_NYU IFA LIBRARY
3 1162 04538659 7
NEW YORK
UNIVERSITY
LIBRARY
ffl j ' .
17^
j ,ii v
INSTITUTE OF FINE ARTS
ERLING C. OLSEN
NORMAND Y, JULY I944
PRESENTED BY
MR. AND MRS. ERLING OLSEN
LES
MONUMENTS ANTIQUES
DE L'ALGÉRIE
SERVKIK DES MOMIRNTS HISTORIQIES DE L'ALfiÊHIE
LES
MONUMENTS ANTIQUES
m L'ALGERIK
PAR
Stéphane GSELL
l' K o F E s s E u B A l'École s u i- é r i i: u r e des lettres
ET u I R E C T E u R DU MUSÉE D " A L G E R
OUVRAGE PUBLIE SOUS LES AUSPICES
DU GOUVERNEMENT GÉNÉRAL DE L'ALGÉRIE
TOME PREMIER
Contenant 72 planches hors texte et 85 illustrations dans le texte
PARIS
ANCIENNE LIBRAIRIE THORIN ET FILS
ALBERT FONTEMOING, ÉDITEUR
Libraire des Écoles Françaises d'Athènes et de Rome, du Collège de France
et de l'École Normale Supérieure
4, RUE LE GOFF, 4
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Tous droits de traduction et dr. veprodi'.ction réservés
Fine Aîts
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lIBRARy
iji^gay-aeww* ■*^'iTIWWHWiminHillitjr%iw»<^
PRÉFACE
Cet ouvrage devait consister, d'abord, en une série de
notices sur les ruines antiques de l'Algérie qui sont clas-
sées comme monuments historiques : travail que M. le
Directeur des Beaux-Arts avait bien voulu me contier
l'année dernière.
Mais le classement actuel m'ayant paru fort incomplet,
j'ai cru devoir élargir le plan primitif du livre et en
faire, pour ainsi dire, un manuel d'archéologie monu-
mentale algérienne. Je n'ai donc pas adopté l'ordre géo-
graphique, où des édifices d'époques et de destinations
diverses auraient été confondus; mais j'ai étudié, dans
des chapitres distincts, les différentes catégories de
monuments. L'index topographique, placé à la fin du
second volume, permettra, au besoin, de réunir sans
peine les renseignements concernant les ruines qui sont
groupées dans un môme lieu.
En général, j'ai joint aux descriptions des notes biblio-
B S 2 i S
D
VI PRÉFACE
rapliiques assez complMos. Les documents relatifs à
l'archéologie de l'Algérie sont dispersés dans tant de
livres, dans tant de revues, qu'il peut êlre utile de les
rassembler; du reste, l'état de beaucoup de ruines a été
tellement moditîé depuis soixante-dix ans, que l'on
trouve fréquemment des indications précieuses dans les
travaux antérieurs, même dans les plus médiocres. On
y trouve aussi plus d'une erreur. Cela n'a rien d'éton-
nant. La plupart de nos devanciers étaient des gens de
bonne volonté, qui ont rendu de très grands services à
la science par leur zèle désintéressé, mais qui manquaient
de connaissances spéciales. 11 était nécessaire de faire
ici cette remarque : car, en comparant nos descriptions
avec celles des autres auteurs, on pourrait être surpris
de constater souvent d'assez notables différences.
Le présent ouvrage paraîtra peut-être prématuré et
incomplet. J'aurais assurément mieux fait, avant de
l'écrire, d'achever l'exploration archéologique de l'Algé-
rie : dans certaines régions que je n'ai pas encore pu
visiter, il y a des monuments qui ne sont signalés nulle
pai't ou qui le sont d'une manière trop sommaire, et qui,
pourtant, mériteraient sans doute d'être décrits. Bien
des ruines, même parmi les plus connues, ne ])Ourront
être étudiées avec fruit que quand on les aura fouillées.
D'autre part, l'illustration de notre texte, quoique abon-
dante, devrait l'être encore davantage : dans des livres
comme celui-ci, il est à souhaiter que chaque description
soit accompagnée, sinon d'une vue, du moins d'un jJan.
PKEFACE VU
iNoiis avons dii renoncer à reproduire tout ce qui se
rattache à la décoration proprement dite : chapiteaux,
autres morceaux d'arcliiteclure sculptés, mosaïques, etc.
11 nous aurait fallu augmenter considérablement le
nombre des planches et des figures, par conséquent les
frais de la publication.
D'ailleurs, à vouloir troj) attendre, à vouloir faire trop
bien et trop beau, on risque de ne pas aboutir, 11 ne
s'agissait point d'entreprendre un de ces ouvrages
luxueux et de format imposant, qui ont la prétention
d'être définitifs, qui coûtent de fortes subventions à
l'État et se vendent très cher aux particuliers, dont les fas-
cicules paraissent de loin en loin et qui, bien souvent, ne
s'achèvent pas ^ . Notre ambition a été plus modeste. Nous
avons eu le désir d'indiquer, aussi brièvement que pos-
sible, ce que l'on sait aujourd'hui sur les ruines antiques
de l'Algérie. Ce tableau d'ensemble sera peu à peu com-
plété, et aussi corrigé, par des fouilles, par des relevés
minutieux de quelques édifices importants au point de
vue artistique % par des monographies locales ou régio-
nales, par des études consacrées à telle ou telle caté-
gorie de monuments, à tel ou tel mode ou style de
décoration.
1. Te! a été le sort des deux grands ouvrages archéologiques de Ravolsié
et de Delaniare, publiés dans la collection intitulée : E.vploraiion scientifique
de l'Algérie. Celui de Delamare n"a pas de texte explicatif. Dans celui de
Ravoisié, le tome 111 des planches est incomplet et le texte s'arrrte au milieu
du tome IF.
■2. Tiavail qui conviendrait à des architectes pensionnaires de FAcadémie
lie France à Rome.
VI II PRÉFACE
Presque toutes les phototypies contenues dans ces
deux volumes ont été exécutées d'après mes clichés; j'ai
cependant fait plusieurs emprunts à la collection du
Service dos monuments historiques. Certains plans sont
copiés dans des publications antérieures ou sur des plans
dressés par les soins du même Service; pour les autres,
mes relevés ont été mis au net par M. Godard. MM. Lau-
rent Gsell, Emonts et Ferrand ont dessiné, en général
d'après des photographies, les vues insérées dans le
texte.
Stéphane Gsell.
Septembre 1901.
LIVRE I
MONUMENTS INDIGÈNES ET PUNIQUES
CHAPITRE I
MONUMENTS INDIGÈNES
GROTTES ET ABRIS SOUS ROCHES
Los demeures des plus anciens habitants de rAlgéric furent
des huttes en l)ran(diages, des abris sous roches, des grottes
naturelles.
Quelques-unes de ces grottes ont été explorées, dans le voi-
sinage d'Alger et d'Oran, près de Saïda (dans le département
d'Oran), en Kabjlie, etc. Nous mentionnerons, en particulier,
la grotte du Grand-Rocher, près de Guvotville, à 14 kilomètres
au nord-ouest d'Alger, et celle des Troglodytes, à Oran.
Au Grand-Rocher', une sorte de couloir qui, s'il était
complètement déblayé, donnerait passage à un homme mar-
clmnt debout, conduit à une salle longue de près de 20 mètres,
large de 4 à .5 mètres aux points les plus étroits, dans laquelle
pouvaient s'abriter au moins vingt personnes; un soupirail
naturel l'éclairé par en haut. La couche supérieure du terreau
qui revêtait le sol de cette grotte contenait quelques débris
de l'époque romaine. Plus bas, on a trouvé des fragments de
poteries très primitives, faites à la main, cuites au soleil,
1. Voir, au sujet de cette grotte: Bitllefin de la Socicté aUjérienne de clima-
tologie, XII, 1876, p. lo2-lo!), 188-196; Battandier et Trabut, l'Algérie,
p. 178-179.
T 1
2 LES MONUMENTS ANTIQUES DE l'aLGÉRIE
offrant des ornements graves (losanges et clievrons), et res-
semblant aux vases qui ont été recueillis dans les cavernes de
Gibraltar. Il y avait, en outre, quelques grossiers outils en
silex, des aiguilles et des poinçons en os, enfin une quantité
considérable d'ossements d'animaux, dont la chair et la moelle
avaient nourri les troglodytes : bovidés, antilopes, chèvres,
équidés, sangliers, chacals, lynx, hyènes, cerfs, gerboises ; à
ces ossements se mêlaient des restes humains. Un amas de
cendres, situé hors de l'entrée, recouvrait deux petites haches
polies en grès, des grattoirs en silex, deux carreaux en pierre
dure, présentant une rainure médiane dans laquelle on aigui-
sait sans doute des instruments en os. A côté du soupirail, a
été découvert un autre foyer, ménagé dans une anfractuositéde
la roche : un grand nombre d'os humains, en désordre, y étaient
confondus avec des coquilles comestibles, brisées pour l'extrac-
tion du mollusque, des débris de poteries grossières, plusieurs
silex taillés en forme de grattoir et une petite hache police
La grotte des Troglodytes se trouve dans le voisinage immé-
diat d'Oran, contre la route de Tlemcen; elle a été explorée
par MM. Pallary et Tommasini-. C'est une simple cavité, large
de 8 mètres à 8"", 40, profonde et haute de 3 mètres. Comme
dans d'autres abris sous roches de la région d'Oran, on }' a
constaté l'existence de deux couches. La plus basse, de couleur
blanchâtre, épaisse de 0", 85 au maxinumi, renfermait quelques
ossements, entre autres ceux d'un grand bœuf d'une espèce
1. Une autre grotte, qui semble avoir été habitée par rhomine dès une
époque pbjs ancienne, a été découverte près d'Alger, à la pointe Pescade;
elle a aujourd'hui disparu. Voir Bull, de la Société alg. de clitnatologie, V,
1868, p. 78-88: VI, 1869, p. 20-21, 24-26 et pi. m: XII, Iij-V.y2, 186-188. pi. i
et II ; Baltandier et Trabut, l. c, p. 178.
2. Association française pour l'avancemenl des sciences. Congrès de Mar-
seille (1891), II, p. 633-649.
MONUMENTS INDIGENES 3
indéterminée, une dent de rhinocéros, des pointes et des racloirs
en calcaire, en silex et en quartzite, taillés sommairement sur
une seule face. Ces outils remontent probablement à l'époque
que les géologues appellent quaternaire. La couche supérieure,
épaisse de 2 mètres environ, est formée d'un terreau noir,
entremêlé de cendres. MM. Pallary et Tommasini y ont
recueilli de nombreux objets en silex, entre autres des pointes
de flèche finement travaillées ; trois haches polies en diorite ;
de beaux poinçons, des harpons et des hameçons en os; des
restes de parures en coquilles, souvent bariolées de rouge;
des fragments de poteries avec des cordons en saillie et des
ornements gravés (hachures, zigzags", losanges). Les ossements
appartiennent à des espèces animales vivant encore dans le
pays ou récemment émigrées : ânes, boeufs, moutons, chèvres,
sangliers, gazelles, antilopes. Des œufs d'autruche, des coquil-
lages marins ou terrestres, des tortues servaient aussi à l'ali-
mentation des possesseurs de cet abri, qui étaient à peu près con-
temporains de ceux de la grotte du Grand-Rocher. Beaucoup
d'os humains ont été trouvés pèle-mèle et presque toujours
brisés : on s'est demandé si la caverne n'a pas été alternative-
ment un lieu d'habitation et de sépulture, mais on peut aussi
supposer que les troglodytes d'Oran étaient anthropophages.
Notre livre devant être consacré aux monuments proprement
dits, nous n'insisterons pas plus longuement sur ces grottes,
dont l'étude est assurément fort intéressante pour l'historien
comme pour le naturaliste, mais qui ne sont pas des demeures
bâties ou aménagées par la main de Tliomme'.
1. Pour les grottes et abris voisins d'Oran, voir Pallary, Matériaux pour
l'histoire primitive et ?mturelle de l'homme, XXII, 1888, p. 203 et 209; Assoc.
franc, pour l'an, des sciences, Marseille (1891), II, p. 604; ibid., Caen(i894), II,
LES MONUMENTS ANTIQUES DE LALGÉRIE
REFUGES
Plus tard, les Africains élevèrent de vérital)les constructions
On trouve souvent en Algérie des enceintes en gros blocs bruts
ou à peine taillés, établies sur des collines, sur des plateaux
escarpés qui dominent des rivières ou des sources. Elles sont
nombreuses surtout dans Test de la ])r()vince de Constantine,
dans l'Aurès et dans le Tell oranais. A l'origine, ces refuges
fortifiés ne paraissent pas avoir enfermé de maisons. Les
indigènes vivaient dans la campagne avec leurs troupeaux.
Pour pouvoir se déplacer sans peine à la recherche des pâtu-
rages, ils avaient des demeures mobiles, dos cabanes montées
sur des roues [mapalia^ comme les nomment les auteurs
anciens). Ils ne se retiraient dans le refuge qu'à l'heure du
danger : des huttes improvisées leur servaient s:ins doute d'abris.
A une époque postérieure, ils s'y bâtirent des habitations en
pierres sèches, ressemblant aux gourbis kabyles.
Il est malheureusement très difficile de fixer avec certitude
la date de ces enceintes indigènes. Si quelques-unes semblent
remonter à une antiquité fort reculée, d'autres ne sont pas
"40-7 44; — Carrière, Bull, de la Socié/e de f/e'of/raphle d'Oran, 188ti, p. U(i-
149; Ass. franc., Oran (1888), II, p. 3.j8, 360 et pi. Vll, fig. 3 et 4;— Doii-
mergue, Ass. franc., Paii (1802), II, p. 623-628.
Grottes de la région de Saïda (département d'Oran) : Doumcrgue et Poirier,
Bull. Soc. d'Oran, 1894, p. 105-127; Ass. franc., Nantes (1898), II, p. 580.
Autres grottes et abris du département d'Oran : Pallar}', Ass. franc., Mar-
seille (1891), II, p. 605, 606, 607; ibid, Tunis (1896), H. p. 496, 499; —Flamand,
dans l'Anlhropolof/ie, III, 1892, p. 150.
En Kabylie : Viré, Ass. franc., lîordeaux (1895\ II, p. 789-794; Recueil de la
Socie'lé archéolof/ique de Co7islnnline, XXXII, 1898, p. 6-13.
Au djebel Sidi Rgtieiss, prés d'Aïn Beïda, dans le département de Constan-
tine : Gsell, Bull, arch.du Comité des travaux historiques, 1899, p. 438. Près de
Khenchela : Jullien, Mat. pour l'/iisl. de l'homme, XIII, 1877, p. 45-46.
MONUMENTS INDlGExNES 5
antérieures à la période romaine ou même aux premiers temps
du moyen âge. Pendant une longue série de siècles, les Afri-
cains élevèrent ces remparts grossiers, dont la construction
n'exigeait que des bras, des leviers et des rouleaux faits de
troncs d'arbres'.
TOMBEAUX EN PIERRES SECHES
Il en fut de même pour les tombeaux en pierres sèches,
attribués par les gens du pays aux Djouhala ou aux Beni-Sfao,
race d'idolâtres éteinte depuis longtemps. Certains d'entre eux
sont probablement très anciens, d'autres ont été bâtis après
l'ère chrétienne; en général, il est impossible de les dater. Les
éléments de certitude ou même de probaljilité chronologique
manquent le plus souvent. D'ailleurs, on a fouillé très peu de
ces monuments, pourtant innondjrables en Algérie : il y a l;i
un vaste sujet d'étude, demandant des recherches patientes et
méthodiques 2.
On les rencontre d'ordinaire sur les coteaux et le long des
1. Voici des indications bibliographiques sur les refuges et les villes
indigènes avec enceintes en pierres sèches : il convient d'ajouter que la plu-
part de ces constructions n'ont pas été signalées par les archéologues. Près
d'Arbal (.région d'Oran) : liidl. archeolorjique du Comité des Ivavaujr hialo-
riques, 1885, p. 339. Dans les régions de Saida et de Tiaret : La Blanchère,
Archives des ISlissions '^cie?ili figues. 3° série, X, 1883, p. 26 seq., 46 seq. Dans le
bassin de l'oued Riou : Derrien, Bull. d'Oran, 1895, p. 282. En Kabylie : Viré,
Recueil de Conslanline, XXXII, 1898, p. 23-25. Dans la petite Kabylie : Bull.
Comité, 1888, p. 126. Dans la région de Souk Ahras : ibid., 1887, p. 451, et 1897,
p. 277, n° 32. Près de Tébessa, au djebel Osmor : De Bosredon, Recueil de
Constaiifine, XVlll, 1876-7, p. 42't. Dans l'Aurès : Masqueray, Revue africaine,
XXIF, 1878, p. 42-44 et 137; Vaissière, ibid., XXXVII, 1893, p. 137. Conf. plus
loin, à la description des cimetières indigènes de Djelfa, d'ichoukkàn et de
Roknia, p. 13, 16, 22.
2. On trouvera quelques renseignements sur les tombeaux indigènes dans
les auteurs suivants : I.etourneux, Archiv fur Anthropologie, II, 1867, p. 307-
330; James Fergusson, les Monuments méfjalil/iiques de tous pays (trad.
6 LES MONUMENTS ANTIQUES DE L ALGÉRIE
pentes rocheuses, qui fournissaient aux constructeurs les maté-
riaux nécessaires. Par leur masse, ils protégeaient leurs hôtes
contre ravidité des animaux carnassiers, contre les injures du
temps et des hommes. Ils formaient de solides prisons d'où les
morts ne pouvaient pas s'échapper pour troubler la paix des
vivants. Ils marquaient la place oii avaient été ensevelis les
ancêtres et perpétuaient leur souvenir.
Il faut distinguer plusieurs types parmi ces sépultures indigènes:
1° Le tumulus est un amas de pierres ou de cailloux, aux-
quels on a souvent mêlé de la terre. Ce tertre forme tout
naturellement un cône. Parfois, il est aplati à sa partie
supérieure et ressemble à un cône tronqué. Il y a aussi
quelques tumulus dont le plan est ovale ou même carré. Pour
arrêter les éboulements, le pourtour extérieur est fréquemment
renforcé par une ceinture de pierres plus grosses et placées
d'une manière plus symétrique; dans des régions où Ton ne
disposait que de matériaux assez petits, ce cercle pouvait être
composé de plusieurs assises : il présente alors l'aspect d'un
véritable mur. Les pierres garnissant les pentes du tumulus
sont parfois aussi rangées avec un certain soin, de manière à
constituer des successions de gradins ou d'anneaux concen-
triques, qui assurent la solicUté de l'ensemble. Les tumulus sont
de dimensions fort variables. Il }■ en a qui no dépassent pas
3 mètres de diamètre; quelques autres atteignent jusqu'à
150 mètres de circonférence'.
Ilamard), p. 417-433 ; Tùssot, Géographie de la province l'omaine d'Afrique, I,
p. 499 seq : Reinach, dans les Instructions pour la recherche des antiquités
dans le nord de V Afrique, p. 39-44. — Une bibliographie du préhistorique
algérien est donnée dans les Matériaux pour Vliist. de Vhomme, XVI, 1881,
p. 204-208. La littérature du sujet s'est beaucoup accrue depuis.
1. Ceux que Ton voit près de la Meskiana (déparlement de Constantine) :
Féraud, Recueil de Constantine, Vlll, 1864, p- 119.
MONUMENTS INDIGENES 7
A rintérieur, au centre, sont déposés les ossements, recou-
verts imniédiateinent par la masse du tumulus ou, ce qui seml)le
plus fréquent, enfermés dans une caisse quadrangulaire en
pierre. Le coffre est constitué soit par cinq dalles — quatre
debout, formant les côtés, et une cinciniëme à plat, servant
de plafond — soit par un assez grand nomljre de pierres, plus
petites, superposées le long des parois.
2" D'autres sépultures diffèrent des tumulus précédents par
la disposition de la case funéraire, dont le couvercle, une
grande dalle, apparaît à l'extérieur et couronne le tertre. Les
côtés de la case restent cacliés dans les flancs du monument.
3° Dans un troisième type, qui dérive du tumulus et auquel
les archéologues réservent généralement le nom bas-breton de
dolmen^ la case est entièrement ou presque entièrement déga-
gée : en bien des endroits, on peut constater avec certitude
qu'elle l'a toujours été'. Quelquefois, elle surmonte un tumulus
très bas. Mais, d'ordinaire, elle s'élève sur un espace plat ou
peu renflé, entouré d'un cercle de pierres qui correspond à
la bordure extérieure des tumulus. On trouve souvent aussi, à
l'intérieur de cet espace, d'autres cercles formant des anneaux
de diamètre décroissant autour de la case : l)ien qu'ils soient
en général disposés sur un plan à peu près uniforme, ils pa-
raissent répondre aux gradins étages des tertres. A côté des
enceintes circulaires, les enceintes rectangulaires ou carrées
ne sont pas très rares. Parfois, ces clôtures présentent
l'aspect de murs cà assises ; en général, elles sont constituées
par des blocs verticaux, plus ou moins contigus. L'espace cir-
1. On a soutenu qu'en Europe tous les dolmens ont été autrefois recouverts
de tumulus : cette observation serait certainement fausse, si on l'appliquait
aux dolmens d'Afrique.
8 LES MONLMENTS ANTIQUES DE l'aLCÉRIE
conscrit est grossiëromoiit pavé. Los cases sont, comme celles
de bcanconp de tniiiulns, formées soit de quatre (ou parfois six)
placiues dressées de champ et d'une dalle de recouvrement,
soit de murs à assises, surmont(''S d'une, de deux ou de trois
tables. Une seule enceinte peut enfermer plusieurs cases, iso-
lées les unes des autres ou avant une de leurs parois commune.
Les dimensions des enceintes et des cases sont très diverses.
Les premières ont un diaiuètre moyen de 5 à 6 mètres, mais
on en trouve de 1(5 et même de 20 mètres; la hauteur des
cases est do O^^GO à l'",50, rarement moins ou plus. Les tables
ne dépassent guère 3 mètres de largeur. A rintérieur de la
case, un lit de pierraille ou un petit dallage recouvre les
restes humains.
4° Les cyo^/i/^cA.y paraissent être aussi des tumulus simplifiés.
Du tertre, on n'a conservé, comme dans les dolmens, que la
bordure, cercle de pierres juxtaposées ou formant un petit mur
à assises'. Mais dans ce type de tombe la sépulture établie
au centre est souterraine : c'est une fosse, creusée dans le sol
et parfois tapissée de dalles. L'espace circonscrit par l'enceinte
est souvent pavé.
5° On appelle chonchet (au singulier choucha, mot arabe
qui veut dire calotte) des tours rondes, comportant plusieurs
rangs d'assises, d'une disposition assez régulière. L'intérieur
est rempli par de la pierraille et delà terre, sauf le centre, oh
se trouve la case funéraire. Connue pour les sépultures de la
seconde catégorie, la dalle de couverture domine tout le
monument.
La position des ossements que l'on rencontre à l'intérieur des
1. Parfois, les pierres sont disposées non en cercle, mais en carré.
MONUMENTS INDIGENES 9
tombes, in(li([UO plusieurs rites funéraires. Tantôt les corps ont
été débarrassés de leurs cliairs, par une exposition en plein
air ou un séjour plus ou moins prolongé dans une sépulture
provisoire, et on a enterré pêle-mêle, dans la sépulture défini-
tive, les restes de divers individus. Tantôt les morts, soumis
à un décharnement incomplet, qui laissait subsister la connexité
des os, ont été ensevelis dans une attitude repliée, les genoux
touchant le menton. Enfin, dans des tombeaux rpii appartiennent
à une époque relativement récente, la fosse ou le coffre ne
renferme qu'un seul squelette entier, allongé sur le dos ou sur
le côté.
Avec les ossements ou les cadavres, on enfouissait souvent
quelques objets mobiliers, témoignages de la croyance primi-
tive à une vie matérielle au delà de l'existence terrestre : des
poteries vides ou remplies d'aliments, parfois aussi des armes,
des bracelets, des bagues, des boucles, des épingles, des
parures en coquilles, etc.
Il est assez rare que ces différents monuments funéraires
soient isolés. En général, ils forment des cimetières, dont plu-
sieurs contiennent des milliers de tombes.
Dans CCS nécropoles, on voit fréquemment des traînées de
pierres, constituant des clôtures autour de l'ensemble des
tombeaux ou autour de certains groupes. D'autres forment de
véritables filets réunissant les sépultures. D'autres sont alignées
deux par deux et délimitent des sortes d'avenues.
Des archéologues ont cru reconnaître en (pielques endroits
des règles présidant à l'orientation des tombes. ]Mais, à cet
égard, les constructeurs ne nous paraissent pas avoir obéi à des
prescriptions rehgieuses : ils ont simplement tenu compte de
la disposition dos divers terrains. Ce fut seulement à une
10 LES MONUMENTS ANTIQUES DE L ALGERIE
époque assez basse qu'on prit l'habitude de tourner vers l'est
la paroi qui était destinée à se rouvrir pour donner passage à
<le nouveaux morts.
Les types de monuments que nous avons énumérés se trouvent
souvent côte à côte : tumulus avec dolmens ou avec cromlechs,
tumulus à dalle apparente avec choucliet, chouchct avec dolmens.
Cependant certains types sont plus fréquents dans telle ou telle
région : ce qui s'exphque par des préférences locales, ou par la
nature des pierres disponibles, que l'on débitait phis ou moins
facilement en gros blocs ou en grandes dalles plates. Les tumulus
simples sont nombreux dans la province d'Oran, dans les régions
d'Aumale et de Boghar, dans le Hodna, dans la partie septen-
trionale du Sahara'. Les tumulus à dalle apparente se trouvent
1. Indications bibliographiques sur les tumulus de l'Algérie :
Dans le département d'Oran : Pallary, Malérianx pour l'hist. de l'homme,
XXI, 1887, p. 4Jl, 432, 434; — Tommasini, Assoc. française, Oran (1888), I,
p. 204; —Carrière, ibid.. Il, p. 359-360; — Pallary, ihid., II, p. 333; Id.,
Assoc. franc., Marseille (1891), II, p. 604 seq.: Besançon (1893), II, p. 684
seq.; Tunis (1896), II, p. 4J6 se^. et 766; — La Blanchère, Arch. des Mis-
sions, 3' série, X, p. 44-43; — Mercier, Bull. Comité, 1888, p. 93 ; — Derrien,
Bull. d'Oran, 1893, p. 284.
Dans le département d'Alger : Viré, Recueil de Conslantine, XXXII, 1898,
p. 13-20 (Kabylie); — Mercier, Revue africaine, XVIIl, 1874, p. 78; Bour-
jade, ibid., XXXll, 1888, p. 244-243 (région d'Aumale) : — Gsell, Bull. Comité',
1900, p. 373-375 (région de Boghar); — Bourguignat, Des monuments symbo-
liques de V Algérie, Paris, 1868; Pélagaud, la Préhistoire en Algérie, Lyon,
1879, p. 44 (dans le Sersou, au sud-ouest de Boghar); — Gagnât, Bull. Comité,
1899, p. cxxxvm (région de Guelt es Stel) ; — Harlmayer, Revue africaine,
XXIX, 1883, p. 141, 143, 147 (région de Djelfa).
Dans le département de Conslantine : Viré, Bec. de Consf., XXIX, 1894,
p. 533 (région de Djidjelli); — Thomas, Recherches sur les sépultures anciennes
des environs d'Ain el Bey, extrait du Compte Rendu du Congrès international
des sciences anthropologiques de Paris en IBIS, p. 21 seq.; Sauret, Revue
d'Ethnographie, VI, 1887, p. 313-31i (région de Conslantine); — Féraud,
Recueil de Conslantine, VllI, 1864, p. 118 (Ain Méchira, au sud-ouest de Cons-
lantine) ; — Id., ibid., XV, 1871-1872, p. 343 (Ilodna) ; — Gagnât, Comptes Ren-
dus de la Commission de l'Afrique du Kord, séance de janvier 1901, dans le
Bull. Comité [Ilodna., région de M'sila) ; — Polhier, Revue d'Ethîiographie,\,
d886, p. 319-320 (au sud et au sud-ouest du Ilodna); — Luciani, Revue de
MONUMENTS INDIGÈNES H
principalement dans la province de Constantine ', en particulier
dans le Hodna et dans TAurès^. Les rt'gions de Constantine,
d'Aïn Mlila, de Guelma, de Souk-Aliras, de Khenchela, de
Tébessa abondent en dolmens ; on en rencontre encore sur
quelques points de la province d'Alger, mais bien plus
rarement dans celle d'Oran". Les cliouchets sont très répandus
VAfnque française, 1888, p. 340 ; Graillot et Gsell, Mélanges de VÉcole
française de Rome, XIV, 1894, p. 560 (au nord-ouest de Balna) ; — Delamare,
Mémoires des Antiquaires de France, XXI, 18o2, p. 21 (région de Batna) ; —
Féraud, Recueil de Constantine, VIII, 1864, p. 119 (La Meskiana, entre Aïn
Beïda et Tébessa); — De Bosredon, Rec. de Const., XVI, 1873-4, p. 70-"2, pi. \
(région de Tébessa).
A la lisière septentrionale du Sahara : Berbrugger, Le Torn/jeau de la Chré-
tienne, p. 62; Reboud, Assoc. franc., Alger (1881), p. ll.jo-llo6; Bernard, Re-
vue d'Ethnographie, V, 1886, p. 246 seq.; Pothier, ibid., p. 301-317 (au sud-est
de Laghouat) ; — Neltnez, Rec. de Const., IX, 186o, p. 80-87 ; Pothier,
l. c, p. 318-310; Ilamj' et Leroy, Comptes Rendus de l'Académie des Inscrip-
tions, 1896, p. 12-13; Blanchet, Bull. Comité, 1899, p. 137 (au sud-ouest
deBiskra).
Voir aussi, au chapitre suivant (p. 68), ce qui est dit des tumulus voisins
du tombeau royal appelé le Médracen, près de Batna.
1. 11 y en a aussi dans la province d'Alger, surtout autour d'Aumale : Bour-
jade, Revue africaine, XXXII, 1888, p. 245 et fîg. 2 de la planche.
2. Payen, Rec. de Const., VII, 1863, p. 139-160; Letourneux, Archiv fïir
Anthropolofjie, II, 1867, p. 312, 318. Voir, plus loin, à la description du cime-
tière d'Ichoukkàn, p. 17.
3. Bibliographie des dolmens de l'Algérie :
Dans le département d'Oran : Pallary, Matériaux pour l'htsl. de l'Iiomme,
XXI, 1887, p. 432 (région de Saïda) ; — Derrien, Bulletin d'Oran, 1893, p. 283
(bassin de l'oued Riou). — Le * dolmen» de Tiaret, assez souvent mentionné
par des archéologues, n'a pas été élevé par la main des hommes et n'est pas
un tombeau ; voir, sur ce monument, Bernard, Revue africaine, II, 1857-8,
p. 146; La Blanchère, Arch. des Miss'ions, 3" série, X, p. 41-42; Reinach apud
Tissot, Géoçirapliie de la j^rovince romaine d'Afrique, II, p. 792; Pallary,
Matériaux, XXI, 1887, p. 458.
Dans le département d'Alger, outre les cimetières des Béni Messous et de
Djelfa, qui seront décrits plus loin : Berbrugger, Revue africaine, XII, 1868,
p. 170-171 (Ouled Fayet. près d'Alger) ; — Viré, Rec. de Consl , XXXII, 1898,
p. 13-14 (Kabylie).
Féraud a donné {Revue archéologique, 1803, I, p. 204-214 = Rec. de
Const., VIII, 1864, p. 114-127) une statistique, d'ailleurs très incomplète,
des dolmens de la province de Constantine. Nous décrirons plus loin les cime-
tières de Roknia, de Bou Xouara, du djebel Si Tahar, de Ras el Ain
12 LES MONUMENTS ANTIQUES DE I. ALGÉIUE
au nord du Hodua' et dans TAurès'-; il }' en a aussi dans le
bou Merzoug, de Sigus, du Kheneg, de Guelaat bon Alfane. Voir en outre :
Mercier, Bu'l. Comité, 188G, p. 476, n. 2: Féraud, Bec. de ConxL, Vlll.
p. 121 ('région de Bougie):— Féraud, Revue africaine, IV, 1860, p. 397:
Id., [iec. de Consl., XIV, 1870, p. 96 ; Faidherbe, Confères préhistorique de
Bruxelles, 1872, pi. 12, fig. 3; Viré, Rec. de Consl., XXIX, 189'f. p. rioS-oor,
(région de Djidjeili): — Lapasset, Annuaire de Constantine, lS;>6-7. p. 54;
Féraud, Bec. de Const , VIU, p. 120; Bévue africaine, XIV, 1870, p. 451;
Luciani, Bec. de Const., XXIII, 18S3-4, p. 103-108 (région de Collo' ; —
Goyt, Bec. de Consl, XXIV, 18S6-7, p. 78-82 (au nord du Ilodna): —
Thomas, Becherches sur les sépultures anciennes des environs d'A'iit
elBey,]). 6 s^iq. (au sud de Constantine): — JuUien, Bec de Const., XXII,
1882, p. 216-219 = Assoc. française, Alger (1831), p. 1138-1141 (djebel Merali, à
32 kilomètres au sud de Constantine): — Chabassière. Bec. de Consl., XXiV,
1886-7, p. 96-138 (région du Portas, entre Aïn Mlila et Sigus) : —Renier, ^?'c//.
des Missions, ]U, IS'ii, p. 336 : Féraud, Bec. de Const., VII, 1863, p. 232 et
VIII, 1864, p. 119 (région d'AïnBeïda) ; — ï)elama.Te,Explo)-. scientifique de iAl-
f/érie. Archéolof/ie. pi. 161, fig. 11 et 12; Sergent, Bull, de la Société d'Aii-
thropologie de Paris, 2" série, V, 1870, p. 53, 51, 56; Mercier, Bull. Comité,
1885, p. 552 ; Sauret, Beoue d'Ethnographie, VI, 1887. p. 512-51'! (paj-s à l'est et
au nord-est de Constantine) : — Delamare, l. c, pi. 163, fig. 9-18; Mercier,
Bull. Comité, 1888. p. 104-105; Bernelle, Bec. de Const.. XXVII, 1892, p. 60,
62 (pays au sud-ouest et au sud de Guelma) ; — Féraud. Bec. de Const., VIII,
186'», p. 121: Letourneux, Archiv fur Anthropologie, II, 1867, p. 309-310;
Faidherbe, Bull, de l'Académie d'IIippone, IV, 1867, p. 70: Reboud, Bévue
africaine, XII, 1868, p. 391 et 394 (régions de Bône et de la Calle): — Féraud,
/. c. p. 122-123; Chabassière. Bec. de Const., X, 1866. p. 115. 126 et pi. IX :
Faidherbe, /. c, p. 70 et 71; Mougel, Bull. d'IIippone. XV. 1879, p. xwiii;
Reboud, Bec. de Const., XXIV, 1886-7, p. 5; Mercier. Bull. Comité, 1887.
p. 451-453, et 1888, p. 102-103; Toussaint, ibid., 1897, p. 277 et 279 (région
de Souk Ahras) ; — Féraud, l. c, p. 125-126; II. Martin, Assoc. franc.,
Alger, 1881, p. 734 (région de Batna) ; — JuUien, Matériaux pour ihist. de
l'homme, XIII, 1877, p. 45: Masqueray, Bull, de correspondance africaine, I,
1882-3, p. 268, 286, et III. 1885, p. 103 (au nord et au nord est de Khenchela);
— Masqueray, Bévue africaine, XXII, 1878, p. 464 : Vaissière, ibid., XXXVII,
1893, p. 136 (au sud-est de Khenchela); — Faidherbe, Bull. d'IIippone, IV,
p. 70, et Congrès préh'istoriqiie de Bruxelles, 1872, pi. 10 ; Duprat, Bec. de
Consl., XXIX, 1894, p. 513-544 (djebel Osmor, près de Tébessa) : — Letourneux,
/. c, p. 309; Féraud, Bec. de Consl., XIV, 1870, p. 325, n. 1 ; De Bosredon,
ib'uL, XVIII, 1876-7, p. 396, 411, 418,420, et XIX, 1878, p. 23-24 (région de
Tébessa) ; voir, pour la même région, les dolmens de Gastal et de Rissa,
mentionnés plus loin. p. 38 et 40.
1. Payen, Bec. de Const., VII, 1863, p 16't, pi. 50-53. Letourneux, /. c,
p. 313, 318. De Boysson, Bec. de Consl., XllI, 1869. p. 621-636. Goyt, ibid..
XXIV. 1886-7, p. 79, pi. IX.
2. Payen, l. c, p. 160 seq.. pi. 33 seq. Id.. ibid,. XXVII, 1S92, p. 203.
MONUMENTS INDIGÈNES 1 3
voisinage de Conslantiue'. Les croinleclis se Irouvent
surtout dans la province d'Oran, en Kabylie, aux environs
d'Auniale et de Sétif, dans les steppes de TOranie et de la pro-
vince d'Alger^; mais des fouilles seules permettraient de dire
quels sont ceux qui entourent des tombeaux, car ces cercles
de pierres ont pu être construits pour d'autres usages'^.
Parmi les cimetières indigènes de l'Algérie, le plus connu,
à cause de sa proximité d'Alger, est celui du platean de Baï-
nen ou des Béni Messous, situé entre Guvotville et Chcragas '\
Vers 1800, il y avait encore à cet endroit une centaine de
Letoiirneux, l. c, p. 313. Masqueray, Bull, de la !>iiciélé de f/éor/raphie
de Paris, 1870, II, p. 43. Voir plus loin, à la description du cimetière
d'Ichoukkàn, p. 17.
1. Au Klieneg : voir plus loin, p. 3-2. On trouve des tombes analogues
dans la région de Djidjelli : Viré, ihid. ,WIX, 1894, p. "Jo.'i).
2. Bibliographie des cromlechs algériens :
Dans le département d'Oran : Pallary, Malérktnx pour l'hisf. de Vhoinme,
XXI, 1887, p. 4.J2-454: Id., Assoc. franc., Oran (1888). Il, p. 3."J3-3.ïi, et Mar-
seille (1891), II, p. 608, 609, 610-611.
En Kabylie : Viré, Rec. de Const , XXXII, iS98, p. 21-23. — Près dAumale :
Gsell, Bull. Comilé, 1899, p. clxxiv. — Dans les steppes, au sud de Coghar :
Bernard, Revue d'Elhiiograp/iie, V, 1886, p. 2.j6-2.j8. — Pour les cromlechs de
Djelfa, voir plus loin la description du cimetière de ce lieu, p. 16..
Dans la région de Sétif : Jacquot, Bull. Comité, 1898. p. lxiv. — Près de Cons-
tantine : Thomas, Rec/ierches sur les sépultures d'Ain elBey, p. 6, 27. — Pour
Sigus, voir plus loin, p. 29. — Près d'AïnMéchira : Féraud, Rec. de Consf.,\lll,
1864, p. 118. — Dans la région de Batna : Féraud, l. c, p. 126; Poulie, ifjid.,
XIII, 1869, p. 639. — Dans celle de Khenchela : Vaissière, Revue africaine,
XXXVII, 1893, p. 136.
3. Ils peuvent être soit des bordures de huttes ou de tentes, soit de petits
enclos où l'on enfermait le bétail, soit des lieux de culte, etc. Masqueray voit
à tort, je pense, des sépultures dans des enceintes circulaires qui se Irouvent
au milieu des ruines romaines de Mdaouroucb {Bull, de corresp. africaine, I,
•1882-3, p. 295).
4. Henry Rhind, dans VArchœolof/ia, XXXVIII, 2" partie (1860), p. 252-236.
Bourjot et Bertherand, Bull, de la Société algérienne de climatolorjie, V, 1868,
p. 88-101; VI, 1869, p. 21-23; XII, 1876, p. 161-169. Pélagaud, la Préhis-
toire en Algérie, p. 2.5-28. Régnault, les Dolmens des Déni Missous (Tou-
louse, 1883). Kobelt, Reiserinnerunf/en aus Algérien und Tunis (Francfort,
18S:;), p. 13.V143, traduit dans la Revue d'Ethnographie, VI, 1887, p. 133-143.
14 LES MONUMEISTS ANTIQUES DE l'aLGÉHIE
dolmens. La plupart ont été détruits par les colons; il en reste
vingt tout au plus. Les cases rectangulaires, longues en
moyenne de 2 mètres, larges d'un mètre, sont formées par
quatre pierres brutes, plantées verticalement et mesurant en-
viron l", 20-1™, 50 de haut, La dalle de couverture dépasse
rarement 2"', 20 de longueur. On a constaté quelques ves-
tiges des enceintes circulaires qui entouraient ces tombes.
Certains dolmens offraient une particularité assez intéressante,
qui, jusqu'à présent, ne s'est pas retrouvée dans d'autres né-
cropoles : la case y était divisée en deux compartiments par
une dalle transversale.
Chaque coffre funéraire renfermait des ossements ayant appar-
tenu à plusieurs individus, quatre, cinq, sept même; rien n'em-
pêche de croirequ'ils aient été ensevelis simultanément. Lespo-
teries, cruches, gobelets, écuelles, occupaient toujours l'un des
angles; elles sont en général fort grossières, faites à la main,
flambées au feu ou séchées au soleil et toutes pareilles à celles
que les Berbères fabriquent encore dans bien des régions de
l'Algérie.
Ces tombes sont difficiles à dater. Il se peut qu'une partie au
moins d'entre elles ne soient pas fort anciennes. On indique,
parmi les trouvailles faites dans les sépultures de Baïnen, une
lampe punique, exactement semblable à celles que le P. Delattre
a recueillies dans la nécropole de Sainte-Monique à Carthage, et
une fibule d'un type que l'on rencontre en Italie avec des céra-
miques à vernis noir, dites campaniennes'. Ces deux objets ont
été importés en Maurétanie, peut-être par des commerçants
carthaginois. Si on les a véritablement découverts sous des
1. La lampe punique est au Musée ethnographique du Trocadéro, la fibule
au Musée d'Alger (Rhind en mentionne deux).
MONUME^TS INDIGÈNES 15
dolmens, ceux-ci ne sont sans doute pas antérieurs au m" siècle
avant notre ère.
Une autre nécropole importante se trouve dans le départe-
ment d'Alger, fort loin dans rintérieur des terres, vers la li-
sière méridionale de la région des steppes. A deux lieues envi-
ron de Djelfa, dans la direction du nord, s'ouvre un défilé,
servant de passage à Toued Djelfa et à la route d'Alger. Sur la
rive gauche, un mamelon qui porte un moulin français, offre
quelques murs en pierres sèches, vestiges d'un refuge. Le
cimetière occupe un dos de terrain, de l'autre côté du défilé'. « On
(( reconnaît l'entrée, dit Rebond, à deux enceintes circulaires,
« qui correspondent chacune à une rangée de pierres debout,
« d'un mètre environ do hauteur, formant une véritable
« allée de 60 pas de longueur et aboutissant à un groupe de dol-
<( mens, aujourd'hui renversés. A partirde ce point, les dolmens
<( s'alignent sur un espace rectangulaire, mesurant 300 mètres
« de long sur 200 de large. »
Les cercles qui entourent les tombes ont de 5 à 12 mètres
de diamètre. Ils sont parfois doubles. Quelques-uns enferment
deux sépultures. L'espace circonscrit est recouvert d'un pave-
ment grossier, formant un renflement au sommet duquel s'élève
la case. Certaines de ces cases atteignent d'assez grandes di-
mensions : l'une d'elles a 2", 60 de long sur l"\60de large. Les
parois sont constituées tantôt par des dalles dressées, tantôt
par des murs à assises, qui présentent au dehors une forme
circulaire et ressemblent ainsi à de petites tours, mais qui déli-
1. Reboud, Revue africaine, I, 1836-7, p. 20-30. Id., Assoc. franc., Alger
(1881), p. Ho3-lloo (conf. H. Martin, ibid., p. 736), Ilartmayer, Revue afri-
caine, XXIX, 1885, p. 143-144 (il parle à tort d'une hache de pierre trouvée
dans une tombe). Bernard, Revoie d'Elhnorj rapide, V, 1886, p. 241-2i6.
16 LES MONUMENTS ANTIQUES DE L ALGERIE
mitent à rintérieur un espace carré ou rectangulaire. Une,
deux, et môme trois tables surmontent l'ensemble.
Auprès de ces monuments à chambre dégagée, il existe des
cromlechs, cercles de pierre bordant un dallage informe, (pii
l'ecouvre une fosse peu profonde, tapissée de quatre dalles et
fermée par une ou deux tal)les. Parfois les taliles sont appa-
rentes et dépassent le niveau du dallage de U"','20 à 0"'.30 : ce
sont là des tombes d'un type intermédiaire entre le dolmen et
le cromlech.
Les quelques sépultures qui ont été explorées à Djelfa, n'ont
donné que des ossements ; plusieurs même ne contenaient
rien : il est probable qu'elles avaient été déjà visitées, à moins
que les os ne se soient complètement pourris sous la terre. On
n'a donc aucun moyen de dater cette nécropole.
Dans la province de Constantine, nous mentionnerons d'abord
le vaste cimetière situé à quelques kilomètres au sud de Tim-
gad, à l'entrée du défilé profond de Foum Ksantina, porte
d'une route naturelle à travers l'Aurès '. On voit en ce heu les
ruines d'une ville, Ichoukkân, élevée sur un })lateau étroit que
bordent deux ravins. Sur trois faces, l'accès est impossible. Le
quatrième coté est l)arré par une forte muraille en gros blocs
mal équarris. A l'intérieur, des vestiges de murs en pieri-es
sèches représentent des maisons.
« En dehors de la ville, dit Masqueray, sur le plateau, com-
<( mencent immédiatement les toml)eaux. Ils se suivent en
« longues lignes; on en peut compter deux ou trois cents. » Ce
sont des chouchets, ou tours rondes de 5 mètres environ de
i. Payen, Bec. de ConsL, VII, 18G3, p. Kil-Ki;!, pi. 38- 'i8. Letourneux,
Archiv fïir Anthropoloçfie, II, 1867, p. 313, fig. 86 et 87. Masqueray, Wnll. de
la Société de (jéor/raphie di Paris, 1876, II, p. 453-i65 et carte. Playfair, Tra-
vels in Ihe foolsleps of Bruce in Algeria. p. !)l-92.
BIONUMENTS INDIGÈNES
17
diamètre et de 2", 50 à 3 mètres de liaiiteiir. Le revêtement,
qui mesure r",50 et même 2 mètres d'épaisseur, est un nuu"
à assises, formé de grosses pierres bien ajustées. La case inté-
rieure, longue en moyenne de*)'", 90, Large de0"',45, est cons-
tituée par quatre dalles; elle renferme un squelette, les jambes
repliées, quelquefois aussi une grossière poterie . Une table
très grande la surmonte.
i< Cette nécropole, ajoute Masqueray, est cependant bien
« peu de chose en comparaison de la multitude de tombeaux
« circulaires, qui couvrent, adroite et à gauche d'Iclioukkân, les
Fk;. 1.
Toiiibeau rond d'ichoukkùn.
« pentes du Bon Driesen et le Kharrouba tout entier. Je n'exa-
« gère pas en disant ([u'on en trouve mille sur le Bon Driesen
« et deux mille sur le Kharrouba. Ceux du Bou Driesen sont
u relativement mal conservés. Il n'en est pas de môme sur le
« djebel Kharrouba... Les tond)eaux de ce cimetière immense
« y sont pressés comme les maisons d'une ville. » Ils appar-
tiennent à deux types. Ce sont soit des tours semblables à celles
dont nous venons do parler {/i(/. 1), soit des tumulus, sur les
pentes desquels huit à dix cercles de pierres forment des gra-
dins; la table, à peu près circulaire, qui ferme le coffre, appa-
raît au sommet. Les sépultures qu'on a fouillées ne contenaient
qu'un seul corps replié et un vase déposé à côté de la tête.
LES MONUMENTS ANTIQUES DE l'aLGÉRIE
Encore ce vase ne se rencontre-t-il pas toujours. Nulle part,
Masqueray n'a recueilli d'objets de parure, sinon un anneau « en
cuivre ». D'aussi maigres trouvailles ne permettent pas de
dater les monuments funéraires d'Iclioukkàn. Cette ville a pu
être habitée pendant l'éjjoque romaine, ou même pendant
l'époque byzantine, par des Africains restés à peu près bar-
bares.
Le cimetière indigène le plus célèbre du département de
FiG. 2. — Plan de deux dolmens de RoknLa.
Constantine est celui de Roknia, à une douzaine de kilomètres
au nord d'Hammam Meskoutine'. Des fouilles y ont été faites
à plusieurs reprises ; les seules qui aient été conduites avec
quelque méthode sont celles de Bourguignat et de Faidherbe,
exécutées on -1867 : ces deux savants ouvrirent alors une
soixantaine de tombes. Le nombre des dolmens de Roknia est
évalué à environ trois mille. Ils occupent, sur une longueur
d'au moins une demi-lieue, la partie ouest et les pentes occi-
1. Berbrugger, Revue africaine, VIII, 1864, p. 390-392. Schinil, ibicl., IX,
1865, p. 226-228. Bourguignat, Histoire des inonumenls mégalitliiques de
Roknia, près d'Hammam Mes/wulin, Paris, 1868. Faidherbe, Reclierclies
anthropologiques sur les tombeui/.v mégalithiques de Roknia, dans le Bulletin
de V Académie d'Hippone, W, 1867. Id., Congrès préhistorique de Bruxelles
(1872), p. 406 seq., pi. 7 et 9. Reboud, Assoc. franc., Alger (1881), p. H30-lloi.
Mercier, Bull. Comité, 188S, p. .^51-532.
MONUMENTS INDIGÈNES 19
dentales crun plateau ondulé, qu'un ravin très protond borde
de ce côté et qui domine une large vallée, très fertile •. Ils
sont disséminés sans ordre. La pierre provient du lieu même :
c'est un tuf que les carriers pouvaient détacher sans diffi-
culté.
Les enceintes, larges de 3 à 12 mètres, sont circulaires, selon
l'usage : j'en ai pourtant remarqué une carrée. Il n'y a
aucun motif de croire qu'elles représentent des bordures de tu-
mulus aujourd'hui disparus. Elles sont faites en général d'une
ceinture de blocs bruts; mais parfois, dans les pentes, la partie
du cercle qui se trouve en contre-bas, comporte plusieurs
assises irrégulières. Le pavage intérieur enveloppe un, plus
rarement deux ou trois dolmens, enfouis cà mi-hauteur ; dans cer-
taines enceintes, il yen a même jusqu'à cinq.
Les cases, d'ordinaire petites (1 mètre à l",30delong, 0'°,60
àO",80 de large), sont constituées par quatre ou six pierres,
hautes d'environ 1 mètre. Beaucoup de ces blocs ont été som-
mairement équarris à la masse sur leur côté interne. Çà et là,
de menues pierres bouchent les interstices. La table mesure
2 mètres en moyenne. On l'a souvent aplanie sur sa face
inférieure. Nous donnons [fig. 2) le plan de deux dolmens de
Roknia (d'après Bourguignat) et {fig. 3) la vue d'un autre de
ces monuments.
Quelques dolmens, de dimensions plus grandes, sont d'une
construction moins rudimentaire {fig. 4). Un ou deux de leurs
côtés sont en partie ou en totalité creusés dans le roc ; le
reste des parois est formé soit par des dalles assez bien
équarries à l'intérieur, soit même par des pierres de taille,
ajustées avec soin et semblables à celles qu'on rencontre dans
1. II y a encore quelques sépultures au-delà de ce ravin.
20
Li;S MOMMKNTS AMIQIES DE L ALGÉRIE
MONUMENTS INDIGENES
21
les ruines romaines : elles portent les traces, très distinctes,
(les ciseaux en métal qui ont servi à les façonner.
Au dedans, la case est remplie jusqu'aux deux tiers environ
par de la terre tassée et des cailloux. Par-dessous, se trouve
le dépôt funèbre. Quelquefois, surtout dans les toml)es vastes
et bien bâties, on ne rencontre qu'un seul corps, couché sur
le dos, les jambes repliées et les bras croisés. Ailleurs, des
&,
Ufzc ncz-î
Y^ p
A.B
b C /^t^rr-e^i de ltzz2l^^
FiG. 4. — Plan et coupe d'un dolmen de Roknia.
ossements appartenant à divers morts se confondent dans
l'étroite cellule, où ils ont été ensevelis simultanément. Les
squelettes sont souvent incomplets; parfois môme, on n'a en-
foui que les crânes. Les poteries sont, pour la plupart, aussi
informes que celles du cimetière des Béni Messous. D'ordinaire,
elles ont été déposées auprès des tètes, dans les coins des
cases; il n'y a guère plus d'un vase par individu. Faidherbe et
Bourguignat ont recueilli aussi, dans leurs fouilles, ])lusieurs
bracelets, du type dit porte-bonheur, faits d'un ruljan de bronze;
des bagues et quelques débris de colliers, composés de petites
22 LES MONUMENTS ANTIQUES DE L ALGERIE
spirales, de môme métal; enfin deux anneaux en argent
doré.
Les crânes des gens enterrés en ce lieu sont générale-
ment dolichocéphales et appartiennent à un type ethnique très
répandu sur les deux rives de la Méditerrannée ; deux ou trois
têtes, cependant, ont paru présenter certains caractères propres
aux races nègres. — Il n'y a pas de ruines importantes dans le
voisinage; on a constaté seulement, de l'autre côté du ravin,
de vagues traces d'une enceinte en pierres sèches, couronnant
un piton escarpé : peut-être était-ce un refuge. La tril)u qui
ensevelissait ses morts à Roknia devait vivre sous des huttes,
Il est évident que cette vaste nécropole a servi pendant des
siècles. Bourguignat, savant doué d'une imagination quelque
peu aventureuse, a prétendu prouver que les dolmens qu'il a
ouverts remontent à l'année 2200 avant Jésus Christ. Il serait
bien inutile de réfuter ici son argumentation fantaisiste, qui se
fonde sur la forme des escargots accumulés à l'intérieur des
cases. Nous pensons qu'un certain nombre de tombeaux sont
beaucoup plus récents. Un pot, recueilli par Faidhorbe', est un
objet fait au tour et importé : il ressemble aux biberons que
l'on trouve à Carthage dans des caveaux du uf et du ii" siècle
avant notre ère. Nous avons signalé plus haut l'emploi
de pierres taillées régulièrement avec des outils métalliques ;
les sépultures dans lesquelles elles ont été employées pour-
raient bien n'être pas antérieures à l'époque romaine. D'autre
part, il serait assez téméraire d'affirmer que les dolmens les
plus grossiers sont les plus anciens : peut-être ont-ils été
construits à la hâte pour les pauvres gens, tandis que les
1. 11 est aujourd'hui au Musée géologique de l'École des Sciences, à
Alger.
PI. I
A. Fontemwiiii;, Lan., l'a
l'hototypie Bctthaud, Pjiis
Deux dolmens de Bou Kouara
MONUMENTS INDIGÈNES 23
riches étaient ensevelis sous des monuments d'une architecture
phi s soignée '.
Nous insisterons moins sur d'autres cimetières indigènes qui
se trouvent aussi dans la province de Constantine.
Près de la station de chemin de fer appelée Bou Nouara ,
entre Constantine et Guelma, des croupes rocheuses, ramifica-
tions du djebel Mazela, portent plusieurs milliers de sépultures -.
Elles ne diffèrent guère de celles de Roknia (voir planche I). Le
pavement circulaire au milieu duquel est placée chaque tombe est
d'ordinaire très renflé : il est fait de pierraille ou de moellons
grossiers. Tantôt les cases le domineut, tantôt elles sont enfouies
etla table seule reste apparente-^. Outre la bordure extérieure,
formée de blocs simples ou d'assises, un ou deux autres cercles
concentriques font souvent saillie au-dessus du pavement et
ressemblent à des degrés. Il est tout à fait exceptionnel que les
enceintes renfermentplusd'une sépulture. Loscases sontpresque
toutes petites : en moyenne, elles mesurent au dehors 1 mètre
de long sur U'",50 de large. Les tables débordent les parois
et atteignent 3 mètres, voire même 3"", 50 de longueur.
Nous n'avons remarqué aucune pierre véritablement taillée,
mais les roches qui ont fourni les matériaux se cassent naturel-
lement en dalles assez régulières : aussi les dolmens de Bou
Nouara paraissent-ils d'une construction moins barbare que la
1. Des dolmens d'un aspect très primitif se trouvent devant l'entrée de
plusieurs cryptes funéraires qui semblent avoir été taillées avec des instru-
ments en métal. Ils datent donc d'une époque plus récente que ces caveaux,
dont nous aurons à parler au paragraphe suivant (p. 38).
2. Faidherbe, Bull, de V Académie d'Hippone, VI, 1868, p. 63-65, avec plan.
Id., Congrès préhistorique de Bruxelles (1872), pi. 9.JuUien, Assoc. française,
Alger (1881), p. 1133-1137 = Bec. de Co}ist.,XX[l, 1882, p. 214-216.
3. La sépulture ressemble, dans ce cas, à celles que nous avons décrites
plus haut, au numéro 2 de notre énumération des tombeau.x indigènes (p. 7).
24 LES JIONUME.NTS AMl'jLES DE L ALGEUIE
pliil)art do ceux de Ruknia. Parmi los dolmens que nous
avons vus, quelques-uns, de dimensions assez vastes, ont leurs
parois longues constituées par deux assises de pierres som-
mairement équarries; partout ailleurs, la case est formée de
quatre blocs verticaux.
La nécropole de Bou Nouara est, pour ainsi dire, inexplorée :
Faidherbe s'est contenté d'y faire ouvrir cinq tomljos, oîi il n'a
trouvé que des ossements en désordre.
Au djebel Si Tahar, pi'ès d'Aïn el Bey (à 15 kilomètres au
sud de Constantiue), M. Thomas a fait des fouilles dans un
petit cimetière, assez mal conservé'. Cependant nous croyons
devoir le mentionner ici, car certaines tombes ont pu être approxi-
mativement datées par les objets qu'elles contenaient. Les
sépultures sont des dolmens à case apparente. Les enceintes
sont circulaires ou rectangulaires ; des dalles grossières ou des
murs à assises forment les parois des cases; les tables de
couverture ont souvent disparu. Dans ces tombes, il y avait
généralement plusieurs corps, repliés sur eux-mêmes. Chaque
squelette était accompagné d'au moins une poterie, placée
près du crâne. Parmi ces vases, les uns sont de fabrication
indigène, comme ceux de Roknia; les autres, faits au tour et
enduits d'un vernis rouge brillant, proviennent d'ateliers itahens
et datent des environs de notre ère. M. Thomas a aussi recueilli
des ])erles en verre ou en silex p:jli,dos débris d'œufs d'autruche,
des fers de lance, une bague en fer, trois bracelets, deux en
fer et le troisième en bronze, des monnaies frappées par des
rois numides du if et du i"' siècle avant Jésus-Christ. FJien n'in-
1. Thomas, Recherches sur les srpuUures anciennes des enrlrons d'Ain el
De;/ (extrait du Compte Rendu du Congrès in/emalional des >^ciences anlhro-
polof/igues de Paris, 1878), p. 13-21.
5I0MMENTS INDIGÈNES 25
«lique des ensevelissements successifs, des usurpations de sé-
pultures : les tombeaux paraissent bien avoir été faits exprès
pour les morts auprès descpiels on a déposé ces objets,
La nécropole de lias el Ain Bon Merzoug compte environ
un millier de dolmens, dont une soixantaine ont été fouillés
par des archéologues'. Elle est située à 35 kilomètres environ
au sud de Constantine, sur des hauteurs dominant la rive di'oite
<le l'oued Bon Merzoug et auprès d'une belle source. Les
enceintes circulaires, dont certaines dépassent 12 mètres de
diamètre, entourent fré(piemment un ou deux cercles concen-
triques, en saillie sur le pavement renflé. On rencontre aussi
un grand nondjre d'enceintes carrées. Dans beaucoup de ces bor-
dures, une ou plusieurs pierres sont plus grosses, plus
■cdevées que les autres : c'étaient peut-être des signes permet-
tant de distinguer les tomljes. Souvent, des traînées de blocs
verticaux, formant des lignes régulières, simples, doubles ou
triples, envelo])pent des groupes de tombeaux ou les relient
entre eux. Quant aux cases, les unes sont dégagées, les autres
«nfouies sous le pavement jusqu'au niveau de la table. Elles
ont parfois de grandes dimensions, car il est facile de tirer de
la roche du pays des dalles de plusieurs mètres. D'ailleurs, les
dolmens les plus vastes sont bâtis, au moins partiellement,
on murs à assises ; quelques-unes de ces constructions aiï'ectent
une forme à peu près circulaire. Dans la case, un lit de cail-
loux, épais de U"',oO en moyenne, recouvre un petit dallage-,
1. Bertrand, Revue arcliéolorjiqi/e, 18(i3, H, p. F;19-.")30 := Archéuloyie cel-
lique el gauloise, 2° édition, 1889, p. 160-11 i. Féraud, Rec. de Consl., VII,
1863, p. 214-234 et pi. I-XI. Letourneux, Archiv fili' Anthropologie, 11,
p. 318. Faidlierbe, Congrès jiréhisloriqiie de Hru.relles (1872), pi. 8 et 12.
Jullien, Assoc. française, Alger (1881), p. 1111-1112— Rec. de Consl.. XXII,
1882, p. 219-221. Chabassière, Rec. de Consl., XXIV, 1886-7, p. 128-132, pi. Xll.
2. Ce dallage n'existe pas toujours.
26 LES MONUMENTS ANTIQUES DEL ALGÉRIE
SOUS lequel on trouve un ou deux corps repliés. Outre ces
squeleites entiers, certaines sépultures contiennent plusieurs
crânes isolés. Des cendres, des débris de bois brûlé, des osse-
ments de chevaux, de bêtes à cornes et d'oiseaux sont peut-être
des restes de repas funèbres, célébrés lors de l'ensevelissement.
On a recueilli dans ces dolmens quelques fragments d'ins-
truments en fer, des boucles et des bagues en bronze, des
poteries indigènes, et aussi des vases rouges de fabrication
italienne. Une lampe est d'un type en usage aux i" et
II' siècles (le notre ère. A l'intérieur d'une tombe, où la
couche de cailloux et le dallage sous-jacent étaient intacts,
MM. Féraud et Christy ont découvert une monnaie de Faus-
tine l'ainée, femme de l'empereur Antonin. Il est donc
certain qu'on a encore enterré des morts à Ras el Aïn bon
Merzoug vers le milieu du ii' siècle après Jésus-Christ.
Les nécropoles de Bou Nouara et de Ras el Aïn sont, comme
celle de Roknia, éloignées de toute ville antique. A Sigus, au
contraire, le cimetière mégalithique ^ se trouve dans le voisinage
d'une cité romaine assez importante. Il occupe une longue
croupe qui se dresse en face de l'ancienne ville. Au pied et
sur les dernières pentes de cette croupe, on voit les vestiges
d'une autre nécropole, on les inscriptions latines abondent,
et dont les tombes sont soit des fosses à inhumation creusées
dans le roc, soit des caveaux à incinération, en pierres de taille.
Immédiatement au-dessus, commencent les sépultures de type
indigène (l'une d'entre elles est reproduite ^f/. 5).
1. Delamare, Exploration scientifique de VAlgérie, pi. '.'>[, fig. 3; pi. 52,
fig. 12 el 13. Gherbonneau, Rec. de Const., XII, 18GS, p. 433-434 et pi. Vil.
Thomas, Bulletin de la Soc. des Sciences d'Alger, Xlll, 1877, p. 105-112. Id.,
Matériaux pour l'hisf. de l'homme, XIV, 1878, p. 27-32. Reboud, Assoc. fran-
çaise, Alger (18S1), p. Ui2-lli'J. Chabassière, Rec. de Const., XXIV, 1886-7,
p. 113-128 et pi. XUl.
MONUMENTS INDIGENES
27
Les matériaux employés pour les construire ont été pris sur
place. En certains endroits, on distingue des restes de carrières.
Les ouvriers creusaient, avec des instruments en métal, un&
série de petites entailles, peu distantes les unes des autres, et ils
y enfonçaient des coins en bois, qu'ils mouillaient de manière à
faille éclater la pierre : les couches du rocher étant presque-
ffRml)OB fuSt
horizontales, ils ol)tenaient ainsi des dalles à peu près planes-
sur leurs deux faces.
Dans les intervalles qui séparent les tombeaux, il y a très
fréquemment, comme à Ras el Ain, de longues traînées de blocs.
Beaucoup de ces hgues sont doubles, et l'espace de 1 mètre à 1"", 60,
compris entres les deux rangées, présente l'aspect d'une véri-
table voie, pavée souvent d'éclats de pierres ' . D'autres lignes.
1. Quelques avenues sont même beaucoup plus larges : on mesure 5 à
8 mètres d'intervalle entre les deux rangées, qui sont simples ou doubles.
L'espace intermédiaire n'est point pavé.
28 LF.S MONUMENTS AMIQLES DE L ALGÉRIE
(le l)locs fonnonl des ceintures régulières autour de iilusieurs
groupes de sépultures.
Les enceintes, dont le diamètre varie de 4 à 14 mètres, sont
presque toujours circulaires; nous n'en avons vu qu'une seule
carrée. Elles sont construites en blocs dressés de champ ou en
murs à assises; quelquefois, cependant, une partie du cercle
est constitué par le roc même de la colline, qu'on a grossière-
ment taillé. Le pavement intérieur est plus ou moins bombé
et se conii)ose de matériaux de dimensions très diverses.
Comme en d'autres lieux, on remarque çà et là un ou doux
cercles concentriques à l'enceinte.
En général, cliaqu? monument ne comporte qu'une seule
case; néanmoins, quelques-unes des enceintes que nous avons
pu examiner renferment deux tombes, isolées l'une de l'autre
ou accolées. De même qu'à Ras el Aïn, ces cases sont tantôt
apparentes, tantôt dissimulées par le pavement, qui atteint
alors la hauteur de la table.
Les côtés sont formés soit ])ar quatre dalles, ])lantées ver-
ticalement — c'est le cas le moins fréquent — soit par deux
monolithes et par deux murs à assises, soit enfin par quatre
murs à assises. Les pierres ne portent aucune trace de taille
régulière avec des ciseaux en métal, mais un grand nombre
d'entre elles ont étééquarries à la masse assez soigneusement.
