
occurrisse ! Gloriosiun etenim est bello vincere. Gloriosym est armis 
hostis duriciam emoUire. Sed super omnia gloriosissimum est justum 
assumere bellum, deponere superbiam, iniquitatem confundere, ulsisci 
suos et turpem abominandamque tyrannidem a periclitantium popu- 
lorum cervicibus removere. Jam vos miris laudibus extollit Italia. Jam 
vos omnes una cum voce célébrant appellantque justicie pugilem, libe- 
ratorem populomm, affinium vindicem et tyrannidis oppressorem. 
Jam omnium oculi mentesque cunctorum in vestri felicis adventus 
expectationem injecti sunt, videre cupientes hostis vestri precipitium et 
ruinam. Quid : hostis vestri, diximus t Imo totius humani generis 
inimici, hostis quidem gravis subditis, crudelis in suos, infidelis in 
cunctos, in quo quicquid usquam crudelitatis legitur, quicquid turpita- 
dinis, quicquidque perfidie, convenerunt. Superat enim in inhumani- 
tate Busiridem, injusticia Lycum, crudelitate in suos armata Jugur- 
tham, Sinonem fallaciis, venenorum preparatione Gaium, confectione 
Locustam, impietate in Deum Apostotam Julianum, perfidia FiHppum 
Macedonem Aminte fiUum, et onmi libidinis immunditia Helyogaba- 
lum, superbia, vanitate Yersem, et imbellia Sardanapalum. Cujus 
animum, post depositum infanda prodictione patruum eundemque 
socerum suum, sanguinis et affinitatis vinculis et quicquid sanctum 
esse solet etiamapud barbares violatis, veneno substratum, postcaptos 
secundi gradus fratres, spoHatas nobilissimas ipsorum conjuges et 
omnes sua necessitudine perturbatas, impossibile sit quiescere; sed 
necesse sit, tum ex conscientie scrupule, tum ex sue proditionis et 
crudelitatis exemple, semper horrida cogitare, continua penitus agitari 
formidine et, post tanta flagitia, omne scelus atque facinus pravissi- 
mum reputare. 

Nec vos peniteat incepti quod facile posse videtis maxima cum 
gloria terminari. Jam enim incepit ejus ruina. Perdidit civitatem Padue ; 
Veronam, vendicante se in libertatem populo, sic destruxit quod, cum 
muros teneat, cives effugerint, nuUo modo possibile sibi sit ipsam vel 
modico tempore conservare. Excitati sunt populi ; cuncta sub ipso 



Digitized by 



Google 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 249 

titubant ; cuncta nutant ; et maximnTn sue potentie brachium, illustris 
marchio Estensis, illo suis fraudibus derelicto, nobiscum in pace et 
concordia se reduxit. Venite igitur, venite, princeps inclite; nam solo 
vestre famé nomine hune imbellem tyrannum, antequam signa vestra 
videat^ confundetis. 

Quod etiam ut facilius succedere possit, ipsum confestim, cum duo- 
bus millibus lancearum, ultra Padum, apertisprefati domini Marchio- 
nis passibus, invademus; in ejus exitium, compositis, ut speramus, 
rébus Senensium qui non possunt vires nostras ulterius tolerare, 
reliquum nostre potentie conversuri ut, quamvis, postquam vobis 
placet, sitis saltem per totum mensem decembris fines prefati eomitis 
cum promissa potentia bellaciter intraturus ; de qua dilatione, licet 
periculum sit in mora, licet consideremus hyemem, hostis astutiam et 
cetera que soleant evenire^ pro vestra tamen gratia contenti sumus. 
Nichilominus tamen intérim non quiescat ; sed ipsum majori clade 
confectum possitis, cum illuc vestre vires accesserint, invenire. Vos 
tamen tempus nolite perdere sed omni cum festinantia, que maxime 
bella féliciter dirigit, properate. 

Et, ut ad reliqua que petitis veniamus, pecunias tam pro donc quam 
pro primo mense débitas, pro ista prima vice duntaxat, vobis in Astensi 
civitate pro parte, et reliqumn Lombardie, conabimus preparare. Et ut 
post Rodani transitmn habeatis saltem decem millia fLorenorum in 
Avenionensi civitati totis viribus adnitemur. Et temporibus successi- 
vis, promissas pecunias, ubicunque fuerit vobis aptius, infallibiliter in 
aliquo de promissis locis, ac etiam alibi, si conmiode poterimus, 
transmitterimus. 

Terras preterea quas assignaverat dominus Bemabos cognato vestro 
contentamur quod possitis omni modo compellere, et sub ejus redeant 
dominatum; et quod alias, que se sibi dedere immédiate de tyranni 
manibus voluerint, possit juxta suum beneplacitum vestris etiam 
cum favoribus adipisci. Summe quidem desideramus, et nos etiam, 
amore vestri, ipsum in statum suimi reponere et in illis que acquisi- 
verit conservare. 

Nec miretur Vestra Magnitude si pro exibendis vobis victualibus 
nolumus obligari, nam a civitate nostra ad tiranni fines, in quibus 
habet bellum geri, et longa terrarum est et asperrima superbis monti- 
bus intercapiendo ; ut nobis omnino sit impossibile vobis in locis illis 
victualia ministrare. 

Pro ceteris autem ordinabimus quod, mox cum appuleritisiiin- ïta- 
liam, quod vobiscum erunt aliqui nostri cives qïii" Vos de'* éuïletis 



Digitized by 



Google 



250 LES GASCONS EN ITALIE. 

necessariis, de patrie condictioiiibus, de coUigatis et aiiiicis nostris, 
quantum fuerit expediens, informabunt. Et nos conabimur hujus belli 
inceptum, non solum de promissis, que etiam hostibus servanda sunt, 
sed cum ornai nostra potentia ad hostis comunis exterminium adjuvare. 
Ceterum oblationes vestras raagnificas et arnicas, quas adeo largi- 
fluas ad libertatis nostre columen facitis et scripsistis, letis animis 
acceptamus, sperantes illas nos experturos longe majores opère quani 
sermone. Et nos econtra reperiet Excellentia Vestra, pro exaltatione 
vestri nominis et honoris, grata vicissitudine dispositos et paratos. Et, 
ut concludemus, id, quod summe desideramus, ex cordis abundantia 
repetamus : Tollite moras et fortunam se offerentem vobis, properatis 
gressibus, occupate ! Ut citam videamus, cum hostis vestri ruina, 
tantorum scelerum ultionem ; et illum impurissimum hominem, qui 
litulo regii nominis ornare suam tirranidem serenitatemque regiam 
poUuere cupiebat, ad nihilum, conjunctis viribus, redigamus. 

Datum Floi*entie, die vi novembris, xiiii indictione, mccclxxxx. (1) 



IX 



Rodez, 22 novembre 1390. — Lettre du comte d' Armagnac à la République 
Jloroiituie, annonçant qu'il a reçu les sommes promises et protestant de son 
dcoouement aiuc intérêts de Florence. 

(Même registre que la pièce précédente. — C^opie contemporaine faiUî sur 
l'original et insérée dans le registre de la Chancellerie florentine.) 



Copia littere transmisse conmiii Florentie per comitem Armaniaci. 

Magnifici domini, fratres et aniici iiostri karissimi, 
Non credat nec suspicetur Vestra Fraternitas, licet usi simus illo 
verbo in litteris nostris : « Quasi impossibile clarum esset » (2), 
velimus quod passus italicos vel cisalpinos habeatis nobis et nostris 

(1) Dans la copie de la Bibliothèque Nationale, Nouv. Acquis, latines 1152, 
i-^ 19, la lettre se termine ainsi : « Datum Horentie, die sexto novembris 1390. 
— Colutius ». 

(2) Allusion à une plirase que l'on trouve au commencement de la pièce V H. 



Digitized by 



Google 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 251 

gmitibasreperim; née. etiam quod receplum vel victualia preparetis, 
cum spercmus, Summi Numinis auxilio nostre favenie justicie et 
mavortiis, operibus nostris ac milituin nostrorum bello strenuorum 
viribus et audacia, reoeptum ipsum et victualia qiierere et habere. Sed 
scripseramus quod, ubi nécessitas cogeret, sicut plerumque vel orbis 
dispouunt prêter hominum opinatus, et vobis esset concedendi potentia 
vel habilitas, plaoeret vestre amicitie non negare, Preterea nec turbe- 
tur nec formidet cor vestrum quod vobis jurata fédéra violemus, 
quoniam non exivimus Vasconiam, non Aquitaniam deserimus ut 
aurum queramus vel regnum, nec bis rébus Magnificentie Vestre 
disposuimus alligari, sed ut tirannum illum, vitiorum ministrum, 
tamem Viriutum comitem se scribenlem, comunem hostem, bono- 
ïumque omnium ac totius Italie virulentam pestem, populorum 
exitium et tormentum, vos pro tutela vestre libertatis, nos pro reoeptis 
iujuriis in nepotes nostros et ultione sororia, confundamus. Satis enim 
ex patrimonio relictum est. Hoc quippe querimus, hoc cupimus ut 
famam egregiis facinoribus et honestis nobis et nostro generi augea- 
mus, affirmantes vobis quod que juramento et sigillo nostro, tabel- 
lione notante, promisimus, observare. Et si quod» quod absit, deficeret, 
hoc clare videbitis non mentis vel corporis sorde, sed quia nostre non 
plus valuerint vires, aoxîidere. Subsidialem autem pecuniam vestram, 
quam ex isto fédère tenemini ad contundendam tirannicam feritatem, 
non alibi solvi volumus quam ibi dictum sit. Verum si loca illa forent 
solutionibus minus apta, quia nonnovimus Ausoniam, precamus Frater- 
nitatem ipsam quod illam, nostris sumptibus et periculo, locis aptis 
et tune campo nostro finitimis, solvi faciat, non nostnim intra- 
turam marsupium, sed nostris genlibus dividendam. Et si quod, ma- 
gnifici fratres nostri, ex ipsis nostris litteris, per alienam infirmitatem, 
cogitaraen vel aliquid ambiguum ceperetis, illud deponere placeat 
quia, licet nos mortales hisdem artubus consonamus, tamen, sicut 
facieVus differimus, ita disjungimur appetitu. Huic placet vitium, illi 
virtus ; iste desidei*at divitias, alius bonarum gratiam actionum. Et 
tamen nuUi dubium est quod virtutum cultores, spernentes vitia, non 
claro nomine cunctis non emineant et fama perpétua semper vivant. 
De terris vero, sorori nostre et domino Kaix)lo, cognato nostro et filio 
vestro, recuperandis, quamvis loquatur ita stricte capitulum, non 
aliter intendimus facere quam Vestra senseat Fraternitas. Rogantes 
demum amicitiam vestram quod, de illis viginti millium florenorum 
auri, residuo quinquaginta millium doni causa promissorum et quo- 
rum triginta millium jam habuimus, fine facta cum transiverimus 



Digitized by 



Google 



252 LES GASCONS EN ITALIE. 

Alpes, nisi aliter providissetis per litteras ipsas, placeat solvi faoere m 
civitate Janue decem octo nûllia, et duo millia in civitate vestra Flo- 
rentie Berto Angeli de Castellanis, civi vestro, qui, compulsus instan- 
tius nostris strictisslînis precibus, pannos syrici et alias mercantias 
dictum valantes numeram nobis dédit. Et de ista solutione saltem duo 
millium florenorum, quia ipsi promisimus, ipsam vestram amicitiam 
instantissime deprecamus, recommendantes eumdem vobis, quoniam 
vidimus eum in commodis et exaltationibus vestre reipublice et vestri 
status vigilem, sollicitum et attentum. Transitum autem nostrum in 
Italiam cum promisso exercitu et forte majori, tum debito nostro, tum 
sollicitudine stimulatus Angeli de Spinis, ultimi oratoris vestri, céleri 
studio maturavimus, de liberalitale vestra in solutionibus factis ad 
tempus fraternas gratias agentes. Et, sicut scripsimus, de novo dicimus 
quod, pro sainte et augmento vestre libertatis et status, ultra etiam 
pactorum seriem et ligam, intendimus in quibuscunque periculis 
laborare. 

Datum Ruthene, die xxii novembris, anno Domini m°ccc° nona- 
gesimo. 

Johannes, Dei gratia cornes 

Armaniaci et Convenarum, etc. 



Florence, 2 décembre 1390. — Lettre de la République Jlorentine au comte 
d'Armagnac pour le mettre en garde contre les Intrigues de Jean Galéas 
qui, après aooir o i le comte Jean III repousser ses offres les plus, mapic^^ 
ques, oa faire intercéder auprès de lui le sire de Coucu^f terù!^r ^^idéfyflf- 
cher ses soldats. "" ' ' " ''\ 

(.archives de Florence, mémejiçgi^atr^fliue la^pjèîcpfprfScé^^itçk, ■rnvTrapjBg|ijg7 
tion contemporaine sur le registre original de la ChanceUerie florentine.) 

