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Full text of "Les murailles révolutionnaires : collection complète des professions de foi, affiches décrets, bulletins de la republique, fac-simile de signatures (Paris et les départements)"






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LES MURAILLES 



RÉVOLUTIONNAIRES 



Paris. — Iii)|)iiincric I.AOi n et C*, ruo Soiifilol, 16 



LES MURAILLES 



RÉVOLUTIONNAIRES 



COLLECTION COMPLETE DES 

PROFESSIONS DE FOI, AFFICHES 

DÉCRETS, BULLETINS DE LA REPUBLIQUE, 

FAC-SIMILE DE SIGNATURES. 

(PARIS ET LES DÉPARTEMENTS) 



l; 



CHEZ J. BRY (aink), EDITEUR, 

27 , RUE GIÉNÉGAID , -7 

1852 



— 181 — 



PRINCIPES 



DU 



COMITË DEMOCRATIQUE 

de la porte Montmartre. 

(ADOPTÉS SUR LA PROPOSITION DU CITOYEN DEBRAY.) 

Séance du 6 mars 1848. 



1^ 



La République française est proclamée. 

Un souffle du peuple a renversé la plus matériellement puissante des monar- 
chies. 

La révolution a été faite par le peuple intelligent et travailleur, accomplie par 
la démocratie. 

Le pouvoir doit puiser sa force dans les éléments démocratiques. 

La démocratie, toujours inquiète, sans jamais craindre, doit conserver son 
attitude énergique. 

Combattre les pouvoirs réacteurs , les tendances contre-révolutionnaires , 
voilà son droit. 

Moraliser le peuple, veiller à ce qu'il ne succombe pas dans le duel engagé, 
depuis six mille ans, entre l'aristocratie et la démocratie, voilà son devoir. 

La force matérielle, la distinction des castes, l'arbitraire, l'accaparement, la 
ruse et la corruption, c'est l'aristocratie. 

La fraternité, l'union, le travail, la morale, c'est la démocratie. 

Les aristocrates sont de mauvais citoyens. 

La démocratie doit les convertir ou les combattre. 

Les démocrates sont les bons citoyens ; la patrie doit leur assurer la double 
existence matérielle et politique. 

Dans le gouvernement républicain , le pouvoir est le corps ; 

La démocratie est 1 àme. 

Le comité démocratique de la Porte-Montmartre a pour but : 

La souveraineté du peuple ; 

La liberté politique et religieuse ; 

L'équilibre du devoir et du droit : 



T. I. 61 



482 — 



L'attribution des fonctions publiques à l'intelligence , à la capacité , à la 
vertu. 

La propagande démocratique à l'intérieur et au dehors : 

L'appui aux opprimés, la guerre aux oppresseurs ; 

Il a pour moyen la discussion et pour ullima ratio l'appel au peuple. 

Le comité discute toutes les questions qui doivent aboutir à la législature. 

11 exprime des vœux, fraternise avec toutes les associations démocratiques, et 
résume son programme en ces trois mots : 

Veiller l avertir ! combattre ! 

Le comité démocratique de la Porte-Montmartre, fondé le 26 février dernier, 
a volé hier sa déclaration de principes. Ce comité, dans ses séances précédentes, 
a volé : 1° une adresse au gouvernement provisoire, tendant à la suppression 
absolue du timbre et du cautionnement pour les productions de la pensée; 
2° une adresse à l'elFet d'appeler l'attention soutenue du gouvernement provi- 
soire sur la distribution des emplois. 

Les séances sont publiques ; elles ont lieu tous les soirs, 60, faubourg Mont- 
martre, dans le préau de l'école communale. 

Sujné : CissET, président', Monginot-Debrày, vice-président; 
RiARDANT , GuESNiER ; A. Janin , Secrétaires ; Vadet, 
trésorier. 

Certifié conforme : 

DEBRAY, l'un des fondateurs. 



REPLBLIQUE FRANÇAISE. 



CITOYENS ÉLECTEURS, 

Le Peuple, en déclarant, par l'organe de son Gouvernement provisoire, que 
< ba(|u«' Citoyen français est éligible, a fait un appel à tous ses enfants. Ceux aux- 
C{\\iAf> des amis sincères reconnaissent un dévoîiment sans bornes à la Patrie, 
joi ni à une ('\j)ér:ence laborieusement acquise, ceux-là doivent se mettre à votre 
disposiiion , afin que vous puissiez choisir des Représentants parmi les plus 
dignes. 

Pour lacililer votre choix, le devoir des hommes nouveaux est de vous faire 
( onnailre ce qu'ils onl élé, ce qu'ils sonl, ce qu'ils veulent, ce qu'ils espèrent. 

l'ils de prolétaire, j'ai élé successivement Travailleur dans nos campagnes, 
Ouvrier dans nos ateliers, combattant en 1830, Étudiant sur les bancs, Ingé- 



— 483 — 



nieur dans les usines, et Professeur dans une de nos premières écoles. C'est à 
force de labeur et de veilles que j'ai conquis n*c» grades, qii€ j'ai pu rendre 
* quelques services à l'industrie , que j'ai pu connaître les besoins des Travailleurs 
dans les différentes positions qu'ils occupent, et étudier les ressources qu'on en 
peut obtenir. 

Sans la justice, la moralité, l'ordre et le dévoùment , je ne crois aucun pro- 
grès possible. C'est à cette profonde conviction que je dois la glorieuse estime du 
vénérable Dupont (de l'Eure). 

Ma constante préoccupation est la solution de la question la plus importante 
et la plus difficile que l'Assemblée nationale va être appelée à résoudre, ceye qui 
aura pour but d'assurer te travail à tous, et à tous une rémunération suflTisante et 
équitablement répartie. 

Un des premiers devoirs de la nouvelle Représentation sera d'assurer à notre 
Peuple agricole d'importantes améliorations, parce qu'il est en même temps le 
Père nourricier et le client le plus important du Travailleur de nos ateliers et de 
nos usines. Vos mandataires doivent, en un mot, inscrire sur leurs bannières : 
destruction de tous les abus et vivification de tous les éléments productifs aban- 
donnés ou gaspillés jusqu'ici. 

Pour formuler nettement toutes les réformes nouvelles et organiser économi- 
quement les grands services publics, la France ne manquera pas d'hommes 
aussi grands par le génie que par le cœur; mais à leur côté, iWn faut de non 
moins dévoués, mais plus obscurs, pour élaborer les questions de détails et 
apprécier les difficultés pratiques , afin de venir au-devant ; c'est au nombre de 
ces derniers que j'ai l'ambition de me ranger, et que je crois étro utile à la chose 
publique. 

Si j'ai à peine ébauché la question politique proprement dite, celles de l'in- 
struction et de l'éducation publiques, c'est qu'elles ne sauraient trouver d'oppo- 
sition sérieuso dans l'Assemblée prochaine. Elles se réduisent pour moi dans la 
devise de notre jeune Piépublique : Liberté, Fraternité, Égalité. Sous son in- 
fluence, la prospérité et la grandeur du pays doivent croître et nous acquérir le 
premier rang parmi les nations. Mais pour que nous conservions la place qui 
nous appartient dans le monde, il faut répéter partout et très haut que l'inté- 
rêt général ne saurait désormais être sauve-gardé que par la constitution la plus 
libérale et la plus économique qu'une république seule peut réaliser; en deçà et 
au-delà, il n'y aurait que malheur et ruine pour notre chère patrie. 

Réunissons-nous donc tous dans une même ardeur et dans un dévoùment com- 
mun pour le bien public, afin que de tous les points du globe on respecte et admire 
notre noble France, et que tous ses enfimts s'écrient bientôt dans un transport de 
reconnaissance: VIVE LA RÉPUBLIQUE l 

MICHEL ALGAN , 

7 his, rue Bergère , 
Ancien ouvritr, âécoré âe Juillet, Ingénieur civil, Professeur 
à l'Ecole centrale des Arts et Manufactures, Membre du 
Conseil de la Société d'encouragement pour VlnduMric 
Candidat à la Représentation nationale du département de 
la Seine. 

Imprimerie centrale de Napoléon Chaix et Comp., rue Bergère, 8 
m m . . — — ■ ■ " ■ 



— 484 — 



Elections Générales 

DESPRÉAUX-BoiLEAu , cinq minutes. 



w Qu'un Normand aime un Normand, cela se conçoit; 
« mais qu'un Parisien aime un Parisien, cela n'est que juste; 
« où trouverait-il plus de cœur plus de grandeur d'âme, plus 
« d'abnégation, etc.... » 

{Un vieil auteur .) 



BRAVES ENFANS DE PARIS, 

Un Parisien de 89 vient demander vos 
syffrages pour èlre Représentant du Peuple. 
— Élève du Prytanée français , ci-devant 
collège Louis-le-Grand, il olTrecntier dévcû- 
ment à la liépublique sa nourrice. 

Il a entendu retentir de nouveau, et pour 
toujours, les immortels chants de la Marseil- 
laise et du Départ. 

PASDE BAVAI^S, mais écoutez ceux que 
l'on nomme laconiques. 

To by, or not ta bxj^ that is the question. 
Lire ou n'être pas, voilà la question. 

Si vous nommez de meilleurs Républi- 
cains, il n'aura qu a s'en réjouir, mais nom- 
mez des Répiihlicains, dfs Hommes nouveaux, 
repoussés juscju'a ce jour, et voiliez, Ci- 
toyens, car les deux chambres corrompues 
que vous avez chassées s'agitcntcncorp. 

Nos euucmis disent liautemetU qu'ils ialtemUnt 
à nous voir périr par les finances, et dès-lors, 
malgré ma vénération pour le Gouvernement 
provisoire , je dois vous déclarer que les 
études linancières de toute ma vie prouvent 
qu'il a eu toi t de mettre u la lôte des linanccs 
un hommeentièremenlétranger aux finances. 
Ce ministre amis la Képubli(|ue en danger 
en proclamant labancjueroule, car c'est une 
véritable spoliation que d'essayer de faire 



perdre un quart ou moitié aux déposans des 
Caisses d'épargne : il ignore jusqu'aux pre- 
miers élémens de finances, qui disent aux 
Etats qu'ils sont éternels, et que la première 
condition financière est l'exécution de la pa- 
role donnée; heureusement, ces mesures 
sont essentiellement provisoires. 

Si vous m'honorez du titre de Représen- 
tant du Peuple, je m'engage à une réduction 
de 400 millions au moins sur le budget, sans 
désorganiser aucun service, et à rappeler, 
par mes conseils, le numéraire : par mes con- 
seils seuls, car je considère toute fonction 
salariée comme incompatible avec la dignité 
de Représentant du Peuple. 

Grâce à vous, Parisiens, nous avons eu 
deux fuis une acjUatiou pucifi((ue, cunime di- 
saient les patriotes anglais présens aux com- 
bats. Continuons , et souvenons-nous bien 
([{iQtoul vient à point à qui sait attendre. 

RÉPIBLIQLE OBLIGE. 

DESPRÉAUX-BoiLEAU, 

Vérificateur de l'Enregistrement en retraite, 
S'^ Compagnie du ['' Bataillon delà T* Légion, 



Aiiteur du Dictionnaire Général des Hypothèques, 
des Lois annotées sur l'Enregistrement, etc. 

Typographie et litliofrraphic Félix Mal teste et Comp., nie dos Dcux-Portcs-Saint-Sauveur, i8. 

REPRÉSENTANTS DU PEUPLE. 



Réranger. 



Dospréaux (Boileau). 
Albert (ouvrier). 



Karr (Alphonse). 
Mar'ust, (Nalional). 
Martin (ouvriei"). 



Sic. 



— 485 — 



Thomas (Etienne). 

Piorry. 

Marie. 

Thévenot. 

Ara go. 

Flocon. 

Carnoi. 

Guénin. 

Cirier (ouvrier). 

Gouache. 

Méry. 

Bonard (ouvrier). 

Bûchez. 

Audry dePuyraveau. 



Sbèffer (Ary). 

Tricoche. 

Peupin (ouvrier). 

Duraas-le-Savant. 

Pliilippon. 

Arago(Élienne). 

Quinei. 

Clary. 

Thomas (Emile). 

Fou cher. 

Schmiit (ouvrier). 

Barbet (Auguslej. 

Coulant (ouvrier). 

Caussidière. 



Cette liste de candidats était jointe à toutes les circulaires de M. Despréaux-Boi'.eau. (N. d. E. 



Citoyens, 

Je viens solliciter votre suffrage pour le gracie de capitaine détaché à l'état- 
major général. Jeune, actif, libre de ma personne et de mon temps, je viens of- 
frir à mon pays, comme tout bon citoyen doit le faire aujourd'hui, mon concours 
désintéressé. 

Je vous exposerai en termes courts mes opinions politiques; elles se résument 
dans ces trois mots : 



VIVE LA RÉPUBLIQUE! 

et dans l'application, autant que peut le faire un homme, des trois grands prin- 
cipes de 

LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ. 

Peut-être, citoyen, jugerez-vous quelque autre plus digne que moi du grade 
que je viens solliciter de vous, mais à coup sur vous ne trouverez personne plus 
dévoué de corps et d'âme à la République, et par suite à la nation. 

CLAUSEL, 

rue de la Paix, no 20. 



— 48© — 



CA]\DIDAT 

A L'ASSEMBLÉE NATIONALE. 



Citoyens, 

Je sollicite vos suffrages comme candidat à la Constituante; je dois donc vous 
faire connaître ma vie passée, mes espérances pour l'avenir, mes principes so« 
ciaux et politiques. 

Ma vie passée, en peu de mots, vous allez la connaître. 

Je suis chimiste; la science et le travail se sont partagé tout mon temps. Pres- 
que toujours le succès a couronné mes efforts, et mes découvertes m'ont valu 
plusieurs récompenses nationales, deux médailles d'or, une d'argent et une de 

bronze. 

J'ai toujours été républicain, et je puis le dire hautement, car le républicain, 
d'après moi, est l'homme qui veut constamment le soulagement du pauvre, qui 
veut que le riche lui vienne en aide, qui veut l'égalité et la fraternité pour tous. 
Or, ces principes sont ceux de toute ma vie. Car il importe peu de discuter sur 
le mol républicain que chacun entend à sa manière : les uns se disent â\i jour, 
les autres du lendemain; les exaltés se croient les vrais républicains, et presque 
tous absorbent un teuips plus précieux que jamais. 

Quant à mes principes politiques, je dois aussi vous les faire connaître. 

Le respect de la propriété ; — L'abolition des imj^ôts sur les subsistances ali- 
mentaires; — -L'impôt progressif ayant jjour base les revenus quels qu'ils soient ; 

— L'établissement d'asiles poui- les vétérans et invalides ouvriers des deux sexes ; 

— L'application la plus étendue du jury pour la justice; — Les juges nommés à 
l'élection ; — LesXrais de poursuite considérablement diminués ; — La nomina- 
tion de commissaires de commerce pour le recouvrement des billets et des fac- 
tures non payées. 

Et par dessus tout cela, et comme une arche sainte, un gouvernement répu- 
blicain purement démocratique. 

Ce qui me décide à solliciter vos suffrages, c'est que je crains que la France 
n'ait encore pour représentants que des orateurs et non des hommes pratiques. 

Tels sont, citoyens, les principes qui m'ont toujours guidé, les vœux que je 
forme dans l'intérêt de mes frères, vœux et principes que je chercherai à faire 
triompher à l'assemblée nationale, si vous me confiez votre mandat. 

FRÉDÉifrc DUVAL, 

Chimiste, auteur de la l)rochure sur la Taxe progressive du revenu (toast 
devant ôtre porté au banquet du 12" arrondissement), 

' 9, rue du Pldlre -Saint- Jacques. 

Je vous propose en outre les candidats suivants à l'assemblée nationale : 



— i^f — 



Les citoyens : Georges, officier de la Légion-d'Honneur, médaillé. 

Victor Durand, licencié en drùit, kh, rue N.-D. de Lorette. 
Napoléon Langlois, chef d'ouvriers, 40, boule\art du Temple. 
AuBERT, professeur au lycée Descartes. 

Citoyens, 
Les candidats que je vous propose déclarent, comme moi, faire abandon des 
trois quarts de l'indemnité accordée aux représentants du peuple en faveur de la 
Société républicaine de bienfaisance, pour le soulageaient des pauvres honteux 
dont je suis le fondateur. 

Tmp. de J.-B. Gros, rue du Foin-St-Jacques, 18. 



• Citoyens, 

Des amis que je compte parmi vous ont bien voulu m'inviter à me mettre sur 
les rangs pour l'Assemblée nationale. 

J'accepte cette preuve honorable de confiance, et dans les circonstances où 
nous sommes, c'est le devoir d'un bon citoyen de consacrer à la chose publique 
ses efforts les plus énergiques et les plus dévoués. 

Simple employé au ministère des finances, où j'étais entré fort jeune et où je 
suis resté treize ans, j'ai fait, dans le silence, tous les travaux qui m'ont amené à 
l'Institut, à l'école Polytechnique, au Collège de France. 

Le 26 juillet 1830, je signais la protestation des journalistes, signal de l'insur- 
rection. 

Pendant de longues années j'ai siégé avec Garnier-Pagès, dans le Comité de la 
Société <- Aide-toi, le Ciel f aidera, » et j'ai écrit au National Si\ec Carrel; en juin 
1832, j'ai été jeté en prison avec la plupart de mes amis; en 1840, j'ai cru devoir 
accepter les fonctions de chef du caliiuet et du secrétariat auprès du ministère de 
l'instruction publique. Retiré depuis lors de toute action politique, rougissant 
pour mon pays du joug qui lui était imposé, j'ai salué avec ivresse l'avènement de 
la République, qui nous délivrait de toutes ces hontes et qui nous promet un si 
fécond avenir. 

Dès le 25 février, j'étais avec tous mes amis, Garnier-Pagès, Marrast, Arago, 
Pagnerre, Bûchez, Bixio, etc., à l'Hôtel-de- Ville; et aujourd'hui je remplis auprès 
du gouvernement provisoire les fonctions de chef de son secrétariat. 

C'est assez vous dire, citoyens, que je ne suis point un républicain du lende- 
main ; et vos suffrages, si vous me faites l'honneur de me les accorder, seraient la 
plus noble récompense d'une carrière toute de travail, et je puis ajouter toute de 
dévouement. 



Votre Concitoyen. 



BARTHÉLÉMY SAINT-HILAIRE. 

Membre de rinslitul, professeur de philosophie au Collège de 

France, répétiteur h l'Ecole Polvtecbnique ; 
Chef do Seci-élariat du Gouvernement provisoire. 

Paris, rue de rOdéon, 35. 



— 488 — 



Peuple Souverain!... 

LE GRMD PROBLÈME 

de l'Organisation du Travail, et par conséquent 
de l'Organisation sociale 

EST RÉSOLU. 

GRXSNIER , Candidat à la députation nationale, et Républicain Socialiste, 
auteur du Drapeau national du 2/i. février 1848, fondateur de l'Association 
intégrale des 

Travailleurs-Propriétaires 

pour la constitution de la propriété pour tous 

par le travail associé, 

VA PUBLIER DANS QUELQUES JOURS 

LE PLAN UIVITAIRE 

Ou Solidarité de toutes les Industries de la République française , 



Sans autre recommandation que son travail pratique et scientifique, sans 
autre recommandation que sa conviction et sa foi, il vient te demander, grand 
Teuplcj ton suffrage universel parisien! ! ! 



Nota. Eu vur; de ballottii^es ou de rWlcctions, nous recommandons de ne pas éparpiller les voix, et de les 
conc<^niror s;ir .|ijol.iiies-unos de nos CANDID.VTUaES NATIONALES : A. Toussenel, A. Hamel, 
H. Faf ère, Peopla (horloger). 



L^ 



— 489 — 



CITOYENS, 

Un Comité répuhlicain démocratique pour les Elections de l'Oise se forme en 
ce moment à Beauvais. 

L'intention des Citoyens qui s'occupent de cette réunion est de préparer en 
commun les Elections prochaines, afin d'envoyer à l'Assemblée nationale des 
hommes nouveaux et franchement républicains, capables de fonder une Consti- 
tution durable. 

Pour arriver à ce résultat, le Comité fait un appel à tous ceux qui veulent le 
triomphe du principe démocratique avec ses conséquences sociales et politiques, 
afin d'appliquer dans son vrai sens cette immortelle devise : Liberté, Egalité, 
Fraternité. 

Il s'adresse surtout aux masses, déshéritées jusqu'alors de leurs droits politi- 
ques, pour étudier avec elles les devoirs que nousimposent nos nouvelles libertés; 

Car, ne l'oublions pas, chaque liberté entraîne un devoir. 

Nous entretenir avec tous et nous bien pénétrer de l'esprit de notre nouvelle 
révolution ; 

Réveiller le patriotisme dans notre département; 

Correspondre avec les Comités; 

Eloigner de l'Assemblée nationale les hommes qui, par leur passé et leurs opi- 
nions, appartenaient au système que la volonté du peuple vient de renverser ; 

Tel est le but patriotique et désintéressé que se propose le Comité des répu- 
blicains démocrates de l'Oise. 

MISE LA RÉPUBLIQUE! 

Nota. Prochainement, une réunion générale aura lieu ; l'heure et l'endroit en 

seront indiqués. 

Beauvais. — Imprimerie d'Aeh. DesjarJins, rne Saint-Jean. 



AUX CITOYENS ELECTEURS 

du département de la Seine. 



CHERS CONCITOYENS, 

La République a décrété l'abolition de l'esclavage dans toutes ses colonies. 
Pour l'honneur de la France et du christianisme elle est tombée enfin, l'impie, 
l'odieuse instiUilion qui faisait d'un homme la chose d'un autre homme 1 En ce 
moment, par-delà les mers, un immense cri de joie s'élève vers le ciel de la poi- 
trine de 250,000 esclaves, nos frères, et confère au Peuple souverain la plus au- 
guste des consécrations, la gratitude du faible et de l'opprimé. 



T. I. 62 



— 490 — 



Ces nouveaux enfants de la France, ces compatriotes dévoués, que vient de 
vous donner la parole de rédemption, resteront-ils sans représentant dans l'As- 
semblée nationale appelée à organiser la société sur des bases nouvelles? N'y 
aura-l-il personne, au sein de l'assemblée, qui ait connu de près les misères de 
l'escJave, qui ait liitlé pour hâter l'heure de sa délivrance, et dont la voix non 
suspecte, dout l'expérience chèrement achetée puissent apporter quelques utiles 
lumitres dans la discussion des questions où l'avenir de la race noire est en jeu? 
Les planteurs, les cx-maîlres et les afiranchis de vieille date, vont concourir au 
choix de leurs mandataires; mais ces 250,000 hommes dont la liberté toute ré- 
cente ne comporte point encore l'exercice du droit électoral, par cela même 
demandent une proleclion spéciale. Peuple de Paris, c'est à toi qu'il appartient 
de leur donner un leprésenlant, car c'est toi qui as brisé leurs chaînes sur la 
pierre des barricades. 

J'aspire à I honneur d'être ce représentant des Noirs. Fils d'esclaves, démo- 
crate ])iir droit de naissance, voilà vingt-huit ans que je combats pour la liberté 
etl'égalilé. J'ai été condamné, dans une colonie française (à la Martinique), aux 
galères à perpétuité et à la marque pour avoir réclamé les droits de l'homme et 
du citoyen ; et, quand le pouvoir, honteux lui-même de la flagrante iniquité de 
l'arrêt colonial, m'cfl'ril ma grâce, je persistai i\ demander justice. Trois années 
el demie de captivité ne purent m'amener à transiger avec le despotisme et l'ar- 
bitraire; je ne voulus redevenir libre qu'en vertu d'un arrêt de la Cour de cassa- 
tion, prr lequel fui annulé l'arrêt infamant qui m'avait condamné aux galères. 

Depuis ce temps, domicilié à Paris où il m'était possible de plaider la cause 
de mes frères esclaves, sans trouver, comme aux colonies, le bourreau pour con- 
tradicteur, je n'ai cessé de poursuivre, selon la mesure de mes forces, la grande 
a 11 vie de rtmancipation, faisant couvrir de milliers de signatures les pétitions 
que je présentais aux Chambres, démontrant par la voie de la Presse l'inanité 
des prétendues réformes introduites dans la constitution de l'esclavage, ravivant 
par n)a correspondance el mes écrits la lueur défaillante de l'espérance dans le 
cour de mes Irères opprimés des colonies; et toutefois n'oubliant jamais que le 
légitime et ardtnt désir de la liberté ne devait point se traduire en projets de 
vengeance contre les maîtres, eux-mêmes victimes à tant d'égards d'un vicieux 
systènu' légal et économique. 

bn Juillet IcS.^O, j'étais aux barricades; j'eus l'honneur d'être décoré de la croix 
de Juillet et d'être éJu lieutenantde la garde nationale par acclamation du peuple 
dans les ranj^s duquel j'avais combattu. Février i8Z|8 m'a retrouvé à mon poste. 
J ai dirig<- la formation des premières barricades des rues Saint-IIonoré, Croix- 
des-Petits-Chunips et du Coq-Saiiit-Ilonoré. 

Aussilêt la lulle tel minée, j'allai à rilôtel-dc-Villc unir mes efforts à ceux des 
bons citoyens qui paciliaieut les esprits aux cris de Vive la RépubHque ! De là, 
j ai suivi au Carrousel le Général de la garde nationale et son chef d'état-major, 
le cito\<ii Cuinard, près desquels j'ai rempli les fonctions de capitaine d'état- 
major. ^ J f ï- 

Toutes les libertés sont sœurs; si jamais j'ai l'honneur de siéger dans l'Assem- 
bleo Nationale, je volerai pour la liberté de la presse, pour la liberté de Tensei- 
gnenienl, l'éducation commune, gratuite et obligatoire pour tous, pour la liberté 



— 491 — 



d'association, pour la liberté des cultes, pour l'impôt progressif, pour l'organi- 
sation du travail industriel et agricole, enfin, et surtout, pour les plus grands 
encouragements à l'agriculture, unique source de la richesse et de la prospérité 

nationales. 

Convaincu que la souveraineté du peuple ne doit plus être un vain mol, con- 
vaincu que la République est la seule forme de gouvernement qui puisse consa- 
crer le triomphe de notre immortelle devise : Liberté, Égalité, Fraternité, je 
n'en suis pas moins décidé à maintenir résolument l'inviolable respect dû à la 
famille, et à provoquer toutes les réformes qui pourraient assurer le boriheur 
des travailleurs; ces réformes trouveront en moi le plus dévoué des partisans, 
comme le plus zélé des défenseurs. 

BISSETTE, 
Attaché à l'Etat-Major général de la Garde Nationale. 



Imprimerie Sirou. 



AUX ELECTEURS 

du département de la Seine. 



CONCITOYENS , 

Le triomphe du principe démocratique en France est un fait accompli . mais 
il faut asseoir la République sur une base indestructible. 

A l'Assemblée nationale d'accomplir ce grand acte; à vous, citoyens, de dé- 
couvrir, dans les milliers de candidats qui vont surgir de tous côtés, les hommes 
véritablement dignes de vous représenter^ 

Je me mets sur les rangs, citoyens, parce que je me sens le courage et la force 
d'accomplir la tâche que j'ambitionne ; tâche sublime, do représenter en face de 
tous votre saint amour de la patrie ; tâche immense, d'enraciner dans notre sol 
les vrais principes de la République ! 

Né à Paris en 1813, et entré à l'Ecole Polytechnique en 1832, j'en suis sorti 
officier du génie. 

Des études sérieuses et la direction de grands ateliers m'ont mis à même 
d'apprécier la position et les besoins des travailleurs de toutes les classes ; c'est 
mon expérience en ces matières que je viens vous apporter, expérience réfléchie, 
dont l'application doit consistera mettre en pratique cette sainte devise : Liberté, 
Egalité, Fraternité. 

J'ai puisé mes principes républicains dans la déclaration des Droits de l'JIomme 



— 492 — 



(le 1793, et je l'admets comme la base fondamentale de notre future Consti- 
tution. 

Établir en France , et de la façon la plus impérissable , une République 

démocratique ; 

Repousser à tout jamais le retour d'un gouvernement monarchique, sous 

quelque forme qu'il se présente ; 

Voter pour le suffrage universel et direct; 

— Ouvrir également à tous les citoyens la voie de l'éducation, sous l'égide de 
la République ; 

— Pjocurer promptement une amélioration réelle et durable au sort des 
ouvriers travailleurs ; 

— Voler pour la création d'Invalides civils ; 

— Soutenir la liberté delà presse, la pleine faculté d'association, le droit de 
réunion des citoyens sans armes , la libre discussion de tous les intérêts pu- 
blics ; 

— Et enfin, dans le cas où des factions voudraient violenter les délibérations 
de l'Assemblée nationale, protester de toute son énergie, et défendre au jDéril de 
sa vie l'indépendance des élus du peuple : 

Voilà, citoyens, le mandat que je viens solliciter de vous. 

BAILLEMONT, 

CAPITAINE DU GIÎNIE, 

Vice-Président du Club républicain, à Balignolles-Monceaux. 
Imp. de Ili'nnnyor et Comp., rue Lemercier, 24, Batignolle?. 



Citoyens, Electeurs du Var, 



Voici l'exposé sincère et loyal de mes convictions politiques : 

A mes yeux, la monarchie est impossible en France ; cette institution a fait 
son temps, ba France vient de fonder la République, l'Europe tôt ou tard la 
suivra. 

La liévohilion qui vient de s'accomplir est toute pacifique :f elle a pour dra- 
peau crit»' forniulc divine : Liberté, Jîgalilé, Fraternité. J'adhère donc inmiédia- 
lemcnt aux principes suivants : 

Amnistie générale ; oubli du passé. 

Aholiliou (le la peine de nïort pour délits politiques. 

Souveraineté nationale par 1(' sulfrage de tous. 

L'ordr(! fondé sur la liberté. 

L'agriculture protégée ; l'agriculteur honoré. 

La pro])ri('l<'' i('sj)e(l<''e. 

Le droit au traNail garanti par l'Etat. 



— 493 — 



Egalité réelle par l'enseignement moral , intellectuel et professionnel donné 

à tous. 

Indépendance absolue des consciences , liberté des cultes , liberté de la pa- 
role , liberté de la presse, liberté de pétition, liberté d'élection, liberté d'asso- 
ciation. 

Union fraternelle entre les chefs d'industrie et les travailleurs. 

Association libre et volontaire de tous les éléments producteurs de la ri- 
chesse. 

Les voies de communication à l'Etat. 

Les assurances -à la charge ou sous le patronage de l'État. 

Prévoyance sociale étendue à tous les faibles. 

