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Full text of "Les maladies de la nutrition: Les maladies de l'estomac, diagnostic et ..."

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Boston 
Médical Library, 



19 BOYLSTON PLACE 




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LES MALADIES DE LA NUTRITION 



LES 

MALADIES DE L'ESTOMAC 

DIAGNOSTIC ET TRAITEMENT 



DEUXIÈME FASCICULE 



/ 






LES MALADIES DE LA NUTRITION 



LES 



MALADIES DE L'ESTOMAC 



DIAGNOSTIC ET TRAITEMENT 



PAR 



ALBERT ROBIN 

de rAeadémie de Médecine 



Deuxième fascicule 



LES RETENTISSEMENTS 
DES MALADIES DE l'eSTOMAC SUR LES DIVERS ORGANES 



LES RÉACTIONS STOMACALES 
DES MALADIES LOCALES ET GÉNÉRALES 



PARIS 
J. RUEFF, ÉDITEUR 

106, boulevard Saint-Germain, 106 

1901 

Tous droits réservés. 




il*'' 

Du rôle pathogène des maladies de Te; 
tomac et de leurs retenti ssemeuts su 
les organes et sur leurs fonctions. 



PREMIERE IrEÇON 

LES RETENTISSEMENTS DES DYSPEPSIES 
SUR L'INTESTIN 

LES Sl~l>PLË.ANCES INTESTINALES — L'ENTËRO-COLITE NUCO-UEHBRANEUSE 
SÏHPTONATOLUGIE, THÉORIES PATHOGEnlQUCS, TRAITEHEM 



Considérations générales. — Les retentissements intestinaux 
Les suppléances intestinales. 

coDckUrBUoBi Daos les Leçons consacrées aux fermenlalk 

gtatm». gastriques, nous avons vu que celles-ci exercent ( 
effets îrrîlants sur l'estomac lui-même et peuvent être la cai 
fréquenle de dyspepsies secondaires, affectant principalement le I5 
hyperslhénique. Nous avons eu là un exemple de l'action patl 
gène locale des digestions vicieuses. Or les dyspepsies, quel 
que soient leur nature et leur cause, sont capables de retentir : 
la plupart des organes, sur leurs fondions cl sur l'état général. El 
sont ainsi l'origine d'un grand nombre d'aflections dérivées 1 
gardent toujoui's au point de vue de leur diagnostic et de leur tr 
tement la marque de leur étiologie. C'est là un point encore r 
coonu de la pathologie et qui mérite, en raison des déductii 
pratiques qu'il comporte, une étude approfondie. 



530 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE UESTOMAC 

Certes, parmi les points que je vais traiter, beaucoup soulèvent 
des questions de doctrine et paraîtront erronés ou problématiques 
à bien des esprits. On m'accusera de trop généraliser, de voir des 
subordinations là où il n'y a que des rapports de coïncidence, d'ad- 
mettre trop facilement que la dyspepsie est cause et non effet : mais, 
au point de vue exclusivement pratique auquel je me suis placé, 
l'objection tombe à faux, par cela même qu'elle est doctrinale. 

En effet, à ce point de vue pratique, il importe de savoir une 
seule chose : c'est si, étant donnée l'existence, chez le même sujet et 
dans le même temps, d'une dyspepsie et d'une maladie quelconque, 
locale ou générale, le traitement exclusif de la maladie en question 
est suivi d*une amélioration totale^ et, dans le cas négatif, si le trai- 
tement de l'état dyspeptique remédie en tout ou partie à l'affection 
qui vient de résister à une thérapeutique personnelle. 

En admettant la seconde hypothèse, soit l'amélioration ou la gué- 
rison de la maladie locale ou générale par un traitement exclusive- 
ment gastrique, quelle objection théorique pourrait avoir prise? Dans 
le cas de la première hypothèse, qui pourrait nier qu'un traitement 
gastrique bien conduit ne complétera pas heureusement la thérapeu- 
tique dirigée contre la maladie associée, sinon secondaire ? Enfin, et 
comme dernier argument, en présence de la coïncidence d'un trouble 
gastrique et d'une maladie quelconque souvent difficile à attaquer 
directement, le devoir du praticien soucieux des intérêts qui lui sont 
confiés n'est-il pas de tenter un traitement gastrique au lieu de 
s'abstenir ou de faire une thérapeutique impuissante, en vertu de 
considérations doctrinales qui tombent avec la disparition de ceux 
qui les ont édifiées? 

En développant ces considérations, j'ai surtout en vue la neura- 
sthénie qu'on s'obstine à envisager et à traiter comme une entité, 
tandis qu'elle n'est qu'un aboutissant, un syndrome secondaire à des 
états morbides divers au premier rang desquels je place les états 
dyspeptiques. Mais elles sont applicables à toutes les maladies dont 
nous allons parler. Ces maladies, qu'elles soient directement engen- 
drées par le trouble gastrique et par ses conséquences ou qu'elles 
soient simplement aggravées par lui, relèvent plus ou moins du trai- 
tement stomacal qui produit des améliorations d'autant plus accen- 
tuées que la relation de causalité est plus réelle. 

Les On conçoit que les aliments qui ont été imparfaite- 

retentissements a 1 •<> ' 1 11 

et les snppièanoes ment chymines dans un estomac malade provoquent, 
intestinales, p^j. jg^, g^^j coutact, dcs troublcs de la digestion 

intestinale. Toutefois, ce qui caractérise bien ces troubles secon- 



LES SUPPLÉANCES INTESTINALES 531 

daires, c'est leur apparilioD tardive. L'iotestin possède de reniar- 
quables qualités de suppléance qu'il peut exercer pendant un 
temps très long et qui ne cèdent que devant un surmenage fonc- 
tionnel trop prolongé ou devant une irritation personnelle provenant 
d'une cause extra-stomacale. C'est pourquoi nombre de dyspepi 
gastriques sont masquées longtemps par la suppléance intestinatt 
ne se manifestent qu'à l'occasion d'une défaillance toute fortuite 
l'intestin. 

Nous en avons vu dernièrement un remarquable exemple chez 
vieillard de soixante-seize ans, merveilleusement conservé, exer<; 
encore le dur métier de maçon, et qui était entré dans nos sa 
pour soigner un psoriasis'. Sauf au cours d'une pneumonie doni 
a été atteint  soixante-douze ans, il ne s'est jamais arrêté. Il 
jamais souffert de i'estomac; ii n'est pas alcoolique. Son appétit 
excellent, ses fonctions intestinales régulières. A proprement par 
abstraction faite du psoriasis, ce n'est pas un malade, et l'examen 
divers oi^anes ne révèle chez lui rien d'anormal. Comme j'étud 
avec Leredde les rapports des dermatoses avec les troubles de la di| 
tioû gastrique, nous pratiquons l'examen du contenu stomacal a[ 
repas d'épreuve. Le liquide filtré était neutre et ne renfermait ni 
libre ou organique, ni acides de fermentation. La digestion des al 
miuoïdes était aulle. La digestion des féculents qui dépend de lai 
stase salivaiie était excellente. La mucine était abondante. 

Voilà donc un sujet de belle apparence qui n'a, pour ainsi d 
pas d'estomac. Nous nous sommes assurés qu'il était atteint d'une | 
trile chronique latente ayant probablement succédé à une dyspe] 
qui n'avait jamais fait parler d'elle. La parfaite santé de ce vieiti 
ne peut s'expliquer que par une suppléance parfaite des foncti 
intestinales, et ce sont les conditions mêmes de sa vie qui mainti 
nent cette suppléance. En effet, il est sobre ; il n'a jamais faitd'excèf 
boisson ; il mange peu de viande et vit surtout de légumes et de p: 
ce qui exige peu de ti-avail de la part de son estomac. S'il se nour 
sait copieusement de mets azotés abondants et recherchés, son t 
digestif serait bien vite surmené; l'intestin, irrité par un excès de ' 
vail, aurait depuis longtemps fléchi devant son service, et la gasi 
chronique se serait alors extériorisée symptomatiquement. 

Mais, si les cas d'une suppléance aussi parfaite et aussi prolon 
ne sont pas très fréquents, ceux que l'on connaît montrent bien qu 
importance le médecin doit attacher & l'intégrité des fonctions in 

<- L'hiitoire complète de ce ca» a fait l'objet d'une de noa Leçons cq 1898. (Al 
BoiiN, Importance thérapeutique des relalions pathologiques qui existent cpirc l'esL 
cl linteatin. Bulletin générât de thérapeutique, I8D8.) 



532 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

tinales chez les dyspeptiques de tout ordre, et comment la thérapeu- 
tique gastrique devra toujours tenir compte des effets produits sur 
rintestin par les régimes, les médications et les médicaments que 
Ton oppose à Taffeclion stomacale. 

Les plus importants des retentissements des dyspepsies sur Tin- 
testin sont l'entéro-colite muco-membraneuse, l'engoue- 
ment ca}cal et l'appendicite, la diarrhée et les hémor- 
rhoïdes. 



II 



L'entéro-colite muco-membraneuse. — Son évolution. — Sa sym- 
ptomatolog^e. — Les théories pathogéniques. — La théorie de 
la lithiase intestinale. — Le traitement. 

Lentéro-coiite L'entéro-colitc muco-membraneuse complique 
^^^- le plus souvent Thypersthénie gastrique avec hyperchlo- 
rhydrie. Dans cette forme de dyspepsie, ily a une sorte 
d'inhibition relative des fonctions de l'intestin avec constipation et 
coprostase plus ou moins considérables. Le gros intestin, en particu- 
lier, est fréquemment bondé de matières fécales en boules noirâtres, 
d'une fétidité spéciale, que les purgatifs salins éprouvent de grandes 
diflicultés à expulser. Ces matières sont acides au tournesol. L'inhibi- 
tion intestinale s'explique facilement par le fait que la seconde diges- 
tion ne peut s'accomplir effectivement que dans un milieu alcalin et 
que l'acidité extrême du chyme, non seulement sature les sucs intesti- 
naux, mais encore les acidifie, ce qui met obstacle à toute action des 
ferments sécrétés par le pancréas et la muqueuse de l'intestin grêle. 
Cette acidité exagérée du chyme reconnaît pour cause l'hyperchlorhy- 
drie ; mais souvent aussi elle est due aux acides organiques, de façon 
que les fermentations stomacales possèdent également une influence 
pathogène manifeste et de même sens que celle de l'hypersthénie gas- 
trique. 

Les matières fécales, acides, ovillées, durcies, siège de fermenta- 
tions irritantes, agissent ensuite et à la longue sur la muqueuse intes- 
tinale qui se défend comme elle peut en sécrétant du mucus. Celui-ci, 
au contact des acides fécaux, subit des modifications qui en changent 
Taspect, la consistance, et se coagule en partie; et puis, si le malade 
est un neuro-arthritique, ce qui n'était d'abord, de la part de la 
muqueuse intestinale qu'un acte de protection réactionnelle devient 
une localisation morbide; la réaction dépasse le but; l'intestin se met 



L'ENTÉRO-COLITE MUCO-MEMBRANEUSE 533 

à faire du mucus pour son propre compte ; il subit, en certains points 
d'élection comme TS iliaque et le côlon transverse, des spasmes qui 
alternent avec des relâchements, modifient son calibre, gênent davan- 
tage encore le cours des matières et sont Toccasion de crises doulou- 
reuses. Ainsi l'enléro-colite muco-membraneuse est constituée. 

La Elle est caractérisée par l'expulsion pénible de 

synqitomatoiogie. ^latièrcs fécalcs uoirâtrcs et durcies, entourées de con- 
crétions membraneuses se présentant sous diverses formes, telles que 
celles de gelée colloïde, de rubans vermiformes blanchâtres, enroulés 
en masse ou pelotonnés, de masses cylindroïdes, ou tout simplement 
de glaires, comme du blanc d'œuf , plus ou moins mélangées d'une 
substance mousseuse. 

Les autres symptômes sont : l'état saburral de la langue, la fré- 
quente fétidité de l'haleine, l'anorexie, la constipation atonique ou 
spasmodique, la lithiase intestinale, la douleur habituelle dans les 
fosses iliaques et dans l'arc du côlon, avec sensations de constriction 
du ventre, d'élancements, de tiraillements, de brûlures, exaspérées 
pendant la digestion, les efiorts réitérés et infructueux de défécation 
avec épreintes qui ne parviennent pas à vider l'intestin et sont 
suivis de l'expulsion difficile des matières signalées plus haut. Ces 
épreintes et les eflbris qu'elles nécessitent vont jusqu'à déterminer 
de la procidence de la muqueuse rectale qui vient former bourrelet 
à la marge de l'anus, et elles plongent le malade dans un pénible 
état de surexcitation nerveuse. 

Fort souvent, la constipation alterne avec des flux diarrhéiques, et 
cette alternance, cette impossibilité de régulariser les garde -robes 
sont un des caractères sur lesquels insistent beaucoup les malades. 
Mais, à regarder de près, il ne s'agit pas, dans ces cas, d'une vraie 
diarrhée. Les garde-robes soi-disant diarrhéiques sont formées de 
liquides écumeux, mucilagineux, de véritables glaires, au milieu des- 
quels on rencontre des fragments noirâtres de fèces durcies. Il s'agit 
là simplement ou de débâcles passagères ou de fausses diarrhées 
constituées par une sécrétion plus abondante du mucus ou encore 
par des liquides séreux ayant transsudé entre les scybales et la paroi 
intestinale. 

L'évolution lente de la maladie est traversée par des crises dou- 
loureuses à allures paroxystiques, survenant à l'occasion des causes 
les plus futiles, et par des accès fébriles irréguliers qui ont pu 
donner lieu à des erreurs de diagnostic. 

Le palper abdominal est douloureux, surtout à l'angle gauche 
du côlon. Il révèle un intestin tantôt relâché, tantôt contracté et, 



534 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

donnant au doigt la sensation d'une corde ou d'une induration 
tendue et douloureuse. 

L'état général est toujours plus ou moins atteint, et TaSection 
intestinale vient ajouter les déchéances qu'elle origine à celles qui 
résultent de la dyspepsie causale. Et les deux affections, unissant leurs 
aptitudes pathogènes, conditionnent une série de retentissements 
secondaires dont la complexité ne permet guère de reconnaître la part 
étiologique qui revient à chacune d'elle. Suivant l'évolution et les 
prédominances symptomatiques, on a décrit dans l'entéro-colitemuco- 
membraneuse des formes commune, dysentériforme , fébrile, 
grave, hémorrhagique*. 



Les uiéories On a beaucoup discuté sur la pathogénie de cette 

pauiogéniques. f^pjjj^ d'cntéritc. Perroud' ct Sïredey' croicut à 

l'existence d'une névrose spéciale de l'intestin qui déterminerait la 
sécrétion de mucosités gélatiniformes; la constipation serait secon- 
daire. GiGOT-SuARD, Williams*, Simpson, Le Bret^ font intervenir 
l'herpétisme et lui rattachent l'hypersécrétion du mucus intestinal. 
Wannebroucq^ suppose une inflammation de la muqueuse et de ses 
glandes, avec prolifération des éléments conjonctifs qui étouffent les 
glandes et diminuent certains principes de leur sécrétion, d'où coagula- 
tion prompte du mucus en fausses membranes et constipation secon- 
daire. MoRAu pense à une irritation d'origine vagino-utérinepropagéeau 
rectum par la voie lymphatique. Tédenat, dans le même ordre d'idées, 
fait intervenir comme élément causal une inflammation chronique 
des annexes de l'utérus. Pichevin met en avant une réaction de la 
muqueuse intestinale devant le coli-bacille et ses toxines. Potain^, 
Germain Sée^ pensent, au contraire, que c'est la constipation qui 
commence et que les irritations de la muqueuse ont une origine pour 
ainsi dire mécanique. 



] . L*entéro-colitc muco-membraneuse a fait Tobjet de quatre thèses récentes où l'on 
trouvera tous les renseignements bibliographiques. C arrêt, Thèse de Paris, 1897. — 
VouzELLE, Thèse de Paris, 1899. — Henri Isaac, Thèse de Paris, 1900. — P. Frous- 
sard, Thèse de Pans, 1900. 

t. Perroud. — Note sur les concrétions membraneuses des intestins, Journal de 
médecine de Lyon, 1864, p. 166. 

3. SiREDEY. — Noie pour servir à Tétude des concrétions muqueuses membrani- 
Tormes, Bulletins de la Société médicale des hâpitatix, 1868, p. 66. 

4. Williams. ~ Chronic croup of the intestin, Dublin quaterly Journal, nov. 1864. 

5. Le Bret. — Annales de dermatologie, 1861), t. I, p. 204. 

6. Wannebroucû. — Journal de médecine du Nord, 1863; Congrès de Lille, 1874, 
p. 694. 

7. PoTAm. — Bulletin de la Société anatomique, 1857, p. 183. 

8. Germain Sée. — Des dyspepsies gastro-intestinales, 1881, p. 225. 



L'ËNTÉRO-COLITE MUGO-MEMBRANEUSE 535 

u théorie Ei^fii^ DiEULAFOY a brillamment soutenu, à TAca- 

taii^^ demie de médecine, une théorie nouvelle qui établirait 

une relation de cause à effet entre le sable intestinal 

etTentérite muco-membraneuse. D'après mon éminent confrère, ce 

sable aurait une origine intestinale, constituerait une manifestation 

arthritique et engendrerait l'entérite à titre de complication ^ 

J'ai opposé à Thabile argumentation de Dieulafoy plusieurs 
objections. 

D^abord, on trouve souvent du sable sans entérite et de l'entérite 
sans sable, ce qui est beaucoup plus important. Sur treize cas de 
sable intestinal que j'ai recueillis, l'entérite n'a été constatée que 
deux fois et je puis vous citer, d'autre part, sept cas d'entérite 
récemment observés sans qu'on pût incriminer la présence du 
sable. 

Quant au sable lui-même, sa composition lui assigne, dans la 
plupart des cas, une origine exti^-intestinale, témoin le tableau ci- 
dessous. — Sur treize analyses j'ai trouvé : 

Acide phosphorique 13 fois 

Chaux 13 — 

Magnésie 13 — 

Matières ligneuses, débris végétaux 12 — 

SUice 8 — 

Graisse 7 — 

Cholestérine 3 — 

Fragments de charbon 2 — 

Sulfates 2 — 

Chlorures 2 — 

Pigments biliaires 2 — 

Ces analyses tendraient à démontrer que le sable intestinal est 
essentiellement constitué par des débris alimentaires, des fragments 
siliceux ou autres, qui s'incrustent de phosphate de chaux et de 
magnésie dans l'intestin, au contact des matières fécales de l'hyper- 
sthénie gastrique , matières dont la composition est si anormale et la 
richesse en ces sels si évidente. 

Quoique, dans toutes mes observations, l'entéro-colite muco- 
membraneuse ait coïncidé avec la coprostase, je ne crois pas que 
cette entéro-colite tienne uniquement à la cons ti pation ; sans cela, 
elle serait la règle chez tous les constipés, ce qui est loin d'être exact. 

1. DiECLÀFOT. — Bulletin de V Académie de médecine, 1897. 



5.% LES HETENTISSEUENTS DES MALAUIES DE L'ESTOMAC 

Il faut donc invoquer un autre fadeur, l'hyperslhénie gastrique 
avec hyperchlorhydrie autécédenle, qui, par l'extrême acidité du 
cliyme, bouleverse tes conditions noiinales de la digestion inlesti- 
nale, crée une constipation avec coprostase d'une nature spéciale et 
ajoute une irritation chimique à l'irritation mécanique produite par 
les matières fécales durcies. 

Si l'entéro-colite muco-membraneuse et, comme nous le verrons 
dans un instant, l'appendicite constituent bien deux modes du reten- 
ypersthénie gastrique, la première liée à ta 
inde liée à la coprostase colique et iliaque, 
itles puissent coïncider dans les cas où la 
la fois, caicale et iliaque. Ma statistique me 
:as d'accidents appendiculaires sur les cent 
persthénie gastrique possédait l'entéro-colite 
ombre de ses complications, ce qui revient 
ppendiculaires s'observent dans 6,71 p. 100 
uco-membraneuse. 

i-vir de trait d'union entre les opinions si 
mises à la Irîbune de l'Académie, au sujet 
licite et de l'enléro-colite muco-membra,- 



prend, quand on considère les divers trai- 
ioi-disant patliogéniques de l'enlérite muco- 
isme de Lasëgue qui écrivait : s Quelle que 
ns l'immense majorité des cas la maladie 
et devient une humiliation pour le médecin 
'istesse et un chagrin perpétuels, f En effet, 
u de succès, l' opium (Siredbï), les purga- 
abdomen avec l'huile de croton (Wa>ne- 
'owler (Williams, da Costa, Findlet), les 
es aux purgatifs salins (Le Bret), les lave- 
( et l'usage interne du chlorate de potasse 
ion, le massage, les douches chaudes gètté- 
is lavements d'un demi-litre additionnés de 
le de bismuth et de 10 grammes de sous- 
lliod), etc. Quelques-uns tiennent encore 
imenteuse de l'inlestia et préconisent le 
iiN Sée repousse avec raison. Les purgatifs 
: et repoussés par Boas. 
pourra-t-il faire son choix au milieu de ces 
este qu'une seule ressource dont il puisse 



L'ENTËRO-COLtTE MUCO-MEHBRANEUSE 

user: c'esl de faire uoe médicatiOD de symptômes, en doj 
laxatifs ou des astringents suivant que la constipation dom 
diarrhée. 

Au contraire, la pathogénie que je viens de vous 
conduit immédialemenl à un. Iraitement rationnel. Il 
avant tout de traiter l'hypersthénie gastrique causale, pui: 
l'intestin à l'aide des grandes irrigations rectales à faible 
avec de l'eau bouillie tiède, qui seront répétées tous ln< 
début du traitement. On rét^larisera ensuite les fooctioi 
oates, non pas avec des purgatifs salins qui me semblen 
indiqués, mais simplement avec de petites doses d'huile 
associée à un demi-centigramme d'extrait de belladone et 
dejusquiame, destinés à modérer les coliques que provoqi 
l'usage habituel des laxatifs. J'ai employé aussi, chez 
sonnes auxquelles l'huile de ricin répugnait, soit les 
de séné cuits avec des pruneaux, soit la scammonée 
kl'aloès, au jalap et au turbith végétal' , soil ea&a les 
Gerhain Ske : 

^ Extrait alcoolique d'hjdrastis canadensis. 3",50 
Follicules de séné lavés à l'alcool 6 gramme: 

Divisez cette quantité en 30 pilules. — Prendre une pilule k 
trois repas. 

L'hydrothérapie méthodique dont nous avons tracé ( 
ment le mode d'emploi ', la compresse échauffante appllqu 
et gardée pendant toute la nuit, le massage général, le mais 
minai suivant la technique de Geoffroy sont des moyens 
dont l'efficacité est indéniable. 

Quand le ventre a une tendance au prolapsus, on le s 
avec une ceinture abdominale qui le soulève sans le com 
dont je vous donnerai prochainement la description^ 

Pour calmer les crises douloureuses, on n'aura pi 
auxo/n<i£ésni à l'injection sous-cutanée de cA/or/i^ifmte de i 
mais aux cataplasmes laudatiisés, aux petits vésicatoires 
sur le trajet du côlon, aux onctions avec la pommade w 
belladonée et aa% petits lavements huileux. Je recommandi 



I. Vojez l4 rormula page 29ô. 

9. Vojei pages 3S0 cl W1. 

3. Voj'Bi pi^ES 758 ei BuiTantea. 



538 



LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 



potion suivante, quand les moyens précédents n'auront pas donné de 
résultat satislaisnat : 

^- Extrait gras de cannabis indica 0^,03 

Extrait de belladone Oc'jOa 

Extrait de jusquiame O^^^OS 

Menthol Ofl^lO 

Alcool à 90" q. s. 

Julep gommeux 150 grammes 

F.s.a. Potion qu'on prendra par cuillerées à soupe dans les vingt-quatre 

heures. 



On ordonnera le régime strict de la dyspepsie hypersthénique, en 
insistant sur Tusage de la viande crue délayée dans du bouillon de 
poulet. 

Le lait n'est pas indiqué^ sauf dans les cas de crise aiguë ou il 
domeure Tunique moyen d'alimenter les malades ; comme boisson, 
une eau bicarbonatée calcique, légère, telle que Fougues ou 
Condillac. 

Le traitement hydro-minéral constitue un excellent complément 
de cure. Châtel-Guyon convient aux formes torpides ou encore 
quand la maladie s'accompagne de symptômes hépatiques. Plom- 
bières^ par son action sédative, s'appliquera aux cas où domine l'élé- 
ment douloureux, à ceux qui présentent de la congestion abdominale, 
et enfin aux malades qui ont des flux muqueux très abondants, tandis 
que Châtel-Guyon s'adressera plutôt aux constipés. 



DEUXIÈME LEÇON 

LES RETENTISSEMENTS DES DYSPEPSIES 

SUR L'INTESTIN 

L'ENGOUEMENT G^CAL ET L'APPENDICITE — LA DIARRHÉE 

LES HÉMORRHOÏOES 



I 

L'engouement cœcal et Tappendicite. — Llnfluence de la dys- 
pepsie sur la genèse de l'appendicite. — Le syndrome dyspeptique^ 
dans Tappendicile. — Le rôle de la coprostase. — Les étapes ide l'ap- 
pendicite. — Les preuves cliniques. 

L'inflixenoe Si étrange que puisse paraître mon opinion, je 

nir la^toe considèrc que Ta p p e n d i c i l e , cette maladie à la mode^ 

de l'appendicite, est Une dcs manières du retentissement inleslinal ou, 

si Ton veut, une complication intestinale de la dyspepsie hyper- 

sthénique et quelquefois des fermentations gastriques. 

J'ai défendu celle manière de voir à la tribune de l'Académie de 
médecine *, à l'occasion d'une discussion où Dieulafoy, Dumontpal- 
LiER, Reclus, LucAS-GHAMPiONNiÈRE,elc.,onl tenté de mettre au point 
la grosse question de l'intervention chirurgicale. Or, tandis que les 
chirurgiens faisaient de grandes réserves et semblaient moins dési- 
reux d'opérer qu'il y a quelques années, Dieulafoy opinait pour la 
laparotomie dès qu'on tenait le diagnostic, considérant l'appendicite 
comme une maladie essentiellement chirurgicale. 

1. Albert Robin. — Discassion sur rappendicite. Bulletin de V Académie de méde- 
cine, 1897. 




510 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

Toutes réserves faites pour les appendicites infectieuses de la 
grippe, des fièvres éruptives, elc, pour celles qui peuvent accompa- 
gner les lésions des annexes de Tutérus, pour celles enfin qui sont 
provoquées par un traumatisme ou par des corps étrangers, tels qu'une 
graine de psyllium ou une arêle de poisson, je pense que cette ma- 
ladie, d'une part, et la colite muco-membraneuse, d'autre part, étant, 
dans un grand nombre de cas tout au moins, les manifestations 
ultimes du retentissement intestinal de la dyspepsie hypersthénique, 
on évitera, le plus souvent, et Tentéro-colite muco-membraneuse et 
l'appendicite en traitant convenablement cette dyspepsie et ses pre- 
miers retentissements intestinaux. 

L'interrogatoire et l'examen du plus grand nombre des malades 
atteints d'accidents appendiculaires permet de reconnaître l'existence 
d'une hypersthénie gastrique antérieure ou concomitante. Nous avons 
eu justement, au n"* 9 de la salle Serres, un malade qui nous donne, à 
ce sujet, d'utiles enseignements. C'est un conducteur d'omnibus, âgé 
de trente-quatre ans, entré à l'hôpital pour une douleur vive sur- 
venue brusquement au niveau de la fosse iliaque droite, empêchant la 
marche et l'ayant forcé à suspendre son travail. Nous avons immédia- 
tement porté le diagnostic d'appendicite, car Texamen direct montrait 
du ballonnement du ventre et une tuméfaction douloureuse du flanc 
droit au point électif de Mac-Burney. Il y avait en outre de la consti- 
pation, de l'oligurie, un état nauséeux avec quelques vomissements, 
une température de 38%5. Notons que ce malade déclare avoir été 
traité pour de l'entéro-colite muco-membraneuse, dont il a présenté 
encore un accès le jour même où la maladie actuelle s'est déclarée. 
La situation me parut assez sérieuse pour que j'aie cru devoir appeler 
en consultation Tuffier qui confirma le diagnostic et opina pour la 
nécessité d'une laparotomie pratiquée à froid, aussitôt que l'amende- 
ment des symptômes aigus permettrait, dans de bonnes condi- 
tions, l'intervention chirurgicale. Selon l'expression du chirurgien, 
le malade était contraint de laisser sa profession ou son appen- 
dice. 

Le lendemain, la fièvre était tombée, une détente 

Le syndrome ' ^ 

dyspeptique s'était produite et nous pûmes reconnaître l'existence 

dans l'appendicite. i« i t • r i 

d une dyspepsie, caractérisée par un syndrome parti- 
culier dont voici les principaux termes : 

4** Désaccord entre l'aspect amaigri du malade et la conservation 
ou l'exagération de son appétit; 

2° Crises gastriques, variables dans leurs expressions et leurs re- 
tentissements; 



L'APPENDICITE 

3° Distension de l'estomac par spasme pylorique. Clapota^ 
trique variable; 

4° Augmentation du volume du Toie qui est sensible à la p 
sion; 

5° Constipation et coprostase facilement perceptibles à lapa 
du cœcam, de l'S iliaque et quelquefois des côlons transvi 
descendant ; 

6° Augmenlatioo de l'acidité du contenu stomacal aprèi 
d'épreuve, par HCI libre; acides de fermentation dans 74/1 
cas; digestion imparfaite des albuminoïdes. 

Ce syndrome est bien celui de l'hypersthénie gastrique, 
par l'expérience de cas antérieurs, je soumis aussitôt le mal 
Irailemenl dont les cléments vous seront indiqués tout à V 
Après dix jours de traitement, il est guéri et réclame sa sori 
peut presser le point de NUc-Burnet sans réveiller de douleun 
domen n'est plus ballonné; la coprostase a disparu. Nous : 
son$ te sujet h reprendre son travail; s'il a soin de surveill 
régime, de maintenir régulièrement ses garde-robes, il aura bei 
de chances d'éviter toute récidive. En tout cas, le malade, qu 
avons revu deux ans après, jouissait d'une parfaite santé. 

Le cas de ce conducteur d'omnibus n'est pas isolé, puisqi 
1585 observations personnelles d'hypersthénie gastrique, il ; 
83 Fois de brusques crises intestinales passagères ou répétée 
douleur spontanée, réveillée par la pression au point de Mac-B 
du bal lonnement, etc. , bref, un ensemble de symptômes se rap; 
à la colique appendiculaire ou à l'appendicite. Sur ces 82 cas, 
a eu 33 où le diagnostic f appendicite > a été posé d'une n 
formelle après consultation avec des médecins ou des cbin 
compétents. La relation ne semble donc faire aucun doute. 

u me Quel est donc te lien qui unit un grand nomi 

deucoproMuB- cas d'appondicite à cette dyspepsie byperslhéni 
plus fréquente certainement des maladies de l'estomac? 

Ce lien, je le trouve dans la coprostase, qui est l'un de 
ptômes les plus constants de l'hyperstliénie, car sur mes M 
je l'ai notée 1106 fois. Cette coprostase a deux sièges d'él 
d'abord le côlon descendant et l'S iliaque, où elle parait être 
facteurs les plus habituels de l'entéro-colite muco-membrf 
puisque j'ai constaté celle-ci ^à9 fois; puis le cœcum, où elle 
nifeslc sous la forme d'un boudin qui provoque une vague sei 
d'endolorissement local réveillé et accusé par la pression; enûi 



^42 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

un tiers des cas, la coprostase est caecale et colique à la (ois. Cette 
coprostase ca3cale n'a jamais manqué dans les 82 cas d'appendicite 
cités plus haut. 

Elle n'est pas plus quelconque dans le caecum que dans le reste 
de l'intestin où elle aboutit à l'entéro-colite muco-membraneuse. 
Rappelons ce que nous a appris l'analyse chimique des garde-robes 
chez les dyspepsiques hypersthéniques K Elles sont acides et subissent 
dans l'intestin des fermentations qui conlinuenl, sur un mode parti- 
culier, les fermentations anormales commencées dans l'estomac. 
Elles sont plus azotées et plus riches en matières inorganiques (phos- 
phates de chaux et de magnésie) que les fèces normales. 

Elles sont donc irritantes et provoquent du côté de la muqueuse 
caecale et de la muqueuse appendiculaire contiguë une réaction catar- 
rhale de défense. Dans l'étroite cavité de l'appendice, où elles 
stagnent si facilement, les mucosités catarrhales peuvent se con- 
créter et s'infiltrer de sels calcaires, ou s'infecter, ou engendrer une 
irritation chronique qui atteint le tissu conjonctif sous-muqueux et 
y produit des indurations rétractiles dont le rétrécissement, puis 
l'oblitération possible de la cavité sont les légitimes conséquences. 

Les étapes Daus CCS couditious, je comprends ainsi les diverses 

de rappendicite. ^tapcs de U séric morbide dont celte variété 

d'appendicite est l'une des terminaisons : 

l'' Arthritisme, état de terrain prédisposant, comme l'a dit 

DiEULAFOY ; 

2** Hypersthénie gastrique avec hyperchlorhydrie et fermentations 
acides secondaires, qui reconnaît si fréquemment l'arthritisme 
comme terrain; 

S" Stase caecale de matières fécales anormales, acides, siège de 
fermentations à produits plus irritants que toxiques, ces matières 
devant leurs propriétés nocives à une vicieuse préparation gas- 
trique^; 

i" Réaction catarrhale du caecum et de l'appendice devant celle 
stase de matières fécales acides, de composition anormale, irritantes, 
stase prolongée souvent pendant des années; 

5° Conditions anatomiques qui font qu'un catarrhe de la cavilé 
étroite de l'appendice ne peut pas évoluer comme <lans la cavilé 
large du caecum ; 

1. Voyez pages 221 à 226. 

2. Si Ton compare razote des ingesta ù Tazote des fèces^ on trouve, à Fétat normal, 
5.4 p. 100 de perte en azote par les fèces, contre 12,61 p. lOO dans la dyspepsie byper- 
sthéniquc. 



b 



L'AWENDICITE 543 

G** Infiltration par les sels calcaires, en surabondance dans ces 
matières fécales, des mucosités intra-appendiculaires'; inflammation 
chronique du tissu conjonctif sous-muqueux transformant ou non la 
cavité appendiculaire en cavité close ; 

7^ Infection microbienne de cette cavité close ou non, créant, 
comme dernière étape morbide, l'appendicite vraie, contre laquelle 
il n'y a plus de traitement médical et qui n'est plus justiciable alors 
que de l'intervention opératoire, tandis que la chirurg^ie ne peut rien 
contre les quatre premières étapes, qui relèvent uniquement de la 
thérapeutique médicale. 

lm prêuTts Les trois dernières étapes de cette pathogénie n'ont 

^*"'**'°*** pas besoin d'être justifiées, puisqu'elles sont le pro- 
cessus même de l'appendicite et que, si l'on peut diverger sur cer- 
tains détails, tout le monde s'entend plus ou moins sur l'ensemble. 
Mais il y a lieu d'insister quelque peu sur les quatre premiers termes 
de la série. 

Que l'arthritisme soit la condition de terrain prédisposant à 
rhypersthénie gastrique, à la lithiase, à la sclérose oblitérante appen- 
diculaire, voilà qui n'a pas besoin d'une démonstration plus déci- 
sive, après les arguments fournis par Dieulafoy et l'observation que 
tout médecin est à même de faire à propos de Thypersthénie gas- 
trique. 

La coprostase cœcale ne saurait faire aucun doule, puisqu'elle 
apparaît, avec ma statistique de li06 stases sur 1585 cas d'hyper- 
sthénie, comme l'un des symptômes les plus constants de celle-ci. 

Quant au point le plus important, à savoir la relation entre cette 
stase csecale et l'appendicite, je puis donner les arguments suivants : 

1** Dans tous les cas où Tappendicite est survenue chez des indi- 
vidus que j'avais dû soigner auparavant, toujours, sans aucune 
exception, j'ai constaté les signes antérieurs de l'hyperslhénie gas- 
trique avec coprostase cœcale ; 

2" Toutes les crises appendiculaires plus ou moins avortées et 
fugaces que j'ai observées l'ont été chez des personnes en cours de 
traitement pour rhypersthénie gastrique ; 

3** Je ne pense pas qu'on puisse citer une affection dans laquelle 
les accidents appendiculaires apparaissent dans la proportion de 82 sur 
1585, soit de 5,17 p. 100. 

1. Je me suis assuré que, sur Sd^sGSS de matériaux inorganiques ingérés, l*hypcr- 
stbénique gastrique en perdait 7»% 50 par les fèces, soit une proportion de 31,22 
p. 100. 



Lito-fe»i, 



544 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

Cette proportion peut se répartir de la façon suivante : 

Nombre des cas d'bypersthénie gastrique 1585 

Cas où la coprostase a été constatée 1106 

. ., ^ j. 1 • ( Crises passagères 49) ^^ 

Accidents appendiculaires. ] . ,. ., ,. i oo f ©2 

^^ ( Appendicite confirmée... 33) 

Accidents appendiculaires pour 100 cas d^hyperslhénie. 5.17 p. 100 

Appendicite confirmée pour 100 cas d'hypersthénie 2.08 — 

Accidents appendiculaires pour 100 cas d'bypersthénie 

avec coprostase 7.40 — 

Appendicite confirmée pour 100 cas d'byperstbénie avec 

coprostase 2.98 — 

Je répète, encore une fois, que je n'entends pas attribuer à 
l'appendicite Tunique p<athogénie qui précède ; mais celle-ci est au 
moins Tune des plus fréquentes, si j'en juge par le résultat de mes 
observations. 



II 

Le traitement prophylactique. — Les irrigations intestinales. — Le mas- 
sage. — Le traitement des réactions douloureuses. — L*antisepsie intestinale. 
— Le régime. — Le vésicatoire. — La question des opiacés. — L'inter- 
vention chirurgicale. 

Le traitemeiit ^^ connaissaHce de cette nouvelle pathogénie de 

l'appendicite, qui, si elle n'est pas absolue, s'applique 
cependant au plus grand nombre des cas, conduit à des indications 
thérapeutiques d'autant plus importantes qu'elles sont nettement 
prophylactiques. 

Puisque tout hypersthénique gastrique est un prédisposé à 
l'appendicite elà l'enléro-colite muco-membraneusc, il faut surveiller, 
chez lui, le cœcum d'une manière constante. Dès qu'on constate de 
la coprostase, il faut aussitôt provoquer l'expulsion des matières à 
l'aide des laxatifs ou du massage léger. 

L laxatifs Parmi les laxatifs je mets au second plan les pur- 

gatifs salins et les eaux minérales purgatives. On con- 
seillera plutôt les poudres composées au séné, suivant la formule de 
Dujardin-Beaumetz, les pilules composées à Valoès et au turbith 
végétal \ eIsuriouiVhuile de ricin et les grandes irrigations rectales, 
après lesquelles on pratiquera un massage doux du côlon, de façon à 
faire cheminer l'eau de l'irrigation jusque dans le ca?cum, afin d'en 
faire, pour ainsi dire, le lavage direct. 

1. Voyez page 295. 



L'APPENDICITE 545 

Las irrigatioDs J*ai, pour pratiquer ces irrigations, le procédé 
mtestinaies. guivaiit. On commencc par introduire lentement et 
sans pression environ 1200 grammes d^eau bouillie dans Tinteslin, 
à l'aide d'une longue sonde, en ayant soin de placer le siège du 
malade sur deux oreillers, afin que le liquide ait la possibilité de 
s'écouler, par son propre poids, dans l'S iliaque. Quand la quantité 
voulue est inli^oduite, on soulève les jambes et le bassin, de façon 
à faire couler le liquide dans le côlon descendant. Au moment où 
un gargouillement caractéristique annonce la chute du liquide, on 
retourne brusquement le malade sur son côté droit pour faire che- 
miner le liquide dans le côlon transverse d'où, par un redressement 
du tronc, on le chasse dans le côlon descendant et le caecum où il 
est facile d'en constater la présence. On pratique alors des frictions 
douces sur tous les points qui sont le siège de coprostase, de 
façon à délayer les matières fécales durcies, et l'on refait les mêmes 
mouvements en sens inverse pour ramener le liquide dans le 
côlon descendant, TS iliaque et le cœcum. On est d'ailleurs puis- 
samment aidé dans cette dernière manœuvre par les contractions 
de l'intestin. On obtient ainsi deux à trois larges évacuations dans 
lesquelles on constate l'existence de boules dures, noires, d'une odeur 
spéciale. On répète cette opération deux à trois fois par semaine, 
tant que l'exploration directe de l'abdomen aux points d'élection 
permet de reconnaître la coprostase. 



hèmaMsmm Quaut au massagCy en dehors des irrigations 

rectales, on le fera très légèrement, en suivant unique- 
ment le côlon et sans toucher l'estomac, en insistant sur la progression 
des matières dans la cavité de Tinteslin. Je recommande de ne pas 
toucher à l'estomac, parce que le massage est contre-indiqué dans 
l'hyperstbénie gastrique où la distension du ventricule tient au 
spasme du pylore et non à une dilatation atonique, comme on Fa cru 
longtemps, à tort. 



u trattement Lorsquc la régiou caecale est sensible à la pression, 

des réactions Q^ lorsQuc l'ou coustatc Seulement celte hvpereslhésie 

douloureuse de la peau sur laquelle Dieulafoy a insisté 
à si juste litre, il faut s'en tenir à V huile de ricin ou au calomel, aux- 
quels on associera Vextrait de belladone à la dose de ()3',01 à 0^',02, 
suivant la susceptibilité des malades, en même temps qu'on prati- 
quera sur la région caecale des frictions douces avec Vonguenl mer- 
curiel belladone^ qu'on recouvrira d'un cataplasme. 

II 35 



516 LES RETENTISSEHEMS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

^ Ongueal mercuriel double 40 grammes 

Extrait de belladone 10 — 

F.s.a. Onguent. 

Le malade sera mis au régime laclé absolu. 

Si la douleur caractéristique est vive, on usera de l'injeclion 
hypodermique de chlorhydrate de morphine ou du Uniment opiacé 
et belladone ci-dessous : 

"¥ Baume tranquille 40 grammes 

Extrait Ihébalque \ 

— de belladone [ ààa. 2 — 

— de jusquiame ) 

Chlorororme iO — 

F.s.a. Liniraent. 

Pour éviter l'acLiou coDstipante de ta morphine, au cas où cetle-ci 
devrait être employée plusieurs jours de suite, on la remplacera par 
la codéine. 

% Codéine (!P'Sii 

Extrait de gentiane q. s. 

Pour une pilule. Prendre une pilule toutes les huit heures. 

Quand l'intestin aura été déblayé, on prendra les plus grandes 
précautions pour empêcher la récidive de la coproslase, eo insistant 
auprèsdu malade sur l'obligation d'une selle journalière et sufûsante, 
provoquée au besoin par le lavement, les capsules d'Aut7<t de ricin ou 
par les pilules purgatives dont l'indication a été donnée plus haut. 

L-uUMpita Sous rinHuence des idées encore régnantes dans 

tDt«>tiiui*. l'esprit d'un certain nombre de médecins, au sujet des 
soi-disant eiTels de Vanlisepsie intestinale, on a l'habitude acquise de 
donner, comme adjuvant du traitement, le naphtol, le bétol, le 
benzonaphtol, le salici/lale de bismuth, etc. Tous ces médicaments 
sont, sinon dangereux, du moins inutiles. La meilleure manière de 
Taire l'antisepsie de l'intestin, c'est d'expulser les matières qui y fer- 
mentent; les ptirgiitifs, les irrigations intestinales remplissent par- 
faitement ce but. 

11 va de soi que le traitement de la maladie 
causale, de rhyperslhénie gastrique, doit être le 



L'APPENDICITE 547 

point essenliei de rinlet^enlion médicale et que, en améliorant la 
digestion stomacale, on obviera à Tune des conditions originelles les 
plus fréquentes de l'appendicite. J'en veux pour preuve la statistique 
qui est le point de départ de cette Leçon. Sur les 82 cas d'accidents 
appendiculaires que celte statistique comprend, — et j'emploie à 
dessein ce mot d'accidents appendiculaires, qui vise bien plus Ten- 
semble des phénomènes pré-appendiculaires que l'appendicite elle- 
même, — trois fois seulement l'intervention chirurgicale a été né- 
cessaire. 

Dans un de ces trois cas, il s'agissait d'une perforation avec gan- 
grène de l'appendice, péritonite suraiguë généralisée, chez un 
hypersthénique doué d'un gros appétit, qui n'avait jamais voulu se 
soumettre à aucun régime ni à aucun traitement réguliers. Les 
deux autres interventions ont été nécessitées par la récidive fréquente 
des crises appendiculaires, survenue presque toujours à la suite 
d'écarts dans le régime fixé. 

C'est que, en effet, le régime est de première importance; je 
recommande à ces malades de s'en tenir aux viandes et volailles 
rôties, hachées menu ou lentement mâchées, aux poissons au 
court-bouillon, aux légumes en purée, aux œufs à la coque, aux 
fruits cuits, avec un minimum de pain grillé. Comme boisson, de 
l'eau pure ou une eau minérale indifférente, type Evian, Alet ou 
Condillac. A la fin du repas, une tasse d'une infusion très chaude et 
1res légère de thé y camomille j tilleul, (leur (T oranger. Le repas 
fini, le malade s'étend sur un fauteuil, avec un sac d'eau chaude ou 
un appareil à circulation d'eau chaude sur son estomac, et il demeure 
ainsi pendant une demi-heure au moins dans la plus complète 
immobilité. 

L vésicatoire ^^ régime et l'usage des laxatifs ou des inigations 

intestinales sont donc les meilleurs moyens prophylac- 
tiques de l'appendicite, parce que ce sont les meilleurs moyens à 
opposer à la coprostase caecale. Ils sont expressément indi- 
qués au début des accidents appendiculaires et, malgré 
l'ostracisme dont on frappe aujourd'hui le vésicatoirej je n'hésite pas 
à l'employer, avec les précautions requises, dès la première menace 
d'appendicite. 

u qnesuon Et jc rcpoussc l'cmploi de Vopium en tant qu'agent 

des opiacés, j^gliné à immobiliser l'intestin, suivant la pratique à 
la mode, puisque toute la pathogénie que je viens de vous exposer 
implique, au contraire, la mobilisation du contenu intestinal. 



518 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

Ces afïirmatioDS n'ironi pas saas soulever de grosses prolestalions, 

si j'en juge par l'absolutisme de certains des orateurs qui ont pris 

part aux discussions récentes sur l'appendicite dans diverses Sociétés 

savantes de Paris. Les quelques partisans du traitement médical 

élèvent l'emploi de l'opium à la hauteur d'un dogme; quelques-uns 

tolèrent les lavenienls laudanisés, la belladone et lu vessie de glace, 

inais ils s'inscrivent avec la dernière éncigie contre les purgatifs et 

<;iifi<-iiii cnniip \fi tt^siratoives. Vous venez d'entendre combien mon 

lels à repousser l'emploi abusil' de l'o/nuifi 

en met à le défendre, et je ne crains pas de 

^MPioNMÈRE, que \'opiu,m, administré comme 

', est parfaitement capalile d'a^raver une 

nmençante. El cela se conçoit aisément quand 

gique de la coprostase que Yopium maintient 

i concerne la valeiii' de la médication que je 

neilleur argumenta fournir que la statistique 

sons sur 8i2 cas. Dès que la saison le per- 

suivanl les cas, une cure à Châlel-Guyon, 

issitigen . 

iiitioii, on doit repousser aussi bien la tem- 
ue l'opération immédiate*. Il faut attendre, 
lendicile soit devenue chirurgicale, et l'on 
de vue qui sort de mon sujet, les indications 
par TiLLAUX*. 

e de BoHNlER [d'Arrai), dans te Nord mâlical, 1" joiH 

ne DoTEN, i cù sujet; je ne sauraii mieui fbîre que 

iliquer au plus Idt la laparatomie dani la pi^ritonile pcrfa- 
utiie cl déplorable de vouloir réséquer l'appandife i propos 
>érJ-cœcBle. Après unp première crise lubaiguë et suivie de 
le ea abscrvalion. Une seconde crise bénigne pnul Aire la 
, de plus OD plus inlenscs, exigent l'inturvenlion, de pré- 
juslcment conseillée, el pendant la urise elle-même, s'il j 

1 Sire conservé. L'appendicile esl une des rurniet de U 
le est une rins modalités de rinfecliun péri-utérine. La 
Ti-appendiculaire ou péri-ciccalc, est plus fréquenle que 



LA DIARRHÉE 549 



III 



La diarrhée. — L*étiologie. — J^es aspects cliniques. — Les symptômes. — 
Le traitement. — Le régime alimentaire. — Le traitement médica- 
menteux. 

L'ôtioioflie ^^ diarrhée est une complication relativement 

rare des dyspepsies où la constipation est plutôt la 
règle. Cependant elle s'y rencontre quelquefois avec un caractère 
d'intensité ou de continuité qui en fait un accident sérieux réclamant 
une énergique action thérapeutique. Elle reconnaît des causes nom- 
breuses, depuis la boulimie qui surcharge Tinleslin de matières mal 
digérées par l'estomac, l'acidité extrême du chyme que doit com- 
penser une sécrétion surabondante des sucs intestinaux, jusqu'à l'abus 
des laxatifs dont sont obligés d'user les dyspeptiques hypersthé- 
niques. J'ai remarqué aussi que la diarrhée paraissait plus fréquente 
chez les malades atteints de fermentations surajoutées. En somme, la 
diarrhée des hypersthéniques, exception faite pour la diarrhée de 
constipation, indique qu'une dyspepsie intestinale s'est surajoutée à 
la dyspepsie gastrique. 

L«saspecu Elic sc préscntc sous plusieurs aspects cliniques, 

cliniques. p^^jg ^^^ première variété, la diarrhée ne se 

produit qu'une seule fois par jour et à heure fixe, soit le matin, au 
réveil, soit après les repas. Dans une deuxième variété, la diarrhée 
est plus continue, tout en survenant par crises de durée variable. 

utsrniDtôm ^'^^ s'accompaguc des symptômes suivants : 

appétit plus ou moins conservé, quelquefois vorace; 
langue blanche, saburrale; âcreté particulière des garde-robes qui 
irritent L*! région anale; épreintes; flatulences; gaz intestinaux; teinte 
jaune terreuse de la face; perte des forces; amaigrissement. L'état 
moral de ces malades mérite toute votre attention; la plupart sont en 
état d'anxiété neurasthénique; cette diarrhée les inquiète outre 
mesure; ils en parlent sans cesse; ils sont incapables d'un effoi t phy- 
sique ou intellectuel et n'ont d'autre souci que celui de surveiller 
leurs évacuations. 

r ^,. ^ On s'assurera, avant de traiter la diarrhée, qu'elle 

le traitement. ' ' .^ 

n'est pas due à la constipation. Cette sorte de diarrhée 
survient par débâcles, expulse avec les liquides des boules dures el 



550 LES RETENTISSEMENTS DES MAT.ADIES DE I/ESTOMAC 

noirâlres. Elle est éminemment paroxystique, et la palpation de Tab- 
domen révèle de la coprostase. 

u réaime ^^ Commencera par appliquer strictement les règles 

hygiéniques et alimentaires que nous avons tracées à 
propos du traitement de Thypersthénie permanente. On éliminera du 
régime les végétaux verts, les fruits, les boissons alcooliques. On 
insistera sur un régime azoté frugal (lait, œufs, viande crue ou rôtie, riz, 
peu de pain). On recherchera les susceptibilités personnelles à l'égard 
de tel ou tel aliment, ce qu'aucune formule d'ensemble ne saurait 
prévoir : ainsi tel malade ne pourra supporter le lait tandis que le 
régime lacté chez tel autre coupera court à la diarrhée ; de même pour 
les régimes végétarien ou carné dont la tolérance est tout à fait indivi- 
duelle. A. Mathieu cite le cas d'une dame qui ne pouvait manger des 
œufs à la coque peu cuits sans être prise de diarrhée ; je pourrais 
vous raconter de nombreux faits du même genre ou la plupart des 
aliments seraient passés en revue. Le vin, le thé, le café, le tabac sont 
pçirticulièrement mal tolérés. Vous surveillerez aussi la quantité des 
boissons; sans arriver au régime sec, il suffit parfois d'une légère res- 
triction des liquides pour arrêter la diarrhée. Ces susceptibilités 
individuelles ne sont reconnues qu'à l'épreuve; cependant l'examen 
du chimisme stomacal après repas d'épreuve peut renseigner sur 
certaines d'entre elles : quand cet examen révèle une imparfaite 
digestion des féculents avec des fermentations lactiques, il faudra 
conseiller le régime carné. Réciproquement, l'insuffisance de la diges- 
tion gastrique des albuminoïdes implique le régime végétal, tandis 
que la constatation des fermentations butyriques fera éliminer le 
régime lacté. 

Vhygiène et le régfime valent mieux, pour le traitement de ces diar- 
rhées, que tous les médicaments. Quand on sera forcé d'avoir recours 
à^eux-ci, on procédera ainsi qu'il suit : 

Le traitement En uu OU dcux joufs, suivaut Tintcnsité de la 

médicamenteux, ^ji^p^hée, OU donucra Ics bols suivants : 

'¥ Diascordium ) . , , 

c » . j 1 • 4U > aa. 4 grammes 

Sous-nitrate de bismuth ) ^ 

Mêlez exactement et divisez en vingt bols. 

Ces bols seront pris de préférence avant les repas et deux ou trois 
heures après ceux-ci. Avec ceux que Ton prendra en dehors des repas, 
OB avalera l'infusion ci-après : 



V 

-^H 



■ ) '1*- , 



LA DIARRHÉE 551 

y Racines de fraisier sauvage l'^ôO 

Eau bouillante 125 grammes 

Faire infuser pendant vingt minutes. 

Un autre moyen simple consiste à délayer un gramme de sous- 
nitrate de bismuth avec VI gouttes de laudanum ou XX gouttes 
d'élixir parégonque anglais dans deux grandes cuillerées d'eau, à 
prendre aussitôt avant les repas. 

Si ces moyens sont insuffisants, spédialement chez des sujets à 
langue très saburrale, on donnera la mixture acide de Goutaret à la 
dose d'une ou deux cuillerées à soupe dans un demi-verre d'eau, après 
les repas. 

Dans les formes plus sévères, la poudre de Trousseau : 

'¥ Calomel à la vapeur ^ ^^ q,, 05 

Extrait Ihébalque ) ' ' * 

Poudre d'ipéca 0^,25 

Hélez exactement et divisez en dix paquels. — Prendre trois ou quatre 

paquets par jour, loin des repas. 

En même temps, usez des lavem^nts^ soit amidonnés^ soit à Veau 
de goudron^ soit à Vacide borique, soit enfin légèrement lauda- 
nisés. 

Dans les cas exceptionnellement rebelles, employez avec précau- 
tion la décoction A'ipéca à la brésilienne ou le lavement d'ipéca : 

y Ipéca concassé 2 grammes 

Eau 1 50 — 

Faire bouillir pendant un quart d'heure. Passer et ajouter VI gouttes 

de laudanum. 

Lorsque le régime et l'hygiène ne suffiront pas à guérir la diar- 
rhée, servez-vous de la compresse échauffante qui m'a donné de très 
bons eflets. 

Enfin, à la saison convenable, conseillez une cure hydro-minérale 
à Plombières. 



s. 



r 

.4 






* * 






552 LES RETENTlSSEMEiNTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 



IV 

Les hémorrhoïdes. — Les conseils généraux. — L'ertrait de cap- 
sicum annuum et l'hamamelis virg^nioa. — La turg-esœnce 
douloureuse. — Les' hémorrhagies. 

Les conseils On ne peut pas considérer les hémorrhoïdes comme 

généraux. ^^^ compHcation directe des dyspepsies; mais elles leur 
sont si fréquemment associées, soit comme épiphénomène, soit 
comme élément étiologique, qu'il est indispensable d'avoir* quelques 
indications sur le traitement palliatif qu'on peut leur opposer. 

Avant tout, surveiller la constipation; éviter le sédentarisme dans 
la mesure du possible; être très réservé sur la voiture, le cheval, la 
bicyclette; éviter les épices, le vin, la suralimentation; prendre des 
soins hygiéniques locaux très minutieux (lavages fréquents à Veau 
boriquée froide) ; ne jamais aller à la garde-robe sans avoir pris 
préalablement un petit lavement froid; user de laxatifs doux dès que 
les matières fécales tendent à s'accumuler et à durcir dans l'ampoule 
rectale; faire pratiquer le massage méthodique de Vabdomen, 

S'il existe un trouble fonctionnel du foie, ce qui est fréquent^ 
on se servira comme laxatif de Vévonymine ou des pilules de MossÉ : 

y Calomel 0«%03 

Rhubarbe de Chine 0^%^^ 

M. s. a. pour un paquet. Prendre un paquet le matin à jeun, pendant trois 

à quatre jours consécutifs. 

L'extrait Je uc VOUS donnerai pas ici la liste de tous les 

*\«!??,!!T médicaments dits anti-hémorrhoïdaires. Vous les trou- 

annaum 

etrhamameus vcrcz étudiés de la façon la plus complète dans un 
remarquable article de MossÉ* et dans un excellent 
travail de Lemoïne\ Je vous recommande surtout Vextrail de cap- 
sicum annuum et la teinture àliamamelis virginica. Le premier 
se prend pendant les repas, à la dose de 03',40 à 0^',80 par jour, en 
pilules de 0^',20. La seconde s*administre à la dose de XX à LX gouttes 
par jour, de préférence le matin à jeun et loin des repas. 

1. MossÉ. — Traitement des hémorrhoïdes, Traité de thérapeutique appliquée (/'Al- 
bert Robin, Tasc. XI, p. 311). 

?. Lemoine. — Traitement des hémorrhoïdes, Le Nord médicalt p. lil, juin 1900. 



Kl^ 



~i^ 



LES HÉMORRHOÏDES 553 

u tnrgescenee Ed cas de turgescence douloureuse, on fera 
des onctioQs locales avec la pommade de goudron ^ 
Y onguent populéum ou la pommade de Coût ar et. 

"^ Onguent populéum 30 grammes 

Extrait de ratanhia *i — 

— tbébaique 0o%50 

Chlorhydrate de cocaïne 0"",50 

F.s.a. Pommade. 

En même temps, bains de siège chauds^ lotions boriquées chaudes^ 
exposilion de l'anus aux vapeurs d'eau bouillante ou pulvérisations 
très chaudes. 

, ^, ^ _, En cas d'hémorrhap:ie, je me suis bien trouvé de 

Les bémorrliagies. ^ ' ' 

V extrait de capsicum annuum et de Veœtrait de marrons 
d'Inde associé à Vextrait fluide d'hydrastis canademis. 

Bien entendu, il ne s'agit ici que du traitement prophylactique et 
palliatif. Ceux d'entre vous qui voudront avoir des renseignements 
plus étendus sur le traitement des hémorrhoïdes n'auront qu'à con- 
sulter les articles déjà cités de MossÉ et de Lemoine. 



TROISIEME LEÇON 

LES RETENTISSEMENTS HÉPATIQUES 

LES THÉORIES CLASSIQL'KS 

LA SOLIDARITÉ FONCTIONNELLE DE L'ESTOMAC ET DU FOIE 

LA PATflOGÉNIE ET LA CLINIQUE DES RETENTISSEMENTS HÉPATIQUES 

Lï, TRAITEMENT DES RETENTISSEMENTS FONCTIONNELS, DE L'ICTÈRE SIMPLE 

ET DES CIRRHOSES DYSPEPTIQUES 



I 



CSonsidérations ^nérales. — Les théories de rinfeotion et de 
rintoxication. — Les divers procédés pathogéniques des reten- 
tissements hépatiques. — La solidarité fonctionnelle de l'es- 
tomac et du foie. — Les conséquences thérapeutiques. 

Lesthèortes Les retentissements hépatiques des dyspepsies 

deimiocuon sqjj| gj nombreux et si fréquents qu'à une certaine 

«t de rintoxication. ^ ^ 

période de celles-ci il est presque exceptionnel que le 
foien'entrepasenjeud'unemanière quelconque, au point qu'on pour- 
rait décrire une période hépatique des dyspepsies, surtout quand 
■elles affectent le type hypersthénique. 

C'est Saunders qui l'un des premiers, dans un ouvrage remar- 
-quable de prescience, a bien établi Texislence de ces relations patho- 
logiques du foie et de l'estomac. On n'a guère changé que des mots 
aux idées émises par Saunders et, si on lit son livre en mettant des 
expressions modernes et coutumières à la place de termes surannés, 
on est vivement frappé de la sagacité de son observation el de l'intui- 
tion vraiment merveilleuse avec laquelle il a considéré toutes les faces 
du problème*. 

1. Saunders. — Traité des maladie^ du foie, Traduct, française^ par Thomas, 1804. 



LES RETENTISSEMENTS HÉPATIQUES 555 

Aujourd'hui sous rinfluence des doctrines réguanles donl vous 
trouverez une exposition très fidèle dans un rapport présenté au 
Congrès de médecine de Bordeaux en 1895 par V. Hanot*, on 
admet que les combinaisons cliniques où sont engagés simultané- 
ment le foie et Festomac ou Tintestin relèvent de l'infection ou 
de l'intoxication. 11 serait même difficile, sinon impossible, 
de dissocier ces deux processus qui iraient de pair, soit parallèlement, 
soit confondus, l'un dérivant de l'autre. Les micro-organismes 
pathogènes contenus dans l'estomac et surtout dans l'intestin péné- 
treraientdans le foie par les voies biliaires ou par la veine porte; les 
poisons, les toxines proviendraient des ingesta ou seraient engen- 
drés par les fermentations gastro-intestinales et par les microbes. 

Celte pathogénie fait état d'éléments très importants dont le rôle 
ne saurait être nié, mais je ne crains pas de dire qu'elle est insuffi- 
sante pour la majorité des cas. Au point de vue spécial qui m'occupe, 
l'infection et l'intoxication ne jouent qu'un rôle de seconde étape et, 
en ne considérant qu'elles, non seulement on envisage le problème 
par son petit côté, mais on ferme la porte à toute thérapeutique 
réelle, puisque cette théorie de l'infection et de l'intoxication conduit 
uniquement à l'inutile et souvent dangereuse antisepsie digestive. 

Les procédés Lcs procédés pathogéniques à l'aide desquels. 

retentissei^liite" avec l'infeclion et l'intoxication, Testomac réagit sur le 

hépauqaes. f^j^^ g^jjj^ fouctious de Icurs rapports anatomiques, 

de leurs connexions nerveuses et circu latoires, et surtout de 
leur solidarité fonctionnelle. 

Vous trouverez, dans le rapport de V. Hanot et dans Texcellente 
thèse de Boix% tout ce quia traita l'influence de l'infection et de 
l'intoxication. 

D'autre part, il est inutile de développer à nouveau les raisons et 
les preuves des réactions mécaniques, nerveuses et circulatoires, 
qui, parties de l'estomac, aident à entraîner peu à peu le foie dans sa 
morbidité. Mon élève et ami Deguéret a fait de cette question une 
très bonne étude à laquelle il n'y a rien d'actuel à ajouter \ 

Tous ces éléments, mécaniques, nerveux, circulatoires, infectieux, 
toxiques, font donc leur partie dans le retentissement hépatique des 



1. V. Hanot. — Rapports de Fintestin et du foie en pathologie, Rapport présenté au 
Congrès français de médecine, Bordeaux, 1895. 

3. E. Boix. — Le foie des dyspeptiques et en particulier la cirrhose par auto-intoxi- 
cation d'ori^ ne gastro-intestinale, Thèse de Paris, 1894. 

3. E. Dkgoérkt. — Relations pathologiques du foie et de Testomac, p. 27, Thèse 
de Paris, 1894. 



556 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

dyspepsies, sans qu'il soit toujours possible de spécifier le rôle exact 
qui revient à chacun d'eux, ni même celui qui agit d'une manière 
prépondérante, tant ils s'enchevêtrent et se commandent mutuelle- 
ment. Mais il est un lien qui les réunît, une force qui les dirige ; ce 
lien, cette force, c'est la solidarité fonctionnelle des deux 
organes. 

La solidarité Cette Solidarité n'a pas besoin d'autre démonstra- 

derestomac tiou, elle S imposc dc par la physiologie et la patho- 
et du foie, logie. Qu'on introduise, comme l'a fait Claude Bernard, 
de l'alcool à dose modérée dans l'estomac, aussitôt le suc gastrique 
et la bile sont sécrétés en plus grande abondance ; à haute dose, au 
contraire, l'alcool produit un effet inverse sur les deux sécrétions. 
Qu'on irrite, comme l'a fait Beaumont sur son Canadien, l'extrémité 
pylorique de l'estomac avec une sonde, la sécrétion du suc gastrique 
augmente; il se produit un afflux de bile dans l'estomac, provoqué 
par une irritation parallèle du foie. L'arrivée d'un suc gastrique très 
acide au niveau de l'ampoule de Vater détermine un écoulement plus 
copieux débile. En pathologie, l'insuffisance ou hyposthénie gas- 
trique marche de pair avec l'atonie et la torpeur hépatique, 
pendant que i'hyp ersthénie s'accompagne de suractivité fonc- 
tionnelle du foie. 

L'estomac et le foie, anatomiquement et fonctionnellement unis, 
sont donc le siège de désordres simultanés résultant d'une cause 
unique qui siège dans le système nerveux, mais qui réagissent 
réciproquement de l'un sur l'autre organe et qui comprennent 
comme éléments secondaires prédisposants et aggravants : d'abord 
rimportanle question du terrain, puis les processus int'ec- 
tieux, irritants ou toxiques qui peuvent se développer dans 
chacun des deux appareils. 

Les conséqaenoes Ccttc couccption a uuc portée thérapeutique 
thérapeutiques, pj^^ étenduc quc l'idée de l'infection et de Tintoxiçation 
pures et simples et elle ne méconnaît pas le parti que l'on peut tirer 
de leur existence. Calmer dans les retentissements hépatiques des 
dyspepsies hypersthéniques, stimuler dans ceux des hyposthéniques, 
faire usage de médications et de médicaments ayant, à ce point de 
vue fonctionnel, une action élective sur le foie, modérer dans l'es- 
tomac primitivement en cause les déviations fonctionnelles et les 
processus capables de retentir sur le foie : telles sont les indica- 
tions formelles de cette thérapeutique. 



i 

5 



LES RETENTISSEMENTS HÉPATIQUES 557 



II 



La période fonctionnelle dans les maladies — La classification des 
retentissements hépatiques. — Les objections à la théorie 
toxique. — Les preuves de la solidarité fonctionnelle. — La cli- 
nique des retentissements hépatiques. — Les caractères des 
échanges. — Le diagnostic et le pronostic. — Les cirrhoses 
dyspeptiques. 

up6riode Les retentissements hépatiques des dyspepsies 

fonctionnelle .1 m. 1*11 «. 

dans sont nombreux et nous sommes loin de les connaître 
les maladies, ^^yg L'ofganicisme qui a dominé la plus grande 

partie de notre siècle a créé des cadres nosologiques dont nous 
avons grand'peine à nous dégager et qui immobilisent nos esprits 
dans une terminologie où les troubles fonctionnels trouvent diflici- 
lement leur place. Nous sommes encore habitués à désigner les 
maladies par le nom de leur résidu ou, si Ton veut, de leur période 
anatomique, alors que la période fonctionnelle demeure inconnue, 
innonaée, ou considérée comme faisant partie de Tétiologie de la 
lésion. Cette période fonctionnelle, elle-même, nous échappe dans 
la plupart des cas, et elle nous échappera aussi longtemps que la 
chimie physiologique de chaque organe ne nous sera pas mieux 
connue, et tant que les véritables procédés d*investigation chimique 
ne seront pas à la portée des médecins. La séméiologie chimique peut 
seule, en effet, nous éclairer sur cette période fonctionnelle des 
maladies, nous permettre de la reconnaître et de la classer dans des 
cadres nouveaux. 

Ainsi prenons le foie, par exemple : nous connaissons assez bien 
aujourd'hui la plupart de ses fonctions; nous savons ses nombreuses 
aptitudes: glycogénique, biliaire, uréogène, pimélogène, pigmentaire; 
nous savons aussi qu'il annihile les poisons et que les globules 
rouges s'y détruisent, qu'il transforme en phényisulfate le phénol des 
putréfactions intestinales, qu'il modiûe les peptones. Mais connais- 
sons-nous les variations morbides de ces fonctions? Savons-nous si le 
trouble qui atteint l'une d'elles n'entraîne pas toutes les autres ou 
reste isolé, si en un mot il y a dissociation dans les troubles fonction- 
nels morbides? Connaissons-nous un moyen de les diagnostiquer? 
Nous en sommes encore à la notion confuse de rinsufûsance hépa- 
tique qui semble résumer l'ensemble de nos connaissances sur la 
pathologie fonctionnelle du foie. 



558 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

La cia88ificauoii Doiic, si j'ai pu, à Toccasion des hypersthénies 
retentiBsemenu aiguës, coDstituer, à Taide de la chimie pathologique et 
hépauques. j^ |^ cliniquc, uii syndrome relatif à une variété 
d'origine hépatique, ici nous sommes encore obligés de parler 
suivant les vieux errements organiciens. Nous classerons donc 
ainsi qu'il suit les retentissements hépatiques des dyspepsies : 
V l'hypertrophie Tonctionnelle et variable du foie coïncidant 
avec une teinte jaunâtre des téguments et des conjonctives sans 
urobilinurie; 2* la congestion hépatique; 3** les cirrhoses 
dyspeptiques; 4° l'ictère dyspeptique ; 5* la glycosurie 
dyspeptique. 

Quand on a pu suivre pendant plusieurs années l'évolution des 
retentissements hépatiques des dyspepsies, on acquiert la conviction 
que la congestion hépatique, l'hypertrophie fonctionnelle et les 
cirrhoses dites dyspeptiques sont les termes évolutifs d'un môme pro- 
cessus. Et cette conviction est encore affirmée par la remarquable des- 
cription anatomique et clinique que Lancerëaux adonnée de la phase 
précirrhotique de l'hépatite conjonctive^ Mais, comme je le disaisau 
début de cette Leçon, les idées régnantes sur la pathogénie de ce 
processus ne me semblent pas justifiées et nous allons tenter de le 
démontrer. 



La uiéorie D'après Hanot et Boix, qui se sont faits les défen- 

des toxines. ggm.g jgg doctrines aujourd'hui classiques, les toxines 
qui existent ou se produisent dans l'estomac et dans l'intestin sont 
absorbées, pénètrent dans le foie par la veine porte, engendrent 
une sclérose généralisée des espaces porto-biliaires qui se pour- 
suit sur les capillaires portes, de telle façon que non seulement des 
tractus fibreux pénètrent entre les rangées de cellules hépatiques, 
mais que la péricapillarité empêche les tiavées cellulaires de venir en 
contact. Au voisinage des espacespoiles, on voit des groupes cellulaires 
complètement englobés par le tissu fibreux. La veine centrale du lobule 
est quelquefois le point de départ de traînées de tissu conjonctif diffus 
qui s'insinuent entre les cellules, produisant aussi, dans certains 
lobules, une cirrhose mono-cellulaire. Les cellules hépatiques ne 
présentent généralement que de minimes altérations, tout au plus 
une dégénérescence graisseuse plus marquée à la périphérie de 
quelques lobules, contre les espaces portes. En somme, il s'agit 



1. Lancerëaux. — De la phase prodromique de la cirrhose alcoolique, Semaine médi- 
cale, p. 378, 1891, el Trailé des maladies du foie et du pancréas, p. tîZ et 3Ûi, 
i'arii, 1899. 



LES RETENTISSEMENTS HÉPATIQUES 559- 

d'une hépatite interstitielle diiTuse» généralisée, à tendance mono- 
cellulaire. 

Ces toxines reconnaissent deux origines; tantôt elles viennent 
du dehors sous formes d'aliments avariés ayant subi un commen- 
cement de décomposition; tantôt elles sont produites aux dépens 
d'aliments de bonne qualité par des (roubles fermentatifs variés dan& 
restomac et Tintestin. 

L«s expériences ^cs expérienccs de Boix donneraient à ces vues la 
^ ^^' sanction indispensable. Il faisait ingérer à des lapins 
des acides butyrique, lactique, acétique, et il résume ainsi les résul- 
tais de cette expérimentation : c On voit que l'acide butyrique 
est capable à lui seul de déterminer dans le foie des lésions qui 
réalisent le cirrhose atropliique de Laënnec. Les acides lactique 
et valérianique ont donné des résultais moins complets, moins 
absolus, mais tout à fait du même ordre. L'acide acétique a égale- 
ment donné une cirrhose très- accentuée, et c'est, de ces quatre 
agents, celui que je serais porté à considérer comme doué du plus 
f:rand pouvoir sclérogène ; en effet, tandis que l'acide butyrique a 
pu être administré durant trois mois, l'aride acétique, mal accepté des 
animaux, a réalisé en trente-six jours des lésions presque aussi éten- 
dues que l'acide butyrique. Il tue plus vite que ce dernier, car son 
action sur la cellule hépatique est beaucoup plus toxique. C'est donc 
là, de tous les poisons du tube digestif, le plus dangereux, puisqu'il 
est irritant et dégénératif à un haut degré. j> 

Boix a étudié Faction hépatique d'autres produits. Les acides 
gras ne donnent pas de prolifération conjonctive. L'acétone suscite 
quelques îlots d'infiltration embryonnaire. L'aldéhyde est un poison 
de la cellule hépatique qu'elle rend granuleuse. L'acide oxalique 
irrite l'intestin, produit de TangiochoUte ascendante, de la dégéné- 
rescence granuleuse de la cellule et un peu de sclérose des petits 
espaces portes. Le poivre donne, en un mois, chez le lapin, une 
sclérose porto-biliaire, avec tendance à la pénétration lobulaire, 
dégénérescence cellulaire granuleuse et capillarité avec prolifération 
conjonctivo-embryonnaire. La culture vivante du bacterium coli 
et les diverses coli-toxines expérimentées produisent de Tangio- 
cholite ascendante avec large sclérose des espaces portes, endartérite 
des vaisseaux portes de moyen et de petit calibre , prolifération 
embryonnaire fréquente dans les veines sus-hépatiques et les con- 
duits biliaires, dégénérescence granuleuse du protoplasma cellulaire 
avec irritation musculaire. L'extrait de fèces produit des effets 
analogues. 



560 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

• 

u criuque ^a théoric de Hanoi et Boix est fort intéressante, 

delà théorie q[ \q^ (aits expérimentaux et analomiques sur lesquels 

des toxines. * . 

elle est appuyée méritent d'être sérieusement discutés. 
D'après celle théorie, Tirritation directe du foie par les acides de 
fermentation et par quelques toxines bacillaires serait surtout en 
cause. Mais, alors, le retentissement morbide qui commencerait par 
la congestion hépatique pour aboutir dans quelques cas à la cirrhose 
se rencontrerait presque exclusivement dans les dyspepsies par fer- 
mentation. Or les fermentations sont à peu près aussi communes dans 
les dyspepsies hypersthéniques que dans les hyposthéniques. Par 
conséquent, on devrait constater à peu près autant de ces reten- 
tissements hépatiques dans Tune que dans l'autre de ces dyspepsies : 
c'est précisément le contraire qui a lieu. 

En eflel, sur 1600 cas d'hypersthénie gastrique avec hyperchlo- 
rhydrie, je trouve 1402 fois (87,5 p. 100) des symptômes hépatiques 
au premier rangdesquels figure l'hypertrophie variable avec sensibilité 
à la percussion. Au contraire, dans 330 cas d'insuflisance gastrique 
avec hypochlorhydrie et fermenlalions secondaires, je ne note queOOcas 
avec symptômes hépatiques (20 p. 100). La différence entre ces deux 
résultats est tellement considérable qu'elle l'emporte sur toutes les 
considérations que l'on pourrait développer à l'endroit de la preuve 
par la statistique. 

Si l'on considère les faits particuliers, on voit qu'ils plaident 
énergiquement contre la théorie toxique. Un instituteur, âgé de vingt- 
huit ans, souffre depuis l'âge de seize ans de crises gastriques pour 
lesquelles il a consulté de nombreux médecins. En 1893, il entre dans 
notre service de la Pitié et nous diagnostiquons une dyspepsie hyper- 
sthénique permanente avec fermentations butyriques. L'analyse du 
contenu stomacal révèle une acidité totale de 5«',61 dont 1«%85 d'HCl 
libre et 3^',75 d'acides de fermentation parmi lesquels domine l'acide 
butyrique. On ne note aucun symptôme hépatique, ni par la clinique 
ordinaire, ni par l'étude des échanges. Le malade nous quitte avant 
d'avoir poursuivi son traitement. Il rentre un an après, à quelques jours 
près: il n'a pas passé un seul jour sans souffrir et l'examen du contenu 
stomacal donne 4«^50 d'acidité totale dont P%\0 d'IICl libre et 3«%40 
d'acide butyrique. Et le foie continue à demeurer indemne de tout 
trouble fonctionnel appréciable. J'ai réuni les observations de 
17 malades, dont 9 ont été soignés dans nos salles, atteints unique- 
ment de dyspepsie de fermentation durant depuis une jusqu'à sept 
années, chez qui l'étude clinique n'a pas révélé de trouble fonc- 
tionnel du foie. 

Dans deux autres cas, l'évolution du soufre était fort retardée, en 



LES RETENTISSEMENTS HÉPATIQUES 561 

ce sens que le coefficient d'oxydation de soufre s'abaissait à 77 p. 100 
et 71 p. 100, ce qui indique un certain degré d'insufQsance partielle 
du foie. Et ces 17 sujels ont été choisis parmi ceux qui avaient 
leur conlenu stomacal le plus riche en acides de fermentation, 
puisque la proportion de ceux-ci exprimée en acide lactique a oscillé 
de â^',70 à 7°',192. On me répondra certainement que je m'avance 
beaucoup en déclarant que tous ces malades étaient indemnes au 
point de vue hépatique et qu'il faudrait à mon opinion l'appui de 
ranalomie pathologique. Je n'ai pas d'autopsie à fournir, par 
l'excellente raison qu'aucun de nos malades n'a succombé; mais il y 
a quelque chose de mieux que Panatomie pathologique qui n'enre- 
gistre que des altération morphologiques: il y a l'étude des échanges 
qui saisit les altéi*ations chimiques que l'histologie la plus habile est 
impuissante à déceler, et ces échanges interrogés sont restés muets. 
Je ne saurais donc admettre la théorie toxique de Hanoi et Boix, 
au moins dans la forme où elle est exprimée. Nous savons, d'autre 
part, que cette théorie implique irrévocablement Vantisepsie inies- 
linale comme unique thérapeutique rationnelle. Mais les partisans 
delà théorie toxique n'ont oublié qu'une chose: c'est qu'en repro- 
duisant leurs expériences, non plus avec des acides de fermentation, 
mais avec les antiseptiques en question, on engendrait également 
des altérations hépatiques. Ainsi, en injectant dans la veine porte 
du naphtol en solution dans l'eau alcoolisée, on déterminera une 
sclérose hépatique des plus manifestes, avec dégénérescence grais- 
seuse cellulaire. Voilà donc le remède créant la même maladie que 
le poison, ce qui paraîtra au moins d'une singulière thérapeutique à 
ceux qui ne pratiquent pas les doctrines homœopathiques. 

Les preuves Théoric pour théoric, ne vaut-il pas mieux en 

toiîrtf^^*** admettre une qui conduit à des applications thérapeu- 
tiques autrement importantes, qui voit celte thérapeu- 
tique justifiée par la pratique, et qui s'appuie en outre sur deux 
ordres de faits, les uns physiologiques, les autres cliniques, faits qui 
justifient cette solidarité fonctionnelle entre le foie et l'estomac dont 
il était question tout à l'heure? 

Ces faits, les voici. On sait, de par la physiologie, que le passage 
sur l'ampoule de Vater d'un suc gastrique riche en HCI excite ré- 
fleiement la sécrétion biliaire. C'est le cas de l'hypersthcnie gas- 
trique où la sécrétion biliaire est régulièrement sollicitée par un 
chyme hyperacide. Et, comme une sécrétion exagérée ne va pas sans 
un afflux plus grand du sang, voici la congestion active qui entre en 
jeu. Travail fonctionnel exagéré, congestion habituelle, ne sont-ce 

Il 36 



562 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L ESTOMAC 

pas là les conditions de rhyperirophie ? Elle aussi est d'abord fonc- 
tionnelle et variable, mais créatrice plus tard de lésions matérielles, 
cellulaires ou interstitielles dont la cirrhose pourra devenir l'un des 
aboutissants. La fréquence de l'hypertrophie du foie dans la dyspepsie 
hypersthénique, sa variabilité, sa disparition quand le malade va 
mieux, sa rareté dans les dyspepsies de fermentation liées aux 
insuffisances sont autant de preuves à Tappui de cette manière de 
voir. 

Chimiquement, on constate du côté des échanges les signes 
d'une accélération des fonctions hépatiques dans les dyspepsies 
hypersthéniques et ceux d'un amoindrissement des échanges dans les 
insudisances gastriques. 

Revenons un instant en arrière et considérons le bilan des 
échanges dans les variétés diverses d'hypersthénie gastrique. Que 
voyons-nous ? 

Dans les formes aiguës, augmentation générale des échanges, 
de l'azote total, de l'urée, du coefficient d'oxydation azotée ; coefB- 
cient d'oxydation du soufre normal. 

Dans les formes aiguës et périodiques où l'inQuence étiolo- 
gique du foie peut être reconnue, mêmes caractères avec cette accen- 
tuation que l'urée, ce produit de l'activité hépatique, est encore plus 
élevée. 

Dans les formes permanentes, on trouve également les 
mêmes indications avec une particulière élévation du coefficient 
d'oxydation du soufre. 

Au contraire, dans les insuffisances gastriques, les échanges 
sont diminués, l'urée diminue, le coefficient d'oxydation azotée et le 
coefficient d'oxydation du soufre s'abaissent dans d'assez régulières 
proportions. 

Enfin nous allons voir tout à l'heure que la glycosurie tempo- 
raire, que je considère ici comme un symptôme de suractivité hépa- 
tique, se rencontre presque uniquement dans les dyspepsies hyper- 
sthéniques et qu'elle est exceptionnelle dans les insuffisances, même 
quand les acides de fermentation atteignent de très hauts chiffres. 

La clinique Gcs prcuvcs mc Semblant suffisantes pour étayer 

ratentisMments la théoricdc la Solidarité fouctionnelle, il nous reste inain- 
hèpauqaes. tenant à rechercher quelles sont les manifestations 
cliniques de la série morbide du retentissement hépatique des dys- 
pepsies qui commence par la congestion hépatique et aboutit à la 
cirrhose ou, pour parler le langage de la pathologie fonctionnelle, qui 
commence à la suractivité hépatique pour aboutir à son insuffisance. 






LES RETENTISSEMENTS HÉPATIQUES 563 

11 ne saurait être question ici que des retentissements qui dépas- 
sent les limites de la solidarité fonctionnelle, constituent de vraies 
complications impliquant une participation du foie au processus mor- 
bide plus élevée que celle qui fait habituellement partie de lasympto- 
malologie des dyspepsies hypersthéniques. 

L^augmentation de volume du foie, appréciable par la per- 
cussion debout, existant de 87,5 p. iOO, des cas de dyspepsie hyper- 
slhénique, rentre dans la catégorie des symptômes de celle-ci et ne 
doit donc point entrer ici en ligne de compte. Rappelons encore que 
cette hypertrophie est variable au plus haut point et qu'elle suit à 
peu près exactement les variations de Thypersthénie gastrique ^ 

Quand il s'agit d'une vraie complication hépatique, le syndrome 
est plus compliqué, et je ne saurais mieux vous le faire saisir 
qu'en vous racontant l'histoire de ce jeune homme de 17 ans qui est 
venu récemment au laboratoire, pour qu'on pratiquât Texamen de 
son chimisme stomacal. Ce jeune homme nous a tous frappés par son 
apparence: grand, mince, presque maigre, mal musclé, il a un teint 
jaunâtre qui frise l'ictère ; ses sclérotiques sont jaunâtres ; la face 
inférieure de la langue et la voûte du palais sont nettement jaunes, 
comme chez les ictériques vrais. Malgré cette teinte ictérique de la 
peau et des muqueuses, Turine a sa coloration normale et ne con- 
tient ni urobiline ni uroérylhrine ; les garde-robes sont très colo- 
rées. La langue est excellente, l'appétit voraee. L'estomac est dis- 
tendu, clapote; le foie déborde de S travers de doigt, le malade étant 
couché; de plus, il estdouloureuxàlapercussion. 11 ya de la copro- 
stase csecale qui a été diagnostiquée, quelques jours auparavant, rein 
mobile. Notre malade se plaint de maigrir, de n'avoir pas de forces, 
d'être incapable du plus léger effort physique et intellectuel, d'être 
plongé dans une sorte de continuelle somnolence. L'examen du con- 
tenu stomacal après repas d'épreuve révèle 3'',10 d'HCl libre et O^'jSO 
d'acides de fermentation exprimés en HCl. Peptonisation excellente, 
mauvaise digestion des féculents. 

Deux analyses d'urine pratiquées, l'une le H juillet, l'autre le 
14 octobre, sont tout à fait significatives. La première a été faite au 
moment du premier examen du malade, la seconde après trois mois 
de traitement. Elles sont résumées dans le tableau de la page suivante. 

1. MoifNERET disait déjà qu*il n'existe pas de congestion viscérale plus fréquente que 
celle du foie et qu'elle peut se produire et se dissiper avec la plus grande facilité. 



564 



LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 



Tableau XLIII. — Analyses de Vurinedans un cas de retentissement 
hépatique de Vhypersthénie gastrique permanente. 



DÉSIGNATION 
des 

CARACTÈRES UROLOGIQUES 



Quantité 

Densité 

Matériaux solides 

— organiques 

— inorganiques 

Azote total 

Urée 

Acide unique 

Matières azotées incomplet, oxydées 

— ternaires — 

Chlorure de sodium 

Acide phosphorique total 

— des alcalis 

— des terres 

Acide sulfurique total 

— du soufre incomplèlement 
oxydé 

Acide sulfurique préformc 

Acide sulfurique conjugué 



11 JUILLET 



Par 

ii heures. 



Par kilog. 

de 

poids. 



1680" 


1017 


709' 


,71 


489' 


",85 


219» 


,85 


-20^' 


.24 


349' 


SOI 


09' 


\70 


109 


^04 


39 


\60 


119 


S 42 


29' 


^75 


29- 


,45 


(/iJ' 


\30 


49' 


-,727 


09' 


,363 


49' 


,223 


09' 


,141 



38", 1 
> 

l9%607 

19'^,1I0 

0'%497 
09%459 
09', 7 73 
09^015 
09S228 
O9'-,O70 
09s2r)9 
0'J%062 
09'-,055 
09%007 
09^107 

0J^008 

09%095 
09S003 



Il OCTOBRE 



Par 
ai heures. 



Par kilog. 

de 

poids. 



2200" 

1013 

679%30 

41g%80 

259%r.O 

169-, 89 

27gs84 

09% 77 

99%74 

39%8l 

139^20 

29'',20 

19%54 

09S66 

39%85 

09%34 
3«%12 
09',39 



50" 
> 

19%529 
0g%950 
09%579 
09%38l 
09%632 
09%017 
09%221 
09%087 
09^300 
09^050 
09%035 
09%015 
09'-,087 

09%007 
09%070 
09%010 



RAPPORTS D'ÉCHANGE 



Coefficient d'oxydation 

azotée 

Coefficient de déminérali- 
sation totale 

— chlorurée 

— non chlorurée. 

Ph-O^: Azote total 

S0*H2: Azote total 

Cl : Azote total 

Ph^O" terreux : Ph^O' 

total 

SO*H^ conjugué : S0*H2 
total. 

Coefficienl d'oxydation du 
soufre 

Matières ternaires : Ma- 
tières organiques 

Mat. inorg. : Azote total . . 



analyse 



2« 
analyse 



P. 100. P. lOU. 



75,4 

30,9 
16,1 
14,8 
13,5 
23,3 
34,1 

10,9 

2,9 

92,4 

7,3 
10,7 



76,8 

38 > 
19,6 
18,4 
13 » 
22,8 
47,3 

30 > 

10,1 

91,2 

9,1 
15,0 



CARACTÈRES PHYSIQUES 

ET PIGMENTS 



Couleur normale 

Aspect.. transp. 

Sédiment urique 

Indican très net 

! 

Urohématine ! 

I 

Urobiline ! 

Uroérythrine.. . . 



normale 
transp. 
urique 
absent 









r^ 



LES RETENTISSEMENTS HÉPATIQUES 565 

Les traits principaux de la première analyse sont : Ténorme 
augmentation de la nutrition azotée, de l'urée (0.770 par kilogrammeau 
lieu de 0.400), l'augmentation des échanges sulfurés avec oxydation 
exagérée, la faiblesse des fermentations putrides dans le tube digestif. 
Ce dernier caractère peut encore servir d'argument conlre la théorie 
toxique. 

Le résumé sym- Cette obscrvation répond à peu près à la sympto- 
ptomtoiogiqu. jjjgiQiQgjg ordinaire des retentissements hépatiques, au 

moins dans leur période de congestion ou mieux d'hyperfonction. 
Cette symptomatologie très typique se résume ainsi : sujet 
amaigri quoique mangeantbeaucoup, avec une langue généralement 
bonne; teinte ictérique ou subiclérique de la peau et des mu- 
queuses sans coloration spéciale de Turine ni décoloration des garde- 
robes, cette teinte pouvant à la longue donner au tégument un aspect 
bistré^; sensation insurmontable de fatigue, de faiblesse, chaque 
effort étant accompagné de sueurs et suivi d'accablement; somno- 
lence habituelle; sensation fréquente de refroidissement; signes 
cliniques et chimiques de l'hypersthénie gastrique; foie gros, 
débordant les fausses côtes dans le décubitus dorsal, douloureux à 
lapercussion, siège d'une pesanteur, d'une tension, surtout après 
les repas; coprostase ou diarrhées profuses; crises gastriques 
plus ou moins fréquentes présentant comme particularité de s'irradier 
dans rhypochondre droit. 

Ltt caractères Daus ics caractèrcs fournis par les échanges, je 

des échanges, relèverai surtouti l'azoturiequi prend des proportions 
souvent énormes, aupointque chez deux malades j'ai pu constater une 
excrétion uréique de plus de 50 grammes par jour et de 0«',824.par 
kilogramme de poids; la faiblesse presque constante du rapport de l'acide 
phosphorique totalàTazote total qui tombe à 13 ou 14 p. iOOau lieu de 
18 p. 100 à la normale. Ce dernier caractère indique que les éléments 
qui fournissent cette énorme quantité d'urée sont riches en azote et 
pauvres en phosphore, ce qui implique une diminution dans les 
échanges nerveux. Gettediminution des échanges nerveuxjointe 
à la grande dénutrition musculaire rend parfaitement compte de l'état 
d'asthénie dans lequel se trouvent nos malades. 

1. Chez run de nos malades, on avail pensé à un début de maladie d*Àddison. Celte 
apparence ictérique que j'avais déjà signalée dans mes Leçons de 1889-1890 a été de nou- 
veau et récemment décrite sous le nom d'ic tère acholurique.On Tattribue à tort à une 
insidfisance fonctionnelle du foie, mais il suffit de jeter les yeux sur le tableau n" XLIII, 
pour se convaincre de Terreur de cette manière de voir. 



566 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

i-es Celle symptomalologie el ces caractères urologiques 

hépatiques sc reocoolreot assez fréquemment chez les enfants. Il 

chez les enfants, gt^^j^ j'enfanls voraccs, maigres, mous, au teint pâle et 

jaunâtre ou même plombé, aux yeux cernés, accusant une fatigue 
constante, incapables de travail, qui sont pris à intervalles irréguliers 
de vraies crises gastriques se jugeant par des vomissements bilieux 
et quelquefois par de la diarrhée. A l'examen, on trouve un estomac 
énorme, clapotant, un foie très volumineux, douloureux, et quelque- 
fois même un abaissement du rein. Et l'on esl étonné de voir ce gros 
foie disparaître avec la plus grande facilité sous Tinfluence d'un régime 
et d'un traitement appropriés. 

, ^. ,. L'ensemble des signes précédents est tellement 

Le diagnostic. ^ ^ 

précis que le diagnostic de cette première phase des 
retentissements hépatiques sera facile. Ce qui sera plus délicat, c'est 
de savoir qui, de l'estomac ou du foie, a commencé. Mais dans les 
hypersthénies gastriques d'origine hépatique il y a, d'abord, les 
commémoratils révélant Texistence antérieure d'une maladie 
déterminéedu foie, la lithiase biliaire surtout, puis le chim isme 
stomacal variable, la présence de pigments anormaux des 
urines au moment des accès, la stabilité des symptômes hépa- 
tiques opposée à rinconstance des symptômes gastriques, 
tous signes dont l'analyse permettra presque toujours de faire le 
diagnostic. . 

Le pronostic dépend surtout de la précocité du 
diagnostic; qu'il s'agisse d'adultes ou d'entants, un 
régime sévère a rapidement raison des troubles hépatiques quand ils 
sont récents. Cela se conçoit : en effet, à l'époque où il n'y a qu'une 
suractivité fonctionnelle manifestée par la variation des échanges et 
les symptômes relatés plus haut, il suffira de modérer l'hyperfonction 
pendant un temps suffisant pour que tout rentre dans l'ordre. Si le 
processus a dépassé les limites de la fonction, si le trouble fonctionnel 
a été prolongé assez longtemps pour qu'apparaissent les linéaments 
d'une lésion, bien évidemment la guérison sera plus difficile. Mais il 
est bien rare même que les malades de cette catégorie ne soient pas 
améliorés par le traitement. Il serait très important de pouvoir 
différencier cliniquement les troubles purement fonctionnels de ceux 
qui dépendent d'une lésion anatomique; mais nous ne disposons 
pas encore des moyens nécessaires et l'influence du traitement 
demeure le seul critérium que je puisse vous indiquer. 

Dans cette question de révolution du retentissement hépatique. 



LES RETENTISSEMENTS HÉPATIQUES 507 

la prédisposilions'impose. Pourquoi, à conditions gastriques égales, 
tel dyspeptique fera de rhypertropliie fonctionnelle, puis des lésions 
du foie, tandis que tel autre se bornera à une pure et simple surac- 
tivité de l'organe, voilà qui ne peut s'expliquer que par un de ces 
états de terrain qui sont faits autant d'hérédité que de mystérieuses 
conditions réactionnelles. 

Les cirriio868 Quaud la cirrtiosc est constituée, les troubles 

^^y^p^p^^^' gastriques éliologiques passent au second plan et il 
devient bien difCcile de les distinguer de ceux qui, provoqués par 
la maladie hépatique elle-même, font partie de sa symptomatologie 
personnelle. Mais cette coexistence même des troubles dyspeptiques 
avec une cirrhose constitue une indication thérapeutique dont 
nous tiendrons compte tout à l'heure. En fait, la vraie thérapeutique 
est ici prophylactique. Elle consiste à reconnaître et à traiter de 
bonne heure les retentissements hépatiques fonctionnels afin d'éviter 
qu'ils ne passent à la période lésionale. 



III 

L'ictère simple dyspeptique. — La caractéristique clinique. — Le 
traitement. — Les purgatifs et le régime. — Les vomitifs. — L'indication 
anli-dyspeptique. — Le traitement hydro-minéral. 

Lictére simple Uu mot sur l'ictèrc simplc dyspcptiquc que 

dyspeptique, j^^ ancicns médccins connaissaient bien, que les vieux 
praticiens savent encore diagnostiquer et traiter, mais qui a disparu 
de Tenseiîînemenl et des livres classiques depuis que Ton a fait 
ligurer, à tort selon moi, la théorie de l'infection dans la palhogénie 
et dans l'étiologie de tous les ictères. 

Sans m'inquiéter des théories et en restant dans les limites 
simples du fait, je puis vous assurer qu'il existe un ictère, d'origine 
exclusivement dyspeptique, qui fait partie du groupe désigné jadis 
sous le nom d'ictère simple ou catarrhal, mais qui diffère des autres 
constituants de ce groupe par son étiologie et par son traitement. 
Je ne veux pas me donner la tâche ingrate de rechercher si cet 
ictère procède d'un catarrhe cholédoque consécutif au calan*he duo- 
dénal dont la dyspepsie gastrique serait la cause, ou s'il est dû à 
une irritation directe du foie par les produits résorbés de fermen- 
tations gastriques anormales, ou si quelque coli-bacille vient faire sa 



568 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

partie avec l'un et l'autre des processus précédents ; car tout cela ne 
sert ni le diagnostic, ni le traitement. 

u caractérisuqiia Sachous seulcHient quMl existe un ictère simple 
oiiniqae. cliniquemcnl lié à des troubles dyspeptiques; que ces 
derniers ont précédé de longtemps l'apparition de la jaunisse ; que, 
quand celle-ci est apparue, les troubles gastriques ont changé de 
type ; que de l'apparence hyperslhénique, par exemple, ils ont passé 
au type des fermentations, et qu ainsi ces troubles gastriques 
figurent, avec une intensité et une continuité remarquables, à la 
fois dans les antécédents et dans la symptomatologie de cet ictère. 

, ^ ^ , Quand vous aurez sous les yeux un ensemble 

Le traitement. , ^ 

clinique de cette allure, ne donnez pas le régime lacté 
absolu comme on le conseille aujourd'hui de si banale façon dans tous 
les ictères et gardez-vous de Vantisepsie digesUve. 

Les purgatifs Débutcz par Ics purgatifs doux, Y huile de ricin 

et le régime, p^^ exemple ; puis alimentez doucement avec des pois- 
sons légers (merlan, sole, truite de rivière, etc.), un peu de poulet 
rôti bien cuit et haché, des œufs à la coque et des légumes herbacés 
bien cuits. Comme boisson, de l'eau très chaude ou telle infusion 
aromatique chaude dont s'accommodera le mieux le goût du malade. 
Puis revenez aux purgatifs à la moindre apparence de consti- 
pation. 

Lesvomitus Quand la langue est très saburrale, l'haleine forte, 

l'anorexie plus ou moins complète, le purgatif est 

insuffisant, et c'est par un vomitif qn'ïl faut commencer le traitement. 

Vous l'administrerez alors suivant les indications déjà données à 

propos du traitement des fermentations gastriques^ 



Us médications Après ccttc première phase du traitement, guidez- 
d a Tu es ^^"^ P^^^ ^^ choix de la médication sur la forme de 
dyspepsie que l'examen clinique du malade et même, 
à l'occasion, l'analyse du chimisme stomacal vous révéleront. 

Le traitement Et quand l'iclère s'atténuera, quand l'urobiline 

hydro-minéral, p^nt^ placer j^ \^ bilirubine dans l'urine, vous pourrez 

ordonner une cure hydro-minérale appropriée à la forme de dys- 

1. Voyez page 516. 



r 



LES RETENTISSEMENTS HÉPATIQUES 569 

pepsie en cause. Comme les fermentations dominent dans la plupart 
des cas, les eaux de ChâtelGuyony Brides^ Carlsbady Hambourg^ 
Marienhad sont plus spécialement indiquées. 

En somme, dans l'ictère simple dyspeptique, le traitement doit 
être plutôt gastrique qu'hépatique. L'indication hépatique ne 
se retrouve guère que pour le traitement hydro-minéral. 



IV 

Le traitement des retentissements hépatiques fonctionnels. — La 
médication causale. — Les sédatifis de Factivité hépatique, 
leurs indications et leur mode d'emploi. — Le traitement hydro- 
minéral. 

u trait«ment Si ToH admet les faits qui viennent d'être exposés, 

^^^ on voit combien est erronée la thérapeutique dite 
foncttonneis. rationnelle et scientifique qui croit être pathogénique 
u mëdicauon OU tcntaut de réaliser l'antisepsie digestive. Cette théra- 
**°*^- peutique, d'ailleurs, a été condamnée par l'expérience, 
et elle est quelque peu abandonnée aujourd'hui. La meilleure ma- 
nière de combattre les retentissements hépatiques, c'est de s'atta- 
quer à rhypersthénie gastrique qui les engendre et de diminuer ou 
de saturer les acides qui viennent exciter réflexement le foie, à leur 
passage dans le duodénum. 

On commencera par le régime lacté absolu, modérateur très net 
de l'activité hépatique comme de l'hypersthénie gastrique, agissant 
électivement sur les deux organes et répondant bien aux indications 
majeures qui viennent d'être exposées. En un mot, ordonner la pre- 
mière étape du régime des dyspeptiques hyperslhéniques* et la con- 
tinuer tant que persisteront les symptômes hépatiques, en ayant soin 
de saturer systématiquement entre deux prises de lait l'acidité du 
chyme avec un paquet de poudre composée à la magnésie^. On usera 
aussi avec avantages à^s gouttes composées à la solanine^ dont l'action 
modératrice réflexe et sédative sensitivo-motrice est aujourd'hui bien 
établie. 

S'il existe des fermentations gastriques qui donnent nais- 
sance à des acides moins excitants pour le foie que l'HCl libre, mais 

1. Voyez page 258. 

2. Voyez page 171. 

3. Voyez page 272. 



570 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

pouvant cependant jouer un certain rôle pathogène, on y remédiera 
avec le naphtol à toutes petites doses {O^'fib après chaque prise 
de lait), le soufre ioduré (0«',10 à 0«',20), le fluorure d'ammonium^ 
s'il s'agit d'acide lactique, et avec Vérythrol (0«',02 à 0«^05) si Tacide 
butyrique est en cause. 

Bref, ici encore, comme dans tous les retentissements des dys- 
pepsies, c'est le traitement gastrique qui devra ouvrir la marche, 
à titre de traitement pathogénique. Les médications suivantes 
particulièrement sédatives de l'activité hépatique n'interviendront 
qu'en seconde ligne, quand le traitement gastrique aura fait son 
œuvre parfois suffisante. 



Les sédaufs Lcs sédatifs de l'activité hépatique sont: 

^'hé atT^e* l'^cî^fe arsénieux, les opiacés, la belladone^ le calomel, 
Vantipyrine^ la valériane y le bicarbonate de soude ^ 
Yiodui^e de potassium ^ V huile de ricin^ les sels de lithine^ le sel de 
Seignetle, etc. Tels sont, au moins, ceux dont j'ai pu déterminer 
l'action par l'élude des échanges. La morphine et Vatropine 
figurent déjà dans la mixture composée à la solanine. 

Lorsque les troubles fonctionnels du foie survivront au traite- 
ment gastrique, ce qui est l'exception, conseillez d'abord Yacidearsé- 
nieux à la dose de 1 à 2 milligrammes par jour, au moment des repas. 
Si ce moyen est inefficace et insuffisant, usez du calomel à la dose de 
1 centigramme par jour. Le calomel n'est pas, comme on le répète 
encore, un cholagogne, un excitant de la sécrétion biliaire; c'est un 
excitant de l'excrétion biliaire, c'est un péristaltogène; mais c'est, 
en même temps, un sédatif hépatique quand il est employé à 
petite dose. Je lui reconnais, dans les sténoses vraies du pylore, 
une contre-indication absolue; car, même à la dose minima de 1 centi- 
gramme par jour, il peut engenùrer de la stomatite mercurielle. 
Nous en avons eu, l'an dernier, un cas très net, au nMO de la salle 
Serres chez un sténose du pylore qui prenait chaque jour pour 
combattre sa constipation des pilules composées de 10 centigrammes 
d'aloès et de \ centigramme de calomel, et vous vous rappelez sans 
doute quel tourment celte complication vint ajouter aux souffrances 
déjà si grandes de notre malade. 

Pour remédier à la constipation, nous emploierons, au con- 
traire, Vhuile de ricin et le sel de Seignetle qui joignent à leurs 
effets purgatifs une action modératrice sur la fonction hépatique. 

Quand, malgré l'emploi de ces moyens, l'élévation du taux de 
l'urée, évaluée par kilogramme du poids du corps, se maintenant au- 
dessus de 0"',450 à 0^',500, indiquera une persistance dans la surac- 



LES RETENTISSEMENTS HÉPATIQUES 571 

livilé du foie, je vous conseille d'employer Vantipyrine ou le bro- 
mure de potassium^ aux petites doses de 0^',50, une h deux fois par 
jour, en surveillant l'excrétion urinaire de l'azote, pour supprimer 
le raédicamenl dès que l'effet cherché est obtenu. Le bromure de 
potassium se donne en cachet ou en solution aussitôt avant le repas; 
l'anlipyrine sera mélangée à dose égale de bicarbonate de soude ^ 
dissoute dans un peu d'eau de Seltz et prise une heure et demie 
avant les repas. 

Le trattement Lcs curcs minérales de Vichy, Carisbad, Brides 

hydro-minéral, compléteront Ic traitement. Entre ces stations, le choix 
est difficile à faire et peu de règles générales peuvent être tracées. 
Cependant j'ai remarqué qu'une cure de Carisbad bien dirigée^ 
c'est-à-dire moins systématisée et surtout moins violente que la cure 
classique, convient particulièrement aux cas avec subictère dont je 
vous parlais tout à l'heure et qu'on a redécrits après moi sous 
le nom d'ictères acholuriques. Ainsi le jeune homme qui nous a 
servi de type n'a trouvé d'amélioration qu'à Carisbad. 11 m'a semblé 
aussi que Vichy réussissait mieux dans les cas où la variabilité 
de la distension gastrique indique l'intermittence du spasme pylo- 
rique. Kissingetiy qui semble théoriquement indiqué, ne m'a pas 
donné de bons résultats. Brides, qui modère, suivant Delastre, le 
coefficient d'oxydation du soufre, est théoriqiiement indiqué; mais 
je manque d'expérience personnelle. Certaines eaux inermes, comme 
Evian, Vittel, m'ont paru donner des résultats intéressants. 

V hydrothérapie rendra aussi de grands services. On recomman- 
dera surtout la douche tiède et la compresse échauffante appliquée 
sur la région abdominale et empiétant sur l'estomac et le foie. 



Le traitement des cirrhoses dyspeptiques. — Les indications géné- 
rales. — L'iodure de potassium. — Les stimulants fonctionnels 
du foie, leurs indications et leur mode d'emploi. — Le traitement 
hydro-minéral. 

Le traitement Lorsquc Ic retentissement hépatique dépasse les 

des drriiosea limites du troublc fouctionncl et qu'on doit traiter le 

dyspeptiques. ^ r«i • 

processus secondaire qui commence à rinfiltration 
embryonnaire pour aboutir à l'hépatite interstitielle diffuse qui con- 



572 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L^ESTOMAC 

slilue la cirrhose dyspeptique, la thérapeutique stomacale patho- 
génique s'impose encore, mais le traitement de la lésion hépatique 
prend une importance parallèle et plus étendue. Pour rétablir d'une 
façon nette, il faudra fixer d'abord, par la séméiologie chimique, 
l'état fonctionnel de l'organe. Dans ce retentissement qui commence 
par une suractivité de la fonction et aboutit à son insuffisance, ce 
n'est pas l'existence ou l'absence de la lésion anatomique qui doit 
diriger la thérapeutique, mais bien les conditions d'activité de l'or- 
gane, conditions que ne modifie pas brusquement l'entrée en scène 
de la lésion. Donc on s'adressera aux modérateurs hépatiques, tant 
que l'analyse chimique démontrera que la suractivité persiste, et 
l'on mettra en œuvre les stimulants fonctionnels quand on consta- 
tera les signes de l'insuffisance. 

A la période waimeni civrhoiique , c'esl]e traitement de Vin- 
suffisance hépatique qui doit tenir la corde. En effet, malgré les nom- 
breux et importants travaux publiés sur la curabilité des cirrhoses*, 
il est bien invraisemblable qu'une thérapeutique quelconque puisse 
faire rétrograder du tissu scléreux ou régénérer des cellules dégé- 
nérées, et, comme le dit fort justement A. Siredey, ce serait se faire 
illusion que d'espérer la restitutio ad integrum d'un foie cirrho- 
tique, comme s'il s'agissait d'un poumon atteint de pneumonie ou 
d'une région de la peau atteinte d'érysipèle*. L'idée si séduisante de 
la régénération hépatique, étudiée par Hanot, Ponfick, W. Meister, 
Dl'Ring, Letulle, ne saurait encore être admise, si l'on en croit 
Hanot ^ qui s'exprime ainsi : c Régulière dans les expériences de 
physiologie expérimentale, l'hyperplasie est irrégulière lorsqu'elle 
doit remplacer un tissu détruit et continue, en quelque sorte, sous 
une autre forme, le processus pathologique initial, i» Les éléments 
néo-formés ne sont donc l'équivalent de la glande hépatique ni 
anatomiquement, ni physiologiquement. La thérapeutique doit tendre 
à assurer la conservation et le fonctionnement de ce qui reste du 
foie et non à faire rétrograder une lésion irrémédiable, si ce n'est h 
ses débuts. 

1. a Sirvdey. — Traitement des cirrhoses, Traité de thérapeutique appliquée d*ALBt:KT 
Robin, fasc. XIU, 1897. 

2. Chrestien. — Sur rutilité du lait administré comme remède et aliment dans le trai- 
tement de rhydropisie ascite, 1831. — MoNNERET. Arçh. gén. de médecine, 1852. — 
Leudet, Leçons cliniques^ 1874. — Bouveret, Lyon médicaly 1881. — Carral, Thèse de 
Lyon, 1884. — RiBETON, Thèse de Paris^ 1886. — Troisier, Bucquoy, Rendu, Richard, 
M ILLARD. DiEULAFOY, Letulle, Dujardin-Beaumetz, Bulletins de la Soc. méd. des hôpi- 
taux, 1886. — Lancereaux, Bulletin de VAcadémie de médecine, 1887. — Hanot et 
Gilbert, i?u/i. Soc. méd, des hôp., 1890. — Millard, idem, 1S92. — Desaux, Thèse de 
Paris, 1887. — François, Thèse de Lyon, 1888. — Mauris, Thèse de Paris, 1889, etc. 

3. Hanot. — Des hyperplasies compensatrices et de la régénération du foie. Presse 
médicale, 1895. 



LES RETExNTlSSEMExNTS HÉPATIQUES 573 

Liodare Uioduve de potassium administré avec de grandes 

de potMsiam. pj-écaulions et dans la limite de sa tolérance gastrique, 
aux doses faibles de 0^', 50 par jour en deux fois, agit parfois assez 
bien; mais je doute que cet effet puisse être attribué à une résolution 
du tissu scléreux, ni même des éléments embryonnaires. LModure 
de potassium est, comme Ta démontré Germain Sée, un médicament 
vasculaire qui facilite la circulation et arAéliore, par ce fait même, le 
foDclionnement cellulaire. 

Les sumoianta ^ ^^^<* ^u médicament vasculaire, plaçons les stimu- 

foncuoimeia latits fonciionuelSy qui sont le henzoale et le salicylate 
de soude, le boldo, Yévonymine, le phosphate de soude, 
ïaloès, le jaborandi, lepodophyllin, la gomme-gutte, etc. 

Vous pourrez, le cas échéant, les employer ainsi qu'il suit. Après 
une période d'iodure de potassium dont la durée sera limitée par la 
tolérance stomacale, vous ferez prendre, trois heures environ après 
les repas, une tasse d infusion chaude de feuilles de holdo (1«',50 de 
feuilles pour 150 grammes d'eau) avec un des cachets suivants : 

'^ Benzoate de soude 0«%20 

Phosphate de soude CjSO 

Bicarbonate de soude 0^',25 

Poudre de feuilles de jaborandi O^^IO 

Pour un cachet. 

Si ce cachet n'est pas toléré par l'estomac, faire prendre, avec 
l'infusion de feuilles de holdo, une grande cuillerée de la potion sui- 
vante : 

Tf Benzoate de soude 4 grammes 

Sirop de fleurs d'oranger 30 — 

Eau distillée de tilleul 150 — 

F.s.a. Potion. 

Chaque fois qu'une journée se sera passée sans garde-robes ou 
avec une évacuation insuffisante, donnez le soir, au moment du cou- 
cher, une des pilules suivantes : 

'^ Extrait de podophyllin (^^Q'io 

Evonymine 09%05 

Extrait de jusquiame 0«%0:2 

F.s.a. une pilule. 



574 LES RETENTISSEMENTS DES MAUDIES DE LESTOMAG 

Avec MiLLARD, je recommande encore les pilules de Bontius, 
dont voici la formule : 

Tfi Aloès des Barbaries '. , 

^ .. ; àâ. 10 grammes 

Gomme-guUe ) * 

Gomme-ammoniaque 32 — 

Vinaigre blanc 6 — 

F.s.a. des pilules de 0?s20. 

On indique, dans les formulaires, la dose de 2 à 6 pilules par jour; 
il est plus rationnel de chercher le nombre de pilules nécessaires 
pour provoquer, chez le malade, une garde-robe copieuse et non 
diarrhéique, au réveil. 

Les applications froides, ou très chaudes, Vélectrisation qui 
semble avoir donné des résultats à Murot, la révulsion ignée à 
l'aide de pointes de feu extrêmement nombreuses et très superfi- 
cielles constituent un traitement local souvent très utile et dénué de 
tout danger. 

u traiument Lcs curcs dc Châtel-Guyon, de Vichy, de Fougues, 

hydpo-minérai. j^ Royat, dc Suntcnay ou de Maizières seront un 

utile adjuvant du traitement diététique et médicamenteux. Il en sera 
de même d'une cure graduée de Carlsbad, commençant par le 
Schlossbrunn pour aboutir au Sprudel. 

Il demeure bien entendu qu'aucun traitement médicamenteux, 
local ou hydro-minéral, ne saurait remplacer les règles sévères d'hy- 
giène et d'alimentation qui doivent présider au traitement de ces 
états lésionaux des retentissements hépatiques des dyspepsies. 



QUATRIÈME LEÇON 

LES RETENTISSEMENTS HÉPATIQUES 
LA GLYCOSURIE ET LE DIABETE DYSPEPTIQUES 

LES SIGNES ET LE DIAGNOSTIC DE LA GLYCOSURIE DYSPEPTIQUE 

LES TROUBLES DES ECHANGES 
LE DIAGNOSTIC ET LES COMPLICATIONS — LE TRAITEMENT 



I 



Le glycosurie dyspeptique. — Les signes essentiels. — L'irrégularité 
de la glycosurie, sa minime quantité, son absence dans l'urine du jeûne, la 
coïncidence fréquente de Talbuminurie. — Les troubles des échanges. 
~ LoL symptomatologie. — Le diagnostic. 



Laoïycomrie Je veux maintenant vous parler d'un retenlisse- 

•t le dialiète , 

dyspeptiqaes. meut hépatique des dyspepsies, et spécialement de 
Leur fréqaeace. l'hypcpsthénie gastriquc, qui n'a point encore été décrit 
ou qui y quand il a été observé, n*a pas été rapporté à sa réelle ori- 
gine : c'est la glycosurie. Dans les rares cas où Ton a constaté la 
présence du sucre dans Turine des dyspeptiques, on lui a attribué 
une origine alimentaire pure et simple, et la glycosurie d'ori- 
gine gastrique n'a pas été individualisée comme espèce particulière. 
D'autres fois, on l'a confondue avec le diabète, et plus du tiers des 
malades qui sont venus me consulter se croyaient diabétiques ou 
avaient été considérés et traités comme tels. Ce retentissement est 
donc important à connaître, d'autant qu'à côté du diagnostic il com- 
porte une thérapeutique spéciale. 

Mais venons au fait. Sur 1600 cas d'hypersthénie gastrique où les 



576 



LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 



urines ont été examinées, j'ai constaté 83 fois la glycosurie, soit une 
proportion de 5,18 p. iOO. Ces 83 cas, eux-mêmes se divisent en 
deux catégories. Dans la première, la glycosurie présente des carac- 
tères qui permettent d'éliminer immédiatement l'idée de diabète: 
c'est la glycosurie dyspeptique. Dans la seconde, il s'agit d'un 
diabète véritable qui ne diffère du diabète ordinaire que par son 
origine et quelques-uns des symptômes qui l'accompagnent, de sorte 
que le diagnostic différentiel n'est pas sans difficulté; c'est le diabète 
dyspeptique. La première catégorie est de beaucoup la plus fré- 
quente, puisqu'elle s'observe dans près des neuf dixièmes des cas 
que j'ai réunis. 



U8 signes Étudious d'abord les faits de la première catégorie, 

diagnosuques g^jj^ jj^ glycosuric dyspcptiquc. Daus celle-ci, ce 
la glycosurie qui domluc la symptomatoîogie, c'est le fait même de 
la glycosurie, de son degré, de ses variations et des con- 
ditions dans lesquelles elle survient; aussi les caractères de cette 
glycosurie doivent-ils retenir, en premier lieu, toute notre attention. 

Lirréguiarité 1" Celle glycosuric est essentiellement irrégu- 

de la glycosurie. Hère. Voici, cn effet, les dosages pratiqués, jour par 

jour, pendant plus de six ans, chez un de mes malades, considéré à tort 
comme diabétique, traité sans succès comme tel et chez lequel un 
examen plus attentif permit de reconnaître une glycosurie d'origine 
gastrique aujourd'hui définitivement guérie. 



1802. 



Sucre. I 



1892. 



*4 



28 janvier 10^25 

29 janvier au l**: février. . . 

2 février S^^IO 

3 — 89%33 

4 au 7 février 

8 février 03%90 

9 - 

10 — 1^66 

11 — 

12 — 6^25 

13 — 1^85 

14 au 26 février 

27 février 1^35 

1"^ au 10 mars 

11 mars , 0^'fib 



Sucre. 



12 au 21 mars 

22 mars 4»',85 

23 mars au 10 mai 

il mai 08%85 

12 au 16 mai 

17 mai O^^SO 

18 mai au 15 juillet 

10 juillet 4«%80 

17 juillet au 26 octobre. . . 

27 octobre 2«^,60 

28 octobre au 27 novembre. 

28 novembre 29%25 

29 novemb. au 25 décemb. 

26 décembre 7o%20 



e^.:l 



LA GLYCOSURIE DYSPEPTIQUE 



577 



1893. 
Le socre ii*a été constaté que trois fois. 

5 janvier l9%50 

iO - 1^90 

12 octobre 59%25 

i89i. 

Le sucre a été constaté dix Tois. 

6 janvier 8»%40 

7 février 09%90 

3 mai :î«%50 

ii août 3«%90 

17 septembre 3«',7i 

6 octobre 1»%84 

30 novembre A^%iO 



189 1 

2 décembre 15^,25 

13 — 5»',50 

15 — 9^,48 



1895. 

Les analyses ne sont 
lières. On fait environ 
par semaine. Le sucre 
quatre fois en janvier 
avril (i^yW) , en juin 
juillet (1^20). 

De juillet 1895 à juillet 1898,1e 
sucre n*a pas reparu. 



plus jouma- 
une analyse 
est constaté 
(ifl^50), en 
(2«S50), en 



^ â'^Laquantitédu sucre reste toujours dans des 

nfadme quantité proportioHS très faibles. Elle peut être indosable. 
°°^* L'urine réduit alors la liqueur de Fehling après défé- 
cation; la réduction n*est pas immédiate et consiste en un trouble 
verdâtre pulvérulent ; le liquide cléféqué ne donne rien au polarimètre ; 
mais on peut s'assurer que la réduction est bien due à la glycose, en 
concentrant ce liquide par évaporation dans le vide : à un certain 
degré de concentration, la déviation apparaît. 

Les quantités de sucre qui figurent dans l'observation précédente 
donnent bien Tidée de ce que Ton trouve habituellement. Je ren- 
. contre cependant dans mes analyses, mais à titre tout à fait excep- 
tionnel, les chiffres de 13^30, de 25«',40, de 38«%50, par litre d'urine; 
mais jamais ces quantités élevées n'ont persisté pendant plus d'une ou 
deux journées. 

raitsenot 3** Sauf cxccption, le sucre n'est pas uniformément 

daiJr^e* réparti dans l'urine des vingt-quatre heures. Il 
dnjsûne. manque presque toujours dans l'urine du 
matin et ne se rencontre que dans celle de la digestion. 
Ce caractère est de la plus haute importance. Pour le rechercher, on 
recommande au malade de conserver dans un flacon toute l'urine 
émise depuis le dîner jusqu'à minuit inclusivement, puis de 
recueillir, dans un autre flacon, l'urine émise au réveil, avant le pre- 
mier déjeuner; le premier flacon renfermera l'urine de la digestion; 
le second, celle du jeûne. 

Or, pour fixer les idées, voici l'examen que j'ai fait hier matin, 
devant quelques-uns d'entre vous, de deux urines recueillies dans 

n 37 



578 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

ces conditions chez une femme de trente-deux ans, atteinte d'hypei - 
sthénie gastrique périodique. 

Urine du malin, — Très trouble. Le trouble, dû à de Turate de 
soude en suspension, disparaît par la chaleur. — Aucun des réactifs 
usuels ne dénote la présence de traces d*albumine. — Pas de réduclion 
de la liqueur de Fehling. Après défécation et concentration dans le 
vide, pas de déviation polarimélrique. — Au microscope: nombreux 
cristaux octaédriques d'oxalate de chaux, beaucoup d'urate de soude 
amorphe, quelques globules blancs fortement pigmentés. 

Urine du soir. — Transparente au-dessus d'un léger dépôt cris- 
talloïde. — Traces absolument indosables d'albumine» — Réduction 
jaune immédiate de la liqueur de Fehling qui prend peu à peu une 
teinte vert noirâtre. Le dosage du sucre au polarimètre donne 
11«',20 par litre. — Au microscope: nombreux cristaux octaé- 
driques d'oxalate de chaux, nombreux et gros cristaux d'acide urique 
plus ou moins teintés de jaune. 

11»',20 de sucre dans l'urine de la digestion, pas de sucre dans 
l'urine du jeûne : voilà qui est tout à fait significatif. 

Ce caractère de l'absence du sucre dans J'urine du matin ou, pour 
mieux dire, dans l'urine du jeûne doit être déterminé avec de rigou- 
reuses précautions. Il ne suffit pas de recueillir l'urine du matin et d'y 
rechercher le sucre; il faut aussi s'assurer que le malade n'a rien pris 
depuis son dîner de la veille et qu'il a vidé sa vessie cinq à six heures 
après ce dernier repas, en un mot que l'urine en observation est bien 
l'urine sécrétée pendant le jeûne, hors de toute influence alimen- 
taire. 

La fréquente ^° D^ns le cas précèdent, l'urine du soir renfermait à 

^^^'jî^JlJ^^^ la fois du sucre et de l'albumine. Cette coïncidence 

et de de Talbuminurie et delà glycosurie temporaires 

est très fréquente; elle figure dans trente-neuf de nos 

quatre-vingt-trois observations, soit 46,6 fois sur cent. Cette albumi» 

nurie manque comme la glycosurie dans l'urine du matin, mais elle 

est plus régulière dans son apparition vespérale et elle est toujours 

beaucoup plus tenace que la glycosurie dont le caractère est d'être 

essentiellement passagère. 

Les troubles 5° En dchors des variations du sucre et des carac- 

des échanges. ^^^^^ ^j particuliers quc préscule cette glycosurie, je 



LA GLYCOSLIIIE OVSPEPTIQUE 579 

dois VOUS donner quelques indications sur Tétai des échanges élé- 
mentaires. 

La quantité de t'urine est presque toujours un peu augmentée; 
elle varie de 1200 à 2000 centimètres cubes en vingt-quatre heures. 
Elle oscille de 1500 à 2200 dans plus de la moitié des cas, ce qui 
correspond à une légère polyurie. 

La densité, légèrement accrue, dépasse habituellement 1022 et 
et monte jusqu'à 1032, avec une moyenne de 1025 environ. 

Les échanges totaux sont accrus et particulièrement les 
échanges azotés, comme le démontrent les chiffres élevés des 
matériaux solides (de 51,90 à 95,05), des matériaux orga- 
niques (de 36 à 66,80), de l'urée (de 34,72 à i2,/f2), de Tazote 
total (de 13,71 à 23,85). Par kilogramme de poids, la plupart de ces 
éléments subissent de grandes augmentations : c'est ainsi que j'ai vu 
les matériaux solides atteindre 1^^512 et l'urée 0«',649, au lieu de 
1 gramme et de 0^%'400. 

L'utilisation des matières albuminoïdes est satisfaisante, 
puisque la moyenne du coefficient d'oxydation azotée dans 
quatre-vingts cas donne 83,5 p. 100, la normale étant de 83 à 
85 p. 100. 

L'utilisation des matières ternaires est assez bonne, avec 
la moyenne de 5«',90 pour les matières organiques non azotées 
de l'urine. 

La déminéralisation organique est légèrement accrue (coef- 
ficient de déminéralisation : 34,6 p. 100 au lieu de 30 p. 100). 
La désassimilation nerveuse est aussi un peu plus forte qu'à l'état 
normal ^Ph-0' : Azote total : : 20,35 : 100 au lieu de 18 p. 100). 

L'acide urique présente un certain excès (0,65 au lieu de 0,50); 
mais son coefficient de s olubilisation (rapport de Tacide urique 
aux phosphates alcalins) reste aux environs de la normale. 

Le rapport de l'acide phosphorique lié aux terres à l'acide 
phosphorique total reste physiologique (24,2 p. 100). 

Accroissement des échanges généraux, des échanges 
azotés, des échanges nerveux, tels sont donc les termes prin- 
cipaux de la nutrition chez les dyspeptiques glycosuriques. Nous 
aurons, tout à l'heure, à utiliser ces documents. 

L'absence ^^^ maladcs dout nous nous occupons ne présentent 

âat symptômes aucuu dcs svmptômes du diabète, et la découverte de 

da diabète. ^ ' 

la glycosurie est toujours une question de hasard, à 
moins qu'on n'ait le soin, à mon exemple, d'examiner systématique- 
ment les urines de tous les dyspeptiques. Je ne compte pas, en effet, 



580 LES ilETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

parmi les symptômes diabétiques la minime polyurie, la légère aug- 
mentation de la densité, ni même la présence d'une faible quantité de 
sucre. 

usimuitadt Toutefois OU UB pcut s'empêchcr de remarquer 

dM teh^ge' l*analogie qui existe entre les troubles de la nutrition 

dan» jjjug jg diabète et ceux que nous venons de constater 

la glycosurie ^ 

dTspeptiqoe chez nos malades. 

* En effet, contrairement à Topinion admise encore 

par quelques médecins, le diabète, loin d'être une maladie par ralen* 
tissement de la nutrition et par défaut de consommation du sucre, doit 
être considéré, au contraire, comme le résultat d'une accélération de 
la nutrition et d'une production exagérée du sucre. Sans revenir sur 
les preuves qui en ont été données dans d'autres publications ^ je 
rappellerai seulement que, chez le diabétique franc, tous les actes chi- 
miques de la nutrition organique sont accrus, qu'il s'agisse d^hydrata- 
tions, de dédoublements, de synthèses ou d'oxydations' et que tout 
médicament qui ralentit la nutrition générale et celle du système ner- 
veux diminue la glycosurie. 

Or, dans la glycosurie dyspeptique, tous les échanges sont accrus 
comme dans le diabète vrai, et cette analogie dans les troubles de la 
nutrition constitue un élément très important dont nous aurons à 
tenir compte tout à l'heure, quand nous étudierons la pathogénie et 
la place nosologique de cetle glycosurie. 

ig, La glycosurie dyspeptique n'a donc pas de sympto- 

'^"*én^ie^^* matologie à proprement parler. Mais elle est associée à 

un certain nombre de symptômes qui peuvent aider à 
la reconnaître. 

Ces symptômes sont : 

1" Des troubles dyspeptiques dont l'ensemble ressortit le 
plus souvent à la description que je vous ai donnée de l'hyperslhénie 
gastrique, qu'elle soit aiguë, paroxystique, périodique ou perma- 
nente. En général, il m'a semblé que la glycosurie élait plus fré- 
quente dans les formes aiguës que dans les chroniques ; en tout cas, 
je ne l'ai rencontrée que tout à fait exceptionnellement et très passa- 

1. Albert Robin. — Traitement du diabète par ranlipyrine, Bullelin de V Académie 
de médecine f avril 1899. 

1d. — Le diabète. Physiologie pathologique et indications thérapeutiques, 
t6irf.,1889. 

Id. — Traitement du diabète, Traité de Ihérapeutique appliquée y fasc. 1, 1895. 

2. Albert Robin et Maurice Binet. — Les échanges respiratoires chez les diabé- 
tiques, Archives générales de médecine, 1898. 



LA GLYCOSURIE DYSPEPTIQUE 581 

gèrement dans les formes cachectiques. Parmi ces symptômes de 
dyspepsie hypersthénique, il en est trois qui sont à peu près con- 
stants, à savoir: Tappétit plus ou moins exagéré, la disten- 
sion temporaire de Testomac avec clapotage, Taugmenta- 
tion du volume du foie qui, sur mes 83 cas. existait 75 fois, soit 
dans 90 p. 100 des cas. 

3" Des phénomènes accessoires en raison de leur irrégula- 
rité, mais qui cependant se présentent chez ces malades avec plus de 
fréquence que chez le dyspeptique non glycosurique. Citons: ia neu- 
rasthénie (25 p. 100 des cas), les vertiges (13 p. 100), les émis- 
sions d'urines laiteuses phosphatiques (12 p. 100), les 
dermatoses (15p. 100), les troubles cardiaques (20p. 100), 
les sueurs profuses (12 p. 100), les troubles menstruels, 
les troubles oculaires. 

3" L'état général ne présente rien de particulier. Un tiers 
des malades avait une tendance à T obésité, un autre tiers se 
plaignait d'amaigrissement. L'anémie n'a été constatée que 
dans 8 p. 100 des cas. 

Les divers symptômes dits accessoires n'ont donc aucune valeur 
diagnostique ; mais leur exislence, au cours d'une dyspepsie hyper- 
slhénique, peut constituer un signe révélateur qui incite à re- 
rhercher la glycosurie. 

udiamostic Cc qui caractérisc bien celle-ci et permet de faire 

exactement son diagnostic, c'est Tensemble des 
caractères suivants : 

Glycosurie temporaire, irrégulière, relativement minime, n'exis- 
tant, quand elle se manifeste, que dans l'urine de la digestion, 
manquant dans l'urine du jeûne, s'accompagnant fréquemment d'al- 
buminurie transitoire, et toujours d'une exagération des échanges 
nutritifs généraux, azotés et nerveux. Cette glycosurie s'observe chez 
un dyspeptique dont l'appétit est conservé ou exagéré, l'estomac 
distendu et clapotant, le foie gros et plus ou moins sensible à la per- 
cussion, le chimisme stomacal en état d'hyperchlorhydrie. Elle recon- 
naît, comme symptômes accessoires et dépendants de la dyspepsie 
causale, la neurasthénie, les vertiges, les émissions laiteuses phos- 
phatiques, les dermatoses, les troubles cardiaques, les sueurs pro- 
fuses, etc., etc. 

Cet ensemble est assez caractéristique pour tixer le diagnostic, 
rapporter la glycosurie à sa véritable cause et, par conséquent, lui 
imposer avec certitude le traitement qui lui convient. 



582 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 



II 



Le diabète d'origine dyspeptique. — La transformation de la 
glycosurie dyspeptique en diabète. — Les complications et le 
pronostic. — Le diagnostic. 

Le diabète AvaDt d'abordcf la pathogénîe et le traitement de 

d'origine ces cas curicux, je veux vous dire quelques mots des 

dyspeptique. •' n n 

faits classés dans la seconde calégorie. Leur existence 
n'est pas facile à établir et il subsisterait toujours un doute sur leur 
réalité si le hasard ne m'avait pas permis de suivre, pendant plusieurs 
années, un cas qui a été pour moi une véritable révélation. 

En effet, il ne suffit pas pour poser le diagnostic de constater la 
coexistence du diabète avec Thypersthénie gastrique ; cette coexis- 
tence n'implique nullement le caractère secondaire du diabète, 
puisque l'hypersthénie gastrique est, au contraire, une fréquente com- 
plication de celui-ci, et c'est une complication qui n'est pas toujours 
sans gravité, car je l'ai très souvent constatée associée aux fer- 
mentations chez des malades qui ont succombé au coma diabétique 
dont elle paraît avoir été comme un symptôme avant-coureur. Dans 
ces derniers cas, le diagnostic est facile et l'antériorité du diabète 
n'est pas discutable. Mais ce sont aussi les cas plus rares et, dans les 
plus habituels, on ne peut guère se fonder que sur une chronologie 
bien souvent sujette à caution. C'est pourquoi le diagnostic du 
diabète gastrique est à peu près impossible, puisqu'il ne semble 
différer en rien du diabète ordinaire, si ce n'est par une origine que 
rien ne saurait faire distinguer d'une complication. 

u J'ai pu cependant saisir sur le vif un cas qui ne 

d![Ttf!^8^e laisse aucun doute sur la réalité du diabète gastrique. 11 

dyspeptique y a euvirou ucuf ans, en 1892, je fus consulté pour 

un enfant de huit ans qui présentait tous les symptômes 

de la dyspepsie hypersthénique permanente. Le traitement conseillé 

fut suivi pendant quelques mois avec une sensible amélioration ; 

mais on relâcha bientôt la sévérité du régime et, en janvier 1895, 

l'enfant m'était amené de nouveau, (iiible, très amaigri, avec une 

énorme distension de l'estomac, un foie débordant les côtes de deux 

travers de doigt et douloureux à la pression, de la diarrhée, tout cela 

avec un appétit excellent et une langue parfaitement rose. Un examen 



I.A GLYCOSURIE DYSPEPTIQUE 583 

du chimisme stomacal démontra de Thyperchlorhydrie libre et orga- 
nique avec des acides de fermentation, donnant au liquide une acidité 
totale de 3«',25 en HCI. L'urine du soir renfermait 2«%22 de sucre; 
Turine du matin n'en contenait pas de trace. Je recommandai d'in- 
sister sur le traitement gastrique; le sucre disparut aussitôt, et des 
analyses régulièrement pratiquées pendant plusieurs mois n'en 
décelèrent pas le retour. Comme l'enfant ne se plaignait plus, qu'il 
avait engraissé, on surveilla moins son régime et même, en 
novembre 1895, on le mit au Ivcée. 

En février 1896, l'attention fut attirée sur la santé du petit 
malade par un amaigrissement rapide, une soif intense et de fré- 
quents besoins d'uriner; une analyse révéla une densité de 1042 
avec 6(V" de sucre par litre. Ce n'est qu'en juillet qu'on me ramena 
l'enfant; l'urine des 24 heures avait une densité de 1030 et con- 
tenait 43^' de sucre; l'urine du matin en renfermait encore 22^^' ; le 
diabète était constitué. Le traitement alternant* institué aussitôt fit 
disparaître le sucre en 18 jours, à la fin de la deuxième série médi- 
camenteuse. Comme Ton constatait toujours les signes de Thy- 
persthénie gastrique, j'en ordonnai alors le traitement et le régime, 
en commençant par le régime lacté absolu. Jusqu'à la fin de sep- 
tembre, on put croire qu'on était maître de la situation : la densité 
se maintenait entre 1015 et 1019 et le sucre ne reparaissait pas. 
J'avais perdu de vue le malade au milieu d'août, mais j'étais tenu 
régulièrement au courant par les parents. A la fin de novembre, on 
m'apprit qu'après une crise de diarrhée le diabète avait repris de 
plus belle avec 54«^ par litre et une l'apide déchéance de l'état 
général. A partir de ce moment, la maladie défia toute intervention 
thérapeutique; en décembre, une analyse donna 430^' de sucre en 
ii heures, et le petit malade succombait en janvier 1897. 

Celte observation démontre nettement la transformation de la 
glycosurie dyspeptique en diabète vrai. Je n'en saurais fournir de 
plus démonstrative et les autres cas que j'ai vus n'entraîneraient pas 
la conviction, parce que l'on ne peut fournir à leur endroit la 
preuve absolue que la dyspepsie était antérieure au diabète. Cepen- 
dant, comment classer des faits comme celui d'un banquier de 
46 ans, dyspeptique hypersthénique depuis quinze ans, ayant fait 
analyser chaque année son urine sans qu'on y trouvât jamais de 
sucre, et qui le 5 mars 1896, à la suite de troubles dyspeptiques plus 
accentués, fait pratiquer une analyse qui révèle 21 «',50 de sucre? 



1. Albert Robin. — Traitement du diabète, Traité de thérapeutique appliquée, 
faw. I. 



584 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

On porte le diagnostic de diabète ; on le met au régime, le sucre ne 
s'abaisse qu'à 19»',10. On institue le traitement de la dyspepsie 
hypersthénique permanente et, le 25 mars, le sucre tombe à 3«S90, 
puis à 3^^38 le 7 avril, à 1«',36 le 17 mai, pour disparaître défini- 
tivement le 27 mai, en même temps que s'amélioraient notablement 
les symptômes gastriques. 

