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Full text of "Les métamorphoses des insectes"

H 




S.-Q. Scit&kr îCibraru 

Gifl of 

SaMUJEIL HUBBAIB SCUBIMEIÎ. 



June 22,1903 







^|T^^ Smithsonian 
^ ^ Institution 
%fj^j^ Libraries 












GiftofDr. F.Christian 
and Betty Thompson 















BIBLIOTHEQUE DES MERVEI 




SSU*^\ 



LES 



MÉTAMORPHOSES 



des i\si:cti;s 



M AI II ICI: CI II Mil) 



PRÉSIDFM DE l.\ SOCIÉTÉ ENTOMOLOGIQUE M. FRANGE 



OUVRAGE ILLUSTRE DE 280 VIGNETTES 



PARIS 



LIBRAIRIE DE I. HACHETTE ET C 

BOU I. I VA RD S \ I N l-C KliM A IN , K 



B1BLI0THÈQI E 

DES MERVEILLES 

pi i.i h i soi - i i Dira i nos 
DE M. EDOUARD CHARTON 



LES 



MÉTAMORPHOSES DES INSECTES 




OUVRAGES DU MEME AUTEUR 



PÉnoN, naturaliste, voyageur aux terres australes ; ouvrage couronné par 
la Société d'émulation de l'Allier et publié sous ses auspices. — Paris, 
J.-B. Bailliére et Fils, 1857. 

.Notices entomologiques et Nouvelles Notices entomologiques. l rc et 2 e séries. 
Paris, 1859, 1866, 1869. — Félix Malteste. 

Les Auxiliaires du ver a soie. Paris, 1864. — J.-B. Bailliére et Fils. 

Les Insectes utiles et nuisibles a l'Exposition universelle. Paris, 1867. 
Librairie de la Maison rustique. 

Etudes sur la chaleur libre dégagée par les animaux invertébrés et spécia- 
lement par les insectes. Paris, V. Masson et Fils, 1869. (Thèse de doc- 
torat de la Faculté des sciences de Paris.) 

Mémoires et Notes dans les Bulletins de la Société d'acclimatation. 

Études sur les insectes carnassiers, utiles à introduire dans les jardins ou 
à protéger contre la destruction. — Paris, 1875. (Adopté par la commis- 
sion desbiblioth. scol.) 

Traité élémentaire d'entomologie, avec les applications de cette science 
Tome I, Introduction et Coléoptères. Paris, J.-B. Bailliére et Fils, 1875 

SOUS PRESSE 

Tome II du Traité d'entomologie comprenant les autres ordres d'insectes. 
Nouvelles Notices entomologiques. 5'' série. 



BIBLIOTHEQUE DES MERVEILLES 



LES 

MÉTAMORPHOSES 

DES INSECTES 

l'A i; 

MAURICE GIRARD 

ANCIEN PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ ENTOMOLOGIQUE DE FHANCI 
DOGTECB ES SCIENCES NATURELLES 



QUATRIÈME ÉDITION 
KEVOE ET AUGMENTÉE PAR l'aUTEUR 



OUVRAGE ILLUSTRÉ DE 578 VIGNETTE 

P A R 
MESNEL, OELAHAYE, FORMANT, HUET, ETC. 



PARIS 
LIBRAIRIE HACHETTE ET C 

■ BOl l EVARD ÎAIMN-GJ RM VIN, 7!> 

1874 

pi i( U! ol ■!• ii 



LES 

MÉTAMORPHOSES 

DES INSECTES 



CHAPITRE PREMIER 



INTRODUCTION 

Prétendue génération spontanée des insectes. — Expériences de Redi 

— Insectes séparés des autres annelés. — Organisation des insectes 

— Sens merveilleux. — Instincts, intelligence. — Principales subdi- 
visions. 

Va-t'en, chétif insecte, excrément de la terre. 



Ce vers dédaigneux, placé par le fabuliste dans la 
bouche du lion, résume les idées des anciens sur l'ori- 
gine des insectes. Pour tous les petits animaux difficiles 
à bien observer, on trouvait beaucoup plus commode la 
plus large acception des générations spontanées. La 
paresse de notre esprit aime ces solutions simples et 
générales, en accord avec le naïf orgueil de la suprême 
ignorance. On voyait sortir du sol, du milieu des gazons, 
ces petits êtres ailés qui, par l'éclat de leurs couleurs, 
rivalisent souvent avec les fleurs d'or et d'azur; c'étaient 
les gracieux enfants de la terre, de cette mère commune 
d'où naissaient à la fois les végétaux maintenus immo- 
biles sur son sein fécondant, et les insectes remplissant 

'1 



2 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

l'atmosphère de leurs scintillations, du murmure confus 
de leurs bourdonnements. La vase, séchée et crevassée 
par le soleil, engendrait les noirs essaims des mouches 
qui tourbillonnent à sa surface. D'autres prenaient leur 
origine dans la chair corrompue des cadavres d'ani- 
maux abandonnés à l'air. Souvent les qualités des insec- 
tes dépendaient de l'animal d'où ils tiraient le jour par 
une prétendue fermentation. Les abeilles mêmes, ces 
fières habitantes des monts sacrés, ces douces nourrices 
de Jupiter enfant, n'échappaient pas à la loi commune. 
Celles qui proviennent des entrailles du lion, dit Élien, 
sont indociles, farouches, rebelles au travail; celles 
qui naissent du mouton molles et paresseuses ; au con- 
traire, on recherchait les abeilles sorties des flancs du 
taureau : elles étaient laborieuses, obéissantes. Virgile, 
dans la fable d'Aristée, nous raconte comment ce secret 
fut connu des hommes. Les nymphes des eaux, compa- 
gnes d'Eurydice, dont Aristée avait involontairement 
causé la mort, la vengeaient en faisant périr ses abeilles. 
Pour apaiser leur courroux, il amène dans leur temple 
quatre magnifiques taureaux et les immole sur quatre 
autels. Il retourne dans le bois. prodige inouï et sou- 
dain! Il entend bourdonner dans les entrailles corrom- 
pues des taureaux des essaims d'abeilles. Elles percent 
frémissantes les cavités impures qui les retiennent, se 
répandent en nuage immense, gagnent le sommet d'un 
arbre et y restent suspendues comme la grappe au cep 
d'où elle retombe. 

Jusqu'au dix-septième siècle on ignora comment la 
larve qui rampe sur le sol se rattache à l'adulte ailé 
dont la subtile atmosphère devient le domaine. Cepen- 
dant l'observation des petits animaux remonte à la plus 
haute antiquité, surtout à cause des dangers qu'ils font 
courir à l'agriculture. Les scarabées sacrés, qui enter- 
rent et enlèvent les immondices corrupteurs de l'air. 



INTRODUCTION. 5 

son! reproduits sur les monuments de l'antique Egypte. 
L'Exode nous apprend que l'Eternel ni <li-s sauterelles 
une des plus terribles plaies infligées à l'Egypte. Elles 
couvrirent par son ordre toul I» 1 pays, amenées par un 
vent d'orient, et disparurent, balayées par un vent d'oc 
cident, lorsque le pharaon consterné eut promis de lais- 
ser partir le peuple de Dieu. .Moïse indique divers insec- 
tes du même ordre, les grillons, les truxales, etc., au 
sujei des animaux qu'il esl permis ou non de manger. 

Il y a aussi de Irés-.inrieunos observations «les Chinois 

sur les insectes. Aristote s'esl occupé assez longue- 
ment d'entomologie et avait reconnu les principaux 
groupes naturels de ces ('1res. Il donné dos détails sur 
le chant des cigales el de nombreuses et intéressantes 
observations sur les abeilles. Il avait remarqué que les 
piqûre- des insectes sou! tantôt causées par la bouche, 
tantôt par l'aiguillon de l'abdomen, que les premières 
sont dues à des insectes à deux ailes 1 , les secondes pro- 
duites par des inseetes à quatre ailes. Mais Aristote et 
sou disciple Théophrasle partagent la grande erreur de 
l'antiquité sur la génération spontanée des inseetes. Or 
rien n'était plus propre à écarter les observateurs que 
l'origine immonde de ces animaux objets de dégoût. Ne 
trouvons-nous pas comme un dernier écho de ces Tables 
séculaires dans la répugnance imméritée qu'ils inspi- 
rent encore à tant de personnes, dans l'idée que leur 
contact es! malpropre et dangereux? 

L'erreur capitale de l'antiquité relative à la généra- 
tion des insectes devail tomber sous la vulgaire obser- 
vation des plus simples faits. Il a fallu de longs siècles 
pour arrivera cette vérité, si banale aujourd'hui, qu'a- 

1 II faut faire m xception ;'i cet égard pour certains hémi- 
ptères, insectes ;'i quatre ailes, les réduves, parmi les terrestres, e1 
plusieurs genres de punaises d'eau, qui enfoncenl une tromp 
lancette acérée dans les doigts qui les saisissent. 



I LES METAMORPHOSES DES INSECTES 

vant d'établir aucun raisonnement sur le monde exté- 
rieur, on doit daigner l'observer. Un médecin italien, 
Redi, eut l'idée que les vers qui fourmillent dans les 
viandes corrompues et qui donnent bientôt naissance à 
des mouches, proviennent des œufs déposés par les 
femelles. Il exposa à l'air un grand nombre de boites 
sans couvercles dans chacune desquelles il avait placé 
un morceau de viande, tantôt crue, tantôt cuite, afin 
d'inviter les mouches, attirées par l'odeur, à venir pon- 
dre leurs œufs sur ces chairs. Non-seulement Redi mit 
dans ses boîtes des chairs de mammifères communs, 
comme celles de taureau, de veau, de cheval, de buffle, 
d'âne, de daim, etc., mais aussi des chairs de quadru- 
pèdes plus rares, qui lui furent fournies par la ména- 
gerie du grand-duc de Toscane, comme le lion et le 
tigre. Il essaya aussi les chairs des petits quadrupèdes, 
d'agneau, de chevreau, de lièvre, de lapin, de taupe, etc.; 
celles de différents oiseaux, de poule, de coq dïnde, de 
caille, de moineau, d'hirondelle, etc. ; de plusieurs 
>ortes de poissons de rivière et de mer, comme l'espadon 
et le thon; enfin des chairs de reptiles, notamment de 
serpents. 

Ces chairs si variées attirèrent des mouches dont Redi 
sut constater la ponte, et bientôt il vit apparaître de 
nombreux vers nés des œufs. Ils lui donnèrent, dit-il, 
quatre sortes de mouches, des mouches bleues (Calli- 
phora vomitoria), des mouches noires chamarrées de 
blanc (Sarcophaga carnaria ou vivipara) , des mouches 
pareilles à celles des maisons (Musca domestica), des 
mouches vert doré (Lucilia cœsar). L'accroissement de 
ces vers de la viande ou larves de mouches est énorme. 
Redi reconnut qu'en vingt-quatre heures les larves de 
la mouche bleue dévorant un poisson augmentèrent 
selon les sujets, de cent cinquante-cinq à deux cent dix 
fois le poids initial. 



INTRODUCTION. 
Il fallait faire Une contre-épreuve décisive. Les mêmes 

viandes fuient placées dans des Imites recouvertes de 

toiles à claire-voie, afin que l'air pût circuler librement 
et amener la putréfaction, mais de sorte que les mou- 
ches, attirées par l'odeur et arrêtées par la toile, fus- 
sent dans l'impossibilité de déposer leurs œufs. Redi \it 

les chairs se corrompre, mais aucun ver ne s'y déve- 
loppa. Il observa des femelles de mouches introduisant 
l'extrémité de leur abdomen entre les mailles du réseau, 
pour tâcher de faire passer leurs œufs, et deux petits 
vers, issus d'une êclosion interne chez la mouche vivi- 
pare, trouvèrent ainsi le moyen de passer à travers la 
toile. 

Redi réfuta aussi l'opinion commune, si souvent répé- 
tée dans les sermons des prédicateurs, dans les écrits 
des moralistes de tous les temps, sur la vanité de 
l'homme, pâture des vers immondes après su mort. Il 
lit voir par expérience que les mouches ne savent point 
Ibuiller la terre, et que les lombrics ou vers de terre, 
qui abondent dans le sol végétal, ne sont pas carnas- 
siers et ne vivent que de l'humus, dont ils peuvent 
extraire les sucs nutritifs. Il constata, par de nombreu- 
ses épreuves, que les chairs et les cadavres placés sous 
terre, même aune médiocre profondeur, se corrompent 
lentement, mais ne sont la proie d'aucun ver. 11 est 
curieux de voir combien une erreur habituelle est difli- 
cile à combattre et s'empare même des homme- les 
plus instruits. Ne la trouvons-nous pas dans l'épitaphe 
de Franklin, d'une piélési originale : « Ici repose, livré 
aux vers, le corps de Benjamin Franklin, imprimeur, 
comme la couverture d'un vieux livre dont les feuillets 
sont arrachés et le titre et la dorure effacés ; mais pour 
cela l'ouvrage ne sera pas pei'du, car il reparaîtra, 
comme il le croyait, dans une nouvelle et meilleure 
édition, revue et corrigée par l'auteur. » 



6 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

Pendant longtemps on a confondu, sous le nom géné- 
ral d'insectes, un grand nombre d'animaux qui présen- 
tent entre eux des analogies incontestables, mais pour 
lesquels la multiplicité des formes secondaires amenait 
de grandes complications dans l'étude d'un groupe aussi 
étendu. Le mot insecte, en effet, signifie corps coupé en 
anneaux ou segments placés bout à bout, en série. Sui- 
vant une conception fort originale de Dugès, médecin 
naturaliste de l'École de Montpellier, on peut se figurer 
ces segments comme autant d'animaux distincts, se 
nourrissant et se reproduisant à part, et cependant coor- 
donnant leurs volontés et leurs sensations, de manière à 
former un être à la fois multiple et un. La nature 
réalise presque complètement cette idée hardie dans les 
affreux vers solitaires qui produisent parfois les troubles 
les plus funestes dans notre santé. 

Si le lecteur veut bien nous le permettre, nous allons 
rejeter successivement les êtres à anneaux sériés dont 
l'étude n'est pas notre objet, et nous arriverons bientôt 
aux véritables insectes. 

Il oi d'abord des animaux dégradés sans pattes, ou 
n'offrant que quelques mamelons mous ou quelques 
poils comme organes de locomotion. J'ai nommé les 
mis qui vivent dans les intestins et dans les tissus de 
l'homme et des animaux, surtout chez les sujets affai- 
blis; audèbutou à la lin de l'existence, les lombrics que 
nous voyons sortir avec délices, après les fortes averses, 
des trous do la terre de nos jardins. Ils se hissent air 
dehors en s'appuyant de toute part, au moyen de soies 
roides, crochues, dirigées en arrière, comme le ramo- 
neur qui monte dans une cheminée, étalent sur la terre 
humide leurs anneaux visqueux, et rejettent l'humus 
donl leur corps est gorgé et qui est leur seule nour- 
riture. 

Los eaux, séjour de prédilection des êtres inférieurs. 



[NTR0D1 I riON. 7 

fourmillent d'autres annélides de toutes sortes. Les eaux 
douces de France contenaient autrefois en abondance les 
sangsues, aux triples mâchoires dentelées, puissant auxi- 
liaire de la médecine, <'i que nos marchands deman- 
dent aujourd'hui aux marais de la Hongrie et plus loin 
encore. Sur nos côtes, nous rencontrons les serpules 
vivant dans les tubes entrelacés el serpentants dont 
elles recouvrenl les rochers et les coquilles, et laissant 
sortirau dehors un très-élégant panache de branchies ; 
le sable est rempli de trous où habitent les arénicoles 
ces vers noirâtres <|iii servent aux pêcheurs à amorcer 
leurs lignes, et dont le sang, d'un jaune vif, tache for- 
tement les doigts; enfin, après le gros temps, la marée 
montante jette sur les rivages de l'Océan les aphrodites, 
au corps couvert de longs poils, comme une soie marine, 
irisés des mille couleurs de l'arc-en-ciel. 

La nature s'est complu, chez d'autres êtres du grand 
groupe dont nous parlons, à perfectionner les organes 
et, comme enchantée du plan d'après lequel leur corps 
se divise en anneaux, elle a reproduit Ja même for- 
mule pour leurs membres. Qu'on prenne la patte d'une 
écrevisse ou d'une araignée, on y verra une série de 
pièces articulées l'une à la suite de l'autre, succession 
de leviers coudés que termine une griffe. Nous écarte- 
rons d'abord des insectes les crustacés. Habitants pres- 
que exclusifs «les eaux, surtout des eaux salées, ils pré- 
sentent des pattes en nombre lrès-vari»ble, dix chez les 
homards, les langoustes, les écrevisses et chez les cra- 
bes, si nombreux et de formes si diverses, dont la plu- 
part ne quittent pas les eaux peu profondes des côtes, 
dont quelques-uns, munis de palettes ou rames puis- 
santes, nagent au milieu des fucus flottants, loin de 
toute terre, dans l'immensité de la plaine liquide. On 
trouve, d'autre part, quatorze pattes dans ces paisibles 
cloportes endormis sous les pois à fleurs de nos jardins, 



8 I ES METAMORPHOSES DES INSECTES. 

dans ces arraadilles qui vivent sous la mousse humide 
des bois et se roulent en boule dès qu'on les touche, ne 
présentant plus au dehors que les cuirasses articulées 
du dos de leurs anneaux. Bien plus grand encore est 
le nombre des pattes dans les mille-pieds, qui en comp- 
tent environ de vingt et une à cent cinquante paires. Ils 
restent les derniers réunis aux insectes, et ressemblent, 
en effet, aux états intérieurs des insectes, lorsque ceux- 
ci rampent en larves sur le sol avant d'acquérir ces 
ailes, apanage de la locomotion aérienne, objet des 
ardents désirs de l'homme, attribut quasi divin. Notre 
grand Cuvier n'était pas encore arrivé à rejeter hors des 
insectes ces formes inférieures et dégradées. 

Le nombre des pattes se restreint et devient fixe dans 
le groupe bizarre et menaçant des arachnides. Nous 
trouvons huit pattes seulement dans les araignées, qui 
tendent de toutes parts leurs toiles perfides, et qui son!, 
malgré leur mauvaise mine, nos meilleurs amis en 
détruisant tant d'insectes nuisibles; dans ces phrynes 
des tropiques, horribles courtisanes aux triples griffes 
acérées comme des glaives ; dans ces scorpions, chas- 
sant aux insectes terrestres comme les araignées chas- 
sent aux insectes aériens, et frappant leurs victimes à 
coups redoublés de leur queue, munie d'un venimeux 
aiguillon. 

Nous arrivons enfin aux insectes, et ce qui nous frappe 
tout d'abord c'est qu'à l'état parfait ils n'ont jamais plus 
de six pattes, attachées par-dessous à la poitrine. Leur 
corps paraît se diviser naturellement en trois parties : 
la tête, le thorax, l'abdomen (fig. 1). La tête présente 
en avant deux appendices, simulant des cornes ; ce sont 
les antennes, qui offrent les formes les plus diverses. On 
dirait de minces alênes, des soies, des chapelets, des 
fuseaux, des massues, des peignes, des plumes aux lon- 
gues barbules. Elles se dirigent en avant lors du vol. 



INTHOIHTTION. 9 

[es pattes, au contraire, se repliant en arriére. Ces 
organes sont les oreilles des insectes, ce s o ni des tiges 
qui vibrenl sous t'influence des sons extérieurs comme 
de minces baguettes de métal qu'on placerait sur la 
caisse d'un piano. Les insectes s'appellent, en effet, par 






Fig. ]. — Guêpe frelon, en trois segments. 



les stridulations les plus variées, et il est bien probable 
que ceux, en grand nombre, qui nous paraissent muets 
produisent des sons si légers que notre tympan ne peul 
les percevoir, tandis que les délicates antennes en 
éprouvent un imperceptible frémissement. Puis vien- 
nent, sur les côtés, deux globes où les appareils gros- 



10 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

sissants font découvrir des facettes hexagonales par mil- 
liers. Ce sont des télescopes que l'insecte braque sur 
tous les points de l'horizon, et qui servent à lui faire 
voir les objets à une assez grande distance. Les cour- 
Inires variables des petites cornées indiquent que l'in- 
secte se sert successivement de ses nombreux télescopes 
selon les distances des objets. Qu'on prenne une de ces 
sveltes demoiselles, ces chasseresses cruelles volant 
presque toujours au bord des eaux, ou bien une de ces 
grosses mouches qui abondent dans nos bois en automne, 
une simple loupe permettra d'admirer l'élégant réseau 
des facettes de ses yeux multiples. En outre, le dessus 
de la tête porte, chez beaucoup d'insectes, trois petits 
yeux, disposés en triangle. Ce sont trois puissants micros- 
copes très-bombés. On les trouve surtout chez les insec- 
tes qui habitent des galeries peu éclairées ou qui con- 
struisent des nids. Ils ont besoin d'apercevoir de très- 
près les plus petits objets. En dessous, la tête présente 
des pièces buccales variées agissant latéralement l'une 
contre l'autre, servant à saisir les aliments. Tantôt ce 
sont des meules puissantes, destinées à broyer des corps 
durs, ou des cisailles aiguës qui déchirent Après cette 
première paire de mandibules, viennent les mâchoires 
et la lèvre inférieure, autres pièces dont les lobes fes- 
tonnés ou dentelés réduisent les aliments en miettes, et 
eu môme temps les maintiennent en place devant' la 
cavité de la bouche : d'autres fois, et nous formerons 
ainsi un second groupe d'insectes, les mêmes organes 
deviennent des tubes destinés à sucer des liquides. Ces 
tubes s'enroulent en flexible spirale chez les papillons, 
après que ces insectes les ont retirés du fond des fleurs \ 
ils restenl droits chez les punaises et une partie des 
mouches, et s'enfoncent comme des stylets sous la peau 
des animaux, sous l'écorce des plantes. D'autres mou- 
ches, comme celles des maisons, ont une trompe molle, 



INTRODUCTION. il 

charnue, se projetanl sur les objets et les mouillant de 
salive, pour permettre l'aspiration <lc leur surface liqué- 
fiée. Des palpes grêles, poilus, entourent les mâchoires 
el la lèvre inférieure, destinés à retenir les petits frag- 
ments rejetés sur les côtés et qui pourraient tomber, 
servant aussi à donner les sensations d'un tad exquis, 
nécessaires pour reconnaître la nature, la consistance 
de l'aliment. 

Ce thorax, qui succède à la tête, offre dois anneaux, 
chacun ayant en dessous une paire de pattes (ce sont le 
prothorax, le mésothorax, le métatkorax). Jamais If pre- 
mier ne porte d'ailes 5 quand ers organes existent, ils 
sont placés à la face dorsale. Les ailes sont constituées 
par une fine membrane portée par des baguettes ou 
nervures. Elles présentent, quand elles servent au vol, 
une épaisseur qui décroît d'avant en arrière, loi indis- 
pensable el hop méconnue dans tous les essais aéronau- 
tiques de notre époque; sinon elles ne servent que de 
fourreaux, et se nomment alors élytres. On trouve, entre 
les nervures, des cellules constituant un réseau. Des 
poils, des écailles, comme une fine poussière, par 
exemple chez les papillons, peuvent recouvrir la mem- 
brane des ailes; ou bien elle reste nue et transparente ; 
telles sont les ailes des abeilles, des bourdons, des mou- 
flics. Les pattes offrent plusieurs parties ou articles qui 
se replient l'une contre l'autre, à la façon de l'avant- 
bras sur le bras. Les principales sont la cuisse, la jambe, 
le taise à l'extrémité, formé, le plus souvent, de trois à 
cinq articles successifs, terminé par des ongles per- 
mettant à l'insecte de s'accrocher auv plus faibles aspé- 
rités, et par des poils ou des pelotes charnues donnant 
à l'animal les sensations de la dureté et de la chaleur 
des corps sur Lesquels il marche. 

L'abdomen qui termine le corps des insectes ne porte 
pas de membres chez les adultes, sauf dans l'ordre 



12 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

dégradé des Thysanoures. Ses anneaux peuvent tourner 
l'un contre l'autre, et en outre se relever plus ou moins. 
A l'extrémité, on trouve chez les mâles des crochets, 
tantôt cachés, tantôt apparents au dehors, et chez les 
femelles l'abdomen est prolongé pour la ponte des œufs, 
soitsous forme d'un tube ou tarière pointue, parfois per 
forante, soit par la simple prolraction de ses derniers 
anneaux, emboîtés l'un dans l'autre et se dégageant 
comme les tuyaux d'une lunette. 

Une enveloppe coriace, cornée, revêt les anneaux des 
trois parties de ce corps, et ne devient molle et mince 
qu'aux articulations. A l'intérieur, nous rencontrons les 
grands appareils de nos fonctions vitales, qui, sous, 
d'autres types, présentent une complication comparable 
à notre organisme. Tant pis pour l'orgueil du roi de la 
création si les pauvres insectes deviennent ses rivaux, 
comme le lis, dont le simple vêtement éclipsait, dit 
l'Ecriture sainte, Salomon clans toute sa gloire. De la 
bouche à l'extrémité opposée du corps, règne un tube 
muni de plusieurs renflements. A l'entrée, une abon- 
dante salive imprègne les aliments divisés par les pièces 
de la bouche. Parfois détournée de son usage habituel, 
elle devient le fil avec lequel l'insecte enveloppe le ber- 
ceau mystérieux de sa dernière transformation; elle nous 
fournit la plus riche matière textile qui réjouisse notre 
vanité, cette soie dont les plis voluptueux, flottant autour 
d'Iïéliogabale, scandalisèrent le sénat dégénéré; cette 
soie, qui se payait, poids pour poids, avec de l'or, et 
qui tit couler les larmes de l'impératrice Severina, épouse 
d'Aurélien, mari trop économe, peu imité de nos jours. 
Moins heureuse que les femmes de nos ouvriers et de 
nos paysans, elle se vit refuser une robe de soie par le 
maître du monde. Les aliments arrivent ensuite dans un 
estomac où ils s'imprègnent de sucs acides, et enfin, 
frers l'extrémité de ce tube digestif, des canaux viennent 



INTUOMJCTIO.V ^ 

verser un liquide urinaire constitué par les éléments du 
sang purifié. 

Le sang des insectes < i >t un fluide incolore ou d'une 
teinte grisâtre à peine sensible, ce qui avail autrefois 
fait croire que ces animaux étaient privés de sang (ani- 
malia exsanguia). Un long canal, formé de chambres 
successives, règne le long du dos de l'insecte. On le voit 
très-bien dans les chenilles rases, à peau translucide, 
par exemple chez le ver à soie On y remarque, dans ses 
diverses chambres, des mouvements de contraction et 
de dilatation qui poussent le sang d'arrière en avant. A 
l'entrée de la tète, au sortir de ces cœurs et d'une courte 
artère qui les prolonge en avant, le liquide aourricier 
s'épanche entre les organes et suit divers courants qui 
le conduisent dans les pattes, dans les antennes, dans 
les ailes au moment où elles se forment. Ces courants 
sanguins sont manifestes pour l'œil armé d'un verre 
grossissant chez certains insectes des eaux à leurs pre- 
miers états ; tels sont les éphémères, où la peau trans- 
parente permet de suivre le mouvement vital intérieur. 

Chez l'insecte, comme chez tous les animaux, il faut 
que l'air vienne réparer les pertes du sang épuisé parce 
qu'il a nourri les organes. 11 doit reprendre cet air vital, 
cet oxygène qui lui rend son action vivifiante. Qu'on 
imagine de chaque côté du corps de l'insecte deux troncs 
formés par des vaisseaux à mince paroi, d'où partent 
des rameaux en tous sens, simulant des arbuscules très- 
délicats; qu'on suppose ce système relié à l'air extérieur 
par des paires d'oriûces s' ouvrant sur les côtés des an- 
neaux, ou aural'idêe de l'appareil de la respiration. Ces 
orifices, comme des boutonnières, se nomment les stig- 
mates, et se voient très-bien, surtout ;mr les chenille-, 
où la couleur de leur pourtour tranche sur celle de la 
peau de l'animal. Un cercle corné, le pévitrème, main- 
tient le calibre de la fente. La délicate arborisation de 



14 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

ces trachées (tel est le nom des tubes à air) s'observe 
parfaitement quand, à l'aide d'une aiguille, on dissèque 
sous l'eau les tissus d'un insecte ; on dirait des fils d'ar- 
gent. L'air les remplit et se trouve ainsi en rapport avec 
le sang. Quand l'insecte vole peu ou qu'il est à l'état de 
larve rampante, ces tubes sont cylindriques partout ; dans 
les insectes qui volent bien, ils se renflent en ampoules. 
Celles-ci se remplissent d'air qui gonfle le corps de 
l'animal et facilite sa locomotion aérienne en diminuant 
sa densité moyenne. En outre, ils mettent en magasin le 
corps comburant, source de la force musculaire consi- 
dérable nécessaire pour le vol. Par une conséquence na- 
turelle, la température du corps de ces forts voiliers 
peut s'élever beaucoup au-dessus de celle du milieu 
ambiant, de 12° à 15° centigrades parfois dans ces gros 
sphinx qui butinent le soir sur nos fleurs en agitant leurs 
ailes avec une vibration rapide. C'est surtout dans le 
thorax, où s'attachent les ailes, que la chaleur propre 
ainsi développée est considérable et peut monter parfois 
de 6° à 8° et même plus au-dessus de la température de 
l'abdomen du même insecte. Il y a dans le thorax un 
véritable foyer, lié directement et comme proportionnel- 
lement à l'énergie du vol l . Les adultes ne sont pas doués 
exclusivement chez les insectes de la faculté calorifique : 
on est étonné, dans divers cas, de la chaleur énorme 
que peuvent produire certaines larves. J'ai vu, dans des 
gâteaux d'abeilles remplis par les larves remuantes de 
la galerie de la cire, le thermomètre monter de 24° à 
27° centigrades au-dessus de l'air extérieur, au point 
que la main était très-fortement impressionnée. Quand 
on saisit dans le filet les gros sphinx, on sent très-bien 

1 Voy. Ann. des sciences natur. zooL, 1809, et Maurice Girard, 
Etudes sur la chaleur libre dégagée par les animaux invertébrés, 
et particulièrement les insectes. (Thèse de doctoral de la Faculté 
des sciences de Paris, 1800.) 



INTRODUCTION. |5 

entre les doigts la chaleur de leur corps frémissanl 
Les insectes font entrer l'air dans les trachées avant 
de s'envoler, au moyen de dilatations el de contractions 
successives de leur abdomen, <|ui remplissent l'office 
d'un piston de pompe foulante. On observe très-bien le 
hanneton soulevant aombrede fois ses élytres, et faisant 
ainsi glisser de l'air le long de son corps, puis le forçant à 
pénétrer dans ses stigmates par l'abaissement de cette 
sorte de valve de soufflet : les enfants disent alors qu'il 
compte ses crus. Enfin, suffisamment -nulle, il prend son 
essor. De même on voit d'habitude les criquets, aux ailes 
inférieures en éventail, souvent Menés ou rouges, ne 
s'élancer dans leur vol qu'à deux ou trois mètres; mais 
certaines espèces, quand la nourriture manque, poussées 
par un mystérieux instinct, doivent au contraire par- 
courir d'immenses distances, à l'aide du veut, en nuées 
dévastatrices. Elles se préparent plusieurs jours d'avance 
à ces funestes voyages, et se remplissent peu à peu d'air. 
Leurs trachées, qui à l'ordinaire apparaissent dans la dis- 
section comme des rubans aplatis, sont alors des tubes 
ronds et renflés, avec (les ampoules distendues çà et là. 
Il faut un moyen de relier les fonctions diverses de 
ces admirables appareils, d'envoyer à tous les organes 
de ce petit corps les ordres souverains et de rapporter 
au frêle individu les sensations extérieures si intéres- 
santes pour la conservation de son existence. L'insecte 
est muni d'un système nerveux compliqué, formé prin- 
cipalement d'un cerveau dans la tète, envoyant de minces 
rterfs aux antennes et aux yeux simples, et de gros nerfs 
optiques aux yeux composés, qui s'irradient en milliers 
de petits filets pour chaque œil élémentaire. Puis un col- 
lier nerveux qui entoure le tube digestif unit ce cerveau 
à une chaîne nerveuse qui s'étend en dessous tout le 
long de la face ventrale el se renfle en série de ganglions. 
En outre des systèmes nerveux accessoires, plus spé- 



16 LES MÉTAMORPHOSES DES ENSECTES. 

ciaux, sont chez les insectes, les analogues des nerfs 
pneumo-gastriques et du grand sympathique de l'homme. 
Des organes aussi parfaits indiquent dans l'insecte 
une créature très-élevée, malgré sa petitesse. C'est lui 
qui offre la plus puissante locomotion connue. Des mou- 
ches, en été, suivent les convois de chemin de fer lancés 
à toute vitesse et parviennent à entrer dans les wagons. 
Certains papillons, comme le sphinx du laurier-rose, le 
>phinx rayé, le sphinx célério, sont originaires de l'A- 
frique et même du cap de Bonne-Espérance, et se trans- 
portent en certaines aimées clans l'Europe centrale et 
vont parfois jusqu'en Angleterre. Nous avons déjà fait 
mention de la vue, de l'ouïe et du toucher des insectes 
en rapport avec des organes très-développés. C'est sur- 
tout l'odorat, dont le siège laisse encore certaine incer- 
titude, qui est le sens éminemment subtil de ces faibles 
animaux. Les antennes, outre leur fonction acoustique, 
semblent aussi les organes de l'odorat. Voici une expé- 
rience récente et curieuse de M. Balbiani, qui parait 
bien concluante. Dans deux boîtes séparées et éloignées 
étaient, dans l'une des femelles de papillons de vers à 
soie, dans l'autre des mâles, dont une partie avait les 
antennes coupées. Dès qu'on plaçait au-dessus d'eux le 
couvercle de la boîte des femelles, imprégné de leur 
odeur, les mâles à antennes agitaient leurs ailes et leurs 
pattes, les mutilés restaient parfaitement calmes. Ici 
on ne peut invoquer ni vue, ni ouïe, l'odorat seul a agi 
par les antennes. Les mouches à progéniture Carnivore 
sont attirées de très-loin par l'odeur des viandes, même 
quand celles-ci sontrecouvertes de linges qui en empêchent 
la vue. Bien plus, trompées par l'odeur de certaines 
plantes fétides, elles vont confier à leurs corolles nau- 
séabondes des œufs dont les produits sont destinés à 
périr faute d'aliments. L'instinct maternel est égaré et 
vaincu par l'attrait sensuel. 



INTRODUCTION. 17 

Los sexes sonl toujours séparés chez les insectes, el 
ce sont surtout les mâles qui présentent ta locomotion 
la plus active, les antennes plus longues, plus fortes, 
plus ramifiées, les yeux plus gros. Chez beaucoup d'in- 
sectes, If mâle est voyageur, la femelle sédentaire. 

On trouve en général, dans les papillons de nuit, la 
Femelle lourde, paresseuse, livée aux branches ou contre 
les troncs, et, qui plus est, parfois même privée d'ailes, 
à organes des sens presque nuls. En revanche, le mâle 
est. attiré par des émanations odorantes à d'incroyables 
distances. <»n a vu dans des appartements, au milieu de 
Paris, les mâles d'un papillon qu'on nomme le bombyx 
tau ou la hachette (d'après la forme «les taches qu'offrent 
ses ailes) venir chercher les femelles, et l'espèce n'existe 
au plus près qu'à Bondy el à Saint-Germain. 

Rien de plus curieux que de suivre dans nos bois les 
vagabondes excursions du mâle du minime à bandes 
(Bombyx quercus). Il vole par mouvements saccadés 
avec de continuels crochets. Si son odorat lui indique 
une femelle tapie dans la mousse ou sous un buisson, il 
tournoie tout autour, s'éloigne un peu, revient, frôle les 
feuilles sèches ou les herbes. El p ar ait suivre une piste vola- 
tilisée, ou écouter de faibles sons de la femelle, imper- 
ceptibles pour nous, ne l'aperçoit que lorsqu'il en esl 
proche, et fond alors vers elle en ligne droite, comme 
une flèche. 

La conservation d'une postérité que les insectes ne 
connaîtront pas pour la plupart, l'édification des nids 
OÙ elle devra trouver un abri chaud, une table succu- 
lente, mais sans restes, et mesurée d'avance jour par 
jour, la fabrication des pièges de chasse les plus ingé- 
nieux, la construction de fourreaux, de coques protec- 
trices pour passer certaines phases de leur existence©) 
ils sont mal armés et contre les éléments et contre d'in- 
nombrables ennemis, les ruses pour échapper aux agrès- 



18 LES METAMORPHOSES DES INSECTES. 

seurs, tous ces besoins complexes exigent de prodigieux 
instincts. Je dirai pins, une véritable intelligence éclate 
parfois chez les insectes placés dans des circonstances 
anomales, imprévues, et l'observateur demeure confondu 
d'étonnemènt et d'admiration en reconnaissant chez ces 
êtres, parfois presque imperceptibles, des idées commu- 
niquées et les lueurs divines de ce raisonnement que le 
Créateur n'a pas accordé à l'homme seul, dût s'en humi- 
lier notre orgueil. En rejetant un grand nombre de faits 
où des émanations olfactives ont pu guider les insectes, 
on me pardonnera de citer quelques observations pres- 
que incroyables pour ceux qui n'y sont pas préparés par 
une connaissance approfondie de ces petites merveilles. 
On voit des insectes nidifiants, pour s'épargner la peine 
de creuser une terre dure ou des bois résistants, se ser- 
vir des vieux nids d'autres espèces et les modifier de 
manière à les approprier aux besoins de leurs larves. 
Un bien curieux exemple fut constaté autrefois au Mu- 
séum. On avait placé au dehors, abandonné, un nécren- 
tome, vase de laiton où les boîtes d'insectes de collection 
sont soumises à la vapeur d'eau bouillante, afin de tuer 
les larves qui les dévorent. On trouva le tube métallique 
de sortie de cette vapeur contenant des loges superposées 
d'une xylocope, qui entrait et sortait plusieurs fois par 
jour. L'insecte, dans son intelligente paresse, avait 
trouvé ce tuyau propice, et s'était soustrait au travail de 
creuser une poutre d'un trou cylindrique pour y loger 
sa postérité. Huber, le fils du célèbre observateur aveugle 
des abeilles, avait placé sur sa table un nid de bourdons, 
et, comme il était mal posé et remuait sans cesse, la 
colonie ne pouvait travaillera l'intérieur. Grand embar- 
ras! les bourdons sortent, tournent autour du nid, l'exa- 
minent. Quelques-uns s'aperçoivent qu'en s'appuyant à 
reculons contre ce nid chancelant ils le soutiennent. 
D'autres, eu même temps, bâtissent des piliers de cire, 



INTRODUCTION, l'.i 

et, ce travail achevé, les souteneurs, comprenanl que 
leur dévouement est devenu inutile, se retirent et se 
mêlent aux autres. Dn insecte carnassier, un sphex, qui 
chassai! dans une allée de jardin, tue une mouche énorme 
jpar rapporl à lui, lui coupe la tête et l'abdomen, et 
emporte triomphant le thorax pour nourrir la famille 
qui naîtra de ses œufs. Un venl violent règne, il frappe 
dans les ailes étendues du thorax <le la mouche, et le 
pauvre sphex , incapable de surmonter celle nou- 
velle résistance, tournoie sur lui-même plusieurs fois, il 
laisse retomber son fardeau, le reprend; c'esl en vain; 
toujours le maudit venl s'oppose à ce qu'il l'entraîne 
dans son vol. Une idée subite l'illumine; il se laisse 
tomber à terre avec sa proie, lui arrache lestement lei 
deux ailes l'une après l'autre, et, vainqueur d'Éole, 
remonte dans l'air ne portant plusentre ses pattes (prune 
grosse boule sur laquelle le fluide glisse sans résister. 
Mu sait que certains insectes, agents prédestinés de l'hy- 
giène générale, enterrent les petits cadavres après y 
avoir déposé leurs œufs. Aussi les appelle-t-on nécro- 
phores ou fossoyeurs. Pour le soustraire à leurs atteintes, 
un crapaud, qu'on voulait l'aire sécher au soleil, fut fi- 
ché au bout d'un petit bâton. Los nécrophores vinrent 
creuser au-dessous, firent tomber crapaud et bâton et 
enterrèrent l'un et l'autre. Los abeilles ont une grande 
mémoire des localités, elles reconnaissent leur ruche au 
milieu d'une foule d'autres; si un champ est cultivé de 
fleurs qui leur plaisent, elles retournent l'année d'après 
au même endroit, lors même que sa culture est toute 
changée et qu'elles n'y font plus qu'un maigre butin. Un 
essaim égaré avait été se loger sous les poutres d'un toit 
et y avait commencé ses gâteaux dorés. Le maître le prend 
et le met dans une ruche. Le lieu précédemment choisi 
avait plu singulièrement aux abeilles, car pendant huit 
années tous les essaims de cette ruche (el aucun de- 



20 



LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 



autres ruches voisines) envoyèrent quelques éçlaireurs 
le reconnaître. Le souvenir en fut donc non-seulement 
conservé dans la petite nation, mais transmis à plusieurs 
générations de descendants. Huber père constatait à Ge- 
nève, en 1806, que le sphinx à tête de mort abondait. Il 
est très-gourmand de miel, entre dans les ruches, et 
casse tous les gâteaux en promenant son énorme corps 
dont le volume est plus de cent fois celui d'une abeille. 
Qu'on juge donc du ravage ! Quelle terreur ! Les abeilles 
demeurèrent quelque temps résignées. Puis le courage 
revint avec la réflexion ; la force était impossible, la ruse 
fut employée. Un épais bastion de cire s'éleva à l'entrée 
de toutes les ruches du pays ; une petite poterne ne lais- 
sait passer qu'une abeille à la fois ; les sphinx gloutons, 
mais dépourvus d'appareils tranchants, volaient en fré- 
missant contre l'obstacle, mais ne purent entrer. L'année 
suivante les sphinx forent rares, les abeilles refirent de 
grandes entrées plus commodes. Au bout de deux ou 
trois ans l'ennemi revient plus nombreux. Cette fois 
les abeilles sont averties, et immédiatement les orifices 
des ruches sont rétrécis. 

Avant d'entrer en matière, il est indispensable de dis- 
tinguer les principaux groupes des insectes. Sans cela 
tout langage serait impossible. Qu'on ne s'effraye pas de 

quelques mots, de vulgaires 
exemples les feront retenir 
tout de suite. Un premier 
ordre, celui des coléoptères, 
comprend des insectes à qua- 
tre ailes, dont les supérieu- 
res ne servent pas au vol 
( fig. 2 ) . Ce sont des étuis 
plus ou moins coriaces, quelquefois colorés, tachetés de 
vives nuances. Au-dessous sont de longues ailes mem- 
braneuses qui se replient en deux pour entrer sous 




Silphe à quatre points, volant. 



INTRODUCTION. 21 

Yélytre (ainsi se nomme l'aile supérieure). Toul le inonde 
se rappelle à l'instanl I»' hanneton, la cétoine dorée, etc. 
L'ordre suivanl nous offre des insectes donl les pre- 
mières ailes sent Longues, étroites, servant encore de 
fourreau aux secondes, mais moins complet, moins solide 

(fig. 3). Les ailes de dessons sonl très-larges, «'I an repos 




>v 



Pachytyle migrateui 



se plissent comme un éventail à partir de loin- point 
d'attache. Ce sont les orthoptères, ainsi les sauterelles, 
les grillons, les mantes, les criquets. 

Viennent ensuite les névroptèrcs, dont les quatre ailes 
sonl membraneuses et en général offrent nue fine el 
délicate réticulation, une sorte de dent. die (fig. il 

type I' 1 mieux connu de Ions nous est donné par I' 1 - lil»«'l- 



22 LE 3 MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

Iules ou demoiselles, qui volent non loin des eaux où 
elles passent leurs premiers états. 

Tous les insectes que nous venons d'énumérer sont 
loute leur vie des broyeurs, c'est-à-dire que leur bou- 
che est entourée de meules, de cisailles, de brosses 
dures destinées à triturer, à couper les aliments, à les 
diviser en minces parcelles, et des appendices poilus 
ou palpes retiennent les petits morceaux qui, sans cela, 
pourraient échapper à l'entrée de la bouche et tomber. 




•i. — Libellule déprimée. 



Le mode d'alimentation n'est plus le même dans les 
ordres qui suivent. Dans les deux premiers que nous 
indiquerons, l'insecte a encore la bouche conformée 
pour broyer, dans la première période de son existence, 
à la façon des précédents; mais, quand il a pris des 
ailes, tout change, et les liquides sucrés des fleurs 
deviennent eu général la seule nourriture d'êtres qui, 
dans leur enfance, beaucoup plus voraces, avaient une 
nourriture plus grossière , dévoraient d'autres insectes 
ou des pâtées spéciales préparées par leurs mères, ou 



[NTR0D1 CTION. 



des feuilles, des bois, dos fruits. Tels sont les hymé- 
noptères, à ailes membraneuses comme le groupe pré- 
cédent, mais dont les nervures divergentes dessinenl 
«le grandes cellules (fig, 5). A Triai adulte, ils lèchenl 

1rs matières liquides 



largi 




l'.ounlon tiTi-csIn-, un -.si- l'riiicllc 



langue cornée qui 
se promène à leur sur- 
face, el le liquide, as- 
piré ensuite, va s'accu- 
muler dans une poche 
particulière . à l'inté- 
rieur du tube digestif. 
On reconnaît les abeil- 
les, les bourdons, les 
guêpes. Il l'aui y joindre 
un second groupe des plus naturels, les brillants pa- 
pillons; ils enfoncent dans la corolle des fleurs une 
longue el mince trompe qui, au repos, s'enroule 
en spirale sous la tête. Leurs ailes ressemblent, dans 
leur essence, à celles des précédents, mais leur appa- 
rence première est tout autre. Elles paraissent parse- 
mées de grains de poussière de toutes les nuances pos- 
sibles et disposées, par la fantaisie du Créateur, en 
arabesques les plus variées et les plus éclatantes. Cette 
prétendue poussière, qui reste attachée aux doigts 
quand on saisit l'insecte sans précaution, est formée, 
comme le microscope le montre, de petito écailles de 
figures très-diverses, implantées par des pédicules en 
rangées régulières dans la membrane des ailes (fig. 6). 
l)e là le nom de lépidoptères donné à ces petits êtres 
aussi splendides dans leur dernière forme qu'ils sem- 
blent vils et mal vêtus dans leur jeunesse. C'est seule- 
ment pour le bal de leurs noces qu'ils prennenl leurs 
riches atours, et, fleurs aériennes, rivalisent de magni- 



24 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

fîcence avec ces fleurs immobiles où ils puisent dédai- 
gneusement quelques parcelles de nectar parfumé. 
Bientôï les feuilles et les broussailles ont déchiré et 
sali leurs ailes délicates, le soleil en a terni la viva- 
cité, et le couple meurt après la fécondation et la 
ponte. 




Fig. 6. — Papillon alexanor. 

Nous terminerons l'examen des insectes par les 
groupes où ces animaux se nourrissent en suçant les 
liquides dans toutes les phases de leur existence. Les 
hémiptères enfoncent dans la peau des animaux ou 
dans i'écorce des plantes une sorte de stylet dur et 
droit, couché au repos sous la face inférieure de leur 
corps, entre leurs pattes. Tantôt leurs ailes sont entiè- 
rement membraneuses, ainsi chez les bruyantes ci- 
gales; tantôt celles de la paire inférieure ont cet état, 
tandis que celles de dessus, coriaces à leur base, ne 
deviennent minces et transparentes qu'à l'extrémité 
(fig. 7); on peut citer, pour ce second cas, les punaises 
de bois et celles des eaux. 

Le dernier grand ordre des insectes, celui des di- 
ptères , comprenant les immenses légions des cousins 




INTRODUCTION. 25 

et des mouches, se reconnaît tout de suite en ce qu'il 
parail n'avoir qu'une seule paire d'ailes membraneuses, 
pareilles aux ailes antérieures des hyménoptères. Kn 
les regardant de plus près, <»n voit au-dessous une 
paire de petits organes formés (rime tige grêle ter- 
minée par une boule. On les aperçoit très-bien en pre- 
nanl une de ces grandes tipules qui volenl le soir en 
abondance dans les jardins potagers. 
Ces singuliers appareils s.- nomment 
les balanciers, par analogie avec le 
balancier des danseurs de corde. Cette 
comparaison est inexacte, car les ba- 
lanciers des diptères ne servent pas à 
les maintenir en équilibre, mais con- 
courent au vol d'une manière active 
et efficace. Si l'on pique par le milieu 
du Ihorax une des mouches si agiles ^f^é. 
desbois, on pourra remarquer sous 
la loupe, quand le pauvre insecte essaye de fuir en exé- 
cutant de rapides vibrations d'ailes, que les balanciers 
sont aussi agités de mouvements précipités. Si on les 
coupe délicatemenl avec des ciseaux à broder, le diptère 
ne peu! presque plus voler et descend en tournoyant. 
Chez beaucoup de mouches, où les balanciers sont courts, 
une observation attentive nous fait voir qu'ils sont en- 
tourés, par-dessus, d'une sorte de collerette blanchâtre, 
formée par deux minces membranes appelées cuille- 
rons. Qu'on me pardonne ces détails, ils peuvent ap- 
prendre combien les insectes les plus dédaignés par 
leur peu d'éclat offrent encore de ressources à la curio- 
sité intelligente. Une humble mouche peut distraire 
d'un long ennui quiconque saura l'étudier de près el 
rec laître, sous un verre grossissant, sa merveil- 
leuse structure. Les diptères sont (\^> suceurs de li- 
quide-. Tantôt, comme les cousins et les taons, Tel- 



26 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

iïoi du bétail , ils enfoncent dans la peau des stylets 
acérés; tantôt, comme la mouche des maisons, ils dé- 
plient une trompe molle et spongieuse, et la promènent 
sur les surfaces humides des viandes, des fruits, des 
fumiers. 

A côté des groupes supérieurs viennent, selon la 
grande loi de la nature, quelques types dégradés dont 
les représentants vivent souvent en parasites sur des 
animaux, trouvant ainsi la table toujours servie, alors 
que la lenteur de leurs mouvements et leurs faibles 
organes de marche les exposeraient à mourir de faim 
s'ils devaient chercher en liberté leur pâture. Les ailes 
manquent toujours à ces insectes moins heureux, à la 
première apparence, que leurs frères aériens, mais 
toutefois admirablement appropriés aux conditions de 
leur obscure existence. Ainsi sont constitués les thysa- 
noures, dont un type nous est offert par ces insectes 
plats, aux écailles brillantes, qui courent dans les 
armoires humides des garde-manger, dévorant les pro- 
visions, et que les enfants nomment petits jjoissons 
d'argent: ainsi se présentent les aphaniptères ou puces, 
vivant sur un grand nombre de mammifères, avec de 
très-légères différences d'espèces, et les hideux ano- 
ploures ou épizoïques, création désagréable où les par- 
tisans exagérés des causes finales veulent voir une exci- 
tation providentielle à la propreté, vertu si importante à 
l'hygiène publique. 



CHAPITRE M 

LES MÉTAMORPHOSES 



Idées anciennes sur les métamorphoses. — Véritable acception I 
lutions successives - Mur-. _ Insectes sans métamorphoses. — In- 
sectes à métamorphoses incomplètes. — Insectes â meta rpl 

complètes. — Conclusion. 



L'insecte éclôl ; il ronge ou brise la coque de l'œuf. 
Il n'a pas encore les Tonnes qui viennent de nous servir 
à caractériser les groupes fondamentaux. Ces petits ani- 
maux passenl en effet par une série de transformations 

des plus curieuses. Les anciens avaient quelques notions 
sur ces changements. Ainsi Aristote nous dit, dans son 
Histoire des animaux iliv. V, chap. xvm) : 

« Les papillons proviennent des chenilles. C'est d'a- 
bord moins qu'un grain de millet, ensuite un petit ver 
qui grossit et qui, au bout de trois jours, est une petite 
chenille. Quand ces chenilles ont acquis leur crois- 
sance, elles perdent le mouvement et changent de 
forme. On les appelle alors chrysalides. Elles sont en- 
veloppées d'un étui terme. Cependant, lorsqu'on les 
touche, elles remuent. Les chrysalides sont enfermées 
dans des civiles faites d'une matière qui ressemble aux 
tils d'araignées. Klles n'ont pas débouche ni d'antres 
parties distinctes. Peu de temps après, l'étui se rompt, 
et il en soit un animal volant que nous nommons un 
papillon. Dans son premier état, celui de chenille, il 
mangeait et rendait des excréments; devenu une (lus- 



28 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

salide, il ne prend et ne rond rien. Il en est de même de 
tous les animaux qui viennent des vers. » 

Chez les Grecs, le mot Ivyi. (psyché) signifie à la 
fois papillon et âme. Beaucoup de philosophes ont été 
frappés de retrouver, dans les divers états des in- 
sectes, une image parfaite des transformations de 
notre nature. La vie de l'homme, sa mort et son ré- 
veil semblent avoir leur représentation admirable dans 
la vie, le sommeil léthargique et le réveil du papillon. 
Comme la larve rampante, l'homme se traîne sur la 
terre; comme la nymphe immobile, l'homme dort dans 
sa tombe; comme l'amant des fleurs, insecte aux ailes 
d'or et d'azur, l'homme renaît à la vie par l'immorta- 
lité de l'âme. Combien l'analogie est encore plus com- 
plète dans la doctrine de l'Église catholique, de la ré- 
surrection des corps! 

Cependant, sous ces brillantes comparaisons des sa- 
ges et des poètes antiques, se cache une très-grave 
erreur d'histoire naturelle. Ils croyaient à un chan- 
gement absolu, complet, dans le sens mythologique, 
comme Actéon devenu cerf par la pudique colère de 
Diane, comme ïo transformée en génisse, vengeance 
cruelle de Junon. C'est dans ce sens qu'ils compre- 
naient les métamorphoses des insectes, mot qui doit 
éveiller aujourd'hui mie autre idée. Les observations 
de P.edi, de Vallisnieri, de Swammerdam, de Leuwen- 
hoeck ont fait reconnaître qu'une individualité unique 
se conserve sons ces formes multiples, et qu'un examen 
patient peul saisir leurs passages et les deviner. Rien 
de plus différenl à la première vue qu'une chenille et 
un papillon; il semble qu'aucune partie du premier 
être terrestre el rampant ne subsiste quand l'adulte 
s'élance dans l'atmosphère. En regardant mieux cepen- 
dant, on voil que 1rs pattes sont conformées sur deux 
modèles différents. Celles qui viennent portées sur les 



LES HÉTAMORPHOSES. 20 

trois premiers anneaux à la suite de la tête, el au nom- 
bre de six, sont en forme de pointes coniques, un peu 
recourbées, de consistance cornée; les autres, au nom- 
bre de dix If plus souvent, <>ni l'aspect de mamelons 
arrondis el mous (fig. 8). On \ reconnaît, par le gros- 
sissement, une couronne de petits crochets qui permet- 
tent à l'animal de marcher, sans glisser, sur les sur- 
faces lisses dos feuilles, M de plus, à sa volonté, des 




Fig. 8. — Chenille de Sphinx de troène. 

muscles plient en deux, selon un de ses diamètres, ce 
large pied charnu, et en font une pince qui se cram- 
ponne aux pétioles des feuilles et à leurs bords, lie 
ces dernières pattes, nulle trace ne subsiste chez le 
papillon; niais Réaumur s'assura le premier qu'en cou- 
pant à des chenilles une ou plusieurs des pattes écail- 
[euses des trois premières paires, le papillon qui éclôt 
par la suite se montre mutilé des mêmes membres. Os 
patles tiennent donc la place et sont la première ébau- 
che des six pattes, qui sont le nombre normal el exclu- 
sif des appendices de locomotion terrestre des insectes 
adultes. 

Comme si l'homme ne pouvait jamais arriver à la 
vérité du premier coup, el sans y mêler les gratuites 
chimères de son imagination et les erreurs de ses pré- 
jugés, Swammerdam prétendait retrouver, sous la peau 



50 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

de la chenille, les différentes enveloppes qui la con- 
duiront au papillon. Ces idées d'emboîtement ont eu 
beaucoup de peine à disparaître de la science. On n'a- 
vait pas étudié autrefois ce qui se passe dans l'œuf, et 
on était habitué à voir naître les jeunes mammifères, 
les petits des oiseaux, pareils à leurs parents, sauf la 
taille. On voulait à toute force que .tout fût fait dès 
l'origine de l'être. 11 semblait que la chenille, semblable 
à ces grotesques de nos cirques forains, chez qui un 
élégant acrobate se cache sous les vêtements divers et 
ridicules d'un grand nombre de personnages successifs, 
était constituée par des fourreaux superposés, et que 
l'être parfait se trouvait comme enseveli au milieu de 
ces langes multiples, destiné à sortir un jour du sé- 
pulcre. Rien de plus faux; ce n'est que tour à tour 
qu'une nouvelle peau s'organise sous l'ancienne, qui 
crève comme un gant trop étroit. 11 y a une série d'é- 
volutions graduelles. C'est là l'idée récente et exacte 
des métamorphoses. Cette cause mystérieuse, qui est 
le mouvement vital, assemble, à temps voulu, les ma- 
tériaux plastiques sur des modèles nouveaux, que rien 
parfois ne fait prévoir. Prenons garde. Une grosse erreur 
était encore entrée par cette nouvelle porte. Qui ne 
connaît cette séduisante théorie des perfectionnements 
sériés de la création, cette échelle des êtres de Leib- 
nitz, de Bonnet, allant de la monade à l'homme, en 
rencontrant sur son chemin le ver, la limace, l'in- 
secte, le poisson, le reptile, l'oiseau. Elle conduisit à 
admettre les formes passagères d'un même être en 
voie de développement comme pareilles aux états défi- 
nitifs des créations moins élevées. Il n'en est rien en 
réalité; chaque insecte, dès que ses premiers linéa- 
ments sont formés dans l'œuf, a son cachet propre, sa 
place distincte. 11 ne s'identifie pas à d'autres animaux, 
ni éloignés, ni voisins. 



LES ÏÉTAMORPHOSI S. 31 

Si nous ouvrons les œufs de la poule dans les vingl 
ci un joins que dure L'incubation maternelle, nous 
trouverons chaque fois un être varié, depuis le premier 
jour, où la lâche blanche qui recouvre le jaune s'élar- 
git, s'accuse en son milieu en une ligne, el se raye de 
délicats filets sanguins, jusqu'au dernier jour, où le 
jeune oiseau nous apparaît tout emplumé e1 portant 
sur le bec cette pointe cornée qui lui permel de briser 
la coque. Chez les insectes, les petits embryons parais- 
sent hors de l'œuf, de bonne heure, parfois Irès-éloi- 
gnés de la ressemblance originelle qu'ils auront pins 
lard. Ils sont analogues à ions ces poulets des vingt et un 
jours qui sortiraient «le leur captivité avant la dernière 
l'orme, la forme parfaite. Seulement, les insectes éclo- 
sent pins ou moins avancés, et doivent accomplir hors 
de l'œuf les phases par lesquelles l'oiseau passe son- 
la coque. 11 en est qui sont semblables à des poulets qui 
naîtraient près de la fin de l'incubation et n'auraient 
plus qu'à compléter quelques organes. D'autres, au 
contraire, ('closent très-différents de l'état final, comme 
des poulets qui briseraient l'œuf aux premiers jours, el 
dont les formes de passage ne rappelleraient que bien 
peu encore le type d'origine. Aussi, tous les degrés 
existent dans les métamorphoses des insectes, comme 
nous allons l'expliquer. 

On a réservé, à proprement parler, le nom de méta- 
morphose* à des changements considérables qui ont lieu 
à certains intervalles, et après lesquels l'insecte offre un 
aspect nouveau. En outre, par périodes, l'animal se dé- 
pouille de sa peau et apparaît avec un nouveau tégument 
rajeuni et une taille augmentée, sans modification, du 
teste, dans l'aspect général. Ce sont les mues. En effet, 
la peau de l'insecte en évolution cesse de croître une 
lois formée, elle devient un habit trop juste pour le corps 
qui grossit en dessous, elle parait tendue sons un effort 



32 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

interne. La mue est un travail pénible, une véritable 
crise dans laquelle l'animal semble souffrir. Il ne mange 
plus et reste immobile ; il succombe souvent, surtout 
quand la mue doit devenir une métamorphose. La peau 
se fend le long du dos à la région du thorax, et l'insecte 
dégage le dos, puis la tête, les pattes, l'abdomen. Les 
jeunes chenilles laissent toujours échapper des fils de 
soie dont elles tapissent les feuilles, les tiges. Ils leur 
servent de support pour se cramponner et s'arc-bouter 
dans cette opération pénible où elles doivent sortir du 
vieil étui. En général, les mues se répètent quatre fois, 
parfois trois seulement, pendant le premier état de l'in- 
secte. Elles peuvent amener des changements partiels 
et légers dans l'aspect de l'insecte. A des chenilles 
velues, on voit succéder des chenilles rases, comme 
le ver à soie en offre l'exemple. On voit la couleur 
des peaux successives se modifier. Chacun connaît le 
petit ver à soie noir en sortant de l'œuf, et qui finira 
par devenir d'un blanc plus ou moins pur. Des tuber- 
cules, des poils, des épines sont aussi le résultat des 
mues . 

On donne le nom cl 'âges, d'après ce qui se passe chez 
le ver à soie, aux diverses périodes de la vie de l'insecte, 
séparées soit par une mue, soit par une métamorphose. 
Les changements sont déterminés, à des époques un peu 
variables, par diverses circonstances extérieures. Tantôt 
une surabondance de nourriture fait croître la nouvelle 
peau sous l'ancienne ; parfois, au contraire, quand le ré- 
gime doit changer, la difficulté de se procurer les vivres 
semble exciter à la transformation. Enfin, le froid qui 
engourdit les insectes, les arrête et les maintient dans 
les phases transitoires, tandis que la vivifiante ardeur 
du soleil, ce véritable roi de la nature animée, hâte 
les passages et précipite ces étapes de reptation et d'hu- 
milité qui doivent amener le chétifprotée à la splendeur 



LES MÉTAMORPHOSES. 53 

qu'illuminera la vive lumière 



constamment les mêm< 



de son dernier vêtement 
de son domaine aérien. 

Il y a quelques insect< 
[immutabilia insectà), dans lesquels la taille, les mues 
cl le développement des organes reproducteurs sont le 
Seul changement. Ils naissent lois qu'ils seront toujours, 
ainsi que les petits i\r> mammifères et des oiseaux, 
mais, par un inexplicable renversement, ce sonl préci- 
sément ces insectes dégradés et sans ailes dont nous 
avons parlé qui prennenl de la sorte un caractère des 
êtres supérieurs, tout en demeurant les derniers de leur 
groupe. Nous ne nous en occuperons pas. 

Les autres insectes doivent nous offrir deux plans gé- 
néraux de métamorphoses. 

Les premiers, nommés insectes à métamorphoses incom- 
plètes, naissent dans un état avancé de développement. 
Ils n'ont (pie les six pattes du thorax, mangent au sortir 
de l'œuf la nourriture qu'ils auront sans cesse par la 
suite, vivent dans les mêmes lieux, réglés par les mêmes 
mœurs. Les trois états différent peu. 
L'insecte est d'abord larve, ce qui 
veut dire être caché ou masqué, et 
alors il n'a pas d'ailes; puis il de- 
vient nymphe, et, dans cet état, des 
rudiments d'ailes se montrent, mais 
ces ailes sont courtes, repliées, im- 
propres au vol (fig. 9). Tout le monde 
connaît les sauterelles qui abondent 
dois nos prairies, les punaises de 
bois qui vivent sur différents -végé- 
taux et que trahit leur odeur infecte ; 
on peut très-bien y suivre ces deux 
états, sans qu'on cesse d'avoir sous 
les yeux des êtres très-analogues. Enfin les ailes se dé- 
veloppent, alors que l'insecte a quitté sa dernière 




Fig. 9. 

Nymphe tic Némoure 

bigarrée. 



34 LES METAMORPHOSES DES INSECTES. 

peau, et on obtient l'état adulte ou parfait, ce que Lin- 
naeus appelle l'image, pour indiquer que l'animal est 
arrivé à sa représentation complète, à la forme sous la- 
quelle il est apte à perpétuer son espèce. A ce premier 
groupe d'insectes appartiennent les orthoptères, les hémi- 
ptères et une partie des névroptères. On a quelquefois 
beaucoup de peine à saisir l'instant où commence la 
nymphe, les premières apparences d'ailes pouvant se 
montrer sans changement de peau et s'accroître lente- 
ment avec continuité. 

Aussi MM. R. Owen. et Murray ont émis l'opinion que, 
chez ces insectes, surtout les orthoptères, les véritables 
états de larve et de nymphe se passent sous les envelop- 
pes de l'œuf. Les mues ne seraient plus, comme chez les 
crustacés, qu'une simple affaire d'accroissement, de 
même que le développement des organes du vol. Ces 
mues sont parfois très-nombreuses ; ainsi on a vu des 
orthoptères en subir douze; on s'assure difficilement de 
leur quantité, car souvent les insectes mangent leur 
peau aussitôt qu'ils l'ont quittée. Il n'y a pas plus de 
vraie métamorphose qu'au changement de peau des 
chenilles, qui prennent ou perdent des poils, des pi- 
quants, de brunes deviennent vertes, etc. 

Un autre groupe, le plusmerveilleux, le plus étrange, 
c'est celui des insectes à métamorphoses complètes. Les 
trois phases de l'existence hors de l'œuf offrent toujours 
un étal moyen où l'insecte, devenu immobile, cesse de 
manger. Il perd alors peu à peu de son poids par évapo- 
ration, respire à peine, et la surface de son corps inerte 
peut s'abaisser souvent un peu au-dessous de la tem- 
pérature du milieu extérieur. Dans celte nymphe, véri- 
table second œuf, se forment les organes de l'adulte aux 
dépens d'une pulpe d'abord molle et laiteuse et sans 
parties internes bien distinctes. Il arrive alors très-sou- 
vent que Le genre d'alimentation de la larve et de l'adulte, 



l ES MÉTAMORPHOSES 

séparés par ce! étal <l<' \i<' latente, a changé. A des 
l,i pvi ^ qui vivaient de b<>i>, de feuilles, ou de sang h <!•■ 
chairs fraîches ou mortes, succèdent, après un temps 
d'arrêt et de jeûne, des insectes qui suceronl Le miel des 
11. mus on feronl une pâtée avec leur pollen. Habituelle- 
ment, les insectes mangent peu au dernier état, et même 
certains, privés de bouche apte aux aliments, demeurent 
sans nourriture, appelés uniquement an but de propager 
l'espèce. 

(liiez les Coléoptères et les Hyménoptères, la larve 
change complètement de forme dans sa dernière mue, 
prend l'aspect de L'insecte parfait, avec ses sis pattes <'t 
ses ailes, mais le tout immobile, contracté, ramassé sur 
soi-même (fig. 10). Une peau fine enveloppe toutes les 
parties, sorte de sac moulé sur les organes et les tenant 



Fig. 10. — Nymphe 
de Guêpo commune. 




Fig. 11. — Nymphe d'Orycte 
nasicorne mâle. 



forcément immobiles, sans empêcher de les parfaitement 
reconnaître (fig. M). Souvent un cocon soyeux ou nue 
coque de matière agglutinée enveloppe ces nymphes. Si, 
au contraire, on passe aux Lépidoptères, la larve prend 



3(3 LES METAMORPHOSES DES INSECTES. 

le nom spécial de chenille. Elle devient, à sa dernière 
mue, une masse indivise, conique, avec les anneaux de 
l'abdomen bien distincts et mobiles, au moins au com- 
mencement. Antérieurement, se dessinent très-confusé- 
ment, sous une peau dure et fixe, en grand raccourci, 
les pièces de la bouche, les antennes, les ailes. On dirait 
une momie emmaillottée où certains compartiments de 
l'enveloppe externe indiquent grossièrement les formes. 
C'est ce qu'on appelle la fève, à cause de la couleur ha- 
bituellement brunâtre et de l'aspect desséché (fig. 12), 




Fig. 12. — Chrysalide du Sphinx du liseron. 