Établissement de crèches, salles d'asile, maisons de retraite pour les vieil- 
lards. 

J'ajouterai qu'il faut convier immédiatement toutes les intelligences à recher- 
cher la meilleure association du capital et du travail. — Préférer toutefois les 
choses pratiques et d'un bienfait immédiat, jusqu'à ce que l'étude ait donné 
des résultats très probables, dont l'État tentera l'application dans des ateliers 
nationaux. 

Abolir toute espèce de cumul. Si la Constituante croyait ne devoir pas exclure 
les fonctionnaires de la chambre, dans mon opinion, cela ne pourrait avoir lieu 
que si leurs fonctions , leurs traitements et leurs droits à Tavancement cessaient 
pendant tout le temps qu'ils seraient membres de l'Assemblée. 

Faire des économies considérables sur le budget des dépenses ; pour cela di- 
minuer autant que possible toutes les dépenses improductives. 

Supprimer les emplois inutiles; augmenter les petits appointements; dimi- 
nuer les traitements des hauts fonctionnaires. 

Rechercher dans la marine toutes les améliorations possibles. — Plus de gas- 
pillage d'aucune espèce. — Plus de faveurs sous le nom de choix. — Amcliorer 
le sort des travailleurs dans ces grands ateliers nationaux, appelés arsenaux ma- 
ritimes. — En un mot, récomjDcnser et honorer partout et toujours la probité et 
le travail sous quelque forme qu'il se produise. 

Pour le budget des recettes ; 

Réduction et répartition équitable de l'impôt. 

Supprimer graduellement les impôts indirects. 

Imposer les objets de luxe. 

Mais surtout, mais d'abord rétablir par des mesures promptes, sages et éner- 
giques le crédit ébranlé, c'est-à-dire la circulation du numéraire. 

Enfin, combattre partout cet esprit de personnalité et dégoïsme, sur lequel 
la monarchie déchue avait cru fonder un gouvernement durable, en excitant . 
par les moyens les plus nobles, l'amour de tous pour la patrie et l'amour de 
tous les Citoyens les uns pour les autres. 

Citoyens ; 

Aux trois termes : Liberté, Égalité, Fraternité, correspondent ces trois aulivs : 
Vertu, Moralité, Religion. 
La vertu est l'amour de la Patrie. 



i- 



— 494 — 

La Moralité est l'amour de ce qui est bon, honnête et juste. 

La Religion est l'amour de Dieu et du prochain. 

Pas de République durable, si ces trois rayons divins ne l'échaufFent. 

Telle est ma profession de foi. 

En me présentant à vos suffrages, ô mes Concitoyens , je n'ai considéré que 
mon amour pour la Patrie, mon dévoûment aux intérêts de tous. Qu'un autre 
se présente plus désintéressé, plus dévoué, plus fort; mon suffrage et tous ceux 
que je pourrai entraîner lui sont acquis. 

Agréez, Citoyens Électeurs, l'assurance de mon 
dévoûment fraternel, 

LEVASSEUJR , 

Officier de marine, ancien Élève de l'École Polytechnique, 
Imp. d'E. Aurel, place Saint-Pierre. 



A TOUS LES ARTISTES. 

Les arts ont une importance capitale dans un État, 

Leur puissance d'initiation est immense. 

Tous les artistes sont poètes, et poète veut dire prophète (vates). 

L'histoire entière prouve que l'époque de grandeur, pour les États divers, a 
toujours été l'époque où les arts y ont jeté le plus vif éclat. 

Les siècles de Périclès, d'Auguste, de Médicis, de Louis X.IV, .en rendent té- 
moignage. 

Il importe donc que l'art prenne sa place dans l'acte constitutif d'un grand 
peuple. 

Or il dépend des artistes d'avoir à la Constituante des représentants de chaque 
grande catégorie de l'art. 

Qu'ils s'entendent et arrêtent ensemble une liste de six candidats, savoir : 

Un littérateur, choisi par les lilléralcurs; — 1 architecte, par les architectes ; 
— 1 représentant des arts plastiques pittoresques, par les artistes de cette caté- 
^roric; — 1 artiste dramatique, par les artistes dramatiques ; — 1 musicien, par 
les musicifiis; — 1 arlisle industriel, par les artistes industriels. 

L«|s hommes de lettres, architectes, peintres, sculpteurs, graveurs, acteurs, 
musiciens , dessinateurs , peintres-décorateurs , graveurs sur bois , sur mé- 
taux, etc., forment une masse considérable par le nombre et par l'influence dans 
la ( apilalc. En réunissant leurs suffrages et ceux dont ils pourront disposer sur 
une li.sh' de six noms bien déterminés, ils emporteront immanquablement ces 
six élections. 

En agissant ainsi, les artistes n'abandonneront pas leur rôle politique, leur rôle 
de purs citoyens. Chaque électeur du département de la Seine a 3/t noms à in- 



■W' 



— jm — 



scrire sur son bulletin ; il lui restera donc 28 noms à choisir parmi ses sympa- 
thiques en opinions politiques et socialistes. 

L'art tout entier vaut bien que chaque artiste lui consacre la sixième partie de 
son influence. 

Que tous comprennent bien ce mot d'ordre, qu'ils agissent en conséquence; 
et, dans cette partie même de leur concours, ils auront assuré pour une grande 
part la grandeur future de leur patrie. 

Six représentants sur neuf cents ! c'est une prétention juste et* modeste. 

La Liberté veut que chaque classe de la société cherche à représenter ses in- 
térêts devant la nation. 

L'Égalité veut que tous les grands intérêts nationaux aient leurs représen- 
tants. 

La Fraternité ve;ut que toutes les classes et toutes les idées se fassent récipro- 
quement place et s'unissent avec affection. 

Les artistes font donc appel, pour appuyer les droits de l'art, au sentiment de 
justice de tous les vrais patriotes, de tous les républicains sincères. 
' Place fraternelle, dans l'Assemblée nationale, à l'art qui éclaire, réjouit etglo- 
làfie le peuple 1 



Voici le mécanisme 1res simple de cette combinaison- 
Chaque catégorie d'artistes choisira dans son sein, en assemblée aussi générale que possible, son can- 
didat, qui souvent pourra être un homme déjà porté' par les républicain* purs. Exemple : Lamarlme, Da- 
vid (d'Angers), etc. 

Les présidents des six assemblées se réuniront ensuite pour arrêter la liste des six candidats et se con- 
certer sur les mesures les plus propres à donner à. cette liste la publicité la plus large et l'appui le plus 
complet. 

Une. souscription spontanée, danschaque assemblée, au maximum de 50 centimes par personne, et un 
appel à de minimes souscriptions, procureront facilement une somme plus que suffisante pour fournir aux 
moyens de publicité. 

Les six présidents formeront le comité exécutif, et s'adjoindront parmi les hommes de bonne volonté 
,ous ceux qui pourront mettre au service de la cause commune du temps et de l'influence. 

Imp. d'E. mjverger, r«» de VemduU, V 



Plus de mensonge, la vérité partout. 

La République comme forme de gouvernement. Souveraineté absolue et per- 
manente du peuple. 

Armement entier et indéfini du peuj^le. Responsabilité continuelle du repré- 
sentant envers son représenté. 

Participation à l'élection possible et obligatoire pour tous. 

Abolition de la peine de mort en matière politique, sauf le seul cas où un ou 
plusieurs représentants de la République voudraient sous quel prétexte que ce 
puisse être, même celui du salut de la nation, se maintenir au pouvoir sans le 
vœu forme] du peuple. 

Instruction obligatoire, égale, proportionnelle et possible pour tous. 

Iut<'rvertissemcnt complet d« l'assiette de Timpot. Impôt proportionnel. 



— 496 — 



Diminution dans le nombre des employés. Augmentation des emplois honori- 
fiques. Diminution graduelle du salaire des employés dont les appointements s'é- 
lèvent actuellement à plus de 3,000 fr. Augmentation de ceux en dessous de 

1,200 fr. 

Plus de marchandage de l'homme par l'homme. AboHlion du remplacement 
militaire, du compagnonage, de toutes les institutions, enfin, qui sont contraires 
à la Fraternité. Travail pour le fort, secours pour le faible, Égalité de droits pour 

tous. 

Plus de maîtres qui fixent arbitrairement le salaire des travailleurs ; plus de 
travailleurs qui compromettent les intérêts du maître par des exigences injustes, 
c'est-à-dire association du capital et du, travail. 

Le progrès social n'étant pas encore. Dieu merci, à son dernier mot, encoura- 
geons les prophètes, ne les crucifions plus. 

Comme conséquence, vote des fonds pour tous les essais des théories sociales 
qui auront l'assentiment d'un vingtième des membres composant la représenta- 
lion nationale. 

Fusion de tous les partis dans le seul vrai : le parti républicain, le parti du 
peuple. Il est assez grand pour tous les confondre, désirons qu'ils s'y confondent 
tous, pour qu'il soit plus grand encore. 

Plus de charges inamovibles, jusqu'à ce que l'homme ait changé de nature. 

Le sol de la France, sol de toutes les infortunes. 

Fraternité avec tous les peuples, guerre avec toutes les tyrannies. 

Pour que la France remplisse sa mission dans le monde, il lui faut ses fron- 
tières naturelles. 

Vouloir conquérir en Europe au-delà de ces frontières serait une faute ; mais 
ne pas faire dans tous les Etats une sainte propagande ce serait douter de notre 
principe, ne pas secourir nos frères, ce serait un crime. 

AILLAUD. 



CIRCULAIRE 

aux Electeurs de Paris. 



CITOYENS ÉLECTEURS, 

Enfant du deuxièmo arrondissement de la ville de Paris, j'ose me mettre sur 
les rangs pour obtenir l'honneur d'être élu représentant du peuple à l'Assemblée 
nalionalo. 

Mon père, M. Billerocq, exerçant au milieu de vous pendant quarante-quatre 
ans la profession d'avocat, m'a transmis comme héritage l'ambition d'être choisi 



— 497 — 



par vous, comme il l'avait été par vos pères dans des circonstances analogues, 
dès l'année 1791 1 

Là ne se borne pas, toutefois, j'ose le dire, l'héritage que j'ai tenu de lui. Comme 
lui, je vous oflfre un désintéressement parfait, un amour ardent de la patrie, une 
admiration sans bornes pour ces vertus populaires dont il est enfin temps, après 
soixante années d'essais, de faire l'unique base d'un gouvernement libre, glo- 
rieux et durable ! 

Un nombre considérable de candidats, je le sais, Citoyens électeurs , se présen- 
tent aujourd'hui sur celte grande terre du travail, pour s'y disputer la gloire de 
représenter ce peuple d'Ouvriers qui, lui à son tour, le 24 février, est venu, a 
vu, et a vaincu ! 

Depuis près de trente années, ouvrier politique moi-même, travaillant tou- 
jours sur des terrains difficiles, variés, lointains, inconnus... j'ai compris que la 
grandeur des représentants de la France chez les Peuples étrangers était , avant 
tout, dans la Majesté de nos souvenirs et de nos droits, et non dans le roi ou le 
ministre qui y régnaient !... 

Aussi, détourné un jour du travail le plus honnête par le gouvernement de 
juillet, je n'ai pas balancé à refaire son éducation nationale en lui montrant com- 
ment, investi du mandat populaire de 1830, le Pavillon Tricolore, en présence 
d'un mauvais vouloir quelconque à l'Etranger, devait comprendre et appliquer, 
sur l'heure, le rôle qui lui est, là, départi !... 

J'ai bientôt reconnu que la dynastie d'Orléans ne pardonnait pas de pareilles 
leçons ! 

Je m'en suis facilement consolé. Citoyens électeurs, en retrempant mes con- 
victions, mon courage, au souvenir de mes actes, qui avaient toujours été patrio- 
tiques et purs... Mais vous le pressentez déjà dans vos cœurs !... Ouvriers du 
grand œuvre de février!... Je ne m'en suis pas tenu là.... Ayant entre les mains, 
comme pièce de conviction contre eux, un drapeau de la France qu'ils avaient 
souillé !... je l'ai levé, en maintes rencontres, pour leur eu briser la tète... Ah ! 
pourquoi combattais-je tout seul, alors?... Et que ma main fut impuissante au- 
près de la vôtre!... Aussi est-ce avec une foi vive, mêlée d'admiration et de re- 
connaissance pour vos grandeurs instinctives, que je viens, moi, mire conciloycn, 
moi ayant appris à nos écoles à me faire honorer et aimer personnellement chez 
tous les Peuples étrangers; moi, descendu avec vous aux barricades, sous le feu 
le plus meurtrier, pour en finir avec la royauté de juillet; moi!... si glorieux 
d'être revenu de la mêlée citoyen d'une République!... vous prier de me nommer 
l'un de vos représentants à l'Assemblée nationale ! 

Que n'ai-je ici, pour les mêler à nos rangs, ces ouvriers honnêtes de toute in- 
dustrie, de tout métier tlont j'ai toujours défendu les droits, encouragé les tra- 
vaux, consolé l'exil!... Ils vous diraient si, sur la terre de l'expatriation, ils 
avaient un meilleur ami que ce diplomate de la France /... L'assemblée de la Ré- 
publique doit en avoir au moins un dans son sein qui mette à son service, dans 
les questions de la politique extérieure, l'expérience des usages, des langues, des 
mœurs, des idées des pays étrangers!... 

Ma vie de trente années chez tous les peuples de l'Europe ayant eu pour pre- 
mier, pour inévitable effet, de centupler mon amour pour vous, Citoyens nés 



T. I. 63 



— 4^8 — 



»n même berceau, c'est îà le gage que je mets entre vos mains pour vous répon- 
dre des sentiments qui me guideront dans toutes les questions touehant à notre 
souveraineté populaire, à nos libertés, à la propriété de chacun... à la dignité de 
tous... en lui mot, à l'ordre intérieur républicain !... 

Très porté, par mes principes arrêtés, Citoyens d'une République qui devien- 
dra Ijientôt la mère de tant d'aotres, à prendre, au besoin, l'initiative dans les 
afïaircs du dehors, je m'honorerai toujours, dans les questions qui nous agitent 
au dedans, de prendre pour guides ces Oracles d'élite, dont la popularité même 
sert et inspire ïe génie!,.. 

Vieux représentant des ro-is de France, renié par le dernier d'entre Eux, pour 
avoir toujours, en enfant du peuple, combattu pour les lois contre sa volonté, je 
n'aurais plus aucune récompense à envier si, du néant où il m'allail bientôt ré- 
duire, un regard de vous tous, Hommes d'intelligence et de courage. Ouvriers 
des régénérations à volonté, un regard de vos sympathies... de votre justice... 
contribuait à faire naître demain un jeune Représentant du Peuple! 

Salut et fraternité. 

Adolphe BILLECOCQ, 

Rue du Havre, 5. 

Paris. — Imp. Schneider, d, rue d'Erfurth. 



Profession de foi du Citoyen DE LACHAPELLE. 

CITOYENS , 

Un gouvernement , méconnaissant son origine , viciant les principes qui l'a- 
vaient j>orté à la léte de l'État, vient de tomber; c'est à nous. Citoyens, qu'il 
appartient , en adhérant avec franchise et sincérité aux institutions républi- 
caines , de reconstituer, par le choix de nos représentants, l'édifice social sur 
des bases solides et durables, où l'honnêteté pofitique ne soit point regardée 
comme une duperie et le désintéressement comme un anachronisme. 

Enfant du pays , fils d'un homme élu souvent par vous, et dont les vertus ne 
servirent qu'à attirer sur lui les persécutions du pouvoir; tant que la représen- 
tation nationale était un moyen d'arriver à la richesse et aux honneurs, je ne l'ai 
point briguée. 

Une nouvelle ère se prépare ; hommes de la veille, si les luttes contre les per- 
ni( HMises tendances qui viennent de s'évanouir, si un sacrifice de quinze ans 
lail a ma tran(juillilé it à mes goiits vous paraissent une garantie suffisante, 
j accepterai avec reconnaissance le mandat de coopérer à la grande œuvre qui 
»*arcomp)if. 

Heureux hi mes efforts peuvent contribuer à concilier l'ordre et la liberté; telle 
est ma de\ise, telle doit être celle de tout bon citoyen. 

TIXIER-LACHAPELLE. 



k 



— 499 — 



AUX ÉLECTEURS 

du Département de la Seine. 



CITOYENS , 

C'est une noble ambition que celle de concourir à la constitution (\f^ ^^^^ 
République. Je me sens digne de cet honneur, et je me présente à vos suf- 
frages. 

Yoici mes titres à votre confiance : 

Héritier de sentiments généreux, j'ai accepté avec bonheur la ruine d une 
grande opulence, parce que cette ruine, consentie et favorisée par mon père 
lui-même, eut pour cause l'aboHtion de l'esclavage dans une de nos colonies. 

Avocat à vingt ans, sans autre fortune que mon travail, sans autre appui que 
mon courage, j'ai débuté par des preuves énergiques de mon dévouement à la 
cause de la liberté. L'indépendance de ma parole dans les causes politiques, ma 
résistance à l'arbitraire , mon opposition hostile au gouvernement de la restau- 
ration , attirèrent sur moi ses vengeances, et me privèrent d'une riche position 
qui m'était offerte dans le barreau de la cour de cassation. 

Bientôt après, mes penchants républicains m'entraînèrent en Amérique, ou 
je consacrai près de deux années à l'étude des diverses constitutions démocra- 
tiques du Nouveau-Mondt;, à l'observation du mécanisme de leurs gouverne- 
ments, et à la rédaction d'un corps de législation pour la république haïtienne. 
Revenu en France plus pauvre que je n'en étais parti, j'aurais pu, en me ral- 
liant au gouvernement, accepter des faveurs et des marques de distinction. Mais 
je n'ai jamais su composer avec ma conscience , ou transiger avec mes antipa- 
thies. Ce ne fut qu'au travail que je demandai la réparation de mes infortunes. 
Ses bienfaits, quoique tardifs, ont enfin payé ma persévérance. 

En juillet 1830, après avoir pris part au combat, j'aurais facilement profite de 
la victoire, en me prévalant de mes griefs contre k royauté déchue. Mais comme 
mes sentiments politiques restèrent les mêmes après le changement de dynastie, 
je laissai le champ libre à la course des solliciteurs. 

Depuis, j'ai constamment voté pour les hommes de l'opposition qui ont eu le 
courage de lutter corps à corps contre la corruption électorale; mais j'avoue que 
durant la monarchie, je n'ai pu me décider à les suivre dans la lice. 

La Révolution de Février m'a vu me placer, non sans quelque péril . entre 
les soldats et le peuple, dont la réconciliation a déterminé la chute de la 
royauté. 

Aujourd'hui, que l'ère répubhcaine est ouverte, je puis proclamer sans sctll- 
pule le désir, trop orgueilleux peut-être, de représenter le peuple à l'Assemblée 
nationale. 

Si- le passé pouvait être une garantie de la probité privée et de la constante 



— 500 — 



fermeté des opinions politiques, je n'aurais pas besoin de vous faire ma profession 
de foi et de vous tracer mon programme. 

Constituer la République proclamée en février, et la maintenir sur la base du 
suffrage universel. — Assurer la liberté, l'égalité. — Fonder la constitution et les 
lois civiles sur les principes de la fraternité. — Assurer aux travailleurs l'acquisition 
de la propriété par une équitable organisation du travail, et sa conservation par 
des lois protectrices de l'intérêt public et particulier. — Garantir la liberté indi- 
viduelle, celle des cultes et celle de la presse. — Donner à tous, et surtout aux 
travailleurs, les avantages d'une instruction publique et gratuite. — Faire porter 
l'impôt sur le luxe et la richesse, en dégrevant le travail et la pauvreté. — Abolir 
la peine de mort. — Concilier, en diplomatie , le principe de la fraternité hu- 
maine avec celui de l'indépendance des nations. 

Telles seront toujours les règles de ma conduite et de mes votes. 
Spécialement versé dans l'étude des lois ert des constitutions républicaines ; 
homme d'expérience, quoique nouveau dans la carrière politique ; libre de tout 
engagement antérieur , de toutes fonctions publiques qui partageraient mon 
temps et généraient mon action ; indépendant par caractère; au-dessus du be- 
soin ; n'ayant d'autre ambition que celle dont je vous fais l'aveu, je serai heureux 
et fier de me consacrer tout entier au service du pays. Ma seule récompense sera 
l'approbation et l'estime de mes concitoyens. La République n'en doit pas d'au- 
tre à ses enfants. 

Salut et Fraternité , 

BLANCHET, 

Avocat à la cour d'appel. 

Paris.— împ. Schneider, rue d'Erfurlh, 1. 



AUX ELECTEURS 

du département de la Mièvre. 



Mes concitoyens, 

r)('pnié (le la Nièvre pendant vingt-trois sessions, associé à la Révolution de 
juillet, (|ui a aussi mérité le titre de (jlorieiisc, rapporteur de la Charte de 1830 
qui, franchement exécutée, eût certainement assuré nos libertés, j'ai été jusqu'au 
dernier inonieiil fidèle à un établissement qui s'est perdu par des fautes dont je 
ne suis point solidaire, car j'ai fait tout ce qui était en moi pour les conjurer. 

Après avoir accompli mon devoir politique envers la noble veuve et le fils d'un 
prince que j'avais sincèrement aimé, ne voyant plus debout que la souveraineté 



— 501 — 



nationale et le peuple vainqueur, le peuple qui avait repris la couronne, et qui, 
' cette lois, lavait gardée, j'ai adhéré au nouveau gouvernement. J'y ai adhéré 
franchement, ouvertement, sans arrière-pensée, avec la conviction que la Ré- 
publique était désormais le seul gouvernement possible, le seul qui, fortement 
constitué, pût nous j)réserver de la guerre civile et de l'anarchie, dont le frémis- 
sement menaçait d'envahir et de bouleverser la société. 

Le cours de la justice ne devait pas être interrompu. Magistrat, j'étais à l'au- 
dience le 25 février, et c'est sur mes conclusions qu'a été rendu le premier arrêt 
prononcé An nom du Peuple français. ' i 

Ce nouveau devoir rempli, il m'en reste un autre, celui de venir prendre i 
part avec vous, comme citoyen, à des élections dont va dépendre le sort de la 
patrie. 

Vous avez à élire huit députés. — Si l'opinion publique, librement interpellée, 
se prononce; si elle s'srrête sur huit noms qui vous paraissent mériter mieux 
que moi de vous représenter, j'y acquiesce à l'avance de bon cœur, je voterai 
pour eux, et je rendrai grâce à Dieu d'avoir éloigné de moi une responsabilité 
dont la témérité seule pourrait méconnaître l'étendue. 

Si, au contraire, mon nom doit figurer sur la liste des futurs représentans du 
pays; si mes concitoyens, qui depuis long-temps connaissent mes opinions et 
mes principes, mon amour pour l'ordre et la liberté, mon respect des lois et de 
la justice, ma fermeté à défendre le droit de tons et le droit de chacun, veulent 
m'honorer de leurs suffrages, j'accepterai, non avec présomption, mais avec dé- 
voùmcnt, cette grande et difficile mission, parce que ma conscience me dit que 
ce serait un acte de mauvais citoyen de refuser son concours à son pays dans des 
circonstances aussi décisives et aussi solennelles. 

Yoilà pourquoi, ô mes concitoyens, moi qui me vantais, lors des dernières élec- 
tions, de n'avoir adressé à mes électeurs que des remercîments et jamais de solli- 
citations, je ne crains pas cette fois d'aller au devant de vos suffrages. 

La République est partout proclamée ! Mais il s'agit de la constituer, c'est-à- 
dire d'assurer son existence d'une manière forte et durable, avec des conditions 
telles que, dans l'avenir, cette grande et belle nation de 35 millions d'hommes, 
non-seulement ne perde rien de sa grandeur, de son urbanité, de son crédit, de 
sa richesse, mais qu'elle continue de marcher, par l'exemple, à la tête de tous 
les peuples civilisés ! 

Je n'entre point ici dans le détail des questions constitutionnelles ou économi- 
ques qui sont réservéesà l'examen etàla décision deTAssemblée nationale; mais, 
dans ma pensée, ce gouvernement, que je n'entrevois encore qu'à travers mes 
espérances, devra, si notre attente n'est point trompée, se produire tel que je l'ai 
déjà dépeint dans le sanctuaire de la justice : ce sera, disais-je. le gouvernement 
du pays par le pays; ce sera le gouvernement de la chose publique {rripub/ica') . 
c'est-à-dire du droit de tous, de l'intérêt général prévalant partout sur les injustes 
prétentions de l'égoïsme individuel ; le gouvernement de la probité, de l'inlelli- 
gence et de la vertu; confiant les emplois public au vrai mérite, punissant la 
corruption, réprouvant la vénalité, poursuivant les malversations, faisant res- 
pecter les personnes, la liberté des transactions, et la propriété si audacieuse- 
ment et si injustement menacée! Enfin le gouvernement de la liberté pour tous, 



— 502 — 



de la liberté entourée de solides garanties pour la mettre à l'abri de toute usur- 
pation, mais aussi de la liberté amie de l'ordre et réglée par les lois pour l'em- 
pêcher de dégénérer en licence ou en dictature 1 

;s L'honneur de la nation française, on ne saurait trop le redire, son honneur et 
celui de ses représentans est intéressé à ce que cette grande révolution, pour 
qu'enfin elle soil la dernière, reste pure des excès d'un passé qui a laissé après lui 
tant de souvenirs funèbres, et se maintienne magnanime et forte sous le drapteau 
si courageusement élevé au-dessus d'elle, le drapeau de la gloire et de la liberté. 

Voilà les vœux que je forme pour laliouvelle République. 

Citoyens de la Nièvre, au milieu de l'agitation où nous sommes, beaucoup de 
gens se diront plus poptilaii^es que moi. Je n'en serai ni surpris ni jaloux; mais 
personne en réalité n'aura droit de se dire plus sincèrement ami du peuple dans 
la véritable et loyale acception du mot. 

Député, j'ai toujours réclamé l'ordre et l'économie dans les finances, l'allége- 
ment des charges publiques, la réduction des impôts qui pèsent le plus sur le 
peuple, et surtout de l'impôt du sel, 

Ami de l'agriculture, j'ai fait tous mes efforts dans vos comices pour encoura- 
ger ses progrès, honorer ses agens, vanter ses adeptes. J'ai montré dans la com- 
munauté des Jault, dont j'ai révélé l'existence, un admirable exemple de ce que 
peut dans les travaux agricoles l'esprit d'association de la famille laissée à elle- 
même et librement constituée. 

Promoteur de l'instruction publique, membre dès son origine de la Société 
pour Vinslruclion élémentaire, j'ai mis tous mes soins à la propager, à l'étendre, à 
soutenir les instituteurs primaires, et à répandre dans nos écoles de village les li- 
vres, les méthodes et les divers moyens d'enseignement. 

Ouvriers de Fourchambault, vous savez que je n'ai pas attendu la révolution 
de février pour célébrer les merveilles de votre puissante industrie, et la gloire 
du fondateur de votre bel établissement, si cher à vos souvenirs par ses bienfaits 
pour les travailleurs ! 

Flotteurs de Glamecy, vous que je puis appeler mes amis, il y vingt ans que 
nous couronnions ensemble le buste de votre patron, Jean Rouvet, ouvrier, in- 
venteur des flottages, et que nous inscrivions au bas de son busle, ouvrage du 
patriote David : Honneur au travail et à l'industrie! 

Kl vous, habitants du Morvan, qui, plus que moi, s'est intéressé à votre pays 
de montagnes? Qui vous a visités le premier dans des vues d'amélioralion, à tra- 
vers des chemins impraticables, aujourd'hui remplacés par de belles routes et 
des ponts jetés sur vos torrens avec une hardiesse qui en fait de véritables monu- 
ni(Mits.> — C'est chez vous aussi que je suis allé l'an dernier couronner la vertu 
modeste de la ckavilahle veuve, et célébrer en famille le triomphe de la Fraternité 
chrétiennement exercée. 

C'est dans votre climat que je me plais le plus; c'est chez vous que j'ai bâti, que 
j ai i>li>nt«; ; c est là que j'ai depuis longtemps fixé mon domicile ; c'est avec vous 
qu«' j irai voler. 

Votre dévoué compatriote, 

DUPIN. 

Mars 1818. 

Imp. de Cosson, rue du Four-Saint-Germain, 47. 



— 503 — 



AUX ÉLECTEURS. 

Fils d'un savant professeur, membre de l'Institut, constant ami de la liberté 
avant et après 1789, — je n'ai jamais exercé de fonctions ; le concours m'a plu- 
sieurs fois entr'ouvert la porte de l'Ecole de Droit, mes opinions me l'ont fermée. 
Mes seuls titres à la confiance des électeurs sont des écrits scientifiques. 

Dans mon ouvrage sur le Code civil, j'ai défendu le divorce, le mariage des 
prêtres et la faculté illimitée de prêter à intérêt. 

Dans mon ouvrage sur la Charte de 1830, j'ai défendu l'impôt progressif et le 
suffrage universel; j'ai jDroposé de rendre la chambre des pairs élective autant 
que la Constitution le permettait. 

Voici, selon moi, les bases de la constitution nouvelle : 

La République une et indivisible ; 

Point de noblesse; — égalité des cultes ; 

Maintien de la propriété, seul fondement solide de la production des richesses, 
seul encouragement naturel au travail; 

Secours aux travailleurs qui souffrent; secours aussi aux travailleurs émé- 
rites. 

Point d'impôt sur les objets de première nécessité; 

Instruction primaire gratuite; 

Election par tous les citoyens, tous éligibles ;^ ceux qui n'auraient pas 21 ans 
avant 18/i9 devront savoir lire et écrire; j'admets le double degré, comme système 
de transition, avec faculté pour le Corps Législatif de rendre l'élection directe 
aussitôt que la diffusion des lumières paraîtra suffisante ; 

Corps Légisï'atif permanent, annuel, indissoluble; une seconde chambre dont 
les membres devront satisfaire à des conditions d'âge et de capacité politique, 
sera appelée à voter sur les lois d'une application générale et durable, comme la 
législation civile et pénale. La première chambre décidera seule les questions lo- 
cales, individuelles, temporaires ; 

Pouvoir exécutif attribué à un conseil de ministres présidé par im premier 
ministre sans portefeuille, représentant la pensée gouvernementale, nommant 
et révoquant les autres. Lui-même sera nommé ou révoqué par le pouvoir con- 
servateur (si l'on en admet un ; sinon par le Corps Législatif) ; 

Pouvoir judiciaire attribué à des jurés ou à des juges électifs; on laissera au 
pouvoir législatif le soin de régler l'organisation, d'aj^rès une expérience indis- 
pensable ; 

Pouvoir conservateur attribué à un sénat ou jury constitutionnaire de 8G mem- 
bres élus par les 86 départements, chargé d'annuler les actes inconstitutionnels 
des autres pouvoirs ; et subsidiairement, de nommer et révoquer le président du 
conseil, de juger les ministres, de vérifier les élections quelconques, etc. ; 

Un mode de révision paisible de la Constitution. 