Je possède sept cas de ce genre qui pourraient tous donner 
matière à d'intéressantes remarques. Dans l'un d'eux, le médecin 
traitant, abusé par le clapotage gastrique et les idées fausses pro- 
pagées au sujet de ce symptôme, avait porté le diagnostic de dilata- 
tion de l'estomac au cours du diabète ; il institua aussitôt le fâcheux 
régime sec et l'antisepsie stomacale qui eurent pour premier effet 
défaire monter de 40 p. 100 la quantité du sucre par 24 heures, 
tandis que la glycosurie diminua puis disparut sous l'influence du 
régime lacté. 

i^ Ce diabète dyspeptique peut se compliquer d'acci- 

compuoauoDB Jents divcrs qui en changent complètement l'expres- 
sion habituelle et, malgré cela, il est susceptible de 
complète guérison quand il est bien diagnostiqué et traité. J'ai 
soigné avec Kuss, en 1896, un savant âgé de 51 ans, asthmatique, 
gros mangeur, ayant depuis longtemps dans l'urine des traces de 
sucre qui cédèrent aussitôt à la suppression des féculents, et qui, 
sous l'influence d'une alimentation trop copieuse et d'ennuis pro- 
longés, fut pris de troubles digestifs caractérisés par de la distension 
stomacale, des renvois aigres, une certaine lenteur de la digestion et 
une constipation intense. L'examen du contenu stomacal après repa$^ 
d'épreuve démontrait une hyperchlorhydrie libre et organique 
(H -j- C = 2o',45) et de l'acide lactique en abondance. En peu de 
temps, la déchéance de l'étal général fut telle que plusieurs médecins 
crurent à un cancer. Et la glycosurie atteignit 38®" par litre, si bien 
que d'autres mirent les accidents sur le compte du diabète, en même 
temps que se produisaient des troubles trophiques (durillon forcé 
prenant l'apparence du mal perforant) et une violente irritation des 
voies urinaires avec hématurie^ Je mis aussitôt le malade au régime 
lacté absolu et au traitement de la dyspepsie hypersthénique. L'effet 
ne se fit pas attendre; la glycosurie disparut et l'état général se 
reconstitua. Aujourd'hui quatre ans se sont passés sans que le sucre 
ait reparu ; l'état général est excellent et la santé parfaite de tous 

1. Je n*insi8te pas actuellement sor cette hémaluriey que nous expliquerons à la Leçon 
consacrée aux Émissions d'urine laiteuse^ page 615. 



LA GLYCOSURIE DYSPEPTIQUE 585 

poinls. En eût-il été de même, sMl s'était agi d'uQ diabète ordinaire, 
uniquement soumis au traitement gastrique avec régime lacté d'abord, 
mixte ensuite ? 

u diumostic ^® ^"*^ ^^"^ convaincu que la glycosurie intermit- 

tente des hypersthéniques peut, dans certains cas et à 
la longue, devenir permanente et se transformer en un diabète vrai 
qui porte, dans la persistance des troubles gastriques et dans Tin- 
fluence encore favorable sinon décisive du traitementanti-dyspeptique, 
la marque de son origine. A une période avancée de son évolution, ce 
diabète devient semblable à un diabète quelconque et n'est plus que 
très faiblement modiûé par le traitement gastrique. Il importerait 
donc d'en faire le diagnostic de bonne heure; mais, comme je vous 
Tai dit tout à l'heure, ce diagnostic ne possède pas d'éléments décisifs. 
Dans la pratique, on se fondera sur l'antériorité des troubles dyspep- 
tiques, sur la faible quantité du sucre, au moins au début, sur la 
présence de traces d'albumine dans l'urine de la digestion et sur son 
absence dans l'urine du jeûne, enfm sur l'action favorable du traite- 
ment gastrique. 



III 

La pathogénie. — La glycosurie dyspeptique ne dépend pas d'une insuffisance 
maisd*une suractivité hépatique. — Son interprétation pathogénique. 

A ne considérer que les théories régnantes et 
drspepuqat* quclqucs travaux récents sur la glycosurie alimentaire, 
ne dép^ pas |jj glycosurie par injection sous-cutanée de sucre et 
*»««ffl8»c« rinsufiîsance glycolytique*, recherches qui ont abouti 
à des conclusions erronées parce qu'elles partent toutes 
du faux point de départ que les glycosuries expérimentales de cet 
ordresont l'expression d'une insuffisance glycolytique du foie 
ou des tissus, — à ne considérer, dis-je, que ces théories, on serait 
tenté de faire de la glycosurie dyspeptique un acte d'insuffisance rela- 
tive du foie. Elle prendrait placeainsi à côté desautres glycosuries 
alimentaires. Et quand j'ai parlé de ces faitsàE. WEiLL,alors mon 
interne et auteur, avec Acuard et Gilbert, de recherches connues 
sur les glycosuries, il les a rangés aussitôt dans la vague catégorie 

1. Voyez pour la bibliographie de ces travaux : — R. MoRissEAu, De Tinsuffisance 
gljcolyiique. Thèse de Paris, 1899, et Linossier, Do la valeur clinique de l'épreuve de 
Ja glycosurie alimentaire» Archives générales de médecine^ mai 1899. 



586 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

des glycosuries alimenlaires par insuffisance glycolylique, du diabète 
fruste ou du petit diabète. 

Mais celte idée d'une glycosurie alimentaire liée à une insuffi- 
sance glycolylique même relative du (oie ou des tissus est absolument 
incompatible avec les troubles dans les échanges qui accompagnent la 
glycosurie dyspeptique. Et c'est pour avoir omis cet élément si impor- 
tant du problème que les auteurs précédents ont abouti à une solution 
inexacte. 

Ole dépend ^u effet, uuc insuffisauce hépatique, quelle 

** "hé * u**'**^** qu'elle soit, ne saurait comporter un accroissement de 

tous les échanges, une quantité d'urée atteignant 0«',600 
par kilogramme de poids, un coefficient d'oxydation azotée normal ou 
augmenté, une évolution normale des autres ternaires que le sucre, 
etc. Bien au contraire, cette exagération des échanges et des rapports 
d'échanges correspond à la suractivité hépatique, à cette suracti- 
vité fonctionnelle dont l'hypertrophie de l'organe et lapolycholiesont 
aussi les manifestations. 

^^^ Et cette suractivité fonctionnelle me semble facile à 

inurpréuuon interpréter. Elle dépend de deux causes : l'une est 
1 excitation réflexe exagérée et renouvelée après 
chaque repas que produit sur le duodénum, sur l'ampoule de Vater 
et réflexement sur le foie, le passage d'un chyme hyperacide et stimu- 
lant, comme on sait, de la fonction biliaire ; l'autre est l'excitation 
directe que les sucres engendrés ou transformés par les actes di- 
gestifs exercent fonctionnellement sur la cellule hépatique dont ils 
constituent l'excitant habituel. Et l'on peut se demander si, en théra- 
peutique, la suppression des amylacés et des sucres n'agit pas autant 
sur certains diabètes en privant le foie de cet excitant habituel qu'en 
supprimant la matière première du glycogène. 

La glycosurie dyspeptique constitue donc, dans l'ordre des glyco- 
suries, une espèce à part, différant totalement des glycosuries alimen- 
laires ordinaires, du diabète fruste dont l'existence, d'ailleurs, n'est 
rien moins que démontrée. Elle est le résultat d'actes d'excitation, 
tandis que les autres sont des actes d'insuffisance. A ce titre, elle est, 
pour ainsi dire, la préface du diabète. Dans la glycosurie dyspep- 
tique, en effet, la fonction hépatique et spécialement la fonction glyco- 
génique ne sont excitées qu'à certains moments ; il ne s'agit d'abord 
que d'un retentissement local, mais qui peut, à la longue, mettre en 
branle le système nerveux et créer le diabète vrai, c'est-à-dire l'excita- 
tion continue. 



LA GLYCOSURIE DYSPEPTIQUE 587 

Celte palhogéoie, sommairement esquissée, explique la similitude 
des troubles dans les échanges des glycosuriques dyspeptiques et des 
diabétiques, ainsi que la transformation possible de cette glycosurie en 
diabète, quand le foie continue pour son propre compte, et par suite 
d'une prédisposition héréditaire ou acquise, Texcitation d^abord 
intermittente. Elle laisse soupçonner que nombre de diabètes, dont on 
cherchevainement la cause, reconnaissent la dyspepsie comme origine. 
Elle rend compte de l'une des causes de la gravité des dyspepsies 
chez les diabétiques ordinaireset de Turgence avec laquelle on doit 
les traiter. Enfin elle est justifiée par la thérapeutique, — ce juge sans 
appel, — puisque glycosurie et diabète dyspeptiques relèvent à la 
fois du traitement anti-dyspeptique et des modérateurs de l'activité 
hépatique. 



IV 

Le traitement des glycosuries dyspeptiques. — Les cas simples et les cai 
plus rebelles. — Le traitement consécutif. — Le traitement du diabète 
dyspeptique. — Les traitements anti-diabétique et anti-dyspeptiqae. — 
Le traitement des récidives. 

Le traitemoit Lc traitement découle tout entier de cette pa- 

•^f^^^*»^ Ihogénie et les succès qu'il donne sont la meilleure 
preuve de l'exactitude de la théorie. Que celle-ci, d'ail- 
leurs, soit vraie ou fausse, qu'importe, si le traitement qu'elle indique 
réussit ! 

Il n'est pas un seul des cas de glycosurie dyspeptique qui 
n'ait cédé plus ou moins rapidement à ce traitement lequel n'offre rien 
de difficile ni de particulier puisque c'est simplement celui de la 
dyspepsie hyperslhénique. Dans les cas simples, ordonnez la 
troisième étape du régime avec le traitement médicamenteux sédatif . 
Dans les cas plus sévères, commencez par le régime lacté absolu 
avec les précautions voulues-, sans vous inquiéter de la glycosurie 
qui disparaîtra du fait même de la diminution de l'incitation acide 
sur le duodénum et sur le foie. 

Letnttement Si, par cxceptiou, la glycosurie persistait, il fau- 

dei CM jrait employer les médicaments modérateurs de Tacti- 

^ns rebelles. '^ ^ 

vite fonctionnelle du foie, qui sont : Vantipyrine 

1. Voyez pages 261 à 267 et 272 à 276. 
S. Voyez page 258. 



588 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

associée au bicarbonate de soude, Varséniate de soude et Varsénite 
de potasse^ le carbonate de lithine, la codéine, V opium, la belladone, 
la valériane, etc. J'ai fixé, dans maintes publications, les règles de 
leur administration sous le nom de « Traitement alternant du 
diabète > et je ne puis mieux faire que de vous renvoyer à l'une 
d* elles*. Toutefois il n*est jamais nécessaire de faire parcourir au 
malade les trois séries de ce traitement alternant, et une ou deux 
doses d'antipyrine, de 0^',50 à 0^',75, associées à 0^',50de bicarbonate 
de soude, ou bien l'emploi judicieux de Varséniate de souAÎe, ont bien 
vite raison de cette excitation hépatique plus persistante. 



u traiument II cst bien eutendu que, la glycosurie guérie, il 

consécutif. faudra, pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois, 
selon le degré de cette glycosurie, supprimer toutes les causes de 
stimulation de foie, ce qui comporte un régime strict d'où les fécu- 
lents et les aliments sucrés seront exclus. 



Le traitement Dans le diabète dyspcptiquc, OU eucorc quaud la 

du di^ète quantité du sucre prend une certaine importance, il 

dyspeptifine. *■ ^ , \ 

faut procéder différemment et commencer par réduire 
directement l'activité du foie à l'aide de Vantipyrine. Vous conseil- 
lerez donc le traitement suivant qui devra être suivi pendant trois 
jours seulement : 

Le traitement ^*' Suivrc exactement Vhygiène et le régime des 

^jj^^j^ diabétiques, en supprimant cependant de celui-ci les 

crudités et les acides. 
2" Une heure et demie avant déjeuner et dîner, prendre un des 
paquets ci-dessous qu'on fera fondre dans un peu d'eau de Seltz : 

^ Antipyrine O^'jSO à 1 gramme 

Bicarbonate de soude 0«%50 à 03%75 

Hélez exactement en un paquet. Faites six paquets semblables. 

3° Ne boire pendant les repas que de l'eau de Vichy, source 
Lardy. 

4° Après les repas, prendre une des poudres suivantes, délayée 
dans un peu d'eau : 

1. Albert Robin. — Traitement du diabète» Traité de thérapeutique appliquée, 
fasc. 1, 1895. 



LA GLYCOSURIE DYSPEPTIQUE 589 

?J Magnésie calcinée ) ^ ^ «rararaes 

Bicarbonate de soude \ ' ^ 

Craie préparée 6 — 

Mêlez exactement et divisez en douze paquets. 

5* Si des crises gastriques ou deà accès de pyrosis , ou encore 
des sensations de brûlure, d'aigreur, de constriction ou de tiraille- 
ment au creux épigastrique survenaient dans Tintervalle des repas, 
prendre aussitôt une des poudres composées à la magnésie et au 
smis-nitrate de bismuth *. 

la tmteBtnt Pendant les trois jours de ce traitement, examinez 

MU- quotidiennement Turine afin de cesser les médicaments 
dès que le sucre aura disparu. Et commencez alors le 
traitement de la dyspepsie hypersthénique dans toutes ses étapes, en 
débutant par le réyims lacté absolu. J*en reviens, vous le voyez, 
pour le diabète dyspeptique au régime exclusif de Do?ikin que j'ai 
combattu jadis, en le réservant aux seuls diabétiques albuminuriques. 
Le tort de Donkin avait été de généraliser à tous les cas de diabète 
les faits qu'il avait observés. Ce tort, nous l'avons tous plus ou moins 
daos nos affirmations, et je ne pense pas déchoir en reconnaissant le 
mien et en affirmant que le régime lacté absolu convient merveilleu- 
sement aux cas que nous étudions. 

utniument Je suppose que le sucre reparaisse au cours de 

dei récidives. ^^ traitement. Si la quantité en est abondante et 
dépasse, par exemple, 10 à 15 grammes par litre, revenez à l'ordon- 
nance de tout à l'heure avec Vantipyrine; faites disparaître le sucre 
et reprenez le régime lacté dont vous mitigerez bientôt la rigueur 
pour arriver à la troisième étape du régime, bien entendu sans fécu- 
lents ni aliments sucrés. 

Si la quantité en est minime, donnez, le malin à jeun et le soir 
avant la dernière prise de lait, 0^',15 de carbonate de lilhine que 
vous ferez dissoudre dans une cuillerée d'eau à laquelle vous mélan^ 
gérez une cuillerée à soupe de la solution suivante : 

y Arséniate de soude (fi%Oo 

Eau distillée 300 grammes 

Dissolvez. 
Ou encore, si vous craignez l'acliou parfois irritante de Varsé- 

I. Voycx page 171. 



[ 



590 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

niate de soude sur Teslomac, pratiquez matin et soir, selon l'indica- 
tion de J. Renaut, avec la seringue à embout de Condamin, une 
injection rectale de 5 centimètres cubes du mélange suivant : 

*¥ Liqueur de Fowler 8 grammes 

Eau distillée 92 — 

Mêlez. 

Enfin, dans les cas plus anciens où le diabète est déflnitivement 
établi, il faut alterner le traitement complet du diabète tel que je Tai 
institué en trois séries avec le traitement de la dyspepsie hypersthé- 
nique, en insistant sur Tun ou sur Tautre suivant les prédominances 
de la maladie gastrique ou du diabète. 



' f .. 



CINQUIÈME LEÇON 

LES RETENTISSEMENTS URINAIRES 
L'ALBUMINURIE DYSPEPTIQUE 

L'ALBUMINURIE DITE PHYSIOLOGIQUE, CYCLIQUE OU ORTHOSTATIQUE 
LA CLINIQUE ET LE DIAGNOSTIC DE L'ALBUMINURIE DYSPEPTIQUE 

LE CHIMISME STOMACAL 

LES TROUBLES DES ÉCHANGES — LA PATHO GÉNIE 

LBS INDICATIONS THÉRAPEUTIQUES ET LE TRAITEMENT 



i 



l 

Les retentissements urinaires. — L'albuminurie dyspeptique. — ^ 

L'albuminurie dite ph3rsiologique n'existe pas. — L'albuminurie 
dyspeptique, origine possible du mal de Bright. 

j^ Dans les Leçons consacrées aux dyspepsies, j'ai 

™*!™f*«^«™^'*» étudié les modificalions que chacune d'elles imprime à 

urinaires. ' ^ 

la composition de Turine, afin d'en tirer des indica- 
tions diagnostiques et thérapeutiques. Mais nous devons revenir à 
présent sur deux de ces modifications qui constituent, quand elles 
:^e présentent, de véritables retentissements urinaires ayant leur 
clinique et leur traitement personnels.il s'agit de l'albuminurie 
dyspeptique dont nous nous occuperons aujourd'hui et des 
émissions d'urine laiteuse ou phosphaturie terreuse dys- 
peptique qui feront l'objet de la prochaine Leçon. 

L'aibnminnrie Divcrs auteurs out sigualé depuis longtemps la pré- 

dyspeptique. gencg jç l'albumine dans l'urine au cours des étals 

dyspeptiques, et au Congrès de Nancy, en 1896, Arnozan en a fait 



592 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L*ESTOMAC 

l'objet d'une description particulière. Mais, outre que tous les méde- 
cins sont loin d'admettre cetle variélé d'albuminurie, d'autres qui 
voient toujours dans l'albuminurie Texpression d'une lésion rénale 
se refusent à reconnaître son caractère essentiellement fonctionnel. 
Certains, enfm, la font dépendre de l'irritation superficielle du rein 
par l'éliminalion d'hypothéliques toxines. D'un autre côlé, parmi 
ceux qui sont le plus convaincus de la réalité des albuminuries fonc- 
tionnelles dyspeptiques, personne n'a donné les caractères cliniques 
à l'aide desquels on peut sûrement les distinguer ; car il ne suffit pas 
de la coïncidence d'une albuminurie même minime avec des troubles 
dyspeptiques pour subordonner celle-ci à ceux-là et élablir une rela- 
tion de cause à effet. 



L'aibaminiirie En fait, le diaguostic d'albuminurie dyspep- 

phyiioioflique. tîquc u'cst prcsquc jamais posé, sans compter qu'elle 
n'exiite pas. ^gj mécounuc daus deux cas sur trois^ et, quand on 
reconnaît la présence de l'albumine, on la considère soit comme lésio- 
nale ou brightique, soit comme cyclique, intermittente ou physiolo- 
gique. J'ai déjà vivement combattu cette notion de Talbuminurie 
dite cyclique qui continue à être admise à tort par quelques théo- 
riciens. En réalité, elle n'existe pas comme espèce morbide et tout 
ce qui a été publié sur elle se rapporte aux albuminuries fonction- 
nelles gastrique, phOsSphalurique*, etc. 

Prenant au hasard, dans mes dossiers, 30 observations de ma- 
lades déclarés albuminuriques cycliques ou physiologiques, je trouve 
24 dyspeptiques et 6 phosphaturiques. Cette statistique sommaire 
serait aisément augmentée, mais ma conviction est désormais faite : 
l'albuminurie dite physiologique ou cyclique est destinée à dispa- 
raître du cadre nosologique, et son diagnoslie suppose toujours un 
examen incomplet du malade. En dehors des 30 cas ci-dessus, com- 
bien pourrais-je citer, d'après mon observation personnelle, de ces 
soi-disant cas d'albuminurie cyclique qui étaient des albuminuries 
phosphaturiques, des albuminuries nerveuses (Dignat-), des albu- 
minuries passagères dues à l'élimination temporaire d'une urine 
chargée d'acide uriquc ou d'oxalale de chaux, ou qui encore étaient 
créées de toutes pièces par un mauvais réactif ou un examen insuf- 
fisant! Je n'en excepte même pas l'albuminurie dite physiolo- 
gique des nouveau-nés, car j'ai démontré en 4876 qu'elle 



1. Albert Robin. —Des albuminuries phosphaturiques. Classification et traitement, 
Bulletin de V Académie de médecine^ 1891. 

2. DiGNAT. — Bulletin général de thérapeutique, 1900. 




l/ALBUMINimiE DYSPEPTIQIE 593 

n'existait jamais chez les Douveau-nés tout à fait bien porlants*. 
QuaDt à ralbuminurie dite orthostatique% qui a fait l'objet de 
communications récentes à la Société médicale des hôpitaux, je ne la 
nie pas, mais tous les cas que j'ai observés jusqu'à présent rentraient 
dans les albuminuries dyspeptiques et nerveuses. 

iattramiDorie H 6st inutile d'iusislcr sur la nécessité de recon- 

Jj^T'îi^ie °^^^i*^ ^^ boone heure l'albuminurie dyspeptique, 

do d'abord parce qu'elle est curable quand on la traite 

mal de Bright. . . ^ 

comme il convient, puis parce que, fonctionnelle et 
secondaire pendant un temps assez long, elle peut devenir plus 
lard lésionale et aboutir à la maladie de Bright. Depuis longtemps, 
je considère le mal de Bright non comme une maladie essentielle, 
mais bien comme l'acte morbide terminal de plusieurs états mor- 
bides antérieurs, comme la période ultime de plusieurs mala- 
dies qui peuvent demeurer longtemps fonctionnelles. L'attention 
des observateurs doit donc se concentrer sur la recherche des trou- 
bles fonctionnels dont le mal de Bright peut devenir, à un moment 
donné, la complication anatomique, sur leur diagnostic précoce, 
puisque c'est à ce moment seulement que ce mal de Bright en puis- 
sance est justiciable d'une thérapeutique rationnelle, tandis que le 
Iraitemenl de la maladie confirmée donne l'exemple frappant de l'in- 
certitude qui gouverne la thérapeutique des lésions établies. 



I. Parrot et Albert Robin. — Études pratiques sur Purine normale des nouveau-nés. 
Applications à la physiologie et à la clinique. Archives générales de médecine, 1876. 

i. BOUHCY, MERKLEN, WiDAL, MlLLARD, A. SiREDEY, RENDU, SEVCSTRE, ACUARD et 

LoessER. — Dullelins de la Société médicale des hôpiiau,i\ juin 1U00. Voir aussi les 
recherches de J. Teissier. 



Il 



an 



594 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 



II 



La clinique et le diagpiostic de Talbuminurie dyspeptique. — Les 
rapports de l^albuminurie avec les dyspepsies. — L'étude du 
chimisme stomacal. — La symptomatologie générale. — L'ab- 
sence de symptômes brightiques. — Les signes urologiques. — La yaria- 
bilité de ralbumiaurie. — L'influence des alimenls. — L'influence du repos. 
— La nature de l'albumine. — Les autres caractères de l'urine. — Les sédi- 
ments urinaires. — Les échanges généraux. — Les échanges res- 
piratoires. — Les opérations du diagpiostic. 



Pour reconnaître l'albuininurie dyspeptique, je 
de rauraminiirie VOUS disais tout à Theure qu'il ne suffit pas de constater 
les dyVApstot. Texislence simultanée de troubles dyspeptiques et de 

l'albuminurie, parce que souvent des crises d'hyper- 
slhénie surviennent au cours de la maladie de Bright confirmée. 

II est donc nécessaire de rechercher s'il y a des caractères assez 
personnels à cette albuminurie pour qu'il soit possible de l'individua- 
liser. Ces caractères existent, ainsi que je vais vous le démontrer 
en m'appuyant sur la clinique, sur l'examen du suc gastrique, sur la 
chimie urinaire et sur le chimisme respiratoire. 

Quand vous diagnostiquez l'hyperslhénie gastrique, ne manquez 
jamais d'examiner les urines et quand, d'autre part, vous trouvez de 
Falbumine dans une urine, ne négligez jamais l'étude des fonctions 
gastriques et Texamen direct de l'estomac. Lorsque, avec une albumi- 
nurie minime, coexiste Thypersthénie gastrique révélée par ses signes 
essentiels (HGl en excès dans le contenu stomacal, conservation ou 
exagération de l'appétit coïncidant avec l'aspect amaigri ou déprimé 
du sujet, distension variable de l'estomac, hypertrophie fonclionnelle 
et variable du foie, coprostase, crises gastriques), vous avez déjà un 
indice important. 

Pour vous donner une idée de la fréquence de celte complication, 
sachez que, sur 1585 cas de dyspepsie hypersthénique , associée ou 
non aux fermentations gastriques, elle a. été trouvée 308 fois, soit 
chez 19,5 p. 100 des malades. Ces 308 observations se décomposent 
ainsi : 113 malades, soit 36,7 pour 100, ont été considérés comme 
des brightiques se répartissant de la manière suivante : 



r 



"ï-wi 



L'ALBUMINUaiE DYSPEPTIQUE 595 

Nombre de cas d'hyperstbénie. • 1585 

AUraminurie constatée 308, soit 19,5 7o 

— considérée corome brighiique 1 13 

— — — d*origine inconnue 60 

— — — — scarlatineuse. 26 

— — — — puerpérale. . . 8 

— — — — angineuse ... 5 

— — — — alcoolique... 4 

— — — — graveleuse. . . 3 

— — — — rubéolique . . 3 

— — — — tuberculeuse. 2 



Chez ces iiâ malades, les troubles gastriques passaient au second 
plan et n'ont été reconnus qu'au moment de Texamen systématique. 
Les sujets se croyaient brightiques et étaient traités comme tels. Chez 
les 185 autres, c'étaient, au contraire, les troubles stomacaux qui 
avaient retenu toute l'attention et l'albuminurie avait été méconnue. 
Ajoutons que quelques-uns de ces malades ont été pris pour des 
neurasthéniques. 

Existe-t-il une variété de dyspepsie hypersthénique dans laquelle 
Talbuminurie soit plus fréquente ? En principe, elle se rencontre beau- 
coup plus dans les formes aiguës et permanente simple que dans les 
formes cachectiques ; à peine un dixième de mes malades touchaient-ils 
la période de déchéance. En outre, sur 85 cas où l'on a fait l'examen dif 
chimisme stomacal, il y avait 80 fois des fermentations gastriques an- 
térieures ou secondaires à rhypersthénie,soit94 p. 100. Il est difficile 
après cette constatation de ne pas faire aux fermentations une part 
dans i'étiologie de l'albuminurie dyspeptique, d'autant que je l'ai ob- 
servée aussi dans des cas où ces fermentations avaient un caractère 
nettement primitif. 

u fréquence ^^ ^'^^^ f^^^' remarquer aussi que l'albuminurie 

les^L dyspeptique est beaucoup moins commune chez les 
adultes et les vieillards que chez les enfants et les ado- 
lescents où elle a encore été décrite sous le nom d'albuminurie de 
<îroissance. P. Londe, mettant au premier rang l'influence de l'hé- 
rédité, la considère alors comme une albuminurie familiale ^ On 
a donc invoqué tour à tour, pour l'expliquer, des conditions laté- 
rales telles que la croissance, Thérédité, l'aithritisme, la position 
debout, le mouvement, etc., conditions qui prennent, suivant les cas, 

1. p. LOHDE. — De l'albuminurie familiale, Archives générales de médecine, 1899. 



L 



596 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

quelque part prédisposante ou déterminante dans son étiologie, 
et ron a méconnu l'élément morbide dyspeptique dont l'absolue 
constance est suffisante pour la caractériser. 

Lechimisme Le chimismo stomacal de ces malades, tout en 

stomacal. rappelant dans la plupart des cas par ses traits essen- 
tiels ceux de la dyspepsie hyperslhénique et des fermentations gas- 
triques primitives ou secondaires, offre cependant certaines particu- 
larités qui paraissent se rencontrer plus spécialement dans les cas 
compliqués d'albuminurie. Voici le résumé de 85 analyses : 

Acidité totale de P%dO à 69',30. — Moyenne, 3«',29 
HCl libre ... de 03%95 à 49%35. — Moyenne, i^^'^i 

Acides de fermentation dans 80 cas 

Acide lactique dans 45 — 

— butyrique dans 25 — 

— acétique dans 15 — 

Mucine Toujours absente. 

Albumine coagulable par la chaleur dans. . . 65 cas 

augmentées dans 45 — 

Syntonines { normales dans iO — 

diminuées dans 30 — 

augmentées dans 15 — 

Peptones ^ normales dans 51 — 

diminuées dans 19 — 

Sucre • A peu près normal. 

Digestion / bonne dans 9 cas 

des I mauvaise dans 31 — 

féculents ( très mauvaise dans 45 — 

Les dominantes de ces analyses sont : 

1* Le chiffre élevé de l'acidité totale et de l'HCl libre ; 
2** La presque constance des fermentations ; 
S"" La présence habituelle d'albumine coagulable par la cha- 
leur, c'est-à-dire n'ayant pas subi l'action du suc gastrique; 
4° La mauvaise digestion des féculents. 

La La symptomatologie générale n'offre rien de 

Bytoptomatotogie caractéristique. Tantôt ce sont les symptômes gastriques 

qui dominent; tantôt les sujets se déclarent parfaite- 
ment bien portants; tantôt, enfin, ils attirent l'attention du médecin 
sur un ou plusieurs symptômes déterminés qui les inquiètent et 



L'ALBUMINURIE DYSPEPTIQUE 597 

pour lesquels ils viennent demander un avis. Ces symptômes sont, pai* 
ordre de fréquence : 

]• Sensation de fatigue générale, d'épuisement, coïncidant géné- 
ralement avec de l'inaptitude intellectuelle (121 cas); 

2' Stigmates isolés ou associés de neurasthénie dont le 
médecin inattentif porte aussitôt le diagnostic (iiO cas); 

3* Amaigrissement sans cause apparente et malgré le maintien 
de Tappétit (92 cas) ; 

4' Pâleur tout à fait marquée de la face, ou air fatigué, mau- 
vaise mine qui frappe le malade ou son entourage (88 cas) ; 

5* Céphalalgie, céphalée, migraine, lourdeur de tête (62 cas); 

6" Dermatoses diverses, eczéma, urticaire, acné, dermatite 
exfoliatrice, etc. Plusieurs malades m'ont été adressés par E. Besnier 
avec le diagnostic : < Dermatose dont on doit rechercher la cause dans 
un trouble de la nutrition. > (45 cas); 

T Intermittences, palpitations du cœur, ai^thmie, crises 
pseudo-angineuses (37 cas) ; 

8" Vertiges, sensation de vide dans la tête (32 cas). Dans 7 de 
ces cas, le vertige a été pris pour de Turémie; 

9" Sensation perpétuelle de refroidissement général ou par- 
tiel (30 cas); 

10- Fétidité de Thaleine (25 cas). 

L'absence La plupart, siuon la totalité des symptômes précé- 

* wSS'*^** dents dépendent de la dyspepsie causale et non de l'al- 
buminurie. Cependant il me semble que quelques-uns 
d'entre eux se rencontrent plus habituellement dans cette variété 
que dans les autres, sans qu'il me soit possible de vous donner la 
cause exacte de cette plus grande fréquence. Mais ce qui est certain, 
c'est que les symptômes ordinaires de l'albuminurie brightique man- 
quent toujours. Ainsi on ne voit jamais d'œdème. Deux malades 
seulement, toutes deux neurasthéniques, ont déclaré avoir eu les 
yeux gonflés au réveil; l'une d'elles disait qu'elle avait quelquefois 
un peu d'oedème malléolaire ; cependant l'examen le plus attentif et 
maintes fois renouvelé ne m'a pas confirmé leur dire et c'est juste- 
ment cette absence de symptômes brightiques qui fait, que 
celte albuminurie est si fréquemment méconnue. Quant à ceux que 
je viens de vous signaler, ils ont l'importance de symptômes révéla- 
teurs, et vous ne devrez jamais négliger d'examiner les urines quand 
vous les constaterez. 



1 



598 LES RETEiNTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

LesiignM Cet exameo de rurine, en effet, nous fournii'a 

nroiogiqaes. j^g signes décisifs quî nous permettront de distin- 
guer trois variétés d'albuminurie dyspeptique et d'en faire aisé- 
ment le diagnostic. 

Ces signes sont lires de Tétude de Talbumine, de ses variations, 
des autres caractères de l'urine, des échanges généraux et des 
échanges respiratoires. 

u ▼ariabiuté L'albuminuric est essentiellement îrrégulière, en ce 

.. ,. ^î ^ sens qu'on la trouve dans certaines émissions et qu'elle 
manque dans d autres. Dans les cas les plus nom- 
breux, elle apparaît dans une ou deux des émissions de la journée, 
non pas quotidiennement, mais à intervalles plus ou moins réguliers. 
Voici, à titre d'exemple, le résumé des observations faites, en juillet, 
novembre, décembre 1894, janvier et février 1895, sur une jeune 
lille de vingt ans, considérée d'abord comme brightique et complète- 
ment guérie aujourd'hui. 

Juillet 189i. — Les examens d'urine ont été faits au réveil, 
à 11 heures du matin, à 3 heures, à 7 heures et à 10 heures du soir. La 
quantité d'albumine trouvée au tube d'Esbach a varié de 0,10 à 0,50. 

Albumine : le 16 à 3 heures; le 17 à 10 heures du soir; le 23 elle 24 à 
7 heures du soir; le 26 à 11 heures du matin, soit cinq émissions albumi- 
neuses pendant le mois. 

Novembre. — Albumine : le 7 à 10 heures du soir; le 11 à 2 heures; le 
22 à 7 heures du soir; le 23 à 11 heures; le 25 à 3 heures ; le 26 à 3 heures, 
soit six émissions albumineuses. 

Décembre. — Albumine : le 2 et le 3 à 7 heures; le 4 à 3 heures et à 
7 heures; le 8 et le 9 à 3 heures; le 15 à 11 heures, 3 heures, 7 heures; 
le 23 à 3 heures ; le 26 à 6 heures ; le 27 au réveil; le 29 à 11 heures; le 
31 à 6 et 10 heures du soir, soit douze émissions albumineuses. 

Janvier 1895. — Quinze émissions albumineuses. 

Février, — Douze émissions albumineuses. 

En règle générale, il n'^y a pas d'albumine dans l'urine du réveil, 
c'esi-à-dire après le jeûne et le repos de la nuit. L'albumine n'appa- 
raît que dans l'urine de la digestion, ou encore après une marche, 
une fatigue, un refroidissement. Dans les cas exceptionnels où l'on 
trouve des traces d'albumine dans l'urine du malin, cela tient ou 
bien à ce que le patient n'a pas bien vidé sa vessie en se couchant, 
ou bien à ce qu'il a eu froid, ou encore à ce qu'il s'est levé pendant 



L'ALBUMINURIE DYSPEPTIQUE 



599 



la nuil. La quantité d'albumine est toujours faible el oscille entre 
des traces indosables et 0«%60 au plus par litre. 

Dans une deuxième série de cas, l'albumine, tout en se main- 
tenant entre des traces et O^^eO et n'atteignant que rarement 1 gramme 
ou i^^50, existe d'une façon continue dans Furine de la digestion ou 
de la marche et manque constamment dans celle du matin. 

Enfin, dans une troisième catégorie de faits, l'albuminurie est 
constante ; elle diminiie seulement dans d'assez grandes proportions 
dans l'urine du réveil. De fonctionnelle, la maladie est devenue 
lésionale et Ton touche aux confins du mal de Bright. Alors la pro- 
portion de l'albumine devient plus considérable ; elle atteint facile- 
ment 1 et 2 gi*ammes et plus dans les urines de la digestion, sans 
compter que des symptômes de brightisme viennent, à une période 
plus avancée, ne laisser aucun doute sur la réalité d'une lésion. 

Sur les 308 cas d'albuminurie dyspeptique, il y en avait 495 d'A. 
transitoire, 81 d'A. continue dans l'urine de la digestion et 32 d'A. 
brightique. Les cas de la première série sont tous curables; ceux de 
la deuxième le sont dans la proportion de 75 p. 100; ceux de la troi- 
sième ne guérissent que très rarement. 



Llnfliienee 
des aUments 

sur 
ralbnniiiMule. 



Quel que soit le degré de l'albuminurie, mais prin- 
cipalement dans les deux premiers types, il est quelques 
caractères qui méritent, au point de vue du diagnostic, 
une mention spéciale. 

L'apparition et la quantité de l'albumine dépendent de l'alimen- 
tation, mais les divers aliments n'ont pas tous, ni toujours, la même 
action. Yoici deux exemples qui vous expliqueront ceci mieux que 
toute description. Le premier a été recueilli chez un jeune homme 
de dix-huit ans venant du Nicaragua, l'autre chez un négociant de 
Paris, âgé de trente-deux ans. 



PREMIER EXEMPLE 



1* février, 8 heures matin. — Urine 
acide. Pas d'albumine. Lomehe 
pb&sphatique par la ebaleur. 

8 heures 1/4. — Déjeuner compesé 
d'une grande tasse de lait et d'un 
petit morceau de pain grillé. 

Midi. — Urine neutre. Beaucoup de 
phosphates terreux. Albumine, 
0^,37. 



SECOND EXEMPLE 



27 octobre, 8 heures matin. — Al- 
bumine, 0. 

8 heures 1/4. — Premier déjeuner. 
Lait et pain. 

Midi. — Urine faiblement acide. 
Albumine, 08^,12. 



600 



LES RETEiNTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 



PREMIEU EXEMPLE (suite.) 



Midi 1/4. — Repas animal. Deux 
œufs à la coque, une côtelette de 
mouton, hachis de viande, eau 
d*Evian. 

7 heures soir. — L'urine recueil- 
lie de 1 heure 1/2 à 7 heures est 
acide, ne précipite pas de phos- 
phates terreux parla chaleur, mais 
contient 09'^,322 d'albumine. 

7 heures i/2. — Repas végétal. 
Soupe maigre, macaroni, lentilles, 
pommes de terre, compote de 
pommes, eau d'Evian. 

Minuit. — L'urine recueillie de 
8 heures à minuit est faiblement 
acide, précipite abondamment des 
phosphates terreux par la chaleur 
et contient 0«'",30 d'albumine. 

2 février, 8 heures malin. — Albu- 
mine, 0. 



DEUXIÈME EXEMPLE (suite.) 



Midi 1/4. — Repas animal. 



7 heures soir. — Albumine, 0^,260. 
Léger trouble dû aux phosphates 
terreux. 



7 heures 1/2. — Repas végétal. 



Minuit. — Urine neutre. Léger 
trouble dû aux phosphates terreux. 
Albumine, 0»% 330. 



28 octobre, 8 heures matin. — Al- 
bumine, 0. 



Ces deux exemples, que je pourrais aisément multiplier, démon- 
trent d'abord rinfluence de ralimenlation, ensuite que la 
nature de celle-ci agit différemment suivant les sujets, puisqu'on voit 
le lait fournir le maximum d'albumine dans le premier exemple et le 
minimum dans le second; Talimentation exclusivement animale 
donne plus d'albumine dans le premier exemple que la végétale, ce 
qui est exactement le contraire dans le second. Ces divergences sont 
difficiles à expliquer d'une manière cerlaine; cependant j'incline à 
penser qu'elles dépendent, au moins en partie, de la manière dont 
l'évolution des féculents se fait dans l'estomac, le minimum d'albu- 
mine urinaire après le repas végétal marchant ordinairement de pair 
avec une bonne digestion des féculents et le maximum d'albumine 
après le lait s'accompagnant de fermentations butyriques. Si incertaines 
que soient encore ces explications, elles montrent la voie à suivre 
pour déterminer le motif de ces variations si individuelles de l'albu- 
minurie après les divers régimes; elles indiquent aussi que ce 
régime ne doit pas être le même pour tous les malades et que, si on 
veut rétablir d'une façon rigoureuse et presque à coup sûr, il faut 
réaliser deux expériences : 



1,'ALBUNINURIE DTSf%PT|l.)lI£ GOI 

1' Faire l'examen du contenu g^tstrique après repas d'épreuve et 
examiner en détail l'aptitude digeslive de l'eslomac vis-à-vis 
minoïdes et des féculents ; 

^Pendant trois jours, pratiquer « l'épreuve du régin 

façon soivanlc : 

Premier jour Régime laclé absolu. 

Deuxième jour Régime végéta). 

Troisième jour Régime animal. 

On recueillera l'urine des vingt-quatre heures et l'c 
raibumine correspondant à chacun de ces trois régimes. 

Si l'on ne dispose pas du temps nécessaire ou si le n; 
veut pas se soumettre à cette expérimentation, on fera la ) 
en un seul jour, en donnant le régime du lait le malin au 
repas végétai à midi, le repas animal le soir. Dans ce cas, ( 
i'albiimine dans les urines de chaque digestion particulière, 
cela a été fait dans les deux cas pris plus haut pour exemj 
verrez tout à l'heure les applications thérapeutiques de ces 

iionasnoa Un autre caractère important à noter poi 

*'"'^- gnostic, c'est que, dans plus des deux tiersdes 
bumine disparait même dans t'urine de la digestion si le mal: 
le repos absolu au lit pendant quelques jours. Cette infl 
repos au lit est tout à fait significative; elle est corroborée p 
que l'albumine augmente toujours après la marche, la fatigu 
ciw du cheval ou de la bicyclette, la danse, etc. A ce p 
pourrais vous citer des quantités d'exemples : ainsi, chez i 
lille de Philadelphie, ia danse était le seul exercice qui a 
l'albumine; une autre m'intrigua longtemps parce qu'elle i 
\onTs une plus grande quantité d'albumine le dimanche, et 
par avoir la preuve que cela était dû aux exercices de la grai 
Celle action du repos au lit est tellement manifeste qu'une n 
«Dgl-deuK ans qui avait observé ce fait résolut de le metln 
comme moyen de traitement; elle demeura au lit six mois 
lira et guérit complètement. Chose curieuse, la survenance 
fébrile infectieux léger ne fait quelquefois pas reparaître V. 
pendant le repos au lit qu'il nécessite : j'ai vu, avec le D' Gii 
pelile fille de onze ans qui avait présenté jusqu'à 0''',60 d'; 
im l'urine de la digestion; elle fut atteinte de grippe té< 
complication d'angine simple et d'otite et, naturellement, di 
le lit; pendant les quinze jours que dura le décubitus, l'i 



602 LES R£TENTISS£M£liTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

examinée trois fois par jour et Ton ne trouva de traces indosables 
d'albumine que dans une émission du dixième jour. 

unfttore Enfin il est un dernier caraclère, récemment 

**• ^^iJJXf"^' découvert par Gloetta qui a fait, dans mon 

laboratoire, un important travail sur les différentes 
albumines urinaires ^ Dans les albuminuries digestives de la première 
et quelquefois de la deuxième catégorie, l'albumine urinaire est 
uniquement de la serine, tandis que l'albumine rénale est formée de 
proportions variables de serine et de globuline. Pour Gloetta, 
l'apparition de la globuline dans Talbuminurie digestive ti*aduirait 
un léger degré de fatigue du rein : ainsi la globuline manque dans 
les premières émissions albumineuses de la digestion et n'apparaît 
que dans les dernières émissions de la soirée; encore n'existe-t-elle 
alors qu'à l'état de traces impondérables. 



Us 

oan 

de rorlM. 



Les autres caractères de l'urine méritent une 



antres oaractèret rapide meUtioU. 



Dans plus de la moitié des cas, la chaleur provoque 
un trouble dû à la précipitation des phosphates terreux; 
une goutte d'acide acétique les dissout et laisse reconnaître l'opa- 
lescence de l'albumine coagulée. Gette précipitation des phosphates 
terreux peut se rencontrer même dans les émissions non albumi- 
neuses. 

La glycosurie minime et passagère, limitée aussi aux émis- 
sions digestives, accompagne l'albuminurie dans 13 p. 100 des cas. 

Les pigments anormaux sont d'une extrême rareté ; mais les 
deux principaux chromatogènes urinaires sont, au contraire, très 
communs et parfois assez abondants. L'indican qui est en rapport 
avec les fermentations gastro-intestinales, l'urohématine qui est 
un indice de plus grande destruction globulaire se rencontrent 
isolés ou associés dans près des deux tiers des analyses. 

^mto^!'*" Les sédiments sont, par ordre de fréquence : 

Leucocytes isolés et en très petite quantité.. 86 p. 100 

Oxalate de chaux en octaèdres 40 — 

Phosphates bi- ou tri-calciques 28 — 

Urates de soude 24 — 

Acide urique 16 -^ 

Phosphate ammoniaco-magnésien 12 — 

Cylindres hyalins 2 — 

1. Cloetta. — Archives générales de médecinef novembre 1897. 



L'ALBUMINURIE DYSPEPTIQUE 603 

Les leucocytes, malgré leur constance, ne me paraissent pas 
avoir de signification ; peut-être traduisent-ils une légère irritation 
des voies urinaires par les autres éléments sédimenteux ou par l'urine 
elle-même qui est quelquefois assez dense; peut-être aussi sont-ils 
Torigine d'une partie, au moins, de la globuline urinaire. 

L'oxalate de chaux m'a paru affecter certaines relations avec 
les fermentations gastro- intestinales. 

Les phosphates calciques, les urates et Tacide urique 
ne piêlenl matière à aucune considération. 

EnGn on remarquera que, dans les albuminuries digestives, il n'y 
a pas de cylindres, même hyalins; au moins n'en ai-je rencontré 
que dans 2 p. 100 des cas ; encore s'agissait -il, alors, de ces albumi- 
nuries déjà avancées et frisant la lésion que l'on pourrait dénommer : 
albuminuries digestives prébrightiques. 

lm échanges Lcs échangcs géuéraux présentent une grande 

« *"" irrégularité, et j'ai beau compulser les analyses, je ne 
puis eo tirer une formule univoque applicable au plus grand nombre 
des cas. La moyenne arithmétique des chiffres de ces analyses n'a 
rien qui réponde à la réalité. Cependant certains éléments appa- 
raissent plus fréquemment et forment une sorte de syndrome nu- 
tritif qui comprend: l'augmentation des échanges azotés 
el du coefficient d'oxydation azotée; une tendance à la 
phosphaturie, à l'élévation du rapport Ph^O* : Azote total 
el du rapport des phosphates terreux aux phosphates to- 
taui, à l'augmentation du coefficient de déminéralisation 
el du rapport du chlore à l'azote total. Ce syndrome n'a pas de 
relation directe avec l'albuminurie dyspeplique, puisqu'il n'existe 
pas dans tous les cas et que celle-ci se manifeste quelquefois avec un 
syndrome tout à fait opposé. Toutefois l'augmentation du coefficient 
de déminéralisation et du rapport de l'acide phosphorique lié aux 
terres à l'acide phosphorique total est tellement fréquent qu'il est 
difficile de ne pas lui faire jouer un rôle dans la genèse de cette 
albumiourie. 

Leséchanges Lcs échaDges respiratoi TCS out été étudiés avcc 

'**'*'*^*"* l'aide de Maurice Binet chez dix malades. Dans huit 
cas, les échanges sont abaissés ; ils sont normaux dans un cas, uh peu 
augmentés dans le dernier. Presque toujours, la diminution lient à 
un amoindrissement de la ventilation. Le quotient respiratoire 
esl abaissé dans sept cas, normal dans deux cas, augmenté dans un 
seul. L'oxygène fixé par les tissus est augmenté dans huit cas, 



l 



604 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

diminué dans les deux autres. En somme, tendance marquée à 
la diminution des échanges avec augmentation deToxygène 
fixé par les tissus. 

Les opérations Après ccltc étudc détaillée de la symptomatologie 

dia **°8U ^^ ralbuminnrie dyspeptique, son diagnostic se pré- 
sente avec une grande simplicité et peut se résumer 
dans les opérations suivantes : 

1" L'albuminurie une fois constatée, rechercher immédiatement 
les symptômes de Thypersthénie gastrique et confirmer le diagnostic 
par l'analyse du contenu stomacal après repas d'épreuve. 

2** S'enquérir ensuite des symptômes associés afin de les rapporter 
à leur véritable cause. 

3" Rechercher si l'albumine manque dans les urines du réveil, 
si elle est intermittente ou constante dans l'urine de la digestion ou 
si elle existe dans toutes les émissions. 

4** Etudier si le repos au lit la fait disparaître, même dans l'urine 
de la digestion, et quelle influence exercent sur elle les diverses ali- 
mentations lactée, animale, végétale. 

5" Déterminer si l'albumine est de la serine pure ou si elle ne 
renferme que des traces de globuline. 

6° Les autres caractères tirés de l'analyse des urines, de la chimie 
des échanges et du chimisme respiratoire viendront confirmer Je 
diagnostic; mais ils sont trop difQciles à fixer pour entrer utilement 
dans la pratique, puisqu'ils nécessitent des connaissances chimiques 
étendues, l'habitude des recherches et un laboratoire. Cependant 
l'excès des phosphates terreux, la coïncidence de la glycosurie dans 
l'urine de la digestion, l'élévation du coefficient de déminéralisation, 
qui sont plus faciles à reconnaître, fourniront d'utiles indications 
complémentaires. 



L'ALBUMINURIE DYSPEPTIQUE 605 



III 



Les incertitudes de la pathogénie. — L*hypothèse des toxines. — 
La sériation des éléments morbides. — Leur interprétation 
pathogénique. 

Les incertttades ^^ dcvrais maintenant vous exposer la pathogénie 
la atho énie ^^ ralbuminurie dyspeptique et tirer de cette patho- 
génie des indications ihéropeutiques. En effet, c'est 
ainsi que l'on a coutume de procéder : on recueille des faits, on 
cherche leurs points de contact et on généralise plus ou moins hâtive- 
ment les résultats d'une observation forcément limitée. Puis, avec 
une apparente mais spécieuse logique toujours asservie aux passa- 
gères idées régnantes, on force les analogies pour établir la sériation 
des éléments morbides du schéma que Ton a créé, et l'on entre en 
possession d'une théorie pathogénique qui, malgré les enseignements 
que devrait fournir l'effondrement de celles qui l'ont précédée, de- 
meure pour un temps le point d'attache d'actions thérapeutiques aussi 
incertaines et aussi peu durables que le système dont elles sont 
issues*. Cette manière de faire de la pathogénie, encore qu'on 
relaye solennellement de quelques recherches destinées à la vérifier 
et qu'on la décore du titre d'expérimentale, n'a rien qui me séduise, 
etsi, par esprit d'imitation, je me hasarde quelquefois à tomber dans 
ce Iravers, je suis toujours bien décidé à ne considérer ma théorie 
que comme une manière de résumé temporaire dont j'aurai le devoir 
de me débarrasser dès que de nouveaux faits en montreront l'inexac- 
titude. 

C'est vous dire qu'aucune des théories qui se présentent à 
Tesprit pour expliquer l'albuminurie dyspeptique n'est satisfai- 
sante. 

On pourrait invoquer les hypothèses quiont été proposées pour ex- 
pliquer les albuminuries fonctionnelles qu'il faudra bien se résigner 
un jour ou l'autre à admettre. Ces hypothèses sont : le trouble méca- 
nique de la circulation rénale, le trouble nerveux expérimentalement 
démontré par Claude Bernard, l'irritation rénale par les soi-disant 
loxines gastriques, la destruction globulaire exagérée, l'arthri- 
lisrae, etc. 

1. Albert Robin. — Traitement de ralbuminurie dyspeptique, Bulletin général de 
tkiropeulique, 1898. 



■...1 



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if 



606 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

L'hypothèse En somme, avec les idées régnantes, c'est encore 

des toxines, j'hypothèsc des toxines qui satisfait le plus grand 
nombre. Elle a été exposée avec un grand talent par Arnozan au 
Congrès de Nancy * et par J. Teissier dans un remarquable article 
sur le régime des albuminuriques \ J'avoue cependant qu'elle ne me 
parait reposer sur aucune preuve sérieuse. En effet, ces toxines, il 
faudrait au moins démontrer leur existence, ce qui n'a pas été fait 
d'une manière décisive. Comment conçoit-on que Kussel moi nous 
n'ayons pas trouvé ces toxines dans des cas d'hypersthénie per- 
manente et notamment dans ceux qui étaient compliqués d'albumi- 
nurie? Cette non-toxicité du contenu stomacal ruine complètement la 
théorie de l'auto-intoxication. J. Tessier a si bien senti l'incertitude 
de la théorie des toxines qu'il ajoute : € Mais peut-être ne faut-il pas 
écarter absolument l'idée du passage à travers le rein de matières 
proléiques insuffisamment comburées ou introduites en trop grandes 
proportions dans l'estomac. » 

Lasérutioii Cctlc dernière hypothèse me paraît déjà plus con- 

^'"ortïdes*" forme à la réalité des faits et nous allons chercher, en 

de raihumtaarie reprenant les traits principaux des troubles de nutrition 

constatés au cours des albuminuries dyspeptiques, à 
constituer un groupement qui serre les faits de près et laisse autant 
que possible de côté toute conception doctrinale. Ces traits principaux 
sont les suivants : 

1* Du côté du p rocessus digestif, la présence d'une quantité no- 
table d'albumine coagulable par la chaleur, c'est-à-dire n'ayant pas 
subi l'action du suc gastrique ; 

2"" Du côté de l'albuminurie, la présence de l'albumine dans 
l'urine de la digestion seulement; l'influence de l'alimentation variant 
très nettement suivant les sujets; l'action suspensive du repos sur 
l'albuminurie ; la nature de l'albumine (serine pure); 

3" Du côté de l'urine, la quantité des phosphates terreux, la fré- 
quence de la glycosurie, l'absence de cylindres ; 

^'^ Du côté des échanges généraux, l'augmentation si fréquente 
du coefficient de déminéralisation organique; 

5** Du côté du chimisme respiratoire, l'abaissement général des 
échanges. 

De cet ensemble de faits, il ressort évidemment que l'albuminurie 

1. Arnozan. — Du pronostic des albuminuries, Congrès de Nancy ^ 1896. 
â; Joseph Teissier. — Du réfime des albuminuriques, Traité de thérapetUique affpli» 
quét cTâlbert Robin, fasc. II. 



4 



L'ALBUMINURIE DYSPEPTIQUE 607 

est bien d'origine digestive et non rénale, qu'une partie de l'albumine 
ingérée échappe à la digestion ^ et pénètre dans la circulation en un 
état anormal, que l'organisme perd une partie des sels qui fixent 
ordinairement l'albumine, que celle-ci se trouve dans l'économie en 
présence d'une insuffisance d'oxygène, etc. Yoilà-t-il pas plus d'élé- 
ments qu'il n'en faut pour expliquer cette albuminurie fonctionnelle, 
et cette association de faits dûment observés et constants n'est-elle 
pas préférable à la théorie de Tauto-intoxication qui ne s'appuie sur 
rien et qui n'est qu'une théorie de mode et d'analogie? 

i^„ Je vous pi'opose donc, en résumé, l'explication 

^2[^^^" suivante : l'albuminurie gastrique dépend de l'élimina- 
tion post-digestive d'une poilion de Talbumine alimen- 
taire qui, n'ayant été ni influencée par le suc gastrique, ni fixée 
par les sels de l'oiiganisme, ni transformée par l'oxygène circulant, 
constitue un véritable corps étranger dont le rein dépure l'économie. 
Mais, si cette fonction anormale est trop longtemps prolongée, le rein 
intervient pour son propre compte, donne d'abord des signes de 
fatigue et finit par subir des altérations structurales. 

Si l'on m'objecte que l'albuminurie est rare dans le cancer de 
l'estomac, dans la gastrite chronique où cependant on trouve fré- 
quemment dans le contenu stomacal de l'albumine coagulable par la 
chaleur, je répondrai que ni dans le cancer, ni dans la gastrite chro- 
nique, on ne trouve les autres conditions pathogéniques dont il vient 
d'être question, et que l'albuminurie digestive est la résultante d'un 
processus complexe dont l'imparfaite d^estion gastrique de Talbumine 
est seulement le premier terme, l'acte préparatoire qui a besoin pour 
être réalisé de tous les actes secondaires qui font défaut dans le cancer 
de l'estomac et dans la gastrite chronique. 

1. Il s'afit seulemeat ici de digeiUon ttoaucale; maif nous avons démontré plus haut, 
pa^s^i et 8ui?aotes, que la digestion intestinale est, elle aassi, en déficit et que les 
fèces contiennent une bien plus grande quantité d*azote inutilisé qu*à l'état normal. 



608 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 



IV 

Les indications thérapeutiques. — Le traitement de la dyspepsie 
originelle et ses étapes successives. — Le traitement hydro-minéraL 

— Un exemple à l'appui. — Le traitement des troubles de la nutri- 
tion. — L'arséniate de soude, les glycérophosphates, les strychniques, les 
hypophosphites, le phosphure de zinc, les quiniques, les ferrugineux, les 
inhalations d'oxygène, la balnéation chlorurée-sodique, les cures d'air. — 
Le traitement des cas à intolérance gastrique médicamenteuse. 

— Le traitement de la période brightique. 

Les indicauons Ccs interprétations paraissent capables de satisfaire 

uiérapeuuques. j^^gp^j^ . ^g^jg jg j^épète encore qu'elles ne sont pas un 

article de foi et que, si elles ont quelque valeur, c'est de suivre rigou- 
reusement les faits et de ne pas sacrifier à la doctrine. Elles ont aussi 
un autre avantage : c'est que, limitées aux faits matériels dont elles 
découlent, elles donnent au traitement une base plus solide; car, en 
constituant la thérapeutique de l'albuminurie gastrique, je me limi- 
terai aux indications fournies par ces faits eux-mêmes. Et, à ne consi- 
dérer que les résultats, cette manière de faire doit être assez près de 
la vérité; car, quand les albuminuries dyspeptiques sont prises dès le 
début des accidents, on a toute chance d'obtenir leur guériSon. 

Or les faits, dégagés de toute interprétation et même de toute sé- 
riation théoriques, s'ils ne permettent pas d'instituer une thérapeu- 
tique univoque pour tous les cas, conduisent nettement aux indica- 
tions suivantes : 

r Remédier aux troubles fonctionnels de l'estomac, à la dys- 
pepsie, par une hygiène, un régime et une médication appropriés; 

â** Arrêter la déminéralisation organique et rendre à l'éco- 
nomie les principes inorganiques et particulièrement les phos- 
phates qu'elle a perdus; 

S"" Réduire les dépenses vitales pour ménager Toxygène circu- 
lant et activer les fonctions respiratoires ou l'oxygénation de 
l'air inspiré. 

Le traitement P^"^ réaliser la première indication, il faut d'abord 

** ÎTri^^?^* faire le diagnostic de la forme de dyspepsie en cause. 

Puis on cherchera dans une expérience alimentaire 
préalable^ quels sont les groupes d'aliments qui donnent, au cours de 

1. Voyez page 601. 



i^ïSft.r 



L'ALBUMINURIE DYSPEPTIQUE 609 

la digestion, la moins grande quantité d*albumine non peptonisée 
>et par conséquent éliminable par l'urine. Cette expérience préalable 
^rt à Gier le mode d'alimentation du malade. Le plus souvent, c'est 
le régime lacté absolu par lequel il convient de commencer. Mais il 
<3Stdes cas, encore assez nombreux, où vous verrez le lait ordinaire 
augmenter l'albumine urinaire, particulièrement chez les dyspep- 
tiques avec fermentations butyriques, tandis que le lait stérilisé 
réduit, au contraire, l'albuminurie. 

SM 6tives Donc, commencez par mettre le malade au régime 

"**®~*'^*** lacté absolu, en employant, suivant les indications, le 
kit ordinaire ou le lait stérilisé, pendant 15 à 20 jours environ, et en 
lui faisant suivre concurremment le traitement de l'hypersthénie, 
avec les gouttes composées à la solanine^ avant les prises de lait, la 
jiepsine après les prises de lait, les cachets composés à la magnésie^ 
à la moindre sensation de pesanteur stomacale, d'aigreurs ou de 
çyrosis", les pilules purgatives à Valoès^ en cas de constipation. 
Ordonnez en môme temps le repos au lit ou, tout au moins, un long 
^jour au lit et le minimum de mouvement, avec l'urgente obliga- 
tion de s'étendre après chaque repas de lait et de demeurer ainsi 
pendant une demi-heure avec un appareil à circulation d'eau chaude 
svLT l'estomac. 

La deuxième période du traitement comprend le régime lacto- 
végétarien avec des œufs à la coque comme unique aliment animal. 
Pendant cette période, on essaye d'atténuer le traitement médica- 
«menteux. 

Dans la troisième période, on cesse le lait. On introduit dans 
Talimentation quelques poissons légers, comme la sole et le merlan, 
puis le poulet et le bœuf rôti, tout en faisant la plus grande part 
à l'alimentation végétale. Comme boisson, eau de Condillac pure ou 
mêlée à un peu de vin blanc ou rouge. Entre les deux premiers 
repas, à égale distance l'un de Taulre, un grand verre d'eau de 
Saint- Nectaire y source Saint-Césaire ou source Maurange^ en deux 
fois, à un quart d'heure d'intervalle. 

Si l'expérience préalable a prouvé que le lait augmentait l'al- 
bumine, on procédera, dans le rén^ime, suivant les indications indi- 
viduelles, en insistant d'après les résultais de cette expérience, soit 
5ur le régime végétal, soit plus rarement sur le régime animal. 

i. Voyex page 273. 

2. Voyez page 171. 

3. Voyei page 195. 

II 31) 



I 



610 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMC 

Il est rare que la stricte application du régime convenable et du 
traitement de Thypersthénie gastrique ne fasse pas disparaître les 
albuminuries de la première catégorie et n'atténue celles de la 
seconde. 

Le traitement A 06 momout, lout OU Continuant le régime de la 

hydro-minérai. troisième étape, on fait faire une cure d'eau de Saint- 
Nectaire à la maison, à moins que la saison ne permette une 
cure sur place. Et pendant plusieurs années on renouvellera cette 
cure, jusqu'à ce qu'une année entière se soit écoulée sans réappa- 
rition de l'albumine. Pour faire cette cure de Saint-Nectaire à la 
maison, on utilisera l'une des deux sources citées plus haut; on peut 
aussi employer avantageusement la source Rouge ou la source André 
qui, se conservant mieux, sont plus facilement transportables. Aux 
malades très excitables, vous conseillerez la cure de Vittel ou celle 
d^Evian. 

Un exemple Laisscz-moi VOUS racontcr, à titre d'exemple des 

des effets effets dc cc trailement,rhistoire d'une de mes malades. 

de ce traitement. ' 

Une jeune fille de dix-huit ans, appartenant au 
monde médical, m'est amenée le 14 mai 1896, avec le diagnostic de 
néphrite chronique, suite de varicelle. L'albumine a été découverte 
en janvier 1893, à l'occasion d'un état decouibature, avec céphalalgie^ 
essoufflement, palpitations, pâleur de la face, qui éveilla des doutes 
et provoqua une analyse de l'urine. On rapporla les symptômes 
observés à une lésion rénale brighlique méconnue; on conseilla le 
régime lacté et les inhalations d'oxygène. L'albumine tomba de 1^%50 
environ à 0,30, chiffre auquel elle s'est invariablement maintenue 
depuis lors, malgré tous les régimes et tous les traitements auxquels 
la malade a été soumise (régime lactéy régime végétal, lactate de 
strontium, iodure de fer, teinture de cantharides^ etc.). Comme la 
mère de celte jeune fille pratiquait chaque jour le dosage approxi- 
matif de l'albumine avec le tube d'Esbach et que ces dosages onl été 
continués sans interruption (sauf durant les règles) jusqu'en jan- 
vier 1898, nous avons un excellent moyen déjuger les effets des divers 
traitements. 

Du 1" janvier au iA mai 1896, on a essayé surtout Tiodure de 
potassiumet le proto-iodure de fer avec le régime lacté mixte. Pendant 
cette période, l'albumine n'a manqué que cinq fois. Elle a varié entre 
0^',05 et 0,30 avec une moyenne de 0,20. Le 14 mai, je constate les 
signes de l'hypersthcnie gastrique ; puis on s'assure que l'albumine 
manque dans l'urine du jeûne, qu'elle disparaît par le repos au lit 



L'ALBIJHINURIE DYSPEPTIQUE 

même dans t'urine de la digeslion, et l'on institue aussitôt le 
■smenlanli-dyspeptique. Du 15 mai au '29 juin, l'albumine n'ai 
•]U'uDe fois le maximum de 0,20 et demeure toujours entre 0, 
0,10 60 même temps que s'améliorent l'état général, la céphak 
la fatigue, etc. En juillet, saison i Saint- Nectaire; pendan 
âSjours de sa cure, on ne constate l'albumrne que huit foi 
jD",05 à 0",20; la malade se sent parraitement bien. En août, . 
mine sept fois, avec un seul maximum de O^'.IS. En septen 
albumine quatorze fois ; en octobre, albumine quinze fois 
DOïembre, dix-sepl fois ; eo décembre, vingt-deux fois, lou 
avec UD seul maximum de (y>',iît. L'influence favorable de la cui 
Saint- Nectaire tend donc à s'atténuer, progressivement. L'hiver 
printemps de 1897 n'amènent aucune aggravation : l'amélior 
se maiotient. En juillet, seconde cure à Saint-Nectaire : l'albu 
disparaît pendant tout le mois d'août et ne se montre qu'une : 
fois en septembre. Tout symptôme morbide a disparu : si la gué 
n'est pas absolument complète, au moins est-elle à peu près asf 
silajeuDefille continue à suivre son régime, son hygiène, son 
lemeot qu'elle aidera encore par une ou deux cures hydro-minén 

utntwiMBi Mais envisageons le cas où, après le traiteme 

a.'k'iî^ l'hypersthénie gastrique, l'albumine n'aurait 

disparu. Il faut alors remédier à la déminera 

Lionelàla dcperditiondes phosphates terreux, réduii 

désassimilation, activer les fonctions respira toiresetl' 

gènatioQ. 

Les arsenicaux et les quinigues modèrent la désassimilatiot 
strychniques et les hypophosphites à faible dose diminuent la 
phalurie terreuse ; les glycérophosphates et lephosphure de zinc 
reconstituants directs du système nerveux; la balnéalion chlor 
sodique est reconstituante du système nerveux par voie d'épai 
les inhalations d'oxygène, les ferrugineux, les cures d'air, etc., 
mentent l'oxygène circulant. 

„ , , L'emploi de ces médicaments doit être répar 

itnttM* ... - T. 1 ■ ï 

itieait, quatre périodes successives. Dans la premier 

tfrBtraphDtpiutM utilisera i'arséniate de soude, les glycérophospha 

lessirycAntjuei, soil pareiemple, au déjeuner, une 

lerée à soupe de sirop glycérophosphaté compos 



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612 



LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 



contient de la teinture de noix vomique ^ et, audioer, deux granules 
à'arséniate de soude de 1 milligramme chacun ou une cuillerée à 
soupe de la solution suivante : 

y Arséniale de soude 0«%04 

Eau distillée 300 grammes 

Dissolvez. 



L«i Tous les médicaments de cette première période 

hypophosphites. p^Qy^jj^^ ^^^q remplacés par un élixir aux hypophos- 

phites dont chaque cuillerée à soupe contient : 

^ Hypophosphite de strychnine O^^OOl 

— de quinine 09%02 

— de magnésie 0«',02 

— de potasse 0«%03 

— de chaux 0«%08 

— de soude 09^07 

— de fer 09,03 

Arséniate de soude C,002 

Elixir stomachique de Stoughton. ) âà. q. s. pour une 
Sirop simple ) cuillerée à soupe. 

Mélanger une cuillerée de cet élixir avec un demi-verre d*eau dont on 
prendra la moitié cinq minutes avant le repas et l'autre moitié avant de 
quitter la table. 

Le phosphore ^aus la dcuxième période, on ordonnera au 

de sine déjcuner un jçranule de phosphure de zinc de 0«\008 

et lés qniniqaes. • i m 1 • 

et, au dîner, une des pilules suivantes : 

/ ^ f"'''* ^' '»7'"^.- • •. i âà. OMO 

^ Extrait mou de quinquina ) ' 

Pour une pilule. 

i 

Les femi0ineiix ^^ Iroisièmo période sera réservée aux ferrugi- 
et les inhaïauons fieux, soit lo sivop de proto4odure de fer à la dose 

d'oxygène. . ' 

d'une cuillerée à soupe au début des repas, soit le fer 

^réduit par V hydrogène, à la dose de 0'%10 à 0«',20, au milieu des 

repas, soit l^s dragées de perchlorure de fer à la dose d'une par repas, 

soit le glycérophosphate de fer^ si tant est qu'on puisse en avoir de 

1. Voyez la formule, page 302. 






«^Vtr _ 



L'ALBUUINURIE DYSPEPTIQUE 

bien prépaie, aux doses de 0",30 à 0*',40, en un cachet par 
enfin une des pilules suivantes au commencement du déje 
diner : 

¥ Tartrate ferrico-potassique O*', 

Quassine cristallisée j 

Arléroisîne 1 ' '' 

Poudre de rhubaiiie 0*'; 

Extrait mou de quinquina q. s 

Hâlez eiaclement pour une pilule. 

A celle période, on Tera pratiquer des inhalations d'oa 
dose de 50 à 100 litres par jour. 



Li btiniatiira Dans la quatrième période, on con 

«iT* *"* balnéation chlorurée-sodique k Salies~de-lié 

on d'«ir. j.^jj^ Rheinfelden. On commencera par 
i 3 p. 100 et on ne dépassera pas la concentration 
13 p. 100. La durée du bain sera de quinze minutes. Le 
suivi d'une douche k Peau minérale pure en jets brisés sur 
vertébrale, pendant deux à trois secondes, terminée par ui 
sur les pieds de deux secondes. A Salins-du-Jura, comn 
des bains d'eau minérale pure à 3 p. 100 et ajouter progn 
des eaui-mères jusqu'à 10 p. 100. Si la saison n'est pas 
failes pratiquer des affusions sur la colonne vertébrale, a 
ment avec deux solutions de sel marin, l'une à 6 p. 100 et ti 
l'autre à 25 p. 100 et à la lempéralure de la chambre. 

Quant aux cures d'air et d'altitude, qui conslitueol u 
moyen d'oxygénation par l'activité qu'elles impriment aux < 
la respiration, vous suivrez les indications précédemn 
nées'. 



Il durée ^^ dufée dc cbacune de ces périodes 

. "^ _ être précisée en général et dépendra des effe 
dans chaque cas particulier, bn moyenne, elle 
vrroQ une quinzaine de jours. 

On ne passera d'une série médicamenteuse à l'autre que 
n'a pas donné de résultats et, bien enlendu, on suspendi 
(ont médicament qui réveillerait les troubles dyspeptiques 

t. VojEE pngc 339. 



614 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE I/ESTOMAC 

L«^ait«meat Et chcz les sujets donl la susceptibilité gas- 

ètatôiôrMice t^îq^ô Bc Saurait tolérer des médicaments par la 

gastriqoe voic stomacalc, VOUS commencercz par quinze jours 

d injechons reclales quotidiennes de 5 centimètres cubes 

de la solution suivante : 

y Liqueur de Fowler 8 grammes 

Eau distillée 92 — 

Mêlez. 

Vous continuerez par les injections sous-culanées de glycérophos- 
phate de soude pendant vingt jours*, auxquelles seront associées les 
inhalations d^oxygène, et vous terminerez par la balnéation chlorurée- 
sodique et la cure d'air. 

la traiiMnent Quaud Ics traitements précédents n'auront pas 

._. .^îJ*.- , réussi et spécialement dans les cas ou l'albuminurie 

période brighUqae. * , 

d'abord fonctionnelle et intermittente devient perma- 
nente et lésionale, le malade n'est plus justiciable que du traite- 
ment du mal de Bright dont je vous conseille d'alterner ainsi 
qu'il suit les étapes : 

l** Pendant quinze jours, quatre à six cuillerées à soupe par jour 
de la solution suivante : 

Lactate de strontium 20 grammes 

Eau distillée. ; 300 — 

Dissolvez. 

2* Les quinze jours suivants, une, puis deux des pilules suivantes 
avant le déjeuner et le dîner : 

y Acide tannique 0«%10 

Aloès du Cap Ofl%01 

Extrait mou de quinquina O^^IO 

Mêlez exactement pour une pilule. 

3* Les quinze jours suivants, tenter la médication acide dont je 
vous ai donné précédemment la formule*. 

Les cures hydro-minérales de Saint-Nectaire, de Vitlely de Cow- 
Irexéville, à'Évian seront alors reprises en temps opportun. 

1. Voyez, pour la technique, page 302. 
2 Voyez page 281 . 



SIXIEME LEÇON 

LES RETENTISSEMENTS URINAIRES 
LES ÉMISSIONS D'URINE LAITEUSE 
ET LA PHOSPHATURIE TERREUSE D'ORIGINE DYSPEPTI 

LA SYHPTOHATOLOGIB ET LES FORUtS CLIMUUES 

LES RAPPORTS AVEC LA DYSPEPSIE MVPERSTHÉMQUE 

LES PARTICULARITÉS DU CHINISHE STOMACAL ET DES TROUBLES 

DE LA NUTRITION 

LA CYSTITE, LA PYËLO-N£PHRITE ET LES HEMATURIES — LE D1AGN0S1 

LE PRO:fOSTIC — LA PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE 

LE TRA1TEI1E.NT 



Les émissiona laiteuses. — Leur forme simple avec ses 
groupes STmptomatiques. — Leur forma prave ou calculeuf 
Les crises uréthntei d'expulsion et leur éTolution périodi<|ue. — Les 
ptdmes nenrasihâniques associés. — Les symptômes g^astriques 
jectî&. 

La* «mudom Vous verrez quelquefois des malades qui 

"""**■■ dront vous consulter, en se plaignant d'émeltrt 
urines laiteuses nu moment ou elles sont rendues. Ces i 
sions, rarement continues, surviennent ordinairement par ci 
L'iirine est laiteuse, principalement après les repas. Le matii 
réveil, les émissions sont généralement normales. La réactic 
l'urine est alcaline au moment des émissions laiteuses et f; 
ment acide lors des émissions claires. Par le repos, l'urine lais! 
sédiment lourd, blanc ou blanc grisâtre, qui adhère plus ou r 



616 LES RETENTISSEMEÎSTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

Torlement au vase. Les malades vous diront qu'elle se putréfie avea 
une grande rapidité, qu'elle répand alors une très mauvaise odeur 
et qu'on observe à sa surface une pellicule d'apparence graisseuse et 
irisée *. 

Suivant la quantité de ces dépôts, et suivant aussi les symptômes- 
associés, ces malades peuvent se diviser en deux catégories. 

leur Daus uuc première catégorie de cas répondant 

forme^pie j jj^ forme simple, l'émission d'urines blanchâtres 

ion expression ne s'accompaguc pas de * symptômes essentiels et 

univoques. Les malades se plaignent que leur urine* 
sent foil, qu'elle laisse un dépôt blanc grisâtre, adhérent au vase» 
D'autres s'inquiètent d'un état de faiblesse physique ou intel lec- 
tuelle, de douleurs dans les reins ou dans la vessie, d'éner- 
vement ou d'irritabilité. L'un accusera une sensation de froid 
surla région lombaire, de l'insomnie, des sueurs nocturnes, une 
lassitude générale. Chez un autre, ce qui dominera, ce seront les 
troubles intellectuels, l'inaptitude au travail, la perte de la 
mémoire, les vertiges et les étourdissements, avec une 
démarche mal assurée et comme chancelante. Un autre encore 
insistera surtout sur la dépression mentale avec ralentisse- 
ment du pouls et crises d'un malaise presque syncopal; cette 
dépression est coupée par de vraies crises d'agitation nerveuse 
suivies d'un état de profonde mélancolie. 

Les six groupes Aiusi, dans les cas simples, les symptômes qui 
de symptômes, f^^ppent l'attention des malades, en dehors du fait de 
l'émission laiteuse, sont : 

4* Des symptômes locaux : douleurs ou sensations diverses 
dans la région lombaire et dans la vessie, pollakiurie, ténesme 
vésical ; 

2* Des symptômes nerveux: faiblesse intellectuelle, inapti- 
tude au travail, vertiges, étourdissements, perte de mémoire, dépres- 
sion ou irritabilité nerveuse, insomnie, agoraphobie, nervosisme 
dans toutes ses manifestations, syndrome neurasthénique; 

3" Des symptômes cardiaques : ralentissement du pouls^ 
crises de palpitations, intermittences cardiaques, dyspnée, crises de 
défaillance ; 

1, L'urine se putréfie facilement parce qu'elle est alcaline. Quant à la pellicule 
irisée, elle est formée de cristaux de phosphate ammoniaco-magnésien et de phosphate 
de chaux avec des cristaux d'indican et quelquefois de fines gouttelettes de graisse. 






LA PHOSPHATURIE TEUREUSE DYSPEPTIQUE 611 

4° Des symptômes cutanés : sueurs profuses ou sensation de 
réfrigération ; 

5' Des symptômes généraux : lassitude physique, fatigue sans 
cause, crainte du mouvement, pflleur du visage; 

6° Des symptômes gastriques: aigreurs, crampes ou tiraille- 
ments d'estomac, renvois, etc. 

Aces symptômes fondamentaux, s'en joignent quelques-uns plus 
rares, tels que la dilatation pupillaire, la céphalalgie, les 
cauchemars, etc. 

II est exceptionnel que tous ces symptômes soient réunis chez le 
même sujet. Mais quelques-uns d'entre eux sont toujours dominants, 
au point que les malades, leur attachant une valeur révélatrice, se 
croient atteints d'une affection de la vessie, du système nerveux ou 
du cœur, pour laquelle ils viennent demander une consultation. Ou 
bieo encore ce sont les dépôts blanchâtres qui attirent plus spéciale- 
ment leur atleuLio» et alors on diagnostique la phosphaturie. Deux des 
malades que j'ai observés se croyaient atteints de catarrhe vésical. 
Chez deux autres, l'urine renfermant un peu d'albumine, on avait 
soupçonné un maJ de firight au début. 

C'est à peine dans un tiers des cas que les symptômes gas- 
triques figurent au nombre de ceux que décrit le patient. Encore 
les met-il sur un plan tout à fait secondaire. 



Dans une seconde catégorie de cas répondant à une 
forme plus grave, prennent place les individus plus 
gravement atteints, chez lequels l'émission laiteuse est 
plus continue et s'accompagne de la formation et de l'expulsion de 
véritables masses calculeuses, blanches comme de la craie, qui 
sortent du canal de l'urèthre avec une consistance pûteuse au prix de 
douleurs variant depuis la sensation de brûlure jusqu'au déchire- 
ment le plus cruel. Ces masses sont quelquefois assez volumineuses : 
chez l'un de mes malades, elles alleignaieni la grosseur de l'extré- 
mité du petit doigt. Le plus souvent, elles ont le volume d'un pois. 

b mioticin. ^^ miction esl presque toujours sensible et cha- 

touilleuse, même quand elle n'expulse pas de masses 
pâteuses. Elle est suivie d'une sensation particulière de brûlure ou 
de constriction au niveau du périnée. 

L'urine rendue est trouble. De temps h autre survient une mic- 
lioa normale, mais c'est l'exception. 



L._ 



618 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

LêtorisM Pixhy par intervalles, se prodaisMit, comme des 

d'e'"!ûriôn ^^ises, dcs émîssîons de masses blanches, plâtreuses, 

expulsées avec des consistances variables. Tantôt c'est 

une simple coulée laiteuse dans Turine ; tantôt il sort à la fin de la 

miction une cuillerée d'un liquide crayeux très épais; tantôt c'est 

une masse formée,semblable à du lait caillé, à du plâtre gâché. 

L'émission, parfois facile, est souvent très pénible et nécessite 
alors des mictions douloureuses de quelques gouttes d'un liquide 
brûlant. La douleur siège au col de la vessie et s'irradie au périnée; 
quelquefois très vive, elle peut durer de 30 à 45 minutes et n'est 
calmée que par l'ingestion de quelques verres d'eau pure et par l'im- 
mobilité absolue, les jambes écartées. Après ce temps, la douleur 
dispanitt et le malade, qui tout à l'heure n'osait faire un mouve- 
ment dans la crainte d'exaspérer ses souffrances, peut marcher, monter 
à cheval ou à bicyclette. 

II n'est pas possible d'établir une relation entre les émis- 
sions qui provoquent ces crises douloureuses et l'heure des repas, 
la fatigue ou tel incident de la vie. Les mictions sont plus faciles 
après un copieux repas, el l'un de mes malades, officier de cavalerie, 
m'a déclaré qu'elles avaient à peu près disparu pendant une période 
de manœuvres où il eut de grandes fatigues à supporter. 



,., , ,, Les crisesobéissent à une évolution périodique, 

L'éTolntion * ^ ^ 

périodique mais d'uuc grande irrégularité. Pour vous en donner 
un exemple, je citerai encore lobservation faite sur 
cet officier de cavalerie. 

En l'espace d'un mois, les accidents se sont présentés de la façon 
suivante : 

Du l"au 10, deux émissions laiteuses, isolées, après le déjeuner, 
faciles, peu douloureuses, précédées et suivies de la sensation spéciale 
de chatouillement périnéal. 

Du 10 au 15, émissions laiteuses presque constantes, généra- 
lement terminées par l'expulsion d'un conglomérat de la grosseur 
d'un poischiche. Mictions toujours douloureuses, avec irradiations dans 
le bas-ventre, sensation continuelle de brûlure au col de la vessie et 
de pesanteur pénible du périnée. 

Du 15 au 20, soulagement, pas d'urine laiteuse. 

Du 20 au 30, émissions laiteuses après tous les repas, peu doiilou- 
reuses. Une seule expulsion pénible de conglomérat blanc. 



r' 



.^^ w^r 



LA PHOSPHATURIE TERREUSE DYSPEPTIQUE 619 

iM sTinptômes En dehors des émissions laiteuses et des douleurs 
"***'*■* provoquées par la sortie des masses crayeuses, les 
symptômes associés sont les mêmes que dans la forme simple, mais 
avec un tout autre caractère de continuité et d'intensité. 

Ceux que Ton observe ordinairement sont : une sensation de 
constriction thoraci que avec oppression et essoufflement facile, 
dcsalternativesd* accélération ou de ralentissement du pouls, 
de l'angoisse précordiale, des éblouissemenls, des points 
névralgiques, erratiques occupant les espaces intercostaux, les 
épaules, des crampes dans les mollets, au pli du coude, la sensation 
subite de chair de poule. Joignez à cela les symptômes nerveux 
déjà connus, l'irritabilité excessive, le manque d'énergie, les 
accèsde spleen et, chez quelques malades, une sorte d'épouvante 
morale après les crises. Vous retrouvez encore, mais plus accen- 
tuées, la lassitude physique, l'inaptitude à la marche, une 
appréhension pour tout ce qui est exercice musculaire. 

Ces malades vous frapperont souvent parleur pâleur, leurs traits 
tirés, leur apparence souffreteuse, et par leur amaigrissement. 

Us symptômes Dans cclte Catégorie de cas, les symptômes gas- 
^"Jg^ triques ne sont guère plus accusés que dans la précé- 
dente. Comme l'appétit est presque toujours conservé, 
les malades ne pensent pas que leur estomac soit pour quelque chose 
dans leur état morbide. Tout au plus nous disent-ils qu'ils éprouvent 
un malaise général entre 4 et 6 heures du soir, qu'ils sont quelquefois 
réveillés dans la nuit par une angoisse épigastrique, qu'ils ont des 
aigreurs, de la constipation, etc. Mais tout cela paraît accessoire 
aussi bien au malade qu'au médecin qui méconnaît les troubles gas- 
triques et met l'ensemble symptoma tique sous la dépendance de 
laphosphaturie qui parait primer la scène et réclamer seule l'inter- 
vention thérapeutique. 



620 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 



II 

Les rapports de b| d3r8pep8ie h3rper8thénique avec les émissions 
laiteuses. — Les particularités du chimisme stomacal et de» 
troubles de la nutrition. — L'absence habituelle de phosphatarie totale. 
— Ce qu'il faut entendre par pbosphaturie. — Les variations de l'acide 
phosphorique et de ses rapports d'échange. — La pbosphaturie lerreuse et le 
syndrome neurasthénique. — Les sédiments urinaires. 

Lesrapporu Chcz lous les malades à émissions laiteuses, quelle 

d6 la djspapsia 

hyperstiiéiiiqQe que soit la Catégorie où on les range et quels que 
les émissions soieut aussi les symptômes associés qu'ils présentent, 

laiteases. ]^ phosphaluric, si tant est qu*elle soit réelle, ce qui 
est l'exception, n'est qu'un élément secondaire, et la dyspepsie 
hypersthénique périodique ou permanente est constante. 
Ces malades sont donc des dyspeptiques avant d'être des phospha- 
turiques. 

Sur quarante-trois malades à émissions laiteuses, j'ai pu pratiquer 
chez vingt et un l'analyse du contenu stomacal et des urines : tous 
étaient des dyspeptiques Tiypersthéniques. Et une autre preuve plus 
convaincante, c'est que la plupart de ces malades ont guéri et que les 
autres ont été améliorés par le traitement de la dyspepsie hypersthé- 
nique permanente, alors que les traitements antérieurs dirigés 
contre la phosphaturie ou le nervosisme avaient échoué. 

Quand vous serez consultés pour des émissions laiteuses, examiner 
l'estomac, étudiez son fonctionnement, et vous trouverez toujours la 
symptomalologîe si caractéristique de la dyspepsie hypersthé- 
nique. Vous constaterez la distension gastrique par spasme pylo- 
rique, l'hypertrophie fonctionnelle du foie, la coprostase; puis, en 
interrogeant les malades, vous reconnaîtrez les crises gastriques et 
tout s'éclairera d'un coup; car l'hypersthénie vous apparaîtra comme 
le premier acte d'une sériation morbide dont l'émission laiteuse n'est 
qu'un aboutissant et d'où dérive toute la symptomalologîe qu'on 
rapportait faussement à la phosphaturie. L'émission laiteuse prend 
donc l'importance d'un signe révélateur. 

Les caractères Ce poiut esscDtiel étant acquis, nous allons recher- 

'hy^Snrthôrt^îT cher si l'hypersthénie gastrique permanente présente 

causale. g^j^^g quelques particularités qui permettent de 

l'individualiser et d'en faire un type à part, au double point de 

vue des fonctions gastriques et des troubles de la nutrition. 



LA PflOSPHATURIE TERREUSE DYSPEPTIQUE 621 

Les L'analyse du contenu stomacal après repas 

^E^dh^too d'épreuve est déjà très signiGcative. Ses dominantes 

'^^""^^ sont les suivantes :' 

1* Quantité du liquide extrait oscillant de 30 a 120 centimètres 
cubes, c'est-à-dire peu abondante. 

2" Acidité totale toujours considérable, ayant atteint jusqu'à 
€ grammes exprimés en HCl et se maintenanl, en moyenne, entre 
3",75 et 4",50. 

â" Cette acidité estdue surtout à Tacide chlorhydrique libre, 
donlla moyenne est de28',50 à3^',50, et qui s'est élevé jusqu'à 5«',40. 

4* L'acide chlorhydrique combiné est peu ou pas aug- 
menté. 

5* Les acides de fermentation sont en quantité minime et 
dans la moitié des cas seulement. Il s'agit presque exclusivement 
d'acide lactique. L'acide acétique, en effet, n'a été observé 
<ia'une seule fois, et à l'état de ti*aces. 

6** Jamais de mucine. 

7* L'albumine coagulable par la chaleur a été trouvée dix- 
oeuf fois sur vingt et un cas. 

8"* Les synlonines sont normales, ce qui correspond bien au 
taux de l'IlCl combiné. 

9* Les propeptones sont augmentées neuf fois, normales ou 
diminuées douze fois. 

lO' Les peptones sont très abondantes dix fois, normales ou 
un peu diminuées onze fois. 

11* Quanta la digestion des féculents, elle est mauvaise vingt 
fois sur vingt et un cas. Le contenu stomacal filtré colore presque 
toujours l'eau iodée en bleu. Le sucre est en faible quantité. 

Hyperchlorhydrie très considérable, fermentations ré- 
duites, peptonisalion à peu près régulière, très mauvaise 
digestion des féculents, tels sont donc les traits essentiels de 
l'analyse du contenu stomacal. 

Toilà un syndrome analytique bien personnel à cette variété d'hy- 
persthénie et dont la constance mérite d'être prise en considération. 
Cette constance même et cette netteté dans les caractères du syn- 
drome démontrent une fois de' plus l'origine gastrique des émis- 
sions laiteuses. 

• * 

iM Passons aux troubles de la nutrition. 

dM tronbiM* . Duus le tablcau ci-dessous, se trouvent réunies les 
de la nntritton. mpyennes fésultant de la comparaison des analyses 
faites chez douze malades. 



622 



LES RETENTISSEMENTS DES MAUDIES DE L'ESTOMAC 



Tableau XLIV. — Les moyennes des échanges organiques chez douze 
dyspeptiques hypersihéniques permanents avec émissions lai- 
teuses. 



DÉSIGNATION 

des 

caractères urologiques. 



Quantité 

Densité 

Résidu selide 



PAR 



24 heures. 



— organique 

— inorganique 

Azote total 

Urée 

Acide urique 

Matières azotées incompl. oxydées. 
Matières ternaires — 

Acide phosphorique total 

Acide phosph. des alcalis 

Acide phosph. des terres 

Chlorure de sodium 



10-24" 
583% 28 

229^12 
140% 37 
259'- » 
09% 626 
68% 247 
4^%287 
2'J%217 
19% 430 
09% 787 
139% 780 



PAR 



kilog. de poids. 



20" 
> 

0fl%903 
0o%560 
09% 343 
08% 222 
09% 388 
09% 009 
09% 097 
09% 066 
09% 034 
09% 022 
09% 01 2 
09^,213 




Coefficient d'oxydation azotée 

— de déminéralisation totale , , 

— — chlorurée 

— — non chlorurée. 

Acide phosphorique : Azote total 

Acide phosphorique terreux : Acide phosphorique total. 

Acide urique : Urée 

Chlore : Azote total 

Matières ternaires : Matières organiques 

Matières inorganiques : Azote total 



81,1 % 

37,9 % 

23.4 9é 

14.5 9é 

15.4 9é 

35.5 % 
1,39 9é 

58,3 9é 

11,8 9é 

153,» 9é 



r 



LA PHOSPHATURIE TERREUSE DYSPEFflQUE 6^3 

Ces moyennes correspondent assez bien aux chiffres obtenus dans 
la majorité des cas. Eties portent sur douze malades, quoique des 
analyses aient été pratiquées chez quatoi*ze sujets, parce que les 
deux analyses qui n'ont pas figuré dans rétablissement des moyennes 
présentent des particularités dont il sera question tout à Theure. 

La plupart des chiffres qui figurent au tableau précédent ne 
s'écartent pas de la normale. Quantité, densité, résidu total, 
résidu organique, azote total, urée, acide urique, acide 
phosphorique total, chlorure de sodium, coefficient d'oxy- 
dation azotée, tout cela est physiologique, à peu de chose près. 
Les matières azotées incomplètement oxydées et les ma- 
tières ternaires sont en très légère hausse, ce que laissait pré- 
voir l'analyse du contenu de l'estomac. 

L'absenee ^^'^ cc qu'il y a d'inattcudu dans ces échanges 

'^tajrito^ie™^* nutritifs, c'est que la phosphaturie fait défaut 
dans la majorité des cas, alors que théoriquement on 
devait s'attendre à la constater. En réalilé, et malgré les apparences, 
les dyspeptiques hypei*sthéniques permanents à émissions laiteuses 
sont de faux phosphaturiques. Cependant beaucoup, parmi 
ceux que j'ai vus, ont été considérés et traités comme tels; aussi 
convient-il d'insister énergiquement sur cette absence de phospha- 
lurie, pour éviter de nouvelles erreurs de diagnostic et de traite- 
ment. Voyez, en effet, où peut conduire cette erreur. L'un de mes 
malades, considéré comme phosphaturique, fut soumis d'abord à 
y acide chlorhydriqtœ pur, puis à Vhuile de foie de morue et aux pré- 
IHirations strychniques. Un autre fut traité par Vhuile phosphorée et le 
phosphure de zinc. L'état gastrique de tous les deux fut sensiblement 
aggravé par ces médications intempestives qui n'eurent, d'ailleurs, 
aucun effet sur les émissions laiteuses. 

Ce fait de l'absence d'une phosphaturie absolue, au sens où on 
l'entend classiquement, ne résulte pas seulement du taux moyen de 
l'acide phosphorique dans nos observations, puisque, sauf dans deux 
cas, il a été constant ; mais il n'y a même pas eu de phosphaturie 
relative, puisque le rapport de l'acide phosphorique à l'azote 
total est plutôt abaissé, avec son chiffre de 15,^ p. 100 au lieu de la 
moyenne normale de 18 p. 100. 

Ce «mu fant ^ ^^ propos, précisons ce que l'on doit entendre par 

«itendre \q terme de phosphaturie. On considère comme phos- 

phaturiques les individus qui émettent par les urines 

des vingt-quatre heures une quantité d'acide phosphorique total supé- 



<)2i LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

Heure à environ 3 grammes. Or rien n'esl moins exact. Pour faire le 
diagnostic de phosphaturie, il faut non seulement que le chiffre absolu 
de lucide phosphorique soit en hausse, mais aussi que sa propor- 
tion par kilogramme de poids du malade et son rapport à l'azote total 
soient surélevés. On peut rendre 4 et 5 grammes d'acide phosphorique 
par vingt-quatre heures sans être phosphaturique, si la proportion de 
cet acide par kilogramme de poids ne dépasse pas 0^%040 et si son rap- 
port à Tazote total est au-dessous de 20 p. 100. Les malades émettent 
alors une plus grande quantité d'acide phosphorique, tout simplement 
parce qu'ils ont mangé davantage : ce sont donc de vulgaires phos- 
phaturiques alimentaires justiciables non de la thérapeutique, mais 
d'un régime moins riche, tandis que le vrai phosphaturique est celui 
qui désassimile plus activement ceux de ses organes qui sont plus riches 
en phosphore, ou celui qui perd sans les fixer ses phosphates ali- 
mentaires, ce qui se traduit dans les deux cas par une augmentation 
du rapport de l'acide phosphorique total à l'azote total de Turine. On 
peut donc être phosphaturique avec une émission journalière d'acide 
phosphorique inférieure à 2°%50, si, par exemple, la quantité d'azote 
total éliminé pendant le même espace de temps est inférieure à 
10 grammes. ' 

Si j'insiste sur ces considérations, c'est pour bien vous faire com- 
prendre que ceux de mes malades qui auraient pu être et qui ont été 
diagnostiqués phosphaturiques, à cause du chiffre élevé de l'acide 
phosphorique rendu en vingt-quatre heures, ne devaient nullement 
être considérés comme tels, puisque, chez eux, le rapport Ph'O^ : 
Azote total ne dépassait pas la normale. Ils n'avaient l'apparence de 
phosphaturiques que parce que leur alimentation surabondante était 
riche en viande, mais la désassimilation de leurs organes, riches en 
phosphore n'était nullement accrue. 

L'acide Pour VOUS douncr la preuve qu'il en est bien 

^^bTX^L ainsi, j'ai réuni dans le tableau XLV une série d'ana- 
d'échange. lyses qui mc paraisscut tout à fait convaincantes. 
Elles portent sur neuf dyspeptiques hypersthéniques à émissions 
laiteuses qui ont tous été considérés d'abord comme des phosphatu- 
riques. Après analyse de l'urine, le diagnostic fut réformé pour les 
deux premiers qui devinrent alors de simples neurasthéniques. 



LA PHOSPHATLRIK TEliREUSE DYSPEPTIQUE 



625 



Tableau XLV. — Uaciie phosphorique et ses rapports d'échange 
chez neuf malades atteints de dyspepsie hypersthénique avec émis- 
sions laitetAses. 



c 

id 



\ 

2 
3 
4 
5 
6 
7 
8 
9 



dBSEIVAT10!IS 



kilos. 

H. 65.. 
H. 65.. 
H. 56.. 
H. 54.. 
H. 74.. 
H. 73,5 
H. 64.. 
H. 62.. 
H. 80.. 



Ph'O» 
TOTAL 



Par 
2ibeirei 



Par 
kilog. 



19S75 
i»',84 
2«S05 
2fl',10 
2fl',56 
3»' » 
3»^25 
49', 49 
5«',38 



09^026 
Ofl',028 
0fl^036 
09^,039 
09', 034 
09^,040 
09^,050 
09', 072 
09', 067 



Ph«0* 
DES ALCALIS 



Par I Par 
iiheireii kilog. 



H',08 09', 01 6 
19',32|09',020 
19', 25! 09', 022 
19', 43 09', 027 



19', 24 

29', 16 

29', 40 

> 



09',016 
09', 029 
09', 037 



Ph«0^ 
DES TEKRES 

Par I Par 
24 heures { kilog. 



09',67,09',010 
09', 52 09', 008 
09', 80 ' 09', 01 2 
09', 67 j 09', 01 2 
19',32!09',018 
09', 84 09', 011 
09',85!09',013 



» 
» 






Ph«0» 
total 

i azote 
total. 



p. 100, 

16,» 

11. i 
15,1 

15,9 

18,4 

18,4 

19,» 

25,7 

22,4 



Ph'O* 
terreux 
à Ph'01 

tolal. 



p. 100 

38,2 
28,2 
39,» 
31,9 
51,» 
28,» 
26,1 
» 



Yoilà neuf malades chez lesquels les émissions laiteuses ont 
fait porter le diagnostic de phosphaturie. Il convient d'éliminer 
tout d'abord les deux premiers qui rendaient une quantité de 
Ph*0^ inférieure à la normale , soit par vingt-quatre heures , 
soit par kilogramme de poids, soit par rapport à l'azote tolal. 
Les quatre suivants restaient dans les limites physiologiques à 
ces divers points de vue, quoique encore, chez le troisième et le 
quatrième, le rapport de l'acide phosphorique à l'azote total fût 
abaissé. Dans le septième cas, l'acide phosphorique atteint 0^',050 
par kilogramme de poids ; mais, comme sa quantité par vingt-quatre 
heures et son rapport à l'azote total demeurent dans les chiffres habi- 
tuels, on ne peut pas dire qu'il y ait réellement phosphaturie. 
Restent donc deux cas où quantité des vingt-quatre heures, quantité 
par kilogramme de poids, rapport à l'azote total, tout a augmenté. Ces 
deux malades, qui rendaient respectivement 32«',58 et 42«',42 
d'urée par vingt-quatre heures, étaient gros mangeurs de viande, ce 
qui explique déjà une partie de leur élimination phosphorique exa- 
gérée. Néanmoins, comme leur rapport PhW : Azote total atteint 
22,4 p. 100 et 25,7 p. 100 au lieu de la normale 18 p. 100, il convient 
d'admettre qu'ils étaient phosphaturiques, puisqu'une partie de leurs 
pertes en acide phosphorique ne pouvait être expliquée par l'influence 
alimentaire. 



II 



40 



6Î6 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

En somme, sur neuf malades à émissions laiteuses, il y en 
a sepl, soit 77 p. 100, qui ne sont pas phosphaturiques au sens clas- 
sique du mot. La phosphaturie vraie constitue donc l'exception. 

Les oaosM Alors, si Ics hypcrsthéniqucs à émissions laiteuses 

^ ne sont pas des phosphaturiques, pourquoi les phos- 

des ph^hates phatcs tcrrcux sc précipitcnt-ils dans la vessie? 

terreux. j^^j^ simplement parce que les urines contiennent 

un excès de phosphates terreux et parce que leur acidité a 

diminué ou disparu. 

Le rapport physiologique de l'acide phosphorique lié aux terres à 
Tacide phosphorique total est de 23 à 25 p. 100; or, dans ces cas, il a 
varié de 26,1 à 51 p. 100. La chaux, qui a été dosée dans trois cas, a 
atteint jusqu'à 0«',720 et la magnésie jusqu'à 0«',283 en vingt-quatre 
heures. La chaux, qui normalement représente 0,92p. 100 du résidu 
inorganique de Turine, chiffre ici 2,53 p. 100, et la magnésie 
atteint 1,15 au lieu de 0,73 p. 100. Quanta Taciditéurinaire, elle 
est très diminuée dans les deux tiers des cas; dans le dernier tiers, 
l'urine est neutre ou alcaline. 

Nous retrouvons donc, chez les hyperstliéniques à émissions lai- 
teuses, l'expression la plus accentuée et pour ainsi dire continue du 
phénomène qui vous a déjà été signalé à plusieurs reprises, particu- 
lièrement à propos de l'hyperstliénie aiguë où nous avions déjà trouvé 
tendance à la déperdition des phosphates terreux. Mais ce qui était 
alors un incident passager ou peu marqué prend ici une importance 
prépondérante. S'il n'y a pa3, chez tous nos malades, de phosphaturie 
au sens absolu du mot, ils ont tous, par contre, une phosphaturie 
particulière, celte phosphaturie terreuse que mes recherches et 
celles de Mairet' et de Lépinë lient si étroitement à une suracti- 
vité des échanges du système nerveux. 

L'augmentation si considérable de la chaux et de la magnésie 
est un autre fait décisif qui confirme cette manière de voir. Gaube 
(du Gers), en effet, a démontré que la magnésie constituait un 
des éléments les plus importants du sol minéral du système nerveux. 
Tous ces faits comportent une importante application thérapeutique. 

Vous comprenez maintenant pourquoi s'exagèrent chez les malades 
à émissions laiteuses tous les symptômes d'ordre nerveux qui donnent 
à nos sujets une physionomie clinique si particulière qu'on a qualifié 
de neurasthéniques ceux qui échappaient, de par l'analyse sommaire 
des urines, à Tépithète de phosphaturiques. 

1. A. Mairet. — Recherches sur rélirainalion de Tacide phosphorique chez rhomme 
sain, raliéné, répilep tique, Thystérique, Paris, 1884. 



U PHOSPHATURIE TERREUSE DYSPEPTIQUE 627 

Us ■MtaMBto II nous reste à examiner encore les sédiments uri- 

™*'**'^ n aires et l'apparition de divers principes anormaux. 

Les sédiments sont constitués surtout par du phosphate bical- 
cique, soit amorphe, soit cristallisé, qui n'a manqué dans aucune de 
nos observations ^ Les phosphates amorphes se présentent sous 
l'aspect de granulations réfractant fortement la lumière et prenant une 
leinte noirâtre à la périphérie. Ti*aitées par un acide, ces granulations 
se dissolvent sans effervescence en abandonnant une gangue orga- 
nique incolore. Le phosphate bicalcique cristallisé a la forme d'ai- 
guilles incolores cunéiformes, isolées, ou se croisant à angle aigu, ou 
encore agglomérées en rosaces plus ou moins régulières. 

Puis viennent les leucocytes (80 p. 100 des cas), Toxalate de 
chaux (45 p. 100), Turate d'ammoniaque (3:2 p. 100), Turate 
de soude (30 p. 100), le phosphate ammoniaco-magnésien 
(20 p. 100), l'acide urique (10 p. 100) et les spermatozoïdes 
(10 p. 100). 

Dans un seul cas, j'ai trouvé de rares cristaux de phosphate de 
magnésie, se présentant sous la forme de prismes à six pans, aux 
extrémités pointues, avec des facettes inégales, quelquefois tronquées. 
Une autre fois, un malade m'a montré une analyse, pratiquée par 
AuDouARD (de Nantes), ou mention était faite de rares cristaux de 
phosphate de magnésie dans le sédiment urinaire. Enfln, chez ce 
même malade, une urine laiteuse émise après le déjeuner renfermait 
quelques cristaux de sulfate de chaux, en prismes très minces, 
presque aciculaires, à extrémités coupées obliquement, isolés ou 
groupés en rosettes assez régulières, insolubles dans l'acide chlorhy- 
drique. 



III 

Les complications. — La cystite phosphatique. — La pyélite, 
la pyélo-néphrite et les hématuries phosphatiques. — L'albu- 
minurie. — L'anémie. 

La cysute ^c pourcentage élevé des leucocytes dans le sédi- 

phofptuuqae mcnt uriuairc n'a rien d'étonnant, si l'on sonj^e à l'irri- 

secondaire. ' ^ 

tation que peut causer dans les voies urinaires la 
précipitation des éléments précédents. Je vous engage à surveiller 

1. Quelques auteurs pensent que les phosphates amorphes sont tribasiques et que les 
phosphates cristallisés seraient bibasiques. Cu. Robin admet Texislence du phosphate 
acide de chaux dans Turine. 



-* 



628 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

attentivement chez vos malades cette cause encore non signalée de 
pyélite et de cystite. J'ai, en effet, la conviction, fondée sur d'assez 
nombreuses observations, que certains cas de pyélite et surtout de 
cystite chronique ne reconnaissent pas d'autre cause. Et cette 
cause passe d'autant plus inaperçue qu'on s'accorde généralement à 
penser que les dépôts phosphatiques sont ordinairement, non la cause, 
mais bien la conséquence des inflammations chroniques de la vessie. 
Or, dans les cystites chroniques d'origine obscure, ne manquez pas 
d'examiner l'eslomac, d'étudier ses fonctions et de rechercher, dans 
les antécédents, l'existence des émissions laiteuses et des troubles 
gastriques qui leur donnent naissance; vous pourrez ainsi, dans 
quelques cas, établir la relation qui unit la cystite à une dyspepsie 
hypersthénique permanente méconnue et faire bénéficier le malade 
des indications thérapeutiques si utiles que vous suggérera celle 
étiologie. 

Un exemple A cc propos, j'ai été lémoin, l'an dernier, d'un fait 

à l'appui. j^jgj^ instructif. Un des malades qui ont servi de type à 
l'élude actuelle était un négociant de Buenos-Ayres, âgé de trente-six 
ans, qui avait remarqué depuis cinq à six ans l'état laiteux de ses 
mictions de l'après-midi et qui, venu en Europe pour se soigner, avait 
été considéré et traité d'abord comme neurasthénique, puis comme 
phosphalurique quoiqu'il ne rendît que 2'',56 d'acide phosphorique 
en vingt-quatre heures. Ayant fait le diagnostic de dyspepsie hypersthé- 
nique permanente avec émissions laiteuses, je le soumis au traitement 
particulier que vous connaissez. Son état s'améliora sensiblement, 
puisqu'il resta près d'un mois sans évacuations de matières crayeuses 
conglomérées et par conséquent sans crise douloureuse, ce qui ne lui 
était pas arrivé depuis plus d'une année. L'urine de ce malade ren- 
fermait, dans son sédiment, quelques leucocytes et une grande quantité 
de phosphate bicalcique. Pendant les six mois suivants je n'entends 
plus parler de mon malade, quand je suis mandé, pour une consul- 
tation, auprès de lui. Il avait une cystite chronique. Voici ce qui 
s'était passé. Après ce mois de repos et d'amélioration, une crise avait 
éclaté; on avait envoyé chercher le médecin de la famille qui, voyant 
le malade souffrir et uriner à grand'peine, prit le parti de le sonder. 
Ce malencontreux sondage fut la cause occasionnelle d'une cystite, 
d'abord exlrêmemenl douloureuse, qu'on s'acharna à traiter par des 
moyens locaux quand il aurait fallu s'inquiéter aussi du traitement 
gastrique et du régime qui furent absolument négligés. Aujourd'hui 
la cystite est à peu près guérie. 

Retenez, de cette obseiTation, combien il est dangereux de sonder 



LA PHOSPHATURIE TERnEUSE DYSPEPTIQUE 

les hypersthéniques à (omissions laiteuses au moment de leurs c 
Ces crises se terminent toutes seules par l'émission plus oui 
facile des coogiomérats crayeux, et les tentatives de cathétérisi 
peuvent être que des provocations à la cystite. 

Lé nrinu. La cystite phosphatique n'est pas la seule corn 

vrufrntptniu lion que l'on puisse observer ; car j'ai vu sui 
despyélites, des pyélo-nêphriles et des h 
turies. 

Nous avons eu, au 17 de la salle Serres, un comptable ilgé de 4 
dont l'histoire est bien significative. Il avait déji'i fait, en 18ë 
séjour dans nos salles peur des crises uréthrales provoquées pj 
émissions laiteuses, et l'examen du contenu stomacal dénotait 
uae chlorhydric de 3«',70 avec 2",55 d'IlGl libre et 0"',.'iO d'acit 
Termenlation exprimés en HCI. Il sortit en décembre, très am 
par le traitement gastrique. L'amélioration se maintient Jus 
novembre 1895, époque à laquelle le malade est pris dans la rue 
crise uréthi-ale violente avec expulsion de matières plâtreuses. 
il part pour r.\lgérie, s'y livre à l'installation de colombiers 
pigeons- voyageurs, et jusqu'en mai 1896, malgré un incessan 
ménage, se porte très bien. Revenu en France fin mai, il voit 
nltre les émissions laiteuses, et il est pris en juillet d'une crise, 
ïmlcate que les précédentes, qui dnra près de deux heures et s 
mina par l'i^mission d'abord de bouillie phosphatique épaisse, pt 
niasses plus dures et formées, enfin par une hématurie qui dura 
jours et s'arrêta spontanément. A partir de ce moment, les n 
accidents se renouvelèrent à des intervalles de plus en plus 
proches, puis devinrent permanents à partir du mois de novei 
En janvier 1 897. le malade rentrait dans nos salles, pâle, am 
l'estomac clapotant, le foie gros et douloureux, i'S iliaque et le e 
bouiTés de matières fécales, se plaignant à la fois de crises gasti 
et de crises urinaires. Il avait de continuelles douleurs exaspéréi 
la pression dans la région lombaire, sur le trajet des uretères 
niveau de la vessie. 

Chaque miction est l'occasion d'une crise douloureuse qui si 
mtéresseï- tout le bassin ; puis à grand'pciue, avec de cuisante 
leurs dans le canal, le malade expulse une urine purulente et sf 
Dolente chargée de masses phosphatiques dont quelques-unes 
assez dures. La quantité d'urine des 24 heures s'élève à î 
Celle-ci est très alcaline et renferme 2'',80 d'albumine. Le 
est formé de pus, de beaucoup de phosphate de chaux, av 
peu de phosphate ammonîaco-magnésien, de globules roug 



630 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES. DE L'ESTOMAC 

$ang, CL d'cpithéliums provenant des différentes parties des voies uri- 
naires. Quant au chimisme stomacal, il n'a pas varié; THCl libre 
atteint 2«',70. 

Ce malade est mis au traitement anti-dyspeptique le 8 février. Dès 
le 20, les douleurs spontanées sont moins violentes et plus espacées, 
les mictions sont un peu moins pénibles, le dépôt urinaire paraît 
moins abondant. Du 21 février au 4 mars, Tamélioration continue ; 
les hématuries deviennent irrégulières, ne se montrent qu'après les 
mictions qui suivent la marche et qui seules sont expultrices de masses 
phosphatiques. Le 4 mars, les hématuries disparaissent définitive- 
ment ; les urines sont transparentes ; le dépôt purulent et phospha- 
tiquê a beaucoup diminué; la réaction est neutre ; l'albumine n'est 
plus qu'à 0^',50. Le 10 mars, les urines sont acides à l'émission. 
Le 25 mars, le malade demande à sortir, se sentant parfaitement bien. 
L'urine ne renferme plus de dépôt phosphalique, mais seulement 
un très léger sédiment purulent et des tmces indosables d'albu- 
mine. 

Le 14 avril, il a une rechute qu'il rapporte nettement à des éc^irts 
de régime. Soumis au même traitement, il sort le 7 juin dans un état 
très satisfaisant et peut reprendre ses occupations. Nous l'avons revu 
en mars 1900; il nousaditque sa santé était excellente, qu'il suivait le 
régime que nous lui avions fixé etque, chaque écart lui ramenant des 
crises, il avait pris le parti de n'en plus faire au grand bénéfice de 
son repos. 

Celte observation ne me semble laisser aucun doute sur l'ori- 
gine gastrique delà cysto-pyélite et de l'hématurie, puisque 
le traitement est venu donner sa sanction au diagnostic porté. D'ailleurs 
elle n'est pas isolée cl, depuis que mon attention a été attirée sur ce 
point, j'ai eu plusieurs fois l'occasion de constater des faits analogues 
où l'enchaînement des accidents débutait par la dyspepsie hyperslhé- 
nique, continuait par les émissions laiteuses et passait par la cystite 
ou lapyélite pour aboutira l'hématurie. 

Laibuminurte. ^^^ dyspcptiqucs hypcrsthéniques à émissions lai- 

teuses sont encore passibles d'autres complications. 
Ainsi, sur les dix-huit observations oùe lie a été recherchée, l'albu- 
mine a existé onze fois, soit 61 fois sur 100 I A vrai dire, son exis- 
tence n'est pas constante ; elle manque souvent dans l'urine du matin ; 
sa quantité est toujours fort minime et n'a jamais dépassé 0^,50 
par litre d'urine, sauf chez les pyélitiques et les hématuriques ; sou- 
vent même, elle se trouve à l'état de ti^aces indosables. Néanmoins 
cette haute fréquence, qui ne se rencontre dans aucune des variétés 



LA PHOSPHATUniE TERREUSE DYSPEPTIQUE 631 

d'hypersthénie connues jusqu'à présent, a quelque chose de bien 
spécial à la variété que nous étudions. 

Signalons aussi la fréquence de Turohématine, 
soit 8 fois sur 18, ou 44,4 p. 100, indice de la ten- 
dance que présentent ces malades à la déglobulisation et à T anémie 
secondaire. 

iindieaiuirie L'indican existe dans le tiers des cas et traduit 

•t rardtffionrto j^^ fermentations intestinales exagérées. L'urobiline, 
ptasrarei. pj^g rare, n'a été constatée que 2 fois sur 18 fois. 
Celle rareté indique que la fonction pigmentaire du foie s'accom- 
plit, au moins, d'une façon normale. 



IV 

Le résumé général. — Le diagnostic. — Le.pronostic. 
La physiologie pathologique. 

Le diagnofltie ^^ résumaut, SOUS formc de propositions, l'ensemble 

des faits précédents, nous aurons autant d'éléments 
qui nous serviront à constituer le diagnostic : 

i"" Les malades à émissions laiteuses, considérés à tort, jusqu'à 
présent, comme des calculeux, des phosphaturiques ou des neu- 
rasthéniques, sont simplement des dyspeptiques hypersthéniques 
périodiques ou permanents, chez lesquels s'exagère et devient 
permanent un phénomène qui existe d'une façon atténuée et irré- 
gulière chez la plupart des hypersthéniques. 

2* On peut diviser ces malades en deux catégories, suivant qu'ils 
ont simplement des émissions laiteuses irrégulières ou qu'ils expulsent 
d'épais liquides crayeux à la fin de la miction ou des conglomérats 
d'aspect plâtreux qui provoquent des crises vésico-uréthrales souvent 
très douloureuses. 

3* En dehors du fait des émissions laiteuses et des crises doulou- 
reuses, les symptômes les plus fréquemment observés sont d'ordre 
nerveux, cardiaque, cutané et musculaire. Ils forment un ensemble 
très précis et tout à fait caractéristique quand on les associe aux 
troubles gastriques ordinairement méconnus qui ne manquent jamais 
chez ces malades et dont la constatation fixe absolument le diagnostic. 
• 4* L'analyse du contenu stomacal dénote une hyperchlorhydrie 
intense, peu de fermentations, une peptonisation suffisante, mais une 
digestion très mauvaise des féculents. 



re:te:»tissenents des maladies de i.'estohac 

changes généraux ei les échanges azotés ne sont pas 
I leur esseace. Mais l'évolution et les transformations 
ternaires sont sensiblement retardées, 
itndes ne sont pas des phospbaluriques au sens absolu du 
u'il est exceptionnel que l'acide pbosphorique total par 
par kilogramme du poids ainsi que son rapport à l'azote 
tugmeotés. Ce qui est augmenté, c'est l'acide phospho- 
iix terres dont le rapport à l'acide phosphorique 
ns d'assez Tories proportions. Le dépôt laiteux du phos- 
que dans l'intérieur des voies urioaires reconnaît donc 
ons l'augmentation des pbosphates terreux et la dimi- 
cidité de l'urine. 

•cipitation des phosphiles bicalciqiies dans la vessie et 
isi dans les bassinets et dans les tubes de Bellim con- 
:ondilion favorable au développement de la cystite, de 
: la pyéio-néphrite et des hématuries chez les sujets pré- 
l'tout quand inlei vient une cause occasionnelle, comme 
srae intempestif. La présence presque permanente de 
îcs dans le sédiment démontre bien que la muqueuse 
naires de ces malades est en perpétuel état d'opportunité 

imine apparaît chez les malades avec une fréquence 
inl dans aucune des autres variétés d'iiyperstliénie. 
mie par déglobulisation constitue la complication géné- 
souvent observée. 
éléments qui précèdent, le diagnostic n'offre aucune 
lisqne le fail seul de l'émission laiteuse implique aussitôt 
i des symptômes de l'byperstbénie dont elle dépend et 
subie constatation éclaire aussitôt la genèse des divers 
e l'on coDslaie. 

Le pronostic est lié à celui de la dyspepsie hyper- 

slhéniquc causale, sauf les indications relatives à la 

1 possible de cystite, de pyélitc et d'hématurie, à l'anémie 

•l à la prédominance des symptômes neurasthéniques qui 

irfois à leur cause et sont alors plus rebelles à la ihéra- 



I Quant à la physiologie pathologique, elle 

découle nettement de tout ce que vous venez d'entendre. 

lie gastrique avec hyperclilorhydric considérable et 

auvaise des féculents, aliments d'épargne, commence la 



LA PHOSPHATUniE TERREUSE DYSPEPTIQUE 633 

série morbide. Mais celte dyspepsie, soit en raison du taux élevé de 
l'HCl libre, soit parce qu'elle se développe sur un terrain nerveux et 
prédisposé, s'accompagne d'un phénomène qui existe aussi dans les 
autres cas de dyspepsie de ce type, mais à un degré beaucoup moins 
accentué. Ce phénomène, c'est une exagération dans les actes 
d'échange du système nerveux, exagération qui emporte aussitôt 
comme conséquence la mise en voie d'élimination urinaire d'une plus 
grande quantité de phosphates terreux et la prédominance sympto- 
matique des troubles névropathiques. El comme, de par l'excès de 
sécrétion chlorhydrique de l'estomac, la teneur alcaline du sang 
augmente et, par conséquent, l'acidité urinaire diminue, les phos- 
phates terreux se précipitent. 

Cette précipitation des phosphates dans les voies urinaires 
explique tout le reste de la symptomatologie depuis l'émission 
laiteuse jusqu'à la pyélo-néphrite et aux hématuries. Elle peut entrer 
aussi en ligne de compte dans la genèse par voie réflexe d'un certain 
nombre de symptômes névropathiques. Elle permet enfin de bien 
fixer les indications du traitement. 



Les étapes du traitement. — Le traitement anti-dyspeptique. — Le 
régime consécutif. — Les étapes des arsenicaux, des hypophos- 
phites, des glycérophosphates, des inhalations d'oxygène, des 
ferrugineux et des strychniques. — Le traitement hydrologique. 
— Le traitement de la crise vésico-uréthrale et de ses complica- 
tions. 

Le traitement se divise en trois parties : V le traite- 
Le traitement. . i r r 

ment curatif de la maladie considérée en elle- 
même; 2° le traitement palliatif des crises qu'elle provoque ; S** le 
traitement des complications. 

Le traitement Lc traitement de la maladie comprend plusieurs 

anu-dyspeptique. ^t^pes. Dans la première, on s'occupera uniquement 
de la dyspepsie hypersthénique permanente, et on traitera le malade 
suivant les règles qui vous ont été précédemment exposées, sans que 
le fait des émissions laiteuses intervienne en quoi que ce soit dans 
vos préoccupations. Seulement, vous ferez bien de commencer par 
une période de régime lacté absolu^ dont la durée ne saurait être 

i. Voyez page 258. 



634 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

fixée d'une manière inflexible, mais sera réglée sur ta tolérance du 
malade. En thèse générale, quinze jours sont suRisants. Ce temps 
écoulé, commencez le régime, Vkygiène et le traitement médicamen- 
teux de l'hi/perstkénie permanente' el continuez-le pendant troisi 
quatre semaines. Si l'examen du contenu stomacal ne révèle pas de 
fermentations anormales, continuez à donner du lait comme boisson 
exclusive pendant lâs repas. 

Cette première étape thérapeutique estd'une importance extrême, 
et rien ne saurait ôtre obtenu tant qu'on n'aura pas eu raison de la 
dyspepsie. Si les moyens précédents n'améliorent pns rapidement et 
à la fois la dyspepsie cauf^le et les émissions laiteuses, cessez-les, 
cessez aussi le lait ; ordonnez la troisième étape du régime des hyper- 
sthéniques* et associez-y la médication acide^ jusqu'aux limites de 
la tolérance gastrique. Quand tes malades accuseront des vertiges, des 
étourdissements, des bourdonnements d'oreille, de la céphalalgie, 
des nausées, des renvois acides, des crises gastriques ou de la dou- 
leur au niveau du creux de l'estomac, interrompez la médication 
acide pour la reprendre quand ces accidents auront disparu, et con- 
tinuez ainsi jusqu'à disparition des émissions laiteuses et retour de 
l'acidité urinaire. 

Si la médication acide n'est pas tolérée par l'estomac, malgré ces 
précautions, cessez-la et contentez-vous de saturer après les repas 
l'acidité gastrique avec une poudre alcalino-lerriiuse* . 

A la suite de cette première étape thérapeutique, vous aurez déjà 
obtenu, dans les deux tiers des cas, une sensible amélioration. Les 
malades vous diront que les malaises de l'nprès-midi ont disparu, 
qu'ils sont moins irritables, qu'ils travaillent et marchent plus 
volontiei's, que les symptômes cardiaques sont atténués, qu'ils 
ont plus d'énei^ie et d'entrain. Il y a moins de somnolence après 
les repas et le sommeil nocturoe est meilleur. Les émissions 
laiteuses n'ont pas encore disparu; maiselles sont moins fréquentes, 
moins douloureuses, plus courtes, en ce sens qu'elles n'apparaissent 
plus sous forme de crises prolongées et que, dans leurs intervalles, 
l'urine reprend son aspect normal. 

u rigiinB A cc momcut, cessez les médicaments de l'hyper- 

coniéoutti. slhénie; insistez i\iv V alimentation azotée ; mp^vimei 

ou diminuez beaucoup les féculents et les alimenti sucm ; augmentez 

1. Vayei paga 368. 
t. Vovei page 361 . 

3. Vojei pago ÎS1. 

4. Vojez pages tVS «t 387. 



LA PHOSPHATURIE TERRKUSE DYSPEPTIQUE 635 

les légumes verts et les fruits; choisissez, parmi les éléments, ceux 
qui sont riches en phosphates et en potasse' et autorisez \ebettrreent 
qui parall, comme la plupart des corps gras, avoir, sur le phosphore 
de t'organisme, une action conservatrice. 

Conseillez ie bouillon de bœuf, les œufs, la cervelle, les quenelles 
de poisson, les laitances de carpe, le ris de veau, les huîtres, les 
Davets, le céleri, les artichauts, les endives. Continuez le lait en 
boisson, pendant les repas, et autorisez, à la fin du déjeuner, uae 
lasse de caîé très léger el très chaud. 

L'éupa Quand on s'est assuré que le malade supporte bien 

4wir-rfinT ^^ changement de régime, on commence la deuxième 
série médicamenteuse par un essai à'arséni'ale de soude, modé- 
rateur nervio, soit sous forme de granules d'un milligramme dont 
on donne deux à trois par jour, au moment des repas, soit 
en solution faible, ainsi formulée : 

"¥ Arséniale de souite (WiOô 

Eau distillée 300 grammes 

DissolTez. — Une cuillerée à eniremels, au commenceinent du déjeuner 
eldu dîner, en mélangeant la dose avec quantité égale de lait, pour 
éviter l'acllon (|uelquefois TAcheuse de l'arséniate de soude sur la mu- 
queuse gastrique. 

Vous pourrez aussi utiliser les pilules suivantes: 

y Acide arsênieux 0''',05 

Poudre de fèves de Saint-Igrince 0",50 

Poudre de rhubarbe 2'',50 

Poudre d'opium brut O',50 

Extrait dé gentiane q. s. 

Divisez celle quantité en 50 pilules. Donnez une pilule au milieu de chacun 
des principaux repas. 

Si l'essai d'arséniale de soude est bien toléré et ne réveille pas de 
iroubles gastriques, on le continuera pendant quinze jours à trois 
semaines; sinon on le suspendra tout de suite, et on emploiera les ar- 
mkaux en injections rectales' ou encore le cacodylale de soude en 

1. VoT«i B. CATBELiKEAt et A. LEBa*s«KDs. — Des alimenti. Hjgiùnc et régimei ali- 
neotairt). Pari», 1897. 
1. Vdtbi page 590. 



' i 



636 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

injections sous-cutanées de 0^%05, pendant deux à trois périodes de 
huit jours séparées par d*égales périodes de repos. 

Si vous n'obtenez rien des arsenicaux, tentez les 
hypophotphites. hypophosphites, toniques nervins, suivant la formule 

giycéropSôsphaf. V^^ J® ^^us ai précédemment donnée*. 

et det inhautioiiB Enfin, cu cas dc réveil des troubles gastriques ou 

bien si reflet des hypophosphiies n'est pas satisfaisant, 
usez des glycérophosphates^. Ils sont surtout indiqués chez les indi- 
vidus mous, déprimés, réagissant mal, quand Turéc, les matériaux 
solides de Turine et les oxydations azotées sont en baisse. Suivant 
les cas, on les administre en cachets, en sirop ou en injections sous- 
cutanées*. Cette dernière forme est préférable en général, d'abord 
parce qu'elle respecte l'estomac et puis parce que l'on agit ainsi 
avec plus de rapidité. 

Les inhalations (Toxygène, à la dose de 50 à 60 litres par jour 
inhalés en quatre ou six fois, constituent un excellent adjuvant du 
traitement médicamenteux sous-cutané ou interne. 

L'étape Quaud Ics maladcs présentent encore après ces 

des lerrugineux. ^jygpgçg élapcs médicamenteuses la pâleur si spéciale 

qui traduit leur déglobulisation, et quand aussi l'état de leur estomac 
le permet, vous vous trouverez bien de conseiller les fen^ugineux. Il 
serait inutile, sinon nocif, de faire intervenir le fer aux premières 
phases du traitement. Au contraire, il rendra des services à la fin de 
la cure, à la condition de le donner à doses faibles et de l'associer à 
un laxatif léger . Voici deux de mes formules habituelles* : 

y Tartrale ferrico- potassique Ofl',05 à Û^^IO 

Poudre de rhubarbe 0«*^,05 

Extrait de quinquina O^^IO 

Pour une pilule. Prendre une pilule au commencement du déjeuner et du 

diner. 

'^ Citrate de fer OssiO 

Extrait de noix vomique O^^Oi 

Poudre d'opium brut O'^jOt 

1. Voyez page 612. 

2. ALBERT Robin. — Des glycérophosphates et de leur emploi en thérapeutique, Bul^ 
letin de V Académie de médecine, 24 août 1894. — Id, Des glycérophosphates. Action sur 
la nutrition, indications thérapeutiques, mode d^administration, Bulletin général de thé^ 
rapeulique, 15 et 30 mai 1895. 

3. Voyez pages 301 à 303. 

4. Voyez aussi pages 399 et 400. 



F^ 



LA PHOSPHATURIE TERREUSE DYSPEPTIQUE 637 

Foudre de rhubarbe 0«%05 

Extrait de gentiane 0^,08 

Pour une pilule. Prendre une pilule au commencement des principaux 

repas. 

_ Remarquez que, dans la plupart des formules, ligu- 

rent des préparattons slrychmques. Celles-ci sont, en 
effet, d'une grande utilité et constituent, en leur qualité de médi- 
caments nervins, un adjuvant extrêmement utile, à la condition qu'on 
les emploie à doses assez faibles pour ne pas stimuler la muqueuse 
gastrique, ou qu'on les associe à de minimes quantités de poudre 
d'opium brut. 

L'hydrothérapie et, en premier lieu, la douche écos- 
hydroiogiqne. satse forment un complément bien enicace et presque 
indispensable de ce traitement ^ 

Pour les cures hydro-minérales ^ tenez-vous-en aux indications 
exposées déjà à propos de la dyspepsie hypers thénique et qui sont 
paifaitement de mise ici. 

On conseillera Brides ^ Saint -Nectaire y Royat aux sujets 
arthritiques, quand la désassimilation générale est exagérée, le 
coefficient d'oxydation azotée en baisse, et si les réactions nerveuses 
ne sont pas trop accentuées. 

Les malades très excitables seront envoyés à Badenweiller, 
Schlangenbady Néris, PlombièreSy Ragatz. 

Ceux qui sont déprimés, affaiblis par la longue durée ou Tinten- 
sité de leur déperdition de phosphates terreux, relèveront plutôt de la 
balnéation chlorurée-sodique forte de Biarritz^ Salies-de-Béarn, 
Salins j Rheinfelden, etc. 

Enfin les cures de ContrexévilUj Vittelj Evian^ Wildungen^ etc., 
sont indiquées chez les malades de la seconde catégorie qui rendent 
avec peine des masses de consistance plâtreuse et chez qui il y a 
lieu de faire un grand lavage des voies urinaires. 

. .^. ^ Quant au traitement delà crise vésico-uié- 

des crises thralc, il cst des plus simples. Dès qu'elle commence, 
le malade doit gîft-der l'immobilité et chercher la posi- 
tion qui sera compatible avec le minimum de douleur, puis ingur- 
giter coup sur coup, soit deux à trois verres d'eau d'Evian ou d'une 
eau pure quelconque, soit deux à trois tasses d'une infusion chaude 
de tilleuly de feuilles d'oranger ou mieux encore de feuilles de mû- 

\. Voyez pages 320 et suivantes. 



638 LES UETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

rieTy de fleurs de fèves de marais ou de reine des prés, afin de 
provoquer un flux d'urine qui fasse chasse el entraine les conglo- 
mérais phosphatiques qui se sont déposés dans la vessie. 

Si la douleur est très vive et n'est pas calmée par Timmobilité, la 
position et les grandes ingestions de liquide, faites dissoudre un 
gramme de bromure de potassium dans une des tasses d'infusion de 
reine des préSy ou ordonnez un suppositoire avec 0^',40 de poudre 
d'opium brut et 0*",04 ai extrait de belladone. 

Ces moyens sont suffisants pour calmer les crises expulsives dont 
le retour sera d'ailleurs de plus en plus rare si les malades suivent 
exactement le traitement destiné à en supprimer la cause. 

u traitement La cystitc, la pyélo-u éphrite, les hématuries 

de. oompuoation.. ^^ réclament pas un autre traitement, en ce sens que 

l'on devra toujours commencer par traiter la dyspepsie causale, puis- 
qu'il est bien certain que les hématuries, par exemple, ne céderont 
définitivement qu'avec la disparition des phosphates calciques qui se 
déposent dans les voies urinaires. On pourra faire, à l'occasion, un 
traitement palliatif de Thémorrhagie quand celle-ci est trop abon- 
dante ou trop durable, mais on n'obtiendra rien de définitif sans le 
traitement de la cause. 

Commencez par une courte période de médication lactée absolu£y 
puis associez bientôt la médication acide à la troisième étape du 
régime des hypersthéniques et vous aurez ainsi une médication à 
double fin qui réussira dans un bon nombre de cas. Si l'estomac ne 
la supporte pas, reprenez les trois étapes du régime et la médication 
habituelle de rhypersthéniey jusqu'à ce que l'estomac puisse tolérer 
la médication acide. 

Les médications dirigées directement contre la cystite et la pyé- 
lite ne réussissent pas. Le benzoate de soude, Vhuile de Haarlem, les 
astringents, Yurotropine elle-même, qui est un excellent antiseptique 
des voies urinaires, sont mal tolérés ou inefficaces. 

Les lavages de la vessie usée une solution à 1/200 de silicate de 
soude sont quelquefois utiles. Les bains de vapeur térébenthines, 
ou mieux encore la cure de bains Icrébenthinés du Martouret que 
dirige fort habilement Benoit, ont les mérites de la médication balsa- 
mique sans avoir ses inconvénients sur Testomac. 

En fait de cures hydro-minérales, éliminez toutes les eaux forte- 
ment minéralisées et surtout les eaux alcalines comme Vichy, et tenez- 
vous-en aux cures de lavage qui viennent de vous être indiquées*. 

1. Albert Robin. — Traitement médical des pyélitcs, Traité de thérapeutique 
appliquée, fasc. \\, 1895. 



ri 



SEPTIÈME LEÇON 

LES RETENTISSEMENTS CARDIAQUES 

LES PALPITATIONS -< LES INTERMITTENCES ET LES ARYTHMIES 
LA TACHYCARDIE ~ LA BRADYCARDIE 
LES CRISES PSEUDO-ANGINEUSES — LES ACCIDENTS CARDIO-PULMONAIRES 
LA PATHOGÉNIE — LE PRONOSTIC - LE TRAITEMENT 



I 



Les principaux aspects cliniques. — Les palpitations, les intermittences 
et les arythmies, la tachycardie et la bradycardie transitoires, les crises 
pseudo-an gineuses, la forme cardio-pulmonaire. — l^es retentissements sur le 
cœur malade. — Les théories pathogéniques. — Le pronostic. 

f ^^^ Les retentissemeuts cardiaques desdyspep- 

aspects si es ODt fait Tobjet de beaucoup de travaux. Sans 

remonter au delà des vingt-cinq dernières années, 

signalons les mémoires de Potain *, Desturaux ', Barié ^ Morel* , 

JouiTTEAU % Porozniakoff *^, Lecreux ', etc, mais surtout les impor- 



1. PoTAiii. — Congrès de Paris, 1878. 

1 Desturaux. — De la dilatation du cœur droit d*origine gastrique, Thèse de 
Paris, 1878. 

3. Bahié. — Recherches cliniques sur les accidents cardio-pulmonaires consécutifs 
aux troubles gastro-hépatiques, Revue de médecinef 1884. 

4.)loREL. — Recherches expérimentales sur la pathogénie des lésions du cœur droit, 
Tkèse de Lyon, 1879. 

5. JouiTTEAU. — Contribution à Tétude des troubles fonctionnels cardiaques d*origine 
gastro-hépatique, Thèse de Paris, 189-4. 

6. M"^ A. Porozniakoff. — Contribution à l'étude des palpitations liées aux affections 
{astriqnes, Thèse de Paris, 1895. 

7. L. Lecreux. — Etude sur les intermittences cardiaques consécutives à certains 
troubles gastro-hépatiques, Thèse de Lyon, 1888. 






640 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

tantes recherches de Huchard \ qui a merveilleusement mis la 
question au point et Ta résumée cliniquement par Taphorisme sui- 
vant : € Quand un malade non atteint de cardiopathie organique se 
plaint du cœur, cherchez à l'estomac. » 

Ils se présentent sous divers aspects cliniques, tels que les pal pi- 
tations, les arythmies variées intéressant la fréquence, le rythme 
et rintensité des battements du cœur, les accès de dyspnée, les 
crises syncopales et les crises pseudo-angineuses. A un 
degré plus accentué, le cœur droit se laisse distendre et son 
entrée en scène se traduit par un bruit de galop, une accentuation 
du second bruit pulmonaire et une anhélation plus ou moins mar- 
quée. Dans des cas plus intenses encore, mais aussi beaucoup plus 
rares, on observe comme une ébauche d'asystolîe. 

Les Les palpitations surviennent par accès soit au 

paipitatioiis. (jébut du rcpas, soit immédiatement à la fin de celui-ci, 
soit encore et plus fréquemment peut-être à la fin de la digestion et 
particulièrement au milieu de la nuit. Leur fréquence et leur durée 
sont variables. Elles s'accompagnent de malaise général, parfois d'an- 
goisse, avec sensation de gêne et même de douleur précordiale. Le 
malade se plaint souvent aussi de vertige et de somnolence. Tantôt il 
est pâle et presque défaillant, tantôt les pommettes sont rouges et la 
face animée. 

A l'auscultation du cœur on trouve les battements réguliers, 
assourdis ou éclatants et, si l'accès est très violent, on peut percevoir 
un bruit de souffle systolique transitoire localisé et mourant 
pour ainsi dire sur place, qui disparait quand les battements du cœur 
ont repris leur fréquence normale. L'impulsion cardiaque est souvent 
exagérée. Les conditions de mécanique circulatoire qui rendent pos- 
sible la survenance de ce souffle cardio-pulmonaire ont été parfaite- 
ment indiquées par Potain ; à chaque systole l'air pénètre rapidement 
dans la région du poumon placée entre le cœur et la paroi thoracique ; 
les conditions de la respiration sont changées dans cette région et 
un bruit de souffle se produit. 

Les Les intermittences vraies sont les plus fré- 

intennittences. qu^ntes dcs arythmies d'origine gastrique. La 

série des battements du cœur très réguliers et plutôt peut-être un peu 

1. H. Huchard. — Traité de thérapeutique appliquée gI'Albert Robin, fa^^c. X 6t XI, 
1897. — Id. Les troubles fonctionnels du cœur d'origine gastrique, Revue générale de 
clinique et de thérapeutiquey 16 mai 1896. — Id. Traité clinique des maladies du cœur 
et des vaisseaux, 3* édition, Parti, 1900. 