ïaurélie ou la chrysalide, parce que parfois de brillan- 
tes taches d'or ou d'argent tranchent sur la couleur ha- 
bituellement terne de cette forme où sommeille l'insecte 
adulte. Ces apparences disparaissent si on place l'animal 
dans le vide ; elles sont dues à de l'air intercalé sous 
une mince peau jaune ou blanchâtre. Ce mot nous vient 
des Latins. Ainsi, nous dit Pline le naturaliste : 

« La chenille, qui s'est accrue de jour en jour, devient immobile 
sous une dure écorce, se remue seulement au contact, entourée 
d'un fin tissu, et s'appelle alors chrysalide. » (Liv. II, eh. xxxvn.) 

El ailleurs : 

« C'est la race des chenilles qui, rompant l'écoree où elles sont 
contenues, deviennent les papillons. » (Liv. II, eh. xxm.) 

Tantôt les chrysalides demeurent diversement sus- 
pendues à l'air libre, tantôt dans une coque de terre ag- 



LES MÉTAMOnPHOSES 




glutinée, ou bien enveloppées d'un cocon soyeux f î 1 «'* par 
l,i chenille (fig. lô). 

Un des plus jolis spectacles qu'offrenl les insectes esl 
l'éclosion d'une chry- 
salide. Elle a lieu ha- 
bit u elle me ni au milieu 
du jour, comme si les 
premiers rayons de 
l'astre bienfaisanl don- 
naient à l'insecte la 
force d'ouvrir la porte 
«In tombeau. La peau 
de la chrysalide se 
rompt o\i se l'end dans 
la région de la tète 
et sur le dos. Il en 

sort, en se cramponnant avec effort, un petit être tout 
gonflé, informe, tout mouillé; il demeure d'abord quel- 
ques instants immobile, fatigué de ses laborieux efforts. 
Puis les antennes repliées 
Liant interroger cette atmosphère, 
route nouvelle, inconnue, interdite 
jusqu'alors. Les pattes sortent de 
dessous le ventre, et l'insecte marche 
en tournant autour de la peau de la 
chrysalide, comme s'il l'abandonnait 
avec quelque regret. Sur ses flancs 
pendent deux moignons épais, inci- 
tes, mais où apparaissent déjà en 
petit les dessins futurs, qui ne feront 
que s'amplifier en conservant leurs 
rapports (fig. 14). L'insecte introduit 
l'air dans ses trachées par de fortes 
inspirations; ce fluide pénètre dans 
les nervures des ailes eu desséchant les liquides et les 



lô. Chrysalide et cocon de 
Mégasome recourbé. 



s allongent et s'agitent, sem- 




Fig. 14. — Vanesse 
morio éclosant. 



38 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

raffermit. Bientôt de rapides mouvements vibratoires 
les agitent; l'insecte tourne tour à tour chaque aile du 
côté de L'air libre, afin de la sécher. Le frémissement 
est si précipité que l'œil aperçoit une masse élargie et 
indistincte, comme lorsque vibre une corde élastique. 
En même temps l'aile grandit dans une proportion ex- 
traordinaire, incroyable. Une nouvelle immobilité indi- 
que un repos bien mérité par tant d'efforts. Bientôt un 
effluve de chaleur, un rayon do soleil frappe l'insecte 
engourdi ; un instinct tout nouveau s'éveille en lui, celui 
de la reproduction ; il s'élance sans crainte ; les fines 
membranes battent l'air en mesure, le fluide élastique 
réagit, l'insecte s'avance dans le milieu subtil, et, dé- 
daignant cette terre qui a nourri son enfance, plus roi 
que le roi de la création, qui le regarde avec envie, il 
monte, il monte, amoureux de liberté, enivré de soleil. 
Quelques gouttes de miel, source de chaleur et de force 
musculaire par la combustion respiratoire, vont devenir 
sa seule nourriture. 

Les Diptères présentent certaines différences dans leurs 
métamorphoses. Quelques Diptères ont des larves à tête 
écailleuse devenant des nymphes. La plus grande par- 
tie, comme l'immense groupe des Mouches, nous offre 
des larves sans pattes, mais agiles de diverses manières, 
se raccourcissent, se contractent, avant leur dernière 
mue, en une coque ovoïde, formée par la peau même de 
la larve. Cette peau, d'abord molle et blanche, se durcit 
et brunit. Cette coque ne laisse voir au dehors aucune 
trace, aucun linéament de l'insecte parfait qui se formera 
à l'intérieur. C'est une sorte de barillet, pareil à une 
graine de belle-dc-nuit, tout à fait immobile (fig. t5). 
Quand l'insecte a pris assez de force, sa tète rompt le 
couvercle de cette prison, qui se détache comme une 
calotte, et le diptre sort, d'abord pâle et humide, se 
colorant bientôt à l'air, raffermissant et développant ses 




LES METAMORPHOSBS. 38 

ailes. Cette sorte particulière * 1 * * nymphe s'observe très- 
bien dans ces vers de diverses mouches à viande, nom- 
més asticots, el qui servent d'amorce pour les pêcheurs 
à la ligne. On l'appelle pupe. On mu, 

reconnaît ici le mot qui exprimait 
chez les Romains ces petites figures 
humaines en bois, en carton, en cire 
(nos poupées, chères délices <ln pre- 
mier âge), que les petites filles re- 
couvraient de langes qui cachaient i ,. i., 

leurs formes, Comme la COque du Larve et nymphe de 

.. ., .... . ,. , . , Sarcophage carnassière 

diptère. Elles les déposaient et les 

consacraient à Vénus quand elles avaient atteint l'âge 

de puberté. 

Ditos-moi, pontifes, que fait l'or dans vos temples? Le même 
effet que ces poupées olfertes par les jeunes tilles à Vénus. » 
Perse, Sot. h.) 

Nous terminons ici cet indispensable préambule. 
Nous en avons assez dit pour faire pressentir qu'au lieu 
de la dédaigneuse épigraphe du début, notre admiration 
va s'écrier avec Pline : 

« Dans ces êtres si petits, et qui paraissent si nuls, quelle force, 
quelle raison, quelle inextricable perfection ! » 

Nous nous joindrons à Linmeus dans cet adage cé- 
lèbre : 

« La nature fait voir les plus grandes merveilles dans les plus 
petits objets. » 

Un enseignement plus élevé, une vérité supérieure 
doit ressortir encore de l'étude des insectes. C'est dans 
ses plus petites créations que Dieu est le plus grand : 
maximus in minimis Deus ! Nous dirons avec un maître 
êminent : « On doit s'étonner qu'en présence de laits 
tellement significatifs et tellement nombreux, il puisse 



40 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

encore se trouver des hommes qui viennent nous dire 
que toutes les merveilles de la nature sont de purs effets 
du hasard, ou hien des conséquences forcées des pro- 
priétés générales de la matière, de cette matière qui 
forme la substance du hois ou la substance d'une pierre ; 
que les instincts de l'abeille, de même que les concep- 
tions les plus élevées du génie de l'homme, sont de 
simples résultats du jeu de ces forces physiques qui 
déterminent la congélation de l'eau, la combustion du 
charbon, ou la chute des corps. Ces vaines hypothèses, 
ou plutôt ces aberrations de l'esprit, que l'on déguise 
parfois sous le nom de science positive, sont repoussées 
par la vraie science ; les naturalistes ne sauraient y 
croire, et aujourd'hui, comme du temps de Réaumur, 
de Linné, de Cuvier et de tant d'autres hommes de gé- 
nie, ils ne peuvent se rendre compte des phénomènes 
dont ils sont témoins qu'en attribuant les œuvres de la 
création à l'action d'un Créateur. » (M. Milne-Edwards, 
Conférence à la Sorbonne, décembre 1864.) 






I 

INSECTES A MÉTAMORPHOSES COMPLÈTES 



CHAPITRE III 

COLÉOPTÈRES 



Carnassiers de proie vivantes, cincindèles cl carabes. — Les calosoines, 
chasseurs de chenilles. — Le mormolyce-feuille, les séantes. — Les 
canonnière. — Carnassiers aquatiques : dytiques, girins, hydrophiles 
et leur coque; mœurs cruelles des larves. — Les fossoyeurs, les sil- 
phes, amis des cadavres. — Les coléoptères des cavernes. — Les sta- 
phylins. — Les dermestes destructeurs. — Les vers luisants et les 
-Iules, chasse aux colimaçons. — Les taupins, leur- sauls; phospho 
rescence. — Les vers blancs et les hannetons ; ravages. — Les cétoines 
et les goliaths. — Le scarabée rhinocéros. — Les pilulaires, le scara- 
bée sacré. — Les fables antiques. — Les cerfs-volants. — Les téné- 
brions des boulangeries. — Curieuses métamorphoses des coléoptères 
vésicants. — Les charançons ou porte-becs. — Les bruches des légumes 
secs . _ Les scolytes. — Les richards ou buprestes. — Les capricornes. 
— Les chrysomèles. — Les clythres et leurs singuliers fourreaux. — Les 
çriocères et les cassides; mœurs étranges des larves. — Les douanes 
et les hœmonies des eaux. — Les coccinelles ennemies des pucerons. 



Les coléoptères sont les insectes les mieux connus et 
les plus étudiés à l'état parlait, principalement par la 
facilité que les amateurs éprouvent à les conserver en 
collections ; on peut assurer qu'on n'en a décrit et nommé 
pas moins de soixante-dix mille espèces. Ils présentent 
les modes d'habitation et de nourriture les plus variés. 
Les uns, pareils aux carnassiers, qui sont L'effroi des 



42 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

animaux supérieurs et même de l'homme, dévorent les 
insectes vivants. Ils chassent soit sur le sol, soit sur les 
plantes basses, soit dans les arbres. D'autres, aquatiques, 
poursuivent leur proie au sein des eaux. Il en est qui 
habitent des lieux arides et brûlés par le soleil où toute 
proie semble manquer. Beaucoup de coléoptères vivent 
de cadavres, de matières animales en voie de décompo- 
sition. Ce sont, dans l'ordre harmonique de la nature, 
d'utiles auxiliaires de la salubrité atmosphérique. Enfin 
d'immenses légions d'insectes de ce groupe se nourris- 
sent de matières végétales, attaquant les racines, les 
écorces, les bois, les feuilles, les fruits et les graines, 
tantôt sur les plantes vivantes, tantôt sur les produits 
du règne végétal, servant à l'alimentation de l'homme 
et à ses constructions. 

Autant les coléoptères sont bien décrits sous la forme 
adulte, autant leurs larves et leurs nymphes sont encore 
ignorées pour la plupart. Elles ne peuvent que très-dif- 
ficilement s'élever en captivité, et c'est le motif qui 
détourne les amateurs de leur recherche. 

Nous nous contenterons, ici comme pour les autres 
ordres des insectes, d'indiquer ce qui concerne les types 
les plus intéressants et qu'on rencontre le plus souvent. 
Le meilleur commentaire de notre livre, c'est la nature 
continuellement observée ; elle est la vérification aisée 
de nos indications. 

Donnons, comme d'habitude, le pas aux guerriers. 
Voici les carabiques. Leur tète est armée de puissantes 
mandibules propres à déchirer leurs faibles victimes ; 
elles jouent le rôle des dents du lion et du tigre. Des 
yeux composés très-larges permettent à ces cruels chas- 
seurs d'embrasser un vaste horizon. Des pattes cylin- 
driques, robustes, allongées sont les instruments dune 
course prolongée et de grande vitesse. 

ÎSous trouvons d'abord des carnassiers à taille élan- 



COLÉOPTÈRES. ;- 

cée, à grosse tète saillante, ;"i pattes très-longues. Ce 
sont les cicindèles, d'une démarche vive el rapide. Elles 
se jettent sur les insectes qui passenl à leur portée; 
leur vue excellente, leur agilité nous empêchent de l«'s 
saisir facilement. Elles se plaisent, par la chaleur du 

jour, dans les lieux sablonneux •'( secs ; au soleil, elles 

volent devant l'observateur en changeant constamment 

de direction ; mais ce vol dure peu. Par les temps froids 

ei humides, elles ne volenl pas, mais courent entre les 
gazons. On rencontre en abondance près de Paris, dans 
les sentiers, dans les jardins même, la cicindèle cham- 
pêtre, d'un beau vert, avec cinq points blancs, sur les 
èlytres, parfois d'un nombre moin- 
dre, parfois nuls. Une très-rare va- 
riété de celle espèce est d'un magni- 
fique bleu de saphir. L'abdomen offre 
d'éclatantes nuances de rouge cui- 
vreux (fig. 10). La cicindèle hybride 
vil dans les bois sableux; son vert 
est terne el assombri, relevé par des 
bandes et un croissant blanc. La 
cicindèle sylvatique, plus grande, 
qu'on trouve à Fontainebleau , est 
brune, toujours avec bande et points ... . ..V"'."'* . 

J l Cicindèle champêtre 

blancs. La cicindèle germanique est 

une jolie petite espèce effilée, à corselet cuivreux, à 
élytres vertes. Elle vole peu et court comme un ca- 
rabe dans les hautes herbes. M. le docteur Laboul- 
bène l'a rencontrée très-commune au Bourg-d'Oisans, 
près de Grenoble. On la trouve accidentellement près de 
Taris; je l'ai prise dans la Brie. Sur les montagnes les 
touristes trouveront, dans la région des rhododendrons, 
la charmante cicindèle chluris, plus svelte que la cham- 
pêtre, d'un riche vert avec des taches blanches larges et 
sinueuses. Elle s'envole sur les plaques de neige si on la 




44 LES METAMORPHOSES DES INSECTES. 

pourchasse trop vivement. Sur nos côtes on voit courir 
et voler sur le sable la cicindèle littorale, très-voisine de 
Y hybride. Je l'ai prise sur le port de Saint-Malo et sur 
les beaux sables micacés de la plage aristocratique de 
Dinard. Elle habite aussi la baie de Cancale, les dunes 
près de Granville, etc. et disparaît après le mois d'août. 
Ces beaux insectes cherchent à mordre quand on les 
saisit, mais sans pouvoir entamer la peau. Ils répandent 
une forte odeur de rose ou de jacinthe, bientôt mêlée 
d'une odeur acre due à une salive brune qu'ils dégor- 
gent ; « ce sont les tigres des insectes, » dit Linnaeus ; 
bienfaisants carnassiers qui dévorent une foule d'in- 
sectes nuisibles, ils concourent à la protection de nos 
forêts. 

A l'état adulte, ces puissants chasseurs dédaignent la 
ruse et s'élancent avec férocité sur leur proie. Il n'en 
est pas de même dans leur premier âge. Leur appétit 
est aussi cruel, mais leurs pattes sont courtes et faibles; , 
ils se déplacent difficilement et presque tout leur corps 
est mou. La ruse va suppléer à la force. On rencontre 
en abondance, de juillet à octobre, les larves de la 
cicindèle champêtre dans des trous verticaux ou obli- 
ques, comme des cheminées cylindriques, ayant de 5 à 
12 centimètres de long, placés dans les endroits secs. 
Les trous creusés par la larve de la cincidèle hybride 
ont jusqu'à 50 centimètres de profondeur. La larve de 
la cicindèle champêtre, qui atteint de 20 à 22 millimè- 
tres, est allongée, composée de douze anneaux (fig. 17). 
La tête est cornée, bien plus large que le corps, en 
forme de trapèze : le premier anneau également corné, 
d'un vert métallique, est élargi comme un bouclier ; 
les autres anneaux sont mous et d'un blanc sale; le 
huitième, bien plus large, supporte une paire de tuber- 
cules charnus, rétractiles, surmontés de crochets et 
dont voici l'usage : la larve, pliée en Z, monte dans son 



COI BOPTÈRES. 



LÔ 



tube fi s'y cramponne, appuyée par le <l<>s du thorax, 
e( soutenue par les crochets du huitième anneau. Sa 
large tête, repliée à fleur de lerre, forme un ponl qui 
masque le trou. Malheur à L'insecte imprudent qui passe 
sur cette bascule perfide! Elle cède sous lui, il esl pré- 
cipité au fond du puits meurtrier, où la cicindèle, se 





Pig. 17. — Larve 
de cicindèle champêtre. 



Fig. 18. — Trou d'affût 

de cette larve. 



gorge de son sang (fig. 18). Pour obtenir cette curieuse 
larve, C. Duménl recommande de descendre avec pré- 
caution un fétu de paille dans le trou et de l'y laisser 
quelque temps immobile. Bientôt elle saisit la paille qui 
l'irrite, et on peut la remonter, cramponnée par ses 
puissantes mandibules. Au moment de se métamorpho- 
ser, la larve agrandit le fond du trou et bouche l'orifice 
avec de la terre détachée du sol ; c'est ce qui fait qu'on 
a été fort longtemps sans connaître la nymphe, décou- 
verte et publiée par Blisson, en 1848. Il est bon de fixer 
à demeure un petit piquet dans le trou de la cicindèle, 
il servira plus tard à retrouver la nymphe. Elle est lui- 
sante, un peu arquée, d'un jaune paille, avec des pattes 
blanchâtres, le tout recouvert d'une mince peau qui 
laisse voir les formes, comme chez tous les coléoptères. 



46 



LES METAMORPHOSES DES LNSECTES. 



Les premiers segments de l'abdomen ont de petites épi- 
nes, le cinquième deux longues pointes divergentes, ser- 





Fig. i9. — Nymphe de la 
Cicindèle champêtre 
(dessus). 



Fig. 20. — La même 
en dessous. 



vant sans doute à la maintenir au fond du trou (fig. 19 
et 20). 

Près des cicindèles se placent des coléoptères, égale- 
ment ailés et très-agiles, de forme plus robuste, remar- 
quables par la grosseur de la tête et le développement 
des yeux, qui sont très-proéminents. Ce sont des chas- 
seurs semi-nocturnes, ayant besoin de bien apercevoir 
leurs victimes, dans une lueur in- 
décise qui tend à les dérober aux 
atteintes. On les nomme les mé- 
gacéphales, et ils existent dans les 
deux continents. Une espèce doit 
nous intéresser ajuste titre, c'est 
la mégacéphale de VEuphratc 
(genre Tetracha des auteurs mo- 
dernes), découverte par Olivier 
sur les rives de ce fleuve célèbre. 
Elle est un peu plus grande que 
notre cicindèle champêtre ; ses 
appendices sont fauves, le sommet 
de la tête, le corselet, la majeure 
partie des élytres et le dessous du corps d'un beau vert 




Fig. 21. — Mégacéphale 
de l'Euphrate. 



COLEOPTERES. M 

b ri liant. L'extrémité des élytres est noirâtre, puis d'un 
faute pâle (fig. 21). 

Celle mégacéphale existe près d'Oran, sur le bord 
de salines naturelles, vivant dans des trous circulaires 
qu'elle creuse dans la terre grasse et humide «les ber- 
ges. C'esl seulement au crépuscule du soir et du matin, 
nous apprend M. Cotty, qu'on voit ces insectes courir 
avec rapidité autour de leurs irons, sans l'aire usagé de 
leurs ai les. Il ne faut donc pas chercher ce brillant insecte 
ni en pleine nuit, ni au milieu <lu jour. Dans la Trans- 
caucasie, pareillement dans des terrains salés. Mené- 
triés a capturé la mégacéphale et l'a vue se nourrir avec 
voracité de lombrics et de chenilles. 
Sa larve est remarquable par sa grosse tête et la lar- 
geur extrême du premier segment 
du thorax. La tête est d'un vert de 
bronze obscur et munie de chaque 
côté de quatre ocellés, deux supé- 
rieurs très-gros surtout le posté- 
rieur, et deux latéraux très-petits. 
Le prothorax semi-circulaire et les 






Fig. 22. Fi-. 20. 

I.ïiiav de. la mégacéphale La tête de profil montrant les petits ocelles 
de l'Euphrate. latéraux. — Une mandibule en faucille. 



(feux autres segments thoraciques bien plus étroits 
sont d'un brun foncé brillant ; l'abdomen, peu cou- 



48 LES MÉTAMORPHOSES DES IXSECTES. 

sistant, est d'un jaune blanchâtre (fig. 22). La force 
des mandibules en faucilles, les longues pattes et 
les huit yeux embrassant tout l'horison (fig. 25) déno- 
tent un chasseur implacable. Cette larve se tient en 
embuscade, pliée dans son trou, comme les larves de 
cicindèle, et, pour s'appuyer, son huitième anneau est 
muni de quatre crochets cornés. Enfin, cet insecte est 
devenu européen, on l'a rencontré dans des salines 
naturelles près de Murcie, en Espagne, et on peut pré- 
sumer qu'il existe en France dans quelques localités 
analogues, par exempte dans les environs de Maremmes 
ou près des marais salants des cotes méditerranéennes. 
L'espérance de déterminer quelques personnes à faire 
celte intéressante recherche nous a engagé à mentionner 
la mégacéphale de l'Euphrate, et à montrer combien 
s'étend sa zone d'habitation. 

Un type des plus él ranges termine le groupe des 
cicindèles. Il se compose d'insectes très-rares dans les 
collections et habitant les déserts du pays des Ilotten- 
tots, dans l'Afrique australe. Au lieu des formes élé- 
gantes des cicindèles proprement dites, imaginez des 
coléoptères aux longues pattes robustes et velues, à la 
partie ventrale renflée, non sans analogie d'aspect avec 
les mygales, ces énormes araignées poilues qui atta- 
quent, dit-on, les oiseaux-mouches, vous avez les man- 
ticores. Leurs élytres soudées, larges et tranchantes sur 
les bords, ne recouvrent pas d'ailes. 

Les manticores, penchées un peu en arrière lors de 
l'affût, tiennent leurs formidables mandibules hautes et 
ouvertes. Elles disparaissent par la fuite la plus rapide 
dès qu'on cherche à les saisir. Si elles ne trouvent pas 
de retraite, elles s'adossent contre quelque obstacle et 
se mettent sur la défensive. C'est à l'ardeur du soleil 
qu'on les voit courir, dit M. de Castelnau dans la rela- 
tion de son voyage en Cafrerie. Elles se réfugient dans 



COLÉOPTÈRES. 



19 



des trous circulaires, faits peut-être par des Condylures, 
animaux de la famille des Taupes. M. de Casfelnau 
essaya en vain de s'en emparer dans ces retraites pro- 
fondes. Il lii inutilement creuser à deux mètres el demi, 
et les nombreuses galeries qu'on découvrait sans i 




Fig. 24. — Manticorc à larges élylres. 



l'obligèrent à abandonner un travail manifestement inu- 
tile, * » 1 1 connaît maintenant plusieurs espèces <i * ces 

curieux insectes, dont la moins raie esl la manticorc 
tuberculeuse. Nous figurons la plus grande espèce, la 
manticorc h larges et ij 1res (fig. 24). 

Les carabes sont des chasseurs encore pins fortement 
armés que les ciçindèles. Ce sont essentiellement des 



50 



LES METAMORPHOSES DES INSECTES. 



carnassiers terrestres ; ils manquent d'ailes sous leurs 
élytres parfois soudées. On les reconnaît tout de suite à 
leur corps ovale et convexe, à leurs longues antennes 
amincies, à leur corselet élégamment découpé en cœur. 
Leurs élytres sont épaissies au bord, leurs pattes longues 
et robustes. Toujours solitaires, ils courent dans les sen- 
tiers, entre les herbes des bois, sur les talus bien expo- 
sés où abondent les insectes. Leurs élytres sont tantôt 
lisses, le plus souvent striées longitudinalement ou 
rugueuses et chagrinées. Parfois elles sont noires et 
ternes, le plus souvent elles brillent d'un vif éclat métal- 
lique. Dans nos jardins, dans nos champs abonde le 
carabe doré, aux élytres d'un beau 
vert, avec des côtes élevées; aux 
pattes et aux antennes jaunâtres 
(fig. 25). On le nomme la jardinière, 
la couturière, le sergent, le vinai- 
grier. Cet insecte, comme ceux de 
son genre, lance par l'anus, quand 
on l'irrite , un liquide corrosif et 
d'une odeur fétide; c'est de l'acide 
butyrique, ainsi que l'a reconnu Pe- 
louze, celui qui donne la mauvaise 
odeur au beurre rance. En outre, il 
rejette une salive brune et acre. Il 
serait bien à désirer que les gens de 
la campagne, au lieu d'écraser ce brillant insecte, eus- 
sent pour lui le respect qu'on doit aux défenseurs des 
récoltes. Les larves qui vivent de racines, les chenilles, les 
hannetons surtout n'ont pas de plus formidable ennemi. 
On rencontre parfois au milieu d'un sentier un carabe 
doré saisissant un hanneton par le ventre, lui dévorant 
les intestins, tandis que le hanneton marche en endurant 
ce terrible supplice, sans que le carabe cesse de le suivre 
un seul instant. Nos environs de Paris nous offrent aussi- 




COLÉOPTÈRES. 51 

\ecarabus monilis, d'un vert cuivreux ou violacé, avec 
trois rangs de lignes sur les élytres et trois séries de 

poiiils saillants entre les sillons comme des grains de 
chapelet : le carabus purpuras- 
cens, d'un aspecl très-allongé, à 
robe sombre bordée de belles 
nuances violettes el purpurines 
(fig. 26). Le midi de la France, 
les Pyrénées présentent aux ama- 
teurs des carabes donl les teintes 
métalliques rivalisent d'éclal avec 
les plumes à reflets él incelants des 
paradisiers et des oiseaux-mou- 
ches; ain§i les Carabus auroni- 
tens splendens et rutilans, ro> der- 
niers propres aux Pyrénées, dont 
la rencontre comble de joie les 
jeunes entomologistes, émerveil- 
lés des feux brillants de leur 
parure. Un intérêt bien plus grand 
que la beauté s'attache aux carabes et à leurs voisins les 
calosomes. Un dit que les colons du Cap, en voyant leurs 
champs ravagés par des légions d'Antilopes, regrettent 
parfois la destruction des lions. Je doute cependant qu'au- 
cun d'eux consente à ramener ces terribles protecteurs. 
Les insectes carnassiers, au contraire, sont des lions et 
des tigres de poche qu'on fera bien de mettre en boîte 
dans ses promenades et d'apporter au jardin. 

Les larves des carabes vivent sous les herbes et les 
mousses, dans les feuilles sèches et les troncs d'arbre. 
Elles se ressemblent beaucoup dans les diverses espèces, 
sont assez longues, aplaties, d'un brun foncé, luisant en 
dessus, avec le corps terminé par deux petites pointes. 
Elles s'enfoncent en terre et se transforment en nymphes 
sous les pierres. Les carabes qui en sortent par la peau 




Fig. 28. 
Carabe pourpré. 



52 



LES METAMORPHOSES DES INSECTES. 




Larve du Carabe 
brillant d'or. 



fendue le long du dos sont d'abord mous et d'un jaune 
terne; mais au bout de deux ou trois jours leurs tégu- 
ments acquièrent leur dureté et leur éclat métallique. 
Les larves des carabes sont agiles, à 
pattes bien développées « aussi n'ont- 
elles pas besoin de pièges. Elles chassent 
à découvert et sont aussi carnassières 
que les insectes parfaits. Nous figurons 
la larve du Carabus auronitens (fi g. 27). 
Nous engageons à rechercher sur les 
berges des ruisseaux une espèce de ca- 
rabe, très-rare à cause de la difficulté 
de sa chasse. 11 faut le guetter la nuit, 
aux lanternes. Il paraît vivre de gre- 
nouilles et de petits poissons. C'est le 
carabe noduleux à élytres creusées de fossettes et rele- 
vées de bosselures, tout noir. On le cite d'Allemagne et 
d'Alsace, mais on doit le ren- 
contrer avec de la patience en 
d'autres lieux de notre pays 
(fig. 28). 

Une autre groupe de coléo- 
ptères chasseurs est celui des 
calosomes. Ceux-là grimpent 
aux arbres, et de plus ont des 
ailes sous leurs élytres, ce qui 
leur sert à passer d'un arbre à 
l'autre. Tandis que les cara- 
bes ont les épaules étroites, 
arrondies et effacées, les calo- 
somes ont la base des élytres 
bombée et saillante sur les 
côtés, afin de loger ces organes 
nécessaires à leur genre de 
chasse. Ce sont, eux et leurs larves, de grands destruc- 




28. — Carabe noduleux. 



COLEOPTERES. 

leurs de chenilles. C'esl ; Lois «le juin, de six à sept 

heures du soir, dans nos bois parisiens, qu'il faul cher- 
cher le magnifique calosome sycophunte, !<• long dés 
troncs de chêne ou en en secouant les branches. Son 
corselet en cœur, connue celui des carabes, est d'un 
bleu sombre bordé de bleu 
plus vif, ses èlytres étincel- 
lent de l'éclat de l'or le plus 
poli, son abdomen est mêlé 
de noir et de violel (fig. c 29). 
Il répand une odeur très- 
forte et pénétrante. Réau- 
murnous fait connaître que 
sa larve, d'un noir Lustré, 
analogue d'aspect à celles 
des carabes, va souvent éta- 
blir son domicile au milieu 
de ces grandes bourses 
soyeuses que nous voyons 
attachées sur les chênes. 
Elles sont habitées par des 
chenilles dites processionnaires (Bombyx processionea) 
d'après la manière dont elles sortent en rang à la suite 
les unes des autres. Ces chenilles paisibles semblent 
ignorer les intentions de leur hôte terrible. Tout d'un 
coup il se jette sur elles, les perce de ses robustes man- 
dibules et sème autour de lui le carnage, au grand profit 
de l'arbre, qu'il débarrasse d'un lléau. Le professeur 
Bois-Giraud, à Toulouse, avait délivré de chenilles les 
arbres de son jardin en y lâchant les féroces sycophanles 
qu'il trouvait dans les forêts. Nos bois présentent aussi 
une espèce plus petite, le calosome inquisiteur, à cou- 
leur sombre, un peu cuivreuse. On trouve bien plus 
rarement le calosome à points d'or,' propre au Midi. 
M. Boulard le prenait à Pantin, contre Taris, dans un 




Fig. 29. - Calosome sycophantu. 



54 



LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 




terrain vague plein de chardons, il y a une quarantaine 
d'années. M. Lucas a vu en Algérie, prèsd'Oran, la larve 
de cette espèce dévorer des colimaçons et s'établir clans 
leur coquille (fig. 30 et 51). Toutes les larves de caloso- 

mes sont si voraces 
qu'elles se gorgent d'a- 
liments au point de dou- 
bler de grosseur dans 
leur peau distendue. 
Elles tombent alors dans 
un état de torpeur, 
comme les serpents qui 
digèrent, et sont parfois 
dévorées par de plus 
jeunes larves de leur 
propre espèce. Elles 
s'enfoncent en terre pour 
se changer en nymphes 
de couleur claire, en 
forme de croissant. 
Nous nous contenterons mr intenant d'indiquer d'une 
manière rapide quelques exemples curieux qui termine- 
ront cette revue de la grande famille des carabiques ou 
coléoptères terrestres se nourrissant de proie vivante. 

En 1825, fut signalé pour la première fois à l'attention 
des amateurs un coléoptère de Java, de la forme la plus 
singulière, avec des élylres élargies et débordant en 
manière de feuille (fig. 52). Il demeura longtemps fort 
rare dans les collections et d'un prix excessif. On peut 
voir ci-contre la figure d'un magnifique exemplaire de 
cette espèce, prise d'après nature, comme au reste pres- 
que tous les dessins de cet ouvrage. La larve, récem- 
ment connue, se rapproche par sa forme de celle des 
carabes, et se trouve sur les troncs et les racines des 
arbres de haute futaie, dans les forêts profondes de l'ile 



Fig. 50 et 51. 

Larve et nymphe du Calosome 

à points d'or. 



COLÉOPTÈRES. 53 

malaise. On peut voir que la nymphe commence à pré- 
senter un élargissement en rapport avec la for le 

l'adulte (fig. 7)7) ci 34). <>n a cru longtemps que ces car- 
nassiers aplatis vivaient sous les écorces. On snit main. 




Fig. ol — Mormolyce-feuille. 

tenant, par M. de Castelnau, qui a découvert deux espè- 
ces nouvelles dans la presqu'île de Malacca, qu'ils se 
tiennent exclusivement, fuyant la lumière, contre le sol, 
sous les arbres gigantesques gisant renversés. Quand, à 
force de bras de vigoureux Malais, ces troncs sont dépla- 
cés brusquement, on voit les mormolyces immobiles, 




Fig. 33 et 34. 
Larve et nymphe de Mormolyce. 

demi hors de son terrier. 



5G LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

éblouis pendant quelques instants. Qu'on se hâte de les 
saisir, car ils fuient bientôt avec rapidité. 

Nous rencontrons dans le midi de la France, sur les 
plages sablonneuses de la Mé- 
diterranée, par exemple près 
de Cannes, de singuliers co- 
léoptères noirs, à tête énorme, 
insérée sur un corselet en 
demi-cercle et armée de deux 
fortes mandibules. Ce sont les 
scarites, insectes semi-noctur- 
nes, qui se creusent des gale- 
ties dans le sable et sortent la 
nuit pour chasser. Une espèce, 
la plus grande que nous ayons 
en France, passe le corps à 
à la façon d'un grillon, et tient 
écartées comme une pince ses 'fortes mandibules, prête 
à saisir la proie qui passe à portée (fig. 35). Nous re- 
commanderons aux touristes ces insectes intéressants. 
Écoutons M. de la Brûlerie au sujet de cet insecte, le 
Scarite géant, qu'il observait sur les côtes du sud de 
l'Espagne : 

« Les heures de soleil sont pour lui les heures de 
chasse. Ses pattes, si bien construites pour fouir la terre, 
lui seraient de peu de secours pour atteindre à la course 
un<* proie plus agile que lui; aussi ne connaît-il que 
l'affût à l'entrée de son trou. 11 sait que ni la nuit ni 
l'ombre ne sont favorables à ses exploits, puisque les 
mélasomes dont il se nourrit n'aiment que la lumière et 
la chaleur. Aussi met-il à profit les nuits et les journées 
sombres pour la promenade. Les mâles sont bien plus 
vagabonds que les femelles* ; celles-ci sortent peu de 
leur retraite. C'est sans doute leur recherche qui, par cer- 
taine journée où le soleil ne se montra pas, avait fait 



COLÉOPTÈRES 57 

sortir des scarites mâles plus tbreux que de coutume. 

J'en vis deux qui se battaient, peut-être pour la posses- 
sion d'une femelle. C'était plaisir de les voir prendre 
champ, et, dressés sur leur première paire de pattes 
raides en avant, se menacer de la dent. Tous deux 
ensemble ils s'élancent, enlacent leurs mandibules, sert 
rent et secouent avec rage. L'un el l'autre fait d'inutiles 



e, . ' . 




efforts pour blesser son adversaire ou le forcer à lâcher 
prise. Grâce aux armes et aux cuirasses égales des deux 
champions, cette première attaque reste sans résultat. 
Ils se séparent, reculent de quelques pas et s'élancent 
de nouveau. Celte fois, le plus adroit réussit à saisir 
l'autre par la taille, c'est-à-dire par le pédoncule étroit 
qui joint le prothorax au reste du corps. Il serre de tout 
sou pouvoir; son intention manifeste est découper en 
deux sou ennemi, mais c'est en vain ; il ne parvient pas 
même à entamer sa carapace. Alors, au lieu (ruser ses 
forces en pure perte, il prend un autre parti. Raidissant 
en avant plus que jamais ses pattes antérieures et flé- 
chissant en arrière son prothorax, dont l'articulation 
mobile lui permet de donner à ce mouvement une ampli- 



58 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

tude peu ordinaire chez les carabiques, il élève vertica- 
lement ses mandibules et tient ainsi son adversaire 
enlevé de terre. Le pauvre scarite, privé de point d'ap- 
pui, agite en vain ses pattes, ouvre et ferme sa bouehe 
sans rien saisir que le vide, puis cesse de faire aucun 
mouvement. Mais le vainqueur inexorable ne se laisse 
pas prendre à ce stratagème ; il continue à rester immo- 
bile et à tenir en l'air son adversaire. J'avais étéjus- 
qù' alors simple spectateur du combat; mais comme la 
scène paraissait devoir se prolonger sans nouvelle péri- 
pétie, je me décidai à intervenir. Le danger commun fit 
fuir les combattants, mais à peine avaient-ils parcouru 
quelques décimètres qu'ils se retournaient et se jetaient 
de nouveau l'un contre l'autre. Tous deux étaient sur 
leurs gardes ; aussi, bien des attaques furent-elles parées. 
Enfin, l'un saisit l'autre et l'enleva de terre comme la 
première fois. Malgré mon désir de voir l'issue défini- 
tive de la lut!e, je ne pouvais rester à la même place 
toute la journée, et je les laissai dans cette position 1 . » 

Une des plus grandes raretés des collections est une 
espèce d'un genre voisin des scarites, le Mouhotia glo- 
riosa, du royaume de Cambodge, tout entouré d'un limbe 
étincelant. Les pays chauds n'ont pas tous leurs sca- 
rites noirs comme en Europe ; on trouve des espèces bor- 
dées de pourpre ou de vert métallique ou toutes métal- 
liques, dans les Molobrus d'Amérique et les Carenùm 
australiens. 

Nous passons avec indifférence à côté des pierres qui 
gisent dans les chemins champêtres. Soulevons-les au 
contraire, il s'en échappe une nuée de petits êtres divers. 
Nous y trouverons d'élégants carabiques dont la tête, 
dont le corselet svelte et brillant se détachent en rouge 
sur des él vires vertes ou bleues. Ils sont faibles et ne 



1 Ann. Soc. entomol. de France, 1800, p. 521, 






COLÉOPTÈRES. 50 

peuvent vivre que des plus «In'i i \ « i s proies. Les gros 
carnassiers se mettent volontiers à leur poursuite. 
surprise! de petites explosions se font entendre, une 
vapeur corrosive sort en forme de ruinée par L'anùs «le 
ces brachins; l'ennemi esl mis en fuite à coups de revol- 
ver. Il parait en nuire que la nuit une légère lueur 
phosphorescente accompagne la crépitation, (liiez les 
espèces exotiques de beaucoup plus grande taille, l'ex- 
plosion esl plus violente et le liquide projeté peut causer 
des urticalions sur la peau. Ces ruinées soni très-acides, 
rougissent le tournesol etrépandent une odeur analogue 
au gaz nitrenx. De là le nom de canonniers ou bombar- 
diers, qu'on ilonne à ces petits coléoptères, qui vivenl 
chez nous eu sociétés nombreuses sous les pierres. Les 
noms d'espèces, sclopeta, crepitans, explodens, sont en 
rapport avec eette singulière arme défensive. 

Enfin une innombrable légion, celle des harpales, 
termine le groupe des carnassiers terrestres. On les ren- 
contre toute l'année, sous les pierres, dans les chemins, 
au pied des arbres. Ils sont de petite taille, de couleur 
foncée, quelquefois métallique, avec des pattes pâles. 
Grâce à eux, le plus menu gibier des espèces nuisibles 
aux végétaux est dévoré; ils s'attaquent à ces petites 
proies que dédaignent les grandes espèces, et, malgré 
leurs faibles dimensions, nous rendent d'éminents ser- 
vices. Qui n'a observé parmi eux le harpale bronze, si 
commun, si répandu, qu'on rencontre dans l'intérieur 
de Paris, dans toutes les cours, dans les moindres jar- 
dinets? 

Nous citerons encore, comme bien utiles et se trou- 
vant partout, la féronie noire, laféronie cuivrée, Yamara 
tririalis, etc. On voit souvent ces petits insectes, courant 
en tous sens après la proie, agiles, étincelants, comme 
de menus morceaux de cuivre qui brillent sur les che- 
mins et même entre les pavés des places publiques. 



60 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

Par une curieuse inversion de régime, les zabres sont 
des carabiques dont quelques espèces mangent des 
plantes. La larve du zabre bossu est nuisible aux céréa- 
les ; le docteur Laboulbène a vu dans les Landes le zabre 
enflé dévorer les étamines des carex. 

Les eaux, comme la terre, sont habitées par d'autres 
chasseurs. Les pattes recourbées et élargies en rames, 
munies de cils, les font aussitôt reconnaître. D'ingénieux 
artifices leur permettent de respirer l'air en nature ; de 
même que les marsouins, les épaulards, ils sont obligés 
de puiser l'air à la surface et ne peuvent se contenter de 
l'eau aérée comme les poissons et les mollusques. Les 
plus puissants de ces carnassiers aquatiques sont les 
dytiques. Leur corps ovalaire, aplati, arrondi vers les 
extrémités, en biseau sur tous ses bords, est admirable- 
ment conformé pour fendre l'eau. Amis des eaux sta- 
gnantes, bourbeuses même, on les voit nager avec vélo- 
cité au moyen de leurs pattes postérieures. Ils remon- 
tent aisément en demeurant immobiles, la tête en bas, 
leur corps étant gonflé d'air amassé dans la partie ter- 
minale de l'intestin. Ils soulèvent l'extrémité postérieure 
de leurs élytres, englobent une bulle de fluide atmo- 
sphérique et les referment. De' cette façon l'air, poussé 
comme par le piston d'une pompe, pénètre dans leurs 
tubes respiratoires, sans que l'eau puisse y entrer. Ils 
poursuivent tous les êtres vivants qui nagent autour 
d'eux; ce sont les requins de la création entomologique. 
Us saisissent leur proie avec leurs pattes de devant et la 
portent contre leur bouche. Non-seulement ils s'atta- 
quent aux larves des libellules, des éphémères, des cou- 
sins, mais aux têtards des grenouilles et des tritons, aux 
mollusques des eaux, aux petits poissons et au frai, aux 
œufs des ôcrevisses. Qu'on leur jette une grenouille éven- 
trée, ils s'y attachent avec délices. On peut les conserver 
dans des bocaux et les alimenter avec de petits morceaux 



COLÉOPTÈRES, 



61 



de viande crue. Esper en a nourri ainsi un plus de trois 
ans; dès qu'il voyait arriver sa petite provision, il se jetai) 
dessus avec l' avidité de l'hyène et en suçail I»' sang de 
la manière la pins complète. Une si grande voracité 
doit dépeupler souvent les eaux qu'habitenl les dytiques. 
Heureusement pour eux, ils sont amphibies. Ils sortent 
de l'eau .-i marchent sur le sol avec quelque difficulté ; 
niais le soir, dépliant leurs ailes, bourdonnant à la 
façon des hannetons, ils se transporteront dans d'autres 
mares où ils amèneront la terreur et le ravage. 1 ne 
espèce commune el de forte taille est le dytique bordé. 




Fig. 5G tt 57. — Dytique bord»'- mâle et femelle, 
patte antérieure du mâle grossie. 

Le mâle a les élytres lisses, celles de la femelle sont 
cannelées pour qu'il puisse s'y cramponner, et sous 
ses pattes antérieures sont deux cupules garnies d'une 
foule de petites ventouses qui assurent son adhérence 
(fig. oG et 57). M. Preudhomme de Borre a indiqué qu'en 
France, en Angleterre, en Belgique, ces femelles à 
élytres sillonnées sont la forme typique; exceptionnelle* 
ment on en trouve à élytres lisses comme les mâles. Au 



62 LES METAMORPHOSES DES INSECTES. 

contraire, en Russie les femelles lisses sont bien plus 
communes que les sillonnées. En France et en Belgique, 
deux espèces voisines, les Dytiscus circumcinctus et cir- 
cumflexus, n'ont de femelles à élytres sillonnées que 
très-rarement ; elles sont lisses dans le type normal. Ces 
curieuses différences de races selon les régions sont 
encore inexpliquées. 

Dans leur premier état, les dytiques sont exclusive- 
ment aquatiques, encore plus voraces qu'à l'état adulte, 
se nourrissant pareillement de proie vivante. La larve du 
dytique bordé est brune, comme couverte d'écaillés, 





Fig. 58 et 59. — Nymphe et larve du dytique bordé. 

allongée, renflée au milieu. Elle nage par des mouve- 
ments vermiculaires rapides en frappant l'eau avec la 
partie postérieure de son corps. Deux petits corps cylin- 
driques, divergents, à l'extrémité de son abdomen, lui 
servent à puiser l'air à la surface de l'eau (fig. 59). Sa tête 
est armée de deux mandibules en pince acérée, propre 
à harponner ses victimes. En dessous est la bouche, très- 
cachée, et contenant de petites mâchoires à l'intérieur. 
Quand le temps de la métamorphose est arrivé, ces lar- 
ves aquatiques deviennent exclusivement terrestres. Elles 
quittent l'eau, s'enfoncent dans la terre humide qui borde 
les ruisseaux et les mares, et, dans une cavité ovale 



COI ÉOPTÈRES. 



qu'elles se pratiquent, se changent en nymphe d'un blanc 
sale, qui passe habituellement l'hiver (fig. 58). Disons, 

pour terminer, qu'on a remarqué l'extrê sensibilité 

du dytique bordé aux variations de L'atmosphère. Il se 
. tient dans l'eau à diverses hauteurs selon l'état du ciel, 
et peut servir ainsi do baromètre vivant. La plus grande 
espèce de France est le 
dytique très-large (fig. 40), 
trouvée d'abord dans le 
nord de l'Europe, puis en 
Aisne.', en Lorraine, enfin 
aux Andelys. Nous enga- 
geons les jeunes amateurs 
à la rechercher près de 
Paris, où elle existe pro- 
bablement. Dans un genre 
très-voisin, il faut citer le 
eybister de Rœsel, dont le 
corps à l'état vivant pa- 
raît orné d'un beau glacis 
bleu. 

A la suite dos dytiques 
se placent d'autres carnas- 
siers des eaux, les gyrinss, de mœurs un peu différentes. 
Ceux-là aiment les eaux claires, un peu agitées. Qui ne 
connaît ces petits insectes noirs, à reflet bronzé, traçant 
à la surface des eaux les plus capricieux méandres? On 
dirait au soleil de brillantes étoiles se détachant sur 
l'azur liquide. Ils vivent en troupes nombreuses, tour- 
noyant sans cesse les uns dans les autres sans se heur- 
ter, ce qui leur a valu le nom vulgaire de tourniquet*. 
Leur corps est entouré d'une mince couche d'air qu'ils 
entraînent avec eux lorsqu'ils plongent, et on voit alors 
sous leur ventre une bulle d'air simulant un globule 
d'argent et qui trahit leur présence. Ils poursuivent 




Fig. 40. 
Dytique très largo, femelle 



C4 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

sans relâche les insectes qui, comme eux, vivent sur 
la surface de l'eau, ceux qui y viennent respirer ou 
qui y tombent. Deux longues pattes antérieures sont 
projetées brusquement sur la proie, puis elles se ca- 
chent clans des sillons latéraux pour ne pas gêner la 
natation rapide du gyrin. Ce sont les pattes suivantes 
courtes, mais larges et munies de cils raides, qui fom 
l'office de rames. Par une organisation admirable, les 
yeux composés des gyrins sont doubles : la moitié 
inférieure aperçoit dans l'eau la larve molle qui peut 
servir de proie ou les poissons féroces, la moitié tour- 
née vers le ciel avertit l'animal du danger aérien qui 
le menace et lui permet d'échapper, par un plongeon 
rapide, au bec assassin de l'hirondelle. Qu'on mette un 
gyrin dans un verre d'eau; après avoir fait quelques 
tours en nageant, il vient se poser immobile à la surface 
du liquide; si l'on approche le doigt, il s'enfonce aussitôt. 
Il saute hors de l'eau pour échapper aux poissons, et 
bientôt s'aide de ses ailes, qui lui servent le soir à se 
transporter de ruisseau en ruisseau. Cette vue perçante, 
la prestesse de leurs mouvements, ren- 
dent fort difficile la capture des gyrins. 
A peine si l'on en prend quelques-uns en 
jetant brusquement un filet en forme de 
poche au milieu de la troupe en ébats. 
On les saisit entre les doigts : aussitôt, 
Fig. 4i. — Gyrin arme perfide et imprévue, une humeur 

nageur, grossi. laiteuse et fétide guinte de 1(W abdo . 

men. Si on les pose sur le sol, ils exécutent une série 
de petits bonds et tâchent de retourner à l'eau (iig. il). 
Les femelles du Gyrin nageur pondent leurs œufs sur 
les plantes ou sur les pierres submergées, œufs cylin- 
driques d'un blanc jaunâtre. Il en sort de petites larves 
vermiformes, au corps entouré d'appendices flottants 
qui les font ressembler à de petits mille-pieds (fig. 42). 




COLÉOPTÈRES; 05 

Bien développées, ces larves quittenl l'eau au commen* 
cernent d'aoûl et grimpent sur les feuilles [des roseaux, 
des nénuphars. Là elles se construisent une coque ovale, 
pointue aux deux bonis, qu'on a comparée 
à du papier gris, el y deviennent nymphe, 
molle d'abord, puis prenant peu à pou de 
l,i consistance. 

Le dernier groupe des coléoptères des 
eaux qui mérite d'attirer notre attention est 
celui <les hydrophiles, donl une espèce, le 
grand hydrophile brun, commun dans les 
eaux des environs <lo Paris, est un des plus 




gros coléoptères de la France. Ce groupe 



Fig. 12. 

Larve du 

;viin nageur. 



esl beaucoup moins carnassier que les pré- 
cédents, surtoul à l'état parfait, et ou nour- 
rit très-bien l'hydrophile brun avec des 
feuilles de salade, .le m'étonne que, par lajmode d'aqua- 
riums qui court, on ne s'amuse pas à remplacer par ces 
curieux insectes les insipides poissons rouges. Les hy- 
drophiles nagent moins bien que lesMytiques; leurs pat- 
tes plus longues sont moins élargies, et ils les l'ont mou- 
voir non pas simultanément, mais l'une après l'autre. Il 
ne Tant les saisir qu'avec précaution, car leur poitrine 
porte en dessous une pointe aiguë qui perce la peau jus- 
qu'au sang. Bien que puissamment cuirassés, les hydro- 
philes sont souvent la proie de dytiques de taille moitié 
moindre, qui parviennent à les tuer en les perçant entre 
la tête et le corselet, c'est-à-dire à la seule place qui, 
comme le talon d'Achille, donne prise aux blessures. 
Col par la léte que l'hydrophile, à l'inverse du dytique, 
vient puiser l'air à la surface de l'eau. L'antenne est cou- 
dée, et ses articles aplatis, en godets, collés contre le 
corps, forment une gouttière ou rigole où s'engage une 
bulle d'air quand l'antenne soit de l'eau. De là, l'air 
glissi sous le corps, où il est retenu par un duvel de 



(36 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

poils serrés, de sorte que l'animal semble entouré d'une 
robe d'argent, et il parvient ainsi aux orifices respira- 
toires. 

C'est à la fin de l'été que l'hydrophile brun prend sa 
forme parfaite. 11 passel'hiver engourdi au fond de l'eau, 
ou parfois sous les mousses et les feuilles sèches des 




Hydrophile brun, larve et coque. 



bords. Il peut se transporter en volant d'une mare à 
l'autre. Dès le mois d'avril, les femelles fécondées s'oc- 
cupent du soin d'assurer le sort de leur postérité. Des 
glandes abdominales leur permettent de sécréter une 
sorte de soie ; les filières de ces glandes, à la façon de 
celles des araignées, sont autour de l'orifice anal (fig. 44). 
Cet exemple est unique chez les insectes adultes. La 



COLEOPTÈM S. 



67 




A" 



femelle s'accroche en travers bous une feuille qu'elle 
courbe un peu. L'abdomen s'applique sons ce dôme, (, i 
les filières laissenl sortir nue humeur gomraeuse qui se 
solidifie dans l'eau el forme une coque voûtée où il reste 
engagé fig. 13 . Puis on voil se 
dégager une à une de petites bulles 
«l'air, à mesure que les œufs pon- 
dus occupent leur place. Enfin l'in- 
secte façonne une pointe relevée 
au-dessus de l'eau et qui renne la 
coque. La femelle traîne après elle 
cette coque fixée à une feuille; 
puis, comme la mère de Moïse, elle 
confie à Tonde ce cher berceau 
dans nn endroit calme et propice. 
La corne solide et recourbée qui le 
termine lui donne la faculté de s'ac- 
crocher aux corps llotlants qu'il 
rencontre, et sauve ainsi la jeune 
t'anii Ile que des vents violents pourraient porter sur 
des rives inhospitalières. Au bout de douze à quinze 
jours sortent des œufs et de la coque de petites larves. 
Biles restent plusieurs jours attachées contre leur ber- 
ceau, et paraissent d'abord se nourrir de végétaux. Elles 
changent plusieurs fois de peau et deviennent très-car- 
nassières. Réaumur les nomme vers assassins. Agiles, 
à longues pattes, elles grimpent volontiers aux plantes. 
Elles sont brunes, se raccourcissent et se dilatent aisé- 
ment. De longues mandibules et de longues mâchoires 
dépassent leur tête. Nous leurs trouvons des instincts 
bien curieux. I lies vivent surtout de ceslymnées, de ces 
physes, mollusques à minces coquilles spiralées qui 
tlottent sur l'eau. Les mollusques sont saisis par-dessous ; 
la larve recourbe sa tète en arrière et presse la coquille 
contre son dos, comme un point d'appui, la brise, puis 



Fi-. 41. — Sa filière 



08 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

inange le limaçon à son aise. Qu'on la saisisse, que le 
bec d'un oiseau aquatique la rencontre, elle fait la 
morte, son corps pend de chaque côté comme une dé- 
pouille flasque et vide. Si cette ruse est inutile, elle 
rend par l'anus une liqueur noire qui trouble l'eau et 
peut lui permettre d'échapper à son ennemi. L'état de 
larve dure environ deux mois. Elle cesse de manger, 
sort de l'eau et va creuser en terre une sorte de terrier 
de 4 à 5 centimètres de profondeur, s'y pratique au 
fond une cavité sphérique très-lisse à l'intérieur. Elle 
s'y change en nymphe blanchâtre, et chaque angle 
du corselet porte trois pointes cornées qui semblent 
permettre à 1a nymphe de rester à quelque distance des 
parois delà coque (fig. 45). Au bout d'un mois environ, 

l'hydrophile sort de la 
peau de la nymphe fen- 
due sur le dos ; ses élytres 
cou (liées le long du ven- 
tre se retournent sur le 
dos; ses ailes se déploient, 
puis se replient, quand 
elles sont devenues fer- 
mes, sous les étuis encore 
blancs et mous; l'insecte 
s'appuie sur ses pattes en- 
core mal affermies. Telle est la manœuvre commune aux 
coléoptères. Peu à peu l'insecte se colore. ; il reste encore 
une douzaine de jours sons terre, puis s'échappe et se 
rend à l'eau après trois mois d'évolutions successives dont 
nous avons présenté l'histoire. Selon une découverte 
anatomique intéressante de G. Duméril, l'intestin de la 
larve, à mesure que ses métamorphoses se poursuivent, 
s'allonge de plus en plus, en même temps que le régime 
tend à devenir herbivore. En effet, l'adulte préfère les 
végétaux aux matières animales, dont il mange cepen- 




Fig. 4o. — Nymphe de l'hydrophile. 



COLEOPTERES. 



60 



(l.iiii >i |,i faim [e presse. I a métamorphose inverse 
s'observe pour le tube digestif du têtard, <|ni se nourrit 
de végétaux aquatiques; ce lube devient très-court sous 
la forme adulte de la grenouille, avide au c< otraïre 
d'insectes el de mollusques. 

Nous retournerons maintenant sur la terre, e1 nous 
trouverons d'autres mœurs à étudier. Après les lions et 
les tigres des insectes, viennent les hyènes et les chacals, 
qu'un odoral des plus subtils amène vers les cadavres. 
Qu'un mulot, une taupe ail trouvé la mort, qu'une gre- 
nouille ou qu'un poisson soil abandonné sur le bord des 
eaux, bientôt arrive en volant une troupe funèbre ; ce 
sont les nécrophores ou fossoyeur*. Le plus souvent leur 
corps quadrangulaire offre lesélytres bigarrées de jaune 
et de noir, par bandes, comme on le voit dans le mero- 
pkorus vespillo, c'est-à-dire fossoyeur, le plus commun, 




Fig. 40. . 
Nécrophore fouisseur. 



Fig. 17. 
FCécrophore germanique. 



le tvpe (lu genre, et. aussi dans le necrophorus fossor ou 
fouisseur, que nous représentons (fig. -40). On rencontre, 
mais bien plus rarement, une grande espèce toute noire, 
le nécrophore germanique (fig. 47). Une petite espèce à 
bandes, nécrophore des morts, \it surtout dans les 



70 LES METAMORPHOSES DES INSECTES. 

champignons pourris. Le nécrophore enterreur (liuma- 
tor) est plus petit que le germanique, tout noir comme 
lui mais avec le bout en massue des antennes de couleur 
rousse. Ces insectes bizarres exhalent une odeur désa- 
gréable, mêlée de musc. Souvent leur corps est couvert 
de petits animaux à huit pattes, les gamases des coléo- 
ptères, de la classe des arachnides. Mœurs étranges! ces 
chétifs parasites ne semblenl nullement vivre de l'insecte 
qui les porte, ils se sont accrochés à ses poils, et leur 
troupe s'en sert comme d'un véritable omnibus pour se 
faire conduire là où la table sera à leur goût. On trouve 
aussi ces gamases sur les carabes, les géotrupes, etc., 
et sur les bourdons, insectes hyménoptères. 

On les rencontre aussi sur les petits mammifères, 
comme les mulots ; enfin ils courent librement entre les 
mousses. Quand on inquiète les nécrophores, ils font 
entendre un petit bruissement, en frottant leur corselet 
contre les élytres. 

Les femelles surtout entourent le petit cadavre ; s'il 
est trop lourd, elles vont chercher des aides de leur 
espèce, en leur apportant sans doute des traces odorantes 
de leur proie. Ce n'est pas seulement pour leur propre 
nourriture que ces coléoptères sont attirés, c'est pour 
préparer le berceau et les repas de leurs enfants, en 
débarrassant le sol d'une source d'infection, par une 
admirable harmonie. La terre est creusée au-dessous des 
restes de ranimai au moyen des larges pattes de devant 
des nécrophores, pareilles à des bècbes (fig. 48) ; le petit 
cadavre s'enfonce peu à peu, parfois à trente centimètres 
au-dessous du sol. Après ce travail acharné, la troupe 
festinc et les femelles pondent leurs œufs. Le dîner des 
pères servira aux fils. Promptement éclosent des larves à 
douze anneaux, grisâtres, garnies sur larégion du dos de 
plaques écailleuses, à pattes très-courtes, car elles ont à 
peine besoin de se mouvoir, à tête brune et dure, munie 



COLÉOPTÈRES. 



-I 



de puissantes mandibules, elles s'enfoncenl ensuite plus 
profondément, el s'entourent d'une loge ovalaire, en 
terre enduite d'une salive gluante <|iii durcit bientôt, 
puis sortent à l'état adulte environ un mois aprè i 







Fig. is. — Nécrophores enterrant un mulot. 

(jii.'s espèces de nécrophores aiment, les champignons 
pourris. 

A côté des nécrophores, et pins nliles encore pour la 
salubrité atmosphérique, se placent les siiphes on bou- 
cliers, ainsi nommés à cause <lo loin- forme large et 
arrondie. Ils s'attaquent aux mammifères el aux oise iux 
morts qui gisent dans los bois cl les camp i que 



VI LES METAMORPHOSES DES INSECTES. 

rejettent les eaux ; ils ne les enterrent pas, mais pénètrent 
avec avidité sous leur peau et bientôt ont dépouillé leurs 
chairs jusqu'aux os. [Une grande espèce noire, le silphe 
littoral, se plaît dans les poissons morts rejetés par les 
eaux. La femelle a l'extrémité de l'abdomen très-pro- 
longée en pointe pour la ponte des œufs Leur livrée est 
en général sombre, en rapport avec leurs repoussantes 
fonctions. Leur odeur est nauséabonde. Les larves, comme 
les adultes, vivent au milieu des chairs putréfiées. Elles 
sont plates et paraissent très-larges par suite des pro- 
longements latéraux et dentelés de leurs anneaux. Elles 
se remuent avec vivacité et se réfugient promplement 
dans les cadavres, quand on cherche à les saisir. Elles 
s'enfouissent en terre pour se changer en nymphes. Deux 
espèces, que nous trouvons abondantes près de Paris, 
ont des mœurs plus nobles et recherchent les proies | 
vivantes. Elles grimpent aux arbres et vivent de chenilles, 





Fig. 49. 
Silphe tapracique. 



Fig. SO. 
Silphe à quatre points. 



ansi lesilpha thoracica, dont le corselet fauve et arrondi 

tranche sur les élytres noires (fig. 49), et surtout le sil- 
pha quadripunctata, à élytres jaune clair, marquées de 
quatre points noirs (fig. 50). On le voit voler d'un arbre 
à l'autre, principalement entre les chênes et les ormes. 
Suivent les sentiers des bois sont jonchés de chenilles 
arrachées aux feuilles, mutilées et sur lesquelles s'a- 
charnent les silphes à quatre points. Une espèce dite le 
silphe obscur cause souvent beaucoup de tort aux bette- 



COLÉOPTÈRES ", 

paves ;i sucre. Par un changemenl de régime <l<>ni les 
insectes offreni d'assez nombreux exemples, les larves 
mangenl les feuilles de la plante. Sans doute aussi elles 
s e nourrissenl de chenilles et d'insectes qu'elles y ren- 
pontrent. 

Plusieurs espèces de silphes dévorenl les colimaçons. 
Nous signalerons surtdul sous ce rapport [esilpha lœvi- 
gaia et sa larve. Quand on se promène sur les falaises 
crayeuses de nos côtes normandes, ainsi au Tréport, à 
Mers, etc. , on écrase à chaque pas une hélix [hélix va- 
nabi lis) qui pullule sur ions nos littoraux, ravageanl 
les avoines, les maigres lu/crues de ces suis crayeux. 

Les noirs silphes COU- 

renl et grimpent, assu- 
rés d'une perpétuelle 
provende, et eux et 
leurs larves enfoncent 
leur lête avide dans la 
bouche de la coquille 
pour se repaître de 
l'habitant (fig. 51). 

La famille des sil- 
phes nous conduit à 
dire un mot de créa- 
tions bien étranges. On s'est longtemps refusé à croire 
que l'horreur de la profonde nuit des cavernes puisse 
servir de demeure habituelle et normale à des êtres 
vivants. On sait aujourd'hui, au contraire, que le Créa- 
teur a peuple les abîmes de la mer comme les ténèbres 
des grottes. Les insectes souterrains ont d'abord été 
trouves dans la célèbre grotte du Mammouth, dans le 
Kentucky; l'habitation dans des cavités à température 
Constante, très-humides et sans lumière a imprimé â 
tous ces animaux un cachet uniforme. Les organes de 
la vue et du vol se dégradent, ceux du tact, de l'odorat et 




j. 51. — Silpha lsevigata. — Larve 
et Colimaçon dévoré. 



74 



LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 



de l'ouïe acquièrent au contraire une sensibilité exquise, 
comme chez les personnes qui ont perdu les yeux. Près 
des silphes se range le plus singulier de ces insectes des 
cavernes, du genre leptodère. On en connaît aujourd'hui 
trois espèces, d'une taille qui varie de 4 à 6 millimètres, 
d'une couleur toujours uniforme, d'un brun clair ou fer- 
rugineux, propre aussi aux autres coléoptères très-sou- 
terrains. La plus grande est le leptodère de Eohenwart, 

découverte en Carniole 
la grotte d'Adels- 
où vit le protée dé- 
Qu'on 



^ 




dans 
berg, 
coloré 



une sorte d'araignée rous- 
sàtre, translucide, à ab- 
domen vésiculeux, avec- 
la région antérieure du 
corps étroite et allongée, 
sans trace d'ailes ni d'yeux 
(fig. 52). On trouve tou- 
jours ces insectes dans les 
parties les plus profondes 
des cavernes les plus ob- 
scures, accrochés aux sta- 
lactites humides ou dans 
les fissures des stalagmi- 
tes du sol. Le leptodère 
marche lentement, élevant son corps sur ses longues 
jambes comme sur des échasses. ïl s'arrête au moindre 
bruit, paraissant stupéfait d'une commotion qui trouble 
sa silencieuse solitude, étale ses longues pattes, le corps 
collé au sol. Qu'on le touche ou qu'on approche une 
torche, il se cache dans les replis des pierres II parai! 
qu'une araignée, aveugle comme lui et vivant aux mêmes 
endroits, lui fait une chasse active et en détruit un grand 
nombre. 



Fig. 52. —/Leptodère de Hohemvart. 



COLÉOPTÈRES. 7:, 

Les divers groupes de coléoptères, surtoul l»'s en 
nassiers, sonl représentés dans la faune des cavernes. 
Les guides «le nos Pyrénées françaises indiqueront aux 
touristes les cavernes où vivenl ces êtres étranges, el 
savent les récolter pour un petit commerce assez lu- 
cratif. On trouve surtoul communément une forme qui 
Dérive des Leptodères, mais avec bien moins d'exagé- 
ration, c'est le Pholeuon Querilhaci, et un autre type, 
omii et ramassé, VAdelops pyrénéens, à corselel aussi 
large que la base des élytres. On a cru Longtemps que 
| fous étaient aveugles, tant on trouvait naturelle la 
suppression des yeux chez des êtres destinés à passer 
leur vie dans l'obscurité. Il n'en est rien, ainsi que l'a 
reconnu M. le docteur Grenier. Si cola est vrai pour 
quelques genres, la plupart oui au contraire des yeux 
allongés, sans facettes et dépourvus de pigment foncé, 
ce qui est une condition pour que la lumière les im- 
pressionne avec la plus grande facilité. Bien plus, on 
vnil souvent, dans la même espèce, des individus aveu- 
gles, et d'autres dont les yeux ont divers degrés de 
développement, en raison sans doute du degré variable 
d'obscurité de leurs retraites. A ce propos, M. Grenier 
se demande, avec beaucoup de raison, si l'obscurité des 
(cavernes est véritablement absolue. Ne peut-il pas se 
faire que de minces fdets de lumière, entrés par l'ou- 
verture el réfléchis par les parois, tout à fait insensi- 
bles pour nos yeux habitués à l'éclat éblouissant du 
jour, puissent impressionner ces yeux particuliers, il y 
aurait des yeux laits pour les ténèbres des cavités, 
comme d'autres animaux ont des yeux appropriés à la 
faible lumière de la nuit étoilée, et d'autres aux rayons 
douteux des crépuscules. La vie des ténèbres n'esl pas 
une des moindres merveilles du Créateur, et Ton voit 
que l'observation exacte de la nature dépasse en curio- 
sité les conceptions les [dus hardies de l'imagination 



70 LES METAMORPHOSES DES INSECTES. 

des romanciers. Dans les espèces réellement aveugles à 
l'extérieur, Lespès a reconnu l'absence du nerf optique; 
c'est donc une cécité absolue. 

Nous indiquerons aux amateurs un moyen assez sim- 
ple de se procurer sans grande fatigue ces singuliers 
insectes des cavernes, toujours rares dans les collec- 
tions. On laisse sur le sol de la grotte quelques débris 
organiques, par exemple une tête de mouton décharnée, 
et on attire ainsi les insectes qu'on saisit sans peine. 