Telles sont les bases dont j'ai indiqué moins brièvement les sources et les rai- 
sons dans un Plan de Constitution en 1G7 articles. 

Démocratie raisonnéc, régulière et conciliatrice : voilà ma devise. 

FÉLIX Beuriat Saint-Prix, 
Docteur en dioil. 



— 504 — 



Les Citoyens de Garde volontaire à la Préfecture de Police 

AUX CITOYENS MEMBRES DU GOUVERNEMENT PROVISOIRE. 

CITOYENS , 
Nou&, soussignés, considérant que le fait seul de notre glorieuse révolution a 
mis et dû mcllre à néant toutes les ordonnances restrictives de la presse; 

Que l'on ne saurait invoquer les lois de septembre ou toute autre loi anté- 
rieure à l'appui d'une ordonnance tendant à entraver l'expression de la pensée; 
Considérant en outre; 

Que s'il devait être tenu compte de ces lois liherticides, il nous faudrait, pour 
être conséquents , retourner à la Charte de 1830, et regarder tout ce qui s'est fait 
comme non avenu ; 

Déclarons nous opposer de tout notre pouvoir au décret qui maintient le cau- 
tionnement, tant pour les journaux présents que pour ceux à paraître ; et nous 
vous invitons à retirer votre décret. 

JULES MOUKLL, brociii:tox, dupuis, cultie, jatie, piedford, mélingue, couvelet, 
E. DEVAUX (compagnie du ^4 février), perraton, lecoeur. perret, landellr, henri, 

IIÉMÉRY, RONTOUR. NOUVEL, TABARY, FOURRIER P. PAGNON, SergCnt-majOr du pOSte, 

24 février 4848; gaillard, pécheux, gerry.ruault.de beaulieu, court, rousselet. 

Voir le Peuple Conslûuant. Mars 1848. (N. d. E.) 

Paris. — Tmp. de E. Brière, rue Sainte-Anne, 5S. 



REPUBLIQUE FRAIVÇ4ISE. 

AUX ÉLECTEURS DU DÉPARTEMENT DE LA SEINE. 

Citoyens, 

Mes frères et amis viennent de réitérer auprès de moi le désir de me voir les 
représenter à l'Assemblée nationale. Soldat du travail, je sens en moi ce qu'il faut 
de courage et de force pour remplir le mandat que je viens solliciter des ouvriers 
et enfants du peuple comme moi, pour créer et soutenir les institutions républi- 
caines pour lesquelles nous avons tous combattu et qui, souvent, nous firent 
persécuter par la police du gouvernement déchu. Si j'ai échoué dans les diffé- 
rentes tentatives que je fis pour repousser l'oppression des hommes coupables 
qui nous ^gouvernaient, c'est que, seul, j'étaistrop faible. 

Le 2^1 février 18/|8, mon espoir s'est réalisé; je sens mon courage retrempé; je 
me voue de cœur et d'Ame pour consolider de toutes mes forces ce qui est si bien 
commencé, afin d'obtenir l'exécution de tous le.s articles de la déclaration des 
droits (le flionime. C'est avec la ferme résolulion de concourir à l'organisation 
d une républicpie pure el sans tache, avec le désir d'èlre utile à mes frères, les 
lravail!(^urs. dans nos intérêts communs, et dans l'espoir de voir réaliser cGs trois 
mots, gravc's dans tous les cceurs honiuMes : libert(K égnlité, frnlernité, que je cède 
aux vœux de mes concitoyens en me portant candidat à l'Assemblée nationale. 
Salut et fraternité. 

BAUCHEZ, 

p,,. , ,. . ,. . Maçon, rue de la Gaîlé, 48, à Montrouge; 

Pans.- Irnp. d'A. Hknk, nie do Soinc, 32. 



^i 



Paris.— Imprimerie LACOURet Comp., rue Soufûot, 16. 



505 



CANDIDATUllE 

D'UN OUVRIER 

* 

TYPOGRAPHE. 



CITOYENS ÉLECTEURS! 

Voici ce qui vient de m'être dit : «Comment! tel et tel se présente, et 
vous ne vous présenteriez pas? » Il ne fallait pas moins que cette Lien veil- 
lante excitation pour triompher de ma timidité, pour m'inculquer un peu de 
confiance. Je me suis rappelé ce que j'avais lu, que pour avoir droit de préten- 
dre à l'incomparable honneur de représenter la France à la face du monde, la 
condition première n'était pas le talent, mais un grand zèle au service d'une pro- 
bité sévère et d'un patriotisme éprouvé. J'ai fini par me dire que ma candidature 
aurait peut-être cela de bon, qu'elle empêcherait de moins dignes encore de 
s'asseoir à une place éminente. 

Ouvrier et lettré, lour-à-tour compositeur et correcteur, c'est aux plus lettré» 
des ouvriers que je demande leurs sufirages ; à vous, Typographes de Paris et 
de la Banlieue, qui avez bien voulu me confier votre drapeau, lorsque nous al- 
lâmes porter au Gouvernement provisoire notre adhésion, nos vœux, nos espé- 
rances. 

Ceux d'entre vous dont je ne suis pas connu personnellement, me permet- 
tront d'arrêter leur attention sur deux faits seulement, petits, mais significatifs. 

Le 9 octobre 1840, au moment de saluer d'un dernier adieu la tombe de notie 
camarade P.-L. JAMAIS, je m'exprimai ainsi : I. 



c... Dans notre siècle d'égalité naissante, 
messieurs et affectionnés confrères, les orai- 
sons funèbres sont chose rare, très-rare : ce 
luxe menteur a fait place à un court éloge 
prononcé sur la fosse du défunt; hommage 
consacré à la mémoire d'hommes plus ou 
moins dignes, que le plus souvent la fortune, 
rarement leur mérite, a placés plus ou moins 
haut sur notre branlante échelle sociale. Ce 
moderne usage, plus modeste et plus fré- 
quent, n'est point encore descendu jusqu'à 
nos humbles rangs, parce que nous autre?, 
producteurs d'utiles ouvrages, nous nous en- 
tendons peu la plupart à faire de belles 



phrases ; parce que ceux qu'il faut bien ap- 
peler nos maîires, car ils s'offenseraient de 
la qualiUcation dexpbitetuSy ne savent point 
communément honorer de leur présence nos 
ob?cuies funérailli s, tandis qu'ils comptent 
sur le futur honneur dèire escortes par nous 
jusqu'au dernier gîte; et parceque, d'ailleurs, 
bon nombre d'entre eux, tiès peu lettrés 
aussi, se trouveraient fort embarrassés pour 
raconter en termes convenables une noble 
vie douvriL-r. 

•le no devais, je ne pouvais faire ni un pa- 
négyrique ni nn éloge, pas même essayer 
une très courte biographie : mais j'ai cru 



i^ 



T. !• 



6k 



5oe — 



'.;'~.3>sssBaBeaea 



devoir aux sentiments de cetlit i]m m'étoir- \ trois autres toôti, dont vous n abuserez pas, 
tent j'ai promis à ma reconnaîs-ance per- messieurs.;., trois grands mots, qui commen- 
sonnclle de dôp6ser trois mots d'.-slime et cent, Dieu merci, à se relever du discrédit 
d;mntié sur le cercueil de Pierre-L(Mii6,|d- .dans lequel ils n'étaient tombés que f)aice 
^^j^jj, , ^.. ■. . - qy'Qp ne les avait pas encore assez longue- 

Telle fut naturellement ma première pen- ment étudiés, pas assez bien compris : 
sé<'- JM me suis dit ensuite' qtîe fe T-rais bien LtBBRTÉ, égalité , 

de conclure et te cordiale a'iocution par FRATERNITE surtout et avant tout. 

Le dimanche 6 février dernier, veille de mon départ de Corbeil, j'étais ad- 
mis à chanter en public une Marseillaise typographique âe ma composition, dont 
le sujet avait élé fourni par l'imprimear du Heu, dénoncé par moi, le samedi, 
au procureur du roi. Avant de faire entendre mes vers aux nombreux habitués 
de la Coguclte de Corbeil, je leur lus cette prose : 



tt iMe.-si.riJis, avant de inonti-r ^ 1 aute 
c'est à dire avant d'aller implorer solennel 
lenitMit le Père célesifv W^ p^rt? è lou&v It . 
pùift tMut-pui>saril, oh X^iv^'yr de t^fi^ pauvre 



es iina espèce de bnîto de Pandore, laissant 
échaf)pfîr les biens matf^riel^ dont notre folie 
Ç^iit si souvent des irtaiix : tu donnes tout, 
t(i lâches tout, même l'espérance, si louie-^ 



léaiurc. )e fwèiFe» «iiuvi I«j cyiriulèœçsttojj. ^,fois lu, l'as jamais hébergée dans tes plis, 
jours infinimt'nt respeGUiUJe, sinou sa pçij- , 
soiiDO, le piène.jnet pardi^^^sus sil t'bûbiné" 
spsiiuLils pon^ilicau^. sj^cer dotaux, ses lia- 
bits piopreicientdils (te pi'êlrë, dé p/)rtlift% 
d'dboid une îobe de fin blanc tt' fin, r|«'on 
a(>pel!e wuGlxuy^ çrtstiîfe tin^'ctffrft*»^, tirtè 
élole, et fina'ement un \êtompnl quelquf^fois 
riclif» et tnagndlqiw!, 'émaillôdes plus vives 
coiilt-Hi«, lotji nlriljsanurorétd'ftrgent, étin- 
celrmt de pinrreriis, une c/irMwt/e oi^U»)] » — 
El moi auhM j'ai uue espèce de *nc*s(; à di^'u ; 
j»' Vriis, avec voire agrément, revêtir une 
is|iëco iWcoJ»luu»e syccfl"d<ila I. <..«•.. . É<i,ii, -» 

Ki, atix yt'ojt d'yiie cgniaiue «î auditeurs 
t Iwliis. j'<)l ti;ç d^ Jes6ou8 UiOii paletQl él 
endôflsé ma btousc» noire, puînée/ 1*(^ i^itf'^'ri- 
tiir«, lo)îgu(; iif trois mctteM un nîèlre ifl?»<,'' 
un iiicnh- blanc, un inëue rouge^ et j'ai cou- 
liniié : ■..■:•': 

« l:f(.t)sp! tio!)îe iîhasuble d« l'ouvrier, co 
prôfn» Infyli^ôhlc (te I mdusti i^, c\^t d« tes 
pau\rps pifs que sV(?)ulc, à (lots imh iut»M- 
i()in|iiis, tO'it ce hl\c, si prodi^ieusemcni 
varié, oi se cuuip'Jiti \ \ d('da'gfieu"-e oi;'i\oté 
des hciirtJX «lu siùile. Bitinsv ! f»l«MiM««! tu 



-cëtiQ douce amie, supiême consolation du 
tVialti^ureux. ' ^ ... 

Mais qui noufe empêche, Ô bti'Wféhé I de Yà 
posséder, de la conquérfr, cette fafraîrhié- 
f»nti te espérance?,. Et non pas s< ulemeni Une 
Owibiè^, tjuirs Un corps, mais rot>jel mêmedef 
respérancp. mais la réalité du bonheur, maïs 
votre contingent (le bien-èue, votre modesie 
place au soleil? Navez-vous pus une lèle^ 
un cœur, des mains? . , 

.Vou.« (josséilez le verbe, la parole, mira--! 
culeux outil qui refoigea le monde, il y a 
dix-buit siècles, au feu rutilant de la céUi.sié 
ch.nilé : gardez-vousdele hisser se rouiller. 
I5sf2 feft làr^eiff^nt, éne^giquoment, et tjueN 
qtrefi^fs trièiîl^ bvfitaiemeui, : l'apô t^, desn.i- 
♦ r<»n8 Vô4j^ y {rutoriî>e : /m.sIw vpfiOtiitkè, it»» 
porluiiè écMvait-il a un disciple, «liaigé de 
(;ontiitu('r la popwgimdeévMngélic^ue. Usez- 
en sans relâche, hjus sa double forme de lun» 
gaiie et d'écriture. "! ^aon 

Un dernier mot, ô ouvriers I Faites une' 
bonne fois l'invetUairo de vos faeult 'S, de 
vos tessourcos, et pluigness-vous si vous^ 
l'os-ez!.,.» 



CîloVens fhcHUirs] je tte tCuX pas fatiglit^ votre attention par un plus long- 

discours; soulcnu'ht trois mots cruore î ce sera, si vOiTs'voule/, trva profession' de foi. 

Hi' lis loiis nos tJroils clans 6es doiiit hiols : Lli^EKTÊ, ÉGALITÉ; pour hioi le 

Icoisiîuic, l'UATl'.ilMJÉ, esl Un iésuaié de fouS les Devoirs. lîtj^ar dessus totil 

la COi\SCiivJ\CJii| divin instinct, dominant toutes Ips notions dr devoir et de droit.' 

■.;■!' .... loin divoiié ùncUoycn, [. Nicolas ClUlER., ' 

Imp. (lEd. Bautriichc, rue de la Harpe, 'JO. 



-1 



— 507 — 



AUX ELECTEURS. 

CITOYENS, 

Une profession de foi politique n a de valeur morale qu'à la condition d'être 
tout à la fois le témoignag(i du passé , la manifestation du présent, et le lien 
d'avenir de l'homme qui aspire à lélecliop. 

Le pn<<sé, le présent, tels sont les deux termes d'un raisonnement rigoureux 
dont Vavewr doit être la conséquence. 

Je serais fier de vos suffrages si vous m'en jugiez digne; jepp les solliciterai 
point. 

Pendant dix années j'ai appartenu à la classe ouvrière; j'ai vécu de sa vie; par- 
ticipé de toutes ses émotions. Compagnon , j'ai parcouru les grands centres de 
population ouvrière; là, j'ai connu, j'ai ressenti ses besoins. — L'élévation de ses 
sentiments , la noblesse de son caractère , la justesse de son sens , et par-dessus 
tout son admirable résignation, m'ont étroitement uni à elle, et je me suis voué 
théoriquement et pratiquement à l'amélioration incessante de sa position mo- 
rale et matérielle, devant aboutir à l'organisalion^définilive du travail. 

La Révolution de Juillet me trouva à Nantes le fusil à la main. Deux ans après, 
indigné des persécutions qu'eut à subir la société des Amis dn peuple, j'entrai dans 
les écoles de droit pour obtenir un titre officiel qui me permît d'être le défen- 
seur des opprimés politiques Je devins avocat. Si je n'eus pas l'occasion de por- 
ter la parole dans aucun procès politique, je ne suis pas pour cela resté silencic ux. 
Inspiré par les sentiments du plus pur républicanisme , j'ai pendant quinze ans 
exercé une active et complexe propagande par la plume et par la parole. Mis à 
l'index par les hommes du passé à cause de l'énergie de mes convictions, je fus 
frappé d'ostracisme au barreau. 

Je me reléguai dans l'industrie : le hasard me porta dans une des contrées où 
la misère exerce par l'insuffisance du salaire ces ravages les plus extrêmes sur les 
travailleurs. Je n'ai point suivi ces errements du pays. Quand sonna l'heure de 
notre n génération sociale, je travaillais à créer dans la localité que j'habite une 
association dans le but d'améliorer matériellement et moralenrienl le sort des 
travailleurs. Mon programme avait pour résumé final : Enrichir l'ouvrier sans 
appauvrir le maîire. 

Voiià ce que j'ai été, ce que je suis : maintenant concluez. 

Je ne me dissimule pas combien est grande la tâche imposée aux futurs Repré- 
sentants, et si j'aspire à votre mandat , ce n'est point pour parader dans une as- 
semblée d'élite, c'est pour contribuer de tous les elforls de mon intelligence 
élucidée par la discussion , de toule la puissance de mes sentiments profondé- 
ment démocratiques, à la formation d'une Constitution républicaine dans son 
unité, dans son indivisibilité, d'une Constitution qui soit le développement et la 
mise en pratique de ces dogmes saints : Libkrté, Egalité, Fratkrmtk. 

Citoyens, j'ai toujours pensé que la vie privée devait être comme la pierre de 
touche , la garantie de l'homme politique. J'ollre à votre examen la mienne tout 
entière. 

Salut et fraternité. BLIN, de Quiinperlé. 

Mars 1848. 

Qu Qipei:é , imp, de GUFFAiNTI-BRETON. 



— 508 — 



MANIFESTE ELECTORAL 

de M. Gabriel Salvador. 



CITOYENS , 

Comme vous, je suis enfant de la Provence; c'est dans un des cantons du dé- 
partement des Bouches-du-Rhône que je suis né. 

Mais j'ai besoin de vous faire connaître mes antécédents. Quelques mots suf- 
firont. 

Elève de l'Ecole Polytechnique en 1832, j'ai puisé dans ses traditions les prin- 
cipes de palriolisme, d'indépendance personnelle, d'ordre, de travail, les sym- 
pathies démocratiques qui dans tous les temps, sous tous les régimes, ont formé 
le patrimoine commun de tous les élèves. 

Capitaine d'artillerie en 1842, attaché depuis à la Direction centrale des pou- 




, qui' agi ^ 

j)n paraient les voies nouvelles où devait se développer le triomphe de la dé- 
mocratie. 

Ce passé est hicn simple, mais lilvrc de tout engagement politique; instruit 
aux enseignements de la chute de deux monarchies, il me permet de contri- 
buer, de toutes mes forces et sans entraves, à l'édification de l'ordre nouveau 
que la République doit constituer. 

La connaissance de mon caractère personnel pour quelques-uns de nos con- 
citoyens, le désir pour un plus grand nombre de donner, en ces moments diffi- 
ciles, un témoignage d'union, d'estime et de sympathie à l'armée en choisissant 
un homme dans ses modestes rangs, m'ont fait olfrir l'honneur d'une candida- 
ture à celte Assemblée nationale qui, fidèle expression de la démocratie, doit 
réunir dans un fraternel ensemble les représentants de tous les travailleurs de 
la société française. 

Sans méconnaître les di/ficultés d'une pareille candidature, prélude seulement 
d une tache j)ius difficile encore, il était du devoir d'un homme de cœur de ne 
pas reculer. 

foute idée de présomption ou d'ambition vulgaire s'<^fl*ace doant la haute 
respoiisnbilitè qu'impose une pareille résolution. 

Voila, citoyens, les garanties que je i)uis présenter à votre confiance. 
Voici nus principes : 



Cons.rralioii (N- la souveraineté du peuple par l'établissement d'une Républi- 
que ond.e sur des bases déniocratiques, et appuyée aussi sur le respect de la 
famille et de la propriété. 

j>iherlé religieuse, civile, politique, dans sa plus large et plus loyale accc'ption. 
I.ducalion gratuite donnée par l'Etat à tous les cilovens et à tous les degrés, 



— 509 — 



mais avec une division intfliigento adaptée à la nature des esprits et aux besoins 
sociaux. Fondation d'écoles professionnelles. 

Assiette de l'impôt mieux adoptée aux principes démocratiques et républi- 
cains. 

Simplification de tous les rouages administratifs. 

Ressources générales et ordres généraux centralisés par le pouvoir dirigeant, 
mais extension des libertés communales. 

Position convenable et graduée suivant les services pour tous les fonctionnai- 
res de la République. 

Institution de crédit agricole et manufacturier pour associer dans leur liberté 
la propriété, le capital et les bras. 

Amélioration du sort de tous les travailleurs, ouvriers des villes et des cam- 
pagnes, de la marine et de l'armée, qui tous à des titres divers travaillent pour 
la grandeur et la prospérité de la patrie. 

Pour parvenir de la manière la plus prompte et la plus sûre a la fois à ce noble 
résultat, afïcrmissement de l'ordre intérieur, développement de l'agriculture 
qui donnera les substances alimentaires à meilleur marché. Développement de 
notre commerce intérieur et maritime, qui ouvrira de nouveaux débouchés aux 
produits. Enfin, extension des crèches, des salies d'asile, des caisses de mutua- 
lité, de prévoyance et de retraite pour venir au secours de toutes les faiblesses, 
de toutes les infirmités. 

Colonisation de l'Algérie, facilité donnée à tous les systèmes d'y faire des es- 
sais dont l'exjîérience fera apprécier la valeur. 

Appui sympathique de la France assuré à tous les peuples qui marchent dans 
la voie de la liberté. 

Enfin, consacrer le triomphe de la démocratie, mais le triomphe sans injustice 
et sans violence; répandre la richesse et non la détruire; élever le niveau social 
et non l'abaisser; en un mot, tendre à ce qu'il n'y ait plus ni pauvreté ni mi- 
sère : voilà quel sera le but de tous mes efforts. 

Citoyens, il m'a été donné de juger de trop près les graves diflicultés de la si- 
tuation actuelle, pour n'être pas convaincu que la France aura de laborieuses 
épreuves à traverser; mais j'ai une foi profonde dans l'avenir de la patrie, et j'ai 
l'intime conviction que la République parviendra à consacrer par les faits la 
noble et sainte devise qu'elle a inscrite sur le fronton du nouvel ordre social ; 
Liberté, Egalité, Fraternité. 

Je serais heureux et fier d'être envoyé par vous, par le département où je suis 
né, pour concourir à cette grande et difficile tâche, pour siéger à l'Assemblée na- 
tionale. 

Soldat à la frontière ou citoyen à l'Assemblée, ce serait pour moi un devoir 
également sacré de résister à l'ennemi de la France ou à l'ennemi de la Liberté. 



VIVE LA RÉPURLIQUE 



GABRIEL SALVADOR 

Capitaine d'artillerie. 



— 510 — 

J'espère votre suffrage aux élections municipales de Marseille. Je croîs possé- 
der la raison et l'énergie des amis de Tordre. En économie et en commerce ma 
capacité a été prouvée par divers^ projets utiles et surtout par celui relatif aux 
encaisseme ils des elTels du commerce par les r«'ceveurs généraux, lequel a pro- 
duit un des plus puissants secours. Les besoins de notre cité ne sont pas entière- 
ment inconnus, il y a beaucoup à faire. 

Je professe un culte véritable pour les art,s , et à regret, je les vois réduit au 
néant dans Marseille, la voisine d'Italie. Notre dessin doit être mieux combiné 
avec le temps des enfants des ouvriers. Notre Conservatoire doit enseigner : la 
composition et les instruments rares et principaux, en outre de la vocale. Enfin 
il doit cesser d'être succiirsalcde Paris pour, au besoin, s'érijer en rival de Paris. 

Dieu... Patrie... Travail... 

MÉNÉCIER, fds. 



AUX ELECTEURS 

du dcparlemcnt des Bouclics-du-îlhône. 



Citoyens , 

Je me présente comme candidat à la représentation nationale. Mes amis sa- 
vent que j'accomplis ainsi un devoir de confraternité et de patriotisme auquel 
j'obéis presque à regret, lorsque je com^^arc l'immensité de la tâche à mon insul- 
fisanc(\ 

Toutefois, si des traditions de famille nettement républicaines, si la sincérité 
et l'énergie des convictions, le dévouem-ent absolu à la cause du Pays; si trente 
ans de lutte obscure, mais implacable, contre les tendances égoïstes et rétrogra- 
des des royautés déchues; si tiente ans d'inaltérable fidélité à la cause du libéra- 
lisme et du pro;^rès social, à ce noble étendard de 89 que les Lafayette, l"s Ma- 
nuel, les l'\)y, les Dupont (de l'Eure), ont tour-à-tour et si noblement porté de- 
vant noire génération heureuse et fière de les suivre; si, de plus, une vie simple 
el laborieuse, l'orgueil e( l'amour de l'indépendanre, l'orgueil aussi d'un désin- 
tércssemenl qui défie jusqu'aux investigations de l'inimilié, sont des' titres pour 
nie conciuérir votre confiance : je crois avoir droit à vos sympathies. 

(Quelques mots sufTiionl à ma profession de loi, puisque aussi biim je n'ai pas 
dissiniuli' (juels sont les /*c;rs de mon église. 

l'onder le (louvernement démocratique sans préoccupation du passé, sans 
crainte de l'avenir (|ui nous appartient tout entier, l'or^ aniser largement par une 
application loyale, hardie, a\entureuse même au besoin de notre triple dogme, 
Liberté, Egahlé, Fraternité, dogme fécond, admirable trilogie empruntée tout 



— oll 



entière à la rrligion de nos pères H qui contient dans ses flancs le dernier mol 
de Dieu sur l'humanilé. 11 ne s'agit que de l'en faire sortir. 

Aborder sans témérité, comnie sans faibK'Sse, les formidables questions so- 
ciales que les barricades de Février ont dressées devant nous, marcher droit aux 
solutions, et faire sans peur, pour être sans reproche, le triage de ce qui est pra- 
ticable et ce qui ne l'est pas. 

Ceci doit être pour tous une affaire de cœur; nos frères malheureux atten- 
dent ; les heures, les minutes se comptent par leurs souffrances ; le retard serait 
une impiété. 

Protéger la famille et la propriété qui n'est qu'une annexe de la famille, ne 
pas souffrir qu'on y touche de près ou de loin, car la lamille vient de plus haut, 
et les vaines disputes de l'homme ne prévaudront pas contre elle. 

Soumettre notre édifice administratif à une révision attentive et conscien- 
cieuse avec l'inlention arrêtée d'en simplifier les rouages et d en harmoniser 
l'ensemble avec les principes démocratiques qui sont appelés à régir l'avenir du 
pays, simplification est ici comme partout synonyme d'économie. II ne faudra 
donc reculer devant aucun des perfectionnements , aucune des améliorations 
qui seront indiqués par la réflexion et Texpérience, nous travaillerons sous les 
yeux de l'Europe, et nous lui devons un modèle. 

Voilà mes intentions, voilà la fin suprême de ma volonté, et je suis décidé à 
ratt( indre en dépensant jusqu'au dernier effort de mon intelligence et jusques à 
la dernière goutte de joion sang. 



H. MENGTN, 

Avoué à Tarascon. 



Marseille.— Typ. Barlalicr-Feissat et Demonchy. 



ALX ELECTELUS 

DES BOLCnES-DU-RnÔx\E, 



CONCITOYENS, 

Je suis enfant de Marseille. 36 années d'une vie toujours laborieuse et 
honnête, constamment traversée par des détails infinis, dont il est inuiilede vous 
entretenir ici. 

Mon panégyrique est connu. Naturellement républicain, c'est vous dire que 
j'ai souffert tiu gouvernement déchu. 

Homme du peuple, plein de coeur et d'amour pour ma Patrie, je viens dans 
ce moment difficile vous ollrir mes capacités et mon pxpcrience, qui seront, je 
l'espère, des garanties sûres pour le bien de tous, car mes principes ont toujours 



— 512 — 



eu des tendances à un rég^ime national ; mon Traité sur l'organisation du Travail 

le prouve. 

Je voudrais que les Représentants du Peuple, à l'avenir,' ne s'occupent que de 
la Patrie, et ne reprennent leurs fonctions publiques qu'après un temps fixe ; 
les militaires seulement reprennent leurs grades et suivent rigoureusement le 
tableau d'avancement. 

Ceux des députés qui seraient aptes à remplir des charges près du Gouverne- 
ment ne pourront y avoir accès qu'après deux années à dater de l'expiration de 
leur mandat. 

Je suis de ceux qui se vouent à la République sans ambition personnelle. 

Je demande le développement de toutes les libertés sociales et politiques, la 
liberté de conscience, la liberté d'enseignement, la liberté d'association et la 
liberté religieuse. Je demande enfin que la République et la liberté n'aient qu'un 
même sens , ne soient qu'un même tout, inviolable et sacré. 

Je demande que l'instruction gratuite embrasse toutes les connaissances né- 
cessaires au développement de l'intelligence humaine. 

Je connais les peines et les privations du Peuple; mon but sera d'atteindre tou- 
tes les misères et d'y apporter un soulagement si longtemps relardé par les im- 
pôts qui pèsent sur les premiers besoins de la vie. 

Ami (le l'ordre, qui est indispensable au bien de tous, je demande le respect 
à la famille et à la propriété, ce qui est le symbole d'un bon républicain, et qui 
n'inspire de crainte qu'aux esprits mal faits, car la République se fait aimer par 
les vertus et les honneurs. Enfin, elle doit se composer de tous les creurs animés 
du saint amour de la Patrie. 

VIVE LA RÉPUBLIQUE ! 

J.-M. DECANIS, Tapissier. 

Marseille. — Imprimerie do P. Chauffard, boulevard du Musée, 21, l'entrée rue des Ïrois-Mages, 2. 



AUX ELECTEURS DE LA SEIAE. 

CITOYENS, 
En 1793 la France avait à lutter contre la guerre civile et la guerre étrangère. 
Le parti i\v. la peur et de la réaction lui nia des généraux et cependant le peuple 
produisit celte pléiade militaire qui a stupéfait le monde par son courage et sa 
grandeur. 

En I8/4H, la France veut organiser politiquement et socialement la démocratie 

répuhlicaitic. 

Le parti de la peur et de la réaction nie la puissance des hommes nouveaux, et 
cependant le peuple fera jaillir de son sein une assemblée qui deviendra l'étoile 
polaire des nations civilisées. 



— 513 — 



Je suis un homme obscur, mais la république est une mère féconde qui pandit 
ses enfants en un seul jour. 

Avec la conscience du devoir et la profondeur de la conviction, je n'hésite pas 
à m'offrir aux suffrages des républicains sincères. 

J'ai peu fait ; mais j'ai fait tout ce que j'ai pu. 

Je suis un combattant de 1830 ; j'ai la décoration de juillet. 

A Rouen j'ai défendu la société des Droits de l'Homme. 

Partout j'ai enseigné les opinions républicaines aux époques où ces opinions 
étaient proscrites. 

En février 18^8, je me suis retrouvé dans les rangs de la garde nationale, 
3' légion, compagnie Fallet ; j'ai rempli mon devoir de mon mieux. 

Ceux qui m'avaient vu à l'œuvre, m'ont nommé président du club républicain 
du 3* arrondissement. 

Depuis, par mes écrits et mes paroles, j'ai soutenu, chaque jour, les principes 
de la démocratie politique et sociale. 




nération de la patrie ! 

Si j'ai l'honneur de représenter le Peuple, je soutiendrai les principes les plus 
purs et les plus radicaux de la démocratie. 

Je combattrai de toutes mes forces les tendances secrètes ou déclarées qui tra- 
vailleraient à notre désunion. 