Aux angles, les murs se pénètrent souvent, de manière à
assurer la solidité de l'édifice. Dans beaucoup de dolmens, la
table repose seulement sur trois parois, et le mur formant la
quatrième face, orientée généralement au levant, reste sans
liaison avec les deux parois voisines : il était donc facile de le
démolir partiellement, pour introduire de nouveaux corps, et
de le reconstruire ensuite. Quelquefois, cette quatrième paroi
monl">ii:ms indigèm:s 29
offre à rintérieur l'aspect (ruii petit escalier, disposition qui
rendait plus aisée l'entrée de la tombe ', Nous pouvons donc
admettre que ces dolmens ont servi à des ensevelissements
successifs.
La plupart des sépultures de Sii;us dépassent en grandeur
celles de Roknia et de Bon Nouara ; certaines d'entre elles
mesurent 3 mitres de long sur l'",50 de large, et même
plus. Aussi rencontre-t-on des tables énormes; parfois, il y en
a doux })0ur couvrir une seule case. La face sup(''rieure de
plusieurs de ces dalles est creusée de rigoles^, certainement
faites de main (rhomme. On a supposé que des victimes étaient
sacrifiées sur les toiidjes et que ces canaux servaient à l'écou-
lement du sang; pour notre part, nous nous al)stien(lrons de
toute hypothèse à ce sujet.
Parmi les dolmens, nous avons remarqué ç;i et lii quelques
monuments qui paraissent être des cnjndechs : au milieu d'un
cercle, mesurant en moyenne 5 mètres, quelques pierres,
disposées en rectangle ou en ovale, dcdimitent la tomlie, qui
est souterraine. Mais on peut se demander s'il n'existait pas
primitivement une table, aujourd'hui disparue.
MM. Thomas et Chabassière ont fait quelques fouilles dans
cette nécropole. Les résultats ont été les mêmes qu'à Ras el
Aïn. A l'intérieur des cases, même lit de cailloux, surmontant
un petit (hdlage ou une couch.e de terre fortement tassée; même
mobilier funéraire, même attitude repliée des squelettes,
accompagnés parfois de crânes isolés. On a trouvé aussi quehpies
1. Une grande tombe présente même un couloir, venant déboucher sur un
des côtes longs : Rebond, L c, p. Uil, fig. 12.'i ; Cliabassiére, /. c, pi. Xili,
n" o.
2. Une particularité semblable a été observée sur des tables de dolmens en
Tunisie : Gagnât, Arcli.des Missions, 3° série, XIV, 1888, p. 73-4.
30 LES MONUMENTS ANTIQUEï» DE I ALGÉRIE
corps coucIr'S sur le dos. ÎNI. Tliomas a recueilli, sur le thorax
d"uu mort étendu tout de son long, une petite coupe rouge,
faite au tour, et, dedans, une monnaie de l'empereur Domi-
tien. M. Cliabassièrc a également découvert une monnaie
romaine sous un des dolmens qu'il a explorés. Ainsi, le cime-
tière mégalithique de Sigus n'était certainement pas abandonné
à la fin du f siècle de notre ère ; on y ensevelissait encore
des indigènes qui vivaient auprès de la ville romaine de Sigus,
mais qui n'avaient pas adopté les mœurs des conquérants.
Un monument assez intéressant, appelé Redjel Safia ^ {/ir/. 0),
se trouve dans le voisinage immédiat delà nécropole que nous
venons de décrire. Trois grands piliers en pierre, assez soi-
gneusement taillés, supportent une vaste dalle, de 3", 50 de
long sur 3", 10 de large, équarrie seulement sur les tranches et
toute pareille aux tables des dolmens. Primitivement, ces pi-
liers n'étaient pas isolés; ils faisaient partie de murs pleins,
dont ils formaient, en quelque sorte, l'ossature. Il y avait
donc à cet endroit une petite chambre. Alentour, on dis-
tingue des restes de plusieurs salles et d'un couloir ou por-
tique. Les pierres qui y sont employées offrent les mêmes
caractères de taille que celles des édifices bâtis à l'époque ro-
maine, et l'on a trouvé, parmi elles, une inscription latine, men-
tionnant la dédicace d'un temple par un prêtre de Saturne ~.
La ruine pourrait être celle d'un sanctuaire du grand dieu
africain ^. Il est curieux de voir que, pour constituer le pla-
1. Delamare, /. c, pi. ."■.l, fig. 4. Thomas, Bull, de la Société des Sciences
d'Alger, XllI, p. 101-108 et la planche. Reboud, /. c, p. 1149. Chabassière,
l. c, p. 108-109, 120 et pi. XIII à droite.
2. Corpus inscripf. latin., VUI, 10859=: 19120.
3. Il faut ajouter que, tout près de là, gît un linteau portant une inscrip-
tion latine qui parait être une dédicace à la déesse Virlus {Corpus, 5872 et
p. 1826).
MOINL'.AJKNTS INDIGENES
31
32 LES MOMAiKNTS ANTIOLTS DK L ALGÉRIE
CuikI <riinc dos chambres, on s'est inspiré de l'exemple des
consIriK-teurs de dolmens; peut-être même s'est-on contenté
d'emprunter une table h quelque sépulture voisine. La face su-
périeure j)iésen<e des rigoles analogues à celles que nous avons
signalées tout à riieure.
Nous mentionnerons encore ici la nécropole niégalitlii{iue
dn Klicnog (à 24 kilomèires au nord-ouest de Consiantine) '.
Elle est située ;i l'ouest d'une ville numide (puis romaine), qui
s'app(d;ut Tiddi. Pou de tombeaux sont demeurés en bon
état, ("e sont, pour la })lnpart, des dolmens, aux pai'ois for-
mées do (piatro l)l()cs ou do murs à assises (voir planche II;.
Les pierres ont été souvent é(puirries sur leur face interne.
L'une d'e.itre elles porte quebiues caractères qui ressemblent
;i dos lettres n(''()pmHques"-. Certains de ces dolmens atteignent
d'assez vastes dimonsiims : I^.IX), 2 métrés, 2'",05, 2"', 20
i\o long, sur l'",2n, l"!',!,"), (:r,88, tr.Oo de large. Ils sont
surmouh's d'une ou })lusieurs tables. Les enceintes. \x assises,
sont rondos ou, }»lus souvent, rectangulaires. J'ai remaripié
dans co cinudière doux petits dolmens accolés, avec une pai'oi
conmmno'''. — Il y a. au mémo lieu, quobpies tours rondes (ou
choU(d;et 1, hautes do 2"". 50 à 3 mètres, larges de G à 7 mètres,
il assises assez régulières.
Les objets trouvés dans les dolmens de l'Algérie ne per-
mettent pas de les dater aviM- imo entière certitude. On peut,
encffot, sup};oser que plus d'une tombe a reçu de nouveaux
\. F(''rnu<l, 7W. de Consl., VIII, 180t. p. ll-j-114 et planche 28. lîninon,
i'jid.. XVIII, 1876 1817. p. 32S-:i:30 et plan.lie XII. Menier. Iltdl. Couùfé. 188:;,
p. :;;.:!.
•1. Itrc. (le Const., XVII I, pl. XII.
:5. Briinon (/. c. p. 32'J) a noté cgalciiient plusieurs sépultures doubles ou
triples.
MONLMKNTS INDIGENES 33
Ilotes, bien long-temps après avoir été édifiée. L'iiypothèse est,
il est vrai, difficile à souteidr i)our les dolmens dans lesquels
le déplacemont d'une des })arois aurait amené la chute de la
table; elle est, au contraire, plausible, (piand un des quatre
C(Jtés a j)U êiro démoli, })uis rel)àti sans peine, comme dans
diverses sépultures de Sigus et du Klieneg.
Mais il est des dolmens qui portent, pour ainsi dire, leur
date écrite sur leurs parois.
Au lieu dit Guelaat bou Atfane, sur l'oued Chenior.r, ;i
24 kilomètres environ au sud de (uielma, un grand nondn-e de
tombeaux indigènes' entourent les ruines d'une ville (pii eut
quelque importance aux i)remiers siècles de lutre ère. Les
uns ressemblent à ceux de Sigus : nous ne les décrirons pas.
Dans plnsienrs autres, les quatre côtés sont des murs
droits, à assises régulières, avec des pierres d'une taille toute
romaine. Sur une des petites faces est pratiquée une ouverture
rectangulaire, que l'on pouvait fermer ii l'aide d'une herse en
pierre, manœuvrant dansâtes coulisses. Au dedans, il y a de
petites niches, qui abritaient sans doute autrefois des urnes
cinéraires. Le plafond est formé de larges dalles, semblables
<à celles des dolmens ordinaires ; quelques moellons bouchent
les interstices. La chambre n'est pas entourée d'une enceinte.
Ces monuments sont donc romains par leurs parois, par leur amé-
nagement intérieur, par le mode de sépulture qui y a été
adopté; ils sont indigènes par leur couronnement. Il est évi-
dent qu'ils datent de l'époque romaine'^. Nous donnons //y. 7) le
1. Cartairade, Assoc. française, Alger (1881), p. Ho2. Reboud, Rec. de ConsL,
XXIII, 1883-i, p. 2(i.
2. On a signalé d'autres dolmens algériens dans lesquels sont employées
des pierres de taille. Viré, Bec. de Coiiftt., XXIX, I89i, p. .jo6 (région de Djid-
jelli). Mercier, Bull. ComiU% 188.j, p. ;j52-3 (à Test de Gonstantine). Le môme,
I. 3
3i
LES MONUJIENTS ANTIQUES UE 1,'aLGÉRIE
Sfc^r2l3;:-S;p^r :^,
--1
(plan et planche III) la vue de celui qui s'est le mieux conservé.
Enfin, certaines tombes de Guelaat bou Atfane diffèrent des
précédentes en ce qu'elles sont souterraines. Deux des parois
sont constituées parle roc, taillé verticalement jusqu'à la pro-
fondeur convenable, les deux autres par des murs construits à
la mode romaine. La porte est une ouverture à herse. L'inté-
rieur présente quelquefois des
niches. Une ou plusieurs grandes
tables, brutes sur les deux faces',
équarries seulement sur les
tranches, forment le plafond du
caveau et affleurent le sol-.
Transportons-nous maintenant
dans la province d'Oran, àMéchera
Sfa, lieu situé à 38 kilomètres à
l'ouest de Tiaret. Il y avait là
une ville, occupant une sorte de
promontoire, sur la rive gauche
de la Mina. Aux abords, on voit les restes de deux nécropoles
de type indigène. L'une, sur la rive droite, se compose de
ibid.. 1888, p. 103 : conf. Féraud, Bec. de Consl., VIII, 1864, p. 123 (région de
Souk Ahras). Féraud, l. c, p. 122 et pi. 30, avec une inscription latine,
publiée au Corpus, n° 5266 (région de la Galle). Renier, Arch. des Missions.
III, 1834, p. 336; Brunon, Rec. de Const., XVIII, 1876-7, p. 339-340 (région
d'Aïn Beïda). Masqueray, Revue africaine, XXII, 1878, p. 464; Vaissière, ibid.,
XXXVII, 1893, p. 136 (au sud-est de Khenctiela). De Bosredon. Rec. de ConsL,
XIX. 1878, p. 24 (région de Tébessa). Voir aussi plus haut, p. 19, à la descrip-
tion du cimetière de Roknia.
1. Pourtant, dans une ou deux de ces tombes, la face plafonnante des
tables a été équarrie.
2. On trouve de même à Khamissa (Thubursicum yumidarum) des tombes
souterraines, construites en pierres de taille et recouvertes par deux ou
trois grandes dalles, qui ne sont que dégrossies. Ces tombes sont soit des
fosses jumelles, soit des caveaux avec des niches pour les urnes funéraires.
Elles appartiennent à l'époque romaine.
FiG. 7.
Dolmen de Guelaat bou Atfane.
MONUMENTS INDIGÈNES 35
tumulus. L'autre, sur la même rive que la ville, comprend une
centaine de tombes, dont les dispositions rappellent, à certains
égards, celles des dolmens ^ Elles sont de forme quadrangu-
laire. « Le fond, dit la Blanchère, le sol et partie des côtés
« sont taillés dans le roc même. Le reste des côtés et la façade,
« quand par hasard il en existe une-, sont faits de grosses
« pierres non taillées, mais éclatées assez régulièrement en
<( parallélépipèdes rectangles. » Ces chambres sont assez
basses et, en général, il est impossible de s'y tenir debout.
« La toiture est formée par de grandes dalles, longues,
« étroites, peu épaisses, obtenues de même, procédé qui tient à
« la nature des carrières. Le plus beau de ces monuments a
« 7 mètres de côté et une façade de 4°", 50 en pierres de taille,
« percée d'une toute petite porte. Ce qui fait son intérêt spé-
« cial, c'est qu'il date la nécropole. La façade porte en effet,
« sculptés assez grossièrement, une lampe, une colombe et un
« poisson, emblèmes chrétiens. » Plusieurs épitaphes chré-
tiennes ont été recueillies dans ce cimetière : l'une d'entre elles
est datée de Tannée provinciale 369, c'est-à-dire de l'année 408
de notre ère ■^. Une autre inscription^, qui indique la même
date, parait se rapporter à une chapelle élevée au milieu de la
nécropole.
Comme on le voit, les dolmens que l'on a étudiés jusqu'à pré-
sent en Algérie, ne semblent pas remonter à une très haute
1. Toinmasini, Bulletins de la Société' dAnthropoloriie de Paris, 3" série,
m, 1880, p. 303. La Blanchère, Mélanges de VÊcole française de Rome, II,
1882, p. 390-396 et pi. XIV = Archives des Missions, 3° série, X, p. 73-74,
lll-lio et pi. VIÏl. Anonyme, Bull, des antiquités africaines, I, 1882-3,
p. 148-151. Dem.ieght,/6«/., H, 1884, p. 288-290. /A/rf., III, 188S, pl.XX (p. 188).
2. La plupart de ces façades ont disparu.
3. Bull, des antiq. afr., III, p. 189, n" 901.
4. Ibid., ïi" 902 ■== Epkemeris epigraphica, VU, 542.
36 LES MONUMENTS ANTIOLES DE L ALGÉRIE
anti(iuité. On n'en connaît aucnn qui ait ronfermé des outils ou
(les armes en pierre'. Faut-il supposer fpie les tombeaux
mégalithiques de ce pays soient tous plus récents que ceux de
France? Nous sommes persuadé du contraire. Les ressem-
Idances que les dolmens d'Afrique offrent avec ceux d'Europe,
sont trop frappantes pour être attribuées au hasard, et il est
impossible d'admettre que ce type de sépulture ait été adopté
par les Africains plusieurs siècles après être tombé en désué-
tude dans l'Europe occidonlale. L'avenir nous ménage sans
doute la découverte des plus anciens dolmens de l'Algérie"-. Mais
ce que l'on peut affirmer dès aujourd'hui, c'est que l'usage de
construire des monuments mégalithiques s'est maintenu dans
l'Afrique du Nord bien plus longtemps qu'ailleurs. A cet égard,
comme à tant d'autres, beaucoup de Berbères ont gardé, avec
une fidélité obstinée, les coutumes de leurs ancêtres.
TOMBES TAILLEES DANS LE ROC
Nous avons parlé jusqu'ici des tombeaux indigènes construits
en pierres sèches. D'autres sont des grottes artificielles, taillées
dans le roc.
Nous citerons en particulier celles de Gastal, au nord de
1. Quoi qu'en aient dit quelques archéologues.
■2. Il nous parait superflu de discuter l'hypothèse qui attribue l'introduction
de ces monuments en Afrique à une population de blonds. émiiTrée d'Europe.
Elle ne s'appuie sur aucun argument sérieux. 11 n'est nullement prouvé que
le t^'pe dolménique ait été importé d'Europe en Afrique : un savant éminent,
M. Montclius, a récemment soutenu la thèse contraire [Assoc. française, Tunis,
189Ô, 11, p. 203). Le mîilleur parti à prendre est de confesser notre igno-
rance complète sur cette question. 11 faudrait aussi cesser de mêler les pro-
blèmes ethnographiques et les problèmes archéologiques. Bien des exemples
montrent que des gens de races fort diverses ont pu adopter une civilisation
commune.
MONUMENTS INDIGENES 37
Tébessa'. Elles sont creusées dans les flancs d'un étroit défilé,
dit Foum el Attal)a. On en compte de trente à trente-cin([,
toutes quadrangulaires, sauf une fort petite cellule qui est de
forme arrondie. Elles mesurent r\20 à2",3<) de long, O^jOOà
C^xytc- jia/t^ â. 6
FiG. 8. — Caveau creusé dans le roc, à Gaslal.
l'",95 de large, 0™,70 à l"",?!} de haut. On entre par une baie
étroite (hauteur 0'°, 70-0™, 90, largeur O'",r)0-0'",60), qui était
fermée soit par une herse glissant dans des coulisses, soit par
une dalle appliquée contre les marges d'un cadre. Les plafonds
sont horizontaux ; le sol est généralement en contre-l)as du
\. Letourneux, Archtv fin- Anlltropolo!/ie, II, 1S67, p. 314; conf. p. o09. De
Bosredon, Bec. de ronsf.. XVIII, 1876-7, p. 413-418.
38 LES .MONUMENTS ANTIQUES DE l'aLGÉRIE
seuil de la porte. (Voir le plan et la coupe d'un de ces
caveaux fuj. 8.1 l'ne chambre présente une petite niche, une
antre deux banquettes latérales. Ces grottes funéraires semblent
a voir été taillées avec des instruments en métal. Elles sont
aujourd'hui vides : il est probable qu'elles ont été violées depuis
fort longlem[S. Le j.lateau qui les dt mine est paisemé de
dolmens à enceintes circulaires.
Des grottes analogues se voient à Roknia, au milieu de la
nécropole mégalithique*. 11 y en a environ deux cents. Elles
sont d'ordinaire plus grossièrement taillées que celles de Gas-
tal et remontent peut-être à une époque plus ancienne; nous
cro^'ons cependant qu'elles ont été faites avec des outils métal-
liques. L'ouverture est fort petite (0™,50 à 0",60 de largeur,
en moyenne) et ménagée dans la partie supérieure de la face.
Parfois, le côté antérieur est constitué par une murette de
blocs sommairement équarris; mais on peut se demander si ce
n'est pas une restauration assez tardive. Les dimensions inté-
rieures varient de 1",50 à 2 mètres pour la longueur, de
1 mètre à l'",SO pour la largeur; le plafond est bas et le
plus souvent arrondi. Nous ne croyons pas que ces cellules
soient bien postérieures aux tom])eaux mégalithiques voisins, car
l'ouverture de plusieurs d'entre elles est obstruée par des dol-
mens, qui datent évidemment d'une époque plus récente. On
ne saurait douter qu'elles n'aient été faites pour abriter des
morts, déposés probablement dans une attitude repliée : elles
sont trop petites, en général, pour avoir pu être habitées-;
1. Letourneux, l. c, p. 314-315. Bourgiiignat, Histoire des vionuinentsméga-
lillnques de Roknia, p. 21 et 61. Faidherbe, Reclierches antlvopûlogiques sur
les-- lambeaux méqaliikiques de Roknia, p. 24, 26 et 35. Mercier, Bull. Comiié,
1883, p. 552.
2. Il est possible que, plus tard et jusqu'à une époque fort rapprochée de
nous, elles aient servi de refuges temporaires et de gîtes à des bergers indi-
MONUMENTS INDIGENES
39
d'ailleurs, la plupait des portes sont disposées de telle façon
qu'il eût été inipossilde de les fermer de l'intérieur. Une grotte
qu'on a fouillée en 1800, contenait un squelette.
11 existe près de Kissa, dans le massif du Dvr, au nord de
Tébessa, un petit cimetière d'un type assez original'. Il
occupe un terrain en déclivité, dominé par une crête rocheuse.
De gros quartiers de roc, qui se sont détachés de la montagne
FiG. 9. — Grotte funéraire, à Kissa.
et ont roulé sur la pente, ont été taillés intérieurement avec
des instruments en métal. Chacun d'eux constitue une chambre
funéraire, dont la porte, très exiguë, était fermée par une
herse manœuvrant dans des rainures verticales. Nous avons
gènes : un a trouvé, dans plusieurs grottes, des restes de foyers. Mais cela n'a
rien à voir avec leur destination primitive.
1. Playfair, Report for the years 1893-4 on tfie frade of Algeria (rapport
adressé au * Foreing Office» par le consul anglais Playfair), p. 50. Conf. Gsell,
Mélanges de VEcole française de Rome, W, 1895, p. 303. Playfair prend ces
grottes pour des habitations : c'est là une erreur.
40 LES MO.NLMEMS ANTIQUES DE L ALGERIE
compté sept grottes presque intactes (voir ii la f\<j. 9, le plan
(le Tune d'elles). Elles sont de forme qiiadrangnlaire ou trapé-
zoïdale et mestn-ent en moyenne 2 mètres de long sur l^JOde
large: les plafonds sont arrondis. Au-dessus de ces tombes,
s'élèvent quelques grands dolmens, dont les parois, à assises,
sont construites avec des pierres régulièrement équarries '.
Eu Tuuisie. particulièrement au nord de la Medjerda, les
grottes artificielles, semblables à celles de Roknia et de Gastal,
ne sont pas rares. Les Phéniciens creusaient volontiers leurs tom-
beaux dans le roc, et Ton peut se demander si cet usage n'a pas
été introduit par eux chez les Africains. Cependant nos grottes
présentent des dispositions assez différentes de celles des caveaux
proprement puniques ; d'autre part, il est certaiii que diverses
populations de la MéiUterrauée, entre autres les Sicules, ont
taillé des sépultures dans le rocher, bien avant que les marins
de Tyr et de Sidon vinssent sur leurs côtes. Nous nous croyons
donc en droit de considérer les toml)es que nous venons de
décrire comme des monuments véritaldement indigènes. Leur
âge ne peut pas être déterminé-.
1. On voit, auprès de Collo. une chambre creusée delà même manière dans
un rocher isolé. V.t\.omviQW<^{Archiv fur Anlhropologie, II, p. 313: conf. Mer-
cier, HuU. Comité, 1887, p. 4o9) en signale une autre près de Bou Iladjar,
entre la Galle et Souk Aliras : à en juger par la disposition des auges funé-
raires, surmontées de niches cintrées {arcosolia), elle date d'une période assez
basse de la domination ronjaine. — Des caveaux funéraires de même type
existent aussi en Tunisie [Bull. Comilé. 1901, séance de février de la Commis-
sion de l'Afrique du Nord).
2. En Tunisie, deux grottes sépulcrales, semblables à celles dont nous par-
lons, sont ornées de peintures représentant des personnages : elles datent,
sans aucun doute, de l'époque historique [null. Comilé. lltOl, /. c.].
MONUMENTS INDIGÈNES 41
GRAVURES RUPESTRES
D'autres niuiuiments indigènes offrent un grand intérêt. Ce
sont les gravures rupestres que l'on a signalées sur différents
points de l'Algérie : dans le Sud Oranais, dans la région de
Guelma, dans la partie du Sahara voisine de l'oued Itel (au
sud-ouest de Biskra').
M. Flamand a étudié avec beaucoup de soin celles de la
province d'Oran ; il a bien voulu nous communi(iuer ses
dessins et ses photographies et nous donner des indications
qui nous ont été très précieuses-.
Sur une trentaine de stations que ce savant a examinées,
nous nous contenterons d'en décrire quelques-unes, qui sont
particulièrement im})ortantes.
On connaît, depuis 1847, celle de Thyout, lieu situé à une
quinzaine de kilomètres à l'est-nord-est d'Aïn Sefra^. Les
gravures occupent une paroi verticale de grès, longue d'envi-
ron 75 mètres, haute de 20. Les figures sont de dimensions
très diverses ; quelques-unes se superposent et ont été évi-
demment tracées par des mains différentes.
1. 11 yen a aussi quelques-unes en Kabylie (conf. Bull. Comité, 1888, p.l2tij ;
elles n'ont pas encore été décrites.
2. Conf. Flamanrl, l'Anthropologie, Ht, 18 )-2, p. li.j-14(i; id.. Société de géo-
r/raphie d'Alger, Compte Rendu du Congrès national de IS99, p. 207-218.
M. Flamand prépare un ouvrage sur les gravures rupestres de l'Afrique du Nord.
3. Jacquot, dans Vlllustration, IX, 1817, p. 281-285 (n-duS juillets \û.. Expé-
dition du général Cavaignac dans le Sahara algérien (Paris, 1849), p. 149.
Armieux, Topographie médicale du Sahara et de la province d'Oran (Alger,
1866), p. 28-30. Id., Annales de la Société archéologique du Midi delà France,
X, 867, p. 20-27. Id., Bull, de la Société de géograhie de Toulouse, 1883, pt. 1.
Rebond, Bec. de Co7ist., XXII, 1882, p. 63-67. Tissot, Géographie delà province
romaine d'Afrique, I, p. 344, fig. 18 ; p. 379, fig. 4a: p. 491, fig. 49; p. 514
et olo. Bonnet, Revue d'Elhnographie, VIII, 1889, p. 15o.
42
LES MONUMENTS ANTIQUES DE l'aLGÉRIE
Les personnages sont de petite taille. Ils lèvent parfois les bras,
dans une pose qui rappelle l'attitude classique de Tadora-
lion. D'autres tiennent un arc; il semble que l'un d'entre eux
porte, en outre, un bouclier; des chiens accompagnent ces
chasseurs. Deux hommes ont à la main un instrument allongé,
FiG. 10. — Gravures rupeslres de Thyout.
à extrémité recourbée, peut-être un lioyau ou une hache
emmanchée. Un archer est coiffé d'une couronne de plumes, à
la manière des Peaux-Rouges; quelques individus portent cer-
tainement un pagne ou une ceinture : une femme semble avoir
autour des bras des pendeloques ou des franges. Très fré-
.q ucniment, les gens représentés forment des couples; un
MONUMENTS INDIGÈNES 43
trait joint les parties sexuelles des personnages :il est possible
qu'on ait voulu indiquer ainsi, d'une manière naïve, le lien du
mariage. Certains visiteurs ont cru reconnaître sur les gravures
de Thyout des scènes lubriques, des accouplements contre na-
ture ; mais M. Flamand pense qu'à cet égard il y a eu méprise.
Outre les chiens domestiques, les animaux figurés sont
des lions, un éléphant, de nombreux bovidés, surtout des
bœufs à cornes recourbées en avant, des chèvres, des gazelles,
des antilopes, des autruches. M. Flamand ne croit pas que le
rhinocéros, l'hippopotame et la girafe soient représentés à
Thyout, comme on l'a prétendu. [Voir, fuj. lU, la reproduc-
tion d'une partie de ces images (d'après une photographie de
M. Flamand).]
A Moghar et Tathani (cercle d'Ain Sefra, à 43 kilomètres
au sud du chef-Heu), les gravures couvrent une longue série de
roches horizontales, parsemant le })lateau qui domine l'oasis'.
Ce sont les seuls dessins rupestres de l'Afrique du Nord
qui n'aient pas été tracés sur des plans verticaux. Beaucoup
de ces gravures sont usées et indistinctes. D'autres sont
si mal exécutées qu'il est impossible de les interpréter avec
certitude : c'est ainsi que, dans une figure, on a vouht voir
soit une tortue, soit un guerrier armé de toutes pièces.
Parmi les images les plus remarquables, on peut citer
deux personnages accroupis, les bras levés, les jambes
largement écartées, et quelques autres debout, levant aussi les
bras. Plusieurs portent une coiffure de plumes ; une sorte de
pagne ou de large ceinture à bouts flottants entoure la taille
1. Jacquot, Eapédilioîi du général Cavaignac^p. l&ô. Avmieux, Topographie,
l. c. Id., Bull, de la Soc. de géogr. de Toulouse, 1883, p. 34-41 et pi. 2. Tis-
sot, /. c, p. 491, fig. 50. Bonnet, /. c, p. 149-13o.
41 LES MOMMENTS ANTIQUES DE L ALGERIE
(le riin (l'entre eux. Les animaux que Ton reconnaît à Mogliar,
sont un grand félin (pr()l)al)lenient un lion), un éléphant, un
grand huflle, des autruches, des antilopes d'espèces diverses,
Fie. 11. — Gravures rupcslre.s de Taziua.
des chiens (peut-être un lévrier). Les deux girafes que M. Bon-
net a signalées paraissent fort douteuses à M. Flamand'.
1. 11 ea est de même de l'hippopotame, que M. Bonnet indique avec hési-
tation.
MONUMENTS INDIGÈNES 45
Le djel)el Maliisserat est situé à 6 kilomètres (rAïii Sefra,
sur la route d'Asla. Eu cet endroit, uu rocher offre un groupe
de cinq éléphants en uKirche, assez bien dessinés '.
L'éléphant apparaît, avec le grand buflle, à Tazina (à une
centaine de kilomètres au sud-ouest do Géryville). iyoivflg. il,
d'après ^L Flamand.)
Les graA'ures de Ksar el Ahmar- (h 40 kilomètres à l'ouest-
sud-ouest de Gérvvillei occupent plusieurs rochers, le long
FiG. 12. — Gravure rupeslre de Ksar el Ahmar.
d'une piste conduisant à Kéragda. On y voit, entre autres
images, un homme tenant une hache emmanchée [fig. 12,
d'après une photographie de INI. Flamand). La forme donnée à
cet instrument permet d'y reconnaître, avec quelque vraisem-
blance, une arme en pierre polie. Une femme (figure haute de
l'^îSo) a les hanches entourées d'une ceinture. Elle lève
les deux l)ras : il convient de remarquer que les mains ont
chacune six doigts. Les grands buffles sont nombreux à Ksar
el Ahmar. On distingue aussi des félins, lions et panthères,
1. Tissot, l. c, p. 372, fig. il. Bonnet, Revue d'Ethnorp-apliie, VIII, 1889,
p. lofi-loT.
2. Brèves indications de Flamand dans l'Anthropologie. III. 1892, p. 148-9,
loi.
46
LES MONUMENTS ANTIQUES DE l'aLGÉHIE
des bœufs aux cornes projetées en avant, d'autres bovidés, un
bélier du Sahara, des chèvres, des autruches.
A Guebar Kechini (à 50 kilomètres environ au sud-ouest de
Gérvville), il y a des éléphants i, un grand buffle, une girafe,
des lions, une panthère, une autruche, des antilopes, des ga-
zelles, un cerf, des chèvres, diverses espèces de bovidés, un
FiG. 13. — Gravure rupeslre de Bou Alem.
équidé au corps moucheté, probablement apparenté au zèbre.
A Bou Alem (à 35 kilomètres au nord de Géryville), l'image
la plus intéressante est celle d'un bouc, dont la tête est sur-
montée d'une coiffure ayant la forme d'un disque solaire,
flanqué de chaque côté d'un serpent iirœus : c'est sans doute
une représentation du grand dieu de Thèbes d'Egypte, Amon
(voir /?(/. 13, dessin de M. Flamand). Un autre animal, bouc
1. Flamand, l'Anlkropoloqie, 111, p. 149, fig. 1.
MONUMENTS INDIGÈNES 47
OU l)ëlier, porte aussi le disque sur la tôte K Un homme tient
un bouclier rond'-.
Dans la région de Guelma, les gravures de Klianguet el
Hadjar (commune mixte de l'oued Cherf) sont connues depuis
longtemps'^. Elles ont été tracées par des mains fort diverses sur
deux faces d'un grand rocher, k l'entrée d'une gorge et au-des-
sus d'une source. Beaucoup d'entre elles sont superposées et
les dimensions des figures sont très variables. Nous avons re-
connu les animaux suivants : mouton (fréquent), bouc, bœuf
(l'un de ces bœufs est tenu en laisse par un homme), chien
ou chacal, gazelle, antilope, autruche. Les lions et les pan-
thères qu'(jn a cru distinguer, ne sont pas certains, et il est
plus que douteux que des rhinocéros et des éléphants figurent
parmi ces imagos. Les hommes semblent nus. lisent, en géné-
ral, les bras ouverts et, souvent, ils tiennent soit un bâton, soit
un liojau, soit une sorte de serpe, soit un instrument qu'on a
comparé ii une raquette carrée. On remarque quelques signes
ressendjlant exactement à des lettres de l'alphabet libyque :
ils ne paraissent pas être d'une autre époque que les dessins
au milieu desquels ils sont tracés.
Au lieu dit Kef Messiouer (commune mixte de Sédrata), un
grand rocher à paroi verticale offre l'image d'une famUle de
lions, s'apprôtant à dévorer un sanglier; des chacals semblent
1. A côté de cet animal, se voit un bovidé portant deux objets allongés
entre les cornes. M. Lefébure est disposé à y reconnaître une autre divinité
égyptienne, le taureau d'Erment, qui était coiffé de deux plumes.
2. Ces gravures de Bou Alem seront étudiées par M. Flamand dans un article
de la Revue avchéologique. Voir, en attendant, Flamand, Comptes Bendus de
V Académie des Inscriptions, 1899, p. 437-438; Gsell, Mélanges de l'École de
Rome, XX, 1900, p. 83.
3. Vigneral, Ruines romaines du cercle de Guelma, p. 42-53, pi. IX et X.
Reboud, Rec. de Const., XXII, 1882, p. 60-ti3. Bernelle, ibid., XXVII, 1892,
p. o7. Gsell, Bull. Comité, 1899, p. 4i0-441.
48
LES MO.M .MK.NTS ANTIOri:S DE L AI.C.EHIE
altciidre la fin du rei»as poiu' nianyer les restes' (voir une
l)ai'lie de ce tahleaii. /'uj . 14). Les lig-ures, au nombre de dix,
u'oul pas été juxtaposées au hasard et successivement, comme
dans la plupart des autres gravures rupestres : on est ici en
présence d'une V(''rilal)le com})ositi()n, (ju"un nu jjlusieurs
artistes ont exécutée d'un seul coup'^.
Blancliet a fait coimaitre" des gravures fpi'il a découvertes à
la lisière septentrionale du Sahara, dans un ravin appelé Chaha
FiG. li. — Gravure rupestre de Kef Messiouer.
Naïnia, près de l'oued Itel. Elles couvrent les parois de pln-
sieurs grottes artificielles, taillées assez régulièrement en
forme de longues galeries. Les espèces animales représentées
sont le lion, l'àne, l'antilope gnou, la chèvre, le bœuf, qui porte
presque partout une sorte de housse ; sur le cou d'un de ces
1. Bernelle, Rec. de Con.sl., XXVIl, 1892, p. '.l'i et planche. Gsell, Bull.
Comité, 1899, p. i3S-4iO.
2. Dans cette région de Guelnia, on signale d'autres gravures, représentant
des chevaux, un bœuf à grandes cornes et peut-être un mouton : Hnll. Comité,
1888, p. 105.
3. Bull. Comité, 1899, p. 138-139; Bec. de Coiisf.. XXXllI, 1899, p. 294-310,
avec des planches.
MONUMENTS INDIGÈNES 49
buBufs et sur sa couvertiiro sont tracés des caractères lihyqucs.
Deux personnages, dont l'un est certainement de sexe féminin,
sont assis, les jambes largement ouvertes, pose que nous
avons déjà constatée à Moghar. Trois autres, de gi'andos
dimensions, se tiennent del)out, dans une attitude svmétri(pie ;
ils lèvent la miin gauche, et deux d'entre eux portent un objet
de forme ovale, rayé de stries; ces deux individus })araisscnt
être vêtus d'une peau de bête, couvrant le haut do la poitrine.
Deux hommes, plus petits, ont les bras ouverts et font le geste
classique de la prière. Enfin, un personnage, qui semble vêtu
d'une tunique, tient un bouclier ovale avec deux échancrures
sur les côtés.
Dans le Sud Oranais, ou la technique de ces dessins a été
examinée de près, M. Flamand a reconnu que les graveurs indi-
quaient, par un simple tracé, l'ensemble de ce qu'ils voulaient
fixer; puis ils creusaient suivant cette ligne, à l'aide do poin-
çons en pierre, un })oin!illé fortement accusé, qu'ils polissaient
ensuite avec soin, produisant de cette manière un trait continu,
f^n-me et net, large de (J"M)10 à 0'",0i5, profond de 0'",00r)
îiCjOlO, évasé à sa partie supérieure, arrondi au fond. Ils
obtenaient ce résultat par le frottement prolongé d'un instru-
ment à extrémité mousse, mais assez dur pour entamer le grès;
cet outil était sans aucun doute en pierre. Les gravures de
Khanguet el Hadjar et de Kef Messiouer, dans la région de
Guelma, nous ont paru avoir été faites aussi avec des pointes
émoussées.
Les images que nous venons d'étudier sont d'ordinaire
des œuvres très enfantines, avec d'énormes fautes de
dessin, des proportions difformes, des gestes impossibles.
Quelquefois ce])endant, en i)articulier à Kef Messiouer, au dj ebel
50 LES MOî«UME^TS ANTIQUES DE LALGÉRIE
Mahisserat et à Bou Alem, ces profils sommaires rendent
bien la jihvsior.omie générale des animaux représentés.
On sent là un certain don d'observation : preuve que les gra-
veurs reproduisaient des bêtes qui étaient sans cesse sous leurs
yeux, qui vivaient par conséquent dans le pays, ce qu'attestent
d'ailleurs, pour les espèces aujourdhui disparues de l'Afrique
septentrionale, les découvertes paléontologiques faites sur
plusieurs points de l'Algérie.
De (piand datent ces gravures? Il est probable, il est même
certain quelles se répartissent sur une période de temps très
longue. A Tbyout, à Khanguet el Hadjar, en d'autres lieux
encore, les figures se superposent, se coupent, s'enchevêtrent :
de nombreuses générations d'hommes ont évidemment apporté
leur contribution à ce travail. D'une manière générale, ces
images portent des caractères d'une haute antiquité.
Celles du Sud Oranais sont très souvent accompagnées
d'inscriptions et de dessins représentant des cavahers armés
de boucliers, des mouflons, des antilopes, des dromadaires, des
oiseaux, etc.'. Lettres et dessins sont faits en pointillé, et non
au .irait : ils se distinguent à première vue des gravures
(voir, par exemple, fig. 11) et sont plus récents, puis-
qu'ils les recouvrent en bien des endroits. Les inscriptions
sont formées de caractères berbères, intermédiaires entre
l'écriture dite libjque, en usage dans l'Afrique du Nord
avant les Romains et sous leur domination, et l'écriture
actuelle des Touareg, mais plus apparentés à la première. On
doit donc les attribuer approximativement à une période cor-
1. Voir, ùce sujet. Wamy, Revue (l'E(hnofi)vphie. 1,1882, p. 129-137; Bonnet,
ibid.,\]U. 1880. p. lo2 et 157; Flamand, V Anthropologie, III, 1892, p. 153-154,
et Vlll. 1897. p. 284-29i.
MONUMENTS INDIGÈNES 51
respoudant à notre moyen âge. Les dessins sont, pour la plu-
part, contemporains des inscriptions, comme le prouvent la
place qu'ils occupent et l'identité du procédé d'exécution ;
du reste, ils ne peuvent dater que d'une époque où la
religion musulmane n'avait pas encore, imposé complètement
aux indigènes l'interdiction de reproduire des êtres animés.
Or, les gravures au trait offrent une patine tout à fait différente
de celle de ces dessins et inscriptions. Il est certain qu'une
longue suite de siècles sépare les deux séries d'images.
Des raisons d'un autre ordre peuvent être données en faveur
de la très haute antiquité des gravures : le fait qu'elles ont
été tracées avec des instruments en pierre, et non avec des
outils métalliques; les armes qu'on y voit figurées et dont les
unes paraissent bien être en pierre, tandis que, pour les autres,
rien n'indique qu'elles soient en métal ; le costume primitif que
portent certains personnages (pagne, coiffure de plumes); les
espèces animales qui ne se retrouvent plus qu'au cœur de
l'Afrique et qui, actuellement, auraient de la peine à vivre
dans le Maghreb, indice probable d'un grand changement de cli-
mat. — Il est vrai que ces arguments ne sont pas irréfutables.
L'usage des outils et des armes en pierre a pu se maintenir
longtemps dans certaines parties de l'Afrique septentrionale,
surtout à l'intérieur des terres ; les silex taillés que l'on
recueille dans les steppes et u nord du Sahara, se trouvent
en général à fleur de terre et sans patine : c'est une présomp-
tion en faveur de leur modernité relative. La coiffure à plumes
d'autruche a été portée longtemps par les Libyens : elle est
donnée à des gens de l'Afrique du Nord sur des monuments
égyptiens datant des dix-neuvième et vingtième dynasties
(xiv'-xif siècles environ avant Jésus-Christ). Nous ne savons
52 LES MONLMEMS ANTKjLES DE L ALGERIE
pas (luaiid la faune dite tropicale, représentée sur ces gravures,
a cessé de vivre dans le Maglirch. Ce qui est certain cepen-
daiil, c'est qu'il y avait encore des éléphants au sud do la
Maurétanie vers le début de notre ère. Si ces pacliydornies et
les autres espèces que nous avons énumérées ont disparu, cela
peut tenir, non pas h une modification de climat très lointaine,
mais aux chasses qu'on leur livra sous l'Empire romain poiu'
les fêtes des amphithéâtres, et au déboisement, qui a amené la
diminution des sources nécessaires à leur existence. Il ne faut pas
croire, du reste, qu'un climat très humide soit absolument indis-
pensable à ces animaux : au nord du Transvaal, des éléphants
vivent dans un pays bien plus aride que les montagnes du Sud
Oranais'. Quant à la région de l'oued Itel, elle s'est sans doute
desséchée, comme le Sahara tout entier. Mais ce n'est pas i)ar
le fait d'une révolution climatérique ; il se produit là un lent
phénomène, dont on peut ohserverles progrès depuis les temps
historiques : l'évaporation se poursuit dans le cours des siècles,
sans compensation suffisante.
A Khanguet el Hadjar et à Chaba Xaima, on distingue
quelques signes identiques à des lettres libyques. Par malheur,
nous ignorons quand fut inventé ce système d'écriture dont les
Touareg font encore usage aujourd'hui. Est-il prouvé d'ailleurs
({ue ceux qui gravèrent ces signes leur aient attribué une
valeur alphabétique? Des caractères semblables se rencontrent
en Egypte dès une époque très reculée, sur des vases contempo-
rains des premières dynasties historiques ou même plus anciens,
entre cinq mille et quatre mille ans environ avant notre ère.
1. Je ne parle pas ici de la région de Guelma, qui est l>ien arrosée. Du
reste, les gravures qu'on y trouve ne représentent, à mon avis, que des
espèces actuelles ou très récemment disparues.
MONUMENTS INDIGÈNES 5 3
Un bouclier figuré à Chal)a Naïma est d'une forme curieuse,
(jui se retrouve à Asla, station du Sud Oranais. C'est le boucdier
(ju'on appelle communément bouclier bro/icti. Au second millé-
naire avant Jésus-Christ, il est représenté sur des objets dits
mycéniens, recueillis dans les parages de la mer Kgée, et sur
des bas-reliefs égyptiens, où il est tenu par des guerriers de
la Sjrie septentrionale.
A Bou Alem apparaît une imago qui, à notre avis, est cer-
tainement celle d'Amon, dieu de Thèbes. Les Egj-ptiens eurent
de tout temps des relations avec les tribus qui vivaient à l'ouest
de la vallée du Xil. Ces rapports furent surtout fréquents sous
le Nouvel Empire (dans la deuxième moitié du second millé-
naire avant notre ère), époque de la plus grande prospérité de
Thèbes. A plusieurs reprises, les indigènes de l'ouest envahirent
l'Egypte; en général, ils durent se contenter de servir comme
mercenaires dans les armées des Pliaraons. Ces guerriers appar-
tenaient surtout aux peuplades qui confinaient àla vallée du Nil.
Cependant il a \)\\ en venir de plus loin; il est possible aussi
que l'influence <le l'Egypte se soit répandue de tribu en tribu à
travers l'Afrique du Nord, jusqu'à l'extrémité occidentale de
notre Algérie. Ces considérations nous conduiraient à suj)poser
que l'image de Bou Alem n'a guère plus de trois mille ans.
Mais, somme toute, la chronologie des gravures rupestres
de l'Algérie est encore absolument incertaine.
Des dessins analogues existent dans la Haute Egypte, entre
Edfou et Silsilis ; d'autres ont été signalés sur divers points du
Sahara : dans le Tibesti, entre Mom-zouk et Rliat, au sud-est
de Rhat, dans le Haut Tassih, entre El Goléa et In Salah;
d'autres enfin se voient au sud du Maroc. Duveyrier ' ctplu-
1. Bull, de la SociéLé de ge'o(/)'ap/iie de l'aris, 187(5, II, p. lU et ll:i.
54 LES MONUMENTS ANTIQUES DE L ALGERIE
sieurs savants après lui' ont voulu attribuer ces images à une
race noire, à laquelle ils ont donné le nom de garamaalïque ;
mais il faut avouer qu'ils n'ont produit aucun argument solide
en faveur de leur hypothèse.
1. Par exemple La Blanchère, Bull, de correspondance africaine, 1, 1882-3,
p. 356.
CHAPITRE II
MONUMENTS PUNIQUES ET LIBYPHÉNICIENS
L'histoire des premiers établissements fondés par les Phéni-
ciens sur le littoral de l'Algérie nous est tout à fait inconnue.
Il est permis de supposer que ce furent des refuges, des sta-
tions, des aiguades sur la route du retour de l'Espagne, où les
trafiquants de la côte syrienne allaient chercher l'argent des
mines inépuisables de la vallée du Gua lalquivir. Avec le temps,
ces escales devinrent des comptoirs de commerce et quelques-
unes d'entre elles des villes assez importantes. Garthage, la
Tyr de l'Occident, leur imposa sa suzeraineté, et elle fonda à
son tour de nouvelles colonies sur le rivage du Maghreb. Elle
parait avoir aussi occupé pendant quelque temps l'est de la
province de Constantine ; mais ce territoire lui fut disputé par
les rois indigènes. Théveste (Tébessa), qui fut conquise vers
250 par les Carthaginois, ne resta en leur possession que
cinquante ans à peine.
Les traces de leur civilisation sont assez rares en Algérie :
leur œuvre y a été presque partout recouverte par celle des
Romains .
Sur quelques points du Uttoral, on a trouvé des vestiges de
remparts qu'on peut leur attribuer avec vraisemblances des
1. A Hippone, on a découvert récemment un énorme mur, formé de
pierres de plus d'un mètre de largeur et de hauteur, et dont plusieurs
dépassent 4 mètres de long : ces blocs ne sont pas taillés au ciseau selon la
LES AIOMMKNTS ANTIQLES DE L ALGÉRIE
débris (r.ircliitectiircde style punique ', enfin des caveaux creusés
dans le roc, à la mode pliénicieinie : les oljjets recueillis dans
ces tonilieaux permettent <le les dater des derniers temps de
la domination carthaginoise.
Les plus intéressants sont peut-être ceux de Gouraya, à
33 kilomètres à l'ouest de Cherchera Un puils rectan-
g'ulaire, de dimensions varia-
bles, s'enfonce à une profon-
deur de l'",80 à 2™, 50; il ne
présente pas d'escalier. Quand
il uy a (pi'une chandjre, l'en-
trée s'ouvre sur un des petits
côtés du puits. Elle est fer-
mée le plus souvent par une
muraille de moellons, placés
sans ordre entre les montants
et en avant de la baie. Quel-
, , quefois cependant, une dalle
„ ... „ • j r^ dressée forme une i)artie de
riG. 1.1. — Caveau punique de Gouraya. *
la clôture. Le caveau mesure
d'ordinaire 2'", 20 à 3 mètres de long, sur 2 mètres à 2'", 50 de
manière romaine, mais équarris h la masse. Voir Gsell, Mélanges de VÊcole
franidise de Rome, XX, 1900, p. 98. Papier, Comptes rendus de l'Académie
d'ilippone, 1899, p. xi-xii. — A Tipasa, la colline qui portait la ville primi-
tive était entourée d"un rempart, dont on voit quelques restes au sud-ouest.
11 était soit taillé dans le roc, soit formé de gros parallélépipèdes, qui
atteignent l'",80 de longueur. \oir Gsell, Mélanges de Rome, \\\, iS'.)i, p. :J-24.
1. Voir en particulier le chapiteau publié par Gsell et Bertrand, Musée de
Philippeville, pi. XI, fig. 4. Un temple de Tipasa (Gsell, Mélanges de Rome,
XIV, 189i, p. 341-343) paraît avoir été d'une architecture influencée par des
traditions puniques.
2. DeCardaillac, Ridl. d'Oran, 1890, p. 247-256. Waille, Rull. Comité, 1891,
p. xLiu-iv. Gauckler, Musée de Cherchai, 72-75. Des fouilles ont été faites
en 1900, à Gouraya, par M. Wierzejski et par moi-même.
MOM ME^TS rUMQUES ET I.IBYPHÉMCTENS
57
large; la hauteur est de 1"',60 à 2™, 20. Les parois sont taillées
(l'une manière assez irrégulière; le plafond est à peu près plat.
Presque partout, des niches, hautes de 0'",40 à 0'",50, se voient
soit dans la paroi opposée à la porte, soit dans les parois latérales.
Dans la plupart des chambres, les restes humains ont été sim-
plement déposés sur le sol, recou-
vert d'un lit de sable. Dans
d'autres, on a ménagé une ou
plusieurs banquettes, planes ou
creusées d'une auge de profondeur
variable. Il existe souvent un
second caveau, appartenant à une
époque un peu postérieure. Tantôt
— c'est le cas le plus fréquent — il
s'ouvre en face du premier; tantôt
il est établi sur un des côtés
longs du puits, (Voir, fifj. 15 et
jiij. 16, les plans de deux de ces
tombeaux. )
Chaque chambre contient un
certain nombre de morts : dans
l'une de celles que nous avons
fouillées en 1900, nous en avons
■compté plus de vingt. Il est pro-
bable qu'a})rès les ensevelissements le puits était recomblé avec
de la terre et des moellons.
On distingue trois rites funéraires :
1° Le mort a été simplement allongé sur le sol. C'est le
mode de sépulture le moins fréquent.
2" Des ossements, assemblés au hasard, sont déposés par
FiG. 16.
Caveau punique de (iouraj-a.
58 LES MONCMEMS AMIQUES DK L ALGERIE
terre, sur les banquettes ou dans les auges, soit en tas, soit
à l'intérieur d'un vase d'argile. Quelquefois, une moitié de
grande amphore, brisée dans le sens de la longueur, fait office
de récipient. On a constaté maintes fois que ces restes humains,
réunis pêle-mêle, ont appartenu k divers individus. Nous avons
signalé plus haut, dans l'étude des tombeaux indigènes, un rite
funéraire semblable, qui suppose le décharnement préalable
des squelettes. Dans les villes phéniciennes du littoral algé-
rien, il s'était formé une population oii les éléments africains
se mêlaient aux éléments puniques : il n'est donc pas étonnant
que des mœurs propres aux autochtones y aient été adop-
tées.
3° Enfin, d'autres ossements, entassés comme les précédents
ou enfermés dans des récipients, sont plus ou moins carbonisés .
L'usage de l'incinération, étranger tout d'abord aux Phéniciens
comme aux Libyens, s'était introduit dans l'Afrique septentrio-
nale vers le v' siècle, probablement sous l'influence des Grecs
de Sicile.
Nous n'avons pas à décrire ici l'abondant mobilier qui était
déposé dans ces tombes. On y a trouvé quelques poteries indi-
gènes, semblables à celles des dolmens, des vases puniques en
très granl nombre, des céramiques à vernis noir ou à pein-
tures, venant très probablement d'Italie, des œufs d'autruche
qui avaient servi de vases, des cassettes en plomb, des brace-
lets, des bagues, des fibules, des miroirs en bronze, des fioles
en verre, des débris de colliers en pâte vitreuse, etc.
Les tombeaux de Gouraya datent pour la plupart du
iii^ et du II* siècle avant notre ère. C'est à peu près à la
même époque qu'il faut rapporter des sépultures découvertes
il y a quelques années à CoUo, dans la province de Constan-
MOMMENTS PLMQUES ET LUiYPHEMClENS
59
Une'. Los caveaux, (|iie des trouvailles fortuites, puis des
fouilles régulières, dirigées par M. Hélo-, ont exhumés en ce
lieu, sont taillés dans les flancs d'un coteau (nous donnons,
fuj. 17 et jjfj. 18, les plans de deux d'entre eux). Ils mesurent
2 à 3 mètres de long, l'°,60 à l'°,80 de large; la hauteur varie
de l^jSÛ à 2 mètres. Les portes sont étroites et basses; elles
étaient fermées par des murs en moel-
lons ou en briques. La disposition du
terrain, très incliné, se prêtait mal à
rétablissement de puits rectangulaires :
aussi les tombes sont-elles simplement
précédées de couloirs, larges d'environ
un mètre. Souvent, il y a deux
chambres, placées l'une à la suite do
l'autre et communiquant par une petite
baie. Un certain nombre d'entre elles
présentent des banquettes, planes ou
creusées d'une fosse. Les niches sont
rares. Les rites funéraires paraissent
avoir été les mêmes qu'à Gouraya. Le
mobilier est à peu près semblable; il convient seulement
de noter de curieuses aiguières puniques, dont le col est sur-
monté d'une tête de femme '^
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FiG. 17.
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ounique
de CoUo
1. Certains tombeaux de CoUo sont cependant plus récents que ceux qui
ont été ouverts à Gouraya : ils paraissent postérieurs à la cliute de Cartilage
(146 avant J.-C).
2. Doublet et Gauckler, Musée de Constant i ne, p. 6-2-63, 107-109, 113 ;
pi. XH, fig. 1-i: pi. XllI, fig. 6. Hélo, B«ZZ. Co»i<7e, 1893, p. 3 i3-368,
pi. XII-XIV. Gsell, Mélanges de l'École de Rome,Xy\, 18)8, p. 4^2-453; XVIII,
1898, p. 82-83.
3. Une tombe punique semblable à celles de Gollo a été découverte autre-
fois à Philippeville : Delamare, Exploration, pi. 32, fig. 10-20.
60
LES MOiNLME.NTS ANTigiES DE L ALGERIE
I] [
A Djidjclli, il y a de nombreuses sépultures de type phéni-
cien'. Malheureusement, elles ont été visitées depuis fort long-
temps et dépouillées de leur mobilier funéraire : il est donc
impossible de les dater. Ce sont soit des caveaux, analogues
à ceux de Gouraya'^, soit de simples
fosses, dont quelques-unes sontcreu-
sées de manière à se modeler sur la
forme générale du corps humain :
une sorte de logette arrondie est
taillée du côté de la tête, et la fosse
est beaucoup plus large à la hauteur
des épaules quà Textréuiité où l'on
plaçait les pieds.
La civilisation punique se répandit
en Algérie bien au delà des villes
du littoral soumises à la domination
directe de Carthage. Les souve-
rains indigènes, qui étaient en
rapports suivis avec les Carthaginois,
adoptèrent, dans une mesure plus
ou moins large, ce qu'ils trouvèrent
de bon dans leurs mœurs ; une
partie des Africains les imitèrent. Aussi rencontre-t-on ça et
là, à l'intérieur des terres, des tombes taillées dans le roc, de
type punique -^ Les plus anciennes remontent peut-être à une
i
Cham/irc /
Fin. 18.
Caveau punique de Collo.
1. Delamare, l. c. pL 12, fig. 4-6, 10-11 et pi. 13. Duprat, Rec. de ConsL,
XXV, 1888-9, p. 396-399, planches n" l et 2.
2. Un escalier est souvent ménagé sur un des petits côtés du puits.
3. Par exemple à Guelma (au sud de la ville française) ; dans la région de
Guelma (Delamare, Exploration, pi. 170, flg. 7-13) ; à Kalaa, dans le Dahra
(déparlement d'Oran). Voir encore au chapitre xiii du livre II de cet ouvrage.
MONUMENTS PLNIQIES ET LIBYPHÉNICIENS 61
époque antérieure h la venue des Romains ; plus tard, sous
TEmpire, on continua à en faire de seml)lables. Quelques mor-
ceaux d'archilecture, trouvés dans l'est de la province de
Constantine, sont de stvle carthaginois'; ils ont probablement
appartenu à des mausolées. A Khamissa, la vieille place,
platea vetus^ comme l'aijpelle une inscription latine-, était
ornée d'un temple dont les colonnes monolithes, courtes et
épaisses, rappellent celles ([ui décoraient certains monuments
puniques'^: si ce sanctuaire parait dater de l'époque romaine,
il n'en atteste pas moins que l'architecture carthaginoise
s'était implantée dans la région''.
Il ne reste rien du palais que Syphax, Masinissa et ses suc-
cesseurs habitèrent à Cirta (Constantine)'', ni des beaux
édifices que Micipsa y fit élever''. Nous avons cependant le
droit de supposer qu'ils étaient construits dans le style gréco-
puni([ue qui régna à Carthage pendant les derniers temps de
l'indépendance de cette ville*.
C'est ce style mixte qu'on retrouve dans un fort beau mau-
solée, dont les ruines sul)sistent à trois lieues et demie de
1. Chapiteaux de Guelaat bou Atfane, d'Hammam Meskoutine, de Tifeoh :
voir Gsell, Bull. Comité, 1900, p. o79-38i. Gonf. Chabassière, Bec. de Const.,
X,1866. pi. XI, fig. 3.
■ 2. Corpus, VIII, n° i878,
3. Muller, Numismatique de l'ancienne Afrique, II, p. 40, n"* 2 et 3; p. li'J,
n" 319; p. 152, note 1. Doublet et Gauckler, Musée de Constmitine,
p. 39-40.
4. Masqueray, Bull, de correspondance africaine, I, 1882-3, p. 308-309. —
Les colonnes sont en marbre de Ghemtou : or ce marbre ne commença à être
exploité que dans le dernier siècle avant notre ère.
o. Tite-Live, XXX, 12 ; Appien, (iuerres paniques, 27 et 206.
6. Strabon, XVII, 3, 13.
7. Dans la grande mosquée de Constantine et dans le jardin de la remonte,
à Sidi Mabrouk (près de Constantine), on voit deu.K chapiteaux doriques,
semblables à ceux du mausolée du Khroub, dont nous allons parler. Ils ont dû
appartenir à des monuments de même époque et de même style.
62
LES MO.NLML.NTS ANTIOLES DE L ALGÉRIE
Constantine ' (voir fig. 19"' et planche IV). Le monument
que les indigènes appellent Soî/ma (tour) et que les Français
désignent sons le nom absurde de tombeau de Constantin,
se dresse sur une colline rocheuse, à 3 kilomètres an nord-
est du village du Khroub. 11 est bâti à rextérieur en grandes
Fig. 19. — Mausolée gnco-punique, dit Souma, près du Khroub.
pierres de taille, parfaitement ajustées, dépassant souvent
2 mètres de longueur; le noyau est en blocs équarris d'une
manière sommaire.
Un soubassement de 10"", 50 de côté porte trois degrés,
I. Temple et Falbe, Relation d'une excursion à Conslantine (Paris, 1838),
p. 38-39, pi. II. Berbrugger, VAUjérie historique, pillai esque et monumenlale,
pro vince de Conslantine, pi. à la page 27. Ravoisié, Exploration scientifique
de V Algérie. Beuux-Arls, I, p. 75-76, IQ-SO; pi. LXI-LXIV. Delamare, iVjD^o/a-
lion, pi. 161. Fournel, Richesse minérale de VAUjérie, I, p. 256-2.Ï7. Remond
et Cherbonneau, Annuaire de Constantine, 1862, p. 68-75 et pi. XIY.
2. D'après Delamare. Plan pris à la hauteur des massifs ornés de boucliers.
4j
^i f.: •H^f ^. x*^ ^,-.-
^
^
MOMMEiNTS PLMQLES ET LIHYPIIÉMCIENS 63
i^iir IcHiiiels roj.ose un socle court, orné de moulures en bas
et en haut. Par-dessus, s'élèvent quatre massifs, occupant
les angles d'un carré de 5", 55 de côté; ils sont décorés exté-
rieurement de grands boucliers ronds. On peut se demander
s'ils ne représentent pas les pieds-droits de quatre arcades,
selon une ordonnance adoptée au premier étage du mausolée
de Saint-Rémy, en Provence. Cependant, comme il n'y a pas
de voussoirs parmi les débris qui gisent sur le sol, il est plus
vraisemblable que ces massifs limitaient une chambre et
encadraient quatre fausses portes '. Toute la partie supérie-tire
du monument a été renversée, probablement par un tremble-
ment de terre, et les matériaux qui la constituaient sont entas-
sé s autour du soubassement, surtout au nord. Une corniche,
d'un type dérivé de la gorge égyptienne, parait avoir cou-
ro nné l'étage aux boucliers. Au-dessus régnait une loggia,
bordée par huit colonnes doriques à fût non cannelé'-^. Ce por-
tique abritait peut-être une ou plusieurs statues, comme la
loggia du mausolée de Saint-Rémy '^ La disposition du som-
met de l'édifice est très incertaine; un uK^rceau de corniche
rampante indique qu'il y avait des frontons. La hauteur totale
devait être de 16 à 18 mètres.
Nous ne pensons pas que la salle funéraire ait été établie à
l'étage où sont sculptés les boucliers^ : il n'y avait là, croyons-
1. Gommera supposé Ravoisié. Il existe quatre fausses portes au premier
étage d'un tombeau d"Agrigente (dit de Théron), édifice apparenté au nôtre
(Serradiralco, le Antichilà diSicilia, III, pi. XXVIII. — D'ailleurs, des arcades
ne paraissent pas convenir à l'époque du mausolée du Rhroub.
2. Conf.. pour cette loggia, un tombeau de Mysala, en Asie Mineure: Benn-
dorf et Nieniann, Reiseîi in Lykien und Karien, pi. XLIX.
3. Dans les fouilles de 1861, on a trouvé deux fragments en bronze, dont
l'un représentait le creux de l'aine d'un homme {Annuaire de Const., 1862,
p. 73).
4. Telle était l'opinion de Ravoisié.
6i LES MONLMEMS ANTIQUES DE L ALGÉRIE
nous, qu'un vide destiné à décharger les parties inférieures :
un aménagement semblable existe dans le grand mausolée
gréco-punique de Dougga\ Il est donc probable que le caveau
se trouve dans le soubassement, qu'il faudrait mettre enliëre-
ment à nu pour trouver l'entrée : il n'a été que partiellement
dégagé lors des fouilles entreprises au Souma, en 1801, })ar la
Société archéologique de Constantine.
Le monument du Khroub se rattache à une longue série
de mausolées à étages, construits, depuis le iv^ siècle avant
Jésus-Christ jusque sous le Bas Empire, en Asie Mineure, en
Syrie, en Sicile, en Gaule, en Afrique. Il ne nous parait pas
appartenir à la période romaine : les moulures ont une fer-
meté d'exécution, une sobriété de profil qui ne se retrouvent
plus dans les premiers siècles de notre ère. Les chapiteaux do-
riques sont d'un style purement grec ; on n'en rencontre
jamais de semblables dans les édifices romains de l'Afrique du
Nord. L'emploi de la gorge égyptienne, qui avait été adoptée
par les Phéniciens, indique une époque où les influences car-
thaginoises régnaient encore à Cirta.
Ce mélange de motifs puniques et de motifs grecs (proba-
blement d'origine sicilienne 2) donne un grand intérêt au Souma
du Khroub, qui mérite de prendre place, dans l'histoire de Tart,
à côté du célèbre mausolée de Dougga. L'un et l'autre ont dû
être élevés par des architectes nés à Carthage ou instruits à
l'école des maîtres carthaginois '^
1. S:ûad\n, Nouvelles Archives (les Missions. II, 1892, p. 479.
2. On sait (jue les Grecs de Sicile firent un usage presque exclusif de l'ordre
dorique.
3. On doit cependant remarquer que riiellénisnie pénétra directement à la
cour de Cirta et qu'il y eut une colonie de Grecs en ce lieu sous Micipsa. dans
a seconde moitié du iv siècle avant Jésus-Christ (Strabon, XVII, 3, 13 . Peut-
PI. VI
A. hontemoiny, Edit.. Pa
Photoivpie Berthaud, Paris
MÉDRACEK
Vue de la colonnade
MONUMENTS PUNIQUES ET LIIÎYPIIÉNICIENS 65
L'édifice imposant que nous V(Mions do décrire se dressait
en vue de Cirta : peut-être a-t-il été le tombeau d'un prince
qui régnait dans cette ville. En remuant les pierres qui jonchent
le sol au pied du Souma, on pourrait avoir la bonne fortune de
recueillir une dédicace punique ou bilingue (punique et libyque),
qui nous renseignerait à cet égard.
Un autre tombeau de la province de Constantine témoigne
aussi de l'influence exercée par la civilisation carthaginoise en
Numidie. C'est le Médracen — il vaudrait mieux écrire Mad-
ghasen, — situé dans la région de Batna. ;i 9 kilomètres au
sud-sud-est du village d'Aïn Yagout, sur une petite éminence
voisine du lac Djondeli •. Nous en donnons le plan, //y. 20 (d'après
le Recueil de Vous/miline), et deux vues, planches V et VI.
11 a la forme d'un grand cône à gradins, reposant sur une l)ase
cylindrique. Le (\vlindre, relativement très bas (4™, i-3 de hau-
teur), est orné de soixante colonnes engagées, d'ordre do-
rique, à fût non cannelé, portant une architrave lisse et
une corniche dont le profil est celui de la gorge égyptienne.
Le cône offre vingt-quatre degrés, de 0™,58 de hauteur sur
0",97 de large. Au sommet, s'étend une plate-forme de 1 l'élit)
de diamèire, que surmontait peut-être autrefois quelque motif
d'architecture ou de sculpture. L'édifice mesure 18", 35 do hau-
teur totale ; le diamètre de la base est de 58'",86. Le revête-
ment est en pierres de taille d'un fort bel appareil. Dans la
être le caractère hybride du Souma s'explique-t-il par la fusion qui se serait
faite, <à Cirta même, des deux civilisations carthaginoise et grecque. Les Car-
thaginois ont très rarement employé Tordre dorique.
1. Voir pour la bibliographie du Médracen, Graillot et Gsell, Mélanges de
l'École de Rome, XIV, lS9i, p. 71, n. 1. Ajouter De Laurière, Deux mausolées
africains, le Médracen et le Tombeau de la Chrétienne, mémoire publié dans
le Bulletin Monumental, 5° série, II, 187'f, p. 30.j-3i6. — Le principal travail
à consulter est celui de Brunon, Rec. de Con^il., XVI, ISIo-i, p. 3,):j-3o0,
avec planches.