Il faut qu'aucun détritus animal ne puisse rester 
longtemps exposé à l'air, où il répandrait l'infection. 
Matières stercoraires, fumiers, champignons corrom- 
pus, tous ces débris doivent disparaître sous l'action 
d'une foule d'espèces de coléoptères, la plupart de pe- 
tite taille, les staphylins, dont les plus volumineux 
chassent les proies vivantes et dépècent les petits cada- 
vres. Ces insectes frappent les yeux à première vue par 
l'extrême brièveté de leurs élytres. On dirait qu'ils por- 
tent un habit beaucoup trop court, ou une veste, lais- 
sant à découvert presque tous les anneaux de l'abdo- 
men. Il y a là évidemment dégradation, persistance 
d'une forme temporaire chez les nymphes. Cependant 
des ailes développées sont cachées sous ces courtes ély- 
tres, et la plupart des espèces volent bien. Il est pro- 
bable que les grands staphylins, qui fréquentent les 
cadavres, y cherchent surtout les larves de diptères 
provenant des œufs pondus par les muscides. Les gran- 
des espèces ont de fortes mandibules qui serrent vive- 
ment, et ils dégorgent, comme les carabes, une salive 
Acre et brune. À l'extrémité de l'abdomen du staplujlin 
odorant paraissent, quand on l'irrite, deux vésicules 
blanches, ovoïdes, émettant une matière volatile odo- 
rante, éthérée ou musquée. Aristote croyait que les sta- 
phylins causaient la mort des chevaux qui les ava- 
laient. On rencontre à chaque pas, dans les chemins de 



COLEOPTERES. 



foute l'Europe, I»' staphylin odorant (ocypus olens), 
d'un noir terne, vivanl dé rapine, nommé vulgai- 
rement le Diable; au moindre danger, il écarte ses 
mandibules el relève l'abdomen, d'où fonl saillie deus 



vésicules blanches (fi{ 



.">*, 55, 56 i. Ses meta- 





l ;_. 53) 5 i. 53 et 06. 
Staphylin odorant adulte (l'ace et profil), nymphe et larve. 



morphoses ont été bien étudiées eu même temps par 
MM. Blanchard et Ileer. La larve est allongée, atté- 
nuée vers l'extrémité, avec deux longs filets écartés et 
un tubercule par-dessous qui l'empêche de traîner sur 
le sol. La tète et les anneaux du thorax sont d'un brun 
brillant, avec des pattes grêles et longues; les autres 
anneaux sont d'un gris cendré. Comme l'adulte, elle 
relève l'abdomen d'un air menaçant. Très-agile et très- 
carnassière, elle guette le jour sa proie au passage, à 
demi-enfoncée dans un trou en terre, et sort la nuit 
pour chasser. Souvent elle saisit à la gorge un autre 
individu de son espèce et le suce avec avidité. Vers la 
fin de mai, elle s'enfonce en terre et se transforme en 
nymphe dans une cellule. La nymphe est d'un jaune 
paille avec la tète repliée en dessous, ainsi que les 
pattes, les ailes sur le côté. Elle est très-grosse à la ré- 
gion antérieure, puis amincie. Au bout d'une quinzaine 



78 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

de jours, il en sort un insecte jaunâtre prenant bientôt 
la couleur noire. 

Nous citerons aussi le staphylin à grandes mâchoires 
(maxillosus), revêtu de bandes cendrées, grand ama- 
teur des cadavres, et le staphylin velu (hirtus), noir, à 
longs poils jaunes , qui lui donnent quelque ressem- 
blance avec un bourdon, quand on le voit s'abattre sur 
les charognes. Aussi Geoffroy, le vieil historien des in- 
sectes de Paris, l'appelle le staphylin bourdon. Les pœ- 
dères chassent au bord des eaux, sous les pierres, et 
leurs espèces, dans tous les pays, présentent un agréa- 
ble mélange de noir, de rouge et de bleu. De petits 
staphylins vivent en parasites dans les nids des fourmis, 
et une rare espèce, de forte odeur musquée, aplatie et 
laissant traîner son abdomen comme un petit lézard, 
habite le guêpier des frelons : il est fort difficile de 
se la procurer, vu les mœurs peu traitables de ses 
amis 1 . 

Quelques staphylins ont des mœurs très-singulières. 
Une petite espèce, découverte d'abord dans le nord de 
l'Europe, a été trouvée par le docteur Laboulbène au 
cap de la llève, près du Havre. C'est le micralymna 
hrevipenne. Ainsi que la larve et la nymphe, l'insecte 
parfait vit sous l'eau à la marée haute. On les prend, à 
marée basse, dans les fentes des roches, qu'on fait écla- 
ter au ciseau. Dans certaines grottes de la Carniole se 
rencontre un grand staphylin, d'un centimètre de long, 
de couleur de poix, ayant un très-petit œil, allongé et 
sans facettes. On le nomme le glyptomère cavicole. 

Il faut en finir avec ces tristes carnassiers. Nous 
avons vu les silphes fétides se nourrir avec avidité des 
chairs putréfiées; les dermestes, qui attaquent de pré- 
lérence les tendons et les peaux des cadavres, achèvent 

' C'est le Quechus ou Vcllcius dilatatus. 



COLÉOJ II RES. 



7!» 



l'œuvre de destruction. Il 



n'y aurail qu'avantage 



poinl de vue <l<>> grandes harmonies naturelles, si les 
larves des dermestes ne mangeaient indifféremment 
toutes les matières animales sèches, le lard, les pelle- 
teries, les plumes, les crins, les objets en écaille, les 
cordes à boyau, les vessies, etc. Une espèce très-com- 
mune, le dermeste du lard, abonde dans les charcute- 
ries mal tenues (fig. 57, 58, 59). Il est noir avec une 





Kg. 57, 58 et 59. 
Dermeste du lard, nymphe, larve, adulte. 

large bande grise à la base des élytres. Il aime les en- 
droits obscurs et malpropres. Ses larves, à fortes man- 
dibules, ont des pattes courtes; elles marchent lente- 
ment et avancent en se servant, comme d'un levier, 
d'un tube qui termine leur corps. De longs poils rou- 
geâtres forment comme une couronne autour de leurs 
anneaux d'un brun rouge. Pendant quatre mois elles 
ne cessent de se repaître, et même se dévorent entre 
elles, si la faim les presse. Elle se recouvrent d'excré- 
ments pour se changer en une nymphe qui conserve 
pour s'appuyer les deux appendices postérieurs de la 
larve. Cette larve fait beaucoup de mal dans les magna- 
neries, en mangeant parfois les chrysalides du ver à 
soie, et surtout en détruisant les femelles et les œufs 
sur les toiles dites à grainage cellulaire, où l'on fait 
pondre chaque femelle isolément (procédé de M. L. Pas- 
teur), afin de pouvoir l'étudier plus tard au microscope 



80 LES METAMORPHOSES DES INSECTES. 

et s'assurer si elle manque des corpuscules maladifs. 
On doit avoir grand soin de conserver toiles, et femelles 
repliées dans un coin de la toile après la ponte, dans 
de grands sacs de fin tissu empêchant les dermestes de 
venir déposer leurs œufs. 

Le dermes te renard (vulpinus), d'un gris fauve, se 
plaît surtout dans les pelleteries, où il cause les plus 
grands ravages. La compagnie de la baie d'Hudson, 
dont les magasins à Londres étaient dévastés par cet 
insecte, avait offert 20,000 livres sterling pour le moyen 
de le détruire. Les sombres dermestes volent peu; 
sans cesse ils fuient le jour; timides, ils s'arrêtent au 




Fig. 60, Cl et 62. 
Attagène des pelleteries, nymphe, larve, adulte. 

moindre bruit, paraissent morts afin d'échapper au dan- 
ger. Les pelleteries ont aussi à craindre un autre in- 
secte du môme groupe, le dermeste à deux points blancs 
de Geoffroy (attagenns pellio); sa larve, couverte de 
poils jaunâtres que termine un long pinceau, marche 
par mouvements saccadés; sa nymphe est revêtue de 
poils courts et blanchâtres (fig. 60,61, 62). L'adulte, 
fort différent des vrais dermestes, vole sur les fleurs, où 
sans doute il chasse aux petits insectes. Enfin, un petit 
coléoptère d'un genre voisin, Yanthrène des musées 1 , 

1 Nom vulgaire, c'est réellement Yanthrène varié. Il y a ici une 
confusion d'usage. Le véritable anthrcne des musées, de Linnœus, 
est tort rare. 



COLÉOPTÈRES. 81 

esl le désespoir des entomologistes. Il pénètre dans 
les Imites d'insectes el dépose ses œufs sur leurs corps 
desséchés. Los larves s'introduisent dans l'intérieur, 
et un amas de fine poussière brune au-dessous tra- 
ln! seul leur présence. Elles son! blanchâtres, en- 
tourées de faisceaux de poils qu'elles hérissenl â la façon 
du porc-épic, dès qu'on les touche. Cette larve devient 
immobile liuil ou dix jours avant la nymphose. La nym- 
phe demeure dans la peau séchée de la larve el con- 
Berve les épines de la tête el des côtés des segments. 
Ces! un moyen de protection, comme l'a reconnu M. Lu- 
cas, afin d'empêcher la nymphe molle d'être blessée 
lors des chocs. Un petit coléoptère globuleux, couver! 
de fines écailles agréablement colorées, en provient, il 
replie ses pattes cl semble niorl quand on le veut sai- 
sir. Il vide bien et vif sur les ileurs. lue visite fré- 
quente <\^> boites, les vapeurs de benzine ou de sul- 
fure de carbone, sont les meilleurs moyens de détruire 
les larves d^> anthrènes. Il est fort difficile de dire au- 
jourd'hui quelle est la pairie première des insectes 
dont nous venons de parler. Le commerce les a trans- 
portés partout , et comme tous les insectes cosmopo- 
lites, ils sont fort peu sensibles à la température. Par 
suite des échanges, les collections d'insectes en Amé- 
rique sont infestées par l'antlirène des musées, comme 
les nôtres. 

En général, tous les coléoptères dont il a été ques- 
tion jusqu'ici avaient dr> téguments durs et solides. 
Ces armures puisantes ne sont cependant pas néces- 
saires à tous les insectes de cet ordre qui vivent de 
proie. Il en <>st à élylres faibles et molles, d'un vol fa- 
cile, très-carnassiers surtout à l'état de larve. Les trans- 
formations et les mœurs de deux groupes de ces mala- 
bodermes méritent toute notre attention. Dans toutes 
tes nuits d'été, on voit scintiller dans l'herbe, sou^ lès 

o 




82 LES METAMORPHOSES DES LNSECTES. 

buissons, de petits feux blanchâtres et mobiles. On 
cherché à les saisir, et l'on a dans la main un être 
aplati, annelé, d'un gris brunâtre. Les plus gros, les 
plus brillants de ces vers lui- 
sants sont des femelles privées 
d'ailes, ayant conservé l'aspect 
des larves (fig. 65, 64). Seule- 
ment, chez les larves, tous les 
anneaux sont pareils , la tête 
très-petite et cachée; les femel- 
les ont la tête plus apparente, à 
Fig. G5ef64. petites antennes, et le corselet 

Lampyre noctiluque, mâle i v 1 »i 

et femelle. en houclier comme les maies, 

et bien distinct. Les trois der- 
niers anneaux de leur abdomen brillent par-dessous 
d'un vif éclat. La lueur est produite par la combustion 
lente d'une sécrétion qui laisse des traces lumineuses 
si on l'écrase entre les doigts. Dans l'oxygène, elle de- 
vient plus intense, et le gaz se mêle d'acide carbo- 
nique, comme par l'action de nos lampes, de nos 
foyers. Elle s'éteint bientôt dans les gaz inertes. Elle 
semble émise par scintillations et s'affaiblit à la vo- 
lonté de l'animal, brillant d'un éclat incomparable 
quand s'opère la reproduction; elle se dégage violem- 
ment lors des contractions musculaires de l'insecte et 
quand on les excite artificiellement ; ces propriétés ap- 
partiennent, au reste, à tous les animaux phosphores- 
cents. Les adultes vivent peut-être de végétaux, mais 
les larves, très-carnassières, s'attaquent aux mollus- 
ques terrestres, pénètrent dans la coquille des colima- 
çons, en tuent l'habitant, et au moyen d'une brosse de 
poils roides, dont leur partie postérieure est munie, se 
débarrassent des mucosités qui gêneraient leur respira- 
tion. Elles sont phosphorescentes par-dessous, mais moins 
que les femelles, et de môme les nymphes, dont la forme 



COLEOPTERES. 83 

peste celle de la larve quand il en doit éclore des femelles. 
Les œufs son! aussi phosphorescents. La nymphe, au con- 
traire, esl (oui autre si elle doil donner un mâle. Elle offre 
alors les ailes repliées sons nue mince peau, el présente 
en dessous deux points lrès-lumineux,surtou1 quand l'air 
les frappe. Il en sorl en automne un coléoptère ailé, à 
corselet arrondi comme un bouclier, â longues élytrea 
recouvrant l'abdomen. Le mâle du lampyre noctiluque est 
très-faiblement phosphorescenl comparé à la femelle, 
Beulemenl en doux points sons l'avant-dernier anneau. 
Il recherche sa femelle immobile, attiré par l'éclat 
quelle projette au loin. On voit donc que cette bril- 
lante lumière esl pour elle le seul moyen d'assurer la 
reproduction do son espèce, un véritable flambeau de 
l'hyménée. Telle Héro, prêtresse de Vénus, plaçait cha- 
que soir nn fanal sur une tour élevée, pour guider 
Léandre dans les flots écumeux de l'Hellespont. Lelam- 
pyre splendide, fort analogue au précédent, habite sur- 
tout le midi de la France. En Italie, en Espagne, en 
Portugal, dans un petit genre voisin (lucioîa italica et 
lusitanica), les deux sexes sont ailés, d'un brun foncé, 
et également phosphorescents. Ils se poursuivent la 
nuit à travers les sombres feuillages, et multiplient à 
Un peint prodigieux. Ils offrent, pendant les nuits d'été, 
un des spectacles les plus curieux qu'on puisse voir, 
car l'air est éclairé d'une multitude de petites étoiles 
errantes, fugitives étincelles du plus charmant effet. 
Ces insectes présentent en dessous de l'abdomen, à 
l'extrémité, l'appareil phosphorescent comme uwo large 
plaque d'un jaune soufré, conservant cette couleur chez 
les sujets secs de collection. Nous trouvons ces lucioles 
dans l'extrême midi de la France, près de .Nice, de Can- 
nes, de Marseille jusqu'à Grasse. 

Il est d'autres mangeurs de colimaçons qui se mon- 
trent au jour et n'ont dés lors pins besoin des lueurs 



84 LES MÉTAMORPHOSAS DES INSECTES. 

de feu des lampyres nocturnes. On connaissait depuis 
longtemps un petit coléoptère ailé et jaunâtre, à an- 
tennes munies de longs filaments, ressemblant déforme 
aux mâles des lampyres. C'est le drile flavescent, le 
panache jaune de Geoffroy. Un naturaliste polonais éta- 
bli à Genève, Mielzincky, trouva, en 1824, dans les co- 
quilles de Yhelix nemoralis (la livrée, à coquilles à 
bandes) des larves qui dévoraient l'animal, mais il 
n'obtint de leurs métamorphoses que des insectes sans 
ailes, ressemblant beaucoup à ces larves carnassières 
et aux femelles de vers luisants, mais plus aplaties, 
dont il fit un genre spécial, ne connaissant pas les mâ- 
les. En France, G. Desmarest fut plus heureux. Ayant 

rencontré dans le parc 
de l'école vétérinaire 
d'Àlfort un grand nom- 
bre de colimaçons rem- 
plis de ces larves, il en 
vit sortir, des uns les 
petits driles aux élé- 
gants panaches, des au- 
tres les lourdes femel- 
les, dix à quinze fois 
plus grosses que les mâ- 
les et recherchées par 
ceux-ci. Nous représentons le drile flavescent et sa grosse 
femelle, tous deux grossis et en conservant les propor- 
tions relatives (fig. 05). Le mâle est souvent encore plus 
petit. 

Nous montrons également, dans un autre dessin 
(fig. 66), l'habitation des femelles dans les coquilles 
des colimaçons et les mâles voltigeant autour d'elles. 
Le docteur Laboulbène a élevé à Agen les deux sexes 
du drile flavescent avec Yhelix limbata, jolie espèce à 
trait blanc sur le dos de la spire. Nous rencontrerons 



XlBkJ 



«H* 



'W-y.,'- 



FiS. 05. 
Drile flavescent, mâle et femelle. 




COLI nl'll lll.s. 



s:, 



bar la suite d'autres exemples de ces bizarreries de la 
nature dans ces espècesdont rien ne montre au dehors 
hi ressemblance des sexes. La larve du drile, d'un 
jaune blanchâtre, est transportée, on ne sait encore 
gomment, sur la coquille du mollusque, el s'j fixe par 
jine sorte de ventouse qu'elle porte à son extrémité pos- 
térieure, à la façon d'une sangsue. Ces larves aplaties 




Fig, 66. — Driles et colimaçons 



pnl de fortes mandibules et dos bouquets de [mils laté- 
raux, des pattes assez longues et grêles. Elles se glis- 
sent entre ranimai el la coquille, le dévorenl peu à peu, 
puis , quand elles deviennent nymphes, elles ferment 
l'entrée de la coquille avec la vieille peau de la larve. 
Une espèce très-voisine, observée en Algérie, près d 0- 
ran, par M. Lucas, le drile mauritanique, offre un in- 
Btincl plus singulier. La larve s'attaque à des cyclo 



86 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

tomes, mollusques qui ferment l'entrée de leur coquille 
avec un opercule de même substance. Le vorace ennemi 
s'est cramponné par sa ventouse à la coquille, mais la 
porte est close et trop dure pour ses robustes mandi- 
bules. 11 ne se décourage pas, il est persuadé qu'elle 
devra s'ouvrir. Sa patience égale son appétit; il de- 
meure en sentinelle parfois plusieurs jours. Le mal- 
heureux limaçon sait sans doute que la mort attend à 
l'entrée de sa maison, car il retarde sa sortie tant qu'il 
peut. Enfin, vaincu par le jeûne ou par le besoin de 
respirer, il détache son opercule. La larve du drile 
aux aguets le blesse aussitôt au muscle qui fait adhérer 
la petite porte au corps du limaçon, de manière à em- 
pêcher à l'avenir cette porte de se clore, puis se glisse 
sans inquiétude à l'intérieur de la coquille, et, maîtresse 
de la place, dévore à loisir le pauvre et inoffensif animal 
qui l'habite. 

Nous allons retrouver les facultés lumineuses dans 
un autre groupe de coléoptères, de conformation re- 
marquable à d'autres égards. Ce sont des insectes qui 
vivent habituellement de végétaux, mais qui, dans cer-, 
tains cas, peuvent devenir carnivores. Ils sont de forme 
ellipsoïdale, et plus ou moins aplatis. Leur tète est pe- 
tite, leur corselet ou premier anneau du thorax, très- 
grand, en forme de trapèze allongé, rebordé latérale- 
ment, et plus ou moins prolongé en pointe aux angles] 
postérieurs. Ce qui les fera immédiatement reconnaître, 
c'est que, placés sur le dos, alors que. leurs pattes trop" 
cour.es ne leur permettent pas de se retourner, ils sa- 
vent sauter et retomber sur le ventre par un ingénieux 
mécanisme. De là leur nom tïelatères, de taupins, de 
maréchaux, à cause d'un choc sec qu'ils produisent en 
sautant. Leur corps retourné se cambre en s'appuyant 
par la tète et par l'extrémité de l'abdomen. Une pointe 
du dessous du corselet pénètre, par un brusque mou- 






n: 



!ttl 



du dessous de 
urter 




Pig. 67. 

Organe de saul 

du taupin ( face ). 



COLEOPTERES. 

vemenl de l'insecte, dans nne 1 « >^ 

Panneau suivant; en même temps le «lus vienl I 

.ivcc force le plan d'appui , et, par ré- 

ietion, l'animal est lancé en l'air, et 

recommence sa manœuvre jusqu'à ce 

qu'il retombe sur ses pattes (fig. 67, 

88). Les larves de certaines espèces 

sont très-nuisibles à nos cultures, el 

\ivenl dans les racines; la pluparl se 

trouvenl dans les dois décomposés. 
Ces larves sonl cylindriques, revêtues 
d'écussons cornés, à pâlies courtes, 

niais Portes, avec de rares poils roides 
entre les anneaux (fîg. 69). La dureté 
de la peau et leur l'orme les ont l'ait 
nommer, par les Anglais et les Alle- 
mands, vers fils de fer. Nous représen- 
tons la larve d'une espèce étudiée par M. E.Blanchard. 
Quelques espèces d'Amérique, appartenant au genre 
pyrophorus (porte-feu), 
répandent une lueur 
phosphorescente. Les 
■lus célèbres (jnjropho- 
nts noctilucus) abon- 
dent à la Havane, à la 
(iuvane , dans le nord 
du Brésil (fig. 70). 

Ils se cachent dans les creux des arbres, dans les 
troncs pourris^ sous les herbes des prés el dans les 
parties fraîches des plantations de cannes à sucre. 

Leur 1 ière provient de deux lâches sur les côtes du 

corselet, et aussi (\r> amiraux de l'abdomen; elle est 
assez vive pour permettre de lire à petite distance. Les 
Indiens eu attachent sur leurs orteils pour se guider 
la nuit dans les sentiers des bois. Ils les capturent 




Fig. 09. 
Larve de l'éJatêre raurin. 



SS LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

en balançant en l'air des charbons incandescents au 
bout d'un bâton, ce qui prouve que la lueur qu'ils ré- 
pandent est pour eux un appel. On les renferme dans de 
petites cages de fil métallique, I 
on les nourrit de morceaux de 
canne à sucre et on les baigne • 
deux fois par jour ; ce bain est 
indispensable à leur santé et ; 
remplace pour eux les rosées du soir et du matin. La 
nuit ils s'élèvent par miliers à travers les feuillages. 
Lors de la conquête espagnole, une troupe nouvelle- ■ 
ment débarquée, et en hostilité avec les premiers ar- 
rivants , crut voir les mèches 
d'arquebuses prêtes à faire feu 
et n'osa engager le combat. Ces 
insectes deviennent des bijoux 
vivants, d'un bien autre éclat 
que les pierres précieuses. On 
les introduit le soir dans de pe- 
tits sacs en tulle léger qu'on dis- 
pose avec goût sur les jupes. 11 
en est d'autres à qui on passe 
sans les blesser une aiguille 
entre la tête et le corselet, et 
on la pique ensuite dans les 
cheveux pour maintenir la man- 
tille, en les entourant de plumes 
d'oiseaux-mouches et de diamants, ce qui forme une 
éblouissante coiffure. Voici quelque détails que nous em- 
pruntons à ce sujet à M. Chanut: « Ces insectes servent 
de jouet aux belles dames créoles de la Havane, où ils sont 
appelés cucujos. Souvent, par un charmant caprice, elles 
les placent dans les plis de leur blanche robe de mous- 
seline, qui semble alors réfléchir les rayons argentés de 
la lune, ou bien elles les fixent dans leurs beaux cheveux 




Fig. 70. 
Pyrophore noctiluque. 



COLÉOPTÈRES. 89 

noirs. Cette coiffure originale a un éclat magique, <|ui 
s'harmonise parfaitement avec le genre de beauté de ces 
pâles et humes Espagnoles. One séance de quelques 
heures, «luis les cheveux ou sons les plis de h robe 
d'une seilora, doit fatiguer ces pau> res insectes habitués 
à la liberté des bois. Cette fatigue se révèle par la dimi- 
nution ou la disparition passagère de la lumière qu'ils 
émettenl ; on les secoue, on les taquine pour la ramener. 
Au retour de la soirée, la maîtresse en prend grand soin, 
car ils sonl extrêmement délicats. Elle les jette d'abord 
dans un vase d'eau pour les rafraîchir; puis elle 
le> place dans une petie cage <>ù ils passent la nuit à 
jouer et à sucerdes morceaux de canne à sucre. Pendânl 
tout le temps qu'ils s'agitent, ils brillent constamment, 
et alors la cage, comme une veilleuse vivante, répand 
une douce clarté dans la chambre. » Leurs larves se 
trouvent à l'intérieur du bois; c'est ce qui explique 
comment, au milieu du siècle dernier, le peuple du fau- 
bourg Saint-Antoine fui agité d'une frayeur supersti- 
tieuse : des CUCUJOS, sortis de morceaux de bois des îles, 
s'étant répandus la nuit dans un atelier. 

11 y a quelques années on a pu observer vivante, au 
Muséum, une espèce de Pyrophore venant du Mexique, le 
P.strabus: la lumière était verdâtre, comme celle des 
lanternes de certaines voitures publiques, et, outre les 
deux taches ovalaires du corselet, apparaissait aussi 
entre les anneaux de l'abdomen et du thorax. MM. Pas- 
leur et Gernez ont vu que celle lumière donne \ui beau 
Spectre, continu et sans raies obscures ni brillantes ; di- 
vers observateurs ont aussi constaté un l'ait analogue 
pour la phosphorescence des vers luisants, En 1873 le 
Pyrophore noctiluque a été apporté vivant à Paris, pro- 
venant de la Havane. C'est du ventre que part la plus 
forte lumière, surtout après que l'insecte a été baigné 
dans l'eau. 



90 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

Ce sont les coléoptères à nourriture végétale qui vont 
maintenant nous occuper, à peu d'exceptions près. Les 
pièces de la bouche deviennent moins proéminentes et 




7P 
Fig. 71. — Hanneton commun, mâle et femelle. 

moins acérées. Au premier rang se présentent à nous 
les hannetons, aux antennes à larges lamelles, s'écai tant 
à la volonté de l'animal, plus amples chez le mâle que 



COLÉOPTÈRES. «.H 

chez la femelle. Nous sommes habitués â rire à la pensée 
de cet insecte sans défense, joue! infortuné des enfants, 
an vol lourd, retombant au moindre obstacle, ou ballotté 
par le vent, ce <|ui a amené le proverbe : Etourdi comme 
un hanneton. Los agriculteurs ne rienl pas à la vue du 
hanneton ordinaire (melolontha vulgaris) t au corselet 
il» ir, ;ui\ élytres et pattes fauves (fig. 71 1. A l'étal par- 
fait, li 1 hanneton no \il pas au delà de si\ semaines, géné- 
ralement du milieu d'avril à la (in demai. Il se tient sous 
les feuilles pendanl la forte chaleur du jour, qu'il redoute 
beaucoup ; il dévaste lous les arbres, aimanl principa- 
lement les ormes, dont \< s enfants désignenl les l'ruits 
sous le nom de pain de hanneton. Ce n'est que par excep- 
tion qu'il touche aux plantes herbacées. La durée totale 
de la vie <lu hanneton esl de trois ans. La femelle, avec 
ses fortes pattes de devant, creuse le sol pendant la nuit, 

à un ou deux décimètres de prof leur, et y dépose de 

vingt à Ire:, le œufs d'un blanc jaunâtre, de la grosseur 
d'un grain de chènevis. Son instinct la conduit à choisir 
les terres les plus légères et les mieux fumées pour leur 
confier sa progéniture ; ce sont les terres où les végé- 
taux: abondent et qui sont les plus perméables à l'air, 
nécessaire à tout être vivant. Elle évite avec soin 
les lieux marécageux, les terres qui reposent sur un fond 
de glaise, ou compactes et battues que les jeunes larves 
ne sauraienl percer; elle redoute pour elles l'ombrage 
des grands arbres, ne pond pas dans les taillis serrés, ni 
sous les arbustes touffus et dont les branches et les 
feuilles descendent jusqu'à terre. La prudence conseille 
aux cultivateurs de terrains secs et légers de s'abstenir 
de limier et labourer au printemps, et de remettre ces 
travaux après la ponte. L'état de la terre à celle époque 
explique comment, de deux champs contigus, l'un peut 
être ravagé par les vers blancs et l'autre épargné. Les 
cultures de l'homme et ses labours, rendant la terre per- 



92 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

méable, ont fait devenir le hanneton plus commun qu'il 
ne devrait être naturellement. Dans les années où il 
abonde, on peut en effet remarquer dans les bois que ce 
sont les arbres des lisières, contre les champs cultivés, 
qui sont dépouillés de leur feuillage, et que le hanneton 
n'est jamais dévastateur au centre des grandes forets. Un 
mois après la ponte sortent des œufs ces larves recour- 
bées, à tête dure et cornée, à pattes grêles, d'un fauve 

terne, dont la peau est 
gonflée d'une graisse 
blanchâtre et parait noi- 
râtre à l'extrémité pos- 
térieure par l'amas des 
excréments (fig. 72, 75). 
Ce sont les insectes con- 
nus, selon les pays, sous 
les noms de ver blanc, 
turc, man, terre, en- 
graisse-poule, chien de 
terre, etc. Les corbeaux 
et les pies, qu'on voit constamment picorer de motte en 
motte, leur font une guerre très -acharnée, mais bien 
insuffisante. Les petites larves mangent peu la première 
année, restant réunies en famille, caractère des êtres 
faibles. En hiver, elles s'enfoncent profondément, échap- 
pant ainsi à la gelée et aux inondations. Au printemps 
suivant, la faim les presse, elles se dispersent en tous 
sens dans des galeries qu'elles creusent. Alors com- 
mencent d'affreux ravages. Les racines sont dévorées, 
d'abord celles des céréales et des légumes, puis, lorsque 
les larves sont plus fortes, les racines des arbustes et 
des arbres. Bien que mangeant toutes les racines, et 
même le bois mort, les vers blancs ont une prédilection 
pour les salades et les fraisiers, et parmi les rosiers, pour 
ceux des quatre saisons. Sur les racines des arbustes, les 




Fig. 72 et 73. 
Larve de hanneton 



COLÉOPTÈRES. 93 

morsures des vers blancs s'étendent dans toute la lon- 
gueur et simulent celles des rats; les plantes potagères, 
au contraire, sont en général coupées au collet en tra- 
vers, et viennenl à la main dès qu'on les tire. D'im- 
menses pièces de gazon, de luzerne, d'avoine ou «I» 1 blé 
jaunissent ei meurent. Les rosiers, les arbres à fruits se 
l'.meiii sur pied, e1 on trouve parfois autour de chaque 
souche de deux à huit litres de vers blancs. Aussi jadis 
les foudres do l'excommunication furent lancées contre 
ces ennemis souterrains, ainsi que contre les chenilles. 
Les inans. cause d'une famine, étaient cités en 1 179 
devant le tribunal ecclésiastique de Lausanne, défendus 
par un avocat de Fribourg, probablement trop peu élo- 
quent ou mal à l'aise devant les méfaits de ses clients, 
car le tribunal, après mûre délibération, les bannil 
formellement du territoire. Il Tant dire, à la décharge 
de ces pieuses et naïves croyances, que nous no sommes 
pas plus avancés aujourd'hui contre leurs dévastations. 
C'est encore à la Providence, par suite de gelées subites 
au printemps, qu'il est donné d'en détruire le plus grand 
nombre. Leurs ravages semblent augmenter d'année en 
année, avec l'extension de nos cultures. Ainsi, en 1854, 
un seul pépiniériste deBourg-la-Reine évaluait à 50 000 fr. 
la perte que lui causait cette terrible larve. M. de Reiset 
estimait, il y a trois ans, à 25 millions, les dommages 
causés au seul département de la Seine-Inférieure. Il a 
reconnu que les vers blancs, trés-sensibles à la chaleur, 
s'enfoncent ou reviennent prés de la surface, selon les 
variations de la température, et cela au moyen de ther- 
momètres enfoncés dans l'humus jusqu'à la couche à 
vers blancs. 

Ces larves s'enterrent et s'engourdissent pour passer 
le second hiver et sont alors aux quatre cinquièmes de 
leur taille. Elles remontent au printemps et continuent 
pendant deux mois et demi les ravages de l'année précè- 



9i 



LES METAMORPHOSES DES INSECTES. 



dente, s'attaquant alors même aux racines des arbres, dont 
leur forme arquée leur permet d'embrasser le contour. 
Vers le milieu de l'été de la seconde année qui a suivi 
l'année de la ponte, le ver blanc, parvenu à toute sa crois- 
sance, s'enfonce profondément à plus d'un demi-mètre, 
se façonne une coque enduite d'une bave glutineuse, con- 
solidée par la pression de son corps. 11 s'y change en 
nymphe où les élytres et les ai- 
les couchées recouvrent le pattes 
et les antennes (fig. 74, 75). Dès 
la fin d'octobre, la plus grande 
partie des hannetons sont deve- 
nus insectes parfaits, mais en- 
core d'un blanc jaunâtre, mous 
et sans force. Ils passent l'hiver 
dans la chambre natale, se dur- 




Fig, "4 et 75. 
Nymphe de hanneton. 



cissent et se colorent en géné- 



ral vers la fin de février et re- 
montent peu à peu pour sortir de terre en avril. Dans 
les hivers très-doux, on voit paraître accidentellement 
des insectes adultes beaucoup plus tôt, trompés par une 
chaleur insolite. Voilà pourquoi nous avons tous les trois 
ans une année de hannetons ; ceux qui paraissent en bien 
grand nombre dans les deux autres années forment des 
générations dont l'origine première estime éclosion pré- 
coce ou retardée. 

Pendant tout l'hiver on trouve des hannetons, éclos et 
colorés, dans les labours, dans les trous qu'on pratique 
dans les vergers pour planter les arbres. Dans les années 
chaudes, on en voit voler dens les mois de septembre 
et d'octobre , ce qui fut constaté dans tout le nord 
de la France en 1865. En janvier 185i, il en parut 
dans le Wurtemberg et en Suisse. Ces histoires de 
hannetons précoces figurent souvent dans les jour- 
naux. 



COLÉOPTÈRES, M 

La vie entière du hanneton, qui est en France de trois 
nus, peut se répartira peu presse la manière suivante, 
les dates, n'ayant, bien entendu, qu'un s,,|,s approxi- 
matif : 

il m PS DE DOMMAGE8 00 DE VIE àCTIVE DE8 LARVES 

Première année, à partir de l'éclosion des œufs, 

du l -' juillet .-ni l" novembre. . . 1 mois. 

Seconde année, du I ' avril au 1 ' novembre. ... 7 — 

Troisième année, du I er avril au I er juillet 3 — 

Totai 14 mois. 

TEMPS D'ENGOURDISSEMENT, SANS N >u;i;i 1 1 i;i. 

Cinq mois en automne et en hiver des deux, pre- 
mières années, du 1 ' novembre au I er avril H> mois. 

[otal de l'existence en larves 24 mois. 

Temps de vie latente ou de nymphe du l r juillet 
au 1 mars de la troisième année 8 mois. 

Hannetons adultes éclos, demeurant en J 

terre 80 jours ^ . 

Hannetons hors de terre et dévorant } , J . 

les ieuilles 20 - 0U * m01S ' 

En œufs l 20 — J 

Durée do la vie totale avec toutes ses métamor- 
phoses. 36 mois. 

Pour donner une idée des quantités fabuleuses aux- 
quelles le hanneton arrive en certaines années, nous rap- 
pellerons qu'en 1688 les hannetons détruisirent toute la 
végétation du comté de Galway en Irlande, de sorte que 
le paysage prit l'aspect désolé de l'hiver. Le bruit de leurs 
multitudes dévorantles feuilles était comparable au sciage 
d'une grosse pièce de bois, et, le soir, le bruit de leurs 
ailes résonnait comme des roulements éloignés de tam- 
bours. Los habitants avaient de la peine à retrouver leur 
chemin, aveuglés par cette grêle vivante. Les malheureux 
Irlandais lurent réduits à cuire les hannetons el â les 



96 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

manger. En 1804-, des nuées immenses de hannetons, pré- 
cipitées par le vent violent dans le lac de Zurich, for- 
mèrent un banc épais de cadavres amonceléssur le rivage, 
dont les exhalaisons putrides empestèrent l'atmosphère. 
Le 18 mai 1852, cà neuf heures du soir, la route de Gour- 
nay à Gisors fut envahie par de telles myriades de han- 
netons, qu'à la sortie du village de Talmoutiers, les 
chevaux de la diligence, aveuglés et épouvantés, refu- 
sèrent opiniâtrement d'avancer et forcèrent le conducteur 
à revenir sur ses pas. En 1841 , ils ravagèrent les vignobles 
du Maçonnais, et certaines de leurs nuées s'abattirent 
sur Mâcon, au point qu'on avait grand'peine cà s'en ga- 
rantir par les moulinets de canne les plus rapides, et 
qu'on les ramassa à la pelle dans certaines mes. Un 
hannetonnage de ces insectes adultes, mais général, mais 
obligatoire, serait le seul moyen efficace de combattre un 
fléau qui coûte bien des millions au pays ; mais en France, 
l'esprit de facétie, compagnon de l'ignorance, est encore 
plus funeste que le hanneton. On peut citer comme 
exemple un spirituel préfet du roi Louis - Philippe , 
M. Romieu, alors préfet de la Sarthe, qui rendit un 
arrêté en ce sens. Il devint la proie des petits journaux 
et fut représenté en hanneton dans le Charivari. 

Nous rencontrons aussi, mais rarement dévastateur, 
le hanneton du châtaignier, à corselet brun, à pattes 
noires, et le hanneton foulon, de taille double du han- 
neton commun, agréablement bigarré de fauve et de 
blanc, mais qui n'habite que les rivages de la mer et 
surtout les dunes. En été apparaissent deux petits han- 
netons blonds et poilus, bien plus nocturnes que le han- 
neton commun, volant le soir dans nos prairies. Ce sont 
le rhizotrogus solstitialis, qui paraît en juin, et le rhizo- 
trogus œstivus, eu juillet. Leurs larves, très-nuisibles, 
vivent des racines des arbres. 

A côté des hannetons se rangent les cétoines inoffen- 



COLÉOPTÈRES. 



91 



siv.'s, ornées souvenl de magnifiques couleurs métalli- 
ques. Les pièces buccales des adultes sonl très-molles , 
aussi ne vivent-ils <|in i de (leurs. On voit la cétoine dorée 
se jeter avec frénésie sur les lilas et sur les roses et s'\ 





Coque et larve de cétoine dorée. 



endormir. Los larves vivent dans le bois pourri, et les 
nymphes s'y façonnent une coque ; dans ces deux états 
l'insecte ressemble au hanneton (fig. 76, 77). A l'état 
adulte, les cétoines volent le jour et très-facilement, en 




Fig. 78. — Cétoine dorée volant. 



faisant glisser leurs ailes au-dessous des élytres qui 
restent closes (fig. 78). Cette espèce est le mélolonthe 
doré d'Aristote et partageait, avec le hanneton, le pri- 
vilège fort peu agréable pour elle d'amuser les enfants 
des Grecs. Nous devons citer deux petites cétoines, com- 

7 



OIS LES METAMORPHOSES DES INSECTES. 

mîmes sur les fleurs de chardons, la cétoine stictique, 
noire, à points blancs, et la cétoine velue, toute couverte 
de poils jaunâtres. A côté des cétoines viennent ces 
gigantesques Goliatlis, des côtes de Guinée et du Gabon, 
vivant de la sève des arbres, d'un blanc ou d'un jaune 
mat, avec des taches ou des bandes d'un noir velouté 
(fig. 79) ; les femelles n'ont pas la tête bicorne des mâles 
ot leurs jambes de devant sont munies d'épines, sans 
doute pour fouiller les arbres pourris où elles pondent ;. 
puis les Trichies, communes en France sur les fleurs, à 
bandes parallèles noires et jaunes, dont les larves vivent 
à l'intérieur des vieilles poutres en respectant leur super- 
ficie. 

Les cultures maraîchères, qui emploient fréquem- 
ment aux environs de Paris la tannée de l'écorce de 
chêne, ont rendu très-commun un gros coléoptère brun, 
bien connu sous les noms de rhinocéros ou de licorne 
(orijctes nasicornis). Il est beaucoup plus rare dans les 
bois, où se rencontrent peu souvent les écorces assez 
divisées pour ses larves. Le mâle porte sur le front une 
corne dont la femelle est dépourvue (fig. 80, 81). Les 
larves vivent trois ou quatre ans, analogues à celles du 
hanneton, mais bien plus fortes ; elles mangent les 
détritus ligneux du terreau et attaquent aussi les raci- 
nes des plantes. De même en Amérique, les énormes sca- 
rabées, tels que les scarabées Hercule et Jupiter, ont sur 
la tète, chez les mâles, de longs appendices dont man- 
quent les femelles. Leurs larves vivent dans les bois 
décomposés. 

La prédilection des larves de ce groupe pour les 
matières ligneuses altérées nous explique les précieux 
services rendus par certains insectes en débarrassant 
le sol des excréments des animaux herbivores. Les 
mœurs les plus curieuses sont celles de scarabées de 
genres voisins, plaçant leurs œufs dans de petites boules 




Fij. 71). — Goliath royal ou de Drury (mâle). 



COLÉOPTÈRES. 101 

de fientequ'ils roulent, el qu'ils enterrent. Les larves se 
développent dans ces boules, au milieu des aliments 

azotés qui leur conviennent. 

Nous devons donner le premier rang, parmi les rou- 
leurs de boules, aux ateuchus, à cause de la vénération 

qu'avaient pour certains de ces insectes les anciens 
Egyptiens. Le plus célèbre est Vateuchus sacré, qui se 
trouve dans le midi de la France, et plus ordinairement 




Fig. 80. 

l't'k' <l m y, !,• nasicorne înàlc 




Fig. 81. 
Tète de la femelle. 



en Provence qu'en Languedoc ; il est commun à Mar- 
seille sur les bords de la mer, du côté de Montredon. Il 
habite en général tout le littoral de la Méditerranée, et 
remonte jusqu'à Montpellier. On le trouve à Cette, à Per- 
pignan, etc. Il déploie, sous l'influence de la chaleur 
solaire surtout, une activité incroyable. Il choisit d'or- 
dinaire un terrain en pente pour y placer sa boule. On 
voit souvent, au printemps ainsi qu'au commencement 
de l'été, dans les dunes ou dans les sables du bord de la 
mer, les ateuchus se livrer an travail nécessaire pour 
enfouir leurs pilules. Ils grattent avec une grande viva- 
cité la terre qu'ils amoncellent d'abord derrière leurs 
pieds de derrière, puis, se retournant et se servant de 
leur front comme d'une pelle, ils poussent plus loin les 
débris qui les embarrassent. 

Leur front large est muni de six dentelures, comme 
des rayons, et leurs pattes antérieures sont dépourvues 
de taises qui auraient pu se briser eu fouissant, ou, peut- 



102 LES METAMORPHOSES DES INSECTES. 

être, tombent-ils immédiatement; la jambe étalée et 
tranchante fonctionne comme une pioche. C'est entre 
les pattes de derrière, longues, épineuses, arquées, que 
sont logées les boules, confectionnées avec les débris 
stercoraires séparés des pailles et des grains non digé- 
rés (fig. 82). L'insecte marche à reculons sur les quatre 
pattes de devant, jusqu'à ce que, parvenu au trou qu'il a 
creusé, il y précipite sa boule. On peut dire que les ateu- 
ehus contribuent à la salubrité atmosphérique et à la dis- 
sémination des engrais dans le sol. Les larves qui sortent 
des œufs déposés dans les boules sont conformées sur le 
plan commun des larves de scarabées, dont le type est la 
larve du hanneton. Elles vivent en terre, dans les trous 
où ont été projetées les boules et aux dépens de la ma- 
tière de celles-ci; c'est là aussi qu'elles deviennent 
nymphes dans une coque de terre et de débris. 

Les ateuchus, avons-nous dit, sont obligés de marcher 
à reculons ; ils sont renversés fréquemment pour peu 
que le terrain soit inégal, et se relèvent avec peine. Ces 
difficultés, loin de les rebuter, semblent redoubler leur 
zèle. Ils font concourir leurs efforts à un but commun, 
et, pour l'obtenir, paraissent fort indifférents au droit de 
propriété ; quand une boule, par la culbute de son pos- 
sesseur, vient à rouler au loin, un autre s'en saisit, et le 
dépossédé, relevé de sa chute, prend la première boule 
qu'il voit à sa portée, ou travaille avec ardeur à en faire 
une nouvelle. 

Les prêtres égyptiens, à l'aspect des ateuchus, de 
leurs boules roulant sans cesse comme le monde dont 
ils trouvaient l'emblème, comparèrent leurs travaux à 
ceux d'Osiris ou du Soleil. 

D'après Porphyre, on honorait l'ateuchus sacré comme 
la figure de cet astre. Aussi les monuments, les hiéro- 
glyphes représentent, multipliée de mille façons, l'image 
du scarabée sacré ; il est ciselé, quelquefois de taille 




, 



COLEOPTERES. I0:> 

gigantesque, sur les murs des temples, sur les chapi- 
teaux des colonnes, sur Les obélisques, gravé sûr les 
pierres précieuses, sur «les médaillons, des cachets, des 
grains de colliers ou de chapelets. Il étail le symbole 
de la transmigration des âmes et placé dans la tombe 
dos personnes pieuses comme un dieu tutélaire. Une 
momie rapportée de L'expédition d'Egypte, par E. Geof- 
froy Saint-Hilaire, renfermait un scarabée sacré parfai- 
tement conserve. Les mages et les empiriques le pen- 
daient en amulette, d'après Pline, au bras gauche des 
malades qu'il devait guérir des lièvres intermittentes; 
le zodiaque de Dendérah le présente dans les signes 
célestes au lieu du Scorpion des Grecs. Enfin cel insecte, 
sculpté au bas de la statue des héros, exprimait la vertu 
guerrière exempte de toute faiblesse. 

De tous les auteurs anciens qui ont parlé du scarabée 
sacré, Hor-Apollon est celui 'qui a traité ce sujet avec le 
plus d'étendue. 11 lui a consacré le chapitre X d'un 
ouvrage intitulé : de la Sagesse symbolique des Égyptiens, 
ouvrage mystique et compilation confuse qui ne mérite 
pas de citation textuelle. Nous y voyons que tous les 
individus des ateuchus étaient regardés comme mâles. 
Les boules demeuraient en terre vingt-huit jours, temps 
d'une révolution lunaire, pendant lequel la race du sca- 
rabée s'animait. Le vingt-neuvième jour, que l'insecte 
connaît pour être celui de la conjonction de la lune avec 
le soleil et de la naissance du monde, il ouvre cette boule 
et la jette dans l'eau. Il en sort un nouveau scarabée. 

Les anciens voyaient bien cet insecte enterrer sa 
boule, mais, convaincus de l'existence d'une génération 
spontanée, il fallait nécessairement supposer que l'in- 
secte venait ensuite la déterrer et la jeter dans l'eau, élé- 
ment nécessaire pour produire, selon leurs idées, avec 
le concours de la chaleur, les êtres qui n'avaient ni 
père ni mère. 



•J06 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

Un fait intéressant doit nous frapper dans les récits 
confus et erronés de Hor-Apollon. Il lance, dit-il, en 
parlant du scarabée sacré, des rayons analogues à ceux 
du soleil. On remarque fréquemment que les images 
sculptées de cet insecte ont été dorées. Latreille, dans 
son mémoire sur les insectes sacrés, avait d'abord sup- 
posé que les six dentelures du front représentaient les 
rayons de l'astre , mais une intéressante découverte 
amena une hypothèse plus vraisemblable. En 1819, 
M. Cailliaud (de Nantes) découvrit à Méroë, sur le Nil 
Blanc, dans son voyage au Sennaar, un autre rouleur 
de boules, très -semblable de 
forme à Vateuchus sacré, avec six 
dents comme lui en avant de la 
tête ; mais, au lieu de la couleur 
noire uniforme de l'insecte de la 
basse Egypte, celui-là présente 
une belle couleur d'un vert doré, 
rappelant en conséquence, par ses 
reflets, les rayons étincelants de 
l'astre du jour. Or les Egyptiens, 

Fig. 83. originaires de l'Ethiopie, c'est-à- 

Ateuchusàlargecou. ^ ^ f . gions .^..^ de ^ 

vallée du Nil, vénérèrent d'abord ce brillant scarabée 
et, plus tard, quand le delta du Nil, suffisamment ac- 
<tu, devint habitable, ils y réunirent, dans une super- 
stition commune, son noir congénère des bords méditer- 
ranéens. C'est dans cette croyance très-vraisemblable 
que Latreille a appelé la seconde espèce ateuchus des 
Egyptiens. 

L'Europe ne renferme que des ateuchus d'un noir 
brillant. Outre l'ateuchus sacré, on possède en France, 
dans les mêmes localités, une espèce de dimensions 
moindres, Vateuchus demi -ponctué. L'espèce la plus 
réduite comme taille, et qu'on rencontre dans notre pays 




COLÉOPTÈRES. 107 

le plus au nord, est Vateuchus à large cou (fig. - s rij. 

Le front a six dentelures, comme dans les précédents, 
mais les élytres sont fortemenl et régulièremenl sillon- 
nées. On voil cel insecte dans plusieurs de nos départe- 
ments du Midi; il es1 commun près d'Àix en Provence. 
On le trouve dans l'Ardèche, el aussi, mais assez pare- 
ment, dans certaines parties des environs de Lyon, par- 
ticulièrement sur les monts d'Or et les coteaux de la 
Pape. Il n'a pas été constaté, d'une manière bien authen- 
tique, aux environs de Paris, ni même, je crois, au cen- 
tre de la France. 

Les mœurs de toutes ces espèces sonl toujours ana- 
logues à celles del'ateuchus sacré. 11 y a des espèces où 
les mâles aident, dit-on, parfois les femelles à rouler 
leurs boules. Ils paraissent d'habitude beaucoup moins 
occupés que leurs compagnes, et des observateurs peu 
al lent ils leur ont fait l'injure de les comparer à ces guer- 
riers des peuplades sauvages laissant aux femmes les 
pénibles travaux. Cependant, le fait seul que les mâles 
survivent à la fécondation et demeurent assidus auprès 
des femelles doit nous amener à une opinion plus con- 
forme aux lois naturelles, qui ne laissent la vie qu'aux 
êtres nécessaires pour perpétuer l'œuvre du Créateur. 
Une espèce du midi de l'Espagne, étudiée sur les rivages 
de Malaga par M. de la Brûlerie, nous donnera une idée 
exacte du rôle des mâles. 

« En certains endroits de la plage sont parqués, dans 
des clôtures mobiles, des porcs en nombre considérable. 
L'élève de ces animaux est une des richesses de la con- 
trée, et Malaga l'un des principaux marchés où on les 
conduit. Là où les porcs ont séjourné, viennent bientôt 
les histérides, les lamellicornes coprophages, et notam- 
ment Vateuchus cicatricosus. Je le vis rouler ses boules. 
« La femelle seule se charge de ce soin, et, comme 
les autres espèces du genre, marche à reculons et se 



108 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

sert de ses pattes de derrière pour maintenir son pré- 
cieux fardeau. Le mâle surveille le travail avec un inté- 
rêt visible, mais sans y prendre une part active. Qu'un 
obstacle se rencontre, et que la boule qui contient sa 
progéniture tombe dans une inégalité du sol, il faut voir 
comme il s'agite, tourne tout autour, pousse sa femelle 
du chaperon, et l'excite, j'allais dire de la voix, mais 
plutôt en faisant retentir, sur un ton désespéré, le bruit 
que produit le frottement de son abdomen contre ses 
élytres. 

« Si l'observateur prend la femelle et la pose à terre, 
à quelque distance, le mâle redouble son cri plaintif. La 
femelle l'entend; elle paraît indécise, consulte les quatre 
points cardinaux, s'oriente enfin, et de sa course la plus 
rapide revient, tout en trébuchant, ressaisir la boule, 
objet de sa maternelle sollicitude. 

« Vous accusez le mâle d'être un paresseux jouant le 
rôle de la mouche du coche. Mouche peut-être, mais 
mouche indispensable, car, si vous le prenez, la femelle 
s'arrête et reste la tête baissée sur le sable, de l'air le 
plus piteux du monde. 

« Elle serre toujours sa boule dans ses pattes de der- 
rière, mais rien ne la fera bouger, et, si on ne lui rend 
son compagnon, je crois qu'elle mourra sur place 1 . » 

Un second groupe de constructeurs de boules est 
formé par les gymnopleures, de couleur noire, qu'on 
reconnaît au premier abord parce que les flancs du pre- 
mier arceau ventral sont mis à découvert par un rétré- 
cissement brusque des élytres au-dessous des épaules. 
Ils ont des tarses très-grêles aux membres antérieurs, de 
même que les sisyphes, du groupe suivant. Une espèce 
très-commune dans le midi de la France est le gymno- 
pleure pilulaire. Il abonde aux environs de Lyon. Ces 

1 Op. cit., p. 522. 



COLKIH'TERES. 



100 



insectes vivenl rassemblés en troupe plus ou moins con- 
sidérable, et couvrenl parfois de leur multitude les déjec- 
tions des chevaux el des bœufs ; mais, à peine les appro- 
che- t-on, surtout dans les journées chaudes, qu'ils s'en- 
volont avec facilité, au point que, dans un instant, on 
n'en voit plus un seul. 

On a trouvé cette espèce jusqu'à Pilhiviers, mais je 
ne crois pas qu'elle arrive plus près do Paris. On prend 
quelquefois, mais rarement, dans les chaudes journées 
de juin, près de la ca- 
pitale, une seconde es- 
pèce de gymnopleure, 
un peu plus petite, à 
surface chagrinée, le 
Gymnopleure flagellé 
(fig. S ii. Ces insectes 
recherchent les matiè- 
res stercoraires des 
ruminants. Ils volent 

autour des chèvres et des moutons, et, à défaut de leurs 
propres houles, se jettent sur les crottins et les roulent. 

Quelquefois une vèritahle intelligence semble pré- 
sider à leurs travaux. « Souvent, dit M. Mulsant, sur- 
tout parmi les scarabées 1 , qui construisent une pelote 
beaucoup plus grosse qu'eux, un ami obligeant vient 
prêter ses bons offices. Il se place sur le sommet du 
corps sphérique, et, en se penchant en avant, l'entraîne 
dans un mouvement de rotation. Par moment, un acci- 
dent arrive : la boule tombe dans un trou, et y reste- 
rait inévitablement sans le secours de nouvelles forces 
nécessaires pour l'en extraire. Un gymnopleure auquel 




Fig. 84. 
Gymnopleure llagellé, de profil. 



semblable mésaventure était arrivée se d 



iriffea, 



dit 



Illiger, vers un tas de bouse voisin, et revint bientôt 



1 Hist. natur. des colcopt. de France, Lamellicornes, 18 'ci, p. il, 






110 LES METAMORPHOSES DES INSECTES. 

avec trois camarades; tous quatre réunirent leurs ef- 
forts pour tirer la pelote du précipice, et ils y parvin- 
rent enfin; ce résultai obtenu, les trois compagnons, 
dont la tâche était accomplie, s'en retournèrent aussitôt 
à leur ouvrage. » 

Les sisyphes forment un troisième groupe, ainsi dé- 
signé par Latreille en souvenir de ce fils d'Eole et d'A- 
rénète condamné, suivant la Fable, à rouler au sommet 
d'une montagne un rocher qui lui échappait toujours 
au moment où il croyait toucher au terme de ses pei- 
nes. Les Sisyphes ont le corps court et ramassé, les 
pattes grêles et très -étendues, 
surtout celles de derrière, qui 
sont courbées pour mieux em- 
brasser la boule. Cet. aspect des 
membres a valu le nom de bou- 
sier araignée (Geoffroy) au Sisy- 
phe de Schœffer (fig. 85), la seule 
espèce d'Europe, qu'on a pris 
quelquefois accidentellement près 
de Paris. Ce noir et bizarre animal 
c- i l \ s '^ D i' n- vit dans les matières les plus re- 

Sisyphe de Schœffer. l 

butantes; il marche gauchement 
à cause de ses longues pattes postérieures, se plaît sur 
les terrains en pente, les coteaux exposés au soleil. 
On peut dire 'de lui qu'il a la monomanie du jeu de 
boules; sans relâche les sisyphes sont occupés à en 
construire ou à en rouler, et souvent ils contentent 
leur instinct, à peu de frais, avec des crottins de chè- 
vre. Écoutons encore les curieuses observations de l'en- 
tomologiste lyonnais : 

« Les mâles, écrit M. Mulsant, montrent en général 
un attachement moins vif que l'autre sexe pour ces pe- 
tites pelotes qui doivent servir de berceau à leurs des- 
cendants. Souvent, pour mettre à l'épreuve leur amour 




COLEOPTERES. m 

maternel, il m'esl arrivé de transporter dans la main 
un couple de sisyphes avec le fruit de leurs travaux. 

Dès que je leur rendais la liberté, !<• mâle en usail pour 
s'envoler; la femelle ordinairement restait attachée â la 
pilule, objel de ses espérances, et se résignait â l,i con- 
duire seule. J'ai vu quelques-unes de ces créatures sur- 
prises par la nuit avant d'avoir pu enterrer assez pro- 
fondément leur globule; le lendemain, de grand malin, 
je les retrouvais le tenant onde leurs pâlies, comme un 
trésor dont elles n'avaient pu se séparer. » Os instincts 
affectueux sont propresà tous les scarabées rouleurs de 

boules. 

En creusant la terre on douve souvent, avec une 
boule, le couple d'insectes qui l'ont produite. On di- 
rait qu'ils ont voulu rester attachés à cet objet pour 
veillera sa conservation ou pour attendre, prés de ce 
dépôt précieux, la mort qui doit mettre fin à leurs 
travaux. 

Malgré l'odieuse exploration qu'exige l'étude des bou- 
siers, nous oserons encore continuer un peu ce sujet, 
tant les mœurs de ces insectes, toujours liées à leurs 
métamorphoses, tiennent en suspens la curiosité. La 
science n'est-elle pas comme le charbon ardent qui pu- 
rifiait les lèvres du prophète Isaïe? 

Les copris ne construisent pas habituellement de 
boules, mais creusent des trous proportionnés à leur 
taille sous les matières stercoraires, et y accumulent, 
mêlées à leurs œufs, les substances nécessaires à la 
pourriture d^> larves, qui s'entourent, pour se trans- 
former, d'une coque de bouse séchée. C'est ainsi qu'o- 
père le copris lunaire ou bousier capucin de Geoffroy, 
très-commun dans le Midi, mais qu'on peut voir aussi 
près de Paris, surtout dans les lieux sablonneux où ont 
passé des chevaux. Il esl d'un noir brillant et remar- 
quable par les trois cornes qui ornent sou corselet, 



112 LES METAMORPHOSES DES INSECTES. 

celle du milieu étant la plus grande, et la corne qui 
se dresse au centre du front, longue et pointue dans 
le mâle, courte et tronquée chez la femelle. Il fait en- 
tendre une stridulation en frottant ses élytres contre 
le dos. 

Les aphodiens sont les plus petits scarabées des 
fientes, les seuls communs dans les régions du Nord, 
existant même en Laponie. On les voit voler le soir en 
abondance sur les routes parsemées de déjections. Leur 
corps est arrondi et convexe en dessus, mais plat en 
dessous. Ils n'ont pas d'industrie, ne creusent pas la 
terre au-dessous des bouses dont ils se repaissent, dont 
ils ont percé la Surface de petits trous et qu'ils sillon- 
nent de galeries. Les femelles pondent dans le milieu 
où elles vivent, et c'est là que les larves se dévelop- 
pent. Rien de plus commun que Yaphodie du fumier, 
noire, avec des élytres rouges striées. Quand on a bou- 
leversé sa triste demeure, l'insecte fait le mort. Les 
cuisses courtes et aplaties, les jambes larges et dente- 
lées indiquent un fouisseur. Chose étrange ! de son asile 
immonde il sort net, sec et brillant, comme d'un bain 
immaculé. 

Il est impossible de ne pas accorder notre attention 
aux géotrupes qui volent le soir, avec un bourdonne- 
ment sourd, sur tous nos chemins; leur présence dans 
les airs indique au laboureur qui regagne sa chau- 
mière que le temps sera beau le lendemain. Leur abdo- 
men est très-court, et par contre leur thorax énorme, 
donnant attache à des pattes larges, crénelées, éperon- 
nées, constituées pour fouir avec force. Ils font enten- 
dre une stridulation par le frottement d'une saillie de 
l'article d'articulation du membre postérieur contre le 
bord de la cavité où il s'emboîte. Leur corselet n'est pas 
armé de cornes, du moins dans les espèces ordinaires. 
Les géotrupes creusent, sous les déjections des ruminants 



COLÉOPTÈRES. II" 

ci des chevaux, des lions verticaux ou obliques, ayant 
parfois plusieurs décimètres de profondeur, à l'ouverture 

desquels ils se tiennent pend an 1 le jour, occupés â satis- 
taire leur appétit el prêts à s'y réfugier en cas de danger. 
Le soir, après des mouvements répétés de leurs ély très, 
à la façon des hannetons, pour gonfler d'air leur corps 
massif, ils se dressenl sur leurs pattes de derrière e1 
fessayenl de prendre I -essor; nuiis souvent leur pre- 
mier coup d'aile, frappanl l'air avec trop de force, les 
rejette en arrière sur le dos, et ils doivent s'y repren- 
dre à plusieurs lois. Ils rasent la terre d'un vol court, 
lourd et sinueux, se frappent contre les obstacles et 
retomltenl étourdis. Si l'on cherche à les saisir, ils se 
renversent sur le sol et contrefont les morts, en éten- 
dant leurs pattes, qui demeurent roides el sans llé- 
eliir aux articulations. Os insectes sont tourmentés 
par une multitude de gamases, petites arachnides d'un 
fauve terne, dont nous avons parlé à propos des né- 
fcrophores; ils couvrent souvent le corps des géotrupes. 
Les espèces les plus communes sont le géotrupe ster- 
coraire, d'un noir brillant, le plus souvent avec reflet 
bleu ou bronzé, et le géotrupe printanier, plus petit, 
d'un bleu foncé à reflet rougeâtre, à élytres moins for- 
tement striées. 

Très-voisins des scarabées et des hannetons par leurs 
larves et leurs nymphes, les lucanes ou cerfs-volants 
présentent quelques différences à l'état parlait. Leurs 
antennes sont coudées, et les lamelles, au lieu de se 
replier comme les feuillets d'un livre, demeurent écar- 
tées. La plus grande espèce de notre pays, le lucane- 
cerf, d'un brun foncé, est bien connue par ses énormes 
mandibules, bifurquées à l'extrémité, crénelées, avec 
nue forte dent au milieu. L'usage de ces énormes appen- 
dices qui simulent un bois de cerf est mal connu; ils 
n'existent que chez les mâles; la femelle ou biche ne 

8 



M4 LES METAMORPHOSES DES INSECTES. 

les offre qu'à letat ordinaire (fîg. 86, 87, 88, 89;. Ils ' 
peuvent serrer la peau jusqu'au sang et soulever un 
poids considérable. Les Romains suspendaient ces man- 
dibules cornues au cou de leurs enfants, pour les pré- 
server des maladies du jeune âge. Linnaeus dit qu'un 
éléphant qui aurait une force proportionnée à celle d'un 
lucane, ébranlerait une montagne. On croit, dans cer- 
taines parties dé l'Allemagne, qu'ils prennent des char- 
bons ardents entre ces pinces et vont propager des i 
incendies. Leurs mœurs sont douces, ils sucent avec 
délices, au moyen de leurs mâchoires en forme de 
houppe, les liqueurs qui suintent des crevasses des 
chênes. Ils mangent aussi les feuilles de ces arbres. Ils 
sont très-friands de miel et on prétend qu'ils peuvent 
s'apprivoiser. Swammerdam, dit-on, en avait un qui 
le suivait comme un chien quand il lui présentait du 
miel. Accrochés pendant le jour au tronc des chênes, 
ils ne volent que le soir et du vol le plus lourd, se te-; 
nant presque verticaux pour ne pas basculer par le 
poids de leurs gigantesques mandibules. Leur taille 
varie beaucoup. La collection du Muséum en présente 
deux énormes individus, provenant de la dernière expé- 
dition de Syrie. Ils étaient venus frapper avec tant de 
force dans le schako d'un capitaine commandant un 
détachement, que celui-ci crut d'abord à une agression 
à coups de pierres. La femelle pond ses œufs dans les 
vieux troncs de chêne. La larve enroulée, ressemblant 
beaucoup à celle des hannetons, à anneaux moins mar- 
qués, vit près de quatre ans et commet souvent de 
grands dégâts. On ne sait trop si c'est à cette larve ou à 
celle du grand capricorne, dont nous parlerons bientôt, 
qu'il faut rapporter ces vers, nommés cossus par les Ro- 
mains, remplis d'une crème délicate, et qui figuraient 
avec honneur sur les tables de Lucullus. Les meilleurs à 
manger, dit Pline, sont les gros vers des chênes, ce qui 



COLEOPTERES 



117 



se rapporte aux larves des deux genres. Les dames de- 
tnandaienl à cette nourriture substantielle un embon- 
boint qui prolongeai leur beauté. 

Pour se changer en nymphe, la larve s'enveloppe d'une 
coque de parcelles il»' bois agglutinée, et l'adulte passe 
souvenl l'hiver dans cette coque après sou éclosion pour 
se consolider. 

Passons rapidement sur le triste groupe «les mêla- 
tomes, coléoptères an manteau noir. .Nous j rencon- 
trons les blaps, dont l'espèce commune, le blaps 
obtusa, à odeur repoussante (fig. 90), cl le blaps »tor- 
tisaga (présage de mort), à élytres soudées avec une 





Fig. 90. , 

lUaps obtus. 



Fig. 91 el 92. 
Ténébrion de la farine et sa larve. 



pointe terminale, sans ailes, se traînant dans les ca- 
ves, les celliers, les grottes obscures, vivant de débris 
animaux el aussi des limaces de cave, et les téné- 
brions, habitanl les boulangeries. Leurs larves séjour- 
nent dans la farine, ont u\\ corps cylindrique et comme 
vernissé. Les amateurs d'oiseaux les recherchent pour 
nourrir les jeunes rossignols et divers oiseaux insec- 
tivores. Trop souvent nous en trouvons avec dégoût les 
débi'is dans le pain, ainsi que les restes noirs de l'adulte 
(fig. 91, 92). 



118 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

Un très-grand intérêt, sous le rapport des métamor- 
phoses encore imparfaitement connues, s'attache à la 
famille des coléoptères vésicants, fournissant à l'art de 
guérir un puissant caustique dérivatif et aussi un dan- 
gereux poison. Les plus employés en Europe sont les 
cantharides, au corps et aux longues élytres molles, 
d'un beau vert brillant, s'abattant en immenses essaims 
sur les frênes, dont elles dévorent le feuillage, et quel- 
quefois sur les lilas. Dans le midi de l'Europe, en 
Orient, en Chine, on se sert, comme vésicants, des m\j- 
làbres, qu'on rencontre en grappes sur les fleurs des 
composées, les chicorées, les chardons, etc. Les Ro- 
mains en faisaient le môme usage , et la loi Cornelia 
punissait de mort les empoisonneurs par les mylabres. 
Enfin, au printemps surtout, dans les prairies, on voit 
courir des coléoptères d'un noir violet brillant, aux 
élytres très-courtes, sans ailes, et dont les femelles 
traînent avec peine un énorme abdomen rempli d'œufs. 
Les Allemands les nomment scarabées de mai (May- 
kœfer). Si on les saisit, ils replient leurs pattes, et de 
toutes leurs articulations suinte une liqueur jaune, 
onctueuse, fétide. Ce sont les bouprestis ou enflebœufs 
des anciens, car on a vu des bestiaux gonfler et mourir 
pour en avoir avalé. Dès le commencement d'avril, le 
méloé proscarabée, le plus commun, se rencontre en 
abondance dans les prairies qui sont contre le pont 
d'ivry et bordent le confluent de la Seine et de la Marne. 
On a complètement ignoré longtemps les premiers états 
des coléoptères vsicants. Newport en Angleterre, M. Fa- 
bre en France, ont soulevé le voile en grande partie. 
On avait rencontré sur diverses abeilles solitaires, con- 
struisant des nids en terre et les approvisionnant du 
miel des fleurs pour leur progéniture, des petits êtres 
cramponnés dans leurs poils. On les prenait pour des 
parasites et ils furent décrits sous les noms de pou de 



C0LÉ0PTÊR1 S. 

la mélitte, de triongulin. Ce sont les premières 
des vésicants. Les nombreuses transformations 
espèce ll()llllll(' , ( , Sitaris humerai onl été observé 
M. Fabre (fig. 93). La larve esl tour à tour cai 
ci mellivore. La femelle va pondre à reculons di 
conduits terreux <pii mènenl aux nids des abeil 
litaiivs. De ces œufs sorl une très-petite larve 
millimètre do longueur seulement, très-agile, à 
mâchoires, à longues pattes, à longues antennes 



119 

larves 
d'une 

es par 
iiivore 

uis les 

les SO- 

, d'un 

tories 

5, avec 




Fig. 93. 
Sitaris humerai (grossi). 