Et si l'assemblée manquait aux espérances du pays, je donnerais ma démission 
pour rentrer dans les rangs du peuple dont je suis sorti. 

VIVE LA RÉPUBLIQUE ! ÉGALITÉ ! LIBERTÉ 1 FRATERNITÉ ! 

PAULMIER (Edouard), 

Président du Club Républicain du 3e arrondissement. 



REPUBLIQUE FRANÇAISE. 

LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ. 



THIBAUDEAU , Conventionnel , 

Aux Citoyens Electeurs du département des Bouches-dn-Rhône* 

Citoyens , 
Des Électeurs ayant exprimé l'intention de me nommer leur Représentant à 
TAssemblée Nationale, j'accepte et avec reconnaissance ce témoignage honorable 
de leur bon souvenir et de leur confiance. Un simple exposé de ma carrière poli- 
tique me dispense de faire aucune profession de foi. 



T. I. 



65 



— 514 — 



Révolutionnaire de 1789; 

Député à la Convention nationale ; 

Un des fondateurs de la République en 1792 ; 

Un des onze Rédacteurs de la Constitution républicaine de l'an III ; 

Membre du Conseil d'Etat qui a fait le Code civil ; 

Préfet du département des Bouches-du-Rhône de 180/i.à 1814; 

Déclarant, en 1815, à la tribune de la Chambre des Pairs, en face de Louis XVIII 
et des armées étrangères, qu'Une reconnaîtrait jamais les Bourbons; 

Maintenu , par le gouvernement de 1830 , dans l'indignité politique, ainsi que 
tous les Conventionnels. 

A. C. THIBAUDEAU. 

Marseille. — Typ. Barlatier-Feissat et Demonchy. 



AUX ÉLECTEURS. 

DES BOUCHES-DU-RHONE. 



Chers Concitoyens! 

Si pour aspirer à l'honneur de vous représenter, je ne consultais que les droits 
que je puis avoir pour y prétendre, je me renfermerais, si modeste qu'elle soit, 
dans la carrière où je me trouve engagé. Attaché depuis plusieurs années à la ré- 
daction de divers journaux et recueils démocratiques, je me bornerais, dans des 
circonstances ordinaires, à servir, dans la mesure de mes facultés , la cause qui 
eut toujours mes sympathies, et j'aurais attendu pour m'offrir à votre choix que 
des travaux plus importants et quelque renommée accise vinssent me désigner 
naturellement à vos suffrages. 

Mais il est des temps où les règles ordinaires ne sauraient être suivies. Aux épo- 
ques de révolution, dans ces moments solennels de la vie des peuples où les bases 
et les éléments de l'ordre politique et social se déplacent et se transforment, le 
citoyen doit à son pays le renoncement à ses goûts, l'abnégation de ses préféren- 
ces, au besoin le «acrifice de sa fortune et de sa vie. A ces époques, l'ambition est 
un devoir pour les hommes que leurs convictions mettent au-dessus de leurs 
intérêts personnels. 

Tels sont, mes chers concitoyens, les motifs qui me décident, malgré l'insufii- 
sance de mes titres, à me présenter devant vous. 

Né dans le clid-licude cedépartement, j'y suis connu, directementou par ma fa- 
mille, d'un grand nombre d'entre vous et j'y suis lié par tous mes intérêts. Fils 
d'un négociant qui a dû sa fortune à la prospérité commerciale de Marseille, je 
sens quelle importante place les développements du commerce maritime devront 



— 515 — ^ 

tenir dans les préoccupations du nouveau gouvernement, et je m'estimerais heu- 
reux d'en être auprès de lui le représentant actif et dévoué. 

Mes opinions politiques sont celles qui ont triomphé dans la Révolution de 
Février. Sans nier les services que la forme monarchique a rendus à la France à 
d'autres époques, déjà fort éloignées, je la trouve aujourd'hui diamétralement 
opposée aux tendances et aux besoins de la civilisation moderne. Les trois essais ( 
qui en ont déjà été faits dans la première moitié de ce siècle en démontrent a 
mes yeux l'insuffisance et les dangers d'une manière irrécusable. 

La France n'a point, à vrai dire, encore vécu en République. Nous avons eu 
pendant notre première révolution la dictature sous forme républicaine, nous 
n'avons point eu un état régulièrement organisé sur les principes républicains. 
La justice et l'humanité trop souvent violées dans cette grande et terrible crise, 
ne permettent pas de considérer, comme réelle et définitive, l'épreuve qui a été 
faite des institutions démocratiques à cette époque. 

Mes précédents politiques sont faciles à constater : je suis tout-à-fait ce qu on 
appelle aujourd'hui Mn^é;}M6//cam de la veî/Ze. La Révolution de Février m'a trouvé 
attaché à la rédaction du Courrier Français, de la Revue Nationale, fondée peu de 
mois auparavant par MM. Ruchez et Bastide, de la Revue Indépendante dont je 
suis copropriétaire, ainsi que du journal le Peuple Constituant, fondé le lende- 
main de la Révolution , par quelques écrivains de cette revue sous la direction 
et avec le concours personnel de M. Lamennais. 

Un passé si net , si bien défini , pourrait, ce me semble, me dispenser d'une 
profession de foi détaillée ; cependant , comme je suis encore pour la plupart 
d'entre vous un homme nouveau, je vais, en peu de mots, exposer mes principes 
sur les points les plus importants de la constitution politique et économique à 
donner à notre République. 

Voici comment j'interprète et comment je voudrais voir appliquer la sublime 
devise que la Révolution de Février a inscrite sur son drapeau, de\^.e empruntée 
à l'Evangile par notre première révolution , souvent obscurcie et faussée par le 
malheur des temps, et qu'il appartient à notre pays et à notre siècle de faire bril- 
ler aux yeux du monde dans toute sa pureté et dans toute sa splendeur. 

La Liberté , cet élément essentiel de la grandeur et de la moralité humaines , 
je la voudrais s'exerçant dans toutes les voies de l'activité sociale , sans autres 
limites que celles imposées par le respect du aux droits de chaque citoyen , et 
garantie par l'application du système électif à tous les pouvoirs et par la respon- 
sabilité de tous leurs agents. En ce qui concerne les rapports de l'Etat avec les 
Citoyens , je la voudrais , tout en reconnaissant la centralisation nécessaire pour 
la bonne gestion des intérêts généraux , appliquée aux intérêts locaux par leur 
attribution aux municipalités , ces écoles primaires de l'esprit politique et de la 
pratique administrative. 

L'Egalité , sans laquelle la liberté n'est souvent qu'uae tyrannie déguisée, je la 
voudrais appliquée par la protection et l'encouragienient accordés aux travail- 
leurs les plus délaissés , aux branches de la production lis plus négligées sous le 
dernier règiie , à la Marine, au Commerce, à la Colonisation et à rAgriculture ; 
par une assiette plus équitable de l'impôt , par renseignement gratuit et obliga- 
toire pour tous les Citoyens, par la fondation d'institutions de crédit destinées à 
seconder parmi les Citoyens pauvres l'esprit d'association. 



— 516 — 



Enfin, la Fraternité, ce principe par lequel on peut tout transformer sans rien 
détruire et qui ne permet pas que le bien de l'un devienne le mal de l'autre, je 
la voudrais pratiquée au moyen d'une indemnité accordée à tous les intérêts 
froissés parles réformes accomplies, de telle sorte que la France républicaine 
réalisât dans ses institutions cette devise si éminemment chrétienne de la vieille 
démocratie helvétique : un pour tous, tous pour un. 

En un mot, les trois termes de notre devise Nationale me paraîtraient toujours 
indivisibles , et je refuserais mon concours à toute loi qui n'aurait pas su les 
réunir et les concilier. 

Tels sont , mes chers Concitoyens , les sentiments qui m'animent et les prin- 
cipes qui serviraient de règle à ma conduite , si vos suffrages m'appelaient au 
difficile et dangereux honneur de vous représenter. Retenu loin de vous par 
mes occupations d'écrivain politique, je regrette de n'avoir pu venir plus tôt 
m'oflfrir a votre choix, mais si néanmoins , à défaut d'un plus digne , il se fixait 
sur moi , voici l'engagement solennel que je prendrais vis-à-vis de vous : non- 
seulement je renoncerais pour l'avenir à toute fonction salariée, mais encore , et 
bien que je sois partisan de l'indemnité accordée aux Représentants de la Nation, 
je ne l'accepterais , vu les circonstances difficiles où nous nous trouvons , que 
pour la mettre à la disposition de l'autorité départementale, afin de contribuer à 
donner du travail à ceux de nos frères restés sans ouvrage. 

Aux temps nouveaux qui se préparent, le seul privilège de la fortune devra 
être dans une plus grande somme de devoirs et dans la possibilité de manifester 
un dévouement plus grand. 

Salut et fraternité ! 

* Benjamin RAMPAL. 

Marseille.— Typ.Barlalier-Feissat et Demonchy, Canebière, i9. 



J'accepterai avec reconnaissance les suffrages de mes concitoyens, je n'en sol- 
liciterai aucun. 

Le Gouvernement républicain est le seul possible; aveugle qui ne le voit pas. 

Je veux donc la République et contribuerai de tous mes efforts à la conso- 
lider. 

Deux mots seulement pour expliquer comment je la comprends : je ne la 
comprends qu'établie sur les bases de toutes les sociétés humaines, sur le respect 
de la religion, de la famille, de la propriété. 

Tels sont mes principes , rien ne m'en fera dévier. 

DE FOURNAS aîné. 
Lorienl. — Imp. de Ch. Gousset, place Bisson, 4. 



-• 



— 517 — 



PAGMEURE 

AUX ELECTEURS 

du département de 

Scinc-et-Oîse. 



MES CHERS CONCITOYENS, 

Les causes impérieuses et toutes patrio- 
tiques qui m'ont empêché de me rendre 
devant vos réunions préparatoires ont été 
interprétées contre moi. On a répandu le 
bruit que je renonçais à ma candidature dans 
le département de Sfine-el-Oise. 

Ce bruit, je crois devoir le démentir. 

Je suis né, j'ai été élevé dans l'arrondisse- 
ment de Pontoise; je suis conseiller muni- 
cipal d'une de ses communes; j'y ai toute 
ma famille; j'y compte de nombreuses et 
chères amitiés. Depuis quarante-deux ans, 
je n'ai pas cessé d'y vivre, et'd'y entretenir 
des rehilions qui me sont précieuses. 

C'est là que j'ai porté personnellement ma 
candidature ; les suffrages que je recherche, 
ce sont les vôtres; et j'ai été profondément 
touché que, dans la dernière assemblée élec- 
torale des délégués de l'arrondissement de 
Pontoise, au nulieu de compatriotes qui con- 
naissent ma vie tout entière, sur 79 votants, 
j'aie obtenu 79 voix. 

Si je n'ai pu me présenter devant toutes 
les autres réunions, c'est que les devoirs si 
nombreux et si graves qui me sont imposés, 
comme secrétriiie-généial du Gouvernement 
provisoire, directeur du cotnptoir natiorud 
d'escomj.le, maire du X® arrondissement, ne 
me l'ont pas permis. En présence des agita- 
tions que font inopinément surgir, à chaque 
heure, à chaque minute, les événements du 
dehors et du dedans, c'est au centre, où se 
décident les destinées du pays, qu'était le 
poste du danger et du devoir. Mes conci- 



toyens m'auraient blâmé si je l'eusse déserté 
dans l'intérêt égoïste d'une candidature. De- 
puis deux mois, jai consacré à la chose pu- 
blique, avec on dévouement sans bornes, 
a\ec un désintéressement complet, j'<-se le 
dire, ei mes jours et mes nuits. Je suis bien 
convaincu d'ailleurs qu'on méiile mieux vos 
sympathies par des actes que par des pa- 
roles. 

Ces actes vous sont assez connus depuis la 
révolution de Février; quant à ceux de ma 
vie passée, il m'est permis peut être de ne 
point vous les rappeler, car ils ont reçu leur 
consécration par le triomphe de la Répu- 
blique, auquel j'avais travaillé sans relâche 
pendant vingt ans. 

La République, je veux vous dire pour- 
tant, ainsi que je l'ai dit à mes compatriotes 
de l'arrondissement de Pontoise, comment 
je la comprends, comment je l'ai toujours 
compi ise : 

« Je veux qu'en faisant concourir à l'in- 
térêt commutj la puissance du fort, elle soit 
aussi la protectrice du f.iible; qu'elle soit, 
dans tous sec actes, cahne, modérée, magna- 
nime, redoutable à tous ceux qui voudraient 
la combattre, mais clémenle et généreuse 
envers ses ennemis vaincus. 

w Je veux (pielle apporte dans l'adminis- 
tration des intérêts publics, la prudence, 
l'ordre, l'économie, la réizularilé du bon 
père de famille, sans cesse préoccupé de l'a- 
venir et de la prospérité de ses enfants. 

« Qu'elle ne demande au pays que les sa- 



— 518 — 



crifices rigoureusement nécessaires, et que, 
par un emploi intelligent de la fortune pu- 
blique, elle féconde nos richesses au lieu de 
les dissiper. 

a Je veux qu'elle conserve un inaltérable 
respect pour la propriété, pour la famille, 
ces bases éternelles de la société, qui retom- 
berait nécessairement dans la servitude et la 
barbarie, si l'on y portait une sacrilège at- 
teinte. 

« Je veux qu'elle conGe la propagande 
durable de ses principes à la sympathie des 
peuples, plutôt que d'en imposer par des 
conquêtes la violente et passagère domina- 
tion. Porté par nos armes, le drapeau de la 
France a flotté sur toutes les capitales de 
l'Europe : c'est un souvenir dont nous de- 
vons nous gloriûer ; mais je veux que le dra- 
peau de la République nouvelle, porté par 
nos idées, déploie pacifiquementsur le monde 



le symbole de la Liberté, de l'Égalité, de la 
Fraternité universelles. 

« Je veux qu'elle soit puissante, glorieuse, 
aimée des citoyens, estimée des nations, ad- 
mirée du monde, digne enfin, comme l'a dit 
mon illustre ami Lamartine, que l'histoire 
puisse lui consacrer un jour une de ses plus 
belles pages. 

« En un mot, ma République à moi, ce 
n'est pas la République rouge, c'est la Répu- 
blique tricolore. » 

Voilà, mes chers concitoyens, la Répu- 
blique que j'ai, pendant vingt ans, chérie 
comme une noble maîtresse? avec ardeur, 
avec amour, respectée comme une mère, la 
République que j'ai voulue, que je veux, que 
je voudrai toujours. 

Cette République, chers concitoyens, 
n'est-ce pas aussi la vôtre? 



PAGNERRE, 

Éditeur, Secrétaire général du Gouvernement provisoire. 



Imp. de Gustave Gratiot, 11, me de la Monnaie- 



A LA SOCIETE 

ÉLECTORALE DÉMOCRATIQUE 

DES BOUCHES-DU-RHONE. 



Comme démocrate républicain , j'ose me présenter à votre suffrage, et voici 
mes litres : 

Je pris les armes le 23 mars 1789. 

Jo fus À la délivrance des prisonniers détenus dans les prisons d'Aix pour les 
droits f«';odaux. 

Je fus au désarmement des Suisses, que je dénonçai à l'autorité et au Club. 

Je fis les campagnes d'Avignon et d'Arles , pour donner des renforts aux pa- 
triotes de ces deux contrées. 

.!<' fus à la fédération comme député ; capitaine au bataillon du 10 août ; aide- 
dc-cauip d(; l'arniét^ de G, 000 hommes commandée par le général Moisson; com- 
mandant 1(^ bataillon de Dijon ; enfermé deux fois dans les prisons du fort 



1^ 



— 519 — 



Saint-Jean, par les fédéralistes, je n'en sortis qu'à l'entrée des troupes comman- 
dées par Cartau. 

Je fus, à cette époque, nommé commissaire central d'arrondissement, membre 
du comité d'Indemnité pour venir en aide aux victimes. 

Je fus officier municipal à l'arrondissement du Nord. 

Je fus nommé juge de paix, je n'en ai point rempli les fonctions. 

J'assistai aux journées des 3 et û. prairial et du 13 vendémiaire, à Paris. 

En 1815, mon épouse et moi fûmes obligés de fuir pendant deux ans. 

On fit de mon magasin, situé place Saint-Féréol, en face de la fontaine miné- 
rale, où j'avais mes métiers à faire les bas, un corps-de-garde pour protéger la 
duchesse de Berry à son passage. 

Je promets et jure de maintenir dans son intégrité le programme de la Voix 
du peuple, 

GAYRAUD, 

Membre de la Société Electorale Démocratique des Bouches-du-Rhône. 

Marseille. — Imprimerie Nationale. — Association d'Ouvriers, quai du Canal, 9. 



AUX ELECTEURS 

DE l'arrondissement DE RAMBOUILLET. 



CITOYENS, 

C*est le 9 avril prochain que la France entière va être appelée à nommer des 
représentants chargés de lui donner une constitution vraiment républicaine. 
Vous le savez, le vote est universel, et aura lieu par département. 

Celui de Seine-et-Oise doit nommer douze représentants à l'assemblée natio- 
nale. Le seul moyen de faire des choix dignes de la révolution de février, c'est de 
s'entendre avant le jour de l'élection. 

En conséquence, un Comité départemental a été formé à Versailles. Mantes, 
Corbeil, Pontoise et Étampes viennent de constituer des Comités d'arrondisse- 
ment avec lesquels celui de Rambouillet s'est mis de suite en rapport. Dans chacun 
de ces Comités il a été convenu que dans chaque canton un Comité cantonnai se 
formerait immédiatement, et entrerait, aussitôt après sa constitution, en corres- 
pondance avec le Comité d'arrondissement. 

Le Comité d'arrondissement engage les Comités cantonnaux à provoquer, sans 
aucun retard, une réunion préparatoire de tous les électeurs du canton, à l'eflet 
de discuter les titres à leur confiance des candidats qui se présenteront au canton. 
Les Comités cantonnaux préviendront le Comité d'arrondissement de l'accom- 



— 520 — 

plissement de cette opération préparatoire, et ce Comité fixera le jour où appel 
sera fait à tous les électeurs de l'arrondissement, à l'effet d'arrêter définitivement 
le choix des deux candidats qui, dans l'esprit du décret, appartiennent à l'arron- 
dissement d'après sa population. ^ 

Liberté, Egalité, Fraternité, voilà notre devise ! 
nous sommes franchement républicains. 

Pour nous la république c'est le gouvernement du peuple par le peuple, la vraie 
liberté sans anarchie, la garantie des droits de la propriété et de la famille, le tra- 
vail pour tous, et la diminution des charges de l'Etat. 

Vive la République l 

LEFEBVRE. 
Président du Comité. 
Vous trouverez d'autre part la liste des membres du Comité. 

COMITÉ ÉLECTORAL DE RAMBOUILLET. 



Les Citoyens, 

AUMASSON, couvreur à Rambouillet. 

BEDOUET, boulanger, idem. 

BEGAGNON, marchand de vin, idem. 

BE LISSANT, armurier, idem. 

BLANCiiAHD, Cultivateur à la Monnerie (Gazeran), 

COYARD, boucher à Rambouillet. 

DEBiiAY, propriétaire aux Vaux-de-Cernay (Auffar- 

g's). 
DESRoziERS, notaire à Rambouillet. 
DE LA aiOTTE, avoué, idem. 
DUTHuiLLÉ, propriétaire, idem. 
DIMPAL'LT, marchand grainetier, idem. 
Be tinan, receveur particulier des finances, idem. 
DANGtRviLLE, bourrelier, idem. 
DUMONT, juge d'instruction, idem. 
fenol'illot, marchand de vin, idem. 
FiAUi.T, serrurier, idem. 

GtOKFiioY, vérificateur (les poids et mesures, idem. 
Gi AiLT, docteur-médecin, idem. 
GOUFFiKft (Hippohte), propriétaire, idem. 
llOCliEiiEAU, limonadier, idem. 
iSAMBi-RT, cultivateur aux Mandreuses (Gazeran). 
JUtf £AU, propriétaire à Rambouillet, 



' LETROTTEUR, Cultivateur à Rambouillet. 

LESAGE, propriétaire aux Vaux-de-Cernay (Auffar- 
gis). 

LANDREAU, entrepreneur de maçonnerie, à Ram- 
bouillet. 
' LEFEBVRE, propriétaire et maître de poste, idem. 
\ LAUUE, carrossier, idem. 
I LEROUX, notaire, idem. 
I LA RUELLE, instituteur, tdem. 
I MAIRE (Isidore), j)ropriétaire à Grange-Colombe 
1 Rambouillet. 

I MAIRE (Victor), propriétaire, idem, 

MASSON, avoué à Rambouillet. 

PEKOT, pro[iriét-ire à Sa nt-Léger. 

PASQUiER, marchanddevinsen gros à Rambouillet. 

PIOT, avoué, idem. 

RABOUiiDiN, propriétaire, idem. 

HAYER, peintre, idem, 

ROY'ER épicier, idem. 

TAUPiNARD, pharmacien, idem. 

TERRIEN, caissier, idem. 

voiRiN, négociant, idem. 

VINCENT, avoué, idem. 



COMPOSITION DU BUREAU. 

LEFEBVRE, président du comité» 
VOIRIN, vice-président, 
MAIRE (Isidore). 

TAUPINARD. 

PASQUIER. » ^««,^,.„ 

DUMONT. > »^«^fires. 

DE TINAN. 
GIRAULT. 

MASSON, secrétaire. 



Imp. de Haynal, à Rambouillet. 



— 521 — 



AUX ELECTEURS 

DES BOUCHES - 1)L - RHONE. 



CITOYENS, 

Encouragé par des Patriotes sincères, je 
viens ofFrir à la Patrie mon intelligence, nnoR 
cœur et mon bras. 

Serai-je trouvé cligne de vos suffrages? 
C'est ce que vous aurez à résoudre. Je ne 
ferai pas mon panéjiyrique; mais je vous 
donnerai (]uelques aperçus sur tout ce qui 
me touche, afin de vous aider dans la recher- 
che de ma valeur comme citoyen. 

J'ai été, je suis et serai toujours Républi- 
cain. 

Je l'ai été, car toutes 1rs actions de raa vie 
ont toujours tendu vers les grands principes 
égalitaires, car tous mes écrits antérieurs 
respirent l'esprit de la Démocratie; car alors 
qu'il y avait au moins de l'audace à procla- 
mer cette opinion, je n'ai pas hésité à le faire. 
Je l'ai été, car je me suis toujours associé et 
j'ai toujours pris une part active à tous les 
efforts que les Républicains ont tenté pour 
faire triompher leurs idées. 

Je suis devenu Républicain le jour où de 
constantes et laborieuses études me firent 
entrevoir tout ce qu'il fallait encore conqué- 
rir de libertés publiques pour arriver à l'E- 
galité, à la Fraternité ; je fus porté à l'étude 
des questions sociales par ce besoin d'aimer 
et d'être aimé, qui est, selon moi. l'expres- 
sion la plus vraie du Républicanisme. Sans 
l'Egalité, pas d'amour. 

Je suis Républicain, car je me sens animé 
du désir de coopérer dans la mesure de mes 
moyens, de mon intelligence et de mes sen- 
timents à la consolidation, à la glorification 
et à la perpétuation du règne de la Liberté, 
la seule souveraine légitime de la France et 
du monde entier. 

Je serai toujours Républicain, .le vous le 
promets. 



Je consacrai toute ma vie, mes courtes 
heures de loisir à la culture de mon intelli- 
gence; constamment et av^c une égale ar- 
deur, j'ai cherché à façonner mon esprit aux 
belles pensées, mon cœur aux bons s<'nti- 
ments; je me suis enfin pénétré des droits et 
des devoirs du citoyen. 

Mes études, forcément entravées par I; s 
exigences d'un lourd métier, n'ont pu fain; 
(le moi un savant, mais j'ai lorgueil de croire 
qu'elles ont ou pour résultat de me donner 
le discernement (\u bien et du mal, du men- 
songe de la vérité. 

Je n'ai adopté exclusivement aucune scctp 
sociale; jamais je n'ai voulu me mettre a la 
remorque d'un nom propre, suivant cette 
maximed'nn esprit éminent : « Rallions-nou> 
autour des idées, plies restant, les hommes 
s'en vont. » Je ne repousse pourtant aucune 
de ces sectes qui ont fait tant de bien, puis- 
que toutes ont convergé vers un même point: 
Liberté, Egalité , Fraterniié. Nous devons, 
\ au contraire, leur être reconnaissants <les 
bons services rendus à la cause du peuple, 
des luttes incessantes et souvent périlleuses 
qu'olles ont soutenues pour amener le triom- 
phe de la vérité ; si elles renferment des im- 
perfections, elles ont toutes des idées qu il 
faut bipn se garder d'exclure; c'est en nous 
éclairant tous sur le mérite réel de ces idées, 
en élaguant sans hésiter celles qui reposent 
sur des principes faux, que nous arriverons 
à une solution définitive et rationnelle des 
grands problèmes sociaux. 

Je suis prêt à répondre à toutes les inter- 
pellations qui pourront m'être faites sur mes 
antécédents ; je repousse d'avance toute ac- 
cusation qui ne se produirait pas au grand 
jour ; il ne peut y avoir que celles qui sont 
mal fondées qui puissent craindre la publi- 



T. I. 



(<; 



— 622 — 



cité; tous les actes de ma vie sont purs; 
qijeli|uos-uri« peut être sont loijiiblt'S, ce n'est 
pas à moi de les faire ressortir. 

Voici mairilpnant mon opinion sur l'état 
actuel de la népubiifjue et sur les diverses 
questions que sera appelée à résoudie l'As- 
seinhlee Constituante. 

Je considère la guerre comme un fléau. La 
paix vsl létal normal de la nature; niais la 
I aix glorieuse qu'on n'achète pas au f)rix de 
son honneur. Otle paix avec laquelle t<iut 
progresse et s'agrandit, qui e-t propii-e au 
dc\elop,.enM>nt de rintelligcnff, le don le 
plus précietix que Dieu ait (ail à i'hoiine, la 
piiix con.'Jacrcnil le p iricipp Fratentiié, [)0us- 
sani A la prop^ïgaiion des idées ld)éralos. 
M. lis le jour où des des| otcs \ond:ait'[it en 
|ir(.l(ier pour enchaîner les pfMj|)l(,'S et nou- 
lialiser leurs efîmls v«.'rs la liberté, j^î niêie- 
rais ma \ oi\ à la voix des milliei s de citoyens 
qui se lèveraient comme un seul homme 
pour happer à coups redoublés sur l'iiydre 
de l;i tyrannie. 

J'adhère complètement au iranifeste du 
citoyen Lamaiiine; comme lui, je désiieque 
la Fiance jouisse, dans la circonscription de 
ses liiniio, des libellés conquises au firixde 
tant de sang précieux ; qu'eiîe respecte tou- 
tes les naiionaliiés; (pi'elle leur sonllli' l'air 
vi\ ifiani et [)ur qu'ePe re-^pire ; qu'elle rende 
onliii a celles qui se tordent dans une longue 
Ufzonit; la vie ei la liberté. 

Une b;sion bien friiiiche et bien sincère 
doit s (ipérer dans toutes les cla-ses de !a 
sociéié; plus de ligne de «lé^i'ai cation parmi 
les ♦^nfants delà grande lamille hua, aine; 
éj^nlité diiiis toute l'acception i\u mot ; ég.ilué 
de droits, do devoiis, de condition, de con- 
sideralioi ; que tout travail soii également 
h more, tout travail étant égalemeiit néces- 
saire, 

Kiiconragemcnt an développement de l'in- 
tolligence par des récompenses morales plii- 
lôi (pK' inaiérieUes; c est le moyen d'élever 
''àMieeire>piiiu la hauteur des plus grandes 
oncepiioiis. 



co 



Qie la justice n'ait pas rjoux poiiJs dans s 

balance; que son temple soit acce.-sible à seihblHble>; cliacun est nécessaire 

tous; ,|.,ela de d'or ne suit plus lu seule qui c'est .lonc desobéir a la loi divine 

ouvre bcs portes. %,;.,. a ,i ..,.. ..„m.. <, j;»..,i-^ i .. .«i.... 



Que tons les emplois scientifiques, litté- 
raires, administratifs etc., ne soient accordés 
qu'au mérite et en dehors de toutes considé- 
raiions, n'importe de quelle nature; et pour 
arriver à ce résultat, qu'on n'accorde de 
place qu'à celui qui sort victorieux d'un con- 
cours où chacun >oit appelé à donner la me- 
sure de ses aptiuides. 

Pour la pro>-péMté des arts et des scien- 
ces, récompenses à tout citoyen qui, par des 
études sérieuses aura fait f.niv à l'espiil hu- 
main un pas vers de nouvelles découvertes. 
Encouragement à tous ceux dont les etïorls 
tendent vers ce but. 

La conscience d'un citoyen est un taber- 
nacle sacré dans lequel il ne doii. pas être 
permis de fouiller; que chacun professe sa 
religi n et manifeste ses croyances en toute 
liberté; mais que l'Etat souti^-nne également 
tous les cultes et ne permette pasàlundab- 
sorb'-r tous les auties, que le piètre vive de 
l'autel; que le nombre en soit limité dans 
les proportions que ne doit pas comrjiander 
une déplorable parcimonie, mais bien les 
besoins de la morale. 

Qu'on fasse disparaître des temples de la 
prière tout ce qui peut rappeler a l'esprit 
l'amour des choses matérielles; que la prière 
ne soit plus mise à contribution, ce qui n'a 
pas peu contribué à l'ind ITerence en matière 
leligieu^e dans l'espiit <i*un grand nondne 
de (Citoyens ; que le luxe elTré é en soit banni 
pour fjiire place à l'humiblé (]ne tonte reli- 
gion commande; que la prière pour le pau- 
vre ne soit pas faite avec une négligence im- 
morale; que les dépouilles moi te les des 
malheureux ne soient plusjetéesibms la terre 
ComniB la chair d'un animai ganjjrei.p. 

Que les couvei.t-t soient abolis; \e n.eilleur 
mo^en d'élever son âne a Dieu c'( st de rem- 
plir fidèlement ses devoirs de Citoyen, de 
iils, de [)ère et dépoux ; le travail est aus^i 
une firière. Celte récuision volonlane n'est 
ni dans les lois de Dieu ni dans les lois de 
la nature, elle ne peut enfanter que des 
mon>truosités ; 1 homme en naissant a n çu 
une mission qu'il doit remplir parmi .'■es 
seihl)lHl)le>; chacun est nécessaire à tous; 

jue do 
vivre dans celte solitude. La retraite cluî- 



— 623 — 



trée décèle pliilôt de la lâcheté qu'un véri- 
table amour de Dieu. 

