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LIBRE ÉCHANGISTES 

LES PROTECTIONNISTES 
CONCILIÉS 

SOLIIIOn COIPLËTË DES FRIICIFALES OHIMS ËMOIIOra 

M 



HBSIllIL-HABIttNV 



DEUXIÈME ÉDITION 



PARIS 

GUILLAUHIN ET C'<, IIBRAIBBS-ËDITEUHS 






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?</^i 



PREFACE 

DE LA DEUXIÈME ËDITION 



La pi-emière édition de les Libre Échangistes 
et tes Protectwnnistes conciliés a paru presque 
eu même lemps que le Irailô de commerce avec 
l'Angleterre. Sans nul doute, cette coïncîdencea 
beaucoup contribué à l'écoulement rapide de cet 
ouvrage; toutefois nous aimons à croire qu'il ren- 
ferme quelques idées neuves et utiles qui n'ont 
pas été complètement étrangères à l'empresse- 
ment du public. 

Dans celte seconde édition, nous avons mis h 
profit maintes observations qui nous ont élu 



L,„i.^,:, Google 



Il PRÉFACE. 

faites, en développant certaines parties où trop 
de concision nuisait à la clarté. 

Ensuite les notions que nous donnons sur la 
richesse d'mage sont plus complètes, et nous 
démontrons avec plus de rigueur, s'il est pos- 
sible, que le libre-échange, dont parfois l'adop- 
tion est avantageuse, ne doit jamais être con- 
sidéré comme pouvant être appliqué à tous les 
peuples, quelle que soit leur position com- 
merciale et industrielle. 

Les études auxquelles nous nous sommes li- 
vré, bien que d'un intérêt majeur, puisqu'elles 
traitent de la puissance el du bonheur des 
peuples, sont en général, pour des motifs que 
nous indiquerons, assez délaissées; aussi, de- 
vons-nous vivemeut remercier la presse du con- 
coui's bienveillant qu'il lui a plu de nous prêter, 
en appelant l'attention publique sur ce livre, soit 
par de nombreux comples rendus, soit encore en 
lui attribuant quelque valeur. 



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INTRODUCTION 



AVANT-PROPOS ET BXPOS£ SOMMAIRE 

L'homme, chez les natures d'élite, monti'e, il 
est vrai, de l'élévation dans les sentiments, de 
la générosité et même de l'abnégation, mais gé- 
néralement il est cupide, âpre au gain, rongé 
d'ambition. Son intérêt, voilà sa loi; il le recher- 
che avec ardeur et le défend avec ténacité. Go m- 
ment se fait-il, alors, qu'il soit si étranger, la 
plupart du temps, à la science économique qui 
lui apprend à sauvegarder ce qu'il possède, ou à 
obtenir ce qui est l'objet de ses plus vifs désirs? 

L'étude des questions relatives aux douanes, 
aux impôts, au crédit, etc., devrait-elle nous être 



DigitizeciLy Google 



3 INTRODUCTION. 

iadiiTérenle, quand il est si facile de s'apercevoir 
qu'elle a trait directement à la satisfaction de 
nos besoins les plus impérieux comme les plus 
futiles? Ces questions importantes ne se trouvent 
cependant relatées sur aucun programme de l'en- 
seignement universitaire. 

Le discrédit qui a frappé jusqu'ici la science 
économique a tenu, il n'en faut pas douter, à Ce 
sentiment généralement répandu , qu'elle peut 
donner lieu à de brillantes discussions, mais que 
les matières dont elle traite n'ont pas encore 
été assez élucidées pour conduire à des conclu- 
sions bien incontestables. On regarde générale- 
ment les économistes plutôt cwnme des rhéteurs 
subtils se complaisant aux exercices oratoires, 
que comme des gens positifs enseignant une 
science faiXe et pratique. Nous en trouvons la 
preuve dans nombre de faits qui se passent 
sous nos yeux. 

Les ministres de l'instruction publique, delà 
justice, sont pris, les uns dans l'université, les 
autres dans la magistrature. On désigne des 
hommes spéciaux pour commander aux départe- 
ments de la guerre et de la marine. S'agit- 
il d'objets relatifs aux sciences, aux arts, on 



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INTBODUCTION. 3 

consulte, on interroge les savants, les artistes. 

Mais, c'est bien fortuitement, lorsqu'un mi- 
nistre des fmanccs, lui directeur des douanes. 
est choisi parmi les célébrités de la science qui 
traite de leurs fonctions. Et si l'on nomme des 
commissions pour discuter des mesures rela- 
tives à l'impôt, à l'industrie, aux douanes, il est 
bien rare qu'on appelle un économiste. 

Cette défaveur est maintenant imméritée. 
Sans doute les premiers pas de la science écono- 
mique, science assez récente, n'ont pu être tout 
d'abord fermes et bien dirigés. Souvent elle a 
eu le tort de s'appuyer sur des statistiques encore 
trop incomplètes, et elle a dû parfois s'égarer à 
leur fausse lumière '. 

En toutes choses le temps est nécessaire. Les 
fleurs trop hâtives n'acquièrent jamais l'éclat de 
celles qui s'épanouissent dans leur saison habi- 
tuelle ; de même les fruits trop précoces man- 
quent de saveur et de parfum. Il est vrai qu'un 
bronze se coule d'un seul jet, mais que de pa- 
tience eld'essaisn'a-l-il pas fallu pour y parvenir! 

< Nous deronsactuellementrenclre justiuauilratauicoDscieDcieui 
de HM. LegoTl, Horeau de Jonnès, GuîlUrd, eldeplusieursaulressla- 



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4 IHTHODUCTIOH. 

De nos jours, grâce aux travaux des maîtres il- 
lustres de ce siècle, MM. Michel Chevalier, Du- 
noyer, Wolowski, etc., succédant aux Quesnay, 
aux Smith, aux S. B. Say, plusieurs questions 
douteusesde la science économique ontélé éclair- 
cies. Et pour un certain nombre de sujets supé- 
rieurement traités, elle est devenue comparable 
à un champ parfaitement moissonné où on ne peut 
plus glaner que de bien rares épis. 

Nous ne pouvons le nier cependant. 

Malgré les prc^rès obtenus il reste beaucoup 
à faire, et nous en donnerons pour preuve que 
nombre des matières embrassées par l'économi- 
que sont incessamment l'occasion de dissidences 
et de luttes, parmi ses professeurs les plus accré- 
dités. 

Les lances les plus adroitement rompues 
prouvent sans contredit la dextérité des jouteurs, 
mais, en n'amenant aucuns résultats bien déci- 
sifs , elles témoignent que la vérité économique 
ne brille pas encore d'un éclat assez resplen- 
dissant. 

Ce livre a été conçu dans l'espoir fondé, nous 
l'espérons, de dissiper les nuages qui obscur- 
cissent quelques-uns des points les plus impor- 



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INTRODDCnON. 5 

lanls de la science. Car nous prétendons avoir 
résolu le problème qui a donné lieu aux con- 
troTerses les plus vives , les plus opiniâtres : 
celui qui concerne la protection et le libre 



Voilà, sans doute, une prétention bien ambi- 
tieuse. Mais un aveugle en tâtonnant peut ra- 
masser une perle magnifique, et, quoique dé- 
pourvu du s^s le plus nécessaire pour procéder 
â une recherche pareille, faire en sorte que 
nous ne soyons pas privés de cet objet précieux. 
Que de prc^rès utiles ne pourrions-nous pas 
citer, dont les sciences et les arts doivent la dé- 
couverte au hasard ! 

Si ces réflexions ne sufîisent pas au lecteur 
pour Intimer ce qu'il appellera peut-être notre 
outrecuidance, si, bien plus, il venait à sup- 
poser que l'on veut abuser de ses moments, 
nous le prions de jeter les yeux sur les quel- 
ques mots qui vont suivre, et nous espérons 
le convaincre que cet ouvrage est sérieux et 
mérite toute son attention. 

On sait jusqu'à un certain point ce qu'il faut 
entendre par cette expression richesse des parti- 
cidiers, car cette richesse se compare au moyen 



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6 INTRODUCTION. 

d'une commune mesure. Ainsi, quand on dit que 
la richesse d'un tel est de cinquante mille francs 
de revenu, on exprime qu'elle vaut cinquante 
fois celle d'un individu qui ne jouit que de 
mille francs de rente. Cependant on ignore 
presque complètement ce que c'est que la ri- 
chesse des peuples. 

En effet, quelle est sa définition la plus géné- 
ralement adoptée? La richesse d'un peuple est 
la somme des marchandises ou valeurs que ce 
peuple possède. 

Hais à ces mots de richesse d'un peuple devrait 
s'attacher nécessairement l'idée d'une mesure, 
comme nous l'avons vu pour les particuliers. Or 
on aboutit à un non-sens, lorsque Ton veut com- 
parer la richesse de deux nations, soit par l'en- 
semble des marchandises qui leur appartiennent 
respectivement, soit par la valeur monétaire de 
ces mêmes marchandises. 

Dans le premier cas, chacune de ces nations 
peut avoir des marchandises qui diffèrent com- 
plètement de nature, el alors comment juger de 
leurs richesses relatives ? Et dans le second cas, 
si deux nations possèdent des marchandises 
pour une même somme en espèces , au lieu 



INTRODUCTION. 7 

d'être l'une et l'autre également riches , la na- 
lion où les marchandises seront cotées à un 
moindre prix, sera évidemment supérieure en 
richesses à l'autre. 

De plus, en faisant l'inventaire de toutes les 
choses échangeables que possède un peuple, ou 
bien en appréciant ces choses numérairemenl, 
lient-on compte de son aptitude industrielle, de 
sa ténacité au travail, de ses habitudes d'ordre el 
(l'économie, toutes qualités qui influent sur ta ri- 
chesse qu'il s'agit d'évaluer? En aucune manière. 
En passant en revue les autres dctinJLions qui ont 
été données jusqu'ici de la ridiessed'un peuple. 
on arriverait à constater qu'elles sont également 
erronées. — Suivant nous, la science présente 
là une lacune des plus r^retlables. En voici la 
preuve. — Que prétendent les libre échangistes? 
— Qu'en suivant leur système, on pourra nuire 
aux producteurs, mais que l'on avantagera les 
consommateurs, ce qui, à leurs yeux, est bien 
plus important. Les protectionnistes, au con- 
traire, soutiennent que l'on doit préférer les pro- 
ducteurs aux consommateurs. — A laquelle de 
ces deux opinions doit-on s'arrêter? 

On ne peut le savoir qu'en appréciant l'action 



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rNTRODUCTION. 9 

mière espèce de richesse , que nous avons nom- 
mée richesse émîtiée. 

Nous nous servons des expressions, ils sem- 
blent, ils paraissent, car jusqu'ici aucune école 
n'a spécifié d'une manière bien claire, comme 
nous t'avons déjà dit, ce qu'elle entend par la ri- 
cliesse d'une nation. 

L'ignorance des principes faisait naître des dis- 
cussions étranges, lorsqu'il s'agissait des trans- 
actions internationales. On en jugera par le fait 
suivant. 

Certains protectionnistes, ne pouvant saisir le 
point faible des arguments de leurs adversaires, 
ont j)rélendu que le système du libre échange 
pouvait être vrai en théorie, mais qu'il n'était pas 
vérifié par la pratique. Comme si une théorie que 
l'on déclare applicable, et qui, par conséquent, 
doit se fonder sur des faits logiquement soudes 
les uns aux autres, était admissible, lorsqu'elle 
ne recevait pas la sanction de l'expérience. 

Nous avons soumis à l'analyse algébrique la 
richesse évaluée et ta rtehesse d'iiJiage. Les équa- 
tions que nous avons obtenues rendent mani- 
festes les erreurs qui ont été commises dans 
l'appréciation des conséquences du libre échange 



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10 ismuDunnoN 

et de la prolection. Ces équations démontrenl in- 
vinciblement dans nombre de circonstances les 
avantages d'un système protecteur prudemment 
établi. Elles résolvent encore nombre de pro- 
blèmes dits insolubles, et notamment celui dans 
lequel on s'occupe à comparer les richesses de 
deux nations. Ce dernier problème est, d'après 
J. B. Say ', « la quadrature du cercle de l'écono- 
mie politique. » 

Les nouveaux instruments dont nous dispe- 
sions, tels que les équations de la richesse éva- 
luée et de la richesse d'usage, la classilication 
des richesses', nous ont permis de rectifier 
la théorie des échanges, si capitale en écono- 
mie politique , puisque Bastial est allé jus- 
qu'à dire que l'échange était l'économie po- 
litique elle-même. Jusqu'ici les économistes 
affirmaient qu'un échange effectué librement 
entre deux peuples était toujours favorable à 
chacun d'eux. Celte doctrine doit être en gé- 
néral admise an point de vue de hrichesse d'u- 
sage, car, liabi(uellement, nous avons reconnu 

■ J. B. Saj. p. 222. du Trailé de PÉcon. polit. (6* édil.) 
' Brochure publié <;n 1857, diez Cuillnumin et C, sous le litre 
fiûttveaiix aperçus %ut le libre échange. 



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INTRODUCnON. il 

que ces peuples se nantissaient ainsi de marchan- 
dises qui leur coulaient moins cher que s'ils les 
avaient fabriquées eux-mêmes. 

Hais, quant à la rù^iesse évaluée, les consé- 
quences de l'échange sont toutes différentes. 
Très -souvent cette sorte de richesse s'accroît 
inégalement chez les deux peuples qui ont con- 
tracté, et l'inégalité de leurs richesses évaluées 
peut devenir de plus en plus grande, si le trafic se 
continue , en adoptant les mêmes proportions 
pour l'équivalence des marchandises dont on 
commerce. 

Ces all^ations, dont la vérité sera démontrée 
complètement au chapitre des échanges, ne sont 
pas conformes aux opinions de l'éminent publi- 
dsteJ. B. Say, mais elles vérifient les concep- 
tÏMis profondes de Montesquieu. 

Les équations de la richesse évaluée et de la 
richesse d^usage nous ont permis de déterminer, 
avec une rigueur mathématique, le rôle véritable 
de la dette et de l'impôt dans un État. 

En nous appuyant de ces expressions analyti- 
ques, nous avons pu cnvisf^er le crédit sous une 
face nouvelle et démontrer qu'il est producteur 
de richesses. 



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la INTRODDCTIOH. 

Une analyse rapide, quelques explications, de 
légers aperçus, ne peuvent parfaitement définir 
et constituer sur des bases solides un corps de 
doctrines, dont les proportions ne manquent pas 
d'étendue. II doit apparaître à travers un milieu 
nébuleux, dont l'opacité est trop grande pour que 
l'organe visuel le plus exercé, le plus pénétrant, 
éprouve, en l'examinant, autre chose que des sen- 
sations confuses. Que le lecteur veuille bien sus- 
pendre son jugement et ne se prononcer qu'après 
examen des pièces qui lui seront soumises. Ce 
n'est pas immédiatement, mais bien après quel- 
ques heures, ou vers le milieu de la journée, 
que les brumes épaisses du matin finissent par 
disparaître. 

La distinction entre les deux espèces de riches- 
ses, que chaque peuple possède, mettra d'accord, 
nous l'espérons, les partis belligérants qui dans 
leurs débats, induits en erreur sur le véritable 
sens des termes, discouraient, controversaient, 
combattaient, sans pouvoir se comprendre. 

Cette œuvre de conciliation sera aidée par notre 
classification de marchandises, qui, dans bien 
des circonstances, permettra de reconnaître s'il 
est utile ou nuisible d'admettre le libre échange. 



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INTRODUCTION. 13 

Ainsi qu'une clef, elle nous a ouvert des 
issuet^ nouvelles, d'où nous avons pu reconnallrc 
le peu de solidité de raisonnements captieux, 
élayés, il est vrai, de la parole du maître, mais 
qui ne reposaient que sur les bases les plus 
fragiles. 

Dans la mesure de nos forces, nous pensons 
donc apporter quelques matériaux à ce monu- 
ment , . éternel honneur du siècle , pour rec- 
tifier certaines parties défectueuses, et termi- 
ner plusieurs autres qui nous ont paru inache- 
vées. 

Quelque palpables que soient les vérités qui 
ressortiront de cet ouvn^e, nous craignons fort 
qu'il ne leur faille beaucoup de temps pour se 
répandre. 

Tout ce qui, dans la philosophie, a subi l'é- 
preuve de la logique là plus rigoureuse, n'est 
arrêté dans le coui-s de son expansion que par 
des esprits faux ou tout au moins d'une per- 
ception difficile. 

Les découvertes scientifiques et industrielles 
se propagent avec la plus grande célérité. La 
presse s'en empare avec bonheur, pour les ré- 
pandre dans tout l'univers. 



D,„t,zedtv Google 



14 INTRODUCTION. 

Mais, à notre époque, te public ne s'intéresse 
que bien médiocrementàl'àpparition d'une clarté 
économique, et volontiers même les intérêts per- 
sonnels environneraient cette clarté de verres 
obscurs, pour diminuer son rayonnement. 

Si la résistance, que l'économie politique 
éprouve dans sa diffusion, esténei^ique, ce n'est 
qu'une raison de plus pour redoubler d'efforts. 
Du reste, en jetant nos regards en arrière, les 
progi-ès de celle science, d'abord bien lents, sont 
chaque jour de plus en plus faciles à constater. 

Déjà, la prohibition et la protection, en ce 
qu'elles avaient de très-préjudiciable, ont reçu 
de fortes atteintes, en Angleterre, pour nombre 
de marchandises. 

La France, dans ces derniers temps, a allégé 
quelques entraves nuisibles à ses transactions. 

Tousles petits Etats d'ÂlIemagnese sont réunis 
naguère à la voix du docteur List, dans l'Associa- 
tion du Zolverein, et se sont débarrassés ainsi 
des obstacles locaux que chaque prince mettait 
à la circulation des richesses. 

Forcément la rapidité que les chemins de fer 
el les télégraphes électriques donnent aux com- 
munications de cité à cité, de peuple à peuple, 



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INTRODUCTION. 15 

d'hémisplièi'c à hémisphère, répandra dans les 
masses, des notions plus exactes sur leurs véri- 
lables intérêts. Confiance donc! quand bien 
même le succès se ferait attendre, il ne peut 
tarder longtemps; et si l'économie politique n'a 
eu jusqu'ici qu'une influence médiocre, bientôt 
ce sera une souveraine, qui dictera des arrêts; 
comme on l'a vu souvent, l'utopie de la veille 
sera la règle du lendemain. Indubitablement, 
cette science est appelée dans peu à prendre le 
rang qui lui appartient parmi les nécessités de 
l'éducation, et un cours d'étude qui ne sera pas 
absolument élémentaire devra la comprendre. 

Ce livre ayant été écrit dans un but pratique, 
et non spécialement pour le petit nombre des per- 
sonnes initiées à la science , nous nous sommes 
servi souvent des termes économiques avec l'ac- 
ception qu'ils reçoivent dans le langage ordinaire. 
Nous eussions craint, en agissant autrement, de 
n'être pas compris par le plus grand nombre. 

Pour fixer l'attention sur les principes et les 
raisonnements les plus essentiels , pour donner 
au discours plus de clarté et de persuasion, quel- 
ques répétitions nous ont paru indispensables. 
Sans doute, de toutes les figures de rhétorique, 



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1« l?iTRODUl',TlON. 

la i-épétilion est la moins (iracieiise, la moins 
brillante; mais , sous le l'apport des convictions 
que cette figure détermine dans les esprits, il 
n'en est aucune qui lui soit comparable. 

Avons-nous eu torl de nous occuper plutôt de 
logique que de littérature, de chercher plutôt à 
convaincre qu'à plaire? Nous ne le croyons pas. 



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LIBRE ECHANGISTES 

LES PROTECTIONNISTES 
CONCILIÉS 



CHAPITRE PREMIER 

CË QUE L'ON APPELLE UNE niCHESSE 

Toute chose qui, d'une façon ou d'une autre, 
au moral comme au physique, répond aux désirs, 
aux besoinsd'une personne, d'une société, quelles 
que soientla dimension, la Torme, la quantité, l'es- 
pèce de cette chose, constitue ce que nous appe- 
lons la richesse. 

Ainsi un habit est une richesse ; la force corpo- 
relle est une richesse. L'aptitude à écrire un li- 
vre, comme la faculté de le lire, de le compren- 



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1S CE QUE LOIS APPELLE 

dre, sont des richesses. La lumière, la chaleur, 
l'air, le soleil, l'eau, sont des richesses. 

La richesse est naturelle ou produite, directe ou 
indirecte. 

Naturelle, comme l'argile du sol, l'air, l'eau, 
les rayons du soleil, etc.; produite, comme la sta- 
tue sortant des mains de l'artiste. Elle est directe, 
comme le fruit dont l'homme se nourrit immé- 
diatement, lorsqu'il ne prend que la peine de le 
cueillir ; indirecte lorsqu'il se procure le liquide 
qui lui manque, en l'échangeant contre le grain 
dont il peut se priver. 

Nous insisterons sur le caractère suivant : l'air, 
l'eau, la lumière du jour, sont des richesses com- 
munes et gratuites; tandis que la nourriture, 
l'habit, le gUe et d'autres modes de satisfaction en 
nombre infini ne s'acquièrent qu'à titre onéreux. 
Le plus généralement, c'est par le travail que nous 
nous approprions la richesse de ce dernier ordre, 
et, si nous voulons en jouir, ilfaut, ou la produire 
nous-mêmes, ou nous la procurer par l'échange. 

Les publicistes prétendent généralement que 
l'économie politique est appelée à traiter seule 
ment des richesses susceptibles d'échange, et 
qu'elle ne doit s'occuper en aucune sorte desri- 
-chesses gratuites. 

Voici l'opinion de J. B. Say : 

H Les biens également accessibles à tous, dont 



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UNE RICHESSE. 19 

<' chacun peut jouir à sa volonté, sans.' être obligé 
« de les acquérir, sans crainte de lès épuiser, 
<' tels que l'air, l'eau, la lumière du soleil, nous 
« étant donnés gratuitement parla nature, peu- 
« vent être appelés des richesses naturelles. 

« Gomme elles ne sauraient être ni produites, 
« ni distribuées, ni consommées, elles ne sont 
« pas du ressort de l'économie politique. » 

Il est vrai que ces richesses ne sont pas produi- 
tes par l'homme, mais elles sont distribuées et 
consommées dans les divers pays de manière à ac- 
croître plus ou moins le bien-être des peuples. A 
ce titre , et contrairement aux conclusions de 
J. B. Say, elles ne peuvent être négligées par la 
science. 

Quant aux économistes qui, pour exclure les ri- 
chesses gratuites, se fonderaient sur ce qu'elles 
ne sont pas échangeables , nous leur répon- 
drons : 

Ëst-cequelascienceéconomique, tout en traitant 
des transactions, n'a pas encore pour objet la con- 
naissance des lois qui président à la formation des 
richesses? Et, s'il est incontestable que la chaudeat- 
mosphèredeNiceetlessilespittoresquesdelaSuisse 
contribuent à la prospérité de ces deux pays ; s'il est 
incontestable que les vents glacés de la Sibérie et 
la douce température de la France n'ont pas la 
même inQucnce fertilisante sur les productions 



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20 CE QUB L'ON APPELLE 

terrestres, quelle raison valable pourrait-on don- 
ner pour faire disparaître, du cadre où la science 
se renferme, les richesses gratuites, dont l'action 
est si etTicace pour accroître les satisfactions de 
l'homme ? 

Quoi! l'économique traiteraitdesminesde houil- 
les, des gisements métalliques, et le beau soleil et 
la plage fortunée qui attiretit tant de baigneurs 
à Biarritz ne seraient pas des richesses, dont la 
science devrait tenir compte? Il y a là une contra- 
diction notoire, que le plus léger examen fait appa- 
raître, contradiction qui nous empêchera de nous 
conformera des précédents aussi mal justifiés. 

Les richesses sont encore matérielles et imma- 
térielles. Matérielles, comme le fer, le coton, etc.; 
immatérielles, comme les capacités, les connais- 
sances, les talents de toute sorte. 

De grands débats se sont ouverts pour savoir si 
les richesses immatérielles sont du ressort de l'é- 
conomie politique. A nos yeux, cela ne fait aucun 
doute; car, ainsi que les richesses gratuites, ces 
facultés de l'esprit accroissent la prospérité des 
peuples. 

La vraie raison pour laquelle certains éco- 
nomistes voulaient que la science fit abstrac- 
tion des richesses gratuites et des richesses imma- 
térielles, c'est parce que, jusqu'ici, il. n'avait été 
possible que de mesurer les richesses échangea- 



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UNS RICHESSE. 31 

bles '.. Mais, si nous ne nous berçons pas d'une espé- 
rante chimérique dans le cours de cet ouvrage, 
nous donnerons une méthode à l'aide de laquelle 
il sera possible d'évaluer les richesse» immaté- 
rielles et les richesses gratuites. Rien ne s'oppo- 
sera donc plus à ce que les unes et les autres fas- 
sent partie de l'économique. 

Ainsi toutes les choses matérielles ou immaté- 
rielles, qui satisfont les goûts, lescaprices, les né- 
cessités de l'homme, ou qui. sont productrices 
d'une utilité quelconque, seront pour nous des 



Par contre, on pourra appeler des anti-richesses 
toutes les choses nuisibles, qu'elles soient maté- 
rielles ou immatérielles : l'ignorance, l'incapa- 
cité, etc. ; la ronce, lorsqu'elle ne sert pas à dé- 
fendre un champ, la pierre inutile qui stérilise la 
terre, les serpents venimeux, les vents glacés, etc. 

Des choses matérielles, par exemple certains 
animaux férocesou d'une nature paisible, peuvenl 
être en même temps et des anti-richesses et des 
richesses. D'un côté, ils nuisent à l'homme, ens'at- 
taquant à sa personne ou en détruisant les végé- 
taux utiles, et d'un autre côté, ces bêtes malfai- 
santes lui donnent, par leur chair, par leurs peaux, 

< Il ne ftiut CAnsidêrer tout ce que nous disons id, relativement 
aui richesses gratuites et inunatérielles, que comrae des aperçus. La 
question est traitée avec plus d'ampleur au chapitre vui. 



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32 CB QUE L'Orf APPELLE UNE RIGUESSE- 

et quelquefois par l'exercice agréable de la chasse, 
des salisractions de bien des sortes. 

Le vent est fréquemment encore, à la fois, une 
richesse et une a nti -richesse. 

Est-il violent , il peut arrêter la végétation en 
desséchant la terre, en mutilant les plantes et les 
arbustes. Qu'est-il dans ce as? une anti-richesse. 
Mais, si en même temps il active la navigation, 
fait arriver les navires à bon port, ce vent est alors 
une vraie richesse. 

Toutes les espèces de richesses figureront donc 
dans ce livre au même titre que les richesses 
échangeables; seulement nous appliquerons à ces 
dernières le nom de marchandises , nom parfaite- 
ment convenable, car il est consacré par le lan- 
gage usuel. 



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GHiPlTRE II 



DE LA IllCIlBSSB DES riRTICULtERS ET DE CELLE DES HATIONS 



De la ricli€sse dans les lemps anciens et dans les lemps ntodernes. 

Autrefois un sage ne pouvait que mépriser les 
faveurs de la fortune, tant il paraissait dinicile que 
l'on pût tout à la fois et rechercher l'or et mériter 
l'estime de ses concitoyens. C'est qu'en effet, pour 
atteindre ce double but, lorsque les sources habi- 
tuelles de la richesse découlaient de la réduction 
des hommes en esclavage, du pillage et du meur- 
tre, un homme honorable devait résoudre un pro- 
blème insoluble, puisqu'il fallait concilier des 
tendances incompatibles. Aussi les anciens philo- 
sophes, révoltés des turpitudes que la possession 
des biens de ce monde nécessilait, ont-ils rempli 



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3i D8 U UOIBSSB DES PABUCUUERS 

leurs écrits de sarcasmes et d'imprécations contre 
la richesse. 

Le Christ, lui-même, a dît qu'il était plus dïQi- 
cile à un riche d'entrer dans le royaume des cieux 
qu'à un chameau de passer par le trou d'une ai- 
guille. 

Jadis l'humanité, dans le sens moderne du mot, 
était méconnue; on assimilait l'homme, pour en 
tirer du proBt, à la terre, aux animaux ', tandis 
que, gràceau progrès des mœurs, iln'eslplus per- 
mis d'exploiter même l'animal, sans règle ni me- 
sure, dans les services qu'il nous rend. De nos 
jours, une législation nouvelle, conforme au senti- 
ment puhlic, châtie ces natures barbares qui abu- 
sent du droit de propriété, pour martyriser des 
serviteurs auxquels nous ne devons réclamer que 
les efforts dont ils sont capables. 

Anciennement, le travail était une chose désho- 
norante ; on le méprisait, parce qu'il était consi- 
déré ou comme un châtiment ou comme une obli- 
. gation de l'esclave. Le commerce même, source de 
richesses pour les populations, était dédaigné*. 

< L'homme est encore trop souveni exploiti', comme nous le ver- 
rons en parlant de la concuirence; mais ce n'esl pas brutalement, 
à force ourerte, qu'on lui impose du travail. 

» Cicéron, dans son livre Dm Deiicirs, Iraile ainsi le commerM 
et le travail corporel : 

■ On tient pour une profession basse et indigne d'un homme 



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ET DE QELl£ DES NATIONS. 95 

Grâce à la liberté du travail, malgré les res- 
trictions que cette liberté subit encore, le bien- 
être, l'aisance, n'étant actuellement que le fruit 
des efforts personnels, l'opinion générale s'est 
bien modiûée. Aujourd'hui, la propriété, ne pre- 
nant plus son origine dans la force, mais dans 
la justice, s'est réhabilitée dans l'esprit des peu- 
ples ; on peut acquérir des richesses, et en même 
temps être reconnu pour avoir l'esprit bienveil- 
lant et pour compatir véritablement aux malheurs 
d'autrui. 

Alors que des lois protectrices répriment la vio- 
lence, alors qu'il n'est plus besoin, pour conserver 
sa fortune, de passer son temps à guerroyer ou à 
se tenir sur la défensive, l'homme opulent et d'un 
sens droit, affranchi de la dure nécessité d'être 

> libre celle de tout mercenaire et de tous c«ui dont on paye le 
n travail et non le talent. 

■ Le salaire qu'ils reçoivent est en efTet le prix de la servitude. 
■> C'est une profession également réputée vile d'acheter à des mar- 

> chands pour revendre. Ceui qui s'y livrent ne peuvent rien gagner 
■I qu'à force de mentir. Enfin lesartisans exercent tous uneprofes- 

■ sion basse. L'atelier, en effet, peut-il avoir rien de noble? Le com- 
• marceest ignoble, s'il se Men petit. Hais un grand et riche né- 
<i gore, qui apporte de tous les pays beaucoup de marchandises, et 

■ les distribue, sans fraude, à tieaucoup d'acheteurs, n'est pas ab- 
H solument à blâmer. « 

11 dit ailleurs : 

' Je ne veux pas que le même peuple suit le dominateur du 
■I monde et son fournisseur en marchandises. > 

{Des Devoir$, ch. i.) 



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36 DE U RlCHSSfX DES PARTICULIERS 

constammenl sous les armes, ne songe pliis. en 
général, qu'à mériter la considération publique 
en se rendant utile. 

Aussi, de nos jours, trouve-t-on autant de pro- 
bité, d'honneur, de délicatesse dans la classe riche 
que parmi les pauvres. Et la statistique des tribu- 
naux constate que la misère est bien plus, mau- 
vaise conseillère que ta richesse. 

En adoptant tes maximes consignées dans les 
ouvrages des anciens', maximes qui sont la con- 
damnation perpétuelle de la richesse, une nation 
n'aurait que de faibles ressources en cas de guerre, 
et son réle serait bien modeste dans les traités in- 
ternationaux. 

L'homme qui dédaignerait la richesse se pri- 
verait de cette faculté qui le rapproche le plus de 
la Divinité : comment pourrait-il secourirses sem- 
blables? 

Imbu de ces idées, un penseur des plus illustres 
de notre époque s'est fait récemment l'apôtre de 
la richesse. « Enrichissez-oom'',» voilà le conseil 
qu'il donne hautement à ses amis. Et, tout le 
monde l'avouera, il n'était pas nécessairequ'il dé- 
ployât pour les convaincre une grande éloquence, 
car il prêchait certainement à des convertis. 

' Si vous voulez devenir riche, dit Scnèque, clierchez k res- 
treindre vos désirs plutâtqu'à accroître votre fortune. 
* M. fiiijzol, dans lin disi'oiirs »m éleelinirs di' l.izieux. 



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ET DK CELt^ DES NATIONS. 



Diverses appréciations de h rklwsse des peuples. 

Quoiqu'il soit unÏTersellement reconnu aujour 
d'hui que la richesse est une des choses les plus 
indispensablesàacquérir^cependant aucune partie 
de la science économique n'est moins avancée que 
celle qui traite de la richesse d'une nation. C'est 
un sujet qu'on semble n'aborder qu'avec peine ; 
en général, on se contente de l'effleurer. 

Si de grands efforts avaient été tentés pour ap- 
profondir les questions qui s'y rapportent; si les 
économistes avaient fait de ces questions l'objet de 
leur préoccupation constante ; s'ils étaient parve- 
nus it inventorier, recenser, supputer tout ce qui 
constitue la richesse d'un Ëtat: les méprises et 
les déceptions ne se seraient pas multipliées, 
quand on a voulu juger de l'eflicacité de certains 
agents de la production, quand on a voulu pres- 
crire des règles pour accroître cette même ri- 



Comme oji s'imagine habituellement pouvoir 
mesurer la richesse des particuliers par Ipure re- 



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28 DE LA RICUESSË DES PARTICULIERS 

venus ', quelques publicisles ont cru qu'ils déter- 
mineraient la richesse d'une nation par un pro- 
cédé analogue. 

La richesse d'une nation, disent les uns, doit 
être appréciée par son revenu net annuel; erreur, 
car, si les salaires sont très-élevés, les populations 
jouissant, par cela même, d'un grand bien-être, 
la nation serait dite riche, d'après l'une des ac- 
ceptions vulgaires que l'on attache à ce mot. Mais, 
d'un autre câté, comme le salaire exagéré dimi- 
nue et le produit net et le capital, au point de vue 
des capitaux, cette nation ne pourrait passer pour 
riche. 

Le revenu net ne peut donc servir à mesurer 
la richesse d'un pays. 

D'autres publicistes ont prétendu que la ri- 
chesse d'une nation était représentée par la valeur 
monétaire de son produit brut annuel. 

Autre erreur non moins palpable, car il faudrait 
conclure, par exemple, qu'en 1709, année où le 
prixdel'hectohtre de froment s'est élevé à 80 fr., 
valeur actuelle, laFrance auraitété extrêmement 
riche, bien que la récolte des céréales se fût pré- 
sentée avec un quart de déficit. 

Supposons, en effet, que la production en fro- 
ment, déduction faite des semences, se monte, 

Nous verrons plus tard q\K ce prowdé manque d'ciaclilude 



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ET DE CELLE DES NATIONS. 211 

dans une année normale, à 100 millions d'heclo- 
litres, el que le prix de l'hectolitre soit de 20 fr. 

L'appréciation en numéraire d'une récolte or- 
dinaire serait de 2 milliards. 

Y a-t-il eu, par suite des intempéries, déficit 
d'un quart dans cette récolte? 

Les 75 millions d'hectolitres obtenus valant 
chacun 80 fr., comme il est arrivé en 1709, le 
produit brut serait de 6 milliards, d'où résulte- 
rait alors, dans cette année néfaste, une augmen- 
tation de 4 milliards dans la richesse. 

Conclusion absurde, qui démontre la fausseté 
des prémisses. 

Certains économistes ont assuré qu'il était 
impossible d'apprécier la richesse d'une nation; 
nous verrons plus tard que l'on pouvait appeler 
de leurs jugements. 



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DE LA ItrCHESSE DES PARTICULIERS 



Dérinitions de la richesse évaluée et de la richesse d'usage. 

La difficulté que l'on a éprouvée jusqu'à ce 
jour pour évaluer la richesse des nations pro- 
vient de ce qu'elles possèdent chacune deux es- 
pèces de richesses très-distinctes, qui, bien loin de 
s' accroître ou de diminuer en même temps, pré- 
sentent souvent de très-grandes divergences. 

Il en résulte inévitablement des conclusions 
Irès-incohérentes, lorsqu'on veut mettre en pa- 
rallèle pour deux nations tout à la fois ces deux 
sortes de richesses. 

Hais on obtient des nombres justes et compara- 
bles, lorsqu'on considère chacune de ces richesses 
en particulier. 

l-es deux sortes de richesses que possède en 
même temps un peuple seront dites par nous : ri- 
chesie damage et richesse évaluée en numéraire, ou 
plus simplement richesse évaluée. 

U richesse d'usage d'un pays sera déterminée par 
la plus ou moins grande quantité de marchandises, 
servant à l'entretien, dont un des habitants de ce 
pays pourra, en moyenne, user annuellement. 

Cette richesse dépendra de l'intensité du tra- 



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ET DE CELLE D^ NATIONS. 3t 

vail de rhonime , de son intelligence plus ou 
moins perfectionnée, de la force plus ou moins 
grande de production des matrices, et de la qua- 
lité des outils de toute espèce qu'il emploiera. Le 
développement plus ou moins prononcé de cette '■ 
nature de richesse, qui est indépendante du prix 
des marchandises, indiquera le bien-être, l'aisance 
d'un individu. 

La richeise évaluée consistera dans l'évaluation 
en numéraire, non-seulement de toutes les mar- 
chandises qui entrent dans l'appréciation de la 
richeue d'usage, mais encore dans l'évaluation en 
numéraire des marchandises de toute autre sorte, 
dont une nation peut disposer, y compris les ma- 
trices et les outils qui lui appartiennent. 

L'une, la rickeae damage, résidera dans le nom- 
bre des satisfactions que l'on peut se procurer. 
Elle se mesurera par la quantité de kilogrammes de 
grains et de viande, de mètres d'étoffes, etc., dont 
chacun peut user pendant une année entière. 

L'autre, la richeue évaluée, se mesurera par la 
somme d'argent équivalente à l'ensemble des biens 
et valeurs de toute espèce que possède une nation. 

Nous ne saurions trop insister sur la différence 
qui existe entre ces deux manières de calculer la 
richesse, car cette différence doit jeter le plus 
grand jour sur les déductions de la science écono- 
mique. 



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[)E LA RICIIESSE DES PARTICUUlinS 



Dislinction entre la richesse évaluée et la richesse d'usage. 

Au premier abord, on peut croire que la riche$te 
évaluée etlarichexted'uiagesontidentiques, et qu'il 
sufîit d'avoir de l'argent pour satisfaire ses besoins 
et ses désirs. Cependant il existe entre elles une 
grande différence. 

Considérons deux familles dont l'une, nan- 
tie d'un capital de 500,000 francs, haliïte l'An- 
gleterre, tandis que l'autre, ne possédant que 
400,000 francs, réside en Italie. La première, à 
cause de la cherté de toutes les marchandises, ne 
pourra se procurer les mêmes satisfactions que la 
seconde. Celle-ci, malgré l'infériorité de ses capi- 
taux, aura la faculté de faire servir sur sa table 
des mets plus variés, plus abondants; de s'entou- 
rer de plus nombreux domestiques, d'habiter des 
logements plus spacieux. 

Aussi voyons-nous quantité d'Anglais abandon- 
ner leur lie, afin de trouver plus de bien-être sur 
le continent. Pour la même raison, nombre de Pa- 
risiens, dont les dépenses ont été exagérées, rela- 



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ET DE CELLE DES NATIONS. 53 

tivemenl à leur fortune, vont se fixer en province, 
où ils retrouveront l'aisance qui les a fuis. 

Les richesse$ d'mage des familles que nous avons 
mises en parallèle sont donc en sens inverse de 
leur riiàesse évaluée. 

Si, d'un côté, la richesse £v$age, dont le bon- 
heur de rtiomme dépend, doit être recherchée ; 
d'un autre cdté, de grands avantages sont attachés 
à la possession de la richesse évaluée; car elle lui 
fait acquérir, comme nous le verrons plus tard, un 
tout autre ascendant, un tout autre pouvoir'. 
Déjà, quelle est la personne qui ne préférerait, sans 
hésiter, la fortune de 500,000 francs à celle de 
400.000, sauf à choisir ensuite une résidence où 
les choses usuelles seraient à bon marché? Il faut 
ajouter, cependant, que certains rapports de fa- 
mille, certaines exigences du corps ou de l'esprit, 
ne vous laissent pas toujours une liberté complète. 

Hais c'est en passant de l'individualité à l'asso- 
ciation que nous signalerons desdifférencesd'une 
extrême importance entre ces deux espèces de ri- 
chesses. 

Un peuple, plus particulièrement pourvu de la 
rixhe^eà'usage, vivra dans l'abondance, tandisque 
celui qui possédera àunplushaut degrélanc/iesse 

< PrenODS garde qu'elle (la richesse) peut être recherchée el 
qu'elle doit l'être, comme un instrument de force, d'indépendance, 
de dignité, plus encore que comme une source de bien-être. 

(DtseouK d'ouverture à t Académie. — Ddhoti'».) 



:.i DB LA BKBESSE DES PARTIGUUERS 

évaluée, s'il ne jouil pas toujours du même confor- 
table, sera certainement, à égalité de population, 
supérieur au premier en force et en puissance. 

En effet, supposons ces deux peuples en hosti- 
lité l'un contre l'autre. Qui des deux mettra en 
campagne des armées plus nombreuses, plus fa- 
ciles à mouvoir, et pourvues des engins destruc- 
teurs les plus perfectionnés? Qui desdeux tiendra ^ 
en mer un plus grand nombre de bâtiments, 
et sera en mesure de déployer les plus grands 
efforts? 

Sans aucun doute, le peuple qui pourra disposer 
de la plus forte somme en argent, soit qu'elle pro- 
vienne de l'impôt, soit que le crédit la fournisse. 
. Or cette somme se proportionnera plutôt à la 
richette évaluée qu'à la rkhetse d'usage^ 

On s'en rendra compte, jusqu'à un certain 
point, en observant qu'il ne suffit pas, pour or 
ganiser un équipement de guerre, d'avoir une 
maison saine et commode, du grain pour sa con- 
sommation, un certain approvisionnement de 
viande et de vêtements; mais qu'il faut de toute 
nécessité des espèces disponibles. Et comment 
une nation pourrait-elle se procurer ces espècesîSi 
elle est assise sur des terres à très-petite valeur 
monétaire? Si, elle n'a que des industries peu dé- 

■ On dûmonlrera complet emenl cette proposition dans la sutle 

de cet ouvrage 



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ET DE CELLE DES NATIONS. 55 

veloppées et seulement relatives à ses besoins in- 
dispensables? Si les sacriHces que l'impôt devra 
lui demander, et qui sont généralement propor- 
tioDnels à la ricbeue évaluée monétairement, ne 
peuvent être que très-minimes? 

Avec une grande rickessed'mage et peu de richesse 
évaluée, sans doute on pourra faire la guerre chez 
soi, ou à petite distance, comme au moyen âge. 
Mais si, à l'époque actuelle, on veut entreprendre 
des expéditions, et faire vivre ses armées sur les 
territoires étrangers, amis ou ennemis, on courra 
les plus grands périls. 

11 faut donc absolument de grandes ressources 
en métaux précieux pour résister victorieusement 
aux entreprises des puissances rivales; et comment 
trouver ces ressources, si l'on ne possède qu'une 
richesse évduée très-modeste? 

Un célèbre général, interrogé sur ce qui était 
le plus essentiel à la guerre, et qui répondait : Il 
faut trois choses : de l'argent, de l'argent et en- 
core de l'argent, partageait bien complètement 
les idées que nous venons d'émettre. 

En insistant sur la nécessité de l'argent pou^ 
tenir un État militaire et pour faire sentir au 
loin l'influence d'une nation, nous ne préten- 
dons pas que cette influence se fonde uniquement 
sur ce métal précieux. Assurément, un peuple ap- 
pelé à de grands succès dans les armes doit aimer 



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» DE U. RICHESSE DES PAKTICtn.lBRS 

la gloire, dédaigner la mort, et se plaire dans les 
exercices guerriers. Hais nous voulons faire en- 
tendre qu'avec le progrès ces dispositions bril- 
lantes, ces qualités héroïques, sont de jourenjour 
moins décisives pour terminer tes conflits qui s'é- 
lèvent entre les nations. Aujourd'hui, lorsque la 
nation la plus belliqueuse du monde alignera ses 
bataillons, si elle est pauvre, on pourra lui résis- 
ter, bien souvent, en alignant des guinées. 

Dans le commencementdusiècle , quand la France 
était en lutte avec l'Europe, quel a été son plus 
terrible ennemi? L'Angleterre avec ses subsides. 

N'est-ce pas, en grande partie, sous l'action du 
numérairequelaRussie a succombé dernièrement? 
C'est grâce à l'aident qu'on a pu transporter à de 
si grandes distances une multitude de soldats, de 
chevaux, et un matériel énorme. C'est avec l'ar- 
gent que l'on a confectionné tant de machines de 
guerre, aussi coûteuses qu'elles sont destructives. 

Les hommes, le talent et le courage ne man- 
quaient pas à la Russie, mais la pénurie d'espèces 
l'a empêchée et l'empêche encore de créer des 
chemins de fer qui puissent, en reliant tous les 
points de son territoire menacés ou attaqués, y 
amener facilement et engins et défenseurs. 

Que faire, avec un budget de 1 ,iOO millions de 
fVancs, contre deux budgets qui s'élèvent à près 
de 4 milliards? 



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ET DE CELLE DES MATIOMS. 37 

La Russie, avec une population de 68 millions 
d'âmes, combattait chez elle, dans ses foyers, con- 
tre des populations résidant au lein, inférieures 
en nombre '. Elle a dû forcément, sous le coup de 
l'or, se résigner à un traité de paix qui annulait 
ses espérances d'agrandissonent. 

Farce que la Russie est plus pauvre en métaux 
précieux que la France ou rAngleterre, s'ensuit-il 
qu'elle soit plus pauvre que ces deux derniers 
pays sous te rapport du bien-être général? 

Du tout. 

Nous verrons dans la suite que ta rickeste £ usage 
du peuple russe est au moins égale, et peut-être 
supérieure à celle des nations qui l'ont combattu. 

Si l'on se refusait à admettre qu'une nation pos- 
sédant une grande richesse évaiuée n'a pas toujours 
])eaucoupd'aisance, il sulBrait, pour se convaincre 
du contraire, de coi^idérer que les marchandises 
de consommation, dans les lieux où la rkheste éva- 
luée est très-importante, peuvent être bien plus 
chères, par rapport aux salaires, aux honoraires, 
que dans un pays qui a renommée de pauvreté. 

Ensuite, on peut consulter le beau travail de 
M. le Play, sur la situation des classes ouvrière 
en Europe. Cet ouvrageconstate que, sous les âpres 
climats de la Russie, le bien-être des ouvriers 

' Car c'est à peine si l'on peut mentionner l'acUion de Is Turquie. 



38 OE U RICHESSE DES PARTICULIERS 

l'emporte sur celui des travailleurs anglais et 
français '. 

Qu'adriendrait-il aux Étals qui, nantis d'une 
grande richetse £uiage^ négligeraient leur rkhe^e 
évaluée? 

Ces Ëlats, comme nous l'avons vu, étant d'au- 
tant plusfaibles que leurs revenus et leurs capitaux 
de toute sorte ont une appréciation monétaire 
moindre, seraient exposés, tout en faisant jouir 
leurs populations d'une grande félicité, à se voir 
opprimés par des nations qui auraient considéré 
, la richesse sous un autre aspect. Ils deviendraient 
ainsi les victimes de la fausse position à laquelle 
des calculs erronés les auraient conduits. 

Le bas prix du grain, dans les pays presque 
entièrementadonnésà l'agriculture, est en général 
la marque d'une éminente richesse d'usage. Eh 
bien , comme ces pays sont le plus souvent privés 
d'une grande richesse évaluée, leur action à l'ex- 
térieur est presque toujours minime, relativement 
à leur population. 

La différence entre la rickeue d'usage et la ri- 
chesse évaluée résulte encore de l'exposé suivant : 

Un pays, dans une situation prospère, nanti 
d'une certaine richesse évaluée, vient-il à éprouver 
des déchirements intérieurs; une tempête révolu- 

' Voyei l'aimex* n° 2. 



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ET DE CELLE DES NATIONS. 39 

tionnaire éclate-t-elle soudain sur lui : alors, pres- 
que toutes les valeurs baissent de prix ; plusieurs 
même s'anéantissent, et la richesse évaluée de ce 
pays diminue prodigieusement. 

Quant à ta richesse d^usage, elle est beaucoup 
moins atteinte , car aucune marchandise n'a 
di^aru. La crainte de l'avenir, le droit de 
propriété menacé, la difficulté des transactions, 
font subir certainement à la société tout entière 
de grandes privations. Mais, si la richesse évaluée 
est diminuée de moitié, c'est-à-dire, si chacun ne 
peut estimer qu'à une somme d'argent moitié 
moindre qu'auparavant les marchandises qu'il 
possède, il consomme par le fait en nourriture, 
en vêtements, en logements, beaucoup plus que la 
moitié de ce dont il usait précédemment. 

Nanti seulement d'une grande richesse d'usagf, 
l'homme peut être três-heureux. Dans l'âge d'or, 
si vanté par les poètes, il goûtait les délices de 
cette sorte de richesse ; il avait alors des satisfac- 
tions très-complètes, parce que les désirs multi- 
pliés, qui sont nés de la civilisation, étant encore 
inconnus, ses besoins étaient facilement contentés. 
Sa situation, jusqu'à un certain point, était ana- 
logue à celle d'un bœuf enfermé dans un pacage 
plantureux, à celle d'un arbre enraciné dans un 
terrain meuble et propice; car cet animal et ce 
végétal sont alors nantis, à un suprême degré, de 



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40 SE LA RICHESSE DES PARTICULIERS 

richeste d'usage. Mais, se rapprochant de ces êtres 
d'un ordre inférieur, l'individu qui, dans son 
existence, se contenterait, comme eux, de jouir de 
cette richesse, verrait son action à l'extérieur se 
limiter singulièrement. 

Pour bien faire sentir encore la différence qui 
existe entre cesdeux classes de richesses, nous ajou- 
terons qu'une famille, nefaisantaucuneépargne, 
et vivant toute seule au milieu de l'Océan, sur une 
petiteîlequi lui appartient, ilequ'elle ne peut ven- 
dre, mais dont elle peut échanger les produits au 
dehors, possède uniquement de la richase d'usage. 

Aussitôt que cette famille accroît ses produc* 
tiens, de manière à mettre de côté chaque année 
un excédant, après avoir consommé ce qui lui est 
nécessaire, la richesse évaluée naît et se développe. 
Et cette richesse s'accroîtrait bien plus encore, 
si l'île, que nous avons dite inaUénable, était sus- 
ceptible d'être vendue avantageusement. 

D'après Humboldt, certaines populations du 
Mexique doivent à la culture du bananier, et au 
climat dont la douceur diminue l'importance du 
vêtement et du logement, une aisance très-grande 
presque sans travail. Eh bien , ces peuplades, vi- 
vant dans l'oisiveté, et n'ayant que peu de choses 
à vendre, jouissent de la richesse d'usage sans avoir 
presque de richesse évaliUe. 

Nous démontrerons plus lard que la richesse 



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ET V& CEUB DES NATIONS. 4t 

tTutage devient d'autant plus importante, en gé- 
néral, que les prix des marchandises baissent da- 
vantage. 

Celte richesse se manifeste dans tous les pays, 
en quelque endroit du globe qu'ils soient situés, 
lorsque les terres ont une grande fertilité relati- 
vement à la population, ou lorsque les industries 
de toute espèce sont procréatrices à profusion, 
avec te moindre effort humain. 

La richesse évaluée ne découle pas généralement 
des mêmes sources que la richesse d'vmge. Nous ne 
pouvons qu'indiquer sommairement ici comment 
s'opère son accroissement. Bien des causes y con- 
courent : le développement du crédit, du com- 
merce et de l'industrie; la possession de telle ou 
telle marchandise; une heureuse position géogra- 
phique qui permette de communiquer facilement 
avec l'étranger, une population nombreuse, etc. 

Plusieurs de ces causes réagissent sans aucun 
doute sur la richesse d'usage, mais elles ne déter- 
minent pas son expansion avec la même énergie. 

Le lecteur éprouvera probablement encore quel- 
que hésitation à reconnaître la réalité des diffé- 
rences que nous avons établies; mais la traduction 
de chacune de ces espèces de richesses en formule 
analytique ne manquera pas de faire disparaître 
tous ses doutes. 



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DE LA RIOUëSSE DES PARTICULIERS 



Equation de (a riàiesse évaluée et discassioii de celte équation. 



Pour apprécier la fortune des particuliers, on 
compare ordinairement, tantôt les capitaux qu'ils 
possèdent, tantôt leui's revenus. 

Ainsi on dit : Pierre a deux millions de francs i 
Paul joui t de cent mille francs de rente. 

Ces deux méthodes dévaluation habituellement 
employées sont défectueuses, et nous allons le re- 
connaître. 

Déjà la première ne donne que l'appréciation 
des fortunes fondées sur les valeurs mobilières et 
immobilières. 

Est-ce que l'industriel dont la capacité, les ta- 
lents, sont payés 10,000 ou 20,000 francs par an, 
n'a pas une fortune véritable, bien qu'elle ne re- 
pose, d'autre part, sur aucuns capitaux, meubles 
ou immeubles? 

L'habileouvrier qui gagnc20fr. par jour, comme 



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ET DE CELLE DES NATIONS. ' '43 

le manœuvre dont le salaire quotidien est de^fr., 
n'ont-ils pas une richesse qui leur est propre? 

Dans le cas cependant où les dépenses se balan- 
ceraient avec les revenus, comme on arriverait au 
bout de l'année à néant, en additionnant ce qui 
npjrartient à cet industriel, à cet ouvriei', ou à ce 
manœuvre, il faudrait en conclure que leur ri- 
chesse, qui est incontestable, et qui fait partie in- 
tégrante de celle de l'État, n'a aucune espèce de 
valeur; ce qui est absur^le. 

D'où il ressort qu'en tenant compte seulement 
des capitaux matériels des particuliers, pour juger 
de leur richesse, on commet une faute grossière. 

Mais peut-être, en comparant les revenus, nous 
évaluerons avex; plus d'exactitude la richesse de 
chacun, car nous tiendrons compte à la fois, et 
des revenus des capitalistes, et de ceux des tra- 
vailleurs. 

L'emploi de cette seconde méthode, pour mesu- 
rer les fortunes, ne nous permettra pas de con- 
naître réellement la richesse évaluée des capitalis- 
tes, puisque des sommes en espèces, suivant les 
pays où elles sont placées, suivant les industries 
qui en reçoivent l'existence, rapportent des inté- 
rêts bien différents '. 

' Une personne qui possède en biens-fonds cent mille francs de 
l'ente doil avoir près de quatre millions du capital. Tandis qu'mi 
million placé dans l'industrie peut souvent produirelemémerevenu. 



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44 DE LA mCHESSË DES PARTIOILIERS 

De plus, ce mode de comparaison ne peut faire 
estimer exactement les richesses d'mage de chacun, 
attendu qu'avec les mêmes revenus, suivant que 
l'on habite tel ou tel pays, on peut se donner une 
somme de satisfactions tout autre. 

Les procédés dont on se sert communément ne 
permettent donc pas d'apprécier avec justesse les 
ressources financières des particuliers. 

C'est que toujours, dans cette appréciation, on 
a omis de tenir compte de beaucoup de choses, et 
entre autres des bénéfices que donne une aptitude 
spéciale, et des pertes occasionnées par les imper- 
fections du corps ou la pauvreté de l'intelligence. 

N'est-il pas positifqu'un sujetd'une force recon- 
nue, d'une habileté et d'une adresse incontesta- 
bles, est beaucoup plus riche, toutes choses étant 
égales d'ailleurs, que celui qui, dépourvu de toute 
capacité, est infirme ou malade? L'un peut rendre 
des services de toute sorte pour lesquels on le ré- 
tribue; l'autre, réduit à l'impuissance, est forcé, 
pour vivre, de recourir à la générosité de ses sem- 
blables, et n'a, si l'on peut s'exprimer ainsi, qu'une 
richesse négative. 

Admettons donc que la capacité, l'adresse, la 
force, la santé, sont pour les particuliers des riches- 
ses que l'on doit évaluer, et qu'il faut ajouter à 
tout ce qui constitue la propriété ma térielle, quand 
on calcule une fortune individuelle. 



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ET DE CELLE DES MATIONS. tô 

Pour connaître la richesse d'une nation, il est 
nécessaire de déterminer la valeur monétaire de 
la niasse des marchandises qu'elle possède. Hais 
' cette nation ne peut , comme une personne 
seule, transporter sa tente où bon lui semble. 
Ses aliments doivent lui être assurés sur place; 
là où elle est fixée, là elle doit subsister. 

Nous ferons donc observer qu'une année étant 
l'intervalle de temps nécessaire à la terre pour 
féconderlessemencesdes récoltes qu'elle produit, - 
cet intervalle de temps entrera, comme élément 
indispensable, dans nos calculs. Et, du reste, cet 
élément ne sera pas négligé dans l'appréciation 
des fortunes particulières. 

Dès lors, il faut que nous tenions compte des 
consommations et productions annuelles. 

Q suit de là, ou du moins on doit le pres- 
sentir, que, dans une année de disette, bien loin 
d'avoir plus de revenus, un peuple s'appauvrira 
de toutes les sommes qu'il devra solder pour ac- 
quérir le complément de nourriture qui lui est 
nécessaire. 

Le nombre des habitants doit en outre entrer 
dans nos calculs, car autrement la Suisse, pays 
d'une richesse incontestée, serait très-pauvre com- 
parée à la Russie, dont les possessions territoriales 
sont immenses, et dont cependant l'opulence n'est 
pas proverbiale. 



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te m LA HICBESSE DES PARTICULIERS 

En traitant de la fortune des particuliers, nous 
avons reconnu que leurs richesses difTéraient, 
toutes choses étant les mêmes d'ailleurs, lors- 
qu'ils étaient inégalement doués de santé , de 
force, d'intelligence. Il en est de même des na- 
tions; selon que les populations seront plus saines, 
plus fortes, plus industrieuses, plus éclairées, elles 
seront en même temps plus riches. Une agglomé- 
ration d'individusmalingtes, rachitiquesou idiots, 
ne pourra jamais que croupir dans la misère. 



Ceci posé, nous considérerons un groupe d'indi- 
vidus, vivant sur une terre dont l'un d'eux est pro- 
priétaire ; et nous essayerons de reconnaître quelle 
est, h une époque désignée, la richesse évaluée de ce 
groupe, et quel estl'accroissementouladiminution 
de cette richesse au bout d'une année de travail. 

Fouréviterleslongueursetmettre plus de clarté 
dans nos déductions, nous sommes forcé de nous 
servir du langage algébrique; mais nous en use- 
rons avec tant de mesure, que nous espérons le 
mettre à la portée de tous nos lecteurs. 

Soit P' le nombre des individus dont le groupe 
se compose et qui cultivent la terre depuis une 



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ET DE GEIXE MS NATIUNS. 47 

année ; R' la rirhesie moyenne évaluée en numé- 
raire, etforméeparradditiondela rkh&tte évaluée 
primitive et de la n'c/icsse^pa/w^e produite. Cette 
additionpourraitsechangerensoustraction,si,au 
lieu de production, il y avait eu gaspillage. 

Pour fixer la véritable valeur de R', nous sup- 
posons que tous les individus compris dans le 
groupe, femmes, enfants, vieillards, hommes dans 
la force de l'âge, ont chacun une part égale R' 
dans l'immeuble qu'ils e^^ploilent, ainsi que dans 
ses produits {bien qu'il n'y ait en réalité qu'un 
seul propriétaire}; et, de plus, que le capital im- 
matériel de cette société et sesproduitsappartien- 
nent encore, par fraction égale, à chacun d'eux. 

P'R' sera la i^iehesie évaluée du groupe. 

D'un autre côté, 

Soit M la quantité de marchandises matérielles 
produites pendant l'année, 

m le prix de l'unité de la marchandise. 

Mm sera le prix du produit brut. 

En désignant par N, le nombre fractionnaire 
par lequel il faut multiplier le produit brut éva- 
lué en espèces, pour avoir les frais de fabrication, 

M/n — NMm ou Mm(l-N) exprimera le produit 
net. 

Ce facteur N est variable, suivant les produc- 
tions. En France, dans la culture ordinaire des 
terres, N égale un demi environ. Le produit net 



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48 DE LA RKHESSe DES PABTICULIEIIS 

est ainsi la moitié du produit brut. Lorsque la cul- 
turc est intensive, N peut être évalué aux trois 
quarts, ou aux quatre cinquièmes du produit brut. 

Si nous passons à l'industrie manufacturière, 
ce rapport N diffère, suivant chacune des produc- 
tions. Une fabrication est-elle soumise à un mono- 
pole, Npourra être très-petit, sans jamais être égal 
à zéro. Pour un grand nombre d'industries, N est 
en général égal à neufdixièmes. 

Désignons par d le nombre par lequel il faut 
multiplier le revenu net, pour avoir la valeur du 
capital. 

Quand un capital est placé au denier 20, on dit 
qu'il rapporte annuellement 1 pour 20, ou 5 pour 
100. 

Lorsqu'il est placé au denier 25, c'est 4 pour 
100 qu'il produit, d, dans le premier cas, égalera 
20, et dans le second 25. 

e{Mm(I-N) sera la valeur capitale de l'immeuble. 

Occupons-nous actuellement du capital imma- 
tériel du groupe et des produits de ce capital. 

Soit V le revenu en espèces résultant de la 
différence entre les sommes que le groupe lire 
de l'extérieur, au moyen de ses professeurs, 
de ses artistes, de ses médecins, etc., et celles 
qu'il paye à l'extérieur, pour les marchandises 
immatmelles qui en proviennent et qu'il con- 
somme. 



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ET DB CELLE DES NATIONS. 40 

S', le nombre par lequel il faut multiplier V, 
pour avoir le capital de la richesse immatérielle 
qui produit ce revenu ; 

S'Y' sera la valeur du capital immatériel dans 
son action à l'extérieur. 

Or la richeue évaluée du groupe dont il est 
question se compose : 

l' Du capital matériel rf Mm(I-N); 

2° de Mm, valeur du produit brut de l'immeuble 
pendant l'année; 

3* Du capital immatériel S'V, exploité à l'exté- 
rieur; 

4* De V, revenu annuel dece capital immatériel. 

Le tout défalqué de ce qui a été consommé pen- 
dant l'année. 

En nommant C la valeur en numéraire de la 
consommation pendant cet intervalle de temps', 

On aura, 

P'R'=rfMm(l-N)-4-Mm— C'±S'V'±V' 

Les deux premiers termes du second membre de 
celte équation* sont essentiellement positifs; car, 
autrement, la population ne pourrait exister. Hais, 

< Non compris cependant 1» valeur des marcliandbes immalé- 
rielles rournies par le dehors, car nous en tenons compte d'une 

* Le capital immatériel, relativement à l'action qu'il exerce pour 
nccrottre la valeur de l'immeuble et celle de ses produits, ne figure 
pas à part dans celte expresMon analytique; attendu qH'ayanl ajouté 



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50 DE LA RICHESSE DES PARTICULIERS 

quant au quatrième etau cinquième, nous les avons 
afleclésdu double signe =b, attendu que le groupe 
dont il est question, au lieu de fournirla marchan- 
dise immatérielle, peut très-bien la recevoirdu de- 
hors. 

Dans le premier cas, ces deux derniers termes 
seront positifs; dans le second, ils seront négatifs. 
Il existe certaines marchandises qui sont sus- 
ceptibles de revenus, en se louant, mais qui ne 
contribuent pas, par elles-mêmes et directement, 
à la fabrication d'objets matériels, ainsi : les mai- 
sons d'habitation qui ne sont pas jointes à une 
exploitation, les diamants, les objets d'art, etc. 
Ces marchandises ont cependant une valeur in- 
contestable. En appelant A' l'appréciation moné- 
taire de ces divers objets' possédés par le groupe 
dont on a parlé, la formule de la richesse évaluée 
se présentera sous cette forme nouvelle : 

FR'= dMm(I-N)H-Mm H- A' — C'diSTitV'. 

Nous ferons observer que, dans cette équation, 
Hm peut-être indifféremment, ou le prix de la mar- 

à la valeur primitiïe de l'immeuble celle de ces mêmes produits 
obtenus par le groupe pendant une année de travail, nous avons 
fait entrer dans l'équation toutes les richesses matérielles dévelop- 
pées par cette action du capital immalériet. 

< La valeur des machines et outils de toule espèce servant à 
l'exptoilalion n'est pas comprise dans A', mais dans le terme 
dMmd-N). 



ET DE CELLE DES NATIONS. 5t 

chandise produite directement par le travail, ou 
celui de la marchandise obtenue indirectement 
par l'échange avec les produits du travail. 

Mm comprendra donc le prix de toutes les mar- 
chandises produites ou importées; il en est de 
même de C, qui représentera le prix de toutes 
celles qui auront été consommées ou exportées 
(toutefois, avec la réserve faite ci-dessus). 

Maintenant, divisons une nation en divers grou- 
pes travaillant dans des établissements se rappor- 
tant, chacun, à des fabrications spéciales, mais 
différentes les unes des autres, et conservons aux 
lettres servant aux calculs les mêmessignifications 
que précédemment, sauf que, pour chaque indus- • 
trie particulière, on leur adaptera, en vedette, un 
plus ou moins grand nombre d'accents; nous 
aurons, pour Tindustrie du fer parexemple: 

P"R"=d'M'm'(I-N'}+M'm'+A'— C'=tS'V'±V' 

Pour celle du coton, 
P'Tt'"=ii"M"m''(I— N"}H-M"m"-(-A"— G''±S''V''±V" 
P"'R'"'=^ etc. 

D'où, en additionnant toutes ces équations, 
P'R'--l-P"R"-l-P"'R"',etc.=dMm(I-N}-|-d'MW(r-N') 
-+- etc. + Mm + M'm'H- etc. -+■ A'H- A"H- etc. , 
_C'— C"— etc. rtS'V'rfcS'Vzt etc. =bV'±V" 
±:etc. 



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53 m LA niCtiESSE DES PARTICULIERS 

Or, P étant la population totale, 

R la rkheiae évaluée moyenne, 

A étant égale à A'-f-A'-f-A'"-)- etc., 

C idem à C'-hC"H-C'"+ etc., 

Et lesdeuxtermesztSVztV étant supposés égaux 
à ±S'V'zfcS''V''=betc. ± V'zhVzh etc. , 

PR, ou h richesse évalitée d'une nation, s'expri- 
mera analytiquement de cette manière : 

PR=(Mm {I-N)+d'MV{[-N'}+etc. H-Mm-hM'm' 
+etc.-hA— CztSViV. 

Cette équation va se simplifier par la disparition 
des deux termes±SV±V. 

Eneffet, que représentent-ilsîV est la différence 
entre ce qui a été reçu et payé pendant l'année 
par tous les groupes, pour les marchandises imma- 
térielles qu'ils ont fournies et celles qui leur ont été 
livrées, et SV est le capital relatif à cette différence. 
Mais une nation se suffisant à elle-même, avec 
ses médecins, ses professeurs, ses artistes, etc., 
ce qui a été reçu est équivalent à ce qui a été payé. 
V égale donc zéro, etV etSV peuvent être négligés. 

Ensuite, nous ferons observer que, dans le cas 
où un individu aurait de la richesse évalitée dans 
deux groupes, c'est-à-dire vivrait par exemple de 
la terre et d'une manufacture, R n'en représente- 
rait pas moins la ridtesse évaluée moyenne des in- 
dividus compris dans tous les groupes; puisque 



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ET DE CELLE DES NATIONS. &5 

nous avons additionné toutes les rklies$e$ évaiuées 

et divisé par le chiffre de la population totale. 