Fig. 94. 
Première larve (très-grossie). 



dos filots caudaux, une peau cuirassée, et des yeux au 
nombre de quatre (fig. 94). Elle attend patiemment tout 
l'hiver sans nourriture. Au printemps sortent du nid les 
mâles, éclos les premiers. Prestement elle s'accroche à 
leurs poils; ils la l'ont passer soit directement, soil par 
l'intermédiaire des fleurs où ils l'ont déposée, sur les 
femelles. Celles-ci ont fait un nid comme leur mère, ont 
-.nui les cellules d'un doux miel pour leurs enfants; 
dans chacune doit être pondu un œuf. La petite larve 
a l'instinci de se laisser tomber sur cet œuf, l'ouvre, 
se nourrit de l'intérieur et se sert de la coque comme 
d'un radeau pour ne pas se noyer dans le lac de miel 
qui l'entoure. Après la mue parait une seconde larve 



lîo 



LES METAMORPHOSES DES INSECTES. 



(fig. 05). Combien elle diffère de la première ! Elle est 
aveugle, n'a que des pattes et une bouche à peine for- 
mées, un énorme ventre renflé. Elle mange peu à peu 
tout le miel de la cellule. Puis, dans la peau dessé- 
chée de cette seconde larve, mais distincte, se forme 





Kg. 95. 
Deuxième larve. 



Fig. 96. 

Pseudonymphe. 



une pseudo nymphe, ovalaire, segmentée, inerte et ne 
mangeant pas, de couleur ambrée, passant l'hiver 
(fig. 96). Il en sort une troisième larve (fig. 97) très- 
analogue à la seconde, devenant bientôt une nymphe 




Fig. 97. 
Troisième larve. 




ordinaire, d'un blanc jaunâtre, à organes repliés et d'où 
sort un sitaris adulte, ne vivant que peu de jours pour la 
reproduction et la ponte (fig. 98). 

Les méloés pondent dans de petits trous, sous les ga- 
zons, des amas d'œufs oblongs, d'un beau jaune citron. 
Les premières larves qui en sortent grimpent aux fleurs, 
de là passent sur des mellifiques, et subissent toute une 
série analogue de transformations. Il doit en être de 
même, pour les mylabres et pour les cantharides, dont 
les femelles ont peine à voler, tant leur abdomen est 



COLÉOPTÈKES. 



121 



gonflé par les œufs, tandis qui' les mâles volent vivement 
,111 soleil autour des frênes ou des lilas : mais l'observa- 
tion directe esl encore à faire (fig. 99, 100). 




h.. 99. — Cantharidi 
volant. 




mâle Fig. 100. — Cantharide Femelle 

avant la [lonte. 



La plupart <los coléoptères dont il nous reste à dire 
quelques mois oui des larves souvent sans pattes, molles, 
blanchâtres, ne se mouvant que par reptation, vivant 
cachées dans les tiges, les graines, les fruits des végé- 
taux. Ils se rattachent de plus ou moins près à une im- 
mense famille, les charansons 1 ou porte-becs , comptant 
bien 30,000 espèces, décrites, nominales, inédites et à 
découvrir, offrant un prolongement allongé du front qui 
porte les antennes, le plus souvent coudées. On leur 
donne le nom latin de curculio ou gurgulio, à cause de 
leur voracité et de leurs dégâts : 

Le charançon ravage un vaste champ de blé 
Virg., Géorg., liv. I, vers 485. 

dit le poète en parlant de la calandre des grains, fléau 
de nos réserves do céréales. Chacun de nos légumes secs 



*Nous écrivons charansons et non charançons, d'après L'ancienne 
orthographe de Geoffroy. 



122 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

a son hôte funeste. La bruche du pois, brune, tachetée 
de blanc, ne sort du pois qu'à la fin de l'été. Chaque fe- 
melle, qui peut pondre une centaine d'œufs, dépose à la 
lin de la floraison, sur la jeune gousse, un œuf par pois. 
La larve vide peu à peu le pois, qui grossit avec elle, et 
l'adulte sort en perçant un trou circulaire (fig. 101, 102). 




* 



Fig. 101 et 102. — Bruche du pois et pois percé. 

La bruche des fèves dépose ses œufs dans les champs de 
fèves et marque chaque fève d'un à trois points noirs. 
Une fève peut nourrir plusieurs larves. La lentille et la 
vesce ont aussi leurs bruches spéciales. C'e^t un cha- 
ranson dont la larve dévore la noisette et qui sort de la 
coque par un trou arrondi. Tous les végétaux sont ron- 
gés par une ou plusieurs espèces de ces coléoptères : 
ainsi la vigne, les arbres fruitiers, les bouleaux, les peu- 
pliers, les coudriers, les pins et les sapins (fig. 105), etc. 
Il y a des charansons qui sautent au moyen de leurs 
pattes postérieures repliées. Tels sont les o?*c/* estes qui mi- 
nent le parenchyme des feuilles. Le docteur Laboulbène 
a décrit la métamorphose d'une de leurs espèces (Ann. 
Soc. ent. de France, 1858, p. 286). Parfois les femelles 
ont l'instinct de couper à demi les jeunes tiges ou les 
pétioles des feuilles où elles doivent pondre, afin que la 
sève n'afflue que difficilement dans l'organe flétri et ne 
puisse étouffer les jeunes larves. A côté, nous trouvons 
les scolytes, les hylésines, les bosiriches, dont les larves 
vivent dans les galeries qu'elles creusent entre l'écorce et 



COLÉOPTÈRES. 123 

le bois des arbres de diverses essences (fig. 104). Chaque 
espèce a sa propre forme de galeries. Elles sont très-nettes 







Fig. 105. — l'issotles nolatus. 

sur le frêne. Ces petites larves sont sans pattes, à peau très- 
froncée, repliées en deux, à bouche armée de pièces so- 




Fig. 104. 
Hylésine du pin (grossi). 




Fig. 105. 
Larve de scolyte replié (grossie). 



lides (fig. 105). Les adultes dévorent les feuilles des arbres 
où vivent les larves. On prétend que par là Lis affaiblissent 



124 LES METAMORPHOSES DES INSECTES. 

ces végétaux et les rendent plus faciles à attaquer par 
leurs larves, et que l'instinct les porte à choisir pour la 
ponte des arbres ou vieux ou languissants, moins résis- 
tants que ceux où abonde la sève. Ces insectes, qui 
creusent des galeries dans le bois, ont des mandibules si 
dures qu'il y a dans la science des exemples où ils ont 
perforé des plaques de plomb et même des clichés typo- 
graphiques, formés d'un alliage plus dur que le plomb. 
On dirait que certains charansons, principalement 
d'Amérique, cherchent à faire pardonner, par leurs 
riches couleurs, les méfaits de leur race. Cet éclat est 
dû, non aux téguments mêmes, qui sont noirs, mais à 
de brillantes écailles, imbriquées comme les tuiles d'un 
toit, et que le frottement enlève. Dans le midi de la 
France, vit sur les tamarix une petite espèce de cette 
sorte, verte avec points d'un rouge vif, qui étincelle au 
soleil comme des perles de feu. 

Ce sont encore des larves sans pattes, ou à pattes très- 
rudimentaires, et vivant dans les bois, qui produisent 
^ r ces magnifiques coléoptères nom- 

més richards ou buprestes, aux 
colorations les plus vives , aux 
teintes métalliques (fig. 106). 
Aux Indes, en Chine, les femmes 
s'en servent pour leur coiffure ou 
comme pendants d'oreilles, et une 
mode analogue commence à s'in- 
troduire en France. La forme ex- 
térieure des buprestes rappelle 
Fig. îofi. un peu celle des taupins. Ils ne 

Bupreste impérial. sautent ^ ^ }W une excep _ 

tion unique chez les coléoptères, leurs ailes ne sont 
pas repliées en deux sous les élytres. La France n'en 
possède que de petites espèces, surtout du Midi. Les 
larves sans pattes ont une petite tête, un très-large tho- 




COLÉOPTÈRES 
r;i\, sonl très-allongées et vonl en 



imincissant, comme 
Elles restenl isolées entre l'écorce el le 



•es, et sonl par- 
donner l'adulte. 




I [g. 107. 

Larve de bupreste 

de Solier. 



1111 pilou aplati 

bois, se creusant des galeries Lrrégulii 
lois, dit-on, de dix à vingt ans avant de 
flous figurons une de ces larves appar- 
tenant à une espèce qui vil dans les 
jiMiiics arbres dos pins maritimes des 
Landes, le bupreste de Solier, larve bien 
propre à montrer la forme typique, el 
gui vit une année (fig. 107). Nous de- 
vons citer la plus grande espèce d'Eu- 
rope, le Buprestis mariana, atteignant 
n >,02 de longueur. Il est d'un beau 
vert foncé à reflel cuivreux. Il vit sons 
les écorces des arbres verts el se ren- 
contre de la Suède à la Méditerranée, 
lone d'habitation très-étendue, fait gé- 
néral pour les insecles dos conifères. 
Les buprestes n'ont que de petites antennes; mais 
; leurs larves sonl très-voisines, connue formes et connue 
mœurs, de celles des longicornes ou capricornes, dont 
les très-longues antennes, surtout chez les mâles, for- 
mées d'articles en fuseau, ont, clans certaines espèces, 
deux el trois fois l'étendue du corps. Le type de ces in- 
sectes est le grand capricorne (Cerambyx héros), qu'on 
rencontre en juin sur les chênes (fig. 109). 11 est d'un 
brun presque noir. Le mieux pour les amateurs qui veu- 
lent recueillir toutes ces espèces, à longues et si fragiles 
anlfimes, est de les renfermer dans de grands sacs de 
toile pleins de feuille. La larve, dite gros ver du bois, 
creuse ses larges galeries dans l'intérieur des chêne? 
parvenus à toute leur croissance, et gâte les plus belles 
pièces de charpente. Elle est allongée, à thorax renflé, 
mais sans un rétrécissement aussi fort que chez les lar- 
ves de buprestes, et présente des pattes tout à fait 






426 



LES METAMORPHOSES DES INSECTES. 



vestigiaires, comme le montre la figure 108" grossie. 
Toutes les larves de longicornes ont une forme qui rap- 
pelle, plus ou moins, celle 
d'un prisme à six pans, à 
arêtes obtuses. La tête est 
enchâssée dans un protho- 
rax très-développé , et les 
segments portent, en des- 
sus et en dessous, de forts 
mamelons rétractiles, tan- 
tôt lisses, tantôt chagrinés, 
tantôt tuberculeux. Parfois 
les pattes manquent com- 
plètement; quand elles exis- 
tent au thorax, elles sont 
très-courtes, et le genre de 
vie est le même, dans les 
galeries creusées dans les 




Fig. 108. 

Larve du grand capricorne, 

en dessous. 



troncs et les branches, ce 
qui montre que ces pattes 
n'ont aucune importance. Certains longicornes répan- 
dent des odeurs agréables : il en est ainsi de cet élégant 
insecte, d'un vert métallique, vivant sur les saules, vo- 
lant parfois à la forte ardeur du soleil de juin, et qui 
exhale le parfum pénétrant de la rose, et qu'on appelle 
Aromia moschala. Son odeur suave le décèle avant qu'on 
l'ait aperçu sur le saule. 

Le longicorne européen le plus curieux par la gran- 
deur démesurée des antennes est celui que les entomo- 
logistes nomment Mshjnomus eclilis ou montanus. Long 
de m ,012 à m ,0I5, il est un peu déprimé, d'une cou- 
leur cendrée, nébuleuse, avec un duvet jaunâtre et deux 
bandes arquées, irrégulières, brunâtres sur les élytres.. 
La femelle porte en arrière un tube droit, lui servant à 
pondre sous les écorces (fig. 112,115). Les antennes sont 



COLÉOPTÈRES, 



120 



près <l<' M'<»is luis aussi longues que 1»' corps dans les 
femelles, el jusqu'à cinq fois aussi longues chea le mâle. 

De tels appendices antérieurs seraient bien gênants | • 

le vol; aussi ces insectes se liennenl fort tranquilles sur 
les troncs des pins ou des sapins dans lesquels ils ont 





Fig. H2 et 113. — JSstinomus edilis, mâle et femelle 



passé Ionrs premiers étals. On trouvera ces curieux in- 
sectes dans toutes les localités où existe un bois de coni- 
fères mi peu étendu. Nous recommandons sous ce rapport 
la forêt de Fontainebleau aux jeunes amateurs parisiens. 
Les adultes éclosent en août et septembre, et la femelle 

! fait aussitôt sa ponte, surtout sur les souches et tiges des 
arbres morts. La larve est déjà parvenue à moitié de sa 

| croissance à l'entrée de l'hiver, et creuse de larges gale- 
ries dans les couches intérieures de l'écorce. ,Elle vit 

I une année, du moins dans les pins maritimes des Landes, 
où l'a observée M. E. Perris. Son corps est d'un blanc 

[jaunâtre, entièrement revêtu de poils très-fins (fig. Il I >. 
Bile est aveugle et sans pattes. Elle a soin, en creusant 



130 



LES METAMORPHOSES DES INSECTES. 



le bois, de laisser toujours une épaisseur d'écorce ou 
d'aubier suffisante pour se protéger contre le bec des 
pics et la longue tarière des ichneumoniens, en prenant 
cette précaution d'autre part, que l'épaisseur ne soit pas 
trop grande; il ne faut pas que l'insecte adulte demeure 
emprisonné et ne puisse la percer pour sortir. Elle se 
cbange en nymphe dans une cellule ainsi creusée dans 
la tige, en se retournant toujours de façon que la nym- 
phe se trouve la tête en haut. 

Un travail organique considérable s'opère alors, sur- 
tout pour le développement des énormes antennes de 

l'adulte, remplaçant, les 
très-petites antennes de 
la larve. La nymphe, 
couverte d'épines rous- 
ses, présente les longues 
antennes des mâles dis- 
posées avec une admira- 
ble symétrie. Elles for- 
ment un double peloton 
qui passe en dessous du 
corps entre les pattes ; 
puis elles se contour- 
nent en décrivant trois quarts de cercle, et, remontant 
le long de la poitrine, passent par-dessus la tête, lon- 
gent toute l'étendue dorsale du corps, et se courbent 
pour se croiser près de l'extrémité du dernier segment 
(fig. 115). 

En terminant cette revue rapide des coléoptères, re- 
paraissent des larves pourvues de pattes bien dévelop- 
pées. Elles sont obligées de se déplacer pour ronger les 
feuilles de proche en proche. Les chrysomèles, à couleurs 
vives et tranchées, à corps globuleux, ont des larves 
ovoïdes, molles, sauf la tête coriace. Telles sont les • 
larves assez allongées, d'un 




Fig. 114 et 115. 

Larve et nymphe de l\<Estinomus edilis. 



gris verdâtre terne, qui 



COLEOPTERES. 



131 




Fig. 116. 
Larve do chrysoméle 

du peuplier. 



dévorenl les feuilles des peupliers et des trembles. 

Ces larves laissent suinter un liquide blanchâtre et 
fétide, sortant par des pures, dès qu'on les inquiète. 
C'est probablement un moyen défensif contre lesoiseaux. 
Il y a deux espèces très-voisines, vivant en société, sans 
jamais se confondre, chacune sur son rameau, parfois 
du même arbre, l'une dite du peuplier (sa larve, fig. 110), 
l'autre du tremble. Les adultes ont 
les élytres d'un beau rouge et I» 4 
lorselel bronzé. L'espèce du peu- 
plier, souvent un peu plus grande, 
offre une double tache d'un noir 
bleuâtre, très-petite, au bout de 
chaque éiylre, qui manque dans 
l'autre espèce. 

Les Clythres sont d'autres chry- 
Bbméliens qui vivent surtout sur les 
arbres et arbustes, accrochés aux 
tiges dr^ noisetiers, des osiers, des chênes, des bou- 
leaux, etc., parfois aux graminées, aux chardons, enfin 
sous les pierres. La plupart sont convexes et oblongs, 
rouges ou jaunes , avec 
des taches noires. Ils ap- 
partiennent surtout au 
bassin européen et afri- 
cain de la .Méditerranée, 
et n'ont [très de Paris que 
quelques petites espèces. 
Dans la plupart des Cly- 
tluvv. les mâles diffèrent 
■fi femelles par une 
posse tète à mandibules 
Baillantes en tenailles et 
des pattes antérieures très-allongées, comme on le voit 
chez le mâle du Glythre à longues pattes (fig. 117) du 




Fig. 117. 
Clythre à longues pattes, mâle. 



152 



LES METAMORPHOSES DES INSECTES. 



midi de la France. Le grand intérêt de ce genre est dans 
les métamorphoses. Les larves et les nymphes sont en- 
tourées de très-jolis fourreaux, trigones, avec des côtes 
en chevrons entre-croisés. La matière en est fort étrange. 
Ce sont les excréments de la larve façonnés par ses man- 
dibules, convertis par la dessiccation en une substance 
noire, ou brune, ou rougeâtre, sèche et friable. Par- 
fois ces fourreaux sont revêtus d'un feutrage de poils 
tout à fait inexpliqué. Le fourreau n'a qu'une seule ou- 
verture, par laquelle la larve fait sortir sa tète et ses 
pattes thoraciques bien développées, les antérieures plus 
allongées si la larve doit donner un mâle pourvu de ce 




Fig. 118. — Larve et nymphe de clythra vicina. 



caractère. Le reste du corps est recourbé en arc dans la 
partie la plus large et fermée du fourreau. Cela pour deux 
raisons : cette courbure permet à la larve de se main- 
tenir sans adhérence dans le fourreau qu'elle traîne avec 
elle, et en outre rapproche des mandibules les singu- 
liers matériaux qu'elle doit utiliser pour la construction 
de son domicile. On trouve ces bizarres traineuses de 
fourreaux sur les feuilles, sous les pierres, et aussi dans 
les fourmilières, respectées des fourmis, qui, sans doute. 



COLÉOPTÈRES. 



m> repaissenl de quelque sécrétion des clythres; en 
même temps que, par un échange de services, celles-ci 
mange ni certaines substances récoltées au loin el ame- 
nées par les fourmis. Nous représentons (fig. lls> la 
larve el la nymphe du Clythra vicina, la première jau- 
nâtre, la seconde brune, qu'on rencontre sous les pierres 
humides des environs d'Alger el d'Oran, el aussi du sud 
île l'Espagne. 

Lorsque la larve esl arrivée au terme de son dévelop- 
pement (el aussi à chaque mue), la larve ferme la partie 
antérieure et ouverte du fourreau avec un opercule qui 
n'esl pas sans analogie avec celui <l<»m beaucoup de co- 
limaçons terrestres bouchent l'entrée de leurs coquilles 
pour se protéger contre le froid de l'hiver. La larve se 
retourne ensuit.' dans le fourreau, de sorte que la partie 
postérieure se trouve là où était la tête, et vice versa. 
Il faut, en effet, que l'adulte puisse sortir en rongeant 
avec ses mandibules le 
fond élargi du four- 
reau qui contenait la 
larve courbée, tandis 
qu'il eût été gêné à la 
partie operculée plus 
étroite. On se fera l'i- 
dée de ces curieux 
fourreaux par le dessin 
(iig 1 19) en dessus, en 
dessous et de profil du fourreau qui entoure la larve du 
Clythra octosignata. M. Lucas a découvert cette larve, 
d'un noir roussâtre, et son fourreau, d'un brun ferrugi- 
neux, long de 10 à 12 millimétrés sur 4 à 5 de large, en 
Algérie, prés de Médéah, dans les matériaux de fourmi- 
lière d'une Mirmique ou Fourmi à aiguillon. Il est cer- 
tain que la bonne intelligence régnait entre les Clythres 
et des hôtes aussi bien armés. 




Fig. 119. 
Fourreau du clythra octosignata. 



134 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

Les Criocères ont des mœurs étranges. On trouve en 
abondance sur les lis des petits coléoptères, à élytres 
d'un rouge luisant, faisant entendre une légère stridu- 
lation lorsqu'on les saisit. La larve est très-molle et serait 
promptement desséchée par le so- 
leil. Son anus se recourbe vers le 
dos, et les excréments se projettent 
au-dessus de la larve, de façon à lui 
constituer un manteau protecteur 
d'où elle ne laisse sortir que la tête 
(fig. 120). Vient-on à lui enlever ce 
vêtement malpropre et singulier, 
elle se met à manger avec voracité 
afin de réparer le plus prompte- 
ment possible le désordre de sa toi- 
lette. Elle marche assez vite, en 
attaquant les leuilles de lis par le 
bord. La criocère de l'asperge a des 
habitudes analogues. Ses élytres 
sont fauves, barrées de noir. Les 
larves des criocères deviennent 
nymphes en terre dans une petite 
coque. Les cassides, à corps aplati et élargi, leur res- 
semblent. La larve de la casside verte, qui vit sur les 
chardons et les artichauts, dont les côtés sont bor- 
dés d'épines rameuses, présente le dernier anneau du 
corps recourbé sur le dos en une longue fourche. Cette 
fourche retient les peaux des mues et les excréments. 
Cette larve n'a pas un manteau, mais un parasol. 

Quelques chryseméliens ont une existence aquatique, à 
l'état de larve surtout, ce qui a longtemps retardé la con- 
naissance de leurs métamorphoses. Les Donacies sont de 
brillants coléoptères qu'on trouve au mois de mai et 
juin sur les plantes qui bordent les rives des étangs, les 
typhacées, les roseaux, les sagittaires, les nénuphars, etc. 




Fig. 120. 

Criocère du lis, 

et adulte. 



larve 



COLÉOPTÈRES. 1 



ju 



Leur corps, sculpté de jolis reliefs, brille d'un verl de 
bronze florentin; leur formée! leurs antennes Les rap- 
prochent des Longicornes, dont ils diffèrent tout à l'ail 
par 1rs larves. Ils se tiennenl immobiles si le temps est 

couveri, mais voient à de faibles distances si le soleil 
printanier les réchauffe et les excite. 

Nous recommandons aux jeunes collectionneurs de 
piquer ces élégants insectes au moyen d'épingles noires, 
à vernis inoxydable, qui se fabriquent à Vienne, avec 
Les épingles ordinaires, bientôt un empâtement de sels 
gras, à base de cuivre, recouvre l'épingle et le corps de 
l'insecte, l'ait habituel au reste pour tous les insectes 
dont les larves vivent dans les tiges ^> plantes, surtout 
des plantes aquatiques. 

Les larves des Donaciessont allongées, subcylindriques 
et blanchâtres, mamelonnées en dessous, avec des pattes 
thoraciques fortes et roussâtres; deux crochets posté- 
rieurs leur servent en outre à se cramponner aux plantes 
quand les eaux sont agitées. Elles collent contre les ra- 
cines des nénuphars, des rubans d'eau, etc., des coques 
brunes sécrétées par elles, faites d'une sorte de parche- 
min imperméable à l'eau, et où se forment des nymphes 
blanches et molles dont la plupart passent l'hiver. Au 
printemps, l'adulte ronge la calotte supérieure de la 
coque et grimpe le long de la plante, tout entouré de 
bulles d'air retenues par ses poils. 

D'autres phytophages des plantes aquatiques sont les 
hœmonies, qui paraissent vivre toujours dans l'eau sous 
tous leurs états. Ce sont des coléoptères plus petits que 
lesDonacies, d'un jaune terne avec des bandes noires, 
longtemps fort rares dans les collections, parce qu'on ne 
savait pas les trouver; bien que pourvus d'ailes sous les 
èlytres, on ne les voit jamais voler. Ils adhèrent très-for- 
tement aux tiges et aux feuilles submergées, crampon- 
nés au moyen des ongles ou puissants crochets de leurs 






136 LES METAMORPHOSES DES INSECTES. 

tarses longs et grêles. Les plus grandes secousses ne par- 
viennent pas à leur faire lâcher prise, et on les recon- 
naît bien difficilement en épluchant brin à brin les 
paquets de plantes submergées, parce que leur couleur 
se confond avec celle de la vase. Ces insectes, qui sont 
surtout de l'Europe boréale et moyenne, se trouvent, les 
uns dans les rivières, mares et fossés, les autres dans 
les eaux de la mer, rejetés parfois en grand nombre au 
milieu des plantes marines sur les rivages de la Bal- 
tique, de la mer du Nord. 

Le meilleur moyen de se procurer les Hœmonies, ainsi 
l'espèce lapins commune en France, Yhcemonie du prêle, 
est de les rechercher sous les premiers états. Il faut faire 
ses investigations dans les eaux douces, calmes et à fond 
vaseux, en entrant à demi clans l'eau sur le rivage ou en 
se servant d'un bateau. On arrache à la main en plon- 
geant le bras profondément et en tirant sans secousse les 
tiges des potamogeton, des myriophyllum, des equisetum, 
avec le chevelu de leurs racines. On trouve fixées à ces 
racines à la fois des coques brimes, ressemblant à des 
pulpes de diptères, et des larves blanchâtres, plus petites 
que celles des Donacics, attachées d'ordinaire aux plantes 
par les ongles de leurs courtes pattes. Lors des crues de 
l'eau, pour ne pas être entraînées, elles s'y fixent par deux 
crochets postérieurs, et, quittant alors la plante de leurs 
pattes de devant, elles se tiennent droites et roides, 
comme les chenilles des Arpenteuses. Quand elles vont 
devenir nymphes, elles sécrètent une coque ellipsoïdale, 
formée d'une matière qui durcit sous l'eau comme un 
ciment hydraulique. On trouve ensuite les adultes. On 
élève très-bien ces larves dans des terrines pleines d'eau 
où l'on immerge les plantes aquatiques. Elles sont très- 
lentes dans leurs mouvements, mettant plusieurs heures 
pour se déplacer de quelques centimètres. On les voit 
enfoncer la tète et une partie de leurs corps dans la tige 



COLÉOPTÈRES. 157 

des plantes qu'elles creusent avec leurs mandibules pour 
se nourrir soit de parenchyme soit de sève. Los coques 
sont comme un parchemin lisse, de couleur plus ou 
moins ambrée, parfois noirâtre si Jes f I> vaseux con- 
tiennent des sulfures métalliques. Ou trouve ensuite les 
adultes en ouvrant ces coques, où ils séjournenl jusqu'à 
ce qu'ils soient assez durs pour sortir. L'évolution com- 
plète dure quatre à cinq mois à partir de la ponte de 
l'œuf, et se renouvelle de mai à octobre, où l'on ren- 
contre à la lois les trois étals, ce qu'explique le peu de 
variations des températures de l'eau; très-pnibahleinonl 
un certain nombre de nymphes et d'adultes hivernent en 
léthargie. Les adultes m 1 sortent pas de l'eau, du moins 
pendant le jour. Us s'accrochent partout, et, quand on 
les conserve captifs (tans des bocaux pleins d'eau, il 
n'est pas rare d'eu voir des grappes de huit ou dix cram- 
ponne- les uns aux autres. Peut-être volent-ils la nuit 
pour se poser sur les plantes à fleur d'eau? Peut-être 
leurs ailes ne servent-elles que pour des cas exception- 
nels et instinctifs de migration. 

Les Coccinelles ne nous rendent, pour la plupart des 
espèces, que des services et méritent bien leur nom de 
bêtes à bon Dieu, vaches à Dieu. Elles ont des points noirs 
sur leurs él vires globuleuses à fond rouge ou jaune, ou 
bien la disposition des couleurs est inverse, car ces in- 
sectes offrent de continuelles variétés (fig. 1 2 1 ). Klles lais- 
sent suinter une humeurjaune, fétide, moyen de défense. 
Si elles se promènent sur les végétaux, ce n'est pas pour 
leur nuire, mais pour les débarrasser d'ennemis acharnés. 
Elles pondent, en petits tas, des œufs jaunes, allongés, 
au milieu des pucerons. Les larves à six pattes, que Réau- 
mur nomme vers mangeurs de pucerons, ont un corps 
allongé et mou, hérissé de petits tubercules de couleur 
chocolat ou bleuâtre, avec des taches jaunes ou rouges 
(fig. l w 2-2). Leur extrémité postérieure est munie d'un 



138 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

mamelon visqueux, qui leur sert à marcher et à s'accro- 
cher. Leurs pattes antérieures s'opposent l'une à l'autre 
et saisissent, un à un, les pucerons pour les porter à la 
bouche. Quand la nymphe doit se former, la larve s'at- 
tache à une tige ou à une pierre par son tubercule posté- 
rieur, qui se colle au moyen d'une sécrétion visqueuse- 





Fig. 121. Fig. 122. 

Coccinelle à sept points. Sa larve grossie. 

L'animal se gonfle, se raccourcit; sa peau, fendue le 
long du dos, se dessèche et reste en manteau sur la nym- 
phe, dont les élytres écartées ressemblent à une fleur 
flétrie. La nymphe se redresse brusquement dès qu'on la 
touche, comme une momie qui sortirait de son suaire. 
Il faut remarquer que si les larves sont en troupes, ce 
n'est nullement une association amicale, mais une réu- 
nion de meurtriers forcément rassemblés par l'état so- 
cial des pucerons ou des cochenilles dont ils vivent. Si la 
proie manque les larves les plus fortes dévorent les plus 
faibles. Introduisez les coccinelles sous les châssis vitrés 
et dans les serres, et protégez-les contre l'affection naïve- 
ment dangereuse des enfants qui enferment si volontiers 
les bêtes à bon Dieu dans des boîtes avec du pain ou des 
feuilles. Les ennemis des pucerons doivent être les amis 
et les protégés de l'horticulteur intelligent. 



UlAPITIiK IV 



N EVROPTERES 



Les fourmis-liens et louis pièges. — Les ascalaphes. - Les uémoptéres. 
Les panorpes, métamorphoses nouvellement connues. -- Les bitta- 
ques, les borées. — La semblide de la boue. — Les phryganesj larves 
.1 fourreaux mobiles, larves à abris fixes. 



Une partie seulement des névroptères, en suivant la 
classification la plus connue en France, offre des méta- 
morphoses complètes, ce qui nous oblige à scinder en 
deux sections l'histoire de ces insectes, à mœurs très- 
variées, comme les précédents, habitant les uns la terre, 
d'autres les eaux à leurs premiers âges. 

Si l'on se promène pendant la belle saison sur des 
terrains secs et légers, et surtout contre les excavations 
d'où on retire du sable, il n'est pas rare que les yeux 
soient frappés par des entonnoirs creusés avec une ré- 
gularité parfaite. Au fond apparaissent quelquefois deux 
crochets recouverts de sable. Ils appartiennent à nue 
larve d'un gris rosé, courte, ramassée, à six pattes, les 
les deux paires antérieures dirigées en avant, la troi- 
sième en arrière. La tête est large, carrée, munie de deux 
mandibules en crochets acérés, avec un orifice absor- 
bant communiquant à la bouche et permettant la suc- 
cion. Cette larve ne peut marcher qu'à reculons. Elle 
creuse son entonnoir en moins d'une demi-heure, en 
décrivant en arrière des tours de spire de diamètre dé- 



liO LES MÉTAMORPHOSES DES ES SECTES. 

croissant. Sa robuste tête lui sert de pelle pour rejeter 
le sable, chargé par une de ses pattes de devant. Puis 
elle se tapit cachée au fond de l'entonnoir de sable, bien 
exposé au midi, car la rusée chasseresse paraît frileuse 
(fig. 125). Tout est prêt. Si quelque malheureux insecte 




Fis. 123. — Entonnoir du fourmi-lion 



vient rôder autour de l'abîme mouvant, le sable s'écroule 
sous ses pas. Il cherche à se cramponner au talus; une 
pluie de sable, lancée du fond du trou par la larve, l'a- 
veugle et l'étourdit. 11 tombe ; aussitôt les crochets cruels 
s'enfoncent dans son corps, et tous ses fluides sont sucés, 
comme par une araignée. Puis le cadavre est lancé hors 
du trou d'un coup de tête, et la larve recommence l'affût. 
Comme les fourmis sont souvent ses victimes, on nomme 
le genre auquel elle appartient mijrméléon ou fourmi- 
lion. Le Myrmeleo formicarius se trouve aux environs de 
Paris, mais s'avance peu au nord. On le rencontre 
encore àCompiègno. Par une erreur singulière, Réaumur 
croyait que la larve n'avait pas d'orifice anal. Il est très- 
petit, et les excréments très-fins se perdent dans le sable. 
Elle se file un cocon ovoïde en soie tout satiné à l'inté- 



NKVROPTKIŒS. 



I il 



rieur, revêtu à L'extérieur, de grains sableux, el y devient 
une nymphe à parties bien visibles, recouvertes d'une 
mince pellicule ( fig. 124 ). On est 

étonné de la grandeur des ailes de 
gaze de L'élégant insecte qui sorl de 

cette petite nymphe. On dirait, an 
premier aspect, nue libellule ou de- 
moiselle. Ses antennes grenues, ter- 
minées par un renflement, L'en dis- 
tinguent (fig. 125). En outre, pour 
qui l'a vu voler, il est impossible de 
taire confusion. Ses ailes molles s'a- 
gitent Lentement, el il est obligé de 
si» reposer bientôt, tandis que les li- 
bellules ont un vol très-rapide et longtemps soutenu. Il 
répand une odeur de rose, comme plusieurs autres in- 
sectes des sables. 
Les espèces de ce genre augmentent à mesure qu'on 




Fig. 124. 

Larve, nymphe et cocon 

du l'oumrilion. 




Fig. 125. — Fourmilion adulte. 



s'avance vers les régions chaudes. On rencontre dans la 
partie la plus méridionale de la France, dans les endroits 
les plus secs, et^ sortant dif repos seulement sous les 



442 LES MÉTAMORPHOSES LES INSECTES. 

rayons les plus ardents du soleil, une grande et superbe 
espèce, à ailes tachetées de noir, le myrméléon libellu- 
lo'icle (fig. 126). Sa larve ressem- 
ble à celle de l'espèce pari- 
sienne, mais beaucoup plus forte, 
également avide du sang des in- 
sectes. Elle peut se diriger en 
avant et chasse à découvert dans 
les lieux arides et sablonneux, 
mais sans creuser d'entonnoir. Le 
fait a été bien prouvé récemment 
par une de ces larves, élevée 
pendant plusieurs mois chez 
M. E. Blanchard (fig. 127). 
Les Parisiens connaissent très-peu de magnifiques 
insectes, au vol le plus vif pendant les chaudes journées 
où le soleil brûle la terre de ses rayons : ce sont les 
Ascalaphes. Des ailes amples, variées de noir et de jaune, 
un corps noir, velu, de longues antennes avec une large 
massue à l'extrémité, comme chez les papillons de jour, 




Fig. 127. 

Larve de myrméléon 

libelluloïde. 



à» 




Fig. 128. 
Ascalaphe méridional. 



Fig. 129. 
Larve d'ascalaphe. 



les caractérisent. On en signale plusieurs espèces, très- 
analogues. Vâscalaphe longicorne se montre, toujours 
rare, dans le centre delà France et se trouve au mois de 










s 



Fig, 1*26. — tfyrméléon libelluloide, mâle. 



NKVROPTKKES. 



i 15 



juillet près de Paris, sur les coteaux secs de Lardy, de 
Bouray el de Poquency; on observe en Provence VAsca- 
laphe méridional (fig. 128). Les mâles, àla recherche des 
femelles, volent avec la plus grande vélocité le long du 
versant des collines arides, au plus ardent soleil. La fe- 
melle s'élève verticalement, qnand le mâle vient à pas- 
ser au-dessus d'elle, connue ane pierre lancée avec force. 
Les deux insectes s'accrochent par leurs ongles arqués 
et le couple va se placer sur quelque plante. Quand ces 
puissants voiliers se reposent quelques instants, c'est sur 




Fig. 150. — Némoptère de Cos. 

l'extrémité des plantes. Les larves des ascalaphes ont 
une tète très-grande, des tubercules épineux aux anneaux 
de l'abdomen. Leurs mandibuless sont percées, comme 
cbez les larves 'de fourmis-lions, de manière à sucer le 
sang des insectes (fig. 129). Elles ne font pas d'enton- 
noirs, marchent en avant, se cachent dans les petites 
pierres et les détritus, et de là s'élancent sur les insectes 
qui passent. On peut dire qu'elles sont aux fourmis-lions 
immobiles et rétrogrades ce que les araignées sauteuses 
sont aux araignées tendeuses de toiles. 

10 



146 LES MÉTAMORPHOSES DES ENSECTES. 

Les némoptères ont les ailes élégamment maculées de 
noir et de jaune, les inférieures très-grêles, presque 
linéaires, souvent dilatées en spatule à l'extrémité. On 
rencontre l'espèce la plus commune dans les îles de 
l'Archipel et en Egypte ; cette espèce, ou une très- 
voisine) existe aussi en Espagne et en Portugal, et, dit- 
on, très-rarement en France, aux environs de Perpignan 
(fig. 150). Nous serions heureux de provoquer à ce sujet 
d'intéressants travaux. 
En effet, on suppose que la larve de ce némoptère est 
un très -singulier animal 
trouvé en Egypte par Poly- 
dore Roux. 11 le nomme né- 
crophile des sables, car il le 
trouvait courant sur les 
sahles qui encombrent l'in- 
térieur des tombeaux creu- 
sés dans le roc aux environs 
des pyramides de Giseh. 
Rien de plus bizarre que le 
très-long cou grêle de cette 
larve portant une forte tête 
triangulaire, avec des man- 
dibules énormes, fines et 
arquées, dentées en dedans, 
rappelant tout à fait celles 
des fourmis-lions, et servant 
sans doute comme elles à 
sucer le sang des insectes 
par un canal interne. Nous 
avons l'ait figurer (fig. 151) cette étrange créature, d'a- 
près le dessin très-grossier de P. Roux rectifié autant 
que possible par un habile artiste, en espérant par là 
appeler l'attention des chercheurs. 

On observe dans les bois, les jardins, et souvent à la 




• Fig' 131. 
Larve supposée de Némoptère. 






NËVROPTBRES. 141 

lin de l'hiver, collés aux vitres, à l'intérieur des maisons 
de campagne, de délicats insectes, au corps grêle, ;,| >^ 
ailes finement réticulées «le verl ou de jaune, ;mx veux 
très-saillants et dune teinte d'or ou de cuivre poli. Ils 
laissent entre les doigts, si on les saisit, l'odeur [a plus 
infecte, plus infecte encore que celle des coccinelles, 
autres mangeurs de pucerons. Cette sécrétion paraît être 
la seule défense d'animaux aussi débiles, dont le vol est 
faillie et de courte durée. De longues et fines antennes 
surmontent leur tête. Ce sont les hémérobes ou demoi- 
selles terrestres. Elles pondent sur les tiges ou sous les 
feuilles des œufs très-singuliers, portés sur de longs fila- 
ments, qui les firent prendre pour des champignons par 
les premiers observateurs et décrire comme tels. La 
femelle vole un peu après avoir déposé l'œuf, de sorte 
que la matière qui l'entoure s'étire et se solidifie à l'air 
en pédicule. Il naît de ces amfs des larves ressem- 
blant à celles des fourmis-lions, mais plus élancées, 
à tète moins aplatie. Elles marchent en avant, sur les 
liges et les feuilles, à la chasse des pucerons, dont 
elles font un grand carnage, enfonçant dans leur 
corps dodu et succulent leurs longues mandibules 
percées d'un canal pour la succion. Ce canal est réelle- 
ment formé, comme aussi chez les insectes précédents, 
par les mandibules et lesmàcboires soudées. Aussi l'ha- 
r bile historien des mœurs des insectes, Réaumur, les ap- 
pelle les lions des pucerons. Elles attaquent également les 
chenilles. Parvenues à toute leur croissance, elles filent 
lidans les replis de quelque feuille une très-petite coque 
de soie, de forme sphérique, et l'insecte parfait en sort 
au bout d'une quinzaine de jours. On est tout étonné de 
ces dimensions si on le compare à la nymphe ramassée 
qui était dans cet étroit cocon. Parfois un hyménoptère 
parasite sort de ces cocons, dont la larve a dévoré l'ha- 
bitant. Ainsi, A. Doumerc et M. Lucas ont obtenu des 



148 LES METAMORPHOSES DES IîsSECTES. 

cocons de Yhémérobe perle, l'espèce la plus commune 
des bois et jardins de Paris, Yacœnitesperlœ, Doumerc, 
à abdomen -moitié noir moitié roux. 

Outre Yhémérobe perle nous rencontrons encore près 
de Paris, surtout dans les jardins, Yhémérobe chrysops, 
dont le corps jaune est varié de noir, et qu'on reconnaît 
tout de suite à ses nervures vertes pointillées de noir. Sa j 
larve se met sur le dos un vêtement très-bizarre, formé 
de toutes les peaux des pucerons qui ont assouvi sa faim. 
On dirait un chef sauvage portant à sa ceinture les scalps 
de ses malheureux adversaires. Si on lui enlève cette 
belliqueuse couverture, elle sème le carnage autour 
d'elle, et en quelques heures s'est refait uue nouvelle 
toilette de dépouilles opimes. 

Les nombreuses espèces de ce genre se ressemblent 
beaucoup et sont difficiles à distinguer. Nous avons 
choisi, pour la faire figurer, la plus grande espèce 
de France, d'un genre très -voisin, Yosmyle tacheté, 
qu'on trouve près de Paris, au mois d'août, dans les 
arbustes qui bordent les ruisseaux et les mares (fig. 152). 




Fig. 132. — Osmyle tacheté. 

Ce bel insecte est toujours rare. Caché pendant le jour, 
il vole au crépuscule, faiblement et sans aucun bruit. 
Il a été pris par M. J. Fallou, à la miellée au milieu des 
noctuelles, c'est-à-dire attiré par le miel dont on enduit 
les arbres. Sa larve vit dans la terre humide qui est au 
contact de l'eau, et monte après les tiges des plantes 
pour se métamorphoser en nymphe. Elle offre donc une 



NEVROPTÈRES. 



140 



différence d'existence avec les larves des hémérobes 
propres. M. Hagen a constaté dans la jeune larve 
embryonnaire, encore dans l'œuf, la présence d'un 
tubercule corné sur le (Vont, qui lui serf à percer la 
coque de l'œuf pour sortir. 

Les névroptères carnassiers terrestres nous offrent 
encore un groupe singulier par le prolongemenl des 
pièces de la bouche, rassemblées en une sorte de bec 
perforant. Aristote et Théophraste avaient observé l«'s 
panorpes, et, trompés par une analogie forl grossière, 
les appelaient mouches-scorpions, distinguant alors deux 
sections dans les scorpions, les uns fixés au sol et sans 
iiles, les autres pouvant s'élancer dans les airs pour 
Baisir leurs victimes. Les panorpes se tiennent dans 
l'herbe et dans les broussailles, depuis le mois d'avril 
jusqu'à la fin de l'été. Elles ont le corps grêle, porlé sui- 
de longues pattes, tacheté de jaune et de noir. Quatre 
ailes droites, maculées de noir, chevauchent au repos 





Fig. 153 et 154. — Panorpe femelle et mâle. 

l'une sur l'autre et recouvrent l'abdomen (fig. 433 et 
\o\). Chez le mâle l'abdomen se recourbe à l'extrémité 
sur le dos, et son dernier anneau est prolongé par nn 
crochet rougeâtre et gonflé qui offre quelque ressem- 
blance avec la griffe courbe qui termine la queue rele- 
vée du scorpion ; mais ici il n'y a pas de poche à venin, 
et, en regardant mieux, on voit que le crochet est double. 



150 



LES METAMORPHOSES DES INSECTES. 



Fig. 155. 
Pince du mâle. 



Les deux pointes sont insérées sur deux tubercules ren- 
flés et forment, une pince destinée à saisir la femelle 
(fig. 155). L'abdomen de celle-ci se termine tout diffé- 
remment ; ses anneaux s'effilent en un 
long tube rétractile propre à la ponte 
des œufs. En liberté, dans la nature, 
ces insectes montrent leur audace et 
leur bravoure. Us saisissent au vol les 
mouches et les papillons, les percent de 
leur bec puissant, et les dévorent posés 
sur les plantes. On les voit souvent se jeter sur des 
libellules de beaucoup plus grande taille, les renverser 
et les tuer. Quand on saisit les panorpes, elle§ laissent 
couler par la bouche une salive brune, caractère propre 
à beaucoup d'insectes carnassiers. 

Bien-que ces panorpes soient communes, ce n'est que 
tout récemment que leurs premiers états ont été bien 
connus et décrits en Allemagne par M. Brauer. Les larves 
et les nymphes vivent en effet profondément cachées dans 
les terrains humides. M. Brauer réussit à élever pendant 
six semaines une paire de ces 
insectes en les nourrissant de 
pommes, de pommes de terre et 
de viande crue, et à les faire re- 
produire. La femelle dépose ses 
œufs dans la terre (fig. 156). Ces 
œufs, d'abord blancs , devien- 
nent ensuite d'un vert brunâtre, 
avec des lignes d'un brun foncé. 
Ils sont volumineux et éclosent 
au bout de huit jours. La larve 
molle se tient courbée et se 
nourrit de débris organiques. 
En captivité, on peut lui faire manger de la viande 
pourrie et du pain. Elle grandit peu d'abord, subit 




Fig. 150. 
Panorpe femelle pondant. 



NÉVROPTÈRES. 



151 



plusieurs unies, ci ne parvient à toute sa croissance 
qu'au bout d'un mois. Sa couleur es! en dessus d'un 
<Tis rougeâtre el blanchâtre en desssous. La tête a 
la forme d'un cœur, des yeux saillants, d«> fortes pièces 
buccales. Les anneaux du thorax oui de petites pattes 
cornées, les autres charnus ont des pattes abdominales 
molles et en forme de cône Sur Le dos des trots derniers 
anneaux, sont, des style l s cylindriques terminés par de 
longues soies. Le dernier anneau porte quatre tubes qui 




Fig. 157 et 138. — Larv et nymphe de panorpe, très-grossies. 



déversent une liqueur blanche. Ofdinairememenl tran- 
quille, elle sait se mouvoir avec rapidité si on l'effraye. 
Pour se changer en nymphe, elle s'enfonce plus profon- 
dément dans la terre et conserve encore assez longtemps 



152 LES METAMORPHOSES DES INSECTES. 

sa forme. Ce n'est qu'au bout de dix à vingt jours qu'elle 
devient nymphe, laissant voir alors la figure définitive 
de l'insecte et deviner son sexe (fig. 157 et 158). Elle 
offre déjà les couleurs de l'adulte, avec cette différence 
que le jaune est beaucoup moins intense, surtout en 
dessous. C'est au bout de quinze jours environ que l'in- 
secte remonte à la lumière. Il lui a fallu neuf semaines 
pour atteindre, à partir de l'œuf, son entier développe- 
ment. Comme les panorpes n'apparaissent pour la pre- 
mière fois qu'à la fin d'avril, il en résulte qu'il ne peut 
y avoir que deux générations par an. Les larves de la 
seconde génération passent l'hiver sous la terre et don- 
nent les adultes d'avril. 

Le midi de la France possède un autre genre de ces 
névroptères à bec, de mêmes mœurs, la bittaque titu- 
laire, dont l'aspect est celui d'un grand cousin qui aurait 
quatre ailes (fig. 159). Cette espèce, dit-on, se rencontre 




Fig. 139. 
Bittaque tipulaire. 



Fig. 140. 
Borée hyémal grossi, mâle. 



très-rarement et d'une manière accidentelle près de 
Paris. On connaît ses métamorphoses étudiées par 
M. Brauer et analogues à celles des Panorpes. La larve 
est plus courte, plus ramassée. 



NÉYROPTBRES. 133 

Dans un autre genre, de très-petite taille, est [e Borée 
hyémal. La tête présente un rostre, comme les pa- 
nbrpes. Les borées sautent, et sonl d'un unir luisant 
avec des reflets d'un vert de bronze. Les mâles ont dos 
ailes amincies en suie, finement ciliées (fig. 140); leia 
femelles n'ont que de très-petits rudiments d'ailes, avec 
une tarière aiguë destinée à la ponte, presque aussi 
longue que la moitié du corps. C'est dans le nord de 
KEurope, en Suède, et dans les régions élevées (\o> 
Alpes, qu'on rencontre ces singuliers insectes, en trou- 
pes considérables sur la neige. 

Chez le précédent ordre d'insectes, «les larves vivaient 
dans l'eau, ainsi celles des dytiques et des hydrophiles, 
mais ne cessaient pas de respirer l'air en nature. Les 
moyens employés par le Créateur sont multiples, appro- 
priés à des circonstances que nous ne saisissons pas 
toujours. Aussi ne devons-nous pas nous étonner si les 
larves aquatiques des névroptères nous présentent un 
autre mode de respiration, la respiration au moyen de 
branchies, organes qui absorbent l'air dissous dans 
l'eau, comme on le voit chez les poissons, lesécrevisses, 
les huîtres, etc. Les eaux vaseuses contiennent en abon- 
dance des larves allongées, à tête écailleuse, pourvues 
d'yeux, de mandibules arquées et de courtes antennes. 
Les anneaux de l'abdomen portent des paires de filets 
libres, flottants, perpendiculaires au corps et articulés 
en quatre pièces qui vont en s'effilant. Un prolongement 
caudal le termine. Ces larves vivent de proie dans les 
fonds boueux, et ouvrent fortement les mandibules pour 
mordre. Les nymphes sont terrestres ; aussi les larves 
quittent l'eau et gagnent la terre sèche, au pied des 
arbres, parfois à plusieurs mètres de distance de l'eau. 
Elles s'enfoncent en terre et vivent encore environ quinze 
jours avant de se transformer, respirant alors l'air 
gazeux au moyen de ces mêmes branchies qui aupa- 



154 LES MÉTAMORPHOSES DES ENSEGTES. 

ravant fonctionnaient dans l'eau. C'est un fait curieux, 
analogue à celui des crabes de terre ou tourlonrous, de 
nos colonies des Antilles. Elles se creusent une cavité 
ovoïde et y deviennent une nymphe, immobile et molle, 
offrant des antennes, des pattes, des rudiments d'ailes 
et des couronnes de poils roides aux anneaux de l'abdo- 
men. Ces nymphes laissent éclore sur place l'adulte qui 
sort de terre, en y abandonnant intacte sa peau de nym- 
phe. L'espèce très-commune est la semblide de la boue, 
nommée la voilette par les pêcheurs à la ligne qui s'en 
servent comme amorce, à ailes réticulées de noir, d'as- 
pect enfumé, les postérieures très-larges, recouvertes 
au repos par les antérieures en forme de toit un peu 
renflé sur les côtés (fig. 14 J, 142, 143). Les semblides 




Fig. 141, 14> et 143. — Semblide de la boue, adulte, nymphe, larve. 

ne vivent que quelques jours à l'état parfait. Le mâle est 
d'environ un tiers plus petit que la femelle. Celle-ci 
pond sur les feuilles, les roseaux, les pierres, les murs, 
des œufs allongés à l'extrémité, et que la mère dispose 
les uns contre les autres, comme des petites bouteilles. 
La jeune larve est quelquefois forcée de parcourir,] une 
certaine distance pour se rendre à l'eau. 

Les pêcheurs à la ligne connaissent aussi parfaite- 
ment des larves, que Réaumur plaçait dans ses teignes 
aquatiques, et dont le corps mou et délicat est protégé 
par des fourreaux très-variés. Elles s'y cramponnent par 
des crochets, placés à l'extrémité de l'abdomen, et il faut 



NKYKOl'TKItKS. 155 

un certain efforl pour les retirer du fourreau quand on 
u'iif s'en servir pour amorcer la ligne. On 1rs nomme 
easets, d'après cette habitude de se renfermer dans une 
case; charrées, parce qu'on les voit souvent traîner après 
elle ces fourreaux. Los paysans les appellent porte-boi*, 
porte- feuilles, porte-sablés, parce que, selon les espèces 
et selon les eaux, les fourreaux sont recouverts <!«• sub- 
stances différentes. Le nom scientifique qui leur a été 
donné par Delon, notre \ieux naturaliste des habitants 
des eaux, et adopté par Linnaeus, celui dephryganes, a 
la même signification, car il veut dire fagot, réunion de 
petites branches, des insectes aquatiques, après avoir 
fixé l'attention des anciens observateurs, ont été étudiés 
avec soin par G. Duméril, puis par M. l'iclet, à qui nous 
emprunterons quelques curieuses figures. Ils ont fait en 
Angleterre l'objet île travaux intéressants et nouveaux 
de M. R. Mac-Lachlan. Les œufs pondus par les femelles 
sont enfermés dans des sortes de boules gélatineuses qui 
se gonflent dans l'eau et se fixent aux pierres. Cette 
gelée conserve l'œuf quand les petites mares et les ruis- 
selets sont à sec pendant les chaleurs de l'été, et nous 
expliquent comment on peut trouver des phryganes dans 
des fossés qui ont été privés d'eau pendant plusieurs 
mois. La larve s'aperçoit dans l'œuf transparent, comme 
un petit ver sans pattes; elle éclôt peu de jours après la 
ponte, sort de l'œuf, puis de la gelée, après avoir séjourné 
plusieurs jours dans celle-ci. Ces larves sont alors comme 
de petites lignes noires. Les coques des œufs restent 
dans la gelée, qui bientôt se détruit. Toutes les larves 
de regroupe vivent dans l'eau, mais se partagent d'après 
leurs mœurs en deux sections. Les phryganes propre- 
ment dites se construisent des étuis mobiles dont nous 
allons parler ; d'autres genres ne bâtissent que des abris 
lixes, plus ou moins imparfaits, contre le sol et les 
grosses pierres. 11 est facile d'élever ces larves dans des 



156 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

aquariums et de voir leurs singuliers travaux ; c'est ce 
qui nous engage à entrer dans certains détails. 

Si les larves à étuis mobiles vivent dans les eaux cou- 
rantes, elles attachentleurs étuis par quelques fils de soie; 
dans les eaux stagnantes elles flottent ou marchent au 
fond de l'eau. L'abdomen est toujours protégé par l'étui; 

la tête et le thorax sont • 
souvent plus ou moins 
dehors, et la larve se 
cramponne par les pat- 
tes. Tout rentre dans 
l'étui si l'animal est in- 
quiété. Les anneaux de 
l'abdomen portent des 
houppes molles et cou- 
chées transversalement 
pour se placer com- 
modément dans l'étui 
(fig. 144). Ce sont des 
sacs branchiaux, com- 
muniquant avec les tra-. 
chées intérieures et ser- 
vant à[la respiration par 
Feau aérée sans que l'a- 
nimal ait besoin de ve- 
nir à la surface. Ces lar- 
ves sont, omnivores. On 

Fig. 144. iii.- 

Larve de phrygane rhombique (grossie), les élève bien avec des 

feuilles dans l'eau, des 
leuilles de saule par exemple, en ayant soin de renou- 
veler l'eau très-fréquemment, car elles meurent vite 
dans l'eau corrompue. Les grandes espèces mangent 
toute la feuille en commençant par le bord, les petites 
ne vivent que du parenchyme en laissant intactes les 
nervures. En outre, comme leurs mâchoires sont peu 




«#" 



M.VUOPTÈRES. 157 

tranchantes, elles mahgeni l» i s parties molles des in- 
sectes aquatiques ou de leur- compagnes sorties par 
jccidenl de l'étui protecteur. L'instincl porte les lar- 
ves, dés leur naissance, à s'entourer d'étuis cylin- 
droïdes, un peu plus largesen avanl qu'en arrière. Leur 
Intérieur, toujours lisse, est formé par un tissu fin et 
assez fort «le soie produite par deux glandes placées de 
chaque côté du corps et sortant par la filière de la bou- 
che. Le fourreau esl toujours fortifié par des matières 
étrangères qui le recouvrent à l'extérieur. Chaque espèce 
choisit ses matériaux et les dispose suivant une loi régu- 
lière <"i prédestinée. Ainsi la phrygane rhombique (que 
nous figurons, ûg. 1 iô, 1 10), dispose transversalement 





Fig. 145. Fig. 146. 

Phrygane rhombique. Phrygane au repos. 

des brins de bois et des débris végétaux (fig. 147, 148) ; 
d'autres espèces disposent ces mômes matériaux longi- 
tudinalement, d'autres en spirale. La phrygane flavicorne 
se sort volontiers de petites coquilles, ainsi que de pla- 
norbes très-jeunes, pour constituer son étui; souvent 
les mollusques continuent de vivre (fig. 149).Réaumurdit 
à ce sujet: « Ces sortesd'habitssontfortjolis,maisils sont 
aussi des plus singuliers. Un sauvage qui, au lieu d'être 
couvert de fourrures, le serait de rats musqués, de tau- 



158 



LES METAMORPHOSES DES INSECTES. 



pes ou autres animaux vivants, aurait un habillement 
bien extraordinaire ; tel est en quelque sorte celui de nos 
larves. » Les espèces qui se servent de pierres ou de sable 

ont des étuis plus régu- 
liers et plus constants 
que celles qui emploient 
les matières végétales. 
L'instint de construction 
est perfectible et laisse 
parfois entrevoir une 
lueur d'intelligence. Ainsi 
une larve habituée à faire 
un étui de pailles ou de 
feuilles, mise dans un vase 
où il n'y a que de peti- 
tes pierres, finit par s'en servir pour se construire 
un étui inaccoutumé. Si on expulse une larve de son 
étui en la poussant en arrière avec une pointe mousse, 




Fig. 147 et 148. 

Fourreaux réguliers. 





Fig. 149. 
Fourreau de coquilles. 



Fig. 150. 
Fourreau de mousses: 



elle cherche à y rentrer par la plus large extrémité, 
celle de la tête, mais alors elle doit se retourner ou 
couper l'étui et le modifier. Si on le lui retire, elle 
en fait un autre. Supposons la larve nue se promenant 
sur un fond sablé de petites pierrailles. Elle reconnaît 



NÉVROPTÊRES. 1*0 

d'abord el choisi! ses matériaux. Elle fait ensuite une 
voûte de deux ou trois pierres plates, soutenues el liées 
par des fils de soie el se loge en dessous. Puis elle choisit 
les pierres une à une, 1rs lient entre ses pattes el les 
présente, comme un maçon, de manière qu'elles entrent 
dans les intervalles des autres et que les surfaces pianos 
soient intérieures. Quand la pierre est bien placée, la 
larve la colle par des fils de soie aux pierres voisines. 
C'est toujours par la partie postérieure que se commence 
l'étui. Les étuis de petites pierres, les plus longs à con- 
struire, demandent cinq à si\ heures. 

La larve doit venir à l'état de nymphe, immobile, 'im- 
propre ;'i se défendre. 11 faut un surcroit de précautions. 
Elle ferme les extrémités de son étui par des fils de soie, 
à interstices assez lâches, laissant passer l'eau. Ces 
grilles de soie sont fortifiées par des brins de bois, des 
herbes, des pierres. Les nymphes laissent voir les orga- 
nes de l'adulte; elles ont sur le dos des panaches de fila- 
ments blancs, servant à la respiration. Elles font osciller 
presque constamment l'abdomen dans le fourreau. Au 
bout de quinze à vingt jours, elles rompent la grille, 
sortent du fourreau, et on voit ces nymphes blanchâtres 
nager librement dans l'eau, le plus souvent sur le dos, 
au moyen de leurs pattes intermédiaires ciliées servant 
de rames (fig. 151). C. Duméril a pu ainsi en conserver 
vivantes et mobiles pendant huit jours, en les empêchant 
de sortir de l'eau où elles ne sauraient se transformer. 
Vient-on à présenter un support à cette nymphe, elle le 
saisit, puis, quand elle est hors de l'eau, on la voit tout 
d'un coup se boursoufler comme une vessie pleine d'air. 
Elle se déchire sur le dos; par cette crevasse saillit le 
corselet entraînant les ailes; celles-ci s'allongent et 
s'étendent. Les antennes se déroulent comme par res- 
sort, puis les pattes se déplient, enfin L'abdomen sort de 
la peau, qui reste en place complète et transparente 



160 



LES METAMORPHOSES LES INSECTES. 



comme un spectre. Comme les nymphes marchent très- 
mal sur la terre, l'éclosion a toujours lieu très-près du 
bord de l'eau. Les phryganes adultes, d'abord pâles et 
molles, ne se colorent complètement qu'au bout de quel- 
ques heures. Elles ne mangent pas à l'état adulte et leur 





Fig. loi. 


Fig. 15-2. 


Phrygane poilue 


Phrygane poilue 


(nymphe grossie). 


(adultes). 



bouche est rudimentaire. Leurs couleurs sont peu va- 
riées, le gris jannâtre y domine. Leurs ailes sant poi- 
lues. L'aspect de ces insectes rappelle certains papillons 
de nuit; aussi furent-ils appelés mouches papillonacéesi 
C'est ce que rappelle le nom scientifique Trichoptèresj 
donné à tout ce groupe d'insectes dont les entomologistes 
anglais font un ordre spécial. Elles volent peu et ne 



NEVROPTÈRES. 



161 



quittent guère le bord des eaux. Pendant le jour elles se 
tiennenl sons les feuilles desbuissons, sur les murs, les 
hunes d'arbres; les ailes supérieures sonl alors repliées 
en toil sur les inférieures, bien plus larges el plus déli- 
cates (fig. 152). Os ailes supérieures sont dos sortes 
d'élytres. Au repos, les longues antennes sont accolées 




Fig. 155, 154, 155 et 150. 
Hydropsyche atomaire, larve adulte, nymphe, sa maison. 

et dans le prolongement du corps. Si la pkrygane entend 
quelque bruit, elle les écarte vivement, puis s'envole à 
quelque distance. Le printemps et l'automne voieul pa- 
raître des espèces différentes, dont la vie, (huis sa (luire 
totale, est d'un an. Le soir, les phryganes volent au-des- 
sus des ruisseaux et sont parfois si nombreuses que cer- 
taines espèces forment des nuées au-dessus des rivières. 
Comme tous les insectes nocturnes, la lumière les attire, 
et on les trouve parfois en grand nombre sur les réver- 
bères des quais. 

il 



162 



LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 



Il y a de petites espèces, très-analogues à l'état adulte r 
mais dont les larves ont certaines différences. Ce sont les 
rhyacophiles et les hydropsyches. Il est de ces larves qui 
ont des branchies en touffes, et, en outre, au bout de 
l'abdomen, deux longs pédicules à crochets entre lesquels 
sortent quatre tubes rétractiles communiquant avec les 







Fig. 157, 158, 159, 160 et 161. 
P.hyacophile vulgaire, larve, nymphe, abri, cocon et adulte mâle. 

trachées. D'autres n'ont pas de branchies et offrent à 
l'abdomen deux tubes pour respirer l'air au dehors 
(fig. 153, 154, 155, 156). Toutes ces larves se font des 
abris momentanés et fixes, dont elles sortent au reste 
souvent pour y rentrer à volonté. Le plus habituellement 
l'abri consiste en une calotte ou réseau de fils de soie,, 
collée à une pierre plate, à une souche, à une tige im- 
mergée. Cette calotte est fortifiée de corps étrangers, 
herbes ou pierres, et la larve rampe en dessous, dans un 



NÉVROPTÈRES. 163 

canal ménagé entre la pierre et la calotte. Telles sonl les 
larves d'hydropsyches sans branchies. Parfois les réseaux 
soi il très-grands, lâches, irréguliers, el plusieurs larves se 
logent dedans. Il arrive aussi que ces réseaux flottent dans 
In vase. Enfin il esl <\^> larves qui se font des boyaux si- 
nueux en terre durcie, dont un côté esl appliqué contre 
une pierre, etcirculenl dedans; la pierre en paraît réticu- 
lée. An momenl de s, 1 changer en nymphes, toutes ces 
larves ferment les entrées et sorties de leur dernier abri 
fixe, façonné avec plus de solidité <|ue les précédents. Les 
rhyacophiles présentent nue particularité propre; leur 
nymphe n'est pas libre, comme chez les autres insectes 
qui nous occupent; outre l'abri fixe, La larve se file une 
seconde enveloppe soyeuse, exactement adaptée à son 
corps, «'i suhil sa métamorphose dans ce véritable cocon 
(fig. 157, 158, 159, 100, ICI). 



CHAPITRE V 

HYMÉNOPTÈRES 



Les abeilles; mères, faux-bourdons, ouvrières. — Éducation des larves, 
influence de la nourriture. — Les mélipoues, ou abeilles sans aiguil- 
lon. — Les bourdons. — Parasites de leurs nids. — Abeilles solitaires, 
perce-bois, maçonnes, conpeuses de feuilles et tapissières — Anthidies. 

— Guêpes et polistes. — Guêpes solitaires. — Hyménoptères fouisseurs. 

— Le philanthe apivore— Le pompile des chemins.— Pélopées et Sphex. 

— Fourmis; travaux, soins maternels, combats. — Essaimage des mâles 
et des femelles. — Ichneumoniens zoophages. — Cynips et galles vé- 
gétales. — Hyménoptères porte-scies ; ravages, perforations. 



Si notre intention était de faire connaître dans leurs 
merveilleux détails l'intelligence et l'instinct, les mœurs 
et l'industrie des insectes, aucun ordre de la classe ne 
nous arrêterait aussi longtemps que les hyménoptères, 
qui tiennent le premier rang par leurs aptitudes. Nous 
trouverons, au contraire, une grande uniformité dans 
l'élude des larves et des nymphes. La majeure partie des 
hyménoptères ont des larves privées de pattes et demeu- 
rant toute leur vie dans le berceau où la mère est venue 
pondre son œuf. Ces insectes qui, à l'état adulte, sont les 
plus élevés de leur classe, comme division du travail 
physiologique et développement de la sensibilité, sont 
au contraire très-peu avancés en sortant de l'œuf. Rien 
ne varie plus que la première demeure, ainsi que l'ali- 
mentation propre au jeune insecte. Un instinct admirable 
a guidé la mère dans le choix et la disposition de ces 
nids, dans leur approvisionnement, et toute la vie de 
l'adulte est destinée à assurer la conservation d'une pos- 



HYMÉNOPTÈRES. 105 

térité que la mère ne connaîtra jamais, flans la plupart 
des cas. Les différentes provisions qui serviront à nour- 
rir les larves nous amènent, de la manière la plus natu- 
relle, à classer les objets de notre examen. 