Que (les écoles nationales et gratuites, où 
l'éducation sera donnée à tous également, 
soienr créées; qu'on observe l'enfani à cet 
â2;H où ses tendances se manifestent et que 
le com lémenl de son éducation piofossion- 
nelle lui soil donné dans le sens de sa vo- 
cation C'est de celte façon seulement que le 
travail q^e' q" d soit deviendra attrayant, 
puis pj'il sera fait avec ferveur, et que les 
arts, les sciences et l'industrie marcheront à 
pas de géant vers le plus proche (Jegré de la 
perfi ctibdité. 

Mais sur ont ce qui doit être pour tous 
l'objet des plus vives sollic iiudes, c'est l'OR- 
GAMSATION DU TRAVAIL. 

On parle de dilTicidiés; quelles qu'elles 
soient, il fatit ;irriver a lasnluiion de ce pro- 
blème si d'dïicile; par ce moyen, la Répu- 
liliiiue s'établit a sur des bases inébrardables. 
La soiiiïrance JMgrit et divise; (pie chacun 
des mernbies du corps soci;il reç<» ve, en 
retour l'/e Son travail, la témnnéralion \)i'o- 
poi lion née à ses besoins ])résenls et à venir, 
aliii (pie tous viennent se rallier autour du 
gonvei.nertiejit qui la leur aura donnée. 

Les. mendiants ne sont plus possib'es. 
L'Etal doit avoT à sa charge les impotents 
et le;? invalid( s, non pas traités comme des 
malfaiteurs, tra'S bien comme des mab eu- 
reux dont il faut adoucit' les donleurs. Leur 
créer une existence honorable à l'abri de t<Mis 
besoins, et al>»rs (pte l irdirmo sera abrité, 
que le travailleur aura du iravad a^siué. 
l'( isif seul sera sous le coup de la lui t^ur le 
vagabond;ige. 

L '. peine de mort est un anachronisme 
depuis les temps les plus reculés, tù le cri- 
minel subissait un chàli > eut épouvantable. 
La civilisation a empoitédans sa cour>-e toit 
ce que la bai bai le des temps passés avait eu 



de cruel. On a compris qu'il ne fallait pas 
être plus criminel que le criminel lui-même. 

C'est a la Républupje française àf)orierle 
dernier coupsur l'instrument inlàme lie l'ex- 
piali»>n, de I anéanlir à jamais. La juslire 
liumaine doit corriger et non détruire; elle 
ne d<»it, en aucun cas, ravir ce qu'elle ne 
peut rendre, cur elle est susce^Uible d'er- 
reur. 

Dans quelle circonstance que le sort doive 
me [dacer. je n'oublierai janiiiis riue j'uppar- 
tif'us à la classe ouvriè e;j'ai soufTert lie ses 
maux, j'ai paitajjé'tje partage encore sa 
misère. Je connais ses be.soins moraux et 
n!at^ri( Is, ef je sais que c'e^l elle (|ui a le 
plus de (boit à la sollicituile de la Ré|)ubli- 
qiie. puis|u'elle est la plu-^ malheur«'use. 

A l'heure <<\i la patne lait aj'P'-l a tous ses 
enfants, quelle que soit leur etmdition ; à 
l'heure où elle demande à chacun de nous 
son concours, p'iir acconjplir Iri |'bi« grande 
de toutes les œuvres soc a'e> : l'alTer-i i<se- 
merit de la Republipie; il e.-t du devoir de 
tous ceux qui se sentent auiuiés de ce feu sa- 
cré qui. depuis si loni,'te"q)S, brûle le cœur 
des vrais pitiiotes, de coopéri r à l'iBuvro 
immensH qui va s'accooiplir. J'ai compris 
toute l'éleiidue du mandat que veulei l me 
couder vos suffrages, ei je ti'hésit- pas a l'iic- 
cepter; fort de votre concours, je le i em- 
plirai sans fail)le.sse et sans hé>ilaiion, car 
(laris mon CdMir COiu:ne dan^ \>' xôlre. j- n ai 
qij'uiiedevis.' : LiiiEUTÉ, Lgal te, Lr.atek.mtf.! 
De ma bouche no s échappera jamais iju un 
cri : 

VIVE LA RÉPUBi.IQUE! 

Louis LAiNGO.MAZlNO. 

Ouvrier mécamciim-chauilronnier, 
préi>idtrU de l Athénée Ouvrter. 



— ot% — 



RÉPCBLÎQUE FRANÇAISE. 

LIBERTÉ, EGALITE, FRATERNITÉ. 

T — r-i ~ 

MANIFESTE 

DU 

Cercle des Beaux-Arts. 



CITOYENS. 

Chaque jour nous rapproche du moment où le Peuple tout entier sera appelé 
à (lire ses représentants à l'Assemblée nationale. 

Cette solennelle manifei^talion des opinions, des idées, des besoins nouveaux 
de la Franc*^, est attendue en Europe avec une vive et profonde sollicitude. La 
d«'riii< re phase possible de la Piévoîution française doit être un pas en avant de 
l'humanité dans la voie de la civilisation et du pros^ès. 

Une situation semblable impose des devoirs rigoureux à chaque citoyen. Elle 
exige impérieusement le sacrifice de tout regret, de tout ressentiment personnel. 
Elle commande, non pas seulement une adhésion résignée à la République, 
mais une coopération sympathique à l'œuvre "mmense de la régénération du 
Pays. 

Le Gouvernement républicain inaugnre îrréYocyblement parmi nous le règne 
du droit ci df la justice; ce triomphe n est que !a déduction logique d'un demi- 
sitcle de révolutions, il est le prix des luttes, des souffrances, des combats aux- 
quels nos pères ont pris une part si glorieuse. Notre génération était appelée à en 
reruj'iliir les fruits précieux. 

Mais nous \oulons, comme tous les bons Citoyens, une République grande. 
honorée , régulière ;, nous voulons le respect des droits de tous, la fusion des 
i-.U.'«ses et des intérêts, sous les auspices de la sainte loi de la Fraternité ; nous 
voulons enfin les réformes sociales destinées à améliorer le sort des Travailleurs, 
jusqu'à la limile imposée au zçle du législateur, parles institutions sacVéts de la 
propriété et de la famille. 

Il nou> parait (|u'ainsi comprise, la République ne saurait èttc que le Gou- 
vernement moclele dans lequel l'ordre sera impérissable. Loin d'affaiblir le prin- 
cipe de l'autorité, elle doit le raffermir par le concours permanent et solidaire 
dr tous les efforts, de toutes les volontés. 



— 525 — 



Telle est notre profession de loi; clic indique assez dans quel esprit nous dé- 
sirons que soient faites les élections. Citoyens, donnons leur la forte empreinte 
du sentiment démocratique, qu elles nous garantissent à jamais le maintien du 
régime républicain! 

Les patriotes des autres Comités peuvent compter sur notre participation ac- 
tive et loyale à leurs travaux Nous les seconderons de tout notre cœur ; car il 
importe à l'avenir, au salut de la France, de n'envoyer à l'Assemblée nationale 
que de dignes Représentants du Peuple. 

Vive la République ! 

Les Délégués : 
Marius turc, Président. 
L. BOURRILHON, Avocat, Vice-Président. 
L. MAURIN, Secrétaire. 
JALIFIÉ. 
A. CARLE. 
ARMAND. 
Le D' DEVILLE. 
Le D^ JoACHiM GIRAUD. 
A. COUTURIER-VERSAN. 
AILLAUD, Avocat. 
A. CAUVIN. 

Marseille. — Imprimerie Barlatier-Feissat et Demonchy. 



AUX ELECTEURS 

Des Bouches-du-Rhône. 



MAIXIIFESTE ELECTORylL. 

Citoyens, ! Si la mission que les hommes de 

Des hommes connus de vous par leur votre choix vont être appelés à remplir 



patriotisme et l'opposition désintéres- 
sée qu'ils ont constamment faite au 
gouvernement déchu m'ont jugé digne 
d'être présenté à vos suffrages. 

J'ai accepté cet honneur avec re- 
connaissance. 



est imposante et glorieuse, elle n'est 
peut-être pas non plus sans périls. 

Voilà pourquoi je n'ai pas hésité. 

Si vous me choisissez^ mon dévoue- 
ment sera sans réserve. 

Je n'ai pas été le premier à reconnaî- 



— 526 — 



tre la Répiihlique, mais je serai le der- 
nier à l'abandonner. 

Comme la sentinelle avancée, je sau- 
rai , s'il le faut , mourir à mon poste , 
plutôt que de laisser violer la consigne 
dont vous confierez le maintien à ma 
vigilance. 

La Liberté est comme le soleil, elle 
luit pour lout le monde: donc, pas 
d'iuliniidation au nom de la Liberté. 
11 faut que l'opinion publique, qui 
seule doit gouverner en France , se 
fasse jour dans nos assemblées. 

Liberté complète , mais liberté pour 
tous ! 

La France n'a pas renvoyé son roi 
pour se dofmer des proconsuls. 

Les membres du Gouvernement pro- 
visoire, ces lionimes antiqiies qui, pen- 
dant la tempête, ont dirigé le vaisseau 
de l'Elat avec la Liberté pour gouver- 
nail , ont toutes mes sympatbies ; mon 
admiration pour eux est profonde ; 
mais , à côlé d'eux , malgré eux , peut- 
êlre, quelques honmies, par les dispo- 
sitions qui rappellent les mauvais jours 
d(î 171'3, ont porté l'inquiétude dans 
beaucoup d'esprils. 

Il faut que la confiance publique, 
qui s'est retirée devant des provoca- 
tions imprudentes , reparaisse et gran- 
disse. 

Nos destinées dépendent de nous- 
mêmes. 

Ouaîit à moi , si j'obtiens l'bonneur 
de vos suffrages , je combattrai l'anar- 
chie comme la diclalure } je crois que 
si nous ('conlions ceilaius bommes , 
nous louiberions l)ieutét dans l'une ou 
l'autre de ces deux extrémités égalc- 
nuMil d<'j)l()rables. 

Pour (jiic le sort des populations s'a- 
méliore, il faut que la production s'ac- 
croisse; or, on ne peut demander d'ac- 
croissement de j)r<)du( lion qu'à l'agri- 
culture et au commerce. 



Pour que le pays soit florissant, il 
faut que l'agriculture soit honorée, en- 
couragée suitout, et que le paysan ne 
soit plus le serf de la nation. La disette 
serait aujourd'hui notre plus grand 
danger; il faut que nous arrivions pro- 
gressivement à nous suffire à nous- 
mêmes dans toutes les circonstances 
possibles. 

Si j'avais l'honneur de siéger dans 
l'Assemblée Nationale, je voudrais, en 
diminuant 1 impôt , rechercher les 
moyens de mieux répartir les charges 
de l'Etat. 

Je voudrais que l'instruction fût gra- 
tuite, afin que la pairie ne fût pas ex- 
posée à perdre une intelligence capa- 
ble de l'illustrer. 

Je voudrais que les fonctionnaires 
élus représenlants du peuple ne con- 
servassent aucune autre fonction, et je 
prêcherais d'exemple en donnant ma 
démission du grade que j'occupe. Un 
rep ésenlant ne doit être préoccupé 
que des intérêts du pays. 

J'ai toujours défendu, et je défendrai 
toujours le commerce , source de la 
j)rospérilé nationale. 

Je crois enfin que toutes les sages 
améliorations dont je serai le plus zélé 
partisan ne pourront s'accomplir qu'à 
une condition : c'est que l'Assemblée 
Nationale, sortie de vos comices, don- 
nera des ordres à tous et n'en recevra 
de personne. 

Soldat et catholique , je défendrai 
toujours la re4igion de nos pères. La 
religion est le (laml)eau de la liberté, 
le lien entre le passé et le présent; c'est 
elle qui a préparé rémancipation des 
peuples : sans elle point de société 
possible. 

Cilojens ! j'appartiens à l'armée , 
mais je suis aussi du peuple, d'ailleurs, 
le peuple et l'armée aujoui tl'hui ne font 
qu'un, au grand désespoir des ennemis 



— o27 — 



de la République. I/armce sortie du 
peuple restera ce qu'elle fut toujours , 
l'avant-garde de la France. 

Les partis sont tombés , mais la na- 
tion, grande et forte, reste debout sur 
leurs ruines. 

Il faut qu'elle conserve le premier 
rang qu'elle a repris et qui lui appar- 
tient parmi les nations ; qu'elle n'at- 
taque personne, mais qu'elle soit prèle 
à se défendre contre tous; aussi je con- 
sidérerai comme ennemis du pays tous 
ceux qui, en présence d'éventualités 
menaçantes, parleraient de désarme- 
ment. 

Comme soldat, j'ai servi mon pays, 
sur les champs de bataille, en Afrique; 
c'est là que j'ai gagné ma modeste posi- 
tion , personne dans l'armée ne me 
désavouera. 

Mon passé répond de mon avenir. 

H y a près d'un an , j'attaquais avec 
toute l'éuv-rgie de mes convictions , le 
projet de loi sur les remplacements mi- 
litaires. Le journal qii a publié alors 
mes opinions est le Courrier de Mar- 
seille. Tous les députés , tous les pairs 



de France, et bon nombre de juriscon- 
sultes , ont reçu par mes soins l'article 
dans lequel je m'efforçais de démon- 
trer que ce projet de loi , s'il était 
adopté , aurait pour résultat de dé- 
truire l'esprit de l'armée, de porter at- 
teinte à la liberté des transactions et de 
donner au ministère de nouveaux et 
puissants moyens d'influence électo- 
rale. 

Le débat à la chambre des pairs a 
prouvé que j'avais raison. 

Quand j exposais ainsi ma position, 
quand , seul peut-être de l'armée , je 
prenais en main la cause des pères de 
famille, je n'avais, comme aujourd'hui, 
pour vivre que ma solde d'olficicret 
ma pension de la Légion-d'Honneur. 
Je sacrifierai toujours ainsi mes in- 
térêts à aies convictions. 

Citoyens, si vous méjugez digne de 
vos suffrages, ma vie entière sera em- 
ployée à les justifier. 

Salut et fraternité, 
Auguste MATHIEU. 
Membrj de la Lé /ion d' Honneur , offi- 
cier au 25* régiment de ligne. 



Imprimerie de Jules Barile, place de la République, 4. 



AUX ELECTEURS 

DU DÉPARTEMENT DES BOUCHES-DU-RHONE. 



CITOYENS, 

Plusieurs clubs de Marseille m'ayant fait l'honneur de me désigner comme can- 
didat à la déput.ition, je vais en quelques lignes exposer ma vie politique à ceux 
de mes concitoyens qui ne la comiaissent p;is. 

En 1830, j'avais vingt ans et j'étudiais eu droit à Paris; 

En 1831, je fondais avec Dupoty (le condamné de la complicité morale), l'un 



— 528 — 



des premiers journaux républicains qui parurent en France, le Vigilant de Seine- 
et-Oise ; 

En 1834, je venais à Paris rédiger le Ré formateur avec Raspail; 

En 1836, je fondais avec Dupoty et Garnier-Pagès le Journal du Peuple ; 

En 1838, j étais condamné à dix-huit mois de prison; 

En 18/|0, je revenais à la rédaction du Journal du Peuple, jusqu'à la condamna- 
tion de Dupoty; 

En 1846, j'ai été le rédacteur en chef du Peuple Souverain à Marseille. 

Salut et fraternité. 

P. DUBOSC. 



Paris, mars 1848. 

Le citoyen Borme fils , auteur de plusieurs machines de guerre lançant trois 
cents boulets ou paquets de mitraille à la minute, auteur du feu Grégeois , avec 
lequel on peut incendier et couler bas les flottes ennemies, auteur d'un moyen 
avec lequel deux mille citoyennes peuvent lutter contre cinquante mille hommes 
ennemis. 

AUX CITOYENNES PARISIENNES. 

Mes sœurs en République. 
Citoyennes , 

La République vous doit le quart de son existence, c'est par vos exhortations 
que vos pères, vos frères, vos amis, ont affronté la mitraille, le 2/t février. 

Vous ave/ mérité de la patrie , citoyennes , et c'est pour cette considération 
que j'ai demandé au gouvernement provisoire de vous enrégimenter sous le titre 
de Vésuviennes. 

L'engagement sera d'un an ; pour être reçues , il faut avoir quinze ou trente 
ans au plus et n'être pas mariées. 

Présentez-vous tous les jours de midi à quatre heures, J/t, rue Saint-Apolline, 
où vos noms, prénoms, professions, âges et demeures seront inscrits. 

Salut et fraternité, 

Vive, vive et vive la République, 

BORME, lîls. 

Le 26 mars 1848, entre onze heures et midi, se réunissaient au pied de la colonne de la place Vendôme, une lé 
Rion de jeunos femmes de 16 à 30 ans, au milieu d'elles on voyait flotter une belle bannière aux couleurs nationa- 
le, sur laquelle on lisait, en letlres d'or, ce »'u\ mot : VÉSUVIP:NNES; à midi laléglon s'est rendue à l'Hôtel- 
(le-Viiif., pour demander oidc et protection au Gouvernement provisoire. La première communauté des Vésuvieti- 
nts fut /établie .'i Belleville (v. la Voix des Femmes, du 28 mars 1848, p. 3, col. 3). (N. d. E.) 



■^1 



Paris.— Imprimerie LACOUt\ et Corap., rue Soufflot, 16, 



— 529 — 

Société Républicaine et Patriotique de FAtelier ''K 

local provisoire : rue des Maçons-Sorboone , 13. 
AUX OUVRIERS. 

Frères I 

Nous avons fonde une Société pour assurer le triomphe de la Révolution et le 
maintien des droits que nous avons conquis. 

C'est au nom de ces droits que nous venons vous parler aujourd'hui. 

Des élections générales vont avoir lieu pour choisir les officiers de la garde 
nationale et les membres d'une assemblée constituante. 

Frères , rendez-vous à ces élections : c'est le premier de vos devoirs envers la 
République. . 

Remplissez le , et vous aurez la majorité dans les assemblées électorales ; choi- 
sissez parmi vous les chefs qui devront vous commander et ceux qui devront vous 
représenter à l'Assemblée. 

Pas de modestie déplacée , pas de défiance de vous-mêmes dans cette circon- 
stance ; vous avez été bons pour remporter la victoire, vous le serez encore pour 
en défendre les résultats. 

Songez que de votre zèle et de votre foi en vous dépend peut-être le sort de la 

France. § /i/^/ '"Tï ^^ * > 4 < • 

Nous ne vouforfs'pâs%i vôûs'méttre en garde contre ceux qui ne font pas partie 
de la classe ouvrière; mais les ouvriers, formant la majorité de la population , 
doivent avoir parmi les officiers de la garde nationale et à l'Assemblée consti- 
tuante une représentation en raison de leur nombre. 

Si vous n'exercez pas avec l'énergie républicaine les droits électoraux que vous 
venez de conquérir, vous abdiquez votre pouvoir, vous faites acte de mauvais 
citoyens; prenez garde qu'on ne vous trompe encore; prenez garde dêtrc re- 
plongés dans la dépendance, dans l'infériorité dont vous venez de sortir si glo- 
rieusement. , 

Vous êtes forts, vous avez pour vous la justice, montrez que vous n acceptez de 
souveraineté que celle des lois fondées sur la liberté J égalité, \i\ fraternité procla- 
mées par la République. 



La Société patriotique et républicaine de TAtelier engage tous les délégués des 
corps d'étal, des diverses associations d'ouvrierset des clubs d'ouvriers, à se réunir 
le plus lot possible pour préparer des candidatures d'ouvriers, à élire comme 
députés à l'Assemblée nationale, et pour faire ensuite triompher ces candidatures 
par l'union de tous les démocrates qui veulent qi'.e les salariés soient nombreux 
dans les députés de Paris. 

Paris. — Irap. d'A. René, rue de Seiue. 
(1) Voir V Atelier du 12 mars 1848, p. 89, col. 2. Idem, -21 mai, p. 154, col. i. Composition du bureau : Prési- 
vent, Corbon; vice- président, Oit, docteur; Danguv, Pascal ; secrétaires, Quenot, Gillaud, MUkt, avocai, ueuc 
deux, Gaillard; trésoriers, Gapron, Ronce. (N. d. ï..) 

T. I. 67 



550 



\'* 



MANIfllSTE 

Aux Électeurs de Paris. 



« Que celui qui se sent plus digne se présente à sa place. 



CITOYENS, 

11 existe dans notre cité un homme dont la vertu et l'humanité se sont élevées 
si haut, cjue son nom sera désormais une de nos gloires nationales les plus pures. 
— Yéritahic image des temps antiques, noble fils du peuple si justement fier de 
le compter dans ses rangs, Georges qui conduisait les Parisiens a la victoire 
le 2/| Février se dérobait après le triomphe aux ovations populaires s'écriant de- 
vant le peuple saisi d'admiration : « Camarades nous avons la victoire, je suis trop 
« heureux d'y avoir contribué avec vous, c'est là ma plus belle récompense, 
t Vive la République ! » et il s'enfuyait ai^vhs ces nobles paroles vers son humble 

retraite C'est lui, c'est le brave Georges qui a pénétré dans la caserne des 

Minimes et a obtenu avec toutes les armes qu'elle renfermait la reddition des 
gardes sans effusion de sang ; c'est Georges qui a pénétré, Tépée à la main dans 
la caserne Popincourt ; c'est lui qui a harangué le Général et l'Etat-major, et les 
a décidés à mettre bas les armes au moment où ils voulaient tenter le sort du 
combat, c'est là qu'il a exposé sa poitrine aux balles du peuple en l'empêchant 
de faire feu sur la troupe, arrêtant ainsi l'effet d'une collision sanglante qui pou- 
vait avoir les plus funestes résultats. — C'est encore le brave Georges qui a ob- 
tenu., le 25 février, la soumission du fort de Vincennes au nom de la république, 
sans coup férir; là, Georges rendit un immense service à la patrie, en faisant 
mettn; l'arme au bras à de jeunes imprudents qui couchaient la troupe en joue, i 
et exposaient ainsi tout un peuple a être mitraillé par mille bouches à feu ; ce j 
fut là que le peuple affamé reçut du pain par les soins de Georges, et qu'ainsi , 
cette grande manilêstàtion populaire put déterminer la reddition du rempart le 
plus redoutable de la tyrannie, si elle avait eu le fatal courage de s'y rélùgier. 
A-t-on vu le brave citoyen dont le nom est désormais lié à l'immortelle révolu- 
tion de Février? — L'a-t-on vu aller demander la récompense , pourtant si juste, 
de ses grands services? Non, mille fois non 1! Et, à l'heure qu'il est, les membres 
du Gouvernement provisoire, qui ont récompensé tant de services plus ou moins i 
réels ignorent encore jusqu'au nom et à l'existence de celui dont la vaillante j 
épée a pcM- d'un poids si lourd dans le succès de la cause nationale !! Ah 1 c'est 
que Georges qui a reçu du ciel l'inspiration sublime du dévouement pour ses 
frères; c'est que ce héros qui résume en lui toutes les vertus du chrétienet du soldat j 
patriote ne sait que combat Ire et vaincre.... Le prix de la victoire? Il l'a toute sa l 
vie dédaigné ; cl si nous n'en prenions pas ici l'initiative pour les faire connaître, 

les services immenses qu'il a rendus à la patrie tomberaient dans l'oubli.,.. — I 

* i 



— 531 — 

La gloire de Georges commence-t-elle seulement en Février? Non . elle remonte 
jusqu'au commencement de l'Empire ; l'étoile des braves, cette fois non suspecte, 
étincelle sur cette noble poitrine où il n'y eut jamais de place pour les distinc- 
tions de faveur. Six médailles d'honneur dont chacune a été arrachée par une 
action d'éclat, dont chacune est un titre de gloire , le recommandent à l'admira- 
tion de ses concitoyens ; c'est à la vue de ces nobles insignes que le peuple se 
rangeait fièrement en bataille plus ardent à affronter la mort sous hjs yeux du 
courage personnifié, c'est au prestige puissant exercé par elles sur l'esprit du 
I peuple et des mihtaires qu'est due la reddition de 3 places importantes conquises 
1 le 2^ et le 25 Février sans aucune effusion de sang; et le soldat qui s'inclinait 
i respectueusement devant elles sentait moins cruel dans son âme le grand sacri- 
j fice de poser les armes sans combat. — Ce fut sur la place du Carrousel et sur la 
! place de la Bastille que le peuple au nombre de plus de 30 mille combattants 
i signa et confirma, à sa manière, le titre de Général en faveur de celui qui l'avait 
j si vaillamment gagné, en le conduisant à la victoire, car il n'y avait là ni bureau, 
ni ministre pour contresigner l'ordonnance du souverain ; ce fut aussi sur ces 
deux places que le Général de par le peuple toujours modeste dans la victoire 
s'arracha violemment pourla troisième fois des bras des citoyens qui voulaient le 
porter en triomphe aux Tuileries, se dérobant ainsi lui-même aune ovation que 
tant d'autres auraient si ardemment désirée!! 

Qu'est-ce donc que ce dévouement sublime qui s'élève jusqu'à l'abnép'ation la 
plus complète de soi-même, sinon la vertu républicaine dans tout ce qu'elle a de 
plus noble et de plus pur? Eh bien, tels ont toujours été les sentiments de Geor- 
ges ; c'est ainsi que nous l'avons vu 11 fois couronné dans les joutes publiques 
refuser (lui pauvre) le prix de son adresse et de sa force, et en laisser généreuse- 
mAit la valeur pour le soulagement de l'infortune, comme aurait pu faire un 
riche ! C'est ainsi qu'après avoir sauvé des flammes deux enfants appartenant à 
une famille oi^ulente, Georges pourtant frappé par l'adversité en ce moment fuit 
le théâtre du sinistre et laisse son nom ignoré à la foule saisie d'admiration qui 
i le cherchait pour lui jeter des couronnes ! Il ne faudrait pas moins qu'un livre 
i tout entier pour mettre en lumière les belles actions de cette vie si j^leine, si rem- 
plie de faits éclatans ; ici, c'est une femme arrachée la nuit aux coups d'un assas- 
sin, là c'est un nombre considérable de victimes sauvées des flammes, lors de 
l'incendie fatal de Bercy; ailleurs, c'est une cargaison de vins sauvée des Ilots 
qui allaient l'engloutir ; et toujours après ces belles actions dont nous ne pouvons 
citer ici qu'une faible partie, Georges fuit et se dérobe à l'admiration de ses 
concitoyens avec le même soin que mettent les grands coupables à cacher jus- 
qu'aux moindres traits de leurs crimes Tous ces faits sont attestés tant par 

i les victimes elles-mêmes qui lui doivent la vie que par plus de 100 mille témoins. 
I 76 personnes des deux sexes ont été arrachées par Georges à une mort certaine 

dans des circonstances différentes et des cas isolés Et jamais cet austère 

républicain dont les vertus viennent avec un si rare bonheur de précision et 

d'actualité se poser en exemple aux citoyens, jamais ce grand homme qui puise 

j ses inspirations sublimes à la source même de l'Evangile, n'a voulu accepter 

j d'autre récompense que celle qu'il puisait dans le témoignage de sa conscience 

I si pure ! Quel beau modèle à imiter, et à montrer à tous, au début de noti'C jeune 

\i, 



— 532 — 



République ! et combien cet exemple sublime peut heureusement influer sur nos 
destinées!» Epargnons, criait-il au peuple le 24 et le 25 Février, épargnons le 
f sanff de nos frères, car la i)lus belle couronne de la \icloire consiste dans un 

. pardon généreux » .„. , . , m i > i i 

Oui nous dira combien de milliers de victimes il a arrachées a la mort dans ces 
mémorables journées? — Mais écoulons M. de Salvandy entretenant, en 1838 

l'Académie française des vertus du citoyen Georges Jean Marie Georges, 

marchand de bois de bateau à la Râpée a droit à un prix égal, il a disputé à la 
.< Seine tout autant de victimes que Brune, on en comptait déjà 34, il y a long- 
« temps, et il continue : comme Brune il a fatigué les magistrats qui lui clécer- 
« naicnt'des médailles, il a fallu comme Brune le faire chevalier de cet ordre 
« du 19' siècle qui confond le guerrier, le magistrat, l'écrivain, le marinier in- 
« trépide de la Râpée dans une égalité d'honneur. Comme Brune enfin, il a re- 
« poussé toule sa vie le prix qui lui était ofl'ert de ses bonnes actions ; il est dans 
« ces âmes généreuses une fierté qui n'admet pas qu'il y ait de salaires pour de 
« tels dévouements. Dans un incendie, car la vertu de Georges est à l'épreuve 
« de l'eau et du feu, il a sauvé deux enfants d'une famille riche ; dans le grand 
<' incendie de Bercy, il est allé chercher dans les flammes les livres d'une grande 
« maison de commerce. Toujours il a tout refusé. 11 fois sa vigueur et son 
« adresse lui ont obtenu la victoire dans les joutes publiques: jamais il n'a 

c accepté le prix. Pour Georges, il n'y a qu'une manière d'acquérir le 

« travail. Faut-il ajouter que le travail lui a failli ? Il a été riche, son commerce 
« a péri dans des revers, fruits de sa confiance et de sa bonté. Alors il s'est fait 
« courageusement simple batelier ; et à deux reprises, les bateaux à vapeur qui 
' sont sur nos rivières, comme les grands d'autrefois foulant les petits à leur 
« passage, sans même s'en apercevoir, ont coulé bas le batelet humble et dernière 
« fortune de Georges. Au nom de M. de Monthyon, l'Académie le lui rendra. Les 
" vivans n'ont pas toujours eu le privilège des soins de Georges. Il y a des morts 
<' pour lesquels ont l'a vu religieusement veiller sur son batclel. Au mois de Fé- 
-( \rier ISl/i, l'armée française, illustrant par d'admirables victoires les revers 
« publics, était arrivée presqu'en vue de cette capitale. Elle se reporta vivement 
« sur Montereau, dans l'élan de deux combats, enleva ses collines escarj)ées, et 
« disputant à l'ennemi les rives de la Seine, se saisit du pont sous un feu terrible. 
« Elle le joncha de ses morts. Georges, bien jeune alors, était tristement sur son 
« bateau, recueillant avec respectles soldalsfrançais, disputant aux flots leur dé- 
« pouille, cl rendant à la lerreles bravesqui étaient morts en combattant l'étran- 
« ger. Qui nous eût dit dans le morne et douloureux abandon de nos revers, 
« qu'i.n Fran( aïs obscur prenait ce soin pieux de dos frères d'armes ! Qui m'eut 
« dit fju'un jour, à cette place, je viendrais l'en remercier au nom de l'armée, au 
«' nom delà France, et que je vous devrais, Messieurs, l'honneur de lui décerner 
• une couronne? » — Ecoutons encore le Grand-Mailre de la loge des Amis 
Irioniplians décernant \me médaille à Georges le 1" Février 1848; comme en- 
traîné, sans le savoir, ])ar une insjtiralion prophétique, il avait vouluglorilierpu- 
bli(ju<inenl le grand citoyen dont le courageux dévouement allait dans quelques 
jours «Ire si utile à la patrie, et rér(inîj)enser ses nouveaux services par anticipa- 
lion. E .-. Ghap . -, des amis triouiplians : «Monsieur, sur ma proposition et pour 



— 533 — 



yi rendre hommage au dévouement et au courage dont vous avez tant de foi» 
<r donné des preuves à l'humanité, la loge des amis triomphans désirant per- 
« pétuer votre belle conduite vous a décerné une médaille ; en conséquence je 
« vous invite, Monsieur, à venir vendredi prochain k du courant, à 5 heures pré- 
ce cises du soir, rue de Grenelle-S'-Honoré, 45, recevoir la récompense de votre 
« belle conduite. Signé Durochez. Paris 1" Février 18/i8. » Vingt jours après cette 
nouvelle marque d'honneur qui est environ la centième, Georges volai l au com- 
bat, il disciplinait les masses inexpérimentées et sauvait la patrie par mille traits 
d'héroïsme que nousnepouvonsconsignerdansuncadreaussi étroit. Tel est, Elec- 
teurs de Paris, le grand citoyen, nous dirons le héros que ses belles actions recom- 
mandent à vos suliragespourla députationàrAssembléenaiionaksvousn'oubherez 
pas que la vertu est de tous les partis, de toutes les opinions — La modestie qui 
est le cachet particulier des grands hommes, prête un nouvel éclat au nom de 
cet illustre citoyen et doit d'autant mieux déterminer vos suflrages en sa faveur 
qu'il ne les a point brigués. — Sans doute, Georges n'est pas riche, mais il a un 
trésor de vertus, et son cœur brûle du plus ardent amour de la pairie; non, 
Georges n'est pas riche, mais le pauvre vote aujourd'hui ; et c'est précisément 
parce que Georges n'est pas riche qu'il saura mieux défendre les inlérèlsdu pau- 
vre. ... On compatit toujours mieux aux maux qu'on a soufferts soi-même. — 
Georges n'est pas un orateur, mais les orateurs ont toujours moins fait défaut 
dans nos assemblées que les hommes de bien; il n'est pas orateur, mais en re- 
vanche, il possède le sens moral au plus haut degré, il est intègre, loyal, con- 
sciencieux et ferme dans ses opinions.— Voilà pourquoi, nous, simples citoyens, 
témoins de tant de vertus, nous avons voulu vous les montrer, ailii qu'il put 
vous être donné de les récompenser — En décernant à Georges les honneurs de 
la Représentation nationale, vous glorifierez le peuple dans la personne d'un de ses 
plus nobles enfants; vous récompenserez le mérite, le courage et les plus hautes 
vertus dont s'honore l'humanité. 