L'équation que nous avons trouvée pour PR, 

PR=dMm{I— N}-hd'M'm'(I— N') + etc., 
H-Mm+M'm'-h etc. H-A~C 

mesure donc bien la rirhense évaluée d'une nation. 

On doit remarquer que les deux termes de la 
forme diimÇi — N}, et Mm, n'existent pas toujours 
simultanément dans l'équation. Ainsi, lorsqu'un 
ouvrier fabrique isolément une table, les frais de 
fabrication étant équivalents à ta valeur du pro- 
duit brut, N=l, et rfMm(I— N)=0. Il ne reste 
alors dans l'équation que Mw, valeur de la table. 

Les principes sur lesquels se base cette équation 
sont rigoureusement exacts, aussi doit-elle satis- 
faire à tous les cas qui peuvent se présenter. 

Entre autres, revenons sur celui qui nous a déjà 
occupé, et voyons ce que devient la riches$e évaluée 
d'une nation, lorsqu'il y a eu déficit de céréales 
pendant une année. 

Si une nation ne récolte normalement que ce 
qui lui est nécessaire pour sa subsistance, le 
terme C sera alors plus grand que Mm, et la richesse 
évaiuée diminuera ; résultat conforme à l'expé- 
rience. 

Celte richesse s'amoindrira encore pour d'au- 
tres causes : 



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U DE LA RICHESSE DES PARTICULIERS 

D'abord, les sommes exportées pour acquérir des 
grains faisant hausser l'intérêt de l'argent, d di- 
minuera, et le capital (Afm(I—N) décroîtra aussi. 

Ensuite, les frais d'exploitation devenant plus 
onéreux, Ncroltra au détrimentde ce même capital. 

Il est vrai que Mm peut prendre, à cause de 
l'élévation du prix de l'hectolitre, une valeur 
très-forte. Mais l'accroissement bien supérieur de 
C, qui est relatif au prix de la consommation, 
viendra accuser le désastre national. 

Les déductions suivantes sont la conséquence 
de l'expression algébrique de la richesse évaluée : 

I. La ncAesse moyenne évaluée de chaque indi- 
vidu, toutes choses égales d'ailleurs, sera d'autant 
plus petite, que la population prendra plus d'ex- 
tension. 

II. Il est à désirer que dans un État l'intérêt de 
l'argent diminue de plus en plus, car alors, d gran- 
dissant, la richesse évaluée devient de plus en plus 
importante. 

III. lin pays aura une ncAcsse^ua/u^e d'autant 
plus grande, 

1° Que la quantité des produits bruis, dépassant 

la consommation, prendra une valeur monétaire 

plus élevée, 

2° Que les frais de fabrication seront moindres, 

3° Que le produit net sera apprécié, en espèces, 

à une somme plus forte. 



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ET DE CELLE DES NATIONS. 55 

La forme de cette équation rend encore mani- 
feste l'erreur de ceux qui voulaient juger de la 
richesse d'une nation, soit par le produit brut, 
soit par le produit net; attendu que cette richesse 
se compose non-seulement du produit net et du 
produit brut, mais encore d'autres éléments. 

Nous ajouterons que l'expression analytique de 
1*11 résout un des problèmes économiques les plus 
difficiles ; car la mesure de la richesse des nations 
n'est plus, comme on le prétendait, une impos- 
sibilité, une quadrature du cercle de l'économie 
politique', puisqu' on parvient à mesurer la rtcAe^f 
éraluée de chaque peuple en substituant dans la 
formule trouvée ci-dessus les valeurs des divers 
termes qu'elle comprend. 

' Jean- Baptiste Sa; écrit dans la sixième édition de son Traité 
d'Économie politique, p. 604 : 

• Gela montre qu'on ne peut compter sur aucirn résultat positir 
en comparant la richesse d'un pays avec celle d'un autre. Cnt la 
qvadralttre du cercle de l'économie politique. Il Taut se contenter 
de savoir que la nation chez qui les produits à consommer sont en 
général les plus abondants par rapport à la population, et où les 
produits se distribuent le mieui en proportion de la part que 
l'Iiacun a prise à la production, est celle où l'on est le mieux accoro- 
modl^ où l'on jouît de plus d'aisance. > 



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DE LA RICHIiSSE DES PARTICUUERS 



L'expression analytique de PR, non-seulement 
fait apprécier la richesse évaluée des peuples, mais, 
en outre, elle est la mesure du développement des 
diverses forces qui contribuent à leur prospérité. 

Ces forces sont : 

1° Les facultés physiques, intellecluelles et mo- 
rales de l'homme, utiles aux sociétés; 

2° La fertilité de la terre sur laquelle il vit ; 

5° Le service des agents gratuits, tels que : l'air, 
l'eau, les rayons du soleil, etc.; 

4" Etc. 

En effet, supposons P constant dans cette 
expression, et considérons les termes de sem- 
blable forme dMm (I— N), d'M'm' (I— N'). etc. En 
faisant momentanément abstraction des facteurs 
du même genre d, d', etc. , ces termes représen- 
tent le revenu net. Or, dans chaque groupe, le 
directeur des travaux distribue les salaires, les 
honoraires, les encouragements, etc., de manière 
à stimuler le plus possible le zèle individuel pour 
grossir ce revenu. 

Faire accroître le revenu net : voilà le grand 
mobile ; voilà ce qui anime, électrisc, transporte. 



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ET DE CELLE DES IfATlOIHS. S7 

Voilà le but important, essentiel, qu'il s'agit d'at- 
teindre. Mais on ne peut y parvenir qu'en multi- 
pliant le produit brut et qu'en diminuant les frais 
de fabrication. 

Plus la population sera saine, vigoureuse, la- 
borieuse, adroite, intelligente, douée de pré- 
voyance; plus ce revenu net grandira. 

Il s'accroît encore avec la ferlilité des terres, 
avec le nombre et la productivité des instruments 
fabriqués qu'une nation possède : canauï, rail- 
ways, ponts, métaux précieux, etc.; avec l'eflica- 
cité des services rendus par les agents gratuits : 
l'air, l'eau, les rayons du soleil, etc.; car toutes 
ces choses concourent à la production, en augmen- 
tant le produit brut et en diminuant les frais 
d'exploitation. 

Si maintenant nous portons notre invostiga- 
tionsurdMm (I-N), d'M'yn' il — N'), etc., termesqui, 
dans leur intégralité, représentent la valeur des 
immeubles dont on a examiné ci-dessus le revenu 
net, nous arriverons, en les discutant, aux mêmes 
conclusions que pour ce revenu. 

De courtes réflexions vont nous permettre de 
ne laisser aucun doute à cet égard. 

Est-ce que deux terres également fertiles ne 
prendront pas, toutes choses étant égales du reste, 
(les prix d'autant plus élevés que les populations 
qui les cultivent sauront mieux en tirer parti? 



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58 DE LA RICHESSE DES PABTICULERS 

Jetez les yeux sur la Russie. 

Quand un domaine est à vendre., ce n'est pas le 
nombre d'hectares que l'on spécifie dans le con- 
trat d'acquisition, mais bien le chiffre des paysans 
qui mettent ce domaine en culture. Et dans le 
prix on tient compte de leurs aptitudes diverses. 

En France, si c'est la surface du sol qui figure 
seule dans l'acte d'échange d'une propriété en 
biens-fonds, on sous-entend que, dans le voisi- 
nage, ou "sur son étendue, résident des travail- 
leurs plus ou moins en état de faire valoir cette 
prcy)riété, et te prix s'accroît à mesure qu'ils sont 
plusactifs, plus industrieux, plusdursàla fatigue. 

Cependant, on doit le reconnaître, la valeur 
d'un immeuble se fonde encore sur le crédit qui, 
suivant son plus ou moins grand développement, 
fait hausser ou baisser les nombres représentés par 
les lettres d, d', etc. Or l'honneur, la probité des 
citoyens, les résultats de leurs travaux, la sagesse 
du gouvernement, sont, avec les avantages maté- 
riels que donne la nature, tels que : une grande 
fertilité du sol, une heureuse position géographi- 
que {ce qui comprend le service des agents natu- 
rels), les régulateurs du crédit. 

La valeur des termes tlMm (I-N), d'M'/ft'(l-N) , etc. , 
est donc en rapport avec les diverses forces que 
nous avons en umérées tout d'abord. 

E*assons à la suite, Mm-|-M'm'-Helc., représeit- 



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ET DB CELLE DES NATIONS. 59 

tant le produit brut. Les raisons que nous avons 
données, quand il s'est agi du revenu net, s'applî- 
quent exactement ici; car, pour obtenir le plus 
grand revenu net, il faut s'efforcer de multiplier 
autant que possible le produit brut. 

Le produit brut s'augmente donc avec les forces 
dont nous avons parlé. 

Reste le terme négatif— C. 

Or, plus la consommation se restreindra, toutes 
les autres choses ne subissant aucunes modifica- 
tions, plus la richesse évaluée grandira. 

Dès lors C se ra pporte aux habitudes d'ordre et 
d'économie, ou autrement, à la frugalité, à la tem- 
pérance : vertus si essentielles pour accroître la 
richesse d'une nation. 

\a richesse évaluée d'un peuple, constamment 
composé d'un même nombre d'individus, pro- 
gresse donc en même temps que se développent 
leurs facultés physiques, intellectuelles et mora- 
les, et encore, avec la fertilité des terres, avec le 
nombre et l'importance des agents onéreux et ar- 
tificielsde toute sorte qu'il possède, avec l'efficacité 
des services rendus par lesagentsgratuits. 

D'où nous concluons que l'expression de la W- 
cliesse évaluée d'une nation (P étant invariable) 
est la mesure de la résultante de l'action si- 
multanée de toutes les facultés intellectuelles et 
physiques des citoyens, de toutes leurs qualités 



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GO DE L\ RICHESSE DES PARTICDUEBS 

morales, de tous les agents naturels ou artificiels, 
soil gratuits, soit onéreux, qui opèrent comme 
forces pour produire la richesse. 

Afin de simplifier cette discussion, nous avons 
supposé P constant. Mais, si le chiffre que cette 
lettre représente venait à varier, à augmenter par 
exemple, la plus grande concurrence qui pour- 
rait en résulter, dans certains cas, ferait baisser 
les salaires et accroîtrait le revenu net. 

La densité de la population est donc encore 
une des causes qgi accroissent la richetse évaluée 
d'une nation. 

D'après ce, la conclusion précéden.te sera ad- 
mise dans toute sa généralité , c'est-à-dire , 
quelles que soient les valeurs de P; pourvu que 
l'on comprenne, parmi les forces de production 
d'une nation, la densité de sa population. 

Nous ajouterons que PR étant la résultante des 
diverses forces que nous venons d'énumérer, sa 
valeur peut être considérée comme étant produite 
par leur action. 



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KT DE CELLE DES ISATEOiNS, 



Observations sur l'emploi de l'équalion de ta richesse évaluée. 



La formule que nous venons de trouver, et qui 
représente la richesse évaluée des nations, exige, 
avant d'être appliquée, quelques reflexions préli- 
minaires. D'abord, on pourrait être induit en de 
graves erreurs, si l'on y introduisait sans choix 
les divers éléments de richesses que renferme un 
État; ensuite, l'usage de cette formule soulève 
plusieurs questions délicates sur lesquelles nous 
fixerons notre attention, carie sujet auquel elles 
se rapportent n'a encore été que faiblement 
exploré. 

Pour mettre de l'ordre dans les idées, nous 
diviserons les éléments delà richesse d'une nation 
en diverses classes, et nous traiterons successive- 
ment de chacune d'elles: 

1° Les immeubles, tels que : les terres et les 
maisons servant à leur exploitation; les élablis- 
semenls industriels où l'on confectionne des ob- 
jets matériels en tous genres : le fer, les tissus 



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Si DE U KICHESSB DBS PARTICDUERS 

en coton, elc; nous comprendrons encore dans 
cette classe les actions émises par ces établisse- 
ments. 

2° Les espèces sonnantes, les marchandises qui 
ne contribuent pas, par elles-mêmes et directe- 
ment, à la confection des objets matériels. 

5° Les contrats hypothécaires. 

4* Les obligations. 

5" Les billets de banque, les lettres de change, 
les billets à ordre, les warrants. 

6* l^s ponts, routes, et canaux, sans péages. 

7° Les richesses matérielles gratuites : les sites 
pittoresques, les rayons du soleil, l'eau, l'air, etc.; 
les richesses immatérielles : les capacités, les ta- 
lents de toute sorte, etc. 

8* Les honoraires, les traitements, les salai- 
res, etc. 

9° Les loyers, les intérêts des capitaux de 
toute sorte, etc. 

10° Les ponts, routes, rail-ways et canaux, avec 
péage. 

H" La dette aationale- 

12° Les impôts. 

1" Immeubles. — [ndustries diverses. — Actions. 

Incontestablement, les immeubles en terres, 
et les maisons servant aux exploitations, entrent, 
pour leur prix réel, dans les termes de la forme 



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ET DE CELLE DES NATIONS. 63 ' 

c(Mm(UN}. H en est de même des établissemenls 
industriels. 

Lorsqu'une manufacture sera fondée au moyen 
d'actions, c'est la valeur de l'ensemble des actions 
qui déterminera celle de cette manufacture. 



3* Les espèces sonnantes , les marchandises qui ne conlribuent 
pas, par elles-mimes et direclement, à la confecUon des objets 



Les espèces et tous les objets produisant uni- 
quement des revenus en numéraire, ou même 
n'en donnant pas, viendront composer pour leur 
valeur les sommes en argent qu'exprime la let- 
tre À. Ainsi : les maisons servant seulement aux 
logements, les pierres précieuses, etc. 

3* Contrats hypotltécaires. 

Les contrats hypothécaires ne pourront, comme 
les éléments de richesses dont il a été parlé ci- 
dessus, être compris dans l'équation de la richeste 
évaluée. 

Pour nous rendre compte de la nature de ces 
titres de propriété, voyons comment ils ont été 
mis en circulation. 

Une famille possède un domaine qu'elle fait 
valoir. Elle a besoin, pour solder ses ouvriers, 
d'une certaine somme qu'elle hypothèque sur sa 
propriété. H en résulte un titre qui, négocié, 



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U DE LA RICBESSE DES PARTICULIERS 

passe de main en main. Celui qui le détienl est 
nanti d'une machine productive, d'une vérita- 
ble marchandise, ayant valeur vraie. Uais ce litre 
n'est en déûnitive qu'une partie aliquote de l'im- 
meuble hypothéqué, et cela jusqu'au jour où, par 
des excédants de produits, la famille pourra s'ac- 
quitter et réduire ce titre à néant, .en enlevant au 
porteur tous ses droits sur la terre qu'elle cultive. 
Ainsi tous les titres hypothécaires devront être 
écartés, puisque déjà ils ont été comptés dans le 
capital Terre. 

4* Les obl^ations 

Les obligations industrielles doivent entrer dans 
les termes dMm(l-N)-hetc., parce que les actions ne 
représentent que la valeur des industries, lors- 
qu'on en a déduit celle des obligations. 

Lesobligations une fois remboursées, les actions 
s'élèveront de prix, et, seules, elles représenteront 
le capital industriel. 

5* Les billels de banque, \fs lettres de change, les warrants, elc- 

I,es billets de banque, quoique véritables mar- 
chandises, puisqu'ils s'échangent, ne peuvent figu- 
rer dans aucun des termes de l'équation. 

En effet, que sont-ils? ou la représentation des 
espèces contre lesquelles ils ont été livrés, et qui 
se trouvent dans le comptoir de la Banque ; ou la 



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ET M CELLE DES HATIONS. 05 

représentation de lettres de change, de billets à 
ordre, compris dans le portefeuille des compa- 
gnies banquières. Dans le premier cas, ces espè- 
ces ont été casées dans la lettre  ; dans le second, 
ces billetsà ordre, ces lettres de change, représen- 
tent des marchandises, qui figureront, soit dans 
le prix du produit brut Mm, soit dans Â. 

Il résulte de là que toutes ces valeurs : billets 
debanque, billets à ordre, lettres de change, etc., 
seraient comptées deux fois, si on les comprenait 
encore dans l'équation de la riiàeise évaluée. 

Leswarrants,quinesontquedes titres garantis 
par des marchandises meubles, d'après les mêmes 
raisons que celles données pour les contrats hy- 
pothécaires, ne peuvent prendre position dans la 
formule générale. 

Ces diverses natures de marchandises com- 
posent bien la richesse d'un particulier, mais 
elles n'entrent pas dans la formule, lorsqu'on a 
pour but de calculer la richeste évaluée d'un Ëtat^ 

e° Les ponts, rou(«s et canaux, sans péage. 

Les ponts, routes et canaux, sans péage, ne peu- 
vent non plus être admis pour leur valeur dans 
l'équation de lan'cAcsse évaluée. 

En effet, à quoi servent-ils? A augmenter le re- 
venu net, en diminuant les frais de production, 
et en augmentant le produit brut. Ils accroissent 



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6C DR LA RICHESSE DES TARTICULIERS 

donc, suivant leur utilité plus ou moins grande, 
la richesse de l'Ëtat, et on a déjà tenu compte de 
leur action, au moyen des termes dMm{l-N)-f-etc., 
et MmH-etc. 

7* Les richesses malérielles gratuites : les sites pilloresques, Ifs 
rayons du soleil, l'eau l'air, etc. Les richesses immatérielles ' 
' les capacités, les talents de toute sorte. 

Les richesses immatérielles, telles que : les ca- 
pacités, les talents de toute sorte; les richesses 
matérielles gratuites, telles que: les climats, les 
sites pittoresques, etc., ne devront pas figurer 
dans la formule générale, puisqu'elle tient compte 
de leur action, comme nous l'avons démontré 
dans le cinquième paragraphe de ce chapitre. 

8' Les honoraires, les traitements, les salaires. 

Devrons-nous admettre les honoraires, les trai- 
tements, les salaires, dans notre expression ana- 
lytique? En aucune sorte, comme nous allons te 
démontrer. 

En efTet, considérons une famille d'industriels 
ou d'agriculteurs qui solde des artistes pour se 
récréer par leurs accords harmonieux. Où prend- 
elle leurs honoraires? Sur le produit brut de son 
exploitation. Mais ce produit brut est représenté 
par les termes Mm-hM'm'4-etc., qui font déjà 
partie de la formule générale. Ce serait donc une 



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ET DE CELLE DES NATIONS. 67 

méprise véritable que d'y introduire à nouveau 
ces honoraires. 

Si cette famille emploie des ouvriers ou des pré- 
posés pour l'aider dans ses travaux, il est encore 
manifeste que leur traitement, leur salaire, a été 
compté dans les termesMmH-M'm'-hetc. 

Comme l'élévation des traitements, des salai- 
res, détruit en partie le revenu net, et par consé- 
quent le capital , représenté par les termes de la 
formeiJMm(l>N), il en résulte que, pour accroltrela 
richesse évaluée d'une nation, il faut que ces traite- 
ments el salai res soient réduits autant que possible. 

9° Les loyers, lesintérèu des capiUiu de toule sorte. 

Les loyers, les intérêts de capitaux de toute 
sorte, sont dans des conditions identiques' aux 
salaires, aux honoraires et aux traitements. 

L'intérêt des espèces qui circulent à l'intérieur 
étant ainsi perdu pour la nchexse évaluée d'une 
nation, tandis qu'il figurerait dans le produit brut 
Mm-hetc, comme importation (sans qu'il y ait 
Heu, pour cette importation, à aucune exporta- 
tion), si les métaux précieux qui rapportent cet 
intérêt étaient placés à l'étranger; on doit en 
conclure qu'un pays bénéficie, lorsqu'il réduit la 
quantité d'argent qui sert à ses transactions. 

' Voy. annexe n° I- 



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68 DE LA RICHESSE DES PARTICULIERS 

10' Les ponts, routes, rtUlwmfs, canaui, avec péage. 

Quant aux ponts, routes, railicays et canaux, 
avec péage, leur valeur capitale , résultant des 
produits que l'on en retire, devra faire partie 
du terme A. En voici la raison : la construction 
de ces ouvrages a fait croître la valeur du produit 
net, car sans cela on ne les aurait pas exécutés; 
mais ils n'ont pas fait croître ce même produit 
net, commes'ils avaient été livrés gratuitement au 
public. 

Les revenus de ces créations utiles ne peuvent, 
en raison des explications déjà données, figurer à 
nouveau dans la formule générale. 

Il* Dette nationale. 

Si le capital de la dette nationale a été prêté 
par une partie de la nation, il appartient à la 
nation tout entière , et doit être placé dans la 
formule générale, àla suite descapitaiixde l'État, 
tout aussi bien qu'une propriété particulière. 

Si ce capital de la dette avait été emprunté à 
l'étranger, il devrait être considéré comme né- 
gatif dans l'ensemble des capitaux que possède le 
pays. 

Pour justifier cette opinion souvent contestée, 
que le capital d'une dette nationale doit être 
ajouté aux autres capitaux d'un pays, considérons 



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ET DE CELLE DES NATIOKS. 69 

un chemin de fer, dont la valeur totale repose 
sur des actions et sur des obligations. L'ensemble 
des unes et des autres représente la valeur moné- 
taire de cette ligne ferrée, qui appartient tout 
entière aux actionnaires et aux porteurs d'obliga- 
tions. Si tous ces derniers titres ont été pris par 
les actionnaires, le chemin en entier sera leur 
propriété, et ils pourront porter dans leur avoir 
et le capital de toutes les actions et le capital de 
toutes les obligations. 

Dans cet exemple, les obligations représentent 
la dette nationale, et les actions les autres capi- 
taux du pays, il est donc palpable que, si l'emprun t 
a été contracté dans le pays même, le capital de cet 
emprunt doit figurer parmi les autres capitaux na- 
tionaux. Le service de cet «nprunt pèse sur les 
autres capitaux ; il en absorbe une partie; mais 
ces derniers, après la dépréciation qu'ils ont su- 
bie , doivent s'ajouter dans la formule au capital 
dette, quand il s'agit de connaître la richesse éva- 
luée d'une nation. 

C'est à tort, quelquefois, que l'on s'effraye de 
voir augmenter ce capital dette, parce queues im- 
pôts que l'on prélève chaque année, pour en sol- 
der les intérêts, grèvent de plus en plus les con- 
tribuables. Quand un Etat emprunte pour créer 
judicieusement de nouveaux moyens producteurs, 
tels que des canaux, des chemins de fer, des routes 



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70 DE U niGBESSE DES PARTICULIERS 

ordinaires, etc., cet emprunt, loin d'amoindrir le 
revenu national, contribue au contraire à l'élever. 

Si cet emprunt a servi à repousser l'agression 
étrangère, à maintenir ta sécurité intérieure, son 
utilité est encore incontestable. 

Le capital dette devant être compté parmi les 
richesses nationales, il faut reconnaître que la 
richeae évaluée d'un pays n'est pas atteinte par 
cette dette, autant que beaucoup de personnes 
pourraient le croire'. 

12- Impûls. 

Itecherchons maintenant quelle est l'influence 
de l'impôt sur la richeise évaluée. 

Lorsque l'impôt n'est affecté qu'à rémunérer 
convenablementcettefouled'ouvriers, de commis, 
de soldats, de magistrats, etc., utiles à l'adminis- 
tration publique, il entre uniquement dans les 
frais nécessaires à la production. Si donc il n'est 
levé que pour être appliqué avec équité et in- 
telligence , loin d'être une cause de ruine 

' Pinto suppose que la dette publique accroll la richesse natio- 
tionale de la totalité de son capital, parce que son litre a tous les 
caractères des autres propriétés. 

Cette opinion a été soutenue par Spense, le juge Ba^ley, sir Ro- 
bert Walpole, lord Oxford, etc. 

Hume en fait une critique sévère. 

On aurait pu aoirt, dit cet écrivain, que rette opinion n'était 
qu'un jeu d'esprit, semblable aux discours des rhéteurs qui ont faH 
Trloge de la folie, de la fièvre, de Busiris et de Héron. 



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ET DE CELLE DES NATIONS. 7l 

pour une population, il la rend au contraire plus 
prospère. 

S'il était gaspillé; s'il soldait des dépenses int- 
productires, telles par exemple que : l'érection de 
monuments analogues aux pyramides d'Egypte , 
alors, au lieu d'entrer dans la production comme 
élément essentiel, au lieu d'accroître le capital 
national, il le diminuerait, et cela pendant tout 
le temps du mauvais emploi. 

Peut-être les rois d'Egypte n'ont-ils élevé ces 
constructions colossales que pour occuper et con- 
tenir un peuple turbulent, qui trouvait avec faci- 
lité sur un territoire très-fécond ' une richesse 
d'autant plus grande, qu'à cette époque les be- 
soins étaient très-modérés. Dans ce cas, ils peu- 
vent avoir adopté une mesure politique pleine de 
sagesse. Mais, si ces pyramides attestent la ri- 
chesse de l'ancien peuple égyptien, elles n'ont 
contribué en aucune manière à la développer. 

Reconnaissons-le, l'impôt dépensé avecdiscerne- 
ment, malgré les embarras inévitables qu'amènent 
ses proportions, quand elles sont gigantesques, est 
bien loin d'anéantir les richesses d'une nation. 

Voyez les pays les plus prospères, l'Angleterre, 
la France, la Hollande, la Belgique. Ce sont eux 
qui, proportionnellement à leurs populations, 

' Lesterressituéessurles bords du Kil rapportait chaque année, 
presque sans travail, iO et 50 heclolitres de fri»nenl par hectare. 



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n DE LA RICHESSE DES PARTICUUERS 

sont soumis aux taxes les plus élevées, La théorie 
et la pratique s'accordent donc pour prouver 
qu'une nation peut bénéficier d'impôts qui pa- 
raissent excessifs, lorsque ces impôts contribuent 
eux-mêmes à la production générale. 

Toutefois, comme, sauf leur emploi en travaux 
utiles, tels que ceux des routes, des ponts, des ca- 
naux, etc. , les reprises du fisc ne font qu'augmen- 
ter les frais généraux, on doit être très-réservé, 
lorsqu'il s'agit d'accroître ces reprises, pour les 
appliquer aux autres services publics. Ensuite il 
ne faut pas perdre de vue que les particuliers 
produisent en général à meilleur marché, et 
par suite plus fructueusement que les gouver- 
nements. 

Un État devra donc réduire ses dépenses, de 
quelque nature qu'elles soient, autant que le per- 
mettront et la défense du pays, et les exigences 
d'une administration bien ordonnée. 

Du reste, les impôts, étant considérés au point 
de vue de l'accroissement des frais de production, 
ne peuvent entrer dans l'équation, lorsque l'on 
calcule la richesse évaluée d'un État, puisqu'on 
lient compte de ces impôts, d'une part, dans les 
termes Mwn-M'm'-f-etc., qui expriment le pro- 
duit brut, et d'une autre dans les termes (Mm (I-N), 
d'M'm'{r-N'), dont la valeur s'amoindrit à mesure 
que les contributions sont plus élevées. 



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ET DB CELLE DES NATIONS. 75 

Ces divers développements nous conduisent aux 
conclusions suivantes : 

1° La richesse évaluée d'une nation s' accroît avec 
la diminution de l'intérêt des capitaux de toute 
nature. 

2" Cette richesse évaluée augmente avec le re- 
venu net. 

3"Toutes choses égales d'ailleurs, plus le chiffre 
delà dette, dont les regnicoles, et non les étran- 
gers, touchent l'intérêt, sera élevé, plus la n- 
ekesse évaluée prendra de l'accroissement. 

4' Tout gouvernement, dans l'intérêt du pays 
qu'il administre, doit s'efforcer de diminuer les 
impôts, en tant que cette réduction ne nuit ni à 
l'ordre général, ni à la défense nationale. 

5° Autant que possible, une nation ne doit pas 
conserver chez elle des marchandises improducti- 
ves, parce que l'intérêt que peuvent rapporter ces 
marchandises n'accroît pas sa richesse éoaluée, 

6" Par la même raison , un peuple ne devra possé- 
der que le numéraire qui est indispensable au 
trafic. 

Quelques-uns de ces principes, quoique trou- 
vant leur démonstration dans une formule algé- 
brique, sembleront difficiles à admettre sur-le- 
champ. Plusieurs personnes contesteront même 
l'exactitude de cette formule, en raison des con- 
séquences auxquelles elle fait arriver. 



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n DE U RICflESSE DES PARTICULIERS 

— Quoi ! diront-elles ; 

Si, faute de sécurité, si par suite d'une crise 
sociale, une grande quantité de terres, d'usines, 
de marchandises de toute sorte étaient mises 
en vente à la fois, serait-il possible que la ri- 
chesse d'une nation subit le contre-coup de la 
baisse inévitable de ces diverses valeurs, ainsi 
que cela résulte de l'équation de la rkheste éva- 
luée? 

Est-ce que la population ne continuera pas à 
vivre, sinon dans la même aisance, du moins 
dans une acceptable médiocrité? La richesse na- 
tionale serait donc semblable à une outre gonflée 
par le vent, qui peut se désemplir en un tour de 
mainî L'expérience cependant ne parait pas le 
démontrer! 

Sans aucun doute, aux époques de guerre civile, 
certaines matières d'un usage général, faciles à 
soustraire, à transporter, telles que l'or et l'ar- 
gent, prennent des valeurs prodigieuses par rap- 
port à tous les autres objets commerçables, et la ri- 
rheise évaluée, en espèces sonnantes, diminue énor- 
mément. Mais il n'en faut pas conclure que la ri- 
ckeised'mage ait été entamée de la même manière. 

Pour nous rendre compte de cette dépréciation 
dans certaines circonstances, de la richesse éva- 
luée, supposons qu'une partie desmétaux précieux 
répandus dans le monde vienne par cas fortuit à 



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ET UE CEUE DES NATIONS. 75 

s'anéantir. Leur valeur s'accroîtra, et la richesse, 
que nous avons appelée évaiuée, diminuera pour 
chaque peuple dans la même proportion, mais la 
riches$e évaiuée de chacun d'eux, considérée d'une 
manière relative, ne se sera pas modifiée. 

En temps de révolutioo, la destruction des mé- 
taux précieux n'est, il est vrai, qu'apparente, par- 
ce qu'ils ne sont que cachés, et que, plus tard, ils 
ne manqueront pas de reparaître ; mais toujours 
est-il, qu'à ces époques de crise sociale, leurre- 
trait temporaire de la circulation produit le même 
cflet, que s'ils avaient été anéantis réellement. 

— Quoi! ajouteront nos contradicteurs, lors- 
qu'une année est trop abondante en subsistances 
de toute sorte ; quand il y a encombrement d'ar- 
ticles manufacturés, un pays souffre, et cepen- 
dant la quantité de marchandises qu'il possède 
dénote sa richesse? Comment expliquez-vous celte 
anomalie? 11 y a là une difficulté qui trahit le vice 
de vos théories. 

Cette objection est sans doute spécieuse. Mais 
nous répondrons qu'il est seulement question ici 
de la richesse évaluée, que l'on a presque toujours 
confondue avec la richesse d'usage. Dans le para- 
graphe suivant, où il sera traité de cette seconde 
espèce de richesse, toutes ces obscurités s'éclairci- 
ront. 



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[lE LA RICUESSE DES PARTICULIERS 



Équation de la richesse d'usage el sa discussion. 

Le langage alg<;brique vient de donner à ce 
que nous avons appelé richesse éimluée un sens 
clair et précis; il sera facile, à l'aide du même lan- 
gage, de définir avec autant de netteté la richesse 
d'usage^ et de rendre désormais impossible toute 
confusion entre ces deux genres de richesses, soit 
pour les particuliers, soit pour les peuples, 

La détermination de la richesse d'usage aura 
pour base et point de départ Vunité d'existence. 
Cette expression, unité d'existence, désignant la 
somme moyenne des objets consommés dans chaque 
pays par une personne pour ses satisfactions habi- 
tuelles. 

Si cette umf^ était la même chez tous les peuples, 
et si , en même temps , le prix des marchandises 
qu'elle comprend était partout invariable, en divi- 
sant le revenu en espèces de chaque individu par 
ce prix, on aurait des nombres qui mesureraient 
exactement la richesse d'usage individuelle, puis- 



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ET DE CELLE DES NATIONS. 77 

qu'ils s'accroîtra ienl, et diminueraient propor- 
tionnellement à la possibilité de consommer plus 
ou moins de fois cette unité d'existence. 

Mais, si ce moyen de mesure, ce module, est à 
peu près fixe dans un même pays, il varie sensi- 
blement dans divers pays, suivant leur position 
géographique. 

Au climat froid et bumide de l'Angleterre, Il 
faut opposer des habits de drap épais, des bois- 
sons spiritueuses , une nourriture très-anima- 
lisée. 

Un ciel plus clément permet aux Espagnols d'u- 
ser de vêtements plus légers et de consommer des 
aliments moins substantiels. 

Dans les Indes, l'alimentation, l'habillement et 
même le logement, se réduisentà des proportions 
bien plus minimes. 

Quant à la France, dont la température est mo- 
dérée, la quantité des choses essentielles à ses ha- 
bitants sera un médium entre ce que réclament 
les peuples du Nord et ceux du Midi. 

On doit encore tenir compte des usages natio- 
naux'. 



' ■ Senior dit que les souliers sont tiec^uaries pour tout Anglais 
dont la santé souiïnrait s'il en était privé, tandis que, pour les classes 
intérieures de t'Écosse, ils ne sont que luxuries : celles-ci, grâce à 
l'empire de l'habitude, peuvent aller nu-pieds sans aucun inconvé- 
nient physiqueet sans d^adalton morale. Pour la classe moyenne, 



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7» DE LA RICHESSE DES PARTICULIERS 

Ainsi le rite retigieux obligera à une nourriture 
toute spéciale. 

Ainsi certaines populations, par exemple celles 
de l'Allemagne, habituées depuis longtemps à se 
restreindre dans leurs dépenses, ne réclameront 
pas des consommations d'une nature aussi variée, 
et de la même délicatesse que les habitants de telles 
cités de la France, depuis longtemps adonnées au 
luxe. 

Le Russe vivra de seigle, l'Anglais de froment. 
. Généralement, en France et en Espagne, une 
ration de vin est regardée comme nécessaire à 
l'existence. En Angleterre, la population se forme 
à peu près la même opinion relativement à la 
bière, tandis que les Chinois, les Indous, ne boi- 
vent habituellement que de l'eau'. 

Ne sait-on pas, du reste, qu'une plante venue 
dans un terrain fertile, ne peut végéter qu'en 
s'alimentant de sucs plus nutritifs que si elle 
avait pris naissance dans un sol maigre et pier- 
reux! 

Ensuite, le prix des mêmes objets, dans tous 
les pays, est loin d'être uniforme. L'unité d'exis- 
tence sera donc modifiée dans sa valeur, par une 

en Ecosse, la chaussure est decency : elle porte des soutiers pour 
t'aranlir nor. les pieds, mais la position sociale.* 

< Humboldt rapporteqnilya plus d'un tiers, entre les frais d'en- 
Iratien, et consécpierameiit le salaire naturel d un oumer des dis- 
tricts chauds, et celui des districts tempérés du Mexique. 



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ET m CELLE DES NATIONS. VJ 

multitude de circonstances relatives au climat, 
aux habitudes sociales, à la religion, à la situation 
financière, etc. 

Toutefois cette valeur pourra être précisée dans 
chaque nation, à une époque déterminée. 

En effet , on ne peut nier que , si l'unité 
d'existence varie de peuple à peuple, en général 
elle ne diffère pas sensiblement dans chaque 
nation. 

Et, pour nous en assurer, il suffit d'examiner ce 
qui se passe autour de nous : 

Les administrations publiques ne fixent-elles pas 
ce qui est nécessaire annuellement aux soldats de 
terre, aux matelots? 

Dans les maisons d'éducation, les jeunes gens 
ne trouvent-ils pas une nourriture appropriée à 
leur âge, nourriture dont un règlement spécial 
prescrit la quantité et la qualité? 

Les animaux eux-mêmes ne sont-ils pas par- 
tout rationnés, conformément à ce que l'on at- 
tend de leur service? 

De plus, les objets qui composent cette unité, 
ayant à peu près la même valeur dans toutes les 
parties d'un pays qui n'est pas très-étendu, il s'en- 
suit qu'elle est, pour une contrée déterminée, sus- 
ceptible d'une évaluation monétaire assez exacte. 

Nous pourrons porter en France à environ 
220 francs le prix de cetleunité d'existence. Car on 



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80 m LA RICHESSE DES PARTICULIBRS 

estime généralement à 1,100 francs, ce que dé- 
pense moyennement une famille composée de cinq 
personnes, pour subsister pendant une année', 

En Angleterre , les statistiques élevant à 
1,500 francs, la somme annuelle, nécessaireàune 
famillecomposée d'un même nombrede personnes; 
500 francs seront pour ce pays l'évaluation du prix 
de Vunité ttexislence. 

On fixerait le prix de cette même unité, en Ita- 
lie, sur le pied de 140 francs. 

Dans les Indes, 60 francs paraîtraient un quan- 
tum sufGsant. 

L'appréciation de Yuniié (^existence ne se base- 
rait pas toujours sur ce qui est, mais sur ce qui 
devrait être. Ainsi, chez le peuple irlandais, la 
nourriture et le logement ne sont pas en rapport 
avec les besoins naturels. Les satisfactions ordi- 
naires de ce peuple devraient donc être large- 
ment accrues pour la fixation de cette unité. 

Cependant, comme il ne s'agit que de propor- 
tions, la fixation rigoureuse du prix de Vunité 

' H. de Gasparin évaluait ainsi le budget moyen d'une ramille 
de cullivaleurs français, composée de cinq personnes : 

Nourriture 478 fr. 

Logis 30 

Habillement.. , 100 ' 

llhautTage el éclairage 10 

Ûulils et ustensiles 30 

Tolal 658 fr. 



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ET DE CELLE DES NATIONS. g) 

d'exittence ne serait pas tout à fait essentielle. Il 
sufTiraltque les rapports entre les prix des diverses 
wiités pour chaque peuple, fussent à peu près 
exactes. 

Gesbases posées, désignons par U, la richesse 
d'usage d'un individu , pris moyennement dans 
une nation, et déterminons la valeur de cette ri- 
chesse d'usage. 

Soient a, a', a", etc., lesquantités de marchan- 
dises de diverses sortes, dont la consommation 
est moyennement nécessaire à une personne pour 
subsister pendant une année. 

0, sera par exemple la quantité d'hectolitres en 
froment, dont elle aura besoin en moyenne et 
annuellement pour se nourrir. 

a', le nombre de mètres de draps qui sera es- 
sentiel pour son habillement. 

a", etc. 

m, m', m", etc., étant tes prix de l'unité de 
chacune de ces marchandises,'(im-|-a'm'-|--o"m' 
-f- etc., sera le prix des diverses choses néces- 
saires annuellement à un individu moyen, pour 
subsister selon ses besoins naturels et ses habitu- 
des. Et, en ajoutant à celte somme la valeur an- 
nuelle du loyer représentée par /, on obtiendra 
pour le prix de Vtmilé d'existence, ou autrement 
dit, la dépense moyenne de l'individu moyen, 
am H- a'm' + etc. -h / 



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82 DE LA mCHSSSE DES PARTICUUERS 

Quel est maintenant le revenu annuel moyen, 
en espèces, de chaque habitant d'un pays ? 

Il suffit de prendre pour cette détermination la 
valeur monétaire des marchandises' dont dispose 
une nation, comme produit brut pendant une an- 
née, soit qu'elle les ait fabriquées elle-même, soit 
qu'elle les ait échangées contre celles qu'elle a 
fabriquées, et de diviser cette valeur par le nom- 
bre des individus qui composent la population. 

Soient donc M, M', M", etc., lesquantités de di- 
verses marchandises, d'une même espèce, confec- 
tionnées dans l'intervalle de temps indiqué ci-des- 
sus, de manière à être en état d'être consommées . 

Ces marchandises sont de même nature que 
celles comprises dans a, a', a", etc.; 

C'est-à-dire que M et o. M' et a'. M" et a", etc., 
correspondent à des objets de même sorte. 

Le revenu moyen individuel sera exprimé par 

Mm-hM'm'-f-M'nf 4-elc. 
p 

Nous ferons remarquer que tous les ouvriers 

' Ici une explication est essentielle. 

En portant, au nombre des marchandises . tes tissus et autres 
objets fabriqués pendant une année, il faudrait se donner de garde 
d'y faire figurer çn même temps le charbon consommé par les ma- 
chines à valeur qui ont servi à produire ces divers articles. Car le 
priï deces articles comprend celui de ce charbon. 

Quant au charbon qui sert au diauffâge des liabilanls, il doit 
èlre ajouté aux marchandises dont il a été parlé ct-dessus. 



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ET DE CELLE DES NATIONS. 85 

qui concourent à ta fabrication d'une marchan- 
dise, sont soldés, en définitive, sur le prix de cette 
marchandise. 

Il en est de même du loyer de tous les instru- 
ments qui aident à la fabrication, loyer qui fait 
partie des revenus des propriétaires de ces in- 
struments, et qui est encore payé sur la valeur 
du produit brut. 

U, étant la richesse d'usage moyenne et indivi- 
duelle, nous aurons : 

., Mm H- M'm' -+- Wth' ■+- etc. , 

P {antH-oW-l-etc.H-/) 

Four compléter cette équation, il faudrait ajou- 
ter au numérateur deux termes de signes opposés, 
l'un exprimant le prix des marchandises impor- 
tées, et l'autre celui de l'exportation. Mais, ces 
deux termes ayant à peu près la même valeur, 
nous les supprimons dans le but de rendre l'équa- 
tion plus simple. 

11 importe beaucoup de ne pas perdre de vue le 
vrai sens des valeurs moyennes. 

L'équation de la richesse d'usage donne des 
nombres abstraits rigoureusement exacts, pour la 
totalité des individus comparés. Toutefois, si l'on 
voulait juger de la richesse image d'une portion 

' Remarquons que, dans chaque pays, l prix du lo^er, pour 
chaque individu est une constante, comme a, a', etc. 



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84 UE U fllCBESSB DES PARTICULIERS 

de ces individus, petite ou grande, il ne Taudrait 
Taire entrer dans cette équation, sous peine d'er- 
reur grave, que les nombres concernant ladite 
portion. 

Ainsi, veut-on rechercher la richene ctusage 
moyenne d'un pays où une aristocratie peu nom- 
breuse absorbe le tiers, la moitié de la totalité des 
revenus qu'il produit, on arrivera, à l'aide de l'é- 
quation, à un chiffre élevé, tandis que, par suite 
de cette inégale répartition des richesses, la 
rickeue d'usage de la majorité des citoyens sera 
très-modique. 

Pour déterminer cette dernière richeue d'utage 
il faut, dans la formule générale, substituer h 
?, M, M', etc. les valeurs qui concernentla portion 
des habitants que l'on veut considérer. 

Si dans l'équation générale 

MmH- M'm' -|- etc. 

~"P(ann-o'm'H-etc. + 0' 
Nous faisons 

M , M' . 



r, r*, r", étant les quantités de marchandises 
qui, dans la distribution générale, s'appliquent 
moyennement à chacun, nous aurons 
-hï'm'-f-etc. 



am -+- a'm'-i- etc.H- / 



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ET DE CELLE DES HATIOHS. «5 

De cette équation et de la précédente on déduit 
les conclusions suivantes : 

1° La population et le prix des marchandises 
restant les mêmes, la richette d'usage s'accroitra 
avec la quantité des marchandises. 

2° Dans le cas où la population augmenterait 
en densité, si r, r', etc., qui représentent les 
quantités de marchandises obtenues relative- 
ment à chaque individu, deviennent de plus en 
plus considérables, la richesse d'usage s'accroîtra. 
Pour nous en assurer, vojons ce qui se passe au 
numérateur et au dénominateur de l'équation . 
de la richesse d'usage. Or ces deux termes, de 
semblable forme par rapport aux prix m, m', etc., 
sont sensiblement influencés de la même manière 
par ces prix qui, alors, en général diminuent. 
D'où il résulte d'abord que l'abaissement seul des 
prix ne fait pas décroître la richesse d'usoye. ensuite, 
comme aunumérateurlesmultiplicaleursr,/, etc., 
s'accroissent continuellement, tandis que, au dé- 
nominateur, les multiplicateurs a, a', etc., restent 
constants, il s'ensuit que le numérateur grandit 
plus rapidement que le dénominateur, et qu'en 
conséquence la richesse d'tisage devient plus impor- 
tante. 

5° La richesse d'usage, jusqu'à un certain point, 
est indépendante des prix, puisque ces prix affec- 
tent sensiblement de la même manière et les ter- 



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S6 DE LA RICHESSE DES PAftTICULIEIlS 

mes du numéraleur el ceux dij dénominateur de 
son expression. Toutefois, comme la baisse des 
prix est le plus souvent le signe que les quan- 
tilés de marchandises, qui incombent moyenne- 
ment à chacun, sontplus considérables, on doit en 
conclure qu'en général la ricbetse d'usage augmente - 
au fur el à mesure que les prix s'avilissent. 

4' La riche$se Stisage sera d'autant plus grande, 
toutes choses égales d'ailleurs, que a, a', a", etc., 
seront moins cons^érables, c'est>à-dire que la po- 
pulation aura moins de besoins. 

Nous reviendrons plus tard sur ces conclusions, 
qui sont d'une extrême importance. 

Puisque la ncAesse d'usage s'augmente d'autant 
plus que les produits sont moins rares, on recon> 
naît que la rkheue d'usage sera d'autant plus 
grande, que toutes les marchandises se rappro- 
cheront davantage, par leur abondance, des ri- 
chesses gratuites et naturelles, telles que : l'air, 
l'eau, le soleil, etc. 

Nouvelle preuve de l'exactitude de la formule 
générale que nous avons trouvée. 



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ET DE CELLE DES NATIONS. 



Évahialion de \a fortune des particuliers. 



Supposons qiie l'on demande l'appréciation de 
la fortune d'un mécanicien français, possédant 
un immeubte en terre d'un revenu de cinq mille 
francs, et qui est lui même employé aux appoin- 
tements de dix mille francs par an. 

Pour procéder à cette appréciation, nouspren- 
drons l'équation de la richesse évaluée d'un groupe 
d'individus, équation qui est de la forme 

PR=dMm(I-N)-|-Mm-hA— C-I-SV4-V. 

Dans cette formule P=I. 

dMm(I — N) se rapportant au fonds de terre, 
Mm= 5,000 fr. N=0. rf=35,53, car généra- 
lement les terres se vendent sur le pied de 3 
pour 100, ou de I pour 33,35. V= 10,000 fr. 

Mais quelle valeur doiinera-t-on à S, dans SV 
qui est le capital industriel? 

L'éventualité du traitement que reçoit le mé- 
canicien ne permet pas de regaMer ce traite- 



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88 DE LA RICHESSE DES PABTICDUERS 

ment, comme l'intérêt d'un capital vingt fois plus 
considérable. Ici une estimation est à faire. S se 
modifiera avec l'âge, la santé, l'intelligence plus 
ou moins susceptible de déreloppement de la per- 
sonne dont il s'agit. 

Dans les circonstances ordinaires, on pourra 
substituera S, lechifi're4; ou autrement, évaluer, 
pour la même quantité de revenus, le capital in- 
dustriel du mécanicien au cinquième d'un capital 
matériel qui rapporterait 5 pour 100. 

En remplaçant dans la formule les diverses let- 
tres par les nombres que nous venons d'indiquer, 
nous aurons pour la rieket$e évaluée que l'on cher- 
che, 

R=l 66,650 fr,+5,000tt.+40,000rr.-hl0,000fr. 
H-A— C. 

Si la consommation est égale au revenu C^ 
5,060+10,000 fr.,ella richesse évaluée est de 
166,650+40,000 fr.+A, relativement à l'année 
pour laquelle se fait le calcul. 

Voyons maintenant quelle est la richesse tCu- 
sage de ce mécanicien, et pour cela recourons à 
l'équation 

„ Mm+MW+etc. 

""P (am +a'm'+etc. + /) ' 

Mm=n:5,000 fr., M'm'=10,000fr., P=l. 



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ET DE CELLE DES NATIONS. 89 

Nous savons de plus que le prix de l'uaitc 
d'existence est délerminé par l'expression 

am+o'm'+ etc.,-f-/, et se monte en France à 
220 fr. 

.5,000-1-10.000 „„ 
U sera donc égale a ^^ =68 

C'est-à-dire que l'industriel dont il est parlé, 
jouira d'une ricketse eCnsage 68 fois plus grande 
que la richesse d'usage moyenne de France. 

Si l'individu dont on vient d'établir et la ri- 
ekeue évaluée et la richesse d\isage, bien loin de 
pouvoir accroître ses ressources par son talent, 
était malade, et obligé de faire des dépenses toutes 
spéciales pour subsister, les deux termes SV et V, 
au lieu d'être positifs, seraient négatifs, et la ri- 
chesse de cet individu, soit d'usage, soit évaluée, 
deviendrait inférieure à celle d'une personne en 
bonne santé qui aurait cinq mille francs de rente 
en terre. 

Pour calculer la rickeue évduée moyenne de 
plusieurs personnes, vivant uniquement de leurs 
travaux, en exploitant un immeuble industriel ou 
un fonds de terre qui leur appartiendrait, la for- 
mule se réduirait à 

RP=dMm(I-N)+Mm-f-A— C, 
Car, V serait égale à zéro. 



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CHAPITRE III 



CARACTÈRES DB LA RICHESSE ÉVALUÉE ET DE LA 
RICHESSE D'USAGE 



hk richesse d'usage el \a richesse évaluée d'une nation ne s'arrrois- 
sent pas et ne diminuent pas toujours à la fois. 

En isolant la richeise d'usage et la richesse éva- 
luée, qui jusqu'ici n'avaient pas été disjointes, et 
dont l'assemblage perfide, par sa représenta- 
tion meDsongère de la richesse des nations, em- 
pêchait que l'on pût avoir des notions exactes sur 
la prospérité relative d'un peuple, nous avons fait 
Rressentir que ces deux espèces de richesses ne se 
conjuguaient pas toujours ensemble, de manière 
agrandir et à diminueren Aiême temps. 

Cette faculté de croître ou de décroître souvente- 



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92 CARACTÈRGS DE LA RICHESSE ËVALUÉli 

fois indépendamment l'une de l'autre dans la 
même nation, va nous servir de caractèrç dis- 
tinctif pour spécifier plus particulièrement encore 
chacune de ces espèces de richesses. 

Dans un pays civilisé nouvellement, la popula- 
tion, en général peu nombreuse relativement à 
la surface du sol, se livre presque exclusivement 
à l'agriculture. Les matières nutritives sont à 
profusion, et les travailleurs produisent, en outre 
de ce qui sert à leur consommation, des subsis- 
tances qui s'exportenl. Comme le transport est 
onéreux, fa demande rare, il s'ensuit que les den- 
rées alibiles sont avilies, et que l'on en obtient, 
avec peu de fatigue corporelle, une grande quan- 
tité, soit directement par la culture de la terre, 
soit indirectement parl'échange de marchandises 
aisées à fabriquer. 

Le travail est alors faiblement stimulé, parce 
que, avec de minimes efforts, l'homme se nourrit 
et satisfait ainsi facilement son principal besoin. 

Dans ces circonstances, la riches$e d'mage est en 
général assez grande. On peut manquer des objets 
dont la nécessité n'est pas impérieuse, mais on 
possède les plus essentiels. D'abord la nourriture 
est abondante; ensuite un abri à peu près suffi- 
sant, el quelques vêtements préservateurs, sont 
bien rapidement confectionnés. 

Lorsqu'après un long règne de l'ordre et du 



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ET DE LA RICQESSE DUSAGE. »3 

travail, la race humaine s'est multipliée de telle 
sorte, que les denrées produites parle sol ne suf- 
fî^nt plus à l'alimentation publique, la richet$e 
d'mage serait très<médiocre, si l'homme ne trou- 
vait dans les travaux industriels des ressources 
capables de suppléera cette pénurie. 

Malheureusement, dans les usines et manufac- 
tures, il ne soutient son eiistence qu'en subissant 
plus particuliéremeot que dans l'agriculture, les 
dures lois de la concurrence', qui, bien que née de 
la liberté du travail, a trop souvent des exigences 
terribles. 

Et comment l'homme pourrait-il se soustraire 
à ces lois, lorsqu'il est sollicité par un besoin 
pressant, irrésistible; lorsque la faim, cet horrible 
fantdme, le poursuit sans cesse, et l'aiguillonne 
sans relâchet . 

À l'aide de ce triste auxiliaire, dont l'approche 
seule nous glace d'effroi, les patrons ont trop sou- 
vent forcé l'ouvrier à se livrer pour eux aux tra- 
vaux les plus assidus et les plus pénibles, en ne lui 
accordant qu'une rétribution déraisonnable '. 



' M. Micliel Chevalier croit « que la concurrence effrénée de notre 
temps marque une époque de tranâtion, fertile en inventions nou- 
velles et qu'elle ne manquera pasdesemodérer. ■(Cdtirjd'^conontte 
volitique.) 

* 1 Les ouvriers de Ljon mellenl sur leurs drapeaux : Vivre 

< en travailianl ou vtourir en combattanl. Aux Ëtats-Unis le^ 

< travailleurs, animés d'autres sentiments, disent : Vous ne voulez 



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tf4 CAnACTÈRBS DE U RICEESSE ÉVALUER 

Comme la subsistance se mesure à la besogne, 
-de telle sorte qu'avec des labeurs excessifs le 
travailleur n'a que strictement de quoi vivre; il 
est obligé de se roîdir contre la fatigue, de lutter 
sans paix ni trêve, et, si dans ce rude exercice, ses 
muscles, devenant susceptibles de plus d'efforts, 
peuvent produire davantage, son salaire s'accroî- 
tra, il est vrai, mais pourretomber bien vite à un 
taux que fixe une nécessité impérieuse, taux qui 
lui permet à peine de subsister '. 

L'ouvrier industriel est atlacbé à une roue qui 
tourne sans cesse. De toute nécessité il doit en sui- 
vre les mouvements, il est l'esclave du travail. 

Les pays manufacturiers sont sans doute orga- 
nisés, pour fonder de grandes fortunes indivi- 
duelles, pour accroître les rentes, les capitaux, 
pour développer la richeiie évaluée. Mais, c'est sou- 
vent au détriment de la richesie d'usage du travail- 
leur. En masse, la richesse moyenne d'mage d'un 
.lel pays peut être assez grande; tandis que celle de 
l'ouvrier, limitée par la concurrence, ne s'élève 

•> jwi augmenter nos salaires, nous partons pour cuUiver Us terrei 
< de COuesl. • Michel Chevalier, Lettres sur l'Amérique du Nord. 

L'ouvrier a donc, daos ce dernier pays, plus de racilités poui' 
subsister. 

' a Depuis que les eiiranls gagneni une partie de leur vie, le salaire 
des pères a pu eire réduit. Il n'est point résulté de leur activité, une 
augmentation de revenu pour la classe pauvre, mais seulement une 
augmentation de travail, qui s'échange toujours pour la màme 
somme, ou une diminution dans le prixdes journées. > (Shhohdi,) 



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ET DE U RICHESSE D'USAGE. «5 . 

pas habituellement au même degré deconrortque 
dans les contrées agricoles, où la rickene évaluée 
moyenne est moins importante. 

Dans ces contrées, les fatigues du cultivateur 
sont amplement rémunérées par la nature, qui, 
bien loin de lui vendre chèrement ses faveurs, les 
lui accorde sans trop se faire prier. Là les muscles 
de l'agriculteur n'entrent en action qu'à son 
heure, qu'à sa fantaisie. 

Il a la possibilité de modérer leur jeu : il com- 
mande au travail. 

Toutefois quelques écrivains veulent inférer, 
de la différence des vies moyennes en Angleterre 
et en Russie ', que le bien-être de l'agriculteur 
est inférieur à celui de l'industriel. 

Nous les croyons dans l'erreur. Cette diËférence 
dans la longévité, tient à des circonstances toutes 
naturelles et indépendantes de l'espèce des tra- 
vaux. C'est, d'après nous, la conséquence des 
miasmes pestilentiels, que dégage ordinairement 
une terre qui n'a été façonnée qu'imparfaitement. 

En efîet, n'est-il pas notoire, que la culture tend 
constamment à faire disparaître les tertres et à 
combler les endroits bas qui sont ordinairement 
des centresd'infection î Cette culture ne dessèche- 
t-elle pas les flaques, tes marais, en donnant de 

< ■ La vie moyenne est de quaranle-lmit uns en Ai^leterre e( de 
< vingl-quatre en Russie. » (Houeau de JùNsis.) 



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96 CARACTÈRES DE LA RICHESSE ÉVALUÉE 

l'écoulement aux eaux, et ne détruit-elle pas ainsi 
la principale cause des émanations méphitiques 7 

Ensuite, les habitudes de propreté, de boDoe 
hygiène, de plus en plus répandues; un approvi- 
sionnement plus égal et plus constant des subsis- 
tances ; les découvertes récentes de la médecine, 
entre autres la vaccine, sont encore des motifs suf- 
fisants pour expliquer l'accroissement de vie 
moyenne chez certains peuples, malgré la dimi- 
nution de la riehei-K ttiaage. 

Au surplus, dans nombre de contrées presque 
entièrement agricoles, la vie moyenne est aussi 
longue' et même plus longue que dans celles où 
l'industrie est plus répandue. 

En France, la mortalité est plus grande dans 
les villes que dans les campagnes *. Et chacun 
sait que, dans ces dernières localités, l'élément 
manufacturier est bien moins actif. 

Des relevés Irés-exacts constatent qu'en Suède et 
en Norvège, pays de culture, la vie moyenne est 
moinscourte que partout ailleurs*. 

Nous ajouterons que nombre d'auteurs goûtés 
du public s'accordent pour appuyer l'opinion que 
nous voulons faire prévaloir. 

« Sismondi assure qu'autrefois, lorsque l'indus 

' La ïie moyenne est plus longue en France qu'en Angleten e. 

(GntiLtiD.) 
' Dictionnaire de rÉœnomie politique, arl. Population. (Lecott.) 
* Idem. 



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ET DE U RICHESSE D'DSAGE. 97 

« trie était peu répandue, le peuple avait de la 
« Tiande ; qu'il a passé depuis aux céréales, et que 
« maintenant, dans nombre de contrées, il se 
« nourrit de pommes de terre. » 

« Les deux régions extrêmes de l'Europe, dit 
« M. le Play {Conditions des ouvriers en Europe), 
« présentent aujourd'hui un spectacle bien diflé- 
« rent: tandis que les populations du Nord et de 
« l'Orient, contrées sans industrie, vivent, pour 
« la plupart, satisfaites de leur sort, dans un état 
« de quiétude qui frappe tous les observateurs; 
« celles de l'Occident, poussées par la néeettité ou 
« excitées par une sorte de vertige, ne cessent de 
« s'agiter pour modifier leurs habitudes et leurs 
« institutions.'» 

Voici encore un extrait du même ouvrage ; 

« Dans le système de l'Europe, les céréales doi- 
<c vent être placées au premier rang des substances 
« alimentaires. Elles absorbent la moitié, lesdeux 
« tiers des subsistances. La grosse viande n'en- 
« tre dans l'alimentation qu'à titre exceptionnel. 
« El il est certain qu'autrefois les ouvriers mangeaient 
« beaucoup plus de viande *. f> 

11 est vrai qu'en général nos classes ouvrières 
possèdent actuellement, en plus grande abondance 
qu'autrefois, des sièges, des tables, des verres, et 
autres ustensiles. Il est encore incontestable 

' Voy. Annexe, n" 2. 



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U8 CARACTÈRES DE LA RICHESSE ÉVALUÉE 

qu'elles ont la faculté de renouveler plus souvent 
leurs vêtements en chanvre et coton. Mais, bien 
que de nos jours, ces classes soient plus actives, 
plus laborieuses, nous croyons que la ration de 
bonne nourriture animalisée qui revientà chaque 
travailleur, en temps normal, soit sous le rapport 
de la quantité, soit sous celui de la qualité, a di- 
minué. 

Ainsi, presque partout, à mesure que l'in- 
dustrie prend plus d'expansion, nous voyons en 
même temps diminuer la richme d'mage des ou- 
vriers ; parce que la fécondité du sol ne s'accroît 
pas assez pour fournir toujours la même alimen- 
tation moyenne, lorsque l'industrie fait naître de 
nouveaux regnicoles, ou bien encore en fait arri- 
ver de toutes parts ; parce que la concurrence, 
qui naît de cette population nouvelle développée 
par l'industrie, empêche que les salaires attei- 
gnent un taux qui permette une nourriture aussi 
substantielle qu'avant la période industrielle'. 

■ C'est notre opinion personnelle, qu'en toute humilité, nous 
émettons. Nombre de publicistes, cependant, prétendent que les 
classes ouvrières ont progressé de toutes manières. 

Certes, il est bien difficile de trancher nettement la question. 
Car, lorsqu'on sera parvenu, pour les temps modernes, i créer des 
statistiques qui mériteront une entière confiance, on ne saura jamais 
qu'impar^tement ce qui avait lieu aulrefius. Et nous remarquerons, 
en passant, qu'on n'établit pas un Tait sdentiQque, en sefondanlsur 
un passage humoristique de la Brujére, de J. J. Rousseau, ou bien 
encore sur quelques vers de Virgile et d'Homère. 



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ET DE LA RICHESSE U'USAtiE. 99 

En général, on peul juger de la quantité des 
subsistances d'un pays et de la richesie d'usage qui 
lui est propre par l'accroissement plus ou moins 
prompt de la population. Or, jetez les yeux sur la 
Russie; dans cet empire, les familles sont autre- 
ment nombreuses, et le Hot de la population grossit 
bien plus rapidement qu'à l'occident du continent 
européen, où l'industrie a sans contredit de bien 
plus fortes racines. 

En France, pays manufacturier, le nombre des 
enfants, calculé sur les ressources de ta famille, 
semble se restreindre de plus en plus, tandis 
qu'aux Ëtals-Unis, pays agricole, les nouveaux- 
nés, loin d'être une charge pour leurs parents, 
sont regardés comme rendant de tels services, 
qu'une veuve avec cinq ou six enfants en bas âge 
se marie avec plus de facilité que si elle n'en avait 
pas'. 

Ne résulte-t-il pas de ces faits, que dans la con- 
trée où l'industrie est de plus en plus importante 
par rapport à l'agriculture (car personne ne met 
en doute la supériorité industrielle de la France, 
relativement à la Russie et aux États-Unis), la ri- 
chesse tïvsage des travailleurs est de moins en 
moins grande? 

K la vérité, l'exemple de la Grande-Bretagne, 
nation manufacturière par excellence, semble 

* Letlres surf AmMq'ie du Nord. (Hicbbi. CnEviUKRj ■■ V- 



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100 CARACTÈRES DE LA RICHESSE ËVALUËE 

protester contre nos raisonnements, car on y 
trouve considérablement de familles très-nom- 
breuses; mais, dans son système inhumain, le gou- 
vernement anglais, en pesant sur l'Irlande et les 
grandes Indes, trouve dans ces pays, et à leur dé- 
triment, la ration de nourriture indispensable àses 
populations. Ensuite, les institutions britanniques 
favorisent d'une manière toute spéciale l'accrois- 
sement du nombre des travailleurs, accroissement 
nécessaire pour faire baisser le prix de main- 
d'œuvre. Qu'est-ce que la taxe des pauvres, si ce 
n'est un moyen d'ôter toute prévoyance , toute 
contrainte morale aux indigents, puisque cette 
taxe leur assure à eux et à leurs enfants une cer- 
taine existence'? 

Nous ajouterons qu'en vertu de l'empire que la 
religion, dans ce pays, exerce sur les esprits, ce 
passage de l'Ancien Testament : Cresdte et multi- 

■ < L'enquête célèbre de 1S35 sur la taxe des pauvres a révélé 

• les (ails les plus étranges. Plus d'une fois, par exemple, la com- 

• mission a eu à conslaler que les pauvres sVmpressaient de se 
« marier pour percevoir double taxe; qu'une fois mariés ou même 
f avant le mariage, ils s'empressaient d'avoir des enfants pour aug- 
» menler encore leur recelte; qu'une fille avait des enfants de plu- 

• sieurs pères, et qu'elle trouvait ainsi plus facilement k se marier: 
< enfin , que ces secours ofTiciela et obligés détruisaient tous les liens 

• de la famille, sans compter les autres genres de démoralisation 
'• auxquels donnait lieu leur distribution, sans compter encore la 

■ mauvaiseintluencesurlessalaires et tousiesauires inconvénients 

■ économiques. > 

(Entrait des Elérnatls de finances, de M. Joseph Gamiêr.) 



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ET DE LA RICHESSE D'USAGE. lOt 

plicamini, reçoit une application plus complète là 
que partout ailleurs. 

Jusqu'ici nous avons étudié seulement les rap- 
ports qui existent entre la richeue évaluée et la 
richetse d'usage, au point de vue des travailleurs. 
Et nous avons montré qu'à mesure que la ncAesie 
évaluée s'accroissait, la riches$e d'utage de ces der- 
niers pouvait très-bien décroître, et décroissait 
souvent. 

Nous disons de plus que, pour une nation, la rt- 
ckesse moyenne d'usage, est bien loin de suivre pas 
à pas la richeme évaluée dans tous ses mouvements. 

En effet, recourons aux équations de la richette 
évaluée et delancftesje d'usage. 
l'n=dMm(I-N}+(i'M'm'(l-K')+etc,+Mm-f-M'm'+etc.+A— ^: 

Mm -(- M'nt' + etc. 

P (aTfH-a'm'M-etc. ■¥■ l) 

Lorsque la population augmente, si lesquantités 
de marchandises M, M', etc., ne s'accroissent pas 
dans la même proportion, la richesse d'usage U en 
général diminue, puisque les prix m, m', etc., 
agissant de la même manière au numérateur et 
au dénominateur, peuvent augmenter sans in- 
fluencer sensiblement la valeur de U. 

H n'en est pas de même pour la richesse évaluée ' 
PR, Si la population devient plus nombreuse, et 
que les produits ne se multiplient pas dans le 



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103 CARACTÈRES DE LA RICDESSE ÉVALUÉE 

même rapport, les prix m, m', etc., pourront haus- 
ser de manière à accroître les termes 

(iMm(I-N)+rf'M'm'(I-N')+etc.H-A, 

et dans le cas où chaque individu se contenterait 
d'une ration moindre, la partie Mm-|-M'm', -hete. 
— C resterait positive, et n'empêcherait pas la 
valeur de PK de grandir. 

On voit ainsi que la richesse moyenne d'umge 
peut diminuer, lorsque la richesse évaluée totale 
s'accroît. 

Sans qu'il soit besoin de s'appuyer sur des for- 
mules mathématiques, on peut démontrer, pres- 
que avec autant de rigueur par le simple rai- 
sonnement, ce qui vient d'êtreavancé. 

En effet chaque propriétaire foncier ou indus- 
triel tend constamment à augmenter son produit 
net ou sa richesse évaluée, en se servant, soit de la 
concurrence pour réduire les salaires, soit des 
machines pour diminuer le nombre des journées 
de travail. Le produit net qu'il obtient, et qui 
s'accroît continuellement', est d^ensé chaque 
jour*, et quelle que soit le genre de cette dépense, 
elle est appliquée à solder des travailleurs, dont 
les salaires sont encore réglés par la concurrence. 

' En général, à mesure que les nations se civilisent et travailleut 
davantage, le produit net s'augmente presque toujours. 
* (ta ne thésaurise plus maintenant. 



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ET DE LA KIGBESSE D'USAGE. 103 

Ainsi, lorsque la richesse évaluée croîtra dans un 
l>ays à l'aide des machines et de ta concurrence, 
cette même concurrence, en empêchant que les 
salaires s'élèvent, s'opposera au développement 
de la richesie d'usage. 