LES RETENTISSEMENTS CARDIAQUES 641 

ralentis esl rompue, de temps à autre, par une suspension de courte 
durée, suivie ou non d'un surcroît d'impulsion dans le baltemenl sui- 
vant. Eq général irrégulières, les intermittences peuvent affecter un 
certain rythme dans leur apparition et se montrer, par exemple, toutes 
les cinq, dix, quinze pulsations. Elles sont nettement perçues par le 
malade qui éprouve, au moment où elles se produisent, une sensation 
d'angoisse, de vertige, de défaillance, en même temps qu'il ressent 
quelque chose d'insolite, de pénible ou de douloureux même au 
niveau du cœur. Quand elles se renouvellent fréquemment, le visage 
pâlit et la respiration s'accélère. J. Teissier* a observé plusieurs cas 
où ces intermittences s'accompagnaient d'un dédoublement passager 
du deuxième bruit à la base du cœur. 

Elles ne présentent rien de régulier dans leur apparition et sur- 
viennent soit à jeun, soit aussitôt après les repas, soit trois ou quatre 
heures après. Mais elles ont ceci de caractéristique : c'est qu'elles ne 
sont pas aggravées par la marche qui tend, au contraire, à les atté- 
nuer, qu'elles sont moins fréquentes et moins intenses pendant le 
décubitus dorsal et particulièrement la nuit, enfin qu'elles sont ordi- 
nairement annoncées par une sorte d'aura gastrique telle qu'une sen- 
sation de pincement, de resserrement, de pesanteur, par des éructa- 
tions ou par du py rosis. 

Le moral des malades en est péniblement affecté. Ils n'osent sortir 
de chez eux, craignent les grands espaces comme les agoraphobiques, 
prennent leur pouls à chaque instant, s'attristent et deviennent 
inaptes à tout travail intellectuel continu, en raison du fugace senti- 
ment de suspension de vie qui accompagne chaque intermittence. 

Les dyspeptiques sont encore sujets à d'autres arythmies, moins 
typiques que l'intermittence vraie. 11 s'agit alors d'inégalités dans la 
force des con tract ions car diaqu es où de cette curieusearythmie 
palpitante récemment décrite par Huchard ^ 

utoohycardie ^^ digcstiou uormalc s'accompagne presque tou- 
«t jours d'une certaine accélération du pouls qui traduit 

la bradyoardie. r ^ 

un peu d'excitation cardiaque. De même, pendant le 
jeûue,les battements du cœur sont ralentis. Ces phénomènes physiolo- 
giques s'accentuent dans la dyspepsie et peuvent en arriver à la tachy- 
cardie ou à labradycardie. 

La tachycardie se montre soit après le repas, sous la forme d'un 
petit paroxysme que complique un certain degré de dyspnée, soit sous 
l'apparence de crises nocturnes qui réveillent le malade ets'aceom- 

1. J. Teissier. — Société nationale de médecine de Lyon, 1883. 

2. Huchard. — Traitement des arythmies, Traité de thérapeutique appliquée d'ALSEKT 
HOBiii, fasc. XI, p. 179, 1897. 

Il 41 



L 



<i- 



A 






642 LES UETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

pagnent d'une désagréable sensation de chaleur et d'agitation, d'éruc- 
tations et de pyrosis. Enfin certains cas de tachycardie paroxys- 
tique m'ont paru avoir une origine gastrique, en ce sens qu'ils ont 
largement bénéficié d'un traitement exclusivement stomacal. 

La bradycardie présente deux aspects principaux : 

1* Elle se manileste, au réveil ou pendant la période digestive, 
sous la forme transitoire d'un petit accès pendant lequel le pouls 
s'abaisse à 56-60; 

2" Elle prend un caractère pour ainsi dire continu dans quelques 
cas d'hypersthénie permanente avec sténose spasmodique ou 
non du pylore et grande distension gastrique, et aussi dans quelques 
cas d'ulcère de l'estomac. 

Cette variété de bradycardie trouve son explication dans les expé- 
riences physiologiques où l'on a vu l'insuiUation et la distension 
de l'estomac, ainsi que l'excitation de ses nerfs sensitifs, provoquer un 
ralentissement du cœur avec augmentation de la tension artérielle. 

On sait aussi que les grandes indigestions avec vomissements 
sont fréquemment suivies d'une bradycardie dont la durée peut se 
prolonger quelques jours et qui a étéaltribuée par Ozanam* àl'épui- 
sementparles vomissements et, par d'autres, à un réflexe sur le pneu- 
mogastrique. 

Les crises Lcs criscs pscudo-angineuses réflexes d'ori- 

psendo-imgineiises. ^j^^^ gastriquc sout loiu d'être rares. Mais, si on les 

connaît depuis longtemps, on les confond bien fréquemment aussi avec 
l'angine de poitrine vraie. 

Il y a quelques années, j'étais appelé auprès d'une jeune femme 
de l26 ans, sujette, disait-on, à des attaques d'angine do poitrine et 
condamnée de par ce diagnostic à une immobilité relative. Elle 
était prise généralement après son dîner, une fois ou deux par mois, 
de crises douloureuses précordiales subiles, avec sensation de con- 
striction thoracique, irradiations pénibles dans l'épaule et le membre 
supérieur gauches, pâleur du visage et défaillance semi-syncopale. 
La crise était remarquable par sa violence et par sa durée; elle se 
prolongeait quelquefois pendant près d'une heure avec des alterna- 
tives d'intensité ; elle se terminait souvent par des vomissements très 
acides et était toujours suivie d'une dépression physique et morale de 
plusieurs jours de durée. On avait employé sans succès Viodure de 
potassium^ le nitriie d*amyle et toute la série des médications classi- 
ques ; l'insuccès avait été complet et chaque tentative médicamen-. 

1. O/.A.NAM. — La circulation et In pouls, PariSy 1886. 



} l'V"f*ÏT*.,, 



LES RETENTISSEMENTS CARDIAQUES 643 

leuse avait toujoui's été suivie d'une recrudescence des crises. 
En Teiaminant, on constata les symptômes de la dyspepsie hyper- 
sthénique; on fit un traitement eiclusivement stomacal ; on conseilla 
les promenades en plein air, puis un exercice de plus en plus actif, 
et on eut la satisfaction de voir disparaître en quelques mois un état 
qui avait inspiré de si grandes inquiétudes. 

Dans ces cas, l'excitation réflexe a son point de départ dans 
l'estomac et, suivant Potain, détermine une contraction exagérée avec 
élévation de tension des vaisseaux pulmonaires, d'où un obstacle dans 
la circulation du cœur droit et une dilatation consécutive de ses cavités 
pouvant aboutir à une insuffisance tricuspidienne et même à des acci- 
dents asystoliques. ^ I 

L'accès n'est provoqué ni par la marche, ni par l'effort ; il survient 
ordinah*ement après le repas. La douleur est plus précordiale que 
sous-sternale ; le malade éprouve une sensation de plénitude dans la 
poitrine ; la respiration est difficile, incomplète, et cette dyspnée 
s'accompagne d'un malaise profond, lipothymique. Les irradiations 
douloureuses dans le membre supérieur gauche semblent moins 1 

intenses et moins étendues que dans l'angine de poitrine vraie. 

La théorie circulatoire de Potain n*est pas admise par tout le 
monde ; car rien ne s'oppose à ce que l'on admette que les dyspepsies 
retentissent sur le cœur, non par l'intermédiaire direct de la circu^ 
lation, mais par les voies anatomiques de leur innervation com- 
mune. 

La crise pseudo-angineuse parait être le plus important des reten- 
tissements cardiaques des dyspepsies : ce qui n'empêche qu'elle est 
liée plus souvent aux dyspepsies aiguës ou subaiguës, paroxystiques 
ou périodiques, qu'aux formes chroniques plus profondes. En d'autres 
termes, l'importance du retentissement n'est nullement en rapport 
avec une importance égale de la dyspepsie causale, ce qui est bien 
conforme à la célèbre loi de pathologie générale si bien édictée par 
Lasègue : Une lésion superficielle et de simples troubles fonctionnel 
des organes exaltent les réflexes, tandis que les lésions organiques 
plus ou moins profondes les suppriment. 

Laforme Lcs retentissements cardiaques dontnous venons de 

ettdto-puimooaire. pjj|.jç|. g^ présentent rarement d'une façon isolée. Ordi- 
nairement ils s'associent, avec l'un deux pour dominante. 

Il est rare qu'ils ne s'accompagnent pas d'un degré plus ou moins 
prononcé de dyspnée ou tout au moins d'essoufflement facile. 
Mais, chez certains malades, les accidents pulmonaires prennent une 
remarquable intensité et constituent laforme cardio-pulmonaire, 



: 



644 LES PiETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

si remarquablement décrite par IUrié, dont je ne saurais mieux l'aire 
que de vous transcrire les paroles : t C'est de l'oppression plus ou 
moins vive, pouvant aller jusqu'à l'orthopnée avec menace de suffoca- 
tion. Elle survient presque immédiatement après le repas, sous forme 
d'accès, cesse après le travail de la digestion pour apparaître de nou- 
veau au repas suivant. Le retentissement du côté du cœur se manifeste 
par la dilatation de ses cavités droites, entraînant quelquefois après 
elle une insuffisance tricuspidienne secondaire avec ses conséquences 
cliniques. La distension du cœur s'accompagne de phénomènes sté- 
Ihoscopiques importants: existence d'un bruit de galop qui a son siège 
dans le cœur droit, et accentuation manifeste du bruit diastolique au 
niveau de Tarière pulmonaire, indice de l'élévation de la tension 
dans le système de la petite circulation : outre ces accidents cardio- 
pulmonaires, on observe encore pendant la durée de l'accès de dys- 
pnée,un pouls p^tit, mou, dépressible, de la cyanose, du refroidisse- 
ment de la face et des extrémités, de la dilatation pupillaire et quel- 
quefois de petites hémoptysies. > 

Us A côté des retentissements des dyspepsies sur le 

retentis sements «m •j*^:! i 19. 

des dyspepsies cœur sam il conviendrait de placer ceux que lestomac 
suriecœnrmaude. p^^^ excrccr sur uucœur malade. Mais celte étude 

est trop liée, en ce qui concerne la thérapeutique, à celle des reten- 
tissements des cardiopathies sur l'estomac pour que je ne la renvoie 
pas à laLeçon spéciale* que je consacrerai plus tard à cette importante 
question. 

Us théories On a fait de nombreuses théories pour expliquer 

pathogéniqaes. |^ mécanismc dc CCS retentissements cardiaques. On a 
invoqué tour à tour, suivant les idées régnantes, le spasme du 
cœur, l'anémie générale, l'anémie bulbaire, la pression 
mécanique exercée sur le cœur par l'estomac distendu, le réflexe 
pneumogastrique ou sympathique, enfin l'auto-intoxica- 
tion si fort à la mode aujourd'hui. En réalité, on ne discute plus 
puère qu'entre ces trois dernières hypothèses. 

Je n'hésite pas à repousser la théorie de l'auto-intoxication 
qui ne repose sur aucun fait démontré et que l'on invoque simple- 
ment par analogie, parce qu'il semble de mauvais goût d'en admettre 
une aulre\ Cependant, qui dit auto-intoxication sous-entend l'existence 

1. Voyez page 800. 

2. Voyez page 23'J et la discussion à la Société de thérapeutique : A. Mathieu, Cautrt, 
M. DE FLEunY, H HucHARD, ALBERT RoBiN, LiNossiER, Bardet, Legendre, Bulletin de la 
Société de thérapeutique, 1900. 



r 



LLS RETENTISSEMENTS CARDIAQl'ES 645 

d'un poison, et je demande qu'on nous montre ce soi-disant poison que 
poiïr ma part je n'ai pas encore rencontré. 

La théorie réflexe et celle delà compression directe par 
Testomac distendu satisfont beaucoup mieux notre incertitude. 
La physiologie expérimentale démontre que l'acte réflexe qui engendre 
les accidents cardio-pulmonaires d'origine gastrique se passe sur le 
domaine du grand sympathique; mais il est permis de croire, avec 
Bàrié, au nom de la clinique, que le pneumogastrique n'est pas 
étranger aux transmissions des incitations de l'estomac au centre 
réflexe. L'expérimentation est en faveur de cette théorie; car 
MoREL, François Franck et Carié ont vu nettement se produire 
chez les animaux une élévation de tension dans l'artère pulmonaire 
quand on provoquait des excitations diverses sur la muqueuse de 
Teslomac et sur le foie. 

Ces accidents sont loin de se produire chez tous les dyspeptiques 
et leur genèse est une question de lerrain où la neurasthénie, la 
névropathie, l'hystéricisme, l'anémie, le surmenage ner- 
veux dominent ou s'associent. Aus:fi sont-ils plus fréquents chez la 
femme que chez Thomme. L'abus du thé, du café, l'usage du 
labac, les émotions vives, les veilles, le travail intellec- 
tuel agissent souvent comme causes déterminantes. 

Le pronostic est, en général, légei",à la condition 

Le pronostic. . 

que les phénomènes soient reconnus et traités de 
bonne heure. Sans cela, on peut voir survenir, à la longue, des acci- 
dents asystoliques dont la gravilé ne saurait être mise en doute. 
Notons, en outre, que ces retentissements cardiaques récidivent avec 
la plus grande facilité et qu'ils conduisent les malades à un élat 
d'hypochondrie qui gène singulièrement leur vie sociale. 



II 

Le traitement curatif. — Les médications palliatives. — Les moyens 
externes, les bromures -el le valérianale d'ammoniaque, le bromhydrate de 
quinine, le sulfale neutre d'atropine, les moyens accessoires. 

Le traitement Lc traitement curatif de ces retenlissemenls 

cnratii. cardiaqucs est essentiellement gastrique. On s'ab- 
stiendra rigoureusement de la digitale et de tous les médicaments 
cardiaques. Quelle que soil la forme clinique de la complication, on 
commencera par le régime lacté absolu dont l'action est presque tou- 



646 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

jours décisive à la condition d'être corroborée par Vhygiène phy- 
sique et morale dont nous avons jadis tracé les règles*. Ce régime 
lacté absolu sera dirigé suivant les indications formulées à propos de 
la première étape du régime des liypersthéniques. 

On ne cessera le régime lacté qu'au moment où les symptômes 
cardiaques auront totalement disparu depuis une huitaine de jours. 
A ce moment, on conseillera la deuxième étape du régime, à titre de 
transition avec la troisième élape qui sera continuée pendant de 
longs mois, en insistant sur la suppression du vin, de toutes les bois- 
sons alcooliques, du thé, du café, du tabac, et en réduisant autant 
que possible la proportion des féculents et surtout du pain qui ne 
sera mangé que rassis. Le repas du soir sera toujours peu copieux et 
comprendra un minimum de viande; il y a même utilité, pendant la 
première semaine, à supprimer totalement celle-ci au dîner. 

Bien entendu, le traitement médicamenteux de la dys- 
pepsie causale sera institué aussitôt que possible. 

Dans pas mal de cas, le régime lacté absolu n'améliore pas les 
retentissements cardiaques, spécialement dans la dyspepsie hypo- 
sthénique. Conseillez alors un traitement systématique dont le 
régime j la macération de quassia am^ra au réveil, la teinture de 
noix vomique avant le repas, les poudres alcalino-terreuses après le 
repas et en se couchant, les irrigations intestinales constituent les 
éléments essentiels*. En cas de fermentations gastriques, suivez les 
indications données quand nous avons étudié leur traitement^. 

Ajoutons enfin que, dans les cas rebelles, les vomitifs, Vipéca par- 
ticulièrement, ont eu raison de ces retentissements cardiaques. 

On surveillera les fonctions alvines, puisque, maintes fois, les 
symptômes cardiaques reparaissent à l'occasion d'une insuffisance 
des garde-robes. 



La médicauon ^'^'^ ^' ^^^ indispensable que vous disposiez de 

palliative moycns palliatifs pour modérer des complications 

des crises. , *" 

qui frappent si fortement le moral des malades qu'elles 
deviennent un obstacle à toute activité physique ou intellectuelle. 
Pour cela, à la première sensation cardiaque, le patient, au lieu de 
se coucher ou de s'étendçe sur un fauteuil, marchera doucement en 
plein air ou fera une promenade en voiture, à moins que le mouve- 
ment n'accélère sa crise. 



1. Voyez page 253. 

2. Voyez page 386. 

3. Voyez pages 4'Jl et suivantes. 



r 



■î'^ 



•'. 



LES RETENTISSEMENTS CAimiAQUES 647 

Lis moyens On lui fera, au niveau de la région précordiale, 

****"" une friction avec la teinture éthérée de digitale ou 
avec hpùmmade de Botkïn dont voici la formule : 

V Vératrine 0«%i5 

Extrait thébaïque 0%75 

Esseace de térébenthine â grammes 

— de menthe poivrée XII gouttes 

Âionge benzoïnée 30 grammes 

F.s.a. Pommade. 

En même temps, on lui fera prendre une à deux perles d'éther 
pour provoquer des éructations et on lui donnera un peu d'éthev à 
respiTer. Il sera quelquefois utile de faire inhaler quelques litres 
à'oxygène. 

l^es frictions cutanées avec un Uniment excitant, les ma nuluves 
très chauds, les inhalations d'iodure d'èthyle sont de bons moyens 
accessoires. 

Le bromore _ . 

de potassium Si CCS moycus sout Insuflisants, usez de la potion 

etleTalérianaUi «„:vj,n»P - 
d ammoniaqae. 2>U*'«"iC . 

% Bromure de potassium 6 grammes 

Eau de laurier-cerise iO — 

Sirop d'éther 30 — 

Hydrolat de valériane HO — 

F.8.a. Potion, dont on donnera une cuillerée à soupe toutes les deux heures, 

jusqu'à disparition de la crise. 

On peut alterner cette potion avec le valérianate d'ammoniaque 
administré par demi-cuillerée à café. 



u bromhydrate Quaud Ics accidcuts du rcleutissement cardiaquc 

de quinine . n .• j • j 

et le sulfate Hc ccsscnt pas SOUS 1 actiou dcs moyens ci-dessus, on 
datropine. p^^^ cucorc tculér Ic bromhydratc de quinine, à la 
dose de 0,25 avant le repas, ou le sulfate neutre d'atropine : 

^ Sulfate neutre d'atropine 03%03 

Eau distillée de laurier-cerise 1:2 grammes 

Dissolvez. Deux gouttes dans un peu d'eau, cinq minutes avant les repas. 



643 LES RETENTISSKHEXTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

Ces deux deroiers moyeas paraissent plutôt indiqués dans tes 
arythmies. 

Lu traiumuiu Enfin, cn cas de total insuccès, conseillez au malade 
MDSHDirss. j^ suspendre toutes ses occupations, de faire de la 
gymnastique suédoise, ou d'aller s'installer à- la campagne, loin des 
soucis coulumiers, de préférence à une altilude de 400 à 600 mèlres, 
dans un endroit sec, et d'y faire de V entra tnemenl progressif. 
A l'appui de cette hygiène thérapeutifjue, je puis vous citer l'obser- 
vation d'une dame allemande alleinte d'arythmie et d'accès angineux 
d'orig-ine gastrique qui résistèrent aux régimes et aux médications les 
plus variés pour guérir rapidement et définitivement par la cure 

d'ŒRTEL. 

D'ailleurs, les rares malades rebelles au traitement diététique et 
hygiénique de la dyspepsie causale guérissent quelquefois sous l'in- 
fluence des moyens les plus disparates. Ainsi J'en connais deux qui 
ont été soulagés après une cure liydro-minérale A Saint- N ectaire ; 
d'autres se sont bien trouvés du traitement classique proposé par 
Trousseau pour combattre le vertige stomacal. 

Mais ce sont là des exceptions. En thèse générale, la cure à Saint- 
Pieclaire est conlie-iudiquée. Je conseille aussi de ne pas envoyer à 
Aix-les-Bains les malades atteints d'intermittences. 



HUITIEME LEÇON 

LES RETENTISSEMENTS NERVEUX 

LES KAPPORTS ENTRE LES DYSPEPSIES KT LES SYNDROMES NEVROPATHIQUES 

LE VERTIGE STOMACAL 

LA MIGRAINE - LES CBPUALALGItS ET LES CËPUALKeS 

LES NÉVRALGIES — LES NVRERESTHÉSIES CUTANÉES -LES TROUBLES MOTED 

LES TROUBLES VASO-MOTEURS 



Les rapports entre les dyspepsies et les syndromes névroi 
thiques. — Le critérium de la thérapeutique. — La question 
terrain. — L'énumération des retentissements nerveux. 



uarapporu " Y ^ longtemps que Beau avait enlrepris de lati 

">" cher aux dyspepsies ua ensemble de phénomèr 
« Ira imiinHius nerveux qu il coiiaensait sous le nom de série nevi 
'*™''"'"^'^"' patliique. Il y voyait le retentissement sur le systèi 
nerveux de la maladie gastrique jouant alors le rôle de cause et s 
laquelle, par conséquent, devait porter, tout d'abord, l'eiTort de 
thérapeutique. 

Au inomenl où la pathologie nerveuse prit son essor, l'idée 
Beau fut battue en brèche, non qu'on niHt la relation entre les troub 
gastriques et la névropathie, mais on Ht de celle dernière un point 
départ et de la dyspepsie une conséquence. On déclara, par cxemp 
que rattacher la neurasthénie à un vice de fonctionnement de l'estomi 
c'était commettre l'en'eùr des anciens palholo<;istes qui faisait 
naître i'hyslérie de l'appareil utéro-ovarien, et ceux qui ne fir( 
pas table rase des névropalhies d'origine gastrique déclarèrent ai 



650 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

RouvERET « qu'il faut reî>treindre beaucoup le j^roupe des phéno- 
mènes réflexes à point de départ gastrique. Ainsi la plupart des dys- 
peptiques atteints de vertiges et de palpitations sont des neurasthé- 
niques chez lesquels ces troubles fonctionnels du cœur et du cerveau 
sont causés bien plus par l'épuisement nerveux lui-même que par la 
souffrance des voies digestives >. 

Sans m'attarder à une de ces discussions stériles où Ton s'acharne 
à coups de théories, je vous affirme que ma pratique personnelle est 
pour beaucoup de cas très en faveur de la conception de Beau et je 
ne vous donnerai, à l'appui de celte opinion, qu'un seul argument, 
mais un argument décisif pour le praticien, ce juge définitif des hypo- 
thèses et des systèmes. Cet argument, c'est que, quoi qu'il en soit des 
théories, on voit nombre de névropathies, associées à des états gastri- 
ques, guérir par le traitement de ces derniers : c'est que l'amélioration 
des symptômes nerveux suit presque immédiatement alors le mieux- 
être des fonctions stomacales; c'est enfin qu'un retour de la dyspepsie 
conditionne aussitôt la réapparition de la névropathie. 

A côté de ces cas, il en est d'autres, certainement nombreux aussi, 
où le traitement gastrique demeure impuissant. 



Le critérium f^^ci étant bien établi, pourquoi se ranger de 

th*rft*emiaue P^'^P^^ délibéré parmi les exclusivistes et combattre 
pour la causalité gastrique ou pour l'étiologie ner- 
veuse? N'a- t-on pas un critérium, le meilleur de tous, le criteriuna 
de la thérapeutique, c'est-à-dire celui des résultats, qui permet 
de mettre les choses à leur juste valeur et de distinguer la compli- 
cation gastrique de la névropathie d'avec la complication nerveuse de 
la dyspepsie? Et si l'on objecte que c'est là un diagnostic d'après 
coup, je demande si les neuro-pathologistes disposent, contre les 
états qui nous occupent, d'une thérapeutique immédiate, rationnelle 
et décisive. 



La question Cependant, si fréquents que soient ces retentisse- 

du terrain, jy^g^ls uévropathiques, ils n'existent pas chez tous les 
dyspeptiques. C'est vrai; mais croit-on que nous lassions abstractioa 
du terrain et du lieu de moindre résislance? Il est évident que les 
nerveux, les surmenés, les héréditaires nerveux seront surtout 
frappés : ce qui implique pour le médecin la nécessité, d'abord de 
fixer bien exactement l'état antérieur de son malade, puis de corro- 
borer par un traitement s'adressant au système nerveux l'amélioration 
primitive due à la thérapeutique gastrique. 



LE VERTIGE STOMACAL 651 

Ltenmération Les retentissements nerveux des dyspepsies 

retenussemests sont eitrêmement nombreux. Ils frappent les centres, 
nerreox. |çg systèmcs sensitif et moteur, les appareils 
sensoriels. Mais, au lieu de les classer dans ces cadres anatomiques, 
il me parait préférable de les ranger par ordre d'iraporlance ou de 
fréquence, d'autant qu'ils se compliquent fréquemment Tun l'autre 
et que les formes pures sont relativement moins communes. Nous 
considérerons donc successivement les vertiges et les étourdisse- 
ments, les migraines et les névralgies, les céphalalgies et 
Icscéphalées, les hyperesthésies cutanées, les troubles mo- 
teurs et vaso-moteurs, la neurasthénie, Thypochondrie et 
les perturbations de l'équilibre mental, l'insomnie, la toux 
gastrique, le hoquet, les spasmes laryngés, lesbâillements, 
les dyspnées, les crampes, l'épilepsie, la tétanie et le coma 
dyspeptique, la migraine ophthalmique et les troubles sen- 
soriels oculaires et auditifs. 



Il 

Le vertige stomacal. — Son diagnostic et les erreurs commises. — Les 
caractères. — Le pronostic. — La pathogénie. — L*étiologie. — Le traite- 
ment. — L*hygiène, le régime, les médicaments. 

Le Terugc II cst à peiuc croyablc que des auteurs récents aient 

"°** * nié l'existence du vertige stomacal et l'aient rattaché 
soit à une lésion de l'oreille, soit à un trouble oculaire portant sur la 
réfraction ou sur l'accommodation. Aussi ne nous attarderons-nous 
pas à réfuter une manière de voir que dément la plus vulgaire expé- 
rience clinique. 

Les eireort Commc l'a parfaitement dit Trousseau*, cette espèce 

e diagnoÉUc. ygj.|^jgg ^gj çç||g ^ propos dc laquelle vous serez le plus 

souvent consultés dans la pratique de la ville. Elle donne lieu aux plus 
étranges erreurs de diagnostic et de traitement. Trousseau 
cilait déjà des cas où l'on avait mis ces vertiges stomacaux « sur le 

i. a. Trousseau. — Clinique médicale de rHôtel-Dieu, t III, p. 1, 3" édit., 1868. 
Toyez aussi sur le vertige stomacal : Basch, Wiener médical Presse, n* 15, 1873. — 
Lecbe, Archiv fur kUnische Medicin, t. XXXVl. — A. Albu, L'ber die Autoinloxicationen 
des intestinal Tractus, Berlin, 1895. — 0. Rosenbach, Die Seekranklicit, Vicmie, 189U. 
~ H. Herz, Die Stôrungeii d<^s Vcrdauuni^sapparatcs als Ursa 'lie und Folge anderer 
ErkrankuDgen, p. 292, Berlin, 1898 



652 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

compte de prélendues congestions cérébrales contre lesquelles 
on essayait de lutter par un traitement antiphlogistiqtie^ par les sat- 
gnées, les sangsues, les purgatifs, la diète rigoureuse, et ces moyens, 
au lieu de guérir le mal, en augmentaient l'intensité ». 

Je me souviens d'avoir été mandé par Isch-Wall auprès d'un 
négociant qui fut pris subitement, dans la rue, d'un accès de vertige 
tel qu'on eut les plus grandes difficultés à le reconduire à sa maison. 
On le couche; le vertige continue, s'atténuant par instant, sans cesser 
complèlement, et se compliquant bientôt d'un violent mal de tête, de 
nausées, de totale anorexie. On appelle en consultation un maître 
éminent qui, découvrant des antécédents syphilitiques éloignés, porte 
le diagnostic de syphilis cérébrale et ordonne des frictions mer- 
curielles et de Viodure de potassium à haute dose Mais, au bout de 
quarante-huit heures, le malade ne peut plus supporter le traitement ; 
le vertige s'est exaspéré, il est incessant, il s'accompagne d'un insup- 
portable malaise. Isch-Wall, qui n'a accepté qu'à contre-cœur le 
diagnostic du consullani, revient à son idée antérieure de vertige sto- 
macal. Nous voyons le malade ensemble; il présentait tous les sym- 
ptômes de la dyspepsie hypersthénique permanente; je confirmai le 
diagnostic de mon confrère; quelques jours plus tard, le vertige 
avait disparu sous Tinduence d'un traitement approprié et notre 
client pouvait reprendre ses occupations. 

Je pourrais vous citer bien d'autres erreurs de diagnostic; c'est 
ainsi que j'ai vu confondre le vertige stomacal avec le vertige de 
Ménière, Tépihpsie, l'urémie, l'artério-sclérose encépha- 
lique, etc. 

, ., ^, Pourtant le diaiznostic en est généralement facile. 

Le diagnostio. ^ " ^ 

Quand vous serez consultés pour des accidents vertigi- 
neux, examinez d'abord les fonctions digestives, recherchez les syni- 
ptômes physiques et fonctionnels des diverses variétés de dyspepsie ; 
confirmez au besoin le diagnostic de la dyspepsie par un examen du 
chimisme stomacal; puis assurez-vous que les vertiges se produisent 
surtout quand l'estomac est vide et qu'ils tendent à disparaître ou à 
s'atténuer au commencement de la digestion. Si cette dernière éven- 
tualité est la plus fréquente, elle n'est cependant pas constante; car, 
chez certains individus, le vertige survient aussitôt après l'ingestion 
des aliments, surtout avec le premier déjeuner du matin. Vous 
trouverez aussi des malades chez lesquels il n'existe aucun symptôme 
gastrique et dont la dyspepsie ne se traduit que par sa complication ; 
alors l'examen du chimisme stomacal est indispensable et le vertige 
prend, dans ces cas, l'importance d'un signe révélateur. 



LE VERTIGE STOMACAL 653 

lea earaotéres Quant OU Vertige coDsidéré (;n lui-même, il offre des 

de vertige, caractères qui, sans êlre tout à fait spéciaux, 
permettent néanmoins de soupçonner son origine. Il consiste en une 
sensation de vague ou de vide dans la têle ; le sol semble manquer 
de stabilité sous les pieds du malade qui vacille et est obligé de 
prendre un point d'appui sur les objets environnanis ; quelquefois 
même, il voit tout tourner autour de lui; s'il parle à haute voix, le 
vertige s'accentue; les idées deviennent difficiles à fixer; des sifQe- 
menls d'oreille, des étourdissemenls ajoutent encore au malaise. 
Dans des cas plus accentués, le malade peut même tomber, avec 
la sensation d'un évanouissement qui ne se réalise jamais com- 
plètement, car la conscience demeure intacte dans tous les cas. 
Qu'au plus fort du vertige le malade s*assoie ou s'étende, celui-ci 
diminue très rapidement. 

11 est une variété plus rare qui survient pendant la nuit, à heure 
à peu près fixe, au moment où se manifeste la crise gastrique des 
hypersthéniques. 



u ronostic ^^ prouostic du vcftigc stomacal est, en général, 

bénin; mais, chez les personnes âgées, il convient, 
comme l'a parfaitement dit Trousseau , de faire toujours des ré- 
serves sur le pronostic; car le vertige est quelquefois alors le prélude 
d'accidents graves, tels que l'hémorrhagie ou le ramollissement 
cérébral. En réalité, l'action du traitement demeure encore le plus 
sur procédé de diagnostic et de pronostic. 



upauio ènie Aujourd'hui que tout est à la théorie de l'auto- 

intoxication, on veut expliquer par celte pathogénie 
conventionnelle la genèse du vertige de l'estomac et lui opposer 
Vanlisepsie gastrique comme moyen absolu de traitement. Ce qui 
démontre combien la théorie est fausse, c'est justement l'insuccès 
constant de cette médication soi-disant pathogénique. Dans cette 
voie, BovET est allé jusqu'à déclarer que le vertige était dû à l'acide 
éthyl-acéto-cyanhydrique qui serait un des produits ultimes 
de la digestion viciée. Tout s'accorde, au contraire, pour faire de cet 
accident un simple phénomène réflexe. C'était, d'ailleurs, l'opi- 
nion de Trousseau qui disait que le vertige d'estomac est le résultat 
d'une action réflexe sur la circulation cérébrale à point de départ 
gastrique. Tout porte à croire que ce réflexe a pour conséquence une 
anémie cérébrale temporaire. 



654 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE I/ESTOMAC 

H est toutefois trois conditions qui influent de la 
manière la plus nette sur le vertige stomacal, en ce 
sens qu'elles semblent ajouter une influence toxique à Tacte réflexe ; 
ces conditions sont l'usage du tabac, du café^ et la constipation 
habituelle; elles agissent à la fois comme agents provocateurs et 
comme agents aggravants. On conçoit l'importance thérapeutique de 
cette notion. 

Il n'est peut-être pas de maladie de l'estomac qui ne puisse se 
compliquer de vertige. Mais ce vertige est exceptionnel dans les 
afi'ections lésionales comme le cancer et la dilatation vraie, et il 
est, au contraire, très fréquent dans les dyspepsies fonction- 
nelles. Parmi celles-ci je mets au premier rang les fermenta- 
tions gastriques, puis les dyspepsies hypersthéniques 
périodiques et les hyposthéniques. Malgré l'affirmation de 
Trousseau, je crois le vertige rare dans les gastrites chroniques. 
De même, je ne saurais admettre l'opinion de Boas et de H. Herz qui 
font delamyosthénie gastrique la condition presque indispensable 
du vertige. Leube a constaté le vertige dans 17 p. 100 des cas de 
dyspepsie nerveuse et dans la majorité des cas d'indigestion 
aiguë. 

Le traitement La première recommandation à faire au vertigineux 
hygiéniqae. gastriquc, c'cst dc ccsser de fumer et d'exonérer régu- 
lièrement ses intestins à l'aide de lavements tièdes quotidiens^ de 
laxatifs doux et d'un régime approprié dont les viandes rôties, les 
légumes verts, les fruits cuits, le pain complet formeront l'élément 
essentiel. J'ai vu une dame de quarante-sept ans, atteinte d'un vertige 
d'estomac qui avait résisté à bien des médications, guérir en prenant 
après chacun de ses repas des pruneaux cuits avec un gramme de fol- 
licules de séné lavés à l'alcool. 

Le régime sec, au premier déjeuner du matin, la cessation des 
occupations ordinaires, le séjour à la campagne, l'exercice progressif 
ont eu aussi raison, sans autre médication, de vertiges invétérés. 

u traitement Quaud CCS moycHs sout iusuffisants, employez le 

retonneaa. 11.^^^,^^^^ jg Bretonneau, aussi formuIé par Trous- 
seau : 

Chaque matin, faire prendre une tasse de macération amère faite 
avec : 

Copeaux de bois de quassia amara 2 grammes 

qu'on laisse pendant douze heures dans une tasse à thé d'eau froide. 

1. ViAUD (d*Agon). — Le vertige stomacal et le caféismo, La Tribune médicale, 1897. 



r' 



LE VERTIGE STOMACAL 655 

Après chacun des deux principaux repas, et le soir en se cou- 
chant, le malade prend également un paquet de poudre ainsi com- 
posée : 

% Bicarbonate de soude. ) ^^ , 

Magnésie i ^- *«'•«""'«« 

Craie préparée 6 — 

Mêlez exactement et divisez en douze prises qui seront délayées, au moment 

d'en faire usage, dans un verre d'eau sucrée. 



k 



Ces paquets doivent être pris cinq à six jours de suite, et l'on y 
revient huit à dix jours plus tard. Dans Tintervalle, on donne des 
eaux minérales naturelles, telles que Vicht/y Pougues^ Vah^ Ems^ 
qui semblent agir surtout par leurs principes alcalins, mais dont la 
dose ne doit pas dépasser deux verres par jour, ou bien on a recoui'S 
aux eaux de Bussang, Spa , Schwalbach qui semblent agir surtout 
par leurs principes ferrugineux. 

Lorsque Tappétit est languissant, les strychniques sont indiqués 
pour solliciter la sensibilité de la muqueuse gastrique en même temps 
que la contractilité de Tappareil musculaire de Testomac. Aussi je 
prescris souvent de prendre, au commencement du repas, soit des 
gouttes amères de Baume à la dose d'une à quatre gouttes, soit la 
teinture, soit V extrait de noix vomique : la première à la dose de 
cinq, huit, dix gouttes; le second à la dose de 5 à 45 centigrammes 
par pilules contenant chacune 5 centigrammes d'extmit. 

Mais, avant toute chose, il est essentiel d'insister sur la nécessité 
d'un régime tonique et substantiel, aidé par un exercice modéré. 

J'ai tenu à vous donner en entier la pratique de Trousseau qui a 
fait ses preuves en maintes circonstances. Mais, dans les cas où elle est 
en défaut, vous avez encore d'autres moyens à votre disposition. 

Les poudres Aiusi la formulc suivautc de N. Guéneau de Mussy 

N.oaéneni Fcmplace quclqucfois avantageusement les paquets de 
dcMuasT. Trousseau et réussit où ceux-ci ont échoué : 

'^ Magnésie calcinée 0»',30 

Craie préparée ) 

Bicarbonate de soude ) v. ,w 

Poudre de noix vomique O^^OS 

Poudre de racines de belladone 0î^,02 

Mêlez exactement en un paquet qu'on prendra dans un peu d'eau, immé- 
diatement après les repas. 



656 LES BETENTISSEMENTS DES MALADIES DE LTSTOMAC 

Le traitement CouTARET, à qui Voû doit d'excellentes pages sur le 

*** traitement du vertige stomacal, recommande le valé- 

Contaret. 

rianale d'ammoniaque à la dose d'une à deux cuille- 
rées à calé par jour et les bols antispasmodiques de Buchon dont voici 
la composition : 

ç Serpentaire de Virginie 4 grammes 

Camphre pulvérisé. ) ^^ ^^^ ^^ 

Asafœtida ) ' ' 

Extrait thébalque 0s%05 

Rob de sureau q. s. 

Faites avec cette quantité 24 bols. Donnez de trois à quatre bols toutes les 

dix heures. 



Le traitement ^^^^ ^^^ iudividus Irès ncrvcux, on donnera à titre 

de la crise palliatif, au début de la crise vertigineuse, une cuillerée 

Tertiolnense . 

à soupe de la potion éthérée et bromurée dont je vous 
ai donné la formule quand nous avons étudié les retentissements car- 
diaques. 

Quelle que soit la médication utilisée, n'oubliez pas que le trai- 
tement causal de rhypersthénie gastrique, le régime alimentaire 
et Vhygiène doivent dominer la thérapeutique du vertige stomacal. 



III 



La migraine et les dyspepsies. — Les caractères et le diagnostic de la 
migraine gastrique. — Le traitement causal. — Le traitement de Taccès. — 
Les céphalalgies et les céphalées. — Les névralgies. — Leur trai- 
tement. — Les hyperesthésies cutanées. — Les troubles mo- 
teurs et vaso-moteurs. 



La migraine Si la migraine doit être considérée comme recon- 

. , ®* . naissant toujours ou presque toujours pour cause prê- 
tes dyspepsies. ** . . * 

disposante un état constitutionnel (hérédité nerveuse, 
rhumatismale, goutteuse), il est non moins évident que la dyspepsie est 
une de ses causes occasionnelles les plus fréquentes. Alexandre de 
Tralles disait déj«i que la migi^aine était une réponse aux souffrances 
de l'estomac; cette idée fut reprise et généi'alisée parTissoT,CLiFFORD 



I — '"*■■ 



.1 



LA MIGRAINE GASTRIQUE b57 

Allbutt*, William Dale* et Neftel'. Mais Técole neuro-patholo- 
gique française n'a point adopté celte opinion, et elle a une cerlaine 
tendance à considérer les troubles gastriques comme secondaires à 
l'accès migraineux. Tout au plus quelques-uns admellent-ils qu'un 
embarras gastrique ou un écart de régime favorisent le développe- 
ment d'un accès de migraine. 

Comme je vous le disais tout à Theure, loules ces divergences sont 
théoriques et, par conséquent, de nul intérêt pour le praticien. 

Ce qu'il importe de savoir, c'est si un traitement gastrique appro- 
prié peut niodilier heureusement l'aptitude à la migraine et, sur ce 
point, je ne pense pas qu'il y ait de doute possible. J'ai vu nombre 
de migraineux, qui avaient employé isolément ou successivement la 
lonjîue série des médications et des médicaments classiques {nitrife 
(Tamyle, croion-chloraly bromure de potassium, caféine y antipyrine, 
phénacétiney ergotiney électrisaliony etc.), guérir par la rigoureuse 
application d'un traitement anti-dyspeptique. 

Certes, les moyens précédents exercent souvent une heureuse 
influence sur l'accès lui-même et, à ce litre, ils sont loin d'être à 
dédaigner; mais leur action prophylactique est nulle. Aussi, quand 
vous, rencontrerez un migraineux, commencez par interroger ses 
fonctions gastro-intestinales et par les traiter si elles étaient déran- 
gées. Vhygiène et un sévère régime sont alors les meilleurs traite- 
ments qu'on puisse opposer à la migraine, et je puis vous assurer 
que vous verrez guérir bien des migraines rebelles par la stricte 
application de la première étape du régime de l'hypersthénie gas- 
trique ou par le régime des fermentations. 

Caractère* La migraine gastrique aurait pour quelques auteurs 

etduignostio ^^^ physionomic particulière. Brugelmann* a même 
migraine décrit uuc hemicrauia gastrica, caractérisée par 
une période prodromique où les troubles dyspeptiques 
sont exagérés, un accès éclatant à l'occasion d'un écart de régime, 
enfin une période post-migraineuse dans laquelle le malade éprouve 
une sensible amélioration dans sa digestion gastrique. Ceci est parfai- 
tement vrai dans nombre de cas, mais ne s'applique pas à tous. Ainsi, 
souvent, l'accès migraineux ne diffère en rien de la migraine vulgaire, 
si ce n'est par sa cause et son traitement. D'autres fois, on se réveille 
au milieu de la nuit avec un léger embarras de la tête qui croît au 

1. Clifford Allbutt. — The Practitioner, 1873. 

2. William Dale. — The Practitioner, i873. 

3. Neftel. — Archiv fur Psychiatrie und Nervenkrankheiten Bd XXI p. 117, 1890. 

4. Brugelmann. — Berliner kliniscUe Wochenschrifl, 1>J83. 

II 42 






658 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

réveil, s'exaspère pendant la journée et ne finit qu'avec le sommeil 
de la nuit suivante, sans vomissements. En somme, la migraine gas- 
trique ne revêt pas de type clinique qui permette de la distinguer. Son 
diagnostic se porte par la détermination de la dyspepsie causale et 
par l'action du traitement gastrique. Elle parait plus fréquente dans 
les fermentations et dans la dyspepsie hypersthénique. 

Le traitement Lc traitement comprend deux parties. Vous 

cansai. devez traiter la dyspepsie causale et l'accès migrai- 
neux. Le traitement de la dyspepsie sera évidemment subor- 
donné à sa forme. Cependant le traitement systématique avec la 
macération de quassia amara^ le repas sec du matirij la teinture 
de fèves de Saint -Ignace avant le repas, les poudres alcalino- 
terreuses après le repas, etc. * , pourra toujours être essayé conune 
début de cure, et il vous réussira dans beaucoup de cas. 

Quand les accès migraineux se seront espacés, cessez les médica- 
ments, mais continuez pendant plusieurs mois l'hygiène et le régime; 
veillez à la régularité des évacuations alvines, afin d*assurer la gué- 
rison. 

Le traitement Quaud Taccès migraiucux est tout à fait à son 

de raccès. (jébut, alors que le patient éprouve, au réveil ou après 
les repas, cette lourdeur de tête avec un point douloureux sus-orbi- 
taire qui précède le véritable accès, on parviendra à Tarrêter en ava- 
lant un paquet de poudre composée à la magnésie délayée dans un peu 
d'eau sucrée et aromatisée à Veau de fleurs d'oranger. Si néanmoins 
l'accès éclate, conseillez de prendre une cuillerée à soupe du sirop 
suivant : 

'^ Antipyrine ; ^.„^nc 

Bromure de potassium \ ^^' ^ 8^"^™^^ 

Chlorhydrate de cocaïne | ngr 4 a 

Sulfate de sparléine ) ^^' ™ ^" 

Valérianate de caféine O'^SO 

Sirop d'écorces d'oranges amères. . . . 200 grammes 

F.s.a. Sirop. 

Dans les accès légers, 0^',50 de poudre de paullinia sorbilis réus- 
siront quelquefois. 

Quand l'accès n'est pas arrêté par ces moyens, il ne cède qu'à un 
vomissement du contenu généralement hyperacide de l'estomac. Aussi 

1 . Voyez page 386. 






LES CÉPHALALGIES ET LES NÉVRALGIES 659 

nVt-on pas manqué de proposer le lavage de Torgaae; c'est un 
moyen qui ne conviendra qu'aux cas rebelles et qui encore ne compte 
à son actif qu'un nombre bien restreint de succès. Si Ton est amené 
à le pratiquer, on se servira d'eau de Vichy ou d'eau bouillie 
chargée de 5 grammes de bicarbonate de soude par litre. 

Les oéphaïaigies A côté dc la migraine, il convient de placer les cé- 
et les c«phaiè68. ph^lalgics et Ics céphalécs d'origine gastrique. La 
céphal algi e vulgaire, la lourdeur de tète vertigineuse sontdes com- 
plications fréquentes des dyspepsies. La c é p h al ée est beaucoup plus 
rare, mais elle peut acquérir un haut degré d'intensité. J'ai vu avec 
Galezowski une jeune femme de vingt-cinq ans qui souffrait depuis 
un an d'une céphalée vraiment insupportable par sa persistance. Elle 
avait consulté en Russie, à Berlin et à Vienne où, en désespoir de 
cause, on avait fmi par songer à une tumeur cérébrale et à une 
intervention chirurgicale. On avait essayé sans succès les traitements 
les plus divers et, en dernière analyse, on avait tenté un énergique 
traitement anti-syphilitique. Ayant constaté chez elle les signes de 
l'hypersthénie gastrique, nous en instituâmes aussitôt le traitement, 
en commençant par le régime lacté absolu, et nous eûmes la très 
grande satisfaction de voir la céphalée diminuer rapidement, au point 
qu'après deux mois de traitement la malade pouvait rentrer chez elle 
et reprendre sa vie habituelle. 

Les névralgies. Parmi Ics uévralgics d'origine gastrique les plus 
connues, citons les névralgies intercostale, péri- 
ombilicale, lombaire et la névralgie vésicale. 

Elles n'ont pas de caractères particuliers qui les individualisent. 
SouLiGOux avait cru remarquer que les névralgies intercostales étaient 
ordinairement bilatérales ; Armaingaud signalait l'existence de points 
épiphysaires, douloureux à la pression, ignorés des malades et sié- 
geant surtout au niveau de la deuxième vertèbre dorsale et des deux 
premières lombaires; mais ces signes sont trop îrréguliers pour 
servir au diagnostic. Tout au plus pourrait-on faire remarquer que 
ces névralgies sont peu ou pas douloureuses à la pression. 

Quant aux névralgies vésicales, elles dépendent presque tou- 
jours des sédiments phosphatiques qui donnent à l'urine une appa- 
rence laiteuse à l'émission , et elles relèvent du traitement que je 
vous ai indiqué dans une de nos dernières Leçons. 

Le tratteoMiit Toutcs ces uévralgics sont améliorées ou guéries 

par le traitement de la dyspepsie. Celles qui résistent 



660 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

réclament l'emploi de Y antijyyrine y des pilules de Méglin et des injec- 
tions sous-cutanées de glycérophosphale de soudeK 

Les hyperesthèsies H. Head^ a moQtré que les gâstropathies délermi- 
oatanées. naicnt quelquefois par la voix réflexe des h yperesthé- 
sie s cutanées dont la topographie, par sa constance, ne serait pas 
sans valeur diagnostique. D'après Knud Faber^, elles auraient la 
forme de zones transversales étroites, s'étendant quelquefois A une 
moitié du ventre ou du dos, et il suffit de saisir la peau entre le 
pouce et l'index pour produire de la douleur. On a remarqué aussi 
(jue ces malades étaient très sensibles au moindre attouchement : ce 
retentissement serait plus fréquent chez les femmes. 

Les troubles Parmi Ics retentissements moteurs de l'hyper- 

moteors. gthénie gastrique, il en est un que j'ai observé à deux 
reprises et dont Jannoni rapporle aussi une observation* : c'est le 
tremblement. Il survient à l'occasion d'une crise gastrique, s'at- 
ténue avec celle-ci, pour reparaître avec une nouvelle attaque. Dans 
mes observations, il a été temporaire; dans le cas de Jannoni, il a 
été permanent. Sa caractéristique est d'être variable dans son siège 
et d'occuper tantôt le tronc, tantôt les membres supérieurs ou infé* 
rieurs. 11 peut même affecter la forme hémiplégique ou croisée. Le 
fait qu'il a guéri chez nos deux malades sous l'unique influence d'un 
traitement gastrique me paraît être, avec ses expressions cli- 
niques si spéciales, la caractéristique de son origine. 

Citons encore des troubles moteurs fréquents, comme la sensa- 
tion d'engourdissement et d'impuissance motrice au ré- 
veil, l'engourdissement passager des membres donnant quel- 
quefois l'impression de monoplégie, les crampes et la sensation 
du doigt mort. 

Les troubles Lcs troubles vaso-motcurs d'origine gastrique 

▼aso-motenrs. ^^^ ^^^ ^^^ étudiés. Gclui qui VOUS sora signalé le plus 

souvent par les malades, c'est la rougeur de la face, ou seulement 
des joues ou du nez survenant brusquement vers la fin des repas et 
persistant ou s'accentuant pendant la période digestive. Cet accident, 
qui s'accompagne de bouffées de chaleur pénibles, est plus fréquent 
chez les femmes, surtout chez celles qui se serrent. 

1. Voyez page 171. 

2. H. Head. — brain^ 1893, 1895. — G. Marinesco, La Semaine médicale, p. 259, 

1990. 

3. Knud Faber. — Deutsches Archiv fur klinische MedictUy t. LXV, p. 329, 1899. 
4f Jannoni. — Revista-cUn, e ierapeut.y 1896, n« 6. 



NEUVIEME LEÇON 

LES RETENTISSEMENTS NERVEUX 
LA NEURASTHÉNIE D'ORIGINE DYSPEPTIQU 

LES PART[CULAR1T£S DE LA NEDRASTUENIE GASTRI(j1;e 
LES CONDITIONS CHIMIQUES ET LA CONCEPTION THËRAPEL'Tlt;l]E 
DE LA NEURASTHËNIK 
LES INDICATIONS Di; TRAITEUENT ICT LblS MOVENS DE LES RËALI 



Les dyspepsies et la neurasthénie. — Les pfu-ticularités 
neurasthénie d'origine gastrique. — La céphalée, l'insoinni 
autres stigmates, les troubles gastriques, l'état monlal. — L>e diagn 

indnptpain II Bstfoit difficile de différencier cliniquemenl I 

1 *\... . raslhénic d'orisrine cnslijque des Deurasthéaies 
et primitives qui s'accompagnent de troubles gasti 
secondaires, parce qu'alors l'estomac et les inteslJas partïcipeal 
ptement A l'asthénie générale de tous les organes et de tout 
Tonctions. Comme je vous l'ai dit précédemment, c'est rinOuen 
tiailement qui constitue l'élément le plus essentiel du diiigaosti 

i^ Cepeodaat il m'a paru que, dans un certain m 

d( !■ nennittaèui* de CQs, la neurasthénic d origine gastrique pos 

*"'*'™' une symptomalologie qui, sans être spéciale, 

vail néanmoins laisser soupçonner le caractèce vraiment secoi 

de lanévropalhie. 

On y retrouve bien, en effet, les stigmates classiques tels i 
céphalée, l'insomnie, le vertige, la courbature lombo-sacrée av 



662 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

multiples irradiations, les troubles fonctionnels du cœur, la débilité 
générale et cet état mental si particulier qui exprime Tétat de dépres- 
sion de toutes les fonctions nerveuses. Mais chacun de ces stigmates 
revêt une physionomie particulière. 

u céphalée. ^^ céphaléc s'atténue un peu pendant le repas, 

pour reprendre avec plus d'intensité pendant le travail 
de la digestion ; elle diminue ou disparait durant la nuit pour repa- 
raître au réveil sous la forme d'un point frontal ou temporal qui 
s'accuse et s'étend de plus en plus. 

L'insomnie L'iusomuie u'cst pas totale. Généralement le 

malade s'endort facilement, mais il se réveille deux ou 
trois heures après, avec une sensation de chaleur pénible, de l'agi- 
tation, une vague céphalalgie, du prurit, des engourdissements, 
des éructations, du pyrosis ; puis il se rendort d'un lourd sommeil 
coupé de réveils fréquents, et il a grand'peine, le matin, à sortir de 
son lit, tant il se sent fatigué et somnolent. Et toute la matinée se 
passe dans une sorte d'alourdissement et de lutte contre un demi- 
sommeil qui n'a rien de réparateur. Aussitôt après les repas, la 
somnolence revient, parfois invincible. Si le malade se laisse aller à 
dormir, il se réveille brisé, la bouche pâteuse, l'intelligence en- 
gourdie, les membres flasques. 

Les antres Le vertigc, la courbature lombo-sacrée, les 

stigmates. palpitations et les intermittences cardiaques 

compliquent les accidents précédents, à titre continu ou intermittent. 

Les troubles Mais ce qui uc manque janiais, ce sont les troubles 

gastriques, gastriques qui se montrent sous l'une quelconque des 
formes que je vous ai décrites, et dont les crises viennent singuliè- 
rement aggraver l'état physique et moral de ces malheureux. 

L'eut Ils vivent ainsi dans une perpétuelle angoisse, sen- 

^^^^' lanl leuis forces s'amoindrir, incapables de tout travail 
physique ou intellectuel, éprouvant la plus grande difficulté à parler 
debout, n'appréciant plus à leur juste valeur leurs diverses sensations 
dont ils s'exagèrent l'acuité, obligés de faire un efl'ort considérable 
et pénible pour remplir leurs obligations coutumières. Il n*y a guère 
qu'un moment de la journée où ils éprouvent quelque accalmie, c'est 
dans les instants qui précèdent le dîner et quelquefois aussi avant 
de se coucher. / 



LA NEURASTHÉNIE GASTRIQUE 6^ 

ooeiqaes éiéiiiMits Je répète eocore que cet ensemble, sans avoir rien 
da diaonoattc. j^ caractéristique, mérite d'èlre pris en considération 
pour le diagnostic ; mais il acquerra une valeur bien plus grande 
si viennents'y associer certains des retentissements de la dyspepsie 
auxquels nous consacrons ces Leçons. C'est ainsi que la survenance 
des émissions laiteuses, Texistence de la phosphaturie azo- 
lurique, c'est-à-dire de l'augmentation parallèle de l'acide phospho- 
rique et de l'azote total, de la glycosurie ou de l'albuminurie 
dyspeptique, avec les caractères que nous leur avons assignés, 
imposeront le diagnostic de neurasthénie d'origine dyspeptique 
avec des chances de certitude que le traitement viendra rarement 
démentir. 



II 

La conception thérapeutique de la neurasthénie et ses conditions 
chimiques. — Les indications. — Le traitement de la dys- 
pepsie et de ses retentissements. — Le traitement des troubles 
des échanges. — La variabilité du syndrome nutritif. — Les modificateurs 
des échanges. 

Pour être efficace, ce traitement doit chercher ses 

La cono^tlon 

t]i6rap6otiiia« indications ailleurs que dans les doctrines classiques 

de la nsorastliénlf . •« •■• «« .ir 

qui n ont abouti qu a une thérapeutique presque 
exclusivement physique et psychique dont les résultats témoignent 
de Fimpuissance des idées qui la dirigent. On s'acharne à traiter la 
neurasthénie qu'on considère comme une entité, tandis qu'il faut 
rechercher et traiter les éléments morbides, souvent très dissem- 
blables, dont l'association revêt le masque presque uniforme du 
syndrome neurasthénique que je déchois du rang d'entité pour 
l'abaisser à celui d'expression morbide commune à des éléments 
pathogéniques différents dans leur essence, mais dont les effets 
déprimants sur le système nerveux sont identiques. En d'autres 
termes, la neurasthénie reconnaît des conditions multiples et, si Ton 
veut la guérir, il faut traiter ces conditions et non pas leurs consé- 
quences, comme le fait la thérapeutique actuelle dont l'impuissance 
n'est plus à démontrer. 

Ces conditions, je suis loin de les connaître toutes, 

Les condiUons . •* 

ehimiqaes mais voici, au moius, celles que j'ai constatées : 
daunaorasttiéaie. ^^ ^es dyspcpsics ; S'I'albuminurie phospha- 



664 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

turique ; S" la phosphaturie ; A'' la phosphorurie*; 5* la phos- 
phalurie terreuse d'origine gastrique ; 6'' la déminéra- 
lisation organique^ 

Ces six conditions expliquent environ les deux liers des cas de 
neurasthénie et servent d'indication fondamenlale pour leur traite- 
ment. Je ne doule pas que l'avenir ne complète cette dissociation de 
l'ancienne neurasthénie. Sa thérapeutique ne s'adressait jusqu'ici 
qu*à une résultante ; appuyée sur cette connaissance nouvelle, elle 
pourra frapper le mal plus près de son orijrine. 

Les iniicauons Revcnous à la ucurasthéuie dyspeptique. Ses indi- 
uiérapeuuque.. ^atious thérapcu liq u cs se résument en quatre 

phases. Il faut traiter successivement : i" la dyspepsie causale; 
2** les retentissements de cette dyspepsie ; 3** les troubles de 
la nutritioii spéciaux au malade considéré en particu- 
lier; 4Me syndrome neurasthénique lui-même. 

Le traitement Douc, quaud VOUS vcrrcz la neurasthénie ou un 

anu-dyspepuque. gpQyp^ ^g symptômcs ncurasthéuiqucs associés à une 

dyspepsie et à tel ou tel de ses retentissements, commencez par 
reconnaître la variété de dyspepsie dont il s'agit et traitez-la immé- 
dialement, sans tenir d'abord aucun compte de l'état neurasthénique. 
S'il s'agit d'une femme et que celle-ci ait un abdomen flasque, proci- 
dent, qui maintienne mal les viscères abdominaux, prescrivez le port 
continu d'une des ceintures dont je vous donnerai la description 
dans une prochaine Leçon. 

Le traitement ^^^^^ première étape parcourue, visez la deuxième 

des indication et traitez les retentissements de la dys- 

retentissements. .1 . 1 ■ 

pepsie qui peuvent prendre une cerlame part dans la 
constitution de la neurasthénie. C'est ainsi que la guérison des émis- 
sions laileuses, par exemple, améliorera à coup sûr jceux des 
neurasthéniques gastriques qui présentent cet accident. 

La troisième indication consiste à traiter les 

Le traitement , 

des troubles troublcs daus Ics cchauges qu un examen complet 

des échanges, j^ l'ui iuc et duchimismc respiratoire nous aura révélés 

chez notre malade. Ces troubles doivent être traités personnellement 

1. Albert Robin. — Des albuminuries phosphaturiques. Classification et traitement, 
BulUUn de. VAcadémie de médecine^ 19 décembre 1893. — Id. La phosphoruric neura- 
sthénique; Traité de thérapeutique appliquée, fasc. I., p. 185, 1895. 

'i. Albert Robin. — Les conditions chimiques du»yndtonic neurasthénique, Bulletin 
général de thérapeutique, octobre 1900. 



LA NEURASTHÉNIE GASTRIQUE 665 

jusqu'au moment où de nouvelles analyses vous auront démontré 
leur disparition. Car, entre la dyspepsie causale et la neurasthénie 
secondaire, il y a presque toujoursi sinon toujours, un trouble de la 
nutrition élémentaire. 

Ce trouble, dont la viciation des opérations digestives est l'ori- 
gine, doit être considéré, avec les réactions réflexes, comme Tinter- 
médiaire obligé entre la dyspepsie et la neurasthénie, et cette der- 
nière n'en est, au fond, que l'expression extériorisée. 11 est variable 
et mulUple dans ses éléments et unit toujours par se résoudre en un 
trouble particulier de la nutrition nerveuse sur lequel je vais main- 
tenant vous donner quelques détails. 

Lft fariahflité ^^ Y ^ quatre ans, j'étais appelé à donner mes soins 

(ta syndrome àunejcune femme de vingt-cinq ans, qualifiée de neu- 
rasthénique, en présentant d'ailleurs tous les stigmates, 
et qui guérit après un traitement gastrique assez prolongé. Son syn- 
drome nutritif pouvait se résumer ainsi : Urée un, peu élevée 
(23",66 par 24 heures et 0«',473 par kilogramme de poids), coeffi- 
cient d'oxydation exagéré (93 p. 100), diminution du rapport 
Ph*0^ des terres : Ph*0^ tolal (17 p. 100), diminution du rapport 
Cl: Azote total (17 p. 100). 

Par contre, voici un littérateur de quarante-trois ans, neurasthé- 
nique gastrique, avec 3«',45 d'IICl libre dans le contenu gastrique et 
une peptonisation très imparfaite, qui me donna le syndrome nutritif 
suivant : 

Polyiirie (2570*^), urée normale, coefficient d'oxydation 
azotée normale, coefficient de déminéralisation exagéré 
(40 p. 100), rapport Ph^O^ des terres : Ph*0^ total augmenté 
(31 ,2 p. 100). 

Un ingénieur de trente-huit ans, vertigineux, agoraphobique, 
avec le casque et la plaque sacrée neurasthéniques, une dépression 
mentale telle qu*il doit abandonner toutes ses occupations, m'est 
adressé de province. Il présente les symptômes de la dyspepsie 
hypersthénique et il guérit complètement à la suite d'un traitement 
approprié. Son syndrome nutritif présentait les particularités sui- 
vantes : 

Oligurie (830*"), urée normale (24«',14), coefficient d'oxyda- 
tion azotée légèrement abaissé (81 p. 100), coefficient de démi- 
néralisation normal (33,6 p. 100), rapport Ph'O des terres : 
Ph*0^ tolal un peu augmenté (27,5 p. 100), déminéralisation ma- 
gnésienne augmentée (0,20 p. 100), diminution du rapport Cl : 
Azote total (37 p. 100). 



666 



LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 



Je VOUS citerai encore le fait d'un diplomate étranger, âgé de 
quarante-trois ans, qualifié de neurasthénique essentiel, ayant dû 
résigner ses fonctions par suite de sa totale inaptitude à tout tra- 
vail intellectuel, et qui put reprendre sa carrière après huit mois de 
traitement. Son syndrome nutritif est fort instructif : 

Urée très augmentée (37«',90), coefficients d'oxydation 
azotée et de déminéralisation normaux, diminution du rapport 
Ph'O^ : Azote total (H p. 400), du rapport Cl : Azote total 
(27 p. 100), augmentation du rapport PhW des terres : Ph*0^ 
total (29 p. 100). 

Je pourrais multiplier ces exemples, mais leur simple groupe- 
ment dans le tableau ci-dessous vous donnera une idée nette de la 
variabilité des syndromes nutritifs que Ton rencontre chez les 
neurasthéniques gastriques. 

Tableau XL VI. — La variabilité du syndrome nutritif chez les 

neurasthéniques gastriques. 



LES ÉLÉMENTS DU SYNDROME 


1" cas. 


2* cas. 


3* cas. 


4* cas. 


Urée 


+ 
+ 


+ 
+ 
+ 
+ 


* 

+ 1 1 II 1 


+ 
+ 


Coefûcient d'oxvdation azotée 


— de déminéralisation 


RaDDort Cl : Azote total 


— PhW : Azote total 


— Ph'O* terreux : Ph'O* total 



Ce qui frappe nettement dans ce tableau, c'est qu'il n'y a pas 
deux neurasthéniques qui réalisent absolument le même syndrome 
nutritif. Par conséquent, le traitement du trouble de la nutrition qui 
sert de lien entre la dyspepsie et la neurasthénie ne saurait être 
enfermé dans une formule quelconque. Ce trouble devra être déter- 
miné pour chaque malade et traité en conséquence. 



Les modiflcauons Cc u^cst poiut ici le licu d'cutrcr dans le détail des 
des échanges, ^lui^ipi^g traitements de ces multiples troubles nutri- 
tifs ; car cela nous entraînerait d'autant plus loin que le sujet est. 



LA NEURASTHÉNIE GASTRIQUE 667 

pour ainsi dire inépuisable. Je puis seulement vous tracer rapide- 
ment quelques règles générales qui vous donneront une idée de la 
manière dont on peut aborder cette thérapeutique. 

Quand il s'agit de relever le rapport de Tacide pbospho- 
rique total à l'azote total et de dimi nue rie rapport de l'acide 
phospborique lié aux terres à l'acide phosphorique total, 
vous pouvez employer la médication glycérophosphatée, soit à Tinté- 
rieur, soit par la méthode hypodermique *. 

Le magnésium métallique relèvera le rapport de l'acide 
phosphorique lié aux terres à l'acide phosphorique total, 
quand ce rapport sera en déficit. 

La diminution du rapport du chlore à l'azote total, quand 
elle n'est pas sous la* dépendance de vomissements byperacides ou du 
ré^me lacté exclusif, réclame une augmentation du chlorure de so- 
dium dans l'alimentation. 

A l'augmentation du coefGcient d'oxydation azotée, on 
opposera l'emploi judicieux et modéré des arsenicaux dans la limite 
de la tolérance stomacale. Si l'intolérance gastrique se manifeste de- 
vant les doses utiles, on usera de la voie rectale. 

S'il y a exagération du coefficient de déminéralisation, 
vous rechercherez quel est l'élément minéral qui entre pour la plus 
forte part dans l'excrétion inorganique, et vous l'ajouterez à Talimen- 
tation, soit sous forme médicamenteuse, soit, mieux encore, en 
insistant sur les aliments qui renferment dans leur constitution une 
proportion plus considérable du minéral en question. 

Grâce à ces quelques exemples, vous comprendrez facilement 
la nouvelle méthode thérapeutique que je m'efforce de mettre en ap- 
plication. Cette thérapeutique ne vise ni un symptôme, ni une étio- 
logie, mais bien le mécanisme vital élémentaire qui leur sert de 
trait d'union. 

1. Voyez page 301. 



668 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE LESTOMAC 



III 

Le traitement direct du syndrome neurasthénique. — Les glycéro- 
phosphates, le magnésium, les fluorures, les ferrugineux, les arsenicaux, les 

,. slrychniques^ les hypophosphites, le régime, Thygiène, les agents physiques, 
la psychothérapie, le traitement de Weir-Mitchell. — Le traitement 
hydro-minéral. — Les cures d'altitude. 

u traitement C'csl seulcmenl quand des analyses bien faites nous 

da syndrome auFont montfé que le trouble de la nutrition a pris 6n 

nenraïuiéniqne. ^^ g»gg|^ Sensiblement atténué que vous passerez à la 

quatrième phase du traitement. Celle-ci a pour but de combattre le 
syndrome neurasthénique, ou mieux encore ce qui persiste 
encore de ce syndrome. Car il arrive, dans nombre de cas, que le 
syndrome neurasthénique créé par la dyspepsie survit plus ou moins 
à son étiologie, tant a été profonde l'atteinte portée au système ner- 
veux qui continue pour son propre compte une symptomatologie 
d'abord provoquée par l'estomac ; en d'autres termes, il y a des neura- 
sthénies dont l'origine est dyspeptique, mais qui sont ou trop pro- 
fondes ou de date trop ancienne pour que le traitement étiologique 
ait prise définitive sur elles. 

En tout cas, il a une influence préparatoire indéniable, qui donne 
plus de chances de succès au traitement spécial de la neura- 
sthénie. 

J'ai essayé, dans ma pratique personnelle, de systématiser les 
divers moyens employés, et je vais vous exposer les modes d'asso- 
ciation dont j'ai eu à me louer. 

Les En premier lieu, tentez les injections sous-cutanées 

le maonéSum,*'^ glycérophosphatc de soude ^ associées aux glycéro- 
lesfloomres. phosphates^ à l'intérieur ou à la poudre de magnésium 
métallique et au fluorure de calcium *. Engagez en même temps 
les malades à quitter leurs occupations ou leurs plaisirs et à s'in- 
staller, pour un temps, à la campagne. 

Lesferragineiix ^u cas d'iusuccès, faites ciicore une tentitive médi- 
•^ *«» camenteuse avec les préparations ferrugineuses et arse- 

ersenloanz. . , • 

nicales associées ou employées successivement. 

1. Voyez page 301. 

2. Voyez page 302. 



'T.-" '■■.-i* ^- ' 



LA NEURASTHÉNIE GASTRIQUE 669 

Les préparations ferrugineuses les meilleures seront celles que le 
malade supportera le mieux, et cette question de tolérance indivi- 
duelle prime ici toute autre considération. Vous aurez donc le choix 
entre les innombrables agents dont vous trouverez la liste dans tous 
les formulaires; cependant je vous conseille d'essayer d'abord le 
tartrate ferrico-polassique, puis le proto-iodure de fer en sirop ou en 
pilules, \es pilules de Blaud, enfin les pilules d^ Vallet \ 

Parmi les préparations arsenicales, vous aurez le choix entre les 
granules de Dioscoride, la solution d'arséniate de soude à 0^',05 pour 
i{00 grammes d'eau, et la liqueur de Fowler. Cette dernière étant sou- 
vent fort mal tolérée par l'estomac, ne négligez jamais de retendre 
dans une certaine quantité d'un véhicule quelconque. 

Ira stryohoiqnes ^c sulfate de Strychnine, la brucine, les teintures de 

et les fiQi^ vomique ou de fèves de Saint-Iqnace compléte- 

ront les traitements ferrugineux ou arsenical. On les 

administrera à doses faibles, de préférence au commencement des 

repas. Si cette tentative échoue, usez comme dernière médication des 

hypophosphites^ , 

Le régime. Mais, après ccla, cessez définitivement tout médica- 

rby^toe. ment; ne conseillez même aucune cure hydro-minérale 
agents physiques, de boisson et teucz-vous cu exclusivcment aux cures 
' balnéaires et climatériques. A partir de ce moment, le 
régime^ Yhygiène, la psychothérapie et les agents physiques doivent 
seuls faire les frais du traitement. Je ne puis indiquer ici tous les détails 
de ce traitement dont vous trouverez le lumineux exposé dans un 
remarquable article de Brissaud ^ et dans les Leçons cliniques de 
GiLLESDE laTourette, etjcdois me bomcràdes indications sommalrcs. 

Le neurasthénique qui n'aura pas été amélioré par les moyens 
précédents sera traité de la façon ci-dessous : 

1* Un régime institué suivant les indications de Leven, à savoir : 
trois repas modérés à heures fixes, composés de potages épais, lait, 
œufs frais, féculents en purée, légumes verts très tendres, fruits cuits; 
supprimer le bœuf et le mouton; ne donner que de la viande blanche 
et seulement une fois par jour, au repas de midi. Vous laisserez le 
choix entre le veau, le poulet et les poissons maigres, comme le merlan, 
la sole, le turbot, la barbue, etc. 

1. Voyez, pages 399 et 400, d'autres formules utilisables. 

1 Voyex page 612. 

3. BBISSA0D. — Traitement de la neurasthénie, Traité de thérapeutique appliquée 

D'ALpEAT ROBIN, fasC. XV. 






670 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

2* Un grand lavement à Veau tiède, le matin, au réveil. 

S"" En se couchant, un petit lavement, à garder pendant la nuit, 
avec de la décoction de fleurs de tilleul et de feuilles d'oranger, addi- 
tionnée d'une cuillerée à café de valérianate d'ammoniaque, 

4* Hydrothérapie méthodique suivant la pratique de Beni-Barde 
ou de Glatz. 

5* Électricité suivant la méthode de Von Ziemssen. Glatz, qui a 
fixé avec beaucoup de sens clinique l'emploi de ces deux derniers 
moyens, s'exprime ainsi au sujet de leurs eflets : c Les résultats que 
Ton obtient par Vélectricité et V hydrothérapie dans le traitement des 
dyspepsies nerveuses, atoniques et neurasthéniques sont si encoura- 
geants et parfois si rapides que nous ne comprenons pas que ces deux 
agents n'aient pas encore détrôné la plupart des médicaments que l'on 
emploie quelque peu bénévolement dans ces malaises. » 

6° Psychothérapie qui se résume en un emploi systématique du 
temps, à l'aide d'un ordre bien réglé dans lequel les soins donnés à 
la santé doivent laisser une place large à l'exercice physique et aux 
minimes occupations intellectuelles dont le malade est encore capable. 
Ajoutons que cet ordre du jour doit être surveillé attentivement par 
le médecin qui doit aussi soutenir le moral de son malade en prenant 
sur lui une indispensable autorité. 

L« traitement Daus Ics cas plus rebelles encore, n'hésitez pas à 

de weir-mtoheii. ^jj^piQygp jjj ^^.3 systématique et bien connue de 

WEm-MiTCHELL (de Philadelphie) qui consiste essentiellement : 

l"" A mettre les malades au lit pendant des semaines et même des 
mois, en leur interdisant tout mouvement. 

2*" A les isoler, ce qui est la seule manière de leur imposer la 
nécessaire discipline que l'entourage le plus dévoué ne saurait, 
comme le dit fort bien Brissaud, ni concevoir, ni appliquer. 

3** A les soumettre à un massage régulier et méthodique. 

4* A les suralimenter dans les limites de leui's capacités diges- 
tives. 

5" A faradiser systématiquement tout le système musculaire. 

Le traitement Pour Compléter cctte étude du traitement de la 

iiydro.minérai. neupggthénîe gastriquc, j'ai à vous présenter encore 
quelques considérations relatives à la thérapeutique hydro-miné- 
rale et climatérique de cette affection. 

11 est de notion courante chez les neuropathologistes que les eaux 
minérales sont contre-indiquées ou inutiles chez les neurasthéniques. 
Cependant cette opinion est empreinte d'une certaine exagération; 



LA NEURASTHÉNIE GASTRIQUE 671 

car on a obtenu dMndéniables succès avecles cures de Saint-Smcveury 
de Cambo, de Rennes-les-Bains^ d'Ussat, de Foncirgtœ, etc. 

Je vous citerai encore des observations de neurasthéniques dyspep- 
liqnes et très excitables, traités avec grand avantage dans les eaux 
chiorurées-sodiques fortes de Biarritz^ Salies-de-Béarn, SalinSy 
Rheinfelden, etc. Mais, ici, quelques explications sont nécessaires au 
sujet de la technique balnéaire à suivre chez ces neurasthéniques 
excitables : 

1" On se servira de baignoires en bois, car les baignoires de métal 
développent des courants électriques dont Tintensité ne saurait être 
réglée ni l'action prédite. 

^ On fera dissoudre dans Teau du bain de 200 à âOO grammes de 
gélatine de Paris. 

3^ On usera de bains de faible concentration, en commençant par 
1 p. 400 de sel et en augmentant progressivement jusqu'à 6 p. 100 
au maximum. 

4** On additionnera le bain d'eaux-mères sédatives dont la quan- 
tité sera réglée d'après les susceptibilités du malade, en commençant 
par dix litres. 

5" Le bain sera court, de vingt minutes environ. Aussitôt après le 
bain, le malade traversera une donche en jet^ froide, d'eau salée à 
son maximum de concentration : pur sel, comme on dit dans les sta- 
tions. Je dis € traversera », pour montrer combien doit être courte cette 
douche qui ne doit pas durer plus de trois à quatre seconjdes et qui 
sera suivie d'un jet unique, direct, sur les pieds. 

Dans le choix de la cure thermale à conseiller aux neurasthé- 
niques gastriques, nous devons tenir grand compte, non seulement de 
la forme excitable ou non de la neurasthénie, mais aussi des états 
diathésiques ou constitutionnels qui ont servi de terrain à la 
névropathie. C'est ainsi que Ussat et la Source de Salut à Bagnères- 
de-Bigorre conviendront aux neurasthéniques rhumatisants, 
que les arthritiques bénéficieront davantage de Saint-Sau- 
veur, etc. 

Les cures A côté dcs cuTCs hydro-minéralcs, qui, comme vous 

«»«MWrt«iae»- |g voyez, sont presque exclusivement des cures bal- 
néaires, il convient de vous fournir quelques indications sur les 
cures climatériques. 

Recommandez à vos malades d*éviter les grandes chaleurs et les 
grands froids qui leur sont également défavorables. Il en est de même 
des grandes altitudes et des bords de la mer, à moins d'exception, 
chez des malades asthéniques, affaiblis et jouissant de faibles réac- 



672 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

lions. Les meilleures altitudes sont celles de 600 à 1000 mètres. Nous 
avons dans les Pyrénées^ en Auvergne^ en Dauphiné et en Savoie 
des stations qui réunissent toutes les conditions climatériques dési- 
rées, mais qui pèchent encore par rinsufûsance de leurs installations; 
c'est pourquoi la plupart des malades se dirigent vers la Suisse. Les 
mois de juillet et d'août sont les meilleurs pour la cure qui doit durer 
deux mois environ. Aux malades qui sont en situation de le faire, je 
conseille une cure de printemps à une altitude de 500 à 600 mètres et 
une cure de fin d'été à 4000 mètres. 

Us contre- Vous interdirez les climats d'altitude à trois classes 

indioauons. j^ ncurasthéuiques gastriques, à savoir : 1" les malades 
extrêmement déprimés et incapables de réaction; 2* les individus 
chez lesquels vous constatez les symptômes d'une excitation men- 
tale exagérée; 3* enfin ceux qui présentent fréquemment ou habi- 
tuellement des palpitations du cœur ou de l'accélération du 
pouls. 



5 



DIXIEME LEÇON 

LES RETENTISSEMENTS NERVEUX PSYCHIQUES, 
RESPIRATOIRES ET L'INSOMNIE 

L'HYPOCHONDRIE — LA MALADIE CÉRÉBRO-GASTRIQUE — LES PSYCHOSES 

L'INSOMNIE — LES TERREURS NOCTURNES DES ENFANTS 

LA TOUX — LE SPASME LARYNGÉ 

LE HOQUET — LES BAILLEMENTS — LES DYSPNÉES 



I 



L'hypochondrie gastrique. — La définition. — Aperçu historique, 
La symptomatologie. — La forme médicale. — La forme circulaire. 

La dèfinMon. L'hypochond rie, qu'il ne faut pas confondre 

avec la neurasthénie, a été fort bien déOnie, par Lïttré, 
< une sorte de maladie nerveuse qui , troublant rinlelligence des 
malades, leur fait croire qu'ils sont atteints des maladies les plus 
diverses, de manière qu'ils passent pour malades imaginaires, tout en 
souffrant beaucoup, et qu'ils sont plongés dans une tristesse habi- 
tuelle >. On pourrait aussi dire, avec Gotard, que c'est un délire 
triste portant sur la santé physique et morale. 

Aperçu Lcs rapports de l'hypochondrie avec les dyspepsies 

ra^î^itT**' ont frappé les observateurs de tous les temps. Galien 
arecies dyspepsies, considérait Ics troublcs psychiques comme secondaires 
aux affections abdominales siégeant sous les hypochondres. Stahl en 
faisait la conséquence d'un trouble survenu dans la circulation porte. 
Sylvius Deleboé insistait beaucoup sur la fréquence des troubles 

II 43 



674 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

digestifs et trouvait dans une altération consécutive du chyle et du 
sang la raison des troubles psychiques. Broussais faisait de Thypo- 
chondrie la conséquence d'une gastro-entérite réagissant sur un cer- 
veau prédisposé. Enfin Beau, dans sa magnifique conception des 
troubles réaclionnels des dyspepsies, synthétisait en un corps de 
doctrine les idées de ses devanciers. 

j^ La forme gastrique de Thypochondrie est 

symptomâto* essentiellement caractérisée par des réactions céré- 
braies exagérées à l'égard de tout malaise digestif, si 
léger qu'il soit. Chacun de ces malaises provoque aussitôt des troubles 
psychiques qui sont hors de proportion avec la cause qui les sollicite. 
11 suffit d'une régurgitation acide, d'un étatsaburral de la langue, de 
borborygmes, d'un caprice de l'appétit, etc., pour que le malheureux 
malade subisse une sorte d'auto-suggestion qui donne la volée aux 
crainles les plus exagérées. La moindre sensation douloureuse prend 
une extrême intensité et devient le point de départ d'une véritable 
crise où dominent les étals mélancoliques, avec dépression du moiy 
diminution de la volonté, idées d'impuissance ou d'incapacité. 

La forme Quaud celtc Variété d'hypochondrie à point de 

médicale. départ gastriquc se développe chez des médecins, elle 
prend des proportions invraisemblables. J'ai donné des soins, il y a 
cinq ans, à un confrère âgé d'une quarantaine d'années, qui 
avait rapidement conquis une situation importante dans la clientèle 
parisienne, mais qui avait en même temps, soumis son estomac au 
régime le plus anormal. Trop occupé pour prendre ses repas à la 
maison, il mangeait hâtivement dans sa voiture, entre deux consulta- 
tions, et subissait, du fait de sa profession, un incessant surmenage. 
Évidemment, il fut bientôt dyspeptique. Puis son caractère s'assom- 
brit; il devint irritable, s'agitant pour la cause la plus futile, en 
même temps que ses aptitudes au travail diminuaient au point qu'au 
bout de deux années environ il dut abandonner une partie de ses 
occupations. Alors il fut saisi par l'hypochondrie ; il ne pensait plus 
qu'à son estomac, passait son temps à regarder sa langue, à compter 
son pouls, à analyser ses moindres sensations. Sa vie s'écoulait dans 
d'inexprimables anxiétés au sujet du choix des aliments, de l'examen 
de ses garde-robes. 11 ne vivait plus que dans la contemplation de son 
estomac, lui attribuant les réactions les plus singulières, jusqu'au 
moment où, trouvant un jour un excès d'acide urique dans son 
urine, il fut convaincu qu'il était devenu albuminurique, et Thypo- 
chondrie atteignit alors son apogée. Il abandonna complètement sa 



LHYPOCUONDIUE 675 

clientèle et se codAdu chez lui, avec la certitude que ses jours étaient 
comptés. À ce moment, survint dans sa vie intime un immense boule- 
versement qui l'obligea à quitter Paris et à s'occuper de graves 
affaires; grâce à cette diversion, il reconquit tm peu de santé, con- 
sentit à se laisser soigner passivement, et reprit peu à peu toute son 
activité professionnelle. 

La forme Uu aulrc malade* m'écrivait ainsi : a Depuis pliib 

*^*™***^®' d'un an, je souffre d'une sorte de névropathie pénible 
qui me prend tous les deux jours et revient avec une implacable 
régularité. Le soir du bon jour, je me couciie en bonne santé et 
humeur, ayant pu m^occuper avec plaisir, sans craintes ni soucis. 
Mais, entre cinq et six heures du matin, je me réveille avec une vive 
agitation. Je suis assailli par des idées tristes, et il m'est impossible 
de me rendormir. Je me lève, la tête engourdie sans douleur réelle, 
et pourtant je puis à peine m'occuper, même à une lecture peu foti- 
gante. N'ayant de goût à rien, j'éprouve un découragement insup- 
portable; tout m'apparaît sous un jour sombre. J'évite la présence de 
toute personne, même chère; je crains d'être dérangé. Je voudrais 
m'occuper, je n'y parviens pas. Me promener, monter à cheval m'est 
impossible. Redoutant tout, je ne sais que faire de ma pauvre per- 
sonne. Ce lamentable état dure toute la journée avec quelque rémis- 
sion quatre ou cinq heures après les repas, tandis que le maximum 
d'abattement et d'inquiétude les suit immédiatement. Je mange sans 
goût ni appétit. Je me couche fatigué et m'endors aussitôt. Si je me 
réveille pendant la nuit, je suis calme, sans idées noires, et la journée 
du lendemain va se passer sans fatigue ni malaise. j> 

Ce malade avait suivi bien des traitements sans résultat. Quand 
on s'attaqua à son état gastrique, les symptômes allèrent en s'alté- 
nuant. Aujourd'hui il est rétabli et a repris à peu près son train 
de vie. 



1. Albert Robin. — Des troubles nerveux des dyspeptiques et de leur trailemeut, 
BulleUn général de tkérapeutiqtiey 1898. 



676 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 



II 

La maladie cérébro-gastrique de Leven. — Les troubles de la sensi- 
bilité cérébrale, des facultés de Fesprit, du sens musculaire et des organes 
des sens. 



La maladie L'hypochondrie n'est pas le seul trouble mental qui 

oérébro-gastriqae relève de la dyspcpsie, et Leven a parfaitement décrit, 

sous le nom de maladie cérébro-gastrique ^ Tensemble 
des modiBcatîons de la mentalité que Ton observe communément 
chez certains dyspeptiques et qui donne à leur expression morbide 
une si particulière physionomie. Dans le syndrome de Leven, il y 
a ceci de remarquable: c'est que la sensibilité, les facultés de l'esprit, 
lesinstincls, les oi*ganes des sens, lamotilité, le sens musculaire, tout 
peut se modifier fonctionnellement, sans que la raison subisse aucune 
atteinte. Leven a tracé de ces retentissements, dont l'expression 
rappelle la neurasthénie sans se confondre cependant avec elle, un 
tableau auquel il n'y a rien à changer*. 

La sensibilité Lc malade a la sensation de son cerveau ; il le per- 

oérébraie. ç^j^ lourd Cl brûlant, ou bien il ressent dans la tète, 
surtout au moment de la digestion, un vide terrifiant. 

Lesfacnités L'atteutiou, la mémoire, la volonté fléchissent. Le 

de l'esprit. g^j^^ pense avec peine et fixe difficilement son atten- 
tion sur une idée. Au milieu d'une conversation, surgit inopiné- 
ment en lui une conception qui n'a aucun rapport avec la question 
traitée, ou encore il est hanté, sans prétexte, par une obsession vague 
qui le plonge dans un état spleenétique. 

L'acte déparier devient une fatigue; il provoque une douleur 
de tête à forme vertigineuse ou encore une tension pénible en arrière 
du cou, dans les omoplates et dans la partie supérieure de la colonne 
dorsale. La mémoire fait quelquefois tout à coup défaut; il semble, 
au milieu d'une phrase, qu'il se fasse dans la tête un vide subit, d*une 
courte durée, pendant lequel il y a une sorte d'obnubilation de la 
conscience. 



1. M. Leven. — Maladie cérébro-gastrique, Comptes rendus de la Société de biologie, 
17 octobre 1881. 



LA MALADIE CÉRÉBRO-GASTRIQUE 677 

Celte perte momentanée de la conscience peut porter 
' sur les sujets les plus variables. C'est ainsi que j'ai soigné un officier 
fort intelligent qui, durant la période digestive, oubliait tout à coup, 
pendant quelques secondes, la notion des lieux, au point de ne plus 
retrouver la porte de sa chambre ou de ne pouvoir plus se rappeler la 
direction dans laquelle il marchait, et cela avec une parfaite conscience 
de son oubli. Tous ces troubles inquiètent beaucoup les malades et 
lear inspirent la peur de la folie. 

La volonté est profondément atteinte. Le malade hésite devant 
la moindre décision. Dernièrement je voyais un propriétaire rural, 
âgé de cinquante ans, venu à Paris pour prendre une consultation au 
sujet de son estomac, et qui demeura près de deux mois à l'hôtel, sans 
défaire sa malle, obsédé par l'idée de savoir s'il resterait à Paris pour 
se soigner ou s'il retournerait dans son pays, et incapable de se décider 
entre ces alternatives. 

Un Américain venu à Paris pour se faire soigner de troubles 
psychiques, n'ayant reçu ma visite, par suite d'une absence, que cinq 
jours après son arrivée, était resté tout habillé, tel qu'il avait voyagé, 
assis sur une malle dans la chambre d'hôtel, sans avoir pu prendre 
sur lui de se mouvoir, si bien que je trouvai près de lui les vestiges 
des repas qu'on avait essayé de lui faire prendre. On crut devoir 
l'interner dans une maison de santé, malgré mon avis défavorable. 
Son état s'y aggrava rapidement; on dut l'en faire sortir. Soumis à 
an traitement anti-dyspeptique suivi d'un traitement nervin, son état 
s'améliora sensiblement. 

Lesens Lcs scusations musculaires sont irrégulière- 

mascuudre. ^ft^nt pcrçucs; la marcho est indécise ou titubante, la 
station debout manque de stabilité, les muscles sont agités par des 
tressaillements involontaires, les crampes sont fréquentes et dou- 
loureuses. 

lm organes « Lcs imprcssious quc le monde extérieur envoie au 

**** ""*• cerveau ne sont plus reçues comme dans l'état de santé. 
Un rayon lumineux vif, un son éclatant, une odeur forte sont une 
cause de souffrance, donnant le vertige ou une sensation de faiblesse. 
L'état cérébral réagit sur chacun des sens. L'œil voit mal les objets : 
ils sont cachés par un nuage plus ou moins épais; ils se dessinent 
par plusieurs images à la fois ; un rayon lumineux vif s'efface 
lentement de l'œil ; la vue s'affaiblit; le malade a de la peine à lire 
parce que les lettres dansent au-devant des yeux et, quand le trouble 
cérébral est devenu plus intense, il ne peut plus lire du tout. J'ai 



L 



678 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

observé des cas d'amaurose passagère; des hallucioalions 
même de la vue peuvent se produire à l'heure où se manifestent les 
phénomènes de la dyspepsie. Un malade de mon hôpital avait chaque 
jour, à quatre heures de l'après-midi, des hallucinations qui l'incom- 
modaient fort; dès que l'estomac fut guéri, les hallucinations dispa- 
rurent. 

«Le tympan de l'oreille devient excitable comme la rétine; un 
son fort et douloureux s'efface lentement ; l'oreille gauche est occupée 
par un bourdonnement durant quelques heures au début, mais qui 
deviendra continu, si la dyspepsie n'est pas traitée; il s'étendra même 
à l'oreille gauche. A la longue, l'ouïe devient très dure ; ce genre de 
surdité n'est pas rare dans les dyspepsies anciennes. 

c Les désordres du sensdu tact consistentenunehyperesthésie 
de la peau et des muscles du côté gauche ou du côté droit du corps 
ou en une hyperesthésie généralisée si la dyspepsie est de vieille date 
ou très aiguë, en sensations électriquessurlapeau, en déman- 
geaisons intolérables. Le goût et l'odorat sont altérés aussi 
et sont sujets également à de véritables hallucinations. > (Leven.) 



III 



Les psychoses gastriques. — La dipsomanie. 

Les hallucinations. 



- Lea psychoses Quelqucs auteurs ont même avancé que certaines 

gastriques. foHes ditcs sympathiqucs pouvaient reconnaître 
une origine digestive. Guislain a observé une femme qui, chaque fois 
qu'elle était constipée, avait des hallucinations auditives et 
visuelles. Esquirol pensait que certaines mélancolies étaient dues 
à un déplacement du côlon transverse. Bayle citait les désordres 
cérébraux secondaires à l'entérite et à la gastro-entérite. Bergmann a 
voulu prouver que la mélancolie et la manie dépendaient souvent 
d'un rétrécissement du côlon. Holthof pense que le catarrhe duo- 
dénal chronique peut devenir la condition d'affections mentales 
sérieuses chez les individus prédisposés; non seulement cet état 
mental prend la forme de l'hypochondrie, mais il peut arriver à la 
mélancolie avec idées de persécution, d'indignité, exagération 
maladive de la conscience; dans d'autres cas, il s'agit de profondes 
modifications du caractère qui devient inquiet, chagrin, irritable et 
querelleur. Régis déclare qu'en dehors des bizarreries du caractère, 



LES PSYCHOSES GASTRIQUES 679 

des accès de dépression, de la tendance à rirritabilité el à Tempor- 
temeot, les dyspepsies peuvent développer une propension au suicide 
et surtout à la dipsomanie. 11 ajoute que les troubles dyspeptiques, 
qu'ils soient cause de la folie ou simplement développés chez des 
individus déjà aliénés, déterminent souvent le refus d'aliments et des 
illusions internes qui donnent aux malades la sensation que leur tube 
digestif est le siège de maladies singulières, qu'ils ont des animaux 
vivants dans l'estomac, que leurs aliments se putréfient, etc. La ten- 
dance au suicide serait encore la conséquence de ce retentissement'. 
Je ne pense pas qu'on soit en droit d'admettre une folie dys- 
peptique. Tout au moins n'ai-je jamais constaté chez aucun 
des dyspeptiques que j'ai pu suivre l'évolution vers la folie vraie 
des troubles mentaux qu'ils ont présentés. 

u dipsoiiifmie. Cependant je serais assez disposée faire une excep- 
tion pour la dipsomanie qui, dans un cas au moins, 
m'a paru avoir une indéniable origine gastrique. Un grand spéculateur 
étranger, que son entourage prenait pour un vulgaire buveur parce 
qu'il donnait de temps à autre le lamentable spectacle de son ivresse, 
me tint un jour à peu près ce langage : c On m'a fait la réputation 
d'être un ivrogne et pourtant je n'aime pas en principe les boissons 
alcooliques. Certes, je me suis grisé, mais beaucoup plus rarement 
qu'on ne le pense. Habituellement je ne bois que de l'eau à mes repas, 
sauf quand j'ai un travail important à fournir, auquel cas je prends 
du vin à mon déjeuner. Mais il y a des moments où je suis pris d'une 
irrésistible envie de boire du vin. Je puis prévoir ces sortes de crises; 
car elles suivent toujours une période de surmenage intellectuel et 
elles sont précédées d'une sensation de brûlure à l'estomac et au 
gosier, qui survient dans l'après-midi ou qui me réveille au milieu de 
la nuit, et parfois de renvois aigres très pénibles. Toutes les boissons 
non alcooliques, l'eau, le thé, le café, ne calment pas la soif intense 
que j'éprouve alors; seul, le vin rouge me procure un soulage- 
ment. Alors je commence à boire du vin rouge, et plus j'en bois, 
plus je sens le besoin de boire davantage. Maintes fois, j'ai voulu lutter; 
j'ai donné des ordres pour qu'il n'y eût jamais chez moi de vin à ma 
portée; mais, quand l'accès me prend, je suis capable de toutes les 
ruses pour satisfaire l'impérieux besoin qui m'obsède. Recherchez 
donc, ajouta-t-il, s'il n'y aurait pas derrière tout ceci une maladie 
de l'estomac ou un trouble digestif intermittent lié aux périodes de 
travail intellectuel exagéré. » 

1. E. RÉ61S. — Manuel pratique de médecine mentale, p. 378, Paris, 1885. 



680 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

Le malade avait, en effet, trouvé le secret de sa dipsomanie. Nous 
nous assurâmes que chaque période de travail trop actif était suivie 
d'une crise d'hypersthénie paroxystique ou périodique. Il se soumit 
au traitement, consentit même à suivre pendant plusieurs mois le 
régime lacté absolu, et voici trois années qu'il n'a plus présenté de 
crise de dipsomanie. 

Je ne veux pas généraliser; mais cet exemple est bien fait pour 
attirer votre attention sur l'estomac des dipsomanes et les rapports de 
causalité qui peuvent exister entre la névrose et la dyspepsie. Et, si 
j'ai insisté sur tous ces exemples, c'est pour vous montrer que l'hypo- 
chondrie, la dipsomanie et peut-être quelques autres troubles 
mentaux sont susceptibles d'être améliorés quand on peut faire inter- 
venir la dyspepsie dans leur étiologic. 

Les Parmi les troubles psychiques qui semblent 

haiiuciiiations. j^pg^dro dc la dyspcpsic, je vous citerai encore cer- 
taines hallucinations, en particulier celles décrites par Maury 
sous le nom d'hallucinations hypnagogiq'ues. Elles précèdent 
immédiatement le sommeil, sont purement visuelles et silencieuses. 
Au moment de s'endormir, le malade voit défiler de droite à gauche 
des images passagères, aussi variables dans leur forme que dans 
leur expression. Tantôt ce sont des apparences colorées, générale- 
ment rouges, d'abord confuses, mais qui se précisent bientôt assez 
pour représenter des visaj^es qui s'approchent lentement et dispa- 
raissent dès qu'on cherche à les fixer. Puis le malade s'endort. Et le 
sommeil est souvent troublé par des cauchemars, des rêves pesants, 
tristes ou terrifiants, dans lesquels domine la sensation de chute, de 
poursuite ou de fuite avec une invincible lourdeur des jambes, et 
qui se continuent vaguement au moment du réveil. 



IV 

Les éléments du traitement. — Le traitemeiii anti-dyspeptique. — Les 
laxatifs cholagogues. — Les irrigations intestinales. — Les toniques nervins. 
— Les modérateurs réflexes. — L'hygiène physique et morale. — Le 
traitement hydrologique. 

Les éléments Lc traitement implique la médication anti-dyspep- 

du traitement. . • • * r « i • • , . 

tique appropriée, une severe hygiène physique et 
morale ainsi que l'intervention de certains actes médicamenteux. 
Voici ses principaux termes : 



LES PSYCHOSES GASTRIQUES 6S1 

On déterminera d'abord le type de la dyspepsie 
anti-dyspeptiiiue. causaU et on la traitera par les moyens que vous 
connaissez. 

Lesiuatifs Puis on Stimulera les fonctions hépatiques 

choiagognes. ^^ intcs tiualcs avcc dcs laxatifs cholagogues ou 
exerçant une action sur le foie, comme Vévonymine^ le calomely les 
inlules bleues. Vous pourrez utiliser la formule suivante : 

'¥ Evonymine l gramme 

Extrait de jusquiame O^^W 

Savon amygdalin 1 gramme 

F.s.a. avec celte quantité vingt pilules. Prendre une ou deux de ces pilules 

en se couchant. 



Les irrigauoiis lusistcz aussi sur les grandes irrigations rectales , le 

rectales. matin, avcc de l'eau froide. Le maintien de la régula- 
rité dans les évacuations intestinales est, en effet, un des éléments 
essentiels du traitement. 

Les toniqnes II sei*a cusuite extrêmement utile de toniûer le 

nerviM syslèmc ucrvcux à Taido des injections sous-cutanées 
de glycérophosphate de soude, du magnésium métallique, des hypo- 
pho$phites et du phosphure de zinc. 

Les modératanrs II cst plus difficile dc calmcr Ics ^ctcs rétlexcs. Cou- 
rtflwM TARET conseille de faire avaler un morceau de camphre 
ie la grosseur d'un petit pois, avant de se coucher. Sans attacher 
autrement d'importance à cette prescription, je puis vous dire que, 
tout au moins, elle a coïncidé chez un de mes malades avec une sen- 
sible amélioration où la suggestion a peut-être eu sa part. 

L'hygiène Vhygiènc physique et morale comporte autant de 

et'^^mïSe variélés que de malades, mais certaines règles sont 
applicables à tous. Les hypochondriaques gastriques 
sont des gens qu*il ne faut jamais brusquer. Vous devrez avec 
une inaltérable patience écouter leurs doléances dont le récit les 
soulage, et vous gagnerez ainsi leur reconnaissance. Usez alors de 
Tinfluence que vous aurez acquise pour leur imposer peu à peu le 
traitement choisi et leur faire accepter un exercice musculaire 
régulier, sagement gradué, des occupations systématiques, physiques 
et intellectuelles, et un règlement de vie où chacune des heures 



L___ 



682 LES RETENTiSSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

de la journée trouve son emploi méthodique. — Surveillez de très 
près V alimentation qui devra être strictement suffisante. 

Le traitement V hydrothérapie et les cures hydro-minérales ont 

hydroiogique. gQuvent uttc heureuse influence sur l'hypochondrie gas- 
trique. J'ai eu, entre autres, des succès à Brides et à Châtel-Guyon 
chez des malades constipés qui bénéficièrent grandement de la régu- 
larisation de leurs garde-robes. 



L'insomnie dyspeptique. — Ses variétés cliniques. — Les terreurs 
nocturnes des enfants. — Le traitement. — La prophylaxie, le 
régime, Thygiène, les laxatifs, la médication hypnotique. 



L'inBomiiie L'iusomuie figure au nombre des retentissements 

dyspeptique, nefveux les plus fréquents et les plus pénibles qui 
puissent affecter les dyspeptiques. Vous rencontrerez des sujets que 
ces insomnies continuelles mettent dans un état de surexcitation ou 
de dépression physique et morale absolument incompatible avec une 
existence normale. Pour échapper à ce supplice, ils s'adonnent à 
Yopium, à la morphine^ au sulfonal, au chloral et ajoutent une 
intoxication médicamenteuse aux troubles de la nutrition provo- 
qués par la dyspepsie, sans compter que celle-ci s'accroît singulière- 
ment au contact de tant de drogues. 

Les variétés Ou pcut distinguer plusieurs variétés de Tinsomnie 

cliniques. gastriquc. La première variété et la plus habituelle 
est caractérisée par le réveil nocturne que provoque une crise 
d'hypersthénie ou de fermentation. Le malade s'endort plus ou moins 
facilement; mais il est réveillé à heure fixe par une crise gas- 
trique avec douleur stomacale, renvois et pyrosîs. S'il se retourne dans 
son lit, la douleur cesse un instant pour reprendre, en changeant de 
place, dans la partie la plus déclive de l'estomac; cette douleur, que 
les malades décrivent de la manière la plus variable, qu'ils dénomment 
brûlure, crampe, déchirure, etc., suit en quelque sorte leurs mouve- 
ments et se localise du côte sur lequel ils se sont couchés. Elle est 
assez vive pour empêcher le sommeil, et ce n'est que vers le matin 
qu'elle s'apaise et permet au patient de s'endormir d'un lourd et court 



1 



L'INSOMME DYSPEPTIOIE 683 

sommeil dont il sort bri^é, sans énergie, la lête vide, vertigineux, 
incapable de tout effort physique ou intellectuel. 

Dans une deuxième variété d'insomnie qui reconnaît la même 
origine, le malade ressent toujours à la même heure de nuit un ma- 
laise que rien ne permet, de prime abord, de rapporter à l'estomac. 
Après s'être retourné plusieurs fois dans son lit, sous le coup 
d'un malaise vague hanté de mauvais rêves, il s'éveille couvert de sueur, 
le pouls fréquent, la respiration difficile et anxieuse, avec une sensa- 
tion d'angoisse, de pesanteur douloureuse du côté du cœur et des 
inlermittences. Il rejette ses couvertures, se dresse sur son lit et 
émet des éructations qui lui procurent un certain soulagement. Mais, 
la crise aiguë passée, il ne parvient pas à se rendormir, si ce n'est 
vers le matin, et, comme dans la forme précédente, il se réveille épuisé, 
la face pâle, la tête vide, et ce n'est qu'au prix d'un très grand effort 
qu'il parvient à sortir de son lit. 

Dans une troisième variété, les malades ne parviennent même 
pas à s'endormir. Sans ressentir, à proprement parler, un malaise 
quelconque, ils restent éveillés pendant toute la nuit, entendant 
sonner toutes les heures et ne perdant un instant connaissance que 
pour reprendre presque aussitôt leur veille indécise. 

lm terreops Ënflu jc pcusc qu'îl faut rapporter à la dyspepsie 

^j^^^^l^ la plupart des cas de cette singulière névrose que Ton 
désigne sous le nom de terreurs nocturnes des 
enfants, et qui a été bien étudiée par Ch. Hesse, Sydney Ringer, 
Ch. West, J. Steiner, de Bacrer, Henoch, Moizard, Soltmann, etc. 
BoucnuT, Ch. West, Sydney Ringer, Moizard, etc., ont déjà émis 
Topinion que l'origine des terreurs nocturnes réside habituellement 
dans des troubles de la digestion, et J. Comby dit en propres termes : 
« J'ai, pour ma part, vu bien souvent les terreurs nocturnes survenir 
chez des enfants dyspeptiques, gros mangeurs, grands buveurs, etc. 
Chez ces enfants, dont les fonctions digestives laissaient tant à désirer, 
pouvait-on dire que les terreurs nocturnes représentaient une forme 
larvée de l'hystérie ou de l'épilepsie ? Car il suffisait de régler le 
régime de ces enfants pour faire disparaître les terreurs nocturnes. 
J'admets que les enfants nerveux sont prédisposés à ces accidents ; 
roais je crois que la tare nerveuse n'est pas nécessaire, la dyspepsie 
suffit. Voici un enfant qui mange trop, qui boit trop; si vous l'étudiez 
d'un peu près, vous voyez qu'il n'a jamais un sommeil calme et tran- 
quille. Il s'endort avec peine ; il est agité dans son lit ; il a des 
sueurs, des cauchemars; c'est dans ces conditions qu'il présente des 
terreurs nocturnes. Tel enfant n'a d'accès que s'il est constipé; on les 



684 LKS I;ETENT;SSEMENTS des maladies de L'ESTOMAC 

prévient en assurant le cours des matières K > On ne saurait mieux 
dire, et je confirme entièrement les observations des auteurs précé- 
dents, sans me permettre cependant de généraliser cette pathogénie 
à tous les cas. Les terreurs nocturnes sont la manière dont l'enfant 
préalablement nerveux réalise la crise qui suit le repas du soir dans 
rhyperslhénie et les fermentations gastriques. Elles sont à l'enfant ce 
que sont à l'adulte les variétés de réveil et d'insomnie dont Je vous 
traçais tout à l'heure le tableau. 

L« traitement ^Ucs rclèvcut du traitement de la dyspepsie cau- 
des terreurs g^je et jc uc conuais pas de meilleure manière de les 

nocturnes. ,*' * 

prévenir radicalement que de surveiller de très près 
le régim€y de donner peu d'aliments azotés au repas du soir, de sup- 
primer toute boisson alcoolique à ce repas, et d'administrer immé- 
diatement après un des paquets ci-dessous qu'on délayera dans un 
peu d'eau sucrée et aromatisée à Veau de fleurs d'oranger : 

2: Magnésie calcinée ) , . . 

Bicarbonate de soude \^^' * ^^'^^'"^^ 

Craie préparée 6 — 

Mêlez et divisez en douze paquets. 

Quand l'enfant aura avalé cette préparation, faites-lui prendre 
quelques gorgées d'une infusion aromatique très* chaude. Il im- 
porte aussi de rationner les liquides à ce repas du soir, de ne pas 
permettre à l'enfant de boire entre ce repas et l'heure du cou- 
cher, et de veiller enfin à la scrupuleuse régularité des garde- 
robes. 

Le traitement La meilleure manière de combattre Tinsomnie 

^é^TTn^ dyspeptique est d'empêcher la crise gastrique qui 
provoque le réveil nocturne. Au moment de ce réveil, 
le patient prendra sans attendre une poudre composée à la magnésie-^ 
et neuf fois sur dix il se rendormira d'un bon sommeil, surtout s'il 
a eu la sagesse d'ingérer cette préparation au moment précis où il 
se réveille et sans attendre que la crise s'exaspère. 

Le traitement Mais cc qui vaut eucorc mieux, c'est de prévenir 

préventif. J'insomuic et, pour cela, vous conseillerez de prendre, 

t. J. CoMBY. — Traitement des terreurs nocturnes, Traité de thérapeutique appliquée 
d'ALBERT Robin, fasc. XV, p. 387, 1898. 
2. Voyez page 171. 



L'INSOMNIE DYSPEPTIQUE 

après le déjeuner, le dîner et en se couchant, une des poudres d 
je viens de vous donner la formule à propos du traitement des I 
reurs nocturnes chez les enrants. 

La rèntma ^^ repos du soir sera très léger et ne compren 

pas d'aliments azotés. On supprimera le tabac; on 
travaillera pas avant de se mettre au lit; on évitera le thé, le cafi 
toute boisson alcoolique. 

, , .^ Les fonctions alvines seront surveillées rie 

Les lâutltl. ^ 

reusement, et vous userez, en cas de besoin, 
divers laxalifs que je vous ai indiques. Le matin, on prendra 
grand lavement à l'eau tiède et, si celui-ci est insuflisaut, v 
ordonnerez, par exemple, le iaxalif suivant : 

¥ Sulfate de soude 7 grammes 

Sulfate de magnésie 3 -^ 

Pour un paquet. Faire dissoudre dans un demi-verre d'eau elajoutei 
peu d'eau de Seltz avant d'ingérer. 

iTiroJèiie Prescrivez aussi à votre dyspeptique de se couc 

régulièrement à la même heure, de ne pas lire au 
de se lever de grand matin et de quitter le Ut sans tarder. 

Dans de nombreux cas, les malades dormiront mieux quand 
se coucheront aussitôt après leur diner. D'autres fois, il sera [ 
férable de conseiller une courte promenade avant l'heure 
coucher. 

Ce traitement indirect est bien préférabb 
celui qui met en œuvre des actions médicam 
leuses directes et, dans tous les cas, la médication hypnotique 
doit être employée que d'une manière passagère et exceptionne 
Alorsje conseille l'emploi du suppositoire ci-dessous : 

¥ Poudre d'opium brut 0^,10 

Beurre de cacao q. s. 

F. s. a. un suppositoire. 

Vous trouverez d'ailleurs, dans les formulaires, un nombre in 
de recettes hypnotiques entre lesquelles vous n'aurez que i'i 
barras du choix. L'extrait thébaique, la morphine, la codéine, 
bromures, hchloral, la paraldehyde, Vhypnai, \^sul{onal,\etrioi 



686 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

etc., forment les élément actifs de ces recettes plus ou moins dange- 
reuses. J'ai rhabitude de conseiller, quand je ne puis pas faire autre- 
ment, d'abord \B.p'otion éthérée et bromurée \ puis le suppositoire à 
la poudre d'opium brut^ lesulfonal^ et enfln, en cas d'insuccès, le 
sirop composé ci-dessous : 

A) Bromure de potassium A grammes 

Hydrate de chloral 2 — 

Dissolvez dans eau distillée q. s. 

B) Extrait de jusquiame \ 

— de cannabis indica > ââà. 0»%10 

— thébalque ) 

Dissolvez dans alcool à 90"" 8 grammes 

M.s.a. les deux solutions et ajoutez : 
Sirop d'écorce d'oranges amères. 100 — 

Prendre une grande cuillerée en se couchant. 

Mais je tiens à vous répéter, encore une fois, que vous ne devez 
user de ces moyens que d'une manière accessoire et qu'avec une 
hygiène et un traitement gastriques bien entendus vous pourrez 
presque toujours les éviter. 



VI 

La toux gastrique, le spasme laryngé et leur traitement. — Le 
hoquet — Les bâillements. — Les dyspnées, leurs variétés et 
leur traitement. 

La toux gastrique, La toux gastriquc, le spasme laryngé consti- 
le spasiM laryng ^^^^^ g^^ggj j^g retentissements des dyspepsies que vous 
leur traitement, g^^g^ appelés à traiter fréquemment. Causés par un 
réflexe d'origine gastrique, ces accidents guérissent rapidement 
par la première étape du traitement de V hypersthénie j ce traite- 
ment ayant pour effet de modérer Texcitabilité de la muqueuse sto- 
macale. 

Mais la toux et le spasme laryngé prennent quelquefois une pré- 
dominance telle que leur traitement symptomatique immédiat 
s'impose, en attendant les effets du traitement causal. 

1. Voyez page 647. 



fc «1 —^ 1 



. ,— -^ ■ 



LES UETENTISSEMENTS UESPIRATOIRES 687 

Le bromofvrmey la belladone^ la jusquiame^ V opium y le datura 
et, dans les cas très rebelles, le cyanure de potassium forment les 
éléments conslilulifs des nombreuses prescriplions que Ton peut 
conseiller dans les cas d'urgence. 

Voici des exemples de quelques-unes des associations médicamen- 
teuses que j'emploie le plus ordinairement: ^ 

A) *¥ Extrait de jusquiame \ 

— debelladone ( ^^ 

— de datura stramonium i ' ' 

— thébaique j 

Camphre 09%05 

Sirop de gomme q. s. 

F.s.a. une pilule. Prendre une pilule matin et soir. Augmenter 
progressivement jusqu'à quatre pilules par jour. 

B) y Bromoforme XXX gouttes 

Alcool à 90° 25 grammes 

Teinture de noix vomique XL gouttes 

Alcoolature de racines d'aconit XL — 

Teinture de belladone XXX — 

— de bryone XXX — 

Sirop de codéine 60 grammes 

Sirop de cerises q. s. pour faire 200** 

F.s.a. Sirop. Prendre deux à quatre cuillerées à dessert par vingt-quatre 

heures, aussi loin que possible des repas. 

C) Cyanure de potassium 0"%05 

Sirop de morphine i ^ , 

^ n A* { âà. 75 grammes 

— de fleurs déranger ) ^ 

F.s.a. Sirop. Une cuillerée à café toutes les heures, sans dépasser cinq 

cuillerées à café en vingt-quatre heures. 

La hoquet ^ hoquot, parfois si intense, si prolongé et si pé- 

nible, disparaît souvent par l'éternuement provoqué 
àPaide d'un mélange de tabac à priser et de camphre finement pulvé- 
risé. Cette efficacité de réternuemenl était déjà connue d'HiPPOCRATE 
qui disait : SingiUtu dolenti si sternulamenta supervenerunty stn- 
gultum tollunt. Coutaret dit s'être bien trouvé de donner 0^%^5 de 
musc. Ortille conseille le jaborandi. 

Us hftfflfwptnty. ^^^ bâillements sont au nombre des plus fréquents 

retentissements des dyspepsies; ils font partie de toutes 



688 LES RETENTISSEMKNTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

les crises gastriques, et certaines d'entre elles ne se manifestent même 
que par des accès de bâillement. Leur traitement se confond donc 
avec celui de ces crises. Toutefois» quand ils atteignent une intensité 
et une durée anormales, donnez une cuillère à soupe de la potion 
bromurée et éthérée *. 

Le. dyspnées. ^3 dyspuéc gastriquc présente plusieurs 

modalités cliniques que nous devons bien distinguer 
parce qu'elles ne comportent pas le même traitement. 

LadTspnèe ^a première variété, ou dyspnée mécanique 

™*ta1*^* simple, s'observe aussitôt après les repas chez les gros 

mangeurs. Elle est due à îa compression mécanique 

exercée par l'estomac plein sur le diaphragme et la base du poumon. 

Elle diminue au fur et à mesure que la digestion se fait. 

La dyspnée La dcuxièmc Variété, ou dyspepsie mécanique 

partoînenteûons par fermentations gazeuses, débute une ou trois 
gazeuses. heurcs après le repas et sans que ce repas ait été 
nécessairement plus copieux. Elle s'accompagne de renvois, de sen- 
sations stomacales diverses et souvent de pyrosis. Elle relève du 
traitement des fermentations. 

L'orthopnéç La troisième variété, ou orthopnée dyspep- 

dyspepuque tique, survicut aussi pendant la période digestive, 
sous la forme d'un violent accès de dyspnée que précède 
habituellement une sensation de constriction de la gorge que Beau 
désignait sous le nom d'aura gastro-épiglottique. Cet accès 
d'orthopnée, qui ne me paraît être qu'une des expressions de la crise 
gastrique, peut être rapidement calmé dans la plupart des cas par 
une poudre de saturation. Il sera soulagé aussi par l'ingestion d'une 
infusion aromatique très chaude, par la sinapisation de la région 
gastrique ou par une petite dose de valérianate d'ammoniaque. 

L'asthme La quatrième variété, ou asthme dyspeptique* 

dyspeptique. ^^ distingue dc la précédente, en ce sens que l'accès 

1. Voyez page 647. 

2. Henoch. — Berliner hliniscke Wochenschrifi, n* 18, 176. — Lauterbach, Wiener 
med. Presse, n» 48, 1894. — Oppler, Allg. med. Central-Zeitung, n* 71, 1896. — Boas, 
Archiv fur die Verdauungskrankheiten, t. II, p. 144, 1896. — Huchard, La Semaine 
médicale, p. 251, 1897. — Picard, Thèse de Paris, 1897. — Fr. Ehrlich, Archiv fUr 
Verdauungskrankheiten, l. V, p. 126, 1899. 






LES RETENTISSEMENTS RESPIRATOIRES 689 

dyspeptique peut revêtir Tapparence de Taccès d'asthme. La respira- 
tion s'accélère et devient superficielle ; la face et les extrémités se 
cyanosent; le pouls est petit et fréquent; les extrémités se refroi- 
dissent. En même temps survient une angoisse respiratoire telle qu'il 
n'est pas rare que les malades tombent dans une sorte de collapsus 
temporaire. Tout se termine par des renvois et quelquefois par des 
vomissements. L'accès dure de 2 à 3 heures, mais la difficulté de la 
respiration peut persister pendant toute la journée et ne disparaître 
qu'après le repos de la nuit. Hbnogh a constaté que cet asthme dys- 
peptique n'était pas rare chez les enfants où il paraît succéder à des i 
excès alimentaires ou à des indigestions. . 

6. Lewin et Albu considèrent toutes ces dyspnées comme des / J 

auto-intoxications. Je crois davantage à une action réflexe à point 
de départ stomacal sur les vaso-moteurs des vaisseaux pulmonaires et 
de la circulation générale, ce qui explique la petitesse du pouls, 
le refroidissement des extrémités, la dyspnée et la cyanose. 

Le traitement est celui de la dyspepsie causale dont la plus 
fréquente est l'hyperslhénie associée aux fermentations. Contre 
l'accès, conseillez d'abord les moyens recommandés dans la forme 
de dyspnée précédente et au besoin en provoquant le vomissement. 
Dans un cas, je me suis trouvé bien de l'emploi de Vairopine\ 

u dyspnéa ^a ciuquièmc variété, qu'il ne faut pas confondre 

^jj^^^^^_ avec les précédentes, est la dyspnée toxi-alimen- 

taire de Hughard qui survient chez les cardiopathes 

artériels et les arlério-scléreux et qui constitue une des formes du 

retentissement des dyspepsies sur le cœur et les gros vaisseaux*. 

Comme vous le savez, elle est justiciable du régime lacté absolu. 

1. Voyez pages 271 et 273. 

2. Voyez page 810. 



II U 



ONZIEME LEÇON 

LES RETENTISSEMENTS NERVEUX 

LÊPILEPSIE ET LES ÉTATS CONVULSIFS 

LA TÉTANIE 
LE COMA DYSPEPTIQUE 



I 

L'épilepsie et les troubles gastriques. — Le ohimisme stomacal des 
épileptiques.— Le rôle des troubles gastriques dans la patbo- 
génie de Tépilepsie. — L*épilepsie d*origine gastro-intestinale. — Le 
rôle des troubles gastriques dans Tétiologie de quelques états 
convulsifii. — Le traitement. — Le régime. — Le traitemeot médicm- 
menteiu*. — Les lavages de l'estomac. — Le traitement anti-épileptique. 

l'ifiitrrtff ^^ février dernier, M. de Fleury, dans une remar- 

**iwîti£wwB*' qu2ib'^ communication à la Sociélé de thérapeutique, 

s'exprimait ainsi* : a Dans l'histoire des épileptiques 
qu'il m*a été donné de suivre» certaines constatations reviennent avec 
une monotonie dont on ne peut manquer d'être frappé. C'est ainsi 
qu'au cours de presque toutes les observations on peut lire : t Langue 
< saburrale, estomac dilaté, fermentations anormales, selles fétides, 
<( indican dans l'uiine, foie sensiblement hypertrophié... > Ou bien 
encore : « Chez ce malade, on peut faire prévoir quelques jours à 
€ l'avance la venue de l'attaque; la tension artérielle s'abaisse; l'es- 
« tomac gargouille; Thaleine devient forte, du double fait de l'em- 
c barras gastrique et de la saturation bromique : après quoi, la 
« tension artérielle se relève rapidement. > 

<L C'est qu'en effet il y a d'étroites, d'habituelles relations entre 
l'état de l'appareil gaslro-intestinal et le retour des paroxysmes.il est 
fréquent que l'attaque comitiale s'accompagne de vomissements ali- 
mentaires. Tous les médecins d'asiles spéciaux ne cessent de redire 
que, le soir et le lendemain des jours de sortie, leurs malades ne 

1. M. DE Fleuey. — L'épilepsie loxi-alimcntaire, Bulletin général de thérapeutique, 
1900. 



i;ÉP1LEPSIE 69i 

manquant pas d'avoir des crises vraisemblablement dues à Tabus de 
Talcool, des sucreries, ou simplement à la surabondance des ali* 
ments. » 

Celle inûuence des troubles dyspeptiques sur la production des 
allaques d'épilepsie n'avait point échappé à nos devanciers. Et, sans 
revenir sur un historique que M. de Fleury a développé d'une ma- 
nière très instructive, je vous rappellerai seulement queGALiEN *, 
ayant à soigner un jeune {grammairien que le travail d'esprit dispo- 
sail aux crises convuisives, lui conseilla d'employer tous les .moyens 
qui pourraient lui procurer une bonne digestion, qu'il interdit à un 
enfant épileptiquc les aliments flatulents et ceux qui portent le sang à 
la lêle, et que le régime ordonné il y a cent trente ans par Tissot ^ aux 
épilepliques ne diffère pas très sensiblement de celui des dyspeptiques 
par fermentation. 11 insiste surtout, avec van Hëers et Tralles, sur la 
nécessité de supprimer totalement le vin et les boissons alcooliques, 
11 recommande le régime lacté que Cheyne^ préconisait déjà 
quarante-six ans auparavant. Et l'on peut dire que, depuis lors, tous 
les auteurs qui se sont occupés de Tépilepsie ont au moins noté 
cette coïncidence des troubles de la digestion. 

Le himism ^^ ^^^^ m'avait aussi vivement frappé et j'ai pratiqué 

stomacal Texamcu du chimisme stomacal chez cinq épilepliques : 

sèpuep qaea. ^j^^^q^g f^jg^ jj ^^^j^ auormal*. Dans un de ces cas, suivi 

récemment avec l'aide de Kuss, nous avons reconnu une dyspepsie 
presque latente exerçant une action manifeste sur les crises d'épi- 
lepsie. 

11 s'agit d'un homme de trente-cinq ans, atteint du mal comilial 
depuis quinze ans. Les attaques surviennent le matin, au réveil, et 
sont suivies d'une céphalée intense. Pendant quelques années, les 
attaques ont été rares, mais violentes; puis elles sont devenues plus 
fréquentes et moins intenses. Depuis un an, elles se reproduisent tous 
les huit jours avec une grande régularité, de sorte que le malade peut 
dire à peu près exactement quel jour il aura son attaque. Le bromure 
de potassium, pris depuis cinq ans à la dose de 4 grammes au moment 
du coucher, n'a produit aucun effet. Ce malade n'a guère l'apparence 
d'un dyspeptique. 11 mange et dort bien, ses garde-robes sont régu- 
lières, sa langue est bonne ; il accuse comme seul symptôme des 

1. Galikn. — Comment, ad Aphor. Hipocrat., 1. VII, Aph. 10, el De locis affectis, 
livre Y, chapitre V. 

2. TissoT. — Traité de répilepsie, Paris, 1770. 

3. Chetne. — An essayon tbe Goût, p. 103, LondreSj ilti, 

4. Albert Robin. — Le chimisme stomacal dans répilepsie,Bu//e<m de la Société 
de Ihérapeutique p. 49, 1900. , : . , 



L. 



692 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE LESTOMAC 

crampes d'estomac revenant à intervalles assez irréguliers. Or voici 
t]uel était son chimisme stomacal. 

Acidité totale 3»%90 en HCI 

HCllibre 2«%15 - ) ^^^ g^ 

HCI combiné aux albuminoldes. . l9'",20 — ) * 

Acides de fermentation 0o^55 — 

— — ■ i^\'Sb en acide lactique. 

Traces d*alburoine coagulable par la chaleur. — Peptones normales 

avec mauvaise digestion des féculents ^ 

La médication bromurée fut suspendue et le malade mis au ré- 
gime lacté et au sulfate neutre d'atropine donné par doses frac- 
tionnées avant les prises de lait. 

Sous l'influence de ce traitement purement gastrique, les attaques 
d'épilepsie ne tardèrent pas à être modifiées. Pour la première fois 
depuis longtemps, une crise eut un retard de trois jours. Les deux 
dernières attaques, aussi retardées, ont été minimes, courtes, non 
suivies de céphalée, et le malade ne s'en serait même pas douté si ses 
voisins de lit ne s'en étaient aperçus. 

Un examen du chimisme stomacal, fait à ce moment, montra que la 
chlorhydrie et l'HCl libre n'avaient pas varié; mais les acides de fer- 
mentation étaient tombés à 0^',25 en HCI, soit 0^',61 en acide lactique. 
Un autre examen, fait après un repas d'épreuve précédé d'une prise 
de 0®',001 de sulfate neutre d'atropine^ donna une chlorhydrie de 
2«S65 avec ^°^2^) d'HCl libre. 

Nous avons donc obtenu chez ce malade une nette amélioration 
de l'état dyspeptique et parallèlement une atténuation très marquée 
dans le nombre et l'intensité des attaques d'épilepsie. 11 en a été de 
même dans les trois autres cas que nous avons pu observer et suivre 
pendant assez longtemps. 

, ,. Avec G. Ballet*, Arter et Smith % Marinêsco, 

La rôle ' 

des troubles SÉRIEUX, PaUL BlOCQ*, NeLSON TeETER', BoNNET®, 

'"dSr** Griffiths', Ferranini* et bien d'autres auteurs 
^ p*^2JJ2J encore, M. de Fleury admet que l'épilepsie à forme 

gastro-intestinale dépend d'une auto-intoxica- 

1. Voyez aussi K. Alt. — Mïmchener medicinisehe Wochenschrift^ t. XLI, 1894. 

2. G. Ballet. — Les causes occasionnelles de Tépilepsie, L'Indépendance médicale, 
26 avril 1898. 

3. Arter et Smith. —New-York médical Journal, 27 août et 3 septembre 1892. 

4. P. Blocq et Hàrinesco. — La Semaine médicale, 12 novembre 1892. 

5. Nelson Teeter. — The alienist and neurologist, p. 203, t. XVIII, 1897. 

6. Bonnet. — Le Dauphiné médical, juin 1898. 

7. Griffiths. — Le Bulletin médical, n* 59. 1892. 

8. Ferrânini. — Ilivistadipsicol, psichiai., neuroL, 15 février 1898. 



i;ÉPILEPSIE 693 

tion d'origine alimenlaire. Pourtant il n'est pas sans faire 
quelques réserves, puisqu'il admet que la théorie réflexe peut avoir sa 
part de vérité. Je vous répète encore que jamais Taulo-intoxicalion 
n'a été démontrée et qu'il est plus conforme à l'observation d'ad- 
mettre une excitation réflexe de l'écorce cérébrale et du bulbe sous 
l'influence de Tirrilalion exercée sur une muqueuse gastrique sen- 
sible par l'HGl en excès aidé des acides de fermentation. C'est par ce 
procédé de l'irritation réflexe qu'agissent les vers intestinaux et 
les repas trop copieux qui provoquent la crise épileptique avant que 
la digestion leur permette d'agir chimiquement. 

Lépflepsia Quaut à admettre une variété d'épilepsie vraie 

^gi^^^ dépendant uniquement de troubles digestifs et que 
faitestiiiaie. Ton pourrait déuommcr épilepsie d'origine gastro- 
intestinale, je ne saurais le faire encore avec les faits démon 
observation personnelle. Les troubles digestifs ne me semblent agir 
que comme agents provocateurs des crises chez des individus en 
imminence virtuelle d'attaques, mais ils ne créent pas do toute pièce 
la maladie épileptique ; car, si je connais des cas où un bon trai- 
tement gastrique a diminué et espacé quelquefois considérablement 
les crises, je n'en connais pas encore où il ait annihilé l'efet d'autres 
incitations à la crise et guéri définitivement l'épi lepsie vraie. 

11 y a quelques années, j'ai soigné avec Goldschmidt une jeune 
fille de vingt-quatre ans atteinte d'une forme grave d'épilepsie. Tous 
les jours, elle avait trois ou quatre absences et, chaque mois en- 
viron, unegrande crise convulsive. Elle avait été gorgée de bromure de 
polassiumy sans succès. Elle présentait le type le plus parfait des 
fermentations gastriques. En raison de la prédominance indéniable 
de celles-ci, nous pensâmes qu'il y avait une sollicitation gastrique des 
crises et peut-être une épilepsie vraiment gastro-intestinale, et nous 
instituâmes un traitement dans ce sens. Très rapidement les crises 
diminuèrent, puis disparurent, à tel point que la guérison semblait 
obtenue. Mais les attaques de petit mal se reproduisirent plus tard, 
quoique avec moins de fréquence et d'intensité, à la suite d'une 
gi*andc peine morale. La sollicitation gastrique était remplacée 
par une sollicitation psychique: l'opportunité morbide, 
atténuée pour un temps, avait été mise en jeu dès qu'une cause 
occasionnelle nouvelle s'était présentée. 

D'autre part, j'admets avec tout le monde que les troubles gas- 
triques peuvent, chez certains névropathes prédisposés, créer des 
accès épileptiformes à répétition dont l'attaque ressemble parfois 
à s'y méprendre à celle de l'épilepsie vraie. 



L 



694 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

Le rôle ^* Mathieu* a cilé un cas où les troubles digestifs 

des troubles avaient provoqué des crises d'épilepsie jacksonnienne, 

daS*réuotogie sivec OU sans perle de connaissance, chez une malade 

états MnîSSis. atteinte d'alhétose post-hémiplégique due sans 

doute à une lésion corticale du cerveau gauche portant 
sur les circonvolutions frontales ascendantes au niveau des centres 
moteurs des membres. 

M. DE Fleury a publié l'observation d'un artério-scléreux qui 
fut atteint d'aphasie transitoire avec délire que le regfime lacté 
fit disparaître. 

DiGNAT a raconté l'histoire d'une malade hémiplégique avec 
contracture secondaire permanente qui présente de temps à 
autre une augmentation de la contracture coïncidant avec des écarts 
de régime et de la constipation. 

Cautru* a vu deux petites filles choréiques chez lesquelles les 
accidents constituaient une sorte de réflexe dont le point de départ 
était une entérite muco-membraneuse, car un régime alimentaire 
et une saison à Châtel-Guyon suffirent pour amener la guérison. 

Moi-même, j'ai observé maintes fois Tinfluence des troubles 
stomacaux sur les convulsions des enfants, sur certains tics, sur 
quelques cas de spasmes fonctionnels, sur les mouvements 
choréi formes survenant chez des névropathes à l'occasion d'un 
accès de dyspepsie hypersthénique ou de fermentations gastriques. 
Dans ces cas, qu'il serait trop long de rapporter, la réalité de 
l'influence stomacale fut confirmée par le succès du traitement gas- 
trique. 

Le diaonosuc. ^^ rccherchc dcs troubles gastriques s'impose donc 

dans tous les cas d'épilepsie vraie, dans les accès 
épileptiformes de quelque origine qu'ils paraissent, dans la chorée 
et les pseudo-chorces, dans les convulsions des enfants et, en 
général, dans tous les états convulsifs. N'oubliez pas que les 
vicialions digestives sont alors fréquemment latentes et qu'il sera 
nécessairede recourir à l'analyse du chimisme stomacal, ou au moins 
de ne pas se contenter des réponses du malade ni de l'absence de 
symptômes subjectifs, et de pratiquer l'examen complet des organes 
digestifs. 

Celte recherche s'impose à cause de la sanction 

Le régime. , , . tu 

thérapeutique qu elle comporte, et cette sanction 

1. A. Mathieu. — Bulletin général de thérapeutique, 1900. 

2. A. Mathieu, M. de Fleury, Dignat, Cautru. — Bulletin de la Sociétéde thérapeu- 
tique, pages 179 à 187, 27 fév. 1900. 



L'ÉPILEPSIE 693 

c'est encore et toujours le traitement de la dyspepsie causale. Seule- 
ment, ici, le régime prend une importance très grande, parce que 
c'est de sa rigueur et de sa durée que dépend surtout le succès. 
Le régime lacté absolUy la deuxième et la troisième étape du régime 
des dyspeptiques ht/persthéniques, le régime des fermentations seront 
ordonnés suivant les cas ; la suppression totale de toute boisson alcoo- 
lique et de toute eau minéraley en dehors des eaux inermes, sera or- 
donnée avec tout régime. 



Le traitement Bieu eutcudu, on suivra Concurremment les pfcs- 

médicamenteiiz. çj-ipi^jQ^g médicamenlcuses afférentes à chaque type de 

dyspepsie. Je vous recommande spécialement, dans les épilepsies et 
autres convulsions liées à l'hypersthénie , l'emploi du sulfate neutre 
d'atropine^ et, en cas d'insuccès, de la picrotoxine à la dose- de \ à 
2 milligrammes par jour, en doses fractionnées, ou de la teinture de 
menispermum cocculus^ qui, à la dose de X à XX gouttes par jour, 
m'a quelquefois donné de bons effets. 

Les lavages Quaut au lavage de VestomaCy je n'en ai pas obtenu 

de lestomao. jes exccllenls résultats qui ont frappé M. de Fleury; 
mais je ne nie pas que, dans les cas d'intenses fermentations avec 
stase gastrique, il ne puisse être employé occasionnellement avec 
avantage, surtout si les autres moyens de traiter les fermentations 
ont échoué. 

les médioauons ^^^^ enlcudu, tous les médicameuts anti-épilep- 

^J^" tiques, le bromure de potassium y le bromure de 

camphre^ lespolybromures, etc. , doivent être supprimés. 

On tolérera, à la rigueur, de petites doses de chloral ou d'opia^^s, 

et cela bien plutôt en raison de leur action d'arrêt sur la sécrétion 

gastrique qu*à cause de leurs soi-disant effets anti-épileptiques. 

1. Voyez pages 271, 272 et 27i. 

2. Voyez pages 270, 272 et 273. 



L__ 



696 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 



II 

La tétanie. — Sa rareté et son étiologie. — La symptomatologie. — Les 
trois formes de la contracture. — Ses caractères. — Les autres symptômes. — 
Le pronostic. — Les théories pathogéniques. — La déshydratation du 
sang. — L'auto-intoxication. — La théorie réflexe. — Le traitement. — 
Le lavage de l'estomac. — Les émissions sanguines. — Les modérateurs ner- 
vins. — Les opiacés. — I-^a saturation gastrique. — Les injections de caféine 
et d*éther. 

La rareté La tétanie OU coDlFacture des extrémités est 

de la tétanie. ^^^ j^^ pj^^ ^.^^.^^ complicatious qui atteignent les 

dyspeptiques. On en parle beaucoup et Ton en voit peu. Signalée par 
KtJssMAUL en 1869*, il n'en a guère été publié depuis lors, à ma con- 
naissance, plus d'une cinquantaine d'observations. Depuis son travail 
de 1869, KussMAUL n'en a plus rencontré. Bouveret' dit en avoir 
observé trois cas sur vingt malades atteints d'hypersécrétion perma- 
nente. Sur un total de plus de dix mille dyspeptiques, je n'en ai 
observé qu'un seul cas, 

létioiogie. '' semble que la tétanie se soit rencontrée presque 

exclusivement chez des malades atteints d'hypersthénie 
permanente, et Bouveret affirme même que c'est une complication 
propre à ce qu'il appelle la forme permanente de la maladie de 
Reichmann. Les conditions qui la favorisent sont: l'ancienneté de 
la maladie, la stase gastrique liée à une sténose pylorique» les 
abus du lavage de l'estomac ou les excitations répétées de 
l'estomac avec la sonde, l'usage des boissons alcooliques, les 
vomissements répétés. 

Mais tous les auteurs ne sont pas aussi absolus que Bouveret et 
Devic. Ainsi Fleiner^ a vu deux cas de tétanie sans hypersécrétion, 
et RiEGEL admet que la tétanie peut être réflexe (helminthiase) ou 
exprimer une auto-intoxication d'origine intestinale. 

La symptoma- Au poiul dc vue clluique, je ne saurais mieux 
toioQie. |.^jj.^ qy^ j^ ^^^g reproduire textuellement l'excellente 

description que Bouveret donne de la tétanie : 

1. KussMAUL. — Deutsches Archiv fur klinische Medicin^ 1869, t. VI. 

2. Bouveret. — Traité des maladies de Testomac, 1893, p. 197. 

3. Fleiner. — Lehrbuch der Krankheiten der Verdauungsori^ane, pages 388 et sui- 
vantes, 4896. 



^T- 



LA TÉTANIE 697 

< D'après l'analyse des observations connues, nous avons 
distingué trois formes cliniques de la tétanie d'origine gastrique. 

Las trois formes * La première forme, de beaucoup lapluscom- 
y^? mune, esl la tétanie proprement dite, la contrac- 

oontraotnre. ' r r ' 

ture des extrémités. Les convulsions toniques occupent 
les muscles des mains et des avant-bras, des pieds et des jambes, 
remontent parfois jusqu'à la racine des membres, mais respectent 
toujours les muscles du tronc, de la face et du cou. Le plus souvent, 
les parties contracturées sont immobilisées dans l'extension. Les accès 
durent de quelques minutes à plusieurs heures. Il est rare qu'il n'y 
ait qu'un seul accès; le paroxysme se répète à plusieurs reprises. Si 
raccès est long, il est entrecoupé de quelques périodes d'accalmie. La 
contracture imminente est souvent annoncée par des sensations de 
fourmillement dans les extrémités. 