Que faut-il de j:)lus pour déterminer vos suffrages? 

F. de SAINT-HILAIRE, LANGLOÏS, CHAPUIS. 

délcgué du Club. Renlier. 

des Ateliers Nationaux. 



AVIS (". 

La Caisse générale du Commerce et de l'Industrie , se trouvant dans l'impos- 
sibilité de réaliser immédiatement la majeure partie des valeurs et des créances 
qui représentent son actif, et assurent le paiement de ce qu'elle doit , est dans 
la nécessité de cesser ses paiements , et de se mettre en liciuidatioa à partir de 
ce jour. 

Les gérants vont s'empresser de convoquer les créanciers pour leur soumettre 

la situation financière de cet établissement. 

l^aris, le G mars 4848. 

(l) Affiché rue Laffîte, à la porte de la uiaisou Jouin et Comp. (N. d. E.) 



534 — 



ADRESSE 



DES 



DÉMOCRiTES-IClRIENS DE BORDEAUX. 



-aroaœ= " 



ThÈS CHER ET TRÈS VÉNÉRÉ PÈRE , 

Nous avons eu communication de votre manifeste icarien. 

Cela a donné lieu à une réunion nomlîreuse de vos enfants de Bordeaux, qui , 
à l'unanimité , ont jugé convenable de le faire réimprimer, afin de le répan- 
dre ici. 

Mille exemplaires de cet écrit sont déjà distribués dans les classes laborieuses. 
Nous voulions le placarder par toute la ville : mais l'autorité agonisante s'y étant 
opposée, nous nous sommes rappelé vos principes de paix et de modération, et 
nous n'avons pas voulu passer outre, dans la crainte de vous déplaire et de nuire 
à la sainteté de notre cause. Cependant , si nous avions le droit de placarder , et 
que vous jugiez à propos que nous usions de ce droit , nous le ferons avec d'au- 
tant plus de plaisir, que nous sommes persuadés de faire un grand nombre de 
prosélytes , par ce moyen. 

Ici, on s'épouvante de tout ce qu'on ne connaît j^as, même de la République, 
à laquelle beaucoup de gens, voire des plus notables, ne croient pas encore. Les 
aristocrates ont tellement incrusté leurs idées dans les cerveaux de leurs ex- 
ploités, que ces derniers arrivent difficilement à comprendre que leurs intérêts 
ne sauraient être les mêmes que ceux des hommes vivant des sueurs du travail- 
leur qui portent leur joug. ^ 

Nous voudrions, si vous le jugiez opportun et utile , professer à Bordeaux, un 
cours icarien exactement conforme à vos divins principes. Quelques-uns de nos 
Iréres , hal>ilu<'s au professorat, orateurs expérimentés et fait? aux discussions 
politiques, se chargeraient volontiers de celte tâche, quel que pénible quelle 
put être. Toutefois, nous ne ferons rien sans voire approbation préalable. 

Uec*>vez, 1res cher et très vénéré père, les salutations de vos enfants soussignés, 
rcprésealanl tous les icariens et icariennes de Bordeaux. 



[Suivent vingt-une signatures. ) 

Voir le Populaire du 'i mars 1848, page 2, col. 2. 



L 



— 535 — 



ADRESSE 



DE LA 



TYPOGMPfflE PARISIEME 

Aox lembres composant le Gouvernement ^provisoire de la Répulilique Franç-aise. 



Citoyens, 

La typographie parisienne éprouve le besoin de vous faire part de l'impres- 
sion pénible qu'a j^roduite dans le public , en général , et chez elle , en particu- 
lier, le maintien du timbre pour les journaux et écrits périodiques. 

Les typographes rougiraient, en présence d'un principe aussi sacré que celui 
de la libre pensée, d'invoquer des considérations toutes matérielles. 

Si le timbre appliqué aux journaife nous paraissait une mesure utile, dût 
cette mesure fraj^per de mort les nombreux organes de la presse qui sont venus 
saluer le réveil de la liberté, nous l'appuierions de toutes nos forces. 

Mais parmi les institutions liberticides inaugurées ou conservées par le pou- 
voir déchu , nous avons toujours placé au premier rang la législation sur la 
presse. 

Le cautionnement créait un monopole de rédaction et de fondation ; la haute 
bourgeoisie seule pouvait avoir des organes. 

Le timbre , d'un autre côté , monopolisait la lecture des feuilles publiques ; il 
fallait, pour prendre un abonnement, payer au fisc un impôt annuel de 18 à 
20 fr.; le prolétaire ne pouvait avoir son journal. 

La révolution s'est faite au nom de la liberté ; le timbre n'est pas une question 
d'impôt, c'est une question de liberté. 

Le premier cri du peuple a été : Il nous faut de l'instruction. 

Eh bien ! dans les circonstances où nous nous trouvons, la seule instruction 
efficace, accessible à tous, c'est la presse à bon marché. 11 n'y a que la presse qui 
puisse initier le peuple au rôle politique qu'il aura à exercer prochain emejit 
dans les élections. 11 n'y a que la presse qui puisse stimuler le zèle des citoyens 
et leur 
gue déslu 

Car 

campagnes. Les nombreux établissements publics permettent du moins aux ou- 
vriers des villes de lire parfois les feuilles du jour; mais combien de comniuiu^s 
en France où l'on n'a jamais vu de journaux , parce qu'à l'impôt du timbre, 
18 fr. , l'habitant des campagnes doit ajouter encore l'impôt de la poste , 




— 536 — 



ili fr. 50 c. ; en tout , 32 fr. , et plus d'impôt annuel pour savoir ce qui se passe 
dans son pays, pour apprendre à connaître, à chérir, à défendre la liberté. 

N'oubliez pas, citoyens, que la liberté et 1 instruction populaire sont des con- 
sidérations d'une tout autre importance qu'une mesquine question d'impôt, 
dont il vous serait facile , au besoin , de combler le vide , par la suppression des 
sinécures et la réduction des traitements exorbitants établis jadis par un pouvoir 
dilapidateur. 

N'oubliez pas que , si le gouvernement a besoin d'argent , le peuple a encore 
plus besoin d'instruction. 

Recevez l'expression des sentiments fraternels que vous portent vos conci- 
toyens. 

Pour la typographie parisienne , 

Les membres du Comité : 

BARRAUD, président, et tous les Membres du Comité. 

Voir le Peuple constituant du 4 mars 1848, et la Réforme du 19 mars 1848, pag. 4, col. 1. (Art. sur la fonda- 
tion du Club typographique, signti Masson, vice-président.) 



SOUSCRIPTION 

EN FAVEUR 

des Ouvriers sans travail. 



Le corps des médecins (TOUS SANS EXCEPTION), membres de l'Institut , 
de la Faculté des Sciences, de l'Académie, de l'École, du Lycée de France, au 
Muséum d'Histoire naturelle, les Médecins des HôjDitaux, les Praticiens les plus 
humbles, les Étudiants en Médecine, sont invités à ouvrir de suite UNE SOU- 
SCRIPTION , suivant la mesure de leur fortune, pour venir au secours de leurs 
Frères malheureux , en leur donnant des travaux. 

Républicains pr;iliques connaissant et pouvant apprécier mieux qu'aucune 
autre classe de la Société l'elfet des dures privations qu'éprouvent ceux aux- 
quels le travail fait défaut, l'appel des Médecins devra être entendu et compris 
de tout le monde. 

i>ivr\^^^"'^ ■'^^"^^^ ''^^'"^ ''^"''' '^'^ ^^"^^ ^^^ ^^'^^^ ^^ ^'^*7 heures, par les Docteurs 
ll.\hb-(;i;AM)aïAMl»et FRESNE, rue d'Enfer, n» U, et les Listes imprimées 
et publiées chaque jour par la voie des Journaux, 
n /;f,V!"'""'^^ ^^f"^'* «^''on/ remises nu citoyen Ministre des Finances GARNIER- 

Boucquin, imp., rue de Jérusalem, 5.— Paris 1848. 



— 537 — 



ÉLECTEURS 



DE 



PARIS ET DES DEPARTEMEMS. 



Au nom de la France entière, si noblement vengée dans l'Océanie de rinsultc 1 
faite à notre drapeau, vous voudrez tous donner votre vote à l'amiral du Pelit- 
Thouars. Vous le savez tous, Pomaré, reine de Taïti , s'élait placée sous le pro- 
tectorat et le drapoau de la France. Mais séduite par les perfides conseils de 
Pritchard, consul anglais, elle reçut de lui un autre drapeau au nom de la reine 
d'Anglottrre , et fil abattre le drapeau français. Mais Tamiral du l»etit-Thouars 
veillait à l'honneur national; aussi à la face ot au dépit des forces anglaises, la 
conquête de Taïli fut la juste punition de Pomaré. 

Un gouvernement national aurait appliqué la devise : /ftix grands hommes , h 
Pairie reconnaissante ! Mais ô honte ! Le brave amiral a été lâchement désavoué 
et rappelé par le gouvernement de Louis-Philippe , tremblant devant l'Angle- 
terre. Pomaré a été rétablie dans son autorité. Pritchard , cause de la mort des 
marins et des soldats français, a été indemnisé par l'or français voté par d'indi- 
gnes députés. Toute la France a ressenti au cœur et au front ce sanglant outrage, 
et ce n'a pas été une des moindres causes de la chute de la dynastie d'Orléans. 

Que la capitale de la France, par un vote unanime, répudie énergiquement 
la politique de. ce honteux juste-milieu, valet des Anglais et de l'apolliicairô 
Pritchard. Que ce soit une solennelle protestation nationale contre le désaveu 
de l'amiral , contre le droit de visite concédé à l'Angleterre , contre l'abaissement 
de notre marine. 

Réparation et honneur à du Petit-Thouars. Il est du sang de celui dont Abou- 
kir , aux temps de la première République, a vu le glorieux trépas. [Pour leur \ 
pays ils meurent, ma^s ils ne se rendent pas.) 

Si un seul électeur à Paris rejetait le nom de du Petit-Thouars , son vote serait 
nul, car ce serait sans doute quelque Anglais fourvoyé parmi nous. | 

Aussi l'illustre candidat que recommandent en outre quarante-quatre années ; 
d'honorables services, a été dans tous les clubs accueilli avec des acclamations i 
telles qu'elles semblent le cri de la France entière soulevant sa poitrine si long- j 
temps oppressée : Jamais en France, jamais rAn(j'a>s ne réijnera! j 

Citoyens, si à 4,000 lieues de notre pays, l'a «irai du Petit-Thouars a su si -| 
bien représenter la France, que ne fera-t-il pas à Paris même, pour relever et | 
soutenir haut et ferme la gloire nationale. I 

France! ma patrie ! Reine des Nations, reprends ton sceptre et confie à du 
Petit-Thouars l'honneur de ton pavillon. 



J 



T. 1. 68 



— 538 — 



LES CORSES RÉSIDAIT A PARIS 

A LEURS COMPATRIOTES. 



CONCiTOYENS , 

Vos Compalrioles résidant à Paris viennent , en présence des prochaines 
élections, s'unir à vous, dans une pensée commune, pour le triomphe de la 
démocratie. 

Le trône s'est écroulé sous les efforts héroïques du peuple. Un seul jour a 
suffi pour chasser du sol de la patrie une royauté parjure, ennemie de nos li- 
herlés publiques. Elle avait oublié son origine pour entrer ouvertement dans 
l'alliance des rois contre les peuples. Les soldats de la démocratie cnt brisé à la 
face du monde le pouvoir élevé sur les barricades de 1830. Le cri de liberté 
poussé sur les rives de la Seine a retenti au cœur de la vieille Europe. La Polo- 
gne a tressailli dans son tombeau ; l'Italie a brisé ses chaînes ; l'Allemagne s'est 
levée comme un seul homme pour s'affranchir des derniers restes de la féo- 
dalité. 

Vous rentrez , Concitoyens, dans la plénitude de vos droits. Désormais, vous 
êtes maîtres de vos destinées. C'est à vous maintenant d'assurer à votre patrie 
la gloire et l'indépendance , sous la devise sublime : Liberté, égalité, frater- 

KITÉ. 

N'oubliez pas , chers Compatriotes, que le gouvernement républicain peut 
seul réaliser ces mots sacrés, sortis de la bouche du Christ. 

Lorsque vous descendrez dans les comices pour y déposer vos votes, vos inté- 
rêts personnels devront s'effacer devant les intérêts de la patrie. 

Le privilège est mort avec la royauté , et le népotisme avec le privilège. Les 
Représentants du peuple se doivent au pays. Il faut qu ils s'occupent avec solli- 
citude du pauvre, de l'ouvrier, de l'agriculteur, qu'ils favorisent le développe- 
ment de l'enseignement élémentaire, de Tagriculture, de l'industrie et du com- 
merce, sources de la grandeur et de la prospérité des nations. 

Choisissez donc des hommes loyaux, courageux, fermes dans leurs principes, 
irréprochal)les dans leur passé. Le gouvernement démocratique puise toute sa 
force dans la vertu des citoyens; point de République sans vertus. Que ceux qui 
vous représenteront dans l'Assemblée nationale soient dignes de votre mandat. 

Les défenseurs les plus énergiques de la République sont ceux qui n'ont ja- 
mais séparé l'ordre de la liberté. Celui qui, sous le gouvernement déchu, man- 
quait de verlu et de patriotisme, ne sera pas un citoyen vertueux et patriote 
sous la Piépijbrujuo. C( lui qui sacrifiait la veille à la corruj^tion sera toujours 
corruj)l('ur ou corrompu. 

Rrpnnssez avec énergie tous ceux qui ont soutenu l'ancien gouvernement. 
Poiiil d'éléments de discorde; l'Assemblée nationale doit être essentiellement 
réj)iibli(aiii('. 

Ch<Ts Concitoyens! l'avenir de la Répubhque est entre vos mains. C'est à 
vous , hommes de cœur et d'indépendance, à donner au monde l'exemple du 



— 539 — 



plus ardent patriotisme, à consacrer le grand principe de la souveraineté du 
peuple. 

Votre choix confirmera la confiance qu'inspirent les institutions naissantes. 
Le jour n'est pas éloigné où il vous sera permis de venir tous, à votre tour, pren- 
dre place dans les grandes assemblées, pour y discuter les graves questions de la 
République. Mais pour arriver à cet immense ri';sultat, il faut de l'union, de la 
confiance; ralliez-vous tous au drapeau de la République où se trouvent écrits 
ces mots de paix et d'amour : 

LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ. 

Vive la République ! 

Les membres du Comité . 
POGGIALE, président; 
CHIAPPINI (J.-T.), vice-président; 
ROBAGLÏA (Sylvestre) ; 
GASANOVA-PENNAGHIONE ; 
PASQUALINI (Dominique); 
SUSINI (Jacques); 
MARGELLl (Paul); 
POMONTI (Etienne); 
SERRA ; 
NYER (Louis), secrétaire , rue Voltaire , 3 bis. 

P. S. Les citoyens du département de la Corse résidant à Paris se sont réunis 
au nombre de plus de trois cents, et se sont constitués en Comité électoral ; ils 
ont consacré plusieurs séances à la discussion des titres des dilTérents Candi- 
dats qui se mettent sur les rangs pour l'Assemblée nationale. 

Les citoyens Louis Blanc et Napoléon Bonaparte se sont rendus au sein de 
l'assemblée, où ils ont exprimé tout le bonheur qu'ils ressentaient de se trouver 
au milieu de leurs compatriotes. Des paroles pleines de patriotisme y ont excité 
le plus vif enthousiasme. 

Nous recommandons aux suffrages de nos compatriotes les citoyens : 

Napoléon BONAPARTE ; 

Pierre-Napoléon BONAPARTE ; 

Louis BLANC , membre du gouvernement provisoire ; 

ABBATUCCI , conseiller à la Cour de cassation ; 

CONTI , procureur-général à la Cour d'appel de Bastia ; 

PIETRI , commissaire du gouvernement ; 

MARCHAL ; 

LABRUYÈRE. 

Paris. — Imp. de Fain et Thunot, rue Racine, 28, près l'Odéoa. 



— 540 — 
RÉPUlîLIQUE FRAïAÇAISE. 

LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ. 



CITOYENS, MES FRÈRES, 

Travailleur par le corps et par la pensée, je viens vous offrir mon nom à 
mellre dans rurne, pour être l'un de vos représentants à l'Assemblée nationale. 

Homme nouveau, je viens vous dire pourquoi je me décide à quitter mon 
atelier que j'aime et que je n'ai abandonné qu'aux grands jours du danger pour 
la Patrie, aux grandes époques de 1830 et de I8/18. 

Libre de tout engagement, je suis dévoué par le cœur aux hommes courageux 
qui se sont mis à la Icte du pays, le 24 février, pour fonder la République. 

Pour moi, je soutiendrai, à l'Assemblée nationale, le grand principe de l'égalité 
complète entre tous les citoyens, avec le développenieat des facultés de chacun 
d'eux. C'est vous dire que je veux la République grande et forte avec Dupont 
(de l'Eure), Garnier-Pagès, Lamartine, Carnot, Arago, Armand Marrast, Albert, 
Louis Blanc, Marie, Crémieux, Ledru-Rollin, Flocon, Bûchez, Pagnerre, Recurt, 
mes amis. 

ETEX. 



AUX SOURDS-MUETS. 

Citoyens et Fbères , 

Les élections approchent; je fais des vœux pour qu'un de vous représente la 
France sourde-muette à l'Assemblée nationale; je volerai moi-même à Paris, 
pour votre honorable président, M. Berthier, 

\ous avez aussi besoin de quelques amis parlants. Je vous offre mon concours 
sincère et désintéressé. S'il vous faut une voix pour défendre votre cause et pour 
porter la connaissance de vos besoins à loreil e de la nation, je serai cette voix. 

Vous connaissez mes principes : je veux l'égalité pleine et entière pour tous 
les membres de la commune famille. J^es Sourds-Muets ont été tenus jusqu'ici 
sous une tutelle dédaigneuse; je ferai tous mes efforts pour que les bannières , 
qui les séparent encore de la société mère, soient renversées. 

L'en^ei^^nenienl des Sourds-Muets a été resserré sous le gouvernement déchu 
dans d'injuiieuses limites, et comprimé par la malveillance d'une administra- 
tion ropace : il faut que cette éducation s'étende ; il faut que ces abus disparais- 
sent, et qu'une législation nouvelle se fonde pour les enfants du silence. 

Won e.sj)rit et n)on ca;ur sont avec vous. En briguant vos suffrages pour plai- 
der vos intérêts du h.iul de la tribune nationale, j'obéis à un sentiment, que je 
crois êtrr relui de rntililé publique. Obtenir de vous ces suffrages serait le cou- 
ronnement du pins beau rêve de ma vie. 

Celui qui aspire à devenir votre défenseur et votre ami dans l'Assemblée des 
représentants de la nation, 

ALPHONSE ESQUIROS. 

Lilh. Simon jeune, rue du Cadrnn, 16. 



— 541 — 



ÉGALITÉ DES CULTES. 



t 11 est injuste d'obliger un citoyen à contribuer aux frais d'un culte qu'il ne 
pratique pas. 

« Que l'entretien des différents cultes ne soit donc plus à la char^je du lr«''sor 
public, mais qu'on laisse à chacun le soin de soutenir le culte qu'il aura libre- 
ment choisi ; il en résultera une diminution considérable dans les impôts. 

« Que le pouvoir constituant sanctionne de nouveau le principe rationnel posé 
en ces termes par la Constitution de l'an 111 : 

c Nul ne peut être forcé de contribuer aux dépenses d'aucun culte; la Répu- 
blique n'en salarie aucun. 

« Ainsi, les croyances seront propagées par ceux qui les acceptent, et il n'y 
aura plus de religions privilégiées. 

« Ainsi, l'Etat n'aura plus à s'occuper de questions qui deviennent toujours 
pour lui un embarras ou un péril. 

« Ainsi, le budget sera allégé de plus de 40 millions. 

« Ainsi enfin, tous les Français seront libres et égaux en religion comme ils le 
sont en politique. » 

{Société pour Vapplicalion du christianisme aux questions 
sociales.) 

La Société s'en est tenue au chiffre du dernier budget des cultes ; mais si on y 
ajoutait les sommes relatives aux culles comprises dans les autres bud^^ets spéciaux 
et les dépenses à la charge des communes, on arriverait à plus de cinquante- 
cinq millions. 

La suppression du salaire des cultes par l'Etat est demaiid/e par la Démocratie 
pacifique, parle Courrier Français el par plusieurs des nouveaux journaux. Elle 
ne l'est pas dans le prospectus de ÏI£re nouvelle, fondée par le P. Lacordaire 
avec le concours de plusieurs catholiques. Cet ancien rédacteur de V Avenir pa- 
raît vouloir abandonner la défense de cette cause au Pauplc consliiuant , rédigé 
par M. Lamennais, dont M. Lacordaire était aulrefoisle collaborateur. Il se borne, 
lui, à nous assurer qu'aujourd'hui, comni", au 18 brumaire, la nation et la reli- 
gion triomphent ensemble ; que l'on ne chasse une religion que par une aulre, 
et que la France est catholique. Si celte dernière assertion, confoinu' à la ficlion 
légale de la Charte de 1830, devait recevoir de la Constitution nouvelle une con- 
sécration quelconque, elleconliendraiten germe la cause d'une révolution future. 
Ce qu'on a fiiit contre le trône, on le ferait alors contre l'autel. Alieux vaut mille 
fois dès à présent affranchir les cultes en cessant de les rétribuer. 



— 542 — 



PROFESSION DE FOI 



DU 



CITOYEN FOURRAT ALOF 

Candidat au grade de Chcf-de-Balailîon du 3® de la H« Légion 
Sur les questions à tordre du jour. 



Pour être dès-longtemps Républicain, il eût fallu deviner ce qui est le résultat 
du temps, savoir que le peuple entier arrivait à posséder le désintéressement, le 
cournge, la loyauté, en un mot l'honneur, et qu'aux princes et à leur noblesse 
irréfléchie et factice étaient réservées la cupidité, l'incapacité, la lâcheté. Mais 
pour être de tout temps l'ami des républicains, les coîisidérant comme des 
utopistes estimables, il ne fallait qu'aimer et professer les vertus républicaines, 
je l'ai fait. Combien d'ouvriers m'ont appelé leur père quand j'aidais à l'agran- 
dissement de leur spécialité, dédaignant la société vénale des courtisans satis- 
faits. J'ai partagé ma vie entière entre l'étude et le travail, je diviserai mon vote 
entre les ouvriers de la pensée et de la main. 

Il est diflicile de souffrir patiemment jusqu'à ce que la majorité se révolte, 
mais on n'en est alors que plus résolu , aussi je me suis comme tant d'autres 
l)ravenH'nt battu en juillet 1630, et le 24 février, après la prise de la prison du 
Luxembourg et de la préfecture de police, garantie avec l'aide et la probité du 
peuple, où nous étions un assaillant contre quinze, j'ai été blessé à 3 heures du 
soir et servais encore le gouvernement provisoire à 2 heures du matin. J'ai 
accompli ini devoir ; que m'importent les récompenses! 

.|p ne vois plus départis devant notre sublime et incomparable essai, à moins 
qu'il nr plaise pour notre amusement aux Carlistes de quereller les Philippistes. 
.1 cslinic les hommes libéraux de lnveille qui, se croyant en minorité, respectaient 
le pouvoir dv fait, et même ceux qui sans nous provoquer et à l'abri des lois le 
soufenaienl. Ma nuance, peut-être plus estimable encore, celle des vétérans de 
la libertc', pourrait être nommée les républicains du jour, qui, après avoir 
démoli, se sont retournés haletants pour reconstruire un pouvoir aux yeux de 
l'Europe étoimée du bon sens de la France. 

Je voudrais, tout en les respectant, qu'on pût cesser d'employer seuls les ré- 
publicains (lu lendemain, surtout des sommités, ces Thomas qui n'ont cru qu'en 
voyant, » oiiservaut les utiles pièces mécaniques de la machine sociale payante 



'L^ 



— 543 



quelle qu'elle soit. Pour moi, je n'accepterai d'autres fonctions que celles 
électives. 

Puisqu'un candidat doit parler de lui : maréchal-des-logis en 1831 dans la 
garde nationale à cheval, j'y fus élu deux ans après lieutenant; dégoûté par le 
contact de cogradés employés à la police, je donnai ma démission pour aller 
étudier la vie réelle étrangère sur huit à neuf mille lieues de routes. Depuis 
quinze mois je n'ai servi qu'à regret un pouvoir couard et menteur qui m'a sou- 
tiré une année dix-huit mille francs de droits de succession, impôts, etc., et qui 
outre la force armée ridiculement énorme ainsi payée par nous, voulait encore 
pour soutien nos bras sans nos cœurs. J'étais au feu sans songer aux vengeances 
du pouvoir, quand l'ouvrier et la noble jeunesse l)rùlaient la carlouAÙie le 2iipour 
introniser de nouveau la clémence, la grandeur, la morale, la philaulhropie. 

Fils et petit-fds des députés de l'opposition la pius avancée en 1827 et 1834, 
mes études et ma franchise que vous avez l)ien voulu applaudir ont donné quel- 
qu'ombragc à la pohce de surveillance politique reconnue aujourd'hui si inutile, 
même si dangereuse ; la justice m'a protégé ; si elle, que je ne souhaite pas gra- 
tuite, mais assez soldée pour découvrir la vérité, n'a pu m'indemniser, je ne me 
crois pas intéressant pour avoir été martyr de ma foi ; tout gouvernement a le 
droit de prendre des précautions non préventives contre ses ennemis, même 
contre ceux qui, comme moi, bien en cour d'abord, déplorent tout haut leur 
bonne foi surprise et se retirent. 

Qu'un homme sans coterie puisse quelque chose pour la patrie, pour l'huma- 
nité, sans compter sur une reconnaissance, que les nations, mêmes les masses, 
ne doivent pas, je me dévouerai pour le faire. 

Je suis prêt à tout sacrifier pour le service de notre souverain avenir, de notre 
port de refuge, la majorité bien constatée par le vote du peuple, que je reconnais 
souverain, et que j'ai tendu et travaillerai toute ma vie à préparer à comprendre 
son rôle de di^oits et devoirs, où il ne doit mêler la forée qu'en révolution. 

Me croyant assez religieux, sans préjugés si je le puis, par l'amour de la morale, 
base de toute religion, je regretterais de voir priver de ses consolations qui l'aime 
sans pouvoir la payer; non rétribuée par l'État, elle serait à la solde des riches, 
elle perdrait donc sous le rapport Égalité, Pie IX devant soumettre la loi reli- 
,^gieuseàla loi nationale. Personne n'exhuu.ant aujourd'hui d"s lois révolution- 
"i naires, utiles en leur vieux temps, je verrai avec plaisir la religion jouir de la 
Liberté que nous avons instituée même pour des ennemis inoffensifs. Tout répu- 
blicain est religieux, puisqu'il professe et pratique les vertus qui assiirent la vie 
éternelle en Dieu. 

Quant au traitement du clergé, si nous ne lui devons rien pour ses biens deve- 
nus nationaux, que l'on conserve à toutes les communions qui répandront l'in- 
struction morale, une rémunération qui leur aide à bien faire. 

J'entends par Égaliléy inconnue dans la nature matérielle et par conséquent 
dans sa suite, notre société, Y égalité àQyani Dieu, devant la faiblejjrs/.rc humaine. 
«t l'instruction qui doit permettre à tout bon vouloir et capacité son dévelop{)e- 
ment et sa supériorité. Je préfère la mort à Y Egalité de V abrutissement. J'ai, 
faute de mieux, un système complet d'éducation publique générale aux frais de 

V 

i ■ r «H 



— 544 — 



tous pour tous. Les ouvriers les moins éduqués regrettent aujourd'hui au moins 
leur manque d'instruction. 