Le produit net a beau s'élever, de nouveaux 
individus naissent, ou bien encore, arrivent d'au- 
tres pays, pour se partager journalièrement, à 
titre de rémunération de travail, le surplus de ri- 
chesse que l'on acquiert; et ta richesie d'usage qui 
incombe moyennement à chacun n'est guère plus 
grande. 

On objecte qu'avec le progrès, il se produit, re- 
lativement à la population, plusd'objels manufac- 
turés, et qu'en conséquence la part individuelle 
prend de l'accroissement. Sans aucun doute. 
Mais il faut observer qu'il n'en est pas de même 
par rapport aux matières nutritives. 

Autrefois chaque localité suffisait à son alimen- 
tation. Maintenant on est souvent obligé d'avoir 
recours non -seulement aux localités voisines, 
mais encore aux pays étrangers. 

Le transport fait hausser le prix des subsistan- 
ces. Pour les acheter, il faut travailler davantage. 

Les nouvelles facilités dont la science et le génie 
ont doté le travailleur sont-elles suffisantes pour 
le dédommager de ce surplus d'eflbrts auxquels il 
doit se livrer? 



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104 CARACTÈRES DE LA RICBESSE ËVALUÉE 

Nous ne le croyons pas. 

Car maintes denrées que l'ouvrier consommait 
jadis sont devenues trop chères pour lui. Aujour- 
d'hui il n'a la faculté, en quelque sorte, de se 
sustenter qu'avec du blé et des pommes de terre, 
tandis qu'autrefois le résultat de son travail lui 
permettait de consommer de la viande de bou- 
cherie, du poisson, du gibier, de la volaille. 

La richeae d'usage a donc diminué par rapport 
à la bonne nourriture, si elle est devenue plus 
grande relativement aux objets fabriqués. 

Nous l'avons déjà dit : lorsqu'une nation agricole 
commenceàs'établirdans un pays fertile, sa popu- 
lation se développe rapidement ; ce qui est le signe 
ordinaire d'une ricfteiM d'iaage importante. Puis 
ce développement se ralentit, parce que les tra- 
vailleurs se multipliant, la terre, sansdevenlr com- 
plètement ingrate pour les soins qu'on lui donne, 
n'y répond plus avec autant de reconnaissance. 

11 n'en est pas de même pourles peuples indus- 
triels. Les procédés de fabrication s'améliorant 
sans cesse, les produits naissent et se répandent 
chaque jour avec une nouvelle profusion et à 
des prix plus réduits. 

Les bénéfices que ces peuples retirent de leurs 
fabrications peuvent très-bien, tout en accroissant 
leur rkheste évaluée, accroître aussi la moyenne 
de leur richesse d'usage. 



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ET DE LA RICHESSE D'USAGE. 10b 

Les nations agricoles pourront'donc, lorsqu'elles 
seront parvenues, en cultivant la terre, à un cer- 
tain degré de richesse évaluée, trouver dans l'in- 
dastrie une partie de la richeste d'usage que le sol 
leur donnait primitivement. 

Afin de nous convaincre davantage que la ri- 
chesse d'usage ne suit pas les mêmes lois que la W- 
ckesse évaluée, supposons qu'une nation à l'état le 
plus prospère soit atteinte par un fléau qui lui en- 
lève le dixième de sa population. ' 

L'expérience constate que la richesse évaluéede 
cette nation recevra une secousse terrible. Cepen- 
dant, sa richesse d'usage prendra habituellement, 
dans cette circonstance , un immense accroisse- 
ment; car, faute de consommateurs, les denrées 
tomberont à vil pris, et c'est quelques moments 
après le sinistre que l'on verra augmenter d'une 
manière très-prononcée le nombre des citoyens'. 

L'exemple d'une famille riche, où l'un des 
membres vient à payer sa dette à la nature, nous 

< 1 La grande peste qui désola t'Ang'leterre sous le régne d'E- 
douard [11 eut pour effet, la première année, d'avilir le prii de 
toutes les denrées, k cause de la diminution considérable de la po~ 
pulation. ■ (Lingard, Hislory of England.) 

Des calculs très-curieux de Messance prouvent qu'après les ra- 
vages causés par la fameuse peste de HarseiUe en 1720, les mariages 
furent en Provence plus féconds qu'auparavant. 

L'abbé d'Expilly a trouvé les mêmes résultats. 

Le même elTet avait eu lieu en Prusse après la peale de 1710, 
quoique ce fléau eût moissonné le tiers de la population. On voit 



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106 CARACTËRES DE LA RICflESSE ÉVALUÉE 

permet encore de vérifier que la rickeste d'mage 
et la rtcAewe évaluée ne varient pas nécessairement 
ensemble. Est-ce que la rtcAewe d'usage de ceux 
qui subsistent ne s'est pas accrue, alors que la W- 
ckesse évcduée de la famille est restée la même? 

De plus nous ferons observer qu'une contrée 
dépourvue de chemins facilement praticables, 
s'accroit immédiatement en riche$se évalv^^, si des 
routes en fer ' viennent mettre les diverses loca- 
lités qui la composent, en relation entre elles et 
avec le dehors. 

Quant à sa rkkeue d'mage, comme plusieurs 
marchandises haussent de prix, bien que d'autres 
se vendent à meilleur marché, il est possible que 
celte richesse devienne plus petite. 

Du reste, dans le cas où la population et les 
productions d'un pays resteraient constantes, si 
l'intérêt des capitaux venait à diminuer', la richesse 

par les tables de Sùssmilch que le nombre des naissances, qui était 
avant la peste à peu près de 26,000 par année, «'éleva en 1111, an- 
née qui suivit celle de la peste, à 32,000. 

t En Russie, on a également remarqué qu'après les dévastatimis 
de la peste noire, la population s'accrut d'une façon singulièrement 
rapide; on tit même un nombre extraordinaire de jumeaux et de 
riais.sances triples, etc. ■ (Eiuhsim, Buts. Gesch.. IV, p. 330.) 

' Les canaux, les routes en fer, etc., créent une richesse évaluée 
énonne, puisqu'ils donnent une valeur monétaire à plusieurs mar- 
chandises qui avant leur établissement n'en avaient aucune. Nous 
riterons certames futaies pour exemple. 

* Dans celte circonstance, ce que nous avons désigné par d, dans 
l'équation de la richesse évaluée, alimente. 



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ET DE LA FICUESSE D'USAGE. i07 

évaluée prendrait de l'accroissement, tandis que 
la ridtem d'usage pourrait très-bien rester sta- 
tionnai re. 

C'est donc un fait indubitable que la richesie 
évaluée et la richesse tVutage sont très-distinctes 
l'une de l'autre. 

L'augmentation rapide des habitants d'une con- 
trée est souvent un signe de sa grande richeued'ur 
sage, pourtant ce signe n'est pas toujours cei-tain. 
Ainsi l'homme, en exerçant sur lui une contrainte 
morale, pourrait mettre un frein à sa multiplica- 
tion. LancAeue d'magese témoignerait alors par 
ce qui en est le caractère distinctif, c'est-à-dire par 
la quantité des consommations et par le bien-être 
individuel. 

Ce sera donc sur des considérations de diverses 
natures, qu'un gouvernement éclairé portera ses 
regards, pour découvrir les symptômes de la si- 
tuation plus ou moins fortunée de ses administrés; 
car s'il ne faisait qu'évaluer leurs biens en nu- 
méraire, ou s'informer du nombre des naissances, 
pour apprécier le bonheur du pays qu'il dirige, il 
commettrait une erreur grossière. 

L'homme isolé, jeté sur la terre, désire une fa- 
mille, nou'seulement en raison des jouissances 
immatérielles que cette famille lui fait éprouver, 
mais encore parce qu'elle l'aide dans ses travaux 
et lui procure une plus grande richesse d'usage. 



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t08 CARACTÈRES DE LA RICHESSE ÉVALUÉE 

Ëgalement mû par un doux penchant et par 
des vues utiies, il propage sa race, jusqu'à ce 
qu'elle compose un peuple qui se pla'il dans la 
contemplation de sa force et de son influence. 
Mais bientôt, tandis que la richesse évaluée de ce 
peuple prend une expansion rapide, surtout en 
raison de la population qui, s'accroissant chaque 
jour, se fait concurrence, et augmente ainsi le pro- 
duit net et te capital national, la richesse damage 
de l'individu ne marche plus que d'un pas attardé. 

L'homme découvrant que la nature résiste à ses 
efforts, la supplie, l'implore, la provoque; mais 
elle ne répond pas toujours avec bienveillance 
aux nombreux appels qui lui' sont faits. Il veut 
surprendre ses secrets, qu'elle ne révèle qu'à ceux 
qui les lui arrachent, car, discrète, et, sous quel- 
ques rapports, semblableà Prêtée, il faut lîi violen- 
ter de mille sortes, pourTameneràcomposition. 

L'homme est donc appelé à un combat conti- 
nuel, qui exerce son esprit ', développe ses facul- 
tés, et l'oblige à se replier sur lui-même, pour 
faire usage de toutes ses ressources. 

' Celte difficullé de se procurer des denrées alimentaires n'est 
pas toujours un malheur pour l'homme. La sentence primitive « tu 
mangeras ton pain à la sueur de ton Tronl, » s'est souvent cliangée 
en paroles de bénédicUcm. 

D'après K. Ritler, un champ de bananiers nourrit vingt-cinq fois 
autant d'hommes qu'un champ de froment, et avec infiiiiraent moins 
de p^ne, puisqu'il suffît de couper les tiges chargées de fruits mûrs. 



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ET BE LA HtGHESSE D'USAGE. t09 

Malgré les peines qu'il se donne, une nation 
parvenue à un état de civilisation avancée ne re- 
trouvera que bien rarement cette richesse d'usage ' 
dont elle jouissait dans les premiers moments où, 
sortant de la barbarie, elle commençait à s'orga- 
niser. 

Voilà les phases successives sous lesquelles se 
présentent ordinairement les deux espèces de 
richesses que possèdent les sociétés. La richesse 
évaluée, dont les premiers pas se règlent sur ceux 
de la richesse d'usage, continue à progresser en- 
core, lorsque cette dernière, souvent, entre en 
pleine décadence et se précipite vers son déclin. 

et de remuer légèrement la terre loul autour, pour voir pousser des 
liges nouvelles. 

Humboldt assure qu'au pied des montagnes du Mexique deux 
jours de travail par semaine suffisent à un père de faoïMle pour pro- 
r.urer aux siens leur nourriture. 

Eh bien, ces paradis terrestres, où le pain lui-même est cueilli 
comme un fruit, énervent leurs habitants, presque aussi sdrement 
que les déserts glacés du pôle engourdissent l'homme. 

Athènes, au contraire, est devenue la capitale de la Grèce, non- 
seulement au point de Mie politique et littéraire, maïs encore sous 
'e rapport économique, et pourtant l'Attique était l'une des contrée^ 
les plus stériles de la terre. Parmi les nations modernes, nulle n'a 
su acquérir sur un sol aussi restreint tant de richesses que la Hol- 
'ande; et cependant, presque tout son territoire a été conquis par 
l'homme sur la mer. 

' Quelques peuples ont pu conserver pendant longtemps , et 
même accroilre leur riclieste d'usage, soit par un commerce bien 
entendu, soit par une industrie perlectionnée, soit eac^re en eppo-- 
matit d'autres peuples. • '.,'■'' 



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CARACTÈRES Dli LA RICUESSE ÉVALUÉE 



La richesse d'usage d'uim iiiitiun n'est pas d'aulaiil p'us grande 
que les prix des marchandiaes y sont de moins en moins élevés- 
Quanl à ta richesse évaluée, cette dernière progresse avec le priï 
des subsistances, et s'aflaiblit avec l'élévation du prix des mar- 
chandises manufacturées. 



J. 6. Say aflinnait qu'une nation était d'au- 
tanl plus riche que les ctioses y étaient à plus bas 
prix; toutefois, il considérait la démonstration 
de ce prétendu principe; comme l'une des plus 
grandes difficultés de l'économie politique. 

Voici en quels termes il a formulé son ensei- 
gnement : 

« CouMuent se peut-il que la valeur des choses 
« soit la mesure de la quantité de richesses qui 
« est en elles, et en même temps que la richesse 
« d'une nation toit d'autant plus grande ijiie les pro- 
tt duits y ont moin$ de valeur? Pour résoudre cette 
« difficulté, lune des plus grandes de l'économie 
« politique, il faut se pénétrer de cette vérité que 
« toute valeur est relative ; que la valeur d'une 
_, « chose pe peut baisser sans relever la valeur des 
' « cltc^s-^vec laquelle on l'achète. Or, avec quoi 



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ET DE U RIGUESSE D*USAGE. III 

« achelons-nous les produits qui satisfont nos be- 
« soins et nos goùtsî Avec nos fonds productifs 
» ou, si l'on veut, avec les profils qui en émanent 
« et qui composent nos revenus. Par coméqueiU, 
u moint e$t grande la valeur des produits, et plut e$t 
« grande la valeur de nos fonds et de nos revenus. 
« Or c'est là ce qui constitue la richesse des par- 
te ticuliers et des nations, ce qui leur procure de 
« quoi consommer davantage et satisfaire un 
« plus grand nombre de besoins. » 

Cette discussion, sur laquelle l'illustre auteur 
commence parappelermodestement l'indulgence, 
en disant qu'il s'agit d'une des plus grande$ diffi- 
cultés l'économie politique , nous parait très-peu 
concluante. , 

Est-ce que moins est grande la valeur des produits, 
plus est grande la valeur de nos fonds et de nos rêve- 
nus? 

Sans doute il en serait ainsi, si nos revenus, 
nos capitaux, nos fonds industriels et autres, 
étaient indépendants des produits. Hais ce sont 
les produits et leur prix qui déterminent, et la 
valeur de nos revenus et celle de nos capitaux de 
toute espèce. 

Deux économistes d'un grand mérite, H. Am- 
broise Clément et Joseph Gamier, peu satisfaits 
de la démonstration de l'illustre publiciste ont 
essayé d'éclaircir ce sujet. 



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lis CARACTERES DE LA REGDESSB ÉVALUÉE. 

Laissons parler d'abord M. Âmbroise Clément : 
« J. B. Say considérait comme l'une des princi- 
pales difficultés de l'économie politique la solu- 
tion de cette question : « La richesse d'un pays 
« étant composée de la valeur des choses possé- 
« dées, comment se peut-il qu'une nation soit 
« d'autant plus riche que les choses y sont à plus 
« bas prix?» 

c< La question, ce nous semble, n'est pas posée 
ici dans ses véritables termes, car il serait diffi- 
cile d'établir que les pays oii les produits sont au 
plus bas prix sont toujours les plus riches. Dans 
plusieurs contrées, telles, par exemple, que la 
Pologne, ou certaines provinces de la Russie, de 
l'Amérique, de l'Indoustan, les principaux pro- 
duits (les céréales, la viande, le bois, la laine, le 
cuir, etc.) sont à des prix relativement plus bas 
que partout ailleurs, et cependant ces contrées 
sont loin de pouvoir être rangées parmi les plus 
riches. Il nous parait évident que le problème 
qu'a voulu proposer l'illustre économiste français - 
est celui-ci : — La richesse étant composée delà 
valeur des choses possédées, comment se peut-il 
qu'une nation s'enrichisse à mesure qu'elle par- 
vient à abaisser la valeur de ses produits par 
la réduction des frais de production ? — J. B. Say 
répond que les fonds productifs de cette nation 
ont alors plus de valeur, attendu que les ser- 



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ET DE LA RICHESSE D'USAGE. 1i3 

vices qu'ils fournissent s'échangent contre une 
plus grande quantité d'objets valables de toute es- 
pèce ; mais cette solution n'est pas complète; car 
elle n'explique point comment la richesse produite 
(et non pas la puissance de produire) est plus 
grande dans le pays où les progrès de l'industrie 
ont le plus réduit les frais de production et la va- 
leur des diverses espèces de produits. » 

« Four résoudre complètement cette question, 
il faut se rappeler que la valeur est une qualité 
essentiellement relative. Il en résulte que la baisse 
de la valeur amenée par les progrès industriels, 
dans l'unité d'une classe de produits, ne diminue 
pas la valeur de la classe entière, parce qu'elle est 
tout au moins compensée par l'augmentation de 
la quantité produite, tandis qu'elle augmente 
proportionnellement la valeur de tous les autres 
produits relativement à celui où elle s'est mani- 
festée , puisqu'elle leur permet de s'échanger 
contre une quantité plus considérable de ce der- 
nier. » 

Sur quoi M. J. Garnier fait les observations sui- 
vantes : 

« H. A. Clément est de ceux qui ne croient pas 
devoir comprendre dans la Richesse que la Valeur. 
Si, au lieu de restreindre le sens de Richesse à la 
réunion des valeurs ou richesses produites, on y 
comprend celle des richesses naturelles, la solu- 



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iU CARACTÈRES DE LA RICHESSE ËVALDÉE 

tion du problème posé par J. B. Say, et que H. Glé- 
menl a quelque peine à élucider, ne présente plus 
de difliculté. Il devient évident qu'une nation 
s'enrichit (acquiert de quoi satisfaire ses besoins) 
au fur et à mesure que ses richesses naturelles 
s'accroissent, cet accroissement dût-il produire la 
diminution des valeurs, l^comblede l'abondance, 
du bien-être des hommes, serait que tous les 
hommes eussent de tout à discrétion, et que cha- 
cun pût se vêtir, se loger, etc., aussi facilement 
qu'il respire. Alors tous les objets nécessaires ou 
agréables à l'homme seraient gratuits, et la Va- 
leur aurait disparu. En parlant comme H. Clé- 
ment (et les économistes qui prennent le mot Ri- 
chesse dans le même sens restreint que lui, de 
Valeur), on serait arrivé à l'anéantissement de la 
Richesse. En parlant comme nous (et les écono- 
mistes qui résument dans le mot Richesse l'Utilité 
plus la Valeur), on serait arrivé au comble de la 
Richesse. Mais au fond on aurait atteint le même 
but, — l'abondance, le bien-être, r— et il n'y au- 
rait plus ni valeur, ni prix, ni riches, ni pau- 
vres. » 

« En résumé, pour tous les économistes, une 
société, un pays, une nation, sont d'autant plus 
riches qu'ils ont plus de satisfactions pour moins 
d'efforts, plus d'Utilité pour moins de Valeur, 
c'est-à-dire que les choses qui sont nécessaires ou 



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RT DE LA HECHESSE D'IJSAGE. fl5 

agréables à ses membres sont à plus bas prii. » 

Malgré les clartés projetées sur le prétendu 
principe de J. B. Say par deux très-habiles com- 
mentateurs, il nous parait qu'il reste encore 
quelque obscurité à faire disparaître. 

Au moyen de la décomposition de la richesse 
d'un pays, en richesse évaluée et en rtcheue d'usage, 
ta vérité vraie va ressortir avec un éclat des plus 
vifs. 

Occupons-nous d'abord de la richesse évaluée. 

Son équation : 

PR=(fflm(I— N)-l-(i'M'm'(I— N'H-etcH-Mm+M'm' 

-hetc.H-A— C 

va nous démontrer que, par rapport à r« genre 
de richesse, le principe de J. B. Say ne peut se 
soutenir. 

En effet, si m représente le prix de l'hectolitre 
de frament, m' le prix du mètre de la toile de 
coton, Mm{I — N), M'm'{l — N'), seront les revenus 
nets que donnent et la culture des céréales et 
cette fabrication industrielle. 

Or, que se passe>t-il dans la production du grain? 
Le revenu net est une certaine portion (1 — N) du 
produit brut; c'est la moitié environ dans la cul- 
ture ordinaire, le quart ou le cinquième dans la 
culture intensive. Mais dans les deux cas, plus le 



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116 CARACTËRtlS DE U RICUESSE ÉVALIÉE 

prix de l'hectolitre de froment, en temps normal, 
sera élevé, plus le revenu net sera considérable'. 

Ainsi pour les subsistances, car le raisonne- 
ment que l'on vient de Faire pour le grain s'ap- 
pliquerait en général aux autres matières nutri- 
tives, la rie^iesse évaluée sera d'autant plus grande 
que les prix de l'unité des substances alimentai- 
res prendront plus d'élévation. 

Le même raisonnement ne peut être fait pour 
le terme M'm'(I — N') exprimant le revenu net pro- 
venant des toiles de coton. 

Ce revenu net n'est pas d'autant plus élevé que 
le mètre de tissus est plus cher; c'est l'inverse qui 
a lieu. 

Généralement, les bénéfices de l'industriel pro- 
gressent avec la quantité des fabrications, et les 
fabrications se multiplient, aussitôt que le prix 
de l'unité des marchandises confectionnées s'a- 
baisse. 

Cette distinction est des plus importantes. Elle 
résulte de l'examen qui est à faire de chaque na- 
ture de marchandises. 

Remarquons-le, la consommation des subsis- 
tances est à peu près fixe relativement au même 
individu ; car il ne peut guère employer chaque 
année moyennement pour son usage, qu'un 

' Tout te monde sait que le prix d'amodiation des domaines s'ac- 
crojt avec le prix des céréales et celui des bestiaux. 



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ET l>Ë LA KICUSSSB D'USAGE. tt7 

nombre déterminé d'hectolitres de froment et de 
kil(^rammes de viande. 

Aussi, l«s pris venant à baisser, le consomma- 
teur n'achètera pas une plus grande quantité de 
ces marchandises; l'agriculteur ne sera donc pas 
sollicité à accroître ses productions, car plus il 
les multiplierait, plus il tendrait à les avilir. 

Ouant aux articles manufacturés, c'est bien 
différent. 

Une personne peut, pendant le même temps, 
user d'une quantité très-variable deces articles, 
et surtout quand il s'agit de mètres de tissus. Or, 
comme les débouchés sont d'autant plus nom- 
breux que les prix sont moins élevés, la fabrication 
de cette sorte de marchandises grandit au fur et à 
mesure de leur dépréciation monétaire, et sans 
que cependant elles soient avilies dans leur prix, 
parce que le plus grand usage qui s'en fait main- 
tient leur valeur à un taux rémunérateur. 

Nous ajouterons que plus on confectionne 
d'objets manufacturés de la même espèce, plus les 
frais généraux diminuent; et que ces mêmes frais 
ne diminuent guère lorsque la production des 
denrées nutritives augmente. 

Ces diverses raisons expliquent comment il se 
fait, en général, que les bénéfices des indus- 
triels, bien loin de s'accroître avec le prix de 
l'unité de la marchandise, ainsi qu'il en est pour 



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118 CARACTÈRES DE LA «IGHESSE ÉVALUÉE 

le grain, sont au contraire d'autant plus grands 
que les prix baissent davantage. 

La ricke$se évaluée d'une nation sera donc d'au- 
tant plus importante que les subsistances y seront 
normalement plus chères et que les articles ma- 
nufacturés pourront y être payés à meilleur mar- 
ché (toutes autres choses étant égales d'ailleurs). 

Aussi royons-nous l'Angleterre, la France, la 
Hollande, la Belgique, où les aliments sont coû- 
teux et les produits de fabrique à bas prix, avoir 
une richesse évaluée très-supérieure à celle de la 
Pologne, du Maroc, de la Russie, où les subsis- 
tances sont à bon marché et les objets manu- 
iacturés très-chers. 

Il n'est donc pas vrai de dire que la ridieue 
évaluée d'un pays est d'autant plus grande que 
toutes les marchandises y coûtent moins. Et le 
principe posé par Say manque de justesse, lors- 
qu'il s'applique à la richesse évaluée. 

Considérons maintenant la richesse d'usoje, et 
examinons si une nation en sera d'autant mieux 
pourvue que les prix des marchandises seront 
moins élevés. 

L'équation de la richesse d'usage est : 



P(am- 



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ET DE LA RICUESSE D'USAGE. 119 

M M' 

En appelant r,r', etc. Jesfractions—^ —:(r,r', etc., 

désignant les quantités de marchandises de toute 
sorte, fabriquées dans le pays, ou échangées avec 
le dehors, qui reviennent, en moyenne et annuel- 
lement, à chaque individu), nous aurons 



ii-i-a'm'-\-etc.-\-l 



Sans doute, à mesure que les prix m, m', etc., 
des marchandises diminuent, c'est en général l'in- 
dice que les quantités de ces marchandises, dont 
chacun peut user, sont de plus en plus fortes, 
et que r, r', etc., augmentent ainsi que la 
richesse d'umge. Mais cet indice n'est pas infail- 
lible, r, /, etc., et avec eux la richesse d'usage 
peut fort bien diminuer, lorsque ni, m', etc. (les 
prix) s'avilissent. 

Pour le démontrer, supposons qu'une nation, 
principalement agricole, engagée dans les voies 
du système protecteur, puisse vendre le froment 
à raison de 15 fr. l'hectolitre, et le fer à raison 
de 0,60 cent, le kilogramme. Si le libre échange 
vient à se substituer à cesystème, et faire baisser 
le fera 0,50 cent, le kilogramme, et le grain à 
10 fr. l'hectolitre, cette nation, qui dans le pre- 
mier cas se procurait 25 kilogrammes de fer avec 



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130 CAHACTËRËS DE LA RICUKSSB ÉVALUÉE 

un hectolitre du froment qu'elle produit spécia- 
lement, ne pourra plus, en étant soumise au ré- 
gime du free irade, échanger un hectolitre de fro- 
ment que contre vingt kilogrammes de fer'. D'où 
il résulte que sa richesse d'usage diminuera arec 
l'avilissement des prix, puisque le froment bais- 
sant de prix, il n'en sera pas produit une plus 
grande quantité. 

Certes, le fait que nous venons de citer n'est 
pas commun, mais encore il s'oppose à ce qu'on 
puisse dire d'une manière absolue que la richesse 
d'usage d'un peuple s'augmente, lorsque les prix 
de toutes les marchandises s'abaissent. Du reste, 
la forme de l'équation ci-dessus le prouve, car 
dans des limites assez étendues, cette équation est 
indépendante de la valeur des facteurs (prix) 
m, «(', etc.'. ' 

Nous ajouterons qu'aux moments de crise occa- 
sionnée, soit par des encombrements de marchan- 
dises, soit par des révolutions, les prix diminuent, 

' Celte circonstance peut très-bien se produire, lorsqu'une na- 
tion doil envoyer son grain au loin, afin de lui trourer un débou- 
ché, tandis qu'on lui vend des articles ayant une valeur numéraire 
bien supérieure à ce grain, relativement au poids et à l'encombre- 
ment. 

* Celle obsei'valion présente une nouvelle différence entre la 
ridtesse d'usage et la richesse évaluée; car la première richesse 
pcul Être indépendante dp la hausse ou de la baisse des prin, tan- 
dis que la seconde en dépend essentiellement. On voit au surplus, 



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ET DE LA richesse: D'USAGE. '1Ï1 

et que cependant la richesse d'usage est bien loin 
rl'avoinnie tendance à s'accroître. — N'avons-nous 
pas vu, en i 848, le prix de toutes choses s'avilir, 
et néanmoins la richesse d'vsage être moindre que 
dans les dix années précédentes, où ces mêmes 
choses se maîiitenaientà un taux plus élevé? 

11 est à noter que la richesse d'usage d'un peuple 
s'augmente toujours, lorsque le prix des articles 
importés qui lui sont essentiels et qu'il ne peut 
fabriquer que très-chèrement, diminue. Mais, si 
ces articles sont susceptibles d'être confectionnés 
parles regnicoles, même à un taux un peu supé- 
rieur à celui de l'étranger, pourvu que de leur 
fabrication résulte un débouché considérable, 
n'exigeant que peu de frais de transports pour les 
autres marchandises indigènes, il est très-possible 
que, malgré cette supériorité de prix, la rirhesse 
d'usage de ce peuple devienne plus grande. 

La remarque que nous venons de faire est des 
plus importantes, et nous y reviendrons bien des 
fois. — Les partisans du libre échange s'imaginent 
que la richesse d'un peuple s'accroît toujours, 
lorsque ce même peuple peut acquérir les mar- 
chandises d'importation avec moins de numé- 
raire que celles qu'il fabrique lui-même. Ce meil- 

parlaformede l'équation, que l'on ne peuljugrr de la richesse da- 
sage des nations par Ip bas prix des marchandises (comme le pré- 
tendait J. B. Say). 



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1^3 CARACTÈRES DE LA ItlCUESSE ÉVALUËE 

leur marché bien des fois n'est qu'une illusion. 
11 s'agit uniquement de savoir, quant à la richesse 
d'usage, si avec les denrées qu'un pays produit na- 
turellement, en abondance, et sans grands efforts, 
soit grains, soit vins, soît chanvres, etc., il peut 
se procurer, par l'échange direct ou indirect de 
ces denrées, une plus forte quantité d'articles im- 
portés, qu'il ne le pourrait en fabriquant ces 
articles, sous le régime de la protection; ce qui 
diffère singulièrement de l'acquisition (Je ces 
mêmes articles au meilleur marché monétaire. 

L'assertion de J. B. Say étant reconnue inexacte 
quand on l'applique soit à la richesse évaluée, soit 
à la richesse d'usage, voici des vériiés que l'on 
ne peut contester. 

i" Dans un pays, la baisse du prix des objets 
de consommation résultant en général de ce que 
ces objets deviennent de plus en plus abondants, 
cette baisse est une annonce, un indice que la ri- 
chesse d'usage s'augmente ; toutefois cet indice est 
~'loin d'être infaillible. 

2° On ne peut juger même approximativement 
de larichesse d'usagede divers peuples parle prix 
des marchandises qu'ils consomment. 

5° La richesse évaluée d'un pays estd'autanl plus 
grande que les prix des subsistances y sont nor- 
malement plus élevés, et que les objets manufac- 
turés s'y vendent à un prix moindre. 



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ET DE LA RICHESSE D'tlSAGK. 



La puissance d'une nation peut èlre mnurée, jusqu'à un perlain 
puinl, par sa richesse évaluée. 

L'expression de la richette émluée dans sa forme 
{générale 

PR=rfM7n([— N)H-MiiH-A— C 

est l'évaluation en numéraire de toutes les mar- 
chandises que possède un peuple, déduction faite 
de ce que réclame sa consomniation pendant 
l'année. 

Cette expression ne représente pas exactement 
a somme en espèces dont il peut disposer à un 
moment 'donné; car, si toutes les marchandises 
qui lui appartiennent étaient mises en vente à la 
fois, elles subiraient une très-forte dépréciation. 

Mais l'expression de PR est proportionnelle, 
chez tous les peuples, à la quantité de numéraire 
qu'ils peuvent réaliser, en écoulant leurs mar- 
chandises dans un même temps. Elle est donc 
proportionnelle au numéraire disponible, et par 
conséquent elle peut en servir de mesure. 



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1S4 CARACTÈRES DE U RICHESSE ÉVAL[IËE 

Or n'avonsnous pas vu, dans le chapitre pré- 
cédent, que la force et l'inflnence d'une popu- 
lation, à notre époque, étaient en général d'au- 
tant plus notables que cette population cuvait 
réaliser plus de numéraire? 

La valeur de l'K est donc aussi la mesure de 
cette force, de cette influence. 

Quelques auteurs pensent que les moyens d'ac- 
tion d'un peuple peuvent être déterminés par 
la valeur de son produit brut. 1. B. Say, qui pa- 
rait partager cette opinion, est allé même jusqu'à 
dire qu'il était indifférent pour une nation que 
son capital terre eût ou n'eût pas une grande 
valeur monétaire. D'autres publicistes ont avancé 
que les moyens d'action d'un peuple sont propor- 
tionnels à son produit nel. 

Toutes ces appréciations, d'après ce qui vient 
d'être démontré, manquent donc d'exactitude; 
mais, afln de ne laisser aucun doute à cet égard, 
nous présenterons encore quelques observations. 

Voici un tableau relevé sur les statistiques les 
plus récentes \ dans lequel on a mis en regard, 
pour divers pays agricoles et manufacturiers, 
la valeur du produit brut, l'impôt, et le rapport 
entre l'impôt et la valeur du produit bnil. 

< Les nombres qui Hgurent dans ce tableau sonL estrails de la sta- 
tistique de la Russie par Tt^oborsky, des Charges de l'Agriculture 
par Maurice Block, de TAnnuaire de Guillaumin, elc. 



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ET DB LA RICBESSE D'USAGE. 



i ïjtLBnit ba FHODtItT BBUT, 

L'wrAT II LA TÀLEDR DO PHODUII MOT 






La Russie 9.000,000,000' MOO.OOO.OOO' 

La Prusse 4,000,000,000' 400,000,000' 

Les États-Unis . . . . 6.000,090,000' 450,00<»,000' 

L'Espagne 4.300,000.000' 444,000,000' 

LaSaie 2,012,000,000' Si.000,000' 

Le Danemark 400,000,000' 48.600,000' 

La Suède et la Norvège . 347,000,000' 57,000.000' 

L'Autriche 5,800,000,000' 500,000,000' 

L'Angleterre 16,000,000,000' 3,200,000,000' 

La France 12.000,000,000' 2,000.000,000' 

La Belgique 1,000,000,000' 141,000,000' 



D'après ce tableau les nations agricoles payent 
en impôts environ le dixième de la valeur de 
leur produit brut, tandis que le rapport entre 
l'impôt et le prix du produit brut, chez les nations 
manufacturières, est à peu près de un sixième 
à un septième. Ce résultat serait une véritable 
anomalie, si les ressources d'une nation, qui en 
général se témoignent par l'impôt, étaient pro- 



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I3C CARACTÈRES DE LA RICHESSE ÉVALUÉE 

porlionnellcs à la valeur du produit brut; mais, 
si c'est en majeure partie d'après l'expression de 
la rif^eate évaluée que se règle l'impôt', cette 
anomalie disparaît complétemeat. 

En elîet, les capitaux ne sont-ils pas beaucoup 
moins abondants, relativement au prix du produit 
brut, dans les pays agricoles que dans les pays 
manufacturiers'? 

Si cela est vrai, ces derniers pays, tout natu- 
rellement, peuvent être frappés, relativement à 
leur produit brut, de taxes plus élevées. 

Les rapports entre l'impôt et la valeur du pro- 
duit brut indiqués par le tableau deviennent 
ainsi, à égalité de population, un indice de la 
force des peuples. 

' La ricketu évaluée est assez bien la mesure des emprunts que 
peuvenl faire les naUons, mais les impdts qu'elles sont suscepti- 
bles de payer ne sont proportionnels à cette rùAetse évaluée qu'au- 
tant que toutes choses sont égales d'ailleurs. 

1° Les intèrtls des capitaux doivent être ii peu prés les mêmes. 
Car une nation où les capitaui rapportent sii pour cent, à ^alité de 
nchesie évaluée, sera susceptible d'être frappée de plus d'impôts 
qu'une autre où les capitaux ne rapporteront que trois pour cent. 

3* Les biens doivent se trouver dans des conditions anah^es. En 
effet, s'il arrivait qu'une partie du territoire fût possédée par une 
nation comme propriété commune, cette nation pourrait alors payer 
plus d'impAta qu'une autre, à parité de rickette évaluée, etc. 

• La Russie donne naissance chaque aimée à neuf milliards de 
produits bruts, l'Angleterre à seize milliards. Est-ce que l'An- 
{{leterre ne possède pas im capital plus que double de celui dé la 
Russie? 



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ET DE LA RICHESSE D'USAGE. 1S7 

Cependant en Russie et aux États-Unis, pays 
agricoles, ces mêmes rapports s'écartent très-sen- 
siblement du chifTre habituel que nous avons si- 
gnalé; car chez la première de ces puissances, ce 
rapport est de un huitième, et il est de un trei- 
zième pour la seconde. 

I/explication de cette divergence est très-faeile. 
En Russie, d'après Tegoborski, sur les 40 mil- 
lions de paysans serfs qui s'y trouvent, 20 millions 
travaillent pour la couronne. Par conséquent tous 
les produits nets qui résullentde leurs travaux 
vont au fisc à titre d'impôts. Le rendement de 
l'impôt, en Russie, est donc susceptible d'atteindre 
un chiffre plus élevé que dans les autres pays, 
où la majeure partie des propriétés appartient 
aux particuliers. 

Quant aux États-Unis, les nombres fournis par 
les statistiques ne donnent que le montant des 
impôts qui s'appliquent aux frais généraux. Dans 
ce pays où chaque localité est livrée à son ini- 
tiative pour se régir elle-même, on paye environ 
150 millions, en surplus des impôts indiqués par 
le tableau, pour les administrations spéciales à 
chaque district. Cette somme, en s'ajoutant aux 
450 millions portés ci-dessus, élève l'impôt à en- 
viron 600 millions. Et ainsi il équivaut au dixième 
de la valeur du produit brut. 

Il est à regretter que, faute de relevés statis- 



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138 CARACTËRES DE LA BICHESSE ËVALUËË 

tiques, il soit impossible d'établir, d'après l'expé- 
rience, que les ressources de chaque pays ne sont 
pas proportionnelles à la valeur du produit net. 

Nous dirons cependant que ces ressources, dans 
leur proportionnalité, se rapprochent plus de la 
valeur du produit net que de celle du produit 
brut. Carie terme dUm (I — N) de la richesse éva- 
luée, se rapportant au produit net, a bien plus 
d'action sur la valeur totale de cette richesse éva- 
luée que tous les autres termes dont son expression 
algébrique se compose. 

Objectera-t-on que l'impôt résulte d'un cer- 
tain sacrifice fait par chacun sur ses dépenses 
personnelles (sacrifice qui se montera, par 
exemple, au dixième de la consommation ordi- 
naire), et que, la valeur du produit brut fixant le 
prix des consomma lions annuelles dont une nation 
peut user sans décliner, plus ce produit sera 
élevé, plus l'impôt devra s'accroître. D'où cette 
conséquence : la valeur du produit brut est l'ex- 
pression exacte des ressources d'une nation, puis- 
qu'il est en rapport avec l'impôt. 

Cette allégation ne peut se soutenir. D'abord 
la position financière d'un Ëtat est représentée 
avec bien plus d'exactitude par la faculté plus 
ou moins grande qu'il a de contracter des em- 
prunts, que par l'impôt qui est payé annuelle- 
ment. Ensuite, pour compléter notre réfutation 



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ET m LA RICHESSE D'USAGB. 139 

nous dirons que le produit brut se fractionne en 
deui parties, l'une composant le produit net, et 
l'autre représentant l'acquisition de la matière 
première et les frais de main-d'œuvre nécessaires 
pour confectionner ce produit brut. Or la pre- 
mière partie est la seule qui soit constamment 
imposable; car, si vous faites peser des taxes sur 
la seconde, elles accroîtront ou le prix de la ma- 
tière première, ou celui de la main-d'œuvre, et 
généralement alors elles diminueront la valeur du 
produit net. C'est donc sur le produit net que l'im- 
pôt sera prélevé. Et, si cet effet ne se fait pas 
sentir immédiatement, il ne tardera guère à se 
manifester. 

Nous ferons observer encore, que si l'on impose 
directement la main-d'œuvre et que son prix reste 
accidentellement stationnaire, les classes ouvrières 
ne pourront, dans leur état de souffrance, fabri- 
quer la même quantité de marchandises qu'au- 
paravant'. 

Ainsi le plus souvent, dans celte dernière cir- 
ctHistance, le produit brut diminueraf«t on fera 
décroître la quantité des marchandises sur la 
valeur desquelles l'impôt serait frappé. 

Il est incontestable, cependant, qu'en taxant le 
salaire des ouvriers, cette mesure pourra momen- 

■ Tous Us industriels s.aveRt que, pour donner une grande exten- 
siim à la produciion, il but élever les salaires. 



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150 CARACTÈRES DE LA RICHESSE ÉVALUÉE 

lanément accroître l'impâl; mais la durée de cet 
accroissement est trop éphémère pour qu'on puisse 
en tenir compte dans l'état normal d'une société. 

Certes, plus le prix du produit brut s'élèvera, si 
le rapport entre les frais d'exploitation et la va- 
leur du produit brut resté le même, plus l'impôt 
pourra être considérable. Mais si les prix buc< 
cessifs du produit brut haussent en progression 
arithmétique, tandis que les frais, d'exploitation 
s'augmentent en proportion géoraélrique, les res- 
sources financières d'une nation diminueront. 

Nous ferons valoir cependant une considératiori 
qui montre que, dans certains cas, la valeur du 
produit brut n'est pas toujours indifférente pour 
témoigner des facultés pécuniaires d'une nation. 

Supposons qu'un pays, au lieu de consommer 
son produit brut tout entier, effectue chaque 
année sur ce produit brut de fortes réserves; 
il est certain que ces réserves seront éminem- 
ment susceptibles de taxes, et pourront accroî- 
tre les contributions publiques. Mais la formule 
de la richeue évaluée au moyen des deux ter- 
mes Mm — C, l'un désignant le prix du pro- 
duit brut annuel, l'autre le prix de la consom- 
mation pendant le même temps, tient parfaite- 
ment compte de celte action , que peut alors 
exercer le fisc sur les contribuables. 

Si la puissance d'une nation ou autrement les 



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ET DE LA RICHESSE D'USAGE. 131 

emprunts qu'elle peut contracter, et en partie 
aussi les impôts qu'elle est en état de payer, s'ac- 
croissent avec sa richeue évaluée et sont mesurés 
par l'expression de cette richesse ; ces impôts, ces 
emprunts, sont bien loin d'être liés khricheue 
d'uiage de manière à suivre toujours le mouve? 
ment de cette dernière richesse, soit, qu'elle s'é? 
lève, soit qu'elle s'abaisse. 

L'examen des relations qui existent entre la 
richesse tPuioge d'une nation et les impôts dont 
cette nation peut être frappée va nous conduire 
à des résultats très'importants. 

Considérons d'abord une nation frindptdemeRl 
agricole. 

La richeue d'usage 

|. Mm + M V H- etc. 



P {amH-a'm'-+-etc.-j-0 

s'accroissant avec la diminution des prix des 
marchandises ; et la richesse étmtuée 

PR=dMm(I— N}-hd'M'm'(I— N')H-etc. 
H-MmH~-M'm'H-etc.-hA — C 

décroissant, au contraire, comme ces mêmes prix ', 

' RappeloDMious que, si M correspond mu subsiglanees, dans la 
richesse ivuluée, plus les prii diminueront, plus (iMm (I— Tf) sV 
moindrira. Il «il vrai que, H' correspondant aux mardiandises nu- 



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L33 GARACTÈRBS DS U ROBSSB ÉVALUÉE 

les sacrifices que pourra faire une nation agricole 
en impôts' seront d'autant moins considérables 
que la rkhate tTusage sera plus grande. Donc, 
l'accroissement de la rickene damage d'une nation 
purement agricole est contraire à l'extension de 
sa puissance. 

S'il s'agit d'un peuple manufacturier, peuple 
qui consomme beaucoup plus que les subsis- 
tances fournies par son territoire, la richesse 
d'usage, qui lui est propre, s'accroîtra lorsque les 
prix de toutes les marchandises viendront à bais- 
ser. Mais sar ric/ieue évaluée oa sa puissance, dans 
le cas où P le nombre des habitants n'aurait pas 
varié , au lieu de diminuer, prendra alors une 
marche ascendante. 

En effet m, prix des subsistances, ne peut dé- 
croître que très-peu, puisqu'il est réglé par le cours 
des marchés extérieurs. Le terme iHm (1 — N) 
dans l'équation de la richesse évaluée, 

l>R=rfMw{I— N)+rf'M'm'(l— N')-|-etc.-HMm' 
-hM'(n'H-etc. -h A — C 



nufacturée.4, plus le prix de ces march^idises s'avilira, plus aussi le 
produit d%'m' (I— N') deviendra grand. Mais nous avons supposé 
<iu'il s'agissait d'une nation essentielkment agricole, en sorte que 
nous pouvons négliger ce dernier terme. 

' Nous supposons que les impAts que peut subir une nation 
s'.accroissent et décroissent avec sa richeae éoalvée : ee qui n'est 
pas contestable. 



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ET DE LA richesse: D'USAGE. 153 

ne subira donc que peu de variations; tandis que, 
le prix m' des marchandises manufacturées s'a- 
baissanl, le terme d'Ul'in' (I — N') grandira à me- 
sure que les prix diminueront, l-a ricAesie évaluée 
s'accroîtra donc avec la richeste d'uta^e, bien en- 
tendu si la population reste constante. 

Comme la richesse évaluée diminuerait avec la rt- 
rhesse d'usage, si celle-ci venait à décroître; nous 
l>ouvoos conclure de ces divers raisonnemenlsque 
les pays industriels, en accroissant leur richene 
d'usage dans le cas où la population est station- 
naire, augmentent leur force, leur influence poli- 
tique, et qu'au contraire les pays agricoles, en 
accroissant leur richesse d^usage, perdent de cette 
niême force, de cette même influence. 



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CHiPITRK IV 

DE L'ÉCHANGE 



Généralilés sur l'échange. 



Par leurs importants travaux, nos économistes 
les plus émineats ont élevé, depuis un siècle, un 
monument plein de grandeur, qui mérite l'admi- 
ration publique. Toutefois certaines parties en 
sont mal conçues et ne se lient pas avec l'en- 
semble. 

Sans doute, vu sous certains aspects, ce monu- 
ment parait complet, et fait un honneur extrême 
à ceui qui l'ont édifié; mais examiné sous d'autres 
faces, ses défectuosités deviennent évidenles, et 
J. B. Say, l'un des plus illustres parmi ceux qui en 



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136 DE LtCnANGB. 

ont dirigé la construction, l'a reconnu plusieurs 

fois. 

Nous avons déjà entrepris de reconstituer à nou- 
veau ces portions défectueuses qui nous parais- 
saient indignes de la totalité. 

Notre tâche n'est point finie. 

Parmi les matières qu'embrasse l'économie po- 
litique, l'échange est une de celles qui ont été le 
moins approfondies. 

Cependant, suivant Bastiat, « l'échange, c'est 
« l'économie politique; c'est la société tout en- 
« tière : car il est impossible, dit-il, de concevoir 
« la société sans l'échange, et l'échange sans la 
« société. » 

En s'exprimant ainsi, avec sa faconde méridio- 
nale, Bastiat est- tombé dans l'exagération '. Évi- 
demment, l'échange n'est pas touteT économie po- 
litique, encore moins toute la société. Mais il est 
bien réellement un des principaux objets que la 
science ait à étudier, l'une de ses bases, ou pour 

*. On lit dans YÉconomie politique de J. B. Say le passagi^ siû- 

• On a cru faussement que les échanges étaient le fondement 
« essentiel de la production des richesses. Ils n'y figurent qu'acces- 
t soirement; tellement que, si cliaque famille (comme on en a des 
<r exemples dans quelques établissements de l'Ouest, aux États- 
• Unis) produisait la tolalitû des objets de sa coasommation, la so- 
a ciété pourrait marcher ainsi, quoiqu'il ne s'y lit aucune espèce 
« d'échanges, n 



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DE LtCHAKGE. (5T 

mieux dire, l'un des principaux rouages du méca- 
nisme social. 

Aussi désirons-nous fixer particulièrement l'at- 
tention du lecteur sur l'échange; car cet te partie 
essentielle de l'économique nous paraît appelée à 
un remaniement radical, attendu qu'elle n'a été 
traitée jusqu'ici que d'après des principes erronés 
et des données trop souvent inexactes. 

Les publicistes tes plus accrédités soutiennent 
que, pour accroître la richesse des peuples et la 
hien répartir, il faut laisser toute liberté au tra- 
vail, et charger la concurrence seule de régler les 
prix dans les transactions. 

« Produisez, disent-ils, produisez sans cesse, et 
« TOUS serez riches, parce que l'échange tous don- 
« nera tout ce que vous désirerez. » 

D'après eux, les résultats de l'échange librement 
effectué sont toujours également favorables aux 
deux partiescontractantes. Voici comment J.B.Say, 
le profond économiste auquel on doit la décou- 
verte de ce principe irréfutable que : les produits 
s'échangent contre les proditils, mais qui n'en a pas 
toujours déduit des conclusions très-rigoureuses, 
expose ses idées sur cette matière : 

M Deux valeurs égales se valent l'une l'autre, 
« quoiqu'elles proviennent de deux industries dif- 
« férentes. Et quand la Pologne échange sa prin- 
« cipale production, qui est du blé, contre la prin- 



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138 DE LtCHANtiE. 

■(( cipale production de la Hollande, qui se com- 
« pose des marchandises des deux Indes, ce n'est 
« pas plus la Pologne qui salarie la Hollande, que 
u ce n'est la Hollande qui salarie la Pologne. » 

Si ce raisonnement était fondé, si ces deux pays 
ont toujours échangé valeur égale pour valeur 
égale, pourquoi la Pologne reste-t-elle constam- 
ment pauvre, tandis que la Hollande s'enrichit 
chaque jour? 

Ce phénomène' économique est donc rebelle au 
système du célèbre auteur; système contre lequel 
nous venons protester. 

En nous appuyant sur les distinctions que nous 
avons faites entre la richeue éoaluée et la richeste 
ffatage, et sur quelques autres considérations nou- 
velles, nous espérons démontrer, contrairement à 
l'opinion ci-dessus relatée, que la liberté, loin de 
favoriser également deux nations contractant un 
échange, quelquefois par une action analogue à 
celle du monopole, maltraite Tune, et en même 
temps avantage l'autre. 

< Gondillac avait prévu une partie de la vèrilé, en disant que < si 
•I Ton échangeait toujours valeur véritablement ^le pour valeur 

• véritabiement égale, il n'y aurait point de gain à faire pour les 

• contradants. ■ 

Cependant il s'égare lorsqu'il prétend ■ que toutes les marchan- 
' dises valent moins pour-cdui qui les vend que pour celui qui les 
'" achètCf et qu'elles augmentent de valeur par cela seul qu'elles 
' passent d'une mnin dans une anire. ■ (Voyez annexe, n* 3 } 



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DE LtCUANGE. tâ9 

Assurément, deui personnes qui ont trafiqué 
ensemble, lorsque la fraude n'a pas présidé à 
la transaction, ont presque toujours fait une opé- 
ration utile à chacune d'elles. Les gains seront 
difTérents, leur nature se diTersifiera : Tundes 
contractants se nantira par exemple de i ,000 fr., 
tandis que l'autre n'aura acquis, par l'échange, 
que la subsistance d'un jour, peut-être même 
que la satisfaction d'un moment. Néanmoins, les 
deux parties, agissant avec loyauté, ont dû géné- 
ralement' trouver du profit dans cet acte, autre- 
ment l'échange n'aurait pas eu lieu. Ou bien il 
faudrait supposer que l'un des contractants ne fait 
pas usage de son intelligence, et, dans le cours de 
nos déductions, nousconsidéronstoujoursl'homme 
comme un être raisonnable. 

Bien qu'un marché soit en général avantageux 
aux deux individus qui l'ont passé, il peut arriTcr 
cependant, que le rapport entre leurs nchessei éva- 
luée$ se soit modifié précisément à cause de ce 
marché. S'ils appartiennent au même pays, comme 
aucune richesse n'en est soustraite en raison de 

' tioas disons généraUmetit; car il n'en est pas toujours absolu- 
ment ainsi. 

Pline et Valére Maxime rapportent que. pendant le si^e df 
CasilinumparAnnibal, la disette deK subàstances détint si grande, 
qu'un rat se vendit deux cents deniers. Le vendeur, jgoutent-ils, 
lit le marché le moins avantageux ; car il mourut de faim, tandij; 
que le rat fut pour racquéreur un moyen de sauver sa^ïie. 



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140 BE L'ÉCHANGE. 

cet acte, attendu que ce que perd l'un, s'il y a eu 
perte, l'autre le gagne, aucun motif plausible, dans 
cet état de choBes où des satisractions ont été ac- 
quises par le^ deux contractants, ne s'oppose à la 
réalisation d'un échange quel qu'il soit. 

Il en est autrement lorsque ces individus font 
partie de deux nations; du troc qu'ils font, il peut 
découler de funestes conséquences. 

£n efTet, supposons qu'un échange librement 
stipulé fasse gagner cent mille francs à l'un et 
mille francs à l'autre. Quelles que soient les dou- 
ceurs de toutes natures qu'aient recueillies de cet 
échange les deux contractants, n'est-il pas vrai 
que le rapport entre les rirheneê évalttéei des pays 
auxquels ils appartiennent a varié, et que, si 
l'on continue longtemps des transactions pareilles, 
elles peuvent aboutir à compromettre l'indépen- 
dance du pays dont les bénéfices, évalués en es- 
pèces, sont les moins considérables? 

La plupart des économistes n'ont observé ni ces 
inégalités dans les profits pécuniaires qui procé- ■ 
daient de l'échange fait suivant les prix courants, 
ni l'influence que ces inégalités exerçaient sur la 
richesse relative des peuples. 

L'étude des inégalités dans les résultats de l'é- 
change nous révélera le mystère des sources de 
l'opulence decertains peuples, et nous fera com- 
prendre comment ils ont pu accaparer, sans 



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DE L ÉGUANGE. Ul 

apparence spoliatrice, les richesses de la création. 

Les résultats de l'échange peuvent encore s'ap- 
précier d'une autre manière qu'en espèces; ainsi, 
en considérant le nombre des journées de travail 
qui ont été employées, dans chacune des nations 
contractantes, ix fabriquer l'objet échangé, lorsque 
l'on a égalisé les autres frais de fabrication. 

En euivant cette nouvelle voie, nous montre- 
rons que certains peuples, qui troquent deux ob- 
jets de prix égal, ou de valeur égalisée par un 
accord commun, permutent quelquefois, les au- 
tres frais de fabrication étant les mêmes, une se- 
maine, un mois et plus d'un travail assidu, con- 
tre une seule journée occupée à un travail peut- 
être moins fatigant, dans un pays plus favorisé. 

Cet autre mode d'apprécier les échanges nous 
sera très-utile, quand il s'agira de juger du chan- 
gement qu'ils font subir aux richeises évaluées de 
chacune des parties qui traitent ensemble. 

D'après les doctrines usuellement enseignées, 
pour arrivera la fortune il faut produire au meil- 
leur marché possible, en s'aidant de l'épargne et 
des forces naturelles. 

Les études auxquelles nous nous sommes livré 
nous permettent d'assurer, d'une manière positive, 
que l'extrême opulence est due bien plus souvent 
à une saine appréciation des phénomènes écono- 
miques, qui fait diriger les facultés de l'homme 



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119 OK L'ÉCHANGE. 

vers la confection de certains produits, plus favo- 
rables que d'autres h la multiplication de la ri- 



Et pourquoi? Parce que ces produits donnent 
lieu aux échanges les plus lucratifs. 

Connalt-on, en Europe, beaucoup de particu- 
liers qui aient dû une grande fortune aux travaux 
agricoles'? A-t-il existé, ou existe-t-il, dans la 
même partie du monde, des nations qui aient 
Jenu, ou tiennent de ces travaux seuls une grande 
rirkene évaluée? On serait embarrassé pour les 
trouver. 

Les exemples, au contraire, se présenteraient 
en foule, s'il fallait dire quels sont les individus 
ou les peuples parvenus à un haut degré d'opu- 
lence, uniquement avec le commerce ou l'in- 
dustrie. 

Si encore on pouvait taxer les travailleurs 
agricoles de paresseux, de dissipateurs; mais 
tout le monde connaît leur ténacité au travail, 
l'ordre et la sobriété dont ils font preuve jour- 
nellement. 

' On a remarqué, dit Sinclair, qu'il est rare qu'un fennier s'en- 
l'icbisse. 

D'après Smith, un jeune boimne qui, au lieu de s'adonner au 
commerce ou à l'industrie, emploierait deux ou trois mille lifres 
sterling h acheter et faire valoir une propriété territoriale, pour- - 
raàt espérer de mener une vie lieoreuse et indépendante, mais de- 
vrait dire adieu pour jamais à toute espérance de grande fortune. 



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DE L'ÉCHANGE. i« 

C'est que la production et l'échange dés céréales 
et de la viande procurent bien moins de béné-. 
Ttces que l'industrie manufacturière ou voiturière. 
C'est que l'industriel ou le commerçant échangent 
souvent, toutes choses égales d'ailleufs, une jour- 
née de leur travail contre plusieurs journées du 
labeur de l'homme des champs. 

Voyez les Israélites domiciliés à Paris, presque 
tous adonnés au négoce; leur fortuné inoyenne 
est environ dïi fois plus considérable que la 
moyenne des fortunes de tous les Français 
qui, pour la plupart, ne s'occupent que d'agri- 
culture. 

Si l'échange peut ainsi se faire, que l'oii troque 
une marchandise qui a exigé une journée de tra- 
vail contre un objet ayant nécessité pour sa con- 
fection un temps dix fois plus long, en tenant 
compte des autres frais de fabrication, il s'ensuit 
que certains individus, et ce sont les agriculteurs, 
comme nous le verrons plus tard, gagnent im; 
tandis que les industriels et les commerçants ga- 
gnent dix. Et lorsqu'on vient à dresser le bilan 
général de la rieke$se évaluée des nations, on trouve 
que les pays commerçants et industriels ont dix 
fois plus de richesses que ceux dont lés popula- 
tions se consacrent prioci paiement à la culture 
de la terre. 

11 ne s'agit donc pas seulement de redoubler 



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Ul DE L'ÊCUANGE. 

d'efforts, de compter sur l'épargne, pour bâtir 
l'édifice de sa fortune, il faut encore méditer l'é- 
change, approfondir les théories qui le concer- 
nent, et , quand on le pratique, chercher à s'appro- 
prier ce qu'il offre de plus avantageux. 

Une difficulté que nous allons signaler a peut- 
être été cause que jusqu'ici les économistes n'ont 
pu reconnaître ce que l'échange offre parfois 
d'inconvénients à l'un des contractants. 

Voici cette difficulté : Lorsqu'une marchandise 
vient à être vendue, ce n'est le plus souvent 
qu'après une longue étude que l'on peut distîn-. 
guer, dans le numéraire donné en retour, et la 
part qui solde l'intérêt du capital', et celle qui 
doit être attribuée aux journées de travail. Si 
même cette distinction peut être faite dans quel- 
ques cas particuliers, en général, elle -est im- 
possible. 

En effet, s'agit-il de céréales, il ressort de l'é- 
tude des faits que, si, dans un pays, elles s(mt ha- 
bituellement à un taux minime, le capital terre 
est toujours à bas prix, la main-d'œuvre pouvant 
être chère, comme aux États-Unis, ou faiblement 
rétribuée comme en Russie. 

La vente des céréales se fait-elle ordinairement 
à un prix élevé, on peut être certain que le capï- 

* Le capital comprend ici non-seulement l'êpai^e, mais encore 
le» matrices servant à la production; la terre par exemple. 



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DE L'ÉCHAflGB. Ui> 

Ul terre et la main-d'œuvre ont une râleur en 
rapport avec celle de ces denrées '. 

Ainsi la cherté habituelle des céréales annonce 
toujours le haut prix du capital et de la main- 
d'œuvre ; tandis que du bas prix des grains on 
pent conclure seulement que la valeur du terri- 
toire sur lequel ils se récoltent' est minime. 

Examinons les produits de l'industrie. Dans un 
pays où leur achat est coûteux, le capital machine, 
le capital numéraire, le capital intelligence, sont 
habituellement rares, et par suite à un prix 
élevé. Tantôt la main-d'œuvre peut y être à bon 
marché, comme en Russie, et tantôt très-chère, 
comme dans certaines parties de l'Amérique. 

Si, au contraire, les articles industriels sont à 
bas prix, c'est que les diverses espèces de capitaux 
dont nous avons parlé ci-dessus sont à profusion 
et au rabais, tandis que la main-d'œuvre est ré- 
munérée largement. 

Quant aux articles d'art et de goût, pour la 
création desquels l'intelligence joue un grand 
' rôle, le prix de la main-d'œuvre s'accroît avec 
celui de la marchandise, et l'intérêt du capilal in- 
telligence, qui est représenté par le prix de la 

' Exemples ; la France, l'Angleterre, la Belgique. 

* En Russie et aux Êtals-Unis le capiUl terre est à bon marché, 
('ependant, dans le premier de ces pays, contrairement !i ce qui a 
lieu dans le second, les salaires sont à bas prix. 



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148 K L'ÉCHANGE. 

main-d'œuvre, est d'autant plus élevé que ce ca- 
pital est plus rare. Ne fait-on pas exécuter à 
Paris, avec bien moins de dépenses qu'en pro- 
Tïnce, des travaux d'art du même uni, parce que 
le capital intelligence est plus abondant dans 
cette grande cité que dans lesautres parties de la 
France î 

Le prix de la main-d'œuvre n'est donc pas lié 
d'une manière uniforme au prix de la marchandise 
et à celui du capital. Ces prix se suivent, se rap- 
prochent, s'écartent, .et aucune formule simple ne 
détermine les rapports qu'ils ont entre eux. 

Une investigation plus complète des divers ob- 
jets manufacturés, des marchandises produites 
par la culture, de celles qu'on extrait, soit du sein 
de la terre, soit du fond des eaux, ne ferait que 
nous convaincre davantage de ce que nous venons 
d'avancer. 

Il est donc impossible de dire, d'après le prix 
de la marchandise, qui dépend de l'offre et de la 
demande, et qui, pour celte raison, est extrême- 
ment variable, combien de journées celte mar- 
chandise a exigées pour sa confection, même 
quand on connaîtrait le taux de ces journées et 
l'évaluation monétaire de la matière première 
dans les pays de production. Et, lorsque des échan- 
ges s'effectuent, il peut fort bien arriver que deux 
marchandises du même prix aient nécessité, en 



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DE L'ÉCOANGE. 147 

égalisant les autres frais de fabrication, l'une dix 
journées de travail, et l'autre une seule journée, 
sans qu'il soit possible de s'en apercevoir, et par 
suite de juger quel est celui des contractants qui 
bénéficie le plus. 



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Lorsque deux peuples contractent librement un échai^e, le rapport 
entre leurs ricltesses évaluéespeal être modifié par cet échange. 



Pour apprécier exactement l'action exercée par 
l'échange sur les richesseï évaluées de deux nations, 
nous raisonnerons d'abord sur un exemple par- 
ticulier. 

Supposons deux sociétés dans un même pays : 
l'une composée d'artistes, l'autre d'ouvriers agri- 
coles simplement métayers et non-propriétaires. 
Les premiers se livrent à l'exécution intelligente 
en terre glaise {matière sans valeur monétaire) 
de figurines n'exigeant qu'une journée de travail. 
Leurs produits sont échangés, pièce à pièce, contre 
un groupe de denrées agricoles livré par la se- 
conde société. Nous ajouterons que ce groupe est 
d'une valeur commerciale de 20 francs, et a né- 
cessité vingt journées de travail. 

Si l'on admet que toutes les journées destra- 
vailleurs de ces deux sociétés soient employées à 
la fabrication des objets échangés, le prix de 
chaque journée des artistes ressortira à 20 francs; 



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DE LtCHANGE. 149 

tandis que le salaire journalier de l 'agriculteur 
ne s'élèvera qu'à 1 franc. 

Voyons quel est l'effet de ces échanges suc- 
cessifs sur les richesset évaluées de ces deux so- 
ciétés. 

Pour cela, reprenons l'équation de la richesse 
évaluée. 

FR=dMm(!— N)H-Mnn-A— C ' 

Si nous appelons J le prix de la journée des 
agriculteurs, nous aurons 

Mm=365,J.P 

365 étant le nombre des journées de l'année. 
En substituant cette- valeur de Mm dans l'équa- 
tion, on aura 

R=(/.565.J.(I— N)-h565.J.+p— p 

Cette équation représente la richesse écaluée 
moyenne de chaque agriculteur. 

Four déterminer la richesse A)a/u^e des artistes, 
nous prendrons les mêmes lettres, et, pour les 
différencier des précédentes, nous y ajouterons le 
signe ' en vedette ; toutefois d sera supposé le 
même pour les deux sociétés. 

' Voir le deuxième cliapilre. 



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150 DB L'ÉCHANGE. 

On aura doDc 
K=d. 565. J'. (! — N') + 365. i'-hf,—^ 

ou autrement, en remplaçant J' par 20 J qui lui 
est égal, 

R'=d.565.20.J.(I— N')H-565.20.J-}-p—^ 

Comme ces deui sociétés sont composées d'ou- 
Triers, le rcTcnu net est le prix de la journée. Les 
frais étant nuls, N=N'=:0 

De plus, la matière première étant sans valeur 
et le capital matériel étant nul, puisque les agri- 
culteurs ne sont pas propriétaires, il ne reste à 
considérer que le capital immatériel, la pro- 
duction et la consommation. 

Dans le cas où la production serait égale à la 
consommation pour les artistes comme pour les 
cultivateurs, 

565.20.J=^et 565.J=p 

Les deux équations prendraient alors ces deux 
formes : 

R=a.365.J-Hp 

R'=d.365.20.J.+p 
Il est donc manifeste que, dans cette hypothèse, 



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DS L'ËCIUNGB. 151 

la riekeue évaluée de ta société artistique est envi- 
ron vingt fois plus considérable que celle des agri- 
culteurs', c'est-à-dire à peu près en raison inverse 
du nombre des journées de travail appKquéesaux 
objets échangés. 

Si la consommation des individus dans cha- 
cune des deux sociétés, au lieu de différer, était 
la même, et égale à celle des agriculteurs, ce qui 
est très-supposable, puisque tous habitent le même 
pays, la ripkesse évaluée des artistes, dans son rap- 
port avec celle des agriculteurs, d^asserait en- 
core la proportion que nous venons d'indiquer. 

Considérons maintenant deux sociétés dans un 
même pays, composées l'une de fabricants de 
tissus en coton et l'autre d'agriculteurs. Elles 
comprennent chacune, et les propriétaires de 
toute la partie matérielle servant à la production, 
et les ouvriers qui se livrent au travail spécial à la 
réunion dont ils font partie. Les produits sont 
échangés entre ces deux sociétés de telle manière 
qu'un groupe de denrées agricoles, d'une valeur 
de 20 francs et ayant nécessité vingt journées 
de travail, est donné pour dix mètres de tissus 

* Suivant Garey, un ouvrier de l'Amérique du Nord gagne autant 
en onze jours qu'un ouvrier anglais en sûze, un ouvrier français en 
vingt-^uit, un ouvrier du Bengale en soixante-quinze, un ouvrier 
chinois en quaranle-^eux jours. Ces divers nombres , substitués 
dans les équations, détermineraient la richesse évaluée respective d e 
chacun de ces ouvriei's. . 



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151 DE l'A:hange. 

qui n'ont exigé que l'emploi d'une seule journée. 
En conservant aux lettres adoptées dans 
l'exemple précédent les mêmes significations, la 
riehene évaluée moyenne des agriculleurs sera dé- 
terminée par l'équation 

PR=d.365.J. P. (I— N)-h365. J. P+— C 

et celle des industriels par 

FR'=rf. 365. J'. P'. (1— N')+ 365. J'. Fh- A'— C' 

Hm étant égal à 365. J. P 
Et M' m' à 365. J'. P' 

Or, en admettant que toutes les journées des 

travailleurs des deux sociétés ont servi à la fabri- 
cation des objets échangés, J=20. J' et l'équa- 
tion de la richesse évaluée des industriels se pré- 
sente sous cette forme : 
FR'r^rf. 365. 20. J. P* {I— N) -+- 365. 20. J. P' 
+A'— C 

En divisant chacune des deux équations ci- 
dessus respectivement par P et P', on aura 

R = d.365.J.(l— N') H- 365.J-h-jP-^ 

R'=d. 365. 20.J.(l— N')H-365. 20. Jh-^-=^' 

G'esl-à-dire que, si les frais de fabrication, y 



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DE L'ÉCHANGE. 153 

compris les malières premières, élaieiil égaux, et 
si les consommations équivalaient aux produc- 
tions, la moyenne de la richesse évaluée des indus- 
triels serait environ vingt fois plus considérable 
que celle des agriculteijrs. 