< Dans la deuxième forme, les contractures sont plus ou moins 
généralisées. C'est assez bien l'image d'un accès de tétanos, mais d'un 
tétanos qui ne débute point par les mâchoires et la nuque. La contrac- 
ture envahit d'abord les extrémités, comme dans la forme précédente; 
puis elle s'étend aux muscles de la face, du cou et du tronc. Il y a aussi 
des moments d'accalmie, durant lesquels la contracture cesse ou du 
moins abandonne le tronc et la tête. Parfois les muscles contractures 
sont secoués par des convulsions cloniques intermittentes. Cette forme 
peut devenir fort grave, car la contracture prolongée des muscles du 
thorax entraîne l'asphyxie. 

« La troisième forme est la plus rare. Elle est caractérisée par 
des attaques violentes de convulsions toniques et doniques générales, 
avec perte de connaissance suivies d'une période de coma et rappe- 
lant tout à fait les convulsions d*une attaque d'épilepsie. 

c Ces trois formes peuvent se succéder chez le même malade. 

Les caractères * La COU tracturc cstdouloureuse. Lc patient a dcs 
_^^ douleurs spontanées dans ses muscles rigides, et ces 

contracture. ^ . 

douleurs sont exaspérées par les tentatives de mobilisa- 
tion des parties contracturées. Le spasme tonique est augmenté et 
même provoqué par les excitations mécaniques, la compression des 
artères et des nerfs du membre intéressé (Trousseau). Les nerfs mo- 
teurs des muscles contractures présentent une exagération marquée 
des excitabilités faradique et galvanique (Erb.). Une percussion 
légère sur le tronc ou les rameaux du facial détermine des secousses 
dans les muscles correspondants (Chvostek). Parfois les muscles des 
membres sont agités de contractions fibrillaires continues. Dans un 



698 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

cas, les membres soulevés conservaient une immobilité cataleptique. 
Chez un malade de Gerhardt*, la percussion de la région épigas- 
trique provoquait des secousses cloniques, Topisthotonos et le 
ralentissement de la respiration. La sensibilité reste généralement 
indemne ; on a plusieurs fois noté un certain degré d'hyperesthésie 
de la peau. 

Les autres € La coutracturc est le symptôme dominant, mais 

sirmptômes. ^^^ p^g Tuniquc symptômc. D'autres troubles fonction- 
nels lui sont presque toujours associés, du moins si le cas est d'une 
certaine gravité. Voici, par ordre de fréquence, Ténumération de ces 
symptômes qui accompagnent la contracture et procèdent sans doute 
delà même cause : — les vomissements, qui deviennent plus nom- 
breux et plus abondants immédiatement avant et pendant la crise : 
dans quelques cas, cependant, ils n'ont pas été exagérés; — la dys- 
pnée, qui accompagne les accès de tétanisme généralisé et ne fait 
défaut que dans les cas de tétanie localisée aux extrémités; — la 
fréquence et la faiblesse du pouls, symptôme propre aux accès 
de tétanisme généralisé ; — le rétrécissement des pupilles qui 
sont aussi peu sensibles à la lumière : dans un cas mortel, les pupilles 
étaient dilatées quelques instants avant la mort ; — l'élévation de 
la température centrale pendant et après les accès intenses ; — 
certains troubles cérébraux, tels que Tobscurcissement de l'intel- 
ligence, l'embarras de la parole, la perte de la mémoire, la diminution 
de l'acuité visuelle, le délire, l'agitation excessive, le coma ; — l'albu- 
minurie, signalée dans trois cas de tétanisme généralisé et mortel; 
— les sueurs profuses; — une céphalée intense; — la soif 
vive; — le hoquet. 

Lepronosuc. ^ ^^ tétanie est une complication fort grave de la 

dilatation de l'estomac, ou plus exactement de l'hyper- 
sécrétion permanente. Sur 23 cas, il y a 16 morts imputables à la 
tétanie elle-même, soit une mortalité de 69,5 p. 100. Parmi les 
signes qui annoncent une terminaison fatale probable, il faut citer : 
le coma, le délire, l'agitation excessive, l'accélération per- 
sistante du pouls et de la respiration, l'élévation continue 
de la température centrale. Si quelques-uns de ces symptômes 
graves subsistent, la cessation des spasmes n'est pas nécessairement 
un signe favorable. Plusieurs malades ont succombé plus de vingt- 
quatre heures après la dernière crise convulsive. i 

1. Gerhardt. — Berliner klin. Wochenschri ft y iS^S^ p. 74. 



I LA TÉTANIE 699 

LMthéories Un mot maintenant sur la pathogénie qu*il con- 

pathogAniqiies. ^j^^^^ d'adoptcF. Ott a fait trois théories : 

l'^Celledela déshydratation du sang provoquant des crampes 
musculaires comparablesà celle du choléra (Klssmaul). Cette théorie a 
été reprise et récemment défendue par Fleiner *. 

2* Celle d'une auto-intoxication par une toxine élaborée 
puis résorbée dans l'estomac malade (Brieger*, Bouveret et Devic^). 

3" Enfin la théorie nerveuse qui explique les crampes par 
un réflexe dont le point de départ est l'excitation morbide des nerfs 
de l'estomac, 

la déshydratatioii La théoric dc la déshydratation n'est plus 
dnsang. défcuduc quc par Fleiner. Debove et Rémond lui ont 
opposé un argument sans réplique : « Le choléra sec s'accompagne de 
crampes et, lorsqu'ilyades selles diarrhéiques, celles-ci représentent 
un volume liquide plus considérable que celui qui se trouvait dans 
l'estomac des tétaniques. Les manifestations du choléra se limitent 
aux crampes et ne vont qu'exceptionnellement aux secousses convul- 
sives. Il est au moins étrange de voir les efiets diminuer d'intensité 
quand la cause s'aggrave *. » 

L'auto- La théorie del'auto-intoxication cadre trop bien 

iiitoiioatioii. ^^,g^ j^g jj^^g ^ j^ mode pour rencontrer beaucoup de 

contradicteurs. Je ne saurais pourtant l'admettre comme suffisam- 
ment démontrée et voici mes raisons : 

Baieger a extrait des produits de la digestion gastrique une tox- 
albumine, la pepto-toxine dont il fait l'agent toxique de la tétanie 
gastrique. Mais Bouveret et Devic ont montré que la pepto-toxine ne 
préexistait pas dans les liquides de digestion naturelle ou artificielle, 
qu'elle est engendrée par les procédés employés pour l'extraire, qu'elle 
paraît être produite par l'action successive de l'acide chlorhydrique 
et de l'alcool sur les peptones. Les mêmes auteurs ajoutent aussitôt 
que l'HCl et l'alcool peuvent se rencontrer dans un estomac hypersé- 
créteur et distendu ; l'alcool y est introduit par l'alimentation ou s'y 
développerait spontanément. Avec ces conditions se formerait dans 
l'estomac une toxine de nature encore indéterminée, qui, par injec- 
tions veineuses, déterminerait des convulsions tétaniques. 

1. Fleiner. — Archiv fur Verdauungskranklieiten, t. V, p. 119, 1899. 
â. BaiEGER. — Microbes, ptomaïiies et maladies, Traduction française de MM. Roussv 
efWiîrrER, 1887. 

3. KoRczrxsKi et Jaworski font jouer un rôle à la diminution des chlorures du 
sang. 

4. Debove et Rémond. — Lavage de Testomac, 1892, p. 31. 



700 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

Je VOUS ai déjà dit que je n'étais jamais parvenu à intoxiquer d'ani- 
maux avec le produit de la digestion stomacale. Grumprecht injecte 
à des animaux des liquides recueillis dans l'estomac d'un tétanique, 
et ni ces liquides, ni leur extrait alcoolique ne provoquent aucun sym- 
ptôme ^ La méthode des injections veineuses est de plus un détestable 
moyen d'étude, puisqu'elles sont capables de provoquer des convul- 
sions, quand bien même elles sont pratiquées avec de la simple eau 
distillée. Injectez cette soi-disant pepto-toxine sous la peau des ani- 
maux en expérience, vous ne provoquerez pas de convulsions. 

Pour expliquer la tétanie survenant chez des malades qui ne 
prennent pas d'alcool, il faut supposer que l'alcool se forme directe- 
ment dans l'estomac, ce qui n'a pas été démontré. Puis Cassaét et 
Ferré ont trouvé le poison de Bouveret et Devic dans le contenu 
stomacal d'un hyperchlorhydrique hypersécréteur qui ne présentait 
aucun symptôme de tétanie. Enûn Fleiner, Queirolo*, Sievers' 
n'ont rien vu dans leurs cas récents qui confirmât la théorie toxique. 

On objectera, en faveur de l'auto-intoxication, que Ewald et 
Jacobson^ ont trouvé dans l'urine d'un individu atteint de crises de 
tétanie un alcaloïde qu'ils ne rencontraient plus en dehors des crises. 
Malheureusement pour la théorie, le malade n'était pas hyperchlorhy- 
drique et l'alcaloïde n'était pas toxique. Et, si Grumprecht'^ a constaté 
que la toxicité urinaire était augmentée dans un cas de tétanie pen- 
dant les crises, il a retrouvé la même toxicité après la guérison. 

Un dernier argument : Von Mering^ a provoqué des accès de tétanie 
chez des chiens à qui il avait pratiqué une fistule duodénale et chez 
qui, par conséquent, le contenu stomacal s'écoulait au dehors. Bref, 
la théorie de l'auto-intoxication nerepose sur aucun fait démonstratif; 
elle est contredite par les expériences que j'ai faites avec Kuss, par 
une expérience très significative de Debove et Rémond qui n'ont pu 
intoxiquer des cobayes avec le contenu concentré de l'estomac d'un 
dyspeptique qui avait des contractures musculaires dans les membres, 
non plus qu'avec l'extrait alcoolique de ce contenu, et par l'ex- 
périence de Grumprecht et dé von Mering, etc. Elle a, enfin, la 
thérapeutique contre elle. C'est donc une simple théorie de 
mode. 

1. Frenkcl, sans vouloir tirer de conclusions fermes de ses expériences, souligne que 
les liquides de rétention sont assez peu toxiques, souvent moins toxiques que le liquide 
gastrique après repas d'épreuve. (Séméiologie et thérapeutique des maladies de Vestomac, 
Paris, 1900.) 

2. QoEiROLO. —H Morgagni.n^ 5, 1898. 

3. SiEVERS. — Berliner kïinische Wochenschrifl, n°» 31 et 32, 1898. 

4. Ewald et Jacobson. — Verhand* des Congr esses fur innere Medicirit 1893. 

5. Grumprecht. — Centralblatt fur innere Medicin, n» 24, p. 569, 1897. 

6. Von Mering. — Ibid.y 1894. 



T^r 



LA TÉTANIE 701 

u théorie Au contraire, la théorie réflexe me semble abso- 

lument acceptable. Nous avons vu qu'elle expliquait 
ungrand nombre des retentissements des dyspepsies. La tétanie est 
rare; il faut, pour qu'elle se produise, des conditions spéciales de 
réceplivité nerveuse, comme il s'en trouve chez les surmenés, les 
neurasthéniques, les individus affaiblis par des vomissements inces- 
sants, elc. Cette condition prédisposante, influençant le système 
nerveux, demeure inconnue dans le plus grand nombre des cas. 
Le réflexe est mis en jeu par toute cause capable d'exciter l'estomac, 
comme le lavage, le contact de la sonde, la percussion sur les 
régions épigastriqne ou abdominale *. La théorie réflexe a encore 
pour elle les accès de tétanie observés dans des cas d'helminthiase 
intestinale et cessant après l'expulsion des vers *. 

Le tpaiument. * Lorsquc Ics acbidcuts convulsifs de la tétanie ont 

de^MtI3c P^*^^' ^^^ BouvERET, la première chose à faire, c'est d'éva- 
cuer et de laver V estomac avec la sonde. Je n'ignore pas 
que l'introduction de la sonde a paru plusieurs fois augmenter la con- 
tracture, même provoquer le retour du paroxysme. Mais l'excitation 
mécanique de la sonde n'est qu'une cause occasionnelle. C'est de la 
même manière que, chez une grenouille strychnisée, le pincement de 
la peau produit un accès de télanisme. Il y a moins d'inconvénient à 
courir le risque de celte aggravation momentanée qu'à laisser dans 
l'estomac une substance toxique suffisante pour entraîner la mort. » 
En fait, si l'on dépouille les observations, on n'en trouve pas une 
seule où le lavage de Vestomac ait produit quelque effet, et on en 
trouve plusieurs où il a provoqué ou aggravé la tétanie. A mon avis, 
il doit être absolument repoussé. Son insuccès et ses dangers sont 
une preuve de plus à l'encontre de la théorie de Tauto-iotoxication 
et à Tappui de la théorie réflexe. 

Les émiasioiiB Quaud VOUS aurcz à traiter un cas de tétanie, com- 
sangnines. menccz par appliquer le plus rapidement possible 
trois à quatre ventouses scarifiées de chaque côté de la colonne 
vertébrale. S'il y avait élévation de température, j'irais même jusqu'à 
la petite saignée du bras. Dans le seul cas de tétanie que j'aie observé, 
j'ai dû aux émissions sanguines un succès inespéré. 

Les modérateun Puis cssaycz de diminuer l'excitabilité du système 
nenrtas. ncrvcux à l'aide de fortes doses de bromure de potas- 

1. G. Ballet — Bulletins de la Société médicale des hôpitaux, 1889. 

2. Observations de Tonnelle, Constant, Imbert-Gourbeyre, Riegel, Gluzinski, etc. 



702 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

siuniy d'hydrate de chloral ou A'aniipyrine prises en lavements. 
Les inhalations de chloroforme peuvent être aussi conseillées. 
Aran * cite un cas de contracture des extrémités guéri par des appli- 
cations topiqvss de chloroforme sur les régions contracturées et 
par l'usage de la potion suivante : 

'}fi Chloroforme L gouttes 

Potion gommeuse 150 grammes 

F.s.a. Potion dont on prendra une cuillerée d'heure en heure. 

Us opiacés D'autre part, modérez l'excitation stomacale en 

supprimant toute alimentation ou en n'autorisant que 
du lait stérilisé légèrement coupé d'eau et en administrant plu- 
sieurs fois par jour cinq à six gouttes de la mixture suivante : 

'¥ Chlorhydrate de morphine O^^^iO 

Eau de laurier-cerise 10 grammes 

Dissolvez. 



La saturation S'il y a dcs symptômos indiquant une hyperaci- 

gasirique. jj^^ stomacalc, chlorhydriquo ou organique, saturez 
énergiquement avec la pondre composée à la magnésie. 

Les Injections En cas de déprcssion cardiaque, usez des 

***^éth°* injections sous-cutanées de bromhydrate de caféine et, 
en cas de dépression nerveuse, des injections 
sous-cutanées d'éther. 

Le traitement Devant Ics inccrtitudcs et l'insuccès du traitement 

chirurgical, j^édical, Fleiner a proposé de faire exécuter la pyloro^ 
plastic, d'ailleurs sans résultat décisif. Dans un cas où l'intervention 
chirurgicale parut réussir, le malade mourut neuf mois après d'une 
péritonite dont la cause demeura mystérieuse. Comme la tétanie 
est le plus souvent liée à la sténose pylorique, le succès de la gàstro- 
entérostomie ne me semble pas impossible. 

1. Aran. — Bulletin général de thérapeutique , mars 1860. 



1 



LE COMA DYSPEPTIQUE 703 



III 



Le coma dyspeptique. — La symptomatolo^e. — La pathogénie. 

Le traitement. 



La symptoma- N'ayant jamais observé de coma dyspeptique, je 
^^*' me contente de vous exposer ce qu'en dit Bouveret : 
c Jâksch a signalé dans le cancer de l'estomac des attaques de coma 
rappelant le coma diabétique. Riess et Senator ont observé des faits 
analogues. Litten * a observé ce coma dans des états dyspeptiques 
graves; il Ta décrit sous le nom de coma dyspeptique. Le patient est 
pris d'une dyspnéesans signes stélhoscopiques;sarespirations'ac- 
célère en devenant plaintive et plus profonde ; il tombe dans la som- 
nolence, puis dans le coma; son pouls est petit et fréquent; sa 
température centrale s'abaisse; il présente parfois quelques phé- 
nomènes convulsifs et succombe au bout de deux ou trois jours, 
quelquefois dès le premier jour. > 

upauiogénis Dcpuis Ics rccherchcs de Stadelmann et Min- 

KOWSKi ', le coma diabétique paraît être dû à une 
dyscrasie acide dont l'un des principaux fadeurs est probablement 
l'acide p oxybutyrique. Klemperer a trouvé cet acide dans 
l'urine de malades atteints de cancer de l'estomac. D'autre part, la 
réaction de Gehrardt est loin d'être rare chez les dyspeptiques, 
surtout chez les sténoses pyloriques. Elle démontre un trouble pro- 
fond dans la digestion des albuminoïdes et elle coïncide souvent avec 
la présence dans le contenu gastrique d'IICl combiné aux bases ammo- 
niacales. Il est permis de se demander si le coma dyspeptique ne 
sérail pas uûe intoxication nerveuse analogue au coma diabétique et 
qui dépendrait de la formation exagérée avec élimination retardée de 
produits acélonuriques et de bases ammoniacales. 

. ^„_. . Je ne connais aucune observation où le traite- 

ment du coma dyspeptique ait donné quelque efiet. 

Peut-être pourrait-on essayer le lavage du sang puisque, ici, 

l'intoxication est indéniable. Mais, n'ayant pas eu l'occasion de traiter 

cet accident, je ne puis vous fournir aucune indication personnelle. 

1. LiTTEN. — Berliner klinische Wochemchriftf p. 6il, 1882. 

1 Stàdelhakh et BlniKOwsKi. — Berliner klinische Wochenschrift, 1887. 



L 



DOUZIEME LEÇON 

LES RETENTISSEHIENTS OCULAIRES ET AURICULAIRES 

LASTHÉNOPIE — LES SCOTOMES — LA PSEUDO-CONJONCTIVITE 

LES TROUBLES DE LA SENSIBILITÉ RÉTINIENNE 

LA MIGRAINE OPHTALMIQUE — LES BOURDONNEMENTS D*OREILLES 

LEUR SYMPTOMATOLOGIE 
LEUR DIAGNOSTIC ET LEUR TRAITEMENT 



I 

Les retentissements oculaires. — L'asthénopie musculaire et ac- 
commodative. — Les scotomes. — La pseudo-conjonctivite. — 
Les troubles de la sensibilité rétinienne. 

Lgg II n'est pas jusqu'aux fonctions visuelles qui ne 

'^^^ôc^T'**" puissent être influencées par les dyspepsies et, dès 1 887, 

Grandglément, dans une communication à la Société 
d'ophtalmologie de Paris, donnait de ces troubles une description 
fort complète. Suivant cet éminent ophtalmologiste, les troubles 
visuels d'origine gastrique peuvent se ranger sous quatre chefs. 

Laathénopie ^cs plus fréqucuts sout dcs symptômcs d'asthé- 

muscniaire nopic musculairc et accommodative avecendolo- 

et acoommodative. * 

rissement du globe de l'œil, douleurs péri-orbitaires, 
photophobie et sécheresse de l'œil. Cet état d'asthénopie présente ceci 
de spécial qu'il revient par crises de durée variable, entre lesquelles 
il ne reste aucune trace du trouble visuel. La crise débute par une 
certaine difGculté à lire ou à écrire à la lumière, à fixer les objets 
à courte distance; puis surviennent les douleurs oculaires et sus-orbi- 
taires, accompagnées d'une sensation très pénible de tension dans 
l'œil, de rougeur des conjonctives et des paupières, le tout se cahnant 






1 



LES RETEiNTlSSEMENTS OCULAIRES 705 

rapidement quand on ferme les yeux dans Tobscurité ou quand le 
patient se place dans le décubitus dorsal. 

L«8 Booiomes. ^® sccoud Ordre de troubles visuels consiste en 

scotomes ou mieux en semi-anesthésie de la 
rétine. Un de mes malades me racontait, à ce propos, quelle curieuse 
et pénible sensation visuelle lui annonçait, à coup sûr, l'arrivée d*uDe 
crise gastrique. C'était une sorte d'ondulation vibratoire siégeant 
presque exclusivement dans la partie interne du champ visuel et 
finissant par obscurcir la vision en ôtant tout contour aux objets. 11 
essayait de fixer un point quelconque, et ce point, d'abord visible, 
s'effaçait rapidement. Il y avait dans les débuts de ces phénomènes 
quelque chose d'analogue au scotome scintillant, àcause de l'appa- 
rence brillante des ondulations; mais bientôt ce scotome prenait un 
caractère personnel caractérisé par l'obnubilation visuelle et l'absence 
de vertige ou de migraine consécutive. 

upssado- Le troisième ordre de réflexe oculaire consiste en 

oonjoncuvite. ^^^ brûlurc dcs paupières, avec sensation de gravier et 
larmoiement, réalisant la symptomatologie d'une conjonctivite sans 
autre manifestation inflammatoire qu'un peu de rougeur de la con- 
jonctive et des paupières. 

Les troubles Sous Ic quatrième chef se groupent trois ordres de 

*** rttîSir"^** phénomènes qui sont : 

A. — L'apparition d'une espèce de brouillard 
qui voile momentanément la vision. — B. Une lenteur pénible de 
l'œil à s'accommoder à la vision approchée. — G. Une persis- 
tance anormale des sensations colorées. 



II 

La migraine ophtalmique. — Les particularités symptomatiques. — 
Les anomalies de la crise. — La pathogénie. — Le traitement causal. 

— Le régime et Thygiène. — Le régime lacté et Tcau chaude. — Le traite- 
ment oculaire. — Les agents physiques. — Le traitement de Faccès. 

La migraiiie Aux obscrvatious dc Grândglément dout VOUS aurez 

ophtaiiniqae. gouvent Toccasiou de constater l'exactitude, j'ajouterai 
encore que la migraine ophtalmique est fréquente chez les dys- 
peptiques. Comme tous les troubles précédents, elle affecte rarement 

II 45 



( 



^ 



t 

V 



706 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

les grands dyspeptiques, les hypersthéniques permanents ou cachec- 
tiques, et frappe bien plutôt les hypenthéniques aigus et périodiques 
et les dyspeptiques par fermentation. 

Les Celte migraine ophtalmique d'origine gastrique mé- 

s^omauqaes Hte d'être individualisée, car elle a une manière d'être 

d0 la crise, q^j la différencie des formes classiques. Elle est précédée 
d'une sorte d'au r a singulière, par une sensation de légèreté, de lévita- 
tion; il semble que les pieds ne louchent .pas le sol et, cependant, 
les membres éprouvent déjà comme une lassitude. Puis, rapidement, 
l'un des deux yeux ou tous les deux, à la fois ou successivement, 
semblent être flanques d'une œillère interne, ou encore c'est une 
ombre qui envahit de dehors en dedans le champ visuel. Le cœur se 
met à battre plus vite, et cette palpitation presque douloureuse 
est interrompue à chaque instant par des intermittences qui 
donnent l'angoisse d'une suspension momentanée de la vie. 

A ce moment parlent, du côté) externe de l'œil atteint, de lon- 
gues lignes horizontales brisées, formées de cristaux brillants. Ces 
lignes sont animées d'un assez vif mouvement d'ondulation qui change 
bientôt leur direction et les transforme en cercles concentriques qui 
se meuvent toujours de dehors en dedans et donnent l'impression 
des ronds produits dans l'eau ensoleillée par une pierre qu'on y 
jette. A ce degré, une sensation nouvelle vient s'ajouter; l'œil semble 
énorme, saillant et devient douloureux. 

Alors commence, dans le côté opposé à l'œil atteint, un four- 
millement accompagné de raideur qui occupe le bras, la langue, les 
dents, le nez, etc. Cp symptôme impressionne vivement les malades, 
d'autant qu'il s'accompagne d'une semi-amaurose, d'oubli des mots, 
de perle de la mémoire, d'une grande difficulté à rassembler les idées 
et d'une douleur migraineuse siégeant au sommet du crâne du 
côté opposé à l'œil atteint. L'angoisse est à son comble; l'énervement 
du malade exaspère tous ces symptômes déjà si pénibles par eux- 
mêmes; des vertiges, des tintements d'oreilles, un éloigne- 
ment des bruits qui ne semblent parvenir à l'oreille qu'à travers 
des tuyaux, une difficulté de la parole compliquent cette triste 
situation. Puis surviennent généralement des nausées, des éruc- 
tations, précédées ou accompagnées de crampes, de pesanteurs, de 
douleurs au niveau du creux de l'estomac, et le malade se met à vomir. 

Les vomissements sont très acides; ils agacent les dents comme 
le ferait du vinaigre. Ils marquent le début d'une certaine détente qui 
s'accentuera peu à peu à la suite d'émissions abondantes et fréquentes 
d'uneurine aqueuse ou d'une garde-robe diarrhéique. 



r 



1.ES RETENTISSEMENTS OCULAIRES 707 

Mais cette crise laisse le malade épuisé pendant un à deux jours, 
avec un malaise général indéfinissable, une torpeur physique et 
iotellectuelle, et une diminution de la vue qui demeure ainsi troublée 
jusqu'au complet retour à la santé. Quand tout est terminé, le malade 
a un aspect jaune terreux et il lui faut plusieurs jours pour re- 
trouver sa mine et son activité. 

Chez la femme, les crises sont plus fréquentes et plus fortes à 
rapproche des règles. Mais elles se produisent aussi sans cause ap- 
préciable et affectent la plus grande irrégularité dans leur retour. 
Pourtant il est habituel de les voir se succéder pendant une période 
de temps qui sera suivie d'un plus ou moins long intervalle de repos. 

L'examen ophtalmoscopique ne révèle aucnne lésion du fond 
de l'œil ni de ses milieux. 

Les anomalies La fonuc que jc vicus de vous décrire est la plus 
deiacriae. fréquente de celles que j'ai observées; mais vous devez 
savoir aussi qu'elle offre divers degrés d'intensité, que certains des 
symptômes précédents peuvent manquer, que d'autres apparaissent, 
que les vomissements ne sont pas toujours acides, que le début peut 
différer, etc. Pour vous donner une idée des anomalies de cette crise, 
il est des cas où elle débute brusquement, sans cause, par une vive 
douleur dans les yeux ou mieux en arrière des yeux, comme 
s'ils étaient tiraillés en arrière ou latéralement par une violente con- 
traction musculaire. Pendant la crise, il peut y avoir parésie tem- 
poraire du bras, incohérence momentanée, hémiopie 
temporale plus ou moins marquée, hallucinations de la vue 
ou de l'ouïe, amnésie, dysphasie, hémi-tremblement, etc. 

Le diagnostic Quaud VOUS vcrrcz dcs malades qui accusent ces 

symptômes, examinez leur estomac, scrutez ses fonc- 
tions, et il est bien rare qu'un examen attentif ne vous révèle pas 
Texistence d'une hypersthénie gastrique paroxystique ou pé- 
riodique ou de fermentations gastriques. Mais il est des cas 
où vous ne trouverez aucun symptôme gastrique et où les relations 
entre les névropathies oculaires et les troubles de l'estomac passe- 
raient inaperçues si vous n'aviez pas le soin d'étudier le chimisme 
stomacal qui deviendra alors un précieux moyen de diagnostic. 
S'il vous est impossible de pratiquer cet examen, remarquez que 
les accès oculaires coïncident avec de la constipation, des écarts de 
régime, l'abus de l'alimentation grasse, des féculents, des salaisons ou 
des crudités, qu'ils s'accompagnent d'une diminution de la quantité 
des urines et qu'ils sont, en général, calmés par le décubitus dorsal. 



L 



708 



LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 



u patuogénie. Suivant les doctrines régnantes, on serait tenté de 

rapporter ces troubles oculaires aune auto-intoxica- 
tion d'origine dyspeptique, et il paraîtra même singulier que je 
n'indique pas ici le rôle si commode des toxines, des leucomaïnes, des 
ptomaïnes qui semblent tout indiquées comme agents pathogéniques 
décisifs en cette occurrence. La diminution de la quantité des urines 
avant les accès et la polyurie qui les suit paraîtraient même des argu- 
ments sans réplique en faveur de la théorie de l'auto-intoxication. Je 
me suis expliqué souvent déjà sur cette question des auto-intoxica- 
tions digestives, et j'ai montré combien on l'avait exagérée en met- 
tant sur le compte de toxines hypothétiques ce que l'on pouvait si 
facilement expliquer par des actes réflexes. Dans le cas actuel, je n'op- 
poserai qu'un seul argument : c'est que les troubles oculaires sont 
presque exclusivement l'apanage des gastropathies superficielles et 
périodiques et qu'ils sont exceptionnels chez les grands dyspepti- 
ques ayant des distensions permanentes, de la stase habituelle et 
par conséquent d'abondantes fermentations. J'ajouterai que les ana- 
lyses d'urine pratiquées avant et après les crises ne m'ont pas 
montré qu'il y eût une décharge quelconque quand l'accès se ter- 
mine. Chez une dame de vingt-quatre ans, atteinte de crises ocu- 
laires d'une grande violence, les rapports d'échange se chifirèrent 
ainsi : 



Tableau XLVII. — Les rapports d^échange avant et après la crise 

de migraine ophtalmique. 



LES RAPPORTS D'ECHANGE 



Coefficient d'oxydation azotée 

— de déminéralisation totale. .... 

— — chlorurée. . . . 

— — non chlorurée 

Ph'O^ : Azote total 

Cl : Azote total 

Ph*05 terreux : Ph^O^ total 



AVANT 

LA CRISE 



p. 100. 

93 

29 

11,5 

17.5 

20 

26 

17 



APRÈS 

LA CRISE 



p. 100. 

92 
23 
8,7 
14,3 
19 
20 
12 



Les oxydations azotées n'ont pas varié, et toutes les autres 



LES RETENTISSEMENTS OCULAIRES 709 

variations relèvent de la moindre alimentation pendant la crise^ 
Il me parait plus rationnel d'invoquer avec Dianoux un trouble 
réflexe de l'innervation vaso-motrice du nerf optique, produisant la 
tétanisaiion des parois vasculaires innervées par le grand sympathique, 
Téritable spasme artériel qui a d'ailleurs été constaté à Tophtalmo- 
scope pendant les crises de scotome scintillant par Brewster et Qua- 
GUANO. Ce réflexe est sollicité par la muqueuse gastrique irritée par 
une sécrétion exagérée dlICI, par des acides oi^aniques, par une stase 
d'aliments insuffisamment divisés. Mais il ne saurait être produit 
sans une prédisposition spéciale, soit générale, comme l'hérédité ner- 
veuse et Tarthritisme, soit locale, comme l'hypermétropie, l'astig- 
matisme, la myopie, et par tous les étals qui nécessitent un eflbrt d'ac- 
commodation et de convergence portant sur les muscles droits internes 
et les muscles ciliaires. 

utraHament Tous les troubles oculaircs qui précèdent relèvent 

caosaL j^ j^ médicatiou stomacale appropriée à la forme 
de la dyspepsie causale. En dehors de cette médication, insistez sur 
la nécessité de rétablir la régularité absolue des garde-robes, soit 
avec les pilules composées à Valoès*^ soit avec une petite dose de 
5tti/a(e(fesoud^ (8 à 10 grammes) avant le déjeuner, soit enfin avec 
0",15 de poudre de cascara sagrada, en un cachet, avant chaque 
repas. 

Le régime Lc régime et V hygiène seront exactement suivis 

etiTiygièiie. pendant plusieurs mois, car ces troubles oculaires ont 
une excessive tendance à récidiver. L'usage du tabacy des boissons 
akooliq^ies sera formellement interdit. Le travail intellectuel, la lec- 
tere, les lumières vives seront défendus. On conseillera une vie 
active, en plein air, à une certaine altitude, de préférence. 

Le régime S* '® traitement gastrique ordinaire échoue, vous 

lacté aurez recours au régime lacté absolu, que l'on conti- 

et t ean chaude. * 

nuera pendant quinze jours et, si ce régime n'est pas 
toléré, vous conseillerez l'ingestion, le matin, à jeun, de deux ou trois 
verres d'eau chaude pris à une demi-heure d'intervalle. 



1. Bracbford (de Ginciqnati) prétend que la mij^raine est due à l'intoxication par ia 
paraxanthine, leucomaïne toxique du groupe de Tacide unique. U cite Tobservation 
d'une dame dont Tarine renfermait, pendant ou après la crise, une grande quantité de 
M principe. — Kellox (de Chicago) pense que la migraine est due fréquemment à Tindi- 
gestibilité de Tamidon. 

2. Voyez page 295. 



LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES HE L'ESTOMAC 



Il sera iodispensable de trailer concurremment la 
oomiirt. vision en corrigeaot les troubles oculaires au moyen de 
verres appropriés, en diminuant les efTorts d'accommodaLioo par l'em- 
ploi raisonné des mydriatiques. Ainsi, en cas d'asthénopie chez un 
myope, on se trouvera 1res bien de faire porter des verres biconcaves 
légèrement prismatiques dont la base sera tournée du côté du nez. 

Lu ai«iu Le massage léger du front, V hydrothérapie générale 

^'*''°"' tiède, les cures de Vittel, Contrexéville, Fougues, 

Vichy et Carlsbad pourront, en cas de besoin, compléter la cure. 



Reste le traitement de l'accès de migraine 

"*""*'■ ophtalmique. Ordinairement, on ne l'arrête pas et on 

le modère difficilement. Mais it est si pénible pour les malheureux 

qui en sont atteints qu'il faut que vous ayez, au moins, quelques 

indications palliatives à leur fournir. 

Vous essayerez donc, sans espérer mieux qu'une atténuation de 
l'accès, 1 gramme de bromure de potassium dissous dans une petite 
tasse d'infusion de racines de valériane. Essayez aussi un quart de 
lavement avec 1 gramme A'antipyrine associé à 0°',50 de bicarbotuite 
de soude. Tel autre malade se trouvera mieux de la caféine, ou du 
bromhydrate de caféine, à la dose de CN',25 à O'',S0 en une fois. 

Le massage doux de la tête et de la région péri-orbilaire, les com- 
presses d'eau sédative de Haspail, Vélectrisatiou du grand sympa- 
thique cervical suivant la méthode de Horst', l'élecirisalion du front 
suivant la technique d'ONiMus' m'ont fourni aussi quelques résultats. 



III 

1^8 retentissements auriculaires. — La pathogénie. — La sympto- 
matologie. — L'éiat de l'audition. -— Le diagnosiic. — Le traitement. 
— Le cimicifuga racemosa. — Le h ro m hydrate de coniine. — Les antispas- 
modiques. — La thyroidinu. 

uptuiogisK ^" '1879» E. WoACKES (de Londres) publiait uo 

travail sur les relations qui existent entre le vertige 

stomacal et le vertige auriculaire. D'après cet auteur, l'oreille interne 

1. Hélhode île Hohst. — Appliquer l'anode (courants conlinus) bu niTcau du bord 
externe du siemo-mastuïdien et garder la cathode dan> la paume de la main. 

i. Méthode d'Ontius. — Courant de S éléments. Placer Ici tampoDs de chaque eblé 
du rront, pendant 5 à 10 minutei. 



LES RETENTISSEMENTS OCl'UfRES 

est alimentée exclusivement par Tarière vertébrale (et ses bi?nch 
qji est voisine du ganglion cervical iarérieur. En outre, ce gaogli 
cervical iaférieur reçoit un filet nerveux du pneumogastrique. Ces i 
verses communications nerveuses expliqueraient les relations ( 
existent entre l'estomac et l'oreille. Ce ganglion cervical inférit 
aurait, entre autres fonctions, celle de réunir au labyrinthe lecœi 
Testomac et la partie supérieure du tube digestir. Il y aurait donc u 
sjmpathie étroite entre ces organes si éloignés, en raison de l'acti 
régularisatrice que ce ganglion exerce sur la circulation du labyrintl 
C'est la stase sanguine dans les vaisseaux de l'oreille interne ( 
comprimerait l'endolymphe et déterminerait le vertige. 

L> En 1885, E. Mé-nière reprenait la question et mi 

imnonutniogii. [|.j,i[ qye les maladies de l'estomac peuvent causer ( 
bourdonnements d'oreilles'. 11 adoptait le mécanisme proposé f 
WoACKfis. Je vous citerai l'une de ses observations, recueillie sur 1 
même et qui vous donnera une idée exacte de ce genre de trouble 
t Dyspeptique depuis dix ans, en février 188'i, il me semi 
eotendre, dans mon oreille gauche, un susurrus léger, un bruis: 
ment continu, forme bjiiiii... Je crus à un effet temporaire: fern 
lune de la trompe, inflexion du tympan, etc. Je mis en œuvre u 
foule de petits moyens usités en pareil cas, sans obtenir gra 
changement ; puis je n'y pensai plus. Pendant 4 A 5 jours, je ressen 
la même impression sonore et, un peu agacé, je me servis des grau 
moyens sans pouvoir modifier mon bjiiiii... Je dois noter que, p 
de temps auparavant, j'avais eu des crises dyspeptiques beaucoup pi 
fortes que par le passé. Je mesurai à celte époque mon audition, e 
était normale. Tous ces phénomènes me parurent si bizarres que je 
pouvais m'en rendre compte; mais comme, après tout, le bruit n'tM 
pas très fort, je patientai, m'en remettant toujours au lendemain po 
savoir ce qu'il adviendrait. 

< Vers la fin de 188/*, il me sembla que ce bruissement était pi 
faible vers le soir; car, dans la journée, les bruits extérieurs l'ann 
laienl presque complètement. Il en fut de même en 1885, jusqu' 
septembre, époque à laquelle j'eus une crise beaucoup plus forte 
quelques légers vertiges survenant de 3 à 5 heures après les repi 
Alors le bruit s'accentua par moments et, depuis un mois enviro 
il est presque continu. Toujours le bjiiiii... que j'entends sans moc 
Scation aucune, sauf pendant la nuit. Lorsque je bouche monoreil: 
je te perçois un peu plus fort. A la suite d'une digestion difficile 

1. E. H£niëRE. — Des Lourdonnemenls d'oreilles dans le; m.ttailics de reslom 
Sociéti [rançaUe d'ototogie et de tanjngologie, 1886. 



712 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

s'accenlue toujours un peu, pour redevenir plus faible quand la crise 
esl passée. La marche, le grand air, les exercices du corps le dimi- 
nuent un peu. Le travail continu, la contention d'esprit, les secousses 
morales Taugmentent toujours. C'est un va-et-vient perpétuel dont je 
ne puis prévoir la fin. 

€ L'audition esl restée bonne ; jamais de battements, jamais d'au- 
tophonie*. » 

E. Ménière dit avoir recueilli 43 observations similaires, etLEvEN 
aurait observé des centaines de dyspeptiques atteints de surdité et de 
bourdonnements. 

Les bruits perçus sont extrêmement variables. En dehors du bjiiiii 
de E. Ménière, les malades comparent leurs bourdonnements à un 
sifflement, à un jet de vapeur, au bruit de l'eau bouillante, à des 
bruits de chaudière, de roue de moulin, de cascade, etc. J'ai vu 
bien des malades se plaindre de ces bourdonnements, et j'ai toujours 
été frappé de la variété des bruits qu'ils accusaient. L'un des plus 
fréquents m'a semblé être un ronflement léger, un bruit d'abeilles, 
disparaissant le jour, reparaissant la nuit avec d'autant plus d'inten- 
sité que le silence était plus profond. Ainsi tels de mes malades ne 
pouvaient dormir qu'à Paris, tant leur bourdonnement s'accentuait 
dans le silence des nuits de la campagne. Notez encore qu'on n'a 
jamais noté de battements auriculaires isochrones du pouls, que ces 
bruits anormaux ne vont pas sans un certain degré de vertige, et 
que les bourdonnements sont presque toujours mono-auriculaires. 

L'état Suivant les recherches de E.Menière^ l'audition 

deraudiuoo. ^^^^^^^ normale dans la moitié des cas, ce qui con- 
tredit, dans une certaine mesure, les assertions desotologisles regar- 
dant les bruits subjectifs comme la première étape de la surdité. 
Néanmoins, en raison du nombre de cas où l'audition est diminuée, 
on peut se demander, avec E. Ménière, si l'on ne peut pas devenir 
sourd par l'estomac. 

1. L'examen du chimisme stomacal a révélé une grande augmentation de THCl libre, 
â. statistique de E. Ménière. — 27 femmes, 17 hommes. 

Bourdonnements mono-auriculaires. Droite, 13 »• • i • à 

Gauchi, 29 = B»-«""<î"»«»f«' < 

De 20 à 20 ans 1 

— 30 à 40 — 11 

— 40 à 50 — 27 

— 50 à 60 — 3 

Ëtat de Taudition (100 étant l'audition normale) : 

Audition — 10 «/o — 6 

— — 25 o/o — 4 

— — 50 o/o — 9 

— - 75 o/, _ 7 

— de 95 o/o à 100 «/o — 17 



LES RETENTISSEMENTS AURICULAIRES 713 

uditgnostio. ^° résumé, quand vous verrez des malades se 

plaindre de bourdonnements d'oreilies, recherchez si 
cet accident n'est pas lié à une maladie du tube digestif. La coïnci- 
dence d'un trouble dyspeptique, Tabsence de toute lésion dans les 
oreilles externe et moyenne Gxeront le diagnostic. Ordinairement 
la dyspepsie est notoirement antérieure aux troubles auriculaires, 
elTintensité comme la continuité de ceux-ci suivent les variations de 
l'état dyspeptique. L'exercice physique les atténue, le travail intellec- 
tuel les augmente. 

Le traitemeiit. ^^ thérapculiquc comportc, avant tout, le traite- 

ment de la dyspepsie causale. Ce traitement 
réussit dans la moitié des cas. Quand il est insuffisant, essayez le 61*0- 
mure de potassium à la dose de 1 gramme dans un peu d'eau, une à 
deux fois par jour. E. Ménière dit aussi s'être bien trouvé de Vélectri- 
dté statique^ au moins pendant la période aiguë des bruits. 

En dehors de ces moyens classiques, je puis vous en indiquer 
plusieurs autres que j'ai introduits dans la thérapeutique. 



udmictfaga Lc premier est la teinture de cimicifuga racemosa^ 

'*'**°***^ que j'emploie à la dose de vingt à trente gouttes par 

jour, par 10 gouttes à la fois, de préférence une heure avant le repas. 

On a adressé à ce moyen des objections qui montrent que leurs 

auteurs n'ont pas bien saisi l'indication du médicament. 

Lannois, puis CuviLLiER et Vassal' ont déclaré n'avoir point 
obtenu les effets que nous avions annoncés, H. Mendel et moi. C'est 
que la teinture de cimicifuga racemosa s'adresse aux bourdonne- 
ments indépendants de toute lésion auriculaire*. Sur ceux de cette 
dernière catégorie, il n'agit qu'exceptionnellement. Si, sur ses 34- cas, 
Lânnois n'a eu que deux guérisons, c'est que la plupart de ses malades 
n'avaient pas que des bourdonnements subjectifs. Comme vous le 
voyez, nous sommes loin de faire du cimicifuga racemosa un spéci- 
fique des bourdonnements d'oreilles. 

u bromhydrate A côté du cimicifuga^ j'ai àvous proposer un autre 
dtconiine. médicament : c'est le bromhydrate de coniine que 
vous employez de la façon suivante : 

1. Albert Robin et Mendel. — Des bourdonnements d*oreilles et de leur traitement 
par le cimicifuga racemosa» La Médecine moderne, 11 mai 1898. 

2. GuviLLiER et Vassal. — Xllf Congrès international des sciences médicaleSf 
Paru, 1900. 

3. Le cimicifuga racemosa, qui semble ôtrc aussi un médicament musculaire, exerce 
peot'-ètrc une action sur la tonicité des muscles des osselets. 



7i4 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

¥ Bromhydrale de coniine 0»%02 

Alcoolat de menthe poivrée. 5 grammes 

Sirop simple 100 — 

F.s.a. Sirop, dont on prendra une cuillerée à café de trois à quatre fois 

par jour. 

Les anti- J*ai obtenu deux fois des résultats avec l'association 

spasmodiqaes. médicamenteuse ci-dessous qui a, de plus, l'avantage 
d'une complète innocuité: 

¥ Extrait de valériane , 0«',10 

— de jusquiame O'^OS 

— alcoolique d'aconit. 0«%01 

Oxyde de zinc 0«%10 

Poudre de vanille O^^OS 

Pour une pilule. — Prendre de une à quatre pilules pai* jour. 

uuiyroidine. ^^ ^^' ^^^ maladcs, atteint de bourdonnements 

intenses dans l'oreille droite, avec diminution de 
l'acuité auditive, a vu s'améliorer nettement cet état sous l'influence 
de O^iO de corps thyroïde de mouton desséché, pris pendant une 
vingtaine de jours. 

Si j'ai tant insisté sur ces troubles oculaires et auriculaires, c'est 
que vous aurez maintes fois l'occasion d'être consultés pour des cas 
semblables et que je serais heureux de vous éviter les incertitudes 
par lesquelles j'ai passé moi-môme, au début de ma carrière. 



TREIZIEME LEÇON 

LES RETENTISSEMENTS CUTANÉS ET LES DERMATOSES 
D'ORIGINE GASTRIQUE 

L'ORIGINE GASTRIQUE DE CERTAINES DERMATOSES 

LES TROUBLES DIGESTIFS ET LE CHIMISNE STOMACAL 

LE MtCANlSME PATHOGÉNUJUE ET LES TROUBLES DES ECHANGES 

LE TRAITEMENT 



I 

La conception de E. Beanier sur le prurigo et certains eczémas. 
— Aperçu historique aur iee rapports des dyspepsies et des 
dermatoses. — Une statistique personnelle. — Les dermatoses 
d'origine gastrique. 



ucoiupuan Daiis uoc communicatloD célèbre Taile au Congrès 

■or ta'prari^rt de Loodres en 1896 sur les prurigos, E. Besnier révo- 
o««iB« Mitmu. lutioiinait l'aatique conception de ces dermatoses. IL 
classait, sous le nom de prurigo, toute affection éruptîve dont le 
prurit constitue le symptôme le premier en date, comme aussi le 
symptôme évolutif dominant. 

A ce sjinptôme premier viennent s'ajouter des éruptions diverses : 
tantôt la papule du prurigo (le WiLLAN, tantôt les éruptions licbé- 
noîdesoueczématoïdes. Mais cette éruption n'est qu'un accident 
surajouté et accessoire ; elle est provoquée par le grattage et les 
eicitatioDs extérieures. Le prurit initial nécessite l'existence préalable 
d'adultérations sanguines directes ou indirectes. Les prurigos ne 
seraient que des toxidermies ou des auto-loxidermics temporaires, 
iDlermitlentes, rémittentes, permanentes. Le principe irritant et 
géDérateur ùu prurit, qu'il soit produit dans le sang ou ailleurs par 



716 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

des réactions secondaires provoquées ou autonomes, actionne les 
foyers sensitifs de l'axe nerveux ou les extrémités périphériques, et 
crée, avec le prurit ou à sa suite, les troubles de circulation et de 
nutrition qui représentent la série des lésions franchement parenchy- 
mateuses. Le prurit, dans les prurigos, est antérieur et supérieur 
aux lésions. 

A cette haute conception de la pathogénie d'un des groupes les 
plus importants des dermatoses, il ne manquait que la recherche de 
l'origine et de la nature de ce principe irritant encore inconnu, ainsi 
que des médications capables de modifier le prurigo et les éruptions 
secondaires en coupant court à son étiologie. Cette recherche, je l'ai 
entreprise avec la collaboration de Lëredde, et elle nous a conduits à 
faire, d'un grand nombre de dermatoses, le relentissement de troubles 
dans les fonctions gastriques et en particulier des fermentations. Le 
trouble gastrique originel étant connu, nous avons pu déterminer le 
mécanisme de son action cutanée et instituer une thérapeutique d'en- 
semble qui nous a donné de remarquables résultats *. 

AperçuMstoiique La dyspcpsic jouc uu rôlc Considérable dans la palho- 
dlTdj^^^l^et génie d'un grand nombre de dermatoses. Ce rôle a été 
des dermatoses. gQupçonné depuis longtemps. Sans remonter au delà 
du dernier siècle, nous voyons Lorry et Stoll affirmer hautement la 
corrélation entre les maladies cutanées et les affections de l'estomac ^. 
Plus tard Alibert, Biett, Gibert défendent la même idée et montrent 
l'importance du régi me dans le traitement des maladies delà peau . Bazin 
ne croit pas que l'acné et la dyspepsie aient le moindre rapport, mais il 
est frappé par leur fréquente coïncidence et il en fait des manifes- 
tations parallèles de l'arthritisme, introduisant ici un élément patho- 
génique de la plus haute importance. En 1845, Erichsen ^ analysant 
97 cas d'acné, trouve, dans 74 d'entre eux, des désordres gastriques 
ou intestinaux. Je citerai encore Guibout, Barthélémy, à qui l'on 
doit un excellent travail sur l'acné gastrique. Gaucher, et enfin mon 
élève, MiTouR, qui a résumé un grand nombre de travaux antérieurs 
en leur ajoutant d'importantes observations *. 

1. Albert Robin et Lerëdde. — Du rôle des dyspepsies dans la genèse de quelques 
dermatoses. Palhogénie et indications thérapeutiques, Bulletin de VAcadémie de méde- 
cine et Bulletin général de thérapeutique, 1899. 

2. Voici comment s'exprime Lorry (Traclatus de morhis cutaneisy Paris, 1777, p. 26 
à 51) : f Primarium forsau cum cute consensum obtinet veniriculus. Non enim inauditum 
est nec rarum immissis intra ventriculum, corpore irritato, illico cutem pustulis aut 
saltem papulis deturpari atque vitiari, aut saltem pruritus enormis cxperiri, quod non 
una vice accidisse viderunt medici. b 

3. Erichsen. — Observât, on the acnc. Médical Gaietle, n* 7, 1845. 

4. E. MiTOUR. — Études sur la nature et le traitement de la dyspepsie accompagnée 
d'acné, Tliese de Parit, 1896. 



» ■■ 



LES DERMATOSES D'ORIGINE GASTRIQUE 717 

Une staustiqiie A 06 considérer que les faits personnellement ob- 

penoimeiie. servés, le nombre des dyspeptiques atteints de troubles 

fonctionnels de la peau et de diverses dermatoses est considérable. On 

peut dire que, sur quatre dyspeptiques, il y en a un qui présente des 

accidents cutanés quelconques. 

Ainsi j'ai dépouillé, avec Leredde, 423 observations de dyspep- 
tiques adultes, pouvant être classées de la manière suivante : 

279 cas d'hypersthénie gastrique; 
83 cas d'hyposlhénie ; 
47 cas de fermentations pures; 
13 cas( non classés. 



Chez 129 de ces malades, il existait des troubles fonctionnels 
ou des lésions de la peau. Et nous n'avons relevé que les affections 
qui ont été plusieurs fois notées ; car, jusqu'à nouvel ordre, les faits 
absolument isolés peuvent être dus à de simples coïncidences. 

let dwmatoses L'acué a été Constatée chez 30 malades parmi 

d^gina lesqucIs 7 avaient des accidents permanents de con- 
gestion faciale. 

L'eczéma sous toutes ses formes a été noté 29 fois. Dans plusieurs 
^) l'eczéma affectait le type séborrhéique. 

L'hyperhidrose figure pour le chiffre de 28. Le 'plus souvent 
elle est généralisée. Dans les autres cas, elle était limitée aux mains, 
aux pieds ou au cuir chevelu. 

La furonculose récidivante existait 8 fois. 

L'urticaire à répétition, 7 fois. 

Le prurigo persistant sans eczématisation existe 9 fois dans la 
statistique. 

La séborrhée squameuse du cuir chevelu, l'alopécie pro- 
gressive séborrhéique, l'herpès récidivant ont été notés 
5 fois. 

Enfin la dermatite exfoliatrice ou scarlatiniforme s'est 
montrée dans 3 observations. 

La fréquence de l'acné, de la furonculose, de l'urticaire 
chez les dyspeptiques est un fait déjà démontré sur lequel il est inu- 
tile d'insister. Mais l'eczéma dyspeptique n'a pas été mis suffisam- 
ment en relief. L'importance causale de la dyspepsie s'est noyée au 
milieu d'une étiologie déjà bien chargée. Je parlerai tout à l'heure du 
rôle des troubles gastriques dans la pathogénie du prurigo qui 
parait être, comme le pense E. Besnier, l'antécédent nécessaire de 



LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

rxêiÊ^ éuas nombre de cas, par ses lésions, par l'œdème culané 
lité ou ^Rb qu'il engendre, par le prurit qui l'accompagne et 
«ssite le grattage, «afin par les troubles de sécrétion cutanée dont 
peut soupçonner l'existence associée. 

L'hyperhidrose sous toutes ses fonnes est, à ce que prouve 
re statistique, un accident assez commun des dyspepsies, ainsi que 
léborrhée du cuir chevelu. Sous cette dernière dénomination, 
is comprenons la séborrhée squameuse et non ïa séborrhée 
isse de Sabouraud. L'existence de cette dernière afTectioo n'apas 

recherchée chez nos malades. Il est probable, cependant, qu'un 
tain nombre des cas que nous avons qualifiés d'hyperhidrose doî- 
it lui être rattachés. On saitque beaucoup d'acnéiques sont atteints 
séborrhée gKasse ; celle-ci apparaît d'après ces considérations et 
-ce qu'elle est habituellement le substratum de la séborrhée squa- 
use, relativement fréquente chez le dyspeptique. 

Sans doute, comme l'a montré Sabouraud, la séborrhée grasse 

d'origine parasitaire. Mais, si les lésions de la glande sébacée et 
rophie du follicule pileux sont la .<iuite de la végétation bacillaire 
is l'ulricule pilo-sébacé, cette végétation n'est possible qu'à la 
idition d'altérations chimiques du sol cutané. Ce sont ces altéra- 
as que les états dyspeptiques nous paraissent déterminer dans 
lains cas. On peut supposer l'existence de modifications des sécré- 
QS graisseuses; au moins est-ce de ce côté qu'il faudrait diriger 
i recherches qui éclaireraient complètement la pathogénie de la 
borrhée grasse. 



9 troubles digestif^ et le ohimisme stomacal dans les prurigos, 
l'eczéma, le lichen, l'acné, etc. — Ltcs discussions sur la patho- 
génie des prurigos. — L.e prurigo révélateur de la dyspepsie 
latente. 

j^ L'examen que nous venons de faire de nos observa- 

Dbiai diBMUia ijoDs 3 dcs alluies de statistique purement arithmétique 
rto°m»o»i'° qui était de mise autrefois, alors que l'on ne disposait 
m pnirtBiimii. p^^ jg moyens plus précis d'investigation. Aujour- 
lui, une simple statistique ne suffit plus, et les objections dont 
! est passible lui ôtent une partie de sa valeur; tout an plus, la 
tistique la plus rigoureuse peut-elle servir d'indication directrice 
ir d'ultérieures recherches. Aussi ai-je entrepris, avec Lereddb, 



LES DERMATOSES D'ORIGINE GASTRIQUE 719 

d'éludier systématiquement, chez des individus atteints de telle ou 
telle affection cutanée, Tétat clinique du tube digestif, puis le chi- 
misroe stomacal, et cela même quand les malades n'accusaient 
aucun symptôme que l'on pût rapporter à une gastropalhie. 

Le résultat le plus net de celte étude est que, dans certaines affec- 
tions cutanées, il existe des altérations constantes du chimisrae 
stomacal. Parmi les affections que nous avons étudiées, citons le 
prurigo, Tacné et le lichen circonscrit. 

C'est le prurigo qui a été l'objet principal de nos recherches, et 
nous avons analysé, avec l'aide de Bournigault, le contenu de l'es- 
tomac, après repas d'épreuve, chez 30 prurigineux recueillis à la con- 
sultation de l'hôpital Saint-Louis. 

Sous ce vocable de prurigo, nous classons les faits : 

1" De prurigo de Hebra ; 

2' De prurigo diathésique de E. Besnier ; 

3" De prurigo bénin de l'enfant et de l'adulte ; 

4' De lichen simplex aigu ; 

5* D'eczéma chez des malades présentant du prurit cutané persis- 
tant entre les attaques eczématiques et des séro-papules associées à 
Feczéma. 

Chez plusieurs de ces malades, il n'existait aucun trouble dyspep- 
tique, pas même de constipation. Mais il est relativement rare de 
rencontrer des prurigineux qui n'aient aucun symptôme gastrique ou 
intestinal; c'est cette dernière catégorie de malades que nous avons 
recherchés et examinés. 

Ces 30 prurigineux, même ceux qui n'accu- 

La constance . 

dea fermentations saicut aucuu trouble fouctionuel, avaient tous 
"*'*'*'^*"' des altérations du chimisme stomacal. Les uns 
étaient hypersthéniques, les autres hyposthéniques ; le plus grand 
nombre n'avait que des modifications très minimes de la chlorhydrie 
physiologique. Mais ce qui existait chez tous, sans exception, c'étaient 
des fermentations gastriques. 

L'acide lactique est à peu près constant; il dépasse 1 gramme 
par litre et atteint jusqu'à ^^%HS. Je sais bien qu'on peut considérer 
Tacide lactique comme un élément normal du liquide extrait de 
l'estomac une heure après le repas d'épreuve, mais on ne l'y ren- 
contre qu'à doses faibles et il n'y atteint jamais les chiffres précédents. 
L'acide butyrique existait chez vingt-huit de nos malades. Or 
cet acide ne se rencontre jamais ou presque jamais dans les digestions 
physiologiques. Et, sur cent dyspeptiques hypersthéniques pris au 
hasard, l'acide butyrique n'a été noté que trente et une fois. 



720 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

Cliniquemeot, je dois dire que presque tous ceux de nos malades 
qui accusaient des troubles digestifs offraient Tensemble symptoma- 
tique des dyspepsies par fermentation. Et c'est peut-être cette particu- 
larité qui faitque la dyspepsie des prurigineux estsi souvent latente. 
En effet, les dyspepsies de fermentatton ne s'expriment symplomati- 
quement que si les acides organiques formés atteignent un certain 
taux, ou si la sensibilité gastrique est exagérée; les dyspepsies hyper- 
slhéniques sont très rarement latentes et il est rare qu'elles échappent 
à l'attention des malades ou du médecin. 

Ces recherches éclairent vivement la pathogénie des 

Les dlsoiusioiis 

SOT la patbogénie prurigos, sur laquelle on a tant discuté. Hebra disait 
des prurigos. ^^^ j^ prurigo s'obscrvc choz les individus pauvres et 
mal nourris dès l'enfance. Kaposi insiste sur l'influence d'une mau- 
vaise hygiène, de la misère, de l'hérédité tuberculeuse. J.-F. Payne 
rattache le prurigo à l'excitabilité du système nerveux sensitif. En 
France, Brocq le considère comme un métissage de lymphatisme, 
d'arthritismc et de nervosisme. Feulard, qui remarque les troubles 
gastriques et les fautes de régime à l'origine du prurigo de Tenfant, 
signale l'influence du neuro-arthritisme héréditaire. Gomby explique 
l'urticaire des jeunes enfants, début habituel du prurigo de Hebra, 
par des troubles dus à une alimentation défectueuse. Mais c'est 
E. Besnier qui a cliniquement deviné la nature vraie du prurigo de 
Hebra et du principe diathésique en général, en en faisant une 

">xiderraie et en déclarant que les causes de cette toxidermie sont les 
tt^.^mentations gastriques ou l'insuffisance de la dépuration urinaire. 

Le prurigo Leredde et moi foumissoDS la preuve de la pre- 

râvMateiir 

la dyspepsie mièrc propositiou de E. Besnier en démontrant la con- 
latente. staucc dcs fermentations gastriques chez les prurigi- 
neux, au point que la constatation d'un prurigo permet d'af- 
firmer l'existence d'une dyspepsie latente. 

Lechimisme Daus Ic Hcheu circouscrit de Brocq, dans le 

dans^uTïchens, lî^hcn simplcx aigu, et surtout dans les eczémas 

lesecsémas. récidivants ti*ès prurigineux, sans papules visibles 

de prurigo, nous avons constaté les mêmes altérations 

du chimisme stomacal que dans le prurigo. 

Pour l'acné, l'urticaire, la furonculose, certaines alopé- 
cies et quelques hyperhidroses, nos recherches ne laissent aucun 
doute sur leur fréquente origine gastrique. Ainsi, en réunissant les 
observations de Barthélémy, d'Erichsen et de Mitour, on arrive à 



de 




y^ 



LES DERMATOSES D'ORIGINE GASTRIQUE 721 

un total de 279 acnéiqiies, parmi lesquels il y avait 230 dyspeptiques. 
En thèse générale, nos acnéiques présentaient de Tinsuffisance 
gastrique avec hypochlorhydrie et fermentations lactique et butyrique 
secondaires. 

l'origine gastrique Si, chcz Tadulte, la relation de l'eczéma et des 

vrJ^^malV troublcs dyspcptiqucs est commune, elle est certaine- 

4es enfanta, ment de règle chez renfanl. En particulier, l'origine 

gastro-intestinale de l'eczéma vésiculeux vulgaire nous parait 

indéniable. 

Cette forme d'eczéma est celle qui s'observe d'une manière com- 
mune pendant la période d'allaitement et à la suite du sevrage. Elle 
se rencontre chez les enfants nourris au biberon ou au sein; mais, 
dans les deux cas, on relève des fautes d'alimentation; celle-ci est 
mal réglée, souvent trop abondante. Parfois le lait de la nourrice est 
trop gras. Les enfants du premier âge atteints d'eczéma présen- 
tent, dans l'immense majorité des cas, des symptômes qui traduisent 
l'existence de fermentations gastro-intestinales. Ils vomissent après la 
tétée, ils sont constipés ; le ventre est gros, plus développé que le 
reste du corps. Chez les enfants sevrés, on relève de même la consti- 
pation et l'hypertrophie abdominale. On ne peut arriver à la guérison 
de l'eczéma qu'en instituant une hygiène alimentaire des plus 
strictes; mais, celle-ci établie, l'eczéma disparaît plus ou moins 
lentement. 

Tous ces eczémas s'accompagnent de prurit; souvent il est 
excessif; les parents doivent attacher les mains de l'enfant pour Tem- 
pêcher de se gratter. Et déjà ce prurit excessif fait soupçonner une 
relation avec le pruiigo ; d'autres faits la confirment, et l'étiologie que 
nous avons indiquée la démontre. 

On sait que dans le prurigo de IIebra, seul admis par l'École 
viennoise, l'eczémalisalion est de règle; elle évolue pai'allèlement au 
prurit et disparaît avec lui. Les i*echerches récentes ont démontré que 
le cadre du prurigo établi par IIebra devait être considéiablement 
«tendu et comprendre une séi^e de prurigos bénins, de stro- 
phulus, diverses formes de lichens. Ces prurigos bénins sont, à 
notre sens, associés régulièrement à l'eczéma de l'enfant, comme 
Teczématisation chronique l'est au prurigo grave, au prurigo de 
IIebra. 

Souvent, chez les petits eczémateux, on trouve des papules de 
prurigo, des saillies urticariennes en dehors des régions eczéma- 
tisées. Il est fréquent de voir des enfants se frotter à distance de 
■celles-ci. Il est extrêmement vraisemblable que les placardsd'eczéma 

11 iO 



.''^s^ 



7^2 l.liS flKTENTlSSEMENTS DES MALAIIIES DE L'ESTOMAC 

eux-m£mes se sont développés au niveau de foyers prurigineux el, 
du reste, les lésions initiales de l'eczémn aigu sont souvent, en 
réalité, des lésions de prurigo. 

léducuaw Au point de vue pratique, les déductions k tirer 
"*'"'■ de ces faits sont les mêmes que chez l'adulte. Chez 
it, comme chez l'adulte, des fermentations gastriques en- 
ent, par des intermédiaires que nous rechercherons tout à 
■e, des lésions cutanées, des lésions de prurigo et le prurit, 
sions de prurigo peuvent manquer, le prurit existe seul. Secon- 
nenl, des réactions eczémaltques se développent dans de nom- 
cas, et elles absorbent toute l'attention du médecin qui mé- 
it leur pathogénie réelle et, par suite, la manière de les guérir 
es prévenir. 

utes ces affections reconnaissent donc une pathogénie iden- 
avec cette différence que des infections parasitaires de la peau 
iennent pour modifier les caractères analomo-cliniques de la 



m 

rcaniame des dermatoses d'origine gastrique. — Les troubles 
1 échanges chez les prurigineux eczémateux, dans l'hyperhi- 
ise et la dermatite exfoliatrlce. — Les altérations du milieu 
iguin. -■ Les troubles du système nerveux. — L'élimination 
1 acides de fermentation par la peau. — Le résumé patho- 
lique. 

tomiimc II importe maintenant de rechercher comment 

î,™ne "' li-'s troubles de fermentation inlra-slomacale agissent 
Mv». j;„r la peau p(,„r p,.ovoquer les dermatoses dont il vient 
question. 

i question est fort complexe, étant donné le nombre des méca- 
s que l'on peut invoquer, et surtout parce qu'il est fort piau- 
le penser que plusieurs d'entre eux se combinent dans des pro- 
ns qu'il est difficile de lixer. 

I principe, les inlermédiaircs qui lient la dermatose aux fermen- 
î gastriques ne peuvent être qu'un trouble des échanges. 
Itération particulière, morphologique ou chimique, 
ilieu sanguin, un trouble du système nerveux, ou 
! une irritation directe de la peau par l'élimination des 



LES DERMATOSES D'ORIGINE GASTRIQUE 



723 



produits de la fermentation. Nous allons essayer de rechercher quels 
sont ceux de ces mécanismes dont Texisfence et l'association sont le 
plus plausibles. 

Las troubles Examinous d'abord [es échanp;es généraux et 

dans les écbuiges. essayous d'en lirer quelques indications. Pour cela, 
nous avons étudié 12 malades prurigineux et eczémateux. 

La quantité de l'urine ne nous offre rien à noter. Elle varie de 
800 à 1850 centimètres cubes '. 

L'élimination journalière des matériaux solides, orga- 
niques et inorganiques, subit aussi de grandes variations quand on 
considère les chiffres bruis du tableau ci-dessous : 

TiBLKAu XLVill. — Les matériaux solides^ organiques et inorganiques^ 
de Vurine chez douze prurigineux eczémateux. 



1 

MATÉRIAUX 


MATÉRIAUX 


1 
MATÉRIAUX 


SOUIiF.8 


ORGANIQUES 


INORGANIQUES 


1 

Par 


Par 


Par 


Par 


Par 


Par 


2i heures. 


kilag. 


^i heures. 


kilog. 


ii heures. 


kilog. 


369%45 


OJSSi'H 


t:v^%th 


()''S572 


1 1«%20 


1 


i 39»S70 ' 


0«%567 


!29'%I5 


00S416 


I0^^55 


0«^^151 * 


4I9^0T 


0«%955 


-293^04 


0''%675 


^2'^^03 


03S28() 


1 439',0i 


0^^741 


28"', 70 


0»^i95 


1 4"%:m) 


Oo^24G 


439%3(; 


> 


:m>%66 


tf 


12«%70 


9 


453%50 ' 


O'J',81-2 


28"%50 


0^%509 


1 ?"■ > 


0^%3I)3 


48in-,80 


> 


•28'"- » 


> 


2O'%80 


> 


529',25 


09S597 


36*ï%75 


0^%>i23 


15'JsnO 


0^177 


56*^,30 


03^9:o 


;]2«%60 


0^^563 


23'J%70 


0"^ 107 


Sea'JO 


) 


36t>%36 


> 


20i%34 


» 1 


589%5f> 


0»%G0O 


33n%90 


» 


-243^94 


> 


859^75 


1«%070 


57y%2-2 


0'%7U 


25y%53 


Oî'%350 





Bemarquez que, sauf pour un cas, la proportion des matériaux 
solides par kilograinme de poids est toujours inférieure à la nor- 
male. Celte insuffisance est plus marquée peut-être pour les matières 
oi*ganiques que pour les inorganiques. 

Etudions ces matières organiques dans leurs détails. 

1. Voici les chiffres individuels : 800, 1,000, 1,000, 1,050, 1,200, 1,200, 1,200, 1,250, 
1,500,1,750,1,845,1,850. 



72i 



LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 



Tableau XLIX. — Les matériaux organiques de Vurine chez douze 

prurigineux eczémateux. 



MATÉRIAUX ORGANIQUES 



Urée 

Azote totaJ 

Acide uriquo 

Matières azotées inconipl. oxyd. . 
— ternaires — 



MOYENNES 



l»:ir 
!4 beircs. 



23fl%07 

09%62 
59%52 



Par 

kilo 






09^,418 
0fl'*,222 
09^010 
0as096 
Oo^OiO 



MINIMA 



Par 

!* beorf«. 



17«s65 
9o^64 
03%34 
39%28 
in%i5 



Par 
kilog. 



O^^306 

0«%17i 
09%006 
03^056 
09'-.026 



MAXLMA 



Par 
t4 bfim. 



Par 
kilog. 



429%42 

23a^25 

i9%68 

8"%96 

59%59 



09%530 
09%298 
Os^OâO 

09%il0 

09^,063 



En moyenne, et sauf en ce qui concerne Tacicle urique, il y a 
une légère diminution dans le taux de chaque catégorie de matières 
organiques; mais cette diminution est minime et ne constitue pas 
un élément assez différent de ce qui se passe dans les autres dys- 
pepsies pour entrer en ligne de compte et être considérée comme 
particulière aux dyspepsies compliquées de dermatoses. 

Sans entrer dans des détails qui seraient fastidieux, je puis dire 
qu'il en est de même pour les matières inorganiques. Leur dimi- 
nution est trop faible pour fixer rien de caractéristique. 



Les rapports, 
d'échange. 



L'examen des rapports d'échange fournit les 



enseignements suivants : 



Le coefficient d'oxydation azotée est presque toujours un 
peu abaissé. Il tombe, en moyenne, à 80,8 p. 100. Cette moyenne cor- 
respond réellement à la majorité des cas ; car, seulement dans deux 
cas sur douze, ce coefficient a dépassé quelque peu la normale. 

Le coefficient de déminéralisation est presque toujours un 
peu trop élevé et atteint, en moyenne, 34,4 p. 100. 

Lerapportdes matériaux inorganiques à l'azote total, 
rapport qui exprime la quantité de matière minérale du sol orga- 
nique nécessaire pour mobiliser 1 gramme d'azote, est supérieur à la 
normale etatieini, en moyenne, 1,42. 

Le rapport de l'acide phosphorique total à l'azote total 
s abaisse à 15 p. 100. 

Le rapport du chlore à l'azote total s'élève à 65 p. 100. 



LES DERMATOSES H ORIGINE GASIRIQIÎE 725 

En résumé, on observe dans le prurigo et l'eczéma d*origine dys- 
peptique : 

l'' Une diminution minime de la nutrition organique, coïn- 
cidant avec une augmentation relative de la nutrition inorga- 
nique; 

i" Un certain abaissement des oxydations azotées ; 

;}** La mise en œuvre d'une trop grande quantité de matière 
minérale pour la quantité d'azote mobilisé; 

VUne diminution dans l'activité des échanges nerveux ; 

5* Une légère élévation dans le rapport du chlore à Tazole 
total. 

Je répète que rien de tout ceci n'est caractéristique et que nous 
ne pouvons fonder aucune palho;:[énie sur des variations de si maigre 
importance. Mais vous verrez tout à l'heure comment elles peuvent 
fournir quelques indications au sujet du traitement. 

Les éch ^^°^ ^^"^ ^^^ d'hypersthénie gastrique avec sueurs 

dans profuses, jc u'ai rien remarqué de spécial du côté de 
^^ ^" la nutrition, si ce n'est la présence dans l'urine de 
traces d'albumine (albuminurie dyspeptique fonctionnelle). 

Les échanges Nous avous cu aussi l'occasiou d'cxamincr les 

la dermatite échaugcs chcz uu cufaut dyspcptiquc de quinze ans,. 

exiouatrice. qui eulplusicurs poussécsdc dcrmalitc cxfoliatrice. 
Nous avons été frappés par les points suivants : 

IMIaule densité (1,027); 

2" Excès de la dénutrition organique (0,77 par kilogramme 
de poids au lieu de 0,68 à cet âgej ; 

3" Diminution des échanges inorganiques (0,40 au lieu de 
0,54) ; 

4* Excès d'azote total (0,302 au lieu de 0,250) ; 

5'' Diminution de l'acide phosphorîque total (0,025 au lieu 
de 0,041). 

Du côté des rapports d'échange, il y avait : 

V Diminution du coefficient des oxydations azotées 
(80,4 p. 100 au lieu de 88,4 p. 100) ; 

2** Diminution du coefficient de déminéralisation (â4p. 100 
au lieu de 43 p. 100) ; 

3' Diminution du rapport de l'acide phosphorique total à 
l'azoïe total (8,5 p. 100 au lieu de 15,8 p. 100) ; 

4* Diminution du rapport du chlore à l'azote total (56 p. 100 
au lieu de 86 p. 100). 



726 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

Nous ne pouvons tirer aucune conclusion de ce seul cas que nous 
devons nous borner à enregistrer à litre de document d'attente. 

En résumé, la recherche des troubles de la nutrition élémentaire 
ne renseigne en rien sur le mécanisme cherché ; mais la théiapeutique 
peut en tirer parti. 

Les aitérauons du H est parrailemcnt rationnel de supposer que les 
muiea aangnin. fermentations gastriques ou mieux les principes irri- 
tants engendrés par ces fermentations agissent sur la peau par l'inter- 
médiaire de lésions sanguines qu'ils provoqueraient. En fait, les au- 
teurs qui se sont occupé^ de la question ont fréquemment trouvé des 
modifications multiples du milieu sanguin dans les dermatoses. Peter 
a trouvé fréquemment, sinon constamment, de i'éosinophilie dans 
les prurigos. Celte éosinophilie est très marquée; elle s'élève en 
moyenne à 8 ou 9 p. 100; elle peut atteindre, dans quelques cas, 
10, 15 et 17 p. 100, quand le chiffre normal des éosinophiles en 
circulation ne varie que de 1 à 2 p. 100. 

Le même auteur a également observé I'éosinophilie chez un cer- 
tain nombre d'eczémateux, et ce fait vient confirmer le rapport 
existant enlre le prurigo et l'eczéma, rapport qui ressort également 
de l'examen du chimisme stomacal. 

Lazarus a noté Téosinophilie dans un cas d'urticaire. Nous 
avons examiné nous-même plusieurs urticariens ; tous ont des lésions 
marquées du sang ; dans un cas d'urticaire consécutive à des fermen- 
tations gastriques, nous avons consialé, en particulier, la présence 
de cellules basophiles qui sont des éléments anormaux du sang. 

Un grand nombre de ces lésions ont certainement précédé l'urti- 
caire et se rattachent soit aux troubles gastriques, soit à l'alcoolisme, 
soit à la chlorose. La poussée urticarienne s'accompagne de leuco- 
cyiose avecpolynucléose et, lorsqu'elledisparaît,onpeut observer 
I'éosinophilie. 

Il résulte de ces faits, comme de ceux qu'on observe aussi dans 
d'autres dermatoses, que le sang est fréquemment altéré au cours de 
celles-ci. Et quand, dans leur étiologie, ligure un état dyspeptique 
aussi net que celui que nous avons constaté, n'est-il pas logique d'ad- 
mettre ou tout au moins de soupçonner que les acides engendrés dans 
l'estomac agissent sur le milieu sanguin et, par son intermédiaire, 
sur la peau? 

, , ^, Sous rinllucnce des brillantes généralisations de 

Les troubles ^ 

du Leloir, de ScuwiMMER, de Lewin, etc., on fit jouer au 

878 e nerveux, gyg^^^^ ncrvcux uuc part cousidérablc et prépondé- 



LES DEItMATOSES D'OItlUI.NK GASTRIQUE lil 

raate dans la genèse du plus grand nombre des dennaiûses. Non 
seulement on admit ajuste titre que des lésionscutanées graves pou- 
vaient se développer à la suite des névrites, mais on étendit celte 
inDueuce à des lésioDs complexes ayant une évolution propre, comme 
l'eczéma, le lichen plan, les érythèmes. L'excitation d'origine dyna- 
mique des filels trophiques paraissait capable d'amener la diapédésc 
et lous les phénomènes de l'iotlammation, la vésicuiation, la phlyctt;- 
nisalion, la sclérose. Et tout ce qui semblait dilTicile à comprendre 
dansl'origine et l'évolution des dermatoses fui expliqué par lasédui< 
s;mle hypothèse des actions nerveuses directes, réflexes ou vaso-mo- 
trices. 

L'entrée en scène des doctrines microbiologiques a singulièrement 
amoindri la portée de cette hâtive généralisation. En ce qui concerne 
les prurigos, E. Besnier déclare qu'il n'existe proiublement aucun 
prurit qui puisse être rapporté à un trouble immatériel de l'innerva- 
lion, à une névrose pure, à une névrodermie. Tout porte à croire 
que le prurit est causé par une irritation, mais qu'il varie d'intensité 
suivant la susceptibilité nerveuse du malade. Si le système nerveux 
central intervient dans sa genèse, c'est à titre secondaire. Et n'est-il 
pas plus rationne), dans le cas qui nous occupe, d'admettre que les 
acides de fermentation qui s'éliminent par la peau irritent directe- 
ment les filets sensitifs du derme, imlalioo qui peut retentir par 
voie centripète sur le système nerveux central, que d'invoquer une 
action primitive sur les centres qui réagiraient par des effets centri- 
fuges du côté de la peau ? 

L'intervention directe du système nerveux central semble donc 
d'autant plus hypothétique qu'aucun fait précis ne la vient confirmer. 

L'tiiuiauKtD Les recherches que nous avons instituées sur l'éli- 

a» *teii^ùim minalion directe des acides de fermentation par la peau 

mrupMD. QQijg Qut permis de constater trois faits importants. 

Le premier, c'est que, chez les prurigineux eczémateux, la sueur 
a une acidité presque double de la normale. Dans deux cas où nous 
avons pu recueillir une petite quantité de sueur après l'administration 
ànjaborandi, celte acidité exprimée en acide lactique s'est élevée à 
i^,25elà3",75p.lO0. 

Le second fait n'est pas moins caractéristique. J'ai montré jadis 
que, pendant la sudation provoquée par le jfl6oran(/t, les premières 
gouttelettes de sueur sécrétée avaient une réaction plus ou moins 
acide, mais que celte acidité diminuait au fur et à mesure que la suda- 
tion se prolongeait et qu'ù la fin de cette dernière la sueur présen- 
tait une réaction neutre ou à peine acide. Or il n'en va pas ainsi 



728 LES RETEMISSEMKNTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

chez les prurigineux eczémaleux, dont la sueur conserve son acidité 
augmentée jusqu'à la fin de la sudation. Dans un cas, nous avons 
vu la sueur, à peine acide au début, devenir peu à peu plus acide^ 
pour atteindre le maximum d'acidité à la fin de la sudation. 

Le troisième fait est la constatation directe de l'acide lac- 
tique dans la sueur chez deux malades où les fermentations lac- 
tiques étaient très marquées dans le contenu stomacal. 

Il suffit de mettre ces trois faits en présence de l'hypothèse 
nerveuse, qui, elle, ne peut fournir à son actif que des coïncidences 
ou des analogies, pour faire aussitôt pencher la balance du côté de 
l'hypothèse de l'irritation directe des filets sensitifs du derme par 
l'élimination cutanée des produits directs ou indirects des fermenta- 
tions gastriques. 

u péfumé Quelles conclusions peut-on tirer de ces recherches? 

pauiogéniqae. ^'g^Qi^j \q [^îi indéniable du rapport qui existe entre 

certaines dermatoses, le prurigo en particulier, et la dyspepsie de fer- 
mentation, surtout quand celle-ci prend la forme butyrique. Puis 
l'existence de lésions sanguines dont il est bien difficile de ne pas 
tenir compte, et dont le rôle d'intermédiaire paraît tout au moins 
fort probable. Enfin les lésions du sang ne sont probablement pas 
les seules qui jouent ce rôle d'intermédiaire, et il parait nécessaire 
de faire une part plus grande à l'élimination des acides par la sueur 
et dans certaines circonstances, peut-être, à l'influence, toujours 
discutable, mais aussi toujours possible, du système nerveux. 



IV 



La preuve thérapeutique. — Les indications du traitement. — Le 
traitement de la dyspepsie causale, des troubles communs et 
des troubles spéciaux des échanges. — Le traitement local. — 

L'eau silicatée composée. — Le baume du Commandeur. 

La preuve Ccttepathogénic nouvelle d'un grand nombre de der- 

thérapeouqae niatoscs comportc aussi uuc thérapeutique spéciale 
qui associe un traitement externe et local au traitement des fermenta- 
tions gastriques. L'action de ce traitement sera même un moyen de 
fixer la valeur de cette pathogénie; s'il réussit, c'est que vraiment 
l'influence stomacale prend une part importante dans la genèse des 
accidents cutanés; s'il échoue, c'est que les troubles gastriques sont 



LES DERMATOSES D'ORIGINE GASTRIQUE 729 

coDtÏDgents. Or, pour ne parler que des 30 malades qui ont fait 
l'objet de noire première série de recherches, 17 ont suivi réguliè- 
rement le traitement, les uns à l'hôpital de la Pitié, les autres en ville 
sous la direction de Leredde. Sur ces 1 7 cas, nous comptons : 7 guéri- 
sous complètes; 7 améliorations considérables; 3 états station naires. 

Quand on pense à la ténacité du prurigo et de l'eczéma, ces 
résultats sont extrêmement satisfaisants , surtout si l'on considère 
l'ancienneté de la maladie chez ta plupart de nos malades. L'un d'eux, 
qui est resté deux mois au n° 7 de la salle Serres, était im homme de 
cinquante ans atteint de prurigo et d'eczéma généralisés 
durant depuis vingt ans et ayant résisté à tous les iraitemenls. 11 pré- 
sentait tous les signes de l'hypersthénie gastrique compliquée de fcr- 
meDtations et, chose assez remarquable, il y avait une sorte d'aller- 
naoce entre l'intensité de l'eczéma et des symptômes gastriques. 
Après deu\ mois de traitement, il ne restait plus irace de sa longue 
maladie, au grand élonnement du sujet lui-même. Une femme de 
quarante-cinq ans, couchée au n* 40 de la salle Valleix, pâle, amai- 
jH'ie, toussant, avait tout à fait l'apparence d'une phtisique. Mais 
cette déchéance organique reconnaissait comme cause unique un 
prurigo d'une extrême intensité qui privait cette malheureuse de 
tout sommeil. Elle sortit guérie de l'hôpital de la Pitié après six 
semaines de Iraitemenl '. 

De même, le traitement de la dyspepsie est un adjuvant précieux 
du traitement externe du l'acné, et j'ai eu-aussi maintes fois à me 
féliciter d'avoir soigné l'eslomac chez des individus atteints de 
séborrhée du cuir chevelu avec alopécie progressive. On 
peut dire que, dans tous ces cas, les traitements interne et externe 
doivent s'associer pour produire leur maximum d'effet. 



On commencera donc par déterminer la forme de 
la dyspepsie et on la soignera par les moyens que 
vous connaissez. 



i. Durée antérieure de ta matadie diDl tel Cl 



j G.ÉH,SON 


AliËUOHATION 


ÉTAT STATlONHAmE 


1 moi». 
20 — 


6 — 

10 - 

11 - 


Sans. 
5 — 
8 - 



730 LES RETENTISSE M ENTS UES MALADIES DE L'ESTOMAC 

Puis OD recherchera s'il exisle un trouble quelconque dans les 
échanges. Comme je l'ai dit loul à l'heure, aucun des troubies 
Dulritifs communs aux dermatoses d'origine dyspeptique n'esl 
suffisamment accenlué pour entrer en ligne de compte dans la patîio- 
génie; cependant on doit faire état de la diminulioD des oxy- 
dations azotées, de ramoindrissemenl de l'activité des 
ûcliani;es nerveux et de l'élévation du rapport du chlore à 
l'azote total. 

On étudiera ensuite tes échanges particuliers du malade, et 
on verra s'il ne présente pas une accentuation d'un des troubles nu- 
tritifs qui précëdeut, afin de le viser plus parlicuUèiemeut dans la 
thérapeutique. 

Eolio il faut savoir que, chez certains sujets, il peut exister uoe 
variation nutritive différente de celles que j'ai citées; cette 
variation nécessiterait alors une thérapeutique particulière. Ainsi, 
par exemple, l'un de nos malades, eczémateux, intertrigineux, sujet 
aux poussées furonculeuses, avait un syndrome nutritif très parti- 
culier dont les termes principaux étaient : 

1° Une augmentation énorme de l'urée, s'élevanL à 6^',42 par 
vingt-quatre heures et 0°',734 par kilogramme du poids, avec un 
coefficient d'oxydation azotée de 91 p. 100; 

â° Une augmentation énorme aussi des matières ternaires 
{23=',10 par vingt-quatre heures); 

3" Une augmentation aussi grande de l'acide sulfurique 
conjugué (0'",826 par vingt-quatre heures) dénotant l'activité des 
fermentations intestinales. 

Evidemment, dans ce cas, il fallait amoindrir cette nutrition et 
ces lermentalions exagérées, avant de penser à traiter l'état dyspep- 
tique et les dermatoses. 

Donc, voiti déjà trois indications à remplir : l'indication de l:i 
dyspepsie, l'indication des troubles communs de ta nutrition, 
l'indication des troubles spéciaux de la nu tri lion, s'il en existe. 

En ce qui touche l'indication de la dyspepsie, 
on agira suivant la forme de la dyspepsie; maison n'ou- 
bliera pas que celle dyspepsie, quelle que soil sa forme, 
se complique de fomentations. Le fluorure d'ammonium, s'il s'agit 
de fermentation lactique, et Vérythrol, s'il s'agit de fermentation 
butyrique, sont ici spécialement indiqués et nous ont rendu les 
plus grands services. 

Dans les cas anciens et rebelles, il y a un réel avantage à com- 
mencer par soumettre le malade au réijime lacté absolu pen- 



^mm 



Lies DERMATOSES U'ORIGINE «iASTRIQUE 731 

liant une période de temps variant de huit jours ù un mois. J'ai 
hésité longtemps à user du régime lacté chez ces malades, parce que, 
sous rinDueDce du lait, on voit souvent augmenter les acides de 
rermeatation auxquels nous attribuons un r6le important dans la 
{■eoése des accidents cutanés; mais il n'en est pas de même avec le 
lait itérilisé ; pendant son emploi, nous avons vu presque toujours 
iliminuer ces acides de fermentation, en même temps que s'améliore 
ta dermatose. 

utrutMtnt Vient roainlenanl l'indication fournie par les 

'Zi^^' troubles commuas de la nutrition. Il serait trop 
dM tehugu. [ong d'exposer en ce moment les moyens propres à les 
modifier'. Nous signalerons l'emploi des agents destinés à relever 
les oxydations, à savoir : la diminution de l'alimentation hydro- 
airbome et grasse, l'emploi de certains sels minéraux, comme le 
sulfate de soitde à petites doses, et de quelques médicaments, comme 
les kypophosphites elles itrychniques, etc. 

Pour abaisser le rapport des éléments inorganiques à 
l'azoteet le rapport du chlore à l'azote total, on restreindia 
simplement la quantité du chlorure de soiUum dans l'atimenlation. 

Quant à la diminution des échanges phosphores, elle est 
justiciable des strychniques, des hypopliosphiles et des ijlycérophos- 
phates. 

utrutoMot Ënlin,encas d'un trouble nutritif particulier, 

trMbki *ï*éeuia comme cclui quc je vous ai donné en exempte, on 

da «ciuagM. diminuera \' alimentation azotée et les aliments kydro- 
carboHès ou. gras ; on augmentera les légumes et les fruits; on usera 
Aes arsenicaux à dose modérée, etc. 

Il demeure bien entendu que l'on peut se trouver en présence 
d'un trouble des échanges tout à fait différent de celui-ci; alors le 
ti'aiteraeut devra nécessairement s'inspirer des circonstances. 

Cette indication des troubles de la nutrition doitfttre remplie, en 
général, immédiatement après celle de la dyspepsie. Mais, dans la 
piatique, des cas très variés se présentent qui exigent, de la part du 
médecin, beaucoup de tact et d'expérience. Aussi la règle précédente 
tomporle-t-elle de nombreuses exceptions. 

fa mitanrat Le traitement local de la dermatose ne saurait 

''** être exposé ici. On trouvera, dans les remarquables tra- 

I. Vojei une étude somnitiire ds cc« mojcn), pages Ëli6 el 667. 



732 LES RETENTISSEME.NTS DES MALADIES DE LESTOUAC 

vaux que E.Besmeh a consaci-és au Liaitemenl de l'eczéma', lous les 
renseignemeals dont on peut avoir besoin. (In somme, le Lraitement 
local des diverses dermatoses liées à la dyspepsie ne diffère en rien 
de leurs traitements classiques. 

J'insisterai seulement sur un moyen de traitement local qui m'a 
donné des résultais très satisraisants. 



L'MD (Uioctèe On commence par laver soigneusement les régions 
compoiét- atteintes avec de l'ouate hydrophile et stérilisée, im- 
bibée d'une solution saline que je dénomme eau sUkalée composée et 
dont voici la composition et le mode de prt-paralion : 

Ofi Silicate de soude O^jSO 

Bicarbonate de chau\ i grammes 

Sulfate de chaux O^fi^ 

Suirate de magnésie â grammes 

Chlorure de sodium 10 — 

Eau q. s. pour 1 lilre 

Parmi les sels qui entrent dans la composition de ce liquide, il 
en est d'insolubles comme le bicarbonate de chaux el i& sulfale de 
chaux; aussi faut-il recourir à un artifice de préparation que j'ai 
réglé avec Bocrniuault de la façon suivante : 

Dans un demi-litre d'eau deSellz du commerce, on ajoute d'abord 
\esulfaled4t clutux, puis ^S'^.â d'une solution àe chlorure de calcium 
à 50 p. lOO, puis 21",â d'une solution de carbonate de soude neutre 
à 50 p. 100. Il se fait, par double décomposition, du chlorure de 
sodium et du carbonate de chaux à l'état naissant qui, au contact de 
l'acide carbonique dissous dans l'eau, se transforme en bicarbonate 
(^ £Aau:r qui reste dissous. Au moment du mélange, le liquide se 
trouble ; mais il suffit d'agiter un peu pourque le trouble disparaisse. 
On dissout séparément le silicate de soude, le sulfate de magnésie et 
le chlorure de sodium, chacun dans environ 50 grammes d'eau, que 
l'on introduit successivement dans le mélange précédent. Et l'on com- 
plète le litre avec de l'eau ordinaire. Après vingt-quatre heures, s'il 
y a un léger dépôt, on le sépare par filtration ou décantation. Cette 
solution peut se conserver intacte pendant très longtemps. 

Il est quelquefois préférable de pulvériser cette eau silicatée com- 
posée sur les parties atteintes au lieu de les laver simplement. En 
tout cas, on laisse sécher afin que les sels dissous dans l'eau fassent 

lient des prurigos, Traité de Iht- 



LES DEUMATOSES n'OlUGiNE GASTBK 

une mince couclie isolante à la surrace de la peau, 
ensuite avec ud pinceau trempe dans le baume du ( 

LabBUDo C'est une vieille préparation i 

«a coDnuDdMir. g^ipi^yg,. (g^g qyg [^ Uvrent les of 

vous aurez quelquefois avantage à faire saturer 
Cap. Il siche aussitôt après son application et fon 
seplique qui soustrait la peau au contact de l'air el 
aïec les sels de Veau silicatèe composée, sur les 
en particulier sur le prurigo, une action palliativ 
irice. 

Il faut avoir soin de ne pas appliquer plusieurs 
du Commandeur, car cela finirait par faire une so 
ficile à enlever. On répétera chaque malin la pu 
d'eau silicatèe composée, pour enlever la plus gi 
couche de baume appliquée la veille avant d'ci 
enduit. 

Les rtO malades qui finirent dans ma slalist 
suivaat les indications précédentes. Les résultats 
mettent de juger de la valeur de cet ensemble thén 

1. Vaki la coin[ioiiIïan du baume da Commandeur: 

Racine iTiiiigi^lique 

H;pericuni 

Myrrhe 

Oliban 

Bjume de tnlii 

lenjoin 

Aloèa 

Alcool i SU ilcgrti ï 



QUATORZIEME LEÇON 

ES RETENTISSEMENTS UTÉRINS 

— LA UY8MEN0RRHËC - LES DOULEURS UTBRO-OVARIEHNEK 

LES HEHORRHACIES 
FAUSSES UTERINES U'ORIGIMt VISCËROFTOSIUUE 
STIC ET LES «ROUPEMENTS CLlWlyUtS — LE TRAITEMEBT 



ïments dea djapepsies sur l'appareil génital de la 
L'aménorrhée. — Su physiologie palliologiquK. — Son dia- 
a dTsménorrhée. ~ La leucorrhée. — Les douleurs 
ennee. ~ Les bémorrhagies utérines. 

Les relations qui exislenl cnlre l'eslomac et les 
organes génitaux <le la remme ont frappé, dans 
lous les temps, l'atleDlion des observateurs, mais sans 
qu'aiiciine notion précise et délinitive résultât de leurs 
issei'tions contradictoires. I"i encore le problème 
■e scindé ; car il faut bien se garder de confondre les 
itiqucs qui sont la conséquence de troubles utérins 
sies qui retentissent sur la matrice et ses annexes et 
Dalché et moi avons appelé les fausses utérines, sans 
vraie utérine a parfaitement le droit d'être dyspep- 
)quement'. 

ent, en effet, voici comment les choses se passent dans 
uis que la gynécologie est devenue presque cxclusive- 
ale. Une femme souffre de l'estomac; elle a des pesan- 

cale. Tnilemenl médical 



LES ilKTE.VTISSEMENTS ^1TÉ1U^S 735 

leurs, des somnolences Hprès les repas; elle se plaint d'aigreurs, de 
i-eDvois hrûlants, de flatulences ; elle a des vertiges, elle est nerveuse, 
elle pâlit et s'affaiblit; en d'autres termes, elle présente une triade de 
(roubles gastriques, neurasthéniques et nutritifs. Si elle a la mau- 
Taise chance d'avoir, en même temps, un peu de leucorrhée et 
qu'un eiamen local fasse constater une minime érosion du col utérin ; 
si elle a, par-dessus le marché, quelques désordres des fonctions 
menstruelles, la voii aussitôt qualifiée d'utérine el vouée d'avance 
aux longs traitements chez les spécialistes, aux injections chaudes et 
notisepliques, aux tampons, aux cautérisations, à l'électricité, jusqu'au 
moment où un chirurgien lui pratiquera le curellage ou le raclage de 
l'utérus et peut-être quelque plus grave el plus défmilivt; opération. 
Combien j'en ai vu de ces malheureuses qui avaient subi jusqu'à 
l'hystéreclomie et qui traînaient plus lamentablement encore leiir 
eiistfnce depuis qu'on avait imposé à leur système nerveux la suprême 
atteinte d'un tel bouleversement organique ! Et quand on pense qu'il 
eût sufG de traiter les troubles gastriques, puis l'état général, avec 
un insignifiant traitement local, pour remédier à des accidents dont 
l'expression semblait utérine, mais qui n'étaient, au fond, que des 
manifeslalions réflexes de l'état dyspeptique ! 

Dans l'étude que nous avons faite, Ualché et moi, de ces fausses 
utérines d'origine dyspeptique, nous avons essaye de considérer les 
choses au point de vue exclusif du médecin-praticien, c'est-ù-dire de 
la thérapeutique. C'est, en efl'et, le seul point de vue que doive en- 
visager le médecin, s'il veut se gardei' des doctrines régnantes qui 
("omportent toujours avec elles un maximum d'erreurs pratiques. 

Passons en revue les symptômes génilaux qui atliient spéciale- 
ment l'attention des femmes et fixent leurs idées du côté d'une affec- 
tion utérine. 

L'aartnorrbéc Au premier rang de ces symptômes figure l'amé- 

norrhée. Je n'ai pas à insister sur les causes nom- 
breuses qui la produisent ; mais son origine gastrique, dans certains 
cas, est indéniable. L'exemple suivant vous en donnera la preuve, en 
même temps qu'il vous montrera les erreurs de traitement auxquelles 
peut conduire une fausse interprétation étiologique de l'amé- 
norrhée. 

Une demoiselle originaire de la Colombie, âgée de licntc-cinq ans, 
TÎnl consulter en Europe pour une aménorrhée qui durait depuis 
plus d'une année. On lui fit subir d'abord une dilatation du col 
utérin, puis elle s'en fut en Italie où on lui pratiqua le redresse- 
ment d'une déviation utérine. L'aménorrhée persistant, elle revint â 



73C l.ES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

Paris et le médeciû qu'elle consulta mil l'aménorrhée sur le compte 
d'uQ rein mobile. Evidemment te port d'une ceinture ne modilia en 
rien les fonctions utérines, et la Colombienne retomba entre les 
mains d'un spécialiste qui la soumit à l'électricité, toujours avec le 
même insuccès. A ce moment la malade, qui avait été aussi qualifiée 
de neurasthénique et traitée comme telle, devint tout à lait cachec- 
tique. Son poids était tombé à 37'''',200, malgré un appétit relative- 
ment satisfaisant. En l'examinaot, je trouvai tous les symptômes d'une 
dyspepsie par insuffisance gastrique avec fermentations et grande 
diminution dans les échanges organiques. L'analyse du contenu 
stomacal après repas d'épreuve donna les résultats suivants : 

Acidité totale en HCI X"',^ 

HCI libre 

HCI combiné organique t>",30 

Acides de fermentation en HCI 0<%90 

On lui appliqua aussitôt le traitement systématique de la dys- 
pepsie hyposthénique'. A ce moment, l'insulfisancc de la nutrition 
se traduisait par une émission de 7«',20 d'urée et de 0'',77 
d'acide ph os phorique en vingl-quaire heures, soil(K,186 d'urée 
et 0", 026 de Ph'O^ par kilogramme de poids! Il est bien entendu 
qu'on suspendit toute thérapeutique utérine. Seize jours après, le 
1-4 décembre, le poids s'élevait déjà à 39''",300 et la malade 
accusait un mieux très sensible. Deux mois se passent : le poids 
atteint 46 kilogrammes, puis, un mois après, W^jS^. A ce moment, 
les règles reparaissent; l'urine renferme 26''',37 d'uiée et 1",98 
d'acide phosphorique par vingl-qualre heures, soit 0°', 55 d'urée 
et 0",041 de l'Ii'O' par kilogramme de poids. La malade est suivie 
pendant quatre mois encore ; elle retourne dans son pays très amé- 
liorée et n'ayant pas manqué une seule fois son époque menstruelle. 

La pfaTiiDiagis L'interprétation de ce cas est bien simple. VoJciune 

da l'untnorrhia persouoe qui ne digère pas et qui, par conséquent, 
dT>pepUqu<. D'assimilé pas. Une dénutrition progressive la conduit 
à la cachexie. Elle devient aménorrhéique quand elle n'a plus rien à 
perdre, quand elle a épuisé toutes ses réserves. Mais qu'on relève sa 
nutrition en améliorant ses fonctions digestives qui fourniront alors 
des produits aptes à l'assimilation : le courant de formation l'empor- 
tera sur le courant de destruction , les réserves se reconstitueront et, 

1, Vojrez pages 363 et suitairtet. 



LES RETENTISSEMENTS UTÉRINS 737 

lorsqu'elles auront atteint un suffisant niveau, la menstruation se 
rétablira d'elle-même, physiologiquement, en dehors de toute provo- 
calioQ ou de toute intervention ulérine. 

N'est-ce pas là un exemple frappant d'aménorrhée d'origine dys- 
peptique ? Nolez que je ne dis pas t aménorrhée cachectique », car 
celte dénomination ne nous apprendrait rien sur le traitement. La 
cachexie a autant de modes de traitement qu'elle reconnaît de condi- 
tions génératrices. C'est la connaissance de ces conditions généra- 
trices qui dicte le choix de l'intervention : dans le cas actuel, c'est 
la dyspepsie. 

Le diagnosuc '' cxistc douc unc Variété fréquente d'aménorrhée 

qui mérite le qualificatif de dyspeptique, ce qui 
implique aussitôt son étiologie, sa pathogénie et son traitement. Son 
diagnostic est facile; il est fondé sur le syndrome suivant : aménor- 
rhée, cachexie, dyspepsie, inutilité des interventions 
locales, succès du traitement anti-dyspeptique et dié- 
tétique. Comme nous le veiTons tout à l'heure, la forme de la dys- 
pepsie n*a rien à voir en l'espèce. Le pronostic est intimement lié 
à celui de la dyspepsie. 

La La dysménorrhée nous a paru, à Dalché et à 

dyBménorriiée. ^^-^^ relcver bicu souvcut dc la constipation. I/une 

de nos malades était une jeune fille de dix-neuf ans, grande et forte, 
mais un peu nerveuse, alleinte d'une dysménorrhée fort pénible dont 
les douleurs commençaient avec les premières manifestations du 
molimen cataménial pour cesser avec l'apparition du sang. Mais, depuis 
quelques mois, la profusion des règles allait toujours croissante, de 
sorte que la perte finissait par devenir inquiétante. Or cette jeune 
fille était atteinte d'une constipation rebelle qu'elle devait combattre 
à l'aide de laxatifs quotidiens, et elle n'osait plus prendre son laxatif 
dès qu'approchait l'époque menstruelle. Quand nous pûmes obtenir 
qu'elle surmontât ses appréhensions et qu'elle continuât, même aux 
approches du moment critique, l'usage de sa poudre purgative, les 
douleurs et les hémorrhagies diminuèrent comme par enchantement ; 
puis, en quelques mois, tout rentra dans l'ordre. 

Je pourrais vous raconter encore bien des cas de ce genre. Un dc 
ceux qui m'ont le plus frappé est celui d'une dame de trente-cinq ans, 
atteinte d'hyperslhénie gastrique avec coprostase cœcale et iliaque, 
que je confiai aux soins de Gautiez pour qu'il lui fit le massage de 
l'intestin, et qui guérit en même temps d'une dysménorrhée rebelle 
depuis longtemps à tous les traitements locaux. 

H 47 



i 



LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DK L'ESTOMAC 

La leucorrhée doal tant de femmes sont atteintes 
et qui a provoqué tant de cautérisations et de curetlages 
trouve souvent aussi son origine dans un étal dyspeptique. Il est peu 
de dyspeptiques qui n'envoient atteintes, el il y a des femmes chez qui 
elle suit iidèlemenl les variations de l'élat gastrique. Non que nous 
voulions nier qu'une leucorrhée abondante et durable ne puisse causer 
elle-même des troubles gastriques ; mais, dans bien des cas, c'est la 
réciproque qui est la règle. Alors l'anémie dyspeptique et la 
constipai ion sont les Facteurs essentiels de ces leucorrhées, et celle 
notion de la cause en dicte immédiatement le traitement. 

iMdoniMn La douleur suITlt, h elle seule, k constituer une 

nura-oTariaiuMB. ^jg^j-g importante de fausses utérines qui localisent, à 
tort, dans l'appareil génital les symptômes qu'elles éprouvent et 
qui s'alarment du moindre désordre survenant dans la menstrua- 
tion comme du plus léger flux leucorrhéique. Vous rencontrerez 
à chaque instant dans votre pratique des femmes qui prennent les 
crises gastriques et intestinales delà dyspepsie hypersthénique pour 
des crises utérines. Nombre d'entre ellesdeviennent neurasthéniques, 
sont comme hypnotisées par leurs organes génitaux, superposent ime 
véritable hypochondrîe utérine à l'état gastro-intestinal qu'elles mécon- 
naissent et, de IraiLement en traitement, finissent par l'hyslérec- 
iomie qui ne remédie à rien. 

J'ai soigné, il y a trois ans, une jeune femme de vingt-cinq ans, au 
n' ID, de la salle Valleix, pour une hyposthénie gasliique compliquée de 
fermentations acides ; mais, comme elle était rebelle à tout régime, le 
résultat obtenu avait été très insignifiant pour ne pas dire nul. Cepen- 
<lant elle insistait toujours auprès de nous sur des douleurs utérines 
s'irradianl dans le dos, sur de laleucorrhée, quoiquel'examen local plu- 
sieurs fois répété ne montnUaulre chose qu'une érosion superficielle 
sur un col un peu gros et mou. Persuadée que nous avions méconnu 
son mal, elle sortitde la Pitié et s'en fulde service en service, qualiliée 
tantôt deneurasUiénique, tantôt d'utérine, jusqu'au moment où on lui 
proposa de la guérir en lui enlevant l'utérus et les ovaires. Un an 
après, vous l'avez revue, cettejeune femme, au n° 28 de la salle Val- 
leix où elle a séjourné plusieurs mois, plus misérable que jamais, 
n'ayantrien gagné à la grave opération qu'elle a subie et n'éprouvant 
quelque amélioration qu'à parlirdu moment où, convaincue de l'ori- 
gine gastrique de son mal, elle se décida à suivre énergiquement le 
régime et le traitement qui lui furent fixés. 

C'est dans le même ordre d'idées qu'il laut considérer l'instruclive 
observation de Dalché qui eut à traiter une femme soi-disant 



LES RETENTISSEMENTS UTÉHINS 739 

atteinte de salpingite et qui ne souffrait que d'un spasme de l'in- 
testin, au niveau de TS iliaque. 

lm hémorrhagies Les pertes hémorrhagiq u es sont un accident 

'**'*°** dont la fréquence reste h fixer chez les dyspeptiques à 
matrice saine. Elles me paraissent assez rares. D'habitude, la mens- 
truation commence par se montrer îrrégulière. Une dame de vingt- 
cinq ans, hyposthénique avec acidités de fermentation, 
tantôt voyait ses règles deux fois par mois, tantôt se plaignait de retards 
de trois semaines, et ne perdait jamais que peu de sang. 

Au contraire, une dyspeptique hypersthénique perma- 
nente, avec un rein mobile, après des suppressions menstruelles 
de deux ou trois mois, accusait des mélrorrhagies intermittentes 
durant un mois et plus. 

La ménorrhagie succède volontiers à la congestion utéro- 
ovarienne, etcelle-ci existe etseproduit incontestablement chez un 
certain nombre de dyspeptiques, indépendamment de toute lésion 
de r utérus. 

Lamélrorrhagie, elle, ne survient guère sans un peu d'endo- 
métrite. Dalché fut consulté le 10 mars 1892 par une dame 
de vingt-deux ans à qui l'on voulait pratiquer le curettage pour une 
leucorrhée intense et des hémorrhagies attribuées à l'hyperémie ova- 
rienne. Mais elle était aussi dyspeptique hyposthénique depuis 
18 mois. Dalché institua un traitement purement stomacal. Le 
résultat fut assez long, mais net. Le 5 décembre 1892, survinrent de 
nouvelles métrorrhagies ; le 16 novembre 1893, on constatait encore 
une poussée d'un abondant catarrhe utérin; à la fin de mai 1894, il y 
eut une définitive amélioration de tous les symptômes. 



II 

Les fausses utérines d'ori^ne viscéroptosique. — Un mot d'histo- 
rique. — La physiologie pathologique. — Le diagnostic. 

Lesfaosses Un autre groupe important de fausses utérines 

«térinas d'orijïine (»Qni prend cellesliécsau déséquilibre des organes 

viscéroptosique. * * . ^ 

abdominaux, l'estomac compris. 

On mot Glénard avait déjà isolé ce groupe de fausses ulé- 

d-historiqnc. nnes. Lancereaux a maintes fois signalé la coexistence 



L 



740 LES RETENTISSEMENTS DES MAUDIES DE L'ESTOMAC 

d*une affection lubo-ovarienne et du rein mobile. Walther {At 
Dresde) dit que la mobilité rénale donne quelquefois lieu à des 
symptômes qui simulent la mélrite, tels que pesanteurs, douleurs 
lombaires et hypogastriques, et que, s*il existe simultanément de 
la douleur et des troubles menstruels, la confusion est possible. 
Thiriar montre que la mobilité du rein est la cause initiale du déve- 
loppement de beaucoup d'affections de Tappareil génital, surtout de 
métriles et de salpingites. 

u phTsioiogie Yoici commcnt les choses se passent : la viscéro- 
pauioiogiqae. ^^q^q ouvrc la marche ; les plexus nerveux uléro-ova- 

riens, anastomosés avec le plexus rénal et les divers plexus abdominaux, 
subissentlesconséquencesdeleurtiraillement(CHROBAK). Les viscères, 
en état de ptôse, pèsent mécaniquement sur l'appareil utéro-ovarien 
et y déterminent des poussées congestives. Et ces congestions répé- 
tées, unies aux troubles nerveux, sont des conditions qui favo- 
risent l'infection de l'utérus et de ses annexes. 

Il n'est pas douteux que, chez beaucoup de malades, le déséqui- 
libre des organes abdominaux, la mobilité du rein précèdent les 
troubles utérins, les font éclater et les exagèrent dès qu'ils existent. 
Mais combien de fois ne voyons-nous pas les accidents utérins, le 
déséquilibre abdominal et le rein mobile débuter en même temps et 
reconnaître la même cause I 

Une femme vient vous consulter pour des accidents suite de cou- 
ches; après un accouchement, au bout d'un laps de temps 
variable, elle a eu des pertes blanches, des douleurs abdominales et 
des troubles dyspeptiques. Ces symptômes se sont aggravés peu à 
peu, et la malade ne saurait préciser celui qui s'est présenté le pre- 
mier. Vous l'examinez ; vous trouvez une mélriie, quelque déviation 
utérine, de l'entéroptose, un déplacement du rein droit, et des trou- 
bles dyspeptiques. En réalité, la malade a raison : ce sont les couches 
qui ont provoqué tous ces accidents, depuis l'éclatement de la sangle 
abdominale jusqu'au relâchement de l'appareil musculo-ligamenteux 
qui soutient le plancher pelvien. Métrite, déviation utérine, ptôses 
viscérales, dyspepsie relèvent de la même origine, débutent à peu 
près en même temps et forment une sorte de syndrome patholo- 
gique. 

Si l'on veut isoler un des éléments de ce syndrome et lui attribuer 
la pathogénie de tous les autres, c'est se vouer d'avance à une théra- 
peutique illusoire. Car le rein réagit sur le tube digestif et sur 
l'utérus et reçoit le contre-coup de leurs souffrances; de même 
l'utérus subit l'inlluence du rein et de l'appareil digestif et retentit 



LES RETENTISSEMENTS UTÉRINS 7 il 

SMT eux à son tour, et ainsi de suite. Et ceci se complique de la 
constipation chronique, de l'enlérile muco-membraneuse, descoliques 
sous-hépatiques, des crises gastriques, de spasmes intestinaux, de la 
congestion ou de l'hypertrophie fonctionnelle du foie, puis de trou- 
bles nerveux et de déchéance nutritive. Tout se tient dans cette évo- 
lution morbide dont Taccouchement a été le point de départ. Voila 
ce que vous ne devez jamais oublier quand il s'agit d'instituer le traite- 
ment d'un de ces cas. 

Le diagnostic de ces fausses utérines est facile. 

Le diagnostic. ^ 

Voici une femme qui vient vous consulter pour des 
troubles utérins. En l'examinant, vous trouvez une déviation uté- 
rine quelconque coïncidant toujours avec un peu d'abaissement, un 
utérus gros et sensible, de la leucorrhée, etc. Cette malade se plaint 
beaucoup des douleurs qu'elle éprouve et de celle que lui cause votre 
examen. Elle dit aussi que ces douleurs sont exaspérées par la marche 
et la station debout et qu'elle en est réduite au minimum de mouve- 
menl. Elle ajoute qu'on lui a proposé de porter un pessaire et même 
de lui pratiquer la ventro-fixation. 

Ces points acquis, vous constatez que la malade a eu plusieurs 
enfants, que sa paroi abdominale est molle et a perdu toute élasti- 
cité, que le ventre proémine en avant et en bas. Placez-vous derrière 
elle et relevez son ventre en l'embrassant des deux mains; aussitôt 
elle en éprouvera un soulagement et une sorte de bien-être; laissez 
retomber le ventre et le malaise recommencera. 

Examinez alors la malade étendue sur le dos et vous constaterez 
le déséquilibre viscéral. L'estomac est abaissé et clapote; le foie 
déborde les côtes; le rein est perceptible, souvent déplacé et mobile; 
le csecum et l'S iliaque contiennent des matières fécales denses et 
amassées en boudin. Vous trouverez, en outre, superposée à cet 
ensemble, toute la série des symptômes de la neurasthénie. 

Une ceinture appropriée* remet les organes en place, et l'utérus, 
qui n'est plus surchargé par les viscères, reprend sa position nor- 
male. Ajoutez le traitement ordinaire des ptôses*, de manière à remé- 
dier aux retentissements qu'elles déterminent, et voilà une femme 
guérie sans qu'il soit besoin de traitement utérin proprement dit, et 
cela, malgré les apparents déplacements de cet organe. 

1. Voyez pages 758 et suivantes. 

2. Voyei pages 7tj4 et suivante.}. 



ii2 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 



ni 

Le diagnostic des fausses utérines. — Leurs groupements 

cliniques. — L'étiologie. 

Lediagnosuc ^^ diagnostîc différentiel dcs utéropatliies 

fft ^*térin d'origine gastrique d'avec les utéropathies associées à 

des troubles digestifs, les utéropathies parallèles et les 
dyspepsies de cause utérine n'est pas toujours facile, car la com- 
plexité des cas est extrême. Avec Dalché, nous les avons classées 
ainsi qu'il suit : 

Leur» ^* L^ premier groupe comprend les femmes qui 

"dST^M** se plaignent d'accidents qu'elles rapportent à l'utérus 
et chez lesquelles l'examen le plus aUentif ne permet 
de reconnaître du côté de cet organe ni la moindre lésion, ni le 
moindre trouble fonctionnel. Ce sont des fausses utérines 
vraies, c'est-à-dire des dyspeptiques névropathes qui ont de simples 
sensations utérines subjectives relevant uniquement du traitement 
gastrique ; 

2° Dans le deuxième groupe, l'examen direct ne dénote que des 
accidents locaux de minime importance (col granuleux ou légère- 
ment exulcéré, ou rouge, ou un peu gros, ou leucorrhée, ménorrha- 
gies, mélrorrhagies, aménorrhée, dysménorrhée, etc.). La malade 
rapporte tout à son utérus et, si elle parle de ses digestions, ce sera 
pour les rattacher à sa soi-disant maladie de matrice ou pour les con- 
sidérer comme accessoires. Si ces troubles dyspeptiques se manifes- 
tent, entre autres symptômes, par des crises douloureuses, elle les 
met sur le compte, de l'utérus. Évidemment, tout traitement dirigé 
contre les seuls troubles utérins secondaires n'aura aucune chance 
de succès, et l'on ne se rendra maître des troubles locaux qu*en 
s* adressant à la dyspepsie causale. Ce sont les dyspeptiques uté- 
rines; 

3** Le troisième groupe rassemble les cas où la maladie 
d'estomac vient aggraver une affection génitale précédente ou 
intercurrente. Ce sont les utérines méta-dyspeptiques; 

4" Dans un quatrième groupe, nous plaçons les malades chez 
qui les accidents utérins et stomacaux paraissent avoir eu un début 
simultané, à la suite d'une couche par exemple, puis réagissent 



LES RETENTISSEMENTS ITÉRINS 7i3 

ensuite les uns sur les autres : c'est le cas de beaucoup d'utéropa- 
Ihies associées à la viscéroptose. Ce sont les utéro-dyspepliques 
ou viscéroptosiques de cause commune; 

5** Le cinquième groupe renferme les cas où les organes géni- 
taux sont primitivement malades et la dyspepsie nettement secon- 
daire. Ce sont les utérines dyspeptiques. 

Une minutieuse analyse des symptômes, l'étude attentive de tous 
les détails de révolution morbide, le désaccord entre l'importance de 
rélat utérin et les symptômes dyspeptiques, enfin et surtout, dans les 
cas difficiles, TinQuonce du traitement constitueront les plus impor- 
tanls éléments du diagnostic. 

L'éttoiogie Existc-t-il un rapport régulier entre certaines 

formes de dyspepsie et certains troubles utérins dé- 
terminés? En aucune fagon. Sur 90 femmes observées avec Dalché, 
44 présentaient de l'hypersthénie gastrique avec hyper- 
chlorhydrie; i6 étaient hyposthéniqu e^ avec hypochlor- 
hydrie, ou avaient un chimisme variable, ou des dyspepsies 
de fermentation, ou encore présentaient des ulcères sto- 
macaux, des gastrites ulcéreuses, alcooliques, etc. 

Cette prédominance de l'hypersthénie gastrique tient à 
deux causes. D'abord, et en dehors de toute considération gynécolo- 
gique, c'est la plus fréquente des dyspepsies. Ensuite elle provoque 
des crises douloureuses à multiples irradiations auxquelles viennent 
se joindre les souffrances dues à la constipation chronique, à Ten- 
térile muco-membraneuse, cette fréquente complication de l'hyper- 
sthénie; au moment des périodes menstruelles, les crises gastro-intes- 
tinales s'exaspèrent et prennent une acuité qui aggrave périodique- 
ment l'état de la malade. Plus l'estomac va mal, plus s'exaspèrent et 
s'étendent les troubles utérins. Tout l'abdomen est douloureux ; le 
médecin finit par se laisser intluencer par les récils de la malade et se 
demande quel organe le plus atteint commande à tous les symptômes. 
La neurasthénie se greffe là-dessus avec son cortège de palpita- 
tions, de vertiges, dedyspnée, de troubles mentaux. Les malades pâlies 
et amaigries prennent le masque de la chlorose, et la complexité de 
cet ensemble déroute souvent les praticiens les plus éclairés. Mais 
je vous répète que l'on peut arriver à tout cela par une tout autre 
forme de dyspepsie et qu'aucune loi ne préside à l'apparition des 
troubles utérins qui s'implantent ou se succèdent les uns aux autres 
de la manière la plus irrégulière. 

Par ordre de fréquence, on peut classer ainsiqu'il suit les troubles 
utérins précédents : la leucorrhée, l'aménorrhée, la dysmé- 



■ÎU LES RETEHTISStME.NTS DES MALADIES DE LESTOMAC 

Qorrhée, les ménorrlia^ies et les mélror rhagies, la conges- 
tion tubo-ovai'ieDnc et quelquefois aussi la métri te chronique. 
Car, pour l'ulérus comme i>oui' tout autre organe, un simple trouble 
fonctionnel primitif ou secondaire peut à la longue, par sa répétition 
«t par sa coaiinuité, aboutir à une lésion matérielle. Le trouble 
fonctionnel sera l'étape initiale de la lésion organique, et une fausse 
utérine foDCtionnellc et secondaire peut devenir une vraie utérine. 



IV 

Xe traitement. — Les indîcatiooB thérapeutiques. — Les traite- 
meiiUi de la dyspepsie et des viscéroptoses. — Le traitement 
utérin local, — La iKiiuorrhée, les iilcéi-alions du col, les dûvi.t Lions ni les 
prolapsus, la dysménorrhée, k's invnoi'rliat(it;s, l'aménorrliée. — Le traite- 
ment hydro- minéral. 

L<a indiiwuiuia Le traiteiiicnl des rclenliâsements utérins desdjs- 

turapantiques. pgpgjgj gg^ quclquefûls U'unc gruudc dilTiculté, puisqu'il 
■doit tenir compte de la filiation des accidents dans la hiérarchisalion 
<les moyens tlicrapeuLiques, débiouiller l'enchevètrennent des réaclions 
réciproques de l'utérus et de l'estomac l'un sur l'autre et surveiller les 
«ongestions utéro-ovariennes répétées, les actes nerveui réflexes ou 
inhihitoires qui rendent Iesy.slème génital plus accessible aux infictions 
secondaires. En principe, il ne faut pas vous immobiliser dans le 
tj'aitement d'un seul de ces divers éléments morbides, cet élément 
vous parût- il essentiel et primordial et prit-il une pari prépondé- 
rante dans l'expression symptomatique de la maladie. Mais je vous 
conseille en même temps de vous abi^tenir, en fait de thérapeutique 
utérine, de tout moyen violent, de toute intervention chirurgicale, 
même de celles réputées les plus bénignes, telles que curetlage, re- 
dressement de l'utérus, cautérisations quelconques, et cela quand 
bien même les troubles utérins occuperaient la première place parmi 
les préoccupations de la malade et même parmi les vôtres. J'ai la con- 
viction qu'en gynécolo|iie on a trop l'ait de chirurgie, trop oublié la 
médecine dont les résultais sont bien des fois plus décisifs que les 
graves opérations dont on abuse si facilement aujourd'hui. 

Le« iraimnenu Reconuaisscz d'abord la variété de dyspepsie à 
■"f- laquelle vous avez affaire el commencez par en insti- 

Mwu- tuer le traitement systématique. Rétablissez I équi- 
libre des viscères abdominaux en conseillant le 



rv^.^p^' «c ■ J^ ■ 



LES lŒTENTISSEMENTS UTÉRINS 745 

porl d'une ceinture hypogasirique moins haute et plus souple que 
la sangle de Glénard et qui soulève le ventre par en dessous au lieu de 
le comprimer. En cas de rein mobile, celte ceinture sera munie 
d'une pelote ovalaire douce, h grosse extrémité en dedans qui sou- 
lève et maintienne le rein sans peser sur lui^ 

Ordonnez, sinon le repos an 111, du moins le maximum d'immobi- 
lité mr une chaise longue, surtout après les repas. 

Surveillez les fonctions intestinales, combattez énergiquement 
lacoprostase, et faites pratiquer quotidiennement de grandes irriga- 
tions rectales avec de Veau bouillie tiède. 

Tentez de modifier la nutrition de la paroi abdominale et 
d'influencer le système nerveux par les moyens ultérieure- 
ment indiqués^ et par le port de la compresse échauffante abdomi- 
nale^. Suivant la susceptibilité des malades, celte compresse sera pré- 
parée i Veau ordinaire ou à Veau salée à 10 p. 400, ou encore à 
Veau-mère de Biarritz ou de Salies-de-Béarn. 



u traitement Parallèlement à la médication de la dyspepsie ou 

ntériniocai. j^ ]^ viscéroplosc, occupcz-vous dcs manifestations 
utérines qui sont souvent très améliorées par une série de petits 
moyens médicaux dont je vais vous donner le résumé. 

u lencorrhée. ^^ ^'^^ ^^ leucorrhéc, la malade fera malin et 

soir, dans la situation couchée, une irrigation vaginale 
lente avec la préparation suivante : 

y Eau bouillie à 35«-40'^ 2 litres 

Tannin 1 cuillerée à café 

Laudanum de Sydenliam XL gouttes 

Dissolvez. 

Les oicérattoDs Eu cas d'cxulcéraliou du col utérin, faites une 

^^' injection antiseptique , soit avec Veau bouilliey soit 

avec de la liqueur de Van Swieten étendue de cinq à neuf fois son 

volume d'eau, et appliquez ensuite sur le col de l'utérus un tampon 

àe coton hydrophile imbibé du glycérolé tannique suivant : 

¥ Tannin ) 

ri, . . \ aâ. 50 grammes 

Glycémie pure ) ^ 

F.s.a. Glycérolé. 



1. Voyez pages 758 et suivantes. 
2- Voyez pages 764 et suivantes. 
3. Voyez page 76i. 



' V*T --Tr HT ^ 



746 LFS RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE I/ESTOMAC 

Si Tulcéralion est tenace, on se Irouvera bien d'appliquer le soir 
un ovule à l'ichthyol, ou d'un traitement plus prolongé avec la teinture 
d*iode ou le perchlorure de fer en attouchements au pinceau répétés 
tous les deux ou trois jours. 



Les déviations Si Ic port d'unc bonuc ceinture ne remédie pas 

aux déviations et prolapsus, utilisez lepessairede 
Dumontpallier. 



et 
les prolapsus. 



i^ En cas de congestion utéro-ovarienne, or- 

oongesttons donucz le revos absolu au lit jusqu'à disparition 

ntéro-ovarieimes. ' ai r 

des phénomènes congestifs, de grands bains quoti- 
diens, d'une durée de vingt minutes à une heure, additionnés de 
250 grammes de gélatine de Paris, les compresses échauffantes^ j et 
au besoin appliquez de petits vésicatoires volants sur la région 
hypogastrique. Si les phénomènes congeslifs prenaient une plus 
grande intensité, n'hésitez pas à placer quelques sa7igsu£s sur la zone 
hypogaslrique, ou à la partie supérieure des cuisses ou, dans quel- 
ques cas, sur le col utérin. 

Le meilleur traitement des douleurs de la dvs- 

La dysménorrhée. , • . • • • • * . \ 

menorrhee, c est le vestcatoire si injustement mé- 
prisé par un grand nombre de nos contemporains *. Mais aucune 
théorie ne prévaudra contre le fait du soulagement qu'il procure, 
en particulier dans les accidents congeslifs douloureux. Continuez 
donc à le prescrire, en dépit des puérils anathèmes dont on a voulu 
l'accabler. 

Les Pour arrêter les pertes métrorrhagiques, faites 

métrorrhagies. ppg^iqugp (jgg (njections vaginalcs très chaudes de 40 à 

50", avec une solution de gélatine à 7 p. 1000. En même temps, 
donnez dans les 24 heures de cinq à dix des pilules suivantes : 

¥ Ergoline Bonjean > ^^ ^, ^^ 

Poudre de sang-dragon ) ' ' 

Pour une pilule, 
ou de quatre à six cuillerées à soupe de la potion ci-après : 

1. Voyez page 76i. 

î. Voyez les discussions à la Société de thérapeutiqtie en 1895 et à V Académie de 
médecine en 1898. 



LES RETENTISSEMENTS UTÉKIXS 747 

¥ Krt'Otîne Bonjean 4 {n'ammes 

Acide gallique O'jSO 

Sirop de térébenthine 30 grammes 

Décoction de feuilles de ronces 120 — 

F.s.a. Potion. 

Si ces moyens sont iosuflisanEs, pi'aliqiiex chaque jour une à deux 
injections sous-cutanées de 5 à 10 centimètres cubes d'une solution 
bien stérilisée de ijélaline pure à 7 p. 1000. 

ua Beaucoup de fausses utérines ont des règles avan- 

"*™^'^"' çantes qui prolongent la durée de l'écoulement cala- 
ménial et causent des déperditions fâchenses pour des sujets en 
médiocre état de nutrition. Vous ordonnerez alors, au momenl des 
principaux repas, huit jours avant l'époque présumée des régies, une 
à trois niillerées à café de Vélîxir avli-héinorrhiiffique suivant : 

¥ Klixir de Garus 100 grammes 

Extrait fluide d'hydrastis canadensis \ 

Extrait fluide de gossypium herbaceum . . ]■ ;\Jtà. 5 grammes 
— de viburnîum pruniColium.. ; 
l-'.s.a. Elixir. 

Cessez drs le jour régleraenlaire de l'époque, afin de ne pas trop 
influencer celle-ci. Mais, si le flux traîne plus que de raison, ce qui 
est fréquent, reprenez Xélixir anti-hèmorrhaijiqne dè.s le quatrième 
jour. En cas d'intolérance pour les médicaments de cette pres- 
cription, vous pourriez conseiller l'usage despihili'x à VenjoUne. 

f . ™..* En cas d'aménorrhée, n'intervenez que dans le 

cas OÙ, supposant le momenl propice pour provoquer 

une excitation sur l'appareil génital, vous voulez produire une 

poussée congeslive capable d'accélérer une époque difficile à mettre 

en train. Prescrivez alors 2 à 3 des pilules suivantes, par jour; 

¥ Suirale de fer ou tartrate ferrico-potassiqiie. . . 0«',05 à CslO 

Aloès du Cap 0-',10 

Extrait de quinquina 0=',05 à 0"',10 

Pouruiie pilule. 

tetnttuMt Le traitement hydro-minéral comporte deux 

'''*°'^"*^ parties : le traitement de la maladie causale et celui des 



748 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES DE L'ESTOMAC 

• 

manifestations Utérines. Ce traitement est très délicat et je ne puis 
ici l'envisager dans ses détails que vous trouverez dans d'autres 
publications*. 

En principe, aux fausses utérines dyspeptiques recommandez: 

Plombières (hypersthéniques, viscéroptosiques, diarrhéiques, 
catarrhe intestinal, entéro-colite muco-membraneuse). 

Châtel'Guyon (hyposthéniques, constipées, fermentations, entéro- 
colite muco-membraneuse). 

Vichy (hyposthéniques, fermentations, congestion hépatique, 
malades non cachectiques ni facilement déprimées). 

Fougues (hyposthéniques, fermentations, anorexiques). 

firwfes (hyposthéniques, constipées, fermentations). 

Royal (hyposthéniques, anorexiques, albuminurie gastrique). 

Mais, quand la dyspepsie ou la viscéroptose causale ne réclament 
pas impérieusement une cure personnelle, usez plutôt des stations 
purement balnéaires. Vous aurez alors le choix entre les eaux indé- 
terminées comme Luxeuil^ Plombières^ Vssaty etc., les eaux sul- 
fureuses comme Saint-Sauveur^ Saint-Honoré, etc., et les eaux 
chloruréeS'Sodiques fortes de Biarritz^ Salies-dc-Béarn, Salins- 
du-Jura, etc. 

Il est quelquefois difficile de combiner les indications causales et 
celles fournies par l'état local. Il faudm tenir compte du terrain, des 
aptitudes réactionnelles de l'utérus et de la malade, des prédomi- 
nances symplomatiques, etc., et je ne puis vous donner un cadre 
d'ensemble dans lequel trouve place la multiplicité des cas particu- 
liers. Voici, par exemple, une hypersthénique permanente aménor- 
rhéique par cachexie et insuffisance de l'assimilation. Vous décidez 
de l'envoyer à l'une des stations désignés plus haut. En choisirez-vous, 
parmi celles-ci, une qui ait aussi la propriété de stimuler l'utérus? 
Certainement non. L'aménorrhée étant ici fonction unique de l'insuf- 
fisance de l'assimilation, les fonctions menstruelles doivent se réta- 
blir spontanément quand la digestion et l'assimilation seront meil- 
leures. Alors, que la cure stimule ou apaise les fonctions utérines, 
cela n'a pas d'importance. Et vous choisirez Plombières ou telle sta- 
tion sédative du même ordre, en vous en tenant à une cure purement 
balnéaire, aidée du régime approprié. 

Si une autre malade du même type est métrorrhagique ou 
ménorrhagique, vous choisirez Ussat. 

1. Albert Robin. — Leçons sur le traitement hydro-minéral des maladies des femmes, 
Bulietin général de thérapeutique, 1899, et Traitement médical des maladies des femmes 
(avec Paul Dalcbé), Pari», 1900. 



LES RETENTISSEMENTS UTÉRINS 749 

liypersthénique leucorrhéique ou neurastliéaiqiie 
ilus grand bénéfice de Saint-Sauveur. 
ypei'Sthcniques dysménorrhéiques iionl h Néris, 
es, Schlangoibad, elc. 

imme, pour chaque cas particulier, vous devrez chercher 
00 domiDanle, déterminer la cure qui la remplit le mieux, et 
irer enOn qu'il n'y a pas un élément morbide qui puisse 
r une contre^indlcalion à la cure choisie. 

^^ Associer un traitement général et étiologique aux 

moyens locaux el purement médicaux dirigés contre les 
utérins, c'est-à-dire revenir, en ia_ modernisaat, à la pra- 
s gynécologistes de la génération précédente : telle est la 
]iie nous conseillons de suivre pour faire rentrer dans le 
de la médecine un grand nombre de fausses aiïections uté- 
: la chirurgie revendique aujourd'hui. 



QUATRIÈME PARTIE 

Les retentissements 
des principales maladies sur Teste 



L*estomae dans les maladies 



PREMIERE LEÇON 

LES RETENTISSEMENTS GASTRIQUES DES MALAI 
DE L'INTESTIN 

L'IMPORTANCE TUËRiPEDTlQtJi: UE LA NOTION ËTIOLOGlttUI 
LES DYSPEPSIES DES MALADIES onCANIQUES DE L'ESTOMAC — L'ENT 
ET SOS TRAITEMENT 
LES DYSI>EPSiES DANS LA CONSTIPATION, 
LA DIARRHÉE, LES HtMORRHOlDES, L'HELMINTHIASE, LES HERN 



L«s retentisBements des maladies sur l'astomac. — L'Un 
thérapeutique de la notioa étiologique. — Les dyspeps 
les maladies organiques de l'eBtomac. 

Us Après l'élude qui vienl d'être consacrée 

des nuiiâdiM gHostic 61 au Iraileinenl des troubles morb 
sur ruionuB. ]gg maladies de l'estomac peuvent induire 
divers organes, il est nécessaire de renverser les termes du j 
et de rechercher s'il ne convient pas d'imposer aussi un ti 
spécial ou, pour mieux dire, s'il n'est pas opportun de m 
traitement TondamenLal des dyspepsies suivant lu nature 
morbides qui leur sont associés et qui jouent, dans leur dt 
ment, soit un rôle éliologique direct, soit simplement un 



75S LES ItETËNTISSËHENTS DES MALADIES SUR L'ESTOMAC 

mise en irain. Au irailcment des relentissemenls des maladies de 
l'estomac sur les multiples appareils et fonclioDs de roi^aoisme, il 
est doDC nécessaire d'ajouter mainlenant le traitement des relentis- 
semenls sui l'estomac des maladies et des troubles fooc- 

secondaires aux maladies du 
,érus, aux néphrites, aux 
piraloii'Cs,aux névroses, 
la goutte, au diabète, au 
iberculose pulmonaire! 
ces retentissements gaslri- 
t devni-t-il tenir compte de 
tomacjile? 

apculique de la nolioD 
imposée à nous, quand il 
dites primitives; mais, ici, 
t dominanle;car, s'il est vrai 
intit sur la maladie causale 
ment de celle-ci qui, le plus 
u médecin, à moins que la 
lur qui commande un (raile- 
L le cas. 

les considéraLions générales, 
re elles, comme caractères 
me clinique. Chacune de ces 
e envisagée a part, en met- 
lui donne son étiologie. 

les dyspepsies qui accompa- 
;aniques de l'estomac, 
quelconque de gastrite, du 
i cancer, etc. Presque tou- 
iment fonctionnelle que ces 
înctionnelle, évolue vere une 
lite, soit de la suppression, 
ane, des lésions matérielles 
)nstituées, entretiennent les 
1 réalité la dyspepsie com- 

loutes les maladies de l'es- 
e, suivant sa forme, au Irai- 



BAquilibre du ventre. — La symptomatologie. 

bdominaux, gastriques, aerveux, généraux. — L'étlo- 
lO^nie. — La ihéorie de CléaarJ. — La théorie 



! a solidarité fooclionnelle entre l'estomac 
eslin. Tous deux peuvent être affectés de dyspep- 
abord individuelles, mais qui ne lardent pas à 
I. On commence par être dyspeptique gastrique 
!0 l'absence d'une ihérapcutiqueefficace, on fiait 
:|uegastro-iatesUnal. Et ceci s'explique non seu- 
larité foncLionnelie dont je viens de parler, mais 
contiguïté et de continuité nerveuses elcircula- 
es deux organes. A coup sûr, le traitement du 
I, dans tous ces cas, précéder ou accompagner 



sait que chez certains sujets, les femmes sur- 
it principalement à la suite de grossesses, les 
abdominales deviennent particulière meut lAclies 
:hute (lu côlon transverse et du paquet intestinal 
avité pelvienne. C'est l'enléroptose, qui re- 
>rganes contenus dans l'abdomen et amène un 
iu ventre (Gléhard). 

droit, l'estomac, entraînés dans la dislocation, 
!nt des situations vicieuses. 

symptomatologie de l'enléroptose comprend les 
ats suivants : 

ventre est déformé et sa paroi a une flacci- 
La sonorité intestinale à la percussion est 
ains points, tels que l'hypogastre et la fosse 
ant qu'elle est plutôt exagérée à l'épigastre et au 
épigastre est le siège de battements artériels 
s pour le malade. Le côlon transverse, ré- 
el abaissé, donne, au palper, la sensation d'une 
lique transverse, que l'on perçoit au-dessous 
4S 



LES RETENTISSEMENTS DES HAI.ADIES SUR L'ESTOMAC 

c el doni la compression s'accompagne d'une 

euse el d'irradiation douloureuse vers le 
jilatc OH rétracté, rempli de masses fécales 
1 forme de boudin ovoïde assez douloureux 
iescendant est rempli de matiêies lécales 
■traction un cordon, dit cordon sigmoïdal 
lume du doigt el est sensible à la pression, 
entérite muco-membraoeuse sont la 

mais cet abaissement porte principalement 
i bien que l'organe subit un mouvement de 
d'avant en arrière, 
it aussi un abaissement quelquefois très 

essie et le rectum sont parfois enirainés 

plose. 

