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Full text of "Les livres a clef; étude de bibliographie critique et analytique pour servir a l'histoire littéraire"

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LES LIVRES A CLEF 



TIRAGE UNIQUE A 65o EXEMPLAIRES 

Dix exemplaires sur papier du Japon, [inscrits de A à J,] 
Dix exemplaires sur papier de Chine^ [inscrits de K à T.] 
3o exemplaires sur papier Whatmann [num*" de I à XXX.] 
600 exemplaires imprimés sur Vergé [nwm'" de i à 600.'] 



Exemplaire N° 



LES 



Livres à Clef 

ÉTUDE DE BIBLIOGRAPHIE 

CRITIQ.UE ET ANALYTiaUE 
POUR SERVIR A L'HISTOIRE LITTÉRAIRE 



PAR 



FERNAND DRUJON 



TOME PREMIER 




PARIS 
EDOUARD ROUVEYRE, ÉDITEUR 



45, RUE JACOB, 45 
1888 




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PRÉFACE 



« Ce n'est pas que les clefs des auteurs 
satiriques ne soient un peu partout; mais 
on ne les trouve réunies nulle part, n 
Ch. Nodier. 



TOUT livre contenant des faits réels ou des allusions à des faits 
réels dissimulés sous des voiles énigmatiques plus ou moins 
transparents, — tout livre mettant en scène des personnages 
réels ou faisant allusion à des personnages réels sous des noms 
supposés ou altérés, — est un livre à clef. 

Suivant la définition de Littré, d'accord avec celle de l'Académie, 
la ClefdCwn livre de cette nature n'est autre chose que l'explication 
des caractères énigmatiques ou des noms supposés qu'il renferme. 

Il y a beaucoup à dire, comme on pense, sur les variétés infinies 
d'ouvrages rentrant dans la catégorie des livres à clef, — sur les 
mobiles divers qui ont inspiré leurs auteurs, — sur les artifices plus 
ou moins ingénieux qu'ils ont employés pour déguiser des idées géné- 
reuses ou critiquables, des pensées salutaires ou malicieuses. — Mais, 
que les lecteurs bienveillants qui , par grand hasard , ouvriront ce 
volume se rassurent. Je n'ai pas la prétention de faire, en celte courte 
préface, un Traité du Livre à clef. Les bibliophiles érudits ou curieux 
auxquels s'adresse spécialement ma modeste Etude en savent, à coup 
sur, autant ou plus que moi sur ce sujet; il convient donc que je 
me borne à résumer brièvement ici quelques particularités essen- 
tielles, bonnes à apprendre ou à se rappeler : bidocti discant et 
ament meminisse periti. 

Je ne prétends pas davantage faire l'histoire complète du Livre à 

I. «a 



VI LES LIVRES A CLEF 

clef et remonter à ses origines, à grand renfort de doctes citations et 
de conjectures hasardées, selon la mode pédantesque d'autrefois. Cette 
sorte d'érudition, qui plut beaucoup jadis, ne serait guère de mise 
aujourd'hui, et, fût-elle agréable encore à un petit nombre, que je 
m'abstiendrais quand même, sans autre motif que le sentiment de 
mon insuffisance. 

Comment remonter sûrement, d'ailleurs, aux origines des produc- 
tions à clef, ou, pour mieux dire, d'un art vraisemblablement aussi 
vieux que Tart d'écrire? car sMl est vrai, suivant un mot célèbre 
attribué à un personnage de plus d'esprit que de moralité que « la 
parole a été donnée à Phomme pour dissimuler sa pensée », — il ne 
semble pas moins certain que, du jour même où l'homme a pu, par 
un procédé graphique quelconque, fixer cette même pensée d'une 
façon durable, il a dû chercher le moyen de la voiler, de la rendre 
mystérieuse sinon impénétrable pour le plus grand nombre : Omnis 
homo mendax. 

Il est bien avéré, par exemple, que les sages de l'Inde antique et 
les prêtres vénérables de Pancienne Egypte employèrent, dans leurs 
livres sacrés, un mystérieux langage et maintes formes allusives pour 
exprimer des idées accessibles aux seuls initiés, ou relater des faits 
qui devaient échapper à la connaissance du profane vulgaire. 

Sans remonter si haut, ne trouvons-nous pas dans les productions 
littéraires de la Grèce et de Rome de nombreuses allusions, sous des 
noms imaginaires, à des faits et à des personnages réels? 

Et le moyen âge? ne nous a-t-il pas légué maints récits, chants, 
poèmes mystiques, renfermant des allusions insoupçonnées ou inex- 
pliquées encore aujourd'hui? Qui ignore les artifices des satiristes 
oubliés dont les romans populaires vengèrent souvent les petits et les 
faibles de Tin juste oppression des puissants et des grands? 

Certes, il y aurait de belles et bonnes pages à écrire sur la litté- 
rature allusive de ces temps reculés; mais cette tâche, parfois abordée 
par de savants auteurs, n'est point à la portée de l'humble bibliographe 
qui a rassemblé les éléments de la présente compilation. Il n'a pas 
négligé cependant de mettre à profit les découvertes des érudits, en 
mentionnant, en leur lieu et place, diverses productions allusives 
antérieures à la découverte de l'imprimerie. 

C'est donc simplement à la naissance du livre imprimé que remonte 
cet essai qui s'étend jusqu'à l'époque actuelle, embrassant ainsi les 
quatre siècles pendant lesquels l'esprit humain s'est manifesté le plus 
largement et sous les formes les plus diverses. 



PREFACE VII 

Si, au lieu de se présenter, sans apparence de lien commun, selon 
les exigences de Tordre alphabétique nécessairement adopté pour la 
plus grande facilité des recherches, les articles réunis ici se trou- 
vaient groupés chronologiquement par nature de sujets, ils consti- 
tueraient dans leur ensemble un des plus intéressants chapitres d'his- 
toire littéraire qui aient été écrits. Ne serait-il pas, en effet, bien 
curieux de suivre révolution de l'esprit satirique et critiqué ea ces 
temps où il était dangereux de trop penser, — où penser trop haut 
était un crime; — d'observer les auteurs rivalisant d'habileté et d'in- 
géniosité pour exprimer des idées hardies ou blâmables sans encourir 
d'iniques et disproportionnés châtiments; — de voir à chaque époque 
de compression ou de terreur correspondre un redoublement de pru- 
dence coïncidant avec une recrudescence de hardiesse ou de malignité? 

Dans ce tableau d'ensemble, chaque siècle nous apparaîtrait avec sa 
note caractéristique : le seizième siècle, encore si rude de mœurs, 
avec son lourd bagage de libelles allusifs, où la polémique politique et 
religieuse tient la plus grande place; — le dix-septième, plus doux et 
plus poli, se plaisant à travestir son histoire sous le galimatias de ses 
interminables romans allégoriques en vingt parties ; — le dix-huitième, 
plus adouci encore, plus adonné aux satires personnelles, déguisant 
avec grâce ses traits les plus piquants dans d'innombrables produc- 
tions parfois plus fades que vraiment spirituelles; — notre siècle, 
enfin, résumant l'œuvre de ses devanciers, abordant tous les sujets 
sous toutes les formes, depuis le pamphlet révolutionnaire et la satire 
antireligieuse jusqu'aux parodies plus ou moins réussies de la vie 
publique et privée de notre temps. 

Pamphlet politique, controverse religieuse, satire littéraire, tels 
sont, on le sait de reste, les types principaux du livre à clef; mais, à 
côté de ces genres caractéristiques, se groupent de nombreux sous- 
genres, qu'on ne saurait énumérer en détail et dont la variété égale 
celle des sentiments qui ont inspiré les auteurs. Il est bien évident 
que la crainte, — crainte d'une peine sévère, d'une défaveur, d'une 
inimitié, d'une disgrâce quelconque, — est le mobile général et puis- 
sant qui leur a suggéré l'idée de recourir à l'allusion et à la crypto- 
nymie; quant aux sentiments qui les ont guidés, la diversité en est 
infinie. Tantôt un esprit supérieur s'est proposé d'envelopper de voiles 
peu commodes à pénétrer des vérités philosophiques prématurées, dès 
lors destinées seulement au petit nombre ; tantôt un sujet loyal ou un 
véritable patriote ont voulu venger le droit opprimé ou formuler un 
grand principe; tantôt encore, un écrivain avisé a eu pour but de 



VIII LES LIVRES A CLEF 

donner des leçons sages et utiles sous la forme d'une satire aimable 
ou d'une ingénieuse fiction. Près de ces intentions généreuses se 
glissent des préoccupations moins louables ou plus futiles : ici, un bel 
esprit cherche à railler agréablement un confrère; là, c'est un subal- 
terne qui tente de discréditer impunément son chef; là, enfin, un 
amant respectueux ou timide célèbre à mots bien couverts Tobjet de 
son culte. Puis vient toute la cohorte des bas sentiments : la haine, 
Tenvie, la vengeance, la cupidité, l'obscénité même et cent autres 
infamies, y compris celle de l'impudent libelliste qui, suivant le cas, 
vend tour à tour ses calomnies ou son silence. 

A des usages si multiples s'adaptent très aisément toutes les formes 
et tous les genres littéraires : les vers et la prose, le roman et le théâtre, 
le volume compact ou le livret de quelques pages leur conviennent 
également. La variété n'est pas moins grande dans les artifices em- 
ployés par les auteurs pour voiler leurs pensées et surtout pour mas- 
quer leurs victimes. 

Sans vouloir les énumérer tous, il me sera permis de rappeler ici 
les principaux stratagèmes cryptonymiques le plus fréquemment 
usités dans les livres à clef. Ce sont, par exemple : Vadultérisme, nom 
simplement altéré {Des Roches pour Desroches, Dalembej-t pour 
d'Alembert); — Uanagramme^ lettres interverties {Bhneaiira, Mira- 
beau; — Neglau, langue); Vapoconyme, nom privé d'une ou plu- 
sieurs lettres initiales [Angeval pour Dangeval); — le démonyme, 
qualification populaire prise comme nom propre {le danseur, le 
disciple] ; — le boustrophédonisme, nom véritable écrit à rebours 
{Drarig, Girard; Essuis, Suisse); — V hémiapocryphe ^ nom à moitié 
véritable {Chateauterne^ Chateaubriand); — le pharmaconyme, nom 
de substance pris pour nom propre {le Chêne, Charles I"); lephré' 
nonyme, qualité morale prise pour nom propre {Integerrimus, — Gay- 
Lussac) ; — la pseudandrie, nom d'homme attribué à une femme 
{George Sand, M*"" Dudevant); — le titlonyme, titre ou qualité pris 
pour noms propres (le sultan, Vempereur, le marquis] ; — le traduc- 
tionyme, traduction du nom véritable dans une langue étrangère 
{Mègas, Legrand), etc., etc. Il suflSt de rappeler, pour mémoire, les 
formes cryptonymiques suivantes : Vastérisme (une ou plusieurs 
étoiles), — le stigmonyme (un ou plusieurs points!, — lesidéronyme 
(nom astronomique, Astrée), — le syncopisme (nom privé de plu- 
sieurs lettres), — le télonisme (nom véritable composé seulement des 
lettres finales), Vironyme (nom ironique, Escobar /'■■), — le géonyme 
(nom de terre ou de lieu), jusqu'au pseudonyme (nom imaginaire) 



PREFACE IX 

proprement dit, nom supposé, composé de toutes pièces et dont les 
formes varient à l'infini. Il convient de mentionner spécialement 
aussi les noms propres dans lesquels des voyelles ou des consonnes 
sont supprimées et remplacées par des tirets : (le duc de Ch — rt — s, 
Chartres, — Gué — é — e, Guéméné, — duc de S — ss — x, Sussex, — 
the K — ng, the King. ) Cet artifice, assez rarement employé en 
France, fut très usité dans les productions anglaises; c'était une 
supercherie enfantine ayant pour but d'éluder certaines dispositions 
de Tancienne Law against Libels^ qui ne poursuivait les écrits diffa- 
matoires ou injurieux qu'autant que les personnages visés y étaient 
nommés « en toutes lettres ». 

Telles sont les observations et notions générales qu'il semblait utile 
de rappeler au début d^une étude bibliographique sur les livres à 
clef. Cette étude, la plus étendue qui ait paru sur ce sujet, a été pré- 
cédée d'un certain nombre de notices partielles qui m'ont rendu de 
grands services; il est donc bien juste, en même temps qu'intéressant, 
d'en donner ici la courte description que voici : 

i" Dans son excellent ouvrage intitulé : Mélanges tirés cV une petite 
bibliothèque (Paris, 1829. In-8°), Ch. Nodier a consacré deux articles 
fort curieux (Chap. iv et vni) à des livres à clef; 

2° C'est encore Ch. Nodier qui, dans la i''^ série du Bulletin du 
bibliophile et du bibliothécaire (Paris, J.-Techener, octobre 1834), a 
publié deux articles aussi spirituels qu'ingénieux sur les ouvrages à 
clef, articles qui ont servi de point de départ et de guide aux biblio- 
graphes qui ont traité depuis le même sujet ; 

3° Ce serait manquer d'exactitude que de ne point citer ici le Cata- 
logue de la bibliothèque dramatique de M. de Soleinne (Paris, 1843 
à 1845. 1 1 parties in-8°), rédigé si consciencieusement par le regretté 
M. Paul Lacroix. Le tome II et surtout le tome III de ce précieux 
répertoire théâtral contiennent (notamment à la section « des pièces 
satiriques et libres » ) une quantité de renseignements sur les ou- 
vrages dramatiques à clef; 

4° M. Gustave Brunet qui, à l'exemple de G, Peignot, semble 
n'avoir voulu demeurer étranger à aucune branche de la bibliogra- 
phie, s'est occupé, à plusieurs reprises, des écrits allégoriques. 

C'est d'abord dans le Bulletin du Bibliophile (année i853), qu'il 
insère une notice « De quelques livres satiriques ou allégoriques et 
de leurs clefs ». Ce travail de neuf pages ne porte que sur une qua- 
rantaine d'ouvrages cités sans grands développements; 

Puis dans le Dictionnaire de bibliologie catholique ào. la collection 



LES LIVRES A CLEF 



Migne (Paris, 1860. Gr. in-S", p. io85), il donne d'utiles indications 
sur les « Livres à clef »; mais on comprend que, dans un recueil de 
cette nature, il ne pouvait s^'étendre beaucoup, ni faire des révélations 
bien piquantes; 

Enfin, dans le Bulletin du bibliophile (décembre 1862, pp. iSgS à 
\^oo),Vém[neni Philomneste Junior iournit une trentaine de rensei- 
gnements sur <( quelques livres à clef». — On va voir un peu plus 
loin qu'il a traité de nouveau le sujet plus à fond ; 

5" Citons pour mémoire un court article du bibliophile Job (?) sur 
les « Livres à clef », que Ton trouve dans les Miscellanées bibliogra- 
phiques d'Octave Uzanne (Paris, Ed. Rouveyre, 1878, p. 83); 

6" Voici maintenant le seul ouvrage de quelque importance publié, 
jusqu'à ce jour, sur le sujet qui nous occupe; il est intitulé : Œuvres 
posthumes de J.-M. Quérard, publiées par G. Brunet. — Livres à 
clef, Bordeaux, Lefebvre, libraire-éditeur, 6, allées deTourny, 18-3; 
— deux fascicules formant ensemble un volume de xi-224 pages, 
tiré à 3oo exemplaires sur papier vergé. 

L'introduction de cette bibliographie, devenue rare, résume tout ce 
qui a été dit par Ch. Nodier sur les livres à clef; ensuite viennent des 
notices sur cent quarante et un ouvrages rangés par ordre alphabé- 
tique; le livre se termine par une Lettre dhin bibliophile (pages 181 à 
222), qui donne des renseignements sur trente-six autres éc-its allé- 
goriques ; en tout cent soixante-dix-sept ouvrages. Certes, cette pu- 
blication est déjà d'un grand intérêt; elle est, toutefois, trop suc- 
cincte et laisse à désirer, tant sous le rapport de la typographie, — les 
noms supposés et même les mots étant parfois étrangement mutilés, — 
qu'au point de vue purement bibliographique. Les ouvrages, en effet, 
sont à peine décrits ; bien des anonymes et pseudonymes faciles à con- 
naître ne sont pas dévoilés ; enfin, et c'est ce qu'on doit le plus regret- 
ter, l'éditeur des Notes laissées par Quérard, dans lesquelles il a, 
d'ailleurs, inséré plusieurs de ses trouvailles personnelles, se con- 
tente trop souvent de ne donner les clefs que partiellement, d'indi- 
quer que telle clef peut se trouver dans tel ouvrage, ou bien de dire 
qu'elle ne mérite pas d'être recherchée ou reproduite. 

Ces observations, je le sais, ne choqueront pas l'excellent Philom- 
neste Junior, qui a bien voulu naguère me faire lui-même la critique 
de son essai, en m'expliquant les causes de ses imperfections; 

7" Enfin, quelque fâcheux qu'il soit de se mettre soi-même en 
cause, il me faut bien citer aussi les sept articles relatifs à une cen- 
taine de livres à clef, que j'ai publiés dans le Livre (année 1881. Bi- 



PRÉFACE XI 

bliographie rétrospective^ pages 25, 176, 273, 344, 376, et année 
1882, id., pages 24 et 5 5). 

Indépendamment des études spéciales ci-dessus énumérées, il con- 
vient de citer comme autant de mines à explorer pour la découverte 
des clefs: la Biographie universelle^ la France littéraire, la Biblio- 
graphie des ouvrages relatifs à l amour ^ aux fennnes et au mariage, 
de J. Gay ; le Bulletin du bibliophile et du bibliothécaire, de J. Te- 
chener ; les Supercheries littéraires, le Dictionnaire des anonymes et 
pseudonymes, et en général tous les grands recueils bibliographiques, 
puisque, comme le disait si justement Ch. Nodier, il n^est pas dou- 
teux « que les clefs des auteurs satiriques ne soient un peu partout 
mais qu'on ne les trouve réunies nulle part». Ces paroles que j^ai choi- 
sies pour épigraphe me semble bien expliquer le but du présent livre. 

Un mot maintenant sur les travaux encore inédits relatifs aux 
livres à clef; c'est à M. G. Brunet que j'emprunte les deux premières 
indications qui suivent : 

1° Née de la Rochelle, bibliographe zélé, né en 1751, mort en 
i838, avait laissé, parmi de nombreux manuscrits, des Récréations 
bibliographiques, où se trouvaient des recherches sur divers ouvrages 
à clef; notamment sur le Peruviana, de Morisot, sur Don Ranuccio 
d'Aletés, du père Porée, sur Tanastès, de M"® Bonafous, sur les Mé- 
moires de Âf"« de Barnevelt, par d'Aubigny, sur Tarsis et Zélie, 
par Le Vayer de Boutigny, sur l Ecole de Vhomme, par Gérard. 

2° Un autre philologue, laborieux et instruit, Eloi Johanneau, né en 
1770, mort en 1837, avait également dirigé sur les livres à clef son 
goût dMnvestigation ; on trouve dans le catalogue de la vente de sa 
bibliothèque quelques indications qui montrent qu'il avait donné 
une grande étendue à ses travaux en ce genre : Clef de Voltaire, 93 
pages in-4°; clef historique de Télémaque, environ 200 feuillets 
in-8°; clef de Rousseau ou Dictionnaire donnant Vorigine, le sens 
caché et V esprit des noms et qualifications pseudonymes qui se trou- 
vent dans ses œuvres, 5o pages in-4°. 

3" Le plus intéressant des ouvrages inédits sur les clefs, c^est à coup 
sûr celui de Gabriel Peignot, décrit comme suit par P. Deschamps, 
dans son excellente Notice sur cet auteur (p. 59) : 

« Histoire littéraire des ouvrages à clef, c'est-à-dire des ouvrages 
satiriques, moraux, politiques, etc., dans lesquels les noms des lieux, 
des personnages, sont déguisés, et les événements cachés sous le voile 
de Fallégorie; avec la clef de chaque ouvrage rapportée en entier, 
expliquée et accompagnée de notes historiques ou littéraires selon la 



XII LES LIVRES A CLEF 

nature du sujet. — Ce livre intéressant commence à la satire de Pé- 
trone et analyse tous les ouvrages à ciel parus jusqu'en 1829. Manus- 
crit pouvant former deux volumes in-8". » 

A la lecture de ce titre plein de promesses, j'ai dû, on le comprend, 
me préoccuper de la destination qu'avait reçue ce précieux manuscrit; 
voici ce que j'ai découvert à ce sujet : Dans une lettre adressée à 
M. Auguste Aubry, directeur du Bulletin du bouquiniste (i5 fé- 
vrier 1869), M. Paul Lacroix, énumérant les manuscrits laissés par 

Peignot, s'exprimait en ces termes : « Je crois vous avoir fait part 

du projet que j'avais de publier, de concert avec mon ami M. Gustave 
Brunet, VHistoire littéraire des livres à clef^ dont le manuscrit doit 
être entre ses mains. » M. G. Brunet paraît donc seul pouvoir dire ce 
que le manuscrit en question est devenu depuis 1869. 

J'ignore absolument ce que le savant bibliographe bordelais a pu 
faire de ce trésor inédit. Ce que je tiens à faire savoir, c'est que, du 
jour où M. Gustave Brunet a connu mon intention d'entreprendre 
cette étude sur les livres à clef, il n'a cessé de me prodiguer les con- 
seils utiles et les encouragements nécessaires pour affronter cette tâche 
attrayante autant que difficile. Il a fait mieux encore et m.'a transmis 
une quantité de notes et notules qui m'ont fourni d'intéressantes indi- 
cations et m'ont parfois mis sur la piste d'ouvrages auxquels je ne 
songeais guère. Qu'il veuille bien agréer ici les expressions de ma 
sincère gratitude pour le concours profitable qu'il m'a donné et pour 
son extrême complaisance en maintes occasions. 

Comme on le voit par l'énumération qui précède, les livres à clef 
ont, depuis un demi-siècle, vivement sollicité l'attention des biblio- 
graphes les plus autorisés : Les Nodier et les Peignot, les P. Lacroix 
et les G. Brunet ont tour à tour dirigé sur eux leur sagace esprit d'in-- 
vestigation; ils n'ont fait, par malheur, qu'effleurer le sujet, en dé- 
blayant à peine un terrain si fertile en découvertes intéressantes et 
curieuses. C'est ainsi, en effet, que leurs publications partielles, jointes 
à leurs essais demeurés inédits, ne nous ont guère fait connaître que 
trois cents à trois cent cinquante ouvrages. Or, la présente Biblio- 
graphie en contient près de quatre fois autant. A Dieu ne plaise que 
je veuille tirer vanité de cette supériorité numérique sur les produc- 
tions de ces devanciers qui sont mes maîtres ! Je sais trop bien que si 
l'un d'eux eût sérieusement abordé cette étude, il eût produit une 
œuvre incomparablement meilleure que la mienne. Je connais si bien 
d'ailleurs les imperfections de mon travail que je me permettrai de 
les relever moi-même, non pour les atténuer et pour conjurer par 



PREFACE Xm 

avance de légitimes critiques, mais pour bien établir que si j'ai per- 
sisté à publier, malgré leur insuffisance, ces fruits de mes longues 
recherches, c'est parce que J'avais la ferme conviction qu'ils pour- 
raient, tels quels, rendre quelques services. 

Le premier reproche qu'on ne manquera pas d'adresser à cette 
monographie, c'est d'être incomplète. Ma réponse est toute prête : 
jamais on n'est complet en matière bibliographique, et les travaux 
les plus justement célèbres présentent de nombreuses et importantes 
lacunes que comblent peu à peu d'heureuses trouvailles. Toutefois, il 
faut être modeste; aussi dois-je avouer que je ne suis pas bien per- 
suadé que le nombre des ouvrages à clef que j'ignore ne soit aussi 
considérable peut-être que celui des productions que j'ai citées. Mais 
ces inconnus, échappés à plusieurs années de recherches, qui les soup- 
çonne actuellement? Combien de temps faudra-t-il pour les décou- 
vrir ? — Au cours même de l'impression de cet ouvrage, il m'en a été 
révélé un assez grand nombre pour nécessiter le « Supplément » qu'on 
trouvera à la fin du second volume, et il est fort vraisemblable que 
les érudits qui voudront bien parcourir attentivement cette étude 
seront à même de me signaler de nouvelles omissions. 

Il est bien certain aussi que diverses « œuvres» , auxquelles je n'ai pu 
consacrer que quelques lignes, rentrent dans la catégorie des ouvrages 
à clef; tels sont, par exemple, les ouvrages de Swedenborg, dont on 
a fait la « clef hiéroglyphique »; — la Comédie humaine de Balzac ; 
— la plupart des ouvrages du marquis de Sade; — les Œuvres du 
poète Spenser, etc., etc. Mais chacune de ces clefs, si jamais elles 
peuvent être faites, exigera des années de travail et l'effort collectif 
de plusieurs érudits. Tels sont encore ces innombrables ballets allé- 
goriques si fort en vogue au dix-septieme siècle, qui inspirèrent à 
Perraut l'observation suivante : « Benserade fut le premier, dit-il, 
qui, dans ses ballets, tourna les vers de façon qu'ils s'entendent de 
l'un et de l'autre..., le coup porte sur le personnage et le contre-coup 
sur la personne, ce qui donne un double plaisir en donnant à entendre 
deux choses qui, belles séparément, deviennent encore plus belles 
étant jointes ensemble. » — « Malheureusement, remarque judi- 
cieusement M. Octave Uzanne dans sa jolie réimpression des « Poésies 
de Benserade » (Jouaust, 1875), l'on ne saurait apprécier aujourd'hui 
toutes les allusions vives et piquantes répandues dans ces Ballets. 
L'auteur y peignait les inclinations, les attachements et jusqu'aux 
aventures les plus secrètes des personnes de la cour. Toutes ces stances, 
si fort applaudies jadis, ne nous offrent plus qu'un intérêt littéraire 



XIV LES LIVRES A CLEF 

médiocre, et c'est tout au plus si quelques chercheurs pourraient 
reconstruire, d''après ces données poétiques, les caractères et Tindi- 
vidualité de certains personnages marquants. » — Il n'est pas besoin 
de rien ajouter à des réflexions si justes; on comprend assez à combien 
de productions plus récentes elles sont applicables. 

Une critique, plus fondée que celle relative aux lacunes de cette 
monographie, me sera faite au sujet d'un certain nombre d'articles 
que je me borne à signaler comme des productions à clef, sans donner 
aucune explication des allusions ou des noms supposés qu'ils ren- 
ferment. Je n'éprouve aucune difficulté à reconnaître qu'en certains 
cas il m'a été impossible de donner ces interprétations si nécessaires. 
La plupart des ouvrages allusifs, il ne faut pas l'oublier, n'ont pas de 
clef imprimée, soit à la fin du livre, soit séparément. Le plus grand 
nombre des clefs que l'on possède sont des clefs manuscrites, tracées 
par quelque lecteur du temps, sur les gardes du volume, et c'est ainsi 
que j'en ai pu transcrire plusieurs d'après les exemplaires que j'avais 
sous les yeux. Mais il est arrivé que je n'ai pu me procurer l'exem.- 
plaire ainsi annoté d'une production signalée comme étant notoire- 
ment un livre à clef. Devais-je donc alors m'abstenir de mentionner 
l'ouvrage? Assurément non; j'ai préféré, au risque de paraître peu 
sagace ou peu heureux dans mes recherches, me borner à reproduire 
exactement les indications qui m'étaient fournies par mes devanciers 
ou par quelque obligeant confrère en bibliographie. Enfin, et ceci 
s'est produit principalement pour des romans contemporains, je n'ai 
point donné la clef de certains ouvrages que l'on sait à merveille 
contenir des allusions à des personnages vivants. Il serait superflu 
d'insister sur les raisons de convenance qui ont motivé mon silence; 
j'ajouterai, d'ailleurs, que rien n'est plus fallacieux que les attri- 
butions de faits ou de caractères, faites après coup par la malignité 
publique, à des personnalités auxquelles le? auteurs n'ont souvent 
aucunement pensé. On ne saurait trop se tenir en garde contre les 
fausses clefs. 

On s'étonnera peut-être de ne pas voir figurer en cette étude cer- 
taines séries d'ouvrages qui rentrent par leur nature dans son cadre, 
comme, par exemple, les Livres hermétiques, les Recueils d'énigmes^ 
les Bibliothèques imaginaires. J'avais, au début de mon travail, pensé 
à les y comprendre. Mais, après mûres réflexions, je me suis déter- 
miné à les en exclure. 

Quel intérêt, en effet, offrirait aujourd'hui la clef, plus ou moins 
sûre, des formules mystérieuses, des expressions symboliques ou 



PREFACE XV 

énigmatiques, que s'évertuaient à employer les vieux alchimistes, les 
adeptes du grand œuvre et tous ces rêveurs du temps passé, dont les 
obscures productions remplissent les pages du Catalogue OuvaroJ^ 
«Sciences secrètes», Moscou, 1870, in-4), du Catalogus librorum 
philosophicorum hermeticorum ^ de Pierre Borelle (i656) , et de la 
Bibliotheca magica et pneumatica de Th. Graësse ( 1 843) ? 

Toutes ces vieilleries, indignes des hommes de science, pourraient 
tout au plus séduire les rares partisans de ïoccultisme moderne; mais 
elles n'ont rien à voir avec l'histoire littéraire proprement dite, et ne 
sauraient que former en cette monographie un hors-d'œuvre aussi 
encombrant qu'inutile. 

Les Recueils d'énigmes, logogriphes, etc. (j'en connais plus de cin- 
quante), la surchargeraient aussi sans profit aucun. Ces jeux d'esprit, 
dont on sait la valeur littéraire, sont tous accompagnés d'une clef im- 
primée; les amateurs de ces sortes de productions n'ont donc pas 
besoin de recourir à une bibliographie spéciale pour trouver les solu- 
tions qui leur échappent. 

Quant aux Bibliothèques imaginaires, ce n'est pas sans regrets que 
j'ai dû les éliminer, car ces livrets satiriques rentrent bien, à tous les 
points de vue, dans la catégorie des productions allusives ou crypto- 
nymiques. Mais il était bien difficile de les introduire ici sans grossir 
démesurément cet ouvrage. D'un côté, leur nombre est assez considé- 
rable, et, de l'autre, leur nature est telle, qu'il faudrait presque les re- 
produire intégralement, si l'on voulait donner une clef claire et 
intelligible des allusions malicieuses qu'elles renferment. On peut se 
faire une idée de la place qu'elles nécessitent en parcourant l'excellent 
essai, très abrégé cependant, que leur a consacré M. G. Brunet à la 
suite du Catalogue de la Bibliothèque de V Abbaye de Saint-Vie. 
tor, etc., de Paul Lacroix (pages 295 à 406). hes, Bibliothèques ima- 
ginaires fourniraient à elles seules la matière d'un volume; Je les ai 
donc momentanément sacrifiées en me promettant d'y revenir, avec 
toute l'étendue convenable, dans une prochaine publication. 

Je n'avais pas les mêmes motifs de m'abstenir pour les livres ou Ton 
ne rencontre parfois qu'un ou deux noms supposés; je veux parler 
de ces volumineux recueils de sonnets, stances et madrigaux, dans les- 
quels nos vieux poètes ont rivalisé de zèle et trop souvent de fadeur pour 
célébrer les objets de leurs amours plus ou moins platoniques; mais, 
pour la plus grande commodité des recherches, je les ai relégués à la 
fin de l'ouvrage, dans un chapitre à part, sous cette rubrique spéciale : 
Les Maîtresses des poètes. 



XVI LES LIVRES A CLEF 

Tout ceci dit, Je n'ai plus qu'à appeler Tattention des lecteurs sur les 
deux //îc/ex très détaillés qui terminent cette étude, Tun contenant les 
noins imaginaires, Tautre les noms véritables; j'ai l'espoir qu'ils 
pourront rendre d'utiles services aux bibliophiles et aux érudits, en 
les mettant à même de découvrir rapidement si tel ou tel personnage, 
objet de leurs recherches, a été, et sous quelle forme, mis en scène 
dans une production allusive. 

Qu'il me soit permis, en terminant, de m'excuser encore des 
erreurs matérielles, des répétitions fatigantes mais inévitables qui 
peuvent se rencontrer dans ce livre. Dépourvu de toute prétention 
et composé uniquement en vue d'être utile, ce n'est autre chose, je 
le répète, qu'une simple compilation, où je me suis efforcé de ne 
rien avancer qui ne me semblât certain; je me suis attaché à n'y 
paraître que le moins possible et j'ai toujours soigneusement cité les 
auteurs auxquels j'empruntais mon bien; c'est une œuvre de patience 
et de conscience, et je me considérerai comme bien payé de mes 
peines, si elle est accueillie avec autant de bienveillance qu'elle m'a 
procuré de plaisir à la faire. 



Les Livres à Clef 



ABBE (L') A SA TOILETTE, 
nouvelle galante. — Londres (Hol- 
lande, à la sphère). — 1707, pet. 
in-i2, fig. 

Ce petit ouvrage, que le « Diction- 
naire des Anonymes » attribue à l'abbé 
A. R. Macé, serait, suivant la « Bi- 
bliograghie Gay, » une satire dirigée 
contre le cardinal de la Trémoïlle. — 
Il est analysé dans la « Bibliothèque 
universelle des Romans » (T. XIX). 

ABDÉRITES (LES) , histoire 
VRAISEMBLABLE, par C.-M. Wichiid ; 
traduits par A. -G. Lahaumc. — 
Paris, Dentu. — An X (1802), 
3 vol. in-8. 

« La première édition allemande de 
cet ouvrage parut en lyyS ; c'est un 
l'oman satirique et critique, peu intri- 



gué, mais fort original. Il est partagé 
en cinq livres, où figurent Démocrite, 
Hippocrate et Euripide. Il obtint un 
grand succès; on y trouve maintes 
allusions à des contemporains; elles 
donnèrent lieu à nombre de réclama- 
tions qui prêtèrent beaucoup à rire. 
Wieland, dans une édition nouvelle, 
annonça la clef de son livre, mais 
c'était une mystification de plus, car 
cette prétendue clef n'est qu'un nouvel 
article malicieux ajouté à l'ouvrage.' 
Choisissant dans l'histoire delà Grèce, 
qu'il connaissait à fond, un petit 
peuple qui avait le privilège de passer 
pour le plus inepte qu'on pût imagi- 
ner, Wieland lui a prêté les idées les 
plus absurdes; les personnages véri- 
tables qu'il a mis en scène pour les 
ridiculiser ne seront vraisemblable- 
ment jamais connus ; le livre cepen- 
dant n'a pas trop vieilli; malgré l'abus 
d'érudition et les longueurs qu'il con- 
tient, on le lit encore avec plaisir. L.a 



3 

critique d'Abdère et des Abdéritains 
peut servir de leçon à bien des grandes 
villes, et des plus célèbres, même des 
temps modernes. — « La Bibliothèque 
des Romans » (septembre 1778, pp. 84- 
106), donne unebonne analyse de cette 
malicieuse production. » 



ABDICATED PRINCE, or the 

ADVENTURES OF FOUR YEARS. Tragi- 

comedy, acted at Alha-Rcgalis, by 
several persons of great qualily. — 
1690, in-4. 

« Cette pièce anonyme est entière- 
ment politique et semble n'avoir point 
été faite pour être mise sur la scène; 
elle fait allusion, sous des noms sup- 
posés, aux événements qui se produi- 
sirent en Angleterre, notamment à la 
Cour, pendant le règne de Jacques IL 
Cette quasi-histoire est écrite avec 
une extrême partialité; le duc de 
Montmouth est représenté comme un 
héros et l'auteur arrive à cet excès 
d'extravagance d'accuser le roi de la 
mort de son frère Charles IL II n'est 
guère besoin de clef pour cette tragi- 
comédie : Alba Regalis, signifie mani- 
festement la Cour d'Angleterre; ^Wz- 
cated Prince, c'est Jacques II; les 
noms véritables (Jes autres person- 
nages travestis sont si étroitement liés 
à l'histoire d'alors, qu'ils sautent, 
pour ainsi dire, aux yeux de qui- 
conque connaît bien les événementsde 
cette époque. » [D.E. Baker.— is. Bio- 
graphia dramatica », 1782. T. II, p. i.) 

ABDICATION (L') DU SECOND 

CLERC ou PROMENADE AU PALAIS. 

Paris. — M»* Leblanc, libraire, 
Palais de Justice, galerie des Prison- 
niers, n° 4. — 1824. — Imprimerie 
de Casimir, rue de la Vieille-Mon- 
naie, 12. — Brochure in-8 de 20 p. 
— Prix : I fr. 



LES LIVRES A CLEF 



4 



Petit poème très lestement tourné ; 
l'auteur, demeuré inconnu à Barbier, 
déclare qu'il abandonne la chicane et 
va se faire inscrire au tableau des 
avocats; il installe un ami à sa place 
de second clerc d'avoué et le met au 
courant des us et coutumes du palais: 
il lui dépeint successivement le fa- 
meux plaideur S ; les audienciers 

V , P , L , M , le prési- 
dent rimeur, le vieux G , Laimable 

juge des référés, yl , et divers autres 

personnages, alors célèbres au Palais 
par leurs qualités ou leurs ridicules. 
Une bonne clef de ce petit poème 
ba:{Ochien donnerait beaucoup d'inté- 
rêt à cettepiquante peinture du monde 
judiciaire d'il y a bientôt soixante ansj 
qui rappelle de loin une autre facétie 
du xvii^ siècle, « Les Grands jours 
tenus à Paris, par M. Muet, lieutenant 
du petit criminel. » 

ABDIR, drame en quatre actes et 
en vers, par Louis-Edmc Billardon de 
Sauviguy. — Paris, 1785, in-8. 

Le sujet de cette pièce est le même 
que celui de l'ouvrage de Charles- 
Joseph Mayer, intitulé: « Asgill, ou 
les Désordres de la guerre civile, anec- 
dote anglaise. » (Paris, 1784, in-12). 
La pièce et le roman sont fondés sur 
un événement très véritable et fort 
dramatique, arrivé récemment, pen- 
dant la guerre de l'Indépendance, en 
Amérique. Sir Asgill, jeune ofhcier 
anglais, âgé de 19 ans à peine, fait 
prisonnier par les troupes américaines, 
avait été condamné à mort, en repré- 
sailles du meurtre du capitaine améri- 
cain Huddy, pendu par ordre du capi- 
taiire anglais Lippincott, que l'armée 
royale refusait toujours de livrer, 
malgré l'ordre même de Georges III. 
Pendant une captivité de huit mois, 
Asgill fut trois fois conduit à la po- 
tence; mais Washington, à qui répu- 
gnait cette exécution, conforme cepen- 
dant aux- lois de la guerre, fit trois 



5 

fois suspendre son supplice, espérant 
que l'armée royale finirait par livrer 
Lippincott, pour ne pas laisser périr 
un innocent. Malgré l'humanité de 
Washington, malgré l'intervention 
des Etats de Hollande qui avaient fait 
demander la grâce de l'infortuné jeune 
homme, sir Asgill était perdu, quand 
sa mère, ne sachant plus qui implorer, 
eut l'idée extraordinaire de s'adresser 
à une nation ennemie de la sienne, en 
envoyant à M. de Vergennes, ministre 
des affaires étrangères de France, une 
supplique qui est un chef-d'œuvre de 
désespoir et de sentiment. Louis XVI 
autorisa son ministre à intervenir près 
des États d'Amérique et Asgill fut 
sauvé. 

Tel est l'événement bien dramatique 
que Mayer et Sauvigny ont raconté et 
mis au théâtre, tous deux avec un 
égal succès. Mais, par une singularité 
qu'on ne s'explique pas, tandis que 
Mayer avait pu raconter cette histoire 
en imprimant partout les noms véri- 
tables, des ordres supérieurs forcèrent 
Sauvigny à changer tous les noms de 
sa pièce; ainsi, Abdir (ou Abjir), re- 
présente Asgill; — Les Nangès sont 
les Anglais; — Nouddy, c'est Huddy; 

— Wa^irkan, Washington ; — Timur- 
kan, Lippincott; — Le monarque per- 
san, Louis XVI ; — Enfin, le lieu de 
l'action, l'Amérique, devint la Tar- 
tarie. 

Voir, pour plus amples détails, la 
« Correspondance de Grimm » (février 
17S6.) 

Abrégé de l'histoire de psalté- 

RION. 

Voir : La chronique scandalôuse. 

ABSALOM AND ACHITOPHEL. 

— A Satire, 1681. 

Le célèbre John Dryden est l'auteur 
de cette satire politique qui atteint la 
hauteur de l'épopée. Elle est dirigée 



LES LIVRES A CLEF 



contre le parti whig qui, repoussant 
Jacques II comme catholique, voulait 
placer sur le trône le duc de Mon- 
mouth, fils naturel de Charles II. 
L'auteur peint les meneurs du parti, 
le comte de Shaftesbury et le duc de 
Buckingham, sous les noms bibliques 
d'Acliitopel et de Zimri. Leurs por- 
traits sont des chefs-d'œuvre : le duc 
de Buckingham se serait si bien re- 
connu sous les traits de Zimri, qu'il 
aurait, dit-on, fait donner au poète 
des coups de bâton pour sa satire, et 
une bourse pleined'or pour son esprit. 
En 1684, parut une seconde partie 
« d'Absalon et Achitopel, » par 
Nahum Tate; Dryden n'y contribua 
que pour deux cents vers contenant 
les portraits satiriques de deux poètes, 
ses rivaux, Settle et Shadwell, sous 
les noms de Doeg et Og. Dryden a 
composé encore une satire contre 
Sliadwell; elle est intitulée Mac 
Flocknoe et parut en 1682. Mac 
Flocknoe, misérable charlatan, dont le 
nom était devenu proverbial, désigne 
Shadwell, « monarque absolu de l'en- 
nui et de la sottise ». La « Dunciade » 
de Pope, est une imitation, de ce 
poème: « Absalon et Achitopel » a été 
traduit deux fois en vers latins, par 
le D'' Coivard et parier. Atterbury. 

Tels sont les renseignements que 
donnent la a Biographie Michaud » et 
le « Dictionnau'e de Vapereau » sur 
cette allégorie satirique. Il convient 
de les compléter par les indications 
suivantes: J'ai sous les yeux une 
édition de ce poème, dont voici la 
description. 

Absalom and Achitophel. A Poem. 
« Si propius stes, Te capiet magis... » 
London, printed and sold by H. Hills, 
in Black-fryars, near the Water-side, 
For the benefit of the Poor. 1708, in-8 
de 24 p. Dans cette édition fort com- 
pacte, on trouve, au bas de la page 3, 
la clef qui suit : 

David, — King Charles II; 
Absalom, — Duke Monmouth; 



LES LIVRES A CLEF 



Annabel, — Dutchess of Monraouth; 
Achitophcl, — Earl of Shaftsbury ; 
Zimri, — L. Gray ; 
Balaam, — Sidney; 
Caleb, — Armstrong; 
Nadab, — Ferguson ; 
Shimei, — Sheriff Bethel; 
Corail, — Stephen collège ; 
Bethsheba, — D, Porthsmouth. 

ABUS (les) de l'ancien RÉGLME. 

Voir ; Charles et Caroline. 

ACTRICE (L') NOUVELLE, 
comédie en un acte (et en vers, par 
Philippe Poisson). S. L. N. D. (Paris). 

— In-8, }6 p. 

« Cet édition fort rare, dit le cata- 
logue Soleinne(no 1745), fut imprimée 
et vendue en cachette, le crédit de 
M"e Lecoiivreur, qui se crut attaquée 
dans cette pièce, en ayant fait défendre 
la représentation et la publication. 
Ph. Poisson prétendit n'avoir pas songé 
à faire allusion à la célèbre comé- 
dienne; mais Quinault, aine, en lisant 
la pièce au comité des acteurs, avait 
trop bien imité la voix et les airs de 
sa camarade, pour qu'on pût hésiter 
à la reconnaître dans ce portrait peu 
flatté. » 

ADÈLE DE COM*** (Comminge), 

ou LETTRES D'uNE FILLE A SON PERE. 

— Se trouve à Paris, chez Edme, 
libraire, rue Saint-Jean-de-Beauvais, 
près celle des Noyers. — 5 part. 
in-i2 de XIV, 346 p. 

Il existe des exemplaires d'une 
seconde édition intitulée : lettres 
d'une fille a son père. — Paris, 
Edme Rapenot. 1772, 5 part, in-12, 
par Restifde la Bretonne. 

« Ce roman, dit M. P. Lacroix, est 
un des plus rares de l'auteur; il parut 



en mars 1772. Adèle de Com*** écrit 
à son père qui vient de partir pour la 
campagne de 1757. Il serait trop long 
de donner l'analyse de cet ouvrage qui 
est rhistoire vraie de M'i^ de C***, 
tille naturelle du dernier prince de 
C** (Conti), faiblement déguisée. Les 
trois premiers volumes et le com- 
mencement du quatrième contiennent 
l'histoire d'Adèle et de sa mère; le 
reste de l'ouvrage est rempli d'histo- 
riettes détachées, racontées par les per- 
sonnages du roman, écrites chacune 
dans leur manière. » 

Dans l'avertissement de ce livre, son 
septième roman, Restif affirme « que 
« tous ses ouvrages sont fondés sur 
« des aventures réelles arrivées sous 
« ses yeux ; quant aux noms, on sent 
« bien que les indications sont indé- 
« cises, surtout lorsque Thistoire est 
« récente ; ainsi, l'on peut achever 
« comme l'on voudra les noms com- 
« mencés que j'ai substitués aux véri- 
« tables. » (Voir pour plus de détails 
la « Bibliographie de Restifde la Bre- 
tonne, » pp. I lo-i i3.) 

ADOLPHE, anecdote trouvée 
dans les papiers d'un inconnu. — 
(Par Benjamin de Constant de Re- 
becqiie)., — Paris, 181 6, in-12. — 
Nombreuses réimpressions. — La 
dernière édition, la meilleure et la 
plus curieuse de toutes, est celle 
donnée par M. A. Quantin. (Paris, 
1878), avec préface de M. J. Pons. 

Ce roman célèbre est, comme on 
sait, la peinture à peine idéalisée de 
la jeunesse de l'auteur, de ses erreurs, 
des entraînements de son caractère et 
de ses efforts pour y échapper. Dans 
sa piquante, mais un peu indiscrète 
introduction, intitulée « Les femmes 
d'Adolphe, » M. J. Pons a enregistré, 
avec une inexorable exactitude les fai- 
blesses de l'héroïne du rom.an, Eléo- 
nore, autrement dit M^e de Staël; il 



LES LIVRES A CLEF 



10 



n'est plus possible d'ignorer mainte- 
nant qui précéda Adolphe, ou, si l'on 
aime mieux, Benjamin Constant et qui 
lui succéda. Ce livre est, du reste, fort 
bien analysé dans la a Revue des 
Romans » (T. 1, pp. 144, 145.) En 
somme, on l'a considéré comme une 
sévère réplique à Cor/)»2e et à Delphine, 
ces deux roman» célèbres, dans les- 
quels Moie de Staël passe pour s'être 
dépeinte elle-même, mais en ?,'idéali- 
sant beaucoup, si l'on peut ainsi par- 
ler. 

ADOLPHE ou LA PRÉDICTION 

ACCOMPLIE, roman devenu histo- 
rique, par M""^ Grandmaison Van- 
Esbecq. — Paris, A. Costes, 18 14, 
2 vol. in-i2. 

La première édition de ce roman 
(Paris, Lepetit, 3 voL in-12) parut 
en 1797, sous le titre « d'Adolphe 
ou la Famille malheiweuse. » 

« Dans un cadre fabuleux et sous 
des noms supposés, dit Girault de 
Saint-Fargeau, l'auteur retraçait une 
partie des revers de la famille des 
Bourbons. Mn>e la duchesse d'Angou- 
lême voulut bien accepter la dédicace 
de la nouvelle édition, où elle est 
représentée sous les noms de Ma- 
thilde, princesse de Lombardic. Ma.- 
thilde éprouve de grands malheurs; 
elle est en proie à une foule de vicissi- 
tudes, et son existence, un peu aven- 
tureuse, n'a pas un rapport très mar- 
qué avec les infortunes de la fille de 
Louis XVI; mais en dépouillant cette 
princesse du rang suprême, et en la 
plaçant dans l'obscurité, l'auteur a 
soigneusement retracé les vertus, la 
pieuse résignation, le dévouement de 
la princesse à laquelle il est fait allu- 
sion. » 

ADONIDE, nouvelle historique, 
par Edme-Théodorc Bourg, plus connu 



sous le nom de Saint-Edme. — Paris. 
Tenon, Pigoreau, 1825, in-12, 
3 fr. 50. 

« C'est, dit Quérard, sous des noms 
supposés, l'histoire de l'empoisonne- 
ment de M™' la comtesse Cerzé-Lusi- 
gnan, attribué au mari de cette dame 
et à M""* la duchesse de Bellune.» 
Rédigée sur les mémoires du jeune 
officier, époux de la victime, elle 
donne, sur les événements antérieurs, 
des détails qui éclaircissent plusieurs 
points de cette déplorable affaire. 
(Voir les journaux du temps et aussi 
la « Revue des Romans ». T. II, 
pp. 244-245.) 

ADVANTURES (lEs) D'iRCANDRE ET 

soPHONiE, par Humhcit. 

Voir : Cléodonte et Hermelinde. 

ADVANTURES (LES) DE LA 
COUR DE PERSE, divisées en sept 
journées, où, sous des noms estran- 
gers, sont racontées plusieurs 
histoires d'amour et de guerre arri- 
vées de nostre temps, par /. D. B. 
— Paris, chez Nicolas de la Vigne, 
près la Porte Saint-Marcel. 1629, 
in-4, et Paris, 1629; Pomeray, 
in-8. 

Les initiales J. D. B,, désignent 
Jean Baudouin, qui a signé l'épître 
dédicatoire « à Monsieur Scarron, sieur 
deVaure, » cousin-germain du célèbre 
et malheureux Paul Scarron; mais 
Jean Baudouin n'a été que l'éditeur 
de ce livre, dont l'auteur véritable est 
Mi'e de Guise {Louise-Marguerite de 
Lorraine), devenue plus tard princesse 
de Conti. C'est ce qui résulte d'un 
excellent travail de M. Paulin Paris, 
publié dans le « Bulletin du Biblio- 
phile » (juin i852, pp. 820-828). Dans 
cette étude, le savant et regretté litté- 



II 



rateur a complètement analysé « les 
Advantures de la Cour de Perse », où 
figurent, sous des noms supposés, les 
plus grands personnages de la Cour 
de France, sous Henri III et sous 
Henri IV. La scène"" est placée en 
Ecosse, peu de temps après le retour 
de la belle reine Marie Stuart, veuve 
de notre roi François II. Ceci dit, tout 
lecteur attentif, un peu au courant 
des chroniques de l'époque, formera 
aisément la clef de cette prolixe narra- 
tion: Ainsi, le roi Ai-taxe)'xès, c'est 
Henri III; Ergaste, Henri IV; la prin- 
cesse à' Alexandrie, la duchesse de 
Guise, veuve du « Balafré », et mère 
d'Alcidor, le duc de Guise; Floridan, 
le prince de Joinville; Flovi:{el, le 
chevalier de Guise; Daphnide, Louise- 
Marguerite de Guise, femme, puis 
veuve du prince de Conti, amante et 
secrète épouse de Bassompierre, auteur 
de ce récit ; Stéphanie , Gabrielle 
d'Estrées; Cloridan, le duc de Belle- 
garde ; Olinde, la comtesse de Guiche; 
le prince Trophile, le duc deMa)-enne; 
le duc de Liicée, le prince de Conti; 
Daphnis ne peut être que Bassom- 
pierre. (Pour plus de détails, voir le 
travail précité de M. Paulin Paris et 
« l'Intermédiaire » du lo mars 1876.) 

ADVHNTURES (LES) DE MÉ- 
LINDOR ET D'AMASIE. — Paris, 
1634, in-8. 

Réimprimé sous le titre : « les 

INTRIGUES DE LA COUR. » Pâris, 

Soubron, 1636, in-8. 

D'après la « Bibliographie Gay » 
(t. I, p. 36), ce roman, dont l'auteur 
n'est pas cité, serait un recueil de 
récits scandaleux, dans lesquels figu- 
rent, sous des noms supposés, des 
personnages de la Cour de Louis XIII. 

ADVENTURES OF AN IRISH 
SMOCK, interspersed with anec- 
dotes of a nankeen pair of breeches. 



LESLIVRESACLEF 12 

- London, Kandall (1785 ?) 2 voL 



111-12. 

Cet ouvrage contient le récit d'une 
grande variété de liaisons curieuses 
entre les filles les plus célèbres et les 
beaux garçons de Londres. Suivant 
l'usage anglais, un grand nombre' de 
noms ne sont désignés que par leurs 
initiales. Ainsi, on y trouve les in- 
trigues privées de Lady 1^^....., de 
M"" N..,.. etc., etc. Tout cela est loin 
d'être édifiant; on sait que Smock 
veut dire une chemise de femme et 
que des breeches signifient une paire 
de culottes. (Bibliographie Gay, t. I, 
p. 36). 

Adventures (the) of four years. 
Voir : Abdicated Prince. 

ADVENTURES OF PEREGRINE 
PICKLE : in which are included the 
memoirs of a lady of quality. — 
London, 1751, 4 vol. in- 12 (par 
Tobias SmoUett). Très souvent réim- 
primé et traduit en français par 
Toussaint. (Paris, 1753, 4 vol. 
in-i2. ) 

« Dans cet ouvrage, dit la biographie 
Michaud, Smollett visant au succès le 
plus honteux n'a pas craint de flatter 
le goût d'une certaine classe de lecteurs 
pour les obscénités. On y lit, sous le 
titre de Mémoires d'une Dame de 
qualité, l'histoire de Lady Vane. Cette 
femme, connue alors pour sa beauté 
et ses intrigues galantes, non-seule- 
ment fournit au romancier des maté- 
riaux pour retracer sa propre turpi- 
tude, mais lui ht même un présent 
considérable en retour de sa complai- 
sance. Le cri qu'éleva la saine partie 
du public contre cette production 
monstrueuse engagea l'auteur à don- 
ner une nouvelle édition, purgée des 
scènes qui avaient causé du scandale. 



LES LIVRES A CLEF 



14 



Les aventures de Lady Vane, nommée 
Lad)'- Frail, dans le roman, forment 
le chapitre lxxxi de l'ouvrage. Lowndes, 
(Bibliographer's Manual, p. 2433), 
cite quatre des principaux écrits aux- 
quels ce scandale a donné lieu. 

Indépendamment de Lady Vanc, 
SmoUett a mis encore en scèned'autres 
personnages réels dans son « Pere- 
grine Pickle ». Tels sont, notamment 
Yinimitable Palette, le pédant Docteur 
Akenside, les marins Triinnion, 
Pipes et Hutchway, le chevaleresque 
Mac-Kerclier, etc., etc. 



ADVENTURES OF RODERICK 
RANDOM (by Tohias Smolktt). — 
London, 1748, 2 vol. in-12. Réim- 
pressions innombrables depuis cette 
première édition. 

Traduit en français par Hcman- 
dc:(. — Paris, 3 vol. in-12, 1760. 

Cet ouvrage est le plus connu des 
romans de Smollett, et peut-être celui 
de tous les romans de cette époque 
qui eut le plus de vogue. On peut le 
considérer comme une imitation de 
Le Sage. « On imagina généralement 
que Smollett décrivait sous le voile de 
la fiction, les aventures de sa jeunesse; 
mais le public étendit les applications 
des caractères de ce roman beaucoup 
plus loin, peut-être, que l'auteur ne 
l'avait voulu : on retrouva, dans la 
partie occidentale de l'Ecosse , les 
originaux de Gawkey, Crabbe et 
Polion; Mistress Smollett futreconnuc 
sous les traits ds Narcissa, et l'auteur 
sous ceux de Roderick Random (iden- 
tité qui n'admet pas de doute.) Un 
relieur et un barbier, amis de Smollett 
pendant son enfance, se disputèrent 
l'honneur d'avoir fourni le modèle de 
ce Strap si dévoué, si bon et si géné- 
reux dans sa simplicité, et les deux 
capitaines de vaisseau, sous lesquels 
Smollett avait servi , furent dési- 



gnés sous les noms déshonorants 
de Oakiim et de Whifle. » (Girault de 
Saint-Fargeau. Revue des Romans, 
t. II, p. 3o5.) 



yENEŒ SYLVII, poetœ senensis, 
DE DUOBUS AMANTIBUS EURIA- 
LO ET LUCRETIA OPUSCULUM. 
S.-L.-N.-D. (Cologne, Ulric Zell, 
vers 1470), in-4° de 36 f. 

Telle est l'édition originale de ce 
célèbre petit ouvrage, si souvent 
réimprimé, avec des modifications de 
titre, et plusieurs fois traduit en 
français, notamment comme suit: 

L'histoire de Eurialus et Lu- 

CRESSE, VRAYS AMOUREUX , SClon 

Pape Pic. S.-h.-'^.-Y). (Paris, Vérard, 
1493), in-folio goth. de 93 ff. Tra- 
duction envers attribuée à Octavien 
de Saint-Gelais. (Voir pour les édi- 
tions et traductions le « Manuel du 
libraire. ») 

^neas Sylvuis Piccolomini, depuis 
pape sous le nom de Pie II, est l'au- 
teur de cette nouvelle, écrite en latin, 
avec pureté et élégance ; il l'écrivit à 
Vienne, en 1444, c'est-à-dire quatorze 
ans avant son avènement au pontifi- 
cat. C'est le récit d'un événement 
arrivé à Sienne, dix années aupara- 
vant. Eiiryale et Lucrèce ne sont point 
des êtres imaginaires, non plus que le 
mari de cette dernière Menelai, qui 
futdupé et pendant longtemps, malgré 
sa jalousie. Pie II, arrivé à la tiare, ne 
désavoua jamais cette œuvre de sa 
jeunesse et se borna à déplorer l'abus 
de son talent en une espèce si étrange 
pour un futur pape. Les vieilles 
chroniques siennoises donneraient 
peut-être la clef de ce célèbre ro- 
man. 



15 



LES LIVRES A CLEF 



i6 



AgATHANDER PRO SEBASTAVINCENS. 

Voir : Pomeris. 



AGESILAS ET ISMENIE, nou- 
velle restée inédite; il en existe une 
copie manuscrite à l'arsenal et une 
autre à la Bibliothèque nationale. 

« Les prétendues amours de M"^ de 
Longueville et de Coligny et le duel 
malheureux de celui-ci avec le duc 
de Guise, qui occupèrent la cour et 
les salons à la fin de 1643, furent ra- 
contées sous le voile transparentd'une 
nouvelle que M. Cousin a découverte 
et analysée. (La jeunesse de Madame 
de Longueville, chap. III.) Le vrai y 
est mêlé au faux ; il est facile d'en 
avoir la clef: 

Isménie, — M""" de Longueville; 

Agésilas, — Coligny; 

Amilcar, — le duc de Longueville; 

Roxane, — M""= de Montbazon ; 

Antenor, — le prince de Condé; 

Simiane, — la princesse de Condé; 

Maj-comir, — le duc d'Enghien ; 

Flori:^el, — le duc de Guise ; 

La reine Amala^onthe, —Anne d'Au- 
triche; 

Théodate, — d'Estrades; 

La place des Nymphes, — la place 
Royale. 

(Quérard. — Essai sur les livres à 
clef, p. 12.) 

II serait à désirer qu'on publiât ce 
joli récit et surtout qu'on en décou- 
vrît l'auteur. » 

AGONIE DE MADAME DE P... 
Son acte de contrition et son réta- 
blissement par le moyen du vi- 
naigre des Quatre-Voleurs, distillé 
par G... Londres (Paris), 1789, 
in-8 de 8 p. 

Ce pamphlet, dirigé contre Madame 
de Polignac, est de Gosse/, suivant une 



note du catalogue de M. de T...cy 
(Paris, 1864, n° 601). Il est également 
cité dans le catalogue Leber (t. IV, 
p. 201), qiii fait connaître encore 
plusieurs autres libelles contre cette 
malheureuse duchesse et notamment : 

Boudoir de madame la duchesse 
DE P***, in-8. 

Maladie de la duchesse de P*** 
qui a infecté la Cour, Versailles et 
Paris (lySç), in-8. 

La dernière ressource de madame 
de p***, in-8. (Voir pour ces écrits : 

la Messaline française). 

Agonie, mort et descente aux 

ENFERS. 

Voir: Ordonnance de police. 

AGRÉABLES (LES) DIVERTISSE- 
MENTS DE LA TABLE ou les 
règlements de l'illustre Société des 
frères et sœurs de l'ordre de Mé- 
duse. A Lyon, chez André Laiirens, 
seul imprimeur ordinaire de la ville, 
rue Raisin, à l'ange Gabriel, 
MDCCXII, in-i2 de 64 p., avec 
figures de Bouchet, surnommé l'Afri- 
cain Médusien. 

Le catalogue Leber (n° 2,629) cite 
une autre édition : 

« Les divertissements de la 
TABLE OU réglemens de l'illustre 
société des frères et sœurs de l'or- 
dre de Méduse. » Marseille, de l'im- 
primerie de l'ordre. S. D.^ (vers 
1720), in-i2, 64 p., fig. 

« L'ordre de Méduse » était une 
société bachique, fondée à Toulon par 
M. de Vibray, vers i683, et dont le 



17 

poète Vergier fat un des membres les 
plus actifs. (Voir Arthur Dinaux, « Les 
Sociétés badines, bachiques, etc. » 
T. II, pp. 16-25.) Le livre ci-dessus 
décrit rentre dans le cadre de cette 
étude, parce qu'on y trouve, outre des 
chansons et des poésies diverses, des 
portraits en vers des frères et sœurs, 
lesquels sont désignés par des initiales 
ou des surnoms : Le grand Guidon, 
le marquis de S***; le Protecteur, le 
comte de G'**; le frère Judicieux, Ver- 
gier; le frère Distingué, le marquis 
de L"'; on disait l'huile, la lampe, 
lamper, pour le vin, le verre, boire, 
etc., etc. 

AH! aUE L'ON VA RIRE ou 

LES VERTUS DES QUARANTE SANGSUES 

DES FINANCES. A l'hôtel dcs fermes, 
imprimerie de Lamesle (1790), in-8 
de 20 p. 

Ce pamphlet, en vers et en prose, 
est rempli de traits et d'allusions sati- 
riques contre les derniers fermiers 
généraux. 



AIGLE (L') aUI A FAICT LA 
POULE DEVANT LE COCa A 
LANDRECI(i 543). Imprimé à Lyon, 
chez le Prince, près Nostre-Dame de 
Confort, pet. in-8 de 16 ff. à 
23 lignes par pages pleines, imprimé 
en italiques. (En vers). 

Ce petit poème allégorico-satirique 
est de Claude Chappuis, qui l'a dédié à 
François I»', son maître. Il a été réim- 
primé dans la « Bibliothèque elzévi- 
rienne. » (Anciennes poésies, t. IV, 
p. 47-70). Fort élog^eux pour le roi 
de France, cet écrit n'est pas flatteur 
pour Charles-Quint. Voici la clef des 
principales allégories: 

Le Cocq, — c'est François I^r ou la 
France : 



LES LIVRES A CLEF 



18 



U Aigle, — Charles-Quint ou la mai 
son d'Autriche ; 

Le Cerf, — le Pape; 

Le Lion, — l'Espagne ; 

Son fil :{ premier, — c'est le Dauphin, 
plus tard Henri II ; 

Et le second, — c'est le deuxième 
fils de François pr, Charles, duc d'An- 
goulême, puis d'Orléans; 

Le Phénix, — c'est Eléonore d'Au- 
triche, sœur de Charles-Quint, femme 
de François P^ 

AiHCRAPPiH, histoire grecque... 
Voir : Hipparchia ,^ histoire ga- 
lante. . .^^^- >^ tf^-/ 

AITHÉS ou LE HÉROS CHÉRI DES 

DIEUX, une des plus anciennes his- 
toires, imitée des Grecs, contenant 
les hauts faits d'un grand homme, 
son enfance, ses plaisirs, sa poli- 
tique, son élévation et la récom- 
pense de ses vertus; histoire allégo- 
rique, par L.-N. Baudry-dcs-Loiières 
(ou Lauziéres?) Paris, chez Lenor- 
mant (1804), 2 vol. in-12, 3 francs. 

L'allégorie de cet ouvrage est facile 
à saisir; c'est, sous des noms grecs, 
une histoire apologétique du premier 
consul Bonaparte, qui venait d'être 
proclamé empereur. 

ALBION AND ALBANIUS. An 
opéra, hy John Dryden, acted at the 
Théâtre Royal (1685), London, in- 
folio. Set in music by Lev/is Gra- 
bue, esq. 

Allégorie politique qui roule sur les 
menées du fameux Antoine-Ashley 
Cooper, comte de Shaftesbury et de 
ses partisans, en faveur du duc de 
Montmouth. La première représenta- 
tion de cet opéra, qui ne fut joué que 



19 



LES LIVRES A CLEF 



20 



six fois, eut lieu, au dire de Downes, 
le jour même oîi Montmouth débarqua 
à Lyme, sur la côte du Dorsetshire 
(il juin i685). — (« Biographiadrama- 
îica. » T. II, p. 6). 



ALCIMADURE ou le premier mu- 
sicien. Paris, Ouvrier (1802), in-8. 

Ce roman bizarre n'est décrit dans 
aucune bibliographie ; l'auteur n'en 
est pas connu. Il est question, dans 
ce livre, des aventures de quatre 
nymphes: Hyverine, Alcimadure sa 
tille, Albapurine et sa sœur Amaryllis. 
D'après une note insérée dans « l'In- 
termédiaire » (t. XII, p. Sgi), ce ro- 
man est un livre à clef contenant 
d'obscures allusions à Napoléon et à 
d'autres grands personnages de l'épo- 
que ; l'auteur affirme que son récit 
ne contient que des « aventures véri- 
tables bien connues chez les Arca- 
diens. » (Lisez Français ou Parisiens). 



ALERTE ou bruit de recensement 
DANS UNE PETITE VILLE, comédie en 
cinq actes et en vers par M. Barthé- 
lémy Manein. Dessins de M. Gustave 
Dicat. Toulouse, J.-B. Paya, 1842, 
in-8 de 120 p. 

Suivant le catalogue Soleinne 
(n° 3,824), l'auteur de cette pièce 
satirique a mis en scène des personnes 
notables d'une ville du midi, sous les 
noms de Delair, Coligny, Mimique, 
Sarre, La Harpe, etc. Les dessins, 
assure-t-onj reproduisent très exacte- 
ment la ressemblance caricaturale des 
personnages satirisés. Cette pièce a dû 
faire fureur dans son temps, surtout 
avec la clef des noms véritables. 

Alexandre-le-grand , tragédie. 
Voir: Théâtre de Jean Racine. 



ALI LE RENARD ou la conquête 
d'Alger, roman historique, par Ea- 
sèhes de Salles, ancien élève à l'École 
Royale des langues orientales, offi- 
cier supérieur, interprète au quartier 
général de l'armée d'Afi-ique, auteur 
du « Diorama de Londres, y> tra- 
ducteur de lord Byron, etc., etc. 
Paris, Ch. Gosselin, éditeur (1832), 
impr. de Crapelet, 2 vol. in-8, or- 
nés de deux vignettes de Tony 
Johannot, gravées par Perret. 

« Cet ouvrage, publié d'abord par 
fragments dans le journal Le Voleur, 
avec un grand succès, est une sorte de 
roman-panorama des premiers temps 
de la conquête de l'Algérie. Mêlés à 
des personnages imaginaires, les per- 
sonnages réels échappent plus facile- 
ment au blâme et à la critique. Ils y 
échappent d'autant niieux que l'au- 
teur, usant largement et jusqu'au bout 
de la liberté qu'il s'était donnée, les a 
tous débaptisés. Toutefois, un lecteur 
contemporain des faits reconnaîtra, 
sans trop de peine, sous le masque du 
pseudonyme, les généraux en chef 
Bourmont, Berthezène, etc., comme 
aussi les artistes et écrivains attachés 
à l'expédition: Merle, Isabey, Gudin 
et quelques autres. A la distance où 
nous sommes aujoui-d'hui des événe- 
ments, le livre de M. E. de Salles a 
tout l'attrait d'une chronique roma- 
nisée et pittoresque. On y surprend à 
sa source et dans ses causes le péril- 
leux antagonisme des administrations 
civile et militaire. » (Bibliographie 
romantique par Ch. Asselineau, 1874, 
pp. 181 et suivantes.) 

Il faut avouer que les derniers événe- 
ments d'Algérie sont bien de nature à 
remettre en vogue un tel ouvrage, si 
on venait à le réimprimer, surtout 
avec une clef bien exacte. 

ALIDAETDORVAL ou la nymphe 
de l'amstel, députée aux Etats- 



21 



LES LIVRES A CLEF 



22 



généraux, à la recherche de la 
Liberté. A Véropolis (Paris ou 
Amsterdam?) 1785, in- 18. 

Ce livre, non cité par Quérard, in- 
connu à Barbier, est attribué à Alex. 
L. Bertrand Robineait, dit de Beaunoir , 
auteur de nombreuses pièces de 
théâtre et de divers écrits. C'est un 
roman allégorique, dont la clef est à 
trouver et qui se rattache aux pré- 
ludes de la révolution batave. (Cat. 
J, Techener, i858, n° 11,849.) 



ALITOPHILI VERITATIS LA- 
CHRYMyE, sive euphormionis lusi- 
NiNi coNTiNUATio. Genevœ (1624), 
in-i2. Autre édition (1626), in-8, 
sous le masque de Gabriel de Stnpen. 
Réimprimé encore à la suite de 
\' Eiiphonnion de Barclay , Rouen, 
1628, et Lugd. Batav. 1667, in-8. 

Cet ouvrage, comme le sous-titre a 
pu le faire croire, n'est point de Bar- 
clay, mais bien de Claude-Barthélémy 
Morisot, de Dijon, auteur du Perii- 
viana, dont il est parlé plus loin. 
Excité par d'anciens ressentiments 
contre ses premiers maîtres et notam- 
ment contre le Père Monet, qui Favait 
un peu maltraité dans ses classes, 
Morisot écrivit cette virulente satire 
contre les Jésuites, bien facilesà récon- 
naître sous les allusions dont ce petit 
livre abonde. Les Pères, auxquels 
l'auteur avait adressé sa dédicace : 
« Patribus Jesuitis sanitatem, » ne 
purent s'y méprendre et se donnèrent 
tant de mouvement que, par arrêt du 
Parlement de Dijon, en date du 
4 juillet 1625, cette satire fut con- 
damnée à être brûlée par la main du 
bourreau. Morisot n'en mit que plus 
d'ardeur à en donner une seconde 
édition. Les Jésuites ne lui pardon- 
nèrent jamais ces attaques, et, par la 
main du P. Théophile Raynaud, lui 



tirent une belle épitaphe, se terminant 
par cette pointe assez mauvaise: 

(( Vivcre qui renuit sapiens, vult ille 
Mori sot. » 



ALIZON, comédie (en 5 actes et 
en vers, dédiée cy-devant aux jeunes 
veuves et aux vieilles filles, et à 
présent aux beurières de Paris, par 
L.-C. Discret. Seconde édition. Pa- 
ris, Jean Guignard (1664), in- 12 de 
6 f. et 82 p. 

Cette pièce fort rare, dit le cata- 
logue de Solcinne (n° 1161), doit être 
accompagnée de deux jolies estampes 
qui représentent les principaux per- 
sonnages de la comédie et dame 
Alizon, mais qui ne se trouvent que 
dans bien peu d'exemplaires. « Une 
dame de mes amis, dit l'auteur, 
m'ayant fait le récit des grotesques et 
véritables amours de la vefve d'un 
pauvre bourgeois de Paris, j'en ai 
traicté l'histoire en rime, sous le nom 
d' Alizon fleurie, avec des paroles les 
plus approchantes de la sorte de par- 
ler des personnages. » 

On ne saura certainement jamais le 
nom véritable de darne Alii^on, non 
plus que ceux des autres personnages 
de la pièce, qui doit être classée 
cependant parmi les ouvrages à clef. 

Allainvalliana. Voir: Ana.. 



Allées (les). Voir 
nade du sceptique. 



La Promc- 



ALMANAC (L') DES BELLES 
(pour l'année 1676), par P. Cor- 
neille de Blessehois (sic) , en vers. 
34 pages, y compris le titre et 
l'épître à Mesdemoiselles dcjearny, 



LES LIVRES A CLEF 



en 2 f. plus un f. blanc, petit in-12, 
front. 

Ce petit ouvrage forme la première 
partie des « œuvres satiriques de 
P. Corneille de Blessebois. » Leyde, 
1676. Divers personnages mis en scène 
sont affublés de noms d'animaux; 
ainsi: La Corneille, c'est C. Blessebois 
lui-même ; Le Coucou, M. de Verdun ; 
le Serpent bleu qui se roule dans Vor, 
c'est Colbert, intendant d'Alençon. 
(Allusion à la couleuvre, coluber, qui 
se trouve dans les armes de cette 
famille). Cette petite pièce est fort 
rare, comme le sont d'ailleurs la 
plupart des écrits de cet auteur. (Voir 
la notice de M. E. Ciéder, sur la vie et 
les ouvrages de Corneille Blessebois). 
Elle est, du reste, assez insipide et ne 
vaut pas les hauts prix qu'y mettent 
certains amateurs. On l'a réimprimée 
à Bruxelles, en 186G, avec le Rut ou 
la pudeur éteinte. 

ALMANACH DE L'ANNÉE 1721, 
in-4. Délicieux manuscrit sur vélin, 
exécuté pour la petite fille du grand 
Condé, la célèbre Duchesse du Maine, 
recouvert d'une riche reliure « à la 
Ruche (allusion à « l'ordre de la 
mouche à miel »), et qui figurait 
sous le n" 74, dans le catalogue de 
la troisième vente Ambroise-Firmin 
Didot(juin 1881). 

Les sept feuillets de cet almanach 
poétique et satirique sont remplis 
d'allusions malicieuses et piquantes 
dont la publication jetterait sans 
doute beaucoup de lumières sur cer- 
taines particularités de la petite cour 
de Sceaux. Ce curieux manuscrit n'a 
jamais été publié; s'il l'est un jour, 
il aura besoin d'une bonne clef ; sans 
cela, bien des choses resteront inintel- 
ligibles. S'il n'est pas difficile, en effet, 
de reconnaître Louis XV dans le roi 



24 

des lis, et la duchesse du Maine elle- 
même, dans la reine des Sébusiens, il 
est moins commode de savoir ce que 
désignent les mots Pinalogo'is etLaka~ 
notrophos, ou de retrouver les vrais 
noms de Jacques très noir à la longue 
barbe, de la très grande et vertueuse 
dame qui enseigne la langue latine en 
faisant savoir que cornu est indécli- 
nable; de la gentille comtesse à con- 
science timorée, et de résoudre enfin 
vingt autres énigmes satiriques qui 
visaient les plus hauts personnages de 
la galante société de Sceaux. 

ALMANACHDELA COUR POUR 
L'AN 1649, ^^^^ P^"* maistre 
François Le Gautier, grand spécula- 
teur des choses présentes. Paris, 
1649, pet. in-4 de 6 P- — On connaît 
deux autres éditions, sous la même 
date, de 6 et 7 p. , avec le nom de 
Le Vcritier. 

Cet almanach n'est autre chose 
qu'une mazarinade ; on a voulu sans 
doute ridiculiser François Vautier, 
médecin de Louis XIV. On y met allé- 
goriquement en scène les principaux 
personnages du temps, ainsi: 

Janvier est représenté par Mazarin ; 

Février — • — Gaston d'Orléans; 

Mars — — Condé ; 

Avril — — le prince de Conti ; 

Mai — — Longueville ; 

Juin — — les princes lorrains; 

Juillet — — Chavigny ; 

Août — — La Meilleraj-e ; 

Septembre — — Grammont ; 

Octobre — — Villeroy ; 

Novembre — — Le Tellier ; 

Décembre — — La Rivière. 

(Voir C. Moreau, « Bibliographie des 
Mazarinades, » t. I, p. 33.) 

ALMANACH DU DIABLE, conte- 
nant des prédictions très curieuses 
et absolument infaillibles pour 
l'année 1737. Aux enfers (Hollande), 
in-i8 de 60 p., très rare. 



25 Ll^S LIVRES A CLEF 

Nouvelle édition, augmentée de 
plusieurs fautes qui ne se trouvent 
pas dans les précédentes. Aux Enfers 
(1738), in-i2. 



26 



On joint, mais bien difticilement, à 
ce petit écrit, les opuscules suivants : 

Extrait de l'almanach du diable 
(1737 ou 1736?) S. L., pet. in-i2. 

Clef des prédictions carmini- 

FIQUES de l'almanach DU DIABLE. De 

l'Enfer, par un courrier extraordi- 
naire (1737), pet. in-i2. 

La critique et contre-critique 
DE l'almanach DU DIABLE, pour l'an- 
née 1737. Imprimé aux Enfers, pet. 
in-i2. 

La clef de l'almanach du diable, 
pour l'année 1738. Aux Enfers, 
pet. in- 12. 

On n'est pas exactement fixé sur le 
véritable auteur de « l'Almanach du 
Diable. » Barbier et la « Biographie 
Michaud» secontredisent sur plusieurs 
points ; seul, Quérard, dans sa « France 
littéraire » se montre plus afïirmatif 
que les autres bibliographes : « Cet 
ouvrage, dit-il, publié sous le pseudo- 
nyme de M. de Castres du Camay, » 
est des frères Quesnel de Dieppe, écri- 
vains satiriques, dont l'un, auteur de 
« l'Almanach du Diable, » mourut à 
la Bastille, vers 1739, l'autre, nommé 
l'abbé Pierre Quesnel et que Feller 
surnomme Bénard, mourut à La Haye 
en 1774. Les auteurs de la « Biogra- 
phie universelle » ont fait de ces deux 
frères un seul et même personnage. » 
Quoi qu'il en soit, ce livret rempli de 
faits, d'anecdotes méchantes et de 
traits satiriques sur plusieurs person- 
nages de la Cour, sur des prélats et 
de beaux esprits, fit beaucoup de 



bruit; la police le rechercha et fit 
détruire tous les exemplaires qu'elle 
put saisir, plusieurs libraires furent 
inquiétés; deux ou trois auteurs sus- 
pects furent incarcérés. Ces poursuites 
firent qu'on rechercha davantage ce 
libelle qui fut réimprimé ; les exem- 
plaires de cette contrefaçon sont 
aujourd'hui moins estimés que ceux 
de l'édition originale; aussi l'édition 
première atteint-elle des prix toujours 
assez élevés, surtout quand une clef, 
manuscrite ou imprimée, est jointe 
aux exemplaires. 

Ajoutons qu'aux pièces énumérées 
plus haut et qui servent de complé- 
ment à « l'Almanach du Diable, » on 
en peut joindre une autre fort rare, 
citée au catalogue Leber; destu VAl- 
manach de Dieu. » Au ciel, 1738, petit 
in-i2. 

AlMANACH pour l'an de GRACE 

1798. Voir: Etrennes aux amis du 



Alosie ou LES AMOURS Voir .' 

Lupanie, Histoire amoureuse 

AMANTS (LES) DÉSESPÉRÉS ou 
LA COMTESSE d'olinval, tragédie 
bourgeoise en 5 actes, en prose, 
par Jcan-François-Dieudonnè Mau- 
comhlc. Amsterdam et Paris, Dela- 
lain, 1768, in-8. 

L'auteur, dans sa préface, fait l'éloge 
de la tragédie bourgeoise qui était 
devenue à la mode, depuis les drames 
de Diderot. Il a retracé dans cette 
pièce, sous des noms supposés, l'his- 
toire de l'infortunée Anne-Elisabeth 
de Rossan, marquise deGanges, assas- 
sinée par ses beaux-frères, l'abbé et le 
chevalier de Ganges. Maucomble a 
rendu cette histoire, qui s'était tra- 
giquement dénouée l'année précé- 



27 

dente devant le Parlement de Toulouse, 
plus horrible et plus révoltante peut- 
être, en disposant les événements pour 
le théâtre. (Voir, pour les détails de 
cette épouvantable affaire, la « Biogra- 
phie Michaud, » t. XVI, p. 420-422, et 
aussi t. XXVIl, p. 492.) 

AMARANTHE (L') de Gomhanld, 
pastorale en 5 actes et un prologue, 
en vers. Paris, François Pomeray 
(163 1), in-8 de 14 f. et 160 p., 
premier titre gravé, assez rare. 

Le savant rédacteur du catalogue de 
Soleinne fait remarquer (n° 1,084) Q^^ 
l'auteur dédie à la reine cette pasto- 
rale, « qui n'est faite que pour elle, 
et que toutes sortes de considérations 
rendent sienne. » M. Lacroix en con- 
clut qu'il est possible que Jean Ogier 
de Gombauld ait voulu faire allusion 
à l'amour d'Anne d'Autriche pour le 
duc de Buckingham,mis en scène sous 
les noms à'Amaranthe et d'Alexis, 
amour qui n'était alors un secret pour 
personne à la Cour, et qui survivait 
à ce seigneur anglais, mort assassiné 
en 1628. Après avoir lu l'analyse de la 
pièce donnée dans la « Bibliothèque 
du Théâtre français, » (t. II, p. 299), 
j'avoue être peu disposé à accueillir 
cette opinion. L'allégorie serait alors 
singulièrement entortillée et bien 
moins vraisemblable que l'allusion 
aux mêmes faits, contenue dans un 
roman du même Gombauld, VEndy- 
mion, dont il est parlé plus loin. 

Ambitieux (l') et l'indiscrète. 
Voir: Le philosophe marié. 

AMI (L') DE LA FORTUNE ou 

MÉMOIRES DU MARQUIS DE S. A'^**. 

Londres. Jean Nourse (Hollande), 
1754, 2 part, en un vol. pet. in-12. 

Les « Supercheries littéraires » t. JII, 
col. 492) attribuent formellement cet 



LES LIVRES A CLEF 



28 



ouvrage à J. -Henri Maubert de Goii- 
vest ; l'abbé Sépher, dans ses notes 
manuscrites sur la « Bibliothèque des 
Romans » de l'abbé Lenglet-Dufres- 
noy, prétend que ce livre est rare, et 
qu'il renferme, sous des noms sup- 
posés, l'histoire particulière du cardi- 
nal de Fleury. Suivant M. P. Lacroix 
(Bulletin du Bibliophile), ces curieux 
mémoires que lemarquis de Saint-A'**, 
mort en 1746, d'une maladie de lan- 
gueur, aurait écrits pendant les cinq 
mois que dura cette maladie, ne sont 
pas aussi romanesques qu'on pourrait 
le penser d'après le nom de l'éditeur 
Maubert de Gouvest. On y trouve des 
détails fort intéressants sur le minis- 
tère du cardinal de Fleury, mêlés à 
des anecdotes piquantes, telles que 
l'aventure du procureur fouetté par sa 
femme (2" partie, pp. lyS et sui- 
vantes). C'est là un petit livre qui 
mériterait de trouver place dans la 
« Bibliothèque historique de la 
France. » C'est encore un livre à clef, 
mais qui pourra en dévoiler les 
masques .'' 

AMILEC. S. 1. n. d., in-12 de X. 
126 p. fig. 2" édition : Somniopolis, 
chez Morphée, 1754, in-12. y édi- 
tion : AMILEC ou LA GRAINE D'HOMMES 
QUI SERT A PEUPLER LES PLANETES. 

iii^ édition, augmentée, et très con- 
sidérablement. A Lunéville (capitale 
de la Lune), aux dépens de Ch. Heu- 
géne, à l'enseigne de Fontenelle. 
(Paris, Lambert). S. D. (1754),- 
3 part. pet. in-12. 

Ce roman allégorico-satirique est 
de Charles-François-Tiphaigne de La 
Roche. Les deux dernières éditions 
sont augmentées de quelques cha- 
pitres supplémentaires, sous le titre 
de « Relation du voyage d'un sublu- 
naire à la Lune. » C'est, sous la 
forme d'un songe, la critique des fai- 



29 



LES LIVRES A CLEl- 



iO 



seurs de systèmes, si nombreux au 
xviii" siècle, et la satirede divers états. 
Cet écrit, trop oublié aujourd'hui, et 
relégué, en raison de son second 
titre, dans Venfer des bibliothèques, 
mériterait maintenant encore une 
étude particulière, non-seulement à 
cause des allusions qu'il contient, 
mais aussi pour les idées qu'il ren- 
ferme. Il présente, dans un cadre 
bizarre, mais ingénieux, une vive et 
piquante satire de la société, au com- 
mencement'du xvin" siècle, et est d'ail- 
leurs aussi sagement pensé que bien 
écrit. Il n'y a pas que Hughens et 
Fontenelle, tous deux auteursdetraités 
sur la pluralité des mondes, qui soient 
visés par Tiphaigne dans « Amilec. » 
Un lecteur attentif et un peu versé 
dans l'histoire de cette époque, peut 
aisément reconnaître les personnages 
et les objets satirisés par le savant 
docteur. 

Tiphaigne de La Roche qui a publié 
plusieurs ouvrages, dont quelques-uns 
sont très sérieux, affectionnait le genre 
de l'allégorie, qui lui était commode 
pour formuler ses idées parfois sin- 
gulières. Entre autres écrits composés 
de cette manière, il faut citer: 

— GiPHANTiE. — La Haye (Paris), 
1760, 2 part., pet. in-8. 

— Histoire des Galligènes ou 
MÉMOIRES DE DuNCAN. — Amster- 
dam (Paris), 1765, 2 part, in-12. 

— L'empire des Zaziris sur les 

HUMAINS ou LA ZazIROCRATIE. -— 

Pékin (Paris), chez Dsmgtlfpqxz 
(1761), in-12, ouvrage très bizarre, 
pastiche ou plutôt satire des écrits, 
dans le genre du « comte de Gaba- 
lis. » 

— La Girouette ou Sans-Frein, 
histoire dont le héros fut l'inconsé- 
quence même. Paris, Humaire, 1 770, 
in-12. 



Il faut consulter sur Tiphaigne et 
sur ses écrits l'excellente « élude bi- 
bliographique » publié par M. Mancel. 
(Gaen, Hardel, 1845, in«8 de 38 p.) 

AMITIÉ (L') DÉSUNIE PAR 
L'AMOUR ou LES DEUX veuves in- 
fortunées, manuscrit in-4, inédit. 

D'après une note insérée dans le 
« Bibliophile belge, » ce roman a pour 
auteur le dernier prince de Gavre, 
décédé à La Haye, le 2 août i832. 
Après la mort de l'auteur, le manus- 
crit devint la propriété du célèbre 
bibliophile T. de Jonghe, puis, à la 
mort de ce dernier, fut acheté pour la 
modeste somme de 21 francs (!), par 
la bibliothèque royale de Belgique. 
Au bas du titre, le prince de Gavre 
avait écrit cette note : a Cette histoire 
est exactement arrivée ; l'auteur a 
seulement changé les noms des 
personnes. » On a donc lieu de croire 
que ce sont des mémoires personnels 
déguisés; mais qui pourra jamais en 
donner la clef i 

AMOUR (L') AMANT. Paris, 
Olivier de Varennes (1664), pet. 
in-12 de 77 p. ; 

2^ édition, Paris, même année ; 

3^ édition, Paris (1667), pet. in-12 
de XII, 107 p. ; 

4^ édition avec des changements. 
Lyon (1696), André Molin, in-12 
de XIV, 176 p. 

M. P. Lacroix, dans le « Bulletin 
du Bibliophile » (septembre 1860, 
p. i^yS), a consacré une notice très 
intéressante à ce curieux ouvrage : 
« Ce petit roman, dit-il, écrit dans le 
genre précieux et rafhné, est sans 
doute fort rare, bien qu'il ait eu au 
moins 4 éditions; on le cherche vaine- 
ment dans la plupart des catalogues 
du dernier siècle. Il eut une cer- 
taine vogue à la Cour; on voulut, 



LES LIVRES A CLEF 



paraît-il, y découvrir des allusions à 
l'amour de Lauzun pour M"" de 
Montpensier, petite-lille de Henri IV. 
L'auteur de ce roman, mélangé de 
prose et de vers, devait être un pro- 
tégé et peut-être un domestique de 
M"' de Montpensier, l'héroïne suppo- 
sée du livre, sous le nom d\ispasie. 
Malgré toutes ses recherches, le savant 
M. Lacroix n'a pu découvrir de quelle 
plume est sorti ce petit livre, dans 
lequel V Amour Amant semble être la 
personnification allégorique du beau 
duc de Lauzun. » 

AMOUR (L') D'UN MONSTRE, 
scènes de la vie créole, par Frédéric 
Bouyer. Roman publié en 28 feuille- 
tons, dans le journal parisien 
V Evénement, du 18 juillet au 14 août 
1866. 

« L'auteur, capitaine de frégate,qui a 
publié, en 1867, un ouvrage fort inté- 
ressant sur la Guyane française, a 
dédié son livre à M. Toussenel. Je 
trouve dans la « Bibliographie cu- 
rieuse », laissée en manuscrit par le 
regretté M. E. Tricotel (t. IX, n° 23 1), 
l'analyse suivante de « l'Amour d'un 
monstre. » La scène se passe dans la 
Guyane française; le lieutenant de 
vaisseau Maurice aime Julienne, une 
jeune créole; il est sur le point de 
l'épouser lorsqu'elle est enlevée et 
violée par le Rongou D'Chimbo qui 
l'emporte dans les bois [Les Rongous 
sont des émigrants africains qu'on em- 
ploie pourles travaux dans ce pays de 
feu ; ils sont redoutables pour les 
Européens). On retrouve tardivement 
Julienne qui meurt de chagrin; déses- 
poir de son amant; D'Chimbo est 
guillotiné le 8 janvier 18G2. » 

Histoire absolument vraie, dit l'au- 
teur, il n'a fait que changer les noms 
des principaux personnages. 

AMOUR (L') DE L'ARGENT, par 



Louis de Chcrcusac. Roman publié 
en feuilleton dans le journal Le Gil 
Blas, au commencement de l'année 
1882. 

On trouve dans ce roman de nom- 
breuses allusions au monde de la 
finance et notamment à la catastrophe 
toute récente de la société l'Union 
générale (l'Immense Union). M. Par- 
toux, c'est M. Bontoux ; M. Fedeorth, 
M. Fœder, l'un fondateur, l'autre 
directeur de cette Société; M. Hacht 
est sans doute M. Hirsch, le banquier; 
M. Charles de Savert paraît personni- 
fier M. Savary, directeur de la « Banque 
de Lyon et de la Loire. » 

AMOUR (L') MÉDECIN, comé- 
die. Voir : Œuvres de Molière. 

AMOUR (L') TRIOMPHANT, 
pastorale comique, où soubs les 
noms du berger Pirandre et de la 
belle Orcade du Mont Olympe, sont 
descrites les amoureuses advantures 
de quelques grands princes. Le tout 
enrichi de plusieurs belles remar- 
ques, inventions, histoires, argu- 
ments et discours, tirez de la philo- 
sophie tant morale que naturelle. 
Par Troterel, escuyer, sieur d'Àves. 
Paris. Samuel Thiboust, 1606, in-8. 

Cette pièce en 5 actes, en prose et en 
vers, est dédiée à « Messire Pierre de 
Rouxel, capitaine et gouverneur des 
villes, et chasteaux de Verneuil et 
Argenteu et l'un des lieutenants 
généraux de Normandie. » M. Edouard 
Frère, qui ne cite pas cette pièce dans 
son excellent « Manuel du Bibliographe 
normand, » dit que Pierre Troterel, 
sieur d'Aves, né près Falaise, mort 
vers 1620, est l'auteur de pastorales, 
tragédies et comédies, la plupart plus 



33 

que facétieuses. « Ce sont, ajoute le 
catalogue Soleinne (n" 91 1), de longs 
dialogues, sans action, sur des senti- 
ments de convention, exprimés quel- 
quefois avec délicatesse, et presque 
toujours avec un amas d'images in- 
cohérentes. Le sieur d'Aves est plus 
retenu en prose qu'en vers, parce- 
qu'alors il imite le genre de l'Astrée, 
mais il n'en est que plus ennuyeux. » 
Je n'ai trouvé nulle part la clef de cette 
pièce ; il serait intéressant cependant 
de connaître ces quelques grands 
princes, dont les aventures amou- 
reuses sont mises en scène « soubs les 
noms du berger Pirandre et de la 
belle Oreade. » 

Amours (les) d'^sionne..., par 
Béroalde. Voir : Avantures de Flo- 
ride... 

Amours (les) d'amisidore et de 
CHRYSOLiTHE. Voir : La Céfalie. 

Amours (les) d'aristandre et de 
cléonice. Voir : Histoire tragi-co- 
mique de nostre temps, par d'Audi- 
guier. 

AMOURS (LES) D'EUMÈNE ET 
DE FLORA, ou histoire véritable 
des intrigues amoureuses d'une 
grande princesse de notre siècle. 
Cologne, G. le Sincère (Hollande), 
1705 et 1706, pet. in-i2. (Anonyme 
inconnu à Barbier). 

M. Quérard, sur la foi du titre sans 
doute, avait classé ce roman parmi les 
livres à clef. Le savant rédacteur du 
catalogue Pixérécourt n'a pas partagé 
cette manière de voir. Voici, en eftèt, 
la note qu'il a jointe (n" i,3i8), à la 
description d'un exemplaire portant 
la signature du dramaturge Lachaus- 
sée, qui ne se vendit que 2 fr. : « Le 



LES LIVRES A CLEF 



34 

libraire dit, dans sa dédicace aux 
« dames : C'est une histoire véritable 
« et d'autant plus digne de vous, que 
« l'on y verra un récit exact et curieux 
« des intrigues amoureuses d'une 
« grande princesse de notre siècle 
« qui a fait les délices et l'ornement 
« d'une des plus belles et des plus 
« augustes cours de l'Europe. » Malgré 
cette protestation du libraire, nous 
pensons que ce roman est de pure 
imagination, et qu'on a voulu, par ce 
titre, faire croire qu'il s'agissait des 
amours de Lauzun avec Mademoi- 
selle. » 

En somme, est-ce ou n'est-ce point 
un livre à clef ? Adhiic sub judicelis 
est. Il convient cependant de remar- 
quer que l'hypothèse d'une allusion 
à Lauzun et à M"'= de Montpensier, 
n'a rien d'invraisemblable ; le sujet a 
tenté, à cette époque, plus d'un faiseur 
de romans. 

Amours (les) de alcandre et 
rozorée, etc. Voir : Les Sacrifices 
amoureux. 



AMOURS (LES) DE CHARLOT 
ET DE TOINETTE, pièce dérobée à 
V — Paris (Londres), 1779, 



Odieux pamphlet contre la reine. 
Chariot, c'est le comte d'Artois 
(Charles X) ; Toinette, c'est Marie- 
Antoinette; V , désigne Versailles, 

où la Cour se tenait alors. Le cata- 
logue Leber (n° 2281), donne les 
détails suivants sur cet écrit : « Pièce 
satirique en vers, dont on ne connaît, 
de cette édition originale, que quel- 
ques exemplaires échappés au pilon 
de la Bastille. Quoique ce libelle 
forme à peine 8 pages d'impression, 
l'édition en fut rachetée par ordre de 
la Cour, et payée par Goetzmann, au 
libraire Boissière, à Londres, l'énorme 



35 



LES LIVRES A CLEF 



somme de 17,000 livres. Notre exem- 
plaire est indubitablementde l'édition 
supprimée. On y a joint le dessin, 
attribué à Desrais, d'une « reine cou- 
chée sur un sopha », dessin qui avait 
été particulièrement dénoncéau lieute- 
nant de police, et l'un de ceux qui 
étaient destinés à compléter l'œuvre 
du Libelliste. Ces dessins n'ontjamais 
paru. » 

AMOURS (LES) DE CLIMANDRE 
ET D'ARISTEE , où souz noms 
empruntez sont contenus les amours 
de quelques seigneurs et dames de 
la Cour, par le sieur de Sainde-Su- 
^anne, Xaintongeois. Paris, 1636, 
in-8. 

Ce récit romanesque est fort rare et 
ne peut être cité ici que pour mé- 
moire. Les bibliographes n'en parlent 
pas et son auteur est inconnu à tous 
les biographes. Un exemplaire figurait, 
sous le n° i23o, dans le « catalogue 
raisonné de la bibliothèque d'un châ- 
teau de Lorraine » (Paris, A. Claudin, 
1S62). C'est une clef qu'on ne retrou- 
vera sans doute jamais. 

AMOURS (LES) DE LA BELLE 
DU LUC, où est démontrée la ven- 
geance d'amour envers ceux qui 
médisent de l'honneur des Dames. 
Rouen, 1597, 1613; Paris, 1598; 
Lyon, 1598, 1606, 1625. 

Ce roman, qui est l'œuvre de J. Pré- 
vost, sieur de Gontier, est aujourd'hui 
assez rare. 

Le rédacteur du catalogue Chedeau 
(i865), n° 834 et la « Bibliographie 
Gay » (t. I, p. 176), s'accordent à consi- 
dérer cet ouvrage comme un livre à 
clef. « C'est, disent ces auteurs, le récit 
intéressant d'un événement réel, qui 
se passa sous le règne de Henri III, et 
fit alors beaucoup de bruit. » 



36 
AMOURS (les) de M. D. M. T. P. 

Voir: Lupanie. Histoire amou- 
reuse... 

AMOURS (LES)DE MESSALINE, 

CY-DEVANT REINE DE l'iSLE d'alBION, 

OÙ sont découverts les secrets de 
l'imposture du prince de Galles, de 
la ligue avec la France et d'autres 
intrigues de la cour d'Angleterre, 
depuis ces quatre dernières années, 
par une personne de qualité, confi- 
dente de Messaline, traduit de l'an- 
glais. Cologne, Pierre Marteau (Hol- 
lande), 1689, pet. in- 12 de IV f. et 
184 p., divisé en quatre parties. 
Traduit en allemand (Leyde, 1690). 

Bien que ce libelle soit générale- 
ment attribué à Gregorio Leti, le ré- 
dacteur des « Supercheries » (t. III. 
col. 84-85), ne semble pas disposé à 
adoptercetteopinion.cf Peut-être, dit-il, 
l'assertion des catalogographes qui 
ont nommé Gregorio Leti, serait-elle 
contestable.» La 3f«5(3/znedont il s'agit 
ici, n'est autre que la princesse Eléo- 
nore d'Esté, femme de .Jacques II, roi 
d'Angleterre, alors réfugié à Saint- 
Germain. La troisième et la quatrième 
partie du roman sont consacrées aux 
amours supposés de cette princesse 
avec Louis XIV. « On ne doit pas 
s'imaginer, dit un avis de l'éditeur, 
que la fiction ait quelque part dans 
cette histoire. » Malgré cette affirma- 
tion, cet injurieux libelle n'est qu'un 
tissu de calomnies. 

AMOURS (les) DE SAINFROID, JESUITE 

ET d'eulalie, fille DEVOTE. Voir : 
Thérèse Philosophe. 

AMOURS (LES) DE ZEOKINI- 
ZUL, ROI DES KOFIRANS. Ou- 



37 

vrage traduit de l'arabe du voïa- 
geur Krimlbol. Amsterdam, 1746, 
pet. in-8, et: Amsterdam, aux dé- 
pens de Michel, 1747, in-i6 de 306 
(206) pages. Les 4 dernières pages 
contiennent la clef. 



Ouvrage satirique longtemps attri- 
bué à Crébillon fils, dont on retrouve 
l'anagramme dans le nom du prétendu 
voyageur; mais ce fut encore sous ce 
nom, retourné en celui de Bekriiioll, 
que Laurent Angliviel de La Beau- 
melle, véritable auteur du livre ci- 
dessus, publia,eni748, son cAsiatique 
tolérant. » (Voir ce livre). 

Les « Amours de Zeokinizul » ont 
eu une dizaine d'éditions; la dernière 
est de 1770. 

« Cette relation des amours de 
Louis XV, jusqu'à l'avénement de 
M"" de Pompadour est conforme à ce 
qu'apprend l'histoire; l'auteur y a mis 
fort peu de son imagination et il a 
déguisé les noms sous des travestisse- 
ments anagrammatiques très faciles à 
deviner. La conclusion de son récit 
ne s'accorde pas avec la réalité des 
faits qui devaient se succéder : il 
dépeint le roi comme devant désor- 
mais renoncer au commerce des 
temmes et comme devant se consacrer 
entièrement à son peuple! » 

Voici la clef de ce curieux livret : 

Alniob l'Angleterre. 

Alniobiens les Anglais. 

Anserol [Kam d'). . le duc d'Or- 
léans, 

Bapafis. . , les Pays-Bas. 

Bileb la Bible. 

Dervis Prêtres 0!( Moi- 
nes. 

Duesois Suédois. 

Faqiiirs Moines. 

Ghinoer Hongrie. 

Ginarkaii Carignan. 

Goilaus Gaulois. 

Goplone Pologne. 



LES LIVRES A CLEF 



38 



Gitcrnonies. 
Jeflur. . . . 
Jerebi. . . . 



Imans 

Jiines {Provinces). 



Kalontil 

Kam 

Katenos (Grand- 
Kam de) 



Kelirieu 



Kctras {le Kam de). 



Kigenpi 



Kismare . . . 

Kofir 

Kqfirans . . , 
Kranfs . . . 
Krinelbol. . ■ 
Lenertoula. . 
Leosanil . . . 
Leutinemil . . 
Liamil . . . . 
Liegnelau . . 
Lundamberk 
de] 



(Kam 



Manoris . 
Maresrins 



Meani {Kam de). 



Neitilane. . 
Nhir .... 

Nodais . . . 
Omcriserufs 
Ourtavan. . 
Pemenralt . 
Pepa .... 
Reinarol . . 
Sesems . . . 
Sicidem . . 
Sokans . . . 
Suesi .... 
Tesoidou . , 
Tueska. . . 



Norvégiens. 

Lleuri. 

Ibcric ou Es- 
pagne. 

Prêtres. 

les Provinces 
Unies ou la 
Hollande. 

Chatillon. 

Duc. 

Grand-Duc de 
Toscane. 

le duc de Ri- 
chelieu. 

leducdeChar- 
tres. 

le duc de Pec- 
quini. 

Marquise. 

Paris, 

François. 

Francs. 

Crcbillon. 

la Tournelle. 

Noailles. 

Ventimille. 

Mailli. 

TEvangile. 

leducdeCum- 

berland. 
Romains. 
Germains ou 

Allemands, 
le Duc du 

Maine. 
Italienne, 
le Rhin. 
Danois. 
Sous-Fermiers. 
Vantadour. 
Parlement. 
Pape. 
Lorraine. 
Messes. 
Medicis. 
Saxons. 
Jésus. 
Toulouse. 
l'Escaut. 



39 LES LIV 

Vameric Maurice comte 

de Saxe. 

Visir (un) M. de Maure- 
pas. 

Vorompdap Pompadour. 

Vosaie Savoie. 

Zeokini^id Louis quinze. 

Zeoteiri:çul Louis treize. 

Zokitaresoul .... Louis qua- 
torze. 



AMOURS (LES) DU CHEVALIER 
DU TEL ET DE DONA CLEMEN- 
TINA, histoire nouvelle et véritable. 
S. L., 171 6, pet. in-8 de 103 p., 
rare. 

Ce roman allégorique, ou plutôt ce 
libelle satirique, dont Fauteur est in- 
connu, doit émaner d'une plume jan- 
séniste. Il n'est même pas cité par le 
P. Auguste Carayon, dans sa « Biblio- 
graphie historique de la Compagnie 
de Jésus. » Ce petit ouvrage contient 
de nombreuses allusions aux affaires 
religieuses d'alors. L'auteur a mis en 
scène deux personnages principaux : 
Le Chevalier du Tel, autrement dit le 
Père Le Tellier, ex-confesseur de 
Louis XIV et Dona Clementina, c'est-à- 
dire la fameuse constitution unigeni- 
tus, donné par le pape Clément XI. 

AMOURS (LES) DU GRAND 
ALCANDRE, en laquelle sous des 
noms empruntez se lisent les advan- 
tures amoureuses d'un grand prince 
du dernier siècle. Paris, imprimerie 
de la veuve J. Guillemot, 1652, 
in-4. 

Cet ouvrage est, comme on sait, de 
M"" de Guise, Louise-Marguerite de 
Lorraine, princesse de Conti; cepen- 
dant, iM. Paulin Paris dans le Bulletin 
du Bibliophile (juin 1832, p. ii5), a 
cru pouvoir l'attribuer à Royer de 



RES A CLEF 40 

Bellegarde.Ce roman historique a été 
plusieurs fois réimprimé, soit isolé- 
ment, soit avec d'autres pièces, avec 
quelques variantes dans le titre, 
notamment: « Histoire des amours du 
grand Alcandre » ou « Histoire des 
amours de Henri IV. » Le Manuel du 
Libraire, les Anonymes et Pseudo- 
nymes de Barbier et Quérard, donnent 
sur ses diverses éditions des indica- 
tions très précises ; les éditions de 
Hollande contiennent des substitu- 
tions plus ou moins heureuses des 
noms propres aux noms supposés. 
Outre une première clef, publiée en 
i652,une nouvelle clef des noms prin- 
cipaux a été imprimée, avec l'analyse 
de tout l'ouvrage, dans la Bibliothèque 
universelle des Romans (octobre 1787, 
t. II, p. 80 et suivantes). 

Voici cette clef, pour la partie la 
plus importante du livre, telle que la 
donne l'essai sur les livres à clef de 
Quérard. 

Alcandre, — Henri IV; 

Alemine, — la comtesse de Moret; 

Argie, — Léonora Galigai, maré- 
chale d'Ancre; 

Armise, — Charlotte de Montmo- 
rency, duchesse d'Angouléme; 

Arnède, — Henri de Bourbon, 
évêque de Metz, fils naturel de Henri IV 
et de la marquise de Verneuil; 

Cléandre, — le duc de Guise, assas- 
siné en i588 ; 

Corisande, — Diane d'Andoins, veuve 
du comte de Grammont; 

Grisante, — Gabrielle d'Estrées: 

Dalinde, — la marquise de Villars : 

Damon, — le duc d'Epernon; 

Didelée, — M""" de Simier ; 

Dorinde, — Catherine de Clèves, 
duchesse de Guise; 

Duc de Moravie, — le duc de Mont- 
morency ; 

Duchesse d'Acha'ie, — la duchesse 
de Montmorency; 

Etéocles, — le maréchal de Biron ; 

Fili^el, — Claude de Lorraine, duc 
de Chevreuse; 



41 



LES LIVRES A CLEF 



Florise, — Charlotte de Montmo- 
rency, princesse de Condé; 

Grassinde, — Catherine de Bourbon, 
sœur de Henri IV, et duchesse de 
de Bar ; 

Ismcne, — la marquise de Verneuil; 

Le roi des Asturiens, — Philippe III, 
d'Espagne ; 

Lindamare, — le duc de Longue- 
ville ; 

Lydie, — la marquise de Sourdis; 

Mélisse, — Marguerite de Valois ; 

Napoléon, — Charles d'Humières; 

Olimpe, — Marie de Médicis ; 

Palamède, — le comte de Soissons ; 

Periandre, — Henri III; 

Pisandre, — Concini, maréchal 
d'Ancre ; 

Polidor, — M. de Simier; 

Sertorius, — le duc de Mayenne; 

Scévole, — l'amiral de Villars. 

Un autre système a présidé aux 
noms des localités ; ils sont tout sim- 
plement anagrammatisés : Pédipe, 
Dieppe ; Riole, Loire; Serqiias, Arques; 
Vigenne, Guienne, etc. 



AMOURS, GALANTERIES ET 
PASSE-TEMPS DES ACTRICES, ou 

CONFESSIONS CURIEUSES ET GALANTES 

DE CES DAMES, rédigées par une 

bayadère de l'Opéra. AC opolis, 

1700. (Paris, vers 1833), in-32 de 
96 p. 

Réimprimé en 70 p., à Genève, 
vers 1865. 

« L'auteur suppose qu'à la suite de 
la représentation donnée au bénéfice 
de Lepeintre, aîné^ cet artiste donna 
un dîner à tous ses camarades des 
théâtres de Paris qui lui avaient prêté 
leur concours; au dessert, les hommes 
échauffés par la politique, sont délais- 
sés par les femmes, qui se retirent au 
salon et racontent toutes les anecdotes 
scandaleuses du jour. Ces récits leur 
paraissent fades et inférieurs à leurs 



42 

propres exploits: la vanité l'empor- 
tant sur la prudence, les plus hardies 
commencent le défilé des confessions; 
la célèbre M"" Bourgoin débute par 
des aventures à la hauteur des his- 
toires de l'Arétin; le reste est à l'ave- 
nant, et écrit dans un style plus que 
médiocre. Néanmoins, ce livret serait 
assez curieux, si presque tous les 
noms propres n'étaient défigurés ou 
anagrammatisés. Il faudrait une clef 
pour rendre ces anecdotes intéres- 
santes, w (Bibliophile fantaisiste, i86g, 
p. 332). 

Ajoutons que cette brochure semble 
avoir été faite surtout pour servir de 
prétexte à un album de douze gra- 
vures, plus un frontispice libre assez 
bien exécutés. 



AMSTERDAM HYDROPiaUE , 
comédie burlesque de M. P. V. C. H. 
Paris. Claude Barbin, 1673, pet. 
in-i2 de IV, 52 p., très rare. 

Le savant rédacteur du catalogue 
Soleinne (n° 375o), attribue cette pièce 
facétieuse à un sieur Calotin, avocat, 
auteur d'autres opuscules burlesques. 
L'auteur a eu pour but de satiriser 
vivement la Hollande qui soutenait 
alors, avec ses alliés, une guerre ter- 
rible contre Louis XIV. Cette allégorie 
politique est fort gaie, mais souvent 
très libre et pas mal scatologique. 
Dans une scène du second acte, notam- 
ment, on voit Amsterdam, ex-comte 
de Hollande, assis sur la chaise percée 
entre ses domestiques Wic {Jean de 
Witt) et Vambennin [i), rendant pé- 
niblement ses provinces et ses villes 
que lui arrache une forte médecine. 
Il y a là une clef curieuse à reconsti- 
tuer. 



AMUSEMENTS DE MADAME 
DE S*** D'r**, COMTESSE DEC***. 
Bordeaux, 1721, in-8. 



43 

Cet ouvrage, consistant en mélanges 
de vers et de prose, n'est cité ni dans 
les «Supercheries» ni dans le « Diction- 
nairedes Anonymes,» ni dans la Biblio- 
graphie Gay. Il m'est signalé, par 
M. G. Brunet, de Bordeaux, comme 
contenant un certain nombre de noms 
qui ne sont indiqués que par des 
initiales. C'est une clef à chercher, 
aussi bien pour le contenu du volume 
que pour le titre même. 



AMUSEMENTS (LES) DES DAMES 
DEB*** (Bruxelles), histoire honnête 
et presqueédifiante, composée par feu 
le chevalier de ***, et publiée par 
l'auteur du Colporteur. Première 
partie. Rouen. Pierre-le-Vrai. Cette 
présente année. — les trois c. conte 
MÉTAPHYSIQUE, imité de l'Espagnol 
et ajusté sous des noms français 
pour la commodité de ceux qui 
n'entendent pas le flamand, par 
l'auteur du Colporteur. Seconde 
partie. A Nanci. H. Gouvest. Cette 
présente année. — je m'y attendois 
BIEN, histoire BAVARDE, par l'auteur 
du Colporteur. Partout, chez Macu- 
lature, imprimeur ambulant des 
Bavards sédentaires. L'an des mé- 
chancetés. S. 1. n. d. (La Haye, 
1762), in-i2 de 198 p. La pagina- 
tion se suit jusqu'à la fin de la troi- 
sième partie. 

Ce recueil d'anecdotes satiriques est 
de Fr<3)/ço/5-/l ntoine Chevrier.—M. Gil 
let, dans l'excellente notice qu'il a don- 
née sur cet auteur (Nancy, 1864, in-8, 
182 p ), déclare qu'il n'a jamais ren- 
contré « les Amusements des Dames 
de Bruxelles », imprimés séparément, 
bien que la seconde et la troisième 
partie aient fait l'objet d'éditions spé- 
ciales. La f Bibliographie Gay » (t. I, 



LES LIVRES A CLEF 



44 



p. 221), indique une seconde édition 
sous la date de 1763 et sous la rubri- 
que de Rouen (Hollande), chez Pierre- 
le-Vrai, place de la Pucelle d'Orléans, 
près le Mont-Orgueil, vis-à-vis la rue 
de l'Etiquette. M. Gillet cite encore 
deux autres éditions in-12, l'une de 
i52 p., l'autre en deux vol., sous ce 
titre : « Amusements des Dames ou re~ 
cueil d'histoires galantes tirées des 
meilleurs auteurs de ce siècle. » La 
Haye, aux dépens de la Compagnie, 
1762, mais j'ai tout lieu de penser 
qu'il n'y a pas identité entre cet ou- 
vrage et celui de Chevrier. 

Enfin, ce curieux petit ouvrage, dont ; 
les exemplaires devenaient assez rares, 
vient d'être fort joliment réimprimé, - 
avec le titre suivant: « Les Amuse- ; 
ments des Dames de Bruxelles, histoire ; 
honnête et presque édifiante, par le • 
chevalier de Chevrier. » Nouvelle édi- 
tion, augmentée d'un avant-propos et :' 
d'une clef des noms cités dans l'ou- :-, 
vrage. Bruxelles, chez Gay et Douce, î 
éditeurs; cette présente année, 5i^ de ;, 
l'Indépendance Belge (1881). Char- 
mant petit in-i8 de XVI, 171 p. impri- ' 
mé en rouge et en noir, sur papier fin 
jonquille; orné d'une jolie eau forte ; 
de Rops. Tirage à 5oo exemplaires, - 
prix : 5 francs. 

« Le livre de Chevrier eut beaucoup 
de succès, lors de son apparition; c'est 
un coin du tableau de Bruxelles à 
cette époque ; il est écrit dans un style 
mordant et satirique et renferme un 
grand nombre de portraits de person- 
nages désignés seulement par des 
pseudonymes; si parfois il y a beau- 
coup d'exagérations dans ces pein- 
tures, l'auteur y débite aussi bien des 
vérités. » 

« Les Trois C*** » qu'on pourrait 
croire renfermer une allusion indé- 
cente signifient simplement les trois 
Coquins et s'appliquent à trois enne- 
mis de Chevrier qui les désigne par 
des pseudonymes commençant tous 
par un C : Chanval, Cosmopole et Chat- 
Huant. 



45 

Voici d'ailleurs la clef des « Amuse- 
ments » et des deux autres pièces, telle 
qu'elle est donnée dans la réimpres- 
sion de MM. Gay et Douce. 

Tcrbaum, — anagramme de Maubert 
(H. Maubert de Gouvest), homme de 
lettres, grand ennemi de Chevrier ; 

Cosmopole, — autre surnom donné 
à Maubert ; 

Germanicus, — le prince de Ligne; 

Alexandre, — le prince Charles- 
Alexandre de Lorraine ; 

Sémiramis, — l'impératrice Marie- 
Thérèse; 

Burrics, — M. de Cobenzel, mi- 
nistre ; 

Pétronille et Sylviane, — ? ? ; 

Waux-Hall, — Concert du parc de 
Bruxelles, existant encore de nos jours; 

La Belge, — la Belgique ; 

L'Ile de Barataria, — la Hollande; 

Chanval, — Charles-Joseph-François 
d'Hennezel de Champigny ; 

Chat-Huant, — E.-A. Des Essarts, 
lorrain, maître de mathématiques à 
l'Académie militaire de Bruxelles ; 

Don Quichotte, gouverneur de l'île 
de Barataria, — le Stathouder de Hol- 
lande ; 

Sancho-Pança, — le comte Guil- 
laume de Bentines, 



AN EPITAPH ON DON QUICK- 
SOT AND ON DON QUICKSILVER. 
By a Qtiaker. S. L n. d. (Bath. 
1693), 2 ff. in-8. 

Ce petit écrit satirique est dirigé par 
Thomas Giiidot, médecin, contre deux 
autres médecins de Bath, alors assez 
célèbres, le docteur Charles Conquest 
et le docteur William Gold ou Gould, 
désignés sous les noms de DoJi Quicksot 
et Don Quicksilver. 



ANA, OU BIGARRURES CALO- 

TiNES. Paris, J.-B. Lamesle et A. de 



LES LIVRES A CLEF 



46 

Heuqueville. Quatre parties in- 12 
portant les dates de MDCCXXX, 
MDCCXXXII et MDCCXXXIIL 

Cet ouvrage, connu aussi sous le 
titre « d'Allainvalliana », est de l'abbé 
L.-J.-C. Soûlas d'Allainval. C'est un 
des volumes les plus rares de la série 
àt?, Ana. On trouve très difficilement 
les quatre parties réunies ; aussi, dans 
les ventes, ce recueil qui ne contient 
cependant rien de bien piquant ni de 
bien curieux, atteinl-il des prix rela- 
tivement élevés. 

J'ai eu entre les mains un exem- 
plaire, des parties I (44 p.), III (gb p.) 
et IV (84 p.). La première partie était 
chargée d'annotations manuscrites sur 
les marges, formant une sorte de clef 
que je transcris ici : 

Pages. 
12. — Le Mousquetaire L.,— Lov2.\n 

ou Loraine; 
12. — Le baron d'H., — Hogues ; 
i5. — Un académicien qui passait 

pour un grand avare, — le 

Président Rose; 
i5. — Tliimon, — le marquis de 

ChoiseuU ; 

Une Communauté..., — Saint- 

Magloire; 

Le fameux comte de Gram, — 

Grammont; 

Mademoiselle Ham, — Ha- 

milton; 

— Un magistrat d' , — de 

Chartres; 

— Le marquis de..., — La Salle-; 
20. — Un savant chanoine,— Fleuri; 
20. — Un confesseur d'une humeur 

gaie..., — le P. du Trévoux, 
jésuite ; 

20. — Un grand prince, — le Ré- 
gent; 

20. — Un Chancelier Janséniste, — 
Théva ou Thira ; 

20. — Un seigneur de ses favoris,— 

le comte de Noce; 

21. — Le P. D. T., — le Père du 

Trévoux ; 



17- — 



18. 



19. 
19. 



47 



LES LIVRES A CLEF 



21. — M...... mort archevêque de 

Rouen, — Colbert; 

22. — M. P., directeur général des 

Aydes, — Paneau; 

24. — Une dame surprise lisant les 
contes de Lafontaine, — Ma- 
dame de Moncourt, veuve 
d'un conseiller; 

24. — M. de Cr., — Crébillon père; 

28. — M. D., de l'Académie fran- 
çaise, — Danchet; 

28. — L'Avocat A..., — Andrieux ; 

28. — Un homme qui avait épousé 

une vieille femme fort riche,— 
le président La Balouëre et 
la duchesse d'Atry(ou d'Arcq); 

29. — Damon, — le duc de Bris- 

sac ; 
29. — M' A., — l'avocat Andrieux. 

Cette clef dévoile presque tous les 
initialismes de cette première partie 
de « l'Allainvalliana ». Les autres 
parties ne semblent point comporter 
de clef, il n'y a presque pas de noms 
déguisés ou initialisés. 



ANANDRIA, ou confession de 
m"^ sapho, élève de la Gourdan, 
sur sa réception dans la secte anan- 
drine. En Grèce (1789), pet. in-8 de 
140 p., fig. très rare. Plusieurs 
réimpressions, dont voici les princi- 
pales : 

— La nouvelle sapho, ou histoire 
de la secte anandrine, publiée par 

la c. R (citoyenne Raucourt), 

6 fig. Paris, 1791-1793-1794, in-i8 
de 164 p. 

— La nouvelle sapho, ou liistoire 
de la secte anandrine, publiée par 
le c. N. Paris, 1791, in-i8. 

— La jolie T...DE, ou les confes- 
sions d'une jeune fille, 1797, in-i8 
%• 

— Anandria, ou confession de 



48 

M"^ Sapho, avec la clef (très incom- 
plète). Lesbos, 1866, in-32, front, 
libre de J. Rops, 12 fr. (Réimpres- 
sion donnée à Bruxelles, par Poulet- 
Malassis, dans la « Petite Biblio- 
thèque de la curiosité erotique et 
galante.) » 

Ce livre, faussement attribué au 
comédien Mayeur de Saint-Paul et qui 
serait TplMiôtàe. Pi dansât de Mairobert, 
est tout simplement la réimpression 
des lettres 9, 1 1 et 14 du tome X de 
« l'Espion anglais » (1785). 

Le Bulletin du Bibliophile (i863, 
pp. 3 1 1-3 12), et la Bibliographie Gay 
(p. 234-234, tome I), contiennent d'inté- 
ressantes indications sur cet ouvrage, 
qui est à la fois une production fort 
erotique et un libelle diffamatoire. 

En voici la clef dressée sur l'origi- 
nal même (tome X de l'Espion An- 
glais) : 

JW""= Gourdan, — c'est la [proxénète 
bien connue ; 

il/"'' Sapho, — héroïne de ce triste 
livre, personnage imaginaire; 

3/me Piiriel^ — M"" de Fleury, femme 
de l'avocat-général ; 

M""' la duchesse de Urbsrex, —Ville- 
roi; 

3/rac i^ marquise de Terracenés, — 
Senecterre; 

jl/mc /^ marquise de Téchul, — Lu- 
chet; 

La Melpomène moderne, — M"" Clai- 
ron; 

La Melpomène de la scène lyrique, 

— M"^ Arnould ; 

U illustre étrangère, — M"^ Souck, 
allemande, entretenue par un frère 
du roi de Prusse ; 

La novice prématurée, — M"^ Julie... ; 

Un de nos agréables les plus vantés, 

— M. de Monville. 

ANE (L') LITTÉRAIRE ou les 

ANERIES de MAITRE ALIBORON, DIT FR. 

Paris, 1761, in-i2. 



49 



LES LIVRES A CEEF 



50 



Cetécrit satirique est Aq Ponce-Denis 
Escouchard Lebrun. C'est une satire 
fort transparente contre Fréron, qui 
eut tant d'ennemis ou du moins de 
détracteurs. Le pauvre Aliboron est 
viséà chaque instant dans les ouvrages 
du xviii' siècle. Nous le retrouverons 
plus loin. (V'oir : La Wasprie). 

ANECDOTE PERSANNE. « Sic 
vos non vobis, etc. » Récit inséré 
dans les « pièces intéressantes et 
peu connues » de M. de La Place 
(Bruxelles et Paris, 1785, t. II, 
p. 406-418). 

L'auteur de cette anecdote raconte, 
sous des noms anagrammatisés, une 
mésaventure réelle arrivée à lui- 
même. Il fut chargé par le marquis de 
Marigny, frère de M""= de Pompadour, 
de traduire en français un libelle an- 
glais dirigé contre la favorite et dont 
le marquis avait fait acheter l'édition 
entière, sauf deux ou trois exem- 
plaires. De la Place, quoique malade, 
exécuta ce travail avec zèle ; mais, ni 
la marquise, ni son frère ne lui 
accordèrent la moindre récompense. 
Pour se venger, le pauvre traducteur 
raconta ce fait, d'ailleurs peu intéres- 
sant, dans « l'anecdote persanne. » 
Voici la clef des noms anagrammati- 
tisés pour la plupart : 

Sha-Sephi, roi de Perse, — Louis X'V^; 

Ispahan, — Paris; — le Sophi, — 
le roi; 

Rimagny, — le marquis de Marigny ; 

Edallapce, — de La Place ; 

Fatmé, la favorite, — M.""" de Pompa- 
dour ; 

La langue Japonnoise, — la langue 
anglaise ; 

Riffad, — d'Affri, ambassadeur en 
Hollande ; 

Rierper, — Perrier; 

Saillesver, — Versailles. 

ANECDOTES INÉDITES DE LA 



FIN DU XVIII" SIECLE, pour servir 
de suite aux anecdotes françaises. 
Ouvrage où se trouvent la clef de 
plusieurs événements majeurs, des 
particularités inconnues sur la prin- 
cesse de Lamballc , sur le directeur 
Carnot, sur le président actuel des 
Etats-Unis de l'Amérique, une con- 
versation intéressante de Louis XVI 
avec Bailly, etc. « Hic prœcedenti 
spectatur mantica tergo. » Pers., 
sat. IV. A Paris, chez Monory, 
imprimerie de Didot jeune. An IX, 
iBoi , in-8 de VI, 274 p. 
Réimprimé sous le titre suivant : 

(( LA FIN DU DIX-HUITIÈME SIECLE, OU 

anecdotes curieuses et intéressantes, 
tirées de manuscrits originaux, de 
pièces officielles, etc. » Nouvelle 
édition très soignée. Paris, Monory, 
an XIV (1805), ou: Paris, Debraux, 
1807, in-8 de XI, 274 p., 2 fr. 

Cet ouvrage a été composé par An- 
toine Sérieys, en collaboration avec 
J.-Fr. André. Le titre reproduit ci- 
dessus in-extenso fait assez connaître 
la nature du livre, qui renferme un 
assez grand nombre d'initialismes 
qu'il serait piquant de compléter. 

Ainsi, p. 79, les lettres R , D....: et 

B , désignent certainement Roland, 

Danton et Barnave ; page 256. M""' R..., 
signifie évidemment M"" Récamier ; 
avec le temps et quelques recherches, 
on arriverait à composer une clef 
exacte de tous les noms, et notamment 
à découvrir les personnages cachés 
sous les initiales du général N..., 
grand pillard à l'armée d'Italie, de 
M"" B... F..., maîtresse de l'ambassa- 
deur Sw.. , du baron d'H,.., illuminé, 
etc., etc. 



Anecdotes politiques et ga- 



51 



LES LIVRES A CLF.F 



52 



LANTES DE sAMOs. Voir: Cléodamis 
et Lelex. 

ANECDOTES POUR SERVIR A 
L'HISTOIRE SECRÈTE DES EBU- 
GORS. A Medoso -^-^^^ (Hollande 
1733). pet- in-8. 

Ce volume, heureusement 1res rare, 
contient à la fin une clef complète, 
bien que la plupart des mots et des 
noms propres, simplement anagram- 
matisés, ne soient pas difticiles à com- 
prendre. Le procédé employé pour 
déguiser les noms, ressemble donc 
singulièrement à celui dont a fait 
usage le chevalier de Mouhy, dans le 
recueil de récits obscènes, intitulé : 
« Les Mille et une faveurs, » Je n'ai 
vu citer nulle part le nom de l'auteur 
des « Anecdotes » ci-dessus. La coïn- 
cidence que je viens de signaler, m'a 
amené à penser que Mouhy pourrait 
bien être l'auteur de ce triste ouvrage; 
cette supposition est sans doute témé- 
raire, mais on avouera qu'il était bien 
capable de l'écrire. Le sujet de cette 
lourde et malpropre allégorie est le 
récit de la guerre entre les Ebugors 
(B.. g. .s ) et les Cythériennes, et 
l'investissement de Cythère terminé 
par un traité de paix. Voici tout ce 
qu'il est possible de citer dans la clef 
susdite. 

Medoso, — Sodome; 

Emécodinnes, — Comédiennes ; 

Qiietokes, — Coquettes ; 

Sethanes, — Athènes; 

Ascrote, — Socrate; 

Elitia. — Italie ; 

Thirosiren, — Henri trois ; 

V'alg'ois, — Gaulois ; 

Omines, — Moines ; 

Cagniciens, — Ignaciens (jésuites); 

Pacincus, — Capucins; 

Lidercores, — Gordeliers ; 

Macres, — Carmes; 

Nicomidains, — Dominicains; 

Todèves, — Dévotes; 



Recumer, — Mercure; 

Spira, — Paris ; 

Phosa, — Sapho. 

« Quelques noms propres contem- 
porains, dit encore Quérard, se ren- 
contrent aussi dans cet ouvrage: Qui 
ne reconnaîtrait à l'instant dans 
Calederia et Ripercager La Cadière et 
le Père Girard, dont le procès occupa 
l'Europe entière? Il ne faut pas se 
briser (sic) pour découvrir dans Fou- 
nicbiida, le fameux Duchauffour qui 
fut brûlé pour crime semblable à 
celui dont il est tant question dans ce 
livre. » 



ANECDOTES SECRETES POUR 
SERVIR A L'HISTOIRE GALANTE 
DE LA COUR DE PÉKIN. A Pékin 
(Paris), 1746 et 1749, 2 part, in- 12 
de 194 etXCIII, 162 p. 

Contrairement aux assertions de la 
plupart des Bibliographes, cet ouvrage 
satirique n'est pas le même que « les 
Mémoires secrets pour servir à l'his- 
toire de Perse. » Le fond et l'objet du 
livre présentent, il est vrai, une grande 
similitude avec le précédent, et l'on y 
découvre sans peine de continuelles 
allusions aux intrigues dont la cour 
de France était alors le théâtre. Mais 
les noms des personnages sont entière- 
ment différents et le plan même de 
l'ouvrage est changé D'après la der- 
nière édition du « Dictionnaire des 
Anonymes » (T. i, col. 187), l'auteur 
est non pas Pecquet ou M"""" de "Vieux- 
maisons, comme on l'a témérairement 
avancé, mais bien le sieur Latteignant, 
conseiller au Parlement et neveu du 
célèbre abbé. C'est du moins ce qui 
résulte d'une note manuscrite de 
l'exempt de police d'Hemery. Ces 
« Anecdotes secrètes » sont écrites 
sous la forme d'un conte de fée, 
genre alors fort à la mode ; il y a des 
détails assez libres. 11 faudrait bien du 
temps et de la patience pour recon- 



53 



LES LIVRES A CLEF 



54 



naître les vrais personnages cachés 
sous les noms de Prctintaille, Mor- 
gane, Ponpon, Logistille, Zélindor, 
Zoéla, Fatime, Malek, etc. 

ANÉVRISME (L') ou le devoir, 
suivi des « Bas-à-jour », nouvelle 
algérienne, par Ensèbe de Salles. 
Paris, Pagnerre, 1868, in- 18, rare. 

Cet ouvrage étaitannoncé, dès i833, 
sur la couverture de « Sakountala à 
Paris », du même auteur. Voici ce 
que dit de ce livre M. Ch. Asselineau 
(« Bibliographie romantique », 1874, 
p. 183-184) • " Ce roman qui rentre 
dans la série de ceux qu'on pourrait 
appeler romans de la Révolution de 
juillet, s'engage à Hyères, s'achève à 
Paris et déroule les premiers événe- 
ments du règne de Louis-Philippe, les 
premières émeutes, etc. Cette seconde 
partie présente plus d'un renseigne- 
ment curieux qu'il faut déchiffrer 
sous la pseudonymie des personnages, 
entre autres, l'histoire des amours de 
M. Th... et de M"^" Tern... (Thiers, 
Ternaux).., « L'Anévrisme » contient 
plusieurs autres allusions à dévoiler ; 
c'est une clef à compléter. 



ANNALES D'UNE REVOLU- 
TION D'OISEAUX ou LE DÉFENSEUR 

DU DROIT DE PROPRIÉTÉ, joumal de 
luxe, dédié aux femmes, par Sêguy 
Lavaiid, in-8 (an III), Paris. 

M. E. Hatin, en citant cet écrit dans 
son excellente « Bibliographie de la 
Presse » (p. 249), reproduit les lignes 
suivantes, extraites du premier nu- 
méro de cette feuille et qui expliquent 
suffisamment pourquoi ces « Annales » 
ont dû être rangées dans la catégorie 
des ouvrages à clef: « Ce journal, dit 
« le rédacteur, sera littéraire, utile et 
« récréatif. On y fera d'abord, sous 
« une allégorie agréable et touchante. 



: « un précis historique des principaux 
« crimes de la Révolution française, 
« tels que les massacres des 2 et 
a 3 septembre, les assassinats juri- 
« diques, etc. A la suite de ce précis 
« historique, on recueillera sous la 
« même allégorie, les débats de la 
a Convention Nationale, c'est-à-dire 
« qu'on organisera une convention 
« d'oiseaux que l'on fera jaser d'une 
« manière piquante. » Cet étrange 
journal qui devait contenir pas mal 
de traits satiriques a été imité plus 
tard dans un écrit analogue dont on 
parlera plus loin. (Voir: Manuscrit 
tombé de la lune.) 

ANNÉE (L') ANECDOTiaUE, 
petits mémoires du temps, par Félix 
MorKawJ. Paris, Dentu, 1860, in-12, 
3fr. 

I,a plupart, sinon la totalité des 
articles dont se compose ce livre 
avaient déjà paru en feuilletons. On 
y remarque beaucoup de noms en 
blanc et d'initialismes. Ainsi : p. 87, 
la comtesse de C.; p. qz, Madame...; 
p. 93, M. A...; p. 94,' F^**, Y... Il 
serait bien difficile de compléter ces 
noms aujourd'hui, d'autant plus qu'il 
est possible qu'il se trouve là quelques 
initiales de fantaisie. 

ANNÉE (L') DES DAMES NATIO- 
NALES, HISTOIRE JOUR PARJOURD'uNE 
FEMME DE FRANCE, par N.-E. Rcstif- 

dc-La-Bnionne. Janvier, 40 femmes. 

Provinces à l'orient de Paris A 

Genève et se trouve à Paris chez 
les libraires indiqués à la tête de 
mon catalogue. 1791, in-12, l, 
308 p., 2 estampes. 

Cet ouvrage, en 12 volumes in-12 
(chaque volume porte le nom d'un 
mois de l'année), a été publié de 



55 

1791 à 1793, la pagination se suit; il 
y a en tout 3,825 p. Pour la descrip- 
tion de ce recueil et des jolies gra- 
vures qu'il contient, nous ne pouvons 
mieux faire que de renvoyer le lecteur 
à la belle étude de M. P. Lacroix, 
intitulée: « Bibliographie de Restifde 
La Bretonne » (p. 344-368). C'est ce 
que nous ferons d'ailleurs pour tous 
les autres écrits du même auteur, dont 
il est parlé dans le corps de cet ou- 
vrage. 

Bornons-nous à dire, avec M. Charles 
Monselet, que ces 12 volumes ren- 
ferment 6io nouvelles, collection peut- 
être plus inouïe que les contempo- 
raines par la variété et l'originalité 
des sujets. Ajoutons que V Année des 
Dames nationales, a reçu, du moins 
pour un certain nombre d'exemplaires, 
vers 1796, un nouveau titre: « Les 
Provinciales ou histoires des filles et 
des femmes des provinces de France, 
dont les aventures sont propres à 
fournir des sujets dramatiques de tous 
les genres. » Paris, S. D., 12 vol. 
in-i2. 

Voici, extraite du livre de M. P. La- 
croix, la clef bien longue et cependant 
encore incomplète de ce curieux ou- 
vrage: 

« Il n'y a pas de livre pour lequel 
une clef serait aussi nécessaire que 
pour V Année des Dames nationales, 
car tous les faits qui s'y trouvent mis 
en scène sont plus ou moins véri- 
tables: « Je ne rapporte rien que je 
ne croie certain, dit Restif à la fin du 
volume de juin. Je ne ressemble guère 
à tant d'autres qui, non-seulement ne 
recherchent pas la vérité, mais la 
repoussent quand elle cadre mal avec 
leurs préjuges. » Mais cette clef, dont 
nous regrettons l'absence, à chaque 
page d'un recueil formé par tant de 
mains différentes, cette clet-là ne pou- 
vait être faite que par Restif, qui, en 
recevant de tous côtés les nouvelles 
qu'il a utilisées dans son ouvrage, 
recevait aussi de ses correspondants 
les notes destinées à l'éclairer sur 



LES LIVRES A CLEF 



56 

l'authenticité des événements bizarres, 
monstrueux, extraordinaires, qui fai- 
saient le sujet de ces nouvelles. Faute 
d'une clef complète et détaillée, nous 
en avons fait une très sommaire et 
très imparfaite, où Ton aura surtout 
les explications qui se rapportent à la 
vie personnelle de Restif, et que la 
lecture de ses ouvrages nous a four- 
nies, en cherchant à nous restreindre 
plutôt qu'à nous étendre. On com- 
prendra, du moins, que les écrits de 
Restif s'expliquent et se complètent 
l'un par l'autre, car c'est toujours lui 
qu'il a pour objectif et qu'il offre sans 
cesse à ses lecteurs, comme le modèle 
accompli du cœur humain. 

Tome l"'. — Page 59. Un jeune 
homme, nommé de Villeneuve. C'est 
celui qui, sous le nom de M. Du 
Hameauneuf, est un des principaux 
personnages des Nuits de Paris. 

Page 64. M. Nicolas. — C'est Restif 
lui-même. 

Page 87, M. R. — Restif. 

Page 164. Ingénue de Bertro. — C'est 
Agnès, la hlle aînée de Restif, qui 
raconte encore une fois le mariage de 
cette victime avec l'indigne Auge, 
qu'il appelle Decoussif. 

Page 186. Les deux Astlei. — Ce sont 
sans doute deux clowns anglais en 
représentation à Paris. 

Page 23o. Dulis. — C'est un des 
pseudonymes que Restif prenait le 
plus volontiers, pour se persuader à 
lui-même qu'il descendait de la fa- 
mille de Jeanne d'Arc. 

Page 209. Un particulier issu parles 
femmes de la branche de Cortenai-Le- 
loge. — Restif lui-même. C'est un 
arrangement de l'histoire d'Omphale 
Cœurderoi, mère de Reine Septima- 
nette, que Restif regardait comme sa 
fille. Voy. les tomes VIII et IX de 
Monsieur Nicolas (page 2417). 

Tome IL Page 339. M. de la Reine- 
rie. — De La Reynière fils. 

Page 416. Félicité Alûnager. — C'est 
Félicité Mesnager, que Restif appelait 
Félicitette; il la place ici, par ressenti- 



57 

ment, sans trop se préoccuper de la 
vérité des faits. 

Page 45o. Adèle Togemir, — Méri- 
got. 

Page 490. La première Dame de 
l'Etat, — La reine. — Le cardinal de 
R***, _ De Rohan. 

Page 523. Agnès Roussi. — C'est 
encore sa fille aînée Agnès, que Restif 
met en scène pour raconter les turpi- 
tudes du mari. 

Page 525. Giiœ. — Auge, mari 
d'Agnès. 

Page 528. Toute ***'. — Toute nature 
de femme. 

Page 533. M. Roussi. — C'est le 
nom que se donne Restif. 

Page 535. Dulis. — C'est Restif 
qui prend ce pseudonyme et qui se 
met en scène dans un roman, avec sa 
maîtresse Victoire Londo, qu'il avait 
déjà représentée comme une de ses 
muses dans Monsieur Nicolas. 

Page 593. Un homme de Lyon. — 
M. Arthaud ■* 

Tome II [. Page 643. Virginie Fran- 
cos. — C'est la Virginie François, 
dont Restif fut épris en 1776. Voy. 
leurs amours, dans Monsieur Nicolas 
(t. X, page 2855 et suiv.) 

Page 655. Le libraire mourant. — 
Meurant. — Ji™= Quillée, l'imprimeuse, 
— M"" Quillau. 

Page 6bQ. Edmond, — Restif. 

Page 661. Agnès fut mariée à un 
scélérat. — La fille aînée de Restif, 
mariée à Auge. 

Page 652. Marion Roussi. — Marion, 
seconde fille de Restif. — Sa mère, 
femme galante, As,nès Lebegue, femme 
de Restif. 

Page 692. Philopœde, — c'est-à-dire 
partisan de la sodomie. 

Page 717. Bultel de Fœbillot. — 
C'est Butel Dumont, le philosophe 
économiste. 

Page 718. tV/"" Eugénie de Saint- 
Rœi, — M"^ de Saint-Leu, que Restif 
appelle Sanloci. 

Page 726. M'"' de Vermenton. — 
M"" Parangon. — M. de Sacy, Restif. 



LES LIVRES A CLEF 



58 

Dans cette nouvelle, on a dénaturé 
les faits véritables qui sont racontés 
dans les tomes IV à VII de Monsieur 
Nicolas. 

Page 727. Le mari de mon amie. — 
Parangon (Fournier), l'imprimeur 
d'Auxerre. Restif met en scène les per- 
sonnages qu'il a connus, mais il les 
place dans d'autres situations et il 
mêle sans cesse le vrai aux caprices 
de son imagination. 

Page 732. Dramœus. — C'est un sur- 
nom que prend Restif, pour raconter 
un dîner auquel il avait assisté chez 
Butel-Dumont. 

Page 735, Scaturige ou Scaturin. — 
Nom déguisé de Fontanes. 

Page 739. La Débée, aventurière. — 
C'est M"^ Debée Leeman, mère de la 
Sara de Restif. 

Page 742. Stœfanète. — C'est Sara 
Debée. 

P/ige 799. Toinette Dominé de Toury 
est la femme de chambre de M°"= Pa- 
rangon, dans Monsieur Nicolas. 

Page 8og. L'homme célèbre. — C'est 
Restif lui-même. 

Page 816. Dans cette 1 13° nationale, 
Restif raconte encore l'histoire de ses 
amours avec M""^ Parangon, qui est la 
Colette, mariée à M. Ornifflessi (Four- 
nier). Xijfflame n'est autre que Restif. 
Mais les choses se passent autrement 
que dans Monsieur Nicolas. 

Page 826. « Saxiate séduite par un 
prêtre. » C'est l'histoire de Geneviève, 
une des sœurs de Restit. 

Page 836. Un jeune liomme de Sacy, 
nommé Nefflesse. — Restif. Il raconte 
quelques épisodes de ses amours, à 
Auxerre, avec Edmee Servigné, Manon 
Prudhot, Emilie Laloge, la jeune 
Ferrand, Colombe, Aglaé Dhall, Rose 
Lambelin, Marianne Tangis. 

Page 837. L'Auxerroise qui trompe 
12 hommes. — C'est Lhistoire d'Agnès 
Lebégue et de son mariage avec Restif. 
Variantes du récit de Monsieur Nico- 
las, tome IX. 

Page Sb-]. Nefflesse marié avec Senga. 
— C'est encore Restif marié à Agnès 



59 

Lebégue et amoureux de Colombe. 
Encore un épisode de Monsieur Nico- 
las, tome IX. 

Page 88i. Dans la i20« nationale à 
Courgis, Restif, sous le nom de Ber- 
tro, raconte ses amours avec Jeannette 
Rousseau. Autre variante du récit de 
Monsieur Nicolas. 

Page 889. La i2i<: nationale est le 
développement d'une anecdote racon- 
tée dans Monsieur Nicolas, tome IX. 

Page 8g5. Dans la 122e nationale, 
Restif raconte une aventure dont son 
ami Loiseau serait l'acteur principal 
et qui ne figure pas dans Monsieur 
Nicolas. 

Page 898. 123* nationale; encore une 
épisode des amours de Restif, à 
Auxerre. Marie Blonde épouse un 
avocat, à Paris. 

Page go3. L'histoire du drapier 
Filon et de sa femme Pulchcrie est 
encore un épisode de Monsieur Nico- 
las, mais modifié comme tous les 
autres. 

Page 909. La 124e nationale est aussi 
empruntée aux anecdotes de Monsieur 
Nicolas, mais avec des variantes. 

Page 91G. 125" nationale. Manon 
Teinturier est aussi une des héroïnes 
de la jeunesse de Restif, à Auxerre. 

Tome IV. Page 961. 132» nationale. 
Emilie Laloge est aussi une des 
saintes du calendrier de Restif. Il 
lavait aimée à Auxerre. Voy. Mon- 
sieur Nicolas. 

Page 961. De Roserriemélâ.— Morel 
de Rosière. 

Page 978. Félicité Toddi. — Didot. 
— Adèle Togemir. — Mérigot. 

Page 983. Dans la i33e nationale, 
comme dans la précédente, Restif ne 
fait que présenter sous un autre 
aspect un épisode de Monsieur Nico- 
las. 

Page 983. Dans cette i35e nationale, 
M, Fistré ne peut être que Restif, 
qui a mêlé les tristes aventures de sa 
sœur Geneviève et de sa maîtresse 
Sara. 

Page 992. Dans la i3ôe nationale. 



LES LIVRES A CLEF 



éo 

Restif n'a fait que raconter son aven- 
ture, arrivée le 17 décembre 1772, aux 
Marionnettes de la Crèche, aventure 
qu'il avail mise en vers erotiques. Voy. 
le drame de lavie, tome V, page 1210. 

Page loio. Restif ne se lasse pas de 
mettre en scène sa Victoire Londo. 
Voy. Monsieur Nicolas, tome X. 

Page 1017. Restif ose faire reparaître 
M"e Mesnager sous le nom Wasthie 
Prodiguer, en affectant de la confondre 
avec M"e de Saint-Léger. On peut sup- 
poser que cette 140^ nationale n'est 
qu'un amas de médisances et de 
calomnies. 

Page io36. L'histoire amusante de 
Faënné et de sa nuit de noces, se 
trouve aussi dans Monsieur Nicolas. 

Page 1145, C'est l'histoire des 
amours de Beaumarchais, sous le nom 
de Bellegarde, avec M"* deViilers. 

Page io5i. Restif a l'audace de pu- 
blier sa comédie du Libertin fixé en 
l'attribuant à M. Bellegarde, qu'il 
vient de dépeindre comme étant Beau- 
marchais. 

Page II 63. Cet infdmc cardinal. — 
Le cardinal de Rohan. 

Page 1173. Sursede. — Desrues, 
l'épicier empoisonneur. 

Page 1178. Cette délicate Elise. — 
Elisabeth Tulout, une des dernières 
maîtresse de Restif. 

Page 1182. A. -L.-F.-se-L.-R.— Al- 
phonse Leroy, savant professeur de 
pathologie. 

Page 1191. Cette i52« nationale est 
l'histoire de Tonton Laclos, une des 
héroïnes amoureuses de Restif à 
Auxerre. 

Page 1227. Le billet du mousquetaire. 
— C'est Restif qui, tous les soirs, fai- 
sait passer des billets galants aux 
jeunes modistes de la rue Grenelle- 
Saint-Honoré. 

Page 1234. Gronavet. Nougaret, souf- 
fleur chez Nicolet. 

Page 1236. Dans la 160" nationale, 
Restif remet en scène la Toinette de 
Mme Parangon, sous le nom de Tien- 
nette et rimprinfeur Fournier, sous 



6i 



LES LIVRES A CLEF 



62 



le nom de Seri. Il semble s'être fait 
un rôle, en se nommant Cusset. 

TomeV. Page 1340. Dans la i8oe na- 
tionale, Restif fait encore paraître 
Toinette, la femme de chambre de 
Mme Parangon, et il la montre violée 
par son maître, puis mariée à un avo- 
cat de Paris, nommé Dominé. 

Page 1376. Dans la 187^ nationale, 
Restif amalgame quelques souvenirs 
qui se rattachent à sa propre femme, 
sous le nom de M™« Agnès Beaudun, 
et à la mère de celle-ci. Restif se repré- 
sente lui-même dans le personnage de 
M. de Pignans. 

Page 1415. Fister. — Restif, en ana- 
gramme. 

Tome YI. Page 1872. Le Grand- 
homme... M. R — Restif. 

Page i8j3. L'auteur des L**' (Lettres 
d'une fille à son père), du P'** (Paysan. 
Paysanne pervertis); de la V*** P*** 
(Vie de mon père) ; de la M*** (malé- 
diction paternelle); des C*" (contem- 
poraines). 

Page 1884. Dans la 2G4* nationale, 
Restif raconte l'histoire de sa fille 
Agnès (Senga), mise en pension chez 
une dame Germain, qui voulait la 
vendre. Voy. Ingénue Saxancour. Puis, 
l'éternelle histoire du mariage d'Augé 
(Agué), avec Ingénue. 

Page 1898. C'est encore Nougaret 
qui est en scène sous le nom de Nou- 
garo ou de Bidanicre. Sa femme Angé- 
lique Tomin est nommée ici Céleste 
Esprit. 

Tome VII. Page 1928. Irène Huples- 
sis. — Lucile Duplessis. — Les Snifl 
et les Senatnof, les Flins pt les Fon- 
tanes. — ^llijnac Sniluomsed, Camille 
Desmoulins. 

Page 1930. Yruam. — L'abbé Maury. 

Page 1951. M^^ Linof. — Folin. 

Page 1963. Ce Paris, si bien aperçu, 
si bien apprécié par un sage. — Sébas- 
tien Mercier, auteur du Tableau de 
Paris. 

Page 2014. J.-J, R. — Jean-Jacques 
Rousseau. 

Tome VIII. Page 2279. Siljide Blon- 



din. — C'est probablement Marie-An- 
toinette, que Restif a calomniée sous 
ce surnom, dans cette odieuse natio- 
nale, toute pleine du venin des calom- 
nies républicaines. Ondine Cherignan, 
— Marie-Thérèse-Louise de Savoie 
Carignan, princesse de Lamballe- 

Page 2280. Indolente de Bcaugency, 
belle-sœur d'Ondine Cherignan. — La 
duchesse de Chartres, fille du duc de 
Penthièvre. — La Brulard, M™» de 
Genlis, mariée à Brulard de Sillery. 

Page 2299. Cette nationale n'est 
autre que la seconde nouvelle des 
contemporaines, intitulée: N'importe 
laquelle, mais refaite et changée. 