I. 5
C6
LES MONUMENTS ANTIQUES DE L ALGÉRIE
l)artie cylindrique, iiu mur en petites pierres plates, très régu-
lièrement agencées, s'élève par derrière. Le noyau du monu-
ment est fait de l)l()cs grossiers et d'éclats de pierres, maté-
riaux informes, entassés sans ordre.
L'entrée, découverte en 1850, consiste en une petite baie
(haute de 1"",60, large de 0™,70), ménagée à Test, derrière la
Fio. 20. — Médracen. mausolée roval.
troisième marche à partir de l'entablement. Elle était fermée
par une dalle, qui glissait le long de deux rainures verticales,
taillées dans le parement du mausolée. Des pierres, appartenant
à la troisième et à la quatrième marche, la dissimulaient entiè-
rement, et il fallait les écarter pour pénétrer à l'intérieur. On
parvenait ainsi dans une longue galerie droite. Elle est aujour-
d'hui en fort mauvais état et des éboulements récents l'ont rendue
impraticable. Construite en pierres de taille près de l'entrée,
MONLMEINTS l'LMQUKS ET LIBYPIIÉ.MCIKNS 67
puis eu })etitcs pierres sèches, elle présente d'abord un esca-
lier de onze degrés, puis se continue en pente. Elle mène à la
chambre qui occu})e le centre de l'édifice. C'est une salle
assez exiguë, de 3™, 30 de long sur ["\ïb-['",ô9 de large; de
chaque côté règne une banquette, large seulement de 0'",20 et
haute de 0'",30. Les parois sont en pierres de taille, doublées
par derrière d'un mur en pierres sèches. Le plafond est formé
de dalles plates. Lorsqu'on explora cette chambre en 1873, au
cours des fouilles faites par la société archéologique de Cons-
tantine, on n'y trouva absolument rien ; il faut ajouter que les
archéologues français avaient été précédés, à une époque in-
connue, par des indigènes, qui, de crainte d'éboulements,
avaient pris soin de consolider le ciel du couloir avec des
(diarpentes en Ijois'. Le sol delà galerie, celui de la chambre et
les banquettes portaient des traces d'un enduit de couleur rouge.
Au dehors, sous l'entrée, on distingue quelques vestiges
d'une sorte d'iivant-corps, mesurant 2i mètres de long
sur 15 de large; peut-être y avait-il là un sanctuaire, analogue
au temple qui s'élevait à Test de chaque pyramide royale, en
Egypte. Le dallage de cet espace était recouvert d'une couche
de rouge.
La muraille extérieure du monument offre des dessins très
enfantins, déjà signalés par l'écrivain arabe El Bekri, au
xi^ siècle. Ils représentent des quadrupèdes et des cava-
liers. Il s'y mêle des inscriptions, dont une lii)yque et plusieurs
néopuniques-. Ce sont là des souvenirs laissés, il }' a bien des
siècles, par des visiteurs indiscrets.
1. C'est aussi à des chercheurs de trésors qu'il faut attribuer une galerie
grossièrement creusée sous le monument, au nord-est; elle a au moins
17"', iO de longueur.
2. Moliner-Violle, Rec. de Con^L, XXVIII, 1893, p. i"j-77.
68 LES MONUMENTS ANTIQUES DE L ALGÉRIE
Le Médraceii oslccriaiiioincut un tombeau. C'est un énorme
tumulus, de même type que ces sépultures coniques en pierres
sèches, que l'on rencontre en tant de lieux de l'Afrique du
Nord et que nous avons décrits au chapitre précédent. Pour
voir des tumulus semblables, il suffit d'ailleurs de jeter les
veux autour du Médracen, qui s'élève dans un cimetière
indigène, dus en partie par une enceinte. Dans celles de
ces tombes que l'on a fouillées, on a trouvé, au milieu, soit une
fosse creusée à travers le tuf et contenant un squelette, soit
un trou renfermant un récipient plein de cendres. La
chandjrc centrale du INIédracen représente le réduit qui abrite
le dépôt funèbre dans les tumulus ordinaires : c'était sans
doute là que se trouvaient jadis les ossements ou les cendres
du mort. Il est à croire que ce tombeau fut préparé à
l'avance par celui qui devait y être enseveli, ou (|u"il
fut destiné à plusieurs personnes ; il avait donc été
nécessaire d'établir une communication entre la chambre du
milieu et le dehors : de là, l'existence de l'entrée et de la galerie.
Mais si le Médracen est un monument indigène, il est revêtu,
pour ainsi dire, d'une chemise gréco-punique. En effet, le pare-
ment, décor luxueux jeté sur un vaste amas de pierraille, est
construit dans le style mixte que nous avons signalé plus haut :
la colonnade est grecque, la corniche est phénicienne.
On a ingénieusement rapproché ce nom de Madghaseu,
donné au tondjeau depuis des siècles', de celui de Madghès,
qui fut, selon des généalogistes africains, Tancôtre d'une des
deux souches principales des Berbères-. Notre mausolée ou,
1. El Békri l'appelle Ksar Madghous.
2. La descendance de Madghès passait pour avoir peuplé l'Aurès, massif
de montagnes voisin du Médracen. Aujourdluii encore, la tribu qui occupe la
région du Médracen s'appelle Ilarakla Madghès.
J
Il VII
A. Fontemoing, Édit., Paris Phototypie Berthaud, Paris
Tombeau de la Chrétienne. Porte de l'est
MONUMENTS PUNIQUES ET EIHY PHÉNICIENS 69
(l'une nianièrc pins générale, le cimetière dont il est le prin-
cipal monument, serait donc le lieu de sépulture des descendants
de Madgliès.
Il n'est pas douteux, du reste, que le Médracen n'ait été un
tombeau de roi. C'est pour cette raison que le lac voisin s'ap-
pelait encore à ré})oquo romaine le lac royal, laciis rcgius.
Quelques-uns attril)uent cet édifice à Sjphax^, d'autres à
Masinissa. Ce sont là de simples hypothèses. Mais, assuré-
ment, celui qui tit construire un mausolée aussi grandiose était
un souverain puissant, comme ce Syphax, qui régna sur
presque toute l'Algérie, comme ce Masinissa et son tils
Micipsa, qui étendirent leur domination depuis les l)ords de la
Moulouïa jusqu'aux rives du golfe de Gabès.
A. l'étude du Médracen, il convient de rattacher celle du
monument dit Tombeau de Chrétienne'', qui lui ressemble
beaucoup, mais qui est bien })kis mal conservé, du moins à
l'extérieur. [Voir, fi rj. 21, le plan de ce mausolée et, planche VII,
la vue de la fausse porte de l'est.) Il domine une crête de
260 mètres d'altitude, entre Tipasa et Castiglione, au point
lephis étroit de la chaîne bordant lehttoral à l'ouest d'Alger.
C'est, comme le ^^lédracen, un cylindre coiffé d'un cône à
gradins ; il présente en outre une base carrée peu élevée.
La hauteur actuelle est de 33 mètres environ; complet, l'édi-
fice devait atteindre iO mètres. Le diamètre est de 6i mètres.
Soixante colonnes engagées, d'ordre ionique, décorent le
1. En tout cas, Syphax n'a pas pu y être enterré, puisqu'il mourut obscu-
rément en Italie.
•2. Voir Gsell, Guide archéolorjifjue des eiwirons d'Alyer, p. 137-182, avec la
bibliographie à la fin du volume. Ajouter : De Lauriére, mémoire cité page 6.'J,
n. 1; Playfair, Travels in Ihe footsleps of Bruce in Ah/eria, p. 25-28, pi. I
et II. il existe aux archives des Monuments historiques, à Paris, de beaux
relevés du Tombeau de la Chrétienne, par Bourmancé (1878).
70 LES MONUMENTS ANTIQUES DE L ALGERIE
cvliudro; elles portaient un entablement d'nn profil assez
simple. Aux quatre points cardinaux se dressaient de fausses
portes, panneaux en forme de trapèze, dont les moulures sail-
FiG. 21. — Tombeau de la Chrêlienne. mausolée roval.
lantes imitent par leur dispositiim une grande croix, enfermée
dans un cadre La croix ornementale de la porte du nord, l)ien
conservée et restée visible en tout temps, a donné naissance à
la dénomination de Khour Roimùa, Tombeau de la Chrétienne,
par laquelle on désigne d'oi\linaire ce monument.
MONUMENTS PUNIQUES ET LIBVPHÉNICIENS 71
A l'est, il y avait un avant-corps rectangulaire, qui n'est
l)lns représenté aujourd'hui que par un dallage.
L'entrée, porte basse et étroite, jadis fermée par trois
pierres do taille snperposées, se trouve du môme côté,
sous la fausse porte, par conséquent dans le soubassement
et non pas dans le cône à gradins, comme au Médracen.
Un petit conloir surbaissé, interrompu par deux dalles-
portes qui manœuvraient dans des coulisses, conduit :i
un caveau voûté, long de 5", 30, large de 2"°, 50, haut de
3", 50. Sur la paroi de droite, sont sculptés, d'une manière assez
rudimentaire, un lion et une lionne, se faisant face au-dessus
d'un nouveau couloir. Celui-ci, aussi bas que le précédent,
était fermé de môme par une dalle-porte. Aussitôt après, le
plafond se relève, les parois s'écartent et l'on monte par un
escalier de sept marches à une vaste galerie circulaire, admi-
rablement conservée, longue de près de 150 mètres. Elle pouvait
être éclairée par des lampes placées de distance en distance
dans des niches étroites. Elle fait presque tout le tour de
l'édifice ; mais, arrivée à proximité de son point de départ, elle
décrit un coude assez brusque et, se dirigeant dès lors vers
le centre, elle aboutit à un troisième couloir surbaissé, qu'une
dalle-porte fermait. Au delà, on trouve un caveau voûté
d'assez petites dimensions (4 mètres de long sur 1"',50 de
large), qui paraît n'avoir été qu'une sorte de vestilnde, puis un
nouveau couloir avec dalle-porte, enfin un autre caveau, place
exactement au milieu du monument. Il mesure 4 mètres de
long sur 3 de large et présente de petites niches à droite,
à gauche et au fond.
Le revêtement du mausolée, les couloirs et les caveaux sont
construits en belles pierres de taille, de grandes dimensions
72 LES MONUMENTS ANTIQUES DE l'aLGÉKIE
et très soigneusement appareillées ; elles jiortent des signes
géométriques de formes diverses, indiquant les différents chan-
tiers dans lesquels elles ont été façonnées ^ Le noyau n'est
qu'un amoncellement de moellons et de grossiers blocs de tuf,
ma] reliés ])ar un mortier de terre rouge ou jaune.
Les indigènes ont cherché, à plusieurs reprises, à s'emparer
des trésors qu'ils croyaient enfouis dans ce tombeau. Au temps
où l'entrée était encore connue, ils brisèrent les portes qui
donnaient accès aux diverses chaml)res et creusèrent deux ga-
leries dans le noyau : l'une d'elles a près de 10 mètres de
longueur. Plus tard, au xvi- siècle, le pacha Salah Reïs tenta
d'éventrer l'édifice à coups de canon. Enfin, en 1805-1860,
Berbrugger et Mac-Carthy déblayèrent le (piart du pourtour,
pénétrèrent à l'intérieur par un boyau qu'ils pratiquèrent au
sud (voir le i)lan) et explorèrent les couloirs elles salles, qu'ils
trouvèrent vides.
Le caveau central était-il la chambre funéraire? Par sa
place au milieu du tom])eau et même par ses dimensions exi-
guës, il rappelle la petite case à ossements établie au cœur
des sépultures indigènes. Peut-être des urnes, contenant
les cendres des morts, étaient-elles placées en ce lieu ;
elles auraient reposé sur des tables ou des consoles, car
les trois niches sont trop étroites pour avoir aljrité des
vases. Il est possible cependant qu'une autre disposition ait été
<idoptée au Kbour Roumia : dans cette hypothèse, la salle du
miheu ne serait qu'une chapelle ou un vestil)ule. et le caveau pro-
prement dit se trouverai! par-dessous, encore inviolé. 11 aurait
été accessi))le par un jjuits, qu'on aurait recomblé après
chaque ensevelissement. On rencontre des aménagements ana-
1. Gsell, Bull. Comité, 1899, p. 4il-443.
MONUMENTS PUNIQUES ET LTHYPIIÉMCIENS 73
logiies dans des pATainides égyptiennes, séparées, il est vrai,
ilu Tomljeau de la Chrétienne par nne longue série de
siècles.
Ce mausolée a été manifestement copié sur le ^lédracen. La
forme générale est la même : à lextéricur, c'est le même tam-
bour gigantesque, orné de soixante colonnes grecques et sur-
monté d'un cône à gradins; à l'intérieur, c'est le même amas
■confus de })ierres à peine façonnées. Le Khour Roumia, connue
le Médracen, n'est qu'un grand tumukis africain, recouvert
d'une riche envelo})pe. Mais on constate diverses modifications
dans l'ordonnance architecturale. Le Médracen, trop l)as par
rapport à son diamètre, parait écrasé ; le mausolée nuiurétanien,
K^lontle diamètre est à pcuprès le même, le dépasscd'une vingtaine
-de mètres : la partie cylindrique, bien })lus élevée, se dresse sur
unelargebase carrée, qui n'existe pas dans le modèle. L'ornemen-
tation extérieure, avec ses (diapiteaux à volutes, avec ses fausses
portes moulurées, est moins froide et plus élégante. Au dedans,
■des voûtes appareillées surmontent les caveaux et la galerie.
■Cette galerie circulaire est une innovation ^ : elle a du être
faite pour permettre le développement des processions que l'on
accomphssait lors des funérailles et, sans doute aussi, h»rs des
fêtes anniversaires.
Un auteur latin qui vivait vers l'époque de l'enq^ereur
Claude, Pomponius Mêla, mentionne ce tombeau'-; il l'appelle
le monument commun de la famille royale, monumnituii} com-
mune regiac gen/is. Quel souverain le iit élever? On pense
volontiers à Juba II, roi de Maurétanie aux environs de notre
1. Un des tunuihis qui entourent le Médracen présente aussi un couloir
-annulaire : Hec. de ConsL, XVI, 1873-i, pi. IX.
2. Livre I. ch. vi.
74 LES MONUMENTS ANTIQUES DE L ALGERIE
ère, à ce Juljaqui eut pour capitale la ville voisine de Cdcsarcn
(Cherchel), obscure auparavant, qui fut un prince épris de luxe
et ami des arts : la grandeur et réclat de cette sépulture con-
viennent bien à l'idée qu'on se fait de lui. Il faut remarqner
qu'Auguste, mort quelques années avant le roi Juba, son
protégé, fut enseveli lui anssi sons nn vaste mansolée, dont
la forme extérienre n'était sans donte pas très différente de
celle du Kbour Roumia. Par nne coïncidence qui aurait pu
n'être pas tout à fait fortuite, un architecte, s'inspirant do
modèles asiatiqnes, et nn autre architecte, élevant un monu-
ment de tradition purement africaine, auraient fait, presque en
même temps, deux œuvres assez semblables. Mais n'oublions
pas que l'attribution du Tombeau de la Chrétienne à Juba II
reste une simple hypothèse*.
1. 11 nous parait luC'nie que le slyle des chapiteaux indi((ue une époque
plus ancienne que celle d'Auguste. Mais cette observation, qui serait sans
doute exacte pour l'Italie, pourrait Lien ne pas l'être pour l'Afi-ique.
LIVRE II
MONUMENTS ROMAINS
CHAPITRE I
CONSTRUCTIONS MILITAIRES. OUVRAGES DE DÉFENSE
Eu rannéo 4G avant notre ère, la victoire remportée par
Jules César à Thapsus mit fin à la royauté do Juba I". Un chef de
bandes, l'Italien Sittius, avait contribué, par une habile diver-
sion, à la défaite des Numides : cet aventurier et ses compagnons
reçurent en récompense Cirla (Constantine) et un vaste terri-
toire autour do cette ville. L'est du département actuel do
Constantine tom1)a sous la domination directe de Rome. En 40
après Jésus-Christ, l'empereur Caligula fit mettre à mort Ptolé-
mée et annexa son royaume de Maurétanie : désormais tout le
nord de l'Algérie appartint aux Romains.
Pour protéger cette contrée contre les incursions des indi-
gènes non soumis, le gouvernement impérial établit une hgne
militaire, gardée par des camps et des postes plus ou moins-
importants I. La frontière ainsi constituée fut déplacée phis tard
et avancée vers le sud. Au début du m' siècle, elle longeait
la lisière méridionale de l'Aurès, enfermait la région des
Ziban, au sud-ouest de Biskra, se repliait ensuite vers le nord-
1. Cet ensemble d'ouvrages était destiné non seulement à défendre le terri-
toire romain contre des envahisseurs, mais aussi à surveiller, en temps ordi-
naire, les contrebandiers.
i^LVï y-jrvrx UlMlVERSiTY
li^SîlIyïï BF fill[ ÂilS
'■"':ARY e
76 LES MONUMENTS ANTIQUES DE l' ALGÉRIE
ouest, protégeait le Hodna du côté de roccidcnt, arrivait à
neuf lieues au sud d'Auniale et, dès lors, couvrait le Tell algérois
et oranais, en passant par Boghar,Tiaret,Tlemcen,Lalla Marnia.
Une légion, VaIII Augusta, et des corps auxiliaires, troupes
■d'infanterie et de cavalerie, furent chargés de la défense de
l'Afrique roniaiue. Ce fut d'abord à Theveste (Tébessa) que la
légion eut son cauip permanent'. Vers le commencement du
if siècle, probablement sous Trajan, elle s'établit à Lanibacsk,
oii elle resta au moins deux cents ans. De ce point, elle
surveillait le massif de TAurès, dont la soumission parait
avoir été difficile ; elle gardait une des principales routes natu-
relles venant du Sahara, celle qui passe par le défilé d'El Kan-
tara; elle couvrait le paj's de Cirta et, en cas de besoin, elle
pouvait sans peine se porter vers le nord-ouest, au secours des
troupes qui protégeaient la Maurétanie.
On a trouvé à Lambèse, à 2 kilomètres environ à Touest-
nord-ouest du (< prai-torium^^ dont nous parlerons tout ;i l'heure,
les restes d'une enceinte carrée, aux angles arrondis, de
200 mètres de côté^. Le mur, large de 0™,C0, est construit en
moellons. Contre les anoles et le Xow^s des côtés, sur lafaceinté-
rieure du rempart, sont appliquées des sortes de demi-lunes
en maçonnerie, qui limitaient peut-être des plates-formes sur
lesquelles on plaçait des machines. Deux portes se (hstinguent
très nettement à l'ouest et à l'est ; il n'y a pas d'entrée au
sud, ni au nord. Ces vestiges représentent sans doute le camp
que la légion occupa d'abord ;i Lambèse^. En l'année 128, l'em-
1. Ce camp n'a pas été retrouvé.
2. Le terrain qui porte cette enceinte est incliné en pente douce du sud au nord.
3. Renier, Archives des Missions, I, tS.'JO, p. 6jC : II, 1851, p. 172. Gagnât,
VAi-mée romaine d'Afrique, p. 302-505. Cagnat et Héron de Yillefosse, Bull.
Comité, 1899, p. clii, cxcvi-cxcvin.
m
i
CONSTRUCTIONS MILITAIRES. OUVRAGLS DE DÉFENSE 77
pereur Hadrien vint inspecter la/// Aurjusta et, en souvenir do
sa visite, on dressa au centre de l'enceinte, sur une aire dallée,
une grande colonne, d'un diamètre de l'",85, portée par un
piédestal dont le plan avait peut-être la fonne d'une croix'. Sur
ce socle, furent gravés des ordres du jour (pie le prince avait
adressés aux troupes de Numidie. D'importants fragments en
ont été retrouvés : on les a transportés au Louvre.
A Lambèse, une autre enceinte a laissé des traces beau-
coup plus nettes, et il est certain fprelle a délimité jadis un
vaste camp permanent, affecté à la troisième légion. Ce camp
— le mieux conservé sans doute de tous ceux de l'empire
romain — existait déjà en l'année 146, ainsi rpie des inscriptions
le prouvent 2; peu d'années après, sous Marc-Aurèle, certaines
parties en furent réparées-^.
« La position, — dit M. Gagnât, tpii a étudié en détail le camp
« de Lambèse'', — en est choisie conformément à toutes les lois
« formulées parles auteurs militaires anciens, assez élevée pour
« être très aérée et dominer la plaine environnante, assez abri-
ce tée par les hautes croupes de l'Aurès pour ne pas craindre les
« vents brûlants du sud, assez découverte pourtant pour ne pas
« être exposée à une surprise de l'ennemi... Les premières
« pentes de l'Aurès renferment des sources pures et abondantes,
« Aïn Drinn et Aïn bou Bennana, captées à l'époque romaine,
« qu'il suffisait d'un petit aqueduc pour amener et faire jaillir,
« soit dans le camp, soit dans l'espace environnant. »
1. Héron de Villefosse, Slrena Ilelbiguinu (Leipzig, 18!)9}, p. 12-2-128.
2. Gaynat, /. c, p. oOo, n. 1.
3. Gagnât, l. c, p. oOo, n. 2.
4. L. c, p. i)0:j-54o, avec plans et vues. Ge travail dispense de recourir aux
éludes antérieures (voir la bibliographie, p. d16-o19). Il convient pourtant de
ciler ici la notice anonyme [elle est de Duthoit], publiée par M. Poulie dans
le Recueil (/e Conslanline, XXllI, 1883-1881, p. 183-191.
78 LES MONUMENTS ANTIQUES DE L ALGERIE
Le camp de Lambèse, établi sur un terrain s'incliuant légë-
l'ement du sud au nord, a la forme d'un rectangle, aux angles
arrondis, exactement oi-ienté {\o\rfig. 22 ' j . Il mesure 500 mètres
FiG. 22. — Cam^) de Lambèse.
de long sur 420 de large. Le rempart ne se distingue
plus guère aujourd'hui que par des talus de terre. Il était cons-
truit en pierres de taille et offrait, à l'intérieur, de distance
1. Plan emprunté en partie à l'ouvrage cité de Gagnât, p. 521.
CONSTRUCTIONS MILITAIRES. OUVRAGES DE DÉFENSE
79
en distance, des plates-formes destinées probablement à porter
des machines do guerre ' .
Il y avait une porte sur chaque face, mais celles de Test et
Jl
k
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FiG. 23. — Bâtiment central du camp de Lambèse.
du nord sont seules distinctes aujourd'hui. La porte orientale,
flanquée de deux tours à pans coupés, consistait en un passage
■1. Ce sont sans doute ces plates-formes qui sont appelées lurres sur deux
inscriptions de l'époque de Marc-Aurèle {Corpus, 2oi6 et 25'i:8), à moins qu'il
ne s'agisse de tours défendant les portes.
80 LES MONUMENTS ANTIQUES DE L ALGÉRIE
double, couvert : l'une des baies était réservée aux piétons,,
l'autre servait aux voitures. Les tours qui défendaient la porte
septentrionale sont de forme semi-circulaire; là aussi, l'on
retrouve doux baies.
Une partie du camp est malheureusement couverte par un
vaste pénitentier et par le jardin qui en dépend. Les en-
trepreneurs qui ont construit cet établissement et le village
voisin ne se sont pas fait faute de puiser dans la riche carrière
de pierres antiques qui s'offrait à eux. Il s'est commis à Lam-
bèse des actes de vandalisme irréparables. Il appartient au
Service des monuments historiques de veiller sur ce qui reste et
de déblayer complètement la partie du camp située en dehors
de la maison de détention. On reconstituera ainsi un ensemble
unique au monde, et on tirera sans doute du sol des docu-
ments très précieux pour l'étude des institutions militaires
romaines.
Deux voies dallées, se coupant à angle droit, ont leurs points
de départ aux quatre portes. A leur intersection (à 143 mètres
de la porte du nord), se trouve le quartier général du
chef de la légion. En règle, cette partie des camps romains
comportait une grande cour, autour de laquelle était disposées
différentes salles : appartements du commandant, bureaux,
chapelles consacrées au culte, etc.
A Lambèse, une ruine imposante se dresse au croisement
des deux chaussées'. Nous en donnons le plan [p.<j. 23) et
deux vues, l'une prise du nord (pi. VIII), l'autre du sud-est
(pi. IX). Depuis Renier, on l'appelle le praetorium. En
1. Le praelorhim a été souvent reproduit. Il suffira de citer ici les quatre
vues publiées dans le livre de ÎNI. Gagnai (planches à la page ."J^li) et celle qui
se trouve dans VUisluire des Romains de Duruy, V, p. 23.
CONSTRUCTIONS MILITAIRES. OUVRAGES DE DÉFENSE 81
réalité, cet édifice était seulement une des parties, — la
partie antérieure', — de l'ensemble des bâtiments réservés au
commandement : quant au mot praetorium, il désignait, chez
les Romains, le logement particulier du général.
C'est une construction rectangulaire, de 30°, 60 de long sur
23'", 30 de large, percée do plusieurs portes cintrées, de di-
mensions diverses. Deux séries superposées de pilastres dé-
corent les parois extérieures ; ils étaient précédés de colonnes
d'ordre corinthien-, qui portaient un entablement se décro-
chant de l'entablement des murs : cette ordonnance rappelle
celle d'un certain nombre d'arcs de triomphe africains. Les
clefs des arcades présentent pour la plupart de mauvaises sculp-
tures : une Victoire, un Génie coiffé d'une couronne tourelée
et tenant une corne d'abondance et une patère , une main
tenant une couronne, un aigle, une enseigne avec le nom de la
légion III Aiif/usta,eU'. L'entrée principale du nord est flanquée
de deux niches arrondies, qui abritaient sans doute
des statues. Au dedans, la vaste salle était probablement di-
visée en trois nefs par des supports dont on a retrouvé les sou-
bassements. Il est à croire que cet espace intérieur était
recouvert d'une toiture, bien que les fouilles n'aient pas
éclairci la question avec certitude. Une inscription-^ dont
quelques bribes subsistent sur la face nord, date probablement
du règne de l'empereur Gallien et de l'année 268. Elle devait
commémorer la construction ou la restauration de l'édifice. On
a supposé avec quelque vraisemblance que les travaux exé-
cutés en 238 eurent pour objet de réparer les dommages
L Plus exactement, l'édifice central de la partie antérieure.
2. Plusieurs colonnes sont encore en place.
3. Corpus, YIII, 2o71 = 180.j7.
82
LES MONUMENTS ANTIQUES DE l' ALGÉRIE
CONSTRUCTIOiNS MILITAIRES. OUVRAGES DE DÉFENSE 83
causés, raimée précédente, par un violent tremblement de terre'.
Cette salle n'était pas isolée. A droite comme à gauche, on
distingue des amorces de constructions. Au sud-est, il y avait
plusieurs salles parallèles, larges en moyenne de 3 mètres,
longues de 6", 20. Une cour, flanquée de divers bâtiments,
s'étendait sans doute au sud. A une distance de 40 mètres de
la salle, elle était coupée transversalement par deux degrés et
s'exhaussait, par conséquent, d'une quarantaine de centi-
mètres ; 12 mètres plus loin, elle se terminait au pied de la
terrasse dont nous allons parler 2. Des fouilles permettraient
peut-être de déterminer les dispositions de cette cour et la
manière dont elle communiquait avec la terrasse.
La véritable destination des bâtiments que Ton rencontre
plus au sud, et à un niveau supérieur de 1™,60 à celui du fond
de la cour, a été fixée par les recherches de M. Besnier, en
1897-1898-^. Il}' a, en cet endroit, toute une série de chambres
[scholae), de forme rectangulaire, dont plusieurs sont ter-
minées par une abside {xoiv fir/. 24 et planche X). Elles ser-
vaient de locaux pour les réunions des collèges formés
par les sous-offîciers de la légion et chacune d'elles conte-
nait le règlement du collège auquel elle était affectée.
C'étaient, en même temps, des chapelles où l'on célébrait le
culte des empereurs et des divinités spécialement adorées
par les soldats. Deux pièces étaient des salles d'archives.
Par devant, régnait un portique à colonnes, précédé d'une espla-
nade, qui était bordc'O au nord, du côté de la cour, par un
1. La facture des chapiteaux et des sculptures indique, en effet, une basse
époque.
2. Les degrés, comme la terrasse, rachetaient la différence de niveau résul-
tant de l'inclinaison du sol.
3. Mélanges de l'École de Rome. XIX. 1899, p. 199-258.
8i LES MONOIENTS ANTIQUES DE L ALGERIE
imir Je soutènement. Des statues se dressaient en avant des
colonnes. Ces constructions remontent à répoquo de Septime-
Sévère(au débutdu iiT siècle), sauf lebatimentcentral, qui parait
être plus ancien. Il comporte un sous-sol, divisé en cinq com-
partiments voûtés, — c'était sans doute là qu'on gardait le tré-
sor de la légion et les épargnes des soldats, — et une salle
supérieure, dallée, qui abritait un autel, auprès duquel on devait
déposer les enseignes. Plus tard, cette salle fut munie d'une
abside et servit peut-être aux réunions du collège des options,
les plus élevés en grade des sous-officiers.
Quels étaient les autres édifices qui s'élevaient à l'intérieur
de l'enceinte? Des fouilles ultérieures nous l'apprendront. Il
ne faut pas ouljlier qu'à partir du règne de Septime-Sévère,
la plupart des légionnaires logèrent hors tlu camp : ce prince
permit aux soldats d'habiter avec les femmes qu'ils prenaient
pour maîtresses. Mais il y avait évidemment, dans le camp de
Lambèse, des arsenaux, des bureaux divers, des magasins, des
écuries, un hôpital, une prison, etc.
Le seul monument important qu'on y ait déldayé, outre ceux
qui viennent d'être décrits, est un étabhssement de bains,
situé au sud-est des sc/wlae^ (en voir le plan, fig. 25). Ces
thermes, dégagés partiellement en 1862 et en 1805, couvraient
une surface d'environ 2.000 mètres carrés. Ils paraissent dater
de l'époque de Septime-Sévère-. On y a trouvé de menus frag-
1. Clierbonneau, Annuaire de Comlantine, 1862, p. Iil-l't2. BarnéonJ,
Becueil de Constanline, X, 1866, p. 244-248, pi. XXVII-XXVIII. Gagnât, Guide
de Lambèse, p. 42-43. Id., V Armée romaine, p. 536-.j38, avec un plan. Beurj',
Rec. de Constanline, XXVIII, 1893, p. 96-97. — La plupart des camps conte-
naient des thermes. Une inscription trouvée à Pomai'ia (Tlemcen) mentionne
le balneum castrorum : Corpus, 99C8.
2. Conf. Wilmanns ^trad. Thénedati. Bull, des anliq. ufric. I. 1882-3. p. 239.
CONSTRUCTIONS MILITAIRES. OUVRAGES DE DÉFENSE 8b
ments de peintures ^ qui revêtaient certaines parois, ainsi que
des pavements en mosaïque, aujourd'hui presque entièrement
détruits. La partie fouillée- présente deux salles {fngidaria),
avec des piscines pour les bains froids, plusieurs grandes
pièces [tepidaria], que Ton chauffait à une température mode-
Pg^
FiG. 23. — Thermes du camp de Lambèse (échelle de i,600'j.
rée pour ménager la transition entre le l)ain chaud et le l)ain
froid; une salle circulaire, jadis voûtée, qui servait probable-
1. Beury parle d' <' une fort belle lête de Neptune avec ses emblèmes», qui
décorait une des niches de la salle circulaire, située au milieu des thermes.
2. Le plan ci-contre est la reproduction (avec quelques corrections) du plan
qu"a donné M. Gagnât et qui a été copié sur celui de Barnéond. Il présente
plusieurs inexactitudes, fort légères, il est vrai. Certaines parties (au nord) ne
sont plus visibles aujourd'hui. — Explication de la légende: aa, entrées;
bh, frirfidavia ; ce, piscines à eau froide ; dd, ee, salles, avec hypocaustes {fepi-
daria); f, laconicum (.'), avec hypocaustes; g, caldarium, avec hypocaustes;
khh, baignoires pour les bains chauds ; /-/, salles de service, vestiaires, cou-
loirs. Des lignes en pointillé entourent l'ensemble des salles à hj'pocaustes.
86 LES MONUMENTS ANTIQUES DE l'aLGÉRIE
ment d'étiivo [lacoiiicum) ; une salle rectangulaire [caldarium),
munie de trois piscines pour les bains chauds, etc. La mosaïque
d'un des tepidaria offrait, au milieu de motifs ornementaux,
deux médaillons avec les bustes du Soleil et delà Lune.
Une autre mosaïque intéressante et d'une belle facture a été dé-
couverte, ily a environ un demi-siècle, dans la partie occidentale
du camp. Ce pavement, qu'on a beaucoup endommagé, est insuffi-
samment protégé par une baraque s'élevant dans le jardin de la
maison de détention. Il représente Bacchus et les quatre Saisons.
Telles sont les parties actuellement connues du grand camp
de Lambëse.
Sur la frontière militaire, furent construits des camps perma-
nents, qui étaient, en quelque sorte, des réductions de celui de
la légion. Ils étaient occupés par des corps de troupes qui don-
naient parfois leur nom au lieu où ils tenaient garnison. Nous
citerons, parmi ces places d'armes', celles de Besseriani et de
Bénian, dont le plan est encore bien distinct.
Besseriani [Ad Majores) se trouve à 115 kilomètres au sud-
ouest de Tébessa, à l'un des angles de l'énorme massif monta-
gneux qui sépare le Sahara des régions élevées de Tébessa, de
Khenchela, de Timgad, de Lambèse. La citadelle romaine*,
1. Pour d'autres restes de places romaines à la frontière, consulter Gagnât,
l. c, p. o6o et suiv. Voir en particulier ce qui est dit de ïaddert, au sud de
TAurès (p. 565); d'Ourlal, sur l'oued Djedi (p. 590-592); de Tiaret, où l'on dis-
tinguait, il y a soixante ans, un caslellum romain, englobé par la suite dans
des fortifications plus vastes (p. 651-652) ; de Sidi Ali Ben Youb, aujourd'hui
Chanzy (p. 618); de Lamoricière (p. 619); de Lalla Marnia (p. 620, note 2;
conf. Revue africame, II, 1857-1858, p. 3). — Au delà même de la frontière,
il y avait encore des forteresses isolées : il n'est pas sûr cependant qu'elles
aient été occupées par des troupes régulières. Voir, par exemple, les descrip-
tions de celles de Bénia et de l'oued Ouerq. au sud-est et au sud-ouest de
Téniet : Gagnât,/, c, p. 652; Joly, Bull. Comité, 1898, p. 188-191.
2. Baudot, Recueil de Constantine, XVII, 1875, p. 122-126 et pi. XV. Gagnât,
l. c, p. .563-565.
CONSTRUCTIONS MILITAIRES. OUVRAGES DE DÉFENSE 87
placée à rentrée du désert, barrait un des passages qui s'ouvrent
à travers ces montagnes et dominait la plaine environnante
d'une cinquantaine de mètres. Elle fut élevée au temps de
Trajan, lorsque la frontière de la Numidie fut portée du nord
de l'Aurès à la lisière du Sahara.
L'enceinte, en pierres de taille, forme un rectangle de|
170 mètres de long sur 100 mètres de large, flanqué à chacun^--
de ses angles par une tour carrée qui fait saillie à l'extérieur.
Sur chaque face s'ouvrait une porte. Celle de l'est, qui subsiste,
est une longue voûte en pierres énormes, sans pieds-droits,
mesurant 3", 50 de hauteur. Elle était surmontée d'une belle
inscription, couvrant quatre blocs, dont l'un est encore en place :
c'était une dédicace à Trajan, gravée enl04 ou 105, parles soins
de L. Minicius Natalis, légat de la légion III Augusta^ . Une
inscription semblable ornait la porte méridionale, en face du
Sahara^, Auprès de cette place d'armes, s'éleva peu à peu une
ville, qui parvint au rang de municipe.
Bénian est situé dans le département d'Oran, à environ 35 kilo-
mètres sud-sud-est de Mascara, un peu en deçà de la ligne
frontière qui paraît avoir été constituée par Septime-Sévère au
sud de la province de Maurétanie Césarienne. Le camp permanent
qu'on établit on ce lieu ^ fut occupé par r«/« ??2z7m?'m et désigné
sous le nom même de ce corps de cavalerie. C'est un carré de
240 mètres de côté, protégé sur deux de ses faces par le lit d'une
rivière (voir le plan, fig. 26). Le rempart, marqué partout par
un fort talus, af Heure le sol en beaucoup d'endroits ; il est formé
1. Corpus, YIII, 2478 = 17969.
2. /è(V/.,2i79 = 17971.
3. La Dlanchère, Archives des Missions, 3' série, X, p. 66-67 et pi. V. Gagnât,
l. c, p. 6i9. Gsell, Fouilles de Bénian {Ala Miliaria), publication de l'Asso-
ciation historique de l'Afrique du Nord, p. 8-9.
88
LES MON'C.MENTS ANTIQLES DE i/aLGÉIUE
(le deux murs accolés : un mur extérieur, en pierres de taille,
et un autre, par derrière, en moellons. Sur les fronts de l'ouest
et du sud, on reconnaît encore les emplacements de deux portes,
défendues par des tours rondes de 5 mètres de diamètre. A
l'intérieur, un g'rand nombre de blocs taillés junclient le sol :
ils ont appartenu à des bâtiments dont le plan n'est plus net
*f|V\„««#^^ -'•
Fio. 26. — Camp de Bénian [Ahi Miliaria).
et qui, pour la plupart, sont sans doute d'une basse époque.
Seule, une basilique chrétienne attire les regards; nous en
reparlerons au livre III. A Bénian, comme à Besseriani et en
bien d'autres lieux, des habitations s'élevèrent près du camp
et formèrent une ville, qui, au v" siècle, avait des évêques K
Ces camps permanents, ou plutôt ces citadelles de la fron-
1. Un autre camp de la frontière militaire de Maurétanie se dislingue net
lement à Tagremaret, ù peu de distance à l'est de Bénian. 11 s'appelait
Cohors Dreiicorum, du nom de la troupe qui l'occupait. Il mesure 145 mètres
de long sur 90 de large, et présente une tour ronde à chaque angle : La Blan-
chère, l. c, p. 69-70 et pi. VII, fig. 1 ; Gagnât, l. c, p. 649-6ii0.
CONSTRUCTIONS MILITAIRES. OUVRAGES DE DÉFENSE 89
tière, étaient reliés par des fortins, des tonrs, des postes-vigies
d'oîi Ton faisait, en cas de besoin, des signanx télégrapliiqnes.
Des constrnctions militaires analogues furent bâties, à
diverses époques, à Tintérienr des provinces, sur des points
ayant nne importance stratégique particulière, le long de cer-
taines grandes voies ou à proximité de pays dont la soumission
restait douteuse '.
On voit, par exemple, une de ces forteresses à Ksar Sbélii
{Gadiaufala), au sud-est de Constantine, dans une belle posi-
tion militaire, dominant l'immense plaine des Harakta, et à
l'entrée d'un étroit passage qui donne accès à un pays monta-
gneux, parcouru par l'oued Chorf et ses affluents. Il y avait là
un n{pud important de routes, que la forteresse surveillait.
Élevée sur une croupe rocheuse, à 200 mètres à l'est du col,
elle mesure 6G"',40 de long-, sur 58 mètres environ de large.
Chacun des angles ofil're une tour carrée, saillante, de 10 mètres
de côté. On distingue les traces d'une autre tour au milieu des
faces ouest et est, et de deux sur la face sud -. La construc-
tion est excellente et indique une haute époque. Les pierres,
presque toutes à bossage, ont jusqu'cà 1",50 de longueur et
1. Voir dans Gagnât, /. c, p. o67 et suiv., passim, des renseignements sur
ces ouvrages militaires. Je citerai ici quelques forteresses que je crois d'époque
romaine :
Torrebaza, au sud-ouest de Tébessa (Gagnât, p. ■184-585). — Ksar Tébinet,
près de Tébessa : fort romain qui surveiUait une des routes de Tlieveste à
Mascula; il fut plus tard transformé en huilerie. — Ilencliir Mghott, dans la
région deGuelma: forteresse de 53 mètres de côté, flanquée aux angles de
quatre tours carrées, non saillantes, et présentant à l'ouest une porte entre
deux autres tours; elle fut remaniée aune basse époque (conf. Vignerai, Biiines
romaines du cercle de Guehna, p. 30 et pi. V ; Bernelle, Recueil de Constan-
tine, XXVil, 1892, p. 62). — Ksar mla bent es Soltan, en Kabylie (Gagnât,
p. 632). — Ksar Ghebel, ihid. (Gagnât, p. 633-634). — Ksar Kebbouch, ibid.
(Gagnât, p. 634-635). — Forteresse près de Bordj Ménaïel, i/jid. (Viré, Recueil
de Constantine, XXXIt, 1898, p. 41).
2. La face nord, entièrement détruite, devait présenter la mî'me disposition.
90 LES MONUMENTS ANTIQUES DE L ALGERIE
forment des assises de 0",35 à 0",60, d'une très grande régu-
larité. Malheureusement, cette citadelle a servi de carrière aux
Bj'zantins, lorsque, sous Justinien, ils établirent une forteresse
dans le col même, de manière à barrer complètement le pas-
sage '.
Nous n'avons mentionné jusqu'ici que des ouvrages militaires
officiels, exécutés parles soins du gouvernement impérial et
confiés à la garde de troupes régulières.
Mais ces constructions défensives ne suffirent pas, surtout
en Maurétanie, pour garantir aux provinciaux une complète
sécurité. Soit de leur propre initiative, soit sur l'invitation des
princes et des gouverneurs, qui leur prêtèrent un appui matériel,
ils prirent des mesures pour se protéger contre des razzias de
pillards et contre des insurrections subites. Un grand nombre
de villes s'entourèrent de remparts.
Les archéologues qui ont parlé de ces enceintes ne se sont
pas attachés, d'ordinaire, à reconnaître leur date, à distinguer
les murailles indigènes et byzantines des murailles romaines - ;
du reste, cette distinction est souvent difficile à faire. D'une
nnanière générale, on peut dire que presque toutes les villes
,de la ]^Iaurétanie furent fortifiées à l'époque romaine ; au con-
'traire, en Numidie, où les révoltes et les incursions des bar-
i
bares étaient moins à craindre, la plupart des villes restèrent
ouvertes -^
1. Conf. Gsell, Recueil de Conslanline,\\\n, 1898, p. 267-268.
2. Aussi jugeons-nous inutile de donner ici une bibliographie.
3. A Guelma, on a signalé des restes d'une enceinte romaine, avec une
tour circulaire, ainsi que d'une citadelle, pourvue de tours carrées, qui fut
incorporée plus tard dans la place forte byzantine (Ravoisié, £\r/jZo;'fl//o«, II,
p 20, 27; pi. 23; Grellois, Mémoires de V Académie de Metz, XXXIII, 1851-
1832, l"'" partie, p. 273). Tout cela a disparu. 11 en est de même des vestiges
die remparts romains qui existaient à Gonstantine : muraille avec une tour
CONSTRUCTIONS MILITAIRES. OUVRAGES DE DÉFENSE 91
Les murailles ont été construites de diverses manières.
Ainsi, celles (\q Rapiilum, dont nous allons parler, et d'autres
cités de la même région sont en pierres de taille. Sur le litto-
ral de la Maurétanie, les enceintes sont presque partout en
moellons, très fortement cimentés, avec deux parements en
pierres de petit appareil. Dans le Tell oranais, on n'a souvent
employé que des moellons l)ruts, liés simplement avec de la
boue ou un détestable mortier ^
Nous n'étudierons ici que quelques-uns de ces remparts.
Le plus intéressant est peut-être celui de Rapidi/m (Sour
Djouab), à 27 kilomètres à l'ouest d'Aumale-. La ville an-
tique couvrait environ 15 hectares; elle s'élevait au milieu d'une
plaine, sur un dos de terrain incliné vers le midi, et bordé au
sud et au nord par deux ruisseaux, fossés naturels utiles à la
défense (voir le plan, fif/. 27). Rapidum, qui se trouvait sur
la grande route militaire reliant Auzia (Aumale) à la vallée
du Chélif, fut, au i"" et au ii' siècle, un des postes de la
plus ancienne frontière de la Maurétanie. Il y avait là une
garnison, formée, comme l'indiquent plusieurs épitaphes, de
soldats cfe la deuxième cohorte des Sardes, peut-être aussi
de cavaliers d'une aile de Thraces. Des vétérans s'établirent
semi-circulfiire, sur le côté nord-ouest du Gapitole (Ravoisié, I, p. 16 et pi. 6;
Delamare, pi. 119) ; tour dite Bordj Assous, à l'ouest de la ville (Ravoisié, 1,.
p. 16; Delamare, pi. 13o; Revue africaine, IX, 1865, p. 147).
1. Par exemple à Aquae Sirenses (Hammam bou Hanéfia) : La Blanchère,
Archives des Missions, 3° série, X, p. 38 et 63.
2. De Caussade, Mémoires de la Sociéle' archéologique de l'Orléanais, I,
18.j1, p. 249-2.j0. Berbrugger, Revue africaine, IV, 1859-60, p. 47-59, 94-104.
Id., Recueil de Conslanline, XXVni,1893,p. 105. Chabassière, /iVi'i/e africaine^
XIII, 1869, p. 315-318, 454-458, avec plans et dessins. Masquera}', Dullelin de
correspondance africaine, I, 1882-3, p. 206-220 et plan; II, 18S4, p. 66-73.
Bull, de la Société de géographie d'Oran, 1890, pi. à la page 164. Gagnât,
V Armée romaine d'Afrique, p. 610-615. Robert, Revue africaine, XL, 1896^
p. 299-303.
92
LES MONUMENTS ANTIQUES DE l'aLGÉRIE
auprès du camp. Une tribu maure était aussi fixée en ce
lieu. Deux inscriptions, recueillies aux portes occidentale et
orientale de l'enceinte, nous apprennent que les vétérans
et les indigènes africains habitant Rapidum élevèrent à leurs
Fie. 27. — Plan de Sour Djouab [Rapidum).
frais, mais pourtant avec le concours du gouverneur de la
province, un nnu- on pierres de taille, destiné à protéger
leurs demeures '. Ce fait se passa en l'année 167 de notre ère,
1. Ephemeris epigvaphica, V, 933 et 1302 : «velerani et pafjani consislenles
«apud Rapidum murum a fundamenlis lapide quadralo exlruxerunt. »
X
' fJL* tin Ti t'it^m^mSuÊSimtiiàÊm^^
i
CONSTRUCTIONS MILETAIRES, OUVRAGES DE DÉFENSE 93
SOUS Marc-Aurèle et Lucius Yeriis. Le centre urhain de Ra-
pidum fut ainsi définitivement constitué. Rapidum devint plus
tard un municipe romain, sans doute dans la première moitié
du ni" siècle, après que la frontière militaire eût été portée plus
au sud. Des rebelles la prirent et la dévastèrent, probablement
lors de la grande insurrection qui troubla cette partie de la
Maurétanie entre 253 et 200. Dioctétien et Maximien, dit une
inscription découverte à la
porte orientale, la firent
réédifier depuis ses fonda-
tions et lui rendirent son
ancien aspect K C'est à peu
près tout ce que Ton sait
sur Thistoirede cette ville.
L'enceinte, de forme
irrégulière, est assez bien
conservée, surtout au nord
et à l'est : à certains en-
FiG. 28. — Sour Djouab. Porte de l'ouest,
droits, elle s'élève encore
à 4'",50 au-dessus du sol actuel (voir planche XI).Elleest cons-
truite en grandes pierres de taille, disposées par assises régu-
lières, de 0™,50 à O'^.lo de hauteur; l'épaisseur du mur est de
0"',50 il <)"',?(). Il est probable que ce rempart est celui qui fut
bâti au temps de ^larc-Aurèle. Les travaux exécutés sous Diocté-
tien durent le remettre en état; on y trouve un grand nombre-
de pierres qui attestent d'importantes restaurations, faites-
avec des matériaux de démolition : morceaux d'architecture,
1. Ep/icin. epif/r., V, 9o6 : « Mnnicipium Rapidense ante plariina temporel
« rebelliuin incursione captum ac dirulum at prislinum staluin a fandaincnlis-
« restltuerunt. »
9i LES MO^UME^•TS ANTIQUES DE L ALGERIE
pierres à bossage, débris de pressoirs et de portes. En arrière
du mur, il y avait, semble-t-il, une terrasse large de 3°", 50, qui
formait le chemin de ronde : cette disposition se reconnaît encore
assez nettement sur plusieurs points, particulièrement au nord.
Les abords de la ville étaient surtout accessibles du côté de
Test. Aussi, pour renforcer la défense, avait-on établi sur
rette face plusieurs tours rectangulaires, faisant saillie en
avant du mur.
Les deux portes qui s'ouvraient à l'ouest et à l'est ont été dé-
gagées par M. Choisnet, en 1882-1883'.
Celle de l'ouest [fuj. 28 et planche XII) se
compose d'un hémicycle de 6™, 90 de dia-
mètre et, en arrière, d'un passage rectan-
gulaire, large de 4"°, 60. Deux pilastres, à
))ase moulurée, se dressaient à l'entrée de
la partie rectangulaire et devaient porter
une arcade 2; par derrière ces pilastres, on
FiG. 29. ' ^ r )
Sour Djouab. Porte voit les trous dans lesquels s'enfonçaient
de l'est.
les gonds des vantaux de fermeture. La
porte orientale [fig. 29) est d'une architecture plus simple. C'est
un couloir rectangulaire, de 6 mètres de long sur 4°\70de large,
rétréci à chacune de ses extrémités par deux pieds-droits qui
encadraient jadis une baie cintrée. Ceux de la première baie ont
des bases à moulures, derrière lesquelles sont creusés les trous
pour les gonds des vantaux. Rien n'indique que cette porte ait
été llanquée de tours.
\. Peut-être y avait-il une autre porte an sud. Elle n'a pas laissé de traces
bien distinctes.
2. Il y avait, sans doute, une autre arcade à l'extrémité opposée de ce court
passage, qui devait être surmonté d'une toiture. L'hémicycle était, au con-
traire, à ciel ouvert.
CONSTRUCTIONS MILITAIUES. OUVRAGES DE DÉFENSE
95
Intérieurement, la ville était divisée en trois quartiers, sé-
parés par des murailles qui paraissent dater d'une époque assez
basse, peut-être de la restauration de Dioclétien. Cette dispo-
sition avait l'avantage de faciliter la défense. Après la prise
d'un quartier, les assiégés pouvaient se réfugier dans le
quartier voisin : l'ennemi avait ainsi, pour prendre Rapidum,
trois places fortes à enlever successivement. Le quartier su-
périeur, au nord, était protégé par un rempart un peu moins
fort et d'une construction moins soignée que l'enceinte de la
ville, mais muni de tours
carrées. Vers le milieu,
une porte s'ouvre entre
deux tours ; elle était
Ttnr
précédée de deux CO- y^^. 30. - Sour Djouab. Porte entre les
■ /^ o/^\ T quartiers nord et sud.
tonnes {/k/. 30 . La mu-
raille qui sépare le quartier du sud de celui de Test, présente
aussi une porte, défendue par deux tours. En arrière des
pieds-droits, à base moulurée', qui encadrent la baie, on
remarque, comme aux deux portes de la ville, des trous pour
les gonds des vantaux [fif/. 31).
En dehors de l'enceinte, au nord-est, de nombreux débris
de constructions paraissent indiquer l'existence d'un faubourg
assez important^.
1. Ces bases sont des remplois.
2. Plusieurs villes romaines de la région de Sour Djouab étaient
entourées d'une enceinte analogue à celle que nous venons de décrire. Pour
Aïoun Bessem, voir Gagnât, l'A7^mée romaine, p. 629-630 (le rempart,
aujourd'hui complètement détruit, n'était pas antérieur, semble-t-il, à la fm
du m" siècle). — Pour Aumale, voir Shaw, Voyages dans la Barbarie iruduciion
française publiée à la Haye en 1743), I, p. 101 ; Berbrugger, Recueil de Cons-
tanline, XXVIll, 1893, p. 112; Gagnât, /. c, p. 610 (il ne reste rien de ce
rempart). — A Sidi Hamza, à 4 kilomètres d'Aïoun Bessem, il y avait une ville
d'une superficie de 34 hectares, entourée dune muraille de foruic irrégu-
t)6 LES MONUMENTS ANTIQUES DE L ALGERIE
La ville forte appelée la Kalaa (près de Renault, dans
la région du Dahra M est située sur une étroite crête, presque
iuaccessible au nord et au sud et difficilement abordable à
l'ouest. Les ruines, très confuses, couvrent un espace d'envi-
ron 1.000 mètres de longueur sur 250 à 300 de largeur.
Du côté du levant, on distingue les restes de deux remparts,
il peu près parallèles. Le premier, épais de 3°", 50, est bâti en
moellons, liés par un mortier très peu consistant. Il présente de
distance en distance des tours rectan-
I gulaires, de 4"", 50 de front et de 2°', 50
I de saillie. Les vestiges d'une porte
I apparaissent nettement dans la partie
^_i^^^^_ méridionale. Le second rempart, qui
""^l B est séparé de l'autre par un intervalle
f ^^^^^^J de 150 à 200 mètres, n'a que 2 mètres
de large ; il est constitué par deux'
parements en pierres de taille assez^
grossières, encadrant des amas de'
moellons : il semble appartenir à une
époque plus récente. — La face
occidentale était protégée par un
Fifi. 31. — Sour Djouab. Porte mur semblable au premier rempart
entre les quartiers est et sud.
de l'est. Vers l'extrémité sud, s'ou-
vrait une porte, flanquée de chaque côté d'une paire de tours
carrées.
licre, avec des tours : une citadelle carrée, offrant également des tours,
s'élevait au point culminant, à l'ouest : Grenade Delaporte, Revue africaine,
XXXIII, 1889, p. 234-250 ; Bulletin de la Société d'Oran, 1890, pi. à la
page 164.
1. Au nord du Chélif. Voir quelques indications données sur cette Kalaa
dans le Bull, du Comité, 1888. p. 98-99. Une autre ville fortifiée de même type
se trouve à peu de distance {ibid., p. 97-98).
A
CONSTHUCTIONS AJII.ITAIH KS. OUVRAGES DE DÉFENSE
97
Il n'y a do imiraillo qiK- sur une })ai'tie de la face septentrio-
nale ; la face méridionale, qui est ii pic, en est tout à fait
dépourvue. Sur ces deux côtés, les habitants avaient ménagé,
le long- des flancs de la crête qui porte la ville, des sentiers
donnant accès à deux entrées secondaires ila planche XIII
Vu.. 32. — Vue intérieure A'un tour de Tipasa.
reproduit l'entrée du sud). Non loin de là, on remarque, au
nord comme au sud, un poste-vigie, entièrement taillé dans le
roc, d'où Ton pouvait surveiller les environs : un couloir,
offrant une série de marches^, conduit à un petit réduit où
se tenait le guetteur ; une fenêtre a vue sur la campagne.
Quelques villes du littoral de la Maurétanie montrent aussi
1. Ce couloir paraît avoir été à ciel ouvert dans la vigie sud. Au nord, il
était surmonté d'une voûte ménagée dans le rocher.
1. 7
98 LES MONUMENTS A^TIOL■ES DE L ALGÉRIE
les ruines, souvent importantes, des enceintes derrière les-
quelles elles s'abritaient.
Tipasa, entre Alger et Cherchai, était un vieux comptoir
phénicien, qui se développa beaucoup sous la domination ro-
maine. La ville, qui couvrait d'abord un promontoire, s'étendit
dans la plaine environnante et sur deux collines situées à peu
de distance de ce promontoire, à l'ouest et à l'est. A une époque
qu'il est difficile de préciser, peut-être vers la fin du ii" siècle
ou dans le cours du iii% on l'entoura d'un rempart, long d'en-
viron 2.2C0 mètres, dont le tracé est facile à reconnaître^. Il
est construit eu moellons, noyés dans un ciment très dur, avec
des revêtements en petit appareil, et mesiire l'",60 de largeur ; il
devait être haut de 7 à 9 mètres. Il était sans doute couronné
d'un chemin de ronde, bordé de créneaux. Des tours rectan-
gidaires (voir fig. 32i se dressaient à des distances variables,
voisines les unes des autres sur les points exposés, plus espacées
ailleurs. On montait aux parties supérieures par des escaliers
appliqués contre les tours et le long de la muraille. Les deux extré-
mités du rempart, au-dessus de la mer, les angles quil formait
en divers endroits, les abords des portes étaient défendus par
des tours rondes. La disposition de la porte de l'ouest est en-
core assez nette (voir planche XIV). Derrière deux grosses
tours, distantes de 19 mètres, s'allongeaient deux ailes courbes,
ornées de colonnes et terminées par des tourelles, entre lesquelles
passait la route de Caesarea.
En 371 ou 372, cette enceinte résista aux assauts furieux
du rebelle Firmus. qui avait pu s'emparer des villes voisines.
Mais elle fut sans doute renversée, au siècle suivant, par les
1. Gsell, Mélfuiyes lie l'École de Rome, XIY, 1894, p. 324-329 et pi. V. Conf. '
Gsell, Guide archéohujiqve des environs d\M(,er Alger, 1896), p. 109-111.
1
CONSTRUCTIONS MILITAIRES. OUVKAGES DE DÉFENSE 99
Vandales : craignant des révoltes, leur roi Genséric fit
abattre les remparts de la plupart des cités romaines d'Afrique.
A Tipasa, on peut constater, çà et là, que la muraille a été
entaillée des deux côtés près de la base, puis culbutée à
l'aide de puissants leviers.
Les ruines de Ziama (dans l'antiquité Choba) se trouvent
dans une région très peu fréquentée, sur le littoral entre
Bougie et Djidjelli. Là aussi, le rempart est assez bien con-
servé pour pouvoir être étudié dans presque tous ses détails".
Il est bâti en blocage, avec deux parements en pierres de petit
appareil, d'une taille régulière et d'une construction soignée.
La muraille a, en moyenne, un mètre d'épaisseur. Elle est
épaulée, sur la face intérieure, par une série de contreforts,
distants de 2", 30 2. Des arcades les reliaient et supportaient
le chennn de ronde ; plusieurs d'entre elles sont encore en
place au sud et s'élèvent à une hauteur de ."> mètres sous
clef. De nondjreuses tours, éloignées les unes des autres de 30
à 50 mètres, interrompent la courtine, en formant au dehors
des saillants quadrangulaires ou arrondis ; on v pénétrait,
au rez-de-chaussée, par une petite porte. Au point culminant
de l'enceinte, au sud, nous avons distingué une tour mai-
tresse circulaire, de 7 mètres de diamètre. Il ne subsiste au-
cune trace certaine des escaliers qui donnaient accès au chemin
de ronde : peut-être étaient-ils en bois. Il est également impos-
sible de déterminer aujourd'hui l'emplacement des portes -5.
1. Gsell, Bull. Comité, 1899, p. 444-446.
2. 11 y a aussi des contreforts au rempart de Tubusuctu (au sud-ouest de
Bougie). Mais ils paraissent avoir été établis après coup. Voir Féraud, Revue
africaine, II, 1857-1858, p. 305; Vigneral, Ruines romaines de la Kabylie du
Djurdjura, p. 119.
3. Des vestiges de remparts analogues à ceux de Tipasa et de Ziama, mais
bien moins distincts, existent dans plusieurs villes de la côte mauréla-
100
LES 5J0NUMENTS ANTIQUES DE L ALGÉRIE
Los gran«ls propriétaires imitèrent rexenij)le des municipa-
lités. Les villas qu'ils habitaient au milieu de leurs domaines,
prirent souvent l'aspect de véritables châteaux forts.
Tel était le cnste/luDt dont les restes se voient au Nador,
O 3 * « g fo
l"i(i. 33. — Gastellum du Xador.
entre Cherchel et Tipasa, à 9 kilomètres et demi de cette
dernière ville ^ (plan. ftt/. 33; vue de la porte, fig. 34). De
forme presque carrée, il mesure un peu plus de 50 mètres
nienne. Pour Cherchel, voir De Verneuil et Bugnot, Revue africaine. XIY,
1870, p. 132-133; Gsell, Guide arche'olor/ique, p. 62-63. — Pour Alger, G.ivault.
lievue afric, XXXI, 1887, p. 158-lGO. — Pour Dellys, Gavault, Bull. Comité,
1895, p. 132. — Pour Tigzirt, Gavault, Étude sur les ruines romaines de Tir/zirt,
p. 105-107. — Pour Bougie, Lapène, Vinril-six mois à Bour/ie, p. 18. — Uni'
enceinte de même type entourait la ville qui s'élevait à Hammam Righa ;
elle a été presque entièrement détruite : voir Berbrugger. Revue afric, VIII,
18G4, p. 349.
1. Gsell, Mélanges de l'École de Rome. XIV, 1894, p. 427-'i2!).
CONSTRLCTIONS MILITAIRES. OUVRAGES DE DÉFENSE lOl
l-"ir,. 3i. — Caslellum du Nador.
(D"après une photographie de M. Audollent.)
102 LES MONUMENTS ANTIQUES DE L ALGÉRIE
<lo long siu- 43 de large. La muraille, épaisse de 0",70,
est en blocage, avec des revêtements en petit appareil. La
façade se termine par deux grosses tours rondes ; elle offre
au milieu une porte monumentale, en pierres de taille, qui
s'élève encore à 6 mètres au-dessus du sol. Cette haie cin-
trée est flanquée de deux tours carrées. — L'aspect général
du bâtiment est celui d'une forteresse officielle^; cependant
l'inscription qui se lit au-dessus de l'entrée prouve que nous
sommes ici en présence d'une demeure particulière. Le pro-
priétaire s'appelait M. CinciusHilarianus, flamine perpétuel: ce
personnage devait vivre au m'' ou au iv'" siècle de notre ère^^.
Le castellum de Kaoua-^, situé dans la province d'Oran, à
14 kilomètres à l'est d'Ammi Moussa, est mieux conservé et
présente des dispositions plus intéressantes; il a été fouillé, en
1895 par un officier, Marchand.
Ce n'est, à dire vrai, qu'une grande maison, du type le plus
usuel dans l'Afrique romaine '' ; mais cette maison est b.âtie
avec des matériaux très résistants et entourée d'une enceinte,
de manière à pouvoir au besoin soutenir un siège. Elle s'élève
sur une colline aux pentes assez raides, d'où l'on domine la
vallée d'un affluent de l'oued Riou, le Sensig.
L'enceinte, de forme polygonale, mesure environ 300 mètres
1. Des archéologues qui ont vu cette ruine, pensent même qu'elle
était, sous le Haut-Empire, une forteresse occupée par un détachement de
troupes régulières ; plus tard, elle serait devenue une propriété privée. Je ne
pense pas que cette opinion soit exacte. Le mode de construction indique
une assez basse époque.
2. Une autre construction de même genre se voit daas le voisinage de
Tipasa : Gsell, l. c, p. 426.
3. La Blanchère, Archives des Missions, 3' série, X, p. 116-118. Gagnât,
VArmée romaine, p. 679-680. Demaeght, Bull. d'Oran. 1887, p. 276-277. Mar-
chand, ibid., 1895, p. 209, 218-220.
4. Voir plus loin, au chapitre xii.
u
CONSTRUCTIONS MILITAIRES. OUVRAGES DE DÉFENSE 103
de développement ; elle est on manvais état et ne se distingue
très nettement qu'à l'ouest et au sud. La porte se trouve au
midi; elle est large de 2"',50 et présente des chasse- roues.
Après l'avoir dépassée, on pénètre dans un couloir, long
de quelques mètres et terminé par une seconde porte semblable.
Il y avaitdonc là un double obstacle, que les assaillants devaient
franchir. Dans le couloir, deux passages latéraux mènent à
des constructions confuses, éparses en arrière de l'enceinte, et
qui étaient sans doute des communs. De la seconde porte, une
longue avenue, coupée par des marches basses, monte vers
la maison proprement dite.
Celle-ci mesure environ 40 mètres de côté (vue de la façade,
planche XV). Les murs de clôture sont debout sur c^uelques
points jusqu'à une hauteur de 9 mètres. Epais d'un mètre, ils
ont deux parements accolés : le parement extérieur est formé
par des pierres de taille, qui offrent des bossages dans les
assises les plus basses; l'autre parement est en moellons. Au
dedans, les murs sont construits soit en pierres de taille,
soit en blocage avec des chaînes en pierre ; quelques parties
sont en briques. La maçonnerie est médiocre et l'on constate
des irrégularités assez choquantes dans la pose des assises.
Tout cela sent la décadence.
L'entrée s'ouvre au fond d'une petite cour, resserrée entre
deux tours carrées et décorée de colonnes engagées (voir fig . 35) .
Le portail est cintré ; l'arcade et les impostes présentent des
ornements à relief plat: tresses, pirouettes, rubans ondul s, etc.
On y voit aussi deux monogrammes chrétiens de la forme dite
constantinienne, en usage au iv' siècle ^ Sur la clef de l'ar-
1. Un monogramme semblable est tracé au-dessus d'une des portes inté-
rieures.
104 LES .MO.MME.NTS ANTluLES DE L ALGÉRIE
cade, une couronne sculptée enferme l'inscription : (( Sjjfs in
Deo Fcriiii^I Amcn!^) Ce Fcrinns était évidemment le proprié-
taire du lieu.
Le portail donne accès k un vesiiljule dallé. A droite, on
rencontre deux salles étroites, pourvues de rangées de cuves,
qu'abritent de petites niches. C'étaient des cuisines ou dos offices
plutôt que des écuries, car il aurait été difficile d'y loger com-
modément des chevaux'^'. Sur une des parois, est sculpté un
vase à deux anses. — A gauche, s'ouvre un second vestibule,
donnant : 1" sur un escalier qui conduisait à un étage, au-
dessus de la partie antérieure de la maison; 2° sur un apparte-
ment composé de trois pièces ; 3° sur la cour intérieure dont
nous allons parler.
Cette cour, qui communi(piait également avec le premier ves-
tibule par une porte basse, mesure 16 mètres de largeur. Elle
était bordée sur ses quatre côtés par des portiques, ([ue sou-
tenaient des colonnes ondes piliers octogonaux. Les chapiteaux,
lourds et grossiers, sont d'un ordre corinthien très dégénéré ;
entre les feuillages, on a parfois sculpté des chevaux, des
rosaces, des palmes. Sous l'espace qui était à ciel ouvert, se
trouvent deux grandes citernes. Des baies sont ménagées
dans les nuu's des portiques et donnent accès à divers
appartements, établis sur les flancs et au fond de la coiu\
Sur chacune de ces trois faces, on dislingue une grande salle ;
celle de gauche présentait par devant une colonnade. A droite,
le montant d'une porte offre une sculpture assez curieuse,
quoique d'un art fort maladroit : une gazelle et, derrière elle,
\. Ephemeris epifjrap/iica, \l], S36. FERINI, ou peut-être FERIANI, FA
et N étant liés. La lecture PEREXXIS n'est pas admissible.