Mais les frais de fabrication sont loin d'être les 
mêmes. D'abord le salaire des industriels est ha- 
bituellement plus élevé que celui des agricul- 
teurs. Ensuite, on sait que si, pour les agricul- 
teurs, N peut habituellement être considéré 
comme étant égal à 1 2 (puisque le mot métayer ' 
indique, d'après son étymologie, que l'ouvrier 
cultive à moitié fruits), dans l'industrie, N' rap- 
port entre les frais et le produit brut, est en gé- 
néral de neuf dixièmes, ce qui donne à 1 — Pi' la 
valeur de un dixième. 

Les expressions R et R' se modifient donc de la 
sorte : 

R=rf. 365. J. i-h565. J-h^^ 
R'= d. 565. J. 2 -h 565. J. 20 +^^^ 

En jetant les yeux sur ces deux équations, il de- 
vient sensible que la richesse évaluée, moyenne des 
industriels, est environ quatre fois plus grande 
que celle des agriculteurs, et qu'elle primerait en- 

< Hé(a)er vkuldumal laliii medietas, nioilii^. 



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core bien davantage celte dernière' richesse, si, 
au lieu de consommer leurs produits bruts, les in- 
dustriels faisaient, chaque année, des réserves sur 
ces mêmes produits pour accroître leurs capitauï. 

On voit ainsi qu'en tenant compte des frais de 
fabrication , les rkhessex évaluées de ces producteurs 
échangistes ne sont plus dans le rapport inverse 
du nombre des journées de travail passées aux 
articles échangés; mais que ces richesses évaluées 
présentent une différence, qui est à l'avantage des 
producteurs ayant travaillé un temps moins long. 

Nous devons en conclure que, par suite d'échan- 
ges d'objets de prix égal, deux pays peuvent voir 
bien souventleursncAeïJ((?)(A;a/«^cs prendre des va- 
leurs diverses, lorsque ces objets n'ontpas réclamé, 
pour leur confection , le même nombre de journées 
et en même temps les mêmes frais de fabrication'. 

Il ne peut donc plus être dit qu'en échangeant 
des marchandises de pareille valeur monétaire, 
deux nations retirent un avantage égal d'échan- 
ges ainsi pratiqués; et c'était avec raison que 
l'on avait mis un bandeau sur les yeux de 

' Dans ces équations, nous avon.^ supposé d—d' {d,d' étant les coef- 
lidents du crédit), parce qu'il s'agit du même pajs. Mais, si l'é- 
change avait lieu entre deux nations dilTérentes, celle qui serait 
manufacturière aurait encore plus d'avanlage, parce que (f serait 
plus grand que d. 

* Nous i^tiendrii)ns parfi-iis des résultais analt^ues. si nous oib- 
sidérions raction de l'échange sur la richesse d'usage.. 



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DE L'ÉCHANGE. 155 

Plulus, car on ignorait de quelle raaoière il dis- 
tribuait ses faveurs. 

Maintenant, lorsqu'une puissance voudra com- 
mercer avec une autre, il faudra, en substituant 
dans l'équation de la richesse évaluée, et les frais 
de fabrication relatifs à la matière première et 
le nombre des journées de travail employées aux 
articles d'échange, examiner si ce commerce 
présente une balance favorable. 

Il estdoncmanifestequ'une nation qui consent 
à des échanges basés seulement sur le cours du 
marché peut accepter le rôle de victime. Cette 
nation, on ne peut plus le contester, subit parfois 
une véritable exaction, bien que, par ignorance, 
elle s'y prête sans aucune difficulté. 

Si dans le trafic entre la Hollande et la Pologne, 
trafic dont nous avons parlé précédemment, cette 
dernière puissance échangeait plusieurs journées 
de travail contre une seule, toutes autres choses 
égales d'ailleurs, rien ne serait plus facile que 
d'expliquer comment la Hollande s'enrichissait 
toujours, tandis que lîi Pologne s'appauvrissait 
relativement de plus en plus. 

Nous nous assurerons plus tard que cette hypo- 
thèse n'a rien d'imaginaire. 

Règle générale : dans le trafic libre des pays ma- 
nufacturiers avec les pays agricoles, ces derniers 
arrivent fatalement, pour le motif que nous ve- 



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l.àS Uli L'ËGUAMCB. 

nons de signaler, à déchoir du rang qui semblait 

devoir leur appartenir. 

Sans doute raccroissement de la richesse dans 
les mains de tels ou tels particuliers ne peut 
venir, la plupart du temps, que de l'échange fait 
au taux courant. 

Mais l'échange doit être préparé; il faut être 
éclairé sur les inconvénients et les avantages qu'il 
entraîne avec lui. 

Nous le répétons; un peuple qui ignore les lois 
de l'échange peut devenir, en traitant avec une 
entière liberté et avec l'apparence de l'égalité la 
plus parfaite, le tributaire de ceux qui seront plus 
expérimentés que lui. 

Si l'on se borne donc à produire et à attendre 
de la concurrence seule le dédommagement des 
peines que l'on aura prises, le novice, l'ignorant, 
seront livrés à la merci des gens initiés à nos 
calculs, ou qui seulement ont la prescience de ce 
qui est. 

Comme on n'échange généralement que ce que 
l'on crée, combien ne devons-nous pas être con- 
vaincus qu'un peuple ne doit jamais rester indif- 
férent sur le genre de ses productions? 

Si l'on pense que l'homme n'existe dans un 
pays qu'à la condition de produire certaines mar- 
chandises auxquelles le climat, le sol, se prêtent 
merveilleusement, certes on a raison sous le rap- 



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DE L'ÊCBANCE. 167 

port de la plus grande rkheue d'mage. Via'\s ce 
laisser aller dans la production peut être fatal 
à la richeue évaluée. 

Pour contrarier l'ordre naturel, sans doute 
des difScultés se présentent, mais nous verrons 
qu'elles ne sont pas toujours invincibles. 



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8 5. 



L'elTel des échanges internationaux sur les richesses évaluées des 
peuples aurait pu être pressenti au moyen de l'action journalière 
que les écliai^es d'individu a individu, dans une même nation, 
exercent sur les fortunes respectives de ces mêmes individus. 



Nous avons vu que, lorsque deux peuples con- 
tractaient librement un échange, le rapport entre 
leurs riche$se$ évaluéet pouvait être modifié par cel 
échange. De nombreux exemples vont nous prou- 
ver qu'un marché passé entre deux particuliers, 
quoique avantageux pour chacun des échangistes, 
est de même souvent entaché d'inégalité dans 
ses conséquences par rapport à leurs richetset 
évaluéet. 

Ces exemples qui s'offrent constamment à nos 
yeux auraient dû cependant faire comprendre que 
si, en laissant la liberté seule présider aux trans- 
actions particulières, certaines personnes peuvent 
être atteintes dans leur richesse évaluée, malgré 
la satisfaction qu'elles éprouvent de l'échange con- 
tracté, il devait en être ainsi des nations, lors- 
qu'elles trafiquent ensemble. 



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DE L'ËCHAHGE. i5» 

Ainsi TOUS avez rémunéré même avec largesse 
un professeur qui vous a donné des leçons dont 
vous avez su profiter; ne vous y trompez pas : ta 
marchandise que vous avez livrée est palpable, 
celle que vous avez reçue est, il est vrai , impondé- 
rable; mais vous reconnaîtrez souvent, aux fruits 
de cette dernière, que dans cet échange vous avez 
obtenu un profit plus grand que celui qui a pris 
la peine de vous instruire . 

Dans les fonctions d'instituteur, on rend en gé- 
néral plus de services aux autres qu'à soi-même. 

Les fi-uits de la science ne sont pas Içs seules 
marchandises dont l'échange est plus avantageux 
à la personne qui les reçoit qu'à celle qui les 
livre. 

Parmi tous les objets matériels que fournissent 
fagriculture, l'industrie, et que le commerce se 
charge de distribuer, les marchandises éminem- 
ment conservables, qui, eu égard au prix, sont 
les plus légères, les moins encombrantes, et dont 
la valeur est la plus constante, seront générale* 
ment, après l'échange, plus lucratives pour leui-s 
nouveaux propriétaires, que ne l'auraient été, 
après ce même échange, celles qui ne jouissent 
pas de ces qualités au même degré. 

Un artiste en renom, dont la recette dans un 
concert atteint 10,000 francs, n'échange-t-il pas 
une journée de son travail peut-être contre cinq 



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160 Iffi L'ËCUAKGE. 

mille journées ordinaires, et sa rïeheae évaluée ne 
présente-t-elle pas, par suite de cet échange, un 
grand accroissement, par rapport à celle des per- 
sonnes avec lesquelles il a contracté, bien qu'elles 
puissent être toutes satisfaites de la marchandise 
musicale qu'elles ont reçue? 

Voyez quelle répartition inégale des richesses a 
lieu dans une nation dite libre, à la suite des 
échanges que chacun fait volontairement de la 
journée de travail qui lui appartient I 

En France, tel employé ne touche que 1,000 fr. 
par an, tandis qu'il est alloué t50,000 francs au 
ministre dirigeant. Le petit détaillant vit dans la 
gène, tandis que le banquier et le riche indus- 
triel compteront parfois leurs bénéûces annuels 
par millions. 

Ce serait une eireur de prétendre que la plus- 
value d'honoraires accordée à certaines fonctions 
provientuniquemcntdesdépenses primitives aux- 
quelles sont obligés les titulaires pour leur in- 
struction. Car, si nous estimons à iO,000 francs la 
somme qu'il faut absolument débourser en sur- 
plus pour devenir artiste, industriel, ou admi- 
nistrateur, est-ce que les rémunérations parti- 
culières qui reviennent chaque année aui per- 
sonnes dont l'éducation a été perfectionnée à 
l'aide de cette somme ne dépassent pas en 
moyenne de 600 à 700 francs par an, ce qui est 



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m L'SCBANGE. m 

alloué pour le même temps de travail à l'homme 
qui ne fait guère usage que de sa force muscu- 
laireîEt cependant 600à 700 francs représentent 
l'annuité équivalente à la somme de 10,000 francs 
indiquée ci-dessus. 

Du reste, si ta rémunération des employés se 
mesurait aux frais de leur éducation, divers fonc- 
tioniiaires de l'Etat, qui subissent ordinairement 
des épreuTes difGciles et multipliées, ne seraient- 
ils pas plus rétribués qu'on ne l'est habituelle- 
ment dans le commerce ou l'induslrieî 

Quelle différence toutefois ! 

Hais les gouvernements se servent adroitement 
et efiicacement de l'action puissante qu'exercent 
sur certains hommes et les sentiments d'honneur 
et l'estime de leurs concitoyens, pour réduire 
les dépenses publiques, en restreignant la ri- 
chesM évaluée des personnes qu'ils emploient. 

Avec un peu de réflexion, on reconnaît aisé- 
ment que les mieux rentes dans un État doivent 
cet avantage ' soit à une habileté personnelle, soit 
à celle des deux chefs naturels, le père et la mère 
qui ont dirigé leur éducation. 

Cest donc avec raison qu'au point de vue de la 
richeue évaluée future, une famille fait de grands 
sacrifices pour donner de l'instruction aux jeunes 

■ Bien entendu que l'on Tait abslraclion des richesses qui noue 
ari'iTent. ou par succession, ou par d'heureux hasards. 



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membres dont elle se compose, car cette même fa- 
mille en sera dans la suite amplement indemnisée. 

Cette disparité dans les fortunes, résultant du 
mode habituellement employé pour répartir les 
richesses d'une société, mode qui permet aux 
hommes opulents' d'absorber pour eux ou pour 
les leurs la plus grande partie de ces richesses au 
détriment des pauvres, est probablement la source 
des préjugés depuis si longtemps répandus, qui 
empéchenl encore aujourd'hui les personnes de 
haut rang de se livrer au commerce, surtout au 
commerce de détail. 

Il semblerait que l'opinion ait voulu, au moins 
de ce côté, laisser quelques dédommagements aux 
classes nécessiteuses de la population. 

Presque de loul temps, il est vrai, les rois ont 
fait en France des tentatives pour relever la no- 
blesse de la dérogeance que le trafic en gros lui 
faisait encourir; mais ils regardaient probable- 

' Ils peuvent aisémenl fournir à leurs enfents.instituleurs, maîtres 
de diverses espèces, livres, elc. 

Toutefois, la fortune des parents ne décide pas toujours d'une 
manière absolue de la carrière des enfants. Nous avons connu un«i 
(énune veuve, mère de quatre fils, et possédant pour tout bien cin- 
quante mille flancs. Au lieu de s'assurer à toujours une médiocie 
existence, en vivanten province de ses revenus, elle a dépensé son 
capital tout entier à donner une brillante éducation à sa famille. Et 
aujourd'hui elle doit se féliciter de sa conduite; car ses quatre flis 
occupent de superbes positions, et leurs Miccès résultent de son 
dévouement, et de sa tendre et habile prévoîwice. 



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DE L'ÉCHANGE. 16S 

ment ce genre de trafic, comme exigeant des ca- 
pitaux dont les hautes classes seules pouvaient 
disposer. 

Il résulte de cette exposition, qui n'a nullement 
pour but de rechercher quel est le moyen le plus 
convenable pour distribuer les richesses d'un 
Ëtat, que les populations de divers pays, cellesde 
France par exemple, sont partagées en un jfrand 
nombre de catégories très-inégalement appelées 
à jouir des dons de la fortune, malgré la liberté et 
l'égahté qui président pour tous au choix des 
charges publiques et des carrières industrielles. 
Certains individus sont presque forcément ma- 
nœuvres, tandis que d'autres occupent avec une 
grande facilité des positions où l'on accroît bien 
autrement sa richesse évaluée. 

Delà, c'est-à-dire en passant du simple au com- 
posé, n'a-t-on pas le droit de conclure que parmi 
les peuples le même effet doit se faire sentir, et 
qu'en laissant toute liberté aux transactions inter- 
nationales, les richesses évaluées de ces peuples 
présenteront des écarts aussi grands que les for- 
tunes particulières dans les pays dits libres? 

Dans ce moment, nous entrevoyons seulement 
que la liberté du commerce est quelquefois fatale 
à la richesse évatuéede certaines nations. Plus tard, 
nous mettrons cette vérité hors de doute. 

Pour accroître sa richesse propre et celle de 



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t64 DE LtCBANGB. 

son pays, ici l'individu doit faire germer du grain, 
là mûrir des fruits, plus loin élever des bois, 
ailleurs fabriquer du cidre ou de la bière; dans 
tel pays il faut qu'il s'adonne au commerce, dans 
tel autre à l'industrie. 

Livré à ses propres ressources, il lui sera quel- 
quefois bien difficile de produire utilement. Un 
ministre, veillant sur lesafiaires d'un État, habile 
à saisir tous les indicesde revers et de succès, s'ef- 
forcera d'abord de propager les lumières morales 
et intellectuelles', et en attendant que leur diffu- 
sion soit suffisante, il encouragera les industries 
qui, par l'échange de leurs produits, sont les plus 
aptes à rendre une nation prospère '. 

' Si un pays était assez éclairé, la réiinioD des capitaux, au moyen 
d'entreprises particulières, s'opérerait avec fadlilé, et le gouverne- 
ment devriût laisser faire, sans prendre l'initiative. 

■ Dans ce moment, l'Angleterre parait avoir sur la France un 
avantage décidé pour la production et la vente des marchandises où 
les madiines jouent un grand r6le; tandis que la France a sur sa 
rivale im avantage également décidé pour la production et la vente 
des marchandises qui exigent beaucoup de goût, et où la main d'œu. 
vre joue un grand rôle : ainsi les arlides de Joaillerie, d'orfévrerieï 
les ût^ets de mode, de fanlaisîe en étofles, etc- 



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CHAPITRE V 



E LA RICHESSE ÉVALUÉE CStl LES PEGPLES INDUSTRIELS 
ET AGRICOLES 



Les populations agricoles sont dans une situation moins favorable 
que les populations industrielles , pour acquérir la richette 
évaluée. 



La plupart des merveilles qui, dans nos g:randes 
villes, frappent l'imagination, sont dues à rindus- 
trie manufacturière. C'est à cette industrie que 
les gouvernements pensent être redevables en 
grande partie de la prospérité des peuples qu'ils 
administrent, car iiss' efforcent avec plus ou moins 
de bonheur de lut donner des encouragements de 
toutes sortes. Cours gratuits, avances de fonds, 
exemptions d'impôts, distinctions honorifiques, 
avantages particuliers sur le marché national, 



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fw DE u nicuessE ëvald£e 

avantages même sur les marchés étrangers, rien 
n'est négligé pour faire naître et mettre en jeu 
les aptitudes industrielles. 

Malgré leurs elTorts, les hommes d'État n'at- 
teignent pas toujours le but qu'ils se proposent. 
Alors que mieux vaudrait, dans maintes circon- 
stances, laisser les choses suivre leur cours na- 
turel, quelquefois ils s'obstinent trop à vouloir 
triompher des obstacles inhérents au sol, au cli- 
mat, aux mœurs des populations. Nous verrons 
cependant qu'ils doivent faire de nombreuses ten- 
tatives pour surmonter les difficultés qui se pré- 
sentent, car c'est du choix bien entendu des in- 
dustries que dépendent la force et l'influence 
politique des peuples. 

Afm de nous instruire des facilités plus ou 
moins grandes que l'on trouve soit dans l'agricid- 
ture, soit dans l'industrie, pour acquérir ta ricbeise 
évaluée, nous allons chercher à connaître, et- le 
nombre des journées employées par les travail- 
leurs dans la fabrication des principales mar- 
chandises auxquelles donne naissance l'un et l'au- 
tre de ces deux moyens de production, et les frais 
d'autre espèce que celte fabrication nécessite. Les 
échanges de ces marchandises, faits suivant les 
prix courants, indiqueront ensuite quels sont les 
travailleurs les plus favorisés. 

Une famille de métayers français, composée de 



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CHEZ LES PEUPLES INDUSIItlELS ET AGRICOLES. IBT 

sept personnes, récolte pour sa pari et son usage, 
dans les conditions les plus ordinaires, eo exploi- 
tant un domaine, 42 hectolitres de Iroment *. 

Dans ce chiiïre de 42 hectolitres, nous c(»iTer- 
tissons les substances de diverses aatures : laine, 
chanvre, viande, etc., que le cultivateur obtient 
en même temps par sa culture, en hectolitres de 
froment-, de telle sorte que les 42 hectolitres repré- 
sentent en valeur vénale tout ce que le domaine 
produit pour le cultivateur. 

Mais ce domaine rend en surplus au propriétaire 
une valeur égale, ou 42 hectolitres de froment, 
semences déduites; puisque la culture a lieu par 
métaye», c'est-à-dire à moitié fruits. 

Si, par abstraction, nous admettons que cet(e 
famille de colons paritaires devienne propriétaire, 
ces 84hectobtres, à raison de 20 francs l'un, don- 
neront, pour rétribution de la journée moyenne, 
84 centimes (trois cents étant le nombre des jour^ 
nées effectives que chacun des travailleurs con- 



' D'apris la s(atislique agricole, la coasommalioD moj«iDe eo 
France, pendant une année, est de ItO millions d'hectolitres, ce 
qui fait une consommalion de trois hectolitres par personne. 

En supposant que la valeur monétaire du grain consommé par un 
ouTrier soit la moitié du coût de toutes les marchandises qu'il 
achète pendant l'année pour son usage personnel (et ce cliiffre ne 
s'écarte pas beaucoup de la vérité), chaque membre de la famille 
dont il est question devrait produire annuellement pour lui-même 
siï liedoliires de froment, ou réquivaleiil en numéraire. 



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168 1)E LA ftlCOESSE ËVAUTEE 

sacre annuellement à la culture). Ce salaire moyen 
de 84 centimes est encore assez élevé, en raison 
du prix normal de 20 francs, auquel nous avons 
évalué l'hectolitre, prix qui résulte delà fertilité 
de la terre, de l'emploi de machines perfection- 
nées, de l'intensité du travail, de la densité de la 
population et de sa richesse ; tous éléments qui 
viennent concourir à la fixation du prix, lors- 
qu'on offre et qu'on demande une marchandise. 

En Russie, où la production est accompagnée 
de circonstances différentes, le salaire est inflni- 
raent plus réduit. 

En estimant, d'après Thaer et Block, à 42 hecto- 
litres la quantité de froment nécessaire pour assu- 
rer l'existence de sept personnes composant une 
famille russe; comme cette famille n'emploie que 
ajournées sur 6 à cultiver les terres de son sei- 
gneur, ces terres ne rapportent en produit net, 
tout au plus que la quatrième partie de 42 hecto- 
litres; car l'on sait combien est minime le travail 
effectué par corvées : toutefois pour opérer large- 
ment, nous évaluerons la part du maître au tiers' 
et non au quart de 42 hectolitres, c'est-à-dire à 
14 hectolitres. 

La quantité totale de froment produite annuel- 

< Schmalz donne comme certain le fait suivant : 
Deuï faucheurs du comlé de Hiddkttx fauchent en un jour auUnl 
d'herbe que six serfs russes, et, malgré la cherté des vivres en 



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CHEZ LES PEUPLES INDUSTRIELS ET AGRICOLES. 1«9 

lement par une famille russe s'élèvera donc à 
56 hectolitres, qui, à raison de 10 francs l'un, 
équiraudront à 560 francs'. 

Par cela même, la journée moyenne du cultiva- 
teur russe, que nous supposerons propriétaire, 
comme l'agriculteur français, semonteraà 27cen- 
times. 

La modicité de ce salaire journalier de 27 cen- 
times résulte, entre autres causes, d'un travail ha- 
bituellement très-modéré, de la faible densité de 
la population, et de son peu de richesse. 

En France, l'hectolitre exige donc du laboureur 
24 journées de labeur'. En Russie, ce même hec- 
tolitre en réclame 57 *. 

Si l'hectolitre de blé russe se vend 20 francs 
à Marseille, c'est que la valeur de cette céréale 
est accrue par les frais de transport sur terre el 
sur mer, par les primes de risques pour les ngu- 

Angleterre el leur bon marché en Russie, le fauchage d'une quan- 
tité donnée de Toin coûterait à un fermier anglais un denù-o^tetii, 
et coulerait trois ou quatre copecks à un propriétaire russe. 

M. Jacob, conseiller d'État prussien, a prouvé qu'en Russie, où 
toutes les denrées sont à bon marché, le travail des serfs coûte deux 
foi^aulantque celui de l'ouvrier en Angl<!terre. 

' Nous avons encore haussé outre mesure le prii de l'hectolitre. 
D'après Tegoborski. l'hectolitre de froment est coté ordinairement 
à un prix beaucoup plus bas en Russie, surtout dans l'intérieur de 
l'empire. 

* Résultat de la diiision de SO francs par 84 centimes. 

^ Résultatde ladiiisionde lOfrancspar 37 centimes. 



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170 RE U niCUeSSE ÉVALUÉE 

vires , par les chances d'avaries, par l'emmagasi- 
nage, elc. Cependant l'agriculteur du Nord ne 
perçoit toujours qu'une somme de 10 francs par 
hectolitre. 

Supposons actuellement qu'un échange s'effec- 
tue à Marseille entre un hectolitre de grains, de 
provenance russe, d'une valeur de 20 francs, y 
compris tous frais deconduite, et 40 mètres de tis- 
susen coton, fabriqués en France, et d'une valeur 
de 50 centimes le mètre ; et voyons quelle est la 
rirhcne évaluée qui résulte de ce troc pour chacun 
des producteurs de ces marchandises échangées. 

Nous commencerons par admettre comme un 
fait acquis, reconnu, qu'une famille d'ouvriers, 
qui employait autrefois moyennement une jour- 
née à la fabrication d'un mètre de toile, confec- 
tionne maintenant, grâce au perfectionnement 
des machines, et à la division du travail, 340 mè- 
tres dans le même temps. On ne nous contestera 
donc pas que ces 40 mètres ont pu être condition- 
nés dans une seule journée. 

Précédemment, nous avons supposé que l'agri- 
culteur était propriétaire du champ qu'il cultivait, 
nous regarderons aussi l'ouvrier industriel comme 
propriétaire de l'usine où il est employé, ainsi que 
des machines, et des fonds dé roulement qne la 
mise en activité de cette usine nécessite. 

Four établir un calcul exact qui nous donne la 



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CUEZ LES PEUPLES INDUSTRIELS ET ACHICOLES. 171 

rirhesxe éiJoluée résultante pour les deux éclian- 
gistes (lu troc des 40 mètres de tissus contre un 
heclolitre de froment, nous aurons recours à l'é- 
quation de la richette évaluée, de la forme géné- 
rale : 

dMm(l— N)-|-Mm+A— C ' 
R= p 

Soit R la r.iclic$ie évaluée se rapportant à l'agri- 
culteur russe, 

■- ■ N=;;=i 

. I— N=.- 

Si nous faisons P^37, nous aurons la richeae 
évaluée produite par une journée de travail russe, 
car il a fallu 37 journées pour obtenir un hecto- 
litre de froment. 

En substituant dans réqudlion, et mettant de 
c6té les 10 francs de conduite qui ont été payésù 
un intermédiaire, on a 

„ ,.,0'.i-HlO'+A_C^^,,,._^dO'+A-* 



' Dans cette équation, les deux termeB SV + V ne figurent pas ; 
puisque l'agriculteur et l'ouvrier n'obtiennent en rickeue évaluée 
que ce que rapportent leur travul et leur propriété soit foncière, 
soit industrielle. V étant égal à léro, SV égale ïéro. 

' 42 hectoliU'es, frais de production pour 56 hectoliti-es (produit 
bmt) ; d'après ce qui a été dit dans ce inéjue paragraphe. 



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IT3 DE LA RICUESSE ÉVALUÉE 

R' étant la richeue évaluée qui se rapporte à 
l'industriel. Mous savons que N rapport entre les 
frais et le produit t)rut, est habituellement dans 
l'industrie égal à neuf diiièmes 

I— N=i P=l 

Alors 

B'— d'.20'.f„H-20'H-A— C=<f,2'-|-20VA— C 

Les valeurs de R et R' comparées, témoignent de 
la supériorité de la richesse écaluèe de l'industriel 
sur celle de l'agriculteur, surtout si l'on fait at- 
tention qu'en France d' est beaucoup plus grand 
que ne l'est d en Russie, parce que l'argent se 
prête à un taux beaucoup plus élevé dans ce der- 
nier pfiys. 

Ce résultat, auquel on parvient en tenant compte 
et du nombre des journées et des frais de fabrica- 
tion, dispense de tout commentaire. 

L'échange dont il vient d'être parlé, qui pro- 
cure tant d'avantage à l'industriel, est sans doute 
très-malheureux en raison de l'inégale réparti- 
tion des richesses qu'il produit, mais il vaut en- 
core mieux qu'il soit effectué de cette manière 
que si on laissait le blé pourrir sur place. 

Mais la Russie ne pourrait-elle pas tirer un 
meilleur parti de ses travailleurs? Nous in- 



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CHEZ LES PEUPLES INDUSTRIELS ET AGRtCOLES. ITô 
diquerons plus tard comment cela lui serait pos- 
sible. •• 

Les nombres sur lesquels nous avons raisonné, 
assurément ne sont pas rigoui'eusement exacts; 
cependant, quelle que soit la modification que 
puisse leur faire subir le critique le plus sfevère, 
il n'en résultera pas moins, jusqu'à la dernière 
évidence,' que la Russie, pays agricole, se trouve, 
dans cet échange, bien moins avantagée que le 
pays manufacturier. 



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Les peuples producteurs de Krains restent pauvres eu commer- 
çanl avec les peuples industriels, tandis que ces derniers e'enri- 
cliissenl. 

Un peuple industriel, en s'adressant à ceux qui 
sont plus spécialement adonnés à l'agriculture, 
leur tient à peu près ce langage : 

A quoi bon élever des manufactures dans vos 
pays? Nous fabriquerons toujours les tissus de 
laine, de coton et tout ce qui ressort de l'indus- 
trie à meilleur marché que vous, en raison de notre 
vieille expérience et de l'importance de nos capi- 
taux. — Vos propres intérêts exigent que vous ac- 
ceptiez nos articles en échange des produits pour 
lesquels vous avez une supériorité marquée, pro- 
duits que nous ne pouvons créer à aussi bas prix ; 
car, d'un côté, la concurrence que se font nos fa- 
bricants limite leur bénéfice, et, d'un autre, la 
concurrence de nos acheteurs augmentera le prix 
de vos grains. 

— Si vous prohibez nos marchandises, vous ré- 
sistez à la loi de nature. 



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CHEZ LES PEUPLES IPimJSTBIELS ET ACBICOLES. 17:. 

Cet échange réciproque que nous réclamons 
n'est-il pas en effet indiqué par le simple bon 
sens? La Providence n'a-t-elle pas réparti en une 
quantité de lieu\ difTérents les diverses facultés 
productrices, dans le but de nous faire chérir les 
uns les autres comme des frères; attendu que tous 
nous devons, en nous entr'aidant, servir indivi- 
duellement au bien-être commun? 

Que pouvez-vous craindre en abaissant vos bar- 
rières, surtout lorsque nous vous accorderons la 
plus entière réciprocité? 

Ce discours, qui parait si concluant, si péremp- 
loire, n'est cependant que subtil et spécieux. Et 
pourquoi? parce que l'argumentation est erronée 
au point de vue de la richesse évaluée, bien qu'elle 
s'applique avec assez d'exactitude à la richette 
d'mage. 

Veut-on que cette dernière espèce de richesse 
grandisse partout le plus possible'? Chaque nation 
doit en général accepter les objets qui lui sont of- 
fertsau meilleur marché, et ne fabriquer que les 
raarchandisesdontleprix défie toute concurrence. 

Quant à la richesse étaluée de chaque peuple, il 
faut raisoniier tout autrement! 

C'est en ne distinguant pas ces deux espèces de 

* ^ous verrons plus loin ((u'uiie nation engagée dans les voïch de 
la protcclion ne peut, pour accroître sn rùhesse d'usage, adopter 
les principes <iu libre écliange qu'avec certains mi-iiageinenls. 



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176 DE LA RICnESSE ÉVALUÉE 

richesses, qu'ils été impossible jusqu'ici de réfuter 
d'une manière décisive des arguments qui parais- 
sent aussi plausibles. Toutefois, on ne pouvait 
y attacher une confiance pleine et entière, quand 
l'expérience témoignait, d'une part, que tous les 
peuples qui ne produisent guère que des céréales, 
comme la Russie et la Pologne, sont relativement 
pauvres et inhabiles à s'enrichir; et, d'autre part, 
que ceux qui exportent peu ou point de céréales, 
et beaucoup de marchandises manufacturées, 
comme l'Angleterre, la France, la Belgique, ac- 
quièrent d'immenses richesses. 

Quelques mots nous sulUront pour réduire à 
leur juste valeur les arguments du peuple manu- 
facturier. 

Les denrées de première nécessité, telles que la 
viande et les céréales, sont fabriquées partout; et, 
à l'exception de l'Angleterre, de la Belgique, de la 
Hollande, il est peu de pays qui ne récoltent pas, 
sur leur sol, la quantité d'aliments nécessaire à 
leur subsistance et au delà. 

Dès lors, si un pays se livre à l'agriculture, en 
vue de l'exportation, il ne Irciuvera que peu et 
souvent pas de débouchés. 

Ensuite, la viande et les céréales étant d'une 
conservation difficile, leur vente esttoujours pres- 
sée. Quoique lourdes, encombrantes, très-suscep- 
tibles d'avaries, en général on doit les porter à 



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CHEZ LES PEUPLES INDUSTRIELS ET AGIKCOLES. 177 

une longue distance pour les faire consommer. 
Elles sont donc soumises par suite à une dépré- 
ciation forcée. 

De plus, elles rencontrent de toutes parts une 
concurrence qui tend encore à peser sur leur prix. 

Si, acciden tellement, ces denrées prennent une 
grande valeur monétaire, c'est parce que l'on est 
en temps de disette ; et alors l'agriculteur est lui- 
même, comme tout le monde, dépourvu des mar- 
chandises qui pourraient lui procurer de forts 
bénéfices. 

On pressent ainsi comment les denrées agricoles, 
en raison de leur vente tout à la fois difficile et sou- 
vent nécessitée par une force majeure, permettent 
beaucoup moins au producteur de soutenir ses 
prix, c'est-à-dire de faire en sorte que, lorsqu'il 
trafique avec un manufacturier, la balance des 
journéesde travail employées aux objets permutés, 
compensation faite des frais premiers de toutes 
sortes, soit en sa faveur. 

Il résulte de là que, deux nations échangeant, 
l'uncdes céréales, l'autre des objets manufacturés, 
celle-là fournit une marchandise dont la fabrica- 
tion, lorsqu'on a tenu compte du prix de la matière 
première, oblige à un bien plus grand nombre de 
journées de travail que la marchandise donnée 
en retour. Conséquemment, cette nation perd, re- 
lativement à l'autre, de sa richesse évahiée. 



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478 DE U BICHBSSE ËVAUlfiE 

Cependant il ne faudrait pas croire que tous les 
produits direcis de la terre sont dans le même cas 
que les céréales; il est certains travaux agricoles 
qui sont éminemment profitables à la richette évor 
luée d'un peuple. 

Ainsi, lorsque le terrain et son exposition per- 
mettent la production du coton, des vins uns, 
de l'indigo, etc., le commerce de ces denrées con- 
stituant une sorte de monopole naturel, leur 
échange donne des bénéfices qui peuvent rivaliser 
avec ceux procurés par les articles manufacturés. 



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CDEZ LES PEUPLES IMMISTRIELS ET AGRICOLES. 171) 



g 3. 



A la suite de nombreai échai^es entre les rilles et les campa- 
gnes, la prépondérance politique lltiit par appartenir aux villes. 



Dans une nation , les rapports commerciaux 
entre les villes et les campagnes sont en général 
favorables à la rickeae évaluée des unes et des 
autres. Car le plus souvent les campagnes ne 
traitent avec les villes, et les villes avec les cam- 
pagnes, que dans le but d'écouler le plus avanta- 
geusement possible leurs produits et d'acquérir 
de cette manière une plus grande riches$e évaluée. 

Leur prospérité mutuelle au point de vue de la 
ricAeue évaluée doit même les intéresser égale- 
ment. 

En effet, plus les villes auront de rkhexte àia- 
luée, plus leurs habitants seront à même de don- 
ner un haut prix aux productions de la campagne ■ 
et d'en consommer une grande quantité. Les pro- 
duits delà ville trouveront aussi des placements 



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180 DE LA RICUESSE ËVAUIËE 

plus faciles et plus lucratifs dans les campagnes, 
si la richesse évaluée des agriculteurs s'augmente 
de plus en plus. 

Ce qui n'apparaît pas avec clarté, sans être 
pour cela moins certain, c'est qu'à la suite de 
nombreux échanges effectués de cette manière 
la richesse évaluée des villes prend en général plus 
d'accroissement que celle des campagnes. 

Pourjustifier cette allégation, examinons ce qui 
résuite des transactions qui s'effectuent dans un 
même pays entre l'industriel d'une cité et un la- 
boureur. 

L'industriel sera, par exemple, un ouvrier s'oc- 
cupant de la fabrication d'articles de ferblanterie, 
articles assez façonnés pour que nous puissions 
négliger la valeur de la matière première. Eh 
bien, cet artisan n'applique souvent que six jour- 
nées de travail à l'objet qu'il échange contre 
un hectolitre de grains que lui livre l'habitant de 
la campagne, hectolitre qui est le résultat de 
24 journées effectives de travaux '. 

Nous no contestons pas l'équité de cet acte, 
puisqu'il est fait sans contrainte et de bonne foi; 
mais, dans la répartition inégale de richesses qui 
procède d'un pareil trafic, n'est-ce pas à peu près 
la part du lion qui échoit à l'artisan, etpar suite 

' Chapitre V.pa'.T (60. 



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CQEZ LES PEUPLES INDUSTRIELS ET AtiRICOLElS. I8i 

ce dernier n'acquiert-il pas une richeue évcàuée 
plus grande que celle du laboureur? 

Sans doute, en se reportant à la niélhode em- 
ployée chapitre V, premier paragraphe, pour juger 
si la richesse évaluée du citadin devient plus 
grande que celle du campagnard, il n'est pas 
suffisant de comparer les journées de travail; 
aussi allons-nous tenir compte des frais de di- 
verses natures, tels que ceux de logement, de 
nourriture et d'instruction, qui incombent à cha- 
cun des échangistes, 

Dans les développements où nous allons entrer, 
uous mènerons de front et la supériorité des bé- 
néftces de l'artisan sur ceux de l'agriculteur, et la 
supériorité en richesse évaluée que la ville, lieu de 
résidence du ferblantier, obtient sur la campagne. 

Le logement va d'abord nous occuper. 

En évaluant à 24 le nombre des journées né- 
cessaires pour produire un hectolitre de grains, 
nous avons regardé l'agriculteur comme proprié- 
taire du domaine qu'il fait valoir. 

Pour établir une comparaison exacte entre sa 
richeue évalvée et celle du ferblantier, celui-ci doit 
être regardé aussi comme possesseur de là maison 
qu'il habite. 

Or l'objet fabriqué ne s'élève pas de prix en 
raison de la cherté du loyer que l'on exige soit de 
ta maison où on fabrique cet objet, soit du ma- 



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1B3 DE U RIGHESSS ËVALDËE 

gasin où on le débite ; mais c'est bien ce loyer qui 
prend plus de valeur, parsuite de l'importance des 
gains que l'oç fait sur la vente de ce même objet. 

A qui revient donc le bénéûce de celle plus-va- 
lue dans le prix d'un article de ferblanterie, béné- 
iice qui est une des causes de la hausse du prix des 
loyers et qui sert à payer celte hausse, si ce n'est 
aux artisans dont les immeubles prennent une 
valeur plus considérable? 

Ainsi il résulte de cette plus-value dans le prix 
de la marchandise, lorsque l'on envisage seule- 
ment les frais de loyer, qu'il y a accroissement de 
rkhetie évaluée pour l'Industriel de la ville, pro- 
priétaire de la maison, et accroîssemenl de rkheste 
évaluée pour la ville même '. 

Quant à la nourriture, elle est sans doute plus 
chère pour le ferblantier que pour le laboureur. 

Mais celte cherté est due en grande partie aux 
prélèvements exercés par les octrois, prélèvements 
que l'édilité emploie à faire jouir la cité de mille 
aisances dont l'habitant des campagnes est privé. 
Est-ce que les améliorations qui en résultent n'at- 
tirent pasunemultitude d'habitants riches qui ac- 
croissent encore la richesse évaluée des villes, soit 
par les revenus qu'ils y dépensent, soit par la con- 

' U est sans doute beaucoup d'autres causes qui élèvent la laleur 
des loyers de la ville; mais nous ne tenons compte ici quede celles 
relatives à noU'e siijet. 



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(lUEZ LbIS PEUPLES INDUSTRIELS ET AGRIC(H.ES- 183 

currence des nouveaux capitaux qu'ils apportent, 
concurrence qui élève la Valeur des immeubles de 
ces mêmes villes? 

Cette diminution dans les profits de l'artisan, 
occasionnée par le haut pris de la nourriture, est 
donc à peu près compensée par la hausse de va- 
leur de sa maison, hausse qui est la conséquence 
du développement de la richeue émluée de la 
ville. Il résulte même des droits de l'octroi une 
plus grande rwhette d'mage pour le citadin que 
pour l'homme des champs. 

Certainement, nombre d'ouvriers préféreraient 
se passer du certain confortable qu'offrent les cl' 
lés, voiri! même de leurs délices, et conserver l'ar- 
gent qui leur est enlevé pour qu'ils puissent)' par- 
ticiper; mais il est d'autres travailleurs qui appré* 
cient ces avantages bien différemment. 

Et peut-être beaucoup imiteraient cet employé 
d'un ministère, au traitement de 10,000 francs 
par an, qui refusa d'aller occuper en province 
une place de préfet rétribuée 20,000 francs, et 
cela, par les motifs suivants : il prétendit que cet 
offre d'une plus>value de iO,000 francs ne com- 
penserait jamais pour lui la privation des specta- 
cles, des promenades et des agréments de toute 
sorte de la vie parisienne, dont il pouvait jouir 
avec les émoluments d'une position moitié moins 
rétribuée. 



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181 DE LA RICHESSE ÉVALUÉE 

Une dernière question se présente : l'apprentis- 
sage de l'homme des champs ne serait-il pas de 
plus courte durée et moins dispendieux que ce- 
lui du ferblantier? 

Le temps nécessaire pour faire un bon agricul- 
teur est extrêmement long. La petite étendue des 
terres rationnellement cultivées, la lenteur des 
progrès de l'agriculture, témoignent assez des diffi- 
cultés éprouvées par ceux qui veulent posséder les 
connaissances que cette science réclame. 

Cependant tout homme, robuste ou non, arec 
ou sans éducation, peut être employé aux travaux 
de la terre ; tandis qu'un apprentissage spécial est 
indispensable pour l'état de ferblantier, comme 
pour toute autre profession manuelle. Il y a donc 
là en vérité, comme pour la nourriture, des frais 
dont on doit tenir compte, frais qui sont ce- 
pendant beaucoup atténués par les facilités d'in- 
struction concernant la lecture, l'écriture, le cal- 
cul, que l'on trouve à la ville, facilités qui sont 
souvent refusées à l'homme des champs. 

Mais que l'on ne s'y trompe pas, c'est bien plu- 
tôt la concurrence dans le nombre des travailleurs 
de la terre qui fait baisser le prix de leur salaire 
quotidien que la modicité des dépensesfaitespour 
leuréducation. Car, à mesure queles ouvriers, de 
plus en plus éclairés sur leurs intérêts pécuniaires, 
quittent la campagne pour se rendre à la ville, le 



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CflEZ LES PEUPLES iNDUSTRIELS ET AGRICOLES. 185 

salaire hausse dans les campagnes, bien que les 
frais d'instruction du laboureur n'y soient nulle- 
ment augmentés. 

De toute manière, la différence dans le salaire 
des ouvriers à la ville et à la campagne doit s'ex- 
pliquer ainsi : la concurrence générale assigne 
à l'hectolitre de froment un prix tel, quelesalaire 
de chacune des 24 journées nécessaires pour ob- 
tenir cet hectolitre est inférieur à la rémunéra- 
tion que cette même concurrence fixe pour le 
prix de la journée du travailleur citadin. 

Advienne un jour où la terre soil chargée par- 
tout d'une population excessive : 

— Alors, les subsistances étant ti"ès-recherchées, 
a concurrence les fera hausser de prix, et, par un 
retour inverse, toutes les autres marchandises per- 
dront de leurs valeurs relativement à ces mêmes 
subsistances; 

— Alors le ferblantier sera forcé de passer un 
plus grand nombre de journées à l'article qu'il 
échangeait précédemment contre un hectolitre de 
grains; en supposant toutefois que la production 
de cet hectolitre exige le même temps de travail. 

Nous pouvons vérifier l'exactitude de cette as- 
sertion en jetant nos regards sur les pays manu- 
facturiers et commerçants, où la population est 
très-nombreuse, et dans lesquels les céréales du 
dehors ne peuvent arriver qu'à grands frais, ce 



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186 DE LA RICQESSB ÉVAUIËK 

qui augmente le pm des grains récoltés dans le 
pays même. 

Les échanges que font les cultivateurs indi- 
gènes de leurs grains, contre les objets manufac- 
turés, sont bien plus avantageux dans ces pays 
qu'en Russie et ailleurs , où la population est 
moins dense. 

Les frais d'éducation, pareux-mêmes, ne modi- 
fient donc la rickeue évaluée relative des ferblan* 
tiers que d'une manière peu sensible. 

Ainsi, en suivant le cours naturel des choses, 
de nombreux échanges de la nature de celui dont 
nous avons parlé accroissent la richesse évaluée 
de l'artisan beaucoup plus que celle du laboureur, 
et font que les villes acquièrent une richeste éva- 
luée bien supérieure à celle des campagnes. 

De là, on peut conclure que la richeœ évaiuée des 
villes croit avec celle des campagnes, mais non 
dans la même proportion. 



En nous rappelant que la puissance et l'in- 
fluence des populations sont proportionnelles à 
leur richeue évaluée, nous allons prouver d'une 
autre manière ce qui vient d'être démontré. 

N'est-il pas vrai qu'en France, avant l'extension 



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CHEZ LES PEUPLES INDUSTRIELS ET AGRICOLES. 1S7 
prodigieuse qu'a prise l'induslrie dans les villes, 
la plus grande action politique était exercée par 
les campagnes? 

Au moyen âge, c'était sur les gentilshommes 
résidant au dehors des cités, sur les produits de la 
terre, que se fondait la puissance de l'État. L'opi- 
nion générale, cette reine du monde, ne relevait 
que des campagnes. A cette époque, les villes ne 
remplissaient qu'un rdle très^econdaire; et même 
on appelait par raillerie vilains et on méprisait 
les industriels qui y étaient cantonnés. 

Maintenant, quoique les habitants des villes ne 
composent pas en France la sixième partie de la 
population totale', où (rouve-t-on dans cette na- 
tion la prépondérance politique? Sans contredit, 
la puissance est aux cités. Les rôles sont tel- 
lement changés, qu'on a retourné cette dénomi- 
nation de vilains, et qu'on l'applique aux indi- 
vidus qui résident à la campagne. 

De plus, si l'on évaluait la richesse mobilière et 
immobilière des villes, en tenant compte des pro- 
priétés rurales que les citadins possèdent', ou ar- 
riverait probablement à cette conclusion que les 



■ Dictiotmaire d'Economie politique, arlide Population, de H. Le- 
gojt. 

* Nous devons en tenir compte, car, dans la déWrminaliou de la 
IHcheste évaluée d'un royaume (chap. Il), nous avons fait entrer les 
capitaux que les sujets de ce rojauine possèdent à l'étranger. 



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laS DE LA RICHESSE ÉVALUÉE 

cinq sixièmes de la richesse évaluée française appar- 
tiennent aux populations urbaines, malgré le fai- 
ble nombre dont elles se composent, au moins re- 
lativement. 

Cette supériorité actuelle en richeue évaluée des 
cités sur les campagnes ressort encore de beau- 
coup d'autres considérations. 

Dans les assemblées législatives, n'adopte-t-on 
pas le plus souvent des mesures qui froissent tes 
campagnes et sont favorables aux villes? 

Nos villageois seraient encore bien plus vic- 
times si tes citadins, au lieu d'acquérir en France 
des propriétés rurales, préféraient posséder des 
terres en Angleterre, en Autriche, ou ailleurs. 
Heureusement pour la campagne, ces derniers 
sont intéressés à la ménager jusqu'à un certain 
point, attendu qu'une partie de leurs fortunes s'y 
U-ouve immobilisée. 

De notre temps, c'est doue l'intérêt manufac- 
turier représenté par les villes qui commande en 
France. 

En Angleterre, la prédominance des campagnes 
s'est maintenue en raison des goûts d'une aristo- 
cratie qui fuit la ville et fixe son vrai domicile 
dans ses châteaux '. Mais chaque jour l'influence 

■ En Angleterre, un lord qui vous indique sa. demeure, aurait-il 
palais princier dans une ville, aflccle de donner son adresse à la 
campagne. 



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CDEIZ LES PEUPLES INDUSTRIELS ET AGRICOLES 189 
de l'élément manufacturier des cités gagne du 
terrain et l'action des campagnes décroît de plus 
en plus '. 

" Notre intention n'est pas de critiquer l'orçani- 
sation de la société française. Cette société, en l'état 
actuel, fonctionne de manière à accroître puis- 
samment la richesse évaluée de toutes les classes de 
la population. Nous nous bornons à constater les 
différences de WcAesse* évaluées qui résultent de 
cette organisation pour les diverses parties du ter- 
ritoire. 

Si l'on voulait déduire de notre ai^umentation 
que les habitants des villes sont tous plus aisés 
que ceux de la campagne, on se méprendrait 
singulièrement; car il faut tenir compte de 
l'extrême inégalité qui existe dans la distribution 
des richesses d'une cité entre tous ceux qui y de- 
meurent. 

Ne sait-on pas que, parmi eux, tel individu pos- 
sède une richesse évaluée prodigieuse, tandis que 
tel autre, littéralement, meurt de faim? et ce con- 
traste est d'autant plus réel, d'autant plus frap- 
pant, que la ville est plus peuplée. Mais la 
moyenne de la richesse évaluée des habitants des 
villes est de beaucoup supérieure à la moyenne 

' Le succès de la ligue pour le libre échange des grains en est la 

preuve. 



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m DE LA niCEKSSE ËVALUËE 

de la rickeite évaluée de ceux qui résident au 
dehors. 

Sans doute cet accroissement de la richeite éva- 
luée des villes provient non-seulement de leur com- 
merce avec la campagne , mais encore du com- 
merce d'importation et d'exportation qu'elles font 
avec les peuples étrangers. Il provient aussi des 
fonctionnaires publics qui y demeurent, de la 
population qu'y font aflluer les plaisirs qu'elles 
oETrenl à leurs habitants ; néanmoins les campa- 
gnes contribuent toujours à cette richesse pour 
une grande part. 

Cette suprématie en richesse (!t)a(«^ des cités sur 
les campagnes, d'une capitale sur les villes de pro- 
vince, suprématie qui tend chaque jourà faire des 
progrès, a quelquefois de graves conséquences po. 
litiques; ainsi elle est un des plus grands obsta- 
cles que l'Italie r,encontre pour former une seule 
nation. 

Personne n'ignore que chacun des petits États 
dont se compose cette intéressante contrée vou- 
drait ériger sa ville principale en métropole du 
royaume péninsulaire à fonder; préjugeant ainsi 
parfaitement, et les causes d'une grande richette 
émluée, et l'importance d'une pareille richesse. 

Ces faits établis, croit-on que les campagnes ne 
puissent se relever de l'infériorité que nous avons 
signalée, et qu'il leur faille absolument voir le 



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CHEZ LES PEUPLES DIDIISTRIELS ET AGRlCOIJiS. l«l 
rapport entre leur richesse évaluée etcelie des villes 
décroître, sans qu'elles puissent y apporter d'ob- 
stacles? 

Nous sommes persuadé du contraire, et voici 
quelques réflexions à l'appui de notre opinion. 

Supposons que les campagnes, venant à s'in- 
surger, 

l' Mettent des droits d'importation sur toutes les 
marchandises qui sortent des villes; 

2' S'efforcent d'attirer des gens riches au milieu 
d'elles, en leur concédant des prérogatives de 
toute sorte ; 

3* Obligent le gouvernement à transporter le 
siège de toutes les fonctions publiques au dehors 
des villes; 

Que résul tera-t-il de ce nouvel ordre de choses ? 

Un accroissement énorme dans la richesse éva- 
luée dés campagnes, par rapport à celle des villes. 

Cette hypothèse inacceptable, mais qui cepen- 
dant n'a rien d'impossible, est un acheminement 
aux mesures que nous proposerons plus tard. Pour 
l'instant, elle fait entrevoir que, sans pillage et 
seulement par des contraintes législatives, il est 
possible dans certains cas de changer les rapports 
entre les richesses évaluées de deux nations. 



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DE LA RICHESSE ÉVHV&E 



!*• 



L'action exercée sur les richesses évaluées des villes et des cam- 
pagnes par leur commerce réciproque peut aisément faire pro- 
nostiquer ce que deviennent les riekaset évaluées de deux nations 
qui trafiquent ensemUe. 



Lorsqu'un panier s'esl échangé contre une 
somme de TÏngt francs, et qu'il en a été de même 
d'un chapeau, nous avons tu que, si ces deux 
objets exigent autant de journées pour être fa- 
çonnés (les frais de fabrication relatifs à la ma- 
tière première, à l'intérêt des capitaux, etc., 
étant, par exemple, delOfrancs pour le panier, et 
de i5 francs pour le chapeau), ceux qui se sont 
livrés à la confection du chapeau et à son échange 
auront une richeue évaluée moindre que ceux 
qui, ayant fabriqué et échangé le panier, auront 
reçu un salaire double. 

Si cette différence dans la rétribution des jour- 
nées, provenant du prix des marchandises échan- 
gées, n'existe qu'entre travailleurs appartenant à 
la même nation, il n'y a guère, par suite de l'iné- 
galité dans les résultats du trafic, qu'un déplo- 



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CBEZ LES PEUPLES INDUSTRIELS ET AGRICOLES. 195 

rable partage de richesses', sans que la richesse 
évaluée nationale en soit affectée. 

Mais, lorsqu'un échange de cette nature a lieu 
entre des travailleurs de difTérentes nations, les 
conséquences en sont toutes différentes. 

C'est une disproportion incontestable dans les 
parts de richesse évaluée qui sont attribuées aux 
uns et aux autres. Et un souverain dont les sujets 
sont ainsi lésés doit s'enquérir et prendre des 
mesures efiGcaces, sous peine de voir l'Ëtat qu'il 
gouverne s'appauvrir chaque jour au moins re- 
lativement. 

Supposons en effet que, dans le sol d'un certain 
pays, en raison de circonstances climatériques 
particulières, réside la propriété exclusive de faire 
procréer des œufs presque 'sans dépense, la pro- 
duction annuelle pouvant être considérable, mais 
non illimitée. 

Dans le cas où la consommation de ces sub- 
stances alibiles serait aussi grande, aussi géné- 
rale qu'elle Test aujourd'hui, les gouvernements 
étrangers laisseront-ils leurs administrés échanger 
un bœuf contre un œufî Ce serait donner, à sur- 
face égale, au fonds de terre favorable à la pro- 
création des œufs, une valeur mille fois supérieure 
à celle du territoire sur lequel se nourrissent les 

< En supposant qu'il ne faille pas plus de talenl pour faire un pa- 
nier qu'un cbapeau. 



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164 DE U RICHESSE ÉVALUÉE 

bestiaux. Le simple bon sens conduit à faire pren- 
dre des mesures salutaires pour empêcher un trop 
grand débit de cette marchandise monopolisée, 
cause d'atténuation de la richesse évaluée de toutes 
les nations, relativement à celle qui serait douée 
de l'avantage dont nous avons parlé. 

Se conduire autrement, ce serait agir en vue 
d'un cosmopolitisme, sans doute fort acceptable 
si le monde entier ne faisait qu'une seule famille, 
puisqu'il en résulterait une plus grande richeae 
rfusot/e pour chacun; mais ce cosmopolitisme doit 
être réprouvé tant que l'antagonisme subsistera 
entre les peuples. 

Cette question du libre échange, que nous n'a- 
vons pas épuisée, s'élucide au moyen de ta dis- 
tinction entre la richesse évaluée et la richesse d'u- 
sage, distinction sans laquelle les publicistes, avec 
la meilleure foi du monde, ne pouvaient que s'é- 
garer. 

Nous verrons plus tard que le laisser-faire et le 
laisser-passer conviennent en général aux pays 
principalement industriels; parce que leur posi- 
tion commerciale les met pour la plupart à 
l'abri des inconvénients que la liberté entraîne 
avec elle; mais il n'en est pas de même pour 
les nations agricoles. 

C'est là un des secrets de la politique britan> 
nique, secret qui n'a pas été toujours pénétré; car 



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CHEZ LES PEUPLES INDUSTRIELS ET AGRICOLES. l'JÙ 

certains peuples permettent à l'Angleterre d'é- 
changer ses articles manufacturés contre leurs 
matières premières suivant le cours du jour, 
tel qu'il est établi par la concurrence seule. Et 
comme l'abondance du capital matériel et im- 
matériel de cette nation la sert merveilleuse- 
ment, elle augmente prodigieusement sa richesse 
évaluée, en donnant de cette sorte une journée ' 
de travail de ses babîtants contre trois et quatre 
journées du travail de ces mêmes peuples (les 
autres frais de fabrication étant supposés les 
mêmes}. 

C'est à l'aide de ce trafic lucratif (objets de 
fabrique contre productions du sol), auquel ta 
Grande-Bretagne ne s'est pas toujours livrée, en 
prétendant arborer hautement le drapeau du libre 
échange, qu'elle est parvenue à cette puissance 
énorme qui étonne le monde entier. 

' L'enquête de 1825 feile en Angleterre établit que ses impor- 
tations, lorsqu'elles «it été manulacturées, lui rendent, par leur 
exportation, quatre fois ce qu'elles lui ont coûté, et qu'il y a, par 
conséquent, un payement régulier en or fait par le monde entier à 
la Grande-Bretagne. 
On lit encore dans la même enquête ce singulier aveu : 
' Lorsque les autres peuples ne peuvent pas s'acquitter envers 
noui, soit~Bvec leur or, soit avec leurs marchandises, c'est nous 
qui leur prêtons. • 



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CHAPITRE YI 

PROTBCTIO.N. — ,L1BRE ÉCHANGE 



la proleclion ■ des manufactures dans u 
lement agricole peut accroître, dans i 
ividuie. 



Nous avons démontré que, si l'on considère 
deux peuples, l'un manufacturier, l'aulre agri- 
cole, contractant librement des échanges, le pre- 
mier l'emportera généralement sur le second en 
richesse évaluée, uniquement par la nature des 
marchandisesqu'il confectionnera, et sans qu'il ait 
besoin de se livrer à des travaux plus rudes et 
plus prolongés. 

Dans le trafic général dés nations entre elles 
la richesse évaluée de quelques-unes pourra donc 
s'accroître, lors que d'autres verront la leur s'a- 

' La protection esl considérée ici au point de vue des douanes. 



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moindrir, au moins relativement. D'où nous 
tirons la conséquence, qu'il est d'une extrême im- 
portance de savoir pertinemment vers quelles in- 
dustries on doit diriger les efforts des populations. 

L'intelligence individuelle peutelle servir de 
guide pour indiquer à chacun la route qu'il doit 
suivre? Y compter ne serait pas sûr. 

Certaines populations (tout le monde nommera 
celles du nord de l'Europe et celles de l'Asie) 
manquent d'initiative Habituées dès longtemps 
à l'obéissance passive, et ne sachant se mouvoir 
qu'après avoir reçu une impulsion, on dirait 
qu'elles participent à cet attribut de la matière 
que les physiciens nomment inertie; attribut qui 
consiste à persister indéfmiment, soit dans te re- 
pos, soit dans le mouvement une fois reçu. 

De plus, si ces populations manifestent parfois 
quelques tendances à la spontanéité, leur élan est 
bientôt entravé par le défaut de ressources qui 
ne manque pas de faire avorter les entreprises 
industrielles les mieux combinées; car, on le sait, 
sans capitaux, le travail de l'homme est bien peu 
productif. Ensuite certaines mesures d'ensemble 
sont à prendre ; et elles ne peuvent partir que 
d'une direction générale, dont la force domine les 
volontés particulières ; c'est dire que le gouverne- 
ment doit être appelé dans maintes circonstances 
à venir en aide aux particuliers. 



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LIKItE ECHANGE. im 

Ceci posé, nous allons toncher à une question 
lies plus délicates et des plus controversées, celle 
de la protection et du libre échange: mais ce n'est 
pas avec des généralités, avecdes raisonnements 
vagues, ainsi qu'elle a été traitée jusqu'ici, que 
nous aborderons cette question. Notre nouvelle 
théorie des échanges, et les équations qui repré- 
sentent les deux classes de richesses ; richesse éva- 
luée et richesse d'usage, vont être les bases solides 
sur lesquelles nous appuierons nos arguments. 

Nous commencerons par établir qu'en décré- 
tant la prohibition et la protection, on nuit en 
général à la richesse d'usage; richesse qui, dans 
l'ordre social le plus convenable, doit être préférée 
par les peuples, puisque c'estd'elle que découlent 
et leur aisance et leur bonheur. 

En effet, cette richesse diminue d'ordinaire, en 
raison du renchérissement des marchandises, que 
provoquent habituellement les mesures prohibi- 
tives, ou simplement restrictives du commerce 
avec l'étranger. Nos théories donnentdonc raison, 
en partie du moins aux libre échangistes, en tant 
que ceux-ci raisonnent exclusivement au point 
de vue de la richesse d'usage. 

— Nous ajouterons que leurs arguments sont 
encore bien plus valables, quand il s'agit d'une fa- 
mille isolée, et par suite n'appartenant à aucun 
corps de nation, ou même d'un petit État, à moins 



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«• PROTECTiO^. 

que ces groupes d'individus ne puissent faire des 
traités protecteurs avec un pays voisin, suffisam- 
ment peuplé; car, dans le cas contraire, cette pe- 
tite famille ou ce petit£tat ne peuvent se servir 
utilement d'eux-mêmes, comme débouchés, pour 
les marchandises qu'ils fabriquent. 

Mais quand la protection n'est pas favorable à 
l'accroissement de la rwkene d'umge ' , c'est l'état de 
division, d'hostilité, dans lequel vivent les nations, 
ce sont leurs querelles journalières qui nous for- 
cent de nous attacher particulièrement àla richesse, 
évaluée, garantie de leur force et de leur puissance. 

Que raccroissemjent de cette richesse exige par- 
fois un sacrifice de bien-être, sans doute, on doit 
le reconnaître; mais devant ce sacrifice il ne faut 
pas reculer, car l'indépendance est pour un peuple 
le premier des biens. 

Quand la guerre sera mise au han des nations, 
quand l'opinion générale, repoussant toutes pen- 
sées égoïstes, pourra faire justice de ces entre- 
prises hostiles d'un État contre un État; entre- 
prises qui naissent trop souvent du désir de faire 
servir le travail des autres à nos jouissances pro- 
pres' ; lorsque, grâce aux progrès des lumières et 

< Nous avons vu, p. ISO el suiv., que, dans certains cas, la pvo- 
leclion des industriels indigènes étail l'avoriibte à la richesse d'tt- 
sage, et par conséquent au bîen-èlre des populations. 

* I.a Société de la paix du Massacliusels n fait une enqu^ti- sur Ii;s 



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LIBRE ÉGBA^GE. 501 

de la civilisation, le rêve de l'abbé de Saint-Pierre 
sera réalisé, et que la paix perpétuelle sera éta- 
blie dans le monde entier, d'une manière stable, 
immuable ; alors, seulement, on pourra briser 
les entraves' nécessaires â notre époque, pour 
assurer le développement de la rkhefie éoaiuée, 
gardienne de la liberté des peuples T 

Mais, tout le monde doit en convenir, combien 
d'années, combien de siècles ne faudra-t-îl pas tra- 
verser pour en arriver là ! surtout si l'rfn arrête 
ses regards sur les turpitudes, sur les infamies 
que l'on peut reprocher aux nations, soit dans 
les temps anciens, soit dans les temps modernes. 

Ainsi, malgré la sollicitude des âmes généreuses 
etieurs efforts incessants, depuisl'origine de notre 
ère, non-seulement les lois autorisent l'esclavage 

causes des diverses gueri'es qui onl allligé le inonde de|iiii!i le ri^ne 
de Gonslanlin. Voici quel est son résultat : 44 engageai pour oble- 
iiirun accroissement de territoire; 25 pour lever des tributs; 21 de 
représailles; 8 entreprises pour décider quelques questions d^on- 
ueur ou dé pi-érogiitivcs; provenant de coutestations relatives à la 
pussesMon d'un territoire; 41 provenant des prétentions à uîie cou- 
ronne; SU roininena'-es sous le prétexte d'assister un allié; 23 pro- 
venant d'une riviilité d'inlluences ; 5 de querelles commerciales; 
&5 civiles; 21! de religion, en y compi'enanl les croisades contre les 
Turcs et les hérétiques. Si l'on admet que, le plus souvent, la reli- 
Sion a ét^-, non la cause, mais le prétexte des 28 gnerres qui F:out 
portées à sou compte, ou voit tiue presque toutes preimeut leui- 
urigine dans une convoitise des richesses d'unlrui. 

* Tependanl il faudra conserver les entraves ipii assuient ù wr- 
(aiits peuples uiu- p us grande richesse d'usage. 



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20-2 PROTECTION. 

dans une partie du monde dite civilisée, mais en- 
core le nombre des victimes de celte atroce légis- 
lation s'accroit chaque jour'. 

Ne voyons-nous pas les Anglais, dont on doit re- 
connaître le zèle ardent pour la guérison de cette 
affreuse plaie de l'humanité (et Dieu veuille qu'ils 
n'aient été guidés, dans cette noble tâche, par 
aucun intérêt personnel!), faire encore peser, à 
leur profil, sur l'Inde et l'Irlande, pays conquis, 
des charges qui enlèvent aux vaincus la juste ré- 
munération du travail individuel? L'Autriche ne 
suit-elle pas la même politique en Italie? Que 
de faits analogues ne pourrions-nous pas citer ! 

Du reste, sans renoncer à tout espoir d'amélio- 
ration', que dire d'un monde où la renommée la 

< D'après un des derniers rapporis de la Société pour l'abolition 
lie l'esdavage, on compterait maintenant environ sept millions d'es- 
claves aux Étal»-lJnis, au Brésil, dans les colonies espagnoles, dans 
les colonies hollandaises, dans les républiques de l'Amérique du 
Sud et dans les établissements delacâte d'Afrique. Et le nombre des 
esclaves, au lieu de diminuer, en raison des entraves que l'on :i 
mises à cet infâme commerce et des émancipations qui ont eu lieu 
dans les colonies françaises et anglaises, serait triple aujourd'hui 
de ce qu'a était au commencement de ce siècle. 

' On peut juger de la dépravation de l'homme, lorsqu'il s'agit de 
ses intérêts, par cette observation du Hollandais Witt : t (Jue 
1 les courses des États barbaresqucs étaient utiles à la Hollande. 

• parce qu'elles entravaient à son profit le commerce des faibles 

• dans la Méditerranée, et qu'en conséquence, il fallait se garder 
■ d'y mettre obstacle. » — L'Anglais Andersen, en lapporlaiil 
celle opinion, fait cette laconique remarque : Fasesl abhostedoceri. 
C'est à la Franco que l'on doit In desiructiou de cette piraterie. 



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LIRIîE ECHANGE , 205 

plus éelataiile appartient aux Alexandre, aux Cé- 
sar, ou autrement, aux dévastateurs du monde 
qui ont fait couler des flots de sang, non pour dé- 
fendre leur pays, mais pour satisfaire leur ambi- 
tion? Tandis que c'est à peine si le nom d'un 
bienfaiteur de l'humanité, d'un Parmentier, par 
exemple, peut être sauvé de l'oubli ' ! 

Il est donc fort à craindre que l'opinion géné- 
rale ne soit encore longtemps avant de prendre 
la vraie sagesse uniquement pour guide. 

Dans cet état de choses, si le système protecteur 
des industries nationales, malgré les obstaclefi 
qu'il apporte aux relations de royaume à royaume, 
malgré le décroissement qu'il fait subir parfois à 
la richesse dmage, peut servir à organiser la dé- 
fense de certains peuples, et empêcher qu'ils ne 
soient la proie d'autres plus puissants, l'utilité de 
ce système dans certaines circonstances sera diffi- 
cilement contestable 

Déjà nous avons établi, chap. IV, que le libre 
échange pouvait modifier le rapport entre lesn- 
chesies évaluées de deux peuples qui trafiquent en- 
semble, et par conséquent être défavorable à l'un 
d'eux. Nousallonsdémonlrerici que, dans certains 
cas, la protection en remplaçant le libre échange 
fait accroître la rt'cAesse ^ra/w^e d'une nation; d'où 

' Les hommes sonl ainsi ûiils, que [iresque ceux-là seulemenl qui 
les déciment, livenl dans leur souvenir et leur admiration ! 



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il résultera inévitablemenlque le libre échange, au 
lieu d'être considéré comme devant être appliqué 
partout, d'une manière absolue, ainsi que le pré- 
tendent certains économistes, ne sera plus qu'un 
mode de relation commerciale parmi les peuples, 
mode qui devra se discuter comme la protection. 



Nous considérons d'abord une nation presque 
entièrement agricole. 

Supposons que la population en soit de 20 mil- 
lions (l'habitants, produisant chaque année, à rai- 
son de 6 hectolitres par individu, 120 millions 
d'hectolitres de céréales, cotés à 10 francs l'hecto- 
litre. Supposons, de plus, que la consommation 
totale arrive à 100 millions d'hectolitres (soit 
5 hectolitres par tôje'); il restera dès lors 20 rail- 
lions d'hectolitres destinés à l'exportation. 