Page 2496. Restif, en rédigeant la 
369e nationale sur des notes qu'on lui 
avait envoyées, n'a pu s'empêcher d'y 
donner des rôles à M™e Debée Leeman, 
à sa fille Sara et à son amant Flori- 
mont, qu'il se rappelait sans cesse. 
Voy. l'histoire de Sara, dans le tome 
XII de Monsieur Nicolas. 

Tome X. Page 2866. Ma:^et de Lam- 
porecchio. — C'est le personnage d'un 
conte de La Fontaine, dans lequel il 
cultive à la fois le jardin et les nonnes 
du couvent. 

Page 2870. Dans cette nouvelle, Felis 
ressemble fort à Restif. Son ami défunt 
Renaud et l'ancien mousquetaire Le- 
blanc sont aussi des réminiscences de 
Monsieur Nicolas. 

Page 2887. Dans la 43ie nationale, 
Restif a mis en scène, soit par ressen- 
timent, soit par légèreté, Chéreau de 
Villefranche, l'imagier delà rue Saint- 
Jacques, qui avait été l'amant ou du 
moins l'amoureux de sa femme. 

Page 2956. Les petites ennemies de 
sœur Luce. — Allusion à une pièce de 
vers erotiques de Piron.dans laquelle 
une religieuse, au dortoir, nommée 
Luce, fait la chasse aux puces. 

Page 3089. Restif, en imprimant la 
463* nationale, a donné satisfaction 
sans doute à des vengeances locales; 
car les femmes citées, comme peu dif- 
ficiles, ont des noms déguisés parana- 
fframme : Srayn. Mars ; Sonced, Des- 



63 

nons; Ettenim, Minette; Togod, Go- 
dot; Terb , Bret; Tioneb , Benoit; 
Leble, Elbel ou Belle; Rehcir, Ri- 
cher. 

Page 307. Tougnare. — Encore 
Nougaret. 

Page 3178. La 477^ nationale est 
une réminiscence du Quadragénaire et 
de la Malédiction paternelle. 

Page 3iSo. Un bourguignon gourmet 
en beauté. — Restif. Nous savons 
pourquoi il se donne le pseudonyme 
de Tonnebêr, Rébenot. 

Page 3189. Un marchand d'estampes 
nommé Caraqua. — Chéreau de Ville- 
franche. Voy. ses relations avec Restif 
et sa femme, dans le tome X de Mon- 
sieur Nicolas. 

Tome XI. Page 3297. Dans cette 
nationale, Restif raconte certainement 
un trait de la vie galante de l'écono- 
miste Butel-Dumont. 

Page 3333. Cette nationale est une 
nouvelle incarnation du charmant épi- 
sode de Thérèse et Louise, dans le 
tome X de Monsieur Nicolas. Simpli- 
cienne n'est autre que M"e Alan. 

Page 3373. Il y a dans cette Sio^ na- 
tionale un affreux amalgame des souve- 
nirs de Restif; on y retrouve son 
gendre Auge, sa fille Agnès, et la 
première femme d'Augé, qu'il avait, 
disait-on, fait mourir de chagrin. 

Page 3386. L'amateur de jolis pieds, 
Trifès. — Restif, en anagramme. 

Page 3394. Le jeune Cud d'Emêlou- 
gna. — Duc d'Angoulême. — Sertrach. 
— De Chartres. 

Page 3439. Dans cette 522* natio- 
nale, Restif a tellement amalgamé le 
vrai et le faux, qu'on aurait peine à 
les démêler. Il donne le nom de Féli- 
cité de Saint-Léger à M"« Mesnager, 
qu'il appelait Félicitette. Les relations 
coupables du frère et de ila sœur ne 
sont qu'indiquées dans Monsieur Ni- 
colas (tome XI). AP^" Agnès de Formi- 
gny, c'est la hlle aînée de Restif, 
mariée à Auge. Beaucoup de détails 
sont réels. Voy. le tome III d'Ingénue 
Saxancour. 



LES LIVRES A CLEP 



64 

Page 3457. Dans la 525" nationale, 
Restif fait reparaître sa femme sous 
le nom d'Exupère, et la met en scène 
avec M""" Chéreau de Villefranche, 
qu'il nomme JV/m» Nerreau. 

Tome XII. Page 3535. La pauvre 
Babet, maitresse d'un tuteur et de trois 
frères. — C'est l'histoire d'Elise et de 
son frère Nerville. Voy. Monsieur 
Nicolas, tome X, pages 2943 et suiv. 

Page 3675. Le sujet de la 564» natio- 
nale n'est autre que la manière de 
vivre des pensionnaires de Bonne 
Sellier, et Restif s'est mis en scène 
sous le nom de la Rocheguyon. Voy. 
Monsieur Nicolas, tome XII, page 
1985. 

Page 3703. Tougnare. — Nougaret. 

Page 3713. Le sujet de la b-]^ natio- 
nale est tiré de Monsieur Nicolas, où 
Restif raconte un fait presque ana- 
logue, arrivé en 1755. Voy. Monsieur 
Nicolas, tome VII, page 1854. 

Page 3567. Delaida Tipet. — Adé- 
laïde Petit. — Teteman. — Manette. 

Page 25j3. M"'" Ogdot. — Sans doute 
Godot. Il est possible que Restif ait 
voulu désigner M"" de Saint-Leu, 
qu'il nomme Sanloci et qu'il avait 
connue maîtresse ou gouvernante de 
Butel-Dumont. C'est lui-même qu'il 
met en scène dans cette nationale. 

Tome XII. Page 2578. La 38o' natio- 
nale remet encore en scène le mariage 
de la fille aînée de Restif avec Auge et 
les fâcheuses suites de cette union. 
Les noms seuls sont changés. Hu- 
guette Bau^on n'est autre qu'Agnès 
Restif; sa tante, bijoutière quai Pelle- 
tier, 3/""° Biseau, c'est M"" Bizet, sœur 
de Restit; Pantalon fils, c'est Auge 
fils. Mais, ici. on raconte le divorce 
d'Agnès et son second mariage avec un 
nommé Vignon. 

Page 2649. Leurs Gr-ns. — Grelu- 
chons. 

Page 2694. Dans la 403» nationale, 
Restif raconte encore l'histoire dou- 
loureuse de sa sœur Geneviève, violée 
par un moine de Sainte-Geneviève et 
mariée à un cocher de tiacre, nommé 



^5 

Tiltien.Voy. Monsieur Nicolas, t. VII, 
page 1897. 

Page 2785. Blançay est un petit 
roman de Gorgy. Quant à Justine, 
c'est l'horrible roman du marquis de 
Sade , lequel venait de paraître en 
1794. (« Bibliographie de Restif de la 
Bretonne », p. 355-36i). 

ANNÉE (L-) GALANTE ou les 

INTRIGUES SECRÈTES DU MARQUIS DE 

L***. Cologne, p. Marteau. S. d., 
petit in-i2, et Londres (Paris), 1785, 
petit in- 12. Diverses réimpressions. 

L'auteur de cet ouvrage galant est 
le marquis de L'Etorière, qui en est 
en même temps le principal acteur. 
« Le héros de ces aventures où il 5' a 
du vrai (dit, en estropiantlenom, le ca- 
talogue Leber, n° 2,280), estlemarquis 
de L'htuvières, officier aux gardes, 
doué de qualités éminenteset qui passe, 
dans un certain monde, pour l'hom- 
me le plus capable de son temps. » 
— Le« Dictionnaire des anonymes » se 
contente de dire, avec plus de réserve, 
que le marquis de L'Etorières, homme 
fort à la mode vers 1760, est sou^^ent 
cité dans l'ouvrage de Dugast de 
Bois-Saint-Just. « Paris, Versailles, et 
les Provinces au xvui" siècle.» — Enfin 
Eugène Sue, qui sous iQ titre « Le 
marquis de Létorières » a publié un 
charmant roman, met en scène ce 
même personnage avec beaucoup de 
convenance. — Il serait curieux de 
rechercher, dans une étude spéciale, 
si le triomphant marquis ne s'est pas 
trop vanté dans son « Année Ga- 
lante. » 

ANNÉE (L') MDCCLXXXIX ou 
LES TRIBUNS DU PEUPLE, pièce en trois 
actes et un prologue (en vers), par 
Nicolas de Bonneville. Paris. De l'im- 
primerie du cercle social. S. D. 
(23 juin 1790), in-8. 



LES LIVRES A CLEF 



66 



Nicolas de Bonneville, bien que pe- 
tit neveu de Racine, a fait là une 
pièce non moins médiocre au point de 
vue du style que ridicule comme con- 
ception. « J'ai voulu peindre, dit-il, 
sous le nom de Tribuns, tous ceux 
qui, par leurs travaux, leurs veilles 
et leur génie, ont concouru à notre 
régénération : La majorité de l'Assem- 
blée nationale, les électeurs de Paris, 
les Représentants de la Commune, les 
anciens Gardes-françaises, les in- 
domptables écrivains qui ont servi de 
toutes leurs forces la cause commu- 
ne. » La pièce est une imitation d'Es- 
ther appliquée aux événements poli- 
tiques. Esther, c'est la reine des Francs; 
Assuérus, le roi des Francs, Louis XVI; 
Aman figure l'aristocratie. Quant aux 
tribuns, l'auteur a pris soin de les in- 
diquer. C'est d'ailleurs le même plan, 
la même marche, le même dénoû- 
ment, et ce sont souvent les mêmes 
vers et les mêmes expressions que 
dans VEsther de Racine. 

ANN'QUIN BREDOUILLE ou le 

PETIT COUSIN DE TRISTRAM-SHANDY, 

œuvre posthume de Jacqueline 
Lycurgues, actuellement fifre-major 
au greffe des menus Derviches, par 
l'auteur de Blançay. (Jean-Claude 
Gorgy). Paris, 1 791- 1792, 6 vol. 
in- 18, figures. 

Ouvrage très singulier et difficile à 
définir, dit avec raison la « Bibliogra- 
phie Gay. » Par bonheur, tout le mys- 
tère de cette étrange production est 
dévoilé à merveille dans l'excellent ar- 
ticle que M. Ch. Monselet a consacré 
à Gorgy (Oubliés et Dédaignés — T. 
II. p. 47 à 87). Ann' quin Bredouille est. 
un type allusif comme le John Bull 
des Anglais, ou comme notre Jacques 
Bonhomme à nous. Il quitte son vil- 
lage pour se rendre à la grande ville 
de Néomanie (Paris), accompagné par 
un petit flagorneur nommé Adule et 



67 

par une vieille femme d'humeur diffi- 
cile, mais sensée, M"" Jer'nijle. Les 
trois personnages arrivés kNéomanie, 
y font la connaissance d'individus 
étranges et assistent à des événements 
surprenants. Ces événements et ces 
personnages, ce sont ceux de la Révo- 
lution pendant les années 1790 à 1792. 
On voit dés lors que les allusions 
abondent; elles sont d'ailleurs faciles 
à saisir : qui ne reconnaîtrait Marat, 
dans le « fébrifère Tamar » et la mo- 
narchie française tombant en ruine, 
dans ce fameux Châtaignier des Gaules 
que travaillent à abattre à coups de 
cognée, ceux-là même qu'il abritait 
et nourrissait jadis ? — Gorgy a fait 
preuve de courage en écrivant alors 
un pareil livre, dans lequel, malgré 
la bonhomie du récit, on ne pouvait 
méconnaître une sévère critique des 
hommes et des choses du jour; il est 
vrai que quelques mois après l'au- 
teur quittait la plume et se renfermait 
dans un silence absolu auquel U dut 
de ne pas mourir sur l'échafaud. 

Ne quittons point Gorgy sans dire 
un mot du plus célèbre de ses ouvra- 
ges, qui fut peut-être le roman le 
plus recherché de l'époque; nous vou- 
lons parler de « Blançay. » — Londres 
et Paris, Guillot, 1788, 2 vol. in-i8. Cet 
écrit, fort simple d'invention, un peu 
long dans l'intrigue, mais profondé- 
ment honnête, contient des pages 
vraiment attachantes et maints por- 
traits attrayants et bien vivants. M. 
Ch. Monselet se montre tout disposé 
à croire que « Blançay » contient en 
partie l'auto-biographie de son au- 
teur et que « le jeune écrivain » n'est 
autre que Gorgy lui-même; enfin 
les autres personnages ne seraient pas 
non plus purement imaginaires : qui 
pourra donner une clef d'un roman si 
dédaigné aujourd'hui? 

Anti (l')-gomor, par Dàlihray. 
Voir: Histoire de Pierre de Monl- 



LES LIVRES A CLEF 



68 



ANTIMOINE (L') PURIFIE SUR 
LA SELLETTE. Paris. Nicolas Pé- 
pinglé, 1668, in-i2 de III f. et 53 p. 

Comédie en trois actes et en vers 
dont l'auteur est inconnu ; elle est 
très rare et contient maintes allusions 
aux médecins d'alors divisés en deux 
camps sur la grave question de l'émé- 
tique. « Cette singulière pièce, dit le 
catalogue Solcinne (n" 1421), chimique 
et médicale, fut composée à l'occasion 
de l'arrêt du Parlement qui autorisa l'é- 
métique cette année-là; elle met en scè- 
nel'antimoine, espècede plomb, fils de 
Saturne, qui descend aux enfers pour 
le réclamer. Mercure, son petit-cousin, 
n'ayant pas réussi à le ramener sur 
la terre, l'antimoine est accusé d'une 
foule d'excès capitaux ; de là, procès 
en présence de Galien et d'Hippocrate. 
L'antimoine est mis hors de cause, 
mais on condamne les médecins qui 
l'emploient. Si cette pièce allégorique 
était plus mordante et plus spirituelle, 
on pourrait l'attribuer à Guy-Patin, 
le grand ennemi de l'antimoine et 
surtout des Stibyoniens. Elle a paru 
sans privilège et probablement sous le 
manteau. » 

ANTIPAPISME (L') RÉVÉLÉ, ou 

LES RÊVES DE l' ANTIPAPISTE. A 

Genève, chez Georges Lapret, à 
l'enseigne de la Mitre" (Hollande?) 
MDCCLXVII, in-8 de XL — 128p., 
rare. 

Cet écrit, en quatorze chapitres, est 
généralement attribué au fameux abbé 
Henri-Joseph Dulaurens. C'est une al- 
légorie philosophico-religieuse dans 
laquelle on passe en revue les abus de 
la cour de Rome et incidemment ceux 
du clergé de France. Les allusions 
sont très aisées à comprendre : Le 
Grand Séraphin, c'est le pape; la jeune 
colombe, c'est le Saint-Esprit ; — Pétri- 



69 

saint, n'est autre que saint Pierre, 
« le portier du ciel »; — La. fameuse 
présidente qui vient d'être mitrée, c'est 
la Gourdan, célèbre entremetteuse ; 
Le grand deux fois sept, c'est le pape 
Benoit XIV ; — Le grand Archibulaire 
c'est encore le souverain pontife ; — 
page 8 : il en est un surtout, le père 
La Valette, jésuite; — Glisée, l'église 
romaine ; — Tremenclei^je, le pape 
Clément XllI ; — Les Renards en robe 
de pourpre, le Sacré-Collège ; — Cette 
superbe mosquée, l'église Saint-Pierre 
de Rome ; — Menclétrei:(e, encore 
Clément XIII ; — Les sacrés Mouftis, 
les papes ; — Barjome, saint Pierre. 
Tout cela est fort transparent. C'est 
en somme un mélange de sarcasmes, 
d'impiétés et d'obscénités; ce libelle est 
cependant curieux à lire, car on y 
trouve une espèce de prédiction de ce 
qui devait arriver à la religion ro- 
maine et au clergé de France après les 
événements de 1789. — « L'Antipapis- 
me révélé » a été supprimé avec soin, 
aussi les exemplaires sont-ils peu com- 
muns. 



Anti-phantome du jansénisme. 
Voir : Relation du pays de Jansé- 
nie. 

ANTIQUORUM ET CELEBERRI- 
MORUM INTERLOCUTIO POETA- 
RUM, eorumque mira prasscientia, 
ad sempiternam palmœ victricis 
memoriam quam Ludovicus Ma- 
gnus de Hollandis, Alemanis, et 
Hispanis reportavit. Hoc opus 
Thcodorus Desjardins, eques sancti 
officii, et liberalium artium Doctor 
aggregatus in celeberrimà Ave- 
nionensi academiâ elaboravit, et 
perpolivit anno aetatis su^e 25. — 
Avenione , ex typographià Pétri 
Offray. MDCLXXX. Cum superio- 



LES LIVRES A CLEF 



70 

rum permissu, in-4 de X f. prélimin. 
166 p. et III f. pour la table. 



Cet ouvrage allégorique, chet- 
d'œuvre de patience et d'adulation, 
est entièrement composé de centons 
tirés de presque tous les poètes latins 
anciens, parmi lesquels sont admis 
quelques modernes. Théodore Desjar- 
dins devait être un homme d'une mé- 
moire prodigieuse : son poème, divisé 
en huitlivreSjContientenvironsix mille 
vers; dans la marge, en regard de cha- 
cun d'eux, sont indiqués l'auteur et 
l'ouvrage d'où ils ont été tirés. — 
Cette bizarre production serait d'ail- 
leurs peu intelligible si l'auteur n'a- 
vait pris soin d'en dresser une clef 
complète, qui manque à la plupart 
des exemplaires, Ulnterlocutio Poe- 
tarum de Th. Desjardins est devenue 
fort rare ; à peine l'ai-je vue citée 
dans trois ou quatre catalogues; un 
magnifique exemplaire de ce singu- 
lier ouvrage était coté 23 fr. par Te- 
chener, en 1 85 1 ; il faut dire que ce 
superbe exemplaire, couvert en maro- 
quin rouge, couvert de fleurs de lys 
sur les plats, et orné d'une large den- 
telle parsemée de dauphins, était vrai- 
semblablement celui que Desjardins 
avait obtenu la faveur de présenter 
au grand dauphin. 

Voici la clef telle que l'a dressée l'au- 
teur lui-même ; toutefois, pour éviter 
la répétition du nom de Louis XIV, je 
dirai tout d'abord que le roi est désir 
gné, dans les six mille vers de Vlnter- 
locutio, sous les trente qualifications 
suivantes, qui, réunies suivant les rè- 
gles de la prosodie, ont l'avantage de 
former les cinq vers hexamètres que 
voici : 

Il Phœhiis, Apollo, Tonans, hîagr.us, Mars, Stcllifcr, 

u Allas, 
(! Sol, Oculits Mundi, Rex, Jupiter, omnibus idem, 
(( "Digne, Deus, Judex, Lux fublica, Maxime, Titan, 
Il li/x, Mavors, Numen, Neptune, Salut i fer. Argus, 
Borhonius, Victor, Lumen, Lux, Gloria, Major. » 

Si le roi-soleil n'a pas été satisfait 



71 



LES LIVRES A CLEF 



72 



de toutes ces gentillesses, il faut con- 
venir qu'il était bien difficile. 
Voici maintenant l'explication des 

autres allusions : 

Aquilœ, — les Espagnols et les Alle- 
mands ; 

Ardelio, — le Prince d'Orange ; 

Bellator, — Vivonne ; 

Bellaîrix, — Marie-Thérèse, femme 
de Louis XIV ; 

Bellax, — le prince de Condé ; 

Cœlicola, — Turenne ; 

Christicolœ, — les Jésuites ; 

Dei Ministri exercituum, — les géné- 
raux de Louis XIV; 

Deoriim Soboles, — le Dauphm ; 

Deus Unigena, — Jésus-Christ; 

Doctiis, — le duc d'Enghien ; 

Dominus, — le duc d'Orléans ; 

Dracones Concordi, — les Espagnols 
et les Allemands ; 

Ductor, Dux, — encore le duc d'Or- 
léans ; 

Exleges, — les Hollandais; 

Fidelis secta Christi, — la Compa- 
gnie de Jésus ; 

Gladiator, — encore le prince d'O- 
range ; 

Infelix, Infidi, — encore les Hollan- 
dais ; 

Jovis Columna, — encore Turenne : 

Jovis conjux sponsa, — encore Marie- 
Thérèse ; 

Jovis incrementum, — encore le Dau- 
phin ; 

Jovis solamen, — toujours Marie- 
Thérèse ; 

Leones, Mancipium, — les Etats de 
Hollande ; 

Martigena, — le Dauphin ; 

Martis conjux, — la reine Marie- 
Thérèse; 

Maximus alter, — le Dauphin ; 

Mercurius deus, — le duc de la Feuil- 
lade ; 

Minos, — Montécuculi ; 

Miseri, — les Hollandais ; 

Missus à Jove, — Vivonne ; 

Mundi decus, — encore la reine ; 

Nepos, — De Lorge, neveu de Tu- 
renne ; 



Ncptunia proies, — le Dauphin ; 

Oracula Phœbi, — les ministres du 
Roi; 

Pater Omnipotens, — Dieu le père ; 

Patronus, — Ruyter ; 

Phaéton, — encore le prince d'O- 
range ; 

Phebeius, — le Dauphin ; 

Phœbigena, Phœbi progenies, — tou- 
jours le Dauphin ; 

Phœbi sacerdos, — le Père de la 
Chaise; 

Pius, — le cardinal de Bouillon ; 

Pueri Rebelles, — toujours les Hol- 
landais; 

Rector, — encore Ruyter; 

Robore plena, — la Reine ; 

Sacerdos divinus, — encore le jésuite 
de la Chaise; 

Sanctus, — encore le cardinal de 
Bouillon ; 

Satellites, — les troupes de la maison 
du Roi ; 

Soligena, — le Dauphin ; 

Stellœ Jovis, — les armées de 
Louis XIV ; 

Stella? martis, id. 

Studiosi belli, — Condé, Enghien, Tu- 
renne, Colbert, Louvois ; 

Tantalus, — toujours Ruyter ; 

Turrigerum caput, — Turenne ; 

Vulcanus, — le maréchal de Luxem- 
bourg. 
Toutes ces épithètes, du moins en 

ce qui concerne les personnages de 

France, n'ont rien, comme on voit que 

de très datteur; le bon Théodore 

Desjardins était vraiment ce qu'on ap- 
pellerait aujourd'hui un bénisseur. 



APHRODITES (LES) ou frag- 
ments THALI-PRIAPIQUES POUR SERVIR 

A l'histoire du plaisir. Lampsaque, 
1793, 8 part. pet. in-8, une figure 
libre à chacune. Plusieurs réimpres- 
sions. Cet ouvrage est du fameux 
chevalier Andréa de Nerciaf. 

On peut consulter sur la bibliogra- 



73 

phie, les condamnations de ce curieux 
mais immonde ouvrage et sur la So- 
ciété plus exécrable encore, dont il 
retrace les mœurs: l'La « Bibliogra- 
phie d'Andréa de Nerciat. » Londres, 
1876; 2° le « Catalogue des ouvrages 
condamnés. » Paris, 1878; 3° la « Bi- 
bliographie Gay, » t. I, p. 277 ; 4° les 
« Sociétés badines et bachiques^ » 
Paris, 1866, t. I, p. 3g; 5° les « Galan- 
teries du xviii" siècle, » par Ch. Monse- 
let, Paris, 1862; — la « Femme au 
xviu' siècle, » par MM. de Goncourt, 
etc., etc. 

Les « Aphrodites » étaient une asso- 
ciation libertine de personnes des 
deux sexes, n'ayant d'autre but que le 
plaisir, ou pour mieux dire les plus 
basses voluptés ; le livre, en dia- 
logues, publié par Nerciat, retrace la 
prodigieuse lubricité des séances de 
cette association qui a bien réellement 
existé. Les noms des personnages 
réels sont déguisés, mais ce sont bien 
ceux des membres de la Société, 
installée du côté de la vallée de Mont- 
morency, sous la présidence du mar- 
quis de P... Les noms des hommes 
étaient empruntés au règne minéral 
et ceux des femmes au règne végétal. 
Il a dû certainement exister une clef 
de ce triste ouvrage. 



APOLLONII VERIDICI CATA- 
LECTA PETRULLIANA. — Amste- 
lodami, ex officinâMenandri, 1710, 
in-8. 

Ce petit écrit cité dans « l'Essai sur 
les livres à clef, » est une très vive 
satire dirigée contre le savant Pierre 
Burmann ; elle fut suivie de plusieurs 
autres écrits analogues que Floëgel 
n'a pas manqué de signaler dans son 
curieux livre: « Geschichte derKomis- 
chen Litteratur » (T. III, p. 485). — 
Ces petits pamphlets allusifs, très 
communs autrefois parmi les savants 
allemands qui s'y déchiraient à l'envi, 



LES LIVRES A CLEF 



74 

sont généralement devenus rares et 
ne sont presque pas connus en France. 

Apologie de la flatterie. Voir : 
Bien-né. 



APOLOGUE NOUVEAU DU DÉ- 
BAT D'EOLE ET NEPTUNE, con- 
tenant les dangers de la court. 
— Paris, 1545, in-8 de 8 ff. de 29 
lignes, très rare (en vers). 

Cette allégorie politique, qui pa- 
raît être d'un certain Gaspard de 
Lafte, sur lequel on ne possède point 
de renseignements, a été réimprimée 
dans la bibliothèque elzévirienne 
( « Anciennes poésies. » — T. X, pp. 
18-40). — Il s'agit, dans cette pièce 
de circonstance, de la rivalité de Phi- 
lippe Chabot de Brion, comte de Bu- 
sançais, amiral de France, et du conné- 
table de Montmorency. Les allusions 
contenues dans l'Apologue étaient sans 
doute fort transparentes, surtout avec 
l'espèce de clef imprimée en tête de 
ce petit ouvrage, mais celte clef elle- 
même a besoin d'être expliquée : 

« Ce qui est entendu par les noms 
de ce présent Apologue » : 
La Mer, — c'est la Court ; 
Les péril i d'icelle, — les dangiers de 

la Court ; 
Eole, — l'Envieux (le connétable de 

Montmorency) ; 
Les Vents, — Rapporteurs, calum- 

niateurs et autres médisantz; 
Neptune, — l'Envié (l'amiral Cha- 
bot); 
Thétis, — Tamy principal de l'En- 
vié; 
Tritons, monstres ( Les enfants, famille 
{et bienveillantz de 
et autres poissons I Y^^^-^^ . 

Zéphire, — Soustenant vérité; 

Le gouffre, — la bastonnade et dé- 

chassement de la Court; 
Jupiter, — le Roy (François I«0; 



75 



LES LIVRES A CLEF 



Destinée, — lavolunté de Dieu. 

Ajoutons à ces indications que la 
belle Lagie qui fait rentrer l'Amiral 
en grâce, n'est autre que la duchesse 
d'Etampes et qu'on ne peut mécon- 
naître le chancelier Poyet, dans l'ami 
et instrument de l'Envieux. 



APOTHÉOSE DE MADAME LA 
DUCHESSE DE LONGUEVILLE, 
princesse du sang. — S. 1., 1651, 
15 pages petit in-4. 

Mazarinade anonyme qui ne peut 
être que de l'auteur du « Temple de 
la déesse Borbonie» (Voir ce titre). — 
« Cette pièce, dit M. C. Moreau (Biblio- 
graphie des Mazarinades, T. I, p. 64), 
est des plus curieuses par son extra- 
vagance,' et aussi des plus rares. — 
L'auteur compare l'entreprise de la 
délivrance des princes, chefs de la 
Fronde, à l'expédition des Argonautes. 
Madame de Longueville est Médée; 
Turenne, Jason; Bouteville, Thésée; 
Duras, Pollux, et le canon est le roi 
amicque. Le Havre s'appelle Vile de 
Lymicaritos ; etc., etc. » Toutes ces 
allégories, insupportables aujourd'hui, 
étaient fort goûtées alors et se ven- 
daient très bien ; on s'arrachait cer- 
taines de ces pièces dans les rues de 
Paris, et ce n'étaient pas toujours les 
moins extravagantes. 



APOTHEOSE (L') MODERNE. 
Conte poétique en quatre chants. 
— A Paris, de l'imprimerie de Mon- 
sieur, MDCCLXXXIV, pet. in- 18 de 
VI-34 pages. 

D'après une note signée H. de l'Isle 
et insérée dans « l'Intermédiaire » du 
10 octobre 187g (col. 583), les per- 
sonnages dececonte, qui pourrait bien 
être de M™e de Montesson, ne seraient 
autres que Louis XVI et Marie-Antoi- 



76 

nette, mis en scène sous les noms de 
Delby et Florise. 



APRES-DINEE (L') DES DAMES 
DE LA JUIFVERIE. Conversation 
comique, par le sieur de Nonnan- 
tès *** (ou de Nonantois). — Nantes, 
Noël Verger, 1722, petit in- 12 de 
77 pages et 3 ff., rare. 

« La devise du sexe étant babil, sens, 
secret, ■ l'auteur de cet ouvrage a 
fait de ces trois mots trois noms, 
de ces trois noms trois femmes 
et de ces trois femmes trois hé- 
roïnes pour cette conversation. » — 
La préface ne se trouve pas dans tous 
les exemplaires. — Cette comédie, 
composée sur une aventure locale, de- 
vait être remplie d'allusions fort 
transparentes qui mirent en émoi 
toute la ville de Nantes. — Il en a été 
fait une critique sous le titre de : « Le 
Pédant devenu comique, » (Nantes) 
1722, in-i2 de 3 ff. 74 pp. sans nom 
d'auteur ni d'imprimeur; cette der- 
nière pièce est plus rare encore que la 
précédente. (Catalogue Soleinne, n»* 
1723-1724). 

ARABELLA, drame en trois actes 
(en prose), par MM. Félix Pyat et 
Théo (Théodore Burette). Publié par 
r (c Europe Littéraire. » — Paris, 
Duvernois, 1834, in-8. (Décembre 
1833, suivant Q.uérard.) 

« Ce drame, aujourd'hui très rare, 
dit le catalogue Soleinne (n» 3823), 
représente, sous des noms espagnols, 
les auteurs supposés de la mort du 
dernier duc de Bourbon, trouvé pendu 
dans sa chambre à coucher, au château 
de Saint-Leu. — Arabella Aîan:;oin, 
Comtesse Gu^man d'Alvare:^, n'est au- 
tre, dit-on, que la fameuse baronne 
de Feuchères. » 



77 



ARASPE ET SIMANDRE, nou- 
velle. — Paris, Claude Barbin, 1672, 
2 vol. petit in-8, rare, inconnu à 
Barbier. 

Voici ce que dit M. Paul Lacroix, 
relativement à ce curieux ouvrage, 
dans son excellente « Bibliographie 
Moliéresque » (p. 233; n» xio6) : « On 
ne trouve, dans les écrits contempo- 
rains, aucun détail sur les représenta- 
tions du théâtre de Molière, si ce 
n'est dans un petit roman, dont l'au- 
teur n'est pas connu, mais qui se 
recommande par des qualités litté- 
raires de premier ordre: Araspe et 
Simandre. C'est une « histoire véritable 
écrite par une Dame de la Cour. » Il 
y a dans cette nouvelle des portraits 
tracés de main de maitre, et bien des 
pages sont des chefs-d'œuvre de narra- 
tion. — L'ouvrage est dédié auroi.Nous 
avons cité dans le « Bulletin du Bi- 
bliophile » (i85i, pp. 406-407), un 
passage fort piquant extrait de cet 
ouvrage et relatif à Molière sur la 
scène du Palais-Royal. » 

Qui nous donnera la clef des noms 
véritables d'Araspe et de Simandre 
ainsi que celle de ces portraits tracés 
de main de maitre ? 

Arbres (les) parlants Voir : 

Dendrologia, byj. Howell. 

Arcadie (l') de la comtesse de 
PEMBROKE.... Voir : The Countesse 
of Pembroke's Arcadia.... 



ARCADIE (L') FRANÇOISE DE 
LA NYJVIPHE AMARILLE, tirée des 
Bergeries de Julliette; de l'invention 
d'OIenix du Mont-Sacre, où par plu- 
sieurs histoires et sous des noms de 
Bergers sont déduits les amours de 
plusieurs seigneurs et dames de la 



LES LIVRES A CLEF 78 

Cour. — Paris, 1625, in-8 de 686 



pages, en cinq parties. 

Nicolas de 2fontreiix, qui a signé 
la plupart de ses ouvrages de son nom 
anagrammatisé comme ci-dessus, n'est 
connu que par le peu de lignes que lui 
ont consacrées La Croix du Maine et le 
P. Niceron. Cet auteur a beaucoup 
produit et, tant dans son théâtre que 
dans ses compositions romanesques, il 
a usé et abusé des pastorales et berge- 
ries. — (( L'Arcadie française, » en 
prose mêlée de vers, est, comme le 
titre l'indique, l'abrégé des cinq énor- 
mes volumes des « Bergeries de Ju- 
liette, » formant ensemble plus de 
2400 pages. L'abrégé n'est pas plus 
amusant que l'ouvrage complet; il 
n'offrirait encore quelque intérêt que si 
c'était réellement un livre à clef; mais 
qui pourra découvrir jamais les noms 
véritables des « seigneurs et dames 
de la cour, » dont Montreux dit avoir 
conté les histoires amoureuses? 



ARÉTAPHILE ou la révolution 
DE cyrène, tragédie en 5 actes et en 
vers, par le citoyen Ch.-P.-H. Ron- 
sin. — Paris, Guillaume Junior, 
1793, in-8. 

Cette pièce représentée, sans succès 
d'ailleurs, sur le théâtre Louvois, le 
23 juin 1792, est une allusion conti- 
nuelle aux événements de cette époque. 
Moins de deux ans après, le malheu- 
reux Ronsin, général et adjoint au 
Ministre de la guerre, mourut sur 
l'échafaud révolutionnaire. 

ARGENIS (JO. BARCLAll). Edi- 
tio novissima ; cum clave, hoc est 
nominuni propriorum elucidatione 
hactenùs nondum édita. — Lugduni 
Batavorum, ex officinà Elzevirianà, 



79 



LES LIVRES A CLEF 



80 



anno CDIDCXXX, petit in-12 de [ 
690-VI pages, front, gravé. 

La première édition de ce roman 
politique estde i622(Paris,Buon,in-8). 
Il a été fort souvent réimprimé, no- 
tamment par les Elzévirs qui en ont 
donné plus de six éditions. Une édition 
annotée, que l'on annexe ordinaire- 
ment à la collection Variorum, a été 
publiéesousce titre: « Joannis Barclaii 
Argenis, nunc primum illustrata (A 
Theandro Biignotio, cum secundà et 
tertià parte). — Lugduni Batavorum, 
1644-1669, 2 vol. in-8. — On trouve, 
dans le « Manuel de Brunet » (T. I 
col. 65i-652), rindication de la plupart 
des éditions latines. — Quant aux tra- 
ductions françaises, elles sont au nom- 
bre de trois: celle de l'abbé Josse, 
chanoine de Chartres. (Chartres, M. Be- 
suard, 1732, 3 vol. in-12); celle de 
de Longue, (Paris, Pierre Prault, 1728, 
2 vol. in-12); et celle àQ Savin (Paris, 
1771-1776, 2 vol. in-12). 

Le roman d'Argénis contient, comme 
on sait, sous des noms supposés, l'his- 
toire des principaux événements des 
règnes de Henri III et Henri IV. — 
Le succès en fut immense et on le 
traduisit dans presque toutes les lan- 
gues de l'Europe. Cette allégorie, qui 
fut plus goûtée encore que VEuphor- 
miotiàn même auteur (voir ce titre), fai- 
sait, disait-on^ les délices du cardinal de 
Richelieu, qui croyait y retrouver les 
principes de sa politique. Quoique 
l'ouvrage en général soit bien écrit, 
on y a critiqué des néologismes, des 
termes impropres, des locutions étran- 
gères à la bonne latinité. Jean Barclay 
avait cherché à imiter le style de 
Pétrone; mais sa prose est plus esti- 
mée que les vers dont il a entremêlé 
son ouvrage. Tour à tour loué 
jusqu'à Phyperbole ou trop fortement 
déprécié, ce roman est aujourd'hui à 
peu près tombé dans l'oubli. Le juge- 
ment le plus exact porté sur ce livre 
paraît être celui formulé par Hallam 
en ces termes : a La fiction y est si 



bien mêlée avec l'histoire, qu'on ne 
peut songer à y chercher une narra- 
tion suivie de faits réels. Discuter des 
questions politiques, tel paraît être le 
but de l'auteur. Il ne manque ni de 
bon sens, ni parfois de finesse, mais 
ses aperçus n'offrent point assez de 
nouveauté pour qu'on s'y arrête. » 

En résumé, Barclay se proposait 
de retracer les malheurs que les dis- 
cordes civiles avaient causés à la 
France ; il a d'ailleurs mêlé à ses récits 
de longues digressions, et parfois il 
a donné à ses personnages des traits 
qui ne s'accordent pas avec la physio- 
nomie véritable des individualités qu'il 
avait en vue. — Voici la clef de VA rgé- 
nîo telle que ladonne l'édition de i63o 
(l'une des meilleures etdes plus jolies) 
décrite en tête du présent article; on 
remarquera que certains noms, même 
traduits, ne sont pas encore absolu- 
ment clairs : 
Acegoras, — Ginuillœ princeps (Join- 

ville?) ; 
Anaximander, — Pontanus marchio, 

(Pons ou Pontis r) ; 
Aneorestus, — le pape Clément 

VIII ; 
Antenorius, — Querengus (?) ; 
Aquilius, — l'empereur des Romains; 
Archombrotus, — Princeps régi Fran- 
cise subditus, virtutibus heroicis, 
summam. facientibus spem, orna- 
tus; c'est Henri IV; 
Argents, — Deficiens in Henrico III 
Valesiorum stirps ; vel etiam alter 
ab rege locus, eodem tempore à 
tribus aemulis, Navarro, Alenssonio, 
et Guisio, callidè petitus; 
Arsidas, — le duc de Bouillon; 
Arx non eversa, — Londres; 
A itxilia Meleandro lata, — Litterae, 
quas anno iSog ad Franciscum, 
Galliarum regem, Philippus, His- 
paniarum rex, dédit; 
Britomandes pater, — Antoine de 

Bourbon père ; 
Britomandes filius, — Antoine de Bour- 
bon fils, père du roi Henri IV; 
Cleobulus, — Villeroy; 



8i 



LES LIVRES A CLEF 



82 



Commi;idorix, — le duc de Savoie; 
Dcreficus, — Frédéric, comte palatin ; 
Dimalbius, — Ubaldinus ; 
Eristhenes, — MainiusCalignaci cornes; 
Eurymedes, — le maréchal de Biron ; 
Gelanonis, — le marquis de Turenne; 
Gens riidis, — les Suisses; 
Gobryas, — Harlay de Sancy; 
Hiero-Lcander, — Jérôme Aleander ; 
Hippophilus, — le roi d'Espagne ; 
Horti reginœ Maiiritanice, — « Vigna 

di Madama in Roma ; » 
Hyanisbe, — Elisabeth d'Angleterre; 
Hyperephanii, — les Huguenots ; 
Ibburranes, — Barberini, devenu le 

pape Urbain Vlll ; 
Liphippus, — (Philippus), le roi d'Es- 
pagne; 
Lycogenes, — le duc de Guise; 
Lydii conjuges, — Concini, maréchal 

d'Ancre, et Léonora Galigaï, sa 

femme; 
Meleander, — Henri III ; 
Menocritus, — le maréchal de Retz; 
Mergania, — (Germania), l'Allemagne! 
Nicopompus, — Barclay lui-même; 
Oloodemus, — le duc d'EIbœuf ; 
Peranhylœus, — Bethléem Gabor; 
Poliarchus, — Persona eorum in quos 

Guisianorum ac Ligas sacrae rabies 

desaeviit: quales Henricus IV, rex 

Navarras, et Esparnonii dux; 
Praxetas, — la maison d'Aubigné ; 
Proceriim primiis in aulâ Hippophili, — 

le duc de Lerme; 
Phryges conjuges, — le comte et la 

comtesse de Somerset; 
Purpurati sacerdotes, — Cardinales 

Lerma et Cleselius ; 
Radirobanes, — le roi d'Espagne ; 
Regio ab adverso littore, Siciliœ 

cemula, — l'Angleterre ; 
Selenissa, — la reine-mère, Marie de 

Médicis ; 
Sicilia, — la France ; 
Timandra, — Jeanne d'Albret, mère 

d'Henri IV; 
Timonides, — d'Aubigné ; 
Usinulca, — (Calvinus), Calvin; 

Quoique la plus complète qui ait 
été publiée, cette clef offre encore bien 



des lacunes: quels personnages, par 
exemple, désignent: Alcœa, — Anna, 
sœur d'Hyanisbé, — Astioristes, hls 
de Timandra, — Demades, hls de Se- 
lénisse 'sans doute le jeune Louis XIII); 
— Jiiba, roi de Mauritanie, — Plior- 
bas, — Théocrine, — Timoclea, etc., 
etc. ? 

Ajoutons qu'une des plus intéres- 
santes études à consulter sur ce fameux 
roman, est la thèse de M. L. Boucher 
« DeJ.Barclœi Argenide. » — Paris, 
1874, in-8 de io3 pp. 

ARIANE (L'), où se voient les 
aventures de Mélinte, de Palamède, 
Epicharis, ^telphe, Domintas, De- 
ricine et Episistrate, avec le retour 
de Sycile, par Jean Dcsmarct{ de 
Saint-Sorlin. — Rouen, 1644, 2 t. 
en I vol. in-8. Nombreuses éditions : 
Paris, 1639, 1643, 1647, in-4, fig. 
de Bosse; 1666, 2 vol. in-12 ; 1644, 
Leyde, Elzévir, 2 vol. in-12; Paris, 
1724, 3 vol. in-12, 16 fig. 

Ce roman, assez estimé, est devenu 
raremalgrétoutes ces réimpressions. — 
Les titres des différentes éditions con- 
tiennentdiverses modifications. — Il s'y 
trouve « plusieurs particularités con- 
cernant le règne de Néron ,» il y a lieu 
de penser que, suivant la coutume des 
romanciers d'alors, tous les person- 
nages ne sont pas purement hnagi- 
naires et qu'ils masquent de leurs noms 
des individualités bien connues à cette 
époque. 

ARISTANDRE ou histoire inter- 
rompue, par HêdcUu, abbé d'Aubi- 
gnac. — Paris, Dubreuil, 1664, 
in-12. 

« Cet écrit ayant été accueilli avec 
une grande indifférence, le libraire 



83 

s'avisa d'une supercherie dont les exem- 
ples sont nombreux; on enleva l'épî- 
tre dédicatoire et on ajouta, pour 
rendre ce livre méconnaissable : « His- 
toire galante et enjouée, interrompue 
par des entretiens de civilité, d'amitié 
et de passe-temps. » — Paris, J.-B. 
Loyson. — lôyS — in- 12 de b 16 pages. 
— (Supercheries. — T. 11, col, 289, a.)— 
D'après une note d'un catalogue publiée 
chez J.Techener (Paris— 1864 — n°55i), 
l'auteur, dans cet ouvrage, s'est mis 
lui-même en scène sous le nom de 
Edelian. — D'autres personnages du 
roman représentent aussi quelques-uns 
de ses parents et de ses amis. — II y a 
là une clef intéressante à chercher. 



ARISTIPPE (L') MODERNE ou 

RÉFLEXIONS SUR LES MŒURS DU SIECLE. 

— A Paris, et se vend à Liège chez 
J.-F. Bassompierre , MDCCLXIV, 
in- 12 de XIV-2i6 pages, joli front, 
et vignette sur le titre, finement 
gravés, troisième édition. La pre- 
mière édition est datée de Paris, 
G. -A. Dupuis, 1738, in-i2, et la se- 
conde de Liège, 1757, petit in-8. 

Cet ouvrage est de Denesle, écrivain 
français, mort le 2 novembre 1767, 
auteur d'une quinzaine de productions 
tant en vers qu'en prose. 

« L'Aristippe Moderne » est fait à 
l'imitation des « Caractères» de Théo- 
phraste et surtout de ceux de La 
Bruyère; il y a loin entre cet ouvrage 
et ses modèles ; cependant il peut en- 
core se lire et fournit quelques indi- 
cations intéressantes sur les mœurs 
dutemps.Très probablement, Denesle 
n'a point imaginé tous ses caractères, 
souvent il a dû les tracer d'après na- 
ture : malheureusement il est bien 
difficile aujourd'hui de retrouver les 
originaux du faux savant Chrysippe, 
du magistrat 4 r/i^e, de l'homme d'épée 
Clitandre, du petit-maître Z)amjs, de la 



LES LIVRES A CLEF 



84 

coquette Célimène, de la difficile An- 
gélique, etc., etc. C'est encore un de 
ces ouvrages dont on ne pourrait faire 
la clef que sur un exemplaire annoté 
par une main de l'époque. 



ARMATA : a fragment. — Lon- 
don,JohnMurray,AlbemarIe Street, 
181 7, in-8 de 209 pages (printed by 
C. Roworth). 

Ce roman politique, publié sous le 
voile de l'anonyme, est de Lord Tho- 
mas Erskine, (Lowdes, T. I, p. 752). 
La fiction sur laquelle il repose est 
fort sim.ple : l'auteur fait naufrage, au 
mois de mars i8i5, se sauve à la nage 
et aborde dans une grande île dont il 
ne peut déterminer la situation. Un 
habitant de Vi\e, Morven, le recueille, 
le soigne, le guide et lui raconte, sous 
des noms supposés, l'histoire du pays; 
il lui retrace les événements de la 
guerre d'Amérique, de la Révolution 
française, bref, tout ce qui s'est passé 
dans les deux mondes pendant les 35 
dernières années. Tous les faits sont 
naturellement présentés sous le jour 
le plus favorable à la nation anglaise; 
en somme ce « fragment » (Erskine 
n'a pas terminé son ouvrage) n'est 
rien moins que récréatif, surtout pour 
les lecteurs d'aujourd'hui. Un exem- 
plaire annoté au crayon, que j'ai sous 
les yeux, m'a mis à même de composer 
la clef que voici : The powerful Island 
of Armata, l'Angleterre ; — One of 
those invaders once swayed by force 
andterror the sceptre of Armata{^. 36), 
Guillaume le Conquérant ; — A 
grand and glorious Struggle (p. 41), 
la grande révolution d'Angleterre; — 
Their exiled monarch (p. 44), Charles II; 
— A great and growing people{p. 49), 
les Américains ; — Hesperia (p. 49), 
l'Amérique ; — Capetia (p. 69), la 
France ; — This very voice which had 
breathed sa happily the gentle accents 



85 

ofpeace (p. 98), Burke; — The immo- 
lation of the iinhappy Prince (p. loi) 
la mort de Louis XVI ; — The extra- 
ordinary person at the head of the Ca- 
petian Monarchy (p. 108;, Napoléon- 
Bonaparte ; — Patricia (p. m), l'Ir- 
lande^ qui a produit : the immortal 
hero, Wellington ; — Tlie City of 
Swaloal, Londres (?). 

Les événements ne paraissent pas 
être toujours présentés avec une par- 
faite exactitude ; ce livre a été écrit 
peu après la chute de Napoléon l'f et 
à un point de vue extrêmement... bri- 
tannique. 

ARSÈNE ou LA VANITÉ DU MONDE, 

dédié à Madame de Maintenon. — 
Paris, Jean Guignard, 1690, in-12. 

Ce roman pieux, dit M. P. Lacroix, 
fait évidemment allusion à la disgrâce 
de Fouquet. Aussi l'auteur inconnu, 
qui signe J. D. D. C. son épître dédi- 
catoire, commit-il une double mala- 
dresse en offrant à la favorite, alors à 
l'apogée de sa fortune, cette histoire 
à'' Arsène, «dans laquelle vous verrez, 
lui dit-il, des événements qui font 
connaître le peu de sûreté qu'il y a 
dans les richesses, dans les honneurs 
et dans les amitiez du monde . » Il 
faudrait une clef à ce roman qui con- 
• tient des allusions aujourd'hui bien 
obscures. 



ART (L") DE CONNOITRE LES 
FEMMES, avec une dissertation sur 
l'adultère, par le chevalier de Plante- 
Amour. — La Haye, Jacques van 
dem Kieeboom, 1729 et 1730, in-8. 
Réimprimé en 1749, à Amsterdam, 
en I vol. in-12 de 252 pages. Ce 
petit ouvrage a été réimprimé en- 
core en 1820, en 1821, in-12, puis 
encore en 1 860, sous ce titre : « L'art 
de connaître les femmes en partie 



LES LIVRES A CLEF 



86 



simple, par le chevalier de Plante- 
Amour, suivi de l'Art de connaître 
les femmes en partie double (avec 
balance) », par L.-J. Larcher. — 
Paris, imprimerie Blot, 1860, in-8 
de 48 pages à 2 col., fig. 

L'auteur du livre décrit ci-dessus 
n'est autre que François Briiy s, réfugié 
français, qui se destinait d'abord à 
l'état monastique, et qui finit par se 
marier après avoir abjuré tour à tour le 
catholicisme et le protestantisme. M. 
P. Lacroix lui a consacré une courte 
notice dans le « Bulletm du Biblio- 
phile » (1857, p. 214, n<» 84). Suivant 
réminent bibliographe, « l'Art de con- 
naître les femmes, » malgré la déné- 
gation du chevalier de Plante-Amour, 
offre, sous des noms empruntés, bien 
des histoires véritables, dont la clef 
est aujourd'hui perdue. 

Art (l') de conspirer. Voir : Ber- 
trand et Raton. 

ART (L') lATRiaUE, poème en 
quatre chants. Ouvrage posthume 
de M. L. H. B. L. J., docteur, ré- 
gent de la Faculté de médecine en 
l'Université de Paris. Recueilli et 
publié par M. de L**"^, membre de 
plusieurs académies. « Cùm flueret 
lutulentus, eratquod tollere velles.» 
Horat. Satyr. 4, lib. I. — A Amiens, 
et se trouve à Paris, aux Ecoles de 
médecine, 1776, in-12 de 93 pages. 
Précédé d'un Avertissement en prose 
(à Amiens, le 30 août 1 775) et d'une 
« Epître à ma Tante » (en vers, p. 
7 à 14)- 

Les initiales ci-dessus semblent dé- 
signer M. L.-H. BourdcUn le jeune, 
comme auteur de cette ingénieuse 



^7 LES LIVR 

plaisanterie ; mais, suivant Quérard et 
Barbier, c'est une supercherie, l'auteur 
est M. Philip, Anglais ou Irlandais 
d'origine ; l'éditeur serait M. de Lisle. 
— On a vu passer en vente deux exem- 
plaires de «l'Art iatrique, d accompa- 
gnés d'une clef manuscrite; l'un figu- 
rait dans un des catalogues de J. Te- 
chener, l'autre est décrit au catalogue 
Duputel (Rouen) iSSy — p. i8. 

Voici la clef que j'ai relevée sur les 
notes de l'exemplaire de M. Desbar- 
reaux-Bernard; je la crois aussi com- 
plète que possible : 

PAGES 

i3 — B -L , — Bouvart-Lovry ; 

20 — vers 6 — Deux médecins nom- 
més La Rivière. 

« 7 — Desessarts ; 

« 8 — Pujon (ou Pajon) ; 

« 9 — Elie de la Poterie; 

« lo — Saint-Léger; 

« II — Dupuy ; 

« 12 — Millin Gentil ; 

« i3 — de Brotorme ; 

« 14 — Mézence; 

23 « 8 — La Chirurgie et la 

Pharmacie ; 
« ig — La Pharmacie ; 
« 24 — La Chirurgie ; 

24 « 3 — Louis ; 

3i « 28 — Guilbert de Préval ; 

35 « 16 — Colombier, Bourru, 

Guillebert ; 

36 « 23 — Mittié ; 
38 « i3 — Bouvart ; 

40 « 5 — Lethieulier, six ans 

doyen ; 

41 « i3 — Poissonnier, Petit, etc; 

43 « 5 — Al , Marin ; 

« ib — A , d'Airolles; 

« 20 — M...... Marin ; 

44 « 8 — C , Ciotat ; 

45 « g — B , Beaumarchais ; 

« 14 — Cours sur le mal vé- 
nérien ; 

o 19 — La Gazette de santé; 

« 20 — Alphonse Le Roy ; 

46 « 22 — Vallun ; 

47 « 16 — Morand ; 

48 « 10 — Louis; 



ES A CLEF 



88 



PAGES 






49 


vers i5 — de Villiers ; 


« 


« 


28 — Guidaut (ou Guin- 

dant); 


56 


« 


9 — Bouvart ; 


57 


« 


17 — Bordeu ; 


59 


« 


^ — Bouvart ; 


« 


« 


i3 — Bordeu ; 




« 


23 — , fripon ; 


60 


« 


t6 — Borie ; 


63 


« 


II — Nicolas d'Esson ; 


64 


« 


14 — Préval ; 


65 


(( 


21 — César ; 


66 


« 


2 — Préval ; 


« 


« 


27 — AUeaume ; 


6S 


« 


I — Borigny; 


« 


« 


ig — Thierry de Bussy; 


6g 





I — Lethieulier ; 


« 


« 


18 _ Vallun ; 


« 


« 


23 — Peraudeau ; 


« 


« 


24 — Chou lard (.-'); 


75 


« 


16 — Lorry; 


77 


« 


3 — Poissonnier; 


79 


« 


35 — Dumouret; 


80 


« 


I 3 — Coste ; 


81 


« 


10 — Bercher ; 


« 


« 


ig — Gautier ; 


83 


« 


i3 — L'Epy ; 


84 


« 


i5 — Lamotte; 


85 


« 


ig — Missa ; 


86 


« 


19 — Geoffroy : 


87 


« 


20 — Levacher ; 


88 


« 


26 — Dionis ; 


89 


« 


I — Agivoux ; 


90 


« 


22 — Antoine Petit; 


92 


« 


i3 — du Chavoy. 


Comme 


on le voit, presque tous les 


mem 


bres de la docte faculté d'alors 


ont été inis en cause dans ce poème 


satin 


que. 





ARTAMÈNE ou le grand cyrus, 
par Mademoiselle M. de Saidcry. — 
Paris, 1650- 1653 ^^ années sui- 
vantes, 10 vol. petit in-8, ornés de 
figures de Fr. Chauveau. 

La première édition de cet ouvrage 
porte, comme la Clélie, le nom de 



89 

M. de Scudéri, gourverneur de Notre- 
Dame de la Garde, mais on sait que 
le véritable auteur est bien sa sœur, 
la célèbre Madeleine de Scudéry. 
M. Victor Cousin s'est occupé avec 
ardeur de ce roman, oublié pendant 
près de deux siècles, et lui a consacré 
deux volumes fort intéressants : o La 
Société française au xvii" siècle, d'après 
le « Grand Cyrus» de M'io de Scudéry 
(Paris, Didier, i838, deux vol. in-S de 
xxiii-443 et 436 pp.)' » — «Nous avons 
retrouvé, dit le célèbre académicien, 
presque tout le dix-septieme siècle 
dans un livre d'apparence assez fri- 
vole ; nous en avons vu sortir un ta- 
bleau assez fidèle de la société fran- 
çaise dans la première et la plus illus- 
tre moitié de ce siècle, d'Henri IV à 
la fin de la Fronde. — Le GrandCyrus 
est une histoire en portraits, écrite par 
la personne qui peut-être a le mieux 
connu toute la société de cette époque, 
grâce aune position particulière. Sous 
des noms grecs, persans, arméniens, 
sont représentés des personnages qui, 
sous Louis XIII et sous la régence 
d'Anne d'Autriche, occupaient la scène 
et faisaient l'entretien de la France. » 

« Malgré ces dix gros volumes, dit 
encore M. de La Borde (« Le Palais 
Mazarin », notes, p. 3o8), ou peut-être 
à cause de cette étendue, ce roman eut 
un immense succès. Il offre une allu- 
sion permanente aux mœurs et aux 
habitudes de la société française et 
surtout de la société parisienne. Quoi- 
que transportés sur les bords de l'Eu- 
phrate, quoique affublés des noms les 
plus persans que M'io de Scudéry ait 
pu inventer, les personnages qui se 
meuvent sur cette scène ne sont au- 
tres que ceux qui animaient la société 
de Paris ; le septième volume de cette 
longue histoire contient la description 
de l'hôtel de Rambouillet et de la so- 
ciété qui s'y réunissait encore en lySo.» 

L'immense succès du Cyrus dans le 
temps où il parut, s'explique sans 
peine : c'était une galerie de portraits 
vrais et frappants, mais un peu em- 



LES LIVRES A CLEF 



90 

bellis, où tout ce qu'il y avait de plus 
illustre en tout genre, princes, cour- 
tisans, militaires, beaux esprits et sur- 
tout jolies femmes allaient se chercher 
et se reconnaissaient avec un plaisir 
inexprimable. Et cependant ce roman 
serait absolument illisible aujourd'hui, 
s'il n'offrait l'intérêt d'une espèce de 
document historique. M. V. Cousin 
signale dans le tome premier de son 
bel ouvrage (p. p. 365 et suiv.), une 
clef inédite, relevée d'après un manus- 
crit de la Bibliothèque de l'Arsenal ; 
une autre clef, mais fort abrégée et 
avec des noms estropiés, se trouve à 
la Bibliothèque Mazarine. Le malheur 
est que toutes les attributions de ces 
clefs sembleraient n'être pas très exac- 
tement fondées ? Voici du moins les 
indications les plus sûres et qui ne 
laissent aucun doute sur les person- 
nages mis en jeu. 

Mandane, — la duchesse de Longue- 
ville ; cette attribution fut si bien 
acceptée alors, que le nom de Man- 
dane resta à la belle duchesse parmi 
ses amis ; on la trouve désignée 
ainsi dans bien des lettres du temps; 
Cyrus, — le prince de Condé; 
Le prince Artibie, — M. de Châtillon; 
Crésus, roi de Lydie, — l'archiduc 

Léopold ; 
Arisnape, — le général Beck; 
Anaxaris, — le comte de Brancas; 
Le roi de Phénicie, — Henri IV; 
Cléomère, — la marquise de Ram- 
bouillet; 
Mégabate, — le marquis de Montau- 

sier; 
Philonide, — la marquise, sa femme; 
Aristée, — Chapelain; 
Théodamas, — Conrart; 
Zénocrite, — Madame Cornuel ; 
Sapho, — Mademoiselle de Scudéry, 
qui s'était mise elle-même en scène 
sous ce nom que lui conservèrent 
ses contemporains. 
Enfin, Le Siège de Cumes est le siège 
de Dunkerque, par Condé; la bataille 
de Thybarra désigne la bataille de 
Lens, et la victoire remportée par 



91 

Cyrus sur les Massagètes est la glo- 
rieuse journée de Rocroy. 

ASGILL OU LES DESORDRES DE LA 

GUERRE CIVILE. Voir : Abdir, drame 
en quatre actes.... 



ASIATIdUE (L') TOLÉRANT. 

TRAITÉ A l'usage DE ZEOKINIZUL, ROI 
DES KOFIRANS, SURNOMMÉ LE CHERI. 

Ouvrage traduit de l'arabe du Voïa- 
gcur Bekrinoll, par M. de*****. «J'ex- 
cuse les erreurs et non les cruautés. » 

— A Paris, chez Durand, rue Saint- 
Jacques, à Saint-Landry et au Grif- 
fon, l'an XXIV du traducteur; — petit 
in-8 de XXVIII-145 pages, plus une 
clef de 7 pages qui n'est pas jointe 
à tous les exemplaires. La lettre- 
dédicace à Madame la comtesse de 
B**, est signée : L. B. L. D. A., à 
Paris, ce 15 décembre 1748. — Au- 
tres éditions in-i2 en 1755 et 1799. 

— L'indication : à Paris, chez Du- 
rand, cache les noms de « Amster- 
dam, chez JVl.-M. Rey. » 

Cet ouvrage, souvent attribué à Cré- 
billon fils, est en réalité de Laurent 
Angliviel de La Beaumelle, comme l'a 
fort bien établi M. Michel Nicolas, 
dans le « Bulletin du Bouquiniste » 
(i5 octobre iSSy, p. 475). « Ce livre, 
où des leçons philosophiques semêlent 
à des récits déguisant l'histoire sous le 
voile d'une allégorie très diaphane, est 
aujourd'hui fort oublié. » Il mérite 
cependant encore d'être lu. La clef est 
fort aisée à trouver, presque tous les 
noms étant simplement anagramma- 
tisés. La voici d'ailleurs bien complète, 
telle que je l'ai relevée dans un exem- 
plaire de l'édition de 1748 : 
Alloyo [D'J, — de Loyola; 



LES LIVRES A CLEF 



92 



Asepenk (U), — l'Espagne; 

Bekrinoll, Bertkol, — Colbert; 

Boisdu (VEbba), — l'abbé Dubois; 

Bonne^or, — Sorbonne ; 

Borniale, — Albéroni ; 

Brakami (Arkuéve de), — Archevêque 
de Cambrai ; 

Dreslon, — Londres ; 

Ebed, — Bede ; 

El-er-mai (L'Ebba), — l'abbé le Maire; 

Eliab, — Baïle; 

Eliati (U), — d'Italie; 

Emor, — Rome; 

Emorains, — Romains; 

England, — Angleterre ; 

Essuis, — Suisse ; 

Fadirs, — Moines ou Religieux ; 

Frokirans, — François ; 

Frokiranie, — France ; 

Gadreoni^ul, — Louis-le-Grand ; 

Handello, — Hollande; 

Insociable Société, — Compagnie de 
Jésus ; 

Ivetol (L'Ebba d'), — l'abbé d'Olivet; 

Kanivig, — Chavigni; 

Kanvil, — Calvin ; 

Kanviliens, — les calvinistes; 

Karens [Le Kismare de), — le mar- 
quis d'Argens ; 

Karmendek Roitelet, — roi de Dane- 
mark; 

Kierjlé, — Fléchier; 

Kilerieu (Le Klarnadi de). — le car- 
dinal de Richelieu; 

Kinera, — Racine; 

Kitesiconouem ; 

Klanb (L'Ebba le), — l'abbé le Blanc; 

Klodii^, — Du Clos; 

Kodkneland ; 

Kofirans {Les), — les Français; 

Kofiranie, — la France; 

Koirekre {Le Grand), — Grégoire-le- 
Grand ; 

Koiiketan:^, — concile de Constance ; 

Kortenheri, — Henri III; 

Kraten-Hueri, — Henri IV ; 

Kucves [Les), — les évêques; 

Kuietur, — Turquie; 

Ladwenlo, — Lowendal ; 

Lairvote, — Voltaire ; 

Lar:{vil{l'Ebba rfe},— l'abbé de Villars ; 



93 

Legemi, — Genève (:'); 

Mafçernie, — Germanie ; 

Nairam, — Mairan ; 

Nannctoim {la Kismare de), — la mar- 
quise de Maintenon ; 

Nardber, — Bernard ; 

Nechila {Prince de), — prince de la 
Ciiine ; 

Nélefon, — Fénelon ; 

Noisda, — Danois ; 

Pausrema, — Maurepas : 

Rayercour, — Courrayer; 

Rispa, — Paris ; 

Ristkesusi, — Jésus-Christ ; 

Ristkésusienne, — Jésus-Chrétienne; 

Roisdi, — Isidor ; 

Telleyiephon, — Fontenelle; 

Tenkin, — Tencin ; 

Terlientus, — Tertullien; 

Tillarete, — LeTellier; 

TinrenJIo (Le comte de), — comte de 
St-Florentin; 

Tsandenidt, — Edit de Nantes j 

Touderstha, — Stathouder; 

Usboniak {D'), — d'Osnabruk; 

Villeba, — Baville; 

Vreloii, — Louvre ; 

Xeas {Kiraume de), — Maurice de Saxe ; 

Zanathae. — Anathase ; 

Zauviram, — Marivaux; 

Zeahkernulf, — Charles IX; 

Zeibern {L'Ebba de), — Bernis ? 

Z eimn {Kuève de) ,— ï'évèque de Nîmes; 

Zeaukad^eu ; 

Zenatiskieoum, — Montesquieu ; 

Zeokaroti:{ul, — Louis XIV; 

Zeokini^ul, — Louis XV; 

Zeoteiri:(uI, — Louis XIII; 

Zerpu:{ {Krefedir de), — Frédéric de 
Prusse ; 

Zetkalet {La Kismare de), — la mar- 
quise du Chàtelet ; 

Zetkre::^, — Gresset; 

Zinakustu {Le Kuève), — Tévêque 
Jeansénius; 

Zinaninites, — Jeansénistes ; 

Zi:^our {L'Ebba de), — l'abbé de 
Sourci ; 

Zob:{uet (Le Kuève), — l'évêqueBossuet; 

Zoikul, — Louis; 

Zuitpermau, — Maupertuis. 



LES LIVRES A CLEF 



94 

ASPIRANTS (LES) DE MARINE, 
par Edouard Corbière. — Paris, De- 
nain et Delamarre, 1834, 2 vol. 
in-8, 10 fr. 

Ce ne sont point des aventures ima- 
ginaires que raconte, dans ce roman, 
M. Edouard Corbière, ancien officier 
de marine, poëte et romancier fécond. 
C'est un épisode de sa jeunesse, dans 
lequel il paraîtrait s'être mis lui-même 
en scène sous le nom de l'aspirant 
Mathias. Le sujet de son livre retrace, 
sous des noms supposés, un fait dé- 
sastreux des guerres du premier em- 
pire. On trouve une analyse complète 
de ce roman très mouvementé dans 
la « Bibliothèque des Romans » (t. I, 
p, 146-147)- 

ASTRÉE (L') DE M. D'URFÉ. 
Pastorale allégorique, avec la clé, 
nouvelle édition, où, sans toucher 
ni au fond ni aux épisodes, on s'est 
contenté de corriger le langage et 
d'abréger les conversations. — A 
Paris, chez Pierre Witte, rue Saint- 
Jacques , proche de Saint-Yves , à 
l'Ange gardien, et chez Didot, quay 
desAugustins, près du pont Saint-Mi- 
chel, à la Bible d'or, MDCCXXXIII. 
Avec approbation et privilège du 
Roy. 5 vol. en 10 parties, in-12, 
orné de 60 gravures de J. Rigaud. 

« La première édition de ce roman 
célèbre, dit M. G. Brunet, est datée 
•de 1610, mais il paraît qu'il en a 
existé une antérieure qu'on ne retrouve 
plus. On ne peut que renvoyer au 
« Manuel du Libraire » pour la des- 
cription des nombreuses réimpres- 
sions, continuations et traductions de 
ce fameux ouvrage. » Il paraît certain 
que d'Urfé s'est proposé, dans VAstrée, 
de raconter ses longues amours avec 



95 

la belle Diane de Château-Morand; et 
quelques difficultés que depuis on ait 
voulu élever à cet égard, il ne semble 
pas y avoir de bonnes raisons pour 
révoquer en doute le récit du véri- 
dique Patru. Le célèbre avocat, en 
effet, a publié des « Eclaircissements 
sur l'histoire de l'Astrée, » qui com- 
posent une sorte de clef de ce roman. 
Ces notes, imprimées d'abord dans les 
œuvres de Patru (t. II, p. 497), ont été 
reproduites à la suite de l'édition ci- 
dessus décrite. 

Elles ont servi à composer la clef 
suivante : 

A damas, le grand Druide, — c'est le 
lieutenant-général de Montbrison, 
de la famille des Papons; 
Alcidon, — le duc de Bellegarde, grand 

écuyer de France ; 
Alcippe, — Jacques d'Urfé, mort ma- 
réchal de France; 
Alcyre, — le comte de Sommerive, 
frère de la mère du duc du Maine; 
Alexis, — sous ce nom, l'auteur peint 
l'amitié qu'Astrée lui portait comme 
à son beau-frère ; 
A mintor, — dans l'histoire de Clarinde, 

est le duc du Maine; 
Astrée, — Diane de Château-Morand; 
Céladon, — c'est d'Urfé lui-même ; 
Calidon, — M. le Prince; 
Carnutes {Les) ou le Pays Chartrain, 

— l'île de Malte; 
Célidée, — Madame la Princesse; 
Clarinte, — la princesse de Conti; 
Daphnide, — la duchesse de Beaufort, 

mère du duc de Vendôme; 
Délie, — Diane d'Estrées, sœur de la 

duchesse de Beaufort; 
Diane, — Mademoiselle de Château- 
Morand, pendant son premier ma- 
riage ; 
Dorinde, — Mademoiselle Pajot; 
Euric, — dans l'histoire de Daphnide, 

c'est Henri IV; 
Florice, — Madame de Beaumarchais 

amante du duc du Maine; 
Fontaine de la Vérité d'amour, — c'est 
le mariage qui est en effet la der- 
nière épreuve de l'amour; 



LES LIVRES A CLEF 



96 

Galatée, — la reine Marguerite, sœur 

d'Henri III; 
Hylas, — personnage représentant à 
la fois certains traits de Bassom- 
pierre, Créquy, Givry et du comte 
de Carminog; dans les histoires de 
Florice et de Dorinde, c'est le duc 
du Maine ; 
Licornes (Les), — c'est le symbole de 

la pureté; 
Maure (Le) hideux qui tue Philandre, 
— c'est la voix terrible de sa con- 
science qui le contraignit de quitter 
la belle Astrée; 
Périandre, — dans l'histoire de Do- 
rinde , c'est encore le comte de 
Sommerive ; 
Philandre, — l'aîné d'Urfé, premier 

inari d'Astrée ; 
Silvandre, — c'est encore l'auteur lui- 
. même ; 
Torismond, — ^~ Henri III. 

Cette clef ne jette pas une bien grande 
lumière sur l'ensemble de ce roman 
si embrouillé; pour le comprendre, 
il est indispensable de se reporter aux 
travaux de littérateurs contemporains ; 
citons notamment : M. V. Cousin, dans 
la « Revue des Deux-Mondes; » Aug. 
Bernard, « Bulletin du Bibliophile b 
(1859, p. 53i-558); Feugère, «Les 
Femmes poètes du xvi» siècle » (p. 
238-252) ; Saint-Marc Girardin, « Cours 
de littérature dramatique » (t. III^ p. 
62-101); M. de Loménie, « Revue des 
Deux-Mondes» (i 3 juillet i858); «Dic- 
tionnaire de la Conversation », article 
de M. H. Martin; etc., etc. 

ASTUCIEUSE (L') PYTHONISSE 
ou LA FOURBE MAGICIENNE, petite Co- 
médie inferno-satanico- magique, 
par Robert Sorceliicot, membre de 
la Société des Arts mystérieux (Jean- 
François- Gaspard Dutrésor). — A 
Diabolicopolis, de l'imprimerie d'Al- 
bert Castigamus (Caen?), l'an 11 82 
de l'Hégyre (1804), petit in-8 de 
50 pages et i f., très rare. 



97 



LES LIVRES A CLEF 



Cette petite pièce satirique en un 
acte, vers, prose et vaudevilles, a été 
imprimée à petit nombre. Elle fut 
composée à l'occasion d'un procès de 
prétendue sorcellerie jugé récemment 
à Bayeux. Sans doute les journaux du 
temps permettraient d'en faire la clef. 
(Voir : Catalogue Soleinne, n" 2577 et 
«Les Supercheries» (t. III, col. 711 
et 712). 



ATALANTIS (L') DE MADAME 
MANLEY, traduit de l'anglois. Con- 
tenant les intrigues politiques et 
amoureuses de la noblesse de cette 
île, et où l'on découvre le secret 
des Révolutions arrivées depuis l'an 
1683 jusques à présent. — A La 
Haye.chezH.Scheurleer.MDCCXlII, 
2 vol. petit in-8 de VI ff. 508 et 
XIII-432 pages, plus VIII pages pour 
la clef, ornés de deux frontispices 
gravés. 

Seconde édition, avec la clef sur 
les marges : « Selon la copie impri- 
mée à Londres, chez Jean Morphew 
(Amsterdam) », 1714-1716, 3 vol. 
petit in-8. 

L'édition originale du texte an- 
glais de ce roman satirique parut 
en 1705 ; Lowndes indique une sep- 
tième édition sous ce titre : « Secret 

MEMOIRS AND MANNERS OF SEVERAL 
PERSONS OF QUALITY OF BOTH SEXES 
FROM THE NEW ATALANTIS AN ISLAND 
IN THE MEDITERRANEAN. » London, 

1741, 4 vol. in-i2. 

Il est à noter que le titre courant 
de la traduction porte : « Mémoires 
secrets , concernant les moeurs et 
coutumes des personnes de qualité 
de la Nouvelle- Atlantis, » ce qui 



98 

rend plus exactement la traduction 
du titre anglais. 



Sous des noms supposés, ce livre 
contient la satire des personnages qui 
ont figuré dans la révolution de 1688. 
L'Atalantis, Atlantis ou Atlantide, est 
une île de la Méditerranée, autrement 
dit l'Angleterre. L'apparition de cet 
ouvrage fit sensation : l'imprimeur et 
l'éditeur furent aussitôt arrêtés en 
vertu d'un ordre du secrétaire d'Etat: 
heureusement pour eux, Mad. Manley 
montra du courage et se conduisit 
fort bien; elle se présenta volontaire- 
ment au tribunal du banc-du-roi 
(King's Bench), comme unique auteur 
de l'Atlantis, et fut traduite devant le 
ministre Sunderland ; elle assuma 
toutes les responsabilités de cette pu- 
blication et fut, pour quelque temps, 
privée de sa liberté. On s'explique, en 
lisant ce livre, les poursuites dont il 
fut l'objet: La duchesse de Cleveland 
et diverses autres personnes de la cour 
de Charles II, Marlborough, sa femme, 
les individus les plus influents sous 
le règne de Guillaume III, y sont dé- 
peints sous des traits fort peu flatteurs. 
Ajoutons qu'en 171 1, Mad. Manley a 
publié une espèce de suite de ses «Se- 
cret Memoirs » sous ce titre : « Court 
intrigues, in a Collection of original 
letters, from the Island of New Ata- 
lantis, etc. By the Author of those 
Memoirs» — London, 171 1, petit in-8 
{Intrigues de la Cour ou Recueil de 
lettres écrites de l'île de la Nouvelle- 
Aralantis). Enfin, en 1717, on vit pa- 
raître : (.(.Memoirs of the Life of Mrs. 
Manley; to which is added a com- 
plète key. » — London, 171 7, in-8. — 
Il est à remarquer que, dans ces divers 
ouvrages, le même personnage est 
parfois désigné sous des noms diffé- 
rents; il y a même des exemples de 
changement de sexe. 

Voici la clef de V Atlantis : 
Adario [Le prince), — le duc d'Or- 
mond ; 

4 



99 

Agrippa, — le duc de Buckingham ; 
Alaric [Le comte), — le comte de Ko- 

nigsmarck; 
Albinus, — lord Raby, comte Straf- 

ford ; 
Alexis [Le prince], — Jacques So- 

bieski ; 
Ancus TuUiiis, — le duc de Beaufort; 
Antioche [Milord d'), — rarchevêque 

de Cantorbéry ; 
Armiitius, — le prince de Conti; 
Atalantis ou Atlantis, — l'Angleterre; 
Bassianus, — Ireton, régicide; 
Beaiimont, — le duc de Beaufort; 
Bedamore [Le comte de), — lord Scun- 

damore; 
Bel-Air {Le chevalier), — le chevalier 

Richard Temple ; 
Beraldus, — Auguste, roi de Pologne; 
Bérénice, — Mademoiselle Parry, ac- 
trice ; 
Bérintha, — Madame Earnley ; 
Birod [Le comte de), — lord Godol- 

phin ; 
Bracilla, — Mademoiselle Bracegirdie; 
Bulgarie [Le roi de), — Louis XIV; 
Cœsario, — le duc de Monmouth, tils 

naturel de Charles II ; 
Caligula, — Cromwel ; 
Carie {Le marquis de), — le duc de 

Marlborough; 
Catilina, — lord Warton ; 
Caton, — le duc de Leeds; 
Celsus, — le docteur Jean Friend ; 
Celtiberie, — Aragon (1') en Espagne ; 
Cethegus, — lord Sunderland ; 
Charlotte, — Madame Howard, dame 

d'honneur de la reine Anne ; 
Christophore, — lord Clarendon ; 
Ciceron, — lord Sommers ; 
Clodomir, roi des Francs, — LouisXlV; 
Constantin V, Auguste, — la reine 

Anne ; 
Constantinople, — Londres ; 
Cornus [Le comte), — Cornelis d'Ower- 

kerk ; 
Curio, — lord Oxford ; 
Dacie {Le prince de), — George Guil- 
laume, duc de Zell ; 
Damareta, — Madame Jennings, mère 

de la duchesse de Marlborough; 



LES LIVRES A CLEF 



100 



Daphné, — Mademoiselle Grisfin ; 

Délie, — Madame Manley, auteur de 
VA tlantis ; 

Diane, — Madame Cecil ; 

Druide [Le grand), — Gladen, chape- 
lain du roi ; 

Euphalie, — Mademoiselle Proud ; 

Fortunatus [Le comte de), — le duc de 
Marlborough; 

Général Persan, — lord Galloway; 

Genséric, — Pierre I'"", empereur de 
Russie ; 

Germanicus, — milord Dover, amant 
de la duchesse de Cleveland ; il 
succédait au duc de Marlborough; 

Geronimo [Don], — Harley, grand tré- 
sorier ; 

Giraldo, — lord Fitzharding; 

Gracchus, — le chevalier G. Withers, 
maire de Londres; 

Henriques [Le prince), — le prince 
d'Orange, depuis roi d'Angleterre 
sous le nom de Guillaume 111 ; 

Hilarie, — Madame Masham ; 

Honorius [Le grand prêtre), — le car- 
dinal Radziouski,primatde Pologne; 

Horatio, — lord Peterborough; 

Illyrie [Le prince d'), — l'électeur de 
Bavière; 

Impératrice [L'), — la reine Anne; 

Inconstance {Duchesse de /'), — la du- 
chesse de Cleveland, favorite de 
Charles H; 

Inverness {La princesse), — la prin- 
cesse Anne de Danemark, depuis 
reine d'Angleterre; 

Irène, — la duchesse de Marlbo- 
rough; 

Janetin {Mademoiselle), — Jeninngs, 
d'abord maîtresse du duc de Marl- 
borough, puis son épouse. La même 
qu'Irène ; 

Janthé, — Madame Anne Popham; 

Julius, — Saint-John (plus tard Bo- 
lingbroke) ; 

Lcelius, — lord Rivers; 

Léon IV, empereur, — Guillaume 111, 
roi d'Angleterre; 

Léonidas, — Madame Masham ; 

Lerme {La marquise de), — Madame 
Frechtville; 



lOI 



LES LIVRES A CLEF 



102 



Lindamire, — Mademoiselle Fafts ; 
Lofti {Le comté), — le duc de Bucking- 

ham ; 
Los-Minos {Le marquis de), — lord H. 

Scott; 
Louise, — Mademoiselle Cullen; 
Lucasie, — lady Hyde ; 
Lucinelle, — sage-femme ; 
Majorca {Le prince de), — le duc 

d'Ormond; 
Marovie, — Varsovie; 
Martel {Le comte de), — le marquis 

de Tallard ; 
Mauritanie, — l'Irlande ; 
Mécenas, — lord Halifax ; 
Mérovius, — le cardinal de Polignac; 
Me^^aray 'Le baron de), — SirWilliam 

Baron ; 
Monpellier, — le docteur Garth ; 
Mosco, — Spencer Cowper; 
Nicephore, — lord Rochester; 
Noricum {Le prince de), — le prince 

Charles de Neubourg ; 
OUmpie, — la princesse Anne; 
Orgueil {Le comte d'), — le duc de 

Buckingham ; 
Onnic {La princesse), — le roi Jac- 
ques II ; 
Page de Henriques {Le), — lord Port- 

land, page de Guillaume III , puis 

son favori ; il devint duc et général 

d'armée ; 
Pannonie, — Hongrie ; 
Perses {Les], — les Français ; 
Pharaon {prétendu), — le duc de Mon- 

tague ; 
Platon {Le patriarche), — le ministre 

Sacheverell ; 
Polidore, — le fils de lord Havers- 

ham ; 
Pomponius, — le sir J. Harcourt, de- 
puis chancelier ; 
Prado (Le), — grand parc près de 

Londres ; 
Prince, le plus riche d'Atlantis {Le 

très avare), — le duc de Newcastle ; 
Publicola, — lord Nottingham ; 
Ramires, — Lee Warner, gentilhomme 

de Norfolk; 
Rinaldo, — le capitaine Laurence; 
Rodegonde, — la comtesse de Platen ; 



Rodrigue:^ {Don Tomasio),— lord Co- 
ningsby; 

Roscius, — Betterton, acteur; 

Saint-Amant, — Cook, gentilhomme 
de la province de Norfolk; 

Sandomire {La marquise de), — lady 
Sandvi'ich ; 

Sara, — Miss Sara Stout; 

Sarmatie, — Pologne ; 

Sergius, — lord Halifax; 

Sigismond II, — Charles II, roi d'An- 
gleterre; 

Sira {Le prince de), — le duc de 
Shrewsbury ; 

Stauratius, — le duc de Marlborough; 

Tahis, — Blount ; 

Tameran, — le duc d'York, depuis 
Jacques II ; 

Théodecte, — Madame Masham ; 

Théodoric, — Charles Xll, roi de 
Suède ; 

Timias, — le chevalier Digby; 

Triphonius, — lord Tirawley; 

Uranie, — la fille de lord Haversham ; 

Venise {La duchesse de), — la prin- 
cesse Marie, fille de Jacques II ; 

Volpone l'ancien, — le chevalier Guil- 
laume Cowper; 

Volpone Hernando, — le chancelier 
Cowper; 

Wilmot, — Sambrook, auteur d'un 
écrit en faveur de la polygamie. 



ATALZAIDE, ouvrage allégo- 
rique. « Parve, nec invideo, sine 
me. Liber, ibis in urbem. » Imprimé 
où l'on a pu. MDCCXXXXVII, deux 
parties en i vol. petit in-8, formant 
ensemble 120 pages. La pagination 
de la première partie se continue 
dans la seconde, bien que chacune 
d'elles ait un titre spécial. L'exem- 
plaire que j'ai sous les yeux offre 
en outre cette particularité, que les 
dernières sont imprimées en carac- 
tères plus fins et plus compactes 
que le commencement. Sans doute. 



103 



LES LIVRES A CLEF 



104 



l'éditeur a voulu économiser le pa- 
pier. La première édition est de 
1736; la deuxième de 1745. 



Cet ouvrage, qu'on a parfois attri- 
bué au comte de Senecterre, est plus 
probablement de Claude-Prosper Jo- 
lyot de Crébillon, fils de Crébillon le 
tragique; c'est du moins l'avis de 
Quérard et de Barbier. 

Ce roman, rempli d'enchantements 
et de transformations merveilleuses, 
contient, suivant Quérard, (Livres à 
clef, p. 27), des allusions aux intri- 
gues de la cour de Louis XV. La clef, 
toujours d'après l'éminent biblio- 
graphe, ne serait pas difficile à trou- 
ver. Je ne suis pas de cet avis; le livre 
est assez amusant, mais les allégories 
me paraissent assez obscures et les 
noms propres ne se prêtent point à 
l'anagramme. Faut-il voir Louis XV 
sous les traits du prince Surab, et 
Madame de Pompadour sous ceux de 
la princesse Ataliaide? Je l'ignore et 
laisse à de plus habiles le soin de re- 
chercher les noms des personnages 
que masquent la Licorne-Wichnou, 
Erga-Zeb, Aliaber, roi de Turquie, 
Trag-Zeb, Togrid, Cornukan, Noiir, 
la princesse Zeoiire, N'avar, Zir:^ime, 
Zorag, Zanierou, Abulcoiicou, Aiigus- 
kan, Millanire et Gourgandeir. 

Ce petit roman, où le merveilleux 
abonde, n'est pas ennuyeux ; les si- 
tuations risquées ne manquent pas, 
non plus que l'imagination. L'auteur 
l'a dédié au lecteur. « A vous-même», 
écrit-il, en laissant une demi-page de 
blanc, pour que chaque lecteur puisse 
y mettre son propre éloge. Enfin, ce 
qui me confirme dans l'idée que les 
allusions d''Atal:;aïde ne doivent pas 
être très faciles à saisir (et peut-être 
n'y en a-t-il pas du tout .'), c'est le 
passage suivant qui termine la pré- 
face : « Mon livre (dit l'auteur) a be- 
soin d'une clef pour être compris, et 
je ne désespère pas que, dans quatorze 



ou quinze siècles, un homme de 
lettres, aussi bien instruit des anec- 
dotes secrètes de mon temps que mal 
informé des principaux événements 
du siçn, ne compose, dans un qua- 
trième étage, un in-folio de notes et 
variantes qui mettront les lecteurs 
d'alors au fait de ce que n'entendront 
pas ceux d'aujourd'hui. » Voilà qui 
sent bien la mystification. Au reste, 
bien que je demeure au quatrième 
étage, je n'ai nulle envie d'être ce zélé 
commentateur. 

Athalie, tragédie. Voir : Théâtre 
de Jean Racine. 

Athanase Robichon , candidat 
perpétuel.... Voir : Jérôme Paturot 
à la recherche d'une position.... 



ATHÉNAIS ou le château de 
COPPET EN 1807. Nouvelle histo- 
rique, par Madame (Stéphanie-Féli- 
cité Ducrestde Saint-Albin, comtesse) 
de Genlis. — Paris, imprimerie de 
Didot aîné, 1832, in-i8, 180 pages. 
Edition donnée par Ballanche et ti- 
rée à très petit nombre. 

Suivant une note communiquée par 
M. G. Brunet, de Bordeaux, le nom 
de Madame Récamier est caché sous 
celui à^Athénaïs. 



ATLANTIADE (L') ou la théo- 
gonie NEWTONiENNE, poèmc en six 
chants, par Népomucène-Louis Lemer- 
cicr, membre de l'Institut de France. 
— A Paris, Pichard, libraire, quai 
Voltaire, 21. De l'imprimerie de 
Didot jeune, 1812, in-8 de LXXXII- 
270 pages. Prix : 4 fr. 



105 

Ce poème est assurément une des 
plus surprenantes productions du fé- 
cond L.-N. Lemercier, sur le compte 
duquel la Biographie universelle des 
contemporains a pu porter ce juge- 
ment: «Les qualités qui caractérisent 
les ouvrages de M. Lemercier sont la 
hardiesse de pensées et d'expressions. 
Il est éminemment doué du génie poé- 
tique, mais on lui reproche d'abuser 
quelquefois du néologisme et de ne 
pas donner toujours à son style assez 
d'harmonie et de clarté.» — Au moins 
en ce qui concerne VAtlantiade, je 
partage entièrement cette manière de 
voir et j'ajoute qu'il fallait vraiment 
avoir le génie éminemment poétique 
pour écrire un poème de plus de six 
mille vers, dans le goût des suivants 
que je prends au hasard et qui ne 
sont pas les plus extraordinaires de 
l'ouvrage : 

«... Les hôtes ailés de ces nocturnes lieux 
Escortent Syngénie au dehors de l'enceinte, 
Dont la turquoise, l'or, l'opale et l'hyacinthe, 
La nacre et l'améthyste, en cailloux cristallins, 
Sèment tous les lambris, pavent tous les chemins. 
Ces vaporeux démons des cavernes obscures. 
Aux lampes où brûlaient la poix et les sulfures, 
Allument le bismuth, dont l'éclat verdoyant 
Se mêle au feu vermeil d'un carbure ondoyant. 

Là, les poisons du cuivre azurent les ruisseaux ; 
Là, le nickel épand l'émeraude en leurs eaux: 
Le liquide cobalt en un lit qu'il arrose 
S'écoule nuancé des couleurs de la rose ; 
Ailleurs, peint de safran, rayé du blanc des lis, 
Un torrent qui serpente, entraînant dans ses plis 
L'homicide arsenic, et l'ocre et le titane. 
S'irise en s'alliant le platine et l'urane. » 

On peut juger, d'après cette courte 
citation, des charmes que peut offrir, 
à qui ne sait ni le grec^ ni la chimie, 
ni la cosmographie, ce poème théo- 
gonique que vient obscurcir encore la 
foule des noms étranges des person- 
nages, noms forgés par l'auteur pour 
les besoins de son œuvre. L'excellent 
Lemercier l'a d'ailleurs si bien senti 
lui-même, qu'il a joint à son Discours 
préparatoire {80 pages !), la note et 
la clef suivantes que je reproduis tex- 
tuellement : 



LES LIVRES A CLEF 



106 



« J'inscris une liste de personnages 
allégoriques, ainsi qu'on place en 
tête d'un drame théâtral les noms des 
acteurs qui doivent y figurer. Cette 
précaution me paraît indispensable 
pour éclaircir mieux encore ma nou- 
velle Théogonie : 

NOMS ET ATTRIBUTS DES DlVINlTl5S DE « L'AT- 
TLANTIADE » QUI REPRÉSENTENT LES ATTRIBU- 
TIONS DES CHOSES ET LES PROPRIÉTÉS DE LA 
MATIÈRE. 

Théose, — dieu suprême, principe de 

la création. 
Nomogène, — qui engendre les lois. 
Psycholie, — âme universelle, déesse 

de l'intelligence. 
Syngénie, — puissance de l'affinité et 

de la cohésion entre les molécules 

des corps. 
Bione, — la vie. 
Barythée, — force centrale, fils et 

époux de Nomogène. 
Proballcne, — force centrifuge , frère 

de Barythée. 
Curgyre, — mouvement curviligne, 

fils de Barythée et de Nomogène. 
Hélion, — le soleil. 
Ménie, — la lune. 
Lampélie, — lumière du soleil. 
Pyrophyse, — calorique, feu de la na- 
ture, sœur de Lampélie. 
Pyrotonne, — feu fulminant, force 

des détonations. 
Phoné, — le son, l'acoustique. 
Electrone, — l'électricité. 
Magnényme, — l'aimant. 
Sider, le fer. 

Sulphydre, — eau et souffre, nymphe. 
Axigères (les), — demi-dieux des 

pôles. 
Métrogée, — génie de l'analyse. 
A^ome^ (les), — mouvements résultant 

des lois de l'équilibre. » 

Attaque (l') du camp de gre- 
nelle. Voir: Les Conspirateurs. 

Attici secundig. orbiliusmusca, 

S1VE BELLUM PARASITICUM. Voir : 

Histoire de Pierre de Montmaur. 



loy 



LES LIVRES A CLEF 



io8 



AUGUSTA.Tragédieen cinq actes 
et en vers, par Ph.-Fr. Na^aire 
Fàbre d' Eglantine ; représentée le lundi 
8 octobre ijSj, au Théâtre-Français. 

Cette pièce, aussi mal accueillie 
que possible par le public, paraît 
n'avoir pas été imprimée. La « Corres- 
pondance de Grimm » (mois de no- 
vembre 1787) en donne une analyse 
complète et en fait une juste critique: 
« Le choix à^Augusta, dit le rédac- 
teur, nous a paru d'une hardiesse 
intéressante : c'est l'atrocité de la pro- 
cédure intentée à Abbeville, en 1776, 
contre l'infortuné chevalier de La 
Barre, que l'auteur a eu le courage 
de présenter au théâtre, sous des 
noms grecs et romains, mais en se 
permettant cependant d'en adoucir la 
catastrophe, parce qu'il y a des 
choses qu'on supporte au Palais et 
qu'on ne supporterait pas sur la scène. 
Le malheureux La Barre y figure 
sous le nom û'Agathocle. On con- 
viendra qu'il faut que nos mœurs et 
notre tolérance aient fait quelques 
progrès puisqu'après vingt ans, on a 
permis de présenter sur la scène, sous 
un voile si facile à percer, ce déplo- 
rable exemple des victimes immolées 
au fanatisme des lois et de la reli- 
gion. » , 

AUTHOR (THE). A comedy of 
two acts, by Samuel Foote, esq. — 
Acted at Drury-Lane. — London 
(1757) in-8. 

Danscette petite pièce en deux actes, 
Foote semble avoir voulu surtout se 
donner les moyens d'exercer son remar- 
quable talent d'imitation burlesque, 
aux dépens d'un digne gentleman, riche 
et de bonne famille, M. Aprice, qu'il 
mit en scène sous le nom ridicule de 
Cadwalader. La satire écrite par Foote 
était remplie de traits si bien pris sur 
le vif et fut si exactement rendue par 



l'acteur, que personne n'hésita à re- 
connaître le personnage ainsi ridicu- 
lisé. M. Aprice ne tarda pas à le savoir 
et à se rendre compte par lui-même 
des attaques dont il était l'objet ; il 
faut dire d'ailleurs que cette pièce, 
bien que trèspiquante dans lesdétails, 
n'attaquait en rien son honorabilité. 
Il poursuivit donc l'auteur en justice 
et obtint la suppression de la comé- 
die. (Voir : « Biosraphia Dramatica » 
1782, T. II, p. 25). 

Autrichienne (l') en goguette. 
Voir : La Messaline française. 



AVANTURE HISTORIQUE, 

ÉCRITE PAR l'ordre DE MADAME de 

p***. A Paris, l'an 1679, mense 
Aus^usti. P. et in-i2. 

M. G. Brunet dit « qu'une clef de 
seize noms est au catalogue G. Pei- 
gnot (no 1761). » Malheureusement, 
vérification faite, ledit catalogue men- 
tionne ceci : « avec une clef conte- 
nant seize noms, » Ce livre doit être 
bien rare;Quérard et Barbier n'en 
parlent pas ; on ne le trouve pas dans 
les catalogues. Qu'est devenu l'exem- 
plaire de la bibliothèque Peignot ? 
C'est une clef à rechercher. 



AVANTURES DE FLORIDE (pre- 
mière partie DES...). En cette his- 
toire françoise on peut voir les 
différents événements d'amour, de 
fortune et d'honneur, et combien 
sont enfin agréables les fruits de 
la Vertu. — Par François Béroalde 
de VerviUe. — Tours, Jamet Métayer 
(1594), in-i2 de 197 ff. 

Seconde partie... en laquelle, 
outre la suite de l'histoire, se ren- 
contrent divers succès des Vertueux. 



LES LIVRES A CLEF 



109 

(Tours), Georges Drobet (1594), in- 
12 de 206 ff. 

Troisième partie... en laquelle 
on reconnoît, par événemens, les 
punitions de ceux qui ont voulu 
contrevenir à l'honneur. — Rouen, 
Raphaël du Petit- Val (1601), in- 12 
de 572 p. 

Quatrième partie... qui est l'In- 
fante déterminée : où se voyent 
plusieurs trophées de la vertu 
triomphante du vice. — Rouen, Ra- 
phaël du Petit- Val, 1601, in- 12 de 
582 p. 

Le cabinet de minerve, qui est le 
cinquième des Avantures de Flo- 
ride. Auquel sont plusieurs singu- 
laritez, figures, tableaux antiques, 
recherches saintes, remarques sé- 
rieuses, observations amoureuses, 
subtilités agréables, rencontres 
joyeuses et quelques histoires mêlées 
ès-avantures de la sage Fenisse, pa- 
tron du Devoir. — Rouen, Raphaël 
du Petit-Val, 1601, in- 12 de 289 p. 

On sait qu'avant de composer son 
fameux « Moyen de Parvenir » (dont 
il est parlé plus bas), Béroalde de 
Verville, qui avait fait paraître déjà 
un certain nombre de poésies plus ou 
moins erotiques, obtint, au mois de 
novembre iSgS, un canonicat dans le 
chapitre de Saint-Gatien de Tours. 
Sans renoncer aux travaux littéraires, 
le nouveau chanoine, pour un temps 
du moins, aborda un genre plus en 
rapport avec sa situation. Voici ce 
que dit à ce sujet M. Paul Lacroix, 
dans son excellente notice mise en 
tête de sa belle édition du « Moyen de 
Parvenir » : — Béroalde se mit à faire 
des romans suivant une méthode de 
composition très souvent employée à 
cette époque : ce sont des relations de 



110 



faits véritables déguisés sous une 
forme romanesque ; ce sont des énig- 
mes incompréhensibles si l'on n'en a 
pas la clef, comme dans VAsirée d'Ho- 
noré d'Urfé ; mais Béroalde cacha 
pour ainsi direcette clef dans le livre 
même, en anagrammatisant les noms 
des personnes et des lieux. C'est ainsi 
que dans les Avantures de Floride, 
Tristan THermite est nommé Stratin 
et la ville de Sancerre est dite Ran- 
crèse. « Dans ses romans, dit Charles 
Sorel, il introduisait- des seigneurs et 
des dames qui couraient diverses for- 
tunes ; mais leurs entretiens n'étaient 
pas très subiils, et ce qu'on doit esti- 
mer là-dedans, ce sont les sentiments 
d'honneur et de vertu qui sont les 
plus beaux du monde, avec quantité 
de secrets de la nature et de Part, par 
le moyen desquels plusieurs choses 
extraordinaires se font, au lieu que 
les anciens romans rapportaient tout 
à la magie, faute d'invention et de doc- 
trine. — Ces éloges d'un contempo- 
rain ont quelque chose d'étrange en 
présence des détails licencieux et des 
expressions grossièresqui remplissent 
les romans de Béroalde, où les senti- 
ments d'honneur et de vertu se mon- 
trent pourtant ailleurs que sur le 
titre. — La cinquième partie des 
Avantures de Floride, qui est en forme 
de dialogues, demêmequele «Moyen 
de Parvenir» se distingue des autres 
par un surcroît d'érudition et d'éro- 
tisme. — Cet ouvrage est rare; il serait 
pourtant intéressant d'en dresser la 
clef, chose assez facile à faire, on le 
voit, puisqu'il ne s'agit que de noms 
anagrammatisés. 

Ne quittons point Béroalde de Ver- 
ville sans citer au moins deux autres 
de ses essais historico-romanesques, 
où des personnages réels sont mis en 
scène sous des noms déguisés; ce 

sont : 

I. — Les Amours d'^sionne, où se 
voyent les hasards des armes, les ja- 
lousies, désespoirs, espérances, chan- 
gements et passions que le succès 



III 



LES L IVRES A CLEF 



112 



balance par la vertu. (Paris, Mathieu 
Guillemot, in-12, de 475 p.) 

II. — Le Voyage des 'Princes For- 
tune^,œuvre stéganographique recueil- 
lie par Bcroalde. (Paris, Guérin dit 
La Tour, 1610, in-So de yqS p.). — 
Ce roman où l'on remarque l'épisode 
du roi Eufransis etde son favori Spa- 
nios, au milieu des allégories de la 
Science chimique, passe pour le chef- 
d'œuvre du genre ennuyeux, même 
auprès des amateurs, qui le recher- 
chent comme une rareté et qui l'achè- 
tent à haut prix. 

Si, cequiest peu probable, on réim- 
primejamais cesétranges productions, 
il sera indispensable d'y joindre des 
clefs. 



AVANTURES (LES) DE PO.M- 
PONIUS, CHEVALIER ROMAIN, ou 
I'histoire de notre tems. a Rome, 
chez les Héritiers de Ferrante Palla- 
vicini (Hollande, à la Sphère), 
MDCCXXIV.— Aulreédition: Rome, 
id., 1725. in-13. — Autre édition : 
augmentée d'un recueil de pièces 
concernant la minorité de Louis XV 
(en vers et en prose). — Rome, 
Mornini, 1728 (Hollande), 2. vol. 
in-12. 

Cet ouvrage satirique attribué tour 
à tour k Dom Lobineau, au bénédictin 
Dom Lefevre, à Thémiseul de Saint- 
Hyacinthe, à un sieur D. F. D. P. {>.) 
est généralement considéré aujour- 
d'hui comme étant l'œuvre de Dom 
Labadie, religieux conversdela Con- 
grégation de Saint-Maur, aidé par 
l'abbé 'Prévost qui aurait revu et pu- 
blié ce livre. Mais il est vraisemblable 
que ce dernier n'a fait que préparer 
et revoir l'édition de 1725. On ditque 
Labadie, repentant d'avoir écrit un 
tel ouvrage, mourut en enjoignant de 
brûler tous ses écrits. Ce qui est bien 



certain c'est que cette satire très vive, 
dirigée contre le Régent, avait été ins- 
pirée par une licence acrimonieuse 
bien déplacée sous la plume d'un 
religieux ; l'auteur avait manifeste- 
ment obéi à un sentiment de haine 
personnelle. 

Le Ducatiana (Amsterdam, 1738, 
pet. in-8°, p. 106-1 lo), contient d'utiles 
indications sur ce libelle : on y lit 
qu'un libraire de Hollande, détenteur 
du manuscrit, fit proposer au cardi- 
nal Dubois de le céder moyennant 
finance, mais cette offre ne fut point 
accueillie ; on trouve dans le même 
ouvrage une clef qui réclame quel- 
ques modifications, maisqui complète 
les 24 pages de notes explicatives an- 
nexées à la deuxième édition de ce 
pamphlet. Bien des noms sont estro- 
piés dans toutes ces clefs : certains 
noms sont simplement anagrammati- 
sés, d'autres sont allégoriques, allusifs 
ou imaginaires. 

Voici une clef formée à l'aide de 
toutes les indications que l'on a pu 
recueillir : 
Acigniens {Les noirs], — Ignaciens, 

Jésuites ; 
Agricola, — le roi Georges l^r ; 
Albion {une dame d'), — la reine 

Anne d'Angleterre ; 
Argentine {Le prince d'), — le car- 
dinal de Rohan, évêque de Stras- 
bourg (^rg-^nf/Hii) ; 
Aurélia {Le prince d'}, — le duc 

d'Orléans, régent ; 
Bédil {Les druides de), — le clergé 

anglican ; 
Bertlam, — Lambert, président au 

parlement de Paris; 
Bonnets ronds {Les), — le Parlement 

de Paris ; 
Caïus, — l'abbé Dubois ; 
Curcaba {Le sire de), — le duc de 
Bourgogne (Curcaba, mot espagnol 
qui signifie bossu) ; 
Cambrai {Le pontife de), — le car- 
dinal Dubois ; 
Cilopang, — le cardinal de Poli- 
gnac ; 



113 

Cléotès, — Rousseau de la Rivière, 
évêque de Nîmes ; 

Creuset [Le grand), — la banque de 
Law ; 

Custantius, — Dom Coûtant, béné- 
dictin ; 

Datiffé, — le marquis d'Effiat ; 

Dicmar, — le port de Mardick ; 

Dipsodes {Les), — les Allemands (les 
Altérés) ; 

Druide {Le) épicurien, — le P. Le 
Tellier ; 

Druide {Le) qui gouverna l'empire, 

— le cardinal Mazarin ; 
Epicuriens {Les), — Jésuites et Mo- 

linistes ; 
Fresne {La seigneurie du), — Maison 

de campagne du chancelier d'A- 

guesseau ; 
Grimauld {Un), — Grimai di ; 
Gris {Les) qui vivent sur le commun, 

— les ordres mendiants ; 
Ichthyophage (L') noir, — le P. Har- 

douin ; 

Ichthyophage {L') brun, — le P. 
Sainte-Marthe ; 

Ichthyophagcs {Les), — les moines 
en général ; 

Ichthyophagie {La princesse d'), — 
l'abbesse de Chelles, fille du Ré- 
gent ; 

Jamun {Le prince de), — le duc du 
Maine ; 

Jamun {Le frère du prince de), — le 
comte de Toulouse ; 

Jerbic, — l'Ibérie, l'Espagne ; 

Jerbie {Le ministre de), — le cardi- 
nal Albéroni ; 

Jerdreb {la princesse de), — la du- 
chesse de Berry ; 

Jerdreb {le second mari de), — le 
marquis de Richelieu ; 

Julie, — la duchesse de Berry ; 

Jusdob {Le druide), — le cardinal 
Dubois ; 

Lateres {Le château des), — les Tui- 
leries ; 

Lauges {Les), — les Gaules^ la 
France ; 

Lotu {Le temps de), — Tévêché de 
Toul, donné au cardinal de Bissy ; 



LES LIVRES A CLEF 



114 

Louisot, — Louis XV, encore en- 
fant ; 

Marbrun {Le druide de), — l'arche- 
vêque d"Embrun ; 

Médor {Le druide de), — le cardinal 
de Rohan ; 

Megas, — Louis XIV; 

Moal {Le druide de), — l'évêque de 
Saint-Malo ; 

Moniales {Les), — les religieuses de 
Saint-Cyr ; 

Montaver, — le président de Ver- 
thamont ; 

Montblas, — le président Bl as- 
mont ; 

Moula, — le P. Le Têllier, confes- 
seur de Louis XIV ; 

Muets {Les), — les évéques de 
cour ; 

Nedoc {Le prince de), — le prince 
Louis-Henri de Condé ; 

Nedoc {Le frère de), — le comte de 
Charolais ; 

Orfarine, — le garde des sceaux d'Ar- 
genson ; 

Pancarte {La dive), — la Constitu- 
tion Unigenitus ; 

Panurge, — le prince Eugène ; 

Papefigues {Llsle des), — la Hol- 
lande ; 

Petracel, — la Trappe; 

Pliocée, — la Provence ; 

Pneuma, — Esprit Fléchier, évêque 
de Nîmes ; 

Poète {Un), — Voltaire^ dit la clef ; 
mais c'est plutôt Lagrange-Chan- 
cel, car il s'agit là (p. 1S7), des 
Philippiques ; 

Poète (Un) qui ne fait pas de vers, — 
le duc de La Force ; 

La Poupée {De) Jerbie, — l'Infante 
d'Espagne ; 

Prince {Un) germain, — le comte 
de Horn ; 

Relosan, — le duc d'Orléans , ré- 
gent ; 

Remonltuen, — le P. Tourneminc; 

Rctarson, — l'abbé Terrasson ; 

Robillardus-Grosse-Téte, — le pre- 
mier président du Parlement de Pa- 
ris ; 



115 LES LIVR 

Rome {Le seigneur de), — le duc de 

La Force ; 
Sadick (Den), — Louis XIV j 
Sallira, — Villars ; 
Sedan [Le druide de), — le cardinal 

de Bouillon : 
Seilano, — le cardinal de Noailles ; 
Silvo, — Louis XIII ; 
Syndic {Le) du Sénat, — d'Agues- 

seau alors procureur général ; 
Simes {Le temple de), — l'évêché de 

Nîmes ; 
Sotermelec, — le Régent ; 
Solipses {Les), — les Jésuites ; 
Stoïciens {Les), — les Jansénistes; 
Sutor, — le P. Courayer ; 
Taïlport, — le président Portail ; 
Tetemuc, — l'abbaye de Chellcs ; 
Transfuge {Le) Calédonien, — Law ; 
Véron {Le druide de), — de Tressan, 

archevêque de Rouen ; 
Veoucrot {Le prince de), — le prince 

de Dombes et de Trévoux ; 
Vieux {Le) de Lutèce, — le cardinal 

de Noailles, archevêque de Paris ; 
Xeuma {Le temple de), — Tévêchéde 

Meaux. 

Ajoutons que la clef de Pomponius 
s'applique à un autre écrit satirique 
contre le Régent, qui n'a pas été im- 
primé. Les sommaires des vingt-neuf 
chapitres qui le composent ont été 
imprimés à la suite des Avantures 
(pages 2og à 214 de la l'e édition), 
sous le titre de : (^Chronique du cheva- 
lier Sotermelec. » 

Enfin, cette clef s'applique encore à 
une autre production satirique contre 
le Régent, ayant pour titre: « Livre VII 
de la chronique de Don Ph ilippe d'Au- 
rélia et des prouesses des bonnets ronds 
en iceluy temps. » 

Comme le précédent opuscule, c'est 
encore une composition qui paraît 
s'être bornée à une table des chapi- 
tres ; les sommaires de ces chapitres, 
au nombre de dix-sept, ont été insérés 
dans \q Ducatiana, pages iio et sui- 
vantes. 



ES A CLEF 116 

AVANTURES (LES) SATYRI- 
QUES DE FLORINDE habitant 
LA BASSE RÉGION DE LA LUNE. — Im- 
primé l'an 1625, in-8 de IV ff. et 
212 p. 

Ce roman en prose mêlée de vers 
est un ouvrage qui aurait besoin 
d'une clef pour être bien compris. Les 
aventures erotiques qui y sont racon- 
tées sont parfois écrites d'un style très 
libre, ce qui explique pourquoi le 
livre ne porte ni lieu d'impression, ni 
nom de libraire : les vers mêlés à la 
prose portent le même cachet. M. P. 
Lacroix, qui a publié sur cet ouvrage 
un curieux article dans le « Bulletin 
du Bibliophile » (janvier i859,page4g, 
n° i), le considère comme un livre de 
la plus grande rareté ; d'accord avec 
le catalogue de Pixérécourt, il l'attri- 
bue à Charles Sorel, «dont il retrouve 
le style et les descriptions licencieuses 
dans les « Avantures de Floride. » 
L'ensemble du roman rappelle, par 
son obscurité, 1' « Isle des Herma- 
phrodites » de Thomas Artus, c'est 
une énigme qu'il serait intéressant 
d'étudier pour l'histoire des mœurs 
du temps ; mais on doit supposer que 
l'auteur a oublié cette énigme dans 
quelque mauvais lieu. » 



AVENTURES (LES) D'ACHILLE, 

PRINCE DE NUMIDIE. ColognC, P. 

Marteau, 1682, in- 12 d'environ 
100 p. 

Le héros de ce roman, peu connu 
et dont ne parle point le « Diction- 
naire des Anonymes », est Henri- 
François de Foix, comte de Candale, 
seigneur fort à la mode à la cour de 
Louis XIV. Ce livre, analysé dans la 
«BibliothèquedesRomans» (mai 1778) 
n'est autre chose quele récit des nom- 



117 

breuscs galanteries et bonnes fortunes 
du soi-disant Achille. 



Aventures (les) d'euphormion. 
Voir : Euphormionis Lusinini par- 
tes quinque. 

Aventures d'un atome. Voir : 
History and Adventures of an 
Atom. 

Aventures (les) d'une guinée. 
Voir: Chrysal. 

Aventures de gil-blas de sen- 
TiLLANE. Voir: Histoire de Gil- 
Blas... 

AVENTURES (LES) DE JAC- 
QUES SADEUR dans la décou- 
verte et le voyage de la Terre Aus- 
trale. — Paris, Barbin, 1692, et Paris, 
Cavelier, 1705, in-12. Plusieurs 
fois réimprimé en France et en 
Hollande. 

C'est une nouvelle édition revue et 
corrigée ou plutôtremaniée par l'abbé 
Raguenet, de l'ouvrage de l'ex-corde- 
lier Gabriel de Foigny, caché sous le 
nom de Jacques Sadeur, intitulé : 
« La Terre australe connue... » (Voir 
ce titre; voir également : « Histoire 
des Sévarambes », et:« Mundus al ter 
et idem sive Terra australis... » 



AVENTURES DE LA MATRO- 
NE BOURSICO, marchande de riz 
et autres denrées à Tersipolis, et de 
Costococo, chevalier d'industrie en 
ladite ville, par l'auteur de la com- 
plainte de Fualdés. — Paris, 1823, 
in-12. 



LES LIVRES A CLEF 



118 



Ce petit volume contient le récit 
d'une cause célèbre qui fit beaucoup 
de bruit en 1823 ; il s'agit d'un mal- 
heureux épicier, le sieur Boursier, 
que sa femme empoisonna de concert 
avec une espèce d'aventurier d'origine 
grecque. Suivant une note que m'a 
communiquée M. G. Brunet (qui l'a 
relevée dansun cataloguedeBelgiquc), 
l'auteur de ce livret se nommerait 
Catelan. 

Aventures du gil-blas de la li- 
brairie FRANÇAISE. Voir : Une jour- 
née de Pick de l'Isère. 



AVENTURES GALANTES D'UN 
TÉNOR ITALIEN, T^diV Jules Lecomte. 
— Paris, Souverain, 1842, 2 vol. 
in-8. 

« On a prétendu, dit l'excellent et 
curieux catalogue de M. Ch. IVIonselet 
(p. 89, n" iio), que Jules Lecomte, 
dont l'existence fut si agitée, avait été 
pendant quelque temps ténor au-delà 
des monts, sous le nom de Volberg. 
De là, à supposer que ce sont ses pro- 
pres aventures qu'il a racontées, il n'y 
a pas loin. Quoi qu'il en soit, la vie 
mondaine et artistique en Italie, — 
l'Italie d'il y a quarante ans, — est 
décrite avec vivacité dans ces deux 
volumes peu communs. » Si cette al- 
légation est fondée, il y a lieu de 
penser que plusieurs des noms insé- 
rés dans ces mémoires, cachent des 
personnages réels. Ce serait donc 
encore une clef curieuse à recher- 
cher. 

AVENTURES (LES) PORTU- 
GAISES, Bragance. — Paris, Du- 
chesne, 1756, 2 part, en i vol. 
in-12. 

Cet ouvrage anonyme est générale- 
ment attribué à Claude-François Jore 



119 



LES LIVRES A CLEF 



120 



(ou Jorré) , imprimeur -libraire à 
Rouen. C'est, sous des noms supposés, 
l'histoire satirique des démêlés de 
Voltaire avec ce bibliopole. « Tout le 
monde sait, dit Grimm, que ce li- 
braire qui se trouve encore aujour- 
d'hui sur le pavé de Paris, est un 
misérable avec qui M, de Voltaire n'a 
aucun tort. Malgré cela, notre mali- 
gnité trouve toujours son compte à 
répéter de pareilles platitudes, » — 
(«Correspondance » septembre 1756). 

AVENTURES SECRETTES ET 
PLAISANTES, recueillies par 
M. DE G***. — Brusselles, Georges 
de Backer, 1696, pet. in- 12 de IV. 
ff. et 136 p., orné d'une fig. par 
Harrewyn ; réimprimé (même ville) 
en 1706, in-i2. 

II existe une édition, sous la ru- 
brique de Paris. — (Hollande, à la 
Sphère). 1676 ou 1696, in- 16. 

Ce petit ouvrage, qu'il ne faut pas 
confondre avec le livre publié, sous 
le même titre (Paris, 1698, in-12), par 
le chevalier de Mailly, a pour auteur 
M. de Graaft, dont ne parle pas la 
« France Littéraire. » Il est rare et 
cher et mériterait d'être réimprimé ; 
les divers chapitres sont intitulés : 
« L'abbé dans les Tuileries, l'Opéra, 
les Sifflets, la Foire de Besons, etc, » 
« L'auteur, dit M. P. Lacroix (catalo- 
gue Millot, n»6i3), se vante de n'avoir 
écrit que des anecdotes véritables ; il 
invite pourtant le lecteur à ne pas 
chercher à deviner les noms cachés 
sous des initiales. On trouve, dans 
ce petit roman, une foule de détails 
précieux pour l'histoire des mœurs; 
ainsi, à l'ouverture du volume, nous 
voyons indiqué un usage qui n'est 
peut-être pas cité ailleurs : « 11 est 
défendu à qui que ce soit, surtout à 
de certaines gens habillées de noir 
(les abbés), de paraître sans brasdans 



une loge où il y a des femmes ; cela 
déplaît au parterre : il l'a jugé contre 
la bienséance. Lorsqu'un homme s'y 
expose, il encourt la peine des sifflets 
et on l'oblige de faire exhibition de 
ses bras ; autrement , il faut qu'il 
quitte.» 11 est plus que vraisemblable 
que, malgré l'avis donné par l'auteur, 
il y a, dans ce livret, des noms réels 
à découvrir et qui ajouteraient bien 
du piquant à cette chronique indis- 
crète. 



AVEUX -(LES) D'UNE FEMME 
GALANTE ou lettre de m™* la 

MARQUISE DE *** A MILADI FANNY 

STAPLETON. — Londres et Paris, 
V^ Ballard, 1782, format in-12, et 
1783, in-S" de 142 p. — Autres 
éditions. — Londres, 1786, 1796, 
in-12. 

Suivant Barbier, l'auteur de ce livre, 
d'après une note manuscrite de M. Gui- 
di, censeur royal,estM™eCor;!é//e Wou- 
ters, baronne de Vasse. M. P, Lacroix 
a publié, dans le« Bulletin du Biblio- 
phile » (i863, p. 273), une note excel- 
lente sur ce «Roman où tous les per- 
sonnages font l'amour à l'envi, {^'au- 
teur est une femme d'esprit qui s'est 
mise en scène sous le nom de son hé- 
roïne. Le récit renferme beaucoup 
d'épisodes intimes, qui pour être nar- 
rés ou plutôt indiqués avec une ex- 
trême réserve, n'en sont pas moins 
fort scabreux ; mais tout est si bien 
dit et si honnêtement qu'on n'a pas 
le droit de se scandaliser. » Qui dé- 
couvrira jamais laclef de cette galante 
production ? 

AVIS SALUTAIRE ADRESSÉ A LA 

GRANDE BRETAGNE. Voir : Le Cavc 
sérieux et intéressant. 



121 



LES LIVRES A CLEF 



122 



BACHELIER (LE), par Jules Val- 
lès. — Paris, 1881, in- 12. 

Ce livre, qui fit un certain bruit au 
moment de son apparition, paraît con- 
tenir divers épisodes de la vie même 
de l'auteur. M. Vallès y aurait, en 
outre, introduit des personnages réels, 
sous des noms déguisés ; ainsi, sui- 
vant divers journaux, Renault, c'est 
M. Arthur Arnould ; — Rock, M. Ranc; 
— Muthousin, M. Chassin, etc., etc. 

Bajazet, tragédie. Voir : Théâtre 
de Jean Racine. 



BALANCE (LA) D'ESTAT, tra- 
gi-comédie, contenant toute l'iiis- 
toire de l'emprisonnement et de la 
délivrance de JVIM. les Princes et de 
1 eloignement du cardinal Mazarin, 
dans une continuelle allégorie. Par 
H. M. D. M. A.— (Paris, 1652), in-4 
de IV. 230 p. et 3 ff. non chiffrés, 
très rare. 

Autre édition, rare aussi, sous ce 
titre : 

Ulntrigus de l'emprisonnement et de 
l'élargissement de Messieurs les princes 
où les curieux verront, dans une per- 
pétuelle allégorie de noms et d'his- 
toire, dont on peut voir la clef auxdeux 
derniers cahiers, les causes de cet em- 
prisonnement et de cet élargissement 
avec les souplesses qu'on a fait jouer 
pour faire réussir l'un et l'autre : le 
tout avec une méthode si agréable, 
que la lecture n'en doit être que fort 
charmante, à ceux qui voudront con- 
sidérer toutes les postures théâtrales 
du Mazarin, c'est-à-dire du Faquin 
d'Etat, que je produis dans le théâ- 
tre sous le nom Pamphage . Dédiée à 
M. le prince. — S. L. — i652, in-40. 

Les deux éditions de cette pièce. 



en cinq actes et en vers, offrent le 
même texte, sauf une différence dans 
l'épître dédicatoire de la première, 
adressée à Pantonice VJnvincible, c'est- 
à-dire à M. le Prince. On croit 
généralement que l'auteur de cette 
tragi-comédie est le fameux Dubosc, 
dit Dor Mont- André, connu par 
d'autres violents pamphlets contre 
Mazarin. 

« L'exécution de la Balance d'Etat, 
dit M. Moreau ( « Bibliographie des 
Mazarinades, » t. Il, p. 78), est aussi 
pauvre que l'idée en est bizarre. On 
n'y trouve ni caractère, ni poésie. Je 
ne parle pas del'action, il n'y en avait 
pas de possible. » — La « Bibliothè- 
que du Théâtre français» (t. III, p.p. 
284-293), donne l'analyse de cette 
pièce, avec la clef que Ton reproduit 
ci-après intégralement : 
La Balance d'Etat, — c'est-à-dire le 
rehaussement de M. le Prince et 
l'abaissement de Mazarin ; 
Andrigène, — ou qui produit de 

grands hommes, — la France; 
Ba:{ilon ou Roy, — le Roy mineur ; 
Philarchie, ou qui aime et soutient 

la souveraineté, — la Reine ; 
Protarque, ou le premier qui com- 
mande, — Son Altesse Royale ; 
Pantonice, ou qui surmonte tout et 

partout, — Monsieur le Prince ; 
Andrion, ou l'Enfant Adulte, — Mon- 
sieur le duc d'Enguyen ; 
Philhimène, ou qui aime et défend son 

époux, — Madame la Princesse ; 
Hérogéne, ou la Mère des Héros, — 

Madame la princesse douairière; 
Tecnatine , ou Enfant de Minerve 

armé, — M. le prince de Conti; 
Proterme, ou premier arbitre de paix, 

— M. le duc de Longueville ; 
Philidème, ou qui aime et est aimé 

du peuple,— M. le duc de Beaufort; 
Mistarque, ou le Chef des Sacrés et 

des Oints, — M. le coadjuteur ; 
Monophtalme, ou qui n'a qu'un œil, 

— M. de Serviens ; 

Thrasibule, ou serviteur hardi et 
courageux, — M. de Guitaud ; 



12^ 



LES LIVRES A CLEF 



124 



Tkétntde, ou la Justice, — le parle- 
ment de Paris ; 
Megalople, ou grande ville, — Paris ; 
Selinople, ou ville ou port de Lune, 

— Bordeaux ; 

Démoirace, ou nation hardie, — la 
Guyenne; 

Arctodème, ou peuple du septen- 
trion, — la Normandie ; 

Allomice, ou qui hait les étrangers, 

— le duché de Bourgogne ; 
Euphilachie, ou belle garde, — M. de 

BelJegarde ; 
Choratèle, ou province exempte du 

tribut, — La Franche-Comté ; 
Aj'chitalassie, ou intendance des Mers, 

— l'Amirauté ; 

Polemarchie , ou intendance des guer- 
res, — la charge de connétable; 
Philacariste, ou prison des nobles, 

— le Bois de Vincennes ; 
Topodesmon, ou lieu de détention, 

— Marcoussi ; 

Charlimin, ou port de grâce, — le 
Havre de Grâce; 

Dysangel, ou porteur de mauvaises 
nouvelles, — un gentilhomme ; 

Evangel, ou porteur de bonnes nou- 
velles, — un gentilhomme; 

Albion, — l'Angleterre ; 

Pamphage, ou qui mange tout, — 
Mazarin ; 

Mégafronie, ou altière, — l'Espa- 
gne ; 

Semnandre, ou personnage illustre, 

— M. de Turenne ; 
Polemandre, ou personnage belli- 
queux, — le duc de Bouillon. 

On remarquera que tous ces beaux 
noms, tirés du grec, sont horriblement 
mal orthographiés. 

BANISH'D DUKE, or the tra- 

GEDY OF INFORTUNATUS. Actcd at the 

Théâtre Royal, i690,London, in-4. 
— (Le duc banni, ou la Tragédie 
d'Info rtunatus.) 

Dans cette pièce allégorico-politique, 
la scène se passe en Belgique. Infor- 



tunatus, c'est le duc de Monmouth ; — 
Romanus, c'est le roi Jacques II, la 
reine sa femme figure dans le drame 
sous le nom de Papissa. On reconnaît 
tout de suite que cet ouvrage est sorti 
de la plume d'un écrivain anti-pa- 
piste. (Voir : « Biographia Dramatica,» 
1782, t. II, p. 26.) 

Barbon (le), par Bal:(ac. Voir : 
Histoire de Pierre de Montmaur. 



BARDINADE(LA) ou les noces de 
LA STUPIDITÉ, Poème divisé en dix 
chants, nouvelle édition, à laquelle 
on a joint le Parallèle entre Descar- 
tes et Newton, parle même Auteur. 

— Prix, I livre, broché, 16 sols. A 
La Haye, et se trouve à Paris, chez 
Cuissard, libraire, quai de Gèvres, 
à l'Espérance. MDCCLXVIll. — 
in-8 de XXXll, 160 et 23 p. — La 
première édition est de 17615, in-8, 
s. 1. 

Cet ouvrage est de J -B. Isoard, 
plus connu sous le nom de Delisle de 
Sales. Ce poème, dont le sujet roule 
sur le choix que ïastupidité fait pour 
époux d'un sot auteur, Bardus, le 
plus sot de tous les écrivains, est ab- 
solument ennuyeux. Bien qu'il vise à 
l'esprit et à la satire, l'auteur n'est ni 
spirituel, ni mordant: quoiqu'il désa- 
voue d'avance, dans sa préface, toutes 
les clefs qu'on pourrait donnera ses 
portraits, il ne paraît pas douteux 
qu'il ait eu en vue des personnages 
réels, en mettant en scène Bardus, 
Dunskou, Crassus, Gildon, etc. Il em- 
ploie, en outre, des initialismes : F..., 
pour Fréron qu'il maltraite fort;Co..., 
pour Colardeau ; M..., pour Mouhy; 

— B..., pour Bernis ; etc., etc. 

BARON (LE) D'ASNON, comédie 



125 

en un acte, en vers de quatre pieds, 
dédiée à M. le marquis de Montau- 
ban, 1860, s. 1., in-i6 de 3 ff. et 
42 p., très rare. 

Ce baron d'Asnon, qui se donnait 
pour noble, quoique tils de paysan, 
et qui voulait frayer avec les nobles, 
n'est pas un personnage imaginaire. 
« J'ay cru, dit l'auteurde la comédie, 
le sieur de Varennes, dans sa dédicace, 
que les plaisanteries du baron d'As- 
non qui avoient quelquefois le bon- 
heur de vous réjouir dans le particu- 
lier, pourroient bien vousdivertir sur 
la scène, lorsqu'elles auroientplus de 
suite et de chaleur, et qu'elles seroient 
liées et relevées de quelques intri- 
gues. » — Cette comédie satirique, di- 
rigée contre un gentilhomme campa- 
gnard, est certainement le produit 
d'une imprimerie particulière, comme 
on peut s'en convaincre par l'examen 
de la composition typographique, 
dans laquelle il y a disette de sortes 
et inhabileté de composition. (Catalo- 
gue Soleinne, n° 1477). 



BASILIQUE DE BERNAGASSE 
(ou, suivant la « bibliothèque du 
Théàtre-françois » : dom basilisque 
DE bernagasse), comédie divisée en 
deux parties, dont la première re- 
présente la prompte élévation de 
ceux que la fortune favorise, et la 
seconde, la chute précipitée de la 
plupart de ceux qu'elle élève. — 
Lille, Ignace Fiévet et L. Danel, 
1708, pet. in-8 de 73 ff. 

Ce n'est que le programme de cette 
pièce allusive en six actes et en prose. 
— Mêmes observations que pour «La 
Peau de Bœuf. » (Voir ce titre). 

BATTLE OF THE POETS, or 



LES LIVRES A CLEF 



126 



THE CONTENTION FOR THE LAUREL. 

Acted at the little Théâtre in the 
Haymarket, 1731, London, in-8 
(La Bataille des Poètes, ou le com- 
bat pour la couronne de Laurier). 

Ce n'est autre chose qu'une suitede 
scènes détachées destinées à être inter- 
calées dans la tragédie de « Tom 
Thumb, » de Fielding. — L'auteur 
qui, d'après une annotation manus- 
crite sur un exemplaire de cette pièce 
se nommait Thomas Cooke, avait pour 
but de se moquer de Cibber {Fopling 
Fribble dans la pièce), qui fut poète 
lauréat à cette époque, et de ses com- 
pétiteurs à ce titre envié, Aaron Hill, 
Stephen Duck et autres, qui sont mis 
en scène sous les noms de Sulky, 
Bathos, Flaile, etc., etc. Il y a beau- 
coup de bouffonnerie dans cette petite 
pièce d'ailleurs peu spirituelle (Voir : 
« Biographia Dramatica, » 1782,1. IL, 
p. 29). 



BAVIAD (THE) AND MŒVIAD, 
by IViUiam Gifford, sixth édition, 
London, 1800, in-12. 

Ces deux spirituelles satires ont été 
publiées pour la première fois, l'une 
en 1791, l'autre en 1794, toutes 
deux dans le format in-40. Dès 1797, 
elles furent réimprimées ensemble et 
ont eu depuis de nombreuses éditions 
ornées de gravures et de commentai- 
res. L'auteur, Guillaume Gifïord, né 
en 1757, mort en 1826, eut une en- 
fance et une jeunesse fort malheu- 
reuses; ce ne fut qu'à force de travail 
et de volonté qu'il parvint à faire ses 
études complètes ; il avait été simple 
apprenti cordonnier; grâce à son opi- 
niâtre labeur, il parvint à devenir l'un 
des meilleurs critiques de l'Angleterre 
et fut, pendant quinze ans, le plus 
fameux rédacteur de la célèbres Qua- 
terly Review. » Nourri de la lecture 



127 

de Perse et de juvénal dont il a donné 
des traductions anglaises excellentes, 
il ne tarda pas, à peine sorti de l'Uni- 
versité d'Oxford, à mettre en œuvre 
ses dispositions et ses connaissances 
satiriques et à flageller, sinon les vices 
au moins le ridicule. « La Littérature 
anglaise, dit la « Biographie Michaud » 
(t. LXV, p. 325.), était alors en proie 
à une espèce de gongorisme. Cette 
école ou plutôt cette petite camarade- 
rie, grâce à l'absence de toute grande 
littérature en Angleterre, à cette épo- 
que, et grâce à l'impudence des louan- 
ges mutuelles qu'on s'y prodiguait, 
avait usurpé une réputation de salon. 
Ses coryphées étaient devingt à trente 
oisifs et bas bleus revenus un beau 
matin de Florence, pleins d'un souve- 
rain mépris pour tout ce qui n'était 
pas phrase élégante, métaphore aris- 
tocratique, nuance brillantée, expres- 
sion délia criisca. Bientôt, ils tinrent 
bureau d'esprit, enchérissant à qui 
mieux mieux sur les exigences acadé- 
miques; cet hôtel de Rambouillet bri- 
tannique excita la verve et la bile de 
Gifford : la Baviade parut et les Ho- 
nest-Yenda, les Anna Mathilda, les 
Laura-Maria, les Adelaides, les Car- 
los, les Orlando si élégamment bapti- 
sés par eux-mêmes, et qui changeaient 
parfois de sexe en même temps que 
de nora, conivatla. Mériadec de Piron, 
rentrèrent dans l'ombre. En vain, 
quelques adeptes tentèrent la résis- 
tance; le coup avait porté trop juste, 
et une deuxième satire, la Méviade, 
les acheva. Après cela, les Délia Crii- 
sca furent morts et enterres. » 

Une bonne clef rendrait encore fort 
intéressante aujourd'hui, pour le lec- 
teur français, ces deux satires dirigées 
contre cette foule d'auteurs médiocres, 
d'illustres inconnus, qui faisaient 
alors quelque bruit. La Baviade est 
une imitation de Perse ; la Méviade 
semble plutôt inspirée parHorace. La 
huitième édition(i8i I, pet. in-8°) con- 
tient, outre la réimpression des deux 
satires, le procès de l'éditeur au sujet 



LES LIVRES A CLEF 



128 



d'un libelle contre le fameux ^h/ojt/ 
Pasqiiin (John Williams). 



BAZOCHE (LA), poème, par un 
Ba{ochien. — Avignon, 1758, in-8 
de }6 p. 

Curieux pamphlet sur le tribunal de 
la Bazoche. On a vu passer en vente 
un exemplaire sur lequel se trouvait 
une clef manuscrite des noms sup- 
posés. 

BÉATITUDE (LA), ou les inimi- 
tables AMOURS DE THEOYS ET DE CA- 

RiTE : distinguées en dix poèmes 
dragmatics de cinq actes, en cha- 
cun desquels se traite matière ab- 
solue et paraissent nouveaux effets; 
dédiée au cardinal de Richelieu, 
par Nicolas de Groiichy, advocat, 
sieur de la Court. — Paris, Pierre 
Lamy. 1632, in-8 de 16 ff. et 894 p. 
très rare ; il y a des exemplaires 
sans nom de libraire, « imprimés 
aux dépens de l'auteur » sous la 
même date. 

Cet extravagant ouvrage dramatico- 
mystique a été, à juste titre, appelé le 
chef-d'œuvre de la déraison. La « Bi- 
bliothèque du Théâtre français » en 
donne une longue analyse et plusieurs 
extraits (t. II, pp. 33 1 — 356), et dit 
que « si l'on cherchait à donner un 
« exemple d'un style boursouflé et 
« ridicule, on le trouverait sans peine 
« dans cet ouvrage. » L'auteur dédie 
son livre au cardinal de Richelieu, 
« comme ceux qui, ne pouvant en- 
guirlander le soleil, se contentent de 
respandre leurs fleurs au pied de sa 
statue pour luy faire monter l'odeur 
de leurs affections louables. » Puis 
confessant la « candeur » du premier 
ministre, il a peur que « sa perfection 



LES LIVRES A CLEF 



129 

ne s'émaille de quelque noirceurd'en- ! 
vie. » 

Toute la prose de Nicolas de Grou- 
chy est dans ce goût, mais sa poésie 
est encore bien plus extravagante. Il 
semble qu'il ait pris à tâche de rassem- 
bler les mots les plus bizarres et les 
moins faits pour se trouver ensemble. 
Son poème est une allégorie perpé- 
tuelle d'une longueur insupportable 
(5o actes 1). Le sujet roule sur les pé- 
ripéties que traverse l'àme (ou la 
grâce) Caritc, avant de s'unir au fils 
de Dieu, Theoys. C'est une sorte de 
« mystère » en retard de plus d'un 
siècle. Tous les personnages ont des 
noms allégoriques tirés du grec. Le 
premierchanlestune espèce d'allusion 
à la chute du premier homme. Gys 
(la Terre) et Udore (la Mer) ont une 
tille nommée Carite, à qui elles don- 
nent pour gouvernante Erpetone (le 
serpent)qui conduit son élève dans le 
jardin d'Eden, où se trouve un pom- 
mier du fruit duquel Vasilie (le roi 
ou Dieu) a défendu de manger sous 
peine de disgrâce. L'élève succombe à 
la tentation, grâce aux instigations 
à'' Erpetone, qui est condamnée à mort. 
Carite se désole, Theors est touché 
de ses larmes et lui envoie Odyte 
(messager, ou l'ange) qui lui annonce 
que Theoys veut mettre fin à ses 
peines et l'épouser. Nous ne suivrons 
pas, jusqu'au dénoûment du dixième 
chant, les péripéties de cet incroyable 
poème qui se termine, comme on l'a 
dit plus haut, par l'union de Carite et 
de Theoys, allusion à la rédemption 
du genre humain. Nous nous borne- 
rons à citer les noms des principaux 
personnages allégoriques ou allusifs 
qui sont introduits dans ce mystère 
attardé ; ce sont : Le Mophite (grand 
prêtre), la reine Acoye (l'ouïe), Parte- 
nope, Ligie, Leucosie (sirènes, images 
des passions), Théreyte [le. chasseur), 
Myclir[\s.ntz), OpJirisie (VoAoYa.i), le 
prince Malacossc (la mollesse), Aro- 
7ni^f/e (senteurs), Anthologue (bouque- 
tière), autres emblèmes des plaisirs 



MO 



et des sens, Tapinois (l'humilité), 
Ypomenon (la patience), les trois sœurs 
Pistie, Elpis, Agape (la foi, l'espé- 
rance, la charité), vertus qui viennent 
au secours de Carite, ainsi que Penie 
(pauvreté), Eiiphrosine [chasteté) , Upa- 
coj^e (obéissance) ; enfin, on voit figu- 
rer successivement Pantocrator (Tout- 
Puissant, ou Dieu le Père), la Nym- 
phe Maltliée (personnification de l'Or- 
dre deMalte), Alegaquirion (le grand- 
maître dudit Ordre), Ludovidique 
(Louis XIII), dame Eusébie (la Reli- 
gion) et Ploiisiotope (le cardinal de 
Richelieu). 

BÉATRIX, OU LES AMOURS FORCES. 

Voir : Œuvres de Balzac. 

Beaux (les) profits de la vertu. 
Voir: Eusébe. 



BEGGAR'S OPERA, by John 
Gay. — Acted at Lincoln's-Inn, 
Fields. — 1727, London, in-4, 
maintes fois réimprimé. 

L' « Opéra du Gueux, » joué en no- 
vembre 1727, obtint, dès son appari- 
tion, le plus grand succès,etsoixante- 
trois représentations consécutives 
(chose inouïe alors), satisfirent à peine 
la curiosité du public. Le but appa- 
rent de la pièce était de tourner en 
ridicule les opéras italiens que Cibber 
essayait de mettre à la mode ; mais 
sous ce prétexte, J. Gay, jacobite zélé, 
ne se priva pas d'allusions politiques 
et bientôt des clefs, plus ou moins 
vraisemblables, circulèrentàla cour et 
à la ville. On reconnut sans peine, 
sous les noms des personnages du 
« Gueux, » le roi Georges II, ses mi- 
nistres, ses courtisans et ses maîtres- 
ses, notamment une courtisane très 
connue à cette époque, Lavinia Fen- 
ton, déguisée sous le nom de Polly 
Peachum : toute la pièce d'ailleurs 
n'est l'ien moins que morale. 



131 



LES LIVRES A CLEF 



132 



Deux ans après, encouragé par son 
triomphe, Gay écrivit une suite à son 
opéra : Polly, où l'on retrouve en 
Amérique les principaux personnages 
de r « Opéra du Gueux. » La pièce 
était en répétition au théâtre royal de 
Covent-Garden, quand elle fut formel- 
lement interdite par ordre du lord 
chambellan. Cette prohibition fut sans 
doute motivée par les ressentiments 
des gens de cour, maltraités dans le 
premier opéra ; cette mesure de ri- 
gueur tourna d'ailleurs au profit de 
John Gay qui fitimprimer son nouvel 
ouvrage. Tout le monde voulut l'avoir 
quoiqu'il ne valût pas le précédent 
(le fruit défendu a tant d'attrait !), et 
l'auteur y gagna plus de 1,200 livres 
sterling. 

Ajoutons que, quelques années plus 
tard, sur le même théâtre de Lincoln, 
fut jouée V The Beggar's Pantomime » 
(London, lySG, in-12), petit intermède 
mêlé de chant, dont le sujet fut fourni 
par une querelle survenue entre deux 
actrices. M"" Clive et Cibber, qui se 
disputaient le rôle de Polly. 

BEGGAR'S (THE) PANTOMIME, 
or coNTENDiNG COLUMBINES. An In- 
terlude, etc. acted at Lincoln's- 
Inn, Fields, 1736, London, in-8. 
Voir : Beggar's opéra. 

BELPHÉGOR DANS MARSEILLE 
comédie d'un acte, en prose, et un 
prologue en vers, ornée de chants 
et de danses, par un auteur anony- 
me. — Marseille, D. Sibié, 1736, 
in-8 de i f. et 37 p., rare. 

Cette pièce satirique est de J.-B. 
Pierre Bacon (ou Baco i). Bien que 
l'auteur déclare dans sa préface n'a- 
voir personne en vue, il ne paraît pas 
douteux qu'elle offrait certainement 
des portraits faits d'après nature et fa- 



ciles à reconnaître dans Marseille. 
(Catalogue Soleinne, n» 1786). 

BÉRÉNICE, tragédie. Voir : Théâ- 
tre de Jean Racine. 

BERTRAND ET RATON, ou 
l'art de CONSPIRER, comédie en 5 
actes et en prose, par Eugène Scribe. 
— Paris, 1834, in-8, 3^ édition ; 
nombreuses réimpressions. 

« Si cette comédie, représentée le 
14 novembre i833, ne peint et ne pré- 
tend peindre en aucune manière le 
temps et le pays où est placée l'action, 
elle reflète fidèlement les idées du 
monde auquel s'adressait l'auteur et 
visait bien les dupeurs et les dupés. 
Le palais de Copenhague, Struensée, 
la reine-mère Julie-Marie et les événe- 
ments du Danemarck en 1772, ne sont 
là que des prétextes pour développer 
une thèse manifestement à l'adresse 
de la France contemporaine. Tout le 
monde convint que M. deTalleyrand, 
ce roué émérite, devait être le type sur 
lequel était moulé Bertrand de Rant- 
:^au : or, M. de Talleyrand exerçait 
encore une grande influence en i833. » 
Etant donné .ce qui précède, on voit 
qu'il serait aisé de faire une clef très 
vraisemblable de cette fameuse co- 
médie (Voir : Th. Muret. Histoire par 
le Théâtre, t III, p. 227). 

BESTE (LA) INSATIABLE, ou 

LE SERPENT CREVE. Cologne, P. 

Marteau. — (Hollande, à la Sphère), 
1684, pet. in-12 (Quelques exem- 
plaires portent la date de 1683). 

Satire violente, des moins commu- 
nes, dirigée contre le grand Colbert, 
mort quelques mois auparavant : le 
serpent (Coluber), c'est Colbert, qui 
avait, comme on sait, une « cou- 



133 



LES LIVRES A CLEF 



134 



leuvre » dans ses armes. On peut 
consulter au sujet de ce très rare li- 
belle l'intéressante « Histoire de Col- 
bert, » par M. P. Clément (p. 410). 



BIBLIOMANIA, orBooK-MAONESs; 
a Bibliographical romance. lUustra- 
ted with cuts. By Thomas Frognall 
Dihdin, D. D. — New and improved 
édition, to which are added Preli- 
minary observations, and a sup- 
plément including a key to the 
assumed characters in the Drama. 
— London, Chatto and Windus. — 
Piccadilly,JVlDCCGLXXVI, gr. in-8. 
de XVIII — 64 et 618 —XXXIV p. 
Superbe édition, fort bien illustrée, 
la plus complète de toutes. 

Th.-Fr. Dibdin, né en 1775, mort en 
1847, fut le plus fervent des Biblio- 
graphes anglais : plus zélé que judi- 
cieux, il n'est pas toujours exact; mais 
il avait de beaux livres et les aimait 
avec passion. La Bibliomania se com- 
pose de dialogues ou entretiens ; on y 
voit, sous des noms supposés, des 
amateurs et bibliophiles bien connus 
de l'auteur et du public d'alors, mais 
aujourd'hui moins aisés à reconnaître. 
Les nombreuses notes qui accompa- 
gnent la dernière édition sont plus 
curieuses et instructives que le livre 
lui-même qui offre cependant un 
grand intérêt. En voici la clef, tant 
d'après le«Bibliographer'sManuaI » de 
Lorwdes (t. I, p. 63g), que d'après l'é- 
dition de 1876 : 

Aurelius, — G. Chalmers, esq. ; 
Atticus, — Richard Heber, esq.; 
Alfonso, — M. Morell ; 
Bernardo, — J. Haslewood, esq. ; 
Gon:{alo, — S. Dent, esq. ; (Jessop, 

suivant l'éditeur de 1876) ; 
Hortensias, — W. Rolland, esq. ; 
Leontes, — J. Bindley, esq. ; 
Lepidus, — Df Gosset; 



Lysander ou Rosicrusius, — l'auteur 

lui-même ; 
Loren^^o, — Sir M. IVI. Sykes, esq. : 
Lavinia's hiisband, — J. Harrisson, 

esq.; 
Lisardo, — R. Heathcote, esq.; 
Marcellus, — Edmund Malone, esq.; 
Mustapha, — M. W. Gardiner ; 
Menandcr, — Tom Warton ; 
Menalcas, — Rev. H. Drury ; 
Merctirii, — Foss, Triphook and 

Griffiths ; 
Nicas, — G. Shepherdj esq. ; (M.Shack- 

lewel, éd. de 1876) ; 
Marcottus, — Rev. J. Jones (Wil. 

Templeman, esq., édition de 1876) ; 
Orlando, — M, Wodhuli, esq. ; 
Pontcvallo, — John Dent (édition de 

187G) ; 
Prospéra, — F. Douce, esq.; 
Philemon, — J. Barwise, esq.; 
Phormio, — Rev. H. Vernon ; 
Qiiisquilius, — G. Baker, esq. ; 
Rinaldo, — M. Edward ; 
Sir Tristram, — sir Walter Scott ; 
Sj-corax, — Joseph Ritson ; 
Ulpian, — E.-V. Utterson, esq. ; 
Je n'ai pu découvrir qui était Mal- 
volio, — Dibdin, peut-être ? 



BIBLIOTHEQUES IMAGINAI- 
RES. Voir : I'introduction. 

B...T (LE BIDET), histoire ba- 
varde. — Londres (Paris), 1749, 
in-i2, plusieurs fois réimprimé; 
certains exemplaires portent : Le***, 
ou simplement : Histoire bavarde. 

Cet ouvrage, souvent attribué à Che- 
vrier, qui était bien capable de l'écrire, 
est en réalité de A. Bret. On trouve 
l'analyse de cette histoire plus que 
badine dans la «Bibliographie Gay b 
t. II, p. 10). C'est un conte de fées, 
genre alors fort à la mode, méchante 
et très insipide copie du Sopha, de 
Crébillon hls. On y trouve les por- 



135 



LES LIVRES A CLEF 



traits de M""" du Chàtelet, de\'oltaire ; 
(un homme d'une ûgure presque aé- 
rienne) et de l'abbé Le Blanc (je re- 
marquai un homme asse\ laid). Ces 
portraits sont peu Hatteurs et l'abbé 
Le Blanc, à qui l'on fait jouer un sin- 
gulier rôle dans cette allégorie ultra- 
galante, parvint, pour se venger, à pré- 
venir le ministre contre l'auteur qui 
fut mis à la Bastille. 

BIEN-AIMÉ, allégorie. Imprimé 
par la Fée de la Librairie, d'un 
coup de baguette, dans les espaces 
imaginaires. (Paris), 1744, in-12. 

Réimprimé dans les « Nouveau- 
tés critiques, littéraires et poéti- 
ques. » — Liège, chez G. Barnabe. 
— 1745, in-12. 

Ce petit ouvrage du fermier général 
Godart-d'Aucour, est une critique as- 
sez spirituelle des écrits, aussi nom- 
breux que médiocres, que fit surgir 
la convalescence du roi, après la ma- 
ladie qui l'atteignit à Metz. On sait 
que ce fut à cette occasion que 
Louis XV reçut le surnom de Louis- 
le-Bien-A imé. 

BIEN-NÉ, NOUVELLES ET ANECDO- 
TES, APOLOGIE DE LA FLATTERIE. 

Paris, 1788, in-8 de 39 p., brochure 
éditée par le libraire Dezauches qui 
fut, pour ce motif, arrêté avec 
quatre de ses confrères. 

Pamphlet modéré, curieux par les 
détails qu'il donne sur l'éducation, 
les habitudes et la vie privée de la 
jeunesse de Louis XVI (Bien-Né) ; 
l'empereur Joseph II, d'Autriche, y 
est désigné sous le nom de Tracas- 
sier. S'il faut en croire la dernière édi- 
tion de la « Correspondance Litté- 
raire » de Grimm, qui donne une 
bonne analyse de cet écrit (t. XV, pp. 



136 

286-289), l'auteur ne serait autre que 
Sélis, professeur au Collège de France, 
connu surtout par sa traduction de 
Perse. 

Bigarrures calotines. Voir: .... 
Ana. 

BIJOUX (LES) INDISCRETS, i 

(par Denis Diderot). — Pékin (Paris), j 

1748, in-12. — Plus de vingt fois ;' 

réimprinié. La dernière édition a été \ 

donnée, en 1880, à Bruxelles, par \ 

Gay et £/Oucé, 2 vol. in-12, fig. '; 

Ce roman erotique et satirique, ins- 
piré par le fameux fabliau du « Che- 
valier qui taisaitparler les... etc.,etc.» 
est assurément un livre à clef. La 
Harpe, M. Assézat et M. Brunet ont 
successivement exercé leur sagacité 
sur les mystères de ce livre si plein 
d'esprit et d'observation. D'après une 
note de M. Assezat, « les rapproche- 
ments qu'on peut tenter ont si peu 
de consistance, se trouvent tellement 
contredits par d'autres passages, qu'il 
est difficile de croire que Diderot ait 
eu l'intention de faire autre chose 
qu'une peinture volontairement vague 
et indécise : ainsi, Louis XiV, qui est 
d'abord Ergucbyed, devient plus tard 
Kanoglou ; la majeure partie des noms 
que l'on reconnaît sont de la fin du 
règne de ce roi. On aurait donc tort de 
chercher un libelle là où il n'y a 
qu'une improvisation qui n'a pas 
même dû être relue par l'auteur. » 
Ceci dit, voici quelleest à peu près la 
vraie clef des « Bijoux » : 

Ergucb:;ed,pu\s, Kanoglou, LouisXIV; 
— Mangogul, Louis XV; — Mir^o^a, 
M"'* de Pompadour; — Sélim, le ma- 
réchal de Richelieu ; — Le Congo, la 
France ; — Ban:^a, Paris ; — C.ircino, 
Newton; — La secte dt?, Attraction' 
naires, les partisans de Newton ; — 
Olibri, qui fonda la secte des Vorti- 
coses, Descartes ,et son système des 



137 

tourbillons ; — La Manimonbanda, 
c'est la reine Marie Leczinska ; — La 
Monoemugi, au nord-est du Congo, 
c'est rAlIemagne du Nord, ou l'An- 
gleterre ; — Utmiutsol, Lulli ; — Utre- 
mifasoUasiututut, Rameau ; — Le 
marquis D***, auteur, d'Argens; — au 
chapitre 3S, Polipile, Philoctète, dans 
la tragédie de Sophocle, Forfanty, 
Ulysse, le jeune Ibrahim, Néoptolème; 
Ch. 33, Vous apprcne'^ par cœur, tous 
les matins, trois pages de Brantôme et 
d'Ouville, allusion aux rapports du 
lieutenant de police Berryer ; — Sam- 
buco, le maréchal de Villars, ou de 
Villeroy ; — Thélis serait M'"" de 
Tencin ; — Les Paradoxes littéraires 
du P. H. Hardouin ; —La Mathémati- 
que universelle d'un certain bramine, le 
P. Castel ; — Une vieille fée décrépite, 
M"" de Maintenon ; — Deux ministres 
vaillants, Vendôme et Catinat ; — 
Sulanek, le cardinal Fleury ; — 
Brrrouboubou, Ch. Frey de Neuville, 
qui prononça, en 1743, l'oraison funè- 
bre du cardinal ; — Orcotome, le D'' 
Ferrein, auteur d'un système sur le 
mécanisme de la voix ; La Mettrie, 
dans le « supplément à l'ouvrage de 
Pénélope », lui donne le même nom ; 
— Ricaric présente quelques traits 
de ressemblance avec La Motte, tra- 
ducteur d'Homère ; — Eurisopé, Eu- 
ripide ; — A:^ophe, Sophocle ; — Hi- 
ragut, le médecinMontagnat; — enfin 
le génie Cucufa serait le repentir per- 
sonnifié. 