2. 11 est tout naturel de penser que les tcuries se trouvaient en dehors de la
maison, dans les communs.
CO.NSTRCCTIO.XS .M1L1T.AIUES. (U Vn V, rs n. n^
lOÎ
'fsS>
106 LES MOiNUMENTS ANTIQUES DE l'aLGÉRIE
un chasseur armé d'une pique et accompagné d'un lévrier.
Partout on a retrouvé les traces de l'incendie qui détruisit
cet édifice.
I Le château de Kaoua est un type parfait de la maison de
'campagne fortifiée, nous pourrions dire de la demeure seigneu-
'riale, où les nécessités de la défense n'excluaient pas la
recherche d'un certain luxe'. Il date du Bas-Empire, probable-
ment de la fin du iv" siècle. Il serait à souhaiter qu'on le
déblayât complètement et qu'on dégageât tout l'espace compris
dans l'enceinte.
1. Dans le voisinage même de Kaoua, il y a plusieurs constructions ana-
logues, qui n'ont pas été fouillées. Voir Demaeght, Bull. d'Oran, 1887, p. 278 ;
Marchand, ibid., 1895, p. 210-211.
CHAPITRE II
ASPECT GÉNÉRAL DES VILLES
On sait quels résultats heureux eut la conquête romaine
pour le pays qui s'appelle aujourd'lmirAlgérie. Ce fut surtout
au if siècle de notre ère et dans le premier tiers du
iif que cette région put se développer, grâce à la paix qui
y régna. Les anciennes villes puniques ou indigènes se trans-
formèrent et s'agrandirent; ailleurs, en particulier au pied de
l'Aurès, de nouvelles cités furent fondées et devinrent très
prospères.
Ces villes se parèrent de beaux monuments, construits dans
le style hellénistique qui régnait alors sur toute l'étendue du
monde romain. Les magistrats municipaux consacraient à
l'ornement de leur patrie, la plus forte part des sommes qu'ils
devaient verser à leur entrée en charge et des libéralités qu'ils
ajoutaient à ces taxes légales. D'autres les imitaient, par
ambition ou par vanité. Ce zèle était encouragé ou provoqué^'
par les fonctionnaires impériaux, qui, eux-mêmes, donnaient
l'exemple. On employait souvent les soldats comme maçons,
les ingénieurs militaires comme architectes : ainsi, Thamugadi ;
fut bâtie par la troisième légion.
Les guerres qui ont ravagé l'Algérie pendant des siècles,
les constructions hâtives des Byzantins, les dévastations des
108 LES .MO.NLMENTS A.NTIQLES DE L ALOÉKIE
indigènes, des Vandales, des Arabes n'ont pas anéanti tous les
témoignages de cette splendeur. Il faut même dire que le
développement de la colonisation française a été plus funeste
aux monuments antiques que la barl)arie ou l'incurie de nos
devanciers; et pourtant les Roumis auraient dû respecter,
presque comme des titres de propriété, les souvenirs laissés par
ces Romains dont ils sont venus recueillir l'héritage.
En divers endroits, on voit encore, ou Ton voyait naguère,
<le vastes ensemljles de ruines, permettant de reconstituer
Taspect de quelques-unes de ces villes, si florissantes il y a seize
siècles.
L'emplacement qu'occupait jadis Riisicade était à peu près
désert lorsque les Français y fondèrent Philippeville, en 1838'.
Un amphithéâtre et un théâtre s'y élevaient, presque intacts;
lors des travaux d'installation, on mit au jour les restes d'un
grand temple, d'un château d'eau, de vastes citernes, de plu-
sieurs mausolées, etc. La proximit('' des carrières de marbre du
Filfila avait permis aux habitants do Rusicade un luxe de cons-
truction qui ne se retrouvait pas dans des cités romaines plus
importantes. De tous ces monuments, on n'a guère respecté que
le théâtre; encore a-t-il servi de carrière pendantplusieurs années.
Ciria, aujourd'hui Constantine, était déjà une grande ville
aux temps des rois numides ; les Romains l'embellirent
à leur tour. Aujourd'hui, presque tous les vestiges de ce passé
glorieux ont disparu ~. Au point culminant de la ville, sur la
t. Pour les ruines de Rusicade, voir : Ravoisié. £jploralion. 11, pi. 43-66:
hebirnave, Eaploration. "p]. 13-48. 111, 136, 160; De MarciUj-, Annuaire de
Constanllne, 1833, p. 26-28; Fenech, Histoire de Philippeville, p. 10 et suiv. ;
Yars, Rusicade et Stora, ou Philippeville da)is l'antiquité (Constantine. 1896) ;
Gsell et Bertrand, Musée de Philippeville, p. 3-6.
2. Pour les antiquités de Constantine, voir surtout : Temple et Falbe, Rela-
tion d'une excursion à Constantine, p. 12-98; Ravoisié, I, p. 3-36 et pi. 1-19;
ASPECT GÉ^ÉRAL DES VILLES 109
place (lu Capitule (à la Casba), se vu^-aient les restes de deux
grands temples: on lésa rasés en 1840. Vers la fin du siècle
dernier, un bey avait fait jeter par terre un arc de trionipiic
h trois ouvertures ' ; un autre arc, une })orte moinunentale ;i
quatre faces, une jolie construction (Tordre corinthien, accostée
d'une grande arcade, ont été démolis depuis notre occupation.
Le i)ont gigantes(iue (pii traversait le ravin du Ivummel et
([ui avait été restauré en 1792, s'est écroulé en 1857; de la
construction romaine, il ne subsiste guère (pie deux piles.
L'emplacement du théâtre ne se distingue même plus. Le
curieux tombeau de l'orfèvre Praecilius, décoré de peintures
et de mosaïques, est enseveli sous des déblais. On a brisé une
belle mosaïque, représentant Neptune et Amphitrite '. La vaste
nécropole du Coudiat Atl a été pillée, et non étudiée. On n'a
épargné que les grandes citernes du Capitole, qui ont pu être
utilisées, et les ruines imposantes d'un des aqueducs aboutis-
sant à Cirta.
Tébessa, saccagée }dus d'une fois, a été néanmoins habitée
l)resque de tout temps. Les bâtisses byzantines, berbères et
arabes y ont absorl)é ou couvert la plupart des monuments an-
ti(iues -K Cependant , il reste de Theveslc un arc de triomphe et un
temple, qui sont les plus beaux édifices romains de toute l'Algé-
Delaniarc, pi. 113-159; Cherbonne.iii, Annuaire de Conslantine, 1853, p. 102-
l:]l: Vars, Rec. de Const., XXVIII, 1893, p. 236-343 — Vars, Cirla (Gons-
tantine, 1893), p. 15-12>.
1. Il est possible, cependant, que cet arc ait été détruit un peu plus tard :
Temple et Falbe, p. 72.
2. Une autre mosaïque de Constantine, presque semblable, est aujourd'hui
au Louvre.
3. Les ruines romaines de Tébessa ont été étudiées en particulier par Moll,
Ann. de Const., 1858-9, p. 26-86; Girol, Rec. de Consl., X, 1866, p. 173-216 ;
Playfair, Travels in llie footsleps of Bruce, p. 103-113; Héron de Villefosse,
dans le Tour du Monde, 1880, il, p. 6-32; Ballu. Tébessi, Lambèse, Timgrid
(Paris, 1894).
no LES MOM'MENTS AMIQUES DE L ALGÉIUE
rie. Nous les étudierons plus tard endëtail. Dans la partieméri-
dionale de la ville franco-arabe, s'élève un long mur, en pierres
de taille de grand appareil; il a certainement appartenu à un
édifice très important. Près de là, sept pieds-droits, débris
d'un long portique, ont été encastrés dans le rempart byzan-
tin. Au sud-est, on reconnaît à peine remplacement d'un amphi-
théâtre. Des thermes, découverts au sud-ouest, ontété complè-
tement rasés, et il n'en subsiste plus que de belles mosaïques,
aujourd'hui au musée de Tébessa. Plus loin, vers l'ouest,
quelques pierres de taille encore en place indiquent un arc de
triomphe, qui était sans doute dressé à l'entrée de la ville
romaine. L'aqueduc, long de 500 mètres, qui amenait à The-
veste les eaux de la source d'Ain el Bled est d'origine antique ;
mais il a été plusieurs fois remanié. A un kilomètre de Tébessa,
ail nord, un mausolée hexagonal est devenu une chapelle en
riionneur d'un santon musulman. Enfin, un grand enscmljle
de ruines, désigné sous le nom de Vieux Tébessa (Tébessa
Khalia) est situé à 2 kilomètres et demi au sud-ouest
de la ville K II est difficile d'en déterminer la nature.
On y distingue : 1° les restes d'un aqueduc ; 2" un
vaste enclos de 115'", 50 de long sur 102 de large, à l'intérieur
duquel s'élevait un petit édifice circulaire de 6 mètres de (Ha-
mètre, présentant des colonnes sur tout son pourtour; 3° une
construction carrée de 26°'50, de côté, dont la partie centrale
est occupée par une grande cour circulaire, décorée de colonnes
et pourvue d'un petit bassin au milieu, d'une piscine (?) au sud;
4° une salle en forme de trèfle. Tous ces monuments paraissent
être d'assez basse époque.
1. Chédé, Eec. de ConsL, XXII, 1882, p. 269-279, pi. XVIll-XXI. Sériziat,
Bull, de V Académie d' H ippone, XXII, 1886, p. 34-35.
ASPECT GÉNÉRAL DES VILLES 111
Caesarea, capitale du royaume de Juba II et de la province
de Maurétanie Césarienne, couvrait un espace de 2 kilomètres
et demi de long, sur 1 kilomètre et demi de large. Après
Cartilage, elle était la plus peuplée et la plus riche des cités de
TAfrique du Nord'. Des fouilles faites à diverses reprises, en
dernier lieu par M. Waille, ont mis au jour un grand nombre
de belles statues et dégagé des ruines d'édifices importants. Il
y aurait encore d'intéressantes trouvailles à faire à Clierchel,
si le sol de la ville antique n'était pas presque entièrement
couvert par des maisons modernes et par dos cultures.
Un temple 2, vaste et luxueux, s'élevait sans doute en arrière
de l'Esplanade actuelle : on a recueilli beaucoup de morceaux
d'architecture appartenant à ce monument. Un autre temple,
dont on ne reconnaît plus que le soubassement, existait dans la
partie occidentale de Caesarea. Le théâtre, bien conservé en
1848, n'est plus représenté que par un trou béant: on en a
pris toutes les pierres. L'amphithéâtre et le cirque se dis-
tinguent nettement, mais ils n'ont pas été fouillés. Des restes
de thermes se dressent sur trois points ; ceux de l'ouest
offrent des ruines très imposantes. Ajoutons à cette énumé-
ration une grande piscine, des réservoirs dont on se sert
encore aujourd'hui, des vestiges de maisons ornées de mo-
saïques, une infinité de tombes dans les deux grands cimetières
situés à l'ouest et à l'est de Caesarea.
i. Sur Cherchel, voir : De Blinière, l\evue archéologique, \\ 1848, p. 344-352;
Ravoisié, III, pL 21-52; Wahu, Bulletin monianenlal, XXVI, 1860, p. 147-157;
De Verneuil et Bugnot, Bévue africaine, XIV, 1870, p. 130-144; Héron de Vil-
lefosse,-i;c/nties desMissions, 3'série, H, p. 391-394 ; Waille, De Caesareae motiu-
mentis quae supersunl (Alger, 1891), et diverses notes de cet auteur dans les
Comptes Bendus de l'Académie des inscriptions, depuis 1886, et dans le Bulle-
tin archéologique du Comité, depuis 1890; Gauckler, Musée de Cherchel, p. 5
et suiv. ; Gsell, Guide archéologique des environs dWlger, p. 39-68.
2. Ou un palais car la destination de l'édifice n'est pas certaine.
112 LES MOMMKNTS ANTIQUES DE L ALGÉRIE
Nous avons décrit (p. 98) le rempart do Tipasa, cité voisine
de Cliercliel. Cette ville est curieuse surtout par ses monuments
;chrétiens. Mais on y voit quelques ruines d'une époque plus
ancienne' : des thermes, dans lesquels on a récemment aménagé
des caves, un théâtre que des entrepreneurs ont dévasté, un
amphithéâtre mal conservé, un château d'eau, un édifice qui
])araît avoir été une liasilique judiciaire, des mausolées. Dans plu-
sieurs quartiers de la ville antique, les maisons et le tracé
des rues se reconnaissent avec une grande netteté.
^lais c'est à Timgad que nous devons nous transporter, si
nous voulons nous rendre un compte exact de ce qu'était
une cité romaine en Afrique, au if et au m" siècle de
notre ère. Thamufjtull. la Pompéi africaine, comme on aime à
l'appeler, est aujourd'hui connue de tout le monde, grâce aux
fouilles du Service des monuments historiques"^. Commencées
en 1881 par un architecte éminent, Duthoit, qui fut trop modeste
et qui mourut trop tôt })Our recueillir le fruit de ses efforts, elles
ont été poursuivies activement : le centre de la ville est aujour-
d'hui déblayé. (Voir jdanches XYI et XYII. )
La colonie de Thamugadi [colonia Marciana Traiana Tha-
murjadi) fut fondée en l'année 100, sous le règne de Trajan,
par la légion /// Augusta. Elle était destinée à devenir « une
1. Gsell, Mélanf/es de l'École de Rome, XIV, 1895. p. 3-22 et suiv. Id.. Guide
archéologique, p. 103 et suiv.
2. Voir le grand ouvrage de Bœswillwald, Gagnât et Ballii, Timgad, une cite'
africaine sous l'emplie romain (Paris. 1891 et années suivantes) ; six livraisons
ont paru. Conf. divers ouvrages de M. Ballu : Tébessa, Lambèse. Timgad (Paris,
189i) ; Les ruines de Timgad (Paris, 1897); Guide de Timgad {Paris, \8dl). Parmi
les travau.v plus anciens, nous citerons les articles de Masqueray dans la
Revue africaine, XX. 18"6, p. 166-172, 257-266, 352-366, 456-459, et la notice
anonyme [elle est de Duthoit], publiée dans le Recueil de Constantine,X\U,
1882, p. 33i-346, avec un excellent plan, paru au tome XXIII (1883-4) du
même Recueil. — Voir aussi Boissier. l'Afrique romaine (2' édit.), p. 175 seq-
\
ASPECT GÉNÉRAL DES VILLES 113
« pépinière de citoj'ens romains, aptes à remplir les vides de
<( la légion d'Afrique, en môme temps qu'un foyer de civilisa-
« tion pour le pays environnant' ». On ne jugea pas à propos
de l'entourer d'un rempart, que le voisinage du camp de Lambèse
aurait rendu inutile'-.
Elle fut détruite de fond en comble par les ^laures, quatre
siècles plus tard, et, depuis lors, elle demeura à peu près dans
l'état où la mirent ces barbares. Les Byzantins se contentèrent
d'y élever une forteresse pour barrer la route du défilé de
Foum Ksantina, un couvent-'-, peut-être de misérables maisons
et quelques pauvres cliaiiidlos. Timgad n'est jamais mcMition-
née, croyons-nous, dans la période du UHiyo.i âge. Elle
resta déserte pendant des siècles ; nul étal)lissement berbère
important ne vint se superposer aux ruines de la colonie de
Trajan.
Bâtie dans une plaine ondulée, Thamugadi occupait une
superficie d'environ GO bectares. Elle était traversée dans toute
sa longueur (800 mètres) par une rue qui, comme l'avenue prin-
cipale des cités grecques d'Asie '', présentait, au moins dans sa
partie centrale, des portiques à colonnades, abris contre la pluie
et le soleil. Cette voie, orientée de l'ouest à l'est, était celle
que les Latins appelaient le ^/^c?mm/i «.s maximum; elle se con-
fondait d'ailleurs avec la grande route qui longeait le massif de
l'Aurès et les monts des Nemenchas, de Lambaesis à Tbeveste,
A ses deux extrémités se dressaient deux arcs monumen-
1. Gagnât, Timfffid, p. v.
2. Il est fort possible que l'établissement de la /// Au(/usla h Lambèse ait
eu lieu à la même époque que la fondation de Thamugadi.
3. Cette forteresse et ce couvent sont à une certaine distance de la ville
romaine.
i. Gonf. Renan, les Apùlres, p. 210; Choisy, Hisloire de l'arcltilecliire, f,
p. 601.
I. 8
n4 LES MONUMENTS ANTIQUES DE L ALGERIE
taux'. Un arc analogue, le célèbre « arc rie Trajan », décorait
la même voie, au centre de la ville, à peu de distance du
forum. Des rues étaient établies parallèlement à cette artère
maîtresse; d'autres, dont plusieurs offraient des portiques,
venaient déboucher sur elle. D'ordinaire, dans les colonies
romaines, le decumanus maximus était coupé, vers le milieu,
par une autre grande voie, le cardo ina.iimus^ qui traversait
toute la ville, du nord au sud. A Thamugadi, le cardo est rem-
placé par deux larges rues, qui, tout en étant perpendiculaires
au decumanus, ne se trouvent pas dans le prolongement l'une
de l'autre. Un arc indiquait l'entrée de la colonie à l'extrémité
de la rue du nord, disposition qui devait se répéter au sud-.
Ces voies sont pavées de larges dalles, où les roues des
voitures ont laissé des ornières. Çà et là, s'élèveut de jolies
fontaines.
Le forum est longé par le decumanus, et sa grande entrée
s'ouvre en face du cardo nord. Nous décrirons plus tard
cette place, ainsi que ses annexes : curie, basilique judi-
ciaire, temple, etc.
Nous devons d'ailleurs nous contenter d"énum''rer ici les
principaux édifices de Thamugadi appartenant à l'époque
romaine; nous les retrouverons dans les chapitres suivants. Ce
sont : l'immense temple du Capitole, qui dominait toute la
ville, un petit sanctuaire élevé sur une cour dans le quartier
occidental, le marché qui lui fait face, les établissements de
bains (on en connaît trois), le théâtre. Plusieurs îlots de mai-
sons ont été dégagés. Des tombeaux bordaient les voies qui
1. Nous parlerons au chapitre v de celui de l'ouest. Quanta celui de l'est, on
est en train de le déblayer (juin 1901).
2. Les restes de la porte méridionale n'ont pas encore été retrouvés.
ASPECT GÉNÉHAL DES VILLES 115
sortaient de Tliamiigadi dans la direction des quatre points
cardinaux; on ne les a pas encore fouillés.
L'œuvre intéressante accomplie par le Service des monu-
ments historiques à Timgad pourra être entreprise avec le
même succès en divers autres lieux de l'Algérie, où les ruines
des villes antiques ne sont pas recouvertes et encombrées par
des bâtisses plus récentes, en particulier à Lambèse, à Dje-(
mila, à Khamissa et à Announa.
Les familles des soldats et les trafiquants qui vivaient de leur
commerce avec la légion, habitèrent d'abord des baraquements
dressés à quelque distance du camp de Lambèse. Puis, des mai-
sons plus confortables furent construites. Des vétérans se fixèrent
dans la ville naissante, et, àpartirde Septime-Sévère, les légion-
naires eux-mêmes eurent le droit d'v demeurer avec leurs
femmes. Lambaesu devint un municipe dès l'époque des Anto-;
nins'; plus tard, elle fut élevée k la condition de colonie. Dans
la seconde moitié du if siècle et au début du nr, de beaux
édifices y furent bâtis par la main-d'œuvre militaire.
Des fouilles ont été faites jadis, dans la ville de Lambèse,
par des officiers et par les déportés de 1851 ; Duthoit les a
continuées, il j a une vingtaine d'années; les travaux de déblai,
interrompus depuis, seront sans doute repris prochainement ~. A
l'heure actuelle, trois temples sont dégagés sur la colline qui
portait Lambaesis : le sanctuaire d'Esculape avec les chapelles
voisines, le Capitole, enfin un troisième temple dont on ignore lé
1. Corpus, VIII, 18247; conf. 18214, 18234.
2. Pour les ruines de la ville de Lambèse, voir en particulier : Delamare,
Recherches sur l'ancienne ville de Lambèse {Mémoires des antiquaires de
France, t. XXI), p. 24 et suiv ; Renier, Archives des missions. H, 18ol, p. 173-
180: Recueil de Constantine, XXIII, 1883-4, p. 178-210 (avec un excellent plan);
ibid., XXVIII. 1893, p. 97-102. Gagnât, Guiile de Lambèse (Paris, 1893), p. 37-62
(bibliographie à la page 73); Ballu, Tébessa, Lambèse. Timgad.
116 LES MONUMENTS ANTIQUES DE L ALGERIE
nom. Trois arcs monumentaux se dressent aux extrémités de
la ville : deux à l'est, dans la direction de Timgad, un autre
au nord, du côté du camp'. Au siècle dernier, il y en avait mi
plus grand nombre : Peyssonnel, qui passa par Lambëse en 1725,
mentionne quarante portes ou arcs de triomphe, dont quinze
étaient encore bien conservés-; quarante ans après, Bruce vit
sept portes en ce lieu^. Un vaste édifice, situé près de l'arc qui
subsiste au nord, était peut-être un établissement de bains.
Plus haut, non loin du Capitole, se trouvent d'autres thermes.
Un curieux château d'eau, le Spjj/izonium, a été entièrement
démoli par des entrepreneurs ; un aqueduc, dont on voit encore
quelques arcades, }' amenait l'eau de la source très abondante
d'Aïn Drinn. A la source même, s'élevait un temple de Neptune,
mais il n'en reste plus que d'informes vestiges. De l'autre côté
de la ville et près du camp, un amphithéâtre a été dépouillé
de presque toutes ses pierres de taille.
Des cimetières, que dominent les ruines de quelques grands
mausolées, s'étendent à l'est, au nord-ouest et surtout à quelque
distance au nord de Lambèse : cette dernière nécropole couvre
une superficie de près de 15 hectares.
Djemila est située au milieu d'une région tourmentée et aride,
dans le massif montagneux que traversait l'une des routes
conduisant de Cirta à Silifis. Le lieu s'appelait autrefois
\Cuiciii. Dans les premiers temps de l'Empire, il fut occupé par
une garnison, qui surveillait les indigènes de la Petite Kabylie
et assurait les communications. Cuicul, devint par la suite, une
1. Un quatrième arc s'élève en dehors de la ville, près du camp.
2. Vo7jaffe dans les régences de Tunis et d'Alger, p. 3o0, (il compte dans le
nombre les arcs de Marcouna). Le chiffre nous paraît cependant bien élevé et
nous avons des doutes.
3. Voi/age en .Yuiie (traduct. française de 1790), I, p. xxxii.
ASPECT GÉNÉRAL DES VILLES 117
colonie, constituée très probablement sous le règne de Trajan,!
comme Thamugadi. Les belles ruines qu'elle a laissées ' ^^
témoignent d'une prospérité qui contraste fort avec la désola-
tion actuelle et la solitude des alentours.
La ville romaine couvrait un plateau, bordé par deux
ruisseaux profondément encaissés. Une place, dont les limites
sont aisées à reconuaître et qui était sans doute le forura,
s'ouvre à l'ouest par un arc de triomphe ; au sud-est s'élève un
temple. On rencontre les vestiges d'un second temple, plus
grand, dans la partie septentrionale de Cuicul; un théâtre bien
conservé, à l'est; enfin, des thermes, au sud-ouest.
Djemila est d'un accès malaisé : on la visite rarement.
Delamare et Ravoisié l'ont étudiée il j a une soixantained'années ;
le Service des monuments historiques a dégagé une partie du
théâtre et des thermes et consolidé tant bien que mal l'arc de
triomphe. Mais, presque tout reste à faire en ce lieu. Les
fouilles qu'on y entreprendra seront assez faciles et relativement
peu coûteuses, car on se débarrassera sans peine des terres de
déblai en les jetant dans les deux ravins.
Thubursicum Numidariim, aujourd'hui Khamissa, près de
la source de la Medjerda, est entourée d'un territoire fertile et
bien arrosé. La ville primitive devait occuper un mamelon aux
pentes rapides ; plus tard, elle s'étendit au nord sur une longue
croupe, située au-dessous de ce mamelon, mais dominant la
vallée de la Medjerda; elle descendit même dans la plaine.
Cité numide, comme son nom l'indique, Thubursicum Numi-
darum fut érigée en municipe romain au n' siècle de notre ère,
vraisemblablement sous Trajan ; dans la seconde moitié du
siècle suivant, elle portait le titre do colonie. Les habitants,
1. Ravoisié, I, p. 45-(iG, pi. 28-56. Delatuare, pi. 99 108.
118 LES MONUMENTS ANTIQUES DE L ALGERIE
presque tous d'origine indigène, gardèrent longtemps l'em-
preinte de la civilisation carthaginoise, qui s'était imposée à
leurs pères : les noms phéniciens abondent sur les épitaphes
de Khamissa. Cependant, ils adoptèrent peu à peu les mœurs
latines. Sauf un sanctuaire de stjle punique qui borde la
(( vieille place » ['platea vêtus) — nous en avons déjà
parlé * — les monuments de Thubursicuni ont un aspect tout
romain -.
Cette vieille place se trouve dans le quartier oriental de la ville.
Elle est creusée en partie dans le roc et formée d'une série de
terrasses étagées qui communiquent par des marches. Divers
bâtiments la bordaient; le temple seul se distingue avec netteté.
Le véritable forum deThubursicum, devenue commune de droit
romain, était sans doute de l'autre côté, à l'ouest. Un arc à
trois ouvertures V donnait accès. Auprès, on reconnaît des ves-
tiges de plusieurs édifices, parmi lesquels il y avait probable-
ment des thermes. D'autres thermes s'élevaient peut-être au sud-
est, au delà de \d. platea vêtus. Plus loin encore, dans la même
direction, une grande porte à une seule baie est jetée à l'entrée
delà ville, sur une voie qui conduit à Tipasa. Un théâtre occupe
le pied de la croupe, au nord. A très peu de distance, nait l'Ain
el loudi, que les anciens regardaient, semble-t-il, comme la
source du Bagiadas, aujourd'hui la Medjerda'^. Tout autour,
des ruines confuses émergent du sol ; nous avons cru recon-
1. Page 61.
2. Delamare (d'après Mitrécé), Revue arcliéolofflque, XU, 1855-6, p. 637 645,
pi. 275-6. Chabassiére, liée, de Covst., X, 1866. p. lli-H3, 118-125; pi. II,
IV-VI, XII et suiv. Gsell, Recheichcs arcliéoloqiqves en Algérie, p. 293-4.
Robert, Rec. de Consl.. XXXIII, 1899, p. 241-6 et planches.
3. Un géographe de basse époque, Julius Honorius, écrit : « Fluvius Vagrada
nuscitur in Tuhursicu Numklarum. » Pour les Arabes, la source de laMedjerda
est l'Aïn el loudi.
ASPECT GÉNÉRAL DES VILLES 119
naitre les traces (\\u\ vaste monument, présentant deux ailes
parallèles (probablement des portiques j, longues de 25 Uiètres,
distantes l'une de l'autre de 40 : ce devait être un château
d'eau, analogue ;i celui qui se voit à la naissance de Taqueduc
de Carthage, au djebel Zaghouane. D'immenses cimetières
enveloppent de tous côtés Thubursicum : on y rencontre plu-
sieurs mausolées. Au sud-est, un colombaire souterrain est
surmonté d'une grande exèdre, que décoraient des statues.
Masciueray a mis au jour, en 1877, une partie de la vieille
place '. En ICOO, des fouilles étendues ont été commencées à
Khamissa, sous la direction du Service des monuments histo-
riques. Le théâtre a été en partie dégagé. L'emplacement
supposé du forum, sur lequel on a installé un chantier en 1901,
réserve à coup sûr des découvertes intéressantes.
Thibilis (Announa, à environ 25 kilomètres au sud-ouest de
Guelma) ne devint un municipe que vers la fin du m'' siècle ou
au début du iv'' ; auparavant, elle dépendait probablement de
Cirta. On y trouve cependant les restes de quelques beaux édifices
remontant sans doute à la période du Haut-Empire * : un arc
à deux baies, vers le sud, le seul côté facilement accessible
du plateau étroit qui porte la ville; un autre arc, dressé peut-
être à l'entrée du forum ; une porte monumentale ; le souljasse-
ment d'un temple très vaste ; une grande cour rectangidaire,
bordées de trois portiques (marché ?) ; un monument qui parait
avoir été une basilique judiciaire; une maison ayant appartenu
1. Bull, de correspondance africaine, I, 1882-3, p. 308-9.
2. Temple et Falbe, Relation d'une excursion à Conslanline, p. 29-33 et
pi. 111. Berbrugger, l'Alcjérie /tislorique, pillores(,ueet monumentale, province
de Constantine, p. 2i-2o et planches. Ravoisié, II. p. 2-15, pi. 3- 17. Delamare,
Revue archéoh yique, VF, 1849, p. 9-22. Id. Exploration, pi. 164-168. Vigneral,
Ruines rcmaines du cercle de Guehna, p. 46-50. Poulie, Rec. de Const., XXVI,
1890-1, p. 330-332. Bernelle, ibii'., XXVll, 1892, p. 101-110.
120 LES MONUMENTS ANTIQUES DE l'aLGÉRIE
à une noble famille, celle des Antistii, qui compta parmi ses
membres deux consuls, au temps de Marc-Aurèle et de Com-
mode.
Quelques fouilles ont été faites à Announa par Bernelle, il
y a dix ans. Il est à souhaiter qu'on les poursuive. Comme à
Djemila, la position delà ville entre deux ravins, qui serviraient
de réceptables aux déblais, permettrait de les exécuter à peu
de frais ; les ruines sont d'ailleurs peu enterrées.
Parmi les autres villes romaines de l'Algérie où l'on pourra
entreprendre un jour des recherches fructueuses, nous signa-
lerons Diana veteranonim (Zana, au nord-ouest de Lambèse)
et Madauri^ (Mdaouroucli, au sud de SoukAhras). La première
fut vraisemblablement une création de Trajan ; la seconde, an-
tique cité numide comme Thubursicum, reçut des colons mili-
taires sous un des empereurs llaviens, dans le dernier tiers du
f siècle. Les seules constructions du Haut-Empire qui se dressent
encore sur l'emplacement de Diana sont deux arcs de triomphe
et une porte monumentale, placée à l'entrée d'un aire de temple^.
A Madaure, il ne reste debout qu'un mausolée -^ Mais, dans ces
deux heux, d'autres édifices importants sont évidennnent en-
fouis sous le sol ou recouverts par des bâtisses byzantines et
berbères''.
1. 11 semble qu'on ait employé plus volontiers l'accusalif Madauros.
2. Pour Diana, voir surtout Renier, Mélanges d'épigraphle, p. 185 et suiv. ;
Grtiillot et Gsell, Mélanrjes de VÉcole française de Rome, XIV, IS'Ji.
p. 5-26-54(5.
3. Pour Madaure, voir Chabassière, l\ec. de Consl., X, 1866, p. 113-Ui,
pi. VII; GseW, Recherches archéologiques en Algérie, p. 353-3.Ï6 ; Robert, Rec.
de Consl., XXXIII, 1899, p. 255-258.
4. Nous verrons, au livre III, que Diana et Madaure furent fortement occu-
pées par les Byzantins. Il n'est plus question de Madaure au moyen âge, mais
Diana subsista jusqu'au x' siècle.
CHAPITRE III
LES PLACES PUBLIQUES ET LEURS ANNEXES
C'est parles places publiques et leurs annexes que nous allons
commencer la description des diverses catégories de monu-
ments élevés dans les villes romaines d'Africjue.
Le forum de Timgad a été entièrement déblayé ; il est assez
bien conservé pour pouvoir être étudié dans toutes ses dis-
positions {fig- 36' et planche XYIII). « Le plan de ce forum,
« dit M. Cagnat-, a été tracé en une fois, à l'époque de Trajan,
« quand l'empei'eur résolut d'établir une colonie à Thamiigadi,
« et tous les monuments en sont de la même époque : les
« quelques inscriptions datées qui y ont été recueillies, nous
« l'ont prouvé ; l'harmonie de toutes les parties de cet ensemble
« suffirait ;i l'établir. Les quelques additions que l'on put y
<( faire postérieurement ne portent que sur des détails. »
Avec les Ijâtiments qui l'entourent, le forum de Thamugadi
mesure lUO mètres de long sur 60 de large. La place elle-
même, recouverte de belles dalles, forme un rectangle de
1. D'après la planche VI de l'ouvrage de Bœswillwald, Gagnât et Ballu,
Timgad. Nous y avons ajouté la maison (F), située au nord de la basilique
(conf. i/jid., p. 89, fig. 40).
2. Timrjad. p. 80. Dans cette description du forum de Timgad, nous ne
ferons guère que résumer l'étude de M. Gagnât, /. c, p. 1 et suiv. Gonf.
Thédenat, Dictionnaire des antiguilés, s. v. forum, p. 1316-1318.
122 LES MONUMENTS ANTIQUES DE L ALGÉRIE
50 mètres sur 43, dont les faces sont exactement orientées.
L'entrée principale s'ouvre vers le milieu du côté nord, sur le
decumaniis tnaximuf,^ qui est en contre-bas de 2 mètres. Cette
différence de niveau a été rachetée par un escalier de dix
marches, à plusieurs paliers, précédé d'une porte monumentale
à une baie ' .
Quatre portiques, à colonnades d'ordre curinthien, entouraient
la place (A, sur le plan), qu'ils dominaient d'environ 0",40. Une
foule de statues décoraient l'espace à ciel ouvert, le portique
septentrional, les paHers de l'escalier. Les piédestaux d'un cer-
tain nombre d'entre elles ont été retrouvés ; on apprend, par les
dédicaces qui y sont gravées, qu'ils portaient jadis des images
de divinités ', d'empereurs, de gouverneurs de la province, de
patrons de la ville, de personnages appartenant aux premières
familles de Thamugadi. Quelques bases sont si larges qu'elles
ont dû servir à des statues équestres ou en char, représen-
tant des empereurs. Quant aux marbres ou aux bronzes qui sur-
montaient ces piédestaux, ils ont presque tous disparu. On n'a
trouvé qu'un torse d'Apollon et plusieurs têtes.
Le dallage offre çà et là des tables de jeu, tracées jadis par
des oisifs : l'une d'elles est accompagnée d'assez curieuses ins-
criptions.
Sur le côté ouest du forum, était construite la curie (C), lieu
de réunion du conseil municipal. Une large porte donne accès
à une cour très étroite. De là, un escalier de quatre degrés
1. Pour celte porte, voircb. v.
2. Une célèbre statue de Marsjas s'élevait sur le furum de Rome. A
Texemple de la capitale, les cités provinciales appartenant à la plus haute
catégorie des communes romaines (celles de droit italique) avaient coutume
d'orner leur forum d'une imnge semblable. Il y en avait une sur la place de
Thamugadi.
LES PLACES PUBLIQUES ET LEURS ANNEXES
123
124 LES MONUMENTS ANTIQUES DE L ALGÉRIE
conduit à un grande salle rectangulaire, de 15 mètres sur 8,
s'ouvrant sur la cour par trois baies, qu'encadraient des pilastres
et des colonnes. Des grilles barraient les baies latérales.
Au fond, s'étend une sorte d'estrade, exhaussée de deux
marches. Le sol de la curie était dallé, les parois étaient revê-
tues de plaques de marbres de diverses couleurs. Des statues or-
naient la façade et l'intérieur : on a recueilli les débris d'une
d'entre elles, qui représentait probablement Lucius Yerus.
Cet édifice date du règne de Trajan (de l'année 116 ou 117
après J.-C), ainsi que l'atteste la dédicace d'une statue de ce
prince. En le déblayant, on a trouvé des restes de plusieurs
listes, fort instructives, donnant la composition du conseil
municipal de Thamugadi dans la seconde moitié du iv^ siècle.
Le portique du forum était interrompu sur une partie de la
face occidentale. En cet endroit, une grande plate-forme, assez
haute, s'avançait jusqu'au bord de la place. C'était la tribune
d'où l'on parlait au peuple. On l'atteignait par un escalier laté-
ral. Une l)alustrade la limitait ; aux deux extrémités, étaient
dressées des statues de la Victoire, érigées sous Trajan, en
l'année 11(3. Par derrière, apparaissent quelques maigres ves-
tiges d'un petit temple rectangulaire (D).
Un autre édifice (C), dont la destination n'a pas pu être fixée,
s'élevail sur le côté ouest du forum. 11 consistait en une
grande salle carrée, dont le front, largement ouvert, était
orné de deux colonnes torses.
Sur la face orientale, il y a une basilique judiciaire (B), qui,
par malheur, est en fort mauvais état. Elle ne présente qu'une
seule nef, pavée de larges dalles et jadis couverte en char-
pente et en tuiles. Les entraits de la toiture avaient une quin-
zaine de mètres de longueur, et leurs extrémités reposaient sur
LES PLACES PLRLIQLES ET I EUHS ANNEXES 125
(les pilastres api)lif[ués contre les murs longs de la salle. Une
plate-forme, qui servait de triljunal, se dresse au fond d'un
des petits côtés, celui du sud. En arrière, un renfoncement
rectangulaire, décoré de deux colonnes, constituait }>eut-être
un cabinet isolé. L'autre petit côté, au nord, offre trois salles
entièrement ouvertes sur la nef; celle du luilieu a la forme
d'une abside semi-circulaire, enfermée dans un cadre (elle
était certainement voûtée); les deux autres sont rectangu-
laires. Le fond de l'abside était occupé par une statue. Cette
basilique avait deux entrées, disposées sur un des côtés longs
et communiquant avec le portique oriental du forum. En face,
la nef était flanquée de quelques salles carrées, qui servaient
sans doute de bureaux. L'ensemble de l'édifice mesure plus de
40 mètres de long sur 23 de large. A en juger })ar les ins-
criptions qu'on lit sur les bases de })lusieurs statues impé-
riales, placées dans la nef, la basilique de Thamugadi existait
déjà vers l'année 138.
Des logettes (des boutiques probablement) bordaient le
front méridional de biplace, en arrière du portique. Au nord,
il y avait des salles rectangulaires, dont la façade, tout
ouverte, présentait une rangée de colonnes.
A l'angle nord-est du forum, se trouvent des latrines
publiques (E). On y voit les vestiges d'un bassin; l'eau qui s'en
échappait se répandait dans une rigole, faisant le tour de la
pièce, en avant des sièges : la propreté du local était ainsi
assurée. Des appuis en forme de dauphins séparaient les
sièges, qui étaient au nombre de vingt-cinq environ.
A Cuicul (Djemila), la place qui parait avoir été le forum*
1. Ravoisié, I, p. 52-53, pi. 30-33. Delamare, pi. 108 en bas; pi. 101, fig. 4;
pi. 103, fig. 6 et 8 (janus et fontaine).
126 LES MONUMENTS .ANTIQUES DE l'aLGÉRIE
est limitée au nord par une longue muraille, ornée d'une
suite d'avant-corps. Ce mur est interrompu vers le milieu
par une exèdre semi-circulaire, offrant la même décora-
tion ' . Il se termine à l'ouest par une grande salle tra
pézoïdale^, qui était probablement voûtée et à la paroi
postérieure de laquelle s'adossait une petite fontaine. A l'extré-
mité orientale du mur, il y a un espace rectangulaire de
5 mètres de long sur 2°',05 de profondeur, élevé au-dessus de
la place : il est bordé de murettes sur trois de ses côtés ; le
quatrième, qui regarde le forum, est largement ouvert et
flanqué de deux pilastres. C'était peut-être une tribune. Au
delà, on voit un passage, autrefois couvert (mijanus^ comme
disaient les Romains), dont les deux arceaux de tête sont
restés debout.
Sur la face ouest, se dresse un arc triomphal qui servait
d'entrée à la place : il date du temps de Caracalla. Nous l'étu-
dierons plus tard. Au sud-est, un temple, entouré d'une clôture
rectangulaire, était établi, semble-t-il, sur l'aire même du
forum. Auprès de l'arc, fut construit, vers l'année 365, un
marché aux étoffes [basilica vestiaria), ainsi qu'en témoigne
une inscription, trouvée en cet endroit^. Il devait communiquer
avec le forum '* .
Voilà tout ce que l'on distingue de la grande place de Cuicul ,
qu'ombragent aujourd'hui de beaux arbres. Quand elle aura
1. Une inscription de Djemila. datant de Tannée 160 [Corpus, 20144), men-
tionne une e.redra, dédiée au Genius populi Cuic[îililani]. Mais elle a été
trouvée assez loin de cette exèdre, à laquelle elle ne semble pas avoir
appartenu.
2. Cette salle est très probablement d'une époque plus récente que le
mur.
3. Corpus, VIII, 20136.
4. On ignore l'emplacement de deux autres basiliques, mentionnées dans des
inscriptions de Djemila (Co/-p«s, VIII, 8318, 8319, 201J6).
LES' PLACES PUBLIQUES ET LEURS ANNEXES l27
été déblayée, elle sera sans .owiô à\m effet aussi iaiposant
que le forum de Timgad.
Le forum de Diana se reconnaît aisément'. C'était, selon
l'usage, un espace rectangulaire, pavé de belles dalles"^. A
l'époque byzantine, on }• bâtit une église, faite avec les monu-
ments romains de la place. Le mur de façade de cette misé-
rable construction est en partie formé par un des pieds-droits
d'un petit arc qui décorait peut-être à l'est l'entrée du forum.
Un arc de triomphe à trois portes, élevé sous Macrin, semble
avoir orné le front septentrional, à l'intersection du cardo
maximus. Un autre arc, à une baie, probablement plus ancien
d'un demi-siècle, se dresse dans le voisinage immédiat du forum
au nor<l-est ; il devait être jeté sur le decumanus ma.rimus.
A Thibilis, l'emplacement que nous croyons avoir été occupé
par le forum dessine un rectangle, atteignant 50 mètres envi-
ron de longueur (du sud au nord). Au midi, il y a un arc do
triomphe, assez bien conservé.
Le front oriental est bordé par une façade, large d'environ
24 mètres, représentant un des petits côtés d'un édifice
rectangulaire-', qui avait pour entrées deux grandes arcades
encore debout, de S"", 20 d'ouverture^. L'intérieur, revêtu de
belles dalles, était partagé, dans le sens de la longueur,
en trois vaisseaux : celui du milieu mosurait 14"", 35 de lar-
geur, les deux autres 3", 40. Il y avait, de chaque côté de la
1. Renier, Mélanges cVépirjraphie, p. 191. Graillot et Gsell, Mélamjes de
l'Éfole de Rotne, XIV, 1894, p. 532, 342.
2. Une inscription {Corpus, 4579) mentionne la fori stralura .
3. Ravoisié,Il,p. 12 et pi. ll.Delamare, Revue arche'ologique,\l, 18i9, p. l't.
Bernelle, Bec. de Const., XXVII, 1892, p. lOo (il y voit à tort des thermes).
4. En face de ces baies cintrées, on a trouve l'inscription suivante {Coi-pus,
18913) : «.!/. Vitruvius Mamurra arcufi s{ui) p{ecunia)fecii.^> Mais il n'est pas
sûr que le mot nrcus de ce te.xte désigne les deux arcades du monument que
nous décrivons.
128 l.ES MO.MMEiNTS ANTIOLES DE L\\L(;ÉItIE
nef médiane, deux séries superposées de colonnes. La rangée
inférieure présentait des bases altiques (de O'",70 de cotéi et
des chapiteaux d'ordre dorique romain ; les fûts étaient faits de
plusieurs tambours '. Les deux arcades s'ouvraient sur le
vaisseau central.
Ce monument, que nous daterions volontiei's du m' siècle,
était pent-élre une I)asili({ue judiciaire. A une très basse
époque, il fut envahi par dos constructions [)arasites. Bernelle
y a tronv('' j)lusicurs liases de statues, portant des dédicaces ;i
des divinités, à des empereurs, à des })ersonnages sénato-
riaux. Mais ces piédestaux n'étaient pas en place ; ils ont \iu
être apportés du forum. On a aussi recueilli un fragment d'une
statue féminine de bon style.
J'ai indiqué, plus haut ^, remplacement ])robable du forum de
Khamissa; actuellement il n'y a rien de plus à en dire.
Nous ne possédons aucune donnée certaine sur les places
piil)li(jues des autres grandes villes romaines de l'Algé-
rie
3
A Lambèse, deux t(Mnples contigns, dont le plus grand
est un Capitole, s'élèvent l'un et l'autre sur une cour (pia-
drangulaire, entourée de portiques. On appelle ordinairo-
1. Les colonnes supi'Mieures avaient aussi des bases atliques. J'ignore à
quel ordre appartenaient les chapiteaux.
2. Page 118.
3. Dans la petite cité de CeUiane (El Meraba, au sud-ouest de Philippe-
ville), le forum a été en partie fouillé par Masqueray : c'était une place
rectangulaire dallée, orientée du nord au sud, suivant l'axe de la ville; elle
était ornée de statues et bordée au midi par une colonnade d'une vingtaine
de mètres de longueur {liull. de correspondance africaine, 1, 1882-3, p. il
et 74). — A Porlus Mar/nus (Saint-Leu), on a déblayé, il y a quelques années,
un grand espace recouvert d'un beau dallage ; la même fouille a mis au
jour des bases de statues de Caracalla et de Géta, ainsi que des débris de
colonnesà chapiteaux composites : Demaeght, Bull. d'Oran, 1893, p. 119-120,
389-390). Peut-être le forum était-il en ce lieu.
LES PI.ACKS PLIîI.igi ES ET LEURS ANNEXES 129
iiicMil ces deux, aires le (leul)lc l'ui'uiu, dési^natiuii (pii n'a
aucune vraisemblance '.
ATél)essa2, on place le forum dans la par(i(> occidciilale de
la ville moderne •' ; il j)arait (pi'il eu suhsislait (iu(d(jues ruines
dans les pi-emiers temps de roccupalion tVancaisc '.
Delamare a étudié ;i Sigus^ (au sud-est de Couslaniine) les
1. H csl probable, cependant, (|ne le foriiin se trouvait lont prés de b'i. (lonf.
Corpus, 18;i-i8, inscription déconverte en cet endroit : elle se rapporte à la
curie, qui devait r-tre voisine du forum. — Onaaussi recueilli, dans ces parages,
une inscription mentionnant un fontin Iransi/orinm, cpii était évidemment
distinct du forum proprement dit {Corpus, 2722).
2. Le forum de cette ville est mentionné dans les Actes de saint .Maximilicn
de Thevesle Iluinai't, Acia sincera, édit. de Paris, 168it, p. 'M'.)) et dans une
inscription du temps de Garacalla {Corpus, Vlli, 18,j8) : « leirasii/lis tluobiis
cuin slaluis { e]t Minervae rjuae in foro fieri prae[cepU] ».\\ s'agit ici de deux
édicules, formés de quatre colonnes et abritant une statue : conf. Gsell et
Bertrand, Musée de l'kllippeville, p. 18.
3. Renier, Inscriplions romaines de VAlgérie, n"' ;îi)77 et 3(i78. MoU,
Annuaire de Cunslanline, 18.'j8-!l, p. 30, 40 et pi. H. Cirol, lier, de Cansl.,
X, 186G, p 21;i. Héron de Viilefosse, le Tour du Monde, i^i^O, il, p. 18.Scriziat,
lUill. de l'Académie dHij>pone, X.MÎ, 1S86, p. 30.
4. La position exacte du forum de Cirta est inconnue. Il est iiipiilionnc dans
deux inscriptions : 1° Cor/tus. 70'flJ (texte datantde lGO-162) : «viam com[mpan-
ti]bus Jncomni[od(im, ))ar]lim adslrucl[is crepijdinibus aequa[lisque] sluluin
quae H{er lolius'.'] f'ori anf/usl[a/)iint]. .» — 2° Corpus, 7013 (inscrii)tiou du
iv siècle) : «staluam aeneum in fora Conslanfinae ôivitalis... »
Il est question du forum de Madaure dans une lettre du rhéteur Maxime à
saint .Vufjiislin, et dans la réponse de celui-ci (lettres XVI et XVII): <tNoslrue
itrhis f'onnn saluUtriiun iiuminitin frcquentia possessum nos cernimus et ]iro-
bamus. » - « ... {ul) in islo f'oro rccordarer esse in duoôussimulacris unu)n Mar-
ient nudum, allernm armaUrm, quorum daemoniuminfeslissinnini civibus por-
reclls tribus dif/ilis conlra collocala statua humana comprimeret. »
A (Jueluia (Co?7;u.s-, ^2!)',!:= 17i7iJ): «slaluam Septuni in foro noro-». — A Kef
Bezioun (/a//a/'rt)i dans la région de fiuelma {Corpus, ;;178 =: 17268, iMscrijjtion
mutilée du iv--- siècle) : «... opus fo[ri] porticn et rostris». - A IMiilippe-
villc {Corpn>i, im\, inscription du i" si-îcle) : « ... tribunal et rosira s[ua)p{ecu-
nia) f\acienda) c[uravil)y>. — A Aumale {Corpus, O0G7) :« ... [rosi:']ra cum
coUonnisomnilms... [qua]dralario opère... » —A IIencliirGouçat(('or;j!<.-?, 10701,
inscription de basse époque) : «Curia ordinis ». — A Bougie {Corpus, 893.">) :
«... slotuas équestres propairui sui velustule conlabsas e foro ad ornandum
templum... Iranstulerunt ».
n. Exploration, pi. 30, fi g. 2 et 3; pi. ol, (ig. 1. Il existe également un plan
et une vue de celte ruine, dessinés par Guillet (papiers de L. Renier, aujourd'hui
9
130
LES MONUMENTS ANTIQUES DE L ALGERIE
restes, niijourd'hui presque entièrement effarés, d'un tMlifice à
trois nefs, qui s'élevait peut-être sur la place puljlique
(voir le plan, fuj . 37, d'après Delamare). Nous sommes
porté à croire que c'était une Ijasiiique civile, datant, à
en juger par le mode de construction, de l'époque du Haut-
a
Fii;. 37. — Basilique de Sigus.
Empire. D'après les relevés de Delamare, elle avait la forme
d'un rectangle, de 27"°, 75 de long sur 19", GO de large. Les
vaisseaux étaient séparés par deux files de piliers, surmontés
au Qiusée d'Alger). Ces deux documents confirment l'exactitude des relevés
de Delamare.
LES PLACES PUBLIQUES ET LEURS ANNEXES
131
sans doute d'arcades : on en comptait dix de chaque côté'. Los
huitièmes piliers (à 5 mètres du mur postérieur) étaient beau-
coup plus puissants que les autres et portaient les départs de
trois arceaux, jetés transversalement au-dessus des trois nefs;
le fond de la basilique constituait ainsi un espace nettement
délimité et sans doute réservé. Cette vaste salle était certaine-
o
FiG. .38. — Basilique (?) de Tipasa.
ment couverte en charpente et en tuiles, avec surhaussemeiit
du vaisseau central". Dalamare indique par devant trois portes,
qui donnaient sur une longue galerie, établie contre la façade.
1. 11 y avait, enoutre.unpilastre adossé au mur, à rextrémité de chaque file.
2. 11 n'est pas douteux que l'arceau qui traversait la nef ne s'élevât plus
haut que les deux arceaux traversant les bas côtés, car il est beaucoup plus
laro-e.
132 LES MONLMEMS AMIQLES DE L ALGERIE
Il V avait, en outre, des entrées latérales et deux petits pas-
sages au fond de chacun des bas côtés'.
Un bâtiment non fouillé de Tipasa poiuTait bien être aussi
une basilique judiciaire'^ (le plan en est donné fUj. 3S).
Construit en belles pierres de taille, il mesure près de
17 mètres de long, sur 10™,'/ 5 de large. La façade était
ornée de colonnes engagées et précédée probablement
d'une galerie. A Tintérieur, deux files de piliers séparent
trois vaisseaux. La nef centrale, large de 5°', 70, devait être
surmontée d'une simj)le toiture. Les deux bas côtés, qui
n'ont que l'",80 de largeur, paraissent au contraire avoir été
couverts par des suites de voûtes d'arêtes. Du côté de la nef,
les piliers sont précédés de colonnes engagées^.
1. On a trouvé dans celte ruine des bases de statues dédiées par la lespu-
lAica Siffuitanorum au Génie de la colonie de Cirta, à l'empereur Hadrien et à
sa femme Sabine [Corpus, .56'J3, .j(i'J6, 5697). Mais nous ignorons si elles
étaient à leur place primitive.
2. Gsell, Mélunçies de l École de Rome. XIV, 1894, p. 333-337, fig. (\,1.
3. Au-dessus de ces colonnes, il y en avait sans doute d'autres, engagées
dans le mur qui surmontait les arcades jetées entre les piliers. Les colonnes
d'en haut devaient recevoir les extrémités des entraits de la toiture.
CHAPITRE IV
TEMPLES
Les plus beaux mouuments des villes étaieut d'ordinaire les
demeures des dieux. Par malheur, le nombre des temples
antiques restés debout en Alg'érie est fort restreint.
Le mieux conservé est celui de Tébessa': nous en donnons le
plan, fu) . 39, et une vue, planche XIX. On l'a souvent comparé à
la Maison Carrée de Nimes, dont il n'a pas, il faut l'avouer, les
heureuses proportions et la sobre élégance. « On constate bien,
(( dit M. Héron de Yillefosse, un travail très personnel dans
« la décoration, mais de la lourdeur, une recherche d'ornements
« qui tombe dans l'excès, des défauts qui sont la marque d'une
« école éloignée des grandes traditions. » Cet édifice date proba-
blement du iif siècle. Après avoir été successivement, depuis la
conquête française, une fabrique de savon, un bureau affecté
au service du génie, un prétoire pour le juge musulman, une
1. Letronne, Revue archéologique, IV, 1847, p. .364-36j. Moll, Annuaire de
Constanline, 18:J8-i3. p. 4.j-oi, pi. III-IV. Aurès, Mémoires de V Académie du
Gard, 1864-5, p. 114 et suiv. Playfair, Travels in fhe foosteps of Bruce in
Alf/eria, pi. VIIl. Héron de Yillefosse, diins le Tour du Monde, 1880, II,
p. 20-23. Ballu, Tébessa, Lamhèse, Timrjad, fig. 2. Id., le Monaslère byzantin de
Tébessa, p. 6-7, pi. I. Nous citerons encore la vue publiée dans Duruy, His-
toire des noniains, YI, p. 39o.
134
LES MONUMENTS ANTIQUES DE L ALGÉRIE
cantine, un cercle militaire, une prison, une église, il est de-
venu le musée de Tébessa.
Fio. 31). — Temple de Tébessa.
Long de 1S"',80, large de 9, il s'élève sur un soubassement
haut de 4 mètres, dont l'intérieur est partagé en trois caveaux
TEMPLES 135
Yoiités, aiijourcriiui comblés. Il iic parait pas certain que ces
salles inférieures aient été utilisées pour \o scn-vicc du
temple; peut-être étaient-elles simplement, connue l'a junisé
M. Héron de Villcfosse, des galeries de soutien.
On montait au sanctuaire par un escalier d'une vingtaine de
marches, dont la partie supérieure était resserrée entre deux
perrons, (^et escalier a été refait et ne compte plus (pu; treize
degrés, le sol ayant été exhaussé. Une rangée de (piatre co-
onues forme le front du monument; par derriiu-e, de cha([ne
côté, deux autres colonnes s'élèvent sur \o l)ord du souhasse-
ment. Les fûts monolithes, hauts de 6'",i0, sont en nuirhre
blanc, veiné de bleu; ils ne présentent pas de cannelures; les
chapiteaux appartiennent à l'ordre corinthien. Les murs exté-
rieurs do la cella sont rehaussés de jiilastres, avec des chapi-
teaux de même ordre.
La frise architravée qui surmonte les coloimes et les
pilastres, offre des sculptures d'un stj'le surchargé et d'une
exécution médiocre. Des panneaux carrés, correspondant aux
points d'appui, enferment des luicrânes parés de bandelettes;
ils séparent des métopes rectangulaires, dans lesquelles un
même motif est répété })artout : un aigle, vu de face, les ailes
ouvertes, tenant sous ses serres deux serpents qui s'allongent
à droite et à gauche et enlacent des ceps de vigne. Au-dessus,
règne une corniche sans larmier; elle est décorée de pirouettes,
de canaux, d'oves et de denticules.
La partie supérieure du temple est d'une ordonnance anor-
male. Elle consiste en un attique, qui s'élève sur un socle
et qui était sans doute surmonté d'une corniche, aujourd'hui
détruite. Cet attique est divisé, comme la frise, eu une série
de panneaux sculptés. Au-dessus de chaque bucrâuc, un
136 LES MONUMENTS ANTIQUES DE L ALGÉHIE
cadiv onfcrmo soit un trophée, soit une A'ictoire ailée, tenant
dans ses mains un houclier ou une couronne, soit luie image do
divinité : on distingue les deux Dioscures, Bacchus couronné
de lierre et tenant un thjrse, Hercule (?) ai)puyé sur sa massue.
(^)uant aux métopes qui occupent les intervalles, quatre d'enire
elles sont remplies par deux cornes d'abondance croisées ; les
autres })résentent deux ou trois guirlandes. A ces motifs se
mêlent des rosaces, des branches, des masques ; dans un
paimeau, on remarque, en outre, deux trophées et un caducée;
dans un autre, un mulle de lion.
Les softites du pronnos sont ornés de rinceaux, de rosaces,
do cornes d'abondance ilanquant un globe, d'une tête d'Océan,
do corbeilles de fruits.
Il ne reste aucune trace de fronton. M. Ballu a supposé
qu'au lieu d'une couverture à double pente, il y avait, sur cet
édifice, un toit à quatre versants. MoU s'est demandé si des
statues n'étaient pas dressées le long du faite, au-dessus des
])oints d'appui.
Le mur antérieur de la cclla a étéi'ofait en entier. Toute la
décoration do l'intérieur a également disparu. Le pavement est
moderne; pout-étro, dans l'antiipiité, le sol était-il revêtu d'une
mosaïque.
Comme la })lupart des temples de l'Afrlipie romaine, le
monument que nous venons de décrire s'élevait au fond d'une
cour, de forme rectangulaire, mesurant il mètres de largeur. La
façade de l'enceinte est en partie conservée (à 2i- mètres en
avant du temple). Elle est décorée, au dehors comme ;i l'inté-
rieur, de pilastres corinthiens et percée de trois portes;
celle du milieu, cintrée, a 2", 15 de largeur.
Le nom du temple de Minerve, donné communément ii ce
u
TEMPLES 137
sanctuaire, ro[)oso sur une erreur manifeste : on a i)ris pour
(les chouettes les aigles de rental)leiuent, pourtant fort
distincts. Ces aigles ont donné à d'autres l'idée de pro-
poser la dénomination de tem})le de Jupiter'. En réalité, on
ignore à quelle divinité l'édifice était consacré. A répocpio
l)vzantine, il fut prol)ablement converti en église, comme
paraissent l'indiquer des tombes chrétiennes découvertes der-
rière le mur antérieur de l'enceinte^.
A Timgad, un temple imposant, le Capitole, dominait toute
la ville. Il n'en snbsiste plus que de maigres vestiges^ (pl^m,
fï(j. 40, d'après le plan levé par le Service des monuments
historiques; vue, planche XX).
Il n'avait })as moins de 53 mètres de long'', sur 23 mètres de
large. Un escalierde trente-huit marches, divisées endeuxséries
par un grand palier, menait à la plate-forme. Le front présen-
tait six colonnes ; il y avait en outre des colonnades sur les
cotés longs, mais non point par derrière. Les fûts cannelés,
formés de huit tambours, mesurent 11"",?? ; les chapiteaux
corinthiens, faits de deux morceaux superposés, ont 1°',58 do
hauteur. Ils portaient un riche entablement. Si l'on ajoute foi
à un dessin de Bruce •^, cinq colonnes et une partie de l'enta-
Idement étaient encore en place au siècle dernier. Tout a été
renversé depuis, et les deux colonnes qui se dressent aujour-
d'hui au Capitole sont une restauration récente du Service des
monuments historiques.
1. Cherbonneau, Rec. de Co«s/., VIH, 1864, p. 36; Playfair, l. c, p. 160; etc.
2. Guichard, Revue africaine, VIII, 1864, p. 271. Corpus, VIII, 2016—16317,
2019, 10636, 10637, 10638 = 16:il'.», 10639.
3. Bœswilhvald, Gagnât, Ballu, rimgad, p. lo3-182, pi. XX-XXIi. Ballu, les
Rvinesde Tij7ujad,p. 1S9-208, pi. XXVII-XXX.
4. Sans compter les peinins.
3. Playfair, Travels. pi. Vil.
138
LES MO^^MENTS ANTIQUES DE L ALGÉRIE
m [ m ■'i§ ai. M pi m a a , p ^, m
O 5 10 15 ÎO
Fio. 40. — Plan du Capitule de Timgail.
H
TE51PLES 139
Il ne reste rien de la cella'; mais, d'après raménagemcnt
des substructions, on peut encore reconnaître qu'elle mesurait
17 mètres sur 11"', 20 et qu'elle était divisée au fond en trois
compartiments, c'est-à-dire en trois chapelles, qui contenaient
évidemment des statues de Jupiter Très Bon et Très Grand, de
Junon Reine et de Minerve, les trois divinités adorées dans
les Capitoles. Les parois étaient ornées d'une marqueterie
polychrome en marltre.
A 10 mètres en avant du temple, un massif en pierres de
taille et en blocage représente le soubassement «l'un vaste
autel.
La cour dallée au fond de laquelle se dresse le sanctuaire
est longue de 105 mètres et large de 62. Des portiques l'entou-
raient ; les chapiteaux des colonnades sont d'ordre composite
et offrent un type assez original. Le mur de façade de cette cour
était également précédé d'une colonnade. Une inscription,
trouvée à l'entrée, nous apprend que les portiques du Capitole
furent restaurés sous Valentinien et Valons, vers 365, par les
soins de Publilius Caeionius Caecina Albinus, gouverneur de
la Numidie'. A une basse époque, on refit le dallage de l'aire,
et les portiques qui la bordaient sur les côtés furent complète-
ment remaniés : celui du sud fut remplacé, autant qu'il semble,
par des files de cellules, donnant sur un long couloir.
Un autre temple, découvert ily a trois ans à Timgad, est beau-
coup moins important. 11 se trouve sur le decumanus maxinms,
auprès de l'arcdeTrajanet en face du marché (planche XXI). La
cour, déforme trapézoïdale, présente des portiques par devant et
sur les côtés. Elle fut dallée, comme l'atteste une inscription,
1. Elle est restituée en hachures sur le plan ci-joint.
2. Corpus, VIII, 238S.
d40 LES MONUMENTS ANTIQUES DE L ALGÉRIE
S(jiis le règne (rAnfonin le Pieux, en 151. La faeade de cette
cour est percée de trois portes, auxquelles on montait par do
petits escaliers, l'aire étant à un niveau supérieur au decuma-
mis. Les vestiges d'un autel se voient à quelques mètres en
avant du temple, édifice de petites dimensions, dont le front
présente quatre colonnes corinthiennes à fût cannelé et dont le
soubassement contient deux chambres. Deux salles, de plain-
pied avec la cour, flanquent le sanctuaire : c'étaient soit des
chapelles, soit plutôt des annexes; elles paraissent, du reste,
être d'une époque plus l'écente quele temple. En déblayant ces
ruines, on a trouvé des blocs de pierre portant des dédicaces
à Jupiter, à Junon, à Minerve, à Liber Pater et à Silvain*.
Nous ne mentionnerons que pour mémoire le petit temple
construit derrière la tribune du forum de Thairuigadi-. La
colla était précédée d'un portique de quatre colonnes. Le sous-
sol formait une chambre voûtée, qui a pu être utilisée comme
lieu de dépôt.
Le sanctuaire d'Esculape, à Laml)èse, est un édifice vérita-
blement originaP (plan, fu/. 41, d'après le plan levé par le
Service des monuments historiques; vue, planche XXII). On
Ta fouillé vers 1847-1851 ; ses annexes ont été en partie
déblayées, soit à la mémo époque, soit en 1881.
1. Gagnât, Bull. Comité, 1898, p. ci.vii-clviii..
2. Bo'swillwalil, Gagnât, Ballii, T/^Hr/rtc/. p. 47-48. Bailu, Zes /î«//;es </e Tini-
gad. p. 147-148. Gonf. plus tiaut, p. 124.
3. Peyssonnel, Toycr^e, p. 351-2 et vue (inexacte). Delamare, Revue archéolo-
gique., IV, 1857, p. 4.';2 et pi. 73. Ici., Recherches sur Lambèse, p. 38-9 et
planche. Leclére, Revue archéologigue, Vil, 18.j0, p. 123. Renier, Archives des
Missions, II, 1831, p. 178-9; 111, 1834, p. 322-3. Guyon, Voyage d'Alger au.v
Ziban, planche de l'atlas. Recueil de Cons/anline, XXIlI, 1883-4, p. 196-8.
Ibid., XXVIll, 1893, p. 100-1. Gagnât, Guide de Lambèse, p. 37, .'i2-5fi. Ballu,
Tébessa, Lambèse, Timgad, fig. 19. Les inscriptions recueillies en ce lieu sont
au Corpus, Vlll, n"^ 2.j79-2386 (p. 303 et suiv.).
*
#■
TEMPLE
141
Lo l)àtiment principal offre l'aspect (run
milieu s'élevait en-
core, il y a cinquante
ans, le front du
temple, formé de
quatre colonnes do-
riques, à fûts canne-
lés, sans bases. Cet
ordre n'a été em-
})loyé que fort ra-
rement en Afrique
àTépoque impériale :
on préférait alors
l'ordre corinthien.
Les colonnes, avec
l'entablement qu'elles })f>rtaient, se sont
écroulées en 1852.
La cella faisait saillie en arrière de
riiémicycle. A l'intérieur, au fond, était
ménagée une abside, abritant des statues
d'Esculape et d'Hygie ' ; ces sculptures,
fort médiocres, sont aujourd'hui au musée
de Lambèse (c'est-à-dire -àw piuictoriutii).