.. ■ii'v^i" ,-^°. •:!■'•■. nînuj.-:!/ Ia'. i>-' firuicFub lîTua uomm 

^\'lit l'i <»'fi0^iiiiTli>H;^RMA<l^iA'ôi<l oiiitnor î<^ e-rj^on ïv^v^i^ ,o'irr ft'm^\ ^H 
r.<''r AiU'AuMqr,:: eîohî?' r>ff 'înUjUfK^f <: finish/ .^.'^rifneqf/o^i /n.t>^ev 



Digitized by 



Google 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 253 

nanimitatem Vestram tentari facere, ut a prosecutione conventorum 
inter vos et nos, quesitis coloribus, discedatis. Putat quidem, alios ex 
suis moribus metiens, nuUam vobis esse curam, sicut sibi non est, 
honestatis atque virtitutis, sed solum fines utilitatis et oommodi repu- 
tare. Sed i^llitur profeclo in vanis cogitationibus suis. Et, cum facile 
sibi persuadeat in aliis posse perfici quod sine labore solet secum et 
cum sibi similibus obtineri, intercessionibus magnorum principum 
Exoellentie Vestre pulsabit auditum, sperans expugnare vestram 
constantiam, ut nostre societatis oblitus et neglector fedormn, que 
nobiscum tam libère contraxistis, splendorem vestri nominis et hono- 
ris nota turpissime macule corrumpatis. Et ipse quidem, qui solet fédéra 
rumpere et honorem suum, dummodo surripiat aliquid, non curare, 
sperat hec ; nos autem firmiter credimus et sine dubitatione tenemus 
quod, si cuncti mundi principes vos gravarent 'sique vobis duplum 
ejus quod possidet traderent, nunquam a promissionibus et convento- 
rum observantia discedetis. Et quia forte magnifions dominus, domi- 
nus de Conciaco vos super hoc, sicut accepimus, alloquetur, ut cuncta, 
sicut decet, que novimus seusiatis, vobis hec volumus intimasse quo 
possitis ad omnia providere. Ceterum in hac re solum unum, corrup- 
tis etatis nostre moribus, formidamus, ut quod non valeat ille tirannus 
firmare cmn capite conetur cum submajoribus obtinere. In quo velit 
Vestra Sublimitas talem apponere cautionem quod nedum ab aliquo 
non prebeatur assensus, sed quod omnino denegetur auditus. Efficacia 
quidem nimis sunt muneribus permixta coUoquia, nec potest in re 
militari pemiciosius inter nefanda contingere quam ab hostibus dona 
recipere vel sperare. Nam si semel hec contagiosa pestis irrepserit, 
totum exercitum faciliter occupât ; et frustra conatur dux, postquam 
corrupti sunt, apponere medicinam. Sed speramus immensam sapien- 
tiam vestram nedum hoc, sed cetera que victoriam vestram atque 
gloriam impedire valeant, preventuram. Denuo festinanter incumbite 
ut vester acceleretur adventus, etenim félicitas hujus incepti in potentia 
multum atque virtute ducis et militum constat, sed maxime tamen in 
celeritate versatur. 

Datum Florentie, die ii decembris, xiiii indictione, mccclxxxx. 



Digitized by 



Google 



254 LES GASCONS EN ITALIE. 



XI 

Florence, 18 décembre 1390. — Lettre de la République florentine au comte 
d'Armagnac, en réponse à sa lettre du 22 norcmôre (Pièces just. n* ix), décla- 
rant que les Florentins n'ont jamais douté de son dénouement et que l'on 
comprend qu'il ait bien des difficultés à surmonter. 

(Même source que la pièce précédente.) 



(JOMITI ArMENIACI. 

lUustris princeps, magnifiée domine^ f rater et amice karissime. 

Non putet Vestra Sublimitas, quamvis ex gratia multaque cum 
benignitate Vestra Magnificentia postularet quedam que videntur 
exhorbitare a forma capitulorum, que vobiscum nostri commissarii 
firmaverunt, nos aliquam suspicionis materiam assumpsisse. Scimus 
mores ; scimus famam ; scimus et gloriosissima gesta vestra, que 
fidem de vobis singularemque constantiam in promissis mille rerum 
célébrant argumentis. Nec etenim precipua, immo totalis et efficacissima 
causa fuerunt ut vobiscmn, non societatem solum et fedus, sed verara 
et incommutabilem amidtiam jimgeremus. Hac spe confisi, vobis 
pecunie parva quidem sed tuta et non defutura subsidia promisimus, 
caritatis vero et dilectionis tantum et taie vinculum quantum et quale 
potest humana fragilitas poUicemur. Que quidem quanti futura sit 
momenti ut comunem hostem et ipsius perfidiam^ conjunctis viribus, 
opprimemus, cito vobis poterit apparerc. In qua quidem re nobiscum 
inextimabiliter exultamus, videntes dignam vestris virtutibus vobis 
gloriam preparari; Deumque nobis talem virum, dum tueri nostram 
libertatem et aliis acquirere nitimur, obtulisse nobis ad singularis 
felicitatis cumulum reputamus. Nec enim aliter sperandum est hoc 
bellum, quod nobis per injuriam et ambitionis dominandique cupidine 
illatum est, quodque vos nobiscum, jusdcie zelo et mérite que vos 
tangit ultionis officio, tam liberaliter assumpsistis, quam maxime cum 
gloria terininari. Hinc enim est clara et indubitata justicia ; illinc 
autem injuriosi motus et mendaciose calumnie. Hinc fides ; inde 
perfidia. Hinc Veritas ; inde falla<îie. Hinc justus dominus et liberi 
populi; illinc iniquissimus tirannus et populi liberandi. Et unde 



Digitized by 



Google 



PIECES JrSTIFICATIVES. 255 

eredendum est stare Deum? ciiiqiie daturum esse victoriam nisi parti 
que, provocata per injuriam, eum justicia, sieut vos et nos facimus, 
arma movetur ? 

Non putet igitur, ut ad initium redeamus, Excellentia Vestra nos 
esse de fide vestra soUicitos, aut a vobis aliud quam et perfectam et 
exuberantem promissorum observantiam expectare. Dicant qui volunt, 
jactet adversarius se contra spem nostram mirabilia quedam, magnos 
dominos, consuetas artes et pecuniarum profluvium objecisse. Nos 
autem sine dubitatione tenemus Magnitudinem Vestram taliter provi- 
suram quod, sicut intentionis vestre est ab observatione promissorum 
non discedere, sic videbimus omnes gentes vestras certis effectibus 
adimplere. 

Quantum autem ad illa que scripsistis attinet, jam multiplicatis 

litteris responsionem dedimus, quarum vos séries admonebit si et nos 

sumus vobis in illis que possumus placturi, sique ita capitulorum 

litteris inheremus quod illa, que etiam ultra promissiones fieri possunt, 

Vestre Magnificentie denegemus. Nec populo nostro displicuit id quod 

tam amicabiliter tantaque cum benignitatis dulcedine postulastis. Et 

si de cunctis possibile nobis fuisset, vota vestra forent sine refragra- 

tionis obstaculo concorditer adimpleta. Verum quare certi sumus vobis 

illa que respondimus esse grata, ei ea que cum liberalitate facimus 

placitura, et speramus ea vos jam diu per duplicatas litteras accepisse, 

illa non intendimus ulterius replicare. Sed unum quod instat et in 

quo totum negocium vertitur concludemus. Habetis paratam, si vester 

non differatur accessus, maximam in re tanta fortunam. Ferme qui- 

dem in omnibus mora solet esse periculo ; sed in rébus bellicis nichil 

danmosius, nichilque quod efficacius noceat, reperitur. Atbomus una 

cuncta pervertit, cuncta mutât. Nichil magis variis eget consiliis quam 

bellum. Nichil majore cum diversitate mutatur. Mars enim gradivus 

dictus est, non solum quod gradatim incedatur ad bellum, ut inquunt, 

sed quare per gradus singulos novus est, novis cautionibus indigeat 

et quasi tune incipias consulendum. Nunc autem onmia sunt in 

procinctu ; paratus noster exercitus, et omnes tiranni copie contra 

nostram potentiam versus Paduam sunt transmisse; et speramus, 

adeo cuncta disposita sunt, in ejus iniinam ante vestrum adventum 

aliquid maximum incepisse, Sed rébus etiam sic stantibus, habebitis 

ab illa parte nudum hostem gentibus^ expositas vobis urbes sine defen- 

soribus, proclives ad deditionem populos, et omnia sub tiranno taliter 

perturbata tahterque nutantia quod facillime poterit Vestra Sublimitas 

in hostis excidium felix principium reperire. 



Digitized by 



Google 



256 LES GASCONS EN ITALIE. 

Ergo toile moras. Semper nocuit differre paratis, ut ille ait. Et 
occasionem tam prosperam, tam optatam, quanto majori festîna- 
tione poteritis occupate. Jam enim, si dilatio non occurat^ videbitis 
illum sue perfidie fructus debitos coUigere cum ruina. Recognoscet 
hostis mores suos ; et ipsum sero, sicut speramus, tôt iniquitatum 
tantorumque scelerum penitebit. Penitebit equidem non conscientie 
lumine sed turbine et precipitatione fortune. Dolebit secum patruo, 
socero, consobrinisque suis manus perfidas intulisse. Dolebit spoliasse 
cognatos et inclitam sororem vestram, nil taie merentem, nepotesque 
vestros tôt injuriis affecisse. Jamque^ ni fallimur, hosti tempus erit 
magno cum optaverit emptum intactum socerum, et cum spolia ista 
diemque oderit, et, tôt nunc populis terrisque superbus, quam fallacis 
fortune prestigiis sit delusus^ detectis sue cogitationis erroribus, 
recognoscerit. 

Datum Florentie, die xviii decerabris, xiiii indictione, 1390. 



XII 

90 
Florence, 5 janyier la^j. — Lettre de la République Jïorenti/ie au comte 

d'Armagnac» déclarant que les Florentins sont fermement résolus à repous- 
ser toutes les ouoertures de paùc qui émaneraient de Jean-Galéas. 

(Même source que les deux pièces précédentes.) 



Harminiaci comiti. 

Illustris princeps et magnifiée domine, frater et amice karissime, 

Quamvis post vestras litteras datas Rutene, die xxii novembris, 
nichil a vobis habuerimus nec aliud compertum de adventu vestro, 
quem desideramus celerrimum, habeamus, quod potest ex nuntiorum 
defectibus accidisse, nichilominus tamen speramus indubie vos secun- 
dum conventa ad communis hostis excidium cum vestris gentibus 
properare. Quod quidem ut festinantissime fiât, vos omni cum instan- 
tia requirimus et hortamus. Nam, sicut alias scripsimus,gentesnostre, 
quas Padue congregavimus in numéro octo millium equitum et duo 
millia peditum, maxima cum intentione sunt hostis territorium inva- 



Digitized by 



Google 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 257 

sare. Ex quo speramus, jam rébus inceptis, vobis amplissimam gloriam 
et expeditionem facillimam et bostem attonitum exhibera. 

£t^ ut omnia que contingunt, sicut expedit, agnoscatis, noveritis 
Ipsum inimicum vestrum et nostrum per magnificum dominum Pe- 
trum Gambarcutum, Pisani populi defensorem, pacem nobiscum 
inquirere et concordiam, missis suis oratoribus. postulare; ex quo 
quidam potestis pessimum statum ejus et dispositionem suam in rui- 
nam et non aliud judicare ; ut et hoc vos debeat ad prosecutionem 
incepti ferventius accendere et ad properandum adventum impensius 
animare. Ex quibus si forsitan aliquid audiatis, non credat Vestra 
Sublimitas nos aliquid tractaturos contra fédéra que vobiscum habd- 
mus, que quidem intendimus, sicut semper moris nostri fuit, inviola- 
biliter observare. 

Et quia speramus vos sine more dispendio non solum venire versus 
hostis confinia sed venisse, nobiles viros Raynerium Loysii de Peru- 
zis et Silvestrum domini Rossi de Ricciis jam elegimus, qui vice 
nostra Vestram Exoellentiam visitabunt et assistent jugiter in agendis^ 
nec a vobis totius belli tempore se absentabunt ; quos, ut certi sumus, 
Vestra Fratemitas in gerendis ob patrie noticiam utilissimos reputabit. 

Datum Florentie, die v januarii, xiiii indictione, mccclxxxx. 