Kn résumé, toutes ces interpréta- 
tions ne manquent pas de vraisem- 
blance ; reste à savoir si Diderot a 
réellement songé à toutes ces belles 
choses ? 



BIOGRAPHIE DE QUELQUES 
FUTURS GRANDS HOMMES, par 
un petit homme passé (Charles-Louis 
Rcy). Paris, Delaunay, et Ledoyen. 
— 1834, in-8 de 231 p., prix: 4 
francs. 



LES LIVRES A CLEF 



138 

Cette biographie est assurément uni- 
que en son genre, elle ne contient 
pas un nom propre j à chaque lettre 
de l'alphabet, l'auteur esquisse un 
caractère, raconte des anecdotes, re- 
trace les particularités d'opinion ou 
de conduite d'une personnalité non 
dénommée. Il y a là certainement des 
allusions à des personnages contempo- 
rains pris dans le monde politique, 
littéraire, etc., etc. Il est vraisemblable 
que chaque portrait, ou chaque bio- 
graphie, comme dit l'auteur, se com- 
pose de traits empruntés à diverses 
individualités. Il n'en serait pas moins 
curieux toutefois de connaître les 
noms réels des « futurs grands hom- 
mes » représentés seulement par les 
lettres A. D. M. Q. Z., etc., etc. 

Blançay. Voir : Ann'quin Bre- 
douille. 



BLOODY (THE) DUKE, or the 

ADVENTURES FOR A CROWN, tragi-CO- 

medy. Acted at the Court of Alba 
Regalis, by several Persons ofgreat 
quality, 1690, London, in-4. (Le 
duc sanguinaire, ou les entreprises 
pour une couronne). 

C'est encoreune pièce politique dont 
le principal sujet est la grande cons- 
piration papiste. Elle est du même 
auteur que « The Abdicated prince » 
The Bloody Duke, c'est le duc de 
Montmouth ; —Alba Regalis, c'est la 
cour d'Angleterre, etc., etc. (Voir : 
Biographia Dramatica, t. Il, p. 33). 



BLUETTE DRAMATIQUE EN 
TROIS TABLEAUX, chronique 
LOCALE. A propos des propos tenus 
ces jours-ci sur la politique réelle 
par certains factotums oubliés, qui 



139 



LES LIVRES A CLEF 



140 



se proposaient de faire comme ja- 
dis la pluie et le beau temps dans 
notre bonne ville. Au Puy, chez 
F. M. Clet, 1840, in-8. 

Qui pourra donner la clef de cette 
pièce satirique en vers ? Qui se sou- 
vient encore, au Puy, et des incidents 
qui en forment le fond, et des per- 
sonnesqui y sont visées? Voici, d'après 
le catalogue de Soleinne (n» 3827), les 
noms des personnages de lacomédie : 
le baron Dubruit, Georges Ballon et 
Luc Brûlot, médecins; — Qiantin Tire- 
Pied, tabellion ; — Jean Croc-en- 
jambes, procureur ; — Claude Le- 
battu, avocat ; — Pierre Refrogné, dit 
Barbe-Bleue, conseiller ; — dame 
Velaune, sorcière. Que d'illustres in- 
connus à découvrir ! 



BOHÉMIENS (LES), Paris, rue 
des Poitevins, hôtel Bouthillier, 
i790,in-2, 2 vol. 

2^ édition, Paris, Lavillette, 1 790, 
2 volumes, in-12. 

Roman satirique aussi rare que cu- 
rieux, composé, suivant toute proba- 
bilité, par Anne-Gédéon La Fitte, 
marquis de Pellepore. « Il offre le ta- 
bleau d'une partie très peu i-ecomman- 
dable de la société de Paris, vers la 
fin du règne de Louis XVI : gens de 
lettres sans sou ni maille, escrocs, 
débauchés, filous, misérables de toute 
sorte, tels sont les personnages que 
dépeint d'après nature un intrigant 
de bas étage très au fait de ce monde- 
là. Le marquis de Pellepore, qui déjà 
avait écrit « Le Diable dans un béni- 
tier » et « Les Petits Soupers et les 
Nuits de l'hôtel de Bouillon » (V^oir 
ces titres), a réuni dans cr Les Bohé- 
miens» la plupart de ces gens « bons 
à tout faire et à tout dire», au milieu 
de la Champagne pouilleuse. Le livre 
renferme des détails extrêmement 



libres et est écrit avec le plus étrange 
mauvais goût. Les noms des person- 
nages sont simplement anagramma- 
tisés et très aisés à reconnaître. Voici 
les principaux d'entre eux : Bissot, 
c'est Brissot, dit de Warville, le Con- 
ventionnel : — Tifarès, son frère, c'est 
Brissot-Thivars ; — Les Bruttiens re- 
présentent les Prussiens ; — Mordane, 
c'est Morande,un vieil ennemi de Pel- 
lepore ; — Les Galles signifient les 
Français ; — Le Vieux Féder..., fils de 
William, c'est Frédéric de Prusse, en- 
fin, Lungiet représente Linguet « per- 
ce sonnage assez laid, qui ne vit que 
« de malices et qui est le véritable 
« chef de la secte si nombreuse des 
« despotico-contradictorio-paradoxicO' 
« clabaudeuristes. » — « Les Bohé- 
miens» mériteraient, sinon une réim- 
pression complète, du moins une 
bonne étude analytique; il y a quel- 
ques particularités à connaître dans 
ce roman-pamphlet qu'il est bien dif- 
ficile de se procurer aujourd'hui. On 
peut consulter à son sujetles notes de 
M. Paul Lacroix, dans le « Bulletin du 
Bibliophile » (i85i, p. 408) et de 
M. Ch. Monselet, dans les « Oubliés 
et les Dédaignés » (t. I, p. 2). 

BON (LE) SOIR, ou la cabale 
EN DÉROUTE. S. 1. n. d., in-8. 

Cette brochure fort rare, de la se- 
conde moitié du xviii* siècle, est une 
curieuse satire dirigée surtout contre 
la noblesse, le clergé, les financiers et 
les Parlements. Un bel exemplaire fi- 
guiaità la vente de M. deT...cy (Tracy, 
1864, Paris, n° 429.; Elle n'est point 
citée dans le « Dictionnaire des Ano- 
nymes. » 



BONNE (LA) AVENTURE DE 
CASGARETTE. — Paris, 1606. 

Ce petit ccrit,aujourd'hui introuvable 
et que ne cite aucune bibliographie. 



141 

ne nous est connu que par un pas- 
sage du « Journal de l'Estoilc » (décem- 
bre 1606). « En cest an, dit-il, fust 
publiée « E.a Bonne Aventure de Cas- 
carette. » Cascaretie est la jeune Bau- 
lieu, contre laquelle Motin, irrité, 
publia ceste bouffonesque mesdisance 
qui couroit à Paris. » Ce Motin n'est 
autre sans doute que le poète Pierre 
Motin que Boileau n'a pas trop bien 
traité. Il doit y avoir là quelque plai- 
sante histoire à découvrir. 

B....L (le) royal. Voir : La Mes- 
saline française. 

BORLANDA (LA) IMPASTIC- 
CIATA, composta per estro, d'ail' 
Incognito d'eritrea Pedsol, riconos- 
ciuta, festosamenteraccolta et fatta 
dare in luce dall' Abitatorc Disabifa- 
to academico Bontempista, ed ac- 
cresciuta di opportune annotazzioni 
per opéra di varj suoi coacademici 
amici. Milano, Agnelli, 1751. in-4. 

« Cet opuscule curieux et agréable 
est l'œuvre du comte Pietro Verri; 
l'auteur le regardait comme un véri- 
table péché de jeunesse, bien que ses 
contemporains l'eussent accueilli una- 
nimement avec le plus grand plaisir. » 
Tel est le jugement rapporté, d'après 
Blanchi, dans le « Dictionnaire des 
anonymes et pseudonymes italiens » 
de G. Melzi (pages 824 à 326). Dans 
l'article qu'il a consacré à cet ouvrage, 
Melzi nous fait connaître qu'il fut di- 
rigé contre un certain docteur Plodes 
(dont Pedsol est l'anagramme), que 
Verri voulut ridiculiser en collabora- 
tion avec plusieurs de ses amis. Voici 
telle qu'elle est donnée par Melzi, la 
clef des noms sous lesquels se cachè- 
rent « Disabitato Abitatore e varj suoi 
coacademici amici, » pour composer 
les pièces de ce recueil satirique : 
Abitatore Disabitato, — le comte 

P. Verri. 



LES LIVRES A CLEF 



1-1.2 



Chalco-cefalo chalcochitone, — l'abbé 

Villa. 
Liica Lucano Lucchese, — le marquis 

Morigia. 
Cocco Biricocco da Baricoccone, — 

le comte Imbonati. 
Ino Rentino Fiorentino, — le mar- 
quis Morigia. 
Castniccio castracane di Castres, — 

l'abbé Passeroni. 
Messer Noinini)iJil^o de' Litaniosi, — 

D. Peppo Casati. 
Frondaligero Terramovente, — l'abbé 

Villa. 
Palicrondo cronista d'Elicona, — 

l'abbé Salandri. 
Confiisio dé" Confusi, — D. Gaetano 

Caccia. 
Paffo Segiuppe academico Lilliputese, 

— lé marquis Foppa. 

E Poeta attuale délie Alummie d'E- 
gitto, — le marquis Foppa. 

Calocero Cococero da Colofone, — le 
comte Giulini. 

Mincie Mincioncinida Mincioncione, 

— l'abbé G.-J. Villa. 

Vier Lascatielo passare, — le prieur 

Zane. 
Deifolco Degli Dei Del Divano, — 

l'abbé A.-T. Villa. 
Chrysoglotta da Figine, — le docteur 

Bicetti. 
Chalcocefalo argyroglotto Pédante, 

— le comte Giulini. 

Momolo dal Carbon Vene:{ian, — le 

chanoine Agudi. 
Nane Barcariol dal Bitso Vene:^ian, — 

le docteur Gandini. 
Cencio Censiosi da Censiano Roma- 

nesco, — le docteur Gandini. 
Masillo La^arelli dalla Cerra Napo- 

letano, — le docteur Gandini. 
Demetrio De' Giurgenti Siciliano, — 

le chanoine Irico. 
Meneghin di Meneghin de Mene- 

ghelta Milanes, — Balestrieri. 
Galatin Tridura Parmsan, — le doc- 
teur Fogliazzi. 
Pedrolin délie Vallade Bergamasche, 

— le docteur Cassio. 

Anasse Glandi Raspoliciit d'anZanevre 



143 



Monferrino, — le chanoine Irico. 
Poeta Balih de Zena, — le chanoine 

Irico. 
Fran^ Fren Freiniddeswein di 

Sdnvit^erland,— le chanoine Irico. 
Lamentan:{a d'un Laii^o, — le prieur 

Vaî. 
SandoUo Protopapas de Drino alba- 

nese, — le chanoine Irico. 
Bacciarone Dietajiiii da Firen^e, — 

le chanoine Guttierez. 
Ruben Rabbino di Rabata, — Giu- 

seppe Bassani. 
Brachini Brachylogi e Gallia Brac- 

cata, — l'abbé A. -T. Villa. 
Mossen Ghiglianfraugno Badoi, — 

l'abbé Ruggeri. 
M. Moulin Moidinier de la Mouli- 

nière, — Brini. 
D. Ramire:{ de Guadalupe, — (in- 
connu). 
D. Sevastien dos Algarvcs Acade- 

mico, — Gianorini. 
Incognito di Eritrea Pedsol Rico- 

nosciuto, — P. Verri. 
Polistone Poliistrichide di Pola d'Is- 

tria, — l'abbé A. -T. Villa. 

J'ai dû retrancher de cette longue 
clef plusieurs indications d'un intérêt 
d'autant plus secondaire que, l'ou- 
vrage étant aujourd'hui fort rare, peu 
de lecteurs auront à chercher le secret 
des pseudon5'mes ; j'ai d'ailleurs exac- 
tement reproduit tous les noms, dont 
la forme grotesque et parfois étrange 
montre sufhsainment dans quel esprit 
de facétie a été composé le recueil diri- 
gé contre le pauvre avocat Plodes. 

Boudoir de m"^ la duchesse de 
p***. Voir : La Messaline française. 



BOULEDOGUE (LE) ou le congé, 
comédie en deux actes, « destinée 
au Théâtre des Danseurs-de-corde, 
îe sujet étant trop bas pour les Va- 
riétés. » Cette pièce occupe les pp. 



LES LIVRES A CLEP I44 

279 3311 du deuxième tome du 
« Thesmographe, » par Rcstifde la 
Bretonne. (Paris, 1789, in-8). 



C'est une violente satire de l'auteur 
contre son gendre Auge, désigné sous 
le nom de l'Échiné; le beau-père, 
c'est Restif lui-même; un homme de 
mérite, c'est Toustain de Richebourg; 
etc. (Voir : « Bibliographie de Restif de 
la Bretonne », p. 320-332). 

Bourgeois (le) gentilhomme, co- 
médie. Voir : Œuvres de Molière. 



BRABANÇONNE (LA) GÉNÉ- 
REUSE, comédie nouvelle en un 
acte. Représentée à l'armée, depuis 
la prise du château d'Anvers. — 
Liège, 1746, in- 12 de 60 p. 

Cette pièce en prose est fort rare et 
ne figure pas même dans la « Biblio- 
thèque du théâtre françois. » Sur le 
titre, est imprimée cette note: « Le 
fonds de cette petite pièce est «ne his- 
toire véritable, dont les personnes au 
fait des intrigues de Bruxelles recon- 
naîtront les acteurs, quoique les noms 
soient déguisés. » (Catalogue Soleinne, 
n" 1869). 

BRACELETS (LES), ou le mari, 

LA FE.MME et l'amant DUPES LES 

UNS DES AUTRES, comédie, par le 
ci-devant comte de Barniel-Beaiivert. 
— Genève, 5 septembre 1805, in-8 
fort rare. 

« Cette pièce très plate, qu'on disait 
faire allusion à une aventure scanda- 
leuse arrivée à M™» R.... de S.... — 
J.... d'A...., a été sévèrement poursui- 
vie par la police impériale; trois 
exempjairesseulement auraient échap- 
péà la destruction. » Si l'on accepte ces 
allégations, au moinscontestables, pro- 



145 

duites par la « Bibliographie Gay » (t. 
IV, p. 57), il taut remarquer que l'auteur 
a dû faire sa pièce d'après une donnée 
analogue qui déjà avait fait ancienne- 
ment le sujet d'un proverbe de Car- 
montelle. Ce qui est plus vraisembla- 
ble, c'est que le public, par de mali- 
cieuses applications, a composéunesor- 
te de clef à laquelle Barruel-Beauvert 
n'avait assurément pas songé. On ne 
cite donc ici cette comédie qu'à titre 
de curiosité et pour avoir occasion de 
répéter que certains ouvrages ont sou- 
vent donné lieu, après coup, à desrap- 
prochem.ents et à des interprétations 
satiriques, qui n'avaient jamais existé 
dans l'esprit de leurs auteurs. 

BRANLE (LE) TRAGI-COMI- 
QUE DES TRAITANS avec le con- 
cert COMIQUE DES coQUETES ; dialo- 
gue entre Momus et l'Amour. Suite 
des maltotiers dans le bourbier. — 
Paris, Guillaume Valleyre, s. d., 
1716, in-i2 de 31 p. 

Livret rare, inconnu à Barbier. C'est 
une satire contre les, partisans ou trai- 
tants que la chambre de justice avait 
mis en jugement : Demont-d'or, Thle- 
gedore, Duratout, Théobude, Roman- 
ville, La Grue, représentent Crozat, 
Samuel Bernard, Montargis, Tour- 
ton, Bourvallais, etc., qui ne furent 
condamnés qu'à des restitutions aux 
caisses de l'État (Catalogue Soleinne, 
no 3,768). 

BRASSEUR (LE) ROI, drame 
taillé par M. J. Thomas, dans le ro- 
man légitimiste publié, sous le 
même titre par le vicomte d'Arlin- 
court. (Paris, 1833-35, 2 vol., 
in-8). 

<( Arteweld, le héros de la pièce, dit 
M. Th, Muret (Histoire par le théâ- 
tre, t. III, p. 216), Arteweld, ce chef 



LES LIVRES A CLEF 



146 

populaire des communes flamandes, 
dans leur lutte contre le despotisme 
d'un duc inféodé à l'étranger, Arte- 
wed-le-brasseur, devenait le Sosie, 
l'alter-ego de Louis-Philippe». Ce pam- 
phlet drame fut interdit. Dans l'es- 
prit du premier auteur, cependant, le 
roman ne visait pas le roi des Français, 
mais les passions légitimistes donnè- 
rent naissance au drame allusif et in- 
jurieux. » 

D'autres ouvrages du vicomte d'Ar- 
lincourt, entre autres « Les rebelles 
sous Charles V » (i832), a Les Ecor- 
chcurs, ou l'Usurpation et la peste » 
(i833), (( Le Double Règne » (i836), 
donnèrent lieu à maints rapproche- 
ments malicieux auxquels le bon 
vicomte n'avait certainement pas dû 
songer. Alors comme maintenant, l'es- 
prit de parti aidant, les faiseurs de 
clefs, après-coup, avaient beau jeu. 



Bretteur (le), comédie nouvelle 
et galante. Voir : IVlartlie Le 
Hayer. 

Britannicus, tragédie. Voir : 
Théâtre de Jean Racine. 

Bruit de recensement dans une 
petite ville. Voir : Alerte. 

BUREAU (LE) D'ESPRIT, co- 
médie en cinq actes et en prose. 
P. M. L. C. R. G. A. Seconde 
édition, revue, corrigée et augmen- 
tée. Londres, 1777, in-8 de 151 p. 
titre gravé, rare. 

Autre édition : Liège, Bourbers, 
1777, in-8. 

Cette comédie du Chevalier de Riit- 
lidge, irlandais d'origine, officier au 
régiment de Fitz-James, fut d'abord 
attribuée à Linguet. Mais on connut 



147 

bientôt le véritable auteur de cette 
plate et grossière imitation des « Phi- 
losophes. » C'est d'ailleurs une satire 
assez mordantedirigée contre M^eGeof- 
frin et contre les habitués de son salon. 
En voici la clef d'après la «Correspon- 
dance littéraire de Grimm et Diderot» 
(Edition Garnier, octobre 1776, t. XI, 
p. 3G2) : 

3/me de Fol incourt, —M"" Geoffrln; 
Cocus, — Diderot; 
Cucurbitin, — le baron d'Holbach; 
Rectiligne, — d'Alembert; 
Le marquis d'Orsimont, — Condorcet ; 
Calchas, — l'abbé Arnaud; 
Thomassin, — Thomas; 
Faribole, — Marmontel ; 
Du Luthe, — La Harpe. 

On a encore attribué à Rutlidge, la 
pièce satirique intitulée: « Les comé- 
diens »; cet ouvrage est de S. Mercier; 
il en est parlé plus loin. 



BUVEUR (LE) DE SANG DÉ- 
MASQUÉ, dialogue entre un prêtre 
et un escamoteur. Paris, an V 
(1796), pet. in-8, très rare. 

Pamphlet révolutionnaire très vio- 
lent contre la religion et le clergé. Le 
Buveur de sang, c'est le prêtre célé- 
brant la messe. 



ÇA FAIT TOUJOURS PLAISIR, 
(journal), Paris, 1789, in-8. 

« Feuille anti-révolutionnaire an- 
noncée comme devant paraître tous 
les matins, mais, après un petit nom- 
bre de numéros, publiée sous un 
autre titre. Beaucoup d'initialismes. 
Exemple: 

« .... Braves Parisiens, vous êtes 
heureux, libres et contents;.... voyez 
ce que vous étiez ci-devant et ce que 
vous êtes aujourd'hui, et ça vous fera 
plaisir. 

Vousne lisiez les nouvelles quedans 



LES LIVRES A CLEF 



148 

les cafés et à la faveur de quelques 
gazettes censurées; aujourd'hui, vous 
avez votre ami M... (Marat), le révo- 
lutionnaire des M (Camille Des- 
moulins), le famélique P.... (Pru- 
dhomme), le sublime M..., (Mercier), 
qui, à deux sols par jour, déchirent à 
belles dents la noblesse, le clergé et 
les aristocrates ; ça doit vous faire plai- 
sir. » (Voir: Bibliographie Hatin, p. 
112). 

Cabale (la) en déroute. Voir: 
Le Bon Soir. 



CABINET (LE) DE LECTURE, 
par M. Robert (T. L. SoJvet, ancien 
libraire à Paris). Paris, chez les 
marchands de nouveautés, 1808, 
in-i8 de 72 p. 

Cette comédie, en un acte et en 
prose, n'a été tirée qu'à 5o exemplaires 
non mis dans le commerce ; elle est 
fort rare. C'est une satire, sans doute 
personnelle, contre les propriétaires de 
cabinets de lecture, qui commençaient 
alors à s'établir et dont l'auteur, en 
sa qualité de libraire, n'avait proba- 
blement pas à se louer. (Voir catalo- 
gue de Soleinne, n° 2609). 

Cabinet (le) de minerve..., Voir: 
A.vantures de Floride.... 

CACOMONADE (LA), histoire 

POLITIQUE ET MORALE TRADUITE DE 

l'allemand du docteur PANGLOSS, 
par le docteur lui-même, depuis son 
retour de Constantinople (par Si- 
mon-Henri-NicoJûs Linguet), Cologne, 
(Paris), 1766, in-i2. 

Plusieurs réimpressions. La der- 
nière est datée de Cologne (Bruxel- 
les), 1756, (1866), in-i8. 



149 



LES LIVRES A CLEF 



C'est l'histoire de la syphilis, dési- 
gnée sous le nom de Cacomonade, de- 
puis son introduction d'Amérique en 
Europe jusqu'au xyiii^ siècle. Ceci étant 
connu, le livre devient bien clair et il 
est aisé de comprendre que le glorieux 

F..... P , c'est le roi François It ; 

que le D' A , c'est J. Astruc, l'au- 
teur du fameux traité « De morbis ve- 
nereis. » La G , c'est la gale; la Ca- 
comonade « pullulait partout avec 

les , qui n'étaient cependant pas ses 

plus zélés missionnaires », il s'agit 

des Jésuites qui formaient partout des 
missions et des établissements. 

Les Dames *'* et ***, que l'on com- 
pare aux Corinnes, aux Lycoris, aux 
Lesbies de l'antiquité, qui leur étaient 
d'ailleurs bien inférieures; ce sont 
les grandes dames du xviii» siècle 
adonnées aux passions anti-physiques. 
Si l'on s'en rapportait aux mémoires 
secrets du temps, on n'aurait que 
l'embarras du choix pour remplacer 
ces étoiles par des noms. — La Caco- 
monade est en somme un très mau- 
vais livre dont la destruction a été or- 
donnée en 1822. 

GADENUSAND VANESSA... s. 
1. — 1726, in-8., par Jonathan 
SiDift; souvent réimprimé dans les 
œuvres de l'auteur. 

Ce petit ouvrage a trait à la liaison, 
toute platonique d'ailleurs, du célèbre 
doyen de Saint-Patrick avec la belle 
Esther Vanhomright. Cadenus, [Deca- 
nus, le doyen), c'est Swift, Vanessa 
est son amante. On sait que la froideur 
du doyen conduisit au tombeau la 
pauvre Vanessa qui avait découvert le 
mariage secret de Swift avec Miss 
Esther Johnson, si connue sous le 
nom At Stella, que son mari lui don- 
ne dans ses ouvrages. Il faut lire pour 
connaître l'histoire de ces deux pau- 
vres femmes, que Swift rendit si mal- 
heureuses par son amour et son étrange 
conduite, le charmant livre de M. Léon 



150 

de Wailly, intitulé 5/e//^ et Vanessa. 
(Paris, Hachette, i855, in-i6.) 

CALLOPHILE, histoire traduite 
DU SCYTHE EN LATIN, par un vieux 
philosophe visigoth. — Eutaxie, 
(Paris), 1759, in-12. 

Traduction supposée; cet ouvrage 
a été composé en réalité par l'avocat 
Barthe^, de Narbonne, frère du célè- 
bre médecin. C'est un petit roman 
allégorique dont la clef est à trou- 
ver. 

CAMPAGNES DE L'ABBÉ T***, 

ou LES LAURIERS ECCLESIASTIQUES ; 

S. 1., 1747, in-12, réimprimé sous 
le titre de : les lauriers ecclésias- 
tiques, ou campagnes de l'abbé t***. 
Luxuropolis, de l'imprimerie ordi- 
naire du Clergé, 1748, pet. in-12. 
Près de dix éditions sous ce titre, 
avec ou sans figures, imprimé en- 
core avec ces modifications : mes 
espiègleries, ou campagnes de l'ab- 
bé DE t***, 1797, in- 18 fig. 

Cet ouvrage plus que libertin est 
du trop fameux Chevalier de La Mor- 
lière. D'après une note du marquis de 
Paulmy (n° 6,i38 de sa bibliothèque), 
confirmée par la « Biographie Gay », 
Vabbé de T*** ne serait autre que 
l'abbé Terrai, alors très connu par ses 
fredaines de jeunesse, plus fâcheuse- 
ment célèbre, dans la suite, par ses 
actes au ministère. 

CANCANS (LES), par P.-C. Bc- 
rard, Paris, i" Juillet 183 1, à 1834. 
Environ 80 petits pamphlets de 
8 p., in-8. 

Tous les bibliophiles connaissent 
cette fameuse série de libelles à l'aide 



151 



LES LIVRES A CLEF 



152 



desquels Pierre - Clament Bérard , 
ancien officier, fit, pendant prés de 
quatre années, une guerre acharnée 
à la monarchie de Juillet. Il est très 
difficile de réunir tous ces écrits, dont 
une vingtaine motivèrent de sévères 
condamnations; on sait qu'à chaque 
numéro et pour éviter l'apparence 
d'une publication périodique, lessous- 
titres ou les qualifications du mot 
cancans étaient changés ou modifiés 
suivant les circonstances du jour, 
{cancans, politiques, inflexibles, inexo- 
rables, flétrissants, en prison, mysti- 
fiants, en liberté, etc., etc.). Ces écrits 
d'une violence extrême, dirigés contre 
le roi Louis-Philippe, contre sa famil- 
le, contre ses ministres et contre ses 
droits à la souveraineté de la France, 
valurent à leur auteur une douzaine 
d'années de prison et plus de dix 
mille francs d'amende. Bérard eut des 
imitateurs, notamment Denis Capry, 
qui publia à Marseille, sous divers 
titres, des Cancans de Provence; un 
autre libelliste publia, à la même 
époque, à Rennes, \&s cancans bretons; 
enfin Bérard lui-même donna, sous 
des titres variés, une suite à ses pam- 
phlets, dans le même format et dans 
le même style que sts Cancans; tels 
sont, par exemple : Le Pèlerin, Mes 
Perruques, L'Espérance, Facéties du 
jour, La Foudre, etc., etc. Tous ces 
pamphlets, non datés, sont devenus 
rares : M. La Bédoyére possédait, des 
uns et des autres, une collection de 
97 numéros. Pour ma part, je n'en ai 
encore réuni que 108 et il doit y 
en avoir bien davantage. Il est peu 
facile de classer toutes ces feuilles à 
deux sous, aussi recherchées alors que 
tombées aujourd'hui dans l'oubli. Il 
serait intéressant cependant d'en faire 
Jabibliographie complète et surtoutde 
dresser la clef des noms déguisés, sup- 
posés, anagrammatises et des allu- 
sions alors fort transparentes, mais 
maintenant beaucoup moins claires, 
qui remplissent ces minces factums. 
11 y a sur les hommes et les événe- 



ments de cette époque maints détails 
précieux qui ne se trouvent que là et 
qui ne sont intelligibles que si l'on a 
la clef des noms que les auteurs, Bé- 
rard et Capry, déguisèrent par un excès 
de précaution qui ne leur servit pas 
beaucoup. Malheureusement, il fau- 
drait pas mal de temps pour exé- 
cuter ce déchiffrement dont le ré- 
sultat tiendrait beaucoup trop de 
place dans cette étude. Qu'il suffise 
donc de savoir que Louis-Philippe, 
constamment mis en scène, est suc- 
cessivement désigné sousles noms de: 
M. Chose, ^ Juste-Milieu, Harpagon, 
M, Trois-Étoiles, Gros-Gras-et-Bête, 
M. Du Fossé, M. Pincemaillcs, rentier 
à "^QuiWy, M. Gagne-Gros, etc.; Boulot 
Grand-Poulot, c'est le prince royal; 
Lolo, ou Canule, le maréchal Lobau; 
Casipéri, Casimir Périer; M"^" de la 
Jenchère, it/"* de F , M"» de Feu- 
chères; Argousin, Criquet, M, Gis- 
quet, préfet de police: M. Déjacomi- 
que, M. Zangiacomi, alors juge d'ins- 
truction à Paris, etc., etc. 

On peut consulter sur cette curieuse 
série à.t WhcWes Les Cancans et autres 
pièces annexes: 1° l'excellent article 
publié par M. ApoUin Briquet, dans 
le « Bulletin du Bibliophile » (août 
i852, p. g5D, 975];2"' « laBibiiographie 
de la Presse » de M. E. Hatin (p. Syô, 
377), et 3° « le Catalogue des livres 
condamnés » (p. 64-66). 

CA>JDEUR (LA) BIBLIOGRAPHI- 
QUE, ou LE LIBRAIRE HONNETE HOM- 
ME. Récit dédié à la Pucelle, belle- 
sœur d'Emmanuel, etc., etc. — A 
Bibliopolis, chez Thomas-le-Véridi- 
que, à l'enseigne de la Vérité, 
MDCCLXXVI. -- Pet. in-8 de VI, 
108 p. 

Cetécrit que j'ai vu, mais sans preuve, 
attribuer au fameux abbé J. H. Du- 
laurens, n'est autre chose qu'une vio- 
lente diatribe dirigée contre Emma- 



153 



LES LIVRES A CLEF 



nuel Flon, libraire de Bruxelles, dit 
Le Libraire honnête homme, que Fau- 
teur représente comme le dernier des 
croquants. Cet écrit satirique aurait 
besoin d'une bonne clef, ainsi que le 
« Catalogue des livres (imaginaires) de 
MM. Emmanuel et Kirie,» par lequel il 
se termine et qui est un véritable re- 
cueil d'épigramraes bibliographiques. 
M.deReiffemberg a public une analyse 
de « La Candeur » dans le '< Biblio- 
phile belge » (1846, t. m, p. 258- 
260). 

CANDIDAMENTOR, ou le voya- 
geur GREC ; histoire contenant des 
événements singuliers et intéres- 
sants. — A Atliénes (Paris), 1766, 
in-i2. 

Ce petit roman, précédé d'une 
« Epitre dédicatoire au Premier Eunu- 
que de l'Empire des Indes » est de 
Harny de Guerville, auteur de quel- 
ques autres ouvrages, notamment de 
pièces de théâtre. « Candidamentor » 
contient des allusions satiriques à 
divers événements qui se passaient 
alors en France et des traits piquants 
contre divers personnages contempo- 
rains. L'allégorie est d'ailleurs assez 
obscure; une bonne clef la rendrait 
plus intéressante à lire aujourd'hui. 

Caractères (les), par M'"^ de 
Puisieux... Voir: Conseils à une 
amie... 



CARACTERES (LES) DE LA 
BRUYERE. — Il ne saurait être ques- 
tion de citer ici même les plus im- 
portantes éditions de ce célèbre ou- 
vrage, qui fera sans doute quelque 
jour l'objet d'une bibliographie 
spéciale. Bornons-nous à rappeler 
que les « Caractères ou les mœurs 
de ce siècle » parurent, pour la 



154 

première fois, en 1688, à Paris, 
chez Estienne Michallet, in-12, à la 
suite de la traduction des « Carac- 
tères de Théophraste. » 

On trouve sur divers exemplaires 
des anciennes éditions des clefs ma- 
nuscrites; d'autres ont été insérées 
dans les réimpressions publiées à 
l'étranger, notamment dans celle de 
1720, Amsterdam, 3 vol. in-12; ces 
clefs sont loin de s'accorder tou- 
jours entre elles. Les critiques mo- 
dernes qui ont, avec raison, con- 
sacré aux « Caractères » les études 
les plus attentives, sont entrés à cet 
égard dans de longs détails ; les meil- 
leures éditions à consulter sont celles 
données par Walckenaer [Pd^vï?,, Didot, 
1845, in-8), Destailleurs (Jeannet, Pa- 
ris, 1854, 2 vol. in-i6),et surtout celle 
revue par M. Servais, qui fait partie 
de l'importante collection des « grands 
Ecrivains de la France, » publiée par 
la maison Hachette. 

Voici une clef, assez complète, qui 
peut servir de guide aux chercheurs 
et s'appliquer à la plupart des édi- 
tions des « Caractères de La Bruyè- 
re » : 



CHAPITRE PREMIER 

Un magistrat, — M. Poncet de la 

Rivière. 
Certains poètes, — Corneille le jeune. 
On se nourrit des anciens, — M. de 

Fontenelle. 
Un auteur moderne, — M. Charles 

Perrault. 
Qiielques habiles, — Despréaux et 

Racine. 
Bien des gens..., — l'abbé Dangeau. 
Arsène, — le marquis de Tréville 

ou l'abbé de Choisi. 
Théocrine, — I abbé Dangeau, ou de 

Brie. 
Il n'y a point d'ouvrage, — les cartes 

de l'abbé Dangeau. 



155 



LES LIVRES A CLEF 



156 



Un auteur sérieux, — allusion aux dif- 
férentes applications que Ton fait 
des caractères du présent livre. 

Capys, — Boursault. 

Damis, — Boileau Despréaux. 

Lephilosophe consume, — La Bruyère. 

Deux écrivains, — le P. Malebranche 
et M. Nicole du Port Royal. 

Le M** G**, — le Mercure galant. 

D'Amphion, — Lully, ou Francine, 
son gendre. 

Ils ont fait le théâtre, — M. Man- 
sard, architecte. 

Les connaisseurs, — M. Quinault. 

L'on a cette incommodité, — les Jé- 
suites et les Jansénistes. 

L'on écrit, — le P. Bouhours et le 
P. Bourdaloue, tous deux jésuites. 

Il y a des esprits, — M. Ménage. 

Je conseille, — l'abbé de Villiers, 
qui a été autrefois jésuite. 

Un homme né chrétien, — Leno- 
ble. 

Il faut éviter le style, — Varillas et 
Maimbourg. 

CHAPITRE II. 

Votre fils est bègue, — M.deHarlay, 
avocat général^ fils de M. le premier 
président. 

Xantus, — M. ds Courtenvaux, fils 
de Louvois. 

Crassus, — Louvois et ses enfants. 

// apparaît, — le cardinal de Ri- 
chelieu. 

F" C** l'auteur de Pyrame, — Pra- 
don, Vignon, peintre; Colasse, mu- 
sicien. 

Quelques-uns..., — Feu M. de Harlay, 
archevêque de Paris. 

Philemon, — ÎVl. le comte d'Aubigné, 
frère de Madame de Maintenon, ou 
mylord Straffort, anglais. 

Ce n'est pas qu'il faut..., — M. de 
Mennevillete. 

Un homme à la cour..., — l'abbé 
Boileau. 

Une personne humble..., — le P. Ma- 
billon, bénédictin. 



On Va regardé.,,, — M. de Tu- 
renne. 

Fils, petit-fils..., — M. le duc de 
Chartres, ensuite duc d'Orléans, et 
régent du royaume. 

Mopse, — l'abbé de S. Pierre. 

Celse, — le baron de Breteuil. 

De la brouiller ie des deux frères, et de 
la rupture des deux ministres..., — 
qui arriva entre M. Pelletier et 
MM. Louvois et de Seignelay. 

Mennique, — Le maréchal de Ville- 
roi. 

La fausse grandeur..., — le maré- 
chal de Villeroi. 

La véritable grandeur.,,, — M. de 
Turenne. 

CHAPITRE III. 

Lise, — la présidente d'Osambray, 
femme de M. de Bocquemart, prési- 
dent en la seconde chambre des en- 
quêtes du Palais. 

A juger de cette femme,.., — M"e de 
Luines. 

Le rebut de la cour... — le baron 
d'Aubigné, 

Est-ce en vue du secret..,, — Mme de 
La Ferrière, femme du maître des 
requêtes. 

Et Dorine..., — Mademoiselle Fau- 
caut. 

Lelie , — la fille du président 
Brisu. 

Claudie, — la duchesse de Bouillon 
ou de La Ferté. 

Àlessaline, — Madame d'Olonne. 

Bathylle, — Précourt, danseur de 
l'opéra. 

Cobus, — Lebasque, danseur de l'o- 
péra, ou Beauchamp. 

Dracon, — Philibert, joueur de 
flûte. 

Césonie, — Mademoiselle de Briou, 

Quelques femmes..., — la duchesse 
d'Aumont, fille de Madame la ma- 
réchale de La Mothe, et Madame la 
maréchale de La Ferté. 

Qu'est-ce qu'une femme.,,, — Madame 
la duchesse. 



157 

La dévotion vient..,, — la duchesse 
d'Aumont et la duchesse de Lesdi- 
guières. 

Quelques femmes,.., — la duchesse 
d'Aumont. 

Il y a telle femme..,, — Madame la 
présidente Bocquemart. 

Combien de filles.,.. — Mesdemoi- 
selles Baré, Bolot et Hamelin. 

Glicère, — Madame de la Perrière. 

Venouse, — Vincennes. 

Canidie, — La Voisin, empoison- 
neuse. 

Je ne comprends pas.,,, — le prési- 
dent de Bocquemart. 

Le mari de Madame L**,.., la pré- 
sidente d'Osambray. 



CHAPITRE IV. 
Drance, — Le comte de Tonnerre. 

CHAPITRE V. 

Aronce, — M. Perrault. 

Arrias, — M. Robert de Châtillon. 

Théodecte, — M. le comte d'Aubi- 
gné. 

Il faut laisser parler..,, — l'abbé de 
Vassé. 

Cléon, — Monerot de Sève. 

Eutiphron, — M. de Buisson, in- 
tendant des finances. 

Théodème, — l'abbé Robbé, 

L'on voit des gens..., — Feu M de 
Harlay, premier président. 

Parler et offenser..., — c'est la ma- 
nière de M. l'abbé de Rubec, neveu 
de M. l'évêque de Tournay. 

L'on sait des gens... — MM. de Cour- 
tain et de Saint-Romain. 

Cléante, — Loiseau, ci-devant rece- 
veur à Nantes. 

C*''' et H**, — Vedeau de Grammont 
et M. Hervé. 

J'approche d'une petite ville..., — la 
ville de Richelieu. 

Théobalde, — Boursault. 

Cydias, — Perrault. 



LES LIVRES A CLEF 



158 



CHAPITRE VI. 



Un homme fort riche..., — M. de 
Louvois, ou M. Eremont. 

Deux marchands., , — un marchand 
à Paris, qui avait pour enseigne les 
rats, qui a marié sa fille à M. d'Ar- 
menonville. On croit qu'il se nom- 
moit Brillon. 

Un homme laid.,., — M. le duc de 
Ventadour. 

iV** avec un portier..., — M. de Saint- 
Pouanges. 

Clitiphon, — M. le Camus, le lieute- 
nant civil. 

Arsure, — Madame Belisany, ou de 
Courchamp. 

Crésus, — M. de Guenegaud, fameux 
partisan du temps de Fouquet. 

Champagne, — Monnerot, fameux 
partisan. 

Sylvain, — M. Gorge, fameux par- 
tisan. 

Dorus, — Feu M. de Guenegaud. 

Periandre, — M. de Langlée. 

Si certains morts..., — M. Laugeois 
fils de M. Laugeois, receveur des 
consignations du Chàtelet. 

Ce garçon si frais..., — Feu M. Le 
Tellier, archevêque de Rheims. 

Chrysippe, — Laugeois, fermier gé- 
néral. 

Ergaste, — le baron de Beauvais. 

Brontin, — M. de Pontchartrain. 

Il y a une dureté., , — M. Pelletier 
de Sousy. 

Fuye:{.:., — M. de Pontchartrain. 

Un homme avide..., — M. de Lou- 
vois. 

Un homme d'un petit génie...,— Thomé 
de Lisse et Tirman. 

Qiiel est le fruit..., — M. Boucherat, 
chancelier de France. 

Le marchand.,., — Boutet à la tète 
noire, rue des Bourdonnois. 

Les hommes pressés,.., — Feu M. Ra- 
cine. 

Tel avec deux millions. ,, — M. de 
Seignelay. 



1)9 



LES LIVRES A CLEF 



i6o 



// n'y a rien..., — Le Noir, André^ 

le vieux Doublet. 
Oronte, — M. de la Ravoie, maître 

des comptes. 
Le mariage..., — M. Doujat, H. de 

Grammont. 
Efouser une veuve..., — le duc d'Atri, 

le comte de Marsan. 
Cléarque, — M. du Buisson. 
L'avare, — Morstein. 
Triste condition..., — Banse le fils. 
L'on ne reconnaît plus..., — M. de 

Courcillion de Dangeau, ou Morin. 
Mille gens..., — le président des 

comptes, Robert. 
Quelqu'un de ses pâtres ,., — M. de 

Gourville, intendant de feu M. le 

Prince. 
Ce palais..., — M. Bordier de 

Rainci. 
Eumolphe..., — Feu M. de Seigne- 

lay. 
Githon..., — Barbesieux, 

CHAPITRE VII. 

L'on s'attend au passage..., — Vin- 
cennes. 

Dans ces lieux..., — les Tuileries. 

A qui l'on conteste le premier..., — 
M. Robert, avocat. 

Vous moquez-vous..., — M. de Saint- 
Pouanges, ou M. de la Briffe, pro- 
cureur général. 

Ilya un certain..., — M. de Mes- 
mes, fils du président à mortier. 

Un homme de robe...., — M. le pre- 
mier président, ou M. Talon. 

Les Crispins, — MM. Malo, ou 
M. Charpentier. 

Les Sannions, — M. de Lesseville, 
mort fort riche, et qui a laissé deux 
enfants. 

Un autre..., — le feu président Le 
Coigneux, ou Jacquier, sieur de 
Rieus Montirel. 

Alenalippe, — M. de Nouveau, sur- 
intendant des postes. 

Qiiel est l'égarement.,., — M. le prési- 
dent de Saint-Vallier. 



Quelques-uns..., — M. Noblet, ou 

M. Peinville. 
Narcisse, — ^L Garnier, seigneur 

de Montereau, frère de Madame de 

Brancas. 
Voilà un homme..., — Feu M. le 

prince de Mecklembourg. 
Scapin, — M. d'Halogny, maréchal 

de Rochefort. 
Théramene, — M. Terrât. 



CHAPITRE VIII. 

A'**..., — M. d'Aubigné, frère de Ma- 
dame de Maintenon. 
Il y a dans les cours.,., — le mar- 
quis de Caretti, médecin. 
De courtisans..., — M. de Langlée. 
Un homme de la cour...., — M. le duc 

de Bouillon. 
// doit tenir..., — M. de Tonnerre, 

évêque de Noyon. 
On fait sa brigue..., — M. le mar- 
quis de Vardes. 
D'Artemon, — M. le duc de Beau- 

villiers. 
L'on remarque dans les cours..., — 
Feu M. de Villeroi, archevêque de 
Lyon. 
Menophile, — le P. La Chaise, jé- 
suite. 
Voyez un heureux..., — M. le chan- 
celier Boucherat. 
Un homme qui vient..., — M. de la 

Rivière. 
Ilfautdesfrippons..., — Deschiens, 

Brunet, Monnerot, Salaberi. 
Timante, — M. de Pomponne. 
Tibur, — Meudon. 
Plancus, — M. de Louvois. 
Théodote, — l'abbé de Choisi. 
Il y a un pays..., — la cour. 
Xantippe, — M. Bontems. 
Uon parle d'une région..., — la 

cour. 
Les gens du pays le nommenf^*.., — 

Versailles. 
Ily a des gens..., — le comte d'Au- 
bigné. 



i6i 



LES LIVRES A CLEF 



162 



Aristide, — M. le cardinal d'Estrées, 
ou M. de Pomponne. 

Straton, — M. le duc de Lauzun. 

La faveur..., — M. Pelletier, le mi- 
nistre. 

D'autres hommes..., — MM. de Pont- 
chartrain, Chamillard et de Chan- 
lais. 



CHAPITRE IX. 

Théagène, — M. le Grand-Prieur. 

// est vieux. — M. de Saint-Pouanges. 

Ou des personnes illustres,.., — M. de 
Louvois. 

Qui leur succèdent..., — M. de Pont- 
chartrain. 

Théophile, — M. de Roquette, évêque 
d'Autun. 

Un grand débarqué..., — Le roi Jac- 
ques II. 

Ave^-vous de l'esprit, — Le duc de 
la Feuiliade. 

C'est une pure hypocrisie..., — M. de 
Harlay, premier président. 

Aristarque, — Le même. 

Théognis, — M. de Harlay, arche- 
vêque de Paris. 

Pamphile, — M. le marquis de Dan- 
geau. 

Et celui..., — M. de Chanlais. 

La maison d'un ministre..., — Lou- 
vois. 



CHAPITRE X. 

Soyecourt , — Beau-frère de M. de 
Bois-Franc. 

Démophile, — L'abbé de Sainte-Hélène, 
frondeur. 

Le peuple paisible..., — Les nouvel- 
listes. 

Basilide, — Anti-frondeur, le sieur 
Moulinet. 

De rencontrer une personne...., — 
Madame de Maintenon. 

La modestie de son favori..., — La 
même. 



Hommes en place, — Les cardinaux 
d'Amboise et de Richelieu. 

Les dignités se perdent..., — Les hé- 
ritiers des cardinaux de Richelieu 
et de Mazarin. 

Cet homme..., — le cardinal George 
d"Amboise. 

Cet autre dont vous voye^ limage..., 
— le cardinal de Richelieu. 

De nos meilleurs princes. . .,— Lou i s XI V. 

Par leurs ministres .., — feu M. Col- 
bert. 

Pour le ministère..., — M. de Pom- 
ponne. 

Que de dons du ciel..., — portrait de 
Louis XIV. 



CHAPITRE XI 

Menalque..., —feu M. de Brancas. 

Votre Révérence,.., — l'abbé de 
Mauroy. 

Il y a d'étranges pères..., — M. le 
duc de Gesvres, ouBanse le père. 

De même une bonne tête..., — M. de 
Louvois. 

// se trouve des hommes..., — M. de 
Lauzun. 

Il y a des gens..., — M, de la Feuil; 
lade. 

Quelques hommes..., — le cardinal 
de Bouillon. 

L'on en sait d'autres..., — M. Bou- 
tillier de Rancé. 

Il y a des ouvrages-.., — le Diction- 
naire de l'Académie. 

iY***..., — Lestrot, administrateur et 
proviseur des prisonniers. 

Ce n'est pas le besoin..., — le mar- 
quis d'Orfort, ou M. de Marville. 

Un vieillard qui a vécu à la cour, — 
M. de Villeroi. 

Philippe, — feu M. le marquis de 
Mennevillette. 

Gnathon, — l'abbé Danse. 

Cliton, — le feu comte d'Olonne 

Antagoras, — M. le comte de Mont- 
Luc. 

Timon, — M. le duc de Villeroi. 

6 



i63 

Le Phénix,— Quinaut. 

Bathylle, — le Basque ou Pccourt. 

Mais une comédienne..-, — la Dan- 
court. 

Le comédien-.., — Chdinmtlé ou Baron. 

Berylle, — l'abbé de Rubec. 

Un homme rouge, — M. le Normand 
ou M. d'Apoigny. 

B**..., — Benoît qui a amassé du 
bien en montrant des figures de 
cire. 

BB**..., — Barbereau qui a amassé du 
bien en vendant de l'eau de la ri- 
vière de Seine pour des eaux mi- 
nérales. 

Un autre charlatan..., — Caretti, qui 
a gagné du bien par quelques se- 
crets qu'il vendait fort cher. 

Si les ambassadeurs, — Ceux de 
Siam. 

Ce prélat..., — M. de Noailles ou 
M. le Camus. 

Un air réformé..., — M. de Harlav, 
premier président. 

Qui est connu pour tel..., — M.PelIis- 
son. 

Un homme paraît grossier..., — La 
Fontaine. 

Un autre est simple..., — Corneille 
l'ainé. 

Voule:^-i>ous..., — Santeuil, religieux 
de Saint-Victor. 

Tel connu..., — M. Pelletier de Sousy. 

Tel autre..., — M. son frère, le mi- 
nistre. 

Tout le monde..., — l'Académie fran- 
çaise. 

Antistius..., — M. de la Bruyère. 

Quel bonheur..., — M. Le Tellier, 
chancelier de France, ou M. de 
Louvois. 

Le plus grand malheur..., — M. Pe- 
nautier, receveur général du clergé 
de France. 

Un jeune prince..., — Monseigneur le 
Dauphin. 

Un seul toujours bon..., — Louis XIV. 

Un prince délivroit l'Europe..., — 
L'empereur. 

Détruit un grand empire..., — Le 
Turc. 



LES LIVRES A CLEF 



164 

Ceux gui sont nés..., — le pape In- 
nocentXI. 

Petits hommes..., — les Anglais. 

Vous ave^ surtout un homme pale..., — 
le prince d'Orange. 

Une isle toute entière.,., — TAngle- 
terre. 

// a mordu le sein de sa nourrice..., — 
le prince d'Orangedevenu plus puis- 
sant par la couronne d'Angleterre, 
s'étoit rendu maître absolu en Hol- 
lande, et y faisoit ce qu'il lui plai- 
soit. 

Et ceux quil a domptés .., — les An- 
glais. 

César..., — l'empereur. 



CHAPITRE XIII 

Théoiime..., — M. Sachot, curé de 

Saint-Gervais. 
Le Fleuriste..., — M. Caboust, sieur 

des Costeaux. 
Parle:^ à cet autre..., — le sieur 

Marlet, avocat. 
Un troisième..., — le P. Menestrier, 

jésuite. 
Démocède..., — M. de Garnières. 
Mais quand il ajoute.. , — M. Moret, 

conseiller. 
Quelques-uns... — MM. Thevenot et 

la Croix. 
Un bourgeois..., — M. Amelot. 
L"^*G**..., — Lesdiguières. 
Diphile, — Santeuil. 
Un homme fat..., — M. de Bourbon. 
Le courtisan autrefois..., — M. le 

duc de Beauvilliers. 
Onuphre..., — M. de Mauroy, prêtre 

de Saint-Lazare. 
Zélie..., — Madame de Pontchar- 

train. 



CHAPITRE XIV 

Certaines gens..., — M. de Dangeau , 
ou bien le Camus de Vienne, ou 
M. Langlois. 



i65 

Dès que leur fortune .., — Laugeois, 
qui se fait appeler de Laugeois. 

Celui-ci, par la suppression d'une 
syllabe..., — Deltrieux, qui se fait 
nommer de Rieux. 

Plusieurs suppriment leurs noms..., — 
Langlois, fils de Langlois, receveur 
aux confiscations du Châtelet, qui 
se fait appeler d'Imbercourt. 

// s'en trouve enfin... j — Sonin, fils 
de M. Sonin, receveur de Paris, qui 
se fait appeler de Sonningen. 

T. T..., — les Théatins. 

Un pasteur frais..., — M. de Blam- 
pignon, curé de Saint-Médéric, ou 
feu M. Hameau, curé de Saint-Paul. 

Tite, — Perceval, vicaire de Saint- 
Paul. 

Pour la remplir..., — M. le Seur, 
qui n'étoit pas prêtre quand il fut 
fait curé de Saint-Paul. 

La fille d'Aristippe..., — Mademoi- 
selle Fodet, fille de M. Morel. 

Faire une folie.,., — M. le marquis 
de Richelieu. 

C'est épouser Mélite..., — Mademoi- 
selle Mazarin, fille du duc de ce 
nom. 

Il étoit délicat..., — M. le prince de 
Montauban, M. de Pons, M. Belot, 
M. de la Salle. 

Une femme avancée en âge... — Ma- 
dame la présidente le Barois. 

Vous ave:{ une pièce d^ argent... — 
Bourvalais. 

Il déguise, on exagère... — M. Fau- 
trier, avocat. 

Un innocent condamné..., — M. le 
marquis de Langlade , innocent, 
condamné aux galères, où il est 
mort. 

Combien d'hommes..., — feu M. le 
président de Mesmes. 

// est vrai. . — feu l'abbé de la Ri- 
vière, évêquede Langres. 

S'il n'y avoit..., — La princesse de 
Carignan, le président Larcher. 

Titius..., — M. Hennequin, procu- 
reur général au grand Conseil. 

Laloi qui ôte..., — M. et Madame de 
Valentin. 



LES LIVRES A CLEF 



léé 



Au fidéicommissaire..., — M. Henne- 
quin. 

Typhon..., — M. de Bercy. 

Ragoûts, liqueurs..., — M. le duc de 
Duras. 

Hermippe..., — M. de Renonville. 

Carro-Carri... — Carretti, italien, qui 
a fait quelques cures qui l'ont mis 
en réputation. 

Vos médecins...,— M. Fagon, premier 
médecin du roi, qui a succédé à 
M. Daquin. 



CHAPITRE XV 

Jusqu'à ce qu'il revienne..., — M. le 
Tùurneux, grand prédicateur. 

Les citations profanes..., — manière 
de prêcher de l'abbé Boileau. 

C'est avoir de l'esprit..., — M. l'abbé 
Fléchier, depuis évêque de Nismes. 

Un meilleur esprit..., —Le P. Soanen, 
grand prédicateur, prêtre de TOra- 
toire, depuis évêque de Senez. 

L'orateur.... — l'abbé Bouin, grand 
faiseur de portraits en chaire, habile 
prédicateur et grand joueur. 

Un beau sermon..., — le P. Gonnelieu, 
jésuite. 

Le solide et l'admirable...,— le P. Bour- 
daloue. 

La morale douce..., — l'abbé Boileau 
et Fléchier. 

Ils ont changé la parole sainte..., — 
l'abbé de Roquette, neveu de l'é- 
vèque d'Autun. 

Théodule..., — M. l'abbé Fléchier, 
évêque de Nismes. 

Dioscore..., — Gédéon Pontier, au- 
teur du Cabinet des Grands. 

L'évéque de Meaux..., — Bossuet. 

// me semble..., — le P. de la Rue. 



CHAPITRE XVI 

Un grand croit..., — feu M. de la 
Feuillade, ou de Louvois, ou de M. de 
Seignelay. 

Ce morceau de terre..., — Chantilly. 



i67 

Ajoutons que M. Edouard Foiirnier , 
dans son excellent ouvrage intitulé 
« La Comédie de La Bruyère » (Paris, 
Dentu, 1872, 2" édition), a fait con- 
naître quelques nouveaux types ; 
parmi ces attributions, il en est qu'il 
faut regarder comme incontestables, 
par exemple celle qui désigne Adrien 
Baillet comme étant l'original du por- 
trait dans lequel, jusqu'ici, la plu- 
part des commentateurs voyaient Gilles 
Ménage, Tabbé Bordelon ou Du Ryer. 
En somme, une clef exacte etcomplète 
des «Caractères » est encore à faire : 
ce n'est point un travail facile et il 
faudra beaucoup de temps, de savoir 
etde sagacité pour le mènera bonne 
fin. 



CARCEL DE AMOR, compuesto 
por Diego Hernande:^ de San Pedro. 
En Sevilla, 1492, in-4, gothique. 

Plusieurs éditions et traductions 
en portugais, en italien et en fran- 
çais, notamment sous ce titre : 

La prison d'amour, laquelle 

TRAICTE DE l' AMOUR DE LERIANO ET 

DE LAUREOLE, translaté en tusquan 
et naguère en langage françois, en- 
semble plusieurs choses singulières 
à la louange des dames. — Paris, 
Galliot du Pré, 1526, goth., fig. 

« Roman plein de galimatliias mé- 
taphorique, dit la « Bibliographie 
Gay» (t. II, p. 123), mais fondé, dit-on, 
sur une anecdote véritable qui eut lieu 
à Naples, sous les règnes de Ferdinand 
et d'Isabelle. Le titre de « Prison d'A- 
mour » signifie un esclavage moral; 
cette nouvelle finit d'une manière tra- 
gique. » (Voir la « Bibliothèque des 
Romans », juillet 1779). 

CARITÉE (LA), roman conte- 
nant sous DES TEMPS, DES PROVINCES 



LES LIVRES A CLEF 



168 



ET DES NOMS SUPPOSEZ, PLUSIEURS 
RARES ET VÉRITABLES HISTOIRES DE 

NOSTRE TEMPS, par le sieur de Gom- 
berville. — Paris, 1621 et 1622, 
in-8, assez rare. 

Marin Le Roy, sieur de Gumber- 
ville, a composé et publié plusieurs 
volumineux romans, aujourd'hui par- 
faitement oubliés. Son « Polexandre» 
est peut-être l'ouvrage le plus intri- 
gué de notre littérature romanesque, 
mais les cinq gros volumes dont il se 
compose sont bien faits pour découra- 
ger le lecteur. LaCaritée ou «Caritie » 
n'offre pas le même inconvénient. Ce 
livre pourrait encore se lire avec inté- 
rêt, surtout si l'on en trouvait la clef ; 
il nousmettrait à mêmede mieux ap- 
précier certaines personnalités de ce 
temps-là. L'auteur a composé encore 
un roman à clef, La Cythérie, dont il 
est parlé plus bas. 

La « Bibliographie Gay » (t. II, p. 
125) cite un roman imprimé sous le 
titre suivant : aLa Caritée owLaCy- 
prienne amoureuse, divisée en trois 
parties marquées des noms des trois 
Grâces. » (Tolose, 1621, in-8, rare.) 
Mais elle ne sait si cet ouvrage doit 
être attribué à Pierre de Caseneuve, 
ou au sieur de Gomberville. 



CARMEN HEROICUM DE RE- 
BUS A LUSITANIS AD TRIPOLIM 
GESTIS, joanni sexto Portugallice 
principi D. O. C. J.-F. Cardoso 
regius latinae linguae professor Sote- 
ropoli Bahiensi. — C'est-à-dire : 

EXPÉDITION DES PORTUGAIS CONTRE 

TRIPOLI, poème héroïque dédié à 
Jean VI, roi de Portugal, pdiX Joseph- 
François Cardoso, professeur royal de 
langue latine, à San-Salvador, pro- 
vince de Bahia. 



169 

Le titre du volume est : 

Guerre de tripoli, poème tra- 
duit pour la première fois du latin 
en français et précédé d'une notice 
sur la vie de l'auteur et sur le re- 
cueil intitulé : « Deliciae poetarum 
Lusitanorum, » par S. Delatour, 
curé de Saint -Thomas d'Aquin, 
traducteur des Silves de Stace 
et des œuvres de Claudien. — 
Paris, Auguste Vaton , libraire , 
JMDCCCLXLVII, in-8, de LXXVI, 
93 pages sur beau papier vélin. 

La première observation (p. lxxiv) 
contient une clef du poème ci-dessus 
décrit. Je la transcris textuellement : 

I. — « L'auteur n'a indiqué les per- 
« sonnages qu'il a mis en scène que 
« parleur nom de baptême et les a 
« condamnés ainsi à perdre le fruit 
« et la gloire de leur courage. Pour 
« moi, à l'exemple de M. Barbosa du 
« Bocage, je leur ai rendu celui de 
« leur famille et je les ai mis à même 
« de jouir exclusivement de leurs ex- 
ce ploitssans qu'un prétendant vienne, 
« sans titre, se les attribuer : ainsi : 
Vers i52. — Donaldus, c'est Campbell, 
le héros du Poème; 

» 288. — 0/zVi3, —Michel-Joseph de 
Oliveira Pinto ; 

» 'iili. — Petrus, — Da Silva; 

» 514. — Ludovicus, — De França ; 

» 514. — Joannes, — Da Rocha ; 

» bi5. — Homo..., — DeMagalhaës; 

» 728. — L/Hia, — Marquis de Niza. 



CARNAVAL (LE) DES AU- 
TEURS, OU LES JVIASQUES RE- 
CONNUS ET PUNIS, par N.-f. -Lau- 
rent Gilbert. — Paris, 1773, in-8, 
réimprimé dans les diverses éditions 
des œuvres de l'auteur. 



LES LIVRES A CLEF 



170 



Ecrit satirique en prose dirigé con- 
tre divers littérateurs et surtout con- 
tre les Encyclopédistes. Beaucoup de 
méchancetés parfois imméritées. Les 
noms véritables sont faciles à recon- 
naître : Anti-Chaleur, c'eÉt La Harpe; 
— Le Citoyen de Genève, J.-J, Rous- 
seau ; — Rudosoi, Durosoi; — Vol-à- 
Terre, Voltaire ; — L'abbé du Sabat, 
Sabatier de Castres ; — Faible-Sot, 
Palissot; — La B..., La Beaumelle ; — 
L'Impuissant de Trop-Sot, Sautreau 
de }^\ù.vsy;— Froid-Lambert , Saint- Lam- 
bert ; — Le masque singulier enveloppé 
de bandeaux, Marmontel ; — Le Lit- 
térateur géomètre, d'Alembert, etc., 
Qic. — Sans-Qiiartier personnifie sans 
doute Fréron. 



CARTE (LA) DE LA COUR, 
(par Gabriel Gitéref, avocat). — 
Paris, J.-B. Loyson(ou Trabouillet), 
1663 : pet. in-i2. Autre édition, 
Paris, Osmont, 1674, in-12. 

Cet ouvrage, aujourd'hui peu com- 
mun, est un petit roman satirique fort 
spirituel, composé à l'imitation de la 
« Carte de Tendre » de M"^ de Scu- 
déry. On y voit figurerles principaux 
seigneurs et les principales dames de 
la cour de France, sous des noms sup- 
posés dont la clef est imprimée sur les 
marges du livre même. Guéreta laissé 
plusieurs ouvrages, dont quelques- 
uns ne sont point sans mérite , c'était 
un homme d'esprit, très apprécié dans 
la belle société d'alors. 

Carte du pays de Braquerie. 
Voir : Carte géographique de la 
Cour. 



CARTE GÉOGRAPHiaUEDELA 
COUR ET AUTRES GALANTE- 
RIES, PAR M. DE RABUTIN. Colo- 



gne, Pierre Marteau (Hollande , à la 
sphère), 1668, pet. in- 12 de 78 p., 
rare et très recherché. Autre édi- 
tion : Cologne, p. Michel, s. d. 
in-i2. 



« La Carte » n'occupe que 20 pp.; 
elle doit être attribuée au prince de 
Conti, ainsi que Bussy-Rabutin le dit 
lui-même fort expressément ; il esta 
croire d'ailleurs que le malicieux 
écrivain n'est point resté étranger à 
sa composition. L'auteur de ce véritable 
pamphlet transforme en noms de villes, 
de bourgs et de lieux de passage, les 
noms de toutes les dames de la Cour, 
et, grâce à ce procédé, il trouve, dans 
ses descriptions géographiques, le 
moyen de faire les allusions les plus 
scandaleuses à leurs amours et à leurs 
mœurs. Cette curieuse petite pièce a 
été réimprimée dans le tome IV des 
« Historiettes » de Tallemant des 
Réaux (édition donnée par M. Paulin 
Paris) et sous le litre de : « Carte du 
PAYS DE Braquerie, » à la suite de 
r « Histoire amoureuse des Gaules » 
comprise dans la « Bibliothèque elzé- 
virienne » (Paris, i856, annotée par 
M. Paul Boiteau). En résumé, il est 
établi maintenant que cet écrit satiri- 
que fut composé, dès 1654, à l'instiga- 
tion et avec le concours du prince de 
Conti et qu'il circula manuscrit 
comme bien d'autres productions ana- 
logues. 

Voici la clef assez complète de cette 
très impertinente satire : 
Les Braques, — dames galantes ; 
Les Cormdes, — les maris ; 
Les Ruffiens, — les galants ; 
Les Garraiibins, — les «garsentins»; 
La Prudomcigne, — le pays de la 

Pruderie ; 
La rivière de Carogne, — la galan- 
terie éhontée; 
La Castille, — Jeannin de Castille ; 
Le seigneur de Sourdis, — l'abbé 
Fouquet ; 



LES LIVRES A CLEF 



172 

Saint-Loup, — M"^ de la Roche- 

Posay, plus tard M"^ de...; 
Vinfanterie qui garde Saint-Loup, 

— Caudale, colonel de l'infanterie ; 
Pont-sur-Carogne, — M"= de Pons ; 
Les deux gouverneurs de Potit-sur- 

Carogne, — le duc de Guise et son 

écuyer Malicorne ; 
Un homme de naissance pauvre, mais 

de grande réputation, — M. de Clé- 

rambault ; 
Un prince ecclésiastique qui a fait un 

séjour à Pommereul, — Le cardinal 

de Retz ; 
L'Eminence qui commande à Lesdi- 

guières, — Retz ; 
Un homme à qui Lesdiguières s'était 

rendu, — Roquelaure ; 
Etampes ou Valençay, — M"« de 

Puisieux ; 
Un vieux satrape, — Le garde des 

sceaux, Châteauneuf ; 
Brion, — M™" de Biron ; 
Un comte angevin, — M. du Lude; 
Un comte bourguignon, — Bussy- 
Rabutin lui-même ; 
Chevreuse, — Marie de Rohan; 
Un gouverneur, commandant à Che- 
vreuse qui n'est plus bon à rien, — 

Laigues ; 
Champré, — M"'" Henry, femme du 

conseiller Ménardeau ; 
Le gouverneur d'Arnault, — M. de 

Clérambault ; 
Cominges, — M"« S.-A. Emilie d'A- 

malby ; 
Le Tillet, — M""" Bailleul, devenue 

M""= N. Girard ; 
Un vieux satrape de Ruffie, — le 

maréchal du Plessis; 
Un homme du pays des Cornutes, 

— M. de Saint-Germain-Beaupré; 
La Vergne, — M^^ de Lafayette ; 
L'archevêque qui a demeuré à La 

Vergne, — Retz ; 

Donna-Anna, — la reine Anne d'Au- 
triche ; 

Fort-Louis, — Louis XIV ; 

Un gouverneur de Guise, — Montrésor. 



173 

Case (la) de l'oncle tom. 
Voir : Uncle Tom's Cabin 



CASSANDRE , roman héroïque 
par Gauthier de Coste, seigneur de 
La Calpren'edc. Paris, 1642, 10 vol. 
in-8. Réimprimé en 1731. Paris, 
10 vol. in- 12. Autre édition abré- 
gée, donnée par le marquis de Sur- 
gères. Paris, 1752, 3 vol. in-12. 

Les observations mentionnées à l'ar- 
ticle Cléopdtre, sont applicables en 
grande partie à ce roman qui n'est 
pas le plus mauvais de l'auteur. (Voir: 
Clcopàtre.) 



CATALOGUE D'UNE COLLEC- 
TION DE TABLEAUX de différents 
maîtres des Écoles flamandes, dont 
la vente se fera au premier jour, 
s. d. (vers 1792), in-8 de 8 p. 

Voici une pièce aussi rare que cu- 
rieuse et qui pourrait figurer à la ri- 
gueur dansla bibliographie desBiblio- 
thèques imaginaires. C'est la descrip- 
tion de tableaux purement imaginaires, 
qui n'ont jamais existé. Le ton et la 
manière de chaquegrand maîtreysont 
parodiés d'une façon maligne et appli- 
quée aux événementsdel'époque aux- 
quels ces prétendus tableaux font à 
chaque instant allusion. Ce sont au- 
tant de traits satiriques et sanglants 
contre la royauté et les abus du pou- 
voir royal qui allait bientôt succom- 
ber dans une épouvantable catastro- 
phe. Un bel exemplaire de cet opus- 
cule rarissime figurait à la vente de 
M. Victor Luzarche (2* partie, 1869, 
n» 4, 370). Il serait à désirer qu'on le 
réimprimât, surtout en y joignant une 
bonne clef des allusions qu'il con- 
tient. 



LES LIVRES A CLEF 174 

Catéchisme et décisions des cas 

DE conscience A l'uSAGE DES CA- 
COUACS. 

Voir : Mémoire sur les Cacouacs. 



CATO, ou REPROCHE A PoMPÉE, 

se rapportant aux troubles pré- 
sents, avec une imprécation à Dieu 
vengeur, s. 1. 1568, pet. in-8. 

« Opuscule des plus rares en vers 
français. C'est une de ces malédictions 
rimées que l'on faisait courir parmi 
le peuple hostile aux Huguenots et 
qui savait découvrir sous toute es- 
pèce d'allégories et de satires ce qui 
pouvait s'appliquer aux protestants. 
On ytrouve même des allusions per- 
sonnelles à des chefs calvinistes. La 
diffusion de ces livrets en explique 
assez la rareté : on se les arrachait 
déjà dans les rues quelques années 
avant la Saint-Barthélémy.» Un char- 
mant exemplaire de ce rarissime 
pamphlet figurait à la ventede M.Vic- 
tor Luzarche (2" partie, 1S69, noS.SSS). 



CAVE (LE) SÉRIEUX ET IN- 
TÉRESSANT ou AVIS SALUTAIRE 
ADRESSÉ A LA GrANDE-BrETAGNE, OÙ 
LA MONARCHIE UNIVERSELLE ENVAHIE 
PAR LA Fr**** SE VOIT TOUT A DÉCOU- 
VERT. Gibraltar (Londres), 1738, 
pet. in-8. 

D'après une note de M. G. Brunet, 
cet ouvrage très singulier serait de 
Jean-Baptiste Denis, oTig'\aairQdQT oui, 
d'abord prêtre catholique et secré- 
taire du cardinal de Bissy, puis, vers 
la fin de sa vie, ministre protestant. 
Denis avait déjà publié, en 1712,3 
Londres (Hollande), un volume petit 
in-8 intitulé « Mémoires anecdotes de 
la Cour et du Clergé deFrance. » Cette 
espèce de pamphlet, mortellement en- 



175 

nuyeux, fit cependant fortune par la 
fameuse anecdote qui y est rapportée 
d'un prétendu mariage du grand 
Bossuet avec M^'e *** (Desvieux de 
Mauléon). Le « Cave » Prends garde ! 
du verbe latin Cavere, n'est pas un 
livre plus réjouissant que le précé- 
dent, mais il est assurément plus obs- 
cur et plus fatigant à lire,parce qu'un 
grand nombre de noms ou demots ne 
sont désignés que par des initiales : 
ainsi la Fr»**, c'est constamment la 
France; les B"***, ce sont les Bour- 
bons. La page 48 notamment donne 
un échantillon complet de ce système 
de cryptonymie. L'auteur, parlant des 
commencementsdu règne deLouisXIV, 
dit «qu'il vint à la Fr*** (France) un 
D'" D*** (Dieu-Donné), selon les uns, 
et, selon les autres, un D***' de D"* 
(Donné de Dieu) dans sa colère; il 
regarde le c*"'*** (cardinal), comme 
son P***(père) et celui-ci le considère 
comme son F*** (fils) ; le premier de 
ses beaux exploits fut VAdul*** (adul- 
tère) et la violation de la /** conj""** 
(foi conjugale) à la plus vertueuse des 
r'*'** (reines), etc., etc. ». Barbier 
(Examen critique des Dictionnaires 
historiques, p. 244) a donné une no- 
tice sur J.-B. Denis. 



CÉFALIE (LA), DE M. DU BAIL. 
Paris, Besonge, 1637, pet. in-8. 

Quoique ayant la forme d'un ro- 
man, cet ouvrage est en réalité un livre 
à clef ; il y est fait allusion à des évé- 
nements et à des personnages du 
temps. D'après une note que je dois à 
M. G. Brunet, plusieurs exemplaires 
de la Céfalie sont accompagnés d'une 
feuille in-4, repliée dans le volume et 
donnant les noms véritables des héros 
du roman. Cette feuille manque à la 
plupart des exemplaires. Chose assez 
singulière, aucune biographie ne 
parle de l'auteur, M. Du Bail, qui est 
cependant connu par plusieurs ou- 
vrages. Je me bornerai à citer : 



LES LIVRES A CLEF 



176 

« Les Amours d'AMisiDORE et de 
Chrysolythe », histoire véritable, où 
est descrite l'inconstance des amou- 
reux de ce temps, par Du Bail. — Paris, 
Boutonné, 1623, in-8. 

« Les Galanteries de la Cour, » 
par Du Bail. — Paris, Denain, 1644, 
2 vol. in-8. 

« Floridor et Dorise, » histoire 
véritable de ce temps, par Du Bail. — 
Paris, Rocolet, x633, in-8. 

« Lks généreuses amours des cour- 
tisans DE LA Cour, sous les noms 
d'Alcimène ET Damerose, » par Du 
Bail. — Paris, Loyson, 1641, in-8. 

« L'Olympe, ou la Princesse incon- 
nue, » par Du Bail. — Paris, Rocolet, 
i635, in-8. 

« La Princesse amoureuse, » sous le 
nom de Palmélie, par Du Bail. — Pa- 
ris, 16. 

Voilà une série de romans dont les 
titres sentent terriblement le livre à 
clef! — Du Bail, qui écrivait de 1623 
à 1644, devait avoir un autre nom 
que celui sous lequel il nous est 
connu. C'était fort la mode parmi les 
auteurs du commencement du xvii» 
siècle, de ne signer leurs ouvrages 
que d'un nom d'emprunt, tiré d'une 
terre, d'un bénéfice, etc. — A quand 
une bonne étude bio-bibliographique 
sur le sieur Du Bail? 



CÉLIBAT (le) Philosophique. 
Voir : Les princesses Malabares. 



CÉLIE, ou LA Comtesse Méli- 
CERTE, où se voyent les aventures 
d'Artaxandre, de Philadelphe et de 
Méliagre, de Célie, de Silezie et de 
Timante, dans les villes de Tulle 
et de Paphos. Paris, Barbin, 1663, 
in-8, et Paris, Loyson, 1664, in-8. 

Cet ouvrage, que citent seulement 
Barbier et la « Bibliographie Gay » est 



177 

de J. Bridou, auteur inconnu aux Bio- 
graphes. Il serait curieux de connaître 
les vrais noms de ces trois couples 
amoureux, dont les aventures ont été 
jugées dignes d'être reimprimées dans 
le «Conservateur» de novembre et dé- 
cembre 1760. 



CÉLINTE, nouvelle première (par 
Mademoiselle de Scudéiy) . Paris , 
Augustin Courbé, 1661, in-8 de 
2 f. et 394 p., front, gravé par 
Cliauveau. 

On trouve une analyse de cet ou- 
vrage à clef dans la « Bibliothèque 
française, » de Sorel, édition de i^Gy, 
p. 180. Il est assez rare; le catalogue 
Techener, en i858, en offrait un très 
bel exemplaire au prix de 34 fr. 

Sous le titre de Nouvelle, ce vo- 
lume renferme des dialogues sur les 
faits de l'époque et sur les person- 
nages de la Cour, le tout sous des 
noms supposés. Ces personnages com- 
mencent leurs entretiens par une des- 
cription très détaillée des particula- 
rités de « rPmtrée de la Reyne à Pa- 
ris. » (Catalogue Bachelin-Deflorenne, 
1873-74, no 2556, coté 8 fr. 

CENDRILLON, opéra -comique, 
en un acte, en vers, par M. An- 
seaume, (avec vaudeville et plusieurs 
airs de M. La Ruette). Paris, Du- 
chesne, 1759, in-8. 

Cette pièce, dit la « Bibliographie 
Gay, » est l'histoire d'un célèbre ac- 
teur de l'Opéra, nommé Thévenard, 
qu'une pantoufle placée à l'étalage 
d'un cordonnier, rendit, à l'âge de 
60 ans, éperdûment amoureux d'une 
fille qu'il n'avait jamais vue, qu'il dé 
couvrit et de laquelle il fit sa femme. 



LES LIVRES A CLEF 



178 

CENT PIEDS DE NÉS, ou le ma- 
riage A CUL, comédie faite par 
M. D. D. D. R. D. M. , 1 641 , manuscrit 
in-4 de 149 p., écriture du temps. 

Cette comédie, en 5 actes et en 
prose, est suivie d'une farce. L'au- 
teur, encore inconnu, qui signe seu- 
lement L. D. R. sa dédicace à son 
plus cher ami Florimond, dit avoir 
représenté sous de faux noms une 
aventure où il joua son rôle. C'est 
une amère satire qu'il a dirigée con- 
tre une femme, nommée Martine Aa.n^ 
la pièce. (Catalogue Soleinne, no 
1484.) 

CERCLE (LE) DES FEMMES SÇA- 
VANTES, par M.D.L.F., dédié à 
Madame la Comtesse de Fiesque. 
Paris, Trabouillet, 1663, in-12 de 
X. 15 p. et 7 f., rare. 

Cette pièce, ou plutôt cette suite de 
dialogues à trois personnages [Mé- 
cène, Virgile et Livie), a pour auteur 
Jean de La Forge. Elle est fort inté- 
ressante pour la connaissance de la 
société française à cette époque. Les 
femmes savantes de France y sont 
passées en revue sous leurs noms 
de précieuses qu'une clef fait con- 
naître. Cette clef, qui ne se trouve 
pas dans tous les exemplaires, com- 
plète celle du « Dictionnaire des Pré- 
cieuses; » elle comprend 67 noms et 
a été reproduite dans le Tome II des 
« Recherches sur les Théâtres de 
France, » par de Beauchamps. — En 
voici les principaux articles : 
Cléonice, — la duchesse de Retz; 
Méris,— la marquise de Villeroy; 
Roxane, — Marie de Romieu ; 
Marianne, — Marie Stuart; 
Hélène, — Hélène de Surgère, amie 

de Ronsard ; 
Mélinde, — Anne Desmarquetz, reli- 
gieuse ; 



179 



LES LIVRES A CLEF 



i8o 



Marphise, — mademoiselle Morelle, 

parisienne ; 
Amarante, — la reine Marguerite de 

Navarre; 
L'Autre, — la princesse de Conti, née 

de Guise ; 

Madame Neveu 

^„ / et Catherine Desro- 

et sa fille. 



ches; 

Talmasse, — La marquise de Sablé; 

Geménie, — mademoiselle de Gour- 
nay; 

Axiane, — la vicomtesse d'Auchy; 

Candace, — mademoiselle Cosnard ; 

Parthénie, — mademoiselle Paulet; 

Pamphile, — la princesse Palatine; 

Madonte, — mademoiselle de Mont- 
pensier ; 

Lygdamire, — madame de Longue- 
ville; 

Arténice, — la marquise de Ram- 
bouillet; 

Chriséide, — la marquise de Gri- 
gnan; 

Clarice, — mademoiselle de Montau- 
sier ; 

Céliothe, — mademoiselle Canu; 

Némésis, — mademoiselle de Nervèze; 

Polénie, — madame Paget; 

Chrysolis, — la marquise de Chavi- 

gny; 

Virginie, — la marquise de Vilaine; 

Bérénice, — madame de Bourneaus; 

Cléone, — mademoiselle Melson; 

Toxaris, — madame de Saint-Bal- 
mon; 

Gisade, — madame de Gastines; 

Amestris, — l'abbesse de Saint-Ar- 
naud ; 

Bélindc, — madame de Bregis ; 

Dynamise, — mademoiselle Dupré; 

Hésione, — madame Des Houlières; 

Charité, — mademoiselle de Choisy; 

Praxille, — mademoiselle du Plessis- 
Personne ; 

Mélistrate, — la comtesse de Maure; 

Christine, — la reine de Suède; 

Ursace, — Anne de Wischer; 

Statira, — mademoiselle de Schur- 
mann; 

Sinise, — mademoiselle Sinière; 



Claudine, — madame Collelet ; 
Amphalc, madame Scarron ; 
hélice, madame de La Fayette; 
Sapho, — mademoiselle Scudéri; 
Aréthuse, — mademoiselle Desjar- 
dins ; 
Erixe, — la duchesse de Saint-Si- 
mon ; 
Sophronie, — madame de Sévigné; 
Lacbie, — la marquise de Piennes; 
Valérie, — la duchesse de Venta- 

dour ; 
Axiamire, — la comtesse de Fiesque. 
11 serait fort désirable que l'on fit 
pour le « Cercle des Femmes Sça- 
vantes », le même travail historique 
que celui que M. Vitet a si heureu- 
sement accompli pour « Le Grand 
Dictionnaire des Précieuses. » 



CERCLE (LE), ou les originaux, 
comédie en un acte (et en prose), 
par Charles Palissot de Montenoy. 
(Nancy, 1755, in-4 à la suite du 
divertissement exécuté le 26 no- 
vembre 1755). Réimprimé en 1763, 
in-i2, et dans les diverses éditions 
des œuvres de l'auteur. 

Cette pièce est le premier trait 
lancé par Palissot contre les Philo- 
sophes du xviii" siècle; il y critique 
en même temps les femmes savantes 
de l'époque, mais ses plus amères rail- 
leries sont surtout dirigées contre J.-J. 
Rousseau, appelé dans cette comédie 
Le Philosophe, et contre Poinsinet, 
désigné sous le nom du poète Duvol- 
can, contre lequel Palissot nourrissait 
une vive animosité. 



CESAR AVEUGLE ET VOYA- 
GEUR, (par Jean- Antoine Giicr). 
Londres, 1740, in-12. 

« C'est, dit la « Biographie Mi- 
chaud » (T, LXVIj p. 212), l'histoire 



I«I 



LES LIVRES A CLEF 



182 



d'un mendiant nommé Pinolet, qui 
se tenait dans le passage des Feuil- 
lants et que tout Paris connaissait à 
cette époque. Cet ouvrage, oublié 
complètement aujourd'hui, eut sans 
doute quelque succès^ puisque l'au- 
teur le reproduisit très augmenté sous 
ce titre : Pinolet ou V Aveugle par- 
venu, histoire véritable, composée sur 
les faits fournis par Pinolet lui- 
même, actuellement existant dans Pa- 
ris. — Amsterdam, Marc-Michel Rey, 
MDCCLV. Se trouve aussi à Paris, 
chez Sébastien Jorry. 4 vol. in-12, 
formant ensemble prés de i,3oo p. 
Curieux frontispice gravé. » 

Il se trouve dans ces mémoires de 
CéSiJr-Pinolet des allusions à des faits 
et à des personnages contemporains. 
C'est d'ailleurs, au jugement de For- 
mey et de Fréron, « un ouvrage abo- 
minable, exécrable, ordurier au der- 
nier point, sans esprit, sans bon sens, 
plein de platitudes... » Malgré cette 
sévère appréciation, ce livre peut se 
lire encore avec quelque utilité, à 
cause des renseignements qu'il con- 
tient sur la vie et les mœurs du peu- 
ple à cette époque. 

CHANSON D'UN INCONNU , 
nouvellement découverte et mise 
au jour, avec des remarques criti- 
ques, etc., par le docteur Chr. 
Matanasius, sur « l'Air des Pendus », 
ou histoire véritable et remarqua- 
ble, arrivée à l'endroit d'un R. P. 
de la Compagnie de Jésus. Turin 
(Rouen), Alétophile, 1732, in-12. 
Réimprimée en 1756, avec des aug- 
mentations, dans les « Mœurs des 
Jésuites, leur conduite sacrilège 
dans le Tribunal de la Pénitence, 
avec des remarques critiques, etc. » 
Turin (Rouen), Alétophile, in-12. 

Cet ouvrage allégorique et satirique 



est de Nicolas Jouin, banquier à Pa- 
ris, né à Chartres en 1684, mort le 22 
février ly^y, auteur de nombreuses 
« Sarcelades » et autres poésies et 
écrits anti-jésuitiques. Le titre de ce 
petit ouvrage et le nom supposé de 
l'annotateur avaient manifestement 
pour but de le faire attribuer à Saint- 
Hyacinthe, qui avait, sous le même 
pseudonyme, publié son fameux 
« Chef-d'œuvre d'un inconnu. » 11 y a 
beaucoup d'allusions malicieuses dans 
cet écrit; le R. P. de la Compagnie 
de Jésus, dont en raconte l'histoire 
véritable, est le célèbre P. Couvrigny; 
on trouve aussi, page 141, l'histoire 
singulière d'un polonais nommé de 
Chapsky. (Voir sur Nicolas Jouin, qui 
pendant trente années ne cessa de pu- 
blier de malicieux écrits contre les 
Jésuites et leurs partisans, la « Bio- 
graphie Michaud » T. LXVIII, p. 
290-292). 



CHANSONS DE P.-J. DE BÉRAN- 
GER. 

Les éditions de ces célèbres chan- 
sons sont trop nombreuses pour qu'on 
les puisse indiquer ici; ce travail a 
été fait d'ailleurs avec grand succès 
par M. Brivois, dans son excellente 
« Bibliographie de Béranger. » 

On se bornera donc à rappeler que, 
dans plusieurs éditions antérieures à 
i83o, des noms propres ont été lais- 
sés en blanc. Voici, d'après une. note 
de M. G. Brunet, quelques indica- 
tions propres à combler les lacunes 
ou à faire connaître les noms de per- 
sonnages déguisés : 
La Bonne fille, — mademoiselle Bour- 

goin, actrice; 
Le Sacre de Charles-le-S impie , — 

Charles X; 
Le cardinal et le chansonnier, — le 

cardinal de Clermont-Tonnerre; 
Les Clefs du Paradis, — le cardinal 

de Bonald; 



LES LIVRES A CLEF 



Le Docteur et ses malades, ~ le doc- 
teur Antoine Dubois; 

Les Trembleurs, — Dupont^ de l'Eure; 

Les Fous, — M. Enfantin, M. Four- 
rier; 

La Bonne Vieille, — mademoiselle 
Judith Frère; 

L'Ermite et ses saints, — de Jouy ; 

Le Bon Vieillard, — Panard. 

Il y aurait encore beaucoup à dire 

pour donner une clef complète de 

Béranger ; les plus récentes éditions 

sont d'ailleurs pourvues de notes qui 

dissipent en grande partie l'obscurité 

de certaines allusions. 

Charlatans (les) démasqués, ou 
Pliiton vengeur de la Société de méde- 
cine. 

Voir : La Faculté vengée. 

CHARLES II, ROI D'ANGLE- 
TERRE, EN CERTAIN LIEU, co- 
médie très morale, en cinq actes 
très courts, dédiée aux jeunes prin- 
ces, et qui sera représentée, dit-on, 
pour la récréation des Etats-Géné- 
raux. Par un disciple de Pythagore, 
Venise (Paris), 1789, in-8, rare. 

Cette pièce en prose est de Louis- 
Sébastien Mercier, qui la composa à 
l'occasion d'une aventure assez scan- 
daleuse arrivée au comte d'Artois, 
que la police arrêta dans une maison 
de débauche. 11 est parlé de cette af- 
faire dans les « Mémoires de Bachau- 
mont. » (Catalogue Soleinne, n°2i45). 

CHARLES ET CAROLINE, ou 

LES ABUS DE l' ANCIEN REGIME, COmé- 

die en cinq actes et en prose, par 
G.-C.-A. Pigault-Lebrun. Lille et Pa- 
ris, Barba, 1793, 1794 et 1795, 
in-8. 



184 

Pièce réimprimée sous ce titre : 

Les abus de l'ancien régime, ou 
Charles et Caroline ; comédie en 
cinq actes et en prose. Paris, Tou- 
quet; Brière, 1826, in-32, 75 cent. 

Réduite à trois actes et réimpri- 
mée sous le titre : 

La lettre de cachet, ou les 
ABUS DE l'ancien RÉGIME, mélo- 
drame en trois actes. Paris, Barba, 
183 1, in-8, I f. 50. 

Cette pièce fut représentée, vers la 
fin de 1789, "au Théâtre-Français et 
très bien accueillie. « L'auteur essaya 
d'y décocher quelques traits contre 
les abus du régime qui venait de s'é- 
crouler. Charles de Vemeuil n'était 
point un personnage imaginaire. Il 
avait existé; il existait encore, ainsi 
que la plupart des personnages. Epris 
des charmes d'une jeune tille, belle, 
pure, mais pauvre, dont il avait fait 
sa femme, il sollicitait en vain le con- 
sentement de son père, ou une loi qui 
légitimât cette union. D'une part, son 
père restait inflexible, et de l'autre, il 
se trouva un juge qui, pour mettre 
fin aux instances de Charles, n'ima- 
gina rien de plus ingénieux que de le 
déclarer mort. Charles appela de cette 
sentence au Parlement de Paris, qui 
mit l'appel à néant et le condamna 
lui-même aux frais. Arrêt signifié à 
Charles en personne, exploit d'huis- 
sier, acquittement des frais par Char- 
les défunt, rien ne manqua à cette co- 
médie. Tels sont les faits qui s'étaient 
passés dans une grande ville et dont 
le souvenir était encore récent. Un 
pareil sujet aurait eu besoin d'être 
traité par un esprit plus énergique 
que celui de Pigault-Lebrun. » Ainsi 
toute la donnée de « Charles et Caro- 
line » repose sur des faits véritables : 
en compulsant les archives du Parle- 
ment de Paris, on pourrait former 
avec toute certitude la clef des noms 



i85 

de cette comédie. (Voir : E. JaufTret, 
Théâtre Révolutionnaire, p. 27.) 



CHASSE (LA) A LA GRAND' 

BÊTE, ou MENUS-PLAISIRS DU ROI 

DES Cnarfs, drame en un acte et en 
prose, vraiment tiré de la « Répu- 
blique universelle » du bonhomme 
Reinser (Guillaume Résilier, général 
de brigade), 1790, imprimée à 
Mayence. 

Pièce de théâtre révolutionnaire. 
« La scène se passe dans une partie 
du monde quelconque : l'empereur 
des Sniamreg (Germains), qui a eu 
des démêlés avec son clergé, dit au 
roi des Cnarfs (Francs), qu'il a cru 
devoir céder un instant à l'orage et 
laisser rasseoir les esprits mus par 
une séditieuse vermine sacerdotale 
qui les ronge. Le roi n'est qu'à demi 
content, connaissant la force de cette 
vermine et la rancune dont elle est 
possédée. — Votre majesté, répond-il, 
compte donc pour rien le magique 
pouvoir de fabriquer des dieux par- 
tout où il y a de la farine, et si appé- 
tissants que vous ne seriez pas le 
premier empereur qui en fût mort 
d'indigestion t » La Grand'bête, c'est 
donc le clergé romain. Les nomsana- 
grammatisés sont faciles à traduire, 
ils sont simplement écrits à rebours. 
(Voir : E. JaulïVet, Théâtre Révolu- 
tionnaire, p. 63, et Catalogue Soleinne, 
n" 2481.) 

CHASSE (LA) AUX BÊTES 
PUANTES ET FÉROCES qui, après 
avoir inondé les bois, les plai- 
nes, etc., se sont répandues à la 
Cour et à la Capitale ; suivie de la 
liste des Proscrits de la nation, et 
de la notice des peines qui leur 
sont infligées par contumace, enat- 



LES LIVRES A CLEF 



186 



tendant le succès des poursuites 
qui sont faites de leurs personnes, 
ou l'occasion. Par ordre exprés du 

Co. . . . Pcr (Comité permanent), 

et en vertu d'une délibération una- 
nime d'icelui, à laquelle ont assisté 
tous les citoyens de cette ville. — 
Paris, imprimerie de la Liberté, 
1789, 2 part, in-8 de 32 p., très 
rare, la seconde partie surtout. 

Pamphlet révolutionnaire très vio- 
lent, dirigé contre les plus hauts per- 
sonnages, les magistrats, les minis- 
tres, etc., affublés de noms d'animaux. 
Ce procédé a été souvent emplo3'é 
dans les libelles des commencements 
de la Révolution. Ainsi, une panthère 
échappée de la Cour d'Allemagne, 
c'est la Reine; une louve de Barbarie, 
c'est Mme de Polignac , etc. La pre- 
mière personne qui figure sur la liste 
des Proscrits, une dame de Versailles, 
c'est encore Marie-Antoinette. M. Ha- 
tin, Bibliographie de la Presse, 
p. II 3, a donné un fort bon article sur 
cet affreux libelle. 



CHASSE (LA) AUX MONS- 
TRES , MENUS - PLAISIRS DU 
PEUPLE FRANÇAIS, (drame en 
trois parties, en prose), par le ci- 
toyen Guillaume Résilier, général 
de brigade, s. I. (Valenciennes ?) 
111° année républicaine (1795), in-8 
de loi p., chiffrées, plus 2 AT. 

Rarissime production révolution- 
naire. « L'auteur, qui dédie son in- 
croyable pièce à son souverain le peu- 
ple français, met en scène Raison, 
Sens et Mœurs, chasseurs, députés 
du peuple, pour forcer la grosse bête 
de l'ancien régime, laquelle repré- 
sente le Pape {Probus-primo) ou la 
Religion, la Royauté, la Noblesse, » 



i87 

etc., etc. Cette longue et insipide allé- 
gorie ne dégoûte pas moins le lecteur 
par la pauvreté du st3ie, qu'elle ne 
le révolte par les pensées qu'elle con- 
tient. Il y a des allusions à des person- 
nages du temps. (Voir : Catalogue 
Soleinne, n° 2, 480.) 



CHASSE (LA) DU CERF DES 
CERFS. Poème composé par Pierre 
Gringorc. Pièce in-8, gothique, de 
8 fî. non chiffrés. — Réimprimé par 
les soins de M. Veinant, en 1829. 
(Paris, Pinard, 42 exemplaires). — 
Réimprimé encore dans le tome I" 
des «Œuvres deGringore »(p. 157- 
167). Paris, P.Jannet, 1858, (Biblio- 
thèque elzévirienne). 

Le titre de ce petit ouvrage politico- 
satirique est un jeu de mots sur la 
fameuse formule « servus servorum 
DEi » employée par les Papes depuis 
le VP siècle. Les querelles de la Cour 
de France avec Rome inspirèrent à 
Gringore cette pièce et une autre en- 
core, le « Jeu du Prince des Soltz» 
(voir ce titre), qui furent manifeste- 
ment tracées avec l'approbation, sinon 
même à l'instigation du gouvernement 
français. Le Cerf des Cerfs, autre- 
ment dit le souverain-pontife, y est 
vivement attaqué et ridiculisé; on 
trouve là un symptôme de cet essor 
d'indépendance auquel Luther allait 
donner une extension redoutable. (G, 
Brunet.) 

Château (le) de Coppet en 1807. 
Voir : Athénaïs. 



CHEMIN (LE) LE PLUS COURT, 
par J.-B.- Alphonse Karr. — Paris, 
Gosselin et Werdet, 1836, 2 vol. 
in-8, avec une gravure et un fac 



LES LIVRES A CLEF 



simile, prix : 15 fr. — 2' édition, 
Paris, Ollivier, 1837, 2 vol. in-8. 
Plusieurs fois réimprimé depuis. 

Cet ouvrage, qu'on a très judicieu- 
sement appelé « le roman des illusions 
perdues », fit beaucoup de bruit lors 
de son apparition ; on se répétait 
partout qu'il renfermait des allusions 
continuelles à la propre histoire de 
l'auteur. « Ce livre, écrivait M. Jules 
Lecomte ( « Lettres sur les écrivains 
français,» par Van Engelgom, Bruxel- 
les, 1837, p. 32), ce livre auquel le 
procès en séparation de l'auteur avec 
sa femme donne un caractère fort 
piquant, est très critiqué ici (à Paris); 
on désapprouve formellement M. 
Karr d'avoir aussi scandaleusement 
fait passer dans le public les secrets 
de sa famille : mais le livre est amu- 
sant... » 



CHEVAUX (LES) AU MANEGE. 
Ouvrage trouvé dans le portefeuille 
de M?"" le prince de Lambesc, grand 
écuyer de France. Aux Tuileries 
(Louvre), 1789, trois livraisons de 
8 p. in-8 chacune. 

Ce pamphlet anonyme, dirigé con- 
tre les membres de l'Assemblée na- 
tionale, qui siégeait au Manège, est 
décrit dans la « Bibliographie de la 
presse périodique » de M. E. Hatin 
(p. 114). Chaque numéro, nous dit-il, 
a sa clef sur un feuillet séparé et sous 
le titre: « Moms des chevaux adres- 
ser, avec leur caractère et leurs pen- 
chants.» On apprend ainsi que le 
Pétulant, c'est Mirabeau ; l'Ombra- 
geux, c'est Clermont-Tonnerre ; le 
Familier, c'est l'évéque d'Autun (Tal- 
leyrand); la Cabreuse, c'est l'abbé 
Maury ; V Indocile, c'est Target; le 
Peureux, c'est le duc d'Orléans ; Vin- 
trépide, c'est Grégoire ; la Rusée, 
l'abbé de Montesquieu ; le Fou- 



i89 

droyant, Thouret; YHeureux, Bailly; 
VInconstant, d'Antraigues; la Noncha- 
lante, l'archevêque d'Aix (de Boisge- 
lin);le Terrible, Chàteauneuf-Ran- 
don, etc., etc. 

Ce curieux et rare libelle n'est pas 
fort tendre à l'égard des personnages 
qu'il vise et au sujet desquels il s'ex- 
prime ainsi : 

Leur orgueil foule aux pieds l'orgueil du diadème ; 
Ils ont brisé le joug pour l'imposer eux-mêmes. 
De notre liberté ces illustres vengeurs, 
Armés pour la défendre, en sont les oppresseurs. 
Sous les noms séduisants de patrons et de pères, 
Ils aff-ctent des rois les démarches altières. 



CHIEN - CAILLOU. Fantaisies 
d'hiver, par J.-F. Champflmry. Pa- 
ris, Martinon, 1847, in-12. 

Tout le monde a lu ce charmant 
récit, cette histoire touchante, si sou- 
vent rééditée et que l'on réimprimera 
longtemps encore. Cette nouvelle, le 
meilleur moi'ceau peut-être que l'on 
doive à la plume de M. Champfleury, 
n'est point une histoire imaginaire ; 
elle est fondée sur une personnalité 
très réelle et le héros du récit, le pau- 
vre et malheureux artiste Chien-Cail- 
lou vivrait encore. M. Alex. Hepp, 
dans un article inséré dans le journal 
« Le Voltaire » (avril 1882), nous fait 
connaître que ce pauvre vieux, pres- 
que aveugle, abandonné et miséra- 
ble, n'est autre que le graveur Rodol- 
phe Bresdin, toujours ignoré et cepen- 
dant célèbre depuis plus de 35 ans, 
sous le nom que M. Champfleury lui a 
donne pour en faire un des héros du 
réalisme. 

CHINKI, HISTOIRE COCHINCHINOISE, 

quipeutservirad'autrespays. Lon- 
dres, 1768, in-8, 96. p. 

Réimprimé dans les œuvres de 
l'auteur, le fécond abbé Gabrid- 



LES LIVRES A CLEF 



190 



François Coyer. Une édition séparée, 
qui porte comme sous-titre « Se- 
conde partie de l'Homme aux qua- 
rante écus », a souvent fait attri- 
buer cet écrit à Voltaire. 

Ce livre est moins un livre à clef 
qu'une allégorie politico-économique. 
La Cochinchine , c'est la France, 
Chinki, c'est le paysan, le laboureur, 
l'homme de la terre, qui fait la for- 
tune du pays et que les impôts, les 
charges et les exactions de toute 
nature ruinent d'abord, désespèrent 
ensuite et finissent par conduire au 
vice ou au crime. Cette satire sévère 
des mœurs de la France d'alors a été 
analysée par Grimm ( « Correspon- 
dance, » août 1878), qui ne traite pas 
très favorablement son auteur. 

Il parut, quelques années plus tard, 
une espèce de parodie de ce petit ou- 
vrage; elle est intitulée : « Naru, tils 
de Chinki, histoire cochinchinoise, 
qui peut servir à d'autres pays, et de 
suite à celle de Chinki, son père. » 
Londres, 1776, in-8. Cet écrit, at- 
tribué tantôt à L.-A du Wicquet 
d'Ordre, tantôt à de Mangée, est très 
inférieur au précédent qui, lui-même, 
ne rappelle Zadig que de très loin. 



CHRONiaUE ARÉTINE, ou re- 
cherches POUR servir a l'histoire 

DE LA GÉNÉRATION PRESENTE. Caprée, 

(Paris), 1789, in-8 de 104 p. Pre- 
mier et seul cahier paru. 

Cet ouvrage satirique, assez amu- 
sant, est devenu rare : C'est une bio- 
graphie peu flatteuse d'actrices et de 
courtisanes alors fort connues à Paris. 
La clef est des plus simples, les noms 
étant indiqués par une portion des 
lettres qui les composent. Comme 
dans beaucoup de livres anglais de 
cette époque, ce sont principalement 



191 

les voyelles que l'on a supprimées et 
remplacées par des tirets; ainsi : 

B — d, — W" Bonard ; 

Con — t, — M"" Contât ; 

Z — ch — e,— M"" Zacharie ; 

L — b — de. — M»" Laborde ; 

Du — Fr — sne, — M"" Dufresne ; 

C — l —n, — M"' Coulon ; 

M —Il — d, — Maillard ; 

D'H — V — X, — M"' d'Hervieux ; 

Ch— ch — u— Le—B — c,— M"^ 
Chouchou Le Blanc : 

M — f— », dite G — dm — s — n, 
— M"" Martin, dite Grandmaison, 
etc. 

On annonçait, pour les livraisons 
suivantes, les biographies de soixante 
demoiselles ou dames et dans la liste, 
qui en est donnée, figurent les noms 
des fameuses actrices Raucourt, Du- 
gazon, Guimard, Vestris, Sainval, etc. 
Dans le cours du récit, des noms 
propres nombreux sont soumis à un 
système de réticences qu'il ne serait 
pas difficile de dévoiler, en consul- 
tant les chroniques de l'époque : le 
duc de Ch — s — / (Choiseul), le duc 
de B — w — k (Berwick) et bien des 
noms plébéiens, moins aisés sans doute 
à compléter. 

Chronique du Chevalier de So- 
termelec. 

Voir : Les Avantures de Pom- 
ponius. 



CHRONIQUE (LA) INDISCRETE. 
Boudoirs, coulisses, bruits de ville 
variétés, écrits, gravures, musique, 
spectacles, etc. 2^ édition, avec des 
augmentations. Paris, au Palais- 
Royal, Galeries de bois, chezLelong 
et Delaunay, 1819, 2 vol. in-iade 
254 et 280 p. La i'* édition est de 
1818. 



LES LIVRES A CLEF 



192 

Fort intéressant petit ouvrage de 
A, -H. Ragueneau de La Chainaye ; 
il est divisé en 12 parties correspon- 
dant aux 12 mois de l'année. C'est un 
recueil d'anecdotes de tout genre et 
qui toutes sont fort piquantes. Une 
clef bien complète rendrait encore au- 
jourd'hui ce recueil très curieux. 
Voici celle que j'ai pu composer à 
l'aide d'annotations manuscrites de 
l'époque, mises en marge d'un exem- 
plaire de la 1' édition que je possède : 



Pages 
i5 - 
i5 — 

17 — 
17- 

17 - 

18 — 
18- 



TOME I" 

3/iie Len., — Lenormand ; 
M. Spon, — Spontini ; 
Mad. Mo., — Madame Mole 



Comtesse de Val., — Com- 
tesse de Valivon ; 
Mad. Aur. Btir., — Aurore 

Bursay ; 
M. P., — Picard ; 
Mad. de V., — de Valivon ; 
22 — MM. D. et G., — MM. Dieu- 

lafoy et Gentil ; 
26 — Le Chevalier de R., — Rou- 

gemont ; 
45 _ 3/iic p. de St. S., — M"^ Pa- 

trat de Sainte-Suzanne ; 
48 — M. P..., — Panckoucke ; 
bi ~ L'éditeur de V Anthologie, — 

Fayolles ; 
68 — M. Roug,, — de Rougemont ; 
73 — M. Pic, — Picard ; 
y3 —Af.'*,— Selves ; 

76 — 3/i''« Lev., — Leverd ; 

77 — i^/"e B., — Bourgoin ; 

78 — M.Ch., — Choron ; 
78 — M. P., — Persuis ; 

78 — M"" E. L., — Lesparat ; 

80 — M. Chaussardin, — Chaus- 

sard ; 
89 — H. de St.-M., — Saint-Mar- 

cellin ; 
loi — M"" Dav., — Davilliers ; 
m — M. B... Charp., — Beauvar- 

let-Charpentier. 
ii3 —M. R. S. C. — Révérony 

Saint-Cyr ; 
114 — 3/"« Gr., — Grassari ; 



193 

Pages 

146 — 3/™" la D. de D., — Du- 
chesse de Dalmatie ; 

146 — i^/ii" *♦% — Mii= Thérèse 

Bourgoin ; 

147 — Hél, de D., — Hélène de 

Dalmatie ; 

173 — i\/i'e*", — M"" Bourgoin ; 

174 — AfU» R. D., — Rose Dupuis; 
i8i — AI, J., — Jacquelin; 

202 — M'^" R., — Récamier ; 
222 — Général D., — Dupont ; 
233 — Une actrice, — M"e Mézeray. 

Tome II 

25 — iV/°"= la Comtesse de ***, — 

Souza ; 
25 — M. B..., — Boulard^ le bi- 

bliomane ; 
5o — M. Se, — Scribe ; 
5i — M"'^ de G., — Genlis ; 
52 — M.***, — Boyeldieu (sic) ; 
52 —MU' *"*, — Regnault ; 

52 — l'acteur ♦**, — Lemonnier ; 

53 — 3/"»° B., — Belmont ; 
56 —M. B., — Boulard ; 

78 — iMM. D. et S., — Dupin et 

Scribe ; 

79 — M. B.,— Boulard ; 

92 — Nina B., — Barroyer ; 

102 — M. ***, — Vigier ; 

108 — M. Fr., — Freycinet ; 

141 — Delaville, — G. Delavigne ; 

i5i — M"" **, — Sophie Gay ; 

igi — M. **, — Bawr ; 

23o — AI. Def., — Defays. 

Telle qu'elle est, cette clef donne la 
traduction d'environ la moitié des 
astérismes et initialismes contenus 
dans l'ouvrage : beaucoup de noms 
propres d'ailleurs sont en toutes let- 
tres. Plusieurs des anecdotes consi- 
gnées dans ce spirituel recueil sont 
très galantes pour ne pas dire libres; 
mais elles donnent une bonne idée de 
l'esprit et de l'humour d'alors. 



CHRONIQUE INDISCRÈTE DU 
DIX-NEUVIÈME SIÈCLE. Esquisses 



LES LIVRES A CLEF 



194 

contemporaines, extraites de la 
correspondance du prince de***. 
Paris, — Persan et Ponthieu, — 1825, 
in-8 de VI, 416 p., peu commun. 

Selon Barbier, qui l'a, d'ailleurs, 
assez mal traité, cet ouvrage est dû à 
la collaboration de P. Lahalle, J.-B.- 
J.-J.-P. Regnault-Warin et J.-B.- 
B. de Roquefort. — C'est une compi- 
lation d'anecdotes, de portraits et de 
faits historiques; certains personna- 
ges y sont nommés en toutes lettres, 
notamment Barbier auquel on donne 
de justes éloges et qui déclara plus 
tard, avec assez peu de modestie, que 
l'article le concernant était leseul qui 
fût exact et bien fait. Un plus grand 
nombre de personnes, qui sont loin 
de jouer un beau rôle, ne sont dési- 
gnées dans ce recueil que par des 
initialismes plus ou rnoins transpa- 
rents. Il est à remarquer que les per- 
sonnages ainsi ridiculisés ou critiqués 
appartenaient, pour la plupart, au 
monde ofticiel du premier empire. 
Les auteurs de la « Chronique indis- 
crète » ont jugé prudent sans doute de 
ne point rédiger leurs malicieux sou- 
venirs auxdépens des personnages en 
placev sous le gouvernement d'alors. 

Voici d'ailleurs la clef des initialis- 
mes les plus importants de ce curieux 
recueil : 

Pages. 

i3 ^ F. de N., — François de Neuf- 
chàteau ; 

38 — .^/™5« A.,— Mrn^ de Saint-Au- 
bin ; 

48 — Comte d'A***, —Le Comte d'Ar- 
tois (Charles X) ; 

73 — R. de S. J. d'A., —Regnault de 
Saint-Jean d'Angély ; 

67 — le savant R , — Roquefort ; 

77 — A/™ K...... — M"» Volnys ; 

79 — LaChab..., — La Chabeaussière; 

m — le général S.*" de R.***, — Sa- 
vary, duc de Rovigo ; 

ii5 — R , — le duc de Rivoli; 

117 — Et , — Etienne ; 



1^5 LES LIVR 

I ly _ D , — Desmarets ; 

123 _ B , — le Comte de Blacas ; 

187 —AlexDelab..., — Delaborde ; 
212 — M'^' /?.**♦, — M""^ Regnault de 

Saint-Jean d'Angély; 
282 — D. S. de S., — de Servan de 

Sugny ; 
282 — Q,. de Q., — Quatremère de 

Quincy ; 
291 — Villustre F...... — Fayolle ; 

348 _ le cardinal de B..., — Beausset; 
S-jo — T.....,— Le Prince de Talley- 

rand ; 

370 — C , Georges Cuvier ; 

371 — V , — Valençay, terre de 

M. de Talleyrand ; 

371 — F , — Fontainebleau ; 

373 — le prince..., — Louis XVIII ; 

372 — G , — Gand ; 

368 — le libraire B.,., — Barba ; 

368 — 50... de la R..., le vicomte 

Sosthènes de la Rochefoucauld; 
4o5 — Afi'" B..., — MH'^ Bourgoin, 

actrice ; 

407 — M'^' d'H****, M""= d'Houdetot; 

408 — Et.., — Encore M. Etienne, au- 

teur de « Conaxa ». 
Il y a beaucoup d'autres initialis- 
mes à compléter dans ce livre, mais 
ils sont d'un intérêt secondaire et la 
liste en serait considérable. 



CHRONiaUE (LA) SCANDA- 
LEUSE. «Journal badin, mais ar- 
dent; bouftbn, mais austère. » Pa- 
ris, 1791, in-8, ^} numéros. (Cet 
ouvrage n'a rien de commun que 
le titre, avec le suivant). 

M. E. Hatin a donné d'intéressants 
renseignements, dans sa « Bibliogra- 
phie de la Presse» (p. 2o3), sur cette 
feuille qu'on avait si justement appe- 
lée une « boutique à scandale. » « Nous 
nous moquerons des « ridicules », 
disait le prospectus ; nous cacherons 
la moralité sous la plaisanterie; nous 
démasquerons les vices ; nous insulte- 



ES A CLEF 196 

\ rons à la politique du moment quand 
elle sera méprisable. Nous conspue- 
rons la démocratie ; l'aristocratie dé- 
pourvue de grâce et de raison sera 
bafouée. Tout sera appelé par son 
nom — nous n'imprimerons que les 
trois premières lettres des noms pro- 
pres, mais les portraits seront affreux 
de ressemblance. » La clef de ce jour- 
nal est des plus simples, comme on 
voit par ce qui précède; les personna- 
ges mis en cause ne sont pas traités 
avec modération, tant s'en faut, ainsi : 
Phi... (Philippe-Egalité) est un pol- 
tron; — Bar... (Barnave), un gredin ; 

— Cha... (Champcenetz), un drôle ; 

— Tal... (Talleyrand), un gueux ; — 
Cha... (Champfort), un plat-pied, 
etc., etc. — Suivant « la Chronique 
de Paris » du 29 janvier i-]C)i,Rivarol 
faisait partie du triumgueusat, auteur 
de ce violent libelle. 



CHRONIQUE (LA) SCANDA- 
leuse, ou mémoires pour servir a 
l'histoire de la génération pré- 
sente, contenant les anecdotes et 
les pièces fugitives les plus piquan- 
tes que l'histoire secrète des Socié- 
tés a offertes pendant ces dernières 
années. 

« Ridehis et licct rideas. » 

A Paris, Dans un coin d'où l'on 
voit tout, (1783), in-i2 ; 

Nouvelle édition augmentée, Pa- 
ris, 1786, 2 vol. in-i2 ; 
# Autre édition, 1785, 1787, en 
5 vol. in-i2 ; 

Autre édition, 1788, 1791, en 
5 vol. in-12; 

Autre édition, 1791, désignée 
sur le titre comme quatrième édi- 
tion, également en 5 volumes in-12. 

Enfin « La Chronique scanda- 



197 



LES LIVRES A CLEF 



LEUSE », publiée par Octave (Jeanne, 
avec préface, notes et index. Paris, 
A. Q.uantin, 1789, i vol. grand 
in-8 de XIV, 325 p. avec magnifi- 
que frontispice de Lalauze, vignet- 
tes, fleurons, etc. Tirage à petit 
nombre sur papier vergé. Prix : 
20 fr. 

Cette curieuse chronique est due, 
comme l'on sait, à la plume de Guil- 
laume Imbert et à celles de quelques- 
uns de ses amis. Rien ne peut la 
faire mieux connaître et apprécier que 
la remarquable introduction mise 
par M. O. Uzanne en tête de sa réim- 
pression, ou plutôt du choix judicieux 
des anecdotes les plus intéressantes 
qu'il a su faire dans ce recueil assez 
volumineux. Cet ouvrage est rempli 
d'initialismes assez faciles à complé- 
ter pour le lecteur versé dans l'his- 
toire de l'époque; il faudrait plu- 
sieurs colonnes de cette étude pour en 
donner la clef entière. 

Je me bornerai donc à donner l'ex- 
plication des noms supposés et des 
anagrammes de deux pièces curieuses 
insérées dans la Chronique scanda- 
leuse. 

La première est intitulée « Ligurie, 
conte traduit du grec ». C'est une 
anecdote galante dont les personna- 
ges sont : Ligurie, la demoiselle Fo- 
restier, jolie marchande de modes, de 
14a i5 ans, qui fit du chemin par la 
suite ; Leucosie, une de ses petites 
amies et sa confidente ; le duc D ...., 
le duc d'Aumont, son amant; enfin 
Biblis, la Dubuisson, entremetteuse, 
la plus habile élève de la fameuse 
Gourdan. 

La seconde pièce, beaucoup plus 
étendue, a pour titre: v. Abrégé de 
l'Histoire de Psaltérion, fameux criti- 
que arabe, traduit du turc, par 
D. L. H.» C'est une mordante satire 
contre La Harpe ; elle avait déjà paru 
dans la « Correspondance secrète » ; 



198 

en voici laclef, telle que je l'emprunte 

au bel ouvrage de M. Uzanne : 

Psaltérion, — La Harpe ; 

L'Arabie, — La France; 

Son collège, — Lq Collège d'Harcour t ; 

Norfer, — Fréron; 

Torad, — Dorât ; 

Rompi, — Piron ; 

Enicra, — Racine ; 

Le Ramanan, — le jour de l'an ; 

Eriatlov, ■— Voltaire ; 

Reaussou, — Rousseau ; 

Nocreille, — Corneille ; 

Becrillon, Crébillon ; 

Pognampi, — Lefranc de Pompignan; 

Un avocat célèbre, — Linguet. 



CHRONIQUES (LES) DE LA 
PERSE SOUS MANGOGUL, avec 
l'origine de la politique actuelle de 
cet empire, 1776. Pamphlet ano- 
nyme formant les pages 284 à 305, 
du troisième volume des « Anec- 
dotes échappées à l'Observateur 
Anglois et aux Mémoires secrets, 
etc. » Londres 1788 (réimpression 
de la « correspondance » de JVlétra). 

Cet écrit, divisé en deux parties, a 
beaucoup d'analogie avec « Les Man- 
nequins, » dont il est parlé plus loin; 
c'est le même style, le même procédé 
de composition. Cette satire des évé- 
nements de la fin du règne de 
Louis XV circula d'abord clandestine- 
ment en manuscrit. Tous les noms 
sont déguisés ou plutôt tout simple- 
ment écrits à rebours. La clef est donc 
bien facile à faire : 

Mangogul, — Louis XV; 
Tolema, — M. Amelot; 
La Perse, — la France; 
Irnehertauq, — Henri IV; 
Luesioch, — M. de Choiseul ; 
Yarret, — l'abbé Terrai; 
Vopuam, ' — Maupeou ; 
Ispar, — Paris; 



199 



LES LIVRES A CLEF 



200 



Jrrabud, — madame Dubarry; 

Setsimonoce, — les Economistes; 

Sennegrev, — M. de Vergennes; 

Drolthorn, — Lord North ; 

Lubertie, — M. de Breteuil ; 

Talreb, — d'Albert; 

Nollugiad, — le duc d'Aiguillon; 

Muarsepa, — M. de Maurepas ; 

Siumed, — M. de Muys, ministre de 
la guerre; 

Le Sénat, — le Parlement; 

Togur, — Turgot; 

Niagerm-tains, — M. de Saint-Ger- 
main; 

Mardanneck, — le Danemarck; 

Le nouveau Sophi, — Louis XVI ; 

Liregaed, — M. d'Aligre; 

Le mage Reiuges, — Séguier; 

Les Goilans, — les Anglais ; 

Ennobran, — M. de Narbonne; 

Teletchaud, — Du Chàtelet; 

Nurtaides, — ? 
Ajoutons que la seconde partie a 

pour titre : « Les Chroniques sous 

le successeur de Mangogul. » 



CHRYSAL, ORTHE Adventures 
OF A GuiNEA, by an Àdept. A New 
Edition, to which is now prefixed 
A sketch of the Author's Life. 
Embellished with Plates. In Three 
volumes. London, Hector M'Lean, 
1821, in-8. (Coloured illustrations 
by E. F. Burney.) 

Telle est la meilleure, sinon la plus 
belle édition de ce curieux ouvrage 
qui parut pour la première fois à Lon- 
dres, en 1760 (2 vol. in-12) et qui de- 
puis cette époque compte plus de 
vingt réimpressions très augmentées. 
L'auteur est Vavoca.i Charles Johnston, 
qui a écrit plusieurs autres romans, 
aujourd'hui complètement oubliés. 
Ce roman satirique a été traduit en 
français sous ce titre : « Chrysal, ou 
les aventures d'une guinée, histoire 
angloise. (Traduite par Jos.-P. Fré- 



nais.) Paris, Dufour, 1768 et 1769, 2 
vol. in-12. Il avait été annoncé par 
les journaux comme « un récit dé- 
taillé et impartial de tous les événe- 
ments remarquables du temps actuel 
dans toute TEurope. » La publication 
suivit immédiatement cette annonce ; 
et comme le roman, écrit d'un style 
nerveux, riche de couleurs et d'ima- 
ges, offrait au lecteur la chronique 
secrète de tous les principaux per- 
sonnages vivants et d'un grand nom- 
bre de libertins titrés, il s'empara sur 
le champ de l'attention publique. 

« Chrysal » est un ouvrage qui a 
une grande analogie avec le « Diable 
Boiteux » de Le Sage. Dans ces deux 
romans, les auteurs ont introduit un 
esprit doué de la faculté de lire les 
pensées et d'expliquer les aberrations 
de l'esprit humain; mais Le Sage a 
été infiniment plus heureux que 
Johnston dans la création du person- 
nage intermédiaire. Les folies de l'au- 
teur français font rire; l'auteur an- 
glais peint des vices et des crimes qui 
font horreur; les caractères qu'il re- 
trace sont d'une horrible vérité; il 
aurait pu rendre sa satire aussi pi- 
quante et tout aussi sévère en épar- 
gnant au lecteur la grossièreté de 
quelques-unes des scènes qu'il ré- 
prouve. Johnston a donné la clef des 
personnages qui figurent dans son 
ouvrage; elle a été publiée par Wil- 
liam Davis dans son ouvrage intitulé : 
« Olio of bibliographical and Literary 
Anecdotes. (London, 1814, in-12, pp. 
i3-2i). Le « Saturday Rewiew » a pu- 
blié, il y a quatre ou cinq ans, une 
intéressante étude sur « Chrysal » et 
sur son auteur que Walter Scott a ap- 
pelé un Juvénal eii prose. 

CHRYSOLITE (LA), ou le Se- 
cret DES Romans, par le sieur Ma- 
reschal. Paris, 1627 et 1634, in-8. 

Suivant M. G. Brunet, un exem- 
plaire de la deuxième édition, ayant 



201 



LES LIVRES A CLEF 



20^ 



une clef manuscrite, figurait au cata- 
logue Cangé (p. io6). Cet écrit allé- 
gorique doit être fort rare; on ne le 
voit cité dans aucune bibliographie. 
Vraisemblablement, l'auteur n'est au- 
tre que le sieur Antoine Mareschal, 
avocat au parlement de Paris, qui a 
composé neuf pièces de théâtre dé- 
crites et analysées dans la « Biblio- 
thèque du Théâtre-François » (T. II, 
p. p. 64-77). Voir : « La Généreuse 
Allemande. » 



CHUTE DE LA MEDECINE ET 
DE LA CHIRURGIE, ou le monde 

REVENU DANS SON PREMIER AGE ; tra- 
duit du chinois par le bonze Liic- 
Esiah. 



Q 



A Emeluogna, la présente an- 
née 000 000 000. Petit in-8 de 8 p. 
Dans quelques exemplaires, au mi- 
lieu des quatre lettres bran, la 
lettre Q. est remplacée par celles- 
ci : 

MON 



Cette fantaisie malpropre, décrite à 
la page 5 de la « Bibliotheca Scatalo- 
gica, » est remplie de mots d'appa- 
rence hétérogène, mais dont la clef 
est bien facile à trouver : il suffit de 
lire ces mots à rebours, comme on 
lit l'hébreu; exemple : Sarg-Ydram, 
— Mardy-Gras. 

Toute cette facétie roule sur une 
recette pour faire vivre jusqu'à trois 
cents ans, laquelle a été découverte 
par le célèbre docteur Reihc-à-Top, 
médecin du grand Luc-ecus. 

Voici cette précieuse formule : 

Essius-ed-Norte, un gros. 
Etomram-ed-Eriof, deux onces. 
Neihc-ed-Edrem, quatre onces. 



Mêlez le tout dans une pinte de 
Ellieiv-ed-Tassip, qu'on réduira à 
une chopine. 

Suivent les attestations des docteurs 
Eriofehcel, Narb- Lluogne , Essev- 
Emuh, et des médecins Lucneelffuos, 
Norte-Ebog, Tuot-Zelava : le tout 
contre-signe Sarg-Ydram. 

Laissons aux amateurs... de ces 
grasses facéties le soin de traduire ces 
noms; ajoutons seulement que cet 
opuscule fait partie des onze volumes 
petit in-S» publiés par Caron (Pierre- 
Siméon), de 1798 a 1806. On sait que 
cette collection n'a été tirée qu'à 5G 
exemplaires et, au dire du spirituel 
rédacteur de la « Bibliotheca Scatalo- 
gica, » ceux qui sont complets se ven- 
dent plus cher qu'un bel exemplaire 
de Bossuet, de Buffbn ou de Voltaire. 
Séparément, toutefois, ces opuscules 
sembleraient avoir beaucoup moins 
de valeur, car celui dont il est ici 
question n'était coté que i fr. 5o en 
1873, dans le go= catalogue de la 
librairie Baillieu. 



CICCEIDE (LA) LEGITTIMA, in 
questa seconda impressione accres- 
ciuta délia seconda parte. Parigi 
(Italia), 1692, in-i2, front, gravé. 
(Petit volume fort rare, vendu jus- 
qu'à 30 francs à la vente Randon 
de Boisset). 

C'est un recueil de sonnets de Gio- 
vanni-Francesco La:{^arelU, de Gub- 
bio, qui s'est amusé à railler et à ridi- 
culiser cruellement son collègue au 
tribunal de iVlacerata : Bonaventure 
Arrighini, sous le nom deDon Ciccio 
^quelque chose comme Monsieur Tu- 
meur). Lazzarelli fut aidé dans son 
entreprise satirique par François Ba- 
gni, gentilhomme de Fasso. La pre- 
mière édition, datée de Cosmopoli, a 
été faite, croit on, à Bàle; on en con- 
naît une troisième, sans lieu ni date, 



203 

augmentée de quelques sonnets, mal 
à propos, paraît-il, attribués à l'au- 
teur. (Voir : Melzi, Anonimi, T. I, p. 

205.) 

CiNNAME, HISTOIRE GRECQUE. 

Voir : Les Impostures innon- 
centes. 

Citoyen (le) du monde. 
Voir : Le Cosmopolite. 



CLÉANDRE(LE) D'AMOUR ET 
DE MARS, où soubz le nom d'un 
prince de Loriane, sont desduictes 
les adventures amoureuses d'un 
prince françois. Par le sieur De 
Peberac de Montpe^at. Bourdeaux, 
Millanges, 1620, in-12. 

L'auteur de ce roman allusif n'est 
cité dans aucune biographie. La fa- 
mille de Montpezat avait encore des 
représentants à l'époque de la Révo- 
lution. Qui pourra dire le vrai nom 
de ce « prince françois » déguisé sous 
le nom d'un « prince de Loriane? » 



CLÉLIE, HISTOIRE ROMAINE, 
par Mademoiselle de Scudéry. Paris, 
A. Courbé, 1654, 1661, 10 vol., 
pet. in-8. Autres éditions avec figu- 
res, Paris, 1656, 1660, 1666, 1731, 
10 vol. in-8. 

Ce fameux ouvrage a été analysé 
dans la « Bibliothèque des Romans » 
(octobre 1777). C'est dans le Tome I" 
de cet interminable roman que se 
trouve la description du « Pays de 
Tendre,» si spirituellement critiquée 
par Boileau dans les « Héros de Ro- 
man. » Les afféteries de cet ouvrage 
paraissent, aujourd'hui surtout, d'au- 
tant plus ridicules que la scène en est 



LES LIVRES A CLEF 



204 

chez les Romains du temps de Tar- 
quin. Tallemant des Réaux (T. VII, 
pp. 70-71) et « L'Usage des Romans » 
(p. 61) font voir que, sous des noms 
supposés, la plupart des personnages 
notables du temps : Fouquet, Pellis- 
son, la reine Christine, M">«s Scarron, 
VûoulArricidie), de Montansier, (/Ir- 
tenice), de Longueville, etc., etc., y 
sont portraiturés. Mais, je ne sache 
pas qu'on ait encore eu le courage de 
dresser la clef de ce volumineux ou- 
vrage, qui offre beaucoup moins d'in- 
térêt qu' A rtamène, et dont M. V. Cou- 
sin a dit avec raison : « Mettre sous 
les noms de personnages que tout 
lecteur instruit connaît parfaitement 
(Bnitus, Tarquin, Horatius Codés, 
Lucrèce, etc., etc.,) des seigneurs et des 
dames du xvii» siècle, avec leurs gants 
et leurs m.œurs, c'est une entreprise 
radicalement extravagante, où le ro- 
man et l'histoire ne se rencontrent 
que pour se combattre. » Il est à noter 
cependant que la Clélie, si longtemps 
oubliée et justement dédaignée, dut 
peut-être à cette sévère critique un 
regain de faveur qui la fit rechercher 
à très haut prix par d'éminents bi- 
bliophiles. 



CLÉODAMIS ET LELEX, ou 
l'illustre Esclave. La Haye, (Pa- 
ris), P. Paupie, 1746, 19 p. 

Dans le « Bulletin du Bibliophile » 
(avril 1857, p. 235), M. Paul Lacroix 
a donné quelques indications intéres- 
santes sur ce livre et sur son auteur, 
N.-E. Menin, conseiller au Parlement 
de Metz. « Cléodamis et Lelex », qu'il 
ne faut pas confondre avec « L'Heu- 
reux Esclave » de Bremond (1692), est 
un de ces petits romans de galanterie 
qu'on imprimait alors en France, 
avec tolérance et sans privilège, sous 
la rubrique d'une ville de Hollande. 
L'auteur était un grave magistrat, fort 
apprécié dans la société des beaux es- 



20- 



LES LIVRES A CLEF 



206 



prits et des belles dames. Il va sans 
dire que ce livre est une sorte d'auto- 
biographie partielle et que N.-E. Me- 
nin s'est mis en scène sous le nom de 
l'Illustre Esclave. Il aimait fort à com- 
poser de petits ouvrages allusifs; tel 
est par exemple son joli roman de 
Turlubleu (voir ce titre); telles sont 
aussi ses « Anecdotes politiques et ga- 
lantes de Samos et de Lacédémone. » 
La Haye (Paris), 1744, 2 part, in- 12; 
tel devait être un autre roman allégo- 
rique « La Grèce galante yi, qui devait 
faire suite aux « Anecdotes » et qui 
n'a jamais paru. Enfin, Menin est en- 
core l'auteur d'un écrit galant intitulé: 
a Les trois Voluptés. » S. L. (Paris), 
1746, in-i2 de 120 pp. Titre, front, 
gravé. La dernière des trois Voluptés, 
que l'auteur présente comme la meil- 
leure, ressemble fort à un mariage 
bien assorti, « Ce livre, au dire de 
M. P. Lacroix, est une histoire per- 
sonnelle écrite en forme de lettre pour 
quelques amis, avec toute la liberté 
du langage des petits-soupers. » 



CLÉODONTE ET HERMELINDE, 
ou Histoire de la Cour, par le 
sieur Antoine Humbert. Paris, Du 
Bray, 1629, in-8. 

Antoîne-Humbert de Queyras, ro- 
mancier fort oublié aujourd'hui et 
que ne cite même pas la « Biographie 
Michaud, » a retracé, dans ce récit, 
sous des noms supposés, divers évé- 
nements du règne de Louis XIII. Il a 
laissé quelques autres romans qui 
figurent au Catalogue La Vallière- 
Nyon, et qui sont également le ta- 
bleau des mœurs de l'époque, où les 
personnages du temps sont mis en 
scène et déguisés sous des pseudo- 
nymes. On citera notamment : 

Les Triomphes de la Guerre et de 
l'Amour, par le sieur Humbert. Paris, 
i63i, in-8. 

Les fortunes diverses de Chryso- 



HiRE ET DE Kalinde, OÙ par plusieurs 
événements d'amour et de guerre sont 
représentées les intrigues de la Cour, 
par Cléodonte. (Ici l'auteur a em- 
prunté son pseudonyme à son pre- 
mier ouvrage). Paris, Alozet, i636, 
in-8. 

Les Adventures d'Ircandre et So- 
PHONiE, par Humbert. — Paris, Qui- 
net, i636, in-8. 

Voilà des ouvrages dont la clef ne 
sera sans doute jamais faite. Heu- 
reux les amateurs qui en trouveront 
un exemplaire annoté par quelque 
curieux de cette époque. 



CLÉON RHÉTEUR, CYRÉNÉEN, 
ou Apologie d'une partie de l'his- 
toire NATURELLE. Traduit de l'ita- 
lien. Amsterdam (ParisJ , 1750, 
1759, 1770, pet. in-i2. — Réim- 
primé aussi, sans doute afin d'en fa- 
ciliter la vente sous le titre de : 
« Cléon, ou le petit-maître esprit 
fort ». Genève (ou La Haye), 1757, 
in-i2. — Inséré encore dans le 
« Choix littéraire de Genève, y> et 
les « Contes moraux! » de Madame 
de Uncy. 

Cet ouvrage n'est point traduit de 
l'italien; il a été en réalité composé 
par Claude-Florent Thorel de Campi- 
gneulles, à l'imitation de l'école ita- 
lienne dite Bernesque. C'est un roman 
allégorique dont le sujet roule tout 
entier sur une équivoque obscène. II 
s'y trouve un certain nombre de mots 
simplement anagrammatisés et très 
aisés à comprendre ; ainsi, étant donné 
que Nasiralo signifie : la raison, on 
n'aura pas de peine à trouver le sens 
de Cléon, sujet principal du livre. 
C'est un ouvrage très libre, bien di- 
gne d'un ancien garde-du-corps, mais 
dont le style est fort ennuyeux, Viol- 
let-le-Duc, dans son catalogue de 1847, 



207 



LES LIVRES A CLEF 



208 



le qualifie « d'écrit peu piquant et 
fort prétentieux, » et M. Ch. Monse- 
let, dans ses « Galanteries du dix- 
huitième siècle, » dit « qu'il est im- 
possible d'aller plus loin en fait de 
mauvais soût. » 



CLÉOPATRE, Roman, par Gau- 
thier de Coste, seigneur de la Calpre- 
nède. Paris, 1648, 12 tomes en 23 
volumes in-8. Autre édition ; Leyde, 
1657, in-8; trois autres éditions 
abrégées en 3 vol. in-12. Paris, 
1668, 1769, par Lebret, et 1789, 
par Benoît. Traduit en italien par 
Majolino Bisaccioni. Venise, 1697, 
6 vol. in-12. 

« Malgré son énorme longueur, ses 
conversations éternelles, ses intermi- 
nables descriptions, malgré la com- 
plication de vingt différentes intri- 
gues, malgré tous ses défauts, en un 
mot, La Calprenède a de l'imagina- 
tion : ses héros ont le front élevé; il 
offre des caractères fièrement dessi- 
nés, et celui à''Artaban a fait une 
espèce de fortune, car il a passé en 
proverbe; il est vrai que ce proverbe 
même prouve le ridicuie des exagé- 
rations de l'auteur.... Les romans de 
ce temps-là étaient écrits pour les 
gens du plus grand monde et du plus 
bel esprit; tous les personnages qui y 
figuraient déguisaient, sous des noms 
et des conditions allégoriques, les 
principales illustrations de l'époque. 
Les interminables conversations re- 
présentent tous les merveilleux et 
galants seigneurs du teTnps sous les 
pseudonymes de Cléomédon, Alcimé- 
don, Tyridate, le her Artaban, etc.; 
toutes les belles dames, coquettes, 
spirituelles du xvn^ siècle, sous les 
antiques noms de Candace, Cynthie, 
Marianne ou Arsinoë. Ces personna- 
ges, amplement qualifiés des titres 
pompeux de princes de Moritanie, 



d'Ethiopie et d'Arménie, ds princesses 
des Parihes, de la Thrace et de la 
Chersonèse, se tiennent des discours 
saupoudrés d'un sel tout parisien, 
se font mille petites perfidies, s'a- 
dressent de charmants madrigaux et 
s'écrivent des lettres dans le goût de 
Voiture et de Madame de Sévigné. » 
(Voir : Revue des Romans, par Eu- 
sèbeG**^**(P.-A.-P. Girault,deSaint- 
Fargeau, t. II, p. i et 2.) 

Il y a là une clef bien curieuse à 
faire et bien propre à exercer la pa- 
tience et la sagacité des chercheurs. 
Toutes les judicieuses réflexions qui 
précédent, s'appliquent au moins en 
partie aux autres romans de La Cal- 
prenède et surtout à sa Cassandre ; 
(voir ce titre.) 

cléophon, tragédie conforme 
et semblable a celles que la 
France a veues durant les guer- 
res civiLLES, par j. D. F. Paris, 
François Jacquin, 1600, pet. in-4 de 
2 ff. et 46 p., orné d'une figure qui 
manque à presque tous les exem- 
plaires. Très rare. 

Cette pièce qui retrace, sous des 
noms supposés, les principaux évé- 
nements de la Ligue, n'est point ana- 
lysée, ni même citée, dans la « Bi- 
bliothèque du Théâtre - François. » 
L'auteur, suivant M. P. Lacroix, se- 
rait Jacques de Fonteny. Le meur- 
trier de Henri III, Jacques Clément, 
est mis en scène sous le nom de Pa- 
/amna/s^, et représenté comme l'instru- 
ment fanatique des rebelles (les Li- 
gueurs) , dont le chef se nomme 
Teraptan. (Catalogue de Soleinne, 
n^ 883). 

Clitie (la), ou le Roman de la 
Cour. 

Voir : Le Roman de la Cour de 
Bruxelles. 



209 

CLOACINA. A Tragi-Comedy, 
1775, London, in-4, (anonymous). 

Cette pièce, qui n'a point été faite 
pour être représentée, contient des 
traits satiriques fort plaisants contre 
les caprices des directeurs de théâ- 
tre, et contre les modernes auteurs 
de tragédies, qui se faisaient alors 
remarquer par leur mauvais goût. 
L'auteur ridiculise çà et là divers per- 
sonnages, et notamment ie genre d'é- 
loquence d'un célèbre orateur du 
temps, The Specious B — Ke, qui 
n'est autre qu'Edmond Burke. ( « Bio- 
graphia Dramatica », t. II, p. 58.) 



COCARDE (LA) TRICOLORE, 
épisode de la guerre d'Alger, vau- 
deville en trois actes, par MM. Hip- 
polvte et Théodore Cogniard. Pa- 
ris, Bezou, 183 1, in-8 de 64 p. 
Plusieurs fois réimprimée, cette 
pièce a été jouée aux « Folies-Dra- 
matiques. » 

Dans cette pièce est personnifié, 
sous le nom de M. QiCas-tit, un don 
Quichotte de l'absolutisme monarchi- 
que, M. Cottu, conseiller à la Cour 
royale de Paris, et déjà ridiculisé, 
sous le nom de M. Pattu, dans « Le 
Voyage de la Liberté » (voir cet arti- 
cle). Un autre personnage de la « Co- 
carde », M. Prends-donc, signifierait 
M. Dudon, ex-député de la droite, con- 
tre lequel l'opposition avait lancé 
certaines imputations fort graves. Ces 
noms déguisés, aujourd'hui si insi- 
gnifiants-; constituaient alors des allu- 
sions fort claires que le public accueil- 
lait avec transports. (Th. Muret, 
« Histoire par le Théâtre », T. III, 
p. 144). 

CODE (LE) LYRIQUE, ou Règle- 
ment pour l'Opéra deParis, avecdes 



LES LIVRES A CLEF 



210 



éclaircissements historiques. A. 
Utopie, chez Thomas Morus, à 
l'Enseigne des terres australes, 
MDCCXLIII. Avec permission. 
(Paris), in- 18 de 95 p. Réimprimé, 
la même année, sous le titre de : 
« Règlement pour l'Opéra de Pa- 
ris, » etc. etc., in-i2, 68 p., titre 
grav. Deux autres éditions égale- 
ment en 1743. 

Ce petit écrit facétieux est de Ga- 
briel Meusnier de Querlon. On y 
trouve (p. I - 40) « Le Point de 
vue de l'Opéra », fragment attribué 
au futur cardinal de Bernis. Le cha- 
pitre le plus curieux est le « Règle- 
ment pour l'Opéra », en 5o articles, 
(p. 41 - 81), où l'on suppose que 
Momus rend un arrêt pour réglemen- 
ter la forme et le prix de la galante- 
rie des filles d'Opéra; cette petite 
pièce, plus que badine et fort satiri- 
que, est suivie « d'Éclaircissements 
historiques », qui ne font qu'ajouter 
à la malignité des allusions. Il y a là 
une clef à faire : divers personnages, et 
notamment des acteurs et actrices, ne 
sont désignés que par des initiales ; 
ainsi (p. 68, 6g), la « Chambre Sou- 
veraine » qui juge les différentes cau- 
ses de ces demoiselles est composée 
de MM. le P. L...., Président; le C. 

de N., assesseur ; le S^ Dam...., gref- 
fier; le S^ Dal...... huissier; le Sf 

Hay...., messager de la Cour; le P. 

de S. L...., Procureur général ; le 

Sr La Ch..., substitut, etc., etc. Ce 
qu'il y a de curieux, c'est que Rétif de 
la Bretonne a repris au sérieux, dans 
son mimographe, la plupart des in- 
ventions bouffonnes de Meusnier de 
Querlon. 



COLA'S FURY, or Lirenda's mi- 
SERiE. A Tragedy, by Henry Bur- 
khead, 1646, Kilken, in-4. (Cola, 



211 



LES LIVRES A CLEF 



212 



OU Nicolas (?) en fureur, ou la mi- 
sère d'Irlande). 

Cette pièce a trait à l'insurrection 
irlandaise de 1641. Les personnages 
principaux qui prirent part à cette 
affaire, sont mis en scène sous des 
noms déguisés; ainsi Osiris, c'est le 
duc d'Ormond ; Berosus, c'est sir John 
Borlace, etc., etc. Lirenda n'est au- 
tre chose que l'annagramme d'ireland. 
Cette tragédie, qui n'a jamais été 
jouée, est prônée d'une manière ex- 
travagante dans les deux pièces de 
vers qui la précèdent. (Voir : « Biogra- 
phie Dramatica », 1782, T. II, p. 60.) 

COLLÈGE (LE) DE ***, Sou- 
venirs DE LA Suisse, en 1794; 
comédie-vaudeville, par MM. V. de 
Villeneuve, Masson, et Â. de Lett- 
ven. Paris, Barba, 1850, in-8. 

Dans cette pièce de circonstance,*** 
désigne la ville de Reichenau, où le 
duc de Chartres s'était retiré, sous le 
nom de Corby, après la bataille de 
Nerwinde et la défection de Dumou- 
riez. Cette comédie est remplie d'al- 
lusions flatteuses pour le nouveau 
roi des Français, Louis-Philippe I^r^ 
qui y est désigné sous le nom de 
M. Philippe, professeur. On sait qu'en 
effet, Louis-Philippe professa les lan- 
gues et les mathématiques au col- 
lège de Reichenau. (Voir : Th. Mu- 
ret, l'histoire par le Théâtre ; T. III, 
p. 107). 

Comédie (la) de Bretagne. 
Voir : Le couronnement d'un 
Roi. 



COMÉDIE GALANTE DE M. DE 
B. Paris (Hollande), 1667, pet. 
in-i2, front, gravé, très rare. 

Pièce en vers, en quatre actes 



très courts, plus connue sous le ti- 
tre de La Comtesse d'OLONNE. 



Telle est l'édition originale de cette 
pièce satirique et très libre qu'on a 
successivement attribuée — d'abord à 
Bussy-Rabutin, parce qu'elle est fon- 
dée sur le chapitre des « Amours des 
Gaules » relatif aux débordements de 
la comtesse d'Olonne; — puisa Cor- 
neille Blessebois, parce que, dans le 
« Cabinet d'Amour et de Vénus », elle 
a été imprimée à la suite de « Marthe 
Le Hayer », comédie de cet auteur ; — 
enfin, à Grandval, le père, qui n'a fait 
que l'abréger et la réduire en un acte. 
Cette pièce licencieuse a été bien sou- 
vent réimprimée, soit séparément, soit 
dans des recueils de pièces libres et 
satiriques. Il serait beaucoup trop 
long et assurément inutile de faire 
ici la bibliographie de cette produc- 
tion lubrique : on se contentera de 
renvoyer les lecteurs, tant pour ces 
diverses éditions que pour les fré- 
quentes modifications qu'elle a su- 
bies : au Manuel du libraire, au Ca- 
talogue de Soleinne (n»* 3,832 à 3,834), 
à la « Bibliographie Gay » (T. II 
p, 281 et 2l)8), et surtout à la cu- 
rieuse notice de M. E. Cléder, sur la 
\ie et les ouvrages de Corneille Bles- 
sebois ( p. LXIX, LV). On se bornera 
à citer, comme rentrant dans l'objet 
de cette étude, l'extrait suivant du 
Catalogue de Soleinne (n» 3,833) : 

Dans la « F.... Manie », poème lu- 
brique, par Mercier de Compiègne, 
suivie de plusieurs autres pièces du 
même genre (Londres, aux dépens 
des amateurs, 1780, in-i8 de 106 p.), 
on trouve « La Comtesse d'Olonne», 
comédie en un acte, en vers, de Bussy- 
Rabutin, avec quelques changements 
et sous des noms travestis, ce qui 
prouverait que la pièce a été impri- 
mée ici sur un manuscrit du temps ; 
ainsi : 

Argénie, — c'est la comtesse d'O- 
lonne; 



0. //] 



21 



LES LIVRES A CLEF 



214 



Bigdore, — le comte de Guiche ; 
Gélonide, — la comtesse de Fiesque ; 
L'abbé, — l'abbé de Roye ; 
Marcelin, — le prince de Marsillac ; 
Castellor, — le duc de Castres ; 
Manicamp, — le giton du comte de 

Guiche; 
Gandalin, — le duc de Candale ». 



COMÉDIENS (LES), ou le Foyer, 
Comédie en un acte et en prose, 
par M. ***. 

« Quid facient Domini , audient cùm 
[taliafures?» 

A Londres, MDCCLXXVII, 
in-8 de 32 p. 

Autre édition : 

Les Comédiens, ou le Foyer, 
comédie en un acte et en prose, 
attribuée à l'auteur du « Bureau 
d'esprit », représentée par les co- 
médiens de la ville de Paris, au 
théâtre du Temple, le 5 Janvier 
2,440. Paris, de l'imprimerie des 
successeurs de la veuve Duchesne. 
M. M. CCCC. XL. (1777), in-8. 

Cette pièce est certainement de 
Louis-Sébastien Mercier. Voici une 
note de Joseph Pain, à ce sujet, in- 
sérée dans le Catalogue Soleinne 
(no 2, i3i) : a Mercier m'a déclaré que 
cet ouvrage est sorti de sa plume à 
l'époque de son fameux procès avec 
les comédiens, quoique l'avertisse- 
ment l'attribue au chevalier Rut- 
lidge, qui, lui-même, dans la préface 
du « Train de Paris », l'avoue. Mer- 
cier a même travaillé au « Bureau 
d'Esprit », qui a paru sous le nom de 
Rutlidge; cet irlandais ne possédait 
pas encore assez la langue fran- 
çaise ». 

Voici la clef des « Comédiens », 



relevée sur un exemplaire que j'ai eu 
sous les yeux : 

MM. Gengiskan, — le Kain ; 

Crispin, — Préville; 

Alceste, — Bellecour; 

Lusignan, — Brizard; 

Hippolyte, — Mole ; 

Harpagon, — Desessarts; 

Monvilain, — Monvel; 

Crispinet, — Dugazon ; 

Nigaudin, — Bouret; 

Pose:{éro, — Dauberval; 
li\mes Alceste, — Bellecour; 

Aménaïde, — Vestris; 

Minaudier, — Faussier ; 

Bertinet, — Hus ; 

Crispin, — Préville; 

D ?,— Doligni. 



COMMIRII (I.), SOCIETATIS 
JESU, CARMINA. Nova édition. Pa- 
risiis,Barbou, 1753. 

On sait que le père Jean Commire 
est un des écrivains modernes qui ont 
cultivé avec le plus de succès la poé- 
sie latine. L'édition ci-dessus, la meil- 
leure de toutes, contient, outre ses 
Imitations des Psaumes, ses Pièces 
héroïques, ses Odes, ses Idylles, ses 
Épigrammes, etc., un recueil de Fa- 
bles, qui permettent de comprendre 
leur auteur dans cette étude. S'il faut 
en croire, en effet. Chrétien Gryphius 
( « Essai sur les historiens du xvii^ 
siècle », p. 277), les fables du P. Com- 
mire ont une clef. Voici d'ailleurs 
comment s'exprime Gryphius à ce 
sujet : 

« .... Mais le P. Commire s'est sur- 
tout montré admirable dans ses Fa- 
bles, où, sous des emblèmes ésopi- 
ques et dans un style digne de Phè- 
dre, il a retracé d'une manière char- 
mante les plus graves événements de 
l'Europe. Aussi crois-je rendre un 
véritable service à mes lecteurs en 
leur offrant ici la clef des principales 
énigmes qui y sont contenues. Ainsi, 



215 

dans la première fable, le Soleil dé- 
signe le roi de France; les Grenouilles 
ne sont autre chose que les Hollan- 
dais; lM/g7e, c'est l'empereur; VEper- 
vier, c'est Montecuculli; les Pigeons, 
ce sont les magistrats de Cologne et 
de Munster ; enfin le Rossignol ne 
peut désigner que FQrstemberg, évo- 
que de Paderborn, poète et littérateur 
excellent. — Dans la fable ix« peut-on 
voir autre chose dans La Conjuration 
des Etoiles contre le Soleil, que l'al- 
liance conclue contre la France, en 
i68g, par les princes chrétiens, et ne 
reconnaît-on pas bien les Hollandais 
sous le nom emblématique de Pois- 
sons? — Dans la fable xvii^, V Aigle 
et le Roitelet signifient manifestement 
l'empereur et le Hanovre. — Enfin, 
dans la fable xix", on ne saurait voir, 
dans le Traité des Chiens avec les 
Loups, qu'une allusion à l'alliance des 
Anglais avec la Hollande... » 

Il est regrettable que Chr. Gryphius 
n'ait pas plus étendu ses conjectures 
qui ont au moins le mérite de paraî- 
tre assez ingénieuses. 



COMMISSARY (THE). A Co- 
medy, by Samuel Foofe. Acted at the 
Hay-Market, 1765, London, in-8. 