Lesmets les plus délicats el les plus suaves, puisque 
les anciens en faisaienl le seul aliment «les dieux im- 
mortels, sont offerts à la progéniture des hyménoptères 
mellifiques. Le nectar, ou miel des fleurs, mêlé à leur 
pollen, constitue une gelée parfumée, sorte d'ambroisie, 
servie à ces entants débiles, et soignés avec la plus ten- 
dre et la plus inquiète sollicitude. Les anciens, qui ne 
connaissaient pas le sucre, avaient divinisé le miel ex- 
quis des habitantes de l'Hymetteel de l'Ida. Ils savaient 
qu'il existait dans chaque ruche d'abeilles un individu 
unique, mais ils le croyaient mâle et le nommaient roi 
(pa.TU.z-j;, rex) : malgré les idées prédominantes de la gé- 
nération spontanée des abeilles, Aristote avait pressenti 
sans doute leur reproduction sexuelle; il semble croire 
que les faux-bourdons sont des femelles, et les ouvrières 
des mâles particuliers. C'est Swammerdam qui, le pre- 
mier, par une anatomie interne, établit la vérité à cet 
égard. L'individu unique est une mère ou femelle, qui 
porte à tort le nom de reine, car elle n'exerce pas de 
commandement; les faux-bourdons ne sont pas ses sol- 
dats, mais ses époux aléatoires ; les ouvrières ne sont pas 
ses sujets, mais de singuliers et indispensables complé- 
ments de sa fonction maternelle. En effet, si deux êtres 
différents sont en général nécessaires, mais suffisants, 
pour assurer la perpétuité de l'espèce, les insectes nous 
offrent certains exemples où il en faut un plus grand 
nombre. Nous avons la manie d'affubler les animaux de 
nos gouvernements. La ruche n'est ni une monarchie ni 
une république, c'est une communauté de trois sortes 
d'individus dune utilité forcée pour la reproduction, et 
Chez qui tons les instants de l'existence concourent à ce 



1G6 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

but, avec la plus parfaite concordance harmonique. Les 
faux-bourdons servent à assurer la fécondité complète 
delà mère, de telle sorte qu'elle puisse pondre des œufs 
des deux sexes; mais cette mère, cette reine imaginaire 
que ses enfants retiennent souvent captive ou dont ils 
retardent l'éclosion, est incapable de recueillir sa propre 
nourriture, de construire la demeure de son innombrable 
postérité, d'en nourrir les premiers âges. Les ouvrières, 
ou femelles imparfaites, rempliront ce rôle accessoire de 
la maternité, l'abeille mère passant uniquement sa vie à 
pondre. Cette mère est plus allongée et plus grosse que les 
ouvrières, principalement au moment de la grande ponte. 
Sa couleur est plus brillante et plus fauve, surtout dans sa 
jeunesse, car elle vit quatre à cinq ans. Ses pattes sont 
plus colorées et plus longues que celles des ouvrières, 
mais sans brosse ni cuilleron pour 
récolter le pollen. On la distingue 
tout de suite en ce que ses ailes ne 
dépassent guère le milieu de son 
abdomen, lorsqu elles sont cou- 
chées sur le dos (fig. 165). Un ai- 
guillon, plus fort et plus recourbé 
que chez les neutres, arme l'extré- 
Fig.iG2. mité terminale de son corps. La 

Abeille femelle. prétendue re j ne , avec ce glaive re- 
doutable, est très-timide, se cache au moindre danger 
dans la partie la plus reculée de la ruche, alors que les 
ouvrières furieuses se pressent à l'entrée et se jettent sur 
l'agresseur. On peut saisir impunément la reine sans 
qu'elle sache piquer votre main ; une abeille étrangère 
ne craint pas de la molester, de lui tirer les ailes et les 
pattes; singulière harmonie! Ce craintif insecte devient 
un tigre féroce à l'égard de tous ses pareils. Deux mères 
ne veulent pas exister ensemble ; elles se poursuivent 
avec fureur et se lancent adroitement, entre lesjointures 





irïMÉNOPTÈRES. 407 

des anneaux, le mortel aiguillon. Quand une seule mère, 
après l'essaimage ou la moii de ses rivales^ est restée 
maîtresse de la ruche, elle se hâte d'allertuer dans leurs 
berceaux les mères plus jeunes encore emprisonnées, 
de sorte que normalement il ue s'en trouve qu'une seule 
en activité par ruche. Les mâles ou faux-bourdons sonl 
au nombre d'environ quinze cents par ruche ; ils sont 
plus gros el plus longs que les ouvrières, sans organes 
collecteurs de pollen. Leur 
couleur est d'un brun noirâ- 
tre, leurs yeux énormes occu- 
pent toute la tête et se rejoi- 
gnent (fig. 163»). Leur abdomen 
arrondi et poilu à l'extrémité 
n'a jtas d'aiguillon, fait géné- 
ral chez les niàles des hymé- 
noptères. Malgré la grosse 
tête, le cerveau de ces mâles 

est plus petit que celui des neutres ou ouvrières; aussi 
Bont-ils peu intelligents. Ils ont des mœurs douces et 
paisibles, comme il convient à des êtres désarmés. Ils 
• loi nient dans la ruche quand le temps incertain ou le 
vent ne les invitent pas à la promenade. Ils mangent du 
miel à leur fantaisie, puis, par les 
beaux jours de printemps, se déci- 
dent à sortir, l'ont autour de la ru- 
elle ces évolutions sonores qui leur 
valent leur nom, car leur bruit en 
volant est bien plus fort que celui 
des ouvrières, et bien différent, ainsi 
que leur odeur. Leur vie est limi- 
tée forcément, comme nous le venons, à deux ou trois 
mois. Les ouvrières varient en nombre de quinze mille à 
trente mille par ruche, et dix mille pèsenl unkilogramme. 
Elles vivenl de douze à dix-huit mois. Elles voient à grande 



Fig. 163. 
Abeille mâle. 




Fig. 164. 
Abeille ouvrière. 



168 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

distance, cl leur odorat subtil les guide, à deux ou trois 
kilomètres, vers les fleurs préférées. Leurs ailes attei- 
gnent presque le bout de l'abdomen (fig. 164). On y 
distingue deux classes d'individus : les pourvoyeuses et 
nourrices s'occupent de récolter au dehors le miel et le 
pollen, de nourrir les larves, d'aider à l'éclosion des 
nymphes, de ventiler la ruche lorsque la température s'y 
élève trop, en agitant rapidement leurs ailes près de 
l'entrée, et déterminant ainsi un courant d'air frais, de 
faire sentinelle à la porte pour écarter les ennemis on 
jeter le signal d'alarme auquel répond ce bourdonne- 
ment aigu précurseur de la sortie de l'armée. Les autres 
sont les cirières ou architectes, à abdomen plus long que 
celui des précédentes, ressemblant plus à la mère. Elles 
ramassent entre les anneaux de leur abdomen de minces 
plaques de cire, produit d'une sécrétion intérieure, la 
pétrissent et construisent les alvéoles des gâteaux. Selon 
beaucoup d'apiculteurs, et notamment M. Hamet, la di- 
vision des fonctions n'est pas absolue. Les jeunes ouvriè- 
res sont cirières, les vieilles butineuses. En outre, par les 
beaux jours, la plupart vont récolter au dehors ; elles 
construisent beaucoup plus au dedans dans les jours 
moins propices. Les architectes font trois sortes de cel- 
lules. Les trois quarts des cellules des gâteaux sont les 
plus petites. Elles ont une section hexagonale, comme 
par une géométrie innée chez les abeilles, la figure de 
l'hexagone régulier étant celle qui permet de remplir 
une surface donnée du plus grand nombre de comparti- 
ments. Ces cellules servent à deux usages. Les unes sont 
des réserves de miel et sont bouchées par une mince 
couche de cire formant un couvercle plat ; les autres sont 
employées comme berceaux des larves et des nymphes 
d'ouvrières, et remplies elles constituent leur couvain. Il 
en est qui contiennent du pollen, servant à la pâtée des 
larves. Chaque gâteau offre deux rangs de cellules se 






HYMÉNOPTÈRES. ÎG'J 

louchanl par le tond. D'autres cellules de même forme, 
un peu plus grandes, sont destinées uniquement au cou- 
vaiu des mâles. Enfin, sur le bord des gâteaux sonl con- 
struites d'énormes cellules arrondies, en très-petite quan- 
tité, employant de cent à cent cinquante fois plus de cire 
qu'une cellule d'ouvrière. Ce 
sont les cellules royales, à -iSSS^J 
surface guillochée de petits ^P^^P^jp^j 
trous triangulaires ;M-. h>;> . .-' Ijj? *Êm£ '^M c ^a ! 
1*1 où s'élèveront les mères. ■' agi k^ C2à 
Les ouvrières, sans avoir vu '^STSt^^ 

h'> œufs que pondra I.i mère, iSf-a^^J^W'. 

ont le pressentiment exacl 
des cellules à édifier et va- 

rienl leur travail selon les 
époques. Au milieu du juin- ~T^#~ 

temps, de mai à juin chez ÏW^ 

nous, selon la température . 
extérieure, une activité ex- 
traordinaire s'empare de la n . Fl ,?', 16o ',> , ■„ 

1 Diverses cellules d abeilles. 

ruche. Elle est remplie de 

couvain, et de nombreux mâles sont nés. Les abeilles 
respirenl avec force, par de rapides pulsations; elles fré- 
missent continuellement des ailes, et, en raison de la 
combustion considérable qui se produit en elles, une 
chaleur étonnante est dégagée, maintenue, puis accu- 
mulée par les parois do la ruche, qui conduisent très- 
mal la chaleur. \^\\ thermomètre placé dans la ruche 
peut alors monter de 40° à 45°, et Réaumura vu parfois 
la cire des gâteaux couler à demi fondue. C'est aussi. 
pour les visiteurs de ruches, le moment dangereux. 
lue véritable fureur maternelle a saisi les ouvrières, ré- 
mérés imparfaites, qui gardenl la progéniture de la 
mère commune; continuellement de nouveaux défenseurs 
èclosent, les sentinelles vigilantes avertissent au moin- 






170 LES METAMORPHOSES DES INSECTES. 

dre bruit. Il ne faut alors s'approcher qu'avec précau- 
tion, sans aucun mouvement brusque qui effraye et irrite 
les abeilles, et surtout ne pas frapper contre la ruche. 
Une mère nouvelle sort de sa cellule, c'est elle que nous 
allons suivre. L'ancienne mère cherche à la tuer. Si elle 
ne réussit pas, une grande partie des ouvrières se groupe 
autour d'elle, et, dépossédée de son domaine, elle sort 
entourée de son essaim qui se pend en pelote à une 
branche voisine, la vieille mère au centre. On se hâte de 
le recevoir dans une ruche nouvelle ; sinon, averti par 
les éclaireurs, il irait construire clans quelque creux 
d'arbre ou dans une cavité fortuite du sol. La jeune mère 
est restée maîtresse. Six à sept jours après sa naissance, 
par un beau matin où brille le soleil, elle sort, tourne 
autour de la ruche pour bien la reconnaître, puis s'é- 
lance dans les hautes régions de l'air, où voltigent en 
tourbillonnant de nombreux faux-bourdons. Elle revient 
bientôt à la ruche, féconde pour toute sa vie, et ne la 
quittera que pour essaimer. Elle commence sa ponte dès 
le second jour. Ses œufs sont ovoïdes, allongés, un peu 
courbés, d'un blanc bleuâtre. Ils sont de deux sortes, les 
uns de femelles, les autres de mâles. La jeune mère, 
pendant la belle saison de la première année et l'hiver, 
s'il est doux, ne pond que des œufs de femelles, dans les 
petites cellules vides. Ces œufs doivent produire des ou- 
vrières ou femelles imparfaites. Pendant la ponte la 
mère est l'objet des soins empressés des ouvrières. Elles 
l'essuient avec leur langue, lui dégorgent de temps à 
autre du miel dans la bouche et détruisent les œufs qui 
tombent par hasard ou dont le nombre dépasse un par 
alvéole. 

La mère s'arrête quelques secondes clans chaque cel- 
lule et dépose un œuf au fond, où il est maintenu parmi 
enduit visqueux. La température de la ruche, de 25° à 
50°, suffit pour faire éclore cet œuf au bout de trois jours 



0^ 



HYMÉNOPTÈRES. iW 

habituellement. Il en sort une larve sans pattes, d'un 
blanc un peu grisâtre ou jaunâtre, ridée circulairement, 
à lète à peint 1 plus colorée que le corps. Sa bouche n'of- 
fre que deux faibles mandibules écailleuses, sa lèvre in- 
férieure a une filière comme celle des chenilles. Ces 
larves restenl toujours roulées en an- 
neau au fond de la cellule el peu- 
vent s'v mouvoir lentemenl en spirale 
(fig. 166). Les nourrices leur apportenl 
une pâtée formée de miel el de pollen Fig. 166. 

. ... , r i i Larve «l'.-ilicille 

el variant selon 1 âge du ver, d abord (grosse). 

blanche el insipide, puis devenant de 
plu- ou plus sucrée et sous forme de gelée transparente. 
l,e> soins les plus tendres sont ainsi donnés plusieurs l'ois 
par jour, pendant sixjours environ. Alors les nourrices 
Ferment les cellules des larves avec un couvercle bombé 
ai non plat, connue celui des cellules à miel; les larves 
se redressent, s'allongent, et pendant un jour et demi 
tapissenl les cellules d'une pellicule de soie roussâtre. 
13 11101111' cellule peut avoir ainsi plusieurs pellicules, si 
elle a logé plusieurs larves. Cette chemise de soie est 
destinée à empêcher la peau si délicate de la nymphe 
d'être blessée par les parois. Après trois jours de repos, 
la larve se change en nymphe blanche, emmaillottée 
' d'une fine peau qui laisse voir les yeux, les antennes, les 
: ailes et les pattes couchées le long du corps. Pendant 
sept jours environ, la nymphe reste immobile, et ses or- 
ganes internes se forment. La larve n'a eu besoin que de 
la chaleur de la ruche. S'il faut admettre qu'on puisse 
généraliser par analogie les observations bien positives 
de Vwport sur les bourdons, les nourrices seraient aussi 
des couveuses et augmenteraient volontairement, par 
une plus puissante respiration, la chaleur ambiante, en 
se pi. saut, à la fin de la vie delà nymphe, sur le couvain 
operculé. Les mâles pourraient aussi participer à cette 



172 LES METAMORPHOSES DES INSECTES. 

incubation qui sérail nécessaire pour donner aux nym- 
phes leur vitalité complète. Celles-ci déchirent avec 
leurs mandibules les couvercles qui les maintenaient 
captives, et sortent sans secours étranger ; mais aussitôt 
que les jeunes abeilles, encore molles et plus pâles, ont 
réussi à quitter les cellules et sont reconnues par là 
aptes aux travaux communs, les ouvrières les essuient, 
les brossent, étendent leurs ailes et leur offrent du miel. 

Tant que la chaleur du début de l'été se soutient et 
que les fleurs pullulent, les mâles, paresseux et indolents, 
ont continué leurs excursions et rentrent le soir à la 
ruche; mais les provisions deviennent moins abondantes, 
une fureur subite s'empare des ouvrières contre ces 
bouches devenues inutiles. La consigne du meurtre est 
donnée; des sentinelles spéciales signalent l'arrivée des 
malheureux faux-bourdons, une escouade d'exécuteurs 
se précipite sur chaque mâle qui rentre plein de con- 
fiance, à l'heure habituelle du souper ; il est percé de 
coups d'aiguillons, et le lendemain les alentours des ru- 
ches sont noirs de cadavres. Ce n'est pas tout; les larves 
et nymphes de mâles qui existent encore sont arrachées 
des berceaux et jetées dehors, criblées de blessures 
mortelles. Cependant on peut trouver accidentellement, 
à la fin de l'automne, quelques mâles dans les ruches; 
tantôt ce sont des ruches en décadence où les neutres 
semblent devenus indifférents à l'intérêt général : tan- 
tôt, au contraire, par les années florissantes où les 
rayons regorgent de miel, c'est à une dédaigneuse in- 
souciance que quelques faux-bourdons doivent la vie, 
comme le riche bien repu qui tolère un insignifiant 
parasite à sa table. 

La ponte de la mère diminue peu à peu, à mesure que 
la saison s'avance. Aux premiers froids, les abeilles se 
rassemblent en peloton dans la ruche et ne mangent 
plus. Ce peloton est d'autant plus serré que la tempéra- 



HYMÉNOPTÈRES. 173 

iniv du dehors s'abaisse davantage. Réaumur el Huber 
ont affirmé que pendanl l'hiver il régnai! dans les ru- 
ches la chaleur d'un perpétuel printemps; An contraire, 
Newport soutienl que les abeilles tombent en engourdis- 
sement dans les grands froids, et que la température de 
la ruche diffère alors peu de celle du dehors. Dubost, 
tous les praticiens modernes, ont une opinion contraire : 
les abeilles ne s'endorment pas en hiver et la ruche 
reste toujours très-chaude, au moins au tempéré. Il li- 
rait très-probable que l'erreur du célèbre naturaliste 
anglais vienl de ce que le thermomètre placé dans la 
ruche, pour ce genre d'observations, n'est pas toujours 
recouvert par la masse serrée d^> abeilles. Alors la tem- 
pérature peut s'abaisser au-dessous de la glace, et même, 
dans les hivers très-froids, connue l'a vu Dubost en 1788- 
1789, «les -laçons tapissent la ruche et s'arrêtent tout 
prés du peloton d'abeilles où se maintient, mais là seu- 
lement, une température élevée. 

Aux premières chaleurs du printemps, elles consom- 
ment le miel qui a été mis en réserve, jusqu'aux pre- 
mières fleurs. La ponte de la mère reprend, et pendant 
deux mois environ ce sont encore des œufs femelles 
qu'elle dépose dans les petites cellules et qui donnent 
des ouvrières destinées à réparer les pertes dues aux 
. décès de l'hiver. Puis, la ponte d'ouvrières continuant 
-toujours, en avril et en mai, à certains jours, la mère 
jpond des œufs différents, des œufs de mâles, et, sans 
hésitation, les confie aux grandes cellules hexagonales. 
; L'œuf du mâle éclôt en trois jours ; sa larve vit six jours, 
nourrie de la même pâtée que celle des ouvrières, avec 
la même tendresse. Après la pose du couvercle de cire 
bombé, cette larve reste trois jours à filer, puis douze 
! jours environ en nymphe, ce qui fait que le couvain du 
mâle n'éclôt qu'en vingt-quatre jours au plus tôt, au lieu 
\ de vingt et un jours qui ont suffi au couvain des ou- 



174 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

vrières. Les jeunes mâles qui seront massacrés par la 
suite reçoivent en naissant les mêmes attentions dé- 
vouées que les ouvrières. Par intervalles, à des jours 
distincts, la mère, au milieu de sa ponte de mâles, va 
déposer des œufs de femelles, pareils en tout à ceux 
d'où naissent les ouvrières, dans les immenses cellules 
latérales dont nous avons parlé. Un des plus étonnants 
prodiges dont abondent les métamorphoses des insectes i 
va nous être offert. A la petite larve, toute pareille aux, 
larves d'ouvrières, qui sort de l'œuf au bout de trois 
jours, les nourrices apportent une nourriture toute par-, 
ticulière, d'abord acidulée, puis plus sucrée que la pâ- 
tée ordinaire. En outre, cette pâtée royale est prodi- 
guée et reste en excès dans cette vaste loge où la jeune 
larve dilate son abdomen à son aise. Qu'arrive-t-il ? les; 
organes producteurs des œufs, au lieu de rester stériles 
comme chez l'ouvrière peu nourrie et resserrée dans sa 
petite loge, se développent, et, à la place d'un neutre, 
la larve donnera une mère féconde. Tout va aller plus 
vite sous l'influence de cette succulente nourriture. Elle 
ne met qu'un jour à filer, prend deux jours et demi de 
repos, devient nymphe et ne reste sous cette forme que 
quatre à cinq jours, de sorte qu'au bout de quinze à 
seize jours après la ponte, la jeune mère est prête à per- 
cer le long couvercle pointu avec lequel les ouvrières 
ont fermé la cellule royale. Il arrive quelquefois que les 
ouvrières ne jugent pas l'instant de sa sortie favorable ; 
elles renforcent le couvercle avec de la nouvelle cire, et 
maintiennent la femelle en prison, de quatre à huit 
jours, en lui passant du miel par un petit trou. L'in- 
fluence de la pâtée royale est bien évidente, car il en 
tombe quelques miettes dans les cellules d'ouvrières 
placées près de la grande cellule, par la confusion iné- 
vitable de la multitude des nourrices empressées autour 
de la larve de mère. Cela suffit pour donner une demij 



HYMENOPTERES. 175 

fécondité à ces ouvrières el leur faire pondre exclusive- 
ment des œufs de mâles. Ces ouvrières pondeuses, 
connue les vraies femelles, sont exposées à toute la co- 
lère de la mère. Les ouvrières connaissent très-bien cette 

[propriété rveilleuse qui assure la durée <l» i s ruches. 

Si un accidenl les prive de la reine à un moment où la 
ruche n'a pas de couvain d'ouvrières, tout est perdu, les 
abeilles se dispersent et vont mourir dans la campagne, 
car les abeilles des autres ruches tuent sans pitié toute 
étrangère qui cherche à entrer. S'il \ a du couvain, le 
travail continue. Vite on isole une larve d'ouvrière en 
jnassacranl les voisines puni' rompre les cloisons, el 
Une vaste cellule, cette lois au milieu du gâteau (cellule 
loyal.' artificielle), entoure la préférée; on lui apporte 
la précieuse nourriture, elle devient une femelle; la 
ruche est sauvée. 

Nous connaissons en Europe deux espèces très-voisi- 
nes d'abeilles, Y abeille commune (Api* mellifica), à ab- 
domen brun, de l'Europe centrale, et l' abeille ligurienne 
(Apis ligustica), d'Italie, de Sicile, de Crète et de Grèce, 
celle qu'a chantée Virgile. Son abdomen est fauve. Peut- 
être n'a-t-on que deux races constantes, car on peut les 
croiser et l'on a des ruches mixtes fécondes. En Egypte, 
on élève, également en ruches, Y abeille à bandes. Dix ou 
douze autres espèces d'abeilles existent dans l'ancien 
monde, au Sénégal, au Cap, à Madagascar, aux Indes 
orientales, à Timor, etc. On récolte leur miel sauvage. 
L'Amérique n'avait point d'abeilles ; on y a introduit, an 
nord et au sud, l'abeille d'Europe qui y a multiplié. Seu- 
lement elle y devient très-facilement sauvage dans les 
bois, ce qui lui arrive au contraire très-rarement chez 
nous. Cette influence du continent américain s'est ma- 
nifestée sur tous nos animaux domestiques importés, 
sur les bœufs et les chevaux libres aujourd'hui dans 
les pampas comme sur les abeilles. Les vaches n'y 



176 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

«•ardent le lait que pendant l'allaitement de leur veau. 
Les populations primitives de l'Amérique connais- 
saient cependant le miel, un miel moins doux que le 
nôtre, plus parfumé, plus coloré et plus fluide. Lors de : 
la conquête, les Espagnols constatèrent au Mexique et 
en Colombie l'existence d'insectes plus petits que nos 
abeilles, faisant leurs gâteaux dans les creux d'arbre, où 
l'on va encore habituellement les chercher, présentant 
des mâles, des femelles et des neutres, mais tous sans 
aiguillon (il est rudimentaire chez les femelles et ou- 
vrières), ce qui rend la récolte très-aisée. La cire est. 
brune et de médiocre qualité. Sous d'épais feuillets de 
cire sont des gâteaux à alvéoles hexagonales, les unes 
des mâles, les autres des femelles ou d'ouvrières. Ces 
cellules des larves sont bouchées par les ouvrières, et 
les larves se filent un cocon. Tout autour de cet amas de 
berceaux sont de grands pots arrondis, ou amphores, où 
s'amasse le miel, de forme tout autre que les cellules à 
couvain. Il est très-probable que les mâles, les neutres 
et plusieurs femelles fécondes existent ensemble. En ef- 
fet, ici personne n'a d'arme, la bonne intelligence doit ré- 
gner. On doit êlre porté à croire que les femelles fécondes 
se font, à la volonté des ouvrières, par une pâtée spéciale ; 
car, quand on veut multiplier les nids de ces douces méli- 
pones, on prendau hasard quelques gâteauxet on les porte 
dans un creux d'arbre, et toujours une nouvelle colonie se 
fonde. 11 reste encore à connaître beaucoup d'espèces de 
ces insectes. A. Doumerc a rapporté le premier plusieurs 
espèces de mélipones de la Guyane. Les trigones, un 
peu différentes par les ailes, sont plus petites. On com- 
mence en Amérique à rendre domestiques certaines 
espèces de mélipones, qui consentent à accepter pour' 
ruche des pots de terre, des caisses de bois ou des troncs 
d'arbres perforés. On a amené plusieurs fois en Europe 
ces nids de mélipones. En été, les insectes ont butiné, 




HYMÉNOPTÈRES. VJ1 

mais ont toujours péri aux premiers froids, en flefusanl 
le miel qu'on leur offrait. Ainsi, on a conservé au Mu- 
séum, pendanl l'été de 1863, une ruche de la mélipone 
icutellaire, du Brésil (fig. 167). <>n 
oe trouva pas de couvain dans le 
nid, les amphores à miel étaient vi- 
des, et Ions les individus qui arri- 
vèrent jusqu'en octobre étaienl <les i'- 167. 

,, , . . lit i Mélipone scutellaire. 

neutres. Il est très-probable que lesso- 
ciétés des mélipones sont permanentes, comme colles des 
abeilles. L'ancien monde offre aussi quelques mélipones 
en Abyssinie, au Bengale, etc.; la Tasmanie et l'Austra- 
lie également M. Thozet, <|ni a beaucoup observé les 
mélipones d'Australie, ilii que les indigènes sont irés- 
friands de leur miel parfumé, l'our découvrir les nids, 
très-bien cachés dans les creux d'arbres, ils suivent de 
l'o'il mie mélipone au sortir d'une fleur d'Hibiscus, dont 
ces insectes raffolent, et souvent, pour les mieux recon- 
naître en l'air leur attachent, un petit plumet de coton. 
Les méllifîques sociaux dont il nous reste à parler ne 
l'ont quedes colonies annuelles, dont tous les individus 
meurent à la fin de l'automne, à l'exception de certaines 
femelles fécondes, qui vont passer l'hiver engourdies 
dans quelque trou, et commenceront an printemps le 
logement de leur nombreuse postérité. Parcourez, au 
mois de murs, les prairies où commence le gazon, les 
bois encore dépourvus de feuilles; vous verrez voler çà 
et là des bourdons au corps velu, tous de la plus grosse 
taille. Ce sont les femelles réveillées par les premiers 
soleils du printemps. Llles visitent les interstices des 
pierres, les trous creusés par les mulots; elles se -li- 
sent sous les amas de mousse, cherchant une place con- 
venable pour leur nid. Si nous suivons le travail d'une 
de ces grosses femelles, nous la verrons apporter d'abord 
de la mousse, des herbes sèches pour façonner les pâ- 
li 



178 LES METAMORPHOSES DES INSECTES. 

rois du nid, dans lequel elle pénètre par une longue et 
étroite galerie couverte, afin d'en rendre l'accès difficile 
aux insectes ennemis. Puis elle y dépose une pâtée de 
miel et de pollen ; des petits trous y sont creusés où elle 
pond ses œufs, opération assez pénible pour elle et dans 
laquelle son aiguillon lui sert d'appui. Il en naît des 
larves blanches, sans pattes, trouvant tout de suite leur 
subsistance dans celte boule mielleuse que la mère ac- 
croît sans cesse autour d'elle. Les larves se filent des co- 
ques de soie, placées l'une contre l'autre, où elles se 
transforment en nymphes. Il n'éclôt d'abord que des ou- 
vrières ou petites femelles infécondes, qui aident aussi- 
tôt la mère de son travail et amassent la nourriture des 
larves. Elles achèvent le nid, l'agrandissent, y façon- 
nent des gâteaux grossiers formés de cellules ovoïdes de 
cire. Un miel très-fin y est déposé, servant à humecter 
la pâtée des larves et à nourrir la colonie, seulement 
dans les jours pluvieux, car les bourdons meurent à 
l'entrée de l'hiver; certaines cellules sont remplies de 
boulettes de pollen. Bientôt la mère ne fait plus que 
pondre, mais aux œufs d'ouvrières s'ajoutent des œufs 
de mâles et de femelles fécondes, de taille très-variée, 
souvent plus petites que la mère, plus grosses que les 
ouvrières. C'est sans doute une nourriture spéciale qui 
provoque la formation de ces femelles. On croit que ces 
sortes de femelles ne donnent naissance qu'à des mâles, 
et on explique ainsi le grand nombre de ceux-ci à l'ar- 
rière -saison. Au mois d'août éclosent quelques grosses 
femelles fécondes, pareilles à celle qui a fondé le nid. Il 
n'y a pas de cellules distinctes pour ces divers indivi- 
dus; la colonie des bourdons est une dégradation évi- 
dente de celle des abeilles. Les femelles fécondes de- 
meurent ensemble dans le nid sans combat. Les grosses 
femelles, nées à la fin de l'été, ne pondent pas, bien que 
fécondées. Elles se dispersent à la fin de l'année, alors 



HYMÉNOPTÈRES. 179 

que la mère fondatrice de l'année d'avant, les mâles de 
lionne heure, un certain nombre de femelles, les ou- 
vrières, meurent. Ce sont elles qui, après l'engourdisse- 
nien! de l'hiver, seront les mères des colonies de l'année 
suivante. Chaque nid de bourdons peut avoir de cent 
Cinquante à deux eenls individus, niais il est r.ne qu'ils 
v soient tons en même temps; beaucoup, surpris par la 
unit ou parla pluie, restent à dormir sur les fleurs et 
découchent du nid. Le petit nombre d'habitants des nids 
do bourdons rend ceux-ci bien pins faciles à observer 
que los abeilles et les guêpes. Ce sont les bourdons 
(humble bées des Anglais) qui ont permis à Newport «le 
constater le rôle des femelles, et aussi des mâles, se 
plaçant comme convenues an-dessns des coques de soie 
où résident les nymphes prêtes à éclore, et par une res- 
piration volontairement activée, ainsi que le témoignent 
les rapides inspirations de leur abdomen, élevant la tem- 
pérature de leurs corps et par suite celle des nymphes 
au-dessus de celle de l'air du nid. Voici, sur l'espèce 
que nous avons figurée dans l'introduction, p. 25, quel- 
ques observations du célèbre naturaliste anglais, tra- 
duites en degrés centigrades. Dos thermomètres très- 
étroits, à réservoir gros comme une plume de corbeau, 
étaient glissés entre les coques à nymphes et les bour- 
dons placés au-dessus. Dans une expérience, la tempé- 
rature de l'air du nid étant de 21°,2, celle des bour- 
dons, au nombre de sept, recouvrant les nymphes, fut 
de 55°, 6, et la température des coques voisines, sous la 
même voûte de cire, mais non recouverte par les bour- 
dons, seulement 27°, 5. Dans une autre expérience, l'air 
: du nid étant à 24°,0, le thermomètre placé sous quatre 
bourdons couveurs monta à 5i°,5. Les jeunes bourdons 
sortaient de leurs coques, après plusieurs heures de ces 
incubations dans lesquelles les insectes couveurs se re- 
layent. Ils sont d'abord mous et grisâtres, mouillés, 



180 



LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 



très-sensibles au moindre courant d'air, s' insinuant 
pour se réchauffer au milieu des gâteaux ou entre les 
bourdons anciens. Ce n'est qu'au bout de plusieurs heu- 
res qu'ils durcissent, et qu'on voit se dessiner les bandes 
jaunes et noires de leurs anneaux. 

C'est en étudiant les bourdons que le comte Lepelle- 
tier Saint- Fargeau fit une bien curieuse découverte qui 
éclaira toute l'histoire des hyménoptères nidifiants. Il 
avait reconnu qu'on trouve dans nos bois certains in- 
sectes ayant tout à fait l'apparence de bourdons (fig. 108), 
par leur corps poilu, à bandes de diverses couleurs, mais 
dont les pattes postérieures, étroites et non dilatées, 





Fig. 168. 
Psithyre rupestre. 



Fig-. 169. 

Jambe et tarse postérieur 

Psithyre rupestre. 




Fig. 170. 

Jambe et tarse postérieur. 

Bourdon terrestre. 



sans épines, ni corbeille, ni brosses, ne peuvent per- 
mettre la construction des nids ni la récolte du pollen 
(fig. 169, 170). Ces psithyres ou apathes des entomolo- 
gistes anglais, n'ont que des mâles et des femelles fé- 
condes. On trouve au mois de septembre beaucoup de 
mâles de psithyres dans nos bois, sur les capitules des 
scabieuses, des chardons. Incapables de nourrir leurs 
larves, les psithyres pondent leurs œufs au milieu de la 
pâtée des bourdons, et ceux-ci confondant les enfants 
étrangers avec les leurs, les entourent de la même solli- 



HYMÉNOPTÈRES. 181 

citude. Les psithyres sonl de véritables parasites, selon 
la signification antique donnée très-souveri mal à pro- 
pos aux animaux épizoïques qui vivent sur le corps d'au- 
tres animaux. Vêtus c me les légitimes propriétaires 

du nid, ils trompent, sous cette analogie de livrée, les 
yeux vigilants des ouvrières. Les hyménoptères présen- 
ter bien des exemples de ce genre. Il y a chez les in- 
sectes de nombreuses espèces pareilles aux coucous 
qui portent leurs œufs dans les nids des* fauvettes, 
et dont les petits, avides et gloutons, prennent toute 
la nourriture apportée par les pauvres parents, dont 
ils jettent souvent au dehors la malheureuse posté- 
rité." 

Nous trouvons fréquemment aux environs de Taris, un 
peu plus tard que les vrais bourdons, le Psithyras 
rupestris, noir, à abdomen terminé par des poils rouges, 
habillé comme le Bourdon des pierres dans le nid duquel 
il vit. On rencontre encore les Psithyras campestris et 
vestalis, ornés de bandes jaunes et blanches au bout de 
l'abdomen, comme les bourdons terrestre et des jardins. 
Os psithyres ont les ailes plus enfumées que leurs bour- 
dons. 

Un grand nombre de mellifiques vivent isolés. Les fe- 
melles seules construisent des nids divisés en cellules et 
ne sécrètent plus de cire. Dans chacune est déposé un 
œuf, et la jeune larve sans pattes se nourrit de miel et 
de pollen accumulés par la mère, puis devient nymphe, 
tantôt nue, tantôt dans une mince coque de soie. Il y a 
une complète identité dans les métamorphoses avec les 
constructions de nids les plus diverses. Toutes ces 
abeilles solitaires qui nidifient sont des femelles, nées 
d'ordinaire au printemps et qui vivent une grande partie 
de l'été, tandis que les mâles, éclos en même temps, 
meurent très-vite. Elles bouchent le nid, après qu'il est 
rempli d'œufs et de pâtée mielleuse, et meurent suis 



182 LES METAMORPHOSES DES INSECTES. 

voir éclore cette postérité, pour laquelle elles ont ce- 
pendant l'attachement le plus vif. 

Un premier groupe de ces abeilles solitaires a encore, 
comme les abeilles et les bourdons, les pattes postérieu- 
res élargies et munies de brosses, de façon à pouvoir 
amasser sur ces pattes une boulette de pollen. Les an- 
thophores, à trompe allongée , qui ressemblent à des 
abeilles, mais plus velues et grisâtres , font leur nid 
entre les fentes de muraille, entre les pierres des 
lieux arides, dans la terre sèche. Ce nid est un tuyau 
courbe, en terre gâchée et agglutinée par leur salive. Il 
est divisé par des cloisons terreuses en cellules, dont 
chacune contient une larve entourée de pâtée. La cellule 
du fond, la plus ancienne, se rapproche du sol, de sorte 
que le premier insecîe qui éclôt n'a qu'une mince cou- 
che de terre à percer pour sortir. Les autres éclosent 
successivement, chacun perçant la cloison de la cellule 
du frère qui l'a précédé, et tous profitant du trou de 
sortie du premier-né. Les anthophores abondent dans les 
ravins arides de la Provence, exposés au brûlant soleil 
du Midi. Ce sont elles qui ont fourni à M. Fabre ses cu- 
rieuses observations sur les métamorphoses des coléop- 
tères vésicants, à larves parasites. Cet habile observateur 
a d'abord remarqué que l'on peut étudier sans danger 
ces abeilles solitaires, bien qu'on soit effrayé au premier 
abord par la quantité d'insectes qui bourdonnent sur les 
talus criblés de nids. A cet aspect, on croirait à une 
ruche ; mais, en réalité, on n'a pas ici des insectes so- 
ciaux, solidaires pour la défense d'une progéniture con- 
fiée à tous. Ces insectes sont des voisins indifférents, qui 
laissent bouleverser sans émoi la maison d'autrui ; on 
n'a à craindre que l'aiguillon de lanière dont on attaque 
les berceaux. M. Fabre a bien examiné aussi des insectes, 
poilus comme les anthophores, noirâtres, tachetés de 
blanc, les mélectes, dépourvus d'instruments propres à 



HYMENOPTERES. 183 

recueillir 1< 4 pollen, des mélectes ne peuvent que dépo- 
ser leurs œufs au milieu de La pâtée des anthophores, el 
celles-ci laissent les mélectes entrer en toute liberté dans 
leur galerie, leur font place, <'n se serrant contre la pa- 
roi, pour leur livrer passage, sans colère, sans inquié- 
tude! Ineffables harmonies ! Qu'une anthophore, au con- 
traire, pénètre ètourdimenl chez sa voisine, qu'elle se 
montre seulement à la porte : aussitôl celle-ci se préci- 
pite sur l'imprudente, et, toutes deux, ivres de fureur, 
se mordent, se roulenl dans la poussière du chemin, 
cherchait à s'enfoncer l'aiguillon. Cette anthophore, si 
courroucée pour une sœur inoffensive, capable de pren- 
dre à peine une gorgée de miel, se montre pacifique, dé- 
bonnaire pour la mélecte, qui ne sail élever ses larves, 
• M qui, pour leur procurer le vivre et le couvert, exter- 
mine à demi la race de l'aveugle mère, dont une partie 
des enfants périront affamés. 

Les xylocopes (abeilles charpentiers ou perce-bois de 
Réaumur) sont ces gros insectes à ailes très-enfumées, 
(l'un beau violet métallique, qui butinent au printemps 
dans les jardins sur les fleurs des arbres fruitiers 
ifig. 171 ). Les femelles creusent des galeries dans le bois 
vermoulu, selon le sens des fibres, et y placent une série 
de cellules superposées. Dans chaque cellule est déposé 
un tas de pollen mêlé de miel, exactement calculé pour 
chaque larve, dans lequel un œuf est pondu ; puis la cel- 
lule est fermée par un plafond de sciure de bois humec- 
tée de salive gluanle. Sur ce plafond, nouveau dépôt de 
pâtée, nouvelle cellule construite (fig. 172). Le premier 
œuf pondu est dans la cellule la plus éloignée du trou 
d'entrée de l'insecte; elle se recourbe très-prés de la 
paroi, de soi te que la jeune xylocope n'aura qu'une 
mince lame de bois à percer, et chacune de celles qui 
naissent successivement n'ont à perforer que le plancher 
de leur cellule. De cette façon, il n'y a jamais de massa- 



LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 



384 LES METAMORPHOSES DES INSECTES. 

cre , l'insecte qui sort de la nymphe trouve le chemin 
libre, chacun naissant dans l'ordre de la ponte. Les 
nymphes passent l'hiver et les adultes paraissent au 



début du prinlemp: 




Fig. 171 et 17 v 2. — Xylocope femelle et son nid. 



Nous engageons à rechercher les nids de la xylocope 
dans les vieux arbres, surtout dans l'espérance d'y ren- 
contrer les cocons d'un brun noirâtre et ovoïdes d'un 
très-rare parasite, de la taille d'une forte guêpe, nommé 
Polochrum repandum, à ailes d'un jaune enfumé, à an- 
tennes en fuseau, avec l'abdomen noir rayé de bandes 
jaunes. C'est M. le docteur Giraud qui a découvert l'ha- 



HYMÉNOPTÈRES» 185 

liii.iiion el les mœurs de cel insecte, décrit par Spinola, 
(jiii ne savail d'où il provenait. 

Dans mi autre groupe d'abeilles solitaires, les pattes 
postérieures sonl impropres ;'< récolter le pollen des 
heurs. Celui-ci esl ramassé entre les anneaux de l'abdo- 
men, qui est muni de poils. Telles sonl les chalicodomes 
et les osmies, ressemblant à «le petits bourdons, con- 
Btruisanl contre les murs des nids en terre gâchée, d'une 
dureté extrême, el pleins de cellules à larves. Réaumur 
nommait à juste titre abeilles maçonnes ces insectes, 
dont il trouvait les nids en abondance sur les murs de sa 
maison de campagne de Gonflans. Il désignai! sous le 
nom d'abeilles coupeuses de feuilles d'autres hyménop- 
tères dumêmegroupe, nidifianl dans des tubes enroulés 
faits avec des feuilles de rosier, de poirier, de bourdaine 
(mégachiles), et sous celui de tapissières les antltocopes, 
qui revêtent avec des pétales de fleur, par exemple de 
coquelicot, les tubes creusés eu terre, contenant les 
larves et la pâtée de pollen et de miel. 

Très-souvent dans les jardins, les rosiers offrent à 
leurs feuilles des découpures circulaires faites par les 
mandibules des mégachiles, comme dans un dessin de 
broderie, bien plus régulièrement que par les chenilles. 
On voit la mère emportant au vol la petite tenture du 
berceau de ses enfants. 

Dans ce groupe d'abeilles solitaires ramassant du 
pollen sous le ventre sont les anthidies, insectes velus à 
bandes fauves et brunes. Le midi de la France et l'Al- 
gérie possèdent Yanthidie tacheté, à abdomen noir, avec 
six taches transversales rousses de chaque côté de la ligne 
médiane, à ailes obscurcies (fig. 175). M. Lucas a observé 
son nid aux environs d'Oran. Le choix de l'insecte est 
bizarre; c'est dans des coquilles vides de colimaçons 
qu'il dépose ses œufs et la pâtée de miel et de pollen. En 
hiver, on trouve à l'intérieur de ces coquilles des cocons 



186 



LES METAMORPHOSES DES INSECTES. 



oblongs, formés de plusieurs couches superposées d'une 
soie très-fine et roussâtre. Us sont placés au nombre de 
un, deux ou trois contre la spire, et entre eux sont des 
amas de petits cailloux qui séparaient les larves et con- 
solident la coquille (fîg. 1 7-i). Afin de dérober sa postérité 







Fig. 175. 

Anlhidie tacheté, 

adulte. 



Fig. 174. 
Larve et cocon de l'anthidie dans une 
coquille d'hélix. 



aux insectes ennemis, l'anthidie a eu soin de fermer la 
bouche de la coquille avec une sorte de mur de maçon- 
nerie faite enterre gâchée, mêlée de débris de coquilles, 
et parfois de fiente de chameau. La larve qui vit à l'in- 
térieur des colimaçons est inerte, courbée, entièrement 
d'un jaune clair. Ses yeux sont d'un brun foncé ainsi que 
l'extrémité de ses mandibules. 

Tous les hyménoptères précédents conservent au repos 
les ailes supérieures étalées; d'autres, au contraire, ne 
les étendent que pour voler et les plient en deux au re- 
pos, selon leur grand diamètre, de sorte qu'elles parais- 
sent alors très-étroites. Nous trouvons d'abord dans cette 
subdivision la grande famille des guêpes. Ce sont des in- 
sectes sociaux dans lesquels trois sortes d'individus sont 
nécessaires pour perpétuer l'espèce. Leur corps dépourvu 
de poils nous indique que ces insectes ne peuvent plus 



HYMÉNOPTÈRES, 187 

récolter le pollen des fleurs. Les guêpes ne sécrètent pas 
de cire; elles coupenl les végétaux avec leurs Tories 
mandibules, et, au moyen d'une salive particulière, 
composent une sorte <lc carton servanl à faire les guê- 
piers, el sur lequel on peul écrire. Les guêpes propre- 
ment dites oui le corps épais. Louis nids présentent des 
feuillets papyracés entourant les gâteaux composés de 
cellules hexagonales sur un seul rang. La guêpe commune 
rail son nid sous terre avec un boyau desortie; la guêpe 
rousse ou guêpe des arbustes, un peu plus petite, sus- 
pend son guêpier, entouré de nombreux feuillets et sphé- 
roîdal, aux branches des arbres; la guêpe frelon, de 
très-grosse taille, fait son nid dans les troncs d'arbres, 
avec un carton jaunâtre, très-friable, composé décorées 
d'arbres. Los nids sont toujours commencés au prin- 
temps par une seule femelle féconde, à la fois architecte 
et' nourrice. Ses premiers œufs donnent des ouvrières 
(femelles avortées) qui ne tardent pas à suppléer la mère 
dans ses soins et agrandissent, le nid. Les guêpes buti- 
nent sur les fleurs et amassent du miel qu'elles dégor- 
gent dans certains alvéoles ; en outre elles déchirent des 
fruits, des morceaux de viande, desinsectes qu'elles tuent . 
Dans les beaux jours de l'automne, on voit les diptères, 
qui pullulent sur les fleurs des allées des bois, s'éloi- 
gner avec crainte dès qu ils entendent le bourdonne- 
ment du terrible frelon. Au milieu de l'été, la mère 
guêpe pond des œufs de mâles, de femelles et encore de 
neutres. Les larves sont soignées dès lors par les ou- 
vrières seules, qui leur apportent du miel et aussi des 
morceaux: de fruits et d'insectes, du jus de viande, etc. 
Les larves ont la bouche plus forte que celle des abeilles 
en vue de cette nourriture plus résistante. Elles filent 
un petit couvercle soyeux à leur alvéole, s'y changent en 
nymphe. Celle-ci, au bout de peu de jours, devenue 
adulte, coupe avec ses mandibules le couvercle de la ecl- 



188 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

Iule et prend son essor. Le nid est gardé par des senti- 
nelles qui veillent aux abords, rentrent lors du danger 
et avertissent les guêpes qui sortent en colère et piquent 
les agresseurs. Si on bouche tout de suite l'entrée du 
guêpier et si on tue les sentinelles avant qu'elles aient 
jeté l'alarme, ou si on les distrait de leur devoir avec 
des morceaux de sucre, les guêpes demeurées dans le 
nid sont pleines de confiance, ne s'irritent pas, ne cher- 
chent pas à piquer. Les mâles des guêpes sont notable- 
ment plus petits que les femelles. Les sociétés des guê- 
pes sont bien moins nombreuses que les ruches d'a- 
beilles, ont, au plus et rarement, deux à trois mille in- 
dividus. Au mois d'octobre, les neutres cessent de con- 
struire et de nourrir les larves, tuent et jettent dehors 
les dernières larves, qui du reste périraient de faim; 
puis les mâles, les ouvrières, une partie des femelles 
meurent de froid. D'autres, plus vivaces et fécondées, 
sortent du guêpier abandonné et hivernent dans des 
trous pour perpétuer l'espèce au printemps. C'est dans 
cette saison qu'avec un peu d'entente il serait aisé de 
diminuer singulièrement le nombre des guêpes, si nui- 
sibles plus tard aux fruits, en chassant au filet les mères 
guêpes, qu'on attirerait en abondance au moyen de gro- 
seilliers-cassis en fleur. Quand on trouve en hiver ces 
guêpes femelles fécondes et engourdies, on observe que 
leurs ailes sont repliées en dessous ainsi que les pattes, 
absolument comme dans la nymphe ; de même, dans le 
sommeil, les petits enfants, les jeunes animaux tendent 
à s'enrouler, à reprendre la station fœtale. 

Les polistes sont des guêpes particulières, plus petites, 
élancées, à abdomen aminci à sa base. Leurs nids sont 
moins parfaits que les vrais guêpiers, en ce qu'ils n'ont 
jamais d'enveloppes ; les gâteaux sont à nu. On trouve 
en abondance sur les arbustes, sur les genêts, la poliste 
française, dont la femelle, aux premiers beaux jours du 



HYMÉNOPTÈRES. 180 

printemps, attache à une tige ou contre un unir un ^;l- 
itMii porté par un pédicule el contenanl un petit nombre 
de cellules (fig. 17.'»). Elle Qourril d'abord des larves 
d'ouvrières seulement, ef celles-ci augmentenl le gâteau 




Fig. 11 j. — Nid de poliste française. 

et quelquefois en superposent un second, attaché au 
premier par des piliers. La seconde ponte de la mère 
donne à la fois des mâles, des femelles et des neutres. 
<»n peut détacher le nid et le transporter où on veut, 
sans que la mère et les ouvrières songent à le quitter, 
et ces pauvres insectes sont si attachés aux larves et aux 
nymphes renfermées dans les alvéoles, qu'ils ne pensent 
pas à piquer l'observateur, s'oubliant en entier dans 
leur préoccupation maternelle. 

Les guêpes solitaires, aux couleurs variées de jaune 
et de noir comme les guêpes sociales, vivent à l'état 
adulte du miel des fleurs, mais leurs larves sont deve- 
nues exclusivement carnassières. Les mères font des 
trous dans la terre et dans des tiges de diverses plantes, 
et y établissent des cellules dans chacune desquelles est 
pondu un œuf que la mère entoure d'un certain nombre 
de larves, souvent toutes de la môme espèce et destinées 
à fournir une proie à la larve molle et sans pattes qui 
sortira de l'œuf. Admirable et aveugle instinct ! un in- 



190 



LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 



secle qui ne vit que de miel chasse des insectes vivants 
qu'il ne doit pas manger ni voir manger à ses petits. En 
outre, comment la larve pourra-t-elle trouver une pâ- 
ture toujours fraîche et cependant incapable de résister 
à ses morsures? Les larves ou les insectes adultes sont 
percés par l'aiguillon de la mère, mais demeurent vi- 
vants, engourdis et immobiles, en véritable anesthésie. 
De même, certaines peuplades sauvages de l'Amérique 
du Sud lancent au gibier des flèches empoisonnées, 
avec une dose de curare telle que l'animal atteint est 
seulement paralysé et sans défense. Les odynères sont les 
plus communes de ces guêpes solitaires. Ainsi l'ancienne 
odynère mbicole, étudiée par M. E. Blanchard, nom- 
mée maintenant oplope à pieds lisses ou épipone(ûg. 1 7G), 




Fig. 176. — Oplope adulte. 



Fig. 177. — Nid de l'oplope. 



creuse une tige de ronce sèche et y dispose des loges, à 
parois de terre sableuse pétrie, et chacune séparée par 
un plancher de moelle et de terre (fig. 177). Dans cha- 
que loge est un œuf, entouré de chenil- 
les de pyrales. La larve à anneaux gon- 
flés, moyen d'appui et de mouvement 
limité (fig. 178), tapisse la loge d'un 
enduit soyeux, et construit, au-dessus 
de sa tête et de celle de la nymphe, un 
couvercle de soie à deux tuniques sépa- 
rées par de la moelle très-serrée ; puis 
elle devient nymphe (fig. 179). Ici la 
première cellule n'est pas rapprochée de la paroi, 




Fig. 178. 
Sa larve srossie. 




HYMÉNOPTÈRES. 191 

c me chez les abeilles solitaires. Aussi un fait in- 
verse se présente. C'esl l'œuf le dernier pondu, dans 
la dernière cellule, qui se développe le plus vite, et dont 
l'adulte sorl le premier. Le plus anciennemenl pondu, 
an contraire, donne l'adulte le dernier, 
■ans cela, si un insecte parfait était sorti 
d'abord d'une loge inférieure, il aurait 
détruil tous les autres sur son passage. La 
même chose se produit pour d'autres 
odynères qui fonl leurs nids en terre ou 
dans de vieilles murailles. <»n peut s'a- 
mnser. à l'exemple de Réaumur, à élever 
au fond d'un petit tube de vent 1 une jeune 
larve, retirée d'un de ces nids d'odynères, en ayant 
soin de lui fournir chaque jour une chenille ou une 
larve appropriée à son espèce. On la voit manger avec 
voracité et atteindre toute sa croissance au bout d'une 
quinzaine de joins. 

Un très-grand nombre d'hyménoptères, différents des 
guêpes en ce que leurs ailes supérieures au repos ne se 
rep lient pas, sont désignés sous le nom de fouisseurs, 
parce qu'ils nidifient en terre ou dans des troncs d'ar- 
bres. On y distinguera encore des solitaires et des so- 
ciaux. Les premiers approvisionnent leurs nids avec les 
proies les plus variées, engourdies par le venin de l'ai- 
guillon, qui n'est plus mortel comme celui des abeilles 
et des guêpes. Nous nous contenterons de citer quelques 
exemples. 

Les cerceris donnent à leurs larves des insectes adul- 
tes, toujours de la même espèce pour le même cerceris; 
ainsi, dans les Landes, le Cerceris bupresticidexa, à plus 
d'une lieue de sa demeure, chercher des buprestes ; 
comme ces coléoptères sont très-rares, le plus sûr moyen, 
.pour les amateurs, de se les procurer est de visiter les 
nids des cerceris et de guetter leur retour. Le pkilanthe 



492 



LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 



apivore rôde autour des ruches. Il est moitié plus petit 
qu'une abeille ; mais sa peau est très-épaisse, et sa vi- 
vacité est telle qu'il se jette sur le dos de l'abeille buti- 
nant dans une fleur et lui enfonce son aiguillon dans le 
cou avant qu'elle ait le temps de se mettre en défense. Il 




Fig. 180. — Philanthe apivore emportant une abeille. 



la porte engourdie dans le trou en terre où seront ses 
larves, en la tenant retournée, le ventre contre le sien, 
et entourant de ses pattes ce lourd fardeau ; aussi son 
vol est alors très-lent. Si elle ne peut entrer, il lui coupe ■ 
les pattes et les ailes et la tire à lui, à reculons, en la i 
comprimant comme à la filière. Le trou est foré oblique- 
ment, de préférence tourné au levant, sur les talus, au 
pied des murs, dans les amas de sable. La femelle creuse, . 
la tête en avant, avec ses pattes de devant et sa large 
tète; elle sort fréquemment, à reculons, repoussant les 
déblais avec ses deux pattes postérieures, les ailes croisées 
longitudinalement au repos. La larve du philanthe, bien 
repue d'abeilles, se file un très-curieux cocon dans lequel 
elle paraît être mise en bouteille (fig. 481). Lepelletier 
Saint-Fargeau a depuis longtemps observé et décrit les 



HYMENOPTERES 



l'A 



Fig. 181. 
e <!<■ philanthi 
apivore. 



mœurs du philanthe apivore. Il a vu qu'il ne prend que 
les abeilles ouvrières el jamais les mâles. En Algérie, 
M. Lucas a constaté qu'une espèce voisine, le philanthe 
Abd-el-Kader, emporte aussi l'abeille dans son nid, el 
toujours l'ouvrière, jamais le faux-bour- 
lon. Cependant les mâles sont sans au- 
cune défense, (andis que l'ouvrière a un 
aiguillon redoutable. Les pompiles sem- 
blenl les vengeurs de la race des insec- 
tes, car ils donnenl ;'i leurs larves des 
araignées engourdies par l'aiguillon. Ils 
saisissent surtout les araignées errantes, 
mais ne craignenl pas d'affronter le dan- 
ger des toiles, el p.n l'ois Ton, voit le com- 
pile des chemin* venir jusque dans les maisons saisir 
l'araignée domestique (fig. 182). Rien déplus intéressant 
que I'- manœuvres du pompile, si bien étudiées par le 
D'Giraud. Ce n'est qu'après avoir engourdi une araignée 
destinée à nourrir une larve. 
qu'il creuse son trou. 11 pose 
son araignée au haut d'une 
grande herbe et non à terre, 
près de lui, car les camara- 
des, qui chassent en rasant le 
sol, la lui prendraient pendant 
qu'il fouit. De temps à autre, 
inquiet de son butin, il re- 
tourne voir son araignée, la 
touche avec sa tête, et, satis- 
fait, reprend son travail. Lam- 
mophile des sables, noir, très- 
allongé, avec une partie de 
l'abdomen fauve, emporte dans 

-"ii nid les chenilles des gros papillons de nuit. Le 
sphex, à pédicule de l'abdomen très-grêle, ont un aiguil 




A* 



1 S -2 . — rempile des chemin': 
enlevant une lvcose. 



194 LES METAMORPHOSES DES INSECTES. 

Ion à piqûre très-douloureuse, surtout chez les grandes 
espèces exotiques. Beaucoup attaquent les araignées;* 
nous en avons en France qui arrachent de sa toile l'arai- 
gnée des jardins (Epeira diadema), bien plus grosse 
qu'eux, lui coupent la tète et les pattes, et donnent à 
leurs larves son énorme abdomen gonflé de sucs. A l'île 
de la Réunion, les chlor ions, à corps métallique, percent 
de leur aiguillon ces hideuses blattes ou cancrelats, 
fléau de nos colonies, les traînent avec effort, leur enlè- 
vent les pattes et les font entrer dans leur nid en terre 
en les comprimant. 

M. Fabre a étudié les mœurs des Sphex dans le midi 
de la France. L'un d'eux, le Sphex flavipennis, approvi- 
sionne sa nichée avec des Grillons, l'autre le Sphex al- 
bisecla, avec des Criquets. Le Sphex amène sa victime 
sur le bord du trou, descend faire la visite du trou, sans 
doute pour voir si quelque parasite n'y est pas caché, et 
cela trente ou quarante fois de suite avant d'introduire à 
reculons la proie qu'il traîne par la tête. Ll bouche son 
terrier approvisionné, et cela même si on a enlevé les 
aliments de la petite famille future. Un instinct aveugle 
semble obliger l'Hyménoptère, une fois exécutées un 
certain nombre d'expéditions en rapport avec le nombre 
de ses œufs, à clore le berceau garni ou non d'une pâtée 
suffisante. Il en est de môme pour les Ammophiles et 
leurs chenilles. On voit encore, chez les Grillons et les 
Criquets, des mouvements de l'abdomen et des pattes. 
Quand la chétive larve sort de l'œuf, la gigantesque vic- 
time ne bouge pas malgré les morsures. Sa croissance 
achevée, la larve se file un cocon enduit d'un vernis vio- 
lacé, et y devient nymphe, avec les pattes, les ailes et les 
antennes couchées. La larve vit plus de neuf mois, la 
nymphe environ vingt-quatre jours ; l'adulte reste environ 
trois jours à se sécher, se fortifier et à rejeter un méco- 
nium formé de petits granules d'acide urique , puis 



HYMENOPTERES. 



l:i 



prend son essor, butine et nidifie pendanl deui mois. 
L'aiguillon des Sphex etj en général, des Hyménop- 
tères fouisseurs, continuellement employé pouranesthé- 

sici- les [noies, es1 peu douloureux pour L'homme, car il 
est sans dentelures à rebours, comme celui des Abeilles 
pu des Guêpes, el sorl aussitôt de la piqûre. Ils ne s'en 
pervenl contre l'homme qu'à la dernière extrémité; on 
peu! s'approcher sans danger de leurs nids el même sai- 
sir les insectes entre les doigts. Les abeilles et les Guêpes 
son) plus dangereuses, car on peut dire que chez elles la 
colère maternelle est collective. Elles se ruenl en foule 
sur I imprudent qui leur parail menacer les berceaux 

chéris, el se servent, comme suprême ressource, d'un 

aiguillon barbelé qui reste dans la blessure, en causant 
la mort de l'insecte qui paye de sa vie le plaisir de la 
vengeance. 

Quelquefois, mais très-rarement, aux environs de 
Paris, vide un éléganl insecte de cette tribu, \o pélopée 
tourneur, très -singulier par le 
long pédicule qui rattache l'ab- 
domen au thorax (fig. 185). Bien 
difficile doit être la circulation 
du sang d'une région à l'autre 
avec une telle organisation. Les 
pélopées font des nids en terre, 
d'où le nom du genre qui veut 
dire potier ou pétrisseur de terre, 
et l'espèce tourne sans cesse 
au vol autour de ce nid. L'es- 
pèce est bien plus fréquente dans le midi de la 
France et en Algérie, où M. Lucas a observé ses méta- 
morphoses. L'insecte construit sous les grosses pierres, 
avec de la terre et du sable agglutinés par une salive par- 
ticulière, des nids de forme grossière, contenant chacun 
cinq à six larves. Les cellules des larves sont assez rappro- 




Fig. 183. 
Pélopée tourneur, adulte. 



196 



LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 



chées et toutes verticales (fig. 18 4). Ces larves sont molles, 
immobiles, tenant la tète recourbée contre le milieu du 
corps, jaunes, marquées en dessus et en dessous de ta- 
ches arrondies, blanches et faisant saillie. Parvenues à 
toute leur croissance, elles se renferment dans un cocon 
formé d'une soie fine, serrée, recouverte d'une couche 
gommeuse. On a longtemps ignoré quelles étaient les 








ï0&AàMÊW'^ 



Fig. 18 i. — Larve, nid et cocons du pélopée. 



victimes des pélopées. Tout récemment M. Lucas a dé- 
couvert que leurs nids sont exclusivement approvision- 
nés d'araignées et très-principalement du genre des 
épeires. Les pélopées, bien différents des chlorions, nous 
rendent donc de mauvais services en détruisant nos 
utiles auxiliaires contre une foule d'insectes dévasta- 
teurs. 

On trouve dans le midi de la France et très-rarement 
près de Paris, à Fontainebleau, un singulier genre de ce 
groupe, les mutilles, dont les femelles , toujours sans 
ailes, ressemblent à des fourmis, agréablement variées 
de rouge et de jaune (fig. 185). Les mâles, ailés et bien 
plus petits, sont noirs (fig. 186;. On a longtemps ignoré 



llYMKNOl'TK.m.S. 



197 



les métamorphoses des mutilles. On sail maintenanl que 
ees hyménoptères des terrains sablonneux vivent para- 
sites dans !•'> nids des abeilles solitaires. Leurs larves 
dévorent, non la pâtée mielleuse, mais les propres 
larves des abeilles. Sans doute la mutille femelle les 
perce de son aiguillon acéré. 





Fig. 185. — Mutille maure, 

femelle grossie. 



Fig. 186. — Mutille maure, 

mâle grossi. 



Les hyménoptères fouisseurs ont dos parasites, encore 
très-mal connus, de leurs nids, ne sachant pas s'empa- 
rer de proies vivantes et devant cependant les fournir à 
leurs larves. Telles sont, entre autres, les jolies guêpes 
dorée* (chrysidiens) à corps brillant de bleu métallique 
et de rouge cuivreux. Leur abdomen, continuellement 
a g ité ainsi que leurs antennes, étincelle au soleil comme 
une pierre précieuse. Les unes vont pondre leurs œufs 
au milieu des larves amassées par les cerecris et les phi- 
lanthes ; d'autres entrent dans les nids de mellifiques 
solitaires pour tuer leurs larves, comme les mutilles, 
au bénéfice de leurs propres enfants. 

Les fouisseurs sociaux constituent l'immense légion 
des fourmis, répandues dans tous les pays. Nous ne de- 
vons voir dans les fourmilières aucune espèce d'organi- 
sation à la façon de nos gouvernements ; ce sont des as- 
: sociations pour la reproduction de l'espèce composées 
! de mâles, de femelles et de neutres ou femelles incom- 
\ piétés plus modifiées encore que chez les abeilles et les 
; guêpes, car elles ont perdu les ailes. On distingue trois 



198 LES METAMORPHOSES DES INSECTES. 

groupes principaux, dont les mœurs et les métamor- 
phoses sont analogues. Les myrmiques ont deux nœuds 
au pédicule de l'abdomen, un aiguillon chez les femelles 
et les neutres (fig. 187, 188). Les ponères n'ont qu'un 
nœud au pédicule et un aiguillon chez les femelles et 
les neutres. Dans ces deux groupes, les larves ne filent 





Fig. 187. 

Myrmique laevinode, mâle, 

grossie. 



Fig. 188. 
Jlyrmique ouvrière, 
grossie. 



pas de cocon pour se changer en nymphe. Enfin les 
fourmis proprement dites, de beaucoup les plus nom- 
breuses en espèces, n'ont qu'un nœud au pédicule de 
l'abdomen. Leurs larves se filent une petite coque de 
soie. Elles n'ont pas d'aiguillon, mais versent dans les 
blessures que font leurs mandibules un liquide acide, 
l'acide formique, produit de combustion des matières 
ligneuses et amylacées. Leur corps en est imprégné et a 
une forte saveur aigre. Les fourmilières ou habitations 
communes des fourmis sont construites avec des ma- 
tières végétales ou en terre. On y trouve des séries de 
chambres soutenues par des piliers, des galeries, des 
corridors multipliés pour le service de ces chambres où 
sont déposés dans les unes des œufs, dans les autres des 
larves et des nymphes; certaines enfin contiennent des 
femelles fécondes retenues captives. Les fourmis ont de 



HYMÉNOPTÈRES. ICO 

tout temps été citées comme des modèles d économie el 
( ji> prévoyance. Les anciens croyaient qu'au centre de 
['Asie existaient d'énormes fourmis, allant chercher l'or 
dans les sables aurifères et gardant avec soin les pré- 
cieux trésors qu'elles accumulaient. Les opinions sont 
aujourd'hui partagées au sujet des provisions qu'elles 
amasseraient pour l'hiver. Dans nos hivers rigoureux, 
les fourmis tombent en engourdissement et beaucoup 
périssent. Peut-être dans les hivers doux en est-il autre- 
ment, et alors des aliments leur seul nécessaires, comme 
pour les jouis pluvieux où elles ue sortent pas; au 
reste une grande partie des objets que les ouvrières 
transportent sans cesse sont des matériaux de construc- 
tion. 

Près de Menton, M. Moggridge a observé des fourmis 
qu'il nomme moissonneuses, el qui Tout de véritables ré- 
serves pour l'hiver, comme, la fourmi du fabuliste. Ce 
sont les Atta barbara etstructor. Elles vont en été cher- 
cher des grains de diverses céréales, et les mettent en 
magasin dans la fourmilière. Ces grains germent par 
L'humidité de l'hiver, et développent alors une matière 
sucrée dont les fourmis se nourrissent. On voit doue 
qu'Esope et la Fontaine font tenir à la cigale le langage 
de la vérité, lorsqu'elle demande à la fourmi quelques 
grains pour subsister pendant la saison d'hiver. 

Les ouvrières exécutent seules les travaux d'architec- 
ture, nourrissent les larves et leur prodiguent des soins 
bien plus compliqués que chez les abeilles, car ces larves 
ne sont pas à poste fixe. Enfin elles défendent avec 
acharnement la progéniture des mâles et des femelles 
qui, eux, ne s'occupent de rien. Les femelles vivent en 
bonne intelligence et pondent des œufs ça et là. Les neu- 
tres recueillent avec soin ces œufs, tantôt cylindriques, 
tantôl renflés et arqués, selon les espèces, les humec- 
tent d'un liquide qui les grossit et les portent dans les 



200 



LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 




Fig. 189. 

Larve de myrmique, 

grossie. 



couvoirs. Au bout d'une quinzaine de jours ces œufs 
éelosent par la chaleur de la fourmilière. Il en sort de 
petites larves blanches, privées de pattes, à corps ra- 
massé et conique (fig. 189). Leur bouche est une sorte 
de mamelon rétractile qu'elles enfer- 
ment entre les mandibules écartées des 
ouvrières; celles-ci, comme les oi- 
seaux pour leurs petits, leur donnent 
la becquée en dégorgeant dans cette 
bouche un liquide sucré. Ces larves 
sont entourées des soins les plus ten- 
dres. La nuit, les ouvrières les por- 
tent dans les parties profondes de la 
fourmilière pour leur épargner tout 
air froid. Quand le soleil du matin a 
acquis assez de force, elles les exposent 
au sommet de la fourmilière pour 
qu'elles reçoivent l'influence bienfai- 
sante de ses rayons ; plus tard, il est devenu trop ar- 
dent, alors elles les descendent dans des chambres 
supérieures, mais moins rapprochées des parois. Si la 
fourmilière est attaquée, une partie des ouvrières em- 
porte en toute hâte les œufs, les larves, les nymphes 
dans les casemates de sûreté, situées dans la partie 
la plus profonde ; les autres se jettent avec un intré- 
pide courage sur les assaillants et lancent en quantité 
l'acide formique. Ce sont les larves et les nymphes qu'on 
appelle improprement œufs de fourmis. On les recherche, 
dans les grosses espèces, pour élever les jeunes faisans 
et les jeunes perdreaux, principalement chez la fourmi 
rousse, si commune dans nos bois, où elle amoncelle des 
petits fragments de branches. Les larves des fourmis 
proprement dites, parvenues à toute leur taille, devien- 
nent nymphes sous une coque de soie, allongée, d'un 
tissu serré, jaunâtre ou gris. La nymphe, d'abord d'un 



HYMENOPTERES 



'201 




blanc pur, passe peu à peu au jaune pâle, au roussâtre, 
au brun ou au noir. Elle offre tous Les organes de l'a- 
dulte enveloppés d'une peau si minet 1 qu'elle paraît iri- 
léeà la lumière (fig. 190). Ce sont les ouvrières qui dé- 
phirenl le sommel de la coque «le soie, 
en se mettant plusieurs pourcette * > | * #* — 
ration. Elles lirenl avec précaution les 
nymphes hors de la coque, puis les 
débarrassent de la pellicule, étalent 
leurs pattes el leurs antennes, les bros- 
sent, leur donnenl à manger, guident 
leurs premiers pas. et, pendanl quel- 
ques jours, les promènent dans la 
fourmilière pour leur en faire connaî- 
tre les couloirs et les issues, (les mê- 
mes ouvrières, quand tes provisions 
manquent ou que la fourmilière est 
trop exposée aux attaques, ont l'in- 
stinct d'émigrer et transportent ail- 
leurs ce qu'on doit vraiment appeler leurs dieux do- 
mestiques, les œufs, les larves, les nymphes, objet d'un 
continuel amour. Klles prennent aussi sur le dos les 
mâles et les femelles qui refuseraient de les suivre, sans 
oublier les ouvrières infirmes ou malades. Ce sont éga- 
lement les ouvrières qui s'acquittent du soin difficile 
d'étaler les ailes si fragiles des mâles et des femelles qui 
viennent d'éclore et qui restent dans la fourmilière jus- 
qu'au moment de la reproduction. 