•équilibre total, les malades ressentcnl dans 

mt la multiplicité délie toute description. 

des symptômes qui précèdent, figurent des 
'.s gastriques qui souvent prennent la 
énoménologie et concentrent sur eux toute 
apole au niveau et au-dessous de l'ombilic; 
us ou moins abaissée. Le cbiraisme sto- 
; plus multiples anomalies depuis l'hyper- 
hlorbydrie avec ou sans fermentations. La 
ivec tous leurs accidents, sont fréqueutes. 

i ti on est mauvaise; les malades maigrissent, 
reoaent un teint grisâtre; l'ctat général 



ème nerveux se met de la partie, impose 
lymptomatologie le masque de la neura- 
les, réagissant à l'envi les uns sur les autres, 
ons morbides dont l'apparence généiale et 
its varient à l'înûni, mais derrière les- 
jrs, si on sait les rechercher, les éléments 



)Lose reconnaît diverses origines. La 
it dans le relâchement des parois abdomi- 



L'ENTÉROl>TOSE 755 

nales qui suit la grossesse, ramaigrissement trop rapide du 
ventre, la résorption ou Tévacuation des grands épanche- 
menls péritonéaux. Puis vient Tentéroptose des jeunes filles, due 
à la constriction par le corset qui produit la dislocation de l'es- 
tomac, la déviation du foie en bas et en dedans, rabaissement du rein 
droit et le refoulement de la masse intestinale en bas. 

On a décrit ensuite une entéroptose par atonie gastro-intes- 
linale d'origine neurasthénique, puis une entéroptose d'ori- 
gine purement intestinale, causée, d'après Glénard, par le 
prolapsus du côlon qui a lui-même pour causes les trauma- 
tismes, les violents efforts, la compression de la taille et la 
constipation prolongée. 

11 existe même une entéroptose d^origine gastrique qui 
succède aux grandes dilatations et aux hypersthénies perma- 
nentes avec spasme pylorique ou la nutrition fléchit et où l'amai- 
grissement est rapide et considérable. 

Enfin Glénard et Coutaret* admettent que Tentéroptose peut 
suivre les grands traumatismes (dyspepsie ectasique de Gou- 
taret); mais Bouveret pense, avec raison, qu'il s'agit plutôt alors 
d'hystéro-neurasthénie traumatique et que ces cas appartiennent à la 
classe précédente des entéroploses par atonie gaslro-intestinale d'ori- 
gine neurasthénique. 

u pathogènie. L'cntéroptosc, telle que l'a comprise Glénard, 

u théorie constitue un ensemble clinique dont la connaissance a 

de Glénard. * 

rendu de très grands services; mais la pathogénie 
qu'en a donnée son auteur ne me paraît pas répondre à la réalité des 
faits. 

En outre, dans la plupart des cas, ce n'est pas le coude droit qui 
est ptosé, mais bien le côlon transverse à sa parlie moyenne, et ce 
côlon s'abaisse le plus souvent sans sténose. De sorte que le ressaut 
que l'on perçoit en fouillant la région pèri-ombilicale et que Glénard 
attribue au contact du côlon sténose (corde colique) ne reconnaît 
pas toujours cette explication et peut être attribué, comme le veut 
Ev^ald, soit au bord supérieur du pancréas, soit à la portion horizon- 
tale du duodénum. 

Le boudin cœcal et le cordon sigmoïdal ont plus de valeur 
En effet, il est facile à une main exercée de distinguer la coprostase 
caecale ou iliaque qui se manifeste par des masses arrondies ou 
allongées, mais alors bosselées, très dures, qu'un massage doux peut 

1. COUTARET. — Vingt-cinq ans de chirurgie» Paris, 1883. 



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756 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES SUR L'ESTOMAC 

déplacer et que mobilise uue irrigation intestinale pratiquée à l'aide 
d'une longue canule. Le cordon sigmoïde et le boudin caecal donnent 
une sensation moins dure, plus allongée, plus régulière, qui répond 
bien à celle que produit l'intestin induré ou contracture. 

La plose générale des viscères de Tabdomen n'est pas la conséquence 
de la chute du gros inteslin, et il n'y a pas de relation absolue entre la 
ptôse du coude droit du côlon et celle du rein droit. Le rein mobile 
n'est donc pas le satellite de renléroptose ; il peut exister et il existe 
souvent sans celle-ci, comme A. Mathieu* Ta parfaitement démontré. 
D'autre part, il ne faut pas aller aussi loin queWoLKow et Delitzin - 
et déclarer qu'il n'y a aucune relation entre la chute du côlon trans- 
verse et celle du rein. 

La uiéoiie Et si Ton cuvisagc la maladie de Glénard dans son 

nutriuve. ensemble, on arrive à la considérer, non pas comme 
l'expression réactionnelle d'un trouble de la statique abdominale qui 
dépend lui-même d'un trouble de la statique du côlon, mais bien 
comme une affection complexe, une sorte de panoptose^ dépendant 
d'une cause générale, d'un trouble de la nutrition des tissus qui 
les dispose tous au relâchement et dont l'entéroptose elle-même n'est 
qu'un des éléments. Ce trouble de nutrition est du même ordre que 
celui qui prédispose aux hernies (Berger), aux prolapsus utérins 
(Trélat, Pozzi), aux varices (Schwartz), à certaines scolioses 
(TiLLAUx), à la tai'salgie (J. Guérin), aux périphlébites (Albert Robin). 
Ce vice de nutrition inconnu dans son essence est congénital et 
héréditaire. Il affecte l'organisme tout entier et, suivant la cause qui 
le sollicite, il a pour conséquence les diverses manifestations morbides 
précédentes, soit isolées, soit plus ou moins associées, avec une domi- 
nante qui, pendant un temps, concentre sur elle toute l'attention du 
malade et du médecin. L'entéroptose est l'une de ces manifestations. 
Elle n'est donc pas une entité morbide à proprement parler, mais 
l'une des expressions d'une entité d'un ordre plus général et dont la 
notion doit intervenir dans les actes thérapeutiques. 

1. A. Mathieu. — Bulletins de la Société médicale des hôpitaux, 15 décembre 1893. 

2. WoLKOW et Delitzin. — Die Wanciernierc. Ein Beitrag zur Pathologie dei 
inlraabdominalen Gieichgewichtes, Berlin, 1899. 

3. DucHESNE. — Thèse de Paris, 1801. 



III 



ja traitemdnt de l'entéroptose. — Les indications thérapenttq 

— Le traitement de choix. — Le soutènement de la paroi a 
minale. — La sangle de GléDard.-- Les ceinlurcsde la Pilié ei leurs q 
modules. — La ceinture pour rein mobile. — Le placement de la eeintu 
Les toniques de la paroi abdominale. — Les compresses éc 
Tantes. — Le massage. — Les onctions stimulante!. — Le traites 
gastrique. — Lee laxatifs. — Les injections soue-outanAe 
glyoérophosphate de soude. — Les agents pl^siquaa. — 
traitement chirurgical. 



Le meilleur régime, la plus habile médicalion 
macale seront totalemeot impuissaols contre les Uou 
gastriques qui dépendent de l'cntéroptose el du déséquilibre al 
minai. Mais que l'on remette les organes à leur place à l'aidi; d 
bonne ceinture, qu'on réduise le rein et qu'on le maintienne, e 
tout ne rentre pas aussi lât dans l'ordre du c6té de l'estomac, 
moins le traitement gastrique aura-t-il alors de grande? chance 
réussite. 

Gléharo a parfaitement posé les indîcati 
thérapeutiques de l'entéroplose qui sont : 

"l* Relever et maintenir relevés les viscères abdominaux 

2° Augmenter la tension intestinale , 

'i° Régulariser les sel les; 

4° Exciter les sécrétiunsdu tube digestifet de ses annc 

5' Régler l'alimentation et favoriser la digestion ; 

6' Tonifier l'organisme. 

Pour remplir ces indications, Glénard propose la samjle hi 
gastrique, les alcalins, les purgatifs quotidiens, le régime. Le I 
lemeot ainsi constitué a donné à son auteur de nombreux succè 
peut donc être adopté en principe. 



Toutefois j'ai cru devoir lui apporter certa 
Mooou. modifications, parmi lesquelles : la restriction 
\i médication alcaline et des /na;rt(//s s«(iHs quotidiens qui fatigi 
beautoupel sans grand profit la pluparldes malades; YamcHora. 
de la sangle hypogaslrique, et la mise en œuvre de divers moj 
destinés à tonifier la paroi abdominale et l'oiganisme en général, 



758 l,ES RETENTISSEMENTS DES MALADIES SUR L'ESTOMAC 

de remédier, dans la mesure de dos connaissances actuelles, au vice 
nutiîlif que nous ne connaissons pas dans sa nature, mais que nous 
pouvons juger d'après ses nianifeslaiioDS. 



La ceinture la plus employée est la sangle ima- 
ginée par Glénard (fig. 6 et 7). Elle est formée d'une 
Laïutfi bande de Loile élastique renforcée vers la région 
da oiiBBTd. médiane par des piqûres droites et obliques; elle 
s'attache par derrière au moyen de deux boucles. Si la viscéroptose 



s'accompagne d'un rein mobile, on dispose au-dessus du pubis et 
do chaque côté, sur la partie anicrieure de la ceinture, une ou deux 
peloles comme on le voit sur la figure 7. 



Cette disposition est certainement avantageuse et constitue un 
réel progrès sur les ceintures classiques; mais je lui reproche de faire 
un gros ventre, de déformer la taille, de former bec quand la femme 



L'EMÉnOPTOSE 759 

s'assied et de pinrer la peau entre la sangle et le corseL. C'est un 
modèle utile chez rhomme, mais inacceptable pour une femme. 

Ln etùMoet Une bonue ceinture abdominale doit soutenir le 
*■ " "*'*■ ventre sans le comprimer et faire ce que l'on pourrait 
obtenir avec la main, en ramenant les viscères à leur place, par une 
action de bas en haut pratiquée au-dessus du pubis. La c 
serait celle qui, ressemblant, autant que faire se peut, 
posséderait en outre une élasticité parfaite. C'est ce que 
réaliser dans les divers modèles que Je vais décrire. Ces 
connus chez les fabricants, qui les ont exécutés sou 
Ceintures de la Pitié, et sont désignés par les nu 
et 4, le numéro 1 se construisant de trois façons diffère 

La La figure 8 donne le dessin du numéi 

premKr tTP«. j^j^d^lc le plus fréquemment appliqué poi 
d'hôpital. C'est une sangle dont le bord supérieur ei 
dont le bord inférieur est échancré et arrondi suivani 
du ventre. Elle est faite en un tissu fort, et des éla: 
en E permettent à la ceinture de s'appliquer sur les 
fentes f, f et /" laissent l'appareil libre de prendre la 
partie supérieure du ventre et l'empêchent de former 
malade s'assied. Enfin des sous-cuisses se sont ad; 
nécessaire. 



Ce modèle peut se modifier suivani la figure 9 (ty 
laquelle les fentes sont remplacées par une bande de ti 



760 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES SUR L'ESTOMAC 

tique que celui de la ceinture. Les courbures sont calculées pour 
que la ceialure puisse se mouler sur un ventre plat. 



Le Ivpe i 1er {iig. 10) prôsenle des élastiques latéraux plus 
lai-ges avec des lacets pour modider la largeur des échancrures. Il 
s'ajuste très facilement, et l'on peut y adapter, comme dans tous les 
autres modèles, des pelotes en cas de rein mobile. 



d.aii*''' t ^^ modèle n" 2 (fig. H) m'a souvent rendu service. 

""'""■ C'est le type 1 bis, avec ses élastiques (E) et ses 
échancrures (1,2,3); mais une plaque, vérilable main en alu- 
minium, est placée juste au-dessus du pubis, en A. Des jarretelles (J) 



permettenl aux femmes d'atlacher leurs bas, et l'adjonclion des sous- 
cuisses (s c) empêche la ceinture do remoDler. 



La figure 12 vous montre cette ceinture en place. Elle est exac- 
temenl ajustée et, quand on la munit d'une pelote en cas de rein 
mobile, elle remplit {larfaitement le but. 



Le modèle n° 3 {Cv^. 13) a l'avantage d'augmenter 
' moins le volume du ventre; il est très souple et plus 
facilement accepté par les sujets de moyenne corpulence. Il est 
fomié de trois bandes de tissu élastique, maintenues par des 
piqûres verticales sur la partie antérieure et obliques sur les parties 
latérales. La ceinture se ferme par une boucle unique. Elle est mais- 



762 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES SUR L'ESTOMAC 

tenue par des jarretelles chez la femme, par des sous-cuîsses chez 
l'homme. 



Quand les malades se refusent absolument à porter 
les sous-cuisses sans lesquels la ceinture manque de 
la fixité nécessaire, vous pouvez conseiller le modèle suivant (ccin- 
lure n° /fr, fig. 14) qui soulève encore assez bien la masse intesli- 
nale, mais qui, dans tes cas de grande viscéroptose, ne saurait 
remplacer les modèles précédents. 




Fie. 11. — Li ceinture b' 1. 

Ce type est une sorte de bandage herniaire ; une plaque, ajustable- 
(IIP) au moyen d'une échancrure à lacet et munie de deux petites 
pelotes de refoulement, est maintenue sur la partie inférieure de 
l'abdomen par deux ressorts (R) qui contournent la taille. Il est im- 
possible de trouver un mode de contention plus mince ; il dispense des 
sous-suisses, n'épaissit aucunement la taille et permet à la femme de 



L'EMEROPTOSE 763 

De, pas même une autre femme, puisse 



1. — Cciulura n" t, en pUo«. 

! la ceinture n' 4 en place. On voit que le 
est réalisé à peu près complètement, mais 
■curilé qu'à l'aide des modèles précédents, 

i ptôses, celle du rein demande une con- 
ale, quand l'oi^ane est très mobile ou très 
djonction d'une pelote aux ceintures ci- 
is les cas simples. Les pelotes seront en 
On les place toujours trop haut; car leur 
irectemenl le rein, mais de soulever le pa- 
irein doit s'appuyer comme sur un coussin 
s fixer les pelotes immédiatement au-dessus 
de la ceinture. Dans les cas plus graves, 
eprésenté dans la figure i 6, soit une plaque 
i et un sous-cuisse. 



dages sont fréquemment fort mal sup- 
simplemenl parce qu'ils sont mal placés. 



7Gi LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES SUR L'ESTOMAC 

Le plus souvent, le malade fait sa toilette; puis, au moment 
de passer ses vêtements, il met sa ceinture, debout. Or, qu'il s'agisse 
d'une plaque rénale ou d'une ceinture ordinaire , c'est là une 
mauvaise pratique. En effet, la station debout fait descendre les or- 
ganes et, naturellement, quand on pose l'appareil de contention, il 
vient s'appliquer sur les organes qu'il devrait soutenir et il les com- 
prime, il faut donc absolument que ces appareils soient rais en place 
dans le décubitus. Le malade étant couché, le rein doit être refoulé 
en situation normale et, alors seulement, la ceinture est appliquée. 
Dans ces conditions, le rein trouve un support quand le malade 
reprend la station debout et le résullat cherché est atteint. 

Mais, pour que cette pelile opération puisse être faite en connais- 
sance de cause, il est absolument nécessaire que votre sujet apprenne 
à reconnaître son rein dans l'abdomen ; il faut donc que le médecin lui 
enseigne à le distinguer des autres organes. La main droite refoulant 
la région rénale (le malade étant couché), l'autre main fouille dans la 
fosse iliaque et cherche le rein. On pourrait le confondre avec de la 
coprostase, mais celle-ci est peu mobile et surtout elle n'est pas refou- 
lable ; le rein, au contraire, une fois saisi entre les deux mains, se 
refoule naturellement vers sa situation normale. La vésicule biliaire 
distendue pourrait aussi être confondue avec le rein, mais elle est 
placée beaucoup plus haut, près des côtes; elle est peu mobile et, 
surtout, elle est de consistance beaucoup plus molle. Une fois le ma- 
lade au courant de toutes ces petites manœuvres, au fond très faciles, 
il arrive à appliquer régulièrement sa ceinture dans les meilleures 
conditions. 

Les toniques Le port dc la ccinturc n'est pas le seul moyen à 

de la paroi opposcr au déséquilibre abdominal. Il faut y adjoindre 

les moyens capables de rendre à la paroi abdominale 

la tonicité qui lui manque. Ces moyens sont les compresses éclmuf" 

, fautes et un massage spéciaL 

Les compresses Lcs compvesses écluiuffantes sont très employées en 
échaoïfanus. i^^ggjg^ ^^ Allemagne et en Autriche. On prend une ser- 
viette de toile, pliée en long, et on la trempe dans Veau froide ; puis 
on l'applique sur le ventre, on la recouvre de taffetas gommé, d'une 
grande feuille d'ouate, et Ton fixe le tout avec une bande de flanelle. 
Elle doit être gardée toute la nuit; mais au début, en raison delà gène 
qu'elle cause parfois, on ne la maintient que pendant deux ou trois 
heures. Ensuite on augmente peu à peu la durée de l'application. La 
compresse froide s'échauffe rapidement et forme une sorte de bain 



L'ESTÉROPTOSE 765 

;euQe action sédative sur les organes abdo- 
lasmes intestinaux. On peut remplacer l'eau 
hlorurées-sodiques fortes ou même par des 
obtenir des effets stimulants. Dans ce dernier 
eaux-mères chlorurées-sodiques et calciqiies, 
Iden et àtSaliHs-du-Jura;c^T\ei eaux -mères 
; de Biarritz et de Saties-de-Iiearn jouis- 
sédatives. 

ssage consiste en un eflleurage très léger et 
ie la paroi abdominale. Cette manœuvre sera 
ec la paume de la main appliquée à plat, et 
> la friction sera douce, meilleur sera l'effet. 
: vingt-cinq à (renie minutes. On a^ira parti- 
ction des fibres musculaires. 

assage, vous joindrez l'usage de pommades et 
nts excitants, dont voici les formules : 

)mique 1 gramme 

'alumine 2 grammes 

30 — 

oin q. s. pour aromatiser 

F. s. a. Pommade. 

rvira pour le massage. On fera précéder l'ap- 
î ècliauffantc d'une friction avec le Uniment 



iquina J 

vanti [ â&à. 100 grammes 

.3 — 

le i gramme 

vomiquc 25 grammes 

F.s.a. Linimenl. 

lieraent être appliqué, au réveil, sur le ventre 
ite d'une ceinture de flanelle. 

au traitement gastrique qui devra être associé 
ques précédentes, il dépendra de la forme de 
:e que révélera, en cas d'hésitation, l'examen 



7G6 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES SUK L'ESTOMAC 

chimique du conleou stomacal. Dans la plupart des cas, il s'agit de 
l'insuffisance gastrique avec hypochlorhydrie, compliquée 
ou non de fermentations secondaires. 

On ordonnera donc, en dehors du réijime et de Vhyijiéne indiqués 
dans cette forme de dyspepsie. Veau pure ou telle eau minérale indif- 
férente ea boisson. On administrera cinq minutes avant les repas une 
cuillerée à café à'èlixir de Gendrin ou un cachet coiniiusc mic sels 
potassiques et à l'ipéca ' et, aussitôt apiès les repas, X gouttes de la 
mixture composée à la teinture de fèves de Saint-Ignace don\ les alca- 
Irychniques ne seront pas sans action sur la laxilo des tissus '. 

^^^ On associera à cette médication les gr-hides iiriga- 

tions rectales avec de l'eau bouillie, répcltîcs deux à 
s par semaine, et les pilules laxatives composées à l'aloès et au 
végétal^ qui m'ont paru mieux réussir que les laxuliff, salins. 
SARD, donne le matin, à Jeun, en cas d'absence ou d'insuffi- 
les garde-robes, un des paquets suivants dissous dans un 
!rre d'eau tiède : 

Sulfate de soude 70 grammes 

Sulfate de magnésie 30 — 

Mélei et divisez en dix paquets. 

e solution saline est plus facilement prise et toléiée si on 
>nne d'un peu à' eau de Seltz. 

i constipation a un caractère spasmodique, on se trouvera bien 
ment huileux de Kiisshaul. 

wusn. On usera largement des injections sous-culanèes de 
^" ghjcérophosphate de sonde auxquelles j'ai dû plusieurs 
^^w succès et qui agissent, à la fois, sur l'élément neurasthé- 
nique lié à l'entéroptose et sur la débilité nerveuse et 
atonie générale qui figurent à l'origine de lous les cas d'en- 

56. 

i«du L'électricité statique, le massage de l'ubdvinen sui- 

■""' vaut la méthode de Geoffroy, Vhydrot fiera pie générale 
it être employés aussi avec avantage dans certains cas 



1 page 38Î. 
;i page .^85. 
SI page 395. 



L'ESTÉROPTOSE Tfi7 

La question du traitement chirurgical de l'enlé- 
roptose a été posée à la Société belge de cliirurçie par 
Gallbt, Rouffart et Depage ', puis par Lambotte', et l'ensemble des 
travaux sur la question a élé bien résumé par G. Ducatte'. Le but 
qu'on se propose esl de fixer les viscères ptosés par la produclion 
d'adhérences artillcielles et de remédier à la laxilé de la paroi abdo- 
miDale par la résection d'un lambeau de celle-ci. 11 est permis d'af- 
fii-mer dès maiotenant que, malgré les cas favorables publiés, la 
méthode sanglante ne constituera jamais dans le traitement de l'en- 
léroplose qu'une infime exception et que ni ses indications, ni ses 
coDlre-itidicalioos, ni les règles de l'intervention ne sont précisées. Le 
fasseot-elles, il faudrait encore se demander si les adhérences artifi- 
ciellement formées ne nuiront pas aux mouvements périslaltiques de 
riDlestin, si elles offriront une assez grande résistance pour assurer 
la stabilité de l'oiyane et, surtout, s'il n'est pas possible qu'elles 
deviennent la cause de douleurs pennanenles et même d'étranglement 
inleslinal. Toutes ces raisons sont suffisantes pour réduire l'interven- 
tion chirurgicale à des cas d'une extrême rareté qu'il est même impos- 
sible de préciser. 



IV 

^ dyspepsie des constipés. — Les reteatlBsements gastriques de 
la diarrhée, des entérites, etc. — La dyspepsie des hémor- 
rhoîdes, des vers intestinaux, des hernies en général et des 
lieraies ombilloalee. 



Nous connaissons moins bien les dyspepsies 
intestinales que les dyspepsies gastriques j aussi fait- 
on plus difficilement le diagnostic de celles-là et 
*•- passent-elles plus souvent inaperçues, à moins de se 
révéler par quelque symptôme très localisé, comme la constipation 
ou la diarrhée. Encore est-il bien difficile de décider si cette consti- 
pation ou cette diarrhée sont primitivement intestinales ou ne 
dépendent pas d'une conséquence intestinale d'un trouble gastrique 
antécédent. 



I. Gallet, RODFrART, DcPAce. — AnnaUt de ta Société beige de chirurgie, 1893. 

î- LimoTTE. — Annatei de ta Société belge de chirurgie, Sï décembre 1895 et 
ISjuTisr 1896. 

3. G. nDcuTE. — Les ptoici du gros intestin «t leurs complication» clitrurgicalâs. 
baie analomique et crilir|ue, Thèie de Paris, 1S9B. 



768 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES SUR L'ESTOMAC 

La dyspepsie Maîs ce qu'i est indéniable, c'esl Tinfluence sur les 

des constipés, fonctions gastdques de la constipation habituelle. 
Nombre de cas d'hyperslhénie gastrique ne reconnaissent pas d'autre 
cause. Le trouble gastrique prend d'abord une allure intermittente, 
presque paroxystique, et plus tard devient permanent, en aggravant 
pour son propre compte le trouble intestinal primitif. Ceci s'observe 
surtout de dix-huit à vingt-cinq ans, chez les individus constipés dès 
leur première enfance. 

Il m'a été donné de voir la réalisation, pour ainsi dire expérimen- 
tale, de cette variété de dyspepsie chez une Américaine que je soignais 
avec Second pour une obstruction intestinale provoquée par des adhé- 
rences d'origine salpingitique. Pendant les neuf jours qui précédèrent 
Topéralion de l'anus contre nature, la malade, qui n'avait jamais souf- 
fert de Testomac avant son obstruction, fut prise d'horribles crises 
d'hypersthénie gastrique avec hyperchlorhydrie dont on vit se déve- 
lopper rapidement chez elle tout l'ensemble symptomalique. Quand 
l'intestin fut ouvert, l'acidité des liquides qui s'écoulaient par l'anus 
artificiel était telle que la peau de l'abdomen fut en quelque sorte 
digérée aux alentours de la plaie, malgré la saturation que l'on pra- 
tiquait énergiquement du côté de l'estomac. On ne parvint à arrêter 
cette sorte d'auto-digeslion qu'en pansant l'anus artificiel et sa péri- 
phérie avec un mélange de magnésie hydratée et de sous-nitrate de 
bismulh. Plus tard, Second pratiqua Tablation de l'utérus et de ses 
annexes, libéra l'intestin et ferma l'anus artiûciel. Quand les ma- 
tières fécales eurent repris leur libre cours, les troubles d'hyper- 
sécrétion gastrique cessèrent aussitôt. Ce qui s'est passé dans cette 
observation, sous l'influence d'une obstruction lente de l'intestin, se 
réalise fréquemment chez les constipés chroniques. 

Le traitement. ^^ traitement de la constipation, dans les 

dyspepsies secondairement développées, doit donc pré- 
céder toute thérapeutique gastrique. Cette indication esl de la plus 
haute importance. Elle domine à ce point la thérapeutique des ma- 
ladies de l'estomac qu'aucune dyspepsie, suite ou cause de constipa- 
tion, ne saurait guérir sans le traitement de celle-ci et que, dans bien 
des cas, on a vu des malades, qui se présentaient avec l'apparence de 
dyspeptiques, guérir d'une manière presque surprenante lorsqu'on 
rétablissait les fonctions de l'intestin, soit à l'aide de médicaments 
appropriés, soit grâce à l'usage de certaines eaux minérales comme 
Châtel'Guyon, Kissingen, Carlsbad, Brides, Aulus, Santenay ou 
Maizières, ou par les diverses médications précédemment étudiées*. 

i . Voyez pages 294 à 296. 



LES DYSPEPSIES UKS HÉMOftRHOÏDAlRES "69 

Les notions précédeotes s'appliquent à la diar- 
rhée vulgaire d'origine primilivement iolestinalc, 
'a.i'^rtSS!' ^^^ diverses entérites, à la dysenterie et au 
■"• carcinome de l'intestin qui finit par retentir sur 

l'estomac et provoque, dans quelques cas, du catarrhe gastrique 
secondaire avec hypersécrétion muqueuse. Leur traitement devra 
toujours précéder celui du retentissement gastrique. 

[«■ < Il n'est pas rare de voir des malades qui se plaignent 

"de maux d'estomac, de digestions pénibles avec bal- 
lonnement du ventre, de production excessive de gaz 
avec constipation, et qui ne songent nullement aux rap- 
ports de leur maladie avec leshémorrholdes dont ils sont atTeclésà 
leur grande satisfaction*. > 

Cette variété de retentissement intestinal sur l'estomac a été bien 
décrite par G. Sée qui lui reconnaît les symptômes suivants : 

1° Sensations douloureuses au niveau et au-dessous de l'épi- 
gastre ; 

î° fiallonnement du ventre après les repas, particulièrement 
quelques heures après l'ingestion des aliments ; 

3* Éructations gazeuses ordinairement sans odeur; 

4° Lenteur extrêmede ladigestion avec sensation de pesan- 
teur locale dans la région sous-ombilicale; 

5* Sentiment général de fatigue et de malaise; 

6' Douleurs lombaires; 

7* Constipation. 

Ces troubles dyspeptiques où s'associent des symptômes gastriques 
et intestinaux s'améliorent rapidement par le traitement anti- 
hémorrhoïdal'. 

Je vous signalerai encore les retentissements dyspeptiques des vers 
intestinaux'. Leur symplomatologie défie toute description, tant 
les sensations gastriques perçues sont multiples et irrégulières. Notez 
cependant la fréquence de la gastralgie, de l'état nauséeux, et 
l'irrégularité de l'appétit. 

la i)7>p«piM Oq connaît les nombreux troubles dyspeptiques qui 

^BtoÏÏr peuvent aCecter les hernieux. Ces troubles n'offrent 

rien qui les différencie des dyspepsies ordinaires. Leur 

caractère essentiel est de survenir plutôt par accès qui revêtent 

1. Gerhain SËe. — Des djipepiies gaiIro-intesliDales, 1881, p. H6. 

ï. Voje: page 5&S. 

3. Vab DaGVESEH. — Observations médico-pli^Eiquïi sur les vers, p. 304, 1761. 



770 LES RETENTISSEMENTS «ES MALADIES SUR L'ESTOMAC 

l'apparence clinique d'une des fornies de dyspepsie que nous con- 
naissons et qui cessent ordinairement quand on réduit ia liernie et 
qu'on la maintient à l'aide d'un bon bandaije. 

udrupepsi» Aux dyspepsies qui compliquent les hernies ordi- 

"^nTS*" naires joignons la dyspepsie hernieuse décrite par 
Zabé', qui se produit, plus fréquemment qu'on ne le 
pense, chez des individus porteurs de petites hernies ombilicales 
passant souvent inaperçues. Ces hernies se font jour à travers l'ou- 
verture de la partie supérieure de l'anneau ombilical, ou à travers 
un orilice accidentel placé dans le voisinage de ce dernier, ou enda 
à travers les éraillures de la ligne blanche, au voisinage et principale- 
ment au-dessus de l'anneau. 

Chez l'adulte, ces liei-nies sont très souvent constituées par un 
repli du grand épiploon. 

Elles provoquent ordinairement des troubles dyspeptiques qui 
ressortisseot à la dyspepsie hypersthénique. Aussi est-il indispen- 
sable de les rechercher et de faire une attentive e:«ploration des replis 
de l'anneau et des parties avoisinanles, puisque de leur contention 
ou de leur guérison dépendent l'amélioration cita disparition delà 
dyspepsie. 

L« trB]t«ii«iit. ^'^ traitement comporte d'abord la réduction de 
la hernie, quand celle-ci est possible, ou tout au moins 
sa contention à l'aide du bandage de Zabé, qui est constilué par une 
ceinture hypogastrique, munie vis-à-vis de l'ombilic d'une pelote 
ellipsoïde au centre de laquelle est fixé un boulon creui en caout- 
chouc rempli d'air, d'un diamètre proportionnel ù celui de la hernie, 
et d'une hauteur en rapport avec la dépression ombilicale. Chez les 
femmes maigres, on maintient la pelote sur la région ombilicale avec 
une bandelette en tissu élastique large de trois travers de doigt et 
s'agrafant sur la pelote même. 

Avant d'appliquer le bandage, on tentera de réduire ta hernie par 
un massage très doux. 

Dans les cas rebelles, la cuve radicale devra êlre tentée. 

1, Ï*BÉ. — Djspppaios licrnieuscs, Purjj, 16UI. 



DEUXIEME LEÇON 

LES RETENTISSEMENTS GASTRIQUES 
DES MALADrES OU FOIE 

LES RETENTISSEMENTS HËCAMQtJtS KT Ll MALADIE DU CORSET 

LA LITHIASE BILIAIRE 

■E DIABÈTE — LES FERMESTATIOSS GASTRIIJUES ET LE COMA DUBÉTIIJLE 

LA CIRRHOSE HVPERTROPHIQUE AVEC ICTËRE 

LES CIRRHOSES ATROPHIQUES - LE CAHCINOHC DU FOIE 

LES KÏSTES HÏDATiytES 



Les retQntiasflmentfl gastriques des déplacem^tts du foie. — X^n 
'Aa.ladie du corset. — Les sympldmes et les variétés. — Le traitement. 

""■prwi^oB L'iiyperliopliie el les déplacemenls du foie 
HtigioiB.° gênent les mouvements de l'estomac pendant la dig^es- 
um^g tion et apporteal un certain obstacle à l'exptilsion de 
«•"eorart, gQjj contenu. Celle dyspepsie purement méca- 
nique s'observe principalement chez les femmes, à la suite des 
déformations et des déplacements du foie par des corsets trop serrés. 
La maladie du corset a lait l'objet de nombreux travaux parmi 
lesquels vous devez relenii' ceux de Clozier (de Beauvais) ', de Bou- 
VERET ^ de Chapotot ^ et de Haïem . 

Les déformations slomacales qu'elle engendre différent suivant le 
siège de la constriction. 

t. Clozier. — Gairtte da hôpitaiu:. 3t) octobre I8K5, et Communications diverse) a 
rAcaéémie de médecine. 

1. BouvERKT. — Traité des maladies de Teslomac, Paris, 1S93. 

3. CltPOTOT. — L'estomac et le corset. Déviations, dislocation:, tronbles fonctiuii- 
ncls lie l'esloniac provoqués [lar le corset, Paris, 1tJ92. 



LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES SUR L'ESTOMAC 

jji^^ Dans une première variélé, ou dislocation 
"1*" gastrique, ie foie et le rein droit sont abaissés, l'es- 
«uoB tomac tend à devenir tout à fait verlicai, le pylore 
^- s'abaisse, les liquides stagnent dans la partie la plus 
e l'estomac qui est ici l'antre pré-pylorique. Celui-ci se dis- 
l'estomac tend à prendre la disposition en bissac (Clozier); 

supérieure communique avec l'inférieure par un détroit à 
equel les mouvenienls respiratoires font passer alternative- 
liquides stomacaux avec un bruit particulier, bruit hydro- 
: de Clozier, isochrone à la respiration, ayant quelque 

avec le roucoulement et qui constitue le signe essentiel de 
Drmation dont les autres symptômes sont : 
is douleurs plus ou moins vives, en forme de crampes, sur- 
ois ou quatre heures après les repas, dues aux efforts que fait 
; pour se vider. Ces crampes douloureuses dilTèrent de la 
trique des hypersthénies par leur irrégularité et surtout pur 
I des autres symptômes de celle-ci, en particulier par l'ab- 
lyperchlorhydrie. Le diagnostic est plus difficile quand il y 
lence de dislocation stomacale et d'hypersthénie; 
i nombreux renvois gazeux coïncidant avec de la pesan- 
malaise gastrique, une gène de la respiration, et survenant 
iprès les repas; 
L déformation gastrique appréciable quelquefois parles 

physiques d'exploration; 

abaissement ou la mobilité du rein droit; 

!S vomissements bilieuï quand la dislocation abaisse le 

tend, par conséquent, à couder le duodénum ; 
;& déformations thoraciqueset abdominales qui con- 
)D dépression sterno-ombilicale avec saillie arrondie du 



lima Dans une deuxième variété, ou étranglement 

lamant gaslrîque, le foie el la rate directement comprimés 
"■ enserrent entre eux l'estomac qui prend encore la 
m bissac, mais sans abaissement du rein droit. 

émt L* troisième variété, ou refoulement gas- 

'■* trique, plus fréquente depuis que les femmes ont 
isot pris la mode des tailles longues, est caractérisée par un 
refoulement partiel du foie et de la rate, non plus en 
sen haut. La dyspnée, les palpitations cardiaques, le 
épigas trique survenant après les repas, la conslipatiOD 



I-V MALADIE DLi CORSET 

Opiniâtre, puis le reloiilemenl en dedans de 
en sont les signes les plus précis. 

lucaimixtM " ^^^ ^^^^ enlendu que ces vai 

d'absolu et que, dans la pratique, 

entre elles et forment le plus souvent des cas mixt 

lm bridM On a noté aussi qu'il se produisait 

ptritoDiiiH. jgg brides de péritonite chroni 

foie et allant au pylore, au duodénum, au côlon. ( 

encore l'évacualion pyiorique, contribuent à la disi 

et sont quelquefois l'origine de graves sténoses pyloi 

u tratumeut ^^ traitement se compose des ] 

vantes : 

i° Supprimer le corset et le remplacer par ui 
mammaire usée par des bretelles qui passent sur 
nouveau corset abdominal, qui commence à être à la 
coup de mondaines et qui serait, soi-disant, exe 
du corset ordinaire, peut être utile dans les cas de 
la deuxième variété; mais il est, à coup sur, danger 
la troisième variété qu'il est même capable de créer 
puisqu'il tend à refouler en haut les organes de l'abc 

2° Relever dottcement ['estomac distendu et le n 
soin, par Tune des ceintures que je vous ai décrites, 
abdominal, ou encore par une ceinture à pelot 
stomacale; 

3° User des agents physiques, comme i'èleclrii 
['hydrothérapie méthodique ; 

4° Diminuer un peu les boissons pendant les re 
dire dans l'intervalle des repas ; 

5' Recommander le semi-dècubitus dorsal après 
répartir le contenu stomacal à la partie postérieure 
lieu de le laisser s'accumuler dans la partie déclive. 



Quand, aux troubles statiques d 
du fonun corset, viennent se joindre ceux del 

oompllqaéaB. ' 

suitede grossesses qui déterminent SOI 
soit de la distension exagérée ou de l'afTaiblissen 
abdominale, on se trouve en présence de cas doc 
tique est extrêmement dillicile, dont l'aboutissant 
slhénie ou l'hypochondrie. Ces malades passe 



LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES SUR L'ESTOMAC 

n et de diagnostic en diagnostic; on les étiquette: neura- 
, rein mobile, entéro-colite muco-membraneuse, dilatation 
lomac, etc.; on fatigue leur estomac par des médicaments 

moins iniempeslifs. Ils épuisent la série des agents physiques, 
ï Y hydrothérapie, Yélectricité, le massage ; ils passent en J'evue 
tiofis thermales et finissent par devenir la proie des empi- 
on des thaumaturges, entre les mains desquels ils trouvent 

la guérison, ne fût-ce que parce qu'on ne surmène plus leur 
c avec des drogues inutiles. Ces malades sont justiciables des 
leiils combinés de l'enléroptose' et de la neurasthénie 
que*. 



tentiBsementB gastriques de la lithiase biliaire. — La réac- 
gaetrique dans les coliques hépatiques. — La dyspepsie 
critique à ohimisme variable. — La symptonialologie. — Les 
idmes hépatiques et névropalhiques. — La fréqueDce. — Le chimisiiii' 
lonus musculaire v.iriobles. — Lfts erreurs de diagnostic. — L'indiges- 
critiqne. — L'accès d'hypersthénie aiguë paroxystique. — 
ces d'hypersthénie avec aoholie. — Le diagnostic et le trai- 
ent. 



touon On peut dire qu'il n'est pas un seul cas de lithiase 

^ biliaire qui ne s'accompagne de symptômes gas- 
*^" triques, puisque la gastralgie et les vomissements 
font partie des manifestations de la colique hépa- 
Les connexions nerveuses du foie et de l'estomac donnent !a 
de celte association. Dans certains faits de colique hépatique, 
-ion gasiro-ioteslinale est telle que l'on a pu voir survenir de 
accidents sp as modiques du côlé de l'estomac, du 
,um et de l'intestin, avec vomissements fécaloïdes et 
mes d'obstruction intestinale, sans obstacle mécanique 
'S des matières, témoin ta curieuse observation de A. Siredev'. 
nexioDS circulatoires expliquent comment Budd', puis IlAriOT' 

rci page 757. 



LA LITHIASE BILIAIRE 775 

oal pu observer au cours de la lithiase biliaire des hémaiémèses 
d'origine mécanique. 

Mais, en dehors de ces faits, j'ai remarqué que, dans l'immense 
majorité des cas de lithiase biliaire, il existe des troubles dys- 
peptiques qui revêtent de nombreuses apparences cliniques parmi 
lesquellesj'ai pu distinguer quatre types principaux. 

u dyspepsie Chez plus dcs deux tiers des lithiasiques biliaires, 

pré-critique i, « »»•»• j i» !»*• & 

A oumisma 1 accès caractcristique de colique hépatique est 
Târiabie. précédé de troubles gastriques qui sont pendant 
^n temps la seule expression symptomatique de la lithiase et con- 
centrent sur eux l'attention au point de faire méconnaître le véritable 
diagnostic quand survient la crise hépatique pendant laquelle ils con- 
liauent en la masquant. Cependant ces troubles se présentent avec 
des allures quelquefois assez spéciales pour qu'on puisse au moins 
soupçonner leur origine biliaire. 

u Leur caractéristique est dans Tassociation de 

ptomatoiogie. gymptômcs disparates dont les uns relèvent de 

l'hypersthénie, les autres de l'hyposthénie et des fermentations gas- 
triques plus ou moins associées à des ti oubles intestinaux. 

L'appétit tantôt exagéré, tantôt défaillant, les pesanteurs 
^P^gastriques, les flatulences, les éructations, les régurgi- 
tations aqueuses ou acides, les borborygmes, la constipation 
ouïes flux diarrhéiques subits, le tout combiné à des sym- 
pl&ra^snévropathiquestravei'séspardescrises douloureuses 
d apparence stomacale, les alternatives de distension et deré- 
iraction de l'estomac, enfin un état variable du chimisme 
gastrique qui tantôt fait diagnostiquer l'hypersthénie avec hyper- 
cUorhydrie, tantôt l'insuffisance avec fermentations : tels sont les 
^ï^ctères dominants de cette dyspepsie secondaire. 

^Bymptômes Quelquefois des symptômes hépatiques sur- 
««patiques. ^joutés attirent l'attention. C'est, après la crise doulou- 
reuse hépatique prise pour une crise gastrique, une légère teinte 
s^bictérique des conjonctives, un peu d'augmentation du vo- 
lume du foie qui est sensible à la pression, une teinte plus foncée 
des urines, qui étaient pâles et claires pendant la crise, ou des 
dépôts uratiques teintés en rose par l'uroérythiine. 

Las réactions Daus d'autrcs cas, dominent les réactions né- 

nérropatiiiqaes. yropathiqucs , témoîu cc malade de Cyr chez qui 



j j_ 



770 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES SUR LESTOJIAC 

furent successivemenl portés par dix médecins les diagnostics de 
neurnslhénie, dilalalion de l'estomac, dilalalion du côlon et rétré- 
cissement consécutif juxtaposé, affection médullaire, liypochon- 
drie, etc. Une cure à Vicliij trancha le diagnostic en provoquant une 
crise violente et indiscutable de colique hépatique et en faisant cesser 
les accidents. 

L> trtqnroc* Sur cinquante-deux cas de lithiase biliaire, relevés 

dr^pfiMCrâ ^^^'^ l'intention de rechercher les apparences cliniques 
prt -DrtuqaaB. quj précèdent l'accès type de colique hépatique, j'ai 
trouvé 34 fois uniquement des symptômes gastriques. Cette statis- 
tique est à peu près la même que celle de Sénac qui, sur 100 obser- 
vations, en rencontre 65 où les malades n'ont accusé que des sym- 
ptômes gastriques avant l'attaque de colique hépatique*. 



1, ohimiiiine *^" po"''''™''^''^!' Ics obscrvatîoDS les plus curicuses 

«le à ce sujet- Je me souviens, entre autres cas, d'avoir 

"âârtri^es ' donné mes soins à un avocat de Paris, ûgé de quarante- 

TSTiabi». (jgyj g^g^ qyj paconiait ainsi son histoire. Eitrèmement 

leumun sobrc, ne buvant jamais quede l'eau, il souffrait depuis 

ds diagnostic ' J i ' r 

son enfance de troubles gastro-intestinau\. En 1888, il 
avait eu une série de crises diarrhéiques irrégulières, coupées d'accès 
de constipation, que l'on diagnostiqua i colite chronique » et pour 
lesquelles il fut envoyé à Carhbad. Il remarqua, à parlir de ce 
moment, que ses urines renfermaient souvent des dépôts rouges 
d'uroérythrine. Deux ans après, étant en bonne santé, il fut pris 
subitement peu de temps après son déjeuner d'un terrible accès de 
vertige suivi de vomissements ; l'accès dura 12 heures. Comme on se 
trouvait i!t une époque d'influenza, le médecin habituel diagnostiqua 
une grippe à forme gastrique, quand, 15 jours après, voici une 
seconde attaque vertigineuse, sans vomissements cette fois, mais avec 
une sensation douloureuse au creux de l'estomac et des éructations 
pénibles. Un mois et demi plus tard, troisième attaque suivie de vo- 
missements. Un .spécialiste des maladies nerveuses, appelé en consul- 
tation, diagnostiqua* neurasthénie s et prescrivit l'hydrothérapie. 
Ouand je vis le malade, c'était un individu maigre, presque cachec- 
tique, avec un teint de cancéreux. Il présentait les symptômes sui- 
vants : appétit faible, répugnance pour le lait qui donne des aigreurs, 

1. SEhac. '~ Du Iriitement îles colique» liiïpnliqi 
cames, les s jni plûmes, la nature de telle unuctioii 
Parit, 1883. 



LA LITHIASE BILIAIRE 

digeslion lente, pyrosis fréquent, tympanisme, renvois après le: 
sialorihéc à jeun et après les repas, irrégularité des garde-roi 
iitice à h constipation, beaucoup de gaz intestinaux avec év3( 
fétides, Dcrvosisme très prononcé, irritabilité, susceptibilité, se 
(le constante inquiétude rendant la vie intolérable. L'eslom 
pas distendu ; le Toie déborde les côtes d'un travers de doi; 
sensible à la percussion. Les urines sont normales. L'anal 
contenu stomacal après repas d'épreuve donne comme r 
anaclilorhydrie presque complète, fermentations acide 
dérables ; soit une acidité totale de 5",t)0 exprimée en acide 1 

Quatre mois s'écoulent : les vertiges disparaissent, les I 
di{;estifs semblent s'atténuer ; il ne reste qu'un malaise gén 
abattement prononcé, quand, au milieu d'une nuit, éclate u 
classique de colique hépatique. L'analyse du contenu stomac 
vingt jours après lacrise, au moment de la réapparition des syn 
fislriques, donne 0'',55d'HCl libre, 2",60 d'HCl organiqu 
des liaces d'acides de fermentation. 

Vous avez là un exemple net de ce chimisme stomac 
riable qui est l'un des traits les plus curieux de cette variété 
pepsie. Ajoutez que le tonus musculaire de l'estomac ( 
essentiellement variable, que cette variabilité se manifeste 
grandes oscillations dans la distension gastrique, et vous aui 
des principales caractéristiques de cet état qui donne lieu àd 
qaenles erreurs de diagnostic. 

Pour vous donner une idée de ces erreurs en dehors de c 
consiste à mettre la dyspepsie au premier rang ou à coi 
comme neurasthénie essentielle les manifeslalions nervi 
la lithiase latente et de ses réactions stomacales, je vous cil 
homme de Sb ans, considéré comme addisonnien, & caui 
leinle bistrée de sa peau et de son asthénie musculaire, j 
autre casqualifié d'entérite tuberculeuse, à cause de la 
tance de la diarrhée et de son étal cachectique. Un troisi' 
déclaré azoturique parce qu'il rendait 50'',60 d'urée t 
2i heures et, comme il avait de la coprostase cœcale et qu'^ 
sion d'une poussée hépatique fruste il eut une petite fièvre i 
en même lemps qu'un peu de sensibilité au point de Mac-Bup 
■:ratà une appendicite et j'eus toutes les peines du mond 
pêcher la laparotomie, le malade étant fils de médecin. Chez i 
trième, l'examen du chimisme stomacal fit diagnostiquer u 
trite hyperpeptique avec sécrétion abondante et 
lion, etc. 

Ces erreurs sont sinon faciles, du moins possibles à évilei 



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778 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES SUR L'ESTOMAC 

a Tesprit en éveil et que Ton recherche les symptômes que je viens 
(le vous indiquer. 

L'indigestion Daus une dcuxième variété, les lilhiases biliaires 

critique. jaientcs présentent de temps à autre, à des intervalles 
irréguliers, descrisesd'indigestionauxquelleson attribue une ori- 
gine alimentaire et qui se présentent un jour avec l'expression caracté- 
ristique de la colique hépatique. C'est là une sorte d'accès de dys- 
pepsie aiguë, originée par la migi^ation calculeuse et assez intense 
pour masquer la symptomalologie de celle-ci. 

L'accès Dans le troisième mode de retentissement, Tat- 

dliypersUiénie , ,. t t .• i* i .i* 

aignè taque de colique hépatique, au lieu de se traduire par 
paroxysuqne. ^^^^ indigcstiou vulgairc, est précédée ou accompagnée 
par un accès d'hypersthénie gastrique à forme paroxys- 
tique*. 



L'accès Un quatrième mode de retentissement consiste 

1 dliypersUiènie i • i » . • i » 

,? avec en ce que la crise hépatique est, non plus accompagnée, 

^%. ' achoiie. ^^jg remplacée, symptomatiquementau moins, par une 

% crise d'hypersthénie qui présente comme phénomène anormal 

et consécutif une décoloration des garde-robes due à l'acholie, 
puisque les urines ne sont pas plus colorées et que la peau n'est pas 
iclérique. 



Le diagnostic Daus tous CCS cas, cc qui importe avant tout, c'est 

le traitement ^^ rapporter Ics troublcs gastriques à leur véritable 

cause, afin de pouvoir traiter énergiquement et aussitôt 

la lithiase biliaire par les moyens classiques dont Chauffard- a donné 

la description. 

Je vous fournirai seulement quatre indications: il faut, dans 
ces cas, insister plus que jamais sur le régime des lithiasiques 
biliaires, ne pas s'attarder au régime lacté absolu ni même donner le 
lait concurremment avec d'autres aliments, être très sobre de médi- 
caments, conseiller par-dessus tout la cure de Vichy et, si l'époque 
n'est pas favorable à la cure dans la station, faire suivre le traite- 
ment à la maison avec l'eau de la source Hauterive, en donnant 
400 grammes en deux fois à une demi-heure d'intervalle, une heure 



t 1. Voyez page 158. 

rv 2. A. Chauffard. — Truilement de la colique hépatique, TraUé de thérapeutique 

t':. appliquée d'ALBERT Robin, fasc. XIII, 1898. 







. ._ fi.^,' ■ 



LE DIABÈTE 779 

8l demie environ avant le second déjeuner, et 250 grammes deux 
heures avant le dîner, pendant 18 à 20 jours. 






III V 






t/* 

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A 

i. 
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\ 



Les retentissements gastriques du diabète. — Lt chimisnic stomacal. 
— La persistance de la motricité gastrique. — Le diagnostic. — Le traite- 
ment des dyspepsies par polyphagie et polydipsie, des dys-^ 
pepsies hjrpersthéniques, des fermentations. — Le rôle des fer- 
mentations gastriques dans Fétiologie du coma diabétique. 

i^ Les rapports du diabète avec les maladies de 

du diaîSu* l'estomac sont loin d'être élucidés, malgré les nom- 
sor restomac. jj^ey^ travaux qui ont été faits déjà sur cette question. 
VonDusch, Pink, Heidenhain ont trouvé la muqueuse gastrique 
épaissie et la tunique musculaire quelquefois hypertro- 
phiée. Lecorché attribue celte hypertrophie au surcroît de travail 
que la polyphagie impose à Testomac. Rokitansky, dans trois cas sur 
trente, signale le catarrhe gastrique. La muqueuse était conges- 
tionnée, pigmentée, quelquefois mamelonnée et même ulcérée. 
Mârceîstyre * a même constaté un cas de perforation de Fes- 
lomac. RosENSTEiN * a noté à l'autopsie d'un de ses diabétiques une 'v^ 

gastrite interstitielle avec atrophie des glandes. Cantani ^ 
a remarqué, dans un cas, que la région cai^diaque de la muqueuse 
gastrique était très amincie et que la couche glandulaire était 
nettement atrophiée. Teschemacker * a rencontré le catarrhe 
stomacal aigu et recommande de chercher le sucre dans l'urine 
de tous les individus qui ont une atteinte stomacale de ce type, sans 
qu'on puisse le rapporter à son étiologie ordinaire. Grube ^ a ob- 
servé des crises gastriques qui rappelaient, à s'y méprendre, 
celles du tabès. H. Herz ® a vu des crises du même ordre, quoique 
moins typiques. Les vomissements, les indigestions figurent 
dans nombre d'observations. ^ 

Les lésions matérielles dont il vient d'être question sont rai*e- 
menl notées dans les autopsies. Elles ne sont que des exceptions sur 

^- Marcenttre. — London médical Journal^ 1853. 
^ RosENSTEiN. — Berliner klinische Wochenschrift, n» i3, 1890. 
3- Camtani. — Le diabète sucré, Traduction française de Chervot, p. 334, Paris, 1876. 

*• Teschemacker. — Deutsche medicinische Wochenschrift, n" 17, 1895. i 

5- Grdbe. — Mûnchewtr medicinische Wochenschrift ^ 1895. t 

6. H. Herz. — Die Slôrungen des Verdauungsapparates als Ursache und Folge an- \ 

'^«'«fKrankheiten, p. 59, 1898. 



V 

■ > 



, >* ' 



780 LES RETENTISSEMEiNTS DES MAI.AIIlES SUR L'ESTOHAC 

le compte desquelles on peul mettre cerlains cas de cachexie dia- 
bétique qui De sont pas e::plicables par une autre cause. Quant aux 
troubles fouet ion nels, les uns sont banals, comme les vomissements 
et les indigestions ; les autres, comme les crises gastriques, 
relèvent de l'hyperslhésie ou de l'hyperacidiié stomacales. 

ucumiuns En ce qui concerne Iccliimisme stomacal, on a 

siamiui. peine à croire qu'il ne soit pas troublé dans une maladie 
où les vices de la digestion sont aussi importants. Et ici, encore, nous 
ne rencontrons que l'incertitude. 

BouvERET avance que le chimismc doit èlre normal au début; mais 
il n'a pas trouvé d'ilCI libre, trois heures après un repas ordinaire, 
chez un diabétique très amaigri. 

RosEKSTEiN ', chez 10 malades, a noté quatre fois un chimisme 
normal. Dans les six autres cas, l'IlCI était variable, tantôt normal, 
tantôt abaissé, tantôt absent. Il n'y aurait aucun rapport entre les 
variations de l'HCi et celles de la glycosurie. L'absence tempo- 
raire d'UCI indiquerait un simple trouble de l'innervation, tandis 
que sa disparition défmitive impliquerait une gastrite intersti- 
tielle. 

E. Gams', sur 10 cas, trouve FICl évident six fois, absent quatre 
fois. Le pouvoir moteur ne subit aucune atteinte. 

HoMiGMA^N '\ sur 8 cas, trouve IICI normal ou augmenté 
quatre Tois, absent avec conservation de la motricité trois l'ois, 
variable une fois. II conclut qu'il n'y a pas de rapport entre le 
taux d'IlCl et la potyphagie, que l'hypercblorhydrie ne saurait être 
considérée comme la cause de la potyphagie, mais qu'au contraire 
l'hypercblorhydrie pourrait être la conséquence de l'excitation pro- 
voquée dai\s l'estomac par l'ingestion d'une grande quantité d'ali' 
ments. L'absence d'HCI, même continue, n'indique pas nécessaire- 
ment une gastrite chronique. 

RiEGEL ' dit que les diabétiques sont hyperchlorhydriques quand 
ils sont polyphagiques et qu'à un appétit normal correspond une 
chlorbydrie normale. 

Les recherches récentes de N. KmiKow^ n'apportent aucun élé- 
ment nouveau ; sur cinq diabétiques, il trouve HCl normal deux fois, 
diminué deux fois, absent une fois. 



1. RasENSTE[!i. — Berliner ktinitcUe Wochemchrifl, a' 13, 1800. 

3. C*NS . — Verhandlungen des IX Congreiseï /iir inntre Medicin. Viesbaden, 1890. 

3. Ho!iii;hans. — Deultche medkiniiche Wochemchrifl, n' 43, 1890. 

*. RiECtU — y.eitKkrift far kliniiclie iledkin. fasc. 13. 

5. KcHiKOW. —Centralbtait (ur dit mtd. IV'iiicnicAa/leR, 189S. 



V^''''V' :/^t:^ 



Ml 

LE DIABÈTE 781 > ï 



V. I 






'T 1 



uperdstanM ^^^s rechcrches personnelles qui portent sur vingt- 
de la nMrtridtô j^qj diabétiques s'accordent avec celles des auteurs 

gastriqae. ^ 

précédents. Il en résulte que l'étude du chimisme 
stomacal ne rournit aucun élément qui permette d'assigner au diabète 
une forme particulière de dyspepsie, puisqu'en somme on a 
pu observer au cours de celui-ci toutes les dyspepsies fonction- \ 

nellesel deux variétés au moins de gastrite chronique. Néan- ^ 

moins j'ai pu constater que les diverses formes de dyspepsie des ! i 

diabétiques ont un trait commun et spécial : c'est la persistance :;|^^- 

de la motricité gastrique qui explique comment des malades qui 
ont des troubles profonds de la sécrétion peuvent encore digérer ^ 

parfaitement et ne présenter aucun symptôme subjectif qui éveille -^ 

raltention sur l'estomac. 



' >; 



u diagnosuo. ^® ^"' ^^^^ cncorc à Compliquer la difficulté, ;^ 

c'est que, comme je vous l'ai montré dans une précé- ' 'M 

dente Leçon, il y a des glycosuries d'origine dyspeptique qui ^ 

prennent des apparences de diabète et dont le diagnostic est sou- M 

vent fort délicat. Aussi, toutes les fois que vous verrez coïncider des P 

symptômes dyspeptiques avec la présence du sucre dans l'urine, faites ^ 

d'abord le diagnostic de la relation et cherchez s'il s'agit bien d'un ^ 

diabète avec symptômes dyspeptiques secondaires ou d'une glyco- \^ 
surie dyspeptique. Je vous ai indiqué les éléments de ce diagnostic 
et n'ai pas à y revenir*. 



^ ■ 



h 

i 



V 



Letraiiement S il S agit réellement dune dyspepsie secon- 

de la dyspepsie j . 4 •. 1 -, r . • j' î ." 

par pciyphagie dairc , traitcz - la suivant sa forme et indepen- <^, 

ou poiydipsie. (jamment du diabète, en associant les deux traite- 
Daents. Mais, le plus souvent, il n'est pas besoin d'instituer dans L 

lous ses détails le traitement de la dyspepsie. Celle-ci, n'étant 
fréquemment que la conséquence de la polyphagie, s'amélio- 
ï'era déjà indirectement par le régime et le traitement anti-dia- 
Wtiques qui réduiront la faim et la soif, en ce qu'elles ont 
d'anormal, et soulageront d'autant le travail de l'estomac. Donc 
les dyspepsies de la polyphagie et de la polydipsie dépen- , | 

dent essentiellement du traitement du diabète, quelle que soit [ f 

*6ur forme. Mais, si elles présentent des symptômes prédomi- ^ 

^^nts, vous les traiterez par les moyens appropriés. Ainsi, par 
^^emple, aux malades qui ont des crises gastriques quelques 

f 

^' Voyeïpage 581. : 1 



i? 



781 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES SLR L'ESTOMAC 

heures après les repas, vous donnerez des poudres de saturation * 
aussitôt après les repas, pour prévenir la crise, et au moment de 
celle-ci pour la calmer. 

Le traitement ^^^^ '^^ dyspcpsics qui uc sont pas Uécs à une 

des dyspepsies polyphagic OU à unc polydipsic actuelles, faites le Irai- 

hyposthénlques. . .. ' ± * ^ i- i»i. 

tement qui convient a la torme en cause, en 1 alter- 
nant ou en le combinant à celui du diabète. Le cas le plus 
commun est celui du diabétique dont la glycosurie est importante, 
malgré une dyspepsie hyposthénique avec diminution de Tappétit. 
Commencez par réduire cette glycosurie avec Vantipyrine associée 
au bicarbonate de soude^ et administrée pendant trois jours seule- 
ment. Ayant ainsi diminué les pertes, installez franchement le trai- 
tement de l'hyposthénie en y adjoignant les amers, comme la 
macération de quassia amara, au réveil, et ne passez à la 
deuxième étape du traitement alternant du diabète qu'au 
moment où Tappélit et les fonctions gastriques seront améliorés. 

Le traiument ^^^^ formc dc dyspcpsic quc vous devrez toujours 

des fermentations dépistcr ct survcillcr de la façon la plus active, c'est la 

ga ^ques dyspepsic par fermentation, qu'elle soit primitive 

danlfréuoiooie ^^ surajouléc à Thyper- ou à Thyposthénie. Dès que 

du coma yous Taurcz rcconnuc, ne vous occupez plus du 

diabâtiqae. i 

diabète et concentrez tous vos efforts sur le trouble 
gastrique. Je n'ai pas encore* vu un cas de coma diabétique qui 
n'ait été précédé, pendant un temps plus ou moins long, de fermen- 
tations gastriques et, quelle que soit la théorie qu'on invoque pour 
expliquer cette complication presque irrémédiable, je suis convaincu 
que les fermentations gastriques ont une part importmle, sinon 
décisive, dans son étiologie. 

Sans me permettre de rien affirmer, j'imagine même qu'en trai- 
tant ces fermentations dèsieur début on réduirait de beaucoup la 
fréquence de ce grave accident. En effet, quand je vois des diabé- 
tiques ayant l'odeur choroformique de l'haleine, la réac- 
tion de Gehrardt dans l'urine, accusant une grande fatigue mus- 
culaire, présentant, en un mot, un ensemble de symptômes qui 
peuvent faire redouter les graves accidents nerveux du diabète que 
l'on a groupés sous le nom de coma, — quand je vois ces malades af- 
fectés aussi de fermentations gastriques, je néglige le diabète, je ne 

1. Voyez page 387. 

2. Albert Kobin.— Traitement du diabèlc, Traité de lliérapeuUque appliquée^ fasc. I, 
p. Ii3. 



LES CIRRHOSES 783 

m'occupe que de leur eslomac, et jusqu'àprésenl, quand l'intervention 
éiail rapprochée du début des accidents, j'ai toujours vu disparaître 
ces inquiétants symptômes avant-coureurs. Il est donc permis de se 
demander si cette thérapeutique n'a pas été préventive du coma. 

Un Tait significatif à l'appui de cette opinion est le cas d'un né^ço- 
ciant de Hambourg qui présentait tous les symptômes précédents, 
accompagnés d'une insurmontable fatigue. Le traitement gastrique 
eut raison de cet état et le malade, dont on a traité ensuite le 
diabète, put être considéré comme à peu près guéri pendant plus 
d'une année. Alors il cessa son réj^âme, se mit à manger abondam- 
ment tout ce dont il avait été privé, et reprit complètement sa vie 
passée. Le diabète reparut, avec son cortège coutumier de sym- 
plômes;mais, surtout, cette mauvaise hygiène gastrique réveilla les 
troubles dyspeptiques. Ce n'est que plusieurs mots après cette reprise 
qu'il consentit à se soignei-, parce qu'avaient reparu les accidents 
qui l'avaient si fort inquiclé environ deux ans auparavant. Mais il 
était trop lard ; car A peine avait-on commencé le traitement qu'il 
était emporté en trois jours par une attaque de coma diabétique. 

Celte observation me semble confirmer In manière de voir que je 
Tiens de soutenir et il est permis de supposer que, si le malade a 
puéchappei' à la première atteinte d'intoxication, c'est parce qu'il a 
été traité de très bonne heure, dès l'apparition des premiers sym- 
ptômes, alors que la quantité du poison n'était pas encore considé- 
rable et qu'on en pouvait tarir la source stomacale'. 



IV 

Les retentisBements gastriques de la cirrhose hypertropbique 
avec Ictère. — L'indication thérapeutique dominante. — Le 
traitement. — Les moQéraleurs gailriijuus. — ■ Le régime laclé nbsolu. — 
Les madérateurs el [es excitateurs hépatiques. — Le mode d'umploi des mo- 
dérateurs hépatiques. — L'îodure de potassium. — Les antiseptiquus diges- 
tifs. — La cirriiose atrophique. — Le traitement. — Le oaroinome 
du loie. — Les kystes hy datîques. 

L. ,^1,... " "^-'j PO"'' ^'"S' d'''^' P3^ ""^^ affection du foie 

qui ne trouble les fonctions de l'estomac et ne puisse 
engendrer de dyspepsies. En 1889-1890, dans un cours 

tiN. — Tniitvment du coma diabétique. Bulletin général de Uiérapeu- 



ll^Uii 



784 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES SlPi J/ESTOMAC 

fait à la Faculté de médecine, j'ai montré que la cirrhose hyper- 
Irophique avec ictère de IIanot s'accompagnait fréquemment 
d'hypersthénie gastrique. IIanot avait d'ailleurs remarqué déjà que 
ces malades avaient parfois une vraie boulimie*. Le même auteur fait 
remarquer que, dans cette maladie, il y a une hypertrophie, une exal- 
tation nutritive de la cellule hépatique que confirment les processus 
karyokinétiques observés par Kiener^. A cette exaltation nutritive cor- 
respond une exaltation fonctionnelle qui retentit sur Tcstomac, en 
raison de la loi de solidarité de fonction que je vous ai exposée'. 
Remarquons toutefois que , si Thypersthénie est fréquente , elle 
n'est pas constante, et N. Kirikow*, étudiant cinq cas de cirrhose 
hyperlrophique avec ictère, trouve l'acidité totale du contenu stomacal 
toujours diminuée, l'IICl libre presque toujours absent, le lab 
diminué et les acides organiques peu abondants. 

Quoi qu'il en soit, c'est Thypersthénie qui domine et 
uiérapeuuque qui, d'après mes observations, m'a paru presque con- 
*" ' stante dans les premières périodes de la maladie. De 
cette notion d'une hyperexcilabilité commune des fonctions du foie et 
de l'estomac, surgit aussitôtune indication thérapeutique plus 
rationnelle et d'une autre portée pratique que les traitements actuels 
dont la lésion anatomique demeure encore l'objectif ; elle con- 
siste à tenter de modifier les lésions d'un organe en impressionnant 
ses fonctions. 

u traitement. Alors, régime et médicaments devant tendre unique- 
ment à apaiser cette hyperexcitabilité, leur choix sera 
donc fait parmi les modérateurs fonctionnels du foie et de V estomac. 

Les modérateuTB Yous couuaissez déjà les modérateurs gastriques 
gastriques. ^^^^ j,^j j^^ l'étudc à propos du traitement des 

dyspepsies hypersthéniques\ Beaucoup d'entre eux sont applicables 
ici, car ils sont presque tous aussi modérateurs hépatiques. 

Le régime Le régime lacté absolu^ qui apaise aussi bien l'exci- 

lactéabsoia. [^{1^^ gastriquc quc l'exaltation de la cellule hépa- 
tique, constitue vraiment la base de la médication. 

1. ScuACBMANN. — Contribution à l'étude d*une forme de cirrhose hypertrophique 
avec ictère chronique, Thèse de Paris, 1867. 

2. KiËNER. — Sur un cas de maladie de Uanot, Semaine médicalet 19 janvier 1893. 

3. Voyez pages 554 et suivantes. 

4. N. Kirikow. — Ueber die Verânderungen des Magensafles bei einigen Lebererkrao- 
kungen und bei Diabètes mellitus, Centralblatt fur die med, Wissench., n* 31, 1898. 

5. Voyez pages 171, 174, 268 et suivantes. 



LES. CIRRHOSES 785 

Les modérateurs hépatiques sont les opiacés, la 

«iMooiuuan belladone et l'atropine (qui sont aussi modéraleui's 
gastriques), les arsenicaux, les mercurtaux, les pré- 
parations de cuivi-e et de plomb, etc., taudis que les stimulants hèpa- 
tiques sont lapkloridzine* (Albert Robin), le benioate el\e salici/late 
de soude, ]*: boUlo,\' ipéca, h bile, \à tnuscarine, Viridtne, Valoès, la 
rhubarbe, Vévonymine, la cocaïne, la coumarine, Vacéto-phénone 
(Alfhed Neuhann), \npilocarpine, etc. 

L* mm* Cette liste bien incomplète montre déjà quels 

du ^ïd!£!uran médicaments vous devez éliminer. Quant au chois à 
htpitiqiu*. f^j,.g^ prenez comme base les agents qui sont à la fois 
modérateurs hépatiques et gastriques, et adjoignez-y des modérateurs 
hépatiques simples, comme le calomel, Varséniate de soude, le sous- 
aeétale de plomb, le sulfate de cuivre, etc., mais à des doses beaucoup 
plus faibles que celles auxquelles nous a habitués la tbérape u tique 
organicienne et en choisissant de prérérence la voie rectale pour 
ménager l'estomac. Ainsi, par exemple, je donne Yarséniate de soude 
à la dose de O'',002 à 0'',005 par jour, le calomel et le sous-acétate 
de plomb à la dose de 0°',02, le sulfate de aiivre k la dose de O^'iOû. 
Encore ai-je soin de fractionner ces doses en deux si l'on se sert de 
la voie rectale et en six si l'on utilise la voie stomacale. 

iiodnr. L'iodnre de potassium peut rendre aussi des services, 

i» pouiunm. j^jjjg ^ 1^ condition de n'employer que de l'aiblcs doses ; 
sans cela il ne sera pas toléré, en raison même de l'hypersthénie 
gastrique. Ne dépasse* pas 0='',50 par jour et, pour lui comme pour 
les médicaments précédents, comptez bien plutôt sur la continuité de 
l'emploi d'une dose même très faible que sur l'action fugace et trou- 
blante d'une forte dose dont la susceptibilité stomacale vous Torcera 
bientôt à suspendre l'emploi. 

Quant aux antiseptiques digestifs, dont on a usé et 
'^Im^.""** abusé de si lamentable façon, je les proscris sans 
réserve. 

Liombo» Dans les cirrhoses a trophiqu es, h leur période ' 

"'°'"'^* d'état, rinsuffisaoce gastrique est la règle. Elle s'ac- 
eentueavec les progrès de la maladie. Mais rappelez-vous que la dys- 
pepsie hypersthénique et les fermentations gastriques sont sou- 



1. Je me 


suis auuré. dans cIgi re 


ridUMesl 




dépend d'uD 


e eicitalLDD du foie. 



786 LES RETENTISSE» BNTS DES MALADIES SUR L'ESTOMAC 

vent auBsi le point de départ de suractivités ronctioDnelles du foie 
dont la cirrhose peut être l'aboutissant et le résidu lésional, de sorte 
que l'évolution de cette cirrhose airophique est prise entre l'hyper- 
sthénie qui l'origine et l'hyposthénie qui l'accompagne ou la suit, ce 
qui explique les divergences du chimisme stomacal que vous 
constaterez en examinant des civrhotiqucs pris au hasard. 

Le traitement devra s'inspirer de ces considéra* 
tions ; il sera modérateur ou excitateur suivant le cas et 
surtout suivant la période d'évolution de la cirrhose. 

uowotaama Je n'ai rien de précis à vous dire au sujet «lucarci- 

*■'"*•- nomedu foie, si ce n'est que, chez les gens âgés, le 
oarcinome s'accompagne, en généi-al, d'insuffisance gastrique, tandis 
que, chez les jeunes, je l'ai souvent vu compliqué d'hypersthénie qui 
domine h ce point que la lésion hépatique passe d'abord inaperçue. 
Il en a été ainsi chez un de nos malades, ^é de vingt-neuf ans, qui 
m'avait été envoyé de Montbard par le 0' Poillot. Il présentait tous 
les signes de l'hypei-sthénie, avec 2", 15 d'HCI libre et 0",40 d'acides 
de fermentation exprimés en IICI. Nous croyions donc à une simple 
dyspepsie; mais noti-e premier diagnostic fut bientôt démenti par 
l'insuccès du traitement et l'aggravation i-apide de la maladie, puis- 
qu'en moins de deux mois ce jeune homme succombait, et nous trou- 
vions à l'autopsie un foie complètement farci de masses cancéreuses. 

Quant aux kystes hyda tiques, j'en possède trois 
bjpAïuqna observatious OÙ techimisme stomacal a été examiné, 
et cet examen n'est rien moins que concluant, puis- 
qu'il a été normal dans un cas, hypochlorhydrîque dans le deuxième 
et hyperchlorhydrique dans le troisième. Ce dernier cas est 
le plus intéressant. C'était un jeune garçon de seize ans qui 
cessa d'è're hypersthénique et revint à un chimisme normal 
quand on l'eut débarrassé de son kyste hydatique. Cette observa- 
tion prouve, au moins, que le kyste hydatique du foie peut exercer 
directement ou réfleiement sur les fondions gastriques une action 
stimulante. Elle explique certaines hypersthénies gastriques réOexes 
et Tinsuccès des traitements qui ne tiennent pas compte de leur 
éliologie'. 

1 . Hei recherches personaelle» aur les djspepsieï de la cirrhose nlrophiqiie, des kyslos 
hjdatiquea e( du cancer sonl d'accord avec le* niauttutsde Leva qui trouve lanl da varia- 
lioDi d*ii> le chiinianie et Vétal du la molililé gasiriqiie qu'il ne peul tirer aucune con- 
•luMDD de si'B investi gai ions. (Ueber dai Verballen der NagcnfuaclioneD bei vencliiO' 

tlenen Leberkrankheilcn, Virchovi'i Archiv., t- CXXXII, n* 490, 1893.) 



TROISIEME LEÇON 

LES 

RETENTISSEMENTS GASTRIQUES DES MALADIES DES REINS 

ET DES VOIES URINAIRES 

U PHYSIOLOGIE PATHOLOGIUIB - LE REIN MOBILE 

LU MALADIE DE BRIGHT 

LA DEcBNeBËSCENCIC AMYLOÏOE — L'Uli^illE llASTItO-INTESTlNALE 

LES DYSPEPSIES DC L'E^1P0IS0.^^EHE^T URIHAIRE 

LE MAGNOSTIC ET LE TRAITEMENT 



1 

Lea retentiBsements gastriques des maladies des reins et des 

voies urinaires. — La physiologie pathologique. — La voie mécanique 
ei la loic léfleie. — Les troubles gastriques du rein mobile. — 
l.'éliologie ui le irailem«nt. — L'intoxication direote. — L'intoxi- 
cation indireote. — La oonolusion thérapeutique. 

u rtaTUDiooia Entre les maladies des reins el des voies uri- 

»»uioi»Biq»» naires cl les troubles dans la digestion stomacale, U 
cïisle de nombreuses relations. En principe, on peut assurer qu'il 
n'est pas d'affection rénale ou urinaire qui n'impressionne secon- 
dairement l'estomac; mais cette impression se produit par l'intermé- 
diaire de mécanismes bien différents qui agissent isolément ou associés 
entre eux. 

la On conçoit facilement les retentissements 

d'ordre mécanique, comme dans ce cas de FiJR- 
BRiMiER'où une grosse tumeur du rein comprimant le 

1. ^ Trjjié de» maladies îles urganea gàiiitu-urinaires, Traduction /Van- 



LES itETËNTlSSEME-NTS DES HALADEES SUR L'ESTOMAC 

ovoqué une dilatation de restomac. Vouscom- 
00 puisse invoquer un retentissement réflexe 
i vomissements et les crises gastriques' qui se 
nent d'une attaque de colique néphrétique ou 
lu bassinet au cours d'une hydroaéphrose inter- 
ne mécanisme peut être invoqué pour expliquer les 
iébui des néphrites, des pyélitesel des péri- 



Le mode mécanique et le mode réfleie peuvent être 
qués concurremment pour expliquer les troubles 
riques dus au rein mobile. Ces troubles ont été 
ts auteurs par A. Mathieu', Landau, Limoner et par 
i manirestent tantôt par des crises gastriques 
amissements, tantôt par de véritables crisesd'hy- 
'ÎDSulTisance gastrique, tantôt par du spasme 
m moins durable et par de la distension secon- 
, tantôt — et le plus souvent peut-être — par une 
ne quelconque des dyspepsies précédentes avec le 
asthénique. 

Comme l'a montré A. Mathieu, les crises de 
pepsie surviennent sous trois circonstances princi- 
i surmenage, les émotions morales, la men- 
és conditions, la première seule peut être évitée 
aussi devrez-vous réclamer de vos malades le 
s. La marche prolongée et la station debout 
des crises que l'on évitera en soutenant le rein et en 
libre abdominal avec l'une des ceintures spéciales 
:riteâ. En tout cas, il faudra supprimer le corset ou 
me brassière qui ne comprimera pas le foie; car 
I droits ne sont déplacés que parce que le foie com- 
ar le corset les a chassés de leur loge. 
il chirurgical du rein mobile, si fort en mode à 
naît que d'exceptionnelles indications. Je n'ai pas 
cas où j'aie dû le conseiller. 

Dans d'autres cas, les troubles gastriques liés aux 
adiesdes voies urinaires ont une origine toxique 

liner kliniiclu Wochenidirifi, IStiS. 

iiiUetiai de ta Sociili médicale da hdpilaux, t\ oct. lS9i. 

' Bullttin général de thirapeutiqat, 1896. 



LES MALADIES DBS REINS 

s'ezerçant pour ainsi dire directement sur l'estomac. On i 
par les recherches de Cl. Bernard et de Barreswfll qui 
l'eiofonclionae mal, l'urée peut s'éliminer en nature par 
stomacale à la surface de laquelle elle se transfurme parfois 
d'immouiaque. Depuis, Juventim' a trouvé de l'urée dam 
meuls nerveux; Colasanti' a analysé des vomissement 
maienl 1/10* de la quaaiilé d'urée normale de Turin 
d'acide urique, de créatinine et de phosphate: 
Christison ont observé que les symptdmes de l'uré 
apparus au moment où cessaient les vomissements é 
Cette anormale élimination finit par compromettre 
fonctions et puis ta structure de ta muqueuse gastriquf 
a étudié les modifications du chimisme stomacal. Tri 
les lésions gastro-intestinales, l'injection, l'épaissis 
ulcérations de la muqueuse gastrique^ PiLLtET a fait l'I 
ces lésions et montré qu'elles ne difléraient en rien de cel 
trite chronique ordinaire, débutant par rinfiltration 
embryonnaires dans le tissu interstitiel et Tmissant pa 
rescence des épilhéliums et l'atrophie des glandes. 

Bartels, sans répudier absolument l'action toxique 
que les néphrites peuvent produire dans ta muqueuse g 
nale des œdèmes et à sa surface des exsudations qui sera 
d'un certain nombre de vomissements urémiques. Cette | 
mécanique n'a rien d'invraisemblable, au moins dans ( 

Les modifications survenues dans les matières alhu 
sang, modilications qui sont indéniables, ne seraii 
capables d'intlueneer la sécrétion des ferments diges 
tendrait à le faire croire, c'est que Biernacki a constaté q 
tomac des brighliqnes, la pepsine et le lab disparaisse 
qne l'HCl, tandis que c'est le contraire qui a lieu dan 
chronique ordinaire. 

Liotonottiod Enfin les maladies des reins retentisseï 

"'*''*"■ l'estomac d'une manière indirecte, par 1 

des produits de désassimilation qui modifient les : 

centres nerveux régulateurs des fonctions gastriques, f 

forme éclamptique de l'urémie, les vomissemen 

1- JUTENnn. — De l'urée dans les vomUsemenl», Tkéte de Paru, iffi 
I. CoLASikNTi. — MoleielioU'* Vnlermehmtgtn, Tasc. 4, t. XIV. 
3. BiiHNACKi. ~ CentraWlatt fiir kUnâcbt Medùm, 1890, et Be 
Wocheiachrifl, 1891. 

i. Theitz. — Prager VUrteliahrKhrift, 1859. 

5. Vojrei aan'i HARCHI*r*v4. — BolUt. delta Sodeta Lanciiiana, née. 



I .^. 



790 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES SUR J/ESTOMAC 

surviennent, ne renferment souvent ni urée, ni carbonate d'ammo- 
niaque, ni produits toxiques. Souvent aussi, comme le fait remarquer 
BouvERET, l'urémie nerveuse provoque une dyspnée sans lésion pul- 
monaire et due à l'excitation du centre respiratoire bulbaire, d'où Ton 
peut inférer que les vomissements ont probablement la même origine. 
Wagner et Landois* ont conclu que les vomissements urémiques 
pouvaient avoir aussi un point de départ cérébral ou bulbaire. 

La concinaion Eu cHniquc, il est parfois difficile de diagnosti- 

ihArapaauque. ^^^^ j^ causc du retentissement gastrique des ma- 
ladies des voies urinaires et surtout d'en dissocier les mécanismes 
quand ces retentissements sont engendrés par une combinaison de 
plusieurs d'entre eux. La thérapeutique pathogénique gagnerait cer- 
tainement à ce que ce diagnostic fût toujours possible; mais nous 
sommes tellement encore le jouet des théories et des alfirmations doc- 
trinales qu'il vaut mieux, en saine pratique, ne pas tenir compte de 
ces mécanismes quand leur évidence ne s'impose pas d'une façon 
mathématique, comme cela a lieu dans les troubles gastriques du rein 
mobile, par exemple, où le tiraillement mécanique et l'excitation 
réflexe ne sauraient être mis en doute, puisque les troubles s'atté- 
nuent dès que l'on soutient le rein. 

Donc, dans la majorité des cas, tenons-nous-en encore à la simple 
observation des faits et aux indications thérapeutiques qu'ils nous 
donnent par eux-mêmes. 



s. 



II 



Les retentissements gastriques dans la maladie de Bright. — L.e 
diagnostic d'avec l'albuminurie dyspeptique. — Les brightiques 
n'ont pas un sjrndrome gastrique constant. — Recherches per- 
sonnelles sur le chimisme stomacal. — Le rôle des fermenta- 
tions. — Les conclusions diagnostiques et thérapeutiques. — 
La dégénérescence amylolde du rein. . 

Le diagnostic Dans Ic mal de Bright les troubles gastriques sont 

raibraLinrie communs. Mais je vous ai montré, à propos de Tal- 

dyspepuque buminurfc dyspcptiquc, que la dyspepsie était fré- 

des quemment une cause d'albuminurie, d'abord fonc- 

rightiques. tjonnelle, mais qui pouvait, à la longue, produire des 

1. Landois. — Die UrUmie, p. 124, Vienne, 1891. 



LA HALADik: DE BRIGHT 791 

lésions du rein; en d'autres termes, qu'on eotrail quelquel'ois dans 
la maladie de Bright par la perle de la dyspepsie. 

Quand on en est encore & la simple albuminurie dyspeptique, le 
diagnostic est de la plus grande simplicité; mais, quand le mal de 
Brighl d'origine dyspeptique est constitué, le diagnostic devient fort 
ardu, et il est délicat de discerner si le trouble siomacal a été cause on 
est simpteinenl efTet. C'est aloi's qu'une minutieuse enquête cht-ono- 
logique sur les antécédents permettra quelquefois de reconstituer l'al- 
buminurie dyspeptique antérieure sur la découverte d'un de ses 
signes décisifs dans les antécédenls de la maladie. Ou bien encore, 
étant donnée la rareié de l'hypersthénie avec hyperchlorhydrie au 
cours du mal de foight, la constatalion de celle-ci pourra-t-elle faire 
songer i la dyspepsie antérieure. Cependant ce diagnostic de la rela- 
tion est plus spécieux que réellement utile puisque, au point de vue 
du traitement, il ne peut nous donner aucune indication. Quand le 
mal de Bright est lésionnellement constitué et qu'il coïncide avec des 
(roubles gastriques, il faut traiter concurremment les deux éléments 
morbides, sans s'inquiéter de savoir quel est celui qui a commencé. Il 
suRît d'être bien convaincu que lous les deux réagissent f&ctieuseraent 
l'un sur l'autre. 

Ceci étant établi, existe-t-il, dans le mal de Bright, 
un syndrome gastrique k peu près constant? Je 
gumvidNnnmt. n'désite pas à répondre non, malgré l'opinion de la 
majorité des auteurs. 

Ainsi, pour Biernacki, la sécrétion du suc gastrique serait moins 
active, l'HCl libre diminué ou absent, l'acidité totale faible 
atteignant rarement 2 p. 1000 et variant ordinairement de 0,7 à 0,9. 
Après le repas d'EwALD, l'HCl libre, quand il existe, ne dépasse pas 
0,2 à 0,4 p. 1000. Il n'est pas rare que la pepsine manque complè- 
tement; son absence serait même plus habituelle que l'anachlorliydrie. 
Le lab manque dans lous les cas où il y a anachlorhydrie et même 
dans les cas où l'IlC! est seulementtrès diminué, ce qui serait parli- 
culieràla dyspepsie des brightiques. Quant à l'acide lactique, 
il serait plutôt diminué, malgré l'hypo- ou l'anachlorhydrie. Ea 
général, les fermentations acides semblent rares; l'estomac 
se vide assez rapidement et la motilité gastrique n'est pas 
alleinte. La dyspepsie brightique se réduirait donc h de simples 
troubles du chimisme stomacal, et l'intégrité de la motilité expli- 
querait pourquoi certains brightiques n'accusent aucun symptôme 
subjectif du côté de l'estomac, alors que l'élude de leur chimisme 
t'évèle les altérations dont je viens de vous donner le détail. 



792 LES RETENTISSEMENTS DES MAUUIES SUR L'ESTOMAC 

UiERNACKi a observé aussi que l'oligurie et les œdèmes coïn- 
cident avec une diminution de l'HCI, que i'HGI est d'autant plus 
abaissé que la maladie est plus avancée, qu'il reparaît quand cessent 
les œdèmes et quand revient la polyurie et que, dans le mal de 
Bright aigu, la guérison est suivie d'un retour à la normale delà 
sécrétion gastrique. 

G. Sëe ', Lenhahtz avaient déjà constaté l'hypochlorhydrie daos le 
mal de Bright. Mais Schneided* sur quatre cas, rencontrait un hy- 
perchlorliydrique et trois anachlorhydriques. Zipkin ', sur quatre cas, 
trouvait dans un cas l'HCI diminué et, dans les trois autres cas, cet 
acide normal ou augmenté. Krawkow*, sur vingt-six malades, con- 
state quatre fois une acidité normale, quatorze fois de l'hypo- 
acidité et huit fois l'absence totale de l'HCI. 

Pour BouvERET, le syndrome dyspeptique d'origine rénale est à 
peu près celui de la gastrite chrouique.L'anorexie y est cependant 
plus prononcée et les vomissements plus fréquents. Ils surviennent 
lemalinA jeun, et plus rarement après tes repas; aussi contiennent-ils 
plutôt du mucus et de la bile que des aliments. L'intestin est 
rarement indemne; la diarrhée est fréquente. Tous ces symptômes 
s'exagèrent quand une diminution de la quantité d'urine indique une 
moindre dépuration sanguine. 

SoupAULT^ pense que, sur la banalité habituelle des troubles gas- 
triques des brightiques, deux types se détachent, le syndrome dys- 
peptique flatulent et l'atonie gastro-intestinale. Le 
premier type serait caractérisé par la prédominance des éructations 
gazeuses et la fréquence de la céphalalgie. Le second type simule la 
dyspepsie desneurasthéniques et serait plus commun que le premier. 
Les accidents dyspeptiques du brightisme seraient dus à une intoxi- 
cation par élimination insufTisanle des matières extraclives. Cette 
dyspepsie loiique pourrait être comparée  la dyspnée toxique. 

De l'exposé qui précède, il ne se dégage rien de net, et Rircel a 
pu dire, avec raison, que la question était loin d'être élucidée. 

Btohanflwa J'ai voulu m'en rendre compte personnellement en 

■i^'"°^^i^« examinantlechimisme stomacal dequinze brightiques ''. 

atonuDii. Dggg quatre cas de néphrite à type épithélial, la 

I. G. SEK. — Les malailies de l'eslomac jugées par un nouveau réaclir chimique, 
Bulletin ilc l'Aeadimie de midecine, janvier lt<)t8. 

5. ScHNKiPEH. — Virchow'i /trchii>, t. CXLVIII. 

3. Zei-kin. — Inaugural IMuterlatitm, Wilrzbiirg. 1831. 
i. KhitwKOw. — Inaugural Dùsertation. Saiiil-Pé 1er* bourg, 1801. 
;j. KOL'i'AL'LT. — Troubles iligeïtîri dana les népliriles, BulUlin de la Société de théra- 
peutique, p. iil, ISU8. 

6. Sept de ces malades ont été étudiés avec le cuneours de E . Wsit. 



LA MALADIE DE BRIGHT 793 

motricité gastrique était parfaite. L'estomac était vide une heure 
après le repas d'épreuve chez le premier malade. Parmi les trois 
autres, il y avait un hyposthénique, un chimisme normal, et le 
dernier légèrement hypersthénique avec 0«',8 d'HCl libre, 1^,1 
d'HCl organique et 0*^,5 d* acides de fermentation exprimés en HCl. 
La pepsine était normale dans tous les examens. 

Chez onze malades du type interstitiel, tous plus ou moins 
polyscléreux , deux n'ont pu être sondés par suite de spasme œso- 
phagien, quatre étaient hypersthéniques avec hyperchlorhydrie 
(HCl de 1^,20 à l'',90), deux étaient totalement anachlorhydriques, 
trois étaient hypochlorhydriques. La motricité gastrique était 
bonne dans tous les cas ; la p ep s i ne très augmentée dans deux cas, 
' normale dans deux et diminuée dans cinq cas. 

11 résulte de tout ceci qu'on tend toujours à commettre l'erreur de 
créer de toutes pièces un syndrome gastrique afférent à une maladie 
àèlerminée, comme si chaque maladie devait provoquer du côté de 
Veslomac un retentissement spécifique. Il n'en est rien et toute 
l'étude que nous faisons le démontre. Les brightiques pas plus que les 
cardiaques, les hépatiques, les tuberculeux ne souff'rent d'une forme 
de dyspepsie qui leur soit personnelle et, par conséquent, les troubles 
gastriques qu'ils présentent ne sont pas justiciables d'un traitement 
uDJvoque. Le mécanisme même du retentissement n'a rien de certain 
et la théorie de Tintoxication, qui est encore presque universellement 
acclamée, est passible des plus grosses objections. 

Le rôle Ccci équivaut à dire que, si les insuffisances gas- 

fflnnfiiitattoiis. jpjqy^g g^^ pjyg fréquentes dans le brightisme, cepen- 
dant toutes les formes de dyspepsie peuvent s'y rencontrer. Malgré 
ce que dit Biernagki, il n'est pas un médecin ayant soigné des 
hrightiques qui n'ait été frappé par la fréquence des fermentations 
gazeuses et acides qui constituent souvent l'obstacle le plus absolu 
à remploi du régime lacté. Dans nos recherches, ces fermentations 
existaient en quantité notable dans plus delà moitié des cas. Je vois, 
en ce moment, avec Guyon et Dieulafoy, une dame atteinte du 
mal de Bright aggravé par le fait que le rein droit est mobile. Or, 
chez cette dame, les fermentations engendrent de véritables crises 
gastriques qui sont toujours suivies d'une légère élévation de la tem- 
pérature et de poussées rénales avec accroissement tel de l'albu- 
mine urinaire que celle-ci a pu s'élever brusquement de 0^',60 à 
8 grammes pour retomber ensuite au taux primitif. Mais les crises 
se répétèrent et l'albumine ne redescendit plus comme par le passé. 
Elle se maintenait aux alentours de 2 grammes, quand survint récem- 



794 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES SIÎH L'ESTOMAC 

men. une nouvelle crise qui fit monter Talbumine à 10 grammes et, 
depuis lors, elle n'est plus descendue au-dessous de 4 à 5 grammes. 
Donc, à chaque crise intense de fermentations gastriques, a succédé 
une poussée rénale, d'abord transitoire, mais qui peu à peu a laissé 
des résidus et contribué pour une forte part à l'aggravation de la ma- 
ladie de Bright. 

Cette observation, que je choisis entre beaucoup d'autres, n'est 
pas rare. Elle montre bien le rôle pathogénique de la dyspepsie 
associée au brightisme et l'influence fâcheuse qu'elle exerce sur la 
maladie rénale. Elle réduit aussi l'hypothèse de la dyspepsie toxique, 
pour deux raisons. La première, c'est que les crises gastriques sont 
absolument indépendantes des variations de la quantité et de la com- 
position de l'urine, qu'elles sont presque loujoure survenues au mo- 
ment où celle-ci constituait une dépuration largement suffisante. La 
seconde, c'est que le seul traitement qui fût capable d'améliorer l'état 
du rein était, non pas un traitement ou un régime anti-brightique, mais 
bien un régime anti-dyspeptique. 

Les cononuions L'hypcrsthéuie gastrique avec hyperchlorhydrie elle- 
diagnoitiquas. ^^^q ggj g^gg^^ fréquente chez les brightiques. Gomme 

je vous le disais tout à l'heure, on peut avoir la curiosité de 
rechercher si c'est la dyspepsie ou le rein qui a commencé, et on 
trouvera souvent que les troubles de la digestion ont précédé la 
lésion rénale el que cette dernière n'est qu'une étape des relentisse- 
menls de la dyspepsie sur le rein. Mais, en pratique, ceci importe peu, 
puisqu'on n'en tirera pas de conclusions relatives au traitement. 

En résumé, toutes les variétés de dyspepsie peuvent exister chez 
les brightiques. L'insuffisance est la plus fréquente ; puis vient la 
dyspepsie de fermentation, enfin l'hypersthénie. Vous aurez donc à 
faire le diagnostic de la dyspepsie en cause et à la limiter person- 
nellement, en associant ou en »altemant, suivant les cas, son traite- 
ment avec celui de la maladie rénale. 

Les conoiosions Une scule remarque, en terminant, à propos du 
uiArapeatiques. tpaitcment. Cclui-cî uc différera pas, en principe, de 
ceux que je vous ai indiqués à propos de chaque variété de dyspepsie. 
Toutefois sachez ([ue h médication acide, l'usage des ferments diges- 
tifs {pepsine, maltine, jmncrèatine, etc.) et des laxatifs constituent 
un ensemble médicamenteux qui répond à un très grand nombre de 
cas, parce qu'il a la propriété d'agir non seulement sur la dyspepsie, 
mais aussi sur l'évolution de la maladie rénale. Inutile d'insister sur 
les inconvénients des soi-disant antiseptiques digestifs qui fatiguent 



L'URÉMIE GASTRO-INTESTINALE 795 

l'estomac, dimiauent son aptitude digestive et impressionneot défavo- 
rablement le rein à leur passage. Si j'en parle pour mémoire, c'est 
que certains ouvrages réceols les préconisent encore, et je tiens à vous 
mettre en garde cootre leurs dangers. 

Dans la dégénère se ence am y loi de, la muqueuse 
dtftefcwoica. stomacale est quelrjuefois envahie. D'après Balzer, 
''''°"*' cette dégénérescence frappe surtout les vaisseaux de la 
muqueuse et de la sous-muqueuse. Dmiktrowski a vu la lésion 
atteindre les glandes. Lecorcké ei Talahon ont trouvé la muqueuse 
gastrique rouge et semée de points hémorihagiques. D'autres obser- 
vateurs ont noté sa pdleur. Quoi qu'il en soit, tout ceci prouve qu'il 
existe une dégénérescence amyloîdede l'estomac. Il y a même 
des cas où cette dégénérescence serait en quelque sorte limitée 
à l'estomac et associée au catarrhe chronique ou à l'ulcère 
gastrique. Le plus souvent, la symptomatologie de l'amyloïde 
stomacal se fond dans celle des lésions rénales, hépatiques ou intes- 
tinales. EoiHGER'a constaté dans deux cas l'absence d'HCl libre. 



L'urémie gastro-intestinale. — La forme lente. 
Le traitement. 



Si l'on hésite quand il s'agit de iixer le mécanisme 
'■ du retentissement du mal de Bright sur l'estomac, le 
lioûte n'est pas permis en ce qui concerne l'ensemble des symptômes 
qui constituent l'urémie gastro-intestinale. Celle-là est nelle- 
ment d'origine toxique. Son évolution est aiguë ou chronique. 

ubmg La forme chronique est bien décrite dans les 

'^"'"' livres classiques*. Elle est caractérisée par une ano- 
feiie très marquée, un état nauséeux  peu près constant, des 
vomissements pituiteux qui, selon l'expression de Lancereaux, 
sont troubles comme du bouillon tourné, des crises plus ou moins 
douloureuses ayant l'estomac pour siège, de la salivation et quel- 



790 LES RETENTISSEMENTS DES HAUDIES SUR L'ESTOMAC 

quefois de la diarrhée. A. Mathieu' n'a pas trouvé d'HCI libre dans 
les vomissements, mais seulement de l'acide lactique. 

Plus fréquente chez les individus d'un certain âge, chez les poly- 
scléreux, l'urémie gastrique lente ou chronique procède par crises 
durant plusieurs semaines et causées par une alimentation intem- 
pestive ou par des excès alimentaires. Ordinairemcnl, j'ai vu celte 
îbrme d'urémie s'accompagner d'une diminution de la quantité 
d'urine. 



U trattantnt. 



Bile rôclame comme traitement le régime lacté 
absolu ou tout au moins le régime lacto-végétarien, les 
grandes irrigations intestinales, les purgatifs et l'emploi des moyens 
destinés à calmer l'intolérance gastrique'. Vous utiliserez avec 
avantage les gouttes composées à la pia-otoxine et à la morphine' 
ou le petit vésicatoire à l'ammoniaque, de la grandeur d'une pièce 
d'un franc, appliqué au creux épigastrique et saupoudré de 0,05 de 
poudre d'opium brut. Maison insistera principalement sur les moyens 
propres à assurer la dépuration sanguine par l'urine. 

uiorm L'urémie gasiro-intestinale aiguë n'éclate 

'''^' presque jamais sans avoirélé précédée de troubles chro- 
niques plus ou moins accentués. Elle peutexisterseule, mais elle coïn- 
cide habituellement avec d'autres manifestations urémiques. Ses carac- 
tères sont : l'anorexie absolue, le pyrosis avec sensation de brû- 
lure ou de crampe épigastrique, le vomissement qui constitue le 
symptôme capital, survient à tout moment, devient incoercible, s'ac- 
compagne de dyspnée, se compose de mucus ou d'un liquide séreux 
coloré ou non par la bile. Ces vomissements sont rarement acides, le 
plus souvent neutres, quelquefois alcalins. Ils renferment del'urée ou 
du carbonate d'ammoniaque provenant de la décomposition de 
l'urée. 

Ladiarrhée est très fréquente. Suivant Tbeitz, elle est dysentéri- 
forme avec des selles fréquentes, douloureuses, sanguinolentes, ou 
catarrhale, avec des selles séreuses, fétides, exhalant une odeur am- 
moniacale et contenant de l'urée (Cl. BERNARn). 

L'urémie gastro- intestinale ne comporte pas de 
traitement gastrique. En supprimant les vomisse- 
ments, on fermerait une porte de sortie aux toxines. Ce qu'il laut, 

1. A. Mathieu. — Un cns d'urùmie gastrique ctironique, BulMin de la Société de Ihi- 
rapfulique, p. 133, t89a. 
!. Vojez pages Ï85 ù !9i. 
3. Vajei page STS. 



L'EMPOISONNEMENT DRINAIRE 797 

c'est s'efforcer d'activer la sécrétion urinaireet les oxydations 
organiques par l'emploi judicieux de la saignée^ des inhalations 
d'oxygène, des irrigations rectales avec Veau froide et des diurétiques. 



IV 

Les dyspepsies de Tempoisonnement urinaire. — Les urinaires 
larvés à forme d3rspeptique de Ghiyon. — Les cas légers. — Les cas 
lorpides. — Les cas aigus. — La physiologie pathologique et le traitement. 
— La dyspepsie urooynétique de Rosenbaoh. — La symptomato- 
logie. — Le traitement. 

Ln djspepuM II csl eucore un mode de retentissement gastrique 

rtmpotoîLiaiiaiit d'origine urinaire, qui dépend, suivant les cas, d'une 

■'**»'*^ action mécanique, de l'infection ou de Tintoxi- 

calion : c'est celui que l'on rencontre dans les cas d'empoisonné- 

meut urinaire. Il se présente sous deux aspects. 

Letnriiudres ^ première forme a été décrite par Guyon*. 

1»^ Elle se présente, entre autres cas, chez les vieillards 

lomitdigMttTe atteints d'hypertrophie de la prostate. La réten- 
detoyon. ^j^j^ uriuairc s'établit lentement, et les symptômes 
digestifs attirent seuls l'attention. La langue, d'abord saburrale, 
devient rouge et sèche, le muguet fréquent; la salivation diminue; 
lasoifest vive, la déglutition pénible, l'anorexie absolue. Quant 
aux troubles gastriques proprement dits, ils prennent la forme de 
Tinsuffisance ou du catarrhe, avec des vomissements muqueux 
oupiiuiteux et quelquefois de la diarrhée. On a cité des cas où les 
vomissements étaient incoercibles. Comme symptômes surajoutés, 
Guyon a noté les accès migraineux et de légères poussées fé- 
briles suivies de fortes transpirations. 

A côté de cette forme relativement sérieuse, Guyon 
décritdes formes légères où la constance et la durée 
des symptômes gastriques, de l'anorexie, des nausées, des vomisse- 
roenls, de la constipation, des migraines doivent engager le médecin 
às'informer de l'état fonctionnel de l'appareil urinaire et le conduire, 
si celle enquête est décisive, à son exploration. 



1. GoYON. — Revue mermuelle de médecine et de chirurgie^ p. 12, 1878, et Annale& 
du maladies des voies urinaires , novembre 1899. 



798 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES SUR L'ESTOMAC 

Dans les cas qui restent torpides, les troubles 
digestifsont une grande importance diagnostique et pro- 
nostique. GuYON, sous le nom de cachexie urinaire, décrit un état 
pathologique auquel les troubles digestifs graves ajoutent des irails 
tellement accusés qu'ils pourraient être considérés comme distinctifs, 
•en permettant d'en découvrir la nature et d'en mesurer la gravité. 

Enfin, quand ils passent à Tétat aigu, les cas de 
rétention chronique incomplète infectée, alors 
même que le cathétérisme est pratiqué, donnent aux troubles digestifs 
une importance et une acuité nouvelles. Aussi le pronostic doit-il 
être très réservé lorsqu'ils persistent et s'accentuent malgré les inter- 
ventions les mieux appropriées (Guyon). 

. w^ . -, « Lorsque la rétention est aseptique, dit Guyon, 

La physiologie . « r t > > 

patiioiogique c'cst SOUS l'influence de la mise en tension que les 
accidents digestifs commencent à se montrer, et c'est 
:sous l'influence de la distension qu'ils s'accentuent et s'aggraveni 
parfois au plus haut point. La pression intra-rénale qui en résulte 
s'exerce sur les deux reins et s'oppose mécaniquement à leur fonc- 
tionnement. Quand l'urine est sep tique, plus n'est besoin de la ten- 
sion ni delà distension pour que les fonctions digestivess'alanguissent 
-et se troublent plus ou moins profondément. La stagnation du liquide 
urinaire infecté suffit. Le plus sûr moyen de nettoyer la langue de 
tous ces sujets est de convenablement la ver leur vessie. Je tiens à ce 
que vous n'oubliiez jamais que dans la forme aseptique, où l'in- 
fluence exercée est purement mécanique, c'est de la tension et de la 
distension seules que vous avez à tenir compte. Les rétentionnisles 
à petit résidu aseptique, s'ils ont des troubles digestifs, ne béné- 
licient pas du cathétérisme. Tout au contraire, l'intervention du 
<)hirurgien, quand elle est bien conduite, donne les résultats les plus 
remarquables dans ces cas de rétention que j*ai rattachés à la troi- 
sième période du prostatisme et décrits sous le nom de rétention 
chronique incomplète avec distension. » 

Je vous engage à lire les études si pratiques que Guyon a con- 
sacrées au diagnostic et au traitement de ces urinaires larvés, 
<:omme il les appelle. Vous comprendrez alors comment le meilleur 
traitement appliqué par les médecins les plus compétents « ne guérit 
pas ou ne modifie que passagèrement des troubles gastriques qui 
s'améliorent rapidement et guérissent quand la rétention d'urine, 
insoupçonnée et négligée, était enfin régulièrement Iraitée par le 
chirurgien ». 



i -n^ _ 




L'EMPOISONNEMENT URINAIRE 799 

La seconde forme, qui n'est qu'un des cas par- 
ia dyspepsie 

urooynétiqiie ticulicrs dc la descHption de Guyon, a été signalée par 
de Boseabaeh. q Rosenbach*. Ce sont des cas de parésic parinsuf- 
iisaDce motrice des voies urinairesqui se manifestent presque 
exclusivement, au moins au début, par des désordres gastro-inles- 
linaux qu'il individualise sous le nom de dyspepsie urocyné- 
tique. Cetle insufûsance motrice ne relève ni d'une paralysie vraie, 
ni d'obstacles au cours de l'urine; elle parait primitive ou liée à des 
ectasies veineuses de la vessie ou des bassinets. 

u Elle est plus fréquente chez les hommes ayant 

symptomatoiogit. ^j^pj^ssé la ciuquant'tine et se traduit par du dégoût 
pour la viande, des nausées, du pyrosis, une sensation de gêne 
dans les mâchoires et dans les glandes salivaires, de fatigue géné- 
rale et de faiblesse dans les membres inférieurs. Il y a de la 
pollakiurie nocturne, une tension dans le bas-ventre, de la con- 
stipation ou de la di&rrhée intermittentes. Le teint est pâle ou 
jaunâtre. La température tend à s'abaisser quoique le malade 
éprouve des frissonnements vers le soir. 

L'examen des organes digestifs est négatif, mais la palpation 
du bas-ventre montre la vessie allongée dans le sens longitudinal et 
l'éduite dans son diamètre transverse. L'urine est peu acide, fer- 
mente facilement, contient du mucus et des globules blancs. La 
sonde ne ramène guère que 200 à 300*' d'urine qui coule lentement. 
Les besoins d'uriner sont fréquents et deviennent impérieux après l'in- 
gestion de liquides. La miction spontanée est parfois très difficile. 

Celte insuiBsance motrice, se développant lentement, passe sou- 
vent inaperçue, et l'on soigne en vain la dyspepsie qui en résulte, 
car celle-ci ne peut guérir que par un traitement visant sa cause. 

Le traitement qui réussit fort bien dans les 
formes non invétérées consiste enbams tièdesy en mas- 
sages doux de V abdomen et des régions lombaire et vésicale avec repos 
prolongé au lit et faradisation des parois du ventre, La strychnine^ 
la noix vamiquey Vergotifie seront d'utiles adjuvants. On recomman- 
dera de boire modérément y d'éviter toute boisson alcoolique, les 
acides, le vin et la bière. Le cathélérisme ne sera pratiqué qu'en cas 
de rétention d'urine et d'extrême atonie de la vessie. 

1. 0. ftosENBACH. ^ Semaine médicale ^ 13 septembre t899. 



QUATRIEME LEÇON 

LES 

RETENTISSEMENTS GASTRIQUES DES MALADIES DU CŒUR 

ET DE L'AORTE 

L'ACCORD DE LA CHIHJE ET DE LA CLINIQUE 

LES DYSPEI>S[ES CAHDEAUDES PAR STASE VEI>EUSE 

LES DYSPEPSIES KÉFLEXES, ANEMIQUES, MÉCANIQUES, MËDlCAHEfJTEl'SES 

LA PARALYSIE DE L'ESTOMAC 

L'ARTËRIO-SCLËROSE GASTRIQUE - LE DIACKOSnC ET LE TRAITEHEKT 



Les retentimements gastriques des cardiopathies. — Un mut d'histo- 
rique. — Les recherches île quelques auteurs sur le chimisme stomacal et 
ieura incertitudes. — L'accord possible do la chimie et de la cliniqtie. 

Un DMt II 6St bien rare qu'un cardiaque ne présente pas de 

dUBtoiiqiu. symplômesdyspepliques; aussi, sans parler des anciens, 
bien des auteurs, depuis Bouillaud et Genorim, se sont-ils préoc- 
cupés de cette complication. M. Raynauo en donne, pour la première 
fois, une description d'ensemble, signalant la congestion comme sa 
lésion anatomique. Leared' montre que ces symptômes sont plus 
habituels chez les aorliques que chez les mitraiix et qu'ils prennent 
quelquefois la première place dans la séméiologic. Puis Potain et 
Rendu* déclarent que les phénomènes douloureux, les crises gas- 
tralgiques prédominent dans les lésions aortiques, tandis que, dans 
les maladies milrales, c'est la dyspepsie flatulcnte qui est la r^le. 

1. I.EAHED. — Médical Timei and Gaietle, t. I, p. G'J5. ISS?. 

"i. PoTAiN et nEN[>u. — Dictionnaire encyclopédique det icieiica médicatet, arlicle 
Cœub. 



LES MALADIES DU CŒUR ET DE L'AORTE 801 

Alors les travaux se multiplient. Lancereaux* donne une figure repré- 
senlanl la congestion de Teslomac cardiaque. Peter*, Germain Sée*, 
HuCHARD font une place importante aux troubles gastriques dans 
leurs leçons et leurs ouvrages sur la pathologie du cœur. Hijfler, 
Adler et Stern, Einhorn étudient le chimisme stomacal des car- 
diaques. Harley s'occupe du retentissement sur les cardiopathies 
de la distension de Testomac. Oliver et Money portent la question 
devant la Société clinique de Londres. Muller* et Hautecœur en font 
Tobjet de leurs thèses inaugurales. 

Lesrecherches I' ^^^ curicux dc voir quc les uotions cliniques fort 

de quelques préciscs qu'avaicut données Leared, Potain et Rendu, 

sur le chimisme Germain Sée, H. HucuARD paraissent avoir été quelque 

stomacsl « • i iir*» ii** 

et leurs pcu obscurcies par les recherches faites sur le chimisme 
*'**^*'*""***- stomacal des cardiaques. Ainsi IIufler^ constate que 
l'HCl ne se trouve jamais à Tétat libre chez les cardiaques et, dans un 
cas où il constate sa présence, il admet que le malade avait antérieu- 
rement une hyperacidité exagérée qui avait persisté malgré la lésion 
du cœur. 

A. Adler et R. Stern** examinèrent vingt cardiaques et conclurent 
que, dans les myocardites aussi bien que dans les affections val- 
vulaires, la muqueuse gastrique voit diminuer ou disparaître son 
aptitude à faire de l'HCl. Sur ces vingt cardiaques, sept seulement 
présentèrent des troubles gastriques. Quant au chimisme gastrique, 
seize malades avaient de l'HCl d'une façon constante, deux d'une 
façon inconstante; deux n'en présentaient jamais, et ces deux malades 
avaient un bon appétit et n'accusaient aucun trouble gastrique. Ces 
recherches contredisent celles de Hûfler; mais la divergence vient 
de ce que ce dernier se servait du repas d'épreuve de Leube-Riegel 
et que l'évacuation de l'estomac avait lieu deux heures seulement 
après le repas d'épreuve. Pour trancher ce différend, A. Adler et 
R. Stern firent comparativement une série d'expériences chez des 
individus sains et finirent par déclarer que le résultat de l'examen du 
contenu stomacal, après repas d'épreuve, chez les cardiaques, se 
rapproche beaucoup de ce que Ton observe chez les individus 
sains. 

i. Lancereaux. — AUas d'anatomie pathologique, 1871. 

2. Peter. — Traité des maladies du cœur, 1883. 

3. G. SÉE. — Des dyspepsies gastro-intestinales, 1881. 

4. P. Muller. — Thèse de Paris, 1880. 

5. E. Hûfler. — Uber die Funclioncn des Mageas bei Herzfehlern, Mùnchener medi- 
cinische Wochenschrift, n" 33, 1889. 

6. A. Adler et R. Stern. —Uber die Magenvcrdauung bei Herzfehlern, Berliner A/i- 
nische Wochenschrift, n« 49, 1889. 

" ' 51 



802 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES SUR L'ESTOMAC 

EiNHOiiN* fit des recherches sur douze malades. Chez huit d'entre 
eux, l'HCl élait normal ou à peu près. Dans le plus grand nombre des 
cas, l'acidité totale n'élait pas abaissée. 

F. MuRDOCH^ s'associe aux conclusions des auteurs précédents et 
déclare qu'il n'y a rien de constant dans les modifications subies par le 
chimisme stomacal des cardiaques. 

Hautecœur;^ note une diminution presque constante de riICl 
libre et de ses combinaisons organiques qui feraient même parfois 
complètement défaut. Quand l'acidité totale est forte, elle est due 
surtout aux acides de fermentation. 

L'accord De CCS rcchcrches, en effet, il ne découle que de 

de^u^taiie l'incertitude, et cela tient à ce que les auteurs précé- 
et de la clinique, jents Semblent n'avoir pas tenu un compte suffisant de 
la nature et de la période des affections cardiaques qu'ils étudiaient. 
Si, au contraire, on juxtapose exactement la clinique et la chimie, on 
voit qu'il existe entre elles un accord qui est d'un haut intérêt diagnos- 
tique et thérapeutique. 



II 

La classification des dyspepsies d'origine cardiopathique. — La 
dyspepsie hyposthénique par stase veineuse. — L'anatoiuie patho- 
logique. — L'ctiologie. — Le ctiimisme stomacal. — La symptomatologie. — 
La dyspepsie hypersthénique réflexe des aortiques. ^ La sym- 
ptomatologie. — Le chimisme stomacaL — La pathogénie. — La dyspepsie 
hyposthénique par anémie locale. — La paralysie de Testomac. 
— Les dyspepsies mécaniques et médicamenteuses. — L'artério- 
sclérose de l'estomac. — Le diagnostic. 

La dyspepsie Daus uu premier groupe de faits, les troubles 

hyposto^que gagjpjqugs du cardiaquc reconnaissent comme cause 
stase veineuse, essentielle la slase veineuse. 

L'anaiomie Celle pathogéuic, admise par M. Raynaud, par 

pathologique. K^VALD ct la plupart dcs autcurs, a pour elle Tanatomie 

pathologique, d'après les observations de Lancereaux, de Roki- 

1. M. EiNHORN. — Das Verhalien des Magens in Bezug auf die. Salzsaûrcreaction bei 
Herzfehlern, Berliner klinhche Wochenschrifly n» 49, 1889. 

2. F. MuRDOCH. — The state of the gaslric sécrétions in organic disease of thc heart, 
New-York médical Journal, 1899. 

3. Hautecoedr. ~ Étude sur les troubles et les lésions de Teslomac chez les car- 
•iiaques, Thèse de Paris, 1891. 



f,ES MALADIES III' CŒllI KT DE L'AORTE P 

TAssKï, de BnrsTos, d« Balzëh' et de IIautecikur. Ces auteurs o 
trouvé dans l'esloinac des cardiaques des lésions de congestion p; 
sive prédominantes qui alloignent un degré ^u'on ne retrouve da 
aucune afTeclion stomacale et qui, aux points où elles sont le pi 
accentuées, se traduisent par des eccliymoses, des dilalatio 
capillaires et même des érosions héinorrhagiques. Comme 
bien montré IIautecœur, le système artériel est ordinairement i 
derane; mais les veines et les capillaiies sont très congeslionoi 
Tantôt il n'y a qu'une congestion simple ; tantôt les parois elh 
mêmes sont altérées et deviennent l'origine de foyers de scléros 
Le tissu conjonclif néo-formé ('touffe les glandes dont les eellul 
suhUsent la transformation muqueuse ou disparaissent. 

Cette analomie pathologique correspond a 
périodes d asystolie passagère ou delmilive t 
maladies du cœur quelles qu'elles soient, mais surtout des maladi 
milrales ou tricuspidiennes. Il s'agit aloi-s de la dyspepsie d'o 
;;ine congeslive qui correspond à ce que Germaen SÊe a décrit sous 
nom de gnstricisme chro nique des cardiaques. 

Cette variété de dyspepsie n'accompagne pas nécessairemi 
toutes les cardiopathies asystoliques, puisque certains de ces malac 
ne présentent pas de troubles dyspeptiques marqués; mais, quand 
sont dyspeptiques, c'est toujours d'après ce mode. 

u thimiuoB '^ti point de vue du chîmisme stomacal, le ty 

•unuai. 3|q,.j. réalisé est celui de la dyspepsie par insuf 

sance ou hyposthénique avec diminution ou absence de l'I; 

libre et fréquentes fermentations acides ou gazeuses secondaires. 
Gbossjiasx a montré que ces malades digéraient assez bien 

féculents, mais assez mal les alhuminoides. Les corps gras sont n 

absorbés, et les fèces en contiennent Jusqu'à 18 p. 100 au lieu de 

movenne de 5 p. 100. 

Les symptômes essentiels sont : l'anorexie, 
irmuoBau,. dégoût de la viande, différent de celui observé chez 
'°'^' cancéreux et tenant à ce que le malade sent qu'il 
digère mal; une lenteur de la digestion caractérisée par de 
pesanteur ou des tiraillements ép igas triques, par une sensati 
de barre sus-ombilicale; raccroisseioentdc la dyspnée et u 
impuissance physique et intellectuelle après les repa 

I. Balzer. ~ /teruf île méilecine et île chirurgie, 1877. 



801 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES SUR L'ESTOMAC 

la distension g;azeuse de l'estomac avec tous ses inconvéaienls. 
Le pyrosis est Tréquenl, mais non constant. Les vomissemenls 
sont notés dans quelques cas. Gendrin el Jaccoud signalent les mala- 
dies du cœur comme cause de quelques hématémèses. La consti- 
pation est la rè(r|e. L'exploration directe montre que l'oslomac 
est distendu par des gaz et sensible à la palpatîon. 

udyipgpsi* Dans UD deuxième groupe de Taits, se rangent 

riant*'"' des troubles dyspeptiques dont l'allure est très spéciale, 

du Bortmnw. qui s'observent surtout chez des aorliques, des 
artério-scléreux, des individus en état d'hypertension arté- 
rielle, dans les aortiles, dans l'angine de poitrine (HucBAnD) 
et plus rarement cliez des milraux encore bien compensés. Ils 
correspondent au gaslricisme initial des cardiaques décrit 
par Germain Sée. 

^ Leur caractéristique symplomatologique 

■Tmptomau- essentielle, c'est la crise gastrique, crise qui siège 
à l'épignstre, survient h Jeun, mais surtout une ou 
deux heures après les repas, réveille les malades pendant la nuit, 
acquiert parrois un haut degré de violence, au point qu'elle concentre 
sur elle toute l'attention et masque l'afTection cardiaque ou vascu- 
laire qui cependant la détermine. L'appétit est conservé; maïs Ift 
malade restreint volonlairemenl son alimentation parce qu'il sait 
bien que, s'il charge son estomac, iUe prépare de plus fortes douleurs. 
A côté des crises gastriques, il faut noter la lenteur du la diges- 
tion, la flatulence, la dyspnée accrue pendaut la période diges- 
tive. 

ucbimiimi Lo chimisme stomacal accuse dans la majorité 

>iam.<»i. jgg pjig „j,g augmentation de l'HGI libre. Dans 
quelques autres, l'HCI libre n'est pas augmenté, mais l'acidité totale 
est accrue par les acides de fermentation. Entîn, chez de plus 
rares malades où l'acidité totale est normale, la crise gastrique ne 
saurait être attribuée qu'à une hyperesthcsie particulière de la 
muqueuse stomacale ou à des spasmes musculaires. 

La palhogénie de ces troubles gastriques n'a pas 
la certitude de celle des troubles du premier groupe, 
qui reconnaît un subslratum analomique. Mais selon toute vraisem- 
blance, comme le pensent Peter et Geahain 
sont d'origine nerveuse réflexe. Le plexus cardiaq 



LES MALADIES DU CŒUR ET DE L'AOUTE 805 

plaques d^alhérome, meltrait enjeu le pneumogastrique; Texcilation 
provoquerait une hypersécrétion d'HGI ou des contractions doulou- 
reuses de la tunique musculaire de Testomac. Je serais disposé à 
accepter cette pathogénie; car Yatropinej qui paralyse le nerfpneu- 
mogaslrique, exerce souvent une heureuse influence sur les dyspepsies 
de ce groupe. 

udyspepsie Daus un troisième groupe de faits, des individus 

**''**^^'°* atteints d'insuffisance aortique ou d'angine de 
anémie locale, poitrine présentent le type clinique de Tiasuffi- 
sance gastrique avec hypochlorhydrie s'accompagnant ou non 
de fermentations secondaires. N'est-il pas probable alors queTanémie 
qui affecte plus ou moins tous les organes dans rinsulfisance 
aorlique intéresse aussi l'estomac? L'insuffisance sécrétoire et motrice 
pourrait donc être expliquée par une insuffisance dans Tirrigation 
sanguine de l'organe. 

• 

uptfaijiie Dans un quatrième groupe de faits beaucoup 

de restomac. p^^g j^^yQ^^ dont lIucHARD ' a fouini uu remarquable 

exemple, il y aurait lieu d'admettre non plus une irritation, mais une 
paralysie du pneumogastrique. Il s'agissait d'un cas d'angine 
de poitrine qui s'accompagnait d'uuB extrême dilatation de l'estomac. 
Puisque, d'après les expériences de Mosso, de Claude Bernard, de 
ScHiFF, l'œsophage se comporte comme un tube inerte après la sec- 
tion du pneumogastrique, il n'est pas irrationnel de penser que la 
paralysie de ce nerf puisse avoir aussi pour conséquence la para- 
lysie de l'estomac et sa dilatation consécutive. Cette hypothèse 
trouverait encore son appui dans une observation de Peter qui, dans 
un cas de dilatation considérable de l'estomac, constate que le 
plexus cardiaque, le plexus solaire et les deux pneumogastriques du 
cou étaient très sensibles à la pression. 

u dyspepsie D«ns UU cinquième groupe de faits, se rangent 

mécaniqae. j^g ^g ^^ |gg fonctious gastriqucs sout troublécs m éca- 

niquement par la compression qu'exercent une ascite ou un 
hydrothorax d'origine cardiaque. Mais, dans ces cas, il est fort pro- 
bable qu'il y a de la stase veineuse d'origine asystolique dans l'es- 
tomac comme dans tous les autres organes et que la compression 
intervient seulement comme élément causal surajouté. Aussi ce 
groupe peut-il cliniquement se rapprocher du premier. 

1. HucHARO. — Union médicale^ 1876. 



806 LES IIETENTISSEMENTS DES MALADIES SlJh L'ESTOJIAO 

LBdy>p>p>is A côlé des types fimdamentaux qui précèdeni, il 

■"**"""""*'- convieot de placer un sixième groupe comprenant 
le cas d'intolérance gastrique avec vomissements provoqués par 
l'usage et l'abus des médicaments, tels que la diiiilale oa même 
la caféine (Huchard). 

.-utirio-acierau Enfin, ù titre de mémoire, n'est-il pas des troubles 
d«rMtinii.c. dyspeptiques que l'on puisse attribuer à l'arlério- 
;lérose jfaslriqueetqui formeraient un septième groupe?Celte 
icalisation de l'artério-sclérose, pour rare qu'elle paraisse, n'en 
it pas moins certaine. LANCEnEAtix cite l'observation d'un jeune 
omme de vjngl-sept ans chez qui les artères de l'estomac et de 
Intestin étaient sclérosées. On trouva, de plus, une entérite 
luqueuse et des érosions hémorrhagiques de l'estomac qui étaient 
raisemblablement une conséquence des lésions artérielles. Lance- 
eaux rapporte encore le cas d'un malade chez qui des vomisse- 
lents, des alternatives de diarrhée et de constipation se rattachaient, 
ilon toute probabilité, à des lésions des artères mésentéiîques. Hu- 
iiABD a observé aussi des cas où l'artério-sclérose avait envahi l'es- 
imac. Il y a dans ces laits une indication d'altenlc qui mérite d'être 
Dursuivie. 

Considéré au point de vue de la thérapeutique à 

L« dlkononlo- ■ > i ■ i ■ . ■ 

intervenir, le diagnostic comprend deux opérations, 
a première consiste h bien préciser les rapports de la dyspepsie 
vec l'afTection cardiaque et à résoudre successivement les questions 
livantes : 

1° Des symptômes dyspeptiques prédominants ne masquent-ils 
as une affection cardiaque ou vasculaire méconnue? 

2° Élant donnée la coexistence de troubles dyspeptiques et de 
oubles cardio-vasculaires, quel rapport de filiation existe-l-il entre 
Lix ? Kst-ce la maladie cardiaque ou vasculaire qui retentit sur 
estomac ou sont-ce les troubles gastriques qui provoquent réHexe- 
lent des symptômes cardiaques ou vasculaires? 

3° S'il est prouvé que la dyspepsie est secondaire, n'exerce-t-elle 
as une influence aggravante sur la maladie cardiaque ou vascu- 
>ire? 

Vous vous rappelez combien les troubles gastriques peuvent re- 
inlir sur le cœur sain ' ; à plus forte raison seront-ils capables 
'impressionner un cœur déj.^ malade, quand bien même ils tronve- 

I. Voyez [>age 639. 



LES MALADIES DU CŒUR ET DE LWORTE 807 

raient en lui leur origine. Ce cercle vicieux, où le cœur malade crée 
des gaslropalhies qui retentissent sur lui, est extrêmement fréquent 
et son diagnostic vous évitera bien des erreurs de pratique *. 

Dans la seconde opération, vous rechercherez le mécanisme 
du retentissement de la maladie cardiaque sur Testomac et la nature 
de la dyspepsie ainsi provoquée. 

Les trois questions de la première opération du diagnostic seront 
aisément résolues par l'examen et l'interrogatoire du malade. Quant 
à celles de la seconde opération, les détails dans lesquels je viens 
d'entrer au sujet du groupement des retentissements gastriques 
seront suffisants pour vous servir de guide dans ce diagnostic qui est 
plus niinutieux que difficile. D'ailleurs, en cas d'hésitation, l'examen 
du chimisme stomacal lèverait tous les doutes. 



III 

Le traitement. ^ La dyspepsie par stase veineuse. — La dyspepsie 
hypersthénique réflexe. — La dyspepsie par anémie locale. — 
La paral3rsie de l'estomac. — Les dyspepsies mécaniques et 
médicamenteuses. — L*artério-sclérose de Testomac. — Les 
complications cardio-pulmonaires d'origine gastrique. — Les 
maladies mitrales. — La dyspnée toxi-alimentaire. 

u traitement ^^^^ comprencz maintenant que le traitement des 

dyspepsies d'origine cardiaque ne saurait être univoque 
puisqu'il doit s'inspirer à la fois de la pathogénie variable de la 
dyspepsie et de la forme non moins variable de celle-ci. 

Lcsds Dsi Usins les cas du premier groupe, dyspepsies 

par plutôt tardives d'origine congestive avec in- 

"'^ suffisance gastrique et fréquence des fermentations se- 
condaires, c'est le traitement de l'asystoliequi s'impose avec celui 
de ses agents dont l'affeclion cardiaque légitimera l'emploi. 

Maintes fois, en particulier, vous verrez la digitale, en régulari- 
sant le cœur et en diminuant les œdèmes, rétablir le fonctionnement 
de l'estomac. Mais elle ne doit être employée qu'à petites doses frac- 
tionnées, sous forme de macération ou d'infusion, et pendant 
quatre à six jours seulement, afin d'éviter les effets irritants qu'elle 
produit si souvent sur la muqueuse gastrique. La préparation sui- 

L Voyez page 810. 



808 LES RETENTISSEMENTS DES HAUDIES SUH L'ESTOMAC 

vante, qui associe à l'action de la digitale celles de Yergotine, agent 
vascutaire, et du nitrate de potasse, agent diurétique, est presque 
toujours bien tolérée : 

"¥ Poudre de Teuilles de digitale 0,60 

Faire infuser dans l'eau bouillante 150 grammes 

Filtrer et ajouter : 

Ei^otiiie Bonjean I â 3 grammes 

Nilrale de potasse 2 — 

Sirop des cinq racines 30 — 

F.s.a. Polion, dont on donnera une cuillerée à soupe toutesles quatre heures, 
en augmentant progressivement la dose le troisième et le quatrième 
jour, si la diurèse ne s'est pas produite. 

Le malade sera mis au régime lacté et, si ce régime provoque des 
fermentalioDS gastriques acides ou gazeuses, on usera largement des 
poudres de saturation alcalino-terreusesK \ous régulariserez, en 
cas de besoin, les fonctions intestinales, à Vaiàe des pilules compo- 
sées à l'aloès '. 

Même en dehors de la vraie asyslolie, par exemple dans les cas de 
troubles gastriques liés à un surmenage passager du cœur, chez des 
mitraux, la digitale, à petites doses, rend de grands services. 

Vous concevez combien, dans les dyspepsies de ce groupe, serait 
déplace le traitement derinsurfisanceoudesfermentationsgastriques, 
i'acide chlor hydrique, proposé par IR'pler, ou encore le lavage 
de Vestomac qui a toujours des partisans. 

Dans le second groupe de faits : dyspepsie plutôt 

bTpBTrthtiiKii]* initiale des insuffisances aortiques, des sclé- 

reux, des cardiopathes artériels, des angineux 

et de quelques mitraux, l'indication causale et l'indication de la 

dyspepsie sont, au contraire, intimement juxtaposées et devront 

alterner suivant le sens de la prédominance. 

La Ihéobromine est le meilleur moyen.de remplir la première 
quand la dyspnée cardio-artérielle coïncide avec une diminution de 
la quantité d'urine. 

Quant à la seconde, elle varie suivant la nature du trouble gas- 
trique. Ainsi : réijime laclê absolu avec les moyens de le faire tolérer * 

1. Voyez page 171 

2. Vojez page 295. 

3. Voyez page Î58. 



LES MALADIES DU CŒUU ET DE L\\ORTE 809 

Qi traitement médicamenteux de V hyper sthénie avec hyperchlorhydrie, 
ou emploi judicieux des préparations de belladone et de Vatropine 
quaDd il y a augmentation sensible de riICl libre ; régime et traite- 
ment des dyspepsies de fermentation quand l'acidité gastrique est due 
à des acides organiques; enfin usage des opiacés (latulanum y chlorhy- 
drate de morphine ou poudre d'opium brut), de la cocaïne , de Veau 
chloroformée quand les.crises gastriques douloureuses sont dues à un 
spasme musculaire ou à l'hyperesthésie de la muqueuse. 



udrspepsie ^^^^ '^^ ^^^ ^^ troisièmc groupe (insuffi- 

paranémie saucc gastrique avec ou sans fermentations 
chez des malades du même type que ceux du groupe 
précédent) , l'indication gastrique passe au premier plan et le ma- 
lade doit être traité comme un dyspeptique ordinaire, à moins que 
(les incidents de la maladie causale ne réclament leur médication 
habituelle. Évidemment le traitement anti-dyspeptique sera cessé dès 
que les fonctions de Testomac, rétablies, permettront de reprendre la 
médication cardio-artérielle. 



La paralysie D^HS Ics cas plus rarcs du quatrième groupe où 

de iMtomao. jj^ difaiaiion vraie de l'estomac est due à une paralysie 
du pneumogastrique, l'indication est de réveiller l'activité 
des nerfs parésiés ^et d'empêcher la stase gastrique. Le 
pilocarpine aux doses minimes de 0,001 à 0,005 fractionnées en 
24 heures, la digitale, 1a digitaline, etc. , d'une part, le traitement 
stimulant des hyposthénies, le massage doux de l'estomac, le régime 
s^c(HucHARD), d'autre part, seront alors indiqués. 

La dyspepsie Les cas du cinquième groupe réclament la 

mécanique, ponction abdominale ou thoracique. 

Les dyspepsies Lcs dyspcpsies m édicamcu tcuscs caractéri- 
ïnédicamenteMes. g^^g pj^j, j^g vomisscmcnts ct Ics autrcs signcs de rin- 

lolérance gastrique seront soumises au repos stomacal aussi absolu 
que possible, avec le régime lacté exclusif. 

L'artériosclérose Enfin Icsdyspcpsies par artério-sclérose locale, 
1 estomac. ^^^ y^^ ^^ pourra guère diagnostiquer que par exclu- 
sion, relèveront du traitement classique, mais encore bien incertain, 
deTartério-sclérose. 



L. 



810 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES SIU L*ESTOMAC 

j^g La pratique présente souvent des difficullés décon- 

compucauons certantcs d'apparence et semblant sortir du cadre que 

cardio-pnlmonairos , 

d'origine je vieus de tracer. H s agit surtout des cas où la gastro- 
gastrique. patrie, d'originc cardiaque ou non, retentit à son tour 

sur le cœur *. Parmi les cas qui peuvent se présenter dans la pratique, 

deux surtout méritent de fixer votre attention. 

Us maladies Voici un milral dont le cœur s'affole ou devient 

mitraies. arythmique : la premièi*e idée qui vient, c'est de lui 
donner de la (i{i//i7a/6. Mais la maladie cardiaque a retenti sur l'estomac; 
le mitial est de plus dyspeptique; son estomac distendu est le siège 
de fermentations acides et gazeuses dont les produits provoquent une 
excitation réflexe qui a pour conséquence une contraction exagérée 
avec hypertension des vaisseaux pulmonaires, d'où obstacle dans la 
circulation du cœur droit. Le cœur et le poumon sont pris, comme le 
dit HuCHART), entre la sténose auriculo-valvulaire gauche, qui élève 
la tension dans la petite circulation, et l'estomac dont les troubles 
fonctionnels aboutissent au même résultat. Que fera la digitale dans 
un cas pareil ? Elle aggravera les troubles dyspeptiques et par consé- 
quent l'état du cœur. Tandis que, si vous soignez l'estomac, vous avez 
les plus grandes chances de régulariser, pour un temps, la fonction 
cardiaque. 

HucHARD* cite le cas d'une mitrale latente au point de vue fonc- 
tionnel, hyperchlorhydrique, qui, sous l'influence d'un régime lacié 
absolu mal toléré et donnant lieu probablement à des fermentations 
butyriques, fut prise d'affolement cardiaque avec pouls misérable, 
dyspnée intense, cyanose, refroidissement, expectoration sanguino- 
lente et foyer de rûles sous-crépitants faisant craindre l'imminence 
d'un infarctus pulmonaire. Un infarctus pulmonaire produit par 
l'usage immodéré du lait, voilà, dit Huchard, un fait extraordinaire 
en apparence! Mais il devient facile à comprendre d'après la patho- 
génie précédente. Aussi Huchard, au lieu de donner la ditjitaley sup- 
prima le lait et le remplaça par une alimentation mixte (viandes 
hachées et bien cuites, œufs peu cuits, purées de légumes, etc.); en 
48 heures, disparurent des accidents cardio-pulmonaires qui mena- 
çaient d'être très graves si l'on eût employé la médication anti-asy- 
stolique. 

u dyspepsie ^^' HtJCHARD a bicu moutré que, dans les cardiopa- 

*o»*- thies artérielles, on voyait survenir, souvent dès le 

alimentaire. ' j » 

début, desdyspnées(dyspnées d'efforts, dyspnées 

t. Voyez page 639. 

2. H. Huchard. — Revue générale de clinique el de Ihérapeutiquet 16 mai 1896. 



LES MALAItlES DU CiKUR ET DE L'AOltTE 811 

paroxystiques nocturnes) qui prennent peu à peu une part domi- 
nante dans la symptomatologie et que l'on a désip^nées souvent sous les 
noms de pseudo-asthme cardiaque ou pseudo-asthme aor- 
tique. Pour Huchard cette dyspnée a une origine stomarale ou mieux 
toxi-alimentaire. Le meilleur moyen de la faire naître, c'est 
d'insister sur le régime carné; le meilleur moyen de la faire dis- 
paraître, c'est d'ordonner le régivie lacté exclusif. Beaucoup d'au- 
teurs considèrent cette dyspnée comme une manifestation uré- 
mique. Gomme le dil fort bien Huchabd, c'est une erreur palho- 
génique, puisque l'ui'émie dépend d'une intoxication complexe et 
que cette dyspnée est liée à une intoxication alimentaire ; c'est aussi 
une erreur thérapeutique, puisque la notion d'urémie n'implique 
pas d'une façon aussi absolue que la notion loxi-atiraentaire un 
radical changement de l'alimentation. 

Cette dyspnée, si elle s'accentue ou persiste, sera, elle-même, 
une cause d'asystolie contre laquelle la digitale sera absolument 
impuissante, tandis que le rér;tm« 'acjé a6so/u, supprimant la cause 
de la dyspnée, remédiera aussi à ses conséquences. 



CINQUIEME LEÇON 

LES RETENTISSEMENTS GASTRIQUES DES MALADIES 

DU SYSTÈME NERVEUX 

ET LES NÉVROSES STOMACALES 

LA N£URA5TUË:iIE - LES PSYCHOSES — LES NÉVROSES GASTRIQUES MOTRICES 
SENSIBLES, SECRËTOIRES, VASO-MOTRICES 



La dyspepsie neurasthénique et la nsuraathénie dyspeptique. — : La 
forme mixte. — Le chiroiime stomacal. — L'nbsence de caraciéris tique cli- 
nique. — Le iraitement. — L'estomac dans les psychoses. 

j^ Les maladies du système nerveux occupent 

ritantinamoiti une place considérable dans l'éliologie des dyspepsies 
dsi nuiidiH et, à maintes reprises, je vous ai montré qu'elles figu- 
nerraniu. (.gieni aussi souveut dans leurs causes que dans leurs 
letentissemeûls. Ainsi vous vous rappelez qu'il y a deux variétés de 
l'hyperslhénie aiguë qui n'ont pas d'autre origine, et que la 
neurasthénie comprend la dys])epsie parmi les éléments de son 
syndrome. Clïniquement, il est fort malaisé de discerner la neura- 
sthénie h prédominance dy^peptique des accidents neurasthéniques 
engendrés par les troubles de la Tonclion stomacale et, comme je vous 
l'ai déjà dit, le résultat du traitement permet seul de poser le dia- 
gnostic dans ta grande majorité des cas. 