XIII 

90 
Florence, 17 février 13gT. — Lettre de la République de Florence au comte 

d'Armagnac, Vexhortant à hâter son arrioée, q/in de mettre à néant le» 
fatisses déclarations de Jean-Galéas qui annonce partout aooir empêché 
l'expédition projetée. 

(Même source que les trois pièces précédentes.) 



CoMiTi Armaniaci. 

lUustris princeps et magnifiée domine, honorabilis frater et amice 
karissime, 

Certi sumus, nec de tanto principe fas est alitar opinari, dilationem 
adventus vestri, quem populus florentinus desiderat totaque moratur 

18 



Digitized by 



Google 



258 US8 GASCONS EN ITALIE. 

Italia» bonis et neoessariis causis extitisse. Et utinam ceteri judicenf, 
qui rerum seriem non noverunt, videntes id quod de mense decem- 
bris faoere debuit Vestra Sublimitas vos jam ultra médium mensem 
fefaruarii distulisse, sicut nos vestrarum virtutum oonscii judicamus. 
Verumtamen lioet apud nos nulla sit de vobis et integritate vestre 
fidei etiam vel parva suspicio, et singulis diebus audire de vestro 
transita cogitemus, nichilominus tamen tota miratur Italia quid sîbi 
velit tanta dilatio, quid, rébus in hostis exitium tam bene dispositis, 
Vestra Magnanimitas prestoletur. Auget et banc admirationem calli- 
ditas inimid qui suis persuasit populis et amicis, notanter Januensi- 
buSy et Pisanis per oratores et suas litteras indicavit se proculdubio 
vestrum transitum impedisse. Et quibus artibus quave ratione se hoc 
fecisse jactet, cum res sit turpissima, subjiœmus ; fecit et hoc idem in 
altero principe. qui venit a partibus Aquilonis. (1) Et quoniam verba 
non. suffidunt, facta verbis accumulât, nichil conducendo gentium 
nullumque faoiendo contra vestràm potentiam apparatum. Ex quibus, 
clarissime Domine, rumpite moras et Alpes hac quodammodo vemâlis 
temporis indulgentia superate. Hostis, sive simulatio sit, sive prout 
credimus impetentia, sive, prout absque dubitatione tenemus, potius 
sit utrunque, inermis est gentibus defectusque consilio, et ubi vester 
properetur adventus, crédite nobis, sine mora dabitur in ruinam. Vix 
etenim potentie nostre, cum continue super suo territorio campum 
felidter teneamus, resistere potest; nec audet illa famosa comitis 
Virtutum et oUm formidata potentia terras egredi et belli fortunam 
nostris cum gentibus experiri. Et vos adhuc, inclite princeps, ut ami- 
cabili cum securitate loquamur, suspensis sîgnis tempus teritis et 
nescimus quid, tantam negligendo gloriam quantam nuUus principum 
habere potest et quanta vix se vobis quondam obtulit^ expectatis. Annei 
Senece ad suum Lucilium verbum est : « Quedam tempera eripiun- 
tur nobis, quedam subducuntur, quedam effluunt. Turpissima tamen 
jactura est que per negligenciam sit ». Eia ergo tollite moras, prin- 
ceps optime, et infamiam quam ob utilitatem suam vobis hostis 
mendaciter incutit, adventu céleri, feroci impetu, felicitate belli, geren- 
dorum gloria et factis egregiis expurgate, ut omnes agnoscant dispa- 
ribus meritis duos congredi comités, — vos scilicet veracissimum, illum 
plénum mendaciis; vos ultorem scelerum, illum cunctarum turpitudi- 
num patratorem; vos magnanimum et bellacem, illum pusillanum et im- 

(1) Allusion à la conduite déloyale de ce duc Etienne de Bavière, dont il a 
été question, page 66. 



Digitized by 



Google 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 259 

bellem ; tos în promîssionibus vestris habere coastantiam, îllum fedis 
artibus mentiendo vestri nominis gloriam maculasse, — ut illa, que tot 
et tantis litteris, de quarum copiis Italia plena est, gloriosissime prd- 
tulistis, videat perfidus ille cum precipitio sue tirranidis adimpleri. 

Datum Florentie, die xvii februarii, xnii indictione, mccclxxxx. 



XIV 

90 
Florence, 2 mars 13^. — Lettre de la République florentine au eomte d'Ar^ 

magnac, lui accusant réception d'une lettre du 28Janeier où il annonce sa 
prochaine arrivée, l'encourageant à profiter des bonnes dispositions du roi 
de France et rengageant à redouter le poison du comte de Vertus. 

(Même source que les quatre pièces précédentes.) 



CoMiTi Harmaniaci. 

lUustris princeps et magnifiée domine, honoiabilis fratar et amice 
karissime, 

Nec mente concipi nec litteris posset, aut alia dicendi copia decla- 
rari quantum grate, quantumque jocunde fuerunt nostris mentibus 
littere vestre, quas nuper accepimus traditas Avinioni, die xxviii ja- 
nuarii, per quas duabus nostris epistolis respondetis. Non quod defide 
vestra nos aut noster populus hesitaret, sed quia per illarum seriem 
videmus infamie, qua splendoiem vestri nominis communis hostis 
obducere fuit conatus non parva ex parte, responsum et oblocutorum 
lalratibus obviatum. Cujus rei gratia, copias lîtterarum vestrarum 
undique sparsimus,ut divulgata per illum eontra vos extinguatur infa- 
mia, et taliter certi sint omnes vos transitum in Italiam facere, quod 
nemo possit de observantia vestre fidei titiibare. Videbunt etenim ex 
illarum tenore dilationis causas, videbunt turpia, vana tamen, iilius Vir- 
tutum comitis tenlamenta, videbunt ultimum terminum quem vosmet 
vestri transiius auspicio statuistis. In quo quidem, licet nobis quicquid 
dilationis est oppositum sit molestum, licet displiceat tempus quod 
inutiliter expensum est, speramus tamen Eminentiam Vestram cuncta 



Digitized by 



Google 



260 LES GASCONS EN ITALIE. 

geStis gloriossimis purgaturam, vosque, paucissimis immutatis, sicut 
apud vestrum Stacium locutus est Eacides, responsurum : 

« Longum est résides exponere causas, 
Atque more neias : hoc excusabitur ense. » (1) 

Quod quidem ut cum diligentia iiat^ omni cum instantia petimus et 
rogamus. Cognoscat ille se non inane Virtutum nomen, quale pro se 
mendaciter induit, sed verum veradssimarumque Virtutum comitem 
invenissé. quantum et quale spectaculum erit videre gloriosissima 
vestra castra intra communis hostis limites situata, videre vestrum 
exercitum pro justicia proque fide confligere et illum cause sue cons- 
dum se turpiter occultare, videre fugam suarum gentium et fremitum 
populorum, videreque per effectum omnibus innotescat quecimque de 
vobis confinxerit esse mentitum, et denique videre felicissimam ves- 
tram victoriam precipitarique statum tante tirannidis in ruinam f 

Duo restant ut litteras concludamus. Primum quod indulgehtiam 
transitus vobis a serenissimo Francorum rege concessi, qui vos acce- 
lerare commonuit, Vestra Sublimitas amplectatur, et nichil effieacius 
ad victoriam putet quod etiam parve dilationis dispendium effugisse. 
Alterum, sicut alias scripsimus, quod omni cum diligentia caveatis ne 
quod in vobis temptavit inaniter, in vestris perficere moliatur ; et, 
quod smnme cavendum est, ne cui resistere non poterit gladio per- 
dere oogitet cum veneno. 

Datum Florentie, die ii martii, xiiii indictione, mccclxxxx. 



XV 

90 
Florence, 10 mars 13—, — Lettre de la République florentine au duc de 

Bretagne, pour le remercier vioement du aercice qu'il a rendu en suspen 
dant, pour la durée de Veœpédition, l'effet des poursuites Judiciaires inten- 
tées par leurs créanciers auoo soldats bretons qui se trouoaient dans l'armée 
du comte d'Armagnac. 

(Même source que les cinq pièces précédentes.) 

Duci Britannie. 

Illustrissime princeps et magnificentissime domine, 

Simt bénéficia que suis contenta limitibus facili possunt retributione 

(1) Les deux vers de Stace se trouvent au livre ii de YAchilléide: 
Longum est résides exponere causas, 
Matemmnque ne&ts : hoo excusabitur ense. 



Digitized by 



Google 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 261 

non solum absolvi sed, quod est referentis officium, pertransiri. Sunt 
quedam que tôt accumulata veniunt incrementis, quod totis non 
possint mortalitatis nostre conatibus adequari ; ut, sî etiam ultra 
fragilitatis humane terminos retribuentis opéra vel affectio protendant, 
nihil imperpetuum possit efficere quo plene se valeat liberare. In 
quorum numéro facile ponimus illa que, opportunis impensa tempori- 
bus, nec dici possunt precibus empta nec importunitatis violentia 
sunt extorta; presertim si nuUa mérita contingat precedere, qui- 
bus videatur debitum munificentiam incipiens persolvisse. Hec omnia, 
princeps inclite, videmus in uno Vestre Sublimitatis munere cumulata, 
ut, quocumque nos vertamus, vinculo talis obligationis reddamus 
obnoxii quod nequeat noster populus- imperpetuum liberari. 

Scd dicet Eminentia Vestra : quid fecimus populo Florentine quo 
nobis tam tenaciter obligeturt Acdpite paucis et magnitudinem vestri 
beneficii ponderate. Vos equidem, ut possent Brîtones, quos illustris 
et magnificus frater et colligatus noster dominus Johannes, Dei gratia 
Harminiaci et Convenarum cornes, traducere vnlt in Italiam ad 
communis hostis excidium , facilius proficisci, judiciaras citationes 
quibus a creditoribus impediri poterant usque ad unius mensis spa- 
cium postquam redierint suspendistis. Vos cunctis et promissi servitii 
necessitatem et fidei custodiende diligentiam, indignationis vestre et 
exilii perpetui propositis edictis, in publicum injecistis. Hoc etenim 
beneficium, licet in prefati domini oomitis oomplacentiam institutum 
sit, beneficium tamen nobis est tantum et taie quantum et quale peni- 
tus depromere non valemus. Hec in ipsius domini oomitis honorem, 
quem proprium ducimus, sed in utilitatem nostram, quorum defentio- 
nem et justissimam causam ille prosequitur, diriguntur. Hinc suus 
fortificatur exercitus ; hinc ejus expeditur adventus ; hinc promp- 
tior hostis ruina redditur ; hinc faciUor nobis ad victoriam aditus 
aperitur. 

Videte igitur, princeps gloriosissime, quam late pateat liberalitas 
vestra. Comiti quidem Harmaniaci servitiumfacitis; nobis autem et 
nostre cause singulare et amplissimum beneficium indulgetis. Pro 
quibus quidem, benignissime princeps, débite gratitudinis officio 
prosequendis, nihil habemus quo nos hujus obligationis vinculis absol- 
vamus. Verumtamen, quanto copiosiores gratie possunt vel mente 
concipi vel vive vocis officio recenseri, taies et tantas ex omnium 
mentium nostrarum affectibus repensamus, offerentes Excellentie 
Vestre, pro exaltatione vestri culminis et honoris, quicquid potest noster 
populus opère vel sermone. Scimus actenus vobiscum nos nullum 



Digitized by 



Google 



862 LE8 GASCONS EN ITALIE. 

habuisse ocumnertium; sed beneficium hoc principiuin erit ut cunctis 
temporibus Ezcellentie Vestre benivolam amicitiam et amicabilem 
benivolentiam excolamus. 

Datum Florentie, die x martii, xiiii indictione, mccclxxxx. 