Je considère la Liberté comme toujours trop grande en France pour le pouvoir 
executifs qui, exploité par les instincts grossiers, nous soumet à des entraves de 
privilèges, de passeports, d'exploitation de notre amour-propre parle clergé, etc., 
inconnues à des nations plus brutes, mais moins légères que nous. Pour le 
Citoyen digne de ce beau nom, la Liberté doit, selon moi, s'étendre illimitée, 
tant qu'elle ne déprime pas celle d'autrui, ou ne s'oppose pas à la civilisation, à 
laquelle chacun doit le sacrifice de la moindre partie possible de ses droits. 

J'entends par Fraternilé, le secours contraire à l'égoïsme, et l'offrande à autrui 
dans le besoin, c'est-à-dire la bienveillance, qui n'est pas la charité aveugle ou 
partiale de Tullramontanisme autrefois arriéré. Si on ne me demandait pas hier 
au bureau de bienfaisance, en recevant de moi, qui j'étais, pourquoi celui qui 
recevra demain doit-il perdre du temps pour s'y faire patroniser par son curé? 
La vraie fraternité opère en donnant du travail à faire, fùl-ce au profit des géné- 
rations à venir. La Fraternité me commande d'aider au malheureux à faire de sa 
blouse une doublure pour un vêtement plus sain ; elle ne commande pas de se 
faire communisto-agraire, partageant tout ce qui est la récompense d'un travail 
le plus souvent réel, pour en faire des débris à diviser à l'infini qui n'alimente- 
raient qu'im moment des instincts délétères. 

Dans la question du Travail, je conserverais la libre concurrence, vu celle de 
l'étranger, surtout vu la supériorité de ses machines qui versent tant de produits 
en économisant la peine. Mais je vourirais transformer en ateliers toujours appro- 
visionnés de matières premières, par les cullivaleurs pauvres, les casernes et 
autres repaires de l'intimidation ou de la surveillance fainéantes. L'Elat y fourni- 
rait du travail pour l'exportation aide de notre marine marchande, à qui est 
dans le besoin. On y établirait le coût exact de la dépense de l'ouvrier, ou sa 
famille à soutenir, et assurerait le strict nécessaire par la paye. 

Mêlées à bien d'autres nobles passions variées selon mon âge, ma misère ou 
mon opuirnrc, mes derniers souhaits sont pour la mécanique et Vayrlcullure, 
cette mamelle de l'humanité, dont l'imprévoyance tarit les sources dans notre 
France, si féconde en choses et en hommes! Avec une gymnastique militaire 
joirHeà l'insti uctîon, je ne conserverais que les cadres de Vanr.éc, la renvoyant 
heureuse à ses oiilils. Il y a toujours trop de consommateurs maladroits et 
fainéants, mais il n'y a jiamais trop de pro Iwtion, quand elle se fait à asez bon 
marché pour vendre à ï étranger qui nous enrichit de bien-être, et réciproque- 
men'. Le prix du salaire n'est grand que quand celui de la dépense nécessaire 
est petit. Si, écoutant le bon sens et les lois de la santé, on aimait le travail, il 
serait dès-lors assez nrganiié. 

J'espère la IVance sage, calme, fraternelle, type et Christ du monde séduit; 
j'ai abusé do mes forces et me suis ruiné, quoique récompensé de médailles, pour 
de moins vastes intérêts ; à ccdx q.ii veulent ['ordre pour base, je suis prjt à tout 
sacrifier. 

11(1 Mier sans l'avoir désiré d'une fortune indépendante, souscripteur sans 
ut,lilé po;:r moi du Con)ploir national, ele., malgré mes goûts, à quarante ans. 
je suis |,rél ù consacrer ù l'immense trésor de la patrie, mon petit avoir, dès que, 



5*5 



ne fût-ce que la majorité, dira qu'on peut en tirer meilleur parti que moi pour 
le bien, le beau, l'utile. L'association fera, si on reste éclairé, ce que font seules 
les grandes fortunes; je n'ai pas grandi et ne grandirai plus la mienne de celles 
auxquelles je puis avoir droit et que je laisserai à ceux qui sont malheureux sans 
leur faute. Être/îOMyre alors n'est que le manque de la qualité d'être riche, être 
riche n'est pour moi une qualité que quand on a mérité de l'être et qu on n'y tient 
que pour élever sa famille, cet amour éternel de toutes les espèces organisées 
qui ont traversé les siècles. 

Je souhaite la diminution du budget, non par économie, surtout si elle pou- 
vait amoindrir la grandeur de la patrie, mais pour laisser chacun jouir seul des 
fruits de son travail. 

Prêt à me dévouer, si l'on me croit capable à tout service public, je ne veux le 
recevoir que de l'élection ; je crois au bon sens des grandes masses, sans cabaleur, 
fussé-je flagellé par elles, protectrices du juste, je sourirai le premier, évitant, si 
je puis, l'émotion que cause toute assemblée. J'aime mon prochain et souhaite- 
rais pouvoir appu\er cette amitié sur l'estime. J'ai trouvé le bonheur entre deux 
principes : être sévère pour soi, accommodant pour autrui ; faire pour lui ce 
qu'on souhaiterait pour soi. 

Comme vous je ne donnerai mon vote qu'à qui sera prêt à faire inventorier 
publiquement sa fortune, s'il lui est confié des moyens de l'agrandir illicitement. 

Comme vous, souvent trompé par des professions de foi éloquemment fardées, 
je ne donnerai mon vote qu'à qui sera modéré, parce que c'est la couleur de la 
raison ; et qui sera prêt à me remettre son opinion sur les grandes questions, 
écrite comme celle-ci, ne van'etur. J'ai été franc, c'est une qualité, faute d'autre. 

L'engrais lui-même est utile emplové à sa place et en son temps ; si vous m'ho- 
norez de votre confiance comme CHEF DE BATAILLON DU 3* DE LA 11% vous 
appuierez ma nuance , patience avec la majorité et conrage avec le droft, à laquelle 
je sacrifierais mes loisirs et indépendance. Si nous m'utilisez, sans autre brigue, 
puisse, et quoi qu'il en soit de mon élection, la pierre de touche des événements 
dire malgré l'infériorité de mon rôle et de mes moyens, que nous ne nous sommes 
pas trompés et que j'étais, ce que je désire être comme républicain, un bon 
citoyen. 

POURRAT ALOF. 
Ingénieur civil, Propriétaire rue des Francs-Bourgeois, 8 et 14. 



Aux Electeurs du dcparleiuent de la Seîiie. 

CITOYENS , 

Je viens vous demander une place à l'Assemblée nationale. 

Une double tache est imposée aux RejM'ésentants de la France. Ils n'ont pas 
seulement à donner une forme définitive à la Républiqu3, ils ont à reconstituer 
la Société. 

Ceux qui sollicitent vos suffrages cloivent doue s'expliquer sur ces deux pro- 
blèmes. 



T. I. 



69 



— 546 — 



En politique, voici ce que je désire : 

Une Assemblée de Représentants sortie directement du suffrage universel. 
Un Conseil d'Élat chargé de la première discussion des lois et clioisi par les 
conseils généraux démocr^tiqiiiement reconstitués. 

Un président temporaire, chef responsable du pouvoir exécutif, élu directe- 
ment par l'universalité des citoyens. 

Un pouvoir judiciaire inamovible, recruté dans chaque division par le con- 
cours des corps électifs et des tribunaux. 

Je crois qu'une constitution basée sur ces principes rallierait l'assentiment de 
toute la France, ne laisserait aucun prétexte aux factions. 

Tels seraient donc les principes que je chercherais à faire prévaloir ; maÎB 
quelle que soit la forme donnée à la République, je déclare que je respecterai 
la constitution votée librement parla majorité de l'Assemblée, que je pratique- 
rai loyalement, sincèrement, celte constitution ; que j'attendrai pour la juger, 
non pas l'expérience éphémère de quelques jours , mais l'expérience des an- 
nées. 

Car, à mes yeux , la constitution politique n'est et ne sera jamais qu'un moyen, 
un instrument. 

Le but à atteindre, c'est le développement des intérêts moraux et matériels 
de tous les citoyens sans distinction de classes, car les intérêts de tous les ci- 
toyens sont solidaires. 

Sur le but à atteindre, mes convictions sont entières, absolues , inflexibles. 
Je veux d'abord que les intérêts du coeur et de l'intelligence soient pleinement 
garantis. 

Je veux pour tous la liberté sincère des croyances et de la pensée , 
La liberté sincère de la parole ; 

La liberté sincère de l'Association sous la condition que nul ne se servira ni 
de la parole, ni de l'association contre l'honneur, la vie ou les droits d'aucun des 
citoyens ; 

Je veux, par conséquent, Tentière liberté des cultes. 

Conséquent avec moi-même, je veux que la société assure au travail sa juste 
rétribution, mais en lui maintenant sa liberté, sa moralité ; 

Je veux qu'elle conserve au talent ses droits, car le talent, ce n'est autre chose 
que la siipi riorité du bon travailleur sur le mauvais, et cette supériorité est le 
résultat de plusieurs années d'étude, d'appUcation, de morahté ; 

Je veux qu'cîllc conserve au travail des droits sérieux, que le gain de l'ouvrier 
soit réellement à hii , qu'il le puisse transmettre a ses enfants ; 
(^est^u ûom (luftravail que je veux la propriété héréditaire ; 
Contre ces bases nécessaires de l'édifice social , nul n'aura jamais de moi un 
vole direct ni indirect, jamais un acquiescement, même tacite. 

J ai toujours pensé (pie l'iinpôl ne doit en aucune façon atteindre ce qui est 
nécessaire a la vie, et doit atteindre tout ce qui n'est pas indispensable dans une 
juste proportion. Si le syslènK; de l'impôt progressif -sUr les revenus n'est qu'une 
lornuile «l»- celte ])ensce , je l'accepterai sans tenir au mot; mais si sous ce nom 
ou sous tout autre, on veut arriver par un détour au communisme, je le repous- 
serai de toutes mes forces. 



— 547 — 



Et maintenant, mes Concitoyens, si c'est bien là le drapeau que vous voulez 
faire porter à l'Assemblée par vos Pieprésentants ; quelques mots sur celui qui 
sollicite l'honneur de le défendre cn^otre nom. 

Petit-fils d'un constituant, je suis resté fidèle ù l'esprit de nos pères. 

Je pouvais m'aflVanchir de la nécessité du travail , j'ai tenu à l'honueur d'être 
quelque chose par moi-même. 

Entre les professions, j'ai choisi celle qui me paraissait la plus indépendante 
et du pouvoir et du public, je suis entré dans la carrière de l'enseignement par 
le concours. 

J'avais des relations avec une partie des hommes qui approchaient le pou- 
voir ; j'ai eu dans le pays légal une de ces influences qui se vendaient cher quel- 
quefois. 

Qu'en ai-je fait ? 

J'occupe encore parmi mes collègues la position la plus modeste, je n'ai ja- 
mais obtenu, je n'ai jamais sollicité que trois faveurs ; 

De ma compagnie de garde nationale l'honneur d'êlre son délégué. 

Des autorités de mon arrondissement les fonctions gratuites et obscures de 
commissaire de bienfaisance et celles de délégué du comité local d instruction 
primaire. 

Ceux qui m'ont connu , comme ami, ou comme maître dans nos lycées , 
comme camarade dans les rangs de la garde nationale, savent si j ai dévié un 
instant de la voie où doit marcher le citoyen d'un pays libre. 

Ceux qui voudront lire mes écrits (1), résumé des études assidues et des ob- 
servations d'une jeunesse sérieuse , sauront que je n'ai pas attendu la lumièrti 
des derniers événements, pour comprendre, pour défendre les vrais intérêts 
de tous , et jugeront si je suis capable de les défendre dans le poste élevé que je 
vous demande. 

F. DUCELLIER, 
Agrégé d'histoire. 

(1) 1. Essais sur quelques Questions sociales, 1847, publiés de nouveau en 1848. 
11. Quelques mots sur les Relations du Capital et du Travail, 1848. 



RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ. 



f 



jm^^^JZSiSL :aÊB2: 



CITOYENS D'UN PAYS LIBRE! 

Au moment où la République fait un appel à ses enfants, il faut que tout ci- 
toyen réponde à sa voix et, lui offrant eu tribut son dévouement et son amour, 
qu'il se consacre corps et âme au triomphe éternel des libertés républicaines. 

Ces libertés, le peuple les a conquises, d'un seul et puissant effort, sur les bar- 
ricades de Février. 



— 5i8 — 



Mais si la victoire a été facile pour un peuple né soldat et dont le cœur bondit 
au seul nom d'indépendance, rétablissement de la paix, — surtout de la paix 
armée, est un travail de géant, quand des esprits chagrins, ambitieux ou en- 
nemis, fomentent dans l'ombre des éléments de guerre civile au profit de pré- 
tendants déchus qui sont restés leurs maîtres. 

Citoyens, beaucoup de ces hommes se présenteront à vous et vous diront : 
Nous nommes Républicaim: Oui, républicains, comme en 1830 ils étaient consti- 
tutionnels; comme en 1815, ils étaient légitimistes; et, sollicitant vos suffrages, 
ils ne craindraient pas de promener sur les bancs de V Assemblée conslituante la 
honte de leurs apostasies. Le Peuple aurait là de nobles représentants. 

Et voilà des hommes, Citoyens, qui mendieront vos suffrages aujourd'hui avec 
autant de servilité qu'ils combattaient avec acharnement votre droit électoral 
sous le dernier des Rois. 

Rappelez-vous une époque dont dix-huit années nous séparent. — Quede pro- 
messes! que de mensonges! En juillet 1830, un trône et trois générations de 
roi.^ venaient de disparaître; car dans la vaste arène ou le pouvoir et le peuple 
étaient descendus, — le pouvoir avec ses baïonnettes étrangères et ses projets 
d'absolutisme, le peuple avec son courage et la conscience de ses droits, — le 
peuple seul était resté sanglant, mais couvert de gloire. Le vieux trône était dé- 
truit. Après son œuvre immense, le peuple essuya son front, el debout au miheu 
de son champ de bataille, la main sur son nouveau drapeau, foulant aux pieds 
la pourpre et le sceptre d'un roi, il se reposa. Alors sur les débris de la vieille 
monarchie on vit s'élever un trône nouveau, trône constitutionnel, disait-on, 
environné d'institutions républicaines. Mensonges politiques! car bientôt une 
nuée de courtisans, corbe'aux voraces, s'abattit autour de la royauté citoyenne et 
chacun vola sa part d'un butin sans défenseur. 
Voilà les fruits de la révolution de Juillet. 

Mais à peine se terminait à Paris cette grande lutte où le pouvoir et le peuple 
en présence se disputaient, l'un l'absolutisme du droit divin, l'autre h^s dernières 
pn'rogatives de sa liberté; à peine frappé au cœur, le pouvoir f.jyait devant la 
forci; populaire, (jue l'Europe réveillée en sursaut aux grondements du canon 
parisien , l'Europe stupéfaite jeta les jeux sur les feuillets épars de la Sainte- 
Alliance. En vain, secouant leur sommeil, les rois portèrent leur inain à leur 
couronne fhancelant(î; en vain leurs satellites tirèrent leur sabre de guerre, ils 
curent peur, tous, et d'échos en échos, le canon des trois jours fit ie tour du 
monde. 

A ce 1)1 nit (|ni réveillait de tristes souvenirs et rappelait de royales infortunes, 
1rs j)ul('nlals tournèrent avec elfroi leurs regards vers le passé, el les peuples 
nioin» oublieux, nuiis appesantis, levèrent la tète au soleil de Juillet, 
fatale conunotiou ! 

Tf)nl s'« inenf, loni s'él)ranle. Ea France a donné le signal d'un coup de canon; 
toul peuple (jiii a de l'âme y répond. L'Allemagne s'agite sous les baïonnettes 
autrichiennes; l'Italie semble sortir de son néant; l'Espagne se réveille et sur les 
boids (le la Vislule s'assemble en armes un peuple de héros, mais la Pologne 
était juoniise eu holocausteà l'égoïsnie des Rois; il fallait une victime à la liberté 
du monde. 



— 549 — 



Son cadavre est encore là. 

Eh bien 1 que fit la France ? elle resta l'arme au bras en présence de celte révo- 
lution générale qui couvait en Europe. — Quand je dis la France, je me trompe, 
je la calomnie ; c'est le gouvernement que j'aurais dû dire; gou>eriiemenl de la 
peur, politique de la couardise qui nous fit subir les humiliations des peuples à 
qui laFrance avait faitépeler,en89, le Code des droits de l'homme et à qui il était 
réservé de donner une dernière leçon. — Eh bien! ce gou>ernement poltron n'a 
pas osé profiler de Tenlhousiasme de 1830 pour jeter son épée dans la balance 
des destinées de l'Europe ; il se laissa insulter pas ses rivaux comme il laissa 
muliler ses alliés ; — Tégoïsme lui rongeait déjà le cœur. Demandez plutôt à 
Mehemet-Ali. — Demand«'Z plutôt à la Pologi»e? 

Mais pendant que l'ordre régnait à Varsovie, celui qui avait ramassé une cou- 
ronne dans la rue, et que le peuple, toujours confiant el généreux, avait laissé 
s'introduire dans le palais des rois, celui dont la garde nalionale elle-même avait 
affermi le trône, celui-là rusait avec la France et, pour implanter sa dynastie, il 
courbait la tête sous les fourches cauclines des puissances étrangères. La royauté 
n'était plus entre ses mains un mandai de bonheur et de liberté pour son peuple, 
il en avait fait une aflàire de commerce dont les bénéfices revenaient à sa famille. 
Et quand il crut avoir assis sa puissance sur des bases solides, quand il se crut 
suffisamment gardé par trente forteresses et cent mille soldats, il se relira du 
peuple, et, méconnaissantles bras qui l'avaient protégé jusqu'alors, il déchira le 
livre de la charte pour régner sur la France comme sur une nation qui n'a jamais 
connu la liberté. Aveuglement des roisl Une page restait encore, eonstalant les 
droits du peuple. Pour l'arracher, une main parjure s'avance... le peuple se lève, 
marche, la monarchie est tuée d'un coup de fusil, et sur les débris d'un Irône 
vermoulu, s'élève l'édifice de la République française. ?sous avons salué l'ère 
nouvelle qui vient de naîlre pour la France et pour le monde entier de trois mots 
magiques : Liberté, Egalité, Fraternité, 

Maintenant, comparez le passé avec le présent. 

La révolution de juillet avortée, les abus de l'ancien régime souillèrent le ré- 
gime nouveau ; la corruption descendit des hauts lieux, et, gangrenant les con- 
sciences à vendre, elle eut bientôt envahi toutes les administrations; le peuple, 
lui, resta toujours au pied de l'échelle, avec son orgueil et sa pauvreté. 

Notre armée de terre fut consignée dans ses casernes quand l'honneur de la 
France l'appelait à la frontière. 

Noire marine pouvait être belle dans un jour de parade, et terrible dans un 
combat; mais les arsenaux étaient vides, les chantiers sans travailleurs, les ma- 
gasins sans agrès, en un mot rien, pour parer aux éventualités d'un sinistre, et 
même la plus éclatante victoire, remportée par nos braves marins, aurait suffi 
pour anéantir ce simulacre de puissance maritime. 

Notre commerce livré aux inquisitions Av. l'Angleterre ! Nos finances. ... vous 
savez que sans l'avènement de la République, le Trésor faisail banqueroute. 

Voilà pour le passé. 

Une nouvelle ère commence ; que nous apporte-t-elle? La Repiblique ! — Nous 
savons bien que ce nom sonnera mal à quelques oreilles, et que, confondant deux 
époques, on reprochera aux républicains d'aujourd'hui les erreurs des républi- 



— 550 — 



cains d'un autre Àa,e ; mais nous ne sOînmes plus au temps où la France courbait 
la tête sous la hache de Robespierre, et notre Révolution de 1848 n'est pas la 
TeiTCur de 1793. — Voyez ce penj^le anné de fusils, irrité par le combat, enivré 
par l'odeur de la poudre, il se rue sur le palais des rois, il en brise les portes, il 
entre... nul oi)stacle ne s'oppose plus à sa vengeance... Il s'arrête, garde à jeun 
les trésors de ses maîtres d'hier, et s'impose de trois mois de misère au service 
de la Répu])lique. Voilà ce que fit le peuple. La Religion, respectée dans son 
culte et dans ses ministres, sortit de son templo pour recevoir le Christ rédemp- 
teur que le peuple lui rapportait en triomphe à travers les barricades, et pour 
bénir, sous le regard de Dieu, l'arbre de la liberté. — Que reste-t-il à faire pour 
sanctifier l'aurore de notre jeune République, et lui jDréparer un avenir de gloire 
et de prospérité? Unissons-nous. 

Qiie ceux qui regrettent le passé et pourraient en souhaiter le retour cherchent 
un coin de terre, où la République n'ait pas déjà jeté ses germes profonds; et 
qu'ils y vivent sous la protection de la liberté pour tous;- mais pour conjurer leurs 

complots, UNISSONS-NOUS. 

Que l'ennemi du dehors n'oublie pas que la France est toujours la grande na- 
lion; qu'elle ne cherche pas la guerre; et que si elle veut la paix, c'est la main 
sur son épée ; — mais pour rendre impossible à tout jamais la profanation du 
sol de la patrie, unissons-nous. 

Nous avons souvent entendu jeter à la face d'un citoyen ces paroles, comme 
un anathème : républicain du lendemain. Loin de notre pensée aujourd'hui un 
pareil reproche 1 Quand le peuple vainqueur, du haut de ses barricades, voyait 
passer un eimemivaincuet blessé souvent, lui criait-il : républicain du lendemain, 
rends-moi compte de tes œuvres? Non, il lui tendait la main comme à un frère 
égaré. Eh bien ! serons-nous aujourd'hui, au sein de la paix, moins généreux 
que le soir de la bataille? Plus de différence entre nous; enfants de la même 
patrie, embrassons le même drapeau et justifions la glorieuse devise de notre 
jeune et belle République : Liberté, Egalité, Fraternité. 

Cette trinilé des vertus antiques, longtemps esclave des rois, est aussi vieille 
que le christianisme; elle apparut pour la première fois au monde avec la reli- 
gion de Jésus-Christ, notre maître à tous, le premier républicain ! — Rappelez- 
vous que c'est de sa bouche, toujours ouverte pour la consolation, que tombèrent 
ces paroles divines : Aimez-vous tous comme des frères. 

("est au nom de ce souvenir évangélique et fraternel que je fais un appel à tous 
les républicains de la France. 

Venez à nous, hommes de toutes les intelligences, de tous les dévouements. 
Venez à nous, riches pour qui la bienfaisance et l'encouragement sont des vertus 
faciles; venez à nous, artisans laborieux qui, dans vos ateliers ou dans vos famil- 
les, en poussant la lime ou le rabot, chantez des hymnes patriotiques et préparez 
ainsi vos enfants à l'amour du travail et au culte de la liberté; venez à nous, mé- 
decins, avocats, vous qui sauvez la vie, vous qui sauvez l'honneur; venez à nous, 
iiilelligences supérieures, historiens dont les doctes écrits nous ont transmis les 
vertus et les erreurs de nos pères; venez à nous, car vous aurez encore à trans- 
mettre à nos enfants républicains le courage, la victoire et la modération des 
hommes de Février; venez à nous, orateurs, car l'éloquence, par la bouche de 



351 — 



Dcmosthènes, a plus d'une fois sauvé la Grèce de l'invasion des barbares ; venez 
à nous, poètes, car la.poésie est sœur de la.libcrré; elle inspira les premiers hé- 
ros; Tyrthée par ses chants patriotiques redonna la victoire aux Spartiates dégé- 
nérés ; Déranger et Casimir Delavigne chantèrent la gloire et les mallieurs de la 
Fiance et la Marseillaise a gagné cent batailles. 

Je vous le répète, venez à nous, hommes de toutes les intelligences et de tous 
les dévouements; venez à nous pour grossir le faisceau des délen^curs de la Pié- 
publique, afin de léguer un jour à nos-eufants un héritage de^doire et de bon- 
heur, d'intelligence et de liberté. 

Et cette voix qui vous appelle, doit éJ^e entendue, car l'amour de la patrie ne 
peut mourir en France, cette vieille terre de patriotisme et de loyauté. 

Jules FREY. 

Imp. typ. de J. Frey, 33, rue Croix-des-Petits-Champs. 



AUX ÉLECTEURS DE M MARNE. 

CITOYENS, 

L'honneur de représenter le département de la Marne, à l'Assemblée nationale, 
m'a été offert, je l'acompte non-seulement comme un honneur, mais comme un 
devoir. 

Nommé par le Gouvernement provisoire Commissaire général pour les dé- 
partements de la Marne, de la Haute-Marne, de l'Aube et des Ardennes, chargé 
de prendra toutes les mesures de salut public, de maintenir l'ordre et de faire 
triompher les princijDes réjDublicains ; cette haute position, eu me présentant a 
vos suffrages, exige quelques explications : je le dois, afin que les pouvoirs tem- 
poraires qui m'ont été confiés ne soient pas paralysés, afin que mes paroles et 
mes actes ne soient pas suspectés. 

Le Gouvernement de Ja Fiépu]>Iique veut que la liberté des votes soit pleine et 
entière; il veut que la France constitue elle-même son Gouverneineut. Si la 
République a été proclamée, c'.est que sous ce mot se trouvent renfermés les 
droits de la Nation en général, et les droits de chacun, en pariicuLier; mainte- 
nant. Citoyens, c'est à vous d'organiser l'exercice de ces droits impivscriplii)les, 
inaliénables. Pas d'autiHî GouverneaBent que la République, pas d'autre& gou- 
vernants que ceux qui seront choisis par vous. 

Ce que le Gouvernement I provisoire vous demande aujourd'hui pour fonder 
la République, pour développer progressivement, régulièrement et avec o/y/ïv?, 
ces trois grands principes : 

LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ, 

C'est d'envoyer à l'Assemblée nationale des hommes véritablement républicams, 
des hommes calmes, fermes et courageux. 

Si vous m'honorez de vos suffrages, ne me considérez donc pas comme Com- 



— 552 — 



missaire général, comme investi de grands pouvoirs, mais comme un simple 
citoyen, comme un enfant du peuple, un enfant de la Marne, qui a voué son 
existence à la République. 
Citoyens , 

Une profession de foi m'a été demandée non pour les Citoyens qui me con- 
naissent, mais i)Our ceux qui ne savent pas qui jesuis. Cette profession, la voici : 
ce sont des principes et des actes. 

Ce que je veux et ce que j'ai toujours voulu : 

C'«sl la souveraineté du Peuple exercée par le suffrage direct et universel. 

Le droit de réunion et d'association publiques, sans lequel la souveraineté du 
Peuple n'est qu'un mensonge. 

la liberté de la presse, sans entrave, et la manifestation de la pensée, quelle que 
soit la forme, sous la responsabilité personnelle des auteurs. 

La liberté des Cultes. 

L'Éducation nationale, commune, gratuite et obligatoire. 

L'incorporation et l'armement de tous les Citoyens dans la Garde nationale. 

La répartition équitable de l'impôt, et l'impôt lui-même équitable. 

Le j)rincipe de lelection introduit partout où il pourra être appliqué. 

Le droit au Irr.vail, 

L'orgaiilsaliou progressive du travail industriel et agricole. 

Enfin, LE DROIT DE PROPRIÉTÉ, droit constituant de la Famille et de la 
Société. 

Etconinie garantie de tous les droits, de toutes les libertés, de tous les princi- 
pes, la s lidariié sociale. 
Des ^rics. 

En 183/i, dans le Procès d'avril, la Cour des Pairs m'a honoré de dix années 
de détention pour avoir tenté de proclamer la République, ,1e n'ai échappé à la 
prison qi.e par l'exil. 

Après quatre années de ?éjonr en Orient, je suis rentré en France de par l'am- 
nislie générale; pour y piopager les principes républicains, j'ai eu recours à la 
presse, au journal la Rélorme, je suis encore un de ses collaborateurs. 

Enfin, au jour i\\i combat, aux grandes journées de Février, j'étais sur le 
champ de bataille, je remplissais mon devoir de citoyen. Dans ces jours de gloire 
et d'aîriirtion, car des Français s'entretuaient, si je ne revendique qu'un seul 
a<te c'est celui d'a^oil fiji évacuer les Tuile, ies, par-là d'avoir empêché reffusion 
du sang et terminé le comb; t. 

Tels sent mes priiripes et quelques-uns de mes actes. 

In denier mol, r;to\et)H, 

Au nom du salut de la Patrie, choisissez des Républicains, songez qu'il s'agit 
d'établir une Constitution, de fonder la République, de constituer la Société par 
la EilxM l(', l'Égalilé la Fratei nilé, et surtout par tordre. 

Comme Républicain, comme enfant de la Mari.e, par mes principes et par 
mes acirs. je sollicite vos suffrrges ; mais si vous connaissez un Républicain qui 
vaille mieux que moi, choisissez-le. 

VIVE LA REPllRLlQUE! AUBERT ROCHE, 

Commiêsaire général pourUs départencnlê delà J^'^arne, DautiMamc, A<.be et Ardenneê. 

Tyt>. de Dorlu Deullia. 



l^aris. — Imprimerift F,ACOUR el r;omp., rn<> Soufflot. 4 6. 



553 — 




CZ.UB DE I.A FRATERNITÉ 

ancien Clul) de la Révolulion. 



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(ïMe au (ûï/û'^e'n 
Parrains! | Les Vice-Présidents, 



vmft w;t ••m i fiiu n-i~nj> 



Le Cit. qui troublera l'Ordre sera exclu de l'assemblée. 






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T. I. 



70 



— 584 — 



AUX ELECTEURS 



DU 



Département de la Seine. 



CITOYENS, 

Proposé et adopté à l'unanimité comme candidat à l'Assemblée nationale par 
le Club des intérêts du peuple, je ^iens, citoyens, vous faire connaître les princi- 
pes qui ont fait adopter ma candidature. 

01)li^'é de commencer par parler de moi, je le ferai en termes aussi courts 
que possible, afin de ne pas abuser de vos moments. Petit-fils et fils de culti- 
vateurs, je connais les besoins de l'a^^aicultureet de ses travailleurs. A l'agricul- 
ture j'avais joint la profession de commissionnaire de roulage : cette seconde 
profession me mettait quotidiennement en rapport avec les différents chefs de 
ritidustrie, et m'a mis à même de connaître également leurs besoins et ceux de 
leurs ouvriers. Nous y reviendrons tout à l'heure. 