Pièce représentée avec succès; elle 
contient des allusions satiriques con- 
tre divers personnages de l'époque; le 
fameux docteur Arne y est particu- 
lièrement tourné en ridicule. (Voir : 
« Biographia Dramatica », T. II, 
p. 61.) 



COMMITTEE (THE) MAN CUR- 
RIED. Comedy in two parto, by 
Samuel Sheppard, 1647, s. 1., in-4. 

Cette comédie politique fait plus 
d'honneur aux sentiments de fidélité 
royaliste qu'au talent dramatique de 
son auteur. Le sous-titre du « Com- 



LES LIVRES A CLEF 



216 



missaire flagellé» indique mieux que 
toute analyse les allusions et les per- 
sonnalités, peu reconnaissables au- 
jourd'hui, qui y sont mises en jeu; le 
voici : « Pièce où l'on dévoile la cor- 
ruption des commissaires et des gens 
de l'accise; les injustes souffrances du 
parti royaliste ; la diabolique hypo- 
crisie des Têtes-rondes; l'am-our du 
lucre de certains ministres; le tout 
représenté avec beaucoup de gaîté et 
d'agréable variété. » Ajoutons que le 
bon Sheppard a plagié la plupart de 
ses plaisanteries et de ses traits sati- 
riques dans divers auteurs de son 
temps et même dans les satires de 
Juvénal. (Voir : Biographia Drama- 
tica, 1782, T. II, p. 62.) 



COMMITTEE (THE), (or the 
Faithful Irishman). a Comedy, by 
sir Robert Howard, 1665, in-folio. 

Pièce écrite peu de temps après la 
restauration royaliste et composée 
dans le but de peindre sous les cou- 
leurs les plus odieuses les actes et les 
hommes du parti des «Têtes-rondes ». 
Il s'y trouve beaucoup de portraits; le 
rôle de Teague, pris sur nature pro- 
bablement, est un mélange de fana- 
tisme absurde et de ridicule vanité. 
(Voir : « Biographia Dramatica », 1782, 
T. II, p. 61). 



COMODITY (THE) EXCIS'D, or 
The Women in an Uproar. A new 
ballad Opéra; as it will be priva- 
tely acted in the secret apartments 
of Vintners and Tobacconists. By 
Timothy Smoke, 1733 (London), 
in-8, grav. 

Cette pièce, dont le titre paraît con- 
tenir une allusion obscène (La Denrée 
taxée, ou les femmes en sédition), et 
qui devait se jouer « dans les cham- 



217 



LES LIVRES A CLHl- 



2l8 



bres secrètes des cabaretiers et mar- 
chands de tabac », est une satire des 
mesures fiscales et du système de 
corruption pratiqués alors sous les 
inspirations du ministre Robert Wal- 
pole. L'auteur jugea prudent de ne 
pas se faire connaître, car Timothy 
Smokc ifuméc) n'est qu'un pseudo- 
nyme. Le but politique de cet ou- 
vrage est encore indiqué par le fron- 
tispice représentant Robert Walpole 
voiture dans un tonneau traîné par 
le lion d'Angleterre et le cheval de 
Hanovre, avec d'autres détails trop 
libres pour être rapportés. C'est une 
production très taible, mais singu- 
lièrement licencieuse ; la dernière 
scène principalement, est, au dire de 
Baker, d'une obscénité inouïe qui dé- 
passe celle de la « Meretriciad » et de 
fl Courts of Cupid. » (Voir : « Biogra- 
phia Dramatica, 17S2, T. Il, p. 61). 

COMPONIMENTI VARJ PER LA 
MORTE Dl D. DÛMENICO JANNA- 
CONE. carnefice délia gian Corte 
délia Vicaria. raccolti e dati in luce 
da Giiiiiiijiiioiiio Scrgio. Anno 1749, 
in-4. Plusieurs fois réimprimé, no- 
tamment en 182^. Napoli. in-8. 

Ce petit ouvrage est une mordante 
satire composée par l'abbé Ferdinand 
Galiani et par son ami Pjsqujie Car- 
cani. La « Biographie Michaud » (T. 
XVI, p. 3oi) rapporte dans quelles 
circonstances Galiani, humilié par 
une Académie napolitaine, saisit l'oc- 
casion de la mort du bourreau de 
Naples pour composer, en son hon- 
neur, des poésies élogieuses attribuées 
à chacun des académiciens dont il 
avait imité le style à s'y méprendre. 
L'ouvrage fut présenté sous le nom 
du président de ladite Académie, G. 
Sergio, qui prit très mal la plaisante- 
rie et ht rechercher les auteurs de 
cette malicieuse production. Par bon- 
heur, Galiani et Carcani en furent 



quittes pour la peur et pour une cen- 
sure assez douce. Un exemplaire de 
ce recueil satirique, qui figurait à la 
vente Libri (i85o), était accompagné 
d'une clef manuscrite donnant les 
noms véritables des académiciens mis 
en cause et si spirituellement mysti- 
fies. 



COMTADIN (l.H) PROVENÇAL, 
s. 1.. 1622, pet. in-8. 

C'est une satire personnelle diri- 
gée contre le connétable deLu\ nés. 
Très rare. 



COMTE (LE) D'A ♦♦*. ou les 
Aventures d'un jeune voyageur 
sorti de la cûur de france en 
1789; ouvrage publié d'après le 
manuscrit original. Paris, Monory, 
an viu (i8où), 2 vol. in-12, lig. 
3fr. 

Cet ouvrage composé par Antoine 
Scrieys, en collaboration avec J.-Fr. 
André, contient, sousdesnoms dégui- 
sés, plusieurs particularités qui se 
sont produites dans les premières 
années de la Révolution. On y trouve 
notamment une anecdote relative à 
Lalande et à Delille. Dans une note 
de ses « Anecdotes inédites », Sérieys 
parle des n Aventures du Comte 
d'A*'* » qui, suivant Querard, ne 
serait autre que le comte d'Artois. On 
n'a pas besoin de démontrer le peu 
d'authenticité de ce récit, supposé et 
arrangé comme beaucoup d'autres 
ouvrases des mêmes auteurs. 



COMTE (LE) DE MONTE- 
CHRISTO, par Akxamhc Dumas. 
Paris, Petion, 1844-184S. 12 vol. 
in-8, (90 fr). Publié d'abord, en 
1841, dans le feuilleton du c< Jour- 



219 

nal des Débats », cet ouvrage célè- 
bre du plus fécond de nos roman- 
ciers a été souvent réimprimé. 

e( Le Comte de Monte-Christo » doit 
figurer au moins pour mémoire dans 
cette étude. Bien que n'ayant pas eu 
en vue des personnages ou des faits 
contemporains, l'auteur y a raconté, 
sous des noms nouveaux^ des événe- 
ments véritables, qu'il avait emprun- 
tés en bonne partie aux « Mémoires 
tirés des Archives de la Police », pu- 
bliés, en 1837, comme un ouvrage 
posthume de Jacques Peuchet, ancien 
archiviste de la Préfecture de Police. 
(Paris. 6 vol. in-8.) 

« L'Intermédiaire », dans ses numé- 
ros des 25 juillet et 10 août 1876, 
contient à ce sujet de curieux rensei- 
gnements. On y constate notamment 
l'identité à'' Edmond Dantèset de Fran- 
çois Picaud, à'Héloïse de Villefort et 
de la Brinvilliers. Naturellement la 
fertile imagination du grand roman- 
cier a donné une physionomie toute 
nouvelle à ces adaptations. 

COMTE (LE)DETILIEDATE, par 
Madame la Marquise de P *****. Pa- 
ris, Pierre Gissey, 1703, in- 12 de 
VIII, 254 p., rare, 28 fr., Techener, 
1857. 

C'est une histoire véritable sous 
des noms imaginaires. «Cette histoire 
« est si récente, dit l'auteur à la fin 
« de son livre, que je n'en puis don- 
« ner, pour le présent, davantage au 
« public. » Cet ouvrage, attribué 
d'abord à la marquise de Prince, passe 
généralement aujourd'hui pour être 
de la marquise de Perne. ( « Bulletin 
du Bibliophile, » 1867, p. 217, n'gi.) 

Comtesse (la) d'Olonne. 
Voir : Comédie Galante de 
M. de B. 



LES LIVRES A CLEF 



220 



Comtesse (la) de Cocagne, roman . 
Voir : Le Zombi du Grand- 
Pérou. 



CONFÉRENCE D'ANTITUS, PA- 
NURGE ET GUÉRIDON, s. I. n. d, 
pet. in-8. 

LES GRANS lOURS D'ANTI- 
TUS, PANURGE, GUÉRIDON ET 
AUTRES, s. I. n. d., pet. in-8 de 
48 p. 

CONTINUATION DES GRANS 
lOURS INTERROMPUS D'ANTI- 
TUS, PANURGE ET GUÉRIDON, 
s. I. n. d., pet. in-8 de 78 p. 

Ces trois livrets forment une sorte 
de trilogie politico-satirique sur les 
querelles religieuses et les malheurs 
de la guerre civile; ils sont vraisem- 
blablement sortis d'une plume et 
peut-être d'une presse languedocien- 
nes, du moins à en juger par le patois 
que parlent quelques-uns des inter- 
locuteurs. Ce sont trois pièces fort 
curieuses et de la plus grande rareté; 
on ne les trouve point dans Le Long 
qui ne les aurait pas négligées s'il 
les eût connues. Le catalogue Leber 
(no 1292) leur attribue la date de 
1624 ou 1025; mais suivant M. E. Four- 
nier, qui a réimprimé la «Conférence» 
dans ses « Variétés historiques et lit- 
téraires ))(T. Vlll, pp. 279 — 3oi), elles 
seraientd'une dizained'années plus an- 
ciennes. Quoiqu'il en soit, ces facéties, 
dont l'auteur est demeuré inconnu, 
rentrent essentiellement dans la ca- 
tégorie des ouvrages allégoriques, et 
c'est ce que les catalogographes et 
annotateurs ont toujours omis de 
faire remarquer. La clef, bien simple 
d'ailleurs, donne beaucoup de piquant 
au langage des interlocuteurs, dès 
qu'on connaît leur condition : Messire 
Lubin personnifie le Clergé; — Anti- 
tus, la noblesse ; — Bien- Aisé, mar- 



221 



LES LIVRES A CLEF 



222 



chand, le Tiers-Etat ; — Panurge, 
entremetteur (sic), l'homme à tout 
faire, doit cacher quelque politicien 
d'alors ; — Guéridon et Arnauton, 
paysans, qui parlent le patois de 
Languedoc, représentent assurément 
ce bon peuple des campagnes sur 
lequel tout le monde vivait... à cette 
époque ; — le capitaine Guiraud est 
le type de ces braves gascons tou- 
jours à la piste d'une belle aventure 
ou d'une bonne affaire; — le capitaine 
Diego, c'est l'espagnol, et le capitaine 
Stephanello, c'est l'italien, emblèmes 
de ces étrangers accourus dans notre 
pays pour se mêler à toutes les intri- 
gues, prendre part à tous les trou- 
bles et dont le petit peuple et les 
bourgeois commençaient à se montrer 
si las. Il est moins facile de détermi- 
ner le rôle de Vitruve, architecte, per- 
sonnage épisodique et qui ne parle 
que rarement. 



Conférence (la) des Animaux. 
Voir : Dendrologia,byJ. Howell. 

CONFESSION (LA) D'UNE 
FEMME QUI S'AIME UNIQUE- 
MENT, s. 1. 1717, pet. in-8, rare. 

Je n'ai vu citer ce petit ouvrage 
que dans trois catalogues. Suivant 
le savant M. Claudin, « c'est une 
allégorie très singulière de quelque 
dame connue de l'époque ». Il y a 
là une clef à trouver. 

CONFESSION (LA; DU COMTE 
GRIFOLIN, facétie en dialogue, 
par M. de Maribarou (Michel de 
Ciibicres-Palmc^eaux), s. I. Paris, 
1788, pet. in- 12. 

Ce petit écrit assez malicieux a été 
réimprimé dans le tome V des Œu- 



vres complètes de Rivarol, qui n'est 
autre que le comte Grifolin. (Quérard- 
Supercheries, t. II, col. 1054.) 

Confession et repentir de Ma- 
dame DE P 

Voir : La Messaline française. 

Confessions (les) deJean-Jacques 
Bouchard. 

Voir .-Journal ou Mémoires d'un 
Voyage de Paris à Rome. . . 



CONFIDENCES (LES) D'UNE JO- 
LIE FEMME. Amsterdam et Paris. 
Veuve Duchesne, 1775, et Franc- 
fort ou Neuchâtel, 1776, 4 tomes 
in-i2 qui peuvent se réunir en un 
volume. 

Cet ouvrage assez médiocre, ayant 
pour but de montrer les maux qu'en- 
traîne une éducation négligée, est de 
MU" d'Albert, sur laquelle la « Corres- s 
pondance littéraire » de Grimm et ! 
Diderot (janvier 1875) donne d'in- | 
téressants renseignements. « M"" d'Al- | 
bert, née en Languedoc, d'une famille \ 
honnête et très mal partagée de la ' 
fortune, fut recueillie par une parente 
éloignée, abbesse de Panthemont, 
Distinguée par son esprit, elle fut 
choisie pour tenircompagnieà lajeune 
demoiselle de Rohan, plus tard com- 
tesse de Brionne, Rien de ce qu'elle 
voyait et entendait à Panthemont ne 
lui échappait ; elle y prit une con- 
naissance assez vraie de la ville et de 
la Cour, devinant ce qu'elle ignorait 
par ce qu'elle connaissait. Il y avait 
un an qu'elle accompagnait M"" de 
Rohan, lorsqu'il lui passa par la tête 
de faire un roman fort gai et fort 
amusant, qu'elle ht imprimer sans 
nom d'auteur ; on y reconnut plu- 
sieurs personnages importants, plu- 



^Z;j 



LES LIVRES A CLEF 



sieurs faits assez récents, mal dégui- 
sés et tournés en ridicule. Des confi- 
dentes, jalouses de sa place, nommè- 
rent M"° d'Albert qui s'avoua l'auteur 
de cet écrit ; son aveu lui coûta cher. 
Son ouvrage fut saisi, et l'on en 
racheta jusqu'au dernier exemplaire ; 
on la peignit sous des couleurs odieu- 
ses et on la mit à la Bastille, d'où le 
crédit de M"« de Rohan la fît sortir 
au bout de quelques mois. Elle se 
retira dans un couvent de Moulins, 
obtint, par la même protection, une 
pension de 800 livres sur les Etats de 
Languedoc et vint se fixer à Paris, au 
couvent du Petit-Saint-Chaumont, 
où elle composa ses « Confidences 
d'une jolie femme. » 

Ce dernier ouvrage contient des 
allusions à des personnages bien 
difficiles à dévoiler maintenant. Mais 
son premier roman serait sans doute 
bien plus curieux encore à déchiffrer. 
Malheureusement on n'en a même 
plus le titre, et aucun bibliographe 
n'en a fait mention. Quelle belle trou- 
vaille à faire d'abord, puis quelle 
belle clef à rechercher ! 



CONFUTATIO STULTISSIM^ 
BURDONUM FABULA, auctore 
J.-R. Batavo, juris studioso. Lug- 
duni Batavorum, 1608, in- 12. 

Le savant Joseph-Juste Scaliger est 
l'auteur de cette violente satire qu'il 
publia, sous le nom de l'un de ses 
élèves, J. Rutgersius, dans les cir- 
constances suivantes : J.-J. Scaliger 
dont on connaît la déplorable vanité 
avait composé et adressé à M. Douza 
une lettre ridicule intitulée : « Epis 
tola de vetustate et splendore gentis sca 
ligeran3e,etc., etc. (Leyde, 1594. in-4) 
dans laquelle il établissait, avec aussi 
peu de fondement quedemodestie,la 
prétendue illustration de sa famille. 
Gaspard Scioppius, jad.is son ami, de- 
venu son ennemi à la suite de quel- 



224 

ques critiques que lui avait infligées 
Scaliger, profita de Toccasion pour 
rabattre l'orgueil de ce dernier dans 
un ouvrage ayant pour titrera Scali- 
ger Hypobolimœus, hoc est Elenchus 
epistolae Joan. Burdonis, pseudo-Sca- 
ligeri, de vetustate et splendore gentis 
Scaligeranae. » (Amstelodami, 1607, 
in-4 ^^ 4-9 ff-)) ouvrage destiné à éta- 
blir que le vrai nom de Scaliger était 
Bordoni, et, dans lequel, suivant 
Baillet, il outrepassa les bornes «d'un 
correcteur de collège et d'un exécuteur 
des hautes œuvres. » C'est sous l'in- 
fluence de la fureur que lui inspira cet 
écrit, que J.-J. Scaliger écrivit sa «Con- 
futatio Burdonum fabulae », dans 
laquelle il entassa contre son antago- 
niste et sa famille les assertions les 
plus outrageantes et les plus odieuses 
Il y a là un bien joli chapitre à faire 
pour l'Histoire des querelles litté- 
raires. 



CONGRES (LE) DES BÊTES, 
sous la médiation du Bouc, pour 
négocier la paix entre le Renard, 
YÂnc couvert de la peau d'un Lion, 
le Cheval, la Tigrcsse et autres qua- 
drupèdes qui sont en guerre. La 
Farce est en deux actes. Elle se joue 
sur un grand théâtre en Allemagne. 
Cette pièce a été écrite originaire- 
ment en allemand par le baron 
HufFumbourghausen , suivant la 
quatrième édition de la traduction 
anglaise faite par J.-J.-H.-D.-G.-R., 
écuyer, impr. à Londres. 3* édition, 
exactement corrigée. Londres, Wil- 
liam Thomson, 1748. In-8 de 66 p., 
non compris le titre. — Figure. 

J'ai sous les yeux un exemplaire 
dont le sous-titre est ainsi modifié : 

« Cinquième édition, dans laquelle 
on a eu un soin particulier d'éviter le 



225 

grand nombre de fautes qui se trou- 
vent dans les éditions précédentes, im- 
primées en français, dans les Païs-Das, 
non seulement contre l'orthographe^ 
mais encore contre le sens véritablede 
l'original anglais. » Veluti in spécula. 
A Londres, chez William Thomson, 
1748. — Prix : 18 sols. — Pet. in-8° 
de 67 pages^ plus le titre, l'index des 
personnages et l'avertissement annon- 
çant un autre écrit satirique. (Il est à 
noter que, malgré l'avis du titre, cette 
édition fourmille de fautes.) 

Cette quasi-comédie satirique en 
prose, dont l'auteur est inconnu, fut 
composée à l'occasion du fameux 
congrès d'Aix-la-Chapelle. Elle dut 
être alors fort répandue, soit impri- 
mée, soit manuscrite. Le catalogue de 
Soleinne, sous le n" 3,794, contient 
la description d'un exemplaire ma- 
nuscrit de cette pièce, dont le titre 
diffère très peu de ceux que je viens 
de citer. Il n'en est pas de même du 
texte même de la comédie, « car, dit 
le savant rédacteur du catalogue, cette 
copie est bien différente de la pièce 
imprimée sous le même titre; elle est 
surtout plus hardie. » Voici la clef 
des personnages jointe à ce curieux 
manuscrit : 

Un bouc, — le roi de Portugal ; 

Un âne couvert de la peau d'un lion, — 
le roi d'Angleterre; 

Un cheval, — Hanover [sic] ; 

Une tigresse avec une seule oreille et 
la moitié de la queue, — la reine de 
Hongrie; 

Un loup, — le roi de Sardaigne ; 

Une loutre sans oreilles, — la Hol- 
lande; 

Un ours emmuselé, — la Czarine ; 

Unj-enard, — la France; 

Un léopard, — l'Espagne; 

Un blaireau avec une seule oreille, — 
Gènes; 

Un sanglier boiteux, — le duc de Mo- 
dène; 

Un singe, — le roi de Prusse. 



LES LIVRES A CLEF 226 

CONINGSBY, OR ThE New GENERA- 
TION. 

Voir : Romans Politiques de D'Is- 
raëli. 



CONJURATION (LA) COMI- 
QUE, tragédie en un acte. Paris, 
chez les marchands de nouveau- 
tés. An XI (1803), in-8 de 32 p., peu 
commun. 

Cette pièce en vers, véritable re- 
cueil de centons tragiques, est attri- 
buée à Hoffmann. C'est une satire 
très mordante contre les comédiens 
des différents théâtres de Paris qui 
s'étaient ligués contre le « Journal des 
Débats », pour se venger des feuille- 
tons de Geoffroy et qui avaient retiré 
les entrées aux journalistes. — Voici 
la clef des noms anagrammatisés, don- 
née par le Catalogue de Soleinne, (n" 
3,8i3) : 

Venovah, — Vanhove; 
Feridy, — Fleury; 
Troucad:[in, — Dazincourt; 
Nercolef, — Florence ; 
Solvina, — Volnais ; 
Carmina, — Camerani; 
Drapic, — Picard ; 
Berrar, — Barré. 

Conquête (la) d'Alger. 
Voir : Ali le Renard. 



CONQUÊTE (LA) DU PAYS DE 
COCAGNE ÉCHOUÉE, comédie en 
trois actes. Valenciennes, Gabriel- 
François Henry, 1711, in-8 de 80 p. 
Très rare. 

C'est le programme très détaillé 
d'une pièce qui était peut-être écrite 
en flamand, puisque les vers qu'on y 
chante sont dans cette langue aussi 



227 

bien qu'en français. De même que 
« La Peau de bœuf» (voir ce titre), 
cette comédie est une satire contre 
des personnages qui devaient être 
peints d'après nature. (Catalogue So- 
leinne, n" 164g). 

CONQUESTES (LES) AMOU- 
REUSES DU GRAND ALCANDRE 
DANS LES PAYS-BAS, avec les 
intrigues de sa cour. Cologne, 
P. Bernard, 1684 et 1685, in-12. 
(Hollande). 

Cet ouvrage de Catien Sandras de 
Courtil^ a été souvent réimprimé, 
notamment dans la collection connue 
sous le titre d' « Histoire amoureuse 
des Gaules. » 

LeGrandAlcandre,c est iciLouisXiV 
et non Henri IV, à qui ce nom avait 
été précédemment donné; quant aux 
Pays-Bas, il ne s'agit nullement de 
la Hollande; comme M. Leber le fait 
judicieusement observer, cette expres- 
sion doit être prise absolument au 
figuré; il n'est question, en effet, dans 
cet écrit satirique, que des intrigues 
galantes de Versailles et de Saint- 
Germain. 

On retrouve le même surnom 
donné à Louis XIV, dans le « Divorce 
Royal » (voir ce titre), et dans « Les 
Dames dans leur naturel, ou la galan- 
terie sans façon sous le règne du 
Grand Alcandre » (par Catien San- 
dras de Courtil^). Cologne, P. Mar- 
teau (Hollande), 1686 et 1696, in-12. 
C'est, dit la « Bibliographie Gay », le 
même ouvrage que celui qui figure 
sous le titre : « Les Vieilles amou- 
reuses» (M"e de Lionne, M™e de Cœu- 
vres, etc.), parmi les libelles joints 
à r « Histoire Amoureuse des Gaules » 
(T. III, pp. 205-278, édition elzévi- 
rienne de i856-i85q). 

CONSEILS A UNE AMIE et LES 
CARACTERES, par madame de Pui- 



LES LIVRES A CLEF 



228 



siciix. A Londres, MDCCLV, 3 part. 
in-12 de VIII. — 86, 120 et 122 p. — 
Plusieurs fois réimprimé et traduit 
en anglais. 

Cet ouvrage qui, bien qu'assez mé- 
diocre, n'est cependant pas le plus 
mauvais de ceux qu'a produits M"" 
de Puisieux, rentre dans la catégorie 
des livres à clef. On y trouve de nom- 
breux initialismes : la marquise de 
R", M. de "', M"^ de La..., Monsieur 
B*", le marquis de L.., Mademoiselle 
de S"*, Madame d'Or"', le doc- 
teur K..., D..., V..., Du..., R..., C..., 
que tout le monde convient être des 
gens d'esprit, etc., etc. Il s'agit là ma- 
nifestement de personnages réels dont 
on ne saurait aujourdhui reconnaître 
les originaux. C'est donc encore un 
de ces livres si nombreux dont on ne 
pourrait avoir la clef que grâce à la 
découverte d'un exemplaire annoté 
par un contemporain de l'auteur. 

Considérations Philosophiques. 
Voir : Histoire d'Ema. 



CONSPIRATEURS (LES) , ou 
l'Attaque du Camp de Grenelle, 
comédie en 2 actes et en vers, par 
Maurice, acteur, (Sèguier?), — re- 
présentée en 1796, sur le grand 
Théâtre de Lyon. 

Pièce anti-jacobine, où les vrais 
noms des personnages sont à peine 
déguisés : ainsi, Javogare n'est autre 
que l'ex-représentant Javogues ; — 
Pion, c'est l'ex-général Fyon ; — les 
deux membres d'un comité révolu- 
tionnaire, Scévola, perruquier gascon, 
et Duguenillon, marchand de gue- 
nilles, devaient représenter quelques 
jacobins bien connus alors. 

Cette comédie est bâtie sur le même 
thème que « La Soirée de Vaugi- 



229 

rard, » pièce anecdotique en un acte 
et en vers, par Armand Cliarlemagne. 
— Paris, an V (1797), in-8, représen- 
tée le 3o septembre 1796 (9 vendé- 
miaire an IV), sur le Théâtre Mo- 
lière. 

Les deux pièces ci-dessus décrites 
ont trait à la tentative de soulèvement 
pratiquée près des hommes du 21e 
régiment de dragons, campés à Gre- 
nelle, au bout du quartier de Vaugi- 
rard. Cette tentative criminelle menée 
par Fyon, Lay, Saulnier (homme de 
lettres), et par trois montagnards, 
Huguet, Cusset et Javogues, put être 
heureusement découverte à temps et 
fut réprimée avec sévérité. — Voir : 
E. Jauftret, Théâtre Révolutionnaire, 
pp. 38o-382). 

Conspiration (La) manquée. Voir : 
Paris sauvé. 



CONSTANT (THE) COUPLE, or 
A Trip to THE juBiLEE. A Comcdy, 
by George Farquhar, ActedatDrury, 
Lane, 1700. London in-4. Souvent 
réimprimé. 

Dans cette pièce en cinq actes, P^ar- 
quhar a peint les caractères de divers 
personnages de son temps. Il s'est, dit- 
on, mis lui-même en scène sous le 
nom de Sir Harry Wildair, homme 
plein de gaîté, d'humour, d'esprit et 
d'honneur. L'année suivante, il donna 
une autre pièce ayant pour titre le 
nom de ce même personnage, dans 
laquelle reparaissent la plupart des 
noms du « Couple constant. » Baker, 
qui ne conteste pas d'ailleurs l'iden- 
tité des caractères de Farquhar et de 
« Sir Harry Wildair », pense que 
c'est le public, bien plus que l'auteur, 
qui a songé à faire ce rapprochement. 
Cependant, il ne semble pas douteux 
que Farquhar ait voulu peindre son 
propre caractère, qu'il devait mettre 
en scène encore sous le nom de 



LES LIVRES A CLEF 



2^0 



« Capfai'n Plume, » dans le « Re- 
cruiting Officer. » Il aimait du reste 
à faire des personnalités, et, dans les 
lettres si tendres qu'on a de lui, on 
n'a pu s'empêcher de reconnaître la 
célèbre M"'^ Oldfield, sous le nom 
souvent répété de « Iiis dear Péné- 
lope. » — (Voir : « Biographia Dra- 
matica, » 1782, T. II, pp. 66 et 3oo). 

CONSTANTINE, s. \. n. d. Paris, 
(1791 ?), in-8 de 8 p. — Très rare. 

Ce curieux opuscule, que je n'ai vu 
citer qu'une fois, n'est autre chose 
qu'un pamphlet très original contre 
\2iConstitution, qui y est personnihée 
sous le nom de Constantine. 

Constitution (La) de Nicolas. 
Voir : La Vie de Nicolas. 



CONTE (LE) DUTONNEAU, con- 
tenant tout ce que les arts et les 
sciences ont de plus sublime et de 
plus mystérieux, avec plusieurs 
autres pièces très curieuses, par le 
fameux D' Swift. Traduit de l'an- 
glais (par Juste Van Effen). — Ams- 
terdam, Henri Scheurleer. 1721, 2 
vol. pet. in-8. 

Autre édition : La Haye, 1732, 
2 vol. in-i2. 

Autre édition : 1733, 3 vol., dont 
le dernier contient la traduction de 
divers autres ouvrages de Swift. 

L'édition originale anglaise est 
intitulée : 

Talé of a Tub ; with an account 
of a Battle between the Ancient and 
Modem Books in S'Jame's Library, 
London, 1704 in-8. 

La troisième édition (1720) con- 
tient plusieurs additions. Cet ou- 



231 



LES LIVRES A CLEF 



232 



vrage a été maintes fois réimprimé 
et le sera sans doute encore. 

Les allégories politico-religieuses, 
sous lesquelles se déguisent fort peu 
les tendances de cette satire amère et 
sceptique, sont faciles à dévoiler : 
Un père (Jésus-Christ) lègue en mou- 
rant à ses trois fils ses habits (la reli- 
gion chrétienne), et un Testament (l'E- 
vangile), contenant des préceptes sur la 
manière de les porter. Les trois fils 
se nomment Pierre (le Catholicisme), 
Martin (le Luthéranisme) et Jean (le 
Calvinisme). Tout le livre roule sur 
cette donnée; on y rencontre de nom- 
breuses allusions à des personnages 
connus parleurs doctrines religieuses: 
Une dame amoureuse de Pierre, c'est 
Marie Tudor; — Une autre dame plus 
modérée, c'est la reine Elisabeth; — 
Le Seigneur d'un petit village, dans le 
Nord, c'est Jacques l^""; — Un grand 
ami de Pierre, c'est Jacques 11 » (Qué- 
rard). — (Voir aussi l'article : « Les 
Trois Justaucorps. ») 



CONTEMPORAINES (LES), ou 

AVANTURES DES PLUS JOLIES FEMMES 

DE l'âge présent : recueillies par 
iV******, et publiées par Timothêe 
Joly, de Lyon, dépositaire de ses 
manuscrits. « Il s'essaie par ses his- 
toriettes ; bientôt il prendra un 
vol plus hardi. » Imprimé à Leip- 
sick, parBiischel, marchand-libraire; 
et se trouve à Paris, chés Belin, 
rue Saint-Jacques, près celle du 
Plâtre et chés l'éditeur, rue de Biè- 
vre. — 1780, 1782, 17 vol. in-i2. 
fig. 

Les Contemporaines du commun, 
ou Avantures des belles Marchan- 
des, Ouvrières, etc., de l'âge pré- 
sent. Recueillies par N.-E. R** D* 



L* B***, Leipsick, etc., etc. 1782, 
1783, 13 vol. in-i2, fig. 

Les Contemporaines par grada- 
tion, ou Avantures des Jolies fem- 
mes de l'âge actuel, suivant la 
gradation des principaux Etats de 
la Société, recueiUies, etc. 1783, 
12 vol. in-i2 , fig. 

Les trois séries de cet ouvrage de 
Rcsiif de la Bretonne, forment en 
tout 21 parties en 42 volumes. Une 
deuxième édition a été donnée, à 
Paris, en 1781 et années suivantes, 
en 42 volumes. — Enfin M./ Assè- 
:(at a publié un « choix, » fort bien 
fait, « des plus caractéristiques de 
ces nouvelles pour l'étude des 
mœurs à la fin du xviii* siècle. » 
(Paris. Lemerre-Picard, 3 vol. in- 18 
1875-1876.) 

Comme la plupart des livres de Res- 
tif, cet ouvrage a besoin d'une clef. 
Malheureusement, elle ne paraît pas 
avoir jamais été faite; ce serait un 
travail considérable pour lequel les 
autres clefs de Restif déjà données par 
M. P. Lacroix et reproduites dans 
cette étude seraient assurément d'un 
grand secours. L'auteur, dans son in- 
troduction pleine de particularités 
curieuses, déclare « s'être fait une loi 
de ne publier que des faits arrivés; il 
cite certains personnages en toutes 
lettres, ces héros de ses nouvelles 
l'ayant autorisé à mettre leurs vrais 
noms. » — Quant aux autres, ce sont 
les plus nombreux, il ne les a dési- 
gnés que par des anagrammes, des 
initialismes ou des pseudonymes. 
Quelques-uns sont faciles à recon- 
naître : ainsi, D. T D. L. B., c'est 
Dutertre de Là Bourdonnais, ami peu 
connu de Restif; — L. D. M. E., 
c'est La Dixmerie, qu'il appelle ail- 
leurs Eiremxidal; — M'^° Lev*", c'est 



LES LIVRES A CLEF 



234 



M™o Lévêque, à laquelle est dédie 
« Le Pied de Fanchette; » — La mar- 
quise de M—gni, M"8 de Marigny ; — 
L'abbé 7"***,Terrasson; — il/""= de B", 
M"i« de Beauharnais, pour laquelle 
l'auteur professait autant de sympa- 
thie que d'admiration; — La céleste 
Colette, c'est M™» Parangon, femme 
de l'imprimeur, dont Restif n'a ja- 
mais voulu dévoiler le nom; ce nom 
est cependant connu aujourd'hui, mais 
des membres de cette famJlle existant 
encore à Auxerre, les biographes de 
Restif se sont toujours abstenus, et 
avec raison, de le faire connaître; — 
Au — rois, ce sont les Auxerrois que 
Restif n'aimait guère; — L'ex — c — u, 
conte en vers, fait allusion à un mari 
qui sut rejeter sur son ...suppléant, 
la honte de cette disgrâce que personne 
ne plaint; — Caracc"", le marquis- 
auteur Carraccioli; — M. D. r. n. d., 
Baculard d'Arnaud; — La femme de 
Laboureur, c'est la mère de Restif, 
Barbe P'erlet; il faut remplacer, dans 
cette nouvelle, le nom de Rameau par 
celui de Restif. 

Il est peu probable qu'on tente ja- 
mais de faire la clef complète des 
volumineux ouvrages de Restif de la 
Bretonne : ce travail a cependant été 
essayé par un patient chercheur, M. 
Sylvain Puy chevrier, qui, dans une 
lettre adressée au « Bulletin du Bou- 
quiniste » (n° 186, i5 septembre 1864, 
pp. 491-493), annonçait avoir trouvé, 
à force de recherches, la clef de la 
plupart des noms et des faits divul- 
gués et cités par Restif; mais ces ré- 
vélations, ajoutait-il, qui n'auraient 
d'intérêt que pour les endroits où les 
personnages ont vécu, pourraient être 
fort compromettantes pour les fa- 
milles représentées encore aujour- 
d'hui par des personnes vivantes. — Il 
résulte de ceci que la clef comjtj/è^e des 
livres de Restif ne saurait être pu- 
bliée in extenso; il y a d'ailleurs un 
certain nombre d'ouvrages dans le 
même cas. 

Pour la description et l'étude des 



trois séries des « Contemporains », on 
ne peut que renvoyer le lecteur à la 
« Bibliographie de Restif de la Bre- 
tonne » (pp. 1G2-198}, de M. Paul La- 
croix. 

Contes et Nouvelles de Mar- 
guerite DE Valois.... 

Voir : L'Heptameron des Nou- 
velles... 

Continuation des grans iours 

INTERROMPUS d'AnTITUS... 

Voir : Conférence d'Anlitus. 



CONTRETEMS (THE), or Rival 
queens. iK small farce, as it was 
lalely acted with great applause at 
H — d — r's private Th — re, near 
the H — y M — t. 1727 (London) 
in-4. 

(Les Contretemps, ou les Reines 
rivales, petite farce jouée récem- 
ment avec grand succès sur le 
théâtre particulier de M. Heidegger, 
près de Hay-Market.) 

Cette pièce anonyme, qui ne fut ja- 
mais destinée à être jouée publique- 
ment, fut composée pour ridiculiser 
le désordre qui régnait alors au 
Théâtre-Royal d'Hay-Market, par suite 
des prétentions à une supériorité ab- 
solue des deux célèbres cantatrices 
italiennes, la signora Faustina et la 
signora Cuzzoni; ces deux artistes qui 
s'étaient partagé la faveur du public 
affichaient tour à tour la plus inso- 
lente importance, selon que le public 
leur avait fait plus ou moins d'ac- 
cueil. Dans cette pièce, tous les per- 
sonnages appartiennent au théâtre 
d'Hay-Market et sont mis en scène sous 
des noms de convention ; ainsi, le 
directeur Heidegger s'appelle « Le 



235 

Grand-Prêtre de la Discorde » ; « le 
Professeur d'Harmonie », c'est le cé- 
lèbre Haëndel ; etc. (Voir : « Biographia 
Dramatica », T. II, p. GS). 

Conversations littéraires et 

VARIÉES. 

Voir : Le Mérite vengé. 

Correspondance de Balzac. 
Voir : Œuvres de Balzac. 

Correspondance de Sainte- 
Beuve... 

Voir : Sainte-Beuve et ses incon- 
nues. 



CORRESPONDANCE PHILOSO- 
PHiaUE DE CAILLOT-DUVAL, 
rédigée d'après les pièces originales, 
et publiée par une société de littéra- 
teurs lorrains {MM. Fortia de Piles 
et de Boisgelin). Nancy (et ParisJ, 
1795, in-8. 

Réimprimé, mais avec des retran- 
chements regrettables , dans la 
« Bibliothèque originale », sous le 
titre de « Les mystifications de Cail- 
lot-Duval, avec un choix de ses let- 
tres les plus étonnantes, suivies des 
réponses de ses victimes. Introduc- 
tion et éclaircissements par Lorcdan- 
Larchey ». Paris, René Pincebourde, 
1864. Eau-forte de Faustin Besson. 
Pet. in- 18 carré de xxiv-124 pages. 

Cette dernière édition contient une 
double clef: 1° celle des noms cités 
dans la réimpression elle-même ; 
2° celle des noms cités dans l'édition 
complète de lygS. C'est pour les pos- 
sesseurs de l'édition complète que 
Ton reproduit ici la plus grande clef, 



LES LIVRES A CLEF 



236 

telle que l'a donnée M. Paul Lacroix, 

d'après des notes manuscrites trou- 
vées dans l'exemplaire qui apparte- 
nait au marquis de Fortia d"Urban, 

cousin de l'un des auteurs de l'ou- 
vrage, Fortia de Piles : 

L'abbé Aub.,. , — l'abbé Aubert. 

M. B...., secrétaire de l'académie d'A- 
miens, — M. Baron. 

Beau, à Jl/ar5ez7/^, — Beaujard, jour- 
naliste. 

Berthel. à Paris, — Berthelemot, con- 
fiseur. 

M^^« Ber..., à Paris, — M"^ Berlin, 
marchande de modes. 

B , à Nancy, — Beverley. 

M. Bl.. de Sain...., — Blin de Sain- 
more. 

Car.., facteur de cors, — Caron. 

Cliaum.., perruquier, — Chaumont. 

Cher...., à Paris, — Chervain. 

M.de Lau..., à Paris, — Delaunay. 

Dors , de la Comédie-Italienne, — 

Dorsonville. 

j^/mc ^n Qa..,, de la Comédie-Italienne, 
— M'°6 Dugazon. 

Duv.., au Grand-Monarque, — Duval, 
confiseur. 

Le P. Herv..., aux Augustins, — 
Hervier. 

L.. r, maitre de musique, — Lair. 

L..., à Paris, — Laïs. 

A/"|= L , de la Comédie-Française, 

M'ie Laurent, 

LeC^"^ à Abbeville, — Le Cat, pro- 
cureur. 

VHeur..., de Clian , — L'Heureux 

de Chanteloup. 

M. ....y, libraire à Caen, — Manoury. 

Mesm.., — Mesmer. 

M...Y , imprimeur à Marseille , — 
Mossy. 

Nie , à Paris, — Nicolet. 

De P. .s, à Paris, — de Piis. 

Poi..t, huissier-priseur, — Poiret. 

Roc..., maitre d'écriture, — Rochon. 

Afi'e S , de l'Opéra, — M»" Saui- 

nier. 

Saut , de M. ..y, — Sautereau de 

Marsy. 

Sou., rue Dauphine. — Soudé, bottier. 



237 



LES LIVRES A CLEF 



Taco.., bourrelier, — Taconct. 
Ther..., à Nancy, — Thérain, jour- 
naliste. 
Ur..., lieutenant de police, — Urlon. 
La Fit.., — Lafitte. 

On peut d'ailleurs consulter sur 
cet amusant recueil l'article de M. P. 
Lacroix inséré dans ses « Découver- 
tes bibliographiques », pages 329-33 1. 

COSMOPOLITE (LE), ou le Ci- 
toyen DU Monde, par M. de Mon- 
brov. « Patria est ubicunque est 
benè. » Cic. 5. TuscuL 27. A Lon- 
dres, MDCCLIII, pet. in-8 de 165 p. 

Livre satirique et amusant de Fou- 
geret de Monbron, originaire de 
Péronne, en Picardie, et auteur bien 
connu de la « Henriade Travestie. » 
Le premier feuillet du «Cosmopolite» 
contient, sous le titre de Remarques, 
des notes constituant une véritable 
clef de ce livre ; les voici : 
Pages lignes 
6 3 — Un géomètre à la mode, — 
M. de Maupertuis, grand 
mathématicien et petit au- 
teur. Il a ressuscité à Ber- 
lin une « Vénus physique » 
qu'il enfanta jadis et qui 
mourut dès sa naissance. 
45 21— L'Abbé de B. M., — l'abbé 
de Bois-Morant, ex-jésuite, 
joueur de profession, hon- 
nête homme d'ailleurs, et 
très bon écrivain. 

120 II — M. de Va...., — M. le mar- 

quis de Valori, Envoyé de 
France. 

121 4 — Un Juif-Errant, soi-disant 

littérateur, — M. d'Argens, 
aussi plat et dégoûtant bar- 
bouilleur de papier que 
hardi plagiaire. Il a plus 
écrit lui seul que douze bons 
auteurs. 
128 20 — AI. de N...., — Le maréchal 
de Noailles. 



238 



Pages lignes 

i3o 21 — LeC. de M — Le cheva- 
lier de Mouhi très connu dans 
la république des lettres 
par quantité de pitoyables 
ouvrages dont il a enrichi 
le public. 

i52 20 — M. de Charigny, le plus 
profond génie négociateur 
de la France, peut-être même 
de l'Europe. 

i5S 10 — Un misérable auteur cou- 
vert du petit uniforme de 
prêtre, — l'abbé d'Alinval. 
11 s'est acquis quelque ré- 
putation dans le monde par 
quatre ou cinq petites piè- 
ces de théâtre au-dessous 
du siflîet. 

i58 16 — L'Inquisiteur de Police, — 
Nicolas ou Biaise Berryer, 
qui s'est établi un renom 
immortel par le fameux 
prostibule de M"» Paris, 
dont il se déclara le soute- 
neur et le protecteur pour 
le soulagement des étran- 
gers. 

160 II — Le même Commissaire, — 
le Commissaire Roche- 
brune, l'un des plus adroits 
coquins de sa robe pour 
nuire aux honnêtes gens, 
gi 12 — Romanie, — lisez Roma- 
sne. 



COTTERIE (LA) DES ANTI-FA- 
CONNIERS, ÉTABLIE DANS L. C. 
J. D. B. L. S. Première relation, oi'i 
l'on traite de l'établissement de 
cette cotterie. Amsterdam, (Paris), 
17 16 in-i2. — 2* édition, même 
lieu, même date. — 3* édition : 
Bruxelles, Nicolas Stehimberk , 
1719, pet. in-i2. 

Il est parlé longuement de ce livre 
dans les « Sociétés Badines » d'Ar- 



239 



LES LIVRES A CLEF 



240 



thur Dinaux (T. I, pp. SG-Sq). L'au- 
teur^ le {écond?ihhé Laurent Bordelon, 
traite d'une coterie formée à l'instar 
de ces sociétés anglaises dont parle 
Addisson dans son « Spectator » : les 
Anti-Façonniers étaient au nombre de 
vingt personnes absolument enne- 
mies des cérémonies et des/<^ço«s, qui, 
étant ensemble, ne se contraignaient 
en rien, disant et faisant tout ce que 
bon leur semblait, sans pourtant 
contrevenir aux règles de la bien- 
séance, ni blesser les lois de la décence. 
Ces personnages se composaient de 
dix-sept hommes et de trois dames, 
une demoiselle, une femme mariée et 
une veuve prude qui, en entrant dans 
la coterie, substituèrent à leurs véri- 
tables noms ceux de Flamette, Poli- 
mijie et Grimiane. Voici ceux des dix- 
sept autres sociétaires ainsi que leurs 
qualités : Dodunet, abbé prédicateur; 
— Martéole, religieux ; — Sapion, 
homme de robe ; Ripatrope, médecin- 
chirurgien-apothicaire ; — Ponderobe, 
marchand ; — Fureton, musicien ; — 
Paristan, comédien ; — Fracastin, 
homme de guerre; — No/aine, homme 
de cour ; — Pipatoii, homme de 
lettres ; Grobisot, financier ; — Vian. 
for, voyageur ; — Didorbec, libraire; 
Cardebatte, joueur ; — Scandide, 
poète; — Pianlair, danseur, et Liipi- 
nade, grand rieur et grand polisson. 
On a pensé, et je suis volontiers de 
cet avis, que tout cela était imagi- 
naire et que cette coterie n'avait 
jamais existé. Il estvraisemblable que 
le bon abbé Bordelon a imaginé ce 
cadre pour avoir l'occasion d'écrire 
les portraits satiriques de personna- 
ges, pris dans toutes les conditions, 
et qu'il avait sous les yeux au com- 
mencement du XVIIP siècle. 



COUNTESSE (the; of pem- 

BROKE'S ARCADIA, written by 
Sir Philippe Sidnei. — London. Prin- 
ted for W. Ponsonbie, 1590 in-4. 



Telle est l'édition originale d'un 
roman pastoral très célèbre en Angle- 
terre et dont on connaît plus de vingt 
éditions, UArcadie a été traduite 
dans plusieurs langues européennes, 
notamment en français, par J. Baii- 
duin (Paris, 1624-1625, 5 vol. in-8.) 
On en trouve une excellente analyse 
dans un ouvrage fort bien fait et 
trop peu connu en France, « The 
History of Fiction, » par J. Dunlop. 
Cette Pastorale, que Sidney n'eut pas 
le temps de finir, est appelée L'Arca- 
die delà comtesse de Pembroke, parce 
que l'auteur la dédia à sa sœur Ma- 
rie, femme du fameux comte Henry 
Pembroke. Il ne semble pas douteux 
que Sidney ait mis en scène des per- 
sonnages contemporains sous les 
noms de ses bergers et bergères : 
Dametas, Musidorus, Pamela, Pyro- 
cles avaient vraisemblablement leur 
modèle dans la belle compagnie du 
temps; on sait notamment que sous 
le nom de Philoclea, il a voulu dési- 
gner une dame qu'il aimait, nommée 
Rich, et en l'honneur de laquelle il 
composa son joli poëme « Astrophel 
and Stella, wherein the excellence of 
sweete poésie is concluded » (London, 
1591, in-4.) ^^ serait intéressant de 
former la clef de VArcadia, comme 
on a fait pour un roman pastoral 
plus célèbre encore, VAsirée. J'ignore 
si ce travail a déjà été fait; s'il ne 
l'est point, il faut convenir que la 
tâche n'est pas à la portée de tout le 
monde. 



CouPECu (Le) de la Mélanco- 



lie. 



Voir : Le Moyen de parvenir. 



COUPLETS SATIRIQUES, SUR 
L'AIR DE L'OPÉRA D'ccHÉSIONE » 
{De Danchcf). a Que l'amant qui 
devient heureux, etc. » — Attri- 
bués à Jean-Baptiste Rousseau, ces 



241 



LES LIVRES A CLEF 



242 



couplets, suivant ce dernier, au- 
raient pour véritable auteur Joseph 
Saiirin. 

Composés en 1 709, ces tristes vers 
n'ont pas été admis dans toutes les 
éditions des œuvres de J.-B. Rous- 
seau ; ils se trouvent dans un sup- 
plément de l'édition de Bruxelles 
(1732), puis dans celle de Londres 
(1734); dans celle de Londres (Pa- 
ris, 1747), ils sont gravés à l'imi- 
tation de l'écriture, avec la musi- 
que ; on les voit encore dans divers 
volumes du xviii" siècle, notam- 
ment à la fm de 1' « Histoire saty- 
rique de la vie et des ouvrages de 
M. Rousseau », par Gacon, et dans 
la belle édition de Lefebvre. 
(Paris, 1820, T. II, p. 411, 423). 

Personne n'ignore combien de dis- 
grâces ces couplets attirèrent au 
malheureux Rousseau ; ils se compo- 
sent, comme on sait, de trois séries ; 
Rousseau est peut-être bien l'auteur 
de la première, mais, malgré l'arrêt 
du Parlement de Paris, en date du 
7 avril 1712, il est permis de douter 
très fort qu'il ait composé les deux 
autres. C'est du reste une des ques- 
tions d'histoire littéraire les plus in- 
téressantes du XYIII" siècle; la lumière 
n'a point encore été faite sur ce 
sujet qui mérite une étude toute spé- 
ciale. 

Quoi qu'il en soit, les Couplets ren- 
trent bien dans la catégorie des Livres 
à clef; les personnages visés par le 
libelliste figurent tantôt sous des 
nomsanagrammatisés, tantôt sous de 
véritables pseudonymes. Voici d'ail- 
leurs la clet des trois séries de cou- 
plets, rele%éesurun exemplaire an- 
noté par un amateur du XVIIP siècle : 
Niodis, c'est Dionis ; 
Malotte, — Lamotte, trappiste défro- 
qué ; 



Dinboin, — Boindin ; 
Raiisin, — Saurin ; 
La Gaiigre, — Lagrange ; 
Marigret, — de Grimarcst ; 
Chandet, — Danchet; 
Lhorebrune, — Rochebrune; 
Roitelet, — Lero)^, conseiller au Châ- 

telet ; 
Bécrillon, — Crébillon ; 
Memonet, — l'abbé Mommenet ou 

Maumenet ; 
Guarenet, — l'abbé Raguenet ; 
Liviers, — de Villiers ; 
Frissane, — de Francine ; 
Edouard, — Houdart de la Motte ; 
Hantereau, -~ Autreau ; 
Bellesogne, — l'abbé Bragelogne; 
Alileris, — Lemeris, médecin ; 
Repinet, — Perinet, fameux partisan ; 
Zepé ou Xepé, — de Pezé ; 
Lerbise, — Berlisse, conseiller à Metz ; 
Vassaint, — Saint- Vast, 

Tout cela n'est pas difficile à dévoi- 
ler; voici qui l'est davantage: « Le 
réchappé des prisons, qui toujours 
réforme et critique », c'est le sieur 
Rousseau, huissier de la Chambre qui 
avait été mis à la Bastille ; — « L'é- 
denté petit vieillard, quart de savant, 
grand babillard », c'est le sieur Paris, 
alors âge de 70 ans»; — L'insensé 
qui de poison ose accuser sa belle- 
mère », c'est encore Boindin ; — a Le 
Fantôme hideux, à cheveux plats, à 
longue face », c'est l'algébriste Geof- 
froy ; — «.Le petit avocat Rago- 
tin, plaidant comme prêchait Cotin », 
c'est Pursyet; — « Le jeune adroit 
escroc», c'est La Faye, qui cherche à 
duper mainte grue, la comtesse de 
Verrue. 

Ces indications sont recueillies sur 
un exemplaire annoté et complété par 
une main de l'époque. Le même an- 
notateur a rempli les mots et les vers 
laissés en blanc dans le texte ; mais 
il s'y trouve des choses si ordurières 
et de telles infamies qu'il ne saurait 
être question de transcrire ici les cou- 
plets ainsi complétés. 

Cet exemplaire serait fort utile pour 



243 

un travail spécial sur le procès de 
J.-B. Rousseau et sur un certain 
groupe littcraire d'alors. 

Coups (Les) de bec et les Coups 

DE PATTE... 

Voir : Manuscrit tombé de la 
Lune... 



COURONNEMENT (LE) D'UN 
ROI, essai allégorique, en un acte 
(en prose), suivi d'un vaudeville^ 
par un Avocat au Parlanent de Bre- 
tagne. Imprimé au Temple de Mé- 
moire. (Rennes), 1775. in-8de 17 p. 
fig. Très rare. 

Le faux titre porte : La Comédie 
DE Bretagne, représentée sur le 
théâtre de Rennes, le samedy 28 
janvier 1775. — Réimprimé sous la 
Restauration. Paris, U. Canel. A. 
Dupont. In-8, i fr. 

Cette allégorie en quatre scènes est 
de l'avocat Louis-Jérôme Gohier. Elle 
est consacrée à la louange du roi 
couronné, c'est-à-dire Louis XVI, dont 
on exalte les vertus aux dépens de 
la mémoire de Louis XV ; on y 
vante aussi les grâces et les mérites 
d'une princesse qui embellit la cour, la 
princesse de Lamballe, qui assistait à 
la représentation; parmi les person- 
nages allégoriques qui entourent le 
jeune roi, on reconnut le trop fameux 
duc d'Aiguillon, sous les traits du 
Despotisme et le duc de Richelieu sous 
ceux du Vieil esclave couronné de 
Myrtes, qui conduit la Volupté, ou 
Mme Du Barry. Enfin les deux magis- 
trats représentent M. de Miromesnil 
et le malheureux procureur-général 
Caradeuc de la Chalotais. Les inten- 
tions de l'auteur étaient assurément 
excellentes; malheureusement, il ne 
sut pas, dans l'exécution, garder la 



LES LIVRES A CLEF 



244 

mesure convenable, et ses allusions 
trop adulatrices pour Louis XVI, très 
inconvenantes pour le feu roi et pour 
ses ministres, déterminèrent le ducde 
Penthièvre, nouveau gouverneur de 
Bretagne, à faire supprimer cette 
pièce. 

COURONNEMENT (LE) DE 
GUILLEMOT ET DE GUILLE- 
METTE, avec le sermon du grand 
docteur Burnet. Jouxte la copie à 
Londres, chez Jean Benn (Rouen). 
1689, in- 12. 

Cette pièce satirique, publiée en 
Franceet dontl'auteur est inconnu, est 
dirigée contre Guillaume- Henri de 
Nassau, qui venait de monter sur le 
trône d'Angleterre sous le nom de 
Guillaume III. 

Court intrigues, in a collec- 
tion OF ORIGINAL LETTERS... 

Voir : L'Atalantis de madame 
Manley. 

COURT (THE) LADY, or The 
Coquet's Surrender. a Comedy, 
1730, London, in-8. 

Cette pièce anonyme semble avoir 
trait à quelque intrigue de cour alors 
bien connue. Elle est dédiée à « une 
grande dame de la cour », qui sans 
doute servit de type au principal per- 
sonnage. — Le titre courant » The hu- 
morous punster » est motivé par le 
caractère d'un autre personnage de la 
comédie qui ne parle que par pointes 
et ne vise qu'à faire de l'esprit. La pièce 
est médiocre et ne paraît pas avoir eu 
grand succès. ( « Biographia Drama- 
tica » T. Il, p. 74.) 

COURT TALES, or a History 



245 



LES LIVRES A CLEF 



OF THE Amours of the présent 
NoBiLiTY. London 1717, in-8. Re- 
printed, with a Compleat Key . Lon- 
don, 1732, in-i2. Très rare. Un 
exemplaire de la deuxième édition 
est inscrit dans la « Bibliotheca 
Grenvilliana » (T. 11, p. 136.) (Les 
Contes de la Cour, ou Histoire des 
amours de la noblesse de ce temps). 
Anonyme. 

Cet ouvrage satirique et scandaleux 
n'est cité dans aucune des biographies 
spéciales de M. « Pisanus Fraxi » ; - il 
rentrerait bien cependant dans cette 
catégoriede livres, si l'on en croitcette 
unique appréciation de Lowndes : 
« An infamous publication. » (T. I, 
p. 536.) — Je ne l'ai jamais vu. 

COURTISANNE (La) DE SmYRNE. 

Voir : Psaphion, et Impostures 

innocentes. 



CRI (LE) DE L'INDIGNATION, 
suivi de la Requête de Janot. Lon- 
dres, 1783, in-8. 

Ce libelle anonyme, très piquant et 
très rare, n'aurait été tiré, suivant les 
mémoires du temps, qu'à 10 ou 12 
exemplaires. Il tend, dit le catalogue 
Leber ( n° 4,779 ), à ridiculiser M. Hue 
de Miroménil, garde des Sceaux, dont 
jetaient singulier pour les rôles de 
Crispin et de Janot, s'était exercé chez 
M. de Maurepas, et avait, disait-on, 
contribué à son élévation. ( Voir la 
« correspondance secrète, politique et 
littéraire», 21 mai 1783). 

CRIME (LE) D'UN PRINCE DU 
SANG, actualité chinoise en un 
acte et un revolver, par Otter Cor- 
dâtes et A***. Joué pour la pre- 



246 

miére fois à Bruxelles, à Liège et à 
Genève, le 11 février 1870. Bruxel- 
les, P.-J.-D. de Somer, 1870, in- 18 
de 44 p. — couverture rouge. 

Pamphlet sans aucune valeur litté- 
raire, publié à l'occasion du meurtre 
de Victor Noir, journaliste, par le 
prince Pierre Bonaparte. Il ne faut 
pas faire un grand effort pour recon- 
naître les véritables personnages de 
cette pièce, le prince Pim-Pam, Chien- 
Chien, journaliste officieux, Tapefort, 
écrivain indépendant de la Chine, de 
Fou-FoUf ami de Tapefort. Il suffit 
d'ailleurs de se reporter au procès de 
M. Pierre Bonaparte, porté devant la 
haute cour de justice, présidée par 
M. Zangiacomi, cette même année 
1870. 



Critique (La) de l'École des 
Femmes. 

Voir : Œuvres de Molière. 

CRITIQUE HISTORIQUE, PO- 
LITIQUE, MORALE, ÉCONOMI- 
QUE ET COMIQUE SURLESLOT- 
TERIES ANCIENNES ET MODER- 
NES, SPIRITUELLES ET TEMPO- 
RELLES DES ÉTATS ET DES ÉGLI- 
SES. Traduit de l'italien de M. 
Grégon'o Leti, avec des considéra- 
tions sur l'ouvrage et sur l'aiiteur, 
par le traducteur (Ricoticr). Ams- 
terdam, chez l'ami de l'auteur, 
1697, 2 vol. in-i2. Peu commun. 

Cet ouvrage a d'abord paru en italien ; 
mais la traduction française est plus 
recherchée que l'original. Leti, en 
traitant un sujet qui paraît être pure- 
ment spéculatif, a trouvé le moyen de 
distribuer des injures à un grand 
nombre de personnes et] d'accroître 



247 

encore celui de ses ennemis. Ricotier 
publia une réfutation de cet ouvrage 
sous le titre de : « Considérations sur 
la critique des loteries, etc. », réim- 
primée à la suite de l'ouvrage ci-dessus 
décrit ; on y ajouta un portrait de Léti, 
habillé en moine, plaisanterie qui 
l'affligea beaucoup. — Une clef des 
noms est indispensable aujourd'hui 
pour bien comprendre les malicieuses 
allusions contenues dans la «Critique 
des loteries »; malheureusement celle 
qui a été imprimée n'est pas jointe à 
tous les exemplaires. — Le « Bulletin 
du Bibliophile » offrait, en i86(j, un 
bel exemplaire de cet ouvrage, avec la 
clef au prix de 12 fr. 



CURIOSITÉ ET INDISCRÉ- 
TION, par M. Fourincr Vcrncuil. 
« Publier sa pensée lorsqu'elle peut 
intéresser le bien commun, n'est 
pas seulement un droit, c'est un 
devoir. » A Paris, chez tous les 
marchands de nouveautés. Impr. 
A. Boucher, 1824, in-8 de vi- 
328 p. et VII p. pour la table. 

Ce volume, devenu peu commun 
renferme de bien curieuses anecdotes 
de la fin du XVIII^ siècle et du com- 
mencement du X1X°. — Dans les vingt- 
quatre chapitres qu'il contient, l'au- 
teur préludait aux méchancetés qu'il 
jeta à pleines mains dans son autre 
ouvrage « Paris, tableau moral et 
philosophique», publié en 1826, et 
dont il est parlé plus loin. La plupart 
des personnages visés par Fournier- 
Verneuil, sont nommés en toutes 
lettres dans « Curiosité et Indiscrétion»; 
un certain nombre cependant ne sont 
désignés que par des initiales et, comme 
on pense bien, ce ne sont pas les moins 
maltraités. Il doit exister des exem- 
plaires où les noms sont remplis à la 
main ; la clef d'ailleurs ne serait pas 
difficile à faire et sans doute celle de 



LES LIVRES A CLEF 



248 

(( Paris » reproduite in extenso dans 
cette élude, aiderait beaucoup à sa 
rédaction. 



CYMBALUJM iMUNDI, en fran- 
çoys, contenant quatre dialogues 
poétiques, fort antiques, joyeux et 
facétieux. « Probitas laudatur et 
alget. » MDXXXVII. (Paris, Jehan 
Morin), pet. in-8 de 32 f. de 27 li- 
gnes, lettres rondes. Extrêmement 
rare. 

On compte plus de dix réimpres- 
sions ou éditions de cet ouvrage ; 
une des meilleures est celle publiée 
en 1858, par M. Paul Lacroix, 
(Paris, Delahays, in- 12). 

On n'a point à faire ici l'histoire ou 
la critique de cet écrit célèbre que 
tout le monde connaît et que tant de 
gens ont appelé «un livre détestable, 
un livre impie, un livre qui mérite- 
rait d'être jeté au feu avec son au- 
teur ». Ce qu'il convient de dire, c'est 
que le « Cymbalum » a donné lieu à 
bien des recherches et des remarques 
de divers commentateurs ; les travaux 
les plus importants, faits à son sujet, 
sont ceux de .Prosper Marchand, de 
Bernard de la Monnoye, de Ch. 
Nodier, de M. Louis Lacour, du bi- 
bliophile Jacob et surtout de M. Eloi 
Johanneau qui, le premier, a décou- 
vert le secret de cette énigme philo- 
sophico-religieuse. C'est en effet cet 
érudit chercheur quia révélé la véri- 
table signification de ces quatre dia- 
logues, en dévoilant les anagrammes 
des noms placés en tête de l'épître 
dédicatoire, laquelle est ainsi conçue : 
« Thomas du Clevierà son ami Pierre 
Tryocan, S. » En un mot, le « Cym- 
balum Mundi » n'est autre chose 
qu'une allégorie satirique contre la 
religion chrétienne. Il y aurait beau- 
coup à dire pour établir, discuter ou 



249 



LES LIVRES A CLEF 



250 



rejeter l'exaclitude des interprétations 
proposées pour les divers noms qui se 
rencontrent dans ce petit livre; mais 
ce travail serait beaucoup trop long et 
exigerait trop de développements. On 
se contentera donc de reproduire ces 
indications^ en laissant aux véritables 
érudits le soin d'en discuter et d'en 
apprécier la valeur. Voici, telle qu'elle 
résulte principalement des notes de 
l'excellente édition donnée par M. P. 
Lacroix, la clef sommaire du Cymba- 
linn Miindi : 

Thomas du Clavier (pour Clcnier), — 
Thomas Incrédule. 

Pierre Tryocan, — Pierre Croyant. 

Mercure, — Sans doute Jésus-Christ. 

Byrphanes, — Claude Rousselct, de 
Lyon(?). 

Curtalius, — Benoît Court, juriscon- 
sulte Lyonnais (r). 

L'Hostesse, — Marthe, que l'Eglise 
appelle L'Hôtesse de Jésus-Christ. 

Rlietulus, — (Lutherus), Martin Lu- 
ther, chef de la Réforme. 

Cubercus, — (Buccerus), Martin Bucer, 
réformateur. 

Drarig, — Girard, fameux alchi- 
miste, traducteur de Roger Bacon. 

Trigabus, — Celui qui gabe les trois 
autres(.'') Peut-être Mathias Garb itus, 
suivant La Monnoye, et plus vrai- 
semblablement Erasme, suivant 
M. Lacroix. 

Cufido, — Peut-être Clément Marot. 

Celia, — Peut-être la Délie de Maurice 
Scéve. 

Phlegon, — Personnification du bas 
clergé et des moines. 

Statius, — ? 

Ardelio, — Sans doute François It. 

Hylactor, — Etienne Dolet t 

Pamphagus, — serait B. Des Periers, 
lui-même. 

Actéon, — autre personnification de 
Jésus-Christ, 

La langue d' Actéon, — les Evangiles. 

Le Mensonge, — le Catholicisme. 

La Vérité, — La Réforme. 

Juno, — peut-être la Vierge-Marie. 



Melanchetès, — Melanchton, réforma- 
teur. 
Théridamas, — Zwingle, réformateur. 
Oresitrophus, — Osiander, id. 
Le Guet, — l'Inquisition. 
La déesse de la chasse, — Diane de 

Poitiers (r). 
Madame ^/inerve, — Marguerite d'An- 

goulème, reine de Navarre. 
Gargilius, — peut-être Louis de Bre- 

zé, mari de Diane. 
Actéon, — pourrait représenter encore 

le dauphin (Henri II). 
Diane, — pourrait signifier l'Eglise. 
Erus, — (pour Esus), Jésus-Christ. 
Les Vestales, — Les religieuses. 
Les Druides, — Les prêtres catholi- 
ques. 
Les Vertus de la Pierre, — Les Mira- 
cles. 
Le Livre des Destinées, — La Bible. 
Tout cela, comme on voit, est 
plus ou moins douteux. Il serait à 
désirer qu'un chercheur conscien- 
cieux voulût bien refaire une étude 
complète sur la véritable clef de cet 
écrit célèbre, qui a motivé, dans son 
temps,'les rigueurs de la Justice. (Voir 
G. Peignot, « Dictionnaire des ouvra- 
ges condamnés au feu », t. I, p. loi- 
102.) 



CYTHÉRÉE (LA). Par Marin- 
Leroy, sieur de Gomhcrviïïc. Paris, 
1621, 1644, 1640, 1642, 1654 et 
1667, 4 voL in-8. 

Cet ouvrage, comme la « Caritée » 
du même auteur (voir plus haut), 
contient, sous des noms supposés, des 
anecdotes relatives à des personnages 
du temps. Suivant Lenglet du Fres- 
noy, « La Cythérée », qui n'a que 
quatre volumes dans les premières 
éditions, en aurait eu jusqu'à neuf 
dans les suivantes : cette assertion est 
peu acceptable, parce que la fiction 
paraît bien terminée au quatrième 
volume. Quoiqu'il en soit, cet ouvrage 



251 

n'offre aucun intérêt maintenant, il 
ne serait utile à lire que si Ton en 
retrouvait la clef. 



Dames (Les) dans leur naturel. 
Voir : Les Conquestes amoureu- 
ses du Grand Alcandre. 



DANSE (LA) DES ECUS, folie- 
vaudeville en un acte, par M" Marc 
Fournier et de Kock. Paris, Lévy, 
1849, in-i2, 50 cent. 

Cette petite pièce, jouée sur le théâ- 
tre des Variétés, au mois de septembre 
1849, était remplie d'allusions mali- 
cieuses contre le gouvernement répu- 
blicain ; c'était en realité une pièce de 
réaction; aussi fut-elle suspendue pour 
modifications, dès la seconde repré- 
sentation. Les deux principaux per- 
sonnages nommés Banque-du-Peuple, 
(Proudhon) et Phalanstère (Victor 
Considérant), devinrent Erostrate et 
Songe-Creux : mais on conserva à ce 
dernier sa fameuse queue avec un 
œil au bout (Voir : Th. Muret; His- 
toire par le Théâtre, t. 111, p, Syo.) 



DE REGNO VULVARUM.sATiRA. 

Cet ouvrage, inconnu à la plupart 
des bibliographes, fait l'objetde l'arti- 
cle suivant de la « Bibliographie Gay » 
(t. Il, p. 426) : 

« Violente satire écrite vers i55i, 
à une époque où diverses femmes 
exerçaient un grand pouvoir politique 
dans quelques Etats de l'Europe. 
D'Aubigné («Confession de Sancy », 
livre I, ch.) l'attribue à François Hot- 
man. On ne retrouve pas d'exemplai- 
res de cet écrit, dont divers auteurs, 
notamment C.-F. Flœgel ( « Histoire 
de la littérature comique, en alle- 
mand, t. Il, p. 494), ont cité quel- 



LliS LIVRES A CLEF 



252 

ques vers. 11 suffira de transcrire les 
quatre premiers : 

Fulva rtgit ScolosÇi) ; bœres tcitet illa Brilannos (2) ; 
Flaniros et Batcivos nunc notha vulva régit (3); 
Vulva régit populos, quos signât Gallia porta (4); 
Et fortes Galles Itala vulva régit (5). 

I, MsrieStuart; 2, Elisabeth, reine 
d'Angleterre; 3, Marguerite, hlle na- 
turelle de l'empereur Charles-Quint, 
duchesse de Parme; 4, Catherine 
d'Autriche, sœur de Charles-Quint, 
veuve de Jean III, roi de Portugal, et 
régente pendant la minorité de son 
hls Sebastien; 5, Catherine de Médi- 
cis. » 

Ajoutons que Niceron ne cite point 
cette satire dans la liste qu'il donne 
des ouvrages du célèbre jurisconsulte, 
(t. XI, p. 109-134.) 



DEBAUCHEES (THE), or The 
Jesuit caught. Comedy, by Henry 
Fielding. Acted at Drury, Lane, 
1733, (London), in-8. 

C'est l'histoire du père Girard et de 
La Cadière, qui faisait alors tant de 
bruit et qui déjà, en France, avait été 
mise au théâtre. 



DÉCOUVERTE (LA) AUS- 
TRALE, par un homme volant, ou 
le DÉDALE FRANÇAIS, nouvcUe très 
philosophique, suivie de la Lettre 
d'un singe, etc. « Dœdalus intereà 
Creten... » Imprimé à Leipsick, et 
se trouve à Paris, s. d. (1781), 
4 vol. in-i2 de 422 p. en tout, 
orné de 23 gravures. 

Cet ouvrage est l'un des plus bizar- 
res de Nie. Ed. Restif de la Bretonne, 
qui semble avoir emprunté de ses 
idées fantastiques au « Voyage dans 



253 

la Lune » de Cyrano de Bergerac. 
L'ouvrage est suivi de diatribes extrê- 
mement satiriques contre divers per- 
sonnages du temps et qui, pour ce 
motif, furent arrêtées et cartonnées 
par la censure. Notons en passant 
Vlatromachie, vive polémique en 
faveur du docteur Guillebert de 
Préval, ami de Restif, contre la faculté 
de médecine de Paris ; la Raptoma- 
chie, sorte de parade dialoguée, mani- 
festement dirigée contre les nouvelles 
ordonnances, contre les corporations 
de métiers et contre leurs auteurs ; la 
Loterie, allusion plaisante à l'ouvrage 
de Condorcet sur les « Eléments du 
calcul des probabilités » ; enfin et 
surtout la Séance che^ une Amatrice : 
dans ce curieux opuscule, on doit 
reconnaître sous les traits de V Ama- 
trice, M"« Panckoucke, qui avait épousé 
Suard et qui réunissait chez elle une 
espèce d'académie littéraire, entre 
autres : V Encyclopédiste ( Suard 
lui-même), le petit Cliafoin (Gazon 
Dourxigné), Du Thé (l'abbé Ar- 
noud), le groshomme (Condorcet), 
r Avocat-Arlequin (Coqueley deChaus- 
sepierre) ; Le Philosophe ne peut être 
que Restif lui-même. Il faut consul- 
ter, pour plus de détails, sur la Dé- 
couverte Australe, la « Bibliographie 
deRestif))(p. i9'S-207)deM.P. Lacroix. 



DÉMÉTRIUS SOTER, ou le Ré- 
tablissement DE LA FAMILLE ROYALE 
SUR LE TRÔNE DE Syrie, S. 1. (Pa- 
ris?) 1745, in- 12. 

« C'est une allégorie en faveur du 
Prétendant à la Couronne d'Angle- 
terre ; elle est, au moins en partie, de 
Cl, Gros de Bo^^e, secrétaire de l'Aca- 
démie des Inscriptions et Belles-Let- 
tres » (Note manuscrite de l'abbé 
Goujet, reproduite par le » Diction- 
naire des Anonymes » t. I, col. 875.) 
Cette attribution est confirmée par 
Quérard, dans sa « France Littéraire. » 



LES LIVRES A CLEl- 



DENDROLOGIA, DODONA'S 
GROVE, or the Vocale Forest, 
by James Howcll. London, 1640, 
in-folio, front, grav. Autres édi- 
tions : Londres, 1644, in-4 avec 
la clef; Londres, 1645 i Cambridge. 
1645, in-12; et augmenté d'une 
deuxième partie en 1650, etc. 

Traduit en français, par Baudouin, 
la première partie en 1641 (Paris in-4); 
la seconde, en i652 (Paris in-4), sous 
les titres de « La Forêt de Dodone », 
ou « Les Arbres Parlants. » « Jacques 
Howel, né en Ecosse, en i5g4, mou- 
rut en 1666 ; il avait été persécuté par 
suite de son attachement à la cause 
royale; Charles II le récompensa en 
créant pour lui la place d'Historiogra- 
phe royal d'Angleterre. La DendrolO' 
gia est le seul de ses écrits qui ne 
soit pas aujourd'hui absolument ou- 
blié. C'est une allégorie étrange, où 
l'analogie entre l'histoire réelle et la 
fiction n'est pas maintenue, 11 y 
retrace l'histoire de l'Europe, de i6o3 
à 1640; les diverses nations sont 
représentées par des arbres animés 
(on retrouve la même imagination 
dans le « Voyage de Nicolas Klimius 
dans le monde souterrain » ). L'idée 
est absurde, l'imagination maladroite, 
l'invention pauvre et obscure; l'his- 
toire y est presque dénaturée. Howel 
manquait d'esprit et il voulut y sup- 
pléer par des plaisanteries lourdes et 
fatigantes. Après tout, dit flallain, 
c'était un homme instruit et observa- 
teur. Il y a des exemplaires de la tra- 
duction française avec la clef, d'ailleurs 
incomplète, que Baudouin a eu la 
singulière idée de mettre en vers 
latins ; en voici les principaux arti- 
cles : 

Le Cèdre, — l'empereur Ferdinand III. 
La Vigne, — Louis XIII. 
L'Olive, — Anne d'Autriche. 
L'Olivier, — Le roi d'Espagne. 
Le Chêne, — Charles i^' d'Angleterre. 



255 

Le Platane, — L'Electeur de Saxe. 

Le Frêne, — Gustave-Adolphe. 

Le Sapin, — Christian IV, roi de 

Danemark. 
Le Sycomore, — le duc de Toscane, 
Le Chardon, — le Sultan. 
Le Cyprès, — le duc de Savoie. 
Le Liège, — le roi de Pologne. 
Le Lierre, — le Pape. 
Le Myrthe, — la République de Ve- 
nise. 
Le Pin, — l'Electeur Palatin. 
Le Sui-eaii, — le duc de Bavière. 
Adriane, — Venise. 
Ampelone, — la France. 
Blanche-For est, — Albion, l'Angle- 
terre. 
Bombycène, — l'Italie. 
Cardénie, — le Danemark. 
Colombine, — l'Amérique. 
Dodone, — l'Europe. 
Elayane, — l'Espagne. 
Léoncie, — Les Provinces-Unies. 
Laraner, — l'Irlande. 
Monticol, — l'Ecosse. 
Pétropole, — Rome. 
Tamisone, — Londres. 
Ramandas, — le cardinal de Riche- 
lieu. 
Rocalin, — le prince de Galles. 
Seralvio, — le duc d'Olivarès. 

Ne quittons point Jacques Howel, 
sans dire un mot de deux autres ou- 
vrages allégoriques qu'il a composés 
et qui ne sont pas plus récréatifs que 
le précédent. 
Ce sont : 

1° Instructions for forreine Tra- 
VELL. — By James Howell. London 
1642 in-i2 orné d'un front, grav., par 
HoUar et d'un portraitdu princeChar- 
les, par Glover. 

Instructions pour voyager a l'é- 
tranger. — Traduit en français. Pa- 
ris, 1648 et iG52, in-4. « C'est, dit la 
« Biographie Michaud », un ouvrage 
allégorique sur l'histoire du commen- 
cementdu XVII' siècle, où l'on démon- 
tre par quelle voie et en combien de 
temps on peut prendre un tableau 
exact des royaumes et états de la 



LES LIVRES A CLEF 



256 

chrétienté et parvenir à la connais- 
sance pratique des langues.» 

2° The Parley of the Beasts, or 
Morphandra Queen of the enchanted 
iSLAND. — London, i65o, in-folio, 
front, grav. par Gaywood, avec un 
portrait de l'auteur. 

La Conférence des Animaux, ou 
Morphandre, Reine de L'Ile enchan- 
tée. — Je n'ai trouvé aucuns détails 
sur cette dernière fiction allégorique 
et peut-être politique. Le meilleur 
essai sur Jacques Howell et sur ses 
ouvrages se trouve dans l'« Athenae 
Oxonienses» d'Anthony Wood. 

DERNIER (LE) CRI DU MONS- 
TRE, Vieux Conte indien, s. 1., 
Juillet 1789, 15 p. 

Pamphlet politiquedont l'auteur est, 
suivant le « Dictionnaire des Anony- 
mes », N.-M.-F. Bodard de Tézay. 
Tous les noms y sont anagrammatisés; 
ainsi, il faut traduire Nœlac par Ga- 
lonné, Eliomen par Loménie, Kernec 
par Necker, Cangilop par Polignac, 
Salénor par Orléans, etc., etc. 

Ce libelle fait vraisemblablement 
suite à une autre pièce du même genre 
citée aux catalogues Leber (t. Il, 
n» 5,017) ^t de T.. cy {1864, Paris, 
n° 743, avec la clef) et intitulée: Le 
Monstre déchiré. Vision prophétique 
d'un Persan qui ne dort pas toujours. 
Ispahan et Paris, 178g, in-8, 3o p. 
Très probablement aussi ce factura 
est du même auteur que le « Der- 
nier cri », et la même clef lui doit être 
applicable; elle occupe, dans les 
exemplaires qui en sont pourvus, les 
pages 24 à 29. 

DERNIÈRE (LA) GUERRE DES 
BETES. Fable pour servir a l'his- 
toire DU XVIII* siècle. Par l'auieur 
d'Ahassdi. 

a . . . . Quid rides? Mutato no- 
mine, de te Fabula narratur. » 



257 

Horat. Serm. Lib. I. Ecl. I. A 
Londres, chez C. G. Seyffert, li- 
braire, MDCCLVIII, — Deux par- 
ties en un volume in-12, de 218 p. 

Cet ouvrage est de M"* Fauque, qui 
se fit appeler aussi M^' Fauque de 
Vaucluse, sans doute parce qu'elle 
était originaire du comtat d'Avignon. 
On trouve, dans la Biographie Uni- 
verselle de Michaud (t. XIV, p. 197) 
et dans la France Littéraire (t. 111, 
p.7 1) d'intéressants renseignements sur 
la vie et sur les écrits de cette femme 
auteur, dont l'existence fut passable- 
ment agitée. La Dernière Guerre des 
bêtes est une allégorie continuelle re- 
lative aux événements politiques qui 
se produisirent alors en Europe. Les 
faits y sont parfois singulièrement 
présentés ; certaines allusions ne man- 
quent pas de finesse, mais la lecture 
de cet ouvrage est aujourd'hui assez 
fastidieuse et n'offre que peu d'inté- 
rêt; il serait d'ailleurs à peu près in- 
intelligible maintenant, si l'auteur 
n'avait eu la sage précaution de faire 
imprimer, en tête de son livre, une 
clef de plus de trois pages. La Bio- 
graphie Universelle insinue que le vé- 
ritable lieu d'impression de la Der- 
nière Guerre des bêtes serait Bruxelles: 
cela paraît bien invraisemblable. 
D'abord, le papier et les caractères 
typographiques employés pour la 
publication du volume sont manifes- 
tement de fabrication anglaise ; en 
outre, àchaque pagede nombreuxmots 
ou lambeaux de phrases sont impri- 
més en italiques ; or, cette disposition, 
encore fort usitée de nos jours en 
Angleterre, était surtout employée au 
XVIII^ siècle, dans les imprimeries de 
ce pays; enfin, dans la clef, plusieurs 
mots et noms, qu'on eût pu impri- 
mer alors impunément, tout au long, 
à Bruxelles, ne sont indiqués que par 
des initiales ou par leurs lettres essen- 
tielles. Sans doute, malgré la liberté 
d'écrire dont jouirent toujours les 



LES LIVRES A CLEF 



258 

Anglais, l'éditeur de Londres craignit 
d'éveiller des susceptibilités qui eus- 
sent eu pour lui des résultats fâcheux. 
Voici la clef de la dernière guerre 
des Bêtes, telle qu'on la trouve ordi- 
nairement dans les exemplaires de ce 
livre : 
Pages 

I — La Montagne, — le Ciel. 

1 — Le Sage, — Dieu. 

2 — Les Animaux, les Bêtes, — les 

hommes. 
•1 — La Forêt, — le monde. 
4 — Le Commentaire, — l'Évangile, 
10 — Le Fleuve, — la mer. 

10 — L'herbe, — Matières de com- 

merce, marchandises. 

11 — Le Lion, — le François. 

II — Le Léopard, — l'A..gl..s. 

(l'anglais). 
II — Le Chameau, — le Hollan- 

dois. 

1 1 — L'Eléphant, — le Russe. 

12 — L'Ours, — l'Allemand. 

12 — Le Loup, — le Polonois, Da- 
nois, Suédois. 

12 — Le Cheval, — l'Espagnol, 
Portugais. 

12 — Le Chien, — le Suisse. 

12 — Le Renard, — l'Italien, 

12 — Les Castors, — les Génois. 

I4 — Le Dromadaire, — l'Autri- 
chien. 

14 — Le Tigre, — le Pr..ss..n 
(prussien). 

i5 — Les Singes, — les auteurs ou 
personnes distinguées par 
leur esprit ou leur mérite. 

17 — Radeaux, — Vaisseaux. 

18 — Vers-luisans, — Or, argent. 

25 — Interprètes, — P..l..m..t (par- 
lement). 

3o — N'entendre que d'une oreille et 
se boucher Vautre, — Chan- 
gement de religion sous 
Henri VIII. 

3i — Le Roi qu'ils étranglèrent, — 
Charles I^r. 

3i — Le Roi qui ft couper les oreil- 
les, — Louis XIV qui chas- 
sa les protestants de France. 



259 

3-2 — Le Roi des lions qui veut chan- 
ger son fils en cheval, — la 
guerre pour mettre Philippe 
sur le trône d'Espagne. 

3(S — Les Bétes s'assemblèrent après 
la guerre des chevaux, — la 
paix et le traité d'Utrecht. 

39 — Une autre forêt ; la seconde ou 

la nouvelle forêt, — l'Amé- 
rique, 

40 — Première forêt, — le premier 

monde connu. 
42 — Matière combustible, — pou- 
dre à canon. 

5o — Ils demandèrent au Grand Re- 
nard d'envahir la nouvelle 
forêt, — Charles V deman- 
de au pape une bulle qui lui 
donne la souveraineté de 
l'A«iérique.' 

56 — Prairie de dou:{e cents pas, — 
Nouvelle Ecosse. 

56 — Prairie de mille et deux cents 
pas, — Acadie. 

56 — L'Jsle Gris-de-Lin, — Saint- 

Christophle. 

57 — Cabane verte, — Port-Royal, 

ou Annapolis royale. 
57 — Pour y manger et boire, — 

la pêche. 
57 — Colline tirant à gauche, — Cap 

de Sable. 

59 — Second traité, — traité d'Aix- 

la-Chapelle. 

60 — Cabanes, — Villes et Forts. 

64 — Arpenteurs, — Commissaires 
pour régler les limites. 

64 — Arpentage de lièvre, — ce que 
les A..gl..s (Anglais) deman- 
dent. 

64 — Arpentage de tortue, — ce 
que les Français disent avoir 
accordé, 

68 — L'Isle Bleue, — Cap Breton. 

(JS — Isles vers la source de la lar- 
ge rivière, — Iles à l'em- 
bouchure du golte Saint- 
Laurent, 

69 — Isle Jaune, — Terre-Neuve. 

72 — Conférences, — Mémoires des 
commissaires. 



LES LIVRES A CLEF 



260 



74 — Un Renard, — Séb. Cabot. 

75 — Un de nos Rois, — Jacques I". 

76 — Un de nos ambassadeurs, — 

Le comte d'Estrées. 
76 — Un de nos léopards, — Mon- 
sieur William Temple. 
80 — La langue des anciens renards, 

— la langue latine. 

83 — Lions vagabonds, — Prêtres et 
moines. 

92 — Champ fleuri, — Cap de bona 
Vista. 

124 — Lettre trouvée dans l'oreille de 
leur chef, — Lettre trou- 
vée à B..dd..k ? 

127 — La plus belle de mes prairies, 

— la Sibérie. 

i3o — S'arracha quelques lambeaux, 

— Ostende et Nieuport. 
i36 — Isle-Rouge, — Minorque. 

i37 — Le Léopard qui commande 
les radeaux, — B...g (J. 
Byng). 

i39 — Léopard-singe, — P.... (Pitt). 

146 — Sauteurs, — Jansénistes. 

147 — Lionne favorite, — Madame 

de P..p..d..r (Pompadour). 

i53 — Deux de ses principales caba- 
nes, — Nieuport. 

i56 — Roi des ours blancs, — Elec- 
teur de Saxe. 

i63 — // s'était abaissé jusqu'à se 
quereller avec un singe, — 
Frédéric II et Voltaire. 

164 — Je sacrifiai tour à tour le res- 
sentiment et l'amitié, — La 
défection du roi de P. (Prusse) 
lorsqu'il quitta les Français; 
sa réconciliation avec la 
reine de Hongrie. 

i65 — Leurrer par elle, — Par Os- 
tende et Nieuport. 

172 — Loups jaunes, — Polonais. 

181 — Ours gris, — H...v.,.ns (Ha- 
novriens). 

194 — Défenseur de la bonne façon 
d'entendre, — Défenseur de 
la religion protestante. 

194 — Loups gris, — les Suédois. 

194 — Une autre espèce de loups, — 
les Danois. 



26l 



LES LIVRES A CLEF 



262 



195 — Lion sage, expérimenté, — 

le comte d'Estrées. 
ig6 — Lion qui avait pris l'Isle Rou- 
ge, — Duc de Richelieu. 
2o3 — Lion singe, ministre d'Etat ac- 
cusé de négligence, — M. de 
Maurepas. 
208 — Léopard qui avait une confu- 
sion dans la tète, — M...d...t? 
208 — Arpent de terre, — Ile d'Aix. 
212 — Le Rhinocéros, — le Turc. 
2i5 — Fable., — Fable d'Ésope, tra- 
duite par La Fontaine. 
N.-B. — Presque toujours, lorsque 
l'auteur se sert du mot de Bêtes, c'est 
pour désigner quelque sottise ou re- 
prendre de quelque folie ; autrement, il 
se sert de celui ^'animal. 

La simple lecture de cette clef fait, 
mieux que toute analyse, connaître 
la nature de l'ouvrage de M"" Fauque; 
elle a pour but de reproduire, sous le 
voile d'une fable assez ingénieuse, les 
diverses phases des démêlés de la 
France et de l'Angleterre, ainsi que 
les intrigues du roi de Prusse (le roi 
des Tigres!) Assurément un tel livre, 
qui est plus favorable à la France 
qu'aux autres États de l'Europe, sem- 
ble aujourd'hui bien anodin; il faut 
savoir gré, cependant, à M"« Fauque 
de n'avoir pas craint de le publier, 
à une époque et dans un pays où la 
haine contre notre nation était si pro- 
fonde et si générale. 

Dernière (La) ressource de 

Voir : La Messaline française. 

DESCRIPTION DE L'ISLE DE 
POURTRAITURE ET DE LA 
VILLE DES POURTRAITS. (Par 
Charles Sorel). Paris, 1659 in-12. 
— Réimprimé dans la collection 
des « Voyages imaginaires. » 
(T. XXIV, p. 339-400). 

Ce livre est plutôt un ouvrage allé- 



gorique qu'un écrit à clef. « C'est, dit 
M. V. Fournel, une satire de la mode 
des Portraits, qui s'était répandue, 
depuis quelque temps dans les let- 
tres. Sorel y étudie tour à tour, d'une 
manière assez mordante, les peintres 
héroïques, les peintres comiques et 
burlesques, les peintres satiriques, 
les peintres amoureux, etc. ; il 
raille leurs défauts ou leurs ridicules 
et n'épargne pas davantage les pré- 
tentions de ceux qui se font peindre. 
L'intrigue est fort légère, mais le ré- 
cit ne manque ni d'intérêt ni de viva- 
cité. Ce qu'il y a de plus remarquable, 
c'est que l'auteur place dans la bou- 
che de son guide un grand éloge des 
portraits que les Scudéry frère et sœur 
ont semés dans leurs romans, en par- 
ticulier dans Cyrus et Clélie qu'il a 
si vertement attaqués ailleurs. » 

Il ne doit pas être impossible de 
dresser une sorte de clef des auteurs 
ou des ouvrages que Sorel a nécessai- 
rement visés dans cette allégorie sa- 
tirique. 

Description de l'Isle des Herma- 
phrodites... 

Voir : Les Hermaphrodites.... 

DESCRIPTION DE LA MÉNA- 
GERIE ROYALE DES ANIMAUX 
VIVANTS ÉTABLIE AUX THUI- 
LERIES, s. I. (Paris). De l'impri- 
merie du Pape, 1792. in-8. 

Le catalogue de Pixérécourt (p. 386) 
attribue à F. Dantalle ce petit écrit, 
qui n'est autre chose qu'un violent et 
odieux pamphlet contre Louis XVI, 
sa famille et ses serviteurs, récem- 
ment revenus de Versailles à Paris. 
C'est toujours le même procédé allé- 
gorique; les noms vrais sont dégui- 
sés sous des noms d'animaux. 

Description du pays de la Jan^ 
sénie. 



26} 

Voir : Relation du Pays de Jan- 

SÉNIE. 

DESCRIPTION ET VENTE CU- 
RIEUSE DES ANIMAUX FÉROCES 
MALES ET FEMELLES DE LA 
MÉNAGERIE DU CABINET D'HIS- 
TOIRE NATURELLE DES CI- 
DEVANT JACOBINS, LES CRIS 
ET HURLEMENTS DE CHAQUE 
BÊTE, et leur utilité. Nota : La 
vente aura lieu huit jours après la 
présente publication. Le présent 
catalogue se distribue à Paris, chez 
Grapignac, huissier-priseur, rue 
Honoré, et Dévorant, secrétaire de 
la Société mère, rue des Jacobins. 
De l'imprimerie de Gaulemeriti, s. 
d. (de la fin de 1794 ou du com- 
mencement de 1795), in-8, 16 p. 

D'après le « Dictionnaire des Ano- 
nymes » (t. I,coL 904), cette pièce ré- 
volutionnaire serait signée : <£Martin. 
C'est une facétie rarissime, c'est sur- 
tout une œuvre satirique, presque de 
réaction, destinée à ridiculiser les ter- 
roristes, qui y sont désignés sous des 
qualifications grotesques ou désho- 
norantes; ainsi, le Tigre, c'est Car- 
rier ; VOrang-Outang , c'est Col lot 
d'Herbois ; le Loup-Cervier, c'est 
Duhem;etc., etc. Ce petit écrit est des 
plus curieux. 

DESCRIPTION TOPOGRAPHI- 
QUE, HISTORIQUE, CRITIQUE 
ET NOUVELLE DU PAYS ET DES 
ENVIRONS DE LA FORÊT-NOIRE, 
SITUÉE DANS LA PROVINCE DU 
MERRYLAND. Traduction très libre 
de l'anglais, avec cette épigraphe : 
« A bon entendeur, salut ! — A 
Boutentation, chez les veuves Sula- 



LES LIV RES A CLEF 



264 

mites, aux petits appartements 
de Salomon. L'an du monde 
100,700,700,000(1770?). Pet. in-8 
de83p.fig. — Réimprimé à Bruxelles 
en 1866. Trois fois condamné (Voir 
le « Catalogue des ouvrages con- 
damnés, » p. 1 19-120). 

L'original anglais est intitulé : 

« A NEW DESCRIPTION OF MERRY- 
LAND, » ETC., 7* édition, Bath- 
J. Leake, 1741, in-8, nombreuses 
réimpressions et imitations. 

Ce livre est d'un bout à l'autre une 
allégorie obscène. Le Merryland 
(Joyeux-Pays) est une certaine partie 
du corps de la femme. Le frontispice 
représente la carte du Pays. On trou- 
vera dans la « Bibliographie Gay » 
( t. III, p. i3-i4) des détails très com- 
plets sur cet ouvrage plus que sca- 
breux, qu'on ne peut cependant se 
dispenser de citer dans une étude sur 
les livres allégoriques. 

DEUX (LES) AMOURS, par 
Emile Bigiîlion (de Grenoble). — Pa- 
ris, de Potter, 1844, 2 vol. in-8, 
prix : 15 fr. 

Ce roman est le seul ouvrage publié 
par feu M. E. Bigiîlion. Certaines 
personnes de Grenoble crurent se re- 
connaître dans les portraits et les si- 
tuations de cet écrit, et menacèrent 
l'auteur de le poursuivre judiciaire- 
ment. M. Bigiîlion, pour avoir la paix 
et peut-être reconnaissant le bien 
fondé des plaintes qu'on lui adressait, 
prit le parti d'envoyer au pilon l'édi- 
tion entière de son ouvrage. Après sa 
mort, ses héritiers brûlèrent les exem- 
plaires qu'il avait conservés : il n'é- 
chappa à cette destruction que les 
quelques exemplaires, en très petit 
nombre, offerts par l'auteur à des 
amis, aussitôt après l'impression du 



2G- 



LES LIVRES A CLEF 



266 



volume. Les renseignements qui pré- 
cèdent ont été donnés par M. A. Clau- 
diu, dans le catalogue de sa librairie 
(1873, n» 3754). M. Claudin était plus 
à même que quiconque d'être bien 
renseigné sur ce livre à clef; c'est lui 
qui a fait, en 1872 et 1878, les deux 
ventes de la bibliothèque de feu M. Bi- 
gillion. 



DEUX (LES) DUCHESSES, par 
Alexis Bouvier, roman publié en 
feuilletons dans le journal a la Lan- 
terne » (Paris). Le premier feuille- 
ton est daté du samedi 6 mai 
1882. 

Cet ouvrage n'est autre chose que 
la reproduction, sous une forme ro- 
manesque, des incidents qui ont mo- 
tivé un célèbre procès pendant à la 
même époque devant le Tribunal civil 
de la Seine (mai 1882). Il s'agit d'une 
demande à fin d'homologation d'une 
délibération du conseil de famille 
destituant la mère de la tutelle de 
ses enfants, présentée au nom de 
M"' la duchesse de Chevreuse, contre 
M"» la duchesse de Chaulnes, sa bru. 
Assurément le romancier a introduit 
dans son récit des faits et des person- 
nages imaginaires, mais le fond du 
livre est basé tout entier sur les faits 
du procès dont tous les journaux, et 
particulièrement la « Gazette des Tri- 
bunaux », ont longuement rendu 
compte. 

Les personnages sont donc très faci- 
les à reconnaître : la duchesse de 
Saisy, c'est M°^ de Chevreuse ; — le 
duc et la duchesse de Theuil, M. et 
M"'^ de Chaulnes ; — la princesse 
Danileff, M™'' la princesse Galitzin, 
mère de la jeune duchesse ; — An- 
toine de Suppy, c'est sans doute M. de 
D.y dont le nom ne fut pas prononcé 
au procès, mais que tout le monde a 
nommé tout bas; — V Abbaye de 
Solente, c'est l'Abbaye de Solesmes ; 



— Dom Colistc représente le bénédic- 
tin Dom Piolin, auquel on a fait jouer 
un singulier rôle en cette affaire. Les 
autres personnages paraissent être 
de fantaisie et n'avoir été créés que 
pour les besoins du romancier. 



DEUX (LES) JUMEAUX VOYA- 
GEURS, de l'engin artificiel et usage 
voluptueux d'une redingote à l'an- 
glaise ; histoire véritable, un peu 
plus que galante, ornée de treize 
gravures en taille douce. Au Palais- 
Royal, chez M"'^Gosset, fabriquante 
de redingotes, etc., 1791, S-L. (Pa- 
ris) in-8 de 48 p. Les figures sont 
très libres. 

Aen juger par la simple lecture du 
titre, cet opuscule est une production 
extrêmement obscène : ce qu'on ne 
peut deviner, c'est que c'est aussi un 
pamphlet politique; suivant la «Biblio- 
graphie Gay » (t. 3, p. 32), ce livret, 
en prose et en vers, est une violente 
satire dirigée contre Marie-Antoinette 
et contre les principaux personnages 
des règnes de Louis XV et de Louis 
XVI; cet infâme écrit doit être bien 
rare; il n'est cité, ni dans le catalogue 
Leber, ni dans celui de G. de Pixéré- 
court, ni même dans la Bibliothèque 
révolutionnaire de M. de la Bé- 
doyère. 

DEUX (LES) SIÈCLES, Dialogue 
en vers, par iVl. de Tansiimir, étu- 
diant en seconde au collège de Beau- 
fort, sous l'abbé Gilbert. — Se- 
conde édition, à Ferney, pays de 
Gex. De l'imprimerie de la Sybille, 
1776 (suivi de couplets en pot- 
pourri). La première édition est de 
1770. Une troisième édition, singu- 
lièrement augmentée (elle comprend 



267 

1,035 vers), a été publiée en 1798. 
Une quatrième en 1799, avec ce 
titre « Galerie des Portraits ou les 
Deux Siècles. » 



Cette satire est de Mérard de Saint- 
Just. Comme presque tous les ouvra- 
ges de cet auteur bizarre, elle contient 
des vers inachevés ; d'autres sont 
marqués par des lignes de points ; 
des mots ne sont indiqués que par une 
initiale, etc. J'ai sous les yeux la 3« 
et la 4e éditions des « Peux siècles. » 
Dans mon exemplaire de la 3» édition, 
qui provient de la vente Béhague, on 
a rempli, comme suit, à la main, les 
mots initialisés ou ponctués : 



LES LIVRES A CLEF 



268 



5 — du M.... un tel, — Maréchal. 

6 — L.., — L'Angleterre. 
6 — Au..., — Auguste. 

6 — S..., — Saint-Germain. 

7 — entre, — entre deux draps. 

8 — Sa..., — Saurin. 
8 — Ne..., Necker. 

8 — Su..., — Suard. 

8 — P..., — Parlement Maupeou. 

8 — Ling..., — Linguet. 

8 — L..., — Le bon Turgot. 

9 — D... le Grand D..., — Dupont, 

le grand Dupont. 
9 — B... fils du P.., — Beaumar- 
chais, fils du petit Caron. 

i3 — un M..., — Ministre. 

12 — un..., — un évêque. 

i3 — C.., — Choiseul. 

i3 — Versailles est des.., — des pré- 
lats. 

14 — les P... de D..,, — les prêtresde 
Dieu. 

14 — Sur la R..., — la religion. 

14 — H..., — La Harpe. 

14 — B..,, — Barthe. 

17 — d^Al .., — d'Alembert. 

21 — Nousavons .., — Marmontel. 

22, 23, 24 — L... il/..., — La Harpe et 
Marmontel. 
Cette clef s'applique aussi à la 4^ 

édition, qui contient d'ailleurs beau- 



coup de noms nouveaux en toutes let- 
tres. 



Deux (les) veuves infortunées. 
Voir : L'Amitié désunie par l'A- 
mour. 

DEVINERESSE (LA), ou les faux 
enchantemens, comédie, suivant la 
copie imprimée à Paris, C. Blageart 
(HoUande-Elzévir), 1680, in- 12 dé 
190 p. en tout. Plusieurs fois réim- 
primés. 

Cette pièce, en b actes et en prose, 
est de Thomas Corneille etdeJeanDon- 
neau, sieur de Visé. « Le succès immense 
de cette comédie, représentée au mo- 
ment même où la Voisin était brûlée 
en place de grève, fut déterminé sur- 
tout par les allusions qu'on y trouva 
et qui allaient droit aux personnes 
les plus considérables de la cour, 
compromises dans les procès de la 
Chambre ardente. Les deux auteurs 
toutefois protestèrent dans leur « Avis 
au lecteur » contre ces allusions : 
« Tant de gens de toutes conditions 
« ont esté chercher les devineresses, 
« qu'on ne doit point s'étonner si on a 
« trouvé lieu de faire quelques appli- 
« cations. Il est pourtant vray (et on 
« se croit obligé de le protester) qu'on 
« n'a eu aucune veue particulière en 
« faisant la pièce... — On n'a eu d'au- 
« tre but que de faire voir que tous 
« ceux et celles qui se meslent de de- 
« viner, abusent de la facilité que les 
« faibles ont à les croire. » — On peut 
voir dans les lettres de M""^ de Sévi- 
gné quelles étaient les personnes qui 
durent se reconnaître dans cette comé- 
die, où les pratiques des devineresses 
sont traduites en scènes d'après les 
interrogatoires des accusés mis sur la 
sellette à l'arsenal » (Catalogue So- 
leinne. — N» 1413). 

La Voisin est manifestement mise 



269 

en scène dans la « Devineresse » sous 
le nom de Madame Jobin ; cette der- 
nière diflere cependant de son modèle 
en ce qu'elle ne se conduit pas, dans 
la comédie, de manière à mériter le 
bûcher. 

Le catalogue des livres de feu M. de 
T..cy (Tracy, Paris, 1864) décrit, sous 
le no 386, un bel exemplaire de l'é- 
dition originale de « La Devineresse », 
orné de huit curieuses gravures qui 
manquent à la plupart des exem- 
plaires. 

DIABLE (LE) BOITEUX (par A.- 
R. Le Sage). — Paris, Barbin, 1707, 
in-i2. 

Ce roman célèbre a eu un trop grand 
nombre de réimpressions pour qu'on 
puisse lesénumérer ici. La meilleure 
et la plus complète des éditions mo- 
dernes est celle donnée par M. Pierre 
Jannet, en 1876 (Paris, A. Lemerre, 2 
vol. in-i8.) Tout le monde sait que le 
« Diable boiteux » est une imitation 
plutôt qu'une traduction de l'ouvrage 
de Guevara, « El Diable cojuelo », qui 
parut pour la première fois à Madrid, 
en 1641. Le Sage emprunta son plan 
et un certain nombre d'anecdotes à 
l'auteur espagnol ; il avoua haute- 
ment ces emprunts et c'est bien à 
tort qu'on l'a souvent accusé de pla- 
giat, car, sauf ces emprunts, son 
livre offre une assez grande origina- 
lité et est bien personnel à l'auteur. 
« Le Sage, dit M. P. Jannet dans sa 
préface, n'avait pas besoin de mettre 
trop à contribution Guevara, Lope de 
Vega ou Calderon ; il est une autre 
source où il ne se faisait pas faute de 
puiser: il racontait volontiers, sous 
un voile transparent, les anecdotes 
parisiennes et c'était un moyen de 
succès de plus. Ce garçon de famille, 
qui devait trente pistoles à sa blan- 
chisseuse et qui aime mieux l'épouser 
que la payer, c'est Dufresny ; La veuve 
allemande, qui se fait des papillotes 



LES LIVRES A CLEF 



270 



avec la promesse de mariage de son 
amant, c'est Ninon ; Le Comédien 
métamorphosé en figure de décoration, 
c'est Baron ; Le grand juge de police 
dont il est parlé avec tant de vénéra- 
tion, c'est le lieutenant de police d'Ar- 
genson, etc., etc. >» Les contemporains 
reconnaissaient bon nombre d'autres 
masques, et il est vraisemblable qu'un 
chercheur, bien au courant des histo- 
riettes et des bruits de l'époque, com- 
poserait une clef beaucoup plus com- 
plète du « Diable boiteux. » 

DIABLE (LE) DANS UN BÉNI- 
TIER ET LA MÉTAMORPHOSE 
DU GAZETIER CUIRASSÉ EN 

MOUCHE, ou TENTATIVE DU SIEUR 

Receveur, inspecteur de la police 

DE PARIS, chevalier DE SAINT-LOUIS, 
POUR ÉTABLIR A LONDRES UNE POLICE A 
l'instar DE CELLE DE PARIS. Dédié à 

Monseigneur le marquis de Castries, 
ministre et secrétaire d'État au dé- 
partement delà marine, etc., etc. 
Revu, corrigé et augmenté par 
M. l'abbé Aubert, censeur royal, 
par Pierre Le Roux, ingénieur des 
grands chemins. — A Paris, de 
l'imprimerie royale. Avec approba- 
tion et privilège du Roi (1784), in-8 
de 159 p-, orné d'unegravure fron- 
tispice satirique (Londres). 

Autre édition in-12 (1784). 

Réimprimé encore sous le titre 
de : « Le Diable dans les affaires 
du gouvernement de France ». 
— Londres, 1787, in-12. 

Cet écrit, attribué généralement à 
Anne-Gédéon La Fitte, marquis de 
Pellepore, est un violent pamphlet en 
partie relatif au trop fameux Théve- 
neau de Morande, auteur du « Gaze- 
tier Cuirassé» et dirigé contre la 



271 



LES LIVRES A CLEF 



police française. Le « Dictionnaire de 
Quérard (Supercheries Littéraires) » 
fait figurer cet ouvrage parmi ceux de 
Théveneau. 

En voici la clef, relevée sur un 
exemplaire où les noms sont complé- 
tés par une main de l'époque : 
Pages 
12 — Le comte de M....r, — Le 

comte de Moutier. 
12 — R....r, — Receveur. 
12 — M. ...s, — Thévenot de Moran- 

des. 
12 — Le comte de V....S, — le comte 

de Vergennes. 
12 — Le if 'S de C....S, — Le Marquis 

de Castries. 
i3 — M. de S...., — M. de Sartines, 

lieutenant de police. 
i3 — Le Cte d'A...., — Le comte 

d'Artois. 
i3 — Le duc de C.,.., — le duc de 

Chartres. 
21 — M' Le N...., — Lenoir, lieute- 
nant de police. 

21 — A...., — Aubert. 

22 — Ms Sh....n, — Sheridan. 
25 — A...., — M. Amelot. 

3i — La F....,— M. de La Vrillière. 

36 — Le Cafetier Cuirassé, — Théve- 
not de Morandes, et non Beau- 
marchais, comme on l'a pré- 
tendu. 

44 — Le Cte de G..., — Le comte de 
Grasse. 

44 — M. de G.,..n, — De Guichen. 

48 — 0....r, — Olivier. 

bC> — Duc de la V....n, — duc de la 
Vauguyon. 

86 — il/ino de B..,.n, — M"" de Bouil- 

lon. 

87 — Le Chevalier de Ch....y, — de 

Chiverny. 
Enfin, page i8, le libraire B....re, 
c'est le libraire Boissière, et p. ig, 
M. de la F...., ne peut être que M. de 
La Fare. 



DIABOLIQUES (LES), par J.Bar- 



272 

hey d'Aurevilly. — Paris, Dentu, 
1874, in-i2 de VIII-354 p. 

On sait quel succès obtinrent ces 
six nouvelles, succèi qui eût été bien 
plus grand encore sans les suscepti- 
bilités du Parquet (voirie «Catalogue 
des ouvrages poursuivis ou condam- 
nés»). Ce livre est devenu rare et c'est 
fâcheux, car c'est assurément une des 
plus remarquables productions de 
l'auteur. Il paraîtrait que M. Barbey 
d'Aurevilly n'a pas introduit dans ses 
récits que des personnages imagi- 
naires. Indépendamment des héros de 
ses nouvelles, il présente comme 
comparses, auditeurs ou narrateurs, 
des personnalités bien réelles, dégui- 
sées sous des noms d'emprunts ou 
désignés seulement par des périphra- 
ses allusives. « L'Intermédiaire » a 
déjà cherché à soulever un coin du 
voile, en nous faisant connaître 
(10 avril 1875) que la femme char- 
mante à la barre historique, dont il 
est question dans ce livre, n'est autre 
que la célèbre M™^ Juliette Récamier. 
Cette indication est bien peu de chose. 
Quelle bonne fortune pour les cu- 
rieux et les raffinés, si M. Barbey 
d'Aurevilly voulait bien donner un 
jour la clef de son remarquable ou- 
vrage. 



DIALOGUE ENTRE DEUX BRI- 
GANDS, l'un général de tous les 
Courtauts-de-Boutiques de la Com- 
pagnie des Indes anglaises, l'autre 
à la tête de tous les Rats-de-Caves 
de la France. — Paris. M"" Lescla- 
part. S.-D. (1788 ?) in-8 de 48 p. 

Pamphlet politico-financier; les 
Deux Brigands dont il s'agit ici sont 
lord Hasting et M. de Calonne. 

DIALOGUE SURNOMMÉ LA 
FRIGARELLE, aussi vilain que les 



273 

autres, traictant des amours d'une 
grande dame avec une fille, divul- 
gué en mesme temps à la Cour où 
il estoit commun, et n'en faisait 
l'on que rire,., etc., etc. Paris, 1 581. 

Cette pièce, d'une extrême rareté, 
est citée par P. de l'Estoile dans son 
« journal » ; en marge de son exem- 
plaire, l'Estoile avait écrit : vilain; ce 
ne doit pas être beau, en effet, car les 
nouveaux éditeurs du « journal » n'ont 
pas cru devoir i-eproduire cette pièce 
de vers, dont les entreparleurs se nom- 
ment Marie et Jeanne. Le dialogue 
commence ainsi ; c'est iVIarie qui 
parle : 

« Jeanne, l'on dit de toi chose estrange et nouvelle, 
« Comment tu te conjoins avec la Frigarelk, 
« Geste riche et grand'dame....» 

On juge par ce début sur quoi 
roule l'entretien. — Qui pouvaient être 
Jeanne, et surtout la Frigarelle ? 

Dialogue très élégant intitulé 
le pérégrin... 
Voir : Il Peregrino... 

Dialogues des génies différents 

QUI renversent le MONDE. 

Voir : Le monde renversé. 



DIALOGUES DRAMATIQUES ET 
ALBUIVI DE JEAN-BAPTISTE FORT- 
MEU. — Havre, imprimerie de 
Cercelet, rue de Paris, 37, 1834, 
in-8 de XII-323 p. et un feuillet 
pour la table, orné de cinq litho- 
graphies. Tirage à petit nombre 
pour les amis de l'auteur. 

Les « Dialogues dramatiques » au 
nombre de 22, occupent les pages 
3 à 221. L' « Album » composé de 



LES LIVRES A CLEF 



274 

contes, élégies, épigrammes, cantates 
et chansonnettes, comprend le reste 
du volume. D'après une note du ca- 
talogue Soleinne (no 3,822), la plu- 
part des dialogues « le Libéralisme au 
bureau », « l'Académie au petit pied », 
« les Titres de noblesse », « le Pa- 
triotisme au Salon», etc., etc., sont de 
petites pièces satiriques, d'après na- 
ture, qui firent, dit-on, scandale au 
Havre. Il est d'autant plus vraisem- 
blable que ces pièces visent des per- 
sonnages réels que l'auteur, dans sa 
préface, se défend vivement d'avoir 
voulu faire aucune allusion mali- 
cieuse: mais qui pourra découvrir 
les noms véritables du préfet d'Eg- 
mont, du sous-préfet Mainville, de 
Duroc, de Pillevoisin, de Favreau, de 
Taffar, de Patole, de M^o Leroi, 
etc., etc. 

Dialogues faits a l'imitation des 
ANCIENS. Voir : Hexaméron rusti- 
que. 

DIANEA (LA), Libri quattro, o 
sia : Le novelle amorose et gli 
amori infelici, da Giovanni Fran- 
cesco Loredano, Torino. 1637, in-12; 
Venezia, 1649, 1651 et 1654, 
in-24. 

Traduit en latin, par Michel Be- 
nuccio, et en français, sous le titre 
de La Dianée (Paris-Sommaville, 
1642, in-8), par Jean Lavernhe, sui- 
vant la« Biographie Michaud », ou 
par le maréchal de Schomberg, sui- 
vant l'abbé Lenglet-Dufresnoy, qui 
ajoute que le maréchal aurait mieux 
fait d'écrire sur l'art militaire. 

Ce recueil de nouvelles galantes 
serait, d'après Chr. Gryphius, un ou- 
vrage rempli d'allusions politiques ; 
voici comment il s'exprime à ce sujet 



275 

« Johanes certè franciscus Laureda- 
nus, senator venetus magni nominis, 
in venutissimà fabula, cui Dianeœ 
nomen imposuit, insidias Wallens- 
teinio à Ferdinando II structas, ope- 
rosè delineavit. Ubi rex Dianferdus 
est Ferdinandus (Ferdinand II, cin- 
quième grand-duc de Toscane) ; rex 
Vesatorum, Gustavus; dux Lovastinus 
Walleinstein ;Zenilt, Litzen; j-ex Gal- 
lonim, rex Hispaniarum ; dux de 
Riafe. Feria ; principes catanosœ, ma- 
gnœ Hetruriae ducis fratres ; Monar- 
cha Belgarum, Aqiiitanoriim et Celta- 
rum, rex Galliae ; Cornes Lagassus, 
Galassus ; Bœotia, Bohemia ». (Voir : 
Ch. Gryphii « Apparatus de Scrip- 
toribus Historiam sœculi XVII illus- 
trantibus », p. i66.) 

Laissons à Gryphius l'honneur et 
la responsabilité de ces interprétations 
et ajoutons seulement que Lorédan 
avait annoncé une suite à sa Dianée, 
sous le titre de Erisandra ; mais on 
ignore si cette pièce a été publiée. 

Dictionnaire des précieuses... 
Voir : Le grand Dictionnaire des 
Précieuses... 



DICTIONNAIRE NÉOLOGIQUE 
A L'USAGE DES BEAUX ESPRITS 
DU SIECLE, avec I'éloge histori- 
que de pantalon-phcebus, par un 
Avocat de province. — Paris, Lottin, 
1726, in- 12. Plusieurs fois réimpri- 
mé. La 7» édition est datée de Paris, 
1756, in-i2. 

Le « Dictionnaire néologique » est 
de l'abbé Desfontaines ; l'Éloge de 
Pantalon-Phœbus est de l'avocat Bel. 
Ces deux ouvrages sont des satires 
contre les écrivains du temps dont on 
a relevé les tournures de phrases ou 
expressions ridicules, avec force com- 
mentaires critiques. C'est principale- 



LES LIVRES A CLEF 



276 



ment de La Motte qui, sous le nom de 
Pantalon-Thœbus, est en butte aux 
traits malins de Bel et de Desfontaines. 
L'« Éloge historique » se termine par 
une petite bibliothèque imaginaire 
dont voici la clef : 
Septième tragédie d'Œdipe..., — De 

La Motte . 
Heures en versa l'usage des poètes..., 

— De La Motte. 
Eloges funèbres d'un style enjoué..., — 

Fontenelle. 
Nouvelle traduction de Salluste.... — 

L'abbé de Vayrac. 
Système nouveau sur toutes choses..., — 

De La Motte. 
L'art d'écrire en français..., — De La 

Motte. 
Le secret de parler vers en prose,.., — 

De La Motte. 
Recueil d'énigmes, rébus, logogri- 

plies.. , — le P. Le Jay, jésuite. 
Arlequin Métaphysicien, comédie...,— 

Carlet de Marivaux. 
^Parallèle du théologien brillant et de 

Vhistorien précieux..., — l'abbé 

Houtteville, le P.'Catrou, jésuite. 
Système incompréhensible dhm phi- 
losophe gascon..., — le P. Castel, 

jésuite. 
Le héros des traducteurs .., — le P. 

de Courbeville, jésuite. 
Traité du « Je ne sais quoi »..., — le 

P. de Courbeville, jésuite. 
La femme sage ou universelle..., — le 

P. de Courbeville^ jésuite. 

DIDYMI CLERICI, PROPHET.^ 
MINIMI, HYPERCALYPSEOS LI- 
BER SINGULARIS. Pisis, in adibus 
sapientiae. MDCCCXV. In-12 de 
XLVIII 52 pages. Portrait gravé au 
trait. On lit sur le premier feuillet : 
« Hujus libelli duplex facta est 
editio quarum una exemplisXII, al- 
téra XCII. » 

Ce singulier ouvrage est d'Ugo 
Foscolo, qui avait déjà pris le même 



277 

pseudonyme de « Didimo chierico », 
pour publier, en i8i3, à Florence, 
une traduction du «Voyage sentimen- 
tal » de Sterne. VHypevcalypsis, dit 
la « Biographie Michaud (t. 64, p. 289), 
est une satire violente contre les litté- 
rateurs italiens, thuriféraires de la 
domination française.» Cet opuscule, 
tiré à 104 exemplaires seulement, est 
aujourd'hui fort rare; voici les ren- 
seignements que donne à son sujet 
Meizi (Dictionnaire des anonymes et 
pseudonymes italiens, t. I, p. 297) : 
« L'indication de Tise est fausse, car 
ce petit livre fut imprimé à Zurich, 
où Foscolo était réfugié en 181 5. 
Douze exemplaires portent le vrai nom 
de l'auteur ; ils sont en outre munis 
d'une clef dévoilant les noms des 
personnages satirisés, personnages 
qui tous étaient à Milan les hôtes 
assidus des réceptions du comte 
Jean Paradisi, alors président du 
Sénat et de l'Institut du royaume 
d'Italie. Les 92 autres exemplaires 
sont sans clef ainsi que ceux d'une 
nouvelle édition publiée à Lugano. 
On peut affirmer d'ailleurs que cette 
satire ne contribua nullement à ac- 
croître la gloire de son célèbre au- 
teur. » 

Par malheur, l'exemplaire que j'ai 
sous les yeux est un des 92 qui n'ont 
pas la clef; j'ai, mais vainement, cher- 
ché à me la procurer; cependant elle 
est indispensable pour trouver quel- 
que plaisir à la lecture de VHyperca- 
lypsis qui, faute de ce secours, m'a 
paru (je l'avoue en toute humilité) 
aussi obscure que fastidieuse. 



DINAH SAMUEL, par Félicien 
Champsaur. — Paris, Paul OUen- 
dorff, 1882, in-i2 de II-539 P-> 
3 fr. 50. 

Cet étrange roman roule en grande 
partie sur les origines, la vie, les ha- 
bitudes et les aventures de la célèbre 



LES LIVRES A CLEF 



278 

actrice, M^'Sarah Bernhardt, déguisée 
sous le nom de £)/)i(3// Samuel; il faut 
reconnaître que le portrait est rare- 
ment flatteur, et, malgré les justes 
éloges accordés à la grande artiste, cet 
ouvrage ressemble bi^n souvent à un 
pamphlet. Mais là n'est pas, du moins 
au point de vue de notre étude, jle 
grand intérêt de « Dinah Samuel » : 
ce qui doit fixer l'attention, ce sont 
les nombreux détails que contient ce 
volume sur la jeune génération litté- 
raire de notre époque. L'auteur nous 
promène, de Montmartre au quartier- 
Latin, dans les cafés, brasseries, bals 
populaires, etc., et autres lieux de 
rendez-vous constituant en quelque 
sortes les cénacles où se rassemblent 
tous ces jeunes écrivains, artistes, 
poètes , prosateurs , naturalistes, Hy- 
dropathes ?, et autres fumistes (sic), 
que l'on peut regarder comme les hé- 
ritiers directs des derniers « Bohè- 
mes», illustrés parMurger. Parmi les 
écrivains mis en scène par M. Félicien 
Champsaur, le plus grand nombre 
sont destinés à tomber promptement 
dans un profond oubli ; quelques-uns 
ayant plus de valeur, ou peut-être 
plus de chance, arriveront ou sont 
arrivés déjà à se faire un nom ; ces 
derniers ne seront point oubliés plus 
tard parles rédacteurs de biographies, 
mais les autres, les plus nombreux, 
ne seront sans doute plus cités nulle 
part ailleurs que dans le livre de M. F. 
Champsaur, A ce titre donCj « Dinah 
Samuel », ouvrage d'une conception 
bizarre et qui parfois gagnerait à être 
mieux écrit, méritera d'être conservé 
par les curieux pour être consulté au 
besoin par la suite. Par malheur, et c'est 
une singularité de plus dans ce ro- 
man déjà fort étrange, les noms réels 
sont mélangés aux noms déguisés ou 
supposés, sans que rien puisse gui- 
der le lecteur dans cet assemblage de 
fictions et de vérités. M. Champsaur 
seul serait à même de donner une 
clef exacte des cent ou cent cin- 
quante noms de fantaisie sous les- 



279 



LES LIVRES A CLEF 



280 



quels il a voilé des personnages 

réels ; en attendant qu'il juge à pro- 
pos de la publier, on en peut toujours 

citer ici quelques-uns d'ailleurs assez 

faciles à découvrir; exemples: 

L'acteur Zim^im, — Daubray. 

Albert Max, — André Gille, le célè- 
bre caricaturiste. 

François Carvey, — Francisque Sar- 
cey. 

Louise Réphaja, — M"* L. Abbéma, ar- 
tiste peintre. 

Pothiron, — Thiron, acteur de la Co- 
médie-Française. 

Henri Bêchefort, — Henri Rochefort. 

Louis 'Pauvrepin, — Jean Richepin. 

'Paul Courget, — Bourget. 

Maurice Baylor, — M. Boucher. 

Emile Cardac' — E. Goudeau. (?) 

Eugène Raillet, — E. Gaillet, du 
« Corsaire ». 

Mouroude, — Touroude. 

Lorel, comédien^ — Porel, de l'Odéon. 

Braucoval, — Duquesnel^ directeur 
de l'Odéon. 

Jean Delthil, auteur du a Mendiante). 
— François Coppée, auteur du 
« Passant ». 

Jules Dony, — Jules Jouy. 

Alphonse Bébé, — Alphonse Daudet. 

Catulle Tendres, — Catulle Mendès. 

Carolus Zeph, — Victor Zay. (?) 

Tony Barillon, — Tony-Révillon. 

Guillaume Echternac, — William 
Busnach. 

Emile de Tabarin, — Emile de Girar- 
din. 

Ruy de Beaumasseur, — Guy de Mau- 
passant. 

Jacques Lamentable, — Jules Vallès. 

Savabien, — Savary. 

Philippe Fantoche, — Philippe Gille. 

Prunat, — De La Rounat. 

Numa Faridondaine, — Numa Bara- 
gnon. 

Les frères Genicourt, — MM.de Con- 
court. 

Juliette Eve, — M^e Juliette Lamber, 
veuve de M, Edmond Adam. 

Nana Lilic, — M"i'= Anna Judic. 

Morlow,, — M. G. Guizot. (?) 



Arthur de Gascon, — Alfred de Cas- 
ton. 
Le journal « Le Diderot », — « Le 

Voltaire ». 
Bardot, — Nadar (?) 
De Rosondo, banquier, — De Ca- 

mondo (?) 
Jules Potard, — M. Jules Ferry. 
Dodieau, — M. Clemenceau. 
Le journal « Le Vengeur », — L'In- 
transigeant. 
F. Crosy, — Fernand Crésy. 
Octave Câpre, auteur du Lynx, — 
Octave Feuillet, auteur du «Sphinx», 
etc., etc. 

Cette clef est bien incomplète; il 
y a peut-être cent autres noms en- 
core à dévoiler; tels sont ceux du gé- 
néral Oust, du scuplteur Kaugel, 
amants de Dinah Samuel, de Gabriel 
Savoureux, prosateur exquis, de l'ac- 
trice Berte Lévy, de Tigrée, de Juret, 
rédacteur du « Vengeur », des frères 
Paul et Alphonse Basil, de Charles 
Maubert, du peintre Lindor, etc., etc. 
Enfin, on peut se demander si sous 
le nom de Patrice Montclar, le héros 
du livre, l'auteur n'aurait pas retracé 
quelques épisodes de sa propre his- 
toire. 



Discours DE Jacophile du japon. 
Voir ; Les Hermaphrodites... 

DIVINE (LA) COMÉDIE DE 
DANTE ALIGHIERI, ENFER, PUR- 
GATOIRE, PARADIS. Traduite en 
vers selon la lettre et commentée 
selon l'esprit ; suivie de la clef du 
langage symbolique des fidèles 
d'Amour. Par E. Aroux. Paris, li- 
brairie des héritiers de Jules Re- 
nouard, 1856, 2 vol. in-8. 

On ne citera ici que cette traduction 
du poème du glorieux Florentin : la 
liste des éditions, traductions, com- 



28l 



LES LIVRES A CLEF 



282 



mentaires, etc., de la « Divine Comé- 
die » composerait à elle seule un gros 
volume ; c'est une véritable bibliogra- 
phie spéciale qui déjà a été faite en 
partie. Si l'on a choisi cette traduc- 
tion parmi beaucoup d'autres, c'est 
que son auteur, E. Aroux, s'est livré 
sur l'œuvre de Dante à des recher- 
ches qui rentrent absolument dans le 
cadre de notre étude; il a composé 
une véritableclef de ce poème immor- 
tel, clef dans laquelle, il faut bien 
l'avouer, certaines attributions, cer- 
taines conjectures semblent parfois 
assez risquées. Ce travail, publié à 
part et tiré à nombre restreint, forme 
une brochure in-8 de Sg pages, deve- 
nue fort rare aujourd'hui. Il serait 
impossible de transcrire tout cet opus- 
cule ; mais peut-être les lecteurs et 
admirateurs de Dante ne seront-ils 
pas fâchés de trouver ci-après un 
extrait de cette clef, « destinée, dit 
« M. E. Aroux, à ceux qui, possédant 
« assez la langue italienne pour lire 
« la Comédie dans l'original, voudront 
« se procurer le plaisir d'y recher- 
(( cher eux-mêmes la pensée du poète 
«et de la dégager des bandelettes mys- 
térieuses dont il l'a enveloppée.» Voici 
donc cette clef réduite à ses plus in- 
dispensables éléments : 
Achille. — Frédéric II, fils de l'empe- 
reur Henri VI. 
Adrien V. — Personnifiant l'ava- 
rice. 
Agneaux. — Les membres de l'Eglise 
dissidente, innocents et purs, ou 
Cathares, en opposition aux boucs et 
loups orthodoxes. 
Alcméon. — Frédéric II, faisant payer 
chèrement à l'Eglise albigeoise, sa 
mère, en tirant forcément le fer 
contre elle, la couronne impériale 
que lui avait conservée Inno- 
cent III. 
Alexandre. — Le pape Alexandre III, 
en lutte avec Frédéric Barberousse, 
dans la querelle des investitures. 
Alexandre le Grand. — Henri VII, 
faisant fouler aux pieds par ses 



soldats le sol embrasé de la Lom- 
bardie, révoltée à l'exemple de 
Brescia. 

Alichino. — Leprieur fiorentin Medico 
Aliotti. 

Altri. — Mot combiné pour offrir aux 
initiés les initiales de A rrigo Liicem- 
burg, Templaro, Romano Impera- 
tore. 

Aman. — Le pape, ministre infidèle, 
usurpant la puissance d'Assuérus, 
le monarque universel, roi des 
rois. 

Amate. — L'Italie, jci^;r/<3 amata. 

Amphiaraùs. — Léopold d'Autriche. 

Amphion. — Henri VII au siège de 
Brescia. 

Anges. — Les dignitaires de l'Eglise 
dissidente. 

Anges rebelles. — Les hauts digni- 
tairesde l'Eglisecatholique romaine: 
les cardinaux. 

Anthée. — Lemunicipe de Bologne. 

Arachné. — Rome tissant les vête- 
ments pontificaux. 

Arbres (vifs). — Les sectaires. 

Arbres {morts). — Les catholiques. 

Arche VI" {ArcoJ. —Con tractation du 
nom de Arrico, Henri de Luxem- 
bourg. 

Argenti [Philippe). — Personnifica- 
tion de l'esprit fiorentin, des hom- 
mes d'argent de son temps. 

Argo [Le navire). — Contraction 
â^Arrigo, Henri VII. 

Argus. — Figure de l'Inquisition. 

Ariane. — L'Eglise catholique, sœur 
de Pasiphaé, figure de la cour de 
Rome, engendrant le Minotaure, 
moitié homme, moitié brute. 

Aruns [l'augure). — L'un des membres 
de la famille Malaspina. 

Asdent. — Masque déguisant en save- 
tier, diseur de bonne aventure, 
Ghibert de Correggio, seigneur de 
Parme. 

Athamas. — Personnification des fu- 
reurs de Brescia, révoltée contre 
Henri VIL 

Aveugles. — Ceux qui suivent la loi 
de l'F^glise. 



283 

Babylone. — Rome, réceptacle de 
toutes les corruptions. 

Barattieri. — Les fonctionnaires pré- 
varicateurs et, plus particulièrement, 
les noirs florentins. 

Barbariccia. — Le gonfalonnier de 
justice, Jacopo Ricci. 

Bel:^ébuth. — Le pontife romain. 

Bice. — Nom mystérieux qui paraît 
être une syncope de Béatrice, mais 
qui, en réalité, donnant les initiales 
de Béatrice, de Jesu Cristo et d'En- 
rico, ou B. L C. E., résume la foi 
politique et religieuse de Dante. 

Blancs.— Faction de juste-milieu dans 
Florence. 

Boucs. — Les Noirs florentins. 

Briarée. — Philippe le Bel. 

Brutes. — Les catholiques. " 

Brutus. — Le parti des Noirs floren- 
tins. 

Cacus. — Le prince Jean de Naples. 

Caïphe. — Clément V, désigné sous ce 
nom comme ayant trempé dans la 
mort du Juste, en se rendant com- 
plice de l'empoisonnement de Hen- 
ri VIL 

Calchas et Euripyle. — Les deux 
frères, Antoine et Bassano Fisilaga. 

Calisto. — L"Eglise romaine, 

Capanée. — Tebaldo Brissato, créé 
prince par Henri VIL 

Cassius. — Philippe le Bel, comme 
complice de l'empoisonnement du 
César Henri VIL 

Chiron. — Le pape Innocent III. 

Circé. — L'Eglise romaine changeant 
les hommes en brutes. 

Cléopdtre. — La cour de Rome, toute 
sensuelle. 

Colchos. — Rome, dont le souverain 
possédait la Toison-d'Or. 

Deidamie. — La secte albigeoise, 
veuve de Frédéric II, son Achille. 

Diane. — Délie, la lune, la triple 
Hécate. Figure de la Papauté à la 
triple couronne. 

Didon. — Type de l'Eglise, inhdèle au 
Christ. 

Dite. — Florence habitée par les Fu- 
ries et dominée par les Noirs. 



LES LIVRES A CLEF 



284 

Dragliina^:{0. — Betto Brunelleschi, 
l'un des syndics des Noirs floren- 
tins. 

Dragon [de l'Apocalypse). — L'am- 
bition insatiable des pontifes fai- 
sant du Saint-Siège le tonneau des 
Danaides. 

Eaque. — Frédéric Barberousse. 

Ephialte (Le géant), — Robert II, roi 
de Naples, allié de Clément V et de 
Philippe le Bel, Briarée. 

Epicuriens. — Nom philosophique 
sous lequel étaient désignés les 
Guelfes affiliés à la secte albi- 
geoise. 

Esther. — L'Eglise sectaire, épouse du 
Monarque universel, Roi des rois. 

Eve. — L'Eglise sectaire, dans Flo- 
rence. 

Francesca de Rimini et son amant. — 
Figure géminée, symbolisant l'her- 
maphrodisme mystique des fidèles 
d'amour, forcés de se laisser entraî- 
ner, sous la conduitede la prostituée 
de Babylone, à la bourrasque infer- 
nale déchaînée par ce Lucifer qui 
fait son séjour dans Caïne, comme 
meurtrier de ses frères. Malheureux 
réduits à apostasier leur foi, par 
faiblesse de cœur et en vue d'inté- 
rêts matériels, pécheurs charnels, 
dès lors peccaiori carnali. 

Froid. — L'influence stupéfiante, mor- 
telle du Catholicisme. 

Gaia. — La gaie science. 

Gale. — Rogna, lèpre, la foi ortho- 
doxe. 

Ghisola [La belle). — Personnification 
de Bologne, livrée à l'influence 
d'Azzo d'Esté, marquis de Ferrare. 

Gibelins, — Partisans de l'Empire, 
appartenant plus généralement à 
l'aristocratie. 

Gomorrhe. — La cour de Rome, 

Gorgone. — L'Eglise romaine. 

Grecs. — Les transfuges, ayant un 
pied chez les Gibelins, et l'autre 
chez les Guelfes, comme les Grecs 
en Europe et en Asie. 

Guelfes. — Partisans du Saint-Siège, 
défenseurs des libertés municipales, 



285 

et en conséquence hostiles à l'Em- 
pire. 

Harpies. — Les ordres monastiques. 

Hélice ou Calisto changée en ourse. — 
Figure de la papauté se prostituant 
au paganisme. 

Hérode. — Le pontife romain. 

Homme riche. — Le pape enrichi par 
la donation de Constantin, qui fit 
il primo ricco padre. 

Jason, — Masque sous lequel Dante 
se représente rompant avec l'Eglise. 

Jason {frère d''Onias). — Figure de 
Clément V. 

Jupiter. — Tantôt figure du monar- 
que universel, tantôt du pape lan- 
çant les foudres de l'excommunica- 
tion. 

Lavinie. — Personnification de Rome, 
sous le rapport temporel. 

Lemnos. — Bologne. 

Lion. — Figure de la puissance fran- 
çaise, orgueilleuse et cruelle. 

Lombard {Le grand). — Barthélémy 
de la Scala. 

Louve. — Figure Je l'avidité, de l'am- 
bition sanguinaire des pontifes, de 
leurs appétits charnels, dont la 
nourrice de Romulus devenait le 
symbole. 

Malacoda. — Corso Donati. 

Manto. — L'Eglise albigeoise, réduite 
à s'expatrier après la mort de Ray- 
mond Bérenger. 

Mardochée. — Dante poussant Henri 
VII (Assuérus) à arracher le pou- 
voir à l'Aman romain. 

Médée. — Figure de l'Eglise catholi- 
que, magicienne perverse, mère 
dénaturée. 

Michol {femme de David). — L'Eglise 
de Rome, épouse du pontife. 

Midas. — Philippe le Bel. 

Minotaure. — Philippe de Savoie, sei- 
gneur de Turin. 

Mort. — L'Eglise catholique. 

Mosquées. — Les églises de Florence - 
Dite, peuplées de païens et de mé- 
créants. 

Myrrha. — Florence. 

Nemrod. — Guido de la Torre, ou 



LES LIVRES A CLEF 



286 



Gui de la Tour, très influent alors à 
Milan. 

Ninus. — Le Christ, époux de l'E- 
glise, cette prostituée de Babylone. 

Niobé. — L'Eglise romaine, châtiée 
dans son orgueil, mère de pierre. 

Pain des Anges. — La doctrine sec- 
taire. 

Panthère. — Florence, mobile, 
cruelle, offrant dans ses murs l'as- 
pect d'une mosaïque ou d'un pelage 
moucheté, à raison du mélange des 
Blancs et des Noirs. 

Pasiphaé. — La Cour de Rome se 
prostituant, comme la louve. 

Pelée. — Henri VI, pèi'e de Frédé- 
ric II. 

Peste. — Le Catholicisme. 

Phaéton. — La papauté. 

Phalaris. — Boniface VIII. 

Pharisiens. — Les docteurs de l'Eglise 
orthodoxe. 

Phèdre. — L'Eglise romaine, épouse 
infidèle. 

Phlcgias. — Charles de Valois. 

Pierre. — L'Eglise de Rome, édifiée 
sur Pierre. 

Pierres. — Les membres de l'Eglise 
orthodoxe. 

Pluton (Pliitus). — Le grand pape 
Grégoire VIL 

Polymnestor. — Philippe le Bel égor- 
geant les Templiers. 

Polyxène. — L'Eglise albigeoise, 
épouse de Frédéric II. 

Proserpine. — La grande comtesse 
Mathilde, flétrie sous ce nom comme 
la concubine dévote du pape Gré- 
goire VII. 

Prostituée {Grande). — L'Eglise de 
Rome. 

Putiphar. — La cour de Rome calom- 
niant Dante. 

Pygmalion. — Figure du tyran Phi- 
lippe le Bel. 

Rei. — Les Guelfes orthodoxes, fils 
de la perverse Rhéa. 

Rhéa. — L'Eglise romaine. 

Rien, Niente, Nulla. — Le pape. 

Roboam. — Le pape Clément V. 

Romieux. — Nom aftcctc aux sectai- 



287 

res qui faisaient le pèlerinage de 
Rome sous prétexte d'aller y gagner 
les indulgences, mais en réalité pour 
conférer avec leurs frères d'Italie. 

Rose. — L'Eglise albigeoise et sa doc- 
trine. 

Satan (Aleppe). — Le chef de TEglise 
romaine devenu prince souverain de 
Rome et des États pontificaux. 

Saul. — Eigure de la papauté réduite 
à se percer de ce glaive usurpé 
qu'elle a osé tourner contre le David 
impérial. 

Scorpion. — Figure de la papauté. 

Sémiramis. — La grande prostituée 
de Babylone. 

Sennachérib. — Figure du pape, qui 
doit s'attendre à être tué comme lui 
dans le temple, par ceux qu'il ap- 
pelle ses fils. 

Sodome. — Rome, digne pour l'impu- 
reté et la corruption d'être livrée 
au feu du ciel. 

Sodomites. — Les partisans exaltés 
du Saint-Siège. 

Templarisme. — Les Templiers. 

Thaïs. — Masque de comédie, sous 
lequel Clément V est flagellé. 

Tlièbes. — Brescia, la première à se 
révolter contre l'empereur Henri 
Vil. 

Tirésias. — Raymond Bérenger, dit 
le Vieux. 

Tout, Tutto.— L'empereur, monarque 
universel. 

Ulysse. — Masque sous lequel Dante 
se représente comme l'inséparable 
duDiomède Henri VII. 
Vénus (céleste). — En opposition à la 
Vénus terrestre, la prostituée de 
Babylone, Venus Proniké ou Pan- 
démos. 
Vie. — La foi albigeoise. 

Virgile. — La philosophie rationnelle 
des anciens mystères poétisant l'i- 
dée monarchique, n'est autre que le 
Bolonais de Virgilio, l'ami de Dante, 
avec qui il fut en correspondance 
jusqu'à sa mort. Suscité, évoqué 
parmi les morts de Bologne par la 
foi sectaire, Erychthonc cruda, il 



LES LIVRES A CLEF 



288 



fut l'initiateur du poète florentin au 
Templarisme ; aussi l'appelle-t-il 
son maître, son père, et ce fut son 
âme que le Bolonais eut mission 
d'arracher aux Noirs de Dite et à la 
cour de Rome, ce dernier cercle de 
Judas. 
Vivants. — Les membres de l'Eglise 
albigeoise. 

DIVORCE (LE) ROYAL, ou 

GUERRE CIVILE DANS LA FAMILLE DU 
GRAND ALEXANDRE. S. L n. d., in-4 

de 8 f. 2* édition ;. Cologne. P. 
iVlarteau, 1692, pet. in- 12 de 40 p. 

Cest encore un de ces innombra- 
bles pamphlets publiés en Hol- 
lande contre Louis XIV {Le grand 
Alexandre). Il s'agit ici plus spéciale- 
ment des démêles de M"" de Montes- 
pan avec la future marquise de Main- 
tenon. 

Docteur (le) Fagotin, comédie. 
Voir : L'emblesme de la Calom- 



DOM QUICHOTTE DE LA 
MANCHE, CHEVALIER ERRANT, 
ESPAGNOL RÉVOLTÉ, tragi-comé- 
die, par C. D., dédiée à iVl^e la 
marquise de Vassé. — Strasbourg, 
Josie Stœdel, 1703, in- 12 de 4!'. et 
102 p. 

Cette pièce, en 5 actes et en vers, est 
très rare; comme l'indique son titre, 
elle fait certainement allusion à la 
résistance des Espagnols dans la 
guerre de succession, et Dom Qui- 
chotte est en quelque sorte la person- 
nification de l'Espagne. Ces vers seuls, 
dans sa bouche, suffiraient pour met- 
tre sur la voie de l'allégorie: 

... Je prétends chasser ce jeune roy (Philippe V), 
Et l'envoyer ailleurs donner, s"il peut, la loy... 
Quel droit a-t-il icy de domination ? 

(Catalogue Solcinne, u» 1601). 



289 

DON (IL)PILONE, ovveroiL bac- 
CHETTONE FALSO, commedia, tratta 
nuovamenta dalfranzese da GiroJa- 
1110 Gigli. Lucca,Marescandoli, 171 1, 
in-8 de 5 f. et 124 p. Plusieurs 
réimpressions. 

Cette comédie en 3 actes et en prose, 
est, comme le titre l'indique, une imi- 
tation du « Tartuffe » de Molière. 
Girolamo Gigli, dont le vrai nom était 
JérômeNenci, la joua lui-même, sur le 
grand théâtre de Sienne ; il se chargea 
du rôle principal et, sous le nom de 
Don Pilone, reproduisit fidèlement les 
gestes et l'allure d'un cafard bien 
connu dans cette ville; il engagea en 
outre neuf de ses amis à jouer les 
autres rôles, chacun avec- les confor- 
mités physiques qu'il pouvait avoir avec 
les diverses personnes de Sienne qui 
s'étaient le plus ouvertement décla- 
rées pour ou contre cet hypocrite. Le 
succès de la pièce fut immense; 
malheureusement l'Inquisition inter- 
vint pour arrêter cette audacieuse sa- 
tire qui fut, en partie, l'origine de 
tous les malheurs de l'auteur. Gigli, 
dans ses écrits, dont beaucoup ne sont 
point parvenus jusqu'à nous, s'est 
livré à de nombreuses allusions et à 
de malicieuses personnalités. Nous le 
retrouverons à l'article « La Sorellina 
di don Pilone». (Voir, pour plus de 
détails, la « Biographie Michaud », 
t. XVII, p. 340 à 35o.) 

Dortoirs de Lacédémone. 
Voir ; Soupers de Daphné. 

Double (le) Règne. 
Voir : Le Brasseur roi. 

Douces (les) affections de Ly- 

DAMANT ET DE CalYANTE. 

Voir : Histoire tragi-comique de 
nostre temps, par d'Audiguier. 



LES LIVRES A CLEF 



290 

DUEL (LE) TITHAMANTE, HIS- 
TOIRE GASCONNE, par Jean d'In- 
tras, de Bazas. Paris, Robert Fouet, 
1609, in-i2 de 197 p., rare. 

Cet ouvrage, dit M. P. Lacroix, 
(« Bulletin du bibliophile», juin i8bj, 
p. 338, n" i58), semble être une his- 
toire véritable ornée de tout le clin- 
quant du plus mauvais goût, et sur- 
tout chargé des images les plus em- 
phatiques, autrement dit les plus gas- 
connes. Ce petit livre est dédié « à la 
désolée des désolées, Madame de Lerm, 
Anne de Calonges », qui avait perdu 
son Thithamante, son mari, dans un 
duel, et que l'auteur semble avoir 
eu fort à cœur de consoler de son 
mieux. 

Jean d'Intras, dont ne parlent point 
les biographies, a publié trois autres 
romans que n'a même pas cités Len- 
glet du Fresnoy. Il en est deux qui 
pourraient bien être aussi des his- 
toires véritables sous des noms dégui- 
sés ; ils sont intitulés : 

1° Le Lict d'honneur de Cha» 
7'iclée, où sont introduites les infor- 
tunées et tragiques amours du comte 
de Mélisse, par Jean d'Intras. — 
Paris, Robert Fouet, 1 609, in- 1 2 de 1 1 f. 
et 100 p. avec une vignette sur le 
titre. 

2" Le Martyre de la Fidélité, par 
Jean d'Intras, de Bazas. Paris, Robert 
Fouet, i6oq, in-12 de 85 p., joli fron- 
tispice de Thomas de Leu. 

Il en est vraisemblablement de mê- 
me pour un autre ouvrage du même 
auteur, intitulé : 

« Le Portraict de la vraye amante, 
contenant les estranges avantures de 
Calaris et la parfaite constance de 
Lysbie, par Jean d'Intras, de Bazas. » 
Paris, Robert Fouet i6og, in-12, 
front.-gravé. 



DUNCIAD(THE),au heroic poem 
to d' JONATHAN SWIFT ; with notes 

10 



291 

variorum and the prolegomena of 
Scriblerus ; written in the year 
1727 ; by Alexandcr Pope. — Lon- 
don, printed for Lawton Gilliver 
andj. Clarke, 1736, in-12 front. 

Telle est une des plus belles édi- 
tions de ce poème satirique, si sou- 
vent réimprimé et qui attira tant 
d'inimitiés à son auteur. Il est à noter 
que « La Dunciade » avait paru, jus- 
qu'à la huitième réimpression (Dublin, 
Faulkner, 1728, petit in-8), avec les 
noms simplement initialisés : depuis 
cette époque, dans toutes les autres 
éditions, les noms furent imprimés 
en toutes lettres. Les traductions fran- 
çaises de ce poème contiennent éga- 
lement les noms en entier. 

Le même procédé fut suivi pour un 
autre ouvrage satirique de Pope : 

« MeMOIRS OF THE EXTRAORDINARY 

Life, Works and Discoveries of Mar- 
TiNus Scriblerus . » Dublin, Geo, 
Faulkner, 1741, in-12. Comme dans 
la Dunciade, plusieurs personnages 
contemporains sont mis en scène dans 
ce petit ouvrage et cruellement tour- 
nés en ridicule. 

DUNCIADE (LA), poème en dix 
CHANTS, a Q.ui veut peindre pour 
l'immortalité doit peindre des sots. » 
Fontenelle, Dialogue des Morts. A 
Londres, MDCCLXXI, 2 vol. in-8, 
contenant, outre le poème et les 
pièces y relatives, Les Mémoires 
pour servir à l'histoire de notre lit- 
térature, depuis François I" jusqu'à 
nos jours. Le tout par Charles Palis- 
sot de Montenoy . La première édition, 
en trois chants seulement, remonte 
à 1764 ; cet ouvrage a été souvent 
réimprimé. 

Ce poème, dit Quérard, est dirigé 
contreles philosophesduXVllle siècle, 



LES LIVRES A CLEF 



292 



et particulièrement contre les encyclo- 
pédistes : il joint au défaut d'être trop 
long, celui bien plus grand encore 
d'être ennuyeux. Voltaire disait à ce 
sujet : « Ce n'est pas tout d'être mé- 
chant, il faut être gai. » Dans les édi- 
tions données depuis la Révolution, 
Palissot allongea encore son ouvrage 
en y intercalant de nouvelles satires 
contre ses ennemis anciens et nou- 
veaux. Dans le délire de sa fureur, il 
associa, sans raison et sans goût, les 
noms de Marat, Couthon, Saint-Just, 
à ceux de Marmontel, Diderot, Fréron, 
Lemierre, etc. On sait combien Palis- 
sot fut toujours agressif et combien 
il motiva de ripostes à ses attaques. 
Cerfvol et Marchand publièrent contre 
sa Dunciade une assez mordante ré- 
plique intitulée : « L'Homme content 
de lui-même, ou l'Egoïsme de la 
Dunciade. » 

Voici la clef des premières éditions 
de ce poème; elle est d'ailleurs bien 
facile, l'auteur ayant à peine déguisé 
les noms de ses victimes sous des ini- 
tialismes transparents : 
Fré*** ou Jean Fré**'^, — Fréron. 
L'abbé C..., — l'abbé Coyer. 
L'abbé Trub..., — l'abbé Trublet. 
Did..., — Diderot. 
Bacul..., — Baculard d'Arnaud. 
Rayn..., — Raynal. 
Le M..., — Lemierre. 
La Alorl..., — La Morlière. 
Beaum..., — Caron de Beaumarchais. 
Rob..., — Robbé de Beauveset. 
Marm..., — Marmontel. 
Saur..., — Saurin. 
Col.,., — Colardeau. 
Gr..., — Grimm. 
Sed..., — Sedaine. 
R..., — Roy. 

El..., — Blin de Sainmore. 
Duc..., — Duclos. 
Charp..., — Charpentier. 
Chaum..., — Chaumeix. 
Sauv.,., — Sauvigny. 
HArn..., — D'Arnaud Baculard. 
Lég..., — Légier. 
Basî..., — Bastide, 



293 

LeR..., —Le Roy. 

Su .., — Suard. 

Berg..., — Bergier. 

Math..., — les deux Mathon. 

Rock..., — Rochon de Chabannes. 

Portel..., — Portelance. 

Joiiv..., — Jouval. 

Mouch..., — Mouchy. 

D'Ac..., — D'Açarq ou d'Assarcq. 

Le Bl..., — L'abbé Le Blanc. 

M..., — Marmontel. 

Bac..., — Encore Baculard d'Arnaud. 

S..., — Saurin. 

De Ros..., — Durosoy. 

R ni, — M^e Riccoboni. 

Puy'^**, — M™" de Puysieux. 
M .rlaix, — L'abbé Morellet. 
Wasp., — Fréron. 

Cette satire est, on le voit, fort peu 
voilée. 