C'est le plus souvent en été, aussi en automne pour 
quelques espèces, que se forment ces essaims composés 
de fourmis ailées des deux sexes, emportés parfois à 
d';i><ez grandes distances parles vents. Par une belle 
soirée chaude on voit d'abord sortir les mâles de leurs 
souterrains. Ils agitent par centaines leurs ailes argen- 
tées et transparentes. Les femelles, moins nombreuses, 



Fig. 100. 

iNymphe dp Ifyrmi- 

quc, grossie. 



202 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

traînent au milieu d'eux leur large ventre bronzé et dé- 
ploient aussi leurs ailes, d'un éclat changeant et irisé. 
Un nombreux cortège d'ouvrières les accompagne sur 
les plantes qu'elles parcourent ; le désordre et l'agitation 
régnent dans la fourmilière. Elles vont des uns aux au- 
tres, les touchent de leurs antennes et semblent leur 
offrir encore de la nourriture. Enfin les mâles, comme 
obéissant à une impulsion générale, quittent le toit de 
la famille, et les femelles ne tardent pas à les suivre. 
La troupe ailée a disparu et les ouvrières retournent en- 
core sur les traces de ces êtres favorisés qu'elles ont soi- 
gnés avec tant de persévérance. Une fois les femelles fé- 
condées, la force qui soutenait tant d'insectes tourbil- 
lonnant dans les airs les abandonne : mâles et femelles 
retombent sur le sol. Les ailes se détachent aussitôt 
qu'elles sont exposées à l'humidité de la terre, et sou- 
vent les femelles se les arrachent elles-mêmes. Selon 
les espèces, la scène varie. Tantôt l'essaim a été emporté 
loin de la fourmilière : alors les femelles fécondées se 
groupent comme une peuplade naissante et donneront de 
nouveaux nids ; tantôt c'est près de l'ancienne fourmi- 
lière que se laisse choir la gent ailée : alors les ouvrières 
s'emparent des femelles, les dépouillent de leurs ailes 
et entraînent avec empressement ces précieuses mères, 
leur espérance nouvelle, dans les galeries intérieures où 
elles les garderont à vue. Dans ce cas, quelques femelles 
s'échappent, chacune se met isolément dans quelque 
trou, des ouvrières errantes les rejoignent, une nouvelle 
fourmilière commence. Les essaims de fourmis peuvent 
prendre parfois, même dans nos climats tempérés, des 
proportions numériques incroyables. On a pu lire dans 
les journaux, en juillet 1873, qu'à Vais (Ardèche), une 
colonne énorme, prodigieuse, de fourmis ailées, a défilé 
pendant plus d'une heure dans les régions de l'atmos- 
phère, suivant la direction du Nord, en telles masses, 



HYMÉNOPTÈRES. 205 

que li 1 ciel en étaii obscurci, à La vive curiosité de toute 
l,i population. 

Nous m* suivrons pus plus loin Huber fils, observateur 
aussi passionné des fourmis que son prie aveugle l'était 
des abeilles. Nous laisserons do côté tant de curieux dé- 
tails étrangers aux métamorphoses; l'amour des four- 
bis pour les pucerons et pour les coccus, fixés à di- 
verses plantes, et qui leur procurent une liqueur sucrée, 
leurs délices ; les soins qu'elles leur donnent en les por- 
tant sur les plantes propices, et en les enfermant dans 
leurs fourmilières connue des vaches à l'é table; les nom- 
breuses espèces de petits coléoptères qui vivent au mi- 
lieu d'elles en hôtes affectionnés. Rien de plus bizarre 
que les combats de fourmis incapables d'élever leurs 
larves, allant chercher les ouvrières d'autres espèces, 
les emmenant captives et en faisant de véritables nour- 
rices sur lieu. Les fourmis sont très-batailleuses et pil- 
lent parfois les habitations d'autres espèces, les expul- 
sent, les détruisent même. Ainsi, dans les serres chaudes 
du Muséum, il n'existe plus, depuis une dizaine d'an- 
nées, qu'une seule espèce de fourmis, le Formica graci- 
lescens, très-agile, poilue, à longues pattes grêles. Elle 
s'est d'abord montrée dans la serre des orchidées et vient 
probablement de la Guyane ; elle a détruit toutes les es- 
pèces françaises. Les serres chaudes de Vienne et de 
Schœnbrunn sont envahies par une espèce indienne; 
celle d'Helsingfors, par le Formica vividula, étrangère à 
l'Europe, d'origine inconnue. Dans les maisons de Paris, 
on trouve une très-petite espèce importée, le Formica 
Pharaonis, qui s'attaque à tout. Cette petite fourmi est 
noire et vit dans les maisons à Paris, à Londres, à 
Bruxelles, à Gand, à Hambourg, à Copenhague, etc. On 
la retrouve en Egypte, à la Nouvelle-Hollande, dans les 
deux Amériques. Elle est très-avide de viande crue, de 
sucre, de chocolat. Elle avait ravagé à Paris les magasins 



204 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

de la Compagnie coloniale. Le meilleur moyen de la 
chasser est d'insuffler de la poudre de pyrèthre du Cau- 
case, dans les fissures qui communiquent à ces fourmi- 
lières, au moment où sortent les fourmis ailées, ce qui a 
lieu au début de l'été dans les pays du nord de l'Europe. 
Beaucoup d'hyménoptères, avons-nous vu, alimentent 
leurs larves de proie vivante engourdie, disposée d'a- 
vance auprès d'elles. D'autres, dont les larves sont pa- 
reillement carnassières, déposent leurs œufs sous la peau 
de divers insectes, principalement à l'état de larves ou 
de chenilles. Ces hyménoptères, qui constituent plusieurs 
grandes familles, sont de véritables protecteurs de l'agri- 
culture. Une continuelle alternance s'opère entre les in- 
sectes nuisibles aux végétaux et les parasites intérieurs 
qui les dévorent. Ces derniers finissent ainsi par anéantir 
presque entièrement la race des insectes herbivores, 
mais alors les carnassiers meurent presque tous de faim, 
et les insectes nuisibles, au bout de peu de générations, 
reparaissent en abondance, donnant ainsi une pâture ex- 
cessive aux carnassiers, qui ne tardent pas à prédominer 
à leur tour. C'est ce qui explique comment les ravages 
de nos arbres forestiers, de nos vignes, de nos céréales 
ne se produisent que par intermittences. Tous ces hymé- 
noptères sont dépourvus de l'aiguillon. Il s'est transformé 
en une tarière entourée de deux valves, ou tube destiné 
à percer la peau des victimes et à pondre l'œuf. Ces ta- 
rières peuvent parfois percer nos doigs si nous saisissons 
ces insectes : la douleur est vive, mais passagère, car 
il n'y a pas de venin versé dans la piqûre. Les plus 
grandes espèces appartiennent au groupe des ichneumo- 
niens, dont le nom vient de celui de l'ichneumon, ce car- 
nassier vermiforme, vénéré autrefois par les Égyptiens, 
et que les anciens croyaient, à tort, pouvoir faire parve- 
nir ses petits dans l'intérieur du corps du crocodile, où 
ils dévoraient ses entrailles. La plupart des ichneumo- 



HYMÉNOPTÈRES. 



205 



ni,. us introduisenl leurs œufs sous la peau des chenilles, 
d colles-ci paraissent marquées de points noirs. Les pe- 
tites larves son! privées de pâlies, avec dos yeux pudi- 
inonlaiivs el des mandibules crochues. Elles oui l'in- 
slinct de vivre d'abord aux dépens des tissus graisseux, 
in respectant les organes essentiels de la digestion, delà 
Circulation et de la respiration, qu'elles n'attaquent 
qu'en dernier. Tantôt elles sortent de la chenille ou de 
sa chrysalide pour se transformer au dehors ; tantôt elles 
demeurent sous sa 
peau desséchée. Elles 
se Oient des petits co- 
cons OVOÏdes, en soie 
blanche, jaune ou 
brunâtre , parfois 
ceintures de bandes 
brunes. On voit fina- 
lement sortir un ou 
plusieurs hyménop- 
tères au lieu du pa- 
pillon, et c'est ce qui 
avait donné l'idée à 
d'anciens observa- 
teurs des insectes de 
véritables transmu- 
tations. Les adultes 
paraissent se nourrir 
de nectar des fleurs 
»! de pollen, surtout 
des ombellifères. On 
les voit voler au so- 
leil le Ion- des talus, 
des troncs d'arbres, 
des murs. Toujours 
ou quête de la proie, 




Fig. 191. — l'impie manit'estateur femelle. 



ils courent en agitant continuelle- 



206 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

ment leurs longues antennes, souvent noires et blan- 
ches. La môme espèce peut s'attaquer à divers insectes ; 
elle cherche avant tout de la chair fraîche. Ces adultes 
répandent parfois des odeurs variées, tantôt fortes et 
acides, tantôt agréables, de rose ou de tubéreuse. Les 
ichneumons proprement dits ont une tarière courte ; ils 
pondent leurs œufs sous la peau des larves en repliant 
l'abdomen en avant sous la poitrine et s'appuyant sur 
leurs pattes. Les pimples, au contraire, ont, chez les fe- 
melles, une très-longue tarière qui, avec ses deux appen- 
dices latéraux, simule trois soies (fig. 191) ; aussi les 
anciens observateurs les appelaient Muscœ tripiles. Ces 
longues tarières permettent aux femelles de piquer les 
larves au milieu du bois ou dans les nids maternels. 
L'insecte s'arc-boute avec ses pattes, et replie son ventre 
en dessous. La tarière s'enfonce à angle droit, s'il faut 
atteindre des larves de capricornes (coléoptères), ou les 
chenilles de sésies (lépidoptères), au milieu des tiges. 
Elle se place parallèle au corps, si elle doit se glisser 
entre l'écorce et le bois. Les ophions sont remarquables 




Fig. 192. — Ophion obscur, de profil. 

par leur abdomen aminci en faucille (fig. 192). Ils pon- 
dent leurs œufs en dehors des chenilles, attachés à leur 
peau par un pédicule contourné. Les larves qui sortent 



HYMÉNOPTÈRES. 201 

de l'œuf se mettent aussitôt ;"> ronger leur victime, et 
leur tété est engagée soua sa peau, alors que leur ventre 
est encore dans l'œuf. Il ne sort par chenille qu'un ou 
deux sujets de ces grandes espèces. Si la chenille est at- 
taquée par une femelle de braconiens, qui sont de très- 
petite taille, c'est une nuée de larves qui percent la peau 




Fig. 193. — Chenilles attaquées par des microgaster. 

de la victime, et se filent à côté'une série de petites co- 
ques de soie agglomérées (fig. 195) ; tels sont les amas 
de petits cocons jaunes du Microgaster glomerator, qui 
attaque les chenilles du papillon blanc du chou. Dans les 
luzernes on trouve souvent les chenilles dévorées par 



208 LES METAMORPHOSES DES INSECTES. 

une espèce voisine, le Micrograster perspicuiis . Ses petits 
cocons, iîlés par les larves sorties de la chenille, sont 
enchevêtrés les uns dans les autres et non isolés, comme 
ceux de l'espèce précédente. Aussi on croirait voir un 
cocon unique de quelque ver à soie. Comme l'a reconnu 
le docteur Giraud, ces cocons peuvent être blancs ou 
jaunes, sans doute selon l'espèce de chenilles dont se 
sont nourries les larves. Quand on fait éclore les cocons 
des microgasters, on voit sortir, outre les microgasters 
bruns, de brillants petits insectes à quatre ailes d'un 
vert doré : ce sont des chalcidiens, parasites de parasites, 
qui mangeaient les larves des premiers, toujours dans la 
chenille, théâtre et victime des combats. M. Giraud a 
même constaté l'existence de parasites du troisième de- 
gré ! Ces harmonies admirables maintiennent le balan- 
cement des espèces. Une innombrable multitude d'im- 
perceptibles ennemis s'acharnent après les plus minimes 
insectes ; il en est qui pondent leur œuf dans l'œuf d'un 
papillon, suffisant à nourrir leur larve. 

De petits hyménoptères, noirs ou fauves, ont, chez les 
femelles, une tarière cachée 
dans l'abdomen, tantôt droite, 
tantôt très-grêle et roulée en 
spirale (fig. 194). Celles à ta- 
rière droite, ou des vrais cij- 
nips, piquent les végétaux, et 
Ficr m autour de l'œuf naît une excrois- 

Cynips des baies de chêne, sauce ou galle, par un afflux de 
sève. Les autres, cà tarière effi- 
lée, introduisent leurs œufs dans les galles une fois for- 
mées et dont leurs larves doivent vivre en parasites. Au 
centre des galles s'amasse de la fécule, nourriture des 
larves ; peu à peu cette fécule se transforme en matière 
grasse, nécessaire à la nymphe. L'adulte sort en perçant 
la galle d'un petit trou circulaire. Ces galles ont des for- 







HYMENOPTERES 



200 



mes parfaitement spécifiques. Elles sonl chevelues sur 
les églantiers (bédéguars) ; elles formenl un gonflemenl 
aux tiges de ronce, de chardon. Le chêne semble L'arbre 
de prédilection des galles. Tantôt et selon les espèces de 

cynips, pareilles à des pom s de moyenne grosseur, elles 

terminenl les rameaux, 
su, comme de petites bou- 
les vertes el rouges, se 
groupent sur les feuilles 
[fig. 195). Des galles mo- 
difient les bourgeons el 
fes développenl en forme 
de petits artichauts; d'au- 
tres, dites en groseilles, 
se balancent portées sur 
les chatons ou Heurs du 
printemps des saules, des 
peupliers, etc. Les plus 
eurieuses, telles que de 
grosses truffes dures, s'at- 
tachenl au chevelu des 




Galles des feuilles de chêne. 



racines en hiver, à plusieurs décimètres sous terre. Il 
en sort, provenant de larves blanches enroulées, des 
Cynips aptères (apophyllus), sem- 
blables à des fourmis à gros 
ventre, marchant lentement au 
pied des chênes sur la terre hu- 
mide ou sur la neige (%. 196), 
en faisant vibrer leurs longues 
antennes. On ne connaît encore 
que des femelles de cette es- 
pèce, et cela arrive pour beau- 
coup de cynips, notamment ceux 
qui, enSyrie, au nombre d'une ou plusieurs espèces, font 
naître sur les chênes les noix de galle, riches en tannin, 

14 




Fig. 196. 

Cynips aptère femelle 

et sa larve. 




Fig. 197. 

Noix de galle 

coupée. 



210 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

servant à faire l'encre et les teintures noires (fig. 197). 
Les voyageurs qui font le pèlerinage de la Terre Sainte 
rapportent, des bords de la mer Morte, 
les pommes de Sodome, grosses galles 
pleines de larves et d'une poussière sè- 
che. Quand on recueille les galles, il ar- 
rive souvent qu'au lieu des sombres cy- 
nips qu'on s'attend à en voir sortir, ap- 
paraissent de charmants petits insectes, 
verts ou bleus, à reflet métallique. Ce sont des chalci- 
diens, famille d'hyménoptères que nous avons déjà citée, 
dont la mère était venue déposer son œuf au milieu de 
la galle, dans les larves qui y vivent. 

Les larves des chalcidiens dévorent celles des cynips 
ou légitimes propriétaires de la galle et celles de leurs 
commensaux, ou Synergus. De perpétuelles luttes, qui 
laissent toujours survivre les œuvres du Créateur, agi- 
tent ces microscopiques atomes. 

Les derniers hyménoptères ont des larves d'un aspec 
tout nouveau. Elles doiven 
jésider sur les végétaux 
qu'elles ravagent. Elles ont 
des pattes multiples pour 
se déplacer. Les adultes ont 
été appelés porte-scies, à 
cause de la tarière des fe- 
melles , dentelée en scie 
pour inciser les végétaux 
où elles déposent leurs 
œufs. En outre, l'abdomen 
ne fait plus la taille de 
guêpe; au lieu d'une inser- 
tion étroite, il s'implante 
largement sur le thorax. 
Les tenthrédiniens à l'état de larves vivent sur les feuilles. 




Fig. 198. — Fausses chenilles 
de cimbex variable. 






HYMENOPTI l;l S 



II 




■-^^' ) 



Ces larves, dites fausses chenilles, simulenl au premier 
aspect des chenilles de |>;i|>ill<>n ; mais leur grosse tête 
globuleuse, non êchancrée, leurs pâlies abdominales, en 
nombre généralement supérieur à dix, les en distinguent 
(fig. 198). La plupart, si on les louche, retroussent et 
agitent, d'un air menaçant, la partie postérieure de leurs 
corps. Mlles laissent souvent suinter un liquide d'odeur 
désagréable. Elles se transforment en nymphes dans des 
cocons de soie qu'elles se filent. Elles y demeurent long- 
temps enfermées avant de changer de peau, el souvent 
passenl ainsi tout l'hiver. 
Elles deviennent nymphes 
et nullement chrysalides, 
comme *u\ pourrait le 
croire d'après leur res- 

seinblancenvec les chenil- 
les. Ci - nymphes, comme 

celle- de tOUS les Imiié- 

DOptères . n'ont qu'une 

mince peau, suc l'insecte 

parfait, et èclosenl promptement. Nous citerons connue 

exemple le lophyre du pin. Sa larve dévore les feuilles 

des forêts d'arbres verts; le mâle a de belles antennes 

pectinéos (fig. 199). 

Les tenthrédiniens ont de petites espèces très-nuisi- 
bles à divers végétaux utiles : ce sont les cèphes. Plu- 
sieurs cèphes ont des larves attaquant les céréales, le 
wphe comprimé se porte sur les pommiers, etc. 

Les Sirex percent les bois des arbres verts, et leurs 
larves vivent à l'intérieur plusieurs années. Assez rares 
en France, ils sont fréquents dans les forêts de sapin- du 
nord de l'Europe; ils bourdonnent comme des frelons, 
auxquels ils ressemblent par leurs couleurs jaunes el 
noires. Vue longue tarière droite sort du corps de la fe- 
melle. Les larves de ces insectes ont mu) increvable 



Fig. 199. 
Lophyre du pin, mâle grossi. 



212 



LES METAMORPHOSES DES INSECTES. 



force dans l'action de leurs mandibules. Après la guerre 
dé Crimée, le maréchal Vaillant présenta à l'Acadé- 
mie des sciences, en 1857, des paquets de cartouches 




Fie. 



— Sirex géant, femelle. 



dont les balles coniques de plomb étaient percées par 
les larves du Sirex juvencus. Le même fait s'est repro- 
duit plus tard pour des balles de plomb de l'arsenal de 
Grenoble, perforées par le Sirex gigas (fig. 200). 



CHAPITRE \ I 



LÉPIDOPTÈRES 



i satyres des plaines, des montagnes et des neiges. — Les Nymphales. 

— Les vanesses, pluies de sang — Les argj ■- des bois. - Les argus. 

— I.t> machaon < i le damné. — Los piérides, les coliades, les aurores.— 
i es parnassi* ns des montagnes. — Les hespéries. — Los sésies. — Les 
zygènes, les étranges hétérogynis. — Le sphinx. — La tôle de mort. — 
Les papillons qui chantent. — Les bombycides. — Le ver à soie, ses 

- son cocon, son papillon. — Les auxiliaires du ver ;ï soie. — Les 
processionnaires. — Les orgyes à femelles aptères. — Les cossus gâte- 
bois, _ | es psychés et leurs fourreaux. — Los noctuelles.— Les che- 
nilles arpenteuses. — Les phalènes, les papillons de l'hiver. — Les 
tordeuses, pyrales et teignes, leurs dégâts. — Les brillantes adèles. — 
Les ptérophores aux ailes divisées. 



Les lépidoptères adultes se nourrissent tous de sucs 
liquides, presque exclusivement puisés dans les fleurs, 
au moyen d'une trompe flexible, roulée au repos en spi- 
ral." sous la tête; leurs chenilles, au contraire, pour- 
vues de pièces de la bouche organisées pour broyer, 
vivent de feuilles, quelquefois de (leurs, de fruits, de 
bois, très-rarement de substances animales. Cette iden- 
tité de régime est liée à une conformité de métamor- 
phoses bien plus grande (pie dans les autres ordres, et 
pe que nous dirons pour le ver à soie s'applique, presque 
sans exception, à toutes les espèces. 

On les a divisés longtemps en diurnes, crépusculaires 
et nocturnes, mots qui s'expliquent d'eux-mêmes. Nous 
devons faire remarquer que ces distinctions sonl peu 
exactes. Si les diurnes des anciens auteurs ne volent pas 



214 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

la nuit, certaines espèces des deux autres groupes buti- 
nent pendant le jour, à l'ardeur du soleil. En outre, les 
prétendus nocturnes ne sortent pas du repos au milieu 
de la nuit, dont la fraîcheur les engourdit; ils parais- 
sent pendant le jour dans les régions voisines des pôles, 
et sont ailleurs toujours plus ou moins amis du crépus- 
cule. La lumière de la lune paraît les blesser encore plus 
que celle du soleil ; ils recherchent les soirées sombres. 
C'est encore une erreur de les croire toujours vêtus d'une 
livrée obscure ; c'est parmi eux que beaucoup d'espèces J 
présentent les couleurs à la fois les plus vives et d'un ton 
plus pur que chez les papillons qui volent au soleil, sur- 
tout si on examine leurs ailes inférieures cachées, au I 
repos, sous les autres. 

Une première section de lépidoptères, paraissant ex- 
clusivement dans la journée, ont les antennes terminées 
par un bouton, et les ailes inférieures entièrement libres 
des supérieures. Les chenilles et les chrysalides vont 
nous permettre de mettre un peu d'ordre dans la revue I 
que nous allons passer de ces beaux insectes, dont l'éclat 
et la grâce ont frappé de tous temps les personnes les i 
plus inattentives, et arrachent une exclamation d'éton- 
nement et de plaisir aux plus vulgaires observateurs. 

Les chenilles de tous ces lépidoptères n'ont que très- 
peu de soie. Celles d'un premier groupe, arrivées aux 
termes de leur accroissance, se fixent à quelque support, 
se recourbent en arc, et filent avec la bouche un petit 
faisceau de fils de soie qui attache leur extrémité posté- 
rieure. Elles changent ensuite de peau, et les chrysali- 
des sont suspendues la tête en bas. Ces chrysalides nues 
sont, en général, plus ou moins anguleuses aux régions 
de la tète et du thorax, dont les organes se dessinent en 
saillie. Si l'on examine en dessous l'insecte parfait, il 
semble n'avoir que quatre pattes. En regardant mieux, 
on reconnaît que les pattes de devant, très-courtes et 



LÉPIDOPTÈRES. 215 

couvertes de larges poils, forment comme une colle- 
rette autour du cou <lu papillon. On les appelle souvent 
pattes palatines ; elles ne peuvent servir à la marche 
de l'insecte. 

Tous les pays de la terre nous présentent les satyres, 
au vol assez rapide dans les grandes espèces, mais tou- 
jours saccadé et sautillant. En effet, leurs chenilles vi- 
vent sur les graminées qui sonl répandues partout. Les 
chenilles vertes ou jaunâtres s'amincissent à la partie 
postérieure, simulanl un peu une queue de poisson, et 
son! rayées dans le sens longitudinal. Elles sont très- 
difficiles à trouver, bien qu'abondantes, car elles se ca- 
chent avec soin pendant le jour; mais la nuit, en par- 
courant les prairies avec une lanterne, on les voil niaii- 
geanl les feuilles des gazons. Les chrysalides son! cylin- 
driques, peu anguleuses, grisâtres; celles des plus 




Fig. 201. — Satyre myrtil femelle. 

grandes espèces reposent à nu sur le sol; toutes les au- 
tres sont suspendues par la queue. Les papillons oui de- 
ailes où dominent le jaune, le fauve, le brun, avec des 
bordures de taches oculiformes arrondies, à prunelle 
foncée, à pupille claire. Les espèces de forte taille vi- 
vent dans les bruyères et les herbes des lieux secs ; d'au- 
tres ne se trouvent que dans les allées sombres et hu- 



21G LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

mides des bois; certaines affectionnent les sentiers, le 
bord des fossés, les murs des villages au pied desquels 
croît l'herbe ; les prairies de nos plaines sont le domaine 
d'autres espèces. Celle que nous figurons, le myrtil, s'y 
rencontre à chaque pas à l'époque de la fenaison 
(fig. 201). Un groupe particulier d'espèces se nomme 
satyres demi-deuils, parce que les ailes offrent des des- 
sins et des ocelles noirs sur fond blanc : ainsi YArge 
Inès, d'Espagne, que nous figurons (fig. 202). On trouve 




Fig. 202. — Arge Inès. 



ces papillons dans les clairières herbues des bois et dans 
les prairies qui les avoisinent. Les montagnes nous pré- 
sentent une autre série de 
ces insectes, nommés sa- 
tyres nègres (genre ere- 
bia), à cause de la cou- 
leur brune ou noirâtre de 
leurs ailes , accidentées 
seulement par des ocelles 
noirs sur des taches rou- 
geâtres (fig. 205). On les 
voit, à mesure qu'on s'élève dans les Alpes ou les Pyré- 
nées, se tenir confinés pour chaque espèce dans une zone 
de quelques centaines de mètres d'altitude, changeant 




Fig. 205. 
Erébie euryale, femelle. 



LÉPIDOPTÈRES. 



217 



avec la nature des graminées. Enfin, près des neiges 
perpétuelles, apparaissent les chionobas (qui se promè- 
iicni à travers les neiges), à ailes d'un fauve terne, né- 
buleux, peut-être par l'influence «l'un froid intense. Au- 




Fig. 204.— Chionobas aello. 

tour des hauts glaciers qui entourent le mont Blanc vole 
le Chionobas aello (fig. 204); les autres espèces de ce 
genre appartiennent aux régions polaires arctiques des 

deux inondes. 

Les nymphales habitent les bois. Leurs chenilles sont 
nues, de couleur verte, leurs chrysalides très-anguleu- 




Fig. "20o. — Le petit Sylvain. 

ses, avec le dos fortement caréné. Dans les allées des 
bois vole le petit Sylvain (Limenitis sibylla), ouïe deuil, 



218 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

à ailes d'un noir terne, avec une bande de taches blan- 
ches (fig. c 205). Il tournoie et se pose fréquemment sur 
les branches des taillis. On rencontre aussi, mais moins 
souvent, près de Paris, le Sylvain azuré (L. camilla), 
dont le noir sur les ailes a un reflet bleu. Le chèvre- 
feuille nourrit les chenilles de ces deux papillons. Les 
grandes espèces de nymphales ont leurs chenilles au 
sommet des arbres les plus élevés, se cramponnant à 
des fds de soie dont elles enduisent continuellement les 
feuilles, pour ne pas tomber par le vent. Sur les peu- 
pliers et les trembles vit le grand Sylvain, qui descend, 
au mois de juin, d'un vol rapide et en planant, au mi- 
lieu des routes traversant les vastes forêts du nord de 
l'Europe. 11 est attiré par les matières stercoraires des 
chevaux et des bestiaux, et se pose dessus avec avidité. 
Il revient toujours à la même place. Ce rare et beau pa- 
pillon se trouve près de Paris, surtout dans les bois d'Ar- 
mainvilliers, de Villers-Cotterets, de Compiègne. La che- 
nille vit sur des feuilles toujours agitées par le vent. Elle 
tapisse de soie le pétiole et la partie de la feuille sur 
laquelle elle marche à côté de celle qu'elle mange, de 
sorte qu'elle est toujours comme retenue par un câble. 
Elle passe l'hiver entourée d'une feuille enroulée contre 
une branche, et la chrysalide se suspend au pétiole 
d'une feuille, reposant sur le limbe; la chenille a eu 
soin d'entourer tout le pétiole d'un fil spirale qui se rat- 
tache au rameau, afin que la feuille d'abri de la chrysa- 
lide ne puisse être emportée par le vent. Au mois de 
juillet, on rencontre, avec les mêmes habitudes, les 
grand et petit Mars, dont les ailes ont un beau reflet 
d'un bleu violacé quand on les examine dans un sens 
convenable. Les Anglais nomment le grand Mars the 
purple emperor. Leurs écailles sont à deux couleurs, 
comme ces images plissées qui représentent deux figu- 
res distinctes, selon qu'on les regarde à droite ou à gau- 



LEPIDOPTERES. 



219 



clic. Les femelles son! beaucoup plus pares mie les mâ- 
les, parce qu'elles descendent très-peu «lu haul < l»> peu- 




HP * -~1 



Fig. 206. — Petit Mars. 

pliers où vivent les chenilles. Elles n'ont pas de reflet 
bleu. Il y a dans le petit Mars (fig. 206), outre le type à 
fond brunâtre, une variété aussi 
fréquente à fond d'un fauve jaunâ- 
tre. Autrefois, on prenait le petit 
Mars sur les peupliers de la Gla- 
cière cl des prairies de Gentilly. 

Dans le midi de la France, prés 
d'Ilyércs, de Cannes, vit sur l'ar- 
bousier une chenille verte, aplatie 
en limace, avec quatre cornes jau- 
nes bordées de rouge. C'est celle 
que nous représentons se retournant pour filer la soie 
dn faisceau d'attache de la chrysalide (fig. 207). Le 




107. — Chenilles <lu 
charaxes jasius. 



220 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

papillon, à odeur de musc, offre les ailes inférieures 
terminées par deux pointes. Ce Charaxesjasiusse trouve 




Fig. 208. -» Charaxes jasius. 

sur tout le littoral de la Méditerranée, et les paysans 
turcs l'appellent le pacha à deux queues (fig. 208). 

Dans une division voisine se placent ces magnifiques 
et gigantesques papillons, aux ailes d'un bleu miroitant, 
et dont la mode fait usage depuis quelques années pour 
la coiffure des dames : on colle au-dessous de ces ailes 
admirables mais fragiles des bandes de crêpe apprêté, et 
on assujettit le corps à une longue épingle. Ces morphos 
vivent dans les bois de la Guyane, de la Colombie, du 
Brésil. Les femelles, à peine connues, parce qu'elles ne 
quittent presque jamais le liant des arbres, comme celles 
de nos nymphales, sont en général de couleur fauve, et 
ne ressemblant presque pas à leurs splendides époux. 

Viennent ensuite les vanesses, aux couleurs vives si 
connues de tous. Qui n'a suivi dans les jardins, sur le 
bord des routes, la grande et la petite tortue, le paon de 



.ÉPIDOPTÊRES. 



«2-_> i 



jour, la belle-dame, si agréablemenl bigarrée, le vul- 
cam aux bandes de feu? Leurs chenilles épineuses vi- 
vent, selon les espèces, sur les orties, les chardons, les 
ormes, les saules, les peupliers, les bouleaux (fig. 209). 




Fig. 209. — Chenille et chrysalide de grande tortue. 



Elles sont en général sociales dans leurs premiers Ages, 
et se dispersent au moment, de se changer en chrysalide. 
La belle-dame est un papillon cosmopolite habitant l'an- 
cien et le nouveau monde. La chenille du vulcain cher- 
che à se cacher sous des feuilles d'ortie, qu'elle assem- 
ble avec des fils de soie, mais ne parvient guère à se 
dérober aux: ichneumons qui la guettent. Les chrysalides 
des vanesses présentent ces belles taches d'or et d'argent 
dont nous avons expliqué la cause. Le Morio, une des 
grandes raretés entomologiques de l'Angleterre, est peu 
commun dans les bois qui avoisinent Paris. Il est fréquent 
aux environs de Cordeaux et surtout à la Grande-Char- 
treuse. Les amateurs parisiens vont chercher à Fontai- 
nebleau cette belle vanesse, au fond des ailes d'un riche 
pourpre sombre (the Camberwell Beauty des Anglais), 



222 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

avec une large bordure jaune relevée de taches violettes 
(fig. 210). J'ai vu une fois cette espèce volant, dans Paris 




Fig\ "210. — Vanesse Morio. 



même, sur le quai longeant Passy. Bien plus fréquente 
se rencontre la vanesse Gamma ou Robert-le-Diable, à 
ailes très-découpées, présentant une sorte de lettre G, en 
blanc d'argent mat, sur le fond gris noirâtre du dessous 




Fij, r .|211. — Vanesse Gamma. 

de ses ailes de devant (fig. 211). La chenille, qui vit sur 
l'ortie, le chèvrefeuille, le groseillier, le noisetier, 






LÉPID0PT1 RES. 223 

l'orme, esl d'un brun rougeâtre avec une bande blanche 

sur le dos; aussi Réaumur l'appelle la bedeaude, par 
comparaison avec les bedeaui des églises de son temps, 
habillés de robes de deux couleurs tranchées. 

On ne se douterail guère que ces brillantes vanessea 
ont quelquefois inspiré une terreur superstitieuse. Les 
papillons à l'état parfait, peu après leur sortie de la 
chrysalide, répandent un liquide coloré, contenu dans 
leur intestin, sorte de méconium, résidu des humeurs 
de la chrysalide, et dont ilsdoivenl se débarrasser avant 
de prendre leur essor. Chez les vanesses, cette déjection 
esl d'un beau rouge sanguin ou carminé, et quand nom- 
bre de papillons éclosent en même temps, les murs sur 
lesquels cette liqueur tombe semblent parsemés de 
gouttes de sang. De là l'origine probable de certaines 
prétendues pluies de sang qui épouvantèrent, au dire 
des historiens, les populations crédules. Ainsi, vers le 
commencement du mois de juillet de l'année 160X, les 
murs d'un cimetière voisin de la ville d'Aix, et ceux des 
villages et dos petites villas des environs parurent tachés 
de larges gouttes de sang. Le peuple, et même, dit Réau- 
mur, certains théologiens, n'hésitèrent pas à y voir 
l'œuvre des sorciers ou du diable lui-même. Heureuse- 
ment qu'un homme instruit, de Peiresc, alors dans la 
ville, observa qu'une multitude de papillons volaienl 
flans ces endroits maudits. Il fit. éclore des chrysalides 
pans une boit.-, et montra aux curieux inquiets la diabo- 
lique pluie de sang sur le fond et les parois. Il leur fit 
aussi remarquer que les gouttes miraculeuses n'existaient 
pas au centre de la ville, ni sur les toits, qu'elles se 
prouvaient pour la plupart dans des creux, sous les cha- 
perons des murs, et non à la surface des pierres tournées 
vers le ciel, et enfin qu'il non existait pas à de plus 
grandes hauteurs que celles où volent ordinairement les 
papillons. De Peiresc n'hésita pas à attribuer à la même 



2U LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

cause certaines des pluies de sang dont parle l'histoire, 
par leur analogie d'époque et de circonstances : ainsi 
une pluie de sang, rapportée par Grégoire de Tours, 
tombée, sous le règne de Childebert, dans différents en- 
droits de Paris et près de Senlis ; une autre, à la fin de 
juin, sous le roi Robert. Réaumur ajoute que c'est l'es- 
pèce ravageant les ormes dans certains cantons (Vanessa 
polychloros, la grande tortue), qui lui paraît la plus ca- 
pable de répandre ces alarmes. Elle se montre quelque- 
fois en très-grande quantité, surtout en Italie, quitte 
les arbres au moment de se mettre en chrysalide et se 
disperse alors contre les murs, aux cintres des portes et 
même dans les maisons. Au reste, il y a des pluies dites 
de sang qui ont d'autres origines *. 

Les bois sont habités par les argynnes, dont les che- 
nilles épineuses ressemblent aux précédentes, ainsi que 




Fie. 212. — Argvne grand-nacré. 



les chrysalides très-anguleuses, à tête bifide, mais sans 
taches métalliques. Les papillons ont le fond des ailes 
d'un jaune fauve avec une multitude de dessins noirs ; 

1 Bibliothèque des Merveilles : les Météores, p. 254. 



.EPIDOPTÈRES. 



•_'J- 



en dessous elles offrent presque toujours des taches imi- 
tant complètement l'argenl poli, ce qui fait donnera ces 
papillons le nom de nacrés. Us se posenl volontiers sur 
les fleurs de chardon el de ronce. Tels sont le grand- 
nacre (Argynnis aglaia, fig. 212, ayant en dessous des 
ailes de larges lâches argentées el luisantes, le tabac 
d'Espagne [A. Paphia), don! une belle variété femelle ;i 
le fond des ailes tout obscurci, sans changement du des- 
sin noir, «le même que la pan- 
thère noire de .lava conserve les 
taches noires des panthères fau- 
ves. On trouve celle variété fe- 
inelle accidentellement dans les 
bois des environs de Paris; àCoin- 
piègne, etc. Elle devient une race 
Constante en Suisse, dans le Va- 
lais. Aussi la noinnie-t-on Yale- 
sina. Les chenilles de ces grandes 
argynnes vivent sur les violettes 
de plusieurs espèces (fig. 213). 
Les mélitées ou damiers, dont le 
nom vient de leurs dessins noirs 
en carrés, ressemblent en dessus 
lux argynnes, mais n'ont pas au- 
dessous les taches nacrées. Il faut 
encore citer dans ces grandes ar- 
gynnes l'espèce dite adippe, of- 
i'ranl en dessous des ailes infé- 
rieures des taches nacrées et des 
ocelles ferrugineux, qui man- 




Fig. 213. 

Chenille et chrysalide di 

V Argynnis paphia. 



(tuent chez une aberration assez 

fréquente appelée cleodoxa. Les 

chenilles d'argynnes et de mélitées ont sous la gorge, 

dans la ligne médiane, une petite poche arrondie, un 

peu en avant de la première paire de pâlies ècail- 

15 



226 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

leuses. Son usage est tout à fait inconnu ; elle existe 
rudimentaire chez les chenilles des vanesses. Cette vé- 
sicule rétraçtile du dessous de la gorge de certaines 
chenilles de diurnes a été vue par Bonnet en 1737. 11 a 
reconnu qu'elle renferme un liquide acide, et a commu- 
niqué sa découverte à Réaumur, puis à de Géer. Lacor- 
daire signale le fait, oublié depuis longtemps. M. Goos- 
sens, qui a repris ces recherches anciennes, croit que la 
liqueur acidulée de cette vésicule se répand sur la feuille, 
et la rend plus apte à la trituration par la chenille. 

Dans un autre grand type des papillons à antennes en 
massue qui nous occupent, les six pattes sont allongées, 
propres à la marche ; les chenilles se suspendent par la 
queue en se changeant en chrysalide, mais en outre s'en- 
tourent d'une ceinture formée de plusieurs fils de soie 
accolés. C'est en retournant la tête nombre de fois à 
droite et à gauche qu'elles fixent ce second lien de la 
chrysalide, puis elles passent la tête et glissent le corps 
dans ce demi-anneau ; le même mouvement que les pré- 
cédentes leur a servi auparavant à constituer le faisceau 
soyeux qui attache l'extrémité postérieure. 

Les prairies, les champs, les bois nous présentent une 
légion de petits papillons aux vives couleurs, offrant au- 
dessous de leurs ailes de nombreuses rangées de taches 
en figure d'yeux, qui leur ont valu le nom général cYar- 
gus par un souvenir mythologique. Les chenilles de ces 
lépidoptères sont lentes clans leurs mouvements, à pattes 
très-courtes. Élargies et aplaties, elles ressemblent à de 
petits cloportes. Les chrysalides sont ternes, raccourcies. 
Dans les papillons de ce groupe nous devons signaler les 
petits porte-queues, ainsi nommés à cause des pointes de 
leurs ailes inférieures. Ils sont brunâtres en dessus et ha- 
bitent les bois, où leurs chenilles se trouvent sur le bou- 
leau, le chêne, le prunellier, la ronce. L'espèce de la 
ronce a le dessous des ailes d'un vert vif. Les prairies nous 



LÉPIDOPTÈRES. 



'227 



offrent ie&bronzés, à ailes d'un fauve vif, en dessus, avec 
• les dessins noirs (fig. 214, 215, 216). Les prés, les 





Fig. -21 i. 215 el 216. 
Polyommate xanthe, adulte femelle, chrysalide, chenille. 



jardins, les luzernes, les Êrèfles son! fréquentés par les 
azurins, à ailes bleues en dessus chez les mâles, brunes 
chez les femelles. Les chenilles de ces azurins se nour- 
rissent de légumineuses. 

Parmi contraste de (aille des plus remarquables, les 
grands porte-queues sont représentés par des papillons 
de jour de forte dimension. Leurs ailes, à fond jaune, 
sont traversées par des bandes noires dans le flambé 
(Papilio Podallrius), et couvertes de taches et de dessins 
noirs dans le machaon (fig. 217, 218). Cette dernière 
espèce, très-commune, a sa chenille sur les ombellifè- 
res, la carotte, le fenouil, etc. Elle est verte, avec des 
bandes noires parsemées de taches oranges. Quand on 
l'inquiète, elle fait sortir, comme toutes les chenilles de 
son genre, du premier anneau après la tête, un tenta- 
cule charnu orangé en forme d'Y. Elle répand souvent, 
ainsi que le papillon, une odeur de fenouil. La chrysa- 
lide esl tantôt d'un vert clair, tantôt grisâtre (fîg. 219). 
Le machaon parait chez nous deux fois dans l'année ; les 
sujets de printemps ont toujours le fond des ailes d'un 
jaune pâle, ceux d'août et septembre sont parfois d'un 



228 



LES METAMORPHOSES DES INSECTES. 



fond jaune ardent un peu obscurci. Cela est dû probable- 
ment à une insolation prolongée de la chrysalide ou de 
l'insecte adulte voltigeant dans les prairies et les champs 
brûlés par le soleil, car on remarque que les sujets con- 
servés dans les cadres d'ornement exposés à une vive lu- 
mière prennent une couleur de fond analogue. Dans les 




Fig. "219. — Chenille et chrysalide du pavillon machaon. 

Basses-Alpes, sur les plateaux des environs de Digne et 
de Barcelonnette, existe le Papilio alexanor (voir p. 24) ; 
en Corse et en Sardaigne, le Papilio hospiton ; ces deux 
rares espèces sont voisines de notre machaon. 

L'homme a amené avec lui et a multiplié par ses cul- 




LU" J 

Fig. 220. — Piéride du chou mâle. 



tures de plantes fourragères et potagères plusieurs es - 
pèces de la famille des piérides. Ainsi les papillons blancs 




Fig. 217 et 218. — Le machaon, le flanil».' 



LEPIDOPTERES. 85* 

du chou, du navet, de la rave, décroissenl de tàiile, à 
partir de la Syrie el de l'Egypte, à mesure qu'ils avan- 
cent dans les régions du Nord (fig. 220). Leurs chenilles 
Boni légèrement velues, et, Bans les insectes ennemis 
don! les larves les dévorent, elles détruiraient la plu- 
part de nos légumes (fig. 224). Les prairies artificielles 




Fig. 2-21. — Chenille et chrysalide de la piéride du choux. 

nourrissent les coliades, dont les ailes ont le fond jaune, 
à boni noir. Nous voyons voler sur les fleurs des trèfles 
et luzernes, le soufré, d'un jaune clair, et le souci, d'un 
jaune orange. Une belle variété femelle de cette espèce., 
dite hélice, a le fond des ailes d'un ton carné pâle. On 




Fig 2-2-2. — Chenille et chrysalide 
de colade palaeno. 



Fig. 225. 
Aurore de Provence. 



la prend près de Paris, mais elle esl rare. Les limites 
montagnes et les régions polaires ont plusieurs espèce- 



2 '2 EES MÉTAMORPHOSES DES EvSECTES. 

de coliades : ainsi celles nommées Palœno, Phico- 
mone, etc. (fig. 222). Les aurores offrent, chez les mâles, 
l'extrémité des ailes supérieures d'un beau jaune orange. 
Le reste des ailes est blanc dans l'espèce des environs de 
Paris (Anthocaris cardamines), et jaune soufre chez l'au- 
rore de Provence (A. eupheno) de nos départements les 
plus méridionaux (fig. 225). On voit voler dans nos bois, 
dès le milieu de février, les papillons nommés citrons, à 
cause de leur couleur, d'un beau jaune chez les mâles, 
d'un jaune verdâtre pâle chez les femelles. Dans le midi 
de la France et en Espagne, une espèce très-voisine pré- 
sente, chez le mâle, une large tache orangée au centre 
des ailes supérieures. 

Une espèce de cette famille, à ailes blanches rayées de 
lignes noires, dont la chenille vit sur l'aubépine (Leu- 
conea cratœgi, le gazé), et dont la femelle a les ailes en 
partie dépouillées d'écaillés, nous conduit aux parnas- 
siens, habitants des montagnes. Leurs noms rappellent 
les'souyenirs du mont cher aux poètes, le mnémosyne 




221. — Parnassien Apollon. 



des Alpes, Yapollon, plus répandu, se rencontrant dans 
les montagnes moyennes, comme les sommets des Vos- 
ges, les hauts plateaux ou causses de la Lozère, etc. 



LEPIDOPTERES. 



(fig, 224). Dans le nord de L'Europe, en Finlande, en 
Norwége, ce beau papillon descend dans les plaines. On 
dit que sa femelle vient parfois dans les jardins de Be- 
sançon. Les chenilles des parnassiens vivenl sur les saxi- 
frages el s'entourent pour se transformer d'un léger ré- 
seau de soie, maintenant enroulées autour d'elles mie 
on plusieurs feuilles. Nous ne trouverons plus mainte- 
nant de chrysalides suspendues. Les chrysalides des 
parnassiens sont saupoudrées d'une efflorescence bleuâ- 
tre, sorte d'enduit cireux, comme les prunes. Les fe- 
melles portent sous L'abdomen une singulière poche 
cornée, «l'un usage encore inconnu, et qui doit se rap- 
porter à quelque particularité de leur ponte. 

C'est également dans un mince cocon soyeux que se 
transforment les chenilles des hespériens, papillons qui 
nous amènent naturellement 
aux anciens crépusculaires et 
nocturnes, heur tète est élar- 
gie, leur thorax épais, leurs 
six pattes sont développées et 
robustes (fig. 225). Les ailes 
sont médiocres, et par suite le 
vol est peu soutenu et comme 
par sauts. En outre, ces ailes, 
lors du repos de l'insecte, ne se dressent pas l'une contre 
L'autre perpendiculaires au corps ; elles sont seulement 
relevées à demi. Le nom de ces papillons vient de ce 
qu'ils volent de préférence dans l'après-midi. On les 1 en- 
contre sur le bord des grandes routes, dans les avenues 
des bois, sur les coteaux secs, etc. 

Les papillons, dont la grande majorité ne se montre 
qu'au crépuscule et à l'entrée de la nuit, avec d'assez 
fréquentes exceptions, ont les antennes déforme très-di- 
verse. En outre, leurs ailes inférieures sont liées aux su- 
périeures au moyen d'une sorte de crin roide, situé \ 




Fig. 2Î5. 
Hespérie Sylvain, mâle. 



234 



LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 



l'insertion des secondes ailes et qui entre dans un an- 
neau placé à la base des ailes de devant. En examinant 
un des grands sphinx de nos jardins de campagne, on 
verra très-bien cette disposition qui met les ailes en dé- 
pendance mutuelle. Au reste, en coupant cet organe, on 
ne rend pas le vol impossible, mais seulement de moin- 
dre durée et moins rapide. 

Dans une première série de ces papillons, les antennes 
sont élargies vers le milieu, puis amincies à l'extrémité, 
qui souvent se recourbe en crochet. Plusieurs types bien 
tranchés se montrent à notre observation. On prend 
d'habitude pour des hyménoptères les sésies, à ailes vi- 
trées et au vol rapide comme celui des mouches. On voit 
volera l'ardeur du soleil un grand nombre de petites espè- 
ces de ce groupe sur les fleurs des prairies, sur les troncs 
des arbres, sur les groseilliers des jardins, etc. Il faut 
une grande habitude pour les reconnaître et les saisir au 
filet. Les chenilles sont blanches ou rosées et se creu- 
sent des galeries dans l'intérieur des tiges ou des raci- 
nes. La chrysalide est entourée d'une coque faite avec de 

la sciure de bois ag- 
glutinée , provenant 
des érosions de la che- 
nille, tantôt au pied de 
l'arbre, tantôt à l'en- 
trée de la galerie au 
dehors de laquelle elle 
sait se hisser, afin que 
le papillon sorte à l'air 
libre. La plus grosse 
espèce et la plus com- 
mune (Sesia apiformis) dévaste les jeunes plantations 
de peupliers (fig. 226). On voit facilement les en- 
trées des galeries de la chenille et les pelotes de 
parcelles de bois mouillées de salive qui en sont 




Fig. 2 U 26. — Sésie apiforme femelle. 



LEPIDOPTERES. 835 

expulsées. <>n croirait à une guêpe-frelon quand on 
aperçoit le papillon posé sur les troncs de peuplier : 
même taille, même livrée; les couleurs sont plus vives 
et nulles. Si on prend les sésies au sortir de la chry- 
salide, leurs ailes son! couvertes d'une fine poussière 
brune. Ce son! les écailles ordinaires des ailes des pa- 
pillons, mais si peu al lâchées qu'elles tombent aux pre- 
miers coups d'aile de l'insecte. Le type de Lépidoptère 
est conservé. 

Les prairies sont fréquentées, de la fin du printemps 
au milieu de l'été, par des papillons à ailes brillantes, 
d'un noir velouté, avec des lâches d'un rouge carmin. Ce 
sont les zy gènes, au vol pesant et peu prolongé, immo- 
biles pendant la grande chaleur du jour (fig. C 2 L 27). Les 
chenilles sont épaisses, comme boursouflées, jaunâtres 
avec des lâches noires. Elles se nourrissent de légumi- 
neuses et se changent en chrysalides allongées dans un 
cocon aminci aux deux extrémités, 
ressemblant à un bateau, fixé dans 
sa longueur, à une tige, lisse, 
comme vernissé, jaunâtre ou blan- 
châtre (fig. 228). Nous trouvons 
près de Paris, dans les prés, plu- 





i 

Fig. 227. — Zygéne du trèfle. Fig. 228. — Son cocon. 

sieurs espèces de ces sphinx béliers qui se ressemblent 
beaucoup. La plus répandue est le zygœna filipendulœ 



236 



LES METAMORPHOSES DES INSECTES. 



avec les ailes supérieures d'un noir bleu, marquées de 
six points rouges carminés, les ailes inférieures rouges 
bordées de noir. Le Z. trifolii, moins disséminé, n'a que 
cinq taches rouges (fig. 227), et de même le Z. loni- 
cerœ, plus rare près de Paris, se trouvant à Lardy, 
à Fontainebleau. 

Près des zygènes se placent les procris, qui volent 
comme elles pendant le jour dans les prairies humides. 
Leurs ailes sont d'un beau vert brillant ou d'un bleu de 
turquoise. Les auteurs rangent souvent à la suite des 
procris un genre de papillons à métamorphoses très-cu- 
rieuses, les hétérogynis, dont les mâles et les femelles 
ont les plus étranges dissemblances. Les mâles sont des 
petits papillons gris, à antennes pectinées ; les femelles 
ressemblent tout à fait aux chenilles, sans trace d'ailes, 
ayant six très-petites pattes au thorax ; elles sont d'un 
jaune verdâtre avec des bandes noires. Les chenilles 
filent un joli cocon, Irès-soyeux, un peu lâche, ovoïde, 
d'un jaune pâle, attaché à une 
tige de genêt, plante qui les 
nourrit. La chrysalide de la fe- 
melle est une sorle de sac bru- 
nâtre, renflé à l'abdomen. Du 
côté de la tête est un petit cla- 
pet que la femelle pousse après 
son éclosion. Elle sort de cette 
chrysalide et du cocon, mais 
reste attachée postérieurement 
à celui-ci, près de l'orifice de la 
chrysalide demeurée dans l'in- 
térieur du -cocon. Elle se lient 




229, 230, 251 
Heterocjynis penella, mâle, 



ainsi recourbée, la tète en bas, 
femelle, cocon et chrysalide attendant le mâle qui la cherche 

de la femelle. , A , ,_ ,L afta «fti 

de son côté (fig. 229, 230, 251, 
252). Si on vient à la toucher, elle rentre dans la peau de 



LÉPID0PTÊR1 5. 257 

l,i chrysalide pour ressortir ensuite. Quand elle a été fé- 
condée, elle retourne définitivemenl dans la chrysalide, 
e| laisse retomber le clapet sur elle. Elle s'enferme ainsi 
dans nu sépulcre, <|iii doit être le berceau de sa posté- 
rité. Son corps se réduil beaucoup après la ponte d'un 
nombre énorme d'oeufs jaunâtres liés entre eux en cha- 
pelet par une humeur visqueuse. Les petites chenilles 
restent quelque temps dans ce sac de la chrysalide, et 
mangent l'humeur visqueuse qui colle les œufs et même 
le cadavre rétréci de leurmère. Ce u'esi qu'au moment 
de leur première mue qu'elles percenl la chrysalide et 
le cocon, et se répandent sur les feuilles de genêt. Nous 
devons à l'observation de M. de Graslin es curieux dé- 
tails reconnus sur l'espèce française, VHeterogynis pe- 
nella, rencontrée dans différentes localités, au Vernet, 
dans les Pyrénées-Orientales, dans le département dos 
Basses-Alpes, dans la Côte-d'Or, près de Dijon. 

Les sphinx ont reçu ce nom général d'après l'attitude 
fréquente de leurs chenilles, redressant la moitié anté- 
rieure de leur corps et restant ainsi longtemps immo- 
biles, dans la position prêtée par les sculpteurs au 
monstre de la Fable, jetant sa terrible énigme aux pas- 
sants. L'avant-dernier et onzième anneau de leur corps 
porte un appendice courbé simulant une corne. Elles se 
changent en chrysalide dans des coques de grains de 
terre ou de débris de feuilles sèches, agglutinés par une 
salive visqueuse et réunis par quelques fils de soie. Ces 
chrysalides sont ovoïdes, sans angles et deviennent 
promptement d'un brun marron. Nous citerons d'abord 
les smérinthes du peuplier, du tilleul et du cliène, ce 
dernier bien plus rare que les deux: précédents, à ailes 
découpées, d'un vol faible, contre l'ordinaire de cette 
famille; les macroglosses, doués au contraire d'un vol 
rapide comme la ilèclie, ne laissant pas distinguer leurs 
ailes frémissantes. Pendant toute l'année, le moro-sphinx 



238 LES METAMORPHOSES DES INSECTES. 

ou sphinx-moineau, à cause du faisceau de poils diver- 
gents qui termine son abdomen à la façon d'une queue 
d'oiseau, butine en plein jour sur les fleurs de nos jar- 
dins (fig. 235). Il reste en vol stationnaire, devant cha- 




Fig. 235. — Moro-sphinx butinant sur un pétunia. 

que fleur, sans s'y poser, c'est-à-dire qu'il contre-ba- 
lance par la vibration continue de ses ailes l'action de 
la pesanteur, ce qui est le cas des meilleurs voiliers 
seuls. En même temps sa longue trompe, se recourbant à 
angle droit avec son corps, s'enfonce dans les corolles 
jusqu'aux nectaires. Cette espèce paraît pendant toute la 
belle saison, et au milieu de l'automne, et entre souvent 
dans les maisons pour se réchauffer. 

Les sphinx proprement dits se trouvent le soir sur les 
fleurs, volant avec une extrême vitesse ; avec un léger 



M 




I.KI'II (H'il l;i v 259 

bruissement, plongeant dans les fleurs tubuleuses une 
trompe aussi Longue que leur corps. On tire leur nom 
de la nourriture de leurs chenilles. L'un vil sur les pins, 
l'autre sur les Iroënes el les lilas, le troisième sur h-s 
liserons. De longues ailes antérieures aiguës, à nuances 
grises, les distinguent. Les 
ailes inférieures du sphinx 
du troène, ainsi que son ab- 
domen, oui dos bandes noi- 
res et roses. Le mâle ré- 
pand une légère odeurmus- 
quée,qui esl bien plus forte 
dans le mâle du sphin c du 
liseron ou corne-bœuf. l-^ n ,. o;u._ clienillc , hl m oro-s P hinx. 
femelles en sont dépour- 
vues. La chrysalide du sphinx du liseron a la trompe 
déjà I iés-visible. C'est sur ces sphinx qu'on peut constater 
une chaleur propre énorme, parfois de 1 5° à 1 8° au-dessus 
de l'air ambiant, et, en outre, C° à 8° d'excès du thorax sur 
l'abdomen. Les deiléphiles ont en général le vol un peu 
moins puissant. Les espèces les plus intéressantes sont 
le petit-pourceau et le sphinx de la vigne, à magnifiques 
Couleurs d'un rose vif ; le sphinx du laurier-rose, nuancé 
d'un beau vert, habitant l'Afrique, l'Espagne, l'Italie 
-méridionale, la Grèce, pays où croit naturellement le 
laurier-rose. Emportés par leur vol impétueux et s'aidant 
de courants atmosphériques, certains individus viennent 
pondre dans l'Europe centrale, et jusqu'en Angleterre, 
sur les lauriers-roses des jardins ; mais les papillons qui 
Baissent dans ces contrées trop froides ne se repro- 
duise^ pas, sauf u\u^ génération. Les chenilles de ces 
trois espèces font rentrer la tète et les premiers an- 
neaux du corps dans les suivants, ornés de taches 
qui simulent des yeux. Les chenilles paraissent alors 
ce qui les a fait appeler chenilles co- 



240 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

chonnes. Le sphinx de l 'euphorbe (fig. 255) a une che- 
nille à peau comme vernissée, bigarrée de jaune et 
de rouge, vivant sur les enphorbes, ne craignant pas 
l'ardeur du soleil. Ainsi que plusieurs autres chenilles 
de deiléphiles, les petites chenilles de cette espèce 
mangent les peaux qu'elles viennent de quitter. Les che- 
nilles du déiléphile vespertilion, et aussi celles de l'espèce 
dont nous allons parler (Atropos), qui se cachent le jour, 
sont cependant attaquées par certaines mouches diurnes, 
les tachinaires, qui savent bien les trouver et déposer 




Fig. 235. — Déiléphile de l'euphorbe. 



sur leur peau des œufs d'où naîtront des larves, entrant 
dans le corps des chenilles et les dévorant. 

Enfin la plus grosse espèce de sphinx est le célèbre 
sphinx à tête de mort (Acherontia Atropos), présentant, 
grossièrement figuré en jaune clair sur fond noir, un 
crâne humain dessiné sur son corselet. Il est souvent 
attiré par la lumière dans les appartements. Le mâle a 
les pattes de devant très-velues. Ce papillon fait en- 
tendre dans les deux sexes un cri aigu et plaintif, qui 
parait lié chez lui à quelque sentiment de crainte. Il part 
d'un organe singulier, en forme de coussinet, placé aux 





Fig. 236 et '237. — Sphinx â tête de mort et sa chenille. 



16 



LÉPIDOPTÈRES. 243 

pattes antérieures, à l'angle de réunion de la jambe 
el de la cuisse (Al. Laboulbène, 1875). Ce chant un 

peu sinishv ne devrail réelle ut épouvanter que les 

abeilles; il ;i jeté souvent la terreur dans les popu- 
lations, joint au lugubre emblème de l'insecte. Cette 
espèce, originaire des Indes, des lies Malaises, de l'A- 
frique , s'est répandue en Europe au siècle dernier, 
avec la pomme de terre sur les feuilles de laquelle vil 
de préférence son énorme chenille, de ii m , 12 long., habi- 
tuellement jaune et verte avec sept bandes transver- 
sales bleues et la corne grenue. <>n rencontre aussi une 
variété [dus rare à fond brunâtre (fîg. '200, 2r>7i. Elle est 
parfois assez commune eu Bretagne, et Réaumur nous 
rapporte (pie l'apparition du papillon ayant coïncidé avec 
des maladies êpidémiques, « il n'en a pas fallu davantage 
au peuple timide, toujours disposé à adopter des présa- 
ges funestes, pour juger que c'était ce papillon qui por- 
tait la mort ou au moins qui était venu annoncer les ma- 
ladies fatales qui régnaient. » Le nom scientifique du 
papillon, Aclterontiaatropos, est au reste l'expression de 
ces terreurs populaires. Au dire du docteur J. Franklin, 
on croit, dans les campagnes de l'Angleterre, que l'Atro- 
pos est en rapport avec les sorcières, et va murmurer à 
leur oreille le nom de la personne pour laquelle la tombe 
est près de s'ouvrir. « Quant à moi, dit-il, j'éprouve 
pour ces animaux, longtemps méconnus, voués à l'ana- 
llième universel, associés par la superstition au principe 
du mal, le même sentiment de miséricorde et de respect 
qui saisit le cœur de l'historien à la pensée des races 
humaines maudites. L'atropos, si sombre que soit, sa li- 
vrée, ne vient point des rives de l'Achéron ; il vient do> 
sources divines de la vie. Le doigt de la nuit, et non 
celui de la mort, a marqué sur lui son empreinte. Il 
n'apporte pas aux hommes de mauvaises nouvelles de 
l'autre monde; il leur apprend (pie la nature a voulu 



244 



LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 



peupler toutes les heures et consoler celles du crépus- 
cule, en leur fournissant des compagnes ailées. » 

Le sphinx à tête de mort est réellement un papillon 
qui chante. On peut encore donner, moins exactement, 
cette qualification à d'autres papillons qui sont munis 
d'appareils de stridulation non sans rapport avec ceux 
des cigales. Tels sont Y écaille pudique du midi de la 
France, et plusieurs espèces 
des montagnes du genre Selina 
(fig. 238, 239). Ce sont vrai- 
ment des papillons timbaliers. 
Sur le dernier anneau du tho- 
rax , on voit une large mem- 
brane blanchâtre , triangu- 
laire , recouvrant une cavité 
sans communication avec l'in- 
térieur du corps, sans tendon 
ni battant agissant sur la mem- 
brane. C'est du dehors, a re- 
connu le docteur Laboulbène, 
que vient le coup sec qui fait 
vibrer la membrane sèche et parcheminée , tendue 
sur la vésicule pleine d'air. Ce sont de petites percus- 
sions des cuisses des pattes postérieures, ou des pres- 
sions latérales rapides des genoux. D'après de Vil— 
liers, qui a découvert en 1853 le son de l'écaillé pudi- 
que, on dirait le bruit d'un métier de fabricant de bas. 
M. Guenée, en 1861, a fait connaître un acte analogue 
chez les Setina, où le son produit imite le tic-tac d'une 
montre ou les pulsations des vrillettes, ces petits coléop- 
tères des bois ouvrés s'appelant la nuit , d'un sexe à 
l'autre, en frappant contre les cloisons avec leur tête ces 
coups secs qui leur ont valu les noms & horloges de la 
mort. Dans nos papillons ces organes de stridulation 
servent, comme il est d'usage chez les insectes, à des 




Fig. 258 et 239.— Appareils stri- 
dulants des Chelonia pudica 
et Setina aurita. 



i î.r •ïï.r.ix 245 

appels pour la reproduction, car ils sont plus développés 
chez les mâles que chez Les femelles. 

Ces derniers papillons nous conduisent aux bombycides, 
caractérisés par la forme de leurs antennes, simulanj 
des dents i\o peigne, surtout chez les mâles, et par l'im- 
perfection de leur bouche. A l'état adulte, ils no man- 
gent pas ci no vivent que pou de jours, uniquement oc- 
cupés do perpétuer leur espèce. Enfin les chenilles de 
ces insectes sont par excellence les productrices de soie <'t 
l'entourent de cocons pour devenir chrysalides. A ce titre, 
la première place revient au ver à soie (Sericaria mon). 

Son origine, perdue dans une haute antiquité, est en- 
core incertaine. 11 a dû exister sauvage et existe sans 
doute encore dans les forêts du centre de la Chine, de la 
Perse, des pentes de l'Himalaya. Selon l'opinion la plus 
répandue, la couleur primitive des cocons était le jaune, 
et on voit de temps à autre reparaître cette couleur dans 
les races à cocons blancs. De même, les couvées des se- 
rins domestiques, qui sont des albinos, reproduisent par- 
fois le type vert des îles Canaries. Il semble, chez toutes 
les races domestiques, que des souvenirs de l'état pri- 
mitif, perçant la nuit des âges, reprennent une influence 
intermittente sur la loi mystérieuse de la génération. Des 
auteurs regardent les vers noirs, appelés moricauds ou 
bouchards, et qui sont très-robustes, comme le type pre- 
mier de l'espèce. La domesticité aurait blanchi la che- 
nille, puis sa soie, par une véritable dégénérescence. 
On trouve aussi parfois des vers zébrés, noirs et blancs, 
surtout dans les races chinoises. D'autres pensent qu'il y 
a deux espèces très-voisines, l'une à soie jaune, l'autre 
à soie blanche, confondues par de très-anciens croise- 
ments. Ces incertitudes, qui tiennent à l'antique domes- 
tication du ver à soie, justifient tout à fait l'heureuse 
expression de M. Guérin-Ménoville : « Lever à soie est 
le chien des insectes, n L'influence de l'homme a dé- 



246 LES METAMORPHOSES DES INSECTES. 

pouillé cet animal de (oute force, de toute volonté, à la 
façon du mouton, si éloigné aujourd'hui du mouflon. Le 
ver à soie ne peut plus se tenir sur les feuilles inclinées 
et mobiles du mûrier en plein air, agité par le vent ; il 
n'a plus l'adresse de se cacher sous les feuilles pour évi- 
ter l'ardeur du soleil et échapper aux ennemis des che- 
nilles. La femelle demeure immobile : à peine si elle sait 
remuer les ailes ; le mâle tourne autour d'elle en vole- 
tant, sans quitter le point d'appui. Il est probable que le 
ver à soie sauvage doit avoir un vol énergique à la façon 
des bombyx silvestres. M. Martins a reconnu, à Montpel- 
lier, qu'après trois générations d'élevage en plein air, 
les mâles avaient repris la faculté de voler. Depuis huit 
ans, à Orbe, près Lausanne (Suisse), M. Roland élève avec 
succès le ver à soie en plein air sur le mûrier, en vue 
d'obtenir une race rustique robuste, donnant en chambrée 
close une éducation industrielle exempte d'épidémie. 