La dnpspua '^'^^^ grâcc BU traitement que l'on peut ainsi résoudre 

DtoTuthéiiiqaB les divergences qui séparent les auteurs et les divisent 
u DBiir>Miitii]« en deux groupes : les neuropathologistes avec Gharcot 
drvepuqiu. fajsani^ ,]e toutes les gaslropathies associées à la neura- 
sthénie, des localisations gastriques de celle-ci, tandis que les spécia- 
listes de l'estomac considèrent la neurasthénie concomitante comme 






LES MALADIES DU SYSTÈxME NERVEUX ' 813 

une intoxication nerveuse d'origine gastrique ou comme Texpression 
de la réaction individuelle d'un terrain antérieurement névropalhique 
sur lequel la dyspepsie s'est développée. Or, comme il y a des cas où 
le traitement anti-dyspeptique a raison delà neurasthénie, je suis en 
droit de déclarer que la dyspepsie était alors primitive, tandis que je 
range dans la neurasthénie dyspeptique les cas qui, rebelles au trai- 
tement stomacal, sont améliorés par le traitement nervi n. 

La A ces deux types essentiels, s'ajoute un troisième 

forae mixte, jyp^ ^^ y^ neurasthénie secondaire impose à la dys- 
pepsie primitive une permanence qui résiste au traitement anti- 
dyspeptique et réclame une délicate association du traitement nervin. 

i^ Mais, contrairement aux opinions courantes, je ne 

nwrathénie pensc pas que la neurasthénie dyspeptique recon- 
napas uaissc uu type stomacal invariable. Bouveret dit qu'il 
stomacal y^ atouic gastro-iut cs tiualc avcc diminution ou 
persoimei. mênie supprcssiou de l'acide chlorhydrique. 
A. Mathieu admet qu'elle affecte la forme nervo-motrï ce avec ou 
sans dilatation, sans modification certaine du c h i m i s m e. Hebzog \ sur 
quatorze cas, en trouve seulement un où l'estomac avait conservé l'in- 
tégrité de sa sécrétion et de sa molilité. Mais, par contre, il note dix 
fois de l'hyperacidité, trois cas avec aci dite normale et un 
cas d'hypoacidité. La motilité était affiiiblie neuf fois et in- 
tacte cinq fois. Leube avait donné auparavant l'intégrité de la moti- 
lité et de la sécrétion comme un des signes essentiels de la dys- 
pepsie nerveuse. Pour ma part, j'ai rencontré dans la neurasthénie 
dyspeptique tous les types possibles du chimisme sto- 
macal, avec cependant prédominance des insuffisances com- 
pliquées de fermentations dans la pathogénie desquelles la 
stase avait une part importante. 

nie na pas ^" ^'^ ^ ^^^ ^^ ^YP® chimiquc particulier de 

de type dyspcpsic conjugué à la neurasihénie, il n'existe pas 

non plus de type clinique que Ton soit en droit de 

rapporter à cette origine. Si vous lisez, en effet, les descriptions 

que Leube', Bouvebet^ Riciiteb*, Bubkardt% Môbius®, Riegel 

1. Herzog. — Zeitschrift fur klinische Medicin, t. XVHI. 1890. 

2. Ledbe. — Deuisches Archiv fur klinische }fedicin, t. XXUI, 1879. 

3. Bouveret. — Traité des maladies de Testomac, p. 686, 1893. 
♦. RiCHTER. — Berliner klinische Wochenschrifl, 1882. 

5. BoRKARDT. — Pathologie der Neurasthcnia gasirica, Bonn, 1882. 

6. MôBius. — Centralblatl fur Nervetiheilkunde, 1884. 



81 1 LES UETENTISSEME.NTS DES MALADIES SUR L*ESTOMAC 

et tant d'autres donnent de la dyspepsie nerveuse, vous serez 
frappés de la divergence des symptômes qu'ils lui attribuent, et vous 
reconnaîtrez tantôt l'ensemble clinique qui caractérise l'hyper- 
sthénie gastrique, tantôt celui de l'hyp os thén ie, tantôt celui 
des fermentations associées ou non à l'un des deux ensembles 
précédents. Donc, ce qui est vraiment caractéristique dan^: la 
dyspepsie nerveuse, ce n'est ni le chimisme stomacal, ni la sympto- 
matologie, mais bien l'étiologie, et je vous répèle que l'insuccès 
du traitement exclusivement stomacal est le seul signe qui vous per- 
mettra de poser un diagnosiic. 

Vous trouverez à la Leçon qui traite de la neura- 

Le traitement. 

sthénie d'origine dyspeptique des indications qui 
vous serviront de guide pour instituer le traitement des dyspep- 
sies nerveuses. En principe, quand le traitement anti-dyspeptique 
aura échoué, dirigez tous vos efforts sur le système nerveux. Pratiquez 
des injections sous-cutanées quotidiennes de glycérophosphate de soude 
et insistez sur V hydrothérapie y la climato thérapie et les exercices phy- 
siques. Quant à l'estomac lui-même, donnez-lui le régime qui con- 
vient au type de sa dyspepsie, et contentez- vous des traitements oc- 
casionnels et temporaires qui répondent à telle ou telle prédomi- 
nance symptomatique. 



„ . Ce que je viens de vous dire de la neurasthénie 

L'estomac 7 

dana dyspcptiquc s'applique à l'hystérie et aux diverses 
espsyc oses. pgy^j^Qggg j^^g lesquelles on peut rencontrer toutes 

les formes de la dyspepsie. 

Le chimisme VoN NooRDEN* dit quc la plupart des aliénés 

stomacal. mélancoliqucs sont hyperchlorhydriques. L'aci- 
dilé gastrique oscille de 2,8 à 4- p. 1000, et la motilité est» 
elle-même, exagérée. Pachoud- arrive aux mêmes conclusions. 
Leubuscher et Ziehen constatent le ralentissement de la sécrétion 
dans les démences secondaires, paralytiques et séniles. 
E. Grabe^ constate que, dans la manie, l'HCl est augmenté et la 
motilité exagérée; dans la paralysie générale, l'HCl est normal. 

Agostini* a étudié les fonctions de l'estomac dans vingt-deux cas 
d'affections mentales d'origine pellagreuse. L'hypochlor- 

1. VoN NooRDEN. — yl/cto fur Psychiatrie, t. XVIII. 

2. Pachoud. — Thèse de Genève, 1888. 

3. E. Grabe. — Sanct'Petersburger rnedicinische Wochenschrifl, n* 30, 1891. 

4. Agostini. — P rager medicinische Wochenschrift, n" 32, 1893. 



LES NÉVROSES DE L'ESTOMAC 



8i: 



lijdrie esl presque constante. L'acidité gastrique diminuée varie de 
l gramme à !23',2 p. 1000, avec une moyenne de 0«% 82; l'IlCl libre 
oscille de à 0",71 p. 1000 avec une moyenne de 0^', 16; il manque 
dans 50 p. 100 des cas. Le chlore organique varie de 0'^', 26 à P^ll 
(moyenne 0'^%7)H). 

G. DoTTo' trouve une diminution d'HGldans lalypémanie et la 
démence. Les autres caractères du contenu stomacal et les varia- 
tions de la molilité ne présentent rien de net. 

E. Masetti - déclare que le contenu stomacal des maniaques et 
deslypémaniaques est toxique. AGOSTiNi'fait la même observation 
au sujet de Tépilepsie où la toxicité serait en rapport avec l'inten- 
sité de l'accès. 

Moi-même, j'ai observé l'iiypersthénie aiguë dans la période 
prémonitoire de la paralysie générale. Mais, à tous ces faits po- 
sitifs, on peut opposer autant de faits négatifs qui ruinent aussitôt 
la généralisation hâtive que Ton sérail tenté de faire. 



II 



Les névroses stomacales et leur classifioation. — Les névroses de 
la motilité. — La gastroplégie. — L'incontinence du pylore. — 
Uéructation nerveuse. — La.régurgitation nerveuse. — Le mé- 
rycisme. — Le spasme du cardia et l'œsophagisme. — Le 
spasme du pylore. — Le gastrospasme. — L'agitation péristal- 
tique. 

La Dans tous les traités récents sur la pathologie de 

dïT^TrosM l'estomac, vous trouverez d'importants chapitres sur les 
iiomacaies. névroses gastriqucs qui sont décrites à part comme 
un groupe personnel et divisées en un certain nombre de petites 
enlilés. Bouveret et Riegel, en particulier, en donnent des descrip- 
tions très délaillées. Oser^ Stiller% Hosenthal leur ont consacré 
d'intéressantes monographies et en ont donné des classifications. 
Stilleh les classe en névroses idiopathiques, réflexes et dues à 
une névrose générale. Oser distingue les névroses de la motilité, 
ile la sensibilité, de la sécrétion et les vaso-motrices. Celle 



1. G. DoTTO. — Arch. di farm. e lerap.y fasc. 3, p. 127, t. IV, 1806. 

2. E. Masetti. — Rivista di frenalria, i. XX, fasc. 2, 1896. 

3. Agostini. — Rivista di pat. nerv. e mentale, 1896. 

4. OsEB. — Die Neurosen des Magens, Vienne, 1885. 

5. Stiller. — Oie nervosen Mngenkranklieitcn, Stuttgart, 188f. 



816 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES SHR L*ESTOMAC 

dernière classification est adoptée par Ewald, Rosenheim, Rosen- 
THAL et BouvERET. Elics Ont pour éliologie le surmenage cérébral, 
les passions tristes, les émotions, la frayeur, les excès génésiques, 
l'hystérie, la neurasthénie et une quantité d'étals morbides que 
nous indiquerons au cours de la description. 

Les névroses Les uévroscs de la motilité sont au nombre de dix, 

de la motilité. j^j^j |j^ pjupapt out été individualisées comme espèces 

morbides spéciales par les auteurs qui les ont étudiées. 

u La gastroplégie ou pai*alysie vraie de la tunique 

gastropiégie. musculairc de Tcstomac, qu'il faut distinguer de 
l'atonie, succède à la commotion accidentelle traumatique des 
centres nerveux, du sympathique abdominal ou àunepara- 
lysie des pneumogastriques*. On l'a observée après la laparo- 
tomie (Kœberlé, Hunier, etc.), à la suite de contusions (Erd- 
mann). âlbu' l'a constatée dans la scarlatine et moi-même dans la 
fièvre typhoïde. Elle se traduit par les symptômes de la dila- 
tation aiguë de l'estomac et son pronostic est très grave. 

L'incontinence L'incontincncedupylore, abstraction faite des 

du pylore. ^^^ ^^ g||g est causéc par un ulcère ou un cancer qui 

ont rongé le sphincter pylorique, par une bride cicatricielle, parla 
dislocation du duodénum, pourrait aussi, d'après Ebstein^ être 
due à une paralysie du sphincter pylorique. Mais les signes qu'il 
en donne paraissent, dit Bouveret, n'avoir qu'une médiocre valeur. 
Je n'ai jamais eu l'occasion d'en faire le diagnostic. 



Lénictouon L'éructatiou nerveuse, qui procède surtout de 

nenreuse. Thystéric, mc scmblc pouvoir être difficilement 

rangée dans les névroses stomacales. Puisque l'air éructé est tout 

simplement de l'air dégluti, il est plus rationnel d'admettre une 

névrose de la déglutition. 



u rôgurgiuuon La régurgi tatiou nerveuse consiste en ce que 

nerveuse. j^g hquides dc Testomac remontent jusque dans la 

bouche, après le repas, avec ou sans participation de la volonté. Les 

liquides sont insipides et inodores pendant l'heure qui suit les repas; 

ils sont acides ou brûlants deux ou trois heures après. En somme, 

i. Voyez page 805. 

2. Albu. — ûeulscke medicinische Wochenschrift^ n' 7, 1892. 

3. Ebstein. — Volkmann's Sammlung, n* J55. 1879. 




1--1-- ^^ 



LES NÉVROSES DE L'ESTOMAC 817 

elle n'est qu'un symptôme qui se rencontre soit dans la dyspepsie 
hyposthénique avec fermentations secondaires, soit dans 
rhypersthénie avechyperchlorhydrie retardée. 

Le mérycisme n'a pas plus de droit à Tentité que 

Le néryotenit. w « a ^ 

les symptômes précédents. Chez certains sujets, il est, 
pour ainsi dire, physiologique et constitue, à lui seul, une ébauche de 
névrose. Chez d'autres, il est associé à Tinsuffisance gastrique. 
Les recherches de Jurgensen*, de Boas*, de Alt', de Decker^ mon- 
trent qu'il n'affecte aucun rapport avec un trouble univoque de 
la sécrétion gastrique. Aucune médication directe de la dyspepsie 
De parait avoir d'effet sur le mérycisme, et la volonté seule semble 
pouvoir conduire à la guérison, comme l'ont montré Pôngsen'^ el 

EiNHORN®. 

Les neurologisles et Boas l'ont noté dans les maladies mentales 
et spécialement chez les idiots. ' 

uspa8B« Le spasme du cardia, caractérisé par une dys* 

** eT"* phagie profonde avec sensation de gêne douloureuse 
l'oMiihagisme. qy^ \q malade localise à la pointe du sternum, et quel- 
quefois par des accès de tympanisme stomacal dus à la rétention des 
gaz de la fermentation, se diagnostique surtout au moment de l'intro- 
duction de la sonde qui est arrêtée au cardia et ne le franchit qu'après 
plusieurs tentatives. 

Il se rencontre, en dehors de toute dyspepsie, chez les nerveux; 
mais il est quelquefois d'origine stomacale réflexe dans certains 
cas d'hyperslhénie avec hyperchlorhydrie. Nous avons eu cette année, 
au n*" 45 de la salle Serres, un employé âgé de quarante-cinq ans qui 
nous fut adressé comme atteint de rétrécissement probablement 
cancéreux de l'œsophage et chez lequel nous avons diagnostiqué 
un spasme cardio-œsophagien d'origine gastrique, et je vous ai 
annoncé qu'en modifiant l'hypersthénie nous devions améliorer 
aussitôt sa conséquence œsophagienne. Vous vous rappelez que, huit 
jours après l'application du traitement, nous passions facilement la 
plus grosse olive de la série, tandis que le malade, à son entrée, 
semblait avoir un rétrécissement à peu près infranchissable. 

1. JCRCENSEPt. — Berliner klinische Wochenschrift^ 1888. 

2. Boas. — Berliner klinische Wochenschrifiy 1888, 

3. Alt. — Berlines klinische Wochenschrifl, 1888. 

4. Decker — âlùnchener medicinische Wochenschnflf 1892. 

5. Pô.MGSEN. — Die motorischen Vcrrichlungen des inensch lichen Magens, Stras- 
bourg, 1882. 

6. EiNHOHN. — iVew-Fo/A médical Record, 1892. 

II 52 






818 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES SUR L'ESTOMAC 

Ces cas ne sont pas rares. J'en ai recueilli déjà M dans la plupart 
desquels on avait diagnostiqué rétrécissement ou même cancer de 
roesophagCy en rapprochant la stricture œsophagienne de Tamaigrisse- 
ment ou de la cachexie résultant à la fois d'une dyspepsie hypersthé- 
nique ancienne et de la difficulté de Talimentation. Il y a donc lieu 
d'admettre au nombre des retentissements de cette dyspepsie rœso- 
phagisme, qui se produit le plus souvent par accès, mais qui, 
quelquefois aussi, présente une certaine permanence et qui guérit 
par le traitement de la dyspepsie causale. 

Œsophagisme et spasme du cardia ne sont donc que des sym- 
ptômes surajoutés, des retentissements dyspeptiques. 

u spasme Lcspasmc du pyloreuous a Suffisamment occupés 

da pylore. ^ propos dc la dyspcpsie hypersthénique pour qu'il soit 
inutile de nous y arrêter longtemps. Lui aussi n'est qu'un sym- 
ptôme dépendant presque toujours de l'hyperacidité gastrique, 
que celle-ci soit due à l'HCI ou à des acides de fermentation. Il a 
une influence énorme dans la pathologie de l'estomac, puisque c'est 
de lui que dépendent les stases et les distensions et puisqu'il condi- 
tionne une grosse part de la phénoménologie de i'hypersthénie et 
des dyspepsies par fermentations acides. Le spasme du pylore est bien 
un symptôme nerveux puisqu'il est provoqué par un réllexe, mais il 
n'a nul droit à être considéré comme une névrose gastrique. 

Le Le gastrospasme, ou contracture de la totalité de 

gastrospasme, jj^ Cynique musculairc de l'estomac, se rencontre dans 

quelques cas d'absolue intolérance gastrique et à la suite de 
ringestion des aliments durs, des amandes, des noyaux (Rosen- 
BACH '). Je l'ai vu succéder à l'ingestion des moules et accompagner 
des crises de coliques hépatiques, néphrétiques, intestinales et 
utérines. H. Herz M'a constaté dans un cas de gasiroptose ou il 
acquit un caractère très douloureux. Il cède généralement aux ren- 
vois et aux vomissements. Talma ' lui fait jouer un rôle dans 
l'étiologie de l'ulcère de l'estomac. 

Parfois, chez des névropathes, la paroi stomacale semble tendue, 
dure et comme rigide, en même temps que le malade ressent une con- 
striction douloureuse dans la région. Dans deux cas où j'ai constaté ce 
symptôme, associé d'ailleurs à l'hypersthénie gastrique, il a cédé rapi- 
dement à de petites doses de bromure de polussium. 

i. 0. RosENBÀCH. — Cardialgie, Eulenburg's lieal-Encyclopédie. 

2. H. Uerz. — Die Slurungen des Verdauungsapparales, etc., p. 267, 1898. 

3. Talma. — Zeitsciirifi fur kliniscke Medicin, t. XVII, 1890. 



LES NEVROSES DE L'ESTOMAC 8*9 

L'agitation L'agitatloQ périsultique de Testomac, décrile 

pèrtetamque. p^. KûssMAUL*, lî'est qu'uD accidenl sui*venanl dans les 
rétrécissements spasmodiques ou lésionaux du pylore. Bou- 
VERET pense qu'elle peut exister également à titre de névrose simple, 
sans lésion organique, et qu'il s'agit alors d'une irritabilité excessive 
des nerfs et des ganglions moteurs de la paroi gastrique. Il en ^ 
observé un cas chez une femme atteinte d'ataxie locomotrice, 
mais le phénomène serait le plus souvent corrélatif de Thystérie et 
delà neurasthénie. Dans uncasd'OsER, le trouble moteur intéres- 
sait également l'intestin. L'agitation peut être antipéristaltiqueetaller 
du pylore au cardia. Jaccoud cite un cas dans lequel les contrac- 
lions intestino-stomacales ont amené des vomissements féca- 
loides. 

Quoi qu'il en soit, en pratique, l'agitation péristaltique est, ou bien 
un symptôme stomacal d'une névrose générale, ou un symptôme parti- 
culier surajouté à la sténose pylorique spasmodique ou lésionale. 

L'examen du chimisme stomacal permettra de faire aussitôt le 
diagnostic, puisque, dans le premier cas, les sécrétions gastriques 
sont indemnes, tandis que, dans le second, vous trouverez habituel- 
lement le syndrome chimique de Thypersthénie permanente. 

Par conséquent, traitement de la névropathie causale ou de 
l'hypersthénie génératrice suivant le diagnostic étiologique. 



III 

• 

Les vomissements nerveux et leur classification. — Les vomisse- 
ments nerveux proprement dits. — Les vomissements encéphaliques 
et médullaires. — Le mal de mer. — Le vomissement nerveux simple. — 
Les vomissements hystériques et neurasthéniques. — Les vo- 
missements par altération du sang. — Les vomissements 
réflexes. — Le vomissement périodique. 



Les vomissements nerveux sont répartis, par 
▼ondssMMiiu BouvERET, cu cinq groupes : 
nenr^Œ. ^^ Vomissemeuls cérébro-spinaux, dépendant 

d'une lésion ou d'un trouble fonctionnel dans les centres nerveux. 

^ Vomissements nerveux proprement dits des névrosés, 
des hysiériques, des neurasthéniques. 

1. KCssvAUL. — Volkmaim's Sammlvng, 1881. 



à 



8i0 LES RETEiNTlSSEMENTS DES MAUDIES SUR L ESTOMAC 

3" Vomissemenlspar altéra lion du sang. 

4" Ycmissemenls réflexes. 

5*^ Vomissements périodiques. 

Du premier groupe, j'ai peu de chose à vous dire, 
vomiMtmento puisque le vomissemeut fait partie intégrante de la 
eDoèphaiiqaes. gyj^piQnfjalologie (le la maladie nei'veuse causale. Quand 
cette cause est encéphalique (commotion, contusion, conges- 
tion, encéphalite, méningite, hémorrhagie cérébrale 
ou méningée, maladie du cervelet, tumeur, clc), le trai- 
tement du symptôme est souvent aussi inefficace que celui de la 
maladie génératrice. Notons que le vomissement lié aux vertiges et à 
la faiblesse des membres est quelquefois un signe prémonitoire de 
r attaque d'apoplexie. 

Le On peut aussi ranger dans le groupe des vomisse- 

mal da mer. mems eucéphaliques ceux du mal de mer qui recon- 
naîtraient comme condition une ischémie cérébrale et qui sont sou- 
vent améliorés par le décubiius et par ïantipyrine associée à de 
minimes doses de caféine^ de chlorhydrate de cocaïne et de sulfate 
neutre d'alropiue. Vous pouvez essayer la formule suivante : 

Anlipyrine 2o%50 

Chlorhydrate de cocaïne 0»%05 

Bromhydrate de caféine O'^iS 

Sulfate de spartéine iï^^Ob 

Sulfate neutre d'atropine 0»',00t 

Sirop d'écorce d'oranges 100 grammes 

F.s.a. Sirop, dont on prendra une cuillerée à soupe en s'embarquanl ou au 

premier indice de mal de mer. 



Les vomissements Quaud la cause cst médullaire (tabès, sclérose 
médullaires. ^^ plaqucs, my éi i le), le vomissement n'est qu'un des 
éléments de la crise gastrique et il est, par conséquent, justiciable de 
son traitement. 

u vomissement Lcs cas du dcuxicmc groupc sous-enlendenl 
nerveux simple, piusieui's varictés bicH disculécs par BouvERET. C'est 
d'abord le vomissement nerveux simple, sans stigmates hysté- 
riques ou neurasthéniques, survenant surtout chez les femmes, à l'oc- 
casion d'une émotion ou d'une frayeur, et comportant une forme bé- 
nigne compatible avec une parfaite santé et une forme grave qui 



^.& *. 



LES NÉVROSES DE L'ESTOMAC 821 

peut, exceptionnellement) se terminer par l'inanition progressive et 
même par la mort. 

Uê YOBiMeBMiito Pnîs viennent les vomissements hystériques 
'^^•**'*'^ qui se divisent de la façon suivante : 

1 *.Le vomissement œsophagien (Rosenth al ^) , causé par un s p a s m e 
del'œsophage et du cardia, caractérisé par la sensation d'arrêt du 
bol alimentaire derrière l'appendice xyphoïde, l'oppression après le 
repas, l'arrêt de la sonde pendant l'accès, l'absence de vomissements 
quand les aliments sont introduits par la sonde. Comme traitement, 
bromure de potassium^ badigeonnage pharyngien et œsophagien 
avec une solution de chlorhydrate de cocaïne à 0^\bO pour 100, petit 
vésicatoire xyphoïdien saupoudré de poudre d'opium brut. 

^ Le vomissement qui accompagne Tischurie hystérique, 
sor£e de manifestation urémique à laquelle, outre les moyens 
précédents, on opposera le régime lacté absolu. J'ai réussi dans un 
cas, en donnant, pendant trois jours, 1«',50 de théobromine par jour, 
en trois doses, aune heure d'intervalle. 

â* Les vomissements sanglants supplémentaires ou 
non des règles, dus à un trouble de Tinnervation vaso-motrice de 
la muqueuse gastrique, qu'il ne faudra pas confondre avec l'hématé- 
mèse de l'ulcère, et qui s'en distinguent par l'absence des signes anté- 
rieurs de l'hypersthénie avec hyperchlorhydrie et par l'alternance 
ou la concomitance avec d'autres symptômes hystériques. Comme 
traitement, employez les préparations iïergotine pendant et après 
l'hématémèse. 

Puis, quand celle-ci sera calmée, imposez une sérieuse cur^ %dro- 
thérapique. 

h^ Les vomissements provoqués par des crises d'hyper- 
sthénie avec hyperchlorhydrie et sécrétion exagérée. Mais 
nous rentrons ici dans l'hypersthénie aiguë dont l'histoire et le traite- 
ment ont fait l'objet d'une précédente Leçon. 

Les Tomiasttiieiita A côté dcs vomissemeuls hystériques prennent 
■Morasttitaiqaes. ^\^ç.ç^ ^eux dcs ueurasthéuiques. Rosenthal les 

considère comme fréquents. Avec Bouveret, je pense, au contraire, 
qu'ils sont plutôt rares. En effet, en dehors des cas où le vomisse- 
ment est l'un des symptômes d'une dyspepsie vraie associée à la 
neurasthénie, je n'ai recueilli que trois observations où il pouvait 
être qualiflé vraiment de neurasthénique. La dernière de ces obser- 

1. RosEUTHAL. — Magcnneurosen und Magencatarrh» Vienne^ 1886. 



M2 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES SUR L'ESTOMAC 

valions est celle d'un homme de trente-sept ans qui fiait par suc- 
comber à rinanition progressive, après deux années de vomissements 
presque incessants. Aucun traitement n'en eut raison : Visolement^ 
Y alimentation par la sondCy Yélectrisation du pneumogastrique y le 
vésicatoire épigastrique, tout fut essayé sans succès, y compris la 
longue série des médicaments anti-émétiques. Seule, la mixture à la 
picrotoxine et à la morphine * parut donner de très temporaires 
accalmies. 

lm TomissemeBts Les cas du troisième groupe, vomissements par 
•itératioD altération du sang dans les maladies inTec- 
dusang. tlcuses, Turémic et les intoxications, seront élu- 
dées dans une prochaine Leçon '. 

Les cas du quatrième groupe, ou vomisse- 
▼omiBsemenu mcnts réflcxes, sont très nombreux: Les plus fré- 
***** quents sont ceux des coliques hépatiques ou 
néphrétiques, des péritonites, de l'helminthiase, des con- 
stipations opiniâtres, des maladies de Tappareil utero- 
ovarien et, enfin, de la grossesse. 

Mais n'oubliez pas les vomissements provoqués par le rein mo- 
bile, par le catarrhe pharyngé d'origine alcoolique ou taba- 
gique, par la maladie de Ménière, les végétations adénoïdes 
du pharynx, les irritations laryngées et bronchiques. 

Le traitement ne saurait être autre que celui de la maladie dont 
les vomissements sont un des symptômes; mais, à titre pallialir, on 
pçut y joindre l'usage des agents qui diminuent l'excitabilité gas- 
trique ou bulbaire. Aussi, dans les vomissements d'origine hépa- 
tique ou rénale, par exemple, la potion suivante vous rendra des ser- 
vices : 

¥ Bromure de potassium 6 grammes 

Chlorhydrate de morphine 0«%05 

Eau de laurier-cerise 10 grammes 

Sirop d'élher 30 — 

Hvdrolat de valériane 150 — 

Fâs.a. Potion. Une cuillerée à soupe toutes les heures, pendant trois heures 

seulement. 

u TomiBsement Lcs cas du c i u q u i è m c groupe correspondent au 
périodique, vomîssement périodique de Leyden qui se mani- 

1. Voyez page â7i. 
2; Voyez page 829. 



LES NÉVROSES «E I/ESTOM,\C «ï 

Teste par des accès de complète intolérance gastrique dans l'inlervallf 
desquels restomac el le système oerveux paraissent absolument in' 
demnes. Celte névrose sérail relativement rare. En dehors des cai 
de Leyd^n', on connaît dix observations de Boas% trois de Vagedes" 
quatre de Bouveret el quelques faits isolés relatés par Rosenthal 
EwALD et Réhond *. Mais, st l'oa soumet ces faits à une sévère cri 
tique, 00 voit qu'uo certain nombre d'entre eux finissent par i-entrei 
dans les crises gastriques du tabès, dansl'iiypersthénie aigui 
paroxystique, dans les vomissements réflexes de l'helminthiasi 
on des affections utéro-ovariennes, etc., de sorte que l'entité di 
Leydew demeure encore bien problématique. Pour ma part, je n'a 
pas encore vu un seul cas de vomissement dit périodique qui ne ren 
trit dans une des catégories précédentes. Charcot allait encore plu 
loin, puisqu'il se refusai! à admettre un vomissement périodique dis 
tinct de la crise tabétique ^ Par conséquent, sans nier absolument I; 
possibilité d'une névrose du pneumogastrique se manifestant par t< 
vomissement périodique, concluons qu'il n'y a pas un nombre sul 
Hsanl d'observations certaines pour l'individualiser. 



IV 

Lm névroses de la sensibilité. ~ La boulimie. — La iïiusse oen 
sation de rAplëtton stomacale. L'anorexie nerveuse. — L 
nausée. — La ré&igératlon et les battements épigastriiiues. - 
Les intoléranoes gastriques spéciales. — L'hyperesthésie de 1 
muqueuse gastrique. — La gastralgie. 

t_.a».u. ^^^ névroses de la sensibilité sont au nombr 

de neuf. De même que celles de la moUlité, elles ont él 
pour la plupart individualisées à tort. 

La boulimie, ou exagération de la sensation de I 

La baoUmli 

faim, est un symptôme qu'on peut observer dans 1 
plupart des névroses et dans quelques maladies mentales 
comme l'idiotie et la démence. Elle est fréquente dans le dia 
bëte, la grossesse, ta convalescence des lièvres graves. Le' 
l'a rencontrée à la suite d'abondantes hémorrhagies. On l'a signalé 
dans la maladie d'Addison, la spermatorrhée, les fistule 

1. l/EYDEN. — ZtUschnfl /ur ktinitehe Medicin, 1883. 
3. Boas. — DeaUche mtdkinacke Wocheatclirift, i%%9, 
3. VuEDES. — Inaugural diuertalion, BeHin, iSHi. 
i. RAhoiid. — Arehwti générala de médeciiu:, 1S89. 
S. CiÂBCoT. — Uçan* du mardi, p. 338, 1888-1889. 



LES RETENTISSEMENTS DES HAUDIES SUR L'ESTOHAC 

lires, gastriques ou inlestinales, l'helminthiase, etc. Dans 
ces cas, elle n'a qu'une valeur symptoma tique cl ne réclame 
a traitement direct. Quand elle est liée à une aFTection gas- 
e, c'est toujours i l'hypersthénie avec hyperchlorhydrie. 
ouvERET distingue la boulimie de la polyphagie qui serait 
;térisée par la diminution de la sensation de satiété. Clinique- 
les deux symptômes sont li'op étroitement liés pour qu'il soit 
de les séparer artificiellement. 

tianua La fausse seusation de répiction gastrique 

rt^lètton doit être distinguée de l'anorexie nerveuse.. Tant que 
'*^'r» l'estomac est vide, le malade se trouve bien ; il a même 
:]uefois l'idée qu'il mangera avec plaisir. Mais, dès qu'il a ingéré 
aliments, en si minime quantité que ce soit, il lui semble qu'il 
issasié et il éprouve dans l'estomac une sensation de plénitude et 
nsion qui lui fait redouter un nouveau repas. 
,etie névrose, qui s' observe chez des nerveux, des hystériques, 
leurasthéniques, quelquefois simplement à la suite d'émo- 
s ou sous l'inlIueDce d'une peine morale, demande à être 
;illée de près, car elle peut conduire à un grave état cachec- 
e. Vous devrez user, vis-à-vis de ces malades, d'une certaine 
-ainte et savoir qu'ils tolèrent souvent mieux les mets les plus 
;estes que les cuisines les plus hygiéniques. 

u,ar*ii* L'anorexie nerveuse signalée parBRiQUET*, bien 

arnow. étudiée par Lasègue', Gull', Rosenthal, CHARCOT*et 
lEH % est essentiellement une manirestation hystérique qui 
t est la première ou même la seule expression de la névrose 
ne primitive), tantôt est associée ou succède à d'autres sym- 
es hystériques (forme secondaire). Son caractère essentiel est 
î mentale, comme l'a fort bien dil Huchahd, en ce sens que le 
ie se complaît dans l'anorexie. Celle-ci peut aboutir à une 
ible consomption et même à la mort. 

out traitement stomacal est inutile. J'ai vu échouer toutes les 
lives faites dans ce sens. Bol'veret cite un cas où une certaine 
lion morale el le traitement de l'hyperchlorhydrie suffirent à 
cesser le refus de l'alimentation; mais il se bâte d'ajouter que 



InlQUET. — Traité ite riijitérie, p. S56, ]8ô9. 
.ASÉGUC. — Etudei médicales, I. Il, |). 45, Parit 
luLL,— TheLancet. 1868. 
IHABCOT. — <Euvr«a complëtc». l. III. p. J40. 
ioLLiEHi — Ilevat de midecitu, août 1891. 




^ 



LES NÉVROSES DE L'ESTOMAC 825 

c'est une véritable exception. L'isolement, V hydrothérapie, la sug- 
gestion, c'est-à-dire le traitement de la névrose causale, auront seuls 
raison du symptôme. 

unnsée ^^ uauséc cst d'origiue gastrique ou névropa- 

thique. Elle est fréquente aussi, à titre d'accident 
réflexe, dans les affections utéro-ovariennes. Vous concevez 
qu'on ne la traitera qu'en s'adressant à son étiologie. 

u Les sensations diverses de réfrigération ou de 

•t iM batumenu battements épigastriqucs souttrèscommuncs. Ellcs 
*'**''"*'*'^ sont essentiellement névropathiques et ne sauraient 
êUe traitées directement. Toutefois les opiacés à très faibles doses 
seront ajoutés au traitement de l'hystérie et de la neurasthénie 
causales. 

iM Les intolérances gastriques pour un aliment 

«istriqoM ou un médicament particulier, pour les crustacés, 

*"^*^*'** les fraises, les framboises, Toignon (Bouveret), 

pourTacide chlorhydrique (Talma), etc., sont des accidents de 

l'hypersthénie gastriqueou de la neurasthénie. U suffit de les 

constater pour les éviter. 

LiiypwMtiiésie L'hyperesthésie delà muqueusegastriquese 
la nmqneiue traduit soit par uue sensation pénible de poids après le 
'"*^« repas, soit par des vomissements, soit par de vraies 
douleurs avec irradiations voisines. L'estomac est sensible à la près- 
Sïon. Elle se rencontre chez leschloro-anémiques (Rosenheim*), 
'es hystériques, ïes neurasthéniques', les convalescents de 
fièvre typhoïde, les basedowiens, ou à la suite de cas prolongés 
u anorexie hystérique. Elle succède aussi aux excès génésiques 
ou à Fabus du thé, du café, de l'alcool ou à des médications 
stimulantes. Ewald cite un cas survenu après l'anesthésie 
<^hloroformique. Elle fait partie de la symptomatologie de toutes 
'es crises gastriques qui sont d'autant plus intenses que la sensibilité 
gastrique est plus exquise et, à gastrite ou à dyspepsie égale, elle 
ïnipose à l'expression clinique de la maladie des réactions gastriques 
"motrices, douloureuses ou réflexes plus accusées. 

^^ peut la confondre avec la douleur de l'ulcère et la sensation de 

J- R08EHHE111. — Berliner klinische Wochenschrift, 1890. 
. ^' B051G11ANN tente de difTérencier cliniquement l'hyperesthésie stomacale des hysté- 
^^ues de celle des neurasthéniques, mais les schémas qu'il donne ne sont rien moins que 
^îïctémiiqucs. (ZeiUchrifl fur prakL Aente, n«» U, 1897.) 



j 



iUii 



826 LES KETENTiSSEMENTS DES MALADIES SUR L'ESTOMAC 

lourdeur qui suit l'ingeslioD des aliments dans le catarrhe gas- 
trique; mais Texamea du chimisme stomacal et la notion de 
Tétiologie aideront au diagnostic. 

Le traitement consiste en un repos physiqxie et moral aussi 
absolu que possible, aidé de Temploi des compresses échauffantes. 
L'alimentation, exclusivement lactée au début, sera reprise très pro- 
gressivement, en subordonnant tout essai à Teflet qu'il produit sur la 
sensibilité gastrique. Quant aux médicaments, Yopium est le seul 
qu'il convienne d'employer, sous forme de poudre (Topium brut ou 
de quelques gouttes d'une solution au centième àe chlorhydrate de 
morphine. Rosenheim et Bouveret se louent du nitrate d'argent el 
conseillent de donner à jeun et une demi-heure avant les repas, dans 
un petit verre d'eau, une cuillerée à soupe d'une solution de nitrate 
d'argent à 0,20 ou 0,30 p. 100. Dans deux cas où j'ai eu l'occasion 
d'user de ce moyen, je n'ai pas réussi. 

La gastralgie, ou névralgie des nerfs sensitifs de 
l'estomac, doit être distinguée de l'hyperesthésie de la 
muqueuse comme la névralgie des nerfs périphériques doit être dis- 
tinguée de l'hyperesthésie cutanée. Vous connaissez sa symptomato- 
logie : c'est celle de la crise gastrique, puisque celle-ci n'est, elle- 
même, qu'une crise de gastralgie. 

La gastralgie reconnaît plusieurs variétés. Il y a d'abord celle 
qui est symptomatique de l'hypersthénie avec hyperchlorhydrie, 
puis celle qui survient dans les dyspepsies par fermentation avec 
hyperacidité organique, enfin celle de l'ulcère de l'estomac. 

Après ces variétés symptomaliques d'une maladie de l'estomac, 
citons les crises gastriques du tabès, presque toujours associées à 
l'hyperchlorhydrie ou à l'hypersécrétion, puis la gastralgie des hypo- 
chondriaques, des basedowiens, des hystériques et des neu- 
rasthéniques. Ce groupe ressortit à l'origine nerveuse. 

On invoque les altérations du sang pour expliquer les accès 
gastralgiques des anémiques, des convalescents, des saturnins, 
des morphinomanes, des tabagiques, des goutteux, des palu- 
déens. 

Ënfm le mécanisme réflexe expliquerait la gastralgie du 
rein mobile, de l'helminthiase, des affections utéro-ova- 
riennes, etc. 

Mais, en dehors des exceptions que nous avons signalées, j'ai 
grande tendance à croire que toutes ces gastralgies, si diverses que 
soient leurs éliologies, procèdent, sinon toutes, du moins presque 
toutes, de l'hyperacidité chlorhydrique ou organique du 



■¥— ■ 



LES NÉVROSES DE L'ESTOMAC 827 

contenu stomacal, combinée, il est vrai, à une susceptibilité person- 
nelle et spéciale de Tappareil nerveux sensitif de Festomac. 

Au-dessous de cette grande catégorie, prennent place des gastral- 
gies ayant une autre origine directe, comme celles du cancer, de la 
gastrite chronique ulcéreuse, de Tulcère de Testomac, de 
la périgastrite chronique, etc., dont la cause glt dans la com- 
pression ou rirritation des nerrs, la névrite locale, etc. Puis, enOn, les 
gastralgies vraiment névralgiques, sans hyperchlorhydrie ni 
hyperacidité organique, comme sans irritation nerveuse locale. 

Vous voyez que la gastralgie a déchu de son rang d'entité pour 
tomber au rang des symptômes. Et le symptôme névralgique est quel- 
quefois Texpression directe du retentissement d'un trouble ou d'une 
lésion du système nerveux central sur le système nerveux sensitif de 
Testomac; il dépend le plus' souvent d'une hyperacidité sécrétoire ou 
fermentative. 

Par conséquent, la saturation des acides par le mode que je vous 
ai indiqué' constitue le meilleur traitement palliatif de l'accès 
gastralgique. Quant au traitement curatif, il relève uniquement de 
celui de la maladie causale, et je vous renvoie aux Leçons où nous 
nous sommes occupés du traitement des hypersthénies et des fermen- 
tations gastriques. Bien entendu, dans la gastralgie du rein mobile, 
de Tentéroptose, de l'helminthiase et de la constipation, c'est encore 
le traitement de la cause qui s'impose. 



Les névroses séorétoires. — Les névroses vaso-motrices. 

La conclusion thérapeutique. 

Latii«Tro8«8 Les uévroscs de la sécrétion sont l'hypcrsé- 

•éerétoires. crétion et l'hypochlorhydrie. Ces troubles sont 

engendrés par une névrose générale ou par une affection organique 

des centres nerveux. Bouveret n'admet pas les névroses sécré- 

loires réflexes. 

Dans la classe des névroses gastriques hypersécrétoires, 
rentrent les hyperchlorhydriesplus ou moins intermittentes du tabès, 
de rhyslérie, de la neurasthénie et la gastroxynsis de Rossbacu. 
L'existence de ce groupe ne saurait faire de doute, mais tous les élé- 
ment qui le composent rentrent dans le cadre des hypersthénies aiguës 
que je vous ai déjà décrites. Et je vous rappelle encore à ce propos 

1. Voyez pages 168 et 251. 




828 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES SUR L'ESTOMAC 

qu'il est inexact de considérer ces retentissements nerveux sur l'es- 
tomac comme de pures névroses sécrétoires, puisque les troubles du 
système moteur de Torgane prennent dans la symptomatologie une 
part qu'il est impossible de ne pas reconnaître. Névrose, si Ton veul, 
mais névrose totale, et c'est pour bien fixer ce point important que 
j'ai substitué le terme d'hypersthénie à celui d'hyperchlorhydrie qui 
ne se rapportait qu'à l'un des éléments de la maladie. 

Quant aux hypochlorhydries d'origine nerveuse, je ne 
crois pas non plus devoir les séparer des hyposthéoies ou insufTi- 
sances gastriques, et cela pour les mêmes raisons. 

Hyper- on hyposlhéniques, les dyspepsies d'origine nerveuse sont 
justiciables d'un traitement qui associe les moyens anti-dyspep- 
tiques à ceux qui sont destinés à combattre la maladie causale. J'ai 
sufCsamment insisté sur les éléments divers de cette thérapeutique 
pour qu'il soit inutile d'y revenir. 

usnéYToses Un mot sur les névroses vaso-motrices qu'on 

▼aso-motrioes. ^^ connaît guèrc encore qu'à l'état de faits isolés. Vous 
savez la coïncidence de la congestion ou même des hémorrhagies 
de la muqueuse gastrique avec l'hémorrhagie et leramollis- 
sementcérébral. L'hématémèse supplémentaire des règles 
ainsi que celles observées par Deniau dans l'épilepsic et par Ober- 
STEiNER dans la paralysie générale rentreraient aussi dans cette 
catégorie. Enfin Bouveret admet la possibilité de troubles vaso- 
moteurs gastriques d'origine réflexe. 

u conclusion Arrivés au terme de cette exposition sommaire des 

thérapeutique, névroscs gaslriqucs et des retentissements des afleclions 
nerveuses sur l'estomac, que devons-nous conclure, en nous plaçant 
uniquement au point de vue du praticien? Aucune des soi-disant 
névroses gastriques, pas même la gastralgie, ne peut être envisagée 
comme une personnalité morbide ; elles ne sont que des symptômes 
liés soit à une forme particulière de dyspepsie, soit aux conditions 
étiologiques et palhogéniques dont cette dyspepsie procède. Plusieui^ 
d'entre elles ne sont même que les éléments d'un syndrome univoque. 
Mais il faut savoir aussi que telles maladies du système nerveux 
provoquent des dyspepsies qui, sans sortir des types chimiques habi- 
tuels, se caractérisent cliniquement par une prédominance symplo- 
matique assez intense pour leur imposer une caractéristique dont 
l'indication thérapeutique viendra s'ajouter aux indications qui 
dérivent de la forme de la dyspepsie, d'une part, et de la maladie ner- 
veuse causale, d'autre part. 



SIXIEME LEÇON ■ 

L'ESTOMAC DANS LES MALADIES FÉBRILES, LES INFECT 
ET LES INTOXICATIONS 

LA SYPHILIS DE L'ESTOMAC 

LE CHIlllSHESTOilACAL DANS LES ETATS PÉaRILES ET INFECTItUI 

LES CftUPLICATIONS CASTRIQl'ES DE LA FIEVRE TYPHOÏDE 

ET LEUK TKAITEUENT 

ASATOMIE PATHOLOCiaVE, DlACSOSTfC ET TBAITEHEST DE U SÏPHI 

DE L'ESTOHAC 

LES TROUBLES UASTRIQDES DAHS LES INTOXICATIONS ARSENICALE 

SATURNINE, HERCURIELLE ET AUTRES 



I 

L'estomac dans les maladlea fébriles et les infeoUons. — Li 
misme stomacal, la motricité et l'absorption gastrique chi 
fébricitants. — Les efTeta de la fièvre sur les foncliuns de l'csiomac 
conséquences au point du vue du régime. — Les complioationa 
triques de la fièvre typhoïde. — Le diagnoslic el le trailemei 
toinissemeDts. — Les complications gastriques de la grippe, 
diphtérie, de la pneumonie et de divers états infectieux. 

Ltoumun» Il n'cst pas d'aprectioiis fébriles dans lesq 

■lODâiai l'inappétence et le trouble des foDClioDS gastriqi 
soient la règle. Depuis ionglemps, od a décrit lo 
^yraplômes et tous les iucidenls gastriques qui peuvent survet 
l'oursdes maladies fébriles; mais il est important de rechercher 
symptômes et ces incidents sont en rapport avec des modilicatic 
i:1iiniismc stomacal, puisque les résultais de celte recherchi 
applicables à la question toujours urgente de l'alimenlatiou des 



830 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES SUR L'ESTOMAC 

citants. Aussi me parall-il nécessaire de passer rapidement en revue 
les principaux travaux sur la matière. 

EwALD, après Manassein, constate que le suc gastrique des fébri- 
citants perd une grande partie de ses aptitudes digestives. Cependant 
cette loi souffre des exceptions, puisque chez un homme de vingt-sept 
ans atteint d'ér^sipèle de la face, ayant une température de 
39* à 40*, 5^ le repas d'épreuve, au cinquième jour de la maladie^ con- 
tenait encore un peu d'IICl libre et digérait Taibumine, avec, il est 
vrai, une proportion trop forte de propeptones. 

Sassezki^ conclut de ses recherches sur neuf fébricitants que 
riICl ne manque que chez ceux qui présentent des troubles dyspep- 
tiques. 

Edinger', chez cinq fébricitants atteints de phtisie, de fièvre 
récurrente, de typhus, de fièvre intermittente, ne trouve pas la 
sécrétion chlorhydro-peptique sensiblement modifiée. 

Gluzinski^ a fait ses observations sur des sujets atteints de 
fièvre typhoïde, de typhus exanthématique et de pneu- 
monie. Le liquide du repas d'épreuve ne renfermait plus d'HCl libre 
et avait perdu son pouvoir digestif pendant la période fébrile; mais 
l'HCI et la pepsine reparaissaient avec Tapyrexie. Par contre, dans 
un cas de pleurésie datant de deux mois, avec 39% et dans un cas de 
tuberculose, avec 37* le matin et 38 à 39* le soir, Teslomac sécrétait 
encore de l'HCI et de la pepsine. Gluzinski pense que les variations 
de la sécrétion gastrique dépendent plutôt de la nature de Tinfection 
que de l'élévation de la température. 

u motricité ^^ motricité gastrique semble moins atteinte 

gastrique. qy^ j^ sécrélion. RiEGEL* u'a jamais constaté chez ses 

malades un ralentissement de la durée de la digestion gastrique, ce 

qui s'accorde avec les observations d'iMMERMANN^ et de von Noorden®. 

L'absorpuon L'absorptiou gastrique est retardée pour 

gastrique. Sticker^ Cl ZwEiFEL*. Toutcfois Sticker a montré que 
l'activité de la résorption augmente quand la température s'abaisse, 
tandis qu'elle diminue quand la température s'élève. 

1. Sassezki. — Sanct'Petersburger medicinische Vfochenschrifiy 1873. 

t. EuiNGER. — Deutschet ArcfUv fur klinisciie Medicin, t. XXIX. 

3. Gluzinski. — Deutschet Archiv fur klinische Mtdicin, t. XLII. 

4. HiEGEL. — Die Erkrankungcn des Magens, p. 939, Vienne, 1890. 

5. IMMERMANN. — Verhandlungen des Vil* Congresses fur innere Médian, p. 219, 1889. 

6. VoN NooRDEN. — Lchrbuch der Pathologie des Stoffweclisels, 1898. 

7. Sticker. — Berliner iclinische Wochenschrift, 1885 

8. Zweifel. — Deulsches Archiv fur klinische Medicin, t. XXXIX, 1886. 



LA PIËVRE TVPKOÏIIB 83t 

ui «B>u n résulte de ces divers travaux et des recherches que 

mi^^M^ j'aifaitesàla Pitiéque la fièvre considérée en elle-même 
*"''*"™' D'exercé pas forcément uue action sur la sécrétion gas- 
uique, qut> les modilications de celle-ci dépendent bien plutôt des 
localisations gastriques d'un état infectieux fébrile ou des altérations 
du sang que celui-ci conditionne, enfin que la sécrétion gastrique peut 
demeurer à peu près normale dans les maladies chroniques qui 
s'accompagnent d'une fièvre médiocre. Ajoutons qu'en général la 
sécrétion de la pepsine est toujours moins atteinte que celle de l'HCl. 

Lu «uutqaaiieH Celte conclusîon a de grosses conséquences, car 
i»tiit*d. na elle vous servira de guide quand vous aurez à instituer 
urtfiBa. |g régime d'un fébricitant. Elle montre que vous pouvez 
alimenter les fébricitants aigus, quand ils n'ont pas de déterminatioiK 
gastrique, et qu'il ne faut pas craindre de nourrir substantiellement 
la plupart des fébricilaols chroniques. D'ailleurs, depuis Graves, 1<> 
clinique avait, sur ce point, largement devancé les enseignements de 
la chimie. 

^ Dans la fièvre typhoïde, il me semble qu'on a 

Niviicuiinii exagéré la fréquence des complications gastriques. 

«UI u HèTTt Comme le disait déjà Louis, il ne faut pas prononcer 

iTPhside. ig ^^^ jg détermination gastrique parce que le typhique 

a de l'anorexie, un étal saburral de la langue, de la sensibilité épigas- 

(rique et même des vomissements. 

UfBUriu La gastrite typhique dont A. Chauffard adonné 

titunu. yjjg description est caractérisée par la rougeur et 
l'épaississement de la muqueuse et quelquefois par des érosions su- 
perficielles. MiLLARDamème signalé dans un cas une large et profonde 
alcératioD, au niveau de la région pylorique. Histologiquement, en 
dehors des lésions banales du catarrhe aigu (dilatation des petits 
vaisseaux, infiltration de cellules embryonnaires, dégénérescences 
épithéliales, etc.), on trouve çà et là, entre la couche glandulaire et 
la iQuscularis mucosa, de petits amas cellulaires qui peuvent donner 
naissance à de minuscules abcès et même à des ulcérations. 

Cliniquemenl, cette gastrite se manifesle par une douleur épi- 
gastrique plus ou moins accenluée, spontanée ou réveillée par la 
pression, par delà distension gazeuse de fesiomac, des vomisse- 
ments, une élévation de la température au niveau du creux 
stomacal, et par une douleur à la pression du pneumogas- 
trique au cou. 



832 LES HBTENTISSEHEMTS DES MALADIES SUB L'ESTOHAC 

u <uii>ution Germain Sée el Â. Mathieu ont noté aussi la dila- 
di i«Éi£Mn«o. laiion de l'estomac comme complication gastrique 
de la fièvre lyphoïde. Pour ma part, j'en ai observa deux cas Tort nets, 
qui se développèrent d'une façon pour ainsi dire aiguë, comme si les 
fibres de la tunique musculaire avaient subi une dégénéresceDce 
semblable k celle qui frappe si souvent les muscles striés. On devra 
pensera cette rare complication dans les vomissements de la 
convalescence. 

ui Tominnuiu Avaot (l'affirmer que le vomissement est lié aune 
aènî'm^w» complication gastrique, il est nécessaire de (aire 
et i«D uagnoMic. j'enquête que je vais vous dire. 

L'LntoiitanM Cherchez d'abord s'il n'y a pas une intolérance 

mtdiMmanunM. gp^cjaie pour Tuo des médicaments adminis- 
trés. Dans deux cas, j'ai vu les vomissements cesser comme par 
enchantement alors qu'on supprima te sulfate de quinine donné 
aux doses répétées de i",50 à Sgrammes par jour. D'autres fois, c'est 
i'dicool qu'il faut incriminer, ou plutôt c'est l'abus de l'alcool. C'est 
enfin ['extrait de quinquina que certains lyphiques tolèrent mal. Ces 
médicaments sont ceux que l'estomac supporte le moins; mais n'ou- 
bliez pas que tout médicament, quel qu'il soit, peut renconti'cr 
une muqueuse stomacale qui ne l'accepte pas. 

Songez ensuite que le vomissement est réQexement 

provoque au début de beaucoup de complications 

pulmonaires, ou encore au moment de l'invasion 

d'une complication cérébrale. Ckédevergne, dans une épidémie 

observée à l'Hôpital des Enfants, nota six fois des vomissements sur 

sept cas de fièvre typhoïde avec complications cérébrales. 

Puis regardez la langue el le pharynx ; car il y a des 
TomiuamaDU vomissements qui ont pour point de départ l'état fuli' 
'""^^^ ■ gineux de la langue et de la muqueuse buccale, 
d'autres qui sont causés par le muguet primitif ou par la séche- 
resse du pharynx, toutes manifestalions qui irritent la partie pos- 
térieure de la langue inofrvée par le nerf nauséeux'. 

u rtuntioa L^s fonctlons de la vessie devront être scrutées. 

anmw. j'gj ,y récemment encore des vomissements incessanis 

1. DucvtT. — Biilltlini de lu Société méilicaU îles hoi'itaux, 1S8G. 



.•^ 



Lk FIÈVRE TYPHOÏDE 833 

chez UQ typhique s'arrêter après un cathétérisme qui évacua 
750 grammes d'uriae relenue dans la vessie. 

u Dteitonito ^ous conuaissez les vomissements qui marquent le 

et la perioration début et accompaguent la péritonite et la perfora- 
tion intestinale. Leur diagnostic et leur caractère 
sont décrits dans tous les livres classiques. 

Le début Mais cc qui est moins connu, ce sont les vomisse- 

des rechutes, mcnts qui, surveuant après quelques jours d'apyrexie 
à la fin de la défervescence, marquent le début d'une rechute. 

^^ La connaissance des étiologies précédentes com- 

▼oDdssemeiits porte autant de traitements des vomissements. Mais, 
de si ceux-ci ne relèvent d'aucune de ces causes, dirigez 

raiiiiientatum. ^q^j^q attention sur ralimentation*. Donnez les bois- 
sons alimentaires à petites doses et refroidies. Quand le lait n'est 
pas toléré, supprimez-le et ordonnez le bouillon ou le beef-tea ou le 
vin de Champagne étendu d'eau. Laissez de côté la vieille potion de 
Rivière et teniez plutôt deux gouttes de laudanum dans un peu 
d'eau de Vichy ^ quelques minutes avant une petite tasse de lait ou 
de bouillon. Si ces moyens sont insuffisants, recourez aux révulsifs ei 
surtout au vésicatoire volant de 6 centimètres de côté, dont vous sau- 
poudrerez la plaie avec 0,10 de poudre d'opium brut. En cas d'in- 
succès du vésicatoire, vous avez encore la ressource des inhalations 
ékOûcygène, 

Les vomissements de la convalescence dépendent générale- 
ment d'une alimentation surabondante, mais parfois aussi 
incriminez l'insuffisance ou un retard exagéré de l'alimenta- 
tion. Ne négligez donc pas de porter votre attention sur ces deux 
points pour trouver le motif et le remède de l'un ou l'autre de ces 
vomissements. Je me souviens d'une jeune Américaine que je 
soignais avec H. Guéneau de Mussy et Faure-Miller et qui fut prise, 
au début de sa convalescence, de vomissements incoercibles avec 
hypothermie qui firent songer à un début de péritonite. Cependant, 
comme une minutieuse analyse des symptômes écartait ce diagnostic 
et que la malade, d'ordinaire grosse mangeuse, avait été très insuffi- 
samment alimentée pendant sa maladie, nous n'hésilAmes pas à la 
nourrir avec toutes les précautions requises, et nous eûmes la salisfac- 

1. LoRDT signale aussi les lombrics comme cause de vomissements avec états nau- 
séeux pendant les cinq premiers jours de la maladie. (Étude sur la (lèvre typhoïde inter- 
mittente vermincuse qui^a régné dans les environs de Gusset, 185'.).) 

ri 53 



83i LES r.ETKNTlSSEJlENTS DES MALADIES SUU L'ESTOMAC 

don de voir dispariiilre presque aussitôt l'accident qui nous aviiil 
inquiétés. 

Dans les vraies 9:aslnles lyphiques, le régime lacté, 
de i> la révulsion épigaslrique avec de petits vésicaloires et 
dutriu trpuqu. gm.^Qm ]g italnéation froide constituent le traitement de 
choix. Dans les cas qui résistent à cette médication, on se trouvera 
bien de la réfrigération locale avec la vessie de glace sur le creux 
épigastrique qui viendra renforcer l'action des moyens précédents. 

u* La grippe reconnaît, dans certains cas, les mêmes 

"^^iwî^!^ complications gastriques que les fièvres typhoïdes. 
ia j> ïrippe. Germain Sée a signalé la dilatation aiguë de l'es- 
tomac, dont j'ai constaté aussi un cas très net dans lequel des troubles 
gastriques sérieux ont survécu longtemps à ta maladie causale. L'in- 
suflisance gastrique avec bypochlorhydrie est une suite fréquente 
de la grippe; elle explique les anorexies si marquées dont tout 
grippé a conservé le souvenir. 

LMfliTTBa II t^" ^sl de môme des lièvres éiuplives. En ce 

*nipu»M. fjiij concerne la variole, les cas de pustules dévelop- 
pées sur la muqueuse stomacale ne sont rien moins que contestables. 

Friedlander' et Smirnoff* ont vu la diphtérie de 

La dJiriitérle. ,, . - , ,, , ■ , „ 

1 estomac coïncider avec celle du pharynx. L. Bauer et 
E. Deutscii^ disent que dans la diphtérie l'ilCt du contenu stomacal 
disparaît aussitôt, mais qu'il reparaît de ving^t-qualre à quarante- 
huit heures après le traitement sérothérapique. Cette constatation 
aurait même une valeur pronostique puisque, dans les cas qui se 
terminent par la mort, la sérothérapie demeure sans inHuence sur 

riici. 

Dans la pneumonie, Dieulafov* a vu deux cas de 
gastrite pneumococcique avec ulcération de l'es- 
tomac et grande hématémèse. Jo.msesco' a constaté une gastrite aigui' 
avec foyers hémorrhagiques dans la muqueuse et dans la sous- 
muqueuse. 

1. Friedlasdf.h. — CeriiH<r jtliniscfte Wochin-icbrift, i%Si. 

3. SliHNorF. — .'li'cAiv /ur palh. Anatomie und Ph-jtioiogU, 1. CXIII. 

3. L. Bauer et E. Deitsch. — JahrbUcher far KmiUrlteilk.,p. iâ, 71, t. XUVITJ. 18%. 

4. DiEUi.AFOï. — ifl Preae médicaU, IHSll. 

5. JONMESCO. — La Roumame méilicate, n" I rt 3, 1900. 



l.A SYPHILIS DE L'ESTOMAC 

Enfin les états infeclieux mal caractérisés 
Mtcuaiu rinfection purulente, la septicémie d' 
"" chirurgicale, certaines infections sangu 
core mal connues cliniquement peuvent donner naissance à 
lisatioas gastriques, au même titre que les inTections netteme 
lérisées comme la fièvre jaune, le choléra, la dysenter 
toutes ces afTections les lésions gastriques sont repiésentéei 
ccdiymoses sous-muqueuses, par des exulcéralions ou 
ulcères perforants'. L'hématémèse offre ses caractères li 
(|Qi varient suivant son abondance el sa fréquence, et peut se 
àtousies stades de la maladie générale dont elle dépend. I 
stomacale survit à la maladie causale ou guérit avec elle, 
par hématémèse est fréquente. 

Quant au traitement, il doit s'adresser à l'état infec 
demeurer médical, en ce qui concerne l'estomac, tant que 
sera pas menacée par l'abondance ou la répétition des héms 
L'intervention chirurgicale s'imposerait si des hém 
mettaient la vie en danger, alors que l'clat général tend à s'ai 



Les retentisssments de la syphilis sur l' estomac et la 
gastrique. — L'aaatomie pathologique. — La clinique e 
g:nostic. — Le traitement. 

j^ Lasyphilisde l'estomac est, comme l'a dilDi 

r«t«BUM«»nnu une Queslion trop délaissée el trop méconnue. 

inr A la période secondaire, bounniKR 

uiomac. surtout cliBz la femme, l'anorexie, la gastr 

une série de symptômes que Bouveret aurait tendance à r 

à la dyspepsie nerveuse. Leudet et Gurler croient à 

bililé d'un catarrhe gastrique vraiment syphilitique pui: 

amélioré ou guéri par le traitement spécifique. 

A la période tertiaire, les lésions syphilitiques des cen 
veux provoquent souvent des symptômes gastriques, tels 
vomissements. On connaît aussi les crises gastralgii] 
labès, dont l'oiigine syphilitique est si fréquente, et le catai 
trique qui accompagne la syphilis hépatique. 

I E. DoroDR. — HématémèHS inreclieusc:, Thèae de Paria, IS9S. 



836 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES SUR L'ESTOMAC 

u syphilis Mais des faits assez nombreux, anatomo-patholo- 

de lostomao. gjques et cliniques, démontrent aussi que l'estomac est, 
plus fréquemment qu'on ne le pense, le siège de lésions syphili- 
tiques directes. 

L'anatomie Galliard ^ 3 réuni dcs observatious de gommes de 

pathoiogiqoe. festomac avec ulcérations secondaires. Cornil* rap- 
porte un cas de gommes gastriques, à côté desquelles se trouvait une 
petite cicatrice dure, blanche et rayonnée. Chiari' analyse les cas de 
Klebs, de Wechselbaum, de Birch-Hirschfeld, de Wagner et conclut 
qu'il y a des lésions syphilitiques directes et indirectes de l'estomac; 
que les lésions directes, rares, sont la gomme et l'infiltration 
inflammatoires; que les lésions indirectes sont dues à des 
troubles de circulation produits par des lésions du foie ou à des 
hémorrhagies faisant partie du complexushémorrhagique causé par 
la syphilis ; que le tissu gommeux se développe d'abord dans la tunique 
sous-muqueuse; qu'à la fonte du tissu gommeux l'action du suc 
gastrique peut produire des ulcères suivis ou non de cicatrices. Dans 
un cas, d'ailleurs contestable, de Kaposi, l'ulcère s'étendait du cardia 
au pylore. L'infiltration diffuse et la gastrite interstitielle ne 
se rencontreraient que dans la syphilis héréditaire. 

S. FLEXNER^cile un cas de mort par perforation à la suite d'un 
ulcère syphilitique de l'estomac. Cesaris-Demel^ rapporte une obser- 
vation analogue où la mort survint par apoplexie de la paroi 
gastrique et hémorrhagie péritonéale. Enfin Aristow* dit que, dans 
sept cas sur neuf d'hérédo-syphilis pris au hasard, il y avait des 
lésions stomacales, gommes diffuses ou circonscrites, et des infiltrations 
inflammatoires non spécifiques. 

u ciiniqae CHniquemcnt, il existe aussi d'indéniables preuves 

et le diagnosuc. j^ j^^ syphilis dc l'eslomac. Andral' en a rapporté deux 

observations célèbres. Lano et Engel ont fait remarquer la fréquence 

des accidents syphilitiques chez les malades atteints d'ulcère de 

l'estomac. Ainsi, sur cent cas d'ulcère, vingt fois le patient es! 

1. Galliard. — Syphilis gastrique et ulcère simple de rcstomac, Archives générales 
de médecine, 1886. 

2. Cornil. — Leçons sur la syphilis, p. ^06» 1879. 

3. Chiari. — Centralblatt fur med. Wtssenschafleriy 1891. 

4. S. Flexner. — Gastric syphilis with the reports of a case of perforating syphilitic 
ulcère of the stomach, The american Journal of médical science^ octobre 1898. 

5. Gesaris-Demel. — Gaietta degli ospedali, 2 juillet 1899. 

6. Aristow. — Zur Kenntniss der syphilitischcn Erkrankungen des Magens bei bere- 
ditârer Lues, Zeihchrift fur IleilkundCy p. 395, 1898. 

7. Andral. — Clinique médicale, t. Il, p. 201, 1834. 1 



J 



LA SYPHIIJS DE L'ESTOMAC 837 

syphilitique. Rosanow* rapporte l'observation d'un individu pré- 
sentant depuis huit ans tous les symptômes de Tuicère, y compris 
les hématémèses et Taccès gastralgique, qui fut guéri par le traite- 
ment mixte. Galliard, Fournier', Dubuc\ Dieulafoy* citent des 
cas analogues. 

La syphilis de Testomac se traduit par des expressions cli- 
niques fort variables. Tel malade est considéré comme un dyspep- 
tique rebelle ou comme un gastralgique ; tel autre apparaît comme 
un cancéreux ; enfm la symptomatologie de Tulcère semble dominer 
dans les observations connues. 

Cette diversité d'allures est telle qu'il n'existe aucun groupe- 
ment ni même aucune dominante symplomatique qui permettent, pai 
eux-mêmes, non seulement de diagnostiquer, mais même de soup- 
çonner la syphilis de l'estomac. Pour pencher du côté de ce dia- 
gnostic, il faut deux conditions : la première, c'est que le malade 
soit un ancien syphilitique; la seconde, c'est qu'il soit atteint d'une 
affection stomacale de vieille date et rebelle à tous les traitements 
rationnels. Et encore le diagnostic ne pourra-t-il être affirmé avec 
certitude qu'après le succès du traitement spécifique. 

En pratique cependant, quand vous observerez chez 
un ancien syphilitique les symptômes de l'ulcère sto- 
macal, qu'une minutieuse enquête vous aura démontré que cet ulcère 
n'a pas été précédé pendant un temps assez long de la phénoménologie 
propre à l'hypersthénie gastrique avec hyperchlorhydrie, et qu'un 
traitement bien institué et bien conduit n'aura pas eu raison des acci- 
dents, vous avez le droit, tout en continuant le traitement de l'ulcère, 
d'y associer d'abord un traitement mercuriel que vous ferez suivre 
de la médication iodurée^ si le premier procure quelque amélio- 
ration. 

Avec Dieulafoy, je donne la préférence aux injections sous-cuta- 
nées d'une solution huileuse de bi-iodure de mercure à 4 p. 4000. Vous 
injecterez chaque jour dans la région fessière, et avec les précau- 
tions antiseptiques les plus rigoureuses, un centimètre cube de cette 
solution, pendant vingt jours. A ce moment, suspendez les injections 
^i commencez Viodure de potassium que vous donnerez à la dose de 
2 à4 grammes, si tant est que ces doses soient tolérées par l'estomac 
et qu'elles ne réveillent pas les symptômes gastriques que les traite- 

t. RosAîfow. — La Semaine médicale^ octobre 1890. 

1 FocRNiER. — Bulletin de V Académie de médecine^ 18 janvier i898. 

3. DUBUC. — La France médicale, 1" juillet 1898. 

4. Dieulafoy. — Clinique médicale de rHôtel-Dieu de Paris, p. 63, 1897-1898. 



iS RETENTISSEMENTS DES MAI-ADIES SL'R L'ESTOMAC 

i-dyspepLiques et mercuriels combiiiés onl déjà atlénué^. 
!s vingt jours d'iorfwre de potassium, refaites une série 
injections mercurielles. Si Viodure n'est pas toléré par 
donnez-le par la voie rectale, si insufTisaate qu'elle soit. 
DUS conseille de donner le mercure par la voie hypoder- 
st que ce médicament administié par la bouclie provoque 
lemment des troubles stomacaux, sans compler qu'en 
ion action est plus énergique, plus rapide et plus sûre. 
Babon' ont étudié le chiraisme stomacal chez huit 
es ayant suivi des Iraitements mercuriels prolonjîés. Or, 
il y avait absence d"HCl, une fois hyperchlorhydrie et 
ypochlorhydrie. Toute part faite aux troubles utérins, car- 
cooliques, névropalliiqucs éprouvés par les malades et pou- 
une influence sur l'IlCl, il n'en reste pas moins, au passif 
e, une indication dont il serait imprudent de ne pas tenir 



•■ danB les intozioatiooa. — L'intoxicatioQ arsenicale. — 
umisme. — L'hydrai-gyriame. — Les intoxications di- 



Je ne vous rappellerai pas les lésions et les troublei^ 
,n gastriques produits par l'action directe des divers poi- 
'"■ sons sur la muqueuse stomacale; mais vous devez 

l'élimination des poisons et de cerlains agents médicamen- 
es voies digcstives provoque parfois des accidents. Ainsi 
de Varsetnc dans le tube digestif des animaux toloxiqués 
jections sous-cutanées ou veineuses*. Roux a vu l'estomac 
in plilogosés et couverts de taches noires dans un cas d'in- 

par application d'une pommade arsenicale sur le sein. 
ile le cas d'un enfant qui eut des vomissements et de la 

la suite d'une écorchuie de la tête par un peigne enduit 
séniée. Valette* note des vomissements sanglants dans 

et Babon. — Du chimisnie (tii'li'iiiue chez les Byphïliliquei, Sociale de dtr- 
de. l'jphiligrapkie, H mari 18%. 

;, Théte de Paris, p. 59, 18117. 



LES INTOXICATIONS 839 

rempoisonnement par Thydrogène arsénié. Sculndler*, Lolliot^ 
insistent sur les vomissements dans Tintoxication arsenicale. 

Les troubles digestifs conslituenl quelquefois la seule manifesla- 
lion de l'intoxication par Tarsenic. Ils varient depuis les simples 
vomissements jusqu'aux accès cholériformes. 

, , Les dyspepsies des saturnins' se présentent 

Les dV8DC**Si68 VMM 1 

des ^ sous trois aspects : V pendant la période pour ainsi 

" dire silencieuse de l'intoxication; 2* pendant l'attaque 

de colique ; 3** au cours de l'anémie saturnine confirmée. 

Dans la première variété, ou dyspepsie saturnine, le malade 
est en état d'embarras gastrique perpétuel. Sa langue est sale, son 
appétit diminué, sa bouche est pâteuse et amère. Ajoutez à cela un état 
nauséeux et quelquefois des vomissements pituiteux. Chez deux 
malades de ce type, j'ai trouvé une notable diminution de THCl libre; 
chez un troisième, l'HCl libre était absent. 

La deuxième variété, ou dyspepsie de la colique saturnine, 
se présente sous deux aspects : 

Ou bien, quand l'attaque de colique se prépare, la dyspepsie 
précédente s'exagère, et cette exagération même peut être considérée 
comme un symptôme prémonitoire; pendant l'attaque, l'ano- 
rexie est absolue. 

Ou bien l'attaque s'accompagne d'un accès d 'hypers ihénie 
avec hyperchlorhydrie et spasme de l'estomac ou de ses ori- 
fices. Cet accès peut durer plusieurs jours; un de nos malades, 
devenu hyperchlorhydrique pendant sa colique de plomb, le de- 
meura durant quatre jours. 

Il est important de bien distinguer ces deux aspects des troubles 
gastriques chez les saturnins, puisque vous ordonnerez le régime 
lacle absolu aux malades hyperchlorliydriques, tandis que ce régime 
est habituellement mal toléré par ceux du premier groupe qui récla- 
ment plutôt une médication et une alimentation légèrement stimu- 
lantes. 

La troisième variété, ou dyspepsie de l'anémie saturnine, 
atteint les vieux saturnins anémiques, et elle dépend autant des alté- 
rations du sang que de l'intoxication. Elle est caractérisée par une 
anorexieqiiirappelle celle du cancer et par un amaigrissementaccentué. 
C'est dans ces cas qu'on trouve surtout le catarrhe gastrique et la 
série des lésions décrites par Kïîssmaul et Mayer, à savoir l'atro- 

1. ScHiNDLER. — Joum. von Graefe und Walther, i837. 

2. LoLLiOT. — Thèse de Paris, 18H8. 

3. J. Renaut. — De l'intoxication saturnine chronique, Thèse d^ agrégation, Paris, 1875. 



RETENTISSEMENTS DES MALADIES SUR L'ESTOMAC 

landes gastriques, )a sclérose de la tunique cellulaire et 
u la dégéDérescence de la couche niusculnlre. 

, La dyspepsie des hydrargyriques' est due 

'' principalement à la déglutition d'une grande 
le salive putride. 

lez les ouvriers qui travaillent le mercure, il existe, an 
ntoxication, des troubles gastriques qui paraissent avoir 
l'action directe du mercure sur l'organisme, 
n gastrique est, en effet, une des premières fondions qui 
m. L'appétit se perd, la bouche devient mauvaise, le 
ir la viande prend la valeur d'un symptôme essentiel, 
msible à la pression est le siège d'une sensation de pléni- 
deur. 

M Les troubles digestifs de la morphiuomanie, du 

cocaînisme, de l'intoxication oxycarbonée, du 
'■ phosphorisme n'offrent rien qui les différencie et leur 
caractéristique à part. Ils se rapportent tous à l'Insuffi- 
ique. 

liTZiG*, à propos du morphinisme, a constaté chez le 
1 sécrétion chlorhydrique était ralentie et pauvre en HCt 
temps que durait l'inioxication. Chez l'homme, il eut 
le faire les mêmes observations; chez un morphinomane, 
disparut complètement pour reparaître après la totale sup- 
I la morphine. 

IX périodes avancées où il existe des lésions de la mu- 
itrique, le traitement des troubles digestifs d'origine 
)end de la médication éliologique. 



SEPTIÈME LEÇON 



LES DYSPEPSIES DE LA GOUTTE, DU RHUMATISME. 

DU RACHITISME 
ET DES DEVIATIONS DE LA COLONNE VERTEBRALE 



LES RETENTISSEMENTS GASTRIQUES 
DES MALADIES DE L'UTÉRUS 

LES TROIS FORMES DE LA DYSPEPSIE DES GOUTTEUX — LES TROIS TYPES 

DE LA DYSPEPSIE RHUMATISMALE 

LE RACHITISME ET LES DEVIATIONS DE LA COLONNE VERTÉBRALE 

LES MALADIES DE L'APPAREIL UTÉRO-OVARIEN 

LES VOMISSEMENTS DE LA GROSSESSE — LA DYSPEPSIE MENSTRUELLE 

DIAGNOSTIC ET TRAITEMENT 



I 

Les retentissements gastriques de la goutte. — La dyspepsie ohez 
les arthritiques et les dyspepsies goutteuses. — La dyspepsie 
pré-goutteuse. -^ Sa syinptomatologie, sa fréquence, son évolution, sa 
nature. — Les dyspepsies prémonitoires et ooncomitantes de 
Taccàs. — La goutte remontée. — Le traitement. 

Les dyspepsies ^^ goulte iotéresse l'estomac de diverses façons, 
ohes Germain Sée*, Garrod*, Todd \ Lecorché *, elc, ont 

les artturitiqaes 

et les dyspepsies douné de ces manifestations des descriptions restées 
goutteuses, classiqucs. Mais il faut distinguer, en clinique, les dys- 
pepsies qui évoluent sur un terrain arthritique des dys- 
pepsies des goutteux vrais. Les premières, qui sont légion par 

1. G. SÉE. — Des dyspepsies gastro-intcstiDales, Paris, 1881. 
1 Garrod. — De la goutte, p. 560. 

3. TobD. — Clinical Lectures, p. 572. 

4. Lecorché. — Traité de la goutte, p. 235. 



842 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES SUR L'ESTOMAC 

le nombre, se confondent avec les types que nous avons décrits et il 
sulfit de leur adjoindre Tépithèle < arthritique i pour les caractériser. 
Les autres ont une personnalité clinique qui emprunte ses traits aux 
relations chronologiques existant entre telle forme de dyspepsie, d'une 
part, et Taccès de goutte, d'autre part. 

u dyspepsie La dyspcpsic des goutteux reconnaît trois formes. 

pré-goutteuse, j^j^ première, ou dyspepsie pré-goutteuse, com- 
prend les troubles digestifs qui, pendant un temps plus ou moins 
long, précédent les attaques de goutte. 

La Ces troubles se présentent sous une apparence assez 

symptomatoiogie. personnelle : après les repas, les malades éprouvent 
du gonflement, une sensation de plénitude ou de poids épigas- 
trique, une angoisse ou une oppression accompagnées d'éructations et 
de palpitations cardiaques. Le tympanisme est tel qu'ils sont obligés de 
desserrer leurs vêtements. Ils sont lourds, somnolents, impropres à 
tout travail intellectuel ou à tout exercice physique. Ils ont des bouf- 
fées de chaleur et leur figure se congestionne. Puis surviennent des 
renvois inodores qui apportent un peu de soulagement. Ces renvois 
ramènent quelques-uns des aliments ingérés mêlés à une assez grande 
quantité d*un liquide pituileux et insipide. Mais bientôt ces régurgi- 
tations deviennent acides, déterminent une douleur œsophagienne et 
quelquefois une crise plus ou moins violente de pyrosis. Ces ma- 
lades ont de fréquents flux hémorrhoïdaux avec suintement anal et 
intertrigo; leur teint est jaunâtre, leur urine colorée, leur foie gros 
et sensible. Ils ont une tendance à Tobésité et à la dilatation vari- 
queuse du système veineux. 

Cette dyspepsie est assez fréquente pour que Todd 

La fréquence. J r r ^ r t 

ait pensé à en faire la cause de la goutte. Lecorché 1 a 
notée danslesantécédents déplus de la moitié de ses malades ; d'après 
lui, elle s'accompagnerait d'un catarrhe du pharynx caractérisé 
par un état granuleux de la muqiieuse de Tarrière-gorge avec dilata- 
tion variqueuse des vaisseaux et sécrétion d'un mucus visqueux. 

Son Elle peut persister longtemps sans autre manifes- 

évoiution. talion goutteuse, ou cesser plus ou moins brusque- 
ment pour faire place à de la migraine, de l'asthme ou de la gravelle, 
ou enfin s'amender pendant un^certain temps, au point que le ma- 
lade se félicite de sa guérison jusqu'au moment où il est pris d'une 
attaque de goutte aiguë après laquelle les troubles gastriques repa- 
raissent très fréquemment. 



•V^^"' < Il ■" 



LA GOUTTE 843 

Germain Sée déclare que ce n'est pas de la dvs- 

Sa nature. . . • i i i i .1 

pepsie vraie, mais de la pseudo-dyspepsie, due 
à une atonie intestinale avec ou sans constipation et hémorrhoïdes. 
Lecorché pense que ces troubles sont dus à un catarrhe chronique 
d'abord superficiel, puis progressif,produisant un affaiblissement de la 
lunique musculaire avec irritation intermittente , véritable atonie 
spasroodique aboutissant enfin à une atonie paralytique. Brinton 
n'admet chez les goutteux qu'une simple irritabilité gastrique et 
attribue à des coïncidences tout ce qui dépasse ce trouble fonctionnel. 

J'ai trouvé chez les goutteux toutes les formes de la dyspepsie et 
même du catarrhe chronique ; mais il est fort probable que cela dé- 
pend de rélape à laquelle on pratique l'examen. Et si j'en juge par les 
cas qu'il m'a été donné de suivre pendant de longues années, je pense 
que le goutteux commence par la dyspepsie hypersthénique 
avec hyperchlorhydrie pour passer ensuite à l'hyposthénie 
avec hypochlorhydrie et aboutir au catarrhe gastrique 
età la gas trite chron ique ; c'est, en somme, la maladie dys- 
peptique avecses diverses phases, du trouble fonctionnel originel 
jusqu'à la lésion terminale. 

Cependant, chez nombre de malades, cette dyspepsie présente, 
dans sa phase originelle, une caractéristique. Souvent, en effet, le 
chimisme stomacal, après repas d'épreuve, dénote une dimi- 
nution, une absence même d'HCl libre. Et celui-ci apparaît au con- 
traire en quantité exagérée, deux ou trois heures après la fln du repas, 
an point de provoquer du pyrosis et même une crise gastrique. Ce type 
réalise ce que je vous ai décrit sous le nom d'hypersthénie re- 
lardée. 

Lw dyspepsies La dcuxièmc forme de la dyspepsie des goutteux a 

et'^c^teSL été désignée par Germain Sée sous le nom de dys- 
deraccès. pepsic aiguë catarrhale paroxystique.Elle répond 
aux troubles gastriques qui accompagnent ou précèdent immédiate- 
ment Tattaque de goutte. La dyspepsie prémonitoire revêt or- 
dinairement l'apparence d'une crise d'hypersthénie aiguë, 
avec exagération de l'appétit, pyrosis, vomissements acides, digestions 
lentes et retentissements cardiaques. La dyspepsie concomi- 
tante a plutôt les allures de l'embarras gastrique. 

La Enfin la troisième variété, dyspepsie uricé- 

goQtte remontée, j^^iqu^ aiguë Vraie de Germain Sée, répond aux acci- 
dents graves, survenant pendant l'accès ou à son décours, qui ont été 
désignés sous le nom de goutte remontée ou rétrocédée. Budd 



8il LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES SUR L'ESTOMAC 

et ScuDAMORE qui les ont bien décrits les divisent en deux formes. 
La forme spasmodique se révèle par une vive douleur épigas- 
trique, avec sensation de crampe ou de torsion, une distension 
gazeuse de Teslomac, des vomissements parfois incoercibles, ac- 
compagnés d'algidité, de sueurs froides et de tendance syncopale. 
La forme inflammatoire se dislingue par l'intensité de la douleur 
épigaslrique, des vomissements muqueux et sanguinolents et de la 
fièvre avec prostration générale. 

Ces accidents se présentent au cours d'un accès de goutte articu- 
laire, à la suite d'un refroidissement ou d'une médication générale 
ou locale intempestive. 

ScuDAMORE dit que l'accès de goutte disparaît brusquement quand 
se développent les troubles gastriques et que ceux-ci s'atténuent 
quand reparaît la fluxion articulaire. Mais Watson, Brinton, Garrod 
et Lecorché élèvent certains doutes au sujet de cette métastase qui 
leur parait au moins problématique. Legorciië fait remarquer que 
les symptômes de la goutte dite remontée à l'estoraac sont ceux d'un 
empoisonnement, soit thérapeutique par une des nombreuses ft- 
queurs anti- goutteuses au colchique qui figurent aux annonces des 
journaux, soit urémique,les lésions rénales étant très fréquentes chez 
les goutteux. Il n'existe pas, en efi'et, d'observation de goutte re- 
montée à l'estomac chez les auteurs modernes, et l'urémie gastrique 
était inconnue des anciens. 

Par contre, G. Sée pense que les accidents gastriques survenant 
au cours ou au décours d'un accès de goutte sont dus à l'élimination 
brusque par la muqueuse stomacale de l'acide urique contenu en 
excès dans le sang. Mais Lecorché n'a pas retrouvé d'acide urique 
dans les vomissements rendus dans un cas de ce genre, ce qui amoin- 
drit au moins la valeur de cette hypothèse. 

A mon avis, la goutte remontée à l'estomac est fort problématique 
et les troubles gastralgiques observés au cours des accès me semblent 
devoir être rapportés, ou à des crises d'hypersthénie paroxys- 
tique avec hyperchlorhydrie, ou à des crises de fermentation 
gastrique, La première forme serait une manifestation gas- 
trique de l'irritation goutteuse; la seconde serait liée plutôt 
à une alimentation intempestive et ne différerait de l'indi- 
gestion que par les conditions dans lesquelles elle survient. 

Le traitement ^* première Variété de dyspepsie des goutteux, ou 

delà dyspepsie dyspcpsic pré-gou ttcusc, uc rccounaît pasde trai- 
pr gou use. ^^j^^jj^ ^^^j ^^J g^jj^ particulier et elle relève unique- 
ment de l'hygiène, du régime etdes médicationsdelaformespéciale du 




w 



\A GOUTTE 845 



trouble stomacal constaté ; aussi doit-on la traiter, en faisant d*abord 
abstraction de sa cause. Mais, quand on a obtenu une amélioration du 
côté de Testomac, il convient de songer à Tétat goutteux étiologique 
et de lui opposer le régime^ Y hygiène et la médication appropriée. 
Je ne puis vous donner ici l'exposé des moyens à employer, 
puisque ce serait aborder la thérapeutique de la goutte. Mais je vous 
recommande d'être très sobres de médicaments actifs, d'user unique- 
ment de ceux que Testomac tolère facilement, de n'en jamais prolonger 
remploi et, surtout, de n'administrer que de petites doses. Un état 
comme la diathèse goutteuse ne s'emporte pas de haute lutte ; il vaut 
mieux l'aborder par insinuation, et vous obtiendrez plus avec des 
actions minimes, lentes, mais longtemps prolongées, qu'avec des 
efforts puissants et par conséquent temporaires. Et puis toute dose 
médicamenteuse forte ou même moyenne réveillera bientôt les trou- 
bles gastriques; il faudra donc abandonner la médication anti- 
goutteuse pour revenir à la médication anti-dyspeptique avant que la 
première ait pu donner les moindres effets. Même à dose faible, l'es- 
tomac des goutteux supporte mal un médicament quelconque pendant 
longtemps. Vous devrez donc recourir à la méthode alternante 
et user successivement du carbonate de lithine^ de la pipérazine^ du 
sidonal, du benzoate de sonde^ de Varséniate de soude^ de la jf/o6u- 
larine associée à la globularétine^ de Vurotropine et des alcalins^ 
en mettant, bien entendu, au premier rang de vos prescriptions 
celles qui concernent Vhygiène et le régime. 



La traitement 



La deuxième variété de troubles dyspeptiques n'a 

des dyspepsies qu'uu traitement symptomatique. Mais vous ne man- 

primonitoires ^ i» i i . , , 

et ooncomitaiites qucrez pas d uscr largement des paquets de satu- 
deiaccés. fation daus les crises hypersthéniques qui précèdent 
quelquefois l'accès de goutte. 

Quantàla troisièmevariété, dite goutte remontée, 

Le traitenieiit 

delà elle est justiciable du traitement de Vhypersthénie ou 
ooitte remontée. ^^ ^^j^j ^^^ fermentations suivant la forme qu'elle 

affecte. Dans un cas récent, où les fermentations dominaient, je me 
suis fort bien trouvé de Vipéca à dose vomitive. 

u traitement Lcs curcs hydro-minéralcs vous rendi'ont de grands 

hydro-minéral, gerviccs daus la première variété de dyspepsie. Suivant 

les cas, vous aurez le choix entre Yichy ei Carlsbad, en choisissant 

celte dernière station s'il existe de la constipation et de la congestion 

hépatique. Les sulfatées calciques, Vittel, Contrexéville , AttluSy 



846 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES SUR L'ESTOMAC 

Capvern^ seront indiquées quand les urines sont rares ou chargées 
d'urates. Reyat et Fougues conviendront aux malades déjà débilités 
qui supporteraient mal les eaux trop actives de Vichy ou de Carlsbad, 



II 

Les retentissements gastriques du rhumatisme. — Les discus- 
sions sur Texistence de la dyspepsie rhumatismale. — Les trois 
types de la dyspepsie rhumatismale vraie. 

Us discussioDs Existe-t-il une dyspepsie rhumatismale? Germain 
«or Sée le nie résolument : « Le rhumatisme ne porte pas 

rexistence , , . , ^ ■ i • i 

de la dyspepsie sur la muqucuse gastriquo : c est par une habitude 
rhumatismale, yicieuse de langage qu'on parle de dyspepsie arthri- 
tique quand il ne s'agit réellement que de la goutte. La diathèse 
rhumatismale ne frappe que les tissus séreux ou fibro-musculaires et, 
dans ce dernier cas, n'apporte que des troubles dynamiques ou nervo- 
moteurs*. » 

Au contraire, Coutaret fait jouer à ce qu'il appelle la diathèse 
rhumatoïdale un rôle prépondérant sinon unique dans Téliologie 
du catarrhe gastrique : < Le catarrhe gastrique est, dans toute 
l'acception du mot, un catarrhe ayant élu domicile sur les muqueuses 
du tube digestif. Il est engendré par une lente imprégnation de la 
diathèse qui atteint également la peau, les muqueuses et les appareils 
étrangers à la digestion ^ d Ce'calarrhe prend trois aspects différents. 
Dans le premier, il y a hypersécrétion séro-muqueuse rejelée au 
dehors par régurgitation ou vomissements. Dans le second, le catari*he 
est sec, mucineux; la langue est couverte d'un épais enduit blanc. 
Dans le troisième, le catarrhe est épithélial et se manifeste par des 
éruptions herpétiformes généralisées. 

Les idées de Coutaret, si ingénieuses qu'elles fussent, n'ont pas 
fait fortune, peut-être parce qu'elles étaient émises sous un vocable 
nouveau. Car, en allant au fond des choses, ce qu'il décrit plutôt en 
clinicien qu'en savant, c'est tout simplement ce que nous appelons 
la diathèse arthritique que la majorité des médecins considère comme 
le terrain de la goutte ou, pour mieux dire, comme un vice de nutrition 
plus souvent originel qu'acquis et qui se réalise, suivant les sujets, 
par le mode de la goutte, de la gravelle, de la lithiase biliaire, de cer- 

1. G. SÉE. — Des dyspepsies gastro-intestinales, p. 166, Paris, 1881. 
t. Coutaret. — Dyspepsie et catarrhe gastrique, p. 589, Paris, 1890 



LE RHUMATISME 8i7 

taines dermatoses, de l'asthme, etc. A ces localisations se conjuguent 
(les troubles dyspeptiques qui quelquefois constituent la seule 
expression de la diathèse. Et ces dyspepsies-là rentrent dans le cadre 
dece que nous venons de décrire sous le nom de dyspepsie goutteuse. 
Mais, quoique Coutaret n'ait pas employé les mots classiques et qu'il 
se soit égaré parfois dans des interprétations Ihéoriques qui ne valent 
pas mieux que les théories d'apparence plus scientifique qui ont lui 
et se sont éteintes depuis vingt ans, il n'en demeure pas moins un 
observateur remarquable, et la lecture des pages qu'il consacre au 
catarrhe gastrique sera profitable à ceux qui font passer le souci du 
malade avant leurs préoccupations doctrinales. 

En résumé, je me rallie à l'opinion de G. Sée. Tout ce qu'on a 
isolé sous le nom de dyspepsie rhumatismale rentre dans la description 
de la dyspepsie goutteuse ou arthritique. 

Les trois types Cependant il faut ranger dans les dyspepsies rhuma- 

<»« tismales un certain nombre de faits qui sont : 

rhumattsmaie 1'' Lcs troublcs gastriqucs du rhumatisme 

'^^ chronique osseux qui présentent cette particularité 
d'être permanents et de ne pas alterner avec les poussées articu- 
laires. 

2" Le rhumatisme de la tunique musculaire de l'estomac, 
caractérisé surtout par la gastrodynie, soulagé par la morphine^ les 
révulsifs et le salicylate de soude. 

3* Des troubles dyspeptiques de divers types, mais remar- 
quables toujours parleur caractère douloureux, alternant ou coïncidant 
avec des douleurs musculaires, du lorticolis, du lombago, ou avec 
telle autre manifeslalion nettement rhumatismale, et cédant au trai- 
tement anti-rhumatismal. 



III 

Les dyspepsies et le rachitisme. — Le chimisme stomacal. — L*indicatioii 
thérapeutique. — Les dyspepsies et les déviations de la colonne 
vertébrale. — l/évolulion. — Le traitement. 

u rachiusme CoMBY * déclarc quc l'alimentation et le sevrage pré- 

<* matures conduisent fréquemment au rachitisme par la 

**' ' voie de la gastro-entérite et de la dilatation de l'estomac . 

I. COMBv. ^ Archives générales de médecine, t885. 



1 



848 • LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES SUR L'ESTOMAC 

D'autre part, lous les auteurs ont noté l'existence de troubles di- 
gestifs chez les rachitiques, depuis les modifications si variables de 
Tappétit jusqu'aux aigreurs, aux vomissements et aux fermentations 
gastriques. 

u ohimisme M. ct H. Labbé^ ont fait l'examen du chimisme sto- 

stomacal. jnacal et ont trouvé une augmentation des combinai- 
sons inorganiques du chlore, une diminution de THCl combiné aux 
albuminoïdes, une augmentation de Tacidité totale et une apparition 
prématurée de THGl libre. 

Dans le seul cas où j'aie pu pratiquer cet examen, j'ai trouvé de 
THCl libre et des acides de fermentation, avec une acidité totale de 
2^70enHCl. 

L'indioauon Saus qu'il soit possiblc d'établir si les troubles gas- 

uiérapeatique. (^ques et Ic rachitismc sont liés par une coïncidence 
ou une causalité, il me parait certain qu'ils relèvent plutôt du type 
hypersthénique et des fermentations gastriques et qu'il ne saurait être 
indifTérentdeleur appliquer un traitement personnel, puisque nous 
avons constaté tout au moins que parmi les troubles de la nutrition 
du premier de ces types ilgurent la phosphaturie terreuse et les déminé- 
ralisations calcique ou magnésienne qui ne peuvent, en toutcas, qu'ac- 
centuer les lésions osseuses du rachitisme en fournissant aux os un 
minimum d'éléments minéraux alimentaires*. 

U8 déTiauons Jc me suis souvent demandé si cette déminérali- 
**Tertébïaie* satiou calciquc et phosphatique n'intervenait pas, 
et u dyspepsie, gy moins à titic d'élément dans les déviations de la 
colonne vertébrale qui accompagnent quelquefois les grandes 
hypersthénies gastriques avec sténose pylorique probablement spasmo- 
dique chez les enfants et les adolescenls. Cette association des dé- 
viations de la colonne vertébrale et des grands états dyspeptiques m'a 
paru plus fréquente chez les jeunes filles. 

Leur Leur évolutiou est tout à fait caractéristique. Ce sont 

évoittUon. i^g iï»oubles gastriques qui commencent; on peut 
même dire que, dans ces cas, ils ont en quelque sorte existé de tout 
temps depuis la naissance. Puis, peu à peu, ils prennent la physio- 
nomie de l'hypersthénie permanente; l'estomac est distendu et clapo- 
tant, le foie gros et plus ou moins sensible, la constipation opiniâtre. 

1. H. Labbë. — Revue mensuelle des maladies de l'enfance, 1897. 

2. Voyez page 212. 



^^ 



LES DÉVIATIONS DE LA COLONNE VERTÉBRALE 849 

Avec un appélit excellent et même vorace, l'enfant ne profite pas; 
il maigrit; il a un teint souffreteux, blafard ou jaunâtre; il est faible, 
se fatigue vite, et Ton remarque qu'il se lient mal. 

Cette attitude vicieuse est la cause de gronderies fréquentes 
qui ne remédient à rien. Et puis, un jour, souvent par hasard, on 
constate une légère déviation de la colonne vertébrale qui, 
malgré les corsets, les appareils contentifs et redresseurs, ne fera que 
s'accentuer au point de constituer bien souvent une difformité. 

Or examinez celte déviation, presque toujours latérale : vous re- 
marquerez que, du côté concave, les masses musculaires du dos sont 
plus ou moins atrophiées tandis qu'elles ont gardé leur volume et leur 
tonicité du côté convexe. 11 y a eu là une véritable atrophie muscu- 
laire unilatérale dont la déviation n'est qu'une conséquence, 
puisque les muscles unilatéralement atrophiés ne contrebalancent plus 
l'action de ceux qui s'insèrent de l'autre côté de la colonne vertébrale. 

les indieauons Quaut à VOUS dire qucl est le rapport qui unit cette 

thérapeuuqaes (jygpepsie dc vicille date avec cette atrophie musculaire 
le trattement. localisée à uu petit département de la masse dorsale et 
la déviation vertébrale, je ne saurais vous le dire et je me garderai 
bien de vous proposer des théories. Nous connaissons le fait de la 
relation ; nous savons que la dyspepsie a commencé; nous constatons 
Talrophie musculaire et la déviation; nous savons encore que, dans 
<îes types dyspeptiques, il y a de la déminéralisation phosphalique et 
calcique. Pour faire un traitement, nous n'avons pas besoin de 
réunir par des artifices théoriques ces éléments morbides épars ni de 
leur constituer un enchaînement dit rationnel ; il suffit que nous les 
connaissions et que nous les hiérarchisions suivant leur ordre d'appa- 
rition, à savoir : la dyspepsie, la déminéralisation, l'atro- 
phie musculaire, la déviation vertébrale, et que nous trai- 
tions chacun de ces éléments, soit ensemble, soit séparément, sui- 
vant la personnalité du cas qui se présente. 

Ainsi, au lieu d'emprisonner le thorax dans un corset ou de 
<îonseiller la gymnastique et un massage banal, commencez par 
instituer le traitement de la dyspepsie hypersthénique associé ou 
non, suivant les cas, à celui des fermentations. Insistez sur les poudres 
de saturation calciques, sur les injections sous-cutanées de glycéro- 
phosphate de soude et, quand l'état de l'estomac le permettra, sur 
les préparations glycérophosphatées à l'intérieur*. 

En même temps, faites pratiquer un massage habile localisé aux 

1. Voyez, pour toutes ces médications, pages 246, 500, 171 et 302. 

II 54 



I 



^^'^ ■ - "■ 



850 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES SUR L'ESTOMAC 

muscles dorsaux atrophiés, sans toucher, bien entendu, aux antago- 
nistes que le massage fortifierait encore. On massera aussi les muscles 
droits de l'abdomen dont l'activité réveillée et accrue aide à l'équi- 
libre de la colonne vertébrale. Enfin vous conseillerez tous les 
exercices (jymnasliques, ainsi que les mouvements et les attitudes qui 
sont capables de diminuer le tiraillement exercé sur la colonne verté- 
brale par les muscles sains et de stimuler les muscles atrophiés. 

Je ne veux pas insister sur les détails de ce traitement; il suffit de 
vous en faire connaître l'esprit et les indications et de vous assurer 
qu'il m'a donné, en plusieurs circonstances, des résultats remar- 
quables et quelquefois inespérés. 



IV 

Les retentissements gastriques des maladies de l'appareil utéro- 
ovarien. — Le diagnostic et le traitement. — Les vomissements de la 
g'rossesse. — Le traitement médicaL — Les indications du traitement 
obstétrical. — La dyspepsie menstruelle. 

j^gg Les troubles fonctionnels et les maladies de l'appa- 

retentissements reil utéro-ovaricn peuvent retentir sur l'estomac et 

gastriques , 

des maladies dcvcuir l'occasiou de dyspepsies qui n'ont de caraclé- 
utéro-ovariennes. j.jgj^iq^g q^g ]^yp eausc. Il n'y a pas un type particulier 

de dyspepsie associé à telle ou telle affection utéro-ovarienne. Cepen- 
dant le type de la dyspepsie nerveuse y paraît réaliser une plus 
grande fréquence. 

Lediagnosuo Le diaguostic dc la relation est difficile à faire, 

elle traiument. pujgqu'ii f^^t tenir comptc des troubles utérins secon- 
daires aux dyspepsies et de ceux qui évoluent parallèlement dans les 
deux organes. Seule, l'action du traitement permet d'établir la dis- 
tinction entre ces diverses associations. 

Vous avez vu qu'un traitement gastrique pouvait avoir liaison 
des troubles utérins, ce qui impose nettement le caractère secondaire 
de ceux-ci*. D'autre part, il y a des états dyspeptiques que n'améliore 
pas la médication stomacale et qui guérissent à la suite d'un traite- 
ment utérin, ce qui laisse conclure que les troubles de l'estomac 
relevaient de l'utérus. Ainsi, par exemple, tous les gynécologistes ont 
guéri des femmes dyspeptiques et rebelles au traitement gastrique en 

1. Voyez page 744. 



r -^ ■ 



LE3 MALADIES DE L'APPAREIL l TÉRO-OVARIEN 851 

cicatrisant une ulcération du col, en améliorant une mélrite, une sal- 
pingite, en dilatant le col de l'utérus ou en remédiant à une 

dévialion. 

j^gg On connaît aussi les troubles gastriques et particu- 

vomissemtnts lièrcmeut les vomissements plus ou moins in- 

de la grossesse • i i i 

et leur traitement coercibles de la grosscssc. Ils rentrent dans la 

médical. catégorie des vomissements réllexes , qu'on les at- 
tribue à l'excitation exagérée du système nerveux utérin ou à la 
compression exercée par l'utérus gi'avide sur les organes voisins. 

Quand ils ne se pi^oduisenl qu'à de longs intervalles, ou qu'ils 
consistent simplement en vomituritions matinales, ils ne comportent 
pas de traitement. Mais, quand ils se répètent et en arrivent à Tinto- 
lérance gastrique, ils prennent une haute gravité, puisqu'ils épuisent 
la malade en l'empêchant de se nourrir et en s'accompagnant de 
pénibles efforts. Alors il est nécessaii'B de les traiter directement. 

Vous commencerez par le régime lacté absoluy accompagné de la 
mdicalion de Vhypersthénie permanente*. 

Si les vomissements ne s'arrêtent pas, essayez les inhalations 
d'oxygène suivant le mode vanté à juste litre par Pinard. En cas d'in- 
succès, il vous reste la longue séiûe des narcotiques, le bromure de 
potassium, le chloral, Veau chloroformée, la cocaïne, la mor- 
phine, etc. 

Voxalate de cèrium a donné quelquefois de bons effets, à la dose 
de0",20 à 0^',25, trois fois par jour, délayé dans la plus petite quan- 
tité d'eau possible. 

La saignée, les pulvérisations d'éther au creux épigastrique, les 
sachets de glace sur la colonne vertébrale (Chapmanx) comptent des 
succès à leur actif. Pinard préconise aussi les lavements de chloral à 
la dose de 6 à 8 grammes par vingt-quatre heures. 

, ^,. Mais, quand ces movens échouent, que les vomisse- 

Les indications ' ^ " . 

dutraiiOTient mcuts Continuent, que le pouls devient fréquent et bat 
à 120-140, que l'état généi^al s'affaisse, qu'un léger 
mouvement fébrile à 38'' se manifeste, qu'il y a des tendances synco- 
pales, des troubles cérébraux précui^seui's du délire ou du coma, le 
traitement direct du vomissement doit êli'e abandonné, et il faut re- 
venir au traitement obstétrical, c'est-à-dire à V accouchement préma- 
turé. Même aux périodes les plus avancées, il a des chances de réussir, 
d'après Pinard et Tarnier; mais il est préféi^able de ne pas attendre 
l'apparition des graves accidents nerveux, ni les dernières limites de 

I. Voyez page 258. 



85-2 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES SUR L'ESTOMAC 

rinanidon, alors que la femme esl trop affaiblie pour trouver en elle 
la force de se remonter. Rappelons, pour mémoire, que Capeman a 
réussi, dans un cas, par la simple dilatation du col; les vomissements 
cessèrent et la grossesse suivit son coui*s. 

u dyspepsie Jc dois cucore vous signaler les troubles gastriques 

menstrueue. g^j g.^ manifestent ou s'exaspèrent à chaque période 
menstruelle. Nous avons en ce moment,au n**22delasalleValleix, 
une jeune femme de vingt-cinq ans qui, au moment de ses règles, a 
une crise d'hypersécrétion gastrique avec vomissements. Nous l'avons 
soulagée par l'application, huit joui's avant l'époque, d'un vésicaloire 
au niveau de l'ovaire gauche. 

Mais, par contre, nous avons vu récemment une jeune femme de 
vingt et un ans qui avait, au moment de ses règles, un véritable accès 
d'hyposlhénie gastrique avec anachlorhydrie. 

En général, les dyspeptiques voient s'accentuer, au moment des 
règles, autant les symptômes subjectifs qu'elles éprouvent que le type 
chimique de leur dyspepsie. Léo a vu chez les ménorrhagiques sur- 
venir de la boulimie*. 

Je vous signale encore les hématémèses supplémentaires 
des règles et les accès de vomissements avec ou sans gastralgie 
qui accompagnent souvent les crises de dysménorrhée. Dans un cas, 
la crise de dysménorrhée provoquait un accès d'hyperchlo- 
rhydrie. 

I. LEO. — Deutsche medicinische Wochenschiift, a*" 29 et 30, 1889. 



HUITIEME LEÇON 

LES RETENTISSEMENTS GASTRIQUES DES MALADIES 

DE L'APPAREIL RESPIRATOIRE 



LA PHTISIE ET LES DYSPEPSIES 

LES TROUBLES GASTRIQUES DANS LA PHTISIE — LA TUBEIlCULOSE DE L'ESTOMAC 
LES DYSPEPSIES DANS L*EMPHYSÈME PULMONAIRE, LASTHME, 

LA COQUELUCHE, 
LES AFFECTIONS CHRONIQUES DES FOSSES NASALES ET DU PHARYNX, 

LES AMYGDALITES CHRONIQUES 



I 

La phtisie et les dyspepsies. — Un mot d'histoire. — Les travaux 
sur le chimisme stomacal. — La division des gastropathies des 
phtisiques. — La dyspepsie initiale. — Sa pathogénie. — Les dys- 
pepsies concomitantes. — La pathogénie et le traitement. — La gas- 
trite chronique. — La symptomatologie, les lésions anatomiques, la 
marche, la pathogénie et le traitement. — La tuberculose deFestomac. 
— L'anatomie pathologique, le diagnostic, le traitement. 

ta phtisie De tout tomps on a insisté sur les rapports de la 

et les dyspepsies, phiigig avec Ics dyspepsies. Pour Beau, la phtisie et 

le cancer, maladies de déchéance, sont les accidents terminaux, les 
accidents tertiaires de la dyspepsie. De celte manière de voir, il ne 
reste plus aujourd'hui que le rôle prédisposant joué par la dyspepsie 
dans rétiologie de la tuberculose. Elle est un des moyens de pré- 
parer le terrain au bacille : c'est considérable, mais c'est tout. 

Les rapports de causalité de la tuberculose pulmonaire avec les 
dyspepsies prennent une part essentielle dans l'évolution de celte 
maladie; car la phtisie se complique très fréquemment de troubles 
gastriques, et ceux-ci viennent singulièrement aggraver la maladie 



85i LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES SIU L'ESTOMAC 

primitive. Aussi ces rapports mérilenl-ils de nous arrêter un 
instant. 

Un Ils ont fait l'objet d'un grand nombre de travaux 

mot d'histoire, par^^i lesquels je citerai, sans paiIer des anciens, ceux 
de Louis et d'ANDRAL qui virent la dyspepsie précéder quelquefois les 
signes stélhoscopiques, de Bourdon qui créa la dyspepsie préluber- 
culeuse, de Peter qui constata que celle-ci se rencontre surtout 
chez les anémiques, de G. Sée, de Pidoux, de Jaccoud qui insistèrent 
sur la thérapeutique, de Marfan * qui condensa les travaux de ses 
devancieis et fit l'anatomie pathologique de la gastrite des phtisi- 
ques, de ScHWALBE % de M. Rousseff ^ qui complétèrent l'anatomie 
pathologique, de Grancher qui consacra une étude vraiment magis- 
trale et du plus haut intérêt pratique à l'alimentation des tuber- 
culeux. 

Les travaux A côté dc CCS travaux de clinique et de Ihérapeu- 

suriecwmisrae tiquc, l'étudc du chimismc stomacal en fit éclore 

stomacal. yjj gpand nombrc qui, malgré leurs incertitudes et leurs 
contradictions, constituèrent un piogrès, puisque c'est en rap- 
prochant le chimisme stomacal de l'observation clinique que Ton 
peut arriver à catégoriser au double point de vue du diagnostic el du 
traitement les cas disparates que l'on rencontre dans la pratique. 
Résumons rapidement, avantd'allerplus loin, les travaux dontil s'agit. 

Immermann * trouve de l'IICl dans 38 cas sur 44, et l'activité 
digestive lui parait aussi énergique chez les phtisiques que chez les 
individus sains 

IIerzog ••, chez 8 malades, constate l'affaiblissement de la motri- 
cité gastrique coïncidant avec une acidité relativement élevée. Le 
traitement stomacal doit avoir pour but essentiel de relever la mo- 
tricité qui serait inlimement liée avec l'appétit. 

G. Klemperer ^ trouve aussi la motricité affaiblie, mais moins au 
début que dans les périodes avancées. L'activité sécrétoire, souvent 
augmentée au début, quelquefois normale, rarement abaissée, di- 
minue beaucoup aux périodes terminales. 

1. Marfan. —- Thèse de Paris, 1887. 

2. ScHWALBE. — Die Gastritia der Phlisiker, Virchow's Archiv, 1889. 

3. M. BoussEFF. — Thèse de Genève, 18t)0. 

4. Immermann. — Ûber die Function des Magcns bei Phlisis lubcrculosa, Verhand. 
des VIII Congresses fur innere Medicin, 1889. 

5. Herzog. — Uniersuchungen iiber die Dyspepsie bei Lungenschwindsucht, Inaug» 
Dissertation, Berlin, 1888. 

6. G. Klemperer. — L'ber die Dyspepsie der Phtisiker, Berliner klinische Wochen- 
schrift, n» 11, 1889. 



LA PHTISIE PULMONAIRE 855 

0. Brieger * conclut de 300 examens faits sur 64 malades que, 
dans les cas graves, les sécrétions gastriques sont suspendues dans 
fl,6 p. 100 des cas, plus ou moins diminuées dans 74,4 p. 100 et nor- 
males dans 16 p. 100. Dans les cas moyens, sécrétions suspendues 
dans 6,6 p. 100 des cas, plus ou moins diminuées dans 60 p. 100, 
normales dans 33 p. 100. 

Dans les cas initiaux, la sécrélion est plus souvent normale 
qu'altérée. Les troubles de la motilité et de l'absorption sont paral- 
lèles à ceux de la sécrétion. 

C.-II. HiLDEBRAND* moutrc que chez les malades apyrétiques TlICl 
ne manque presque jamais, qu'il manque toujours chez ceux qui ont 
une fièvre continue, qu'il suit les variations de la fièvre chez ceux 
qui ont des alternatives de fièvre et d'apyrexie. L'abaissement de 
la température par Vantipyrine peut faire reparaître l'HCl libre. 

Fr. Schotty ^ est très optimiste. Sur 25 malades observés à divers 
stades de la phtisie, il ne se résout pas à trouver des altérations du 
chimisme stomacal ou de la motilité. Cependant il note assez souvent 
Thyperacidité. 

M. Eii>îhorn s sur 15 phtisiques, note l'HCl absent 2 fois, diminué 
5 fois, normal 3 fois, augmenté 5 fois. 

C. RosENTHAL ^ déclare que l'IICl libre est toujours absent pen- 
dant la digestion, quelle que soit la période de la maladie. 

Les recherches de Grusdew % de «J. Bernstein ' et de Ciiel- 
MONSKi * n'apportent aucun éclaircissement nouveau. Marfan ^ signale 
rhyperchlorhydrie prodromique et en montre toute l'importance 
diagnostique. W. CnoNER^^ne trouve pas qu'il y ait un rapport entre 
les troubles sécréloires et les symptômes subjectifs. 11 confirme le 
caractère fonctionnel des troubles gastriques au début de la phtisie. 
Il proteste contre l'opinion de Volland qui met les troubles gastViques 

L 0. Brieger. — Uber die Functionen des Magens bei Phtisis pulmonica, Deutsche medi- 
misehe Wochensclirift, n" 1 i, 1889. 

1 HiLDEBRAND. — Zuf Kenntniss dcr Magenverdauung bei Plitisikern, Deutsche me^ 
dkiniicht Wockemchrift, nM5, 1889. 

3. Fr. Schotty. — Untersuehungen ûber die Magenfunclionen bei Phtisis pulmonica 
tuberculosa, Deuisches Archiv fur klinische Medichi, p. 219, 543, 1889. 

4. M.EiNHOBN. — iV«w- Vor/i médical Record^ 1889. . 

5. C. RosENTHAL. -- Uber d as Labferment und die Production freier Salzsaiire bciPhli- 
sikern, Berliner klinische Wochenschrift, n» 15, 1888. 

6. Grusdew. — Uber Vcrânderungen des Ma^ïcnsaftcs bei SchwindsUchtigen, Wratch^ 
nM6etl7, 1889. 

7. Bernstein. — Die Dyspepsie der Phlisiker, ï^iaugural Dissertation, Dorpat, 1889. 

8. CuELMONSKi. — Ûber die Magenverdauung bei den chronischen Erkrankungcn 
^er Luflwege, Centralblatt fur die med. Wissenschaflen, p. 746, 1889. 

9. Marfan. — Nouvelles recherches sur les troubles et les lésions gastriques dans la 
phtisie pulmonaire, Congrès de la tuberculose^ 2* session, 1891. 

10. W. Croner. — ÎJber die Magenbeschwerden im Friihstadiuni der Lungan- 
^f^^^y/inéiMchi, Deutsche medicinische Wochenschrift,y, 48, 1898. 



LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES SUK L'ESTOMAC 

compte de la suralimentation. Boarduann Reed ' fait de l'hy- 
)rhydi'ie du début une fréquente suite de la médication crèo- 
1 considère que la motilité est déprimée dans la plupart descas> 



Quand on considère les faits, non dans leur détail, 
mais dans leur ensemble, on se rend facilement compte 
que les divergences qui sépareot les auteurs sont plus 
apparentes que réelles. Il n'y a pas une forme unique 
ibles gastriques conjugués h la phtisie, mais bien difTérentes 
lathies, avec leur chimisme personnel, liées à des périodes ou 
lodalités différentes de la phtisie. En somme, il faut distinguer 
îpepsies des tuberculeux, puis la gastrite chronique, 
1 tuberculose de l'estomac, 
dyspepsies sont de deux ordres, soit la dyspepsie ini- 
ît la dyspepsie au cours de la maladie. 

>p«psia La dyspepsie initiale a été bien étudiée par 

'^'- Marfan. Elle reproduit d'une façon presque absolue 
ription que je vous ai donnée de l'hyperslhénie gastrique avec 
hlorhydrie, et vous devrez vous méfier quand cette symptoma- 

apparall à l'improviste sans cause déterminante précise chez 
)lescents ou des jeunes-gens, quand ces malades maigrissent et 
Dt rapidement ou prennent l'aspect de chlorotiques sans que 
Itation révèle desouflles vasculaires correspondants, quand l'in- 

des aliments provoque une toux qui aboutit souvent au vo- 
ient, quand pendant la digestion la face rougit, le pouls devient 

et comme fébrile et que le malade a des accès de dyspnée 
ve venant se superposer au tableau précédent, 
ind se développent manifestement les lésions tuberculeuses, 
yspepsie spéciale tend à s'atténuer; mais il n'est pas rare de la 
ersister jusqu'à une péiiode assez avancée de la maladie, et 
a avons un exemple chez len" 12 de la salle Serres. Il y a trois 
•A individu figura dans nos salles avec le diagnostic d'hyper- 
i gastrique vérifié par l'examen du chimisme stomacal ; à ce 
it, ses poumons semblaient absolument sains. Six mois après 
part, il revient nous trouver et nous diagnostiquons une 

pulmonaire au début. Il est rentré, il y a un mois, avec des 

de ramollissement aux deux sommets, et son chimisme sto- 
pas plus que les symptômes de la dyspepsie, n'avaient éprouvé 

AnDMAKN ItEEU. — BrilUh médical Journal. IG juin VMO. 




Tf^W^ 



LA PHTISIE PULMONAIRE 857 

de modifications sensibles. Il avait 28%35 d'IICl libre, il y a trois ans ; 
aujourd'hui, il en a 2«',05. 

Notez que, si le malade a des poussées fébriles, rhyperchlorhydrie 
disparaît aussitôt pour reparaître avec l'apyrexie. Ces variations, bien 
vues par Hildebrand, expliquent un certain nombre des différences 
observées par les auteurs dans l'examen du chimisme stomacal. 

La Celte dyspepsie hyperslhénique prodromique 

pathogénie, ^gj mirjbuée par Klemperer à ce que le poison tuber- 
culeux frapperait d'inertie la musculature stomacale ; alors les ali- 
ments, séjournant plus longtemps que de raison, irriteraient les 
glandes et provoqueraient une sécrétion surabondante. Il est plus 
rationnel de penser que les lésions tuberculeuses commençantes, 
mais non encore perceptibles par l'exploration, irritent les filets pul- 
monaires du pneumogastrique et que cette excitation retentit sur le 
rameau gastrique de ce nerf. 

Les dyspepsies Aux périodcs plus avaucécs de la phtisie, la 
ooncomitantes. dyspepsie pcut couscrver le type initial de l'hyper- 
sihénie avec des intermittences de type causées surtout par les 
poussées fébriles; mais, le plus souvent, la dyspepsie affecte alors 
le type hyposthénique avec hypochlorhydrie, accompagné 
ou non de fermentations secondaires. 

Alors, au tableau symptomatique habituel de cette dyspepsie, 
s'ajoute fréquemment la toux gastrique, avec son caractère quin- 
leux et pénible, suivie ou non de l'expulsion des aliments plus ou 
moins dig^érés. 

u pauiooénie ^^ ^ attribué ccltc dyspcpsic à l'intoxication tuber- 

etie culeuse, et Ton en a fait une dyspepsie toxique. 
D'auti'es ont invoqué la fièvre, l'action locale des 
crachats déglutis, l'irritabilité ou la parésie du pneumo- 
gastrique, etc. Aucune de ces explications n'est satisfaisante, parce 
que les traitements fondés sur elles n'ont rien de certain. Aussi 

ê 

je ne risque pas de théorie. Je constate simplement que cette insuf- 
fisance gastrique tantôt est consécutive à l'hyperslhénie, tantôt 
s'établit, pour ainsi dire, d'emblée et, celte constatation faite, je vous 
conseille de la traiter avec les moyens qui répondent à sa foime, sans 
^ous attarder dans un traitement pathogénique toujours incertain, 
^'il s'agit d'hypersthénie, vous ferez le traitement sédatif ^i^ si vous 
constatez l'insuffisance, vous emploierez le traitement excitant. Ce 
Hesl peut-être pas de la thérapeutique de haute volée, mais c'est de 



f?Âw.' t. 



;8 LES RETENTISSEMENTS IIES MALADIES SIR L'ESTOMAC 

tliérapeiilique clinique, ce qui vaudra mieux pour votre malade et 
our vous. 

Ajoutons encore que T insuffisance gastrique, chimiquement con- 
alée, ne contre-indique pas d'une façon absolue la suralimenlation ; 
ir j'ai vu, à plusieurs reprises, les fonclions stomacales trôs amoin- 
ries se réveiller sous rinfluence d'une alimentation forcée, sans 
ompter que, même avec un estomac en étatd'hyposthénie, l'intesiin 
eul parfaitement réaliser une excellente digestion. Pour tout ce qui 
juclie cette importante question de l'alimentalion des phtisiques, je 
e saurais mieux faire que vous engager à lire et à méditer les 
eraarquables éludes de GiiA?<cnEii. Rien de mieux ne saurait être dit ; 
ien de plus pratique ne saurait être fait'. 

La gutriu La gaslrlte chronique n'existe guère qu'aux 

Qhroniqne. p^^iodes terminales de la plitisie, quand les poumons 
ont creusés de cavernes suppurantes. 

u En dehors des symptômes habituels de la gastrite 

iTmptDmatoiogie. chroniquc Ordinaire, celle-ci est caractérisée par la 
ei'te totale de l'appétit avec dégoût des aliments, par la fréquence de 
1 diarrhée due à une entérite coexistante, par l'état de la langue qui 
l'abord saburrale devient rouge vif, vernissée et se couvre fréquem- 
nenl de plaques de muguet, par la douleur à la pression du creux 
ipigastrique, par la toux gastrique et la fréquence des voraisse- 
nents, par la distension douloureuse de l'estomac, la soif plus ou 
noins vive, par l'absence de crises gastriques vraies, par la diminu- 
ion de la motililé de l'estomac où l'on trouve encore des aliments 
)lus de six heures après le repas, par la grande diminution ou 
'absence d'HCl libre, la diminution de l'HCl organique, la peplonisa- 
ioQ très imparfaite des albuminoïdes et la présence du mucus. 

LesMsions Lcs lésious analomlqucs de cette gastrite chre- 

anatommuei. niqueont été étudiées par Marpan, puis par Scuwaldb 
:t M. RoDSSEFF. Elles consistent en un épaississement mamelonné, 
général ou par îlots, de la muqueuse gastrique. Histologiqucment, il 
I a infiltration interstitielle de cellules rondes autour des glandes, 
ransforraation des cellules glandulaires en cellules muqueuses indif- 
'érentes et formation de polypes muqucux (adénomes). Les vais- 
îcaux sont moins intéressés que dans les autres formes de gastrite 
;hronique. Schwalbe a constaté dans trois cas de l'amyloïde et 

1. Grancuer. — Traitement de la tuberculose, Le Buttelin midicat, p. 93, 199, 1155, 



LA PHTISIE PLI.MON.MUE t 

FEswicKde la sléatose.MARFAMi'a jamais rencontré le bacille de Koc 
Patella' a vu Irois cas de péripyloritc fibreuse qui furent air 
liorés par la gaslro-enlérostomie. 

La marche de celle aiïection est progressi' 
Mahfam a remarqué que des périodes d'apgravati 
semblcnl coïncider avec des recrudescences de ramollissement et 
.•uppuraiion des lésions pulmonaires. 

u Vous voyez, d'après celle descriplion, qu'il ne f; 

puhoginKi. pjig confondre la gastrite des phtisiques avec 
tuberculose de l'estomac. La première reconnaît une orig 
infectieuse ; elle est la conséquence de l'infectioa tuberculeuse et t 
toxi-infeclions secondaires qui sont si fréquentes au\ périodes ultin 
de la phtisie; mais l'action irritante cl toxique des crachats déghi 
me paraît indéniable, car cette gastrite chronique est beaucoup p 
fréquente chez Icr malades qui ne savent pas cracher ou avalent le] 
crachats et chez ceux qui ont d'abondantes suppurations puln 
naires. Mais elle réclame, comme essentielle condition, l'existei 
antérieure d'une dyspepsie purement fonctionnelle et elle n'est, 
somme, que le stade terminal et lésional de l'hypersthénie du dé! 
de la phtisie, cause prédisposante, tandis que les autres causes 
viennent d'être signalées n'agisscul ordinairement qu'à titre 
détenninanlcs. 

Enfin cette complication augmente sensiblement la gravité il 
phtisie. 

Le traitement est celui de la gastrite chronii 
habituelle. L\ilii)ientation forcée ne réussit giit 
et souvent on devra user du ré<jime laclé qui est quelquefois b 
toléré. Dans quelques cas, j'ai eu A me louer de l'emploi de Vac 
tannique, aux doses de t^'S-jO et même de \ gramme avant chai 
repas, en ayant soin de donner à la fin des repas un paquet 
pepsine, pancréaline et inaltine. Vous recommanderez instamm 
aux malades de ne pas avaler leurs crachats. 

Dans les formes qui s'accompagnent d'une anorexie I 
marquée, le persulfate de soude, aux doses de 0"', 20, dissous dans 
peu d'eau et pris quelques minutes avant les repas, rend de réels s 
vices, à la condition d'en cesser l'emploi dès que l'appétit ten 
revenir. 



- Patella. — Gaa, dtgli ospedati. 



LES RETENTrSSEMENTS FtES MALADIES SUa [,'ESTOMAC 

iniDie Quanlàla tuberculose gastrique vraie, elleest 

""■ Tort rare. Marfan n'en a trouvé que douze obser- 
aulhenliqiies. Coats', Serafini', Barbacci^ JCrgens* en 
acun un cas. G. Bluuer ', qui donne une bibliographie com- 
sume en un tableau une trentaine d'observations dont quel- 
!S ne semblent pas très probantes. 11 pense que tes grands 
tuberculeux solilaireii, dont il existe quelques observations, 
; à l'extension de lésions tuberculeuses du péritoine stomacal 
loculation d'un ulcère simple par des crachats tuberculeux. 
n rapporte cinq cas chez des enfants de dix mois à neuf ans 
is élaient atteints de péritonite tuberculeuse', 
•action faite de ces dernières observations, il est fort vraisem- 
je la tuberculose de l'estomac est produite par l'inoculation, 
u d'une érosion, de crachats déglutis. Si elle est plus rare que 
l'intestin, cela tient h l'action germicide du suc gastrique sur 
! de Koch. 

miB L'ulcération paraît être la seule forme de tuber- 

"'°'- culose que l'on trouve dans l'estomac. Les ulcérations 
siéger partout, même au pylore, mais on les trouve surtout à 
e courbure. D'après Eppisger, elles sont iirégulières ou ova- 
vec desbords relevés figurant une sorte de rempart et infiltrés 
he caséeuse. Uniques et étendues, ou multiples et superfi- 
îlles ne dépassent pas la tunique celluleuse. On ne connaît 
as de perforation. CortML et Sabouriw ont trouvé des 
itions dans la sous-muqueuse, au-dessous des glandes; 
1 noté l'infiltration tuberculeuse des vaisseaux de la 
se et de la sous-muqueuse. 

La tuberculose gastrique se diagnostique difficile- 

meot, car sa symplomatologie habituelle ne diffère 

• celle de la gastrite chronique. Vous y penserez quand le 

)iésenterales douleurs particulières de l'ulcère rond, comme 



s. — Glasgow méditai Journal, 1X80. 

.Fisi. — Annali clin. ileW Ospednle degll incMTabili, Kaple», 1888. 

lAcci. — Lo Sperimei\tale,ma.\ 18U0. 

ËNS. — Sociité de mideciiie de Berlin, H décembre tS90. 

LUHER. — Albang médical Annah, murs \ti9is. 

i. — BrilUhmedicat Journal, 6 mai IH^U. 

ibliugraptiic de la tubcrciilnse Je Teslomac eal assez chargée 

rigation de Parii, 18Ï8, résume les Irivaux anlérieurs. Depuis h 

aux, en dîhors de ccus rites, lonl : MOM*LTt, Tlièie de Lyon, I 

•biladelpb. Ilospilal Reports, t. I. p. 1(7, 124, 1890, — Risi 



LES MALADIES DE L^\PPAnEIL RESPIRATOIRE 861 

dans le cas deSERAFLNi, quand il aura une hématémèse, comme dans 
celui de Lorey, ou enfin quand la pression sur le creux épigas- 
trique d'un luberculeux atteint de gastrite sera très douloureuse en 
un point donne. 

, . ., _ Le traitement en est aussi délicat que le dia- 

Le traitement , * 

gnostic. Vacide tannique à haute dose et le régime 
lacté sont au moins indiqués. 



II 

Les retentissements gastriques de Temphysème pulmonaire, 
de la bronchite chronique, de Tasthme et de la coqueluche. 

L'emphysème Lcs Iroublcs gastriqucs sont fréquents au cours 

pulmonaire, d'autics affeclions thoi'aciques , telles que l'emphy- 
sème pulmonaire, les bronchites chroniques, la coque- 
luche et l'asthme. 

Chelmo:nsk\* a fait une bonne étude de la sécrétion gastrique 
dans quinze cas d'emphysème avec dyspnée, bronchite chro- 
nique et œdème du poumon. L'examen du chimisme sto- 
macal après repas d'épreuve donne toujours une absence d'IICl libre 
avec une nolable diminution de la pepsine. Dans deux cas, l'HCl 
reparut api*ès la disparition de l'œdème et de la dypsnée. La dys- 
pepsie a donc alors comme origine la stase veineuse, ainsi que dans 
les affections mitrales ; aussi relève-t-elle du même traitement. 

.. .^ Dans l'a s thme, Germain Sée- déci*itunedyspepsie 

LasUmie. ' j r r 

nervo-motrice dont la cause réside en la flaccidité 
du diaphragme refoulé à chaque inspii^ation dans le lliorax et n'oppo- 
sant plus de résistance, sauf au moment des accès, à l'agrandissement 
longitudinal de la cavité abdominale. En même temps, les muscles 
droits et transverses de l'abdomen, sans cesse sur la brèche, 
finissent par perdre leur énergie et ne s'opposent plus à la distension 
gazeuse de Testomac, d'où une variété spéciale d'ectasie gastrique 
engendrant une série de troubles fonctionnels que les asthmatiques 
accusent avec insistance et dont le lyinpanisme est le symptôme 
capital. Les asthmatiques qui ont le poumon forcé, dit G. Sée, ont 
l'estomac dilaté. 

1. Ghelmonsky. ^ Bévue de médecine, 1889. 

t. Germaik Sée. — Des maladies simples des poumons, p. 46, Pam, 1886. 



Î2 LES ltETE>TlSSEME.\TS llES MALADIES SUR L'ESTOMAC 

Jamais le traitement de la dvi-pepsie ne réussit dans ces cas; 
»■ ce qu'il faut traiter alors, c'est l'asthme et non l'estomac. Tout au 
lus, emploiera-t-on comme adjuvants les absorbants et les punjatifs. 

La oaoDtiuoiu Dans la coqueluche, les grandes quintes pro- 

voquent des vomissements réllexes ou mécaniques par 
[Torts de contraction du diaphragme et des muscles abdominaux, 
eur répétition n'est pas sans danger, puisqu'ils empêchent les 
nfanls de profiler de leur alimentation et les jettent parfois dans un 
îrieus étal d'inanition. 



les retenti asemeots des affections chroalques des fosses nasales 
et du pharynx. — Les troubles di^stiFs dans l'amygdalite chro- 
nique. — La palliogiitiiu, la Mriiplornatulogic, le diugiioslic et le Iraile- 



j^s Cerlaines aft'ections chroniques des fosses 

"^mw™"'' nasales et du pharynx sont une cause de dyspepsie. 
dasaïucboM Elsderg, II. ScuwEiG signalèrent les premiers celle 

des étiologie, en insistant sur leur mécanisme réflexe, 

losaes nasBiM -^y j[^(.[ji ^.jjg l'obscrvation d'un médecin chez lequel 
dupharjiii. jgg granulations pharyngées et rétro-nasales 
iroduisaient des nausées et des vomituriiions. L. Dreesc" rapporte 
LU cas de troubles gastriques réflexes causés par une affection du 
lez. BoswoRTii^ note les nausées et les vomissements dans la rhinite 
lypertrophique et dans les naso-pharyngites. Moldeshawer 
ignale la gastrite catarrhale des ozéneux et l'attribue à la déglu- 
ition des matières putrides. Deumier* confirme le fait et décrit chez 
les femmes atteintes de rhinite hypertiophique un syndrome dyspep- 
ique très précis. L. Fiscueh ' attire rallcnLion sur la fréquente asso- 
ialion de la naso-pharyngilo catarrhale et du catarrhe gas- 
rique. li. Trasheb" pense que des cas de gastralgie et de dyspepsie 
leuvent être attribués à des lésions intra-uasalcs. F. Chaborï' con- 

1. W. Hack. — Revue dr }.mjnijol/igie, 1M83. 

t. L. Dreesc. — American Thiitotiigkal Association, m%. 

3. UoSwoHTU. — Disesi^as or thc uose, p. lâSJ. 

4. Dkuhiidr. — De la rhinite alrophiquc cl de raztim, Thèse de Paris, p. ISfiD. 
h. L. Fischer. — NeK-Yark médical Record, 13 juin 1H9I. 

5. H. Thassëb. — Newi-York médical Record, oclobre IH'JU. 

7. F. Chaburi. — laQuence des aReclious nasales sur le tube di(;c3tir, Le Progrii 
lédical. IBIM. 



LES AMYGdALlTES CHUOMOIES 8ti 

sacre uu Iravail d'ensemble à letle queslion. Enfin Tbectel' observ 
UQ malade qui, par suite de la gêne de la respiralion nasale, avalai 
piéripilamment ses aliments sans les avoir mâchés et devint dvspej' 
lique. 

Les mucosités nasales fréquemment dégluties finissent par irrite 
l'estomac, modifient les sécrétions j^aslriques ou apportent avec elle 
des ferments nocifs. Le goiil et l'odeur de ces sécrétions nasale 
alléiùes inlluencent péniblement l'appétit, sans parler des modifica 
lions réllexes induites dans les sécrétions et la motililé de l'estomac 

Les auteurs précédents ont, pour la plupart, obtenu la gué 
riion des troubles dyspeptiques par l'unique traitement des affec 
lions nasales ou pharyngées causales. 

i»> La coïncidence de l'aruygdalitc chronique avec le 

"'J^iw^'' troubles tfasiriques est assez fréquente. Elle a él 

lUL-^âLitBa signalée par BAUnli^s^ Chassaignac^, Ruault' et eli 

ciiroiinioes. a fait, de la part de A. Ualhadère', l'objet d'un bo 

tiavail. Les troubles gastriques sonl réflexes ou chimiques. 



fattiagéDli, 



L'existence des troubles réflexes a été experi 
iîiHÎ'ums mentalement démontrée par Ruault qui, en touchai 
ei diagoinuo. i'g^L[.^n,ité inférieure de l'amygdale avec le galvano 
cautère, provoque soit des ellortsde vomissement, soit une douleu 
épigastrique, soit une hypersécrétion stomacale acide. Ces phéno 
mènes sont dus à des réflexes ayant leur point de départ dans le 
filets excités du rameau pharyngien du pneumogastrique. Clinique 
ment, ils se traduisent par de fréquentes vomituritions et par de 
nausées continuelles, surtout chez les enfants. 

Les troubles chimiques proviennent de la déj^lutilion des cor 
crétions caséeuses et du muco-pus ainygdalien avalés à chaque mou 
venient de déglutition. Aussi ces dyspeptiques présentent-ils tous 1 
type des fermentations. La langue est blanche, couverte d'un 
couche plâtreuse, rouge à la pointe et sur les bords ; l'appétit est m 
ou très diminué. Au réveil, le malade est accablé ; sa bouche est sèchf 
piteuse, son haleine fétide. Dès qu'il a mangé, il éprouve une sensr 
lion de plénitude, se ballonne et doit desserrer ses vêtements. Il a dt 
crampes d'estomac et des régurgitations aigres quatre à cinq heure 

t, THECTEL. — Archiv fàr Verdaauaipkiankheilen, t. III, ruso. 3. 
t. KAUittNs. — Gaielte des hàintauj:, WSi. 
3. CbassaigmàC. — Lefoiii failet i LariLuisièie. I85t, 
i. RoiDL-t. — Arckivei de laiynijologie, 15 avril 1H8S. 

b. A. Balhauëre. — Ëlude sur les troubles ijigcslirs iluas raiiiygd^lilc cliroiiîqu 
Tlièit de Paris, 18a5. 






Si 









«64 LES lIETENTlSSEMEiNTS DES MALADIES SUR L'ESTOMAC 

après les repas. Souvent même il vomit. Enfin il est très constipé. 
Dans deux cas, j*ai pu pratiquer l'examen du chimisme stomacal 
et j'ai trouvé TIICI très diminué avec une grande quantité d'acides 
de fermentation. 

Ne manquez donc pas d'examiner le fond de la gorge de vos 
dyspeptiques et, si vous trouvez des amygdales turgescentes, rouges, 
ponctuées de concrétions caséeuses, si le malade a eu de fréquents 
maux de gorge, crache le matin des concrétions blanches fétides, 
traitez l'amygdalite chronique avant de vous occuper de l'estomac. 

Dans ces cas, en effet, l'influence du traitement 
local est souvent suffisante pour faire disparaître les 
troubles gastriques. Si les gargarismes avec la solution naphtolèe\ 
les badigeonnages avec la solution iodo-iodurée^y les attouchements à 
V acide phénique^ au perchlorure de fer^ etc., ne modifient pas les sur- 
faces malades, il vous reste la ressource lointaine des eaux sulfureuses 
de CauteretSy Challes, Eaux-Bonnes, Luchon, Saint-Honoré, Saint- 
Christau, et surtout le traitement chirurgical, à savoir Vamygda- 
lotoniiey la discission qui consiste à faire sauter à l'aide d'un crochet 
spécial, mousse à la pointe, à courbure coupante, les ponts qui 
séparent les cryptes, enfin le morcellement que l'on pratique avec la 
pince de Ruault qui est un véritable emporte-pièce. 

1. Je conseille la formule suivante : 

^ Naphtol p O",20 

Borate de soude 15«' 

Ëtiu distillée de menthe âOO"' 

1 au bouillie q.s. pour 1 litre. 

F.s.a. Gargarisme que l'on fera tiédir au bain-marie avant de s'en servir. 