EAUX (LES) D'EAUPLET, comé- 
die en un acte et en prose. — Rouen, 
Pierre Cailloué, s. d., in- 12 de 
50 p. 

La critique des eaux d'Eauplet, 
en un acte et en prose. — Rouen, 
François Vaultier, 1717, in-12 de 
44 p. 

« Cette pièce et la précédente, qui 
sont rares, doivent être du même au- 
teur. La première, où l'on crut re- 
connaître quelques portraits normands, 
souleva de terribles colères dans la 
société de Rouen ; aussi, l'auteur ne 
se nomma pas. Cet auteur pourrait 
bien être Le Sage, car dans la « Criti- 
que » Crispin, valet-poète de l'auteur 
des « Eaux d'Eauplet », semble faire 
allusion à la comédie de Crispin, ri- 
val de son maître ». (Catalogue So- 
leinne, n° 1677-1678.) 

EAUX (LESj THERMALES EN 
CHINE; par le D^ T. D. B. (docteur 
Tibulk-Deshaneaux-Bcrnard) , seconde 



LES LIVRES A CLEF 



294 

édition, Toulouse, Chauvin, 1870, 
in-8, 7 p. 

Le « Dictionnaire des Anonymes » 
(t. II, col. i) fait remarquer que le 
spirituel médecin a dû vouloir se mo- 
quer de quelque confrère dans cet 
opuscule. En elFet les noms qu'il em- 
ploie : Chong-Ly (Luchon ?) et Lo- 
fol-hi^ (Filhol .-') donnent lieu de 
penser qu'il s'agit ici d'eaux therma- 
les qui ne sont pas précisément en 
Chine. 



EBURONADE (L') EN VERS 
BURLESQ.UES,ou guerres des Lié- 
geois. « Ridendo castigo mores ». — 
A Visé, de l'imprimerie des vrais 
citoyens, 1791, in-8 de 2 f. Limin, 
106 p. et I f. d'errata. 

Ce poème en sept chants, dirigé 
contre les patriotes liégeois, est attribué 
à l'abbé Hansotte. Il y a deux tirages 
distincts. M. Ulysse Capitaine a donné 
la clef des noms qui figurent dans ce 
pamphlet, dans ses « Recherches sur 
l'introduction de l'imprimerie dans la 
principauté de Liège » (Bruxelles, 
1867, in-8, p. III, note i). L'auteur 
avait lui-même formé une espèce de 
clef en indiquant, au bas de chaque 
page, les initiales des vrais noms de 
ses personnages désignés, dans ses 
vers, par des pseudonymes et des 
sobriquets: ainsi Le vieux paresseux, 
lisez : Lh. notaire ; le sobre Navettes, 
lisez: Bouq. Est.; Le petit Colibri, 
lisez: Fa., etc., etc. Comme on voit, 
c'est un livre à double clef. 

Échange criminel d'une deiMOI- 
selle du plus haut rang. 
Voir : Maria Stella. 

ÉCOLE (L') DE L'HOMME, ou 
parallèle des portraits du siècle 



295 



LES LIVRES A CLEF 



296 



ET DES TABLEAUX DE l'Ecriture SAINTE. 
Ouvrage moral, critique et anec- 
dotique, édition correcte. A Amster- 
dam, MDCCLII, 2 vol. pet. in-8, 
de XX-207 et 246 pages, plus 10 et 
7 p. pour les clefs (imprimé à 
Noyon, chez Rocher). 

Cet ouvrage, dont il est dit quelques 
mots dans les « Livres à clef» de Qué- 
rard (p. igS), est minutieusement dé- 
crit dans la nouvelle édition du Dic- 
tionnaire des Anonymes » de Barbier 
(t. II, col i3et 14); « L'Epître adressée 
à la vertueuse et aimable M"" F. L. D. 
(Françoise Le Duc, suivant une note 
manuscrite) est signée de Gran, ana- 
gramme du nom de Génard ; chacun 
des volumes est accompagné d'une 
« clef naturelle des portraits»; de 
plus, dans certaines éditions, on trou- 
ve « une cletanecdotique », c'est-à-dire 
avec les noms véritables, de 7 pages. 
Bien queces portraits dans le genre de 
ceux de La Bruyère, avec le talent de 
moins, soient aujourd'hui parfaite- 
ment oubliés, ils ne sont pas sans in- 
térêt pour les amateurs du XVIII* siè- 
cle, et l'on ne sera pas fâché sans 
doute d'en trouver ici la clef complète 
que nous transcrivons textuellement 
en rectifiant toutefois quelques erreurs 
d'indications relatives à la pagination 
du premier tome; telle que nous la 
donnons, cette clef s'applique exacte- 
ment à l'édition de 1752, ci-dessus 
décrite : 

TOME PREMIER 



3o — Alcide, — M, le prince de 

Condé. 
4G — Pallade, — Monseigneur le 

Dauphin. 
46 — Callidesme, — Boyer, évêque 

de Mirepoix. 
65 — Corylas, — Bertin, intendant 

du Roussillon. 
67 — Eutiphron, —M. le duc d'Ayen, 



Pages 
69 



— Theomis, — Boulogne, inten- 
dant des finances. 

71 — Damis, — le duc de Villars. 

72 — Pamphile, — Crébilion. 

86 — Clitandre, — le duc de Riche- 
lieu. 
86 — Ménippe, — le marquis de 

Livry. 
109 — Dorbnon, — le marquis de 

Tréan. 
109 — Arsène, — Bertin, père, maî- 
tre des requêtes, 
iio — La belle, etc., — la « Gazette 

de France ». 
iio — N'était-ce pas, etc., — la cha- 
pelle de Versailles. 
116 — Auguste, — le roi de F'rance. 

116 — Tartus, — Stuard. 

117 — G. F. F., — George-François- 

Frédéric. 

ii8 — Théodesme, — M. l'archevê- 
que de Paris. 

121 — Teroua, — Arouet de Vol- 
taire. 

121 — Tiphon, — M. le duc deGram- 

mont. 

122 — Alphitas, — Boulogne, fils, 

conseiller au Parlement. 
124 — De Gregi, — Gergy, archevê- 
que de Sens. 

124 — Livre ridicule, etc., — Marie- 

Alacoque. 

125 — Cimon, — le procureur gé- 

néral des requêtes de l'hôtel. 

126 — Sylla, — le prince de Conty. 

126 — Marins, — le maréchal de 

Saxe. 

127 — Pirrhus, — le comte de Coigny. 

127 — Achilles, — M. Fitz-Janies. 

128 — Pasquin, — les agents de 

change. 

129 — C}~ésus, — Delà Bourdonnaye. 
129 — Corimon, — M. de Valacoste. 
i3o — Tomela, — M. Amelot. 

i3o — Florus, — le cardinal de 
Fleury. 

137 — Adraste, — le comte de Saint- 
Florentin. 

i38 — Silvandre, — le comte de Cha- 
rollais. 



297 

Pages 

i3S — 
i38 - 
143 — 

143 — 

143 — 

144 — 
149 - 
i5g — 

i5g — 
159- 

160 — 

160 — 

161 — 
161 - 



171 — 

176- 

176 — 

191 - 
191 - 
202 — 



LES LIVRES A CLEF 



298 



Pages 
3 — 
6 - 

6 — 

9 - 
12 et 

19 ~ 



Eusèbe, — le comte de Cler- 

mont. 
Flavius, — le comte Flava- 

court. 
Perrette, — Madame de Bel- 

zunce. 
Basile, — le R... 
Alarie Jeanne. — M^^de Pom- 

padour. 
Honoriiis, — le R... 
Batale, — le duc d'Auxonne. 
Licoris, — M"« Luce de la Co- 
médie. 
Guniphile, — le R... 
Mélanie, — M^e de Pompa- 

dour. 
Un Milord, — le comte d'Al- 

bemarle. 
Alcidamas, — le prince de 

Conty. 
Padille, — M^^de Pompadour. 
Ménandre, — M. Chauvelin. 

ancien garde des Sceaux. 
La marquise de P., — M^^ de 

Pompadour. 
La comtesse M., — M"" de Mau- 

repas. 
Agathe, — M"e Sticotti de la 

Comédie Italienne. 
Deipfiobe, — le comte d'E- 

vreux. 
Céphale, — M. de la Bédoyère. 
Galantis, — M"" Sticotti. 
Sosinna, — Samson, trésorier 

des consignations. 
La 'Bourse de P., — Paris de 

Montmartel. 

TOME SECOND 

Timante, — M. de Maupeou. 

Orgon, — Berrier, lieutenant 
de police. 

P. et D., — Poussot et Dave- 
nel, exempts. 

De Cour..., — De Courchamp. 

suiv. — Mamuchan, — le com- 
te d'Argenson. 

Tullius, — le duc de Che- 
vreuse. 



Pages 
22 — 

22 — 

23 — 



24 



33 — 
33 — 
34- 

35 — 

36 - 
36 — 
37- 
38 et 



69- 
70 — 

73 - 

75- 

76- 
76- 

79 - 
Hi — 

81 — 

82 — 



86 - 



Antoine, — le feu ducdeOram- 

mont. 
Timon, — M. de Maupeou. 
Philinte, — M. de la Moignon 
de Blanc-Ménil, chancelier. 
P. à V., — Paris à Versailles. 
Moncade, — Helvétius, maî- 
tre d'hôtel de la Reine. 
Argene, — Adam, curé de 

Saint-Barthélemi de Paris. 
Crispin, — Bouret d'Erigni qui 
a épousé la présidente Mal- 
voisin. 
Lisimon, — le comte de Mau- 

repas. 
Ariston, — le comte d'Argen- 
son. 
Frère d'Ariston, — le marquis 

d'Argenson. 
T..., -^ Normant de Tourne- 

hem. 
Varius, — Poisson de Van- 

dières. 
Clarus, — le comte de Cler- 

mont. 
Artemon, — le comte d'Ar- 
genson. 
fhcobalde, — le cardinal Ten- 

cin. 
3g _ Antonin,— Barjac, valet 
de chambre du cardinal 
Fleury. 
Flaccus, — Cardinal Fleury. 
Toural, — la Tour, peintre. 
Un ministre disgracié, — Vl. le 

comte de Maurepas. 
Castello, — M. le duc de Chà- 

tillon. 
M..., — la Maure. 
Gervais, — le duc de Gesvres. 
Ballevique, — M. Bacqueville. 
Porphire, — le duc d'Antin. 
Antliée,— le duc de Mazarin. 
Chrisès,— Bertier de Sauvigny, 

intendant. 
CUdamis, — le C. de Cler- 

mont. 
Lindor, — le R... 
Paris, — le comte de Cha- 
roUois. 



299 

Pages 

86 — Hélène, — M^i^ de Courchamp. 

87 — Cléophore, — le prince de 

Conty. 
87 — C'est compte)', — l'École mili- 
taire. 

90 — Tivcis, — le marquis de 

Meuse. 

91 — Lodivite, — le duc de Riche- 

lieu, 
gi — Nekia, — Quenet, médecin de 

M"^ de Pompadour. 
96 — Zénobie, — M^^ de Boufflers. 
96 — Licidas, — M. deLuxembourg. 

100 — Orante, — Regnard, fils, ci-de- 
vant conseiller au Châtelet. 

loi — Lysippe, — Richard, receveur 
des finances. 

ICI — Ménophile, — De la Moignon 
de Montrevault. 

102 — Ave^-vous quelque mauvais pro- 
cès, — M. de la Bourdonnaye. 

lu — Olene, — M. le duc d'Olonne. 

112 — S.S., — Saint-Sauveur. 

116 — Lenor, — le prince Charles. 

116 — Elamire, — M"e Je Courcil- 

lon. 

117 — Voillery, — le duc de Villeroy. 

118 — Du J..., — le Père de la Neu- 

ville, jésuite. 

119 — Frère Cosme, — les frères de 

la charité, 

120 — Frère Ignare, — les PP. 

Grift'et et Buffier, jésuites. 

121 — Théocrite, — le curé de Saint- 

Jean-en-Grève. 

122 — T..., — Thieullier, médecin. 
122 —LeJ...etleC..., — le jésuite 

et le capucin. 

122 — Philotete, — l'ancien évêque 

de Mirepoix. 

123 — Bilan, — les chanoines de 

Sainte Croix de la Breton- 
nerie. 

124 — Un prélat et une compagnie, — 

l'archevêque et le Parlement 

de Paris. 
124 — Pancrace, — le curé de Saint- 

Nicolas-des-Champs. 
1-14 — Tanguel, Languet, curé de 

Saint-Sulpice. 



LES LIVRES A CLEF 



300 



Pages 
125 

123 
123 

125 

i33 
i33 

i35 

i35 

i35 
137 

144 

149 

149 

i58 

159 

160 

162 

i63 
IÔ3 

172 

175 
176 

178 

182 

191 

194 

194 

194 



— Patelin, — le curé de Saint- 
Nicolas. 

— Philagon, — le duc de Biron. 

— Hyacinthe, — Bernage, pré- 
vôt des marchands. 

— Candida, — la baronne Blan- 
che. 

— Florus, — le cardinal Fleury. 

— Colin, — Barjeac, valet de 
chambre du cardinal Fleury. 

— Aristophane, — l'évêque de... 

— Albine, — la baronne Blan- 
che. 

— Iphis, — le prince de Monaco. 

— Philon, — l'évêque de Sois- 
sons. 

— Theogenete, — le curé de 
Saint-Suipice. 

— Onuphre, — l'ancien curé de 
Saint-Nicolas. 

— La jalousie embrasse, — Jansé- 
nistes et molinistes. 

— Theodas, — le P. de la Neuf- 
ville. 

— Belologiie, — l'abbé de la 
Tour du Pin. 

— Momisphore, — le P. du Pies- 
sis. 

— Hermanise, — l'évêque de 
Noyon. 

— Théomene, — l'archevêque de... 

— Phitotime, — l'évêque d'Auxer- 
re. 

— A', et M. — les maréchaux de 
Noailles et de Saxe. 

— Arcas, — le comte d'Egmont. 

— Eumenes, — le maréchal de 
Saxe. 

— Adonis, — le marquis de Fla- 
vigny. 

— Trancrède, — le prince de 
Conty. 

— Niger,— he Nègre, ancien lieu- 
tenant criminel. 

— Clitiphon, — Marville, ancien 
lieutenant de police. 

— Iphicrate, — Berrier, lieute- 
nant de police. 

— Crantor, — le duc de Riche- 

lieu. 



301 

Pages 

198 - 



199 



199 — 

199 — 
2o3 — 



LES LIVRES A CLEF 



302 



217 

218 



219 — 

221 — 

222 — 



2^)2 — 
235 — 

238 - 

239 — 



Eaque, — Boulogne, conseiller 
au Parlement. 

Timagene, — M. de Saint-Lu- 
bin, préfet de la chambre des 
comptes, 

Clorinde, — M"6 Raime de la 
Pommeraye- 

Chicanain, — les procureurs. 

Rhadamante, — La Moignon de 
Montrev. 

L'ancien P..., — M. Portail, 
ci-devant premier prési- 
dent. 

Tiremillion, — Bouret, fermier 
général. 

Antagoras, — le fr. Grain. 
Chrisogone, — Samuel Ber- 
nard. 

Camille, — le prince de Sou- 
bise. 

Pulchérie, — la reine Blanche. 

Scapin, — Paris de Montmar- 
tel. 

Isocrate, — Bertin, père, maî- 
tre des requêtes. 

Alibe, — Samuel Bernard. 

Zenon, — feu M. Amelot. 

Valentin, — le duc de Valen- 
tinois. 

Licas, — le R... 



ÉCOLE (L') DE LA SOCIÉTÉ, 

ou LA RÉVOLUTION FRANÇAISE DE LA 

FiNDuxviii«siÈCLE,tragi-comédiehis- 
torique, en prose, en cinq actes, avec 
intermèdes, par V. F. S. Rey. — 
Paris, an IV(i795), in-8de 257 p., 
non compris le faux titre. 

Cette pièce, de la période révolu- 
tionnaire, fait allusion aux événe- 
ments du 9 thermidor. C'est une œu- 
vre de réaction : Robespierre y est 
désigné sous le nom de Tigredin; 
ses principaux partisans se nomment 
Scoquini, Tricaput, Sottinot, etc., etc. — 
Ce doit être une clef facile à faire. 
(Catalogue Soleinne, n» 2,882.) 



ECOLE (L') DES BICHES, ou 

MŒURS DES PETITES DAMES DE CE 

TEMPS. -Erzeroum, chez Qizmich-Aga, 
libraire-éditeur (Bruxelles, Gay et 
Douce, 1880), in-i2, prix : 15 fr. 
Première édition, même titre. Paris 
(Bruxelles), in-12 de 274 p., 1763 
(1868). Tiré à 64 ex. numérotés, 
imprimé par souscription et non 
mis dans le commerce. 

Les auteurs de cette production 
extrêmement licencieuse sont MM. 
D..., H... et B...; ils se sont cachés 
jadis sous les pseudonymes de : Cha- 
puys, Bokel etd'Enghien, qui contien- 
nent ensemble toutes les lettres des 
nomsvéritables. (Voir : Pisanus Fraxi, 
« Index Librorum Prohibitorum », 
p. 194 a 197.) 

Les sept personnages qui figurent 
dans les seize entretiens de ce livre 
ultra-libertin ne sont point imaginai- 
res ; c'est du moins ce qu'affirment 
les auteurs dans leur préface, la « Bi- 
bliographie Gay» (t. 11, p. i36), et le 
« Bibliophile fantaisiste » (1869, p. 
141), qui regrette de ne pouvoir 
donner des noms. — Les personnages 
misen scène dans V «Ecole des Biches» 
sont : 

Le comte Henri de Sarsalle, 45 ans ; 
Le peintre Adrien Lebel, 25 ans , 
Le rentier Martin Duvernet, 38 ans •, 
La cantatrice Caroline Deschamps, 22 

ans ; 
Sa cousine, Marie Auber, 16 ans ; 
Son amie, Louisa, 17 ans ; 
Sa soubrette, Antonia, 20 ans. 

C'est à peu près tout ce qu'on peut 
dire de ce livre dont la clef, étant 
donné que les personnages ont réelle- 
ment existé, serait bien curieuse : mais 
déjà deux des trois auteurs, MNL D... 
et H... sont morts, et l'unique survi- 
vant, M. B., ne dévoilera probablement 
jamais le mystère de cet étrange ou- 
vrage. 



303 

École (l') des Mandrins a New- 
York. 
Voir ci-dessous : 



ÉCOLE (L') DU JOURNALISJVIE. . . 
EN AMÉRIQUE, comédie en trois 
actes et en vers, par F. Tapon Fou- 
gas. — Bruxelles, 1857, in-i8 de 
XI, 44 p. Prix : 50 cent. 

M. Francisque Tapon Fougas, litté- 
rateur belge, s'est ruiné à publier ses 
nombreux et étranges ouvrages et a 
fini par avoir la cervelle dérangée ; 
un article inséré dans la revue « Le 
Livre», en 1880, le classait formelle- 
ment parmi les fous littéraires. Son 
Ecole du journalisme » est un des 
« Cinq drames réformateurs » qu'il a 
composés ; voici les titres des quatre 
autres : i" Un Pabner au testament, 
comédie en 5 actes et en vers, avec un 
prologue; 2° Lady Pandore, ou V Ecole 
des Grecs, comédie en 5 actes et en 
vers; 3o Une succession à V américaine, 
comédie en 3 actes et en vers ; 4° 
V Ecole des Mandrins à New-York, 
ou \QSetis moral en Amérique, comé- 
die en 3 actes, en vers. 

Toutes ces pièces réformatrices (?), 
bien que l'action se passe en Améri- 
que, visent toujours des personnages 
dumonde littéraire de Paris ou deBru- 
xelles. Il vasansdire que ce théâtre ré- 
formateur n'a jamais été représenté. 
L'auteur, fort excellent homme d'ail- 
leurs et rempli des plus honnêtes 
intentions, était absolument dépourvu 
de talent et, voulant atteindre le 
sublime, est presque toujours tombé 
dans le grotesque; il frappe lourde- 
ment quand il croit effleurer seule- 
ment les ridicules ou les vices ; ses 
allusions sont peu saisissables, ses 
traits d'esprit bien peu piquants. 

Dans r « Ecole du journalisme » 
M.Tapon-Fougas vise, sous le nom du 
a Progrès de New-York r>, un jour- 



LES LIVRES A CLEF 



304 

nal parisien récemment converti du 
républicanisme au cléricalisme. Plu- 
sieurs des personnages sont reconnais- 
sablés; ainsi M. Arthur de Gros-Bou- 
logne doit représenter M. Bragelonne ; 
Léon de Pomarin, M. A. de Pontmar- 
tin ; M. Barbet de Laurillard ne peut 
signifier que M. J. Barbey d'Aurevilly; 
Cascarille est peut-être M. Louis 
Veuillot; mais qui dévoilera les vrais 
noms de Tarare, de MM. de Loupvin, 
Charles de Larigo, Bénin ? — C'est 
d'ailleurs de peu d'importance. Disons 
encore que M. Tapon-Fougas semble 
s'être mis en scène sous les traits de 
l'intéressant publiciste Eloy, le seul 
honnête homme de la pièce. 



ÉCOLIER (L') DE*** A Madame 
de***. Vision, composé à Paris, en 

1757- 

Ce petit écrit en douze chapitres 
ne paraît pas avoir été imprimé sépa- 
rément; on le trouve dans la dernière 
édition de la « Correspondance de 
Grimm » (octobre i757),qui s'exprime 
ainsi àson sujet :«La fortune que tit, 
il y a quatre ans, le « Petit Prophète 
de Bœhmischbroda » (voir ce titre), 
donna lieu à plusieurs imitations. 
« L'Ecolier de *** » est une des 
plus jolies. M. le chevalier de l'Aigle, 
habillé en petit prophète, vint au bal 
de l'opéra et distribua, par ce moyen, 
des éloges à toutes les jolies femmes 
de Paris. Cette vision, qui n'a jamais 
été imprimée, passe pour être de M. le 
baron de Raix, frère de M, le cheva- 
lier de L'Aigle. » 

Les derniers éditeurs de Grimm ont 
donné comme suit la clef de cette 
petite pièce, qui ne forme pas plus 
d'une vingtaine de pages in- 12 : 

CHAPITRE VI 

Je vis une femme qui était belle..., — 
Mma Caze; 



305 

J'aperçus une bergère..., — M^e de 

Pouligné ; 
Je vis sa sœur..., — M""' d'AIençon ; 
Je remarquai une femme.,., — M^^ de 

Courtille ; 
Je vis une femme masquée..., — M"^ de 

Saint-Félix; 
Une femme qui sourit et que j'aimai..,, 

— La marquise de Coaslin ; 

CHAPITRE VII. 

Une femme qui jouait delà guitare..,, 

— M™° de Prémenville; 

Une femme qui parlait..., — M^e de la 

Marck ; 
Je dis : « C'est Appollon »..., — Le 

chevalier de la Messelière ; 
Une femme qui chantait le plaisir..., — 

M'"e de Revel; 
Une voix douce frappa mon oreille.-., 

— M"' de Marcheval; 

CHAPITRE VIII. 
J'abordai une divinité..., — M"" de 



LES LIVRES A CLEF 



Ségur ; 



CHAPITRE IX. 



Je vis une beauté.,., — M^e la duchesse 

d'Orléans ; 
Une femme vêtue de blanc.,., — M'^^ de 

Foncemagne ; 
Une femme dont l'air était modeste..., 

— M"" de la Guiche; 
La compagne de la bravoure,.., — M""" 

de Biron; 
Je fus abordé par une femme,,., — 

Mme de Villegagnon. 

CHAPITRE X 

Une jeune beauté qui a le talent de 
plaire..., — M'"^ de Valentinois; 

Je remarquai une nymphe,.., — M">'=de 
Ménidot ; 

Une jeune personne..., — M"" de Cler- 
mont d'Amboise ; 

Je vis une grâce..., — M™" de Salin ; 

CHAPITRE XI 

Une femme conduite par la main..., — 
M"""" de Beuvron; 



306 

Une danseuse masquée.,., — M"» de 

Voyer ; 
Une autre me parut si pelle..,, — M^e 

de Préodaux ; 
Une femme qui m'attacha..., — W^' 

de Roissy; 

CHAPITRE XII 

Un prince assis à ma gauche..., — le 

duc d'Orléans ; 
Une femme qui garde sa liberté..,, — 

M°i'= de Mazade ; 
L'abrégé de toutes les perfections..., — 

M"»" de Melliaud; 
Une femme qui ne cessera jamais de 

plaire,.., — Mm" de Paulmy; 
T ai fait celle-ci petite,.., — M"e de 

Bacquencourt ; 
Cette femme fera les désirs de tous,,., 

— M™« Blondel ; 
Un homme que j'aime..,, — M, Delaleu, 

notaire; 
Un prince assis à ma droite,.., — M. le 

comte de Clermont. 

II a paru bon de reproduire in 
extenso la clef de cette spirituelle 
petite production ; c'est en quelque 
sorte le catalogue de toutes les jolies 
dames de Paris à cette époque. 



ÉCORCHEURS (les), OU l'uSURPA- 
TION ET LA PESTE. 

Voir : Le Brasseur roi. 

Écueil(l') DE l'inexpérience. 
Voir : lUyrine. 

ECUMOIRE (L'), ou TANZAI ET 
NÉARDANÉ, histoire japonaise, 
par CréUllon fils, à Pékin. — Paris, 
1734, 2 voL in-i2. 

Voir : Tanzaï et Néardané. 

EGLAI, ou AIVIOUR ET PLAISIR, 
par l'auteur de « l'Infidèle par cir- 
constance. » — Paris, Chaumerot, 



307 



i8o6, 1807, 2 vol. in-i2, 3 fr. Au- 
tre édition : Paris, chez les princi- 
paux libraires, 1820, 4 vol. in-12 : 
10 fr. 

L'auteur de ce petit roman, mis à 
l'index par mesure de police en 1825, 
est Louis Pierre Prudent Legay, né 
en 1774, mort en 1826, qui écrivit à 
la fois des ouvrages pour la jeunesse 
et des romans dans le genre de ceux 
de Pigault-Lebrun. Ses livres, au 
nombre de cinquante environ, signés 
tantôt de son nom, tantôt de celui de 
sa femme, née Louise-Pauline Lan- 
glois, sont aujourd'hui parfaitement 
et très justement oubliés. Unseul,lero- 
man d'Eglai, mérite encore d'être re- 
cherché: l'auteurs'est mis en scène en 
anagrammatisant légèrement son nom, 
et il a raconté les aventures plus ou 
moins véritables de son orageuse jeu- 
nesse. Il est très vraisemblable que les 
autres personnages qui figurent dans 
ce récit ont été peints aussi d'après 
nature; mais on ne saurait être tixé 
à ce sujet que par la découverte d'un 
exemplaire annoté par une main de 
cette époque. 

ÉLÉPHANT (L') ROI, pièce sati- 
rique insérée dans le « Journal de 
Paris » vers la fin de 1783. Repro- 
duite dans la « Correspondance lit- 
téraire » de Grimm et Diderot 
(janvier 1784). 

Cet écrit est dirigé contre La Harpe, 
désigné sous le nom de Chien de 
basse-cour; l'Eléphant roi, c'est Louis 
XVI; — \e cheval, c'est Ducis ; — le 
bœuf, Marmontel, et le chat-huant, 
Lemierre. 

ÉLÉPHANTS (LES) DÉTRÔNÉS 
ET RÉTABLIS, apologue histori- 
que indien, par M. A. L. Le D***. 



LES LIVRES A CLEF 308 

- Paris, L.-G. Michaud, 1814, 



Cet ouvrage allégorique, «. dédié à 
son Altesse Royale Monsieur, frère du 
Roi, lieutenant-général du Royaume», 
est de M. Auguste-Louis Ledrect, de 
Paris. 

Les Eléphants personnifient la fa- 
mille des Bourbons; cet ouvrage est 
une continuelle allusion aux événe- 
ments de la Révolution et du premier 
empire, et enfin au rétablissement de 
la dynastie légitime. Il est à noter 
que M. Ledrect n'est pas le seul au- 
teur qui ait choisi les éléphants, ces 
animaux bons, puissants et sages, 
comme emblèmes de la famille des 
Bourbons. On pourrait citer maints 
apologues, divers écrits, publiés vers 
les premiers temps de la Restaura- 
tion, et dans lesquels ces imposants 
pachydermes servent à personnifier 
les princes du sang. L'intention des 
auteurs était assurément excellente ; 
mais vraiment le puissant roi Louis 
XVIII, devait bien rire en voyant ces 
adulateurs le comparer à un éléphant. 



ELISA, poème véritable, par A. 
de Bellecomhc. — Paris, Taride, 
1855, in-8 de 42 f. : 4 fr. 50. 

Dans sa préface, M. André de Belle- 
combe, auteur de plusieurs autres 
ouvrages, donne cette histoire en vers 
comme une biographie absolument 
authentique. 



ELISABETH, ou les exilés de Si- 
bérie, suivi DELA PRISE DE JÉRICHO, 
par M"" Cottin. — Paris, Michaud, 
1806, 2 vol. in-12. Plusieurs réim- 
pressions. Traduit en italien. 

Cette jolie etémouvante nouvellere- 
posesur unfaithistoriquequieutquel- 



;o9 



LES LIVRES A CLEF 



que retentissement au commencement j 
de ce siècle. Elisabeth n'est autre que 
Prascovie I.opouloff qui, vers la fin du 
règne de Paul !«'•, partit du fond de 
la Sibérie, seule, à pied, presque sans 
argent, pour venir demander à l'em- 
pereur, dans Saint-Pétersbourg, la 
grâce de son père exilé depuis quatorze 
ans. « La véritable héroïne, dit M™^ 
Cottin, est bien au-dessus de la mien- 
ne, elle a souffert bien davantage. » 
En effet, dans le roman de M^e Cottin, 
Elisabeth, après avoir sauvé son père, 
épouse le jeune Smoloff",qui l'a secon- 
dée dans ses périlleuses tentatives. En 
réalité, Prascovie, qui ne connut 
d'autre sentiment que la tendresse 
filiale, mourut dans un couvent, en 
i8og, des suites de ses longues souf- 
frances. Son histoire véritable a été 
racontée par le comte Xavier deMais- 
tre, sous le titre de « la Jeune Sibé- 
rienne », à la suite des o Prisonniers 
du Caucase » (Paris, i8i5, in-i8). 



ELLE ET LUI, par George Saiid. 

— Paris, Hachette, 1859, in-12, 
3 fr. 50. 

LUI ET ELLE, par Paul de Musset. 

— Paris, Charpentier, 1870, in-i2, 
3 fr. 50. 

LUI, roman contemporain, par 
M"* Louise Colet (née Revoit). — 
Paris, Librairie Nouvelle, 1859, 
in-12, 3 fr. 

Ces trois ouvrages, difficiles à réunir 
aujourd'hui, onteuplusieurs éditions. 
Ces écrits, oeuvres de vengeances per- 
sonnelles, causèrent, à cette époque, 
un véritable scandale dans le monde 
des Lettres, chacun des auteurs fai- 
sant à la fois preuve de cynisme et de 
brutale méchanceté à l'égard de ses 
adversaires. Bornons-nous à rappeler 
qu'ils furent publiés dans l'ordre sui- 
vant : M°>e George Sand ayant inséré, 
en iSSg, dans la « Revue des Deux- 



310 

Mondes», sous le titre d'Elle et Lui, 
le récit de ses amours avec M. Alfred 
de Musset, qu'elle ne présentait pas 
sous un aspect flatteur, M. Paul de 
Musset prit la défense de son frère et 
riposta par le second ouvrage : Lui et 
Elle, publié, la même année, dans le 
« Magasin de Librairie» ; fort peu de 
temps après, également en iSSq, 
M""» Louise Colet intervint dans le 
débat et fit paraître le troisième récit. 
Lui, dans le « Messager de Paris ». 

L'émotion fut vive dans le public et 
les critiques ne ménagèrent pas aux 
trois auteurs l'expression des senti- 
ments que leur inspirèrent ces scan- 
daleuses autobiographies. On peut s'en 
convaincre en relisant les articles pu- 
bliés àce sujetparM. Cuvillier-Fleury , 
dans le « Journal des Débats » (27 no- 
vembre iSSg), par M. H. Babou, dans 
la «Revue contemporaine » (ib août 
1859), dans la « Correspondance litté- 
raire », de M. Ludovic Lalaune (t. III, 
p. 197-222, et t. IV, p. 121), surtout 
enfin en consultant le petit livre inti- 
tulé « EUX ET ELLES », Histoirc d'un 
scandale » (Paris, Poulet-Malassis, 
1860, in-12, I fr.), dans lequel M. A. 
de Lescure a rétabli la vérité des faits 
et résumé l'histoire de cet étrange 
procès. 

Ces trois volumes, déjà très recher- 
chés et qui le seront bien plus encore 
par la suite, ne contiennent pas les 
noms propres des personnages mis 
en scène ; les noms fictifs des mêmes 
personnes diffèrent dans les trois ou- 
vrages ; en voici la clef composée à 
l'aide de notes recueillies de part et 
d'autre, notamment dans la « Revue 
anecdotique et dans le « Bibliophile 
fantaisiste » : 

ï" Elle et Lui: 
Laurent de Fauvel, — Alfred de Mus- 
set ; 
Thérèse Jacques, — W"^ Georges 

Sand. 

2° Lui et Elle : 
Edouard de Falconey, — Alfred de 

Musset^ 



311 

Olympe de B**'^, — Mi"" George Sand; 

Le Seigneur Diogène, — Gustave 
Planche ; 

Jean Ca:^eau, — Jules Sandeau, 
3o Lui : 

Stéphanie de Rostan, — M™" Louise 
Colet; 

Le maitre de la maison, — Charles 
Nodier; 

Albert de Lincel, — Alfred de Musset; 

Une jeune femme brune, — Marie No- 
dier; 

René Delmart, — Emile Deschamps; 

Frémont, Vautocrate de la librairie, 
V homme à la lourde cervelle, — Bu- 
loz (i*) ou Charpentier; 

Ce vieux pédant de Duchemin, — Vil- 
lemain ; 

Le vieux Duverger, — Béranger ; 

Albert de Germiny, — Alfred de Vi- 
gny; 

Le grand Lyrique exilé, — Victor 
Hugo ; 

Albert Nattier, — Alfred Tastet ; 

Lord Melbourne, — Lord Seymour ; 

Ce Léonce que f aimais tant, — Gus- 
tave Flaubert ; 

La princesse X, beauté trop maigre, — 
la princesse Belgiojoso ; 

La comtesse de Vernoult, — la com- 
tesse d'Agoult {Daniel Stem) ; 

Hess, héros de clavier, — Listz ; 

Antonia Back, — George Sand ; 

Un de ces virtuoses sans cerveau, — 
Chopin ; 

Un fort bel italien, — Marliani; 

Le gros philosophe Ledoux, — Pierre 
Leroux; 

Le jeune Horace, asse:^ beau cavalier, 

— Mallefille; 

Un avocat à l'éloquence bornée, — Le- 
dru-Rollin ; 

Dormais, peintre moderne, — Eugène 
Delacroix ; 

La belle comtesse aimée de Byron, — 
Comtesse Guiccioli ; 

Deux ineptes poètes ouvriers, — Re- 
boul et Jasmin; 

Sainte-Réve , — Sainte-Beuve; 

Labaumée, profond archéologue, — 
Prosper Mérimée ; 



LES LIVRES A CLEF 



312 

Le prince et la princesse de A^***, — 
Belgiojoso ; 

Quelques amis dont l'un était quelque 
peu son amant, — Gustave Planche ; 

Sansonnet, — Viennet; 

Daunis, — Empis ; 

Amelot, — Ancelot; 

L'ancien beau de l'empire, — le capi- 
taine d'Arpentigny ; 

Le Z)i" Tiberio Piacentini, — Pietro 
Pazello. 
Bien qu'assez longue déjà, cette clef 

n'est cependant pas encore complète. 
\ 

ELLE ET MOI, ou folie et sa- 
gesse. — Paris, Laurens, jeune, 1800, 
2 voL in-i2, 3 fr. Réimprimé, 
notamment à Troyes, 2 voL in-i8, 
gravures. 

C'est un « roman couleur de rose », 
dit l'auteur A. A. Beaufort d'Auber- 
val. Metz est en grande partie le théâ- 
tre des galanteries faciles racontées 
dans la première partie de cet ou- 
vrage. Suivant une note insérée dans 
la « Petite Revue » (23 avril 1864), il 
y est fait allusion à plus d'une aven- 
ture vraie. 



ELLIVAL ET CAROLINE, par 
M. le comte de L. (Bernard-Germain- 
Etienne de La Vilk-sur-Illon, comte 
de Laccpcdc). — Paris, Panckouke, 
1816, 2 vol. in-12, 5 fr. Il y a des 
exemplaires avec de nouveaux titres 
qui portent pour nom de libraire : 
Rapet, et la date de 181 7. 

M. Girault de Saint-Fargeau (Revue 
des Romans, t. II, p. 2) rapporte que 
des personnes qui assuraient être bien 
informées, ont prétendu que l'auteur 
était jusqu'à un certain pointle héros 
de son livre. On n'a pas de raison 
pour affirmer ni contester l'exactitude 



313 



LES LIVRES A CLEF 



314 



de cette assertion. On se borne à la 
constater, en renvoyant à l'ouvrage 
précité pour l'analyse de ce singulier 
roman qui a eu une suite intitulée: 
« Charles d'EUival et Alphonsine de 
Florentino, suite d'EUival et Caroline. 
— 3 vol. in-i2, Paris, 1817. — On voit 
figurer^ dans ce deuxième ouvrage, la 
plupart des personnages de la pre- 
mière production. 



ELOMIRE HYPOCONDRE, ou 
LES MÉDECINS VENGEZ, par Le Boulan- 
ger de Chahissay. — Paris, Charles 
de Sercy, 1670, in-12 de 4 f. et 1 12 
p., fig. gravée par L. Weyen. 
Plusieurs fois réimprimé ; en der- 
nier lieu, à Paris, J. Liseux, 1878, 
in-i8 deLXXXVIII-127 p. 

Cruelle satire en cinq actes et en 
vers dirigée contre Molière, dont Elo- 
mire est l'anagramme et contre sa 
femme, ArmandeBéjard, sous le nom 
dVsabelle. Plusieurs personnages de 
la pièce représentent aussi des per- 
sonnes véritables sous des noms sup- 
posés : hlorimont ne peut être que 
Montfleury, non moins ennemi de 
Molière que le médecin L. B. de Cha- 
lussay qui paraît s'être mis en scène 
sous le nom à'Oronte. Voir, pour plus 
amples détails, le catalogue Soleinne, 
n^^ 1438 et 1439, la « Bibliographie 
moliéresque » de M. P. Lacroix, 
p. 247-248, la préface d' « Elomire >-, 
édition Liseux, etc., etc. 

EMBLESME(L') DE LA CALOM- 
NIE, comédie en trois actes (en 
prose), avec des intermèdes, par 
JM. Delile, premier médecin de S. A. 
évéque et prince de Liège. Liège, 
Guillaume-Ignace Broncart, 1734, 
in-8 de IV- 103 p. 



« Cette pièce très rare, dit le catalo- 
gue Soleinne (n» 3,784), contient des 
attaques contre le médecin Procope et 
contre tous ceux qui avaient pris sa 
défense dans ses querelles avec De- 
lile. L'auteur s'est mis en scène sous 
le nom de M. Vlniègreet a représenté 
ses ennemis sous ceux de MM. Lanti- 
vray. Ignare, du Soupçon, du Pont- 
Neuf, etc. « La médisance et la calom- 
nie, dit-il, ont toujours passé pour 
des espèces d'assassinats. » Il ne se 
fait pas faute cependant de calomnier 
et de médire. — Deux ans auparavant 
le même Delile avait déjà publié con- 
tre le même Procope, une pièce satiri- 
que intitulée : 

« Le docteur Fagot in », comédie en 
trois actes (et en prose), par M. Delile, 
premier médecin du corps de S. A. 
Evéque et Prince de Liège. — Pour 
servir d'apologie au livre intitulé : 
« Réflexions sur l'eau... » — Liège. 
Guillaume-Ignace Broncart, 1732, in-8 
de III-5I p. (Cat. Soleinne, n» 3,783). 

Une bonne clef permettrait de lire 
encore aujourd'hui, ces deux pièces 
avec intérêt. 

Empire des Solipses. Atlas. 
Voir : la Monarchie des Solipses. 

Empire (l')desZaziris. 
Voir : Amilec. 

En Orient, drames et paysages, 
par M""* Lydie Paschkoff. — Paris, 
Fischbacher, 1879, in-i8. 

« C'est une série de petites nouvelles 
dans lesquelles l'auteur retrace les 
choses et peint les hommes de l'O- 
rient ; ces derniers sont à peine dégui- 
sés sous des noms d'emprunt » (Note 
de M. G. Brunet). 



Endymion, 
thair. 



by the author of Lo- 



315 

Voir : Romans politiques deD'Is- 
raëli. 

Endymion (l') de gombauld. — 
Paris, Nicolas Buon, 1624, in-8, 
orné de belles figures de Crispin de 
Pas et de Léonard Gaultier ; nou- 
velle édition en 1626, rare. 

On lit dans Tallemand des Réaux 
que Marie de Médicis avait eu quel- 
que affection pour Jean Ogier de Gom- 
bauld. « Il fit l'Endymion durant qu'il 
estoit le mieux. Ce livre fit un 
furieux bruit. On disoit que la 
Lune, c'estoit la Reyne-mère, et, en 
effet, dans les tailles-douces, c'est la 
reyne-mère avec un croissant sur la 
tête. On disait que cette Iris quiappa- 
roist à Endymion (Gombault), c'estoit 
mademoiselle Catherine » (femme de 
chambre de la Reine). (Tallemant. 
Historiettes, éd. de 1862, in-12, t. II, 
p. 455.) 

ÉNÉE ET TURNUS.ou l'établis- 
sement DES Troyens en Italie, 
tragédie. — Paris, 1790. 

Cette pièce révolutionnaire est, sui- 
vant l'auteur lui-même, « un tableau 
asse:{ naturel du siècle du despotisme 
et de celui de la liberté. » Latiniis, roi 
de Latium, prince faible mais bon, c'est 
Louis XVI; Amate, son épouse, 
femme vindicative, inhumaine, enne- 
mie de la vertu et vicieuse par carac- 
tère, c'est Marie-Antoinette. Le reste 
est à l'avenant. (Voir : E. Jauffret, « le 
Théâtre Révolutionnaire», p. gb.) 

Enéide DE Virgile. Clef. 
Voir : Turnus and Drances, in 
fine. 

ENFANT (L') DU CARNAVAL, 
histoire remarquable et surtout vé- 



LES LIVRES A CLEF 



316 

ritable, pour servir de supplément 
aux rapsodies du jour. — Rome, de 
l'imprimerie du Saint-Père, 1796, 
2 part, en i vol. in-8, très rare. 

« Telle est la première édition d'un 
roman plus de trente fois réimprimé 
et qui restera comme le chef-d'œuvre 
du genre de son auteur Figault-Le- 
brun. Il ne faut pas confondre ce 
livre avec « l'Enfant du mardi-gras », 
de Baillot, mauvaise imitation publiée 
en 1806. On assure que Pigault- 
Lebrun a introduit dans son roman 
beaucoup de particularités véritables, 
relatives à son enfance, à ses aventu- 
res personnelles et à ses compatriotes 
les habitants de Calais. Cette pre- 
mière édition contient une dédicace 
aux citoyens de Calais, qui a été sup- 
primée dans les éditions suivantes et 
qui confirme cette allégation. « Si je 
« me suis un peu égayé, leur dit-il, 
« sur des ridicules qui sont l'unique 
« patrimoine des auteurs, je n'en res- 
« pecte pas moins la mémoire de cer- 
« tains hommes que j'ai connus dans 
« mon enfance. On peut avoir été de 
« la confrérie du Saint-Sacrement et 
« de celle des Frères-Gigot, et conser- 
« ver les droits les plus vrais à la 
« considération publique. Le ridicule 
« s'oublie; nos bonnes qualités nous 
« survivent. »( « Bulletin du Biblio- 
phile », art. de M. Paul Lacroix, 
inséré à la page 517, du mois de 
juillet 1859.) 



ENFANTS (LES) D'EDOUARD, 
tragédie en trois actes et en vers, 
par Casimir DeJavigne, représentée 
sur le Théâtre-Français, par JVIiVI. 
les comédiens ordinaires du roi, le 
18 mai 1833. — Paris, Ladvocat, 
1833, in-8, de 192 p. Réimprimée 
trois fois la même année. Deux au- 
tres éditions en 1834 et 1840. Plu- 



317 



LES LIVRES A CLEF 



sieurs réimpressions depuis cette 
dernière date. 

« Bien que l'auteur fût très ami de 
la Monarchie de juillet, il ne laissa 
pas échapper un si beau sujet drama- 
tique, dont ridée lui avait été inspirée 
parle célèbre tableau de Paul Delaro- 
che, tableau que les opinions du fau- 
bourg Saint-Germain avaient mis en 
grande vogue Sans doute le poète n'y 
mit aucune malice, mais à peine sa pièce 
eut-elle vu le jourque les ennemis du 
roi y trouvèrent les allusions les plus 
frappantes : chacun voulut reconnaî- 
tre dans Edouard IV, le duc de 
Berry; — dans Edouard V, le duc de 
Bordeaux, proclamé roi à Rambouil- 
let, sous le nom d'Henri V; — enfin 
l'usurpateur Glocester devint pour 
tout le monde le sosie de Louis-Phi- 
lippe JeT. Ce ne fut cependant que 
grâce à l'intervention personnelle de 
ce monarque que la pièce de Casimir 
Delavigne put être représentée. » 
(Th. Muret., Histoire par le théâtre, 
t. 111, p. 219.) 

Enlèvement (l') imaginaire par 
l'amour extravagant. 
Voir : Le feu d'artifice. 

Entretiens curieux touchant 
les plus secrètes affaires... 

Voir : Entretiens familiers des 
animaux parlans... 

Entretiens (les) des barques 
d'hollande... 

Voir : Histoire amoureuse et ba- 
dine du consrrésd'Utreclit. 



ENTRETIENS (LES) DES CAFÉS 
DE PARIS, ET LES DIFFÉRENTS 
QUI Y SURVIENNENT, par le C. 



318 

de M*** {le chevalier de Mailly). — 
Trévoux, Etienne Ganeau, 1702, 
in-i2 de V.-442 p. figures. 

« Cet ouvrage, dit M. P. Lacroix 
(Bulletin du Bibliophile, 1807, p. 
172), est curieux, semé d'anecdotes et 
de détails de mœurs ; on y trouve des 
caractères et des portraits. Les pre- 
miers cafés avaient été établis à Paris, 
vers 1675; ils ne ressemblaient guère 
à ceux d'aujourd'hui. La figure qui est 
en tête du volume, et la vignette sur 
bois qui sert de frontispice à chaque 
entretien, nous donnent uneidée delà 
physionomie d'un café à cette époque. 
Il faut avoir la clef de l'ouvrage du che- 
valier de Mailly, qui était un pilier de 
café et qui devait bien connaître son 
monde. » Quel est le chercheur érudit 
et patient qui satisfera au désir de 
l'éminent Bibliophile t 



ENTRETIENS (LES)FAMILIERS 
DES ANIMAUX PARLANS, où 
sont découverts les plus importants 
secrets de l'Europe dans la conjonc- 
ture de ce temps, avec une clef qui 
donne l'intelligence de tout. — A 
Amstersdam. chez Herman de Wit, 
1672. petit. in-i6, de248 p., plus 
un f. pour la clef. 

Ces entretiens, au nombre de six, 
ont, comme on pense, perdu beaucoup 
de leur intérêt; ils seraient à peu près 
inintelligibles aujourd'hui, sans la 
clef que voici : 

Le Roy de l'Aigle, — l'empereur; 
Le Roy des Renards, — l'Espagne ; 
Le Roy des Licornes, — le Portugal; 
Le Roy des Coqs, — la France ; 
Le Roy des Léopards, — l'Angleterre ; 
Le Roy des Ours, — la Suède; 
Le Roy dts Eléphants, — le Dane- 

marck; 
Le Roy des Chevaux, — la Pologne; 



319 



LES LIVRES A CLEF 



320 



Le Roy des Pourceaux, — le Turc ; 

Le Roy des Sangliers, — le Tartare ; 

Le Roy des Asnes, — la Moscovie; 

Le Roy des Loups, — Rome; 

Le Roy des Lions, — Venise ; 

Le Pays des Chattes, — les Allemands; 

Le Pays des Singes d'Italie, — les 

Néapolitains; 
Les Escarbots , — les Toscans ; 
Les Paons, — Savoie; 
Les Cignes, — Este; 
Les Milans, — Mantoue ; 
Les Faucons, — Parme ; 
Les Babouins, — les Hollandais ; 
Les Cerfs, — les Flamans ; 
Les Perroquets, — les Génois; 
Les Escurieux, — les Maltois. 

Ajoutons que ces entretiens satiri- 
ques, dont l'auteur est demeuré in- 
connu, ont été plusieurs fois réimpri- 
més^ notamment sous les titres sui- 
vants : 

Entretiens curieux touchant les 
plus secrètes affaires de plusieurs cours 
de l'Europe, avec une clef des person- 
nes qui parler là dedans (sic). Colo- 
gne, 1674, pet. in-i2. 

C'est l'édition ci-dessus, de 1672, 
dont on n'a fait que changer le titre. 

Les Risées de Pasquin, ou l'His- 
toire de ce qui s'est passé à Rome 
entre le Pape et la France dans l'am- 
bassade de M. de Créqui, et autres 
Entretiens curieux sur les plus se- 
crètes affaires des cours de l'Europe. 
Cologne, 1674, 2 part, en un vol. pet. 
in-i2. 

La première partie a trait à l'affaire 
de l'insulte des Corses ; la seconde 
n'est autre chose que les « Entretiens 
familiers des animaux parlans, avec 
une clef, sous un nouveau titre. 



EPIGRAMMES DE PONCE-DE- 
NIS ECOUCHARD LEBRUN, connu 
sous le surnom de Lebrun-pindare. 

Ces épigrammes, au nombre de 
six cent trente-six, divisées en six 



livres, sont comprises dans le troi- 
sième volume des œuvres de ce célè- 
bre poète lyrique, publiées par Gin- 
guené en quatre volumes in-8 (Paris, 
181 1, 24 fr.). — Voici ce que dit à leur 
sujet M. G. Brunet, dans son essai 
sur les livres à clef: 

« L'éditeur a cru devoir auxcircons- 
tances et à diverses considérations de 
ne pas admettre dans ce recueil cer- 
taines pièces dont on pourrait former 
un volume assez piquant; il a notam- 
ment retranché quelques pièces li- 
bres et supprimé quelques traits lan- 
cés contre lui-même. Il serait intéres- 
sant d'avoir les noms véritables des 
personnages que Lebrun perçait de 
ses rimes acérées. Parfois il désignait 
nettement ses victimes (La Harpe, 
Marmontel, Dorât, etc.) ; il lui arrive 
aussi de les indiquer sous des noms de 
fantaisie. Ginguené a prudemment 
mis des astérisques à des noms que 
le poète avait tracés tout au long et 
qu'il n'est pas toujours facile de dé- 
couvrir aujourd'hui. (Voir p. 6, 8, II, 
14, 74, loi, i36, i52, 157, 186, 212, 
235, 264, 290, 291, 3ob.) » 

« Le portrait de iVf"e de B*** (t.IH, 
ép. 6), en quatre vers, avait été d'a- 
bord un distique que nous croyons 
inédit : 

« Sachant tout, jugeant tout, Merteuil a vraiment 

[tout, 
Hors la beauté, l'esprit, le bon sens et le goût. » 

Un beau prince, escroc sérénissime 
(L. L ep. 42) est le prince de Gué- 
méné (voir aussi L. III, ép. 20). Les 
huit vers (L. I, ep. 48), indiqués comme 
« tirés du grec d'Athénée », visent 
Beaumarchais et reproduisent une 
calomnie atroce; D'Arnaud de Bacu- 
lard est désigné sous le r\om.à&bdtard 
de Jérémie, ou sous celui du froid 
rimeur qui barbouilla Fayel (L. III, 
ép. 94); il est aussi nommé sans réti- 
cence (L. II, ép. 67). Wasp (Fréron) 
est l'objet de l'épigramme 38o du L. II; 
il se transforme en Bardus (L. Il, ép. 
90); en Frelon (L. IV, ép. b-j) ; u;i de 



!2I 



LES LIVRES A CLEF 



122 



ces noms a été substitué à celui de 
Renfor (p. i6); D'** cfe S*** (L. 11, 
ép. 20), c'est Dionis du Séjour; le 
texte imprimé de l'épigramme 56 
du livre II : 

« Arlequin prêche; on fait prêcher 
Thalie », était d'abord: «Diderot prê- 
che » ; puis le vers fut refait ainsi : 

i( On prêche même au couvent de Thalie. » 

On sait que « l'auteur de la tragé- 
die de Jocaste » (L. III, ép. 43) est le 
comte de Lauraguais; l'épigramme 
71 du L. III offre encore des noms 
supposés : 

« Laure écrit bien, Iris sait plaire ; 
La sage et tendre Zélia... » 

II y avait d'abord : 

« Polignac a tout l'art de plaire ; 
Bien écrire est l'art de Genlis... » 

L'auteur d'une fade pastorale (L. III, 
ép. 99), c'est Florian; Damon (L. III, 
ép. 47), qui a fait un beau vers, un 
seul, c'est Lemierre, parfois désigné 
sans nul détour. Enfin, d'après une 
note autographe, A/*** (L, VI, ép. 14 
et 93), est Marmontel ; Du R*" (L. VI, 
ép. 36) a été mis pour Du Rosoi. » 
Cette clef est loin d'être complète et 
'il y a, dans ces épigrammes, beaucoup 
d'autres initialismes à remplir et de 
nombreux pseudonymes à dévoiler. 



EPISTOLyï OBSCURORUM VI- 
RORUM... On connaît plus de 
vingt-cinq éditions de ces fameuses 
lettres satiriques dont la première 
partie parut à Haguenau ou à 
Mayence, vers 15 16. Une des der- 
nières et des meilleures est celle qui 
a pour titre : 

Epistolarum obcurorum virorum 
ad dn. m. ortuinum gratium vo- 
LUMiNA DUO, ad fmem editionis 
Londinensis (17 10) restituta ; edi- 
tio secunda, cum nova prasfatione. 



necnon illustratione historicâ circà 
originem earum, atque notitiâ de 
vitâ et scriptis virorum in epistolis 
occurentium, aucta ab H. -G. Roter- 
mundo. — Hannovriœ, Helwing, 
1830, in-8. 

La dernière édition et la plus 
ample de toutes, comme aussi la 
plus intéressante par les commen- 
taires qui l'accompagnent, est celle 
revue par Boecking. — Leipzig, 
1864, in-8. 

Les lettres des hommes obcurs 
ont été en partie traduites en fran- 
çais par M. Victor Devclay. — Paris, 
librairie des Bibliophiles (impr. 
Jouaust), 1870, trois séries ; in-32, 
de 134-133 et 125 p. 

Attribuées successivement ou collec- 
tivement à Erasme, à Reuchlin, à 
Hutten et même à l'imprimeur Wolf- 
gang Augst, elles sont généralement 
considérées aujourd'hui comme étant 
dues à la collaboration de Ulrich de 
Hutten et de J. Crotus Riibianus. 

« Lettres écrites par des hommes 
obscurs: tel est, dit M. de ReifFenberg 
( « Dictionnaire de la conversation », 
t. III, p. 689-690), tel est le titre d'une 
célèbre collection de lettres satiriques 
écrites au commencementdu xvi^ siècle 
en latin barbare, autrement dit latin de 
cuisine, sous le nom de professeurs et 
d'ecclésiastiques alors en grand renom 
dans les contrées rhénanes et surtout à 
Cologne, et dans lesquelles était fla- 
gellé sans pitié, le parti obscurantiste 
qui dominait encore dans les écoles et 
chez les moines, dont on tournait en 
ridicule les doctnnes, les écrits, 
les mœurs, la façon de parler, 
la manière de vivre, la bêtise et 
la dépravation ; ouvrage qui ne con- 
tribua pas peu à préparer les voies à 
la Réformation. Il paraît que ce qui 
en inspira la première idée, ce furent 

1 1 



323 

les discussions que Reuchlin eut à 
soutenir avec un juif converti appelé 
Pfefferkorn, au sujet de la véritable 
ponctuation hébraïque; il se peut mê- 
me que les « Epistolae clarorum vi- 
rorum ad Reuchlinum Phorcensem 
(i5i4) II, aient donné la première idée 
du titre. Toutes ces lettres sont adres- 
sées à Ortuin Gratins (ou Graës), à 
Deventer, homme qui était loin d'être 
aussi ignorant qu'on pourrait le 
supposer, mais qui fut choisi pour 
plastron à cause de son style préten- 
tieux et plein d'obscurités, en même 
temps que comme l'un des adversaires 
les plus décidés du progrès. » Dès les 
premières éditions, le succès de ce livre 
fut immense et une circonstance qui 
ne contribua pas peu à lui assurer 
une large et rapide circulation en 
Europe, c'est que, dès i5i7, il fut mis 
à l'index par une bulle spéciale du 
Pape. « Parmi toutes les satires qui 
parurent au commencement du sei- 
zième siècle, il n'en est point où la 
superstition, l'esprit de controverse, la 
soif de dominer, l'intolérance, la dé- 
bauche, la turpitude, l'ignorance et la 
latinité barbare des moines mendiants 
et des scolastiques soient ridiculises 
avec plus de finesse que dans ces let- 
tres. Bien que les hommes obscurs y 
paraissent sous l'aspect de véritables 
caricatures, on y remarque cependant 
une foule de détails dont il est impos- 
sible de méconnaître les originaux 
dans le type général du siècle et qu'on 
reconnaîtrait encore mieux si l'on 
pouvait ressusciter tant de noms ou- 
bliés, saisir toutes les allusions, 
comprendre le sel de toutes les plai- 
santeries. Les hommes obscurs qui 
écrivent ces lettres étaient des indivi- 
dualités alors connues et qui se trou- 
vaient percées des traits les plus acé- 
rés du ridicule ; mais qui pourrait 
nommer aujourd'hui les personnages 
réels affublés de ces noms bizarres : 
Thomas Langschneiderius, Bacculau- 
rius Theologiae formatus, quamvis 
indignus ; Magister Joannus Pellifex; 



LES LIVRES A CLEF 



324 

; Dernhardus Plmnilegius; Joannes Can- 
trifusor ; Nicolaus Caprimulgius ; Cor- 
nclius Fenestrificus;Hiliebrandus Mam- 
macens ; Alatthœus Mellilambhis ; 
Joannes Litcibularius ; Magister Gin- 
gœfusling; Lyra Bunstchuciimacherius; 
Wendeliniis Pannitonsor; Joannes de 
Altd Plated ; Joannes Pileator ; Bar- 
tholomœus Kuckiick ; Henricus Cribe- 
linioniatius ; Simon Procoporiits; Joan- 
nes Cochleariligneus ; Rupertus Cucu- 
liis; etc., etc. ? 

Tous ces noms satiriques et allusifs 
visaient des individus qu'Erasme dut 
assurément reconnaître, lui qui riaità 
se tordre et à faire crever un abcès en 
lisant ces fameuses lettres, dans les- 
quelles la plus large part de ridicule 
étaitfaite au dominicain et inquisiteur 
Jacques Hoogstraet (ou Kochstraet). 

Ces lettres, aujourd'hui bien ou- 
bliées, en France surtout, mériteraient 
de faire l'objet d'une étude spéciale; 
le courageux auteur qui l'entrepren- 
drait pourrait utilement consulter 
r « Analecta Biblion » de Du Roure 
(t. I, p. 287), r « Edinburgh Review » 
(mars i83i), le « Rétrospective Re- 
view » (t. V, p. 56-70), Floègel, « Ge- 
schichte der Komische Litteratur » 
(t. Il, p. L^S-iôo) et Graësse, « Lehr- 
buch einer allgem. Litt. » (t. II, 
p. 3 et 353). 



EPISTOLyï SELECTIORES PHI- 
LIPPI MELANCHTONIS. Edite a 
Caspare Peucero. Witebergœ, 1565. 
Ce volume ne contient que la pre- 
mière partie. Les cinq autres ont 
été publiées en 1570, 1590, 1640, 
1646 et 1647. Toutes ont été réim- 
primées dans les œuvres complètes 
du célèbre réformé. 

On trouve une clef, d'ailleurs fort 
incomplète, de cette correspondance si 
curieuse pour l'histoire de la Réforme 
dans un ouvrage fort oublié de Chré- 



325 



LES LIVRES A CLEF 



326 



tien Thomasius : « Historia sapientiœ 
et stullitias » (Halae-Magdeburgicae, 
1693, 3 part, in-12). Cette clef, quioc- 
cupe les p. I à 22 de la première par- 
tie, est intitulée : « Clavis in Episto- 
las Philippi Melanchtonis » ; en voici 
les principaux articles: 

AyùXi(j)q Tjpfxavixou ô.Tzhymoq , — 
Albert, marquis de Brandebourg; 

Atai<ît)ç, — le même personnage ; 

Agricola, — le duc George de Saxe; 

O A).£XTpûcoy, — Nicolaus Gallus; 

Apxca't^aî, — Luther; 

O Aprô^^sip, — George, prince d'An- 

^ hait; 

AyToxparwp, — l'empereur des Ro- 
mains; 

BXâxvoç, — Mathias Flaccius lUyri- 
cus; 

Cleon, — André Osiander; 

C A-rifxYiyépoç, — le même; 

OA(5âaxa),oç, — Luther; 

O Aùco<î_Moç, — Franciscus Stancarus; 

Laterensis, — Bernard Ziegler; 

Leocrates, — Nicolas Amsdorff; 

Lithuanus hospes, — Pierre Conyza; 

Lycaon, — Henri, duc de Bruns- 
wick; 

Macedo, — Philippe, landgrave de 
Hesse; 

O Mapy'iTts, — le marquis de Bran- 
debourg ; 

Me^entius, — Henri, duc de Bruns- 
wick ; 

Me:{entii Pœdagogus, — Georges, duc 
de Saxe; 

Mica, — Michel Rolingus; 

Mustela, — Wicelius, ou Wiesel ; 

Nixô^Ewç, — Wenceslas Lincus; 

O'ivoj^ôo?, — Jacobus Schenck ; 

Parthenope, — Magdebourg; 

Pericîes. — Luther; 

Pericles Prutenicus, — André Osian- 
der; 

rioipYjv, — Jean, électeur de Saxe; 

C'iIIoXucfTifjiouîîiot, — M. Flaccius Illy- 
ricus et Nicolas Gallus; 



Portumnus, — Joannes Francus ; 
noptpûpo?, — Ulrich de Hutten ; 
Pothinus, — Zwingle; 
CpaTTTrjç, — Erasmus Sarcerius ; 
Cp-Âaoç, — Maurice, prince de Saxe; 
OpàSou ETutSaciç, — Henri, duc de 

Brunswick; 
O SsÇaux-bç, — Auguste de Saxe; 
Simon, — Simon Grynaeus; 
S7nv(îrjp, — Joannes Funccius; 
Taupox£p'ioj, — Zwingle; 
Oaupaç, — Carlostadt; 
Thersites, — Nicolaus Gallus; 
OpaaûSôyJ.oç, — Basilius Momnerus; 

EPITAPHIUM JOCOSUM BAJU- 
LI PARASITI. Impressum Bononiae 
apud hasredes Joannis Rossi, 1601, 
in-4. 

Dans son dictionnaire d'anonymes 
et pseudonymes italiens, G. Mel:^i a 
donné quelques renseignements sur 
ce petit écrit qui n'est autre chose 
qu'une satire de Jean Zarattino Cas- 
tellino, romain, contre le pauvre 
Murtola désigné sous le nom du pa- 
rasite Bajulo. 

EPOUX (L') PAR SUPERCHE- 
RIE, comédie, en un acte et en 
vers, par de Boissy. — Paris, Prault 
fils, 1744 et 1759, in-8. 

Une histoire du temps a fourni le 
sujet de cette pièce : il s'agit d'une 
femme qui se marie à un homme en 
croyant en épouser un autre ; le ma- 
riage est consommé sans qu'elle ait 
reconnu son erreur. Dans les mémoi- 
res de l'époque, on retrouverait pro- 
bablement les vrais noms des héros 
de cette aventure, qui fit grand bruit 
alors et qui n'eut peut-être pas un dé- 
noûment aussi paisible que celui de 
la comédie. 



327 



LES LIVRES A CLEF 



EQUIVOQUE (L'), comédie nou 
velle en trois actes, en prose, mise 
au théâtre par le sieur Duhniit de 
Charviïle. — Toulouse, Pierre Ro- 
bert. 1729, in-i2. 

Cette pièce, dédiée au président de 
Castanier, est fondée sur une aventure 
arrivée à Bayonne, que l'auteur se 
vante d'avoir brodée d'après nature. 
(Catalogue Soleinne, n» 175 1). 

f 

EROMENA (L') di Giov.-Franc- 
Biondi. — Venetia. 1624, in-4. 
Réimprimé une dizaine de fois à 
Rome, Viterbe, Venise et Bologne, 
in-4, i""8 et in-12. 

L'Eromène a été traduite en fran- 
çais par le sieur d'Audigincr, Paris, 
Courbé, 1633, 2 part. in-4,fig. Elle 
a été aussi mise au théâtre par Pierre 
de Marcassus. «L'Eromène », pasto- 
rale en cinq actes et en vers. — 
Paris, P.Rocolet, 1633, in-8. 

Suivant Chr. Gryphius, ce roman 
qui se rapproche beaucoup de VArge- 
nis de J Barclay, n'est point une fic- 
tion purement imaginaire. Sous les 
noms d'ArmiUo et d'Eromena, Jean 
François Blondi aurait retracé les 
malheurs de Frédéric et d'Elisabeth, 
sa femme (?). Par malheur, Gryphius 
oublie complètement de nous dire 
de quels princes il s'agit. (Voir: «Ap- 
paratus de Scriptoribus historiani 
sœculi XVII illustrantibus » p. 166.) 

ESPION (L') ANGLAIS, ou Cor- 
respondance SECRÈTE ENTRE MILORD 
All'eYE ET MILORD All'eAR. « Siu- 

gula quaeque notando.» Hor. — (par 
Pidansat de Mairohcrt et autres). — 



328 

1 Londres, Adamson, 1777, 1785, 
10 vol., in-12 avec des tableaux 
qni manquent assez souvent. 

« Les quatre premiers volumes de 
ce recueil ont paru en 1777-1778, 
sous le titre de l'Observateur anglais. 
— Les six derniers ont été publiés 
après la mort du rédacteur principal, 
Pidansat de Mairobert, censeur royal, 
qui s'ouvrit les veines dans un bain, 
le 17 mars 1779, parce qu'il se voyait 
accusé d'être en relations avec la presse 
clandestine de Londres. « L'Espion 
anglois » a eu une réimpression 
dont les dix volumes sont datés de 
1784 à 1786, et un « supplément » 
attribué à Joseph de Lanjuinais, mais 
qui n'a pas été donné par ses édi- 
teurs, car ils le désavouent dans la 
préface du tome V de ses œuvres : 
« Supplément à l'Espion anglois, ou 
lettres intéressantes sur la retraite de 
M. Necker; sur le sort de la France 
et de l'Angleterre; et sur la détention 
de M. Linguet à la Bastille. Adressées 
à Milord All'eye , par l'auteur de 
« l'Espion anglois ». (Londres, John- 
Adamson, 1781, in-12, de 222 pp.) 
(Barbier, t. II, col. 175-176). 

Cet ouvrage, bien que long, n'est 
jamais ennuyeux; il est toujours 
substantiel et agréablement varié. 
Longtemps dédaigné, il est rentré en 
faveur près des bibliophiles qui le 
recherchent aujourd'hui. On y trouve 
maints renseignements curieux qui le 
rendent fort utile aux littérateurs et 
même aux historiens. Déjà cet ou- 
vrage nous a servi à dresser la clef 
de divers écrits mentionnés à leur 
place dans cette étude ; il convient 
! d'ajouter que ce recueil tout entier 
i doit figurer parmi les livres à clef. 
; En effet, il n'est point de volume, ou 
: pour mieux dire de chapitre, qui ne 
i présente des allusions à découvrir ou 
; des pseudonymes à dévoiler; citous- 
i en seulement quelques exemples : 
Tome III, Lettre XXVIII, p. 85 : — 



329 

Un auteur illustre, c'est Voltaire ; — 
un jeune magistrat, c'est d'Eprémenil ; 
— un grand prince, c'est le prince de 
Conti ; — p^^ge 142 : un imprimeur, 
c'est le libraire Duchesne; — un nou- 
vel entrepreneur, le sieur Lambert ; — 
Vauteur...., Fréron; etc.; — tome VI, 
lettre X, p. 2.12 : — Vancien..., le 
Docteur de La Rivière; — un docteur, 
Desessarts ; — un second docteur, du 
Petit; — le doyen, le docteur de Lé- 
pine, etc., etc. — Tome X. Nouvelle; 
pp. i5-27 ; c'est le récit d'une aven- 
ture véritable dont le héros fut l'ac- 
teur Dugazon, qui se conduisit fort 
bien et qui, bien que trompé par sa 
femme, sut mettre les rieurs de son 
côté et rejeter le déshonneur sur l'a- 
mant de M"" Dugazon. Les noms sont 
anagrammatisés : Zéac, c'est Gaze, 
l'amant maltraité; — 3/"= de Luchat, 
c'est M™" de Chalut, femme du fer- 
mier général ; — une demoiselle char- 
mante, c'est Mm« Morellet, nièce de 
l'abbé -littérateur bien connu; — le 
poète Martelmon, c'est Marmontel; 
etc. 

Il serait facile de mutiplier ces 
exemples ; mais la clef complète de 
V Espion Anglois remplirait plu- 
sieurs colonnes; d'ailleurs, un grand 
nombre de noms sont éclaircis dans 
les notes au bas des pages; pour les 
autres, les lecteurs un peu au cou- 
rant des hommes et des choses de la 
fin du XVIlIe siècle peuvent aisément 
les découvrir. 

Ajoutons que, dans la réimpression 
de 1784, les six premières lettres du 
premier volume (pp. i à 3 14), por- 
tent le titre de « l'Observateur Hol- 
LANDois A Paris ». 



ESPION (L') CHINOIS EN EU- 
ROPE. — A Pékin, chez Ochaloulou, 
libraire de l'empereur Choanty, 
dans la rue des Tygres, 1745, 2 t. 
en I vol. pet. in-8. 



LES LIVRES A CLEF 



330 



! Il faut bien se garder de confondre 
I cet ouvrage avec l'Espion Chinois, ou 
l'envoyé secret de la cour de Pékin 
pour examiner l'état présent de l'Eu- 
rope, traduit du chinois », (par Ange 
Goudar). — Cologne, i765-r768-i764, 
6 vol. in-r2, ni avec aucun autre de 
ces « Espions Turcs, des princes Chré- 
tiens, etc., » pamphlets politiques, 
sous forme de lettres, qui eurent tant 
de vogue pendant tout le dix -hui- 
tième siècle. 

VEspion Chinois en Europe est un 
livre d'une extrême rareté et qui pa- 
raît avoir échappé à tous les biblio- 
graphes jusqu'à M. E, Hatin, qui en 
parle avec détail dans son excellente 
« Bibliographie de la presse » (pp. 59- 
61). « Je ne connais, dit-il, de ce 
libelle, qu'un exemplaire probable- 
ment unique, à la Bibliothèque de 
l'Arsenal. Il se compose de deux pe- 
tits tomes contenant ensemble vingt- 
cinq lettres, d'étendue fort inégale, — 
8, — 4 et même quelques-unes, 2 pages 
seulement, et réunis en un volume 
qui a toutes les apparences d'une 
réimpression. Le premier porte le 
titre inscrit en tête de cet article, le 
second celui de Le Mandarin Chi- 
nois en Europe... — Le premier tome 
est terminé par une Clef historique ; 
il est dédié à S. A. S. le duc de Vir- 
temberg ». — Le second tome l'est 
« à Sa Majesté Impériale le Bon Sens», 
à qui 1 auteur promet de « faire pleu- 
« voir sur les Calyphes et les visirs 
« qui s'affranchiraient de ses lois, la 
« dragée amère de la satire et de mêler 
« d'une main respectueuse de l'absinthe 
« dans le nectar de la tlatterie qui les 
« enivre sans cesse ». 

« Une courte citation suffira pour 
« donner une idée de ce pamphlet : 
« Il y a une Agrippine en Europe. 
« Son époux Claudius ne règne point, 
« il ne sait qu'obéir ; il adopte, il 
« approuve, il applaudit : voilà ses 
« occupations. Agrippine commande 
« avec un empire absolu; ses avis do- 
« minent dans les conseils; elle pu- 



« nit, elle récompense, elle condamne 
« et elle absout; son pouvoir est sans 
« bornes. Si le jeune Néron n'est 
« point encore à la place de Britan- 
« nicus, c'est que Claudius est encore 
« en vie. D'ailleurs, toutes les mesu- 
« res sont prises. Grand Dieu ! Quelles 
« ressources ne trouve-ton pas dans 
«les secrets de la chimie! La ten- 
« dresse d'une mère est bien ingé- 
« nieuse! » (T. I, p. 85). — Si l'on 
veut bien se rappeler quels rapports 
existaient à ce moment entre les 
cours de Paris et de Madrid, on com- 
prendra la sensation que dut pro- 
duire une attaque aussi odieuse ». 
Aussi la police nemanqua-t-elle pas 
de se mettre en campagne, et bientôt 
elle découvrit et arrêta l'auteur de ce 
terrible libelle. Il se faisait appeler 
Anne Dubourg, du nom de sa mère, 
mais son vrai nom était Victor de la 
Castagne, né à Espalion, dans le 
Rouergue, en ijib. Menacé de la 
question, Dubourg avoua tout et fut 
envoyé au Mont-Saint-Michel, dans 
une horrible prison, où il mourut, 
au bout d'un an et quatre jours, 
dans un accès de folie furieuse. — 
L'article de M, Hatin, qu'on a dû 
abréger ici, est extrêmement curieux 
et mérite d'être lu d'un bout à l'au- 
tre. 



ESPION (L') DES PRINCIPAUX 
THÉÂTRES DE LA CAPITALE. 
Voir : Le Vol plus haut. 



LES LIVRES A CLEF 



332 



Espion (l') dévalisé. 
1782 et 1783, in-8. 



Londres, 



Par Beaudoin de Guémadeuc, an- 
cien maître des requêtes. « On attri- 
bue ordinairement cet ouvrage au 
comte de Mirabeau; mais M. Bau- 
douin m'a avoué qu'il en était le seul 
auteur. Voy. pour les détails sur cet 
ouvrage VAnalecta Biblion de M. du 
Roure (T. II, pp. 464 à 470). Mira- 



! beau y est désigné comme auteur. » 
(Dictionnaire des Anonymes, t. II, 
col. 178). Baudouin de Guémadeuc, 
mort en 1817, à l'âge de 83 ans, est 
bien certainement l'auteur de ce li- 
vre satirique; c'est l'opinion que par- 
tagent" la plupart des Biographes et 
Bibliographes. M. du Roure ne donne 
aucune indication sur la clef de ce 
volume, qui est rempli d'initialismes 
d'ailleurs assez transparents. Ainsi : 
Boul...., c'est M. de Boulogne, inten- 
dant des finances; — de SU,,,., le 
ministre Silhouette; — Stain.,.., duc 
de Cil...., Stainville, plus tard duc de 
Choiseul ; — iVfn>« de (Jour ..., la Gour- 
dan, célèbre proxénète; — le Cheva- 
lier Tur...,, de Turgot, chevalier de 
Malte, frère du ministre; — dMm..., 
d'Ambrun; — Marquis d'A...., d'An- 
givilliers; — M. Forçai...., de For- 
calquier; — Vabbé de Ra.,.., Radon- 
villers; — A..,., d'Argenson; — car- 
dinal de B..,., Bernis; — Did.,.., Di- 
derot; — etc , etc. Cette clef a besoin 
d'être complétée. 

ESPRIT (L') DE DIVORCE, co- 
médie en un acte et en prose, par 
Pierre de Morand, représentée, le 17 
février 1738, au théâtre italien. 
(Voir : a Théâtre et œuvres diverses 
de Morand», Paris, 1751, 3 vol. 
in- 12). 

Pierre de Morand, avocat et littéra- 
teur, né à Arles en 1701, d'une fa- 
mille noble, mort à Paris, le 6 août 
1757, a peint, dans cette pièce, ses 
propres aventures et ses propres sen- 
timents : il eut surtout en vue de li- 
vrer au ridicule sa belle-mère qui 
avait jeté le trouble dans son mé- 
nage. C'est ainsi que Dorante repré- 
sente l'auteur lui-même; l'aimable 
Lucinde, c'est M^ie de Morand ; M. et 
^/me Orgon ne sont autres que le 
beau-père et la belle-mère de l'au- 
teur. 11 y eut beau tapage le jour de 



:>:>:) 



LES LIVRES A CLEF 



334 



la première représentation : il faut 
lire, à ce sujet, une intéressante no- 
tice publiée par M. B Jiillien dans 
r « Investigateur » du mois d'avril 
1846 (no 140); l'affaire se termina 
par un procès en diffamation, que la 
belle-mère satirisée intenta à son 
gendre. Le pauvre Morand succomba, 
mais on peut dire qu'il avait eu du 
plaisir pour son argent. 

Morand n'est point le seul auteur 
qui se soit mis ainsi sur la scène ; Ba- 
ron, dans son « Homme à bonnes for- 
tunes », Piron, dans sa « Métroma- 
nie » et bien d'autres, n'ont pas craint 
d'employer cet expédieat, 

ESPRIT (L') DES MŒURS AU 

XVIIP SIECLE, ou LA PETITE MAISON, 

proverbe en trois actes et en prose, 
traduit du Congo, par M. d'Unsi 
Tenna (Mérard de Saint-} ust) , 
Lampsaque, Paris, 1790, in-8deXL- 
120 p. 

Pièce libre et rare, dit la « Biblio- 
graphie Gay » (t. 3, p. 218). Le titre 
courant est la « Folle journée. » Elle 
avait paru d'abord,' mais en deux 
actes seulement, dans « les Œuvres 
de la marquise de Palamarèze », par 
Mérard de Saint-Just (3 tomes in-i8, 
1789), puis dans les « Espiègleries, 
joyeusetés, bons mots, etc., » du 
même auteur. Elle fut représentée, si 
l'on en croit ce dernier, à la cour de 
Congo (de France), en lySg, et devait 
l'être, en 1776, le premier jeudi du 
carême, sur le théâtre de Mii= Gui- 
mard. Il y est fait allusion à divers 
personnages contemporains. Il serait 
bien curieux de pouvoir connaître les 
vrais noms des acteurs : « La mar- 
quise de Palamarèze ; le marquis, son 
mari, ancien ambassadeur à Vienne; 
le baron Illacaré, colonel suisse ; 
M'ie de Lesbosie ; le che\ aller de Ver- 
villi; le président de Guibraville ; le 
•vicoraKt de Sarsanne; Vàbhé de Vcr- 



:^ac; l'abbé de Guérindal ; M'i" Ne- 
celle, Eglante et Adeline, actrices de 
l'Opéra-Comique, etc., etc.. » Mais 
qui soulèvera jamais tous ces voiles? 

M. Paul Lacroix (Cat. de Soleinne, 
n» 3865) a de la peine à attribuer une 
pièce aussi libertine à un bon homme 
comme Mérard de Saint-Just, et il 
suppose qu'elle est du marquis de 
Sade, surtout la réimpression de 
1790, en 3 actes, où se trouvent des 
scènes ajoutées qui ne sont pas les 
moins licencieuses. Je suis très porté 
à partager cette manière de voir. 

Ajoutons que «La Petite Maison, 
proverbe, imité du Soupe, ouvrage 
moral, a été encore imprimée dans 
le livre intitulé: « Autant en emporte 
LE VENT, ou recueil de pièces un 
peu... un peu .. on le verra bien. » — 
Gaillardopolis et se trouve chez... 
chez ceux qui l'achèteront. Paris, 
Cazin, 1787, 2 part, en i vol. in-i8. 

Dans cette édition les personnages 
se nomment : Thémidor, conseiller 
au Parlement; — Hermione, son an- 
cienne maîtresse ; — le Président de 
Saint-Waast, son tuteur; — la du- 
chesse de Clainville, sa grand'tante ; 
— et Bellerose, son valet de cham- 
bre. — Reste à savoir s'il y a iden- 
tité entre ces deux pièces. 



ESQUISSES ET PORTRAITS,par 

Sosthènes de Larochefoucaidd, duc de 
Doiideauvilk. — Paris, Léautey, 
1844, 3 vol. in-8. Deux éditions la 
même année. Un supplément a été 
publié en 1845, Paris, Comon, in-8, 
25 fr. en tout. 

« Il doit exister une clef des « Es- 
quisses et Portraits » publiés, il y a 
quelque 40 ans, par M. de Laroche- 
foucauld, sur les personnalités de la 
Restauration et du règne de Louis- 
Philippe. — Parfois l'auteur nomme 
ses modèles: Rachel, Abd-el-Kader, 



335 

G. Sand, V. Hugo. — Mais qui dira 
les véritables noms de ces America, 
Aglaé, Adèle, marquises ou comtesses 
que pourctraiture le noble écrivain .-' » 
(« Interm.édiaire n, 25 mars 1882, 
p. 162). 



ESTAMPE ALLÉGORiaUE, com- 
posée et gravée par Sebastien Leclerc, 
d'après les indications de M. de 
L' Echelle, gtnixVaommQ delà Manche; 
très-rare. 

On y voit un petit berger debout, 
la houlette à la main et autour de lui 
des animaux de différentes espèces, le 
lion, le tigre, l'ours, l'agneau, la gé- 
nisse, vivant en paix dans le même 
troupeau. — A droite, un enfant cou- 
ché à terre près d'un ruisseau, ca- 
resse un serpent; un autre, dans les 
bras de sa nourrice, se joue avec un 
aspic : il n'y a plus sur la terre d'a- 
nimaux malfaisants, l'homme com- 
pris. 

Le berger, c'est le duc de Bourgo- 
gne que l'on croyait destiné à succé- 
der à Louis XIV, son grand-père, et 
avec qui devait régner, suivant le 
langage mystique des quiétistes, le 
« pur amour », c'est-à-dire la con- 
corde et la sympathie universelles ; — 
Yenfant au serpent était le duc d'An- 
jou, frère du duc de Bourgogne; — 
Vautre à l'aspic, le duc de Berri; — 
la nourrice gracieuse, assise sous un 
ombrage, est la mystique elle-même, 
la célèbre M^e Bouvier de la Mothe- 
Guyon ; — le temple au fond du 
paysage, c'est Saint-Pierre de Rome ; 
— la Maison au milieu des arbres, 
c'est Saint-Cyr, d'où les œuvres de 
M"'^ Guyon furent expulsées, après y 
avoir été lues avec ferveur. 

Il y aurait tout un livre à faire sur 
l'interprétation des estampes, des- 
sins, compositions allégoriques ; on a 
cru pouvoir, par exception et à titre 
de simple spécimen, parler ici de 



LES LIVRES A CLEF 



336 

cette gravure qui se rattache à l'his- 
toire d'une doctrine religieuse, le 
Quiéiisme, qui ht grand bruit en son 
temps. L'estampe de Sébastien Le- 
clerc est d'une extrême rareté : on en 
conserve avec soin trois états diffé- 
rents au séminaire de Saint-Sulpice; 
elle a été reproduite dans le « Maga- 
sin pittoresque » (mai 1882, p. i65). 

EsTHER, tragédie. 

Voir : Théâtre de Jean Racine. 



ETHIC EPISTLES, SATIRES, 
ETC. WITH THE AUTHOR'S NO- 
TES. Written by M. Pope, — Lon- 
don , printed for the Company ,1735, 
in-8. 

Autre édition, en 1743, non ci- 
tée parLowndes. 

On sait qu'Alexandre Pope ne s'est 
pas fait faute de critiquer, souvent 
sous des noms supposés, certains per- 
sonnages de son temps. Dans une de 
ses satires notamment, il attaqua 
violemment la duchesse de Marlbo- 
rough, sous le nom d'Atossa, S'il faut 
en croire I' « Athenasum » (17 dé- 
cembre 1881, p. 8i5), l'édition de 
1743 fut entièrement supprimée: un 
exemplaire échappé à la destruction 
et regardé absolument comme unique, 
a été acquis par le Musée britanni- 
que, à la vente de la bibliothèque du 
colonel Grant. 



ETIENNE MORET, par Francis- 
que Sarcey. — Paris, 1876, in-12. 

« C'est, sous la forme d'un roman, 
l'histoire d'un pauvre professeur qui 
n'a trouvé dans la vie que des décep- 
tions et qui finit par se jeter dans la 
Seine, pour ne pas mourir de faim. 
Un illustre philosophe, facile à re- 



337 

connaître sous le pseudonyme trans- 
parent de Sincou, joue, dans ce livre, 
un assez vilain rôle. Ceux qui l'ont 
connu assurent qu'il a réellement eu 
pour secrétaire le professeur desti- 
tué, désigné sous le nom d'Etienne 
Moret, et qu'il le laissa dans le plus 
profond dénûment, tout en lui dic- 
tant ses éloquentes périodes sur « le 
Vrai, le Beau, le Bien », — (Commu- 
nication de M. G. Brunet). 



ETOURDI (L'), roman, à Lamp- 
saque, 1784, 2 part, in-12 de 115 
et 1 1 1 p. ,avec une post-face de 3 p. , 
très rare, réimprimé comme suit : 

« L'Etourdi, roman galant. » 

« Sous de noires couleurs, tel qui peint le plaisir, 
(1 Ne le blâmerait pas s'il pouvait en jouir. » 

Bruxelles, Gay et Douce, 1882, 
2 tomes en i vol. in-12 de X-138 
et 104 p., 2 front. gravés, par Chau- 
vet, prix : lofr. 

Cet ouvrage erotique contient des 
récits libres, mais les termes ne sont 
point obscènes; on y retrouve les vieil- 
lottes métaphores habituelles de ce 
genre d'écrits : autel, sacrifices, etc. 
11 y a des morceaux qui semblent 
pris dans le « Soupe des Petits-Maî- 
tres » et dans la « Confession de Wil- 
fort ». — M. P. Lacroix a consacré à 
ce livre une bonne notice dans le 
« Bulletin du Bibliophile ». (i853, 
p. 1 53). — Il n'hésite point à dire qu'il 
est convaincu que cet ouvrage est en- 
core le plus honnête de ceux du mar- 
quis de Sade, qui était alors à la Bas- 
tille. « Ce roman, ajoute -t-il, où les 
noms des personnages offrent quel- 
quefois des anagrammes à deviner, 
côtoie en quelque sorte, les aventures 
du marquis de Sade lui-même. Le 
chapitre intitulé : « La Comédie » n'est 
autre qu'un souvenir du théâtre de 
société que l'odieux marquis avait 



LES LIVRES A CLEF 



338 



inauguré dans son château de La- 
coste, où les médecins l'envoyèrent se 
refaire de ses fatigues de débauche, 
et où il amena M"" Beauvoisin, ac- 
trice du Théâtre-Français, qu'il faisait 
passer alors pour sa femme légi- 
time ». 

Ainsi, le Chevalier de Neiiville- 
Montador, fils de M. de Falton, serait 
M. de Sade lui-même. Qui décou- 
vrira les noms véritables de Serfet, 
Fatime, Clotilde, Didone, l'abbé Saint- 
lldeberge. M"* Berle, de Roviri, Cé- 
cile, Mlle de Becni, M"° d'Herbeville, 
Despras etc., etc ? 



ÉTRENNES AUX AMIS DU 18, 

ou ALMANACH POUR l'AN DE GRACE 

1798, par l'abbé Àimè Giiillon. — 
Paris, de l'imprimerie des théophi- 
lanthropes, à l'enseigne de Polichi- 
nelle, an VII de la République, 

1799, in-8, un frontispice et une 
gravure représentant Polichinelle 
en costume de Directeur. 

Cet ouvrage satirique dirigé contre 
la ridicule secte des Théophilanthro- 
pes et particulièrement contre un de 
ses chefs les plus influents, le direc- 
teur La Réveillère - Lepeaiix, faillit 
coûter bien cher à son auteur. Mis en 
jugement, l'abbé Guillon n'échappa 
au supplice que parce que sept jurés 
refusèrent de se dire convaincus qu'il 
fût l'auteur de cet écrit contre-révolu- 
tionnaire. Furieux, le directeur La 
Réveillère-Lepeaux (désigné dans Tal- 
manach sous les noms dePo//c/22He//eet 
de Mahomet) voulut faire déporter le 
pauvre Guillon à Sinnamary, comme 
ecclésiastique. (Voir : « Dictionnaire 
des anonymes », t. II, col. Soy). 

ÉTRENNES AUX ÉMIGRÉS, ou 
LES Émigrants en ROUTE, dialogues, 
contes et poésies. — Paris, impri- 



339 



LES LIVRES A CLEF 



340 



merie bibliographique de la rue des 
Ménestriers, 1793, in-12 de 76 p. 

Ce petit écrit, attribué à Jacque- 
mart, est un recueil de contes assez 
libres encadrés dans un dialogue in- 
signifiant. Les contes et poésies dont 
il se compose se retrouvent dans 
l'ouvrage intitulé « Contes et poésies 
du citoyen Collier » (Saverne, 1792, 
2 vol. in-i6, réimprimés à Bruxelles^ 
Gay et Douce, 1881, in-12). 11 y a des 
allusions satiriques aux ci-devant no- 
bles dans le dialogue dont les inter- 
locuteurs sont la duchesse de P. et 
Vabbé de V., autrement dit M""" de 
Polignac et l'abbé de Vernon. (Voir 
le « Bulletin du Bibliophile », octo- 
bre 1876, p. 45 1). 

ÉTRENNES DES POÈTES, ou 

Recueil de pièces de vers, extrait 

DE plus de deux CENTS MANUSCRITS 

DU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE. A Parme, 
et se trouve à Paris, chez Demon- 
ville, 1776-1777, 2 vol. in-i8, de 
264 et 156 p. 

Contrairement à ce qu'annonce le 
titre, ce recueil n'a nullement été ex- 
trait de manuscrits du XVIle siècle; 
il est bel et bien sorti tout entier de 
la plume de Mérard de Saint-Just, ce 
qui ne lui donne pas d'ailleurs plus 
de valeur littéraire. Comme pour 
les « Deux Siècles » et pour les 
« Poésies » du même auteur, dont il 
est parlé dans cette étude, il faudrait 
une clef bien exacte pour rendre in- 
téressante et un peu utile, cette col- 
lection d'anecdotes et d'épigrammes 
en vers sur des personnages plus ou 
moins connus de cette époque. Mon 
exemplaire, qui vient de la biblio- 
thèque de Béhague, a été annoté avec 
beaucoup de soin, mais bien des mots 
et des vers, représentés seulement par 
des points, n'ont pas été remplis à la 
main. — D'Alembert, Fréron, Durozoi, 



Boissi, etc., sont le plus souvent cités 
dans ces poésies ; mais aucun de ces 
auteurs n'est autant épigrammatisé 
que La Harpe que l'on retrouve 
presque à chaque page sous les pseu- 
donymes ou anagrammes de Cithare, 
Rhacita, {cithara), Herpal, et La H... 
Pour donner une idée du peu d'in- 
térêt de ces poésies, quand elles ne 
sont point accompagnées de notes 
explicatives, je citerai seulement les 
six vers suivants : 

Avec *'* et le Héros ***, 

Se promenait la jeune *** 

Un fin railleur, Monsieur de S*'*, 

La regardait, et dit avec malice : 

Très bien trouvé ! ma foi, rien n'est plus beau ! 

Voilà... l'épée et le fourreau. 

Cette épigramme, on l'avouera, est 
plus qu'obscure; la voici maintenant 
traduite par l'annotateur conscien- 
cieux qui a eu la patience de remplir 
tout l'ouvrage : 

Avec Louis et le héros Maurice, 

Se promenait la jeune Pompaâour. 

Un fin railleur, Monsieur de Soyecourl, 

La regardait, et dit avec malice : 

Très bien trouvé ! ma foi, rien n'est plus beau ! 

Voilà du roi l'épée et le fourreau. 



ÉTRENNES LOGOGRIPHES DU 
THÉÂTRE ET DU PARNASSE, 
avec un calendrier pour l'année mil 
sept cens trente-quatre. — Paris, 
Prault, 1734, pet. in-24, de 49 p., 
y compris le titre. Très rare. 

Ces étrennes ont été publiées pen- 
dant plusieurs années : Barbier cite 
notamment une édition sous ce ti- 
tre : « Etrennes logogriphes du Théâ- 
tre et du Parnasse », avec la clef pour 
en faciliter l'intelligence. — A Sipra, 
(Paris). S.n., 1741, in-12 deXX'VIlI pp. 
— Querard, dans la « France litté- 
raire », indique une autre édition de 
1744. 

L'auteur est le fécond Charles-Fran- 
çois Pannard, qui dans jo5 quatrains. 



341 



LES LIVRES A CLEF 



342 



aussi spirituels que bienveillants, a 
passé en revue les écrivains de théâ- 
tre les plus renommés à cette époque, 
et les acteurs et actrices de l'Opéra, 
de la Comédie italienne et de la Co- 
médie française — Il s'est mis lui- 
même en logogriphe dans ce hui- 
tain, qui fait suite aux io5 quatrains : 

<( Sur les noms propres des gens d'Art, 
Voici tout ce qu'on a pu faire. 
Veut-on sçavoir d'où cela part? 
Dans l'instant je vais satisfaire. 
Le nom de l'auteur des couplets 
Paraîtra lorsqu'en écriture 
Vous mettrez le Dieu des forêts 
Et le rival de la nature », 
C'est-à-dire : Pan, Art. 

Cespetitslivres.qui n'étaientpas des- 
tinés à survivre à l'existence de l'al- 
manach qui leur servait de prétexte 
et de titre, sont devenus extrême- 
ment rares. 



ETRENNES (LES) VENGÉS, ou 
Campagne de trois heures (en prose, 
avec prologue en vers), représentée 
le mercredi des Cendres, l'an 1806, 
à Cracovie, s. 1. n. d. ; in-8 de 
62 p. 

« Cette pièce, fort rare, imprimée 
en cachette à Saint-Quentin, paraît 
dirigée par l'auteur des « Etrennes 
Camberlottes » (i'), contre des person- 
nes qui, se trouvant insultées dans 
ce petit livre, avaient fait des démar- 
ches pour en découvrir l'auteur afin 
de le faire punir. Ces personnes sont 
nommées, dans cette satire san- 
glan'^e : Beteh, marchand d'étoffes ; 
Betem, fabricant de tabac; Cadet- 
Roussel, mendiant et fabricant en dé- 
coupures; Culsiffle, apothicaire; Dat- 
lourd, son fils; Tomchi, confident de 
Betem; Bonicul, procureur; Lahure 
et Rémi, imprimeurs, etc. — Malgré 
le long temps écoulé depuis la com- 
position de cette pièce, on réussirait 



peut-être, à Saint-Quentin, à retrou- 
ver les noms véritables des person- 
nages satirisés ». (Catalogue de So- 
leinne, n" 3,814). 



EUPHORMIONIS LUSININI, sive 
J. BARCLAll SATYRICON, partes 
quinque, cum clavi. Accessit Cons- 
piRATio Anglicana. Lugduni Bata- 
vorum, ex officinâ Elzevirianâ. 
1637, pet. in-i2. 

« Quoique cette édition de VEupIior- 
mion, dit le « Manuel de Brunet », et 
les réimpressions qui en ont été faites 
contiennent cinq parties, l'ouvrage 
n'en a véritablement que deux. La 
première parut d'abord séparément 
à Londres, en i6o3, et la seconde, à 
Paris, en i6o5, in-12; ce qui forme 
la troisième se compose de I'Apolo- 
GiA. EuPHORMioNis », imprimée pour la 
première fois à Londres en 1610; la 
quatrième, de 1' « IcoN Animorum », 
également imprimée à Londres, en 
1614, in-12; — la cinquième partie, 
sous le titre : « Alitophili veritatis 
lacrymas » (voir ce titre), est de Cl. 
Bart. Morisot, de Dijon ». — L'Eu- 
PHoRMioN de Barclay a été bien sou- 
vent réimprimé, isolément ou en 
quatre, cinq ou six parties. Ses édi- 
tions diverses sont au moins aussi 
nombreuses que celles de I'Argenis; 
il a été traduit en plusieurs langues 
et notamment en français, par l'abbé 
J. B. Drouet de Maupertuy, sous 
les titres de « Les Aventures d'Eu- 
PHORMiON, histoire satirique ». — An- 
vers, 171 1, Amsterdam, 1712, 3 vol. 
in-12), ou de : « Vie et Aventures 
d'Euphormion, etc. ». (Amsterdam, 
1733, 3 vol. in-12). 

Cet ouvrage de l'auteur de V Arge- 
nts est dans le même genre, c'est une 
allégorie politico-satirique qui eut 
beaucoup de succès, un peu moins 
peut-être que le premier roman de 






LES LIVRES A CLEF 



Barclay. La malignité des lecteurs 
cherchait à découvrir quels étaient 
les personnages mis en jeu; voici le 
jugement qu'à porté sur cet écrit 
M. Victor Fournel dans son curieux 
livre « La littérature indépendante 
et les écrivains oubliés » : 

« A travers une succession de péri- 
péties, le merveilleux apparaît sans 
cesse; Apulée, que Barclay avait relu 
bien des fois, a prêté un reflet de son 
réalisme fantastique. L'allégorie, trop 
souvent obscure, domine surtout dans 
la seconde partie, où l'on voit percer 
les allusions contemporaines à tra- 
vers le voile d'une mythologie d'em- 
prunt ». 

Quelques noms de VEuphormion 
sont anagrammatisés, mais la plupart 
sont de fantaisie; voici une clef, as- 
surément incomplète, mais qui con- 
tient les noms des principaux per- 
sonnages et qui permet de lire avec 
plus d'intérêt ce curieux roman sati- 
rique : 

A ciguës, ou A cigniens, — les Jésui- 
tes ; 
Albagon, — le duc d'Albe; 
Aquilius, — l'empereur Rodolphe; 
Argyrostrate, — Ambroise Spinola ; 
Boethie (La), — l'Allemagne; 
Callion, — le duc de Lorraine; 
Charidotus, — Richardot, président 

du Conseil de Belgique; 
Clessandrinus, — le roi d'Angleterre; 
Cleostrata, — la marquise dé Ver- 

neuil, maîtresse d'Henri IV; 
Deshotikyricus, — le duc de Lerme; 
Eleutheria, — La France ; 
Geragathas, — de Villeroy; 
HippophiluSf—Y'hWx-p-p^ II, d'Espagne; 
Janicularius, — le président Jeannin; 
Junon, — la reine de France ; 
Lubeniis, — l'archiduc Albert d'Au- 
triche ; 
Leuciis, — le P. Cotton, jésuite, con- 
fesseur du roi ; 
Liphippus, — Philippe III, d'Espa- 
gne; 
Lisippus ou Neopalœus , — Juste 
Lipse ; 



344 

■ Longin, — Nicolas Brulart, chance- 
lier de France; 

Marcie, — Venise ; 

Mélandrie, — l'Espagne; 

Nearius, — Maurice de Nassau ; 

Pedra, — l'infante Isabelle, femme de 
l'archiduc Albert; 

Perças, — d'Arguien, gouverneur de 
Metz; 

Philosophes [Les), — les iMoines; 

Protaron, — Henri IV ; 

Scholiynoéthodie, — la Grande-Breta- 
gne; 

Sibronius, — le président Brisson ; 

Tessar arnaque, — le roi Jacques 
d'Angleterre ; 

Thébains [Les), — les Allemands ; 

Thcophrate, — le cardinal du Perron; 

Trifarcitus, — le landgrave Geor- 
ges; 
Vanarra, — la Navarre. 

Un travail excellent, dont j'ai parlé 
dans Le Livre, a été publié sur VEu- 
phormion, c'est r « Etude historique 
et littéraire sur le Satvricon de Jean 
Barclay, » par Jules Dukas. — Paris, 
1880, in-8 de g5 p. (Extrait du c Bul- 
letin du Bibliophile »). — On y trouve 
sur la bibliographie et sur l'oeuvre 
même de Barclay, des renseignements 
qui seraient bien précieux pour le 
courageux éditeur d'une nouvelle 
traduction de VArgénis et de VEu- 
phormion. 



EUROPE, comédie héroïque et 
allégorique (en cinq actes et en 
vers), avec un avis au lecteur, une 
clef des personnages et un prologue 
delà Paix descendant du ciel. Paris, 
1643, chez Henry Le Gras, in-4, 
ï\g. — Autre édition in-12, la même 
année. — Autre édition, Paris, Ch. 
de Sercy, 1661, pet. in-12. Suivant 
Barbier, cette dernière édition, qui 
aurait été imprimée à Bruxelles 



345 



LES LIVRES A CLEF 



(Foppens), doit être placée dans la \ 
collection des Elsevier. 

Bien que cette pièce soit attribuée 
par plusieurs biographes au cardinal 
de Richelieu, il n'est pas douteux que 
l'auteur véritable est Jean Desmarets 
de Saint-Sorlin ; Richelieu n'y aurait 
pris part que pour l'arrangement des 
scènes et pour le plan des allégo- 
ries. Cette pièce fut sévèrement 
jugée par les académiciens et très 
froidement accueillie par le public de 
l'hôtel de Bourgogne. Ce n'est en ef- 
fet qu'une longue allégorie politique, 
très obscure alors, et presque inintel- 
ligible aujourd'hui; elle semble avoir 
pour but de « représenter l'ambition 
des Espagnols pour se rendre maî- 
tres de l'Europe et la protection que 
lui donne le Roy (Louis XIII), avec 
ses alliés, pour la garantir de la ser- 
vitude ». — La « Bibliothèque du 
Théâtre-Français » n'a pas donné l'a- 
nalyse de cette étrange pièce; elle en 
a seulement reproduit (t. II, pp. 583- 
584), la clef complète que l'on trans- 
crit textuellement ci-après : 

La Reine Europe représente l'Eu- 
rope ; 

Françion, — le François ; 

Ibère, — l'Espagnol; 

Germanique, — l'Allemand; 

Ausonie, — l'Italie ; 

Parthenope, — Naples ; 

Mêlante, — Milan ; 

Austrasie, — la Lorraine; 

Lilian, — Suivant de Françion ; 

Hispale, — Suivant d'Ibère; 

Albione, — l'Angleterre; 

Alpine, — M"» de Savoye; 

La Roche Rebelle, — La Rochelle ; 

Un prince mort che^ Ausonie, — le 
vieux duc de Mantoue; 

Un seul Prisonnier, — François I"; 

Un prince auguste, voisin d' Austrasie, 

— l'Electeur de Trêves; 

Un prince germain du sang d' Albione, 

— le roi de Bohême ; 

Un prince qui s'établit en un droit lé- 



346 

gitime, — le duc de Nevers, duc de 
Mantoue ; 

Trois nœuds des cheveux d'A ustrasie, 
— Clermont, Stenay et Jamets ; 

La boîte de diamans d'' Austrasie, — 
Nancy ; 

Les destructeurs d'autels, — Luthé- 
riens et Calvinistes; 

Ceux qu'il a fait venir du bout de l'u- 
nivers ou de la mer glaciale, — les 
Suédois; 

Ce grand roy, ce puissant conque- 
rant, — le Roy de Suède; 

Ces grands chefs de sa cendre enfan- 
tés, — les Suédois; 

Ce Saxon, — le duc de Weymar ; 

Un prince qui d'un peuple affranchi 
commande les armées, — le prince 
d'Orange ; 

Le bien des prêtres mitres, — les évê- 
chés que le roi de Hongrie a donnés 
aux Luthériens ; 

Des peuples affranchis qui cherchent 
mon secours, — les Catalans ; 

J'assiste un roy, — le roy de Portu- 
gal ; 

Trois puissances royales, — les rois 
d'Espagne, de Hongrie et d'An- 
gleterre; 

Trois couronnes ducales, — Savoye, 
Mantoue, Lorraine; 

Le port de la mer Ligustique, — Mo- 
naco ; 

La clef de l'Etat d'Ibère, — Perpi- 
gnan ; 

De Mélanie ont escorné l'Etat, —prise 
de Tortone ; 

La place est en mes mains, — Sedan » 
On comprend, par ce qui précède, 

que l'ouvrage ne pourrait absolu- 
ment pas être compris, si l'auteur 

n'avait fait imprimer cette clef à la 

tin de sa pièce. 



EUSÈBE, ou LES Beaux profits 

DE LA VERTU DANS LE SIÈCLE OU 

NOUS SOMMES. « Virtus post num- 
mos. » — Amsterdam, chez les hé- 
ritiers de Marc-Michel Rey, 1785, 



347 

in-i2 de 144 p., orné d'un frontis- 
pice allégorique gravé sur cuivre. 



Roman allégorico- philosophique 
dont l'auteur est le célèbre lexico- 
graphe et grammairien J.-Ch. Thié- 
bault-Laveaux (né à Troyes , le 17 

novembre 1749, mort à Paris le 

1827). L'auteur, admirateurpassionné 
du grand Frédéric, de Voltaire, de 
Raynal et de d'Alembert, eut une 
carrière fort agitée. Son livre est à la 
fois une piètre production et une 
mauvaise action ; il y critique sans 
cesse, avec une assez grande violence, 
l'esprit de religion, le respect des lois 
et l'ordre dans la société et il arrive 
à cette conclusion désolante qu'il faut 
être coquin, pour être heureux sur 
terre. C'est ainsi que son « Eusèbe », 
malheureux et persécuté tant qu'il 
est vertueux, parvient aux richesses 
et aux honneurs en devenant fripon. 
Ce roman, écrit en 1785, devait con- 
venir à ce Laveaux, ex-pasteur pro- 
testant, qui, pendant la Révolution, 
fut un jacobin acharné et l'un des 
rédacteurs assidus de « La Monta- 
gne ». En un mot, cette satire allégo- 
rique, sans grâce, lourde, pénible, 
haineuse même, dut préparer bien 
des esprits à la révolte, si elle put 
pénétrer en France. Les allusions 
sont pour la plupart très transparen- 
tes ; ainsi. Le Royaume de Babima- 
nie, c'est la France; — FrivolipoUs 
Paris; — Le pain des Anges, l'hostie 
consacrée ; — Un grand Philosophe, 
Voltaire ; — Le marquis de Rustigra- 
^/îe, sans doute un membre du club 
des Economistes ; — Le plus grand 
philosophe de Babimanie, J.-J. Rous- 
seau ; — Les Hiboumanes, sans doute 
la Suisse, peut-être la Hollande; — 
Le pays des Allobroges, la Savoie; — 
Le Royaume des Philosophes, la 
Prusse; — Le Philosophe ami des 
ho)nmes, le marquis de Mirabeau; 
etc., etc. — Il est à noter qu'en pro- 
menant son héros « Eusèbe » dans 



LES LIVRES A CLEF 



348 

les pays des Huns, des Ostrogoths, des 
Visigoths, etc., etc., l'auteur semble te- 
nir peu de compte de la géographie de 
l'Europe. 

Eux ET Elles, histoire d'un 
Scandale. 

Voir : Elle et Lui, par George 
Sand. 



ÉVANGILE (L') DU JOUR, ou 
In illo tempore.... — Imprimé par 
ordre de la noblesse et du clergé ; 
s. 1. (Paris), 1789, in-8 de 23 p. 

L'auteur de ce pamphlet des dé- 
buts de la Révolution n'est pas connu. 
Cette satire est une allégorie un peu 
longue et dont le secret est facile à 
trouver : Les Pharisiens représentent 
la noblesse; les Princes des Prêtres, 
le clergé; Louis XVI est personnifié 
par Jésus-Christ. — Cette pièce est 
assez rare. 

EXERCICES (LES) DE DÉVO- 
TION DE MONSIEUR HENRI 
ROCH AVEC MADAME LA DU- 
CHESSE DE CONDOR, par feu 
Vabbé de Voisenon, de joyeuse mé- 
moire, et de son vivant membre 
de l'Académie française. — S. 1. n. d. 
(Paris, vers 1780), in-12. On con- 
naît quatre autres éditions de cet 
ouvrage publié par Qiierïon, qui y 
a joint La Rocambole ou notes 

ÉDIFIANTES ET RÉCRÉATIONS. Une 

dernière édition, très jolie, vient 
d'être publiée par Gay et Douce : 
Bruxelles, 1882, in-12 de VIII-93 
p., curieux front, gaillard. 

On ne pensait guère rencontrer 
dans cette étude, ce spirituel récit, 



LES LIVRES A CLEF 



349 

dans lequel un béat et une bigote [ 
mêlent si scandaleusement le liberti- ! 
nage à la dévotion; ces dignes des- 1 
cendants de Tartufe ftirent assez 
communs au XVllI siècle, surtout 
parmi les quiétistes auxquels on re- 
procha avec raison de nombreux dé- 
sordres. Ces béats s'étaient fait un 
langage spécial, en changeant notam- 
ment le nom de chaque partie du 
corps, sous prétexte de s'habituer à 
devenir insensibles aux idées que ces 
noms représentent, mais en réalité 
pour pouvoir dire et faire mille indé- 
cences sous les apparences de la ré- 
serve et de la retenue. Ainsi, ils appe- 
laient le ventre, le tablier; il faut voir 
ce que M. Henri Roch et la duchesse 
nomment leur cœur. Voisenon qui, 
comme on sait, ne manquait pas d'es- 
prit satirique, trouva le moyen dans 
ce petit ouvrage de décocher quel- 
ques traits contre des littérateurs de 
son temps, notamment (p. 44 de la 
dernière édition) quand il parle de 
« mauvais garnements, tels que de 
« nos jours peuvent être les Tel-Ment, 
« les You-Rouk, les Ron-Fer, les 
a Seri-Rog,\QS Vise-Sud, lesRo-Té-So, 
« les Sei-Batar, ainsi que tous ceux 
« qui vivent de méchanceté et de 
feuilles de chardon ». Il n'est pas 
difficile de reconnaître sous ces noms 
quasi-anagrammatisés, MM. Clément, 
Royou, Fréron, Grosier, Sautereau et 
Sabatier. 

Expédition des Portugais contre 
Tripoli. 

Voir : Carmen heroïcum de re 
bus à Lusitanis. 



EXPÉDITION (THE) OF HUM- 
PHRY CLINKER, by Tohias Smol- 
leît. — London, 1771, 3 vol. in-12. 
Plus de dix fois réimprimé. Traduit- 
en français sous ce titre : 

« Voyage DE Humphry Clinker »> 



350 

par l'auteur de « Roderic Ran- 
dom ». Traduit de l'anglais par 
M***. Paris, Pillet aîné, 1826,4 vol. 
in-12, 8 fr. 

« Cette dernière composition de 
SmoUet est peut-être la plus agréable 
de toutes. Dans ce charmant ouvrage, 
il a eu l'idée ingénieuse de décrire les 
différentes impressions produites sur 
les différents membres d'une même 
famille, par les mêmes objets. Comme 
plusieurs de ses romans, cet ouvrage 
est rempli de portraits pris sur le vif. 
Il a d'abord peint son propre carac- 
tère sous les traits de Alathew Bramble ; 
il se met encore en scène sous le 
nom de M. Série, et plus hardiment 
ensuite sous son propre nom. D'au- 
tres personnages : Mistress Tabitha 
Bramble, Winifred Denkins, Hum- 
phry Clinker, et même le capitaine 
Lismago, ont certainement été peints 
d"après nature. — En décrivant sa ma- 
nière de vivre, Smollett critique im- 
pitoyablement les faiseurs de livres 
de l'époque, qui avaient profité de sa 
bonté sans lui témoigner la moindre 
reconnaissance. » (Girault de Saint- 
Fargeau. — « Revue des Romans », 
t. II, p. 307.) 

EXPÉDITION (L') SECRETTE, 
comédie en deux actes (en prose), 
comme elle a été représentée sur 
le théâtre politique de l'Europe, 
avec de très grands applaudisse- 
ments ; traduit de l'anglais, par 
J.-B. — Londres, J. Scott, 1758, 
in-8 de 35 p. en tout. Rare. 

« Cette pièce, non citée dans la « Bi- 
bliothèque du Théâtre- Français », 
est une satire de la conduite de l'ami- 
rauté anglaise, en 1758, lorsqu'une 
flotte menaça les côtes de France et 
ne fit une descente que dans la pe- 
tite île d'Aix. — Les personnages 



351 LES LIVRES A CLEF 

Coucou, Nouveau, Noble, Prudence, 



352 



etc., sont les amiraux et les capitaines 
qui, réunis en cour martiale, con- 
damnèrent à mort l'amiral B)'ng 
[Buse, dit la pièce), pour le punir de 
la malheureuse issue de son expédi- 
tion. Les initiales J.-B. sur le titre 
de la comédie, représentent le nom 
de ce pauvre amiral John Byng, fu- 
sillé le i5 mars ijBj. » (Catalogue 
de Soieinne, n» 3, 801). 

Explications des allégories sati- 

RiaUES.... 

Voir : Miscellanées 

Fâcheux (Les), comédie. 
Voir : Œuvres de Molière. 

Factum pour la nombreuse fa- 
mille DE RaPTERRE. 
Voir : Natilica. 



FACULTÉ (LA) VENGEE, comé- 
die en trois actes (en prose). Par 
M*** Docteur Régent de la Faculté 
de Paris. 

« Manet altâ mente repostum 

Judicium Paridis spretieque injuria formse. » 
Virg. .Eueid. L. I. 

A Paris, chez Quillau, libraire et 
imprimeur de la Faculté, rue Ga- 
lande, près la place Maubert. 
MDCCXLVII, in-8de 182 p., plus 
un f. pour la clef. Vignette sur le 
titre. 

Cette pièce satirique du médecin 
philosophe Julien Offray De La Met- 
trie, a été réimprimée sous ce titre : 

Les Charlatans démasqués, ou 
Pluton vengeur de la Société de 
médecine, comédie ironique en trois 



actes, en prose, par M. de La Mer 
trie, Docteur-Régent de la Faculté 
de Paris. Paris et Genève. Aux dé- 
pens de la Compagnie, 1762, in-8 
de XIII- 182 p., plus un f. pour la 
clef. 



Cette pièce extrêmement méchante 
et injuste fut composée par l'auteur, 
à Amsterdam, alors que dénoncé 
comme athée par quelques-uns de 
ses confrères qui se vengeaient de lui 
et de ses sarcasmes, il jugea pru- 
! dent de ne point attendre un procès en 
I forme et sortit de France. La « Bi- 
bliothèque du Théâtre -Français » 
donne une analyse succincte de cette 
comédie. Voici les véritables noms des 
personnages, d'ailleurs fort ressem- 
blants, mis en scène et ridiculisés par 
La Mettrie : 
Somnanbule , — Molin ; 
La Tulippe, — Falconet; 
Jaunisse, — Marcot; 
Dom Quichotte, — Dionis; 
Sot en cour, — Bouillac; 
Gresillon, — Helvetius; 
Vardaux, — Pouce ; 
Savantasse, — Astruc ; 
Bavaroise, — Procope ; 
Chat-Huant, — La Mettrie lui-même; 
Muscadin, — Sidobre ; 
Maqui, — Boyer; 
Boudinau, — Bourdelin; 
Pluton, — autre Maqui. 

La scène est aux Ecoles de méde- 
cine de Paris, rue des Bucheries. 

Nous retrouverons La Mettrie aux 
articles : « Ouvrage de Pénélope » et 
« Politique du médecin de Machia- 
vel ». 



FAMILLE (LA) RIDICULE, co- 
médie messine (en 5 actes et en 
vers) ; revue, corrigée et augmen- 
tée ; achevée d'imprimer pour la 
première fois en 1720. Berlin, Jean 



^ r *> 

ToUer, s. d. in-8. II y a deux édi- 
tions de cette pièce qui ne présentent 
aucune différence dans le titre ; 
mais l'une a 76 p. et l'autre 77 p. 
Cette comédie, en patois messin, est 
attribuée, malgré l'avis contraire 
de Cil, Nodier, à J. Le Duchat, le 
célèbre annotateur, qui, né à Metz, 
est mort à Berlin où il était réfu- 
gié. 

De nos jours, la « Famille ridi- 
cule » a été réimprimée sous le titre 
de : « Flippe Mitonno, ou la Famille 
ridicule, comédie Messine, en vers 
patois, — Metz, 1848, in-8. Cette édi- 
tion augmentée de variantes, de chan- 
sons inédites et d'unenotice bibliogra- 
phique, est fort élégante et n'a été 
tirée qu'à 5o exemplaires: aussi est- 
elle rare aujourd'hui. Le feuilleton 
commercial de Techener (i865), 
in-4) en offrait un bel exemplaire au 
prix de y fr. — Le fond de cette co- 
médie satirique est emprunté à une 
anecdote véritable; tous les person- 
nages qui figurent dans la pièce 
étaient des habitants de Metz. 

FARCE (LA) DES COURTISANS 
DE PLUTON, ET LEUR PÈLERI- 
NAGE EN SON ROYAUME. (Par 
U sieur de la Valise, sept scènes en 
vers), s. L, 1649, in-4, 28 p. 

Cette Mazarinade fort rare est attri- 
buée, par M, P. Lacroix (Catalogue 
de Soleinne, n° 3,73g), au fameux 
pamphlétaire Du Bosc Montandré, 
tandis que M. Moreau (Bibliographie 
des Mazarinades, n° 1372) ne précise 
rien à ce sujet. Les deux éminents 
bibliographes s'accordent d'ailleurs à 
reconnaître que ce libelle est aussi 
spirituel qu'ordurier. Il paraît vrai- 
semblable que le sieur de la Valise 
pourrait bien avoir confondu Pluton 



LES LIVRES A CLEF 



354 

âYQC Plutus; quant au système qu'il 
a employé pour déguiser ses victi- 
mes, il est des plus primitifs; il con- 
siste à renverser simplement leurs 
noms; c'est d'ailleurs un procédé que 
nous verrons plusieurs fois employé 
au cours de cette étude. 

Voici la clef de cette farce qui 
roule entièrement sur le pillage des 
deniers publics par les agents de Ma- 
zarin : 

Nira:{am, — Mazarin ; 
Yremed\ — d'Emery; 
Dracip, — Picard ; 
Teruobat, — Tabouret ; 
Telbuod,— Doublet; 
Naletac, — Caletan ; 
Siobsed, espion, — Desbois. 

FAUSSE (LA) VESTALE, ou 
l'ingrate chanoinesse, nouvelle 
galante. Cologne, chez Adrien En- 
clume (Hollande), pet. in-i2, fig. 

Ce petit roman, dit M, G. Brunet, 
dans son essai sur les « Imprimeurs 
imaginaires », n'est pas entièrement 
composé d'aventures fictives. On y 
trouve l'histoire du généalogiste Hau- 
dicquer de Blancourt, qui fut con- 
damné aux galères pour avoir fabri- 
qué de fausses généalogies. (Voir 
« Biographie Michaud », t. LXVI, 
p. 471). — Il est, dans cet ouvrage, 
désigné sous le nom d'Audidier ; 
sa femme, la Fausse Vestale, était 
fille de François Duchesne, historio- 
graphe du roi. 

' FAUSTIN (LA), par Edmond de { 
Concourt. Paris, Dentu, 1882, f 
in-i2. I 

Voici encore un très curieux ro- 
man, qui a fait beaucoup de bruit lors 
de son apparition et qui a excité le 
zèle des chercheurs de clefs. Comme 
il arrive presque toujours, pour les 
romans de notre époque, les clefs 

12 



355 

produites ont été assez diverses et 
l'on a attribué le même nom à plu- 
sieurs personnages. Bornons-nous à 
dire que La Faustin, c'est la grande 
tragédienne Rachel , plutôt que 
M""° Sarah Bernardht qui n'a fourni 
que quelques traits à ce personnage, 
et empruntons au journal « le Clai- 
ron » (n° du 2 1 janvier 1882), les in- 
dications suivantes sur la scène capi- 
tale du livre, le fameux souper chez 
Magny (pages i53 et suivantes) : 
Un poète chevelu, — Théophile Gau- 
tier ; 
Un homme d'Etat, — le duc de 

Morny ; 
Un journaliste alsacien, — NefFzer, 

fondateur du « Temps » ; 
Un artiste en peinture, — Eug. Fro- 
mentin ; 
Un jeune général, — le général Ba- 
taille ; 
L'homme d'imagination de la science, 

— le chimiste Berthelot; 
Le voisin de ce savant, — M. Ernest 

Renan ; 
Un convive penché sur son voisin, — 

M. Charles Robin; 
Un écrivain étranger, — Ivan Tour- 

gueneff ; 
Un physiologiste, — Claude Ber- 
nard. 

Ajoutons que l'une de nos plus vail- 
lantes actrices ^Ch. Il), c'est M^^e Far- 
gueil. 

Les Faux enchantemens. 
Voir : La Devineresse. 



FÉLICIA ou MES Fredaines, par 
l'auteur du « Diable au Corps », 
(Andréa de Ncrciat). Londres, (Ca- 
zin), 1775, 4 vol. pet. in- 18. Très 
nombreuses réimpressions jusqu'en 
1834. Voir : Bibliographie Gay; Bi- 
bliographie deNerciat; Catalogue 
des ouvrages condamnés, etc. 



LES LIVRES A CLEF 



356 

Cet ouvrage est beaucoup moins 
obscène que les « Aphrodites » et le 
« Diable au corps ». Félicia n'est 
point un personnage imaginaire ; c'é- 
tait une des maîtresses de Nerciat, une 
bien honnête fille d'ailleurs, qui mé- 
rita d'être élue à la principale dignité 
de la Société des Aphrodites! I! y a 
dans cet écrit d'autres noms à décou- 
vrir. 

FÉLIX, ou LES Aventures d'un 

JEUNE OFFICIER. 

Voir : Les Sonnettes. 



FEMIA (IL) SENTENZIATO, fa- 
vola di Messer Siucco a Messer 
Cattabrighe. Cagliari (Milano), 
Francesco Anselmo, 1724, in-8. 
Edition originale extrêmement rare. 
Réimprimé dans la « Raccolta di 
Tragédie, etc., etc., di secolo 
XVllI » (iVlilano, 1825, in-8). 

Ce petit ouvrage est de Pietro-Ja- 
copo Martello. C'est une assez violente 
satire contre le célèbre marquis Sci- 
pion Maftéi, mis en scène, sous le nom 
anagrammatisé de Femia. L'auteur, 
dit-on, aurait fait par la suite recher- 
cher tous les exemplaires de sa satire 
pour les détruire ; mais Gamba assure 
en avoir trouvé de nombreux exem- 
plaires dans la bibliothèque de M. Rei- 
na. (Voir pour plus amples détails : 
Melzi, « Dizionario di opère anonime 
e pseudonime», t. III, p. 114-115.) 

FEMME (LA) INFIDELLE. A la 
Haye, et se trouve à Paris, chez 
Maradan, libraire, rue des Noyers, 
n° ^■^, 1748, quatre parties en qua- 
tre vol. in-i2, de 979 p. en tout, 
pagination continue. 

Cet ouvrage, dont quelques exem- 
plaires ont paru çn 1785 avec le nom 



357 



LES LIVRES A CLEF 



de Maribert-Courtenay, est bien réel- 
lement de Nic.-Ed. Restif de la Bre- 
tonne. C'est rhistoire vraiment ef- 
frayante des désordres réels ou pré- 
tendus, mais à coup sûr exagérés d'A- 
gnès Lebel, femme de Restif ; au com- 
mencement de rédition de 1785 (Neuf- 
châtel), l'auteur annonce qu'il a long- 
temps hésité entre ces trois titres : la 
« Femme infidèle », la « Femme let- 
trée» ou la « Femme monstre». Comme 
pour les autres productions de Restif, 
citées dans cette étude, nousemprun- 
tons au beau travail de M. P.Lacroix, 
les indications suivantes sur laclefde 
cette histoire-roman : 

« Cet ouvrage est si précieux pour 
l'histoire intime de Restif, que nous 
croyons devoir réimprimer ici, malgré 
son étendue, une clé de ce document 
autobiographique, telle qu'on la trouve 
sous le titre d'errata, dans le tome 
XXIII de la seconde édition des Con- 
temporaines, oij personne probable- 
ment n'irait la chercher. Ce fut la pu- 
blication decette clé, en 1787, qui au- 
torisa la plainte d'Augé contre son 
beau-père, qu'il accusait avec raison 
de l'avoir diffamé dans deux ouvrages 
anonymesque Restifrefusait d'avouer: 
la « Femme infidèle » et « Ingénue Sa- 
xancour. » 

Le roman ou plutôt l'histoire de la 
Femme infidèle est souvent inintelli- 
gible, à cause des noms propres dé- 
guisés que Restif y fait figurer, et sur- 
tout à causedespointsetdes étoiles qui 
remplacent non-seulementdes dates et 
des noms et des mots, mais encore des 
phrases entières. Nous avions donc 
essayé de faire une clé, qui ne pouvait 
être que très insuffisante, lorsque nous 
découvrîmes celle que Restif avait 
faite lui-même, en y laissant subsister 
toutefois quelques anagrammes et 
quelques initiales inexpliquées. Nous 
avons donc pensé que cette clé, tout 
à fait inconnue et qui se trouve dans 
une édition très rare, méritait de 
prendre place textuellement dans notre 
livre. Nous y ajoutons aussi^ et sans 



Pages 

i3 — 
14 — 



rien changer à l'orthographe de l'au- 
teur, le petit factum qui lui fait suite 
dans la secondeédition des Contempo- 
raines et qui form.e une espèce de sup- 
plément à la Femme infidèle. Les 
seules additions que nous jugeons 
utile d'introduire dans lacié, très véri- 
dique et très complète, composée par 
Restif, ce sont quelques noms, qu'il 
avait omis à dessein et que nous avons 
placés entre parenthèses. Le meilleur 
commentaire de la Femme infidèle se 
trouve, éparpillé çà et là, dans Mon- 
sieur Nicolas, tomes IX, X et XL 

ERRATA DE LA FEMME INFIDÈLE 

PREMIÈRE PARTIE 

F..., lisez Valois; 
Laconche, Baron, Blonde, Bour- 
dignon, Rhecaché, lisez Cha- 
cheré ; les noms sont mis ici 
par ordre ; 
i5 — Prutin, lisez Turpin; 
25 — Rennedave, lisez de Varenne ; 

28 — ***, comte de Tavannes ; 

29 — Soni^, lisez Nizon ; 

41 — Riole, lisez Leroi ; 

42 — SeditangeSyWstz Destianges ; 
47 — Jeandevert, nom déguisé d'un 

Hom. connu. (Restif) ; 
91 — Ornefuri, lisez Fournier ; 
m — Timbre de S.-M., lisez Imbert 

de S. Maurice ; 
119 — A*, lisez à Sens ; 
i33 — Caraqua, WzQz Chéva^M-àè-Vû- 

lefranche ; 
i57 — Nolat, lisez Talon ; 
160 — Désirée, lisez Didier; C..., lisez 

Cocu ; 
164 — Cardin, lisez Necard ; De Ro- 

mei, lisez de Ronci ; 
178 — Ugnebet, lisez Beugnet ; 
184 — A l*'^*g. d. L., lisez à l'im- 

primerie royale, galerie du 

Louvre. 

DEUXIÈME PARTIE 

280 — Voyez la suite de ces vers, à la 
p. 5i2 de la 3° partie, et ci- 
devant après la p. 280; 



359 

Pages 
292 - 

295 ■ 



302 
321 

323 
337 
346 



359 - 



369 
397 
404 
632 
440 
464 
478 



485 — 

5i8 - 

528 — 

571 — 



577 
583 



602 
6o3 
6o5 
607 
610 

614 

622 

628 



LES LIVRES A CLEF 



360 



La grande fille, lisez Clermont, 
nouvelle convertie genevoise ; 

Nivelle, c'est le n'ég^retàn Pay- 
san perverti, et le regret des 
contemporaines; 

Moudimer, lisez Krammer; 

L'****, lisez l'imprimerie ; 

Linesmiid, lisez Dumesnil ; 

P.,., lisez Prudhomme ; 

A cette page, en restituant les 
vers de l'errata, mettez : vérole 
au lieu d'hiperbole ; 

La pièce de vers supprimée est 
à présent dans les Françaises, 
ivol., p. 179 ; 

Regains, lisez Sagnier ; 

Volmin, lisez Moulin; 

Protane, lisez Edme Rapenot ; 

Elise, lisez Elisabeth-Tulout ; 

Cletoii, lisez Goulet; 

Nilasse, lisez Asselin ; 

A K**, 1'*., nom défiguré ainsi 
que le suivant: à l'abbé (Mer- 
cier) de Saintleger. 

TROISIÈME PARTIE 

A de M... ; ces initiales sont 
justes ; 

Siparad, lisez Paradis ; 

Admirable, lisez l'horloger 
Admirault ; 

A***, lisez à Aucerre ; à **, li- 
sez à Fleuri ; Rirenfou, lisez 
Fournier ; Lauquil, lisez Q** 
(Quillau); 

Tolliet, lisez à Joigni ; 

Commédienne li'***, lisez d'Au- 
cerre ; Villede, lisez De 
Ville; 

Rue de", Usez de Bièvre ; 

Rue du**, lisez du Fouarre ; 

Fille à** lisez à Joigni ; 

A*", lisez a Aucerre ; 

A''* qu'on désignera par des ** 
à Joigni ; 

Le .. {au lieu d'étoiles), lisez le 
Vicomte ; 

A** {deux étoiles), lisez à Joi- 
gni ; 

Naireson, ou Dictionnaireson 
et Scaturin, noms supposés 



Pages 

634 

640 

654 

659 
662 



664 
665 
670 

671 



672 — 



673 

679 

682 

683 



688 
689 
690 



(Bertjon, Tanefons), — c'est- 
à-dire Joubert et Fontanes; 

— Ratminou, lisez Martin, clerc 
de procureur ; 

— M""' Gonbil, lisez Blogny ; 

— Milpourmil, lisez Milbran (Mar- 
lin) ; 

— La****-**", lisez la Découverte- 
Australe ; 

— Le", lisez le Hibou; comme***, 

lisez comme ouvrage ; cer- 
tains"*, lisez certains ou- 
vrages ; le*'*-*'*, lisez le Com- 
père-Nicolas ; 

— 17.., lisez 1785 ; 

— Bonentout, lisez Charmot ; 

— ***, lisez ouvrages; 

— La'-*-*-**, lisez la Vie-de-mon- 

Père ; ...-..., lisez Ménage- 
Parisien ; cette..., lisez cette 
Produccion ; une.,., lisez une 
satire ; fécond..., lisez fécond 
écrivain ; de vos. ..nombreux, 
lisez de vos ennemis nom- 
breux ; tous nos..., lisez tous 
nos littérateurs ; que vous..., 
lisez, que vous renversez ; 
de V05.., lisez de vos lecteurs; 
la D..., lisez la Dunciade ; 
que M...., lisez que M. Palis- 
sot ; 
Sagesse..., lisez sagesse écrite; 
les****, lisez les Contempo- 
raines ; 

— Dans la...-..., lisez dans la Dé- 

couverte-australe ; 

— Sentiment à'\ lisez à Restif ; 

— De Lelisée, lisez De-la-Rey- 

nière ; 

— C-N., lisez compère Nicolas ; 

M. de B., lisez M. de Beau- 
marchais ; 

— Analise de , lisez Analise de 

la vie de mon père ; 

— Excellent.., lisez excellent li- 

vre ; 

— Mauvais..., lisez mauvais ou- 

vrage ; le.., lisez le hibou; 
comme..., lisez comme ou- 
vrage ; , 



36i 

Pages 
691 - 



692- 

693 — 
6q4 — 

695 - 

696 — 



710 — 

711 - 
713- 
714 — 

716 — 



LES LIVRES A CLEF 



362 



718 
7I6 



D'autres..., lisez d'autres ou- 
vrages; C.-N., lisez compère 
Nicolas ; cet... lisez cet ou- 
vrage ; 

M. R C. est M. De Lelisée (Gri- 
mod de la Reynière fils) ; 

Micromegas, lisez Legrand ; 

A la..., lisez à la postérité ; 

Stigmatin, lisez Lamarque ; 

Olaûs Magnus, lisez magistrat 
respectable, dont le nom est 
ainsi déguisé (Le Pelletier de 
Morfontaine ?) 

Les odieuses, lisez les Nouvel- 
les odieuses ; dans ma..., lisez 
colleccion ; 

Que vos.., lisez que vos cri- 
tiqs ; 

Contre , lisez contre lesCon- 

temporaines ; 

J'..., lisez j'imprimais ; pas..., 
lisez pas imprimable; qu'au- 
cun , lisez qu'aucun censeur; 

C'est un..., lisez c'est un écri- 
vain ;je ne le*, lisez je ne le 
lis ; défauts en.., lisez dé- 
fauts en lisant ; dans les... li- 
sez dans les contemporaines; 
que cet..., lisez que cet ou- 
vrage; le cours des.... lisez le 
cours des Contemporaines; 
de ses... 
vrages ; 



lisez de ses ou- 
.., lisez de tous vos 



De tous vos 
livres ; 

Fait le...., etc., lisez fait le 
pornographe ; qui faites le 
hibou, qui faites les préjugés 
justifiés ; si vous ne voulez 
pas que vos lecteurs, etc. ; 
de la...-..., lisez de la Décou- 
verte-australe ; C. de M., li- 
sez César de Malaca ; votre.., 
lisez votre livre, je trouve 
que c'est salocin-emde-fister 
(Nicolas-Edme Restif) ; 

720 — Lisez, m'aviez accoutumé aux 

renversements; 

721 — Lisez, c'est que les écrivains; 

722 — Lisez, comme les auteurs; 



Pages 
724 



— Lisez ses lecteurs;... ni auteur; 



QUATRIÈME PARTIE 

730 — Aux deux, lisez son amant à 

Joigni; 
73Ô — Lisez rue de Corneille; 
y^8 — Lisez: Pour obliger les Martin, 

les Naireson, les Scaturin ; 

739 — La petite Simiane, lisez la pe- 

tite Jeanne Laforêt (pe- 
tite malheureuse qui sert 
M"» Jeandevert, en instruisant 
Auge); 

740 — Vilmontre, lisez Montreuil; 
746 — D'Œilbœuf, lisez Dumont; 
7^2 — D'Oiseaumont, Usez de Montli- 

not ; 
755 — Au curé de Saint-Nicolas-du- 

Chardonnet ; 
y55 — A son beau-frère, curé de Cour- 

gis; 

761 — A Saci, chés; un an à Aucerre ; 

762 — J'ai été à Paris, avec moi à 

Joigni ; 

763 — Unigenit. Megas, lisez BuUe- 

tit Legrand; 
767 — De Selharnisat, lisez de Saint- 
Charles; 

774 — Commandon, Refavi, Ellefard, 

lisez Lamarque, Favier, Far- 
delle; 

775 — Quitté Joigni..., été à Joigni ; 

776 — Nottip. Niavel, lisez Pitton, 

Levain ; 
782 — Z . A., lisez Zefire, Agnès ; 

787 — Ingénue, lisez Agnès; 

788 — Du plus vrai de ses ouvrages; 

c'est à la fin de la malédiction 
paternelle; Cercell, lisez Le- 
clerc; Lagenissc, lisez Des- 
Tores ; 

789 — L'Echiné, partout lisez Auge; 

Oussidec , lisez Decoussi ; 

Rocdard, lisez Brocard ; 
ygo — Premier commis à la direccion 

des Vingtièmes; 
792 — Bet:{i, partout lisez Bizet ; 
y65 _ M. Decourmontagne, au lieu de 

PetitecoUine ; 
800 — Appelée R., lisez Bertoche; 



363 

Pages 
801 - 
8o3 - 
806 - 



810 — 

811 - 



812 — 

816 — 

817 — 

818 — 

819 et 



S2J — 

874- 
827 — 



83 1 
832 



LES LIVRES A CLEF 



364 



837 
837 



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843 — 
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845 — 



847 
85o 
853 



178', lisez 1783; 

Se retirer à Melun ; 

En 1784, commis aux Poudres- 
et-Salpétres; café Desbrosses ; 
le sieur Bléri; alors commis 
du sieur Delaistie ; 

Avec un autre rondin que ce- 
lui qui t'a fait tant de plaisir; 

Causa, en me prenant avec 
brutalité, me fit, etc. 

Café Desbrosses; 1784-5; Le- 
pinaie, contrôleur des Bois- 
à-brûler; 

Lepinais ; Lepinaie; 

Lalumette, lisez Langlumé ; 

Voyage à Melun ; 

Viennent à ses brutalités in- 
fâmes ; 
820 — Nommée la Friv.; les 
Bois-à-brûler ; 

Chés M. le Prévôt-des-Mar- 
chands; 

Cuisinière de M. Poincloux; 

(1785) comme, etc.; 

L'hôtel de M. le Prévôt-des- 
Marchands ; Magistrat chef 
de la ville ; 

Promenade à Chantilli ; 

Gentilly ; les points.... à la 
même page, expriment une 
horrible calomnie d'inceste, 
qu'on n'ose exprimer claire- 
ment ; 

Mme De*'*, lisez M""Decoussi; 

Après la lettre, mettez en note : 
« On a su depuis, qu'Auge, 
effrayé de ses torts, n'avait 
pas couché chés lui, de peur 
d'être arrêté pendant la nuit. » 

La I lettre doit être la 2; 

Porte de M. Vieillot; 

Chés M. Vieillot ; 

Dans l'Arsenal; de l'Arsenal; 

Qu'il était à Bleri ; 

Votre maq. et votre amoureux; 

M"^ Martin ; 
Le Monsieur de l'Arsenal ; 
Les épitaphes de l'Arsenal; 

Au Groscaillou: nota; où ce 
malheureux père loge, depuis 



Pages 



858 



859 

86q 
852 

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876 



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890 



892 
893 



894 



que son indigne fils a voulu 
le forcer, pendant la nuit, à 
lui donner son argent; 

— Le résultat du père de cet in- 

fâme, et le mien, ce fut que 
les deux époux devaient de- 
meurer séparés ; 

— Tante et cousine Beaucousin ; 

chés M. Poincloux ; 

— S..., lisez Agnès-Jeandevert ; 

— M. Legrand, consent qu'A- 

gnès ; 

— M">8 Martin ; 

— Votre sœur Marianne; ma sœur 

Beauvoisin; 

— Informer M. Legrand ; chés 

Bleri, à l'Arsenal; M. Legrand 
et moi ; 

— M'ie Marianne; plaisir à Bleri; 

M. et M™« Berthet. — Ajou- 
tez en note: « Et il a dit, lors 
de la scène terrible du 25 mai 
1786, au Jardin-du-Roi, pu- 
bliquement, devant i5oo per- 
sonnes, que j'avais mis ma 
fille dans un bordel, en la 
tirant de chés lui! Il l'a ré- 
pété depuis, hôtel des Tréso- 
riers, rue des Massons 1 » 

— M. Berthet peut vous dire; 

— Chés M. Legrand ; 

— De M"»' Desbrosses; 

— A M. votre père et à M. Le- 

grand ; 

— Lisez M™e Martin ; M''e Ma- 

rianne ; M™» Martin ; 

— A M"* Martin ; près de M. Vieil- 

lot; et de M. Lefort; votre 
tante et votre cousine Beau- 
cousin ; votre tante Tillien; 

— Mns Beaucousin et Christine 

aussi ; 
et 891 — Faussetés que tout cela? 
L'on n'a jamais eu l'intention 
de l'avancer; 

— Mémoire à la Police; M. Henri; 

— Fausseté que cette lettre ait 

été écrite sous les ieus de M. 
Legrand ; 

— Veuve Martjn; 



3^5 

Pages 
900 - 

goi - 

902 - 

903 - 

904 - 



903 — 



906 — 

907 — 

908 — 

909 — 
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918 
019 
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926 

9-7 
928 
929 



9:10 
940 

9-19 



LES LIVRES A CLEF 
! Pajres 



366 



La jeune infortunée Marie- 
Françoise Quenct; 

La même; 

Chés M. Dechestret, receveur 
des tailles ; M. Dechestret 
s'informe ; 

La Dame Decoussi ; Decour- 
montagne, receveur de la ca- 
pitation, quartier Saint-Paul; 

Marquise, nommée M"»" de 
BuUion ; petits emplois dans 
les Bois-à-brùler, au service 
de M"» Delaistre; un Fayan- 
cier de la rue de la Raquette ; 

Ce Fayancier; nommé Dol ; le 
Fayancier, sous la foi; chés 
le Fayancier Delaistre, direc- 
teur des fermes pour les Bois- 
à-brûler; au Fayancier; De- 
laistre ; 

M. Delaistre ; marquise de Bul- 
lion, à laquelle le premier; 

Pour lui donner la vérole; 

Au café Desbrosses; au café 
Lesage ; 5 décembre 1785; 

A M. Legrand; 

Devant M. Legrand ; 

Lettre écrite à Bleri; 

Lettre du 5 décembre 1785; 
un est un M. Defaye, avec qui 
tu as dîné à Gentilli ; 

M. Berger; 

M. Legrand ; 

MM. Legrand et Berger; 

S. J.f. L., lisez Agnès Restif, 
femme Auge; 

Legrand ; de présent à Mor- 
fontaine ; 

M. Legrand a vu ma lettre à 
Auge; 

Un tour à l'île Saint-Louis; 
chés M. le commissaire Du- 
larris; chés le lieutenant- 
civil; 

S. Jeandevert, lisez Agnès Res- 
tif ; 

Traite d'auteur sans mœurs, de 
gredin, de coquin, d'homme 
sans aveu ! 

Cousin Coulis ; 



952 — Professeur Lingua ; au collège 
de Presie; 
{« Bibliographie de Restif de la Bre- 
tonne », p. 307-3 12.) 

Femmes (les) comme elles sont. 
Voir ; Misogug. 



FEMMES (LES), roman dialogué, 
de N. Carviontdle ; publié, avec un 
avant-propos, par Picard. — Paris, 
Baudoin frères, 1825. 3 vol. in-12, 
10 fr. 

Cet ouvrage posthume du fécond 
auteur des « Proverbes Dramatiques » 
est une galerie de portraits de fem- 
mes du monde, vraisemblablement 
tracés d'après nature. Ce livre a cer- 
tainement eu une clef; malheureuse- 
ment elle est perdue ; ce ne sera donc 
qu'un heureux hasard qui pourra 
nous faire connaître les vrais noms 
de M"^'^ de Cressor, de Dinemani , de 
Nérancoiirt, de Gersigny, d'Hervelles, 
de Jachères, de Léonval (amante du 
duc de Clerson), de Nompart, etc., etc. 
Tous ces noms, plus ou moins dé- 
guisés, semblent pouvoir être dévoi- 
lés, en lisant attentivement les mé- 
moires de cette époque. 

FEMMES (LES) SANS DIEU, 
par Alfred des Essarts. — Paris, 
Palmé, 1875, in-12 de 324 p. 

« 11 y a, dans ce roman, des por- 
traits pris sur le vif et dont les ori- 
ginaux, lors des événements de 187 1, 
ont joué un rôle plus ou nnoins 
bruyant. On peut citer notamment le 
prophète Noél Jouguet, qui a tout 
l'air d'être J. Alix, ex-membre de la 
Commune. «(Communication de M. G. 
Brunet.) 



367 



LES LIVRES A CLEF 



FEMMES (LES) SAUCIALISTES, 
farce, par Varin et Roger de Beau- 
voir, représentée en 1849 (o'-^ 1850)) 
sur le théâtre Montansier. 

Les auteurs de cette petite pièce, 
qui obtint un vif succès, avaient fait 
une amusante caricature des iiéroïnes 
d'alors ; on reconnaissait facilement 
Mme George Sand, sous le nom de 
M'^^Consuelo, et M"« Eugénie Niboyet, 
sous celui de M'^^ Giboyet. Ces rôles 
étaient tenus par MM. Hyacinthe et 
Grassot. (Voir Th. Muret : — Histoire 
par le Théâtre, t. III, p. 392.) 

FÊTE (LA) DE SOT-FROID, di- 
vertissement en prose et en vaude- 
villes. Se trouve dans « L'Almanach 
poétique de Bruxelles » pour l'an 
1805. Bruxelles, Adolphe Sta- 
pleaux, 1806, in-i8. 

Cette petite pièce assez spirituelle est 
une satire dirigée contre Geoffroy [Sot- 
froid.) 

FEU (LE) D'ARTIFICE, ou le 
NOUVEAU Paris, comédie très nou- 
velle, en trois actes (prose), repré- 
sentée à Calais et à Dunkerque, 
vers la fin du mois de février, et 
au commencement du mois de 
mars de la présente année 1744, 
par la troupe ambulante des comé- 
diens français de ces deux villes. 
Cologne, chez les héritiers de Pierre 
Marteau (Hollande), 1744, in-8 de 
79 p. Réimprimé la même année à 
La Haye. Laurent Berkoske, in-8 de 
100 p. 

Réimprimé deux ans après sous 
ce titre : 



368 

La Follie Écossoise, ou l'Enlè- 
vement IMAGINAIRE PAR l' AMOUR EX- 
TRAVAGANT, comédie allégorique et 
toute nouvelle, en trois actes 
(prose), ornée du portrait de P. Char- 
les Edouard, fils aîné du Préten- 
dent (sic) ; Whitehall, imprimerie 
du Cokpit (Hollande), 1746, in-8 
de 100 p., portrait. 

Cette étrange comédie politique a 
été analysée dans la « Bibliothèque du 
Théâtre françois » (t. III, p. p. 33i à 
333). Le rédacteur de l'article qui 
donne une idée très suffisante de cette 
pièce ennuyeuse et sans esprit, ajoute : 
« Cet ouvrage est assez médiocre; le 
but de l'auteur a été de peindre, sous 
le voile de l'allégorie la plus plate, la 
descente du prince Edouard en An- 
gleterre et le peu de succès de son en- 
treprise Quant à la « Follie Ecos- 
soise »), cette pièce étant exactement le 
même ouvrage que le précédent, je 
n'en donnerai point d'extrait ; une 
seule chose que je ferai remarquer, 
c'est que, jusqu'à la page 16, ce vo- 
lume porte le titre de « La Follie 
Ecossoise », et qu'à la page 17 jusqu'à 
la fin, il reprend celui du « feu d'ar- 
tifice ou le nouveau Paris. » 

Ajoutons qu'à la page 52 de la pre- 
mière édition on trouve la clef des 
personnages et des allusions, clef qui 
manque absolument dans les deux 
réimpressions de cette pièce, dont on 
n'a point à regretter de ne pas con- 
naître l'auteur. 

FEU ET FLAMME, par Philothée 
O' Ncddy. — Paris, librairie orien- 
tale de Dondey-Dupré, imprime- 
rie de Prosper Dondey-Duprey, 
1833, ^""8- T^''^ à 30*^ exemplaires 
et orné d'un frontispice de Céles- 
tin Nanteuil. 



LES LIVRES A CLEF 



369 

Ce volume se compose de dix nuits \ 
et de six fragments en vers, le tout 
précédé d'une préface en prose. L'au- 
teur, Philothee O'Neddy (anagramme 
de Théophile Dondey) fait intervenir, 
dans son œuvre, sous des noms sup- 
posés, la plupart de ses amis, lesBou- 
singots, qui tous, après la victoire du 
romantisme, ont acquis plus ou moins 
de célébrité. La première pièce du re- 
cueil, intitulée Pandœmonium, nous 
fait assister à une réunion de ces jeu- 
nes et ardents romantiques, chez l'un 
d'eux Jehan le statuaire (Duseigneur), 
qui reçoit ses amis, le poète Reblo 
(Petrus Borel), Don José, le duelliste 
(Joseph Bouchardy), l'architecte Noël 
(Léon Clopet), Augustus Mac-Keat 
(Auguste Maquet); un visage moresque 
au regard de maudit, c'est l'auteur 
lui-même, Philothie O'Neddy. — Une 
bonne clef bien complète de ce livre 
très rare serait bien utile aujourd'hui 
pour étudier l'histoire de l'école ro- 
mantique. (Voir: La a Bibliographie 
Romantique de Charles Asselineau, 
1874, p. p. 199-216.) 

FiDELLES (Les) et Constantes 

AMOURS DE LiSDAMUS ET DE ClÉO- 
NYMPHE. 

Voir : L'Olympe d'amour. 

FILS (LE) DE BABOUC A FER- 
SÉPOLIS, ou LE Monde Nouveau, 
s. L n. d. (Paris 1789), in-8. 

Ce petit roman politico-allégorique 
a besoin d'une clef pour être lu avec 
intérêt : on y voit figurer, sous des 
noms empruntés, Louis XVI, Marie- 
Antoinette, Mirabeau, etc., etc. La plu- 
part des exemplaires de ce livret, qui 
est assez rare d'ailleurs, sont dépour- 
vus de la clef, imprimée séparément 
sur un feuillet in-12, ajouté à l'exem- 
plaire in-8 (Catalogue Leber, t. II, p. 
448, n°5, 017). 