Nous évaluerons encore, au pris de 5 hecto- 
litres, les viandes et autres substances alimen- 
taires produites et consommées dans le pays par 
chaque personne; ce qui fait 60 millions d'hecto- 
litres. La production totale peut donc être estimée 
à la valeur de 180 millions d'hectolitres de cé- 
réales, ou 1800 millions de francs. 

< Sur cesS hectolitres, Sservinlàla panirication;tiGOUt emptoïcs, 
soi! à la distillation, soit à faire de la bière, soit à nourrir le bétail, etc. 



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LIBRE ËCUANGE. 305 

Dans cette nation, les quatre cinquièmes des 
habitants s'appliquent à l'agriculture, et le cin- 
quième restant, qui est de 4 raillions, se compose 
de commerçants, de fonctionnaires, d'artisans, de 
domestiques', etc. Nous ajouterons que le com- 
merce est entièrement libre. 

Élevons maintenant des barrières sur les confins 
du territoire de cette nation, et profitons-en pour 
établir sur ce territoire une industrie onéreuse" 
(en tissus de coton, par exemple), occupant soil 
directement, soit indirectement, 2,miIIions d'ou- 
vriers. 

Comme cette industrie, dans une situation nor- 
male, d'après Mac-CuUoch, donnerait naissance à 
des produits pour une sommé de 1200 millions de 
Trancs, nous porterons la production à une valeur 
de 1800 millions de francs, puisque ces mêmes 
produits se venderont 50 pour 100 en surplus de 
ceux que l'on recevait auparavant de l'étranger. 

Les bénéfices, à raison de 10 pour 100, sur la 
production totale seront de 180 millions. 

L'établissement d'une usine propice à cette in- 
dustrie exigera donc pour frais de construction, 

' Tous ces nombres sont proportionnels à (x\n donnés par 
M. Blodi {Charges de l'agricjtUure) pour la Russie, et à peu pr^s 
conformes à l'expérience. 

' Onéreuse, c'esl-à-dire que les produits de cette induslrii' 
doivenl être vendus à un prix plus élevé que ceu\ de provenance 
étrangère. 



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3Ufl PROTECTION. 

achats de machines, fonds de roulement, etc., 
quelque chose comme 2 milliards; car on admet 
habituellement que le capital de création doit 
rapporter aux environs de 10 pour 100, 

Précédemment 16 millions d'habitants, en se 
livrant à l'agriculture, produisaient 180 millions 
d'hecloHtres de céréales ou de produits assimilés 
en valeur monétaire. Comme 2 millions d'hommes 
travailleront à la nouvelle industrie, la produc- 
tion en céréales se réduira d'un huitième ou de 
22,500,000 hectolitres; et l'exportation, qui était 
auparavant de 20 millions d'hectolitres, ne pourra 
plus s'effectuer. 

En suivant ces diverses hypothèses, et en ne 
perdant pas de vue les conséquences qui en ré- 
sultent, nous allons comparer la richesse évaluée 
qu'avait ce pays avant les mesures prohibitives, 
avec la richesse évaluée qu'il aura après leur adop- 
tion. 

l'our effectuer cette comparaison, reprenons 
l'équation de la richesse éoaluée dans sa forme gc- 
néi-ale. 

PR =(mm (I -NJ -h</'M'm' (I— N') + etc. 
H- Mm -f- M'm'-t- etc .-t- A— C 

le pays, primitivement, ne produisant que du 
grain, ou des substances nutritives dont la valeur 



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LIBRE ËCDARGE. 3U7 

a été assimilée à celle du grain, cette équation se 
simplifie et se réduit à 

PR=dMm (I— N}+Mm+ A— C 

M désignant la quantité de grains supposés re- 
collés ou autrement 180 millions d'hectolitres. 

Après l'établissement de l'industrie cotonniére, 
on aura 

P'R'^dXm.(I-N.)H-d'M'm'(I— N')-hM,m. 
4-M'm'H-A— C— 2 milliards. 

Qu'on se rappelle que ces deux milliards ont 
été consacrés à l'industrie ci-dessus dénommée, 
et que, naturellement, ils doivent être portés dans 
l'équation avec un signe négatiT. 

M, est le chiffre désignant la quantité d'hecto- 
litres de céréales nouvellemenl produites pendant 
une année, ainsi que le nombre d'hectolitres do 
céréales assimilés en valeur aux autres substances 
nutritives également produites durant le même 
temps 

fH„ le prix de l'hectolitre. 

M' la quantité de mètres de tissus obtenus an- 
nuellement. 

m' le prix du mètre courant. 

F, R', rf„ d', N„ N', C, etc. , ont des significations 
analogues aux lettres dépouillées de tout appen* 



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208 PROTECTION. 

dice, qui formenl'la partie principale de ces anno- 
tations algébriques. 

Tous leS'Signes dont se composent les équations 
étant bien compris, nous devons reconnaître que le 
terme d'Win'(l — N'), valeur de l'usine, est détruit 
par le terme — 2 milliards, valeur de ce qu'elle a 
coûté. 

De plus, si l'on admet que le prix de la con- 
sommation est égal au prix de la production, ce 
qui diffère peu de la vérité, 

C'=M,w.H-M'm', C=Mm 

D'oii il résulte, que comme il s'agit de savoir 
si, par suite de circonstances inhérentes à la pro- 
hibition, la nouvelle richesse évaluée P'R' est 
supérieure à l'ancienne PR , cela revient à s'assu- 
rer, en raison des éliminations que nous venons 
de faire, si (/.M.m, (I — N„) peut être plus grand 
que dMm (I — N); ou autrement, en substituant 
aux diverses lettres les valeursque nous leur con- 
naissons, si (/,m, 157,500,000'' (I— N„) peut être 
plus grand que dm i 80,000,000" (1— Nj. 

C'est donc dans cette possibilité seulement que 
gU toute la question, car nous sommes loin de pré- 
tendre que la prohibition accroisse toujours la 
richesse évaluée; nous verrons même plus tard que, 
dans certains cas, cette même prohibition lui est 
préjudiciable. 



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LIBRE ÉCHANGE. 309 

■ Or les résultats de l'expérience prouvent qu'un 
faible déûcit dans la production dos grains occa- 
sionne une hausse hors de proportion avec le 
chiffre de ce déficit'. 

Voici les nombres recueillis par sir Grcgory et 
rapportés par Tooke dans son Histoire det pru. 

Un iléGcit dans la Au-desBui du liui 

ré<M)lle de : ordiiuire. 

1 dixième \ f ^ dixièmes. 

2 _ 8 - 

3 — } élève le prix de : f 1 ,6 — 
i — \ j 2,8 — 
5—1 l 4,5 — 

D'après ce tableau, la hausse est d'environ trois 
dixièmes lorsque le déficit est d'un dixième. 

Si l'on admet que d est égal à d^, ce qui est dés- 
avantageux à la proposition que nous voulons 
établir, car dans les pays manufacturiers l'inté- 
rêt de l'argent est plus bas que dans les pays agri- 
coles, la multiplication de 180 millions d'hecto- 
litres par 10 francs, prix d'un hectolitre, donnera 

■ C'est un bit aujourd'hui bien constaté que pour le iAé, de tré$- 
{,-ran(ies différences de prix correspondent à des récoltes peu dif- 
lËrentesenquantilé. (Dupuit, ingénieur en chef des ponts et chaus- 
sées; art Péage, Dict. d'ècon. polit.) 

' Or c'est une ronarque qui a été faHe maintes fois, qu'un léger 
excédant ou un l^er déHcit dans l'approvisionnement d'une den- 
rée nécessaire ï la vie, suffit pour occasionner une perturbation 
considérable dans le prix. (Holinari.) 

U 



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310 PROTECTION. 

iSOO millions, valeur monétaire moindre que 
2520 millions, résultant de la multiplication de 
157,500,000 hectolitres' par 16 francs, ou le prix 
précédent accru de trois dixièmes. 

Ainsi dans ce cas la richeae évaluée devrait son 
accroissement à la prohibition même. 

Il est donc prouvé que cette richesse peut s'ac- 
croître après la prohibition*. 

Dans nos calculs, nous avons supposé que N. 
était égal à N; mais si quelques personnes préten- 
daient que les frais de culture s'augmentant arec 

• 157.500,000 diiïérence entre 180,000.000 et 33,500,01)0. 

* Pour simplîller les raisonnements, on a regardé P* cffinmeégat 
à P. Cependant il est eertaines industrie» qui, en s'èlabtissant dans 
un pays au moyen de la protection, font accroître la population, et 
P' est plus grand que P. Il en résulte que les substances nutritives 
de ce pays sont alors bien moins abondantes relativement à la 
nouvelle population P'. qu'elles ne l'étaient par rapport à l'an- 
cienne P (c'est-à-dire avant l'inlroduction de la nouvelle industrie), 
et qu'en conséquence notre démonstration, s'il est possible, est en- 
core plus complète. 

Si l'on prétendait qu'on ne peut élever une manufacture dans un 
pays agricole qu'en prélevant des capitaux sur l'agriculture (ce qui ' 
n'est possible qu'en lui enlevant des bras), el qu'ainsi il ne s'opère 
qu'un déplacement dans les travailleurs, nous répondions que ce 
prélèvement n'est pas nécessaire. 

Maintes fois, par suite d'un monopole décrété dans un pays, on 
a vu les capitaux déserter l'étranger, pour venir fonder la^ muiu- 
facture avantagée par ce monopole, et les produits de cette manu- 
facture servir i payer non-seulement les intérêts de ces capitaux 
et les ouvriers expérimentés que l'on avait fait venir de loin, mais 
servir en surplus ii donner de beaux bénélices aux iodustriels. 



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LIBRE ÉCHANGE. 211 

le prix des subsistances, le capital terre ne prend 
pas plus de valeur, nous les renverrions à l'expé- 
rience qui constate que la rente des domaines 
s'élève presque toujours, lorsque les denrées agri- 
coles haussent de prix. 

Dans les pays manufacturiers, où les substances 
alimentaires produites par le se! ne sont pas suf- 
fisantes, laricAesje ^ca/uce provient déjà en forte 
partie du perfectionnement de l'agriculture', qui 
accroît la production territoriale. Cette richesse 
évaluée résulte encore du prix des produits de la 
terre, prix qui surpasse celui des marchandises 
similaires dans les pays agricoles, de tous les frais 
que nécessite le transport de ces marchandises, 
des pays agricoles aux pays manufacturiers où 
elles doivent se consommer. 

Cet accroissement dans le prix de la viande et 
des céréales est donc tout à l'avantage de la ri- 
chesse évaluée de ces derniers pays. 

Nous ne saurions trop insister sur cette diffé- 
rence de prix des substances nutritives chez les 
diverses nations, et sur la cause à laquelle on doit 
l'attribuer; car c'est tout naturellement, en re- 
produisante cause de l'accroissement des prix que 
l'on parviendra à augmenter la richesse évaluée. 

Il peut donc y avoir, avec la protection, accrois- 

' Voyez la Hollande, la Belgique, rAngleterre. 



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H3 PRffreCTIOH. 

sèment dans la richesse évaluée totale, bien que la 
richesse d'usage générale ait pu diminuer, attendu 
que certaines marchandises ont renchéri ; toule- 
. fois il n'est pas démontré que l'essor de la richesse 
évaluée d'un pays soit toujours favorisé par la pro- 
tection d'une manufacture quelconque. Dans le 
paragraphe suivant, on verra dans quel cas cette 
protection est utile ou préjudiciable. 



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8 s- 

La protection accordée, dans certains cas, à diverses manufactures 
situées dans un pays agiicule, diminue la richeste ivtUuée de ce 
pays. 

Une objection puissante faite par Smith aux 
protectionnistes, et qui jusqu'ici n'a pas reçu de 
solution satisfaisante, va trouver dans nos équa- 
tions une explication des plus simples,une réponse 
des plus catégoriques. 

Voici cette objection formulée en quelques li- 
gnes: , 

Si vous prétendez que la protection est utile, 
n'est-il pas absurde de penser qu'une nation puisse 
fabriquer avantageusement pour elle, avec des 
mesures prohibitives, et au moyen de serres chau- 
des, des substances exotiques qu'elle pourrait se 
procurer par le commerce extérieur à un taux cent 
fois moindre? 

Un peuple assez inepte pour créer des établis- 
sements qui produiraient aussi chèrement ne fe- 
rait-il pas une perte énorme de richesse? 

En émettant cette opinion, Smith faisait preuve 
d'un esprit très-judicieux, car, grâce à la protec- 



, Google 



2U PROTECTION. 

tion, une manufacture à produits onéreux ne peut 
être fondée utilement dans un pays, que si elle ren- 
contre certaines circonstances favorables. 

Pour les déterminer, reprenons l'équation de 
la richesse évaluée d'un pays agricole. 

PR=dMm(l— N)-HMîn+A— C 

H désignant la quantité d'hectolitres de grains, 
dont la valeur est égale à celle de toutes les sub- 
stances nutritives que produit le pays. 

Le sensdes autres lettres comme précédemment. 

Si ce pays se livre à une fabrication onéreuse 
d'objets manufacturés, sa nouvelle richesse évaluée 
sera : 

P'R'=rf.M.m,(l— NJ-i-(i'M'm'(I— N'}^rM.m, 
+M'm'+A— G'— K 

K étant le capital employé pour fonder la nou- 
velle industrie. 

P' la nouvelle population. 

M. la quantité d'hectolitres de grains représen- 
tant en valeur les substances nutritives que ce 
pays produit après l'établissement de la protec- 
tion ; M, et M s'appliquant aux mêmes substances. 

m„ le nouveau prix de l'hectolitre. 

R' la nouvelle richesse évaluée individuelle. 

M' la quantité des nouveaux articles manufac- 



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LIBHE ÉCHANGE. 315 

turés, que l'on confectionne au moyen de la pro- 
tection. 

m' le prix de l'uniCé de ces nouveaux articles. 

N„, N', d„ d', etc. , conservant les significations 
que nous leur avons toujours données. 

Primitivement, les habitants échangeaient, par 
exemple, une unité de M contre dix unités de M', 
qui leurarrivaient de l'extérieur. Dansla nouvelle 
situation qui leur est faite par la protection, les 
unités de M' renchérissent, et ils ne peuvent plus 
en avoir que deux pour une unité de M. 

Ceci posé, que faut-il faire pour savoir si le 
système protecteur est favorable à \arichesite éva- 
luée? Tout simplement discuter les expressions al- 
gébriques de VK et de PR, et reconnaître dans 
quel cas 

<M,in.(l— NJ-hd'M'm'(I— N')+M.m.+M'in' 
— C— K 

sera plus ^and que 

dMm{l— N)+Mm— C 

Précédemment nous avons simplilté ces expres- 
sions, en supposant 

K—dH'm'H — N') M'm'+M„.n„=C' 
Mm=C 



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îllî PROTECTION. 

En sorte qu'il suffisait de comparer le terme 
rf.M.m. (I — N.} avec le terme Mm (I — N). 

Hais, si m' prix des nouveaux objets fabriqués, 
est Irès-élevé, s'il est devenu 10 fois, 100 fois ce 
qu'il était, lorsque l'on tirait les unités de M' de 
l'étranger, d'M'm'(r — N') ne reste plus égal à K, 
et la ricfieue ^oiu^ peut très-bien décliner. 

En effet : 

1° Le nouveau prix m' des articles que l'on 
tirait de l'étranger avant la protection prend 
de telles proportions, que la plupart des consom- 
mateurs ne peuvent les acheter. 

Alors d'M'm'(I — N') au lieu d'être égal à la somme 
en espèces K, qui a été nécessaire pour fonder les 
nouvelles manufactures, s'annihile en partie. 

De là, perte presque entière du capital employé, 
car ce n'est pas suffisant de vouloir élever le prix 
(les marchandises, pour assurer l'existence de l'é- 
tablissement où on les fabrique, il faut encore 
avoir du débit.' 

2' Si la nouvelle industrie n'emploie que peu 
de personnes, elles sont sans action par leurs con- 
sommations pour accroître la valeur M,m., et par 
suite le capital d„M„m.(I — NJ; le prix des subsi- 
stances nutritives ne pouvant s'accroître que par 
la concurrence d'un grand nombre de consomma- 
teurs. 

3* Si le nouvel article fabriqué est très-cher, 



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LIBRE ECHANGE. St7 

et que les produits agricoles n'aient pas enchéri 
en conséquence, les agriculteurs seront forcés de 
donner beaucoup plus des denrées dont M désigne 
la quantité, pour acquérir les marchandises qu'ils 
tiraient de. l'étranger avant la protection, mar- 
chandises dont le nombre est indiqué par M'. ' 

D'où résulte pour les agriculteurs une dépos- 
session désastreuse qui augmente leurs frais et 
Aiminne leur ricbeise évaluée. Et les industriels ne 
proûlent pas de cette dépossession, attendu que, 
par la concurrence qu'ils se font entre eux, ils ne 
peuvent s'appliquer que des gains seulement ré- 
munérateurs. 

4° Les nouveaux produits étant très-coûtéux , 
la contrebande s'exerce fructueusement sur eux, 
et le capital rf'M'm'(I — N') éprouve encore, pour 
ce motif, de fortes atteintes. Car si l'on veut 
vendre, il faut absolument baisser les prix, et se 
priver des bénéfices sur lesquels on comptait. 

Quant aux suppositions M'm'-hM,m,=:C' et 
Mm=C , nous dironsque les^consommations ne sont 
pas chaque année, dans une nation, rigoureuse- 
ment égales à la production, et qu'il se fait d'ordi- 
naire tous les ans, sur cette même production une 
réserve qui accroît le capital national. Or, si les 
marchandises sont plus chères en raison de la pro^ 
tection, le prix des objets consommés augmente, 
et la réserve nationale annuelle diminue. 



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, 218 PROTECTtOK. 

Un Ëtat marcherait à sa ruine, en encoura- 
geant une industrie factice dont il faudrait payer 
les produits un prix énorme. 

l'our qu'une industrie puisse s'établir artificiel- 
lement et utilement dans un pays agricole, il faut : 

I. Qu'elle occupe un assez grand nombre d'indi- 
vidus pour faire hausser le prix des subsistances ; 

II. Que le capital de création ne puisse pas être 
employé d'une manière plus fructueuse, en routes, 
chemins de fer, ponls ou autres établissements; 

III. Que le prix des produits protégés ne s'élève 
pas trop haut, car : 

1° La contrebande empêcherait que ces produits 
ne prissent une valeur rémunératrice^ ce qui fe- 
rait baisser la valeur du capital employé ; 

2° La somme prélevée sur les regnicoles, pour 
payer cette plus-value des produits, accroîtrait les 
frais généraux des fabrications de toute espèce, 
et nuirait encore au capital national en diminuant 
les réserves que l'on peut faire chaque année. 

Le plus souvent la création d'un établissement 
industriel à produits onéreux peut être assimilée 
à celle d'une route, soit pour les services qu'elle 
rend, soit pour les dépenses qu'elle nécessite. 

D'abord le sol sur lequel la route repose ne 
donne plus naissance à aucun produit. Ensuite 
il a fallu rétribuer des ouvriers pour fossoyer, ni- 
veler, affermir, afin que ce sol soit rendu viable. 



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LIBRE ECUANCE. Sf9 

Cette route coûte donc; cependant son avan- 
tage est incontestable, parce qu'elle ouvre des 
débouchés. 

Il en est de même des manufactures qui 
n'existent que parla protection : c'est en ouvrant 
des débouchés aux articles fabriqués d'un pays, 
qu'elles peuvent quelquefois le dédommager lar- 
gement de la perte qu'elles lui font éprouver d'un 
autre côté. 

Si, pour établir la route dont il a été parlé, il 
était nécessaire de trancher des montagnes, de 
combler des vallées, de traverser des fleuves, en 
faisant des dépenses prodigieuses, qui ne seraient 
pas en rapport avec le service qu'elle rendrait, il 
faudrait bien se donner de garde d'y trafailler. 

C'est ainsi que certaines industries trop oné- 
reuses qui consisteraient à faire mûrir dans les 
pays du nord le café, la vanille, etc., ne doivent 
être encouragées par aucun gouvernement. 

Poorsavoirsi la spécialité d'industrieà laquelle 
on se livre est favorable à la richesse évaluée, on 
comparera, à l'aide de nos équations, d'une part 
le préjudice que cette industrie fait éprouver au 
pays forcé de consommer des marchandises à prix 
plus élevé, et d'autre part le bénéfice qu'elle lui 
rapporte indirectement. 

C'est cette comparaison qui fera décider la 
question. 



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330 PROTECTION. 

En général, ce que nous venons de dire sur les 
manufactures implantées de vive force dans les 
pays agricoles ne pourrait s'appliquer aux pays 
très-commerçants ou Irès-industriels. 

Ainsi fonder en Hollande et en Angleterre, où 
les subsistances nutritives ordinaires entrent ra- 
tionnellement avec de faibles droits, des manufac- 
tures ne pouvant subsister sans protection, ce se- 
rait, dans un grand nombre de cas, un acte qui 
ne.serait pas motivé au point de vue de la rickeue 
évahtée absolue de ces nations. 

Peu de mots vont nous suffire pour le démon- 
trer. 

La production des grains en Europe est d'envi- 
ron Smilliards d'hectolitres. Si l'on ajoute à cette 
quantité 2 milliards d'hectolitres environ, pour les 
payssitués en Afrique, en Amérique et en Asie, qui 
peuvent facilement communiquer entre eux et 
avec l'Europe, on arrivera au total énorme d'en- 
viron 5 miUiards d'hectolitres. 

De plus, à notre époque, et pendant bien des 
années encore, cette production demeurera tout à 
fait subordonnée à la consommation ; c'est-à-dire 
qu'elle s'accroîtra au fur et à mesure que les be- 
soins deviendront plus grands. 

Les céréales abandonnées librement à leurs 
cours normaux ne prendraient donc pas, en Hol- 
lande et en Angleterre, une valeur plus élevée, 



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UBRE ÉCBANtiB. SSl 

en raison du petit accroissement de population 
résultant de l'industrie protégée, car, immédiate- 
ment, il y aurait ailleurs un plus grand dévelop- 
pement de culture qui s'opposerait à une hausse 
dans le prix des subsistances. En conséquence, les 
agriculteurs indigènes dont les produits éprouvent 
déjà une plus-value provenant de l'importation 
coûteuse des denrées alimentaires qu'ils ne peu- 
vent fournir, ne bénéficieraient qu'infiniment 
peu de ce nouvel ordre de choses ; tandis que ta 
richesse évaluée de ces deux nations s'abaisserait 
de toute )a perte occasionnée par le maintien des 
industries protégées. 

Par exemple, supposons qu'au moyen de serres 
chaudes et de mesures prohibitives, il soit possible 
de faire fructifier en Angleterre du poivre à 
100 francs la livre, lorsqu'il est si facile de se 
le procurer, en le recevant de l'Inde, au centième 
de ce prix; évidemment l'Angleterre éprouverait, 
sans compensation sensible, une perte sèche de 
99 francs par livre de poivre '. 

< Néanmoins, si, dans un pays manuracturier, ta protection d'un 
genre de fabrication atait une Idle importance, qu'à défaut de cette 
^Dtection, les habitudes nalimales pourraient être transformées, 
dénaturées complètement (prenons pour exemple la substitution du 
vin à la bière en Angleterre), ce ne serait qu'après un mûr examen 
que l'on devrait pendre une décision. 

Hous ferions une remarque semblable relativement ». un pays 
classé dans la mÔme catégorie, si des droits élevés étaient frappés à 



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«3 PROTECTION. 

S'il s'agissait de la Russie, de la Pologne, des 
KtalsUnis, où les céréales, dans leur abondance, 
dépassent d'une manière notoire les besoins de la 
population, on raisonnerait la plupart du temps 
d'une autre manière, par rapport aux industries 
que la prohibition ou la protection pourraient faire 
prospérer. Toutefois, la culture du poivrier serait 
dans ces pays, folle, ruineuse, et devrait y être 
proscrite, pour les raisons que nous avons données 
ci dessus. 

. Que l'on veuille bien se reporter (page 215) à 
la discussion de l'eipression 

rf^M.m.{I— NJH-d'M'm'(l~N')H-M.m,H-MW 
— C'— K'>dMm(I~N) + Mm— C 

expression au moyen de laquelle toutes les dif- 
ficultés relatives à l'importation et à l'exportation 
peuvent être tranchées; on s'assurera que nous 
avons tenu compte du dommage que fait éprou- 
ver à la richesse évaluée d'une nation une indus- 
trie réclamant la prohibition, et que ce dommage 
est pris en grande considération, pour décider si 
une industrie imposée par la forée, et n'ayant 
qu'une vie factice, est utile ou non au développe- 
ment de la richesse évaluée. 

l'enlrée sur des produils tout à la fois Irês-recherchés cl d'une nti- 
lilé (timteuse, bien que cependant ces produits [ussmt distincts des 

inarcbandises nationales. 



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LISRE ÉGEIAIfeE. 2t!3 

Que Faul-il donc faire pour accroître le plus 
possible la richase évaluée dans les pays presque 
entièrement agricoles, et obtenir des profits qui 
puissent, en se capitalisant comme fruits de l'é- 
pargne, comme réserve de force, comme élément 
de puissance, donner à ces pays le maximum de 
richesse évahiée qu'ils sont susceptibles d'acquérir? 
Dans nombre de cas, on doit mettre obstacle à ce 
que la population se livre tout entière et exclusi* 
vement aux travaux de l'agriculture, afin de faire . 
consommer sur place la viande et les céréales pro- 
duites par le sol'. 

II s'établira alors infailliblement une concur- 
rence de demandes, qui déterminera une hausse 
dans les prix. Cette hausse profitera sans partage 
aux agriculteurs indigènes, et ne servira plus à 
rémunérer, sans accroissement du capital national, 
les intermédiaires chargés et de la vente au de- 
hors et des frais de transport. 

< Aux ÉLats-Unis, pays nouvellement civilisé, où la population 
s'accroil par elle-même, et par l'immigration d'une liianière pro- 
digieuse, où le commerce et la nav^ation ont pris un trââ-grand 
essor, èvidenuDent ces maximes ne sont pas applicables. 



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8 5- 



Une nation agricole ou manuracturiére peut avoir avantage à frap- 
per certaines marchandises étrai^ères, de droits non-seul«nent 
fiscaux, mais encore protecleurs, lorsque ces marchandises don- 
nent lieu, en tenant compte des frais de fabrication et des jour- 
nées de travail qui s'y rapportent,à des échanges qui amoin- 
drissent relativement la richesse évaluée de cette nation. 



Dans le chapitre précédent et dans celui des 
échanges, nous avons montré que les peuples ma- 
nufacturiers, en commerçant avec les peuples agri- 
coles, acquéraient une richesse évaluée bien supé- 
rieure à celle de ces derniers, parce que dans lés 
échanges, la marchandise fournie par le peuple 
manufacturier exigeait, en général, moins de 
journées de travail, toutes choses étant égales 
d'ailleurs. 

Nous dirons maintenant qu'en se rendant 
compte, au moyen de calculs analogues aux précé- 
dents, de l'effet produit sur la richesse évaluée d'un 
peuple quelconque, manufacturier ou agricole, 
parl'importationdecertaines marchandises, il peut 
très-bien arriver que cet effet lui soit défavorable- 
Un article de provenance étrangère vient-il 



Digitizeclby Google I 

J 



LIBRE ÉCHANeE. ^b 

amoindrir relativement la ricitesse évaluée d'une 
nation, il y a lieu maintes fois pour cette nation 
de le frapper de taxes à son entrée, afin d'en dimi- 
nuer la consommation. De cette manière, les béné- 
fices et la ricke»$e évaluée du peuple qui fabrique 
cet article se réduiront simultanément. 

O'est principalement aux objets de luxe qu'il 
est convenable d'appliquer cet accroissement des 
taxes à l'entrée ; car une certaine action, assimi- 
lable à celle du monopole, s'exerce presque tou- 
jours sur le prix de ces marchandises, et, en éle- 
vant ce prix, accroH le salaire journalier des 
ouvriers qui les ont fabriquées, ou le bénéfice 
de leurs patrons. 
En voici un exemple : 

Une modiste parisienne vend, au prix de 
100 francs, une coiffure qui n'a exigé qu'un jour 
de travail, et daiis laquelle entrent seulement des 
matières premières pour 35 francs. Si le marché a 
été passé avec une Française, malgré le haut prix 
de la main-d'œuvre, il n'y a pas de diminution 
dans la richeise évaluée de la France, et rien n'em- 
pêche les choses de suivre leur cours naturel. 

Mais lorsque lacoifTure est payée par une étran- 
gère, le rapport entre les rkhesxei évaluées de la 
France et de la nation à laquelle cette étrangère 
appartient, est altéré au préjudice de cette na- 
tion. Surtout si, la modiste ayant traité avec une 



aSG PIIOTEGTION. 

dame russe, le règlement définitif, s'est opéré au 
moyen d'un échange de 5 hectolitres de froment 
russe contre la marchandise parisienne; car ces 
5 hectolitres, à raison de 20 francs l'un, auront 
réclamé une bien plus grande quantité de jour- 
nées de travail, tous autres frais de fabrication 
compensés '. 

Si la Itussie avait réglé définitivement l'acqui- 
sition de la coiffure, au moyen d'une peau de 
martre zibeline, dont la possession ne lui aurait 
peut-être coûté primitivement que la charged'un 
seul coup de fusil, il seraK bien possible que la 
proportion entre les ricke$$e$ évaiuée$ des deux 
pays ne se fût pas modifiée. 

Les Anglais ont tenu compte, malheureusement 
par rapport à la France, des considérations sur 
lesquelles nous venons d'appeler l'attention. 

Ainsi, les vins de France, à leur entrée en 
Angleterre, sont taxés à la somme énorme de 
1 50 francs par hectolitre. 

Un chapeau, un bonnet en étoffe, fabriqués 
dans notre pays, payent, chacun, à la douane 
anglaise, S fr. 50, quand bien même la valeur 
réelle de ces objets serait au-dessous de cette 
somme. 

< Voyez ce qui a été dit, page 169, sui' le nombre de journées 
de travail queles Russes appliquent à la production d'un hectolitre 
de froment. 



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UBRB ÉCHANGE. 237 

Et la protection de la richesse évaluée relative 
de nos voisins s'effectue encore au moyen des 
frais de transport de ces diverses choses, du 
lieu de production au lieu de consommation , 
frais qui accroissent le prix de ces mêmes choses, 
et empêchent qu'il n'en soit acheté une forte quan- 
tité. 

La Turquie use de singuliers errements écono- 
miques. Les marchandises étrangères payent 
5 pour 100 à l'entrée, et les marchandises indi- 
gènes soldent au gouvernement un droit de«12 
pour 100, à la sortie'. 11 en résulte forcément 
que ce pays, par la maladresse des gouvernants, 
est condamné à la pauvreté. 

La main d'œuvre a beau être bon marché, le 
fabricant ne peut livrer que peu de produits à 
l'étranger, puisque leur prix doit s'élever à la 
sortie. 

Comme la Turquie est dans une situation à ne 
pouvoir exciter la jalousie des puissances étran- 
gères, l'intérêt de ces dernières est contraire à ce 
qui est. 11 serait préférable, pour elles, que la 
Turquie produisit beaucoup, parce qu'alors il en 
résulterait des échanges très-nombreux avec l'ex- 
térieur, qui augmenteraient tout au moins la n- 
cheite d'mage générale. 

' Lettres SUT la Turquie, par Vbicini. 



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228 PROTBCTIO». 

Dans ces déductions, nous avons presque tou- 
jours généralisé nos raisonnements, et n'avons 
fait que très-rarement des applications particu- 
lières à telle ou telle marchandise spéciale. 

En agissant autrement, nous aurions donné de 
trop grandes proportions à un ouvrage qui n'a 
pour but que d'asseoir certains principes écono- 
miques sur des bases solides'. Nous dirons cepen- 
dant qu'en général nos théories portent à recom- 
mander la liberté pour le commerce des grains, 
et à ne faire protéger celte espèce de marchan- 
dises que par les manufactures. 

' Ainsi, par exemple, nous croyons démontrer d'une manière 
irréfurable que les sjstéraes du libre échange et de la protection ne 
s'excluent en aucune manière, et que l'application de l'un ou de 
l'autre de ces systèmes à un pays, dépend de sa position géographi- 
que, de son commerce, de son industrie et encore des diverses apti- 
tudes de ses habitants. 



Digitizedby.GOOgle 



De l'introduction du (ree trade dans un pays si 
anné«s, à la prolection. 



D'après ce qui a été dit eur la richesse évaluée et 
la richetse d'usage, on pourrait penser que, le plus 
ordinairement, si le libre échange fait perdre, aux 
habitants d'un pays depuis longtemps au régime 
de la protection, une partie de \ç.\it richeue éva- 
luée, en compensation, il augmente leur richeste 
à'mage, 

— Que l'on se détrompe ! 

En décrétant le libre échange dans une nation, 
ces deux espèces de richesses peuvent très-bien 
alors décliner à la fois. 

Nous nous gardons bien d'affirmer qu'elles di- 
minueront toujours, car, si le système protecteur 
avait été sottement appliqué, bien au contraire, 
au moment de son abandon, l'une et l'autre de 
ces richesses grandiraient. 

En effet, par impossible, prenons pour exemple 
un pays du nord de l'Europe qui, dans le but de 
prohiber les produits de l'Inde et de l'Amérique 



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S30 PROTECTlOIt. 

méridionale, aurait remplacé par des procédés 
factices, incomplets et en même temps très-oné- 
reux, le soleil brûlant de ces contrées, si néces- 
saire à la végétation de certaines plantes. 

— Eh bien! le délaissement d'une pratique 
aussi déraisonnable, pour adopter te libre écbange, 
serait favorable à la richesse d usage et à la rickesxe 
évaluée*. 

Mais, dans le cas où les mesures protectrices 
auraient été judicieusement appliquées, le résul- 
tat serait tout autre. Ces mesures auraient fait 
surgir une population* nouvelle qui serait loin 
d'être dénuée de bien-être, et si, parsuitedulibre 
échange, l'ouvrage venait à manquer dans lesma- 
nufactures, où une partie de cette population tra- 
vaillerait, les deux espèces de richesses décline- 
raient ensemble. 

Ce que nous venons d'avancer, dans son appli- 
cation à la richesse évaluée, ne sera certainement 
pas démenti, car assez d'explications probantes 
en ont été données antécédemmcnt ; mais quant 
à la richesse d'mage, comme le libre échange 
fait diminuer maintes marchandises de prix, et 
qu'il semble que, par suite, cette richesse doive 



' Voyeîp. H9et siiiï. 

* Le système de la prolection, établi dans de mauvaises cond^ 
lions, pourrait fùre diminuer la population d'un pajs. 



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LIBRE ÉCaAKGE. 331 

s'accroître, nous allons faire toucher au doigt qu'il 
est loin d'en être ainsi. 
L'équation de la ricbeae d'mage est 



P {anH-a'm'H-etc.H-/} 

Supposons que M' représente la quantité de 
mètres de cotonnades fabriquées dans le pays pro- 
tégé, et m' le prix du mètre. 

Si on laisse entrer des tissus en coton, coû- 
tant moitié moins que les tissus indigènes, les 
fabriques du pays s'arrêteront, M' m' s'annulera 
presque. 

l)e plus, la population qui travaillait aux ma- 
nufactures de coton, étant très-malaisée, se ré- 
duira aux plusdures privations, etsi M représente 
la quantité d'hectolitres de froment produits, m 
le prix de l'hectolitre, Mm s'amoindrira. 

Le numérateur diminuera donc, puisque les 
deux termes, Mm etM'm', décroîtront à la fois. 

Il est vrai qu'au dénominateur, m, m', etc., 
se réduiront aussi ; mais le numérateur, en rai- 
son du terme de la forme M'm' dont chaque facteur 
s'apetisse, s'abaissera beaucoup plus vite que le 
dénominateur, ou seulement m, m', prennent des 
valeurs plus petites {a,a', etc. étant des constantes) , 



D,„t,zecity Google 



K3 MOTECnON. 

et entraînera dans sa décadence U, la richeise 
d'usage. 

— Hais, dira-t-on : les cotonnades seront à 
meilleur marché? Nous répondrons qu'il peut fort 
bien arriver qu'avec un hectolitre de grains(nou- 
veau prix) on ne puisse acheter autant de colon- 
nades qu'auparavant, malgré le rabais de ces der- 
nières marchandises. 

Dans ce raisonnement, nous avons admis que 
P était constant, et c'est avec raison. 

En efTet, lorsqu'une population est atteinte par 
la misère, ce n'est qu'après un bien long temps 
qu'elle se réduit, d'elle-même, au nombre suffî- 
sant pour retrouver le bien-être qu'elle a perdu. 
Et la durée des affligeantes épreuves qu'elle subit 
dépend, en grande partie, et de l'attachement 
que cette population conserve à son pays, etde^ 
tendance à se multiplier : or tout le monde sait 
combien les mœurs, lescoutumes d'un peuple sont 
lentes à se modifier. 

Avec l'application du libre échange, un peuple 
pourra donc traverser les crises les plus funestes, 
pour arriver au point où sa richesse d'taage 
moyenne devra s'accroître, s'il est vrai toutefois 
qu'il se trouve dans des conditions où le libre 
échange est admissible'. Par ce langage qui est 

« Le nouTCSu tr«ité avec l'Angleterre n'esl pas du libre échange : 



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LIBRE ÉGHAHGE. 353 

biffli loin d'être absolu, nous laissons pressentir 
que dans certaines circonstances' une nation n'a 
rien à redouter du libre échange. 

Ainsi, est-elle très-industrielle î Peut-elle lutter 
avec succès contre les peuples étrangers dans la 
fabrication des objets manufacturés? 

Que cette nation se rassure ! — En succédant à 
la protection, le libre échange, en général, dans 
cette circonstance, est, tout à la fois, favorable à 
la ridiesse évaluée et à la rickes$e d'u$age. 

L'examen des équations de ces richesses rend 
parfaitement compte de ce phénomène écono- 
mique. Il explique encore ce qui aurait Heu dans 
l'hypothèse suivante. 

Supposons que l'électricité, ou même une sub- 
stance matérielle, en se combinant avec un li- 
quide très-abondant, Veau, par exemple, permet- 
tent de fabriquer, à un prix extrêmement réduit, 
tout le vin dont on a besoin dans l'uni vers. Certai- 
nement la richetse d'usage du monde entier, et 
principalement celle des peuples qui achètent celte 
boisson à grands frais, s'accroîtra. 

Mais les 2 millions de cultivateurs et de pro- 
priétaires qui, en France, vivent de la vigne (en 
admettant que le terrain où elle végète ne puisse 
être adapté à aucune autre culture), verront 

c'est simplement une diminution du prolccJion, soit du cotii de lu 
France, soit du oMê de i'Anuleterre. 



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leur riclietse à'utage diminuer prodigieusement. 

De plus, il serait bien possible que ces 2 mil- 
lions d'individus, en pesant par leur misère sur les 
54 autres millions que nourrit encore ce pays, 
n'amoindrissent immédiatement la rieheue damage 
moyenne de chacun de ses habitants. 

Le libre échange introduit dans une contrée 
soumise au régime protecteur depuis longtemps, 
semble, au premier abord, dans ses résultats éco- 
nomiques, avoir une grande analogie avec les ré- 
sultats que l'on observe quand on substitue au 
travaildes hommes celui des machines. 

Nous allons montrer, cependant, qu'il existe une 
très-grande différence entre ces deux résultats. 

Lorsque les prix des marchandises diminuent 
dans un pays, en raison des perfectionnements 
qui sont introduits dans les fabriques, la rkheue 
ttusage s'accroît ; car dans son équation, les quan- 
tités des marchandisesM, M', etc., augmentent, et 
font accroître, comme nous l'avons déjà dit, cette 
espèce de richesse, malgré la diminution des prix 
de l'unité de ces marchandises, m, m', etc., qui 
influencent de la même manière le numérateur 
et le dénominateur de cette équation. 

Incidemment, nous ferons observer, à la suite 
de ce raisonnement, qu'il est de la plus grande 
utilité, pour un peuple chez lequel règne la pro- 
tection, que les machines employées par ses in- 



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LIBRE égqakge:. 3:.5 

dustriels soientau plus haut degré de perlecUon; 
puisque sa richesse d'usage en dépend. Sous ce ré- 
gime, les droits d'entrée des marchandises étran- 
gères doivent être gradués, de manière qu'un 
progrès Incessant et une activité constante prési- 
dent toujours aux fabrications nationales. 

Pour revenir à notre sujet, il est certain qu'au 
moment où les machines d'invention récente com- 
mencent à fonclionner, elles peuvent causer de 
grands maux aux ouvriers; mais comme, en gé- 
néral, elles n'agissent que sur la situation de quel- 
ques milliers d'entre eux (caries perfectionnements 
les plus efficaces ne s'obtiennent que bien len- 
tement), le malheur éprouvé n'est pas immense, 
absolu, sans remède. N'avons-nous pas vu, après 
quelque temps de misère, les travailleurs qui 
étaient inoccupés sur un point se caser ailleurs? 

Sans vouloir méconnaître les souffrances mo- 
mentanées que produisent les machines, on ne 
peut contester, en lès considérant sous une autre 
face, qu'elles fontobtenir de grands avantages. 

Ces machines donnent une impulsion heureuse 
et presque subite à la richesse évaluée d'un pays, 
et bientôt même à sa richef.se d'usage ; puisque 
les ouvriers se remettant assez promptement à la 
besogne, les marchandises baissent de prix. 

Voyons acluellemeni quelles sont les consé- 
quences du free trade introduit tout à coup, sans 



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336 PROTECTION. 

préparation aucune, dans un pays où la protection 

s'est exercée pendant longues années. 

Déjà, il doit y avoir, à la suite d'une mesure 
économique ainsi brusquée, une bien plus grande 
quantité de travailleurssans emploi, que lorsqu'il 
s'agissait des machines, et nous nous sommes 
étendu assez longuement sur les maux qui s'en- 
suivent, pour qu'il soit inutile d'y revenir. 

Mais, quand bien même on pourrait faire émi- 
greravec facilité ces travailleurs forcément oisifs, 
d'ordinaire, contrairement à ce qui résulte de 
l'emploi des machines, il y aura diminution dans 
la rickesîe évaluée, puisque la production indigène 
aura décru '. 

Des divers détails dans lesquels nous sommes 
entré, il résulte qu'en général un pays engagé 
dans les voies protectionnistes ne peut, sans beau- 
coup d'imprudence, revenir subitement sur ses 
pas pour suivre résolument et insoucieusement 
les principes du libre échange. 

' Il faut ici se rappeler que lorsque la protection a élê parlaile- 
meiit raisonnée, elle fait accroilre la richesse évaluée. 



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Sanction donnée par l'expérience à nos théories. 



Si, comme nous l'avons déjà dit, tous les peu- 
ples du monde étaient réunis dans une confrater- 
nité parfaite ; s'ils ne constituaient qu'une seule 
et unique famille, la liberté du commerce serait 
en général une bonne chose, parce que les satis- 
factions s'acquérant habituellement au moindre 
prix' , la richesse ^ usage obtiendrait son maximum . 

Malheureusement il n'en est pas ainsi. 

Ne voit-on pas partout les idées de domination, 
et non de justice, prévaloir dans les relatioDS ex- 
térieures? Chaque nation ne vise-t-elle pas con- 
stamment à l'agrandissement du territoire sur 
lequel elle est assise, pour y puiser des moyens 
d'oppression plus certains? C'est de l'histoire que 
nous écrivons, et, malheureusement encore, de 
l'histoire moderne. 

Aussi la pratique conduit-elle presque tous les 

' Le IîIh^ échange ne fait, pas toujours baisser les prix, il les 
accroît souvent, en exerçant une action pareille à celle d'une route 
que l'on ouvre dans un pays sans débouchés; mais, par le libre 
échange, chaque membre de la famille humaine obtient le plus or- 
dinairement, avec moins de travail, les objets qui lui sont ou néces- 
saires ou agréables. 



DigitizeabyGoO'jlc 



258 PROTECTTON. 

peuples, quand ils ne sont pas dans des conditions 
industrielles spéciales, à adopter le système pro- 
tecteur qui accroît leur force, leur importance; 
et se gardent-ils bien d'abaisser les barrières qui 
les isolent, lorsqu'ils pourraient ainsi souvent ac- 
quérir une vie douce, facile, c'est-à-dire une très- 
grande richetsed'magel 

Or, voyez ce qui se passe habituellement dans le 
monde et quelle sanction complète nos théories 
reçoivent de l'expérience ! 

Des lignes de douane existent à l'entrée de cha- 
que pays, et des droits protecteurs y sont presque 
partout prélevés sur les marchandises de prove- 
nance étrangère; c'est que les peuples qui y ré- 
sident, conduits par la pratique, rechei:chent la 
richesse évaluée. Dans l'intérieur de ces pays, au 
contraire, la circulation des marchandises est par- 
faitement libre'; c'est qu'alors il ne s'agit plus 
d'établir une supériorité en richesse évaluée^ d'une 
province sur une autre; mais de rendre tous les 
nationaux heureux, autant qu'il est possible*. 

I Les octrois n'eibtent qu'à titre d'élablissemenU fiscaux et non 
prolecteurs. 

' Quelquefois, il est vrai, une province, d'un vaste empire, très- 
éloignée des centres de consommation, pourrait avoir besoin pour 
raccroissement de sa richeue d'usage (voyez p. 119 et suiv.), d'in- 
dustries prot/^gées, en raison des frais onéreux de transport qui grè- 
vent ses productions naturelles, mais c'est toujours dans des cas 
eiceptionnels. 



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Uii petit peuple, qui ne doit son existence indé- 
pendante qu'au bon vouloir des États du premier 
ordre, et dont l'action guerrière sur les nattons 
voisines est presque insensible, a naturellement 
un grand intérêt à ne rechercher que la richesfie 
d'usage, au moyen du libre échange. 

Si même il est industriel, commerçant, et si 
une position favorable lui permet d'être naviga- 
teur, il cumulera, au moyendu libre échange, sou- 
vent tout à la fois, et la richeste d'wage et la ri- 
rkesse évaluée. 

Mais la Russie, pays agricole, qui compte au 
nombre des grandes puissances de l'Europe, com- 
promettrait sa haute position, si elle se laissait 
aller à des errements pareils. 

11 est remarquable que Montesquieu, dans un 
chapitre de l'Esprit det lois, intitulé : « Avec quelle 
nation il est déiavanlageux de faire le œmmerce; » 
avait eu la prévision des vérités que nous venons 
d'établir; car il conclut que le commerce libre 
est désavantageux aux nations pauvres, c'est-à- 
dire aux nations agricoles. 

J. B. Say a donc sacrifié aux erreurs que ren- 
ferme sa théorie de l'échange, lorsqu'il reproche à 
ce penseur illustre une opinion qui est au con- 
traire la preuve d'un très-profond jugement. 



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Dans les voies de protection oîi la plupart des 
gouvernemenls sont engagés, voies dont nous 
avons fait reconnaître souvenlefois l'utilité, et 
que nous nous gardons bien d'approuver et de 
préconiser en tout, partout et toujours, en gé- 
néral ils ne marchent qu'en aveugles, ou au- 
trement, en trébuchant à chaque pas; l'appareil 
protecteur dont ils se servent ne fonctionnant 
pas le plus habituellement d'une manière ra- 
tionnelle. 

Néanmoins, les exemples ne nous manqueront 
pas pour démontrer que cet appareil, malgré ses 
défectuosités, et bien que son application soit dé- 
plorable au point de vue de la richesse d'utage gé- 
nérale ou du bien-être de tous, a cependant pu 
enrichir certaines nations. 

Le système continental, inventé par Napoléon I" 
pour ruiner l'Angleterre, avait tellement indis- 
posé le monde, qu'à la chute de l'I^mpire. la li- 
berté du commerce fut acclamée de toutes parts. 

Dans ces circonstances favorables, te nom de 
J. B. Say, propagateur du libre échange quand 
même, devint européen. Son Traité d'économie 



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LIBRE ECHANGE. 341 

politique fui. traduit dans toutes les langues, et ses 
doctrines furent généralement acceptées. 

Lui-même, par des qualités de style et un talent 
incontestable d'exposition, avait donné, à l'en- 
semble de ses publications, une autorité que les 
idées qu'il patronnait ne méritaient pas à tous 
égards. 

Plusieurs États, entre autres la Russie, l'Alle- 
magne et les États-Unis, s'empressèrent d'adopter 
ses principes. 

Mais, quelques années plus tard, le comte de 
Nesseirode, grand ministre du Czar, déclara 
que les produits russes ne trouvaient plus de 
débouchés à l'étranger; que les fabriques du 
pays étaient ruinées ou près de l'être ; et il rem- 
plaça le système du libre échange par celui de 
la protection, donf le gouvernement moscovite 
parait se bien trouver. 

Les États-Unis et l'Allemagne imitèrent cet 
exemple, et ne semblent pas décidés à l'aban- 
donner '. 



* Nons avons lu avec étonnement, dans plusieurs ouvrages sur 
l'écoDomie politique, que les Élals-Unis ont adopté le libre 
édiange. Le dernier tarif de leurs douanes, que nous rapportons, 
tarif qui a été révisé le 3 mars 18à7, par un acte du congrès, est 
non-seulement la preuve du contraire, mais encore, malgré plu- 
sieurs écarts, son économie générale s'accorde j'isqii'i un certain 
point avec nos théories; sauf, bien entendu, que nous ne garantis- 
sons pas la parfaite convenance des chiffres décrétés, cette déter- 



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249 PROTECTION. 

Quant à la France, elle a persisté bien plus que 
tous les autres Ëtats dans tes idées napoléoniennes; 
car ses tarifs contiennent un plus grand nombre 
de prohibitions, et cependant la situation de son 
industrie ne lui donne pas complètement tort. 
Toutefois le moment nous paraît venu, où cette 
nation pourrait, avec raison et dans certains sens, 
modifier ses taxes douanières, pour augmenter, 

inination demandant une étude particulière de la situalion des usines 
et fabriques d'un pays, et des relations de ce pays arec l'élran^r. 

Voici les principaux articles de ce tarif : 

« Payeront50 pour 100 d'ratrée : 

Le verre et le cristal taillés, les meubles en acajou, etc.; les vins 
el imitations de vins, les conserves de viande et Âe l^mes, etc. 

Payeront 24 pour 100 d'entrée : 

Les tissus Ans de soie, de laine et de coton, la parfumerie, la t»- 
blelterie, les broderies, les peaux ouvrces, les vêtements de toutes 
sortes, les modes el Oeurs artificielles; les poteries en faïence, 
porcelaine et terre commune; les pendules et horloges, Torfévrerie 
et la bijouterie, etc. 

Payeront 19 pour 100 d'entrée : 

Certains tissus de soie, coton, etc., ayant reçu moins de façons 
que dans Varticle précédent. 

payeront 15 pour 100 d'entrée : 

L'amidon, le beurre, les caractères d'imprimerie, le froment, 
les tissus de lin el de chanvre, la sellerie commune, etc. 

Payeront 8 pour 100; 

Les fourrures non apprêtées, etc. 

Payeront 4 pour 100 : 

Les acides acétique, sulfurique, etc., le caoutchouc concret. 
l'étain propre fi être travaillé, la gutta-perdia brute, la garan 

Seront exempts de tous droits : 

Les animaux vivants de toute espèce; les baies, noix, fleurs et 



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LIBRE fiCBAnCE. 345 

d'une manière plus intense, et sa rickene évalnée 
et sa riekeste d'mage. 

Il est vrai que l'Angleterre semble ne vouloir 
pas persévérer dans ses anciens errements de pro- 
tection. Mais les nouveaux principes économiques 
qu'elle a embrassés, merveilleusement adaptés au 
développement de sa prospérité financière, de sa 
prépondérance industrielle, résultent, en grande 
partie, des diverses théories fondamentales de cet 
ouvrage'. 

vègétanx, exdusivemeni employés pour la teinture {pourvu qu'iU 
n'aient reçu aucune préparation), yeseagrak.ïiiiiMTe beat, la laine 
bnile, la soie grége, le plitre de Paris, • etc. 

Si l'on fait attention que la richesse évaluée des Étals-Unis re- 
pose priticipalement, )• sur la production du coton, S* sur li cul- 
ture des terres; 3* sur le conunerce eitérieur; 4° sur l'iiiimigra- 
Uon des nombreux ouTriers qui viennent chaque année s'} Rxer, 
5" (hon-enium dicere '.) sur la production des esclaves nécessaires à 
la culture du cotonnier; on reconnaît que ce tarif, qui est très- 
modéré pour les marchandises servant d'outils, ainsi que pour 
les marchandises brutes, et qui exempte même ces dernières de 
tous droits, tandis qu'il fait payer â4 et 50 pour 100 pour les mar- 
chandises de luxe et celles oà il entre beaucoup defaçons d'un hant 
prix, a pour but d'accroître, d'après nos théories, les principales 
sources de rickesse évaluée que nous avons énumérées. 

C'est ainsi que les pompes et la saignée ont été en usage long- 
temps avant que l'on connAt et la pesanteur de l'air et la circu- 
lation du sang. 

Quant à dire que l'économie de ce tarifa été empruntée au libre 
échange, nous répondrons qu'il faut être aveugle pour ne pas voir 
qu'elle est basée, en raison de la diOërence dans les taxes, sur le 
principe de la protection du travail national, principe opposé au 
systèmedu libre échange, qui ne reconnaît que des droits fiscaux. 

' Nous ferons ici la même remarque que lorsqu'il a été question 



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Ui PROTBCTIOH. 

lorsque cette puissance possédait, naguère, les 
colonies de l'Amérique du Nord, l'essor de sa pro- 
duction manufacturière n'étant alors qu'assez fai- 
ble, elle tenait ces colonies dans un tel état 
d'asservissement sous le rapport des arts manu- 
facturiers, qu'en dehors des confections domesti- 
ques et des métiers vulgaires, on n'y tolérait au- 
cune espèce d'usines. 

En 1750, une fabrique de chapeaux, établie 
dans le Massachussets, provoqua l'attention et la 
jalousie du gouvernement anglais, qui déclara 
dommageables toutes les fabrications coloniales 
faisant concurrence à la mère patrie. 

Vingt ans plus tard, lord Chatham, alarmé par 
les premiers essais métallurgiques delà Nouvelle- 
Angleterre, soutint qu'on ne devait pas permettre 
qu'il se fabriquât une tète de clou dans les colo- 
nies. 

La maxime favorite des ministres de George III 
était : « Moins un peuple exportera de céréales, et 
« plus il en importera , et en même temps plus il 
« exportera de marchandises manufacturées, plus 
« il aura de richesse' évaluée. » 

des droits (l'iraporUti<»i pour les États-Unis; ce n'est que lacooi^ 
dination générale du système dont nous voulons parler, et non de 
t£l ou tel chliïre du larif des douanes. 
< Richesse était, pour ces ministres, synonyme de ridiesse éva~ 



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UBBE ËCUAIfGE. 345 

bans leurs discours parlementaires, ils repro- 
duisaient cette maxime sous toutes les formes. Et, 
en elTet, son adoption a été ta cause de l'extrême 
richesse évaiuée de la nation qu'ils ont si habile- 
ment dirigée. 

Après avoir longtemps cherché, dans l'intérêt de 
l'aristocratie seule, à restreindre l'importation 
des grains et de toutes les autres marchandises, 
l'Angleterre, reconnaissant qu'elle faisait fausse 
route, parce qu'elle était devenue puissance ma- 
nufacturière du premier ordre, a changé ses 
allures, en adoptant, en fait de commerce, des 
mesures moins protectionnistes. 

M^is, pour cela, bien qu'elle ait plus d'intérêt 
que toutes les autres nations à admettre le libre 
échange, elle est loin de méconnaître les pertes 
qu'elle éprouverait en acceptant complètement ce 
système. 

En voici la preuve irrécusable : 

1° Les cent cinquante francs de droits que la 
douane anglaise prélève à l'entrée sur l'hectolitre 
des vins de France ne sont pas uniquement des 
droits fiscaux, puisqu'elle n'exige que soixante- 
quinze francs pour les vins des possessions an- 
glaises. 

2* Les tissus de soie étrangers sont frappés 
d'un droit de 15 pour 100; mais ceux de prove- 
nance anglaise payent seulement 5 pour 100. 



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246 PROTECTION. 

5° Le beurre étranger 12 fr. 25 c. les 100 kilo- 
grammes; le beurre de provenance anglaise, 
6 fr. 12 G. les 100 kilogrammes. 

4* Le fromage étranger, 6 fr.. 16 c. les 100 kilo- 
grammes; le fromage de provenance anglaise, 
3 fr. 70 c. les 100 kilogrammes. 

5° La drèche est prohibée à l'importation. 

6* La bière reçoit, ainsi que le houblon, un 
drawbach à l'exportation : 5 à 10 fr. pour l'hecto- 
litre de bière, 45 fr. pour les 100 kilogrammmes 
de houblon'. 

7" La culture de cette dernière denrée est pro- 
tégée par des droits tellement élevés, qu'ils équi- 
valent à peu près à la prohibition : 62 fr. 50 c, à 
l'entrée, pour 100 kilogrammes de houbton, 

8' Pour certains bois, on paye un droit d'im- 
portation de 6 fr. 60 c. à 90 fr. le mètre cube ; pour 
les mêmes bois de provenance anglaise, le droit 
est de ft>. 90 c. à 2 fr. 50 o. 

Passons à un autre ordre de faits. 

Le fer, h zinc, l'acier, le cuivre, etc., à l'étal 
brut, sontexemptsdelousdroits; mais quant aux 
objets fabriqués avec ces métaux, ils doivent ac- 
quitter environ 25 fr. les 100 kilogrammes. 

' ' Crâce à la prime d'exiKirtation. il a été expédié d'Angleterre 
en Belgique, année 1858, 8.000 balles do houblon. Aussi les pro- 
ducteurs belgesont-ils réclamé de leur gouverncmenl une prolec- 
toin contre rin?asion de ce produil. 



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UBRE ËCBANGE. 24T 

Le colOD, la laine, la soie, le chanvi-c, le lin, ù 
l'état brut, ainsi qu'un grand nombre d'autres 
matières premières, sont libres à l'importation; 
mais ees matières fabriquées payent, à l'entrée du 
royaume, 5, 10, 20, 100 pour 100, ad valorem, 
et plus, suivant la supériorité industrielle des 
peuples d'où elles tirent leur origine. 

Ainsi le tarif pour les étoOes de coton ne s'élève 
qu'à 3 pour 1 00, tandis que, pour les tissus de soie, 
il est de 15 pour 100 ; et, au choix de la douane, 
ce tarif peut varier de 8 fr. 28 c. à 55 fr. 08 c. le 
kilogramme; ce qui augmente les droits d'im- 
portation d'une manière très-sensible. 

On doit, à l'entrée, pour une robe confection- 
née avec une étoffe dans laquelle il entre de la 
soie, 37 fr. 50 c. , et ce droit est souvent supérieur 
à la valeur réelle du vêtement. 

Ne résulte-t-il pas de ces faits, dont l'exactitude 
est incontestable, que les Anglais, bien loin d'em- 
brasser avec sincérité et d'une manière absolue les 
principes du libre échange, qui consistent à ne 
mettre sur les marchandises étrangères que des 
droitsliscauxproportionneisà la valeurdecesmar- 
chandises, aggravent plus ou moins ces droits, sui- 
vant la protection que réclament leurs fabrications? 

Nos intelligents voisins, au lieu de rester rigou- 
reusement dans les voiesdu free (rarfe, suivent donc 
de préférence nos théories, et n'adoptent en fait de 



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Sift PROTEaEOK. 

liberté commerciale que ce qui est utile à l'ac- 
croissement de leur prospérité ûnancière. 

Toutefois il est probable que L'Angleterre se 
montrerait conciliante et ferait le sacrifice de tous 
les droits protecteurs dont elle frappe, à l'impor- 
tation, nos vins et nos marchandises de luie qui 
sont nos plus grandes sources de richesses, si on 
lui permettait d'introduire, avec droit infime, ses 
propres marchandises en France. Car elle pourrait 
se dédommager, lors des nouveaux échanges, en 
employant son habileté manufacturière et com- 
merciale, ainsi que la grandeur de son crédit, à 
obtenir une balance favorable dans le nombre des 
journées de travail, en tenant compte des autres 
frais de fabrication'. 

Divers publicistes se sont autorisés de l'exemple 
de la Suisse pour soutenir la convenance du libre 
échange ; nous sommes entré déjà dans tant de 
détails relativement aux tarifs de douane de l'An- 
gleterre et des États-Unis, que nous craignons de 
fatiguer le lecteur par un examen de la même 
nature. 

Nousnous contenterons de dire que la Suisse est 
tout à la fois un pays agricole et Irès-manufactu- 



' Nous sommes loin de condamiiei' lout nouveau Irailé de u 
iLieire avec l'Angtelerre ; seulemeni il devrait être basé sur 
théories ({ue nous développons, 



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libre: échange. 349 

rier; d'où il suit qu'en prenant ce pays pour 
exemple, on sanctionne encore nos doctrines. 

Du reste, la Suisse, pour protéger ses produc- 
tions TÎticoles, met des droits Irès-élevés sur les 
vinsétrangers (e^qui établit qu'elle n'est pas com- 
plètement libre échangiste). Et nous avons encore 
démontré, dans le troisième paragraphe de ce 
chapitre, que ce mode était parfaitement accepta- 
ble dans certains cas, pour accroitrc la rkheite 
évaluée d'une nation. 



II est tout naturel que, pourvu d'instruments 
nouveaux, nous ayons pu rendre palpables des 
vérités qui se sont quelquefois fait jour, mais sur 
lesquelles planaient le doute et l'incertitude. Ces 
vérités étaient repoussées par l'école économique 
moderne, moins au point de vue pratique qu'au 
point de vue scientifique. 

Cependant, nous devons le dire, les fondateurs 
et maîtres de cette école ont fait souvent l'aveu 
que le sol sur lequel ils marchaient manquait de 
consistance. 

J. B. Say convient avec franchise que certains 
faits se sont montrés rebelles à son svstème. 



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250 PROTECTEON. 

Mac-CuHoch soutient qu'il n'y a pas d'économie 
politique, que cette science est encore à créer, 
qu'elle n'a été jusqu'ici qu'une aarologie, et qu'il 
faut maintenant une astronomie. 

D'après M. Bianchini. l'économie politique n'a 
même pas su définir clairement le mol richesse, et 
elle a laissé également dans le vague la signifi- 
cation de la plupart des termes dont elle se sert 
ijlans ses démonstrations. 

Rossi s'exprime ainsi à propos des termes indi- 
quant les principales notions que la science écono- 
mique a dû emprunter à la langue usuelle, comme 
caleur, travail, capital, salaire, revenu, etc.: 

(( Ces mots, la science les a adoptés ; mais il n'y 
« a pas encore accord parfait sur le sens^ et la 
« portée de ces expressions. C'est-à-dire, en 
« d'autres termes, que la science, même dans ses 
n principes fondamentaux, n'est pas encore défini- 
»' tivemenl arrêtée ; car le premier signe de toute 
<c sci^icequi a atteint ce degré de perfection, c'est 
« une nomenclature acceptée, reconnue, et désor- 
(< mais hors de toute contestation. » 

Voici l'opinion de M. Dunoyer : « L'économie 
K politique, qui a un certain nombre de principes 
« assurés, qui repose sur une masse considérable 
M de faits exacts et d'observations bien déduites, 
« paraît loin encore néanmoins d'être une science ar- 
« rêtée. On n'est complètement d'accord ni sur 



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LIBRE ECUANGE. S51 

(« l'étendue du champ où doivent s'étendre ses re- 
« cherches, ni sur l'objet fondamental qu'elles 
(( doivent se pn^poser. On ne convient ni de l'en- 
te semble des travaux, qu'elle embrasse, ni de celui 
« des moyens auxquels se lie la puissance de ces 
a travaux, ni du sens précis qu'il faut attacher à 
et la plupart des mots dont est formé son vocabu- 
« laire; et la science, riche de vérités de détail, 
<( lais$e infiniment à détirer dam son e-semble, et, 
w comme science, elle paraît loin encore d'être con- 
« tàituée. Il pourraîl être donné de tout ced bien des 
« preuves. » 

Maintenant, l'écontHnie politique, appuyée sur 
es équations de la richesse évaltiée, de la rudesse 
■ttusage, et encore sur les vraies théories de 
l'échange, nous paraît devoir, dans l'avenir, for- 
muler mathématiquement des conclusions qui se- 
ront vérifiées par l'ensemble de tous les faits au- 
thentiquement reconnus. 

Nous avons omis à dessein, dans cette discus- 
sion sur le libre échange, de faire valoir certaines 
considérations favorables à la protection, et qui, 
maintenant, n'ont plus besoin qu'on insiste sur 
elles. Ainsi il n'est plus sérieusement contesté 
qu'un gouvernement puisse Introduire dans le 
pays qu'il administre une industrie d'abord oné- 
reuse, mais susceptible de se naturaliser dans la 
suite. 



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252 PROTECTION. 

La science économique, désormais, tout en re- 
gardant la protection comme nuisible dans l'inté- 
rêt (lu monde entier, ne devra donc plus, en prin- 
cipe absolu, la repousser quand il s'agira de 
l'intérêt particulier d'un Ëtat. 

A certains peuples, cette science devra recom- 
mander le système protecteur, toutefois en four- 
nissant des instructions détaillées, pour que ce 
système ne leur soit jamais préjudiciable. 

Ce sera l'examen appofondi d'une multitude de 
circonstances dépendantes de la nature du sot, de 
l'industrie des populations, du commerce inté- 
'rieur et extérieur, etc., qui tranchera nettement 
la question soit dans le sens du libre échange, soit 
dans celui de la protection, ou bien encore qui 
fera user de moyens termes. 

Les droits qui frapperont les jnarchandises 
étrangères pourront être réglés d'après une 
échelle de graduation, en rapport avec l'action 
que leur trafic exerce, et sur la richesse évaluée, et 
sur h richesse d'usage qn'i\ ne faudra pas négliger; 
action qui sera déterminée parles équations de 
ces richesses. Néanmoins il sera nécessaire encore 
de consulter le chapitre relatif à la classification 
des marchandises, chapitre où l'on démontrera 
que la richesse évaluée est d'une nature plus ou 
moins consistante, suivant l'espèce des marchan- 
dises fabriquées ou échangées. 



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CHAPITRE Vil - 

DU CRÉDIT 



Ce que c'est que le Crédit . 



Les auteurs ont donné diverses délinitions du 
crédit. 

Suivant les uns, c'est la métaoïorphose des ca- 
jpitaux stables et engagés en capitaux mobiles et 
circulants. Suivant les autres, le prêt qui s'effec- 
tue sur une simple obligation écrite constitue le 
crédit dans le véritable sens du mot. Nous dirons 
toutefois que généralement on semble, avec 
i. B. Say, regarder le crédit comme étant la facullé 
d'emprunter. 

Toutes ces déiiaitions donnent une idée du cré- 



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-îhi DU CRÉDIT. 

dit, mais elles ne le caraclérisent pas dans son 
acception la plus large. 

Consultons nos deux meilleurs dictionnaires 
(celui de l'Académie et celui de Bescherelle) ; l'un 
et l'autre s'accordent pour dire que : a Le crédit, 
« c'est ta réputalion de solvabilité d'un indi- 
« vidu. » 

Le crédit personnel est donc une qualité', un 
attribut passif, et non une faculté', une puissance, 
un attribut actif, comme le prétend J. B. Say. 

La faculté d'emprunter dérivera, il est vrai, du 
crédit, mais ce ne sera pas le crédit lui-même. 

Lorsque l'on donne, pour contracter un em- 
prunt, une chose en garantie, la faculté d'em- 
prunter provient de la chose, et non de la per- 
sonne. Cette faculté est la conséquence de la 
réputation de solvabilité' qui s'attache à la chose. 