Le solde la salle était revêtu d'un dallage
en pierres rouges, les parois de })laques
d'un marbre rougeàtre, veiné de blanc.
Deux portiques recourbés llanquaient le
sanctuaire et le reliaient à deux plates-
formes semi-circulaires, qui portaient
1. Gagnât, Musée de Lambèse, pi. II.
grand héuiicyle. Au
Échelle
FiG. il.
Temple d'Esculape,
à Lambèse.
142 LES MONUMENTS ANTIQUES DE L ALGÉRIE
des chapelles. Temple, ailes et chapelles étaient précédés de
marches.
Des inscriptions, gravées sur les entablements, nous font con-
naître que cet édifice fut construit parla légion /// Augusta,
sous Marc Aurèle et Lucius Yerus. Le temple proprement dit
était dédié à Esculape et à la déesse Santé (Hygie), « .'Escula-
pio et Sahiîi », Tédicule de gauche à Jupiter Yalens, celui de
droite à Silvanus.
On accédait à ce sanctuaire par une longue avenue, bordée
à droite (au nord) d'une série de chapelles, qui furent élevées,
les unes après les autres, à la fin du ii* siècle et au début
du m"'. Ce sont de petites salles rectangulaires, ter-
minées au fond par une étroite abside ~ et précédées d'un
escalier; certaines d'entre elles présentaient peut-être un por-
tique sur le devant. Des marqueteries en marbre et des mo-
saïques revêtaient les parois et les sols ; sur un seuil, les visi-
teurs pouvaient lire cette inscription, aujourd'hui détruite :
(( Entre bon, sors meilleur [Bonus intra, melior exi) ». Ces
monuments étaient consacrés à diff"érents dieux : à Diane, à
Jupiter Depulsor, à Apollon, à Silvain, à Mercure, au dieu dal-
mate Medaurus, à d'autres encore dont les noms n'ont pas été
retrouvés. On sait que les anciens entouraient souvent les
grands temples de chapelles dédiées à des divinités qu'ils as-
sociaient ainsi au maître du sanctuaire : il suffit de rappeler
ici les exemples bien connus du Capitole de Rome et du
tem])le de la Déesse Céleste à Carthage.
1. Il y avaitprobablement uneautre chapelle 'mais sans abside) à côté de l'édi-
cule de Jupiter Valens, au sud.
2. Destinée sans doute à abriter la statue de la divinité à laquelle la cha-
pelle était consacrée. La plupart de ces absides sont barrées par un mur
transversal qui formait le devant dun socle.
J
u
TEMPLKS 143
Au sud et il l'ouest de riiénncvcle, les fouilles ont dérraeré
des piscines pavées de mosaïques, des restes de baignoires en
ciment, de fourneaux, d'hvpocaustes, d'un système de distri-
bution d'eau '. «Évidemment, dit Renier, les malades venaient
« demander dans ce temple d'Esculape autre chose que des
« oracles ; ils venaientj chercher le secours de la médecine et
« tout était disposé pour qu'ils pussent y suivre un traitement. »
Nous ignorons si cet ensemble de constructions était entouré
d'un mur de clôture.
A peu de distance du temple d'Esculape, dans la direction
(kl sud-est, on rencontre les ruines du Capitole de Lambèse,
déblayées, il y a vingt ans, par le Service des monuments his-
toriques- (plan, fi(j. 42^; vue, planche XXIII).
La cour A, rectangulaire, a 60 mètres de long sur 55 de large.
Elle était encadrée par des porti(|uos, sous lesquels se dres-
saient des statues. Cet espace n'a pas été complètement d(''-
gagé ; cependant, on peut affirmer que l'entrée ne se trouvait
pas en face du tem])le : cette exception à la règle ordinaire
était motivée par l'existence d'une autre enceinte sacrée, dont
nous parlerons tout à l'heure. Un vaste sanctuaire, tourné
vers l'Orient, s'adosse au mur de fond. Il est d'une belle
construction, en grandes pierres de taille. Dans le soubasse-
ment, qui est fort élevé, sont aménagés des caveaux voûtés,
auxquels deux entrées latérales donnent accès : peut-être ont-
ils servi de magasins.
Il ne reste plus que quelques vestiges de l'escaHer, qui
1. Tout cela se distingue à peine aujourd'hui.
2. nec. de Cojist., XXIII, 1883-4, p. 199-201. Gagnât, Guide de Lambèse,
p. Pi6-58. M., apiul Bœswillwald, Gagnât, Hallu, Timgad, p. 165-101. Ballu,
Tébessa, Lamb'ese, Timgnd, fig. 20.
3. D'après le plan du Service des monuments historiques.
144
LES MOM MEMS ANTIQUES DE L ALGÉKIE
comptait vingt marches, resserrées entre deux perrons. Deux
rangées de colonnes s'élevaient dans le pronaos : la première en
comprenait huit ; par derrière, on n'en avait placé que
f^
m
s
m m m m m
Fio. 42. — Capitole de Lambèsc
quatre, pour ne pas obstruer les portes de la cella. Les fûts,
cannelés, avaient enviro:i 7 mètres de hauteur; les chapiteaux
appartiennent à l'ordre corinthien.
La cella mesure 20'°,r)8 de largeur et i 1^,38 de profondeur.
TEMPLES 145
Elle présente une disposition toute particulière. Une paroi, percée
de trois baies cintrées, la coupe en deux salles symétriques
(BetC), qui, Tune et l'autre, offrent au fond une grande niche
quadrangulaire, destinée sans nul doute à contenir une ou plu-
sieurs statues. Derrière le mur de séparation, est établie une
petite logette (D), communiquant avec la salle de gauche par
une étroite ouverture : on ne voit guère à quoi ce réduit
a pu servir.
Par devant, la frise de l'entablement portait une inscrip-
tion dont les fragments ont été recueillis à terre '. C'était une
dédicace à Jupiter Très Bon et Très Grand, à Junon Reine et à
Minerve par la resiniblica Lamhaesis. En général, dans les
Capitoles, sanctuaires consacrés à trois divinités, la cella est
divisée en trois compartiments ou présente trois niches, de ma-
nière à abriter les trois statues. Comment ces statues étaient-
elles placées dans les deux salles du temple de Lambèse? c'est
ce que nous ne saurions dire.
Le temple voisin- est perpendiculaire au Capitole, et un
mur mitoyen forme une partie de son enceinte, à l'ouest.
L'aire, qui est en contre-bas d'un mètre par rapport à la cour
contiguë, mesure 75 mètres de long sur 35 de large ; elle
était aussi entourée de portiques, que décoraient des statues.
La façade, orientée au nord, présentait au milieu une porte
monumentale à trois baies, qui n'a laissé que quelques traces.
Contrairement à l'usage, le sanctuaire n'était pas adossé au mur
de fond. 11 n'en subsiste que le soubassement et l'on ignore
à quelle divinité il était dédié.
1. Corpus, VIII, 18226.
2. Rec. de Const., XXIII, 1883 4, p. 199-201. Gagnât, Guide de Lambèse,
p. 58-59.
I. 10
146
LES MONLMENTS ANTIQUES DE L ALGERIE
A Cuicul, la partie sud-est do la place que nous croj'ons
avoir été le forum est occupée, comme on Ta vu', par un
temple^ (plan, fuj. 43; vue, planche XXIV). La cour, au
P"P
P o rs
L
FiG. 43. — Temple de Djemila.
fond de laquelle il se dresse, a plus de 50 mètres de long",
sur 3i de large. On ypénétrait, semhle-t-il, par deux entrées,
1. Conf. plus haut, p. 12C.
2. Ravoisié, I, p. ;iC-38, pi. 3.)-4k Delamare, pi. HiO: pi. lOi, fig. 2.
TEMPLES 147
ménagées vers les extrémités de la face, au nord-ouest.
Dans l'état actuel des ruines, qui sont recouvertes de terre
et de ronces, nous ne saurions dire si cette aire était
entourée de portiques. Le temple est en i)ierres de taille, fort
bien appareillées. Le mur de gauche est encore intact, et il
reste de grands pans des murs antérieur et postérieur. Par
contre, l'escalier a été entièrement détruit et les colonnes du
pronaos gisent sur le sol. Le soubassement mesure 2"". 68 do
hauteur, l'élévation totale du sanctuaire , jusqu'au sommet du fron-
ton, devait être d'environ 10'", 50. Quatre colonnes corinthiennes
non cannelées constituaient la façade, éloignée de 5 mètres du
front de la cella. Ce front est orné à chaque exirémité d'un pi-
lastre. Il n'y avait pas de colonnes sur les côtés du pronaos :
on avait eu la hardiesse, comme le remarque Ravoisié, de pla-
cer là une plate-bande monolithe, longue d'environ 6 mètres,
qui allait, sans être soutenue par un troisième point d'a})pui, du
pilastre à la colonne d'angle. L'entablement était d'une décora-
tion très sobre. La frise portait une longue inscription, dont
des débris ont été découverts en avant du soubassement ', dédi-
cace de la rcspiihlica C[uiciilitanonnn] pour le salut, l'éternité
et les vict(^ires d'un empereur dont le nom a été martelé plus
tard; il y a des raisons de croire que ce prince était Elagabale
ou Alexandre-Sévère, (^uant au nom de la divinité à laquelle
ces vœux s'adressaient, il a disparu.
La cella mesurait, au dedans, D^jSO environ de largeur sur
13", 8) de i)rofondeur. « Le parement intérieur des parois, dit
<( Ravoisié, présente de grandes inégahtés et semble avoir été
(( revêtu d'un contre-mur en petits moellons, avec chauies eu
<( pierre, atin d'offrir des surfaces unies et propres à recevoir
1. Corpus, VIII, 8322 = '20138.
148 ■ LES MONUMEKTS ANTIQUES DE L ALGERIE
<( plus facilement une décoration, soit qu'on y ait appliqué des
(( stucs, soit qu'on y ait exécuté des peintiu-es. »
Dans cette même ville de Cuicul, un autre temple, Ijeaucoup
plus vaste (c'était peut-être un Capitole), n'ahiisséque quelques
vestiges '. La hauteur du soubassement était de 4", 50 environ,
la largeur du front de 19", 40. Six colonnes formaient la façade
du pronaos; il y en avait une autre sur chaque flanc, par der-
rière. On voit encore en place deux liases atliques, reposant
sur d'épais massifs en pierres de taille ; elles mesurent l'",63
décote. Dans l'intérieur du soubassement, il v avait trois longs
caveaux voûtés. — Çcà et là, apparaissent des arrachements
de murs, qui ont pu clore une aire de 82 mètres de large, sur
84 mètres de profondeur. Ravoisié a supposé que la façade de
cette cour était précédée de propylées : hypothèse qui aurait be-
soin d'être confirmée par des fouilles. Actuellement, les abords
du temple sont envahis par des broussailles, jonchés de dé-
combres de toute sorte ou cachés sous des masures.
Les ruines de Tigzirt, étudiées par Gavault, sont situées dans
le département d'Alger, sur lacxMe, à 20 kilomètres à l'est de
Dellys. A^ers le milieu de la ville romaine, on voit un curieux
petit temple, auquel il ne manque guère que les frontons*^ (plan,
fig. 44, d'après Gavault; vue, planche XXV).
La cour et le sanctuaire forment ensemble unrectangle, long
de 13"°, 75, large de 6", 40. L'autel s'élevait sans doute au
centre delà cour, que limitait un mur en pierres détaille, haut
d'environ 3 mètres^, ouvert seulement par devant. Au fond,
1. Ravoisié, I, p. 58, 39; pi. 45,46. Delamare, pi. !1P, fig. 2: pi. 104, fig. (i.
2. Revne de V Afrique française, 1886, pi. IX (à la p.l4:i). Gavault et Bour-
ller, Revne africaine, WX\, 1891, p. 6-12. La disposition de ce temple n'est
pas sans analogie avec celle de lacurie de Timgad (voir plus haut, fig. 36, lettre C).
3. Ce mur parait avoir été exhaussé plus tard.
TEMPLES
149
la cella occupe toute la largeur de renclos. Aucun prouaos ne
la précède, et on y entre directement, a])rès avoir franchi un
escalier de sept marches. Contrairement à Tusage ', elle re-
garde l'ouest. La salle est à peu près carrée : les dimensions
intérieures sont en effet de 5", 30
sur 5 mètres. La façade s'ouvre
entièrement sur la cour, mais
elle est partagée en trois haies par
deux colonnes, à fût monolithe
et à chapiteau d'ordre com-
posite (un oiseau, aux ailes
éployées, y est sculpté). Ces co-
lonnes soutiennent un mur plein,
dont une des pierres, placée
jadis au-dessus de la haie cen-
trale, portait la dédicace du
temple'-. L'inscription nous ap-
prend que, sous le règne de
Septime-Sévère, vers le déhut
du uf siècle, C. Julius Félix,
personnage important du lieu,
fit raser sa maison, déjà vieille,
et construire à la place un
temple au Génie du municipe
de Rusuccuru. A 2 mètres et à 2"', 50 au-dessus des colonnes,
la partie supérieure des murs de la cella offrait deux cor-
Fi(
Temple de Tigzirt.
1. On sait que les temples païens étaient, en règle générale, tournés vers
l'est. Mais il faut ajouter que les exceptions à cette règle ne sont pas très
rares. Par exemple, à Lauibèse, le temple voisin du Gapilole est orienté au
nord; à Djemila, le temple du forum, au nord-ouest.
2. Corpus, VIII, 839j.
150 LES MONLMENTS ANTIQUES DE l'aLGÉIUE
niches superposées, qui enfermaient une sorte de frise compre-
nant deux assises de pierres'. La statue du Génie décorait évi-
demment l'intérieur de la salle, quoiqu'on n'en ait pas même
retrouvé le piédestal. Par contre, on a découvert, près de
Tescalier, les bases de deux statues, qui devaient être placées,
soit dans la cella, soit dans la cour. L'une de ces statues
représentait le donateur, l'autre sa femme.
Il convient de remarquer que l'un des côtés longs de l'enclos
est en partie formé par unnuu- qui semble être plus ancieu que
le reste du monument: il ajjpartenait peut-être à la maison de
ce Julius Félix, qui aura jugé à propos de l'utiliser dans la
construction du sanctuaire^.
A Ksar Mahidjilja, bourg romaiu distant d'une vingtaine de
kilomètres de Constantine au sud-est, se dresse aussi un petit
temple, encore assez bien conservé'^ (planche XXVI). Ravoisié,
qui l'a étudié, l'a pris à tort pour un poste militaire. Il repose sur
un soubassement à légère saillie, qui, par derrière, comprend au
moins cinq assises ^. Le pronaos mesurait environ 3™, 50 de profon-
deur; les colonnes qui devaientl'ornerontdisparu. La cella, dont
la porte regarde l'orient, a 5™, 75 de long sur5",15 de large. Les
parois, à peu près intactes, atteignent une hauteur de 7 mètres;
elles sont surmontées d'une corniche, dont le dessus est creusé
d'entailles, oh s'inséraient les fermes de la ti)iture. Les fron-
tons manquent. Plus tard, très probablement à l'époque bvzan-
1. La corniche supérieure n'est plus en place ; on en a retrouvé des frag-
ments à terre.
2. L'inscription dit pourtant : «deposila ad solum domo sua re/er/ ».
3. Ravoisié, I, p. 77; pi. 6.j, 66. Delamare, pi. 162. Cherbonneau, Annuaire
de Conslantine, 1854-5, p. 153. Playfair, Travels, p. 43-44.
4. Le bas est enterré. Ce temple est construit sur une pente s'inclinant de
l'est à l'ouest : il est donc probable que le soubassement est moins élevé par
devant (à l'est) que par derrière.
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TEMPLES loi
tiiio, ce sanctuaire fut encastré dans une enceinte défensive et
l'on en remania la partie antérieure. Les Araljes l'appellent le
Château Enchanté (Ksar Mahidjiba) et justifient ce nom i)ai'
diverses légendes, qu'il est superllu de rapporter ici.
Dans la région de Tébessa, au lieu dit Gaga ou Henchir
Harnacha, près du village de Youks, on trouve un édifice rec-
tangulaire', qui pourrait bien être un petit temple. Il faut dire
pourtant que cela n'est pas certain et que nous avons le droit
(tenons demander s'il ne s'agit pas d'un grand mausolée"^. Le
monument a 8 mètres de large, sur 12°, 95 de long. Toutes ses
faces sont décorées de pilastres corinthiens, au nombre de douze,
dont quatre à double front, aux angles. Ils reposent sur un
soubassement, haut d'un mètre au moins. Dans le feuillage do
chaque chapiteau, est figuré un vase ii deux anses, d'oii
s'échappent soit des ceps avec deux grappes de raisin^, soit
des épis, entremêlés parfois de pavots. Les pilastres, avec
leurs chapiteaux et leurs bases, mesurent S"", 80 de hauteur. Au-
dessus règne un entablement, large de l'",12 : il comprend une
architrave dont le bandeau offre des moulures formant cadre,
une frise lisse, enfin une corniche. Par devant et par derrière,
il y avait sans d )uto des frontons, qui ne sont plus en place.
L'entrée, large de 2°, 20, regarde le sud-est; elle était encadrée
par des montants et un linteau moulurés. Cet édifice est d'un
joli aspect, quoique la construction soit assez médiocre et ne
semble pas indiquer une date antérieure à la seconde moitié
du III" siècle. Il n'a pas été déblayé; on recueillerait probable-
ment, dans les décombres qui l'emljarrassent, tous les éléments
nécessaires à une restauration complète.
1. DeBosredon, Rec. de Consl., XVIII, 1876-7. p. 402-3.
2. Comme le pense Masqneray, Revue africaine, XXlll, 18*9, p. 80.
3. Ce motif n'indique nullement que l'eilifice soit chrétien.
d52 LES MONUMENTS ANTIQUES DE L ALGÉRIE
Nous terminerons ici notre revue des temples romains de
l'Algérie. On voit que certains d'entre eux présentent des dis-
positions qui ne sont point banales : cette remarque s'applique
en particulier au temple de Tébessa, à celui de Tigzirt, au
sanctuaire d'Esculape et au Capitole de Lambèse.
Il suffira de mentionner en note les temples qui ont été dé-
truits depuis l'occupation française, ou qui n'offrent que des ves-
tiges trop peu importants pour pouvoir être étudiés avec fruit ^
1. 1° Announa. Grand temple, dans la partie sud-est de la ville. Il n'enreste
que le soubassement, long de 23 mètres, large de 15"", 50 ; un certain nombre
de caveaux y sont ménagés. Ces substructions ont été remaniées à une basse
époque. On trouve au même endroit quelques fragments architecturaux, qui
ont appartenu au sanctuaire : bases corinthiennes de l'",.30 de côté; tam-
bours de colonnes, de O^jSO à 0",90 de diamètre; deux chapiteaux composites
de bon style, hauts de 0"',98. Ravoisié, 11, p. l'-i, pi. 47. Poulie, Rec. de
Constantine, XXVI, 1890-1. p. 346-8. Bernelle, ib'uL, XXVII, 1892, p. 108-110.
2° Cherchel. Édifice d'ordre corinthien, qui était peut-être un temple, en
arrière de l'esplanade. Il en subsiste de beaux débris en marbre: chapiteaux,
morceaux d'entablement, masques colossaux, etc. Ce monument paraît avoir
été construit aux environs de l'ère chrétienne, peut-être sous Juba II. Revue
africaine, III, 18o8-9, p. loo-7. De Veraeuil et Bugnot, ibicL, XIV, 1870, p. 139.
Gauckler, Musée de Cherchel, p. 42, 52. Gsell, Guide archéologique des envi-
rons d'Alger, p. .'52.
3° Cherchel. Soubassement d'un grand temple périptère, dans le quartier
occidental de Caesarea. Les colonnes, en pierre, étaient formées de plusieurs
•tambours.
4° Conslantine. A la Casba, emplacement du Capitole romain, il y avait
deux temples périptères, dont le bas seul subsistait en 1837. L'un mesurait
34™,o0 de large sur 43 de long, et il devait atteindre une hauteur de près de
34 mètres. L'autre avait 20'°. 90 de large et 33'", 90 de long. Ravoisié, I, p. 29-30,
31 ; pi. 6 et 8. Delamare, pi. 119. Cagnat, Timgad, p. 162. Le plan de ces deux
temples se trouve reproduit sur notre figure 80.
5° Lambèse. A la source d'Aïn Drinn, il ne subsiste presque plus rien du
temple de Neptune, édifice dont Renier et Delamare avaient vu des débris
importants. Wilmanns, Bull, des antiquités africaines, 1, 1882-1883, p. 192-193.
Recueil de Constantine, XXIII, 1883-4, p. 205. Cagnat, Guide de Lainbèse,
p. 60-61. Cor/JHs, VI II, p. 315, n" 26o2-20o6. Voiren particulier les numéros 2654
et 2656, qui donnent des détails sur l'architecture du sanctuaire : 1° (2654,
inscription de l'année 174) « [por]ticus et a7ï[tas] et propyla cum v[estibulo]... »
— 2° (2656, fin du iv° siècle) «aedem fontis cum porti[cii] ad faciem pristi-
nam orn[alam]... »
6° Mdaourouch. A 300 mètres environ au sud-ouest du fort byzantin,
TEMPLES 153
M.Toussaint a dégagé quelques vestiges d'un temple, qu'il serait intéressant de
fouiller : restes d'un autel, qui avait l'°,6() de largeur, fragments de corniches,
chapiteau de pilastre corinthien, statue de femme sans tête ni bras (Gérés?),
deux bas-reliefs représentantdescanéphores; ces figures sontdesplus barbares.
7° Philipjteville. Sur l'emplacement qu'occupe le théâtre moderne, on a
trouvé les fondations d'un vaste temple. Elles renferment une série de ca-
veaux voûtés, dont la disposition semble indiciuer une cella à trois com-
partiments : il est donc possible que ce sanctuaire ait été un Capitole.
Ravoisié, H, pi. i9. Delamare, pi. 3'i-3o (vers le milieu, mais à gauche).
Renier, Archives des Missions, III, 1834, p. 318 (qui croit qu'il y avait là une
basilique). Fenech, Histoire de l'hilippeoille, p. 28-29 (qui y voit des thermes).
Vars, liusicade el Stora, p. .jO et 90.
8° Port Gueydon (ou Àzeffoun). En ce lieu. Vigneral {Ruines romaines de
la Kabijlie du Djurdjura. p. 70 et pi. XII) a cru reconnaître un temple dans
un édifice orné de colonnes et pavé en mosaïque.
9° Sélif. Un soubassement et quelques bases de colonnes, qui avaient
peut-être fait partie d'un temple de Diane, ont été détruits depuis de longues
années. Ravoisié, I, p. 71, pi. 58. Duboys, au Corpws, p. 972 (addition au n" 8430).
10° Soitr Djoiiab. Dans le quartier oriental s'élevait un édifice important,
qu'ornaient des colonnes monolithes de 4 mètres de hauteur. Il a été remanié
aune époque tardive. Tout près de là, gissent les débris de deux statues;
l'une représentait Jupiter assis, tenant le foudre; l'autre. Minerve. Il y avait
probablement en cet endroit un Gapilole. Ghabassière, lievtie africaine, XIII^
1869, p. 436 et pi. IV.
11° Tébessa. Dans la partie sud de la ville actuelle, on voit une muraille,
d'excellente construction, qui se dresse à 4™, 30 au-dessus du sol actuel et se
poursuit pendant une soixantaine de mètres. Elle est couronnée d'une cor-
niche. Est-ce le reste d'un grand temple, comme on l'a supposé? 11 faudrait,
en ce cas, y voir la clôture de la cour du sanctuaire. MoU, Annuaire de
Conslantine, 1838-9, p. 78 (il croit que c'était un palais). Héron de Villefosse,
le Tour du Monde, 1880, II, p. 18.
12° Zana. Temple, au sud-est de la ville. On a retrouvé quelques frag-
ments d'architecture appartenant au sanctuaire (fleurons, buste de Diane entre
des trigh'phes). La porte qui donnait accès à la cour est encore debout ; nous
en parlerons au chapitre suivant. L'inscription de l'attique, aujourd'hui fort
mutilée, mentionne des travaux faits dans le temple : ... « pronaum, por-
ticu[7n, ciim columni]s el epislilis...» (C. /. L., 4583 = 18647). Voir Graillot et
Gsell, Mélanges de l'École de Rome, XIV, 1894, p. 340.
Pour des temples de Tipasa et de Khamissa, voir plus haut, p. 55, n° 1, et
p. 61. — Je laisse de côté des ruines que divers auteurs ont qualifiées de
temples, sans motif plausible. 11 me paraît également inutile d'énumérer les
sanctuaires antiques de l'Algériequi ne nous sont connus i|ue par des inscrip-
tions; je ne citerai ici que quelques textes donnant des détails intéressants au
point de vue de l'architecture :
l'' Au maie. Temple de Sa urne. Co;'/3i/s, VIII, 9323 : « Satumo... lemplum
opère signin[o]...»
2' Cherchel. Temple d'Esculape. Corpus, 9320 (inscription mutilée) :
15i LES MONUMENTS ANTIQUES DE L ALGÉRIE
« ... [pro]nao, lacu, arb{oribus), )narmorib[us), slatuiset omni oin[atii]... cutn
colutnnis, etc. »
3° Kherbel Guidra (Serlei). Temple de Saturne, restauré en 2i7. Corpus,
8826: «... lempliim simiil cum area et aras restituit, elc.»
4° Lambèse. Temp[e de Minerve. Corpus, 2047 : «Minervoe Aujusiae lenipltnn
el sirjnum niunini dus cum base... reslituerutif, elc.»
5" Lambèse. Temple d'Isis et de Sérapis. Corpus, 2630 = 18100 (inscription
de l'année 1.58) : «[L. M]aluccius Fuscimis,lefj{atus) Auf/[usli) [pr{o)p]r{aelore),
aedem .., ab anlecessoribus [suis ijjislilutam, exallalam el adieclo pronao per
le(j[lonem) m Auq[ustam), [columni]s sua pecunia positis, exornavil. »
6° Philippeville. Temple de Bellone. Corpus, 7037 : « lemplum cum omnibus
ornamenlisel picfura... renovavil. »
7" Tigzirf. Temple de Saturne. Couiptes Rendus de l'Académie des Inscrip-
lions, 1894, p. 264 : « Pro ornamento templi Dei Invicli Fruçjiferi alsuplendam
[plorlicu'^m) novam... »
8° Zana. Gsell, Recherches archéol. en Alr/érie, p. 19i, n° 203 : «... [p] ronaum
cum columnis [pic]fura parietum et porlicu... »
CHAPITRE V
ARCS DE TRIOMPHE. PORTES MONUMENTALES
L'Afrique sei)tentrionale est la partie do TEnipire romain
où il y a le plus grand nombre de ces monuments qu'on
appelle en général arcs de triomphe. Ils pourraient être classés
en deux séries : ceux qui faisaient partie d'une enceinte (mur
de ville, clôture de temple ou de place), dunt ils constituaient
l'entrée ; ceux (pu se dressaient isolés sur des places ou sur des
voies. Quelques archéologues voudraient réserver à ces derniers
Tappellation d'arc de triomphe, et donner aux autres le nom de
])orte monumentale. Mais les anciens ne paraissent pas avoir
fait cette distinction d'une manière rigoureuse. La porte de
Caracalla, élevée à l'entrée du forum de Cuicul, se soudait
sans doute, de chaque côté, à d'autres constructions ;
cependant, l'inscription encore en place sur l'attique la qua-
lifie d'arcus triumphalis. D'ailleurs, au point de vue architec-
tural, il n'y a pas de différence essentielle entre les arcs iso-
lés et les autres : si, dans ceux-ci, la partie postérieure était
quelquefois moins ornée, si quelques moulures de retour man-
quaient sur les flancs, les façades de ces deux catégories de
monuments étaient conçues d'après les mômes principes. Nous
ne les séparerons donc pas dans notre étude.
156
LES MONUMENTS ANTIQUES DE l'aLGÉRIE
ARCS A UNE BAIE
Le type le plus simple comporte deux pieds-droits, carrés ou
rectangulaires, sans autre décoration qu'une base moulurée
et une corniche placée à l'imposte de l'arcade. Un entablement
passe au-dessus de la baie et fait le tour de l'édifice. Il est
surmonté d'un attique.
Telle est la disposition de la porte dite El Gouassa (l'arc),
qui se dresse à l'extrémité sud-est des ruines de T/n/hursicitf)i,
FiG. 4.'j. — Porte de Rhaiiiissa.
sur la voie romaine de Tipasa^ (plan, fùj. 45; vue, planche
XXVII). Elle est assez bien conservée et atteint encore une
hauteur d'environ m êtres ; cei)en<lant l'entablement et
l'attique man(iuent. La baie mesure 4 mètres d'ouverture, les
pieds-droits 2°', 10 de long sur 1™,85 de large. L'arcade ne
présente point d'archivolte. La construction n'appartient pas à
|Une bonne époque, les moulures de l'imposte sont d'un profil
ipeu correct: cette porte pourrait bien ne pas être antérieure
uu IV" siècle.
1. Chabassière, Bec. de Constantine, X, 1866, pi. XIl, fig. 4. Robert, ibid.^
XXXIII, 1899, p 2i3 et pi. III de Tarticle.
i-^dt-
"^^"Th:
n
V^-.t^4-
.f' 1*^
^>'
ARCS DE TRIOMPHE. PORTES MONLMENTALES
137
La porto placée à rentrée de l'enceinte d'un temple de Zana'
est de môme type, mais plus petite (plan, fujA(S\ vue, planche
XXVIII). L'ouverture na que 2°", 50 de largeur; elle pouvait
être fermée, car on distingue encore par derrière les trous
pour les gonds des vantaux. Les pieds-droits mesurent l"",'!-?
de long sur 0",78 de large. Des archivoltes bordent le
cintre. Les parties supérieures sont aujourd'hui détruites ; Tat-
tique portait une inscription dont des débris gisent au
pied de l'arc - : c'était une dédicace gravée par les soins d'un
certain Saturio, magistrat municipal, qui restaura le sanctuaire.
■■■
FiG. 46. — Porte de Zana.
A Henchir Kissa, ruine située à 10 kilomètres au nord de
Tébessa, se trouve une porte, enterrée jusqu'à la naissance de
l'arcade^ (planche XXIX). Les pieds-droits, longs de l'",10,
larges de 0'",43, encadrent une baie de 2'",40 d'ouverture.
L'arcade est dépourvue d'archivolte, et, au-dessus, il n'y a
qu'une corniche, au lieu d'un entablement complet. On voit
encore en place la plus grande partie de l'attique, qui consiste
simplement en deux assises de pierres de taille, sans mou-
lures. Cette porte n'était pas isolée ; peut-être représente-t-elle
1. Guyon, Voijaye cVAlger aux Ziban, dernière planche (vue inexacte).
Renier, Mélanges d'épigraphie, p. 186-189. Graiilot et Gsell, Mélanges de
l'École française de Rome, XIV, 1894, p. 538-541.
2. Corpus, VIII, 4385 = 18647. Conf. plus haut, p. 15.3, n" 12.
3. Girol, liée, de Constanline, X, 1866, p. 217. Gsell, i/jtd., XXXIl, 1898,
p. 288.
\o8 LES MONUMENTS ANTIQUES DE l'aLGÉRIE
l'entive (rune place ou d'une aire de temple, A Tépoque
byzantine, elle fut incorporée dans une grossière muraille.
Les monuments d'une décoration aussi sobre sont assez rares
en Algérie. On compte, au contraire, un grand nombre d'arcs
ornés de pilastres.
Dans le (piartier oriental d'Anuouna, se voient les ruines d'une
porte' (planche XXX), dont les deux flancs semblent bien avoir
été rattachés à des murs - ; elle faisait donc partie d'une enceinte.
Le côté droit (au nord) est encore en assez bon état, mais il ne
subsiste plus que le bas du massif de gauche ; l'arcade s'est
écroulée presque tout entière. La baie a 4", 20 de large. Chaque
pied-droit offre, par devant comme par derrière, deux petits
pilastres corinthiens non cannelés, qui garnissent la paroi entre
la moulure de la base et la corniche de l'imposte. Le cintre est
bordé d'archivoltes. L'entablement conqiorte une architrave ;i
trois bandes, une frise unie, formée d'une seule assise de
pierres, enfin une corniche. 11 ne reste rien de l'attique. Les
moulures et les chapiteaux, à feuilles non découpées, sont d'une
exécution négligée et sans élégance ; l'aspect général de ce
monument devait être assez lourd. Nous ne pensons pas qu'il soit
antérieur au m" siècle.
Le plus souvent, les pilastres qui décorent les arcs sont de
dimensionsbeaucou}) plus grandes quedans cetteported'Announa.
Ils coupent les impostes ^ et atteignent l'entablement qui passe
au-dessus de la baie.
A Marcouna (autrefois Verecumla), lieu distant de 3 kilo-
1. Ravoisié, II. p. 13, pi. 12-14. Delamare, Revue archéoloçjirjue, VI, 1819,
p. n. Id., Exploration, pi. 164, fig. 8, 13-16; pi. 166, fig. 1.
2. Ravoisié croit que cette porte était isolée.
3. Souvent, les corniches d'imposte ne font pas le tour des pieds-droits;
elles cessent à la rencontre des pilastres qui flanquent la baie.
ARCS DE TRIOMPHE. PORTES MOMMEKTALES
159
mètres do Lambèse, se drossent deux arcs, construits l'un et
l'autre SOUS Marc-Aiu\do '. Le premier, au nord-ost dos ruines,
était jeté sur la route qui, partant du camp do la légion, se
dirigeait vorsTliamugadi et Thevesto ; le second, au sud-ouest,
sur la voie qui sortait de la ville de Lambèse et allait rejoindre
la route du camp, à proximité du premier arc. L'arc du nord-
est sera décrit plus loin. Quant à l'autre (plan, fuj. 47; vue,
ficj . 48), il est décoré sur chaque face de deux grands pilastres,
llanquant la baie. Les chapiteaux, d'ordre corinthien, no sont
Fki. 47. — Arc de Marcouna.
})lns en place'. L'arcade, entourée d'une archivolte, est
demeurée intacte, mais les parties supérieures ont presque
entièrement disparu. Quelques fragments des inscriptions que
portaient les deux faces do l'attique ont été retrouvés à terre '.
Ils nous font savoir que ce monument fut dédié àMarc-Aurèleet
Lucius Verus par la respuhlica Verecumlcnsium^ en l'an 162
de notre ère ; à cette date, D. Fonteius Frontinianus était légat
des empereurs en Numiche.
Une des deux jjortes que l'on rencontre dans la partie orientale
de la ville romaine de Landjèse, précisément sur la route de Yero-
cunda, est d'un type analogue (planche XXXI) ; mais chaque face
1. Rec. deCoiislanluie, XXIll, 1S83-4, p. 20-2.
2. L'un d'eux gît au pied de l'arc.
3. Corpus, 4206-= 18510; IS-jH.
160 LES MONUME.NTS ANTIQUES DE l'aLGÉRIE
offre quatre pilastres, au lieu de deux '. Ce monument est aujour-
d'hui fort ruiné. Cependant l'arcade subsiste. Elle est bordée
d'archivoltes assez simples, et la clef offre, de chaque côté, un
buste en relief : l'un représente une femme tourelée, l'autre
n'est plus distinct. 11}^ a aussi des sculptm^es sur l'intrados de
cette clef, mais elles sont très effacées : on ne reconnaît
avec certitude qu'un glaive dans son fourreau. A la hauteur de
l'imposte, des consoles font saillie en avant des pilastres les
plus voisins de la baie. Les autres pilastres ont pu présenter la
même disposition : ils ne se sont pas conservés juscpi'à cette
hauteur. Peut-être ces consoles portaient-elles des colonnettes,
flanquant des niches ménagées entre les pilastres (conf. les
niches de l'arc dont nous allons parler). Parmi les décombres
jonchant le sol, on a recueilli plusieurs morceaux des deux dédi-
caces qui ornaient l'attique ; d'après le témoignage de ces ins-
criptions, l'arc fut élevé sous l'empereur Commode parla légion
III Aiigitsta, dont M. Valerius Maximianus était alors le chef-.
Il y a à Lambèse un autre arc, assez bien conservé, à
peu près semblalde et de même époque-^ (plan, fiy. 49;
vue, planche XXXII). 11 est jeté sur la route qui sortait
■de la porte orientale du camp et menait à Yerecunda.
Les pilastres accouplés qui s'élèvent à droite et à gauche de la
baie, sur chaque face, encadrent des niches cintrées, dont le
bas se trouve au niveau de l'imposte, c'est-à-dire à 4 mètres
onviron du sol. L'arcade est décorée d'archivoltes. Il ne
1. Delamare, Recherches sur Lambèse, p. 30. Rec. de Conslanline, XXIII,
1883-4, p. 202. Gagnât, Guide de Lambèse, p. 60. La largeur totale de l'arc est
•de 9'", 69, celle de la baie de S", 77. L'épaisseur des pieds-droits est de 1"',20
(saillie des pilastres non couiprise).
2. Corpus, VIII, 2698 et 18247.
3. Rec. de Constantine, XXIII, 1883-i, p. 101. Gagnât, l. c, p. 48. Ballu,
Jébessa, Lambèse, Timgad, fig. 16.
PI. XXXII
A. Fontemoing, Èdit., Paris
Pliototypie Berthaud, Paris
Arc de Commode a Lambèse
ARCS DE TKIOMPHE. PORTES MONUMENTALES
101
\\
162
LES MOiNUMEjNTS ANTIQUES DE l' ALGÉRIE
reste plus qu'une partie assez minime de l'entablement. Sur
l'attique, dont aucune pierre n'est plus en place, deux inscrip-
tions ^ rappelaient que l'arc fut construit sous Commode, aux
frais d'un ancien officier de la troisième légion, conseiller
municipal de la colonie de Thamugadi.
Quelquefois, des colonnes engagées remplacent une partie des
pilastres. Tel est le cas pour la porte qui se trouve à l'entrée de
la ville de Timgad, au nord- [fig. 50, d'après le plan levé parle
Service des monuments historiques). Il ne subsiste que le bas
de cet édifice, mais on reconnaît que, par devant comme
Fig. 49. — Arc de Commode, à Lambèse.
par derrière, la baie était flanquée de deux demi-colonnes et de
deux pilastres, d'ordre corinthien. Des fragments d'une inscrip-
tion, qui figurait sans doute sur une des faces de l'attique, per-
mettent de supposer que l'arc fut achevé ou restauré sous An-
tonin le Pieux, en 149. Peut-être fut-il commencé sous Trajan:
une autre inscription, qui parait avoir été gravée sur le côté
opposé, commémore la fondation de Thamugadi par ce prince.
Deux trous, visibles de chaque côté de la baie, indicpient l'em-
placement des pivots des deux vantaux qui pouvaient fermer
l'ouverture, large de 3'°,50^. Les pieds-droits étaient évidés
1. Corjius, 2699 = 18112 ; 2700 — 18246.
2. Bœswillwald, Gagnât et Ballu, Thmjad, p. 124-130. Ballii, les Ruines de
Timgad, p. 109-111.
3. Il est bon de remarquer que la baie n'était pas surmontée d'une voûte
continue en berceau, mais d'un plafond, bordé de chaque côté par une arcade
AHCS DE TRIOMPHE. PORTES MONUMENTALES
103
et les deux pièces rectangulaires ainsi formées servaient proba-
blement de corps de garde.
De cette porte, une rue mène directement à l'entrée prin-
cipale du forum. Là aussi s'élevait un arc, en façade sur le
decumanm maximusK Sur le front, chacun des pieds-droits
était rehaussé d'une colonne engagée et d'un pilastre : disposi-
tion semblable à celle des deux faces du monument qui vient
Fk;. 50.
1 a 3 4 5
— Porte du nord, à Tiiiigad.
d'être décrit. Par derrière s'étendait un palier, avec deux
entrées latérales, llanquées de pilastres.
Nous allons maintenant décrire une série d'arcs à une seule
ouverture, d'un type très usité en Afrique. Les pilastres qui dé-
corent les pieds-droits y sont précédés de colonnes, entièrement
dégagées. Pilastre et colonne reposent sur un piédestal élevé,
muni d'une base et d'un couronnement moulurés. Ils portent
qui reposait sur deux petits pieds-droits se faisant vis-à-vis à l'entrée du pas-
sage. La même disposition se retrouve aux trois baies de l'arc de Trajan à
Timgad, de l'arc de Macrin cà Zana, de celui de Septime-Sévère à Lambèse,
d'un autre arc de cette ville, situé à l'est du Capitole. Ailleurs, la baie, étant
peu profonde, est, comme il est naturel, surmontée d'une simple arcade.
1. Bœswillwald, Gagnât, Ballu, l. c, p. 18. Ballu, /. c, p. 101.
164 LES MONUMENTS ANTIQUES DE l' ALGÉRIE
un entablement; celui-ci se décroche de rental)lement qui
passe au-dessus de la baie et qui fait le tour de l'édifice.
A ce type ai)partonait un arc fort élégant deConstantine, qui
était en assez bon état il y a soixante ans et qu'on a détruit sans
nécessité'. La baie, large de 5"", 75, était tlanqiiée, sur l'une et
l'autre face, de deux pilastres corinthiens, précédés de deux
colonnes-. Des inscriptions '"^ prouvent que cet arc triomphal''^
fut élevé vers le début du m" siècle, par les soins d'un magis-
trat de Ciria, M. Caocilius Natalis, peut-être identique au
Caecilius Natalis qui est un des interlocuteurs du célèbre dia-
logue chrétien de Minucius Félix.
Un arc analogue se dresse, encore presque intact, au milieu
des ruines de Zana'"^ (plan, fig. 51 ; vue, planche XXXIII).
Il y manque toutefois la plupart des blocs qui constituaient
l'attique, ainsi que les deux colonnes de la face orientale :
elles furent, dit-on, transportées à Constantino au xviii''
siècle. A droite et à gauche de l'arcade, chaque face est
ornée d'un pilastre corinthien et d'une colonne monolithe
de même ordre, s'élevant sur un piédestal commun, de
2"", 25 de hauteur. L'arcade, dont le diamètre est de 4", 50,
repose sur deux impostes qui ressemblent à des chapiteaux de
pilastre et qui sont d'un style surchargé (méandres, suite d'oves
1. Ravoisié, I, p. 19 et 35, pL 17-18. Delamare, pi. 123, fig. 2-7, et 124, fig. 1.
2. Les colonnes, ainsi que l'entablement et l'attique, manquaient déjà lors
de la conquête de Constantine.
3. Corpus, VIII, 7094 = 19434 (qui a dii décorer la façade de l'arc) ; 7095-
7098 (pierres placées dans le voisinage imniéiliat de l'arc). Doublet et Gauck-
1er, Musée de Constantine, pi. II, fig. 2.
4. «/lc('«s tviinnphalis cum statua aerea Viiiutis domini n{osli'ï) Antonini
Aufjusti. »
5. Renier, Mélanges d'épigraphie, p. 189-190 et planche à la fin du volume.
Duruy, Histoire des Romains, VI, p. 273. Revue de l'Afrique française, 1886,
pi. VI (à la p. 71). Graillot et Gsell, Mélanges de VÉcole française de Rome,
XIV, 189'<, p. 533-537, pi. XII et XIII.
PI. XXXIII
A. l'ontciuoi]!;;, Edit., Paris
Phoiotvpie bcrtliaud, l'aria
Arc de Zana
ARCS DE TRIOMPHE. PORTES MONUMENTALES
16c
et, au dessous, deux rangées de feuilles). La décoration des
archivoltes est aussi assez riche (rangées de j)erles et de rais
de cœur). L'intrados présente des rosaces, des fleurons et des
hou(|uets de feuilles de vigne, répartis dans des caissons; au
centre, est sculptée une figure de Diane, la déesse protectrice
de Diana Veteranoram. Dans l'entablement, la frise, à profil
convexe, ressemble à un long boudin, la corniche est très sail-
lante. Le monument complet devait atteindre 9", 50 de hauteur.
Aux al)ords, on a recueilli plusieurs fragments de deux
Vu,. ,")1. — Arc de Z.in.i.
longues inscriptions', qui remplissaient peut-être les faces de
l'attique. C'étaient deux dédicaces, parfaitement identiques, en
l'honneur de Marc-Aurèle et de Lucius A'erus. Elles attestent
que l'édifice auquel elles se rapportent fut fait en l'année 165,
aux frais de la commune de Diana; à cette date, le légat de
Numidie était C. Maesius Picatianus.
L'arc que l'on voit au nord-est des ruines de Marcouna' est
d'une architecture un peu plus comphquée (plan,/^"y. 52; vue,
1. Corpm, VIII, 4o9l et 4592. Gsell, Recherches archéologiques en Alfjérie,
p. 191, n"'' 197-8.
2. Delamare, Recherches sur Lambèse, p. .jo. Revue de VAfricjue française,
1886, pi. VIII (à la p. 78). Graef, apud Bauraeister, Denkmiiler des klassischen
Altertums, III. p. 1870 et 1890.
166
LES MONUMENTS ANTIQUES DE l'aLGÉKIE
planche XXXIV). La baie, large de 3", 62, est flanquée, sur
chaque face, à droite et à gauche, d'un pilastre que précédait
une colonne ; plus loin, un simple pilastre fait saillie h l'extré-
FiG. 52. — Arc de Marcouna.
mité du pied-droit. Les colonnes ont disparu; l'arcade, déco-
rée d'archivoltes, subsiste, ainsi qu'une portion de l'entable-
ment et de l'attique. La frise est relativement élevée et se
[r^vrTrT]
^^
■■
II
7^^:-!
k^J.
I-'ici. 33. — Arc d'Announa.
compose de deux assises de pierres. L'attique montre encore
une bonne partie de deux dédicaces à Marc Aurële par la
respublica Verecundensiwn^. La date indiquée correspond à
l'année 172 de notre ère : l'empereur était alors représenté
1. Corpus, YllI, 4209 — 1849"! et 4210 =18498.
PI. XXXIV
A. hontemoing, Edit., Paris f'hotoi\pie Berthaud. Pans
Arc de Marcouka
PI. XXXVI
A. Fontemoing, Édit., Paris
Phototypie Berthaud, Paris
Arc de Djemila
ARCS DE TRIOMPHE, PORTES MONUMENTAI^ES 167
en Niimidie par le légat M. Aemilius Macer Saturninus. La
baie pouvait être fermée, comaie rindiquent des mortaises
creusées de chaque côté de l'ouverture.
A Annouua, Tare qui s'élève dans la partie haute de la ville,
peut-être à l'entrée du forum', offre une disposition dont on
trouve d'autres exemples dans l'Afrique septentrionale
(plan, fi(i. 53; vue, planche XXXV). Par devant comme par
derrière, l'ouverture, large de 4™, 16, est flanquée de deux
couples de pilastres, précédés de deux couples de colonnes'^.
Les chapiteaux, d'ordre corinthien, sont médiocrement
exécutés, ainsi que les moulures; cependant, les proportions
du monument ne manquent pas d'élégance. L'arcade, bordée
d'archivoltes, est en assez bon état; mais il ne reste de
l'entablement qu'une partie de l'architrave (à trois bandeaux)
et de la frise. Quant à l'attique, il est entièrement détruit. Des
fouilles au pied de ce monument amèneraient sans doute
la découverte de la dédicace.
L'arc de Djemila-'^ (plan,^^. 54; vue, planche XXXVI) fut
vu par le duc d'Orléans en 1839, lors de l'expédition des
Portes de Fer. Le prince l'admira fort et songea à le faire
démonter pierre par pierre, pour le réédifier sur une place de
Paris, en souvenir des exploits de l'armée française d'Afrique.
Ce projet, d'ailleurs peu réalisable, fut vite abandonné, et la
porte romaine domine encore, de sa masse mal assurée, les
1. Berbrugger, Algérie hisforiqne, pittoresque et monumentale, province de
Constantine, planche à la page 22. Ravoisié, II, page 11-12, pi. 8-10. Delaraare,
Revue ar-iiéologique, VI, 18i9, p. 14. Id., Erploralion, pi. 164, fig. 9.
2. Ces colonnes ne sont plus en place. Plusieurs chapiteaux gisent à terre.
3. Nodier, Journal de Vexpédition des Portes de fer, p. 203-204, planche à la
p. 198. Ravoisié, I, p. 33-55, pi. 34-38. Delamare, pi. 101 et 104, fig. 4. Saladin,
Archives des Missions. S' série, XIII, p. 8'J, fig. 149. Normand, l'Ami des Monu-
ments, XII, 189S, p. 79.
168
LES MONLMENTS ANTIQUES DE l'aLGÉRIE
ruines de la colonie de Cuicul. On a dû, il y a quelques années,
lui faire subir un étayage provisoire, qui le défigure.
L'ornementation des deux faces est la même qu'à l'arc de
Thibilis.En outre, une niche semi-circulaire, cintrée au sommet,
est ménagée dans chaque pied-droit, sur les deux faces; des
moulures dont l'ensemble imite une coquille décorent les culs
de four. Ces quatre niches étaient évidemment destinées à
abriter des statues.
Selon l'usage, l'ordre que l'on a adopté est le corinthien. Les
FiG. 54. — Arc de Djeniila.
pilastres subsistent, les colonnes manquent. « Elles ont été cou-
« pées, dit Ravoisié, pour former les dés de plusieurs poteaux
« d'un hangar. » Les impostes de l'arc sont d'une décoration
plus riche que de coutume (oves, rangée de feuilles d'acanthe,
pirouettes, tresse). A l'est, l'archiA'olte est ornée, à chacune
de ses extrémités, d'une tête surmontée de feuillage. L'enta-
blement se compose d'une architrave à deux bandeaux, d'une
frise lisse, très étroite, etd'une corniche assez lourde ; lesdécro-
chements placés sur les pilastres et les colonnes se sont en partie
conservés. Chaque avant-corps était probablement couronné
d'un fronton, fait d'une seule pierre'. Le milieu de l'attiquo est
1 . On voit, au pied de l'arc, trois frontons complets et un morceau du quatrième.
ARCS DE TRIOMPHE. PORTES MONUMENTALES 169
encore en assez bon état : on y lit du côté du forum une dédi-
cace', rappelant que cet arc triomphal fut élevé par la com-
mune de Cuicul à Tempereur M. Aurelius Severus Antouinus
(Caracalla), à sa mère Julia Domna et au Divin Sévère, son
père. La date que donne l'inscription répond à l'an 216 après
Jésus-Christ. La hauteur totale de l'arcest do 12", 63, la largeur
de 10", 60, dont 4", 34 pour l'ouverture, sous laquelle passe une
voie dallée.
Sur un des flancs du monument (au nord), on remarque
l'amorce d'une arcade, avec le pied-droit qui la portait. L'archi-
tecte a donc eu l'intention d'établir en cet endroit une baie cin-
trée, afin de relier l'arc à quelque autre construction "-. Le flanc
opposé est de biais ; il n'étaitpasisolé : un mur venait s'appliquer
contre l'arc, avec lequel il formait un angle obtus.
La porte construite à l'entrée occidentale deThamugadi'^ res-
semblait aux deux précédentes, à en juger par la disposition
des assises inférieures qui, seules, sont demeurées en place.
Comme à la porte septentrionale de la ville, la baie pouvait
être fermée. Auprès, on a recueilli plusieurs fûts de colonne
cannelés, des chapiteaux corinthiens, d'autres débris de l'orne-
mentation, enfin quelques fragments d'une dédicace à Marc-
Aurèle et à Lucius Verus, qui figurait sur l'attique.
Un arc semblable, retrouvé à Tébessa^ est encore plus mal
conservé. On ne voit plus que le bas d'un des pieds-droits-', ser-
vant actuellement de socle à un monument commémorât if de
1. Corpus, VllI, 8321. Elle est gravée sur cinq dalles, dont quatre seulement
sont en place. Sur l'autre face, l'attique ne porte pas d'inscription.
2. Ravolsié croit pourtant que ce projet ne fut jamais mis à éxecution.
3. Bœswillwald, Gagnât et Ballu, Timgad, p. 130-133.
4. Dans le jardin des Zouaves, à 100 mètres environ de la porte de Cons-
tantine. Conf. Saladin, Archives des Missions, 3" série, XIII, p. 222.
5. On distingue la trace de l'autre pied-droit.
170
LES MONUMENTS ANTIQUES DE L ALGERIE
l'expédition de Tunisie. La route qui sortait de la ville romaine
pour se diriger vers Cirta passait sous la bnie, qui mesurait
4"", 05 de largeur.
Fui. 00.
Porte de MorsoU.
A ces arcs h double façade, nous joindrons deux grandes portes
dont le front seul présente le même agencement. La première
ARCS DE TRIOMPHE. PORTES MONUMENTALES 171
se trouve à Morsott, <à 32 kilomètres au nord de Tébessa ' (plan,
p,(j. 55). La baie est large de 3'",65'', elle n'est pas bordée
par une archivolte. De chaque côté de l'ouverture s'élèvent
deux pilastres, que précédaient deux colonnes, aujourd'hui dis-
parues. Contrairement à l'usage, ces deux couples reposaient
sur un piédestal unique, de 2", 90 de largeur. Une niche qua-
drangulaire, à sommet cintré, est ménagée entre les pilastres.
Le haut du monument est détruit. La partie postérieure n'offre
pas d'avant-corps. 11 est facile d'ailleurs de constater, en regar-
dant les flancs de cette porte, qu'elle n'était point isolée : elle
devait former l'entrée d'une enceinte, peut-être d'une clôture
de temple. Plus tard, on construisit par derrière un bâtiment en
pierres de taille, de 10 mètres de côté, pavé en mosaïque et
orné, au centre, d'un petit bassin carré.
L'autre porte forme le front du passage couvert qui donnait
accès, du côlé de l'est, à la grande cour de la basilique chré-
tienne de Tébessa'^ (elle sera reproduite dans le second volume
de cet ouvrage, planche LXXXVIII). L'arcade, haute sous la
clef de 7"°, 50 et bordée d'une archivolte, est encore en bon
état, mais toute la partie supérieure manque, ainsi que les
colonnes. Cette façade se soudait à des murs. Les construc-
tions dont elle faisait partie et que nous aurons à décrire au
livre III ne peuvent guère remonter au delà de la fin du
iv" siècle '\
1. Meationaée par Sériziat, Kec. de Constantlne, XII, 1868, p. i'il ; par
De Bosredoa, ihid.. XVIIt, 1876-7, p. 4i)9 ; par Ma3[ueray, Bull, ds corres-
pondance africaine, I, 1882-3, p. 323.
2. Oa y distingue très nettement, sur le dallage, les trous qui servaient à
assujettir les vantaux.
3. Rec. de Consfantine, XXX, 189û-6, planche à la page 22. Ballu, le Monas-
tère byzantin de Tébessa, p. 13; pi. H. IV (en bas), V (à gauche), XII (en bas).
4. Outre les arcs qui viennent d'être étudiés, j'en indiquerai encore plu-
172 LES MOiNLMENTS ANTIQUES DE L ALGÉRIE
ARC A DEUX BAIES
Le seul arc à deux baies Je 1" Algérie ' se voit à Announa-
(plan, fuj. 56, d'après Ravoisië ; vue, })lanclie XXXVIIj.
II ornait l'entrée méridionale de la ville. De ce point, une
grande voie dallée, se dirigeant du sud au nord, conduisait à
sieurs que je n'ai pas vus, mais qui sont brièvement mentionnés par des
archéologues :
1° A Oudjel (Uzelis), à 37 kilomèires à l'ouest de Constantine. Creuly,
Annuaire de Conslanline, 1853, p. 88. Cherbonneau, ibid., 18o4-o, p. 147.
Reboud et Goyt, Rec. de Conslantlne, XX, 1879-1880, p. lo.
2° A Mechta \ehar, à une trentaine de kilomètres au nord-ouest de Cons-
tantine. Cherbonneau, ibid., VII, 1863. p. 180. Reboud et Goyt, ibid.^W,
p. 68.
3° A El Gouléa {Arsacal), h une trentaine de kilomètres au sud-ouest de
Constantine. Restes d'un arc, dédié à Hadrien. Cherbonneau, Ann. de ro«s-
lanline, IS&O-l, p. 249. Co/-p«s, VIII, 6047.
4° A Lambiridi, au sud-ouest de Batna. Les deux pieds-droits (mesurant
2'",32sur 1"',25) ne paraissent pas avoir présenté d'avant-corps. La baie avait
3 mètres de largeur. Les restes de cette porte ne sont plus visibles aujourd'hui.
Luciani, Rec. de Constantine, XXIII, 1883-4, p. 116.
5° et 6" A Henchir Gouçat, dans la plaine du Garet, au sud est de Khen-
chela. Deux portes. L'une d'elles fut élevée au temps de Valens, Gratien et
Valentinien II. Masqueray, Revue africaine. XXII, 1878, p. 46S. Corpus, VIII,
10702 = 17616.
7° et 8° A Besseriani {Ad Majores), au sud-ouest de Tébessa. .\rc, dont les
pieds-droits présentent v de chaque côté un pilastre corinthien, qui supporte
« une corniche assez simple. La largeur de la porte est de 3".u0 entre les
« pieds-droits, soit 5 mètres entre les pilastres ; du sol à la clef de voûte, la
« hauteur est de 4 mètres (Baudot).» La partie supérieure offrait une dédi-
cace à Gallien et à Saloninus, de l'année 267. Des vestiges d'une autre porte
semblable et de même époque ont été signalés à Besseriani. Baudot, Recueil
de Constantine, XVII, 1875, p. 124-125. Masqueray, Revue africaine, XXIII,
1879, p. 74-75. Corpus, VllI, 2480 et 2481 = 17970.
La porte de Bougie citée par Graef, apud Baumeister, Denkmiiler des Idas-
sischen Altertums, III, p. 1889, n° 45 (d'après Delamare, pi. 2, en bas, à
gauche), a été construite par les Espagnols, au xvi^ siècle.
1. Conf. l'arc de Saintes, en France : Graef, apud Baumeister, /. c, p. 1881,
n'>29.
2. Berbrugger, Algérie historique, province de Constantine, pi. à la page 22.
Ravoisié, II, p. 10-11, pi. 5-7. Delamare, Revue archéologique, VI, 1849,
p. 18-19. Id., Exploration, pl. 164, fig. 7, 10-12; pi. 166, fig, 2.
ARCS DE TRIOMPHE. PORTES MONUMEMALES
173
la porte étudiée plus haut' et sans doute aussi au forum. Les
trois pieds-droits, de forme rectangulaire (2", 18x1 ",76), offrent
à chaque angle de petits pilastres cannelés, surmontés de cha-
piteaux corinthiens àfeuilles non découpées ; au dessus, régnaient
les impostes. Cette décoration rappelle celle d'une troisième
porte d'Announa, dont nous avons déjà parlé '^. Les Ijaics, bor-
dées d'archivoltes, ont 3 mètres de largeur. Le monument
Fi(i. oO. — Arc d'Announa.
est d'une facture assez négligée et aujourd'hui fort ruiné. L'une
des arcades est complètement détruite, les deux tiers de l'autre
manquent. Il ne reste qu'une petite partie de l'entablement
(architrave assez épaisse, frise très étroite, large corniche);
deux pierres seulement de l'attique demeurent en place. Une
des baies, celle de l'est, a servi de porte à une grande
enceinte, faite avec des matériaux de démolition, probablement
sous la domination byzantine.
1. Page 1H7.
2. Pacre l.JS.
174 LES MONUMENTS ANTIQUES DE l' ALGÉRIE
ARCS A TROIS BAIES
On trouve à Khamissa les ruines, fort enterrées, d'une porte
à trois baies, qui se dressait sans doute à l'entrée du forum'
(planche XXXVIII). Elle est d'une architecture très simple.
Les pieds-droits, qui mesurent 1",25 de côté, sont dépourvus
d'avant-corps et ne présentent que des corniches d'imposte.
L'ouverture centrale est large de 3", 40 et dépasse de O'^Jb
la hauteur des autres baies, lesquelles ont seulement 2", 35 de
largeur. La partie supérieure de ce monument s'est écroulée.
Il semble appartenir à une basse époque. Les Byzantins l'incor-
porèrent dans une muraille défensive.
Le plus célèbre des arcs de triomphe de l'Algérie est jeté
sur la rue principale de Timgad, à 120 mètres à l'ouest (hi
forum" (plan, //</. 57, d'après le plan levé par le Service des
monuments historiques ; vue prise antérieurement k la restau-
ration de 4900, planche XXXIX; vue de l'arc restauré,
planche XL). Comme tous ceux que nous allons décrire
maintenant, il offre des avant-corps, formés par des piédes-
taux élevés, que surmontent des colonnes et des pilastres. Il y
a, sur chaque face, quatre avant-corps, encadrant les trois
baies. Les fûts sont cannelés; les chapiteaux, d'une facture
assez médiocre, appartiennent à l'ordre corinthien; deux
d'entre eux (sur la face orientale, à droite et à gauche de
la grande baie) sont décorés aux angles d'aigles tenant
1. Chabassière, Rec. de Constantine, X, 1866, pi. XII, fig. 3.
2. Playfair, Travels in Ihe fooisfeps of Bruce, pi. VI. Rec. de Constantine,
XXII, 1882, p. 335-336. Bœswillwald, Gagnât et Ballu, Timgad, p. 133-150,
pi. XVI-XIX. Ballu, les Ruines de Ti?ngad. p. 107-110, pi. IX-X. Wieland,
Ein Ausflvg ins allchristliche Afrika. p. 149.
<
PI. XXXIX
erthaud, Paris
Arc de Trajan, a Timgad
(avant la restauration)
ARCS DE TRIOMPHE. PORTES JIO^•UME^TALES
W,)
un foudre. La baie ])rincipale, réservée aux voitures, a 4"", 20
de largeur et 6", 65 de hauteur sous clef. Les deux autres
ouvertures, qui servaient aux jnétons, sont beaucoup plus
basses : elles n'atteignent que 2"", 50 de large et 3", 50 de
haut. Au-dessus de ces baies latérales, se creusent des
niches rectangulaires, qui contenaient des statues. Chaque
niche était flanquée de deux colonnettes, reposant sur des
consoles et portant un petit entablement.
L'entablement de l'arc est assez simple : une architrave à
O 1 £ 3 4 5
FiG. 57. — Arc de Tinigad.
trois bandeaux, une frise lisse, une corniche. Selon l'usage, des
décrochements se projettent au-dessus des avant-corps. Sur
chaque face, deux grands frontons cintrés couronnent les
parties extrêmes, au-dessus des niches: c'est le seul exemple
que l'on connaisse de cette ordonnance'. Ils font sailhe sur le
profil de l'attique, dont le milieu est resté en place'. La
hauteur totale du monument est de 12 mètres.
1. Les frontons courbes appartiennent à rarchiteclure hellénistique dAsie.
Mais il y en a aussi en France, à Nîmes, au-dessus d'une partie des niches du
nymphée que l'on appelle Bains de Diane.
2. Le reste a été refait en 1900.
l/
176 LES MONUMENTS ANTIQUES DE l'aLGÉRIE
On a retrouvé à terre des fragments de la dédicace qui était
gravée sur le front ouest : l'inscription indiquait que la colonie de
Thamugadi fut fondée par Traj an ^ Il est vraisemblable, mais non
certain, que Tare date du règne de cet empereur. Sous Septime-
Sévëre, deux statues de Mars et de la Concorde furent dressées
en avant de la façade occidentale.
A Laïubëse, il no reste plus (pTuno ou doux assises
d'un arc à trois baies, large do dô^jTS, qui précédait l'aire
du temple voisin du Capitule-. 11 n'avait d'avant-corps à
colonnes détachées que sur les deux massifs flanquant l'ou-
verture centrale ; les ])ieds-droits extrêmes étaient simplement
décorés de pilastres.
A l'est de ce temple, sur la voie qui conduisait de la ville de
Lambèse à Verecunda, s'élève un autre arc -^ à triple baie'',
présentant, comme celui de Timgad, quatre avant-corps sur
chaiiue face. Ce nu^munent, qui a été ])àti en partie avec des
débris d'édifices plus anciens, date probablement d'une basse
époque. Il est fort ruiné; une seule des l)aies est restée en
assez bon état ; les colonnes manquent •', ainsi que l'entable-
ment et l'attique.
Le troisième arc à triple ouverture de Lambèse est mieux
conservé (plan, fuj. 58; vue, planche XLl). 11 se dresse au
pied de la colline que couvrait la ville antique^'. A cet endroit
1. Cnrjms, VI FI, î3o.j := 17842. Cette inscription était identique à celle de la
porte du nord (conT. p. 162).
2. Cnnf. plus liaut, p. 145.
3. Delamare, Recherches sur Lcanb'ese,^. 36-7. Renier, Archives des Missions,
II, 18:il, p. 179. Rec. de Constantine, XXIII, 1883-4, p. 202.
4. La baie centrale mesure 4'",9o de large, les deux autres 2", 25.
5. Au{»rès de l'arc gît un mauvais chapiteau corinthien.
6. Guj'on, Voijafje dWlç/er aux Ziban, planche de l'atlas. Rec. de Conslanline,
XXIII, 1883-4, p. 103-4. Gagnât, Guide de Lambèse, p. 49-.y0. Ballu, Tébessa,
Lambèse, Timyad, fig. 18. Wieland, Ein Aus/lug ins allchristliche Afrika, p. 135.
AltCS DE TRIOMPHE. POHTES MONUMENTALES
m
aboutissait la Vdio Sf/j-
(iuticnnc^ longue do
plus d'un kilonièti'o,
({ui ridiait le camp ;i la
ville ; coninio son nom
l'indiipie, elle fut éta-
Ijiic sous Se})tiine-
Sévère.
La })orte, d'une
construction ré^iulière
et soignée, })eut avoii*
été faite à la même
époque. Elle ressemble
presque exactement à
la précédente. Nous
remarquerons cepen-
dant que les deux lianes
sont ornés d'un couple
de pilastres, (|ui
manquent à l'arc de la
voie de Verecumla. Les
parties supérieures, en-
tablement et attique,
se sont écroulées depuis
longtenq)S ; les co-
lonnes ont dis])aru,
comme dans la })lupart
des poi'tes romaines
d'Afrique.
L'arc de Macrin, à
I.
12
178
LES MONUMENTS ANTIQUES DE l'aLGÉRIE
Zana' (plan, fi(j. 59; vue planche XLII), appartient au
même type, mais il n'a pas de pilastres sur les flancs. Il
mesure 14 mètres de lon-
gueur et s'élève ii 10 mètres.