La même clef doit sans doute être 



37 







applicable à une autre fiction poli- 
tique, citée dans le même catalogue 
et intitulée : Le Retour de Babouc, ou 
la Suite du Monde comme il va. Con- 
cordopolis (Paris), 178g, in-8. 

Ces deux écrits, très peu communs, 
ne sont pas mentionnés dans le '< Dic- 
tionnaire des Anonymes », et l'auteur 
est demeuré inconnu. 



FINANCIERS (LES). Comédie 
nouvelle en 3 actes, avec leurs ca- 
ractères, ceux des Rohins et des 
Plumets, 1744. Manuscrit in-4 de 
119 p., écriture du temps. (Iné- 
dite). 

Cette comédie en prose, copiée par 
un habile calligraphe, figure sous le 
numéro 1,862 du catalogue de So- 
leinne. On lit à la fin une clef des per- 
sonnages, savoir : 
Clitandre, — M. Boutin, Toinard, Le 

Masson ; 
Alcipe, — M.d'Arnoncourt, fermier gé- 
néral ; 
Philinte, — M. de Moirand ; 
Jjcquin, — M. Paris de Montmartel; 
Jacquin fils, — le fils du précédent; 
Glarice, — M"^ Desjardins; 
Damis, jeune officier, — M. le chevalier 
de Tressan. 

« La présence du chevalier de Tres- 
san, ajoute le savant rédacteur du sus- 
dit catalogue, nous avait fait penser 
qu'il était l'auteur de la pièce; en ef- 
fet, en tête de la seule scène où il pa- 
raît et emprunte vingt louis à un 
financier, lesquels lui sont nécessaires 
pour échapper aux conséquences d'un 
duel, nous avons trouvé cette note : 
« L'incident de cette scène est arrivé 
a dans toutes ses circonstances à l'au- 
« teur de la pièce. » Cette comédie est 
inédite malheureusement, car elle ne 
peut manquer de contenir des indis- 
crétions piquantes sur les personna- 
ges précités; ces révélations seraient 
assurément fort précieuses aujour- 



371 



LES LIVRES A CLEF 



372 



d'hui surtout où les recherches sur la 
société du xyiii* siècle sont si fort en 
faveur. » 

Flippe Mitonno. 

Voir : La Famille ridicule. 

FLORIANE, SON AMOUR, SA 
PÉNITENCE ET SA iVlORT, par 
F.-F.-D.-R. — Paris, Mathieu Guil- 
lemot, 1601, pet. in- 12 de XIII- 
83 f., extrêmement rare. 

Ce roman mystique et philoso- 
phique doit être de François Fouet, 
de Rouen, qui, sous les mêmes ini- 
tiales, a publié» Les Amours de Phi- 
linde ». Paris, M. Guillemot, 1601, 
pet. in-i8. La dédicace, en style am- 
phigourique et rempli d'exaltation re- 
ligieuse, est adressée à Madame L. D. 
A., dont le nom est déguisé sous l'a- 
nagramme : « Belle aym' en Dieu 
l'âme. » « Reçois , dit l'auteur, ceste 
« Floriane, de laquelle j'ay appris la 
« vie en Italie, d'un sainct homme, et 
« laquelle j'ay lue depuis en trois 
« mots dans un livre d'un religieux 
« florentin. » Or, cette Floriane n'est 
autre qu'une sainte sous la figure 
d'une courtisane. Les douze derniers 
feuillets du volume portent pour titre : 
M L'àme de ce corps, ou le sens moral 
de cette histoire. » Ce n'est pas une 
clef des noms de tous les personnages 
de ce roman allégorique ; c'est plutôt 
une espèce de petit roman cabalis- 
tique dans lequel Doris représente 
l'àme que se disputent deux rivaux : 
Amphysé, le corps, et Aristes, le 
monde; il y a, en outre, un géant, 
Briarin, emblème des délices de la 
chair et un autre géant. Animal, qui 
constitue le monde élémentaire. Tout 
cela n'est ni clair, ni divertissant. Ces 
détails sont empruntés à une intéres- 
sante notice de M. P. Lacroix, insérée 
dans le « Bulletin du Bibliophile. » 
(1861, décembre, pp. 730-73 1, n" 262). 



Floridor et Dorise. 
Voir : La Céfalie. 

FLORIGÉNIE, ou I'Illustre Vic- 
torieuse, dédiée à M"'* Marguerite, 
duchesse de Rohan, par le sieur 
Lamofl.-ie du Broqiiart. — Paris, 1647, 
in-8, rare. (Vendu }} fr. , Cat. du 
baron Ernouf de Verghien, n" 548- 
1861). 

M. V. Cousin, dans la « Revue des 
Deux-Mondes », a signalé ce roman 
comme étant incontestablement, sous 
des noms supposés, l'histoire allégo- 
rique du mariage du chevalier de 
Chabot et de Marguerite de Rohan 
[Florigénic), fille du grand-duc Henri 
de Rohan. C'est une clef à recher- 
c'ner. 

Folie et Sagesse. 
Voir : Elle et moi. 

FoLLiE (La) Ecossoise. 
Voir : Le feu d'artifice. 

Forêt (La) de Dodone..,, 
Voir;Dendrologia, byj. Howell. 

Fortunes (Les) diverses de 
Chrysomire et de Kalinde, par 
Hiinibert. 

Voir ; Cléodonte et Hermelinde. 

Fou (Le) retrouvé. 

Voir : Ordonnance de police. 

Fourbes (Les) punis. 
Voir : Les Originaux par Cail- 
leau. 



373 
FRAGMENT DE XÉNOPHON, 

nouvellement trouvé dans les rui- 
nes de Palmyre par un Anglais, et 
déposé au Muséum Britannicum à 
Londres; traduit du grec par un 
Français, et lu à l'assemblée publi- 
que du Musée de Paris, le jeudi 6 
mars 1783. — Paris, de l'imprime- 
rie Ph. D. Pierres, 1783, pet. in-i8 
de 52 p. 

Cet ouvrage est une allégorie sous 
une forme historique, relative à la 
guerre d'Amérique. II a été composé 
par l'abbé Gabriel Bri:^ard, juriscon- 
sulte et auteur de différents ouvrages 
historiques et politiques, né vers 
1730, mort à Paris, le 23 janvier 1793. 
Voici la clef du prétendu « Fragment 
de Xénophon », telle que la donnent 
la « France Littéraire » et le « Dic- 
tionnaire des Anonymes. » Les noms 
pour la plupart sont anagramma- 
tisés : 

Philippe de Macédoine, — Louis XVI ; 
Olympias, — la reine Marie-Antoi- 
nette ; 
Thaïes, — Franklin ; 
Erugènes, — de Vergennes; 
Tangid'es, — d'Estaing ; 
Tusingonas, — Washington ; 
Fylaatéte, — La Fayette ; 
Olybule, — Bouille ; 
Cherambos, — Rochambeau ; 
Ucocide, — du Couédic ; 
Usanas, — le prince de Nassau; 
Chéroïclète, — La Clocheterie ; 
Frusen, — Suft'ren ; 
Ubatomen,— le vicomte de Beaumont. 

France (La) en Vedette. 
Voir : Rougyff. 

FRANÇOIS (LE) A L'ÉLECTION, 

comédie en un acte, en prose. — 
Francfort, 1744, in-8 de 48 p., 
rare. 



LES LIVRES A CLEF 



374 



Pièce anonyme relative à l'élection 
de l'empereur. Le maréchal de Belle- 
Isle, qui fut envoyé pour représenter 
la France à la diète germanique, est 
mis en scène sous le nom de M. de 
La Raison ; le nouvel empereur est 
appelé Klugman. Le maréchal est ac- 
compagné de plusieurs seigneurs et 
dames de France ; le caractère des 
deux nations se manifeste bientôt : les 
Allemands tournent en ridicule nos 
grands airs et nos prétentions ; nous 
leur rendons la pareille et nous nous 
moquons de leur grossièreté et de leur 
ivrognerie. A la tin, les deux nations 
se réunissent, et l'amour est le mo- 
bile de cette fusion. Cette comédie mé- 
diocre, quoique passablement écrite, 
se termine par une « Parodie des co- 
médies », rapprochement très piquant 
de différents titres de pièces de théâ- 
tre, avec les caractères de certains 
personnages du temps; ainsi : 
Le Légataire universel, — le curé de 
Samt-Sulpice, Languet de Gergy ; 
Le Médecin malgré lui, — Fabbé Paris ; 
L'Amour précepteur, — le Père Gi- 
rard, etc., etc. 

La brochure se termine par une pa- 
rodie de la dernière scène de « Mithri- 
date«,de Racine, entre leRégent mou- 
rant, le duc de Bourbon et Law. 
(Voir sur cette curieuse pièce allégo- 
rico-satirique le « Catalogue de So- 
leinne, n° 3,788, et la Bibliothèque du 
Théâtre françois », t. III. p.p. 32g- 
33o). 

FROMONT JEUNE ET RISLER 
aîné. Mœurs parisiennes, par Al- 
phonse Daudet. — Paris. Charpentier, 
1874, in-i2. Très souvent réim- 
primé et mis au théâtre, il y a trois 
ou quatre ans. Ouvrage couronné 
par l'Académie française, 

Au mois de janvier 1882, M. A. Dau- 
det a commencé, dans la « Nouvelle 



375 

Revue », un essai sur 1' « Histoire de 
ses Livres. » Voici ce qu'il dit de cet 
ouvrage : « Tous les personnages de 
Fromont ont vécu ou vivent encore. 
Avec le vieux Gardinois, j'ai fait de la 
peine à quelqu'un que j'aime de 
cœur, mais je n'ai pu supprimer ce 
type de vieillard égoïste et terrible, de 
parvenu implacable... — Le caissier 
Plumiis s'appelait Schérer ; je l'ai 
connu dans une maison de banque de 
la rue de Londres... — Sidonie existe, 
elle aussi, et l'intérieur médiocre de 
ses parents, et la petite boîte à dia- 
mants de la mère Chèbe, seulement la 
vraie Sidonie n'était pas si noire que 
je l'ai faite... — Delobelle a vécu près 
de moi. Parfois il m'a répété : « Je 
n'ai pas le droit de renoncer au théâ- 
tre. » En lui, pour le compléter jus- 
qu'au type, j'ai résumé tout ce que je 
savais sur les comédiens, leurs ma- 
nies, leur difficulté à reprendre pied 
dans l'existence, en sortant de scène, 
à garder une individualité sous tant 
de changeantes défroques. » 

FuNus Parasiticum, par 7^. Ri- 
gauU. 

Voir : Histoire de . Pierre de 
Montmaur. 



CEOMEMPHIONIS CANTALI- 
ENSIS SATYRICON. Anno Christi 
MDCXXVIII, pet. in-8 de 440 p. 
sans lieu d'impression ni nom 
d'imprimeur. 

M. Philarète Chasles a publié, dans 
le « Bulletin du Bibliophile » (1854, 
pp. io32 à io38), un article fort inté- 
ressant sur ce volume qu'il avait dé- 
couvert dans un recoin de biblio- 
thèque publique ; il le considérait 
comme si i-are qu'il croyait pouvoir 
donner comme unique l'exemplaire 
qu'il avait si heureusement retrouvé. 



LES LIVRES A CLEF 



376 

Voici en substance ce que contient le 
curieux article de M. Ph. Chasles : 

« Le « Gasomemphionis cantaliensis 
Satyricon » (titre qu'on peut traduire 
par: « Roman satirique sur les mœurs 
du temps, par le Mépriseur de la 
Terre, né dans le Cantal ») a été im- 
primé, en 1628, probablement à Cler- 
mont-Ferrand, ou Aurillac; son au- 
teur l'a fait précéder d'une dédicace 
aussi emphatique que flatteuse au roi 
Louis Xlll. Cet auteur, un pédant 
versé dans ce que la phraséologie la- 
tine a de plus élégamment obscur et 
de plus magnifiquement subtil, y ra- 
conte ses aventures personnelles sans 
ménager qui que ce soit. Pauvre pré- 
cepteur, né dans le Cantal, vers les 
dernières années du xvi^ siècle, il va 
chercher fortune en Languedoc, puis 
à Paris, où règne Henri IV. Aussi mal 
appris que pédant, il s'attire maintes 
disgrâces tant par ses intempérances 
de langue que par ses mauvaises fa- 
çons d'être et d'agir. Furieux alors 
contre tous et versant à grands tlots 
sur l'espèce humaine un mépris qu'elle 
lui a rendu, il passe en revue quel- 
ques-uns des plus célèbres person- 
nages du temps, les traite comme un 
domestique mécontent traiterait le 
maître qui l'a chassé, décrit de visu 
leurs physionomies et leurs actes, 
sème à pleines mains les anecdotes 
scandaleuses et soulage autant qu'il 
est en lui la fureur qui le dévore. Ce 
n'est pas sans peine que l'on parvient 
à comprendre le sens et la suite des 
faits singuliers énoncés par Gasomem- 
phio. Dans son livre, tout s'enveloppe 
d'ambages et se présente sous forme 
de logogriphe pédantesque. Les noms 
de lieux et d'hommes s'y déguisent 
sous des travestissements grecs : il 
faut deviner que Liriogœa signifie 
Paris; Astycrium, Bordeaux; Philos- 
corodia, la Provence et le Langue- 
doc; Hilario, le duc de Joyeuse; Ga- 
nicius (pour Ignacius), l'Institut des 
jésuites; Ganicia familia, la même 
compagnie, qu'il ae paraît guère ai- 



377 



LES LIVRES A CLEF 



mer; il faut comprendre encore que 
la très grande dame, par laquellele 
fat se croit distingué et qu'il désigne 
sous les initiales assez transparentes 
M. D. V., c'est Marguerite de Valois. 
Enfin, conclut M. Ph. Chasies, « ce 
Satyricon est une production aujour- 
d'hui encore pleine d'intérêt et de cu- 
rieuses indications. » — Il serait dès 
lors fort désirable qu'une réimpres- 
sion pût être faite sur l'exemplaire 
unique, avec une bonne clef et même 
une traduction, ce qui ne gâterait 
rien à la chose. — Ajoutons que, sui- 
vant le « Manuel du Libraire », le 
Gceomemphionis Satyricon serait l'œu- 
vre de C. B. Morisot, de Dijon^ au- 
teur du Peruviana et d'ouvrages ana- 
logues, dont il sera parlé plus loin. 
Cette attribution est plausible, mais 
elle n'est pas formellement sûre. 

Galanteries (Les) de la Cour. 
Voir : La Céfalie. 



GALANTES (LES) VERTUEU- 
SES. Histoire véritable et arrivée 
de ce temps pendant le siège de 
Thurin. Tragi-comédie, dédiée à 
M. d'Imbert. — Avignon, J. Piot, 
1642, pet. in-i2 de 2 f. et 96 p. 
Très rare. 

Cette pièce, en cinq actes et en vers, 
est attribuée à Desfontaines. L'auteur 
dit que sa comédie est une histoire si 
véritable et si récente, « qu'il a été 
contraint de changer les noms de la 
scène et des acteurs pour épargner la 
modestie des uns et la honte des 
autres. M. le marquis de La Force 
allant au-devant du duc de Feria, la 
plus belle noblesse de France qui 
l'accompagnoit séjourna quelque temps 
à Remiremont, en Lorraine, où 
cette histoire se passa, et quelque 
temps après, ses cavaliers, qui en 
avaient formé les incidents, passèrent 



378 



en Italie, pour réparer auprès de Mars 
le temps qu'ils avoient perdu près de 
l'Amour. » ( Catalogue Soleinne, 
n" 1164). 



GALATÉE (LA) ET LES AD- 
VENTURES DU PRINCE ASTIA- 
GES, histoire de notre temps, où, 
sous noms feints, sont représentez 
les amours du roy et de la reyne 
d'Angleterre, avec tous les voyages 
qu'il a faits tant en France qu'en 
Espagne. Par le sieur A. Hemy. — 
Paris, 1625, in-8, et Paris, Roco- 
let, 1626, in-i2. 

Cet ouvrage est cité par la « Biblio- 
graphie Gay » (t. Il, p. 397). Les 
autres bibliographies n'en parlent pas, 
et l'auteur, A. Henry, est inconnu 
aux biographes. 

GALERIE DES ARISTOCRATES, 
s. I. (Paris), 179. (?) in-8. 

Sous ce titre, le « Bulletin du Bou- 
quiniste » a annoncé (au prix de 3 fr.) 
une brochure contenant la clef impri- 
mée de 32 biograpliies de personna- 
ges. » — Ce factum révolutionnaire 
doit être bien rare; on ne le trouve 
cité dans aucune bibliographie. Peut- 
être s'agit-il de la « Galerie des Aris- 
tocrates militaires » (1790, in-8) attri- 
buée à Dumouriez ? 

Galerie (La) des dames françai- 
ses. 

Voir ci-après : 

GALERIE (LA) DES ÉTATS- 
GÉNÉRAUX. S. I, 1789, 2 part. 
in-8 de 204 et 138 p. 

« Cet ouvrage, dit Barbier (T. II, 
Col. 518), a été distingué de la 



79 



LES LIVRES A CLEF 



380 



foule des brochures qui ont paru 
en 1789 et en 1790; les portraits 
qu'il contient sont en général tra- 
cés avec autant de talent que d'im- 
partialité. )) Il est dû à la collabo- 
ration du marquis /-'P.-I. de Lu- 
chet, du comte Â. de "T^ivarol, du 
comte de Mirabeau, de P.-A.-F. 
Choderbs de Laclos, et peut-être aussi 
(suivant Grimm) de Scnac de Meil- 
han. 

La « Bibliographie Gay » (t. III, 
p. 3q8) décrit une autre édition du 
même ouvrage « La Galerie des Etats 
généraux et des Dames Françaises, et 
clef de la Galerie des Dames Fran- 
çaises » etc.. 1789-90, Londres (Paris), 
3 part in-8° et y ajoute, d'après le 
catalogue Luzarche (n» 4,280), un pré- 
tendu supplément, en 5o pages, qui 
estTœuvre de Dubois de Crancé et qui 
commence par un factum très inju- 
rieux contre /ram^a (Mirabeau). 

On m'a communiqué un fort bon 
exemplaire, sans doute d'une réim- 
pression, de ce curieux ouvrage ; en 
voici l'exacte description : 

« La Galerie des Etats généraux et 
des Dames Françaises. » NuUo discri- 
mine habebo. — Tros, Rutulusve fuat.» 
Virg., 1790. Trois parties in-8 de 
VII — 1 3 2, XX — 106, et XVI — 120 
pages. 

La 3' partie a pour titre : « La Gale- 
rie des Dames Françaises, pour servir 
de suite à la Galerie des Etats géné- 
raux, par le même auteur. » Chaque 
volume commence par une introduc- 
tion précédée d'une clef. Voici in ex- 
tenso, dans leur ordre, ces trois clefs 
indispensables : 

I^e PARTIE 
Pages 

I — Narsès, — M. Necker; 
26 — Mitis, — Le duc de Nivernois; 
3o — Garbès, — Bergasse ; 



Pages 
34 — Iramba, — le comte de Mira- 
beau; 
45 — Tergat, — Target ; 
49 — Amène, — l'évêque d'Autun; 
52 — Fulber, — le chevalier de Bouf- 

fiers; 
56 — Philar'ete, — Le marquis de 

La Fayette ; 
59 — Ludval, — M. d'Esprémenil; 
63 — Antenor, — le comte d'Antrai- 

gues ; 
67 — Scyros, — l'abbé Sieyes ; 
71 — Guelbosin, — l'archevêque 

d'Aix; 
74 — Euxin, — M. Dupont ; 
77 — Labiiis, — M. Bailli; 
80 — Uma, — l'abbé Maury ; 
83 — Morinval, — le comte de Mont- 

morin ; 
86 — Junius, — l'archevêque de Pa- 
ris; 
88 — Linacourt, — le duc de Lian- 

court ; 
91 — Balbiis, — M. Bernard ; 
94 — Stephano, — Rabaud de Saint- 
Etienne ; 
97 — Gosier, — le marquis de Cler- 

mont-Tonnerre ; 
100 — Laxem, — le duc de Luxem- 
bourg; 
io3 — 7"oi?2i3J2, — M. Malse; 
106 ^ Lanose, — le vicomte de Noail- 

les; 
log — Tigellin, — Guillotin; 
112 — Rabin, — M. de Barentin; 
ii5 — Zohor, — le marquis de Con- 

dorcet ; 
118 — Micus, — le comte de Custi- 

nes ; 
t20 — Cadmus, — le duc du Châtelet; 
124 — Pisani, — le prince de Poix; 
128 — Franciis, — l'archevêque de 
Vienne ; 

II' PARTIE 

I — Sosthènes, — le maréchal de 

Beauveau ; 
5 — Bremus, — le duc de Biron; 
8 — Clitiphon, — le cardinal de 

Rohan; - 



38i 

Pages 
I I — 

i8 — 

20 — 
23 — 
25 — 

27 — 

3o — 
33 — 

36 - 

38 — 
41 — 

44 — 

4S- 
5o — 

52 — 

55 — 
58 - 

61 — 
64- 
67 - 



77 - 

70 - 
84 - 
86 — 
90 - 

95 - 
100 — 
104 — 



LES LIVRES A CLEF 



382 



Zohamir, — M. de Beaumar- 
chais ; 
RambincUi, — le vicomte de 

Mirabeau ; 
Traseas, —le marquis Ducrest; 
Hortensius, — M. de Biozat : 
Resins, — le garde des Sceaux; 
Hilas, — M. de Tollendal ; 
Clcondas, — M. Clavière; 
Manière, — le marquis de 

Montesquiou ; 
Barges, — le baron de Bre- 

teuil ; 
Hugo, — M. de Gony d'Arcy; 
Mausicratès, — M. Le Chap- 

pelier ; 
M indus, — M. Mounier; 
Garinet, — l'abbé Grégoire ; 
Posin, — M. Pison du Galant; 
Menoxe, — M. Cazalès ; 
Anach^ès, — M. de Volney; 
Curasses, — Tévcque de Lan- 

gres; 
Nebosis, — M. Demeunier; 
Clemon, — le duc d'Orléans; 
Stanisbay, — le comte d'Es- 

taing; 
Phœdor, — M. Brissot de War- 

ville; 
Amphiaraits, — le chancelier 

de Maupeou; 
Montalb, — le comte de Saint- 

Priest; 

Cneis, — 

Ma:;eas, — le duc de Coigny; 
Peristhcnes, — M. de Sartines ; 
Cléomènes, — le cardinal de 

Loménie ; 
Chabrias, —M. de Galonné; 
■ Pescennius, — M. Le Noir ; 
• Ca.^ca, — le maréchal de Cas- 

tries ; 

m" PARTIE 

Statira, — M"^ Necker; 
Marthésie, — M™" la baronne 

Staël ; 
' Dcsdemona, — la princesse de 

Beauveau ; 
Sapho, — la comtesse de Sa- 

bran ; 



Pages 
21 — Domitilla, — la marquise de 

Champcenest ; 
26 — Coryll.i, — la comtesse de 

Beauharnais ; 
3o — Arsénié, — la comtesse de 

Houdeiot ; 
34 — Baillais, — M"^ la princesse 

de L e ; (Lamballe?) ; 

37 — Thélamire, — la comtesse de 

Flahault; 
40 — Charités, — M"" Lebrun ; 
42 — Féline, — M"« Dumoley; 
46 — Terentia, — la princesse de 

Rochefort; 
5o — Hécube, — la marquise de la 

Croix ; 
54 — Ténésis, — la comtesse Diane 

de Polignac ; 
58 — Bri:{éis, — la duchesse de 

Bouillon; 
62 — Herminie, — la comtesse de 

Brionne; 
69 — Cléonice, — la duchesse de 

Villeroy; 
73 — Polixène, — la marquise de 

Sillery ; 
78 — Astasie, — la comtesse de 

Modène; 
82 — Fulvia, — M"" Denis ; 
86 — Axiane, — la comtesse de Bal- 

bi; 
90 — Olympe, — la marquise de 

Montesson; 
94 — Orphosis, — M""» la duchesse 

de B... n (Bouillon ?) ; 
98 — Leucothoé, — la comtesse de 

Coislin ; 
10 1 — ZamoUina, — la princesse de 

Montbarrey ; 
106 — Faust ina, — la vicomtesse de 

Laval ; 
III — Emirène, — la princesse de 

Guéménée ; 
114 — Elmire, — la comtesse de 

Barry. 

GALERIE (LA) DES PEINTU- 
RES, ou Recueil des portraits en 
VERS ET EN PROSE. Paris, Cl. Bar- 



:)":) 



LES LIVRES A CLEF 



bin, 1659, in-8 front, gravé, 325 p., \ 
(par M"° de Montpensicr et autres). 
(Avec la clef). 

Réimprimé en 1663, 2 vol. in-12. 
— Paris, Ch. de Sercy. 

Même ouvrage que le « Recueil 
de portraits et éloges en vers et en 
prose ». — Paris, Barbin, 1659, in-8. 

Réimpression moderne sous ce 
titre : « La Galerie des portraits de 
M"° de Montpensier. Recueil des 
portraits et éloges en vers et en 
prose des seigneurs et dames les 
plus illustres de France, la plupart 
composés par eux-mêmes, dédiés à 
S. A. R. Mademoiselle. » Nouvelle 
édition, avec des notes, par Edouard 
de Barthélémy, in-8. Paris, Didier et 
C'% 1860, 7 fr. 50. 

« Dix-sept des portraits contenus 
dans ce recueil, dit la « Biographie 
Michaud » (t. XXX, p. 36), ont été faits 
par mademoiselle; ils ont les défauts 
naturels de ce genre de composition, 
qui n'était, dans ce temps, qu'un amu- 
sement de société; ce sont des flatteries 
à commencer par le portrait de la 
princesse, écrit par elle-même. » 

L'excellente édition donnée par 
M. E. de Barthélémy ne contient pas 
une clef en forme de ce livre si curieux 
pour l'étude de la société polie du 
XVII° siècle; mais, grâce aux notes et 
aux indications données par le savant 
éditeur, il est facile de composer la 
clef suivante pour la « Galerie des 
Portraits » ; 
Tircis, — Louis XIV. 
Le roi d'Angleterre, — Charles IL 
La reine de Suède, — Christine. 
Sylvie, — M"= de Nemours. 
Iris, — M''" d'Aumale. 
M. D. V., — M. de Verderonne (?) 
Emilie, — M"" de Comminges. 
L'abbesse de Caen, — Eléonore de 
Rohan. 



384 

Climène, — M™» la Maréchale de 

La Ferté Sennetère. 
Amaryllis, — M"» la comtesse de 

Fiesque. 
Un inconnu, — la comtesse de La 

Fayette. 
Diane, — la comtesse d'Esche. 
7m, — M™« de Chavigny. 
Caliste, — la maréchale d'Humières. 
Amarillys, — la maréchale de Gues- 

briant. 
Amarante, — M""' Deshoulières. 
Iris, — M"o de Beauvais. 
M. P., — M. Perrault. 
Bérénice, — M"« de Nouveau. 
L'abbé D. F., — l'abbé de Franche- 
ville (i). 
La jeune Iris. — M}^" Saumaise. 
Vénus, — M^o Paget. 
Vaynour, — le fils de la précédente. 
Une demoiselle de grande qualité, — 

Marie de Mancini (.'). 
La charmante exilée, — M"« de Choisy. 
Amaryllis, — M™» Deshoiilières. 
Le comte de G.. — le comte de Gra- 

mont. 
Une dame de condition de la ville de 

Caen,— M^e de Choisy (?). 
La belle Iris, — M^»* de Visse. 
Amarante, — M''° Françoise Le Clerc. 
Jt/"" de Frans, — de Fransuré {()• 
Caliste, — la comtesse de ***• 
Alciniade, — une princesse. 
Célimène, — M"e la marquise de L.R. 
M. R. D., — l'abbé Régnier Desma- 
rais (?). 
Caliste, — la marquise de Richelieu ('0. 
L'abbé D. F., — l'abbé de Franche- 
ville. 
Iris, — la duchesse de ***. 
Olympe, — la marquise de Gouville. 
La reine Marguerite, — M"« Cor- 

nuel. 
j\/me 2).^ _ M"ie Deshoulières. 
Néophie, — 

Portrait de M. *'*, — Racan (?). 
Aminte, — la comtesse D. M. G. 
Olympe, — Mii« Hubert. 
Cléandre, — M. Saint- Yon. 
Zéphine, — M"^ de *'*. 
j Philis, — M""» de Choisy. 



3«5 

Sylvanire, — M">e la duchesse d'Eper- 

non. 
M. le Prince, •— le prince de Condé. 
Madame D. C, — M^e de Choisy. 
Doris, — M™e Lecocq. 
La marquise de S. A,, — M^^^de Saint- 
Ange. 

On a compris dans cette clef, non- 
seulement les noms des personnes 
dont les « portraits » sont faits sous 
des noms supposés, mais aussi ceux 
des écrivains qui s'étaient cachés sous 
des initialismes. 



GALLIE, opéra, ornée d'entrées 
de ballet de machines et de chan- 
gemens de théâtre. — Amsterdam, 
Jean Maximilian Lucas, 1691, 
pet. in-i2 de 48 p. Très rare. 

Cette pièce en trois actes, avec pro- 
logue en vers, est une satire allégori- 
que contre la guerre du Palatinat et 
contre les massacres et les incendies 
qui l'ont rendue tristement célèbre. 
(Voir Cat. Soleinne, n» 3,75 1.) 

Gallie, c'est la France contre laquelle 
est surtout dirigé cet « Opéra », qui 
contient maintes allusions mordantes, 
malheureusement peu intelligibles 
aujourd'hui, faute de clef. 



GARÇON (LE) SANS SOUCI, 
psLV G.-C.-A. Pigault'Lehnm. — Pa- 
ris, Barba, 1817 et i8i8, 2 vol. 
in-i2, 5 fr. Traduit en espagnol en 
1823. 

Ce roman fort gai, comme presque 
tous ceux de l'auteur, contient des 
personnages peints d'après nature. 
Ainsi l'éditeur Barba, s'étant reconnu 
sous les traits du héros du livre, se 
plaignit à Pigault-Lebrun qui répondit 
« qu'il prenait ses originaux où il les 
trouvait. » Cette raison sufht sans 
doute à Barba, car l'auteur et l'éditeur 



LES LIVRES A CLEF 



386 

n'en demeurèrent pas moins bons 
amis par la suite. 

GARGANTUA A LA DIÈTE, ou 

LA MARMITE RENVERSEE. S. 1. n. d. 

(Paris, 1814), impr. de Setier, 
8 p. in-8. 

L'un des nombreux pamphlets poli- 
tiques publiés après la chute de Napo- 
léon !«>■. On veut ridiculiser ici certai- 
nes personnes de son entourage, dési- 
gnées sous les pseudonymes de M. 
Gargantua, fameux descendant de l'an- 
cienne ï■^^m\\\Q à'' Avalons et AqU.. Boni- 
face Régalant, personnage Tablophile, 
« associé d'un riche marchand d'escla- 
ves qui faisait ce beau trafic dans les 
quatre parties du monde. » 

Gargilii Macronis parasitoso- 

PHIST^ MeTAMORPHOSIS. 

Voir : Histoire de Pierre de Mont- 
maur. 

GASCONADO THE GREAT. A 
tragi-comi-political-whimsical opé- 
ra, 1759, (London), in-4. 

Pièce burlesque du peintre Jacques 
Worsdale, C'est une satire des affaires 
de France pendant la guerre de Sept- 
ans. Louis XV et madame de Pompa- 
dour sont mis en scène sous les noms 
de Gasconado et de Pampelin. Il y a 
de l'esprit dans cette farce, surtout 
dans certains couplets; cependant 
aucun directeur ne voulut la faire 
représenter. (Voir « Biographia Dra- 
matica » 1782, t, II, p. i33.) 

GAZETIER (LE) CUIRASSÉ, 
ou Anecdotes scandaleuses de la 
Cour de France. 

« Nous ,-iutres satiriques. 

Propres à relever les sottises du temps, 

Nous sommes un peu nés pour être méconteiis. » 

BoiLEAU. 

13 



387 



LES LIVRES A CLEF 



388 



Imprimé à cent lieues de la Bas- 
tille. A l'enseigne de la Liberté, 
MDCCLXXl, in-8 de XII- 154 p. 
avec frontispice satirique assez bien 
gravé. (Londres.) 

Cet ouvrage est un pamphlet très 
mordant, injurieux et souvent calom- 
nieux, dirigé contre les principaux 
personnages de la Cour de France, 
notamment contre M™^ Du Barry, le 
comte de Saint-Florentin et le chan- 
celier Maupeou, désignés, en tête du 
frontispice, parles trois chiffres/). B.^ 
S. F. et D. M. L'auteur de ce libelle 
atroce est le fameux Ch. Théveneau 
^ de Morandes, dont il est parlé en 
divers articles de cette étude. 

A la page I23 commence la « Clef 
des anecdotes et nouvelles» ; mais il 
ne faut pas prendre cette indication au 
pied de la lettre; cette clef n'est qu'un 
assemblage de méchancetés nouvelles 
ou expliquant les traits satiriques 
insérés dans le corps de l'ouvrage. 

Voici, tant d'après ces notes, que 
d'après les annotations manuscrites 
relevées sur un bel exemplaire de ce 
livre, la clef véritable du Gazetier cui- 
rassé, pour la plupart des noms ini- 
tialisés : 



— le Chancel., — le chance- 
lier Maupeou. 

— Rich..., — le maréchal de 
Richelieu. 

— Duc d'Aigu, — le duc 
d'Aiguillon. 

— 3/Œe Adél..., — madame 
Adélaïde. 

— Frons , — le duc de 

Fronsac. 

— Vril., — le duc de la Vril- 
lière. 

— Maup..., — le chancelier 
Maupeou. 

— Vaugu..., — le duc de 
la Vauguyon. 



'âges, 


ligne 


14, 


12 


20, 


9. 


» 


10, 


27. 


2, 


28, 


l6j 



35, 



Patjes, lignes 

37, 6, — d'Aum..., — d'Aumale. 
» 7, — Ville..., — le duc de Vil- 

leroy. 

» » — Trcsm..., — de la Tre- 
moïUe (?). 

» i3, — du Bar..., — madame du 
Barry. 

» 14, — de Lang..., — la mar- 
quise de Langeac. 

38, 7, — Ximen..., — le marquis 

de Ximénès. 
» » — Vill..., — le marquis de 

Villette. 
» 12, — Thibou..., — le marquis 

de Thibouville. 

39, II, — A nus.., — des Agnus 

Dei. 
» 24, — Noai..., — le comte de 
Noailles. 

40, II, — Harc..., — duc d'Har- 

court. 
» I, — de Bouil..., — Mnie de 
Bouillon. 

41, I, — Fit^j..., — le duc de Fitz- 

james. 

45, n, — Z.eiî..., — leroiLouisXV. 
» II, — Trasl..., — le duc de 

Praslin. 

46, I, — Montey , — M. de 

Monteynard. 
49, 10, — Brogl..., — le duc de 

Broglie. 

5i, 6, — jB...., — les b Is. 

52, 3, — Sar..., — M. de Sar- 

tines. 

60, i3, — Viller..., — le duc de 

Villeroy. 

61, 17, — Bouff..., — M™6 de Bouf- 

flers. 
70, 6, — Bour..., — le duc de 

Bourbon. 
» i3, — M. le D..., — le Dauphin, 

depuis Louis XVI. 
76, i5, — le comte de P..., — le 

comte de Provence (Louis 

XVIII). 
78, 9, — Bign..., — M. Bignon. 
80, 9, — Princesse d'Anh., — la 
. princesse d'Anhalt. 



389 

Pages, lignes 

8t, 9, - 
8i, i8, - 

82, I, - 

» 3, - 



» » — 



LES LIVRES A CLEF 



390 



— Montazet. 

— le duc de 



» 


9» 


» 


iG, 


90, 


1, 


90, 


» 


» 


9> 


» 


» 


» 


ÎO, 


93, 


i3. 


95, 


3, 


» 


10, 


9S, 


II, 


100, 


2, 


» 


9> 


lOI, 


3, 


» 


9j 


102, 


I, 


io5, 


I \, 


» 


14, 
i5, 


» 


iG, 


107, 


3, 



Mont-{. 
Gevr... 

Gesvres. 

Liiy.,, — le duc de Luy- 
nes. 

Chev.., — le duc de Chc- 
vreuse. 

Egmo,.., — le comte 
d'Egmont. 

Espina, — M. de l'Espi- 
nasse. 

Louis, — le prince Louis 
de Rohan. 

R..., — l'archevêque de 
Rouen. 
Marig..., — M. de Mari- 

St-Florent..., — M. de 
Saint-Florentin. 
Ter..., — l'abbé Terrai. 
Alig..., — le chancelier 
d'Aligre. 

Phelipe..., — Phelipeaux, 
archevêque de Reims. 
Comtesse de Prov..., — 
Comtesse de Provence. 
Clerm..., — le prince de 
Clermont. 

Keis..., — Keyser, chi- 
rurgien. 

Louis de -R..., — le 
cardinal de Rohan. 
Mon..tel, — de Mont- 
martel. 

Mire..., — la maréchale 
de Mirepoix. 

Gour..., — La Gourdan, 
entremetteuse. 
3/e de Rock...., — de Ro- 
chechouart. 

Fleur.., — duc de Fleury. 
Chois..., — i\L de Choi- 
seul. 

Gant..., — M. de Gontaut. 
Bret..., — baron de Bre- 
teuil. 

Be:^.., — baron de Besen- 
val. 

Soubi..., — prince de 
Soubise. 



Pages, lignes 



107, 
108, 



114, 



I iG, 



P. li 



3, — Ber..., — Bertin. 
II, — Maille..., — marquis de 

Maillebois. 
II, — Valdah..., — M. de Val- 

dahon, mousquetaire. 
i5, — Est..., — le comte d'Es- 

taing. 

4, — Mona..., — le prince de 
Monaco. 

7, — Laroche..., — M. de La 
Roche-Aymon. 
— « La marine ne sera pas 
mieux menée par un roulier que par 
un cheval borgne qu'on y a attelé. » 
— Allusion à MM. Rouiller et de 
Boynes. 

Il y a encoredans ce livre un certain 
nombre de noms à dévoiler ; c'est un 
travail qu'on laisse à faire à des cher- 
cheurs plus patients et plus habiles. 

On peut rapprocher du « Gazetier 
Cuirasse », les articles : « le Diable 
dans un bénitier », « le Philosophe 
cynique», et « Mélanges confus sur des 
matières fort claires. » Les clefs de 
ces divers ouvrages se complètent 
l'une par l'autre. 

GAZETTE (LA) DE TENDRE 
(avec la carte de Tendre), publiée à 
la suite de la « Journée des Madri- 
gaux », avec introduction et notes, 
par Emile Colombey. Paris, Aubry, 
MDCCCLVI, pet. in-8. (Forme les 
pages 57 à 87 de ce volume, qui 
fait partie de la collection dite : 
« Trésor des pièces rares ou iné- 
dites ».) 

L'auteur de ce charmant badinage, 
qui eut tant de succès à l'une des soi- 
rées de l'hôtel de Rambouillet, est 
demeuré inconnu. La pièce même n'a- 
vait jamais été imprimée ; elle serait 
certainement bien oubliée encore sans 
M. Emile Colombey qui l'a extraite, 
comme la « Journée des Madrigaux », 
des manuscrits de Valentin Conrart, 



391 

cette mine de curiosités trop peu ex- 
plorée jusqu'à présent. « La Gazette de 
Tendre, dit M. E. Colombey, est une 
page curieuse à joindre à la fameuse 
description du « païs de Tendre ■», 
introduite dans le roman de Clélie. » 
La « Vierge du Marais», comme dit 
Furetière, s'était contentée de créer un 
monde en laissant à d'autres le soin 
de le peupler. Cette lacune est com- 
blée par la «Gazette de Tendre », qui, 
divisée en presque autant de gazettes 
qu'il y a de relais dans le pays, anime 
chacun d'eux et sème les routes d'illus- 
tres voyageurs plus ou moins pressés 
d'atteindre le but. » — Or les noms de 
ces « illustres voyageurs » seraient à 
peu près inintelligibles aujourd'hui, 
si l'érudit éditeur de la « Gazette » 
n'avait pris soin de dresser la clef 
suivante, tant à l'aide du « Diction- 
naire des précieuses » qu'au moyen 
des notes de Conrart lui-même : 
Deux dames de haute qualité, — 
M'is d'Arpajon ; la comtesse de 
Rieux; 
Un chevalier, — le chevalier de Méré; 
Un jeune Héros, — le jeune Tracy ; 
Acante, — Pélisson; 
Un Estranger, — Ysarn, autrement 

Trasile ; 
Philoxène, aymable estrangère, — 

M"ie d'Aligre ; 
Doralise, aymable estrangère, — 

Mlle Robineau ; 
Télamire, aymable estrangère, — 

Mme d'Aligre; 
Un jeune Estranger, — M. Moreau,du 

Grand Conseil ; 
Agathyrse, — de Raincy ; 
Théodamas, — Conrart; 
Le grand Aristée, — Chapelain ; 
La charmante Cléonisté, — M™e des 

Pennes, de Marseille; 
Uaymable Cléodore, — M^e Le Gen- 
dre ; 
La généreuse Doralise, — M''<= Robi- 
neau, citée plus haut: 
Le vaillant prince de Phocée, — Bau- 
mes; 
Vagréable Hamilcar, — Sarasin; 



LES LIVRES A CLEF 



392 

La merveilleuse Elise, — M''^ Paulet; 
Le généreux Bomilcar, — Du Plessis; 
L'aymable Arpasie, — M™e de Marti- 

gny, de Rouen ; 
La sage Agélaste, — M'ns Boquet ; 
Un homme d'un grand mérite, — Cara- 

das, chanoine à Rouen; 
Une dame de fort haute qualité, — la 

duchesse de Saint-Simon ; 
Une jeune et charmante personne, — 

M'ie d'Arpajon ; 
La Dame de Vlslejlottante, — la du- 
chesse de Saint-Simon; 
Le mage de Tendre, — Godeau, évê- 

que de Vence ; 
Le mage de Sidon, — Godeau, évê- 

que de Vence ; 
Le mage de Montagne, — Godeau^ 

évêque de Vence ; 
Arténice, — la marquise deRambouil- 

let; 
Sapho, — Mi'« de Scudéry; 
Cette Princesse, — la comtesse de 

Rieux ; 
Le fameux Méliante, — Doneville, 

conseiller à Toulouse; 
Un agréable Estranger, — Moreau ; 
Mégabase, — le marquis de Montau- 

sier; 
La princesse nouvelle-venue, — la com- 
tesse de Rieux; 
Celle qui a basty notre ville,— M'i^de 

Scudéry; 
Un aymable inconnu, — Labbé de 

Chandeville ; 
Le mage de Tendre, — l'évêque du 

Mans ; 
Ariimas, — le marquis de Montau- 

sier ; 
Une ville assiégée, — Portolongone, 

ville de l'île d'Elbe. 

Cette clef, un peu longue il est 
vrai, a cependant l'avantage de nous 
faire connaître des personnages qui 
ne hgurent pas dans le beau travail 
de M. Livet. 

GAZETTE (LA) NOIRE, par un 

HOMME QUI n'est PAS BLANC, OU 

Œuvres posthumes du Gazetier 



393 

CUIRASSÉ. Imprimée à cent lieues 
de la Bastille, à trois cents lieues 
des Présides, à cinq cents lieues des 
Cordons, à mille lieues de la Sibé- 
rie. (Londres), 1784, in-8 de IV- 
292 p. 



Ce pamphlet de Charles Thevencau 
de Morande, contient des extraits des 
« Mémoires secrets » de Bachaumont, 
un coup d'œil historique surlagénéa- 
logie des principaux pairs moder- 
nes de France ; des notices curieuses 
sur quelques-uns des plus renommés 
financiers de l'époque, morts ou 
vivants ; des notes sur les cafés et les 
théâtres de Paris, des histoires de 
tripots, de filles, etc., etc. 

L'auteur a nommé en toutes lettres 
la plupart des personnages qu'il dif- 
fame ou satirise ; les plus grands per- 
sonnages, des souverains même, sont 
visés dans ce libelle; des notes ser- 
vent à faire reconnaître quelques per- 
sonnes qui ne sont pas assez claire- 
ment désignées : ainsi, le sieur B***, 
c'est l'accusateur du chevalier de 
La Barre ; 

Guérault Bastet, anobli par l'évêque 
de Valence en i3o4.., c'est le véri- 
table nom des ducs d'U:^ès ; 
Liiines, Brantes et Cadenet, — les trois 
frères Albert, dont le père Honore 
Albert était avocat d'une petite ville 
du Comtat; — Charles Albert devint 
duc de Luines et connétable ; — 
Brantes fut duc de Luxembourg ; — 
Cadenet fut créé duc de Chaulnes; 
René Vignerot, — vrai nom des ducs 

de Richelieu ; 
Charles de la Porte, — c'est le vrai 

nom des ducs de Ma:jarin ; 
Pardaillans, — nom propre des ducs 

d^Epernon; 
La douairière d'un duc et pair, — 
La Quinault mariée au feu duc de 
Nevers; 
Un officier général visant au minis- 
tère, c'est le comte d'Hérouvillc qui 



LES LIVRES A CLEF 



394 

a é'pouséLolotte, maîtresse du comte 
d'Albemarle, mort à Paris; 
On voit un brave militaire demandant 
l'agrément de son corps pour s'unir 
à une élève de la Paris, c'est le mar- 
quis de Clément, ci-devant marquis 
de Montiers, descendant du premier 
maréchal de France ; 
On voit un autre gentilhomme d'une 
noblesse antique consentant adonner 
son nom à la concubine et aux 
bâtards d'un ministre, — c'est le 
marquis de Langeac, qui a épousé 
la Sabbatin, maîtresse du feu duc 
de la Vrillière, à condition qu'il 
n'y toucherait pas et qu'elle reste- 
rait toujours consacrée aux plaisirs 
de Monseigneur. 

Il y aurait encore beaucoup à dire 
pour faire la clef complète de ce pam- 
phlet. 

GENEALOGIE ET LA FIN DES 
HUGUENAUX , ET DESCOU- 
UERTE DU CALVINISME, ou est 

SOMMAIREMENT DECRITE l'hISTOIRE 
DES TROUBLES EXCITEZ EN pRANCE 
PAR LESDICTS HUGUENAUX JUSau'A 

PRESENT. — Lyon, Benoît Rigaud, 
1572, in-8. Trois figures allégori- 
ques très singulières. 

Ce livre fort rare est de Gabriel de 
Saconay, fougueux adversaire des 
Calvinistes, auquel M. Ap. Briquet a 
consacré deux articles dans le « Bulle- 
tin du Bibliophile » (année 1860, 
pages 1062 et 11 53). Cette satire con- 
tre les Réformés est une sinistre facé- 
tie, datée de iSya, et publiée peu de 
temps après la Saint-Barthélémy, dont 
G. de Saconay fut un des principaux 
inspirateurs; il ne dissimule pas d'ail- 
leurs, dans sa dédicace à Charles IX, 
qu'il a engagé le roi dans cette voie 
sanglante. 

L'auteur de la « Généalogie » sup- 
pose que les Calvinistes sont des 
hommes transformés en singes et en 



395 



LES LIVRES A CLEF 



guenons qu'il nomme Guenaux, d'où 
vient le mot Huguenaux (!). Il décrit 
ensuite les mœurs des huguenaux. 
Cette allégorie est prolongée jusqu'à 
la lin de son ouvrage, dans lequel il 
trouve plaisant de travestir comme 
suit les noms des personnages aux- 
quels il fait allusion: La Renardie 
(La Renaudie); Castelguenau (Castel- 
nau) ; Poltron (Poltrot); lai feseur de 
sauts (Le Seigneur de Saulx) etc., etc. 
Quant au Lion Royal, c'est Char- 
les IX, qui doit exterminer les gue- 
naux sataniens. 



GÉNÉRAL (LE) MOITIÉ VENDU 
PAR SES MOUCHARDS, ou la 

GLORIEUSE EXPÉDITION DES VAIN- 

auEURS DE LA BASTILLE, in-8. (Sup- 
plément extraordinaire à 1' « Ami 
du Peuple », de Marat, sans date 
précise, mais placé à la suite du 
n' 320, 25 décembre 1790). 

Le général Moitié n'est autre que 
La Fayette ; Marat lui donne souvent 
ce nom dans ses écrits. (Voir Hatin, 
« Bibliographie de la Presse», p. 102.) 
Il existe un autre pamphlet intitulé : 
« Le général Moitié jugé par ses pro- 
pres actions. » S. 1. (Paris) n. d.tiygi), 
in-8 de 16 p. 

GENERAL (THE) POST BAG ; 

or News ! foreign and Domestic. 
To which is added La Bagatelle. By 
Hwnphrcy Hcdgchog, esq. London, 
J. Johnston, 1814, in-8 de 123 p. 

Curieux et rare petit recueil de poé- 
sies politiques dirigées contre Napo- 
léon I'"".La plupart des noms cités dans 
ces prétendues lettres dérobées sont in- 
diqués seulement par des initialismes 
suivis de traits et de quelques conson- 
nes, suivant l'usage anglaisen pareille 
matière. Ces noms sont faciles à com- 



396 

pléter ou à rétablir ; ainsi pour The 
P-of Or-to-the F-Ch-, il faut lire : 
The prince of Orange to the princess 
Charlotte ; — Lord C-gh to the Earl 
of L-l, il faut lire : Connaugh et Liver- 
pool ; Louis XVIII to the P-R-, c'est 
Louis XVIII au Prince royal ; The Q- 
of Wirt-m-g to Her M-y, c'est The 
Queen of Wirtemberg to HerMajesty; 

— H-D-y, lisez: Sir Humphrey Davy ; 

— Col. ATM-n, colonel Mac-Mahon ; 
Earl of St-n-pe, Stanhope, etc., etc. 
Dans le courant du volume, non-seu- 
lement des noms, mais des mots mê- 
mes sont déguisés par le même pi'o- 
cédé. 



GÉNÉREUSE (LA) ALLE- 
MANDE, ou LE Triomphe de l'a- 
mour, tragi-comédie en deux jour- 
nées (chaque journée en cinq actes, 
en vers), où sous des noms em- 
pruntez et parmi d'agréables et di- 
verses feintes, est représentée l'his- 
toire de feu Laids du Châtelet, Baron 
de Cirey, et de sa femme Ursule 
Rudes de Colkmbcrg. Par le sieur 
Mareschal, avocat en Parlement. 
— Paris, Pierre Rocolet, 1631, fig. 
Chaque partie a un titre spécial ; 
la première journée est dédiée à 
M. de Puy-Laurens, la deuxième à 
]Vl. de Launay. 

La « Bibliothèque du Théâtre fran- 
çois » (T. II, p. 64-77) a consacré un 
assez long article aux neuf pièces de 
l'avocat Mareschal, qui mourut en 
1645. « La Généreuse Allemande » y 
est complètement analysée ; mais cette 
analyse ne donne pas envie de lire les 
« agréables et diverses feintes » qui re- 
présentent l'histoire des amours de 
Louis du Châtelet et d'Ursule de Col- 
lemberg, autrement dit le Seigneur 
Aristandre et Camille, non plus que 
de connaître les vrais noms de ClO' 



397 

riandre, de Cor iléon, de Roseline, de 
Vacilles, etc., etc. Mareschal était un 
pauvre auteur ; il a fait encore un ro- 
man « La Chrysolite», dont il est parlé 
plus haut. 

GÉNÉREUSES (Les) Amours des 
Courtisans de la Cour. 
Voir : La Céfalie. 

GENEVRA, ou la prise de voile 
MANQuÉE. Tragi-comédie en 3 actes. 
Genève, 1872, in-i6. 

« Dans cette pièce sont introduites 
des notabilités contemporaines dont 
on devine aisément les noms cachés 
sous de transparents pseudonymes. Il 
en est rendu compte dans la « Biblio- 
thèque universelle de Genève », avril 
1873, p. 764. » (Communication de 
M. G. Brunet.) 

GÉNIE (LE) OMBRE et la Sala- 
gno-silph-ondine Chimboraço. a 
Cliimerie. (Paris), 1746, in- 12 de 
IV-i 10 p., rare. 

Ce conte bizarre est une satire diri- 
gée contre Voltaire {le Génie ombre). 
Suivant une note de l'abbé Goujet, 
l'auteur était un jeune homme nom- 
mé de La Rougère. Le mot composé 
Sala-gno-Silph-oudine signifie une in- 
telligence habitant le feu, la terre, 
l'air et l'eau, allusion à l'universalité 
scientifique et littéraire de l'esprit de 
Voltaire. — Chimboraço veut dire at- 
traction, parce que sur le sommet de 
ces monts le fil à plomb des quarts 
de cercle s'écarte de la verticale. Tout 
cela a l'air bien pédantesque et bien 
peu divertissant. 

GENS (LES) DE LETTRES, ou 
le Poète provincial a Paris, comé- 



LHS LIVRES A CLEF 



398 

die en cinq actes et en vers, par M. 
Ph .-Fr .-Na{airc Fabre d'Eglantiiic. 
Pièce imprimée, pour la première 
fois, dans a L'Echo du Parnasse », 
ou choix des œuvres inédites des 
auteurs contemporains. Paris, 1823, 
in-i2. 

Cette comédie satirique, donnée le 
vendredi 21 septembre 1787, sur le 
Théâtre Italien, a été critiquée et ana- 
lysée avec soin, dès le mois d'octobre 
suivant, dans la « Correspondance de 
Grimm ». Meister, qui n'est pas ten- 
dre pour l'auteur, en donne la clef 
comme suit : 

« Malgré l'ennui qu'on éprouve, 
quelque mauvais que soient les por- 
traits tracés dans la pièce, on devine 
que dans le personnage de Quotidien, 
l'auteur a prétendu peindre MM. de 
Chamois et Sautreau, le premier ré- 
dacteur de l'article des spectacles dans 
le « Mercure », l'autre un des princi- 
paux journaliers du « Journal de Pa- 
ris » ; dans celui de Lacrimant, M. Mer- 
cier ; dans celui de Fastidor, M. Do- 
rat et son école; dans celui de Chloé, 
M"»» la comtesse de Beauharnais;dans 
celui du Libraire, le sieur Panckouc- 
ke. » 

George Dandin, comédie. 
Voir : Œuvres de Molière. 

GiPHANTiE. La Haye, 1760, in-12. 
Voir : Amilec. 

Girouette (La), ou Sans-frein. 
Voir : Amilec. 



GLENARVON, traduit de l'an- 
glais, par M°'e p***, née L***. Pa- 
ris, G. Dufour et d'Ocagne, 181 9 
et 1824, 3 vol. in- 12, 7 fr. 50. 



399 



LES LIVRES A CLEF 



400 



La première édition anglaise de cet 
ouvrage est de 1816. Tout le monde 
sait que l'auteur n'est autre que la 
célèbre lady Caroline Lamb, née Pon- 
sonby. Glenarvon, c'est Lord Byron, 
représenté comme un personnage bi- 
zarre, fantasque, ultra-romantique, 
petit-maître dont toutes les femmes 
raffolent et qu'il séduit sans prendre 
la peine de les tromper ; un être 
odieux, en un mot, qui rit du tour- 
ment de ses victimes et dont la triste 
gaietéa quelque chose d'infernal. L'hé- 
roïne du livre, c'est Caroline Lamb 
elle-même, d'abord maîtresse adorée 
de Byron, puis victime délaissée, mal- 
heureuse et sacrifiée à l'orgueil de son 
amant. Ce roman eut beaucoup de 
succès en Angleterre ; la haute société 
de Londres le rechercha avec empres- 
sement, parce qu'on crut reconnaître 
la plupart des personnages qui y fi- 
gurent. Il faut lire, sur ce livre et sur 
son auteur, l'excellent article de la 
« Biographie Michaud » (T. LXX, p. 44- 
5i). 



GRAND (LE) DÉNOUEMENT 
DE LA CONSTITUTION, parodie 
politi-tragi-comique, jouée à Bruxel- 
les le I" janvier 1791. Bruxelles, 
in-8 de 4=5 p., fig., rare. 

Cette pièce, faite par l'auteur de la 
« Guinguette patriotique »(?), est une 
allusion continuelle aux événements 
politiques de France, lorsque la Con- 
vention remplaça l'Assemblée Consti- 
tuante ; on voit en scène : M. Gros- 
Louis (Louis XVI), maître d'auberge à 
l'enseigne de la « Nation », ci-devant 
« Au Grand-Monarque » ; M. LeRude, 
soldat retiré ; — M. Miralaid (Mira- 
beau), son ancien camarade, l'un des 
balayeurs et gens sûrs du club des 
Jacobins ; — M. Touvin, écrivain, 
musicien, commissionnaire, mais sur- 
tout ivrogne et ancien clubiste ; — Le 
Père Gibou, le fermier qui personnifie 



le peuple, typedontle nom s'était seul 
conservé proverbialement. Cette cu- 
rieuse production est analysée dans 
l'ouvrage de M. E.Jauffret, « Le Théâ- 
tre révolutionnaire » (p. 111-114). 
Voir aussi le catalogue Soleinne, 
n" 241 I. 



GRAND (LE) DICTIONNAIRE 
DES PRETIEUSES , historique, 
poétique, géographique, cosmo- 
graphique, cronologique et armoi- 
rique, où l'on verra leur antiquité, 
coustumes, devises, éloges, étu- 
des, guerres, hérésies, jeux, lois, 
langage, mœurs, mariages, mora- 
le, noblesse; avec leur politique, 
prédictions, questions, richesses, 
réduits et victoires ; comme aussi 
les noms de ceux et de celles qui 
ont jusques icy inventé des mots 
prétieux. Dédié à Monseigneur le 
Duc de Guise, par le sieur de So- 
malie, secrétaire de Madame la Cones- 
table Colonna. — A Paris, chez 
Jean Ribou, sur le quay des Au- 
gustins, à l'Image Saint - Louis, 
MDCLXI. Avec privilège du Roy, 
2 vol. pet. in-8. 

«Edition devenue assez rare, dit le 
t( Manuel du Libraire », et encore as- 
sez recherchée, surtout quand la Clef, 
opuscule de 46 pp., y compris le titre, 
également daté de 1661, s'y trouve 
jointe. » 

Bien que de beaux exemplaires de 
cet ouvrage satirique aient atteint 
jusqu'à 85 et 2i5 francs, les travail- 
leurs préfèrent de beaucoup à l'édition 
de 1661 l'excellente réimpression don- 
née dans la « Bibliothèque Elzévi- 
rienne », et intitulée : « Le Diction- 
naire des Précieuses, par le sieur de 
Somaize », nouvelle édition, augmen- 



401 

tée de divers opuscules du même au- 
teur, relatifs aux précieuses, et d'une 
clef historique et anecdotique, par 
M. Ch. Livet. — Paris, P. Jannet, 
MDCCCLVI, 2 vol. in.i6 de LXIV, — 
296 et 408 pp., 10 fr. 

Le travail de M. Livet est un vérita- 
ble chef-d'œuvre de patience et d'éru- 
dition. D'ailleurs, de son propre aveu, 
il n'a pas étudié pendant moins de 
cinq années la curieuse question des 
« Précieux et Précieuses »,et, plus que 
quiconque, il a pu recueillir des no- 
tes précises sur les personnages du 
« Grand Dictionnaire », seul ouvrage 
d'Antoine Bandeau, sieur de Somalie, 
que les érudits recherchent encore au- 
jourd'hui. La « Clef historique et 
anecdotique », formée par M. Ch. Li- 
vet, est un document d'une grande va- 
leur et d'une étendue considérable ; 
elle occupe, en effet, les pages i23 à 
403 du second volume. 

Malgré ce beau travail, et bien que 
M. Livet ait pris soin, dans la réim- 
pression du « Grand Dictionnaire «, 
de mettre, au bas de chaque page, la 
traduction des noms supposés, je ne 
puis medispenserderemanieren entier 
ici la clef du Dictionnaire de Somaize. 
En effet, dans la clef de 1661 (qui 
manque à la plupart des exemplaires), 
les noms sont relevés à mesure qu'ils 
se présentent dans le texte, sans au- 
cune préoccupation de l'ordre alpha- 
bétique, ce qui rend les recherches 
fort incommodes, et, dans la « Clef 
historique et anecdotique » de M. Ch. 
Livet, ce sont les noms réels des per- 
sonnages qui sont rangés par ordre al- 
phabétique, ce qui ne rend pas les véri- 
fications beaucoup plus aisées. J'ai donc 
dressé une autre clef dans l'ordre in- 
verse, présentant, comme dans pres- 
que tous les articles de cette étude, 
les pseudonymes d'abord , puis les 
noms véritables. Si Ton s'étonne que 
j'aie cru devoir placer ici une liste 
aussi longue, c'est que je considère 
que la « Clef du Dictionnaire des Pré- 
cieuses » présente une importance 



LES LIVRES A CLEF 



402 

toute spéciale. Les noms fictifs em- 
ployés par Somaize se retrouvent dans 
un certain nombre d'écrits de la même 
époque, ce qui, d'une part, offre ma- 
tière à des rapprochements curieux, 
et, de l'autre, permet de regarder la 
clef qui va suivre comme le passe-par- 
tout d'un grand nombre d'ouvrages 
du dix-septième siècle. Je ne citerai, à 
l'appui de cette opinion, que deux 
exemples: « La Journée des Madri- 
gaux » et la « Gazette de Tendre », 
dont il sera parlé plus loin. 

On remarquera qu'un certain nom- 
bre de pseudonymes sont appliqués à 
des personnages différents, mais cela 
est relativement fort rare; en cas de 
doute, on n'aura qu'à se reporter à 
l'excellent travail de M. Livet. En 
dressant cette clef méthodique, je me 
suis entièrement conformé à l'ortho- 
graphe adoptée par le savant annota- 
teur, bien que certains noms soient de 
nos jours écrits avec une orthographe 
un peu différente. 

Clef du dictionnaire des Précieuses : 

Alexandre (le Grand....), — le roi 
Louis XIV. 

Alma:{ie, — Mme la Présidente Au- 
bry. 

Alpice, — M. d'AImeras. 

Amalthée et sa sœur, — M"'s Ata- 
lante. 

Amaltide, — M"" Amaury. 

Anaxandre, — M. Amat de Montal- 
quier. 

Aramante, — Henriette de la Guiche, 
veuve de Jacques de Matignon, de- 
venue par la suite duchesse d'An- 
gouléme. 

Argénice, — Claudine de Signier, de- 
venue M^e André. 

Aristénie, — M"e Hautefeuille. 

Artémise, — Marie Legendre, devenue 
M^e Arragonnais. 

Bactrianus, — le marquis de Relie- 
fonds. 

Bagoras, — M. de la Barouillère. 

Balandane, — M">e de Balan. 

Baradonte, — M "« de Barbentane. 



403 



LES LIVRES A CLEF 



404 



Barcidiane, — MUede Beaulieu. 
Barcine, — M"» de Beaumesnil. 
Bardesanne, — M. George de Brébeuf. 
Bariménide, — M^^ de Bernon. 
Baristide, — M""» de Blérancourt. 
Barsamon, — l'abbé de Bois-Robert. 
Barsane, — M'ie Brice. 
Barsilée, — M"« Baudoin. 
Barsilée, — M™« de Bouchiavannes. 
Barsinde, — M™e de Boismoran. 
Barsinian, — l'abbé du Buisson. 
Bartane, — M ""«des Brosses. 
Bartanide, — M"«= Bardou. 
Barthénoide, — la marquise de Bou- 

darnault. 
Basian, — M. de Bercy. 
Basilide, — la marquise de Boisdau- 

phin. 
Basinaris, — M'i» de la Bazinière. 
Bavius, — Claude Boyer. 
Ba^are, — M. Basset. 
Béatrix, — iW^ Besnier. 
Beaumérine, i«', 2°, 3« et 4" du nom, 

— M"« de Beaumont. 
Beaumérinus, — M. de Beaumont. 
Belagius, — M. Bonnard. 
Belarmis, — la comtesse de Brégis. 
Bélinde, — la comtesse de Brancas. 
Bélisaire, — M. de Barras. 
Bélisandre, — M. de Balzac. 
Bélise et sa sœur, — M"«s Bocquet. 
Bellophon, — M, Bove (ou Boue ?J. 
Bérénice, — M'i^ de Bombon. 
Bérélise, — Mi'« de Brienne. 
Bérénice, — MU^Bailly. 
Bérilisce, — M"« Bobus. 
Bernise, — M°>= de Beauregard. 
Berodate, — M. de Benserade. 
Béroé, — Mlle Bourlon. 
Bérolas, — M. René Bary. 
Bertaminde, — M™« Burin. 
Bertenie, — Mi'e Babinet. 
Bitrane, — M. Bernard. 
Bléninde, — la comtesse de Blain. 
Blomestris, — M™« Blauf. 
Bogislas, — M. Bouthillier. 
Bosilandre et sa sœur, — Mii«s Dubois. 
Bonne (La) Déesse, — la Reyne-Mére. 
Bosilinde, — la comtesse de Barle- 

mont. 
Bracamon, — Boileau. 



Bradamante, — M"» de Beaulieu. 
Bradamire, — M. Dubaye, ou d'Ubaye. 
Bradamise, — la marquise de Belleval. 
Bragaminte, — Mlle de Barjamon. 
Bragistane, — M. de Beauvieu. 
Criséis, — MUe de Barnesme. 
Critanie, — MUe de la Barthe. 
Critomare, (et aussi Bristennius) , — 

M. Baurin. 
Critonide, — la princesse Marie de 

Barbançon. 
Crundesiane, — M'ie le Brun. 
Crundesius, — l'abbé de Belesbat. 
Cudinus, — M. Boucher. 
Curcinus, — M. de Bussy-Rabutin. 
Cuséus, — M. Bouchardeau. 
Cusinian, — le comte de la Baume. 
Caius, — M. le Coigneux. 
Calistenès, — M. Croppel. 
Calpurnie, — M"^ de la Calprenède. 
Calpurnius, — M. de la Calprenède. 
Camestris, — M"» de Camot. 
Camma, — la duchesse de Chastillon. 
Candace, — la duchesse de Chevreuse. 
Canérine, — M^e du Canet. 
Carimante, — M. Cheziers. 
Carinte, — 1" du nom, — la marquise 

de Couras. 
Carinte, 2e du nom, — Mie Chanut. 
Cassandace, — M"* de Challais. 
Cassandane, (la princesse...), — Mi'e de 

Montpensier. 
Cassander, -^ le comte de Clerc. 
Cassandre, et ses deux filles, — la 

comtesse de Clermont et ses filles. 
Cassandride, — la princesse de Conti. 
Cassiope, — M^^e de Cavoye. 
Caton, — le cardinal Mazarin, 
Ca^iodore, — M. de Cailly (bien connu 

sous le nom de chevalier d'AceilIy). 
Céléane, — M^ie de Cazaux. 
Célie, — M""e de Ghoisy. 
Césonie, — M™e de Comminges. 
Chevalier (un) delà garde d^ Alexan- 
dre, — un mousquetaire du roi. 
Circé, — Mlle de Chataignères. 
Circoïs, — Mlle Cabry. 
Claristée, — M^e Chesnelon. 
Claristène, — M. Leclerc. 
Cléobis, — M. de Chastillon. 
Cléobulie, — Mine^Cornuel. 



405 

Cléobuline, — M'''-- de la Croix. 

Cléodamire, — M"« Charron. 

Cléodarie, — M'i« Canu. 

Cléonyme, — M. Charleval. 

Cléophé, — M"e CoUetet. 

Cléophile et ses filles, — Mn^e Cornuel 
et ses deux filles. 

Cléophon, — le marquis de Charabon- 
nard ; 

Cléophus, — CoUetet, le père. 

Cléorite, l'aîné, — Pierre Corneille. 

Cléorite, le jeune, — Thomas Cor- 
neille. 

Cléoxène, — Valentin Conrart. 

Clidaris, — la duchesse de Chaulnes. 

Clitemnestre, — M">« Colongue. 

CUtiphon, — l'abbé Cottin. 

Clomire, — M'i" de Clisson. 

Clorante, — la comtesse de Clerc. 

Cloreste, — M'i^ Deschamps. 

Cloridan, — M. de Contenson. 

Clorinde, reyne des Scythes, — Chris- 
tine, reine de Suède. 

Clorinie et sa fille, — U."^^ et M"e de 
Congis. 

Clytie et sa sœur, — M"«s de la Ches- 
naie. 

Corbulon, — M. de Corbinelli. 

Corinne, — M^^ Coutton. 

Coriolane, — M""^ Chartier. 

Créon, — M. Cousin. 

Grisante, — M. Chapelain. 

Crisolis, — M^^ de Chavigny. 

Daglante, — M, de Valiac. 

Dalmotie, — M™« d'Oradour. 

Dainasihée, — M^e Danty. 

Damestriane, — la comtesse de Lan- 
galerie. 

Damcstus, — Paul d'Escoubleau de 
Sourdis, marquis d'Ail uye. 

Damophile, — M^e du Buisson. 

Damoxède, — Madeleine Vignerot, 
duchesse d'Aiguillon. 

Daphné, — M^e d'Asnières. 

Darmianus, — le vicomte d'Arboust. 

Déccbale, — M. d'Anglure. 

Deidamas, — le cadet d'Arlatan. 

Déjotare, — René II de Voyer de 
Paulmy, comte d'Argenson. 

Delfiniits, — M. de la Haye. 

Delphiniane, — M^c de Montglas. 



LES LIVRES A CLEF 



406 

Démocare, — M. de Bonneval. 

Démocrate, — le président d'Oppède. 

Démophon, — M. Dumas. 

Demophonte, — la marquise d'Hu- 
mières. 

Dicastie, — M. de la Villardière. 

Didacerie, — M°>e Estrade. 

Didamie, — M"« de la Durandière. 

Didon, — Mlle d'Orgemont. 

Didonius, — M. de Pierre Clos. 

Dinamise, — M"* Desjardins, qui de- 
vint Mme de Villedieu. 

Dinamon, — l'abbé Dupille, ou du 
Pile. 

Dinocris, — l'abbesse d'Epagne. 

Dioclée, — M™^ Deshoulières. 

Diodes, — M. d'Aubigny. 

Diomédie, — M"" de la Vrillière. 

Diophamse, i"^ et 2^ du nom, — MH^^ 
Dupré. 

Diophante, — M^^du Fargis. 

Diophante de Cléonidas, — M. d'Orai- 
son, marquis de Cadenet. 

Diorante, — M. de Monlceau. 

Diothime, — MUe de Souvré. 

Dircé, — M"e Descluzel. 

Disimante, — M. de Belair. 

Disimène, — M™e de Calages. 

Disimène, — M'ie des Loges. 

Domitia, — M"» d'Uxelles. 

Doralise, jadis femme de Sestianès, — 
la comtesse de la Suze, devenue 
Mine d'Adington. 

Doranide, — M"e de Haucourt. 

Dorante de Montenor, — M. Dicar de 
Montmorency. 

Dordonius, — M. du Faisan. 

Dorénice , — Catherine-Henriette 
d'Harcourt, duchesse d'Arpajon. 

Doride, — Françoise-Julie de Roche- 
fort, femme du marquis Charles 
d'Angenus. 

Dorimène, — M'i^ Dumont. 

Doriménide, — M™^ d'Olonne. 

Dorinde, — M™" d'Aumelas. 

Dorinice, — Mi'» d'Aumale. 

Doristée, — MUe de Grille. 

Doristénie, — M'i^ Desmarcts. 

Doristéniiis, — M. de Grille. 

Doristhène et sa soeur, — MH'^ de Chà- 
teau-Vilain d'Astri. 



407 



LES LIVRES A CLEF 



408 



Doroaste, — M. Dudoii. 

Dorothée, — M"e d'Auceresses. 

Emilie, — M"e Espagny. 
I Brimante, — Jacques Esprit, 

Féliciane, — M™« de la Fayette. 

Félicie, — la comtesse de Fiesque. 

Félix, — M. Foucault. 

Félixane, — la marquise du Fresnoy. 

Félixérie, — Mi'^Ferrand. 

Férodace, — M™^ Féry. 

Festine, — Mi'« Forcade. 

Filante, — Furetière. 

Filicrite, — M™« du Félan. 

Florelinde, — M^^de Fourilles. 

Florestie, — M"e de Filers. 

Florice, — M"edu Flos. 

Florimon, — M. de Fantanille. 

Florinie — M"^ Dufour. 

Fulcian, — M. de la Flasche. 

Fulcinian, — M. Lefebvre. 

Fulcinius, — M. de Fabien. 

Gabalide, — M'i^ de Saint-Gabriel. 

Gabine, — la marquise de la Grenouil- 
lère. 

Gabinius, — le comte de Guiche. 

Gadarie, — M^^ de Gournay. 

Galacerie, — Mme Galois. 

Galathée, — comtesse de Saint-Géran. 

Galaxée, et sa fille, — la baronne de 
la Garde et sa fille. 

Galaxée, — Mme de Saint-Movieux. 

Galaxie, autrefois Policrite, — Mme la 
chevalière Garnier, autrefois M'ie de 
la Porte. 

Galérice, — M"e de Guedreville. 

Galérius, — le maréchal de Gram- 
mont. 

Galérius (le chevalier..,), — le cheva- 
lier de Grammont. 

Galiléide, — M'ie Gradafilée, 

Galiliane, — M"e Gouille, 

Gallidian, — M. Girault. 

Gallidiane, — M^e Girault. 

Galliis, — M. Gilbert. 

Garamantide, — Mme Guidy, 

Gariman, — le marquis de Grignan. 

Garsilée, — la marquise de Gesvres. 

Gélinte, — la princesse de Guéménée. 

Gériane, — M"e de Gensac, 

Gésippe,— Mme Gaillonnet. 

Giridate, — M. de Grille, 



Gisimaque, — M, Gueston. 
Glicérie, — M™» Le Gendre, 
Gobrias, — M, de Gomberville. 
Grimaltide, — M"e de Grimault, 
Giienemonde, — Mme de Gouvernet ou 

Gonvernet. 
Hilarme, — M"e Hebrais. 
Hiphidamante, — M. Herre. 
Hermione, — Mme d'Hautefort, 
Hésionide, — M'ie Hardy. 
Horace, — l'abbé François Hédelin 

d'Aubignac. 
Icarie ou Iscarie, à présent 3/eM<3K- 

drine, — Mi'e de Jeuzet, à présent 

Mme de Mun. 
Iris, première du nom, à présent Mé- 

nopée, — Mi'e Josse, à présent Mme 

Melson. 
Iris, deuxième du nom, — M"e Josse, 
Isménie, ou Istrine, — Mile Juvigny. 
Isménius, — M. Izarn. 
Istérie, — Mi'e Isigny. 
Kiinigonde, — M'ie de Kercy, 
Lampasie, — M^e Lirot, 
Lénodaride, — MUe Lavergne. 
Léodamire (la princesse,.,) ou Lîgda- 

mire, — Mme la duchesse de Longue- 
ville. 
Léonce, — M, de Linières. 
Léondice, — la présidente Larcher. 
Léonice, — M"e Lartigue. 
Léonidas, — le duc de Longueville. 
Léonide, — Mme de Lucques. 
Léonidus, — M. de Lucques. 
Léonte, premier du nom, — Michel 

Lambert, le musicien, 
Léonte, deuxième du nom, — le poète 

Lambert, 
l.éontine, — M'ie Le Hou. 
Léostène, — MUe Lan quais, 
Lépante, — M, Loutier. 
Lérine, — M"e La Martinière. 
Liburnius, — M, Loret. 
Licaspis, — M"e de Lestre. 
Licidas, — le comte de Lude, 
Licine, — Mme de Lorme, 
Licofron, — M. de Lascaris,ou Lacary. 
Liciirgus, — M. Le Lièvre. 
Lidaspasie {ou Licellie) et sa sœur, — 

M'ies Lesseville. 
Ligdamon, — M. 'de Launoy, 



409 



LES LIVRES A CLEF 



410 



Ligdaride, — M^i^ de Launay-Gravé. 

Lise, — M"e de La Haye. 

Liside, — M"e de la Chapelle. 

Lisimène, — la maréchale de l'Hospi- 
tal. 

Lisippe, — M. de Lesclache. 

Liicellie, — M»« de La Flotte. 

Lucilius, — M. de la Rivière. 

Lucippe, — M"e de Langeais. 

Lycandre, — M. de la Salle. 

Madare, — M. de Malherbe. 

Madate, — M. de la Mesnardière. 

Madonte, — la comtesse de More. 

Mandaris, — la marquise de Maulny. 

Marcelle, — son Altesse de Guise. 

Marcius, — le comte de Mépeau. 

Mariane, — M"'= Magnon. 

Martane, — M™e de Monrozat. 

Martianus, — le président Maynard. 

Maxime, — M. Morin. 

Maximiliane, — M"* de Mancini, de- 
venue la connétable Colonna. 

Mécène, — Fouquet. 

Médace, — M^e de Moulo. 

Mégaclès, — l'abbé de Moissy. 

Mégaste, — le P. Lemoine. 

Mégistane, — M"9 Métay. 

Mégiste, — la comtesse de Moret. 

Mélandre, — M. l'abbé de Mareuil. 

Mélanire, — M^e de Monbas. 

Mélasie, — M"" Morin. 

Méléagre et Méléagiste, — MM. de 
Machault. 

Méléa^ie, — M™^ Mandat. 

Mélianus, — M. Maulis. 

Mélinde, — Mi"= de Montbazon. 

Mélinte, — Mme et M"'^ Masson. 

Mélisandre, — M. de La Mothe Le 
Vayer. 

Mélise, — M'f« de Montbel. 

Méliste, — Mme de Motteville, 

Mélite, — M"'= Mareschal. 

Meninon, — M. Maubousquet. 

Menalidus, — le marquis de Montau- 
sier. 

Ménalippe, — M"e de Milac. 

Ménandre, — M. Ménage. 

Ménandrinus , — M. de Mun. 

Ménéclide, — M"e Morcl. 

Méiiocrate, — M. de Marigny. 

Ménodaphile, à présent princesse de 



Guide, — la princesse Marguerite de 
Savoye, devenue princesse de 
Parme. 

Ménodore, — M. deMayenville. 

Ménopce et sa sœur, — M"" Melson. 

Mereus-Siris, — M. de la Motte-Seler. 
le hls. 

Meris, — M. de La Motte. 

Mérogaste, — M. Mayolas. 

Méronte, — M™» Moron. 

Métane, — M. Montiramon. 

Métrobar^ane, — M. de Mortemart. 

Métrobate, — M. de Montplaisir. 

Méi^ence, — M. Margat. 

Mitrdne, — l'abbé de Montreuil. 

Mitridate, — le duc de Mercœur. 

Moléon, — M. du May. 

Monlonet, — (M™e de...), — ... ? 

Montenor (le Grand ), — le duc de 

Montmorency. 

Myrice, — Mme (\q Moncontour. 

Néophise, — M^e de Nouveau. 

Nérésiel, — M"e Nervèze. 

Nérine, — M"e de Neufville. 

Nidalie, autrement Ligdamise, — Ni- 
non, autrement Mi'^de Lenclos. 

Nitocris, — la duchesse de Nemours. 

Ni^ander, — le marquis de Néres- 
tany. 

Noromante, — Mi'e Neuilly. 

No^iane, — la comtesse de Noailles. 

Olympe, — la reine de France. 

Oxarate, — M. Oduille. 

Oxaris et sa sœur, — M"" Ogier. 

Palamedonte, — M"e de Pont-Saint- 
Pierre. 

Paliante, — M. Perrin. 

Palimcne, — M'i^Paschal. 

Pamphilie, — M"e la princesse Palatine. 

Pamphilus, — M. le prince Palatin. 

Panthée, — M»e Petit. 

Parthemione, — M"« Perrin. 

Parthénie, — M"« Paulet. 

Pausanias, — M. Pin. 

Peisandre, — le marquis de Persan. 

Pharnace, — M. de la Porte. 

Phédime, — M"" de la Parisière. 

Pliilémon, — M. Dupin. 

Philidian, — premier et deuxième du 
nom, MM. Palerme. 

Philinte, —M. de Pinchesne. 



411 



LES LIVRES A CLEF 



412 



Philoclée, — Miie Du pin, 

Philodamie, — M^e de PommereuiL 

Philodice, — M"e du Plessis. 

Pisandre, — M. du Pinet. 

Pisidore, — M. Prost. 

Pisistrate, — M. Pons. 

Polémonie, — M"e Pillois. 

Polénie, — M°>e Paget. 

PoUdate, — M. de Poinville. 

PoUdor, — premier et deuxième du 
nom, — M. M. Perrot. 

Poligène, — M. Pontac. 

Polixénide, — M. Pajot. 

Priscus, — M. Priézac. 

P roc as, — M. Le Page. 

Procule, — M. de Péquigny. 

Prospère, — l'abbé de Pure. 

Quirinus, — M. Quinaut. 

Quisidore, — M"« de Quergray. 

Ranulphe, — les deux frères de Ravo- 
cet. 

Rodamire, — M°ie Roger. 

Rodiane, — M"e de Batilly. 

Rodolphe, —M. Robinet. 

Ro^anide, — la marquise de Ram- 
bure. 

Ro:{elinde, — la marquise de Ram- 
bouillet, 

Roi^enire et ses sœurs, — M'ics de Ri- 
ca rdy. 

Ro^énius, — M. de Ricardy. 

Roxalie, — M"" Le Roy. 

Roxanc, — M"« Robineau. 

Sahfia^iane, — MUe Simon. 

Salmis, — iSÎ'ie jg Sully, 

Saloïme, — M"e Seigneuret, la ca- 
dette, 

Sapurnius, — M, de Saint-Amand, 

Sarraïde, — M">e de Scudéry, 

Sarraïdès, — M. de Scudéry. 

Sarsanne, — le marquis de Sourdis, 

Scibaris et ses trois filles, — M™e et 
M'ies La Sonniére. 

Scipions (les deux...), — le prince de 
Condé et le duc d'Enghien, 

Sénèqiie, — le cardinal de Richelieu. 

Sésostris, — Sarrasin, 

Sestianès, — le comte de la Suze, 

Sidnon, — M"« Sciroeste. 

Sidroaste, — M, Sauvai. 

Sigismond, — M, de Saint-Movieux. 



Silénie, — M°i« de Saint-Loup. 

Silcnie, — M"^ de Saint-Maurice. 

Silennius, — M. Sardy, 

Sinaide, — la marquise de Saint-Chau- 
mont. 

Sinesandre, — M, de Saint-André, 

Sinésis, — la duchessede Saint-Simon. 

Siranide, — M'i« de Saint-Mégrin. 

Siridamie, — M™» de Saint-Amant. 

Siridate, — le baron de Saint-Lary. 

Siris, — M, de Seler, le père, 

Siris [Mereiis), — M, de la Motte-Se- 
1er, le fils. 

Sitalie, — M™ede Saint-Clément. 

Solinus, — Monseigneur*"*, 

Solon, — M, Séguier. 

Sophie, — M"e de Scudéry. 

Sophronie, — la marquise de Sévigné. 

Sosiane, — M"» Sallo. 

Spagaris de Britonide, — M'n^ de 
Saint-Germain -Beaupré. 

Spartanide {la grande...), — la grande 
Sultane. 

Sporiis-Britonidus, — M. de Saint- 
Germain-Beaupré. 

Spurine, — M"' de Saint-Ange. 

Statenoïde, — M™' de Saintot. 

Statira, — M"» de Schurmann. 

Sténobée, — M™e de Rancurelde Saint- 
Martin. 

Siénobée, deuxième du nom, — M"«de 
Saint-Martin. 

Stéphanie, — la marquise de Sablé. 

Straton, — M. Scarron. 

Stratonice, — M^e Scarron, devenue 
M™« de Maintenon. 

Stratonice, deuxième du nom, — M"e 
Scarron, sœur de P. Scarron. 

Su:^arion, — M. de Somaize, 

Taxilée, — M="e de Templery . 

Téliodante, — M, le Tellis, 

Théagène, — M, Denys Talon. 

Théodamie, — M^ie du Tillet. 

Théodème, — le marquis de Termes, 

Théophraste, — M. Théophile, 

Thiamise, — M'i^ Thomassin. 

Timarète, — la présidente de Thore. 

Timoclée, — M^^ Tarteron, 

Tircis, — M""» de Villedieu. 

Tiridate, — M. Testu, chevalier du 
Guet, 



413 



LES LIVRES A CLEF 



Tiridate II de Memnon, — l'abbé 
Testu-Monroy, frère cadet du précé- 
dent. 
Tiridate, 3e du nom, — l'abbé Testa, 

autre frère du chevalier du Guet. 
Tisimène, — M^^ de Thianges. 
Toxaris, — M"^ Tallemant. 
Tuberine, — M"e de Tigery. 
Une de celles qui jouent aux jeux du 
cirque, au quartier du Marais, — 
M'is des Œillets, actrice de THcjtel 
de Bourgogne. 
Urimédonte, — M'ie Vaugeron. 
Urione (Aliàs OUnde), — M"e le Vieux. 
Uristane, — Mi'e de Villebois. 
Uristène et sa sœur, — M"«s de Ville- 
bois. 
Uristénius, — M. de Villebois. 
Vaisger, — le P. Gervais, augustin 

déchaussé. 
Valante, — le comte de Paillac. 
Valère, — M. de Voiture. 
Valérie, — M"e du Vigean. 
Valérius (le grand...), — le cardinal 

de la Valette. 
Varsamène, — M^e de Vlogny. 
Varsamon, — M"° de Vlogny. 
Varsamon, — M. de Vaumorière. 
Vaxence, — M. le Vert. 
Victorianus, — M. le Vasseur. 
Vilianus, — le comte de Villeneuve. 
Virginie, — la marquise de Villaine. 
Virginius, — le marquis de Villaine. 
Volages, — M. de Vauvenargues. 
Volusius, — le chevalier de Villegaî- 
gnon. 

Bien que dans cette énorme nomen- 
clature de près de 470 personnages, il 
se trouve des noms aujourd'hui bien 
oubliés, je n'ai pas cru devoir en 
omettre un seul ; le plus obscur, le 
plus inconnu de tous sera peut-être 
précisément, à un moment donné, 
celui qui offrira le plus d'intérêt et 
jettera le plus de lumière sur quelques 
vieux livre, roman ou mémoires de 
la plus brillante moitié du dix-sep- 
tième siècle. 

J'ajouterai que sous ce titre : Sapho, 
le mage de Sidon (Paris, Didier, 1880, 
in- 12 de III-226 p.), M. Edouard 



414 

! Barthélémy a public, d'après des let- 
tres inédites, une fort intéressante 
étude sur la Société des Précieuses. 



GRANDES (LES) ET INCOMPA- 
RABLES AVENTURES DE MI- 
LORD STITT ET DE HERR RO- 
DOMONT MIC-MACK ; de quelques 
autres preux chevaliers ; de leurs 
dames, de leurs écuyers ; ensemble 
des rois pour lesquels ils se sont 
battus ou fait battre. Histoire ad- 
mirable traduite de l'anglais et du 
napolitain. Paris, Desenne, ventôse 
an VII C1798), 2 vol. in-i2. 

Ouvrage allégorique composé par 
le baron J. Guillaume Locré de Roissy, 
jurisconsulte éminent, ancien secré- 
taire général du conseil d'Etat, né à 
Leipzig, d'une famille française, le ib 
mars lySS, mort à Mantes, le 8 dé- 
cembre 1840. — « Un jurisconsulte 
dont les ouvrages font autorité encore 
au Palais, a composé ce roman poli- 
tico-satirique, qui prouve une fois de 
plus qu'à un esprit d'analyse remar- 
quable peut s'allier l'imagination la 
plus fantastique. — Devenu un grand 
personnage, Locré n'a pas voulu re- 
connaître cet enfant premier-né de sa 
plume et l'a fait mettre si soigneuse- 
ment au pilon que l'édition a été pres- 
que entièrement détruite. » (Note d'un 
catalogue de A. Aubry, qui en offrait 
un bon exemplaire au prix de lo fr.) 
— Je n'ai jamais vu cet ouvrage qui 
doit être fort curieux et dont une 
bonne clef rendrait assurément la lec- 
ture très piquante. 



Grandes (Les) prouesses et ad- 

VENTURES, etc. 

Voir : Théâtre d'histoires. 



415 

Grandeur et décadence de Jé- 
rôme Paturot. 

Voir : Jérôme Paturot à la re- 
cherche d'une position sociale. 

GRANDS (LES) HOMMES DU 
JOUR. « Laudantur ubi non sunt». 
S. 1. (Paris), 1790-1791, in-8, 3 par- 
ties, la dernière est fort rare. 

Ouvrage satirique dans lequel plu- 
sieurs membres de l'Assemblée natio- 
nale sont fort maltraités. — C'est réel- 
lement la suite de la « Galerie des 
Etats-Généraux. » M. P. Lacroix qui, 
dans le « Bulletin du Bibliophile » 
(juin 1857, p. 336), a consacré une 
notice à cet écrit, tend à l'attribuer, du 
moins pour les deux premières parties, 
à Senac de Meilhan. 

Voici la clef de la première partie 
(139 pp.) que m'a bien voulu commu- 
niquer M. G. Brunet: 

B e, — Barnave; 

Ro r, — Rœderer ; 

C,..s, — Camus ; 
F....M, — Fréteau ; 
E...r, — d'Eymar; 
E...y, — d'Emery ; 

D'A n, — d'Aiguillon ; 

L t, — de Larochefoucault ; 

D....t, — Dupont; 

R e, — Robespierre ; 

D....S, — Dubois-Crancé ; 
Ch. L....t, — Ch. de Lameth ; 
A. L....t, — Alex, de Lameth ; 
G...t, —Garât; 
B....y, — de Bonnay ; 

G s, — Gouttes; 

A.,.n, — Anson ; 

B d, — de Barmond. 

Grans (Les) iours d'Antitus... 
Voir : Conférence d'Antitus. 

GRIVOISE (LA) DU TEMPS, ou 
LA CHAROLOISE; histoire se- 



LES LIVRES A CLEF 



416 

crette, nouvelle et véritable, faite 
en 1746, et mise au jour en 1747. 
Manuscrit in-4. 

La « Bibliographie Gay » (t. 111, 
p. 45o) contient quelques indications 
sur cet ouvrage : « C'est, sous des 
noms arrangés, l'histoire de Louise- 
Anne de Bourbon-Condé, mademoi- 
selle de Charolois, présentée sous 
forme de mémoires racontés par elle- 
même. Elle entre dans des détails 
tellement circonstanciés^ qu'on aurait 
lieu de croire que l'héroïne elle-même 
est l'auteur du récit. La singularité 
et la nature des aventures sont faites 
pour exciter la plus vive curiosité ; 
elles n'ont jamais été imprimées. On 
ignore ce qu'est devenu ce manuscrit 
cité au catalogue Bourdillon {n° 254). » 



Guerre de Tripoli. 
Voir : Carmen heroïcum de rébus 
à Lusitanis. 

GUISIADE, tragédie nouvelle, 
en laquelle au vray et sans passion 
est représenté le massacre du duc de 
Guise. — Lyon, 1589, in-8. 

Deux autres éditions; la troisième 
sous ce titre : 

La Guisiade, tragédie nouvelle, 
en laquelle au vray et sans passion, 
est représenté le massacre du duc 
de Guise, revue, augmentée et dédiée 
au très catholique et généreux prince 
Charles de Lorraine, protecteur et 
lieutenant-général de la couronne, 
pour le roi très chrétien Charles X, 
parla grâce de Dieu, roi de France, 
par Pierre Matthieu, docteur es droits 
et avocat à Lyon. — Lyon, Jacques 
Roussin, 1589, in-8. 

Réimprimée encore dans le troi- 



417 



LES LIVRES A CLEF 



sième volume du « Journal de 
Henri 111 » (Paris, 1744, 5 vol. in-8). 
Le « iVlanuel du Libraire » donne 
de complètes indications sur les dif- 
férentes éditions de cette pièce très 
curieuse. 

Cette tragédie, en vers, avec chœurs, 
sans distinction de scènes, a été ana- 
lysée dans la « Bibliothèque du Théâ- 
tre Français » (t. I, p. 271-276). Dans 
l'argument, l'auteur fait un grand 
éloge du duc de Guise et des vastes 
desseins qu'il avait formés pour réta- 
blir la royauté. — Beauchamps donne 
de cette pièce étrange une petite clef 
qui ne me paraît guère se rapporter à 
l'analyse contenue dans la « Biblio- 
thèque du Théâtre Français. — La 
voici cependant : Giesu, roi imagi- 
naire. Guise ; — Nwniade, vice-roi, 
du Maine ; — Jiuosi, Joyeuse ; Mont- 
senpier, catholique, Montpensier ; — 
Valardin, capitaine, Lavardin ; — Vis- 
tric, harangueur séditieux ?? 

GYGES GALLUS, Petro Firmtano 
auctore, Parisiis, Thierry, 1658, 
in-4; — 1659, in-12; — 1667, in-4. 
— IMediolani, 1694, in-12. — Cum 
notis P. Gahr. Labu^it. — Ratis- 
bonne, 1736, in-8, etc. 

Le Gygès Gallus, du P. Firmian, 
traduit en françois par le P. An- 
toine de Paris, capucin. — Paris, 
Thierry, 1663, in-12. 

Diverses éditions de cet ouvrage 
sont suivies de : Somnia sapientis, 
et de S^cuLi genius, du même au- 
teur. 

Petrus Finnianiis est le masque du 
Père Zacharie, de Lisieux, capucin, 
prédicateur renommé de son temps et 
auteur de divers ouvrages singuliers, 
notamment de la « Relation du pays 



418 

de Jansénie » dont il est parlé plus 
loin. L'auteur suppose que, devenu 
possesseur du fameux anneau de Gygès 
et, par suite, doué de la faculté de se 
rendre invisible, il pénètre dans les 
maisons et voit tout ce qui s'y passe. 
Les travers du temps, l'esprit d'indé- 
pendance et de libre examen, sont pas- 
sés en revue et sévèrement critiqués 
dans cet ouvrage où l'on trouve main- 
tes allusions aux personnages de l'épo- 
que ; on y démêle même, par endroits, 
une satyre de la tyrannie du cardinal 
de Richelieu. L'abbé Coupé, dans la 
« Bibliothèque des Romans » (décem- 
bre 1779, février 1780), a donné une 
analyse du « Gyges Gallus » qu'il dé- 
clare supérieur au « Diable Boiteux », 
opinion que nul lecteur ne partagera 
d'ailleurs. Ace sujet, les bibliographes 
avancent que le P. Zacharie a pu s'in- 
spirer du « Diablo Cojuelo » de Luis 
Vêlez de Guevara, qui parut, pour la 
première fois, à Madrid, en 1648. Les 
deux opuscules qui suivirent le « Gy- 
gès Gallus », Somnia sapientis et Sœ- 
culi Genius, contiennent aussi des al- 
lusions, peu transparentes aujourd'hui, 
aux mœurs et aux personnages du 
temps. On consultera avec fruit sur 
la traduction du « Gyges Gallus > le 
(C Bulletin du Bibliophile » (i855, 
p. 123-126). 

HARPULA, ou la Toupie d'Alle- 
magne. S. 1. n. d., in-8 de 8 p. 

Suivant Barbier, cet opuscule que 
ne citent ni Quérard, ni la « Biogra- 
phie Michaud », est de François-Félix 
Nogaret. Comme son titre l'indique 
suffisamment, c'est une satire, assez 
malicieuse d'ailleurs,contre La Harpe. 

HATTIGE, ou les Amours du 
ROY DE Tamaran, nouvelle. — 
Cologne (Hollande), chez Simon 
l'Africain, 1676, in-12 de III —96 p. 
et I f. pour la clef qui manque le 

14 



419 



LES LIVRES A CLEF 



420 



plus souvent. Le frontispice est « à 
la Sphère portée par une main », 
cependant l'édition n'est pas elzévi- 
rienne ; on en connaît une autre 
avec la même date, sous le titre de 
K La Belle Turque. » 

Cette historiette écrite avec assez de 
gaîté est encore réimprimée au tome 
second des « Histoires tragiques et 
galantes » (1710 et 1715,3 vol. in-12). 
Elle a pour auteur Gabriel de Brémond, 
qui y a retracé l'histoire secrète des 
amours de Charles II, roi d'Angleterre, 
avec la duchesse de Cleveland. Voici 
la clef de cette petite production, telle 
que l'a donnée Ch. Nodier, dans ses 
« Mélanges » tirés d'une petite biblio- 
thèque (p. 95-96), mais avec les noms 
corrigés: 

Le Roy de Tamaraii, — le roi d'An- 
gleterre, Charles II ; 
Hattigé, — la duchesse de Gejlande 

(Cleveland) ; 
Rajep, — M. de Chasuelles, amant de 

la duchesse; 
Zara, — confidente de la duchesse; 
Osman, — le duc de Bouquaincan 

(Buckingham) ; 
Moharen, — mylord Candish; 
Roukia, — lady Candish, sa femme. 

Ajoutons que ce livre ne peut être 
considéré comme anonyme, car l'au- 
teur a signé la dédicace. 



HEPTAMERON (L') DES NOU- 
VELLES de très illustre et très ex- 
cellente princesse Margiten'fe de Va- 
lois, royne de Navarre, remis en son 
vray ordre, etc.. Dédié à Jeanne 
de Foix, royne de Navarre, par 
Claude Gruget. Paris, Benoist Pré- 
vost (ou Caveillier,ou V. Sertenas?) 
1559, in-4de2i2ff. , plus 2 ff. non 
chiffrés. 

Telle est la seconde édition de ces 



célèbres nouvelles ; la première avait 
paru sous le titre suivant : 

Histoire des Amans fortunez, 
dédiée à l'illustre princesse Madame 
Marguerite de Bourbon, duchesse 
de Nivernois, par Pierre Boaistuau 
dit Laimay. — Paris, G. Gilles, 1558, 
in-4deXlXet 184 ff. 

On compte plus de trente édi- 
tions de cet ouvrage; quelques-unes 
sont intitulées Contes et nouvelles 
DE Marguerite de Valois, reine de 
Navarre, etc. La meilleure peut- 
être est celle donnée par M. P. La- 
croix, en 1858 (Paris, A. Delahays, 
in-12 de XXXVIII —436 pp.). 

Entre autres choses intéressantes, le 
savant bibliophile Jacob, dans son ex- 
cellente introduction, nous apprend 
que les interlocuteurs qui racontent, 
chacun à leur tour, une ou plusieurs 
des soixante-douze nouvelles du re- 
cueil, ne sont point des personnages 
imaginaires. Ainsi, s'aidant d'ailleurs 
des précédentes recherches de M. Le- 
roux de Lincy, M. P. Lacroix n'hésite 
point à faire connaître que Dame Oi- 
sille (ou Osyle, anagramme de Loyse), 
c'est la mère de Marguerite, la régente 
Louise de Savoie.; Parlamente, c'est la 
reine Marguerite elle-même; Hircan 
(Hircanus, Hircus), c'est son mari 
Henri d'Albret, roi de Navarre, repré- 
senté comme un homme brutal, sen- 
suel et gvo?,sier.Ennasuitte (ou Emar- 
suite, suivant certames copies), doit 
être Anne de Vivonne, veuve du baron 
de Bourdeille et mère de Brantôme ; 
Dagoucin serait un certain comte 
d'Agoust;et Nomerfide représenterait 
P'rançoise de Foix, si connue sous le 
nom de la belle comtesse de Chateau- 
briand. Quanta Saffrcdent, Simontautf 
Geburon, Longarine, M. P. Lacroix ne 
désespère pas de retrouver leurs noms 
véritables, lorsque l'on possédera les 



421 



LES LIVRES A CLEF 



422 



états de la Maison de Marguerite, qu'on | 
n'a pas fait sortir encore des Archives 
de Béarn. Ces conjectures paraissent 
très acceptables. Ajoutons que dans 
les Nouvelles même, on rencontre à 
chaque mstant des noms qui donnent 
lieu à interprétations ou commentaires 
et dont i! serait curieux et utile de 
dresser la clef complète. Pour ne citer 
q ue la première histoire de la première 
journée, on y trouve : le dernier duc 
d'Alençon, autrement dit Charles IV, 
premier mari de Marguerite d'Angou- 
lême ; VEvesque de Sées, c'est-à-dire 
Jacques de Silly ; le fils du Lieute- 
nant général, Gilles du Mesnil ; le 
Chancelier, c'est Antoine du Prat; 
Sainct-Blancard, c'est Bernard d'Or- 
mezan, général des galères ; etc., etc. 
On juge quel intérêt ofTrirait une clef 
bien faite de ces nouvelles fameuses. 



HERMAPHRODITES (LES). S. 1. 
(Paris), 1605, pet. in-12. — Réim- 
primé sous le titre de : 

Description de l'isle des Her- 
maphrodites NOUVELLEMENT DÉCOU- 
VERTE. Cologne(Bruxelles,Foppens), 
1724, in-8, et même lieu, 1726. 

Réimprimé encore à la suite du 
«Journal de Henri III (éd. de 1744). 
Curieux frontispice représentant un 
homme avec une coiffure de 
femme. 

Cet ouvrage, qu'on a quelquefois 
attribué au cardinal Du Perron, est, 
comme on sait, de. Artus Thomas, sieur 
d'Embry. Voici ce que dit P. de l'Es- 
toile, dans son « journal » (avril i6o5), 
au sujet de cette piquante satire : 

« Le livre des Hermaphrodites fust 
imprimé et publié en mesme temps 
(que d'autres libelles), et se voioit à 
Paris en ce mesme mois, où on fist pas- 
ser l'envie du commencement aux cu- 
rieux, auxquels on le vendit jusques 
à deux escus, ne des'ant valoir plus de 



dix sols ; et en sçai un qui en paya 
autant à un libraire du palais. Ce petit 
libelle (qui estoit assez bien fait), sous 
le nom decette isleiinaginaire, descou- 
vroit les mœurs et façons de faire im- 
pies et vicieuses de la Cour, faisant voir 
clairement que la France est mainte- 
nant le repaire et l'azille de tout vice, 
volupté et impudence; au lieu que 
jadis elle estoit une académie hono- 
rable et séminaire de vertu. Le Roy le 
voulut voir, et se le fist lire, et, encores 
qu'il le trouvast un peu libre et trop 
hardi, il se contenta néantmoins d'en 
apprendre le nom de l'auteur, qui es- 
toit Arthus Thomas, lequel il ne vou- 
lust qu'on recherchast, faisant cons- 
cience, disoit-il, defascher un homme 
pour avoir dit la vérité. » 

Artus Thomas donna à cette satire 
allégorique, dont la clef complète se- 
rait bien utile, une suite intitulée : 

Discours de Jacophile du Japon, en- 
voyé à Limne de Ximen, sur le voyage 
qu'il a fait à Aretipolis. Tiré du cabi- 
net de M. de Sauvignac, en sa maison 
d'Oradour ; corrigé et augmenté de 
nouveau avec son commentaire. S. 1. 
1609, in-8. 

Ce deuxième ouvrage allégorique, 
plus rare que les Hermaphrodites, est 
semé de citations sans choix et sans 
mesure; c'est un vrai chef-d'œuvre de 
pédantisme, d'ailleurs peu récréatif et 
encore moins intéressant. 

HÉROS fLES) DE LA LIGUE ou 
la Procession monacale, conduite 
PAR Louis xiv pour la conversion 

DES PrOTESTANS DE SON ROYAUME. 

A Paris, chez Père Peters (Hol- 
lande), à l'enseigne de Louis-le- 
Grand. CID. D. G. LXXXXl, pet. 
in-4. 

Ce petit ouvrage, un des mille 
pamphlets dirigés contre Louis XIV, 
par les réformés réfugiés en Hollande, 
rentre dans la catégorie des allégo- 



423 

ries politiques. On y trouve 24 figu- 
res en charge, gravées à la manière 
noire, représentant les bustes des per- 
sonnages accusés de la révocation de 
l'Edit de Nantes. Il n'y a point d'autre 
texte que les quatrains places au bas 
de chaque figure et un sonnet final 
où les réfugiés menacent Louis XIV 
du sort de Jacques II. 

M. Du Roure o Analecta-Biblion », 
(t. II, p. Syo-Syi) a donné les noms 
des personnages, figurés en moines ri- 
dicules ou atroces. Ainsi le 5o/<?z7, une 
torche à la main, c'est Louis XIV; 
Jacques Déloge, c'est Jacques II; YAsne 
Mitre, c'est Le Tellier, archevêque de 
Reims; etc., etc. Ce recueil satirique 
offre une grande analogie avec un 
autre recueil d'estampes : Le Renver- 
sement DE LA Morale chrétienne », 
dont il est parlé plus loin. 

HÉROS (LE)TRESCHRESTIEN, 
dédié à Son Altesse de Turenne, 
par le sieur Olry de Loriande, ingé- 
nieur du Roy. — Paris, Pierre Bien- 
fait, 1669, in- 12 de 2 flF. et 74 pp., 
très rare. 

Tragédieen 5 actes et envers qui, sui- 
vant le catalogue Soleinne (no i433), 
semble avoir été composée en l'hon- 
neur de l'abjuration de Turenne, qui 
eut lieu le 23 octobre 166S. Le Héros 
très chrestien, ou Turenne, tue un dra- 
gon envoyé par les faux dieux ; ce 
dragon est l'image du protestantisme. 
On ne parle que de cette vilaine béte 
pendant les cinq mortels actes de 
cette insipide allégorie. 

HEUREUSES (LES) INFORTU- 
NES DE CÉLIANTE ETMARILINDE 
VEFVES PUCELLES, par D. F. — 
Paris, V« Trabouillet, 1662, in-8; 
autre édition en 1666. 

« La première édition de ce roman, 
dit le « Manuel du Libraire » (t. Il, 



LES LIVRES A CLEF 



424 

col. 623), est de Paris, chez Trabouil- 
let, iG36, in-8. Ce qui a fait le succès 
du livre, c'est que l'auteur y a intro- 
duit, sous des noms supposés, plu- 
sieurs personnages du temps. L'auteur 
de cette production passe générale- 
ment pour être Desfontainès, sous le 
nom duquel l'abbé Cerisiers a publié 
« l'Illustre Amalazonthe » (voir ce 
titre) ; il se pourrait que le même abbé 
fût également l'auteur des « Heureu- 
ses Infortunes. » Contrairement à 
cette opinion, la « Biographie Mi- 
chaud » n'hésite point à attribuer ce 
roman à Desfontaines, auteur drama- 
tique contemporain de Corneille qui 
n'a pas publié moins de treize pièces 
de théâtre, entre autres « les Galantes 
vertueuses » dont il est parlé plus 
haut. Quoi qu'il en soit, l'auteur des 
« Heureuses Infortunes » avance, dans 
sa préface, qu'il s'agit d'événements 
réels et récents ; s'il a changé l'ordre 
des temps et les noms des person- 
nages, « c'est afin d'épargner la mo- 
destie des uns et la honte des autres »; 
il a, en effet, transporté ses héroïnes 
à Babylone (Paris). Ce récit fort pro- 
lixe, où les métaphores sont accumu- 
lées, où les concetti abondent, est au- 
jourd'hui bien oublié; il offre cepen- 
dant encore de l'intérêt, grâce à une 
clef qui l'accompagne et qui nous 
donne les vrais noms des personna- 
ges mis en scène ; voici les princi- 
paux d'entre eux: 

Angclie, — la présidente Désembray; 
Œélnides, — De Lingendes ; 
Bérénice, — M""' Prestalois; 
Canibyse, — Louis XIII; 
Célanithe, — M™e de Charny (ou Cha- 

rigny ?) ; 
Ericène, — M"« d'Oignon ; 
Ericlée, — M™e de Chalais; 
Filanire, — M™^ Sévin ; 
Marilinde, — M™e de Marigny; 
Palinice, — M™» Boisset; 
Nicopolis, — Dijon; etc., etc. 

La « Bibliothèque des Romans » 
(juin 1787, p. i3o-2i9) contient une 
longue analyse de ce roman. 



425 



LES LIVRES A CLEF 



HEUREUX (L') CHANOINE DE 
ROME, nouvelle galante, ou la 
Résurrection prédestinée. — Paris, 
1707, pet. in-8, — et s. 1., 1708, 
pet. in- 12 de XVI ff. et 194 pp. 

La dédicace de ce petit ouvrage, 
adressée à la duchesse de Lorraine, 
est signée: C. M. D. R., avocat en la 
cour. Le nom du héros de cette his- 
toire est Bertinetti, premier secrétaire 
du ministre Fouquet. C'est un recueil 
de diverses aventures, intrigues amou- 
reuses et facétieuses, arrivées du temps 
de Fouquet et dans lesquelles ce per- 
sonnage se trouve mêlé. Le dernier 
feuillet de la préface de la première 
édition a été supprimé, probablement 
en raison de quelques personnalités 
trop transparentes. Il y a là une clef 
curieuse à rechercher. (Voir: «Biblio- 
graphie Gay, » t. IV, p. 21.) 

HEUREUX (L') ESCLAVE, nou- 
velle, par G. dcBrcmond). — Colo- 
gne, Pierre Marteau (Hollande, à la 
Sphère), 1692, 3 part, en un pet. 
vol. in-i2 de 163, 104 et 122 pp. 

Voici ce que dit M. P. Lacroix de ce 
curieux petit livre : « Cette édition rare 
est ornée de figures curieuses. L'au- 
teur s'étoit fait de mauvaises affaires 
avec son roman d'Haitigé, où il avoit 
mis en scène les amours du roi 
d'Angleterre, Charles II, sous le nom 
du roi de Tatnaran. Aussi, se défend- 
il, dans la préface de son Heureux 
Esclave, d'avoir voulu cacher un sens 
allégorique sous le sens littéral de 
ses historiettes, qu'il qualifie de baga- 
telles. La première partie a été publiée 
seule, avant les deux autres, qui dé- 
voient être intitulées Laura et la 
Sultane, L'ouvrage est dédié au comte 
d'Ossory, baron de Moor-Parck, con- 
seiller du roi d'Angleterre. Ce sei- 
gneur avoit sans doute accordé sa pro- 



426 

! tection à Bremond, réfugié françois en 
Hollande, qui fut obligé de se retirer 
à Londres après avoir été emprisonné. 
« J'ai bien fait des fautes en ma vie ! », 
dit-il dans sa préface. Lenglet Du Fres- 
noy assure que cet Heureux Esclave, 
qui faillit épouser une sultane, n'étoit 
autre qu'Olivier de Varennes, libraire 
à Paris, lequel avoit été, en effet, 
esclave dans les États barbares- 
ques. Mais une réimpression, faite 
à la Ha3'e, en 1708, avec le nom de 
l'auteur, qui vivoit encore, ajoute 
au titre de V Heureux Esclave: « Les 
aventures du sieur de La Martinière.» 
Comment Olivier de Varenne est-il 
devenu le sieur de La Martinière ? 
Dans l'édition de 1672, le héros se 
nomme le comte Alexandre, jeune sei- 
gneur romain. Il faut remarquer que 
la dédicace est signée S. Bremond et 
non pas G. de Bremond. » 

(Voir: « Bulletin du Bibliophile », 
avril, 1857, p. 221-222, n» gS). 



HEXAMÉRON RUSTIQUE, ou 

LES SIX JOURNÉES PASSEES A LA CAM- 
PAGNE ENTRE DES PERSONNES STUDIEU- 
SES, par F. Je /a Mothc Le Vaycr. — 
Paris, 1670, in-i2. 

Nombreuses éditions; plusieurs por- 
tent le titre de « Dialogues (4 ou 5) 
faits à l'imitation des Anciens », par 
Orasius Tubero. L'édition la plus esti- 
mée est celle «d'Amsterdam, Jacques le 
Jeune (Daniel Elzevier), 1671, in-12 de 
176 pages. » La plus récente est celle 
donnée par J, Liseux, en 1875. On 
trouve sur la bibliographie de ce cu- 
rieux ouvrage , qui ne figure pas 
dans les « Œuvres complètes » de La 
Mothe Le Vayer, des renseignements 
complets dans les « Supercheries » 
(t. III, col. 861), le« Dictionnaire des 
anonymes » (t. II, col. 626) et surtout 
dans r « Analecta-Biblion » du Roure, 
(t. II, p. 3i2-3i5). Voici la clef de 



427 

rHexaméron qui manque à la plu- 
part des éditions : Egysthe, c'est Ur- 
bain Chevreau ; Manille, l'abbé de 
MaroUes; Racemius, Bautru ; Ménal- 
qiie, Ménage ; Simonide, l'abbé Le Ca- 
mus; enfin, Tubertus Ocella, c'est La 
Mothe Le Vayer lui-même. 



HILAIRE, par Un Métaphysicien. 
— Amsterdam (Paris,) 1767, in- 12 
de 240 pp. 

Ce petit ouvrage, de l'avocat Mar- 
chand, est une parodie du « Bélisaire », 
de Marmontel. o Cet avocatMarchand, 
qui passe pour un aigle et pour un 
fort bel esprit dans certaines maisons 
du Marais, est le plus mauvais plai- 
sant de tous les mauvais plaisants de 
Paris. Il est lourd et béte à faire plai- 
sir, Hilaire est un vieux sergent ré- 
formé et accusé d'avoir fait la contre- 
bande. Voilà le travestissement de 
Bélisaire ; tous les autres personna- 
ges du roman sont à peu près aussi 
heureusement et aussi spirituellement 
déguisés. Il n'y a pas d'ailleurs le mot 
pour rire et toute la parodie est d'une 
insipidité et d'une platitude magnifi- 
ques. » (« Correspondance de Grimm», 
juin 1767.) 

HIND (THE) AND PANTHER, a 
Poem (hy John Dry den), Holy-Rood- 
House, 1687, in-4. 

« La Biche et la Panthère » est 
une espèce de profession de foi catho- 
lique de l'ex-protestant Jean Dryden, 
qui venait de se convertir à la religion 
de son souverain Jacques II ; conver- 
sion qui devait lui devenir préjudi- 
ciable d'ailleurs, un peu plus tard, 
après l'avènement du roi Guillaume. 

La Biche pure et sans tache, 
c'est l'Eglise Romaine ; la Panthère, 
hère, magnifique et tachetée, c'est 
l'Eglise Anglicane ; les indépendants, 
quakers, anabaptistes, calvinistes, 



LES LIVRES A CLEF 



428 

sont représentés par les ours, les liè- 
vres, les sangliers, les loups. Cette al- 
légorie, dont la forme bizarre fut spi- 
rituellement ridiculisée, par Montagu 
et Prior, dans une parodie intitulée 
« le Rat de ville et le Rat des champs, » 
est cependant le plus noble poème de 
Dryden: « L'esprit, dit Hallam, y est 
perçant, prompt et plaisant ; le rai- 
sonnement y est admirablement serré 
et ferme; c'est l'énergie de Bossuet en 
vers. » Or, étant encore protestant, 
Dryden avait publié un poème non 
moins remarquable, Religio laici, con- 
tre les adversaires de l'Eglise Angli- 
cane ! 



HIPPARCHIA, histoire galante, 
traduite du grec, divisée en trois 
parties, avec une préface très inté- 
ressante et ornée de figures. A 
Lampsaque (Paris), l'an de ce monde 
1748, pet.in-i2 de XII — 160 pp., 4 
figures dont 3 libres. Imprimé aussi 
sous ce titre : 

AiHCRAPPiH, (anagramme d'« Hip- 
parchia »), histoire grecque, S. 1. 
— Paris, 1748, pet. in-12 sans fi- 
gures. 

La plupart des bibliographes ont 
attribué cet ouvrage, sans trop de 
certitude, à P.-F. Godard de Beau- 
champs ; mais, sur le témoignage de 
l'abbé Papillon, le « Dictionnaire 
des Anonymes » n'hésite point à 
dire que ce roman satirique est de 
V abbé Jérôme Richard. Voici ce que 
dit r (( Essai de Quérard » : 

« La préface raconte une anecdote 
de la C. de P. (cour de Versailles), et 
une clef, placée sur le feuillet qui 
suit le titre, dévoile tout le mystère : 
Le M. de B. (duc de Richelieu), amant 
de la C. de R. (duchesse de Villeroy), 



429 



offre ses hommages à la D. de S. (mar- 
quise d'Alincourt), mais celle-ci, quoi- 
que jeune et belle, aimait son mari; 
le duc, irrité de sevoir dédaigné, pro- 
pose une partie dans les bosquets 
d'Ispahan et veut faire violence à la 
D. de S. ; la C. de R. le seconde et 
s'empare d'une des mains de la vic- 
time, dont les cris attirent le C. de V. 
(cardinal deBissy), qui se promenait. — 
Grand scandale à la cour; La C. deR., 
aussi intrépide que jadis le fut la 
courtisane Hipparchia, « essuya d'un 
visage assuré les aigres remontrances 
du vieillard, et entendit sans sourcil- 
ler l'ordre qui lui fut donné de se 
retirer à D. » 

« Le roi Demetrius,\Q général Pana- 
chrillas, ses successeurs Cardinales 
et Cunionnuas ; Dunovillas, le favori 
du roi ; Numestupas, le grand-prêtre 
de Gérés; Martosagiines, « qui ne doit 
son élévation qu'à son génie et qui 
est le plus aimable de tous les cour- 
tisans » ; Lysimachus, le plus puissant 
des princes qui viennent grossir la 
cour de Demetrius ; l'athée Théodore 
(dePrades') «cet homme fameux par 
l'accusation d'impiété qu'il a essuyée»; 
Netomenia, femme ambitieuse qui s'é- 
tait rendue utile aux plaisirs du roi; 
Triphile, « favorite du roi, bonne et 
simple, dont la douceur égalait la 
bonté ; tous ces noms supposés ne 
seraient pas difficiles à démasquer si la 
chose en valait la peine. » 

L'anecdote où figurent le duc de 
Richelieu, fort jeune alors, et quel- 
ques dames, est racontée dans la lettre 
que la duchesse d'Orléans, mère du 
Régent, écrivait, le 6 août 1722, à sa 
sœur la Raugraefin Louise. Suivant 
Barbier, le duc de Brancas serait un 
des personnages mis en scène dans ce 
roman satirique. 

Histoire allégorique de ce qui 
s'est passé de plus remarquable a 
Besançon. 

Voir : Langrognet aux Enfers. 



LES LIVRES A CLEF 430 

HISTOIRE AMOUREUSE DES 
GAULES par le comte de Bussy- 
Rabutin. — : Liège, s. d. s. n., avec 
une croix de Saint-André sur le 
frontispice, in-i8. 



Telle paraît être la première édition 
de ce célèbre ouvrage, si souvent 
réimprimé, avec des modifications de 
titre et des adjonctions de pièces. La 
première édition qui soit munie d'une 
clef est celle de - ib ^ b : (Liège, 260 p., 
pet. in-i2.) Parmi les éditions moder- 
nes, une des meilleures est celle don- 
née par M. Paul Lacroix (Paris, 
Delahays, iSSy, 2 vol. in- 12, et par 
M. Paul Boiteau, dans la « Bibliothè- 
que élzévirienne ». (Paris, 1856,4 vol. 
in-i6 ) 

Empruntons à M. P. Lacroix la clef 
très complète qu'il a recueillie et qui 
s'applique à toutes les éditions de ce 
roman satirique, que tout le monde a 
lu et sur lequel il n'y a pas lieu de 
s'étendre plus amplement ici. Disons 
seulement que les meilleures études 
publiées sur ce livre sont celles de 
MM. P. Maurel ( « Revue du Progrès, 
t. VI tllY^), Sainte-Beuve («Causeries 
du lundi «, t. 111), et A . Ba^in ( « Revue 
des Deux-Mondes », n» du i5 juillet 
1842). Voici la clef : 

Aigremont (le chevalier d'), — le che- 
valier de Grammont; 

Amarante, — M™e de Précy; 

Amédce, — le duc de Nemours; 

Angélie, — la duchesse de Châtillon ; 

Ardélise, — M"e d'Olonne ; 

Armand, — le marquis de Richelieu; 

Armide, — la marquise de Ganges; 

Auvergne (le maréchal d'), — M. de 
Turenne ; 

Baurin, — le prêtre Cambiac; 

Bélise, — M"»» de Montglas ; 

Bellamire, — M'»'^ de Chevreuse; 

Bernard d'Angleterre, — le duc d'E- 
pernon; 

Candole, — le duc de Candale; 

Castillante, — Jeannin de Castille ; 



lUl 



431 LES LIVRES A CLEF 

le maréchal d'Hocquin 



432 



Chamuy, 
court; 

CheneviUe, — le marquis de Sévigné; 

Cheneville (il/m» de), — M°" de Sévi- 
gné; 

Coffalas (le duc de), — le duc de La 
Rochefoucauld ; 

Crispin, — M. Paget ; 

Demura, — la comtesse de Maure ; 

Druide [le grand), — le cardinal Maza- 
rin ; 

Edmond (le chevalier), — le chevalier 
de Saint-Evremond ; 

Erlachie, — Mme de Pons ; 

Espanutes, (^/^e d'), — M'"' de Pui- 
sieux; 

Estebar, — de Quilain f'Puyguilhem); 

Ferrar [le seigneur), — milord Graf ; 

Fésique, — M'^e de Fiesque; 

Feuilles [des), — La Feuillade; 

Fouqueville, — l'abbé Fouquet; 

Gaspar, — M. de Chàtillon; 

Géraste, — d'Arcy ; 

Giber [M'^e de), — M"'^ de Bregy ; 

Ginolic, — Coligny (M. de Chàtillon); 

Giion, — Manicamp ; 

Gornand de Gaules, — Gaston d'Or- 
léans ; 

Hière [le seigneur d'), — Guitaud; 

Irite, — le duc de Richelieu ; 

Jérémie, — le comte de Lude ; 

Lanicour, — M. de Liancourt; 

Larisse, — M"« de Villars; 

Lénix, — M. d'Olonne; 

Léonor, — Mademoiselle; 

Lycidas, — le duc d'Anjou ; 

Marcel (le comte], — Vivonne; 

Mirelle, — Mérille; 

Nobelle, — M™'' de Bonnelle; 

Oroondate, — le marquis de Beuvron; 

Polaquette, — Mi'e de Beauvais; 

Princesse douairière, — la mère de 
M. le prince; 

Prince des Normands, — M. le duc 
de Longueville ; 

Princesse de Normandie, — M"e de 
Longueville ; 

Prince de Toncy, — M. le prince de 
Conty ; 

Properce, — Benserade ; 

Resilly, — le marquis de Sillery; 



Samilcar, — le prince de Marsillac; 

Sibylle [la), — Mm» de Cornwal (Gor- 
nuel ; 

Sienge, — Jarzé ; 

Sous-Pontife [le), — M. le coadjuteur; 

Tancrède, — M. de Thury; 

Théodjse, — le roi ; 

Trimalet, — le comte de Guiche ; 

Turpin, — l'abbé Villarceaux ; 

Tyridate, — M. le prince de Condé ; 

Uranie, — M""* de l'isle ; 

Vélitobulie [le seigneur de), — M. de 
Bouteville ; 

Victoire [la duchesse), — la duchesse 
de Mercœur ; 

Vineville, — M. de Vineuil ; 

Vorel (le comte de), — le comte de 
Rouville ; 

Zérige, — Géry (Jarzé) ; 

Chdteau-Tithery, — Château-Thierry; 

Confins d'Espagne [les), — la Catalo- 
gne; 

Gergoviens [les), — les Auvergnats ; 

Stancy, — Stenay. 
Ajoutons que les notes pleines de 

véritable érudition et les commentai' 

res très piquants dont M. P. Boiteau 

a orné son édition, constituent un tra- 
vail d'une grande valeur et que rien 

ne saurait remplacer. 



HISTOIRE AMOUREUSE ET BA- 
DINE DU CONGRÈS ET DE LA 
VILLE D'UTRECHT, en plusieurs 
lettres écrites par le domestique d'un 
des plénipotentiaires à un de ses 
amis. — A Liège, chez jacob Le 
Doux, marchand-libraire. S. d., pet. 
in- 12 de 3 f. et 292 p., orné d'une 
fig. La clef, qui a 1 1 p., est datée de 
Cologne (Hollande?), P. Marteau, 
17 14, in-i2 ; elle ne se trouve pas 
dans tous les exemplaires. 

La plupart des bibliographes, et no- 
tamment Barbier, attribuent ce livre 
satirique à Casimir Freschot, proies- 



433 

tantj sorti de France après la révoca- 
tion de l'Édit de Nantes. Mais M. P. 
Lacroix pencherait plutôt à croire que 
ce roman est l'œuvre de l'ex-jésuite 
de La Mothe, qui écrivait alors sous 
le pseudonyme de LaHode. (Voir ca- 
taloguede Pixérécourt, n" i32i.) Quoi 
qu'il en soit, ce qui n'est pas douteux, 
c'est que cet écrit satirique, provoque 
par le congrès qui termina la guerre 
de la Succession et qui attirait alors 
l'attention de l'Europe entière, fit 
beaucoup de bruit; ou pour mieux 
dire, il fit scandale et fut recherché 
avec fureur, non-seulement en Hol- 
lande, mais encore en France, où les 
colporteurs se chargeaient de le faire 
passer. On y trouve une foule d'anec- 
dotes libres, racontées avec un prodi- 
gieux abus de figures de rhétorique. 
Si l'on en juge par la lettre Vil, dans 
laquelle il est question « des belles à 
p...ge refendu », ce Casimir Freschot 
devaitêtre un effronté libertin. 

Les beaux exemplaires bien complets 
de r « Histoire amoureuse » sont 
rares; heureux les amateurs qui peu- 
vent y joindre les trois opuscules sui- 
vants : 

Les Entretiens des barques d'Hol- 
lande, pour servir de réfutation et de 
clef à l'Histoire amoureuse et badine 
du Congrès d'Utrecht.S. l.n. d.(i7i4 .'), 
in-i2. 

Le Moine rfé/roc^Mé, lettre première 
pour servir de clef et de supplément 
à l'Histoire amoureuse et badine du 
Congrès d'Utrecht. S. 1, n. d. (1714 ?), 
in-i2. 

Lettre écrite à un Gascon par un 
Religieux de ses amis en France, pour 
servir de véritable clef et de critique à 
l'Histoire amoureuse et badine du 
Congrès d'Utrecht. — Brunswic (Hol- 
lande), chez Henry le Sincère, à l'en- 
seigne du Masque levé, 1 7 14, petit in- 1 2 . 

On peut encore consulter utilement 
sur ce livre très curieux la nouvelle 
édition du « Chef-d'œuvre d'un in- 
connu. » — Paris, Doublet, 1807, 
pet. in-8 (t. II, p. 469). 



LES LIVRES A CLEF 



434 



Histoire amusante du premier 

MINISTRE FAVORI DU ROI DE KaBOUL. 

Voir : Le Visir. 

Histoire comique de Francion. 
Voir : La vraye histoire comique 
de Francion. 

Histoire d'Arthémise. 
Voir : Histoire de la vie et de la 
mort d'Arthémise. 



HISTOIRE D'ÉCHO, I744,in-i2. 

Voici ce que dit Quérard (Essai sur 
les Livres à clef, p. 80) de cet ouvrage 
que je n'ai vu citer dans aucune bi- 
bliographie, du moins sous ce titre : 
« Petit volume insignifiant, dont l'au- 
teur est resté inconnu ; c'est une allé- 
gorie mythologique dont la clef est à 
chercher. Il s'agit de la princesse Lavi- 
nie, du bourg à'Hédossé, de Daulis, 
fille du dieu Céphise; mais cela vaut- 
il la peine qu'on s'en occupe ? » 

HISTOIRE D'EMA, première par- 
tie : « Quid dubitas, quin omne sit 
hoc rationis egestas — Omnis in tene- 
bris prassertim vita laboret ? » Lu- 
crèce. — M. DCC. LU, in-i2, 241 p. 

Considérations philosophiques 
SUR l'histoire d'Ema, seconde par- 
tie. 

ou'ota Iiîpcv è^vJv éSeXwfjitv âvrjQÈa 
fjty9ri(îac9ai. Hésiode, Théogonie. — 
M. DCC. LU, in-i2 de XXX, 
154 p. (Paris), par Claude de 
Thyard, marquis de Bissy. J.-P. 
Moet a été l'éditeur de cet ou- 
vrage ; on attribue à Julien Busson 
les « considérations philosophi- 



435 

ques » qui composent la deuxième 
partie. Suivant Formey, l'auteur de 
cette histoire allégorique serait 
Diderot. (Voir : « Dictionnaire des 
Anonymes », t. II, col. 656). 

Ce roman allégorico-philosophique 
est aujourd'hui fort oublié; en voici 
le thème en même temps que la clef: 
Ema (l'àme), élevée par une gouver- 
nante d'un certain âge, Norasi (la Rai- 
son), a cinq compagnes : Aphé{\e. tou- 
cher), 0;?5fs (la vue), Ze!<sz5 (le goût), 
Ophrantise (l'odorat) et ^A-oé (l'ouïe). 
Elle se laisse toujours guider par ses 
compagnes (les sens), au lieu de se ré- 
server pour un être parfait et divin 
qui lui est destiné, le bonheur. Elle 
croit le reconnaître dans Nadir (le 
plaisir)et se donne à ce dernier; puis, 
pour se venger de son abandon, elle 
se livre à Zarès (l'ambition), et enfin 
à. Arsane (la vengeance et la volupté 
grossière) qu'elle enlève à sa rivale 
Némi (la nature). La dernière passion 
à'Ema, c'est Mools (l'amour), qui la 
rend si malheureuse par ses fantaisies 
de toutes sortes et son refus de l'épou- 
ser, qu'abandonnée encore, Ema finit 
par le suicide. Norasi arrive, comme 
toujours, trop tard, après cette der- 
nière sottise. C'est, du reste, ce que 
l'auteur semble avoir voulu prouver, 
en montrant sans cesse la Raison im- 
puissante à réprimer ou à prévenir 
les entraînements des passions. Tout 
cela est bien obscur et bien peu at- 
trayant. Les « Considérations philoso- 
phiques » de la seconde partie sont 
encore moins réjouissantes. 

HISTOIRE D'UNCRIME, par Vic- 
tor Hugo. Paris,i878, in-8 etin-12, 
2 vol. 

Cet ouvrage que tout le monde a lu 
et compris, rentre dans la catégorie 
des livres à clef, en raison des nom- 
breux noms en blanc ou initialisés 



LES LIVRES A CLEF 



436 

qui se rencontrent presque à chaque 
page. On reconnaît Custine dans le 
marquis de *** ; — Cucheval-Clari- 
gny, dans Cuch...; — Quentin-Bau- 
chard, dans Q.-B. etc. Il serait fort 
délicat, du moins quant à présent, de 
compléter les noms de : l'abbé M..., 
plustard évéque de Nancy; de X... cet 
ancien militaire jugé nécessaire ; de 
AI'"' K..., une russe mêlée à la diplo- 
matie obscure, un peu espionne, absolu- 
ment charmante et terrible, etc. C'est 
encore une clef à faire plus tard. 



HISTOIRE DE DON RANUCIO 

D'ALETÉS, histoire véritable. — 
A Venise (Rouen), chez Antonio 
Pasquinetti, M.DCC.LIl, 4 parties 
en 2 vol. in-i2, de 12 p. non chif- 
frées et de 208-186 p., figures. 

La première édition est datée de 
1736 ; on en connaît deux autres 
de 1738 et 1758. Les titres et les 
gravures offrent quelques différences 
peu importantes. 

Ce roman allégorique devenu rare, 
a été longtemps attribué, même par 
l'abbé Goujet, au fameux P. Quesnel, 
auteur de « l'Almanach du Diable » 
(Voir ce titre). Mais il est bien re- 
connu aujourd'hui que c'est l'œuvre 
de l'abbé Porée, bibliothécaire de Fé- 
nelon et frère du célèbre jésuite qui 
fut un des maîtres de Voltaire. 

U Histoire de Don Ranucio est un 
ouvrage fort curieux : c'est une criti- 
que vive et piquante de la société au 
commencementdu XVIII'' siècle et sur- 
tout une satire des moines, du clergé, 
des jésuites, qui venaient de tant faire 
parler d'eux pendant toutes les affaires 
du Jansénisme. De nombreuses allu- 
sions aux événements contemporains 
y sont mêlées à des épisodes de pure 
invention; mais avec une connaissance 
un peu exacte des hommes et des 



437 

choses du temps, il est facile de dissi- 
per ces obscurités. 

Barbier dit qu'il existe des exem- 
plaires munis d'une clef imprimée ; 
c'est sans doute de clefs manuscrites 
que le savant bibliographe a voulu 
parler. En effet, deux exemplaires 
pourvus de ces annotations, ont per- 
mis de dresser la clef qu'on trouvera 
ci-après. Disons de suite que sur l'au- 
teur et sur le roman lui-même, on 
peut consulter avec profit : i° l'inté- 
ressante « Etude sur les deux Porée », 
par M. Alleaiime (Caen, 1854, in-8) ; 
1° une curieuse notice anonyme pu- 
bliée parle « Bulletin du Bibliophile » 
(iS65, p. 340-347) ; 30 une autre no- 
tice très bien faite, de M. Alleaume, 
insérée dans le même recueil (mars 
1869, p. 101-106) ; ce dernier travail 
ne laisse aucun doute sur le véritable 
auteur de « Don Ranucio ». Voici la 
clef: 

Le prince Albanius, — c'est Clé- 
ment XI, précédemment appelé Al- 
bani ; 
Son fils, — c'est la fameuse constitu- 
tion Unigenitiis ; 
L'Ile de Simianie, — c'est la France, 

alors toute moliniste; 
Les Tricerots, — sont les jésuites 3 
Les Castors, — les jansénistes ; 
Bellegnus, — le cardinal Fleury ; 
Le Petit Auguste, — le Régent ; 
La petite Aïeule, — le cardinal de 

Bissy ; 
Les Singes, — les Molinistes ; 
Les PauHstes, — encore les Jésuites; 
La Faculté de théologie d'Evora, — la 

Sorbonne ; 
Hude de Cenomanès, — de Bray-Pur- 

peine, ex-capucin ; 
Beaumuseau, — M"^ de Maintenon ; 
Belle-Queue, — c'est encore le cardinal 

de Bissy ; 
Le grand Cochevillîer, — le cardinal de 

Noailles, ou de Rohan (?); 
L'évéque de Leiria, Simoniaque, — 

l'archevêque d'Embrun ; 
Castelmoro, — Languet, curé de Saint- 
Sulpice; 



LES LIVRES A CLEF 



438 

Le comte, ami de Grapina, — le duc 

I d'Orléans ; 

Mathieu Grapina, — le marquis delà 

Mosson, jadis marchand bonnetier et 

financier ; 

Le licencié Don Antonio, — le curé de 

la Madeleine, dans la Cité ; 
Le patriarche de Lisbonne, — M, de 
Clermont - Tonnerre, évcque de 
Noyon ; 
Les écorces que les Singes jettent aux 

Ci^sfor5, —les lettres de cachet ; 
L'île de Bibli-Pateric, — c'est la Hol- 
lande, où les Castors (les Jansénis- 
tes) se sont retirés pour étudier la 
Bible, et miner l'île des Singes. 
Enfin l'histoire du Patriarche et des 
religieuses qui ne voulaient pas rece- 
voir un nouveau catéchisme du pré- 
lat et dont ce dernier avait fait ébau- 
cher la conversion par des troupes, est 
une allusion bien claire aux persécu- 
tions de Port-Royal, pour la signature 
du Formulaire et aux expéditions des 
évêques de Sens et d'Orléans dans les 
monastères de leurs diocèses. 

Il y a sans doute encore beaucoup 
d'allusions à relever dans ce roman, 
véritable Satyricon antimonastique, 
sur lequel Née de La Rochelle avait 
rassemblé des recherches dans les 
« Récréations Bibliographiques » qu'il 
a laissées en manuscrit. 

Ajoutons que 1' « Histoire de Don 
Ranucio d'Alétès » a été l'objet d'un 
véritable plagiat. En 1820, époque où 
il était grandement question des jé- 
suites et des missions, Du Mersan 
exhuma ce roman janséniste et lecom- 
muniqua à Rougemont. Ce dernier, 
sans hésiter, le fit reimprimer en chan- 
geant les noms des personnages et en 
supprimant quelques détails qui n'é- 
taientplusdecirconstance. « L'Histoire 
véritable » de l'abbé Porée est deve- 
nue alors: Raphaël d'Aquilar, ou les 
Moines portugais. Paris , Grandin, 
1820, 2 vol. in- 12. Du Mersan a noté 
tout au long l'histoire de ce plagiat 
sur la garde de l'exemplaire de la Bi- 
bliothèque royale qui contenait en 



439 LES LIVRE 

outre une clef manuscrite. (Alleaume). 

HiSTOIREDE EURALIUS ETLuCRESSE. 

Voir : /ïneœ Sylvii, poetœsenen- 
tis, De duobus amantibus... 

HISTOIRE DE FRÉDÉGONDE, 
PRINCESSE DE CHÉRUSQUE, par 
le baron de Patococht, avec une clef, 
1685, in-4, veau fauve, tr. dor. 
Manuscrit. 

« Manuscrit original de l'histoire 
secrète de la duchesse d'Hanovre,sous 
des noms supposés. Il paraît que, mal- 
gré ce déguisement, l'auteur n'osa pas 
livrer son manuscrit à l'impression 
immédiatement après la mort de la 
princesse, qui eut lieu en 1727, et que 
suivit bientôt celle de Georges \". son 
époux, roi de la Grande-Bretagne. Ce 
ne fut que cinq ans plus tard que ce 
livre parut sous son véritable titre avec 
les noms en toutes lettres et consé- 
quemment sans clef. Ce manuscrit 
est de 1727 : la date de i685 n'est 
qu'un masque. » (Note du Catalogue 
Lebert, no 2294). 

Voici le titre exact du livre im- 
primé: 

« Histoire secrète de la duchesse 
d''Hanover, épouse de Georges I"", roi 
de la Grande-Bretagne ; les malheurs 
de cette infortunée princesse ; sa pri- 
son au château d'Ahlen, où elle a fini 
ses jours ; ses intelligences secrètes 
avec le comte de Kœnigsmarck, assas- 
siné à ce sujet. » — Londres, Compa- 
gnie des libraires associés, 1732, pet. 
in-i2. 

Il esta noter que l'auteur ne jugea 
pas encore à propos de se nommer : 
on sait aujourd'hui que le baron de 
Patococht n'était autre que le baron 
C.-L. de Poelnitz. De nos jours, 
M. Blaze de Bury a publié une étude 
sur ces tragiques événements : « Epi- 
sode de l'Histoire de Hanovre ; les 
Kœnigsmarck. » Paris, i856, in-8. 



5 A CLEF 440 

HISTOIRE DE GIL-BLAS DE 
SENTILLANE, histoire espagnole, 
par Alain René Le Sage. — Paris, 
1715-1735, 4 vol. in-i2. Innombra- 
bles éditions et réimpressions, dont 
plusieurs ont pour titre : Aventures 
de Gil-Blas, etc. 

On ne peut dire ici que quelques 
mots sur cet incomparable roman qui 
mériterait de faire à lui seul l'objet 
d'une étude spéciale. En vain, Oii a 
voulu diminuer la gloire de l'auteur 
en prétendant qu'il avait emprunté 
son plan aux auteurs espagnols et 
même qu'il n'avait fait que traduire 
« La vie de l'écuyer Obregon », par 
Vincent Espinel; ces imputations, dont 
le temps et une étude plus appro- 
fondie ont démontré l'inanité, n'ont 
pu ternir sa renommée. Le Sage a pu 
dans Gil-Blas, comme dans plusieurs 
autres de ses romans, faire des 
emprunts à des littératures étrangè- 
res, mais il a si bien mis en œuvre les 
quelques points qu'il a pu choisir 
qu'on est forcé de convenir que c'est 
créer, qu'imiter ainsi. Le roman de 
Gil-Blas rentre essentiellement dans 
la catégorie des livres à clef: les 
poètes, les comédiens, les comédien- 
nes, les hommes et les femmes célè- 
bres de la cour et de la ville, en un 
mot tout ce qui marquait alors dans 
la société française d'alors, s'y trou- 
vent peints avec le costume espagnol, 
et plus d'une anecdote française y est 
racontée sous des noms castillans. 
Les lecteurs du temps y rencontrè- 
rent une galerie de portraits au bas 
desquels ils étaient enchantés de met- 
tre les noms: tout Paris savait que le 
docteur Sangrado n'était autre chose 
qu'Helvétius, et il ne fallait pas une 
grande perspicacité pour reconnaître 
dans K cette grande dame qui tenait 
lin bureau d'esprit », la duchesse de 
Bouillon, qui, par son impertinente 
hauteur, s'attira un jour une si fière 
et si digne réponse du pauvre Le 



441 



LES LIVRES A CLEF 



Sage. — II faudrait une grande étude 
et beaucoup de sagacité et de patience 
pour dresser la clef complète de 
Gil-Blas ; cette clef existe cependant : 
François de Neufchdteau qui publia 
un curieux mémoire intitulé : « Exa- 
men de la question de savoir si Le 
Sage est auteur de Gil-Blas, ou s'il l'a 
pris de l'Espagnol », François de 
Neufchàteau, dis-je, avait noté en 
marge et au bas des pages d'un exem- 
plaire de ce roman, plusieurs allu- 
sions qu'il avait recueillies dans ses 
entretiens avec le comte de Tressan, 
son compatriote, qui les tenait de la 
bouche même de Le Sage. — «Ces 
notes, dit la « Biographie Michaud » 
(t. XXIV, p. 263), extrêmement curieu- 
ses, pourraient servir de commentaire 
et de clef pour expliquer diverses 
anecdotes de cet excellent roman, et 
pour en faire connaître quelques per- 
sonnages sous leurs véritables noms. 
Tous ceux qui ont connaissance de ce 
travail en désirent vivement la publi- 
cation. » J'ignore si le vœu exprimé 
par M. H, Audiffret, rédacteur de 
l'article Le Sage, a été réalisé par un 
des derniers éditeurs de Gil-Blas; s'il 
ne l'est point encore, puissent ces 
lignes tomber sous les yeux de l'heu- 
reux possesseur de ce précieux exem- 
plaire et l'engager à faire profiter le 
public de cette haute curiosité. 

Histoire de la princesse de Pa- 
phlagonie. 

Voir: Relation de l'Isle imagi- 
naire. 



HISTOIRE DE LA VIE ET DE LA 
MORT D'ARTHÉMISE, pzrjeandc 
Lannel, sieur du Chaintreau et de 
Chamhord. — Paris, 1621, in-12. 

Deuxième édition sous ce titre : 
Histoire d' Arthémisc ,^vqc un discours 
de consolation sur sa mort, par 



442 

Jean de Lannel. — Paris, Abr. Pacard, 
1622, in-8, titre gravé. 

Suivant une note manuscrite trou- 
vée sur un exemplaire de cette espèce 
de roman, Arthémise serait Céleste de 
Maillé, femme de P. Forget, seigneur 
de la Picardière, secrétaire de la 
chambre du roi, etc. Si cette indica- 
tion est fondée, il est vraisemblable 
que les autres personnages de ce récit 
ne sont point imaginaires. 

HISTOIRE DE MADAME CIRUE- 
LA, ou La Victime, avec ces deux 
épigraphes : 

« Infandum, Regina, jubés reno- 
vare dolorem. » 

« Il est malheureux d'avoir et de 
ne pas avoir de la fortune. » — A 
Paris, chez les marchands de nou- 
veautés (Impr. de J.-L. Chanson), 
1822, gr. in-iB de 2 f., 218 p. et 
I f. d'errata ; rare. 

Ce roman, dont l'action se passe 
dans un milieu bourgeois, a été très 
complètement analysé par M. W. O., 
dans le « Bulletin du Bibliophile » 
(1874, août-septembre, p. 414 à 420. 
Article intitulé : Vindiciœ bibliogra- 
phicce). M"e Ciriiela, l'héroïne du 
livre, raconte sa propre histoire et 
les malheurs que lui a fait éprouver 
un mariage contracté contre son gré. 
Tous les faits et les personnages sont 
véritables, mais désignés sous des 
pseudonymes allégoriques. M"e Ci- 
ruelasQ nommait Aurélie Amable H..., 
femme P...; M. W. O. n'a pas voulu 
donner en toutes lettres ce nom qui 
est peut-être encore honorablement 
porté aujourd'hui. M™* Cirueia dési- 
gne ainsi les personnages de son livre : 
Tartufe (sic), c'est son mari dont elle 
avait fort à se plaindre ; Le Paon, 
c'est son beau-frère, un sot vaniteux ; 
La grande Sèche, c'est une tante de 



443 

son mari, femme envieuse etacariâfre; 
par une singulière bizarrerie, plu- 
sieurs mots sont écrits en abrégé : 
com, pour commerce ; mag..., pour 
magasin; bois de Boni..., pour le bois 
de Boulogne, etc., etc. 

HISTOIRE DE M"« CRONEL, 
DITE FRÉTILLON, actrice de la 
comédie de Rouen, écrite par elle- 
même. — La Haye (Rouen), 1739- 
1740, 2 par. in-i2, fig. 

Plus de huit réimpressions avec 
de fortes augmentations et des 
changements dans le titre ; IVIémoi- 

RES DE IVl"^ FrÉTILLON. 

Il s'agit ici, comme on sait, de la 
fameuse Clairon [Cronel, anagramme 
de Cléron ou Clairon); cette prétendue 
autobiographie, attribuée parfois au 
comte de Caylus, est, suivant Barbier, 
de l'acteur Gaillard de la Bataille qui, 
furieux des infidélités de M"e Clairon, 
sa maîtresse, voulut se venger d'elle 
en la diffamant cruellement.il faut con- 
venir que, bien que M"« Clairon n'eût 
alors que 19 ans, ses mœurs étaient 
assez légères pour faire croire qu'il y 
a beaucoup de vrai dans le pamphlet 
de Gaillard. On a avancé que les per- 
sonnages mis en jeu dans ces récits : 
Ridhilles, Begerria, M. N.,., vieux 
magistrat, le jeune lord Lape, le che- 
valier de Foliande, Versin, avocat 
exilé du palais et « qu'une conscience 
trop triviale a fait rayer du tableau », 
etc., étaient des personnages très 
réels, ayant joué un rôle dans la vie 
de la jeune Clairon ; cela est très 
vraisemblable, mais comment soule- 
ver tous ces masques aujourd'hui? Il 
est bien certain que le comte de V..., 
qui avait fait des propositions de 
mariage à Clairon, n'est autre que le 
comte de Valbelle. Parfois l'auteur 
repousse tout mystère et nomme fran- 
chement lesgens; tel est, par exemple, 
ce pauvre M. Bioche, riche négociant 



LES LIVRES A CLEF 



444 

de la rue Saint-Denis. Le livre de 
Gaillard est assurément une méchante 
action ; on ne peut disconvenir cepen- 
dant qu'il est utile pour la connais- 
sance de certaine société àcette époque. 

HISTOIRE DE NICOLAS I, roy 

DU PARAGUAY ET EMPEREUR DES Ma- 

MELUS, Saint-Paul, 1756, pet. in-8 ; 
rare. 

Ce petit livre, sur lequel les biblio- 
graphies ne donnent point de rensei- 
gnements, n'est autre chose qu'une 
violente satire dirigée contre Louis XV, 
désigné sous le nom de Nicolas 1"'. — 
Saint-Paul est une ville du Brésil ; 
mais cette indication est purement 
fictive et tout porte à croire que ce 
livret a été imprimé en Hollande, 
sinon en France même. 

HISTOIRE DE PIERRE DE 
MONTMAUR, professeur en lan- 
gue grecque dans l'Université de 
Paris, par M. de Sàlkngre. ce Dum 
nihil habemus majus, calamo ludi- 
mus. » — A La Haye, chez Chr. 
van Lom, P. Gosse et R. Alberts. 
IVl.DCC.XV, 2 vols in-8 de CXXXIl, 
316 et 312 p., avec double fron- 
tispice et 8 gravures satiriques des- 
sinées et gravées par E. Bleyswyk. 
Peu commun, surtout en grand pa- 
pier. 

« Pierre de Montmaur, né dans le 
Limousin vers 1564, entra chez les 
jésuites et enseigna le latin à Rome et 
le grec à Paris. Son humeur satirique 
qui n'avait point de bornes lui fit de 
nombreux ennemis; son avarice, son 
goût pour la table d'autrui, son éru- 
dition pédantesque leur fournirent 
des armes puissantes. Ménage prêcha 
une croisade contre lui ; Balzac, Sara- 
zin, La Mothe Le Vayer, Adrien de 



44$ 

Valois, Vion Dalibray et beaucoup 
d'autres répondirent à cet appel : on 
le métamorphosa en épervier, en 
perroquet, en marmite, en porc, etc. 
De toutes parts, on attaqua le jésuite 
parasite: on le signala comme bâtard, 
plagiaire, libertin, faussaire, meur- 
trier, etc. Certes, la vie de Montmaur 
était loin d'être irréprochable, mais 
en outrant les attaques, on manqua 
le but : il fit bonne contenance, et, 
bravant les insultes, sut mettre sou- 
vent les rieurs de son côté. Il mourut 
à Paris le 7 septembre 1648. (P. La- 
croix, « Bulletin du Bibliophile », sep- 
tembre 1864, p. 947, 948, n" 197.) 