XVI 



Florence, 80 avril 1391. — Lettre de la République ^florentine au comte 
cT Armagnac, pour presser encore son arrioée et se réjouir de sa /ermeté à 
repousser les offres de Jean-Galéas, 

(Même source que les six pièces précédentes.; 



Illustris princeps et magnifiée domine^ honorabilis frater et amice 
karissime, 

Quamvis Vestra Sublimitas nobis non scripserit, quod vestre pro- 
fectionis oocupationibus imputamus, nichilominus tamen jucundis- 
sime nobis totique populo noslro fuerunt gratiose littere quas nostris 
officialibus Balie nuperrime destinastis. Vidimus enim vos sicut mag- 
nanimitatem vestram decet, cunctis remotis obstaculis cunctisque 
temptationibus superatis, tandem adventui vestro principium prebuisse. 
Nunc jacta est aléa ; nunc eo perventum est quo nunquam perfidus 
iile tirannus, ut cemimus, cogitavit. Âssuetus etenim largitîonibus 
honorem alienum emere, videt sibi vobiscum hoc sibi non successisse 
commertium. Videt tandem se virum, non simplicem hominem, inve- 
nisse, cui gloriosius est aurum possidentes bello frangere, quam aurum 
et quamcumque pecuniam possidere. Vidit ille mores vestros, vidit 
inextinguibiiis claritatis mentis vestre constantiam : videat igitur illam 
armorum belliceque rei peritiam quam exhorret, quam impensa tante 
pecunie oonatus est modis omnibus declinare. Sentiat vos celeritate 
Cesarem, consilio Fabium, ferocitate Marcellum. Agnoscat in vobis 
quid sitin sanguinem proprium manus injicere; quid sit expulses 
nepotes atque sororem tantis principis spoliare; quid sit fidem nobis et 
multis aliis violasse ; qui sid movere bellum populo Fiorentino. Po- 
tuerunt incliti progenitores vestri multa laude dignissima facere, sed 
tante glorie bellum aut famé tam celebris oocasionem, crédite nobiS; 



Digitized by 



Google 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 263 

nullis temporibus invenenint. Qoid enim ^oriosius quam pro suis, 
pro justitia, contraque sevissimam tirannidem arma moveret Rumpite 
moras^ magnanime princeps, aocelerate festinanter et celeriter festinate 
vestrum advenlum. Transeat felix invictusque vester exercitus Alpes, 
quas quondam scribitur Penus Hanibal ignibus et aceto, tantum age- 
batur glorie studio, perfregisse. Invadite trepidum imbellemque 
tirannum, et titubantem Liguriam, eductis copiis, insultate, ut etemi- 
tate famé vestrum gloriosissimum nomen, peracto féliciter tam justis- 
simo bello, vestris virtutibus oonsecretis t Nos autem in cimctis que 
promisimus manu largiflua, nichil omittentes quod de nobis sit debi- 
tum, assistemus et, cum aliis nostris gentibus, nostraque potentia 
hoc monstrum communem inimicum scilicet affligemus, ut impossibile 
sit ipsum, Deo duce qui justitie nostre non deerit, vel hinc vel inde, 
non vastissimam sui status ruinam^ si quid humaniter cemimus, 
inchoare. 

Datum Florentie, die xxx aprilis, xiv indictione, mgcclxxxxi. 



XVII 



Florence, 25 juin 1391. — Lettre de la République florentine au comte 
d* Armagnac, entré depuis peu en lialie, pour le presser de marcher sur 
Milan et d'opérer sa jonction aoec l'armée Jlorentine de Jean d'Hawkvoood. 

fMème source que les sept pièces précédentes.) 



CoMiTi Harminiaci. 

lUustris princeps et magnifiée domine, honorabilis frater et amice 
karissime, 

Recepimus jocimdissimas litteras vestras, scriptas in vestris felicis- 
simis castris, metatis in campo qui Victoria nuncupatur, omen profecto 
futuri tryumphi, per quas nobis vestrum adventum desideratissimum 
nunciatis. In quarum série quanta fuerimus jocunditate perfusi nec 
mente potest concipi, nec pro magnitudinelitterisexplicari. Adestenim 
exoptatissimum tempus illud quod tam diu noster populus exoptavit, 
ut videremus vos, cum invicto gentium vestrarum exercitu, calcare 



Digitized by 



Google 



264 LES GASCONS EN ITALIE. 

communis hostis fines, super quem velut super aspidem et basiliscum 
dabit Yobis gratia Supemi Numinis ambulare. Et quoniam odium 
tiranni, justicie dilectio, laudumque immensa cupido vos impulit ut, 
relicta dulcedine patrie, tôt montibus, totque fluminibus superatîs, 
tanta terrarum spatia transiretis, ad excidium execrandi Comitis 
Vitiorumy quo vestre sororis vestrorumque nepotum injuriam vindi- 
oetis et nostram tueamini libertatem, nolite tempus perdere, nolite 
quin hostem aggrediamini dilationis vel minimum indulgere. Maxima 
quidem in re militari et utilissima res est celeritas, que non sinit hostem 
consilium capere nec his que possunt accidere providere. Et quia nobis 
necessarium esse videtur, quo velocior sit ruina, in aroe regni suaque 
metropoli communem hostem invadere, Mediolanum censemus quam- 
tociusimpetendum, ubi sentire potestis alium nostrum exercitum mili- 
tàre, oui si vestras copias conjungatis, habebitis peritissimos locorum, 
multosque hinc inde rerum utilium promotores. Intérim autem vestra 
prudentia et militaris vafritas et oratorum nostrorum diligentia explo- 
ratores et duces, pro qualitate locorum et temporum, procurabunt. Restât 
unicum solum, quod veniendi tarditas rerum conficiendarum accele- 
rantia restauretur. 

Datum Florentie, die xxv junii, xiiii indictione, mccclxxxxi. 



XVIII 



Florenoe, 2S septembre 1391. — Lettre de la République ^florentine au roi 
de France, pour lui témoigner l'indignation causée aux Florentins par une 
lettre que Jean-Galéas a écrite à Boni/ace ix, le 20 août précédent, à 
l'occasion de la mort du comte d'Armagnac, 

(Même source que les huit pièces précédentes.; 



Régi Francorum. 

Non potuit contineri nostra devotio et illa sincerissima fides, quam 
cunctis rétro temporibus erga sacratissimam christianissimamque 
Domum Francie semper habuit populus Florentinus, serenissimeatque 
gloriosissime principum, et metuendissime Domine, non potuit conti- 
neri nostra devotio, cum videremus illa que tam inonesta totque 



Digitized by 



Google 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 265 

permixta mendaciis contra Culminis Vestri celsitudinem^ scripsit 
fidelis ille Majestatis Vestre vassallus, imo regii nominis detestabilis 
infamator, Johannes Galeaz, falsissimo nomine Virtutum cornes, quin 
ea Vestre Mansuetudini panderemus, fidei et devoctioni nostre plus 
quam sacrilegum reputantes si, cuni tôt et talia scribi de Vestra Mag- 
nitudine sentiremus, ea quocumque respectu duxerimus occulenda. Et 
ut ad rem breviloquo veniamus, scripsit idem Johaimes successori 
primi electi, qui summum pontificatum exercet in Urbe, die xx 
mensis elapsi, quod cum vobis et Eminentie Vestre gubemator Astensis 
infelicissimum casum, nobisque non sine lacrimoium effluvio reco- 
lendum, cedis atque confidctus illustris quondam principis, domini 
Jobannis, Armaniaci et Convenarum comitis, ceteriter quantum potuit 
intimasset, quod Vestra Majestas infremuit et, in semet spiritu, sicut 
scribit, excitata superbie, premisso nescimus quo juramento, protulit : 
« amarum vehementissime vobis esse audivisse casum vestri dilecti 
comitis infelicem ; verum pro vestris viribus nullatenus remansurum, 
quoniam propositum Vestre Sublimatis per eundem inceptum circa 
statum Ecclesie compleretis ». Et quod nuntio nova victorie sue, sicut 
putat felicia, referenti vultum terribilem objecistis, prolatisque contu- 
metiis, proh nefas, vos ipsum in maxilla impresso pugillo, nobilissimis 
illis vestris manibus percussisse (1). In quibuS quidem temperare non 
possumus quin contra tantam audaciam exclamemus. pudor I o 
dedecus I o nostri temporis nefandissima turpido I Ergo reprehensibile 
vel superbum fuit, excellentissimo régi atque humanissimo, infelici 
cède sui proceris suique consanguinei vel infremere, vel turbari? 
Christus, si nescis, super Lazarum infremuit spiritu et turbavit 
semet ipsum. Hec autem pietas apud te non est, qui patruum, eun- 
demque socerum tuum, avumque serenissime régie conthoralis, pro- 
ditorie cepisti, carcerasti crudeliter et, supra omnes inhumanitatis 
facinus, occidisti I Noli de tui natura, tiranne sevissime, noli reges 
clementissimos estimare ! Illis fides, illis pietas, illisque supernatu- 
ralis etiam mansuétude, augentibus moribus que innata sunt bonitate 
nature. Tibi autem infidelitas, tibi nuUa religio, tibique ferina crude- 
litas, corrumpentibus vitiis si quid boni plantât in homine genitura. 
Et audes, nec te pudet asserere quod rex inclitus et benignus, concus- 
sione vel contactu maxille sui famuli suas manus serenissimas macu- 
lavit ! Audes et ipsum dioere in superbie spiritu concitatum, cum illa 
defleverit que tu ipse, si quid in te virtutis esset, et si falsa ista 

(1) Voir l'extrait de la lettre de Jean-Galéas à Boniface IX, cité p. IOq. 



Digitized by 



Google 



266 LES GASCONS EN ITALIE. 

félicitas te non estolleret et inflaret, debuisses, memor humanorum 
ca^uum, abhoritHre ! Sed hec satis. Nunc autem reliqua videamus. 
Subjuxit igitur : « Non enim virus quod diu latuit potuit ulierius 
occultari, Sed Deus adjuior noster est », et, convertens verba ad 
illum cui scribit, adjecit : « yw/, sicut principes terre cogitantes 
inania adversus sancte memorie dominum Urbanum Sextum abje— 
cit velut ptdoerem quem projecit ventus a facie terre, ita hujus 
furorem propositi adversus Vestre Sanctitatis innocentiam sua- 
rum aquarum sujffragio suffocahit ». Hec sunt ad literam verba 
sua (1), que solum ex hoc volumus in forma scribere ne dicere posset 
nos aliquid de his que scripserit depravare. Ergo benignissimus iste 
rex et, quod in te non potes invenire, purissimus, venenum oeealtat, 
aut in sinu potest aliquid diu latere t Sunt he tue, tiramtorumque alio- 
rum quorum tirannicissimus es, artes atque laiebre ; est et ista tua, 
quam inillo presumis infamare, duplicitas. Sibi vero, cumpost Deum 
nihil habeat formidare, cuncta sunt patula, cuncta simt, sicut decet 
raagnaniraitatem regiam, manifesta, nec habet in cogitationibus suis, 
sicut tu coluber tortuosissime fecundeque veneno, Dei judicium formi- 
dare. Sed hos superbie spiritus excitavit in ipso fortuita illa Victoria 
qua se reputat exaltatum, quaque, ni fallimur, si Deus omnino non 
deleat Domus Armaniace memoriam potentiamque Gallorum, pre- 
ceps dabitur in ruinam. Litterarum autem illarum exemplum, quo 
possit Vestra Serenitas plenius informari, presentibus jussimus inter- 
cludi. Super quibus, cetera ponderanda Vestre Celsitudini relinquen- 
tes, verbum unicum attingemus. Et ut cum ipso loquamur, die nobis, 
vipera viralenta ! cur oportet nos subjicere regio imperio vel Gallo- 
rum ? Nos devootione et fide, nosque beneficiis sui sumus. Nosti 
populum nostrum non magis florentinum quam regium, quod exhor- 
ruisti, cunctis temporibus appellari. Nec mirum ! Karolus quidem 
Magnus, auctor regii sanguinis, hanc civitatem, prodictione régis 
Totile crudelitateque deletam, edifîcavit, restituit et multis privilegiis 
exornavit. Karolus Primus, Jérusalem et Sicilie rex, nos Guelfos ex- 
torres, fidelissimos commilitones suos, in bac civitate restituit, conser- 
va vit et auxit. Karolusque Valesie et Alenconis comes, a quo vigen- 
tium regum gloriosa prosapîa derivatur, Guelfos, Alborum degeneran- 
tium factione depulsos, sua potentia in bac urbe reposuit, et status 
quem adhuc tenemus jecit suis manibus fundamenta. Consueverunt 



(l) Les passages reproduits sont, en effet, textuellement empruntés à la lettre 
déjà citée de Jean-Galéas à Bouiiace IX. 



Digitized by 



Google 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 267 

regales Francie hanc urbem non velle subditam, sed devotam ; non 
ejus dominatum appetere, sed suam contra cunctos defendere, etiam 
impensa proprii sanguinis, quod cum horrore raeminimus, libertatera ; 
velle, sicut habent, corda cunctorum, non imponere jugum; ut te 
pudere debeat talia scribere, tamquain manifestis falsitatibus materiam 
tuis mendaciis ampliare. In his autem nichil petimus, gloriosissime 
princeps, nisi quod mentem hujus tiranni, qui se, sicut clarissime 
testatus est, corona cupit et gloria regii nominis exomare, forte minus 
cognitam agnoscatis. Et dignemini nos atque floreutinos omnes, qui 
devotissimi vestri sunt more majorum nostrorum, in peculiares agnos- 
cere filios, et favorabiliter suscipere commendatos. 