L'ouverture du milieu, large
de 3'",90, haute de 5" ,50,
est accostée de deux petites
baies, dont la hauteur, archi-
volte comprise, atteint à peu
près le niveau des impostes
% de la baie principale. Les
'^ colonnes, dont aucune n'est
à restée debout, et les pilastres
o
^ sont d'ordre corinthien, selon
"^ l'usage. Dans l'entablement,
t.
^ l'architrave et, surtout, la frise
I
éi offrent des dimensions très
S réduites par rapport à la
Cl,
corniche, dont les moulures
sont assez compliquées. L'at-
tique portait, sur le devant
(au nord), une dédicace aux
empereurs Macrin et Diadii-
ménien, dont un fragment
est demeuré à sa place pri-
mitive et dont les autres
débris jonchent le sol-. La date indiquée correspond à
1. Renier, 3/ e7an()res d'épigraphie^T^. 191 etsuiv. Revue de V Afrique française,
1886, pi. VU (p. 71). Diehl, Nouvelles Archives des Missions, IV, 1893, pi. 1.
Graillot et Gsell, Mélanges delÈcolede Rome, XIV, 1894, p. 537-539 et pi. XIV.
2. Corpus, VIII, ij98.
ARCS DE TRIOMPHE. PORTES MONUMENTALES 179
rannée 217 de notre ère. Sous la domination byzantine, cet
arc de Zana fut incorporé dans un fortin, dont il forma Tun des
côtés.
Au xviii" siècle, on voj'ait encore à Constantine, sur la rive
droite du Rummel, les raines d'un arc de triomphe percé de
trois ouvertures, dont la plus grande avait environ 25 pieds
de large'. Les indigènes l'appelaient Ksar el Ghoula, le
château de la Goule. Salah Bey en prit presque toutes les
pierres pour la restauration du grand pont romain 2.
ARCS A QUATRE FACES
Il ne reste plus rien de la grande porte à quatre faces, ou
tétrapyle, ^que le comte Avitianus fit construire, vers 360, à
Constantine, en avant de la basilique de Constance'^. Les des-
sins qu'on en a faits dans les premiers temps de la conquête
montrent qu'elle était d'une architecture fort simple. Elle avait
14", 30 de côté et les baies mesuraient 6'°,2<) de largeur. Les
pieds-droits n'étaient pas rehaussés de pilastres et ne présen-
taient pour toute décoration que des moulures d'imposte.
1. Peyssonnel, Voyage dans les régences de Tunis et d'Alger, p. 303. Shaw,
Voyages dans la Barbarie (traduction française publiée à la Haye en 1713), I,
planche à la page 139 ; d'après ce mauvais dessin, des pilastres corinthiens
formaient les montants des baies, des archivoltes entouraient les arcades, et
il y avait de grands pilastres entre les ouvertures. Temple et Falbe, Relation
dune excursion à Constantine, p. 72, 73. Ravoisié, I, p. 1012. Cherbonneau,
Annuaire de Constantine, 1853, p. 109. Poulie, Rec. de Constantine, XIII, 1869,
p. 672, 71G. Vars, ibid., XXVIII, 1893, p. 313-4.
2. Conf. plus haut, p. 109, n. 1.
3. Ravoisié, I. p. 19 et 34, pi. 14. Delamare, pi. 124, fig. 1 et 2. Cherbon-
neau, Annuaire de Constantine, 1853, p. 11.3. Poulie, Rec. de Constantine, XIII,
1869, p. 677-8: XIX, 1878, p. 313-3, 423. Vars, ibid., XXVIII, 1893, p. 260-1.
Corpus, VI II, 7037-8, et p. 963.
180 LES MONLMENTS ANTKjlES DE L ALGÉP.IE
Le bel arc de triomphe de Tébessa' (plan, //y. GO; viio.
planche XLIII) appartient au type, si répandu en Afrique, des
portes à avant-corps. Mais, au lieu de deux façades adossées,
il en a quatre, disposées en carré. Il était isolé et se dressait
sur une place, peut-être à l'intersection du dminianiis mn.ri-
)mis et du ca)r/o~. Sauf le couronnement, dont on ne peut plus
que deviner la disposition, il est encore bien conservé. Trois
colonnes manquent seulement; au nord, l'entablement a été
restauré.
« Le massif du monument, dit Moll, se compose de quatre
(( pieds-droits, réunis deux à deux par des arceaux de 4'".6i)
(( de portée, avec une hauteur sous clef de 8™, 30. Chacun de
« ces pieds-droits est un carré de 3", 17 de côté et l'ensemble
« des quatre est également disposé en carré : ce dernier a
« 10™, 9 1 dans ses deux dimensions. »
Les quatre façades sont exactement pareilles. Chacune
d'elles présente, à droite comme à gauche de la baie, un
avant-corps, formé : 1° d'un socle assez élevé, avec deux décro-
chements ; 2" de deux colonnes, dressées à l'aplomb de ces dé-
crochements et précédant deux pilastres ; 3" enfin d'un
entablement unique, couronnant le couple de colonnes et
semblable à celui qui surmonte les arcades. Les chapiteaux
sont d'ordre corinthien; les fûts, monolitlies de ~f\~3 de hau-
1. Letronne, Revue archcolor/ique, IV, 1847, p. o6o-3"/0, pi. 70. Moll,
Annuaire de Conslanline, 18o8-9, p. o4-7"), pi. Vll-lX. Aiirès, Mémoires de
V Académie du Gard, 1864-5, p. 114 et suiv. Playrair. Travels in Ihe foolslej.s
of Bruce, pi. IX. Héron de Villefosse. le Tour du Monde, 1880, II, p. 17, .SO-:'.
DuruY, Hisloire des Romains, VI. p. 136. Graef, tipud Baumclsier, article ci/ (■,
p. 1890-2. Bailli, Tébessa, Lambèse, Tinu/ad. fig. 1. ]d., Le monastère byzantin
de Tébessa, p. 6 et pi. I.
2. Mommsen (au Corpus, p. 939) croit que l'arc fut élevé sur un terrain
appartenant à un particulier. Mais la restitution qu'il propose d'une lacuuc
de l'inscription n° 18o8, n'est pas absolument certaine.
PI. XI. III
ototypie HertliauJ, Paris
Akc de C.ARACALLA, a TÙBl SSA
AUCS DE TlilO.MPlIi:. POKTES WO.NU.MEM'Al.ES
181
tour, et les i)ilasli'es n'ont pas de cannelures; des archivoltes
bordent les arcades.
La décoration des parties supérieures est riche et même
surchargée. 11 faut ajouter que Texécution des sculi)tures laisse
Fiii. 00. — Arc de Garacalla, à Tébessa.
à désirer : Tare de Tébessa est un monument d'une époque de
décadence, connue le temple qui l'avoisine. A la clef de voûte
de chaque arcade, un médaillon circulaire enferme un buste
en haut relief. Celui de la face nord a disparu. Celui de la face
méridionale est devenu fruste; au dessous, l'on distingue un
182 LES MONUMENTS AMIQUES DE L ALGÉRIE
mufle de lion : la figure représentée était peut-être Saturne,
ou Cybèle, ou la déesse Céleste. A l'est, il v a une Minerve
et, au-dessous, une tête de Méduse. Le médaillon de l'ouest
offre le buste d'une femme, qui porte une couronne tou-
relée et qui est coiffée, selon la mode africaine, de boucles
frisées retombant symétriquement sur le front et de chaque
côté des joues. C'est sans doute la divinité protectrice de la
ville, la Forttma de Theveste. Au dessous, un aigle, les ailes
éplojées, tient un foudre dans ses serres'.
Sur l'architrave s'étalent des rinceaux, mêlés de rosaces ;
ils sont encadrés, en bas, par une rangée de rais de cœur, en
haut, par des oves. La petite corniche qui surmonte cette
architrave est formée de pirouettes, de canaux, d'oves et de
denticules. Les soffîtes des avant-corps présentent des têtes
d'Océan, accostées de rosaces et de feuillages. Les caissons
des plafonds (pie bordent ces soffîtes sont ornés de rosaces.
La frise mesure 1",25 de hauteur. Dans les avant-corps,
elle est lisse; au-dessus de chaque baie, elle porte une inscrip-
tion. Au sud, c'est une dédicace à M. Aurelius Severus Anto-
ninus (Caracalla), remontant à l'année 214-; à l'ouest, une dédi-
cace à Julia Domna, mère de l'empereur 3; à l'est, une troisième
dédicace, s'adressant aupèrede Caracalla, le Divin Sévère, qui
était déjà mort depuis trois ans^. L'inscription de la face septen-
trionale est complètement détruite; on a placé, à cet endroit,
un texte byzantin commémorant la réédification de Theveste
par le général Solomon.
La corniche de l'entablement comprend des pirouettes, des
1. Rec. de Conslanlhie, VIII, 1864, p. 3o.pl. XXVI.
2. Corpus. 1837.
3. Ibid., 1856.
4. Ibid., ISoo.
ARCS DE TRIOMPHE. PORTES MOiNUMENTALES 183
canaux, des modillons, des oves, des denticiiles et des rais de
cœur. Le bord supérieur de cette corniche est à 10"', 93 du sol.
A l'intérieur de l'arc, le plafond était constitué par de longues
dalles, dont les extrémités s'engageaient dans les murs des
façades, et décoré de caissons ; on n'en voit plus que
quelques vestiges.
Il n'y a pas d'attique, mais une construction qui parait avoir
été très importante surmontait le massif percé de quatre baies
que nous venons de décrire. 11 n'en reste qu'une aile, au-dessus
de la face méridionale. C'est un édicule couvert, se composant
d'une niche semi-circulaire, qu'encadrent deux pilastres, et do
deux colonnes corinthiennes, placées en avant de la niche. Un
petit entablement le surmonte, et on peut croire qu'il était
coiffé d'un fronton. A droite et à gauche, la niche était,
sendjle-t-il, flanquée d'une baie, dont un des montants sub-
siste. Trois édicules identiques se dressaient sans doute sur
les autres faces. Ces quatre ailes, disposées en croix, devaient
s'adosser à une construction centrale, qui a disparu et qui était
proi)ab]emeni une coupole. A la partie supérieure de chacun
des angles que forment par leur rencontre les murs des façades,
était établie de biais une arcade en pierres de taille, qui limi-
tait une niche en blocage, ressemblant à un segment d'enton-
noir. Ces trompes servaient à porter la coupole. L"arc <le
Tébessa est donc un des exemples les plus anciens d'une cou-
pole sur plan carré'. En effet, on ne peut pas athnettre que
le faite de cet arc soit d'une époque postérieure au reste du
1. L'arc à quatre faces de Tripoli, construit sous Marc-Aurèle, une quaran-
taine d'années avant celui de Tébessa, est aussi surmonté d'une coupole. 11 en
est de même de Tare de Lattaquieh, en Syrie: il paraît dater du temps de Sep-
time-Sévère. iMais, dans ces arcs, l'agencement de la coupole n'est pas le
même qu'à Tébessa.
181 I.ES MONUMENTS ANTIQUES DE L ALGÉRIE
nioiiuiiieiit : rédicule conservé est tout a fait de même style
que les façades.
Deux des pieds-droits portent une longue inscription sur un
de leurs cot(''S intérieurs '. On y lit certaines dispositions du
testament de C. Cornélius Egrilianus, préfet de la quatorzième
légion. Ce personnage, sans doute originaire de Tlieveste, ins-
titna comme héritiers son frère et sa sœur, mais en leur impo-
sant l'obligation d'élever nn arc : celui que nous venons d'étu-
dier. Une somme de 250.000 sesterces (67.000 francs environ)
était affectée ;i l'exécution de ce travail et, en outre, de deux
édicules à quatre colonnes qui devaient orner le forum et a))riter
des statues de divinités ''. Le testateur ordonnait qu'une somme
égale fût versée à la caisse municipale, j cnr ( ffiir des jeux
publics dans les thermes, soixante-quatre fois par an; enfin,
le Capitole de Tlieveste devait recevoir un certain nondjre de
plats et de vases en or et en argent.
Une inscription mutilée -^ trouvée lors de la démolition d'un
mur de l)asse époque qui ol)struait une des l)aies, mentionne
la réfection, en l'année 361, de deux façades d'un monument :
« frontesduas a solo co/is/[rucji(/as ciiracit, qi/ae]i/i fini fis ru(h-
1. Corpus, VIII, n- 1838, 1859; acldil. à la page 939; n° 16504.
2. «Arcttin cum staluis [IIII fieri iussit], lelraslylis duobus cinn staluis [ e]t
Minervae.cjuae in fnro fiei'i prae[cej)if, adiectis]. » Les statues inentionnéesaprès
l'arc paraissent bien se rapporter à ce monument. Elles ornaient sans doute
les édicules de la partie supérieure. La petite lacune après arcum cum staluis
est regrettable et ne peut pas être suppléée avec certitude. On aurait trouvé
4 dans le haut de l'arc de triomphe » un torse en marbre blanc, qui est aujour-
d'hui au musée de Tébessa {Rec. de Const., VII, 1863, p. xii); d'après l'arran-
gement du manteau, ce pourrait être un Jupiter, un Esculape, un Génie. Mais
le lieu de la découverte ne semble pas avoir été indiqué avec exactitude. Sui-
vant un autre renseignement, qui parait plus digne de foi (Girol, Rec. de
Consl., X, 18()6, p. 181), cette statue aurait été recueillie au pied de l'arc,
comme aussi im torse de Virlas, conservé au musée. Les deux tétrastyles
sont des constructions distinctes de l'arc : conf. plus haut, p. 1:^9, n. 2.
3. Corpus, 1860= I60O0.
AUCS DE TIUOMI'HE. POIUES MONUMENTALES 185
rihils ohpii'l ar cran']. » Peut-être, coimiic oji Ta supposé, les
mots froutrs <liias dôsigiicnt-ils deux façades de l'arc de
triomphe. Mais, dans ce cas, les expressions dont s'est servi le
rédacteur de la dédicace, seraient singulièrement emphatiques,
car rien n'indi(|ne que, depuis l'épofjue de Caracalla, l'arc ait été
rohjot d'une restauration imj)()rtante : le style de Tornementa-
tion est exactement le même sur les quatre faces.
Sous la domination byzantine, cet arc devint une des portes
de la grande enceinte que nous aurons à décrire plus tard '.
I. Pour finir ce chapitre, nous mentionnerons quelques arcs romains d'Algé-
rie qui ne sont connus que par des inscriptions :
1" Conslanline. Arc qui se dressait probablement au Cnpitole: Corpus, 7105.
2° et 3° Ksav el Ahmar (région d'Aïn Beida). Xtc construit en l'année 30:> :
Çorjjiis, 4164 = 18698. — Arc construit sous Valent! nien et Valons : Corpus.
TiCÛ — 18701.
4' Lamb'ese. Fragment d'inscription trouvé «entre les arcs et le temple
d'Esculape » {Corpus. 27-2:] ^ 18120) : «... [ad] ornandam plaleam arciis...'')
.■;■' et (i° Mdaourouch. Mention d'un arc et d'une statue : Corpus, ifJlD. —
Mention d'un arc : Ibid., iGSi.
7° Pont du Cliclif {Quizn). Inscription de l'année 128, mentionnant les
arcus portaru[m] {Ibid., !I697 = Bull. Comité, 1894, p. 3.'39). Il s'agit peut-
être de simples arceaux, surmontant des portes de ville.
8° Tiingad, Pierre employée dans le fort byzantin {Corpus, 2372): nslaluam
Martis ad arcuin ptnilheum...»
CHAPITRE Yl
THÉÂTRES. AMPHITHÉÂTRES. CIRQUES
THEATRES
En Algérie, on trouve des restes de théâtres antiques à
Philippe ville, à Djemila, à Guelma, à Khamissa, à Timgad, à
Tipasa de Maure tanie.
Le mieux conservé est celui de Djemila', oii le Service des
monuments historiques a commencé des fouilles, qu'il convien-
drait de poursuivre (plan, fig. 61 ; vue, planche XLIV). Selon
l'usage, il est établi sur une pente, qui a été aménagée pour
l'établissement des gradins. L'hémicvcle regarde le nord-est"'.
Ce théâtre mesure 62 mètres dans sa plus grande largeur ; i
ne parait pas avoir pu contenir plus de trois mille cinq cents
spectateurs. Ravoisié, qui attribuait à l'orchestre des propor-
tions très vastes, a supposé que cet espace servait à l'occa-
sion d'arène pour des combats, de gladiateurs : hypothèse que
rien ne confirme. Au-dessus de l'orchestre, une première zone
1. Ravoisié, I, p. 60-62, pi. 47-49. Delamare, pi. 102; pi. 104, fig. 1. Boes-
willwald, Gagnât et Ballu, Timgad, p. 106, fig. 43.
2. La plupart des autres théâtres sont également tournés vers le nord.
Grâce à celte orienlalion, les spectateurs étaient moins exposés aux rayons
du soleît.
>
THÉÂTRES. AMPHITHÉÂTRES. CIRQUES
187
188 LES MONUMLNTS ANTIQUES DE L ALGÉRIE
de gradins, en pierres de taille, comprend neuf rangs ; un palier
la st'pare de la zone supérieure, qui en compte quinze ; ces gra-
dins mesurent 0", 40 déliant et 0°\()0 de large. La plupart des
théâtres romains présentent une galerie à leur partie su})é-
rieure ; il n'en était pas ainsi à Djemila. Le mur de clôture
n"a que 2 mètres de hauteur; il est décoré d'une base mou-
lurée et d'une corniche. Sept escaliers étroits vont de l'orchestre
à ce mur, qui est percé de petites baies d'accès. Delamare et
Ravoisié ont admis, à tort croyons-nous, l'existence d'un cou-
loir circulaire autour du monument, à l'extérieui- : nous n'en
avons vu aucune trace. Deux autres entrées s'ouvraient à
droite et à gauche de l'orchestre, sous des passages voûtés.
La murette, haute de 1"',28, qui limite par devant l'estrade
où jouaient les acteurs, offre une série de niches, les unes
arrondies, les autres carrées; elle est décorée de pilastres
corinthiens, à fût cannelé, précédés de colonnettes. Deux petits
escaliers sont étal)lis vers les extrémités et mettent en com-
munication l'estrade et l'orchestre (voir planche XLV i.
La scène est large de Si", 30 et profonde de 7", 15. Le mur
de fond se dresse encore à une hauteur d'environ 6 mètres. Il est
bordé d'une sorte de socle, élevé de £",20, qui portait des
cclonnes corinthiennes, placées devant des pilastres •. Ce
nuir présente trois grands renfoncements. Celui du milieu,
dont l'ouverture mesure 8", 45, est de forme semi-circulaire :
disposition assez fréquente, qui était d'un bel effet décoratif et
avait, semble-t-il, des avantages pour l'acoustique. Au fond de
cet hémicycle s'ouvre une baie, qu'encadrent deux pilastres,
précédés jadis de colonnes, et dont le seuil domine de 2", 20 le
niveau de la scène ; un escalier y conduit. Les deux autres
1. Ces colonnes ne sont plus en place. On en voit des débris à terre.
J
x
THÉÂTRES. AMPIIITUÉATHES. CIRQUES 189
renfonceinoiits sont rectangulaires et })lus étroits (5"', 90 et
5"°, 80 de larg-eur) ; les baies qui s\v trouvent soni, comnio la
baie principale, accessibles par des degrés et encadrées par
deux pilastres. Les espaces fbuKpiant ces renlonccuients
forment des salles. Il y a aussi plusioiu's j)i('ces, non i'ouilb'es
ou mal conservées, à droite et à gauche de l'estrade.
En arrière, s'étend un long soubassement, parallèle au mur
de la scène. Il est couronné d'une corniche. Peut-être por-
tait-il une colonnade, servant de façade au théâtre et bordant
une galerie dont la largeur aurait été de 4"", 10. Des chand)res
(sans doute des magasins) étaient ménagées par-dessous.
Dans l'orchestre, au })ied de la scène, on voit les restes d'un
égout, destiné à recueillir les eaux de pluie ; il se poursuit
sous le sol d'un des passages voûtés ^.
Aucune inscription ne permet actuellement de dater ce
théâtre d'une manière précise. Nous ne pensons pas qu'il
appartienne ;i luie époque postérieure à la dynastie des Anto-
nins. La construction est bonne ; les moulures et les chapiteaux
sont exécutés d'une manière fort correcte. Un de ces chapiteaux
est décoré d'une tête qui parait représenter l'Océan et qui est
accompagnée de la signature du sculpteur : Ex of{f)i{cina)
Asca[nuY.
A Kliamissa, le théâtre se trouve au bas de la croupe qui
portait la ville de Thubursicuur''; il est orienté au nord. On y
a fait jadis quelques fouilles sans importance; le Service des
monuments historiques l'a déblayé partiellement en 1900
1. Uq égout analogue existe au théâtre de Khainissa.
2. Gsell, Bull. Comité, 1896, p. 112.
3. Delauiare, d'après Mitrécé, Revue arch(''olo;/i'^ue, XII, 18:')o-G, p. G40-(;'..),
pi. 276. Chabassière, Recueil de Conslanllne. X. 1866. p. 118-0. j.!. IV et XIII.
190 LES MONUMENTS ANTIQUES DE L ALGÉRIE
(plan, fig. 62; vue de la façade, planche XLVI ; vue de la
scène, planche XLVII).
11 offre deux séries de gradms, séparées par un palier
de l'°,60 de large. Celle du bas en compte treize; dans
la zone supérieure, on ne distingue aujourd'hui que cinq
rangs. Les deux couloirs qui débouchaient dans l'orchestre
sont assez bien conservés : on y voit, de distance en distance
des arceaux en pierres de taille', qui formaient en quelque
sorte l'ossature des voûtes en blocage. Un des arcs du couloir
de Test est orné à la clef d'un masque sculpté. Au-dessus de
ces passages, étaient établies deux grandes loges [tribunalia)'^.
La scène mesure 43"", 60 de largeur, sur 8", 30 de profon-
deur; elle parait avoir été décorée plus simplement que
celle de Djemila. La murette qui la borde est précédée de
niches semi-circulaires et carrées, et aussi de deux petits
escaliers 3, comme dans le théâtre que nous venons de décrire.
Des passages s'ouvrent de chaque côté de l'estrade. Le mur
de fond est resté debout jusqu'à une hauteur de près de
7 mètres, 11 est précédé d'un socle (large de 1",80, haut de
2™,2r);, qui portait autrefois des colonnes ; à ses deux extrémi-
tés, se voient des niches pour des statues. Il présente trois
renfoncements courbes, de 9", 10, 8"°, 80 et 8"", 80 d'ouverture,
hémicycles dont la partie postérieure est percée de hautes
portes. Le seuil de ces portes, qu'on atteignait sans doute par
des degrés en bois, était à 1",60 au-dessus du sol de la scène.
1. De hauteur décroissante depuis l'extérieur.
2. 11 semble bien que deux larges escaliers aient existé à droite et à gauche
de la scène (le noyau de celui de l'est se distingue en a). Ils menaient
à ces loges et, sans doute aussi, à une partie des places de la première zone
de gradins.
3. Celui de l'est seul a été déblayé.
X
THÉÂTRES. AMPHITHÉÂTRES. CIRQUES
191
UJ
192 LES MONUMENTS ANTIOUES DE L ALGÉRIE
Du côté extérieur, elles étaient surmontées de sculptures
représentant des masques : l'un de ces bas-reliefs est accom-
pagné du mot Evmic{h)u[sj, qui fait sans doute allusion à une
célèbre comédie de Térence. Des salles sont ménagées entre
les renfoncements. La cage d'un escalier subsiste dans l'angle
nord-ouest ; il y en avait évidenunent un autre à l'extrémité
opposée. La façade du monument était peut-être décorée «l'un
portique, mais il faudrait des fouilles pour s'en assurer.
Le théâtre de Pliilippeville ' (plan, fuj. 63; vue planche
XL'S^IIIj est en mauvais état, car un assez granrl nondtrc de
pierres y ont été prises dans les premiers temps de l'occu-
pation. Roger, en 1859-1861, puis le Service des monuments
historiques, en 1891, l'ont dél)la_vé presque complètement.
Cet édifice est établi sur la pente orientale d'une colline :
le public était tourné vers l'est.
Sauf sept ou huit blocs de pierre, les gradins ont entièrement
disparu. Ils reposaient en bas sur le roc, qui avait été taillé
en bandes concentriques pour les recevoir, plus haut sur des
massifs de blocage. Dans la partie supérieure du théâtre, de
gros murs en moellons et en Iniques, restés debout, déli-
mitent une série de cham])res, longues de 4^,00, larges
en moyenne de 3 mètres; elles étaient surmontées do
voûtes en blocage, dont quelques-unes subsistent encore, et
qui, inclinées dans la direction de l'orchestre, devaient sou-
tenir des gradins. Cependant, quatre de ces voûtes sont, au
L Ravoisié, II, pi. oi-oo. Delauiare, pi. 18,fig. 1-3. Fcnech, Hisfoire de l'/ii-
lippeville, p. 2.3-24. Vec. de ConsL, VII, 1863, p. xiii. Roger, Mémoires lus à la
Sorboniip, 186i, p. 31, pL 111. Idem, Bévue africaine, IX, 186j. p. 389-393.
Gsell et Rerlrand, Musée de PhilippeviUe. p. 6-10. Nous avons indiqué sur
notre plan, d'après Ravoisié, les vestiges de la scène qui ont été vus par cet
architecte et cjui ont disparu depuis.
TUÉATRES. AMPHITHÉÂTRES. CIRQUES
193
contraire, poiicliées vers le dehors; elles supportaient évi-
demment des escaliers, permettant d'arriver aux places
supérieures. On passait, pour s'y rendre, par un couloir courbe,
à ciel ouvert, qui s'étenden arrière. C'était une galerie d'accès,
dans la(juelle les spectateurs d(''l_)oucliaient par plusieurs portes.
Des escaliers, traversant six des chamlires dont nous venons
de parler, la mettaient en communication avec nn autre
^-^^y^
^
Fio. 03. — Théâtre de Philippeville.
couloir courbe Jadis voûté, disposé en avant et au-dessous des
chambres. De ce second couloir, partaient d'autres escaliers
prolongements des précédents ; ils menaient à la partie infé-
rieure du théâtre. Le premier couloir est coupé, au centre, par
deux murs à peu près parallèles, qui ont pu appartenir aux
substructions d'une vaste loge, on plutôt d'un sacdlion, con-
tenant une grande statue.
13
194 LES MONUMENTS ANTIQUES DE L ALGERIE
Ravoisié a vu des restes de la niurette qui bordait la scène
du côté de Torcliestre. Elle présentait des niches semi-circu-
laires et rectangulaires, comme à Djemila et à Khamissa. Par
derrière, des cubes de pierre, percés de mortaises carrées,
étaient destinés à recevoir des mâts qui soutenaient peut-être
le rideau, ou qui portaient ime décoration d'avant-scène •.
Entîu, une partie du mur du fond de la scène figure aussi sur
le plan de Ravoisié. Ces vestiges ont disparu sous des bâtisses
modernes.
Le théâtre de Rusicade, dont la plus grande largeur atteint
82™, 40, devait contenirde cinq à six mille places. 11 était assez
richement décoré : on y a trouvé des débris d'une belle corniche
et de balustrades en marbre. 11 ne date pas d'une époque anté-
rieure au règne d'Hadrien, car le massif d'une voûte contenait
une monnaie de Sabine, femme de cet empereur. Dans le
cours des ii'' et m" siècles, il fut embelli ou restauré à plu-
sieurs reprises ; particulièrement en l'année 225, par les
soins d'un magistrat de la confédération de Cirta, M. Fabius
Fronto2.
On voit à Guelma les ruines d'un théâtre ^ (plan, fig. 64;
vue, planche XLIX), plus petit que celui de Phihppeville, —
il n'a que 58™, 05 de largeur, — et plus mal conservé.
Il a servi de carrière à diverses reprises ; actuellement,
tout un quartier de la ville française y dépose ses immondices.
Tourné vers le nord, il occupe une pente, qui a été creusée
1. Pour la destination et raniénagement de ces mâts, voir Gagnât, Timr/ad,
p. 107-108; Choisy, Histoire de l'archilecfiire, 1, p. 4SG.
2. Corpus, Vlll, 7988.
3. Berbrugger, Algérie liislorique, pittoresque et 7no}iume7itale, provi7ice de
Constantine, p. 7-10 et planche. Ravoisié, 11, p. 30-32, pi. 27-30. Delamare,
pi. 175. GreWols, Mémoires de VAcadéinie de Metz, \XX]\], 18.51-1852, Impartie,
p. 273-276. Von Maltzan, Drei Jahre in Nordiceslen von Afrika, 1, p. 275-277.
o
THEATRES. AMPHITHEATRES. CIRQUES
195
pour le recevoir. La construction est en blocage, avec des revê-
tements en pierres de petit appareil ; on n'a employé qu'une
quantité assez minime de grosses pierres de taille, placées aux
angles, aux portes, ou formant des chaînes dans les murs. Les
gradins sont presque tous al)sents ' ; mais on distingue encore
de petits escaliers, ménagés dans la murcite, haute do 1°',!'^?
FiG. Gi. — Théâtre de Guelma.
qui surmontait le palier circulaire établi entre la zone niférieure
et la zone supérieure. Deux passages latéraux voûtés- condui-
saient à ce palier; ils se prolongeaient sans doute j)ar des esca-
liers, descendant jusqu'à Torchestre, qui, selon l'indication de
Ravoisié, était pavé de marbre'. En haut, plusieurs portes,
1. Il y en avait probablement dix dans la zone inférieure et douze dans la
seconde zone.
2. On accédait à celui de gauche (à Test) par un vestibule carré.
3. Dans le voisinage immédiat de Guelma se trouvent de belles carrières
de marbre, que les Romains exploitaient.
106 LES JIO.VUMENTS ANTIQUKS DE L ALGÉRIE
prolialdementqiiati'o, étaient percées dans le mnr de (dotnre.
An sommet de la cuurhe formée parce mnr, s'élevait nne salle,
dont il ne l'este i)lus qne le sonbassement. Elle était dallée en
mai'bre et se terminait par nne abside. Pent-être abritait-elle la
statne d'nne divinité on d'nn emperenr. Il ne semble pas qne
leponrtonr dn mnr <ait été précédé, à l'intérienr, d'nne colon-
nade formant nn porliqne, comme l'a crn Ravoisié'.
Cet architecte a rotronvé nne partie de la mnrette, anjonr-
d"bni détrnite, qni bordait la scène ; elle était décorée de
niches, alternativement rectangnlaires et arrondies. L'estrade,
large de 37 mètres, profonde de7"\ir), étaitdominéej)ar nne paroi
qni offrait trois renfoncements, cclni dn indien de forme carrée,
les denx antres senn-circnlaires'-. Contrairement à l'nsage, ils
n'étaient pas percés de baies. Derrière la scène, régnait nu
])orti(iue ;i colonnes^, formant façade. Cette scène était flan-
qnée de denx salles rectangnlaires, ornées l'nne et l'antre
d'une niche ponr nne statne.
Denx inscriptions ' nous apprennent que le théâtre de Calama
fnt élevé grâce ;i la libéralité d'nne femme, Annia Aelia Res-
tituta, qui donna ponr cette œuvre la somme de 400.000 sesterces
(environ 107.000 francs). En signe de reconnaissance, le con-
seil mnnicipalliii fil ériger cinq statnes. Cette dame romaine est
qualifiée de prétresse des deux Angnstes, « fl<mi[inica)
\A\i(i(j. » : il s'agit soit de Marc-Anrèle et de Lncins '\"erns, soit
})lntot de Septime-Sévère et de Caracalla. L'édifice date donc
1. II est plus probable qu'il y avait là une troisième zone de gradins.
2. Ravoisié n'a vu que le renfoncement central et celui de droite. On ne
distingue plus rien, et c'est d'après les indications de Ravoisié que nous avons
reporté sur notre plan ces parties de la scène.
3. Greilois, l. c, p. 27o.
4. CinjJiis, VI 11, 53(io et o3C6.
TIIÉATRKS. AMPIllTIIÉATRES. CIlUjLES lU?
de la deuxième moitié du ii" siècle ou des premières années
du m".
A Timg-ad, le théâtre', tourné vers l'ouest, a été installé
dans le flanc d'un mamelon isolé, au sud du foi-um ('})lan,
fig. 05, d'après le plan levé par le Service des monuments
historiques; vue, planche L). Il a heaucoup souffert: les
Bv/antins semblent }• avoir pris un grand ii()ml)re de pierres
pour construire leur forteresse.
jMM. Ballu et Gagnai ont calculé qu'il pouvait contenir de
trois mille cinq cents à quatre mille s})ectateurs : les dimen-
sions sont à peu près les mêmes que celles du théâtre de
Djemila ila largeur lua.iiiua est de 63"', 00).
On pénétrait dans l'orchestre par les deux couloirs voûtés
usuels-, que deux tribunes surmontaient, ('et orchestre est
revêtu d'un lieau dallage et présente an fond trois larges
marches, qui recevaient des sièges, réservés certainement aux
personnages importants. Par derrière, s'élève une balustrade,
encore intacte. Il y avait trois zones de gradins, Tune <le huit
rangs, la seconde de douze, la troisième de six; seuls, les
degrés inférieurs ont conservé leur revêtement de pierres. En
haut, se dressait un portique courbe, à colonnade ionique ; il
pouvait abriter des sièges de bois, à moins qu'il ne servit
simplement de promenoir aux spectateurs.
La murette qui limite la scène est en bri([ues : elle offre les
escaliers, les niches send-circul aires et quadrangulaires que
nous avons déjà signalés ailleurs. Des })lacages revêtaient
1. Bœswillwald, Gagnât, Ballu, TInu/ad, p. 03-120. pi. XllI-XV. Ballu, les
Ruines de Timrjad,p. 1.j3-'.68, pi. XV-XVII. Wieland. Ein Ausflvfj ins allchrisl-
liche Afrdxii, p. I4."i.
2. Le couloir de droite présente cependant une disposition parliculiùre :
voir Timijad, p. tOO.
108
LES MONUMENTS ANTIQUES DE L ALGÉRIE
jadis cette paroi, que précédaient AÙngt-six colonnettes corin-
thiennes. En arrière, on remarque une douzaine do trous carrés,
de 0'°,20 de côté, percés dans un dallage. Ils servaient, comme
au théâtre de Philippeville, à l'insertion de mâts : des débris
FiG. 65. — Théàti-e de Timgad.
de bois ont été recueillis dans une de ces mortaises. L'estrade
mesurait 30", 60 de large, sur 4", 80 de profondeur ; il ne reste
que les soubassements des petits piliers en briques, disposés sur
trois files, qui soutenaient autrefois le plancher. Le mur de
THÉÂTRES. AMPHITHÉÂTRES. CIRQUES 199
fond n'existe plus ', et l'on n'a retrouvé que de très maigres
vestiges des salles qui formaient les annexes de la scène. Par
contre, on voit encore des ruines imposantes d'un portique, long
de 40 mètres, large de 3"°, 45, établi sur la façade du monument.
Les colonnes, d'ordre ionique, sont au nombre de seize et
mesurent 5", 60 de hauteur. Elles ont été replacées sur leurs
bases par le Service des monuments historiques. On monte à
cette galerie par deux escaliers latéraux, de huit marches.
Des inscriptions, trouvées dans les fouilles, permettent de
conjecturer que le théâtre de Thamugadi fut élevé sous
Antonin le Pieux et sous Marc-Aurèle.
Le théâtre de Tipasa ~ est trop détruit pour présenter
quelque intérêt. Il s'élevait en plaine et regardait le nord. Les
gradins étaient portés par des substructions voûtées, dont
quelques-unes sont encore visibles ; rhémicjcle, assez petit,
ne devait pas contenu- plus de deux mille sièges. On dis-
tingue à peine l'emplacement de la scène, qui avait une profon-
deur de 6"", 30. Laplupartdes pierres détaille de cet édifice, bien
conservé il y a un demi-siècle, ont été enlevées par des entre-
preneurs.
A Cherchel, le théâtre a complètement disparu '^ Adossé à
une colline et tourné vers le nord, il comptait, dit-on, vingt-sept
gradins superposés. La façade était formée par un portique,
offrant des colonnes de granit et de marbre blanc.
1. On a seulement découvert quelques débris des colonnes et des entable-
ments sculptés qui rornaient.
2. Texier, Revue arch-^ologigue, IH, 1847, p. 728. Gsell, Mélanç/es de l'École
française de Rome. XIV, 18'.)i, p. 355.
3. Ravoisié, III,pl.27. De Blinière, Revue arche'olojique, V, i8i8, p. 346. De
Verneuil et Bugnot, Revue africaine, XIV, 1870, p. 138. WaiUe, Comptes Ren-
dus de l'Académie des Inscriptions, 1889, p. 362. Le même, De Caesareae monu-
mentisquae supersunt, p. IS.Gsell, Guide archéologique des environs d'Alger,
p. 58-9.
200 LES MONLMENTS ANTIQUES DE l'aLGÉRIE
Il ne reste rien non })las du théâtre de Constantine K Temple
et Falbe ont cru reconnaître reniplacenient de celui d'Hippone - ;
je ne saurais dire si leur conjecture est fondée.
A Tébessa, on voit, au sud de la ville actuelle, sept pieds-
droits, rehaussés de pilastres. Disposés sur une ligne,
à une distance de 3", 75 les uns des autres, ils portaient autre-
fois des arcades. Les Byzantins les incorporèrent dans leur
enceinte. Ces vestiges et de gros fûts de colonnes, jetés dans
le rempart byzantin au même endroit-'', passent pour avoir
fait partie du théâtre romain de Theveste ^ Rien ne le prouve '".
On a trouvé à Sétif, sous remplacement qu'occupe riiôpital,
deux ai'cades, ilanquées de pilastres et surmontées d"un enta-
blement, qui appartenaient ;i un niomnnent de foi'me arrondie '\
Elles précédaient deux voûtes inclinées'', sur lesquelles étaient
sans doute établis des gradins. Il y avait donc en ce lieu
soit un théâtre, auquel une inscription de Sétif fait allusion •'^,
\. Les ruines de cet édifice se trouvaient près du sf[uare aux inscriptions.
D'aucuns ont voulu y voir un anipliithéitre. Temple et Falbe. Relation d'une
excursion à Conslanline, p. 88. Ravoisié, I, p. 8. Delamare, pi. 134. Vars,
Rec. de Conslanline, XX Vil F, 1893, p. 276.
2. Relation d'une excursion à Constantine, p. &. Ce théâtre se serait trouvé
sur le versant est du mamelon dit Garf el Atram.
3. Diehl, Nouvelles arcliives des Missions, IV, 1893, p. 328.
4. Il est question de jeux scénic|ues à Theveste dans une inscription du
temps de Commode : Corpus, WU, lGo30. 11 est donc probable que cette ville
possédait un théâtre dès le ii' siècle.
5. Un fragment épigraphique d'une assez basse époque mentionne Yingres-
sus Iheatri [Corpus, 1892 = Kioll); il aurait été découvert, selon Renier,
près de l'angle sud-ouest des remparts; selon un autre auteur, sur le front
sud-est de la place. Une inscription du temps de Dioctétien est relative à la
restauration de la scène du théâtre, aux frais de la commune de Theveste :
«... [pr]oscaenium sunrptu ainptUssimae civitalis T/ieresilinorum... » (Co'pus,
1862}; cette pierre était employée dans la muraille byzantine, sur le front
ouest (derrière l'église actuelle).
6. Ravoisié, I, p. 71, pi. 58. Delamare, pi. 70.
7. Ces voûtes existent encore ; elles servent de caves.
8. Corpus, Vil F, 8438.
THÉÂTRES. AMPHITHÉÂTRES. CIRQUES 201
soit un amphithéâtre, qu'une autre inscription ' mentionne ~.
Nous ajouterons qu'il est possible qu'un certain nombre de
théâtres, connue aussi d'amphithéâtres de l'Afrique romaine
aient été construits en bois ••. Il serait tout naturel qu'ils
n'eussent pas laissé de traces.
AMPHITHEATRES. CIRQUES
Les amphithéâtres antiques de l'Algérie n'offrent qu'un intérêt
médiocre.
Celui de Philippeville, qui se trouvait à l'exti'émité sud-est de
Rusicade^ était encore en lion état lors delà conquête française ^.
En 1845, le génie militaire le démolit jusqu'aux fondations. Le
l)lan et les dessins de Ravoisié montrent que l'ensemble du
monument mesurait 78 mètres de long sur 59 tle large, que les
dimensions de l'arène étaient de 50 et de 36 mètres, que le
mur entourant cette arène atteignait 4", 65 de hauteur, qu'il y
avait douze rangées de gradins, et qu'un palier de ceinture
régnait entre la huitième et la neuvième rangée. Le noyau de
1. Corpus, VIII, 8482. Conf. 8o0'i. fra^'ment où il ne reste que ... ealrum.
2. Au xi" siècle, iécrivain arabe El Bekri {Description de l'Afrique septen-
Irionale, traduclion De Slane, p. I'i6) signalait à Alger les ruines d'une mai-
son de divertissement « dont l'intérieur était pavé de petites pierres, qui for-
« maient une espèce de mosaïque. Dans cet édifice, on voit les images de
« plusieurs animaux, parfaitement bien travaillées et façonnées d'une manière
« si solide que, pendant une longue série de siècles, elles ont résisté à toutes
« les injures du temps. » De Slane a pensé que « cette maison de divertisse-
ment [dar el mehib) » était un théâtre. La description nous ferait plutôt sup-
poser qu'il s'agit de thermes.
3. Conf. pour la Gaule, au i" siècle de notre ère. Corpus, XIII.1G4-2.
4. Ravoisié, II, pi. o6-."i9. Delamare, pi. 18, fig. t. Fenech, Ilis/oire de l'Iii-
lippeville, p. 6, 22-23. Féraud, Revue africaine, XIX. 187.5, p. 83. Vars, Rusi-
cctde. p. 12i et suiv. — Cet amphithéâtre e.vistait sans doute en l'année 187
de notre ère : voir Corpus. VIII, 796!>.
202 LES ]MONUME"\'TS ANTIQUES DE l'aLGÉRIE
la construction était en blocage, les gradins et les parois de
l'arène en pierres de taille.
L'amphithéâtre de Lambèse *, situé entre la ville et le camp,
a également servi de carrière. Les gradins, qui étaient au
nombre d'une vingtaine, ont complètement disparu; ils portaient
des inscriptions indiquant les places assignées aux diverses
curies entre lesquelles se répartissaient les citoyens ~. Il ne
subsiste plus que quelques vestiges des couloirs voûtés qui
donnaient accès à Tintérieur.
A Test et à l'ouest, deux galeries, larges de 4", 65, consti-
tuaient les entrées principales. Elles étaient surmontées d'une
série d'arcades en pierres de taille, de hauteur décroissante ^,
qui servaient à renforcer des voûtes en blocage, établies dans
les intervalles^. Le grand axe de l'édifice mesure 104 mètres,
le petit 04- : la forme elliptique est donc beaucoup moins
prononcée que dans la plupart des amphithéâtres romains.
L'arène avait 72 mètres de long, sur 62 de large.
Ce bâtiment « était d'une construction tout à fait rudimen-
« taire ; taillé d'un côté à même d'une petite colline de terrain
« schisteux, il était complété dans l'autre partie par des terres
« rapportées, maintenues par un mur de moellons, que ren-
<( forçaient extérieurement des contreforts saillants, contre-
« boutant la poussée des terres : travail fort grossier et qui
« devait se trouver revêtu par des talus gazonnés, coupés au
« droit de chaque passage de porte ^. »
1. Delamare, Recherches sur Lambèse, p. 31-35. Rec. de Constanline,
VU, 1863, p. vi-vii. Ibid , XXlll, 1883-4, p. 191-3. Gagaat, Guide de Lambèse,
p. 48-9.
2. Corpus, VIII, 3293.
3. Deux arcades sont encore debout dans la jLralerie de l'est.
4. Conf. Choisy, Histoire de l'architecture, I, p. 317.
5. Rec. de Constantine, XXIII, p. 192-3.
THÉÂTRES. AMPHITHÉÂTRES. CIRQUES 203
A Tébessa, rampliithéàtre ' n'est plus représenté que par une
excavation à peu près circulaire de 50 mstres do diamètre, que
Ton voit au sud-est do la ville ; les Byzantins d'abord, puis les
Français en ont pris t(Uis les matériaux. Il s'appuyait, d'un
côté, sur une pente, de l'autre, sur des massifs de blocage.
Les gradins inférieurs étaient en tuf, les gradins supérieurs en
pierre calcaire ; on a supposé que ces derniers avaient été
ajoutés lors d'un agrandissement de l'édiflce. Il y avait environ
quinze ou seize rangs de sièges.
L'amphithéâtre do Cherchel-, où eut lieu, d'après la tradi-
tion, le martyre de sainte Marcienne, se trouve dans la partie
orientale de la ville antique. Il mesure environ 120 mètres de
long, sur 70 do large : les doux onti'ées principales s'ouvraient
aux extrémités du grand axe. Il y a une soixantaine d'années,
c'était le mieux conservé des monuments romains de Caesarea ;
mais on y a pris tant de pierres qu'il ne reste plus en cet
endroit que quelques décombres, presque cachés par une végé-
tation luxuriante. Plusieurs gradins sont encore visibles au
sud-est.
ATipasa, Fa mphi théâtre'^, long de 100 mètres, large de 85^
est assez enterré et n'a pas été fouillé. Çà et là, dos portions
de murs dépassent le sol, et l'on reconnaît à l'un dos sommets
de l'ollipse, au sud-ouest, l'emplacement d'une des grandes
1. Moll, Annuaire de Conslanfine, 18")8-!1, p. 40-4."i. Girol, Rec. de Consfaii-
tine, X, 1866, p. 213-5. Héron de Villefosse, le Tour du Monde, 1880, II,
p. 14.
2. Ravoisié, III, pi. 28. De Blinière, Revue archéologique, V, 1848, p. 344-5.
De Verneuil et Bugnot, Revue africaine, W\\ 187U, p. 136-7. Héron de Ville-
fosse, Archives des Missions, 3" série, II, p. 392-393. Waille, De Caesareae monu-
mentis, p. 18-20. Gsell, Guide archéologique des environs d'Alger, p. 54-57.
3. Gsell, Mélanges de VÉcole française de Rome. XIV, 1894, p. 334-5 (il
s'élève vers le milieu de la ville romaine).
sot LES MONUMENTS ANTIQUES DE L ALGÉRIE
portos. La construction, qui est médiocre, ne parait pas anté-
l'iouro au m" siècle de notre ère'.
11 n'existe en Algérie qu'un seul cirque romain :k Clierchel,
dans le quartier occidental de rancienne Caesarea*. Les
ruines en sont peu distinctes. Cet édifice, qui a plus de
-iOO mètres de longueur, sur 90 environ de largeur, présente,
selon l'usage, la forme d'un rectangle dont un des petits côtés
(celui de l'est) est arrondi. Au sud, les gradins s'adossaient à
une pente ; au nord, ils étaient portés par des massifs de blo-
cage. De ce côté, le mur de clôture était soutenu extérieure-
ment par une longue série de contreforts. Ravoisié, qui a fait
quelques sondages dans ce cirque, a rencontré à l'est, au mi-
lieu de la courbe, les vestiges d'une porte monumentale à trois
baies. Les pierres du mur central de la piste ont servi en
partie ii la construction de l'église française''.
\. L'aniphilhéàlrcfl'El Outaïa (dans la région de Biskra) est mentionné dans
une inscription du temps de Marc-Aurèle {Coi-pus, VIII, 2488 et p. '.).j3) ; il ne
semble pas avoir laissé de traces distinctes. Peut-être était-il en terre. — Une
inscription {Corpris. 5276) permet de supposer qu'il y avait à Ilippone un
amphithéâtre. On a cru pouvoir en indiquer l'emplacement : Papier, Leilres
sur Jfipjione, p. 1 14.
AGuelmaet à Hammam Meskoutine, des excavations elliptiques ont paru
représenter des amphithéâtres : Grellois, Mémoires de V Académie de Metz,
XXXlll, 18.j1-2, i'''^^ partie, p. 216 et 321. — Quelques archéologues ont donné
le nom d'amphithéâtre, de cirque, ou de Ihéàtre à une dépression qui se voit à
Bougie et qui, à mon avis, n'est pas artificielle : Lapéne, V'uifjt-six mois à
Uoiif/ie, p. 10-20; Féraud, Renie africaine, 111, 18.'J8-9, p. 304, n" 2; Vigneral,
Ruines romaines de la KahijUe du Djardjura. p. l.jO, n°2; Poulie, Rec. de
Constuntine, XVII, 1875, p. 437. — Pour les amphithéâtres de Sétif et de
Constanline, voir plus haut, p. 201 et p. 200, n" 1. Celui de Constantine est
mentionné dans une inscription du temps de Seplime-Sévère : Corpus, VIII,
0995.
2. Ravoisié, III, pi. 20. De Verneuil et Bugnot, Revue africaine, XIV, 1870,
p. 132. Waille, De Caesareae monumenlis, p. 20-21. Gsell, Guide archéologique
des environs d'Alger, p. 61.
3. Peut-être y avait-il un cirque à Constantine. sur la rive droite du
Rummel, à l'endroit qu'occupe aujourd'hui la gare. Mais la chose est assez
douteuse. Temple et Falbe, Relation d'une e.rcurs'ion à Constantine. p. 75-6.
THÉÂTRES. AMPHITHÉÂTRES. CIRQUES 205
On a cru distinguer aussi à Chcrcliel les traces d'un stade ^
Ravoisié, 1. p. 12. Marchand. Bec. de Conslantine. X, 1800, p. "1, et XI, 1807,
p. 3"34. Vars, ih'ul., XXVllI, 189:i, p. 31."). — Des inscriptions indiquent l'exis-
tence de cirques à Bougie [Corpus. VIIF, 8938) et à Aumale [ibid., 903-2, 900o\
Il est question de courses de chevaux à Tcbessa (Jbul., IOÏIOd); mais elles
ont pu avoir lieu sur une simple piste en terre.
1. Ravoisié, 111. pi. 21-22 (prés du rivage). Waille, L c, plana la page n,n°7.
Sous Seplime-Sévère, Césarée avait reçu le droit de célébrer annuellement
deux agones. fûtes qui se donnaient soit dans le cirque, soit dans le st.uk'
[Corpus, VIII, p. 198;j). — A Constantine, un édifice circulaire ou elliptiiiue,
dont on a retrouvé quelques vestiges, paraît avoir servi h des spectacles.
Brunon etMeister, Ree. (/eCo/w/., XVII. IST.l p. 01-8, pi. XIII. Poulie, :7nW. ,
XXII, 1882, p. 283-4. Vars. ibid., XXVllI, 1S93, p. 2(i2-i.
CHAPITRE VII
MARCHÉS
Nous ne connaissons actuellement en Algérie qu'un seul
édifice auquel on puisse donner avec certitude le nom de mar-
ché. Il se trouve à Timgad, auprès de l'arc de Trajan, sur le
côté sud du (lecianatius^ (plan,^y. C6, d'après le plan levé par
le Service des monuments historiques ; vues, planches LI et
LU). Des inscriptions qui y ont été découvertes nous
apprennent que ce macellwn fut fait par les soins de
M. Plotius Faustus, chevalier romain, et de sa femme. Il
est très probable qu'il date du premier quart du iif siècle.
Sur une place dallée s'élève un portique, au milieu
duquel est l'entrée principale. Il y a, en outre, deux portes laté-:
raies, dont l'une donne sur une rue qui longe le bâtiment à
l'est, et dont l'autre s'ouvre sous un portique bordant la face
opposée.
A l'intérieur, des galeries, dont les colonnes sont surmontées
de chapiteaux corintbiens à feuilles non découpées, entourent
une cour rectangulaire, de 24", 30 de long sur 15", 30 de
large, ornée au centre d'un bassin carré.
1. Bœsvvillwald, Gagnât, Ballu, Thncjad, p. 183-213, pi. XXIII-XXVI.
Ballu, les Ruines de Timgad. p. 209-211, pi. XXXI-XXXVI.
MARCHES
207
O 5 10 15 20 25 30
FiG. 66. — Marché de Timprad.
208 LES MONUMENTS ANTIQIES DE L ALGÉRIE
Un grand hémicycle s'étend an-delà de la cour, au sud.
L'ouverture en était l)arrée par une rangée de colonnes, que
reliaient des arcades : c'est, croyons-nous, le plus ancien
exemple de ce dispositif en Occident. Au-dessus, s'élevait un
mur plein. Entre chaque chapiteau et chaque sommier, on avait
intercalé un dé', offrant un entablement complet : architrave,
frise et corniche. Sur chacun de ces dés est gravée une lettre,
et l'ensemble des lettres forme le nom du fondateur du mar-
ché. — Le fond de l'hémicycde est occupé par sept comparti-
ments, qui servaient de bouti(|ues. Des arcades étaient jetées
sur les pieds-droits placés à la tête des murs de sé])aration.
Au-dessus de ces pieds-droits, de belles consoles portaient des
colonnettes do marbre, cannelées en spirale, de 3™, 05 de haut.
Celles-ci portaient à leur tour l'une des extrémités des poutres
maitresses du toit de riiémicycle ; l'autre extrémité s'appuvait
sur le mur qui surmontait la colonnade du front de la salle.
Les consoles présentent des sculptures : par devant, une grande
feuille d'acanthe; sur les côtés, des motifs divers, à relief assez
plat, rinceaux, })ampres, cornes d'abcndance, cratère et figure
tenant deux ceps de vigne. Nous ne croyons pas qu'elles soient
plus récentes que le reste de l'édifice.
A l'entrée de chaque compartiment, une grande dalle de
granit, placée horizontalement à une hauteur d'un mètre, est
engagée dans les deux murs latéraux. Elle servait à l'étalage.
Pour pénétrer dans sa l)outiquo, le marchand devait se glisser
par-dessous cette tal)le.
Il y avait aussi des boutiques en avant de la cour, de chaque
côté de la porte pi'incipale du macrllum.
L Membre d'architecture précurseur des coussinets-impostes de I"époq;ie
ctirélienne.
MARCHÉS 209
Ce monument est d'une décoration fort élégante et offre
des dispositions architecturales remarqua!)les. 11 était orné de
plusieurs statues du fondateur et de sa femme.
Au nord-ouest du marché, on voit un édifice qui en était
peut-être une annexe. C'est un hâtiment rectangulaire, de
24"", 25 de long sur 10™, 40 de large, précédé d'un portique qui
regarde le dccumanus; et terminé par une abside dont
l'ouverture est flanquée de deux pilastres. Il est dallé ' ; une
toiture en charpente et en tuiles le recouvrait. Dans l'abside,
on a trouvé la base d'une statue de la Concorde des empe-
reurs Valentinien et Valons, érigée vers 365-.
A Anuouna, Bernelle a en partie dél)layé une ruine assez vaste •'^,
à gauche de la grande voie qui allait de Tare à deux ouver-
tures, formant l'entrée méridionale de la ville, à l'arc à
une baie, dressé, croyons-nous, en avant du forum.
Les murs extérieurs sont en blocao'e, avec des chaînes
en pierres de taille. Une cour dallée, à peu près carrée
(elle mesure 18™, 20 sur 17™, 30), occupe le centre; elle
était bordée, sur ses doux faces latérales et au fond, par
des portiques, larges de 4™, 70, élevés de 0™,70. Des colonnes
soutenaient ses toits de ces galeries : aujourd'hui, il ne reste
plus que les dés en pierre qui portaient leurs bases. Une
mosaïque ornementale formait le pavement du portique du
fond. A l'extérieur, une sorte de galerie, large de 4™, 50,
1. Au centre de la salle et dans l'abside, les dalles sont en calcaire noir et
en porphyre rouge.
2. Un fragment d'inscription, trouvé à quelques mètres des deux édifices
que nous venons de décrire, fait mention d'une place et sans doute aussi
d'un marché aux étoffes : <i foru[m]... [cum basUica ?] veslia[ria\ ».
3. Poulie, liée, de Consfantine, XXVI, 1890, p. 3i8-332. Bernelle, ibid.,
XXVII, 1892, p. 107-8 et plan à la page 101 (description et plan inexacts).
I. 14
210 LES MONUMENTS ANTIQUES DE l'aLGÉRIE
parait avoir été adossée au mur de droite. Tout cela est en
fort mauvais état et à peine distinct.
La façade regardant la voie présentait une inscription,
longue d'environ 6 mètres, dont Bernelle a recueilli de nom-
breux fragments. Elle indique que la construction date du
règne de Septime-Sévère'. Des statues d'un liumme en toge
et d'une femme drapée décoraient l'entrée.
Il se pourrait que cet édifice ait été un riiacel/um : le plan
présente des analogies avec celui du bâtiment d'Eumacliia, à
Pompéi, dans lequel M. ^lau -' veut voir un marché aux
étoffes 3.
1. Corpus, VllI. 18903.
2. Rdmische Miilheihuif/en des arcltâolof/ischen I/isfitii/s. Vil, 1892. p. 113,
pi. IV-V.
3. Une inscription de Djemila. citée plus haut (p 126), uienlionne un marché
aux étoffes {hasilica vesliaria), qui n"a pas été déblayé — Sur deux inscrip-
tions d'Aumale, de Tannée 230, il est question d'un « [m]acellu)n cum portici-
hus [et po]nderibus omnibus»: Corpus, VllI, 9062. 9063. — Une inscription de
Lambèse {ibid., 18224), datant de la fin du m" siècle environ, fait mention
d'un macellum, dont la surveillance était confiée à des sous-officiers; elle a
été découverte dans une ruine, à 150 mètres au sud-est du camp, par consé-
quent assez loin de la ville. Il s'agit sans doute d'un marché à lusage des
lésionnaires.
CHAPITRE YIII
THERMES
Dans presque toutes les ruines romaines de quelque impor-
tance, on rencontre des établissements de bains ; dans les
grandes villes, il y en a généralement plusieurs.
Ces thermes sont Ijàtis d'une manière assez uniforme. L'em-
})loi des pierres de taille y est restreint. Elles ne servent
guère qu'à fortifier des angles, à encadrer des I)aies, parfois
aussi à former des arcades, ou bien des chaînes dans les murs.
Les parois sont faites de petits moellons, noj-és dans un
excellent mortier, avec quelques parties en l)riques. Ce mode
de construction avait le double avantage d'être rapide et
d'offrir une grande solidité: les voûtes en b('ton qui sur-
montaient une partie des salles ne faisaient, i)0ur ainsi dire,;
qu'un seul bloc avec les murs qui les portaient; en bieni
des endroits où murs et voûtes ont été renversés, soit par
les hommes, soit par les tremblements de terre, le sol est
jonché de massifs énormes, si compacts que rien ne semble
pouvoir les désagréger. Souvent, on diniinuait le poids des ^
voûtes en en constituant le noyau avec des séries de petits
tubes en terre cuite, emboîtés les uns dans les autres : pro-
cédé encore usité en Tunisie.
212 LES BJONUMENTS ANTIQUES DE l'aLGÉRIE
La décoration venait se superposer tant bien que mal au
gros œuvre. Contre les parois, on appliquait soit des enduits
de stuc, revêtus de peintures, soit des placages de marbre. On
aimait à paver les salles de mosaïques, ornementales ou
figurées.
S'il y a en Algérie beaucoup de restes de thermes romains,
peu nombreux sont ceux qui méritent une description dé-
taillée.
A Cherchel, on a reconnu rexistence de trois établissements
de bains.
Le plus considérable, appelé par les indigènes ^ le palais
du Sultan », se trouve à Touest de la ville' (plan, [kj. 07;
vues, planches LUI et LIY). Des fouilles y ont été faites à
plusieurs reprises, en dernier lieu (1886-1889) par M. Waille,
qui a déblayé toutes les parties non ensevelies sous des
bâtisses modernes.
Ces thermes paraissent dater de la fin du ii" siècle ou
du délnit du m". Plus tard, ils ont sul)i quelques remanie-
ments, d'ailleurs peu inqujrtants. Ils présentent un plan
très symétrique, comme, par exemple, les thermes de Titus,
de Caracalla et de Dioclétien, à Rome.
L'entrée principale semble avoir été à l'est, en un endroit
qui n'est plus visible aujourd'hui. Il y avait là un beau por-
tique, formé do colonnes de granit de plus de 8 mètres de
1. De Blinièie. Revue archéologique, V, 1848. p. 347-3iS. Revue africaine, I,
1836-7, p. 143-6, 222-4, 2ol, 304 (fouilles de Lhotellerie) ; VIII, 1864,
p. 477; XIV, 1870. p. 140-141. Waille. Comptes Rendus de l'Académie des
Inscriptions, 1886, p. 301-4; 1887, p. ;i3-6, 232-6; 1888, p. 35-41, 241-2o0 ;
1889, p. 360-8. Le même, De Caesareae monumentis quae supersuni , p. 24-30,
33. Gauckler, Musée de Cherchel, p. 6, 7, 8, 10, 53, 160. Gsell, Guide archéolo-
gique des environs d'Alger, p. 39-48 et plan. Oit. dans la Construction
moderne, 10 avril 1897 (p. 327).
u
o
u
THERMES
213
21 i LES 3I0NUMEMS AMIOUES DE l'aLGÉUIE
linii'.eur, à cliapiteaux i()ni(nios. Peut-être inème des portiques
régnaient-ils tout autour du monument.
Dans la partie orientale, la principale salle, A, est le
frigidariinn. Elle mesure 24 mètres de long sur 14 mètres
de large et offre un beau pavement en dalles d'onvx, provenant
des carrières d'Aïn Tekbalet, dans le département d"Oran.
Quatre grosses colonnes de granit, d'un mètre de diamètre,
faisaient })artie de la décoration de cette pièce : il n'en reste
plus que f[uel(iues tronçons. La place qu'elles occupaient parait
difficile ii fixer avec certitude ; ce})endant, il est probable
qu'elles se dressaient aux points oîi nous les avons indiquées
sur le plan. Sur trois côtés, la salle dont nous parlons est
ilanquée «le Ijassins pour les l)ains froids, !>, C, D'.
Des escaliers, disposés en arrière des deux piscines laté-
rales, conduisaient probal)lement à des terrasses.
A droite comme à gauche de cette salle, deux grandes pièces,
vestibules, promenoirs ou lieux de récréation (E, F, G, H),
sont pavées de mosaïques ornementales; des voûtes d'arêtes
les; recouvraient. Des mosaïques décoraient aussi les cabinets
ou couloirs I, J, K, L.
Derrière le frii/iihirium, se trouve une salle M, qui a été
coupée plus tard en trois compartiments. Elle pouvait être
chauffée: des piles de briques y supportaient un sol eu béton
et, selon l'usage, la vapeur d'eau produite par des fourneaux
souterrains circulait à travers le sous-sol, dans les intervalles
des piles. Cette pièce, placée entre le friffidarium et le ca/-
(/(n-iin/i, était sans doute un tep}(J(trinm, où l'on entretenait
une chaleur modérée, formant la transition entre le l)ain chaud
1. La grande piscine de Test, B, a été rélrécie à une basse époque. Les
nnirs postérieurs sont indiqués par des liacliures croisées.
THERMES 2!5
et le bain froi<l, ou servant de })ré|)aratioii au haiu chaud.
Les salles P, Q, R, S, T, U, situées à droite et k gauche
de ce tepidariuni, avaient également des sous-sols chauffés, ou
lij'pocaustes. En outre, les murs étaient doublés par des tuiles,
posées verticalement et formant une sorte de rideau qu'un vide
de quelques centimètres séparait dunuu''. Ces salles devaient
être des étuves, chauffées à une température plus ou moins
élevée ; il est possible aussi qu'on y ait pris des bains chauds
dans des baignoires mobiles. La grande baignoire maçonnée
qui se voit dans la salle R est un aménagement de basse
époque.
Les deux pièces extrêmes N et 0, jadis voûtées, sont dé-
pourvues d'hypocaustes ; elles offrent des mosaïques ornemen-
tales assez grossières.
La salle V, qui comnuinique avec jNI, T et U, était le cahhi-
riiiiii^ oîi Ton prenait les bains chauds. Elle avait des hypo-
caustes et elle était voûtée-. Une piscine se trouvait dans
l'abside du fond ; il y en avait probablement deux autres, sur
les côtés.
A droite et à gauche étaient des couloirs (X, Y), permettant
d'atteindre les fourneaux. Les réduits «, />, c ont peut-être
servi de réservoirs. Mentionnons enfin de vastes égouts, qui
évacuaient les eaux vers la mer; ils se distinguent nettement
sous les salles A, G, M, U, et à droite du c«/c/rtr/'/^;».
Ces thermes étaient décorés de nombreuses statues, placées
1. Ces rideaux de liiiles étaient probablement destinés à jiréserver les
murs contre l'action de la chaleur et de rtiuniidité : conf. Baunieister, l>enk-
mûler des klassischen Allerli/ms, III, p. 1769.
2. A une certaine époque, on sentit le besoin de consolider l'angle du nord-
ouest contre la poussée de la voûte, et Ton construisit un ^ros massif de
blocage dans le fond du couloir qui flanquait la salle à droite.
216 LES MONUMENTS ANTIQUES DE L ALGÉRIE
soit sur des piédestaux, soit dans des niches arrondies ou qua-
drangulaires (voir au plan piscines B, C, D, salles M, R, S).
Il semble même qu'après le triomphe du christianisme, l'édifice
ait été transformé en une sorte de musée, asile pour les
images des dieux déchus, qu'on avait consenti à épargner à
cause de leur valeur artistique. Les fouilles ont fait découvrir
une cinquantaine de statues, plus ou moins mutilées, qui sont
allées enrichir les musées de Cherchel, d'Alger, et même le
Louvre.
Dans la partie orientale de Caesarea, sur le champ de ma-
nœuvres actuel, s'élèvent d'autres thermes, plus petits' (vue,
planche LVj. La salle principale mesure 20 mètres sur 12.
Elle était dallée de marbre. Au sud, deux grandes absides la
flanquaient. A l'est, un bassin arrondi, pavé en mosaïque,
servait aux bains froids ; il était surmonté de trois niches pour
des statues, dont l'une, représentant un homme en toge, a
été retrouvée il y a quelques années. D'autres salles voisines,
dont les murs sont à peine distincts, présentent des vestiges
d'hypocaustes ; des plaques de marbre et des stucs peints en
ornaient les parois. On y a recueilli un grand nombre de bou-
teilles en terre cuite, employées jadis dans les voûtes.
. Un troisième établissement de bains se trouvait vers le
milieu delà ville '^ ; il n'en subsiste plus qu'un massif de Ijlocage.