De cet exposé il faut conclure que l'on peut 
admettre deux espèces de crédits ; l'un le crédit 
personnel, l'autre le crédit matériel. 

Le crédit personnel sera la réputation de sol- 

■ Qualité (ce qui fail qu'une chose est bonne ou mauvaise, grande 
ou petite, blanche ou noire, etc.). 

* Faculté (puissance de faire, pouvoir). 

s On s'est servi par eitension du mot solvabilité, pour désigner 
le pouvoir qu'a )a chose, ou pluMt son propriétaire, de rembourser 
l'emprunt qu|elle garantit. Ce pouvoir n'est pas dû seulement à la 
valeur actuelle de la chose, mais il dépend encore de beaucoup 
d'autres considérations qui seront développées plus tard. 



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DU CRÉDIT. 255 

vabililé de la personne, le crédit matériel la ré- 
putation de solvabilité de la chose ; ou autre- 
ment, l'un sera la conliance dans la personne, 
l'autre la confiance dans la chose. Et la faculté 
d'emprunt, qui, d'après nous, diffère du crédit, 
puisque cette faculté en est seulement le résultat, 
croîtra avec d'autant plus d'énergie que la con- 
fiance dans la personne ou dans la chose sera 
plus grande ; en sorte qu'il suffira de faire croître 
le crédit des personnes et des choses pour augmen- 
ter leurs facultés d'emprunls. 

En considérant le crédit à ce point de vue, son 
étude nous condui ra à des résultats remarquables. 

Nous parlerons en premier lieu des transforma- 
tions qu'opère le crédit. 

Une chose par elle-même sans valeur appré- 
ciable, un carré de papier revêtu de caractères 
imprimés et de signes distinctifs irrécusables, 
c'est-à-dire un billet de banque, reçoit souvent 
du crédit tout à fois personnel et matériel' une 
valeur monétaire très-élevée. Il en est de même 
des actions, des obligations, de plusieurs titres 



< Le billet de banque est garanti par unecompagnie dont la pro- 
bité, l'intelligence et la richesse sont notoires. 

(Crédit personnel.) 

Le billet de banque est encore garanti par un dépfll de numé- 
raire ou de toutes autres valeurs. 

(Crédil mafériel.j • 



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notariés ou sous signatures privées, des war- 
rants, etc. 

Les lettres de change, les billets à ordre, sont 
dans une catégorie différente; ils doivent leur 
valeur uniquement au crédit personnel. 

Toutes ces marchandises, dont le prix dépend 
soit du crédit matériel, soit du crédit personnel, 
soit en même temps de l'un et de l'autre, prennent 
la dénomination de valeurs fiduciaires. Certains 
objets révérés par divers cultes, et qui ne sont le 
produit d'aucun travail, devraient être dénom- 
més de la même manière, mais, bien qu'ils ne le 
soient pas, ce sont néanmoins de vraies valeurs 
fiduciaires, car leur valeur est due au crédit de la 
chose. 

Ainsi un morceau de bois informe peut obte- 
tenir, comme valeur fiduciaire, par suite des 
croyances religieuses, un prix des plus élevés. N'a- 
t-on pas vu, au douzième siècle, Louis IX empnin- 
ter à l'Ëlat de Venise des sommes considérables 
sur le bois de la vraie Croix et sur la sainte Cou- 
ronne d'épines? Ces ligneux, autant du moins qu'il 
est possible de se servir d'expressions profanes 
pour spécifier des objets aussi sacrés, n'ont-ils 
pas été transformés par le crédit (confiance dans la 
chose) en une marchandise des plus précieuses? 
Après les choses saintes, dont la valeur moné- 
taire résulte de la ferveur des croyants, nous par- 



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un CRÉIHT. 357 

lerons des objets tenant leur prix de la vogue gé- 
nérale, c'est-à-dire encore du crédit. 

Il est impossible de prescrire des règles à l'aide 
desquelles on puisse reconnaître la supériorité 
d'un ajustement sur un autre, au point de vue de 
l'omementatiou toujours capricieuse de l'étoOe, 
ou sous le rapport de l'élégance et de la grâce dans 
la Porme; puisquela mode, par des transitions diffi- 
ciles à suivre, impossibles à prévoir, se diversifie 
demille manières etvarie presque dejour en jour. 

Et cependant toutes les nations civilisées recon- 
naissent à la France le droit de prononcer des 
arrêts en fait de goût, ou autrement accueillent 
de préférence et à grand prix les frivolités qu'elle 
fabrique. 

Ces frivolités ne sont-elles pas encore, en grande 
partie, des valeurs fiduciaires, puisqu'elles doivent 
leur prix aux croyances générales'! 

Plus la valeur des marchandises dépendra par- 
ticulièrement de la confiance qu'elles inspirent, 
plutôt que des frais exigés rigoureusement pour 
leur fabrication, ou du revenu qu'elles seront 
susceptibles de rapporter, plus aussi ce seront des 
valeurs fiduciaires. 

< Il y 9 un tel prestii^e attaché aux lieux où l'on conléclionne des 
marchandises, que la plupart des aiguilles fabriquées en France sont 
vendues comme provenant de l'Angletern^, qunqn'elles valent bim 
en réalité celles de ce dernier pays. 



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358 DU CREDIT. 

En conséquence, divers articles de luxe, tels 
que : tes perles, tes diamants, tes rubis, etc., dont 
te prix est moins relatif au travail qu'ils ont né- 
cessité avant d'être mis en circulation, qu'à ta 
vogue dont ils jouissent, sont en partie des mar- 
chandises fiduciaires; et les objets d'un usage com- 
mun : le fer, le plomb, les étoffes grossières, etc., 
dont le prix se rapporte plutôt au coût de la main- 
d'œuvre qu'à la rareté des matières premières, 
sont des produits plus positifs qui n'ont presque 
aucune valeur fiduciaire. 

De là une différence à établir dans la nature du 
commerce des divers pays. 

L'Angleterre ne fabrique, la plupart du temps, 
que des marcbandises à valeur positive, et ne 
s'ouvre des débouchés que parce que ses produc- 
tions sont au prix le plus réduit. 

U France, ne confectionnant, en général, que 
des objets de luxe, livre au commerce extérieur 
une sorte d'articlesqui tiennent beaucoup plus de 
la valeur fiduciaire. 

Nous reviendrons plus tard sur cette différence 
dans la nature du commerce, différence dont on 
doit tenir compte quand il s'agit de prendre des 
mesures qui doivent accroître ta prospérité finan- 
cière des nations. 

La faculté d'emprunt n'est pas toujours propor- 
tionnelle à la valeur monétaire de la marchandise. 



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DU CRÉDIT. Uù» 

On prêtera moins, à égalité de prix, sur des cé- 
réales difficiles à conserver et très-encombrantes 
que sur des masses de plomb. Il est même des 
articles, tels que les objets d'art, qui étant d'une 
valeur échangeable élevée, n'ont qu'une très- 
médiocre faculté d'emprunt, en raison de la diffi- 
culté de les apprécier esactement'. 

Les marchandises d'un usage général, telles 
que: les métaux, les tissuscommunsenfiletcoton, 
jouissent, relativement à leurs prix, d'une grande 
faculté d'emprunt qui se modifie, du reste, avec 
l'encombremeot qu'elles occasionnent, et la dif- 
ficulté de leur conservation*. 

A Paris, le mont-de-piété, en raison des mar- 
chandises presque sans aucune valeur fiduciaire 
qui composent uniquement son trafic, donne sur 
ces marchandises à peu de chose près ce qu'elles 
valent (bien entendu en déduisant de leur valeur 
l'intérêt de l'argent qu'il avance, les frais d'admi- 
nistration, les chances de perte, le tout pendant 
une année); car les ventes aux enchères, effectuées 
au bout de la période de temps fixée ci-dessus, ne 
lui laissent que des bénéfices Irès-restreints'. 

' A Paris, le mont'de-piété ne prête pas sur les objets d'art. 

' Les marchandises Tolumineuses exigent de vastes et coûteux 
magasins, les fourrures sont dilfîcites à conserver. 

* L'intérêt d'un capital prêté i un individu doit varier prodigieu- 
sement suivant les risques que cet individu fiiit courir. Hais, en pre- 
nant l'intérêt minimuin que l'on peut réclamer i plusieurs per- 



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SCO t)l CIIËUtT. 

Quant aux valeurs qui sont liduciaires à un 
haut degré : les coupons de la dette publique, les 
actions, les obligations, etc., la Banque de France, 
en prêtant à court terme sur ces titres {trois mois 
seulement), n'avance que moitié ou trois quarts 
de la cote du jour, suivant leur plus ou moins de 
solidité. Et encore se réserve-t-elle le droit de 
faire des appels de fonds aux emprunteurs, aus- 
sitôt qu'une baisse vient a se déclarer; ce qui ré- 
duit singulièrement la durée du prêt. 

1.6 crédit des choses et des personnes s'accroît 
avec la sécurité générale et l'assistance accordée 
par la législation, pour faire recouvrer l'objet 
emprunté ou son équivalent en numéraire. 

Tout ce qui, dans un pays, est de nature à at- 
tirer les riches étrangers, à empêcher que les in- 
digènes opulents n'aillent résider ailleurs; ainsi, 
un beau climat, des mœurs douces et faciles, des 
plaisirs nombreux', etc., augmentent dans ce pays 
le crédit des choses et des personnes. 

sonnes rich<>s qui, en empruntant, se déclarent solidaires, celui 
(jti'il faut demander par suite d'un objet mis en gage, doit ître né- 
cessairement plus élevé; attendu que ce dernier intérêt dmt com- 
prendre la prime de risque les frais d'emmagasinage, le coût de 
l'cipertise, etc.... Et c'est ce qui eiplique comment l'intérêt des 
avances faites par le nwnt-de-piélé de Paris est de 9 pour 100 et 
plus. 

Le prêt sur un immeuble, ou, sulremenl dit, le prêt hjpothé- 
caire, ne contraint à aucuns frais de garde. Aussi est-il plus modéré. 
■ ' Il n'y a qu'î très-peu de crédit dans les colonies françaises et 



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DU CRÉDIT; 2fil 

De même les voies de circulalion, en facilitant 
le déplacement des capitaux, en faisant mieux ap- 
précier les individus et les choses, accroissent le 
crédit matériel et personnel. Une contrée sans 
débouchés, sans communications, ne peut avoir 
qu'un crédit très-restreint. 

La densité d'une population, son amour pour le 
travail, ses goûts industriels et commerciaux, son 
économie, sont encore très-favorables au crédit. 

Pourmieuxfaireapprécierle crédit, nous insiste- 
rons sur quelques-uns de sesprincipaux caractères. 

1° Un peuple fabrique des marchandises dont 
l'excellence est généralement reconnue. Leur per- 
fection vient-elle à s'altérer? Grâce au crédit, 
ces marchandises conserveront encore longtemps, 
dans le commerce, une grande supériorité sur les 
similaires d'une autre provenance. 

2' Si des marchandises doivent en grande par- 
tie leur valeur, soit à la réclame des journaux, 
soit à l'intérêt que porteront à ces marchandises 
un homme riche' ou une compagnie puissante, 

espagnoles de l'Amérique, que l'on quitte après avoir fait Tortune. 
On y prête ordinairement à 10 et 12 pour 100. Le crédit se dévelop- 
pera probablement avec plus de facilité en Algérie. 

■ La renommée du vin de lokannUberg ne serait pas aussi 
grande, si le propriétaire du cru où on le récolte n'avait été le 
prince de Mettemich. » 

La musique si populaire de Boïeldieu a exercé une grande in- 
fluence sur la célébrité du vin de Cbamberlin. 



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308 DU CRÉDIT. 

c'est au crédit qu'il faut encore attribuer ce ré- 
sultat. 

5* On doit, en outre, faire honneur en partie 
au crédit, des richesses de certains pays où les 
croyances religieuses et artistiques attirent une 
multitude de voyageurs. Rome, la Mecque, que 
visitent de nombreux pèlerins ; Paris, l'Italie, la 
Suisse, rendez-vous de tant de touristes, tiennent 
de cet agent énergique une portion de leur pros- 
périté fmancière. 

On reproche, non sans raison, au crédit d'être 
la source de maintes piperies, et de donner lieu 
trop souvent à des trafics où l'homme expose sa 
fortune et son honneur. 

Les transactions au comptant sont moins sus- 
ceptiblesde compromettre l'honneur et la fortune, 
mais elles conduisent à l'apathie et détruisent 
même toute vigueur commerciale. 

Il est à remarquer que les marchandises 
les plus indispensables, telles que le pain, ta 
viande, la chaussure, etc., qui, pour des rai- 
sons d'humanité, devraient être données à cré- 
dit, sont celles dont la vente a lieu le plus or- 
dinairement au comptant. Dans les échanges 
qui s'y rapportent, le fournisseur fait la loi à 
l'acquéreur. 

L'usage du crédit est réservé principalement 
aux marchandises moins essentielles dont il faut 



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DU CRÉDIT. 3(15 

activer la négociation, parceque le besoin ne s'en 
fait pas impérieusement sentir. 

1^ somme vénale des valeurs ûduciaires qui 
ont cours dans une na tion est en général le ther- 
momètre de son opulence. 



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8'- . 

Billels de banque ■. 

Les traosactions qui s'opèrent dans des pays 
avancés en civilisation, comme la France et TAn- 
gleterre, et que l'on ne peut estimer à moins de 
trois ou quatre cents milliards par an, rencontre- 
raient, si elles devaient avoir lieu au comptant, 
des diflicultés extrêmes, surtout avec la petite 
quantité de numéraire existante dans ces deux 
pays. C'est au crédit, et aux institutions qui en 
relèvent, que l'on doit de pouvoir effectuer ces 
immenses transactions avec facilité. 

Sans doute, la monnaie métallique fut une in- 
vention des plus utiles' pour parfaire les échanges. 
Mais, lorsque l'union et la sécurité, succédant à 
la discorde et à la violence, présidèrent, pour le 
bien de l'humanité, au gouvernement des Ëtats, 

' Que l'on ne compte pas trouver ici un lrait« complet du billel 
de banque. Nous voulons faire seulement sur cette valeur fidudaire 
quelques remarques qui nous seront utiles dans le cours de cet 
ouvrage. 

■ Lord Lauderdale prétend qu'il n'est pnut-étre pas de machine 
(lui économise autant de travail i]ue la monnaie. 



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DU GRËDIT. Wh 

les promesses verbales, les sous seings privés, les 
contrats hypothécaires, les billets à ordre, etc., 
enfin les billets de banque, tous instruments d'é- 
change dérivant du crédit, vinrent successive- 
ment aider le numéraire, et même le remplacer 
avec avantage dans une foule de circonstances. 

Incontestablement, à toutes époques, le crédit a 
existé entre personnes que la proximité mettait 
en relation, et même entre certaines autres; car 
il est impossible de concevoir une société dans 
laquelle les services seraient toujours échangés 
simultanément, ou presque immédiatement. Au- 
jourd'hui, avec la perfection des empreintes, avec 
les marques et signes distinctifs, inventés par l'in- 
dustrie, avec la garantie offerte par des tiers, on 
est parvenu à faire naître le crédit entre deux 
individus placés aux extrémités du monde, et 
n'ayant jamais eu aucun rapport entre eux. 

On admettait jadis à l'échange, contre des 
objets matériellement utiles, d'autres objets dont 
la valeur ne reposait que sur les croyances reli- 
gieuses ou sur des sentiments naturellement sa- 
crés. Ainsi, un fils mettait en gage les restes mor- 
tels de ses aïeux ; ainsi, des choses tenant à l'ob- 
servance d'un culte servirent souvent de garantie. 
De là, aux lettres de change où l'homme engage 
tout à la fois sa liberlé, son honneur commer- 
cial, et ensuite à la création du billet de banque, 



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26« m: GBÊDIT. 

véritable monnaie, puisqu'il est réalisable ù tout 
instant, il semble qu'une faible distance était à 
franchir. Mais les idées les plus simples, celles 
qui paraissent otfrir le moins d'efforts à l'ima- 
gination, n'apparaissent souvent au monde qu'à 
de très-longs intervalles. Aussi n'est>ce qu'après 
une longue série de siècles que l'on est par- 
venu à cette merveilleuse invention du billet de 
banque I 

Nous avons vu quelle était l'influence du crédit 
sur la valeur de certaines marchandises. Son ac- 
tion sur les billets de banque est autrement éner- 
gique : il les transforme complètement. 

De carrés de papier sans ipiportance aucune, 
ces billets s'élèvent, de par le crédit, jusqu'à l'au- 
torité souveraine de la monnaie. Dès aujourd'hui, 
ils remplacent, dans beaucoup de pays, une 
grande partie du numéraire; et peut-être un jour 
ce sera leur destination dans le monde entier. 

En traitant des billets au porteuret à rembour- 
sement immédiat, nous sommes forcé de dire 
quelques mots des banques qui les émettent. Four 
être plus facilement compris, nous aurons presque 
toujours en vue la banque de France. 

Une société au capital de ISO millions, recon- 
nue pour sa solvabilité, émet contre espèces, ou 
en recevant des lettres de change à trois signa- 
tures et à court terme, pour 700 à 800 millions de 



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UU CRÉDIT. SliT 

billets payables à présentation. Lorsque ces billets 
ont été dispersés de tous côtés, si chacun des por- 
teurs arrivait au même instant pour en demander 
le remboursement, il est manifeste que la société 
banquière se trouverait sous le coup d'une liqui- 
dation désastreuse; bien que, d'après une mesure 
de prudence sanctionnée par l'expérience, ces 
mêmes billets ne composent qu'une somme en- 
viron trois fois plus forte que celle représentée par 
les métaux précieux qui forment l'encaisse. 

Cependant le crédit qu'inspire cette société, en 
raison de la richesse, de la probité, de l'intelli- 
gence commerciale qui distinguent son comité 
directeur, en raison aussi des bénéfices évidents 
que lui procure l'émission presque gratuite d'une 
monnaie dont la facilité de transport est si grande, 
fait que personne ne redoute le sinistre que nous 
avons signalé. Ce sinistre, dont la menace parait 
incessante, est toujours éloigné par le crédit lui- 
même. 

Sauf un cas de panique générale, l'esistencp 
d'une pareille société ne pourrait être compro- 
mise que par un établissement fmancier qui, 
méchamment, à un jour donné, pourrait avoir 
réuni une somme en billets à vue et au porteur su- 
périeure à l'encaisse, et demanderait le rembour- 
sement de celte somme à l'instant même. 

Et encore, dans de telles circonstances, la si- 



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S68 DU CRÉDIT. 

tuiitioii de la banque n'olTrirait que peu de dan- 
gers; car le gouvernement ' ne manquerait pas 
d'apporter sa médiation puissante, en décrétant 
le cours rorcé, et bientôt après, les rentrées qui 
s'eiîectueraient dans la courte période de un, 
deux et trois mois, viendraient successivement 
permettre de remplir tous les engagements. 

Gomme tes billets de banque se substituent par- 
faitement au numéraire, attendu que leur con- 
version en espèces peut avoir lieu à. chaque in- 
stant, ils apportent, par la somme monétaire qu'ils 
remplacent, et par les éminentes qualités de trans- 
port qu'ils possèdent, de nouvelles facilités pour 
les transactions. Semblables à une tnanne céleste, 
en se répandant sur le pays, ib fécondent l'in- 
dustrie et accroissent la prospérité publique. 

On l'a dit avec raison, uu billet de banque, 
création du crédit, n'est pas une richesse en sur- 
plus, attendu qu'il n'est que la représentation 
d'une marchandise. Ce serait donc faire double 
emploi, lorsqu'on établit le bilan de la richesse 
coaluée d'un État, que de porter en ligne de 
■compte toutes les marchandises, et encore les 
billets de banque. 

' En France, les recettes de rÉlat s'élèvenl, par année, à un ca- 
(lilal d'environ 2 milliards. Les dépenses ne sont guère moindres. 
Une somme en billets de 700 à 800 millions, déjà parfaitement 
l^arantie par Ira valeurs de la banque, seraitfacilement absorbée par 
celle immense cirtulalion qui se monte à environ 4 milliards. 



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m GRËUIT. SUS! 

Maisde ce que le billet de banque doit être omis 
dans une recherche pareille, il n'en est pas moins 
cause de richesse, puisque, par son intermédiaire, 
la Banque peut et prêter de 700 à SOO millions de 
francs, au lieu des i 80 millions qui composent son 
actif, et faire monter ses actions au double et au 
triple de leur valeur primitive. 

Le billet de banque, dans son caractère comme 
richesse, peut être comparé au vent dont l'impul- 
sion fait mouvoir les ailes d'un moulin à farine. 
Ce vent, richesse gratuite, n'entre en aucune ma- 
nière dans le capital de l'industrie meunière, re- 
présenté seulement par des actions et des obli- 
gations, bien que ce capital soit dû presque en 
totalité à l'heureuse action du vent. 

Il en est de même du billet de banque. Richesse 
gratuite, comme le vent, il ne figure ni dans les 
capitaux de la Banque, ni dans ceux de l'Ëtat, et 
cependant c'est par son moyen que la Banque 
donne de beaux bénéfices à ses actionnaires, et 
que l'État voit s'accroître sa prospérité. 

Pour mieux apprécier les diverses fonctions du 
billet de banque, arrêtons nos regards sur les pays 
où il esta peu près inconnu -. les Indes, la Chine, 
la Turquie, par exemple. Le numéraire y prend 
une valeur énorme, facile à constater par les in- 
térêts de 15, 20 et 30 pour 100 qui y sont habi- 
tuels; et cependant les transactions n'y sont que 



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370 DU CRÉDIT. 

minimes, comparées à celles de lu France et île 
l'Angleterre. Si l'iDlérêt de l'argent, dans ces deux 
derniers pays, est bien moindre, c'est que le bil- 
let de banque vient heureusement s'y ajouter aux 
autres Tacilités qu'offre le crédit pour accomplir 
les échanges. 

Nous sommes loin d'avoir énuméré tous les ser- 
vices que rend le billet de banque. Entre autres, 
comme dans tout ce qui concerne le négoce, il se 
substitue avantageusement aux métaux précieux, 
dont l'emploi est toujours onéreux pour le pays 
qui les détient; le billet de banque permet, dans 
maintes circonstances, qu'on expédie ce numé- 
raire au dehors. Et alors on fait avec profit dou- 
cement peser sur l'étranger le joug dont on s'est 
débarrassé. 

Que l'on ne s'y trompe point, ce joug, pour être 
d'or, n'en est pas moins souvent une machine 
défectueuse, et les travaux de nos économistes 
l'ont suflisamment démontré. 

Nous sommes donc redevables âux billets de 
banque d'une multitude de bienfaits. Il est néces- 
saire toutefois que la banque qui les émet main- 
tienne ses émissions dans une limite convenable; 
car, si cette limite était franchie, la production ne 
serait plus en rapport avec la consommation, ce 
qui est toujours funeste ; ensuite le peu de garan- 
tie réelle que les billets au porteur offriraient, 



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nu CREDIT. 971 

jetterait l'alarme dans le public, et de là pour- 
raient surgir de vrais désastres. 

Les billets de banque ne sont donc pas sans in- 
convénient; mais les meilleures institutions du 
monde sont aussi celles qui, avec une mauvaise 
application, ont donné lieu aux plus grands maux. 
Quoi de plus respectable et de plus sublime que la 
religion! Cependant, sous le rapport terrestre, 
lorsqu'elle est desservie par des ministres qui, 
sous des dehors hypocrites, couvent des projets de 
domination, bien loin d'être utile, elle ne tend 
qu'à bouleverser tes sociétés. 

Un prince plein de dévouement pour ses sujets, 
s'il n'allie pas une grande énergie à un sens droit, 
ne peut-il pas précipiter son peuple dans des ca- 
tastrophes épouvantables? 

Qu'un esprit de prudence vienne donc présider 
à la création des billets de banque, qu'il les mo- 
dère dans l'essor qu'ils voudront prendre, et l'on 
donnera une vive impulsion à la production des 
richesses. 



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8 3. 
fiDIels de banque et Numéraire 



Nous avons vu que les billets de banque, comme 
machines applicables aux transactions, pouvaient 
remplacer avec avantage les métaux précieux. 
Toutefois la manière dont chacun de ces deux 
instruments de négociation réagit sur la richesse 
publique est très-distincte. 

En eiîet, une nation peut absorber des mé- 
taux précieux en quantité illimitée. Tout ce 
qui résultera de leur agglomération, c'est une 
hausse dans le prix d'une multitude d'objets; et 
comme les salaires, les honoraires, les traitements 
s'élèveront en conséquence, après un certain 
temps, le jeu des institutions financières ne 
sera que très- faiblement altéré. A la vérité, cette 
agglomération ne pourra se maintenir qu'au- 
tant que les autres pays se seront pourvus d'es- 
pèces dans la même proi>artion ; car s'il en 
était autrement, les métaux précieux, obéissant 
à une loi d'équilibre, se disperseraient bien 



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DU CRÉDIT. 213 

vite en allant hors des frontières rechercher un 
emploi plus avantageux. 

C'est ainsi que jadis la Hollande occupait son 
immense numéraire en prêts aux gouvernements 
étrangers, et qu'aujourd'hui la Suisse semhle vou- 
loir entrer dans la même voie, en s'intéressant à 
toutes les grandes entreprises de l'Europe. 

Quant aux hillets de banque, il ne peut en 
exister chez une nation qu'un nombre limité, au 
maximum ce que le crédit et les transactions inté- 
rieures comportent. Dès que le billet de banque 
n'a plus de service à rendre au pays où il est émis, 
comme moyen de transport ou d'échange, il s'an- 
nihile, enretournantà lacompagniequi l'agaranti. 

Il existe encore d'autres différences entre ces 
deux éléments de richesse : 

Lenuinéraire tout à la fois gradue la valeur des 
marchandises, et par lui-même est une marchan- 
dise ayant valeur intrinsèque. Aussi après l'a- 
chat fait avec le numéraire, .il reste deux cho- 
ses ayant la même valeur : le métal précieux et 
la marchandise contre laquelle il a été troqué ; 
tandis qu'une chose ayant été échangée contre 
un billet, il ne reste, après la transaction, que la 
chose qui puisse compter au nombre des richesses 
de l'État, car le billet, comme on le sait, est un 
instrument de négociation qui, en essence et en 
principe, n'a aucune valeur par lui-même. 



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S74 DU GRfiDIT. 

C'est doiic principalement à mesurer la valeur 
des marchandises que serrent les billets de ban- 
que, et avec un avantage d'autant plus grand, que 
les espèces qu'il faut nécessairement transporter 
pour elTectuerun payement sont plus nombreuses. 

H est à remarquer que, lorsque les sommes à 
acquitter sont fortes, on remplace te numéraire 
par du papier, et que, lorsqu'elles ont peu d'im- 
portance, c'est au contraire une composition mé- 
tallique (la monnaie de billon), valant moins sous 
le même poids que l'or et l'argent, qui est substi- 
tuée à ces dernières marchandises. 



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M- 

Le Crédit fait accroître la richesse évaluée des nations; il n'exerce 
pas la même action sur leur rickesse d'usage. 

Divers économistes prétendent que le crédit 
n'augmente pas la richesse d'une nation ; ainsi 
nous trouvons dans les œuvres de J. B.Say, qui fait 
autorité dans cette matière, le passage suivant : 

«On s'imagine quelquefois que le crédit mul- 
« tiplie les capitaux. Cette erreur, qui se trouve 
« fréquemment reproduite dans une foule d'ou- 
o vrages, dont quelques-uns sont même écrits 
« ex profemo, sur l'économie politique, suppose 
« une ignorance absolue de la nature et des fonc- 
« tions des capitaux. » 

Le même auteur dit encore : 

« Le crédit ne crée pas les capitaux, c'est-à-dire 
« que, si la personne qui emprunte pour employer 
u productivement la valeur empruntée, acquiert 
« parla l'usage d'un capital, d'un autre côté, la 
« personne qui prête perd l'usage de ce capital. » 

Cette opinion sur le crédit, assez généralement 
répandue, nous paraît erronée. Si nous parvenons 



87S Ul CREDIT. 

à la combattre avec succès', ce sera principale- 
ment à notre définition du crédit et à l'expression 
algébrique de la richesie étduée que nous le de- 
vrons. 

Nous allons étudier, en premier lieu, l'action 
exercée sur la richeue évaluée d'une nation par les 
diverses valeurs, filles du crédit et dites, par cette 
raison, valeurs fiduciaires. 

Reprenons l'équation de la richesse évaluée dans 
sa forme générale : 

PR=dMm(I— N)-i-MmH-A— C 

le terme Mm étant à peu près détruit par G, puis- 
que la production annuelle est sensiblement égale 
à la consommation pendant le même temps; il 
s'agit de reconnaître l'influence des valeurs fidu- 



■ D'après Hossi, le capital esl un produit épargné destiné à la 
reproduclion : d'après J. B. Sa;, c'est la simple accumulation des 
produits; et les délînilions du capital non-seulemenl varient avec 
chaque auteur, mais encore chacun d'euï, dans ses écrits, n'em- 
ploie pas toujours ce mot dans le même sens. Il nous aurait donc 
été IréMlitricile d'élahlir la proposition ci-dessus, si elle avait été 
énoncée de cette manière : Le crédit fait accroitre Us capitaux 
(ftmc nation. Aussi nous avons substitué à ce mot capital qui jus- 
qu'ici n'a eu qu'une signification vague, l'eipressioti de richesse 
évaluée dont nous connaissons la dcGnilion précise au moyen d'une 
formule maUiêmatique; et nous ne combattons que les publicistes 
chez lesquels le mot capital reçoit une accepti on à peu prés sembla- 
ble à celle que nous avons admise pour richesse éV(Uuée. 



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ru CRÉDIT. 317 

ciaires sur les deux termes dMm(I — N) et A, qui 
représentent les capitaux d'une nation. 

Or comment agissent ces valeurs? Absolument 
comme de nouveaux outils qui seraient créés dans 
un pays pour accroître sa production et sa richesse 
évaluée. L'investigation à laquelle nous allons nous 
livrer va rendre cette vérité palpable. 

Voyons d'abord les billets de banque : 

1" Si toutes les transactions se faisaient en 
échangeant toujours marchandises contre matières 
d'or ou d'argent, il faudrait, dans des pays tels 
que la France et l'Angleterre, une masse de nu- 
méraire bien plus considérable que celle qui s'y 
trouve, C'est aux billets de banque que l'on doit 
en partie cette épargne. Les espèces sonnantes 
économisées par cette valeur fiduciaire se placent 
à l'étranger, et rapportent un intérêt ou revenu 
net qui augmente la valeur du terme rfMm (I — N). 

2" Si l'on porte les yeftxsurla banque de France 
par exemjîle, n'a-t-on pas vu ses actions monter au 
triple, au quadruple du chîHre primitif, en raison 
des 700 à 800 millions de francs ,en billets que 
son crédit lui a permis d'émettre; et en même 
temps n'est-on pas certain que le pays tire lui- 
même un grand bénéfice de cette émission? De 
là, encore, un accroissement dans la valeur des 
deux termes A et dUm (I — N). 

5° Lorsque les billets de banque ont cours à l'é- 



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S78 DU CHÉDIT. 

tranger, et que, malgré leurs remboursements suc- 
cessifs, il s'en maintient au dehors pour une cer- 
taine somme, évidemment, cette somme sera 
rentrée en numéraire ou en marchandises dans 
l'intérieur du pays où ils ont été émis; et ce pays 
devra pour ce motif aux billets de banque une 
augmentation dans sa richeue évaluée. 

4° Les billets émis parles banques, en faisant' 
baisser le taux de rintérét, activent le commerce, 
l'industrie, et par cette raison procurent derechef 
de grands et très-grands profits, qui feront né- 
cessairement accroître les nombres représentés 
par les expressions dtAtn(l — ^N) et Â. 

Passons maintenant aux titres fiduciaires dési- 
gnés par le nom d'actions, d'obligations. 

Ils servent déjà, comme chacun sait , à accumu- 
ler les petits capitaux pour fonder de grandes en- 
treprises; maisleurutilité est plus grande encore. 

Pour apprécier cette utflité tout entière, consi- 
dérons une terre d'un seul tenant et de quelques 
milliers d'hectares. Il est incontestable que si 
cette terre ne peut se morceler de manière que 
toutes les parcelles soient à la convenance de 
nombreux acquéreurs, elle subira, en se vendant, 
de grandes réductions dans son prix. 

Eh bien, les actions et obligations qui ont per- 
mis de réunir une forte somme en numéraire, 
pour constituer une industrie, maintiennent en- 



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DU CRÉDIT. 97» 

core à un haut prix le capital de cette industrie 
par l'élal de division où elles l'entretiennent con- 
stamment. Ces titres ont donc un efTet analo- 
gue à celui des billets de banque sur le terme 
(/Mm(I— N). 

Quant aux lettres de change, l'industriel qui 
présenterait toutes les garanties convenables d'or- 
dre, de probité, d'intelligence, et qui posséderait 
même des ricliesses importantes, toutefois non 
réalisées en métaux précieux, serait quelquefois 
bien impuissant pour produire , s'il était aban- 
donné à ses seules ressources. Avec le secours de 
la lettre de change, il se procure du numéraire, 
et donne un nouvel essor à ses fabrications. 

La lettre de change permet encore au consom- 
mateur qui a délai pour payer, de renouveler plus 
fréquemment ses acquisitions. La demande s'ac- 
croissant, l'industriel multiplie ses bénéfices; nou- 
velle cause d'augmentation pour la richesie éva- 
luée. 

En définitive, les titres fiduciaires peuvent être 
assimilés à des machines construites presque sans 
frais; ces machines, dans les fonctions qu'on leur 
fait remplir, remplacent avec profit les métaux 
précieux, parce que ces derniers éléments de ri- 
chesse coûtent cher, sont incommodes à dépla- 
cer, et présentent en outre maints autres incon- 
vénients. Ces machines accroissent donc le re- 



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im DU CRÉDIT. 

venu Mm (I — N) et conséquemment le capital 
(iMm(I— N). 

Ainsi, nous nous garderons de dire que les ri- 
chesses d'un Ëtat sont augmentées par la valeur 
propre , la valeur intrinsèque des titres Gdu- 
ciaires; mais nous cerliGerons qu'elles leur doivent 
une rapide expansion, parce que ces titres servent 
utilement et énergiquement d'agents, de moyens, 
de facteurs, d'instruments, d'outils, de machines, 
pour produire ces mêmes richesses. 

Le crédit sur lequel reposent les titres fidu' 
claires est donc bien la cause d'un accroissement 
dans la rùhesie éveUuée; ce sera, si l'on veut, une 
cause indirecte, mais toujours une cause incon- 
testable. 



Bien plus, le crédit par lui-même est directe- 
ment producteur de richesses. 

£n elTet, examinons ce qui se passait ancienne- 
ment en France : 

Avant François I", comme la terre était d'une 
possession assez mal assurée, surtout lorsqu'elle 
n'appartenait pas à de grands personnages qui 
avaient assez de pouvoir pour la sauvegarder. 



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DU CRÉDIT. 88t 

elle se vendait habituellement au taux de dix fois 
la rente en argent. Le crédit des choses et des 
personnes', qui s'est toujours accru en même 
temps que les institutions auxquelles nous devons 
■notre état social se sont, perfectionnées, a fait 
singulièrement hausser les biens-fonds de valeur, 
puisque souvent on les achète, de nos jours, sur 
le pied de 2 1/2 pour 100 de revenu. La richesse 
évaluée relative à la valeur du territoire a donc 
tenu son accroissement du crédit, ou autrement 
a été créée par son action. 

Dans ce temps, déjà assez éloigné, dont il a été' 
parlé ci-dessus, les gouvernants et les particuliers 
thésaurisaient, attendu que For et l'argent, se dissi- 
mulant avec facilité (ce qui était, pendant cette pé- 
riodedesemi-barbarie,la qualité la plus essentielle 
d'une richesse), avaient une importance énorme. 
On jugera de cette importance par les faits sui- 
vants : TiCs prêts d'argent s'effectuaient très-dif- 
ficilement à cette époque en France au taux de 
15 pour 100% et les lois permettaient même l'em- 
prunt hypothécaire à 10 pour 100. 

' Le crédit, conHance dans la solvabilité d'une personne, ou 
dans la valeur d'une chose. Voyez le premier paragraphe. 

< Du douzième au quatorzième siècle, les Lomhards et les juifs 
prirent en France et en Angleterre, la plupart du temps, 20 pouriOO 
d'intérêt par an. (Anderson, Origin of commerce.) Philippe IV, roi 
de France, Tiia, en 1511. le taux de l'intérêt à 30 pour 100, et 
pour les foires de la Champagne à 15 |iour 100 seulement. {Ordonnan- 



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W UL' CRÉDIT. 

Grâce à sa baguette magique, le crédit a rendu 
le numéraire moins indispensable, et, tout à la 
fois, a fait accroître, par une conséquence natu- 
relle, la valeur des immeubles et des autres mar- 
chandises qui s'apprécient d'après ce même numé- 
raire. Ce résultat a nécessairement été favorable 
à la rifheue évaluée; car on sait combien les mé- 
taux précieux que possède un peuple ont toujours 
été insignifiants comme valeur par rapport à 
toutes les autres richesses de ce peuple. 

Quand le crédit d'un pays renaît après une révo- 
lution, est-ce que les capitaux de ce pays ne sont 
pas notablement augmentés? Peut-on comparer 
les capitaux de la France actuelle à ceux qu'elle 
possédaltdel848àl849? 

ces de Fraoce.) A Milan, en 1197, 13 pour 100 passaient pour un 
Uui trés-modéré. {Giulini, Hemorie di Milano.) En Toscane, vers 
1S54, 30 pour 100 paraissent avoir été le taui ordinaire. {Raumer. 
Geschichte der BobensUuIén). Le laui Ugal de l'inlérël était k Mo- 
dène, en 1370, de 30 pour 100. (Muralori, Antiquitates. ital.) Les 
Florentins appelèrent tes juifs dans leur ville i la m^e époque, 
afin de modérer le taux énorme de l'intérêt, et ceux-ci promirent 
de ne point dépasser 20 pour 100. {Cibrario.) Le taui de l'intérêt fixé 
par les lois de Jaroslaw en Russie (1 054 ans après Jèsus^Christ) était 
deMpourlOO. Karamsin, Russ. Gesch.) 

Le taux légal de l'intérêt était fixé en Angleterre, d'après l'acte 57 
d'Henri VIII, à lOpourlOO. 

En France, au commencement du seiiième siècle, le taux de 
l'intérêt était de ,V depuis 1567 ,<^, en (SOI (SuHj) ^, en 1634 
(Bichelieu), ^, en 1665 (Colbert), ^. {Forbonnais, Recherches el 
Considérations.) 



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DU CRÉDIT. 285 

Il y a quelques années, les capitaux sûrement 
placés à Paris ne rapportaient que 2 1/2 à 3 pour 
1 00 .Cinquante^ept conseils généraux, sur soixante 
et un, déclarèrent alors que le taux de l'intérêt 
hypothécaire de leurs déparlements dépassait 5 
pour 100; dix-sept évaluaient ce taux en moyenne, 
de 6 à 7 pour 100, y compris les frais; douze, 
de 7 à 10 pour 100; quelques-uns parlèrent de 
12, 15, ou même 22 pour 100, pour de petites 
sommes et à courte échéance. 

Quel accroissement de richesse évaluée pour la 
France, si les départements jouissaient du même 
crédit que Paris! 

Certains auteurs objectent qu'un particulier ne 
peut jamais obtenir par le crédit que des capitaux 
appartenant à un autre particulier, et dont celui- 
ci se prive en les prêtant , et qu'ainsi le crédit ne 
sert jamais qu'à transférer la possession et l'usage 
des capitaux d'une main à l'autre. 

Cette opinion est-elle soutenable, loi-sque l'on 
ne peut se refuser à admettre que le crédit per- 
met d'avoir des espèces plus aisément, c'est-à-dire 
à intérêt réduit, et qu'en conséquence il change 
le rapport entre le capital et l'intérêt , accroît 
ce rapport, et par suite le capital? 

Ce ne seront pas, il est vrai, les métaux pré- 
cieux qui se multiplieront, et leur quantité ne de- 
viendra pas plus grande, parce que le crédit gran- 



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a«4 DU CRÉDIT. 

dira; mais tel domaine, tel immeuble qui se 
vendait au taux de dix fois le revenu, prendra une 
valeur double, triple; attendu que son prix, sans 
être déterminé précisément par la proportion entre 
le numéraire et l'intérêt qu'il rapporte, incon- 
testablement augmentera ou diminuera avec cette 
proportion. 

On lit encore dans quelques ouvrages : « Le 
« crédit, être moral, peut-il rien créer, rien en- 
« fanter, et s'il n'a rien créé, peut-il faire autre 
« chose que de déplacer les capitaux ? 

Toutes ces difficultés naissent des définitions 
imparfaites données au crédit et à la richesse. 
Si les crédits personnels et matériels sont les 
réputations de solvabilité de la personne et de la 
chose, à mesure que ces crédits s'augmenteront, 
la fortune de celte personne et la valeur de cette 
chose s'accroîtront : d'où l'on peut conclure que 
le crédit développe la richesse évaluée. 



Nous apporterons encore quelques autres preu- 
ves de la proposition qui vient d'être démontrée. 

La faculté d'emprunt qui résulte du crédit ma- 
tériel, faculté susceptible d'être exercée, par 



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DU CRÉDIT. 285 

exemple, au moyen d'un dépôt au mont-de-pi été, 
d'un contrat hypothécaire, fait souvent obtenir 
des ressources supérieures à celles qui provien- 
draient d'une Tente'. 

Le crédit matériel est donc encore là l'origine 
d'un accroissement dans la valeur du terme 
(iMfB(l— N). 

Si des objets saints, des articles de luxe, ac- 
quièrent, grâce au crédit ou aux croyances géné- 
rales, une excessive valeur monétaire, le terme A 
devient de plus en plus grand* et le capital na- 
tional prend en même temps une valeur plus 
considérable. 

Tous nos raisonnements établissent donc de la 
manière la plus irréfutable que le crédit, ainsi 
que nous l'avons défini, en s'appUquant d'une 
part aux personnes et d'une autre part aux objets 
matériels de toute nature, qu'il s'agisse d'im- 
meubles, de choses concernant les croyances re- 
ligieuses, les arts, etc., contribue, dans son ac- 
croissement ou sa diminution, à augmenter ou 
amoindrir la valeur des deux termes(^/n(l — N)et 
A, et par conséquent la richesse évaluée des nations. 

' La vente sur te moment serait peut-être désastreuse, tandis 
qu'en attendant six mois, un an, dix ans, on peut effectuer œlle 
vente avec plus de profit ou moins de perle. 

* Les marchandises comprises dans A sont celtes qui, en général, 
mises en réserve, ne rapportent aucun intérêt. Ainsi les métaux 
prédeiix, les dentelles, les tableaux, etc. 



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i86 DU CREDIT. 

Parmi toutes les causes que nous avons énumé- 
rées comme servant à fonder le crédit, une des 
principales est la sécurité publique. 

Qu'elle soit compromise, immédiatement toutes 
lés marchandises d'un peuple perdent de leur va- 
leur, et sa riches$e évaluée s'anéantit en grande 
partie? 

Un pays comme l'Angleterre, dans lequel la 
sécurité est entière et durable, doit avoir un 
immense crédit. Aussi de toutes parts y affluent 
d'énormes capitaux^ et si leur concurrence ne 
faisait pas trop diminuer l'intérêt qu'ils rappor- 
tent, ce pays en posséderait bien davantage en- 
core'. 

n devient facile alors de s'espliquer comment 
les révolutions politiques, les iniquités d'un des- 
pote, sont préjudiciables à la prospérité fmancière 
d'un pays. En détruisant le crédit, ne sapent-elles 
pas la richesse évaluée? 

Ainsi la justice, l'amour de l'ordre, la stabilité 
des institutions sont des sources de richesses. Quel 
enseignement pour les populations! 

Cette étude du crédit nous montre encore pour- 

' Les gouvernements dont la solidité est minée incessamment 
par des factions puissantes, tels qiie ceux du continent, semblent 
presque toujours occupés à chercher un équilibre instable sur 
une corde roide. Dans cette situation précaire, ils ne peuvent fon- 
der des institutions fiduciaires qui fonctionnent avec le même suc- 
cès qu'en Angleterre. 



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quQÏ la législation, en général assez douce pour les 
banqueroutiers, sévit au contraire avec tant de 
rigueur contre cette espèce de malfaiteurs qui 
s'emparent avec violence du tien d'autrui. C'est 
que les faillites étant la conséquence du crédit : 
poursuivre trop rigoureusement les banquerou- 
tiers, ce serait nuire au crédit lui-même. Que 
l'on accorde la même indulgence aux individus 
qui s'approprient brutalement, à force ouverte, 
la fortune des autres : le crédit général, qui re- 
pose en très-grande partie sur l'inviolabilité de 
la propriété, ne pouvant se maintenir, la richetse 
évaluée d'une nation déclinerait avec la plus grande 
rapidité. 



Le crédit n'a pas sur la richesse d'usage la même 
influence que sur la richesse évaluée. 
Rien de facile comme de le prouver. 
L'équation de la richesse d'usage est : 

MmH-M'«i'-hetc. 



Si les prix des marchandises m, m' diminuaient 
toujoursparsuiteducrédit,les marchandises néan- 



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288 DU CRÉDIT. 

moins se multipliant, bien cerlainemenl la richeue 
^Msaje s'accroîtrait; mais, comme parfois le crédit 
fait augmenter ces prix, il est bien possible que les 
marchandises dontla quantité est représentée par 
M, M', ne s'accroissent pas en nombre suffisant 
pour que la richesse £mage grandisse. 

lise peut donc très-bien que le crédit, en se dé- 
veloppant, fasse diminuer la richesse d'usage. 

Cette diversité d'actions que le crédit exerce 
sur la richesse évaluée et la richesse d'usage est 
sans doute l'origine des ténèbres qui étaient ré- 
pandues sur le sujet que nous traitons, et nous 
devons sa si m pli ii cation et son éclaircissement à 
l'examen particulier auquel nous avons soumis 
chacune de ces deux espèces de richesses. 



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CHAPITRE ÏIU 

DE U CLASSIFICATIO^ DES RICHESSES 



8 1" 

R^artition des richesses en huit groupes principaux. 

Il aurait été plus méthodique de porter notre 
examen, dés le commencement de cet ouvrage, 
sur les nuances et sur les caractères tranchés qui 
distinguent les richesses de toute nature, afin de 
les classer en diverses catégories. Hais nous avons 
modifié l'ordre naturel dans le but d'arriver le 
plus vite possible à la discussion des importantes 
questions que nous avons traitées : questions con.- 
cemant la riehe$$e d'mage, la ricfteise évaluée, le 
libre échange, le crédit, etc. 

lia nouvelle étude que nous allons entrepren- 
dre, en nous fournissant l'occasion de présenter 
quelques aperçus nouveaux sur l'importance rela- 



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3<JD DE LA CLASSIFICATION DES RICHESSES, 

tive des richesses, et sur le râle réservé à chacune 
d'elles dans l'ensemble des phénomènes qui con- 
stiluent la vie agricole, commerciale et industrielle 
des nations, nous permettra d'éclaircir certains 
points encore obscurs de la science économique. 

Les richesses diffèrent essentiellement entre 
elles, et il n'est pas indifférent pour les particu- 
liers et les Ëtats de posséder les unes ou les au- 
tres, bien entendu, à égalité de valeur monétaire. 

Ainsi deux acquisitions, pour la même somme 
d'argent, l'une en vaisselle plate, l'autre en objets 
de mode, ne procureront pas à celui qui en serait 
devenu le possesseur une rkhetse évaluée équi- 
valente. Entre deux marchandises coûtant le 
même prix, se trouve quelquefois, si l'on a pour 
but d'accroître sa Fortune, la même différence 
qu'entre la proie et son ombre. 

Afin de traiter avec clarté notre sujet, nous 
avons divisé les richesses en huit groupes prin- 
cipaux; chacun d'eux comprenant celles qui se 
rapprochent le plus dans leur manière d'être. 

Sans doute il existera encore nombre de dis- 
parates entre les richesses comprises dans chaque 
groupe, et il sera difficile de résumer brièvemeïit et 
avec exactitude leurs principaux caractères; mais 
des divisions et des subdivisions trop multipliées, 
toutenprésentantcertainesfacilités,auraientrin- 
convénient grave d'obliger h des redites inutiles. 



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DE LA CLASSIFICATION DES BICHESSES. 



TABLEAU DE CLASSEMEM' DES RICHESSES. 



PREHIEB GROUPE. 

Métaux : Or, aident, fer, linc, etc. 

Matières brutes : Coton, chanvre. Un, laine, etc. 

Matières eonfectionnéet : Toiles communes de coton, 
de laine, de chanvre, de lin, etc. Eaux-de-vie, viandes 
salées ou fumées, etc. 

Ces richesses, d'un emploi universel, d'un trans- 
port facile', ne s'altèrent en général que peu par 
l'action du temps. 

DEUXltHE GROUPE. 
Céréales de toute espèce; bétail vivant ou abattu; 
vins communs, ddre, bière, etc. 

Ces richesses, très-recherchées, sont d'un trans* 
port onéreux. Elles durent en général peu de 
temps, et réclament beaucoup de soins pour être 
préservées de toute altération. 

TKOIStËME «tOnPE. 

Valeurs foneiires : Maisons, terres en culture, canaux, 

chemins de fer, routes, usines de diverses natures, etc. 

' [1 s'agit ici, comme dans tous les autres groupes, du transport 
de ridiesses qui ont la mime valeur monétaire. 



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m DE LA CLASSinCATION DES RICHESSES. 

Richesses gratmtes .- Climats heureux; plages fovora- 
blement exposées ; sites pittoresques ; air, eau, rayons 
du soleil, etc. 

Ces richesses se présentent avec un caractère 
particulier, celui de ne pouvoir se déplacer. Sou- 
vent elles sont très-productives. 

QUATRIÈHE GROUPE. 

Valeurs fidueiMres : Actions et obligations indus- 
trielles; contrats hypothécaires; titres de rentes sur 
l'État, etc. 

Ces richesses, créations du crédit, par la mobilité 
qu'elles donnent à toute espèce de marchandises, 
par ta facilité avec laquelle elles permettent d'en 
fractionner la valeur, agissent avec puissance 
pour accroître la prospérité financière d'un Ëtat. 

CINQUliME GROUPE, 
L'habitation des maisons soldée par un loyer ; l'em- 
ploi des capitaux payé par un intérêt ; les travaux de 
l'homme de peine, de l'industriel, etc., rémunérés avec 
un salaire ou un traitement, etc. 

Ces diverses choses doivent être placées au 
nombre des richesses, puisqu'elles ont toutes 
une utilité. 

SIXIÈME GROUPE. 

l' Étoffes de luxe en soie, laine, coton, lin, chan- 



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UE U CLASSIFICATION DES RICHESSES. 395 

vre, etc.; diamants, pierres précieuses, etc.; vins fins; 
objets de mode, futilités, etc.; 

2* Les créations du savant, du poète, de l'artiste; 
créations prenant une forme matérielle; ainsi : les sta- 
tues, les tableaux, les livres, les objets de curiosité, etc. 

Les richesses appartenant au sixième groupe 
ne s'adressent en général qu'aux consommateurs 
riches; aussi les appelle-t-on richesses de luxe. Elles 
sont assez souvent d'une durée très-courle et d'un 
échange difQcile, surtout dans les moments de 
crise. 

SEPTIÈHB GROUPE. 

Richesses qui n'ont de prix que dans une nation. Elles 
se rapportent soit aux habitudes nationales, soit au 
culte, soit à l'histoire particulière de cette nation. 

Exemples : Le caviar, sorte de nourriture très- 
recherchée chez certains peuples, et qui n'aurait 
aucune valeur pour d'autres; un fauteuil qui vau- 
drait seulement en France, parce qu'il aurait ap- 
partenu à Molière, etc. 

HUITIËME GROUPE. 
1^ capacité, le talent, le génie, l'espnt conunerâal 
et industriel, etc. 

Ces diverses choses sont incontestablement des 
richesses; nous en traiterons d'une manière spé- 
ciale. 



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DE U OASSIFICATIOn DtS «ICBESSES. 



8 S. 



Caractères distinclifs des richesses comprises dans les ûnq premiers 

groupes. 



L'ordre de classement des groupes, les explica- 
tions qui accompagnent chacun d'eux, n'indi- 
quent que très-superûcielleraent les attributs par- 
ticuliers des diverses richesses que ces groupes 
renferment. Nous allons préciser davantage l'im- 
portance de chacune d'elles. 

PRENIER GROUPE. 

Les richesses comprises dans le premier groupe : 
l'or, l'argent, le fer et autres métaux; le coton, la 
laine, etc.; les tissus communs, etc., sont univer- 
sellement demandées. Elles sont relativement lé- 
gères, peu encombrantes, peu altérables, d'un 
transport facile. Envoyées sur tous les marchés 
du monde, elles sont échangeables et réalisables 
au plus haut degré. Ces caractères procurent au 
détenteur de ces richesses l'avantage de voir leur 
valeur monétaire ne s'abaisser que faiblement; 



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ItE LA CLASSIFICATION DES RICHESSES. 295 

même quand il les posséderait pendant un très- 
long temps. 

Les richesses de cette sorte, en cas de mévente, 
peuvent, sans risque de perte, attendre, ou aller 
solliciter dans toutes les parties du monde, soit 
les besoins, soit le bon vouloir des consommateurs, 
pour trouver un placement avantageux. Aussi as- 
surent-elles de forts bénéûces à leurs possesseurs. 
Bien qu'elles ne composent pas à elles seules tou- 
tes les richesses, elles constituent néanmoins un 
des éléments les plus essentiels et les plus éner- 
giques de la grandeur des peuples. 

Nous ferons cependant quelques réserves sur les 
espèces métalliques. 

Les partisans de la balance du commerce, en 
cherchant à se rendre compte de la nature des 
richesses que les peuples échangent entre eux, 
sont sans doute dans la bonne voie; mais ils ne 
peuvent arriver qu'à des conclusions contradic- 
toires et inacceptables, lorsqu'ils prétendent que 
l'or et l'argent sont préférables à toutes autres 
marchandises. 

Ce désir ardent que l'on a de s'approprier les 
métaux précieux, cette espèce de culte qu'on leur 
rend dans tous les pays, tient à l'opinion très-ré- 
pandue et parfois fort contestable, que celui qui 
se défait de sa marchandise pour les posséder 
gagne, tandis que celui qui livre son or perd; fà- 



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S9IJ DE LA CLASSIFICATION DES BICUBSSES. 

cheux préjugé, qui tire son origine des avantages 
que présentent ia facilité de transport, ta durée, 
la valeur universellement acceptée, et les autres 
qualités que chacun reconnaît à l'or et à l'argent. 

A tout considérer, si les métaux précieux sont 
très-utiles à divers points de vue, examinés sous 
d'autres faces, ce ne sont que des richesses d'un 
ordre secondaire. 

Déjà, dans la discussion de la ricke»$e évaluée, 
nous avons montré qu'il était préjudiciable à une 
nation d'en accumuler une grande quantité, soit 
pour trafiquer, soit dans le but de thésauriser, et, 
qu'en conséquence, il était judicieux parfois de 
les échanger contre d'autres marchandises. Nous 
allons nous assurer encore, en nous fondant sur 
d'autres motifs, qu'à égalité de valeur, l'or et 
l'argent ne sont pas, dans certains cas, des ri- 
chesses par excellence. 

Soyez paisible possesseur d'un domaine qui, cha- 
que année, vous rapporte des produits de diverses 
sortes. Quand bien même le prix. des marchan- 
dises nécessaires à la subsistance, au vêtement, 
à l'abri, viendrait à hausser, vous trouverez en 
général, sanssortir de chez vous, de quoi satisfaire 
vos besoins les plus essentiels. 

Quelle différence si, au lieu de cet immeuble, 
vous avez une somme d'argent équivalente ! Les 
satisfactions que vous pourrez vous donner, en 



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DE LA CLASSIFICATION DES RICHESSES. 397 

cas de hausse dans le prix des marchandises, se- 
ront assurément bien moins nombreuses. 

Ensuite quelle heureuse insouciance de l'ave- 
nir, quelle quiétude, pour le détenteur de la 
propriété territoriale! En effet, les coffres les 
mieux fermés, les placements les plus solides, 
les gardiens les plus ûdèles, ne garantiront ja- 
mais, à notre époque de civilisation, votre or 
et votre argent de la rapacité des malfaiteurs 
avec autant de certitude qu'un sot , même de 
médiocre étendue. Et, d'autre part, ne voit-on pas 
habituellement les familles riches, seulement en 
numéraire, s'appauvrir à la deuxième génération, 
et celles qui possèdent des terres, traverser des 
siècles, en conservant toujours la même position 
de fortune relative '. 

On peut ajouter encore que les métaux précieux 
favorisent bien plus les mauvaises passions', les 
excès de toute sorte, l'avarice, la prodigalité, etc., 
que la plupart des autres richesses. 

' Ed Auglelerre, les maisons d'éducation graluite, qui, dans 
('origine, ont dû leur fondation à des legs en argent, dont elles re- 
tiraient l'intérêt chaque année, ne peuvent plus entretenir aujour- 
d'hui qu'une minime partie des élèves qu'elles avaient autrefois. 
Plusieurs même («t dû se ferooer. Celles de ces maisons qui ont été 
dotées primitivenient en terres n'ont décliné en aucune sorte. 

' C'est pour cette raison que Morus, dans son Utopie, fait porter 
des chaînes d'or aux galériens, afln de rendre ce métal méprisahle- 

Pline regretle les échanges en nature. 



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DE LA CLASSIFICATION IKS RICDESSES- 



MDXIÈHB GROUPE. 

Les richesses du second groupe, telles que : les 
céréales, la viande, le vin, et autres substances 
nutritives, sont indispensables à l'homme; puis- 
qu'elles seules, en répondant directement, sans 
aucun intermédiaire, à nos exigences naturelles, 
peuvent réparer nos forces. Hais ces ridiesses ne 
possèdent pas les importantes qualités de durée, 
de mobilité, etc., que nous avons reconnuesaux 
précédentes qui composent le premier groupe. 

Celles-là ont beau être d'une nécessité impé- 
rieuse, absolue pour l'existence, quand on a besoin 
d'en efiectuer l'échange, on ne peut ordinairement 
trouver un débouché que dans un rayon très- 
court, à partir de la localité où on en fait la ré- 
colte; et cela, en raison des difficultés de vente, 
que l'on rencontre dans le poids, l'encombrement 
et le peu de durée de ces richesses. 

Des frais considérables, occasionnés par le trans- 
port, par l'emmagasinement, par les primes de 
risques, etc., venant s'ajouter au coût de la pro- 
duction ; il peut arriver que le détenteur, dans 
t'échange auquel il est forcé {l'imminence de la dé- 
composition souvent ne permettant pas d'atten- 
dre), ne recueille aucun bénéfice, ou même ne 
rentre pas dans ce qu'il a déboursé. 



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DE LA CLASSIFICATIW4 DES RICHESSES. SUS 

Cependant ces richesses, dans leur consomma- 
tion, sont productives la plupart du temps à 
un degré très-émiiient. Aussi font-elles accroître 
énormément la population, lorsqu'elles sont mul- 
tipliées dans un pays. Toutefois nous rappelle- 
rons qu'il a été établi dans le cours de cet ou- 
vrage que cette population vit en général dans 
une situation d'infériorité en rkhene évaltUe, 
comparativement aux peuples qui possèdent en 
abondance les richesses du premier groupe. 

Nous avons traité in extento, dans le chapitre v, 
de l'énorme avantage que les peuples manufac- 
turiers avaient sur les peuples agricoles, au point 
de vue de la richene évaluée; nous n'y revien- 
drons pas. 

TROISIÈHE GROUPE. 

Le troisième groupe comprend : 1° les maisons, 
terres en culture, canaux, chemins de fer, etc.; 
2' les climats heureux, les sites pittoresques, l'air, 
l'eau, les rayons du soleil, etc. 

Nous le répétons, ces richesses, très-productives 
de leur nature, ont pour caractère spécial de ne 
pouvoir être déplacées. C'est un inconvénient 
sans doute, mais elles n'en constituent pas moins, 
à un haut degré, la puissance des peuples, et le 
mode de formation de l'équation de la rkkeise éva- 



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SOO OE U GLASSUnCATlON DBS RICHESSES. 

luée nous l'a démontré. Dans ce chapitre dous re- 
viendrons encore sur les richesses gratuites, et 
nous insisterons sur l'opportunité, sur l'urgence 
d'en tenir compte dans la science économique. 

QDATRIÈHE GROUPE. 

1^ quatrième groupe se compose des actions et 
obligations industrielles, des billets de banque, 
des lettres de change, etc. 

Les richesses comprises dans ce groupe sont 
encore très-favorables, comme nous l'avons déjà 
vu, à l'accroissement de la richesse écaluée. Les 
peuples chez lesquels ces titres sur papier ne cir- 
culent que diflîcilement manquent d'outils, d'in- 
struments créateurs, et leurs destinées ne peuvent 
s'élever à une grande hauteur. 

Tout en. appréciant à un haut degré l'utilité des 
valeurs fiduciaires, surtout du billet de banque, 
une nation ne devra donner une très-grande exten- 
sion à l'usage de ces valeurs que si ses manufac- 
tures produisent des marchandises qui permet- 
tent, en toutes circonstances, de rappeler le 
numéraire avec beaucoup de facilité. Ces mar- 
chandises, classées dans le premier groupe de 
notre tableau, sont remarquables par la facilité de 
leur écoulement et la solidité de leurs prix, même 
en temps de crise. 

En conséquence la France, qui produit spécia- 



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DE LA CLASSIFICATION DES RICHESSES. 301 

leme'nt des objets de luxe', se gardera d'une trop 
nombreuse monnaie de p;apier, car dans un mo- 
ment donné, en temps de guerre générale par 
exemple, ses productions, en raison de leur na- 
ture, s'échangeront avec plus de diUiculté contre 
du numéraire que celtes de certains autres peu- 
ples'. 

Bemarquons-le en passant, l'espèce de la mar- 
chandise réagit sur le crédit. Ainsi, une partie de , 
la prodigieuse élévation qu'il a prise en Angle- 
terre est due aux articles que l'on y fabrique. 

Nous dirons encore qu'avec ces articles dont la 
valeur ne subit en général que peu de déprécia- 
tion, on ne doit que faiblement redouter les dé- 
ceptions que le crédit peut quelquefois entraîner 
avec lui '. 

CIRQtlIËHE GROUPE. 

L'habitation des maisons, l'emploi des capi- 
taux, etc.; les travaux de l'homme de peine, de 
l'industriel, etc. 

' L'élat du commerce spécial el extérieur de la France, présenté 
par l'administration des douanes pour l'année 18SS, indique une 
valeur de I ,Î>5T millions k la sortie, et de 1 ,h9i millions à l'entrée. 
En discutant les indications qu'il fournit, on s'aperçoit que les mar- 
chandises de luie figurent i l'exportation pour la somme énorme 
d'environ 1,250 millions. 

' Le peuple anglais, par exempte. 

' L'Angleterre ne fonde pas uniquement son crédit sur la nature 



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303 DE LA CLASSlFrCATlON DES RICDESSES. 

Si les loyers sont généralement chers, c'est que 
la valeur monétaire des immeubles dont ils 
payent l'usage, et par suite la richeue émlvée qui 
s'attache à ces immeubles, est considérable; et 
au contraire, si l'intérêt des espèces est éleré, 
c'est en général la marque d'une modique ridieue 
évaluée. 

La hausse des salaires, en réduisant le produit 
net, fait décroître la richeae évaluée d'une nation; 
toutefois cette hausse dans les salaires est souvent 
l'indice d'une importante richeaed'taage, bien que 
des salaires très-faibles puissent se rencontrer 
avec une richesse d'usage très-notable; mais alors 
cette modicité dans les salaires dénote toujours 
un pays où la rieheue évduée est médiocre. 

des marchandbes qu'elle fabrique. Elle le doit à plusieurs autres 
causes, et, entre autres, aux mœurs, aux inslitutioiis, qui sont, pour 
ce pajs, le gage d'une longue sécurité. 



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DE LA GLASSrFIGATIOH 1^ RICDESSES. 



8 5. 

Les richesses de luxe, considérées soit au poînl de vue de la pos- 
session, soit i celui de la consûmmalion, sont moins aptes que 
les autres' à développer la ridiase ivalu^e. 



SIXIÈME GROUPE. 

Le sixième groupe se rapporte aux marchan- 
dises de luxe ; ces marchandises sont : 

1° Les étoffes très-façonnées eu soie, lin, laine, 
chanvre; les diamants, les pierres précieuses, les 
vins fins, les futilités, etc. 

2° Les créations du savant, du poète, de l'ar- 
tiste; créations prenant une forme matérielle: 
ainsi: les statues, les tableaux, les livres, les objets 
de curiosité, etc. 

A égalité de valeur, les richesses comprise dans 
les cinq premiers groupes sont bien supérieures 
aux richesses de luxe' pour constituer la rkheae 
évaluée des particuliers et celle des nations. 

■ La fabrication des objets de luxe, pour les personnes qui peu- 
vent débiter presque aussitôt qu'elles ont conTet^onné, est au con- 
traire souvent trés-avantageuse. On a pu s'en assurer dans la théorie 
des échanges. 

* Les richesses dont on traite comme étant des richesses de luie 



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30i DE LA CLASSIFICATION DES RICHESSES. 

1' Parce que ces marchandises d'une valeur 
peu constante éprouvent surtout dans les circon- 
stances critiques de très-grandes diminutions 
dans leur prix; 

2° Parce que leur réalisation est parfois très- 
difficile ; 

3* Parce que, en se consommant, elles ne pro- 
créent presque aucune utilité. 

En effet, voyons d'abord les objets d'art, tels 
que : statues, tableaux, curiosités, etc. 

Si l'on considère combien les impressions de la 
foute sont fugitives et versatiles en fait d'arts, si 
Ton tient compte des nombreux caprices, des bi- 
zarreries inexplicables qui lui font tantôt recher- 
cher, tantôt dédaigner les styles byzantin, grec, 
roman, moyen âge, renaissance, etc., on demeure 
convaincu qu'en fondant uniquement sa fortune 
sur cette nature de richesse, on serait exposé à 
des éventualités bien terribles. 

Les étoffes de luxe en soie, laine, coton, etc., 
ont peut-être encore des valeurs moins solides. 

ne prennent pour nous ce nnni qu'à cause de leur consummation, 
qui est eflectuée seulement par un petit nombre de gens riches. 
Aussitôt que, par suite d'une modification dans les habitudes so- 
ciales, ces richesses sont consommées abondamment par toutes les 
classes de la société, elles ne font plus partie des marchandises de 
luïe. Ainsi, naguère, on pouvait regarder le sucre, le café, le ttié, 
comme des arlîcles de luxe. Actuellement, ces espèces de richesses 
paraissent devoir être classées, dans certains pays, parmi les otgels 
de pranière nécessité. 



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DE LA CLASSIFIGATEON DES RICBESSES. 505 

Voyez les efforts que font les détenteurs de ces 
objets, pour parvenir à les écouler. N'est-ce pas 
pour en effectuer plus facilement la vente, qu'a été 
créé cet art vénal et perfide de la réclame, dont 
les merveilles s'étalent dans nos feuilles quoti- 
diennes avec tant d'impudeur? 

A quoi sont destinés ces magasins splendîdes, 
ces somptueux étalages? Pourquoi forme-t-on ces 
escouades de commis, voyageurs ou sédentaires? 
N'est-il pas évident que le commerçant est édifié 
sur la valeur intrinsèque des objets de luxe lors- 
qu'il se croit forcé de recourir, pour solliciter les 
acheteurs, à toute cette mise en scène? L'ardeur 
qu'il met à activer la vente est en raison inverse 
de l'utilité réelle de la marchandise. 