Les vers à soie, nommés magnans dans le midi de la 
France, présentent dans leur existence les phases qui 
caractérisent tout l'ordre des lépidoptères. On fait éclore 
les œufs lorsque la feuille du mûrier est assez dévelop- 
pée. Autrefois on déterminait cette éclosion par la cha- 
leur du fumier ou celle du corps humain ; on se sert 
maintenant de chambres d'incubation échauffées par 
des poêles. Quand le ver est sur le point d'éclore, la 
loupe permet de voir son bec noir commençant à user 
lentement la coque. Les éclosions se font à toutes les 
heures, mais principalement et dans une proportion con- 
sidérable de cinq à dix heures du matin, et la plus 
grande partie de cinq heures à sept heures, uniformité 
fort commode pour le premier travail de la magnanerie 
ou atelier de l'éducation des vers à soie. On nomme âges 
du ver à soie les périodes de son existence séparées par 
des mues. Prenons une éducation dans une bonne condi- 
tion de température, à 19°, et non à de trop hautes tem- 



LEPIDOPTERES. W 

pératures ; elles n'ont en effet augmenté le profit des 
éleveurs par la rapidité du développement qu'en affai- 
blissanl les races et les prédisposant à la redoutable 
épidémie qui menace aujourd'hui d'anéantir cette indus* 
trie capitale de la France, et qui a provoqué les plus 
jusles alarmes au sein des pouvoirs publics. Le premier 
âge comprend cinq jours, le second quatre, le troisième 
six. le quatrième sept, le cinquième dix. Ces âges sont 
séparés par des périodes où le ver à soie reste immobile 
et sans prendre de uourriture, le corps à demi relevé, 
connue les chenilles de sphinx, auxquelles il ressemble 
par sa tête petite, son premier anneau très-renflé, et l'a- 
vant-dernier muni d'une corne. Les magnaniers n'ont 
donc pas besoin de donner de feuille de mûrier dans 
chaque jour de passage d'un âge à l'autre, et c'est ce qui 
explique la grande importance d'une égalité parfaite 
dans l'éducation des vers. On laisse jeûner les premiers 
êclos pour assurer cette précieuse et économique unifor- 
mité de transformations. La tète de la chenille, qui ne 





Fig. — 240 et 241. — Ver à soie en position de mue et sa tête'. 

grossit pas, parait allongée et noire au moment d'une 
mue elle est au contraire grosse et peu foncée après la 
mue (fig. 240, 2 il). Le ver jette autour de lui des fils qu'il 
attache comme supports aux objets voisins, et, appuyé sili- 
ces fils, il soi t de son ancienne peau, qui se fend au mi- 
lieu du dos. Nous avons pu constater que, dans ces som- 
meils, la température de la surface du corps du ver de- 
vient celle du milieu ambiant, et peut même tomber un 



248 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

peu au-dessous, pour se relever un peu au-dessus dans les 
frèzes ou périodes de voracité. Au premier âge, le ver à 
soie est noir, poilu, puis de couleur noisette au moment 
où va s'opérer la première mue. Pour commencer l'édu- 
cation, on a jeté sur les œufs en train d'éclore des bour- 
geons de mûrier, qu'on ramasse bientôt chargés de petits 
vers; ou mieux, on verse de la feuille finement hachée 
sur des papiers percés de petits trous dont on recouvre 
les œufs dans la chambre d'incubation. Cette feuille ha- 
chée convient aux premiers âges, car elle évite de la fa- 
tigue aux jeunes chenilles en multipliant les bords arti- 
ficiels. En effet, à l'exception de très-petiles espèces de 
papillons dont les chenilles minent le parenchyme des 
feuilles, les chenilles sont dans l'habitude de manger le 
plus souvent les feuilles des arbres en partant du bord : 
ce sont les coléoptères ou les limaces qui dévorent sur- 
tout les feuilles dans l'intérieur du limbe. 

Au second âge, le ver paraît gris, presque sans duvet, 
puis blanc jaunâtre, et on voit se dessiner les croissants 
sur les second et cinquième anneaux de l'abdomen. 11 n'y 
a plus aucun poil au troisième âge, et le ver devient d'un 
blanc terne qui va toujours en s'éclaircissant. Pour le 
nourrir et enlever en même temps la litière sans blesser 
les vers (délitage) , on place les feuilles fraîches sur .des 
filets ou sur des papiers percés de trous proportionnés à 
la grosseur de la chenille. Les vers passent à travers les 
interstices pour gagner les feuilles; on les enlève 
alors d'un seul coup, et on se débarrasse des litières pu- 
trides. 

Au quatrième âge, on opère le dédoublement, c'est-à- 
dire on transporte une partie des vers sur de nou- 
velles tablettes pour leur donner plus de place, et, 
par suite, plus d'air. Le cinquième âge est celui de la 
plus grande voracité de ces insectes. Au septième jour 
de cet âge, leur faim est insatiable : c'est la grande 



LÉPIDOPTÈRES. 249 

frèzeou briffe, la furia des Italiens. En ce jour, les vers 
issus de 30 grammes de graine (œufs) consomraenl en 
poids autant que quatre chevaux, et !«• bruit de Leurs 
mâchoires ressemblée celui d'une forte averse. A la fin 
de cet âge .se fait la montée. Le ver, prêta filer, va ré- 
compenser le travail et la dépense du magnanier. On 
voit les vers grimper sur la feuille sans la mordre et 
dresser la tête ; leur corps devient translucide, de la cou- 
leur d'un raisin blanc très-mûr, mou comme «le la pâte. 
Les anneaux se raccourcissent, la peau du cou se ride. 
Enfin, la plupaii des vers traînent après eux un Long fil 
sorti de leur bouche. La soie, que le ver produil toute sa 
vie, provient de deux Longues glandes occupant toute la 
longueur du corps, el dont la couleur, dans les races à 
cocon jaune, se voit à travers la peau.' Le fil est formé 
de deux fils, tordus ensemble par la chenille avant de 
sortir par la filière, au moyen de petits muscles. On peut, 
en effet, parfois, au moyen d'eau de savon, dédoubler le 
fil en deux tils presque invisibles et encore très-tenaces. 

Les glandes à soie ne contiennent pas un peloton de 
fil qui se déroulerait, mais une matière visqueuse qui 
se solidifie dans l'intérieur même de la bouche du ver. 
Quand on voit l'animal se raccourcir, ce qui indique 
qu'il ne donnera qu'un très-mauvais cocon ou deviendra 
tapissier, c'est-à-dire ne fera qu'un enduit plat de sa 
soie, on le fait macérer dans du vinaigre et on tire de sa 
bouche les deux glandes à soie, qu'on crève. Il en sort 
un filet visqueux qu'on allonge tant qu'on peut en le 
maintenant à l'air pour qu'il se solidifie. On obtient ainsi 
ces fils si résistants, servant à attacher l'hameçon à la 
la ligne, et qu'on nomme fils de soie, fils de Florence. 

A l'état sauvage, le ver à soie établissait son cocon 
dans les branches mêmes du mûrier. Domestique, il ne 
procède pas autrement. Il faut donc lui donner des 
moyens d'attache. Ce sont des branches de bruyère, de 



250 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

genêt, de buis, des tiges de colza ou de chicorée sau- 
vage, etc., des bottes de paille, ou enfin, ce qui vaut 
mieux, des sortes d'échelles de petites planchettes paral- 
lèles, entre lesquelles il y a place pour un cocon (cocon- 
nières Davril), ou des planchettes se croisant en petites 
cases (système Delprino).Le ver à soie commence par je- 
ter des fils rameux çà et là pour accrocher le cocon ; c'est 
la bave. Puis il remue constamment la tête en décrivant 
des tours ovales, et forme son cocon d'un fil continu, mais 
non homogène, pouvant atteindre environ 1,000 mètres 
de longueur, de sorte que quarante mille cocons per- 
mettraient d'entourer le globe terrestre d'un fil de soie. 
Les premières couches sont floconneuses, s'enlèvent fa- 
cilement et forment la bourre, qui, cardée avec les dé- 
chets du filage, donnera la fantaisie; vient ensuite la 
soie proprement dite, qui doit être dévidée sur le tour et 
former la soie grége, et enfin un tissu interne si serré 
qu'il n'est qu'une pellicule. Il finit par n'être plus dévi- 
dable, et cela d'autant plus tôt que l'ouvrière fileuse est 
moins adroite. Le fil du cocon est maintenu accolé dans 
tous ses replis par une sorte de glu naturelle, bien moins 
tenace et épaisse que celle qu'on trouve dans beaucoup 
de cocons de bombycides. L'eau bouillante décolle les 
fils et permet le dévidage. Le plus grand nombre des 
races de vers à soie font des cocons jaunes, et d'autres 
des cocons blancs. Il en est à cocon jaune pâle ou soufré, 
ou blanc verdâtre (céladons) ; en Chine, dit-on, il y a des 
races à cocons tout à fait verts. On connaît aussi des co- 
cons de couleur nankin ou jaune roussâtre; une race, 
élevée en Toscane, près de Pistoie, a des cocons d'un 
rose pâle ; enfin, on a fait mention de cocons couleur de 
pourpre. 

Le ver à soie met trois ou quatre jours à filer son cocon 
sans muer ; seulement ses anneaux se resserrent, et il se 
raccourcit beaucoup, outre la perte de poids qu'il subit 



LÉPIDOPTÈRES. 251 

à mesure que se vident ses glandes à soie. Au boni de 
deux ou trois juins, il se change en chrysalide (cin- 
quième unir), c'est-à-dire passe au sixième âge. On opère 
alors le déramage des cocons, on les détache de leurs 

appuis cl du se hâte de les vendre à cause de la perle de 

poids. En effet, le cocon n'empêche pas complète ni 

l'évaporation de la chrysalide. Son rôle harmonique est 
de diminuer celle êvaporation, ef le refroidissement su- 
perficiel qui en résulte. Comme nous l'avons constaté 
sur beaucoup d'espèces de chrysalides à cocon, au mo- 
ment où on les en relire, elles sont toujours notablement 
plus chaudes que l'air ambiant ; puis, mises à l'air, la 
température de leur surface s'abaisse promptement à 
celle de l'air qui les entoure et même au-dessous, à me- 
sure «pie l'évaporation superficielle amène des pertes de 
poids croissantes. 

Le septième âge, qui succède à la sixième mue ou 
èclosion de la chrysalide, est l'âge adulte ou cle repro- 
duction du ver à soie (fig. 242). Les chrysalides éclosent 
au boni de quinze à vingt jours après la confection du 
cocon. Celles du ver à soie, comme celles de toutes les 
espèces à cocon fermé, ont à la tête une vésicule, décou- 
verte par M. Guérin-Méneville, et contenant un liquide 
qui permet au papillon d'écarter les fils de soie en les 
décollant, afin de se frayer un passage. Les bombycides 
à cocon très-lâche ou ouvert naturellement à un bout 
manquent de cet organe. Les cocons percés n'ont pas le 
fil coupé, car la bouche du papillon n'a aucune partie 
tranchante, mais aminci et dissocié. Ces cocons non dé- 
vidables sont cardés et servent à faire la filoselle. En gé- 
néral, les cocons mâles sont de dimension moyenne et 
étranglés au milieu; les cocons femelles sont plus gros, 
plus renflés, plus arrondis aux extrémités. Les coi on- 
de choix, réservés pour la ponte, sont placés dans une 
chambre où la température varie de 21° à 24°, et on a 



L>5'2 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

soin de les attacher, afin que les papillons ne puissent 
les entraîner. Ils éclosent le matin (comme les œufs), de 
cinq heures à huit heures. On établit l'obscurité autour 
d'eux, car ces papillons nocturnes seraient blessés par 
l'éclat du jour et se fatigueraient en agitant leurs ailes. 
On met les mâles à part dans une boîte, puis on les réu- 
nit aux femelles après que, les uns comme les autres, se 
sont vidés d'un liquide de couleur nankin. On fait enfin 
pondre les femelles fécondées sur des toiles ou sur des 
cartons (procédé chinois et japonais suivi autrefois à la 
magnanerie expérimentale du Jardin d'acclimatation, et 
remplacé aujourd'hui par un grainage cellulaire sur au- 
tant de toiles qu'on a de femelles). Les œufs sont d'abord 
d'un jaune tendre, passant, en huit à dix jours, au jon- 
quille, puis au gris roussâlre, et enfin au gris d'ardoise, 
avec une légère dépression au centre. On conserve les 
toiles ou les cartons à œufs clans des filets qu'on suspend 
dans une chambre où la température ne doit pas dépasser 
12° à 15°. Au reste, ces œufs, bien que la petite chenille 
y soit formée de très-bonne heure, peuvent supporter 
sans périr une chaleur de 50° et les froids les plus rigou- 
reux de nos hivers, et même de la Sibérie, comme l'ex- 
périence en a été faite pour des graines chinoises venues 
par caravane. La réfrigération hibernale est une garantie 
du succès de l'éducation (glaçage des graines de MM. Du- 
claux, Raulin). Au printemps, quand la température 
commence à s'élever, on porte la graine à la cave ou à 
la glacière, de peur d'éclosions prématurées. 

On a depuis longtemps créé en Italie une race spé- 
ciale, dite trivoltine, à peine connue en France, en choi- 
sissant pour la reproduction des vers hâtifs qui accom- 
plissent leurs évolutions en trois mues au lieu de quatre. 
L'éducation a alors une moindre durée, mais la soie est 
médiocre. Dans les pays chauds existent des races de vers 
à soie à plusieurs générations dans l'année. 




Fi- 242. — Ver à soie à ses divers états. 



LÉPIDOPTÈRES 255 

Los autres bombycides à cocons soyeux présentent, les 
Uns des chenilles munies de tubercules surmontés d'é- 




Fig. -2-ir.. — Petit paon de iiuii, femelle. 

pines, les autres de longs poils. Les deux principales es- 
pèces du premier groupe, originaires de l'Europe, sont le 




Pig. 244. 

Chenille du petit paon de nuit. 




grand paon de nuit et le petit paon, à cause des taches 
arrondies et vitrées de leurs ailes (fig. 245, 244, 245). 



256 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

La première espèce, le plus grand papillon d'Europe, ne 
dépasse guère la latitude de Paris. Introduit par des 
amateurs dans le département du Nord, il a bientôt dé- 
péri. Il est très-commun dans tous les environs de Paris, 
vit sur les arbres fruitiers de sa banlieue, sur les plata- 
nes du chemin stratégique des fortifications, etc. La se- 
conde s'étend plus au nord, existe en Angleterre , se 
nourrit sur le prunellier, l'aubépine, l'orme, le charme. 
Dans ces deux insectes, la chenille se file un cocon en 
forme de nasse, ouvert naturellement à un bout pour la 
sortie du papillon. Elle ne casse nullement le fil à cet 
orifice de sortie, comme on l'a cru autrefois, mais le re- 
plie ; on la voit, par un mécanisme différent du ver à 
soie, transporter continuellement sa tête d'une extrémité 
à l'autre du cocon. La chrysalide manque de la vésicule 
destinée à la liqueur servant à percer le cocon ; elle était 
inutile dans ces espèces à cocon ouvert. Leurs cocons 
sont trop incrustés pour être dévidables. L'Allemagne 
nous présente en outre le paon moyen; une autre espèce, 
à ailes jaunes, est spéciale à la Dalmatie. Enfin, dans 
le centre de l'Espagne, vit une rare et magnifique es- 
pèce, à ailes d'un vert d'émeraude, avec d'épaisses ner- 
vures rougeâtres, découverte en 1848, et dédiée à la 
reine Isabelle. Elle conservera ainsi, dans le paisible do- 
maine de la science, un rang à jamais incontestable. 
Quelques personnes seules connaissaient exactement les 
localités de cette espèce et l'arbre qui la nourrit ; mais 
elles gardaient le secret avec soin. Aussi une paire de 
ces papillons s'est vendue 250 francs. Nous figurons, 
pour la première fois en France, le mâle, si curieux par 
les longues queues un peu tordues qui terminent ses 
ailes inférieures (fig. 246). Dans tous ces Attacus d'Eiir 
rope, les antennes du mâle sont bien plus pectinées que 
celles de la femelle. On sait maintenant quelques détails 
biologiques sur le splendide Attacus de la reine Isabelle. 



LÉPIDOPTÈM S. 25fl 

Après un premier voyage infructueux en Espagne à la 
recherche de cel insecte, le docteur Staudinger, plus 
heureux une seconde fois, rencontra la chenille (fig 247) 
sur les collines qui avoisinenf Madrid. Elle se nourril 
des feuilles aciculaires du pin maritime, entre lesquelles 
elle se transforme en chrysalide dans une coque soyeuse 
dont la couleur varie du brun rougeâtré au bl I pres- 
que blanc. M. Staudinger élève maintenant cette espèce 
qui constitue une des belles découvertes entomologiques 
du siècle. On en trouvera de très-bonnes figures coloriées 
dans les Annules delà Société linnéenne de Lyon (août 
1868), avec un mémoire intéressant de M. Millière. 

Les antennes sont à peu près également fournies dans 
les deux sexes de deux races ou espèces, à cocons ou- 
verts, employés pour leur soie grise, plus grossière que 
celle du ver du mûrier. Ce sont les Attacus «lu ricin et de 
Pailante, le premier de l'Inde, le second du nord de la 
Ghine. M. Milne Edwards éleva le premier au Muséum, 
en 1854, le ver du ricin, abandonné aujourd'hui en 
France, à cause de ses générations trop rapprochées et 
de l'impossibilité de le nourrir en hiver. Quant au ver de 
l'ailanîe, dont on doit l'introduction en France à M. Gué- 
rin-Ménevillé, en 1858, il n'a d'ordinaire que deux géné- 
rations par an. Le cocon commence à être dévidé en soie 
grégo. On peut dire qu'il est tout à fait acclimaté au- 
jourd'hui. On a pu voir, à l'Exposition des insectes de 
1865, un nombre considérable de ces cocons, et une vaste 
cage de toile pleine de papillons dus aux remarquables 
éducations de M. Givelet, en son château de Flamboin 
(Seine-et-Marne). On trouve maintenant de ces papillons, 
échappés aux éducations, venant voler autour do> ai- 
tantes, dans les jardins de Paris, poury déposer leurs œufs. 
M.Usèbe cultive aujourd'hui cette espèce sur trois hectares 
de terrain, à Milly, arrondissement d'Etampes(S.-et-M.). 
L'Asie donne également à l'industrie trois vers à soie 



260 LES METAMORPHOSES DES INSECTES. 

du chêne, de l'Inde, de la Mandchourie, du Japon, à co- 
cons fermés, dévidables comme ceux du ver à soie [du 
mûrier. De très-intéressantes tentatives se sont faites 
dans ces dernières années pour introduire en France 
l'espèce japonaise (Attacus yama-maï), à cocon d'un 
blanc verdàtre, ressemblant aux céladons. En Autriche,. 
M., de Bretton élève cette espèce et la fait reproduire de- 
puis 1865. En France, elle est élevée à Metz par M. de 
Saulcy, à Romorantin par M. Votte, à Paris même par 
MM. Berce et E. Deyrolle. 11 y a là le germe d'une bien 
précieuse conquête. L'intérêt qu'offre cette espèce si 
importante nous fait un devoir d'en figurer les divers 
états. Le papillon est dessiné un peu réduit en taille 
(fig. 248, 249, 250). C'est au Muséum que furent essayées 
les premières éducations, en France, de Y Attacus Ce- 
cropia, par Audouin, puis par MM. Lucas et E. Blan- 
chard. Cette espèce, des régions méridionales de l'A- 
mérique du Nord, se nourrit volontiers d'aubépine, de 
pommier et surtout de prunier. La Guyane, le Sénégal 
ont aussi des espèces à cocon utilisable 1 . 

Les bombyx proprement dits ont des chenilles très- 
velues. Nous voyons les papillons de plusieurs espèces 
parcourir nos bois d'un vol rapide, avec de fréquents 
crochets. Le plus commun, celui du chêne, n'a qu'un 
cocon de couleur brune, comme une sorte de gros pa- 
pier. Le Bombyx de la ronce, dont la chenille se roule 
dès qu'on la touche, ce qui l'a fait appeler anneau du 
diable, présente un cocon plus soyeux, mais bien trop 
pauvre encore pour nous servir. Le même genre est 
beaucoup plus favorisé en soie à Madagascar, et plusieurs 
espèces sont utilisées par les Hovas. Elles vivent sur un 
cytise, Yambrevate, et pourront être acclimatées à l'île 
de la Réunion. Les cocons sont remplis de poils de la 

1 Vov. les Auxiliaires du ver à sole. Paris, 18(3i, J.-B. Baillière 
et Fils' 



•' l 




\;\ • 



fig. 248, 249, 250. - Cocon du ver du chêne, chenille et papillon 
de ce ver à soie du chêne du Japon. 



LÉPIDOPTÈRES 263 

chenille; il faul s'en débarrasser par des lessives bouil- 
lantes, puis les entier. La soie est inaltérable, el les 
Bovas eouvrenl leurs morts de vêtements de cette soie. 
Les chrysalides servenl encore à un curieux usage : on 
tes mange frites ou bouillies. Lors de la réception de 
L'ambassade française envoyée au couronnemenl «lu 
malheureux Radama II, le docteur Vinson rapporte que 
le fils du roi, enfant de dix ans, présent à l'audience, 
mangeait dé ces chrysalides avec un grand plaisir. Les 
chrysalides du ver à soie sont aussi employées à l'ali- 
mentation dans plusieurs provinces de la Chine. 

Les bombyx ont des espèces qui vivent en société dans 
d'immenses toile> de soie filées en commun, et où chaque 
chenille, parvenue à sa croissance, se file en outre un 
cocon particulier. A Madagascar, au Mexique, on a cardé 
la soie sauvage de certaines de ces espèces. Nos bois de 
pin et surtout les forets de chêne offrent en France deux 
espèces de mœurs analogues. Celle du chêne est appelée 
la Processionnaire, parce que le soir les chenilles sortent 
du nid commun en véritable procession, une en tète, 
suivie de files qui augmentent d'une chenille à chaque 
rang, jusqu'à une largeur égale à l'entrée du nid. Ces 
chenilles sont très-velues, et les poils se détachent, vo- 
lent de toute part, munis d'une matière acre, produisant 
des rougeurs, des cuissons comme les orties, au point 
de donner la fièvre à certaines personnes. Ce sont là les 
prétendues chenilles venimeuses, si redoutées dans les 
bois des environs de Paris, dans les années où les 
bourses abondent collées au tronc des chênes. Dans 
l'année 1865, plusieurs allées du bois de Boulogne fu- 
rent interdites aux promeneurs pour cette cause. Ces 
poils urticants empêchent de faire aucun usage des 
toiles. Enfin, rien de plus commun que le Bombyxneus- 
trien, dont la chenille est nommée la livrée, à cause de 
ses lignes longitudinales, de diverses couleurs. Les œufs 




264 LES METAMORPHOSES DES INSECTES. 

sont pondus en bracelets autour des branches, et éclo- 
sent au printemps, aux premiers bourgeons. Accidentel- 
lement, si on les garde chez soi, à la chambre, soustraits 
au froid de l'hiver, on voit la chenille sortir de l'œuf en 
octobre ou en novembre. Cette chenille de la livrée se file 
un mince cocon blanc , saupoudré d'une poussière 
comme de la fleur de soufre. 
Les tiparis sont très-nuisibles aux arbres. Une espèce à 

ailes blanches (L. chrysor- 
rhea) dévaste les planta- 
tions des promenades pa- 
risiennes (fig. 251). Les 
petites chenilles, nées à la 
fin de l'automne, assem- 
blent des paquets de fe*uil- 

Liparis queue dorée, mâle. les avec d ^S fils de soie 

pour y passer l'hiver. Dans 
cette loge commune sont façonnées de petites logettes sé- 
parées, où vivent un certain nombre de chenilles, comme 
associées par une prédilection plus particulière. Elles se 
dispersent au printemps. Les femelles des liparis s'arra- 
chent les poils roux de leur abdomen, et en font un 
moelleux duvet autour de leurs œufs, pour préserver du 
froid ces enfants qu'elles ne verront jamais, car leur 
mort suit la ponte. Sur nos boulevards extérieurs nous 
trouvons sur le tronc des ormes des plaques d'œufs du 
L. dispar, passant l'hiver sous cet abri prolecteur. On 
dirait des tampons d'amadou. Les mâles de cette espèce 
sont bien plus petits que leurs énormes femelles im- 
mobiles. 

Les bombycides ont certaines chenilles des plus bizar- 
res, où les pattes anales se sont changées en prolonge-, 
ments fourchus, qu'elles agitent d'un air de menace et 
qui paraissent destinés à chasser les insectes hostiles, 
cherchant à pondre sur leur corps. Telles sont les che- 



LEi'inoi'TKnr.s. 



'205 



nillcs du genre dicranure (fig. 252) et celles de la /<«r- 
pie du hêtre, d'un aspect si étrange, qu'on hésite d'abon 




Fig. -Ib'l. — Clienillo de Dicranura erminea. 

à y reconnaître une chenille (fig. 253). Les papillons 
n'ont an contraire rien de remarquable. 




Fig. 253. — Chenille de harpie du hêtre. 

Il y a quelques bombycides dont les chenilles vivent 



266 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

dans l'intérieur des bois. Les femelles ont alors l'abdo- 
men très-prolongé en pointe pour pondre dans les cavi- 
tés des écorces. Ainsi le cossus gâtebois, à chenille rou- 
geâtre, comme cuirassée, d'une odeur très-désagréable, 
ronge l'intérieur des saules et d'autres arbres ; ainsi la 




Fig. 254. — Zeuzère du marronnier, femelle. 

coquette ou Zeuzère du marronnier d'Inde, qui vole le 
soir dans nos jardins publics (fig. 254), vit à l'état de 
chenille dans l'arbre qui donne son nom à l'espèce. 

Les femelles des bombycides sont en général aussi 
lourdes et paresseuses que les mâles sont vifs et agiles. 
Bien plus, il en est qui n'ont que des rudiments d'ailes 
et sortent seulement sur le bord du cocon. Ce sont les 
orgyes (fig. 255, 256). Nous voyons souvent, dans les 
rues de Paris à jardins, voler, en septembre et octobre, 
le mâle à ailes fauves de Yorgye antique. Les femelles 
perdent complètement les ailes chez les psychés. Elles 
ressemblent tout à fait aux chenilles, et en général ne 
sortent pas du fourreau de celles-ci. Leurs chrysalides 
n'ont aucune marque d'ailes. Les chenilles ont les an- 
neaux du thorax assez durs et à pattes agiles (fig. 257, 



LÉPIDOPTÈRES, 



t>G7 



258-); les autres anneaux sont très-mous el leurs pattes 
ne servent qu'à retenir des brins d'herbes, de feuilles, 
des morceaux d'écorce, etc., avec lesquels la chenille se 



'*^'". •■'*%, 




Fig. 255, 256.— Orgye antique (mâle et femelle) 

fabrique un fourreau protecteur, toujours hérissé et de 
forme spéciale, ainsi que la nature des matériaux, sui- 




Fig. 257,258. 
Chenille de Psyché du gramen 

et de Psyché radiella. 






Fig. 259. 
Psyché du gramei 
mâle. 



vant les espèces. Les mâles, à antennes pectinées, sont 
d'un gris noirâtre et volent très-vivement (fig. 259). 
Un très-nombreux groupe de papillons esl constitué 



268 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

par les noctuelles. Les papillons ont, en général, les ailes 
supérieures sombres, avec des taches au milieu en forme 
de rein, et les inférieures très-variablement colorées, 




Fig. 260. — Trachea piniperdd à ses divers états. 

parfois rouges ou jaunes, souvent blanchâtres. Ils volent 
presque tous le soir, sont pourvus d'une trompe pour 
sucer le miel des fleurs. On en capture le soir sur les rai- 
sins de treille, sur le miel dont on enduit les arbres, sur 



LÉPIPOPTÊRES, Ï6fl 

des pommes sèches trempées dans l'éther nitreux. Les 
chenilles, lisses ou très-peu velues, se cachent pendant le 
jour, vivent le plus ordinairement de plantes basses, par- 
fois de racines, et soi il alors très-nuisibles i b cultures. 

Kllcs (ml presque toujours seize pattes. Il en est qui se 
dévorent entre elles. Les unes s'entourent d'un légei 
cocon pour devenir chrysalides, et d'autres s'enfoncent 
dans la terre meuble (fig. 260). .Nous représentons, 




261. 



Chenilles arpenteuses d'Ennomos de l'aune 



comme exemple de ce type, une espèce qui vit sur les 
pins et qui leur nuit dans certains pays. On la trouve 
près de Paris, mais pas très-commune. 

Dieu plus singulières sont les chenilles qu'on nommé 
arpenteuses ou géometr es. En général, outre les six pattes 
du thorax, elles n'ont plus que lesquatre pattes de l'abdo- 
men, y compris les deux autour de l'orifice anal. Quand 



27ô LES METAMORPHOSES DES INSECTES. 

elles veulent avancer, elles fixent d'abord les pattes de 
devant, puis rapprochent les pattes postérieures en for- 
mant une boucle avec leur corps. Elles paraissent ainsi 
arpenter le sol sur lequel elles marchent. Souvent elles 
restent immobiles des heures entières, dressées sur 
leurs pattes de derrière, leur corps simulant tout à fait 
une baguette (fig. 261). Les chrysalides sont le plus ha- 
bituellement dans la terre. Les papillons ont des ailes 
délicates, ornées parfois de riches couleurs et en général 
horizontales au repos. On les nomme spécialement pha- 
lènes. Nous figurons une belle espèce du début du prin- 
temps (fig. 262). 




Fig. 262. — Amphidasys prodromaire. 

On peut appeler certaines phalènes les papillons de 
l'hiver. On ne se doute guère que des papillons volent 








Fig. 263. 
Phalène hyémale, mâle. 



Fig. 264. 
Phalène hyémale, femelle. 



par les soirées brumeuses du mois de novembre. C'est 
pourtant ce qui arrive aux mâles des hibernia. Deux es- 



LÉPIDOPTÈRl S. 



27 1 



pèces, la phalène dèfeuillée et la phalène hyémaie, sont 
tort communes. La rem elle de la seconde n*a que des 
ailes très-petites, toul à lait impropres au vol (fig. 263, 
264); celle de l'autre, entièrement aptère, marquée de 
taches noires sur le dos, à abdomen pointu, ressemble à 




1 265. 
Phalène dèfeuillée mâle. 




Fig. 266. 
Phalène dèfeuillée femelle. 



une araignée allongée (fig. C 2G5, 266). On les trouve fa- 
cilement, au commencement <le novembre, dans mu* 
singulière station, sur les candélabres à gaz de certaines 
promenades publiques, par exemple des routes du bois 
de Boulogne, soit qu'elles aient grimpé, attirées par la 
lumière, soit que les mâles ailés les y transportent. En 
février et mars apparaissent d'autres espèces analo- 
gues. On peut citer parmi elles, 
comme type nouveau de femelles 
sans ailes, la phalène œsculaire, 
;'i femelle cylindrique, couverte 
de brosses de poils étagées, dont 
l'abdomen se termine par une 
houppe (fig. 267). Nous trou- 
vons aussi près de Paris, dans 
les prairies qui entourent le con- 
fluent de la Seine et de la Marne, 
à la fin du mois de mars, le 
Nyssia zonaria, dont les mâles 
restent pendant le jour immobiles sur l'herbe; les le- 




Fig. 267. 
Phalène œsculaire feme 



272 



LES MÉTAMORPHOSES DES 1NSICTES. 



melles à moignons d'ailes sont trèe-poilues. Les mâles 
volent le soir en rasant l'herbe. Nous représentons 
cette espèce (Ci g. 268, 269), qui malheureusement va 
disparaître tout à fait près de Paris, car ces prairies 
sont envahies par les constructions et livrées à la cul- 
ture maraîchère. 




Fig. 268, 269. — Nyssia Zonaria, mâle et femelle. 

Les derniers papillons sont de très-petite taille. Leurs 
écailles semblent une imperceptible poussière que dé- 
tache le moindre contact. Les chenilles de ces délicates 
espèces, tantôt roulent les feuilles en attachant leurs 




Fig. 270. 
Œcophore du prunier, très-grossie. 



Fig. 271. 
Teigne des draps, très-grossie. 



bords avec de la soie, tantôt minent leur parenchyme, 
n'attaquant que la matière verte, trop faibles pour man- 
ger les nervures (fig. 270). Il en est qui vivent à l'inté- 



rieur des pommes 



LÉPIDOPTÈRES. 
m des poires (frui 



27î 



châtaignes, des glands. On donne en 



véreux), des 
énéral !<• nom de 
teignez à ces insectes. Les chenilles courenl Irès-vite, se 
tortillent en tous sens dès qu'on les touche. Il en est 
deux espèces qui vivent des grains de blé, deux <|ui dé- 
vastenl les vignes. Certaines de ces chenilles se nour- 
rissent de matières animales. Les galleries chassent les 
abeilles des ruches et mangenl la cire dont les rayons sonl 
pénétrés de leurs (ils soyeux. Une chaleur considérable, 
sensible à la main, se dégage des gâteaux envahis par ces 
larves voraces. Beaucoup de chenilles de teignes s'abri- 
tent sous des fourreaux qu'elles traînent avec elles. Telle 
est la teigne des draps (fig. 271 ), qui accroît son fourreau 




Fig. Ti'l. — Drap rongé. 

à mesure qu'elle grandit en y mettant des pièces de 
laine (fig\ 272, 275, etc.). En lui donnant à manger des 
étoffes de laine de diverses couleurs, on finit par lui voii 
un véritable habit d'arlequin. Nous représentons, en li- 
gures grossies, les chenilles qui attaquent le drap dans 

18 



274 LES METAMORPHOSES DES INSECTES. 

diverses attitudes. La teigne des pelleteries se comporte 
de même. Dans nos bois, beaucoup de teignes ont des 





Fig. 275. 
Teigne du drap marchant. 



Fig. 274. 
Fourreau suspendu. 



iourreaux lisses, d'une sorte de carton grisâtre : ainsi 




Fig. 275. 



Adèle de de Géer, très-grossie. 



les petites chenilles des adèles (fig. 275), dont les adul- 
tes, ornés des plus riches couleurs métalliques, lors- 



LÉPIDOPTÈRES. 



j: 



qu'ils sont rassemblés dans les matinées de printemps 
sur les buissons, ressemblenl à des émeraudes <>u à dos 
améthystes étincelantes. Les antennes démesurées des 

mâles, comme des fils d'argent, les gênent | • leur 

V() |. toujours li'ni el oblique. Il esl des teignes dont l< i s 
Chenilles s'entourenl de plusieurs étages de parcelles de 
fouilles en forme <li i collerettes. Réaumur les nommait 
les teignes à falbalas (fig. 276). 
Remarquons aussi des papillons frappés de dégradai 

lion organique, ayant 1rs ailes divisées en espèces de 

plumes. Leurs chenilles, à seize pattes, sont couvertes 




Fig. 276. 
Chenilles à fourreau. 




Fig. -277. 
Ptérophore pentadactyle. 



d'un duvet, court et serré ; la plupart s'attachent, pour se 
transformer, par la queue et par un lien autour du 
corps. Les chrysalides ressemblent beaucoup aux che- 
nilles, dont elles gardent la couleur et la villosité. Une 
espèce fort commune dans les jardins, au bord de- 
chemins, le long des haies, est le ptérophore pentadac- 
tyle, d'un beau blanc de lait (fig. 277). 
I ne autre espèce, assez fréquente con- 
tre les vitres à l'intérieur des maisons 
de campagne, est ïorneodehexadactyle, 
dont les ailes ont l'apparence d'un 
évenlail étalé, à douze divisions. La 
chenille vit sur le chèvrefeuille des 
jardins et se file un petit cocon à claire-voie (fig 




/ \ 

Fig 278. 
Ornéode bexadactyle. 



278). 



CHAPITRE VII 

DIPTÈRES 



Les cousins, larves et nymphes, éclosions en bateau. — Les moustiques. — 
Les tipules. — Les cécidomyes, ravages, larves vivipares. — Le vermiliori 
et ses pièges. — Les volueelles. — Les mouches des viandes et des ca- 
davres. — La mouche qui tue les forçats à Cayenne. — Les mouches 
des squelettes. — Les mouches ennemies des chenilles. — La mouche 
tsetsé, fléau de l'Afrique centrale. — Les œstres, leurs larves à l'inté- 
rieur des chevaux et des moutons. — Les mouches des tumeurs. — Les 
mouches-araignées sur les mammifères et. les oiseaux. 



Les diptères ou mouches à deux ailes offrent une im- 
mense quantité d'espèces; beaucoup sont très-peu dis- 
tinctes, et les naturalistes sont très-loin de. connaître : 
complètement ces insectes, dont les larves ont cepen- 
dant des habitudes curieuses et des plus variées. Ce sont 
les diptères qui s'avancent le plus loin vers les pôles, et 
ils forment les seuls insectes des régions glacées qui en- 
tourent le pôle boréal ; ils peuvent vivre et voler à des 
températures inférieures à celle de la glace fondante. Il 
en est qui piquent les animaux et môme l'homme pour 
se repaître de son sang. C'est au moyen de leur bouche 
munie de lancettes perforantes que la piqûre s'opère. Il 
n'y a aucun danger à saisir entre les doigts les diptères 
dont la piqûre est le plus douloureuse. Ils sont alors 
terrifiés et ne songent aucunement à manger. Ils n'en- ! 
foncent leurs lancettes que quand ils sont sans crainte 
et libres sur la peau. Au contraire, nous pouvons laisser 



DIPTÈRES. 271 

courir une abeille ou une guêpe sur La main el le vi- 
sage : «'II* 4 ne fera pas usage de l'aiguillon qui lerraine 
son abdomen. G'esl que chez les hyménoptères, <»u mou- 
ches à quatre ailes, cel aiguillon est une arme el non 
une bouche, el l'insecte ne s'en sort que lorsqu'on le 
sci ro ou qu'on l'irrite. 

Il nous os! impossible de présenter autre chose que 
l'examen de quelques types remarquables, en laissant 
de côté tous les intermédiaires. 

Il est d'abord des diptères dont les antennes sont 
développées, souvent plumeuses. Ils ont de longs balan- 
ciers et des pattes excessivement allongées se dirigeant 
en arrière dans le vol. Ce sont les némocères. 

Au-dessus des eaux, apparaissent le soir des danses 
aériennes formées de contins qui montent et descendent 
en s'entre-croisant en tous sens, illuminés par les rayons 
obliques du soleil couchant. De temps à autre, les fe- 
melles fécondées quittent la troupe, s'abattent douce- 
ment à la surface de l'eau, placent leurs quatre pattes 
de devant sur quelque corps qui flotte ou même les ap- 
puient sur l'eau. L'abdomen porte son extrémité sur la 
surface liquide, et les œufs allongés sortent, passant à 
mesure entre les pattes de derrière entre-croisées. La 
mère en façonne ainsi une espèce de radeau eu les ac- 
colant les uns contre les autres. Sa forme est celle d'un 
fuseau : il se renfle au milieu et s'amincit aux deux ex- 
trémités. Le radeau est abandonné à la chaleur solaire, 
et, au bout de deux jours, apparaissent des larves res- 
semblant à de très-petits poissons, à corps allongé et 
diaphane, à grosse tête, à œil noir. Elles aiment les 
eaux croupies, se trouvent dans les tonneaux d'arro- 
sage, etc. Dès qu'on agite l'eau, elles fuient i\r toutes 
parts en faisant de nombreux soubresauts. Elles sont 
sans pattes ; de courtes antennes poilues les aident à 
nager avec vivacité (fig. 279). En outre, une roue loco- 



278 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

motrice de cils, servant aussi de branchies, entoure 
l'orifice anal ; l'avant-dernier anneau porte un tube des- 
tiné à puiser l'air en nature au-dessus de Teau. En 
quinze jours ou en trois semaines, cette larve éprouve 
trois ou quatre mues. Elle sort de l'eau la région dor- 
sale du thorax. La peau se dessèche et se fend, et tout 
le corps parvient à sortir par cette ouverture, en lais- 
sant l'ancienne peau flotter à la surface de l'eau. A la 
dernière mue, la larve du cousin prend l'aspect d'une 
nymphe encore mobile. La forme est tout à fait chan- 
gée ; le thorax, très-élargi, gonflé d'air, vient flotter ; 
l'abdomen, replié en dessous, se termine par des bat- 
tants membraneux qui aident l'animal à nager, et aussi 
par deux larges branchies. La respiration se fait en ou- 
tre par deux tubes, simulant deux cornes, implantés 
sur le thorax. La nymphe monte à la surface de l'eau ; 
elle déroule sa queue, son thorax se boursoufle et crève 
entre les deux cornets respiratoires. La dépouille de la 
nymphe forme alors une nacelle, au centre de laquelle 
sort d'abord la tête du cousin. Il se dresse verticalement, 
comme un mât, et l'esquif tournoie sous le vent sans 
chavirer et se remplir d'eau. Ensuite, les pattes et les 
ailes se dégagent; les paltes se posent sur l'eau, les 
ailes s'écartent. Si la brise souffle doucement sur ces 
voiles, cent fois plus fines que la dentelle, le navigateur 
est poussé vers la rive; si un vent impétueux s'élève, la 
frêle embarcation est submergée, et le cousin trouve la 
mort dans les flots qui tout à l'heure lui donnaient la 
la vie. 

Les maringouins ou moustiques, très-voisins des cou- 
sins, sont le fléau des pays humides, plus encore dans 
les régions froides que sous les tropiques (fi g. 280). Ils 
rendent certaines localités inhabitables. Ils sont en telle 
quantité dans le haut Canada, pays des grands lacs, que 
les bisons sauvages et les bestiaux passent les mois d'été 




Fig. 279. - Le cousin, mâle et femelle, nymphe, larve, cloison 

(Figures très-grossies.) 



DIPTÈRES. 



enfoncés dans l'eau tout le jour, ne laissanl sortir que le 
mufle, tant ils sonl tourmentés par ces insectes. Nous 
empruntons sur ces mous- 
tiques du Nord <le curieux 
Entrait s à l'exploration du 
capitaine Bach, à la re- 
■herche de la rivière du 
Poisson qui se jette dans 
l'océan Arctique améri- 
eain (Voyages dans les gla- 
ks du pôle arctique, Hervé 
M de Lanoye. Taris, Ila- 
Biette, 1865, p. 523 el 
KO). 

a Parmi les nombreuses 
misères inhérentesà la vie 
aventureuse du voyageur, 




Fig. 280. 
.Elles cendrés, moustique grossi. 



il n'en esl point, dit Bach, 
de plus insupportable et de plus humiliante cpie la torture 
que vous l'ait subir coït. 4 peste ailée. En vain vous es- 
sayez île vous défendre contre ces petits buveurs de 
bang, en vain en abattez-vous des milliers, d'autres mil- 
liers arrivent aussitôt pour venger la mort de leurs 
compagnons, el vous ne lardez pas à vous convaincre 
bue vous avez engagé un combat ou votre défaite est cer- 
taine. La peine et la fatigue que vous éprouvez à chasser 
ces innombrables assaillants deviennent à la fin si gran- 
des, qu'à moitié suffoqué vous n'avez d'autre ressource 
que de vous envelopper d'une couverture et de vous jeter 
la face contre terre, pour tâcher d'obtenir quelques mi- 
nutes de répit. Les vigoureuses et incessantes attaques 
de ces insectes montrent bien toute l'impuissance de 
l'homme, puisque avec toutes ses forces si vantées, il ne 
peul venir à bout de repousser ces faibles atomes de la 
création. » 



282 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

Et plus loin : 

a Mais comment décrire les souffrances que nous cau- 
sèrent, dans ce trajet, les moustiques et leurs alliés les 
maringouins? Soit qu'il nous fallût descendre dans des 
abîmes où la chaleur nous suffoquait, ou passer à gué 
des terrains marécageux, ces persécuteurs s'élevaient en 
nuages et obscurcissaient l'air. Parler et voir était éga- 
lement difficile ; car ils s'élançaient sur chaque point de 
notre corps qui n'était pas défendu, et y enfonçaient en 
un instant leurs dards empoisonnés. Nos figures ruisse- 
laient de sang comme si l'on y eût appliqué des sangsues. 
La cuisante et irritante douleur que nous éprouvions, 
immédiatement suivie d'inflammation et de vertige, nous 
9 rendait presque fous. Toutes les fois que nous nous ar- 
rêtions, et nous y étions souvent forcés, nos hommes, 
même les Indiens, se jetaient la face contre terre en 
poussant des gémissements semblables à ceux de l'a- 
gonie. 

« Comme mes bras avaient moins souffert, je cherchai 
à me garantir moi-même en faisant tournoyer un bâton 
dans chaque main ; mais en dépit de cette précaution, et 
malgré les gros gants de peau et le voile que j'avais 
pris, je fus horriblement piqué. » 

A ce sujet, il rapporte une anecdote assez curieuse : 

Leur guide Maufelly, le voyant remplir sa tente de fu- 
mée, se jeter à lerre, agiter des branches pour chasser 
les intolérables insectes, témoigna sa surprise de ce qu'il 
ressemblait si peu à l'ancien capitaine, sir John Fran- 
klin. Il paraît, en effet, que celui-ci, se faisant scrupule 
de tuer une mouche, avait assez d'empire sur lui-même 
pour continuer tranquillement son ouvrage, en dépit de 
toutes les piqûres de ces venimeux essaims, et ne leur 
faisait lâcher prise que lorsqu'ils étaient à moitié 
gorgés. 

Un jour qu'il en était affreusement tourmenté, il se 



DIPTÈRES. 283 

coulent;! de souffler dessus en disant : i Allez, le monde 
est assez grand pour vous el pour moi. 

G'esl pour se garantir des moustiques que beaucoup 
de peuplades sauvages s'enduisenl le corps de graisse, et 
([iio le pauvre Lapon se condamne à vivre dans une hutte 
enfumée. Les régions boréales, el aussi, moins souvent, 
les vallées humides des Cévennes, des basses Alpes of- 

IV. Mil parfois de véritables nuées de istiques noirâtres 

qui obsi urcissenl littéralement l'éclat du jour. Ainsi, 
jlans les Cévennes, au commencement de septembre, 
u des ouvriers employés au reboisement d'une partie de 
la montagne de l'Espérou onl (''lé témoins d'un phéno- 
mène extraordinaire dans ces contrées. A deux heures 
du soir, un bruit sourd et monotone, à peu près analogue 
à celui que produit un orage lointain, lixa leur attention 
sur un épais brouillard qui traversait un mamelon à en- 
viron deux kilomètres devant eux. L'air était très-calme; 
ils furent étonnés de ce bourdonnement, et leur pre- 
mière pensée leur lit croire à un incendie du côté de 
l'Espérou; mais voulant connaître la cause réelle de ce 
brouillard intense, ils ne furent pas peu surpris lorsque, 
s'étanl avancés, ils reconnurent que c'était une colonne 
immense de moucherons dont la longueur était de plus 
de 1,500 mètres sur une largeur de 50 et une hauteur 
de 50. Cette colonne d insectes se dirigeait de l'est à 
l'ouest 1 . » Les cousins et les moustiques ont la bouche 
munie de stylets très-grêles, capables cependant de per- 
cer les peaux les plus épaisses. La salive est venimeuse 
et produit des ampoules causant une douleur qui per- 
siste longtemps. 

Les titulaires ressemblent d'aspect aux cousins, mais 
ils ont la bouche trop faible pour attaquer l'homme el 
les animaux, el ne peuvent que sucer les fluides végé- 

1 Bibliothèque des Merveilles, les Météores, p. 254. 



284 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES 

taux. Il en est dont les larves vivent dans l'eau. Tel est le 
chironome plumetix, dont la larve, d'un beau rouge de 
sang, ressemble à un ver délié. Cette larve, connue sous 
le nom de ver de vase, est fort recherchée des pêcheurs 
parisiens pour amorcer les lignes destinées aux petits 
poissons. On amoncelle en tas le sable retiré de la Seine, 
surtout près d'Asnières, on laisse l'eau s'égoutter, et on 
récolte en abondance, en fouillant le sable, ces larves 




$ 



18£l8l 



1 




qu'on doit conserver toujours humides. De grandes es- 
pèces de tipules se voient dans les champs et dans les 
jardins potagers. Souvent on les aperçoit, appuyées sur 
les feuilles par leurs longues pattes , balançant leur 
corps d'un mouvement saccadé et rapide. La tipule fe- 
melle pond sur le sol humide (fig. 281). Les larves al- 



DIPTÈRES 2*5 

longées, grisés, sans pattes, â la tôte écai lieuse, dévorent 
les racines, el sont souvent très-nuisibles aux légumes. 
Elles changent de peau pour devenir mie nymphe immo- 
bile, laissanl reconnaître les ailes el les pattes couchées 
de l'adulte. 

Dans ces tipulaires nous devons citer les mycétophiles, 
dont les larves à tête noire vivent dans les champignons, 
les sciara, amies <l« i > truffes, mais ne servant nullement 
à propager ce savoureux cryptogame; les petites ceci- 
(lonii/rs, doiii plusieurs espèces attaquenl les céréales. 
Dne d'elles ravage les blés en Amérique, el a«reçu dans 
ce pays le nom de mouche de Hesse, car elle fui importée 
fcvec les grains destinés à nourrir les troupes merce- 
naires de Hesse dans la guerre de l'Indépendance. 

La Cécidomye du froment cuise parfois beaucoup de 
Ravages dans nos blés. De la moitié do juin à la moitié 
de juillet, on voil s'abattre le soir les myriades funestes, 
alin de pondit' sur les épis. Kilos y passent la nuit, et, 
par les temps couverts, pondent quelquefois pondant le 
jour. Ces cécidomyes sont de très-petites mouches jau- 
nes, ayant un peu l'apparence svelte et grêle de nos cou- 
sins. Los femelles, longues de L 2 millimètres, sont d'un 
beau jaune citron, quelquefois tendant à l'orangé. Leur 
tête porto de gros yeux noirs, des antennes longues en 
grains do chapelet, etle thorax a des ailes transparentes 
ciliées sur les bords. Leur corps se termine par une 
longue tarière, aussi ténue qu'un lil de ver à soie; elles 
l'enfoncent entre les glumes dos épillets, avant la flo- 
raison, el les œufs qui descendent par ce conduit éclo- 
ront en leur temps à l'abri des intempéries. Le mâle, 
beaucoup plus rare, se distingue de la femelle par un 
corps moins long, dépourvu de tarière, une couleur plus 
foncée, d'un jaune brun, les ailes légèrement enfumé 
nervures (dus visibles (fig. ï^l, 283). Au bout de quelques 
jours, les larves sortent dos œufs. D'abord blanchâtres, 



286 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

elles deviennent bien vite d'un jaune vif, et. sous cette 

dernière couleur, on les voit très-facilement au nombre 

de cinq, dix et même vingt pour un seul grain. Selon la 




Fig. 282, 283 et 284. 



Gécidomye du froment, mâle, femelle, larve, 
très-grossis. 



quantité de ces larves apodes (fig. 284) , le grain avorte 
complètement ou reste contourné et amaigri, destiné au 
vannage à grossir le tas du petit blé, souvent plus riche 
en son qu'en farine. 

Les larves bien développées doivent gagner la terre 
pour y chercher un abri. Pour exécuter cette manœu- 
vre, elles se courbent en arc de cercle et se lancent dans 
l'espace, de peur de rester accrochées à l'épi ; toutefois 
quelques larves demeurent dans les épis et sont transpor- 
tées dans les granges. La grande majorité se réfugie au 
pied des chaumes. Pendant le restant de l'été, l'au- 
tomne, l'hiver, le printemps, elles demeurent engour- 
dies, sans métamorphose, à Yétat dormant. Puis elles 



DIPTÈRES. 



287 



restent quelques jours en nymphe, el l'adulte prend son 
essor au mois de juin. On trouve souvent à cette époque 
des cécidomyes naissantes qui sortent de la terre qui, 
l'année précédente, était couverte de blé. Aussi, M. G. 
Bazin, à qui nous empruntons ces utiles notions, con- 
seille, pour détruire ces petites mouches si nuisibles, 
de retourner les chaumes aussitôt après la moisson, ou 
de les herser, ou <Io les 
brûler, ou enfin d'y ré- 
pandre des tourteaux 
de colza ou de navel le 
développant une es- 
sence insecticide. 

Mais les meilleurs 
agents de destruction 
sont des êtres aussi 
chétifs que les fléaux 
dont ils nous déli- 
vrent. Des parasites de 
la famille des Procto- 
trupides [hyménoptè- 
res du genre Platygas- 
ter (voir fig. 285)] vien- 
nent pondre sur les 
larves des cécidomyes 
des œufs d'où sorti- 
ront les microscopi- 
ques protecteurs de la 
récolte. On peut dire 
que ces petits insectes 
noirs, à pattes fauves, 
ignorés de tons , et 
dont les larves dévo- 
rent les jeunes cécido- 
myes, sont de véritables 




Ponte des cécido- 



myes du froment et de leurs parasites. — 
Larves rongeant les grain entre les glu- 
mes. — Grain attaqué avec deux nym- 
phes et grain sain. 



agents providentiels auxquels 






288 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

l'humanité a dû bien des fois sa préservation contre de 
hideuses famines (fig. 285, 286, 287). 

D'autres cécidoinyes ont été l'occasion récente de dé- 
couvertes très-étranges, celles d'un mode de reproduc- 
tion tout à fait insolite dans une classe aussi élevée que 
les insectes, et qu'on croyait seulement propre aux ani- 
maux les plus dégradés. On savait que des vers parasites 




Fig. 288, 289 et 290. — Cécidomye vivipare et petites larves incluses. — 
Adulte et nymphe en dessus et en dessous. 

du foie, les distomes, pondaient des œufs d'où naissaient 
des larves sans sexes, dites Scolex. Dans celles-ci se for- 
maient d'autres larves, incluses à l'intérieur et en sor- 
tant par déchirement, devenant enfin, après une série de 
métamorphoses, des distomes à sexes distincts et ovigè- 
res. Un naturaliste russe, M. N. Wagner, trouva dans les 
tiges du peuplier et du saule de petites larves de céci- 
doinyes (ou d'un genre très-voisin), ayant quelques mil- 
limètres de longueur. A leur intérieur se formèrent de 



DIPTÈRES. 280 

petites larves, déchirant ensuite La peau de leur mère 
pour devenir libres, el présentant, quelques jours après, 
de nouveaux embryons de larves incluses (fig. 288). 
C'est dans relie série d'emboîtements <|u<' se passa la fin 
de l'été, l'automne, l'hiver el presque toul le printemps 
jniivant. Puis apparurent <!<•* Larves pins petites qui se 
changèrent en nymphes allongées (fig. 289), «le couleur 
orange, ayant d'un et demi à deux millimètres et demi 
de Longueur. An bout de quelques joins, il en sortit des 
adultes, mâles et femelles, à ailes peu nervulées, ciliées, 
à grands balanciers (fig. 290). Les femelles on1 des (mis 
énormes pour leur taille, de près d'un millimètre, de 
sorte que cinq suffisent à remplir son abdomen. Il en 
provient les curieuses larves citées pins haut. 

Cette espèce fui retrouvée en Danemark sons l'écorce 
d'une bûche de hêtre; une antre, à larves vivipares moi- 
tié pins petites, en Allemagne, dans des résidus altérés 
de betteraves ayant servi à la fabrication du sucre; enfin 
on observa en Russie une troisième espèce voisine, de 
•taille intermédiaire, dont les larves vivaient en hiver 
dans le plancher vermoulu d'une maison, dans de 
vieilles graines et divers détritus. Usera fort intéressant 
de rechercher en France des espèces pareilles ou analo- 
gues, qui doivent certainement exister; mais nous pré- 
venons avant tout que, pour entreprendre ces curieuses 
explorations, il faut un fort microscope et surtout l'ha- 
bitude de c'en servir. 

Les diptères dont il vient d'être question ont de Ion- 
unes antennes (némocères). La pins grande partie, au 
contraire, des insectes de cet ordre, ne présente que des 
antennes courtes (brachocères), formées de trois articles, 
dont le troisième est comme un gros bouton renflé, pré- 
sentant sur le côté une tige grêle, avec indices d'articula- 
tions, qui sont le reste de l'antenne, déplacé et atrophié. 

Parmi ces brachocères est un ^(^wo qui partage avec 

19 



20J LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

les fourmilions, de l'ordre des névroptères, le curieux 
instinct de la chasse à l'affût dans un entonnoir. Aussi 
l'insecte s'appelle ver-lion ou vermillon, d'après les 
mœurs de sa larve. Cette curieuse bête fut indiquée pour 
la première fois en 1 706, sous le nom de fourmi-renard, 
et étudiée en 1755 par Réaumur, puis par de Géer, en 
Suède, sur un individu envoyé par Réaumur à la reine 
Ulrique-Éléonore, sœur de Charles XII, passionnée pour 
l'entomologie, et possédant un riche musée d'insectes de 
tous pays. On trouve l'espèce (Leptis ou Psammorycter 
vermileo) en Provence, dans le Lyonnais, en Auvergne. 
Réaumur la chercha vainement aux environs de Paris, 
où elle n'a pas encore été trouvée, à ma connaissance. 
Cette larve, comme celle des fourmilions, et souvent en 
leur compagnie, se tient au pied des murs dégradés ou 
au bas des talus abrités de la pluie par une roche en 
surplomb. 

Le corps de la larve, d'un gris sale, un peu jaunâtre, 
va régulièrement en augmentant de grosseur de la tète 
à la région opposée. La tète est effilée comme celle des 
asticots, et rentre au repos dans le premier anneau du 
corps. Il en sort deux mandibules en forme de dards, 
qu'elle enfonce dans ses victimes, et dont elle se sert 
comme point d'appui pour marcher, tirant son corps 
après elle. En outre, elle saute en débandant sa région 
postérieure. Le dernier anneau, plus long que les autres 
et un peu aplati, se recourbe en dessous, comme un 
crampon qui fixe la larve au sable de l'entonnoir pen- 
dant que sa proie se débat. Il se termine par quatre ap- 
pendices charnus, que Réaumur compare à une main 
ouverte à quatre doigts. Elle n'a pas de pattes et s'en- 
fonce comme un éclair dans le sable dès qu'on touche à 
son entonnoir; très-agile, elle s'élance du fond sur la 
victime, qui y tombe, et l'enlace comme un petit ser- 
pent. Elle ne commence pas par tracer l'enceinte de son 



DIPTÈRES. 291 

entonnoir, ainsi que le fourmilion. Elle s'enfonce dans 
le sable, de liaul en bas, par sa tête pointue. Le sable 
est lancé au dehors par les inflexions alternatives de son 
corps; parfois il s.« plie en compas, donl la plus longue 
branche tourne autour de la plus courte, formée par la 
partie postérieu 



sorte que I» 4 bout de la 
partie antérieure jette le 
sable en tournoyant. On 
comprend que ce mou- 
vemenl est très-propre à 
faire un cône; aussi, 
l'entonnoir du vermilion 
esl plus profond, eu 
égard à sa taille, que 







■t nymphe 



Entonnoir, larv< 
du vermilion. 



celui du fourmilion, et 
à parois plus abruptes 

(fig. 291). lien aplanit les bords escarpés eu frottant 
son corps contre eux, et lance une pluie de sable sur 
l'insecte infortuné qui cherche à lui échapper en remon- 
tant la surface du cône meurtrier. 

La larve parait vivre plusieurs années. Elle devient 
nymphe sans faire de co- 
que, entourée de grains 
de sable collés à elle et 
gardant la peau de larve 
plissée et attachée au 
dernier segment. La 
nymphe l'ait pressentir 
les formes de l'adulte. 
Elle a une petite tète, un 
I borax renflé et comme 

bossu, avec des ailes en- 

, , lig. 292. — Vermilion adulte. <jro 

roulées autour du tho- 
rax, des rudiments de pattes, un abdomen loin 




el 



l 292 



LES METAMORPHOSES DES INSECTES. 



mince. Au bout de quinze jours, vers la fin de juin, les 
adultes sortent de la peau de la nymphe fendue sur le 
dos. Ils sont jaunâtres, avec des traits et des taches 
noires, et ont un aspect général de tipules, en raison de 
leur corselet renflé et de leurs longs balanciers (l\g. 292). 
Souvent ils recourbent en dessous leur abdomen, grêle à 




Fig. 295. — Leptis strigosa mâle et femelles. 

l'origine, déprimé, arrondi à l'extrémité. Ces diptères 
ont un vol léger et rapide ; au repos, leurs ailes transpa- 
rentes, légèrement embrunies et irisées, se placent l'une 
sur l'autre le long du corps, atteignant presque l'extré- 
mité de l'abdomen. 

Nous avons près de Paris plusieurs espèces de Leptis. 



DIPTERES. -2'. t.". 

L'une d'elles, le Leptis strigosa, plus grande «•! plus ro- 
buste que lf vermileo, à ailes maculées de gris jaunâtre, 
se trouve dans nos bois en mai el juin. Les femelles, 
plus grosses que les mâles, à abdomen en pointe exten- 
sible pour poudre dans les trou3, onl les ailes moins 
tachetées. Les deux sexes se posent au soleil, sur les 
troncs d'arbre, avec une sorte d'obstination, ei toujours 

la tête en bas. La larve ne l'ail pas d'entonnoir (fig. 293). 

Nous avons parlé précédemment de ces psithyres qui, 
vèins comme les maîtres de la maison, vont introduire 
sous ce déguisemenl leurs enfants à la table des enfants 
légitimes, et partagent la pâtée de miel et de pollen des 
larves de bourdons. Un artifice analogue serl à certains 
diptères à pénétrer dans les nids des hyménoptères so- 
ciaux. Ce son! les volucelles, qu'on voit en été et en au- 
tomne tournoyer dans nos bois d'un vol rapide el bour- 
donnant. 

Leur corps paraît souvent comme vésiculeux par la 
transparence des téguments. Tantôt elles sont velues et 
ornées de poils jaunes, blancs et rouges comme les 
bourdons chez lesquels elles pénètrent ; ou bien, faible- 
ment poilues el parées de bandes jaunes et brunes, elles 
ressemblent aux guêpes et aux frelons, el envahissent 
sans crainte, sous ce masque trompeur, leur asile redou- 
table (fig. 294). Il semble prouvé par là que les insectes 
n'ont pas à distance une vision très-nette, et sont plus 
facilement impressionnés par les couleurs que par les 
formes des objets. Les volucelles pondent dans les gâ- 
teaux, mais leurs larves, bien moins innocentes que celles 
des psithyres, puissamment cuirassées contre l'aiguillon, 
dévorent les larves des hyménoptères. Réaumur avait 
observé les ravages des larves du Volucella bombylans 
dans les nids de bourdons. M. Kùnckel a étudié complè- 
tement les métamorphoses de celte espèce el de plusieurs 
autres. Il a constaté les plus curieux changements dans 



294 



LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 



les terminaisons extérieures de l'appareil respiratoire. 
Chez. la larve, hérissée de spinules, on trouve quatre stig- 
mates, deux antérieurs au second anneau, deux posté- 
rieurs au douzième. Les pattes existent hien développées. 
Lors de la nymphose, le tégument s'isole de la peau de 
la larve ; on a une pupe, plus raccourcie, offrant aussi 
des couronnes de spinules. Cespupes des volucelles ont 
été découvertes par M. Kûnckel 1 . Les orifices d'entrée 




Fig. 294. 

Volucella zonaria, 

adulte. 



Fig. 293 et 296. 

Larve et pupe de Volucella 
Zonaria. 



de l'air ont disparu, et la région antérieure offre au dos 
deux tuyaux qui simulent deux courtes cornes. A leur 
surface est un nombre considérable de petits orifices 
d'entrée de l'air, spéciaux ta ces pupes (fig. 295, 296). 
Enfin, chez l'adulte, cet appareil transitoire si singulier 
n'existe plus ; il y a sept paires de stigmates aux places 
habituelles, et celte multiplicité d'orifices correspond à 
des trachées perfectionnées. Nous représentons les divers 
états du Volucella zonaria des nids de frelons et aussi de 
guêpes. 

Les larves, sans pattes, ne changent pas de peau, dans 
la grande majorité des espèces de diptères à courtes an- 



1 La ligure que M. Kiïnekel nous permet de donner est encore 
inédite. 



DIPTÈRES. 295 

tennes, pour prendre l'étal intermédiaire, mais devien- 
nent (J<'s pupes brunes el immobiles dans l'ancienne 
peau séchée,à l'intérieur de laquelle s'organise l'adulte, 
sans que rien au dehors atteste sa forme. La plus grande 
puissance de locomotion que présente le règne animal 
est celle de certains de ces diptères, si l'on considère que, 
malgré leur petite taille, nous en voyons des espèces, <mi 
rlé, attirées par L'odeur, suivre quelque temps des con- 
vois de chemins de fer lancés à toute vitesse el pénétrer 
dans les wagons. Écoutons Macquarl nous exposer le 
rôle harmonique de l'ordre innombrable «les Diptères. 
« Voyez ees nuages vivants de tipulaires qui s'élèvent 
<lu sein de nos prairies comme l'encens de nos tem- 
ples, el qui rendent également hommage à la Divinité en 
nous montrant sa puissance créatrice; voyez ces myria- 
des de muscides répandues sur toutes les parties du 
globe, tourbillonnant autour de tous les végétaux, de 
tous les êtres animés, et même particulièrement de tout 
Ce qui a cessé de vivre : la profusion avec laquelle ils 
sont jetés leur l'ait remplir deux destinations importan- 
tes dans l'économie générale : ils servent de subsistance 
à un grand nombre d'animaux supérieurs; l'hirondelle 
les happe en rasant l'eau; le rossignol les saisit de son 
bec el'lilé pour les porter à ses nourrissons ; ils sont pour 
tous une manne toujours renaissante. D'autre part, ils 
travaillent puissammenl à consommer et à faire dispa- 
raître tous les débris de la vie, toutes les substances en 
décomposition, tout ce qui corrompt la pureté de l'air : 
ils semblent chargés de la salubrité publique. Telle est 
leur activité, leur fécondité et la succession rapide de 
leurs générations, que Linné a pu dire, sans trop d'hy- 
perbole, que trois mouches consomment le cadavre d'un 
cheval aussi vite que le t'ait un lion. » 

Le9 plus connues des moiiclies proprement dites sont 
celles qui sont attirées par les matières putréfiées on 




290 LES METAMORPHOSES DES INSECTES. 

mortes. La mouche domestique, si commune dans les 
maisons, pond ses œufs dans le fumier où vivent ses 
larves. Éloignez avec soin les amas de fumier des mai- 
sons de campagne si vous voulez diminuer en été leur I 
innombrable multitude. Les animaux abattus, les vian- 
des dépecées attirent aussitôt des légions de diptères, 
parmi lesquels la mouche à viande (Calliphora vomito- 
ria), d'un bleu d'acier, et la mouche dorée {Lucilia Cœ- 
sar), qui y pondent des œufs, et les sarcophages, mou- 
ches grises, rayées de noir, 
qui déposent de petites larves 
vivantes, les œufs étant éclos 
dans le corps de la mère 
(fig. 297). Les femelles ont 
l'abdomen prolongé pour la 
ponte en une sorte de tuyau. 
Fig. ^297. Les larves molles, sans pattes, 

Sarcophage de la viande. v i ,1 

1 D blanches, rampant sans cesse 

en contournant leurs anneaux, sont les asticots des pê- 
cheurs à la ligne. Elles deviennent des pupes brunâtres. 
Il se dégage de la chaleur de ces animaux à nutrition si 
active, et les pêcheurs en éprouvent la sensation quand 
ils versent ces larves dans leur main engourdie par le 
froid. Ces mouches, attirées par les odeurs fortes, pon- 
dent parfois accidentellement sur les plaies de l'homme, 
ou s'introduisent dans la bouche et dans les narines de 
malheureux endormis dans une dégoûtante ivresse. De- 
puis que les condamnés aux travaux forcés sont trans- 
portés à Cayenne, on a déjà constaté cinq cas mortels 
causés par un insecte de ce groupe, nommé par le doc- 
teur Coquerel Lucilia hominivorax (fi g. 298, 299). D'au- 
tres condamnés ont perdu le nez. La larve, à crochets 
des mandibules très-aigus, vit dans l'intérieur des fosses 
nasales et des sinus frontaux. On en voit gagner le globe 
de l'œil et gangrener les paupières ; elle peut entrer dans 



DIPTÈRES. 



Wl 



a bouche, corroder les gencives, l'entrée de la gorge, 
dévorer le pharynx, avec les symptômes d'une angine ai 
guë. Les malades commencent par éprouver un fourmii- 
lemenl dans les fosses nasales, puis du mal de tête, un 
gonflemenl du nez. Ils ressentenl une douleur sou- les 
orbites c o 1 1 1 1 1 1 1^ si l'on y appliquait des coups de barre, 
fient ensuite une ulcération du nez d'où sortenl les lar- 
ves, puis une réaction inflammatoire très-vive amène 
une méningite ou un érysipèle du cuir chevelu, suivi de 




Kg. W 2 ( J8 et 299. — Lucilia hominivorax, larve, adulte 



mort. Des larves, sorties des malades, ont été nourries 
de viande, et on a obtenu la mouche. Celle-ci n'est pas 
un parasite de l'homme, car les véritables épizoïques ne 
tuent pas leurs animaux ; ils sont destinés à vivre l'un 
de l'autre. Il n'y a que des faits accidentels dus à une 
horrible malpropreté et à l'ivresse; un des malheureux 
t|ui ont succombé aux larves de cette mouche était atteint 
de boulimie ou faim insatiable, et dévorait souvent des 
viandes gâtées. La larve en question est connue àCayenne 
sous le nom de ver macaque et avait été indiquée pai Al- 
lure, médecin du roi, eu 1755. Il est probable que le vei 
moyacuil du .Mexique, qui attaque l'homme et le chien, 
est une espèce analogue. Le docteur Coquerel a aussi 
fait connaître une autre mouche (Idia IVujoti) piquant, 



298 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

au Sénégal, les soldats des petits postes de la côte, pro- 
bablement en introduisant sa tarière dans la peau avant 
de pondre. La larve a été rencontrée dans des furoncles 
du dos, des bras, des jambes. Les nègres sont souvent 
attaqués par cet insecte et savent très-bien extirper la 
larve. Enfin, tout récemment, une mouche d'un autre 
genre, dile au Sénégal mouche de Cayor, couverte de 
poils d'un gris jaunâtre, et nommée par M. E. Blanchard 
ochromye anthropophage, vit à l'état de larve, au Cayor, 
dans des tumeurs sous-cutanées de l'homme, et aussi, je 
crois, de divers animaux. 