1. De Blinière, Revue archëolof/ique, V, 1848, p. 34G-347. Ravoisié, Explora-
tion, IIJ, pi. ^1-iO. Revue africaine, \in, 1864, p. 417 ; XIV, 1870, p. 140. Héron
de Villefosse, Archives des Missions, série III, t. II, 1873, p. 323. Waille,
Rull. Comité, 1890, p. 393-398. Le même. De Caesareae monumenlis qiiae
supersunt, p. 31-32. Gauckler, Musée de Cherchel, p. 62, n° 1. Gsell, Guide
archéologique, p. 52-53.
2. Ravoisié, /. c, pi. 33, 36 (deux salles carrées, qui devaient être couvertes
de voûtes d'arèles, et une grande abside avec trois niches). Revue africaine, III,
1858-9, p. 67 ; VllI, 1864, p. 477 ; IX, 1863, p. 66 et 70; XIV, 1870, p. 141.
Gauckler, t. c, p. 63. Gsell, l. c, p. 59.
THERMES 217
Les thermes qui sont situés dans le quartier central de Tipasa
offrent encore des ruines assez imposantes, s'élevant, en certains
endroits à 9 mètres au-dessus du sol actuel' (plan, fig. 08;
vue, planche LYI). Par leurs dispositions, ils ressemblent aux
grands thermes de Cherchel, et ils doivent dater à peu près
de la même époque. Malheureusement, ils sont très enterrés
û
■f f m f6 xo
FiG. 68. — Thermes de Tipasa.
et on n'}' a fait que quelques déblais, pour installer des caves.
A l'est, se trouve le frigidarhim^ avec une piscine rectangu-
laire, dont les parois sont creusées de cinq niches pour des
statues. D'autres salles, qui n'ont pas été fouillées ou qui sont
recouvertes par des bâtisses modernes, flanquaient ce fi'igi-
darhim : au sud, un grand bâtiment voûté devait atteindre
environ 14 mètres de hauteur. Les pièces pourvues d'hypo-
1. Gsell, Mélanges de l École de Rome, XIV, 1894 p. 332-334.
218 LES MONLMEXTS ANTIQUES DE L ALGÉRIE
caustos occu[)eiit toute la partie occidentale de l'édiflce. Le
cithinrium est, comme à Clierchel, une vaste salle voûtée,
présentant à l'ouest une abside, dans la(|uelle est établi le
l)assiu (pli sei-vait aux bains chauds'.
A Lambëse, il y avait au moins trois établissements bal-
néaires'. Nous avons déjà i)arlé des thei'mes dont les ruines se
voient dans le camp-^ D'autres thermes, situés entre le camp
et la ville, au sud-est de l'arc de Commode, n'ont laissé que
des vestiges insignitiants : ils ne paraissent pas avoir été très
vastes. On y a découvert une mosaïrpie ornementale'.
Ceux {[u'on ap})elle Bains des C/iassn/rs offveni plus d'intérêt"'
(plan, fiij. ()9, d'après le plan levé par le Service des monuments
historiques; vue, })lanche LVIl). Ils sont à peu de distance au
nord-est du Capitule. Des officiers les ont déblayés en partie, il
va vingt ans; depuis cette époque, ils ont été fort dégradés.
L'entrée i)rincipale est au sud. Elle donne sur une cour qua-
drangulaire A, au milieu de laquelle on voyait une fontaine
et qui conuuuniquait avec les salles B, C, 0. Au delà de cette
cour, s'étend le frigidariiiin I), pavé d'une mosaïque en cubes
de briques; une piscine E le llanque à droite. Au fond, une salle
F communiipie avec D par une triple baie, constituée par deux
colonnes dont les bases sont encore en place. Dos chambres
(G, H, I, J) s'ouvrent sur F à l'est et au nord.
1. CeUe abside, qui n'est pas indiquée sur le plan ci-joint, levé il y a une
di/aine d'années, a été reconnue, m'a-ton dit, dans des sonda,ues qu'on a
ensuite recomblés.
2. Une inscription de Lambèse [Corpus. YJll,2T06etp. 17:5:)) mentionne un
hnlneum qui fut restauré par la lé;L,àon 7/7 Aur/iisla, sous Septime-Sévère. Nous
ignorons à quel édifice elle se rapporte.
3. Page 84-tl.
4. Barnéond, l\;vue africaine. Yll, 1863, p. 474. Rec. de Cunslanline. XXIII,
1883-4. p. 191. Gagnât, Guii/e de Lambèse, p. 48.
5. Hec. de Conslanline, XXIII, p. 202-203. Gagnât, /. c.. p. ."iO-GO.
J
IX
u
THERMES
219
C'est à roiiest que se trouvent les locaux qui pouvaient éivo
chauffés. Ils n'ont été fouillés que partiellement. La petite
salle K, munie d'une abside et jadis voûtée, a pu être une
étuve. La salle L, (pii offre des hypocaustes et des rideaux do
briques, représente certainement le cdlddriiim. Longue de
Fie. G'.». — Bains des Chasseurs, à Lambcse (échelle 1/3."J0).
15'",50, elle a à peu près la forme d'une croix ii branches ar-
rondies. Des piscines sont ménagées dans les deux absides qui
se font vis-à-vis aux extrémités du grand axe.
Ces thermes ont été construits par la main-l'œuvre militaire,
comme le prouvent un grand nombre de briques portant l'es-
tampille de la troisième légion.
220 LES MONUMENTS ANTIQUES DE L ALGÉKIE
Au pied (le la ville et auprès de Tare de triomphe de Sep-
time-Séyère, une grande ruine, où l'on a constaté des restes
de canalisation, porte le nom, évidemment erroné, de Palais
(la /f'f/al^ (vue, planche LVIII). Il faut peut-être y voir des
thermes, élevés à une basse époque : des matériaux plus an-
ciens, pierres à inscriptions, morceaux de corniche, etc., sont
employés dans la bâtisse; la construction est assez négligée.
On reconnaît un espace rectangulaire, de lO'^.SO sur 6, dont la
voûte reposait sur de gros pieds-droits en pierres de taille, of-
frant des niches pour des statues. Autour, se groupaient di-
Terses salles, actuellement fort peu distinctes. Des colonnes de
()'",50 de hauteur, des débris de placages en marbre, des mc-
saïques', un fragment d'un groupe représentant Thésée après sa
victoire sur le Minotaure ■' ont été trouvés dans cet édifice, dont
le plan ne peut jibis être levé aujourd'hui. Beurv, qui y a
fait des fouilles en 1852, dit que la forme de l'ensend^le est
celle d'un quadrilatère; il parle d'une galerie de 40 mètres de
long sur 9", 26 de large, divisée en trois parties distinctes par
quatre grandes colonnes d'ordre corinthien, et d'une autre ga-
lerie parallèle, de mêmelongueur, mais large seulement de 4"", 80.
Tout à coté, l'on voit des latrines, établies dans un petit
bâtiment de forme semi-circulaire et rappelant celles des thermes
<le Timgad dont nous allons parler.
Les fouilles du Service des monuments historiques à Timgad
-ont dégagé trois édifices balnéaires.
1. Renier, Archives des Missions, IF, 18'jl, p. 118. Rec. de Constantine, XXUl,
1883-4, p. 19i-19o. Ibid., XXVIII, 1893, p. 97-100 (notes de Beury). Gagnât,
/. f., p. 49-52.
2. Entre autres une mosaïque qui parait avoir représenté l'enlèvenient
-d'Hélène [Rec. de ConsL, XXVlll, 1893, p. 99).
3. Gagnât. Musée de Latnbése, p. 50-2; pi. lY, fig. 6.
THERMES
221
FiG. 70. — Thermes du sud, à Timgad.
222 LES MONUMENTS ANTIQUES DE L ALGERIE
Les grands thermes qui sont situés dans la partie méridio-
dale de la ville, à environ 80 mètres au sud du tliéàtre', datent
du 11" siècle, puisqu'on 198 ils furent agrandis, ainsi qu'une
inscription l'atteste. Une autre inscription nons apprend que, vers
le début du iif siècle, ils furent restaurés aumo}'en de presta-
tions fournies par les citoyens de Thamugadi, Ils couvrent une
superficie de plus de 2.000 mèti-es carrés (plan, fifj. 70, d'après
le plan levé par le Service des monuments historiques).
Quatre entrées donnaient accès à cet établissement; mais
doux d'entre elles (S et T) étaient seulement des portes de
service, conduisant aux sous-sols. Les deux autres, A et B,
s'ouvrent aux deux extrémités d'un couloir coudé, à ciel ouvert ;
auprès de la porte B, une logettc C servait sans doute d'abri
au gardien. Sur le côté est de ce couloir se trouvent deux
bâtiments : 1° de vastes latrines E, de forme semi-circulaire,
comportant vingt-huit sièges et pavées d'une riche mosaïque
dont la partie centrale représente des animaux ; 2° une grande
pièce, 1), offrant du côté du couloir une colonnade et se termi-
nant par un hémic^ycle ; elle était aussi pavée en mosaïque : il
convient, sans doute, d'y voir une salle de réunion et de ré-
création .
A l'ouest, trois larges baies mettent le couloir en communi-
cation avec une salle rectangulaire F, de 24 mètres de long sur
9 de large, dont la couvertiu'e était en charpente et en tuiles.
C'était probal)lement un gymnase, réservé aux exercices cor-
porels. On y voyait quatre statues de l'empereur Yalérien,
1. Bœswilhvald. Gagnât et Ballu, Timnad. p. 2n-2;;7 et pi. XXVII-XXXI:
Ballii, les Ruines de Timgad. p. 169-188 et pi. XIX-XXVI. — Ce sont peut-être
ces thermes que mentionne l'inscription Corpus. VIII, 2370 (p. 9ol) = 17S18,
trouvée au sud du Capitole.
THERMES 223
(le sa bru et de ses deux petits-fils : les bases seules ont été
retrouvées en place.
De là, on pouvait passer soit dans une cliambre G, qui était
peut-être un vestiaire, soit dans \e /ri(/i(/((rii/m H, salle rectan-
gulaire, que couvrait une voûte d'arêtes et que llan(pient deux
grandes piscines I ' et J. Au centre de ce frigidarium, était
dressé un grand vase en pierre, orné de bas-reliefs représentant
une scène de sacrifice, le groupe de l'Amoar et de Psyché, etc.
Il y avait aussi plusieurs statues dans la même salle (entre autres
un Mercure et une Hygie, qui ont été retrouvés) et au-dessus
de la piscine J (Nymphes tenant une coquille).
Les salles F, G et H sont pavées de mosaïques ornementales;
de grossières mosaïques blanches garnissent le fond des pis-
cines.
La destination de la chambre L est incertaine : i)eut-être
était-ce une dépendance du vestiaire. Les petites pièces M (oti
Ton voit deux niches qui ont pu contenir des armoires) et N
(avec son annexe 0) servaient de passage entre \q. frigiddrlHm
et les parties des thermes qui étaient chauffées.
Les salles K, P, R, Q offrent des liypocaustes. K était sans
doute un tcpidariitm. Il y avait deux ca/daria : 1° P, voûté en
berceau et garni de deux baignoires semi-circulaires, dont Tune
(celle du nord) a été ajoutée après coup; quatre statues occu-
paient les angles de cette salle ; 2° Q, également voûté en ber-
ceau, avec trois l)aignoires, doux latérales et une au fond. La
salle R, que couvrait une voûte d'arêtes, était une éluve(/«co/?/-
ClOil).
Les sous-sols sont encore en bon état. Des couloirs de ser-
]. Celte lettre I manque sur notre plan, par suite d'un oubli. Elle doit être
placée entre K et F.
224 LES MONUMENTS ANTIQUES DE L ALGÉRIE
vice, dans lesquels on descendait par des escaliers, donnaient
accès aux fourneaux, au nombre de dix, et à une salle de dépôt
pour les coml)Ustibles.
Au nord-est de ces thermes, et au delà d'une ruelle (U-V) sur
laquelle s'ouvrait la porte B, on voit une grande exèdre, X, de
8"", 15 de rajon, formant une annexe des bains : elle devait
servir de promenoir. Un portique l'entoure et elle est barrée
sur le devant par une colonnade.
Des thermes beaucoup plus petits ont été déidavés dans le
quartier central de Thamugadi, au sud du t/rctunani/s maximiis,
entre le théâtre et le marché^ [fi g. 71, d'après le plan levé par
le Service des monuments historiques).
On y distingue: 1" un couloir, quia été agrandi à une époque
tardive (C) ; il a deux entrées, A etB ; 2° nne pièce carrée, E,
ornée d'une mosaï(|ue représentant les quatre saisons, salle de
promenade ou local pour les exercices corporels; 3" un ves-
tiaire, G ; 4" un petit frigiilaruim^ H, avec une seule piscine I;
5" une salle J, qui devait être un Irpidarium; 0° deux calda-
ria, l'un, K, avec une piscine semi-circulaire, l'autre. M, avec une
piscinede même forme et une piscine rectangulaire ; 7° nne étuve
owlaconiann, L. Comme dans les thermes du sud, les aménage-
ments des sous-sols (couloirs, chambres de chauffe, fourneaux)
sont fort bien conservés ; on }• pénétrait par des entrées de ser-
vice, dont l'une se voit en N et l'autre du côté opposé.
Enfin, d'autre thermes, d'une grande étendue, sont situés en
dehors de la ville, à peu de distance au nord-ouest de la porte
septentrionale (planche LTX). On les a fouillés eu 1899-1900.
En attendant qu'ils soient décrits dans l'ouvrage de ]MM. Gagnât
1. Bœswilhvald, Gagnât et Ballu, l. c, p. 2.j8-268, pi. XXXH.
THERMES
et Ballu sur Tiingad, iKJiisnouscontenteruns de ([uelquos brèves
indications.
L'édifice, construit en blocage, avec des revêtements en
briques ou en pierres de petit appareil, mesure 80 mètres de /
longueur sur 66 mètres de largeur maxima. Il renferme une ^
trentaine de salles, disposées selon un plan rigoureusement s_v-
Vu.. '[.
Petits thermes, à Tiingad.
métrique : si Ton tire une ligne médiane du nord au sud, on cons-
tate que les constructions situées à l'ouest de cette ligne repro-
duisent de la manière la plus exacte celles qui sont situées à
l'est.
Du côté du nord, au milieu, se trouve le frigidariKin, salle
de 29 mètres de long et de 13", 80 de large, pavée d'une
mosaïque ornementale. Elle présente, sur cliacnn de ses petits
226 LES MONUMENTS ANTIQUES DE l'aLGÉRIE
côtés, une niclio semi-circulaire, qui abritait sans doute une
statue. Au nord de cette salle, il y aune lougue piscine, arron-
die à ses deux extrémités, avec six niches pour des statues; au
sud, deux autres piscines, plus petites, et, entre elles, une
pièce rectangulaire qui communique avec le frigidnrivm par
trois larges baies à colonnes, et qui, du côté opposé, donne
accès aux locaux chauffés. Les piscines sont pavées de
mosaïques grossières ; l'enduit qui couvre leurs parois offre des
graftites laissés par les baigneurs, dessins et inscriptions, pour
la plupart obscènes.
A l'ouest et à V est du f/'ir/i(/a/'ium, deux vastes salles, de
30 mètres sur 13", 60, avec des mosaïques de pavement et
des niches arrondies ou quadrangulau-es, servaient sans doute de
promenoirs, de lieux de conversation et de récréation. Elles sont
flanquées de pièces exiguës, vestiaires ou chambres de service.
Un escalier, établi dans un recoin, contre chacune de ces grandes
salles, permettait d'atteindre les terrasses qui régnaient au-
dessus d'une partie du bâtiment.
Les angles sud-est et sud-ouest des thermes sont occupés par
deux salles (14'^,80X 9'°,85l, couvertes autrefois d'une voûte
d'arêtes et offrant une abside : c'étaient peut-être des gym-
nases, oii l'on se livrait à des exercices de force et d'adresse.
Dans l'abside du sud-ouest, il y avait des latrines.
Les autres pièces présentent des hypocaustes. Elles sont
de forme quadrangulaire ; plusieurs, cependant, sont pourvues
de grandes absides. Celles qui bordent la face méridionale du
monument étaient toutes couvertes de voûtes d'arêtes ; plus
voisines des fourneaux, elles étaient chauffées à une tempé-
rature plus élevée que celles 'du centre. La plus grande fait
saillie au milieu du côté sud, de manière à être mieux exposée
x
■o
:^> c
THERMES 227
aux ra^-ons du soleil. C'était le caldarium : on y voit trois
grandes baignoires, ménagées sur les côtés et au fond. Les
couloirs qui permettaient d'atteindre les fourneaux établis
dans le sous-sol, sont disposés sur la même face, le long du
bâtiment.
L'entrée des thermes aurait dû être du côté du frigidarimn^
conformément à l'usage. Elle se trouve au contraire à l'est,
sur la voie qui sortait de la porte septentrionale de Thamugadi ;
les habitants delà ville pouvaient ainsi gagner rapidement l'éta-
blissement de bains, tandis qu'ils auraient dû faire un long
détour si l'accès de cet édifice avait été sur le front nord .
Les ruines des thermes de Guelma ^ sont encore imposantes
(planches LX et LXI) ; mais il est impossible d'indiquer d'une
manière précise les dispositions intérieures de cet édifice, qui
n'a été fouillé que partiellement. La construction est fort bonne
et peut remonter au \t siècle de notre ère : elle est faite en
blocage, avec des revêtements en pierres de petit appareil et
en briques; certaines parties sont en grandes pierres de taille
(les pieds-droits et les arcs des portes principales, ainsi que
des chahies dans les murs).
Une grande salle rectangulaire mesure 22 mètres de long
sur 14 de large. Elle présente deux niches pour des statues.
A une hauteur de 10 mètres, de fortes consoles en pierre
sont enfoncées dans les côtés longs ; elles portaient quatre ar-
ceaux qui étaient jetés en travers de la salle (deux aux extré-
mités, deux autres au milieu) et qui devaient servir de soutiens
à la toiture. Un étage était ménagé sous le toit, car, à la hau-
1. Berbrugger, Algérie historique, pittoresque et monumentale, province de
Constanline, pi. à la page 10 (église présumée). Ravoisié, Exp^om/toïi, II, pi. 24,
25, 26 et p. 29. Delamare, Exploration, pi. 172 et 174. Grellois, Mémoires de
l'Académie deMetz,\W\\\, 18ol-2, 1" partie, p. 278-281 et pi. II.
228 LES ilONLMEMS AMIQLES DE L ALGEBIE
teur des consoles, ou voit dans les parois des séries de trous
pour rinsertiou des madriers qui supportaient le plancher '.
Ravoisié croit, avec A'raisemblance, que cette vaste salle
était un tepidariuni.
Des portes de dimensions diverses, au n()nil)ro de onze, don-
naient accès à d'autres pièces ou conduisaient au dehors. Presque
toutes ont été bouchées. On ne distingue à l'heure actuelle
qu'une partie des salles de l'est, qui sont d'ailleurs reml)la_vées.
Les dimensions en sont assez petites-'. Elles étaient surmon-
tées d'un étage, dont les chambres présentaient des voûtes. A
l'ouest, Ravoisié indique une abside, qui occupait peut-être le
fond du caldarimn.
(^Hiolques fragments d'une arcade en marl)ro ont été recueil-
lis autrefois dans cette ruine : les sculptures représentent un
buste d'Océan, un aigle, un trident flanqué de dauphins 3.
A l'époque byzantine, les thermes dont nous parlons furent
enclavés dans la citadelle construite sur l'ordre du général So-
loinon : une petite poterne s'ouvrait dans le rempart à côté de
l'édifice romain, comme l'atteste une inscription : « Pos/ici/(s
siih termas haltco conclud'ilur ferro''. »
Nous ne décrirons pas les autres thermes antiques de
l'Algérie : il suffira de les mentionner ici brièvement"'.
1" Alger [Icosiiim). — Restes de thermes découverts autrefois
sous la place de la cathédrale et aux abords. On y a trouvé
deux mosaïques de pavement et un siège de bain troué, en
1. 11 ne semble pas en effet que ce soient des trous ménagés pendant les
travaux de construction, à seule fin de maintenir les poutres des échafati-
dages.
2. Le plan de Ravoisié (pi. 25) n'est pas exact.
3. Ravoisié, /. c, pi. 24, fig. 2. Delamnre, /. c.pl. 17), lig. 1214.
4. Ctrpus, VIII, 5332. Ravoisié, /. c, pi. 33.
5. Nous parlerons plus loin (ch. xii) de plusieurs thermes privés.
THEiiMES 229
marbre. A cet endroit aboutissait une ronduite d'eau'.
2" AmoHi-a (Sufasar). — A'estig-os peu nets. Salle en forme
de trèfle, à trois absides. Autre salle à abside-.
3° AzpffouR {Rusazii ?). — Thermes en blocage et en bri(iues,
encore assez bien conservés. Certains pans de mur atteignent
une hauteur d'au moins 10 mètres; le reste est enterré. Ces
ruines mériteraient d'être dégagées '^
4" Bis/cra [Bcsccra). — A l'est de la ville, restes de thermes
en blocage et en briques, qui s'élèvent encore k une dizaine de
mètres. Dans les voûtes, on avait employé des bouteilles en
terre cuite '* .
5° BoKgi/'[Sa/(/ae). — Thermes, àl'ouestdel'église, rue Saint-
Joseph. On y a trouvé une grande mosaïque ornementale^ et des
restes d'hypocaustes. — Il y avait, sans doute aussi, des thermes
dans la partie orientale do la ville, au point oîi Ton a recueilli
l'inscription*^ : (( Nu?ui/n Maïu^etaniae et Genio thernianon
graùas ago. »
6" Consfjinlini' [Clrta). — Bains construits par C. Arrius
Pacatus, vers le début du ii'' siècle [balineum Pacatianinn'').
Il n'en subsiste plus rien. L'entrée était, dit-on, au midi; elle
s'ouvrait sur une grande salle voûtée. On a découvert, dans ces
thermes, des restes de mosaïques, d'hypocaustes, de citernes^.
1. Berbriigger, Icosium, p. 44-5, pi. P et Q. Devoulx, Revue africaine, XIX,
187o, p. 419-424, 4-2.j. Doublet, Musée d'A'ger, p. 4!) et 52. Conf. encore plus
haut, p. 201, n. 2.
2. Conf. Polnssot, Bull, des antiquités africaines, I, 1882-3, p. 37.
3. Thomas, Reywe africaine, II, 1857-8, p. 442. Vigneral, Ruines romaines de
la Kabylie du DJurdjura, p. 67-8.
4. Renier, Archives des Missions. 11, 1831, p. 431.
5. Dans l'établissement des sœurs.
6. Corpus, VIII, 8926.
1. Ibid., 7031.
8. Rec. de Conslanline, Vil, 1863, p.ix-xi. Vars,/6ù/.. XXVIll, 1893, p. 293-5;
XXX, 1895-6, p. 235; XXXII, 1898, p. 312.
230 LES MONUMENTS ANTIQUES DE l'aLGÉRIE
— Thermes (?), près de la grande mosquée. Vestiges de bas-
sins et d'une mosaïque à figures *.
7° Dellys {Cissi?). — Les ruines de tliermes qui existaient en
ce lieu- ont disparu récemment, lors de l'établissement du
chemin de fer.
8° Djemila [Ciiicid). — Thermes, dans la partie sud-ouest de
la ville. Cet édifice, qui paraît avoir été important, était décoré
de colonnes ; on v a constaté l'existence de mosaïques. Les
dispositions n'en deviendront claires que par des fouilles éten-
dues. En 1900, le Service des Monuments historiques a fait
déblayer une partie d'une grande salle de 14 mètres de
large, pavée de mosaïques ornementales 3.
9° Djidjelli {Igilgili). — On a signalé à Djidjelli des ruines
de thermes, qui ont aujourd'hui disparu^.
10° Gouraya[Guni(gii). — A l'ouest de la ville, gros massifs
de blocage renversés; ils ont dû appartenir à des thermes. Au
dessous, se trouA e une grande citerne dont nous parlerons au
chapitre suivant.
11" Gitelma[Calama). — Outre les thermes cités plus haut^,
il y en avait d'autres plus petits, dans la partie septentrionale
de la ville*^. Ils ont été rasés.
12» Hippone[Hippo Regius). — Grands thermes, dits Basi-
lique de la Paix ou Glisia Roimii. Il en reste d'énormes massifs de
blocage, dont l'un, encore debout, s'élève à une hauteur d'une
1. Vars, ibid., XXX, p. -263.
2. De Neveu, Revue africaine, IV, 1839-1860, p. 174.
3. Ravoisié, I, p. 65-6, pi. S4 (restitution audacieuse). Delamare, pi. 103,
ûg. 9 et 104, fig. 5.
4. Bugnot, Revue africaine, XTI, 1868, p. 152. Féraud, Bec. de Conslantine,
XIV, 18*0, p. 90.
5. Page 227.
6. Ravoisié, II, pi. 23, lettre D. Delamare, pi. 171, fig. 3, lettre T; pi. 173,
en bas, à gauche.
THERMES 231
dizaine de mètres et présente une grande niche'. — Autres
thermes (?), au sud-est des citernes : il n'en subsiste qu'un
pan de mur ^.
13" Khalfoun, près de Sétif. — Il y avait là des bains publics,
comme l'atteste la découverte d'une mosaïque, portant cette
inscription-^ : « Beîie laves! Oze (= liodir) a{s.'>e?)i) i/es, cras
gratis : res tiUa, etc. (Bon bain ! aujourd'hui, donne un as;
demain ce sera gratis; n'en doute pas, etc.). »
14° Khamissa [Thiilnirsicum Niiniidanmi). — Grandes
ruines, qui semblent avoir été des thermes, àproximité de l'arc
à trois baries, dans la partie occidentale de la ville. Salle, jadis
voûtée, de 14", 60 sur 13", 90, avec une abside au sud. A
20 mètres de là, à l'est, restes de deux gros pieds-droits en
pierres de taille, distants l'un de l'autre de 5 mètres. Auprès
(au nord), suite des citernes formant un ensemble d'environ
25 mètres de long sur 20 mètres de large ^. — Autre édifice,
situé dans le quartier oriental, entre la platea vêtus et la
porte de la route de Tifech. C'était probablement un établisse-
ment de Ijains. M. Chabassière j a trouvé une belle mosaïque
ornementale"'. — Des thermes paraissent être mentionnés dans
une inscription du iv*" siècle, trouvée sur \si platea vetus^\
15" Kherba [Tigava). — Thermes, sur les bords du Chélif.
On distingue encore plusieurs salles rectangulaires. Mosaïques
ornementales, hjpocaustes'^.
1. Ravoisié, II, pi. 4i, fig. 1-4 (n° G du plan, à la pi. 3'J). Papier. Lettres sur
Jlippone, p. 54-8, pi. XVIII et XIX.
2. Ravoisié, II, pi. 44, fig. 5 et 6. Papier, /. c, p. 227 et pi. XXII.
3. Corpus, VIII, 8424 et p. 970.
4. Chabassière, Bec. de Constanline, X. 18C6. p. 121 : pi. XII, fig. 2: pi. XIII,
à droite (conf. pi. II, lettre F du plan).
5. IbicL, p. 125 et pi. VI.
fi. Corpus, VIII, 4878.
7. Reisser, Bull. tVOran, 1898, p. 208-211.
232 LES MONUMENTS ANTIQUES DE L AL(;ÉIUE
IG" Malifou [Hitsf/iinific). — Ruines de deux établissements
de hains, à peu de dislanco l'un de l'autre, dans la partie méri-
dionale de la ville antique. Dans les plus grands, on voit une
abside de 5"", 70 de diamètre, qui était percée d'une ou deux
baies; à quelques pas de là, un mur dépasse encore le sol de
() mètres. — Dans les autres, restes de plusieurs niches semi-
circulaires; pavements en mosaïque (un panneau, au milieu
d'une grande salle, représentait sans doute Neptune sur son
char) '.
17° Mdaoïiroucli [Madauri). — Thermes, qui paraissent être
assez vastes, à 120 mètres environ au nord-est de la citadelle
byzantine. Arcades en pierres de taille, nuu's en blocage,
voûtes en bouteilles d'argile 2,
\ 8' Morsolt. — Thermos, déblayés par M. Barry en 1899-1900.
Le plan en est assez peu net ; ils ont d'ailleurs subi des remanie-
ments. Les salles et les piscines sont, pour la plupart, très
exiguës. Nombreuses mosaïques ornementales-^.
19" Pérujoti-ille [Satafis). — Maigres vestiges de thermes, peu
distincts. Mosaïques, canalisations, foyer'*; inscription indiquant
que ces bains furent restaurés au iv'' siècle''; autre inscri})-
tion, de 380 environ, mentionnant la réfection de l'aqueduc des
thermes".
20° PJnUppcville (Rusicade). — Restes de thermes, rencon-
1. Berhrugi^Gr, Ni^'cessilé de coloniser le cap Malifou. p. -JO-^l (il voyait dans
les grands thermes une basilique). Chardon, Bull, (^oinilé. l'JOO, p. 148-14!).
Gsell, ibid.., p. clxxxvh.
2. Rec. de Conslanline. X, 180(1, pi. VII, fig. 3. Ibid., XXXIII, 1899, pi. à la
page 2.j8 (n" 9). Gsell, Recherches (ucliéoloijiques en AUjérie, p. 412.
3. Vars, liée, de Conslanline, XXXIII, 1899, p. 414-420; plan à la page 391.
4. AudoUent, Me'lanfjes de l'École de Home, X, 1890, p. 4119; Gsell, //-'/(/., XV,
1893, p. 42.
o. Gsell, /. c, p. 47, n° .'1. Bûcheler, Catmina lalniu epigraphica, n° 1b02.
6. Gsell, /. c, p. 46, n" 4.
THERMES 231
très au iiorJ-ouest de la ville et aujourd'hui délruils. Débris de
colonnes, de mosaïques, d'une statue d'Hvgie'.
21" Saint-Lfu [Port m Mar/ims). — Quelques ruines de
thermes on blocage, au jjied du coteau (jui portait la partie la
plus importante de la ville-.
22" StHif [Sitifis). — Thermos, qui occupaient l'emplacement
du théâtre actuel; on a constaté des restes d'hypocaustes.
Débris de mosaïques à figures et à iuscriptions'^ — Des
theruies sont mentionnés dans une inscription de Sétif de
l'année 288 ^.
23° Sidi Youcef [Naraggara?). — Thermes, restaurés sous
Dioclétien'' ; ils ont été démolis par des entrepreneurs.
24" Tak>iebt {Rusuccuru). — Vestiges de thermes, non
fouillés, au milieu du village kabvle^.
25" Taoura {Thagura). — A environ 250 mètres au sud de la
citadelle byzantine, deux puissantes arcades en pierres de
taille sont encore debout. Elles formaient des baies sur les
côtés d'une grande salle quadrangulaire. Autour, massifs de
blocage'. Une inscription, trouvée à proximité de ces thermes,
mentionne la restauration de la cella u/tcli/dria, sous Dioclé-
tien et Maximien^. — Sur une autre inscription de Taoura o,
il est question de travaux concernant des thermes : « ... T/wr-
1. Gsell et Bertrand. Musée de Philippeville, p. i0-4i.
2. Montfort, Revue africaine, III, ISjS-O, p. ^'Jl. Demaegtil, fhdl. des anti-
quités africaines, H, 1884, p. lit».
3. Payen, Rec. de Constantine, XVI, 1873-4, p. 301; iil. VI-VII. Corpus, VIII,
8310.
4. Corpus, VIII, 8457.
5. Corpus, VIII, 10766 r= 1681-2.
6. Gavault, Élude sur les ruines roniaines de Tifjzir/, p. 114-li;>.
7. Conf. LewaI, Revue africaine, III. 18:iS-9, p. -26.
8. Corpus, VIII, 4645.
9. Héron de Villefosse. Bull. Comité, ISDO, p.cLxv.
234 LES M0NU3IENTS ANTIQUES DE L ALGÉRIE
mas ex s[esterthini) cccc mil[ibus) m(mnm[m\. » Mais je ne
saurais dire s'il s'agit de l'édifice dont les ruines subsistent.
26" Tébessa [Thevcsie). — Deux groupes de bâtiments, qui
étaient certainement des thermes, ont été découverts au quartier
de cavalerie et à l'annexe du génie (au sud-ouest de la ville
actuelle). Il n'en reste plus rien, mais on a levé le plan de
la première de ces ruines. On y distinguait une salle en
forme de T, avec trois piscines ; à côté, une pièce étroite,
pourvue d'une piscine dans une abside ; une grande salle,
avec une abside dont la voûte était revêtue d'une mosaïque
en cubes de verre, etc. De belles mosaïques de pavement
ont été trouvées dans cet édifice (Vénus ou Amphitrite
et Néréides; grande table de jeu avec figures diverses)'.
— Petits thermes, en dehors de la porte de Constantine,
à une distance de 200 mètres environ de cette porte, sur la
gauche. Ils sont aujourd'hui détruits. On y a découvert des mo-
saïques ornementales. Des briques employées dans les murs
portent l'estampille de la troisième légion. — Nous ignorons
à quels thermes il est fait allusion dans l'inscription de l'arc
de triomphe, « [gy\mnasia in thermis- )> : il s'agit de jeux
gymniques qui devaient être donnés à certaines dates.
27° Thoiida [Thabudei). — A^estiges des thermes en blocage'^.
28° Tiaret. — Thermes au sud de la citadelle. Ces ruines, qui
étaient importantes, ont presque entièrement disparu. On y
voyait plusieurs salles à abside^.
1. Allotte de la Fùye, Rec. de Conslantiixe.WW, 1886-7, p. 199-233, pi. XVI
et XVII.
2. Corpus, VIII, 1858: conf. 1839.
3. Renier, Archives des Missions, 11, 1851, p. 452.
4. De Caussade, Spectateur militaire, XXXV, 1843, p. 666 et fig. 1 et 2. Bull.
a'Oran, 1900, plan à la page 46, lettre A {a praesidium »).
THERMES 235
29° Tifech [Tipasa). — A 300 mètres au sud-est de la
citadelle, puissant massif de blocage, encore debout ^
30° Tigzirt. — Les murs des thermes ne dépassent guère le
sol. Dans des fouilles partielles, on a trouvé une belle mosaïque
ornementale et une autre mosaïque présentant des médaillons
avec masques, instruments de musique, etc. A l'époque chré-
tienne, une chapelle fut établie sur un sous-sol voûté apparte-
nant à ces thermes -.
31° Tiklat [Tuhusuctu). — Les thermes, situés dans la partie
occidentale de la ville, contre l'oued Soummame, forment un
carré d'environ 50 mètres de C(yLé. Les murs, en blocage et
en briques, s'élèvent sur un point jusqu'à environ 10 mètres;
d'énormes massifs de blocage jonchent le sol. Dans la salle prin-
cipale, de forme rectangulaù^e (20 mètres sur M), les quatre
angles étaient occupés par des pilastres de granit à chapiteau
corinthien : l'un d'eux, haut de mètres, est encore en place.
Il serait intéressant de fouiller ce monument, qui, à en juger
par le mode de construction, appartient à une bonne époque "^
32° Timziouine [Lucii). — Dans la partie sud-ouest de la
ville, thermes dont les murs s'élèvent encore à 5 ou 6 mètres.
Salle à abside'*.
33° Tobna[Thuhunae). — Étabhssement de bains, h l'ouest de
1. Rec. de Conslantine, X, 1866, pi. X, fig. 3 et 4 ; XXXIII, 1899, pi. à la
p. 257 (où l'on a inscrit par erreur la légende : Madaura, mausolée).
2. Gavault, Élude sur les ruines romaines de Tir/zirl, p. 97, 100-1. Gsell,
Bull. Comilé, 1899, p. 443-4 et pi. XXI; 1900, p. clxxvi.
3. Féraud, Revue africaine, II, 1857-8, p. 303. Mélix, Rec. de Constanline,
IX, 1863, p. 41 {« praeloriuni •»). Wgneral, Rtti?ies romaines de la Kubijlie du
Djurdjura, p. 120 (= Rec. de Constanline, XII, 1868, p. 490-1). Mercier, Bull.
Comité, 1888, p. 128, n° 3.
4. La Blanchère, Archives des Missions, série III, t. X, p. 68 et pi. VI, à
gauche. Lapaine, Bull. d'Oran, 1886, p. 299 ; pi. 2, lettre a (citadelle) ; pi. 3-7.
Demaeght, îôîcZ., 1892, p. 274-27.3.
236 LES MONUMENTS ANTIOIES DE l'aLGÉRIE
la citadelle byzantine. M. Grange Ta fouillé partiellement,
en 1901, et y a trouvé plusieurs salles quadrangulaires, avec
liypocausles.
34° AmToukria {Cohnnnata?). — Bâtiment avec des restes
d'hypocaustes ^ .
35° Ziama [Choha). — Ruines de thermes, datant de l'an-
née 193 de notre ère, comme l'atteste une inscription''
(« balneae mxinicipimi mumcip'i'i Aelii Chohae, etc. »). On y
distingue plusieurs absides, ainsi que des niches pour des
statues ^.
A l'étude des thermes publics situés dans les villes, nous
pouvons joindre la description de quelques établissements bal-
néaires, construits au-dessus ou à proximité de sources ther-
males, oh les anciens venaient faire des cures.
Le plus important est cehn(V Arjuae F/avianae (El Hauunam),
qui se trouve à (i kilomètres à l'ouest de Kheuchela, dans
une belle gorge boisée *. 11 y a en ce lieu deux sources chaudes,
qui ont été utilisées par les Romains. La première, dont la
température est de 7U", avait été couverte d'une chambre
voûtée; l'eau de la seconde venait, par un canal, déboucher
dans ce bassin.
\ A 300 mètres à l'ouest, s'élève l'établissement thermal pro-
. l)rement dit (plan, fig. 72), dont le gros œuvre est en blocage,
avec quelques parties en l)riques et des parements en pierres
de petit appareil. Les piscines sont encore en excellent état.
1. Gavault, Revue afficaine, XXVIl, 1883, p. 223-i et pi. H.
2. Corpus, VIII, 837.J.
3. Annuaire de Constantine, 1858-9, pi. XIII, fig. 3. Gsell, Bull. Coinile', 1893,
p. 4't7.
4. Graiilot et Gsell, Mélanges de VÈcolg de Rome, XIII, 1893, p. 507-."n et
pi. YllI.
THERMES
238 LES MONUMENTS ANTIQUES DE l' ALGÉRIE
Quant aux murs, ils se sont presque partout conservés jusqu'à
une hauteur de plusieurs mètres.
L'entrée principale était au nord-est (escalier A et porte B) K
Du vestibule C, on passait (porte E) dans une grande salle
ronde, N, que couvrait une coupole, faite avec des tubes en
terre cuite et percée sans doute d'une lunette au sommet'-.
Cette salle (planche LXII) contenait une piscine circulaire de
8 mètres de diamètre et, en outre, quatre baignoires établies
dans l'épaisseur des murs. A côté, un vaste espace quadrangu-
laire, F, en communication avec le vestibule et la rotonde
(porte D et autre baie, au milieu du plan), présentait une piscine
de 13", 80 de long sur 10", 05 de large, qui devait être à ciel
ouvert (planche LXllI). Deux portiques voûtés, soutenus par
des piliers, flanquaient ce bassin. Au nord de la piscine, une
niche semi-circulaire. G, abritait les statues des dieux de la
santé, Esculape et Hygie : l'Esculape a été retrouvé à peu près
complet.
Autour do ces deux grands bassins, on voit de petites pis-
cines, K, R, V, X, Y^, et diverses chambres, dont quelques-
unes ont pu être des vestiaires. Ces constructions sont en
partie d'une époque plus récente que la rotonde et le bassin
quadrangulaire. Elles n'ont pas été entièrement fouillées. Un
système compliqué de canaux, avec des tuyaux de plomb, per-
mettait l'adduction des eaux et leur évacuation dans l'oued el
Hammam, rivière qui passe au-dessous des ruines^.
Une dédicace, encastrée dans le soubassement de la niche qui
1. Il y avait aussi des entrées à l'est (0) et au sud de la salle circulaire.
2. Conf. les bains d'Alhange, en Espagne : Laborde, Voyage pittoresque en
Espagne, II, pi. 164.
3. M paraît avoir été un réservoir.
4. Les canaux d'évacuation sont marqués sur le plan par les lettres dct, ee.
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: -V ^.'^-^i
I
X
THERMES 230
contenait l'Esculape et l'Hygie, indique que ces statues furent
érigées, vers l'année 195, par un centurion de la troisième
légion 1. Deux autres inscriptions", recueillies l'une dans la
piscine rectangulaire, l'autre dans la salle N, nous a])prennent
qu'en 208 Septime-Sévëre fit restaurer, par un détachement de
ses soldats, les Aquae Fiavianae, qui tombaient de vétusté. Il
est probable que l'établissement ainsi nommé remontait à
l'époque des empereurs flaviens-^.
Les célèbres eaux thermales de Hammam Meskoutine [Aquae
Thibilitanae), dans la région de Guelma, était déjà utilisées par
les Romains. On y rencontre encore, çà et là, des restes de
piscines antiques, ménagées dans le roc ou maçonnées ; d'autres
ont été détruites depuis l'occupation française. Les ruines les
plus intéressantes sont : 1" nn bassin allongé, à ciel ouvert, de
52 mètres de long sur 7 à 9™, 40 de large; 2" un bâtiment qui pré-
sente actuellement trois salles, dont deux sont pourvues d'absides .
L'une de ces salles est couverte d'une voûte d'arêtes, les deux
autres de berceaux'*.
A Hammam Righa [Aquae Calidae), au sud de Cherchel, il
y avait aussi diverses piscines romaines, qui ont disparu pour
la plupart ^.
1. Corpus, VIII, 1T726.
2. Ibid., 17727 et 17728.
3. On a trouvé, à la source thermale, une inscription du temps de Vespa-
sien : ibid., 17723.
4. Ravoisié, II, p. 16 et pi. l!J (restitution fantaisiste). Delamare, pi. 16!).
fig. 3 (piscines qui ont été restaurées en 1872 ; autour, vestiges d'autres pis-
cines antiques). Grellois, Mémoires de V Académie de Metz, XXXIII. 1831-2,
i" partie, p. 317-320. Papier, Bull, de V Académie d'Hippone, XIV, p. 107-8 et
les deux planches à la page 112. Marty, Rec. de Constantine, XXVI, 1890-1,
p. 212 etsuiv., 221-231 et planches. Piot, Trois saisons à Hammim-Meskoutine
(Paris. 1893), p. 2-7.
5. Shaw, Voyages dans la Barbarie [ir^ànçivon française de 1743), I, p. 81.
Les piscines de l'hôpital militaire sont des bassins antiques, restaurés.
2i0 LES MONUMKNTS ANTIQUES DE L ALGÉIIIE
Le Hammam Bcrda (planche LXIV),au nord de Gnelma, con-
siste en un grand bassin circulaire de 35 mètres de diamètre, avec
une bordure en pierres de taille, large d'un mètre. Une source
chaude, d'une température de 30°, y débouchait àl'ouest, par une
sorte de petit hémicycle en saillie. Un autre hémicycle semblable,
établi un peu plus au nord, recevait prolmblement de l'eau froide,
à l'aide de laquelle on pouvait, au l)Osoin, tempérer la chaleur. Au
sud-est, une ouverture, munie d'ur.e vanne, servait ;i l'écoule-
ment du trop-plein, qui allait se i)erdre dans un ruisseau voisin '.
Autour de cette piscine, on distingue quelques vagues traces
de bâtiments, qui ont été prol)a1)lement remaniés à diverses
époques"^.
Parmi les établissements thermaux que les Romains élevèrent
en Algérie, on peut citer encore : 1° l'édifice voûté (aujourd'hui
comblé) qui recouvrait la source chaude de Sidi Mimoum, sur
le flanc nord-ouest du plateau portant Constantine'^ ; — 2° le
Hammam Salahliin (Ad Pi^cina))i), à S kilomètres au nord-ouest
de Biskra : il y a environ trente ans, on voyait à cette source
thermale un bassin antique, bordé de pierres de taille ; mais il
n'en reste plus rien aujourd'hui'*; — 3" le Hammam Sidi el Hadj
1. On ne reconnaît pas actuellement ."i quoi a pu servir un canal ménagé
dans le mur de bordure, à 1"'.."J0 environ du fond de la piscine, canal dont des
vestiges apparaissent à l'est.
2. Pej'ssonnel, Voyaqe dans les régences de Tunis el (V Alger, p. 283. Shaw.
L c, p. \r,[ (inexact). Berbrugger, Algérie historique, pittoresque et monumen-
tale, province de Conslanline,]i. i (il parle de deux bassins). Ravoisié, II, p. 25-(i.
Delamare, pi. 188, flg 1, 3-G. Fournel, liictiesse ininérale de TAlg^rie, I.p. 171.
Reboud, Rec. de Constantine, XXIII, 1883-4, p. 12-3.
3. Peyssonnel, /. c, p. 303-4. Temple et Falbe, Relation a une excursion à
Constantine, p. !ll. Ravoisié, I, pi. 2, en haut et en bas. Delamare, pi. 1"J7,
flg. 1-4. Fournel, /. c, I, p. 202. Guyon, Voyage d'Alger aux Ziban. p. !t6-7.
Vars, Rec. de Constantine, XXVllI, 1893, p. 2.31-2.
4. Renier, Archives des Missiojis,]\, ISol, p. 4o0. Ragot, Rec. de Constantine,
XV'I, 1873-i,p. 277. Wilmanns, au Corpus, VIII, p. 270.
THERMES 2 il
[A<iuae Herciilis), au sud-ouest d'El Kantara, bassin elliptique
d'origine romaine, à fond dallé, de 98 mètres de circonféi-ence ' ;
— 4° les piscines qui se trouvent aux sources thermales d'Hen-
cliir el Hammam, au sud de Guelma-; — 7f celles des sources
de l'oued Amimine, à 6 kilomètres de Jemmapos '^ A Youks
[Aquae Cacsaris), près de Tébessa'', et à Hammam bou Hané-
fia [Aq nae Sirenses), i)vhs^ de Mascara'', ou ne rencontre plus que
quelques pierres romaines dans le voisinage des sources, qui
étaient certainement fréquentées parles anciens.
1. Fournel, Richesse minérale de l'Algérie, I, p. 305-6. Guyon, Voyage
iV Alger aux Ziban,^. 163-4. Ragot, l. c, p. 271. Wilmanns, l. c.
2. Bernelle, Rec. de Cousiantine, XXVII, 1892, p. 81).
3. Bertherand, Bull, de la société de climatologie d'Alger, Y, 1868, p. 231-'J.
4. Girol, Rec. de Conslantine. X, 1866, p. 227. De Bosredon, ihid., XVIII,
1876-7, p. 408. Gsell, ib'id., XXXII, 181)8, p. 293. Sériziat, Bull, de l'Académie
d'Hippo7ie, XXII, 1886, p. 37.
5. La Blaachère, Archives des Mi^sionf, série III, t. X, p. 6o-6. Gsell,
Fouilles de Dénian, p. 26. Un canal amenait Teau des sources à une ville
située à 1.200 mètres de là.
16
CHAPITRE TX
NYMPHÉES. FONTAINES
Parmi les monuments dont les villes étaient ornées, il con-
vient de ne pas négliger les châteaux d'eau et les fontaines,
qui offraient souvent un caractère artistique.
Il y a un demi-siècle, on a déblayé un beau nymphée à Lam-
bèse, à 200 mètres environ au nord-est du temple d'Esculape ' ;
comme un certain nombre d'édifices analogues, il portait le
nom, assez obscur pour nous, de septizonium-. Il est aujour-
d'hui entièrement détruit. D'après les renseignements qui nous
ont été laissés par des archéologues, il se composait: 1° d'une
grande abside, avec deux colonnes accouplées au fond et une
colonne isolée de chaque côté de l'ouverture : ces colonnes
soutenaient des entablements; 2° de deux ailes, qui flanquaient
cette abside et étaient ornées chacune de quatre colonnes,
1. Renier, Revue archéologique, IX, 1832-3, p. 714-3 ; Archives des Missions,
III, 1834, p. 323. Boissonnet, Une excursion à Larnbèse (Cambrai, 1873),
p. 29-30; Revue archéolof/ique, 1893, I, p. 3G8-370. Rec. de Conslantine, XXIII,
1883-4, p. 209. Beiiry, ibid., XXVIII, 1893. p. 101. Gagnât, Guide de Larnbèse,
p. 60-1 ; Musée de Larnbèse, p. 28. Corpus, VIII. p. 316, n" 2657-2663.
2. Corpus, VIII, 2637. Une autre inscription (2658) l'appelle nyv\pheum, à
moins qu'il ne s'agisse d'un sanctuaire voisin, consacré aux Nymphes :
d'après l'indication de M. Boissonnet, l'édifice décrit ici était flanqué de deux
bâtiments. — Il y avait aussi un nympheum au capitole de Cirta [Corpus,
VIII, 6982).
NYMPHÉES. FONTAINES
243
accouplées deux par deux et portant aussi un entablement. Des
niches s'ouvraient dans l'abside et dans les ailes : deux des
statues (de Nvmphes?) qu'elles aljritaient, ont été, parait-il,
retromées jadis. Cet édifice était en outre décoré de revêtements
en marbre et de mosaïques'. Il fut restauré à plusieurs reprises,
au m" et au iv^ siècle après Jésus-Christ.
Le joli château d'eau que l'on voit dans la partie occi-
dentale de Tipasa- [fig. 73 et planche LXV), a la forme d'un
FiG. 73. — Nymphée de Tipasa.
hémicycle, dont le front mesure 24 mètres de largeur. Il était
alimenté par un aqueduc, (|ui venait aboutir à quelques mètres
de là. L'eau se répandait d'abord le long de la paroi du fond,
sur une sorte de plate-forme cimentée, haute d'environ 2 mètres,
ornée de statues et bordée de colonnes en marbre, à chapiteaux
corinthiens'''. Puis, à travers plusieurs canaux, elle coulait
1. Corpus, 2657.
2. Gsell, Melançjes de VÈcole de Rome, XIV, 1894, p. 34.j-3y3.
3. Il ne reste que des traces de deux bases de statues. Quant aux colonnes,
dont de nombreux fragments ont été retrouvés, il est difficile de déterminer
avec certitude l'emplacement qu'elles occupaient : à cet égard, les indica-
tions de notre plan ne sont pas certaines.
244
LES MONUMENTS ANTIQUES DE l'aLGÉRIE
dans des bassins, que limitaient, par devant, des dalles dressées
et de petits piliers, s'élevant à hauteur d'appui. C'était là
qu'on venait la puiser.
Ce monument, à en juger par le style des chapiteaux et des
moulures, semble dater d'une époque assez basse : du iif ou du
iv" siècle de notre ère.
Il existe à Stora, près de Philippevillc, un édifice que Ra-
voisié croyait être un nymphée' (planche LXVI), C'est un
espace quadrangulaire voûté, de 8", 75 de large et d'au moins
10 mètres de long- ; il se
termine au fond par une
grande niche senii-cir'^u-
laire, dans laquelle venait
peut-être déboucher autre-
fois, comme maintenant,
l'eau d'une conduite. A
droite et à gauche de cette
niche, deux renfoncements
i-ectangulaires, aujourd'hui
murés, abritaient probablement des statues. 11 y avait
dans le mur de droite deux autres niches, l'une rectan-
gulaire, l'autre arrondie'^ Le bâtiment dont nous parlons était
flanqué de plusieurs salles, que recouvraient des voûtes. Si
l'hypothèse de Ravoisié est exacte, ce nymphée devait rece-
FiG. 74. — Fontaine de Djemila.
1. Ravoisié, H, pi. 60, fig. I-III. Delamare, Mémoires des antiquaires de
France, XXIY, 1839, p. 183-3 et pi. II. Le même, Ejploration , pi. 44-4.'i
(plan en haut et coupes au-dessous) ; pi. 46, fig. 1. Vars, Rusicade et Stoi'a,
p. 11-12. Celte ruine est indiquée sur la gauche de notre figure 8.3, qui donne le
plan des citernes de Stora.
2. Le devant est détruit.
3. 11 ne reste qu'une partie du mur de gauche.
NY.MPHÉES. FONTAINES 245
voir l'eau des vastes citernes qui se trouvent à peu de dis-
tance, au nord'.
Dans les ruesdeTinigad, on rencontre çà et là des fontaines,
limitées par des dalles dressées de champ et par de petits pi-
liers ; dans plusieurs d'entre elles, un motif de sculpture, en-
cadré par un édicule, devait surmonter le bassin"^.
A Djemila, au nord-ouest du forum, il y a une fontaine ana-
logue ^ [fuj . 74 et planche LXYII), Les dalles constituant les
parois latérales du bassin se terminent en haut par des dauphins,
d'une exécution assez grossière ; le fond forme une niche semi-
circulaire.
Une curieuse fontaine, plus monumentale, a été trouvée
vers 1850 à Philippeville (place de la Marine) et détruite peu de
temps après ^. Elle comportait dix-huit gradins circulaires
étages, dont le dernier bordait un plateau de 11",8(J de dia-
mètre; quatre massifs aux extrémités arrondies, disposés en
croix sur ce plateau, supportaient peut-être des statues. L'eau
arrivait au sommet de l'édifice par un canal, dont on a
reconnu des vestiges, et se répandait en nappes sur les gradins.
Ravoisié"^ a essaj'é de reconstituer une fontaine en forme
d'hémicycle, découverte à Guelma. On trouve aussi, dans
1. Nous avons mentionné plus haut (p. 119) des ruines situées à l'Aïn el
loudi, à Khamissa : elles paraissent représenter un vaste nymphée.
2. Bœswillwald. Cagnat. et Ballu, Tungad, p. 2-4, 218, 258 (et fig. 119.)
Ballu, les Ruines de Thngacl, p. 100 et pi. V, p. 170. Dicfionnaire des antiqui-
tés, s. V. Fons, p. 123 i, fig. 3151. — A Timgad, deu.v inscriptions mutilées,
trouvées dans la partie occidentale de la ville, mentionnent une fontaine
entourée de grilles {Corpus, VIU, 2369 et 2370, p. 951) : « ... amlntum fonlis can-
cellis aereis conclusum ».
3. Ravoisié, I, pi. 32 (relevé incomplet). Delaniare, pi. 103, llg. 8 (P du plan
de la planche 104. fig. 4).
4. Delaniare, pi. 111, fig. 5-G. Fenech, Histoire de l>hilippeville, p. 31-2.
Vars, Rusicade et Stora, p. 55-7.
5. Tome II, p. 34-35, pi. 33.
240 LES MONUMENTS ANTIQUES DE L ALÛÉRIE
Touvrcige de cet auteur^ et dans celui de Delamare'-^, des
relevés d'une fontaine d'Announa, présentant par devant un
bassin semi-circulaire, par derrière un réservoir, dont la
couverture en pierres était soutenue par des arceaux. Cette
ruine, située au pied du plateau qui portait la ville de Thil)ilis
(au sud-est), est aujourd'hui à peine distincte'^
1. Tome II, p. 34-35. pi. 33.
2. Planche 164, fig. 4-li.
3. Mention de bassins {lacus) sur des inscriptions : 1° A Tinigad, Corpus,
VIII, 2406.— 2» A Lambèse, Corpus, 2631 -=18101 : « ... lacum quocl annis Illl
cessaverit ut saleret {■.=^saUret) curaverunf. » — 3° A Ksar el Ahmar. Corpus,
4166 = 18700.
■»
CHAPITRE X
AQUEDUCS. CITERNES. RÉSERVOIRS
AQUEDUCS
Les Romains ont toujours eu le souci de s'assurer d'abondantes
provisions d'eau potable. En outre, les établissements de bains,
qui ne manquaient dans aucune ville, exigeaient des quanlités
considérables de liquide. Aussi retrouve-t-on, en beaucoup de
lieux, des restes d'aqueducs, qui recueillaient l'eau saine des
sources et la portaient aux centres habités. L'eau des rivières,
chargée d'impuretés, ne servait qu'exceptionnellement à l'ali-
mentation des citadins.
A la source même, un enclos, parfois une chambre couverte,
constituait un bassin de captage. La conduite qui s'en déta-
chait était le plus souvent souterraine et suivait, autant que
possible, le flanc des coteaux. Des regards, ménagés de dis-
tance en distance, servaient à l'aérage et au curage. Cette
conduite était, d'ordinaire, un canal, plus ou moins large,
construit en blocage ou en briques, avec un enduit intérieur
en ciment et un toit de dalles ou bien une voiite en blocage.
On a cependant quelques exemples de dispositions différentes :
soit des caniveaux, pierres longues posées bout à bout, pré-
248 LES MONUMENTS ANTIQUES DE l' ALGÉRIE
sentant une rigole et couvertes de dalles ; soit des files de pa-
rallélépipèdes, s'emboitant les uns dans les autres et creusés
d'un évidement c^dindrique, par lequel passait le liquide.
Quand il fallait franchir une vallée, les ingénieurs construi-
saient des ponts, souvent grandioses. Ils n'ignoraient pas le
vprocédé du siphon, mais ils s'en servaient assez rarement : la
plupart des aqueducs d'Afrique ont été établis suivant une
'pente douce et à peu près uniforme.
L'aqueduc romain le plus important de l'Algérie est celui
de Cherchel'. Il se détachait d'une source, située au village
actuel de Marceau, au sud-sud-est de l'ancienne capitale de la
Maurétanie, et avait 7 lieues de longueur. Large d'un mètre
et plus haut qu'un homme, revêtu d'une chemise en maçonnerie
de O^jôOàO^iTO d'épaisseur, couvert de grandes dalles, le canal
se déroule dans une tranchée, qu'on a creusée à flanc de coteau
et naturellement recomblée ensuite.
Mais, à 12 kilomètres de Cherchel, la traversée d'une vallée,
parcourue par un affluent de l'oued el Hachem, a nécessité la
construction d'un vaste pont, à trois séries d'arceaux super-
posés (planche LXVIII). En bas, cet ouvrage compte cinq
arches; au premier étage huit (il n'en reste plus que cinq ; au
deuxième, seize (dont douze sont conservées). Les arcs de la
seconde série sont, à proprement parler, des arceaux d'entre-
toisement, jetés entre les piles de manière à les consolider'^.
Jusqu'à la naissance de ces seconds arcs, les piles offrent un
1. De Blinière, Revue archéolorjique, V, 1848, p. 350-1. De Verneuil et
Bugnot, Revue africaine, XIV, 1870, p. 141-2. Héron de Villefosse, Archives
des Missions, série III, t. II, 1875, p. 392. Playfair, Travels in the foolsteps of
Bruce in Algeria, p. 28-9 et pi. III. Revue de VAfrique française, 1888,
p. 386. Gsell, Guide archéolorfique des environs d'Alger, p. 60.
2. Cette disposition est fréquente dans les aqueducs romains d'Espagne.
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X
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-1
u
AQUEDUCS. CITERNES. RÉSERVOIRS 249
revêtement en pierres de taille, présentant presque tontes des
bossages ; en haut, elles sont seulement en blocage et les arcs
sont en briques. La hauteur totale est d'environ 35 mètres.
A 5 kilomètres de Cherchcl, et peu après sa jonction avec
une autre conduite qui vient du djel)el Chenoua', l'aquoduc
franchit la plaine de l'oued Bella sur un second pont, moins
élevé et ])lus mal conservé (planche LXIX). On voit les restes
d'une \ingtaine de piles, mesurant 3 mètres de côté, séparées
les unes des autres par un intervalle de 4 mètres. Cinq des
arceaux d'entretoisement qui reliaient ces massifs subsistent
encore. Les parois des piles et les arcs sont en belles pierres'
de taille, connue dans la partie inférieure du premier pont. i
Au-dessus de Césarée, l'aqueduc atteignait un vaste réser-
voir ovale (de 20 mètres sur 45), dans lequel venaient aussi
déboucher des tunnels creusés k travers le tuf, amenant les
eaux de plusieurs petites sources voisines. Une grande galerie,
en briques, avec des quais de 1",50 à 2 mètres de largeur et
des regards percés dans le ciel, reliait ce réservoir au château
d'eau d'Ennabod, d'où des canaux divergeaient pour aller
desservir les différents quartiers de la ville. La conduite prin-
cipale aboutissait à des citernes de réserve, situées sous
la caserne actuelle.
L'aqueduc qui amenait à Saldae (Bougie) Icau des sources
très abondantes de Toudja, situées à l'ouest de cette ville', avait
21 kilomètres de longueur. On en voit sur plusieurs points
des vestiges plus ou moins importants '\ Au pied du village
1. A l'est de Cherchel.
2. La source d'Aïn Seur débite plus de 50.000 litres par minute.
3. Mélix, Rec. de ConstanUne. IX, 1805, p. 25-30 et pi. Il; oonf. Vigneral,
Ruines romaines de la KabijUe du Djurdjura, p. 152-4. Mercier. Bull, du
Comité, 1888, p. 131-2.
250
LES MONL'-MENTS ANTIQUES DE L ALGERIE
d'Ifran, il franchissait le col dit d'Ei Hanaïat (les arceaux) sui-
une rangée de piles en pierres de taille' [fig. 75). Il en reste
une vingtaine. Les plus élevées atteignent 15 métrés. Des
arcs d'entretoisement reliaient une partie de ces piles à mi-
hauteur; d'antres arceaux étaient jetés au sommet et por-
taient la conduite -.
Fio. 7o. — Aqueduc de Bougie.
A une centaine de mètres à Test du village d'El Abel, les
Romains ont pratiqué un tunnel de i28 mètres de longueur, pas-
sant à 86 mètres au-dessous du col qui sépare en cet endroit les
deux vallées de l'oued S'rir et de Toued Rhir, affluents de la
Soummame '^
1. Beaucoup de ces pierres so;il à b333a_^e. Uq bloc préseate un phallus,
emblème contre le mauvais œil. Les piles mssurent l^joO — 2", 10 de côté.
2. Mélix, l. c, p 27. Rec. de Constantine, XXX. 189 j-6, les deux planches îi
la page 316.
3. Réunie africaine, XIX, 1873, p. 335-6.
AQUEDUCS. ClTERiNES. RÉSERVOIRS 251
En arrivant à Bougie, l'aqueduc remplissait une série de
grands bassins, disposés les uns au-dessus des autres i. Mais,
d'après ce qui subsiste aujourd'hui d'un de ces réservoirs, nous
croyons qu'ils ont été faits à l'époque berbère 2; la conduite
elle-même fut remaniée au moyen âge dans la dernière par-
tie de son cours. Dans l'antiquité, elle venait aboutir à une
citerne, encore bien conservée, dont nous dirons quelques
mots plus loin.
Une curieuse inscription, trouvée à Lambèse ^, nous apprend
que cet aqueduc remonte au milieu du n" siècle de notre ère.
Quoique mutilée au début et à la fin, elle nous fait connaître,
avec assez de détails, les diverses péripéties de la construc-
tion. Le tracé fut établi, vers 137, par un certain Nonius Datus,
ingénieur militaire, que le commandant de l'armée de Numidie
avait envoyé au gouverneur de Maurétanie pour accomplir cette
tâche. Ayant fait les études nécessaires, Nonius remit les
plans au gouverneur et retourna à Lambèse. Quelques années
après, vers 148, les chantiers furent ouverts : ce qui causa
un nouveau séjour de Nonius Datus à Saldae, séjour bientôt
interrompu par une maladie. Cependant, Porcins Vetustinus,
procurateur de Maurétanie, était venu inspecter les travaux et
s'en était déclaré fort satisfait. Une faute grave, commise
par les ouvriers, força Nonius à revenir à Saldae, vers 152 .
1. Delamare, Exploralion. pi. 4, à droite. DewuU, Rec. de Conslanline, X,
1866, p. 316-319.
2. El Mansoui-, souverain de Bougie ti la fin du xr siècle, « se plaisait à dis-
« tribuer les eaux dans des parcs et des jardins » (Ibn Khaldoun, Histoire des
Berbères, trad. De Slane, II, p. 32).
3. Corpun, VIII, 2728 = 18122. Lacour-Gayet, ^«/oninZe Pieux et son temps,
p. 167-170. Gagnât, Musée de Lambèse, p. 67-71, pi. VI, fig. 1. Cette inscription
a été donnée récemment à la municipalité de Bougie, qui, à l'exemple des
Romains, a fait construire un aqueduc pour amener l'eau de Toudja. On la
placée sur une fontaine, en face de la mairie.
2o2 LES MONUMENTS ANTIQUES DE L ALGÉRIE
Il avait fallu percer un tunnel à travers une montagne pour y
faire passer l'aqueduc ', et le travail avait été commencé des
deux côtés à la fois. Mais les dispositions furent mal prises;
chacune des deux équipes obliqua à droite, au lieu de suivre
la ligne indiquée, si bien que les deux galeries se dirigèrent
parallèlement l'une à l'autre, au lieu de se rejoindre. On parlait
déjà d'abandonner cet ouvrage. Nonius, conduit siu' les chan-
tiers par le gouverneur de la province, reconnut tout de suite
les causes de l'erreur; il remit les choses au point, et l'aqueduc^
put être inauguré, peu de temps après, par le procurateur Yarius
Clemens. Conçu par un ingénieur militaire, il avait été exécuté
par des soldats.
A la suite de ce récit, l'inscription porte, en grandes lettres,
la mention assez énigmatique « modios qidnquc » : mesure qui
équivaut à 1-3 litres 77 centilitres. On a conjecturé que cette
indication se réfère au débit de l'aqueduc dans un temps
donné.
La ville de Cirta recevait l'eau de la source de Ras el Ain
Bou Merzoug, située à 35 kilomètres environ au sud •. A la
source même, il y avait un sanctuaire, orné de colonnes co-
rinthiennes. Des vestiges du canal souterrain se retrouvent
sur divers points du parcours. A 1.200 mètres au sud de
Constantine, un siphon avait été établi pour la traversée de la
vallée du Rummel; l'aqueduc allait ensuite aboutir k de grandes
citernes de distribution, ménagées dans la colline du Coudiat
Ati. Le pont qui soutenait la conduite dans la vallée comportait
1. 11 s'agit sans doute du tunnel d"El Abel.
2. Le débit moyen de la source est de 900 litres à la seconde. 11 convient
de noter que cette eau est légèrement magnésienne : les Romains s'en sont
accommodés. Mais les Français de Constantine ont pris leur eau aux sources
d'Aïn Fesguïa, à 70 kilomètres de la ville.