Entrez dans ce petit réduit, orné d'un simple 
grillage à fines "mailles, au travers desquelles le 
jour pénètre difficilement, c'est un changeur, au- 
trement dit un marchand d'or et d'argent, qui y 
réside. Quel contraste dans les moyens commer- 
ciaux! Examinez cet homme, c'est à peine s'il 
laisse échapper quelques paroles pour vous répon- 
dre. Chez lui, vous n'entendrez pas ces épithètes 
laudatives de ma^ifique, de délicieux, &admirai>le, 
qui s'élèvent en chœur dans les magasins de nou- 
veautés. La simple exhibition de sa marchandise 
l'en dispense. K la suite de quelques phrases brè- 
ves, si votre marché se conclut, la petite porte 



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506 l>E LA CLASSIFICATION DES RICHESSES. 

grillée, qu'il a ouverte pour vous transmettre, 
presque à regret, ce que vous lui réclamez, se 
ferme, et vous êtes reconduit. 

Cet exposé s'appliquerait, avec peu de variantes. 
aux négociants en fer, cuivre, métaux de toutes 
sortes; tissus communs de chanvre, coton, 
laines, etc. 

Que signifie cette ditférence dans les procédés 
de l'échange, suivant qu'il s'agit d'objets dura- 
bles, d'un emploi universel, ou d'objets peu es- 
sentiels, éminemment éphémères, qui ne sont 
destinés qu'à la consommation d'une très-petite 
classe de la société : les personnes riches? 

C'est que la vente des premiers se fait sans 
efforts, ou bien est susceptible d'être retardée sans 
danger. Pour les seconds, au contraire, la réali- 
sation est difficile, el l'attente préjudiciable. 

Une étoffe nouvelle plaît à chacun; on admire 
généralement ses dispositions, son éclat, — mais 
la faveur du jour ne la garantira pas d'un triste 
lendemain. 

Soyez détenteur de marchandises comprises 
dans ce sixième groupe, si vous voulez réaliser du 
numéraire pour fonder une entreprise, en ap- 
portant sur le marché vos vins fins, vos coupons 
de dentelles, vos soieries, vos objets d'art, vous 
reconnaîtrez bien vite la perte énorme qu'il faudra 
subir; perte infiniment supérieure à celle qu'é- 



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DE LA CLASSIPlfîATIOn DES RICHESSES. 507 

proUTeraitTheoreui possesseur des richesses com- 
prises dans le premier groupe; car moyennant 
une légère concession, celles-ci trouveraient pres- 
que aussitôt un échange avantageux. 

Mais, il y a plus, qu'il arrive une crise com- 
merciale, les articles de luie deviennent à peu 
près invendables, et peuvent être en quelque 
sorte rayés de la liste des marchandises, tandis 
que celles qui sont renfermées dans le premier 
groupe ne sont soumises qu'à une baisse de prix 
relativement insignifiante. 

On voit donc combien il importe de distinguer 
entre richesses et richesses et de les classer d'après 
la solidité de leur valeur, si l'on veut se rendre 
compte de l'intérêt qu'un pays peut avoir à se 
nantir de telle ou de telle production. D'où nous 
concluons que bien qu'on ne puisse refuser le nom 
de richesse aux objets compris dans le sixième 
groupe, à taux égal, ces objets sont d'un ordre 
inférieur pour produire la richeae évaluée. 

Les richesses du sixième groupe présentent 
encore des caractères particuliers. Ainsi : des 
étoffes richement façonnées peuvent défendre 
l'homme des intempéries des saisons; quelquefois 
des liqueurs précieuses, obtenues à grands frais, 
peuvent lui être salutaires, mais ce n'est jamais 
qu'avec une destruction inutile de valeurs impor- 
tantes, puisque l'on peut parvenir aux mêmes 



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308 DB LA CLASSIFICATION BES RICHESSES. 

résultats avec des étoffes communes et des baissons 
saines, cotées à un prix inférieur. 

Les objets de luxe, dans leur emploi pour l'usage 
ordinaire de la vie, entraînent donc une. déper- 
dition considérable de richesse, relativement à 
l'effet utile qu'ils produisent; aussi ne sont-ils 
généralement achetés que par les personnes opu- 
lentes. Le numéraire du consommateur passe, au 
moyen de l'échange, dans les mains des fabricants 
qui sont convenablement rémunérés; et il ne 
reste, pour ainsi dire, à ce consommateur que la 
carcasse d'un feu d'artifice qu'il a tiré pour son 
unique plaisir. 

Il en serait différemment, si ces marchandises 
de luxe étaient consommées à l'étranger. 

Quant à la plupart des richesses renfermées 
dans les premiers groupes, elles sont caractérisé» 
presque toujours par une destination ou une con- 
sommation dont résulte une utilité pondérable, 
matérielle. Sous forme de vins communs, de 
grains, de tissus vulgaires en toile, en laine, etc., 
ces richesses contribuent avec le moins de frais 
possible, en se transformant, à alimenter l'espèce 
humaine et à la garantir des intempéries, des sai- 
sons. A l'état de métaux convertis en machines, 
elles viennent encore, malgré la détérioration 
continuelle qu'elles subissent, nous aider dans 
nos travaux, à titre d'agents reproducteurs. 



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PË (.A CUSSlFICATfON DES fllCUESSES. 309 

, Le service de ces utiles richesses produit ainsi 
de toutes manières un avantage matériel pour 
le manufacturier, le commerçant, le consom- 
mateur, ainsi que pour le pays auquel elles 
appartiennent. 

Au point de vue de la France, qui confectionne 
avec une si rare perfection el une telle profusion 
les marchandises du sixième groupe, il est de 
son intérêt de se débarrasser le plus vite poœible 
de ces gracieuses futilités, de ces délicates ba- 
gatelles, de ces liqueurs exquises, qui entrent 
avec tant d'abondance dans la spécialité de sa 
production ; et tout stock de ces marchandises, 
comme toute consommation exagérée que ses ha- 
bitants en feraient, serait préjudiciable à sa 
puissance. 

Le sentiment public, que n'ont jamais éclairé 
des études spéciales sur la différence des riches- 
ses, a montré de tout temps sa prédilection pour 
les valeurs monétaires. C'est là une grave erreur, 
comme déjà nous l'avons fait remarquer. Mais 
une école célèbre, en se refusant mal à propos 
à reconnaître ce que cette prédilection pouvait 
avoir parfois de bon, a peut-être pour cette rai- 
son compromis son influence' ; car il serait dif- 

' On ne saurai! mèconnailre que la plupart des écunomisles mo- 
dernes n'onl pas prèle une allention sufGsanle aux proprii^lés qui 
dislingucnl l'aident des autres marcliandtst^, comme cela ri'sulle 



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SIO DE LA CLASaPlCATlON DBS RICHESSES. 

ficile d'expliquer aulrement pourquoi ses princi- 
pes les plus incontestables, au lieu de se propager 
avec rapidité, restent souvent méconnus de lon- 
gues années. 

surtout delà théorie sur la balance commerciale qui domine depuis 
Huwe et Adam Smith. Sous ce rapport, on ne saurait regarder 
comme dépourvue de toute raison la réaction semi-mercanlile de 
GanJih {Théorie de l'économie polilique); Sainl-Chamans ( JVouwf 
aiay itir la richesse des nations ); Colion {Publie economy for the 
VniUd StaUt) , qui lait ressortir d'une manière très-nette la difTérence 
de Money tu Ihe tubjecl et Money at Ihe intlrumenl of trade. 
WoiowMi, membre de l'Institut. 



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DE LA CLASSIFICATION DES RICHEffîES. 



Les nations civilisées, bien que la consonunation des richesses de 
luxe ne contribue que faiblement à développer leur richesse iva- 
Ivée, <loi«ent user dans une certaine limile de ces richesses. 



Nous venons de reconnaître l'infériorité des 
richesses de luxe sous le rapport de la possession 
et de la consommation pour constituer la richesse 
évaluée des peuples et des particuliers. Elles 
peuvent cependant se relever dans notre estime, 
si nous les envisageons à un autre point de vue, 
c'est-à-dire en tenant compte de la perfection 
qu'elles donnent à nos organes, en appréciant les 
délicieuses satisfactions qu'elles procurent aux 
peuples parvenus à une civilisation avancée. 

A la naissance des sociétés, une peau de béte 
pour vêtement, des aliments grossiers, un abri 
informe, suftisaient à l'homme, car il n'avait alors 
de soucis que pour ses besoins les plus essentiels. 
Mais à mesure que son aisance s'est accrue, soit 
par la conquête des animaux, soit par la domina- 
tion qu'il a su établir sur la matière, la sphère de 
ses convoitises s'est agrandie. Ses désirs sont de- 
venus plus ardents, plus nombreux, et leur réa- 



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513 DE LA. CLASSIFICATION DES RICHESSES. 

lisation lui a donné chaque jour des jouissances 
nouvelles. 

Ces jouissances, qui sont loin d'être d'une né- 
cessité absolue, doivent-elles être sacrifiées parce 
que les consommations au moyen desquelles on les 
satisfait, sont moins propres que d'autres à assurer 
la puissance des États? Telle n'est pas notre opi- 
nion. Nous en appelons à l'élite des populations, 
et même à toutes les personnes dont le manque 
d'éducation n'a pas oblitéré le sens et la raison. 

L'artiste qui nous fait éprouver des jouissances 
ineffables à la vue d'un paysage animé, d'un ta- 
bleau d'histoire, doit-il être exilé parce que son 
art ne donne pas naissance à une baïonnette, à 
quelques grains de blé? Le compositeur dont les 
œuvres harmonieuses excitent en nous les plus 
doux transports doit-il être banni, comme il l'eût 
été à Lacédémone où l'on ne voulait tenir compte 
que de la force musculaire? 

Même un cuisinier qui est parvenu, par ses com- 
binaisons heureuses, à flatter notre goût, n'a-t~il 
pas sa raison d'être? Voudrait-on assimiler la 
nourriture de l'homme à celle de la brute? 

Avec l'usage des richesses de luxe, la créature 
humaine se transforme. Ses goûts, ses appétits 
prennent une délicatesse extrême. Le vin n'est 
plus un liquide alcoohsé dont l'action nous 
enivre, ou seulement stimule nos organes : c'eât 



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DE LA CLASSIFICATION DES RICHESSES. 315 

un nectar dont l'application sur notre palais en- 
gendre les impressions les plus suaves. L'amour 
n'est plus seulement une rencontre de deux êtres 
de la même espèce, ordonnée par la nature; les 
sensations immatérielles les plus exquises vien- 
nent le purifier de ce qu'il a de trop terrestre et 
même de grossier. 

Un chapeau de femme orné des étoffes les plus 
riches, assorties avec l'art qui distingue les bonnes 
faiseuses, ne donne-t-il pas à la personne, jeune, 
jolie et élégante qui le porte, un charme qui 
ravit tous ceux qui la considèrent? Si l'on dé- 
possédait la beauté réunie à la grâce, de ce 
fragile ornement pour accroître les richesses de 
l'Ëtat, ne serait-ce pas priver nos sens d'une vive 
satisfaction? 

Au moyen de toutes ces délectations, ne déve- 
loppe-t-on pas dans notre organisation de nou- 
velles facultés qui relèvent notre nature? 

Il est incontestable qu'en se livrant sans me- 
sure à ces voluptés, l'homme gaspille un temps 
qu'il pourrait employer fructueusement. Il sa- 
crifie k son plaisir des richesses qui, par l'é- 
change, seraient utiles à la force des États. Mais 
s'il ne goûte les douceurs de la vie qu'avec modé- 
ration, s'il répond seulement aux intentions du 
Créateur, qui, en lui donnant des sens et tous les 
objets qu'ils peuvent percevoir, ne l'a soumis qu'à 



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314 m LA CLAS:)IFir.AT10i\ DES RICUESSBS. 

cette règle : »ie et n'abuse pat; il remplit une des 
conditions de son existence sur la terre. 

Concluons donc que si la consommation des 
marchandises de luxe est nuisible à l'accroisse- 
ment de la richesse évaluée, ce n'est pas une rai- 
son suffisante pourlesproscrire. Une nation sage- 
mentgouvernée pourra user de ces marchandises 
dans certaines limites. 



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DE L^ CLASSIFIUTION DES RICHESSES. 



Richesses qui n'onl de valeur que dniis la nalion dont a 
apprécier la richesse éeaUiée. 



SEPTIEUE GROtTE. 



Parmi les richesses que possède im pays, il en 
est qui ne sont susceptibles d'être échangées que 
dans son intérieur. Les unes sont improductives, 
les autres productives. 

Dans les premières, nous rangerons certains ta- 
bleaux, certaines statues, dépourvus de valeur ar- 
tistique, mais représentant les traits d'un homme 
cher à la population. 

Ce seron t encore des objets mobiliers d'une pro- 
venance particulière : les tabatières faites avec le 
bois du chêne de Stratrord sous lequel Shakspeare 
venait se reposer, tabatières qui ont pris une cer- 
taine valeur en Angleterre; la guitare ayant ap- 
partenu à la célèbre tragédienne Rachel, etc. 

Ainsi que les billets de banque, ainsi que les 
lettres de change, ces objets peuvent constituer la 
fortune d'un particulier; mais ils n'accroisscnl 



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316 DE LA CLAS8IFIUT10IS DBS BKUESSES. 

en aucune manière la richeve étalnée d'un Etat. 

Dans les richesses productives de l'ordre ci- 
dessus doivent être comprises certaines boissons 
(nous citerons, par exemple, le cidre, marchan- 
dise qui ne s' exporte pas); certaines chaussures, 
telles que les sabots en usage seulement dans quel- 
ques contrées; etc. 

Ces espécesderichessesdevront être introduites 
pour leur valeur dans l'équation de la richetse éva- 
luée, mais en y faisant figurer seulement les quan- 
tités que l'on consomme annuellement, car s'il y 
avait des excédants dans la production, ces excé- 
dants ne pourraient entrer dans l'expression de 
cette richesse. 



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DE LA OUSS[F[CAT[0?1 DES RICHESSES. 



M- 



Des richesses immatérielles : la capacité, le talent, le génie, l'esprit 
commercial et industriel, etc. 



tlOrriÈUE GROUPE. 

Les pubticistes discutent encore pour savoir si 
il faut admettre les richesses immatérielles qui 
figurent dans notre huitième groupe au nom- 
hre de celles que la science économique doit corn* 
prendre. Nous sommes particuhèrement heureux 
de rencontrer, parmi les écrivains qui sur ce point 
partagent nos idées, un éminent publiciste, U. Du- 
noyer, dont on nous saura gré de citer ici quel- 
ques pages pleines de logique et d'éloquence. 

« Toutes les professions utiles, quelles qu'elles 
« soient, celles qui travaillent sur les choses, 
n comme celles qui opèrent sur les hommes, font 
V un travail qui s'évanouit à mesure qu'on l'ezé- 
» cute, et toutes créent de l'utilité qui s'accumule 
(c à mesure qu'elle s'obtient..,.. Très-assurément, 
« la leçon que débite un professeur est consommée 
« ,en même temps que produite, de même que la 
« main-d'œuvre répandue par le potier sur l'ar- 



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318 DE LA CLASSIFICATION DES RICHESSES. 

» gile qu'il tient dans ses mains; mais les idées 
«inculquées par le professeur dans l'esprit des 
o hommes qui l'écoutent, la façon donnée à leur 
« intelligence, l'impression salutaire opérée sur 
« leurs facultés affectives, sont des produits qui 
« restent, tout aussi bien que la forme imprimée 
o à l'argile par le potier. Un médecin donne un 
« conseil, un juge rend une sentence, un orateur 
« débite un discours, un artiste chante un air ou 
« déclame une tirade; c'est là leur travail; il se 
« consomme fi mesure qu'il s'effectue, comme tous 
<< les travaux possibles; mais ce n'est pas là leur 
« produit, ainsi que le prétend à tort J. B. Say : 
« leur produit, comme celui des producteurs de 
« toute espèce, est dans le résultat de leur travail, 
<c dans les modifications utiles et durables que les 
u uns et les autres ont fait subir aux hommes sur 
(( lesquels ils ont agi, dans la santé que le méde- 
« cin a rendue au malade, dans la moralité, l'in- 
« struction, le goût qu'ont répandus le juge, l'ar- 
« tiste, le professeur. Or ces produits restent, ils 
« sont susceptibles de se conserver, de s'accroître, 
« de s'accumuler, et nous pouvons acquérir plus 
<t ou moins de vertus et de connaissances, de même 
c( que nous pouvons imprimer à des portions quel- 
o conques de matière quelqu'une de ces utilités 
K qui sont de nature à se fixer dans les choses, et 
« qui leur donne plus ou moins de valeur. 



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OE LA CLASSIPIOATtON DES ItlCtlESSES. 5t9 

« Il est vrai que l'instruction, le goût, le talent, 
« sont des produits immatériels; maïs en créons- 
<i nous jamais d'autres? et n'est-il pas surprenant 
a de voir J. B. Say en distinguer de matériels et 
« d'immatériels, lui qui a si judicieusement re- 
« marqué que nous ne pouvons créer pas plus 
« qu'anéantir la matière, et qu'en toutes choses 
M nous ne faisons jamais que produire des utilités, 
« des valeurs? La forme, la figure, la couleur 
« qu'un artisan donne à des corps bruts sont des 
'( choses tout aussi immatérielles que la science 
» qu'un professeur communique à des êtres intel- 
<( ligents; ils ne font que produire des utilités l'un 
« et l'autre, et la seule différence réelle qu'on 
« puisse remarquer entre leurs industries, c'est 
<i que l'un tend à modifier les choses et l'autre 6 
« modifier les hommes. 

- a On ne peut dire que le travail du professeur, 
« du juge, du comédien, du chanteur, ne ê'atta- 
« cke àrien, m qu'iln'en rate rien : il s'attache aux 
« hommes sur qui il opère, et il eh reste les mo- 
« fications utiles et durables qu'illeura fait subir; 
« de même que le travail du fileur, du tisserand, 
« du teinturier, se réalise dans les choses qu'ils 
« subissent, et y laisse les formes, la figure, les 
« couleurs qu'il leur a imprimées. 

« On ne peut pas dire que les valeurs réalisées 
« dans les hommes, que la capacité, l'industrie. 



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530 UE U CLASSIFICATION DES RICHESSES. 

« les talents qu'on leur a communiqués ne sont pas 
<i tUK^tibles de $e vendre; ce qui ne se vend pas, au 
« moins dans les pays assez civilisés pour n'avoir 
« plus d'esclaves, ce sont les hommes dans le&quels 
« l'industrie humaine les a développés ; mais 
a quant aux talents que ces hommes possèdent, ils 
a sont très-susceptibles de se vendre, et ils sont 
(( en elîet continuellement vendus; non pas, je le 
(( reconnais volontiers, en nature et en eux- 
« mêmes, mais sous la forme des services, du tra- 
u vail, de l'enseignement qu'on emploie d'ordi- 
« naire â les inculquer à autrui. 

« On ne peut pasdire davantage que les valeurs 
« que le travail parvient à fixer dans les hommes 
« ne sont pat de nature à «occumu/er; il est aussi 
« aisé de multiplier eu nous-mêmes les modifi- 
« cations utiles dont nous sommes susceptibles, 
" que de multiplier, dans les choses qui nous en- 
« tourent, les modifications utilesqu'elles peuvent 
« recevoir. 

« On ne peut pas dire non plusqu't/yarfud^a- 
« vaiUage à les multiplier; ce qu'on ne pourrait 
« multiplier sans désavantage, ce sont les frais 
« réservés pour obtenir une espèce quelconque de 
« produits; mais quant aux produits eux-mêmes, 
a on ne peut pas dire qu'il y ait du désavantage à 
« les accroître; on ne voit pas plus les hommes se 
c( plaindre d'avoir trop d'industrie, dégoût, d'ima- 



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DE LA CLASSIFICATION DES RICHESSES. âSl 

« ginalion, de savoir, de vertu, qu'on ne les voit 
« se plaindre de posséder trop d'utililés de quel- 
« que autre espèce. 

« On ne peut pas dire que la dépense faite pour 
« obtenir ces produits est improductive. Ce qui serait 
« improductif, ce seraient les frais que l'on ferait 
« inutilement pour les créer; mais, quant aux 
» frais nécessaires pour cela, ils ne sont pas impro- 
« ductifs, puisqu'il en peut résulter une véritable 
» richesse, et une richesse supérieure à ses frais 
M de production : il n'est sûrement pas rare que 
« des talents acquis vaillent plus que la dépense 
« faite pour les acquérir; il n'est pas impossible 
a qu'un gouvernement fasse naître, par une admi- 
« nistration active, ferme, éclairée de la justice, 
« des habitudes sociales d'un prix infmiment supé- 
« rieur à la dépense qu'il faut faire pour obtenir 
« un si précieux résultat. 

« On ne peut pas dire, enfin, i/ue ces produits 
M n'ajoutent rien au capital national : ib l'augmen- 
« tent aussi réellement que peuvent^ le faire des 
« produits de toute autre espèce. Un capital de 
« connaissances ou de bonnes habitudes ne vaut 
o pas moins qu'un capital d'argent ou de toute 
« autre espèce de valeurs. Une nation n'a pas seu- 
•( lement des besoins physiques à satisfaire : il est 
« de sa nature d'éprouver beaucoup de besoins 
« intellectuels et moraux ; et, pour peu qu'elle ait 



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533 l>E LA CLASSIFICATION DBS ItlCUBSSES. 

« de culture, elle placera la vertu, l' instruction, 
u le goût, au rang de ses richesses les plus réelles 
« et les plus précieuses. Ensuite ces choses, qui 
«sontde vraies richesses par elles-mêmes, parles 
c( plaisirs purs et élevés qu'elles procurent, sont, 
« en outre, des moyens absolument indispensables 
« pour obtenir celte autre espèce de valeurs que 
c( nous parvenons à fiser dans les objets matériels. 
« H ne suffit pas, en effet, pour créer celles-ci, de 
'( posséder des ateliers, des outils, des machines, 
« des denrées, des monnaies; il faut des forces,, 
•t de la santé, de la science, du goût, de l'imagi- 
« nation, de bonnes habitudes privées et sociales, 
« et les hommes qui travaillent à la création et aux 
« perfectionnements de ces produits peuvent, à 
(I juste titre, être considérés comme producteurs 
« des richesses improprement dites matérielles, 
<c tout aussi bien que ceux qui travaillent directe- 
« ment à les créer. Il est sensible, en un mot, que, 
M si une nation accroit son capital en étendant ses 
« cultures, en améliorant ses terres, en perfection- 
ci nant ses usines, ses instruments, ses bestiaux, 
« elle l'accroît, à plus forte raison, en se perfec- 
« tionnant elle-même, elle qui est la force par 
« excellence, la forcequi dirige etfait valoir toutes 
« les autres. 

« Le moyen, après cela, qu'on veuille bien nous 
« le dire, de soutenir que les hommes qui em- 



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DE LA CLASSIFrCATIOPi DES RICHESSES. 52S 

« ploient direclement leur activité ù la culture de 
« leurs semblables créent des produils^ut s'éva- 
« nowMsenl en naissant! La vérité, pour ces tra- 
ct vailleurs comme pour tous, c'est que, dans 
« l'œuvrede la production, il n'y a que leur travail 
« qui s'évanouisse, et que, quant à leurs produits, 
« ils sont aussi réels que ceux des classes les plus 
« manifestement productrices. Que peut-on faire 
« de mieux, en elTet, pour accroUre le capital 
« d'une nation, que d'y multiplier le nombre des 
a hommes sains, vigoureux, adroits, instruits, ver- 
tt tueux, exercés à bien agir et à bien vivreî Quelle 
a richesse, même alors qu'il ne s'agirait que de 
« bien exploiter le monde matériel, pourrait pa~ 
" raître supérieure à celle-là? Quelle richesse est 
« plus capable d'en faire naître d'autres? Or, voici 
« précisément celle que produisent toutes les clas- 
« ses de travailleurs qui agissent directement sur 
« l'homme, à la différence de celles qui ne travail- 
ce lent pour lui qu'en agissant sur les choses. » 
Puisque nous venons de nous appuyer sur une 
autorité des plus respectables, il est juste que 
nous rapportions aussi tes arguments qui nous 
combattent. Et, pour qu'on ne nous accuse pas 
d'atténuer leur force en les décolorant, nous ex- 
trairons du Manuel d^économie politique de M. Bau- 
drillard, professeur au Collège de France, le pas- 
sage dans lequel il essaye de réfuter, en général, 



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531 DE LA CLASSIFICATION D8S RICBESSES. 

les partisans de la richesse immatérielle, et, en 
particulier, H. Dunoyer lui-même. 

(( Ces auteurs, dit-il, ont-ils réussi à prouver 
« que toutes les utilités produites peuvent être 
(< réputées des richesses? Nous ne le croyons pas, 
« et, adoptant l'opinion soutenue notamment par 
«Smith, Halthus, Droz, John Mill, nous allons 
« essayer pour notre compte de démontrer la pro- 
« position contraire. 

u Lorsqu'on dit que ta médecine et la chiru^e 
« sont productives d'utilité, on est compris aisé- 
« ment, parce qu'on se sert d'un terme juste. 

« Lorsqu'on dit qu'elles sont productives de ri- 
«chesse, on emploie un langage énigmatique. 
a Même après de savantes explications, vous ferez 
<i difficilement comprendre que remettre un mem- 
c< bre, arracher une dent, faire l'opération de la 
« cataracte, ce soit produire de la richesse. Le but, 
'< en effet, que le chirurgien et le médecin se pro- 
« posent, ce n'est pas d'enrichir leur pays ni leurs 
« malades, mais d'être utiles à l'humanité souf- 
« frante. Que le malade guéri soit un homme la- 
« borieux ou un paresseux et un prodigue, il im- 
« porte peu ; les services rendus par le médecin au 
« malade qui peut-être profiteront au développe- 
" ment de la richesse, qui peut-être lui seront nui- 
<< sibles, si celui auquel ils sont rendus consomme 
(' plus qu'il ne produit, ne sauraient être réputés 



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de: U classification des ItECDËSSES. 5^5 

« des travaux productifs de richesse. Direz-vous 
« que la santé eUe-mème est une richesse, parce 
R qu'elle est un bien, un très-grand bien? Assuré- 
<i ment on a le droit de s'exprimer ainsi métapho- 
« riquement, de même que c'est par figure que 
« l'on parle des trésors de la bonne conscience, 
a sans prétendre leur attribuer par ce terme au- 
« cune qualification économique. Tout ce que l'on 
« peut dire à ce dernier point de vue, c'est que 
u la santé confère la possibilité de créer de la ri- 
n chesse, possibilité plus ou moins vague, simple 
« condition favorable, qui ne saurait passer pour 
« constituer une richesse par elle-même. — On 
« ajoute que les jouissances auxquelles les hommes 
«mettent un prix doivent par cela même figurer 
" parmi les richesses, puisqu'on les achète. — 
« Notre réponse sera simple. Les plaisirs que pro* 
« curent une littérature et un art pervers et le li- 
ce bertinage sont souvent payés fort cher; celui 
« qui les mettrait au nombre des richesses d'un 
« pays, et qui, par exemple, ^compterait les courti- 
« sanes parmi les richesses des nations, ferait ce- 
ci pendant violence au sens commun ; car ce serait 
« mettre au nombre des richesses les causes mêmes 
M qui les détruisent'. » 
L'élégante réponse de M. Baudrillard nous con- 

' BiuDRiLUHK, Manuel d'économie politique, p. 57 et 58, 



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326 DE LA CLASSIFICATION DES IltCUESSES. 

vaincd'autant moins, qu'aux excellents arguments 
de M. Dunoyer, nous croyons pouvoir en ajouter 
d'autres, sans doute d'une infériorité incontesta- 
ble au point de vue de la forme, mais qui, ap- 
puyés sur des considérations d'une nouvelle es- 
pèce, nous paraissent être encore, s'il est possible, 
plus concluants, plus décisifs. 

Kn effet, jetez vos regards sur l'ensemble des 
richesses qui composent noire tableau de classifi- 
cation ; suivez la chaîne qui les unit, est-ce que la 
liaison qui existe dans toutes les parties de cette 
chaîne ne vous force pas à admettre les richesses 
immatérielles? Si vous acceptez seulement les 
unes, 01^ vous arrélez-vous? A quel anneau rom- 
pezi-vous la continuiléî 

I>es richesses du tableau de classement peuvent 
être assimilées aux diverses teintes du spectre so- 
laire, spectre qui reproduit successivement toutes 
les nuances, en passant par des dégradations in- 
sensibles. Il vous plaît d'admettre au nombre des 
couleurs le jaune et le vert, pourquoi rejeter le 
violet et le rouge? 

Dans leur nature, les richesses se diversifient de 
mille manières et varient même jusqu'à l'infini. 

Transporlables ou non : les immeubles, les mé- 
taux; encombrantes ou non : les céréales, le billet 
de banque; pesantes ou légères: le plomb, le liège; 
brutes ou façonnées : la mine de fer, une serrure, 



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DE LA CLASSIFIGATIOiV DES RICUESSES. Zil 

informes ou appréciables par un goût éclairé : une 
pierre brute ou le chef-d'œuvre d'un artiste. 

Les unes tombent sous le sens de la vue : les 
couleurs; les autres sous celui du tact : les étoffes 
moelleuses. Certaines doivent toute leur valeur à 
la confiance : le billet de banque, la lettre de 
change; tandis qu'on peut en citer, telles que l'or 
et l'argent, qui portent leur appréciation avec 
elles-mêmes. 

Tantôt, comme valeurs fiduciaires, elles com- 
posent seulement la fortune des particuliers, sans 
pouvoir être comptées au nonibre des richesses de 
l'État ; tantôt sous forme d'immeubles, de métaux, 
elles constituent tout à la fois et la fortune indivi- 
duelle et la fortune générale. 

Quoi! on reconnaîtrait une si grande diversité 
dans les richesses, on ne ferait aucune difficulté 
d'admettre parmi elles les statues, les tableaux, 
les objets d'art, qui n'ont aucune valeur par leur 
poids, et on refuserait de considérer comme ri- 
chesse les utilités impondérables? 

D'une part, le livre, qui donne une forme maté- 
rielle à la pensée de l'écrivain, à la leçon du pro- 
fesseur, serait considéré comme une richesse, 
et d'autre part, chose singulière, ou ne voudrait 
pas que le talent nécessaire pour écrire, que l'ap- 
titude à composer une leçon, fussent des ri- 



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5S8 DE LA CLASSIFICATION DES RICHESSES. 

11 y a, dans les conclusions de nos advei'saires, 
coniradiction, incohérence. Notre classification 
des richesses, et les courtes observations qui 
viennent d'être faites, le prouvent complètement. 

Cette obstination , cette opiniâtreté de quelques 
économistes à vouloir rayer du cadre de l'économie 
politique et les richesses intellectuelles et les ri- 
chesses gratuites matérielles, a tenu en grande 
partie à ceque, jusqu'ici, il n'avaitpasété possible 
de les évaluer monélai rement. 

Sans doute, il était incontestable qu'elles ren- 
daient autant de services que le plomb, par exem- 
ple. Mais ce métal, d'après son poids et le cours 
du jour, valait quarante ou cinquante francs les 
cent kilogrammes, et on pouvait se rendre compte 
de son prix; tandis qu'on manquait d'instruments 
pour mesurer ou apprécier en numéraire la bien- 
faisante influence de l'air et du soleil, ainsi que 
l'action du génie d'un industriel. En conséquence, 
on jugeait inutile de faire entrer le génie, l'air et 
les rayons du soleil dans la science économique. 
L'exclusion de ces dernières espèces de richesses 
a donc tenu plutôt a une difficulté de calcul qu'à 
une incompatibilité inconciliable. 

Maintenant, au moyen des équations de ta ri- 
chexse évaluée et de la richesse d'usage, au moyen 
de la distinction que nous avons faite entre la 
richesse des particuliers et la richesse des États, 



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m LA CLASSIFICATION DES RIGUESSES. 539 

on peut supputer aisément la valeur monétaire 
des accoi'ds harmonieux, tout aussi bien que la 
valeur monétaire du talent qui les produit. Les ri- 
chesses gratuites : l'air, l'eau, le soleil; les ri- 
chesses intellectuelles : le talent, le génie, ve- 
nant prendre place dans les équations de lart- 
t-keite évaluée générale et individuelle, sont toutes, 
au même litre que les richesses matérielles e( 
échangeables, du domaine de la science écono- 
mique. 

En persistant à repousser les richesses intellec- 
tuelles, on se place sur cette route sans issue où 
l'on cheminait, quand il était reçu généralement, 
tantôt que l'or et l'argent étaient les seules ri- 
chesses, tantôt que l'agriculture était la seule 
source des richesses. 

Selon nous, il faut maintenant admettre parmi 
les richesses, non-seulement les agents matériels 
donnés gratuitement parla nature, non-seulement 
les facultés intellectuelles, et leurs produits im- 
matériels, mais encore les qualités morales : l'hon- 
neur, le désintéressement, la probité ', etc. 

Nos équations, comme nous l'avons vu, tien- 
nent compte de ces qualités morales, mais, à 

' Non-seulement ces qualités morales entrent comme éléinents 
dans la formation de la richesie évaluée, mais encore nous avons 
vu, au chapitre vn, qu'elles accroissent le crédit, et par suite la 
richesse éminée. 



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550 DE LA CLASSIFICATION DES BICUBSSES. 

défaut de ces équations, le bon sens seul suffirait 
pour prononcer en pareille circonstance. 

Et, dans le fait, ces richesses se transmettent 
comme un héritage. Pour les familles riches et 
aisées, ce n'est pas la partie la moins précieuse de 
leur patrimoine. Pour les familles pauvres , nous 
ne dirons pas que cette richesse soit équivalente 
à toute autre, mais elle ne peut manquer de pro- 
duire de la richesse matérielle ; car, dans le com- 
merce, dans les affaires, c'est un titre de confiance, 
une garantie de sécurité, partant une valeur. 

L'honneur, la probité sont à la fois une richesse 
personnelle et une richesse publique. Une richesse 
personnelle, car un négociant connu pour sa pro- 
bité, pour sa scrupuleuse loyauté, l'emporte en 
toutes circonstances sur ses rivaux moins haut 
placés dans l'estime générale. Les transactions de 
toute sorte lui seront plus faciles; son crédit sera 
plus vaste et plus durable ; le débit de sa marchan- 
dise sera plus assuré ; ses entreprises auront, grâce 
a l'appui qu'il sera certain de trouver partout, des 
chances de succès que ne sauraient avoir les spé- 
culations d'un homme d'une probité douteuse. 

De même dans le monde, quoi qu'en puissent 
dire les pessimistes, un accueil favorable attend 
toujours l'homme honnête, délicat et laborieux. 
Pendant un temps, des intrigants peuvent le pri- 
mer; la religion publique pourra être surprise à 



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DE LA CLASSIFICATION DBS RICHESSES. 331 

son détriment et au profit de quelque fourbe ; mais 
tôt ou tard ta vérité se fera jour et la probité 
emportera tous les suffrages. 

C'est de plus une richesse publique. Une con- 
trée, dont les habitants jouiront d'une réputation 
méritée de probité, imposera partout le respect, 
la sympathie et la confiance. Et c'est là pour cette 
contrée un merveilleux élément de prospérité. 

Au contraire, lorsque dans un pays industriel 
les négociants recourent pour s'enrichir à des 
moyens immoraux ; lorsqu'ils livrent à la consom- 
mation des produits mal fabriqués ou falsifiés; 
lorsqu'ils cherchent à tromper l'acheteur sur la 
quantité ou la qualité des choses mises en vente, 
soyez bien assuré que, sur tous les marchés où ils 
se présenteront, leur mauvaise réputation ne tar- 
dera pas à les suivre, si même elle ne les a pas de- 
vancés. En conséquence leurs marchandises subi- 
ront partout de la dépréciation, et cette déprécia- 
tion ne manquera pas de s'étendre sur tous les 
produits de même provenance. 

Et quand bien même ces négociants feraient 
exceptionnellement preuve de loyauté, de bonne 
foi, de générosité, chacun ne manquera pas de 
s'écrier, comme Laocoon : Timeo Danaos et dona 
fer entes I 

La sagesse populaire dit : Bonne renommée vaut 
mieux que ceinture dorée. Elle a cent fois raisoq. 



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332 DE U CLASSIFICATION DES RICHESSES. 

En elTet, la richesse roalérielle est caduque; un 
revers de fortune, un accident peut la détruire; 
tandis que les richesses morales et intellectuelles, 
la probité, le talent, l'amour du travail, d'ordinaire 
ne nous abandonnent pas. Elles nous éclairent de 
leur reflet; nous signalent à la bienveillance de 
nos semblables, et sont entre nos mains un moyen 
constant de créer et d'acquérir. 

Comment ne pas reconnaître là tous les carac- 
tères de la plus précieuse et de la plus productive 
des richesses? 



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CHAPITRE IX 

DO COHUERCE tNTËRIBrR ET EXTÉRIEUR. 



Ouelques mots sur le syslËme mercanlile. 

Turgot définit ainsi le commerce : 

« Le double intérêt, dit-il, qu'ont le producteur 
« et le consommateur, le premier, de trouver à 
« vendre, et l'autre, de trouver à acheter, et ce- 
« pendant de ne pas perdre un temps précieux à 
« attendre l'acheteur ou à chercher le vendeur, a 
« dû faire imaginer à des tiers de s'entremettre 
« entre l'un et l'autre. C'est l'objet de la profession 
« des marchands qui achètent la denrée de la main 
a du producteur, pour en faire des magasins dans 
<> lesquels le consommateur vient se pourvoir. Par 
« ce moyen , l'entrepreneur, assuré de la vente et 



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334 DC GUHHEEtCE INTGRIEl'l) ET EXTÉRIEUR. 

« de la rentrée de ses fonds, s'occupe sans inquié- 
« tude et sans relâche à de nouvelles productions ; 
« et le consommateur trouve à sa portée, et dans 
a tous les moments, les choses dont il a besoin. » 

Mais nombre de peuples se sont aperçus que 
le commercefaitde telle ou telle sorte était plus ou 
moins productif; aussi ont-ils cherché à le régle- 
menter, pour accroître le plus possible leurs bé- 
néfices. Sans doute ce n'était pas toujours à tort, 
et nous croyons l'avoir démontré; toutefois, ceux 
qui ont suivi les errements de l'école mercantile 
dans cette réglementation se sont abusés singu- 
lièrement. 

Necker, avec cette école, a prétendu « que pour 
« un peuple la balance du commerce parait favo- 
« rable lorsque la somme de ses exportations est 
« plus considérable que celle de ses importations, 
« et qu'elle lui annonce une perte lorsque au con- 
« traire il a plus acheté que vendu. » 

Telle était cette décevante doctrine qui régnait 
en souveraine sur beaucoup de nations, à l'époque 
où les préjugés sur la valeur de l'or avaient tant 
de force. 

Des marchands habitués à calculer, chaque soir, 
leurs profits par la quantité d'argent comptant 
qu'a produit la vente du jour, ou des particuliers 
accoutumés à juger de leur fortune par les revenus 
qu'ils touchent en espèces, pouvaient penser que 



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DU COMMERCE IMTËBIEIJR ET EXTËRIEUH. 535 

les affaires d'une nation devaient être considérdes 
sous le même aspect. De là, en partie, cette opi- 
nion exagérée sur l'avantage qu'un peuple trouve 
dans l'agglomération des métaux précieux. 

De nos jours, les travaux des économistes ont 
rendu sensibles les inconséquences de cette doc- 
trine, et fait apercevoir que ses enseignements 
n'étaient qu'une espèce de mirage en dialectique. 
Pour notre part, nous espérons avoir fait ressortir 
leur fausseté, par nos discussions sur la richesse 
évaluée, la richesse d'usage, les échanges et la clas- 
sification des marchandises. 

Un peuple, dans ses aspirations à la richesse, 
ne cherchera donc pas à entasser beaucoup d'or et 
d'argent. Il s'efforcera uniquement d'acquérir la 
faculté d'en faire venir, à tout instantet à volonté, 
la plus grande quantité possible. El cette facilité, 
comme nous le savons, se mesurera sur le déve- 
loppement qu'il aura donné à sa ridiesse évaluée. 



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bu COMMERCE INTÉRIEUR ET EXTËIIIEIR. 



|2- 



Le commerce intérieur est plus Tavorable à l'accroissement de la 
richesse évaluée que le commerce eilérieur. 



Nous distinguerons deux espèces de commerce 
extérieur, celui dans lequel on échange les produc- 
tions nationales contre celles de l'étranger, et ce- 
lui q^ui consiste à prendre dans le monde entier 
les marchandises sur le lieu de production où elles 
sont à bas prix, et à les transporter sur tous les 
marchés où, étant inconnues et rares, elles ont 
une grande valeur. 

Les causes de l'énorme bénéfice qui résulte sou- 
vent de cette dernière espèce de commerce ont 
été indiquées précédemment. Dans l'antiquité, 
Tyr, Carthage, Athènes, Corinthe; dans le moyen 
âge, Venise, Gênes, Fisc, Florence et les villes 
hanséatiques ; dans les temps modernes, le Por- 
tugal, l'Espagne, la Hollande et l'Angleterre, 
déposent unanimement de la puissance de ces 
causes pour asseoir et fonder la richesse des 
peuples'. 

■ Les bribilanlsdesUivers pays (joe nous aïons cilés ont joué, par 



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DU COMMERCE INTÉRIEUR ET EXTÉRIEUR. 357 

Bien que cette seconde espèce de commerce 
porte le nom de commerce extérieur, nous n'avons 
voulu parler dans le thème de ce paragraphe que 
de la première. 

Nous chercherons donc ici seulement à établir 
qu'en général, un pays s'enrichit davantage lors- 
que les habitants, en payant au même prix les 
marchandises qu'ils consomment, les tiennent plu- 
tôt des producteurs nationaux que de l'étranger. 

En effet, supposons qu'au moyen d'un chemin 
■ de fer, d'un canal, d'un accroissement de popu- 
lation, etc., une localité achète à une autre située 
dans le même pays pour 100,000 francs de produits 
en sus des .emplettes ordinaires. Cette acquisition 
occasionnera un retour de marchandises pour la 
même somme. Il y aura donc eu généralement 
pour 200,000 francs de fabrication en surplus, 
et ce pays bénéficiera autant par la première 
vente que par la vente en retour. 

Telles sont les conséquences du commerce inté- 
rieur. 



rapport au monde entier, le rôle actuellement échu, prerque dans 
chaque nation, au» israéliles. En France, on a calculé que la n- 
chesse moyenne de ces derniers était dix fois plus grande que celle 
de tous les autres citoyens en général adonnés à l'agriculture. 

Est-ce à l'échange de leurs produits que les israéliles doi?ent 
cette prépondérance de fortune? Mon. C'est, en génériil, au trafic 
del'argent, elà celui des ma rchaudises fabriquéessoit parles autres 
nationaux, soit par l'étranger. 



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338 DU COHHERGË INTÉRIEUR ET EXTÉRIBUR. 

Quant au commerce extérieur, si une nation 
achète au dehors des objets pour 100,000 francs, 
elle ne pourra les solder qu'avec la fabrication 
d'autres objets se montant à la même somme. Elle 
n'aura donc produit que pour 100,000 francs. 

Et encore, selon l'espèce de marchandises, ou 
selon, la prépondérance en habileté commerciale 
de la puissance avec laquelle vous traQquez, il se 
pourra que le commerce avec cette puissance ait 
diminué relativement votre riclietse évaluée, et 
contribué ainsi à votre dégradation future. 

Il est manifeste, du reste, que nous arriverions 
au même résultat, si l'on supposait que l'on a 
vendu au lieu d'avoir acheté. 

Si -un peuple, en voulant confectionner des 
marchandises pour accroître son commerce inté- 
rieur, les produisait plus chèrement que celles 
qu'il pourrait recevoir de l'étranger, il y aurait 
alors lieu d'informer; et nos théories de la protec- 
tion et du libre échange feraient reconnaître si, 
dans l'intérêt de la riches$e évaluée générale, il 
faudrait encourager la fabrication de ces mêmes 
marchandises. 

Par une déduction logique de ses principes, 
l'école mercantile soutenait une opinion diamé- 
tralement opposée à la nôtre. D'après elle, le com- 
merce intérieur n'avait qu'une minime impor- 



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MI UOHUERGE INTÉRIEUR ET EXTÉRIEUR. 35» 

tance, tandis que le commerce extérieur, qui, en 
général, fait rentrer les métaux précieux, était 
éminemment plus favorable à la production des 
richesses. On voit que cette école n'était pas mieux 
inspirée en traitant cette question qu'en raison- 
nant sur la balance du commerce. 



vGooj^le 



510 DU COMHERCIi; INTÉHIEUR tT EXTÉmEUR. 



§3. 



Certains échanges, faits dans l'inUrieur d'un pays, accroissent sa 
richesse évaluée. Certains autres n'ont d'action que sur la richesse 
évaluée des personnes qui contractent ensemble. 



Le commerçant, tout en agissant daos ses inté- 
rêts propres, lorsqu'il prend la marchandise chez 
le producteur ou partout ailleurs, et qu'il la place 
chez l'individu qui en donn^ le plus haut prix, 
peut souvent encore servir ceux de l'Ëtat. 

Supposons que, dans une contrée dont les rela- 
tions d'affaires sont peu étendues, un cheval ne 
vaille que 200 francs, prix basé sur les services 
que cet animal est appelé à y rendre; si, à l'aide 
du commerce qui a la connaissance des besoins de 
diverses localités, ce cheval a été vendu 1 ,000 fr., 
le trafic a fait quintupler sa valeur, et l'État et le 
producteur auront profité de cette plus-value. 

Ce raisonnement ne peut s'appliquer à toute 
espèce de marchandises; car un diamant appar- 
tiendrait tour à tour à vingt propriétaires, avec 
perte ou profit, que, par suite de ces échanges qui 
pourraient être utiles aux uns, préjudiciables aux 



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ou COMMERCE INTÉRIEUR ET EXTÉRIEUR. 341 

autres, il n'y aurait pas la moindre valeur de plus 
dans un pays. Toutefois, le commerce serait pro- 
ducteur de richesse, s'il avait fait connaître la 
valeur de cet étincelant et précieux minéral'. 

Les propositions que nous venons d'établir 
pourraient recevoir une démonstration mathéma- 
tique; mais ce qui a été dit nous parait suffisant 
pour enlever toute incertitude à leur égard. 

Le commerce intérieur est donc procréateur de 
richesse dans certaines circonstances, et, dans 
d'autres, il ne profite qu'à des intérêts particu- 
liers. 

> L'un des beaux diamants de la couronne de France, que Charles 
le Téméraire, duc de Bourgogne, perdit aulrefois dans une bataille 
qu'il livra auï Suisses, fui Irouvd par un bercer qui crut laire uu 
bon marché en le livrant au prii de trois francs à un curé; et ce 
diamant, dont la valeur est lixéc maintenant à environ un million, 
fut revendu par le curé vingt francs. 

Dans les échanges successils qui ont eu lieu, jusqu'k l'époquu 
où l'on a connu le véritable priii de la marchandise, le commerce 
a été producteur de richesse. Maintenant, que cette pierre prc- 
eieuse soit vendue plusieurs fois chaque année un peu plus, un peu 
moins d'un milhon, ces dhers trocs ne serviront que des intéréis 
particuliers et ne seront d'aucune utilité à l'Etat. 



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m; COHHEIICE INTÉRtEUR BT EXTÉRIEUR. 



Des jeux de bourse. 



A mesure que le nombre des marchandises s'ac- 
croît dans une nation, il s'élève une nouvelle 
classe de hauts commerçants qui n'achètent plus 
les marchandises en gros pour les diviser, afin 
d'en faire une distribution plus facile aux consom- 
mateurs; ces commerçants traitent de groupes 
de marchandises fabriquées ou à fabriquer, dans 
le seul but de gagner sur les cours qu'elles doivent 
prendre à une époque déterminée. 

Ce négoce, espèce de jeu, est légal dans certaines 
limites; et l'entraver, lorsqu'il ne dégénère pas en 
manœuvres frauduleuses, serait attenter à la li- 
berté des transactions. Sans doute des imprudents 
peuvent être victimes d'une telle espèce d'opéra- 
tions: mais, partout où la liberté existe, ce n'est 
jamais sans quelques inconvénients. 

Les marchés à terme, car c'est ainsi que l'on 
appelle ce négoce, accroissent, on doit le recon- 
naître, la richesse évaluée d'une nation. 



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DU COMHEBGE INTÉRIEUR ET EXTÉRIEUR. 3i5 
En voici la raison. Lorsque ces marchés s'ap- 
pliquent à certaines marchandises, chacun sait 
qu'ils en élèvent les prix '; or ces marchandises 
prenant, à solidité égale, une valeur supérieure à 
celles dont 6n ne trafique pas de la même ma- 
nière, accroissent nécessairement le chiffre de la 
r,'cAcs.îC^ua/«^e, lorsqu'on introduit leurs nouveaux 
prix dans son expression analytique. 

On dira peut-être qu'en jouant ainsi sur cer- 
taines marchandises, on se sert de capitaux qui 
se seraient portés ailleurs, qu'ainsi il en résulte 
une baisse sur d'autres valeurs, et, en définitive, 
une compensation qui empêche la ricftesse évaluée 
d'un pays de croître. En raisonnant ainsi, on ou- 
blie que les marchés à terme sont entièrement 
fondés sur le crédit, puisque chacune des par- 
ties contractantes a délai pour s'acquitter. Les 
payements peuvent donc très-bien s'effectuer sans 
emploi de capitaux spéciaux. Il suffit que Ton 
possède des valeurs mobilières ou immobilières 
susceptibles d'être réalisées aux échéances. 

■ A la Bourse de Paris, le ipourlOO, qui ne se vend d'oi'dinaire 
qu'au gnnptant, n'est-il pas toujours d'un prix moins élevé relati- 
vement à son intérêt, que le 3 pour lOO sur lequel le jeu s'exerce 
avec lant de frénésie? Et cependant ces deux fonds publics offrent la 
inôme sécurité. 

La hausse des valeurs soumises aux jeus de bourse provient de 
ce que ta spivulation rend la réalisation de ces valeurs plus facile. 



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PC COMMENCE INTÉRIEUR ET EXTÉRIEUR. 



§5- 



Un grand commerce exlérieiir esl, en général, l'indice d' 
porUnte richesse évaluée; mais il ne peut servir à 
uxacltonent celle ridiesse. 



Due nation qui fait un grand commerce exté- 
rieur possède, en général, une importante richeste 
évaluée. D'abord ce commerce est souvent la con- 
séquence de fabrications très-multipliées; ensuite, 
quand il en serait indépendant, si cette nation pra- 
tique avec intelligence le trafic des marchandises 
à l'extérieur* bien qu'elle ne les ait pas fabri- 
quées, elle se livre très-souvent à une industrie 
des plus profitables. 

En effet l'histoire nous apprend que cette in- 
dustrie, dans tous les temps, a excité au suprême 
degré la convoitise des peuples, leur rivalité, et 
a provoqué les actes les plus sanguinaires. 

Ils attachaient une grande importance à leur 
trafic extérieur, ces Phéniciens qui, suivis dans 
l'Océan par un vaisseau romain, l'attirèrent sur 
des récifs en s'y engageant eux-mêmes'. Ces mar- 

' Ce fait liéroKtiie est tiré de Strabon, qui ajoute que les Phéni- 



D,„t,zecity Google 



DU COMMERCE inTËHIEUR ET ËXTÉniEUR. 345 

chands asiatiques jugèrent, dans un élan pa- 
triotique, qu'il n'y avait pas à hésiter entre 
une mort certaine, et l'éventualité de laisser à 
des concurrents la connaissance des lieux où ils 
allaient chercher les marchandises sur lesquelles 
ils spéculaient. 

Que de cités, que d'Élats ont dû leur grandeur 
au commerce extérieur, et leur décadence à la 
perte de ce commerce que des peuples rivaux leur 
ont enlevé, tantôt avec le glaive, tantôt seulement 
avec de l'habileté! 

ÂmalQ, ville d'Italie, si riche et si puissante, 
du huitième au douzième siècle, fut dévastée par 
les Pisans, qui voulurent s'emparer de son trafic, 
et ces derniers à leur tour furent subjugués pour 
le même motif par les Génois. Plus tard, ce fut 
encore par la violence que le sceptre du commerce 
dans la Méditerranée passa de Gênes à Venise. 

Par les échanges extérieurs, la Hanse des villes 
du Nord, avant la découverte du nouveau monde, 
acquit une telle puissance, que plusieurs fois elle 
disposa des couronnes de Suède et de Danemark. 

La prospérité dont les Portugais, les Hollandais, 
les Anglais ont été redevables au négoce exté- 

dens se rendaient aux iles Cassilérides pour y chercher du plomb 
et de l'êtain, et que leur chef, avant eu l'adresse de se sauver/ re- 
çut de ses compairiates une réc<>rnpense tout à la fois pécuniaire et 
honorillque. 



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346 DU COMMERCE inTÉREECIl ET EXTÊHIEtIR. 

rieur, el les luttes acharnées auxquelles ce négoce 
a donné lieu, sont trop connues pour que nous 
nous y arrêtions. 

Le commerce dont nous Tenons de parler est en 
général celui que font les peuples navigateurs. 11 
en est un autre, toujours extérieur, sur lequel nous 
avons déjà appelé l'attention dans ce paragraphe, 
et qui consiste à placer à l'étranger les objets que 
l'on fabrique chez soi. Ce dernier genre de com- 
merce contribue encore puissamment à accroître 
l'opulence d'un pays. 

C'est par le placement à l'extérieur du produit 
de ses fabriques que Florence a acquis , dans le 
moyen âge, des richesses immenses. Le revenu de 
cette petite république s'élevait alors à 1 5 millions 
de ducats, et était supérieur à celui de l'Angleterre 
sous Elisabeth. 

Hais, de quelque nature que soit le commerce à 
l'étranger^ la suprématie en force, en puissance, a 
presque toujours appartenu aux peuples chez les- 
quels il a été le plus florissant. Cette suprématie 
étant en rapport avec la ricketse éveUuée de ces 
peuples, ainsi que nous l'avons vu au chapitre v, 
on doit en tirer la conséquence que la richesse 
évaluée d'un pays peut, en général, se juger par ta 
multitude de ses échanges extérieurs. 

Toutefois, comme il faut tenir compte du trafic 
intérieur et de beaucoup d'autres éléments de 



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Dtl COHHBRCE [NTgRIEUR BT EXTERIEUR. 347 
prospérité financière, pour apprécier cette ri- 
chesse évaluée, nous ne pouvons certifier que, dans 
une nation, cette espèce de richesse est toujours 
exactement proportionnelle au commerce exté- 
rieur. Voyez Hambourg, les transactions de cette 
ville avec le dehors se montent à un milliard de 
francs pour 256,000 habitants; en admettant la 
proportionnalité ci-dessus dans sa rigueur, cette 
ville aurait le cinquième de la richesse évaluée de 
la France'; ce qui est faux de tous points. Le com- 
merce extérieur est donc plutôt un indice que la 
mesure certaine de la puissance d'une nation. 

' Le commerce général extérieur de la France se monte à envi- 
ron S milliards. 



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348 DU mHHËftCE INTÉRIEUR RT EXTÉRIEUR; 



P. G- 



Rapport qui exisle, chez divers peuples, entre le commerce intérieur 
et le commerce extérieur. Appréâation de la richesse évaluée 
des peuples au moyen de ce rapport. 



Le rapport entre le commerce intérieur et te 
commerce extérieur varie chez les divers peuples. 
En France , le commerce intérieur est bien plus 
important que le commerce extérieur. 

En effet, sur une quantité de marchandises, éva- 
luée 1 2 milliards de francs, que cette nation fabri- 
que, 5 milliards sont consommés par les produc- 
teurs, 2 milliards 500 millions sont envoyés à 
l'étranger; restent 6 milliards 500 millions de 
marchandises qui, achetées et vendues, donnent 
un chiffre de 13 milliards d'affaires au minimum. 
En réalité, il se fait peut-être sur ces 6 milliards 
500 millions de marchandises des transactions pour 
une somme de 500 ou 400 milliards; car le même 
article peut passer à plusieurs fois dans cent mains 
différentes; mais, dans celte appréciation, nous 
évaluons le chiffre des négociations au plus bas. 

L'exportation se montant à 2 milliards'500 mil- 



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DU COMMERCE INTÉMEUR ET EXTÉRIEUR. 540 - 

Hong, et l'importation lui étanl à peu près égale, 
le chiffre des échanges à l'eitérieur est de 5 mil- 
liards, d'où nous tirons la conséquence que le 
commerce extérieur est moins de moitié ou le 
tiers environ du commerce intérieur le plus res- 
treint. 

L'Angleterre produit des marchandises pour en- 
viron 14 milliardsde francs, dont2milllardssont 
consommés sur place et sans commerce. Sur les 
12 milliards restants, 4 milliards sont envoyés à 
l'étranger. Restent donc 8 milliards, qui donnent 
lieu à 16 milliards de trafic intérieur au mini- 
mum. 

Le commerce extérieur étant de 8 milliards 
(dont 4 milliards pour l'importation et 4 milliards 
pour l'exportation) est la moitié du commerce 
intérieur. 

Dans d'autres contrées, telles que la Hollande, 
les villes hanséatiques, etc. , le commerce extérieur 
est souvent deux, trois et même dix fois plus con- 
sidérable que le commerce intérieur. 

La Russie ne fait au dehors qu'un commerce 
Irès-restreint; car il ne s'élève qu'à environ 1 mil- 
liard, importation et exportation comprises. Si, 
comme l'assure Tegoborski, elle produit des mar* 
chandises pour une somme de 9 milliards, dont 
4 milliards environ sont consommés par les pro- 
ducteurs, et 500 millions sont envoyés à l'élran- 



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350 MJ COHMERCe INTÉRIEUR ET EXTÉRIEUR. 

ger, il resterait 4 milliards 500 millions de mar- 
chandises, qui donneraient lieu, au minimum, 
à un trafic intérieur de 9 milliards. Et le rapport 
entre le commerce intérieur et le commerce 
extérieur serait seulement d'un neuvième. 

On voit ainsi que, bien qu'on ne puisse juger 
exactement, par le rapport entre ces deux com- 
merces, de la richeêse évaluée des nations, cepen- 
dant ce rapport est un indice du plus ou moins de 
développement de cette richesse. 

Nous concluons donc : 

r Que très-souvent le commerce, ou autrement 
la vente d'une marchandise, est plus favorable à 
la rkkeue évaluée d'un pays, lorsque cette vente 
a lieu à l'intérieur plutôt qu'à l'extérieur de ce 
même pays; 

2' Que le commerce extérieur bien compris ac- 
croît In rickeue évaluée d'une nation, mais que, 
mal entendu, il peut contribuer à la diminuer 
relativement; 

5* Que la richesse évaluée d'un pays ne s'accroît 
pas, parce que les transactions de toute nature y 
sont nombreuses, mais seulement parce que ces 
transactions augmentent la production et font 
trouver à la marchandise sa vraie valeur; 

4° Que les jeux de bourse accroissent la rùàesse 
éoaltiée d'une nation ; 

5° Que l'importance du commerce extérieur a 



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DU œHUIERCE INTËniEUR ET EXTERIEUR. 351 

été, dans tous les temps, le signe d'une grande 
richesse évaluée, mais non une mesure absolue de 
cette richesse ; 

6* Que le rapport plus ou moins grand qui existe 
entre le commerce extérieur et le commerce inté- 
rieur d'un pays est en général une indication 
de la quantité de richesse évaluée qu'il possède, 
mais que ee rapport n'en est pas non plus une 
mesure certaine. 



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CHAPITRE X 



ISKLUENCE D'UNE DESTRUCTION DE MARCHANDISES DAHS l'N PAYS 
SUR LA RICHESSE DE CE MËHE PAYS. 



M" 



La destruction de mardiaiidises apparteiianl à un pays fait tou- 
jours décroître sa richesse d'usage. Cette destruction accroît 
parfois sa richesse évaluée. 



Lorsque dans un pays une quantité de mar- 
chandises d'une certaine nature vient à s'anéan- 
tir par suite d'un sinistre, il est incontestable qu'il 
en résulte un dommage pour la partie de la popu- 
lation, appelée à les consommer-, mais cet anéan- 
tissement est à la fois une cause de bénéfice pour 
l'autre partie qui fabrique ou importe les mar- 
chandises de même espèce. 

L'action simultanée de cedommage, d'une pari, 
et de ce bénéfice, d'autre part, soit sur la ri- 
chesse éoaluée, soit sur la richesse d'usage du pays 



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yH hIFLUBACE D'UNE DESTRUCTION DE MARCHANDISES 

OÙ le sinistre a eu lieu va faire l'objet de notre 
examen. 

Généralement la richette évaluée diminue; son 
équation, 

PR = dMm (I— T) +/M'm' (I— F) +elc. H- Mm 
-HMni'+etc.-hA — C 

va nous le démontrer. 

Supposons qu'une partie des objets dont H et H' 
désignent le nombre vienne à disparaître, c'est 
une consommation qui s'opère sur la masse des 
marchandises, un accroissement de C. Età défaut 
de circonstances' où les marchandises restantes 
prendraient, à elles seules, plus de valeur que 
n'en avait la totalité avant la destruction, la W- 
cke$w évaluée décroîtrait sans aucun doute. 

Quant à la richexite (Fmage, elle est toujours at- 
teinte; la forme de son équation, 



P (am H- a'm'H- etc. -(- /) 

ne permet aucune hésitation à cet égard. 

En effet si H et M' diminuent, U la richeue d'u- 
sage s'amoindrira nécessairement; car, quelles 
que soient les nouvelles valeurs de m et m', ces 

' rUis Ltn). nous liendrotis comple de fescirconslances. 



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SUR LA RICHESSE D'UN PAVS. 355 

valeurs agiront de la même manière sur le numé- 
rateur et le dénominateur de l'équation, tandis 
que la diminution de MetM' fera diminuer le nu- 
mérateur de la riches$e d'usage. 

n est donc bien acquis qu'un sinistre dans une 
nation préjudicie toujours à sa riches$e d'usage et 
parfois est fatal à sa richesse évaluée. 



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i:>G IfiFLUENCË D'I'NE DESTRUCTIO.N DE MARCHANDISES 



2 2. 



Dans ccrUinee circonslances, pour augmenter la rtckoK évaluée 
d'une nation, il peut Hre utile <le détruire une partie des mar- 
clundises peu essentielles qui «"y trouvent., 



Nous avons reconnu qu'une destruction de mar- 
chandises était parrois préjudiciable à la rkfiea?. 
évaluée d'un peuple; cependant il peut arriver 
qu'un accroissement de cette sorte de richesse 
en soit la conséquence. 

Pour le démontrer, supposons que Tanéantisse- 
ment d'une partie de marchandises de même 
espèce fasse hausser le prix de l'unité de cette 
marchandise. 

Les termes de la seconde partie de l'équation de 
la richesse évaluée, 

PR=<iMm{l— N)+etc.+Mm-l-etc.-hA— C 

sont, à n'en pas douter, susceptibles de prendre 
une plus grande valeur, et de faire accroître la 
richesse évaluée, malgré la diminution de M et M'; 
puisque les termes Mm + MW-helc. pourront 
augmenter plus que C ne diminuera. 



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SUK LA BICUESSE i)TN PAYS. 357 

Ainsi, dans tes siècles derniers, on a vu les Hol- 
landais, alors seuls possesseurs des épices, telles 
que le girofle, la cannelle, le gingembre, le poi- 
vre, etc., faire sombrer de nombreuses cargaisons 
de ces précieux produits pour en accroître la va- 
leur '. Mus, par un odieux égoïsme, ces marchands 
sacrifiaient le bien-être général à la spéculation. 

Les départements de la Gironde et de la Côte- 
d'Or, lorsque la récolte des vins dits d'extra est 
plusieurs années de suite trèsrabondante, nous 
fournissent encore la preuve qu'une trop grande 
quantité de produits peut être préjudiciable à la 
richesse évaluée ; car, sous un semblant de prospé- 
rité générale, l'appauvrissement et la gêne des 
propriétaires de ces contrées est réelle. 

Et on se l'expliquera avec facilité en considé- 
rant que ces produits viticoles, habituellement 
destinés à la petite classe des gens riches, doivent 
nécessairement subirune réduction de prix énorme 
pour entrer dans la consommation de la classe 
moyenne de la société; réduction qui penmet à 
peine aux possesseurs des grands crus de couvrir 

■ La compagnie hullandabe des Indes orientales fit arraclier, 
en 1652. une grande partie des plants d'épices, {Saaifeld, Ce- 
schiubte des hollandischen colonial Wesens). Depuis, il esl arrivé 
qu'on a brûlé aux Indes de grandes masses d'épices. {Hvysers, 
Beschryving der Oostindischen Elablissenienten). De pareils procé- 
dés onl élé également mis en a■u^rc pcnr le tabac américitiM. 
(Doiiglass, Suinmary.) 



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358 INFLUENCE D'Il^E DESTBUCTION OS HARCBANDISES 

tout à la fois et les frais ordinaires et ceux que 

nécessite une exubérance dans la récolte. 

De là on peut conclure que le gouvernement 
d'un pays où l'on découvrirait une mine très- 
riche en pierres précieuses ne serait pas quelque- 
fois mal inspiré en sacrifiant une partie de ces 
gemmes si recherchées. Et, s'il est vrai que l'empe- 
reur du Brésil, détenteur d'une quantité énorme 
de diamants, ne livre chaque année au commerce 
qu'une faible partie de la production du pays, 
dans l'espoir que plus tard ses débouchés s'agran- 
diront, cette direction économique, relative à des 
objets qui n'intéressent que la vanité, ne peut 
qu'être approuvée. 

Remarquons que, si t'indigne expédient dont les 
Hollandais ont usé peut quelquefois se légitimer 
par son influence heureuse sur la rkhe$se évaluée, 
ce ne peut être que lorsqu'il s'applique aux mar- 
chandises peu essentielles, parce qu'alors la ri- 
chesse d'usage en souffre très-peu. 

Quant aux céréales, la nature se charge déjà 
fatalement d'en soutenir la valeur vénale, soit par 
les myriades de vers rongeurs, d'insectes dévo- 
rants auxquels elle les livre, soit par les désagré- 
gations chimiques qu'elle opère à tout instant. 
Ainsi, qu'on se garde bien, de l'aider encore à 
amoindrir la richesse d'usage, au moyen d'une 
destruction irréfléchie ! 



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SUH LA BIUHESSE D'UN FAVS. 359 

Du reste, par cette destruction,, comme m>us 
allons le voir, la richeue évaluée ne serait pas 
augmentée; et un acte pareil serait en pure perte 
inhumain, barbare, conséquemment injustifiable. 
En effet, supposons qu'une récolte exception- 
nelle donne beaucoup plus de grains à un pays 
qu'il n'est nécessaire pour sa consommation an- 
nuelle; si on anéantit ce qui excède la production 
normale, on ne fera, en général, augmenter les 
prix que d'une-manière peu sensible; car la mer- 
curiale d'une nation suit de bien près celle des 
peuples voisins. Mais, quand bien même on ob- 
tiendrait une cherté réelle profitable aux produc- 
teurs, sans que les approvisionnements indispen- 
sables fussent compromis, est-ce qu'il ne faudra 
pas élever le salaire de tous les travailleurs qui 
ne peuvent vivre qu'avec les céréales! Il y aura 
. donc de toute nécessité un accroissement dans les 
frais de production, el, par suite, une dimi- 
nution de richesse évalvée. 