Sallengre a réuni, dans les deux 
volumes ci-dessus décrits, les satires 
les plus piquantes composées contre 
Montmaur; elles sont au nombre de 
dix-sept ; elles avaient été, pour la 
plupart, imprimées séparément, du 
vivant même de la victime de ce con- 
cours épigrammatique. La préface de 
Sallengre donne l'analyse de tous ces 
petits ouvrages, dans lesquels le docte 
parasite n'est désigné que sous des 
pseudonymes ou à l'aide d'allusions 
plus ou moins transparentes ; on se 
bornera à citer ici les titres de ceux 
de ces écrits qui rentrent dans le 
cadre de cette étude. Dans le tome 
premier : 

1° « Macrini Parasitogrammatici 
HMEPA» (La journée de Montmaur), 
petit poème latin de 36 pages, par 
Charles Feramits, avocat au Parlement 
de Paris. — Macrinus ou. AI acr in, c'est 
Montmaur; 

1" ViTA Gargilii Mamurr.î: parasi- 
TOP.EDADOG1, Scriptore Marco Licinio 
(p. 38 à 109), composée vers i636. — 
G. Mamurra, Montmaur; Marcus, 
Lie i ni us, Ménage ; 

3° Gargilii Macronis parasitoso- 
PHiST^ Metamorphosis, Auctore y^gi- 
dio Menagio (p. iio à i33). Métamor- 
phose de Montmaur en perroquet, 
petit poème en vers latins; 

40 Attici secundiG.Orbilius Musca, 
sivE BELLUM PARASiTicuM, Satira (p. 187 



LES LIVRES A CLEF 



446 

I à 226) ; — Gargilius Orbilius Musca, 
Montmaur; Atticus secundus, J.-Fr. 
Sarrasin; 

5" JULII POMPONII DOLABELL^ IN 

Pamphagum Dipnosophistam (p. 274- 
284). Recueil d'épigrammes latines ; 
Julius Pomponius Dolabella, Jean 
Sirmond ; Pamphagus, Montmaur, 
désigné encore sous les noms de Bru- 
tidius, Cupienno, Porcius Latro, Ma- 
murra; 

6° FUNUS PARASITICUM, Sive L. BiBERJI 
CURCULIONIS PARASITI MORTUALIA, ad 

ritum prisci funeris (p. 285-3 16). L'en- 
terrement parasitique, par Nicolas 

I Rigault, composé vers 1596. 

I Dans le tome second, qui contient 
les pièces françaises : 

70 Le TESTAMENT DE GouLU, pat J.- 
Fr. Sarrasin (p. i à 6); 

8» L'Anti-Gomor (p. 17-66). Recueil 
de nombreuses épigrammes latines et 
françaises, extraites, pour la plupart, 
des œuvres de Vioyi-TDalibray. Ce 
nom de Gomor, donné à Montmaur, 
par assonance sans doute, pourrait 
bien être aussi une très méchante 
allusion aux moeurs du parasite ; 

90 MÉTAMORPHOSE DE GOMOR EN MAR- 
MITE (p. 67-80), par le même Vion 
Dalibray (en vers) ; 

10» Le Barbon, par Balzac (en prose) 
(p. 82-171). Cette pièce en prose se 
termine par quelques poésies latines 
satiriques; outre le nom de Barbon, 
Montmaur y est encore désigné sous 
celui de Théon, ex-jésuite, et sous 
celui à'' Orbilius ; 

iio Le parasite Mormon, histoire 
comique (p. 175-312), par l'abbé <ie la 
Mothe Le Vayer, fils du célèbre 
auteur de ce nom. Ce dernier ouvrage 
qui fut très bien accueilli lors de sa 
publication en i65o, est assurément 
le plus intéressant de tout le recueil: 
il contient sur certains hommes de 
lettres de ce temps des particularités 
curieuses; il serait bien utile d'en 
avoir la clef exacte et de connaître les 
vrais noms de Dipnomède, de Louvot, 
de Desjardins, de la Hérissonnière ou 



447 

le Pointu, de Marlot, du petit poète 
rabougri, qui jouent un rôle plus ou 
moins important dans cette histoire 
et qui tous sont assurément des por- 
traits tracés d'après nature. 

Disons encore en terminant que le 
recueil de Sallengre, aujourd'hui trop 
oublié, mériterait de faire l'objet d'une 
étude spéciale; on y trouve maints 
renseignements sur les mœurs litté- 
raires au milieu du dix-septième siècle. 

Histoire de quelques courtisa- 
nes GRECQUES. 

Voir : Les Impostures innocentes. 

HISTOIRE DE SUTHAUGUSE, 
ou le Pouvoir de l'imagination, 
nouvelle historique, précédée d'un 
mot sur les Réflexions politiques de 
M. de Chateaubriand, et suivie de 
couplets sur l'héroïsme de M. Gue- 
lon Marc, par Auguste Hus. — Pa- 
ris, 1815, in-8. 

Ce livre n'est autre chose qu'une 
espèce d'autobiographie de l'auteur, 
qui a renfermé son nom et son pré- 
nom dans l'anagramme Suthauguse. 
Né à Turin, en 176g, mort à Paris en 
i829,M. Auguste Hus fut premier sous- 
bibliothécaire à Turin, sous le consulat 
français. Auteur aussi oublié que fé- 
cond (il a publié plus de 80 ouvrages, 
brochures, pièces de circonstance,etc.), 
il n'a rien laissé qui mérite d'être 
tiré de l'oubli. Son « Histoire de 
Suthauguse » est peut-être son ou- 
vrage le plus original et le plus in- 
téressant aujourd'hui ; il s'y trouve 
des noms initialisés à compléter, no- 
tamment celui de la marquise (ie C,.., 
qui eut une certaine influence sur la 
jeunesse de l'auteur. « Le Nain jaune» 
(t. Il, p. 29-33) contient une curieuse 
et mordante critique de Suthauguse. 

Histoire des amans fortunez... 



LES LIVRES A CLEF 



448 

Voir : L'Heptaméron des nou- 
velles... 

HISTOIRE DES AMANS VOLA- 
GES DE CE TEMPS, où sous des 
noms empruntez, sont contenus les 
amours de plusieurs princes, sei- 
gneurs et gentilshommes qui ont 
trompé leurs maîtresses ou qui ont 
été trompez d'elles, par Fr. de Rosset. 
— Paris, 1617, 1619, 1623, 1633, 
in-8, et Rouen, J. de la Marre, 1633, 
in-8. 

François de Rosset, poète et roman- 
cier, né vers 1670, en Provence, mort 
vers i63o, eut quelque célébrité dans 
son temps ; son « Histoire des amans 
volages » fut celui de ses ouvrages qui 
fut le plus goûté, comme en font foi 
ses diverses réimpressions ; il serait 
bien curieux d'avoir la clef de ces 
« noms empruntez » qui masquent 
ses personnages. On doit encore à de 
Rosset, le «Roman des Chevaliers de 
la gloire » ; peut-être est-il l'auteur 
des « Portraits des plus belles Dames 
de Montpellier ». (Voir ces titres.) 

Histoire des amours de Cléante 
ET de Bélise. 

Voir : Histoire des amours de la 
jeune Bélise... 

Histoire des amours de Henri iv. 
Voir : Les amours du Grand Al- 
candre... 

Histoire des amours de Lysan- 
dre et de Caliste, par d'Audi- 
guier. 

Voir: Histoire tragi-comique de 
nostre temps, par le même. 



449 

HISTOIRE DES AMOURS DE 
MADAME LA DUCHESSE DE LON- 
GUEVILLE avec M. le marquis de 
Coligny. 

Voici la clef que m'a communiquée 

M. G. Brunet, d'après une note ma- 
nuscrite de Gabriel Peignot : 

Agésilas, — le marquis de Coligny; 

Alcandre, — le duc d'Orléans ; 

Amalasonte, — Anne d'Autriche, ré- 
gente ; 

Antenor, — M. le Prince; 

Chrysante, — M. de Brivien ; 

Florisel, — le duc de Guise ; 

Franconie, — la France ; 

Ismérie, — la duchesse de Longue- 
ville; 

Marcomir, — le duc d'Enghien; 

Mariane, — M^e d'Estrades ; 

Mirebel, — Chantilly; 

La Place aux Nymphes, — la place 
Royale. 

Roxane, — la duchesse de Montba- 
zon ; 

Simiane, — M"' la Princesse; 

Théodate, — M, d'Estrades; 

Thuringe, — la Lorraine. 

Histoire des amours du grand 
Alcandre. 

Voir : Les amours du Grand Al- 
candre. 

Histoire des aventures... du 
chevalier Thewrdannckh. 
Voir : Thewrdannckh. 

HISTOIRE DES BÊTES PAR- 
LANTES (depuis 89 jusqu'à 124), 
par Un Chien de berger, recueillies 
par Etienne Gosse, membre de la 
Société Philotechnique. — Paris, 
Levavasseur, 1829, in-8 de VIII- 
VIII-IV et 384 p., impr. de David. 
Sur le titre, une vignette représen- 
tant un chien. 



LES LIVRES A CLEF 



450 

Comme le titre le fait aisément devi- 
ner, cet ouvrage est le récit, en vers de 
dix syllabes, des principaux événe- 
ments politiques qui se sont produits 
de 1789 à 1824. Le secret de cette allé- 
gorie politique est fort simple, cha- 
que personnage est représenté sous 
l'aspect d'un animal approprié à son 
caractère ; la plupart du temps même, 
le nom véritable est accolé au nom 
symbolique. Ainsi : Danton-le- Léo- 
pard, le Vieux Castor-Bailly, le 
Bouc-Chéron, la Giraffe-Maillard , 
le Paon-Larive, l'Etalon-Molé, le 
Singe-Duga^on, le Chien-Lakanal, le 
Corbeau-Sieyes , le Cygne-Dehlle , 
etc., etc. D'autres fois, les noms d'ani- 
maux seuls sont imprimés, mais 
les allusions ne sont pas moins clai- 
res et il ne faut pas se donner grand' 
peine pour comprendre que YElé- 
phant représente le roi Louis XVI ; 
y Aigle, Napoléon 1er; les Cinq ^étes, 
le Directoire, etc., etc. Une feuille 
d'impression suffirait à peine pour 
contenir la clef complète de ce poème 
satirique, aujourd'hui bien oublié, 
mais très goûté du public à la fin de 
la Restauration. J'ignore si l'auteur, 
qui s'est manifestement inspiré des 
« Animaux parlants » de Casti, a 
terminé son ouvrage qui s'arrête à la 
page 384. 

HISTOIRE DES COMPAGNES DE 
MARIA, ou Épisodes DE LA vie d'une 
jolie femme, ouvrage posthume de 
Restifde la Bretonne. — A Paris, chez 
Guillaume, 1811,3 ^o^- in-12 de 
XLV-200, 304 et 313 p. ; rare. 

« Cet ouvrage, qui diffère sans doute 
des autres écrits de Restif, par le ton 
et par le style, comme par les idées et 
les sujets, ne peut cependant pas lui 
être contesté, d'après la déclaration 
de sa fille Marion et de son gendre 
Claude-Victor Vignon, appuyée de 
celle de Cubières-Palmézeaux. C'est 
bien lui qui a recueilli les matériaux 

15 



451 



du livre, dans les entretiens de la 
comtesse de Beauharnais ; c'est lui 
qui a rédigé, du moins en partie, les 
histoires qu'il avait entendu raconter 
chez elle; car ces histoires vraies sont 
celles des compagnes que la comtesse, 
née Marie-Anne-Françoise Monchard, 
avait eues au couvent où elle fut éle- 
vée. Maria n'est donc autre que la 
comtesse de Beauharnais, belle-tante 
de l'empereur Napoléon, et bien con- 
nue sous le nom de Fanny. » {P. La- 
croix « Bibliographie de Restif », 
p. 433-436.) Il serait curieux d'avoir 
une clef de cet ouvrage et de connaî- 
tre les vrais noms de Madon, Septi- 
manie, Agathe, Perle, Marianne, Lise, 
la Grogneuse, la jolie Méchante, Ai- 
mée, etc., etc. 

HISTOIRE DES GALLIGÈNES, 
ou MÉMOIRES DE DuNCAN. — Ams- 
terdam (Pads) . M.DCC,LXV. Deux 
parties en un vol. in- 12. 

Cet ouvrage, de Tiphaigne de la 
Roche, rentre plutôt dans la catégorie 
des allégories politiques que dans 
celle des romans à clef. « C'est, dit la 
« Correspondance de Grimm » (juil- 
let 1765), une satire des Français, et 
très assoupissante. » J'ai eu la pa- 
tience de parcourir ce livre et je par- 
tage complètement cet avis. Il s'y 
trouve des allusions et même des por- 
traits qui devaient être alors faciles à 
deviner et à reconnaître. (Voir aussi 
l'article : Amilec.) 

Histoire des intrigues amoureu- 
ses d'une grande princesse. 

Voir: Les amours d'Eumène et de 
Flora. 

HISTOIRE DES SÉVARAMBES, 
première partie. — Paris, Barbin, 
1677. Seconde partie. — Paris, l'au- 
teur, 1678 et 1679, 2 vol. in-i2. 



LES LIVRES A CLEF 

Nouvelle édition 



452 

Amsterdam, 
Etienne Royer, 1716, 2 vol. in-12. 
Réimprimé encore dans la collec- 
tion des « Voyages imaginaires ». 
Amsterdam et Paris, 1787, tome V, 
I vol. in-8 de 5 18 p. orné de 2 jo- 
lies fig. de JVlarillier. 

Ouvrage allégorique composé par 
Denis Vairasse, d'Alais en Langue- 
doc. Prosper Marchand ( « Diction- 
naire historique», t. I, p. 11 à 20), a 
consacré un article des plus complets 
et des plus intéressants à « cette fic- 
tion si fameuse et si justement appré- 
ciée. C'est une prétendue relation d'une 
découverte de la terre australe ; elle res- 
semble beaucoup plus au « Voïage de 
la terre Australe » de Jacques Sadeur, 
qui s'est servi decet artifice pour dégui- 
ser ses sentiments particuliers, qu'à la 
« Terra Australis «de Joseph Hall, évê- 
qued'Exeter,puisdeNorwich, surnom- 
mé le Senèque anglais, dont le but n'a 
été que de dépeindre les vices et les 
•mauvaises mœurs de diverses nations, 
sous des noms empruntés aux Austra- 
liens. 

P. Marchand énumère les nom- 
breuses éditions et traductions de ce 
livre jusqu'à son temps, ainsi que les 
différentes attributions d'auteur, tou- 
tes erronées, dont il a fait l'objet. Les 
noms des deux principaux personna- 
ges de ce roman ne sont autre chose 
que les noms anagrammatisés de l'au- 
teur lui-même : Siden, Denis; Sévarias, 
Vairasse. 

Cet ouvrage a été taxé d'athéisme 
ou du moins de déisme, par bien des 
gens qui ont voulu que, sous des 
noms imaginaires et notamment sous 
ceux d'Omigas et de Stroukaras, l'au- 
teur ait formé le dessin de réduire à 
néant les miracles de Moïse, d'Elie, de 
Jésus-Christ et de ses apôtres, et 
qu'il ait cherché à saper les fonde- 
ments du gouvernement monarchi- 
que; d'autres, Chrétien Thomasius 
particulièrement, trouvant ces juge- 



453 

ments trop sévères et mal fondés, ont 
dit que « quiconque lirait sans pré- 
vention cet ouvrage, trouverait que 
l'auteur n'a eu d'autre but que d'y re- 
présenter, sous la personne de Sévarias 
un roi sage et équitable; sous celle de 
Stroukaras, un tyran et un trompeur; 
sous celle des Prestarambes, une na- 
tion simple ayant encore quelques 
lueurs des lois divines et morales ; 
sous celle des Stroukarambes, un peu- 
ple absolument dénué de lumières 
et de liberté; qu'en outre il a voulu 
montrer qu^avec l'aide des seules 
lumières naturelles, on pourrait éta- 
blir une république exempte des dé- 
fauts et des vices dont les gouverne- 
ments monarchiques sont tous infes- 
tés, et, par là, faire honte aux chré- 
tiens qui, avec l'avantage inestimable 
de la Révélation, ne savent ou ne veu- 
lent pourtant pas faire un bon usage 
de leur raison; enfin, que ce livre 
est très propre à donner les princi- 
pes les plus utiles et les plus néces- 
saires d'une bonne et saine philoso- 
phie. » 

Tout ceci, on le voit, n'est guère ré- 
créatif et ne donne pas envie de lire 
ce livre pour juger si les apprécia- 
tions deThomasius sont justes et bien 
fondées. 

HISTOIRE DU GRAND SOPHI, 
par le sieur de Prcchac. — Paris, 
J. Morel, 1692 , pet. in-12. 

Livre à clef, dit M. G. Brunet : le 
GraMii5o^/zî n'estautreque Louis XIV, 
dont l'auteur exalte la gloire avec un 
enthousiasme sans borne. Il est cu- 
rieux q\xQPréchac, auteur d'une bonne 
douzaine de romans au moins, ne soit 
cité par aucune biographie. 

Histoire du palais de la félicité. 
Voir : Le roman des Chevaliers 
de la Gloire. 



LES LIVRES A CLEF 



454 



HISTOIRE DU POETE SIBUS, 
satire en prose insérée dans le 
« Recueil de pièces en prose les plus 
agréables de ce temps, par divers 
autheurs. » — A Paris, chez Char- 
les de Sercy, M.DC.LXI, in-12. 
Deuxième partie. — Réimprimée 
dans la «Bibliothèque elzévirienne » , 
Variétés historiques et littéraires 
(t. VII, p. 89-136). 

Cette pièce, si intéressante pour 
l'histoire des mœurs littéraires au 
xvn° siècle, est dirigée contre un pau- 
vre diable d'auteur désigné sous le 
nom de Sibus : est-ce Maillet le My- 
tophilacte du « Roman bourgeois», le 
« Poète crotté » de Saint-Amant ? 
Peut-être est-ce plutôt un sieur Civart, 
dont le nom se rapproche le plus de 
Sibus et qui, suivant M. Ed. Fournier, 
est tourné en dérisiondans une maza- 
rinade. Notons que divers personna- 
ges du temps sont visés dans cet écrit 
satirique, particulièrement Pierre de 
Montmaur, désigné à plusieurs re- 
prises sous le nom de Mamiirin. 

HISTOIRE DU PRINCE APPRIUS 
EXTRAITE DES FASTES DU 
MONDE, DEPUIS SA CRÉATION, 
manuscrit persan trouvé dans la 
bibliothèque d'un roi de Perse ; tra- 
duction française par Messire Esprit ^ 
gentilhomme provençal servant 
dans les troupes de Perse. Imprimé 
à Constanlinople, l'année présente 
(Lyon? 1728), in-12. — Autre édi- 
tion: La Haye, Jacques van den 
Kieboom, pet. in-8. — Autres édi- 
tions: 1748-1764, in-12 de 96 p. — 
On signale une traduction anglaise : 
London, 1728. 

Cette composition allégorique est 



455 

attribuée à P.-Fr. Godard de Beau- 
champs, qui s'est toujours défendu 
d'en être l'auteur, mais, sans doute, il 
avait de bien bonnes raison pour cela, 
l'imprimeur de la première édition 
ayant été condamné au bannissement 
et à une forte amende. 

iVlalgré l'opinion de Ch. Nodier, la 
plupart des bibliographes les plus au- 
torisés considèrent cet écrit comme 
une satire dirigée contre le Régent, 
Philippe d'Orléans, déjà violemment 
attaqué dans d'autres libelles : His- 
toire du chevalier Pomponius, Histoire 
du prince Papyrius, etc. Cette allégo- 
rie libre et méchante contient un 
grand nombre de mots simplement 
anagrammatisés ; la clef est donc bien 
facile à faire; en voici un échantillon 
d'après la « Bibliographie Gay », t. IV, 
p. 59 : 

Apprius, — Priapus; 
Althone, — la honte; 
Cadhubée, — débauche; 
Caconosi, — occasion ; 
Carnalite, — la crainte ; 
Cornidetis, — discrétion; 
Dotigs, — doigts ; 
Edomiste, — modestie ; 
Galibernite, — libertinage ; 
Galimonnilia, — l'imagination ; 
Hazardel, — le hasard ; 
Imars, — maris ; 
Lacertoniades, — déclarations; 
Lugane, — langue ; 
Livaguver, — la vigueur; 
Lusicoteria, — la curiosité ; 
Mina, — main ; 
Momelis, — sommeil ; 
Olloctin, — cotillon ; 
Osirar, — rasoir ; 
Pultevola, — la volupté; 
Valmor, — l'amour ; 
Siders, — désirs ; 
Réfers,— frères; 
Turnée, — ventre ; 
Tergres, — regrets; 
Prenitres, — repentirs ; 
Prestil, — l'esprit; 
Neris, — reins; 
Xeuy, -. yeux ; 



LES LIVRES A CLEF 



456 



Nullea, ~ la lune; 
Perlopetra, — la propreté ; 
Ulnine, — l'ennui ; 
Laliétarc, — la réalité; 
Sirlapis, — plaisir ; 
Volitir, — vitriol; 
Nectalnosca, — la constance ; 
Etc.. etc. 

C'est presque tout un dictionnaire 
retourné qu'il faudrait pour la traduc- 
tion de ces anagrammes multiples. 

Il existe, dit Quérard, une Suite a 
Apprius, CONTINUATION de son histoire, 

QUI NE VAUT PAS LA PREMIÈRE. C'CSt Une 

fantaisie du prince Charles de Ligne, 
qui se trouve dans la troisième partie 
excessivement rare d'un « Recueil d'o- 
puscules » et de poésies dqdit prince ; 
on ne connaît que douze exemplaires 
de ce livret, imprimé à son château, à 
Belœil, vers 1788; mais il en a été fait 
à Bruxelles, en 1867, une réimpres- 
sion tirée à 70 exemplaires seulement. 
Enfin, un manuscrit indiqué comme 
n'ayant aucun rapport avec le texte 
imprimé, figure au catalogue Auguis, 
sous le no 1 123. 



HISTOIRE DU PRINCE PAPY- 
RIUS, SURNOMMÉ PILLE-AR- 
GENT, GOUVERNEUR DES 
FRANCS-SOTS, avec la clef, sui- 
vie de plusieurs épigrammes. Ma- 
nuscrït in-i 2, s. d. (Vers 172 1.) 

Cet écrit satirique dirigé contre le 
Régent, au sujet des billets de banque 
et du système de Law, est annoncé 
dans la « Bibliothèque historique de 
France » (t. Il, n» 24,565). Il est dans 
le style de Rabelais et est fort plaisant, 
quoiqu'il ne renferme que les titres 
des dix-sept chapitres qui forment 
toute l'histoire. Il pouvait être très 
mordant autrefois, mais maintenant 
ce n'est plus qu'une plaisanterie 
amusante par sa tournure et qui a be- 
soin d'une cl&f pour être bien com- 
prise. Gabriel Peignât a inséré in ex- 



457 

tenso ce court opuscule dans son 
« Précis historique de la maison 
d'Orléans » (p. 52-b8) ; il l'a transcrit 
d'après une copie qu'il avait sous les 
yeux et il exprime l'avis que cette satire 
n'a jamais été imprimée. C'est à tort 
que la « Bibliographie Gay » dit que 
l'Histoire du prince Papyrius n'est 
qu'une réimpression du Prince Pria- 
pus; les catalogues Leber et Pixérécourt 
qu'elle cite, ne sont point du tout 
tombés dans cette erreur. 

Voici la clef de V Histoire de Papy- 
rius : 

Papyrius, — le duc d'Orléans, ré- 
gent ; 
Les Druides, — les membres du Parle- 
ment; 
Les Isles des Francs-Sots, — les villes 

de France; 
Les Harpies, — les partisans et les 

agioteurs; 
Le cheval écossais, — Law ; 
Le petit Ascagne, — Louis XV encore 

enfant; 
Le Soudan d'Ibérie, — Philippe V, roi 

d'Espagne ; 
Pille-Avoine, — c'est encore Law ; 
Le pays où croissait l'or, — la Loui- 
siane ou Mississipi ; 
Le grand Nègre, — le garde des sceaux 

d'Argenson ; 
La robe de satin cramoisi, — la dignité 

de garde des sceaux ; 
Les francs-sots avec galons sur poches 
et manches, — les gardes du corps ; 
Les francs-sots avec croix devant et 

derrière, — les mousquetaires; 

Les pierres de taille d'assaut, — les 

hôtels des membres du Parlement ; 

Les Druides coursirent la prétentaine, 

— exil du Parlement à Pontoise ; 

Carcellarius, — le chancelier d'Agues- 

seau ; 
Les Cicérons, — les avocats en Parle- 
ment. 

HISTOIRE DU ROI DE CAMPA- 
NIE ET DE LA PRINCESSE PAR- 
FAITE. — Amsterdam,]. Wetstein 



LES LIVRES A CLEF 



458 

et G. Smith, 1736, pet. in-12 de 
230 p., non compris le titre ; assez 
rare. — Une autre édition, sous la 
même date, porte la rubrique de 
Paris, Delatour. 

« Ce petit ouvrage est de J-.B. de 
Boyer, plus connu sous le nom de 
marquis à'Argens ; c'est un de ces 
petits romans philosophiquesqui pré- 
ludaient au chef-d'œuvre du genre, 
au « Candide » de Voltaire ; il abonde 
en allusions satiriques aux événements 
et aux personnages du temps. » 

HISTOIRE DU ROYAUME DES 
LANTERNES, mise en lumière par 
un bec de gaz et racontée par Ndif, 
arrière petit-cousin de Candide. 
Troisième édition : Paris, Paulier 
(1842), in-32 de 128 p. avec vi- 
gnettes. 

Ce petit ouvrage est de Georges- 
Marie-Mathieu Dairmvell, pamphlé- 
taire assez obscur du temps de Louis- 
Philippe, connu surtout par deux 
libelles : l'un, Abracadabra, qui fut 
saisi : l'autre, Je casse les vitres, qui 
valut à son auteur une condamnation 
à un mois d'emprisonnementet 5oo fr. 
d'amende. 

U Histoire du royaume des Lanternes 
écrite dans le genre, mais non dans le 
style voltairien, est une satire allégo- 
rique violente, contre la monarchie de 
juillet. La clef de ce petit pamphlet 
est bien facile à faire : Lanternia et le 
Royaume des Lanternes, c'est Paris et 
la France ; l'Homme rouge, lampion 
du roi Simple XHI, c'est le cardinal 
de Richelieu, ministre de Louis XIII; 
il ne faut pas un grand effort d'imagi- 
nation pour comprendre que 5o- 
leil XIV, Simple XV, le duc de Lâ- 
cheté, Simple XVI,sQn cousin Lâcheté, 
désignent Louis XIV, Louis XV, le 
Régent, duc d'Orléans, Louis XVI et 



459 



LES LIVRES A CLEF 



Philippe-Égalité; qui ne comprendrait 
aussi que le royaume de Brittannis- 
kan, c'est l'Angleterre ; le duc de Vi- 
ïainton , Wellington ; Simple -Fi- 
not XVIII, LouisXVIlI; VOgre-Usur- 
pateur, Napoléon I^""; la Pancarte, la 
Charte ; la Chambre des Vieux-Ma- 
gots, ou Ossuaire, la Chambre des 
Pairs ; le Prince de Paravent, M. de 
Talleyrand, prince de Bénévent ; Ci- 
;^ot, M. Guizot ; le duc des Ba^eSjWl. De- 
caze ; le Vieux Nemrod, Charles X ; 
le Mystificateur des Deux-Mondes, 
La Fayette et les Hobereaux, la vieille 
noblesse '( Enfin, dans le roi Esco- 
bard /t et ses lampions Cuirbouilli, 
Ci^ot , Nain- Bedaine , Main-Sale , 
Ours, Tisté et ] /3, on ne peut man- 
quer de reconnaître le roi Louis-Phi- 
lippe I^r et ses ministres Soult, Gui- 
zot, Cunin-Gridaine, Villemain, Mar- 
tin (du Nord), Teste etThiers. 

HISTOIRE DU SIÈGE DE CY- 
THÈRE. — A Lampsaque (Paris?), 
1748, pet. in-8 ; très rare. 

Comme.Vocr/on, comme Cléon, com- 
me Les mille et une faveurs, cet ouvrage 
libertin roule sur un sujet plus que 
galant et partant fort scabreux ; beau- 
coup de mots y sont anagrammatisés, 
mais on ne saurait les traduire ici. 
C'est, en un mot, dit la « Bibliogra- 
phie Gay », une allégorie tout à fait 
dans le goûtde VHistoire desEbugors ! 
L'auteur a pris l'idée de son livre et 
même une partie de ses anagrammes 
dans VHistoire du prince Apprius, 
mais il est plus plaisant que son mo- 
dèle, plusriant, plus léger, plus ingé- 
nieux; le dénoûment particulièrement 
paraît heureux. Ce petit ouvrage est 
introuvable aujourd'hui : Clément en 
a parlé dans ses « Cinq Années litté- 
raires » (t. II, p. 134). 

HISTOIRE DU TEMPS, 17 17, 
pamphlet réimprimé dans les « Mé- 



460 

langes historiques de Boisjourdain 
(p. 289), t. I, 1807, in-8. 

Ce très court libelle consiste en une 
« table des Chapitres » d'un livre qui 
n'a point été imprimé. En voici la 
clef : Deodatus, c'est Louis XIV ; Loui- 
son, le jeune Louis XV; Pliilippus, le 
Régent; le Chef helvétique, le colonel 
général des Suisses; le comte d'Esta- 
phage, le comte de Toulouse, grand 
amiral de France; la princesse des 'Bi- 
thuringiens, la duchesse de Berry, 
soupçonnée d'être la maîtresse de son 
père, le Régent ; Yarchevêque Turpin, 
le cardinal deNoailles; le prince Goba, 
le prince de Conti ; la ville Moriva- 
lienne, la maison de la Montrival, fa- 
meuse proxénète ; les Ignaciens, les 
jésuites. 



HISTOIRE DU TEJ\1PS ou JOUR- 
NAL GALANT, par Ch. V. (Charks 
Vand), suivant la copie (Hollande, 
à la Sphère), 1685, 2 tomes in-12. 

L'auteur de ce piquant ouvrage était 
magistrat à la Cour des comptes de 
Montpellier ; il s'est fait connaître 
d'ailleurs par des travaux beaucoup 
plus sérieux. Dans son « Histoire du 
temps » il met en scène divers person- 
nages contemporains, la plupart (mais 
pas tous!) déguisés sous des pseudo- 
nymes. Les galanteries qu'il raconte 
sont aussi curieuses que celles dont 
Bussy-Rabutin s'est fait le narrateur. 
Le conseiller Vanel faillit, paraît-il, se 
trouver fort mal de ses indiscrétions ; 
aussi se dépêcha-t-il de publier desou- 
vrages moins scabreux, notamment sa 
traduction del' « Histoire des Concla- 
ves ». Son «Journal galant » mériterait 
d'être réimprimé ; avec une bonneclef 
il serait encore d'un grand intérêt. 
(Voir : « Bibliographie Gay », t. IV, 
p. 61, et la « Biographie Michaud », 
supplément, t. LXXXV, p. 57.] 



461 LES LIVRES 

HISTOIRE DU TEMPS, ou Re- 
lation DU ROYAUME DE COQUETTERIE; 
ENSEMBLE LE SIEGE DE LA BEAUTÉ ET LA 
BLAUQUE DES ILLUSTRES FILOUX, par 

l'abbé Hêdcliii d'Aiihignac. Paris, 
1654. in-i2, avec la carte. Réim- 
primé sous les titres suivants : Nou- 
velle HISTOIRE DU temps, OU RELA- 
TION VERITABLE, etc. — Paris, 1 65 5, 
in- 1 2 . — Voyage au royaume de co- 
quetterie. — Paris, 1793, in-i2. 

Ce curieux petit ouvrage, malgré 
les portraits et les allusions qu'il con- 
tient, rentre plutôt dans la catégorie 
des écrits allégoriques, que dans 
celle des livres à clef. « Le début de 
ce livret, dit M. Victor Fournel, évi- 
dente imitation du h Voyage de Ten- 
dre », fourmille de personnifications 
abstraites et nous rencontrons, dès 
les premiers pas, les châteaux d'oisi- 
veté et de libertinage, la place de ca- 
jolerie, la plaine des agréments, le 
gué de l'occasion, etc. Mais cette géo- 
graphie métaphysique fait bientôt 
place k quelque chose de plus vif et 
de plus piquant : la galanterie rafh- 
née du jour est criblée d'épigrammes; 
les diverses catégories de coquettes 
qui peuplent l'empire de la mode, 
admirables, précieuses, ravissantes, 
mignonnes, évaporées, etc., défilent 
sous nos yeux, et les petits soins, les 
petits manèges, et les caprices de cette 
bizarrî et changeante république 
sont étudiés avec une verve parfois 
ingénieuse. » 

Histoire galante et enjouée in- 
terrompue PAR des entretiens. 
Voir : Aristandre. 

HISTOIRE MORALE, CIVILE, 
POLITIQUE ET LITTÉRAIRE DU 
CHARIVARI, depuis son origine, 
vers le iv« siècle, par le docteur 



A CLEF 462 

Calyhariat, de Saint-FIour ; suivie 
du complément de l'histoire des 
Charivaris, jusqu'à l'an de grâce 
1833, par Eloi-Christophe Bassinet, 
sous-maître à l'école primaire de 
Saint-FIour, et aide-chantre à la ca- 
thédrale. — Paris, Delaunay, 1833, 
imprimé chez Crapelet, in-8 de VIII- 
326 p. 

(Il y a une faute de pagination ; le compositeur 
a sauté de la page i6o à la page iSi.) 

Cet ouvrage est de Gabriel Peignot,, 
qui ne s'était pas soucié sans doute de 
se faire immédiatement connaître 
comme l'auteur du « Complément » 
dont il sera parlé tout à Theure. 
L' « Histoire du Charivari r, dit 
M. J. Simonnet, est l'un des opuscules 
les plus originaux et les plus complets 
de G. Peignot ». J'ajouterai qu'il est 
devenu fort rare; on n'en trouve que 
difticilement des exemplaires en bon 
état et toujours à des prix assez éle- 
vés. 11 est bien probable que plu- 
sieurs des personnages charivarisés 
auront fait acheter et détruire le plus 
possible ce livre qui ne pouvait que 
leur rappeler des souvenirs peu 
agréables. 

Dans les six premiers chapitres, 
Peignot recherche l'origine du chari- 
vari, rétymologie du mot, la défini- 
tion de la chose, les mesures répres- 
sives ou prohibitives provoquées par 
cet usage grotesque, et raconte som- 
mairement les charivaris les plus re- 
marquables donnés depuis le xiv° siè- 
cle jusqu'en i83o. Le chapitre Vil est 
consacré aux charivaris depuis la ré- 
volution de juillet; or, soit prudence, 
soit raffinement de malice, l'auteur 
se borne à y donner (p. iSg, 160, 181 
et 182) les initiales des hommes poli- 
tiques qui avaient reçu ces aubades 
ridicules ; mais, dans la seconde par- 
tie desonlivre,«Tableau descharivaris 
modernes », où se trouve la nomen- 
clature de plus de quarante chari- 



4^3 

varis, presque tous les noms sont rap- 
portés en toutes lettres, de sorte 
qu'un lecteur un peu attentif peut 
aisément trouver la clef du chapi- 
tre VII. 

Les personnages dont les disgrâ- 
ces cliarivariques ont été cataloguées 
par le bon Peignot étant tous morts, 
il ne saurait y avoir d'inconvénients à 
donner aujourd'liui la clef de cette fa- 
meuse liste, telle que je l'ai compo- 
sée, tant au moyen du « Complément 
d'Eioi-Christophe Bassinet » qu'à 
l'aide des annuaires de i83o à i833. 

Les noms de villes désignent les 
localités où ont eu lieu les chari- 
varis : 

MM. R n de laR....e, à Rennes,— 

Roumain de Rallaye ; 
le baron de T d, préfet, à 

Arras, — M. de Talleyrand; 
R..I, député, à Bordeaux, — 

M. Roui; 
A M, député, a Toulouse, — 

M. Amilhau ; 
T. ...s, député, à Aix, — M. Thiers; 
A...é, député, à Colmar, — 

M. André ; 
J..S, député, à Lyon, — M. Jars; 
A n G....d, député, à Angers, 

— M. Augustin Giraud ; 

le général S....r, à Clermont- 

Ferrand, — M. Simmer ; 
T d de L e, à Issoudun, 

— M. Thabaud-Linetière ; 
D....t M t, à Poitiers, — 

M. Dupont-Minoret ; 

M...e, procureur général, à Gre- 
noble, — M, Moyne; 

C t, payeur, à Vannes, — 

M. Coquebert ; 

B d, président, au Blanc, — 

M. Bernard; 

G...n, procureur du roi, au 
Blanc, — M. Godin ; 

P t-A .r, député, à Li- 
moges, — M. Philibert-Aven- 
turier ; 

de S...t-C...q; à Orthez, —M. de 
Saint-Cricq ; 



LES LIVRES A CLEF 



464 

MM. M...I, député, à Carcassonne,— 
M. Mahul ; 
le général B d, à Périgueux, 

— M. Bugeaud ; 

le Sous-Préfet, à Castelnaudary, 

— M. Poulaille (?) ; 

P.. ..f, député, à Metz et à Bour- 
ges, — M. Parant; 

D....X, député, à Bourges, — 
M. Devaux ; 

le général H e, àBayonne, — 

M. Harispe ; 

le C / de R...n,à Besançon,— 

M. le cardinal de Rohan ; 

le vicomte D..,.n,k Carcassonne, 

— M. Dejean ; 

Vévêque de L , à Guéret, — 

Mgr de Tournefort, évêque de 

Limoges ; 
J d, à Altkirk, — M. Jous- 

saud ; 
le Préfet, à Poitiers, — M. Poulie; 
le sieur B r, à Poligiy, — 

M. Barbier; 
G t, député, à Angoulème, 

— M Gellibert; 

F....d'E e, à Rochefort, — 

M. Fabre d'Eglantine; 

C.e, sous-Préfet, à Aix, — 
M. Chave ; 

S,..n L e, commandant à 

N....S, — M. Simon-Lorière, 
à Dijon, — commandant à 
Nantes ; 

L e, sous-préfet, à Mont- 
pellier, — M. Latourette ; 

G n, sous-préfet, à Fécamp, 

— M. Germain; 

L,.n S n, préfet, à Chalon- 
sur-Saône, — M, Léon Sa- 
ladin; 

le baron de S n, député, à 

Marseille, — M. de Schonen ; 

T....t, préfet du Calvados, à Li- 
sieux, — M. Target ; 

le procureur du roi, à Marseille, 

— M. Lieutaud (?) ; 

le général L....t, à Gap, — 
M. Leydet ; 

E...,d B..»,à Limoges, — M.Ed- 
mond Blanc; 



465 

M. R....X L,..,; imprimeur, à Lille, 

— M. Reboux-le-Roy. 

Il convient d'ajouter que le plus 
grand nombre des charivaris que 
G. Peignot a racontés étaient parfaite- 
ment immérités. 

HISTOIRE NATURELLE DRO- 
LATIQUE ET PHILOSOPHIQUE 
DES PROFESSEURS DU JARDIN 
DES PLANTES, DES AIDES-NATU- 
RALISTES, PRÉPARATEURS, etc., 
attachés à cet établissement, accom- 
pagnée d'épisodes scientifiques et 
pittoresques, par Isid. S. de Gosse, 
avec des annotations de M. Frédéric 
Gérard. — Paris, Gustave Sandre, 
1847, in-i2 de 296 p. 

L'auteur de ce petit ouvrage satiri- 
que n'est autre que M. Isidore Salles, 
journaliste à Paris, puis chef de la 
division de la presse au Ministère de 
l'Intérieur, en dernier lieu, préfet de 
l'Aube, à la fin du second empire. 
Employant le même procédé que de 
Born, pour sa « Monachologia », 
M. Salles eut l'idée de désigner par 
des mots gréco-latins de forme scien- 
tifique les personnages qu'il se propo- 
sait de critiquer. Les noms ainsi com- 
posés rendent assez heureusement 
les qualités ou les défauts, les ap- 
titudes morales ou les habitudes 
physiques des malheureux savants 
mis en cause; tout cela forme une 
clef un peu longue, mais curieuse et 
intéressante ; la voici : 
Anatomicus Ei-inaceus, — M.deBlain- 

ville ; 
Philosophus Clarissimus, — M. La- 

marck ; 
Eyitomologissimus, — M. Latreille; 
Bibliocleptes Thoracicus, — M. An- 

donin; 
Transcendentaliis honestus, — M. Geof- 
froy Saint-Hilaire; 
Anatoynicus Philosophus ,~y[.'ù&&m.o\!i- 
lins ; 



LES LIVRES A CLEF 



466 

Analyticus Diplomaticiis y — M.Georges 
Cuvier; 

Hippodamas innocentissinms , — M. Fré- 
déric Cuvier ; 

Ichthyologus affabilis, — M. Lacépède; 

'Botaniciis caudatus, — M. Desfon- 
taines ; 

Acolytus nihilianus, — M. Deleuze; 

Horticultor optimus, — M. André 
Thouin ; 

Miiieralogus Abbaticus, — M. Haùy; 

Chimiciis philosophus,— M. Fourcroy; 

Chimicus modestus, — M. Vauquelin; 

Galvanicciolinus Saltatriculus, — 
M. Becquerel; 

Platycephalus, — M. Edouard Bec- 
querel ; 

Integerrimus, — M. Gay-Lussac; 

Tardeloquens, — M. Chevreul ; 

Lepidopterus Cheuvreulophobus, — 
M. Calvert; 

Thuriferarius Dumassianus , — M. Ca- 
hours; 

Porcelainianus imperiosus, — M. Bron- 
gniart; 

Scepticus, — M. Dufresnoy; 

Fossiànus Timidissimus, — M. Dela- 
fosse; 

Pretentiosuspretentiosissimus, — M.Du- 
mas; 

Diplomaticus, — M. Cordier; 

LexicographusCorderianus,— M. d'Or- 
bigny; 

Dolichotricus Grypheus, — M. Raulin; 

Polytechnicus geodesiacus, — M. Pis- 
sis; 

Phytologus Patrophobus, — M. Bron- 
gniart, fils ; 

Cryptogamus, — M. Tulasne ; 

Ankylosus Capnophilus, — M. Guil- 
lemin ; 

Capnophagus Pipaeculottans, — M. A. 
de Jussieu ; 

Micropsis niacrorhinus, — M, A de 
Jussieu; 

Frigidus Frigidulus, — M. Decaisne; 

Phytophysiologus, — M. de Mirbel ; 

Coptophytus semper dividans, — 
M. Spach; 

Physiologicus botanicus, — M. Gau- 
dichaud ; 



467 



LES LIVRE 



Corpulentus crassiventris, — M. Neu- 

mann ; 
Horticolus affabilis, — M. Houlet; 
Phytophiliis 'Brongniardinianus, — 

M. Pépin ; 
Macilentulus sociabilis, — M. Camuzet; 
Dendrocoptus probissimus, — M. d'Al- 

berl ; 
Gratioletus graciosus, — M. Gratiolet; 
Timidus Timidissimus, — M. Desma- 

rets ; 
Garancianus Academicus, — M. Flou- 

rens ; 
Erpetilius garancianus, ou probus, — 

M. Duméril ; 
A natomicus philosophas, — M. Serres; 
Microphagus, — M. Jacquart ; 
Girardinus 'Blandiis, — M. Doyères; 
Teratologiis, — M. Isidore-Geoffroy 

Saint-Hilaire; 
Microsoma, — M. Florent Prévost; 
Erpetilionimis, — M. Bibron ; 
Arithmostereoarchilepixeus, — M. Gui- 

chenot ; 
Gasteropodits Quatrefagianus, — 

M. Milne Edwards ; 
Cricetus Elatus, — M. Blanchard ; 
Methodiciis lenteloquens, — M. H. 

Lucas ; 
Echynophoriis ostraciosus, — M. Va- 

lenciennes ; 
Thuriferarius Valenciennii , — 

M. Louis Rousseau ; 
Cuvierotimus fossiliographissimiis, — 

M. Laurillard ; 
Honorivorus choleraticus, — M. Rous- 
seau ; 
Timidiolinus crassirostris , — M. Des- 
noyers ; , 
Macroscelis-'Bibliophagus, — M. Le- 

mercier. 

Ce curieux ouvrage est en ré- 
sumé une critique souvent très amère 
de l'administration et des professeurs 
du muséum à cette époque ; cette sa- 
tire est-elle toujours fondée ? il est 
bien difficile de le décider aujourd'- 
hui. On trouve une bonne notice sur 
le livre de M. Salles dans le « Biblio- 
phile Fantaisiste » publié à Turin 
par J. Gay. (1869, petit-i8, p. 266). 



S A CLEF 468 

HISTOIRE NOUVELLE DES 
AMOURS DE LA JEUNE BÉLISE 
ET DE CLÉANTE, par M. D... — 
Paris (Rouen), 1689, in-12. Réim- 
primé sous ce titre : 

Histoire des amours de Cléante 
ET de Bélise, avec le recueil de ses 
lettres. — Leyde, 1691, in-12. 

Publié encore sous ce titre : Let- 
tres GALANTES DE ClÉANTE ET DE 

BÉLISE. — La Haye, 1716, in-12. 

On compte une dizaine d'éditions 
ou réimpressions de ce curieux petit 
roman en lettres. La meilleure et la 
plus intéressante de toutes est celle- 
ci : 

Lettres de la Présidente Fer- 
rand au baron de Breteuil, suivies 
de l'Histoire des amours de Cléante 
ET DE Bélise et des Poésies d'An- 
toine Ferrand, revues sur les édi- 
tions originales, augmentées de 
variantes, de nombreuses notes, d'un 
index et précédées d'une notice bio- 
graphique, par Eugène Asse. — Paris, 
G. Charpentier, 1880, in- 18 de 
356 p. — 3 fr. 50. 

Le titre seul de cette dernière édi- 
tion suffit pour donner la clef de ce 
roman d'amour, le plus réel et le 
plus sincère peut-être que possède 
notre littérature: Cléante, c'est le ba- 
ron de Breteuil; Bélise, c'est la fille 
d'un partisan italien venu en France 
comme tant d'autres pour chercher 
fortune. Elle se nommait Anne de 
Bellinzani et épousa Michel Ferrand, 
lieutenant particulier au Chàtelet, de- 
venu par la suite président de la 
Chambre des requêtes en i683. — 
« Anne de Bellinzani avait dès l'âge 
de quatorze ans, distingué le beau 
baron de Breteail, âgé de huit ou dix 
ans de plus qu'elle; mais Breteuil 



469 



était occupé ailleurs: il aimait une 
des plus jolies femmes de ce temps, 
M"e de Caumartin de Mormant, et ne 
fit aucune attention à l'infortunée qui 
soupirait pour lui. Anne, après avoir 
voulu passer, de désespoir, le reste de 
sa vie dans un couvent, finit par se 
résigner à la volonté paternelle et 
épousa Michel Ferrand, bien décidée 
d'ailleurs à se rattraper après le ma- 
riage. Elle n'y manqua pas. La belle 
M"e de Caumartin mourut et la prési- 
dente Ferrand la remplaça dans le 
cœur du beau baron devenu aussi ar- 
dent pour elle qu'il s'était montré de 
glace tout d'abord ». — Ce petit roman 
est un chef-d'œuvre de sentiment et 
de style ; les notes et la préface de 
M. E. Asse, ne laissent rien à désirer 
au point de vue des éclaircissements. 

Notons que des copies manuscrites, 
mais avec les noms chiffrés, circulè- 
rent dans les sociétés parisiennes, 
sans doute avant la publication de la 
première édition. 

Ainsi, dans son intéressant recueil 
intitulé: « Les Archives du Biblio- 
phile » (i858, n» 1^84 du catalogue), 
l'érudit éditeur, 3/. A. Claudin, an- 
nonçait, au prix de 16 fr., un exem- 
plaire manuscrit des « Lettres », inti- 
tule comme suit : 

« Lettres amoureuses de m"'? de B 
2663 z i83, femme de m. le Président 

LE F 29948, A iM. LE marquis DE B 

92 T 253662 ». s. 1. n. d. (vers 1688). 
— Le déchiffrement donne à quelques 
modifications près les noms de Bel- 
linzani, Breteuil et Ferrand ; les 
inexactitudes étaient sans doute le fait 
d'un copiste maladroit. — Ce manus- 
crit ne contenait-que les «Lettres » et 
était incomplet du . roman. — Anne 
Bellinzani était la mère d'Antoine 
Ferrand, dont M. E. Asse a publié 
les poésies. 

HISTOIRE OU POLICE DU 
ROYAUME DE GALA, traduite de 
l'italien en anglois, et de l'anglois 



LES LIVRES A CLEF 47O 

en françois. — Londres (Paris) , 
1754, in-i2. 



C'est une traduction supposée; cet 
écrit a été composé par l'abbé A. -F. 
de Brancas-Villeneuve; c'est une espèce 
d'allégorie morale ou politique sur 
le gouvernement de la France [Gala, 
Gallia^ et ses principes. « Le com- 
merce, la police, tout y entre, à l'ex- 
ception du sens commun. » ( « Corres- 
pondance de Grimm. », novembre 
1754.) 

HISTOIRE PERSANNE, extraite 
d'un manuscrit arabe trouvé dans 
les ruines de Palmyre. — (Paris), 
•1789, in-8. 

L'auteur de cet ouvrage est le 
savant Jean-Pierre Gallais, ancien 
bénédictin, historien et journaliste, 
né à Doué, en 1756, mort à Paris en 
1820. 11 eut le courage, pendant la 
Terreur, de publier divers écrits qui 
l'eussent infailliblement fait condam- 
ner à mort, s'il en eût été reconnu 
l'auteur. On peut en juger par le fait 
suivant : le libraire Webel, qui ven- 
dait « l'Appel à la postérité sur le 
jugement du Roi » (1793, in-8), fut 
arrêté et guillotiné pour n'avoir point 
voulu nommer l'auteur, J.-P. Gallais. 
Après une vie passablement agitée, 
l'ex-bénédictin finit ses jours dans 
une retraite assez paisible. Il ne man- 
quait paSj'quoi qu'en ait dit Chénier, 
de talent et de malice : 1' « Histoire 
Persanne » en fait foi. C'est une 
satire assez mordante contre plusieurs 
membres du clergé réunis au Mans, à 
l'occasion des élections aux Etats géné- 
raux. Elle serait aujourd'hui à peu 
près incompréhensible, si M. Despor- 
tes n'avait eu soin de transcrire dans 
sa « Bibliographie du Maine » 
(p. 3o5), une clef manuscrite qui lui 
était passée sous les yeux; cette clef 
contient 34 noms, la voici : 



471 

A l Malech al Daher iman de Rhanec, 
— le curé d'Ernée (Grandin) ; 

Altabek-Abdenaki, — l'abbé de Mon- 
tesquieu ; 

Archi-Mage, — Tévêque du Mans 
(de Gonssans) ; 

Bahali, iman de Tahrat, — le curé de 
Teillé (Bertereau) ; 

Bei Caramani, — Dom Barbier ; 

Beidhavi, iman d'Obbadiah, — le curé 
d'Evron (Le Go) ; 

Bramines, — les Bénédictins ; 

Cadilesker, — le Sénéchal; 

Dertham, — le Garde des Sceaux ; 

Derviches (les), — les moines ; 

Divan (le) des Bassis, — la chambre 
ecclésiastique ; 

Dolab, — Domfront; 

Ebn Jetab, — l'abbé de Sagey ; 

Ignicoles (les), — les abbés commen- 
dataires; 

Iman de Dur^y, — le curé de Nonans 
(Besnard) ; 

Iman de Schargiani, — le curé de 
Gourdaine (Turpin du Cormier) ; 

Imans, — les curés ; 

ImoU ~ le Mans ; 

Madain, — Versailles ; 

Mages [les), — Chanoines ; 

Marhadha Reneck, — Necker ; 

Moussul Iman de Dolab, ou Iman 
Tambourg, — le prieur de Dom- 
front (Le Pelletier Feumusson) ; 

Naires {les), — la Noblesse ; 

Noiirschirwan, — Louis XVI ; 

Les Parsis, — les Français ; 

Les Poulias, — les Paysans ; 

Pyrées (les), — les Cures ; 

Rhanec, — Ernée ; 

Sacca-Traubed, iman de Lahor, — 
Bourdet (curé du Bouère) ; 

Sih-Dheirs (les), — les chapitres ou 
monastères; 

La Sogdiane, — le Maine ; 

Ulug-Ennerib, — de Brienne; 

Vieux Bramine, — Dom Jehors ; 

Vieux ignicole, — l'abbé de la Pelisse. 

HISTOIRE PLAISANTE ET SIN- 
GULIÈRE D'UN ARRIÉRE-PETIT- 



LES LIVRES A CLEF 



472 

FILS D'OUI-DIRE , SURNOMMÉ 
IMBROGLIO. A Paris, aux archives 
du Parlement et du Châtelet, sous 
l'année 1779, in-4, rare. 

Ce n'est qu'en raison de son titre 
que cet ouvrage doit être classé parmi 
les livres à clef. C'est tout simple- 
ment un recueil factice des plaidoyers 
et mémoires relatifs au procès en dif- 
famation intenté contre l'abbé Geor- 
gel^ par le comte de Broglie. Le comte 
prétendait que l'abbé «était l'auteur et 
le colporteur d'une intrigue dont l'ob- 
jet était d'enlever au comte de Broglie 
la place de maréchal général des logis 
de l'armée. » On y trouve les déposi- 
tions de personnages éminents de 
l'époque, des enquêtes, des lettres, 
des réflexions critiques et l'arrêt de 
la cour du Parlement, Grand'Cham- 
bre et Tournelles assemblées, en 
date du i3 août 1779, qui décharge 
l'abbé Georgelde Vaccusation intentée 
contre lui par le comte de Broglie 
(ouï-dire, surnommé Imbroglio). Le 
« Bulletin du Bibliophile », qui 
donne les détails précédents (1847, 
p. gS), offrait un bel exemplaire de cet 
ouvrage, augmenté de pièces manus- 
crites, au prix de 60 fr. 



Histoire politique, amoureuse et 
héroïque. 

Voir : Staats-Iiebes und Helden- 
geschichte. 

Histoire rapide et légère du 

PEUPLE OrNITHIEN. 

Voir : Manuscrit tombé de la 
lune. 

Histoire secrète de la duchesse 
d'Hanover. 

Voir : Histçire de Frédégonde, 
princesse de Cherusque. 



473 

HISTOIRE SECRÈTE DE LA 
REINE ZARAH ET DES ZARA- 
ZIENS, pour servir de mirror dans 
le royaume d'Albigion ; exactement 
traduit de l'original italien qui se 
trouve aujourd'hui dans le Vatican 
de Rome. — Seconde édition corri- 
gée et imprimée dans le royaume 
d'Albigion, en l'an 1708, 2 parties, 
in-i2 de XXII-123 p. etIV-136 p. 
frontisp. 

Autre édition : Histoire secrète 

DE LA REINE ZaRAH ET DES ZaRAZIENS, 
ou LA DUCHESSE DE MaRLBOROUGH 

DÉMASQUÉE, avec la clef pour l'in- 
telligence de cette histoire. — A 
Oxford, chez Alexandre le Vertu- 
eux, à la Pierre de Touche (Hol- 
lande, à la Sphère), 171 1, avec 
approbation de la nation Britanni- 
que, 2 part. in-i2 de XII-161 p., et 
III-69 p. front, et 3 p. pour la clef. 
On y joint une suite de III-72P., 
Oxfort, 17 12. 

Trois autres éditions de cette his- 
toire satirique sont décrites avec soin 
dans un excellent article publié, 
l'année dernière, par une revue men- 
suelle anglaise « The Bibliographer. » 
Cet ouvrage a été analysé dans la 
« Bibliothèque des Romans » (1776 et 
avril 1783). Il a été attribué au fameux 
docteur anglican H. Sadiewerel et 
aussi à M^e de La Rivière- M anley 
qui a composé L'Atalantis, autre 
roman satirique, dont il a .été parlé 
plus haut ; mais on n'est pas exacte- 
ment fixé sur le véritable auteur de 
1' « Histoire Secrète ». C'est, en 
résumé, un violent pamphlet sur la 
reine Anne et sur la fameuse duchesse 
de Marlborough. On aura l'idée des 
imputations qu'il contient en se rap- 
pelant que M. Michelet, dans son 
« Histoire de France », insiste à plu- 



LES LIVRES A CLEF 



474 



sieurs reprises sur le genre d'attache- 
ment qu'il y avait entre ces deux 
dames. La troisième partie relative à 
la disgrâce de la duchesse de Marlbo- 
rough, causée par la dissolution du 
Parlement et le changement du minis- 
tère de 1710, n'est pas la moins 
curieuse de l'ouvrage. 



HISTOIRE TRAGI-COMIQUE DE 
NOSTRE TEMPS, SOUBS LES 
NOMS DE LYSANDRE ET DE CA- 
LISTE. — Paris, 1615, in-8; autre 
édition, Lyon, 1634, in-12. Plu- 
sieurs fois réimprimé dans le cou- 
rant du xvii^ siècle , notamment 
sous ce titre : Histoire des Amours de 
Lysandre et de Caliste. — Leyde 
(Hollande), 1650, pet. in-12 de 
499 p. en tout. 

L'auteur de ce roman est Henry, 
ou plutôt Vital d'Audiguier, « qui 
a composé plusieurs livres qu'on 
lisait beaucoup au temps de leur nou- 
veauté et qui florissait au commence- 
ment du règne de Louis XIll. » — Il 
est bien difficile de découvrir aujour- 
d'hui les personnages mis en scène 
sous les noms de Lysandre et de Ca- 
liste. D'Audiguier, dans plusieurs de 
ses ouvrages, a retracé des aventures 
de son temps, en déguisant les noms 
de lieux et de personnes; ce procédé 
fut employé par la plupart des ro- 
manciers de cette époque. Parmi les 
œuvres de cet auteur, contenant des 
allusions à des faits et à des personna- 
ges réels, on peut citer encore : 

Les Amours d'Aristandre et deCléo- 
NiCE, par le sieur d'Audiguier. — Pa- 
ris, 161 5, pet. in-8. (Ne serait-ce pas 
le même ouvrage que celui ci-dessus 
décrite) et: 

Les douces affections de Lydamant 
ET de Calyante, par le sieur d'Audi- 
guier. — Paris, 1607, in-12. 

Ce romancier sur lequel il n'a point 



475 

été fait de travail d'ensemble, mérite- 
rait cependant les honneurs d'une 
étude spéciale. On peut consulter uti- 
lement à son sujet le Dictionnaire de 
Moreri, t. I, p. 556, la « Biographie 
Michaud », t. III, p. 25, et la « Bio- 
graphie Gay », passim. 



HISTOIRE TRAGI-COMIQUE DE 
NOSTRE TEMPS, SOUBS LES 
NOMS DE SPLENDOR ET DE LU- 
CINDE, par G. D. G. —Paris, 1524, 
in-8. 

Ce roman fort rare est, suivant 
Quérard et Barbier, de G. de Coste, 
auteur parfaitement inconnu de tous 
les biographes. On ne saura probable- 
ment jamais les noms véritables de 
ce Splendor et de cette Liicinde, dont 
G. de Coste nous a livré les superbes 
aventures. 

HISTOIRE VÉRITABLE DE GIN- 
GIGOLO, ROI DE MANO-EMUGI. 
S. 1. n. d., in-8 (sans doute Paris, 
vers 1789), 23 p. 

Pamphlet allégorique fort rare di- 
rigé contre Louis XVI et ses minis- 
tres. On reconnaît facilement Necker, 
dans ce « ministre, né dans la répu- 
blique des dadas, qui avait acquis une 
fortune assez brillante chez un ban- 
quier ; aussi la nation, qui croit qu'un 
royaume se conduit comme un comp- 
toir, était persuadée que le trésor pu- 
blic serait rempli comme la bourse 
de cet étranger. » 

HISTOIRE VÉRITABLE DE 
TCHEN-TCHEOULI, mandarin let- 
tré, premier ministre, et favori de 
l'empereur Tien-Ki, écrite par lui- 
même et traduite du Chinois, par 
Alex. P. Barginct. — Paris, Nadau, 



LES LIVRES A CLEF 



476 

1822, impr. chez Gœtschy, in-8, 
2 fr. 

Ce petit ouvrage qui offrait, sous 
des noms chinois, l'histoire du mi- 
nistre favori de Louis XVIII et celle 
des personnages qui avaient pris le 
plus de part à son administration, 
fut condamné à la destruction par 
arrêt dt; la Cour royale de Paris, en 
date du 19 août 1822 ; des peines sé- 
vères furent en même temps pronon- 
cées contre l'auteur et l'imprimeur. 
(Voir : Catalogue des écrits condam- 
nés, 1877, p. 198.) 

Les allusions, à ce moment surtout, 
étaient faciles à saisir; tout le monde 
reconnaissait M. Decazes, sous les 
traits de Tcheu-Tcheouli et Louis XVIII 
sous ceux de l'empereur Tien-Ki. En 
raison de la destruction ordonnée par 
la justice, les exemplaires de ce pam- 
phlet sont devenus très rares. 



HISTOIRE VÉRITABLE PRESEN- 
TEE SOUS LE TITRE: LE MA- 
RIAGE ROMPU ET L'AMOUR 
MALHEUREUX, suivi d'une bâtar- 
dise injuste. Tragi-comédie en prose, 
divisée en cinq actes. Soiibance 
(Besançon), 1764, in-8 de vi-i82p. 

Le Dictionnaire des ouvrages ano- 
nymes (t. II, col. 841) et le savant ré- 
dacteur du Catalogue de Soleinne 
(no 2,o5o et Supplément, p. ■]3), s'ac- 
cordent à attribuer à Pierre Marion 
de Salins, cette pièce fort rare, non 
citée dans la Bibliothèque du Théâtre- 
Français et dans le Catalogue de Pont- 
de- Vede. 

D'après une note autographe de 
Charles Nodier, tous les personnages 
qui figurent dans cette pièce sont his- 
toriques, mais leurs noms sont re- 
tournés; ainsi : 
Ormian de Sainî-Récy, — CQSt Marion 

de Saint-Cyr ; 



477 

Miennamie Secto, — Jeanne-Marie 

Costa ; 
Rhecolta Secto, — Recollette Costa ; 
Irrepin Ormian. — Pierrin Manon, 
fils naturel d'Ormian et de Mienna- 
mie ; 

M. Casmol, — 

Étentine Versuleas, suivante,— Etienne 

Levasseur ; 
iVaK7>^ fausse gouvernante,— Jantet; 
Ropet, valet d'Ormian, — Pérot. 

On ne possède pas de renseigne- 
ments précis, sur l'auteur de cette 
étrange comédie; mais M. Paul La- 
croix semble disposé à penser que 
c'est le même que Marion, cité sans 
prénom, dans la France littéraire, de 
M. Quérard, comme auteur de di- 
verses pièces de théâtre. 

HISTORY AND ADVENTURES 
OF AN ATOM (by ToUas Smolkt). 
— London, 1749, in-i2 (malgré 
cette date, cette première édition 
est réellement de 1769). — 2* édi- 
tion : London, 1769, 2 vol. in-12; 
dixième édition : London, 1778. 

2 vol. in-12. Fréquemment réim- 
primé depuis, même de nos jours. 

Sous des noms supposés, l'auteur 
expose la conduite et les dissensions 
de certains partis politiques, de 1754 
à 1768. Il passe en revue, en les af- 
fublant de noms prétendus japonais, 
les hommes d'Etat qui avaient dirigé 
ou contrarié la marche du gouverne- 
ment anglais. Ce roman politico-sa- 
tirique est une œuvre de ressentiment 
personnel ; SmoUett avait sur le cœur 
l'oubli d'un ministère qu'il avait jadis 
si vainement soutenu et encensé dans 
ses écrits; aussi ne craignit-il pas de 
rétracter les jugements favorables qu'il 
avait portés dans son histoire sur plu- 
sieurs ministres, particulièrement sur 
Lord Bute et sur Lord Chatham. Cette 
vengeance contribua du reste à le dé- 
créditer lui-même dans l'esprit de ses 



LES LIVRES A CLEF 



478 

concitoyens. — On trouve une clef 
complète de ce livre, toujours lu et 
recherché en Angleterre, dans l'ou- 
vrage de William Davis, imprimé en 
1825, et intitulé : « A second Journey 
round the Library of a Biblioma- 
niac. » 

HisTORY (The) of John Bull. 
Voir : Le Procès sans fm. 



HISTORY (A) OF NEW-YORK, 
from the beginning of the World 
to the end of the dutchdynasty 
by Diedrick Knickerhocker . — New- 
York, 1809. — Réimprimé, à Pa- 
ris, chez Galignani, 2 vol. in-12. et 
traduit sous le titre de : « Histoire 
DE New-York (ou New-Amsterdam), 
depuis le commencement du monde 
jusqu'à la fm dé la domination hol- 
landaise », par Diedrick Knicker- 
hocker (Washington Irving). — Pa- 
ris, Sautelet, 1827, 2 vol. in-8. 

Cet ouvrage qui contribua tant à 
fonderla réputation du célèbre roman- 
cier américain et qui lui valut la con- 
naissance et l'amitié de Walter Scott, 
est une satire politique des plus fines, 
pleine de gaîté, d'esprit et d'humour. 
Les allusions y abondent et plus d'un 
président des États-Unis est merveil- 
leusement raillé dans ce tableau « des 
« innombrables hésitations deWaUer 
« l'Indécis, des plans désastreux de 
« William le 'Bourru et des exploits 
« chevaleresques de Pierre Forte-Téte, 
a les trois gouverneurs de New-Ams- 
« terdam, seule histoire de ces temps 
« qui ait jamais été, ou puisse être 
« publiée. » 

Le livre eut un succès prodigieux, 
non moins en Angleterre qu'en Amé- 
rique. Les revues de Londres et no- 
tamment « The London Quarterly 
Review »> (mars 1825, t. XXXI, p. 476) 



479 



LES LIVRES A CLEF 



en firent le compte rendu en termes 
des plus élogieux, « regrettant seule- 
ment de ne pouvoir comprendre toutes 
les allusions contenues dans cet ou- 
vrage, qui tient du « Conte du Ton- 
neau » de Swift et est rempli d'une 
vivacité toute française ». 

Sans aucun doute, la clef de ce livre 
a dû être faite en Amérique, dès les 
premiers moments de sa publication. 

Homme (L') a bonne fortune... 
Vofr : Le Taureau banal de Paris. 

HOMME (L') A BONNES FOR- 
TUNES, comédie (en cinq actes et 
en prose), par M. Baron. — Paris, 
1686, pet. in-i2, plusieurs fois 
réimprimé. 

Cette pièce, qui fut très goûtée, a été 
tour à tour attribuée à d'Alègre et à 
de Subligny, plutôt qu'à Baron, dont 
cependant elle porte le nom. On sait 
que Michel ^oyron, dit Œaron, fa- 
meux acteur, eut de grands succès 
dans un certain monde ; il était fort 
bel homme et eut de nombreuses 
aventures galantes ; ces diverses cir- 
constances l'ont toujours fait regarder 
comme l'auteur, l'acteur et le héros 
de r « Homme à bonnes fortunes ». 

HOMME (L') A CORNES, tragi- 
comédie. — Paris, chez les princi. 
paux libraires, 1787, in-8, assez 
rare. 

Cette pièce burlesque, en vers, n'est 
autre chose qu'une satire relative au 
procèsde Beaumarchais et du banquier 
Kornmann. 

HOMME (L') DE COUR, comé- 
die . en cinq actes en vers, par 
M. Chauveaii. — Londres et Paris, 
Barbou, 1767, in-8. 



480 

Quoique l'auteur « proteste contre 
touteapplication personnelle,directe et 
indirecte »,il y a lieu de croire qu'il a 
eu en vue le maréchal de Richelieu, 
dans le personnage de Vassigny, duc 
de rioricour On comprend dès lors 
qu'il ait attendu pendant quinze mois 
une lecture à la Comédie-Française 
qui était, à cette époque, sous l'auto- 
cratie du maréchal (Catalogue Solein- 
ne, no 2108). 

Homme (L') du siècle. 
Voir : La Morale des Sens. 

Hommes (Les) de Prométhée. 
Voir : Les Impostures innocentes. 

HOMMES (LES) DU SECOND 
EMPIRE, Silhouettes contempo- 
raines, par E.-C. Grcnville-Murray . 
— Traduit de l'anglais avec l'auto- 
risation de l'auteur, par Auguste 
Dapples. — Paris, Sandoz et Fis- 
chbacher, 1873, in-12, 3 fr. 50. 

L'édition originale anglaise de ce livre 
est datée de Londres, 1869. L'auteur, 
homme de lettres et diplomate anglais, 
y a condensé ses observations person- 
nelles sur les personnages politiques 
de la cour de Napoléon III : il ne 
nomme pas les gens et se contente de 
les désigner par des allusions faciles 
à saisir ; ainsi, le sénateur impérial 
n'est autre que M. Rouher ; le minis- 
tre qui parle, c'est M. de Forcade La 
Roquette, etc., il y pleut des masques. 
M. Grenville-Murray s'est d'ailleurs 
particulièrement occupé de notre so- 
ciété politique et a publié divers ou- 
vrages dans lesquels, sous des noms 
d'emprunt, il trace des portraits de 
personnages français contemporains. 
Citons notamment : 

Le duc de Hautbourg, histoire d'un 
député sous le second Empire. — Tra- 
duit par J. Butler. Paris, Le Chevalier, 
1875, 2 vol. in-i2. 



48 1 

Le député de Paris, épisodes du se- 
cond Empire, traduit par le même. 
Paris, A. Ghio, 1875, in-12, 3 fr. 

Les Hommes de la troisième répu- 
blique, traduit par Henri Testard. 
Paris, Sandoz et Fischbacher, 1873, 
in-12, 3 fr. 5o. 

HUDIBRAS, A POEM ; by 5a- 
muel Butler ; with D^ Grey's anno- 
tations. — A new Edition, correc- 
ted and enlarged. — London, 
Baldwin, 1819, 3 voL in-8, ornés 
d'un portrait, de gravures et de 
nombreuses vignettes sur bois. On 
y joint quelquefois une série de 
soixante portraits spécialement pu- 
bliés par Baldwin pour illustrer cet 
ouvrage. 

Telle est l'une des plus belles et as- 
surément la meilleure de toutes les 
éditions de ce célèbre poème burles- 
que, divisé en trois parties qui paru- 
rent successivement, à Londres, pour 
la première fois en i663, 1664 et 1678. 
Les éditions anglaises sont innombra- 
bles, mais il n'existe qu'une traduction 
française du poème complet; à peine 
deux ou trois littérateurs, et notamment 
Voltaire, ont-ils traduit des fragments 
du premier chant. Voici le titre de la 
traduction complète, due à l'anglais 
John Towneley, officier au service de 
la France : 

« HuDIBRAS, » POÈME ÉCRIT DANS LE 

TEMPS DES TROUBLES d'Angleterre, tra- 
duit en vers français (par Towneley, 
et publié par l'abbé Tuberville-Née- 
dam), avec des remarques (par Lar- 
cher). Londres (Paris), 1757, 3 vol. 
in-12, ornés de figures assez fines, 
composées d'après les dessins d'Ho- 
garth. 

Cette traduction, excellente pour le 
sens, sinon pour la versification, cor- 
respond presque vers par vers au texte 
anglais imprimé en regard. Elle a été 



LES LIVRES A CLEF 



482 

réimprimée : Paris, Jombert et Didot, 
1819-1820, 3 vol. in-12, avec i5 fig. 
d'après Hogarth (i5 fr. et 3o fr. sur 
grand papier). Ni l'une ni l'autre de 
ces traductions ne se rencontre facile- 
ment aujourd'hui. La dernière édition, 
qui a fait baisser le prix de celle de 
1757, qui n'avait été tirée qu'à 200 
exemplaires, est augmentée d'une clef 
générale d' « Hudibras, » composée 
par Lottin jeune et d'une notice sur 
Towneley. 

Tout le monde sait que Butler, àan^ 
ce poème qui procède de « Don Qui- 
chotte » et de la « Satyre Ménippée, » 
a eu pour but de tourner en ridi- 
cule le fanatisme et l'extravagance 
féroce des sectes religieuses et des 
partis politiques qui ont bouleversé 
l'Angleterre dans les dernières années 
du règne de Charles I" et sous le 
Protectorat de Cromwell; — royaliste 
fervent, il ne s'est pas privé de lan- 
cer des traits fort acerbes et souvent 
mérités contre les Indépendants et les 
Républicains. Sous la Restauration 
de Charles II, l'horreur générale que 
l'on conservait pour les crimes et les 
folies qui étaient l'objet de cette 
satire, y donnaient un intérêt plus 
vif, et les conversations fournissaient 
à chaque instant l'occasion d'en citer 
quelques fragments et d'en tirer des 
allusions très piquantes. En s'éloi- 
gnaiit de cette époque, l'effet de l'ou- 
vrage s'est nécessairement affaibli : 
beaucoup de plaisanteries et d'allu- 
sions sont devenues presque inintel- 
ligibles, même pour les Anglais, à 
plus forte raison pour nous, et l'on 
a été obligé de commenter Butler, 
comme, chez nous, on a commenté 
Rabelais. Encore faut-il remarquer 
que les commentateurs ne sont pas 
toujours d'accord. On convient ce- 
pendant en général que le personnage 
A'Hiidibras représente Sir Samuel 
Luke, ardent puritain, que Butler 
avait bien connu; — Kalpho, son 
écuyer, personnifie la secte des Indé- 
pendants; — l'ivrogne Crowdero, se- 

16 



483 

rait le portrait d'un tailleur nommé 
Jackson; Trulla, une fière gaillarde, 
ne serait autre que la fille du répu- 
blicain James Spencer; — Sidrophel, 
le sorcier, représenterait le fameux 
astrologue Guillaume Lilly; — son 
disciple Whachum, était une espèce 
de clerc de procureur nommé Tho- 
mas Jones; — enfin, le nom de 
Smectymnus est un mot factice formé 
des lettres initiales des noms et pré- 
noms de cinq prédicateurs parle- 
mentaires alors fameux : Stephen 
Marshall, Edmond Calamy, Thomas 
Young, Mathieu Newcomen, William 
Sparstow. 

Outre la clef donnée par Lottin 
jeune, les curieux consulteront avec 
fruit : A Key to Hudibras, by Sir 
Robert l'Estrange, insérée dans les 
« Posthumous Works of Samuel 
Butler. » London, 1720, 3 vol. in-12, 
gravures. 

HUSBAND (THE) HIS OWN 
CUCKOLD. — A comedy, by John 
Drydcn, junior. — Acted at Lin- 
coln's-Inn-fields. — 1696, London, 
in-4. (Le mari qui se c.fie lui- 
même.) 

Le titre de cette pièce indique suf- 
fisamment la nature du sujet qui 
n'est pas des plus réservés. L'intrigue 
est fondée sur un fait absolument 
véritable qui s'était récemment passé 
à Rome; l'auteur crut devoir trans- 
porter la scène en Angleterre et don- 
ner des noms anglais à ses person- 
nages. (Voir « Biographia Dramatica » 
- 1782, T. II, p. 159.) 

HYMNE SUR LA NAISSANCE 
DE MADAME DE FRANCE, FILLE 
DU ROY TRÈS CHRÉTIEN CHAR- 
LES IX ; par / S. P. — Paris, Ma- 
thurin Martin (1571 ou 1572), pet. 
in-8 de 8 f. , contenant 325 vers. 



LES LIVRES A CLEF 



484 

On ne cite ici ce très rare opuscule 
d'un élève de Ronsard que pour dé- 
montrer une fois de plus l'utilité des 
clefs pour l'intelligence de beaucoup 
de vieux auteurs; qui pourrait en 
effet bien comprendre les allusions 
contenues dans les vers suivants, où 
J. S. P. désigne divers poètes qui 
ont chanté comme lui la naissance de 
Madame de France (Marie-Elisabeth)? 

.... « Eh quoy vous, doctes Cignes, 
Poètes Sainctz qui suivez les enseignes 
Du perruquier, que n'enflez-vous vos pas 
Pour du natal hault sonner les esbats ? 
Certes i'ay tort : voicy ce grand Terpaudre, 
Qui de sa bouche un grand torrent espandre 
Faict des chansons, ce iour solennisant ; 
Voicy l'amant de Meline épuisant 
La Source belle au cheval de Persie, 
Qui d'un doux chant faict sa lire dorée 
Hault résonner ; voicy Belleau encore 
Et l'autre aussi qui prend son nom de l'or » 



J'avouerai humblement que sans 
une note du « Bulletin du Biblio- 
phile » (1857, p. 404), j'aurais eu 
bien de la peine à trouver que « les 
enseignes du perruquier «signifient la 
Bannière d'Apollon; que n ce grand 
Terpandre « veut dire Ronsard et que 
celui qui prend son nom de l'or, c'est 
Dorât (en latin Auratus). Les écrits 
les plus obscurs, je le répète, même 
les plus insignifiants en apparence, 
peuvent encore nous donner quel- 
ques indications utiles ou intéressan- 
tes, quand ils sont bien déchiff'rés. 

Hypercalypseos liber singularis. 
Voir: Didymi clerici, prophetcc 
minimi. 

Hypnerotomachie, ou Discours 
DU Songe de Poliphile. .. 

Voir : Poliphili Hypnerotoma- 
chia... 

I. K. L. Essai dramatique, ou- 
vrage posthume de Léonard Gobe- 



485 

MOUCHE, publié par Marc-Roch-Luc- 
Pic-Loup, citoyen de Nanterre, des 
académies de Chaillot, Passy, Van- 
ves , Auteuil , Vaugirard , Su- 
resne, etc. Dernière édition (Fari 
quce sentiam). A Montmartre, et se 
trouve à Paris, chez Louis Cellot, 
imprimeur-libraire, rue Dauphine. 
M.DCC.LXXVI. In-8 de 72 pages. 

I. K. L,, infante de Congo, est une 
facétie quasi-dramatique, dont tout le 
dialogue se compose des lettres de 
l'alphabet, non assemblées entre elles 
et disposées dans leur ordre alphabé- 
tique. On comprend combien cette es- 
pèce de rébus serait fastidieuse si elle 
se prolongeait au delà des 25 lettres 
de l'alphabet. Ce soi-disant drame 
n'est d'ailleurs qu'un prétexte à mo- 
queries. L'auteur de cet opuscule, 
WiLLEMAiN d'Abancourt, ne cesse, dans 
son épître dédicatoire à son cordon- 
nier, dans son discours préliminaire, 
dans son éloge de Léonard Gobe- 
mouche, enfin dans les nombreuses 
notes qui servent de commentaire à 
/. K. L. de railler impitoyablement 
la plupart des petits auteurs de son 
temps; toutefois, il sait rendre jus- 
tice au vrai talent. Or, comme tous 
les écrivains auxquels il fait allusion 
ne sont désignés que par des initiales 
ou par des périphrases aujourd'hui 
peu transparentes, il s'en suit que cet 
opuscule doit être rangé dans la caté- 
gorie des livres à clef. Faire toutes les 
recherches nécessaires pour dresser la 
clef bien complète de ce mince écrit, 
serait un bien grand labeur pour un 
très petit résultat ; aussi me bornerai- 
je à dévoiler ici les noms les plus im- 
portants : 

C'est ainsi que, page 10, D... si- 
gnifie Durosoi, et, page 16, 
Les feuilles soporatives du grand 

F..., désignent Fréron; 
Les erreurs du savant iV .., — l'abbé 
Nonotte ; 



LES LIVRES A CLEF 



486 

Les tragédies barbares de Chapelain 
second, — Le Mierre ; 

Les comédies pitoyables du larmoyant 
F.... — Falbaire de Quingey; 

Les drames héroi-bourgeois de l'in- 
trépide M..., — Mercier; 

Le xvin^ siècle du judicieux G..,, — 
Gilbert ; 

Les grandes notices du petit S..., — 
Sautreau de Marsy; 

Les rimes usuraires de la muse limo- 
nadière, — Mm^ Bourette ; 

Les siècles éloquents de V éloquent S..., 
— l'abbé Sabatier; 

La Psyché récrépie de catharreux 
A..., — l'abbé Aubert; 

Les rapsodies familières de Végoiste 
D..., — le chevalier Ducoudray ; 

Les lettres sublimes de l'impartial 
C..., — J.-M.-B. Clément. 

ICARIA. 

Voir : Joannis Bisselii è societate 
fesu, etc. 

IDÉE D'UN RÈGNE DOUX ET 
HEUREUX, ou Relation du voyage 

DU PRINCE DE MoNTBÉRAND DANS 

l'isle DE Naudely. Premier (sic) 
partie. Cazères (Paris), 1703. In-12, 
fig. Plusieurs fois réimprimé avec 
des changements dans le titre et 
sous la rubrique soit de Messine, 
soit de Mérinde, en 1705 et en 1706. 

Cette médiocre production est de 
Pierre de Lesconvel, écrivain sans 
valeur qui avait la manie de se cacher 
sous des pseudonymes ou de fausses 
qualités. Une des éditions de Vidée 
d'un règne doux et heureux porte : 
« par l'auteur des Aventures de Télé- 
maque; » mais le public ne se méprit 
pas longtemps à cette supercherie, et 
l'auteur ne publia jamais la seconde 
partie de son roman allégorique. 
C'est, dit la Biographie Michaud 



487 

(t. XXIV, p. 284), une espèce de satire 
plate et ennuyeuse contre les mœurs 
de la lin du règne de Louis XIV et plus 
particulièrement contre le faste des 
prélats. M. G. Brunet dit qu'on a in- 
fructueusement cherché à déchiffrer 
les anagrammes de cet ouvrage. La 
clef est donc encore à faire. 



ILE (L') DES APHONES, ou His- 
toire d'un peuple affligé d'une 
EXTINCTION DE VOIX. Par Louis Rey- 
haud. Inséré dans Les ce Mœurs et 
Portraits du temps. » Paris, Michel 
Lévy, 1853, 2 vol. in-i2 (forme 
les pages 291 à 432 du t. I et i à 83 
du t. II). 

Ingénieuse allégorie politique. II s'a- 
git d'un peuple inconnu qui perd l'u- 
sage delà parole dès qu'on l'interroge 
sur les actes ou sur la forme de son 
gouvernement; les journaux mêmes 
qui contiennent des informations po- 
litiques deviennent illisibles; la page 
est blanche dès qu'on y jette les 
yeux. Il s'agit, bien entendu, de la 
France et des tracasseries de la police 
politique qui voudrait fermer toutes 
les bouches et briser toutes les plu- 
mes; la Chambre des Pairs, la Chambre 
des Députés, le Conseil d'Etat et l'ar- 
mée sont mis en cause et finement 
raillés. On remarque des allusions à 
certains personnages et fonctionnaires 
de l'époque; M. Louis Reybaud excel- 
lait, on le sait, dans ce genre de satire; 
nous le retrouverons aux deux arti- 
cles : « Jérôme Paturot. » 



ILLUSTRE(L')AMALAZONTHE. 
dédié à Son Altesse Royale, par le 
sieur des Fontaines. — Paris, Antoine 
Robinot, 1645, 2 parties en i vo- 
lume in-8 de 7 f. préliminaires, 539 
et 341 pages. 



LES LIVRES A CLEF 



488 

Bien que les « livres à clefs » aient 
donné quelques indications sur cet 
ouvrage (p. gi), il nous semble inté- 
ressant de reproduire ici, outre la clef 
même du roman, un extrait d'une 
excellente notice donnée sur ce livre 
par M. Paul Lacroix dans le « Bulle- 
tin du Bibliophile » (année 1862, 
p. 1253-1254). 

« Barbier, dans son Dictionnaire 
des anonymes, » dit l'éminent biblio- 
graphe, a publié une clef de ce roman 
d'après une note tirée du catalogue 
manuscrit de la bibliothèque du pré- 
sident Bouhier. Cette clef était indis- 
pensable pour l'interprétation de l'ou- 
vrage, dans lequel l'auteur a fait 
entrer, sous des noms allégoriques, 
toute l'histoire du procès criminel de 
Philippe Giroux, président à mortier 
au parlement de Dijon, assassin de 
Pierre Baillet, président en la chambre 
des comptes de Bourgogne. Au reste, 
cette clef avait circulé en même temps 
que le livre, dès l'apparition de r« Il- 
lustre Amalazonthe, » et les auteurs 
de la « Bibliothèque historique de la 
France, » édition de Fevret de Fon- 
tette, l'ont citée sous le n° 33,o83, à la 
suite des pièces imprimées et manus- 
crites relatives à ce procès célèbre. 
L'exemplaire de 1' « Illustre Amala- 
zonthe 1) que nous avons entre nos 
mains, renferme une clef beaucoup 
plus détaillée que celle de Barbier. 
Les cinq pages manuscrites in-40 qui 
figurent en tête de cet exemplaire, ont 
été rédigées, au moment où le roman 
a paru, par une personne bien infor- 
mée, qui a réuni des particularités 
curieuses sur les personnages mis en 
cause. On sait avec certitude que l'au- 
teur du roman est l'abbé de Cerii^iers, 
qui avait pris le nom de son ami Des- 
fontaines, auteur de tragi-comédies 
représentées à l'hôtel de Bourgogne, 
pour donner plus de vogue au récit 
romanesque où il avait introduit l'his- 
toire tragique des amours du conseil- 
ler Giroux avea la dame Baillet, en la 
faisant remonter à l'époque de Jules 



489 

César. C'était là le genre d'allusions 
historiques qui charmait la société 
polie au milieu du XVIl* siècle.... » 

Il est regrettable que M. P. Lacroix 
n'ait pas cru devoir compléter la clef 
donnée par Barbier, à l'aide du curieux 
exemplaire annoté qu'il avait entre les 
mains et qu'un heureux amateur a pu, 
en 1862, acquérir pour la somme de 
24 fr. 

Nous sommes donc réduits à trans- 
crire la clef plus restreinte qui est in- 
sérée dans la dernière édition des 
« Supercheries littéraires (t. I, col. 912 
et 9i3) : 

Anthénor, — Benoît Giroux^ président 
à mortier au parlement de Dijon, 
père de Philippe ; 
Axiane, — Marguerite Brulard, veuve 
de Jean Legoux, sieur de la Berchère, 
premier président audit parlement 
et belle-mère dudit Philippe Giroux ; 
quelquefois aussi on donne, dans le 
roman, ce même nom à Jeanne Bur- 
gat, mère du président Baillet, quoi- 
que le plus souvent on lui donne 
celui à'Ericlée; 
Balisthène, — Pierre Baillet, président 

à la chambre des comptes; 
Bélise, — N. Berbis, veuve du sieur du 

Vigny; 

Bérénice, — Marie Fyot, femme du 

président Baillet, fille de M. Fyot 

de Barain, doyen dudit parlement; 

César, — Henri de Bourbon, prince de 

Condé; 
Elius Ciisanus, — Pierre de Saumaise, 
sieur de Chasans, conseiller audit 
parlement; 
Ericlée, — Jeanne Burgat, mère du 

président Baillet; 
Eugène, — valet du même président; 
Fétomire, — Jacquot, conseiller audit 
parlement, l'un des rapporteurs du 
procès; 
Gergovie, — la ville de Dôle; 
Justinien, — Sayve, conseiller audit 

parlement; 
Kéralie, — N. Legoux de la Berchère, 

femme de Philippe Giroux; 
Lisimandre, — Denis Legoux, frère de 



LES LIVRES A CLEF 



490 

ladite dame, depuis premier prési- 
dent au parlement de Grenoble; 

Mégliaris, — Millière, conseiller au 
parlement de Dijon, l'un des rap- 
porteurs dudit procès; 

Morélie, — Hilaire Moreau, jeune tille 
de Beaune; 

Protésilas, — Pierre Legoux, sieur de 
la Berchère, premier président audit 
parlement; 

Rufinius , — Philippe Giroux, pré- 
sident à mortier audit parlement; 

Toxaris, — N. Rodot, médecin d'Aval- 
Ion; 

Vercingctorix, — le roi d'Espagne. 

Illustre (L') Esclave. 
Voir : Cléodamis et Leiex. 

ILLYRINE ou L'ÉCUEIL DE 
L'INEXPÉRIENCE (par M'-" Sn- 
:^anne Giroux, dite de Moreiicy). — 
Paris, Pringiiet et chez l'auteur, 
rue Neuve-Saint-Roch, 1 1 1 , an VII 
(1799), 3 vol. in-8, portrait de l'au- 
teur. Prix: 9 fr. Réimprimé, s. 1. 
n. d., en 2 vol. in-i8. 

« Cet ouvrage, dit Quérard, n'est point 
un roman; c'est l'histoire un peu sca- 
breuse d'une femme de vingt-huit ans, 
écrite par l'héroïne même qui en est 
l'objet. Sa famille n'y est point res- 
pectée. La plupart des personnages 
qu'on y voit figurer sont très connus 
et ont joué un grand rôle sur le théâtre 
de la Révolution : tels sont, par exem- 
ple, Dumouriez, Saint-Just, Fabre 
d'Eglantine, Hérault de Séchelles, etc. 
— La multitude des aventures conte- 
nues dans ces mémoires prouve que, 
pendantquinzeans, l'héroïne n'a perdu 
que peu ou point d'instants. « La 
connaissance que j'ai des hommes, 
dit-elle, m'a appris à traiter l'amour 
cavalièrement: » principequ'elle a mis 
en usage tant qu'un reste d'attraits le 
lui a permis. » — M. Ch. Monselet 



491 



LES LIVRES A CLEF 



492 



qui a donné une curieuse notice sur 
Mme de Morency (Les Oubliés et les 
Dédaignés, t. II, pp. ii5-i38), ajoute : 
« Illyrine est, de tous les ouvrages de 
cette dame, celui qui a fait le plus de 
bruit, c'est-à-dire le plus de scandale; 
elle s'y est peinte elle-même sous dif- 
férents pseudonymes. « Illyrine » fut 
lue par tous ceux qui connaissaient 
l'auteur et par tous ceux qui désiraient 
le connaître, si bien que le surnom 
à'IUyrine resta à la Morency. » Bien 
que beaucoup de noms propres soient 
écrits en toutes lettres dans cet ou- 
vrage, quelques personnages sont dé- 
signés sous des pseudonymes ou par 
des initialismes : ainsi dans l'avocat 

Q t, il faut reconnaître le pauvre 

Quillet, que Suzanne Giroux (rien de 
la chaste Suzanne!) avait épousé toute 
jeune à Boissons et dont elle se sépara 
plus tard en divorçant. 

« Illyrine » eut une véritable suite 
intitulée : Rosalina ou les Méprises de 
Vamoiir et de la nature, par M. G***. 
auteur d' « Illyrine, » Paris, an IX 
(1801), 2 vol. in-i2, dexi-2o6et 217 pp. 
Portrait. Prix : 3 fr. 

Ce roman, non moins singulier 
qu' d Illyrine,» porte pour épitaphe : 

S'il faut, pour être sage, abjurer la tendresse, 
Je garde mon délire et proscris la sagesse. 

On lit dans l'avant-propos : « Ce 
nouvel ouvrage de l'auteur A'' Illyrine 
porte encore le caractère d'une par- 
faite originalité et d'une excessive vé- 
rité, puisque l'on peut mettre le doigt 
sur tous ses héros. Cette seconde/o//e 
est de même divisée par lettres et par 
chapitres. » Ainsi ce sont encore des 
mémoires où les allusions et les 
personnalités ne sont pas ménagées. 

Q e (Quinette) notamment, ancien 

amant de la Morency, y joue un rôle 
peu brillant. En résumé, Illyrine et 
Rosalina mériteraient à plus d'un titre 
les honneurs de la réimpression, et 
une clef bien complète rendrait ces 
deux ouvrages fort intéressants, même 
de nos jours. 



IMPOSTOR (THE) DETECTED, 
or The Vintner's triumph overB. . .e 
and H...r. — A farce occasioned 
by a case lately offered to H...e 
of C.ns, by the said B...ke and 
H...r. — 1712 (London), in-4. 

Cette pièce, dont l'action se passe à 
Londres dans le palais de Westmins- 
ter, est absolument politique et ne fut 
pas composée pour être représentée : 
B—e et H — r sont deux membres du 
parlement (//— of c — ns) Brooke et 
Hellier : on trouverait la clef de cette 
farce en parcourant les actes de la 
Chambre des communes (House ofcom- 
mons), pour cette année-là. (« Biogra- 
phia dramatica, » t. II, p. 166.) 

IMPOSTURES (LES) INNOCEN- 
TES, ou Les Opuscules de M*** 
(Mciisnicr de Oiieilon). Magdebourg 
(Paris), 1761, 2 parties en i vol. 
in-i2. 

Certains exemplaires ont pour 
titre : 

Histoire de quelques courti- 
sanes Grecques, précédée du point 
de vue de l'Opéra ; suivies de quel- 
ques contes. Par M. de Oiierhn. — 
A Magdebourg, et se trouve à Pa- 
ris chez les marchands de nou- 
veautés. 2 parties en i vol. in-12 
(ou plutôt in-i8) de VIII, 279 p. 

Il n'est point douteux que ces deux 
livres ne soient absolument un seul 
et même ouvrage ; de plus, je suis très 
porté à croire qu'il n'y a eu qu'une 
édition, en 1761. En effet, le titre et le 
faux-titre de V « Histoire de quelques 
courtisanes » sont imprimés sur papier 
beaucoup plus blanc que le reste de 
l'ouvrage; sans doute les « Impostures 
innocentes » ne se débitèrent pas assez 
vite au gré du libraire et, comme cela 



493 

se pratiquait souvent aussi bien au 
XVIII« siècle que de nos jours, il jugea 
utile de le remettre en vogue en rem- 
plaçant le premier titre par un autre 
plus alléchant. L'exemplaire de M. A. 
Dinaux, que possède actuellement 
M. O. Uzanne qui me l'a communi- 
qué, confirme entièrement cette opi- 
nion ; le titre porte : « Histoire de 
quelques courtisanes,» mais le relieur 
a bien mis sur le dos : « Impost. in- 
noc. » Les pièces que contient ce 
recueil sont au nombre de cinq et 
sont intitulées : « Le Point de vue de 
l'Opéra; — Psaphion, ou la Courti- 
sane DE Smyrne (déjà publié en 1748, 
in-12); — Les Hommes de Promé- 
thée; — Serpille et Lilla, ou le 
Roman d'un jour; — Ginname, histoire 
grecque. » 

M. A. Dinaux, dans une assez longue 
note qu'il avait écrite sur son exem- 
plaire, n'hésite point à dire que l'au- 
teur, dans ses « Impostures innocen- 
tes, » a fait certainement allusion, 
sous des noms grecs, à des femmes 
galantes de Paris : cela est d'autant 
plus admissible que Meusnier de Quer- 
ïon n'en était pas à son coup d'essai 
en pareille matière; déjà, en 1740, il 
avait publié un livre à clef, i< Lés Sou- 
pers de Daphné et les Dortoirs de La- 
cédémone, » que nous retrouverons 
plus loin. Malheureusement, si la clef 
des « Soupers » a été faite, il n'en est 
pas de même pour les « Impostures 
innocentes » et ce ne serait point un 
mince travail de rechercher la signifi- 
cation véritable de tous les noms grecs 
qui abondent dans « Psaphion, » dans 
les « Hommes de Prométhée » et dans 
« Cinname. » 

INCONNUE (L'), Histoire véri- 
table. S. 1., 1785, in-8 de 99 p., 
plus un feuillet contenant la clef; 
rare, surtout avec la clef. 

Ce récit, dont l'auteur est demeuré 
inconnu, repose sur un fait très réel et 



LES LIVRES A CLEF 



494 



contient des particularités très curieu- 
ses sur la vie et les intrigues d'une 
aventurière du siècle dernier, la de- 
moiselle Félix-Julienne de Schonait, 
dite Freulen, qui se faisait passer pour 
la fille naturelle de l'empereur Fran- 
çois 1er, mort en 1765. Le « Bulletin 
du Bibliophile » contient, dans son 
numéro de mars-avril 1874 (pp. 1^43 
149), un fort intéressant article signé : 
W. O., relatif à cet ouvrage; on y 
voit que le duc de Richelieu et le 
comte de Cobenzel furent assez agréa- 
blement dupés par la belle mademoi- 
selle de Schonau. L'article se termine 
par la clef de 1' « Inconnue; » la voici : 
A ..b..g, — Aversberg ; 
A.ch..e M.r.e, — archiduchesse Ma- 
rianne; 
B..g..so, — Belgioso ; 
Ch,.s de L..e, — Charles de Lorraine; 
C.l, — Cobenzel; 
C..7'..ny, — Coroniny; 
D...n, — Dietrichstein; 
E.p..r F. .s, — Empereur François I"; 
L.p.xe, — Impératrice; 
J. de W..ff, — Jean de WeissendorlT; 
K..t:{. — Kaunitz. 

Ajoutons que la « Correspondance 
de Grimm » (février 1763) signale, 
sous le titre suivant, un ouvrage qui 
semble avoir beaucoup d'analogie avec 
celui qui nous occupe; c'est l'Incon- 
nue, roman véritable, ou Lettres de 
M. l'abbé de *■*'* et de M"e de B*** (Pa- 
ris, 1765). 

« Il n'y a point de décrotteur, dit 
Grimm, qui n'écrivît mieux que le 
coquin^ auteur de cet ouvrage. On ne 
comprend rien du tout à son imperti- 
nente rapsodie. Là, comme je présume, 
l'héroïne du roman est une certaine 
M"e Renaud, ancienne maîtresse du 
comte de Brulh, grand écuyer et frère 
du premier ministre; il faudra s'adres- 
sera elle pour avoir la clef de cet in- 
sipide et détestable bavardage. » 

Il serait bien curieux de pouvoir 
comparer les deux ouvrages et de sa- 
voir si Mlle Renaud et M"e de Schonau, 
dite Freulen, ne sont pas une seule et 



495 

même personne, comme paraît le 
croire la «Bibliographie Gay. » 

INGÉNUE SAXANCOUR, ou la 
FEMME SÉPARÉE : Histoire propre à 
démontrer combien il est dange- 
reux pour les filles de se marier par 
entêtement et avec précipitation, 
malgré leurs parents : écrite par 
elle-même. — A Liège, et se trouve 
à Paris, chez Maradan, libraire, 
rue des Noyers, n°33, 1786 a 1789. 
Trois parties en trois volumes in- 12 
de 248, 240, 260 p. 

Ouvrage de Nie. -Ed. Restif de la 
Bretonne. C'est l'histoire à.'Agnès, 
fille aînée de Restif, histoire déso- 
lante, dit iVI. Ch. Monselet, et sans 
doute exagérée à dessein. On a 
peine à comprendre comment Restif 
ose ainsi dévoiler les turpitudes de 
son ménage et de sa famille. 

C'est encore à M. P. Lacroix que 
nous emprunterons les intéressants 
renseignements qui suivent, sur 
la clef de cette incroyable produc- 
tion : voici comment s'exprime l'é- 
minent bibliographe : 

(( La clé de la Femme infidèle, ré- 
digée par Restif lui-même, peut ser- 
vir aussi pour l'interprétation d'une 
partie d'Ingénue Saxancourt (Voir ce 
titre); nous avons jugé utile pourtant 
d'ajouter à notre ouvrage une clef par- 
ticulière, dans laquelle on trouvera 
beaucoup d'explications que Restif 
n'aurait pas données. 

Tomes. Pages. 

1". 7. Une grande dame, — la 
comtesse de Boufflers. 

— Une jeune femme, — Agnès 

Restif, dite Ingénue. 

— g. Jean de Vert, — Restif lui- 

même. 



LES LIVRES A CLEF 

Tomes 



496 



Pages 

10. Une ville de Bourgogne, 

— Auxerre. — Un village 
de Champagne, — Sacy. 

— Mon ayeul maternel, 

— Edme Restif, illustré 
par la Vie de mon père. 

11. Mon ayeule, — Barbe Fer- 

let, femme du précédent. 

— Alon père, — Nicolas, 

— Edme Restif de la Bre- 
tonne, dit Saxancour, du 
nom de Sacy, où il était 
né. 

17. Mulino, marchand de mous- 

selines, — Moulins. Voy. 
Monsieur Nicolas, t. X, 
page 3686. 

18. Une grande fille, — Sara 

Krammer. 

If). M. Leroux, — Imhert de 
Saint-Maurice. Ibid., page 
2679. 

2 1 . 7V/"e Balbin, — Agnès Le- 
bègue, femme de Restif. 

41. Une commère, — M"" Dési- 
rée Didier. Ibid., page 
2718. 

48. Une dame Manigre, — Ger- 
main. Ibid., page 2730. 

5o. Deux jumeaux. — Voy. sur 
ces jumeaux la Femme 
infidèle. 

52, M. Rapenot, — c'est Edme 
Rapenot, le libraire. 

5g. Un galetas au cinquième, 

— au collège de Presle, 
rue de la Harpe. 

75. Une demoiselle fort brune, 

— Estherette. Voy. Mon- 
sieur Nicolas, tome X, 
page 2772. 

78. Ma sœur, — Marion, se- 
conde fille de Restif. 

81. Caraqua, — Chéreau de Vil- 
lefranche. Ibid., tome X, 
page 283 1 . — L'A nglais, 

— sir Janson. Ibid., t. X, 
X, page 2843. 

89. Ornefuri, — Fournier. 
1 1 5. Un homme singulier, — c'es 



497 

Tomes 



LES LIVRES A CLEF 



498 



Pages, 



Restif lui-même. Voy. ses 
lettres aux filles de mode, 
dans la Malédiction pa- 
ternelle. 

— 123. Mamonet, — Nougaret. 

— 245. Jean de Nivelle, — Encore 

Nougaret. 
II. — I. Le musicien, — Restif. 

— i3. M»"^ Bite:{, — M«"e veuve 

Bizet, sœur de Restif, bi- 
joutière, quai deGesvres. 

— 17. Moresquin, — Auge, qui 

épousa Ingénue; il est 
désigné sous le pseudo- 
nyme de Lechiné ou l'E- 
chiné, dans la Femme 
infidèle, 

— 24. iV/'ie Leemaîî, — Debée,mère 

de la Sara de Restif. 

— loi. J'ai été trois jours à prendre 

ton p , — Raconté dans 

l'Anti-J ustine, où Auge est 
désigne sous cette ana- 
gramme : Guœ. 

— 1 3q. Un bien qu'elle possédait en 

Normandie, aux Andelys; 

— i5o. Le vil Chiher, — Richer. 

— i85. Un saint ecclésiastique, — 

le curé de Courgis. 

— 187. Le directeur L. T., — De- 

laistre, ou de Laistre ? 

— 218. Fromentel Bléri. 

— 221. Une marquise, — la mar- 

quise de BuUion. 
III, — I. Le 2 5 novembre, — 1782. 

— 1. Champdépines, — Lépinaie, 

contrôleur des bois à brû- 
ler. 

— 7. L'homme dont Moresquin 

dépendait, — Delaistre, le 
directeur des fermes pour 
les bois à brûler. — Un 
fayencier, — Dol, rue de 
la Roquette ? 

— 12. Un homme puissant, — le 

prévôt des marchands, Le 
Pelletier de Morfontaine. 

— 14. M. d'Oiseaumont, — l'abbé 

de Montlinot, qui habi- 
tait Soissons. — Olaiis 



— 44- 

— 73. 

— 83. 

— 86. 
93, 



— io5. 



Tomes Pa£;es, 

Magnus, — le prévôt des 
marchands. 

Vulda, — Dulau. 

L'épouse d'un artiste qu'il 
occupait,— la femme du 
graveur Bcrthet. 

Le sous-protecteur, — M. Le- 
grand, secrétaire de Le 
Pelletier de Morfontaine. 

Ma tante, — M^^ Bizet. 

Megas, — Lcgrand. 
io3. Le commissaire de police de 
l'île Saint-Louis, — Du- 
larris. 

Un inspecteur général d'ar- 
tillerie, — le chevalier de 
Saint-Marc. Voy. Mon- 
sieur Nicolas, tome XI, 
page 3ioG etsu'w.— L'ai- 
mable Félicité, — M"" Fé- 
licité Mcsnager ou Ména- 
ger. 

Tout près de Moresquin, — 
au Port-au-Blé. 

Un jeune avocat général au 
parlement de..., — Morel 
de Rosières, lieutenant 
général au bailliage de 
Chalon. 

Une pièce terrible. . . — Voy. 
le récit de ces tristes 
scènes à la suite de la clef 
de la Femme infidèle. 

— iiS. L'inspecteur du jardin, — 
M. Guillote. 

— 119. Le colporteur vieillard, — 
Viellot. 

— 125. Une terre près Montfort, — 
Saint-Léger, dans le dé- 
partement de l'Eure. 

— i3o. Calomnie de Moresquin,— 
Auge accusait Restif d'in- 
ceste. — Le vicomte de 
T**"^, — Toustain de Ri- 
chebourg. 

M. de Saint-Sarmin, — de 
Saint-iMars. 

M. de Sereisor, — de Ro- 
sières. 

— 245. Une demoiselle de trente 



- ii3. 



114. 



— 242 



— 244- 



499 

Tomes Pages, 

ans. — Restif en parle 
dans Monsieur Nicolas, 
tome XI, page 3ii5, sans 
la nommer. 

— 25o. Une femme de qualité du 

premier mérite, — la com- 
tesse de Beauharnais. 

— 254. Ingénue ne vécut que quel- 

ques heures. — Ceci est 
du roman et n'a été ima- 
giné que pour donner le 
change aux chercheurs 
d'allusions. 

— 255. La comtesse de B***, — de 

Beauharnais. Moresquin 
envoyé aux îles. Ici en- 
core l'histoire cède la 
place au roman. 

— 257. Marivert, — Maribert-Cour- 

tenay, prête-nom de Res- 
tif. Dans Monsieur Nico- 
las, tome XI, page 3142 
et suiv., il raconte qu'il 
imprime Ingénue Saxan- 
cour à la prière d'une 
dame Laruelle, qui avait 
marié sa hlle à M. Mo- 
resquin : « J'ai rapporté, 
dit-il, une partie de ces 
horreurs, sous le nom de 
cet homme, dans Ingénue 
Saxancour, et ce qu'il y 
a de singulier, c'est qu'un 
autre homme innommé 
(Auge) a montré ce livre 
partout comme étant son 
histoire. » 

— 259. Deux magistrats, le veti' 

geur de crimes, et le chef 
de la police et des mœurs, 
— le lieutenant civil et le 
lieutenant de police. » 
(« Bibliographie de Restif de la Bre- 
tonne, » pp. 3i7-3i9.) 

INNOCENS (LES), poème héroï- 
comique en quatre chants. — A 
Lisbonne (Paris), 1762, in-8 de 
51p., orné d'une johe figure, rare. 



LES LIVRES A CLEF 



500 

C'est une des satires qui pleuvaicnt 
alors sur les jésuites; l'auteur, Alexis 
Maton avait pris ces mots pour épi- 
graphe de son poème : « Laudatur ab 
his, culpatur ab illis.» « Ce poème, dit- 
il, est intitulé Les Innocents, parce que 
des animaux domestiques y sont la 
victime innocente des querelles et de 
la vengeance de leurs maîtres. J'ai taché 
d'y faire entrer des fictions, d'y pein- 
dre les caractères et les passions, et 
d'y jeter çà et là des plaisanteries aux- 
quelles les circonstances du temps 
semblent donner un libre cours. » La 
figure non signée mise en tête de cet 
opuscule est sans doute de Montalais, 
qui a illustré la plupart de ces écrits 
anti-jésuitiques. 

Ce petit poème a été réimprimé sous 
le titre de « Les Victimes, » Amster- 
dam (Paris), 1768, in-8. 

INSATIATE (THE) COUNTESS. 
Tragedy hy J. Marston, 1603 (Lon- 
don), in-4, réimprimé en 1 613 et 
1 63 1 . 

Marston avait l'habitude de déguiser 
les vrais noms de ses personnages 
sous des noms supposés. S'il faut en 
croire Langbaine, cette pièce, sous le 
nom de Countess of Suevia, retracerait 
tout simplement l'histoire de la reine 
Jeanne de Naples. (« Biographia Dra- 
matica, » t. II, p. 168.) 

Instituteur (L') d'un prince 

ROYAL... 

Voir : Les Veillées du IVlarais. 
Instructions for foreign Tra- 

WELL... 

Voir : Dendrologia, byj. Howeil. 

INTERLAKEN. Par Charles Le- 
fciive. — Paris, Labé, 1850, in-12, 
5 francs. 



501 



LES LIVRES A CLEF 



2'^ édition, suivie de Léa, comé- 
die; 2 vol. in-i6, avec gravures. 
— Paris, Rousseau, 1858, 7 fr. 50. 

3» et dernière édition. Roman 
d'Interlake, par un chroniqueur 
(C. Lefeuve), — • Paris, Rousseau, 
1877, in-i2 de 318 p., 4 fr. 

Le fond de ce roman reposerait, as- 
sure-t-on, sur des faits réels et les 
personnages ne seraient pas purement 
imaginaires. « On comprend, dit un 
critique, que dans « Interlaken » Le- 
feuve déguise tous les noms des per- 
sonnages vivants qu'il mécontente en 
nous racontant leur histoire; méchant 
roman, dont le succès n'est dû qu'à 
de telles personnalités ! » {Lambert, 
« Paris sous le second Empire, » 187 1, 
p. 5o.) 

On m'a raconté un bien joli truc 
employé pour faciliter le placement de 
la 3e édition; j'aurai sans doute occa- 
sion d'en parler plus tard, mais il ne 
saurait être question de le dévoiler 
ici. 

Intrigues (Les) d'un grand sei- 
gneur PENDANT SON EXIL. 

Voir : Le Télémaque moderne. 

Intrigues (Les) de la Cour. 
Voir : Adventures de Mélindor 
et d'Amasie. 

INTRIGUES (LES) DU CABINET 
DES RATS, apologue national des- 
tiné à l'instruction de la jeunesse et 
à l'amusement des vieillards, ou- 
vrage traduit de l'allemand en fran- 
çais. — Paris, Leroi, 1788, in-8, 
orné de 22 planches gravées en 
taille douce. 

La plupart des bibliographes ou ca- 
talogographes classent cet ouvrage 



502 

parmi les opuscules révolutionnaires. 
Sans doute l'éditeur a voulu, pour fa- 
ciliter le débit de son livre, lui donner 
une apparence d'actualité, en préten- 
dant faire allusion aux tiraillements 
continuels qui se produisaient au con- 
seil et dans le ministère, à la veille de 
la réunion des États généraux; mais 
c'était, au fond, une pure supercherie, 
car le Manuel constate que ce petit 
livre n'est qu'une réimpression du 
livre intitulé : « Le Renard ou le Pro- 
cès des Bêtes. » Bruxelles et Paris, 
1739, in-8, fig. (Voir ce titre.) 

Intrigues (Les) du Sérail. 
Voir ci-après : 

INTRIGUES (LES) HISTORIQUES 
ET GALANTES DU SÉRAIL, sous 
le règne de l'empereur Sélim. — 
La Haye (et Paris, Duchesne), 1762, 
2 parties en un vol. in-12. 

Le « Dictionnaire des Anonymes » 
ne donne aucune indication sur cet 
ouvrage. C'est un tableau allégorique 
des mœurs galantes du xv!!!"" siècle; 
il n'est pas difficile de comprendre que 
Vempereur Sélim est mis là pour le 
roi Louis XV. Un lecteur attentif trou- 
verait aisément les autres allusions 
contenues dans cet écrit satirique. La 
« Bibliographie Gay » se demande si 
ce ne serait pas le même ouvrage que 
« Les Intrigues du Sérail, » histoire 
turque, par AI al ebr anche, — La Haye, 
173g, 2 part, in-12; traduites en alle- 
mand en 1749. Ce serait un rappro- 
chement curieux à faire en comparant 
les deux ouvrages. Ce Malebranche ou 
Mallebranche est surtout connu par 
une satire, « Le Microscope bibliogra- 
phique, » dont il sera parlé plus loin. 

Intrigues secrètes du marquis 
de L***. 

Voir : L'Année galante. 



503 

IRMA, ou LES Malheurs d'une 
Jeune Orpheline, histoire indienne, 
avec des romances ; publiée par la 
O G^. — Paris, an VIII (1801), 
2 vol. in-i2 ou 4 vol. in-i8, figures 
(^ fr.). 

Cet ouvrage de 3/™e Giiénard, ba- 
ronne de Méré, romancière aussi mé- 
diocre que féconde, obtint, dès son 
apparition^ un brillant succès popu- 
laire ; aussi les éditions se succédèrent- 
elles rapidement. M"<= Guénard s'était 
attachée à retracer, sous des allusions 
transparentes, les infortunes d'une 
princesse royale, ^/me la duchesse 
d'Angoulême. Après la Restauration, 
l'auteur se hâta de publier une con- 
clusion à son ouvrage. (Paris, 181 5, 
veuve Lepetit, 2 vol. in-i8, formant 
les tomes V et VI; 2 fr. 5o c.) 

La citoyenne Guénard n'attendit pas 
la fin de l'Empire pour mettre son 
nom tout entier sur son livre; mais 
toutes les réimpressions conservèrent 
les déguisements de la première édi- 
tion ; le procédé employé par M^ie Gué- 
nard pour travestir ses personnages 
est des plus simples; les noms sont 
anagrammatises, ou à peu près. Voici 
d'ailleurs une clef d'/rwd publiée, 
sous la signature L. D. L. S., dans 
V Intermédiaire du 10 décembre 187g 
(col. 717) : « Louis XVI est désigné sous 
le nom de Sbiloiïs ; — la reine Marie- 
Antoinette, sous celui de Rainelord ; — 
M™« Elisabeth, sous celui de Selabius ; 

— le duc d'Orléans, sous celui de Sœ- 
bralna; — La Fayette, qu'on avait 
essayé de ridiculiser par le sobriquet 
de Blondin ou Blondinet, est devenu 
Blodinna; — Cléry, Crilba; — IVIaxi- 
milien (Robespierre), Vimacelem; — 
Malesherbes, Lersalbem ; — duc de 
Berry, Yrba; — Santerre, Serretan ; — 
Necker, Cherina; — Mnie La Motte- 
Valois, Sivola;— M"!" de Chantereine, 
Rant chêne ; — M^^ de Mackau, Maûka; 

— Le Régent ou Louis XVIII, Rexa- 
lius; — Damas, Masda; — Phara- 



LES LIVRES A CLEF 



504 

mond, Momphara ; — le petit prince 
Louis-Charles (Louis XVII), Carlhé- 
sus; — Séran, Ransé ; — Marsan, San- 
mar ; — Frédéric, Firdérec; — Vic- 
toire, Recitovi; — Sophie, Phisoë; — 
Adélaïde, Déliade, etc. Il y a d'autres 
anagrammes moins transparentes et 
plus secondaires. Le nom même de la 
jeune héroïne Irma est l'inversion 
évidente de celui de Marie, un des 
noms de la princesse. » 

ISLE (L') TACITURNE ETL'ISLE 
ENJOUÉE, ou Voyage du Génie 
Alaciel dans ces deux isles (par 
Nie. Bricaire de la Dixmcrie). — 
Amsterdam (Paris), 1759, in- 12. 
Réimprimé dans le tome xxvii des 
« Voyages Imaginaires. » — (Paris, 
1788, p. 51 à 138.) 

Cette allégorie est fort aisée à com- 
prendre : « Deux nations voisines et 
rivales sont ingénieusement caracté- 
risées. La critique est fine et telle que 
ni l'une ni l'autre des deux nations ne 
peut s'olTenser des traits que l'auteur 
se permet de lancer. C'est un badi- 
nage agréable écrit sur le ton, non de 
la satire, mais sur celui de la bonne 
comédie. » L'auteur, tout en se mo- 
quant des travers des Français et des 
Anglais, n'a pas ménagé l'encens au 
roi Louis XV. Voici la clef des prin- 
cipales allusions : Uîle Taciturne, 
l'Angleterre; — la ville Sombre, Lon- 
dres; — un c (ch. 2), un castrat; 

— un général... (ch, 4), l'amiral Byng; 

— un certain noble surnommé le Sage, 
lord Bolingbroke; — l'assemblée géné- 
rale de la nation, le Parlement d'An- 
gleterre; — un simple bras de mer, la 
Manche; — l'isle Enjouée, la France; 

— un frivolité, un Français; — un 
charlatan barbouilleur de boites de car- 
ton, sans doute Martin; -- Timon, 
l'homme marchant à quatre pattes, 
J.-J. Rousseau; — un rival de Zeuxis, 
Vernet; — le Lycée, l'Académie fran- 



505 

çaise; — le petit liomvie bohémien 
d'origine, Grimm ; — un musicien ad- 
miré, Gluck; — FrivolipoUs, Paris; — 
les bramines, le clergé; — un médecin, 
l'opérateur Keyser; — un lieu oii l'on 
débitait de bonnes liqueurs et de mau- 
vais discours, le café Procope; — un 
lieu qui ne ressemble à nul autre, Ver- 
sailles et la Cour, etc., etc. 

Itinéraire de Pantin au Mont- 
Calvaire. 

Voir : Saint-Géran. 



JACK, Histoire contemporaine, 
par Alphonse Daudet. — Paris, 
Dentu, 187., 2 forts vol. in-12. 

C'est encore, comme pour « Fromont 
jeune, » à 1' « Histoire de mes Livres, » 
publiée par M. A. Daudet, dans « la 
Nouvelle Revue » (premier article, 
]5 janvier 1882), qu'il faut recourir 
pour trouver des indications sur cet 
intéressant et merveilleux ouvrage. 
L'auteur affirme et démontre que son 
héros, Jack, n'est nullement un per- 
sonnage imaginaire. Le pauvre enfant 
se nommait Raoul D...; M. Daudet l'a 
connu depuis 1868 jusqu'à 1871, épo- 
que de sa mort; l'histoire réelle du 
jeune abandonné n'est ni moins triste, 
ni moins émouvante que le récit du 
romancier. Les personnages acces- 
soires du livre ont été peints d'après 
nature. Bélisaire n'est autre qu'un 
sieur Offehmer, qui servit pendant le 
siège, dans la même compagnie que 
M. Daudet; le majestueux et impuis- 
sant Dargenton, le bohème Labas- 
sindre, le pseudo-médecin, l'empi- 
rique charlatan Hirch, l'excellent 
docteur Rivais, existent bien réelle- 
ment; il en est de même du mulâtre 
Moronval, qui a collaboré à la « Revue 
coloniale» et, après 1870, fut quelque 
temps député; son nom est sur toutes 
les lèvres. Par un sentiment de délica- 
tesse facile à comprendre, M. A. Dau- 



LHS LIVRES A CLEF 



506 

det s'abstient de nommer ses origi- 
naux en toutes lettres; mais, aux 
détails qu'il donne, maintes personnes 
peuvent les reconnaître. 

Notons encore que, dans cet inté- 
ressant article, M. Daudet déclare que, 
« dans ses autres ouvrages, des figures 
vraies ont posé aussi, mais inconnues, 
mais perdues dans la foule où per- 
sonne n'aurait songé à les chercher. » 

JACK THE GIANT QUELLER. 
An operatical Play by, Henry Brook, 
1748, in-8, réimprimé en 1778 et 
1792. 

Pièce satirique, ingénieuse et mor- 
dante. On y met en scène, avec force 
critiques, de mauvais gouverneurs, 
lords-maires, aldermen, qui sont au- 
tant de portraits. Cet ouvrage, à Du- 
blin, peu de temps après la répression 
des troubles, fut interdit par le gou- 
vernement, le soir même de la pre- 
mière représentation, en raison des 
allusions politiques qu'il contenait. 
(Biographia Dramatica, t. Il, p. 161.) 

JAMMABOS (LES) ou Les moines 
Japonais, tragédie (en 5 actes et en 
vers, par Fenouillot Falhairc de 
Quingey). Dédiée aux mânes de 
Henri IV, et suivie de remarques 
historiques. S. n.. 1779, in-8 de 
III-232 p. et I f. d'errata. 

« C'est, dit M. P. Lacroix (catalogue 
de Soleinne, n» 3, 806), une satire phi- 
losophique contre les jésuites qui, 
quoique chassés de France, y étaient 
encore assez puissants pour forcer 
l'auteur à garder l'anonyme et à pu- 
blier son livre sous le manteau. Il est 
vrai que les moines en général sont 
rudement fustigés sur les épaules des 
Jammabos japonais. » 

JANI PANNONll, POETARUM 



507 

SUI SECULI FACILE PRINCIPIS, 

IN HUKGARIA QUINQUE ECCLESIARUM 
OLIM ANTISTITIS POE MATA QU.ÎE 
USPIAM REPERIRI POTUERUNT OMNIA ; 

etc. , etc. Trajecti ad Rhenum , 
apud Barthol. Wild, bibliopolam, 
M.D.CC.LXXXIV. 2 vol. in-8 de 
XV1-691 et 414 p. 

Le nom véritable de cet auteur est, 
comme on le sait, Jean de Cisinge, 
poète latin du xv^ siècle. La plupart 
de ses poésies sont très licencieuses; 
quelques-unes donnent même lieu de 
suspecter sa croyance religieuse, bien 
qu'il fût évêque. Cet auteur, sur lequel 
on peut utilement consulter la Biblio- 
graphie universelle (t. VIII, p. 582) et 
l'ouvrage manuscrit de l'abbe Mercier 
de Saint-Léger, sur les poètes latins 
du moyen âge, ne serait pas cité ici, 
sans une particularité que l'on re- 
marque dans ses œuvres et qui, croit- 
on, n'a été mentionnée nulle part : 
dans les poésies et notamment dans 
les épigrammes de Janus Pannonius, 
un certain nombre de mots ont été 
chiffrés, en raison de leur extrême 
licence. Je vais en donner un exemple, 
non sans prier le lecteur de bien se 
souvenir que « le latin dans les mots 
brave l'honnêteté. » 

Voici donc le texte chiffré de la 
cxLi° épigramme du livre premier 
(tome I, page bzi) : 

De Luciâ. 

Cùm sese nobis gxitxjoehn MxAkb prœbet, 
Dum fero sublatos he vfh dpniinh qfejl. 
Terribilem fœdo misit de qpehdf cpncxii, 
Qualiter xstivâ fulmina nube crêpant. 
Territusavertor, digitis simul obstruo nasuni, 
Xfob sfufouh cadit, cogitabirc pudor. 
Mxdkb,nu\\a. tuo, contingent gaudia, Jxoop, 
Tam malè moratus, si tibi dxmxl erit. 

La clef de ce chiffre est fort aisée à 
découvrir; l'alphabet est composé de 
telle manière que la lettre a étant sup- 
primée, chaque lettre prend la valeur 



LES LIVRES A CLEF 



508 

de celle qui la précède; ainsi le b 
signifie a; le c vaut le b ; l'e représente 
le d, et ainsi de suite jusqu'à la fin de 
l'alphabet ; exemple : 

colla 
dp tn m b. 

Ceci étant bien compris, rien n'est 
plus facile que de traduire l'épi- 
gramme ci-dessus et Ton obtient le 
texte suivant : 

Cùm sese nobis futucndnm Lticia prœbet, 
Dura fero sublatos, ad mea colla pedcs, 
Terribilem fœdo misit de podice homhum, 
dualiter cestivâ fulmina nube crêpant. 
Territus avertor, digitis simul obstruo nasum, 
FfHa relenta cadit, cogit abire pudor. 
Lticia, nuUa tuo, contingent gaudia, ctintto, 
Tara malè moratus si tibi ciilus erit. 

La mésaventure à laquelle Jean de 
Cisinge fait allusion dans cette petite 
pièce l'avait, sans doute, singulière- 
ment frappé, car il revient à plusieurs 
reprises sur ce sujet et notamment, 
page 55o du même tome, il consacre 
deux épigrammes à adresser le même 
reproche à sa maîtresse. 

Ce spécimen dispensede traduire les 
autres passages chiffrés des poésies de 
l'évêque des cinq églises. On remar- 
quera toutefois que les pièces ainsi 
travesties ne sont pas les plus licen- 
cieuses du recueil; on semble avoir 
eu pour but d'éviter, à l'aide du chif- 
fre, non les allusions ou descriptions 
obscènes, mais plutôt les mots gros- 
siers. On trouve, en effet, dans ces 
poésies certaines pièces, imprimées 
sans le moindre déguisement, bien 
plus libertines que celle qui vient 
d'être citée et qui donnent une assez 
triste idée de la moralité de Janus 
Pannonius, 

Un travail bien curieux, mais pres- 
que impossible à effectuer aujourd'hui, 
consisterait à découvrir la clef des 
noms des personnages auxquels sont 
adressées la plupart des pièces ero- 
tiques en question ; assurément Pin- 
dola,Linus, Jules, Paul, Hugo,Charles, 
Prospcr et autj;es jeunes gens; Julie, 



509 



LES LIVRES A CLEF 



510 



Lucie, Thcclc, Crcssa, une certaine 
Ursule et maintes autres tilles et hon- 
nestes dames, ne durent pas être 
des personnes purement imaginaires. 
Peut-être les manuscrits de Jean de 
Cisinge, conservés encore aujourd'hui 
à la bibliothèque de Brescia, pour- 
raient-ils fournir à ce sujet quelques 
piquantes révélations. 

JAVOTTE, ou LA JOLIE VIELLEUSE 

PARVENUE. — Manuscrit trouvé au 
Bois de Boulogne. Paris, an XIII, 
chez Lagrange, rue Geofrois-Las- 
nier, n" 6250; in-12 de 140 pp. 
Jolie figure gravée par Bovinet, 
d'après Chaillou. Très-rare, non 
cité dans les « Bibliographies Ro- 
mancières » de Marc et de Pigo- 
reau. -— Réimprimé à Paris, Tiger, 
1820, in-i8. 

« Nous ignorons quel est l'auteur de 
ces histoires gaillardes plutôt que ga- 
lantes. Ce devait être un comédien, 
car il parle ex professa de la condi- 
tion des troupes en province. Il y a 
des scènes très plaisantes, notamment 
celle qui est retracée avec beaucoup 
d'esprit dans le frontispice. Le titre de 
l'ouvrage se rapporte seulement à la 
première anecdote que raconte une 
belle aventurière nommée Donamour, 
laquelle habitait, avec son amant, un 
délicieux château sur les bords de la 
Seine. On voit figurer parmi les hé- 
ros de l'histoire le comte de N***, 
envoyé de Naples (Nerciat), qui ad- 
mire un tableau du célèbre peintre 
B**'^ (Boucher). L'amant de la Dona- 
mour n'est autre que le chevalier de 
S*** (Sade). Javotte était une petite 
savoyarde qui se fit connaître à Paris, 
en jouant de la vielle et en montrant 
une marmotte en vie, avant de faire 
fortune Il y a d'autres noms à dé- 
couvrir dans ce petit livre. » (P. La- 
croix, « Bulletin duBibliophile,» i863, 
p. 3 10.) 



JE M'Y ATTENDOIS BIEN. His- 
toire BAVARDE, PAR l' AUTEUR DU 
COLPORTEUR {Fi'. Aiit. Cbcvricf). — 
Partout, — chez Maculature, impri- 
meur ambulant des Bavards Séden- 
taires, — l'an des Méchancetés — 
s. 1. n. d. (Amsterdam — 1762), — 
pet. in-8. de 64 pp. 

Voir : Les Amusements des Da- 
mes de B***. 

JE SUIS PUCELLE, histoire vé- 
ritable. — La Haye, — Frédéric 
Staatman, — 1767, — 2 tomes en 
un vol. in-12 de 263 pp. — Réim- 
primé à Paris, — Didot jeune, — 
an IV. 

Ce livre, dont le titre est plus cu- 
rieux que le reste, est du fameux abbé 
Henri-Joseph Dulaurens, qui, suivant 
M. Paul Lacroix, y aurait raconté un 
épisode de sa propre vie. « Un abbé, 
en passant le soir dans un quartier de 
Paris assez mal habité, entend ces 
mots sortir d'une allée sombre : «Je 
suis pucelle ! » Il n'en faut pas davan- 
tage pour piquer sa curiosité; il dé- 
couvre que la belle enfant, nommée 
Esther, est en lutte avec son ogresse 
de mère qui veut la forcer à trafiquer 
de ses charmes. L'abbé en devient 
amoureux, l'enlève, la conduit à Lon- 
dres et l'épouse, quoiqu'elle ait été 
défigurée par la petite vérole. » Tout 
cela est délayé dans une foule de dé- 
clamations et de digressions insup- 
portables. Cet ouvrage où se trouvent 
des portraits et des paradoxes, comme 
dans la plupart des productions de 
l'auteur, contient des détails fort mal- 
honnêtes, sans cesser d'êlre à peu 
près honnête et moral. Il faut lire 
d'ailleurs la notice insérée à ce sujet 
par M. P. Lacroix, dans le « Bulletin 
du Bibliophile » (1864, p. iii2-in3). 



511 

JÉRÔME PATUROT A LA RE- 
CHERCHE D'UNE POSITION SO- 
CIALE, — suivi d'une deuxième 
partie intitulée : Grandeur et déca- 
dence DE JÉRÔME Paturot, — par 
Louis Rcyhaud. — Paris, — Paulin, 
1842, 3 vol. in-8, 30 fr. 

Autre édition, magnifiquement 
illustrée par J.-J. GrandviUc, Paris, 
Dubochet et Cie, 1845- 1846, §•"• ^""'^ 
de 460 pp., 15 fr. 

JÉRÔME Paturot a la recherche 

DE LA meilleure DES RÉPUBLIQUES, 

par Louis 'T^yhaud. — Paris, Micliel 
Lévy, 1848, 4 vol. in-i2, 8 fr. 

Autre édition, revue, corrigée et 
augmentée, avec 30 dessins de 
Tony Johanncaii. — Paris, iVlichel 
Lévy, 1848, gr. in-8, 20 fr. 

Tout le monde connaît au moins 
le premier cie ces remarquables ro- 
mans, si souvent réimprimés et dont 
il serait trop long de citer ici les édi- 
tions. Le premier restera comme la 
plus fine, la plus fidèle étude et la 
plus juste satire de nos mœurs et du 
mouvement politique pendant la pre- 
mière partie du règne de Louis-Phi- 
lippe. Les allusions de toutes sortes, 
les portraits y abondent; sans pré- 
tendre faire la clef de ce livre bien 
écrit, dont le plan est à la fois si 
simple et si varié, on peut du moins 
y relever les indications suivantes : 
Jules, ou le grand feuilletoniste, c'est 
Jules Janin; — le Génie, ou le grand 
Victor, c'est Victor Hugo; — Eugène, 
c'est Eugène Sue; — Frédéric, le fé- 
cond romancier, Frédéric Soulié; — 
Honoré, H. de Balzac; — le grand 
magnétiseur, le baron du Potet; — 
Félicien, F. L>avid ; — Vautre compo- 
siteur fameux par sa bruyante orches- 
tration, Hector Berlioz; — Corinne, 
Mnie Louise Colet; — le dépulé dithy- 



LES LIVRES A CLEF 



512 

rambiqne , Lamartine; — le député 
dogmatique, Guizot; — le député, 
orateur aussi artiste qu'éloquent, Ber- 
ryer; — un autre orateur de premier 
ordre, A. Thiers ; — le général ***, le 
maréchal Bugeaud ; — « les Durs-à- 
cuire » font allusion aux « Burgraves » 
de V. Hugo, etc., etc. 

Le second ouvrage, moins attrayant 
sans doute que le premier, est un 
livre essentiellement politique; c'est 
un tableau très fidèle de la situation 
de la France, de Paris surtout, pen- 
dant lés premiers mois de la révolu- 
tion de 1848; il est au moins aussi 
curieux que le premier «Jérôme Pa- 
turot, » les observations y sont exactes, 
les faits pris sur le vif, l'historien y 
trouvera plus tard d'utiles renseigne- 
ments; mais, dans ce second ouvrage, 
le gaîté est moins vive, les peintures 
sont plus tristes, quelquefois affli- 
geantes; l'ironie, toujours fine, y est 
plus amère; quiconque a vécu à cette 
époque bizarre y reconnaît sans peine 
les types photographiés par l'auteur : 
le Pontife de l'Icarie, c'est Cabet ; — le 
Prophète aux queues, c'est Victor Con- 
sidérant; — le Barras du Luxembourg, 
Louis Blanc; — le Président du club 
au vinaigre, c'est Blanqui; — celui du 
club au camphre, c'est Raspail ; — le 
communiste ennemi de la propriété, 
c'est Proudhon, etc., etc. Toutes ces 
physionomies d'originaux redoutables 
ou grotesques sont loin d'avoir dis- 
paru; Louis Reybaud a le rare mérite 
de n'avoir rien exagéré là où la charge 
était si facile; ses types existent en- 
core, modifiés il est vrai ; mais il serait 
bien facile d'en retrouver les équiva- 
lents de nos jours, dans une période 
de moins de dix ans. 

Ne quittons pas Louis Reybaud sans 
indiquer encore un autre de ses écrits, 
conçu dans le même ordre d'idées et 
rentrant aussi dans la catégorie des 
ouvrages à clef, c'est : « Athanase Ro- 

BICHON, CANDIDAT PERPÉTUEL A LA PRÉ- 
SIDENCE DE LA RÉPUBLIQUE. » Paris, 
Lévy, i85i, iir-12, i fr. 



513 



LES LIVRES A CLEF 



514 



JESUITES (LES) REMIS EN 
CAUSE, ou Entretiens des vivans 

ET DES MORTS, PARTISANS ET ADVER- 
SAIRES, A LA FRONTIÈRE DES DEUX 

mondes; drame théologique en cinq 
journées (en prose), par M. CoUin 
dcPlancv. — Paris. Dondey-Dupré, 
père et fils, 1825, in-8. 

Pièce rare, dit le catalogue Soleinne 
(n' 3820), ce volume ayant été re- 
cherché et détruit avec soin. L'auteur, 
qui, depuis, a fait abjuration de ses 
doctrines philosophiques et de plu- 
sieurs de ses ouvrages, voulut repré- 
senter certains personnages vivants, 
les uns jésuites, les autres jansénistes, 
amis ou ennemis de la célèbre com- 
pagnie, qui sont mis en scène sous les 
noms de Jean de Vair, Jean le Sec, 
Clericus, Xavier Pinson, Croquelard, 
Griffon, Jacques Lahiire, Laïciis, 
Raoul, etc., etc. 

JEU (LE) DU PRINCE DES SOTZ 
ET MÈRE SOTTE. — Cry, sottie, 
MORALITÉ, FARCE (par Pierre Grin- 
gore). — Joué aux Halles de Paris, 
le Mardy Gras, l'an mil cinq cens 
et onze. Pet. in-4 gothique de 88 ff. 
non chiffrés. — Autre édition, pet. 
in-4 gothique de 16 ff. à 2 col. de 
39 lignes; s. 1. n. d. Réimprimé 
dans le tome i" des « Œuvres de 
Gringore » pp. 197-286). — Paris, 
Jannet, 1858 («Bibliothèque Elzévi- 
rienne») . 

Comme la « Chasse du Cerf des 
Cerfs » (voir ce titre), cette pièce dia- 
loguée en vers, en quatre parties, est 
une satire dirigée contre la cour de 
Rome. L'auteur avait dû probablement 
recevoir les inspirations du gouver- 
nement royal, assez mal alors avec la 
papauté, et qui laissait jouer publi- 



quement ce jeu en plein Paris. Les 
allusions politiques y abondent : 
l'Homme obstiné, c'est le pape; — les 
rouges collet::^, ce sont les cardinaux; 

— le père qui fait la guerre à son fils 
• désigne clairement le pape Jules II et 

le roi Louis XII, fils aîné de l'Eglise; 

— les papillons sont les partisans du 
pape. Les autres personnages ne sont 
pas moins allusifs ou allégoriques : le 
prince de Nates, le seigneur du Plat, 
l'abbé de Plate-Bourse, Pugnicion, 
Symonie, les Démérites, etc., etc. 

JEUDIS (LES) DE MADAME 
CHARBONNEAU, par Armand de 
Pontmartin. — Paris, Michel Lévy 
frères, 1862, in-12, de xlii — 288 
pp., 2* édition. Souvent réimprimé. 

« Ce livre, dit M. G. Brunet, excita 
une grande surprise; l'auteur le cons- 
tate lui-même dans son introduction. 
Plusieurs chapitres avaient déjà paru 
dans la « Semaine des Familles » et 
avaient été reproduits dans le « Jour- 
nal de Bruxelles » et dans d'autres 
feuilles. Des traits lancés avec adresse 
et portant le plus souvent très juste 
arrachèrent de grands cris aux bles- 
sés. » Les personnages, déguisés sous 
des noms de fantaisie, dans le genre 
de ceux de La Bruyère, sont faciles à 
reconnaître pour quiconque est versé 
dans l'histoire littéraire de l'époque. 
D'ailleurs, dès la seconde édition, 
M. de Pontmartin avait inséré dans 
son livre (pp. 263-265), une véritable 
clef de son malicieux et spirituel ou- 
vrage; la voici textuellement : 
Eutidème, — Jules Sandeau; 
Théodecte, — Louis Veuillot; 
Euphoriste, — Ernest Legouvé; 
Iphicrate, — M. de Falloux; 
Théonas, — Lacretelle; 
Argyre, — Edmont About; 
Colbach, — Louis Ulbach; 
Parus Duclinquant, — Taxile Delord ; 
Clistorin, — le docteur Véron; 
17 



515 

Molossard, — J. Barbey d'Aurevilly; 
Schaunard, — H. Murger; 
Caméléo, — Paulin Limayrac; 
Marphise, — M^^ E. de Girardin, née 

Delphine Gay; 
Lélia, — Georges Sand ; 
Caritidès, — Sainte-Beuve; 
Polycrate, — Gustave Planche; 
Polychrome, — Théophile Gautier; 
Bernier de Faux-Bissac, — Granier 

de Cassagnac, père ; 
Poisonnier, — Vivier; 
Massimo, — Maxime du Camp; 
Lorenjo, — Laurent Pichat; 
Falconey, — Alfred de Musset; 
Olympia, — Victor Hugo ; 
Julio. — Jules Janin; 
Raphaël, — Lamartine ; 
Boiirimald, — Méry; 
Hermagoras, — H. de Balzac; 

Ajoutons que le héros du livre, 
George de Vernay, n'est autre que 
M. de Pontmartin lui-même. 



JEUNESSE DE FLORIAN, ou mé- 
moires d'un jeune espagnol, ou- 
vrage posthume, suivi de pièces 
fugitives et de lettres à Florian et 
de réponses de ce dernier. (Publié 
par J.-B. Pujoulx.) — Paris, 1807, 
in-i8. 

Réimprimé, sous le second titre 
seulement, dans le sixième volume 
(pages I à 117) des « Œuvres Pos- 
thumes de Florian. » Nouvelle édi- 
tion, pet. in- 12, donnée par Guilbert 
de Pixérécourt, ornée de 2 portraits 
et de 80 gravures d'après Desenne. 
— Paris, Ladrange et Furne, — 
M.DCCC.XXIX. 

Dans l'avertissement mis par J.-B. 
Pujouix en tête de ce petit ouvrage, 
on trouve d'intéressantes indications 
sur les personnages dont les noms vé- 
ritables ont été déguisés par l'auteur. 
Les « Mémoires d'un jeune Espagnol « 



LES LIVRES A CLEF 



516 

ne sont autre chose que l'histoire 
des dix- huit premières années de 
la vie de J.-P. Claris de Florian; 
il y a lieu de croire que c'est tout ce 
qu'il a écrit de ses Mémoires, avec 
ce stj'le simple et d'une agréable naï- 
veté qu'on remarque dans la plupart 
de ses ouvrages. Toujours plein de la 
littérature espagnole, Florian a donné 
à des personnages réels des noms et 
des titres espagnols : quelques-uns, 
peu importants, sont totalement dé- 
guisés; d'autres sont de simples imi- 
tations, des anagrammes de noms fran- 
çais et ce léger déguisement prouve 
qu'il ne tenait pas à ce que ces noms 
restassent inconnus ; ainsi, dans la 
terre de Niaflor, il est plus que facile 
de reconnaître la terre de Florian, 
dans les basses Cévennes; Lope de 
Vega, l'illustre auteur, c'est Voltaire; 
son habitation de Feruixo représente 
Ferney; Doua A^isa n'est autre que 
M™' Denis; l'abbé Marianno, c'est 
l'abbé Mignot; il n'est pas malaisé de 
voir dans la petite-fille du grand Cal- 
déron, la nièce du Grand Corneille, 
mariée par Voltaire, et dans lesttièces 
du poète Tegrès, les nièces de Gres- 
set: l'aumônier de Lope de Vega, c'est 
le père Adam: on ne saurait mécon- 
naître dans l'excellent prince Z)o« Juan 
le duc de Penlhiévre, protecteur de 
Florian; ni dans la princesse Adélaïde 
du couvent de Monte-Marto, la du- 
chesse d'Orléans qui résidait à Mont- 
martre. Enfin la scène de tous les 
événements racontés par le jeune Es- 
pagnol, ou Florian, étant transportée 
en Espagne, on sent bien que Madrid 
est là pour Paris et VEscurial pour 
Versailles; Durango, où se tenait l'é- 
cole d'artillerie, désigne Bapaume. Les 
autres noms déguisés, dont Pujoulx 
n'a pas soulevé le voile, ne se rap- 
portent qu'à des personnages secon- 
daires et partant d'un moindre intérêt. 

Jeux (les) en action. 
Voir : Zet-naz-bé. 



SI? 



LES LIVRES A CLEF 



JOANNIS BISSELII E SOCIE- 
TATE lESU, ICARIA. — Récusa 
Allopoli, anno 1667, pet. in-32 de 
XXIII -343 pp., plus 17 pp. de table 
et une carte de l'Icarie, gravée sur 
cuivre. 

La première édition porte la date 
de 1636, Ingolstadt, in- 16. 

Le P. Jejn Bissel, jésuite, né en 
1601, à Babenhausen,en Souabe, mort 
à près de 80 ans, a laissé un certain 
nombre d'écrits, tant en prose qu'en 
vers; le petit ouvrage ci-dessus men- 
tionné est assurément la plus singu- 
lière de ses productions. « h'Icarie, dit 
la Biographie universelle (t. LVIII, 
p. 3io), est le Haut-Palatinat, et l'au- 
teur désigne également sous des noms 
supposés les différents personnages 
dont il parle dans cet ouvrage qui con- 
tient, avec la description de cette 
province, le récit des événements dont 
elle avajt été le théâtre. On a joint à 
la seconde édition une clef, mais 
Christian Gryphe promettait d'en don- 
ner une plus complète et plus exacte, 
si ses travaux lui laissaient le loisir 
de s'en occuper. » (Voir : Apparatus de 
Scriptoribus illust. sec. XVII, p. 166.) 

Je ne sache pas que Gryphe ait 
donné suite à cette promesse; quoi 
qu'il en soit, voici la clef de VIcarie, 
telle qu'on peut la dresser à l'aide des 
indications fournies par l'édition de 
1667. Ainsi Lithodia, c'est la Saxe; — 
TripoUs, Prague; — Laiira, une char- 
treuse (?); — Athenais, Ingolstadt; — 
Pelicani- Lyceum , Dillingen; — Ar- 
condus, Conradus; — Annibal Aqiii- 
lonaris, le roi de Suède, ou peut-être 
le duc de Weimar; — Alaricus, sans 
doute le roi Gustave; — Leontarchus, 
probablement le roi de Bohême, à 
cause de l'emblème du Lion blanc; — 
Neachilles, le général Tilly, ou Pap- 
penheim, ou Tampier t — Essœus, un 
moine, un religieux; — Essce- A reluis, 
un prieur, un abbé; — Druida, un 



518 

chanoine ou un prêtre séculier. Telle 
qu'elle est, cette clef laisse beaucoup 
à désirer : que signifient Versius, Po- 
laltus, lUbessus, Alcorus, Theridanus, 
Lucianus, Histor, Pilsia, Brigenor- 
ma, etc., etc.? Il ne serait pas sans 
intérêt de dévoiler ces noms supposés 
qui ôtent beaucoup de piquant à la 
lecture de VIcarie. 

JOCRISSE (LE) iVlINISTÉRIEL, 
par F. N. Sovc. — Paris, chez les 
marchands de nouveautés, 1826, 
in-i2, curieux et rare. 

Le héros de cette odyssée comique 
est une espèce de précurseur du cé- 
lèbre « Jérôme Paturot. » On trouve 
dans le récit de ses aventures une 
critique sociale et politique des der- 
nières années de la Restauration. Il y 
a de nombreuses allusions aux per- 
sonnages alors au pouvoir. La clef 
doit être facile à faire. 

John Bull in his sensés. 

Voir : Law is a Bottomless Pit. 

JOUACHIM, BEY DE TUNIS, ou 
LE SAUT PÉRILLEUX, tragédie burles- 
que en trois actes et en vers (par 
Berger de Moydieu, avocat-général 
au Parlement de Grenoble). Tunis, 
de l'imprimerie du Divan (Greno- 
ble), 1781, in-8 de 30 pp. 

Cette pièce, dit le catalogue Soleinne 
(no 3.810), distribuée sous le manteau, 
causa un grand scandale dans la so- 
ciété grenobloise; elle roule sur des 
faits et des particularités relatifs aux 
gens du Parlement de cette ville. Voici 
la clef des noms, d'après l'exemplaire 
de la bibliothèque de Grenoble : 
Jouaehim, — le marquis Dumesnil; 
Nasica, — M. de BéruUe, premier 

président; 



519 

A/-Tie Bonnet, — M™^ de Bérulle, sa 
femme ; 

Rusé, — M. de Moydieu, procureur 
général; 

Tambourin, — M. de Vaulx, président; 

Nicollet, — M. de Reynaud, conseil- 
ler; 

Tout-Doux, — M. de Montai, major de 
Grenoble ; 

Rembruni,— M. Cellier, major de l'ar- 
senal; 

Jouflu, — crieur public de Grenoble. 

JOUJOUX, ou LES Lilliputiens, 
tragédie en cinq scènes (en vers, 
par M. de Martauges). — Dresde, 
V Hoessel, pet. in-4 de 3 fF. et 
12 pp. — Très-rare. 

Le nom des acteurs, dit le catalogue 
Soleinne [no 3798), indiquera le but 
de cette pièce satirique qui a trait aux 
intrigues d'une petite cour allemande: 
Zin:[olin, empereur de Lilliput, — 

Charles, comte de Bruhl; 
Aurore, princesse de Lilliput, amante 

de Joujoux, — Jeanne-Marguerite, ba- 
ronne de Racknitz; 
Joujoux, prince de Blefuscu, — Henri, 

comte de Bruhl; 
Gulliver, — le comte de Saint-Cernin; 
Poupée, confidente d'Aurore, — Hen- 

riette-Wilhelmine-Charlotte d'Ein- 

siedel ; 
Kussemich, capitaine des gardes, — 

Joseph-Frédéric, baron de Racknitz. 

JOURNAL DE LA COUR ET DE 
LA VILLE. « Tout faiseur de jour- 
nal doit tribut au malin. » Lafon- 
taine. — S. 1. (Paris), de l'imprimerie 
du Journal..., rueNeuve-Saint-Marc, 
n° 7, 1791-1792,111-8. 

Ce journal royaliste et résolument 
anti-révolutionnaire n'est cité ni dans 
la Bibliographie de Deschiens, ni 
même dans celle de M. E. Hatin. Il 



LES LIVRES A CLEF 



520 

était quotidien; le premier numéro 
parut le mardi i" mars 1791; le der- 
nier de la collection que j'ai sous les 
yeux porte la date du 27 juin 1792. Ce 
recueil forme environ sept volumes 
assez minces ; chaque numéro se com- 
pose de 8 à 16 pages: un certain 
nombre ont des suppléments. Le prix 
de l'abonnement à cette feuille était 
de trois livres par mois pour Paris, et 
de trois livres quinze sols pour la 
province. 

Comme les « Actes des Apôtres, » ce 
journal est rempli de noms désignés 
seulement par des initialismes, ou du 
moins par quelques lettres; mais les 
allusions ainsi formulées sont trans- 
parentes; il n'est personne qui ne soit 
à même de compléter les noms sui- 
vants que je prends au hasard : Dant.., 

Chah.., Fauc..., Rab.. de S.... Et , 

Kellerma.., Lac.., Briss., Gors.., le 

duc de Ch , le duc d'O M'»^ de 

de Sill.,., etc., etc. La clef de cette 
feuille extrêmement piquante rempli- 
rait plus de dix colonnes du présent 
livre. « Le Journal de la Cour et de la 
Ville » est une œuvre réactionnaire 
remplie d'esprit; la prose, très ma- 
ligne déjà, est remplie de vers épi- 
grammatiques plus satiriques encore. 

Journal Galant. 

Voir : Histoire du Temps. 

JOURNAL OU MÉMOIRES D'UN 
VOYAGE DE PARIS A ROME, fait 

PAR UN NOMMÉ BoUCHARD, EN 163O. 

Manuscrit original du xvii*^ siècle, 
in-4, vélin. 