AQUEDUCS. CITERNES. RÉSERVOIRS 253
une série d'arcades, portées par de puissantes })iles; au milieu,
il y avait même deux rang-ces d'ouvertures superposées. Il reste
actuellement, sur une longueur de près de 60 mètres, une suite
de six piles, avec les arceaux qui les surmontent et qui reposent
sur des impostes (planche LXX) ; la ruine était un peu })lus
étendue au temps où Ravoisié et Delamare la dessinèrent. La
construction est en belles pierres de taille à bossage. La hau-
teur, au point le plus élevé, atteint environ 20 mètres '.
Un autre aqueduc, beaucoup moins long, venait aussi abou-
tir à Cirta. Il recueillait les eaux de la colline de Sidi Mabrouk, à
1.800 mètres environ k Test de Constantine. Après un parcours
souterrain, à l'intérieur d'une galerie de i™,55 de largeur, il
franchissait le ravin profond du Rummel, près de 500 mètres
en amont du grand pont dit El Kantara. Le pont qui suppor-
tait cet aqueduc n'est plus représenté que par un débris de pile,
en pierres de taille ;i bossage ^.
Rusicade (Philippe ville) était ahmentée parTeau de l'Ain Rou-
mane (la source des Romains), située à l'est delà ville, dans le
1. Peyssonnel, Voyage dans les régences d'Alger et de Tunis. 1. p. 391. Shaw,
Voyages dans plusieurs jvovinces de la Barbarie, éd. franc, de 1743. I, p, loT.
Temple et Falbe, Relation d'une excursion à Constantine,^. 83-84. Berbrugger,
Algérie historique, pittoresque et monumentale, province de Constantine, pi. ii
la page 37. Ravoisié, Exploration, \, p. 6, 26-7 et pi. 3. Delamare, Exploration,
pi. 137 ; pi. 148, fig. i. Texier, Bévue archéologique. 111, 1846-1847, p. 734 (il dit
à tort que cet aqueduc avait trois étages d'arcades). Fournel, Richesse miné-
rale de V Algérie, \, p. 205; pi. IX, lig. 13 et 14. Gherbonneau. Annuaire de
Constantine, 18.53, p. 108, li;j-6. Féraud, Rec de Constantine. VM, 1863, p. 210.
Revue africaine, X, 1866, p. 317. Vars, Rec. de Constantine, XXVlll, 1803, p. 330-
333 ; XXIX, 1894, p. 696 et deux planches à la page 290.
2. Ravoisié, I, p. 12-13, pi. 2 (lettre J du plan et détails à droite). Delamare,
pi. llo (où l'on voit la pile qui domine le ravin); pi. 130, fig. 5-13 (système de
captage des sources de Sidi Mabrouk; conf. pi. 113, ù droite). Gherbonneau,
Annuaire de Constantine, 1853, p. 116-117. Vars, Rec. de Constantine, XXVlll,
p. 318, 325. — Un fragment d'inscription de Cirta mentionne un aqueduc
[Corpus, VIII, 7029= 19422). J'ignore à quel ouvrage ce texte se rapporte.
25i LES MONUMENTS ANTIQUES DE L ALGÉRIE
massif du Filfîla. D'après les dimensions des conduits, cette
source parait avoir été plus abondante dans Tantiquité que de
nos jours. L'aqueduc, dont le tracé général est facile à recon-
naître, bien que les vestiges en soient peu imposants, avait
une longueur d'environ 22 kilomètres. Le canal mesure 0'°,40
de haut sur 0'°,50 de large. Il est constitué par un radier et
des parois en béton, et par une voûte en briques ou en blocage.
La traversée de la vallée de l'oued Rira se faisait sur un pont
de 358 mètres de longueur. Au-delà de la rivière, l'aqueduc
d'Aïn Roumane en recevait un autre, venant do la source d'Ain
M'raba. Puis la conduite, après avoir longé le flanc d'un coteau,
passait l'oued Chari (ou oued el Gath) sur un pont de 10 mètres
de haut et do 40 de long, et ensuite l'oued Ksob sur un autre
pont de 20 mètres de hauteur et de même longueur. Plus loin,
de crainte d'éboulements, on avait soutenu l'aqueduc par une
série d'arcades, qui atteignaient 12 mètres de hauteur et
d ont l'ensemble mesurait 55 mètres de long. Enfin, la vallée
du Saf Saf, auprès de Phihppeville, était traversée par un pont
dont il reste encore deux piles'.
A l'ouest de Rusicade, une autre conduite, partant du ravin
des Béni Melek (à 4 kilomètres de la ville), venait débou-
cher dans de grandes citernes, qui seront décrites plus loin^.
L'aqueduc d'Hippone^, long de 18 kilomètres, prenait nais-
sance dans le djebel Edough, à une altitude de près de
1. Ces renseignements sont empruntés à un rapport fait en 1(S63 par l'ingé-
nieur Gay et conservé aux archives des Ponts et Chaussées, à Philippeville.
Conf. Fournel, Rich. minérale, 1. p. 119,120, 126; Jnn. Cons/., 185.3, p. 28.
2. Fenech, Histoire de Philippeville, p. 25. Féraud, Revue africaine. XX,
1876, p. 463.
3. Temple et Falbe, Relation d'une excursion à Conslanline, p. 5-6. Ravoisié,
II, pi. 41. Delamare, pi. l&O, fig. 1-3. Fournel, Richesse minérale de l'Algérie,
I, p. 40. Papier, Lettres sur Ilippone, p. 32-3, 224 ; pi. XIV et XV. De Pouydra-
guin, Rec. de Constantine. XXXII, 1898, p. 161 et pi. à la page 160.
AQUEDUCS. CITERNES. RÉSEUVOIKS 255
1.000 mètres. Dans la montagne, on rencontre quelques restes
(les murs et des arcades ([ui supportaient la condiute. A
800 mètres environ au nord-nord-ouest des grandes citernes
du mamelon Saint-Augustin, auxquelles l'aqueduc aboutissait,
des piles, élevées de 3", 50, portent encore une suite de cinq
arceaux' : cet ouvrage est construit en mcellons,avec un re-
vêtement en pierres de petit appareil, dont les joints sont dis-
posés obliquement {ojjks reticulatum)\ certaines parties sont
en briques. D'après les indications de Ravoisié, le canal (qui
n'existe plus anjourd'hui), mesurait 0™,40 de large sur 0",55
environ de haut; les parois, en briques, étaient couronnées par
une assise de pierres plates; par-dessus, reposait le couvercle,
qui était formé de pierres larges de0",90, taillées extérieure-
ment en dos d'âne.
De l'aqueduc de Thubursicinn Niimid<num (Khamissa), il ne
reste plus aujourd'hui qu'un pont de trois arches, jeté sur un
ravin escarpé, à 2 kilomètres à l'est de la ville (à gauche de
la voie romaine conduisant à Tipasa). Ce pont, encore bien
conservé fplanche LXXI), a une largeur de S^'.IO; l'arche
centrale, beaucoup plus grande que les deux autres, mesure
5^,35 d'ouverture. Le revêtement est en belles pierres de
taille, t.cs régulièrement ajustées; le noyau est en blocage.
La conci .ite a disparu.
A Lambèse, la source d'Ain Drinn, située à 600 mètres au
sud du Capitole, avait été captée pour servir aux besoins du
camp, et plus tard des citadins : elle débite environ 1.200 litres
à la minute^. Une conduite, large de 0°',25, haute de 0"40,
1. La ruine a été à moitié détruite lors de rétablissement d'une route, il y a
un demi-siècle.
2. Moll, Annuaire de Constantine, 1856-7, p. lo7, 160-101. On y a trouve
des restes d'aménagements en troncs d'arbres et en pierres sèches, qui sont
256 LES MONUMENTS ANTIQUES DE l' ALGÉRIE
s'en détachait. A 250 mètres environ du Capitole, on voit six
grandes arcades en pierres de taille, appartenant à l'aqueduc
qui portait l'eau de cette source vers la ville '.
Un aqueduc partait aussi de la source d'Ain Bon Bennana,
située à un kilomètre de celle d'Aïn Drinn, et dont le débit est
de 1.000 litres à la minute-. La chambre de captage mesurait
2 mètres de long, sur l'",50 de large, et devait être voûtée; le
canal avait 0°\20 de large et 0'",25 de haut"^.
La source d'Aïn el Bled, qui nait à un demi-kilomètre à Test
de Tébessa, a un débit de 330 litres k la seconde. Les Romains
amenèrent cette eau à Theveste, en faisant une conduite qui a
été restaurée par les Byzantins, les Arabes et les Français ^.
Elle consiste en une suite d'arcades assez basses, en pierres
de taille, portant un mur d? petit appareil, au sommet du(piel
est creusé le canal. Non loin du front oriental de la citadelle
bj^zantine, elle traverse un ravin sur un pont-^.
postérieurs à l'époque romaine. — Pour le temple de Neptune élevé auprès de
la source, voir plus haut, p. 152, n. 1, n- 5.
1. Delamare, Recherches sur Lamhèse, p. 37. Rec. de Constanline, XXIII,
1883-4, p. 203-4. Gagnai, Guide de Lamhèse, p. 60.
2. Moll, /. c, p. 157-8.
3. Une inscription du temps de Dioclétien {Corpus, YIII, 2372 ; Gagnât,
Musée de Lambèse, p. 17) mentionne la restauration de Vaquaeduclus leg[ionis)
III Aug[ustae). — Sur d'autres inscriptions, trouvées dans la ville, au nym-
phée, il est question de divers aqueducs :
1° Corpus, 2658 (datant de l'année 226) : « aquam Lu...nsem, Mellariensem ».
2° Corpus 2659,2662 =18106 (époque d'Ale.xandre Sévère) :« [ag-î^as] Alexun-
drianas ». — « Numini aquae Alexandrianae » ;
3° Corpus, 2660 (époque de Dioclétien): « Imperalores, etc.. aquaeductum
« Tilulensem ab oi-ir/inem usque ad civilatem loiuja velustale corruptum... ad
« meliorem statutn additls limis reslituerunf. » — Corpus, 2661 (iv siècle) :
« aquam Titulensem, quam ante annos plurimos Lambaesitana civilas inter-
« verso duclu vi torrenlis amiserat, perforalo monte, institulo etiam a solo
« 710V0 ducL'ii, Severinius Apronianus, v[ir) p{erfeclissimus), p[raeses) p[rovii>-
« ciae) N[umidiae),... resliluit ».
4. MoU, Annuaire de Cons'anline, 1858-9, p. 75-77. Héron de Villefosse,
dans le Tour du Monde, 1880, II, p. 15 et 26.
5. Une autre source, celle d'Ain Ghela (au sud-ouest de Tébessa), servait
AQUEDUCS. CITERNES. RÉSEUVOIRS 257
En bien d'autres Houx Je rAl*>crie, on rencontre des restes
d'aqueducs auLitiues, qui ne nous paraissent pas dig-nes d'une
description détaillée. Voici l'indication des principaux :
1° Amoiira [Stifasar). — Au lieu dit Ain Tolba, à 1800 mètres
au sud-ouest des ruines, Itassin cimenté, dans lequel (b'-houclient
deux galeries, qui recueillaient sans doute l'eau de deux sources.
De ce bassin part luie conduite, bâtie en blocage ou creusée
dans le roc, se dirigeant vers la ville. Il y a des regards car-
rés, en pierres de taille, de 20 mètres en 2<) mètres'.
2° Azeffoun IRusazti?) — Aqueduc, « formé par une suite de'
<( pierres cubiques, toutes percées à leur centre d'un trou de
« 0",20. Au moyen d'une feuillure, ces piei'res s'encastraient
« les unes dans les autres... Des regards, ménagés de dis-
« tance en distance, permettaient de nettoyer facilement le
« conduit- ». Vigneral-^ signale, dans une autre section du
même aqueduc, « des pierres à évidements rectangulaires, for-
« mant le conduit, recouvertes d'autres blocs taillés ».
3° Bel Inioiir [Lemelb'f). — Aqueduc, passant sur une série
d'arcades'*. Une inscription"^ atteste qu'il fut restauré sous le
règne de l'empereur Philippe : <( aqua fontis quae miillo Icin-
« pore deperierat et cives inopin aqwie hiborahanl ... iitnovato
<■<■ opère aquae duclus (ibiindans in fonte est perducla. »
4" Gouraija [Guniigu). — Conduite en blocage, longue de
aussi à l'alimentation de Theveste : MoU. /. c, p. 77. — Le faubourg dit
Tébessa Kiialia était alimenté par un aqueduc venant du ruisseau des Trois
Chênes : Rec.de Cons/anline, XVili 187G-7, p. 388. et XXII. 188J, p. 270; Bull,
de r Académie d'Ilippoiie. XXll, 188(1. p. 35.
1. Conf. Poinssot, liull. dea antujuUés africaines. I. 1882-3, p. 37.
2. Devaux, les KéUiiles du Djerdjera. p. 349.
3. Ruines romaines de la Kab;jlie du DJurdjura, p. Ii7.
4. Payen, Annuaire de Conslanline, 18G0-1, pi. IV.
a. Corpus, VIII, 8809.
17
2o8 LES MONUMENTS ANTIQUES DE l'aLGÉRIE
4 kilomètres, parlant <lu ravin do l'oued Melah, à rmicst de
la ville'.
5" Gufilma(Cala)nci). — Aqueduc venant du sud-ouest. Ilfran-
cliissait le ravin de Toued Sekroun sur une arcade, aujourd'hui
détruite ~. — Autre aqueduc, captant l'eau de l'oued el Maïz,
au sud-est de la ville -^
\ &' Kliprha [Tigara]. — Ruines, sur plusieurs centaines de
^'mètres, d'un aqueduc en briques et en blocage, large de l^jiO,
^venant du nord-est. Le canal mesure O^jSO de largeur en haut,
'et 0'", 45 en bas'.
7° Ksar el Ahtnar^ dans la région d'Aïn Beïtla. — Inscription
du temps de Dioclétien, mentionnant un aqunc (lucdis. et un
Iaciis'\
8° Pi'rifjotriUf (Safa/is). — Aqueduc aboutissant à des
thermes, restauré vers 380'^ : « duchon tlwniurrinn, nu^pei'
lif/nis <( pii(rib[us) constitiitiim^ a[f nunc] mirahili opcre ac
(( per[fectione? a]uctum... »
I 9" Sigus. — Conduite en blocage, recouverte par des briques,
ipartant d'une source à 5 kilomètres au nord-nord-ouest de
'la ville. Le canal a 0"\20 de largeur et do hauteur. De
4uO mètres en 100 mètres, il présente des regards carrés,
ménagés dans des pierres de taille.
10" Soxr DJoitalj [Rapidwn). — Doux conduites : l'une venan^
du sud, on briques et en petites pierres plates; l'autre, venant
de l'est, en caniveaux longs d'environ un mètre, creusés d'un
1. Cat, Bull, de correspondance africaine, I, 1882-3. p. 132.
2. Ravûisié, 11, p. 21 et figure k la page 2G.
3. Vars, Rec.de Constanline, XXiX, 189i, p. GG6.
4. Reisser, Bull. d'Oran, 1898, p. 215-7.
5. Co?-p«s, Ylll, 476G = 18700.
G. Gsell, Mélangea de l'École française de Rome,'S.\. 189o, p. 4G.
AQUEDUCS. CITERNES. RÉSERVOIRS 259
canal da O'^JS de large et recouverts de dalles. Cette dernière
conduite a 2 kilomètres de longueur '.
ir Stora, près de Philippeville. — Aqueduc prônant l'eau de
la rivière des Singes et l'amenant, par une pente fort rapide, aux
citernes du port-. Il traverse un tunnel de 50 mètres de long.
12° Ténh [Cartenna). — Conduite en blocage, avec revête- 1
ment en petit appareil, venant du voisinage de Montenotte et'
suivant les gorges de l'oued Allala. On en retrouve des vestiges
en plusieurs endroits^.
13" Tiklat [TuhKsuctu). —Aqueduc de 8 kilomètres, partant
de la source d'itchouren (à l'ouest de Tiklat). La conduite,
dont les parois sont en blocage, mesure 0°',30 de largeur, sur
0'°,25 de profondeur'*. — Autre aqueduc venant de l'est, long
d'environ 12 kilomètres''.
14° Timedout (région de Ngaous). — Conduite, longue de plu-
sieurs kilomètres, traversant un ravin étroit sur un pont, dont
la pile unique, en blocage, est restée debout, s'élevant à une
hauteur d'environ 6 mètres''.
15° Timgad {Thanmgadi). — Aqueduc partant de la source
d'Aïn Morris, à 3 kilomètres et demi au sud-est de la ville.
Cette conduite en maçonnerie, établie à flanc de coteau, abou-
tissait derrière le théâtre. — Une inscription do l'année 174,
1. Masqueray, Tîm//. de correspondance africaine, I, 1882-3, p. 208. Robert,
Revue africaine, XL, 1896. p. 302.
2. Ravoisié, IF. pi. 70. Delainare, Mémoires des antiquaires de France, XXIV,
1859, p. 176-179 : pi. 1, fig. 1 et 3. Le même, Exploration, pi. 43. Vars, Rusi-
cade et Stora. p. 10-11.
3. Conf. Revue africaine, II, 1857-8. p. 100.
4. Mélix, Rec. de Conslantine, IX, ISGj, p. 4i-6 cl pi. V. Vigncral, Ruines
romaines de la Kabylie du DJurdjura. p. 128-130.
5. Vigneral, l. c. p. 126.
6. Ragot, Rec. de Conslantine. XVI, 1873-4, p. T>'i. Gsell, Recherches
arcliéolofjiques en Algérie, p. 140-1.
260 LES SIO.NLMRNTS ANTIQUES DR L ALGEItlE
trouvée au forum, montionno la dédicace d'un aqueduc, Vaqua
... iictensis '.
16" Tipasa. — A(iueducde9 kilomètres, venant du sud-ouest,
en général souterrain; quelques parties reposent sur de petites
arcades. Le canal a 0'",65 de largeur et offre de nombreux
regards. Une autre conduite, venant de Touest, débouche dans
ce canal à 7 kilomètres de Tipasa. L'aqueduc entre dans la
ville, au sud-ouest, en traversant la partie inférieure d'une
tour du rempart, et va aboutir d'un coté à un nympliée, de
l'autre à une petite chambre de distribution d'eau'-.
17° Zana [Diana Vcteraiwrum). — Vestiges d'un aqueduc en
blocage, venant de la source d'Ain Sultane, à 8 kilomètres au
nord-ouest de la ville -^
CITERNES. RESERVOIRS
Les eaux pluviales étaient recueillies avec" le plus grand
soin. Chaque maison, pour ainsi dire, avait sa citerne. Souvent
aussi, des réservoirs plus vastes étaient aménagés sous des
édifices publics, où le développement des toitures permettait
de recueillir l'eau du ciel en abondance. L'enq)lacenient de
certaines villes antifpies est parsemé de citernes, pour la plu-
part bien conservées : par exemple à Philippeville'', à Cons-
1. Corpus, VIII, 1786D.
2. Gsell, Mélanfies de l'École française de Rome. XIV, 18i)i, p. 3ol-3. Pour
le nymphée, conf. plus haut, p. 'IV.].
3. Conf. Renier, Mélanfies d'épif/raphie, p. 189.
4. Fenech, Histoire de Phillppeville, p. 2'i. Conf. Deluiiare, Exploration,
pi. 34-3j, fig. 3-10.
aq[:kdlcs. citernes, réservoirs 261
tantine', à Guolma-, au Klicnog [Tiddi)'^, à Bougie'', à
Tiklat\ à Tipasa", à Ténès", à Amoura'^, ii la Kalaa près do
Renault, à Saiiit-Leu^ etc. Ces chambres d'eau offrent
un ou plusieurs compartiments ; elles sont soit creusées dans
le roc, soit construites en
maçonnerie, avec un enduit
très résistant de ciment et
d'éclats de poteries et de
briques. Une voûte en ber-
ceau les recouvre d'ordi-
naire; il est rare qu'elles
soient fermées à leur partie
supérieure par une série de
dalles plates. A l'intérieur, pio. 76. - Citerne de Saint-Leu.
les angles sont arrondis,
pour mieux résister à la pression de l'eau. Nous donnons ici,
1. (iouvet, Annuaire de Constanline, 18:i4-3, pi. i:i et 10. Marchand, Pxec. de
Constantine. X, 186(1, p. 36-7. Vars, ihid., XXVIII, 1893, p. 29i, 297-9,334; X.\X,
1893-6, p. -2.'54. Delamare, Erploralion, pi. 138, fig. 5-7. — Nous menlionnerons
plus loin de grandes citernes de Constantine qui étaient remplies par des
aqueducs. Nous ignorons à quelles citernes Shaw fait allusion cpiand il dit
[Voyaçfes dans plusieurs provinces de la Barbarie, édit. franc, de i7i3, 1,
p. 157) : « On trouve au milieu de Ix ville un rang singulier de citernes... 11 y
« en a environ vingt, qui occupent un terrain de cinquante verges en carré
« (=41'"'',50).»
2. Grellois, Mémoires de VAcadémie de Metz, XXXill, KS.'Jl-2, 1" partie,
p. 277-8. Conf. Delamare, pi. 173, fig. 7-8.
3. Cherbonneau. Rec. de Constantine, VII, 1863, p. 174 et 176.
4. Féraud, Reuue africaine, IH. 18:J8-9, p. 303. Vigneral, [{nines romaines de
la Kahylie du Djurdjnra, p. 147-150, 151.
5. Féraud, Revue africaine, 11, 1857-8, p. 300. Mélix, Rec. deConst., IX. 1805.
p. 42 et pi. III (citerne à quatre compartiments voûtés).
6. Gsell, Mélanr/es de l'Ecole française de Rome, XIV, 1894. p. 377.
7. Revue africaine. II, 1837-8. p. 100.
8. Poinssot, Bull, des antiquités africaines, I, 1882-3, p 37.
9. Shaw, Voi/arjes, I, p. 38. Montfort, Revue africaine, III, 1858-9, p. 250.
Demaeght, Bull, des antiquités africaines, 11,1884, p. 119.
262
LES MO^'LME^TS ANTIQUES DE L ALGERIE
FiG. ~n. — Citerne de Gouraya.
comme exemples, les plans de trois citernes de Saint-Leu •
(/?y. 76), de Gouraya^ [fig. 77) et de Colkr' {fif/. 78).
D'autres citernes, alimentées par des aqueducs, étaient des
ouvrages d'utilité publique.
Dans un site élevé et,
le plus souvent, à une
des extrémités de la ville,
on bâtissait un grand
réservoir, en épais blo-
cage, où les eaux amenées
par la conduite venaient
s'emmagasiner. De là, des
canalisations, dirigées en
tous sens, lesrépartissaient
dans les divers quartiers,
les portaient aux fontaines, aux thermes, aux réservoirs
des édifices })ul)lics et des maisons particulières. Les tuyaux
1. CUerne double, sur le bord septentrional du plateau (|ui porte la ville.
Construction en blocage, avec revêtement en petit appareil, voûtes en ber-
ceau. Les deux ouvertures cintrées qui l'ont communiquer les deux réservoirs,
ont 1"',20 de hauteur maxima. Dans la voûte du réservoir de gauche, il y a
un regard. Auprès de cette citerne, on en trouve d'autres, simples ou doubles,
placées dans le même alignement. — Voir dans Deiamare, Exploration, pi. 186,
fig. 1-2, un autre exemple de cilerne double, à Aïn Nechma, près de
Guelma.
2. Au sommet de la ville, à côté du maraliout de Sidi Brahim. Construction
en blocage et en briques. Les deux piliers supportent des arcades, et les trois
vaisseaux sont couverts de voûtes en berceau. Au milieu de la voûte centrale,
il y a un regard quadrangulaire. Le conduit d'adduction se trouve dans un
x!es angles.
3. Réservoir en blocage et en briques, situe à une des extrémités de la
ville, sur un monticule (à environ loû mètres à droite de la route de Chéra'ia).
11 était divisé en deux vaisseaux par une rangée de piliers qui portaient des
arcades, et ces deux vaisseaux étaient recouverts de voûtes en berceau. Du
côté de la pente, à l'est, le mur est plus épais et renforcé à chaque extré-
mité par un massif semi-circulaire (celui du sud-est manque aujourd'hui). A
cette même face est adossé un puits, dans lequel était la prise d'eau.
AQUEDUCS. CITERNES, UÉSKRVOIUS
26:{
do distribution étaient soit en plomb, soi! on argilo, plus raro-
mcut en blocs do piorre, percés de trous cylindriques.
Ces citernes raunicipales se ramènent h deux types : 1" vaste
chambre quadrangulaire, divisée en plusieurs vaisseaux par
des piliers ([ui soutiennent les voûtes, voûtes d'arêtes reposant
directement sur les piliers,
ou voûtes en l)erceau
portées sur des arcades;
2" série de compartiments
accolés, et généralement
parallèles, voûtés en ber-
ceau. Ce mode d'aména-
gement offrait plus de
solidit('' que le premier et
plus de facilité })Our la
construction, mais il
coûtait plus cher, car il
exigeait plus de maté-
riaux.
Les deux svstèmes ont
été employés sinudtané-
ment dans les vastes citernes d'Hippone, et probal)lement aussi
dans celles do Tiklat.
(■elles d'Hippone' (plan, //g. 79, d'après Ravoisié ; vue,
1. Desfontaines, ]'(if/af/e ilans les régences de Tunis el d'Jh/cr, p. 220.
Temple et Falbe, Relation d'une excursion à Conslanline, p. 4-.i. lîavolsié,
II, pi. i2 et 43 (deux plans et quatre coupes). Papier, Bull, de rAcadémie
d'Hippone^ XXII, 1886, p. 300-303 (avec un plan du projet de restauration qui
a été exécuté). Le même. Lettres sur Hippone, p. 25, 30-1, 49, 221-4, 225;
pi. V-XIII (vues); pi. XVII (plan, d'après Ravoisié). — Ces ruines ont lonj,'-
temps passé pour être rcj,'lise ou le couvent de Saint -Augustin : Nicolas de
Nicolay, les Quatre premiers livres des navic/ativns et péréf/rinations orientales
O I 3 J
FiG. 78. — Citerne de CoUo.
264 LES MONUMENTS ANTIQUES DE L ALGERIE
plancho LXXII) se trouvent sur la pente nonl-est de la
colline de Saint-Augustin. L'aquoduc de l'Edougli les remplis-
sait'. Construites eu blocage, avec des parties eu briques,
elles ont été restaurées en 1893- 1 80 i, pour servir à l'appro-
visionuemont de la ville de Boue '^. Leur contenance est de
12.000 mètres cubes.
L'ensend)le forme un rectangle do iS mètres sur 38"\50'\
divisé intérieurement en deux pai'ties : 1" à l'ouest, un bassin,
long de 40'",'-;?."), large de 17'",30, (pU' deux rangées de six piliers
(de l'°,00 de côté) divisent en trois nefs; ces piliers et les
saillies qui leur correspondent le long des parois, portaient des
voûtes d'arêtes ; 2" à Test (côté de la pente, oîi des construc-
tions plus massives étaient nécessaires pour résister à la
poussée des eaux), sept chambres parallèles entre elles, longues
pour la plupart de 18 mètres, larges de 4", 80, voûtées en ber-
ceau; au pied des parois, des ouvertures les faisaient commu-
niquer entre elles, assurant ainsi Tuniformité du niveau d'eau
et diminuant la pression.
Eu outre, deux compartimeuts sont ménagés sur la face nord.
On ue connaît pas la destination de celui qui est de forme
ovale. Peut-être était-ce une piscine épuratoire, dans laquelle
l'eau pénétrait avant de se répandre dans les citernes''. Quant
(Lyon, 1568), p. 13 : Shaw, Voyarjes. I. p. 121. DesTontaincs (/. c.) y a reronnii
avec raison des citernes.
1. Pour cet aqueduc, voir plus haut, p. 2'i4-.j.
2. Elles sont remplies aujourd'hui par un'aqueduc venant de la source de
l'oued Bougies, au sud-ouest de Bône.
3. Entre murs.
4. M. Papier {Lettres sur Ilippone, p. ±2"), dit que ce compartiment était
indépendant de l'édifice et qu'il communiquait avec l'extérieur. Il croit qu'il
servait au personnel ouvrier et au matériel des citernes Ce savant ajoute
qu'il y a, à côté, une autre chambre de même forme et de mêmes dimen-
sions.
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'^-'*^.-<:f^'V^':''.J^'
AQUEDUCS. CITERNES. RÉSERVOIHS
2Gr.
266 LES MONUMENTS ANTIQUES DE l'aLGÉRIE
à l'autre compartiment, de forme rectangulaire, il représente
la chambre de sortie. Il recevait Teau des citernes par trois
canaux s'ouvrant sous des pierres de taille (en a., h et c).
Le gros mur qui sépare le bassin à piliers du groupe formé
par les sept chambres présente à sa partie supérieure un
galerie voûtée, longue de 40 mètres, large de 1",60, haute de
2"', 10. Un autre couloir voûté, qui la rejoint à angle droit, est
établi au-dessus du nuu' séparant la troisième et la quatrième
chambre; il est un peu moins large (1", 29). Ces deux galeries
étaient éclairées par des regards carrés, percés dans les voûtes.
Elles servaient à la surveillance des divers l)assins, que Ion
pouvait examiner par des baies cintrées.
) Au sommet de cette même colline d'Hippone, ily avait d'autres
oiternes, qui formaient sans doute le sous-sol d'un édifice im-
^portant'. Elles ont disparu en 1883, lors de la construction
d'un hospice et de la basilique de Saint-Augustin. Le plan qui en
a été dressé et qui n'est pas très net indique plusieurs séries de
compartiments, que recouvraient sans doute des voûtes en
l)erceau, et trois chambres, divisées en deux ou trois nefs par
des piliers sur lesquels devaient reposer des voûtes d'arêtes.
Peut-être une branche de l'aqueduc de l'Edougli aboutissait-
elle à ces réservoirs.
L'aqueduc do Cirta, que nous avons décrit plus haut-, dé]>ou-
chait dans de vastes citernes, situées sur la colline du Coudiat
1. Papier, Lellies mr Hippone. p. 40-:;, 22;;; pi. XVI. Conf. Bull, de l'Aca-
démie dllippone, XVllI, 1S82, pi. XXIII. M. Papier y voit des piscines épura-
toires, qui auraient reçu Teau de Faqueduc avant son entrée dans les citernes
de réserve, établies plus bas.
2. Pages 2.'i2-i. — On a nié, il est vrai, que l'aqueduc aboutit à ces citernes
(voir Gherbonneau, Annuaire de Constantine, 18.j3,p. 11«), mais à tort, nous
semble-t-il. Conf. la planche de Ravoisié (t. 1, pi. 2}, qui montre la direc-
tion de l'aqueduc.
ACQUEDUCS. CITERNES RÉSERVOIRS
267
«l'I'l'l»
268 LES MONLMEMS ANTIQITS DE L ALflERlR
Ati. Il n'en reste plus que de très maigres vestiges. L'une des
chambres, qui a été mesurée par Ravoisié, avait 32°, 80 de
long sur G mètres de large'. De ce })oint })artait une con-
duite qui se dirigeait vers la ville et dont les t uvaux étaient
des cylindres en terre cuite d'un diamètre intérieur deU^JO,
encastrés dans des blocs de ])ierre perforés ; sur ces tuyaux
se lisent des estam])illes indiquant les localités voisines de Cirta
où on les fabriquait : Tiditani., Uzelitani, Gcmel/i/tsrs^ Auzii-
vpnses, Mik'vilani ~.
^ D'autres citernes, dont il subsiste de gros massifs en blocage,
étaient construites au sud-est de la ville moderne, en avant
\
,(le Bal) Djabia, « la porte des réservoirs-'^ ».
Mais les citernes les plus grandioses de Cirta i)araissent avoir
été celles du Capitole, à la Casba actuelle' {Ji(j. 80, d'après
Delamare). Elles ont été en partie conservées et rendues à leur
ancien usage par une restauration faite il y a soixante ans. Ce
sont des chambres rectangulaires, dont le grand axe est disposé
uniformément dans le sens du nord-ouest au sud-est. Sauf dans
la partie orientale, ces chambres se suivent sur deux rangées,
que sépare un gros nuu- transversal, })ortant à sa partie supé-
rieure un cori'idor de surveillance"'. D'étroites ouvertures
mettent en communication les divers compartiments. Les voûtes,
1. Ravoisié,!, p. f», pi. 2 à gauche. Var.s, Rec. de Conslanline. XXVIII, 1893,
p. 333-4.
•2. Corpus, VI U, 10471). Creuly, Annuaire de Conslantine. 18.53. p. 132-6.
Poulie, Rec. de Conslantine, XIII, 1808, p 698-iJ. Doublet et Gauckler,
Musée de Conslanline. p. G*- 8.
3. Cherbonneau, Annuaire de Conslanline, 18o3. p. 116. Vars, Rec. de Cons-
taïUine.XXWU. 1893, p. 27.5-6.
4. Temple et Falbe, Relation d'une crcursion à Conslanline, p. 9.5. Ravoisié,
I, p. 30; pi. 6; pi. 9, fig. 1 et 1 bis Delamare, pi. 119. Texier, Revue archéo-
logique, III, 1846-7. p. 734.
5. Conf. les deux couloirs de surveillance des citernes d'IIippone.
ACQUEDUCS. CITERNES. RÉSEItVOIHS 269
en berceau, sont renforcées au milieu et aux extrémités pai-
des arcades saillantes. Selon le plan de Delamare, ilyavail, à
l'est, un groupe de dix cliaudjres i)l(is petites, déforme rectan-
gulaire. L"ensend)le de la construction devait mesurer l.")!» mè-
tres environ de long», sur 36 de large'. La contenance totale
pouvait être de 30.000 mètres cuhes. L'eau provenait" de
l'aqueduc de Sidi Mal)rouk,qui traversait sur un grand pont le
ravin du Rummel '.
Il est pernns de supposer qu'un ou plusieurs édifices impor-
tants s'élevaient sur la vaste plate forme surmontant l'ex-
trados des voûtes de ces citernes. Mais on ne peut rien dire de
certain à ce sujet.
A Tiklat (Tubi/suc/u), les citernes d" Kl Arouïa'"' {/ig. 81 j, dont
la contenance était de plus de 12.000 mètres cubes, sont situées
au nord-ouestdes ruines delà ville romaine et en dehors de l'en-
ceinte, sur la pente d'une colline. Elles sont contruites en un
excellent blocage, avec des parements en pierres de jietit appa-
1. Le côté ouest était déjà détruit lors de l'occupation fraucaisc.
■2. Temple et, I*"albe donnent des mesures qui ne concordent pas exactement
avec les plans de l^avoisié et de Delamare :« Quatorze de ces citernes ont
« chacune la même longueur, 36 mètres; quatre autres ont 29 ",90; celles-ci
« et les deux de l'extrémité sont coupées par une septième citerne, qui forme
« avec elles un angle de 00°. L'espace qu'occupent ces citernes a 100'", 00 de
« long sur .38'", 07 de large.» — Je n'ai pas pu obtenir de l'autorité militaire
la permission de visiter ces citernes de la Casba.
3. Les citernes recevaient aussi les eaux de pluie qui tomt)aient sur les
toitures des ditlérents édiHces du Capilole.
4. Voir plus haut, p. 2.';3. Outre les eaux de Sidi Mabrouk. cette conduite
amenait peut-être celles du djebel Ouache, situé à 12 kilomètres de Constan-
tine, aunord-cst (Cherbonneau, Annuaire de Conslanllne, 1853, j). IKi-V!. —
Selon Vars {Hec. de Constnntlne, XXVIII, p. 2t2 et 33'»), les .-iterncs de la
Casba communiquaient avec celles du Coudiat Ali, par une cunduile qui
aurait traversé toute la ville. Cela me parait peu vraisemblable.
5. Meurs, Annuaire de Constanline, 18:i4-5, p. 100-1, pi. 7. Féraud, ISevue
africaine. H, 1857-8, p. 306. Mélix, Bec. de Constanline, IX, ISGo, p. 42-43 et
pi. IV. Vigneral, Ruines romaines de la Kabylie du Djurdjura, p. 127 et
pi. XVI. Mercier, Bull. Comilc, 1888, p. 128-9.
270 LES MONUMENTS ANTIQUES DE l'aLGÉRIE
rcnl; quelques parties sont en briques. L'ensemble forme un
rectangle de 76 mètres sur 38, divisé en 15 compartiments pa-
rallèles, qui mesurent en moyenne 4"", 10 de largeur et que re-
couvraient autrefois de voûtes en berceau ; la hauteur entre le
radier et la naissance des voûtes est 6 mètres. Les huit bas-
sins du nord sont séparés les uns des autres par des murs de
0",80, dans chacun desquels on a ménagé trois baies de commu-
nication. Au sud, nous avons constaté de même des murs de
refend aux extrémités des compartiments; mais, au milieu, il
y avait, seml>le-t-il, des hgnes de pihers surmontées d'arceaux,
et non des murs pleins : cette partie de la construction est du
reste en fort mauvais état^
A l'extérieur, des contreforts quadrangulaires sont disposés
tout le long du front oriental (côté de la plus forte pente)-, ainsi
que sur le front nord ; on distingue aussi des arrachements de
murs sur la face méridionale. En outre, le mur de l'est est ren-
forcé à l'intérieur par des massifs de forme arrondie, établis
aux extrémités de plusieurs compartiments. Un de ces massifs,
A, entoure un puits qui servait sans doute à jauger l'eau,
comme on l'a supposé •'■. Il subsiste à l'est des vestiges de
deux escaliers, permettant de procéder au nettoyage.
L'aqueduc d'Itchouren^ débouchait du côté de l'ouest. Contre
la face opposée est adossée un puits, B, au bas duquel se trou-
vait la prise d'eau. La conduite qui en partait allait desservir
la ville, en se ramifiant par divers canaux.
1. On reconnaît de plus des vestiges de murs en travers des deux compar-
timents du milieu. Notre plan n'indique que les parties visibles.
•2. De ce côté, le mur est plus épais que sur les autres faces : il mesure
1"',60.
3. Indication de Meurs, l. c, p. 100. Ce puits n'est plus visible.
4. Voir plus haut, p. 2o9.
ACQUEDUCS. CITERNES. RÉSERVOIRS
271
272 LES MONUMENTS ANTIQUES DE L ALGÉRIE
Il }• avait d'autres grandes citernes à Tul)usuctu, au sud-est,
également en dehors de l'enceinte. Mais on n'en voit plus que
quelques débris ' . •
A Rusicade, les citernes romaines qui recevaient l'eau de la
vallée des Béni Melek * étaient établies sur la pente de la col-
line de Bou Yala, au-dessus de la ville, à l'ouest^. Elles ont
été réparées en 1845-1846 et en 1803.
Elles forment deux réservoirs distincts, séparés par un inter-
valle de 150 mètres environ ; la conduite des Béni Melek l)ifur-
quait pour aller les remplir tous les deux : chacune des
branches formait un canal voûté, pourvu de regards arrondis
ou quadrangulaires.
Dans le premier de ces réservoirs [fuj. 82), dont la conte-
nance est de 9.000 mètres cubes, <( l'ensemble de la construc-
tion, dit Fenech, est assis parallèlement à la direction de la
colline, sur une longueur de 55 mètres et une largeur de 34 '*,
sous une forme elliptique. Il est divisé par des murs transver-
saux, dans le sens du grand diamètre, en sept compartiments, de
dimensions et de figures diverses, selon qu'ils arc-boutent la
montagne ou soutiennent le poids des eaux [du côté de la
pente]. Le premier bassin à Touest, celui qui recevait directe-
ment les eaux du canal, présente un grand dend-cercle irrégu-
lier, dont la corde mesure 23'", 70... Le second et le troisième
en sont séparés par un mur intérieur, d'une épaisseur de l'°,50.
1. Vigneral, l. c, p. 126 et pi. XVI.
2. Conf. p. 254.
3. Ravoisié, II, pi. 46-48; pi. 70, fig. IX-XI. Delaaiare, pi. 3i-3.T (en haut, à
droite et à gauche); pi. 36. Te.xier, Renue uvchéoloçiique, 111. 18't6-7, p. 730-1.
Giiyon, Voi/ar/e (VAlt/er aux Ziban, p. 3.j. Fenech, Histoire de PhilippeviUe,
p. 25-8. Féraud, Revue africaine, XIX, 187:;, p. 84. Vars, Rusicade et Stora,
p. 68-70.
4. Xous rectifions ici les chiffres de Fenech. Quelques modifications au texte
de cet auteur sont mises entre crochets.
ACQLEDUCS. CITERNES. RÉSERVOIRS 273
Ce sont deux rectangles, dont les angles sont arrondis; [celui
du sud], adossé à la hauteur, et, par suite, devant supporter le
poids des terres, leur oppose deux cintres massifs, appuyés
sur des murs intérieurs. Cette disposition se retrouve, pour la
même cause, dans le réservoir suivant, [également de forme
rectangulaire, mais un pou plus vaste. An nord de ce réservoir],
s'ouvre nn ravin sur letpiel est ménagée la prise d'eau. La cons-
truction n'étant plus là soutenue par le coteau, l'architecte v
FiG. 82. — Citernes de Philippe ville (d'après Delamare).
a multiplié les divisions et élargi les massifs de maçonnerie.
Le grand rectangle qui vient d'être mentionné s'appuie sur
nn bassin de forme ovale,... llanrpié lui-même d'un [petit réser-
voir triangulaire. Enfin, il y a au sud-est un] dernier bassin,
dont le coté extérieur est arrondi, pour continuer la forme
elliptique de l'ensemble...
« Ces différents bassins ont une profondeur égale de 10", GO.
Ils communiquent à niveau du fond par des ouvertures, ména-
gées dans l'épaisseur des nuu's intérieurs et assez grandes poiu-
18
274 LES MONUMENTS ANTIQUES DE l'aLGÉKIE
que les ouvriers employés à l'entretien pussent circuler partout.
« La prise d'eau est au bas d'un puits adossé au bassin de
forme ovale.
« Une particularité autorise à penser que les eaux tondîaient,
à leur arrivée dans le grand l)assin, sur un filtre appuyé sur
neuf piliers l'ectangulaires [en briques], qui garnissent paral-
lèlement le pourtour et le centre, et dont la hauteur est de
2 mètres seulement. »
Le second réservoir, qui est en contre-bas du premier (de
5 mètres), a la forme d'un rectangle, long de 52"°, 45, large de 25.
Il peut contenir ll.OOO mètres cubes. A Tintérieur, quatre
gros piliers étaient disposés sur la ligne médiane, dans le sens
du grand axe. Avec des saillies qui leur correspondaient le
long des parois, ils supportaient des voûtes d'arêtes K
On voit encore k Philippeville, près de la place de la Marine,
d'autres grandes citernes, qui se trouvaient dans le voisinage
des thermes romains'^ et qui servent actuellement de caves au
Service des subsistances mihtaires\ Elles ont à peu près la
forme d'un trapèze, de 31 mètres de long sur une largeur maxi-
ma de 20°', 50. L'intérieur est divisé en cinq compartiments
parallèles, de 4 ;i 4™, 50 de large, sé})arés par des murs épais
de l^.lO à 1",50, qui offrent au milieu une ouverture cintrée,
large de 1",40. La hauteur, jusciu'ii la naissance des berceaux,
était autrefois de 7 mètres : les restaurateurs ont divisé ces
citernes en deux étages ''.
1. Ces aménagements inférieurs ont été modifiés lors de la restauration.
2. Gsell et Bertrand, Musée de l'hilippei'ille, p. 41. Gonf. plus haut, p. 232-3.
3. Delamare, pi. 34-3j, vers le milieu, en bas et à droite (plan du radier,
plan des chapes, deux coupes). Fenech, Histoire de l'hilippeville, p. 30. Vars,
tiusicade et Slora, p. 70-1 (avec des confusions^
4. Le soubassement d'un grand temple de Rusicade (sous le théâtre moderne)
est divisé en plusieurs compartiments parallèles voûtés. Le compartiment de
ACQLEDLCS. CITERNES. IIÉSERVOIRS 275
A Stora, lieu situé à 5 kiloiriMres au nord-ouest do IMdlip-
pevillc, sur une baie qui devait servir de port à une partie des
navires trafiquant avec Rusicade, il y a aussi des citernes assez
vastes 1, alimentées par un aqueduc ' ('//y. 83 d'après Delamare).
Elles ont été restaurées en 1843, puis a^^randies. L'édifice
romain forme un rectangle de 29 mètres sur 22'", 50 (hors œuvre).
Du côté de la pente, à l'ouest, il y a des contreforts extérieurs.
Intérieurement, « dans le sens de la longueur, dit Delamare,
deux murs, épais de l"',t5, divisent l'aire intérieure en trois
parties; ils servent, avec les murs longiludinaux extérieurs, à
supporter les chapes des trois berceaux demi-circulaires qui
couvrent tout l'édifice ■'... Il règne, sur toute la largeur, un
mur transversal, é})ais de 1"\85, qui partage chaque berceau
en deux parties égales dans le sens de la longueur''. Le haut
de ce mur ne dépasse pas la naissance des voûtes. » Il porte
une sorte de chemin de ronde, voûté, avec des baies latérales
permettant de surveiller les bassins et, au besoin, d'y des-
cendre.
Les niches que l'on voit à l'intérieur de ces bassins, au nord,
à l'ouest et au sud, avaient sans doute pour objet d'atténuer la
poussée des eaux contre les parois.
La contenance totale devait être de 3.r)00 mètres culjes •"'.
droite a été aniénapé par les anciens pour servir de réservoir. Les antres,
n'ayant ni enduit, ni radier, n'ont pas pu être des citernes, quoi qu'on en ait
dit (Vars, l. c, p. 90-1). Pour cette ruine, conf. plus haut, p. 153, n° 7.
1. Ravoi>ié, 11, pi. 67, 08,70. Delamare, Mémoires des (inliquaires de France,
XXIV, 1839, p. 180-2; pi. I. fiit. 2. Le même, ILrploralion. pi. 43, 44-43 et 46,
iîg. 2. Vars, Rusicade el Slora, p. il.
2. Conf. plus haut, p. 2;J9.
3. La hauteur des bassins est de 11'", 90.
4. « Vers le bas, [ce mur] est percé de trois portes, hautes de l'",90, largos
« de 0",fiO. qui laissent circuler l'eau dans tout l'édifice. Ces portes sont de
« création française: elles n'existaient pas avant noire restauration,»
0. Actuellement de 4.800,
276 LES MONUMENTS ANTIQUES DE L ALGÉRIE
L'eau entrait par la face septentrionale et sortait par la
face opposée. Elle « pouvait, selon les besoins, passer, par
(les ouvertures pratiquées à 0'",30 au-dessus du sol, dans un
puits elliptique ayant pour axes 3"", 90 et 2"", 83 et construit
[partiellement] dans Tépaisseur même du mur ». Un canal sou-
terrain, avec des regards circulaires, s'embranchait sur ce
puits ; il parvenait à un bassin quadrangiilaire et devait ensuite
porter l'eau à des édifices ou à des fontaines, situées sur le
rivage, au sud, et servant sans doute à rapprovisionnement du
port.
Notons encore que, «vers l'angle sud-est des citernes, le
'.< sol baisse sensiblement : on a trouvé de ce côté un trou
« circulaire d'un mètre de diamètre, qui servait probable-
K ment à vider [les bassins]. Ce trou n'a pas été déblav'é : on
« l'a ])ouché ».
Au sud-ouest de ce réservoir, à une distance d'environ
150 mètres, se trouve une autre citerne ', aujourd'hui restaurée,
mesurant intérieurement 8", 53 sur 3°', 88, et voûtée en Ijerceau.
Elle recevait l'eau d'une source située à 600 mètres de là,
dans la montagne. Avant d'entrer dans la citerne, le liquide
passait par un puits carré (octogonal extérieurement), où il se
débarrassait des impuretés qu'il contenait. La prise était sur le
côté opposé, en contre-bas. Elle était flanquée de deux niches,
qui abritaient peut-être des statues.
A Bougie, dans la partie haute de la villes les Français ont
restauré un réservoir, auquel aboutissait l'aqueduc de Toudja,
ou plus probablement une branche de cet aqueduc -K II avait,
1. Dolamare, Mémoires, p. 173-."j et pi. I, fig. '2; Exploration, pi. 4l-i.j,
fig. 13-15. Vars, l. c, p. 11-12.
2. Derrière l'hôpital civil.
3. Coiif. plus haut, p. 251.
ACQUEDUCS. CITERNES, RÉSEIIVOIRS 277
278
LES MONUMENTS ANTIQUES DE L ALGERIE
d'ailleurs, été réparé plus d'uue fois depuis réjjoque romaine.
C'est un rectangle de 29'",G0delong-, sur 15'°,85 de large. Deux
rangées de piliers partageaient l'intérieur en trois vaisseaux et
portaient les voûtes. La profondeur était de iS^iSO '. Un
escalier, longeant la paroi du sud, permettait de descendre au
radier. Au-dessus de cette citerne, on distingue des vestiges
peu nets de bassins, qui ont dû servir à l'épuration de l'eau -.
Vm. 8i. — Citernes tle Clierchel.
A Dellys, un réservoir public emmagasinait l'eau d'un aqueduc
qui captait les sources d'une colline voisine''; il élait établi
au-dessus de la ville antique et en deliors des remparts (près
de la porte moderne d'El Assouaf). Il forme un rectangle,
mesurant 32 mètres de long sur 23 mètres de large. En l'état
1. La profondeur niaxima n'est plus que de 9'", 30, et il n'y a plus qu'une
seule rangée de piliers. La contenance actuelle est de 4.000 mètres cubes.
■>. Mélix, Bec. de Conslantine, IX, 18G5. p. 29-30 et pi. L Vigneral, Fitiines
iii/iiaines de la Kabylie du Djurdjura, p. i.'il.
3. A 3 kilomètres de Dellys.
AGQL'EDUCS. CITEUNES. RÉSERVOIRS 279
actuel, il esl impossible do reconnaitrc les dispositions inté-
rieures de l'édifice.
La caserne française qui domine Chercliel a été hàtie sur do
grandes citernes' i//y. 84, d'après Ravoisié), consistant en six
réservoirs parallèles, dont chacun a 19 mètres de Ion-::, V\30
de large et environ 8 mètres de profondeur-. Selon l'usage,
ils sont voûtés en berceau''. Fort l)ion conservés, ils servent
encore à l'alimentation
des habitants do la ville
franco-arabe. A l'époque
romaine, ils étaient rem-
plis par l'aqueduc que
uous avons décrit plus
haut''.
A Goura va, les ruines
d'un éditice qui })arail
avoir été des theriues ■"'
recouvrent un grand
Fin. 8j. — citerne de Gouraya.
ré s er voir t r a p é z o ï d a 1 ,
presque intact {fifj. 8.")). Il mesure 8'",95 de longueur et 8"', 70 de
largeur maxima. La profondeur est d'au moins 5 mètres. Quatre
piliers, surmontés d'arcades, délimitent trois vaisseaux, que
des berceaux recouvrent. Les parois sont creusées dans le roc,
1. Ravoisié, Ilf, pi. Il, fij^. XV-WIII (conf. Dictionnaire des anliquilés de
Saglio et Pottier, s. v. cislerna, p. 1210, fig. ISSi-loaC). De Blinière, Revue
archéologique, V, 1848, p. 3io-G. De Vemeuil et Dugnot, Reoue africaine, XIV,
1870. p. 142-3. Gsell, (ittide archéolof/ique des environs d'Ah/er, p. 59-60.
2. Sur la gauche du dessin, on voit le conduit d'entrée de l'eau et un espace
rectangulaire qui représente peut-ctre la chambre où était la prise.
3. Chacune des voûtes otlre trois regards carrés.
4. Va"e 248. — De Blinière (/. c. p. 3i6) mentionne encore d'autres grandes
citernes à Cherchel. Conf. Ravoisié, I!l, pi. 3J, fig. H-IX; pi. 41, en bas.
5. Conf. plus haut, p. 230.
280 LES MONUMENTS ANTIQUES DE L ALGÉRIE
les piliers et les arcs sont en briques, les voûtes en briques et
en moellons. Contre le mur du sud est disposé un petit esca-
lier; un regard, par lequel on puisait l'eau, s'ouvre au centre.
11 est possible que ces citernes aient été remplies seulement par
les eaux pluviales coulant sur les toits des thermes.
Tl existe un assez vaste réservoir à Guelma, dans la partie
la plus élevée de la ville '. Do forme rectangulaire, il a 21", 16
de long sur 17'", 40 de large et se compose de cinq comparti-
ments parallèles voûtés, séparés par des nuirs pleins. Des-
pieds-droits, établis en avant de ces nuirs, portent des
arceaux, en saillie sur les voûtes : cette disposition était une
garantie de solidité pour Tensemble de l'ouvrage-.
Tous les réservoirs dont nous venons de parler étaient sou-
terrains et voûtés. Mais il est bon de rappeler qu'on a constaté
aussi, dans quelques ruines de villes romaines, dos restes de
bassins à ciel ouvert, alimentés soit par des aqueducs, soit par
les eaux de pluie.
Ainsi, à Cherchel, au nord des grands thermes, il y a une
piscine ou réservoir, en forme de rectangle, long de 35 mètres,
large de 10, et d'une profondeur de près de 2 mètres. Des
escaliers, établis aux quatre coins, paraissent dater d'une
époque plus récente que le liassin inême-^
A Constantine, on a trouvé, sous la place des Galettes, une
1. Derrière le palais de justice.
2. Delainare, Explovalion, pi. 175, fig. 4-6. On a trouvé à Guelma (l'endroit
précis n'est pas indiqué) une inscription de la fin du iv» siècle, célébrant en
termes pompeux la restauration d'un réservoir {Corpus, VIII, 533o) : « Piscinam,
« quae aniea tenuis aqu[a)e pigra (luenta capiebaf, mine ver[o... unda]nim
« inlonanlium nwlibvs rediindantem... Bas'dhis [reslituil]. »
3. De Blinière, Reoue arc/iéolof/ique. V. 1818. p. 341. De Villiers du Terrage,
Mémoires des antiquaires de France. XXIIl, 1857, p. 3.'i 4.'J et pi. 1. Héron de
Villefosse, Archives des Missions, série 111. t. II, p. 393-4.
ACQUEDICS. CITERNES. RÉSERVOIRS 281
grande piscine circulaire, bordée par une paroi en pierres do
taille; elle ne semble pas avoir été couverte'.
Près du mausolée dit de Scipion, à Sétif, se voient les restes
de dix piscines, ayant chacune G"", 50 de long sur 4", 20 de large.
Elles sont disposées sur deux rangées parallèles et commu-
niquent deux à deux. Le fond de charpie comparliment est
constitué par une mosaïrpie à cubes noirs.
A Khenchela, au nord-ouest de la ville, un grand réservoir
rectangulaire, récemment détruit, mesurait environ 25 mètres
de long, 10 de largo et 2 de profondeur. Les parois étaient
soit en blocage, avec des chaînes en pierres, soit entièrement en
pierres de taille. L'eau venait du Chabor, hauteur qui domine
Khenchela %
i. Marchand, Rec. de Constantine, IX, ISfio, p. 169. Vars, ibid., XXVill.
1893, p. 297. — Au même endroit, a été recueillie une inscription de la fin du
iv° siècle, qui se rapporte peut-être à la conduite alimentant cette piscine
[Corpus, VJII, 7034) : « Fislulam quae ex elemenlo caelesfi lolius anni subsUui-
« tia7n vitae udqne {=^alqi<e] nsui populi provisu aqiiae copia su mm[i\nist rai,
« formavil, conplevit... Caecina, etc. »
2. Marchand, Rec. de Conslanline, X, 1866, p. 166. Masqueray, Revue
africaine, XXU, 1878, p. 447. Graillot et Gsell, Mélanf/es de l'École française
de Rome, XllI, 1893, p. 'iOO.
NEW VOu.v o.h»/laSit71
TABLE DES PLANCHES HdllS TEXTE
DU TOME PIŒMIER
Pages.
23. I. — Deux dolmens de Hou Nouara.
32. II. — Dolmen du Kheneg.
34. _ m. — Dolmen de Guelaat hou .Ufane.
62. — IV. — Mausolée du Kliroub.
65. _ V. — Médracen, tombeau royal. Photorjrapliie du Service
des monuments historiques.
65. _. VI — Médracen. Vue de la colonnade. Jf/cm.
69. __ VII. — Tombeau de la Cbrélienne. Porte de l'est,
80. — VIII. — Dàlimcnl central du camp de Lambèse. Vue prise
du nord. Photographie du Servicedes mcnuments historiques.
j^f)_ _ IX. — Hùliment central du camp de Lambèse. Vue prise
du sud-est.
83. _ X. — Scholae du camp de Lambèse.
93. _ XI. — Rempart de Sour D.jouab.
94, _ XII. — Sour D.jouab. Porte de l'ouest.
97. — XIII. — Cliemin creusé dans le roc, à Kalaa.
98. — XIV. — Rempart de Tipasa. Porte de l'ouest.
103. — XV. — Castellum de Kaoua.
1(2. _- XVI. — Vue d'ensemble des ruines de Timgad.
jio __ WII. - Vue d'ensemble des ruines de Timgad.
j2t. _- XVlll. — Forum de Timgad. Tribune.
133. _ XIX. — Temple de Tébessa. /'//o^oynjp/«/t' du Service des
monuments historiques.
137. _ XX. — Capilole de Timgad.
139. _ XXI. — Temple en face du niarcbé, à Timgad.
,40. — XXII. — Temple d'Esculape, à Lambèse.
1V3. _ XXIII. — Capitole de Lambèse.
j46. — XXIV. — Temple de DJemila.
148. — XXV. - Temple de Tigzirl.
284 TABLE DES PLANCHES HORS TEXTE
Pages.
i"jO. — XXVI. — Temple de Ksar Mahidjiba.
156. — XXVH. — Porte de Khamissa.
VM. — XXVIII. — Porte de Zana.
i57. — XXIX. — Porte de Kissa.
d.58. — XXX. — Porte d'Announa.
159. — XXXI. — Arc de Lambèse.
160. — XXXII. — Arc de Commode, à Lambèse.
16i. — XXXIII. — Arc de Zana.
160. — XXXIV. — Arc de Marcouna. Photographie du Service des mo-
numents Jiistoriques.
167. — XXXV. — Arc d'Announa.
16". — XXXVI. — Arc de Djemila.
172. — XXXVII. — Arc à deux baies d'Announa.
174. — XXXVIII. — Arc à trois baies de Khamissa.
174. — XXXIX. — Arc de Trajan, à Timgad (avant la restauration).
Photographie du Service des monuments historiques.
174. — XL. — Arc de Trajan, à Timgad (après la restauration i.
176. — XLI. — Arc de Septime-Sévère, à Lambèse.
178. — XLII. — Arc de Macrin, à Zana.
180. — XLIII. — Arc de Caracalla, à Tébessa. Photographie du Ser-
vice des monuments historiques.
18G. — XLIV. — Théâtre de Djemila.
188. — XLV. — Théâtre de Djemila. Scène.
190. — XLVI. — Façade du théâtre de Khamissa.
190. — XLVII. — Scène du théâtre de Khamissa.
192. — XLVIII. — Théâtre de Philippeville.
194. — XLI.\. — Théâtre de Guelma.
197. — L. — Théâtre de Timgad.
206. — LI. — Marché de Timgad.
206. — LU. — Marché de Timgad.
212. — LUI. — (Jrands thermes de Cherchel (/"/'tf/idr/rit/m).
212. — LIV. — (irands thermes de Cherchel Icaldarium).
216. — LV. — Petits thermes de Cherchel.
217. — LVI. — Thermes de Tipasa.
218. — LVII. — Bains des Chasseurs à Lambèse. Photograpliie du
Service des monuments historiques.
220. — LVIII, — Edifice appelé Palais du légat, à Lambèse.
224. — LIX. — Thermes du nord, à Timgad.
227. — LX. — Thermes de Guelma.
227. — LXI. — Thermes de Guelma. Photographie du Service des
monuments historiques.
2.38. — LXII. — Aquae Flavianae. Piscine circulaiie.
Papes.
238. —
LXIII.
240. —
LXIV.
243. —
LXV.
244. —
LXVI.
24.J. —
LXVII.
2i8. —
LXVIII.
249. —
LXIX.
233. —
LXX.
2S5. —
LXXI.
264. —
LXXII.
TABLE DES PLANCIIKS HORS TEXTE 28"»
— Aquae Flavianae. Piscine reclan gulaire.
— Piscine de Hammam Berda.
— Nymphée de Tipasa.
— Edifice romain de Slora.
— Fontaine de DJemila.
— Aqueduc de Ciierchel.
— Aqueduc de Ciierchel.
— Aqueduc de Constantine.
LXXI. — Pont-aqueduc de Khamissa.
LXXII. — Citernes d'IIippone (avant la restauration . P//o<o-
(jraphie du Service des monuments historiques.
TABLE DES ILLUSTRATIONS
INSEREES DANS LE TEXTE DU TOME PREMIER
Fjglres. Pages.
1. — Tombeau rond d"Ichoulikàn 17
2. — Plan de deux dolmens de Roknia 18
3. — Dolmen de Roknia 20
4. — Plan et coupe d'un dolmen de Roknia 21
5. — Dolmen de Sigus 27
6. — Monument dit Redjel Safia, à Sigus 31
7. — Dolmen de Guelaat bou Alfane 34
8. — Caveau creusé dans le roc, à Gastal 37
9. — Grotte funéraire, à Kissa 39
dO. — Gravures rupestres de Tliyout 42
11. — Gravures rupestres de Tazina 44
12. — Gravure rupestre de Ksar el Alimar 45
13. — Gravure rupestre de Rou Alem 46
14. — Gravure rupestre de Kef Messiouer 48
1 :") . — Caveau punique de Gouraya ijC»
10. — Caveau punique de Gouraya 57
17. — Caveau punique de Collo 59
18. — Caveau punique de Collo 60
19. — Mausolée gréco-punique, dit Soiima, près du Khroub.. 62
20. — Médracen, mausolée royal 06
21 . — Tombeau de la Chrétienne, mausolée royal 70
22. — Camp de Lambèse 78
23. — Bâtiment central du camp de Lambèse 79
24. — Scholae du camp de Lambèse 82
2") . — Thermes du camp de Lambèse 85
26. — Camp de lîénian iAla MilUiria) 88
27. — Plan de Sour Djouab {Rapidum) 92
28. — Sour Djouab. Porte de Touest 93
TAItLE lii;S ILUSTRATIONS 287
Fint-REs. Pages.
29. — Sour Djouab. Porte de Test «it
.30. — Sour Djouab. Porte entre les quartiers nord et sud Olj
31. — Sour Djouab. Porte entre les quartiers sud et est 90
32. — Vue intérieure d'une tour de Tipasa 97
33 . — Castelltim du Nador (plan^ 100
34. — Caslclhiin du Nador (vue) 101
35 . — ( 'astclhtiii de Kaoua 1 o:;
3G . — Forum de Timgad 1 23
37. — Basilique de Sigus 130
38. — Basilique (?) de Tipasa 131
39. — Temple de Tébessa i'M
40. — Plan du Capitolc de Timgad 138
41 . — Temple d'Esculape, à Lambèse 141
42. — Capitole de Lambèse 14i-
43. — Temple de Djemila 146
44. — Temple de Tigzirt 149
4)j. — Perle de Kliamissa I!j6
46. — Porte de Zana 1;)7
47. — Arc de Marcouna (plan) 159
48. — Arc de Marcouna (vue) 161
49. — Arc de Commode, à Lambèse 162
50. — Porte du nord, à Timgad 163
51 . — Arc de Zana H>5
52 . — Arc de Marcouna 1 66
53. — Arc d'Announa 166
54. — Arc de Djemila 168
55. — Porte de Morsott 170
o6. — Arc d'Announa 173
57. — Arc de Timgad 175
58. — Arc de Lambèse 1~~
59. — Arc de Macrin, à Zana 178
60. — Arc de Caracalla, à Tébessa 181
61 . — Théâtre de Djemila 187
62. — Théâtre de Kliamissa 191
63. — Théâtre de Philippeville 193
64. — Théâtre de Guelma I''"i
65. — Théâtre de Timgad '^^
66. — Marché de Timgad '-0'
67. — Grands thermes de Cherchcl -'-^
68. — Thermes de Tipasa -'"
69 . _ Jiains des Chasxeiirs, à Lambèse - ' î^
70. — Thermes du sud, à Timgad --'
288 TABLE DES ILLUSTRATIONS
FiGi-KEs. Pages.
71. — Petits thermes, àTimgad 225
72. — Elablissement thermal d'Aqiute Flavianae 237
73 . • — Nymphée de Tipasa 243
74. — Fontaine de Djemila 244
75 . — Aqueduc de Bougie 250
76. — Citerne de Saint-Leu 261
77. — Citerne de Gouraya 262
78. — Citerne de CoUo 263
79. — Citernes dllippone 265
80. — Citernes deConstanline 267
81. — Citernes de Tiklat 271
82. — Citernes de Philippeviile 273
83. — Citernes de Stora 277
84. — Citernes de Cherche! 278
85. — Citerne de Gourava 279
TABLE DES MATIERES
CONTENUES DANS LE TOME PREMIER
LIVRE 1
Monuments indigènes et puniques
Chapitres
l'ages.
I. — Monuments indigènes l
(irottes et abris sous roches 1
Refuges *
Tombeaux en pierres sèches ^
Tombes taillées dans le roc 36
Gravures rupestres *1
I. — Monuments puniques et libyphéniciens ■">»
LIVRE 11
Monuments romains
I. — Constructions militaires. Ouvrages de défense "iS
II. — Aspect général des villes "^ '
III. — Les places publiques et leurs annexes i'^1
IV. — Temples ^^^
V. — Arcs de triomphe. Portes monumentales 155
Arcs à une baie '^°
Arc à deux baies '^-'
Arc à trois baies ^'*
Arcs à quatre faces ' ' ^
VI. — Théâtres. Amphithéâtres. Cirques '«6
Théâtres *^^^
Amphithéâtres. Cirques -^*
„ , . 206
VII. - Marches
^. .... -211
Vill. - Thermes
ly
I.
290 TABLE DES MATIÈRES
CHAPiTfiEs. Pagres.
IX. — Nymphées. Fontaines 242
X. — Aqueducs. Citernes. Réservoirs '247
Aqueducs 247
Citernes. Réservoirs 260
Table des planches hors texte du tome premier 288
Table des illustrations insérées dans le texte du tome premier.. 286
TOLHS, niPRTMEKIE DESMS FRÈKES, 6, RUE OAMBETTA.
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