Datum Florentie, die xxviii septembris, indictione xv, mccclxxxxi, 



XIX 

Beaucaire, 12 septembre 1390. — Bulle du pape Clément VII d* Avignon 
ordonnant de payer un à-compte de 500 florins sur les 40.000 Jlorina qu'il a 
reconnu decoir à Bernardon de La Salle par déclaration en date du 
18 mai 1385. 

('Archives du Vatican, Regesta cartacea Clementis VII Aoeniotiensis ; Re- 
gestum bullarum de curia Clem. VII 1387-1390, f* 195 V. — Transcription 
contemporaine sur le registre original de la Chancellerie pontificale, j 



Diiecto filio, nobili viro Bemardo de Auranca, domiceilo, Convena- 
rum dioo^sis, salutem et apostolicam benedictionem. Justis petentium 
votis libenter annuimus et eis benignum impartimur assensum. Cum, 
sicut plene sumus informati, tu, pro stipendiis pro tempore quo ad 
nostra et Ecclesie Romane servicia in partibus Ytalie extitisti tibi debi- 
tis, quingentos florenos auri de Caméra super peccuniis per nos e' 
Apostolicam Cameram diiecto filio nobili viro Bernardode Sala, miiiti, 
Agennensis diocesis, pro eo et quondam Guilhonëto de Saltu alias de 
Sala, domiceilo, ejusdem diocesis, eorumque sociis et gentibus armi- 
geris, que sub eis ad dicta servicia in dictis partibus extiterant, pro 
resta suorum stipendiorum débita, debeas et restes habere ; idemque 
Bernardus de Sala voluerit et concesserit quod ad hoc, nostro interve- 
niente consensu, predicti quingenti floreni tibi per nos et eandem 
Cameram assignarentur et solverentur, et de summa XL°* florenorum 
de Caméra eidem Bemardo de Sala, pro eo et Guilhonëto ac sociis et 
gentibus supradictis, racione reste stipendiorum hujusmodi débita, 



Digitized by 



Google 



268 LES GASCONS EN ITALIE. 

super qua sub data xv kalendas junii mensis maii Pontificatus nostri 
anno vu® ipsi Beraardo de Sala nostre recognitionis lilteras duximus 
concedendas, deducerentur et computarentur in solutum : nobis humi- 
liter supplicasti ut tibi, ad premissa consencientes, super hujusmodi 
quingentis florenis de oportune provisionis cautela providere dignare- 
mur ; Nos igitur tuis hujusmodi supplicationibus, prout est equum et 
justum, annuere cupientes, Nos et eandem Cameram hujusmodi quin- 
gentos florenos, de dicta summa XL°* florenorum deducendos et defal- 
candos, tibi deberi et in illis teneri recognoscimus per présentes ; et ut 
d^ illis tibi breviter satisfaciat, camerario et thesaurario Sedis Aposto- 
lice et aliis officialibus et gentibus dicte Camere, qui sunt et erunt pro 
tempore, precipimus et mandamus quatinus quam primum ad com- 
mode fieri poterit, super fructibus et proventibus ad eandem Cameram 
pertinentibus, tibi et heredibus tuis aut a te causam habentibus, de 
dictis quingentis florenis satisfaciant realiter et ad plénum, aut taies 
assignationes dare studeant et procurent quod de illis possis et debeas 
merito contentari ; contradictione et excusatione cessantibus quibuscun- 
que, nulloque alio a nobis expectato mandate, ac non obstantibus qui- 
buscunque assignationibus, prohibitionibus, inhibitionibus et mandatis 
ac ordinationibus generalibus vel specialibus in contrarium factis vel in 
antea faciendis, etiam si de illis et totis earum tenoribus esset presen- 
tibus specialis et expressa mentio facienda. Volumus autem qaod in 
complemento solutionis dictorum quingentorum florenorum tibi fa- 
ciende, présentes litteras camerario, thesaurario, officialibus et gentibus 
predictis restituere non postponas. 

Datum apud Bellicadrum, Arelatensis diocesis, ii idus septembris, 
pontificatus nostri anno duodecimo. 

H. de Arena. Visa est : camerarius. 



XX 

Avignon, 1" septembre 1394.— Bulle du pape Clément VII d'Aolgnon don- 
nant à Bernardon de Serres le château et la ville de Malaucène. 

CArchives du Vatican, Regesta ôartacea Clémentes VII Acenionensis, tom. lxx 
et ultiçaum, f 30. — Transcription contemporaine sur le registre original de la 
Chancellerie pontificale.; 

Clemens etc. ad perpetuam rei memoriam. Grata et excepta servicia 
que dilectus filius, nobilis vir Bernardonus de Serris, domicellus, Adu- 
rensis diocesis, nobis et Ecclesie Romane in partibus Italie, pro recu- 



Digitized by 



Google 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 269 

peratione et defensione terrarum el locorum aliorum et jorium ejusdera 

Ecclesie ibidem existenciumetalias impenderit considérantes 

eidem Bemardono castrum et villam de Malausana Vasionensis 

diocesis, in et de comitatu nostro Venayssini damus. 

Datmn Avinione per manum mei Johannis tituli sancte Anastasie 

presbiteri cardinalis, Sancte Romane Ecclesie vice cancellarii kalendas 

septembris, indictione secunda, Incarnationis dominicc anno millésime 

trecentesimo nonagesimo quarto, pontificatus vero domini démentis 

pape VU anno sexto decimo. 

N. DE HORNITT. 



XXI 



Pavie, 22 décembre 1394. — Enguerrand de Couny fait donner, au nom du 
duc Louis d'Orléans, une somme de 100 florins d'or à Bernardon de Serres 
qui s'engage à seconder les projets du duc en Italie. 

fBibliothèque Nationale de Paris, Pièces originales, vol. 2694, dossier Serres, 
n* 4. — Original sur parchemin, scellé en cire rouge sur simple queue.^ 



Enguerran, seigneur de Coucy, conte de Soissons, et lieutenant de 
très hault et puissant prince Monseigneur le duc d'Orliens, conte de 
Valoiz et de Beaumont, seigneur d'Ast. A notre amé Pierre de Can- 
teleu commis par ledit Monseigneur le duc à faire le paiement des 
gens d'armes, archers ou autres gens de guerre par lui ordonnez estre 
à ses gaiges es parties d'Ytalie, salut. Comme, depuis que ledit Monsei- 
gneur le duc nous a envoyés et expédiés par deçà pour ses besongnes, 
plusieurs barons, nobles et chastellains des parties de la Marque 
d'Ancone, de RomaignoUe, du Patrimoine de l'Eglise et de la conté de 
Boulongne nous aient par lettres et messages escript et mandé qullz 
sont touz prests de faire hommages, pacz et aUances avec nous ou nom 
dudit Monseigneur le duc, et noble homme Bernardon de Serres, 
capitaine de certaine compaignie des gens d'armes des parties de Bre- 
taigne et de Gascongne, tiengne plusieurs villes, chasteaux et forteres- 
ses ou dit Patrimoine et es parties d'environ, où il a ses dites gens 
d'armes, et nous ait promis de faire des dites villes, chasteaux, forte- 
resses et gens d'armes paix et guerre pour ledit Monseigneur le duc, 



Digitized by 



Google 



270 LES GASCONS EN ITALIE. 

et donner réduit, ayde, faveur et conseil, se requis en est : a ycelluî 
Bernardon, pour lui et ses dites gens d'armes tenir en amour et service 
de mon dit seigneur et de nous, se besoing estoit, et pour soustenir les 
grans fraiz et despens que sur ce lui con vendra faire, avons fait bailler 
et délivrer par notre bien amé escuier Guedon de Froissac la somme 
de cent florins d'or, lesquelz au dit Bernardon nous avons donnez et 
donnons par ces présentes pour et au nom de mon dit seigneur le duc. 
Si vous mandons que à ycellui Guedon vous restituez, baillez et 
délivrez ladite somme de cent florins d'or, en prenant quittance de lui; 
par laquelle rapportant avec ces présentes tant seulement, ladite somme 
sera alloée en voz comptes et rabatue de votre recepte par les gens des 
comptes dudit Monseigneur le duc, sans contredit aucun. 

Donné à Pavie soubz notre seel, le xxii® jour de décembre. Tan 
Mccciiii" et quatorze. 

Par monseigneur le lieutenant 

(signé) J. SICART. 



XXII 



Asti, 28 février 1406. — Montre de la garnison établie au château de San 
Antonio à Asti, sous le gouoernement de Bernardon de Serres, pendant le 
mois de féorier 1406. 

(Bibl. Nationale, même dossier que la pièce précédente, n* 14. — Original 
sur papier J 



Noverint universi quod anno Domini mccccvi®, die ultima mensis 
februarii, ego Jobannes de Solario, curie magnifici domini gubema* 
toris Astensis juratus, comissarius per dictum dominum gubematorem 
ad hoc specialiter deputatus, recepi monstram castri sancti Anthonii, 
civitatis Astensis, pro presenti mense februarii. In cujus castri cus- 
todia sunt et morantur, prout inf ra : 

Primo : nobilis Migonetus de Gasconia, castellanus dicti castri. 

Johannes de Costa, de Yspania, filius Johannis. 

Petrus de Stagne, Ruthenensis diocesis, filius Johannis. 

Johannes Raymondi de Tholosa, filius Pétri. 



Digitized by 



Google 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 271 

Hanequinus de Novocastro, fiiius Simonis. 

Rayminus de Remis, in Campania, fiiius Johannis. 

Servientes, in custodia dicti caslri existentes. 

Et unus alius serviens recipiens vadia in dicto Castro, existens in 
custodia castri Cannellarum. 

Qui quidem servientes bene et competenter annati fuerunt reperti 
per me comissarium antedictum. 

Ita est. (signé) J. de SOLARIO. 



XXIII 



Asti, 30 avril 1406. — Montre analogue à la précédente, pour le mois 
d'acril 1406, 

f Bibl. Nationale, même dossier que les deux pièces précédentes, n* 20. — 
Original sur papier J 



Noverint universi quod anno Domini mccccvi°, die ultima mensis 
aprilis, ego Johannes de Solario, curie magnifici domini... gubernatoris 
Astensis juratus, commissarius per dictum dominum gubematorem ad 
hoc specialiter deputatus, recepi monstram castri novi versus Tana- 
grum, civitatis Astensis, pro presenti mense aprilis. In cujus castn 
custodia sunt et morantur prout infra : 

Primo : nobilis Migonetus de Gasconia, castellanus dicti castri, die 
prima mensis presentis subrogatus loco Ludovici de Turre. 

Johannes Prioris, de Parisius, fiiius Rodulfi. 

Bertrandus de Cassali, fiiius Girondi. 

Johannes de Cousta, de Yspania, fiiius Martini. 

Petrus Stagni, de Roergue, fiiius Johannis. 

Hanequinus de Novocastro, in Loregna, fiiius Simonis. 

Johannes Joli de Spinali, in Lorregna, fiiius Guillelmi. 

Servientes, in custodia dicti castri existentes. 

Et unus alius serviens recipiens vadia in dicto castro, existens in 
custodia castri Cannellarum. 

Qui quidem servientes bene et competenter armati fuerunt reperti 
per me comissarium antedictum. 

Ita est. (signé) J. de SOLARIO. 



Digitized by 



Google 



272 LES GASCONS EN ITALIE. 



XXIV 



3 
Pont- Saint-Esprit, 24 janvier I4O-7 — Le duc Louis d'Orléans enooie en 

Lombardle Arnaud Guillem de Barbazan, Gaillard de La Boche, seigneur 
de FontenilleSy et Gastonnet de Sédillac. 

f Bibliothèque nationale, Pièces originales» vol. 187, dossier Barbazan n' 29. 
— Original sur parchemin, scellé en cire rouge sur simple queue J 



Loys, filz de Roy de France, duc d'Orliens, conte de Valois, de 
Blois et de Beaumont et seigneur de Coucy, à nostre amé et féal con- 
seiller Jehan le Flament, salut et dilection. Nous voulons et vous 
mandons que, des deniers de noz finances, vous par Jehan Poulain, 
nostre trésorier gênerai, faites bailler et délivrer à nostre amé et féal 
chambellan, messire Arnault Guillan de Barbazan, ou à son certain 
mandement, la somme de cinq cens livres tournois^ que nous avons 
ordonné lui estre présentement baillée. C'est assavoir pour lui iii^ livres 
tournois ; pour nostre amé et féal escuier et chambellan, le sire de 
FonteniUes, c livres tournois ; et pour nostre chier et bien amé escuier 
d'escuierie, Gastonnet de Sedilhac, c Uvres tournois. Lesquelles som- 
mes nous avons ordonné au dessusdiz pour aler présentement es parties 
de Lombardies, où nous les envoyons pour certaines causes. Et par 

rapportant ces présentes avecques quittance (1) sur ce du dit messire 

Arnault Guillan de Barbazan, la dicte somme de v® livres tournois 
sera, sanz contredit, alouée es comptes de nostre dit trésorier, par nos 
amez et feaulx gens de noz comptes, non obstans ordonnances, man- 
demens ou défenses quelxconques à ce contraires. Donné au Pont- 
Saint-Esperit, le xxiiii® jour de janvier, l'an de grâce mil cccc et trois. 