Ce manuscrit, qui figurait sous le 
n» 657 du catalogue de la bibliothèque 
de M. Michel Chasle, de l'Institut, a 
été adjugé à M. Isidore Liseux, au 
prix de 5oo fr., dans la vacation du 
mercredi 2g juin i88r. M. Liseux, 
l'érudit éditeur, dont tout le monde 
connaît les intéressantes et curieuses 



521 

publications, s'est empressé de faire 
imprimer ce journal, jusqu'alors iné- 
dit, et qui vient de paraître sous ce 
titre : 

« Les Confessions de Jean-Jacques 
Bouchard, Parisien, suivies de son 
Voyage de Paris à Rome, en i63o, 
publiées pour la première fois sur le 
manuscrit de l'auteur. » Paris, I. Li- 
seux, in-8 de 3oo pages, tiré à très 
petit nombre sur papier de Hollande» 
20 fr. 

Jean-Jacques Bouchard, qui, suivant 
Tallemant des Réaux, mourut en 1640, 
était fort vilain personnage. La pre- 
mière partie de son journal est une 
confession de tous les péchés et polis- 
sonneries de jeunesse dont il s'est 
rendu coupable. Il raconte avec un 
abandon incroyable l'histoire de ses 
penchants libidineux et détaille les 
actes éfescènes auxquels il se livrait, 
depuis l'âge de huit ans, avec ses ca- 
marades, parmi lesquels figurent de 
grands noms des familles de France. 
M. Paulin Paris, qui avait eu occasion 
d'examiner ce manuscrit, qualifie 
avec raison l'auteur de « précurseur 
de l'infâme marquis de Sade. » Bou- 
chard s'est mis en scène sous le nom 
d'Oreste ; il donne à son père et à sa 
mère les noms d'Agamemnon et de 
Clytemnestre ; sa sœur Henriette prend 
le nom d'Eromène ; Alisbée est une 
pauvre femme de chambre de sa mère 
et dont le misérable a singulièrement 
abusé; enfin, Bouchard, par prudence 
ou pour ne pas effaroucher de prime 
abord la pudeur du lecteur, a pris 
soin de transcrire en caractères grecs 
les noms propres qu'il cite et toutes 
les sales expressions de son livre. 

Dans la publication faite par M. Li- 
seux, les mêmes précautions ont été 
observées. Le manuscrit original^ après 
l'impression de ces mémoires, a fait 
retour à la Bibliothèque nationale. 



JOURNALISTE (LE) ANGLAIS, 
comédie en trois actes et en prose, 



LES LIVRES A CLEP 



522 

pary.-Fr. Cailhava d'Estandoitx. — 
Paris, 1782, in-8. 

Cette pièce, analysée avec beaucoup 
de soin dans la « Correspondance lit- 
téraire » de Grimm et Diderot (voir 
édition Garnier, t. Xlll, pp. i83-i8()), 
estune violente critique dirigée contre 
La Harpe, qui y figure sous le nom 
du journaliste Discord. Il y est fait de 
nombreuses allusions à certaines his- 
toires de La Harpe avec ses confrères 
de Sauvigny, Blin de Sainmore, etc. 

JOURNALISTE (LE), comédie en 
un acte et en prose, meilleure à lire 
qu'à être représentée, par M. Sin- 
cère. — Adressée à *'*. « Les sots 
sont icy-bas pour nos menus plai- 
sirs. » Gresset, à Cinq Etoiles, chez 
Jean Furet, libraire, sans approba- 
tion ny permission et sans en avoir 
besoin, 1768. 

Comédie satirique inédite imprimée 
dans la brochure intitulée : 

« Un Libelliste du xviii^' siècle. — 
Jean-François de Bastide en Belgique, 
1766-1769. » Publication d'une comé- 
die contemporaine inédite, accompa- 
gnée d'une notice par M. Frédéric 
Faber. Buxelles, Olivier, mdccclxxx, 
in-8° de 40 pp. sur papier vergé. Ti- 
rage à 180 ex. numérotés. 5 fr. . 

Les personnages sont : 
Griffon de Bastide, journaliste, — J. F 

de Bastide ; 
j^/me Demouroiix, — ***, souscrivan 

au journal; 
M. l'abbé Queftes, ami de GrifTon^ — 

l'abbé Yvon; 
M. Cabaret, patron d'une estaminée 

{Sic) ; 
M. Le Vresse, commis du journaliste; 
Bergbou, libraire, — de Boubers; 
M. Répertoire, baron d'Harem, direc- 
teur du spectacle, — d'Hunnetaire; 



LES LIVRES A CLEF 



523 

Bournet, perruquier, garçon de Grif- 
fon ; 

La Pierre, valet du journaliste. 
La scène est à Bruxelles, dans le 

grenier de Griffon. 

JOURNÉE (LA) DES DUPES, 
pièce tragi-politi-comique, repré- 
sentée sur le Théâtre National par 
les grands comédiens de la Patrie, 
1790 (Paris), in-8 de 86 pp., rare. 

« Ce n'est, dit la « Correspondance 
littéraire» de Grimm (décembre 178g, 
t. XV, pp. 567-566 de la dernière édi- 
tion), ce n'est qu'une caricature, une 
ébauche au premier trait, mais dont 
l'idée est comique et l'exécution facile 
et gaie. Les personnages sont : 
Bimeatira, — Mirabeau, conjuré du 

grand collège; 
Peichelar, — Chapelier, conjuré du 

grand collège; 
Catepane, — Castellane, conjuré du 

petit collège ; 
Montmicy, — Montmorency, conjuré 

du petit collège; 
Mola, — Malo de Lameth, conjuré du 

petit collège; 
Ahnenandre, — son frère Alexandre; 
Monnier, citoyen vertueux ; 
Laibil, — Bailly; on ne sait pas bien 

ce que c'est encore; 
Yetafet, — Lafayette; 
La Peyrouse; 
O Paria, indien ; 

3/""= du Club, maîtresse d'auberge; 
M. Garde-Rue, sergent de la garde 

bourgeoise; 
Troupe de brigands, soi-disant nation. 

« Cette facétie a été faite, dit-on, dans 
une soirée à Petit-Bourg, chez M"« la 
duchesse de Bourbon, par MM. A,-M.- 
J. Chastenet, marquis de Puységur et 
Bergasse. » 

JOURNÉE (LA) DES MADRI- 
GAUX, suivie de la « Gazette de 



524 



Tendre )> (avec la carte de Tendre) 
et du « Carnaval des Prétieuses. » 
Introduction et notes par Emile 
Coîombey. Pzr'is, Aubry , MDCCCLVI, 
pet. in-8 de 104 pages (fait partie 
de la collection dite : « Le Trésor 
des pièces rares ou inédites »). 

Comme la « Gazette de Tendre, » 
dont il est question plus haut, la 
« Journée des Madrigaux » est une 
pièce inédite, trouvée par M. E. Co- 
lombey dans les manuscrits poussié- 
reux de Conrart. Le récit, ou pour 
mieux dire le procès-verbal de cette 
journée fameuse dans les fastes des 
Ruelles, a été puisé par Conrart dans 
les « Chroniques du Samedy, » recueil 
consacré aux séances qui se tenaient 
chez MU8 de Scudéry, au Marais, et 
dont Pélisson était le secrétaire. Dans 
cette journée célèbre (20 décembre 
i653), il fut fabriqué tant de madri- 
gaux et de petits vers que la passion 
rimeuse gagna jusqu'aux anticham- 
bres, où les laquais firent des vers 
burlesques. 

« La Journée des Madrigaux » a été 
accompagnée, par M. Colombey, de 
notes éclaircissant les noms des per- 
sonnages qui s'y distinguèrent; voici 
cette clef : 

Sapho, — M"e de Scudéry; 
La princesse Phiîoxène, — M"^ Ara- 

gonais; 
Le quartier de Léolie, — le Marais ; 
Le chroniqueur, — Pélisson, surnommé 
aussi r Apollon du Samedy et le ber- 
ger Acante; 
Les deux merveilleuses statues de la 
grande et de la petite Pandore..., 
— deux poupées de modes, de diffé- 
rente grandeur, sur lesquelles les 
précieuses exerçaient leurs doigts in- 
ventifs; 
Méliante, — M. de Doneville; 
Télamire, — M"e d'Aligre, fille de 

Mme Aragonais; 
Polyandre, — Sarasin : 



525 



LES LIVRES A CLEF 



Le berger Acaute,— Pélisson; 

Tr asile, — Ysarn ; 

Doralise, — M"" Robineau; 

Le généreux Théodamas, — Conrart; 

Le prince Agathyrse, — de Raincy, 
fils de Bordier, intendant des fi- 
nances; 

Papillon, — Etienne Pavillon, disciple 
de Voiture; 

Un des plus grands poètes de notre 
siècle, — de Gombaud ; 

Cléodore, — M''e Le Gendre; 

La journée de Thybarra,— la bataille 
de Lens. 

JUGEMENT (LE) ET LES HUIT 
BÉATITUDES. DE DEUX CARDI- 
naux confrontées a celles de 
Jésus-Christ, leurs prières a son 

ORAISON dominicale ET LES COMMAN- 
DEMENTS DE LEUR Dieu au décalogue 
DE Moyse; s. L, 1651, 20 pages. 

Mazarinade plus rare que curieuse, 
attribuée, par M. G. Moreau, à Fran- 
çois Davenne. Il est superflu de dire 
que les deux cardinaux sont Richelieu 
et Mazarin. 

JULII POMPONII DOLABELL/E IN 
PaMPHAGUM DlPNOSOPHISTAM. 

Voir ; Histoire de Pierre de Mont- 
maur. 

KING PEPIN. A farce, etc.. c'est- 
à-dire : LE ROI PÉPIN, pantomime 
comique à spectacle, représentée 
sur le Théâtre de Drury-Lane, en 
1843, aux fêtes de la Christmas 
(Noël). 

Cette grosse facétie qui, comme 
toutes les pièces du même genre, ne 
manqua pas de plaire beaucoup au 
peuple de Londres, n'était pas fort 
respectueuse pour le chef du gouver- 



526 

nement français, Louis-Philippe I^r, 
assez irrévérencieusement travesti sous 
les traits du roi Pépin; un autre per- 
sonnage de la pièce représentait la 
reine Victoria qui, cette même année, 
était venue en France et avait passé 
une partie de Tété à Boulogne. (Th. 
Muret, Histoire par le théâtre, t. III, 
p. 266.) • 



Lady Pandore, ou l'Ecole des 
Grecs. 

Voir : l'Ecole du Journalisme. 

LAGUS, ROI D'EGYPTE, tragé- 
die (par M. le marquis Du Tcrrail). 
Paris, P. G. Le Mercier, 1754, pet. 
in- 12 (non représentée). 

M. le marquis du Terrail, un peu 
illustre inconnu, que deux ou trois 
ouvrages, dont un roman, n'ont pu 
tirer de l'oubli, paraît avoir poussé 
bien loin l'amour de la pseudonymie. 
Voici ce que Grimm dit de sa pièce : 
«Un enfant de Mars, qui ne se nomme 
point, vient de faire imprimer une 
tragédie intitulée : « Lagus, roi d'E- 
gypte, » qui n'a jamais été jouée et 
qui, à coup sûr, ne le sera jamais. 
L'ingratitude des enfants de « Louis le 
Débonnaire » a fourni le sujet de cette 
mauvaise tragédie; mais la délicatesse 
de l'auteur ne lui a pas permis, à ce 
qu'il dit, de mettre sur la scène des 
Enfants de France avec des vices si 
odieux. Il a mieux aimé chercher un 
sujet à peu près semblable dans l'his- 
toire d'Egypte et reléguer ainsi ces 
enfants dénaturés sur les rives du IS'il, 
où ils sont obligés de prendre des 
noms étrangers. Cependant, comme il 
n'a pas osé non plus mettre sur la 
scène un fils de roi chargé d'un parri- 
cide, il imagine un récit par lequel le 
fils n'est qu'un enfant supposé. » 
{« Correspondance, » janvier 1755.) 



527 

LAIDES FIGURES ET JOLIS VI- 
SAGES, RÉVÉLATIONS Parisiennes, 
par le Comte Fosco; chez tous les 
libraires (Genève, 1872, H. Georg, 
de l'imprimerie Vérésoff et Garri- 
gues), in-8 de 95 pp. papier vélin. 
Prix : 2 fr. 



Écrit dans un esprit de réaction, cet 
ouvrage se compose d'une série de 
petits portraits à la plume dont les 
plus étendus ont deux pages; ils sont 
généralement fort malicieux, et le livre 
fut interdit en France lors de sa pu- 
blication; un certain nombre d'exem- 
plaires ont même été saisis à la fron- 
tière. Chaque nom véritable est ac- 
compagné d'un sobriquet ou d'un 
pseudonyme; ainsi : 

Méphisto, — c'est Jules Favre; 

Les deux Ajax, — Glais-Bizoin et 

Crémieux ; 
Tartuffe /", — le général Trochu ; 
Le bouillant Achille, — Léon Gam- 

betta ; 
Mirabeau-Mouche, — A. Thiers; 
Alison, — M™e la marquise de Gallifet j 
Le Lâcheur, — Fourichon; 
Athée, — le Père Marchai; 
Asinus, — le maréchal Lebœuf ; 
Stella, — M"° de Gasparin ; 
Irène, — l'impératrice Eugénie; 
Sphinx III, — Napoléon III; 
Le duc Hortensias, — Morny ; 
Marcello, ou la duchesse Phidias, — 

duchesse Colonna; 
Le vicomte de Thuringe, — Montalem- 

bert; 
Vipérinus, — Louis Veuillot; 
Mouna Belcolor, — M™e de Persigny ; 
Spaventato, — le prince Napoléon; 
Lilium, — M. le comte de Chambord ; 

Serva, — M™' la baronne B ; 

Hérisson, — M. Buffet ; 
Porte-Monnaie, — le comte de Cham- 

brun; 
Monseigneur Mignon,— l'abbé Baucr; 
Atlas, — M. Rouher; 



LES LIVRES A CLEF 



528 



Sa Grâce Annun:{iata, — M^e la com- 
tesse Waleswka ; 

Deux Etoiles, — M™» la comtesse Mé- 
lanie de P s; 

Myrtil, — Mme Rouher; 

Les trois sœurs, — ? 

Daniel Stem, — M™« d'Agout ; 

Héliotrope, — M. Caro ; 

L'Homme de Sedan, — W (Wimp- 

fenO; 
Minuscule, — M. E. Pinard. 

Quelques-uns de ces portraits sont 
très flatteurs, mais la plupart sont 
fort méchants. 

LAIS ET PHRYNÉ, poème en 
quatre chants. Londres et Paris, 
Panckoucke (Orléans, imp. Couret 
de Villeneuve), 1767. Pet in-S de 
96 p. 

Aventures assez libres, mais racon- 
tées un peu fastidieusement, dit la 
« Bibliographie Gay » (t. IV, p. 238). 
Dans une note insérée au « Bulletin 
du Bibliophile » (i85g, p. 774), 
M. Paul Lacroix signale ce poème, 
dont l'auteur est inconnu, comme 
très curieux et très intéressant pour 
l'histoire littéraire. C'est vraisembla- 
blement une composition allégorique 
sur les amours de la marquise du 
Châtelet avec Voltaire et Saint-Lam- 
bert : Voltaire se nomme Philinte, 
dans le poème, et Saint-Lambert, Mir- 
tile; Mme du Châtelet est Lais; quant 
à Phryné, c'est une rivale que Saint- 
Lambert lui avait donnée, et dont elle 
se plaint souvent dans de charmantes 
lettres qui ont été et sont peut-être 
encore en la possession de M. Feuillet 
de Conches. Telles sont les indications 
données par le savant bibliophile Ja- 
cob sur ce livre dont la clef est à 
compléter. 

L'auteur pourrait bien n'être autre 
que le pauvre Baculard d'Arnaud. 

LAIS (LA) PHILOSOPHE, ou 



529 

MÉMOIRES DE M"'" D*** ET SES DIS- 
COURS A M. DE Voltaire sur son 

IMPIÉTÉ, sa mauvaise CONDUITE ET SA 

FOLIE. — Nouvelle édition, consi- 
dérablement augmentée. — Selon 
l'original imprimé à Bouillon, 1761, 
chez Pierre Limier, 2 part, en un 
vol. in-i2, fig. (i'^ édition : Bouil- 
lon, 1760, in-8, avec une suite). 

Le « Dictionnaire des Anonymes » 
paraît avoir commis une singulière 
confusion entre cet ouvrage et une 
espèce de rimasserie protestante inti- 
tulée « Suite de la Lais-Philosophe, 
ou Sentiments de repentir de M^^ D**% 
etc., etc., » qui a eu, sous des titres 
différents, plusieurs éditions (voir t. II, 
col. io65, et t. IV, col. 463). M. Paul 
Lacroix, qui, dans le « Bulletin du 
Bibliophile» (décembre i86o, p. 1762, 
n° 658), a donné l'analyse de ce petit 
ouvrage, dit qu'il a cherché inutile- 
ment à en découvrir l'auteur. C'est 
un pamphlet contre Voltaire, lequel 
fut réimprimé plusieurs fois en France 
et à l'étranger, et ne dut son succès 
éphémère qu'au titre, qui semblait 
faire allusion à la marquise Du Chà- 
telet, quoiqu'il ne fût nullement 
question de la belle Uranie dans ce 
fatras d'injures contre Voltaire. La 
« Laïs-Philosophe » est une Proven- 
çale sortie du couvent pour courir les 
aventures et qui se lie avec Voltaire, 
auquel on ne fait pas jouer un rôle 
flatteur en maints endroits de ce récit. 
M. P. Lacroix se montre porté à croire 
que ce pamphlet a été rédigé par un 
complaisant de cette Laïs, autrement 
dit M"e Dunoyer, qui avait été la 
maîtresse du célèbre philosophe à 
Bruxelles et qui ne lui pardonna ja- 
mais son abandon. 

LAMUEL, ou le Livre du Sei- 
gneur, traduction d'un manuscrit 
hébreu, exhumé de la bibliothèque 



LES LIVRES A CLEl- 



330 

tour à tour nationale, impériale et 
royale. Histoire authentique de 
l'empereur Apollyon et du roiBéhé- 
moth. — Par le Très-Saint-Esprit. 
— Liège, J. Collardin, et Paris, frè- 
res Michau, In-12 de 235 p. et lxvi 
p. d'introduction (1816). 

Cet ouvrage, attribué par Quérard 
à Bory- de Saint- Vincent (voir « Fiance 
littéraire. » t. I, p. 422), est un centon 
continuel dont chaque phrase se ren- 
contre dans les livres canoniques de 
la Bible, et l'auteur a soigneusement 
cité l'endroit de l'Ancien Testament 
où il a puisé chaque verset et chaque 
mot. Le regretté M.-O. Delepierre a 
étudié ce livre avec beaucoup de soin 
dans son bel ouvrage : « Tableau de 
la littérature du centon » (Londres. 
1875, t. II, p. 257). Il nous fait con- 
naître que l'épître dédicatoire satiri- 
que, adressée à M. de Chateaubriand, 
se retrouve mot pour mot dans les 
ouvrages de cet écrivain et forme 
ainsi un premier centon. Les 23 cha- 
pitres de « Lamuel » sont une violente 
satire politique dirigée contre la Res- 
tauration. Les exemplaires de ce pam- 
phlet, qui a dû être recherché par la 
police et soigneusement supprimé, 
sont devenus de toute rareté. La clef 
en est fort simple : Abaddon o\x Ap- 
pollyon, c'est-à-dire l'exterminateur, 
c'est Napoléon I^''; Melchisadech, roi 
de Salem, c'est Pie Vil; 'Béhémot (la 
bête de l'apocalypse), c'est Louis XVIll, 
contre lequel Lamuel prophétise à 
cœur-joie. 

Cette malicieuse production, avant 
d'être réunie en volume, avait paru 
par fragments dans le fameux « Nain 
jaune. » 

LANGROGNET AUX ENFERS. 
Imprimé à Antiboine, de l'imprime- 
rie de Pince Filleux, à la Plume de 
Fer ; s. 1. (Besançon ,Charmet), 1 760, 



531 

in-i2, de 20 pp. avec six médiocres 
gravures sur cuivre. Se trouve aussi 
dans le recueil intitulé : 

Histoire allégorique de ce qui 
s'est passé de plus remarquable a 
Besançon depuis l'an 1756; s. l.n. d. 
de 117 pp. et I f. Le poème de 
« Langrognet » occupe les pp. 92 
à 117 de ce recueil formé par 
M. Terrier de CUron, président de 
la Chambre des Comptes de Dôle ; 
suivant Barbier, 1' « Histoire Allé- 
gorique » offre cette particularité 
que le titre manque dans tous les 
exemplaires connus. 

L'auteur du petit poème de « Lan- 
grognet (ou Langronet) » est l'abbé 
François-Xavier de Talbert. C'est un 
pamphlet des plus sanglants contre 
le président de Boynes, intendant de 
la Franche-Comté ; contre M. de Ran- 
dan, gouverneur, et contre leurs par- 
tisans, dont les noms sont travestis. 
« Depuis quelques années, dit M. Weiss 
dans la « Biographie Michaud, » de 
fréquents démêlés avaient existé entre 
le Parlement, jaloux de la conserva- 
lion des privilèges de la province, et 
M, de Boynes, qui réunissait la double 
charge de président du Parlement et 
d'intendant. Ce magistrat crut les ter- 
miner par un coup d'éclat et obtint 
des lettres d'e'Xil contre tous les con- 
seillers qui montraient le plus d'op- 
position à ses volontés. L'abbé Talbert 
comptait des amis et plusieurs pa- 
rents dans le nombre des exilés; il 
n'hésita point à prendre hautement 
leur défense et jeta le ridicule à plei- 
nes mains sur M. de Boynes et ses par- 
tisans, dans une foule de pamphlets 
en prose et en vers, écrits avec beau- 
coup de malice et de gaîté^ L'auteur, 
quoique protégé par l'anonyme, fut 
reconnu facilement et une lettre de 
cachet l'envoya d'abord au séminaire 
de Viviers, puis au château de Pierre 



LES LIVRES A CLEF 



532 



Encise, oij il expia sa faute par une 
détention de trois années. » Le Parle- 
ment de Besançon frappa de proscrip- 
tion le poème de « Langrognet, » et 
presque tous les exemplaires furent 
livrés aux flammes, de sorte que ce 
petit livre est devenu presque introu- 
vable, surtout avec les figures. Un 
catalogue de M. Claudin en annonçait 
un bel exemplaire, avec une clef ma- 
nuscrite, il y a deux ou trois ans. Il 
fut acheté, je crois, pour la Biblio- 
thèque nationale. 

Il serait désirable qu'on fît une 
réimpression de ce mordant pamphlet, 
en y joignant de bonnes notes et une 
clef; Charles Nodier lui a déjà con- 
sacré une curieuse, mais trop courte 
notice dans ses « Mélanges tirés d'une 
petite Bibliothèque » (pp. iS3 à 186). 

LANTERNE MAGiaUE NATIO- 
NALE; s. 1. n. d. (Paris, vers la fin 
de 1789), in-8 de 23 pp. 

Ce libelle satirique, publié en quatre 
fascicules, est du vicomte de Mirabeau, 
dont le nom se trouve sur le quatrième 
numéro, le seul précisément qu'il 
n'ait point écrit. Les personnages du 
jour sont cruellement satirisés dans 
ce mordant pamphlet rempli d'inilia- 
lismes faciles à compléter. Ainsi la 

maréchale de B u, cette auguste 

femme qui gouverne l'Académie, c'est 

la maréchale de Beauveau; C t, 

qui est à sa droite, c'est Condorcet; 
Harpula, qui est à sa gauche, n'est 
autre que Laharpe. On reconnaît ai- 
sément M™^ de Staël dans l'ambassa- 
drice, qui publie des livres qu'on ne lit 

pas; Lafayette dans le grand L e, 

et Rabaud dans le petit ministre R....d. 

'B e, qui ne peut donner le jour qu'à 

un monstre, c'est Barnave; on retrouve 
Ségur dans S...r,qui a de l'esprit, mais 
peu de force. Le grand N....r, c'est 
Necker; Vévêque d'A.... et l'archevêque 

de 'B , qui intriguent et agiotent, 

désignent clairement Talleyrand, évê- 



533 

que d'Autun et Champion de Cicé, j 
archevêque de Bordeaux, etc., etc. 

M. E. JaufFret, dans son « Théâtre 
révolutionnaire « (p. 82-85), a donné 
une bonne analyse de cette « pièce 
vraiment curieuse. » 

LA RAPINIÈRE ou l'Intéressé, 
comédie, par M. de Barquchois {zna.- 
gramme de Jacques Robbé), repré- 
sentée à la fin de 1682. Imprimé 
avec les vers retranchez à la repré- 
sentation. — Paris, Estienne Lucas, 
1683, in- 12 de4ff. et 102 pp. 

Quoique l'auteur de cette pièce, en 
cinq actes et en vers, ait placé à Gênes 
le lieu de la scène, et bien qu'il se 
défende, dans sa préface, d'avoir songé 
à se moquer des fermiers généraux, 
on voit que les traitants de France ne 
sont pas ménagés dans cette comédie 
qui précéda de plus de vingt ans Tur- 
caret. 11 serait curieux de retrouver les 
originaux dont il a dû tracer les por- 
traits. (Catalogue Soleinne, n" 1491.) 

LARMES (LES) D'ARONTHE 
SUR L'INFIDÉLITÉ DE CLORI- 
GÉNE, récit pastoral divisé en cinq 
journées, par P. Colas. — Lyon, 
J. Lautret, 1620, pet. in-12, rare, 
front, gravé. 

C'est l'auteur lui-même, Pierre Co- 
las, qui répand ses larmes dans cette 
longue et lamentable pastorale, sous 
le superbe nom d'Aronthe ; l'Iris infi- 
dèle, qu'il implore sous celui de Clo- 
rigène, ne nous est pas connue, (u Bul- 
letin du Bibliophile, » 1857, p. 217, 
n° 90.) 

LAUDATIO FUNERALIS IN 
OBITUM VIRI EXCELLENTISSIMI, 
PEREXIMII DOCTISSIMIQUE DO- 



LES LIVRES A CLEF 534 

MINI MAGISTRI GANGOLFT UR- 



CKEPUNZ, pœtae laureati, ludima- 
gistri meritissimi et hypodidascali 
exceleberrimi, 1779, in-8, rare. 

« Cette oraison funèbre, dit 1' « Essaf 
sur les Livres à Clef, » visait un vi- 
vant, André Gotz, professeur au col- 
lège de Saint-Sebald, à Nuremberg, 
homme instruit, mais fort pédant; 
elle était l'œuvre du savant et fécond 
Chr. -Théophile de Miirr, qui, dans 
cette prose mêlée de vers léonins, a 
imité avec bonheur le style des « Epis- 
tolae obscurorum virorum. d 

Ce petit pamphlet littéraire ne figure 
pas dans la liste, bien longue cepen- 
dant, des ouvrages de Mûrr, donnée 
par la « Biographie Michaud. » 

Lauriers (les) ecclésiastiques. 
Voir : Campagnes de l'abbé T***. 

LAW IS A BOTTOMLESS PIT, 
exemplified in the case of Lord 
Strutt, John Bull, Nicholas Frog, 
and Lewis Baboon, who spent ail 
they had in a law-suit-Printed from 
a manuscript found in the cabinet 
of the famous sir Humphrey Poles- 
worth. — London (mardi), 17 12, 
in-8 (Part, i.) 

John Bull in his sensés ; being 
the second part of « Law is a Bot- 
tomless Pit. » London (march), 
17 12, in-8. 

John Bull in his senses ; being 
the third part of « Law is a Bot~ 
tomless Pit. » — London (march), 
1712, in-8. 

An Appendix to John Bull still 
in his sensés, etc. — London , 
1712. 



535 

Lewis Baboon turned Honest, 
AND John Bull Politician ; being 
the fourth part of « Law is a Bot- 
tomless Pit. » — London (June), 
1712, in-8. 

Ces quatre parties et l'appendix, dit 
le « Manuel de Lowndes » (p. 2559), 
quoique souvent insérés dans les œu- 
vres de J. Swift, sont en réalité du 
docteur Arbuthnot. 

« La loi est un abîme sans fond, » 
telle est la traduction littérale de ces 
écrits politiques allégoriques, relatifs 
aux événements qui se passaient alors 
en Europe. Les allusions sont aisées à 
dévoiler : John 'Bull, c'est le peuple 
anglais; — Nichlas Frog (les Gre- 
nouilles), la Hollande; — Lewis ba- 
boon (Louis Singe), Louis XIV, etc. 

LETTERS (THE) OF JUNIUS. 

Sous ce titre parut, à partir du 
21 janvier 1769, dans le o Public Ad- 
vertiser » de Londres, une série de 
lettres politiques qui se continua, 
avec des interruptions, jusqu'en 1772. 
L'Angleterre était alors, sous le mi- 
nistère du duc de Grafton, qui des- 
cendait, comme on sait, d'un bâtard 
de Charles II, en proie à une vive 
excitation politique, causée par l'ex- 
trême division des partis et par le 
conflit de la métropole avec les colo- 
nies d'Amérique. Les premières « Let- 
tres de Junius » furent comme l'ex- 
plosion de l'indignation générale 
contre un gouvernement incapable et 
coupable. IVlalgré la vive émotion 
qu'elles causèrent, ni le gouverne- 
ment, ni les personnages si violem- 
ment attaqués, ne purent en décou- 
vrir l'auteur. Aujourd'hui encore, 
malgré les nombreux ouvrages pu- 
bliés à ce sujet, le problème est de- 
meuré sans solution et l'on hésite à 
se prononcer entre les huit auteurs à 
qui ces lettres semblent devoir être 



LES LIVRES A CLEF 



attribuées avec le plus de vraisem- 
blance; ce sont : Hugues Boyd, Burke, 
J.-L.Delolme, lordSackville-Germaine, 
sir Philip-Francis, Glower, le général 
Lee et le duc de Portland. Réunies 
pour la première fois en 2 vol., en 
1772, par l'éditeur même du « Public 
Advertiser, » ces lettres ont eu depuis 
un nombre considérable d'éditions. 
Elles ont été traduites en français par 
Varney (Paris, 1791, 2 part, in-8) et 
par J.-T. Parisot (Paris, 1823, 2 vol. 
in-8), avec des notes historiques et 
politiques. 

Ces Lettres devaient être au moins 
citées dans cette étude, tous les noms 
propres compris dans l'ouvrage n'étant 
désignés, dans les premières éditions, 
qu'à l'aide de simples initiales. II 
n'est pas rare de rencontrer de ces 
exemplaires anciens, où les noms sont 
remplis à la main. Les éditions mo- 
dernes et les traductions contiennent, 
pour la plupart, les noms propres 
imprimés en toutes lettres. 

LETTRE D'UN GENTILHOMME 
FRANÇOIS A DAME JACQUETTE 
CLÉMENT, PRINCESSE BOITEUSE 
DE LA LIGUE. — De Saint-Dénis, 
en France, le 25 d'aoust 1590, in-8, 
maroquin bleu, fil. tr. dor. 

Cette violente satire dont, jusqu'à 
présent, on ne connaît pas d'autre 
exemplaire original que celui ci-des- 
sus décrit, qui hgurait au catalogue 
Leber, sous le n» 4045 , est dirigée 
contre la duchesse de Montpensier, 
sœur du fameux duc de Mayenne. L'au- 
teur inconnu de ce virulent pam- 
phlet, accuse en propres termes la 
princesse, « ce monstre de luxure, » 
de s'être prostituée au frère Jacques 
Clément, pour l'amener à assassiner 
Henri III. Si l'on ajoute à cela que la 
princesse était atteinte d'une légère 
claudication, on s'expliquera parfaite- 
ment qu'elle airt été désignée sous le 



537 

nom de dame Jaquette Clément, prin- 
cesse boiteuse de la Ligue. Le duc de 
Mayenne est désigné sous le nom de 
duc des Moynes. 

Ajoutons que ce pamphlet a été 
réimprimé dans « la Bibliothèque El- 
zévirienne))(i 863, Variétés historiques 
et littéraires, t. X, pp. 55-76.) 

Lettre (la) de cachet. 
Voir : Charles et Caroline. 

LETTRE DU DIABLE A LA 
PLUS GRANDE P....N DE PARIS. 
— La reconnaissez- vous ? — Paris 
(179...), in-8de 8 pp. 

Cette pièce, de la plus grande ra- 
reté, est dirigée contre M^e Tal- 
lien; c'est un pamphlet atroce. On 
peut y joindre la « Réponse de l'ange 
Michel à la lettre du Diable, etc. » S. 1. 
n. d,, in-8. (Voir catalogue Leber, 
t. IV, p. 222.) 

Lettre écrite par un gascon a 
UN religieux. 

Voir : Histoire amoureuse et ba- 
dine du Congrès d'Utrecht. 

LETTRES A UNE INCONNUE, 
précédées d'une étude sur Mcrimce, 
par H. Tainc. Paris, Lévy frères, 
1873, 2 vol. in-8, 15 fr. 

Lettres a une autre inconnue. 
Avant-propos par H. Bla^e de Bury. 
Paris. Lévy frères, 1875, in-12, 
3 fr. 50. 

Lettres a panizzi, par Piospcr 
Mérimée. Publiées d'abord dans la 
« Revue des Deux-Mondes, » en 
1879 et réunies récemment en deux 
volumes. 

Quelques mots seulement sur ces 



LES LIVRES A CLEF 



538 



Lettres: Beaucoup de noms sont en 
blanc, d'autres ne sont désignés que 
par des initiales ou par les X tradi- 
tionnels ; une clef serait donc néces- 
saire pour la complète intelligence de 
ces curieuses correspondances. Mais 
si, pour ne citer que le dernier recueil, 
on rétiéchit qu'il s'y trouve des per- 
sonnages désignés comme suit : « Le 
ministre X... mari... malheureux, — 
la princesse de '''** qui scandalise tout 
le monde, — le comte de R... qui 
trouve dans la cassette de sa femme 
des lettres d'homme de quatre mains 
différentes, etc., etc., » on comprendra 
que la publication d'une clef com- 
plète, beaucoup de personnages dé- 
guisés étant encore vivants, présente- 
rait bien des écueils. — Comme pour 
la u Correspondance de Sainte-Beuve » 
et pour diverses autres publications 
contemporaines, la clef des Lettres de 
Mérimée est à renvoyer à plus tard, 
quand ce ne serait que par conve- 
nance. 

Lettres amoureuses de m'-'-'^ de 
B2663Z 183... Voir : Histoire nou- 
velle des amours de la jeune Bé- 
lise.... 



LETTRES D'UNE DAME AN- 
GLOISE ET DE SON AMIE A 
PARIS, contenant les mémoires de 
A1ADAME WILLIAMS. Imprimé en Hol- 
lande, 1770, 2 part, in-12. 

Ce roman, d'ailleurs insipide, con- 
tient des allusions à des événements 
et à des personnages contemporains. 
On y trouve notamment une scanda- 
leuse anecdote de la jeunesse du mar- 
quis de Polignac, qu'on désigne tout 
simplement par sa lettre initiale et 
qu'on signale comme un homme connu 
par son intrigue amoureuse avec une 
grande princesse. — On y raconte en 
outre une horrible histoire de son 



539 

premier amour. (Voir « Correspon- 
dance de Grimm » — janvier 1771.) 

Lettres d'une fille a son père. 
Voir : Adèle de Couv***. 

LETTRES DE GRIMM A CA- 
THERINE II. Publication en 2 vol. 
in-8, faite, en 1880, par les soins 
de M. Jacques Grot , membre de 
l'Académie impériale des sciences 
de Saint-Pétersbourg, pour com- 
pléter la volumineuse série des let- 
tres de l'Impératrice au critique-di- 
plomate, mises au jour, par le 
mêmej. Grot, en 1878. 

Dans un trop court article inséré 
dans « l'Amateur d'Autographes » (Pa- 
ris, Charavay, nos 325, SaG, octobre- 
novembre 1880), M. Alaurice Toitr- 
neux, le savant éditeur de la « Cor- 
respondance littéraire de Grimm, » 
a parfaitement résumé et fait connaî- 
tre cette importante publication. Em- 
pruntons-lui le passage suivant qui 
rentre essentiellement dans le cadre 
de cette étude : 

« M. Jacques Grot a traduit en russe 
toutes les lettres qu'il avait entre les 
mains, et jusqu'aux passages alle- 
mands dont elles sont hérissées. Il 
eût rendu à plus d'un lecteur fran- 
çais un signalé service s'il avait pris 
pour ceux-là la même peine dans 
notre langue. La préface du premier 
volume contient une sorte de clef, 
aussi complète qu'on l'a pu faire, des 
abréviations, surnoms et allégories 
que Catherine employait pour dépister 
les curieux. Comme cette clef n'a pas 
été non plus traduite en français, je 
la reproduis ici, persuadé qu'elle est 
indispensable pour le lecteur d'un 
recueil de cette nature : 
L" Homme aux deux physionomies [qut\- 
quefois Piccolo Bambino), — Jo- 
seph II ; 
Maman, — Marie-Thérèse; 



LES LIVRES A CLEF 



540 

Frère Ge.., — George III, roi d'An- 
gleterre; 

Hârode, — Frédéric II; 

Frère Gu.., — Gustave III, roi de 
Suède, et plus tard, Frédéric-Guil- 
laume II, roi de Prusse; 

Gegu, — ces deux rois ensemble ; 

Antonin Falstaff, — Gustave III; 

Les Secondais, — tantôt Frédéric II et 
Joseph II, tantôt le czarovitz Paul et 
sa femme ; 

La Glace ou le Boutonné. — M, de 
Herz, ambassadeur de Prusse ; 

Collet de Montorgueil, — M. de Hertz- 
berg, ministre des affaires étrangères 
de Prusse; 

Souffre-douleur, Factotum, Les gens de 
Grimma, — Grimm lui-même ; 

Pyrrhus, roi d'Epire, — Korsakow ; 

Le Divin, Vamplissime baron. — le 
baron de Reiffenstein ; 

Le duc de Saint-N^icolas, — Roumiant- 
zoff; 

Les Epiciers, — les Suédois ; 

Les Marchands drapiers, — les An- 
glais; 

Les Marabouts, — les Turcs ; 

Arme Leute, — (en a\\tm3.nd, pauvres 
gens), les Français au temps de la 
Révolution ; 

L'Egrillarde, — la Révolution; 

Kœther, — (en allemand, chien crotté), 
les fauteurs de l'anarchie; 

Purée de pois, Soupe aux pois, — la 
diplomatie et les diplomates; 

Enfin, le nq^ de Bobrinski désigne 
un fils naturel de l'impératrice, 
élevé en Allemagne, puis en An- 
gleterre. » 

Lettres de la présidente fer- 
RAND.... Voir : Histoire nouvelle 
des amours de la jeune Bélise.... 

LETTRES DE M***. Manhein et 
Paris, Bauche, 1760, in- 12 de vi- 
199 pp. 

M. Paul Lacroix, dans le « Bulletin 
du Bibliophile » (novembre-décembre 



541 



LES LIVRES A CLEF 



1860, p. 1764, n» 661), fait connaître 
que ces lettres sont l'œuvre d'Eugène- 
Eléonore de Béthiji, marquis de Mé- 
^ières, lieutenant général du roi et 
gouverneur de Longwy. Ce sont des 
bluetles de philosophie, de morale, 
de science et de littérature, qui ont dû 
être publiées seulement pour les amis 
de l'auteur. On y trouve beaucoup de 
tinesse, d'esprit et d'anecdotes qui 
peuvent servir à l'histoire des idées 
et des mœurs au xviiie siècle. La 
plupart des noms sont voilés par des 
initialismes faciles à compléter: Ainsi 
F***, c'est Voltaire. M. deM'^**,Mau- 
pertuis, 3/me D"*, M'^« du Deffant, etc. 
Le livre est rare et curieux ; une clef 
complète le rendrait fort intéressant. 

LETTRES DE MADEMOISELLE 
DE JUSSY. Paris, 1762, in-12 ou 
pet. in-8. 

Ce petit roman en lettres est inconnu 
aux bibliographes. « On y trouve, dit 
la « Correspondance de Grimm » (oc- 
tobre 1762), quelques portraits faits 
avec assez de facilité et de naturel ; 
mais d'ailleurs ce roman est froid et 
manque d'imagination et d'intérêt. » 
Qui retrouvera jamais les originaux 
des portraits en question ? 

LETTRES DE MISTRESS FANNY 
BUTLER A MILORD CHARLES- 
ALFRED DE CAITOMBRIDGE, par 
M""" Riccohoni. Paris, 1756 et 1757, 
in-12. 

« Les lettres de Fanny paraissent 
être authentiques, et l'on pensequ'elles 
se rapportent aux premières amours 
de l'auteur; seulement le lieu de la 
scène, les noms des personnages et les 
circonstances qui auraient pu les faire 
reconnaître, ont été déguisés. Cet ou- 
vrage a été écrit avec une gaieté et une 
jeunesse qui ne se trouvent pas dans 



542 

les autres œuvres de M™» Riccohoni. 
M. Boissonnade a révélé une particu- 
larité connue de peu de personnes : 
les lettres de Fanny Butler, données 
sous forme d'un roman, doivent leur 
origine à une liaison d'amour très 
réelle et furent adressées à M. de 
Mailiebois, C.-Alfred deCaitombridge, 
dont elle était folle et qui la quitta 
fort brusquement. » (« Bibliographie 
Gay, » t. IV, p. 288.) 

LETTRES DE MADAME LA 
COMTESSE DE LA RIVIÈRE A 
MADAME LA BARONNE DE NEUF- 
PONT, parM"^ Poulain, de Nogent- 
sur-Seine. Paris, FrouIIé, 1776, 
3 vol. in-12. 

Ce roman en lettres doit rentrer 
dans la catégorie des livres à clef, si 
l'on s'en rapporte à la note suivante 
extraite du catalogue Bazin: « Roman 
où l'on a fait entrer quelques noms 
etquelquesfaitsdu règnede LouiaXIV, 
mais sans même se donner la peine 
d'essayer quelque chose comme un 
pastiche. Le nom même de l'héroïne, 
3/iie de Plonnai, n'est que celui de 
l'auteur avec quelques lettres dépla- 
cées ; il est probable que celui de 
Lavanne ne vient guère de plus loin. » 
(Cat. Bazin, i852, no 724.) 

LETTRES ÉCRITES EN 1786 ET 
1787, publiées par M. BaJlanchc. 
Paris, J. Renouard, 1834, in-12, et 
1835, B. Duprat, in-12, avec un 
fac-simile. Prix, 4 fr. 50. 

On lit au verso du faux titre de la 
seconde édition : « Tel a été l'effet 
produit par la lecture de ces lettres, 
qu'il n'y a pas, devant le tribut d'hom- 
mages, offert de toutes parts, à faire 
un mystère du nom de l'auteur. 
Mademoiselle de Condé, plus connue 



543 

sous le nom de Madame la princesse 
Louise-Adélaïde de Bourbon-Condé. » 
L' « Intermédiaire» s'est récemment 
occupé de cette publication et a fait 
connaître que, dans plusieurs de ces 
lettres adressées à M. de la Gervaisais, 
Mademoiselle de Condé, parlant de 
plusieurs dames qu'elle voyait fré- 
quemment, les a désignéessimplement 
par ces mots : La Fine, la Dame, la 
Singulière, l'Enfant, etc., etc. Quel- 
ques-uns de ces masques ont été sou- 
levés; on sait maintenant que la Dé- 
vote désigne la marquise de Vibraye; 
— V Aimable, la marquise de La Roche- 
Lambert ; — la Dame, une autre per- 
sonne de ce nom; — on sait encore 
que le Bon , c'est le prince de Condé, et 
le Petit, le duc de Bourbon ; — il y 
a là une clef curieuse à compléter. 



LETTRES ET BILLETS GA- 
LANTS. Paris, Cl. Barbier, i668, 
in-i2 de i86 pp. 

Dans le « Bulletin du Bibliophile » 
{1860, p. 1424), M, Paul Lacroix a 
consacré un intéressant article à ce 
très rare petit volume. Selon lui « Les 
Lettres et Billets galants » nous offrent 
en partie la correspondance d'une 
précieuse. M™' Arragonnais, avec 
Izarn, l'auteur du « Louis d'Or. » La 
première y figure sous le nom d'Ar- 
témise, le second, sous celui de VIllus- 
tre Justinien ; une autre précieuse, 
M"= Bocquet, se présente sous le nom 
de Dorimène ; il y a encore dans le 
volume d'autres pseudonymes à dé- 
chiffrer, car il ne paraît pas que la 
clef du « Grand Dictionnaire des Pré- 
cieuses » soit entièrement applicable 
aux « Lettres et Billets galants, » 



Lettres facétieuses de fonte- 
NELLE. —Voir: Relation de l'Isle de 
Bornéo. 



LES LIVRES A CLEF 



544 



Lettres galantes de cléante et 
DE BÉLisE. Voir : Histoire nouvelle 
des amours de la jeune Bélise.... 

LETTRES PORTUGAISES tra- 
duites en françois. Paris, Claude 
Barbin, 1669, pet. in- 12 de 3 fF. 
prélim., 182 pp. et i p. pour le 
privilège. 

Telle est l'édition originale des cinq 
premières lettres de la religieuse Por- 
tugaise, celles dont l'authenticité est 
la moins contestée. Ces lettres, long- 
temps attribuées à l'avocat Subligny, 
puis à M, de Guilleragues, ont eu de 
très nombreuses éditions avec de fré- 
quentes variantes dans le titre (« Cinq 
lettres d'amour d'une religieuseescrites 
au chevalier de C, officier françois 
en Portugal ; » — « Lettres d'amour 
d'une religieuse » etc. — « Les Em- 
portements amoureux d'une religieuse 
étrangère; » etc., etc.) Beaucoup d'é- 
ditions contiennent une seconde partie 
comprenant sept lettres nouvelles; 
d'autres sont suivies d'imitations en 
vers par Dorât, etc., etc. On n'a pas à 
faire ici la bibliographie de cet inté- 
ressant petit volume; on peut consul- 
ter à ce sujet : Brunet, t. III, col. io3o- 
io32; — Barbier, t. II, col. 1286; — 
Bibliographie Gay, t. IV, p. 295-296 
et surtout la préface de l'excellente 
édition donnée par D, J.-M. S. (Don 
José-Maria de Souza.) Paris, Didot , 
1824, in-i2, 227 p., réimprimé par 
Jannet. Paris, i853, in-i6 de 96 p. 

La clef des cinq premières lettres se 
réduit à deux noms : La Religieuse, 
c'est Marianne Alcoforada, religieuse 
à Beja, entre l'Estramadure et l'An- 
dalousie ; le Chevalier, son amant, 
c'est Noël Bouton de Chamilly, dit 
alors le comte de Saint-Léger. — Les 
sept dernières lettres, réputés apo- 
cryphes, seraient, d'après Barbier, 
l'œuvre de M'^* de Pédégachc. 



545 LES LIVRES A CLEF 

Lettres secrètes et amoureuses 

DE DEUX personnages CÉLÈBRES DE 

NOS JOURS. Voir : Recueil de lettres 
de deux amants. 



LETTRES SUR L'AMOUR, 
ADRESSÉES A M-» A. D..., par 
C. R. — Paris, Maison, 1837, in-8 
de 20 feuilles 3/8, 7 fr. — Autre 
édition : Paris, Delaunay, 1837, 
in-i2. 

D'après la Bibliographie Gay, » 
M<^B A.-D. n'est autre que M™e A.-L.- 
Aurore Dupin, dame Dudevant, si cé- 
lèbre sous le nom de George Sand. 
L'auteurC. i?.,est M. Narcisse-Honoré 
Cellier, plus connu sous le nom de 
Cellier du Fayel. 

Lewis Baboon turned Honest. 
Voir : Law is a Bottomless Pit. 

LIAISONS (LES) DANGEREU- 
SES. Lettres recueillies dans une 

SOCIÉTÉ ET PUBLIÉES POUR l'iNSTRUC- 
TION DE QUELQUES AUTRES, par 

C*** de L***. — Amsterdam et Pa- 
ris, Durand, 1782, 4 part, in-12. 

Telle est l'édition originale de ce ro- 
man célèbre de Choderlos de Laclos : 
cet ouvrage, aujourd'hui centenaire, 
compte plus de vingt éditions ou réim- 
pressions, sans parler des traductions. 
— Plusieurs éditions sont ornées de 
séries de gravures ; il en est de remar- 
quables. On a beaucoup écrit sur ce 
livre et la « Bibliographie Gay » a 
parfaitement groupé les appréciations 
dont il a été l'objet; prenons-la donc 
pour guide, mais rappelons d'abord 
que cet ouvrage immoral, sévèrement 
mis à l'index en iSaS, a encore été 
condamné à la destruction en 1824 et 



546 

en i865 (voir le « Catalogue des ou- 
vrages poursuivis ou condamnés, 
pp. 229, 23o et 298). — Ajoutons qu'il 
est de tradition que Laclos a pris ses 
personnages et placé son action dans 
une société de Grenoble.— « L'auteur 
doit tout son succès à sa brutalité; 
loin de déguiser le vice, il l'exagère, 
le peint des plus noires couleurs et ne 
voit rien autre chose. Ce roman parut 
en 1782 : Laclos, trop grand admira- 
teur et partisan de Rousseau, voulut 
faire peur à la France de la légèreté 
galante et de la facilité de mœurs qui 
avaient jusqu'alors régné, et il traça 
cet horrible commentaire des contes 
voluptueux, gazés ou sentimentaux à 
la mode jusqu'alors. Ce choc futun de 
ceux qui contribuèrent à jeter notre 
société polie dans l'abîme révolution- 
naire. » — Voici l'appréciation sévère 
de Ch. Nodier : « Peinture de mœurs, 
si l'on veut, mais de mœurs tellement 
exceptionnelles qu'on aurait pu se 
dispenser de les peindre sans laisser 
une lacune sensible dans l'histoire 
honteuse de nos travers; l'ennui, plus 
i puissant que la décence, et le goût 
devraient dès longtemps avoir fait 
justice de ce Satyricon de garnison. » 

Voici ce que dit M. E. du Pasquet, 
dans le « Roman en France, » travail 
couronné, en 1862, par l'Académie 
française : « Les Liaisons dangereuses, 
coupable roman, où se trouve un 
grand talent, mais où la corruption 
s'étale trop au grand jour pour pro- 
duire l'effet moral qu'en attendait 
l'auteur, » 

On a prétendu que les portraits de 
la marquise de Verteuil et du marquis 
de Valmont faisaient allusion à M^e Je 
Souza, femme de l'ambassadeur de 
Portugal à Paris, et au chevalier de 
Choiseul. Mais, avant de se marier en 
secondes noces, M^e de Souza avait 
épousé un militaire, M. de Flahaut; 
les dictionnaires biographiques nous 
apprennent que cette union mal assor- 
tie ne fut point heureuse, les époux se 
séparèrent, mais la jeune femme, née 

l8 



547 



LES LIVRES A CLEF 



en 1761, avait à peine vingt et un ans, 
lorsque parut, en 1782, le roman de 
Laclos, et cet âge semble incompatible 
avec la rouerie expérimentée de la 
marquise. — D'ailleurs, les composi- 
tions gracieuses sorties de la plume 
de Mme de Souza, et qui lui ont assigne 
un rang distingué dans la littérature 
française, ces peintures fraîches et ins- 
pirées par une douce tendresse, offrent 
le contraste le plus marqué avec les 
principes de l'héroïne de Laclos. — 
On a prétendu que celui-ci s'était 
vanté de s'être dépeint lui-même sous 
les traits de l'odieux Valmont; mais il 
est permis de voir là-dedans une de 
ces fanfaronnades de vice, qui font 
l'orgueil de quelques fats. — D'un 
autre côté, voici ce que dit M. Allut 
dans son livre intitulé : « Aloysia Sigea 
et Nie. Chorier » (Lyon, 1862, p. 61). 
« Laclos avait donné à son père, offi- 
cier comme lui dans un régiment en 
garnison à Grenoble, un exemplaire de 
son roman, sur les marges duquel il 
avait écrit le nom de chacun de ceux, 
hommes ou femmes, qu'il avait mis 
en scène, et qui tous appartenaient aux 
plus hautes classes de la société dans 
cette ville; les aventures et les orgies 
étaient connues, l'auteur n'avait eu 
qu'à les raconter sous des noms d'em- 
prunt. )) 

En résumé, nous ne sommes pas 
près d'avoir la clef des Liaisons dan- 
gereuses, sauf le cas, bien improba- 
ble, où l'on découvrirait un exemplaire 
annoté d'après celui que l'auteur avait 
offert à son père. Comme le dit fort 
bien Ch. Nodier, « ce livre a une clef 
« ou plutôt il en a eu dix! Je ne crois 
« pas avoir traversé une ville princi- 
« pale de nos provinces, où l'on ne 
« montrât du doigt, dans ma jeunesse, 
« un des héros impurs et pervers de 
« ce roman. 11 faut laisser au rebut 
« ces clefs diffamatoires d'un ouvrage 
« qui diffame la nature humaine. » — 
Tout le m.onde ne pensait pas comme 
Nodier à ce sujet; il s'est même trouvé 
des gens qui ont revendiqué la. gloire 



548 

d'avoir servi de types aux héros des 
Liaisons : Pour n'en citer qu'un exem- 
ple, rappelons que le chevalier d'Ar- 
blayd'Anceny se vante, dans 1' «aver- 
tissement » de ses « Opuscules en 
vers, » d'avoir été l'un des person- 
nages mis en scène dans les Liaisons 
dangereuses. 



LiRRO (II) di Peregrino... 
Voir : Il Peregrino... 

LiCT (le) d'Honneur de Chari- 

CLÉE. 

Voir : Le Duel de Tithamante. 

LIFE (THE), ADVENTURES, 
INTRIGUES, AND AMOURS OF 
THE CELEBRATEDJEMMYTWIT- 
CHER. Exhibiting many striking 
Proofsto what Basenèssthe Human 
Heart is capable of Descending. — 
The whole Faithfully compiled 

from Authentic Materials. — 

London : Printed for Jonathan 
Brough, at the Bible, near Temple 
Bar, Strand, vol. in-S" de 92 pp. 
plus le titre; publié vers 1770. — 
Très rare. 

Ce livre faible, trivial, mal écrit et 
qui contient des allégations plus ou 
moins dignes de foi, prétend retracer 
la vie et les aventures de toute sorte 
de Jean Montagu, quatrième comte de 
Sandwich, homme d'Etat anglais, né 
en 1718, mort le 3o avril 1792. L'au- 
teur inconnu de cette espèce de libelle 
a désigné lord Sandwich sous le nom 
de Jemmy-Tnntcher (quelque chose 
comme Jac quoi- Pinceur), sobriquet 
donné à ce seigneur par le poète 
satirique Charles Churchill. — Mon- 
tagu-Sandwich était un homme de 
plaisir et sa .vie privée n'était pas 



549 



LES LIVRES A CLEF 



des plus édifiantes, paraît-il, bien que 
ce fût d'ailleurs un personnage très 
distingué qui rendit de grands ser- 
vices à son pays. — Ce pamphlet, 
qui a pour but de faire voir « à quel 
excès de bassesse » peut descendre 
le cœur humain tout en montrant que 
les plus mauvais instincts ne sont pas 
incompatibles avec des talents supé- 
rieurs, aurait besoin d'une bonne clef 
pour être lu aujourd'hui avec intérêt. 
— Il a été analysé par Pisanus Fraxi, 
« Centuria Librorum prohibitorum » 
(London, 1877, 4", pp, 210, 3oi 
et 3o2). 



Life and opinions of Tristram 
Shandy. 

Voir : Sentimental Journey 
through France... 

LIGUE (LA) DES FANATIQUES 
ET DES TYRANS, tragédie natio- 
nale en trois actes et en vers, par 
Ch.-Phil.-H. Ronsin, ex-capitaine 
d'honneur de la garde nationale 
parisienne. — Paris, Guillaume 
junior, 1791, in-8, et: Lille, De- 
perne, 1793, in-8. 

Cette pièce allusive fut représentée 
pour la première fois, le 18 juin 1791, 
sur le théâtre Molière, rae Saint-Mar- 
tin. La scène se passe sous Lozn'5 X//, 
le Père du peuple, qui personnifie 
Louis XVI, le restaurateur de la liberté; 
J5(ij-<jr(i, c'est Lafayette ; Hcroët, l'in- 
tendant des finances poursuivi par le 
peuple, c'est Foulon; la Garde Bour- 
geoise devient la Garde nationale ; 
etc., etc. 

M. E. Jauffret, dans son « Théâtre 
Révolutionnaire « (pp. 127-129), 
donne une analyse complète de cette 
œuvre pitoyable qui succomba sous 
les sifflets. 



LiGURIE, CONTE TRADUIT DU GREC. 

Voir : La Chronique scandaleuse. 

LISTE DES CURIOSITÉS DE LA 
FOIRE SAINT-GERMAIN, OU aUI 
SE VOIENT A PARIS. — Pièce 
imprimée en partie dans les « Anec- 
dotes échappées à l'Observateur 
Anglois » (t. L p. 266). 

Cette plaisanterie méchante qui 
roule sur les filles les plus connues 
de l'époque (1775), doit être introu- 
vable aujourd'hui ; elle n'est même 
pas citée dans la « Bibliographie Gay. » 
C'est unrecueil d'allusions aux mœurs 
ou aux imperfections des filles du 
monde, sous forme de ménagerie. Ce 
procédé devait être souvent imité pen- 
dant la période révolutionnaire (voir: 
« La chasse aux bêtes puantes; » — 
« Les chevaux au manège; » — « La 
ménagerie nationale, » etc.). — Ainsi: 
la bête très méchante, qui se jette sur 
tout le monde et que rien ne peut ap- 
privoiser, désigne M"^ Arnould ; — 
La grande louve, ou Laye des bois, 
M"« Raucourt; — La Civette, animal 
puant, M'ie Morancé; — La jolie gue- 
non des Indes, M"» d'Hervieux ; — Un 
petit cochon marron, M"« Bonnard , — 
et parmi les « machines : » Un bel 
automate très curieux, M"e Duthé ; — 
Une jolie pagode de Chine, Mi'« Sou- 
gnès ; — une belle statue en plâtre, 
peinte en couleurs imitant le naturel, 
Mi'e Beauvoisin. « En voilà assez, dit 
le rédacteur des « Anecdotes, » et 
pourtant, je m'arrête au commence- 
ment de la liste qui rassemble toutes 
celles de nos courtisanes qui font le plus 
de bruit par leurs excès. » Tout cela 
est rempli d'allusions très libres, pour 
ne pas dire obscènes. 

Livre (le) du Seigneur. 
Voir : Lamuel. 



551 

Livre vu de la Chronique de Don 
Philippe d' Aurélia... 

Voir : Les Avantures de Pompo- 
nius. 

LIVRES HERMÉTIQUES. 
Voir : h' Introduction. 

Logogriphes par quatrins (sic) . . . 
Voir: Miscellanées... 

LOIS (LES) EXISTANTES. — 
Conte indien traduit de l'Indous- 
tani, par H. Oddo{. — Paris, 
Victor Lecoffre. Impr. J. Mersch, 
M.DCCC. LXXX, in-i2de 50 pages. 

Allégorie satirique relative aux dé- 
crets du 2g mars 1880 sur les congré- 
gations religieuses non autorisées. Il 
n'est pas difficile de deviner que le 
royaume de Kali raschtra, c'est la 
France, et les Kalicans, les Français ; 
\es Brahmes noirs, cesont les Jésuites; 
Folétriah ne peut être que Napo- 
léon III ; Polébona est presque l'ana- 
gramme de Napoléon I"; quant à 
Chutrix, Chakili, Dharma ce sont les 
membres du ministère qui ont assuré 
l'exécution des décrets susdits. Tout 
cela n'est ni très piquant, ni très ré- 
créatif. 

LOUIS BRONZE ET LE SAINT- 
SIMONIEN, parodie de Louis XI, 
en trois actes et en vers burlesques, 
par Ferdinand LangU et Emile Van- 
der-Burch. — Paris. Barba, 1832, 
in-8, prix : i fr. 50. 

Cette farce amusante fut jouée, pour 
la première fois, le 27 février i832, 
au théâtre du Palais-Royal. Le Vincent- 
de-Paul de Casimir Delavigne y est 



LES LIVRES A CLEF 



552 

remplacé par un Père Bonfantin, nom 
sous lequel il n'était pas difficile de 
reconnaître le célèbre M. Enfantin, 
D'autres personnages désignent le 
brave Père Bazard, M"«Cécile Fournel, 
Mlle Aglaé de Saint-Hilaire, etc., etc. 
(Th. Muret. — « L'histoire parle théâ- 
tre, » t. III, p. 190). 

LOUIS (LE) D'OR POLITIQUE 
ET GALANT. — Cologne, Pierre 
Marteau (Hollande, à la Sphère), 
1695, pet. in-i2, très rare. 

Il ne faut point confondre cet écrit 
avec le fameux petit roman d'Isarn : 
« Le louis d'or, à Mademoiselle de 
Scudéry, » qui parut, pour la première 
fois, en 1660, sous le titre de « La Pis- 
tole parlante. » — Le Louis d'or dont 
il s'agit ici, c'est Louis XIV; l'auteur 
inconnu de ce libelle allégorique, y 
critique sévèrement les actes politi- 
ques et les mœurs privées du grand 
roi. 

LOVE OF FAME, the universal 
passion ; in seven characteristical 
SATIRES (by Edw. Young) . — «... Ful- 
gente trahit constrictos gloria 
curru non minus ignotos genero- 
sis, » Horat. —Glasgow, printed by 
Robert Urie. MDCCLV, in-8, 
96 pages. 

II existe diverses traductions de ces 
satires du célèbre auteur des«Nuits;» 
outre la traduction de Letoiirneur/m- 
sérée dans les œuvres complètes de 
Young (Paris, 1796), on peut encore 
citer les versions suivantes : i" « Sa- 
tires d'Young, ou l'Amour de la Re- 
nommée, PASSION u.NivERSELLE, » tra- 
duction libre de l'anglais par Th. P. 
Bertin, Londres et Paris, 1787, in-8 
(nouvelle édition en l'an VI, in-18); 
— « Satires sur l'Amour de la Re- 



553 LES LIVRES 

nommée; » traduction libre en vers 
français, par J. Labiée. Paris, 1802, 
in-i2 (2e édition, 1818, in-i8). 

Ces sept satires, qui firent un cer- 
tain bruit à I-ondres, lors de leur pu- 
blication, furent maintes fois réim- 
primées; l'édition ci-dessus décrite, 
de plusieurs années postérieure à l'édi- 
tion originale, contient une clef de 
quatre pages, encore bien incomplète 
sans doute, l'auteur ou l'éditeur 
n'ayant peut-être pas osé dévoiler 
alors les noms de personnages encore 
vivants. 

Voici cette clef : 

I_ 8. jS — e, — Sir Richard 
Blackmore ; 
Sq. s — e, — Sir Richard 
Steele ; 

— Go. P — y, — William Pul- 

teney ; 

— 81. T, — Dr Trapp; 

— i65. C — dos, — DucdeChan- 

dos ; 

— 166. B — l — ton, — Comte de 

Burlington ; 

— 177. F — t — n, — Sir Andrew 

Fountain ; 

— ijS. P — b— ke, — Comte de 

Pembroke ; 

— 237. Lady B., — Comtesse de 

Bristol ; 

— 287.5 — pe, — M. Scroope ; 

II — 65. T — n, — Jacob Tonson ; 

— 92. O, — Charles, comte d'Or- 

rery ; 

— 95. D, — Comte de Dorset ; 

— 171. Miss D, — Miss Dun- 

comb ; 

— i8i. The Stagyrite, — Aris- 

tote ; 

— 201. D, — Doddington ; 

— 23o. 5^ — pe, — Stanhope, 

comte de Chesterfield ; 

— 23o. D — l — ne, — Lord De- 

loraine ; 

III — Cfb. H — y, — Lady Hervey ; 

— 227. H — r, Heiddegger, di- 

recteur de comédiens ; 



A C 
IV- 



LEF 



554 



59-61 c, — Anthony Coliins, 
fondateur de la Secte 
des Libres-penseurs; 

— 97. Arbt — t,— Dr Arbuth- 

not ; 

— 97. F, — Daniel de Foc ; 

— 98. S — ey, — Sir Charles 

Sedley ; 

— 100. S — X, — Sussex ; 

— 104. Q.— y, — Duchesse de 

Queensberry ; 

— 1 14, S, — Sir Hans Sloane; 

— 128. J — y, — Lady Jersey ; 

— 167. B — le, — Ch, Boyle, 

comte d"Orrery, 

— 167. M — t, — Ch. Mordaunt, 

comte de Peterborough; 

— 168. P—/— m, — Pelham, 

duc de Newcastle ; 

— 168. J, — John Dennis; 

— 2o5, H — t, — Harcourt, Lord 

chancelier ; 

— 207. A — le, — Duc d'Argylc; 

— 208. D — t, — Duc de Dorset ; 

— 209. P — Ke, — Thomas, comte 

de Pembroke ; 

— 2IO. Henrietta, — Lady Hen- 

rietta Cavendish Holles 
Harley ; 

— 260. Âiigustus, — Le roiCeor- 

ge II; 

V — 191. S/r //—s, D^HansSioane; 

— ^^S.LadyD., — Lady Dash- 

wood, ou Dysart ; 

VI — 223. H — y, Lord Hervey ; 

— 224. R — d, — Duc de Rich- 

mond ; 

— 33o. G — n, Lady Betty Ger- 

main ; 

— 355. //, — Lady Hervey ; 

— — P, — Lady Pearce ; 

— — B, — Lady Blount ; 

— 410. C — ns, — Anthony Col- 

lins ; 

— 449. T — l— n, — L'archevê- 

que Tillotson ; 

— 473. i^— je, — M™e Kemp ; 

— 577. Carolina, — La reine Ca- 

roline d'Anspach, femme 
de George II ; 



555 



LES LIVRES A CLEP 



— 595.3/— t, — Mist, impri- 

meur ; 

— 5c)3. W — ns, — Wilkins, im- 

primeur ; 

— 6o5. Thon of France, — Boi- 

leau ; 

La clef ne s'étend pas à la septième 
satire, qui ne contientguère d'ailleurs 
que des noms écrits en toutes lettres. 

Les satires 5 et 6, sur les femmes, 
contiennent un grand nombre de ca- 
ractères féminins. Mira, Mélanie, Ce- 
lle, Isabelle, Lavinie, TiiUic, etc., etc., 
qui, fort probablement, sont des por- 
traits; il faudrait être extrêmement ver- 
sé dans la connaissance des moeurs et 
delà société anglaises, sous George II, 
pour désigner les dames qui ont servi 
de modèle au poète ; nous ignorons 
si quelque érudit anglais a tentéd'exé- 
cuter ce travail curieux et attrayant. 

LOYERS (THE), or the Memoirs 

OF LAD Y SaRAH B... AND THE COUN- 

TESS P..., published by Treyssat de 
Verg3^ counsellor in the Parlia- 
ment of Paris. — London, 1769, 
2 vol. in-8, fig. 

Cet ouvrage a bien l'air de n'être 
qu'une traduction supposée : Treys- 
sac de Vergy n'a publié, sous ses 
initiales seulement, que deux ouvrages 
cités par Quérard et qui n'ont aucun 
rapport avec les « Amants, » ou Mé- 
moires de Lady Sarah B.... et de la 
comtesse P.... (Percy). — C'est un ro- 
man épistolaire, genre alors à la mode, 
dédié à la comtesse d'// — rr — on 
(Harrington) ; les lettres de lady 
B... sont datées à'H — H— (Holland 
House) ; les correspondants de ces 
dames sont: Lord William G...., le 
capitaine F....; sir C. B..., qui écrit 

au duc de R (Rutland) ; miss A...., 

miss S...., lady Mary H — y (Harry :*), 
miss B...., lord C... le comte de P.... 
(Percy), le général Se...., et Edward 
D..,. — Quelques noms sont complétés 



556 

à la main, ainsi qu'on l'indique; 
malheureusement, les autres ne le 
sont pas. Il semblerait qu'il s'agit de 
lettres réelles, retouchées sans doute 
par l'éditeur (Quérard, Essai sur les 
livres à clef, p. 21 3). 

LOYAL (THE) LOYERS. ATragi- 
Comedy, by Casino Maniiche, 1652, 
s. L, in-4. 

Manucheou plutôt3/aMMCc/,d'ongine 
italienne, écrivit cette pièce pour cri- 
tiquer sévèrement les hommes de l'an- 
cien Comité révolutionnaire, sous les 
noms de Gripemah et de Sodom. Sui- 
vant Langbaine, l'auteur, sous les noms 
de Phanaticns et de Flyboiv, a retracé 
une aventure scandaleuse du fameux 
Hugh Peters avec la femme d'un bou- 
cher (« Biographia dramatica, » t. II, 
p. 206). 

Lucii CoRNELii Europ^i Monar- 

CHIA SOLIPSORUM. 

Yoir : La Monarchie des SoHpses. 



LUCII VIGILII IESURBII yïGLO- 
GA HAGNON, utilis simul et ju- 
cunda, in-8, 4 pp. 

Ce petit poème doit dater des pre- 
miers temps de la Réforme. Il est, 
au dire de Baumgarten (Analecta Lip- 
siensia, 1750, p. 484), de la plus 
insigne rareté; aussi Freytag, pour en 
empêcher la perte définitive, a-t-il cru 
devoir le réimprimer in extenso dans 
son « Apparatus Litterarius » (t. III, 
pp. 14 a 17). — Dans cette eglogue po- 
litico-religieuse, deux interlocuteurs, 
Petasillus et 'Vanniolus, s'entretiennent 
de la grande lutte ouverte entre la 
Réforme et la Papauté. Les personnes 
mises en cause sont déguisées sous des 
noms supposés, dont Freytag a donné 
la clef que voici-: 



557 

Hagnon, — Marthin Luther; 

Pan, — Jésus-Christ; 

Sabnonens, — le Pape; 

Damon, — l'Empereur; 

Mopsiis, — l'Electeur Frédéric de 
Saxe; 

Corydon, — Calvin, ou peut-être 
J. Camcrarius ; 

Amyntas, — Philippe Mclanchton; 

Sichœus, — Sidonius «) ; 

Melibœus, — Amsdorfius (?) ; 



LES LIVRES A CLEF 



Lui et Lui et Elle. 
Voir : Elle et Lui, 
Sand. 



par George 



LUPANIE. —HISTOIRE AMOU- 
REUSE DE CE TEMPS. — A la 
sphère (Hollande-Elzevier), 1688, 
pet. in- 12, 94 pp. 

Roman satirique attribué à tort 
à P. Corneille Bksscbois, maintes 
fois réimprimé, tant sous ce titre 
que sous les suivants : 

Saint-Germain, ou les Amours 
DE M. D. M. T. P., avec quelques 
autres galanteries. S. 1. n. d. (Hol- 
lande-Elzevier) , pet. in- 12 de 
130 pp. 

Alosie, ou les Amours de Ma- 
dame DE M. T. P. (en tête du re- 
cueil intitulé : « Amours des 
Dames illustres de notre siècle. » 
— Cologne, Jean Le Blanc, 1680. 
pet. in- 12]. 

(Voir pour les diverses éditions 
de ce libelle : E. Cleder, « Notice 
sur Blessebois y> et la « Bibliogra- 
phie Gay. ») 

Plusieurs auteurs, abusés par les 
initiales A/". Z). M. T. P., qui n'étaient 
qu'une supercheriede libraire, ont cru 
ou voulu voir dans ce livre un pam- 



558 

phlet contre madame de Montespan. 
Rien de plus inexact. Le roman repose 
en effet sur un fond de vérité; le titre 
dcLttpanie {Lupa, la louve), qui est la 
forme la plus ancienne de l'ouvrage, 
démontre clairement dans quelle in- 
tention il a été composé; mais ce n'est 
point de la favorite du grand roi qu'il 
s'agit : « C'est un pur et simple récit 
des scandales obscurs d'un ménage 
bourgeois; le mari était médecin; 
l'amant (auteur de Lupanie) paraît 
avoir été une sorte de cuistre qui eut 
l'idée de se venger ainsi des infidélités 
des sa maîtresse; » ceci expliquerait 
assez qu'on ait songé à attribuer ce 
libelle au peu délicat Corneille 
Blessebois. Sous plusieurs rapports, il 
ne serait pas sans intérêt de découvrir 
la clef véritable de Lupanie. 



LuTRiGOT, poëme héroï-comique. 
Voir ci-après : 

LUTRIN (LE) , poëme héroï- 
comique, par Nicolas Boilcau Dcs- 
prcaux. — Les quatre premiers 
chants seulement ont été publiés 
dans les « Œuvres diverses du sieur 
Despréaux. » — Paris, Thierry, 
1672, in-4, fig. — Les six chants 
complets ont paru pour la première 
fois dans les « Œuvres diverses du 
sieur D. » — Paris, Thierry, 1683, 
in-i2. — Innombrables réimpres- 
sions. 

Je ne saurais mieux faire que de 
transcrire ici une note entièrement 
écrite de la main de Gabriel Peignot, 
que m'a bien voulu communiquer 
M. Gustave Brunet. — On sait, comme 
je l'ai rappelé dans l'Introduction de 
cette étude, que Peignot avait réuni un 
certain nombre de notes en vue d'une 
« Bibliographie des livres à clef. » — 



559 



LES LIVRES A CLEF 



Sans doute on ne sera pas fâché 
d'avoir un spécimen du travail de ce 
patient et consciencieux bibliographe : 
« Ce poème, l'un des plus agréables 
et des mieux faits qui existent dans la 
langue française, a dû le jour à une 
espèce de défi que M. le Président de 
Lamoignon porta à Boileau; il était 
question d'un démêlé du Trésorier et 
du Chantre de la Sainte-Chapelle au 
sujet d'un lutrin. — Voici quelques 
détails à cet égard : Le trésorier rem- 
plissait la première dignité du chapitre 
de la Sainte-Chapelle et officiait avec 
toutes les marques de l'épiscopat; le 
chantre occupait la seconde dignité. 
Il existait autrefois dans le chœur, 
devant la place du chantre, un énorme 
pupitre qui le couvrait presque tout 
entier; il le fit ôter; le trésorier vou- 
lut le faire remettre; delà arriva une 
dispute. On s'en rapporta à M. de 
Lamoignon pour juger cette contesta- 
tion. Ce sage magistrat fil compren- 
dre au trésorier (M. Claude Auvri, 
évêque de Coutances) que ce pupitre 
n'ayant été érigé anciennement devant 
la place du chantre que pour la com- 
modité de ses prédécesseurs, il n'était 
pas juste qu'on obligeât le chantre 
actuel (M. Jacques Barrin) à le souf- 
frir s'il lui était incommode. Néan- 
moins pour accorder quelque chose à 
la satisfaction du trésorier, M. le Pre- 
mier Président fit consentir le chantre 
à remettre le pupitre devant son siège 
où il demeurerait un jour, et le tréso- 
rier à le faire enlever le lendemain, ce 
qui fut exécuté de part et d'autre. 
Cette petite contestation parut si 
plaisante à M. de Lamoignon qu'il dit 
à Boileau qu'il devrait faire un poëme 
que l'on pourrait intituler la Conquête 
du Lutrin, ou le Lutrin enlevé. Boileau 
répondit qu'il ne fallait jamais défier 
un fou et qu'il l'était assez non seule- 
ment pour entreprendre ce poème, 
mais encore pour le dédier à M. le 
Président lui-même. Celui-ci ne fit 
qu'en rire : le poème se commença, 
l'essai en plut beaucoup, l'auteur con- 



560 

tinua. Les quatre premiers chants 
parurent en 1672, et les deux derniers 
y furent ajoutés en i683. — Toutes 
les richesses de l'épopée se trouvent 
réunies dans ce charmant poëme qui 
n"a pour ses six chants que 1268 vers. 
On le relit toujours avec un nouveau 
plaisir. Il faut avouer cependant que 
le sixième chant n'est point en harmo- 
nie avec les cinq premiers; il est trop 
sérieux et il a beaucoup moins de 
coloris et d'élégance que ce qui pré- 
cède. D'ailleurs, l'action du poème 
finit par ces vers très secs adressés à 
M. de Lamoignon : 

« Seul, tu peux révéler par quel art tout puissant 

Tu rendis tout à coup le cbantre obéissant. 

Tu sais par quel conseil, rassemblant le chapitre, 

Lui-même, de sa main, reporta le pupitre ; 

Et comment ce prélat, de ses respects content. 

Le fit du banc fatal enlever à l'instant. » 

« Quelle froide narration! qu'est 
donc devenue l'imagination du poëte? 
Il pouvait cependant tirer grand parti 
de la manière singulière et risible dont 
s'est terminée cette querelle. 

« Quoique Boileau dise dans l'Avis 
au lecteur de la première édition du 
Lutrin : « Je déclare franchement que 
tout le poème n'est qu'une pure fiction 
et que tout y est inventé, jusqu'au 
nom mêrne du lieu où l'action se 
passe, » il est très certain que le sujet 
de son poème existait bien réellement, 
ainsi qu'on l'a pu voir par ce que nous 
avons exposé ci-dessus. Bien plus, 
c'est que, par la suite, il n'a pas même 
pris la peine de déguiser quelques 
noms de personnes attachées à la 
Sainte-Chapelle, mais il y en a plu- 
sieurs qu'il a changés; c'est ce qui 
m'a engagé à en donner ici la clef, que 
j'ai puisée dans des notes de diverses 
éditions de notre poëte: 
Alain, — Auberi, chanoine de Saint- 
Jacques, puis du Saint-Sépulcre et 
enfin de la Sainte-Chapelle; 
Aleth {ces vertus dans), — Boileau a ici 
en vue Nicolas Pavillon, alors évêque 
d'Aleth, préla^t très pieux; 



S6i 

Aime {la perruquier e), — knm Dubuis- 
son, seconde femme de Didier 
l'Amour, perruquier; 

Boirude, — François Sirude, sacris- 
tain, puis vicaire de la Sainte-Cha- 
pelle; 

Brontin, — le sieur Frontin, sous- 
marguillier de la Sainte-Chapelle; 

Le chantre, — Jacques Barrin, tils de 
M. de La Galissonnière, maître des 
requêtes ; 

Dodillon, — C'est le nom d'un chantre 
de la Sainte-Chapelle; 

Une illustre église, — La Sainte-Cha- 
pelle, fondée par saint Louis et 
consacrée en 1248. Dans la première 
édition, Boileau avait mis Bourges, 
puis du B. il avait fait un P., ce 
qui faisait Pourges, petite chapelle 
qui était autrefois proche de Mont- 
Ihéry; 

Le chanoine Evrard, — Louis Roger 
Danse, mort en 1690; il passait pour 
le plus gourmand des chanoines de 
la Sainte-Chapelle, et pour celui 
qui aimait le plus la propreté; 

F abri , — M. Lefebvre, conseiller- 
clerc, homme très violent; 

Gaillerbois, — Pierre Tardieu, sieur 
de Gaillerbois, chanoine de la 
Sainte-Chapelle, mort en i656; 

Garnier, — Fournier, chapelain de la 
Sainte-Chapelle ; 

Le prudent Gilotin, — Gueronet, qui 
depuis futcurédela Sainte-Chapelle; 

Girard, — le sonneur de la Sainte- 
Chapelle, qui se noya dans la Seine, 
ayant gagé qu'il la passerait neuf 
fois à la nage. Il eut un jour la té- 
mérité de monter sur les rebords du 
toit de la Sainte-Chapelle, ayant une 
bouteille à la main; là, en présence 
d'une inhnité de gens qui le regar- 
daient depuis la rue avec frayeur, 
il vida cette bouteille d'un seul trait 
et s'en retourna. Boileau, qui était 
alors écolier, fut un des specta- 
teurs ; 

Girot, — Brunot, valet de chambre, 
remplissait aussi la fonction de 
bedeau ou d'huissier. Il gardait la 



LES LIVRES A CLEF 



562 

porte du chœur. On dit qu'il était 
fâché que Boileau ne l'eût pas 
nommé par son véritable nom ; 

Haynaut, — Hesnault, mauvais poète. 
Dans l'édition de 1674, il y avait 
Bursost; dans celle de i683, Bour- 
saut; et dans celle de i6q4, Perrault ; 
Haynaut est resté depuis 1701 ; 

Héros fameux, — M. de Lamoignon, 
Premier Président du Parlement de 
Paris; né en 1617, il est mort en 
1677; 

Marineau, — c'est le nom d'un chan- 
tre de la Sainte-Chapelle; 

Le perruquier l'Amour, — Didier 
l'Amour, perruquier établi dans la 
cour du Palais, sous l'escalier de la 
Sainte-Chapelle. Quand il arrivait 
quelque tumulte dans cette cour, il 
y mettait ordre sur le champ, avec 
un grand fouet qui lui servait à 
expulser les enfants et les chiens du 
quartier lorsqu'ils faisaient du 
bruit; il avait même un bâton à 
deux bouts pour écarter les filoux 
et les bretteurs que le grand abord 
du monde attirait au Palais et qui 
causaient du désordre: 

Prélat terrible, — Claude Auvri , 
évêque de Coutances, trésorier de 
la Sainte-Chapelle ; 

Sidrac, — C'est ainsi que se nommait 
un vieux chapelain-clerc dont le 
caractère est formé sur celui de 
Nestor. » 

Telle est, fidèlement transcrite, la 
note de Gabriel Peignot. Sans doute 
on la trouvera un peu longue, mais 
elle donne l'idée de la manière que 
l'érudit écrivain pensait employer 
pour sa Bibliographie des livres à 
clef. Si l'on eût suivi le même procédé 
dans cette étude, plusieurs volumes 
eussent été nécessaires pour son exé- 
cution. 

Ne quittons point Boileau sans rap- 
peler que ses Satires et ses Epitres 
présentent un grand nombre d'allu- 
sions : leur explication nous entraîne- 
rait bien loin et d'ailleurs presque 



563 

toutes ont été éclaircies; citons-en 
cependant quelques-unes des moins 
connues : 

Diiiiioii, ce grand auteur, dout la muse fertile... 
Sat. I. V. I. 

Boileau avait en vue Cassandre, tra- 
ducteur de la Rhétorique d'Aristote; 
ce serait Tristan-I'Ermite, suivant les 
commentateurs; 

Q.UC Gcori;c vive ici, puisque George y sait vivre... 
Sat. I, V. 34, 

Il s'agit du financier Gorge, aïeul de 
M-^e de Phalaris; 

Xy an pédant, quand il veut, sait faire un duc et pair. 
Sat. I, V. 64. 

Ce serait Louis Barbier, abbé de la 
Rivière, depuis évêque de Langres, 
titre qui conférait la duché-pairie; 

Un esprit qui... 
Attend pour croire en Dieu que la fièvre le presse... 
Sat. I, v. 154. 

On croit que ce vers désigne Des- 
barreaux; 

Et qui s'est dit profés dans Vordre des Coteaux... 
Sat. III, V. 107. 

Les trois grands seigneurs qui com- 
posaient cet ordre étaient le comman- 
deur de Souvré, le duc de Mortemart 
et le marquis de Sillery; 

.Âlidor à ses frais bâtit un monastère... 

Sat. IX, V. 160. 

On applique ce vers à Pinette, qui a 
bâti à ses frais l'institution de l'Ora- 
toire, rue d'Enfer; 

Et tous ces vteiix recueils de satires naïves... 
Sat. IX, V. 69. 

Boileau dit avoir eu en vue « Les 
Contes de la Reine de Navarre; » 

Comme ce magistrat de honteuse mémoire... 
Sat. IX, v. 253. 

Le lieutenant criminel Tardieu; 

Il faut y joindre encor la revêche bizarre... 
Sat. IX, V. 350. 

La belle-sœur du poète, femme de 
Jérôme Boileau ; 

Rien n'échappe aux regards de notre curieuse. „ 
Sat. IX, v. 437. 

Madame de la Sablière; 



LES LIVRES A CLEF 



564 

J'en s.-iis ((««chérie et du monde et de Dieu... 

Sat. IX, v. 516. 
Madame de Maintenon; 

Bientôt son procureur, poure/Zt' usant sa plume... 
Sat. IX, V. 717. 

Le portrait de la plaideuse est fait 
sur la comtesse de Crissé; 

Vcu.'c-je à'wn fapc illustre, armé contre tes crimes. .. 
Sat. XII, V. 309. 

Benoît Odelcaschi, pape sous le 
nom d'Innocent XI, qui tint tête à 
Louis XIV et qui n'aima point les 
Jésuites. 

II y aurait bien d'autres choses sans 
doute à ajouter, s'il ne convenait de 
terminer enfin cet article un peu long. 
— Rappelons cependant, avant d'en 
finir avec Boileau, que le satirique a 
fait lui-même tous les frais d'un petit 
poème assez malicieux, une des moins 
médiocres productions de Bonnecorse ; 
il est intitulé : Lutrigot, poème héroï- 

CO.MIQUE PAR M. DE BoNNECORSE. — 

Marseille, i686, in-i2(en dix chants). 
C'est une espèce de parodie sati- 
rique du Lutrin et une amcre critique 
de Boileau, sous le nom de Lutrigot. 

Mac Flocknoe, a satire. 

Voir : Absalom and Achitophel. 

MACARISE, ou la REINE DES 
ILES FORTUNÉES, Histoire allé- 
gorique, CONTENANT LA PHILOSOPHIE 
MORALE DES STOÏQUES, SOUS LE VOILE 
DE PLUSIEURS AVENTURES EN FORME 

DE ROMAN, par l'abbé François-Hè- 
delin d'Aubignac. — Paris, 1664, 
2 vol. in-8. 

« Ce livre, d'une lecture impossible, 
est précédé de pièces à la louange de 
l'auteur, d'un abrégé de la philoso- 
phie des stoïques et d'un « Discoui's 
contenant le caractère de ceux qui 
peuvent juger favorablement de cette 
histoire et tireç quelque advantage des 



565 

vérités qu'elle enseigne. » — Dans la 
marge du texte est la clef des allégo- 
ries : Alcarhite, c'est « la crainte, » 
du mot français, par anagramme; 
Edone c'est « le plaisir, » du grec 
r.SovTi; Oxartes, c'est» Socrates, » par 
anagramme, en conjoignant le c et Vs 
en x; etc. » 

Tout cela est baroque, confus et 
surtout ennuyeux et explique bien 
que Richelet qui avait d'abord loué 
« Macarise » et qui ensuite se brouilla 
avec d'Aubignac, ait pu faire ces quatre 
vers qu'il lui envoya : 

Hédelin, c'est à tort que tu te plains de moi, 
N'ai-je pas loué ton ouvrage ? 
Pouvais-je faire plus pour toi 
Que de rendre un faux témoignage? 



M A C R i N I Parasitogrammatici 
HMEPA. 

Voir : Histoire de Pierre de Mont- 
maur. 

MADAME PUTIPHAR, par Pc- 
tnis Bord, Je Lvcanthropc . — Paris, 
Olivier, 1839, 2 vol. in-S, 15 fr., 
couverture bleue, orné de 2 vignet- 
tes sur bois. 

Cet étrange roman aété analyséavec 
soin dans l'intéressante étude de M. 
Jules Claretie « Pétrus Borel le Lycan- 
trophe. M Paris, René Pincebourde, 
i865, de la Bibliothèque originale. — 
Patrick, le héros du Livre, est ame- 
né, par les péripéties du roman, à se 
trouver en présence de M™^ de Pom- 
padour [Madame Piitiphar), qui joue 
à son égard le même rôle que la fa- 
meuse égyptienne à l'égard du chaste 
Joseph ; Louis XV hgure aussi sous 
le nom de Pharaon. Rien ne peut 
mieux faire connaître cette singulière 
production que l'étude de M. J. Cla- 
retie. 

Des exemplaires de «Madame Puti- 



LES LIVRES A CLEF 



566 

phar » ont été condamnés à la des- 
truction en 1869 (Voir le « Catalogue 
des Ouvrages condamnés, » p. 23iS); 
cependant, l'administration supérieure 
a laissé faire, en 1877, une réim- 
pression de ce roman bizarre qui n'est 
pas au fond systématiquement immo- 
ral. 



M.^viAD (The), by W. Gifford. 
Voir : Tlie Baviad. 

MAGICIENNE (LA) ESTRAN- 
GERE, tragédie. En laquelle on 
voit les tirannicques comporte- 
mens, origine, entreprises, des- 
seins, sortilèges, arrest, mort et 
supplice, tant du marquis d'Ancre 
que de Lconor Gallvgay, sa femme, 
avec l'aduantureuse rencontre de 
leurs funestes ombres. Par Un bon 
Français ncpueii de Rotomagus. — 
Rouen, David, Geuffroy et Jacques 
Besongne, 161 7, in-8 de 32 pages. 

Réimpression textuelle sous ce 
titre : Tragédie de la marquise 
d'Ancre, ou la magicienne estran- 
gère ; etc. etc. Paris, Jouxte la 
coppie imprimée à Rouen, » s. d., 
32 pages. 

« Cette tragédie très rare est de l'his- 
toriographe Pierre Matthieu, qui avait 
une vocation prononcée pour les pièces 
de ce genre. On trouve dans celle-ci 
des vers nobles, simples et touchants; 
le caractère de Léonora Galigaï est 
bien tracé, et la scène de l'exécution 
a dû produire beaucoup d'effet si elle 
a été représentée. Voici la clef des 
personnages qui hgurent déjà pour la 
plupart dans « La Victoire du Phébus 
François » (Voir cet article) : 

Le grand Pan françois, — LouhXlll ; 
Aymelis de L., — de Luynes ; 



5^7 

Léontide de V., — de Villeroy ; 

Almidor de N., — de Nemours ; 

Argenté du M., — du Maine : 

Liicidor de L., — de Longueville ; 

Le Solon français, — le Président 
Deslandes. 

Outre Léonora Galigaï, on voit en- 
core, parmi les interlocuteurs, soti 
ombre et celle de Conchine, son mari. 
(Catalogue de Soleinne, nos 3y3o et 
3731.) 

Ajoutons que Quérard, dans la 
« France littéraire » (t. XI, pp. 304- 
3o6), a donné des renseignements très 
complets et très intéressants sur cette 
pièce et sur son auteur. — Cette tra- 
gédie est à rapprocher d'une pièce 
analogue : « La Victoire du Phébus 
FRANÇOIS, » dont il sera parlé plus 
loin. 



MAHMOUD LE GASNEVIDE, 
Histoire orientale ; fragment tra- 
duit DE l'arabe, avec DES NOTES. 

(Composé par y. -F. Mehn.) Rotter- 
dam, Jean Hofhondt, 1730, in-8, 
et in-i2. On en cite une édition 
portant la date de 1729, in-8. 

Voici ce que dit, au sujet de cet ou- 
vrage, le Catalogue Leber (n» 4702) : 
« Une note inscrite par un contempo- 
rain, sur le titre de notre exemplaire, 
porte : Histoire allégorique de la Ré- 
gence de feu M. le duc d'Orléans. Le 
Régent aurait doncété représenté sous 
le caractère d'un prince dont les écri- 
vains orientaux ont dit : « La justice 
« de ce prince a fait que le loup et 
« l'agneau venaient s'abreuver ensem- 
« ble dans ses États, et les enfants 
« n'avaient pas plutôt sucé le lait de 
« leurs mères qu'ils prononçaient le 
a nom de Mahmoud. » Mais ce n'est 
point là ce qu'il fallait à la malignité 
publique : elle a pu ne voir dans 
l'éloge de toutes les vertus que la sa- 
tire de tous les vices ; et telle futvrai- 



LES LIVRES A CLEF 



568 

semblablement l'intention de l'au- 
teur. » Cette opinion paraît devoir 
être accueillie, car Melon, qui n'était 
point sans valeur comme économiste, 
ne pouvait guère faire sérieusement 
l'éloge d'une époque de gaspillage et 
de relâchement général. Je ne sache 
point qu'on ait fait une clef exacte de 
ce livre satirique. Suivant Quérard, 
les noms à''Amrou, de Giafar, de 
Œ)olka désignent de hauts person- 
nages vivant dans la familiarité du 
Régtnt Mahmoud ; on doit aussi re- 
connaître l'Angleterredanslei?o_yrt«OTe 
de Redoc, « si bien cultivé, et où le 
commerce fournit abondamment ce 
que le terroir refuse. » L'ouvrage 
d'ailleurs ne mériterait pas beaucoup 
d'attention. 



MAIRE (LE) DU PALAIS. — S. 
1. n. d. (Paris, 1771), — in-8, de 
228 pp. 

Pamphlet politique dirigé contre le 
chancelier Maupeou que l'auteurcom- 
pare à Ebroin, maire du Palais, qui 
abusa de son pouvoir « en chassant 
tous les serviteurs etmagistrats fidèles 
à la Patrie. » Cet auteur, A. -A. Clé- 
ment de Boissi, jurisconsulte très 
pieux et assez janséniste, avait pris 
fait et cause pour les parlements exi- 
lés par le nouveau maire du Palais. 
M, Paul Lacroix a donné une bonne 
notice sur cet ouvrage, dans le « Bul- 
letin du Bibliophile » (1S61, p. 233, 
no 168). 



MAITRESSES CELEBREES PAR 
LES POÈTES. 

Voir l'Introduction. 

Maladie de la Duchesse de P*'**. 
Voir : La I\Jessaline française. 



569 

Malheurs (les) d'une jeune or- 
pheline. 
Voir : Irma, 

MALMANTILE (IL) RACaUIS- 
TATO, poema di Perlone Zipoli 
(Loren{o Lippi), — In Finaro, nella 
Stamperia di Gio. TommasoRossi, 
1676, con lie. de'Sup., in-i2, 8ff. 

— Cet ouvrage comprend une 
lettre de l'auteur à l'archiduchesse 
d'Inspruck, la vie de Lippi, et un 
avertissement de Cinelli au lecteur 
avec les variantes de trois octaves; 
508 pp. pour le poème et 16 ff. 
pour la post-face de Cinelli. 

Telle est la description de cet ou- 
vrage que nous a laissée Gh. Nodier 
dans ses « Mélanges tirés d'une petite 
Bibliothèque » (p. by à 63). L'illustre 
écrivain, après avoir fait connaître les 
diverses destinées de la post-face sa- 
tirique de Cinelli, donne, d'après la 
clef de Magliabecchi, un échantillon 
des honnêtetés littéraires du fougueux 
philologue, auteur de ladite post-face: 
ainsi, ce que Cinelli appelle « un vil 
mulet de charbonnier, c'est le PèreCoc- 
capani ; » le géomètre illettré, dnequi 
ne sait que son Euclide et dont la face 
effilée, le teint livide, le front chauve, 
le regard effaré, donnent une si juste 
idée de la malice et de l'envie, c'est le 
savant Viviani ; — la vieille figure 
rance et r/iie'e..., c'est l'immortel Redi; 

— V effronté plagiaire à l'œil louche et 
hagard..., c'est le docteur Maggi ; — 
le maure intempérant et grossier dont 
la mie ne vaut pas mieux que la croûte, 
ou le caractère que l'extérieur, ce 
glouton aux sentiments abominables, 
c'est Paolo Minucci ; le pauvre auteur 
désigné par la locution méprisante : 
Panciato Costui, c'est Segni ; — Franco 
Vincerosa cache Francesco Rovaï et 
sous le nom de Selva Rosata, il faut 



LES LIVRES A CLEF 



570 

reconnaître le fameux Salvator Rosa. 
— Cette clef a grandement besoin 
d'être complétée. Il convient d'ajouter 
que la mordante post-face de Cinelli 
a été supprimée par ordre des magis- 
trats et n'a pas été réimprimée; aussi 
les exemplaires du « Malmantile Rac- 
quistato » qui en sont munis sont-ils 
très rares et fort recherchés. 

JVIAN (THE) OF MODE, or Sir 
FoPLiNG Flutter. — Comedy, by 
sir George Etherege. — Acted at 
the Duke's théâtre, 1676, in-4. 

Pièce excellente, la meilleure peut- 
être que l'auteur ait produite. On y 
trouve de nombreux traits satiriques 
contre les petits-maîtres ridicules si 
communs à cette époque. Le seul per- 
sonnage vraiment distingué de la co- 
médie, Dorimant, aurait été peint 
d'après le fameux comte de Rochester, 
ami d'Etherege, qui aurait saisi l'oc- 
casion de le mettre en scène sous l'as- 
pect le plus flatteur. ( « Biographia 
Dramatica, «t. II, p. 218.) 

MANIE (LA) DES TRONES, ou 

LES Rois ET les ReINES DE CONTRE- 
BANDE, parade tragi-mélodramati- 
comique et malheureusement histo- 
rique, en deux actes et en prose 
mêlée de chants, danses, combats, 
évolutions ; ornée de toute la pom- 
pe et de tout le spectacle d'une 
cour de fabrique qui cherche à 
éblouir, — Par J.-V. (du midi). 
S. d. (Paris). — Adrien Egron, 
avril 1816, in-8. 

Cette pièce ultrà-royaliste est diri- 
gée contre Napoléon I", et contre sa 
tamille et ses créatures. La scène se 
passe à Sirpa (Paris), dans le pays des 
Engourdis, sous le règne du roi iégi- 



571 



LES LIVRES A CLEF 



time Toujours bon (Louis XVIII), qui 

vient de chasser la famille usurpatrice 

des Broutapane. Le catalogue de So- 

leinne (n» 38i5) donne, comme suit, 

la clef de tous les noms, anagram- 

matisés pour la plupart : 

Socalin Broutapane, — Napoléon Bo- 
naparte; 

Sophie Broutapane, — Joseph Bona- 
parte ; 

Alœiiti, — M""» Lœtitia ; 

Salie Broutapane, — Elisa Bonaparte; 

Hentorse, ■— La reine Hortense ; 

Grantétu, — Regnault de Saint-Jean 
d'Angély ; 

Ravasi, — Savari ; 

Omdenfer, — de Fermon ; 

Ulsot, — Soult; 

Malta, — Talma ; 

Axatienne, — Etienne « Conaxa »; 

Minier, — Merlin ; 

Ceuvil, — Lucien ; 

Solui, — Louis; 

Olicrane, — Caroline ; 

Pulaine, — Pauline; 

Mascacerbe, — Cambacérès ; 

Hécufo, — Fouché ; 

Trame, — Maret ; 

Lourcaucain, — Caulaincour; 

Cinterme, — Meternich; 

ilfi'« Gorgée, — M"» Georges ; 

Contra, — Carnot ; 

M. de Vorouit, — ? 



MANNEQUINS (LES), Conte ou 
Histoire, comme l'on voudra. — 
Londres, 1777, in-8 de 36 pages. 

Ce pamphlet, dirigé contre l'admi- 
nistration du contrôleur général des 
Finances Turgot, qui avait quitté le 
ministère l'année précédente, est attri- 
bué au comte de Provence, depuis 
Louis XVIII. « Les Mannequins >> fu- 
rent certainement réimprimés plu- 
sieurs fois ; on en connaît des exem- 
plaires qui ont tantôt 32, tantôt Sy 
pages d'impression. Cette satire dut 
être fort lue à cette époque ; Turgot 



572 

et ses amis les économistes n'y sont 
pas ménagés et l'on sent bien, en par- 
courant ce libelle, ({uq Monsieur, ch.QÏ 
véritable du parti de la Cour, a dû 
inspirer l'écrivain, s'il n'a pas été lui- 
même l'auteur principal de ce factum. 
Cet écrit a d'ailleurs perdu beaucoup 
d'intérêt aujourd'hui ; les curieux ce- 
pendant ne seront peut-être pas fâchés 
de trouver ici la clef de cet opuscule, 
clef composée à l'aide de notes ma- 
nuscrites du temps, mises sur les 
marges d'un exemplaire récemment 
passé aux enchères, 
Alibeg, — M. de Maurepas ; 
Un sous-référendaire aux reins souples 
et maniérés, — M. Hue de Miromé- 
nil; 
Le génie d'une nation voisine, ^- L'An- 
gleterre ; 
La Perse, — La France ; 
Ispahan, — Paris ; 
Le grand Trésorier du dernier règne, 

— L'abbé Terray ; 
Le Sophi, — Le Roi ; 
Chaabas, — Louis XVI ; 
Togur, — Turgot, 
Zerbelames, — Lamoignon de Males- 

herbes ; 
Coriani, — Quesnay, chef des Econo- 
mistes ; 
Solmid,— Dupont de Nemours; 
Veribas, — L'abbé Roubeau, écono- 
miste ; 
Baraudi, — L'abbé Baudeau, écono- 
miste ; 
Timboni, — L'abbé Morellet; 
La Presse légale, — Le Lit de justice 
tenu par Louis XVI en 1776; 



MANUSCRIT EN CARACTERES 
INCONNUS, composé PAR M. H. Le- 

GRAND, DE BeAUVAIS, ARCHITECTE, 
MORT VERS 1879. 

Citons à titre de curiosité cette 
étrange production, qui dépasse toutce 
qu'on a pu inventer en matière de 
cryptographie bizarre. C'est, pour em- 



573 

ployer une expression trop en vogue 
aujourd'hui, ce qu'on pourrait appeler 
« le comble du livre à clef. » — Quant 
à l'auteur de cet ouvrage extraordi- 
naire, on conviendra qu'il ne serait 
pas déplacé dans la galerie des fous 
littéraires de M. Gustave Brunet. 
Qu'on en juge par les détails suivants, 
empruntés à V « Intermédiaire » du 
lo septembre 1879 (no 172, col. 54.4.) : 

« CURIEUX MANUSCRIT, en 45 vol. 
in-i2 5oo fr. 

Orné de nombreux dessins à la 
plume admirablement exécutés; il est 
très difficile de donner une nomen- 
clature exacte de cette originalité. M. 
Charles Monselet nous a gracieuse- 
ment donné dans l'Evénement l'article 
suivant : 

«Jeviens devoir, chez un librairedu 
quai Voltaire, un des monuments les 
plus étranges de la manie humaine. 

« C'est un ensemblede quarante-cinq 
volumes manuscrits, modernes, écrits 
en caractères absolument inconnus. 
Les savants, convoqués, ont déclaré 
n'y rien comprendre- Cela ressemble 
de loin à la calligraphie orientale. 
Beaucoup de pages ont des encadre- 
ments à la plume d'une finesse pro- 
digieuse : fleurs, animaux, blasons, 
anges, paysages, ruines, coraux, etc. 
Les dessinateursdemisselsne faisaient 
pas mieux. 

« Maintenant, qu'est-ce que contien- 
nent ces quarante-cinq volumes? Des 
Mémoires, tout le fait supposer; des 
Mémoires, pour la transcription des- 
quels l'auteur, jaloux à l'excès, sesera 
créé une écriture à son usage exclusif. 
Cet auteur est connu, mais il est mort 
il y a peu de temps. C'était un archi- 
tecte très expert en son art et très con- 
sulté, M. H. Legrand, à qui l'on doit 
d'importants ouvrages, non manus- 
crits ceux-là, et qui indiquent un 
homme parfaitement sérieux. 

« Comment expliquer alors ces nom- 
breux volumes manuscrits où il a dé- 
posé les secrets d'une pensée destinée 



LES LIVRES A CLEF 



574 

à mourir avec lui .'' Et d'abord, où a- 
t-il trouvé le temps de les écrire i Je 
n'exagère rien en disant que cette col- 
lection, par sa perfection calligra- 
phique, représente un travail de plus 
de dix années. 

« Si c'est une mystification, il faut 
avouer qu'elle a été conduite avec une 
rare patience. 

« Mais non, j'aime mieux croire aune 
manie candide, à une douce et heu- 
reuse manie. Je suis persuadé que M. 
H. Legrand a dû lesmeilleurs instants 
de sa vie à cette occupation solitaire, 
à cette tâche mystérieuse. 

« Maintenant, cequ'ilyauraitdeplus 
surprenant, ce serait de voir acheter 
ces quarante-cinq volumes par quel- 
qu'un désireux d'en pénétrer l'énigme. 

« Le libraire ne désespère pas de ren- 
contrer cet acheteur. 

« J'ajoute à cela que cet architecte 
était de Beauvais, qu'il paraît avoir eu 
plusieurs alphabets, qu'il a fait faire 
des fers spéciaux pour les titres au dos, 
et que cela ressemble beaucoup, à 
première vue, à au syriaque stranghé- 
lique ou à du tamoul. Quant au texte, 
il paraîtrait plutôt que ce sont des 
romans copiés, car il y a, dans un des 
volumes, une table, en français, avec 
des indications pareilles. Quoi qu'il 
en soit, c'est bien curieux ! et admi- 
rablement calligraphié. Doct. By. » 



MANUSCRIT TOMBÉ DE LA 
LUNE, ou Histoire rapide et légè- 
re DU PEUPLE ORNiTHiEN. — Paris, 
Béchet aîné, 1829 ; impr. Le Nor- 
mant, fils. 2 voL in-12 de 11-191 
et 175 p. — Publié d'abord sous le 
titre de : Les coups de bec et les 
COUPS de patte, Histoire abrégée, 
rapide, etc. etc., — Paris, Béchet 
aîné, 1825 ; 2 vol. in-12. 

M. Jean-Marie-Emm. Legravercnd, 
jurisconsulte et magistrat, est l'auteur 



575 



LES LIVRES A CLEF 



de cette satire politique. Comme il le 
dit dans sa courte préface^ il a eu l'idée 
« d'appliquer l'ornithologie à l'histoire 
et de faire^ sous des formes légères, 
une histoire critique fort exacte et 
pleine de sens de notre révolution de 
1789 et des divers gouvernements qui 
lui ont succédé, jusqu'au ministère 
déplorable inclusivement. » — La clef, 
d'après cet énoncé, est facile à trou- 
ver; on comprend bien que le pays 
d'OrHZÏ/ne, c'est la France; le grand 
coq huppé, le roi de France légitime ; 
le grand aigle, Napoléon I" ; les paons 
les cygnes et les faisans, la noblesse ; 
les corbeaux en fourrures, le clergé ; les 
pies, les avocats, etc., etc. Je n'ai pas 
eu la patience de lire en entier cet 
écrit satirique, d'ailleurs long et peu 
récréatif, pour trouver les significa- 
tions des autres oiseaux mis en scène, 
les butors, friquets, tyrans, gobe- 
mouches, demi-fins, grisettes, traîne- 
buissons, hobereaux, pie-grièches, etc, 
etc. 

Il est parlé plus haut d'un ouvrage 
analogue. (Voir : Annales d'une révo- 
lution d'oiseaux.) 

MARIA-STELLA, ou Echange 

CRIMINEL d'une DEMOISELLE DU PLUS 
HAUT RANG CONTRE UN GARÇON DE LA 

CONDITION LA PLUS VILE. — De l'im- 
primerie de Pihan Delaforest Mo- 
rinval, à Paris. — Se vend au 
profit des pauvres, à Paris et dans 
tous les départements, chez les 
principaux libraires. — 1830, in-8, 
avec un portrait, IV" édition. — 
Paris, imp. Guiraudet, 1839, in-8. 

Maria-Stella, c'est Lady Maria- 
Stella Newborough, baronne deStern- 
berg, d'après elle, née princesse du 
sang ; le garçon de la condition la 
plus vile, c'est Louis-Philippe !«'', roi 
des Français. 

Les « Supercheries » (t.Il,col. 1054) 



contiennent un excellent article sur 
« cet insipide roman auquel les pas- 
sions politiques ont pu seules donner 
quelque intérêt : on veut y prouver 
cette absurdité que Louis-Philippe 
était le fils d'un nommé Chiappini, 
geôlier de la petite ville de Toscane, 
et qu'il fut substitué à une fille légi- 
time du duc et de la duchesse de 
Chartres. Il est difficile d'arriver d'une 
manière plus plate à un résultat plus 
ridicule. » Le parti légitimiste et tous 
les ennemis du gouvernement dejuil- 
let recherchaient beaucoup la lecture 
de ce roman et le propageaient le plus 
possible. De leur côté, les amis du 
pouvoir et la police supprimaient 
tous les exemplaires qu'ils pouvaient 
se procurer de cette fameuse Maria- 
Stella qui sera peut-être un jour une 
rareté bibliographique. 



MARIAGE (LE) DE LA REINE 
DE MONOMOTAPA, comédie dé- 
diée à M. Ruys, conseiller et éche- 
vin de la ville de Leyde. Leyde, 
Félix Lopès, 1682, in- 12 de 2 ff. et 
42 pp. — Très rare. 

Cette pièce, en un acte et en vers,est de 
Belisle. Il y a lieu de croire que cette 
comédie, où l'on mystifie le bon- 
homme Acante en lui amenant un 
prétendu ambassadeur du « grand 
sultan Aly Bassa Tabalipa, suprême 
souverain de Monomotapa, » a été 
composée en dérision des ambassades 
du roi de Siam que les ennemis de 
Louis XIV aflectaient de prendre pour 
des mystifications faites au grand roi. 
(Catalogue Soleinne, n° 1492.) 



MARIAGE (LE) FORCÉ, comé- 



die. 



Voir : Œuvres de Molière. 



MARlAGE^ (LE) PRÉCIPITÉ, co- 



577 

médie en trois actes (en prose) mise 
au théâtre par M"' et représentée 
pour la première fois par les comé- 
diens italiens et françois, le 20 
mars 1713, — Utrecht, aux dépens 
de l'auteur, 1713. — Pet. in-8, de 
86 pp. très rare. 

La « Bibliothèque du Théâtre fran- 
çais » (t. III, pp. 3 1 1-3 12) donne l'ana- 
lyse suivante de cette pièce : « Kurkila, 
mère d'Eiétnip, s'est érigée en auteur 
et déchire dans ses écrits la réputation 
des personnes les plus respectables, 
quoique cette femme mène une vie 
déréglée et que sa fille n'ait pas une 
meilleure conduite; Mitronet cepen- 
dant avait promis d'épouser Etétnip, 
avec laquelle il avait eu déjà de très 
grandes privautés; il change bientôt 
d'avis et se marie secrètement avec 
une autre. Pour éviter les violences 
de madame Kurkila, il imagine ce 
moyen de la tromper : il fait habiller 
magnitiquement un marchand de 
brandevin et l'introduit chez Kurkila 
sous le nom d'un comte d'Allemagne. 
Ce prétendu comte paraît fort épris 
des charmes d'Etétnip; il la demande 
en mariage et l'obtient; on soupe et 
puis il va se coucher avec sa nouvelle 
épouse; mais le lendemain tout se 
découvre, Kurkila veut faire rompre 
le mariage; Etétnip, qui pendant la 
nuit qu'elle a passée avec son mari, a 
été fort contente de lui, s'y oppose et 
déclare même qu'elle compte déjà 
être grosse; sa mère est furieuse 
contre elle, et ce qui achève de la 
mettre au désespoir, c'est que cinq ou 
six personnes qu'elle a injuriées dans 
ses derniers écrits, se réunissent pour 
la rouer de coups et la laisser en 
chemise sur le théâtre. » 

Cette pièce absurde et mal écrite qui, 
contrairement aux indicationsdu titre, 
n'a jamais été représentée, est une 
atroce satire contre madame du Noyer 
et ses deux filles Pimpete et Fijîlle, 



I.P.S I.IVRi:S A CLEP 



qu'elle avait mariées, la première au 
comte de Wintersfelt, la seconde à un 
nommé Constantin. On a mis en scène 
Pimpete sous le nom d'Etétnip et sa 
mère sous celui de M™e Kurkila, Arle- 
quin. On peut supposer, à Fanimosité 
qui éclate dans cette pièce, que l'auteur 
était un amant trompé ou éconduit 
qui s'est mis en scène sous le nom de 
Mitronet. — La même méchanceté se 
retrouve dans une pièce qui fait suite 
à la comédie : « Apologie de madame du 
NoiER, où l'on réfute les calomnies 
dont on l'a voulu noircir. » — a' édi- 
tion, Petipolis, Jean Bavon, lyiS, petit 
in-8. — Pour bien comprendre toutes 
les allusions et épigrammes de la 
comédie et de ce factum, il faut lire 
les « Mémoires » de madame Dunoyer, 
publiés par elle-même. (Catalogue de 
Soleinne, no 3,766.) 

Mariage (le) rompu et l'amour 
malheureux. 

Voir : Histoire véritable présentée 
sous ce titre 



MARIAGE (LE) SANS MARIAGE, 
comédie (en 5 actes et en vers), 
par le s\t\xr Marcel, comédien, re- 
présentée sur le théâtre du Marais. 
- Paris, Pierre Le Monnier, 1672, 
in- 12 de 5 ff. et 81 pp. 

Il y a une contrefaçon hollan- 
daise, « suivant la copie imprimée 
à Paris, » 1672, in-12. — Réim- 
primé à Turin, J.Gay, 1869, pet. 
in-12 de XII- 108 pp. 

C'est une note inédite de Betfara qui 
a fait connaître que cette comédie 
était une satire contre Molière, qu'on 
y met en scène, sous le nom à'Aii- 
sehne, comme un mari impuissant. 
(« Bibliographie Molièresquesde M. P. 
Lacroix, p. 248.) 

19 



579 

MARIAGES (LES) DE LA CRÉ- 
OLE, par M^^ Urbain %atfa{:(i{nét 
Bonaparte-lVysc). — Paris, 1864. 

Ce livre, imprimé à Paris, fut saisi 
par mesure de police dès son appa- 
rition. Peu de temps après, MM. La- 
croix, Verboeckhoven et C'» le réim- 
primèrent en Belgique, mais l'autori- 
sation de l'introduire en France leur 
fut formellement refusée. Ce ne fut 
qu'en 1870, que ces éditeurs se déci- 
dèrent à le faire paraître sous le titre 
de \i La Chanteuse» (2 vol. in-12). 

D'après une note insérée au « Bulle- 
tin du Bibliophile » (janvier i865),les 
sévérités de l'autorité administrative 
étaient motivées sur ce fait « que le 
roman de M"» Rattazzi devait, disait- 
» on, mettre en scène la vie intérieure 
« d'une famille parisienne qui compte 
« parmi les plus importantes de la 
(i finance et de la politique. » 

Il semblerait y avoir là une clef à 
trouver. Voici, d'ailleurs, comment 
s'exprime sur cet ouvrage M. Prosper 
Mérimée dans ses « Lettres à une 
Inconnue » (t. II, p. 3 12) : « Livre 
abominable (mais où il y a une sorte 
de talent) de Madame "* (Rattazzi), 
contre M. S., qu'elle appelle M. T. » 
— M. S. signirie Schneider, dernier 
président du corps législatif sous le 
second empire. — M. T. désigne 
M". Tailleur, surnom dont M™» Rattazzi 
avait atTublé M. Schneider; on sait 
qu'en allemand ce dernier nom a 
exactement la même signification que 
le mot français tailleur. 

MARIE-ANTOINETTE, tragédie 
en trois actes et en vers, par k vi- 
comte D. — Londres, W. et G. 
Spiisburg, 1800, in-8 de 59 pp. et 
2 IT. pour les noms des souscrip- 
teurs, rare. 

C'est une étrange et plate composi- 



LES LIVRES A CLEF 



580 

tion : l'auteur, encore inconnu, a 
singulièrement appliqué les lieux- 
communs de la vieille tragédie clas- 
sique dans un pareil sujet : Osman, 
Volsan, Merval , sont othciers de 
garde, c'est-à-dire geôliers de la Tour 
du Temple; Zamor, c'est Santerre; La 
garde armée, c'est la garde nationale; 
etc., etc. Enfin voici comment l'auteur 
exprime en vers classiques le supplice 
de la guillotine : 

La Reine, au même instant, voit entr'ouvrir sa tombe, 
Le fer est détaché, la victime succombe. 

(Voir catalogue Soleinne, n° 2,565.) 



MARMION TRAVESTIED, a 
Taie of modem times, hy Peter 
Pry, esq. — London, Tegg. 1809, 
in-8, de xix-56, 277 pp., 9 sh. et 
12 sh. en grand papier (Louwndes, 
t. III, p. 2225). 

Ce pocme est une espèce d'imitation, 
presque une parodie de : « Marmion, 
A Talé of flodden field, » by sir 
Walter Scott. — Edinburgh,in-4, 1808; 
souvent réimprimé. Le « Marmion 
Travestied » contient six chants dont 
les introductions, en vers, remplis- 
sent les 56 premières pages. Un grand 
nombre de personnages contemporains 
y sont mis en cause; mais le plus ' 
grand nombre des noms ne sont indi- 
qués que par des initialismes. Voici la 
clef de la plupart d'entre eux, relevée 
sur un exemplaire rempli à la main, 
que j'ai sous les yeux : 
Pages. 

3 — The W — office, — The War 

office; 
» — Sir F — 5 Zî — rd — tt, — 

Francis Burdett ; 
b — W — die, — Wardle; 
14 — /? — d B — y Sh — n, — 
Richard Brinsley Sheridan; 
24 — Major H — ng— r, — major 
Haager ; 



58i 

33 — SirD — V — d D — nd — s,— 
David Dundas; 

41 — The right hon. Sp — r P — 

/, — Spencer Percival ; 

42 — The D — , Duke of York ; 

5i — Lord EU — rough, — lord 
Ellenborough ; 

B,-] — B — p ofO — to, — Bishop of 
Oporto; 

93 — Great F ~ c, — le grand Fré- 
déric; 

206 — General C — v ' r — g", — 

Clavering; 

207 — Cor nelSh — , colonel Shawe; 
» — p — of W — , — The prince 

of Wales ; 
» The Ch — ne — Il — r, — Chan- 

cellor; 
« — 3 — th — ts,— Lord Bathurts; 
206 — Colonel M. ' M — n, — Mac- 

Mahon; 
■2.16 — G— H — n LLd, — Gwylliin 

LLoyd ; 
217 _ 3/r Wr — ght, — Wright; 
2i8 — Major D — d, — Doad; 
2ig — M" C — , — M™e Clarke : 
221 — Mr P— t, — Pitt; 
224 — P — t, — Parliament; 
23 1 — D — of Y — , — duc d'York; 
» — Miss T — r, — Taylor ; 

233 — Sir R— d Ph— ps, — Richard 

Phillips; 

234 — His H — 55, — son altesse le 

Prince de Galles; 

» _ Mr G — ll—t, — Gullet; 

» — P — F — c, — le prince Fré- 
déric ; 

Un grand nombre de ces noms sont 
souvent répétés dans ce poëme politi- 
co-satirique; plusieurs sont en toutes 
lettres, et beaucoup d'initialismes 
seraient faciles à compléter même 
aujourd'hui, car dans la plupart des 
cas on s'est contenté de supprimer les 
voyelles en laissant entre lesconsonnes 
un intervalle convenable. 



MARMITE (LA) RENVERSEE. 
Voir : Gargantua à la diète. 



LES LIVRES A CLEF 



582 

MARRIED (THE) LIBERTINE. 
Comedy by Charles MackUn. 

Cette pièce, qui ne paraît pas avoir 
été imprimée, parut au théâtre, en 1761 ; 
elle n'était point sans défauts et sou- 
leva bien des censures; ce qui contri- 
bua peut-êtreaussi à son peu de succès, 
c'est qu'on prétendait que sous le nom 
de Lord Belville, l'auteur avait voulu 
peindre un personnage de qualité alors 
fort connu. Cette assertion, au dire de 
Baker, aurait besoin d'être vérifiée. 
(« Biographia Dramatica, » t. II, 
p. 221.) 

MARTHE LE HAYER, ou Made- 
moiselle DE SçAY, petite comédie 
en trois actes (et en vers). — Im- 
primée pour l'auteur [Pierre Cor- 
neille de Blessebois), en 1676 (Hol- 
lande-Elzevier), pet. in-12 de 24 pp. 
(Voir pour les diiférentes éditions 
et réimpressions de ce petit ouvrage 
la « notice sur Corneille Blesse- 
bois, » par M. E. Clcder, Paris, 
1862.) 

Réimprimé, en 1758, sous le titre 
de « Le Bretteur, « comédie nou- 
velle et galante. — Un exemplaire 
manuscrit portait encore le titre de 
« Les souteneurs et les soutenues » 
(vers 1738). Publié, en dernier lieu, 
dans les « Œuvres satyriques de 
P. Corneille de Blessebois. » Leyde 
(Bruxelles, Poulet-Malassis). 1866- 
67, t, II, pp. 91 à 126. 

Cette pièce dirigée par l'auteur 
contre son ancienne maîtresse, est 
« diffamatoire et obscène autant que 
puissent le souhaiter les curieux de ce 
genre de production. » — Corneille 
• Blessebois a mis un de ses rivaux en 



$83 

scène sous le nom de Clérimont, 
bretteiir ; Marthe Le Hayer, demoi- 
selle de Scay, figure dans la pièce sous 
le nom de Clarice. La haine que 
portait Blessebois à M'i^deScay ne fait 
guère honneur à ce triste écrivain : il 
la regrettait en effet bien moins pour 
elle-même que pour les profits qu'il 
en tirait alors qu'il était son amant 
en titre ; de là sa fureur contre les 
Clarice et les Clérimont. 

Martyre (le) de la fidélité. 
Voir : Le duel de Tithamante. 



Massacre (le) des Innocents. 
Voir : Ordonnance de Police... 

MASTIGOPHORE (LE), ou Pré- 
curseur DU Zodiaque : auquel par 
manière apologétique sont brisées 
les brides à veaux demaistre/w- 
vain Solanic, pénitent repenti, Sei- 
gneur du Morddrect et d'Ampla- 
démus, en partie, du costé de la 
Moiie ; traduit du latin en Fran- 
çoys, par maistre Victor Grevé ^ 
géographe microcosmique (avec 
cette épigraphe : « Vi nœvi come- 
dis solem, pinguesce luce »). S. 1. 
(1609, Paris?), in-8 de 33 pp. et 
3 ff. préliminaires. 

Ce bizarre ouvrage est une invective 
continuelle de Victor Grevé contre 
Juvain Solanic. Victor Grevé dont le 
vrai nom est Antoine Fusy (ou Fusi), 
jésuite, curéde Saint-Barthélémy et de 
Saint-Leu, était un ancien ligueur, 
aussi fou que violent et débauché; il 
fut l'objet de plusieurs procès crimi- 
nels, provoqués par les justes obser- 
vations d'un de ses marguilliers, 
Nicolas Vivian, maître des comptes, 
qu'il attaqua avec une extrême rigueur 



LES LIVRES A CLEF 



584 

dans le libelle ci-dessus décrit, sous 
le nom anagrammatisé de Juvain Sola- 
nic. Fusy se réfugia quelque temps 
après à Genève; pour éviter de nou- 
velles poursuites, il finit par embrasser 
le calvinisme et se maria deux fois. 
Son Alastigophore, ouvrage d'une 
étrange érudition, a été fort bien analysé 
par M. du Roure. (« Analecta-Biblion, 
t. Il, pp. 128-132.) 



MAUVAIS (LES) CRITIQUES, 
Satyre à M. D***. « Ignavum fuci 
pecus. » — Virgile, Géorg. — A 
Londres. MDCCLXXVIIl, in-8, 
12 pp. 

Sous peine d'être taxé d'ignorance, 
j'avoue n'avoir pu découvrir l'auteur 
de cet écrit que ne mentionne aucune 
bibliographie. Sans doute, cette satire 
a dû être réimprimée dans les œuvres 
de cet auteur inconnu ; mais mes sou- 
venirs ne m'ont fourni aucune indica- 
tion à ce sujet. Le poète, plein de 
respect pour Voltaire et pour nos 
grands écrivains, n'est pas tendre 
pour les contemporains qu'il satirise 
et l'on comprend qu'il ait pris la pré- 
caution, d'abord de ne les designer que 
par une initiale, puis de faire impri- 
mer son factum sous la rubrique de 
Londres, car sa brochure sort mani- 
festement d'une presse française. 

Quoi qu'il en soit, j'ai sous les yeux 
un exemplaire des « Mauvais criti- 
ques, » dans lequel les noms sont 
remplis à la main par un lecteur 
du xviii» siècle, ce qui m'a permis de 
composer la clef suivante : 

Pages : Vers : 

6 i3 G'*, — Clément; 
» 18 V**, — Voltaire; 
» 19 P"", — Palissot; 

7 17 S*'*, — Sautreau; 

8 3 C"', — Castillon; 
» II L"*, — Laharpe: 
» » V/'*, —Voltaire; 



5«5 




LES LIV 


Pages. 


Vers : 




» 


20 


T*"",— Timoléon (tragé 
die de Laharpe; 


9 


5 


A**, — l'abbé Aubert; 


» 


I I 


G**, - Gilbert; 


» 


16 


F**, — Fréron; 


lO 


25 


L***, — Laharpe; 


» 


27 


N**", — Nonotte; 


» 


» 


C**, — Clément; 


» 


» 


S*'*, — Sabatier; 


» 


» 


S**, — Salon; 


» 


3r 


P*", — Patouillet; 


» 


» 


G'*, — Goger ; 


» 


» 


P"*, — Palissot; 


» 


32 


S**, — Sautreau ; 


II 


H 


S***, — Sabatier; 


» 


» 


L"*, — La Beaumelle; 


12 


8 


C'*, — Clément. 



ES A CLEF 



58e 



MAX HAVELAAR. Par Midtatuli 
(E. Dowdces-Dekker). — Traduction 
de A.-J. Nicwwcnhiiis et Henri Cn'sa- 
fulli. — Nouvelle édition, Rotter- 
dam, Van der Hoeven et Buys, 
éditeurs, 1878, un fort vol. in-12, 
en 2 parties de iv-217 et iv- 
227 pages. Prix : 3 fr. 50 c. — Des 
exemplaires portent une couverture 
avec la rubrique de « Paris, 
Dentu. » 



Cet ouvrage critique et politique, 
dont la composition est bien antérieure 
à 1860, a eu plusieurs éditions en 
Hollande; la traduction française 
ci-dessus décrite est la plus récente. 
Voici l'opinion formulée sur cet utile 
et intéressant écrit, dès 1866, par 
M. A.-J. Nieuwenhuys : «Sous le nom 
de guerre de Multatuli (« J'ai beaucoup 
souiïert »), M. Edouard Doinves Dek- 
ker, ancien sous-préfet de Lebac, dans 
les Indes hollandaises, a écrit un ro- 
man intitulé : « Max Havelaar, ou 
les Ventes de café de la société hollan- 
daise de commerce. » Dans ce roman, 
dont l'auteur est le héros, il met en 



état d'accusation le Gouvernementdes 
Indes, comme se rendant complice de 
l'arbitraire et de la rapacité des chefs 
indigènes envers la population, et 
comme tolérant ces abus afin de s'as- 
surer leur concours au profit des 
ventes de café de la société hollandaise 
de commerce, c'est-à-dire, du trésor 
hollandais. Cette accusation, Multa- 
tuli l'a portée avec le sang-froid d'un 
héros, la véracité d'une victime, la 
conviction d'un martyr. » — Je dois 
constater pour ma part que ce livre 
est extrêmement curieux et contient 
de graves révélations sur des faits 
inouïs dont, nous autres français, 
nous ne pouvons avoir la moindre 
idée. Ce livre est essentiellement 
un ouvrage à clef; presque tous les 
personnages mis en scène ont existé 
réellement. Voici les éclaircissements 
que fournissent à ce sujet les notes 
finales du volume. — Déjà nous 
savons que Max Havelaar n'est autre 
que Multatuli ou M. Edouard Douwes 
Dekker; grâce aux notes de l'auteur 
lui-même, nous apprenons que le 
sous-préfet Sloterin se nommait Caro- 
lus; — le contrôleur Dipanon, Van 
Hemert; — le commandant Declari, 
Collard; — le a Petit Napoléon de 
Padang, » Michiels ; — 5^k/o^ Alibas- 
sa Prawiro Dirdjo, chef suprême des 
rebelles de Java ; — enfin le Gouverneur 
général des Indes hollandaises, si mal- 
mené par Havelaar, se nommait Duy- 
maer Van Twist. Au point de vue de 
Vhumanité, Max Havelaar offre une 
certaine analogie avec la « Case de 
l'oncle Tom, » il mérite d'avoir le 
même succès. 

MÉDAILLE (LA) CURIEUSE, où 
sont gravez les deux principaux 
écueils de tous les jeunes coeurs, oii 
les vieux capitaines et les plus es- 
périmentez amans trouveront quel- 
que chose de surprenant, par 
L. C. D. V. — Paris, Lemonnier, 



587 

1672, pet. in-8, avec une grande 
figure allégorique. 

« Cet ouvrage, dit la Bibliographie 
Gay, est divisé en deux parties : la 
première contient, sous des noms sup- 
posés, le récit du siège de Candie en 
1669 et 1670; la seconde est une 
histoire galante fort alambiquée, qui 
appartient à Técole des Précieuses; 
c'est le pendant de la description du 
« Pays de Tendre. » — Iris, l'héroïne 
du roman, est comparée à une place 
défendue par sept grands bastions, 
cinq demi-lunes, quatrecavaliers... On 
trouve dans cette place, le château de 
la Conscience, le Saint-Esprit, les bas- 
tions de l'Honneur, de la Réputation, 
du Devoir, etc; les forts, qui sont des 
ouvrages à cornes, ne sont pas moins 
intéressants ; tout est dans ce goût, 
jusqu'à la fin. — « M. Paul Lacroix a 
publié, sur ce petit ouvrage, une courte 
notice dans le «Bulletin du Bibliophile» 
(1857, p. 38, n° 7). 11 y fait connaître 
que le personnage désigné dans la pre- 
mière partie sous le nom du Chevalier 
de C***, n'est autre que le chevalier 
de Chamilly. Une bonne clef rendrait 
cet ouvrage intéressant, même à pré- 
sent. 



MÉDECIN (le) malgré LUI, Comé- 
die. 

Voir : Œuvres de Molière. 

MÉDECINS (LES), comédie sati- 
rique, imitée d'Aristophane, ou 
Ombres chinoises, par M. Stanislas 
Haly-0-Hanly. Paris, chez les mar- 
chands de nouveautés. — 1821, 
in-8, 50 c. 

Cette pièce en 3 actes, en prose, avec 
prologue et intermèdes, est une espèce 
d'allégorie dirigée contre les ministres 
d'alors; elle est, dit le catalogue de 



LES LIVRES A CLEF 



588 

Soleinne (n° 3,Sif)), singulière et bur- 
lesque à force d'être solennelle d'in- 
tention. 3/me Gallia (la France), livrée 
à des médecins ignorants ou utopistes 
qui l'empoisonnent et la mettent à 
l'agonie, finit par s'en débarrasser et 
cesse alors d'être malade. Les inter- 
mèdes sont en prose mesurée que 
l'auteur donne pour des vers; en voici 
un échantillon : 

O Terre malheureuse ! de quel sort 
Te menace Arimane ! qu'as-tu fait 
De cette robe d'innocence dont 
Je t'avais revêtue aux premiers jours 
De ta création?... 

Voilà qui donne une singulière 
idée des facultés poétiques de l'auteur 
qui a publié d'autres poèmes, notam- 
ment « un petit poème en vers octuples 
féminins ?? » 



MÉLANGES CONFUS SUR DES 
MATIÈRES FORT CLAIRES, par 
l'auteur du « Gazetier cuirassé. » 
« Né parmi les Romains, je périrai 
pour eux. » Voltaire. — Imprimé 
sous le soleil (Londres, i77i),in-8 
de viii-82 pp. 

Ce libelle est de Thévenot, ou Thé- 
veneau de Morande, et conçu dans le 
même esprit que le « Gazetier cui- 
rassé » et le « Philosophe cynique » 
(Voir ces articles). En voici la clef : 

Pages : 

1 — La'V - 

Marie; 
» — La C'«" 
Barry ; 

2 — Le Chan... de Ma..., — le Chan- 

celier Maupeou ; 

10 — D'Aigu...., — le duc d'Aiguil- 
lon ; 
» — Ville.... , — le marquis de 
'Villette; 

i3 — Le même monstre , — le des- 

potisnire ; 



M — , — La vierge 
du Bar, — M"e du 



589 



LES LIVRES A CLEF 



14 — De 5' Br., — le comte de Saint- 

Brice ; 
» — La duchesse de M — f — n, — 

M"ie de Mazarin ; 
» — iV/^e de Grain..., — M""-' de 

Grammont ; 
» — M"'« de Roche...., — M'^^ de 

Rochechouart; 

16 — D'Effrato...., — le marquis des 

Fraieaux : 

17 — Rich...., — le maréchal de Ri- 

chelieu ; 
» — Vrill...., — le duc de la Vril- 
lière ; 

18 — Trémo...., — le duc de la Tré- 

moïlle ; 

» — Mo)i — rend, — le duc de Mont- 
morency ; 

» — Bcth — e, — le marquis de 

Béthune ; 
18 — Soyeco — , — marquis de Soye- 
court ; 

» — Feiiq...., — marquis de Feu- 
quières ; 

» — Chai.... s, — le comte de Cha- 
lais; 

22 — Luxemb. , . . , — le duc de 

Luxembourg ; 

23 — Niver...., — le duc de Niver- 

nais ; 

» — Sart...., — M. de Sartines; 
28 — Un maréchal fou, — Richelieu; 

» — Un duc imbécile, — d'Aiguil- 
lon ; 

» — Un magistrat scélérat, — Mau- 
peou ; 

(Ces trois derniers personnages for- 
ment ce que l'auteur appelle le 
triumvirat des enragés ;) 

3i — Sabr...., — le comte de Sabran ; 

32 — Luy.... , — le cardinal de 

Luynes ; 
» — L'historiographe du portier des 

Chartreux, — Gervaise, avocat ; 
» — La Cacomonade, — la V... le; 

33 — Tliibonv..,, — le marquis de 

Thibouville ; 
» — Le Temple de G... (G ni de), — 
l'ancien hôtel de Grammont ; 



590 

— l'abbé 



35 — Abbé de S^-Germ. 
de Saint-Germain ; 
» — Cont...., — le maréchal de Con- 

tade ; 
» — Soub...., — le prince de Sou- 
hise ; 
38 — Cham — et, — M. de Chanious- 
set ; 

41 — Haute/...., Mn"-' de Hautefort ; 

42 — A'^ass , — le prince de Nassau ; 

02 — Ricli — le cardinal de Ri- 
chelieu ; 

G() — Le duc D...., — le duc d'Aiguil- 
lon ; 

73 — Le R...., — le roi (Louis XV) ; 

7Ô — Les deux monstres que l'Europe 
abhorre, — Maupcou et d'Ai- 
guillon ; 

77 — Maille...., — le marquis de 
Maillebois ; 

79 — Phélip...., — Phélipeaux; 

si — Montfer...., — M. de Montfer- 
rand ; 

A la page 20, le « Jour anniversaire 
des Etouffés, » est une allusion au 
mariagedu Dauphin, depuis LouisXVI, 
le 3o mai 1770. 

La « Clef des anecdotes et nouvelles 
littéraires » qui occupe les pages 77 
à 82, n'est point une clef proprement 
dite ; comme dans le « Gazetier cui- 
rassé, » c'est un recueil supplémen- 
taire d'injures et de méchancetés. 

MÉLANGES DE DIVERSES POÉ- 
SIES, divisés en quatre livres (par 
le P. Mauduit). — Lyon, 1681, 
in-i2. 

Michel Mauduit, oratorien, né à 
Vire en 1644, mourut à Paris en 1709. 
Un exemplaire de ses mélanges poé- 
tiques est décrit avec soin dans le 
« Bulletin du Bibliophile » (mai- 
juin i856, n" 408). — Le rédacteur de 
l'article dit notamment : 

« Nous signalerons une particularité 
qui rend notre exem.plaire assez eu- 



591 



LES LIVRES A CLEF 



rieux. En effct^ on y trouve de nom- 
breuses corrections manuscrites, et 
une clef des noms propres indiqués 
dans le texte imprimé par des initiales 
ou des étoiles. Il nous semble que ces 
corrections et ces annotations n'ont pu 
être écrites quepar l'auteur ; mais nous 
n'osons rien affirmer, d'autant plus 
qu'on nous a fait observer que cette 
écriture ressemblait beaucoup à celle 
de Jean Racine. » 



MEMBRIANEIDE (LA). — Petit 
poëme de G. Ant. Conti, formant 
les pages 103 à 115 de l'édition 
d' « 11 libro del Perché, » in- 12 de 
120 pp. vers 1757. 

C'est un recueil de sonnets et d'épi- 
grammes satiriques et obscènes contre 
le libraire florentin Molini, queConti 
désigne sous son anagramme Limoni, 
en y joignant l'épithète Membriano. 
Tout cela est plus que libre. (Voir 
« Manuel du libraire, » t. IV, p. 488.) 

MÉMOIRE SUR LES CACOUACS, 
inséré dans le « Mercure de France» 
du mois d'octobre 1757, sous le 
titre de : « Avis utile. » 

Nouveau mémoire pour servir a 
l'histoire des Cacouacs. — Ams- 
terdam, 1757, in-i2, par Jacoh 
Nicolas Morcait. — Réimprimé dans 
les « Variétés morales et philoso- 
phiques » du même auteur. — ■ 
(Paris, 1785, 2 vol. in-12.) 

Catéchisme et décisions des cas 

DE conscience A l'uSAGE DES Ca- 

couACs ; avec un discours du pa- 
triarche des Cacouacs, pour la 
réception d'un nouveau disciple. 
« Sapientia prima, stultitià ca- 
ruisse, » Hor. Ep. I, lib. I. — A 



592 

Cacopolis. M. DCC.LVIII. pet. in-8 
de XLII-108 pp. Par l'abbé Giry de 
Saint'Cyr. 

Nouvelle édition comprenant 
tous ces écrits : Paris, M.DCC. 
XXVIll. A la société catholique des 
Bons Livres, in-12 de v-57 pp. et 
xxvi-iio pp. Augmentée d'un 
«petit supplément a l'histoire des 
Cacouacs, » depuis la fin du 
XYiii"^ siècle jusqu'au temps présent, 
par un membre de la direction de 
la société catholique des Bons 
Livres (pp. 79-1 10). 



On a réuni dans le même article ces 
divers écrits d'auteurs différents, parcer 
qu'ils ont trait au même objet et 
forment un tout bien homogène. — 
Le « Mémoire sur les Cacouacs » est 
l'un des plus singuliers écrits de 
J.-N. Moreau. Il s'y déclare l'ennemi 
des philosophes, qui devinrent bien- 
tôt les siens, parce que cette produc- 
tion vraiment originale fut recherchée 
et lue avec avidité. — Les Cacouacs 
(de xâxot, méchants), sont donc les 
philosophes; bien que l'auteur ait dé- 
claré, dans son introduction, n'en 
vouloir viser aucun spécialement, il 
n'est pas difficile de comprendre qu'il 
attaque tour à tour les productions 
d'Helvétius, de Diderot, des encyclo- 
pédistes, de Voltaire {le patriarche des 
Cacouacs), et surtout de Jean-Jacques 
Rousseau {le vieillard abrupt et rus- 
tique). Les victimes de Moreau ne sont 
point désignées par des pseudonymes, 
mais par des allusions, des péri- 
phrases, des titres de leurs ouvrages. 
Tout cela est fort intelligible et le 
lecteur un peu érudit trouve aisément 
la clef de cette allégorie piquante et 
vraiment pleine d'intérêt. 

Le « Supplément, » dont l'auteur ne 
m'est pas connu, a pour but de mon- 
trer que les philosophes peuvent être 



59: 



LES LIVRES A CLEF 



594 



plus dangereux que les sauvages eux- 
mêmes; on y retrouve les diverses 
phases de la Révolution française. — 
Les philosophes de la Convention n'y 
sont point ménagés et l'on y prodigue 
les allusions malicieuses aux ennemis 
du bon roi (Louis XVI), Mirabeau, 
les abbés Sieyès, Maury, Grégoire, 
etc., etc. C'est une véritable œuvre de 
réaction qui rejette tous les crimes et 
toutes les fautes de la Révolution sur 
les philosophes et sur leurs imitateurs. 



D'UN CONSPIRA- 
Lorcn:(o Beiioni. — 



MEMOIRES 
TEUR. - Par 
Paris, Librairie nouvelle, 1855, 
in- 16 de vii-403 pp., i fr. Réim- 
primé en 1859, Paris, Hetzel, in-12, 
3fr. 

L'auteur de cet intéressant ouvrage 
est le comte Giovanni Rufini, écrivain 
anglais, d'origine italienne, né à Gênes 
en 1807. — Exilé de sa patrie à la 
suite du mouvement révolutionnaire 
de iS33, il vécut de i836 à 1842 en 
Angleterre et, à partir de 1842, se 
fixa à Paris. Après 1848,11 fut ambas- 
sadeur de Sardaigne. 

Dans les « Mémoires d'un conspira- 
teur, » il se met lui-même en scène 
sous le nom de Lorenjo Benoni : les 
principaux personnages qui figurent 
dans cette autobiographie, Sfor:^a, 
Miglio, Vittorio, Alberto, Alfred, 
Laj:{arino, Fantasia^ etc., etc., ont été 
facilement reconnus sous les pseudo- 
nymes substitués à leurs véritables 
noms; car ces personnages et notam- 
ment le fameux Mazzini {Fantasio), 
sont tous historiquement associés aux 
divers mouvements révolutionnaires 
qui ont agité la péninsule italienne, 
de i83o à 1848. — On retrouve plu- 
sieurs d'entre eux dans un autre 
ouvrage de G. Rufini : « Le docteur 
Antonio, » traduit de l'anglais, avec 
l'approbation expresse de l'auteur, par 
M. Octave Sachot (Paris, Hetzel, i838, 
in-12, 3 fr.), et qui forme une sorte 



de suite aux « Mémoires de L. Be- 
noni. » 

MÉMOIRES d'un jeune ESPAGNOL. 

Voir : Jeunesse de Florian. 

MÉMOIRES D'UN PROTES- 
TANT CONDAMNÉ AUX GA- 
LÈRES POUR CAUSE DE RELI- 
GION, écrits par lui-même. — Rot- 
terdam, Bemann et fils, 1757, 
in-8. 

Nouvelle édition (revue par 
Daniel de Superville), augmentée 
d'une clef des lettres qui signifient 
les noms des personnes, villes, etc. 
La Haye, C. Plaatt, 1778. 

Dernière édition : « Mémoires 
etc., réimprimés d'après le jour- 
nal original de fcan Marteiîhc, de 
Bergerac, publié à Rotterdam, en 
1757. — Paris, Michel-Lévy, 1865, 
in-12 de XI-561 pp., avec 4 grav, 
par Morel-Fatio, 3 fi'. 50. 

Ainsi que l'indique le premier 
article de la Clef (édition de 1778), 
l'auteur de ces curieux et émouvants 
mémoires, est un pauvre réformé, 
Jean Marteilhe, de Bergerac, mort 
à Cuilembourg, en 1777, à l'âge de 
95 ans. La réimpression de i863 a été 
faite par les soins de MM. Henry et 
Albert Paumier, tous deux pasteurs 
de l'Église protestante, qui y ont ajouté, 
l'un une préface, l'autre des pièces 
justificatives très intéressantes (pp.b37, 
56i.) — Cette dernière édition n'a pas 
besoin de la clef qui consistait simple- 
ment en initialismcs. MM. H. et A. 
Paumier ont imprimé les noms en 
toutes lettres : il serait inutile et trop 
long de reproduire cette clef, pour la 
seule édition, aujourd'hui assez rare, 
de 1757. 



595 LES LIVRES A CLEl 

MÉMOIRES D'UNE FEMME DE 
CHAMBRE (par Henri de Pêne). — 
Paris, E. Dentu, 1864, in-12 de 
11-318 pages — Plusieurs fois réim- 
primé. 



596 



Ces prétendus Mémoires, qui firent 
quelque bruit lors de leur apparition, 
contiennent beaucoup de petits can- 
cans sur le monde galant de l'époque; 
les allusions durent être facilement 
saisies par les gens vivant habituelle- 
ment dans ce milieu, notamment celles 
relatives à la vénalité bien connue 
d'un certain critique. 

MÉMOIRES D'UNE JEUNE 
GRECQUE, contre le Duc régnant 
de Saxe-Cobourg-Sallfed et le 
prince Léopold son frère ; suivis de 
la vie politique de ces deux prin- 
ces, de leurs aventures amoureuses 
et des principaux événements qui 
sesont passésdepuis 1808, jusqu'au 
congrès de Vérone. — Paris, chez 
l'auteur, rue de la Chaussée-d'An- 
tin, 1825, 2 vol. in-12, 2 portr. 

Deux prospectus de ces« Mémoires,» 
rédigés en réalité par Philarète 
Chastes, ont été publiés, l'un en 1824, 
l'autre en 1825, promettant ces scan- 
daleux mémoires en 4 volumes; mais 
il n'en a été publié que deux. — Ce 
sont les aventures d'une jeune et jolie 
femme. M™* A. -Pauline-Alexandre 
Panam, réduite à la triste nécessité 
d'en appeler à l'opinion publique 
contre son ravisseur et en même temps 
contre son persécuteur. — Il s'y trouve 
plusieurs noms désignés par de sim- 
ples initiales. L'ouvrage débute par 
une lettre à « Monseigneur le mar. 
P. de L*** (le maréchal Prince de 
Ligne), lettre suivie d'une réponse du 
Maréchal, qui eut le plus grand succès. 



« Elle est digne de Voltaire; c'est un 
coup d'œil rapide sur l'histoire des 
cours depuis Cyrus et Héliogabale, 
jusqu'à Louis XV et M-"» de Pompa- 
dour. » — (Voir : « Correspondance 
de Stendhal, » t. I, p. 210 ; — « Les 
Supercheries, » t. III, col. 20 ; — « La 
Bibliographie Gay, » t. V, p. 26; etc.) 



MEMOIRES DE CANLER, ancien 
chef du service de sûreté. — Paris, 
Hetzel, 1862, in-12, 446 pp. 

Une nouvelle édition, en deux 
volumes, a été publiée en 1881. 

Ce livre dont il est question au 
« Catalogue des livres condamnés » 
(page 25i), contient le récit de faits 
très curieux et parfaitement exacts. 
J'en ai vu, il y a une douzaine d'années, 
à la préfecture de police, un exem- 
plaire rempli d'annotations formant 
une véritable clef. Il est probable que 
cet exemplaire a péri, en 1871, dans 
l'incendie qui a dévoré les archives de 
la police, et il est douteux qu'on puisse 
jamais refaire une clef bien complète 
de ces curieux mémoires. 

MÉMOIRES DE CLAPANDRUS, 
ÉCRITS PAR LUI-MÊME. — Ams- 
terdam, 1740, in-12 de 2 ff. et 
166 pp., rare. 

Ni Barbier, ni Quérard ne men- 
tionnent cet ouvrage singulier, dont ne 
parlent pas davantage les bibliogra- 
phies spéciales. C'est assurément un 
livre à clef. L'auteur qui se met en 
scène sous le nom de Clapandnts, 
était vraisemblablement quelque 
moine défroqué, tombé dans la dé- 
bauche et amené à écrire ses mémoires 
pour tirer quelques écus d'un libraire 
hollandais. Il se peint courant les 
filles, à Nicastre (?) et prenant pour 
maîtresses Gloriane, Vertucile et 



597 



LES LIVRES A CLEF 



autres demoiselles dont il trace des 
portraits peu séduisants. Il avoue 
humblement avoir eu la démangeaison 
de devenir auteur et dédie son coup 
d'essai à la Fortune, dont il se déclare 
très humble et très dévoué serviteur. 
Cette dédicace est datée d'Ursenville 
qui n'existe sans doute sur aucune 
carte géographique.— M. Paul Lacroix 
a publié sur cet ouvrage une intéres- 
sante notice insérée dans le « Bulletin 
du Bibliophile » (1864, pp. 1114-11 15) 
et reproduite en partie dans la « Bi- 
bliographie Gay, » t. V., p. 4). 

MÉMOIRES DE HOLLANDE, 
Histoire particulière en forme de 
ROMAN, par madame la comtesse de 
La Fayette. Quatrième édition revue 
sur l'édition originale par J.-P.-A. 
Parison et publiée avec des notes 
par A.-T. Barbier, ancien secrétaire 
des Bibliothèques de la couronne. 
— Paris, J. Techener, MDCCCLVI, 
in- 18 carré de xx-351 pp., orné 
de 2 portraits, d'un fac-similé et 
d'une romance en musique de 
Ménage. 

La première édition est intitu- 
lée : 

MÉMOIRES de Hollande. Suivant 
la copie de Paris. — (Hollande- 
Elzévir), 1678, pet, in-12. 

La dernière édition du «Dictionnaire 
des Anonymes » fait connaître que 
l'attribution de ce roman à M^^ de 
La Fayette est absolument erronée 
et adopte l'opinion émise par le rédac- 
teur du Catalogue Leber (n" 2,3o8) : 
« Relation des amours d'un cadet de 
la maison de Lusignan avec une 
Juive. — Ce roman, peu connu, pour- 
rait bien être de Gatieu Sandras de 
Coiirtil:^, quoiqu'il ne soit pas compris 
dans la liste des ouvrages qu'on lui 



598 

attribue. » — Dès lors, les ingénieuses 
explications données par M. Weiss 
(« Bulletin du Bibliophile, » juin i856) 
et par M. A.-T. Barbier, sur la clef 
de ce charmant petit ouvrage, pour- 
raient bien perdre beaucoup de leur 
valeur. Ainsi, ces messieurs avaient 
cru reconnaître dans l'héroïne du 
livre, la juive Josébeth, M"^ de La 
Favette elle-même ; dans Berverwert, 
Louis de Nassau, fils de Frédéric ; — 
dans Spirink, mot hybride composé 
de Pri et de King, le roi et le 
prince son fils ; dans la cour de la 
reine de Boli