Quand les mouches ordinaires des viandes et des ca- 
davres ont rempli leur office, tout n'a pas encore satis- 
fait à la voracité de la gent à deux ailes. Des mouches, 
qu'on peut qualifier de funèbres, vivent de la graisse 
des os des squelettes. L'espèce la plus célèbre de ces 
thyréophores se trouve, en janvier et février, sur les 
squelettes de cheval, de mulet, d'âne, dans les charniers 
des équarisseurs. Elle est très-rare et singulière, parce 
que sa tête répand, la nuit, une lueur phosphorescente, 
peut-être pour éclairer l'insecte dans son œuvre de der- 
nière destruction. Une autre espèce, plus commune, fré- 
quente les squelettes des chiens morts dans la campa- 
gne. Le squelette du roi de la création n'est pas à l'abri 
des outrages de ces mouches. Une imperceptible espèce 
réduit en poussière impalpable les os, les ligaments, les 
muscles desséchés. Elle abondait, dans l'année 1821, 
sur les préparations du Musée de l'École de médecine de 
Paris. 

D'autres muscides déposent toujours leurs œufs dans 
des animaux vivants, et leurs larves doivent se nourrir 
des tissus animés. Les hyménoptères ne sont pas les 
seuls auxiliaires que la nature nous présente pour dé- 
truire les insectes hostiles à l'agriculture. Une foule de 
mouches, nommées pour cette raison cntomohies, ont 



DIPTERES. 299 

des larves don! l'instinct esl de dévorer les amas grais- 
seux des insectes, pour n'attaquer qu'à la (in de leur 
existence les viscères essentiels de l'insecte don! le corps 
est à la fois leur berceau el leur magasin de vivres. Ces 
entomobies peuvent subsister dans beaucoup d'insectes 
d'ordres différents, et même dans des araignées ; mais 
elles attaquenl surtout les chenilles des lépidoptères. 
Los mouvements inquiets de là lête, les poils, les épines 
dé fende ni peu les chenilles. La mouche pond ses œufs 
sur la peau, sans faire de lions à la façon des femelles 
«les ichneumoniens. Les petites larves, écloses très- 
promptement, se hâtent de déchirer la peau de la che- 
nille avec leurs crochets; parvenues à toute leur crois- 
sance, elles sortenl de la chenille ou de la chrysalide, 
ei très-raremenl <le l'adulte, et deviennent pupes immo- 
biles dans leur dernière peau durcie. Il tant remarquer 
que les larves doivent se métamorphoser au dehors, 
parce que la mouche adulte manque d'organe pour per- 
forer la peau de ranimai où a vécu la larve. Kn Chine, 
les vers à soie son! attaqués par des insectes de cette 
section; ce qu'on non nue la maladie de (a mouche, .l'ai 
publié, pour la première fois, des observations analo- 
gues faites en France sur des vers à soie élevés à l'assy 
par M. Caillas. L'instinct avait trompé la femelle de 
l'entomobie, cherchant seulement de la chair vivante 
pour ses enfants, car les larves ne peuvent sortir de l'é- 
pais cocon, et les mouches y trouvent la tombe à côté 
du berceau. C'est en ouvrant des cocons destinés au 
grainage et qui ne donnaient pas de papillons qu'on a 
pu reconnaître ces faits. 

Il ne faudrait pas croire que les mouches produisent 
seulement la mort de chétifs insectes (les cas mortels 
pour l'homme sont des accidents anomaux), lue des 
causes qui rendent si difficile l'exploration de l'intérieur 
de l'Afrique est l'existence d'une simple mouche (Glos- 



500 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

sina morsitans) nommée la tsetsé. Cette mouche infeste 
d'une manière permanente le centre de l'Afrique aus- 1 
traie, entre 18° et 25° lat. sud et de 22° à 28° long. Elle , 
remonte périodiquement vers le nord en certaines sai- j 
sons, car elle fut indiquée autrefois par Agatharchides, 
puis par Bruce en Abyssinie. Ne peut-on pas admettre, 
qu'à l'ordre du Seigneur, dépassant ses limites ordinai- 
res, elle causa la quatrième plaie d'Egypte? « Une mul- 
titude de mouches très-dangereuses vint dans les mai- 
sons de Pharaon, de ses serviteurs, et par toute l'Egypte. » 
(Exode, chap. vin, v. 24.) La cinquième plaie, la peste 
sur les bêtes, devient alors la conséquence de la qua- 
trième. 

Les premiers renseignements positifs sur ce terrible ' 
insecte sont ceux de MM. Livingstone et Oswald, qui le 
rencontrèrent en 1849 dans leur voyage au Zambèse, sur 
,1a rive méridionale du Chobé, un des affluents septen- 
trionaux du lac Ngami. La tsetsé n'est pas plus grosse 
que la mouche domestique ; elle est brune avec quel- 
ques raies jaunes et transversales sur l'abdomen (fig. 500, 
301). Ses ailes sont plus longues que son corps. Sa vue 
est très-perçante ; et, rapide comme la flèche, elle s'é- 
lance du haut d'un buisson où elle guette ses victimes, 
et immédiatement sur le point qu'elle veut attaquer. 
C'est une suceuse de sang. Si on la laisse agir sans la 
troubler, dit M. Livingstone 1 , on voit sa trompe se divi- 
ser en trois parties dont celle du milieu s'insère assez 
profondément dans votre peau. La piqûre prend une 
teinte cramoisie; l'abdomen de la mouche, flasque et 
aplati auparavant, se gonfle peu à peu, et, si l'insecte 
n'est pas tourmenté, il s'envole tranquillement aussitôt 
qu'il est gorgé de sang. Une légère démangeaison suc- 
cède à cette piqûre, mais n'est pas aussi sérieuse que 

1 Explorations dans l'intérieur de l'Afrique australe, par le doc- 
teur Livingstone. Hachette, 1859, p. 86, 92 et sùiv. 



DIPTERES. 



-ni 



celle «MiistV par un moustique. Les enfants de M. Li- 
vîngstone étaient souvenl piqués par cette mouche. Il n\ 
a aucun danger pour l homme, pour ions [es animaux 
sauvages, cl parmi les animaux domestiques pour le 
porc, la chèvre, l'âne, le mulel et les veaux tanl qu'ils 
tettent leur mère. Par une étrange exception, cette pi- 
* qùre est mortelle au boul de quelques jours pour le 




Pig. 500 et 301. — Mouche tsetsé de grandeur naturelle et grossie, 
avec détail des pièces buccales. 

bœuf, le cheval, le mouton et le chien. C'est un empoi- 
sonnement du sang produit par le venin que sécrète une 
glande placée à la base de la trompe de la tsetsé. M. Li- 
vingstone perdit quarante-trois bœufs magnifiques qui, 
bien surveillés, n'avaient reçu chacun que très peu de 
piqûres. Au bout de peu de jours, le bœuf piqué rend 
par les yeux et le mufle un mucus abondant. La peau 
tressaille et frissonne comme sous l'impression du froid 



502 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

Le dessous de la bouche enfle, les muscles deviennent 
flasques. 11 en est qui sont pris de vertige et deviennent 
aveugles. Un bruit sourd et prolongé sort de l'intérieur 
du corps quand l'animal mange. Au bout d'une à deux 
semaines, il meurt dans un état d'amaigrissement consi- 
dérable. A l'autopsie, le tissu cellulaire paraît boursouflé, 
la graisse changée en un liquide jaune verdâtre; le sang 
est devenu albumineux et tache très-peu les doigts. 
C'est à peine s'il en est resté. La chair est molle, le foie 
et le poumon altérés, et le cœur, semblable à de la 
viande macérée dans l'eau, est tellement mou et vide 
que les doigts qui le saisissent se rencontrent en le pres- 
sant. 

La mouche tsetsè paraît peu en plaine, mais fréquente 
les buissons et les roseaux qui bordent les fleuves et les 
marais. Son bourdonnement, bien connu des bestiaux, 
les frappe d'épouvante. Elle est localisée dans certains 
cantons de la manière la plus complète et ne franchit ja- 
mais leurs limites. Les deux rives du Zambèse en sont 
infestées, et beaucoup de peuplades qui les habitent ne 
peuvent avoir d'autre animal domestique que la chèvre. 
Quand des troupeaux doivent Iraverser les domaines de 
cette mouche si redoutable, on choisit les clairs de lune 
des nuits de la saison froide, où elle est trop engourdie 
pour piquer. Les docteurs indigènes ont aussi mis à 
profit le dégoût qu'inspirent aux tsetsés les excréments 
des animaux; on barbouille de fiente mêlée de lait les 
bœufs qui doivent traverser les cantons dangereux. Les 
rares observateurs de la tsetsè ne nous ont encore rien 
appris de certain sur ses métamorphoses. Ils s'accordent 
à dire que sa disparition suivra celle des animaux sau- 
vages devant l'extension de l'empire de l'homme et l'em- 
ploi des armes à feu, car le sang de ces animaux est sa 
seule nourriture. 

Il semble que les diptères sont les insectes créés le plus 



DIPTÈR1 S. 



303 



spécialement pour vivre an\ dépens des grands animaux. 
Les œstres, au corps velu, à la bouche à peine formée chez 
l'adulte, ne paraissent pas prendre de nourriture â l'état 
parfait, ou ils ne vivent que peu de jours (fig. 502,503). 





Œstre 'lu cheval, m Me et remette. 



Les femelles s'approcheni des chevaux, se balancent 
jjuelque temps les ailes ouvertes, puis fondenl comme 
un Irait, L'abdomen replié. Vn œuf adhère au poil lou- 
ché par le diptère. Le même manège est répété un grand 





Fig. 304. — Œufs collés aux poil? 



nombre de fois. Le noble quadrupède redoute singuliè- 
rement ces contacts renouvelés, qui lui causent des ti- 
tillations excessives. Il se frotte contre les arbres, cher- 
che à replier sa tète entre les jambes de devant quand 
l'insecte a louché ses lèvres, enfin quitte le champ de 
bataille dans un état de rage, et, si son galop rapide ne 
suffît pas pour le soustraire à L'ennemi, n'a d'autre res- 
source que de se plonger dans de l'eau. Les œufs sont 
déposés sur les poils dans toutes les parties que la lan- 



304 



LES METAMORPHOSES DES INSECTES. 



gue du cheval peut atteindre (fig. 504). De ces œufs 
munis d'une opercule sortent des petites larves. En se 
léchant, le cheval les colle à sa langue, puis, avec la 
nourriture, elles passent dans l'estomac. Les larves s'ac- 
crochent aux parois par des couronnes de crochets qui 
les entourent et qui leur servent aussi à ramper (fig. 505). 




Fig. 505. — Portion d'estomac avec larves d'oestres. 



Quand leur développement au moyen de sucs digestifs 
est achevé, elles sortent avec des excréments et, dans 
leur peau durcie, deviennent pupes à la surface du 
sol. La céphàlëmye du mouton pond ses œufs dans les 
narines de l'animal ; les larves remontent avec leurs 
crochets dans les cavités olfactives. On trouve fort sou- 
vent ces larves clans les boucheries quand on fend les 
têtes de mouton pour en extraire la cervelle. C. Dumé- 
ril rapporte avoir recueilli les insectes adultes en grande 
quantité sur les solives du plafond des bergeries. Au 
moment où cet insecte touche le nez du mouton, le pau- 



DIPTÈRES. 



305 



viv animalsecoue la tète et frappe violemment la terre 
avec ses pattes <l<' devant. Il se sauve, le museau baissa 
contre le sol, il flaire l'herbe en courant de crainte 
qu'une autre mouche n \ soif cachée, et, s'il l'aperçoit, 
B'éloigne avec terreur. Il cherche les ornières pleines de 
poussière, el y place son museau pour en rendre l'accè 
■npossible. 

Les larves des genres voisins doivent vivre dans des 
tumeurs excitées par elles. Les femelles déposent l'œul 
Bur la peau percée ensuite par les larves. Ces larves sonl 
munies de crochets pour se mouvoir dans leur horrible 




30S 



Hypoderme du bœuf, très-grossi. 



i berceau. Elles en sortent et se laissent tomber sur le sol 
I à l'état de pupes encore molles. L'hypodernie du bœuf en 
I France fait développer des tumeurs sur I* 1 dos du bétail. 
< Réaumur en étudiait les larves <\w les vaches de l'abbaye 
; de Malnoue en Brie. Les diptères qui proviennent de ce 

20 



506 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

e-enre de larves sont très-velus, et Réaumur les compare 
à des bourdons. Leurs cuillerons sont très-développés, et 
leurs balanciers ont de gros boutons ovales (fîg. 506). 
D'autres espèces produisent des tumeurs sur le dos des 
cerfs, des daims et des chevreuils dans nos bois, et les 
oiseaux insectivores viennent parfois les becqueter et les 
débarrasser des larves. Le renne, dans les marécages 
glacés de la Laponie, souffre des attaques d'un diptère 
analogue, et une espèce spéciale vit aussi sur l'élan aux 
bois gigantesques. Dans les pays tropicaux, les cutérébrés 
ont les mêmes mœurs. Une espèce, à la Nouvelle-Grenade 
(Cuterebra noxialis) couvre de tumeurs les bœufs et les 






Fig. 507, 308 et 309. — Gutérébré nuisible, adulte, larve, nymphe. 

chiens (fig. 307, 508, 509). Ce diptère est aussi à redou- 
ter pour l'homme, et l'on voit souvent le ventre des na- 
turels couvert de petites tumeurs où vit la larve pourvue 
de cercles de crochets. Quand ces larves se sont fixées 
sur les jambes, elles peuvent produire de graves ulcères, 
avec de vives douleurs, et mettre obstacle à la marche. 
On les force à sortir au moyen de cataplasmes de tabac. 
Les derniers diptères présentent les signes de la dé- 
gradation la plus manifeste. Ils ne peuvent plus vivre 
seuls, mais courent entre les poils ou les plumes de cer- 
tains mammifères et oiseaux. Les balanciers ont disparu ; 
les ailes ne leur servent qu'à passer d'un animal à 



nii'ii i;i - 



30' 



l'autre; la bouche es! munie de deux soies qu'ils enfon- 
cent dans la peau pour aspirer l«' sang ou la graisse. 
Enfin l'abdomen, sorte de poche volumineuse, est garni 

d'une peau très-extensible. Ce sont les meta rphoses 

qui rendenl curieuse au plus haut poinl celte famille 
d'insectes dégénérés. Elles oui été très-bien décrites par 
Réaumursur la mouche-araignée du cheval, qu'on trouve 
en été entre les poils du ventre des chevaux h smis la 
queue. Tous ces insectes Irès-agiles, couranl même t\<- 
côté, à longues pattes munies de loris ongles crochus 
pour se cramponner aux poils ou aux plumes % ressem- 
blent à des araignées. On voit sortir do l'abdomen dis- 
tendu des femelles non pas un œuf, mais une énorme 
niasse blanche, presque aussi grosse que la mère, on 
forme de lentille ronde et plate. C'est une larve qui a ac- 
compli son évolution à l'intérieur du corps de la mère. 
Bientôt elle brunit et Ton reconnaît que réellemenl le 




Fig. 310. 
Slénoptéryx. de l'hirondelle, 

grossi. 




Fig. 511. 

Mëlophage du mouton, 

grossi. 



diptère a mis au monde une pupe, d'où l'insecte par- 
! fait sort bientôt en soulevant la portion supérieure 
i comme un couvercle. Uhippobosque du cheval a les ailes 
lassez développées; elles deviennent longues et très- 
( étroites dans le sténoptéryx de V hirondelle, qu'on ren- 
l contre entre les plumes des jeunes hirondelle- el dans 
(les nids de ces oiseaux (fi-. 510). Elles sonl presque 



m 



LES METAMORPHOSES DES INSECTES. 



nulles dans une espèce qui vit sur le cerf, le leptotène du 
cerf, et enfin manquent tout à fait dans les mélophages, 
qui restent accrochés au milieu de la toison des moutons . 
(fig. 311). Leur présence nous explique ces vols d'étour- • 
neaux suivant les troupeaux, et se cramponnant sur le 

dos des moutons au point 
de s'empêtrer parfois les ; 
pattes dans la laine ; ils ; 
cherchent ces diptères pa- 
asites. La tête se distingue • 
à peine du thorax chez tous 
ces insectes imparfaits ; elle • 
se confond tout à fait avec 
lui dans les mjctérïbies ca- 
chées entre les poils des 
chauves-souris et ressem- 
blant tout à fait à des arai- 
gnées qui n'auraient que ! 
six pattes (fig. 512). On ne 
sait trop si ces singuliers insectes ont des métamorpho- 
ses. Les diptères nous conduisent ainsi, de dégradation i 
en dégradation, aux insectes épizoïques, les poux des s 
mammifères et les ricins des oiseaux, chez lesquels les 
changements se réduisent à de simples mues. 




Fig. 512. — Nyctéribie de la chauve- 
souris, grossie. 



Il 

INSECTES A MÉTAMORPHOSES INCOMPLETES 



(Il WIÏT.K Mil 

ORTHOPTÈRES 

Les perce-oreilles — Les blattes cosmopolites et leurs ravages — Les 
mantes et les empuses ; chasse à l'affût. — Les érémiaphiles du désert. 

— Les bacilles pareils à des branches. — Les grillons el les courtiliéres. 

— Les sauterelles, leur chant — Les acridiens voyageurs, dévastations; 
l'Algérie en 1866 et 1875. 

Il v a encore des broyeurs el dos suceurs dans les in- 
sectes où les changements se bornent à l'acquisition 
graduelle des ailes. Les orthoptères sont les gros man- 
geurs de la création entomologique. Leurs estomacs 
multipliés rappellent les animaux ruminants. Leurs es- 
pèces sont peu variées, mais nombreuses en individus, 
au point de constituer parfois d'épouvantables fléaux. 
Ces insectes ne sont pas d'une organisation élevée ; les 
sens- et les instincts sont médiocres ; tout parait subor- 
donné à une continuelle voracité. En effet, au sortir de 
l'œuf, ces insectes sont déjà ce qu'ils seront pins tard au 
point de vue de l'appareil digestif. Ils sont agiles «'I man- 
geront à tons les âges de leur existence; une évolution 
considérable s'esf donc accomplie à L'intérieur de l'œuf. 
Ces! l'opposé des hyménoptères. 



310 



LES METAMORPHOSES DES INSECTES. 



Nous commencerons l'étude des orthoptères par un 
petit groupe dont l'aspect rappelle les staphylins. Les 
forficules présentent, sous de très-courtes élytres, des 
ailes très-larges, se repliant d'une façon compliquée, et^ 
«{ne l'insecte emploie rarement. Le plissement est à la' 
ibis en éventail et deux fois en travers (fig. 315, 51 i, 
515). On a répandu, fort à tort, la fable que ces insectes 






Fig. 515, 514 et 515. 
Korficule auriculaire, adulte grossi, nymphe et larve. 



peuvent entrer dans les oreilles, les percer à l'intérieur 
et pénétrer dans le cerveau. Il est probable que cette 
erreur découle d'une fausse interprétation de leur nom. 
La pince qui termine leur abdomen ressemble aux an- 
ciennes pinces des bijoutiers pour percer les oreilles des 
enfants. Elle ne serre pas d'une façon sensible et ne fait 
aucun mal, sauf chez de très-gros sujets. 

Les forficules fuient la lumière, vivent de fruits et de 
détritus, mangent l'intérieur des fleurs, surtout des 
roses, des dahlias, des œillets, des oreilles-d'ours. Les 
femelles pondent leurs œufs en tas, dans un coin obscur, 
sous une écorce. Elles se tiennent au-dessus, comme 
des poules sur leurs poussins. Si on les disperse, la 
mère les recueille et les transporte délicatement. Les 



ORTHOPTÈBES. 3M 

petits éclosenl vers le mois de mai, d'abord blancs, 
presque transparents. La mère veille sur eux el les pro- 
tège jusqu'à ce que les larves soient devenues brunes el 
assez fortes. Ces soins après l'éclosion sont très-rares 
clic/ les insectes. J'aimerais à pouvoir <liiv que les jeunes 

forficules récompensenl par leur affecti jette touchante 

sollicitude; mais je ne sais pas faire de roman à propos 
d'histoire naturelle. .Les jeunes larves se tiâtenl <lc 
manger celle tendre mère si elle vient à mourir, de 
même que frères el sœurs dévorent les plus faibles 
d'entre eux. 

Les autres orthoptères coureurs nous offrenl une fa- 
mille encore plus nuisible, celle des blattes. Ce sont des 
insectes nocturnes, à couleurs brunes ou fauves. Elles 
étaient bien connues des anciens. Horace leur reproche 
ne dévorer les vêtements comme les teignes. Virgile 
croit, à tort, qu'elles vont dévaster, la nuit, les ruches 
des abeilles. « Les dépôts amoncelés par les blattes 1 lu- 
cifuges souillent les rayons, » dit-il (Gcorg., livre IV, 
v. 243). 

Ces insectes ont un corselet large, cachant la tète, de 
[ongues antennes ténues, des pattes grêles, mais fortes; 
aussi sont-ils très-agiles. Leur corps aplati leur permet 
de passer à travers les feules dos caisses el, dans les 
voyages au long cours, on est obligé de proléger les ob- 
jetscontre leur voracité en les enfermant dans des boites 
de fer-blanc soudées à rétain. 'Les femelles, très-fécondes, 
pondent leurs œufs entourés d'une coque en forme de 
haricot ou de fève, où chaque œuf a sa capsule. Elles 
traînent avec elles cette coque, la surveillent, la fendent 
el aident les larves à sortir des œufs. Les blattes sont om- 
nivores, et répandent une odeur forte qui reste sur tout 
ce qu'elles touchent. Les substances alimentaires sont 

1 Peut-être le mot Ulalta designe-t-il les cloportes, crustacés 

lllcitïl£CS. 



312 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

surtout l'objet de leur gloutonnerie. Comme les der- 
mesles, elles n'ont plus de patrie, et se naturalisent par 
tout où le commerce les transporte. Quelques petites es- 
pèces vivent dans nos bois sous les mousses. Deux espèces, 
qui sont en liberté près de Paris, dans les bois, sont d( 
venues domestiques dans les maisons en raison d'un cli- 
mat plus rude, et très-nuisibles dans les pays du Nord, 
la blatte germanique en Russie et la blatte laponne, dans 
les huttes des pauvres Lapons, où elle dévore les pois- 
sons fumés préparés pour l'hiver. Ces insectes voraces 
s'excluent l'un l'autre des maisons, et la blatte laponne, 
la plus faible, a dû se réfugier tout à fait au Nord. Chez 
nous ils sont de même probablement chassés par le Pe- 
riplaneta orientalis , ou kakerlac oriental. Les pays 
chauds nous ont transmis par les vaisseaux les hideux 
cancrelats ou kakerlacs, à ailes plus courtes que les 
vraies blattes, manquant quelquefois chez les femelles. 
Le kakerlac américain infeste les navires, court la nuit 
sur les passagers endormis, se trouve dans les docks, 
les raffineries de sucre exotique, et a été apporté dans 
les serres du Muséum. Cette espèce est un véritable fléau 
à la Havane. Aussi l'on conserve avec grand soin des 
crapauds dans les maisons pour s'en débarrasser. Ces 
utiles batraciens se promènent partout très-respectés, et 
courent sans cesse à la recherche des kakerlacs. Les 
dames du pays les tolèrent, môme sous leurs robes, en 
raison de leurs continuels services. On cite un voyageur 
nouvellement débarqué se réveillant au milieu de la nuit 
et voyant dans la chambre, autour de son lit, cinq 
énormes crapauds. Effrayé de ce cénacle étrange, il ap- 
pelle. Un enfant de la maison arrive, se contente de" 
prendre chaque crapaud, un par un, sans lui faire 
aucun mal, et de le porter dans une pièce voisine. Le 
kakerlac oriental, de l'odeur la plus repoussante, est 
bien [tins répandu dans l'Europe. On le nomme cafard, 



ORTHOPTÈRES, 



543 



noirot, bête noire, blatte des cuisines, etc. (flg. 7)\(\). Il 
aime la chaleur, vil dans les boulangeries, dans les cui- 
sines, près des machines à vapeur, se cache dans les 
lonics des murailles, contre les gonds des portes. 

Des maisons ont été rendues Inhabitables du fait de 
cet insecte. Un jugemenl de la cour de Bordeaux, du 
17 janvier 1869, confirme nue résiliation du bail avec 
dommages-intérêts accordés aux locataires d'un hôtel 
garni infecté par ces blattes. Les experts avaienl con- 
staté, qu'avec deux kilogrammes de poudre insecticide 
répandue à minuil dans les salles fréquentées par ces 
animaux, on avait ramassé, quatre heures après, 2,244 
de ces insectes. 




Fig. 31i>. — Kakeilac oriental. 



Qu'on entre à i'improviste dans le calme de la nuit, 
avec une lumière, dans la cuisine de quelque restaurant 
mat terni, on verra ces révoltants animaux courir sur 
les tables, dévorant tons les débris d'aliments. On dit 
que la blatte géante, de l'Amérique du Sud, ronge, pen- 
dant la nuit, les ongles des gens endormis. 

Que ne peut-on naturaliser dans nus maisons un autre 



314 LES METAMORPHOSES DES INSECTES. 

groupe d'orthoptères de mœurs bien différentes, avides 
chasseurs d'insectes? Us renferment aussi leurs œufs 
dans des coques oblongues, à plusieurs loges, attachées 
aux branches. Ces mantes sont remarquables par leur 
corps élancé, leurs grandes ailes. Théocrite, dans une 
de ses idylles, donne ce nom, par analogie, à une jeune 
fille maigre, à bras minces et allongés. Ces insectes 
assez lents, verts ou jaunâtres comme les feuilles avec 
lesquelles on les confond, emploient la ruse pour chas- 
ser. Ils s'approchent peu à peu, en tapinois, des insectes 
et tout à coup les saisissent entre la jambe et la cuisse 
de devant, repliées l'une contre l'autre, garnies d'épines 
acérées qui s'entre-croisent. Près de Buénos-Ayres est 
une espèce de mante qui ronge la tète des petits oiseaux, 
et, dans l'Amérique du Nord, il en est qui attaquent les 
jeunes grenouilles et lézards. Qu'on se défie, en saisis- 
sant les mantes, des blessures aiguës de ces pattes ra- 
visseuses. La férocité de ces éléganls insectes est in- 
croyable; les petites larves sans ailes s'attaquent au 
sortir de l'œuf, les femelles mangent les mâles qui sont 
plus petits qu'elles. Poiret rapporte qu'ayant voulu 
donner un mâle à une mante femelle qu'il conservait en 
captivité, celle-ci coupa immédiatement la tête de son 
époux infortuné ; puis le ménage parut vivre en excellente 
intelligence ; mais, le lendemain, la femelle, se ravisant, 
acheva complètement le mâle pour son déjeuner. En 
Chine, les enfants s'amusent à mettre des mantes dans 
de petites cages et à les regarder se battre avec leurs 
pattes de devant, jusqu'à ce que l'une mange la tête de 
l'autre. L'attitude d'affût a valu à ces insectes leur nom, 
qui signifie devin (fig. 517). On s'est imaginé qu'immo- 
biles pendant des heures entières, le corps et les pattes 
relevés en avant, ils interrogeaient l'avenir. On les 
nomme, dans le midi de la France, })réga-diou (prie- 
Dieu) ; on a vu une adoration dans la pose de leurs pattes 




Fig. 311 318. - Mante religieuse et sa larve; empuse appauvrie mal. 
et sa larve. 



ORTHOPTÈRES. .'17 

ravisseuses. \u dire d'une légende monacale, L'apôtre 
des Indes ci du Japon, saint François Xavier, aperçul 
un jour une mante qui tenail ses braa étendus vers 
le ciel, el la pria de chanter les louanges de Dieu; 
aussitôt L'insecte entonna un cantique des plus édi- 
fiants. 

Ce sont de sanguinaires prières que les leurs! Les 
noms d'espèces portent la preuve de ces croyances 
superstitieuses. La mante religieuse s'avance, en France, 
jusqu'à Fontainebleau et à Lardy et aussi, parfois, près 
du Havre. La mante oratoire, plus petite, s'étend moins 
loin. On a eu l'idée que les manies indiquent le chemin 
qu'on leur demande par Le mouvement d'une «les pattes 
de devant. L'ancien naturaliste Moufet rapporte avec 
bonhomie : « Olle petite bête est réputé» 1 si divine, 
qu'à reniant qui l'interroge sur son chemin, elle ren- 
seigne en étendant une de ses pattes, et le trompe 
rarement ou jamais. » Les empuses, à longue tète grêle, 
avec des antennes à deux rangs de barbules chez l< - 
mâles, ont les mêmes mœurs (fig. 318). On en trouve 
une espèce en Provence. Les femelles ont les antennes 
très-grêles; les larves de mâles ont déjà les antennes 
élargies. 

Dans les déserts de la haute Egypte, sur des sables 
sans la moindre végétation, courent les érémiaphiles, 
petites mantes trapues et à organes du vol rudimentaires. 
Ces insectes ont pris exactement la couleur grise,.jaune 
ou rouge des sables sur lesquels ils vivent. 11 y a là, 
comme moyen de protection, une véritable adaptation 
volontaire à la couleur des sols. De même les caméléons 
prennent la couleur des objets voisins, les soles et les 
turbots celle des fonds sableux où ils se cachent à l'affût 
de la proie. Chez ces vertèbres, si on leur crève les yeux, 
la faculté imitatrice cesse. Peut-être en est-il de même 
chez les érémiaphiles. Outre I Egypte, on en trouve quel- 



518 LES METAMORPHOSES DES INSECTES. 

ques espèces en Syrie et en Algérie, dans des lieux un 
peu moins arides que le désert libyque. 

Aux environs de Cannes, d'Hyères, nous rencontre- 
rons un orthoptère encore plus étrange. On dirait un 
mince bâton vert ou brunâtre. C'est le bacille de Rossi, 
inoffensif insecte vivant de feuilles, et qui échappe aux 
regards de ses ennemis par cette ressemblance. Il mar- 
che lentement sur les arbres, et reste au repos au soleil, 
les longues pattes de devant étendues (fig. 519). Les 
petites larves, toutes semblables à lui, à la taille près, 
se trouvent souvent dans les feuilles sèches. Cette cu- 
rieuse espèce remonte jusqu'à la Loire. Ces insectes sans 
ailes n'ont que trois ou quatre mues ; ce sont de vraies 
larves devenant propres à la reproduction. Dans les pays 
tropicaux, on trouve de plus grandes espèces nommées 
vulgairement bâtons animés, chevaux du diable, grands 
soldats de Cayenne ; d'autres espèces, pourvues d'ailes, 
s'appellent spectres, feuilles ambulantes, etc. 

Rien de plus curieux que le phénomène mimique par 
lequel les phasmiens affectent la forme des branches ou 
des feuilles. Ils demeurent des heures entières collés 
sur les végétaux, immobiles, confondus avec la plante 
par la forme, les rugosités, la couleur, les expansions 
foliacées de leur corps ou de leurs membres. Ils trom- 
pent ainsi les yeux de l'homme et, des oiseaux. Les es- 
pèces en forme de baguette cachent la tête entre leurs 
longues pattes de devant, étendues ou redressées en l'air; 
les autres pattes se portent en arrière, et parfois l'une 
d'elles se détache sur le côté, simulant une petite 
branche latérale qui complète l'illusion. 

Les autres orthoptères, que nous passerons rapide- 
ment en revue, ont les pattes postérieures fortes et 
renflées et exécutent des sauts plus ou moins étendus. 
Il en est de fouisseurs, creusant des trous dans la terre 
pour y placer les œufs et s'abriter. Qui n'a vu, au soleil, 




! 

Fig. 319. - - Bacille de Kossi, mâle, femelle et larves. 



ORTHOPTÈRES. 



321 



\e grillon champêtre, l'œil bu guet, à moitié hors de son 
trou, montranl sa grosse tête noire (fig. 320)? Qu'on lui 
présente une paille, il la saisit avec ses mandibules e1 
se laisse tirer au dehors; «l'on le proverbe de quelques 
pays: Plus soi qu'un grillon. Il sort la nuit, chasse aux 
Insectes cl mange aussi «les végétaux. Le mâle appelle la 
femelle en frottant l'une contre l'autre ses élytres à 
nervures épaisses. Les femelles ont une tarière prolongée 




Fig. 5-20. — Grillon champêtre, mâle. 



ou sabre, servant à la ponte. Les grillons sont très-fri- 
leux et tournent toujours au midi Torifice de leurs trous. 
Au printemps, on ne voit guère que des larves qui on! 
passé l'hiver engourdies ; les adultes sont morts. Le gril- 
lon domestique, qui mange nos provisions, est un peu plus 
petit, d'une teinte jaunâtre et cendrée. Il se tient, le joui 1 , 
derrière les plaques des cheminées, dans les crevasses des 
fours de boulanger. La nuit, il se promène et fait enten- 
dre son cri-cri. Il parait toujours altéré, se noie dans les 
vases pleins de liquide et fait des trous aux vêtements 
humides qu'on met sécher. On prétend qu'en introdui- 
sant dans les cuisines des grillons champêtres, ils oui 

•21 



322 LES MÉTAMORPHOSES DES IISSECTES. 

bientôt détruit, les grillons domestiques et les blattes. Le 
grillon sylvestre est beaucoup plus petit que les précé- 
dents, et parfois si commun dans les bois, que ses sauts 
sur les feuilles sèches produisent le bruit de gouttes de 
pluie. Il sort en troupes et au milieu du jour; quel- 
ques sujets hivernent et reparaissent aux soleils de fé- 
vrier. Moufet raconte que, dans certaines parties de 
l'Afrique, on vend des grillons dans de petites cages, 
et qu'on aime à entendre leur chant, qui provoque au 
sommeil. Chez nous, au contraire, on a souvent re- 
gardé comme de funeste augure le chant du grillon du 
foyer, 

Dans cette famille, il faut encore citer le tridactyle 
panaché, qui vit dans les sables des rivières, ainsi sur 
les bords du Rhône et de l'Àdour, et, en Algérie, sur les 
rives des lacs Tonga et Houbeira, près la Calle, dans la 
province de Bone; il creuse de longs puits verticaux et 
saute très-agilement. Mentionnons aussi les rares myr- 
mécophiles, à grosses cuisses, sans ailes, qu'on a trouvés 
dans les fourmilières en Allemagne, en France, notam- 
ment à Sèvres, près de Paris. 

Les courtilières sont des fouisseurs bien plus énergi- 
ques que les grillons. Elles sautent encore moins bien. 
Leurs pattes de devant sont élargies en pelles robustes, 
ressemblant aux mains de la taupe ; de là le nom de 
taupes-grillons donné à ces insectes. L'autre nom vient 
du vieux mot courtille ou jardin, d'après le séjour habi- 
tuel de ces orthoptères. Les ailes sont longues, repliées 
en lanières. Elles servent peu ; cependant, le soir, la 
courtilière vole en s'élevant un peu, puis retombant en 
courbe. Le corselet très-vaste ressemble à une carapace 
d'écrevisse; il n'y a pas d'oviscapte saillant chez la 
femelle; il y a, dans les deux sexes, deux filets terminaux, 
comme chez les grillons. Les courtilières vivent de vé- 
gétaux et également de proie vivante, qu'elles cherchent 




Fig. ."-il — Courtiliére, larves et œufs 



ORTHOPTERES 325 

avec avidité en perforant les racines des plantes ; aussi 
sont-elles très-nuisibles. Elles se retirent volontiers 
dans le fumier, surtoul à cause des insectes qu'elles j 
trouvent. La femelle creuse un trou ovale, chambre 
d'incubation où elle déposera ses œufs (fig. 321). I ne 
galerie verticale j communique, et, en outre, des gale- 
hries en divers sens aboutissenl à la galerie verticale, de 
sorte que l'insecte a de nombreux refuges. Les œufs 
èclosenl vers la lin de l'été, cl les larves, d'abord molles 
et blanches, sont gardées avec sollicitude par la mère, 
qui les tient rassemblé s dans h; nid, et va, dit-on, leur 
chercher de la nourriture. Elles ne deviennent nymphes, 
c'est-à-dire ne prennent des rudiments d'ailes, que l'an- 
née suivante. Il faut, parait -il, Mois ans pour le déve- 
loppement complet. Dès le mois d'avril, les mâles font 
entendre leur cri d'appel, sur une note lente, monotone, 
moins pénétrante que le grillon, ressemblant an cri de 
la chouette ou de l'engoulevent. Ce sont les mâles seuls, 
chez les courtilières et les grillons, qui peuvent stridu- 
ler. Aussi, le poëte grec comique Xénarque félicite, 
dans une de ses pièces, les grillons mâles : « Que vous 
êtes heureux, dit-il, vous qui avez des femmes silen- 
cieuses ! » 

Les sauts deviennent bien pins étendus chez les locus- 
tiens, qui marchent peu à cause de la grande dispropor- 
tion de leurs pattes. Ce sont les sauterelles, c'est-à-dire 
les orthoptères sauteurs par excellence. Les femelles 
ont au bout de l'abdomen une longue tarière recourbée, 
à deux valves, qu'on appelle quelquefois leur sabre, et 
qui leur sert à entamer la terre pour y pondre leurs 
œufs. Ces œufs passent l'hiver, et les jeunes larves n'éclo- 
sent qu'au printemps suivant. Elles ressemblent (\r> lors 
complètement aux insectes parfaits, sauf les ailes, et on 
peut immédiatement en reconnaître l'espèce. Elles su- 
bissent trois mues, puis, à une quatrième, deviennent 



526 LES METAMORPHOSES DES INSECTES. 

nymphes en prenant des rudiments d'ailes. Enfin, à la 
cinquième mue, du milieu de l'été à l'automne, les ailes 
sont développées, et l'insecte est apte à reproduire. Les 
sauterelles peuvent émettre des sons comme les grillons, 
surtout les mâles. C'est encore le même mécanisme ; ces 
insectes sont des cymbaliers et frottent leurs élytres 
l'une contre l'autre. Le son n'est plus produit dans toute 
l'étendue de l'élytre, mais à sa base, dans une partie 
transparente qu'on appelle le miroir. Une seule note ré- 
pétée constitue ce chant monotone. Il est des espèces 
cachées dans l'herbe qui chantent le soir seulement ; 
d'autres se font entendre pendant le jour. Ainsi, la grande 
sauterelle verte, qu'on appelle à tort la cigale dans le 
nord de la France, fréquente les prairies un peu humi- 
des, les orties; le mâle, perché sur quelque buisson, 
chante pendant toute la nuit à la fin de l'été. On croirait 
entendre zic, zic, zic, avec des interruptions égales à la 
durée de chaque note. A cette espèce se rapporte par 
erreur la célèbre fable de la Fontaine : la Cigale et la 
Fourmi. Je ne sais trop si le fabuliste connaissait la 
vraie cigale. Dans de très-anciennes éditions illustrées de 
ses fables, imprimées sous ses yeux, est dessinée la 
grande sauterelle verte. C'est, au contraire, pendant le 
jour qu'une aussi grosse espèce, le dectique verrucivore, 
au milieu des blés mûrs, produit une stridulation ana- 
logue, un peu plus lente (fîg. 522). Au dire de Linnseus, 
les paysans suédois croient que cet insecte, en mordant 
les verrues qu'on a sur les doigts, les fait disparaître, 
grâce à la liqueur dégorgée. De petites espèces de dec- 
tiques, pareillement grises, habitent les prairies, et on 
trouve dans les vignes, en automne, quelquefois près de 
Paris, mais surtout dans le midi de la France, les éphip- 
pigères dont le corselet, fortement excavé ," ressemble à 
une selle de cheval. Les mâles et les femelles sont égale- 
ment bruyants, en frottant l'une contre l'autre deux 






OUÏIIOI'TKHES. 



527 



écailles voûtées qui représentent leurs èlytres rudimen- 
ta ires. Tous ers insectes chanteurs sont très-timides, 
el cessenl de s'appeler dès qu'ils entendent le moindre 
bruit. 

D'autres orthoptères, encore mieux organisés pour le 
saul que les précédents, par suite de la longueur el «le 
Ja force de louis pattes postérieures, ne possèdent plus 




Dectique verrucivore pondant. 



chez les femelles cette longue tarière de poule des sau- 
terelles. Ces acridiens ou criquets sont tous diurnes, et 
aiment pour chanter à grimper au soleil sur les herbes ; 
ils fréquentent les lieux secs et recherchent la chaleur. 
Les pays de montagnes eu ont de nombreuses espèces, 
se rassemblant eu grande quantité dans les sentiers qui 
sillonnent les pentes gazonnées, là où les mulets ont ré- 
pandu leur urine. Les chants des criquets sonl plus va- 



328 LES METAMORPHOSES DES INSECTES. 

ries que ceux des sauterelles , peuvent avoir plusieurs 
notes et se modifier, tantôt chant d'appel pour la lemelle, i 
tantôt chant de colère, si plusieurs mâles se rencontrent. 1 
Les sons sont moins musicaux que ceux des grillons et 1 
des sauterelles. Il y a là plutôt un bruit de crécelle, I 
mais avec des timbres très-divers, selon les espèces, 
comme si les pièces sonores étaient en carton, ou en 
bois, ou en métal. Yersin, en Suisse, et M. S. Scudder, à 
Boston, ont noté en musique les chants des orthoptères. 
Les criquets sont des violonistes. Leur chant se produit 
par le frottement des pattes de derrière contre les ély- 
tres. Ordinairement, les deux pattes frottent à la fois. La 
note est grave si le mouvement de la patte est allongé et 
lent, aiguë si ce mouvement est court et rapide. Il y a 
des espèces où une tout autre note que la note habi- 
tuelle est donnée par des mouvements alternatifs des 
pattes. 

Le chant s'accélère à mesure que le soleil monte au- 
dessus de l'horizon, et se ralentit à l'approche de la 
nuit, ou quand la saison devient plus. froide. Enfin, les 
femelles de ces mâles si bruyants, et les deux sexes de 
certaines espèces, font le même mouvement des pattes 
sans que notre oreille perçoive de son. Très-probable- 
ment, il y a là une musique très-douce qui- n'est destinée 
qu'à ses auditeurs naturels. Il semble que les criquets 
musiciens habitent de préférence les contrées tempérées 
et froides de l'Europe, et que les espèces à stridulation 
insensible aiment mieux les régions chaudes du Midi. 
Là, les orthoptères musiciens sont remplacés par les ci- 
gales (hémiptères), bien plus bruyantes, mais d'un chant 
moins varié d'une espèce à l'autre. 

Tous, nous connaissons ces criquets qui s'enlèvent à 
quelques mètres au-devant du promeneur, et lui font 
admirer leurs belles ailes rouges ou bleues. La plupart 
des espèces volent peu; mais certaines, sous l'empire 



ORTHOPTÈRES. 329 

de causes inconnues, se gonflent d'air et entreprennent 
ces désastreux voyages qui sonl un des plus grands fléaux 
des régions chaudes. Deux espèces, dans l'ancien monde, 
sont lé désespoir < i * * l'agriculteur. La plus grande, le 
criquet voyageur, se rencontre des côtes occidentales de 
rAfrique aux rivages de la Chine. I ne seconde espèce, de 
taille un peu moindre, le pachyty le migrateur (figuré dans 
l'introduction p. 21), s'avance plus au nord el se montre 
dans le midi de la France el dans toute l'Europe orien- 
tale. On en trouve des individus isolés dans le> prairies 
de la banlieue de Paris. Le nouveau monde el l'Australie 
oui aussi quelques autres espèces d'acridiens à migra- 
tions, mais moins fréquentes el moins désastreuses que 
dans l'ancien moud". La Nouvelle-Calédonie présente une 
espèce dévastatrice qui parfois obscurcil l'air de ses 
nuages. 

On a reconnu, en étudiant en Afrique le criquel voya- 
geur, qu'il a cinq mues : la première a lieu cinq jours 
après la sortit 1 de l'œuf; la seconde six jours après la 
première; la troisième huit jours après la seconde; et, 
dansées trois premières mues, l'insecte n'a pas d'ailes. 
Ensuite se produit la quatrième mue au bout de neuf 
jours, el l'insecte esl alors en nymphe, a\ec des rudi- 
ments d'ailes. Enfin, la cinquième mue ou l'état parfait 
arrive dix-sept jours après; en (oui quarante-cinq jours 
à partir de la sortie de l'œuf. 

L'histoire de tous les temps a enregistré les sinistres 
voyages des acridiens. Les criquets dévastateurs parais- 
sent habituellement prendre leur origine dans les déserts 
de l'Arabie et de la Tartarie; les vents d'est les amènent 
en Afrique et en Europe. On voit des vaisseaux couverts 
de ces insectes à 00 ou 80 lieues en mer. Les vents sont, 
en effet, leur auxiliaire indispensable. Nous m 1 remon- 
terons pas aux époques éloignées pour chercher les ré- 
cils de leurs (lé\aslalion>. des famines qui les suivent 



530 LES METAMORPHOSES DES INSECTES. 

et des pestes qui résultent de leurs cadavres amoncelés. 
L'Europe fut particulièrement ravagée en 1747, 1748, 
1749. En 1748, une de leurs nuées arriva jusqu'en 
Angleterre. L'entomologiste Duponchel rapporte, qu'en 
août 1854, des acridiens couvrirent pendant plusieurs 
jours les murs des maisons des quartiers les plus habi- 
tés du centre de Paris (Ann. Soc. entom. de France, 1834, 
Bull., p. XL). Si les hannetons ont forcé une diligence à 
rebrousser chemin, les criquets ont arrêté l'armée de 
Charles XII, en retraite dans la Bessarabie, après sa défaite 
de Pultawa. L'armée se trouvait clans un défilé, hommes 
et chevaux étaient aveuglés par une grêle vivante sortie 
d'un nuage épais interceptant le soleil. L'approche des 
criquets fut annoncée par un sifflement pareil à celui 
qui précède la tempête, et le bruissement de leur vol 
surpassait le sombre mugissement de la mer courroucée. 
Aux Indes, dans le pays des Mahrattes, on en vit une 
colonne serrée sur une longueur de 80 lieues et épaisse 
de plusieurs pieds. Barrow et Levaillant nous rapportent 
que les criquets dévastent souvent l'Afrique australe, 
que leurs cadavres masquent la surface des rivières, et 
que le sol semble balayé ou hersé. En 1855, des nuages 
de criquets cachaient, en Chine, le soleil et la lune. 
Après les végétaux sur pied, les récoltes en magasin et 
les vêtements dans les maisons furent dévorés. Les habi- 
tants s'enfuirent dans les montagnes. En 1780, le Maroc 
fut en proie à la plus affreuse famine, à la suite des 
criquets, et les pauvres déterraient les racines et re- 
cherchaient, pour se nourrir les grains d'orge dans la 
fiente des dromadaires. A la fin de 1864, les plantations 
récentes de cotonniers furent détruites au Sénégal par 
les criquets, et on observa un nuage d'avant-garde de 
15 lieues de long. Notre colonie algérienne, dans toute 
son étendue, est très-souvent leur proie. Le général 
Levaillant en a vu à Philippeville un nuage de 5 à 4 my- 



ORTHOPTÈRES. 331 

riamètres de longueur former sur le sol, en B'abattant, 
une couche de m , 3. Les récolles furenl ruinées en 1847. 
En 1845, l'Algérie avait été éprouvée en entier par le 
fléau des acridiens. Depuis, leurs invasions avaient été 
partielles; mais, en 1866, leurs bandes, sorties < I m 
Sahara, couvrirent de nouveau toute notre colonie, et 
les désastres méritèrent le nom de calamité publique 
<|ui leur esl donné dans l,i circulaire du comité central 
de souscription-, présidé par le maréchal Canrobert 
(Moniteur du 6 juillel 1866). L'invasion commença au 
mois d'avril ; les criquets, sortis des gorges H des val- 
lées du sud, s'abattirenl d'abord sur la Mitidja et le 
Sahel d'Alger ; la lumière du soleil était interceptée par 
leurs nuées ; les colzas, les avoines, les blés, les orges, 
les légumes furent dévorés, et 1rs insectes dévastateurs 
pénétraienl mêmedans les maisons. Les Arabes tentaient 
d'empêcher par de grands feux et d'épaisses fumées, et 
par divers bruits, la descente de leur.- faméliques es- 
saims. A la fin de juin, les jeunes criquets sortis des 
œufs, affamés en raison de la déprédation précédente, 
comblaient les sources, les fanaux, les ruisseaux. L'ar- 
mée, par corvées de plusieurs milliers d'hommes, réunit 
ses efforts à ceux des colons et des indigènes pour en- 
fouir les cadavres amoncelés, mais avec peu de succès 
devant le nombre immense di>> criquets. Presque en 
même temps, les provinces d'Oran et de Constant ine 
furent envahies. Le sol était jonché decriquetsà Tlemcen, 
où, de mémoire d'homme, ils n'avaient paru. Us atta- 
quèrent à Sidi-Bel-Abbès, à Sidi-Brahim, à Mostaganem, 
les tabacs, les vignes, les figuiers, les oliviers même, 
malgré leur amer feuillage; à Rélizane et à l'Habra, les 
cotonniers. La route de 80 kilomètres, de Mascara à 
Mostaganem, en était couverte sur tout son parcours. 
Ou les rencontra, dans la province de Constantine du 
Sahara à la mer et de Bougie à la Calle, dévastant les 



552 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

environs de Batna, Sétif, Constantine, Gnelma, Bone, - 
Philippeville. Le fléau n'a pas disparu les années sui- 
vantes, et il a amené en grande partie, sur le territoire . 
arabe, une désolante famine, aidé, il faut le dire, par un 
mauvais système de propriété et de culture et le fata- 
lisme musulman. Quelle pénible stupeur, quelle angoisse 
profonde, dans toute la France intelligente et instruite, 
à la lecture de celte lettre lamentable de l'archevêque 
d'Alger, pleine de charité ardente et si dignement évan- 
gélique ! 

En 1873, l'Algérie a subi une nouvelle invasion du 
criquet voyageur. A la fin de mai, des volées considéra- 
bles se sont abattues à Magenta, dans la province d'Oran, 
et, en peu de jours, les champs de pommes de terre, de 
blé et d'orge étaient détruits. Des escadrons de cavalerie, 
des détachements d'infanterie, auxquels sont venus se 
joindre colons et indigènes, ont coopéré h la chasse de 
ces ennemis ailés. D'énormes quantités ont été écrasées 
par les pieds des chevaux, assommées, brûlées sur les 
broussailles au moyen d'arrosages de pétrole, enfin ra- 
massées par sacs et jetées au feu vengeur ; mais ce n'est 
là qu'un verre d'eau enlevé à la mer! 

Il semble qu'après tant de désastres on devrait admi- 
rablement connaître ces criquets et surtout l'acridien 
voyageur de 1866. Il n'en est rien, et, dans l'article du 
Moniteur, qui annonce officiellement le fléau à toute la ' 
France (1 er juillet 1866), et inscrit la souscription dont 
la famille impériale s'empresse de prendre l'initiative, il I 
est dit que les sauterelles donnent naissance à des lé- 
gions de criquets. Autant confondre un bœuf avec un 
cerf. Dans notre pays, ces erreurs sont continuelles, triste 
mais inévitable conséquence de la part presque nulle 
accordée dans l'enseignement élémentaire à l'histoire 
naturelle, malgré ses applications si fréquentes! 

Il est facile d'établir la distinction. Les sauterelles ou 



ORTHOPTÈRES. 

locustes ont de longues •'! fines antennes ; des tarses au 
boul des jt.iiit's, à quatre articles. L'abdomen des fe- 
melles se termine par une longue larière ou sabre leur 
servant à pondre dans des trous (fig. 323). Les acridiens 
ou criquets ont des antennes plus ou moins courtes et 
épaisses, des tarses de trois articles, el l'abdomen des 



abdomen de locustien 
el tarse grossi. 




Fig 524. 

\ 1»«I. .1 util d'acridien 
et tarse grossi. 



femelles manque toujours de la longue tarière cornée, 
remplacée par quatre pièces, deux supérieures, deux 
inférieures, plus ou moins acuminées (fig. 324). Aussi 
la ponte a lieu sur le sol même. M acridien voyageur 
dépose environ quarante œufs, disposés sur trois rangs 
longitudinaux, oblongs, d'un jaune pâle, entourés d'une 
matière visqueuse, à laquelle se eollo la terre ou le 
sable, de sorte que ses œufs sont dans une sorte de nid, 
courbe, arrondi à un bout et tronqué à l'autre, qui est 
fermé par une calotte de terre (fig*. 325). 

Pour s'opposer à tant de désastres, on ramasse les 
criquets avec de grands filets traînants, et on recherche 
pour les brûler leurs œufs déposés sur le sol ou sur les 
branches. Les nègres du Soudan essayent d'épouvanter 
les criquets dans leur vol par leurs cris sauvages, e1 on 



354 



LES METAMORPHOSES DES INSECTES. 



a vu, eu Hongrie, employer à cet effet les détonations 
du canon. Dans la Grèce antique, des lois imposaient les 
citoyens de diverses provinces à un certain nombre de 
mesures de criquets. En 1613, en Provence, on paya des 
primes de 50 centimes par kilogramme d'œufs, et moitié 
de ce prix pour les adultes. Marseille dépensa alors 




Fig. 525. — Grand criquet d'Afrique, petites larves sortant de l'œuf, œufs 
(acridien voyageur). 



25,000 francs, et Arles "25,000. Plus récemment on dé- 
pensa dans le même pays pour cette chasse 2,227 francs 
en 1822; 2,842 en 1825; 5,842 en 1824, et 6,200 en 
1825. En 1850, on donna en Algérie une prime de 
25 centimes par sac de criquets, et on les apportait à 
Médéali par charge de trente à quarante dromadaires. 
Par une sorte de vengeance due a une cruelle néces- 



ORTHOPTÈRES. 

site, des populations se nourrissent de ces insectes, el 
oui mérité le nom d'acridophages. Moïse en permet quatre 
espècesaux Hébreux (Lévit., n, v. 21 et 22); les Grecs 
les vendaient au marché (Aristophane, les Acharniens, 
v. 1115); sainl Jean-Baptiste en fit sa nourriture dans 
te désert (Malth., Evang., c. m, v. 4), et Diodore de 
Sicile rapporte que les Éthiopiens les servaient sur leurs 
tables. De nos jours, en Algérie, les indigènes mangent 

le criquet voyageur, l'espèce la plus commune, n<»i te 

par eux djerad el arbi (la sauterelle arabe). M. Lucas a 
observé que ce sont surtout les Bédouins, ou habitants 
dos plaines, et les Kabyles, ou habitants des montagnes, 
et très-raremenl les Manies, qui l'emploient co le ali- 
ment. A cel effet, les Arabes leur coupent la tête en 
prononçant les mots suivants : Bisni Allah (Au nom de 
Dieu) ; Allah akbar (Dieu le plus grand), enlèvent les 
ailes et les grandes pâlies, puis salent le corps el le 
mangent au bout de quelque temps. La saveur du mets 
n'est pas très-désagréable, au dire de M. Lucas. En 
Arabie, les femmes et les enfants enfilent les criquets en 
chapelets pour les vendre après dessiccation. Les pro- 
phètes s'en nourrissaient autrefois dans les groltes du 
Carmel; aujourd'hui, en Orient, on les mange au café 
comme dessert et friandise. Il est des pays où on les fait 
frire ou bouillir; les Hottentols les aiment beaucoup. 



CHAPITRE IX 



NÉVROPTÈRES 

Les termites, ouvriers, soldats et sexués. — Les termites des Landes. -î 
Les termites exotiques, la mère séquestrée. — Les raphidies et les man- 
tispes. — Singulières métamorphoses des mantispes dans les cocons à 
œufs des araignées. — Les libellules et leurs chasses, ruse des larves 
— Les éphémères, leur longue vie à l'état de larves, mœurs diverses 
de celles-ci, métamorphose supplémentaire. — Les perles et les né- 
moures, larves et nymphes. 



Comme dans l'autre section de l'ordre des névroptères, 
ceux qui n'ont que des métamorphoses incomplètes se 
divisent, sous ce rapport, en deux groupes, selon que 
les larves et les nymphes sont terrestres comme les adul- 
tes, ou qu'elles habitent l'eau à ce premier état. 

Les termites sont les plus curieux représentants des 
premiers. On les nomme souvent fourmis blanches, à 
cause de leurs teintes blanchâtres, poux de bois, vagva- 
gues, carias, etc. Les prétendus peuples mangeurs de 
fourmis se nourrissent réellement de termites , dont on 
dit que les nègres sont très-friands. Nous retrouvons 
chez ces insectes l'existence de sociétés nombreuses, et 
la fonction de reproduction, pivot unique'de ces préten- 
dus gouvernements, est divisée en un plus grand nom- 
bre d'individus que partout ailleurs, même chez les 
bourdons et les abeilles. Lcà où la révolte est impossible, 
la subordination est inutile. La fonction de reproduc- 
tion exige ici quatre individus et non plus seulement 
trois. Il faut le père, la mère, la nourrice et le soldat. Il 



NÉVROPTÈUKS. 537 

v ,i certaines espèces de fourmis où cette même division 
quaternaire parail exister. 

Gomme la plupart des espèces de termites -<>ui exoti- 
ques, elles n'ont été l'objel que d'observations peu 
scientifiques. <>n se préoccupe surtout des dégâts qu'ils 
causent, el beaucoup de points de leur histoire restent 
encore obscurs. Il n'esl nullemenl certain qu'on Boit 
autorisé à généraliser ce qui n'a encore été constaté 
que sur mi très-petil nombre d'espèces. Il existe en 
France, principalemenl dans les landes de Gascogne, 
doux espèces de termites. La plus abondante fail des 
nids en parcelles de bois rongé, composés de quelques 
centaines d'individus, dans les souches des pins qui res- 
tent en grand nombre sur Le sol après que les arbres ont 
été coupés. On nomme celte espèce termite lucifuge, 
parce que, à l'ordinaire de tous les ténuités, ils rongenl 
les objets ligneux à l'intérieur, en respectant toujours 
la surface externe, de sorte qu'on se trouve dans la plus 
parfaite ignorance de leurs atteintes. 

Un grand nombre de maisons de la Rochelle, Roche- 
fort, Tonnay-Charente, ont eu leurs poutres entièrement 
détruites à l'intérieur. A Tonnay-Charente, une salle à 
manger s'écroula, et L'amphitryon et ses convives tom- 
bèrent à la cave. On peut voir dans les galeries du Mu- 
séum les colonnes de bois qui soutenaient la salle et qui 
lurent rapportées par Audouin, en mission pour con- 
stater les dégâts des termites. L'hôtel de la prélecture 
de la Rochelle était envahi par ces insectes, et les archi- 
ves furent en partie détruites, la reliure des registres 
restant intacte. On est forcé de les enfermer mainte- 
nant dans des boites de zinc. M. E. Blanchard a vu, aux 
voûtes des caves de la préfecture, des tubes formés par 
<les matériaux agglutinés, servant de galeries aux ter- 
mites qui ne paraissaient pas à l'air libre. Le liu_ 
aussi exposé à la dent de ces insectes. Audouin a rap- 

22 



358 LES METAMORPHOSES DES INSECTES 

porté de Tonnay-Charente le voile de noces d'une dame 
entièrement troué par eux. Certains quartiers d'Agen et 
de Bordeaux commencent à souffrir des ravages de ces 
insectes. Leurs sociétés restent séparées dans les bois; 
elles se réunissent dans les villes pour leurs dépré- 
dations. 

Lespès a reconnu dans les termitières des landes cinq 
sortes d'individus bien distincts. Chaque nid présente 
d'abord un couple fécond, roi ou reine, ou petit roi et 
petite reine. Il s'y trouve des neutres de deux formes dif- 
férentes. Les plus nombreux sont des ouvriers, de la 
taille d'une forte fourmi, chargés de creuser les gale- 
ries dans le bois, de soigner les œufs, les larves et sur- 
tout les nymphes, en les aidant à opérer leurs mues, les 
brossant, les léchant; d'aller à la recherche des provi- 
sions, de les emmagasiner dans le nid. Chose singu- 
lière! ils sont aveugles. D'autres neutres, bien moins 
abondants, au lieu de la tête arrondie des ouvriers et de 
leurs courtes mandibules, ont une énorme tête, presque 
moitié du corps, un peu carrée et avec de très-fortes 
mandibules croisées. Ce sont les sojdats chargés de la 
défense du nid , se précipitant pour mordre les agres- 
seurs. Au reste, ces pauvres défenseurs sont aveugles 
comme les ouvriers. L'anatomie a fait voir à Lespès que 
ces neutres des deux sortes sont les uns des mâles, d'au- 
tres des femelles, toujours à organes avortés. Il se ren- 
contre des larves de deux variétés , ressemblant beau- 
coup aux ouvriers. Les unes doivent devenir des neutres, 
les autres des mâles ou des femelles, et on les reconnaît 
en ce qu'elles ont de très-légers rudiments d'ailes. Les 
nymphes à ailes imparfaites deviendront des mâles 
et des femelles. Il en est qui ont de longs fourreaux 
pour les ailes; d'autres, plus ramassées, ont des four- 
reaux alaires plus courts. Les larves et les nymphes des 
individus sexués ont les yeux cachés sous la peau. Les 



NÈVROPTÉRES. 539 

jiiàlcs et femelles seuls ont des yeux des deux espèce , 
composés et simples. Ils prenneni des ailes el émigrenl ; 
puis, comme les fourmis, les perdent aussitôt après que 
la fécondité des femelles esl assurée. Les mâles el fe- 
melles provenani des nymphes à longs f Teaux de> ien- 

nenl les petits rois el petites reines, après leur essai- 
mage qui a lieu à la fin de mai. En août, des autres 
nymphes proviennent des mâles el des femelles plus vo- 
lumineux, plus féconds, qui sont les mis et reines. Les 
couples des deux sortes, recueillis par les ouvriers et 
les soldais, forment le noyau de colonies de printemps 
el d'automne. Il y a là, comme on le voit, une remar- 
quable complication. L'abdomen de la reine est énor 

el traîne à terre. Elle se tient dans une galerie profonde 
du nid, sans cellule spéciale; le mâle ordinairement 
près d'elle. Quoique très-embarrassée de son gros ven- 
tre, elle marche cependant assez bien, et le roi est tou- 
jours très-vif. Les ouvriers no paraissent pas avoir pour 
eux de soins d'aucun genre. 

Des faits analogues, mais avec un caractère plus tran- 
ché, plus exagéré, se montrent chez les termites exoti- 
ques. Quelques espèces ont été étudiées dans l'Afrique 
australe par un voyageur hollandais. Siueallnnan, à la 
fin du siècle dernier. L'une d'elles, le termite belliqueux 
ou fatal, construit en terre gâchée des nids en monti- 
cules coniques, pouvant dépasser ."> mètres de hauteur, 
assez solides pour supporter le poids des taureaux sau- 
vages. Smeathman et ses compagnons se cachaient en 
embuscade entre ces grands nids pour chasser; il rap- 
porte qu'il monta une fois sur l'un d'eux avec quatre 
hommes pour chercher à l'horizon si quelque navire 
n'était pas en vue. Au milieu de la partie inférieure (\\\ 
nid esl la cellule royale oblongue, à voûte arrondie, 
ayant jusqu'à m ,25 de longueur. Elle est entourée des 
salles de service du couple royal. Au-dessus sont des 






340 LES MÉTAMORPHOSES DES INSECTES. 

magasins remplis de parcelles de gomme et de sucs de 
plantes solidifiés, Dans le pourtour du nid sont de gran- 
des chambres ou nourriceries, avec cellules de bois 
collé à la gomme. Là sont déposés les œufs de la reine, 
et closent les jeunes larves. Ces chambres, grandes 
parfois comme une tête d'enfant, sont bien ventilées. Le 
haut du nid est occupé par un dôme creux, plein d'air. 
On trouve dans ce nid une multitude d'ouvriers, de 
m ,005 de longueur, des soldats, de m ,010, dont cha- 
cun pèse autant que dix ouvriers, des mates et des fe- 
melles non fécondées, de in ,018 de longueur, pesant 
autant que trente ouvriers. Les ailes des mâles, qui 
ne subsistent que quelques heures, ont m ,050 d'enver- 
gure. 

« La cellule royale, dit M. de Quatrefages 1 , renferme 
toujours un couple unique, objet des soins les plus em- 
pressés, mais qui achète sa grandeur au prix d'une ré- 
clusion perpétuelle, car les portes et les fenêtres du 
palais, suffisantes pour laisser passer un ouvrier ou un 
soldat, sont trop étroites pour livrer passage au roi et 
plus encore à la reine. Celle-ci, toujours au centre de 
la chambre princière et reposant à plat , frappe tout 
d'abord les yeux de l'observateur. Qu'elle ressemble peu 
à ce gracieux insecte aux ailes fines, à la taille svelte, 
qui n'avait que trois à quatre fois la longueur et trente 
fois le poids d'un ouvrier ! Ses ailes ont disparu, la tête 
et le corselet sont restés à peu près les mêmes ; l'abdo- 
men, au contraire, a pris un développement monstrueux 
et tend à s'accroître sans cesse. Dans une vieille fe- 
melle, il est deux mille fois plus gros que le reste du 
corps, et atteint jusqu'à m ,15 de long. Cette femelle 
pèse alors autant que trente mille ouvriers, et, grâce 
à cette obésité exagérée, les précautions prises pour 

1 Souvenirs d'un naturaliste, t. II, p. 587. 





1 



f 



m m % h 



4 ■' ... SJB* - -; S' 



Kg. "rit;, 327, 328 el 329 -Termite lucifuge, mâle, ouvrier, soldat, grossi 

femelle féconde d'un termite exolique. 



NBVROPTÈRES, 343 

prévenir la faite sont parfaitement inutiles, car elle 
ne peut Paire un seul pas. Quanl au mâle, il a aussi 
perdu sos ailes, mais n'a d'ailleurs changé ni de dimen- 
sions, ni de formes. Toutefois il use peu «le sa faculté 
de locomotion, et, tapi d'ordinaire sons mi t\t>s côtés du 
vaste abdomen de sa compagne, il se borne à être le 
mari de la reine. Les travailleurs el les soldats ont l'air 
de Taire assez peu d'attention au roi; mais ils sonl fort 
oceupés <le la reine. L'espace laissé libre autour «le 
celle-ci est constamment rempli par quelques milliers 
de serviteurs empressés qui circulenl autour d'elle en 
tournant toujours dans le même sens (fig. ô v Ji», 527, 
328, 329). Les uns lui donnent à manger, d'autres en- 
lèvonl les œufs qu'elle ne cesse de pondre, car ici, 
comme chez les abeilles, cette reine est avant tout la 
mère de ses sujets. » Sa fécondité est devenue vraiment 
prodigieuse chez les termites exotiques. Son corps dé- 
formé n'est plus qu'un sac à œufs. 11 y en a toujours un 
de mûr, et on voit de continuels mouvements de con- 
traction s'exécuter, tantôt sur un point, tantôt sur l'au- 
tre. Elle pond au delà de soixante œufs par minute, plus 
de quatre-vingt mille par jour. De ces œufs naissent des 
petites la