â. Formule de la solution iodo-iodurée : 

'j^ Iode 1»' 

lodure de potassium 1«' 

Eau distillée iC 

Dissolvez. 




- -T 'ti^yj'- ' 



NEUVIEME LEÇON 

LES CHLOROSES, LES ANÉMIES ET LES DYSPEPSIES 

LES CHLOROSES ET LES ANÉMIES D'ORIGINE DYSPEPTIQUE 

LES DYSPEPSIES DORIGINE CHLOROTIQUE OU ANÉMIQUE 

LES DYSPEPSIES MÉDICAMENTEUSES — L'ÉTUDE DU CHIMISME STOMACAL 

ET DES ÉCHANGES NUTRITIFS 

LE DIAGNOSTIC ET LE TRAITEMENT — LES TROUBLES GASTRIQUES 

DANS L'ANÉMIE PERNICIEUSE, LA LEUCÉMIE, 

LES PSEUDO-LEUCÉMIES, LA MALADIE D'ADDISON 



I 

Les chloroseSf les anémies et les dyspepsies. — Les incertitudes du 
chimisme stomacal. — Les divergences des théoriciens. — L'opinion des pra- 
ticiens. — Le diagnostic des rapports de causalité. — Le dia- 
g^nostic des chloroses et anémies d'origine dyspeptique. — Les 
anémies des dyspeptiques hypersthéniques. — Les échanges géné- 
raux. — Leur valeur pathogénique et thérapeutique. — Les anémies des 
dyspeptiques hyposthéniques. — Les anémies des constipés. — 
Les anémies hémorrhag^iques. — Le traitement. 

Le Iraitemenl de la chlorose associée aux dyspepsies 

Les incertitiules j r r 

âa chiniisme est Tobjct d'uo débat qui ne semble pas près de se ter- 
miner. On s'entend si mal sur la nature des chlo- 
roses dyspeptiques que, pour citer seulement quelques opinions 
parmi les auteurs compétents qui ont étudié la question, Ewald * 
déclare que le plus grand nombre des chlorotiques ont un suc gas- 
trique normal, Riegel' affirme que l'hyperchlorhydrie est constante, 

1. Ewald et Boas. — Zur Diagnostik und Thérapie der MagenkrankheiteD, Ber- 
liner klinitche Wochenschrifty 1886. 

2. RiEGEL. — Beîtrâge zur Diagnostik der Magenkrankheiten, Zeitschrift fur kli^ 
niscke Medicin, 1887. 

11 55 



'"*^-*-^ -- ^ 



LES llliTENÏlSSEMENTS DES MALADIES SLR L'ESTOMAi; 

ALD la QOle dans 95 p. 100 des cas, Ritter el Hirsch ' concluenl 
liypochlorhydrie ; Biizelvgan et Gluzinski trouvent la sécrélioo 
nale dans cinq cas, diminuée dans deux cas, augmentée dans trois 

Et noiez que, si je citais toute la bibliographie de la question, 

ne ferait qu'accentuer ces désaccords ■. 

[juand, aux l'echerches des auteurs précédents, j'ajoute celles que 
faites avec l'aide de Dourmgault chez lOOchlorotiquesouanéini- 
9 de diverses origines, la lumière ne se fait pas davantage. 
En effet, sur ces 100 cas où chlorose et anémie, quelles que fussent 
'S origines, étaient associées à la dyspepsie, J'ai trouvé : 

Hypersihénie avec hyperchiorhydrie el fermen- 

talîons anormales 38 cas 

Hypersihénie avec hjperchlorhydrie sans fer- 
mentations anormales i4 — 

llyposthénie avec hypo- ou anaclilurhydrie el 

Termenlalions 26 — 

Clilorhydrie normale avec fermentations anor- 
males 12 — 

soil, en somme, un chiniisme stomacal variable, mais auquel se 
irposent des fermentations dans 7li p. 100 des cas. 
Le chimisme stomacal ne parait donc avoir rien éclairci jusqu'ici, 
a pas trouvé pour la chlorose plus que pour les autres maladies . 
ype chimique univoque. 

Aussi n'a-t-il, pour ainsi dire, rien appris aux théo- 
om riciens, et ceux-ci restent divisés en plusieurs camps : 

itiirioieiu. quelques-uns, très rares, voient avec Beau la dyspepsie 
jrigine de toute chlorose, sinon de toute anémie ; d'autres, plus 
ibreux et moins absolus, l'ont simplement de ta dyspepsie une 
conditions génératrices ou une des causes d'aggravation de la 
irose; beaucoup enfin regardent la dyspepsie comme une consé- 
nce de la chlorose, tandis que les vrais praticiens se conlentenl 
constater l'association des deux éléments morbides et de traiter 
:un d'eux suivant sa prédominance. 

L'optnian Rcstons donc avec les simples praticiens, et disons 

■ pratioudi. jj^.gj; gyj; ^^^Q Tassoc Ib ti OU de la dyspepsie à la chlorose 

RiTTEK el HiBScH. — Uber die Sùuren des Hagensanes und deren Bedehungen 
Hagengcschwur bel Chiaruie und Aouniie, Zeilachrift fur kUnûehe Uedkm, 1888. 

Vojrci encore ; Caitiu . — Comptes rendu* du XI' Congréi interttalional de médeeme 
lie. — A. GhCue, luaugvrat diiKertalion, Giesien, 1E9U. — H. LE.iiARTZ, Vorlrag in 
ud. GetelUckaft tu Leiptig, 17 déc 1881). 



LA CHLOROSE ET LES ANÉMIES * 867 

€t aux anémies est extrêmement fréquente et que leur traitement fort 
délicat exige de la part du médecin beaucoup d'expérience, de bon 
sens et un esprit dégagé de toute conception doctrinale. Parlons , 
maintenant, de ce point de départ pour étudier la question. 

Ce fait du rapport étant admis, nous nous trouvons en présence 
dedeux points à discuter, à savoir : la forme de la dyspepsie 
chez les chlorotiques et les rapports de causalité entre 
les deux affections. 

Laforme Eu cc qui touchc la formc de la dyspepsie, les 

de la dyspepsie, lechcrches précédentes montrent qu'il n'existe aucun 

rapport fixe, qu'on peut rencontrer chez les anémiques toutes les 

formes, mais cependant qu'on trouve des fermentations dans les trois 

quarts des cas. 

, ^, , Quant aux rapports de causalité entre les deux 

Le diagnostic * * 

des rapports affcctions, il uc pcut y avoir que des chloroses et 

de causalité. i r* i*** i .* 11 

des anémies d origine dyspeptique, des dys- 
pepsies d'origine chlorolique ou anémique et des dyspep- 
sies survenant chez des chlorotiques ou des anémiques. 

Le diagnostic de ces trois variétés n'est pas toujours facile et 
les plus habiles peuvent s'y tromper. En effet, il n'existe pas, entre 
elles, de signes distinctifs absolus. Et, sauf dans quelques cas trop 
nets pour n'être pas exceptionnels, ce diagnostic est souvent tendan- 
cieux. En pratique, cette distinction doctrinale n'a pas grande impor- 
tance ; il suffit de savoir qu'il y a coïncidence de chlorose et de dys- 
pepsie et que, pour faire tolérer la médication fernujinense, il 
convient d'ordonner préalablement un traitement stomacal. 

Toutefois, comme il peut être utile de poser le diagnostic de 
l'antériorité et que, d'une façon générale, la clinique est parfois ca- 
pable de résoudre ce problème, voici sommairement les règles prin- 
cipales qui pourraient vous guider. 

lediaanosuc Quaud la chlorosc OU l'auémie est d'origine dys- 

des chloroses peptiquc, elle reconnaît quatre variétés qui pré- 

d'origine scuteut comme traits communs : 

«ïTspepuque. jo £)gg commémoratifs chronologiques qui 

anlériorisenl la dyspepsie. Celle-ci est survenue à la suite d'une des 
étiologies que vous connaissez. 

2* Elles s'accompagnent de retentissements ou de complica- 
tions qui ne font pas partie du cortège symptomatique habituel des 
anémies. 



8bS LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES SUR L'ESTOMAC 

L'utmia ^^'^^ '^ première variété, la dyspepsie est d» 

dyspapuiiu* lypc II vpersttiénique; l'aoémique a conservé un 

bTEaretutnlqiu, ' ,, . .... ., . . ., . ,. , 

excellent appétit; u a un gros foie; il est conslipé; 
il a du clapotage gastrique, des accès de gastralgie, la langue sèche, 
des vertiges; il vomit fréquemment ses repas et l'analyse du contenu 
stomacal le montre hyperchlorhydrique, le plus souventavec fermen- 
tations acides secondaires, lildifiez sur cet ensemble la sympto- 
matologie personnelle de la chlorose ou d.e l'anémie, eny 
ajoutant certaines particularités, comme le nervosisme, l'excita- 
bilité, la dénutrition rapide, une teinte terreuse spéciale aui tégu- 
ments, un amaigrissement accentué. 

LHtduiigM Les échangesgénérauxsoDtsensiblemenlmodi- 

""^'"■' fiés. Le tableau L renferme, à titre d'exemple, deux 
analyses qui vous donneront une idée du sens de leurs variations. 

Si l'on compare les divers chiffres de ces analyses avec ceux qui 
représentent les échanges chez les chlorotiques vulgaires, on est 
frappé par les points suivants : 

1° Augmentation de tous les échanges pris en bloc, qu'on 
les considère dans leurs chiffres bruts ou par kilogramme de poids. 

2° Augmentation des échanges azotés et surtout de l'urée 
rapportée au kilogramme de poids. 

3° Évolution imparfaite des matières ternaires, lors- 
qu'elles sont ingérées en grande quantité '. 

i" Augmentation de l'acide sulfurique conjugué, ce 
qui correspond à un accroissement des fermentations 
intestinales. 

5° Diminution des oxydations azotées dont le coefficient 
s'abaisse au-dessous de la normale. 

uoTTRiaor Ces éléments tendent à montrer que l'anémie des 

patiioBtiiiqus dyspeptiques hypersthéniques procède d'une désinté- 
untapsnuqa». gratiou organique exagérée, avec prédominance de la 
désintégration azotée, insuffisance d'oxydation des produits azotés 
désintégrés, fermentations intestinales exagérées et évolution impar- 
faite des matières ternaires ayant vraisemblablement l'une de ses 
causes dans leur imparfaite digestion, ce qui les empêche de jouer 
leur rôle d'épargne vis-à-vis des principes azotés. Que ces éléments 
aient une valeur étiologique et pathogénique, ou qu'ils soient de 



LA CHLOROSE ET LES ANÉMIES 



869 



Tableau L. — Les échanges généraux et les rapports (Téchange 
chez deux dyspeptiques hypersthéniques devenues chlorotiques. 



DÉSIGNATION DES CARACTÈRES 
DROLOGIQDES 



Matériaux solides 

— organiques 

— inorganique* 

Urée 

Axole total , 

Acide urique 

Matières azotées incomplètement 
oxydées 

Matières ternaires incomplètement 
oiydées 

Chlorure de sodium 

Acide phosphorique total 

Acide phosphorique Hé aux terres. 

Acide phosphorique lié aux alcalis . 

Acide sulfurique total . . . '. 

Soufre incomplètement oxydé (en 
acide sulfurique) 

Acide sulfurique conjugué 

Acide sulfurique préformé 

Chaux 

Magnési«; 

Potasse 



F., 17 ANS 



Par 
tA heures. 



Parkilog. 
de 
poids. • 



549S33 


19% 


399% 98 


09'. 


148% 35 


09^ 


263"-, 96 


09'' 


169% 18 


09% 


09% 805 


09'-, 


99% 67 


09% 


19% 91 


0^^ 


99% 08 


09% 


19% 82 


09% 


09% U 


o«% 


19% 38 


09% 


29% 95 


o«% 


09% 415 


o«% 


09% 31 4 


09' 


29% 19 


09', 


09% 230 


09% 


09% 1 49 


09', 


29% 538 


09% 



,108 
,816 
,292 
,550 
,330 
,016 

,097 

,039 
,185 
,037 
,009 
,028 
,060 

,009 
,006 
,045 
,005 
,003 



F., 18 ANS 



Par 
ti heures. 



ParkiloK. 
de 

poids. 



709% 20 
439% 80 
269% 40 
2l9',90 
129%94 
09', 232 

79% 836 

139^,73 

219' 

29% 505 
09% 855 
19', 650 
39% 43 

09% 347 
09% 240 
29', 845 
09% 333 
09% 259 
l''%887 



19% 324 
09% 826 
09% 498 
09% 41 3 
09% 246 
09% 004 

09% 1 i7 

09% 259 
09% 396 
09% 047 
09%016 
09% 031 
09% 065 

09% 006 
09% 004 
09', 054 
09', 006 
09% 005 
09% 035 



RAPPORTS DÉCHANGE 



1*' cas. 



2* cas. 



CoefScient de déminéralisation 

— d'oxydation azotée 

— — du soufre 

PMQs : Azote total 

Cl: Azote total 

Chaux : Azote total 

Magnésie : Azote total 

Potasse : Azote total 

Acide sulfurique : Azote tolnl 

Ph«05 terreux : Ph'O^ total 

Matières ternaires : Matrères organiques 

f Matériaux inorganiques : Azote total.. . 



P. 100. 

25,8 
77,7 
85 
11,2 
35,3 
1,42 
0,92 
15,6 
18,2 
24 
4,77 
88,6 



P. lOD. 

37,6 
79,2 
89,8 
19,2 
98,4 

2, 57 

2 

14,60 
26,50 
34 

31,30 
204 




870 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES SUR L'ESTOMAC 

simples anneaux de la chaîne morbide qui unit la dyspepsie et 
Tanémie, il n'en est pas moins vrai que la thérapeutique peut en 
tirer profit, et c'est pour cela que j'ai cru devoir vous les indiquer. 

Les anémies ^^^^ ^^ deuxième variété, les troubles gas- 

des dyspepuques trîqucs relèvent dc la dyspepsie par fermentation 
ypos oues. ^^^^ ^^^^ normal, diminution ou absence de l'HCl libre. 
Ce type est moins fréquent que le précédent. 

L'appétit est diminué, la langue est blanche, les aliments solides 
et particulièrement la viande sont mal tolérés, l'estomac se laisse 
distendre par des gaz, il y a des nausées et souvent aussi des 
vomissements. En pratique, il est à peu près impossible de distinguer 
cette variété de la dyspepsie consécutive à la chlorose dont nous nous 
occuperons tout à l'heure. Elle demeure donc simplement théo- 
rique. 

Les anémies La troîsièmc Variété a élé bien mise en relief 

des consupés. p^^^, j^g i^ayaux de Michel Duclos (de Tours), d'A^DRE^v 

Clarke, deCouTARET (de Roanne). On vous amène un enfant appar- 
tenant à la classe aisée de la société et la mère vous raconte qu'il ne 
veut plus manger, qu'il maigrit, qu'il est irascible et refuse de jouer, 
qu'il a des selles et des gnz fétides. En effet l'enfant est pâle, il aies 
yeux cernés, il est mou ; il peut même avoir un soufHe systoliqueau 
niveau de l'artère pulmonaiie et un bruissement dans les vaisseaux 
du cœur. Si vous cherchez à combattre cette langueur et cette anémie 
par des jus de viandCy des bouillons concentrés, de la viande crue, du 
quinquina^ du/i?r, etc., vous arriverez uniquement à exaspérer les 
accidents. 

En effet il ne s'agit pas d'une anémie ordinaire, pas plus que 
d'une chlorose à ses débuts. Cet enfant-là a eu une alimentation trop 
succulente trop animalisée; son intestin a été surmené; il est le 
siège d'une coprostase d'une nature spéciale et de fermentations 
intestinales putrides. Mettez-le à une diète relative, diminuez là quan- 
tité des aliments azotés et espacez les repas, supprimez le vin, purgez 
légèrement pendant quelques jours, et tout rentrera dans l'ordre ; les 
forces reviennent, la langue se nettoie, l'anémie disparaît sans l'inter- 
vention d'aucun traitement femujineux. 

Cette variété se rencontre fréquemment aussi chez les adultes, 
surtout chez les femmes dont l'intestin fonctionne souvent si mal et 
qui souffrent tant de la constipation. « Obtenez un déblaiement 
complet, dit Michel Duclos; obtenez-le peu à peu, sans secousses, 
et vous êtes surpris de voir disparaître la chlorose après un temps 




LA CHLOROSE ET LES ANÉMIES 



871 



relalivement assez court... Donnez le fer,.. Mais souvenez- vous que 
vous produisez surtout, pour ne pas dire toujours, une désinfection 
analogue à celle que réalise une industrie bien connue, en désin- 
fectant avec le sulfate de fer, » Sans aller peut-être aussi loin que 
réminenl professeur de Tours, vous devez retenir son idée fon- 
damentale que vous aurez maintes fois l'occasion d'appliquer dans 
votre pratique. 

Au point de vue des échanges, ce qui caractérise cette variété, 
c'est Faugmentation de l'acide sulfurique conjugué. Quant au 
chimisme stomacal, il est essentiellement variable en ce qui con- 
cerne THCl libre ou combiné; mais les acides de fermentation 
n'ont jamais fait défaut. 



'<■*'', 



Les anémies La quatrième variété comprend les anémies ra- 

hémorrhagiques. pj^j^g, aiguës même, qui suivcutlcs grandes hémorrha- 
gies gastriques ou les hémorrhagies minimes, mais prolongées. C'est 
l'anémie hémorrhagique de certains ulcères de l'estomac. 
Son diagnostic est facile quand on a le renseignement décisif de 
rhémorrhagie causale. En tout cas, quand on voit un dyspeptique 
devenir rapidement anémique, il faut toujours rechercher s'il n'a pas 
eu d'hématémèse récente ou si ses garde-robes n'ont pas été noires. 



:« 

"» 



Le trattement. 



Le traitement est celui de la lésion gastrique qui 
a causé l'hémorrhagie. Si, après ce traitement, l'anémie 
persiste encore, ordonnez le perchlorure de fer en pilules de 0^%10, 
au milieu des repas ou même concurremment avec le régime lacté 
jusqu'à ce que les couleurs reviennent et que les souffles vasculaires 
disparaissent. Dans ce cas, les propriétés anti-anémiques du médica- 
ment sont corroborées par ses effets anli-hémorrhagiques. 



II 



Les dyspepsies d'origine chlorotique ou anémique. — Le diagnostic. 
Les échanges nuiritits. — Les dyspepsies médicamenteuses. 



Lediagnosuc S'agit-il, au Contraire, d'uuc dyspepsie d'origine 

des dyspepsies chlorotiquc OU auémiquc? Alors les signes delà chlo- 

chiorouque Tosc ont précédé ceux de la dyspepsie; celle-ci est de 

ou anémique. ^^^^ relativement récente; elle ne présente que des 

retentissements moins nombreux et de moindre importance. 



872 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES SUR UESTOMAC 

La dyspepsie est, le plus souvent, du type hyposthénique ou 
insuffisant, mais toujours avec des fermentations secondaires. 
Par conséquent, le dyspeptique par chlorose a perdu Tappétit ; il a la 
langue blanche, un élat nauséeux, de la pesanteur aussitôt après le 
repas, des crises de gastralgie dues aux acides de fermentation deux 
à trois heures après le repas; il n'a pas le foie gros; il n'a pas de 
coprostase ; son estomac est distendu par des gaz, mais le spasme 
pylorique et le clapotage gastrique peuvent manquer. Enfin l'analyse 
du chimisme stomacal le montre hypo- ou anachlorhydrique 
avec des acides de fermentation. 

Nous avons eu dernièrement, au n* 2 de la salle Valleix, une fleu- 
riste, âgée de dix-sept ans, qui réalisait nettement le type dont nous 
parlons. Elle a toujours été malingre. Enfant, elle avait des glandes 
AU cou, des maux d'yeux et des écoulements d'oreilles. Elle a été 
réglée à seize ans, mais de la façon la plus irrégulière. Elle a toujours 
eu de la leucorrhée. A douze ans, elle commença à travailler dans un 
atelier mal aéré, obscur et éclairé toute la journée au gaz ; elle y res- 
tait debout pendant des heures entières et avait six kilomètres à faire 
à pied, matin et soir, pour aller à son travail. Bientôt elle devint chlo- 
rotique, prit un teint de cire jaune, s'essoufflait et sentait son cœui* 
palpiter au moindre effort, avait souvent les chevilles un peu gonflées, 
vers le soir. Six mois seulement avant son entrée à l'hôpital, elle res- 
sentit les premiers troubles gastriques, perdit tout à fait l'appétit, 
se mit à maigrir, à souffrir de pesanteurs d'estomac, à être constipée 
et à éprouver des vertiges. L'antériorité de la chlorose ne pouvait faire 
aucun doute. L'administration du fer et du vin de quinquina ne fit 
cependant qu'exaspérer tous ces symptômes. 

Quand nous l'avons examinée, en dehors des signes d'une chlorose 
classique, elle se plaignait d'inappétence, de nausées, de gonflements 
et de douleurs deux heures après les repas. La langue est saburrale, 
l'haleine est fétide, l'estomac clapote légèrement et il est distendu p.ir 
des gaz. Le foie est normal, et il n'y a rien à dire des fonctions intes- 
tinales. 

Le chimisme L'cxamcu du chimismc stomacal démontre 

stomacal. l'abseuce de l'acide chlorhydrique libre avec 
uneacidilé totale de 3^',10en HCl due à la présence d'une grande 
quantité d'acide lactique. Il n'y a pas de mucine, pas d'albumine 
libre, une minime quantité de peptones, beaucoup de sucre et une 
eoloration rouge par l'eau iodée indiquant qu'une partie des fécu- 
lents, assez bien digérés, sont à l'état d'érythro-dextrine. Cette malade 
entre le 8 novembre, quitte l'hôpital le 22 décembre, ayant gagné 



n 



LA CHLOROSE ET LES ANÉMIES 873 

SOUS l'influence du traitement 4 kilogrammes pendant son séjour, ne 
souffrant plus de i'eslomac et se sentant capable de reprendre son 
travail. 

Nous avions en même temps, au n' 42 de la salle Valleix, une 
couturière de vingt et un ans dont l'histoire est comme calquée sur 
la précédente, avec un chimisme stomacal semblable où l'acidité 
totale exprimée en acide lactique s'élevait à 3«',92. 

Les échanges Nous avous pu, chcz CCS dcux maladcs, étudier les 

généraux. échangcs géuéraux qui sont résumés dans le 
tableau de la page suivante afin que vous puissiez les comparer avec 
ceux de la chlorose consécutive à la dyspepsie. 

Dans les chiffres ci-dessous, remarquons surtout : 

i** La faiblesse des échanges généraux qui atteignent 0^',7 par 
kilogramme de poids, au lieu de la normale qui est toujours égale ou 
un peu supérieure à l'unité. 

2* La diminution considérable des échanges azotés, l'urée ne 
dépassant pas 0, 334, quand la moyenne est de 0, 400. 

3* Le taux élevé des fermentations représenté par la hauteur du 
chiffre de l'acide sulfurique conjugué. 

4* L'évolution relativement bonne des matières ternaires. 

5" Le coefficient d'oxydation azotée tend à s'élever au 
maximum de la normale. 

6" Le coefficient d'oxydation dusoufre, au contraire, s'abaisse, 
ce qui est en rapport avec une diminution de l'activité hépatique. 

Vous voyez quelles différences importantes séparent ce syn- 
drome nutritif de celui des chloroses suite de dyspepsie hyper- 
slhénique. Les deux syndromes n'ont qu'un seul trait commun: 
c'est l'augmentation des fermentations que l'on doit rapprocher de 
leur presque constance dans le contenu de l'estomac. 

LeJtagnosuc Quaut à la troisième forme, dite dyspepsie 

des dyspepsies chcz dcs chlorotioues OU des anémiques, ou 

médicamenteoses . # , . i i i • 

che« dyspepsie médicamenteuse des cnlorotiques, 
es chiorougues. ^jj^ reconnaît commc cause l'abus des médicaments ou 
l'emploi de médicaments intempestifs. Le vin pur, le vin de quin- 
^uûm, les vins dits généreux ou reconstituants ^ les alimentations 
trop substantielles, trop azotées, l'usage de mauvaises préparations 
f^rrugineuseSj de Varsenic à dose exagérée, etc., en sont les détermi- 
nants habituels. Vous rencontrerez cette forme, dans la clientèle aussi 
bien qu'àThôpilal, chez des sujets nerveux qui ont consulté plusieurs 
médecins ou roulé de service en service. Elle guérit pour ainsi dire 



t-^à^ . r 



8 



/4 



LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES SIR L'ESTOMAC 



Tableau LI. — Les échanges généraux et les rapports d'échange 
chez deux chlorotiques compliquées de dyspepsie hyposthénique avec 
fermentations. 



DÉSIGNATION DES CAUACTÈRES 



UROLOGIQUES 



Matériaux solides 

— organiques 

— inorganiques 

Urée 

Azote total 

Acide urique 

Matières azotées incomplètemeni 

oxydées , 

Matières ternaires incomplètement 

oxydées 

Chlorure de sodium 

Acide phosphorique total 

— — des terres 

— — des alcalis . . . 

Acide sulfurique total 

Soufre incomplètement oxydé (en 

acide sulfurique) 

Acide sulfurique conjugué. . . . . . 

Acide sulfurique préformé 

Chaux 

Magnésie 

Potasse 



ÉCHANGES GÉNÉRAUX 



C., âgée de 17 ans. 



Par 
24 heures. 



Par kilog. 

de 

poids. 



P., âgée de 21 ans. 



Par 
ii heures.! 



Par kilog. 

de 

poids. 



189S45 
130^50 
li'J^775 
8fl%061 
00^250 

2'J'-, 328 

l'J^OTO 

7'-«^870 

1^760 

» 

23S90 

Oj% 70 
On'-,312 
13'-, 887 



09^ 639 
0g%369 
03S270 
0J^295 
09S161 

09^02l 

0"JS157 
0'JS035 

) 

) 
OïSOôS 

Oo^Oll 
Oo^OOO 
01^037 

:» 

> 

9 



29fl^ 30 

19flS30 

109^ 

U9^27 
79% 905 
09% 055 

39% 636 

lî'%267 
6^1% 65 

09% 3 i 
09% 66 
19% 365 

09% 210 
09% 275 
09% 880 
09% 185 
09% 160 
19% 500 



V 1 



09% 689 
09% 454 
09% 235 
0J%33i 
09% 186 
> 

03% 085 

0'%030 
09% 156 
09% 023 
(»9%008 
09% 01 5 
09% 032 

09% 005 
09% 006 
09% 021 
Oj%004 
09^,003 
09% 031 



RAPPORTS D'ÉCHANGE 



l"observalion. 



2* observation 



Coefficient de déminéralisation 

— d*oxydation azotée., 

— — du -soufre 

Ph^O'* : Azote total 

S0*H3 : Azote total 

Potasse : Azote total 

Chaux : Azote total 

Magnésie : Azote total 

CI : Azole total 

Ph^O^ terreux : Ph^ 0^ total 

Matières ternaires : Matières organiques 
Matériaux inorganiques : Azote total 



P. 100. 



167 



P. 100. 



42,1 


3i,l 


85,5 


81 


75,0 


84,6 


21,8 


12,6 


35,9 


17,2 


» 


18,9 


» 


2,34 


> 


2,08 


59,17 


50,9 


"b 


31 


r>,7 


6,1 



r 



LA CHLOROSE ET LES ANÉMIES 875 

spontanément par la simple suppression des drogues pharmaceu- 
tiques et par la surveillance rigoureuse de Y alimentation. 



III 

Le traitement et ses trois indications principales. — Le traitement 
des anémies des dyspeptiques hypersthéniques. — Le réj^ime lacté 
et le repos absolus. — Les inhalations d*oxygène et Taération. — Le traite- 
ment intestinal. — Les régimes consécutifs. — Le traitcnnenl de Fanémie 
et do la chlorose secondaires. — Les arsenicaux. — Le choix des ferrugi- 
neux. — Le traitement de l'anémie des dyspeptiques hypersthé- 
niques et des constipés. — Le traitement de la dyspepsie des 
chlorotiques. — Le traitement de la dyspepsie, de rinsuffisance hépatique, 
de la chlorose et ses résultats. — La conclusion. 



Le traitement Nous u'avous plus à* uous occuper que du trait e- 

irois mcucations "i^nt des auémies d'origine dyspeptique et des dys- 

principaies. pepsios d'origiue anémique ou chlorolique. En les 
considérant au point de vue des praticiens, il n'y a pas lieu de sMn- 
quiéler de savoir lequel des deux éléments morbides est le premier en 
date; vis-à-vis de la thérapeutique, cette recherche n'offre qu'un 
minime intérêt, puisque le médecin n'intervient ordinairement que 
lorsque la combinaison de ces deux éléments s'est effectuée. Il lui suftit 
de connaître : 

1* La forme de la dyspepsie associée à la chlorose ou à Tanémie. 

2" Le syndrome nutritif qui résulte de cette association. 
Disons, à ce propos, que les syndromes que vous venez de noter n'ont 
rien d'absolu. Pour bien vous faire saisir leurs diflérences, j'ai choisi 
à dessein des cas types. Mais, enire ces extrêmes, il y a toute une série 
de cas intermédiaires oii les différences beaucoup moins tranchées 
sont incapables de fournir des indications identiques à celles que 
nous allons formuler. Dans ces cas, vous vous inspirerez des troubles 
nutritifs dominants que vous conslatei^ez pour diriger cette partie de 
votre traitement. 

3" Le fait delà presque constance des fermentations, quelle 
que soit la forme de la dyspepsie et même avec une chlorhydrie nor- 
male. 

4-" Ces trois indications étant connues, partez de ce principe absolu 
qu'aucun dyspeptique chlorolique ou anémique ne supportei^a le /fer, 
SI vous ne commencez par modifier Teslomac. Certains paraîtront 
supporter les ferrugineux, en ce sens que ceux-ci ne provoqueront 



*'-' ■--^' . 



-876 LES RETENTISSEMENTS DES MALADIES SUR I/ESTOMAC 

pas de pesanteur, ni de crampes gastriques, de gastralgie, d'anorexie, 
de constipation, etc.; mais, alors, les ferrugineux ne seront pas ou 
seront mal assimilés et le malade n'en retirera aucun avantage. Donc 
traitez d'abord la dyspepsie, traitez ensuite la chlorose ou l'anémie. 
Ceci dit, appliquons ces données aux cas particuliers. 

Le traitement ^®^ P'^^ uombreux sout ccux dc la première 

deiacuorose variété du premier grouDC. La chlorose ouTanémie 

et des anémies . cj x 

dyspeptiques survicut chcz dcs hypcrsthéuiqucs avec fer- 
hypersthéniques. meutations sccondaircs. Elle s'accompagne d'ac- 
croissement des échanges azotés, de diminution des oxydations et 
d'évolution imparfaite des matières ternaires. 

Le réoime laou ^^^^^ appliquerez aussitôt les règles diététiques 
«t hygiéniques et médicamenteuses qui ressortissent 

e repos so . ^ Thypersthénie. Et si la dyspepsie est de date 
ancienne, si l'estomac est très distendu, le foie gros, n'hésitez pas, si 
grande que soit l'anémie, à mettre le malade au régime lacté absolu 
pour une période d'au moins quinze jours , en le maintenant 
^ans le repos le plus complet. Il est même souvent utile de conseiller 
le séjour au lit, au moins pendant les premiers jours du traitement, 
de façon à réduire à leur minimum les dépenses organiques. 

, . ^ , ,, En même temps, pour activer les oxydations, 

Les inhalations , . J ' 

d'oxygène faiics respucr de l'oxygène ou aérer vigoureusement 
l'appartement. Quand la saison le permet, que le 
malade passe toute la journée en plein air sur un lit de repos; autant 
que possible, la chambre à coucher sera aérée pendant la nuit. Et ces 
précautions hygiéniques seront d'autant plus efficaces qu'elles seront 
corroborées par. un changement de milieu et par le séjour sur une 
altilude. 

Le traitement Concurremment, on surveillera de près les fonc- 

intestinai. ^j^jjg intestinales; on remédiera à la moindre menace 

de constipation, afin d'obvier aux fermentations gastro-intestinales; 

carie meilleurantiseplique, c'est encore le Za^ra^i/". Toutefois l'usage 

du fluorure d'ammonium * est recommandé à titre d'adjuvant. 

Les régimes Ou suivra eusuitc rigoureuscmcnt les diverses 

consécutifs, étapes du régime des hypersthéniques, en s'abstenant de 

i. Voyez page 509. 



I ■■ I !■ I 



LA CHLOROSE ET LES ANÉAIIES 877 

tous les corps j^s et en ne permettant, parmi les féculents, que les 
réculents azotés (lentilles, pois, haricots rouges) et le riz, afm de ne 
pasfouinir un aliment aux fermentations et de répondre à Tindication 
de rimparfaite évolution des ternaires. Cependant le $m)re blanc 
et le sucre candi peuvent être employés. 

Bien évidemment, pendant celte période gastrique du traitement, 
on ordonnera, s'il y a lieu, la médication de Thypersthénie. 

> 

Le traitam nt ^^ traitement gastrique ayant été suivi pendant un 

deranémte tcmps sufTisaut qui ne sera jamais inférieur en totalité 

à un mois, deux cas peuvent se présenter. 
Dans le premier, il s'agit d'un sujet d'un certain âge qui subit 
une réelle transformation; il engraisse, il reprend des couleurs; en 
un mot, il semble que le traitement gastrique ait été le point de 
départ d'une nette reconstitution. A ce malade-là, il est inutile 
d'administrer le fer; il n'y a qu'à continuer le traitement complet de 
riiypersthénique. Car ce n'est pas un chlorotique ; c'est uniquement 
un anémique par dyspepsie, par assimilation défectueuse ou insuffi- 
sance. Le jour où la digestion s'améliore, où l'assimilation se fait à 
l'aide de matériaux bien préparés, cette anémie tend à guérir sponta- 
nément, et elle guérira si l'on continue assez longtemps à soigner 
reslomac. Tout au plus, pour remédier au sentiment de fatigue ou de 
faiblesse qu'éprouvent les malades, conviendra-t-il de leur donner, au 
milieu des repas, une préparation glycérophosphatée y comme le 
sirop dont vous connaissez déjà la composition *. 

Rappelez-vous, à titre d'exemple, ce gardien de la paix, âgé de 
48 ans, qui était couché au n* 6 de la salle Serres. Dyspeptique depuis 
dix ans, souffrant de crises gastriques violentes qui l'empêchaient de 
dormir, il était tombé dans l'anémie la plus déclarée. Pâle, décoloré, 
maigri, sans forces, il avait tout à fait l'apparence d'un carcinoma- 
teux. L'anémie était arrivée au point qu'on entendait un bruit de 
souffle systolique au foyer pulmonaire et que les muqueuses 
étaient à peine colorées. Cet homme pesait 65 kilos le 18 décembre. 
Soumis au simple traitement des hypersthéniqueSy puis au sirop glycé- 
rophosphaté composé, il sortait le 15 février, ayant gagné 15''", 500, et 
parfaitement apte à reprendre son travail. 

Ui arsenicanx. ^^ '^ traitement gastrique et plus tard la médication 
glycérophosphatée sont insuffisants à guérir les ané- 
miques par dyspepsie, vous emploierez Varsenic à petites doses, soit 
de deux à quatre granules d'arséniate de soude ou de Dioscoride par 

i. Voyez page 302. 



L'iiTdrBtliirapI* 



878 LES HETENTISSEME.NTS DES MALADIES SUR L'ESTOMAC 

jour, de préférence au momenl des repas. En cas de susceplibililé 
gastrique persiâtante, usez delà voie rectale' ou des injections sous- 
culanées de cacodylale de sonde ou de ylycérophosphate de soude. 

Les cures d'air et d'altitude, ou une saison ;t 

Bagnères-de-Bi(jorre, à Plombières, ou dans une sU- 

hydroinin ^.^^ chloruréc-sodique comme Biarritz, Salies-de- 

Béarn, Rlmnfelden, Kreuznach, Salins-da-Jura, compléleront le 

'■■■'= '"Tien l. 

est aussi une manière d' hijdrotliérapie très simple, praticable à 
ison, el qui complétera bien la cure. Ou prépare, comme jevoiis 
ijà dit, deux solutions de sel marin bi'ul, l'une tiède à 6 p. 1Û0 
, l'autre froide à '25 p. 100. Le malin, au réveil, le sujet se 
dans un tub et on lui fait sur la colonne vertébrale une alTusion 
a solution tiède, puis on trempe une grosse éponge dans la solu- 
roide et on la passe plusieurs fois sur la même région. 

Dans le second cas, il s'agit d'un sujet plus jeune, 
GhiDroH d'une chlorotique vraie. Iciradministrationdu/èresl 
de rigueur el tous les auteurs s'entendent sur ce poioi. 
diffèrent que sur le choix de la préparation ferrugineuse eldes 
Plions adjuvantes. La meilleure préparation ferrugineuse esl 
qui est le mieux tolérée et l'on sait combien les malades 
isent différemment les uns des autres. 

Cepcndaul, dans ma pratique, je ne fais guère de 
>répiirBUDii choix qu'entrc le lartrale ferrico-potassique, les pilulea 
""'■ de Vallel, le fer réduit par fkydroyène, le sirop de 
lodure de fer et les pilules de protocklorure de fer. 

Micttuoas Quant aux médications adjuvantes, on a pro- 
ivantM. ppg^ Vacide chlorhydrique et V acide lactique que le plus 
e raisonnement fait repousser et qui n'ont jamais fait que 
1er la dyspepsie causale, la teinture de noix vomique, lephos- 
' de soude, la magnésie, le sulfate de soude, Yarséniale de 
, etc. Je n'en ai qu'une à vous conseiller : c'est V association 
• de laxatifs, par exemple sous la forme suivante : 

:^ Tarlrate ferrico-potassiqu!? 0"',05 

Poudre de rhubarbe Ob'.OS 

Extrait de quinquina 0'',05 

ine pilule. Prendre deux à trois pilules au cotnmencement du déjeuner 
et <lu diuer. 

ojez page 6U. 



LA CHLOROSE ET LES ANÉMIES 879 

Si le tarirale ferrico-potassique est mal toléré, 

de protoiodore essaycz Ic sÎTOf dc protoioduve de fer, à la dose d'une 

* ^' {grande cuillerée à soupe au début des repas, en ayant 

soin d'administrer en même temps, si besoin est, une pilule laxative, 

pilule ante-cibutriy grains de santé de Franck, etc. 

La conduite du traitement ferrugineux ne diffère de celle de la 
chlorose simple que par l'obligation où l'on se trouve de surveiller les 
fonctions gastriques, d'employer largement les paquets de saturation, 
de maintenir la régularité des garde-robes et de cesser le fer dès les 
premiers signes d'intolérance. 

Le traitement V hydrothérapie, la cure d'altitude ou un séjour 

hydroioflique. jjjjjg yjj^ statiou hydro-mluéralc appropriée, comme 

Forges, Bussang, Saint-Nectaire^ seront de bons compléments du trai- 
tement*. 

Le traitement Daus Ics cas de la sccoudc variété du premier 

des anémlos » * * ■ j j * j r 

des dyspepuques groupc, auémic suilc dc dyspcpsie de fermen- 
^^*^a*?^^" lation pure, le traitement procède des mêmes prin- 
lermentetions. cipes; mais il sc coufoud avec celui des dyspepsies 

d'origine anémique. 

Dans la troisième variété, l'anémie et la chlo- 

Le traitement ' 

deranémie rosc dcs coustipés, la connaissance de la pathogénie 

des constipés. /% 1*1» x* 1 1 a'j* ' * 1. i* 

lixe la theiapeutiquc. Les laxatifs associes a une ali- 
mentation légère auront rapidement raison des accidents. Parmi les 
laxatifs, vous avez le choix entre le sulfate de soude à la dose de 
6 à 10 grammes dans un peu d'eau tiède additionnée d'une petite 
quantité à' eau de Seltzk prendre immédiatement avant le déjeuner, 
ks pilules composées à Valoès^ à prendre en se couchant, V huile de 
ricin à dose minime, le soufre qui a donné d'excellents résultats 
à ScHûLZ et Strubing et que je vous recommande tout spécialement 
sous l'une des trois formes suivantes: 

y Soufre sublimé et lavé 1 , , 

„,.,., { ââ. 10 grammes 

Magnésie calcinée ) ® 

Divisez en six paquets. — Prendre un paquet au commencement du 

déjeuner (Biett). 

1. Albert Robin. — Traitemeot hydro-minéral de la chlorose et des anémie», Traité 
de thérapeutique appliquée, fasc. V. 

2. Voyez page 295. 



880 LES liETEiNTISSEMENTS DES MALADIES SUR L'ESTOMAC 

^ Soufre sublimé et lavé 20 grammes 

Miel blanc q. s. 

Pour faire un opiat 1res mou, dont on prendra une cuillerée à café avant le 

premier déjeuner. 

!^ Soufre sublimé et lavé 40 grammes 

Poudre de follicules de séné bien lavés à 

l'alcool 10 — 

Essence de citron 0«%20 

Sirop de sucre q. s. 

Pour faire un électuaire solide dont on prendra de 5 à 6 grammes 

au réveil. 

Le traitement ^^"^ aiTivons aux OQS du deuxièmc groupe : la 

de la dyspepsie dvspepsie chez dcs chloroliques ou des ané- 

des chloroUques . n i • i . i i r • 

et des miques. Celte dyspepsie est du type hyposthénique 
anémiques, ^j^^qq fermentations conslaoies. Elle est carac- 
Icrisée, du côté de là nutrition, par une faiblesse des échanges géné- 
raux, des échanges azotés, la digestion relativement bonne des fécu- 
lents et la diminution de Tactivité hépatique. En décomposant ce 
syndrome, vous trouvez une dyspepsie, une altération du sang, 
un trouble de la nutrition. 

u traitem nt Commencez encore par traiter la dyspepsie, après 

de avoir fait Texamen du chimisme stomacal et appliqué 

yspepse. j^gy^^/^^ dieletiqueSy hygiéniques et viédicamsnieum 

qui vous ont été exposées quand nous avons traité des dyspepsies 

par insuffisance. 

Superposez à cette médication celle des fermentations gastro- 
intestinales, à savoir Tusage de fréquents laxatifs, des lavements, 
du fluorure d'ammonium, de Vérythrol, du soufre ioduré de Prunier, 
etc. Ne craignez pas de conseiller des féculents azotés et des sucres 
qui sont bien digérés et agissent comme aliments d'épargne. 

Méfiez- vous de la médication par V acide chlorhydrique, si fort en 
vogue aujourd'hui ; l'appétence du malade pour les acides est très 
marquée; tenez-vous-en au jus de citron. Si la langue est blanche, 
Tanorexie totale, essayez la mixture acide de Coutaret, sans préjudice 
du traitement de la dyspepsie causale. 

Enfin les recherches récentes d'ALEXANDRE Simon sur l'action du 
sulfate de soude vous fourniront encore un moyen de stimuler les 
fonctions stomacales. En effet, le sulfate de soude, à la dose minima 
(le 1 gramme dissous dans 200 grammes d'eau chaude et pris le matin 



LA CHLOROSE ET LES ANÉMIES 881 

à jeun, stimule les sécrétions gastriques et se comporte comme un 
excitant énergique des mouvements périslaitiques de Testomac et de 
rintestin*. 



Les sttmiiianu ^ teinture de noix vomique, les différents strych- 

de racthrtté niqueSy l'emploi de Vinfusion de feuilles de boldo après 
les repas et, 'plus lard, la médication ferrugineuse sti- 
muleront l'activité hépatique défaillante. 

Le traitement Mais bientôt Testomac sera capable de supporter le 

de ranémie. ^-^^ bcaucoup plus tôt que daus tous les cas dont il vient 
d'être question, et cela probablement parce qu'il n'existe pas de stase 
gastrique notable. Le malade n'est plus alors qu'un simple chloro- 
tique ou un vulgaire anémique ;.il relève exclusivement du traitement 
classique de ces affections et vous pourrez lui appliquer les règles 
formulées tout à l'heure au sujet de l'emploi des ferrugineux et des 
médications adjuvantes chez les malades du premier groupe. 



usréeiittats Sans contredit, le traitement des cas de ce groupe 

du traitement, ^gj bcaucoup plus facile quc cclui des cas du premier 
groupe; les résultats sont beaucoup plus rapides et plus satisfaisants. 
11 n'est pas rare d'obtenir en un mois de traitement des résultats par- 
fois surprenants. Chez une fleuriste, couchée au nM8 de la salle 
Lorain, dyspeptique par chlorose, avec une acidité gastrique de 3^',10 
en acide lactique, sans HCl libie, la nutrition a subi, au bout 
de vingt jours de traitement, les modifications inscrites dans le 
tableau LU. 



i. Alex. Simon. — ijber die Wirkuii^ des Glaubersalzes auf die MageDfunction,Zet<> 
tcttriflfûr klinisch^ Medicin, fasc. 3 et 4, p. 377, 1898. 



Il 56 




g82 



LES RETEÎSTISSEMENTS DES MALADIES SUR L'ESTOMAC 



p.- 



Z'*'- 



*J-. 



le- 



V 

J A: 



-■^ ! 






1 



■ J , 



Tableau LU. — Les échanges nutritifs avant et après le traitement 
chez une chlorotique avec dyspepsie^ secondaire. 



DÉSIGNATION DES CARACTÈRES 



UROLOGIQUES 



Matériaux solides 



— organiques 

inorganiques 

Urée 

Azote total 

Acide urique 

Matières azotées incompl. oxydées 

Matières ternaires — 

Chlorure de sodium 

Acide phosphorique total 

Acide phosphorique des terres... 

Acide phosphorique des alcalis. . . 

Acide sulfurique total 

Soufre incomplètement oxydé (eu 
acide sulhirique) 

Acide sulfurique conjugué 

Acide sulfurique préformé 

Chaux 

Magnésie 

Potasse 



AVANT 
LE TRAITEMENT 



Par 

24 heures. 



4i9S28 

25a',28 

169'' 

1 Sas 32 
9«',70 
()3',36 
39% 24 
3»S36 

109% 80 
19% 56 
09% 28 
i9%28 
29% 242 

09% 423 
09% 137 
19% 682 
09% 172 
09% 089 
19% 396 



RAPPORTS D'ÉCHANGE 



Parkilog. 

de 

poids. 



09% 938 
09% 575 
09% 363 
09% 41 6 
09% 220 
09% 008 
09% 073 
09% 074 
09% 245 
09% 035 
09% 006 
09% 029 
09% 051 

09% 009 
09% 003 
09% 038 
09% 004 
09% 002 
09% 031 



APRÈS 20 JODRS 

DE TRAITEMENT 



Par 
24 heures. 



489% 30 
31 9% 50 
169% 80 
229%20 
129% 57 
09% 55 
4«%26 
49% 05 
9'J%30 
29% 175 
09% 450 
19% 725 
39% 438 

09% 336 
09% 120 
29% 982 
09% 183 
09^,162 
19% 437 



Parkilog. 

de 

poids. 



Coefficient de déminéralisation 

— d'oxydation azotée 

— — du soufre 

Ph'O^ : Azote total 

Cl : Azote total 

SO*H*: Azote total 

Chaux : Azote total 

Magnésie : Azote total * 

Potasse : Azote total 

Ph«05 des terres : Ph^O^ total 

SO*H* conjugué : SO*H« total 

Matières ternaires : Matières organiques 
Matériaux inorganiques : Azote total . . . 



Avant- 



P. 100. 

39 

87 

81,2 

16 

67,6 

23,1 

1,7 
0,9 

14,3 

18 

6,1 
13,3 
166 



19% 030 
09% 673 
09^,357 
09% 472 
09^,267 
09% 011 
09% 090 
09% 086 
09% 197 
09% 046 
09% 010 
03% 036 
09% 073 

0^%005 
09% 002 
0«%063 
09', 004 
09% 003 
09% 030 



Après. 



P. 100. 

35 

85 

90,3 

17,1 

44,7 

27,3 

i,4 
1,2 

11,4 

20,7 

3,5 

12,8 

133 



LA CHLOROSE ET LES ANÉMIES 883 

Vous voyez par ce tableau que tous les échanji:es anormaux se sont 
redressés et tendent à se rapprochei* de l'état normal. 

Les échanges généraux qu'exprime le chiffre des matériaux 
solides se sont élevés de 41»',28 par 24 heures et de 0»',938 par kilo- 
gramme de poids à 48"',38 et à 1^',030. Les échanges organiques 
se sont améliorés de 25«',28 et de 0»', 575 à 31",50 et à 0«',673, pen- 
dant que les échanges inorganiques demeuraient invariables de 
16 grammes et de 0»',363 avant le traitement à 16"%80 et à 0«',357 
après le traitement. 

Les échanges azotés qui étaient en déficit sont rentrés dans 
les limites physiologiques, l'azote total ayant monté de 0«',220 à 
0", 267 par kilogramme de poids, ce qui est son chiffre normal. L'urée 
a progressé de 18^32 et de 0«%4t6 à 22»',20età0«%472. L'oxydation 
azotée ou, si l'on préfère, l'utilisation des produits azotés de la 
désassimilation s'est abaissée à 85 p. 100 au lieu de 87 p. 100, la 
moyenne oscillant de 82 à 85 p. 100. 

L'accroissement des échanges organiques se traduit par la chute 
du coefficient de déminéralisation qui revient â 35 p. 100, 
la normale étant de 30 à 33 p. 100. 

Le coefficient d'oxydation du soufre monte de 81,2 p. 100 
à 90,3 p. 100 (normale 90 p. 100), indiquant un meilleur fonctionne- 
ment du foie. 

L'acide sulfurique conjugué qui exprime le taux des fermen- 
tations intestinales s'est abaissé de0'^137 à 0^,120 et son rapport 
à l'acide sulfurique total est tombé à 3,5 p. 100, au-dessous de la 
normale. 

Le rapport de l'acide phosphorique à l'azote total et le rapport de 
Pacide phosphorique lié aux terres à celui des alcalis se sont élevés 
respectivement à 17,1 p. 100 et à 20,7 p. 100, soit plus près des nor- 
males qui sont 18 p. 100 et 25 p. 100. Ce relèvement est en rapport 
avec une amélioration dans les échanges du système nerveux, 
ainsi que le confirme l'augmentation de la chaux et de la magnésie. 

La quantité de matériaux inorganiques nécessaire pour mobiliser 
un gramme d'azote descend sensiblement à la normale, ce qui corro- 
bore la régularisation du taux général des échanges, surtout si 
l'on rapproche ce fait du retour aux moyennes physiologiques des rap- 
ports des éléments minéraux, comme le chlore, l'acide phosphorique, 
la chaux, la magnésie, à l'azote total. 

Pendant que s'accomplissaient ces heureuses modifications dans 
les divers actes de la nutrition élémenlaire, la malnde voyait augmenter 
son poids qui s'élevait de 44 à 47 kilogrammes, soit de 150 grammes 
par jour. 



fm LES HETENTISSKMENTS DES MAI.AIIIES SUR r.'BSTOMA(; 

A la même époque, nous avions, au d° 26 de ta salle Lorain, une 

employée de commerce, âgée de dix-huit ans, qui gagna 6 kilogrammes 

en quarante-cinq jours et sortit complètement guérie de sa chlorose. 

L'étude de ses échanges nutritifs faite avant et après le iraitement 

onna des résultats sensiblement analogues à ceux obtenus chez 

de précédente. Même, le coeflicient de déminéralisation tomba 

). 100 à 31 p. 100, le coefficient d'oxydation de 88 p. 100 à 

X), l'acide sulfurique conjugué deO",217 à0'',145, et le rapport 

ide phosphorique total à l'azote total monta de 15 p. 100 à 

00, chiffre normal. 

.le n'in.sisle pas davantage puisque rien ne vaut ce 
genre de preuves cliniques dans lesquelles l'analyse 
ue vient ajouter des certitudes à l'impression donnée par 
cation de la maladie. Vous voyez qu'en étudiant une question 
le très controversée, en se plaçant, non sur le terrain des 
es, mais sur celui de la pratique, on peirt arriver à résoudre 
icultés qu'aucune théorie n'est capable d'éclaircir suffisamment 
u'on en puisse tirer une thérapeutique définitive. C'est pour 
je je ne tente de vous expliquer ni la pathogénie de la 
sie des anémiques, ni celle de l'anémie des chlorotiques ; car 
1 connais aucune qui soit assez plausible pour mieux diriger 
raitement que les indications qui vienaent de vous être exposées. 



Smie pernicieuse. — La leucémie. — Les pseudo-leucÂmies. 
La leucocjrtose di^stive. — La maladie d'Addison. 

itniK Fbnwick', Quincke*, Nuthnagel^ et d'antres encore 

idania. qj,( remarqué les relations qui existent entre les ané- 
trofondes et la gastrite atrophique. Fe>wick est même allé 
k faire de cette gastrite le substralum anatomique de l'anémie 
cieuse. M. Roch* tend plutôt à renverser la proposition; pour 
trophie stomacale et les lésions intestinales qui l'accompagnent 
Dt pas dans l'anémie pernicieuse de caractères qui les dis- 

wwicK. — rA«tance(, 1877. 

uiNCKE.— Volkmann't Sammlung klininclter Voriràge. n" 10(1, 1876. 

OTKNACEL. — DeuUchet Archiv fUr ktininche Medicin, p. 3S3. 1B79. 

. KOCH. — [^licr leiiindeninneii am Magcn unri Oarm bei lier pprnicriiwn 

Inavgurat Ilantrlation. Berlin, t89H. 



LA LEUCÉMIE 885 

tinguent de ceux qu'elles affectent dans les états pathologiques les 
plus divers. 

Il est donc plus rationnel de les considérer comme secondaires 
ou parallèles, d'autant qu'il y a des cas nombreux de gastrite atro- 
phique sans anémie pernicieuse, et réciproquement des cas d'anémie 
pernicieuse sans gastrite chronique. Ainsi, sur trois cas d'anémie 
pernicieuse, Neusser* n'a trouvé qu'une fois la gastrite chronique, et 
encore cette dernière n'avait-elle dû avoir qu'une bien faible part 
dans révolution morbide générale, puisque les recherches chimiques 
qui furent faites démontrèrent que l'azote éliminé par l'urine était 
proportionnel à l'azote ingéré et que l'utilisation des principes 
alimentaires était très satisfaisante. 

En face des cas d'anémie pernicieuse vraie ou primitive, il con- 
vient de placer les anémies graves qui sont symptomatiques d'une 
affection profonde de l'estomac comme l'ulcère et le cancer. Ces cas- 
là ont un caractère nettement secondaire et ne reproduisent que fort 
incomplètement l'expression clinique de l'anémie pernicieuse primi- 
tive. En outre, les échanges organiques diffèrent absolument dans 
les deux cas. 

Quoi qu'il en soil, l'existence de lésions stomacales dans certains 
cas d'anémie pernicieuse montre qu'on peut tout au moins adjoindre 
un traitement gastrique au traitement si incertain de la maladie 
causale. 

, , ^ KôTTNiTz', Vehsemeyer^ se demandent si la leu- 

cémie n'aurait pas quelquefois une origine gastro-intes- 
tinale. Ils paraissent admettre que la muqueuse digestive aurait perdu 
sa propriété de modifier au passage les peptones et les albumines 
toxiques qui iraient impressionner le sang et les organes; mais ils 
n'apportent aucun argument sérieux à l'appui de cette opinion. 

Quant aux troubles gastriques des leucémiques, en dehors de la 
dyspepsie aiguë et des hématémèses qui paraissent relativement 
fréquentes, ils ne diffèrent guère de ceux des anémiques ordi- 
naires. 

Us II en est de même dans la pseudo-leucémie où les 

PMado-ieaoémies. vomissemeuts sont peut-être plus fréquenis et où l'on 
doit tenir compte de la compression mécanique que la rate exerce 



1. Nedsser. — Wiener klinische Wochenschrift, n" 15, 1899. 

2. RôTT.xiTZ. — Berliner klinische Wochenschrift y 1890. 

3. Vehsemeyer. — Mûnchener mediciniscUe Wochenschrift, n" 30 et 66, 1894, 



ES HKTKNTISSEMENTS DES MALADIES SUR L'ESTOMAC 

lis sur i'i'slomac. Les u Icéralions gasliiques soni notées 
Iques observations, et il existe un cas de Kredel où uae 
neur lymphatique située entre la rate et l'estomac saignait 
ivité de celui-ci. 

s encore que Glockner ' fait de l'anémie pseudo-leucé- 
nfanlile une conséquence possible de la gastro-en- 



to« Après les repas, le nombre des globules blancs du 
'■ sang augmente passagèrement, surtout quand le repas 
près un jeûne plus ou moins prolongé. D'après POhl*, les 
ides seuls auraient le pouvoir de produire cette leucocylose, 
!:raisses, ni les hydro-cnrbonés, ni les sels, ni l'eau ne joui- 
cette propriété. Burian et Schur^ font de la leucocytose 
une conséquence de la lutte des leucocytes conlre les 
imeulaires. 

lETTi * me semble être dans la vérité quand il fait dépendre 
'tose digestive de la protéolyse ; à bonne protéolyse, égale 
ie. Si la protéolyse est altérée, quelle qu'en soit la cause, 
ftose défaille. 

comme l'ont démontré Hassmanh"', Hofmann", SailercI 
Chaobouhne*, Haïem", etc., son absence n'a-t-elle pas, pour 
ilic du cancer de l'estomac, la valeur que lui avaient atlri- 
ieter'", Hartuhg", Capps, Jez" cl d'autres encore, 
la leucémie, la leucocytose digestive est aussi en rapport 
otéolyse, mais elle est fort peu marquée. 

Les troubles gastriques font partie de la symptoma- 
*"'° tologie habituelle de la maladie d'Addison. Les 
ments (7-4 fois sur 117 cas), tes douleurs tombo-abdo- 
(71 fois) et épig:astriques (^6 fois) constituent, avec la fai- 
ensemble qu'AnnisoN désigne sousie nom d'état coDstitu- 



iKR. ~ Munclienermed. Ahhandl. !■ série, t. XI. 18B5. 

- Arcliiv fur pj/i. Path. und Phann., l. XXV, p. 51, 5888. 

« et SfiHim. — Hfrliner kliaiiche Wochenichrift, n' iO, p. 4al. 1897. 

l'TTi. — S«itimnna medica, ii novembre 18118. 

*NN — VVinier mediciiiwcAe Wochetuchrifl, p. 61(7, 1895. 

N». - Ztibcbrift fur ktinincbe MediciH, l. XXXUI, p. «0, 1897, 

, elTAïLDii. —Archiv fur Verdauungikiankheiten, 1. IV, p. 8«. 181t8. 

lUHSK. ~ Btrlincr klinucbe Wochentchrifl, n' ». 1898. 

. — La Prtme médicale, il aoi\t I89B. 

(ER. — ■/.tiUcbiifl fur kliniitclit lUedicin, t. XXVIi, p. 475, 1895. 

Nc. — IVteJier mediciniacke Woelieiuchrift.ji. b"97, 1895. 

■ Wiener meliciaUche Wochtiuchrift, 2 et 9 avril 1898. 



r 



LA MALADIE D'ADDISON 



Od a signalé les vomissements l'épclés du début 
période lermiaate, l'anorexie parfois insurmontable et plu: 
la conservation de l'appétit, ou même la boulimie. 

Leichtenstern ' a constaté i'anachlorhydrie, maisj'a 
moi-même l'byperchlorhydrie dans un cas et la chlo 
normale dans un autre. H. WoLFF'citeun casd'hémaléinè 
très onl trouvé les lésions anatomiques de la gastrite chi 

Donc rien de net et, par conséquent, rien encoi'e que n< 
sions utiliser directement pour le traitement. Rappelez-\ 
lemenl que les troubles gastriques vont toujours en s'aggrai 
s'accenluant Jusqu'à la fin de la maladie et que vous aurez: 
compte dans voire thérapeutique. 

DeuUehe mediciniicht WoehaiKhiifl, ISill. 
Inaugural dimerlaliun, Berlin, IST3. 



LES HALADIIS DE LA NDTRITION 



LES 

MALADIES DE L'ESTOMAC 

DIAGNOSTIC ET TRAITEMENT 
TROISIÈME FASCICULE 



LES MALADIES DE LA NUTRITION 
LES 

MALADIES DE L'ESTOMAC 

DIAGNOSTIC ET TRAITEMENT 



ALBERT ROBIN 

d* l'Audémla d« Hddtciia 



Troisième fascicule 



LES MALADIES ORGANIQUES DE L ESTOMAC 



PARIS 
J. RUEFF, ÉDITEUR 

106, boulevard Saint-Cemuln, 106 

1901 

ToDi droits Ttteni: 



235-1 



Les maladie^ 




PREMIERE LEÇON 

LES GASTRrTES CHRONIQUES 

L'ÉVOLUTION CENTRALE — L'ANATOHIE l>ATH0[,Or.lUU 
L'ËTIOLOGIE — LA SVMI'TOMATOLOGIb: 
LE CHIHISME STOMACAL ET LKS TROUBLES DES ECHA 
LA MARCHK ET LE PHOSOSTIC — LE DIACSOSTIC 



Les rapports des dyBpepsies et des g^astrites oh 
L'évolution générale des gastritoa chroniques. — 
anatomo-patho logique. — La période hyperfonclionaclle. 
du catarrhe acide et du catarrhe inuqueut.^La période des <ti 
et des atrophies. — Les lésions macroscopiques. — Les é, 
ulcérations. -^ L'inOueuce de l'étiologie sur le processus t 
L'étiolo^e. 

lesTopporu II esl bien malaisé de définir ce que 

dei dTipepii** aujourd'hui par gastrites chroniques, car 

dssgutruaa coi'de pas tnicux sur les limites de leur ( 
sur celui des dyspepsies. Il semble de 
que l'on devrait réserver le nom de dyspepsie aux Irc 
ment fonctionnels de l'estomac, tandis que celui de 
serait supposer l'existence d'une lésion analomique. Mai 
Broussais ont été tirées de l'oubli par Levën, puis par h 
sont efiorcés de démontrer que l'eslomac ne présenlail 
fonctionnels que lorsqu'il était lésé et que, par conséqi 



890 LES MALADIES ORGANIQUES DE L'ESTOMAC 

troubles dans les fonctions gastriques correspondaient à des lésions, 
et le plus souvent à des lésions importantes. 

Le Congrès de médecine interne de Lyon n'a pas ratiflé cette ma- 
nière de voir. J. Renaut a montré, par exemple, que certains des ré- 
sultats anatomo-pathologiques d'HAYEM étaient établis sur des mu- 
queuses gastriques altérées par l'autodigestion cadavérique à des degrés 
plus ou moins avancés. Et, d'autre part, en admettant même que ces 
déterminations anatomiques ne soient pas influencées par Taulodi- 
gestion cadavérique, quelle part faut-il faire aux variations de l'ac- 
tivité fonctionnelle dans les modifications de dimension, de forme, de 
nombre et même de structure des éléments glandulaires? 

Cette tentative d'unifier les dyspepsies et les gastrites chroniques, de 
faire de celles-ci le substratum anatomique de celles-là, cette tentative, 
dis-je, n'a pas réussi, parce qu'elle s'appuyait sur une analomie patho- 
logique encore incertaine et parce qu'elle allait à rencontre des ré- 
sultats de l'observation clinique et thérapeutique. 

La grande majorité des auteurs s'accorde pour séparer la dyspepsie, 
trouble fonctionnel, de la gastrite chronique, maladie lésionale. Mais 
il faut se hâter d'ajouter que, s'il y a des dyspepsies sans gastrite 
chronique, il n'y a pas de gastrite chronique sans dyspepsie. Cette der- 
nière n'est pas seulement contemporaine de la gastrite et ne résulte 
pas uniquement des conséquences sécréloires ou motrices de la 
lésion. Elle lui est antérieure presque toujours, sinon toujours, et, 
comme je vous l'ai déjà exposé, la gastrite chronique n'est que l'étape 
terminale, l'étape lésionale et souvent incurable, d'une maladie 
d'abord fonctionnelle et curable, qui est la dyspepsie. 

Je ne reviendrai pas sur la démonstration que je vous ai faite de 
cette proposition à propos de l'hypersthénie gastrique, car il est au 
pouvoir de tout médecin d'en vérifier l'exactitude en observant ses 
malades pendant un temps suffisamment prolongé. 

L'éyoïuuon Entre la gastrite chronique et la dyspepsie hyper- 

des îaîtrius slhénique avec hyperchlorhydriequi constitue sa cause 
chroniques. ^^ pj^^g commune, il existe une période intermédiaire 
et préparatoire de la lésion; je propose de l'appeler période 
hyperfonctionnelle. La gastrite chronique elle-même présente, 
dans son évolution anatomo-palhologique et clinique, deux périodes 
principales. 

La première comprend le catarrhe acide et le catarrhe 
mu queux. L'entrée en scène de la lésion anatomique ne supprime 
pas d'un coup Thyperfonclion, ni même la fonction glandulaire. Tant 
que persiste l'hyperfonction, la maladie correspond au catarrhe acide 



LES GASTRITES CHRONIQUES 891 

des Allemands. Lorsque la fonction s'amoindrit, on arrive au catarrhe 
muqueux qui répond à la gastrite mixte d'HAYEM. 

Dans la deuxième période, la fonction est totalement abolie; les 
glandes dégénérées ne sécrètent plus que du mucus, c'est la gastrite 
muqueuse: ou bien, la muqueuse est atrophiée, réduiteà une trame 
conjonctive, et les autres tuniques de l'estomac plus ou moins alté- 
rées, c'est la gastrite atrophique. 

Cette conception des gastrites chroniques présente l'avantage d'uni- 
Cer, sous le même vocable, des états morbides fort réels, mais que l'on 
avait eu le tort d'individualiser, tandis qu'ils ne sont que les périodes 
évolutives d'un même processus, de la maladie dyspeptique dont 
l'histoire commence à Thyperfonction pour finir à la gastrite atro- 
phique, en passant par les étapes du catarrhe acide où elle peut se 
compliquer d'ulcère simple, du catarrhe muqueux, et quelquefois 
de la gastrite muqueuse. 

L'anatomie pathologique et la clinique s'accordent pour confirmer 
cette manière de voir qui éclaire aussi et permet de systématiser la 
thérapeutique. 

Lévotouon Lapremièrepériodeest caractérisée par la coin- 

ïïTÏ^T cidence de l'hyperchlorhydrie et des autres signes de 
- la dyspepsie hypersthénique permanente avec des 

hjpj. modifications histoiogiques telles qu'une augmen- 
foncuonneue. lotion du voluuic dcs glaudcs dc l'estomac qui s'ac- 
croissent en longueur et en largeur au point de se contourner dans 
leur profondeur. Les cellules glandulaires prolifèrent ; elles devien- 
nent aussi plus volumineuses et parfois binucléées. Cette hyper- 
plagie porte sur les cellules bordantes ou sur les cellules princi- 
pales; elle peut envahir la région pylorique (IIayem). 

Cette phase initiale, dont les limites n'ont rien de précis, ne repré- 
sente pas un processus inflammatoire au sens nosologique du mot. 
L'hypertrophie et Thyperplasie glandulaires sont l'expression d'un 
travail très actif et très longtemps prolongé; elles constituent la 
manifestation anatomique de l'hyperfonclion et marquent 
la transition entre le simple trouble fonctionnel et les premiers linéa- 
ments de la lésion. Elles me semblent montrer clairement que l'exa- 
gération de la fonction crée ici la lésion de l'organe en por- 
tante son ultime limite la puissance du développement physiologique 
des glandes après lequel il n'y a plus place que pour leur dégénéres- 
cence et pour rhypergenèse du tissu interstitiel. 

A l'examen macroscopique, cette phase se manifeste par un 
épaississement de la -muqueuse dont les saillies naturelles s'ac- 




1 



i 



892 LES MALADIES OUGAMQLES DE L'ESTOMAC 

cenluenl et se développent. Elle comporte aussi une sécrétion plus 
abondante et réactionnelle de mucus protecteur. Il ne faut pas con- 
fondre cette phase avec la description anatomique que divers auteurs 
donnent de la première étape de la gastrite superficielle expé- 
rimentale. La muqueuse rouge et injectée est alors recouverte de 
mucus; les cellules cylindriques du revêtement sont en dégénéres- 
cence muqueuse ; les cellules bordantes et les cellules principales des 
glandes chlorhydro-peptiques ne se distinguent plus les unes des 
autres; le tissu conjonclif intcrglandulaire s'infiltre de sérosité et 
d'éléments embryonnaires. 

Cette description ressortit à un état inflammatoire dont il 
n'existe encore aucune trace dans la phase de transition que je viens 
d'étudier. 

u période A la dcuxièmc période, on entre dans la lésion, 

catarrhe* acide ^^^ autcurs Cïï oot décrit dc multipIcs variétés, et 
et du chacun d'eux a créé une terminologie personnelle *. 
En réalité, cette lésion me semble répondre à la 
description, donnée par Hayem, de la gastrite mixte. Les cellules 
glandulaires hypertrophiées et hyperplasiées sont envahies par des al- 
térations à tendances destructives qui sont les dégénérescences vacuo- 
laire et granuleuse, et les états épidermoïde, grenu ou translucide 
(catarrhe acide). En même temps, dans le tissu conjonctif interstitiel, 
se multiplient les cellules fixes et se forment des amas de cellules lym- 
phoïdes qui témoignent de son activité réactionnelle. Bientôt, ce tissu 
conjonclif proliférera; des bandes conjonctives segmenteront les tubes 
glandulaires, donneront au tissu sécréteur l'aspect d'un tissu aréo- 
laire à bandes longitudinales et, par leur envahissement, précipiter(mt 
les dégénérescences cellulaires (catarrhe muqueux). 

La période L'cnvaliissement scléreux de toute la muqueuse 

dégénérescences gasiriquc, l'atrophic des glandes ou leur transfor- 
et de ratrophie. maliou muqucusc représentent la troisième période 

1. Voyez, pour la bibliographie de Tanalomic pathologique des gastrites chroniques : 
ViacHOw, Virchows Archiv, t. XWI, p. :ji)9, !86i. — W. Ebstein, Jbid.y t. LV, 
p. 469, 1872. — Klebs, llandbuch der palh. Anatomie, p. ili, 1868. — A. Sachs, i4r- 
chiv fur exper. Pathologie und Pharmacologie, t. XXII, p. 155, 1887, et t. XXIV, 
p. 108, 1888. — KORCZVNSKi et Jaworski, Deutsches Archiv fur klinische Medicin, 
t. XLVIÏ, p. 578, 18'J1. — U. QutNZEL, Nordtskl medic. Arkici*. 1, 1803. -— G. Hayem, 
Dullelim de la Sociélé médicale des hôpitauj:, 12 et 19 mai 1893, 21» juillet 1894, 26jnil- 
Ipt 1895, 30 juillet et 23 octobre 189ii. — Boas, Munchener medicinische Wochenschrifl, 
18îj7, — M. KiNUOHN, Médical Hecordy 1895. — Leur, Zettschrift pir klinische Medi- 
cin, t. XXXVIl, 1899. 

La bibliographie antérieure ù 1892 est donnée assez complètement par Du Boi'AYS DE 
COUESBOUC. — Sclérose et atrophie de la muqueuse gastrique, The$e de Paris, 1892. 



LES GASTIilTES CHUONIQIES 893 

analomo-pathologique, le processus terminal ou, pour mieux dire, le 
résidu lésional de la maladie. Entre les degrés extrêmes représentés 
par réUipe précédente et la plus ou moins totale destruction de la mu- 
queuse, il existe de nombreuses phases que Ton aurait tort d'indivi- 
dualiser en autant de formes anatomiques distinctes suivant que les 
lésions sont générales ou partielles ou que tel élément constitutif de 
la muqueuse a subi des altérations plus rapides et plus profondes que 
les autres. 

Latrophie. L'atrophic représente donc la phase ultime de la 

plupart des gastrites chroniques. Dans un premier 
degré, l'estomac présente encore quelques villosités et des glandes plus 
ou moins altérées ou des fragments de glandes. Dans un second degré, 
la muqueuse, lisse, amincie, n'est plus qu'une trame conjonctive, ren- 
fermant ça et là des tubes courts, à type muqueux, des amas irrégu- 
liers de cellules embryonnaires, des granulations hématiques et des 
corps hyalins décrits par Hayem et Lion, formés de blocs grenus, ho- 
mogènes ou fendillés, qui, d'après Quenzel, seraient dus à la dégé- 
nérescence hyaline des globules rouges diapédésés. 

Les lésions A CCS lésious cellulaircs et conjonctives s'ajoutent 

▼ascuiairos. ^^g lésious vasculaircs (dilatations des capillaires 
avec stase, oblitérations Ihrombosiques, arlério-sclérose, dégénéres- 
cence amyloïde des artérioles) et des lésions dégénératives des 
plexus nerveux d'Auerbach et de Meissner, étudiées par Sassaki, 
Jl'rgejns et Bascuko. 

u transformauon La trausformatiou en gastri te muqueuse, 
ffloqDeuse. bien décrite par Hayem, a pour point de départ l'ap- 
pareil muqueux qui revêt toute la surface de Testomac. Elle se déve- 
loppe en trois stades dont les éléments successifs sont: l^^l'hyperplasie 
de l'appareil muqueux superficiel avec atrophie des tubes glandulaires 
dans leur partie profonde; 2*» l'envahissement progressif de la cavité 
des tubes par l'épithélium cylindrique proliféré; 3° l'hypertrophie du 
système des glandes nouvelles, avec accentuation de leur caractère 
muqueux et disparition de l'appareil ancien. 

Les tubes sont séparés par des amas embryonnaires, souvent en 
voie d'organisation scléreuse; ils renferment des amas de mucus gra- 
nuleux. Un grand nombre des cellules cylindriques qui les tapissent 
contiennent une grosse gouttelette de mucus transparent. La surface 
libre de la muqueuse est couverte d'un enduit muqueux épais. 
L'évolution des gastrites atrophique et muqueuse procède par 



l> 



<• 



I 



89i LES MALADIES OllGANIQl ES DE L'ESTOMAC 

îlots qui finissent par ei^vahir la plus grande partie ou la totalité de la 
muqueuse. Quelquefois même, la sclérose gagne les autres tuniques 
de l'estomac. 

Les lésions II ne parait pas y avoir de rapport entre révolution 

macroscopiques, j^g lésious de la gastrilc chronique et les variations des 

dimensions de Testomac; on le trouve normal, dilaté ou rétracté; 
ses parois sont amincies ou épaissies. 

Les autres lésions macroscopiques de la gastrite chronique 
sont, aux premières périodes, Tépaississement avec état mame- 
lonné de la muqueuse qui est aussi plus rouge et présente ou non 
un aspect aréolaire (Loms). A la période atrophique, elle est 
mince, lisse, ardoisée ou décolorée et plus adhérente à la couche cel- 
luleuse. Mais, dans quelques cas, la tendance hypertrophique des 
lésions scléreuses peut remporter; elle se traduit par des états parti- 
culiers plus i'ares, qui sont l'état villeux par îlots, les végétations 
polypoïdes et, à un degré plus accentué et plus général, la gastrite 
scléreuse hypertrophique ou linitis plastique de Brinton. 

Les érosions Yous conccvcz quc les troubles circulatoires, les 

et les oicérauons. (jégénérescenccs glandulaires, la désagrégation des 

amas embryonnaires puissent rendre la muqueuse gastrique plus 
fragile aux points où ils sont prédominants et devenir roccasioD 
d'érosions ou d'ulcérations. 

Les érosions hémorrhagiques de Cruveilhier, ponctuées de Brin- 
ton, ou, encore, folliculaires de W. Fox sont remarquables par leur 
tendance hémorrhagique. Nombreuses, de la dimension d'une tête 
d'épingle, aux bords taillés à l'emporte-pièce, comblées ou non par un 
' caillot de sang noir, elles ne dépassent pas l'épaisseur de la muqueuse. 
Elles sont dues, suivant les cas, à la désagrégation d'amas embryon- 
naires, à de petits infarctus hémorrhagiques, ou encore à la nécrose 
toxique de la muqueuse, chez les absinthiques par exemple. 

Les ulcérations étudiées par Lancereaux et par Ledet carac- 
tériseraient surtout la gastrite chronique des alcooliques. 
Les unes seraient superficielles, auraient de 6 à 10 millimètres 
d'étendue et n'intéresseraient que la muqueuse. Les autres, plus pro- 
fondes, ne dépasseraient pourtant pas la couche muqueuse; le fonil 
serait induré, les bords festonnés, et la muqueuse périphérique forte- 
ment injectée, ce qui les différencierait de l'ulcère simple. 

L'influence La uaturc de sa cause imprime à la gastrite chro- 

snr* ê proceïsus niquc qucIques caractères qui ne résultent pas d'une 

anatomique. modification du procossus, mais qui sont particularisés 



LES GASTRITES CHROMOUES 895 

par le mode d'association des lésions. La gastrile des alcooliques 
se spécialise par la présence d'un enduit muqueux plus abondant, par 
la fréquence des érosions et des plaques ardoisées résiduales d'an- 
ciennes cxtravasalions sanguines, enfin par des taches blanchâtres ou 
jaunâtres dues à la dégénérescence des épithéliums. Quand la gas- 
trique chronique est d'origine infectieuse, les lésions ont 
débuté par la sous-muqueuse et les couches profondes de la mu- 
queuse. La gastrite chronique des cardiaques à stases 
veineuses s'accompagne de dilatations vasculaires de la muqueuse et 
de la sous-muqueuse, de congestions veineuses et d'érosions hémor- 
rhagiques ou non. La gastrite d^s brightiques et des urémi- 
ques présente des lésions plutôt localisées, une moindre sécré- 
tion muqueuse et des ulcérations plus rares. 

La dyspepsie hypersthénique avec hyper- 
chlorhydrie est la cause la plus fréquente de la 
gastrite chronique. Par conséquent, l'étiologie de celle-ci se 
confond ordinairement avec celle de la dyspepsie causale dont elle 
n'est que l'ultime période évolutive. Quant aux conditions qui 
favorisent l'évolution de la gastrite, elles sont multiples : l'usage 
des vins plâtrés, la longue durée de la maladie, l'absence de trai- 
tement et les traitements intempestifs, l'usage abusif du bicarbonate 
desoudeei des eaux alcalines Cv^ureni p^v mi les causes détermi- 
nantes les plus habituelles. 

Le neuro-arlhritisme originel ou acquis, les tares diathésiques 
héréditaires, la tuberculose pulmonaire, le rhumatisme, l'anémie 
sont autant de causes prédisposantes. 

iMais la dyspepsie n'est pas la seule cause de la gastrite chro- 
nique. Celle-ci peut succéder aux gastrites aiguës, aux indi- 
gestions et aux embarras gastriques répétés. L'alcool, le 
tabac, l'absinthe et les liqueurs du même type, l'abus des 
médicaments tels que les tanniqueSy les opiacéSy les mer- 
curiaUrXy les iodiques^ la créosote et ses similaires, les anti- 
sepiiqties gastro-intestinaux sont aussi une cause directe de gas- 
trite. 

Vientensuitelalonguesériedes gastrites secondaires. D'abord, 
celles qui sont provoquées directement par le cancer, l'ulcère, les 
tumeurs, les corps étrangers, les parasites, les traumatismes de l'es- 
tomac. Puis celles dont la stase veineuse semble être la condition 
génératrice, comme la gastrite des maladies du foie, du cœur, des 
poumons, des reins, etc. Enfin les gastrites où les altérations du 
sang paraissent entrer en cause, comme dans la tuberculose, les ané- 



896 LES MALAUIES ORGANIUUES DE l/ESTOMAC 

mies, la goulle, le diabète, rnrérnie, Timpaludisme, les inloxicalions 
et les cancers siégeant ailleurs qu'à l'estomac. 

L'influence de l'étiologie sur la forme analomique de 
révolution clinique de la gastrite chronique ne se fait guère 
sentir que dans les étapes initiales de la maladie. Sauf exceptioD, 
ses lésions s'unifient, à la période d'état, dans une expression à peu 
près identique, car les modes réactionnels de la muqueuse stoma- 
cale sont assez limités. Quant aux symptômes qui expriment les lésions, 
ils ne se ressentent que très vaguement des causes de la gastrite 
chronique. Il est donc permis d'attribuer à celle-ci une description 
anatomo-pathologique et clinique univoque, en insistant, chemin i 
faisant, sur les rares caractères qui sont encore imposés par l'étio- 
logie. ! 



II 

La symptomatologie. — La période hsrper fonctionnelle. — La 
période du catarrhe acide et du catarrhe muqueux. — Les sym- 
ptômes objectifs et subjectifs. — L'examen des vomissements. — Le chimisme 
stomacal. — La motricité gastrique. — Les fonctions intestinales. — L'étal 
général. — Les troubles des échanges organiques. — La période de la 
gastrite muqueuse et de la gastrite atrophique. — Leurs formes 
cliniques. — Le chimisme stomacal. — Les échanges organiques. 

La symptomatologie de la gastrite chronique 
symptomatoiooie. ^^^^® nécessairement suivant ses périodes anatomiques 
— évolutives. On comprend que, pendant la première 

Lapértode période 011 commence à s'opérer la transition entre 
l'hyperfonction et la lésion, la symptomatologie de 
la dyspepsie hypersthénique avec hyperchlorhydrie domine l'expres- 
sion morbide. Et si Ton note dans quelques cas une certaine 
diminution de l'appétit, un peu de sensibilité épi g as trique 
et des vomissements, ces symptômes sont trop vagues pour en- 
trer en ligne de compte. 

La présence du mucus dans les vomissements ou dans le contenu 
stomacal après repas d'épreuve a plus de valeur, surtout si ce carac- 
tère manquait dans des examens antérieurs. Mais il est si difficile d'éli- 
miner les causes d'erreurs dues aux mucus salivaire et œsophagien 
que ce signe perd beaucoup de son importance. Ainsi, sur 200 dys- 
peptiques hypersthéniques, j'en ai observé douze dont le contenu 
stomacal renfermait de la mucine. De ces douze malades, j'en ai suivi 



LES GASTRITES CIIUOMOUES 897 

cinq pendant 3 à 7 ans. La mucine n'a persisté que chez trois d'entre 
eux, et chez un seul la gastrite chronique est aujourd'hui indéniable. 
J'en conclus que la présence diî la mucine dans le contenu stomacal 
dénote un effort réactionnel et protectif du revêtement épiihélial 
de la muqueuse à rencontre de son irritation par les acides gastriques, 
mais qu'on doit soulever, au moins, l'hypothèse de la première étape 
de la gastrite chronique, quand sa permanence s'associe à une plus 
grande sensibilité stomacale, «^ la diminution de l'appétit et aux vomis- 
sements plus fréquents. 

Lapériode A la deuxièmc période, les incertitudes sont 

da catOThe acide nnoing graudcs, et la symptomatologie de la gastrite 
catarrhe maqaenx. chrouique se dévcloppc pcu à pcu. Elle cst foudéc sur 
cinq ordres de faits qui sont, dans Tordre de leur succession, la 
connaissance de la dyspepsie hypersthénique antérieure 
ou son diagnostic rétrospectif, les données étiologiques, 
l'atténuation de ses symptômes, les modifications du chi- 
misme stomacal, l'entrée en scène des signes propres à 
la lésion gastrique. 

udiagnostio ^e diaguostic de la dyspepsie hyperslhé- 

rétrospectif de la niquc antérieure, de son dejrré, de sa durée, de 

dyspepsie ^ , . 

hypersthénique. SCS dominantes symplomatiques a une réelle impor- 
tance, puisqu'elle fixe l'étiologie et sei t de point de repère dans 
l'appréciation des symptômes actuels. Je n'insiste pas sur ce diagnostic 
dont j'ai déjà fixé les détails*. Disons seulement que la transfor- 
mation de la dyspepsie en gastrite est un acte tardif et que, par consé- 
quent, la plus ou moins longue durée de la dyspepsie aura une grande 
importance diagnostique. 

La recherche des données étiolopriques dont il 

La recherche des . 

données étioio- a été qucstiou plus haut* (usage abusif du bicarbo- 
^^**' nate de sonde ^ du naphtoly des médicaments en 
général, alcoolisme, conditions de terrain, états morbides divers) 
foui'nira aussi un sérieux appoint au diagnostic. 

L'atténuation En cousidéraut la symptomatologie de cette dyspep- 

^*deta*dy^** ^'^' ^^ constate d'abord qu'elle s'est modifiée et que 

pepsie originelle, certains de ses éléments se sont atténués. 

L'appétit n'est plus augmenté; il est plus vite satisfait, il devient 



1. Voyez pages 17C et suivantes. 

2. Voyez page 895. 



«9H LES MALADIES OmiANIOUES IIE LESTOMAi: 

ii-régulier. La langue perd sa coloralion rosée; sa partie posté- 
rieure se couvre d'un enduit grisâtre. Le malade, qui Jadis éprou- 
vait après ses repas une sensation de bien-être relatif, se sent 
ffonflé, lourd, somnolent; son creux épigastrique est sensible à la 
ressioQ. Et cette sensation croit jusqu'à la fin de la digestion, en 
accompagnani d'éructations, de pesanteur stomacale, et en aboiitis- 
mt souvent, comme par le passé, à la crise gastrique plus ou 
loins atténuée, si des acides de fermentation ne viennent pas 
:croîlre la teneur acide du contenu stomacal. La stase pfastrique et la 
>ns[ipation tendent A diminuer. 

i" A ces signes pour ainsi dire préliminaires s'ajouteol 

propc^da u' P^u ^ p^u ceux qui expriment la lésion constituée. 
w^onBMiriqoe. L'appétit fléchit; il a besoin de stimulants, 
'épices, de condiments ou d'acides ; la viande et quelquefois le 
in sont l'objet d'une croissante aversion. Le malade se met à table 
rec un semblant de faim qui est aussitôt satisfaite. 11 a son- 
mt plus soif qu'auparavant, et il boit pour faire passer chaque 
ouchée de nourriture ; son goût devient capricieux ; il perçoit mal 
1 saveur des aliments. Sa bouche est empâtée, amère ou fade, 
ïclie ou sialorrhéique. 

L'haleine prend une odeur d'une félidité spéciale due à l'ûlimi- 
ation des produits volatils des fermentations gastro-intestinales. 

Comme les malades à gastrite chronique sont aussi des buveurs et 
;s fumeurs, il faut, dans les odeurs de l'haleine, faire la part des 
haryngites, des gingivites chroniques de cette origine, ainsi que 
es altérations dentaires. 

Après le repas, le malaise gastrique commence, avec une 
msation de plénitude et de poids très influencée par la nature des 
iments ingérés, et qui abouti! à une crise de pyrosis ou à des renvois 
lus ou moins fétides, quand il y a stase et fermeulations gastriques. 

Le matin, au réveil, il ya un étal nauséeux qui s'atténue pour 
iparaltre après le repas, à l'acmé de la digestion. Ces nausées abou- 
ssent ou non à des vomissements libérateurs. Ceux-ci sont con- 
itués le matin par des amas muqucui, par des eaux (liantes teintées 
ar la bile, et après le repas par des aliments assez mal digérés et 
itourésou surchargés de mucosités épaisses. 

Les retentissements réilexes sur les divers oi^anes, qui dans 
I période dyspeptique concentraient souvent sur eux toute l'atten- 
on, s'atténuent ou disparaissent. Ils se réduisent à des accès de dys- 
née ou d'étoulTements, à des palpitations cardiaques après le repas et 
quelques symptômes névropathiques. Cependant le caractère 



LES GASTKITKS CHBONUJUES 

change, devient plus dilïïcile, et il n'est pas exceptionii 
voir verser dans l'hypochondric. 

LMiraptAmm ^-^s sy m plôm es sub jcc l i fs n'ont guèi 
obiwta». valeur tendancieuse; les symptômes objeci 
un peu plus significatirs. 

La langue se couvre d'un enduit jaunâtre ou grisât 
marqué à sa partie postérieure ; elle (tarde l'empreinle < 
sur ses bords ; sa muqueuse peut êlre le siëf;e d'érosions supf 
à bords irréguliers. 

L'estomac, sans èlre vraiment douloureux, est set 
l'exploration; on ne réveille de douleur vraie qu'au r 
plexus solaire. Les dimensions de l'ori^ane ne sont 
secours pour le diagnostic, puisqu'il a été trouvé dilaté, t 
normal et rétréci. 

1,'aumai L'exameu macroscopique des vomis: 

tX^^^^iL a unegrande importance. Auluret àmesureq 
trile s'accenlue, les albuminoïdes sont plus n 
rcs ; des Iratïments de viande apparaissent presque ii 
couverts de mucosités. La présence du mucus est i 
diagnostique sérieux, à la condition qu'on puisse reconn 
origine gastrique et le distinguer des mucus salivaire, œs 
ou bronchique. Les mucosités gastriques sont intimem 
langées aux aliments qu'elles enrobent ; le mucus 
exlra-stomacale forme des flocons, des masses glaireuses et é< 
qui nagent au-dessus des aliments. Le mucus gastrique vari 
l'alimentation: Sceij'ile ' a montré qu'il était plus abondant 
féculents qu'avec les albuminoïdes, ce qui s'accorde avec l'ob 
de Heidehhaik^ qui trouve moins de mucus chez les carnii 
chez les herbivores. Pour bien apprécier l'origine du t 
convient aussi de le rechercher dans le contenu de l'estomac 
de remarquer s'il vient surnager à la surface du liquide e 
qui dénote plutôt son origine extra-stomacale, ou s'il esthomi 
qui est en rapport avec son origine gastrique. Sous l'inlluenci 
l'aspect de ce mucus se modifie, ainsi que l'a bien montré S 
quand l'HGI est élevé, il s'agglomère en lilaments, tac 
demeure floconneux et vîtreuxavec une quantité d'HCI très d 
Enfin, l'examen macroscopique de ce mucus, la présence 

I. ScBilLE. — Zeiltchrift pirklinifehe Me,licin,t. XXVIEI, p.481. 

1 Hr.iDENHAIN. — HerinanD'a Pli}«iologie, I. V, p. 1Î3. 

3. ScHNiDT. — Oeittitba Arekiv fur Idinitehe Mediein, l. LVI1, p. li. 



90(1 I.KS MALADIES OJIIIANIQl'ES I)E L'ESTOMAC 

trame d'élémenLs empruntés aux muqueuses buccale, œsophagienne 
ou broncliique peuvent encore servir à fixer son origine ; il en esl 
de même tic la modification décrite par Jaworski sous le nom de 
cellules en spirille'. En somme, i'exiinien macroscopique a pour le 
diaf^nostic de la gastrite chronique plus de valeur que la détermi- 
nation cliimique lU particulièrement que la reclierclic chimique de l:i 
mucine par l'acide acélique. 

j^ Le cliimisme stomacal variesuivanl qu'on l'exM- 

cumisnc ■tomaoai mine au début ou au cours de cette étape. Au débul, 
périodadngitarrfaa l'HCI libre et la pepsine, précédemment exagérés, ten- 
"'■"■ denlà se rapprocher de la normale; l'HCI organique 
ne varie pas encore. Il semble que la pepionisationet la digestion de^ 
réculentssoienitempoiairemeni améliorées. Quelquefois desexamen:^ 
rapprochés montrent des variations considérables dans les divers 
éléments du chimisme. 

Cette phase répond au catarrhe acidedeGLUZiNSKt elJAwoRSKi- 
età la gastritis acida de Boas'. Ces caractères expliquent pour- 
quoi, dans cette étape lésionale de la maladie dyspeptique, les patients 
peuvent épi'ouver une amélioration temporaire que parait confirmer 
l'analyse du contenu gastrique. En elFet, la diminution dans l'appélil 
et dans l'intensité des crises, une pause dans l'amaigrissement, de 
moindres retentissements réflexes, le tout marchant de pair avec nn 
semblant de mieux dans le chimisme, seraient bien faits pour légiti- 
mer celte erreur, si la présence pins fréquente du mucus, l'étal de 
la langue, les phénomènes subjectifs éprouvés aussitôt après les repas, 
la longue durée de la dyspepsie antérieure, l'âge du malade et enfin 
la découverte de conditions étiologiques précises n'éveillaient pas 
l'idée de la gastrite chronique commençante. 

^ A une phase plus avancée, le contenu gastrique filtre 

cbimimeaiomac»! difficilement, l'IlCI libre diminue, tombe au-dessous 
péTiodadn de la normale et n'apparaît guère qu'à l'état de traces 
cBwi-rheniBqqaM, ^^ pleine période digeslive ; puis il finit par 
manquer complètement. Le taux de l'IlCI organique baisse aussi; 
l'albumine coagulable par la chaleur est plus constante et plus abon- 
dante ; la peplonisalion est défectueuse pendant que la digestion des 
féculents tend à s'améliorer. Quand le contenu stomacal est acide, sa 

1 . Voyez, page 7K. 

3. Voji'ï nmziNsKi el jAwûBSKi, Zeilicbrift fur Hinùcbe Malicin. t. H, 1886. - 

S. Bhas, DiagnoMik iiiirt Thérapie iler Magenkrankheilen,2- piirlie, p. 19,1895. —Celte 

question île catarrhe acide a éié reprise ilerniisreuLcnl par M. Pupoff {Zeitschrifl far 

klininche Meilkia, t. XXXH, p. 389, ISDïi. 



LES GASTRITES CHRONIQUES 901 

réaction dépend d'une petite quantité d'HCl organique et d'une plus 
ou moins forle proportion d'acides de fermentation, parmi lesquels 
il m'a semblé rencontrer plus fréquemment les acides butyrique et 
acétique que l'acide lactique. La pepsine fléchit aussi; le lab varie 
beaucoup, suivant les cas et probablement suivant le degré des lésions 
anatomiques. La mucine se rencontre très souvent, surtout dans les 
liquides résiduels. 

u motricité ^ motricité ne fournit aucun renseignement; 

stomacale. q\\q dépend dc l'état de la tunique musculeuse et du 

degré de perméabilité du pylore. Quand l'estomac est distendu par 

obstacle pylorique ou atonie, le pronostic est plus sérieux, car les 

malades se cachectisent plus vite. 

Les fonctions intestinales sont rarement in- 
fonctions intesu- dcmucs. Commc cllcs doivcut suffire à la digestion et 
^^^' qu'elles recueillent une succession stomacale impar- 
faite ou viciée, elles fléchissent souvent devant la tâche, et la 
dyspepsie intestinale avec constipation ou diarrhée ou avec 
les deux complique, tôt ou tard, la gastrite chronique et 
aggrave son pronostic. La colite muco-membraneuse, le ca- 
tarrhe intestinal et le catarrhe des voies biliaires inter- 
viennent aussi à titre de complications. 

L'état général peut demeurer indemne si la mo- 
tililé stomacale n'est pas atteinte, si les fermentations 
sont peu intenses et si la suppléance intestinale est suffisante. Mais, 
en général, Tamaigrissement un instant retardé s accentue ; le faciès 
se décolore et prend l'aspect cachectique; le malade devient plus 
sensible au froid, irritable, se fatigue vite et présente les signes de 
l'inanition progressive. Chez quelques-uns, j'ai noté une très légère 
mais très régulière élévation de la température vespérale; dans l'un 
de mes cas, la température du matin variait de 36,6 à 36,8, et celle 
du soir de 37,6 à 37,9. 

les échanges l' u'cxislc pas dc troublcs dcs écliaugcs spé- 

organiques. ciaux à la gastiilc chrouique. Tous les principes consti- 
tuants de l'urine sont en baisse par vingt-quatre heures et par kilo- 
gramme de poids et n'expriment que rinsuflisancedigestiveetassimi- 
iatrice. Les rapports d'échanges dénotent un abaissement des 
oxydations azotées (79,5 p. 100), du rapport Ph-O' : Azote total 
(15 p. 100), de grandes variations dans le rapport des matières ter- 



902 LES MALADIES ORGANIQUES DE L*ESTOMAC 

naires aux matières organiques totales (de 7 à 36 p. iOO), une 
augmentation du coeflicient de déminéralisation (42 p. iOO), du 
rapport Cl : Azote total (65 p. i 00) et de la quantité de matière mi- 
nérale nécessaire pour mobiliser 1 gramme d'azote (192 p. 100). 
Cette prédominance des échanges minéraux sur les échanges oi*ga- 
niques dépend uniquement de Tinsufiisance de ces derniers et ne four- 
nit, par conséquent, aucune indication diagnostique ou thérapeutique 
spéciale. 

Tout l'ensemble symptomatique subjectif de la gastrite chronique 
ne vaut que par son association avec la permanence des caractères du 
chimisme stomacal et la notion étiologique. S'il n'offre rien de déci- 
sif, il comporte néanmoins une probabilité diagnostique dont la sur- 
venance de vomissements pituiteux ou sanguinolents, ferait presque 
une certitude. 

upértod» La troisième période succède progressivement 

**q^j^JJ"Jf*^ÎJ^ à k deuxième par des phases de transition qu'aucune 

gaitriteairophique. description Schématique ne saurait représenter. Quand 

elle est réalisée, elle se présente sous deux types répondant à la gastrite 

muqueuse et à la gastrite atrophique. 

^ Dans la gastrite muqueuse s'accentuent les ca- 

gastrite muqueuse, raclèrcs dc dernière phase de la deuxième étape (ca- 
tarrhe muqueux)et spécialement les vomissements pituiteux ainsi 
que les autres signes de l'hypersécrétion muqueuse. Riegel pense 
qu'elle aboutit rarement à la gastrite atrophique; mes observa- 
tions personnelles confirment cette manière de voir. 

u La gastrite atrophique décrite par les Aile- 

gastrtie atrophique mauds SOUS la déuomiuatiou vicieuse d'achylia gas- 

trica est considérée par eux comme une entité distincte*, ce qui 
est le contrepied absolu de la thèse que je soutiens. J'admets que 

1. Voyez : Fknwick, The Lancetf J877. — Nothnagel, Deutsches Archiv fur klinUche 
Medicin, t. XXIV, 1879. — Quincke, Volkmann's Sammlung klinischer Vorlràge, xï" 100. 
— Boas, Muiichener medicimscke Wochenschrifl, n~ 41 et 4i, 1887. — Kàulden, Cen- 
tralblatt fur klinisclie Médian, ii* 16, 1887.-— Jaworski, Mtinchener medicinitcheWochen- 
ichrift, n» 8, 1887. — Henry ctOsLER, Amerkayi Journal of the médical science, 1887. - 
RosENHEiM, Berliner klinische Wochenschrift, n« 51 et 52, 1888. — Jaworski, Wiener 
medic. Presse, n^ 48 et 49. 1888. — G. Meyer, Zeilsclirift fàr klinische Medicin, 
t. XVI, 1889. — EiNHORN, New-Yorker med. Monalsschrift, 1892, et Médical Record, 
1895. — EwALD, Berliner klinische Viochenschrift, n«» 26 et 27, 1892. — Eisenlohr, 
Deutsche mtdicinische Wochenschrifl, n'» 49, 18J2. — A. Schmidt, /6m/., n« 19, 1895. — 
Martius et LuBARscu, Achylia gastrica; ihre Ursachen und ihrc Folgen, Leipiiget Vienne, 
1897. — FucHS, Inaug. Dissertalion, Giessen, 1897. — D. Geruardt, Berliner klinische 
Wochenschrift, n" 35, 1898. — N. Reichman.n, Jbid., n« 46, 1898. 



-#«1^^ 



r^ 



LES GASTRITES CHRONIQUES 903 



l*alrophie gastrique peut accompagner le cancer de l'estomac ou d'un 
organe éloigné, survenir dans nombre de maladies chroniques, termi- 
ner une gastrite aiguë, accompagner l'anémie pernicieuse progres- 
sive, etc. ; mais, dans la plupart des cas où je l'ai constatée, j'ai 
trouvé la dyspepsie puis les catarrhes acide et muqueux aux phases 
aolécédentes de son histoire. 

lA Elle peut passer inaperçue quand la motricité de 

fonne latente. •, ^ . • ^ iv . .• w , 

"estomac est conservée et que Imlestin supplée à 
rinsulTisance gastrique. J'ai vu des malades qui semblaient jouir de la 
santé la plus parfaite et chez qui l'achylie gastrique était absolue ^ 
Chez Tun d'eux, il n'y avait même pas d'indican dans l'urine et le 
rapport de l'acide sulfurique conjugué à l'acide total atteignait 
1 : 10; malgré l'absence de toute préparation stomacale de la diges- 
tion, les fermentations intestinales étaient au-dessous de la normale. 

u Dans un autre groupe de cas, les malades éprouvent 

forme dyspeptiqae. ^^^^ ^„ pj^p^j^ jgg iroublcs subjcctifs ct objcctlfs affé- 
rents à rétape précédente, auxquels s'ajoute la triade symptoma- 
tique suivante : sensibilité au creux épigastrique, état nauséeux, 
régurgitations d'un liquide neutre ou alcalin absolument inactif, 
sans HCl, ni pepsine, ni lab, salé, légèrement albumineux et muci- 
neux, que N. Reichmann tend à considérer comme un produit d'ex- 
sudation vasculaire mêlé à du mucus. Ce syndrome se produit par 
crises plus ou moins fréquentes et n'a pas de rapport précis avec Tin- 
(gestion des aliments. 

u Enfm, chez d'autres malades, dominent les troubles 

forme anémiqae. ^^ j,^^^ général. La facc prend un aspect cireux et 

boulfi, les muqueuses sont décolorées; la faiblesse est extrême ; le 
moindre effort est suivi d'essoufflement et de palpitations. 

L'anorexie est absolue, la langue blanche. Les symptômes dyspep- 
tiques sont ceux de l'étape précédente, avec plus de pesanteur après 
l'ingestion des aliments. Le malade de Thorogwood eut quelques 
légères hémalémèses. La diarrhée est peut-être plus commune que 
la constipation. En somme, c'est le tableau de l'anémie perni- 
cieuse, avec ses souffles cardiaques et vasculaires, ses hémorrhagies 
rétiniennes et ses particulières altérations du sang. 

Leobimisme Le chimismc stomacal est caractéristique. La 

stomacal. soudc uc ramène qu'une quantité de liquide très infé- 

1. Voyez page 531. 



904 LES MALADIES ORGANIQUES DE LTSTOMAC 

rieure àcellequi a été introduite; tes aliments sont mal divisés, les 
albuminoïdes intacts, l'acidité nulle ou très faible, deO*%10 à 0^',20. 
L'HCI libre fait défaut; THCl organique est exceptionnel, la pepsine 
absente, le lab et le labzymogène le plus souvent disparus ou très 
réduits, ce qui constitue un bon signe diagnostique. Quand la stase 
fait défaut, il n'y a pas d'acides de fermentation. Dans deux cas, le 
liquide gastrique ne contenait même plus de mucine. La digestion 
des féculents très divisés est bonne; celle du pain est mauvaise, et 
Ton retrouve presque intacts les fragments ingérés dans le repas 
d'épreuve. L'absorption stomacale serait encore satisfaisante si 
l'on en croit D. Gehrardt qui constate qu*en une demi-heure dispa- 
raissent de 33 à 74 p. 100 des sucres et de 7 à 25 p. 100 des corps 
gras introduits dans Testomac. Le même auteur a montré aussi 
que la leucocytose digestive n'était pas atteinte. 

uséohanges Je n'ai rclcvé dans les échanges aucun trouble qui 

organiqots. ^^ ç^^^ imputable à l'ihsuffisance digestive. Il y a mémo 

des observations où les échanges sont absolument normaux. Seule, 
l'élévation du rapport Cl : Azote total à 75 p. 100, en moyenne, sou- 
ligne l'absence de la sécrétion chlorhydrique. J'ai encore observé 
que la pepsinurie fait totalement défaut. 



III 

La marche et le pronostic. — Le diagnostic général et ses opé- 
rations. — Le diagnostic différentiel. — Le diagnostic étiolo- 
gique. 

Lamarche La marchc et le pronostic de la gastrite chro- 

prono 0. jjjqyg g^jj^ étroitement liés aux conditions d'hygiène 

dans lesquelles sont placés les malades, à l'observance de leur régime, 
à la façon dont l'estomac se vide et au degré de la suppléance intes- 
tinale. Quand ces éléments sont favorables, la gastrite chronique 
est compatible avec une santé relative : je ne sais si les malades gué- 
rissent au sens nosologique du mot, mais, en tout cas, ils peuvent 
arriver à vivre fort longtemps. 

Si ces éléments favorables font défaut, la maladie suit une marche 
progressive ou procède par poussées dont chacune aggrave les 
symptômes dyspeptiques cl précipite la dénutrition . Lorsqu'appai-all le 
syndrome de l'anémie pernicieuse, la guérison est exceptionnelle. La 



LES GASTRITES CHRONIQUES 90! 

fréquence des vomissemeats, les hémalémèses et les nulres signe; 
d'nlcération agi^ravcnt aussi le pronostic. De même, chez les névro' 
palhes, la gastrite chronique a une plus grande gravité et abouti 
plus rapidement à la cachexie. 

L* Le diagnostic comporte plusieurs opérations 

dlBonostlc aénéral. a^ r\- • i r-ii> . ■■ ii 

1° Distinguer la période lonctionnelle de I 
période lésionale de la maladie dyspeptique; 2° Déter 
miner l'étape lésionale en cause; 3" Différencier la gas 
irile chronique des affections qui la simulent; 4° S'enqué 
rir des causes qui ont concouru à transformer le troubi 
fonctionnel en lésion. 

Les deux premières opérations sont les plus délicates f 
comportent avec elles une grosse part d'incertitude. J'ai sufQsan 
menl indiqué tout à l'heure les symptômes subjectifs et objectifs qu 
l'on peut utiliser pour qu'il soit inutile d'y revenir. Ajoutons set 
tement que l'exploration de l'estomac à jeun fournit des rensei 
gnements fort utiles. Si le liquide extrait est alcalio, neutre ou pe 
acide, si l'HCI libre est absent, s'il renferme du mucus et que l'ex! 
men microscopique y montre des fragments desquames du n 
vêtement épithélial delà muqueuse gastrique et des débris de ceti 
muqueuse, le diagnostic du catarrhe gastrique devient plus probabh 
surtout si cette exploration plusieurs fois répétée donne toujours le 
mêmes résultats. Quant au dia;;nostic de la période de la lésioi 
on relayera sur les résultats du chimisme stomacal, en suivant h 
indications que j'ai données tout à l'heure. 

jj, Le diagnostic différentiel doit être fa 

^°^^ d'avec la forme dyspeptique de l'ulcère simple, 

cancer et la neurasthénie gastrique. Dans celte forn 

de l'ulcère simple, l'hémorrhagie manque souvent et h 

troubles dyspeptiques ressemblent assez à ceux de la gaslri 

chronique. Mais la douleur plus ou moins réveillée par l'inge 

lion des aliments, les crises gastriques et surtout l'examen du ch 

misme stomacal qui a ie type de la dyspepsie bypersthénique avi 

hypercblorhydrie, les résultats de l'exploration stomacale à jeun coi 

stituent de bons éléments dedifférenciation. Dans les ulcères cicalria 

et compliqués de catarrhe secondaire, on ne peut utiliser que l 

anamnestiques, les hématémèscsetlescrisesgastralgiques antérieure 

Le diagnostic d'avec le cancer n'est pas difficile quand existe 

les signes essentiels de celui-ci : la tumeur, la stase gastrique, I 

hématéraèses, les vomissements marc de café, la cachexie spécial 






' J 



906 LES MALADIES ORGANI()rES DE L'ESTOMAC 

la phlegmatia alba dolens, etc. Il est épineux quand manquent ces 
caractéristiques. Vous vous souviendrez que la gastrite chronique 
succède soit à une gastrite aiguë, soit à une longue période dyspep- 
tique, que la cachexie y est tardive, que l'acide lactique n'est ni 
constant ni abondant dans le contenu stomacal, que la pepsine et lelab 
disparaissent dans l'atrophie gastrique. Au contraire, dans le cancer, 
l'anamnèse de la dyspepsie antérieure manque souvent, la cachexie 
est précoce, l'acide lactique constant et abondant, la pepsine et 
surtout le lab disparaissent rarement tout à fait. 

La neurasthénie gastrique doit être distinguée du catarrhe, 
quand elle s'accompagne d'une simple diminution de l'HCl, et de 
l'atrophie, quand elle est anachlorhydrique. Dans le diagnostic d'avec 
le catarrhe, l'irrégularité des symptômes subjectifs et objectifs, la 
variabilité de l'analyse du contenu stomacal, le fait que des aliments 
indigestes passent souvent mieux que les plus légers, le défaut de 
concordance entre les variations de la pepsine et du lab et celles de 
l'HGl, la présence du mucus dans le liquide du repas d'épreuve et 
et dans celui retiré le malade étant à jeun, la prédominance des 
symptômes névropathiques et des retentissements réflexes sont au- 
tant de signes distinctifs dont la réunion est suffisante pour fixer 
votre décision. 

Dans la dyspepsie hyposthénique nerveuse avec anachlo- 
rhydrie que l'on peut confondre avec lagastrite atrophique, la marche 
est irrégulière, coupée de rémissions; la pepsine et le lab ne dispa- 
raissent pas, l'état généi*al demeure à peu près satisfaisant, la langue 
n'est pas saburrale, pendant que la maladie évolue sur un terrain 
nerveux qui impose sa variabilité à la plupart des autres sym- 
ptômes. 

Le diagnosuo Le diaguostic des conditions qui ont favorisé le 

éuoiooique. développement de la gastrite chronique mérite d'êti-e 
fait dans ses plus minutieux détails. Si vous arrivez à déterminer 
les causes, vous pourrez souvent les combattre et les écarter. 



DEUXIEME LEGOx>f 

LE TRAITEMENT DES GASTRITES CHRONIQUES 

LES INDICATIONS GÉNÉRALES 
LES RÉGIMES — LES MÉDICATIONS DU CATARRHE AUDE, 
DU CATARRHE MUQUEUX ET DE LA GASTRITE ATROPHIQUE 

LES CONCLUSIONS GÉNÉRALES 



I 



Les indications générales du régime et du traitement. — Le 
traitement prophylactique. — Le régime lacté ' absolu. — Son 
mode d*actioD. — Sa durée. — Les règles générales du rég^ime ali- 
mentaire. — Le régime du catarrhe acide, du catarrhe muqueux 
et de la gastrite atrophique. — Le nombre des repas. 

Les Les indications du traitement de la gastrite 

*^^^t** chronique varient suivant la période de la maladie. A 
la première période, il faut apaiser l'excitation fonc- 
tionnelle créatrice de la lésion anatomique ; à la deuxième, on ten- 
tera d*aiTêter l'évolution progressive de celle-ci; à la troisième, 
il ne s'agit plus que de trouver les meilleurs moyens de nourrir 
le malade, puisque la lésion constituée paraît irrémédiable. 
Au-dessus de ces indications, se placent celles qui s'adressent 
à la connaissance de l'étiologie, c'est-à-dire à la prophylaxie. Et, à 
côté d'elles, viennent les indications secondaires relatives aux 
complications et aux prédominances symptomatiques. 

ig Traitement parallèle des états morbides protopa- 

Mtement ihiqucs; suppressiou dcs boissons alcooliques, du Ihé 

et du café forts, du tabac; hygiène de la bouche et 

des dents; prothèse dentaire en cas de besoin; division des ali- 



] 



908 LES MALADIES OKGANIQUES DE L'ESTOMAC 

menls à l'aide des masticateurs connus; repas lents; hygiène 
générale physique et morale; stimulation des fonctions de la peau; 
exercice régulier sans fatigue; vie calme; travail intellectuel modéré: 
tels sont les points principaux du traitement prophylactique. 

urégiine A la première période, c'est le traitement 

laoté absolu, j^ ^^ dyspcpsic hypcrsthéuiquc permanente qui s'ira- 
pose, et vous n'aurez qu'à suivre les règles que je vous ai tracées 
précédemment*, en commençant, bien entendu, par' le régime 
lacté absolu aidé des moyens destinés à assurer sa tolérance*. 
Je ne saurais trop insister sur l'urgence de ce régime lacté 
absolu comme traitement initial pendant celle première étape et 
aussi pendant la plus grande partie de la deuxième période, 
du moins tant que l'on trouve encore de l'HCl libre dans le contenu sto- 
macal. Je vous assure que vous obtiendrez avec cette médication bien 
dirigée de remarquables succès, à la condition de ne pas vous laisser 
décourager par les passagères intolérances du début, dues presque 
toujours à des fermentations que vous modérerez en conseillant 
du lait stériliséf en n'arrivant que progressivement aux doses 
utiles de 3 et 4 litres, en surveillant l'intestin, en vous 
aidant des poudres alcalino-terreuses de saturation^ et des 
agents de l'antisepsie indirecte : le fluorure d'ammonium^ Viodure 
double de bismuth et de cinchonidine, le soufre sublimé et le soufre 
iodé*, agents qui sont actifs à des doses trop faibles pour exercer la 
moindre action irritante sur la muqueuse gastrique la plus sensible. 

A la deuxième période, quand la disparition de l'HCl libre, 
la présence du mucus dans le contenu gastrique extrait à jeun et 
après repas d'épreuve, ainsi que les divers autres symptômes 
subjectifs et objectifs ne vous laisseront plus de doute sur la réalité 
du catarrhe de l'estomac, tentez encore le régime lacté absolu et, dans 
bien des cas, vous obtiendrez, non le retour de la sécrétion gastrique, 
mais une amélioration des symptômes subjectifs, de la nutrition 
et de l'état général suffisante pour décider le malade à pei'sévérer 
ou pour vous permettre, s'il s'y refuse, de tenter une aulre alimen- 
tation aidée d'une médication appropriée. 

A la troisième période, le régime lacté demeure bien souvent 
le meilleur mode d'alimentation, tout en étant moins urgent qu'aux 
périodes précédentes et en reconnaissant comme indication princi- 

1. Voyez II* Partie, Leçons XI, XH, XIIÏ et XIV. 

2. Voyez page S58. 

3. Voyez page 171. 

A. Voyez pages 509 et suivantes. 



r 



LE TRAITEMENT DES GASTRITES CHRONIQUES 909 

paie une imparfaite suppléance intestinale. Il est conlre-indiqué 
quand Texamen du contenu stomacal démontre l'absence du lab. Si 
le labzymogène existe encore, le lait peut être toléré et utile, à la 
condition qu*on l'additionne d'eau de chaux. 

Le mode Commcut agit Ic régime laclé absolu? A la première 

^''^Jjjj'^*^*™' période, il modère Thyperfoncl ion et par conséquent 

l'hypergenése des cellules glandulaires, la suracti- 
vile circulatoire et la sécrétion muqueuse de défense, c'est-à- 
dire les conditions mêmes de la lésion. Â la deuxième période, 
il réduit au minimum le travail d'un estomac en voie de réaction 
inflammatoire que toute autre alimentation ne peut qu'exalter, 
et il favorise ainsi la guérison ou tout au moins l'immobilisation 
des lésions déjà constituées. Ce qui m*a confirmé dans celte opi- 
nion, c'est que des malades, qui rejettent à jeun des mucosités 
glaireuses et épaisses, ordinairement neutres ou à peine acides, 
ont deux ou trois heures après un repas ordinaire des vomissements 
dans lesquels on peut déceler de l'HGl libre en plus ou moins 
grande quantité, ou éprouvent des régurgitations acides et du pyro- 
sis; les aliments ont donc stimulé la sécrétion, c'est-à-dire le travail 
d'une muqueuse malade. Au lieu de cette excitation nocive, le régime 
lacté exerce une sédation salutaire, à la condition toutefois qu'on 
s'oppose à la fermentation du lait par les moyens que je vous ai indi- 
qués, car cette fermentation donne naissance à des acides irritants 
pour la muqueuse. Alapériode d'atrophie gastriqueavec insuffi- 
sance de la suppléance intestinale, il réalise encore le meilleur pro- 
cédé pour nourrir les malades, en fournissant aux organes digestifs 
l'aliraent qui s'accommode le mieux à leur déchéance. 

u dorée A quclque étape que ce soit, continuez le lait aussi 

da régime lacté. , , -l^, j . i • 

longtemps que possible, pendant plusieurs mois, pen- 
dant même une année, si le malade le tolère facilement et peut en 
ingérer une quantité suffisante, par exemple de 3 litres et demi à 
4 litres par jour. Si le poids diminuait, si Télat général venait à flé- 
chir, ou encore si l'appétit reparaissait avec un caractère impérieux, 
vous seriez autorisés à le cesser; de même, si quelques signes d'into- 
lérance se manifestaient. Il conviendrait alors d'instituer une autre 
alimentation. 

Les règles Pour régler l'alimen tatiou des étapes acide et 

généraiet dn ré- muoueuse de la dcuxièmc période de la gastrite 

gime alimentaire. * , , , . i • , i» » 

chronique dans les cas ou le lait n est pas tolère, par- 



t 



910 LES MALADIES ORGANIQUES DE L'ESTOMAC 

lez de ce principe que le régime doit êlre sédatif dans le catarrhe 
acide et stimulant dans le catarrhe muqueux. Dans la gastrite 
atrophique, les aliments les meilleurs sont ceux qui séjour- 
nent le moins dans l'estomac, quelles que soient, d'ailleurs, leurs pro- 
priétés apaisantes ou excitantes. 

J'ajoute immédiatement qu'aucun régime, si bien conçu qu'il soit, 
ne saurait s'appliquer à tous les cas de la même catégorie ; car vous 
devrez tenir compte du temps que l'estomac met à se vider, de l'état 
de la sécrétion stomacale, du degré d'excitabilité de la muqueuse 
et de la suppléance fonctionnelle de l'intestin. 

Cependant vous poserez comme règle générale, applicable à tous 
les cas, de ne donner que des aliments réduits en purée, d'éliminer 
tous ceux qui peuvent avoir une action mécanique irritante sur la 
muqueuse, et d'insister, dans la mesure de la tolérance, sur un régime 
mixte, en choisissant, bien entendu, les viandes les plus tendres et les 
aliments les plus digestibles. Vous consulterez à ce propos les tiibles 
de digeslibilité dressées par Gosse (de Genève)*, Beaumont, Ch. Ri- 
CHET ', Leube, etc. 

Wegele, Leube, Biedert et Langermann ont donné des cartes 
alimentaires très bonnes sous certains rapports, mais auxquelles je 
reproche d'être trop absolues et de ne pas tenir un compte suffisant ! 
des réactions individuelles de chaque malade. Je vous conseille donc j 
de ne pas immobiliser votre diététique dans des régimes inflexibles, 
mais d'adapter à la susceptibilité de chaque malade les programmes 
généraux que je vous ai tracés à propos du régime des dyspeptiques. 
Dans cet ordre d'idées, le principe du régime des dyspeptiques 
hypei*sthéniques s'appliquerait au catarrhe acide, celui des dyspepti- 
ques hyposthéniques au catarrhe muqueux et celui des fermentations 
gastriques à la gastrite atrophique \ 

Le régime Daus le catarrhc acide, qui réclame un régime 

du catarme adde. gédatifct Capable de diminuer l'excitabilité sécrétoire, - 
le bouillon du pot-au-feu, les soupes épaisses, les viandes tendres 
et les volailles jeunes rôties, hachées menu, les aliments gélati- 
neux qui fermentent difficilement, se transforment plus vite que les 
albuminoïdes, s'absorbent rapidement et sont en quelque sorte des 
aliments d'épargne*, les poudres de viande bien préparées, les pois- 



1. BouvERET. — Traité des maladies de restomac, p. 4U, Paris, 1893. 

2. Ch. Riciif.t. — Comptes rendus de VAca'iémiedes Sciences^ 1877. 

3. Voyez H' Partik, Leçons XI, XVIII et XXVI. 

4. MUNCK et Uffelmann. — Die Ernjihrunp des gesunden und kranken Mensclien, 
p. yy, Leipiig, 1891. — G. Sée, Du réi?imc alimentaire, p. 17, Paris, 1887. 



I 






LE TRAITEMENT DES GASTRITES CHRONIQUES 911 

sons maigres au court-bouillon, les œufs à la coque à peine cuits, 
les pâtes alimentaires, les légumes réduits en purée, cuits à Teau, 
additionnés à table même d'un peu de beurre très frais, les fruits 
cuits, forment une carie assez étendue dans laquelle vous ferez, pour 
chaque malade, un choix dirigé par les règles générales posées tout 
à l'heure. 

Comme boisson, Feau pure, les eaux minérales inermes et non 
gazeuses, la bière de malt étendue d'eau, le lait ou les infusions 
aromatiques chaudes, suivant les cas. 

Quand les malades ne tolèrent ni le régime lacté absolu, ni Tali- 
menlation mixle, vous avez la ressource de V alimentation lacto- 
végétale^ dont je vous ai donné le détail en traitant du régime des 
dyspeptiques hyperslhéniques*. 

Le régime ^^^^ '® calarrhc muqueux où Ton doit du 

(ta catarrhe mojus tenter de stimuler Taclivité et par conséquent 
la nutrition des cellules glandulaires que tend à 
étouffer le tissu conjonctif néo-formé, vous vous inspirerez des règles 
tracées à propos du régime des dyspepsies hyposlhéniques*, et 
vous insisterez sur V alimentation animale ; la viande crue et le 
jambon finement râpés, les huîtres, les féculents azotés, les 
crèmes, les entremets légers, les fromages secs, le fromage à la 
crème, les confitures, le raisin seront permis. Vous autoriserez 
aussi quelques condiments, en particulier le sel marin qui fournit la 
matière première de l'HCl. Comme boisson, les vins blancs légers et 
doux, la bière, les eaux minérales stimulantes comme Fougues^ ValSy 
Saint-Galmiery CondillaCy Soultzmatty le thé et le café très faibles. 
On a conseillé d'augmenter V alimentation féculente^ dont la diges- 
lion peut s'effectuer facilement dans l'estomac non acide à l'aide de 
la ptyaline, et de diminuer les aliments azotés. Cela est inutile quand 
la digestion intestinale est bonne, puisque celle-ci s'exerce sur tous 
les aliments pourvu qu'ils soient dans un suffisant état de division. 
Au contraire, cette pratique serait à tenter si l'intestin fléchissait : on 
insisterait alors sur les féculents azotés (haricots rouges, pois, len- 
tilles, fèves, etc.)- 

Le régime ^^^^ '^ gastiitc atrophiquc, le régime des 

do la gastrite fermentations castriqucs est indiqué^ avec la précau- 

atrophlqne. 'j • . i r T • i 

tion de réduire tous les aliments a leur maximum 
de division, de sorte que les poudres de viande Irouvenl ici leur 



1 . Voyez page 260. 
2 Voyez page 374. 
3. Voyez page 492. 



912 LES MALADIES ORGANIQUES DE L'ESTOMAC 

emploi rationnel. 11 en est de même des peptones et des produits 
tels que la somalose, la nutrosey la nucléo-peptone, etc., quoique 
encore je ne conseille ces préparations qu'au cas où les aliments 
naturels ne seraient pas tolérés ou seraient pris en trop minime 
quantité. N'oubliez pas, d'ailleurs, que dans la gastrite atropliique les 
variations individuelles sont encore plus étendues que dans les catarrhes 
acide et muqueux,, puisque, en l'absence de stase gastrique et avec un 
bon vicariat intestinal, certains malades sont capables d'élargir 
amplement leur régime, à la condition de faire une plus forte part à 
l'alimentation végétale*. 

Le nombre Lcs autcurs diffèrent beaucoup sur le nombre 

es repas. ^^ i epas qu'il couvieut de conseiller dans les gastrites 
chroniques. Les régimes allemands comportent en général six repas. 
RosENHEiM se contente de quatre. Bouveret s'en tient aux trois repas 
habituels en France. Pour moi, je ne fixe rien d'ab^lu. Dans le ca- 
tarrhe acide où domine l'indication sédative, j'ordonne trois repas 
seulement, parce que chaque excitation alimentaire sollicite l'aclivité 
glandulaire. Dans le catarrhe muqueux, où il est préférable de 
stimuler la sécrétion, on répartira l'alimentation sur quatre à cinq 
repas. Dans la gastrite air ophique où l'on doit éviter la stase et le 
séjour prolongé des aliments, cinq ou six repas peu copieux seront 
mieux tolérés que trois repas abondants. 



II 

Les médications et leurs indications. — La médication du catarrhe 
acide. — Le trailemeiit des prédominances symptomatiques. — La inédi- 
cation du catarrhe muqueux. — Les modificateurs anatomiques et les 
modérateurs de la sécrétion muqueuse. — La médication de la g'astrite 
atrophique. — Le traitement des hémorrhagies. — Conclusions géné- 
rales. 

Us médications Lcs uotions qui viennent de me servir à éclairer et 

et leurs indications. « i* • i » • • . i - ^ a ^^ 

a diriger le regmie serviront encore de guide dans 
l'emploi des médications, au sujet desquelles la confusion la 
plus grande semble régner. Tel auteur recommande Y acide chlorhy- 
drique et Idipepsiîie, tel autre les stimulants de la motricité et de la 
sécrétion gastrique^ tel autre les modificateurs de la mtiqueuse, tel 

1, Voyez page 530. 



LE TRAITEMENT DES GASTRITES CHRONIQUES 913 

aulre les antiseptiques, tel enfin les médications physiques. Chacun 
donne de bonnes raisons à Tappui de ses conseils, et la meilleure de 
toutes, c'est qu'un médecin consciencieux ne propose que ceux qui 
lui ont réussi dans la majorité des cas. Il est donc certain que toutes 
les médications classiques ont eu leur part de succès; mais com- 
ment se fail-il qu'aucune n'ait encore réussi à s'imposer, comme le 
régime lacté, par exemple, dans le traitement de l'ulcère de Tes- 
lomac? C'est tout simplement parce que le vocable gastrite chronique 
répond à un processus à étapes successives et que la médication qui 
remplit les indications d'une de ces étapes ne s'adresse pas nécessai- 
rement aux autres périodes évolutives. A la première étape, tout doit 
concouriràlas6da/ion;aux phases initiales de la deuxième, c'est encore 
lasédation qui s'impose; mais, aux phases ultimes, h médication sti- 
mulante devient nécessaire. Enfm, quand la gastrite atrophique est 
définitive, il ne s'agit plus de médication excitante ni sédative, mais 
de réduire le travail mécanique de l'estomac et d'aider la digestion 
intestinale. Toutes les médications proposées sont donc bonnes, à 
la condition qu'on ne les associe pas au diagnostic brut de gastrite 
chronique, mais qu'on les adapte cliniquement à telle phase de la 
maladie où elles seront applicables, ainsi que je viens de le faire 
pour les régimes. 

Appuyée sur la physiologie pathologique et faisant état à la 
fois du trouble fonctionnel à combattre et de la lésion anatomique à 
modifier, la thérapeutique perd le caractère hasardeux qui la fait 
dédaigner par tant de maîtres éminents; elle se plie aux exigences 
des cas particuliers au lieu de les violenter doctrinairement, et elle 
réserve à ceux qui savent la pratiquer, en s'évadant des systèmes, 
les plus vives satisfactions. 

i^g A la phase du catarrhe acide, c'est encore le 

Mito^âSdc'' lï*2iil^D^6iil' de la dyspepsie hypersthénique permanente 
qui mérite le premier rang, à la condition de res- 
treindre au minimum Vaction médicamenteuse et de se borner en 
principe aux moyens d'assurer la tolérance du régime lacté et 
de relever l'appétit, sans préjudice, bien entendu, des indi- 
cations symptomatiques dominantes et spéciales à chaque cas. Parmi 
les agents physiques, je donne le premier rang à V hydrothérapie, puis 
^Mmassage général très doux, mais je repousse le massage de V estomac 
et Yélectricité. Vexercice physique modéré est indispensable. Quant 
aux cures hydro-minérales et d'altitudes, vous n'avez qu'à vous 
reporter à ce que nous en avons dit à propos de leur application au 
traitement de la dyspepsie hypersthénique. 




■i. 






J'y. ■ i 



m 



H 



914 



LES MALADIES ORGANIQUES DE L'ESTOMAC 



A celte période de la gastrite chronique, il m'a semblé que la 
médication devait être encore essentiellement fonctionnelle et que 
rimmobilisation ou la rétrogradation de la lésion dépendaient bien 
plus de la suppression de l'excitation fonctionnelle qui l'engendre 
que d'une action visant directement l'état anatomique. Et puis, com- 
ment atteindre celui-ci? La médication substitutive, à l'aide du 
nitrate d* argent^ les actions directes, comme celles du bichromate de 
potasse employé par Vulpian et de la créosote vantée par Klemperer, 
les modificateurs physiques, tels que le lavage^ le massage et Véleo- 
trisation stomacale^ peuvent sembler théoriquement rationnels, mais 
la pratique les condamne. 



Le traitement ^^ traitement sédatif étant admis comme base, il 

desprédominuioes ne uous Tcslcra plus qu'à Combattre les prédomi- 

symptomatlqaeB. « , , 

nances symptomatiques, a réveiller r appétit dé- 
faillant, à combattre la constipation, les crises gastriques, 
les flatulences, les fermentations et les vomissements* 
et à remonter l'étal général quand il fléchit*. Dans le trai- 
tement de l'anorexie, en dehors des moyens que vous con- 
naissez déjà, je vous conseille encore le métavanadate de soude et le 
persulfate de soude, dont il sera question tout à l'heure. 



i^g A la période du catarrhe muqueux, quand le 

cauwhe^ ew ^'^8^*^^ '^^^^ ^ douué tout cc qu il pouvait ou quand il 

n'est pas toléré, employez une médication stimulante 
calquée sur celle de la dyspepsie hyposthénique ^. Mais aux élé- 
ments constitutifs de cette médication qui a pour but de stimuler 
les fonctions sécréloires et motrices de l'estomac doivent s'as- 
socier les moyens aptes à modérer la sécrétion muqueuse el à 
modifier la lésion anatomique. Dans le catart'he acide, nous 
tentions d'influencer la lésion commençante en agissant sur ses condi- 
tions fonctionnelles ; dans le catarrhe muqueux, où le tissu conjonctif 
étouffe ce qui reste descellules glandulaires et où les cellulesà mucus, 
moins hautement spécialisées, prolifèrent si activement, il faut non 
seulement réveiller la vitalité des premières par tout ce qui peut 
exalter leur fonctionnement, mais s'attaquer directement aussi à 
l'état anatomique constitué. 



1. Voyez pour ces traitemeiUs les pages 298, 291, 2M, 2'J7, 500 cl suivantes, 28" 

2. Voyez page 301. 

'i. Voyez pap^es 378 à 400. 



I 



r 



LE TRAITEMENT DES GASTRITES CHRONIQUES 915 

umédiMUon ^^"^ connaissez déjà les agents de la médication 

■*J^«JJ»jJ« •* stimulante et apéritive, tels que la macération de 

qtuissia amara, la quamnCy Vélixir de Gendrin, les 

strychniqiieSy hœndurangOy le trèfle d'eau, l'ipéca à très faible dose 

associé au bicarbonate desoude, 2i\x sulfate ei à V azotate de potasse, 

etc. 

Ajoutez-y deux agents nouveaux dont j'ai beaucoup à me louer, 

le métavanadate de soude et le persulfate de soude. Voici le mode 

d'emploi du premier : 

*¥ Mélavanadale de soude 03^,03 

Eau distillée 300 grammes 

Dissolvez. Une cuillerée à dessert une demi-heure avant le déjeuner de midi, 
tous les deux jours seulement. Continuer pendant dix jours, cesser dix 
jours, reprendre dix jours. 

Le persulfate de soude sera prescrit de la façon suivante : 

¥ Persulfate de soude 2 grammes 

Eau distillée 300 — 

Dissolvez. Une cuillerée à soupe une demi-heure avant le déjeuner et le 
dîner. Cessez dès que Tappétit se manifeste pour recommencer dès 
qu^il fléchit. 

tes Comme modificateurs anatomiques^ j'ai employé 

an^nd^^aT ^^°^ succès, quclqucfois avcc désavantage, la teinture 

«t les d'iode et Viodure d'amidon, les iodures de potassium 

tèoréuon et (le sodiuM, le bichromate de potasse et le nitrate 

muqueose. d' argent. Aussi y ai- je renoncé. 

La gastérine de P^rémont doit au moins être essayée dans les 

cas rebelles. Je manque d'expérience personnelle à son sujet, mais 

elle est vantée par de très bons observateurs *. 

les Les vomitifs, tels que Y ipéca à la dose de i^% 50 

en trois paquets donnés à un quart d'heure d'intervalle 
et renouvelés tous les quinze jours à trois ou quatre reprises, ont 
mieux réussi. Dans trois cas, leurs bons effets m'ont paru indéniables. 
Mais, en général, ils ont l'inconvénient de fatiguer des sujets déjà 
affaiblis, et doivent être réservés aux malades encore vigoureux, 
chez qui dominent l'hypersécrétion muqueuse et la stase. 

1. Voyez page 70 i. 



916 LES MALADIES ORGANIQUES DE L'ESTOMAC 

Les Les révulsifs, sous la forme de pelils vésicatoires 

volants de la grandeur d'une pièce de cinq francs, 
répétés tous les dix à quinze jours pendant deux mois, sont d'utiles 
modificateurs locaux. Je ne veux pas faire d'inutiles tliéories sur 
leur mode d'action, puisque ces théories concluent à leur rejet; il me 
suffit de constater qu'en dépit des idées régnantes et conformément 
à l'observation traditionnelle ils donnent d'excellents résultats. 



Les compresses La compresse échauffante est un autre modifica- 
éohaatfantes. i^yp jq^^I dout Ics avantages sont réels, que l'on 
applique avec des eaux chlarurées-sodiques fortes ou avec des 
eaux-mères chlorurées-sodiques stimulantes comme celles de 5a/tn5- 
dU'Jura ou de Rheinfelden, les eaux-mères chlorurées-magm- 
siennes de Biarritz et de Salies-de-Béarn ayant des effets plutôt 
sédatifs. Vous la ferez appliquer chaque soir, pendant un à deux mois, 
après la période des révulsifs, quand les plaies des vésicatoires 
seront complètement cicatrisées. 

Le lavage P^"^* '^ plupart dcs autcurs, surtout dans les 

de l'estomac et la pays allemands, le lavaqe de Vestomac serait le meil- 

donche stomacale. ^ ** '' 

leur traitement du catarrhe muqueux de reslomac. 
Ses nombreux partisans le pratiquent à jeun, pour enlever le 
mucus sécrété pendant la nuit, ou le soir pour évacuer les résidus 
alimentaires de la journée. Ils se servent d'eau bouillie ou de 
solutions étendues de bicarbonate de soudi^ de sel marin, d'rî«// de 
chaux, d* antiseptiques divers et même d'IlGl. Beaucoup recomman- 
dent la douche stomacale avec Tune des solutions précédentes. En 
principe, je n'admets pas le lavage de l'estomac comme base du trai- . 
tement. Il n'est réellement utile qu'occasionnellement, à titre de 
traitement symptomalique, dans les cas de stase gastrique, quand 
l'estomac n'est pas vidé 6 à 7 heures après le repas et que les résidus 
alimentaires y subissent des fermentations dont les produits acides 
irritent la muqueuse. Alors le lavage devient indispensable, car les 
résidus fermentes des repas précédents ne peuvent que gêner la 
digestion du repas suivant. Dans ce cas, il réveille l'appétit, apaise 
les douleurs et facilite la digestion. 

j^g Les médications physiques, comme Yélectrisation, 

médications le massage, la gymnastique abdominale, qui étaient 

conlre-indiquées à la phase du catarrhe acide, 

deviennent ici d'utiles adjuvants pour l'emploi desquels vous 

suivrez les indications données à propos du traitement des dys- 






LE TRAITEMENT DES fiASTRITES CHRONIQUES 917 

pepsies hyposthéniques '. De même, lout ce qui concfirne Vhy- 
drothérapie cl le traitement hydro-minéral de ces dyspepsies s'ap- 
plique au catarrhe muqiietix. 

Le traitement habituel des prédominances 
symptomatiques el des déchéances de l'étal général 
s'applique aussi au catarrhe muqueux. 

L'atrophie gastrique ne réclame plus de 
traitement médicamenteux direct, puisqu'il importe 
itropbiiiQa. seulement d'assurer l'évacurtlion stomacale et la 
digestion intestinale. Lannédication acide çAr V acide chlorhj/driqtie 
ou par \'acide sulfurique associé à Xacide azotique', les fermeuts 
digeslirs, pepsine, papaine, maitine , pancréatine, semblent 
d'abord indiqués, puisque l'estomac n'est plus qu'un sac inerte dans 
lequel il semble rationnel de réaliser une digestion artificielle. Mais, 
en pratique, les résultats de ce traitement sont bien incertains. Si 
quelques malades s'en trouvent fort bien et voient s'améliorer leur 
état, la majorité n'en éprouve aucun bénéfice el d'aucuns même ne 
le tolèrent pas. En principe, je commence toujours par l'essayer, 
quitte à le cesser dès que je constate son inconvénient ou son inutilité. ' 
Vous donnerez dès la fin des repas soit l'HCI à 4 p. 1000, soit mieux 
encore la mixture de Coutaret. Quant h la pepsine, n'employez que 
celle à titre 100 et donnez-en quatre à cinq doses de 0'%50, 
associées chacune àO^'.IO de maitine el échelonnées pendant la durée 
du repas. Une demi-heure à une heure après celui-ci, administrez la 
pancréatine à la dose de quatre à cinq pilules kératinisées deO^^IO. 