Par monseigneur le duc 

{8igné) CHÊRON. 

(\) Ce blanc existe dans l'original. 



Digitized by 



Google 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 273 



XXV 



3 

Pont-Saint-Esprit, 23 janvier 140-j. — Bôrnarrfon de Serres s'engage au 

êeroice du duc Louis d'Orléa/is, moyennant un don de 4000 liores tournois, 

22 (1) 
(Archives Nationales, K. 57 n* 9 — . — Original sur parchemin, scellé en 

cire rouge sur double queue. 



Je Bemardon de Serres faiz savoir à tous presens et avenir que 
je, congnoissant la très haulte et très noble lignée, puissance et seigneu- 
rie dont très hault et très puissant prince et mon très redoubté seigneur, 
monseigneur le duc d'Orléans, conte de Valois, de Blois et de Beau- 
mont et seigneur de Coucy, est procréez et yssuz, lequel est filz et 
frère de roy de France et le plus prochain de la coronne après nossei- 
gneurs les enfans de très hault et très excellant prince le roy Charles, 
à présent régnant, considérant aussi les très nobles vertuz dont il est 
aomez, aiant par ce grant désir et parfaite voulenté de le servir par 
dessus et devant tous autres princes, suy devenuz et de mon propre 
mouvement, certaine science et libérale voulenté, senz aucune fraude 
ou mal engin, deviens par la teneur de ces présentes son homme, et 
lui ay fait toy et homaige lige, promectant par ces mesmes lettres et 
par la fpy et serement de mon corps de bien et loyaument le servir de 
toute ma puissance envers et contre tous ceuls qui pevent vivre et 
mourir et où il me vouldra employer, excepté nostre Saint Père le 
pape Benedic, ses successeurs et l'Eglise soubz eulx militant. Et 
parmi ce mon dit seigneur d'Orléans de sa bénigne grâce m'a donné et 
octoyé et promis faire paier, des deniers de ses finances, la somme de 
quatre mille frans pour une foiz. Et d'abondant, pour greigneùr seureté 
du service dessus dit, j'ay promis et juré sur les Saintes Euvangilles de 
Dieu pour ce touchées corporelment, promet et jure par ces lettres 
présentes de servir mon dit seigneur d'Orléans ainsi et par la manière 

23 
(1) n existe dans la même liasse, sous le n' 9—, un second exemplaire de la 

même pièce. 

19 



Digitized by 



Google 



274 LES GASCONS EN ITALIE. 

que dit est, sur peine d'estre tenu et réputé pour faulx et mauvais 
parjur et desloyal, se en aucune manière je y failloye. En tesmoing de 
ce j'ay scellées ces présentes lettres de mon propre seel. Ce fu fait et 
donné au Pont-Saint-Esperit, le xxin« jour de janvier, l'an de grâce 
mil quatre cens et trois. 



XXVI 

3 
Lyon, 2 février 140-t-. — L« duc Louis d'Orléans fait donner 4000 lieres 

tournois à Bernardon de Serres. 

(Bibl. Nationale, Pièces originales, vol. 2694, dossier Serres, n' 5. — Origi- 
nal sur parchenùn, scellé en cire rouge sur simple queue.) 



Loys, filz de roy de France, duc d'Orliens, conte de Valois, de Bloîs 
et de Beaumont et seigneur de Coucy, à nostre amé et féal conseillier 
Jehan Le Flament salut e^ dilection. Nous voulons et vous mandons 
que des deniers de noz finances vous^ par nostre amé et féal trésorier 
gênerai Jehan Poulain, faites bailler et délivrer tantost et sanz delay à 
nostre bien amé Bernardon de Sarres, escuier, la somme de quatre 
mille Uvres tournois, laquelle nous voulons lui estre présentement 
baillée pour une fois à cause de certainnes convenances et promesses à 
nous faites par le dit Bernardon, dont autre declaracion ne voulons cy 
estre faitte. Et par rapportant ces présentes aveques quittance de Ber- 
thelemi de Vasque^ escuier, ou nom du dit Bernardon, tant seulmeat, 
nous voulons la dite somme de ini°* 1. toum. estre allouée es comptes 
de nostre dit trésorier et rabatue de sa recepte par nos amez et feaulx 
gens de noz comptes, sanz contredit aucun, non obstant ordonnances, 
mandemens ou deflEenses quelconques à ce contraires. Donné à Lion 
sur le Rosne, le segont jour de février, l'an de grâce mil quatre cent et 

troii^. 

Par monseigneur le duc 

(signé) CHERON. 



Digitized by 



Google 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 275 



XXVII 

Asti, 26 novembre 1406. — Gration, seigneur de Serre$, oice^ouperneur 
d'Asti, enooie un messager i^ers son frère» Bernardon de Serres, alors dans 
«a terre de Malaucène. 

(Bibl. Nationale, même dossier que la pièce précédente, n* 7. — Ori^al 
sur papier, sceau plaqué recouvert d'un carré de papier.; 



Grationus, dominus de Serris, vîcegubernator Astensis pro illustris- 
sime principe et ioclito domino nostro, Domino Lodovico duce 
Aurelianense, Ast etc. domino, Johanni Rotario de Reviglasco, thesau- 
rario dicti domini nostri, salutem. Cum pro aliquibus occurrentibus in 
partibus istis que notifficare intendimus magnifico germano nostro, 
Bernardono de Serris, gubernatori Astensi, existenti in Malosana ultra 
montes, presentialiter transmittamus Filiolum de Caslronovo, nuncium 
equestrem, ad prefattum dominum gubematorem cum litteris nostris, 
occasione predicta mandamus vobis quatenus dicto Filiolo solvatis et 
tradatis, pro dicto viagio faciendo, scutos très auri, qui valunt, ad 
rationem xxviii ambr. et ii ter. pro scuto quolibet, libr. xvii sol. un 
Astenses. Quos, constito de soluto, in vestris compotis per ipsorum 
auditores allocari rogamus absque diflBicultate quacumque. Datum Ast 
sub sigillo proprio dicti domini gubematoris Astensis, die xxvi mensis 
novembris, m°cccc°vi. 

Per dominum vicegubernatorem preoepta 

(signé) J. de SOLARIO. 



XXVIII 

Asti, 10 mai 1407. — Quittance donnée par Bernardon de Serres de 3000 liores 
tournois, montant d'une année de ses gages comme gouoerneur (TAsti. 

(Bibl. Nationale, même dossier que les deux pièces précédentes, n* 22. — 
Original sur parchemin. Il ne reste plus aucune trace du sceau, qui devait 
être un sceau plaqué.) 



Noverint universi quod nos, Bernardonus de Serris, gubemator 
Astensis etc. pro illustrissime principe et indito domino nostro. Domino 



Digitized by 



Google 



276 LES GASCONS EN ITALIE. 

Ludovico duce Aurelianense, civitatis Ast etc. domino, confitemur 
nos habuisse et récépissé a nobili viro Johanne Rotaiio de Reviglas- 
cho, thesaurario dicti domini nostri, pro nostris vadiis per dictum 
dominum nostrum nobis taxatis et ordinatis, pro uno anno inoepto die 
prima mensis februarii, amio Nativitatis Domini m^ccccvi^^ more 
Lombardie, et finito die ultima mensis marcii, anno presenti a Nati- 
vitate Domini sumpto, tria milia libras turonensium, computata qua- 
libet libra turonensium pro quinque libris monete Astensis. De qua 
smnma nos tenemus pro pagato et contento, et predictum dominum 
nostrum, et prefatum ejus thesaurarium, et omnes quos tangit quitta- 
mus de eisdem. In cujus rei testimonium présentes litteras fieii fecimus 
et sigillo nostro proprio sigillari. Datum Ast, die decimo maii, bi^ccccvii®. 

Per dominum gubematorem confessata 
(êigné) B. MANZINUS. 



Digitized by 



Google 



APPENDICE AUX PIÈCES JUSTIFICATIVES 



Aux documents invoqués et publiés comme pièces jusU- 
ficativeSy je crois devoir en ajouter trois autres qui se ratta- 
chent également aux sujets traités et que j'ai recueillis, 
au cours de Timpression, trop tard malheureusement 
pour pouvoir en tirer parti dans le corps même de ces 
études. 

Les deux premiers, empruntés à une collection nouvelle- 
ment entrée à la Bibliothèque Nationale, la collection de 
Bastard, viennent compléter les renseignements déjà réunis 
sur l'armée que le comte Jean II! conduisit en Lombardie. 
Ils nous donnent, en effet, les noms de huit de ces capitai- 
nes Armagnacs qui, étant restés dans le nord de l'Italie 
après la mort de leur chef et la dispersion de ses troupes, 
finirent par passer, en 1394 et 139S, au service du duc 
d'Orléans (1). On remarquera que les noms et les surnoms de 
ces capitaines s'appliquent bien à des chefs de compagnies, 
pour la plupart gens de petit état, ou bâtards de bonnes 
Maisons comme le bourt de Verduzan. 

Quant au troisième document, il concerne Bernardon de 
La Salle (2). On a vu qu'en récompense de sa conduite au 



(1) Voir pp. 95 et 190. 

(2) Puisque le nom de Bernardon de La Salle se présente encore sous m« 
plume, je profiterai de l'ocoasion pour compléter sa biographie sur un point de 
détail. J'ai dit (pp. 124-125) que notre aventurier, qui se trouvait en Bourgogne 
en 1374, était alors entré au service du Saint-Siège et qu'il avait été envoyé 



Digitized by 



Google 



278 LES GASCONS EN ITALIE. 

moment de la déclaration du grand schisme d'Occident, les 
cardinaux dissidents donnèrent à l'aventurier gascon, dont 
le concours leur avait été si utile, les châteaux de Mornas et 
de Caderousse, donation conQrmée par Clément vn en 1379(1). 
La bulle du 8 mai 1386, qu'on trouvera plus loin sous le 
n* XXXI, en répétant ces mêmes faits, nous apprend en outre 
que Bernardon de La Salle ne put profiter de cette libéralité, 
mais qu'en échange le pape d'Avignon lui octroya ce même 
flef de Malaucène qui, étant revenu au Saint-Siège en 1391 
par suite de la mort du titulaire, fut de nouveau aliéné trois 
ans plus tard et concédé à Bernardon de Serres (2). Cette 
bulle d'inféodation, dont nous devons la communication à 
l'obligeance de M. Duhamel, archiviste du département de 
Vaucluse, mérite d'autant plus d'être publiée qu'elle consti- 
tue, par les termes dans lesquels elle est conçue, un nou- 
veau et précieux témoignage du rôle capital joué en 
1378 par Bernardon de La Salle, lorsqu'il prit en main 
la cause du Sacré-Collège refusant de reconnaître rélectioa 
d'Urbain VL 



en Italie. Il faut ajouter qu'avant de passer les Alpes il fut d'abord employé par 
le pape Grégoire xi, à la tête des troupes du Comtat-Venaissin, contre Ray- 
mond V de Baux, prince d'Orange, auquel il enleva Jonquières, Gigondas et 
Suze-la-Rousse. — Voir : Pithon-Curt, Histoire de la noblesse du comté 
ycnaiasin, m, p. 216, qui renvoie à un compte de la ville de Carpentras ; et 
Barjavel, Dictionnaire historique, biographique et bibliographique du dépar- 
tement de Vaucluse, ii, p. 390, citant TexceUente histoire manuscrite de 
Poméry, conservée à la Bibliothèque de Carpentras. 

(1) Voir p. 130. 

(2) Voir p. 185. 



Digitized by 



Google 



APPENDICE AUX PIÈCES JUSTIFICATIVES. 279 



XXIX 



Asti, 11 octobre 1394. — Enguerrand de Coucy engage pour le seroice du 
duc d'Orléans, en Italie ou ailleurs, six capitaines Armagnacs : Guillem 
Garsie de Frespaillez, Jean bourt de Verduzan, Jean Dudain, dit le François, 
Huguenin de Mannignao, Motin de Foujolles dit de La Pièce et Arnauton de 
Campane, aœc leurs compagnies y formant un total de 1159 hommes de guerre 
à cheoal. 