L'expérience, le bon sens, nos équations de la ri- 
chesse évaluée et de la ridiesse d'usage s'accordent 
donc pour légitimer la proposition que nous avons 
cherché à établir; à savoir : que, dans lé but 
d'accroître la richesse évaluée d'un pays, il peut être 
parfois utile de sacrifier des objets peu essentiels 
(ces objets seront, par exemple, des diamants, des 
pierres précieuses, etc.), mais qu'il faut se donner 



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360 INFLUENCE D'UNE DESTRUCTION DE HARCHANDISES. 

de garde de toucher aux subsistances les plus habi- 
tuelles, car on arriverait ainsi non-seulement a 
faire diminuer la richeae d'mage, mais souvent 
encore la richesse évaluée. 



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CHiPITRE XI 

l,F,S INTERETS HES PEUHRS SONT SOOTENT ANTAGONISTES, 



8 1". 



tin peuple peut lirer profil des calamilés qui arriveril aux autres 
peuples. 



Les écrivains les plus accrédités de l'école éco- 
nomique moderne professent qu'un peuple gagne 
à la prospérité des autres peuples, et qu'il souffre 
de leurs calamités. 
Voici comment J. B. Say s'exprime à ce sujet : 
« Une seconde conséquence du même principe ', 
c'est que chacun est intéressé à la prospérité de 
tous, et que la prospérité d'un genre d'industrie 
est favorable à la prospérité de tous les autres. En 
effet, quels que soient l'industrie qu'on cultive, 

' Les produits s'ôcliangenl conlre les produits. 



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54)3 LES LMËRÈTS DES PEUPLES 

le talent qu'on exerce , on en trouve d'autant 
mieux l'emploi, et l'on en tire un profit d'autant 
meilleur, qu'on est plus entouré de gens qui ga- 
gnent eux-iriémes. Un homme à talent que tous 
voyez tristement végéter dans un pays qui décline 
trouverait mille emplois de ses facultés dans un 
pays productif où l'on pourrait employer et payer 
sa capacité. Un marchand placé dans une ville 
industrieuse et riche vend pour des sommes bien 
plus considérables que celui qui habite un canton 
pauvre où dominent l'insouciance et la caresse. 
Que feraient un actif manufacturier, un habile 
négociant dans une ville mal peuplée el mal civi- 
lisée de certaines portions de l'Espagne ou de ta 
Pologne? Quoiqu'il n'y rencontrât aucun concur- 
rent, il y vendrait peu, parce qu'on y produit peu; 
tandis qu'à Paris, à Amsterdam, à Londres, malgré 
la concurrence de cent marchands comme lui, il 
pourra faire d'immenses affaires. La raison en est 
simple ; il est entouré de gens qui produisent 
beaucoup dans une multitude de genres, et qui 
font des achats avec ce qu'ils ont produit, c'est-à- 
dire avec l'argent provenant de la vente de ce 
qu'ils ont produit. 

« Telle est la source des profits que les gens des 
villes font sur les gens des campagnes, et que 
ceux-ci font sur les premiers : les uns et les autres 
ont d'autant plus de quoi acheter qu'ils produisent 



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SONT SOUVEKT ANTAGONISTES. 5fiS 

davantage. Une ville enlourée de riches campa- 
gnes y trouve de nombreux et riches acheteurs, 
et, dans le voisinage d'une ville opulente, les pro- 
duits de la campagne ont bien plus de valeur. 
C'est par une distinction futile qu'on classe les 
nations en nations agricoles, manufacturières et 
commerçantes. Si une nation réussit dans l'agri- 
culture, c'est une raison pour que ses manufac- 
tures et son commerce prospèrent; si ses manu- 
factures et son commerce soiit florissants , son 
agriculture s'en trouvera mieux. 

« Une nation, par rapport à la nation voisine, 
est dans le même cas qu'une province par rapport 
à une autre province, qu'une ville par rapport aux 
campagnes : elle est intéressée à la voir prospé- 
rer, et assurée de profiter de son opulence. » 

fiastiat , comme il appert d'un extrait de ses 
, œuvres que nous allons rapporter, partage la 
même opinion. Toutefois on peut supposer qu'il 
ne la croyait pas justifiée par un assez grand nom- 
bre de faits, car dans cet extrait se trouve une 
prière qu il adresse aux jeunes gens, prière qui 
témoigne que ses convictions n'étaieut pas com- 
plètement arrêtées ; 

« L'expérience , dit-il dans ses Harmonies éco- 
nomiqvei, ne confirme-t-elle pas cette vérité : 
L'homme a d'autant plus de chances de prospérer 
qu'il e$l dans un milieu plus prospère? 



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5li( LES INTÉRÊTS DES PEUPLES 

« De toutes les harmonies qui se rencontrent 
sous ma plume, celle-ci est certainement la plus 
importante, la plus belle, la plus décisive, la plus 
féconde. Elle implique et résume toutes les autres. 
C'est pourquoi je n'en pourrai donner ici qu'une 
démonstration fort Incomplète. Heureux si elle 
jaillit de l'esprit de ce livre! Heureux encore 
si elle en sortait du moins avec un caractère 
de probabilité suffisante pour déterminer le lec- 
teur à s'élever par ses propres efforts à la cer- 
titude ! 

« Car, il n'en faut pas douter, c'est là qu'est la 
raison de décider entre l'organisation naturelle et 
les organisations artificielles; c'est là, exclusive- 
ment là, qu'est le problème social. Si la prospérité 
de tous est la condition de la prospérité de chacun, 
nous pouvons nous fier non-seuiement à la puis- 
sance économique de l'échange libre, mais encore 
à sa force morale. 11 suffira que les hommes com- 
prennent leurs vrais intérêts, pour que les restric- 
tions, les jalousies industrielles, les guerres com- 
merciales, les monopoles tombent sous les coups 
de l'opinion; pour qu'avant de solliciter telle ou 
telle mesure gouvernementale, oii se demande non 
pas : Quel bien m'en reviendra-t-il7 mais; Quel bien 
en reviendra-t-il à la communauté?. . . 

« H est évident, ce me semble, qu'on ne peut ni 
résoudre, ni même aborder le problème social à 



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SONT SOUVEST ANTAGONISTES. 365 

aucun de ses points de vue, avant d'avoir choisi 
entre ces deux maximes : 

« Le profit de l'un est le dommage de l'autre. 

n Le profit de l'un est le profit de l'autre. 

« Car si la nature a arrangé les choses de telle 
façon que l'antagonisme soit la loi des transactions 
libres, notre seule ressource est de vaincre la na- 
ture et d'étouffer la liberté. Si, au contraire, ces 
transactions libres sont harmoniques, c'est-à-dire 
si elles tendent à améliorer et égaliser les condi- 
tions, nos efforts doivent se borner à laisser agir 
la nature et à maintenir les droits de la liberté 
humaine. 

« Et c'est pourquoi je conjure les jeunes gens à 
qui ce livre est dédié de scruter avec soin les for- 
mules qu'il renferme, d'analyser la nature intime 
et les effets de l'échange. Oui, j'en ai la confiance, 
il s'en rencontrera un parmi eux qui arrivera 
enfin à la démonstration rigoureuse de cette pro- 
position : Le bien de chacun favorise le bien de tous, 
comme le bien de tous favorise le bien de chacun; — 
qui saura faire pénétrer cette vérité dans toutes 
les inteUigences, à force d'en rendre la preuve 
simple, lucide, irréfragable. — Celui-là aura ré- 
solu le problème social ; celui-là sera le bienfaiteur 
du genre humain. » 

Les écrivains qui patronnent cette doctrine, 
fausse a nos yeux : qu un peuple gagne toujours lors- 



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366 LRS liVTËRËTS DES PEUPLES 

que tes autres s'enrichissent, et qu'il perd infailli- 
blement lorsqu'ils s'appauvrissent, nous mettent, 
par leur célébrité, dans la nécessité de faire nos 
efforts pour dévoiler la faiblesse des raisonnements 
sur lesquels ils s'appuient, et ce n'est pas sans 
espoir de convaincre nos lecteurs. 

Il faut l'avouer, c'est avec peine que nous nous 
y résolvons, car, en raison de sa moralité, il est 
désolant que cette doctrine à notre époque ne 
puisse être adoptée dans le monde entier. 

L'économique serait alors une science humani- 
taire- D'après ses enseignements, les hommes 
seraient appelés à vivre avec délices dans une con- 
fraternité générale. Loin d'être jaloux les uns des 
autres ils devraient s'aider mutuellement, parce 
que le deuil de l'un serait le deuil de l'autre, parce 
que les succès seraient toujours communs. 

Hais si, dans l'état actuel, ces notions, irrépro- 
chables au point de vue de la moralisation du 
genre humain, sont mensongères lorsqu'on veut 
les appliquer à un peuple particulier, il serait 
dangereux de les propager. 

Du reste, ne doit-on pas avoir toujours pour 
première et suprême affection la vérité T 

Amicus Plalo, sed magis arnica Tprilas. 

Au lieu de procéder par raisonnements rigou- 
reux, comme dans les sciences exactes, certains 



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SONT SOUVENT ANTAGONISTES. 367 

publicistes, jugeant par sentiment, se passionnent 
pour une idée; et alors, s'étayant d'un petit 
nombre de faits, ils veulent à toute force faire 
partager leurs convictions, à l'aide d'eipressions 
colorées, de phrases parfaitement cadencées, et 
enfin d'un style brillant, chaleureux, éloquent 
même. 

Certes, dans un discours, en sachant grouper 
habilement les chiffres, et présenter les faits sous 
un jour séduisant, on peut fasciner, entraîner une 
assemblée et surprendre traîtreusement son vote 
{nous pourrions en citer de nombreux exemples) ; 
mais, dans un livre, où la fonne, pour capter le 
lecteur, n'emprunte aucun prestige à la mélodie 
de la voix, à la puissance du geste, cet art perfide 
ne peut avoir aucun succès décisif. Du reste, son 
emploi finit par compromettre la science la plus 
positive. 

Nous ne chercherons donc pas à appuyer nos 
arguments de sentimentalisme, de mouvements 
passionnés, d'apprêts ou de précautions oratoires, 
tristes moyens de persuasion, que nous serions, du 
reste, pour toute espèce de raisons, Irès-inhabile 
à faire valoir. Toutefois nous espérons que si notre 
dialectique doit avoir le défaut d'être très-aride, 
du moins elle aura le grand avantage de nous 
conduire sûrement à la vérité. 

Sans doute, si on ne considérait que l'intérêt de 



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■568 LES INTÉRÊTS DES PEUPLES 

l'humanité tout entière, constituée comme une 
seule famille, il nous serait bien facile, avec les 
formules dont nousdisposons, de donner la démon- 
stration après laquelle soupirait le noble cœur de 
Bastiat. Réellement alors tout sinistre arrivé dans 
une partie quelconque du globe porterait atteinte 
à la richesse d'mage générale, seul genre de ri- 
chesse qu'il faudrait avoir en vue. 
En effet, si, dans l'équation de la rwheiêed'usagc, 

MmH-M'm'H-etc. 
P (aHiH-(ï'm'-|-etc.-|-/) 

uneportion de M s'anéantit, en général m s'accroît. 

Le numérateur et le dénominateur sont dès lors 
affectés de la même manière par l'accroissement 
de m, tandis que le numérateurdécrolt en raison 
de la diminution de M. 

U, la richesse d'iuaye, s'amoindrit donc. 

Ainsi r anéantissement d'une marchandise dans 
l'univers fait diminuer la richesse moyenne d'«- 
sage de chacun. 

Mais si le bien-être du monde entier ne doit 
pas être le but des divers gouvernements, bien 
plus si nous parvenons à démontrer qu'ils sont 
contraints quelquefois, pour ne pas sacrifier les po- 
pulations qu'ils administrent, d'adopter malheu- 
reusement cette devise égoïste : 



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SONT SOUVENT ANTAGONISTES. 569 

Chacun pour soi, chacun cliei soi, 

et de prendre, en conséquence, des mesures pré- 
judiciables aux nations étrangères, ne peut-il pas 
s'ensuivre que J. B. Say et Basttat se sont égarés 
dans leurs déductions? Ne pourrait-on pas en con- 
clure encore que l'économie politique, au lieu de 
faire progresser toujours l'humanité dans les voies 
du bien, du bon, du beau et de l'honnête, a quel- 
quefois la fonction d'apprendre à chaque peuple 
comment il peut habilement utiliser, à son profit 
et même au préjudice de ses voisins, les éléments 
de richesse répandus chez lui ou chez cesderniers ? 
Alors, ilfaudrait le reconnaître, cette science, loin 
d'être entièrement humanitaire, serait forcée, de 
temps en temps, de descendre du magnifique pié- 
destal de hbéralisme qu'on lui a dressé ! 



Non 1 lin peuple ne souffre pas toujours des cala- 
mités qui arrivent aux autres peuples. Au con- 
traire, il en profite bien souvent. 

lorsque les Anglaisent fait pénétrer l'opium, à 
coups de canon, dans un pays où une sage pré- 



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370 LES INTÉRÊTS DES PEUPLES 

voyance le défendait, étaient-ils guidés par ce 
précepte évangélique : 



Quoi ! le gouvernement chinois aurait méconnu 
son avantage le plus certain en prohibant ce pro- 
duit abrutissant, ce poison dont l'écoulement est 
si favorable aux Indes anglaises? Et ce serait par 
pure bienveillance, par tendre affection que l'on 
aurait usé de la force à son égard? 

Quand l'Angleterre suscite des révolutions sur 
le continent (en admettant toutefois comme fon- 
dées les accusations que l'on porte contre elle) 
pour détruire l'industrie manufacturière qui s'y 
élève, industrie dont la rivalité l'ofTcnse, serait-ce 
seulement dans l'intérêt de l'humanité? 

Nous avonsvudansla théorie des échanges que, 
par suite de l'organisation commerciale, les con- 
trées industrielles troquent une journée de leurs 
ouvriers contre plusieurs journées de travailleur 
appartenant aux peuples qui produisent le grain 
avec excès, les frais de matières premières, d'ou- 
tils, d'intérêt d'argent, etc., étant compensés, et 
qu'ainsi les ricliei$es évaluées de ces derniers peu- 
ples s'amoindrissent relativement de plus en plus. 
Eh bien! alors que les publiciâtes anglais incitent 
les nations agricoles à persévérer dans le même 



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SONT SOUVENT ANTAGONISTES. 571 

travail, en se fondant sur leur aptitude toute spé- 
ciale pour la culture de la terre, c'est-à-dire à 
s'appauvrir relativement de plus en plus, est-on 
bien sûr qu'aucun esprit de lucre ne se cache sous 
des conseils qui paraissent si amicaux? 

A d'autres I Nous ne sommes pas assez candide 
pour le croire. 

Ces faits généraux, quoique très-démonstratifs 
par eux-mêmes, ne sont pas les seuls à alléguer 
pour montrer que bien souvent nos richesses pro- 
viennent des calamités d'autrui. 

C'est avec tristesse que nous le constatons. Dans 
une même nation, les diverses classes ont des in- 
térêts antagonistes, comme dans le monde entier 
les nations en ont entre elles. Et si les proprié- 
taires fonciers désirent, en général, pour accroître 
les revenus de leurs terres, que les ouvriers soient 
nombreux et se contentent de peu, le plus sou- 
vent, les peuples, d'après les calculs d'un égoïsme 
fort bien raisonné, cherchent à se supplanter les 
uns les autres dans la production des marchan- 
dises qui donnent le plus de bénéfices. 

L'histoire n'est-elle pas à toute époque le témoi- 
gnage irrécusable des artifices diplomatiques, ou 
des luttes sanglantes auxquelles se sont livrées les 
nations pour conquérir la BuprématiecommercialeT 

Cicéron prétend que la ruine de Garthage ne fut 
résolue que pour anéantir son trafic. 



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378 LES INTÉRÊTS DBS PEUPLES 

Spns avoir besoin de recourir aux temps anté- 
rieurs à notre ère, n'est-ce pas pour un intérêt 
matérieit et dans un but d'odieuse cupidité, que 
les républiques d'Italie, au moyen âge, ont abusé 
indignement de leurs forces pour se détruire les 
unes parles autres! 

Venise avait décrété que l'ouvrier qui irait 
porter à l'étranger le secret de ses fabriques de 
verreries serait mis à mort par l'assassinat. 

Quel fut le principal motif des guerres que se 
firent entre eux les Espagnols, les Portugais, les 
Hollandais, les Anglais, après la découverte du 
nouveau monde? le désir de se dépouiller mutuel- 
lement de leurs facultés productives. 

Que les gouvernements parfois manquent de ju- 
gement dans les conflits qu'ils élèvent, dans les 
législations qu'ils décrètent ; que leurs tendances 
soient souvent contraires à leurs intérêts; nul 
doute qu'il n'en soit maintes fois ainsi ! Mais l'ex- 
périence de tous les siècles constate qu'un peuple 
profite souvent des calamités qui arrivent à d'au- 
tres peuples, quand bien même il n' aurait pas été 
la cause directe de ces calamités par une agression 
violente. 

Toutefois la thèse opposée serait parfaitement 
fausse; car le malheur du prochain n'est pas tou- 
jours un bonheur pour nous. Nombre de fois, au 
contraire, nous avons un grand intérêt à la prospé- 



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SONT SOUVENT ANTAGONISTES. 375 

rilé d'autrui, et, en souhailant l'appauTrissement 
des riches, lorsqu'il n'y a pas dépossession en 
notre faveur, c'est infailliblement nous nuire à 
nous-mêmes. 

Aussi les Ëtats-Unis savent parfaitement qu'ils 
ont tout à gagner en cherchant, dans les temps 
actuels, à développer le travail et à accroître la 
richesse de leurs voisins les sauvages. 

De cet exposé bien que sommaire, mais puisé 
à d'excellentes sources, il résulte que le mal 
d'autrui nous est tantôt avantageux, tantôt nui- 
sible. Dans quelles circonstancesen profitons-nous? 
voilà le sujet qui nous reste à traiter. 



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LES INTÉRÊTS VBS PEUPLES 



|2. 



Une destruction de certaines mardiandises à l'étranger peut âtr.' 
ou préiudiciable ou favorable a une nation, suivant la nature de 
industries auxquelles celte nation se livre. 

Supposons qu'il s'agisse de marchaoctises telles 
que les céréales.elqu'un déficit se déclareen France 
dans nos récoltes : le grain haussera de prix; les 
sacririces que nous serons forcés de faire, pour oih 
tenir des substances alibiles, restreindront toutes 
les autres dépenses; et ce que nous réclamions 
chaque année en tissus, en articles manufacturés 
de toute espèce, non essentiels, se réduira néces- 
sairement. Les producteurs de ces dernières mar- 
chandises, soit nationaux, soit étrangers, seront 
donc privés d'un débouché sur lequel iU comp- 
taient i tandis que les pays qui produisent les cé- 
réales en excès s'estimeront heureux en voyant 
notre empressement à acquérir leurs produits. 

Ainsi l'Angleterre, la Hollande, la Belgique, 
souffriront de ne pouvoir effectuer avec nous les 
échanges ordinaires, tandis que la Russie, les 
États-Unis, la Pologne, trouveront dans le sinistre 
qui nous aura frappés une occasion de bénérices. 



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SONT SOUVENT ANTAGONISTES. 375 

Si maintenant des marchandises manufacturées 
venaient à s'anéantir dans un pays agricole, ce 
dommage pourrait être utile à certains peuples 
industriels, car il leur permettrait d'écouler plus 
facilement leurs produits. Néanmoins si te sinistre, 
au lieu de s'appliquer aux marchandises manu- 
facturées, atteignait les denrées alimentaires que 
l'on a l'habitude d'exporter, il nuirait toutàla fois 
et à ce pays agricole et aux peuples industriels. 

Ces diverses remarques expliquent la conduite 
des généraux anglais qui, à la tête de leurs ar- 
mées, incendiaient, même chez leurs alliés, les fa- 
briques et leurs produits, et* se gardaient bien de 
causer le moindre dommage aux établissements 
agricoles et aux matières premières appartenant 
aux divers royaumes amis ou ennemis qu'ils tra- 
versaient. 

Sans doute la moyenne de la richesse d'iisage du 
monde entier est atteinte par suite d'une perte pe- 
tite ou grande, quelque part qu'elle ait lieu. Mais 
quant à la richesêe évaluée, particulière à Chaque 
pays, et souvent aussi à sa richesse d'usage, en géné- 
ral une mauvaise récolte de céréales chez une 
nation manufacturière est préjudiciable à tous les 
peuples industriels et favorable aux peuples agri- 
coles; et une destruction de marchandises manufac- 
turées dans une contrée agricole est profitable aux 
contrées industrielles appelées à y porter remède. 



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LBS IHTËKËTS DES PEUPLES 



§ 5. 



Lorsqu'une nation ùlrangvre prospJre.il n'astpas sulïisant que la 
nation dont on Tait parlie prospère en même temps. 



Quelques idées nous restent à émettre pour 
terminer cette discussion. 

Il existe dans le monde deux nations en rivalité 
depuis des siècles, l'Angleterre et la France. Est-il 
suffisant pour cette dernière nation de participer 
à la prospérité de la première? Non; c'est le 
rapport des richesses évaluées de chacune de ces 
puissances qui doit fixer les regards de l'homme 
d'État. 

Si la richesse évaluée de l'Angleterre progresse 
chaque année géométriquement, tandis que celle 
de son émule ne grandit qu'en suivant une pro- 
portion arithmétique, la différence entre ces «- 
chesses évaluées augmentera incessamment, et en 
même temps une inégalité dans la force et l'in- 
fluence politique de ces deux pays, se fera de 
plus en plus sentir. 

L'histoire est là qui, malheureusement, à ce su- 
jet, nous donne un triste enseignement. Les reve- 



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SONT SOUVENT AHTACONISTES. 577 

nusde la France, qui sont maintenant inférieurs à 
ceux de l'Angleterre, du temps de Law étaient trois 
fois plus grands'; et cependant ils ont été con- 
stamment en progrès. 

En se reportant à cette dernière époque, le re- 
venu de l'Ëcossc', qui était alors le tiers de celui 
de la Grande-Bretagne, n'en est plus, après un ac- 
croissement incontesté, que la vingtième partie. 

Ainsi, parfois un peuple devra prélever de for- 
tes taxes à l'entrée sur certaines marchandises, 
seulement dans le but de s'opposer au développe- 
ment par trop rapide de la prospérité d'une na- 
tion qu'il redoute. 

Ces considérations n'ont pas échappé à notre 
opulente et habile voisine, elle sait qu'une grande 
somme de richesse évaluée viendrait s'accumuler 
chez nous si elle laissait une circulation sans en- 
traves aux nectars de nos coteaux; aussi elle ne 
favorise que l'échange des marchandises qui sont 
dans une catégorie particulière, et elle se garde 
bien de toucher réellement aux vieilles institu- 
tions dont sa grandeur relève'. 

' LeUres de Law. — Revenu est ie mot dont Law se sert, et 
nous n'avons pu le chunger. ïlais du sens qui csl donné à ce mot, il 
résulte qu'alors la richesse évaluée de la France était environ trois 
fois plus grande que celle de TAngleteire; tandis que maintenant 
celle dernière nation l'emporte air notre Fi'ance eu richesse évaluée. 

* Lettres de Law. 

• Vojeïlediapitrevi. 



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378 LES IKTÉBÊTS DES PECPLES 

La prospérilé des puissances de second ordre, la 
Suisse, la Belgique» le Piémont, les Deux-Sici- 
les, etc., qui, par elles-mêmes, ne pèsentque mé- 
diocrement dans la balance européenne, doit être 
envisagée sous un autre aspect. En tant que leurs 
richesses ne s'accroissent pas aux dépens des nô- 
tres, nous devons voir avec plaisir tout ce qui est 
favorable à ces puissances. 

Les intérêts des peuples peuvent donc être anta- 
gonistes, malgré les aspirations d'une philanthro- 
pie sans doute très-louable, mais qui pourrait être 
plus éclairée. 

Lorsque Montaigne', Bacon*, Voltaire', pré- 
tendaient qu'une nation bénéGciaït toujours des 
calaniitésdontsouffraientlesétrangers, ils étaient 
certainement dans l'erreur ; mais nombre d'écri- 
vains, qui ont combattu ces hommes illustres, 
en soutenant la thèse opposée, se trompaient 
également. 

C'étaient les préjugés d'un âge encore dans 
l'ignorance de la richesse évaluée et de la richesse 
d'usage. 

' • La perle de l'un est le profit de l'autre. » 
* • Quidquid alicubi adjicilur, alibi detrahitur. • 

^ SouliailM' la grandeur de notre patrie, c'est souhaiter du mat a 

ses voisins. Il est clair qu'un pays ne peut gagner sans qu'un aulro 
P'Td'^- VoLTjHI e. 



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SONT SOUVENT ANTAGONISTES. 570 

En nous résumant, voici quelques fM'opositions 
dont on ne peut contester l'exaetitude : 

1° Lorsqu'un pays par suite d'un fléau, tel qu'un 
incendie, une inondation, un désordre dans les 
saisons, etc., perd quantité de marchandises, la 
nation qui est appelée à les fabriquer et à les four- 
nir, bénéficie de cette perte. Le bénéfice de la 
fourniture est, en général, d'autant plus grand 
que le pays frappé est plus prospère. 

2" Une destruction de marchandises, survenue 
dans un pays quelconque, diminue la riches$e d'u- 
sage moyenne du monde entier. 

3" Lorsque les habitants d'une contrée sont apa- 
thiques, paresseux, ils ne peuvent avoir qu'une 
faible richesse évaluée. Alors il est désirable pour 
les nations étrangères que ces habitants, en deve- 
nant laborieux, accroissent leur richesse éi:aluéey 
car, par leurs travaux, ils augmenteront le nombre 
des marchandises qui s'échangent sur le globe, 
et, par suite, la richesse d'usage générale. 

4° Si la contrée dont H vient d'être parlé avait 
une production tellement prépondérante, que sa 
richesse évaluée fût devenue formidable, dange- 
reuse pour les nations étrangères, il serait sans 
doute préjudiciable à la richesse dvsage de ces na- 
tions, mais profitableà leur force, à leur puissance, 
à leur richesse évaluée relative, que la production 
de cette contrée fût arrêtée. 



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380 LES INTÉRÊTS DES PEUPLES, ETC. 

5* Deux peuples en conunerçant ensemble, bien 
qu'ils profitent mutuellement de leur prospérité 
respective, doivent, s'il est possible, prendre des 
mesures pour que, dans le trafic qu'ils font entre 
eux, la richesse évaluée de l'un ne s'accroisse pas 
dans une plus forte proportion que la rickeise 
évaluée de Vautre. 



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CIIIPITRB XII 



Le pauvre apprécie très-logiquement ses intérêts, lorsqu'il blâme 
les gens riches dont la dépense habituelle est médiocre, et lors- 
qu'il honore les personnes qui tiennent un grand état de maison. 



Dans plusieurs ouvrages économiques, on traite 
le peuple d'inintelligent, parce qu'il accueille de 
toutes ses sympathies le prodigue qui dépense tous 
ses revenus, voire même son capital, en jouis- 
sances de luxe, et qu'en même temps il stigmatise 
l'opulent et économe personnage qui, réduisant 
ses dépenses personnelles, place ses revenus pour 
augmenter son capital. 

Bastiat lui-même regarde cette prédilection de 
la multitude pour le dissipateur comme un pré- 
jugé, et il essaye d'en donner la preuve dans le 



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383 LE DISSIPATEUR FAIT ACCROITRE 

pamphlet qu'il a intitulé : Ce que fort voit et ce 
que l'on ne voit pas, pamphlet dont nous allons 
rapporter quelques extraits. 

« Quoi de plus populaire que ces sentences : 

« Thésauriser, c'est dessécher les reines du 
« peuple. 

« Le tuxe des grands fait l'aisance des petits.... 

« Essayons de rectifier cette vue incomplète. 

« Hondor et son l'rère Âriste, ayant partagé l'hé- 
« ritage paternel, ont chacun cinquante mille 
« francs de rente. Mondor pratique la philan- 
« thropie à la mode; c'est ce qu'on nomme un 
« bourreau d'argent. Il renouvelle son mobilier 
a plusieurs fois par an, change ses équipages tous 
« les mois ; on cite les ingénieux procédésauxquels 
« il a recours pour en avoir plus tôt fini : bref, il 
« fait pâlir les viveurs de Balzac et d'Alesandre 
« Dumas. 

« Aussi, il faut entendre le concert d'éloges qui 
« toujours l'environne: « Parlez-nous de Monder ! 
a vive Mondor! C'est le bienfaiteur de l'ouvrier; 
« c'est la providence du peuple. A la vérité, . il se 
« vautre dans l'orgie, il éclabousse les passants; 
A sa dignité et la dignité humaine en souffrent 
«quelque peu... Mais, bah! s'il ne se rend pas 
a utile par lui-même, il se rend utile par sa for- 
a tune. Il fait circuler l'argent; sa cournedésem- 
« plit pas de fournisseurs qui se retirent toujours 



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LA RICHESSE D'USAOE DU PAUVRE. 5H3 

« satisfaits. Ne dit-on pas que si l'or est rond, 
« c'est pour qu'il roule ? 

B Epargner, c'est dépenser. 

« Quel est le but d'Ariste, en économisant dix 
« mille francs? Est-ce d'enfouir deux mille pièces 
« de cent sous dans une cachette de son jardin? 
a Non certes, il entend grossir son capital et son 
« revenu. En conséquence, cetargent qu'il n'em- 
<t ploie pas à acheter des sa tisfactionsperson celles, 
« il s'en sert pour acheter des terres, une maison, 
« des rentes sur l'État, des actions industrielles, 
« ou bien il le place chez un négociant ou un 
« banquier. Suivez les écus dans toutes ces hypo- 
a thèses, et vous vous convaincrez que, par l'int^r- 
« médiaire des vendeurs ou emprunteurs, ils vont 
« alimenter du travail tout aussi sûrement que si 
o Ârtste, à l'exemple de son frère, les eût échangés 
a contre des meubles, des bijoux et des chevaux . 

u Quant aux ouvriers et foumitseurst (la dé- 
« pense d'Ariste) a det effets absolument identiques à 
« une dépense égale faite par Mondor. Cela ett évi' 
a dent de soi ; n'en parbm plu$. » 

Dans cette circonstance le spirituel économiste 
nous parait s'être laissé emporter par sa brillante 
imagination. Sans doute, Ariste, dont Bastiat op- 
pose la conduite à celle de Mon,dor, accroît par ses 
façons d'agir, bien plus que ce dernier, la fortune 



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584 LE DISSIPATEUR FAIT AGCROmiE 

de l'Ëtat, mais il est beaucoup moins utile que son 
frère, comme nous allons le voir, aux classes né- 
cessiteuses. 

En elTet , si, en affectant ses revenus à un usage 
productif, le riche parcimonieux procure du tra- 
vail aux pauvres, pense-t-on qu'un travail simple- 
ment humanitaire soit le but définitif de sa dé- 
pense? Qu'on se détrompe, cet homme calcule, il 
est toujours en quête de ce qu'on appelle une 
bonne affaire, c'est-à-dire une affaire dans laquelle 
les capitaux rendront le plus possible ! 

Ainsi, dans les manufactures fondées, en tota- 
lité ou en partie, à l'aide de ses revenus écono- 
misés, le riche de cette espèce ne donnera que le 
salaire indispensable, le salaire à prix débattu; 
car tout accroissement dans les frais de production 
diminuerait ses bénéfices. 

On se méprendrait encore étrangement, si l'on 
supposait que les articles, même très-nombreux, 
qui seront fabriqués dans les manufactures dont 
il a été parlé, viendront accroître l'aisance du 
pauvre. Le plus souvent, au fur et à mesure de la 
naissance des produits, une population, se conten- 
tant de la ration qui lui a été mesurée, s'élèvera ' 
pour les consommer, et chaque travailleur ancien 

* On a dil depuis longtemps »\cc grande vérité ; ■ A cAté d'un 
paiB naU un hornme. > 



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LA RICHESSE OUSACE DU PAUVRE. 58Û 

et nouveau n'aura pas la jouissance d'un lot de 
marchandises plus considérable que celui qui lui 
échéail précédemment. 

harichesic (Tmage du pauvre ne s'accroîtra donc 
que très-légèrement par suite des entreprises in- 
dustrielles du riche parcimonieux. 

Les dépenses fastueuses du riche prodigue, qui, 
pour paraître magnifique, étale un grand luxe, 
ont des conséquences tout autres. Observez ce dis- 
sipateur : comme tout est vanité, ostentation, dans 
son existence, il se gardera bien de ce qui sent 
l'économie, la lésinerie; car il ne se soucie en 
aucune sorte d'accroître sa fortune, mais de sa- 
vourer dans toute leur plénitude les délices de la 
vie. Ce n'est pas lui qui débattra le gage de ses 
domestiques, la rémunération de ses ouvriers. 
Pourrait-il être mesquin dans ses rapports avec 
des salariés qui, l'approchant chaque jour, le 
prônent et se font l'écho de ses largesses? Toutes 
les personnes qui l'environnent, ou sont parfois 
en rapport avec lui, participeront doncà son opu- 
lence, à l'importance de son train de maison. 

Molière, dans la scène du Bourgeoii gentilhomme 
où le tailleur répond à chaque libéralité nouvelle 
par les qualifications les plus flatteuses, a parfaite- 
ment saisi cette action que l'homme du peuple 
exerce avec tant de facilité sur l'individu essen- 
tiellement glorieux dont nous venons de parler. 



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586 1,E DISSIPATEUR FA[T ACCBOITHE 

Si VOUS portez un intérêt réel à l'ouvrier, ne lui 
donnez pas un travail qui vous enrichisse, en ne 
faisant que lui assurer la continuation de sa mo- 
dique existence, mais une occupation assez rému- 
nérée pour le doter d'une grande richesse d'usage. 
Et cette richet-se d'itsage, l'ouvrier ta trouvera 
dans un emploi utile à son bien-être des capitaux 
dépensés, ou, autrement, dans une excessive pro- 
digalité. 

Voyez ces centaines de millions accumulés dans 
les diverses banques, le plus souvent par ce riche 
que le vulgaire traite de vilain, de ladre, de sor- 
dide ; qu'attendent-ils? Une destination lucrative, 
c'est-à-dire un placement dans lequel le travailleur ' 
sera payé de manière à accroître le plus possible 
l'intérêt du capital et le capital même. Que ces 
trésors appartiennent à un personnage d'une gé- 
nérosité extravagante; n'est-il pas certain qu'en 
les dépensant follement, il élèvera la solde jour- 
nalière du pauvre? 

A la vérité un industriel opulent, dont les usines 
prospèrent, peut s'attirer les bénédictions de ses 
employés par la largesse des émoluments qu'il 
leur accorde; mais, à mesure qu'il prend plus 
vivement à cœur leur bien-être, leur félicité, en 
perdant de vue ses bénéfices propres, il entre de 
plus en plus dans les voies du dissipateur qu'ido- 
lâtre le peuple. 



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LA RICHESSE DUSACE DU PAUVRE. 387 

Ainsi, le principe de Bastiat : Epargner, c'est 
dépenser, est faux dans l'esprit comme dans la 
lettre. 

Épargner, ce n'est pas dépenser : c'est substi- 
tuer la production du capital épargné, ou l'attente 
de cette production, à la dépense. 

Le pauvre a donc mille fois raison dans ses soi- 
disant préjugés. £t c'est la distinction entre la 
richeise d'usage et la richesse évaluée qui nous le fuit 
reconnaître. 



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CHAPITRE XIII 



AVANTAGE QUUH PAYS RETIRE DU SÉJOlIt OUÏ FOHI IJIS 
ÉTRAHGBRS. 



Nous lisons dans le Traité d'Économie politique de 
J. B, Say le passage suivant : 

« Lorsqu'un voyageur étranger arrive en 
« France, et qu'il y dépense 10,000 francs, il ne 
« faut pas croireque la France gagneiO,000 francs. 
« Elle donne à l'étranger des produits pour la 
« somme qu'elle reçoit de lui. Elle fait avec lui un 
« échange qui peut être avantageux pour elle; 
« c'est un commerce où elle est payée comptant, 
« où elle rentre plus promptemenl peut-être dans 
« ses avances que de toute autre manière ; mais 
« ce n'est rien autre chose qu'un commerce, même 
« lorsqu'on lui donne de l'or. 

« On n'a pas jusqu'à présent considéré la chose 
« sous ce point de vue. Partant toujours de ce 



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330 AVANTAtiE QU UN PAYS RETIRE 

« principe, que la seule valeur réelle est celle 
« qui se montre sous la forme d'un métal, on 
« voyait à l'arrivée d'un voyageur une valeur de 
« 10,000 francs apportée en or ou en argent, et 
«l'on appelait cela un gain de 10,000 francs; 
« comme si le tailleur qui habillait l'étranger, le 
« bijoutier qui le décorait, le traiteur qui le nour- 
« rissait, ne lui fournissaient aucune valeur en 
« échange de son argent, et faisaient un profit 
« égal au montant de leurs mémoires. 

M L'avantage qu'un étranger procure est celui 
« qu'on relire de toute etpèce d'échange, c'est-à-dire 
« de produire les valeurs qu'on reçoit en retour, 
« par des procédés plus avantageux que si on les 
« produisait directement. Il n'est point à dédal- 
« gner; mais il est bon de le réduire à sa juste 
« valeur, pour se préserver des folles profusions 
« aux prix desquelles on s'est imaginé qu'on de- 
« vait l'acheter. 

« Dans le commerce avec les étrangers on perd 
« le prindpal des choses consommées, pour faire 
<< gagner à quelques marchands leurs promis sur 
« ce principal ; pro^ts qu'ils auraient faits tout de 
« même en donnant un cours plus utile à leurs ca- 
« pitaux et à leur industrie. » 

D'après l'illustre auteur, si un grand nombre 
de familles étrangères venaient habiter la France 
et y dépenser chacune 50,000 francs par année, 



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DU SÉJOUR QU'Y FONT LES ÉTRAHGEBS. 5ai 

le bénéfice annuel de la France ne serait que 
d'environ 6 pour iOO ' de la somme dépensée, ou 
autrement de 3,000 francs par famille. Les no- 
tions que nous avons données sur la rvhesse ^^a- 
luée et la nrhesse à'um^e. les nouvelles facilités 
qui résultent de leurs expressions analytiques pour 
calculer la richesse d'une nation, vont nous per- 
mettre de démontrer que ce bénéfice est bien plus 
considérable. 

En effet, examinons comment est employée an- 
nuellement cette somme de 50,000 francs : 

1° à solder un logement 5,000 fr. 

2" Idem. la nourriture 15,000 

5" Idem, l'acquisition de marchan- 
dises manufacturées. . 20,000 

4° Idem, des concerts, spectacles, 

fêtes de toute espèce. . 10,000 

Total 50,000fr.' 

Passons successivement en revue ces diverses 
dépenses : 

1° La somme de 5,000 francs mentionnée ci- 
dessus appliquée chaque année à un loyer de 

■ 6 pour 100 esl habituellement le bénèllce que prélèvent les 
Fommerçanls sur la vente des marchandises. 

Dans ce total, pour lo logement, la nourriture, les marchan- 
dises manufacturées, etc., est comprise la dépense des domestiques 
uc cette famille emploie. 



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3»2 AVANTAUE QU'UN PAYS RETUtE 

maison est véritablement la cause détcrminanle 
qui donne à cette maison une valeur d'environ 
100,000 francs, somme qui s'accroîtra ou dimi- 
nuera, si te crédit dont jouit la localité où se 
trouve cet immeuble est plus ou moins développe. 

Mais, dira-t-on, celle maison aurait été louée 
à des nationaux dans le cas où des étrangers ne 
seraient pas venus l'habiter? Oui, sans doute, mais 
à un prix inférieur, et la richeue évaluée du 
propriétaire n'aurait pas été la même. En Italie, 
parexemple, plusieurs villes, telles que Fise, Flo- 
rence, etc., dont la prospérité fut très-grande 
autrefois, contiennent un grand nombre de palais 
qui, sans l'affluencedes touristes, perdraient peut- 
être moitié de leur valeur. 

Nous ajouterons qu'en France, sur les bords de 
la mer, dans certaines localités favorisées de ia 
mode, on voit le prix des habitations, par suite 
des nombreux baigneurs qui s'y rendent depuis 
un petit nombre d'années, hausser dans des pro- 
portions qui étonnent. Et, à l'appui, nous citerons 
Trouville, où tes maisons et les terrains à bâtir se 
vendent aujourd'hui un prix trois et quatre fois 
plus élevé qu'il y a quinze ans. 

Nous ne pourrons donc être taxé d'exagéra- 
tion, en admettant que, lorsqu'un grand nombre 
d'étrangers vient se fixer dans une ville, la loca- 
tion des appartements qu'ils occupent, et, en consé- 



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DU SÉJOUR UU'¥ FONT LES ÉTRANGERS. 3U3 

qucncc, le capital immeuble de ces appartements 
peuvent très-bien s'accroître d'un cinquième. 

Si donc le loyer de la maison dont il a été parlé 
est annuellement de 5,000 francs, il a bien pu 
s'élever de 1 ,000 francs grâce à la concurrence de 
la population nomade, et te capital immeuble 
s'augmenter de 20,000 francs'. 

2' Le plus ordinairement la production des sub- 
sistances .donne aux agriculteurs un produit net 
qui est environ moitié de la valeur du produit 
brut. 15,000 francs de denrées alimentaires 
consommées annuellement donneront donc lieu 
■ à un revenu net de 7,500 francs, et par suite à 
un capital de 150,000 francs, résultant encore en 
partie de la présence des étrangers. 

On objectera que ces denrées auraient pu être 
exportées. Mais, si à l'exportation le cultivateur 
préfère la consommation sur place, c'est que les 
prix de ces denrées se sont accrus en raison des 
demandes plus nombreuses qui lui sont faites. Ajou- 
tons qu'il existe partout quantité de produits qui 
ne sont pas susceptibles d'exportation, tels que cer< 
tains fruits, certaines récoltes maraîchères, etc., 
qui, entrant dans l'alimentation des voyageurs, 

' Nous sommes en vérilé trop modéré dans cette évaluation. 
L'exempte de Trouville noua montre que dans Ireaucoup de circon- 
stances cette somme de 20,000 francs pourrait être portée au dou- 
ble, au triple, et î uii cliilji'e encore plus clevé. 



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394 AVAÎSTAtlE QU'UN l'AVS RETIRE 

augmentent, par l'échange, la richesse du pays où 
on les récolte. 

D'après cet csposé, nous montrerons de nou- 
veau beaucoup de réserve en supposant que le 
revenu net de 7,500 francs, dont il a été parlé, a 
pu s'accroître, grâce à chaque famille étrangère, 
de 5 pour 100, ou de 375 francs qui correspon- 
dent à un accroissement de capital d'environ 
8,000 francs. 

Si un pays ne produisait pas les substances nu- 
tritives qui lui sont nécessaires, comme on serait 
obligé d'importer ce que consommeraient les 
étrangers pour leur nourriture, en exportant dos 
articles manufacturés d'un prix équivalent, le 
bénéfice serait encore plus grand que ci-dessus, 
car nous avons vu, dans la théorie de l'échange, 
combien il y a de profit habituellement à permu- 
ter des objets fabriqués contre des matières pre- 
mières'. 

3° Les 20,000 francs que nous avons portés en 
achatd'articles manufacturés vont encore accroître 
très- notablement la richesse évaluée du pays où cette 
dépense s'effectue. En effet, si nous évaluons le 
revenu net des industriels au dixième du prix des 
produits, ou à 2,000 francs, ce revenu renouvelé 

■ Les sutislanros nutritives sont classocs, en gi'néral, parmi les 
inaliêrospremiéi'cs. 



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DU SÉJOUR QU'V FONT LES ÉTRANGERS. 595 

chaque année, créera un capital d'environ 40,000 
francs. Et notons que pour l'espèce de marchan- 
dises dont il s'agit, espèceà fabrication en général 
illimitée, un surplus dans la consommation fait 
plutôt baisser qu'augmenter les prix, et n'em- 
pêche pas l'exportation qui avait lieu précédem- 
ment. 

4° Bestent les 10,000 francs employés en fêtes, 
spectacles, concerts, etc. Ces 10,000 francs qui 
rémunèrent des artistes et des ouvriers de toute 
sorte sont échangés par eux pour subvenir à leur 
existence. De cet échange résultent de nouveaux 
produits nets annuels pour les agriculteurs, les in- 
dustriels, les propriétaires de maisons; produits 
que nous ne pouvons apprécier à moins de 1 ,000 
francs: soit derechef un capital de 20,000 francs. 

Additionnons les capitaux créés dans un pays 
par une famille étrangère riche, lorsqu'elle vient 
s'y fixer avec un certain nombre d'autres familles 
ayant également de grandes fortunes. 

1° En raison du logement 20,000 fr. 

2" Idem, de la nourriture. . . . 8,000 
5° Idem, de la consommation des 

objets manufacturés 40,000 

4* En raison des spectacles, concerts, 

fêles de toute espèce 20,000 

Total. . . . 88,000 fr. 



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39C AVANTAGE gUL'H PAVS RETIRE 

Ainsi, dans des circonstances assez ordinaires, 
une grande quantité de familles étrangères rési- 
dant dans un pays accroissent chacune la richesse 
évaluée de ce paysd'une somme de 88,000 francs. 
Et encore, afin d'épargner au lecteur des détails 
trop minutieux, nous avons omis de mentionner 
quantité de petits profits prélevés habituellement 
sur les voyageurs, proQts dont l'action est favo- 
rable au développement de la rkhessc évaluée. 

Nous sommes alors bien loin de cette somme de 
5,000 francs à laquelle J. B. Say restreignait en 
tout et pour tout le bénéfice annuel d'un pays rela^ 
tivement à chacune des familles dont nous avons 
analysé les dépenses. 

Bien plus, si, par les agréments de toute sorte 
qu'elle offre à ses visiteurs, une contrée est assez 
heureuse pour qu'ils y séjournent temporaire- 
ment, de telle manière que, malgré des départs 
successifs, elle en conserve toujours une certaine 
quantité, la richesse évaluée moyenne de ces visi- 
teurs devra être ajoutée à la richesse évaluée de 
cette contrée' lorsque l'on voudra calculer sa n- 
chesse évaluée totale. 

Celte conclusion résulte de l'équation de la 

' La richesse évaluée, obtenue de cette mMiière, ne pourra ser- 
vir toutefois â déterminer rimpdt que celle contrée est susceptible 
de supporter ; parce que les immeubles et autres valeurs des voya- 
geurs étrangers échappent à l'action direct du lîsce et ne peuvent 
^tre atteints qu'au moyen des taxes sur les consommations. 



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DU SÉJOUR QUV FOKT LES ÉTRANtiERS. 397 

ricketse évaluée et des considérations qui ont été 
émises lors de sa discussion. 

Ce que nous avons dit d'un pays s'applique 
naturellement à une cité et aux diverses parties 
qui la composent. Le quartier de Paris dit les 
Champs-Elysées, dont la richesic évaluée a décuplé 
depuis dix ans, doit-it uniquement cette prospé- 
rité au profil de 6 pour 1 00 qui a été prélevé chaque 
année sur les dépenses des personnes riches qui 
sont venues l'habiter? Certainement non. Mais le 
séjour de ces mêmes personnes dans une localité 
qui les attire a nécessité la construction de mai- 
sons qui ont donné de la valeur aux terrains; 
ensuite les dépenses relatives à la ncurrilure, à 
l'habillement, aux plaisirsdes nouveaux habitants, 
ont fait naître dans ce quartier des établissements 
de toute espèce qui l'ont enrichi. 

Le grand avantage qu'une contrée retire in- 
contestablement des étrangers qui viennent y se 
journer, doit nous faire apprécier au juste la 
perte qu'elle subit, lorsque ses regnicoles les plus 
riches s'en éloignent Combien donc l'absentéisme 
est préjudiciable à ces communes rurales où les 
grands propriétaires terriens ne se rendent même 
pas pour toucher leurs revenus! 

Cette question de l'absentéisme, comme on le 
voit, est très-grave et mérite toute la sollicitude 
des gouvernements. 



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598 AVANTAG2 yUUN PAYS «KTillE 

Quant à l'abscnléisine des possesseurs de la ri- 
chesse immatérielle, souvent il n'est pas moins 
préjudiciable que celui dont on vient de traiter'. 

Occupons-nous maintenant de la richexxe d'usage, 
et reconnaissons si des étrangers opulents en de- 
meurant dans un pays, font accroître ou diminuer 
celte espèce de richesse. 

Sans aucun doute leur présence donne une 
plus-value au prix de toutes les subsistances, et il 
semblerait au premier abord que la richesse d'usage 
devrait décroître. 

Mais dans l'équation de la richesse d'mage 



am + a'm' ■+■ etc. -+- / 



à mesure que les prix m, m', etc., s'élèvent, le 
nombre des produits en denrées alimentaires r, 
r', etc., qui incombent à chaque individu, s'ac- 
croît en même temps, soit par l'importation,, soit 
par une amélioration dans la culture, au moyen 
des espèces que ces étrangers donnent en échange 
de la nourriture qu'on leur fournil. A cet égard, 
la richesse d'usage peut donc très-bien ne pas di- 
minuer. 
Relativement aux marchàndisesmanufacturées, 

' On sait loul le lort que VÉdit de Jianles a fait i la France, 
sous le rapport des capitaux immatènds qui oiil émigré. 



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DU SÉJOUR QUY FONT LES ÉTRANGERS. 399 

comme leurs prix, loin de hausser, s'oflaibiissent, 
ntlendu que, les demandes élant plus considéra- 
bles', la fabrication est augmentée, cette popula- 
tion du dehors est toujours favorable à la richesse 
d'usage. 

Au contraire, des étrangers pauvres et sans 
industrie venant demeurer dans une contrée, fe- 
raient diminuer la richesse d'nsnije et la richesse 
éialuée, parce que la consommation nouvelle ne 
serait pas accompagnée de reproduction. 

Les vérités que nous venons d'établir n'étaient 
pas restées complètement inaperçues, car cer- 
taines cités, malgré de lourdes charges, n'ont pas 
craint de s'endetter encore, soit pour subvention- 
ner leurs théâtres, soit pour embellir leurs pro- 
menades, afin d'inviter les étrangers h séjourner 
parmi elles. — Mais jusqu'ici on ne se rendait pas 
un compte bien exact de l'accroissement que cette 
résidence faisait acquérir à la richesse évaluée et à 
la riihesse d'usage. 

Nos théories se prêtent si merveilleusement à 
expliquer les phénomènes économiques de toute 
nature, qu'il nous paraît bien difficile de mécon- 
naître qu'elles reposent sur des bases dont la soli- 
dité est à toute épreuve. 

' Nous aïons vu précédemment (chap. m) que plus un manu- 
f^urier fabriquait, plus sos frais généraux diminuaient, et plus ses 
produits pouvaient être vendus bon marché. 



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ANNEXES 



ANNEXE N* 4 

Les maisons destinées uniquement aux logements, en 
se multipliant par trop dans un pays, d'une part sont 
moins demandées, et, pour cette raison, perdent de leur 
valeuTi d'une autre part, comme en devenant plus nom- 
breuses elles exigent des frais d'entretien de plus en plus 
considérables qui amoindrissent la richesse évaluée de 
ce pays ', on doit en conclure que la construction et l'en- 
tretien d'une trop grande quantité d'habitations est pré- 
judiciable à la richesse évaluée d'une nation. 

Ce raisonnement, applicable aux édifices ne servant 
qu'à abriter l'homme, est inadmissible quand il s'agît 
des établissements industriels. En effet , leproduit brut de 
ces établissements figure dans l'expression de la ridusse 
évaluée, en entrant dans les termes Mm+M'm' + etc., ce 
qui n'a pas lieu pour le loyer des maisons du genre 
dé^gné ci-dessus; ensuite, des manufactures peuvent 
très-bien, en s'élevanl les unes à cdté des autres, se 
prêter aide et assistance, au lieu de se nuire. 

* Voir la page67. , 



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ANNEXE K i 



EHHitiT d'une UTTikE DE ■. nicHKL cbivalieh SDR L'ivÉmonE du nonn 

Il y a aux États-Unis un Tait qui saisit l'étranger à 
son débarquement, et qui est bien de nature à imposer 
silence à ses sentiments d'orgueil national, surtout s'il 
est Anglais : c'est l'aspect d'aisance générale que pré- 
sente le pays. Tandis que les sociétés européennes sont 
toutes plus ou moins rongées de la plaie du paupérisme 
qui les mine, sans que les hommes les plus habiles 
aient pu jusqu'ici y appliquer un baume réparateur, il 
n'y a pas de pauvres ici, du moins dans les États du Nord 
et de l'Ouest, qui ont su se garantir de la lèpre de l'es- 
clavage. SU s'en rencontre quelques-uns, ce n'est 
qu'une imperceptible minorité d'individus sans con- 
duite, la plupart gens de couleur, ou ce sont des aven- 
turiers fraîchement débarqués qui n'ont pu encore se 
dédder aux habitudes d'une vie laborieuse. Ici, rien 
n'est plus aisé que de vivre en travaillant, et de bien 
vivre. Les objets de première nécessité, pain, viande, 



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sucre, thé, café, chauITage, sont généralement à plus 
bas prix qu'en France, et les salaires y sont doubles ou 
triples. Je me trouvais, il y a quelques jom'S, sur la ligne 
d'un diemin de fer en construction , on y faisait dés 
terrassements. Ce genre de travail, qui n'exige que de 
la force sans adresse, est habituellement exécuté aux 
Etats-Unis par des Irlandais, nouveaux arrivés, qui 
n'ont d'autres ressources que leurs bras, d'autre talent 
que la vigueur de leurs muscles. Ces Irlandais sont 
nourris et logés, et voici quelle est leur nourriture : 
trois repas par jour ; à chaque repas, de la viande trés- 
abondamment, et du pain de froment, du café et du 
sucre à deux de leurs repas, et du beurre une fois le 
jour. On leur distribue dans le courant de la journée six 
à huit verres de wiskey, selon qu'il fait plus ou moins 
chaud. Ils reçoivent en outre, en argent, un salaire qui 
s'élève h 40 cents (2 fr. 13 c.) dans les circonstances les 
plus défavorables, souvent à 3 francs, et quelquefois à 
4 Irancs. En France, le même travail vaut communé- 
ment 1 franc 25 centimes , et les ouvriers ont à se 
nourrir. 

Ce fait positif, incontestable, de l'aisance générale 
est ici à c6té d'un autre qui en rehausse singulièrement 
l'importance, etc. 



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OnlitdanslesœuvresdeN. deBonald: 
« Pour pouvoir appeler richesse de la nation les ri- 
chesses individuelles, il Taudrait que tous les individus 
participassent h cette richesse, puisque la nation se 
compose de tous les individus sans eicepUon, et que, 
ta richesse n'élant pas une chose abstraite, il est asseï 
iliiïicile de concevoir qu'une nation soit riche, lors- 
qu'une partie considérable de ses enTants est dans 
rextréme besoin. Cependant cela est ainsi. Et, mime 
dans toute VEttrope, il n'y a nulle part plut d'indigent» 
que ehe% le» nations qu'on appelle opulentes. » 



H. Le Play, dans ses Observations sur les divers ou- 
vriers européens, explique ainsi comment ceux du Nord 
et de l'Orient ont un bien-être plus grand que ceux de 
rOcàdent : 

« 1^ nom d'ouvrier (d'après ta définition de H. Le 
Play) s'applique à toutes les personnes exerçant ua tra- 
vail manuel autre que le service personnel du maître, 
. participant plus ou moins de la condition du propriè- 



:y Google 



AI4HEXE N* 3. «Dit 

taire ou du chef d'industrie, ayant pour principal moyen 
d'existence la rétribution accordée à ce travail. » 

Cette définition comprend la grande majorité de la 
population. 

K Saur quelques anomalies accidentelles, les occupa- 
tions des ouvriers (de l'Occident], leurs recettes et dé- 
penses restent invariables à toutes les époques de 
l'année, en sorte que la situation d'une famille a pu 
souvent être résumée par l'établissement d'un budget 
hebdomadaire. Il en est autrement dans le reste de 
l'Europe. . . Indépendamment du salaire proprement dit, 
les ouvriers y reçoivent ordinairement des usufruits de 
propriétés immobilières, des droits d'usage sur les pro- 
priétés contiguës à leurs habitations, enfin une multi- 
tude de services, de denrées et d'objets de consoouna- 
tion. Ces allocations en nature offrent une diversité 
infinie selon les lieui, les temps, les professions et les 
conditions sociales. Elles n'ont pas seulement pour objet 
de rétribuer l'ouvrier en proportion du travail accompli, 
elles tendent aussi à lui assurer en toute éventualité 
des moyens de subsistance proportionnels aux besoins 
de la famille. 

« (^s modes de rétribution jettent une extrême variété 
dans les recettes et les dépenses de chaque famille. Ils 
fournissent en outre à tous ses membres l'occasion 
d'exercer une multitude d'industries accessoires dont* 
les produits, venant se joindre à ceux du travail prin- 
dpal, contribuent encore à introduire de la complication 
dans le budget domestique. 

u C'est ainsi qu'il existe peu de familles qui ne cu- 
mulent, avec l'occupation spéciale de l«urs chefs, quel- 



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ques-URes de celles que rournissent les cultures propres 
à la localité, l'exploitation des animaux domestiques, la 
Êibrication des tissus dans l'intérieur du ménage, la 
chasse, la pèche, la cueiltelte des Truils el des plantes 
sauvages, les récoltes de combustibles, les spéculations 
qui se rattachent aux travaux mêmes de la famille et k 
diverses entrq>rises de commerce et de transport, etc. 

a L'ouvrier européwi (du Nord et de l'Orient), dans 
l'état actuel de la civilisation, n'est donc point, tant s'en 
faut, un simple salarié ; presque toujours il parUcipe 
en outre de la condition du propriétaire et du chef 
d'industrie 

o Si les institutions anciennes se prêtaient moins que 
celles qui ont été récemment établies dans l'Occident à 
l'essor de l'industrie et à l'élévation rapide des indivi- 
dualités éminentes, elles offraient en revanche à toutes 
les classes de la société une sécurité dont le défaut se 
fait cruellement sentir aujourd'hui, surtout aux indivi- 
dualités inférieures et aux classes imprévoyantes. 

f Le système des fabriques eotlectives est fondé sur 
l'alliance intime de l'industrie manufacturière et du tra- 
vail agricole. Il assure le bien-être des ouvriers, partout 
où il s'est conservé intact. Lorsqu'au contraire, ainsi 
qu'il est arrivé, on a cru pouvoir abandonner ce principe 
■ tutéiaire et consacrer exclusivement les ouvriers au 
travail industriel : ceux-ci, en s'a^loméranl dans tes 
villes, sont tombés dans un étal de pénurie devenu en 
quelque sorte l'état normal de la population, et qui con- 
stitue l'une des plus alBigeantes particularités de la 
civilisation occidentale. » 



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D,j,i,i.aL, Google 



H. Wolowski, dans une note sur Roscher, s'exprime 
ainsi, relalivement à la théorie de J. B. Say sur l'é- 
diange : 

« Imaginons un pays dont les agriculteurs produisent 
au delà de leurs propres besoins pour cent millions de 
francs de blé par an, et ouvrent ainsi un débouché de 
cent millions. Par suite de trois très^bondanles ré- 
coltes, et Ikute de moyens d'exportation, il se produit 
un trop-plein du blé au marché, tel, que l'approvisionne- 
ment total, quoique plus considérable, a pourtant une 
valeur en échange moins grande que d'habitude. Celle-ci 
sera tombée, par exemple, à soixante-dix millions de 
francs. Les habitants de la campagne ne peuvent plus 
acheter aux habitants de la ville que pour soixante-dix 
millions de marchandises, et la ville soulTHra également 
du trop-plein de la production. 

« On ne saurait, en laissant l'argent de côlë, établir 
un échange direct entre le blé et les produits manu- 
facturés, de manière que ces derniers obtiennent en 
échange une grande quanlitéde blé. En effet, personne 
ne peut étendre sa consommation de blé au delà de ce 
que son estomac absorbe, et il est fort difficile d'emma- 
gasiner le blé pour le revendre plus tanj quand tes prix 
iiiii'ont remonté. » 



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TiBlE DES MATIERES 



pR£r*CB DE u «ECONDB isiTion i 

' limtODucnoN. — Avant-propos el eiposé sommaire I 

CHAPiniE FREHiEH. — Ce que l' OH appelle uiu vù^sK. . . - 17 
Chapit» II. — De la riehesie des parliculiers et de celte des 

nations 35 

§ 1. De la richesse dans les lemps anciens et dans les 

modernes 23 

§ 2. Diverses appréciations de la richesse des peuples. . 27 
§ 3. Définitions de la richesse éviMe et de la richeise 

d'usage 30 

§ 4. Distinction entre la richesse évaluée et h richesse 

d'usage 33 

§ 5. Ëquatlon de la richesse évaluée et discussion de cette 

équation - 42 

g lî. Observations sur l'emploi de l'équation de la richesse 

évaluée Cl 

g 7. Équation de la richesse dusage et sa discussion. . . 76 

g 8. Évaluation de la fortune des particuliers 87 

CHiriiHB 111. — Caractères de la richesse évaluée et delà ri- 
chesse d'i/sage 91 



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410 TABLE DES HATEËRES. 

^ 1. La riekeue iCtaage et la richesse évaluée d'une nation 
ne s'accroissent pas et ne iliminuenl pas toujours 
en mêine Icmps 91 

S 3. La richesse d'usage d'une nation n'est pas d'autant 
plus grande que les prix des marchandises y sont 
de moins en moins élevés. Quant à la rickexse 
évaluée, celle dernière progresse avec le prix des 
subsistances, et s'aiïaiblit avec l'élétalion du prix 
des marchandises manubcturées tlO 

§ 5. La puissance d'une nation peut être mesurée, jusqu'à 

un certain point, par sa richesse évaluée. . . . 1^7) 
CuFiniK IV. — De l'échange 135 

§ I. Général ilÉs sur l'échange 135 

§ 2. Lorsque deux peuples contractent librement un 
éirhange, le rapport entre leurs richesses évaluées 
peut être modillé par cet écliange iia 

§ 5, L'effet des échat^es internationaux sur les richesses 
évaluées des peuples aurait pu élre pressenti au 
moyen de l'action journalière que les échanges 
d'individu à individu , dans une même nation. 
exercent sur les fortunes respectives deces mêmes 

individus 158 

lluipiTHE V. — De la richesse évaluée chez les peu^es indus- 
triels et agricoles 11)5 

^ 1. Les populations agrii«les sont dans une situation 
moins Tavoralile que les populations industrielles. 
pour acquérir la riches» ^lufu^ 165 

§ 3. Les peuples producteurs de grains restent pauvres en 
commerçant avec les peuples industriels, tandis 
que ces derniers s'enrichisseni 174 . 

§ 3. A la suite de nombreux échanges entre les villes et les 
campagnes, la prépondérance politique flnit par 
appartenir aux villes 17'J 

§ 4. L'action exercée sur les richesses évaluées des villes 
et des cam|>agiii's par leur comniero; réciproque 
peut aisément faire pronostiquer ce <jue dcvien- 



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TABlf IffiS HATIBRES. 111 

lient les vichettet évaluées àe deux nations qui Ira- 

llquent ensemble 192 

ilBiniM\l. — ProUetion.— Libre échange 197 

g 1 . - La prolecU<»i des manufactures dans un pays qui est 
principalement agricole peut accroître, dans cer- 
tains cas, as ridiesse évaluée 197 

§ 3. La protection accordée, dans certains cas, è diverses 
manufactures situées dans un pays apicole, dimi- 
nue la ncfiest^ ^imJu^e de ce pays 313 

§ 3. Une nation agricole ou manufacturière peut avoir 
avantage à frapper certaines marchandises étran- 
gères, de droits non-seulement fiscaux, mais en- 
core protecteurs, lorsque ces marchandises don- 
nent lieu, en tenant compte des frais de fabrication 
etdesjournèesde travail qui s'y rapportent, à des 
éclianges qui amoindrissent relativement la rt- 

tAeste évaluée de cette nation 224 

g 4. De l'introduction du free trade dans un pays soumis, 

depuis longues années, à la protection 229 

% 5. Sanction donnée par l'expérience & nos théories. . . 337 

CuAriTHE VII. — Biicrédit 255 

§ 1 . Ce que c'est que le crédit 253 

§ 3. Billets de banque 964 

§ 3. Billets de banque et Numéraire. 272 

§ 4, Le crédit fait accroître la richetie évaluée des nations ; 
il n'exerce pas la même action sur leur ridusse 
tCusage 375 

ùiAtmi \Ul. ~ Delà cltmi^ation des rickesus 289 

§ 1. Bépartttion des richesses en huit groupes prindpaux. 389 
§ 2. Caractères distinclifs des richesses comprises dans les 

cinq premiers groupes. 394 

§ 3. Les ridiesscs de luxe, considérées soit au point de 
vue de la possession, soit à celui de la ccmsomma- 
tion, sont moins aptes que les autres à développer 

la rù-hesse évaluée 505 

§ 4. Les nations civilisées, bien que la consommation des 



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412 TABLE DES MATIËKES. 

richesses de luxe ne contribue que fkiblemenl à 
développer leur richetu évaluée, doivent user dans 
une certaine linûle de ces ricliesses 311 

g S. Richesses qui n'ont de valeur que dans la nation dont 

on veut ai^récier la richesse évaluée 315 

§6. Des richesses immitérielles : la capadlé, le talent, te 

géiûe, l'esprit conunercial et industriel, etc.. . . 317 
Caimu ÏX. ~ Du commerce intérieur et extérieur. . . . 533 

S 1. Quelques mots sur le système mercantile 33S 

§ S. Le commerce intérieur est plus favorable i l'accrois- 
sement de la richeae évaluée que le commerce 
extérieur 336 

§ 3. Certains échanges, faits dans l'intérieur d'un pays, 
accroissent sa ridtette évaluée. Certains autres 
• n'ont d'action que sur là richesse évaluée des per- 
sonnes qui contractent ensemble 340. 

g 4. Des jeux de bourse 343 

§ 5. Dn grand commerce ntérieur est, en général, l'in- 
dice d'une importante richesse évaluée ; àaa il ne 
peut servir à mesurer exactement cette richesse. . 344 

g 6. Rapport qui existe, chez divere peuples, entre te com- 
merce intérieur et le commerce extérieur. Appré- 
ciation de U richesse évaluée des peuples au 
moyen de ce rapport 3t8 

CupmK X. — Influence d'une deitruction de marchandises 

dans un pays, sur la richesse de ce mime pays 353 

g 1. La destnidion de marchandises appartenant i un 
pays ^t toujours décroître sa richesse d^usage. 
Cette destruction accroît parfpb sa richesse éva~ 

luéc 353 

§ 3. Dans certaines circonstances , pour augmenter la ri- 
chesse évaluée d'une nation, il peut être utile de 
détruire une partie des marchandises peu essen- 
tielles qui s'y trouvent , 356 

CHAFins XI. — Les intérêts des peuples sont souvent anta- 
gonistes 361 



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TABLE DES MATIËHES. 413 

g I . Un peuple peut tirer profil des calamités qui arrivent 

am autres peuples 361 

J 2. Une destruction de certaines marchaiidises à l'étran- 
ger peut être ou préjudidable ou favorable â une 
nation, suivant la nature des industries* auxquelles 

cette nation se livre 374 

g 3. Lorsqu'une nation étrangère prospère, il n'est pas 
suflisant que la nation dont on fait partie prospère 

en même temps S76 

CHAFinn XII. — Le dUsipaUui- fait aceT<AtTe la riàitsse 

d^vsage du pauvre. 381 

Le pauvre apprécie très-logiquement ses intérêts, 

lorsqu'il blâme les gens riches, dont la dépense 

habituelle est médiocre, et lorsqu'il honore les 

personnes qui Uennent un grand état de maison. . 381 

CHiFiniE XIII. — Avantage qu'un payi retire du séjour 

qu'y font Itt étrangers 589 

AiciGiB n* 1. . . 401 

Abbue n'2 402 

AïNEiE n" 5 407 



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