Dans le mftme ordre d'idées et plus rationnellement, vous pour- 
nez remplacer les acides minéraux et les ferments digestifs par la 
goilérine de FRÉMOMT^ 

Si cette médication ne réussit pas, il ne reste plus qu'à maintenir 
l'appétit, à assurer l'évacuation rapide de l'estomac, à empêcher les 
a'imenis d'y subir d'anormales fermentations et à combattre les com- 
plications. Je n'ai pas à revenir sur [la question des apéritifs, 
puisque les moyens précédemment indiqués sont aussi de mise dans 
'^ gastrite atrophique; quant aux deux autres indications, elles re- 
'event de la médication des fermentations gastriques *. 

Pour l'état général, la meilleure manière de le remonter el de 
'^ maintenir, c'est d'assurer une digestion suffisante. Le maswge, 

',■ Vojei page 380. 

-- V«jei page 881 el iiiiviinUs. 

^- Voyei page 385. 

*■ Vojei pages 50" 



' l 



î)I8 LES MALADIES ORGAiNIQUES DE L'ESTOMAC 

V hydrothérapie, les cures hydro-minérales externes de Bianiiz, 
Salies-de-Béarn, Salins-4u Jura, Plombières, Bagnères-de-Bigorre, 
etc., valent surtout par leurs effets sur Tinnervation et la circulalion 
intestinales. Les cures hydro-minérales internes de ChâieUGuyon, 
Brides, Santenay, Aulus, Carlsbad, Kissingen, Hombourg, Marienbad 
peuvent, à la rigueur, favoriser l'évacuation stomacale, mais 
leur influence parfois favorable dépend de l'amélioration qu'elles 
provoquent dans la digestion intestinale et de leur action régula- 
risante sur la nutrition. 

i^ A propos du traitement des prédominances 

irattement des s vm ptoma tiqucs ct dcs complicatious, je n'insisterai 

que sur les hémorrhagies qui peuvent survenir 
à la deuxième et à la troisième étape de la gastrite chronique. Ces- 
sez toute alimentation pendant 12 heures au moins, puis in- 
stituez le régime lacté absolu. Pendant la période de jeûne, faites 
une injection sous-cutanée avec une solution stérilisée de géla- 
tine à 7 p. 1000, et donnez toutes les trois heures environ une 
demi-cuillerée à café de lait 'de bismuth. Les auteurs modernes 
proposent d'introduire le lait de bismuth avec la sonde : je ne 
connais pas de plus dangereuse pratique. En recommençant le ré- 
gime lacté, vous aurez le choix entre quatre médicaments : Vergotine 
à la dose de 2 à 4 grammes par jour ', \e perchlorure de fer en dra- 
gées de 0«',10, le nitrate d'argent en pilules de O^'jOl et Viodoforme 
associé au tannin et dM goudron suivant la formule ci-dessous : 

"if. lodoforme O^^iO 

Goudron de Norvège O^^SO 

Poudre de ratanhia 0«%50 

Divisez cette quantité en 10 pilules. Donnez de 2 à 4 pilules par jour. 

Bien entendu, vous n'associerez pas Vergotine ni les préparations 
tanniques avec le nitrate d^ argent et le perchlorure de fer. 

utraHement Lorsque la gastrito chronique est secon- 

gartrites dâîrc, SOU traitement pcrsounel doit être combiné 

ohroniqaes avcc cclui do la maladie causale. Je vous renvoie pour 

8600Ddaires. . 

les détails et la technique de cette association 
thérapeutique aux Leçons qui traitent des retentissements des diverses 
maladies de l'estomac ^ 

1. Voyez page 1076. 

2. Voyez 1V« Partie, page 757 et suivantes. 



LE TRAITEMENT DES CASTRi' 

lm eoDciaiioiu En jetant uii coup d'œil 
' "■ de la gastrite chronique ( 
saut de la dyspepsie, on voit que le traitcmi 
elle-même n'y occupe qu'une place à la h 
que les traitements fonctionnels d 
pliquent siiccessivemenl à la gastrite chri 
sonévolution. La meilleure manière d'agii 
de connaître les conditions fonctioanellt 
lésion el de chercher à les modifier par ï 
nelle: tel est le principe essentiel qui 
aujourd'hui le plus grand nombre de ne 



TROISIÈME LEÇON 

L'ULCÈRE SIMPLE DE L'ESTOMAC 

LANATOMÏE PATHOLOGIQUE 
L*ÉTI0L0G1E — LES THÉORIES PATHOGÉNIQUES — LE MÉCANISME ÉVOLUTIF 

ET SES CONSÉQUENCES THÉRAPEUTIQUES 



I 

La définition. — L'historique. — L*anatomie pathologique. — Le 
siège. — L'unicité. — I^a forme. — La description macroscopique. — 
liCs lésions de voisinage. — L'évolution anatomique. — L'histologie 
pathologique. — L'état de la muqueuse à distance. 



u L'ulcère simple est une ulcération limitée, le plus 

définiuon. souveut unique, à marche chronique, à tendance 
progressive, reconnaissant pour condition essentielle une dyspepsie 
hypersthénique avec hyperchlorhydrie antérieure ou d'intenses 
fermenlations acides, et pouvant amener la mort par perforation 
ou hémorrhagie*. 

Cette conception, qui rattache l'ulcère simple à une forme spéciale 
de la dyspepsie et qui en fait une complication évolutive de celle-ci, 
est admise, avec des variantes, par la plupart des médecins qui ont 
étudié spécialement les maladies de l'estomac; mais elle a été forte- 
ment attaquée dans ces derniers temps par des savants très distin- 
gués qui tendent à unifier le plus grand nombre des ulcérations gas- 
triques et à leur imposer, par conséquent, une thérapeutique 
fondée sur les éléments communs de leur pathogénie. 

1. Synonymie : ulcère perforant (Rokitansky), ulcère rond (Niemeyer), ulcère de l'es- 
tomac (Brinton), gastrite ulcéreuse (Valleix), ulcère escharotique, peptique, héraorrha- 
gique, chronique, solitaire, maladie de Cruveilhier. 



'TT^ 



L'ULCÈRE SIMPLE DE L'ESTOMAC 921 

L-hiatori • ^^is, d'abord, jetons unrapidecoup d'œil sur l'his- 

toire de la maladie. Oq trouve dans les anciens auteurs 
des relations de cas de mort subite par bématémèse ou hémorrhagie 
abdominale, suite de perforation de Testomac. Plus tard, Matthew 
Baillie (1 797)S dans une étude assez confuse sur les ulcérations de cet 
organe, en décrit une qui a Tapparence d'une ablation au couteau d'un 
morceau de Testomac. Les thèses de J. Morin% de G. Laisné^ les 
observations d'ÂBERCROMBiE* n'apportèrent que des faits isolés. C'est 
àCRUVEiLHiER% commc VOUS le savez, qu'on doit l'histoire à peu près 
complète de l'ulcère auquel il donna le nom de simple. Après l'ère des 
faifs, vint celle des théories. Vous verrez que depuis la découverte si 
précise de Cruveilhier, chaque fois qu'une doctrine nouvelle entraî- 
nait la médecine, on a voulu faire passer l'ulcère simple sous ses 
fourches caudines. Et c'est ainsi que, tour à tour, on mit la gastrite, 
les troubles trophiques, l'acidité gastrique, la toxi-infection, etc., au 
premier rang de ses conditions génératrices. Cett*^ dernière doctrine, 
dont vous trouverez l'exposé récent dans le travail de C. Gandy®, ne 
tend rien moins qu'à ôler à l'ulcère simple sa personnalité morbide, 
à unifier toutes les ulcérations de l'estomac dans leur origine loxi- 
infeclieuse et dans le processus anatomo-pathologique de la nécrose 
hémorrhagique. Le processus aigu de la nécrose hémorrhagique, 
en passant à la chronicité, s'accompagnerait de réactions inflam- 
matoires banales qui transformeraient les ulcérations toxi-infec- 
lieuses en ulcères simples typiques. Par conséquent, les ulcérations 
infectieuses, comme celles de la pneumococcie, comme l'exulçeratio 
siraplex de Dieulafoy, ne seraient que des ulcères simples arrêtés 
dans leur évolution par un accident mortel ; elles seraient la forme 
aiguë de la maladie dont l'ulcère simple est la forme chro- 
nique. 

Je ne saurais souscrire à celte opinion qui tend forcément, si on 
Tadopte, à modifier les indications thérapeutiques de l'ulcère simple. 
Vous verrez, au cours de ces Leçons, qu'elle n'est pas justifiée par la 
clinique, que les preuves qu'on en a cru donner sont analogiques et 
tendancieuses, que l'individualité de l'ulcère simple demeure encore 



1. Hatthew Baillie. — The morbid anatomy of some of the most important parts of 
the human Body, LondreSy 1897. Traduit sur la ^* édition, par Guerbois, p. 106, 1815. 

2. J. MORIN. — Thèse de Paris, 1806. 

3. G. Laisné. — Thèse de Paris, 1819. 

4. Abercrombie. — The Edinburgh médical and surgical Journal, t. XXI, p. 1, 1824. 

5. J. Cruvbilbier. — Revue médicale française et étrangère, février, mars et juillet 
1838. — Voyez aussi : Atlas d*aaatomie pathologique, Livraisons X, XV, XXX, XXXI, 
XXXVIII, 1830-1842. 

6. G. Gandt. — La nécrose hémorrhagique des toxémies et Tulcère simple, Thèse de 
Paris, 1899. Cette thèse contient une des meilleures bibliographies de l'ulcère simple. 

ni 59 



933 LES MALAD[ES ORGAMOUES DE L'ESTOMAC 

înatlaquable, el que nous possédons assez de faits pour que l'on puisse 
écrire son histoire clinique et thérapeutique sans le secours des tliéo- 
ries ou des doctrines. 

L'anatomia D'nprès les classiques, l'ulcère simple siège 

pathDiogivK. surtout à la face postérieure de l'eslomac, à la petite 
Ld iiig*. courbure et au voisinage du pylore. Il serait moins 
fréquent à la face antérieure, el il serait rare dans la région du cardia 
et à la grande courbure. Doyen a montré le motif de celte 
localisation habituelle : si l'on fait passer par l'estomac considéré 
dans la station debout un plan horizontal au niveau du bord supérieur 
du pancréas (fig. 17), on reconnaît que la majorité des ulcères 



simples siègent au-dessous du plan du secteur, c'est-à-dire sur les 
parties de l'estomac qui sont en contact habituel avec les aliments, 
ainsi que vous pouvez le voir sur la figuie 18, où la place des ali- 
ments pendant la station debout est représentée par un pointillé plus 
foncé. Pendant le décubitus dorsal, le chyme vient en contact avec la 
paroi postérieure, plus déclive que le pylore, ce qui explique la 
fréquence de l'ulcère sur cette paroi. 

L'nmcitt. Il est le plus souvent unique. La statistique de 

Brintom donne un cas d'ulcère multiple sur 47. .A 
côté d'un ulcère en aciivité, on trouve quelquefois aussi des cica- 
trices d'ulcères anciens. Malgré tout, je considère l'unicité de rul(:ère 
comme l'un de ses bons caractères anatomiques distinctifs d'avec 
les autres ulcérations. 



r 



L'ULCÈRE SLMPLE DE L'ESTOMAC 923 

u La forme est arrondie ou ovalaire, d'où le nom 

formt. d'ulcère rond proposé par RokitaNsky. On l'a vu annu- 
laire au niveau du pylore. Ses dimensions varient de celles d'une pièce 
de cinquante centimes à celles d'une pièce de cinq francs. Cru- 
YEiLHiER a cité un cas où la perle de substance avait 8 centimètres 
de large et 16 de long. 

u dMcripuon L'ulcèrc réccut cst nettement découpé; ses bords 
macroscopique. ^^^^ minccs ct la pcrtc de substance semble faite à rem- 
porte-pièce dans une paroi à peu près normale. Au bout d'un cer- 
tain temps, les bords s'épaississent; la cavité devient plus 
profonde et prend l'aspect d'un cône tronqué dont la base 
répondrait à la muqueuse détruite et dont le sommet repo- 
serait sur la séreuse. Les parois du cône sont formées par 
la section des diverses, tuniques de l'estomac; comme ces tuniques 
ne sont pas toutes également intéressées, que l'ulcération est de 
moins en moins étendue à mesure qu'on s'approche de la séreuse, 
ces parois sont découpées en gradins plus ou moins irréguliers. 
Quand la muqueuse est plus largement détruite sur un point de la 
base du cône, l'axe de celui-ci n'est plus perpendiculaire, mais 
oblique à la paroi stomacale. Si l'ulcère est très ancien, les bords 
prennent Taspect d'un bourrelet calleux inséré sur une base indu- 
rée; la disposition en gradins disparaît, ce qui le fait paraître plus 
profond et lui donne quelquefois l'aspect d'une infiltration squir- 

rheuse. 

Le fond de l'ulcère est formé par la tunique musculeuse dont on 
distingue les faisceaux ou par la séreuse. Il est lisse et légèrement 
tomenteux ; il n'a jamais l'apparence bourgeonnante des ulcères can- 
céreux. Dans maintes observations, les parois stomacales sont entiè- 
rement détruites, et le fond de l'ulcère est constitué par du tissu de 
périgastrite ou par un organe voisin, comme le pancréas. Sur les 
parois ou sur le fond, on peut voir des artérioles nettement sec- 
tionnées et oblitérées par un caillot ou par du tissu embryonnaire. 

PowELL a noté des dilatations anévrysmaliques des artérioles, 
Andral un état variqueux des veines, Liouville et Galliard des 
anévrysmes miliaires. 

L'ulcère provoque des lésions de voisinage dont la périgas- 
trite par propagation est la plus habituelle. Celle-ci crée des 
adhérences protectrices qui diminuent la gravité des perfora- 
tions, mais qui, fixant l'estomac aux viscères voisins et gênant son 
fonctionnement, sont la cause de symptômes d'apparence irration- 
nelle et forment parfois des masses plus ou moins volumineuses et 



924 LES MALADIES ORGANIQUES DE L'ESTOMAC 

douloureuses, perceptibles à la région épigastrique et ayant souvent 
donné lieu à des erreurs de diagnostic. 

Us lésions Grâce à ces adhérences, Tulcère peut gagner les 

de Tolslnags. • • . i «.ri i p^* 

organes voisins et creuser des cavités dans le foie, 
le pancréas ou plus rarement la rate, qui lui servent alors de paroi. 
RoKiTANSKY a VU uu gros fragment de pancréas détaché et tombé 
dans Testomac. Si les adhérences unissent Testomac avec des organes 
creux, le travail ulcéralifcrée des fistules établissant des communi- 
cations de l'estomac avec l'intestin grêle, le côlon transverse (QuiN- 
cke), la vésicule biliaire (Habershon), et même avec des organes 
plus éloignés comme le péricarde (Guttmann, A. Mathieu, Moizard), 
le cœur (Cuiari, Brenner, Oser, Finny), les bronches, les plèvres, 
le tissu cellulaire sous-cutané (Korach), etc. 

Quand l'ulcère perfore le péritoine, avant qu'il se soit établi 
des adhérences, il se produit une péritonite suraiguë. Ceci se 
présente surtout quand l'ulcère occupe la face antérieure de l'esto- 
mac où les adhérences sont moins fréquentes et moins solides. La 
péritonite reste partielle si la perforation se fait au milieu des fausses 
membranes protectrices. Les poches pyo-gazeuses qui en résultent 
peuvent siéger tout autour de l'estomac; on les a vues constituer une 
sorte de pyo-pncumothorax sous-diaphragmatique qui si- 
mule celui de la plèvre. Elles s'évacuent par la paroi abdominale ou 
dans un organe voisin, l'intestin, le péricarde, la plèvre, le poumon. 
Dans un cas, j'ai vu le foyer périlonéal s'enkyster, puis s'ouvrir 
ensuite dans l'estomac; le malade eut un vomissement purulent, 
d'odeur infecte, auquel succédèrent des régurgitations putrides; la 
mort survint deux mois après par hématémèse foudroyante. 

réroiuuon L'ulcèrc simplc peut se cicatriser. Cette évolution 

curât ive n a heu que chez les malades dont on a pu dimi- 
nuer d'une façon permanente l'hyperacidité du contenu stomacal. 
D'après la statistique de Brinton, cette cicatrisation aui*ait lieu dans 
la moitié des cas. Les cicatrices sont plus ou moins irrégulières, quel- 
quefois étoilées, blanchâtres. Suivant leur siège, la rétraction cicatri- 
cielle peut amener des déformations de la cavité gastrique, comme la 
biloculalion* oulasténose pylorique. Sur six autopsies où j'ai 
constaté cette dernière lésion, elle était due trois fois à une cicatrice 
d'ulcère. La récidive de celui-ci au niveau du tissu cicatriciel a été 
observée. Notez aussi l'envahissement possible de ce tissu parle can- 

1. Voyez page 1082. 



L'ULCÈRE SIMPLE DE L'ESTOMAC 925 

cer; d'après les statistiques de Dittrich, Hauser, Rosenheim, So- 
NiCKSEN, le cancer serait précédé d'ulcère dans 6 à 14 p. 100 des 
cas; j'en ai observé i cas sur 51 ulcéreux. La dégénérescence cancé- 
reuse peut se faire aussi dans Tulcère en pleine évolution; on a vu 
encore des cas où ulcère et cancer étaient nettement séparés. L'épi- 
Ihélioma métatypique est la variété de cancer secondaire la plus com- 
mune. 

iTristoioffie L'histologie de l'ulcère simple a donné lieu àd'as- 
pauioiogiqa«. g^z nombrcux travaux, parmi lesquels il faut citer ceux 

de KORCZVNSKI etJAWORSKI,CORNILetRANVIER,0PENCUOWSKI,HAUSER, 

Galliard, Hayem et LiON,etc. Ces derniers auteurs, ayant eu l'occasion 
d'examiner un ulcère récent, en ont donné une bonne description mi- 
croscopique. 

La description d'HAYEM et Lion difTère sensiblement de celles des 
autres auteurs. Ces derniers signalent une infiltration embryonnaire 
très dense dans la muqueuse, lasous-muqueuseetjusque dans la tunique 
musculeuse, avec dissociation et même destruction des éléments nor- 
maux delà paroi. Cette infiltration est à son maximum au voisinage de 
l'ulcère et diminue à mesure qu'on s'en éloigne. De plus, Cornil et 
Ranvier notent de Tendartérile oblitérante sur les confins de l'ulcère, 
et Galliard a vu les parois des arlérioles altérées par des éléments 
embryonnaires créant autour de la perte de substance <i une zone de 
dévascularisation » qui rend la muqueuse plus apte à subir l'atteinte 
de Thyperacidité gastrique. 

Dans l'observation d'HAYEM et Lion, si Tinfiltralion embryonnaire 
est plus prononcée autour de l'ulcère, la muqueuse présente pour- 
tant dans toute son étendue un peu d'infiltration interstitielle. Dans 
les glandes non entamées par le processus, les cellules principales 
sont proliférées et vivaces. Dans les minces trousseaux fibreux ondu- 
lés de la sous-muqucuse, il y a beaucoup d'œdème. mais peu de cel- 
lules embryonnaires. La tunique musculaire est infiltrée au fond par 
un assez grand nombre de ces cellules; quant aux lésions vasculaires, 
elles sont relativement peu prononcées. 11 semble, d'après cette des- 
cription, que l'infiltration embryonnaire soit secondaire à l'ulcéra- 
tion au lieu d'en constituer une phase préparatoire, ainsi qu'on tend 
à l'admettre généralement. Je pense que la vérité est entre les deux 
opinions, qu'une altération préalable de la muqueuse et de la sous- 
muqueuse est indispensable à la production de l'ulcère, mais que, par 
le fait de l'ulcération même et de la réaction inflammatoire qui l'en- 
toure, cette altération primordiale ne peut que s'accentuer. 

Dans les ulcères anciens qui tendent à la cicatrisation, l'infiltra- 






926 LES MALADIES ORGANIQUES DE L'ESTOMAC 

lion embryonnaire fait place à des formations conjonctives. Au centre 
ou sur les bords, on trouve des fragments de glandes dissociées qui 
se transforment en petits kystes ou se tapissent d'épithélium cylin- 
drique. Ce sont des sortes d'adénomes constituant un terrain favorable 
pour le cancer (Hauser) *. 

Létat Pour Colomba*, Laveran ^ Galliard *, il y aurait des 

^* ^dSu^c*»!'* * lésions interstitielles étendues à toute la muqu euse de 

Testomac. Korczynski et JAWORSKI^ sur quatre cas, 
ont trouvé des lésions romplexes dont ils font le substratum analo- 
mique d'un catarrhe acide. Hayem et Lion, de leurs huit obser- 
vations, tirent cette conclusion qu'il n'y a pas de lésion de 
la muqueuse spéciale à l'ulcère, mais qu'on peut y rencontrer toutes les 
formes de la gastrite parenchymateuse pure et de la gastrite mixte; les 
cinq examens d'A. Mathieu confirment celte opinion. Ce dernier 
trouve des amas embryonnaires, non seulement au voisinage immé- 
diat de l'ulcère, mais à une certaine distance de celui-ci. A leur 
niveau, les glandes sont refoulées, écartées ou détruites, les parois 
des vaisseaux sont infiltrées. 

A ces preuves des altérations de la muqueuse à distance de Tulcère, 
c'est-à-dire d'une gastrite préexistante à l'ulcère, on ne peut guère 
opposer que des examens macroscopiques déclarant que la muqueuse 
paraissait saine au moins dans la majorité des cas. Il n'y a donc pas 
lieu d'en tenir compte, et vous verrez tout à l'heure combien cette 
notion éclaire la pathogénie de l'ulcère. Mais, pour étudier cette 
pathogénie avec fruit, nous devrons rappeler d'abord les conditions 
éliologiques qui figurent à l'origine de celui-ci. 



1. Hadser. — Berliner klinische Wochenschrifly p. 687, 1882, et Die chronischen Magen- 
gcschwure, Leipùg^ 1883. 

t. CoLOMDA. — Annali univertali di medicina e chirurgiûf t CCXXXIX, p. 620, el 
t. CCXLI, p. 46. 

3. Laveran. — Archives de physiologie nonnale et pathologique 1 1876. 

4. Galliard. — Essai sur la pathogénie de l*ulcère de restomac, Thèse de PariSy 
1882. 

5. Korczynski et Jaworski. — Deutsches Archiv fur klinische Medicin, t. XLVII, 
1890. 



\ 



L'ULCÈRE SIMPLE DE L'ESTOMAC 927 



II 

L'étiologie. — L'âge. — Les professions. — Les traumatismes. — Les étals 
morbides antérieurs. — La dyspepsie hypersthéniquc. 

Létioiogie L'ulcère simple est une maladie fréquente. Pour 

Lebert, on le rencontrerait une fois environ sur 200 
malades. Pour Nolte, cette fréquence serait de 1,8 sur 100 autop- 
sies; pour Grunfeld, la proportion s'élèverait à 20 p. 100, et, entre 
ces chiffres extrêmes, d'autres auteurs ont donné tous les intermé- 
diaires. Dans certaines contrées comme la Sibérie, laThuringe, etc., 
rulcèi*e simple serait plus commun. 

Rare au-dessous de 10 ans, il atteint son maximum 

Làge. 

de fréquence de 30 à 40 ans chez Thomme et de 20 
à 30 ans chez la femme. Celle-ci en serait un peu plus souvent 
atleinte. Dans ma statistique personnelle qui porte sur 51 cas, le 
plus jeune avait 17 ans, le plus âgé 65 ans, et il y avait 27 femmes 
contre 24 hommes. La plupart des cas d'ulcère simple observés 
chez des enfants au-dessous de 10 ans sont passibles d'objections. 

Lea Certaines professions, comme celles de cuisi- 

professions. njgp^ poUsscur dc glaccs, tourneur en métaux (Eich- 
noRST) ou en porcelaine (Bernutz), semblent plus atteintes ; mais toutes 
les conditions sociales payent un égal tribut à la maladie. 

Les L'action du traumatisme n'est pas niable. Aux 

cas de Derouet, Hoffmann, Vanni, Leube, etc., je 
puis en ajouter deux autres. Le premier concerne un déménageur 
qui eut une hématémèse à la suite d'un choc violent sur l'épi- 
gastre; le second vomit du sang après un coup de pied de cheval au 
niveau de l'estomac. Tous deux étaient, d'ailleurs, des dyspep- 
tiques hypersthéniques avec hyperchlorhydrie , chez qui le 
traumatisme n'a agi que comme cause occasionnelle de l'ulcère. 
Un troisième malade qui eut une forte hématémèse causée par 
un coup de timon de voilure, et qui n'avait pas d'hyperchlorhy- 
drie, guérit au contraire en quelques semaines. 

L„ En recherchant les états morbides antérieurs 

états morbides j l'ulcèrc simplc ct cousidérés comme pouvant avoir 

antérieurs. ^ * 

une part dans son étiologie, on a cité la chlorose, 



928 LES MALADIES ORGANIQUES DE L*ESTOMAC 

Talcoolisme, la tuberculose, les névroses et spécialement l'hystérie*, 
rarlério-sclérose, la syphilis, Timpaludisme et surtout les maladies 
infectieuses. La doctrine la plus récente consiste même à considérer 
Tulcère simple comme le résidu chronique d'un processus toxi-infec- 
lieux. 

u dyspepsie A côlé de celte étiologie banale, je placerai simple- 
hyperëthéniqar mg^t ma statistiquc personncUe. Sur mes 

51 cas, il y avait 47 dyspeptiques hypersthéniques avé- 
rés; 3 cas n'avaient eu aucun trouble dyspeptique avant l'hé- 
matémèse révélatrice, mais l'examen des vomissements chez 
deux d'entre eux les montra hyperchlorhydriques; la dernière 
malade était une hystérique avec chlorHydrie normale et fermen- 
tations acides. Dans 17 cas, le chimisme stomacal a été étudié, 
presque toujours sur des liquides de vomissement, car j'ai pour prin- 
cipe absolu de ne jamais introduire la sonde chez les malades qui 
ont eu une hématémèse ou chez lesquels on redoute un ulcère 
simple. Or l'hyperchlorhydrie a été notée dans 16 cas, raugmentalion 
de l'acidité totale dans tous les cas sans exception. De son côté, 
IIayem, sur 26 cas d'ulcère, ne trouve que trois fois le chimisme à 
peu près normal*. Voilà un document autrement précis que l'incer- 
taine énuméralion de tout à l'heure ; il va nous servir de j^uide dans 
le dédale des théories pathogéniques que nous devons maintenaDt 
examiner. 



1. Gilles de la Tourette. — l/ulcère rond dans ses rapports avec rhystéric, La 
Semaine médicaUf novembre 1899. 

2. RlEGEL, SCH.CFFER, KORCZYNSKI et JAWORSKI, V. DER VELDEN, BODVERET, EWALD» elC, 

ont également établi que riiyperchlorhydrie était habituelle dans rulcère. Les faits con- 
tradictoires de quelques auteurs, de Ritter et Hirsgh en particulier, ont été critiqués 
par Bouveret qui ne leur laisse aucune portée, parce que lantât la technique a été mau- 
vaise, tantôt Thypochlorhydrie a été admise après un seul repas d*épreuve ou Un repas 
insuflisant, tantôt Texamen a été fait à une époque où rulcère pouvait être guéri. — 
RosENHEiii trouve l'hyperchlorhydrie dans moins de la moitié des cas, rhypersécrétion 
dans les cas de sténose pylorique, et Pacidité normale fréquente; Fhypoacidité serait ha- 
bituelle dans les ulcères très anciens. 



F 



L'ULCÈRE SIMPLE DE L'ESTOMAC 929 



III 

Les théories pathogéniques. — La théorie vasoulaire. — La théorie 
de la stase veineuse et de Tinfarotus hémorrhagique. — Les 
théories nerveuse et mécanique. —La théorie des altérations du 
sang. — La théorie de la gastrite chronique. — La théorie de la 
toxi-infection. — La théorie chimique. — La théorie mixte 46 
Fauteur. — Le mécanisme évolutif de Tulcére simple et les 
conséquences thérapeutiques. 

u théorie En abordant le dédale des hypothèses contradictoires 

patbogtaiqae. qy| Q^t été faitcs pour expliquer la pathogénie de 
Fulcère simple, nous avons deux fils conducteurs, à savoir : le fait 
analomo-pathologique de lésions constantes de gastrite, et puis le 
fait clinique et chimique de la constance de Thyperacidilé du contenu 
stomacal. Toute hypothèse qui ne tiendra pas compte de ces deux 
faits est, d'avance, frappée de stérilité, si appuyée qu'elle soit parles 
doctrines à la mode et les interprétations analogiques. Car, je vous le 
répète encore, si nous voulons que notre pathogénie soit la directrice 
eflicace de notre thérapeutique, il faut la constituer avec des juxtaposi- 
tions de faits constants et non avec des doctrines régnantes dans les- 
quelles on enserre les faits analogues qui semblent devoir les étayer. 
Suivant l'orientation de celles-ci, on a voulu expliquer l'ulcère par 
l'anatomie pathologique*, par la chimie ou par l'infection ; chacune 
de ces théories a impliqué aussitôt un traitement local, chimique ou 
antiseptique ; mais les praticiens n'ont eu garde de suivre les doc- 
trinaires. Ils en sont restés au vieux traitement de Cruveilhier, et 
j'espère vous démontrer que, abstraction faite de toute théorie, ce trai- 
tement répond bien en principe à la juxtaposition des deux faits 
que je viens de rappeler. 

Pour expliquer l'ulcère, on a donc invoqué de nombreuses 
théories que nous devons maintenant discuter. 

u théorie On a dit que l'ulcère procédait d'un trouble de 

Tascoiaira. la ci Tcula tiou artérielle, qu'une embolie, une 

thrombose dépendant d'une lésion antérieure de la paroi vas- 

culaire, telle qu'alhérome, dégénérescence quelconque, dilatation 

anévrysmalique miliaire, etc., frappaient d'ischémie et même de mor- 

1 . GoT. — Deux cas primitifs do gastrite aiguë ulcéreuse et leurs rapports avec la 
maladie de Cruveilhier, Thèse de Parit, 1899. 



930 LES MALADIES ORGANIQUES DE UESTOMAC 

tificc'ïtion le territoire irrigué par le vaisseau oblitéré, territoire 
dont les tissus nécrosés étaient ensuite digérés par le suc gastrique. 
Les expériences de Panum, de Prévost et Gotard qui obtiennent des 
infarctus emboliques suivis d'ulcérations gastriques en injectant 
dans les artères des particules solides, le cas de Godinier qui 
observa un ulcère de Teslomac à la suite d'une embolie de l'artère 
pancréatico-splénique, celui de Merkel, les faits de coïncidence 
d'ulcère et d'embolie ou de thrombose rassemblés par Cheyroux- 
Lagrèze* sont les arguments invoqués par les partisans de cette théo- 
rie. Klebs admet même, dans les c^s nombreux où manque la lésion 
arlérielle, un spasme vasculaire suffisant pour ischémier un 
certain territoire, et A. Rey déclare que les contractions du 
vomissement peuvent produire ce spasme vasculaire et permettre 
l'attaque de la muqueuse par le suc gastrique. 

H est inutile de nous attarder dans l'énumération des arguments 
opposables à cette théorie. 11 est possible qu'elle soit vraie dans 
quelques cas exceptionnels ; mais, outre que la thrombose, l'embolie 
et la compression des artères (Netter) n'ont été constatées que dans 
de très rares cas d'ulcère, Tungel, Gehrardt et d'autres encore ont 
vu la thrombose et l'embolie en l'absence d'ulcère. Enfin les faits 
expérimentaux de Korte, Cohnheim, Gandy, Marion montrent que 
l'oblitération d'artérioles assez volumineuses de l'estomac ne donne 
pas naissance à l'ulcère, et cela s'exph'que d'autant mieux que les 
artères de l'estomac ne sont pas des artères terminales et qu'elles 
s'anastomosent largement les unes avec les autres à leurs extrémités. 

Dansla théorie de la stase veineuse soutenue 

La Uiéori6 -^ 

delà par RoKiTANSKY, cc troublc circulatoire intéresserait la 
stase Teineiiso. jmtpmojj jy pQurtour dcs orifices glaudulaircs qui en 
sont le siège principal, d'où de petites érosions superficielles qui, 
attaquées par le suc gastrique, dégénéreraient en ulcère. Celle 
théorie comporte deux objections : la première, c'est que la 
stase veineuse ralentit la sécrétion stomacale et diminue ou fail 
disparaître THCl libre ou l'acidité totale dont nous faisons une condi- 
tion absolue de l'ulcère ; la seconde, c'est que les érosions gastriques 
par slase veineuse des cardiaques, des hépatiques, des pulmonaires 
ne se transforment pas en ulcère. 

La uiéorie ^® °^ discutcrai pas longtemps la théorie 

de rinfarctus dc l'infarctus hémorrhag:iaue par stase vei- 

hèmorrhagiqae. j r» / 

neuse de Rindfleisch; car, en admettant même que 

1. Cbeyroux-Lagrèze. — Tlièse de Paris » 1881. 



LTLCÈRE SIMPLE DE L'ESTOMAC 931 

Tulcère puisse succéder à celle hémorrhagie inlerstilielle, ni la 
clinique ni rexpérimenlalion ne démontrenl que celle-ci soil le ré- 
sullal d'une simple slase veineuse. 



u théorie Quant aux troubles vaso-moteurs, ecchymoliques, 

nerveuse. ui|>éreux même, expérimentalement observés par 
ScHiFF, Brown-Séquard, Ebsteïn, etc., à la suite de lésions 
des corps opto-striés, des tubercules quadrijumeaux, du bulbe 
et de la moelle cervicale, ils ne relèvent pas uniquement 
de troubles mécaniques de la circulation, mais aussi de 
graves troubles de la nutrition générale et peut-être d'excitations de la 
sécrétion gastrique. La fréquence relative de Tulcère chez les 
névropathes a encore servi d'argument pour étayer cette théorie 
à la fois nerveuse et vasculaire, mais sans autre preuve que 
celle d'une statistique limitée. 

La théorie Et lorsquc QuiNCKE * a voulu reproduire l'infil- 

'"*' tration hémorrhagique par des excitations chimiques, 
mécaniques ou thermiques portant directement sur la muqueuse, 
et qu'il a vu que les pertes de substance ainsi produites se cica- 
trisaient rapidement et manquaient d'un des caractères fondamen- 
laux de l'ulcère rond, la chronicité, il a dû conclure que, pour 
faire un ulcère, il ne suffisait pas d'une plaie à l'estomac, ce qui 
ruine la théorie Iraumatique que les expériences de Decker, 
do RiTTER et Vanni ne sauraieni faire revivre. 

La uiéorie ^^ ^^"^ arrêtous pas aux théories de la dimi- 

des aitérauons nution dc l'alcali U lié du sang proposée par Pavy, 
"**^' ni à celle de Taltération du sang, car elles n'ont 
qu'un intérêt historique. D'une part, en effet, cette diminution d'al- 
calinité n'a jamais été constatée et, d'autre part, les expériences 
faites à propos des altérations du sang démontrent simplement que 
celles-ci retardent la cicatrisation des érosions de la muqueuse gastrique . 

La théorie Cruveilhier expliquait l'ulcère par une gastrite 

de la gastrite à tendance ulcéreuse. Cette théorie a été moderni- 
sée par Galliard qui admet l'influence de plaques de 
gastrite localisées surtout à la région pylorique; les amas embryon- 
naires formés dans les couches inférieures de la muqueuse dégénè- 

i. QuiNCKE. — Ueber die Entstehung des Magengeschwiires, Deutsche medicinische 
Wocitenschrifl, n» 6, 1892. 



932 LES MALADIES ORGANIQUES DE L'ESTOMAC 

rent, suppurent, rompent la barrière épîlhéliale et laissent à la suite 
de leur élimination une perte de substance qui devient un ulcère, 
grâce à Textension centrifuge du processus et à l'action du suc gas- 
trique*. 

Mais la coïncidence de Fulcère et des érosions folliculaires 
est, au moi^ns, fort rare; et puis comment concilier Tunicité habi- 
tuelle de l'ulcère avec la multiplicité des érosions? Toutefois, la 
théorie de la gastrite ulcéreuse, telle que l'a formulée Galliard, con- 
tient une grande part de vérité, puisqu'il ne lui manque que la notion 
d'hyperchlorhydriè ou d'hyperaciditc pour qu'elle concorde avec nos 
deux faits directeurs. 

u théorie La théorie infectieuse émise par Bœttcher, 

toxi-inieoueuse. défendue eusuitc par Letulle*, Sidney Martin ^ 
Henkel*, etc., paraît adoptée aujourd'hui par la plupart de ceux qui 
n'ont pas étudié spécialement les maladies de l'estomac. Elle répond 
logiquement, ea effet, aux idées courantes; elle a pour elle des faits 
particuliers, des analogies et d'incomplètes expériences, mais elle ne 
supporte pas l'épreuve de la clinique. 

Qu'il y ait coïncidence entre quelques rares cas d'ulcère et des ma- 
ladies infectieuses, comme la fièvre typhoïde (Millard), la lymphan- 
gite suppurée (Aigre), la variole et le farcin (cas de II. Bouley), la 
syphilis (Lang, Galliard, etc.), l'état puerpéral, etc.; que Sidney 
Martin et Henkel aient recueilli des faits où la muqueuse gastrique 
semble avoir été directement infectée; que l'on note dans les antécé- 
dents des ulcéreux une maladie infectieuse quelconque plus ou moins 
récente (Letulle, Perry et Shaw% Widal et Meslay\ etc.); que 
des recherches expérimentales aient montré à Enriquez et Hallion' 
que les toxines étaient capables de déterminera elles seules, par leur 
élimination, des lésions destructives analogues aux ulcérations infec- 
tieuses; que Nauwerck^ classifie les ulcères en septiques par embo- 
lie microbienne, mycotiques par infection de la muqueuse par la voie 
sanguine, toxi-mycotiques par l'action des seules toxines amenées par 
le sang et s'éliminant par la muqueuse, — tout cela démontre que les 



1. Voyez aussi GOT. — Thèse de Paris, 1899. 

2. Letulle. — Origine infectieuse de certains ulcères de Testomac, Bulletins de la 
Société médicale des hôpitaux, 1888. — Voyez aussi Quiroga, Thèse de Paris, 1888. 

3. Sidney Martin. — Fonctional and organic diseases of the stomach, p. 396, 1895. 

4. Henkel. — Mûnchener medicinische Wochenschrift, 2i mars 1898. 

5. Perry et Shaw. — Gw/s Hospital Reports, p. 187 et 23fi, t. L, 1893. 

6. Widal et Meslay. — Bulletins de la Société médicale des hôpitaux, 12 mars 1897. 

7. Enriquez et Hallion. — Comptes rendus de la Société de biologie, 23 décembre 
1893. 

8. Nauwerck. — Mûnchener medicinische Wochenschrift, 17 et 2i septembre 1895. 



L'ULCÈRE SIMPLE DE L'ESTOMAC 933 

maladies infectieuses, leurs agents et leurs produits peuvent avoir 
des localisations stomacales et que ces localisations créent, soit des 
ulcérations, soit un lieu de moindre résistance plus apte à Tulcère, 
mais c'est tout. 

Et les preuves accumulées par Gandy parviennent d*autant moins 
à me convaincre que, dans 24 cas d'ulcère de Testomac personnel- 
lement observés et dans lesquels j'ai pu étudier les antécédents avec 
la plus grande rigueur, il n'y en avait que trois où l'hypothèse d'in- 
fection pouvait être discutée, et encore à litre de simple cause pré- 
disposante. 

Les uiéoriM Lcs théorics dites chimiques sont adoptées 

*^"^'°*** avec des variantes par la majorité des spécialistes des 
maladies de l'estomac. En Allemagne, l'ulcère simple est souvent dé- 
nommé ulcère peptique, ce qui indique l'importance qu'on 
attache au rôle du suc gastrique, à l'auto-digestion. Bouveret défend 
avec talent la théorie de l'excès de sécrétion et met au second 
plan les lésions de la muqueuse. Hayem et Lion disent que l'action 
d'un suc gastrique actif semble nécessaire à la production de l'ulcère 
et que sa condition préparatoire serait une altération vasculaire 
d'ordre variable, entraînant un aiTaiblissement de la résistance de la 
muqueuse vis-à-vis du suc gastrique actif. A. Mathieu admet l'exagé- 
ration de l'activité digestive du suc gastrique, soil l'hyperchlo- 
rhydrie, s'exerçant sur une muqueuse dont la vitalité est diminuée 
par les lésions les plus diverses, mais surtout par celles de la gastrite. 
Toutes ces opinions s'accordent donc sur la mise au premier 
plan des deux faits fondamentaux cités tout à l'heure. La lésion de 
la muqueuse, quelle qu'elle soit, constitue une cause prédispo- 
sante; l'hyperchlorhydrie ou mieux l'hyperactivité du suc gas- 
trique est la cause déterminante de l'ulcère. 

Leiréponses ^^*^> ^* '^^ objcctions u'out pas mauqué, elles 

anx objections, gont, au moius, facilcs à réfuter. On a soutenu que 
rhyperchlorhydric n'était pas constante, qu'elle pouvait être secon- 
daire à l'ulcère (Debove et Renault); que l'ingestion d'acide chlo- 
rhydrique dilué à un taux relativement élevé ne déterminait pas 
d'ulcère; que deux ulcères, l'un se creusant, l'autre se cicatrisant, 
pouvaient évoluer simultanément dans le même estomac; que, si l'ul- 
cère était dû à l'auto-digestion, il ne devrait jamais se cicatriser; que 
l'ulcère simple existe aussi dans l'œsophage où le rôle de l'hyperaci- 
dilé gastrique semble fort problématique, etc. 

A cela on peut répondre que l'hyperchlorhydrie ou tout au moios 



934 LES MALADIES ORGANIQUES DE L'ESTOMAC 

rhyperacidité a été trouvée dans l'irtimense majorité des observations 
bien prises; que les sijjnes de cette hyperchlorhydrie sont clinique- 
ment antérieurs à Tulcère; que les effets de l'ingestion d'HCl dilué 
n'ont aucun rapport avec ceux de THCl hypersécrété ; qu'il est permis 
de concevoir qu'un ulcère se guérisse quand sa condition chlo- 
rhydrique s'atténue ou guérit, et que rien ne s*oppose à ce que la 
récidive de l'hyperchlorhydrie mette en train un autre ulcère sur 
une région différente de restomac; qu'un ulcère peut et doit se cica- 
triser quand cessent les causes qui lui ont donné naissance; enfin, 
que tous ceux qui ont souffert de pyrosîs oôsophagien et des contrac- 
tions du cardia qui l'accompagnent ne mettront pas en doute le con- 
tact quelquefois prolongé du suc gastrique et de la muqueuse œso- 
phagienne. 

La théorie ^^^ objections réfutées, revenons à nos deux faits 

"^»te essentiels, hyperchlorhydrie et gastrite chronique, el 
cherchons le lien qui les unit. Sont-ce deux processus 
ayant une origine et une évolution distinctes que le hasard de la ren- 
contre a fait réagir l'un sur l'autre? Ou bien sont-ils liés par une 
parenté quelconque ? 

Pour répondre à cette question, vous n'avez qu'à vous rappeler la 
filiation que j'ai établie, de par la clinique, entre la dyspepsie hyper- 
slhénique avec hyperchlorhydrie et la gastrite chronique. Cette forme 
de dyspepsie figure à l'origine du plus grand nombre des gastrites 
chroniques ; elle est la période fonctionnelle d'une maladie dont la 
gastrite chronique est la période lésionale. Cette gastrite chronique 
elle-même évolue en plusieurs étapes dont l'une, dénommée catarrhe 
acide, est caractérisée par la concomitance des lésions anatomiques 
de la gastrite commençante avec l'hyperchlorhydrie. Voilà donc en 
présence les deux causes de l'ulcère, l'une créant l'autre, et toutes 
deux dérivées de l'hyperslhénie qui peut elle-même être engendrée 
ou compliquée par des fermentations. 

Quant à la condition qui va faire réaliser cette opportunité mor- 
bide, elle sera un trouble circulatoire, une lésion accidentelle de la 
muqueuse, un traumatisme, une influence névropathique, une 
érosion folliculaire, une prolifération embryonnaire plus active 
faisant irruption à la surface de la muqueuse, une poussée hyper- 
chlorhydrique plus intense, un spasme pylorique plus prolongé, une 
hyperacidité gastrique augmentée par des acides de fermentation, des 
actions médicamenteuses irritantes, peut-être même des actions 
microbiennes ou toxiques directes par ingestion, ou indirectes par 
pénétration sanguine, etc. 



il« l'iilcén ilinplg 



LTLCÈnE SIMPLE DE L'ESTOMAC 

Par conséquent, pour faire un ulcère de l'es 
il faut d'abord une hyperslhénie gastrique avec 
' chtorhydrie; il faut que celle-ci soil arrivée à 
;^^» du catarrhe acide et qu'une cause occasionnel! 
mette l'attaque d'une muqueuse déjà malade | 
suc gastrique encore hyperacide et hyperpeptique. L'ulcén 
doDcqu'une complication de la maladie dyspepLiqi 
commence par l'hypersthénie et unit par la gastrite ctirc 
Celle manière de comprendre l'ulcère simple de l'estomac s'i 
totalement des conceptions récentes qui placent les loxi-infec 
l'origine de son étiologie; elle lui laisse l'individualité que Cp 
HIER lui a donnée ; elle le scpare des autres ulcérations gastriq 
diverses origines qu'on s'eiTorce actuellement d'unifier avec li 
le couvert de ces toxi-infections; enfm elle fournil au trailen 
l'ulcère en activilédesindications plus précises et ouvre l'ère ( 
lement prophylactique. 






QUATRIÈME LEÇON 

LA CLINIQUE DE L'ULCÈRE SIMPLE DE L'ESTOMAC 

LA SYMPTOMATOLOGIE — LE CHIMISME STOMACAL 
LES ÉCHANGES ORGANIQUES — LES COMPLICATIONS — LES FORMES CLINIQUES 

LA MARCHE, LA DURÉE, 
LES TERMINAISONS — LE PRONOSTIC — LE DIAGNOSTIC 



I 

La sjrmptomatologie. — La forme latente. — Le tableau clinique 
général. — La douleur. — Les vomissements. — Les hémorrhagies. — Les 
symptômes dyspeptiques. — I^es signes physiques. — Ld chimisme 
stomacal. — Les échanges organiques. 

u On décrit une forme latente de Tulcère simple de 

forme latente, l'estomac parce que l'on a rencontré, à l'autopsie d'in- 
dividus n'ayant pas présenté de symptômes gastriques caractérisés, 
des ulcères cicatrisés, et parce qu'il y a des cas, comme celui d'Hen- 
riette d'Angleterre, où le premier phénomène morbide parait avoir 
été une perforation suivie de péritonite fatale ou une hématémèse 
mortelle. 

Le tableau Mais ces faits sont exceptionnels et, dans l'immense 

ciinique^Bénérai ^jj^JQ^ité dcs cas, l'ulcèro cst précédé d'une longue pé- 
luioère simple, rjodc d'hypersthéuic gastrique permanente avec hyper- 
chlorhydrie. Peu à peu le tableau clinique de celle-ci subitdes 
variations; le spasme pylorique augmente dç durée, la disten- 
sion secondaire de l'estomac devient plus durable; la crise gas- 
trique douloureuse, qui éclatait deux à quatre heures après le repas 
et qui était calmée parle repas suivant, apparaît dès que les aliments 






LA CLINIQUE DE L ULCÈRE SIMPLE DE L'ESTOMAC 937 

arrivent dans Testomac; de petits accès d'intolérance gastrique 
avec vomissements surviennent après l'ingestion de la nourriture; le 
creux épigastrique est plus sensible à la palpation; le malade se 
plaint que la douleur lui répond dans le dos, que les parois de son 
estomac sont comme collées Tune contre l'autre. Un jour, on est frappé 
de sa pâleur et on apprend qu'il a eu un vomissement de sang ou des 
garde-robes noires. Ces trois symptômes, douleur, vomissements, 
hémorrhagie, constituent les traits essentiels de l'ulcère simple. 

u dooi or ^^ douleur ne manque jamais. Elle siège à l'épi- 

gastre entre l'appendice xyphoïde et l'ombilic, un peu 
à gauche de la ligne médiane. Elle varie depuis la simple pesanteur 
jusqu'à la sensation de la plus vive brûlure ou du déchirement. Ordi- 
nairement, sur un fond douloureux continu plus ou moins intense, 
éclatent de violentes crises qui arrachent des plaintes au malade. 
Ces crises, provoquées surtout par l'ingestion des aliments, débu- 
tent dix à quinze minutes après le commencement du repas; elles 
sont accrues par les boissons acides, le vin, les pâtisseries, le 
pain, les épices, les crudités, les aliments trop chauds ou trop froids. 
Les émotions, les mouvements brusques, l'approche des règles aug- 
mentent aussi leur intensité. Plusieurs heures apiès le repas survient 
encore la crise gastrique hypersthénique qui prend pendant la 
nuit un caractère particulier d'intensité. 

Cette douleur présente plusieurs particularités importantes. 
Elle possède un point spinal fixe entre la septième vertèbre 
dorsale et la deuxième lombaire (Cruveilhier). Elle a un caractère 
transfixiant et donne au malade la sensation d'être traversé de 
part en part par une épée. Elle s'irradie dans les hypochondres, 
dans l'épaule droite, dans les espaces intercostaux et le diaphragme. 
Quelle joue la névralgie intercostale ou diaphragmatique(EiSENLOiiR). 
Elle est modifiée dans son siège et dans son intensité par certains 
changements d'attitude qui sont particuliers à chaque malade et 
que ceux-ci finissent par découvrir instinctivement; il est probable 
qu'ils ont pour effet d'empêcher le contact du contenu gastrique avec 
l'ulcère. Enfin, elle est réveillée et exaspérée par la pression, 
aussi bien au point xyphoïdien qu'au point rachidien, et la pression 
sur l'un des points augmente la douleur de l'autre; à quelques 
centimètres des points douloureux circonscrits, la pression est assez 
bien supportée. 

l'As Les vomissements ne manquent que dans le 

quart des cas. ils constituent un symptôme moins pre- 

lu 60 



L 



938 LES MALADIES ORGANIQUES DE L'ESTOMAC 

coce que la douleur, sont précédés d*une période de régurgitations 
acides et surviennent après les repas à Tacmé des crises douloureuses 
qu'ils soulagent provisoirement. Us sont constitués par des matières 
alimentaires mêlées à des liquides très acides qui agacent les dénis 
au passage; ils laissent après eux une grande sensation de fatigue et 
peuvent, quand ils se répètent, devenir une cause d'inanition et pré- 
cipiter la cachexie. Lorsqu'ils se produisent à jeun, ce qui est plus 
rare, ils sont formés de mucosités visqueuses teintées de bile verte, 
dont l'abondance est en rapport avec l'étendue et l'intensité du 
catarrhe gastrique concomitant des anciens ulcères. 

j^^ Contrairement à la plupart des auteurs et d'accord 

hémorphagies. avcc Lebert, jc considèrc la gaslrorrhagie comme si 
fréquente que son absence doit être regardée comme une exception*. 
Elle èe produit après les repas ou à l'occasion d'un mouvement 
brusque, d'un effort, d'une tentative de sondage, ou môme sans cause 
déterminante appréciable. Elle est foudroyante, grave ou légère. 

La gastrorrhagie foudroyante est causée par l'ouverture 
d'un gros tronc artériel ; le malade pâlit, perd connaissance et meurt 
après ou sans avoir vomi du sang rouge et avec quelques mouvements 
convulsifs du visage ou des membres. 

La gastrorrhagie grave s'annonce par les signes habituels des 
grandes hémorrhagies : pâleur, refroidissement, vertiges, bourdonne- 
ments d'oreilles, état lipothymique ou syncopal. Le malade éprouve 
une tension pénible à l'épigastre, des nausées, et vomit du sang dont 
la coloration varie du rouge au brun foncé, suivant qu'il a séjourné 
plus ou moins longtemps dans l'estomac. L'hémalémèse peut man- 
quer; le sang est alors éliminé par les selles qui prennent l'apparence 
de la poix ou du goudron. Le plus souvent, il y a hématémèse suivie 
de melaena. 

Lesgastrorrhagies minimes passent inaperçues dans bien des 
cas; cependant elles sont extrêmement fréquentes et, comme leur 
valeur diagnostique et pronostique est considérable puisqu'un ulcé- 
reux qui a de petites hémorrhagies est exposé à en avoir de graves, 
je vous recommande d'examiner aussi fréquemment que possible les 
garde-robes et les vomissements des malades que vous soupçonnez 
d'ulcère simple. 

La gastrorrhagie est unique ou se répète à intervalles variés. 
Quand elle ne récidive pas, le malade, si anémique et si déprimé 

1. Les statistiques de Greenough et Joslin donnent 80 p. 100 d'hémorrhagies (Gastric 
ulcer at the Massachusetts gênerai Hospital, American Journal of the médical Science, 
août 1899). 



LA CLINIQUE DE L'ULGÈKE SIMPLE DE L'ESTOMAC 939 

qu'il soil, répare assez vite la perte qu'il a faite. Certains ulcères 

sont essentiellement hémorrhagiques et conduisent à la cachexie. J\ii 

vu quelquefois rhématémèse être suivie d'une accalmie, puis d*une ' 

guérison durable, parce que les malades n'ont suivi strictement leur 

traitement qu'à partir du moment où Thémorrhagie leur a montré ■ 

la gravité de leur état. Je vous citerai, entre autres cas, un avocat de -^ 

30 ans qui eut deux hématémèses considérables en 1883, un 

négociant de 41 ans dont la gastrorrhagie remonte à 1885, et une 

dame de 43 ans chez qui Thémorrhagie date de 1886 : ces trois 

malades, quej'ai suivis jusqu'à aujourd'hui, sont complètement guéris. i 

kl 
>i 

LessymptAmes Lcs symptômcs dyspcptiqucs sont ceux de 
pepuqaes. l'iiyp^j-gi^héaie permanente avec hyperchlorhydrie 
sur lesquels j'ai déjà longuement insisté*. Il n'y a donc pas de sym- î 

ptomatologie dyspeptique absolument propre à l'ulcère dont les : 

signes personnels s'associent à ceux de la dyspepsie hypersthénique. \ 

Toutefois la rougeur de la langue, l'exagération de l'appétit, la soit | 

après les repas et pendant la nuit, la douleur réveillée par les I 

aliments, la violence de la crise nocturne; la constipation alternant 
parfois avec la diarrhée constituent un ensemble qui n'est pas 
sans valeur. 

Las signes La palpa tio u dc la région épigastrique renseigne 

physifiads. vagucmeut sur le siège de l'ulcère ; elle accentue la 

douleur du point xyphoidien et permet de sentir les indurations 

partielles ou diffuses qui répondent à des cicatrices d'anciens ulcères 

ou à des foyers de périgastrite. 

Le cuinisme Quantàl'explora tion intérieure,jelacondamne 

stomacal. ^^^^ rémissiou comme une manœuvre dangereuse et 
par conséquent coupable si le médecin est conscient du diagnostic 
d'ulcère. Mais l'examen des vomissements donnera de précieux 
renseignements; car vous les trouverez toujours hyperacides, avec une 
proportion plus ou moins élevée d'HGl libre. Vous vous rappelez aussi 
que, dans la plupart des cas où le chimisme stomacal après repas 
d'épreuve a été étudié, l'HCl libre était augmenté. La motricité est 
conservée et l'estomac se vide facilement, sauf dans les cas assez nom- 
breux où il y a du spasme pylorique. J'ai encore relevé dans l'examen 
des vomissements la relative rareté de la mucine (2 sur 17), la 
fréquence de l'albumine coagulable par la chaleur (13 sur 17), la 

1. Voyez page 176. 



9i0 LES MALADIES ORGAMQUES DE L'ESTOMAC 

diminution des pcptones (12 sur 17) el du sucre (il sur 17), tous 
caractères qui n'ont rien de spécial à l'ulcère. 

L'état général varie suivant l'intensité des 

L'état général. 

douleurs, la fréquence des vomissements et la gastror- 
rhagie. D'une apparence à peu près satisfaisante A la cachexie la plus 
prononcée, tous les degrés ont été observés. En général, le faciès 
est pâle; il exprime la souffrance ; il prend l'apparence cireuse après 
les hémorrliagies. Les malades nerveux deviennent neurasthé- 
niques ; d'autres se plaignent de céphalalgie ; les femmes devien- 
nent dysménorrhéiques ou aménorrhéiques ; tous sont 
émotifs, tristes ou hypochondriaques. Après les grandes hémorrhagies, 
il y a un subit abaissement de la température suivi à plus ou 
moins bref délai d'une petite poussée fébril e. 

Us échanges Du CÔté dcS échaUgCS géuérauX, vous retrou- 

organiques, verez les troubles nutritifs que je vous ai décrils à 
propos des dyspepsies hypersthéniques permanentes*. Mais il est un 
point assez inattendu sur lequel je voudrais appeler votre attention : 
c'est qu'il existe un syndrome urologique très précis après 
les grandes gaslrorrhagies. J'ai pu observer quatre malades dans ces 
conditions ; chez trois d'entre eux, l'urée élait en si grande abon- 
dance que l'addition d'acide nitrique à l'urine donnait lieu à un 
précipité presque immédiat de nitrate d'urée. L'urée ne descendit pas 
au-dessous de 293',50 et atteignit 46«',90. Le coefficient de 
déminéralisation tomba en moyenne à 20p. 100. Le coefficient 
d'oxydation azotée toujours abaissé varia de 73,5p.100à80 
p. 100. Le rapport de l'acide phosphorique total à l'azote 
total descendit à G p. 100; le rapport du chlore à l'azote 
total à 22 p. 100. 

Je ne chercherai pas à faire de théorie pour expliquer ce syndrome 
si spécial ; la plus probable est celle qui fait intervenir la digestion 
rapide d'une partie du sang épanché. Mais j'insiste sur la valeur 
clinique de cet ensemble urologique puisqu'il peut avoir, dans tel 
cas où la gastrorrhagie a passé inaperçue, l'importance d'un signe 
révélateur. 

' t. Voyea page 201. ' • 



LA CLINIQUE DK LILCÈRE SIMPLE DE L'ESTOMAC Wl 



II 

Les complications. — La perforation. — La péritonite générale. — Les 
péritonites partielles. — Les abcès sous-phréniques. — La péritonite 
plastique péri- stomacale. — Les déformations et la biloculation 
gastriques. — La sténose pylorique. — La cachexie. — Les infec- 
tions secondaires. — La transformation cancéreuse. 



j^ L'ulcère expose à la perforation avec ses consé- 

compucatioii*. qucDces périlooitiques, à Tulcéralioa des organes 
voisins, aux rétrécissements des orifices, à des déformations cicatri- 
cielles de Teslomac, à l'anémie et à la cachexie, enfin au cancer. 

j^ La perforation se produirait d'après Lebert 

perforauon. dans 3 à 5 p. 100, pour Greenough et JosLiN dans 
3,2 p. 100 el pour Brinton dans 13,5 p. 100 des cas. Sur mes 
51 malades, je n'ai jamais vu de mort par perforation. Sa rareté 
s'expliquerait par le fait que la perforation surviendrait plutôt dans les 
ulcères de la face antérieure qui sont les moins fréquents*. Celle-ci 
peut être suivie d'une péritonite générale et fatalement mortelle, 
d'une péritonite enkystée, depérigastrite et, plus rarement, du 
passage des liquides de l'estomac dans les organes voisins. 

u péritonite ^^ péritouite générale par perforation débute 

générale. soudainement par une violente douleur d'abord 
épigastrique, puis abdominale, exaspérée par les boissons et par la 
moindre pression. Cette douleur d'abord localisée, le hoquet, le 
météorisme *, la rareté des vomissements, la disparition de la 
roatité hépatique, le faciès abdominal, le refroidissement des 
extrémités, la voix brisée, le pouls misérable et petit, l'absence 
habituelle de réaction inflammatoire et quelquefois même rabaisse- 
ment de la température constituent une sorte de syndrome de cette 
péritonite ^ On a cité des cas de guérison spontanée, mais ils me 
semblent fort sujets à caution \ D'après les statistiques de Le Dentu, 

1. Chapt. — Thèse de Paris, 18Jr>. 

t. Le météorisme peut manquer comme dans les cas de Dieulafoy (Manuel de patho- 
logie interne. 13- édition, t. Il, p. 335, 1901) et de Utcdjian, Thèse de Paris y 1889. 

3. D'après J.-L. Faure {La Semaine médicale^ 23 janvier 191)1), la perforation de l'cs- 
tomac s'accompagnerait quelquerois d'une douleur siégeant dans le thorax (dorsale, sca- 
pulaire, interscapulaire). 

4. Barton. — British médical Journal, 1890. Hall en aurait trouvé 6 cas dans la lit- 
térature médicale; Riegel eu cite un cas personnel; Pariser en aurait réuni 15 cas. 



942 LES MALADIES ORGANKiUES DE L'ESTOMAC 

une intervenlioD chirurgicale précoce sauverait près d'un tiers des 
malades \ 

Les péritonites Si des odhércnces ont eu le temps de s'établir avant 
**^^^* la perforation entre Testomac et les organes voisins, 
celle-ci donne lieu à une péritonite partielle^ enkystée dans 
une cavité qui a pour siège l'étage supérieur de l'abdomen. 

Ces abcès péri-stomacaux sont : IMes abcès gastro-splc- 
niques, très rares, situés entre la grosse tubérosité et la rate, dus 
à une perforation de la grande courbure; 2* les abcès gastro-hé pa- 
tiques, limités en haut par le lobe gauche du foie, en bas par la 
petite courbure, on avant par des adhérences gastro-hépatiques : 
ils sont causés par la perforation de la région pylorique; 3" les abcès 
gastro-abdominaux, dus à la perforation de la paroi antérieure 
et siégeant au milieu d'adhérences qui unissent l'estomac à la paroi 
abdominale : ils peuvent aboutir à la fistule gastrique; ht" les abcès 
sous-phréniques ou pyo-pneumothorax sous-diaphragmatique qui 
semblent les plus fréquents ' et sont causés par la perforation de la 
paroi postérieure de l'estomac. 

Lesaboés Ccs abcès sous-phréuîques ^ constituent une 

sons-phrénioiies. «.r i*i « * • \ i* ir 

cavité remplie de pus, de résidus alimentaires décom- 
posés, de débris sphacélés et de gaz infects. Leur paroi supérieure 
formée par le diaphragme, refoulée dans le thorax par la pression des 
gaz, soulève les poumons quelquefois jusqu'au troisième espace inter- 
costal; ils pénètrent ainsi dans la cavité Ihoracique droite ou gauche 
et y simulent un épanchement pleural ou un pyo-pneumothorax. Le 
foie toujours abaissé, l'estomac, le côlon transverse, unis par de 
fausses membranes, forment la paroi inférieure. La paroi droite est 
limitée par le ligament suspenseur du foie. La paroi gauche répond 
à la rate et à la portion verticale du diaphragme. La paroi postérieure 
est bornée par le ligament coronaire qui unit le bord postérieur du 
foie au diaphragme. 

La Le début est souvent difficile à déterminer parce 

'^''Tîe ** * qw'il n'a rien de caractéristique. Il est marqué par des 

diagnostic, vomissemeuts, des douleurs épigastriques s'irradianl 

1. Le Dentu. — Bulletin de l* Académie de médecine, i mai 1897. 

t. Synonymie : pyo-pneumothorax sous-phréniquc (Leyden), abcès gazeux sous- 
phréniquc (Debovë et Rémond), cmpyème sous-phrénique (Oieulafoy). 

3. Letden et n envers. — BerUner klinische Wochenschrift, 189Î. — Debove cl 
RÉMOND, BtUletins de la Société médicale des hôpitaux, 1890. -- G. Ramadon, Thète 
de Paris, 1891. 



LA CLINIQUE DE L'ULCÈRE SIMPLE DE L'ESTOMAC 943 

dans l'épaule, des frissons et des accès de fièvre, elc; mais rien de 
tout cela n'est constant. Dans l'abcès sous-phrénique con- 
stitué, l'étage sus-ombilical de l'abdomen est le siège de douleurs 
plus ou moins violentes et d'une voussure qui contraste avec la 
souplesse de la région sous-ombilicale. Quand l'abcès refoule le 
diaphragme, des symptômes thoraciqu es apparaissent, tels que 
l'élargissement de la base du thorax et les signes d'un épanchement 
pleural ou d'un pyo-pneumothorax. Mais les épanchements pleuraux 
ne s'accompagnent ni de voussure, ni de matité, ni de douleur 
épigaslrique et, quand ils abaissent le foie ou font disparaître 
l'espace de Traube, c'est qu'ils sont assez abondants pour remonter 
aussi jusqu'à la clavicule : or, en admettant même qu'un abcès sous- 
phrénique soit assez gros pour refouler le poumon jusqu'à la région 
sous-claviculaire, on percevrait néanmoins le son pulmonaire ou un 
bruit skodique en percutant cette région. 

L'exploration manométrique de Lëyden sera utile dans les cas 
obscurs : si l'on fait une ponction dans l'épanchement et que l'on 
fasse communiquer la canule avec un manomètre à deux branches, 
le liquide s'élèvera pendant l'inspiration dans la branche libre si 
l'épanchement est sous-diaphragmatique, tandis qu'il s'abaissera si la 
collection est pleurale*. 

Tous les abcès précédents finissent par s'ouvrir 
umarche. soit daus daus l'intcst iu grêlc ou dans le côlon, 
avec production d'une diarrhée fétide et fistule gastro-intestinale 
quelquefois curable-, soit à la peau par l'intermédiaire d'un 
phlegmon sous-cutané et avec fistule gastro-cutanée, soit dans le 
péritoine où l'ouverture est suivie d'une péritonite sura-gue, sou 
à travers le diaphragme dans les plèvres (pleurésie purulente ou 
pyo-pneumothorax), le poumon (gangrène pulmonaire, broncho- 
pneumonie toxi-infectieuse), les bronches (vomiques) et même le 
péricarde comme dans les cas de Gérenville et de P. Guttmaîsn. 

Lepronosue ^^ gravité de cette complication est très grande, 

et la guérison spontanée est exceptionnelle. La mort 
survient par infection, cachexie, ou par l'un des modes précédemment 
indiqués. L'intervenlion chirurgicale pratiquée de bonne heure est la 
meilleure chance de salut; aussi, dès que votre diagnostic est fait, 
proposez-la immédiatement. 

1. Letden. — Zeitschrift fur kiinische Medicin, p. 320, 1880. 

â. QniNCKE a observé des vomissements fécaloïdes dans un cas (CorrespondemblaU 
fur schweher Aenle, 1874). 



9U LES MALADIES ORGANIQUES DE L'ESTOMAC 

upéritonite ^^ périgas Ir i te , ou péritonite plastique 

plastique péri- S lomacalc* , est raremenl la suite d'une perfo- 
ration et se développe surtout par propagation. Elle 
donne à la palpation de la région épigastrique à gauche de la ligne 
médiane la sensation d'un. empâtement assez douloureux. Les 
adhérences que l'estomac contracte par son intermédiaire avec les 
organes voisins produisent des troubles fonctionnels, des dou- 
leurs, des tiraillements qui varient avec les viscères englobés. 

En dehors de ces symptômes, on a donné comme signes de ces 
périgastrites : 1** les douleurs paroxystiques suivant Tingestion 
des aliments et indépendantes de leur nature, car elles dépendent, 
non d'une irritation directe, mais de la charge stomacale etdes tirail- 
lements qu'elle occasionne : ces douleurs différeraient donc de celles 
de l'ulcère; elles sont aggravées par la marche et la station debout 
et calmées par les vomissements; 2*" tes grands vomissements 
renfermant des aliments déglutis plusieurs jours auparavant, dans 
les cas où il n'y a pas de sténose du pylore; 3" l'immobilisation 
de l'estomac et notamment de la grande courbure malgré l'insuf- 
flation, le lavage, l'ingestion d'aliments; 4" la présence d'indura- 
tions ou de rénitences douloureuses au niveau du creux épigas- 
trique. 

Les erreurs Daus quatre cas, j'ai vu la périgastrite loca- 

de diajinosuo. jjg^^ lormcr en quelque sorte tumeur et imposer, 

avec la notion des hématémèses antérieures et de la cachexie, le 
diagnostic de cancer de l'estomac. Chez une autre malade qui me fut 
amenée par G. Baudouin, on avait porté le diagnostic de lithiase 
biliaire. 

Quand vous serez en face d'une tumeur épigastrique mobile, 
mal délimitable par la palpation, douloureuse spontanément et plus 
encore à la pression circonscrite ou après l'ingestion des aliments, 
pensez toujours à la périgastrite avant de songer au cancer. Je me 
souviens encore d'une dame russe chez laquelle le diagnostic de 
cancer de l'estomac avait été porté en 1878 après une consultation 
avec deux maîtres éminents de cette époque; aucun doute n'avait paru 
possible, tant les signes classiques étaient évidents. Tout y était : la 
tumeur, la teinte jaune paille, l'anorexie, les vomissements marc de 
café, l'œdème cachectique des membres inférieurs, et je me rappelle 
encore que l'un de ces maîtres insistait, sur le caractère douloureux 



1. Voyez Mercklen, Bulletins de la Société médicale des hôpitaux, janvier 1890, li 
discussion qui a suivi la conmiunication, et Ddpouy, Thèse de Paris, 1898. 



i 



r 



U CLINIQUE DE L'ULCÈIIE SIMPLE DE L'ESTOMAC U*5 

de la tumeur. Viogt ans après, en octobre 1898, j'ai revu celle 
dame (tuerie de son soi-disant cancer. Après notre consullation, on 
l'avait transportée en Russie, où notre diagnostic fut d'abord con- 
ûrmé par BoTKm; mais l'évolution ultérieure de la maladie avait mo- 
difié la première impression de cet habile médecin qui finit par 
conclure à un ulcère de l'estomac avec foyer de péritonite périgas- 
trique. 

ubDooDiatbm Lcs dé fo rmal 1 OHS d c l'es lomac et en particulier 

î»'"'"»' sa bilocutalion désignée encore sous le nom d'estomac 
en sablier sont aussi la conséquence de cicatrices d'origine ulcéreuse. 
Je n'y insisterai pas aujourd'hui, ayant l'intention de consacrer une 
Leçon spéciale à la biloculation gastrique qui peut reconnaître 
d'autres origines'. On a signalé encore la symphyse plus ou moins 
étendue de l'estomac avec tout un cortège de douleurs el de troubles 
moteurs d'un diagnostic dinîcile. 

Laïungn I^" stéuose pyloriquo est plus commune que 

pmriqn*. ççHç ^^^ cardia. Elle est produite directement par 
la rétraction cicatricielle d'un ulcère juxla-pylorique on pylorique, ou 
réflexement par un ulcère siégeant à quelque distance du pylore, ou 
par une minime ulcération d'un des replis de la muqueuse pylo- 
rique. 

La répétition des vomissements, les hémorrhagies, 
ucMiiuiit. jgg douleurs aggravent plus ou moins rapidement la 
déchéance de l'état général spéciale à la dyspepsie hypersthéaique. 
La cachexie prend, dans certains cas, l'apparence de l'anémie 
pernicieuse, ainsi qus Zahn, Hosemiicim et d'autres en ont rap- 
porté des observations. Ce diagnostic avait été poité chez un cultiva- 
teur de l'Oise qui fut opéré avec plein succès par Doïen et chez qui 
l'on trouva un vaste ulcère laient de l'antre pylorique. La maigreur, 
l'épuisement, le leint de cire, la bouffissure de la face, l'œdème des 
membres inférieurs avec albuminurie et plus tard tes épanchements 
dans les séreuses, les hémorrhagies de la rétine, des muqueuses ou 
des séreuses sont les traits principaux de celte anémie secondaire. 
Les hématies sont diminuées et leur valeur hémogtobinique est 
augmentée ; les globules rouges géants ou nucléés ne sont pas 
rares; le caillot conserve sa rétractilité jusqu'aux derniers temps de 
la maladie. 

I. Voju page lOSL 



m . LES MALADIES ORGANIQUES DE L'ESTOMAC 

Les infections secondaires onl pour point de 



MooniiiirM. départ la porte ouverte de l'ulcère. On a signalé les 
abcès du foie, la septicémie, la phlegmatia alba dolens, l'en- 
iocardite ulcéreuse et surtout la tuberculose qui surviendrait 
une fois sur cinq d'après Brinton. Sur mes 51 cas d'ulcère, je n'ai 
trouvé que quatre tuberculeux. 

J'ai vu toulréceramentavec M. le D' Bebthet un homme de72ans 
atteint d'ulcère latent de l'estomac qui venait de se révéler par une 
sffroyable hématémèse. GrSce à une cure de repos de cinq jours et 
lu régime lacté absolu consécutif, le malade se remettait, reprenait 
ies forces et une bonne mine, en même temps que ses douleurs avaient 
totalement disparu, quand il fut pris d'une parotidite suppurée 
droite qui mit de nouveau ses jours en danger, mais dont il guérit 
heureusement. 

La complication de l'ulcère par le cancer ou mieux 
a grelTe du cancer sur l'ulcère stomacal paraissait ad- 
mise unanimement depuis tes observations de Cruveiliiier, Roki- 

TANSKY, LeBEIIT, RosENnElM, ZenkER', LiTTEN', KOLLMAR^, PiGSAT', 

Tapret", Hanot", a. Mathieu', DiEt "lafoï ", etc. On s'appuyatl aoa- 
tomiquemenl sur la coïncidence i dislance d'un ulcère ou d'une 
cicatrice d'ulcère avec un cancer, sur l'envahissement inégal des 
bords de l'ulcère par le cancer, sur la présence dans le fond et sur 
les bords de l'ulcère dégénéré de Iractus ûbreux exceptionnels dans le 
[lancer. Cliuiquement, on invoquait la longue durée de la maladie, 
l'existence antérieure d'indéniables signes de l'ulcère, la survenance 
du cancer alors que l'amélioration semblait indiquer une guérison 
de l'ulcère, rinerficacité du régime lacté alors qu'auparavant il don- 
nait de bons résultats. On a même admis que la constatation de l'hy- 
perchloihydrie associée au cancer était un signecertain quece dernier 
s'élail Kreiïé sur un ulcère. 

Mais Tripier'' et Duplant'" onl objecté qu'aucune partie du bord de 
la soi-disant ulcération antérieure n'est respectée par le néoplasme, 
que la présence de cellules cancéreuses dégénérées sur les bords de 

1. Zenker, — Berliner klinitche Wochenae'irifl, I88Î. 

± LircEN. — Ilerliner kUniicbe Wocheiachrift, ISSi. 

3. KouLHAii. — Berliner klinacke Woclitnicliiifl, 1891. 

4. PiCNAT. — Thèie de Lijon, 18ill. 

5. Tapret. — L'Vfion médicale, p. 311, tS'.lt. 

6. Hanot, — Archives génêralet de médecine, 1881. 

T. A. Mathieu, — liulletim de la Société médicale des hôpitaux, avril 1S9T. 

8. DieuLAFOï. — Clinique médicate de rHdlel-Dicu, X/If Leçon, 1897. 

9. Tbipier. — La Semaine médicale, 1898. 
10. DOFLANT. — Tbète de Lijon, 18118. 



LA CLINIQUE DE L'ULCÈRE SIMPLE DE LESTOMAG 

l'ulcération indique bien que celle-ci s'est faite aux dépens de la i 
plasie, qu'il existe des amas de cellules cancéreuses dans l'épais! 
du tissu cicatriciel qui n'est en réalité qu'un slroma carcinomaU 
que l'ulcération dépend de l'obliléi-ation des vaisseaux sanguini 
non de l'action du suc gastrique. 

Quelle que soit l'importance lie ces objections, elles ne saura 
prévaloir contre le fait clinique d'un ulcère de l'estomac évolu 
guérissant même quelquefois chez un individu qui succombera] 
tard à un cancer de l'estomac. On a peut-être exagéré la fréquenci 
cette complication; tes signes qu'on en a fournis n'ont certaine» 
rien que de relatif, témoin l'hyperclilorhydrie que j'ai vue coïnci 
avec le cancer annulaire du pylore sans ulcère préalable '; en tout i 
le fait clinique est indéniable. 



III 

Les formes de l'ulcère simple. — Les formes cammune. liéniorrhagi 
siénostque, pseudo-cancéreuse, — La marche. — lies terminaisons 
Le pronostic. 

Depuis Lebert on admet, d'après les prédominai 
do i-nidra impi*. symptomaliqucs, six formes de 1 ulcère simple 
sont les formes hémorrha^^ique, gastralgiq 
perfor.inte, vomitive, dyspeptique, cachectique. Mais 
ne sont pas là des formes morbides, parce que la prédomina 
symptomatique qu'on met en vedette manque de stabilité et f 
être à tout instant remplacée par une autre prédominance, de s( 
qu'un grand nombre de malades seraient affectés siiccessiverr 
de toutes ces prétendues formes morbides. Germain Sée a d 
serré la clinique de plus près quand il a fait sa division des u le è 
saignants et des ulcères peptiques'. On a proposé ai 
d'admettre des formes simples et des formes compliquées, 
formes frustes et des formes complètes. Et ceux qui tender 
unifier toutes les ulcérations de l'estomac et à enlever à l'ulc 
simple sa personnalité proposent la division en formes aiguci 
chroniques. 

Il me semble que, si l'on s'en tient à la clinique pure, l'ulcère 
tantôt patent, c'est-à-dire qu'il possède sa symptomalologie compl 

1. ALSEnT Robin et Lehedde. — Cancer d« l'estomac avec bjperchlorhydrie, La li 
gogne médicale, n" ! et 3, 18U5. 

S. G. SIE. — fiHllefm de tAcadimie de médecine, 19 septeinbro 1803. 



9/j8 LES MALADIES ORGANIQUES DE L'ESTOMAC 

tantôt latent ou fruste, que les hémorrhagies sont parfois assez 
dominantes pour imposer l'idée d'une forme spéciale, qu'il y a des 
ulcères avec tumeur épigaslrique, enfin que la coïncidence de 
l'ulcère avec la sténose pylorique lui imprime quelques caractères 
particuliers. De là, les formes commune, hémorrhagique, 
latente, avec sténose pylorique et stase, avec tumeur. 



Laform« La formc commune correspond à la description 

oommune. générale qui vient de vous être faite; il est donc 
inutile d'y insister. Ce qui caractérise bien cette forme, c'est que la 
symplomatologie de l'ulcère y est assez complète pour que son dia- 
gnostic s'impose sans discussion. 

uforme ^^^^ la formc hémorrhagiquc, une hématémèse 

hémorrhagiqae. foudroyaute OU uou cst souvcul la scuIc ct uuique 
manifestation de l'ulcère. Le malade meurt sur le coup ou finit par 
guérir, l'ulcère se cicatrisant pendant la période post-hémorrha- 
gique. Mais parfois aussi, après une hémorrhagie non mortelle, la 
maladie suit son cours et revêt la forme commune avec une tendance 
plus grande aux gastrorrhagies. Il y a encore une variété hémorrha- 
gique pour ainsi dire chronique par opposition à la précédente 
qui pourrait être qualifié d'aiguë; c'est la forme scorbutique 
de Lebert ou la répétition de gastrorrhagies même peu abondantes 
conduit rapidement le patient à la cachexie. 

j^^ La forme latente comprend les cas où l'ulcère 

forme latente, provoquc dcs troublcs dyspcptiqucs si minimes qu'il 
passe inaperçu. Le malade parait en à peu près bonne santé quand 
il est pris tout à coup d'accidents tels que perforation, péritonite^ 
hémorrhagie, qui le tuent en quelques instants ou mettent sa vie en 
danger*. Cette forme se rencontre plutôt chez les jeunes femmes; 
elle est d'autant plus redoulable qu'elle est plus latente puisqu'elle 
échappe à la thérapeutique. 

Laforme Quand il y a sténose anatoraique, cicatricielle ou 

aténosique. spasmodiquc du pylore, l'ulcère revêt une gravité 
exceptionnelle, car l'inanition et la cachexie sont précoces. L'estomac 
ne se vide jamais complètement et contient encore le matin des détri- 
tus alimentaires dans un liquide hyperacide. Lorsque vous verrez 

1. Voyez Walther, Bulletins de la Société anatomique^ octobre 1890. — Recht, lbié.y 
mars 1893. — Jayle, Ibid.^ novembre 1891. — A. Utudjian, Thèse de Paris, 18^. — 
Chappin, Thèse de Paris, 1896. — A. Abram, Thèse de Paris, 1899. — Dieulafoy» 
nuel de pathologie interne, 13* édilioriy p. 321, t. 11, 1901. 



LA CLINIQUE DE L'ULCÈRE SIMPLE DE L'ESTOMAC 949 

des dyspeptiques hypersthéniques permanents avec sténose pylorique 
et grande distension gastrique maigrir, pâlir et déclioir rapidemeat, 
sans que le traitement médical parvienne à les remonter, métîez-vons 
de l'ulcère, surtout quand le teint prend une pâleur cireuse. Le cul- 
tivateur de l'Oise dont je vous parlais tout à l'heure, et chez lequel 
un éminent confrère avait porté le diagnostic d'anémie pernicieuse 
|)r(^ressive, était un dyspeptique liypersthénique permanent d'an- 
cienne date avec slénose pylorique, et c'est précisément son élat 
d'anémie et de cachexie qui me fit songer à l'ulcère et proposer 
l'intervention chirurgicale qui réussit pleinement. 

Je m'accorde volontiers avec les auteurs qui soupçonnent l'ulcère 
loules les fois qu'ils sont en présence do ce que l'on appelle la forme 
grave du syndrome de Iteichmann ou de la forme permanente et 
c&chectique de la dyspepsie hyperslhéniqne. Retenez bien cette 
notion qui est de la plus haute importance pour vos malades, puis- 
qu'elle leur permet d'espérer encore en la chirurgie, alors que tout 
uaitement médical est déliuilivement impuissant. 

Je me suis déjà expliqué tout à l'heure sur le dia- 
farmc pstido- guoslic dcs formes d'ulcère simple qui s'accom- 
cmeèmiM. pggnent de périgastrite formant tumeur. Celle-ci est 
simulée plus rarement par les bords calleux de l'ulcère lui-même ou 
par l'épaississemenl de la tunique musculaire du pylore (Gerhardt), 
on enfin pardes adhérences avec les organes voisins. Cette forme d'ul- 
cère est souvent confondue avec le cancer. 

L'ulcère simple a une marche chronique. Les cas 
Limnrcht. foudroyanls ne sont pas des cas aigus, comme on l'a 
dit à tort; ce sont des cas latents jusqu'à l'accident terminal, ce qui 
n'est pas la môme chose. Celte marche chronique est coupée par des 
périodes de rémission et d'aggravation qui m'out toujours paru en 
rapport avec des variations de môme ordre dans la dyspepsie hyper- 
sthénique causale; aussi l'on peut dire qu'en général la marche et la 
durée de ia maladie sont subordonnées à la manière dont le traile- 
ment est dirigé par le médecin et suivi par le malade. 

Cette durée ne saurait être établie même approxi- 
mativement. On a fixé de 18 mois à 2 ans; Lebert 
indique une durée moyenne de 3 à 5 ans. Mais, d'une part, au milieu 
des symptômes de la dyspepsie hypersthénique; il ' est impossible de 
discerner ceux qui marqueraient le début de l'ulcération et, d'autre 
part, je ne saurais vous indiquer des signes répondant à sa récente - 
guérison. Je vois encore un malade qui depuis trois ans n'a pas eu 




950 LES MALADIES ORGANIQUES DE L'ESTOMAC 

d'hématémèses, qui n'a plus de douleur après les repas, ne souiïre 
qu'exceptionnellement de crises d'hyperslhénie, et je n'ose pas le 
déclarer guéri, et cela parce que j'avais fait cette déclaration chez un 
autre malade qui se trouvait exactement dans les mêmes conditions 
que le précédent après cinq années d'accalmie et qui eut une grave 
hémorrhagie deux mois après cette déclaration. Néanmoins, j'incli- 
nerais à admettre les chiffres de Lebert. 

u. tenninaiwn.. L'ulcère simplc sc termine par la guérison com- 
plète, la guérison relative avec persistance d'acci- 
dents chroniques secondaires dus à des complications ayant laissé des 
traces, et enfin par la mort. 

Lebert estime la mortalité de l'ulcère simple à 8 p. 100; Gree- 
NOUGH et JosLiN à 30 p. 100 chez l'homme et 9 p. 100 chez la 
femme, Brinton à 50 p. 100. Sur mes 51 malades, j'ai eu 7 décès, 
soit 13,7 p. 100; la mortalité a été plus grande chez les malades de 
l'hôpital (22 p. 100) que chez ceux de la ville (9 p. 100) qui sont soi- 
gnés à temps et peuvent prolonger leur traitement. Les causes de la 
mort sont Thémorrhagie, les perforations, la péritonite générale ou 
circonscrite, la dégénérescence cancéreuse, les anémies progressives, 
la luherculose, la cachexie. 

u ronostio Lcprouostic dépend de quatre conditions, à savoir : 

le degré et la continuité delà dyspepsie hypersthénique 
causale ainsi que l'état de la sécrétion gastrique; l'âge de l'ulcère; 
l'état social du malade; la manière dont le traitement est institué et 
suivi. Un ulcère récent chez un individu qui veut et peut suivre assez 
longtemps un traitement bien compris guérira presque toujours. 
Plus Ton s'éloigne de ces conditions, plus le pronostic s'aggrave. 



IV 

Le diagnostic gènéraL — Le diagnostic différentieL — La colique 
hépatique. — Les crises gasUiques. — Les névroses douloureuses de 
restomac. — Les gastrites ulcéreuses. — Le cancer. — Le diagnostic du 
siège. 

u diagnostic L'ulcèrc u'a pas de signe pathognomonique, mais 

■*'*'^"^ son diagnostic est fort probable sinon certain quand 

survient une gastrorrhagie chez un dyspeptique hypersthénique ayant. 

une douleur épigastrique localisée. De même, en l'absence ë'hémor- 

rhagie, un dyspeptique hypersthénique qui accuse une douleur 



LA CLINIQUE DE LTLCÈRE SIMPLE DE L'ESTOMAC .951 

paroxystique quelques minutes après Tingestion des aliments, et celui 
qui présente la forme grave du syndrome de Reichmann ou les sym- 
ptômes de la dyspepsie hypersthénique permanente avec sténose du 
pylore et état cachectique, doivent être tout au moins fortement 
soupçonnés d'ulcère. Enfin les accès d'intolérance gastrique avec 
vomissements douloureux, les crises gastriques avec points doulou- 
reux épigaslrique et dorsal chez une jeune femme anémique devront 
aussi faire penser à l'ulcère quand ces accidents se manifestent chez 
(les dyspeptiques hypersthéniques. Dans tous ces cas, ne négligez pas 
d'examiner ou de faire examiner journellement les garde- robes et les 
liquides de vomissement, afin de ne pas laisser inaperçue une hémor- 
rhagie qui, même minime, assurerait le diagnostic. 

Le diagnostic ^^ P^"*^ coufoudrc l'ulcèrc à prédominauccs dou- 

différeiiuei. lourcuscs avcc Ics criscs gastriques simples des hyper- 
sthéniques, l'hyperesthésie de la muqueuse stomacale, les névroses 
gastriques douloureuses, la colique hépatique. Quand l'intolérance 
gastrique est au premier plan, le vomissement hystérique, les crises 
gastralgiques des tabétiques, certaines formes de gastrite prêtent à 
confusion. Les hémorrhagies font aussi penser aux diverses gastrites 
ulcéreuses, et la cachexie au cancer. En somme, on doit éliminer 
successivement toutes les autres maladies de l'estomac et les affections 
douloureuses des organes voisins. 

uoouque Eu cc qui conccme la colique hépatique, le 

hépatique. diaguostic cst quclqucfois difficile. J'ai vu diagnostiquer 
uû ulcère latent chez une femme qui avait une crise d'hyperchlo- 
rhydrie avec vomissements en même temps que sa colique hépatique, 
elTeiTeur contraire a été commise chez une autre iTialade qui révéla 
'plus tai'd son ulcère par une crise subite d'anémie dueàun abondant 
melaena et peu après par une petite hématémèse. Mais les accès dou- 
loureux de la colique hépatique n'ont jamais la fi'équence de ceux de 
l'ulcère ; ils ne sont pas réveillés immédiatement par l'ingestion des 
aliments; l'apparition de l'ictère, d'une crise d'acholie avec décolo- 
ration des garde-robes sans coloi'ation de la peau ni de l'urine 
constitue encore un bon caractère distinctif. 

Lasoriaes ^^^ criscs gastriqucs des dyspeptiques 

ïjstriqiies des hypcrsthéuiqucs ne se produisent que plusieurs 
hypersthéniques. hcurcs après Tingestion des aliments qui calment la 
douleur plutôt qu'ils ne l'exaspèi'ent. Celles des tabétiques, avec qui 
la confusion est possible puisqu'elles ont souvent parmi leurs sym- 
ptômes l'hyperchlorhydrie et quelquefois les vomissements sangui- 



rj'-i 



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^62 



LES MALADIES ORGANIQUES DE LTSTOMAC 



rU-f 



noients, apparaissent brusquement et disparaissent de même ; elles 
s'accompagnent d'intolérance gastrique, sans parler des signes du 
tabès que vous devrez toujours rechercher chez les malades à crises 
gastriques. 

Les névroses Daûs Ics uévroscs doulourcuscs de Tes- 

^^^Testo^o. * tomac, les vomissements ne sont pas hyperchlorhy- 
driques; ils se prolongent assez longtemps sans trop influencer la 
nutrition générale; les crises gastriques n'ont pas la régularité de 
celles de l'ulcère, l'anorexie est la règle. Et puis, il y a les stigmates 
de l'hystérie qui aideront à éclaircir le diagnostic. Cependant, quand 
vous verrez des hystériques avoir des hématémèses, instituez toujoui^s 
le traitement de l'ulcère simple, quoiquMl soit avéré que des hystéri- 
ques puissent avoir des gastrorrhagies en l'absence d'ulcère. 



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m. 



g- 



Les astrites Lcs gastri tcs ulcéreuscs d'origine infectieuseou 

ulcéreuses. Compliquant des lésions chroniques du rein, des mala- 
dies du foie, la dégénérescence amyloïde, etc., n'ont rien de commun 
avec l'ulcère simple tel que je le comprends, en ce sens qu'elles ne sont 
pas une complication évolutive de la dyspepsie hypersthénique. La 
notion des étals morbides antérieurs qu'elles compliquent, l'absence 
des symptômes de la dyspepsie hypersthénique et en particulier de 
l'hyperchlorhydrie suffiront à les différencier. 

Les érosions hémorrhagiques des gastrites chroniques 
qui ne sont pas d'origine hypersthénique son\ plus difficiles à dis- 
tinguer. Les signes fondés sur le moment plus tardif d'apparition de 
la douleur, sur sa généralisation et sur la présence de fragments 
de muqueuse dans les eaux de lavage de l'estomac ne me semblent 
pas avoir la valeur que leur donnent Einhorn * et Pariser. L'exis- 
tence d'une affection cardiaque ou liépalique, l'absence d'hyper- 
chlorhydrie et la fréquence de Fhypochlorhydrie sont de meilleurs 
i>ignes distinctifs. 



Le cancer. 



Dans le cancer, l'appétit est diminué ou absent, les 
douleurs sont plus tardives ; les vomissements copieux 
<îonliennenl des acidesdefermentation mais pas d'HGl libre ; les hématé- 
mèses moins abondantes que dans l'ulcère ont surtout l'aspect marc de 
café; la maigreur et la cachexie surviennent plus vite, le teint jaune 
paille diffère du teint cireux pâle des ulcéreux. La présence d'une 



1. Einhorn. — Berliner klinische Wochenschrifly n'" 20 et 21, i895. 



W - 



LA CLINIQUE DE L'ULCÈRE SIMPLE DE L'ESTOMAC 953 

tumeur épigastrique, la découverte d'une adénopathie cei*vicale con- 
firment les signes précédents'. 

Lêdiagnosuo 1*6 diaguostic du siège n'est pas impossible. 

da^ège. D^y^g Tulcère de l'œsophage, la douleur suitimmé- 

L'Qioèr* dialement la déglutition ; le passage des aliments dans 

l'œsophage est difficile et douloureux à cause de la 

contracture spasmodique de la région malade. Si l'ulcère se cicatrise, 

apparaissent des signes de sténose œsophagienne. 

L'ulcère L'ulcère du duodénum^ est plus commun chez 

do doodèmim. p^omme et chez les alcooliques ; la crise douloureuse 
n'éclate pas dès l'ingestion des aliments, mais seulement trois heures 
après le repas; la douleur siège au-dessus de l'ombilic sur le bord du 
muscle droit de l'abdomen; les points dorsal et lombaire sont excep- 
tionnels, le vomissement est plus rare, les hémorrhagies donnent bien 
plus souvent lieu au melaena qu'à l'hématémèse. Les troubles gas- 
triques seraient moins accentués que dans l'ulcère simple, mais il ne 
faudrait pas trop compter sur cosigne donné par les classiques ; car je 
l'ai toujours vu manquer dans mes observations où il existait soit de 
la dyspepsie hypersthénique avec hyperchlorhydrie, soit d'intenses 
fermentations acides ainsi que je l'ai démontré ailleurs ^ 

l'oi^ère pyioriqae. . ^'ulcèrc dc la région pylori quc comportc Ics 

signes de la sténose pylorique, la distension de l'es- 
tomac, la stase alimentaire, la douleur plus marquée dans la sta- 
tion debout, l'accalmie temporaire dans le décubitus latéral gauche, 
la localisation de la douleur à droite et au-dessus de l'ombiticl 

rnicère ^^^^ '^ diaguostic des autres localisations, on le tire 

des faces. surtout du siègc de la douleur. La vive sensibilité au 
creux épigastrique, accrue par le décubitus abdominal, diminuée par 
le décubitus dorsal; la présence d'une tuméfaction ou d'une induration 
au creux de Testomac indiquent plutôt Tulcère de la paroi anté- 
rieure. Les douleurs dorso-lombaires plus violentes, calmées quand 
lemalade se couche sur le ventre, seraient l'indice de l'ulcère delà 
paroi postérieure dans lequel les hémorrhagies sont plus fré- 
quentes et plus graves. 

1. Toussaint Lorenzi. — Des difflcuUés du diagnostic différentiel entre l'ulcère rond 
et le cancer de reslomac, Thèse de Paris^ 1895. 

2. BucQUOY. — Etude clinique de Tulcère simple du duodénam, Archivejs générales 
de médecine, 1887. 

3. GoLLix. — Etude de Tulcère simple du duodénum, Thèse de Paris, p. 5i, 1894. 

III 61 



à 



CINQUIÈME LEÇON 

LE TRAITEMENT DE L'ULCÈRE SIMPLE DE L'ESTOMAC 

LES INDICATIONS THÉRAPEUTIQUES 

LE TRAITEMENT SYSTÉMATIQUE — LES MÉDICATIONS DIRECTES 

LE TRAITEMENT DES PRÉDOMINANCES 

SYMPTOMATIQUES ET DES COMPLICATIONS — LE TRAITEMENT CHIRURGICAL 



I 

Les indications thérapeutiques. — Le traitement prophylactique. 
— Les quatre périodes du traitement iiystématique. — La 

période du repos stomacal absolu. — La technique. — L'intolérance 
rectale. — L'alimentation sous-cutanée. — La période du régime 
lacté absolu. — La période du régime lacté mixte. — La période du régime 
déûniiif. — Les médications acyuvantes. — Le traitement de la 
convalescenoe. 



T n tnitmimt ^^ traitemcrit de rulcère simples donné 

deinicère Heu à d'ionombrables travaux*; mais le régime lacté 
absolu^ conseillé par Cruyeilhier, rallie toujours la 
majorité des praticiens. Ce n'est pas qu'il n'ait trouvé aussi ses détrac- 
teurs. Quand refait encot*e la théorie de la dilatation atonique de 
l'estomac, on Ta accusé d'augmenter l'ectasie gastrique, de troubler 
la nutrition en introduisant un excès d'eau dans le sang et d'im- 
poser un surcroît de travail à un organe à la fois affaibli et malade. 
En dépit des théories, il demeure le traitement fondamental 

1. En dctiors des travaux cités au cours de cette Leçon, voyez : G. Lyon, Bulletin 
général de thérapeutique , t. CXXXV, pp. 547, 575, 616, 1898. -- A. Berb, New-York 
médical Record, 1898. — Godard-Danuieux, La Policlinique, Bruxelles, t. VIL pp. 33, 
43, 1898. — LiEBERMEiSTER, U Bulletin médical, pp. 1079, 1898. ~ R. Romme, La Preste 
médicale, 17 décembre 1808. — Ch. O'Donovan, New-York médical Journal, t. LXVl 
pp. 51-53, 1897. — Féris, L'Indépendance médicale, février 1899. 



LE TlUITEMENT DE L'ULCËFtE SIMPLE DE L'ESTOMAC 955 

anlour duquel gravitent de nombreuses médications accessoires sur 
la valeur desquelles la discussion reste loujours ouverte. Ceux qui 
soutiennent la pathogénie toxi-infectieuse l'adoptent comme l'ali- 
ment le moins toxique el le plus éliminateur de toxines par la 
diurèse qu'il produit; ceux qui se rangent à notre manière de voir le 
considèrent comme le meilleur moyen de modérer la suractivité gas- 
trique. 

Toutefois il ne saurait suffire de prescrire simplement le régime 
lacté absolu dans tous tes cas d'ulcère simple ; il faut indiquer aussi 
les moyens de le faire tolérer et l'adapter aux diverses indications 
de la maladie. 

Les indications rationnelles de traitement 
turaptnuq^». qui découleot naturellement de notre conception de 
l'ulcère simple sont : 1° de combattre la dyspepsie 
hypersthéniqne ou les fermentations acides causales, ce qui 
remplit l'indication prophylactique puisque l'on combat ainsi l'hyper- 
acidité et la gastrite chronique dont l'association conduit à t'ulcère; 
^ quand l'ulcère est constitué, d'assurer le repos de l'estomac 
tout en nourrissant suffisamment le malade, de réduire l'hyperacidilé 
et d'aider à la cicatrisation de la plaie; 3° de modérer les prédo- 
minances symptomatiques, telles que les douleurs, les vomis- 
sements, etc.; 4° de prévenir et de traiter les complications. 
Ces indications ne sont pas toujours successives et vous serez bien 
souvent obligés de les mener de front. Sans cesse, elles doivent être 
présentes à votre esprit et chaque médication proposée sera forcée 
de répondre à leur ensemble. 

j^ Puisque tout dyspeptique hypersthéniqne permanent 

est prédisposé à l'ulcère, vous devrez d'autant plus 
insister sur le traitement que les crises gastriques 
seront plus intenses, que la sténose pyloriqueet la distension gastrique 
qui l'accompagne seront plus rebelles. Ce traitement, vous le con- 
naissez : je n'ai pas à y revenir'; vous vous rappelez qu'il a pour basa 
Tondamentale le régime lacté absolu. 

lm quatre Quaud Ic diagnostlc d'ulcère simple est posé, soit 

tndrot'mti-^ la suito d'uue gastrorrhagie, soit par l'association 

""Uqns- d'un point douloureux localisé avec les vomissements 

et l'eiacerbation des souffrances sitôt après l'alimentation, soit encore 

I.Voïein'PABTlE, Usons XI à SVI, pages We à 3iï. 



^56 LES MALADIES ORGANIQUES DE L'ESTOMAC 

par rinsuccès du traitement de la dyspepsie hypersthénique dans la 
forme grave du syndrome de Reichmann, vous devez immédiatement 
soumettre le malade à un traitement méthodique qui remplit la 
deuxième indication et qui se divise en quatre périodes. 

Laptoiodedt ^^^^ la première période, le repos stomacal 

repoi ttomacai sera absolu et toute alimentation par la bouche sera 

supprimée ; car, pour mettre la plaie stomacale dans les 
meilleures conditions de cicatrisation, il faut empêcher Texcitalion 
sécrétoire, la congestion de la muqueuse, l'irritation mécanique directe 
qui suivent chaque ingestion alimentaire, même celle du lait; il faut 
que le périslaltisrae évacualeur de l'estomac après la digestion ne 
vienne pas entraver la cicatrisation: il faut enfin arrêter les vomis- 
sements et suspendre les douleurs qui précipitent singulièrement la 
déchéance du malade. Le repos absolu de l'organe peut seul réaliser 
ce programme; aussi, malgré les reproches qu'on lui a faits, je le 
maintiens rigoureusement dans ma pratique et je n'ai eu qu'à m'en 
louer. 

Ses promoteurs, Wilson Fox, B. Forster, Williams, puis Leube 
et ZiEMSSEN, et plus récemment Flechter, C. Anderson, Donkin, 
RoBiNsoN, Schlesinger, Pariser, C. Tournier, Ratjen, Mara- 
GLiANo-, etc.\ ont publié nombre d'observations qui ne laissent aucun 
doute sur la valeur de ce repos absolu dont je vais vous indiquer 
maintenant la technique et les résultats. 

, , . , ^ Le malade est mis au lit: on lui recommande de 

La technique de ' 

la cure de faire le moins de mouvements possible et d'éviter tout 
repos. effQpt^ S'il n'y a pas eu de gastrorrhagie, on lui applique 
sur tout le ventre une compresse échauffante^ y dans le but de modérer 
l'excitabilité des nerfs sensilifs et moteurs de Testomac. En cas 
d'hémorrhagie récente, on place une vessie de glace au creux épigas- 
trique. Toute alimentation par la bouche étant interdite, on y supplée 
par des lavements désaltérants et des lavements alimentaires. Je 
vous ai donné déjà tous les détails relatifs à l'alimentation rectale, à 
la composition des lavements, à la manière de les faire tolérer, et 
vous n'avez qu'à vous reporter à la Leçon consacrée au traitement des 



1. c. Anderson, British médical Journal, 10 mai 1890. — Donkin, The Lancet, 
27 septembre 1890.— Robinson, Neio-York medicalJoumaU 1891.— Schlesinger, Wiener 
medicinische Wochenschrifty 1893. — Pariser, Deutsche medicinische Wochemehrift, 1895. 
— C. ToDRNiER, La Province médicale, n*» 29 et 30, 1895. — Hâueh, Deutsche medici- 
nische Wochenschrifty^ octobre 1896. — Mérigot de Treigny, Journal des praticiens, 
il août 1897. — G. Pomeràis, Thèse de Paris, 1898. — A.-P. Gros, Thèse de Lyon, IS'JS. 

2. Voyez page 76i. 



^TZ 



LE TRAITEMENT DE L'ULCÈRE SIMPLE DE L'ESTOMAC 957 

prédomiDonces symptomaliques de la dyspepsie hypersthéoique et en 
particulier de rintolérance stomacale'. 

Je prescris le premier jour, matin et soir, un lavement alimentaire 
composé de bouillon et de jaunes d'œuf et, trois fois dans la journée, 
un lavement désaltérant à Teau bouillie. Dès le second jour, on tente 
de faire tolérer quatre lavements alimentaires, dont le volume ne doit 
pas dépasser 200 centimètres cubes si Ton veut qu'ils soient gardés, 
et Ton donne en plus deux ou trois lavements désaltérants de 250 à 
300 centimètres cubes, qui remplissent l'office de lavements évacuants. 
Tous ces lavements doivent être donnés tièdes, et le malade étant 
couché, avec une sonde de Nélaton qui permet de les pousser aussi 
haut que possible, très lentement et à Taide du minimum de pression 
nécessaire. 

Certains partisans de la cure de repos absolu permettent à leurs 
malades de boire de Teau pure; mais, alors, il ne s'agit plus de repos 
absolu, puisque l'ingestion de tout liquide, même de l'eau distillée, 
oblige l'estomac à se contracter et stimule sa sécrétion. Quand la soif 
n'est pas calmée par les lavements désaltérants, j'autorise des pilules 
de glace, en recommandant instamment de ne les donner qu'en cas 
d'absolue nécessité. J'ai réussi également en ordonnant, trois à 
quatre fois par jour, une ou deux gouttes de teinture thébaîque dans 
une cuillerée à café d'eau pure. 

Pendant la cure de repos, il est nécessaire de suivre le malade de 
très près, de le peser régulièrement, d'examiner fréquemment son 
l pouls et son état général. Les urines seront recueillies et mesurées 
I chaque jour, et l'on dosera aussi l'urée, de manière à être toujours 

[ renseigné sur le degré de l'absorption intestinale. 

Liotoièranc* La seulc difficulté réelle de la cure de repos con- 

reetaie. sîstc daus l'inlolérance rectale. Mais je dois dire 
qu'en tâtonnant on parvient toujours à la vaincre, ou bien avec l'adjonc- 
tion de m à V gouttes de laudanum à chaque lavement, ou en intro- 
duisant dans le rectum, avant ou même après le lavement, un peu de 
pommade aux extraits d* opium et de belladone, ou en supprimant 
tel principe du lavement, comme le sel et les peptones qui provoquent 
des poussées diarrhéiques chez quelques malades. Quelquefois aussi, 
pendant les deux premiers jours de la cure, les crises gastriques et 
les douleurs continuent : vous les calmerez en administrant de suite 
une des poudres composées à la magnésie délayée dans un peu d'eau 
sucrée*. 



î 



1. Voyez pages 288 à 294 
% Voyez page 965. 



958 I.ES MALADIES ORGANIQUES DE L'ESTOMAC 

L'aumentatioii D^ns le cas d^inloléraiice rectale, on a proposé 

■ous-oatanée. Y alimentation par voie hypodermique *. Dans cet ordre 
d'idées, les albumines, peplones, alhunwses sont inutilisables parce 
qu'elles sont toxiques ou qu'elles s'éliminent aussitôt par l'urine, sans 
profit pour l'organisme. Les corps gras, e\ spécialement l'huile d'olive 
stérilisée, sont trop douloureux pour être employés pratiquement. 
Les solutions sucrées, et surtout la solution de glucose sont seules 
utilisables; cette dernière, injectée lentement sous la peau delà 
cuisse avec les plus rigoureuses précautions antiseptiques, est bien 
tolérée à la dose de 30 a 40 grammes par jour; elle agit comme ali- 
ment d'épargne et trouve son indication dans les cas exceptionnels 
où l'alimentation buccale et rectale est temporairement impossible. 

Les auteurs ne s'accordent pas sur la durée qu'il 

etiMcffete de convicut d'assigucr à la cure de repos. Les uns con- 

}^ seillent 3 à 4 jours, el Tournier de 45jours à un mois. 

cîire de repos. • «i » a 

Je ne pense pas qu on puisse fixer de limite absolue; 
vo[us;devrez continuer aussi longtemps que le permettra la tolérance 
des malades, que les lavements alimentaires leur assureront une 
nutrition suffisante, et jusqu'à ce qu'aient disparu les symptômes 
révélateurs de Tulcère. 

Sur 15 malades que j'ai soumis à cette cure, je n'ai eu que deux 
réfractaires; le premier ne put résister à une soif qu'aucun moyen 
artificiel ne calmait; le second tomba en deux jours dans un tel état 
de faiblesse qu'on fut forcé de l'alimenter avec du lait. Tous deux, 
d'ailleurs, s'améliorèrent beaucoup plus lentement que les autres, et 
l*un d'eux eut plus tard une grave hématémèse à laquelle il faillit 
succomber. Chez les autres malades, la durée moyenne de la cure 
fut de neuf jours, ce qui s'accorde avec les observations de Ratjen, 
et les durées extrêmes furent de un et de treize jours. 

Dans tous les cas, il y eut cessation presque instantanée des dou- 
leurs, des vomissements et des crises d'hyperacidilé gastrique. Les 
pertes de poids, plus minimesqu'on ne pourrait le penser,ontvariéde 
0''",500 à 2''',200. Jamais je n'ai eu de poids stationnaire et encore 
. moins d'augmentation comme Wendt, Robinson, G. Tournier Tont 
observé. Tous les malades traités ainsi ont bien supporté la reprise 
du régime lacté et plus tard de l'alimentation; les vomissements n'ont 

1. Voyez les expériences déjà anciennes de Menzel et Perko» Karst, KrCg, Wittdauer, 
PiCK, etc., et les recherches plus récentes de Leube, Verhandl. der Xïll* Congresses 
furinnere Medicin, 1895; E. Koll, Die subculane Ernahrung, HabilUationsschrifi, Wûrti- 
bourg, 1897; Du Mesnil-Rochemont, Deutsche» Archiv fur klinische 3hdicin, p. 47if 
. LX, 1898; G. Perrier, Sur l'alimenuiion par la voie sous-cutanée, Thèse de P^ris^ 
I9<K). 



•- >*» 



LE TRAITEMENT DE L'ULCÈRE SIMPLE DE L'ESTOMAC 959 

pas reparu ; les douleurs très rares et minimes ont été immédiate- 
ment calmées par les alcalino-terreux; le poids perdu a été rapidement 
regagné et au delà. 

u période da - Quaud on a prolongé la cure de repos aussi long- 
. régime ucté lemps que Ic permettaient la tolérance et les forces du 

malade, on entre dans la deuxième période du 
traitement qui consiste dans la reprise de l'alimentation buccale par 
le régime lacté absolu. 

Le premier jour, supprimez un des lavements alimenLiires et 
remplacez-le par 100 grammes de lait chaud qu'on prendra par toutes 
petites gorgées. A chacun des irois jours suivants, vous supprimez 
un autre lavement en donnant à sa place 100 grammes, puis 
150 grammes, puis 250 grammes de lait, de sorte que, le cinquième 
jour, le malade prend 800 grammes de lait en quatre fois. A partir 
du sixième jour, donnez six prises de 250 grammes de lait, espacées 
toutes les trois heures, en commençant à 7 heures du matin pour 
finira 10 heures du soir et en ne prenant rien de 10 heures du soir 
à 7 heures du matin. A partir de ce jour, augmentez rapidement la 
quantité de chaque prise, en l'additionnant d'une cuillerée à bouche 
A'eati de chaux, de façon que \e malade parvienne à ingérer, durant 
la période alimentaire de la journée, trois, puis quatre litres de lait et 
de 100 à 200 grammes d'eau de chaux. Pour faire tolérer ce lait, dont 
on pourra même élever encore la quantité, si le malade le supporte 
bien, vous suivrez les indications que je vous ai données au sujet de la 
première étape du régime des dyspeptiques hyperslhéniques. Le lait 
peut donner de la diarrhée ou de la constipation, accroître les fermen- 
tations, ou encore réveiller les douleurs. Chacun de ces accidents 
sera aisément combattu par les divers moyens que je vous ai indi- 
qués *. 

u durée ^^ régime lacté absolu sera poursuivi aussi long- 

do régime lacté tcmps QUC Ic malade s'en trouvera bien, c'est-à-dire 

absolu. ' *^ * ' 

tant que son poids augmentera et que ses forces se 
maintiendront. En général, je le fais continuer pendant trois mois au 
moins et, si le malade a eu des hémorrhagies, s'il a de la sténose 
pylorique, je le maintiens durant six mois. 



r 



La période 



Le malade entre alors dans la troisième période 
du régime laou du traitement systématique. Cette période est une 

transition entre le régime lacté absolu et le régime 

1. Voyez pages 294 et 296. 



960 LES MALADIES ORGANIQUES DE L'ESTOMAC 

définilif que le malade guéri devra suivre pendant des années, 
jusqu'au moment ou Ton aura l'absolue certitude de sa guérison. On 
passe du régime lacté absolu au régime lacto-végétalj puis lacto- 
végéto-animalf en suivant les indications données à propos de la 
deuxième étape du régime des hypersthéniques. 

u période du La quatrième période correspond à la troi- 

régiine déflaitif. gième étape de ce régime, qui dcvra ôtrcsuivie pendant 

très longtemps, sinon pendant toute la vie, pour éviter au moins les 

causes alimentaires d'une récidive toujours possible de rhypersthènie 

gastrique . 

Les médicatioiis Au cours de CCS quatre périodes du traitement 
adjnvanus. systématique de Tulcère simple, les seuls médica- 
ments employés sont destinés à diminuer Tcxcitabilité stomacale et 
à faire tolérer la cure de repos ou le régime lacté. Nous verrons toutà 
l'heure que l'on a proposé de les compléter par l'adjonction de cer- 
taines médications spéciales; parmi celles-ci, nous ne retien- 
drons que celles ayant pour but de remédier à des prédominances 
symptomatiques ou de combattre des complications. En principe, 
toutes les autres doivent être écartées. 

En somme, le traitement systématique de Tulcèye simple consiste 
à prévenir la maladie en traitant l'hyperstbénie causale, à mettre 
Testomac au repos quand l'ulcère est déclaré, et à reprendre les 
étapes successives du régime et du traitement de la maladie causale 
quand la disparition des symptômes propres à l'ulcère indique que 
celui-ci est en voie de cicatrisation. 

u tndtement ®^ ^^^^ '^^^^' '^ malade dès qu'il tolérera facilement 
<*• *• trois litres de lait; on lui permettra de sortir en voi- 

oonraletcenot. • « * i • i « • j 

ture et de faire quelques petites promenades a pied, au 
grand air. Puis, à partir de la troisième ou de la quatrième période, 
on fera une médication complémentaire destinée à remonter 
son état général, s'il est encore affaibli, et à combattre l'anémie qui 
persiste quelquefois après les grandes hémorrhagies. Je conseille 
alors, dans les cas où domine la dépression nerveuse, les injections 
rectales (Tarséniate de soude ou de liqueur de Fowler étendue d'eau * 
ou les injections sous-cutanées de cacodylate de soude ou de 
glycérophosphate de soude '. 



1. Voyez page 6U. 

2. Voyez page 302. 



LE TRAITEMENT DE L'ULCÈRE SIMPLE DE L'ESTOMAC 9ÔL 

Quand L'aBémie est très marquée, voas aurez recours d'abord au 
perchlonire de fer eo dragées de O^IO au milieu des repas, puis au 
protocklonire de fer sous la mâme forme pharmaceuliqtic. Rwald 
recommande de donner trois fois par jour une cuillerée à café d'une 
solution à 3 p. 100 de perchlorure de fer dans un verre d'eau albtimi- 
neuse. Les eaux minérales ferrugineuses A'Oreiia, de Forges, de 
liussang, de Spa ont l'inconvénient de stimuler la sécrétion gastiîque 
et contiennent aussi trop peu de fer pour agir elTicacement. 

L'hydrothérapie, selou la méthode spéciale de Winternitz, forme 
uD excellent complément de cure '. 

Lorsque la guérison sera complète, le malade reprendra ses 
occupations; mais il devra toujours surveiller son régime, s'abstenir 
d'alcool, éviter les fatigues, les énervements, et se remettre à la diète 
et au traitement des hypersthénîques au moindre retour des 
symptômes de cette dyspepsie. 



II 

Les médications directes de l'ulcère «mple. — Le sous-nilraie de bis- 
mul)i> — l<e uiirale il'ai'gent. — Le perchlorure de fer. — Le bicarlionale de 
souile. — Les alcalino-lerreux. — L'eau de (^arlsbad arlificielle. — Les médi- 
caments divers : eau oxygénée, papaine, iodure de polassiuin, etc. 

Ui mtdiiMUou Je vouB disais tout à l'heure qu'on avait proposé 
*""*•■ ptusieursaulres médications curatives de l'utcère 
simple, soit comme méthode de traitement, soil comme moyens adju- 
vants de la cure de repos et du régime lacté. Nous allons les passer en 
revue et déterminer leur valeur et leurs indications. 

u MDB-idtT>ta La plus connue de ces médications est celle de 
d*u«Datii. Fleiker, qui consiste à panser directement l'ulcère 
simple en introduisant par la sonde, après lavage de l'estomac, 
200 centililrcs d'eau tiède tenant en suspension 10 à 20 grammes de 
«mS'Hitrate de bismuth. Si l'on a fait le diagnostic du si^c de l'ul- 
cère, on place le malade dans la position la plus favorable pour que 
l'ulcère soit dans une situation déclive où le sous-nitrate de bismuth 
vienne se déposer. Après dix minutes, on évacue par la sonde le 

1. WiNTEBKiTZ. — Die Hydrothérapie des UIciib rolundum veniriciili, Wiener meUtCÎ- 
BÏKke Wochetwchrift, 1898.'— Vu^ei nuiii, pages 32t i 315, le Triileinent hjrdrDlliéra-' 
pique de la djip«p>ie hjp en thé nique. 



962 l.ES MALADIES ORGANIQUES DE L'ESTOMAC 

liquide introduit, et il ne reste dans Teslomac que le sel de bismulh 
qui protège et panse l'ulcération. Celle opération est renouvelée lous 
les jour s d'abord, puis tous les deux ou trois jours jusqu'à guérison. 

Au lieu de sous-nitrate de bismuth, Boas emploie le carbonate ds 
bismuth qui ne constipe pas. L'introduction de la sonde élant absolu- 
ment contre-indiquée dans l'ulcère simple, on peut tout simple- 
ment faire avaler le lait de bismuth et le répartir également sur 
toute la muqueuse gastrique en faisant coucher le malade successive- 
ment sur le ventre, le dos et les deux côtés. 

D'après ses promoteurs, le sous-nitrate de bismuth fait cesser les 
douleurs, arrête les vomissements, diminue l'hyperchlorhydrie et 
favorise la cicatrisation de l'ulcère. Aussi Dreschfeld * conseille-t-il 
d'en introduire 30 grammes trois fois par jour; Cramer, Saveliew, 
Sansoni, etc., ont été jusqu'à 200 grammes; Witthauer s'en lient à 
20 grammes le matin, pendant dix jours. 

En principe, quand la cure de repos et le régime lacté consécutif 
apaisent les symptômes de la dyspepsie et de T ulcère, le saus-nitraie 
de bismuth ne me parait d'aucune utilité. Je ne pense pas non plus 
qu'après une gastrorrhagie son emploi soit sans inconvénient, aux 
doses exagérées auxquelles on l'emploie. Mais, au début du traite- 
ment systématique, je l'ordonne associé aux alcalino-terreux, au 
kicarbonate de soude et à un peu de codéine ou de chlorhydrate de 
morphine % dès que le malade éprouve la moindre douleur. Quant 
aux hautes doses, j'ai souvent vu leurs inconvénients, et j'en suis 
encore à trouver un cas où il y ait eu vraiment lieu de s'en louer. 

unitrated'argent. '''^^ ^*^^^ ^"^^°^ ^^ nitrate dargcut^ que Trous- 
seau, RoSENHEiM, Fleming, Gehrardt, Boas, etc., ont 
prôné contre l'hyperesthésie ou l'intolérance stomacales et les crises 
gastriques. Boas donne trois fois par jour, loin des repas et dans un 
verre d'eau, une cuillerée à soupe d'une solution à 0'',20 pour 120 
grammes d'eau distillée; le titre de la solution est ensuite portée 
0»%30 et à 0«%40. Rosenueim propose des lavages avec une solution 
à 0»',50 et 4 gramme pour un litre d'eau distillée; dix à douze lavages 
seraient nécessaires. 11 agirait comme caustique local et comme anti- 
septique, ce qui me paraît fort problématique, puisqu'il est précipité 
à l'état de chlorure d'argent dès qu'il touche la muqueuse de l'esto- 



1 . Dreschfeld. — The Lancet, 5 mars 1898. — Cramer, Mûnchener medicinttcke 
Woçhfifiscfirift, pp. 587-690, 1896.— Sa^e^ew, Therap^utische Monatshefte, pp. 485-493. 
189 i. — Voyez aussi sur celte médication les pages 2/9-280. 

2. Voyez page 171. 

3. Voyez page 283. 



LE TRAITEMEINT DE L'ULCERE SIMPLE DE LESTOMAC 963 

mac, si déjà sa transformation n'a pas eu lieu dans la bouche et dans 
Tœsophage. Avec Brinton, Bucquoy/ et beaucoup d'autres, je suis 
sceptique au sujet des résultats donnés par le nitrate d'argent. Quand 
j'ai cédé à la tentation de l'employer, j'aî toujours dû le cesser pour 
une raison ou pour une autre. 

u perohioniro BouRGET * précouisc Ic perchloTtire de fer^ non seule- 
^ '" ment comme hémostatique mais aussi comme analgé- 
sique et cicatrisant. Il vide l'estomac à la sonde, le lave à Teau tiède et 
y introduit 100 grammes d'une solution de perchlorure de fer k 
Ip.'lOO.. 

Après deux à trois minutes, on extrait la solution introduite; on 
la /remplace par une nouvelle dose qu'on extrait encore, et l'on 
renouvelle cette opération trois à quatre fois de suite. Je n'ai 
aucune expérience de ce traitement; mais j'avoue que je n'oserais pas 
l'essayer, pas plus que tout traitement qui nécessite l'aide de la 
sonde. 



Le Mcarbonato Je rcpousse également, et cela pour les raisons qui 
d0 8OQd0. Y^yg Qjjj ^^^ précédemment données \ l'emploi du bi- 
carbonate de soude à haute dose que beaucoup de médecins vantent 
encore non seulement comme anti-acide, mais dont ils font aussi 
un des agents de la médication curative. Outre qu'il ne calme pas 
toujours la douleur, il stimule la sécrétion de l'HCl, surmène la mu- 
queuse etprécipite la gastrite chronique, produit du tympanisme et 
des troubles vésicaux. 



Les aicaiino- Lcs alcalino-terreux , comme la magnésie calcinée^ 

**"•"• Veau de chaux ^ le carbonate de chaux, le saccharure de 

chaux (Bucquoy), n'ont pas les mêmes inconvénients; mais leur rôle 

se borne à la saturation des acides gastriques quand la cure de repos 

et le régime lacté ne les diminuent pas. 



L'ean de carisbad On a couseillé cucore l'usage de solutions salines 
artifioieue. rappelant la composition de l'eau de Carisbad. Hayem 



1. Bdcooot. — Traitement de l'ulcère simple de Testomac, TTaiU de thérapeutique 
afpîiquée â'ALBmt Robik, fasç. XU, p. 389. 

2. L. BODRGKT. — Beobachtungen tiberUlcui ventriçuli. und die Behandlung desselben 
oH ïiiènchlbndwaMchuïi^en, TherapeutUcheMor^tshefU, imn\900, 

3. Voyez pages 168 et 2i9. . _ 



L 



964 LES MALADIES ORGANIQUES DE L'ESTOMAC 

conseille de donner, après un mois de régime laclé, 350 grammes 
par jour de la solution suivante : 

¥ Eaudistillée ;.... 1 litre 

Sulfate de soude 2^,50 à 3 grammes 

Bicarbonate de soude 2 grammes à 2^,50 

Chlorure de sodium 1 gramme 

Dissolvez. 

On augmente de 50 grammes par jour jusqu'à ce qu'on ait atteint 
500 grammes, et Ton continue cette cure pendant cinq semaines. 

Cette médication aurait l'avantage d'abaisser le chlore total etl'HC) 
libre du suc gastrique, ce qui est, d'ailleurs, fortement contesté^ et 
constituerait un traitement non pas de Tulcère, mais de la dyspepsie 
dont il est la conséquence. Je ne nie pas qu'elle n'ait pu être utilisée 
avec avantage, mais je lui préfère de beaucoup la thérapeutique que 
je vous ai précédemment exposée. En tout cas, on ne doit jamais l'or- 
donner aux malades qui éprouvent encore des souffrances même 
atténuées. 

Les mèdioaments Hersghell, qui parait ue pas accorder beaucoup de 
oxTgéné"pâpiiïne, ^^^ ^ '^ valcur du sous-uitrale de bismuth et de la cure 

iodore de dc Cavlsbady vautc une solution de 32 grammes d'eau 
oxygénée dans deux litres d'eau, dont il fait prendre un 
verre trois fois par jour. 

G. Rankin admet l'action cicatrisante de la papaîne sur cer- 
taines ulcérations linguales et conseille de l'associer au fer et à l'ex- 
trait de cannabis indica*. 

Lândouzy emploie Viodoforme associé au sulfate de quinine en 
pilules contenant 0^%10 de chacune de ces deux substances et dont il 
donne de quatre à six par jour. 

Stepp^ donne toutes les heures une cuillerée à soupe de la potion 
suivante: 

^ Chloroforme 1 gramme 

Sous-nitrate de bismuth 3 grammes 

Eaudistillée 150 — 

F.s.a. Potion. 



1. Voyei, sur l'action de la cure de CarUhady page 331. 

2. G. Rankin. — The Lancet^ 9 février 1895. 

3. Stbpp. — Verkandlungen der 65. Versammlung der Ge$ellschaft deutscher Naturlor^ 
êcher und Atr%iey Nuremberg, 1893. 



LE TRAITEMENT DE L'ULCÈRE SIMPLE DE L'ESTOMAC 965 

WojONOwiTCH ' conseille le sulfate neutre d'atropine; Ord, l'iodure 
de potassium associé au bicarbonate de soude. D'autres ont proposé 
Vacétate deplomb, le chlorate de soiide, Vécorce de condurango. 

Je vous doDDe cette énumération pour mémoire, chacune de ces 
médications n'étant guère adoptée que par son promoteur. Quant au 
lavage de Vesiomac, qui a encore ses défenseurs, je le passe 
tairement sous silence, et je vous l'épète encore qu'il est absol 
contre-indiqué dès qu'on soupçonne l'ulcère simple ; les cas A> 
publiés par Cornillon et Duguet en sont une preuve suffisant 



Le traitement des prédominanoes STinptomatiques. — Les d 

et Ee3 crises gastriques. — Les vomissements. — Les prédominances div 

L* tnttHMiit Vous vous souvenez que la troisième indtc 

'^^J^^" thérapeutique consiste à calmer les sympi 

dominants que la cure de repos et le régim 

n'auraient pas enrayés, ce qui constituera, d'ailleurs, une exc( 

udonimr Parmi ces symptômes, la douleur, les crise 

*'<M^m triques et les vomissements occupent le premier 

Vous calmerez les douleurs et les crisesgaslr 

avec les poudres composées à la magnésie', dans lesquelles j 

conseille d'augmenter le sous-nitrate de bismuth et de rempU 

morphine par la codéine, 

¥ Magnésie calciaée l'',50 

Sous-nitrate de bismuth 0°',75 

Carbonate de chaui précipité 0",60 

Codéine , 0",(XI5 à C 

Bicarbonate de soude 1 gramme 

Lactose 1 — 

Mêlez très exactenteut en un paquet que l'on prendra, délayé da 
un peu d'eau, à la moindre menace de crise gastrique. 

Vous pourrez employer, en cas d'insuccès, les préparations i 
ladone, ou l'eau chloroformée et cocaxnée, ou encore Veau de 



I. VoionowiTCR. — Hoipital-ïeitung von Botkm, 1895. 

t. Vojei, sur l« traitement des crises gastriques, pages 170, 1 



966 LES MALADIES ORGANIQUES DE L'ESTOMAC 

associée à la cocaïne K Voici des formules qui réalisent celle asso- 
ciation : 



I. *¥ Poudre de belladone 

Extrait de belladone ^ àà. 0«' 01 

Extrait de cannabis indica 

Pour une pilule dont on prendra trois ou quatre dans les vingt-quatre heures. 

* 

II. y Chlorhydrate de cocaïne O^fib 

Sirop de belladone 20 grammes 

Eau chloroformée saturée ) 

Eau de fleurs d'oranger \ ââ. 50 grammes 

F.s.a. Potion dont on prendra une cuillerée à soupe toutes les deux heures. 

III. *¥ Eau de chaux 100 grammes 

Chlorhydrate de cocaïne O^^jOS 

Codéine 0«%05 

F.s.a. Solution dont on prendra une cuillerée à dessert toutes les heures. 

Enfin les applications externes ne sont pas à dédaigner et je vous 
recommande d'appliquer sur la région épigaslrique, soit la compresse 
échauffante' y soit un cataplasme de farine de graine de lin imbibé 
du Uniment suivant: 

If Bau.n3 tranquille 80 grammes 

Extrait d3 belladone \ 

— thébalque > âàà . 4 — 

— de jusquiame ) 

Chloroforme. 20 — 

F.s.a. Uniment. 

Les Pour calmer les vomissements, donnez avant 

▼omissements. d^aque prisc de lait, jusqu'à ce que celui-ci soit toléré, 
IV gouttes de la mixture composée à la picroioxine^ , sans dépasser 
toutefois XXV gouttes par vingt-quatre heures. En cas d'insuccès, 
vous pouvez avoir recours aux inhalations d'oxygène, au petit vésica- 
toire épigaslrique dont on saupoudre la plaie avec O^',! Ode powrfre 
d'opium brut ou 0^',01 de chlorhydrate de morphine. Si ces moyens 
ne réussissent pas, revenez à la cure de repos absolu. 

1. Voyez aussi A. Berry. — Contribulion à Télude du traitcmenl des douleurs d'ori- 
gine gastrique, Thèse de Paris, 1900. 

2. Voyez page 764. 

3. Voyez page 272. 




LE TRAITEMENT DE L'ULCÈRE SIMPLE DE L'ESTOMAC 967 

usprédominanoes On Combattra la constipation par des lavements 
dtrerMs d^huUe (Tolivesou de miel de mercuriale^ parla magné- 
decalcinée à la dose d'une cuillerée à café, plus i^remenl par Yhuiled^ 
ricin. On évitera \es drastiques et \es purgatifs salins. Outre ses autres 
inconvénients, la constipation est l'occasion d'efforts qui peuvent être 
suivis de gastrorrhagie; vous devez donc la surveiller avec soin. 

Ladiarrhée, laboulimie, l'anorexie, la flatulence relèvent 
des médications qui vous ont été précédemment exposées'. 



IV 

Le traitement des oomplications. — Les hémorrhagies. — Les perfora- 
tious. — Les péri^astrites supputées et les abcès sous-phréniques. — La 
péritonite plastique. — La sténose pylorique. — Son traitement chirurgical. 
— La cure radicale de Tulcère simple. 

Les La quatrième indication comprend le traite- 

hémorrhagies. ^^^^ j^g COmpHcatioUS . 

Au rang des complications, mettons l'hémorrhagie qui entraine 
dit*ectement la mort dans 5 p. 100 des cas, d'après Leuert. Elle est grave 
par son abondance ou par sa répétition. En parlant de Thématémèse, 
je vous donnerai de plus amples détails sur son traitement ; mais vous 
devez savoir des maintenant Timmédiate conduite à suivre en cas de 
^slrorrhagie. Mettre le malade au lit et lui imposer l'immobilité^ 
instituer la cure de repos stomacal absolu, appliquer une vessie pleine 
de glace sur le creux épigastrique, injecter sous la peau un gramme 
de solution d'^r^o/îne et dans une autre région 10 centimètres cubes 
d'une solution stérilisée de gélatine purekl p. 100; en cas de Faiblesse 
ou de lipothymies, injection sous-cutanée de caféine ou d'éther; faire 
une injection de sérum artificiel si les moyens précédents sont insuffi- 
sants ; enfin ne pas hésiter à pratiquer la transfusion du sang si vous 
jugez Thémorrhagie assez forte pour pouvoir entraîner la mort. 

Roux (de Lausanne)' aurait obtenu de bons effets avec les i)ijec' 
lions intra-veineuses d'eau salée à 7 p. 100, mais Bouveret a eu trois 
insuccès sur trois cas, et moi-même je n'ai pas réussi dans le seul cas 
où j'aie employé ces injections. Le perchlorure de fer à l'intérieur, 
Ven^gotine associée à Yacide gallique et au sirop de térébenthine, ou le 
chUn^ure de calcium à la dose de 4 à 5 grammes par jour sont des 
moyens adjuvants dont l'utilité m'a été souvent démontrée. 

1. Voyex pages 259, 21)8, 297. 

2. Roux. ^ Revue médicale de la Suisse romande, mai 1884. 



968 LES MAUDIES ORGANIQUES DE L'ESTOMAC 

u tnitaneiit Depuis quelques années, on a posé la question de 
def^*owhâiief ^' i^^^^^^^^^^ chirurgicale dans les grandes héma- 

témèses. Marion* relate 7 observations de Gannett, 
MiKULicz, KusTER et Roux, dans lesquelles il y a eu 4 morts. Hart- 
mann' réunit 12 observations avec 8 décès. Cette statistique n'est 
guère encourageante, et elle est certainement très inférieure à celle 
au traitement purement médical. 

La plupart des hémorrhagies ordinaires que j'ai vues ont cédé 
aux moyens médicaux. Dans les hémorrhagies dites foudroyantes, le 
chirurgien n'a pas le temps d'intervenir; mais, s'il lui était possible de 
le faire, il n'y aurait pas à hésiter. Restent les hémorrhagies rebelles, 
se produisant par poussées successives, que le traitement médical ne 
parvient pas à enrayer; dans celles-là, je conseille aussi Tintervenlion. 
•Quant à la nature de celle-ci, on s'inspirera des circonstances pour 
faire soit la suture des parois stomacales, soit la ligature des artères 
afférentes ou de l'artère intéressée, soit la cautérisation de l'ulcère* 
S'il y a sténose pylorique, l'opération sera complétée par la j/as/ro-^n/ê- 
rostoniie. 

Les parforauoiii. Contre la perforation, le traitement médical 

est impuissant. La diète absolue^ la vessie de glace, la 
piqûre de morphine , les injections de caféine, d'éther, d'huiU cam- 
phrée, de séruîn artificiel n'ont d'action que si la péritonite tend elle- 
même à se localiser. C. Pariser cite bien vingt-cinq cas deguérison; 
mais Comte déclare avec raison que, dans plusieurs de ces cas, la géné- 
ralisation de la péritonite n'était rien moins que douteuse. 

Le traitement ^^ Dentu \ qui a réuui Ics statistiqucs de plusieurs 

chirurgioai dea chirurgicns, couclut quc la guérison peut être obtenue 

perforations. , . .• j n . i, 

dans environ un tiers des cas, et celle-ci a d autant 
plus de chances d'être réalisée que V intervention chirurgicale est 
plus précoce. Ainsi, sur les 19 cas de guérison de la statistique de 
Comte, 12 sont dus à des opérations pratiquées dans les dix heures 
qui ont suivi la perforation et, sur les SS succès de la statistique de 
Pariser, 23 ont été obtenus par des opérations pratiquées dans les 
dix ou quinze premières heures après la perforation. Même, en réunis- 
sant un certain nombre d'interventions pratiquées en 1899 par 
Hartley, Barling et Carter, Box et Thurnston, Tubby, Barker, 

1 . Marion. — Thèse de Paris, 1897. 

^. Hartmann. — Société dechirurgie, 29 décembre 1897. — Voyez aussi Sayariaud 
(ia%(ttte des hôpitaux, 28 janvier 189U. 

3. Le Dentu. — Bulletin de VAcadémie de médecine, 4 mai 1897. 



LE TRAITEMENT DE L'ULCÈRE SIMPLE DE L'ESTOMAC 969 

Philipps et ScHLEWEK ', on trouve 7 cas de guérisoD sur U opéra- 
lions. 

En résumé, quoique, à l'occasion d'une intervention malheureuse 
(le Wallis, plusieurs médecins, entre autres Kingston, Fowler, 
SfDNET Philips, Hawkins, aient cité des cas de guérison par le trai- 
tement médical qui n'est, en réalité, qu'une expectation décorée du 
nom de traitements l'intervenlion chiruipcalc n'en demeure pas 
moins la meilleure chance de salut \ 

ui péiiguirHai Ce quî vicut d'être dit de la péritonite par pcrfo- 
' ralion s'applique aun périgastrites suppuréesel 
aux abeèssous-phréniques.Iciencorele Iraitemeni 
médical est à peu près nul, quoique j'aie vu récemment un cas de 
guérison spontanée par la cure du repos absolu, et le traitement chi- 
rurgical a d'autant plus de chances de réussir qu'il est plus précoce. 
Rauadan, sur 11 cas de sa statistique, doune comme unique cas de 
guérison celui où la rapidité du diagnostic permit une hâtive inter- 
vention *. Depuis lors la statistique de Maydl donne 3 guérisous sur 
10 cas opérés et celle de Comte 11 guérisons sur 23 cas\ 

uptrnonitg ^* péritonite plastique est ud processus de 

pUMïm. protection qui prend quelquefois un développement 
exagéré ou contracte avec les organes voisins des adhérences dou- 
loureuses et qui gênent leur fonctionnement. Dans ces cas, je vous 
conseille d'abord l'emploi révélé de petits vésicaloires volants ou de 
fines pointes de feu au niveau des points douloureux. Malgré le dis- 
crédit dans lequel la révulsion est tombée, je la considère encore 

t. Hartleï. — London médical Record, It Tévricr IKU9. — Bahung et Carter, firi- 
U