(Bibliothèque Nationale, Nouv. Acquisitions françaises 3638, n* 205. — 
Original sur parchemin, jadis scellé sur simple queue.) 



Enguerran, seigneur de Coucy, conte de Soissons et lieutenant de 
très hault et puissant prince, monseigneur le duc d'Orliens, conte de 
Valois et de Beaumont, seigneur d'Ast, a nostre amé Pierre de Can- 
teleu, commis par le dit monseigneur le duc à faire le paiement des 
genz d'armes, archers ou autres gens de guerre par lui ordonnez estre 
à ses gaiges es parties dTtalie, salut. Savoir vous faisons que, pour 
servir le dit monseigneur le duc en ses présentes guerres es dictes 
parties d'Ytalie ou ailleurs où il lui plaira, nous avons nagaires retenu 
et retenons par ces présentes Guillem Garsie de Frespaillez, Jehan, 
boui^î de Berduzan, Jehan Dudain, dit Le François, Huguenin de 
Marmignac, Motin de Foujolles, dit de la Pièce, et Arnauton de 
Campane, Armignagoiz, au nombre de onze cens cinquante nuet 
hommes de guerre à cheval, eulz comprinz en ce nombre, c'est assa- 
voir : le dit Guillem au nombre de iii^^xxvii hommes de guerre, le dit 
bourc au nombre de iii^i hommes de guerre, le dit François au nombre 
de ii^'xii hommes de guerre, le dit Huguenin au nombre de ii°vi hom- 
mes de guerre, le dit Motin au nombre de Ivi hommes de guerre, et 
le dit Arnauton au nombre de Ivii hommes de guerre à cheval ; aux 
gaiges de six petitz florins par mois pour paie de chascun homme, à 
raison de quatre florins jannois pour cinq des diz petiz florins. Et avec 
ce avons ordonné et ordonnons que chascun des diz Guillem, bourc, 
François, et Huguenin, oultre et pardessus leurs diz gaiges, aient et 
prengnent cinquante des diz petits florins, et chascun des diz Motin et 
Arnauton vint et cinq des dis petiz florins, d'estat par mois. Si vous 



Digitized by 



Google 



280 LES GASCONS EN ITALIE. 

mandons que aux dessus diz Guillem Garsie, bourc de Verduzan, 
Jehan Dudain, Huguenin, Motin et Amauton vous faciez prest et 
paiement des gaiges et estât d'eulz et des diz hommes de guerre à 
cheval de leur compaignie, pour un mois à commencier du jour de la 
date de ces présentes, et d'illec en avant de mois en mois jusques à 
lem* cassement, en prenant sur ce monstres, reveues et quittances 
suffisans ; lesquelles monstres, pour le premier mois commençant le 
dit jour de la date de ces présentes, nous avons ordonné et ordonnons 
estre faictes à Braye, au xx« jour de ce présent mois. Par lesquelles 
monstres, reveues et quittances rapportant, avecques ces présentes tant 
seulement, tout ce qui, à la dite cause, paie leur aurez, sera alloé en 
voz comptes et rabatu de vostre recepte par les gens des comptes du 
dit monseigneur le duc, sanz difficulté ou contredit aucun. Non obstant 
qu'il n'appere de monstres faites audevant du dit xx® jour de ce dit 
présent mois. 

Donné en Ast, soubz nostre seel, le xi® jour d'octobre, l'an m ccc un** 

et quatorze. 

Par monseigneur le lieutenant 

(signé) J. SICART. 



XXX 



Pavie, 1" mars ; et Asti, 7 mars 1395. — Enguerrand de Coucy fait payer 
la somme promiae de 5O0 florins d'or à deux capitaines Armxignacs, Jacques 
Astre et Gilet de Villemer, dit Petit-Gilet, qui ont pris le 13 féorier précé- 
dent, pour le compte du duc d'Orléans^ le château et la cille de Casasco (1) 
dépendant du comté d'Asti, dont le seigneur refusait de prêter hom,mage. 

(Bibl. Nationale, Nouv. Acquisitions françaises 3638, n' 234. — Original sur 
parchemin sceUé en cire rouge sur simple queue.) 



Enguerran, seigneur de Coucy, conte de Soissons et lieutenant de 
très hault et puissant prince monseigneur le duc d'Orliens, conte de 
Valoiz et de Beaumont^ seigneur d'Ast, à nostre amé Pierre de Cante- 
leu, commis par le dit monseigneur le duc à faire le paiement des genz 

(1) Aujourd'hui Camerano-Casasoo, dans le district d'Asti. 



Digitized by 



Google 



APPENDICE AUX PIÈCES JUSTIFICATIVES. 281 

d'armes^ archers ou autres gens de guerre par lui ordenez estre à ses 
gaiges es partiez d^Ytalie, salut. Comme feu Perrin Azinier et Jehan 
son frère, seigneur du chastel et ville de Casasch, feussent tenuz de 
faire foy et homage à mon dit seigneur le duc des diz chastel et ville, 
de la quelle foy et homage faire par pluseurs foiz sommé et requis, les 
dessus diz Perrin et Jehan ayent tous temps esté refusans et contre- 
disans ou préjudice de mon dit seigneur, par quoy noz très chers e. 
bien amez le sire de Chassenage, gouverneur d'Ast, et le sire de la 
Viezville, voullanz le dit lieu mètre en la main de mon dit seigneur, 
par voie de fait, d'engin ou autrement, pour cause des diz refuz ou 
contredicion, eussent promis et acordé à Jaques Astre et à Gilet de 
Villemer, dit Petit Gilet, Armignagoiz, baillier ou faire baillier la 
somme de cinq cens florins d'or, se le dit chastel povoient prendre et 
mètre en la main de mon dit seigneur, à paier c'est à savoir deux cens 
cinquante florins par vostre main et deux cens cinquante florins par 
la main de Franciscon Tinel, trésorier de mon dit seigneur en Ast ; et 
il soit ainsi que le dit chastel de Casasch les dessus diz Jaques et 
Gilet, le samedi xiii® jour de février dernier passé, par leur engin et 
emprise aient pris et mis en la main de mon dit seigneur, par quoy les 
dessus diz gouverneur et sire de la Viezville sont tenus de leur baillier 
ou faire baillier la dicte somme de cinq cens florins d'or : nous vous 
mandons que, en rebat et diminucion d'icelle somme de cinq cens 
florins, aux diz Jaques et Gilet ainsi promisse et acordée, comme dit 
est, et pour la cause dessus dite, vous leur paiez, baillez et délivrez la 
somme de deux cens cinquante florins, en prenant quittance d'eulx. 
Par laquele rapportant avec ces présentes tant seulement, la dite 
somme de ii^l florins d'or sera alouée en voz comptes et rebatue de 
vostre recepte par les gens des comptez du dit monseigneur le duc, 
sanz difficulté ou contredit aucun. 

Donné à Pavie, soubz nostre seel, le premier jour de mars, l'an de 
la Nativité Nostre Seigneur mil trois cens quatre vins et quinze. 

Par monseigneur le lieutenant 
(signé) N. GILLART. 

(Au dos, on lit :) Anno retroscripto et die vu* marcii, retronominati 
Jacobus Astre et Gilletus de Villamari confessi fuerunt habuisse et 
récépissé a Petro de Ganteleu retroscripto, causa in albo designata. 



Digitized by 



Google 



282 LES GASCONS EN ITALIE, 

summam duceutorum quinquaginta florenorum auri, de quibus fué- 
runt content! , presentibus domino Petro de Veteri villa, milite, et 
Guillelmo Garsie, testibus ad premissa. 

Et me notario publico 

rsigné) J. SICART. 



XXXI 



Avignon, 8 mai 1886. — Balte du pape Clément Vil d'Aoignon, donnant à 
Bernardon de La Salle la seigneurie de Malaucène à la place des châteaux 
de Mornas et de Caderousse. 

(Archives de Vaucluse, B. 7, f 77. — Copie enregistrée.) 



Clemens episcopus, servus servorum Dei, dilecto filio nobili viro 
Bernardo de La Sale, militi, Agennensis diocesis, salutem et aposto- 
licam benedictionem. Grata et excepta servi tia, que nobis et Ecclesie 
Romane, in partibus Italie, pro recuperatione et defiEensione terrarum 
et locorum et aliorum jurium ejusdem Ecclesie ibidem existentium, 
et alias multipliciter, non absque tue persone magnis periculis et 
expensis, hactenus laboriose et fideliter impendisti, et incessanter 
impendere ferventi animo non desinis, teque impendere in poste- 
rum firmiter speramus, nobilitatis quoque generis et alia probi- 
tatis et virtutum mérita, quibus personam tuam experientia proba- 
bili novimus insignam. rationabiliterprovidenturutcondignama nobis 
et eadem Ecclesia servitiorum hujus modi retributionem consequaris. 
Dudum siquidem apostolica sede per obitum felicis recordationis 
Gregorii pape undecimi, immédiate predecessoris nostri, vacante, 
sacrum CoUegium venerabilium fratrum nostrorum ejusdem Ecclesie 
cardinalium, de quorum numéro lune eramus, in dictis partibus exis- 
tentes, grata re munificentia, attendentes continua fidelitatis obsequia 
que ipsis et eidem Ecclesie etiam dicti predecessoris tempore prestiteras 
et etiam tune prestabas, labores, pericula pariter et expensas quam 
plurima sustinendo, tibi pro te et tuis heredibus castra de Mornatio et 
de Cadarossa, Arausicensis diocesis, ad dictam Ecclesiam pleno jure 
spectantia, concesserunt et donaverunt. Nosque postquam, divina 



Digitized by 



Google 



APPENDICE AUX PIÈCES JUSTIFICATIVES. 283 

favente clementia, sumus ad apicem Summi Apostolatus assumpti, 
concessionem et donationem predictam apostolica confinnavimus auc- 
toritate et subsequenter, tuam hujusmodi fidelitatem méditantes, partem 
portus seu transitus Durentie prope Novas, Avinionensis diocesis, et 
ejus jura ad nos et dictam Ecclesiam pertinentia concessimus et dona- 
vimus, prout in nostris et dieti coUegii diversis litteris plenius conti- 
netur. Cum autem concessiones, donationes et confinnationes predicte 
de dictis castris de Momatio et de Cadarossa, ut premittitur tibi facte, 
nondum effectum sortite fuerint nec ad presens, certis ex causis, sortiri 
valeant, nos volentes tibi propterea aliam recompensationem facere 
congruentem et pro hujus modi servitiis, ut premittitur sic impensis, 
de retributione providere condigna et alias personam tuam paterna 
benevolentia favoreque prosequi gratie specialis, castrum et villam de 
Malausena, Vasionensis diocesis, in et de Comitatu Venayssini, ad 
nos et eamdem Ecclesiam pleno jure spectantia et ad nos et eamdem 
Ecclesiam pertinentia, cum territorio et districtu ac fortalitio, domibus, 
edificiis suis et mero ac mixto imperio ac omnimodo jurisdictione alta 
et bassa, utili et directo dominio, hommagiis, vassallis, hominibus, 
fumis, ortis, pratis, vineis, terris cultis et incultis, silvis, nemoribus, 
cerisibus, laudimiis, pascuis, lerritoriis, tenementis, planis et monti- 
bus et molendinis, aquis, aquarum decursibus, ledis, pedagiis, anga- 
riis et perangariis, stagnis, stagnorum servitiis, posessionibus ac 
omnibus aliis juribus et pertinentiis quibuscumque, quocumqae nomine 
censeantur, in dictis Castro et villa ac territorio et districtu ad nos et 
dictam Ecclesiam spectantibus, habita super hiis cum venerabilibus 
fratribus nostris ejusdem Ecclesie cardinalibus deliberatione matura, 
de eorumdem fratrum consilio et assensu^ tibi et heredibus tuis natis 
jam et in antea nascituris, utriusque sexus, ex tuo corpore et matri- 
monio légitime descendentibus, per te et illa perpétue tenenda, regenda 
et etiam possidenda, cum potestate et jure exhigendi, levandi et reci- 
piendi ac in tuis ac heredum et successorum tuorum usibus aplicandi 
omnes et singulos fructus, redditus et proventus, census, jura et alia 
omnia supradicta, et de illis omnibus et singulis, prout tibi et ipsis 
heredibus et successoribus tuis visum fuerit, disponendi, auctoritate 
apostolica et certa scientia et de potestatis plenitudine, infeudamus et 
in feudum nobile concedimus et donamus pleno jure, retento tamen 
nobis et successoribus nostris romanis pontificibus, in dictis castro et 
villa de Malaucena et eorum incolis, jure superioritatis et appellatio- 
num recursu, et quod tu et heredes prefati homagium et fidelitalis 
debitum juramentum in manibus dilecti filii rectoris dicti Comitatus 



Digitized by 



Google 



284 LES GASCONS EN ITALIE. 

pro tempore existenlis, nostro et ejusdem Ecclesie nomine recipientis, 
prestare ac âlia ad que vassalli tenentur domino facere teneamini eidem 
rectori. Dantes, tenore presentium, in mandatis, ut te, vel procurato- 
rem tuum pro te, in corporalem possessionem castri et ville de Malau- 
oena, jurium ac pertinentiarum et aliorum predictorum, auctoritate 
nostra, inducat et deflEendat inductum, tibique et eisdem heredibus et 
successoribus faciat ab hominibus supradictis obedientiam et reveren- 
tiam débitas adhiberi. Volumus autem quod, postquam dictonim castri 
et ville ac districtus de Malaucena juriumque et pertinentiarum ac 
aliorum predictorum fueris posessionem realemet pacifficam assequtus, 
concessionibus, donationibus ac confirmatione de castris de Momassio 
et de Cadarossa ac de parte portus seu transitus Durentie predictis, 
tibi et eisdem heredibus supradictis ut premittitur factis, ac onmi jure 
tibi et eisdem heredibus in eis quomodolibet competenti omnino, prout 
ad id te sponte obtulisti, in manibus dicti rectoris renunciare et cedere 
tenearis ; et insuper volumus quod ex tune donationes et cessiones et 
confinnationes predicte sint casse et irrite nulliusque roboris vel 
momenti. Tu autem castrum et villam de Malaucena et homines ac 
alia supradicta sic fideliter et prudenter studeas gubernare, quam 
exinde merito comendari valeas, nosque ad concedendum tibi plenio- 
rem gratiam nitemur. NuUi ergo omnino hominum liceat hanc pagi- 
nam nostre infeudationis, concessionis, donationis, mandamenti et 
voluntatis infringere vel ei ausu temerario contraire. Si quis autem hoc 
attemptare presumpserit, indignationem omnipotentis Dei et Beatorum 
Pétri et Pauli apostolorum se noverit incursurum. 

Datum Avenioni, octavo iduum maii, pontifficatus nostri anno 
octavo. 



— >^rocT^^— - 



Digitized by 



Google 



TABLE CHRONOLOGIQUE 

PIÈCES ET EITRilTS RAPPORTÉS TEnUELLEIEHT DAIS CET OUTRAGE 



1266 29 janvier. — Extrait du testament de Jourdain IV de 

risle-Jourdain. (Note) 5 

1S83 19 octobre. — Mandement du roi Charles I^ d'Anjou don- 
nant 200 onces d'or à Jourdain IV de l'Isle-Jourdain 9 

— 7 novembre. — Extrait de la quittance de ces 200 onces 

d'or 10 

1284 12 février. — Lettre de Béatrix d'Armagnac à son père )e 

comte Jean II. (Note} 42 

— 12 juillet — Lettre de fiernabo Visconti au comte Jean III 

d'Armagnac 40 

1313 15 février. — Notice d'un paiement de gages à quatre hom> 

mes d'armes gascons au service du roi de Naples. (Note) . 108 

1871 Bernardon de la Salle, capitaine de Figeac. (Note) 123 

1376 Notice d'un paiement de gages aux chefs de compagnie opé- 
rant en Italie pour le compte du Saint-Siège. (Note). ... 126 

1384 1 et 4 novembre. — Extraits du journal de Jean Lefèvre 

relatifs à la reine Marie d'Anjou. (Texte et Note) 143, 144 

1385 2 janvier. — Extrait du même journal mentionnant une 

lettre de Bernardon de La Salie. (Note) 155 

— 21 mai. — Extrait du même journal relatant les détails du 

sacre de Louis II d'Anjou. (Note) 148 

— 16, 18 et 22 mai, 16 juin, 9, 11 et 12 juillet. — Extraits du 

même journal concernant les conventions entre le pape, 
la reine Marie d'Anjou et Bernardon de La Salle. (Texte 
et Notes) 150,151 

— 11 juillet. — Extrait du même journal mentionnant un 

changement dans la politique du pape de Rome Urbain VI. 

(Note) 162 



Digitized by 



Google 



28G LES GASCONS EN ITALIE. 

1385 7 et 26 septembre. — Extraits du même journal relatifs k la 

reine Marie et au jeune roi Louis II d'Anjou. (Texteet Note). 146, 144 

— 25 novembre. — Extrait du même journal,sur le voyage de 

Bernardon de La Salle en Italie. (Note) 155 

1386 8 mai. — Bulle du pape Clément VII d'Avignon donnant la 

seigneurie de Malaucène à Bernardon de La Salie 282 

— 23 juin. — Extrait du journal de Jean Lefôvre relatif au 

départ de Bernardon de La Salle pour l'Italie 158 

1387 7 juillet. — Extrait du même journal concernant la situa- 

lion des Etats de TEglise. (Note) 161 

1389 15 décembre. — Lettre de la République florentine au comte 

Jean III d'Armagnac, pour le remercier du favorable 

accueil fait à Berto d'Agnolo CastelUni 229 

1390 18 avril. •— Lettre du pape Clément VU d'Avignon au comte 

d'Armagnac, relativement à l'évacuation du Midi de la 

France par les compagnies 22 

— 21 mai. — Lettre de la République florentine au comte 

d'Armagnac lui annonçant que Berto Castellani vient lui 

offrir d'entrer au service des Florentins 230 

"*• 18 juin. — Lettre de la République florentine au comte 
d'Armagnac, le pressant de se joindre aux Florentins pour 
venger sa sœur 231 

— 6 août. — Lettre de la République florentine au comte 

d'Armagnac, lui annonçant que Berto Castellani, qui 
vient d'apporter sa réponse à Florence, retournera vers 

lui avec de nouvelles instructions 232 

•— 6 septembre — Lettre de la République florentine au comte 
d'Armagnac, relative aux pleins pouvoirs remis à Berto 
Castellani pour conclure un traité avec lui 233 

— 12 septembre. — Bulle du pape Clément VII d'Avignon, 

ordonnant de payer un à- compte de 500 florins sur les 
40,000 florins dus par la Cbambre pontificale à Bernar- 
don de La Salle 267 

— 16 octobre — Traité conclu entre le comte Jean III d'Ar- 

magnac et la République florentine 234 

— 18 octobre. — Lettre du comte d'Armagnac à la République 

florentine pour demander quelques modifications dans la 

mise à exécution du traité 245 

->- 6 novembre. — Lettre de la République florentine au comte 

d'Armagnac en réponse à sa lettre du 18 octobre 247 

— 22 novembre. — Lettre du comte d'Armagnac à la Répu^ 

blique florentine, protestant de son dévouement a« inté- 
rêts de Florence. . .-.. 250 



Digitized by 



Google 



TABLE CHRONOLOGIQUE. 287 

1390 2 décembre. — Lettre de la République florentine au comte 

d'Armagnac, pour le mettre en garde contre les nouvelles 
intrigues de Jean Galéas 252 

— 18 décembre. •— Lettre de la République florentine au comte 

d'Armagnac en réponse à sa lettre du 22 novembre 254 

1391 5 janvier. — Lettre de la République florentine au comte 

d'Armagnac déclarant que les Florentins ne songent aucu- 
nement à conclure la paix avec Jean-Galéas 256 

'— 24 janviei. — Lettre du roi Charles VI au comte d'Arma- 
gnac pour le détourner de la guerre contre Jean Galéas. . 62 

— l«r février. — Lettre du roi Charles VI au comte d'Arma- 

gnac relativement à l'évacuation des forteresses occupées 

par les routiers 21 

— 17 février. — Lettre de la République florentine au comte 

d'Armagnac, l'exhortant à hftter son arrivée 257 

— 2 mars. — Lettre de la République florentine au comte 

d'Armagnac, lui accusant réception d'une lettre du 28 jan- 
vier 259 

— 10 mars. — Lettre de la République florentine au duc de 

Bretagne, pour le remercier d'avoir suspendu Teffet des 
poursuites judiciaires intentées par leurs créanciers aux 
soldats bretons de l'armée du comte d'Armagnac 260 

— 30 avril. — Lettre de la République florentine au comte 

d'Armagnac, pour se réjouir de sa fermeté à repousser les 

off'res de Jean Galéas et pour presser encore son arrivée. 262 

— 25 juin. — Lettre de la République florentine au comte 

d'Armagnac, l'engageant à marcher sur Milan, afin de 
combiner ses opérations avec celles de Jean d'Hawkwood . 263 

— 28 septembre. — Lettre de la République florentine au roi 

de France, relative à la mort du comte Jean III d'Arma- 
gnac et au triomphe insolent de Jean Galéas Visconti. . . 264 

1393 18 juillet. — Notice de la confirmation d'un don fait par 

Charles de Durazzo à Bertrand d'Orthez. (Note) 138 

1394 2 mai. — Extrait d'un règlement de comptes entre Jean 

Galéas et le duc Louis d'Orléans, concernant le paiement 

de la rançon de François d'Albret. (Note) 96 

— l'"^ septembre. — Extrait de la bulle du pape Clément VII 

d'Avignon donnant Malaucène à Bernardon de Serres 268 

— 11 octobre. — Acte par lequel Enguerrand de Coucy engage 

six capitaines Armagnacs au service du duc d'Orléans. . . 279 

— 22 décembre. — Mandement d'Enguerrand de Coucy don- 

nant 100 florins d'or à Bernardon de Serres .qui promet 

de seconder les projets du duc d'Orléans en Italie 269 



Digitized by 



Google 



«00 LES GASCONS EN ITALIE. 

1396 !••* et 7 mars. — Mandement d'Enguerrand de Coucy relatif 
à un paiement de 500 florins d'or à deux capitaines 
Armagnacs qui ont pris le château et la ville de Casasco. 280 

1404 23 janvier. — Acte par. lequel Bernardon de Serres s'engage 
au service du duc d'Orléans, moyennant un don de 
4000 livres tournois 273 

— 24 janvier. — Lettre du duc d'Orléans se rapportant 

à l'envoi en Lombardie d'Arnaud Guillem de Barbazan, 

de Gaillard de La Roche et de Gastonnet de Sédillae 272 

— 2 février. — Mandement du duc d'Orléans donnant 4000 li- 

vres tournois à Bernardon de Serres 274 

1406 28 février. —Montre d'une garnison occupant un des châ- 

teaux d'Asti sous le gouvernement de Bernardon de Serres . 270 

— 30 avril. — Montre analogue à la précédente 271 

-^ 26 novembre. — Mandement de Gration, seigneur de Serres, 

vice-gouverneur d'Asti, envoyant un messager vers son 
frère Bernardon de Serres, alors dans sa terre de Malau- 
cène 275 

1407 10 mai. — Quittance donnée par Bernardon de Serres, de 

3000 livres tournois, montant d'une année de ses gages 

comme gouverneur d'Asti 275 

— 17 octobre. — Extrait d'une lettre du duc d'Orléans char- 

geant Jacopo del Verme et Bernardon de Serres de prendre 
en main le gouvernement des Etats appartenant au duc 
de Milan et à son frère. (Note.) 216 

1411 Extraits d'une enquête, relatifs à la présence de Bernardon 

de Serres en Normandie dans l'armée du duc de Bourbon . 220 

1412 26 février. — Notice du don d'une haquenée fait à Bernar- 

don de Serres par le duc Charles d'Orléans. (Noie) 219 



Digitized by 



Google 



TABLE 



|i Jourdain IV, seigneur de l'IsIe-Jourdain, à la conquête du royaume de 

Naples (1266-1283) 1 

La mort du comte Jean III d'Armagnac (1391) 15 

Bernardon de La Salle (1359-1391) 107 

i Bernardon de Serres (1375-1412) 175 

I 



Pièces justificatives. 



ERRATA 

Page 60, ligne 1, au lieu de 29 janvier, lisez 28 janvier. 
Page 123, ligne 15, au lieu de 1362, lisez 1372. 



20 



Digitized by 



Google 



\ : 



Digitized by 



Google 



Digitized by 



Google 



Digitized by 



Google 



Digitized by 



Google 



Digitized by.VjOOQlC 



Digitized by 



Google 



Digitized by 



Google 



Digitized by 



Google 



Ë". 



DO NOT REMOVE 

OR 
MUTILATE CARD 



Digitized by 



Go 



UNIVERSITY OF MICHIQAN 



BOUND 

MAV 8 1928 



3 9015 06833 8436 










Digitized by 



Googif