Aux deux professions dont je. viens de vous entretenir, j'en avais ajouté une 
troisième qui ressortait d'une vocation toute particulière, celle dobserver les 
astres et pnncipalenienl ces météores ignés que vous voyez dans les belles nuits 
d (te parcourir le ciol en tous sens. Leur observation a exigé de ma part une 
longue suite de nuits sans sommeil, et lorsque arrivé à des résultats très impor- 
tants pour la science, il m'a fallu de toute nécessité abandonner Aion établisse- 
niciil pour venir à Paris m'établir avec ma famille afin d'y puiser les renseigne- 
nieiits qui me manquaient en province, je n'ai point hésité à sacrifier ma posi- 
tion de fortune acquise, à l'avaiicemenl des sciences. J'eus le bonheur, citoyens, 
(1 obtenir l'appui des savants et le suffrage des membres de l'Institut. 

l-itovcns, des l'âge de seize ans, j'ai été par ma position particulière mêlé aux 
discussions politiques. J'ai pris part aux travaux des comités électoraux et ai 
contribue pour ma part à envoyer à la chambre des députés de l'opposition la 
pins avanrre. Je pourrais vous citer des actes qui vous prouveraient que dans 
Dieu ties circonstances j'ai fait preuve d'une force et d'une indépendance de 
' .'ïacl( re peu (ommune. Mais comme il s'agit de moi, je vais passera des objets 
Miii nous iMlcrcsscni ir.us. 'J i J 

^>n nous a pari.-, rjiou'ns. de faire proclamer la République par l'Assemblée 



— 555 — 



nationale. La République n'a pas besoin d'être proclamée, encore moins d'être 
reconnue. La sanction de la République a été gravée d'une manière ineffaçable 
sur les barricades de février. Les élections sont faites de par la République. Nous 
li'avons donc plus à nous occuper de sa proclamation ; puisque c'est un fait 
accompli, je vous entreliendrai seulement de son organisation. 

Il faudra mettre en tête de la Constitution la consécration des droits de 
l'homme et du citoyen. Ces droits «sont distincts, puisque les uns regardent la 
liberté naturelle de l'homme et les autres la liberté du citoven qui doit toujours 
être en rapport avec les lois imposées a la conservation de toute société. 

On décidera aussi, citoyens, s'il est nécessaire de créer deux cliambres • l'une 
sous le nom de Sénat ou autre dénomination ; l'autre sous le nom de Chambre 
des lieprésenlants delà Nation. Sur cette importante question, mon opinion est 
celle ci: pourquoi instituer deux chambres qui ne peuvent être que le produit 
de l'élection du peuple ; ce serait donc un double emploi. En d'autres termes 
est-ce l'aristocratie qui nommera le Sénat? il n'y en a plus. Puisque nous sommes 
tous une seule et même famille composant un seul et même peuple, ce serait 
donc, comme je Tai dit, une superfluilé. par conséquent un embarras, passez- 
moi le mol, un bâton dans la roue. Comme je veux, par conviction bien arrêtée 
que le pouvoir gouvernemental n'éprouve jamais d'obstacle dans sa marche, je 

demanderai de n'insérer dans la Constitution que l'existence d'une seule Chambre. 

Maintenant, citoyens, j'arrive à la composition du pouvoir exécutif. Les uns 
parmi vous, veulent un consul ou président de la République, parce qu'ils pen- 
sent que ce magistrat élu par l'Assemblée nationale pour trois ou quatre années 
consoliderait le pouvoir exécutif en le mettant à l'abri des oscillations de la 
majorité de la Chambre des représentants. Cependant beaucoup d'autres crai- 
gnent que le président ou consul ne veuille dans certaines circonstances données 
usurper le pouvoir exécutif et en user tyranniquement envers ses concitoyens. 
Quelques-uns d'entre vous, pour plus de sûreté, désirent confier ce pouvoir exé- 
cutif à trois ou quatre membres ; je ne crois pas, citoyens, ce svstème convena- 
ble, et pour ma part je ne donnerais jamais la main à une pareille création. Car 
l'un souvent voudrait une chose, l'autre en voudrait une autre. D'ailleurs pour- 
quoi mettre trois ou quatre citoyens pour exercer le pouvoir exécutif quand un 
seul suffît à la besogne ; ce serait, comme je l'ai déjà dit, se créer des embarras et 
enrayer le char gouvernemental. 

En conséquence de tout ce qui vient d'être dit, je vais vous proposer, citovens, 
un mode de délégation par l'Assemblée nationale au pouvoir exécutif, qui ral- 
liera, je le pense, l'opinion de la très grande majorité des citoyens. Que l'Assem- 
blée nationale délègue ce pouvoir à un citoyen sous le nom de présid(>nt du con- 
seil des ministres, qu'il soit tenu de prendre ses ministres dans le sein des hom- 
mes quiaient la sympathie delà majorité de l'Assemblée nationale, sans toutefois 
lui désigner ou lui imposer des choix qui entraveraient sa politique et la marche 
du pouvoir. Le président du conseil des ministres ainsi élu, s'il avait perdu dans 
l'intervalle des sessions la confiance de l'Assemblée nationale, se verrait remplacé 
au début de la session de l'Assemblée par un autre président, et l'équilibre serait 
ainsi rétabli entre le peuple et le pouvoir exécutif sans perturbation aucune. 

La liberté, c'est le libre arbitre laissé à chaque citoyen de suivre et d'embras- 



— 556 — 

scr la profession qu'il aura cru le plus convenable à ses goûts, à ses intérêts par- 
ticuliers, en un mot, à ses forces morales et physiques, sans jamais dépasser la j 

limite de la licence. . „ , \ 

L'éffalilé, c'est la vaste carrière ouverte à tous les talents plus ou moms élevés; I 
à toutes les' aptitudes, ayant tous le même point de départ, qu'on soit plus ou j 
moins riche. Pour arriver à ce but, que l'obligation de l'éducation soit décrétée, 
et qu'elle ne cesse jamais d'être surveillée par les inspecteurs du Gouvernement ; 
que les inspecteurs indiquent au Gouvernement les sujets qu'ils auront trouvés j 
dans les écoles primaires, remplis des qualités naturelles, et qui, développées ! 
dans les écoles spéciales, leur fourniront le moyen de rempHr des fonctions si | 
hautes qu'elles soient ; et les citoyens rendront alors les services qu'on est en | 
droit d'attendre des qualités naturelles dont ils auront été doués. En un mot, j 
que les charges et les profits de la société soient toujours répartis avec la plus | 
entière égalité. j 

La fraternité, c'est l'accord qui doit toujours régner entre tous les citoyens, ! 
et qui seul est capable de leur imposer les plus grands sacrifices, même ceux j 
d'une conviction politique personnelle, qui ne serait point en rapport avec les | 
opinions professées par la grande majorité de leurs frères. C'est cet accord, qui j 
doit nous porter à nous aimer, à nous aider et à nous secourir les uns les autres, 
ainsi que l'a si bien dit le Christ. ' 

Je vicms vous signaler en passant les embarras que se créent les diverses indus- j 
tries, qui, mieux avisées, s'éviteraient souvent à elles-mêmes des malheurs, et 
aux ouvriers des moments de détresse. I 

Une industrie nouvelle vient-elle de se créer dans un centre de fabrication, i 
aussitôt qu'elle est en voie de prospérité, les fabricants, par de forts 2:)résents, | 
encouragent le déplacement d'une masse d'ouvriers qu'ils attirent à eux. Tout \ 
va bien tant que les débouchés subsistent, mais aussitôt que les demandes se 
ralentissent, les producteurs, au lieu de ralentir leur fabrication, la continuent 1 
avec la même activité, parce qu'ils espèrent que dans deux ou quatre mois au ■ 
plus tard les demandes afflueront de nouveau. C'est un grand tort d'en agir ! 
ainsi, mais ce n'est pas le seul qu'on peut leur reprocher ; ils aggravent encore j 
la situation anormale en diminuant le salaire des ouvriers, quelquefois des trois 1 
quarts de ce qu'il était avant. Je vous le demande, citoyens, si cette conduite i 
est selon les lois de la prudence pour les maîtres, comme pour les ouvriers. ] 

Voici, au contraire, la conduite juste, équitable qu'il faudrait tenir, i.c maître ' 
dirait à ses ouvriers: je suis obligé, vu la modique somme des demandes qui [ 
m'arrivent, de réduire ma fabrication, afin de ne pas encombrer mes magasins, 
car si 'y- continuais, il i)Ourrait nous arriver aux uns et aux antres quelques cataslro- I 
phes qui nous priveraient, moi de mes moyens d'exécution, vous de vos moyens 
d'existence. Il importe au plus haut degré que nous obvions à ce double incon- 
vénient. Je vous payais à raison de cinq francs par journée comptant l!2 ou 1/t 
h(Min's de travail, maintenant, vous serez toujours payés sur le même prix de la i 
journée, mais seulement proportionnellement au nombre d'heures que je pour- 
rai vous occuper. Je vous le demande , citoyens, si celte conduite ne serait pas 
mille fois préférable à celle suivie jusqu'à ce jour, et qui, dans un temps donné, | 
nous jette sur le pavé des milliers d'ouvriers en détresse qu'il faut bien nourrir. 



— S57 - 



Cet état de choses finit souvent par être aussi fatal aux maîtres qu'aux ouvriers. 

J'ajouterai maintenant une dernière considération , c'est qu'il faut que les 
centres de fabrication qui ont l'habitude de tel ou tel genre d'industrie suivent 
avec le plus grand soin les progrès ou l'extension qu'on peut donner à leurs pro- 
duits habituels dans d'autres pays , parce qu'ils doivent toujours être prêts à 
modifier ou même à changer leurs industries pour ne pas être exposés, eux et 
leurs ouvriers, à une ruine complète dont ils ne pourraient jamais se relever. 

Il faut maintenant, citoyens, s'occuper de l'agriculture, notre mère commune. 
Le salaire des ouvriers des champs est-il en rapport avec leurs besoins? 11 faut 
bien s'avouer que non. Les plus habiles d'entre eux ne gagnent souvent que 
vingt-cinq francs par mois, et ils ont aussi très souvent à nourrir une femme et 
quelquefois six ou huit enfants. Pourquoi ce modique salaire? Parce que les pro- 
priétaires ou fermiers ne connaissent pas leurs véritables intérêts. Pour que le 
travail que vous confiez à un ouvrier quelconque soit bien exécuté, il faut que 
vous le choisissiez convenable par ses capacités aux fonctions auxquelles vous le 
destinez. Une fois ce choix fait et éprouvé, ne craignez pas de donner à cet ouvrier, 
à cet autre vous-même qui vous remplace dans le travail qu'il vous est impossible 
de remplir, un salaire en proportion des services qu'il vous rend ; par ce movea 
vous l'associez de fait à vos travaux, il y prend intérêt comme s'ils étaient les siens, 
et votre produit double vous récompense bien au-delà des sacrifices que vous avez 
cru vous imposer. Dans une exploitation d'agriculture, un seul hectare de terre 
vous remboursera de la somme que vous aurez employée à rémunérer convena- 
blement les ouvriers, depuis le jdÎus mince emploi jusqu'au plus élevé, et le res- 
tant de l'exploitation sera tout bénéfice pour le propriétaire ou fermier, et lui 
donnera par conséquent plus d'aisance. 

Tous savez, citoyens, que toutes les bonnes terres sont entre les mains des cul- 
tivateurs cl déjà très divisées par le nombre immense de propriétaires qui les pos- 
sèdent, ce que je suis loin de regarder comme un mal. Je vous fais celle seule 
remarque, citoyens, pour vous faire comprendre combien la tâche du (iou>er- 
nemenl qui devra s'occuper des défrichements, des dessèchements, des reboise- 
ments, en un mol, de tous les moyens à faire rendre au sol tout ce que nous de- 
vons en espérer pour notre plus grand avantage, sera immense. En efl'el. il ne 
suffit pas, comme beaucoup d'entre vous le croient, de mettre la charrue, la pio- 
che ou la bêche dans un terrain quelconque pour lui faire produire à souhait tout 
ce qu'on désire. Je vous ai fait voir que toutes les bonnes terres étaient occup»'es, 
qu'il ne restait plus que les mauvaises. Pour rendre ces terres très bonnes, il faut 
beaucoup de temps et surtout beaucoup d'argent. Car il faudra dépenser pour 
bâtir les fermes, nourrir les cultivateurs, fournir des engrais, des nourritures 
pour les bestiaux, et cela, non pas pour une année, mais, le plus souvent pour 
dix ou quinze années. Ce sera donc avec le plus grand soin que le Gouvernement 
devra procéder, et, pour réussir, consulter plus souvent les hommes pratiques 
que les tlu'oriciens, car poin' qu'une fondation quelconque dure, il faut que la 
théorie s'allie avec la pratique. 

Je vais vous entretenir, citoyens, un moment de l'Algérie, celle terre déjà ar- 
rosée de laiîl de sang et d'argent; il Aiut que le gouvernement s'en occupe sans 
relâche et lui procure les moyens d'une bonne et solide colonisation. Pour arriver 



a 



— 558 — 



cet utile résultat, il importe que le gouvernement ouvre un livre d'inscriptions 
dans chaque arrondissement, où tous les cultivateurs puissent se faire inscrire. 
De cette manière, quand on en connaîtrait le nombre, on les ferait passer en Al- 
gérie suivant qu'on aura eu le temps de leur assigner le canton et le village où on 
devra les installer. Il faudra aussi, pendant un certain temps, leur faire quelques 
avances, soit pour leur procurer les animaux nécessaires à leur exploitation et à 
leur nourriture, avance qui serait bientôt remboursée à l'Etat. En agissant ainsi, 
dans un temps plus ou moins proche, nous aurons deux à trois millions de colons 
en Algérie; alors elle pourvoira elle-même à sa défense contre les attaques exté- 
rieures, et'nous assurera la paisible jouissance d'étendre notre commerce dans 
l'intérieur de l'Afrique qui est ouvert devant nous, et nous assurera également la 
paisible jouissance de la Méditerranée, non pour nous en faire un avantage ex- 
clusif comme l'Angleterre l'a si souvent tenté, mais seulement pour nous en as- 
sunr'la libre jouissance, ainsi qu'à toutes les nations amies et alliées de la Ré- 
publique. . 

La politique extérieure devra également appeler toute 1 attention de vos légis- 
lateurs car il faudra sans cesse surveiller les intentions des puissances qui nous 
avoisinent, examiner si leur progrès dans la pratique de la liberté et dans la fra- 
ternité des peuples est suffisant pour nous garantir de leurs attaques sourdes ou 
patentes, être toujours prêts soit à traiter franchement avec eux, ou même pren- 
dre l'initiative de l'attaque une fois que nous aurions acquis la conviction bien cer- 
taine de leur désir de nous attaquer lorsqu'ils croiraient l'occasion favorable de 
le faire pour eux avec profit. Que les nations qui nous avoisinent sachent bien 
que c'est notre désir de n'intervenir chez aucune d'elles, à moins que leurs peu- 
ples n'aient réclamé, au nom de leur émancipation, pour jouir des libertés qui 
ppartiennent au genre humain tout entier, notre appui soit moral ou physique, 
suivant l'opportunité, et qu'ils nous aient donné par la force de leur lutte la con- 
naissance de leurs désirs et la ferme volonté de tout sacrifier pour y parvenir; 
que nous aurons toujours l'œil ouvert sur leurs desseins secrets ou avoués, et que, 
prompts comme l'éclair, nous saurons, en les frappant à temps, les punir de leurs 
projets liberlicifles. 

(iilovens, unissons tous nos efforts pour que notre belle République soit, par 
les lois immortelles dont nous avons le désir de la doter, un exemple offert à tous 
les peuples, et qu'ils aient le désir sincère de nous imiter et de nous demander 
dans un jour qui, je l'espère ne sera pas trop éloigné, d'établir entre tous les peu- 
ples une sainte alliance dont lt3 congrès siégerait dans notre belle ville de Paris, 
et que dans son sein, si laborieux, se discutent et s'adoptent toutes les lois néces- 
saires au bojiheur du genre humain. Pour arriver à un tel résultat, ne suivons 
pas les nïaximcs aristocratiques et oligarchiques, mais bien les maximes toutes 
républicaiin's et démocratiques qui veulent, qu'au lieu de diviser pour régner, 
nous nous réunissions pour gouverner. 

COULVIER-GRAVIER, 

Administrateur du bureau de bienfaisance et président de la 
commission des subsistances du douzième arrondissement. 

31, rue de l'Est. 



a 



De l'imp. (i<: Crapclet, rue de Vaugirard, 9. 



— 559 — 
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE, 

LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ. 



Le Citoyen Philippe-Auguste JEAAROK 

AUX RÉPUBLICAINS DE LA SEINE. 



CITOYENS, 

Je me présente à vos suffrages. 

Je dois donc vous dire d'où je viens, oii je vais et qui je suis. 

Je suis fils d'ouvriers; mon grand-père a monté à l'assaut de la Bastille, et , 
peu de temps après, il est allé mourir dans les défilés de l'Argonne, les deux 
cuisses emportées par un boulet. 

Mon père, encore apprenti, orphelin abandonné à quatorze ans, a été accueilli 
parmi les volontaires de la République, et, jusqu'à 1815, il a été soldat. 

Pendant sept ans, il a été prisonnier de guerre sur les pontons anglais. Mon 
enfance a partagé sa dure captivité. 11 m'a appris son métier dans les prisons de 
l'Angleterre; il m'y a voué au travail, aux bonnes mœuRS, à l'amour de la pairie, 
au dévoùment et à l'espérance. 

Depuis, sous ses yeux, sans secours aucuns, sans maîtres, sans école, sans dé- 
pense d'argent, j'ai appris, comme j'ai pu, dans la pauvreté, deux arls difliciles; 
tous mes tableaux et tous mes écrits ont été consacrés à la cause populaire. 

k\ ant 1830, j'appartenais déjà à l'armée des patriotes militants. 

En 1830, j'ai été décoré de la croix de juillet. 

J'ai été appelé à tous les conseils et à toutes les luttes de l'opinion républicaine 
par Buonarotli, Voyer-d'Argenson , Trélat, Guinard , Charles Teste, Arago, Ré- 
curt, Marrast, Flocon, Beauséjour, Bûchez, Audiat, Lebon, Cahaigne , et tous 
les énergiques citoyens qui sont morts ou qui vivent pour la Liberté. 

J'ai été l'ami de Godefroy Gavaignac; j'ai vécu pendant vingt ans sous l'inspi- 
ration de cet homme intègre et héroïque. En toutes les occasions de ma vie, il a 
été mon témoin , et j'invoque ici , à défaut du sien, le témoignage de sa mère et 
de son frère. 

Aujourd'hui la confiance du citoyen Ledru-Rollin m'a délégué à la direction 
et à la réintégration des Musées nationaux. 



— 560 — 



Je n'ai fait défaut à aucun danger dans les jours d'action, en juillet, en juin, 
en février. 

Je n'ai cédé à aucune séduction dans les jours de tristesse et d'attente. 

J'ai aujourd'hui quarante ans. 

Voilà d'où j'arrive ; voici maintenant où je vais : 

Je vais, de toutes les forces de mon âge, de toutes celles de mon expérience, 
de toutes celles de mon Ame, à la République, une, indivisible, impérissable. 

Je défendrai, en toutes situations et à toute heure, sa formule sainte : Liberté, 
Égalité, Fraternité. 

Je la défendrai dans ses prémices et ses promesses. 

Je défendrai tous les droits de l'homme, tous les droits du citoyen , tous les 
droits du peuple. 

Je défendrai la liberté d'association , la liberté de la parole et de la presse, la 
liberté de l'art, la liberté des doctrines et des cultes, la liberté de toute mani- 
feslalion de la pensée humaine, sauf la légitime répression des jurys popu- 
laires. 

Je défendrai partout le principe sacré de l'élection et de la responsabilité. 

Je réclamerai de tout mon cœur et de toute ma voix le droit de tous à une 
éducation nationale, large et gratuite. Je réclamerai la répartition progressive 
de l'impôt, et la distribution gratuite de la justice à tous , de façon que le pau- 
vre et le faible ne soient plus opprimés ni volés. 

Je réclamerai la moralité de l'art et son développement. 

Je réclamerai la sympathie et le concours à tous les peuples qui entreront 
dans la voie glorieuse où nos pères et nos frères martyrs de la liberté nous ont 
lancés. 

En résumé. Citoyens, si vous voulez, pour vous représenter à l'Assemblée na- 
tionale Constituante, un homme indépendant, laborieux , 

Amant passionné de toutes les gloires , de toutes les prospérités, de toutes les 
splendeurs de notre pays , 

Avare du sang et des sueurs du peuple, 

Initié à ses travaux, à ses souffrances et à ses besoins, 

Irrévocablcmcînt décidé à ne mettre son mandat au serfice d'aucun intérêt 
particulier ou local ; 



Je vous demande vos suffrages. 

VIVE LA RÉPUBLIQUE 



Philippe-Auguste JEANRON. 



Imp. PoUet, rue Si-Denis, 180. - CARRÉ, associé, pas. du Caire, 77. 



— 561 — 



CLUB DES HOMMES LIBRES. 



>^€h*^ 



MANIFESTE. 



L'AN 1848, LE 8 MARS. 

Les Citoyens soussignés, réunis dans la salle Montesquieu, 

Convaincus que, dans les circonstances présentes, il est du devoir de tous de 
se rapprocher, de se réunir en société, scit afin de s'éclairer mutuellement sur 
l'étendue de ses droits et de ses devoirs, et sur le choix à faire dans les élections 
prochaines, soit pour appeler l'attention des assemblées nationales sur les grandes 
questions sociales qui s'agitent en ce moment, soit enfin (et c'est là le point le 
plus essentiel ) pour établir une tribune populaire où seront discutées les réfor- | 
mes des institutions politiques qui viendraient à s'écarter de leur véritable des- 1 
tination ; ' 

Également convaincus que l'union sociale n'a pas seulement pour objet la 
liberté d'un ou de plusieurs individus , la jouissance d'un ou de plusieurs 
droits ; 

Mais la liberté illimitée de tous les citoyens, la possession de tous les droit3 
imprescriptibles inhérents à la qualité d'hommes libres; 

Qu'il faut une garantie à la Liberté ; ; 

Que cette garantie ne sera efficace que quand elle sera suffisante, et qu'elle 
ne sera réellement suffisante que lorsque les coups qu'on peut porter à la liberté 
seront impuissants contre la force d<>stinée à la défendre; quand en un mot la 
foi ce destinée à défendre la liberté ne pourra pas l'attaquer, comme cela s'est 
pratiqué jusqu'à ce jour ; 

Qu'il importe au bien de la chose publique que chacun montre sa foi dans 
ses œuvres, par l'émission au grand jour de ses idées, de ses opinions, de ses 
principes ; 

Que pour arriver au résultat demandé, les besoins de la cause démocratique 
nécessitent d'urgence la création de clubs patriotiques partout cm de semblables , | 
réunions pourront avoir lieu ; ! 



T. I, 



71 



— 562 — 

! 

Ou'enfin l'opinion de citoyens français sur la chose publique ne peut avoir un ' 
effet salutaire qu'autant que son action sera incessante, sa surveillance et son j 
contrôle journaliers. i 

Ont arrêté d'un commun accord les dispositions suivantes : \ 

Art. 1. Il est fondé un Club patriotique, sous la dénomination de Club des | 
Hommes Libres. i 

Art. 2. Les citoyens fondateurs du Club des Hommes Libres mettent en tête de j 
leurs devoirs la surveillance générale à exercer sur tout ce qui intéresse la chose i 
publique. ' 

Art. 3. Ils étudieront et discuteront la formation et l'organisation intérieure I 
des différentes branches du service public. | 

i 
Art. k' Ils étudieront également, et discuteront les précautions politiques j 

dont il est sage d'entourer le pouvoir, afin que, toujours utile, il ne puisse jamais 
être dangereux. 

Art. 5. Les séances du club seront quotidiennes. 

Les membres se réuniront au lieu et à l'heure qui seront ultérieurement fixés. 

Art. g. Tous les citoyens qui désireront faire partie du Club des Hommes Li- 
bres, sont invités à se présenter immédiatement, et à donner leur nom soit aux 
journaux spéciaux des clubs, /a Commune de Paris, la République, le Tnm-Tam 
Républicain, soit aux commissaires qui se sont volontairement chargés de rece- 
voir les adhésions. 

VIVE LA RÉPUBLIQUE ! 



Fait en séance, à la salle Montesquieu, les jours, mois et an que dessus, et ont 
signé les membres du bureau provisoire, 

PELLE, avenue de Saint-Cloud, /t bis, Passy; 
GADOU, décoré de Juillet, 3, rue Saint-Lazare; 
NAVOISEAU, rue Coq-Héron, Ibis; 
A. MALLEÏ, 30, rue Saint-Nicolas d'Antin ; 
R AUX, mécanicien , passage du Havre, /iO; 
L. CANNET, 21, rue du Bouloi ; 

E. LEFÈVRE, Président provisoire, rue des Bons-En- 
fants, 27. 



caDitu'.''* ^*^"^"^^^ *** ''**'■•' ^^ ** '"^'"Si 'J- ilu 16 mars, p. «, col. 2, séances sur la rentrée des troupes dans la j 



— 565 — 



AUX CITOYENS ELECTEURS 

du département de la Seine. 



CHERS CONCITOYENS, 

Je sollicite l'honneur d'être élevé par vos suffrages à la députation de Paris, 
parce que j'ai la ferme conviction que si vous m'envoyez à l'Assemhlf'e Nationale, 
je pourrai y rendre d'utiles services au pays. Je puise cette conviction, comme 
homme privé, dans le désintéressement, la droiture, l'indépendance de mes sen- 
timents ; comme citoyen, dans la sincérité, l'ardeur et l'énergie de mes opinions 
politiques. 

Je suis né parmi cette bourgeoisie dont on a prétendu faire une aristocratie, 
mais qui n'est qu'une portion de la classe des travailleurs parvenue à l'aisance, 
La perte de la fortune de mon père m'a f;dt rentrer dans les rangs de la commune 
famille ; j'ai été ouvrier, pendant plusieurs années ; j'ai mangé de ce pain amer 
qui ne nourrit pas toujours le corps, mais qui fortifie toujours le cœur. 

L'expérience des conditions extrêmes de la société m'a appris à les connaître 
el surtout à sympathiser avec le peuple. J'ai été, comme écrivain et comme 
journaliste, un des premiers à exposer les souff.ances, l'existence précaire et la 
misère des ouvriers dans l'organisation actuell(> de l'industrie ; j'ai été un des 
premiers à demander qu'ils fussent admis aux mêmes droits politiques, au même 
bien-être matériel et aux mêmes avantages sociaux que les autres classes de ci- 
toyens. 

J'ai toujours pensé que la République était la seule forme de gouvernement 
qui put donner à la France les moyens d'accomplir ce grand acte de réparation 
et de justice envers les classes laborieuses. J'ai donc toujours été un ardent 
apôtre des principes républicains, parce que leur triomphe devait assurer le 
triomphe de la cause des travailleurs. 

En un mot, j'ai été en tous temps, dans toutes les circonstances, l'homme du 
peuple, l'homme de la Réj)ublique ; et je puis dire qu'il n'y a pas dans mes écrits 
une ligne qui ne soit un cri du cœur pour l'humanité, ou un cri de la conscience 
pour la liberté. 

Mais je n'ai jamais pensé que les droits des travailleurs pussent être inconcilia- 
bles avec les intérêts des classes aisées ; ni que ce qu'on appelait la bourgeoisie 
fût naturellement l'ennemie du peuple. C'eût été calomnier la providence de 
Bien et méconnaître le cœur de la grande famille française. 



564 



J'ai reconnu au contraire, qu'il y avait entre les classes laborieuses et les classes 
aisées, non point des passions haineuses, mais un malentendu ; non point une 
hostilité fatale, mais des rapports mal établis. J'ai toujours cru que pour arriver 
à la conciliation générale de tous les intérêts, il follait élargir les bases constitu- 
tives de rinduslrie, de l'agriculture, du commerce ; et que cette reforme accom- 
plie, on verrait se substituer à l'état antisocial qui met d'un côté l'aisance et de 
l'autre la misère, une seule classe de citoyens, participant chacun dans la propor- 
tion de leur travail particulier aux avantages, aux bénéfices et aux économies de 
la production. 

Ouant à ma vie active, comme homme politique, j'ai écrit, de 1831 à 1840, 
dans tous les journaux, toutes les revues périodiques et tous les recueils, qui ont 
servi de tribune ou d'organe au parti démocratique. En 1883 et 183/t, nommé 
membre et secrétaire de la commission de l'Enquête Ouvrière, dans laquelle sié- 
geaient des ouvriers et des industriels, j'ai rédigée, de concert avec M. de Corme- 
nin, un formulaire complet d'enquête sur la condition physique, industrielle et 
morale des travailleurs. En 1837, j'ai fait partie, comme l'un des représentants 
de l'opinion républicaine, du grand Comité de Coalition, par lequel je fus chargé 
de préparer le bulletin des élections. 

Ouehpies années plus tard, j'ai publié le premier travail général qui ait paru 
sur la colonisation de l'Algérie, et, plus récemment encore, la première histoire 
communale des \illes de France. Le lendemain de la révolution de 1848, à la- 
quelle j'ai eu l'honneur de prendre mie part active, j'ai été nommé Délégué du 
Gouvernement Provisoire j)our le maintien de la circulation sur le chemin de 
fer de Corbeil et d'Orléans, qui transporte le tiers de l approvisionnement de 
Paris. Je suis parvenu à le préserver d'une destruction tomplète, tandis que les 
autres grandes voies de fer étaient dévastées par des bandes de malfaiteurs. Enfin, 
membre et secrétaire de la commission du Comptoir National d'escompte de la 
ville de Paris, j'ai été l'un des quatre rédacteurs de ses statuts généraux et de son 
acte de société. 

Voilà pour mon passé. Voici maintenant ce que je ferai dans l'Assemblée Na- 
tionale : je n'accepterai pas d'autre principe constitutif que le gouvernement 
républicain, c'est-à-dire le gouvernement de tous dans l'intérêt de tous ; d'autre 
pouvoir suprême que la souveraineté nationale ; d'autre système électoral que le 
suffrage universel ; d'autre liberté qu'une liberté illimitée en matière d'associa- 
tion, de presse, d'opinion et de croyances religieuses. 

Je demanderai le dégrèvement de l'industrie et du commerce par la modifica- 
tion et l'abaissement de nos tarifs de douane; l'abolition graduelle de toutes les 
cliarges qui pèsent sur les subsistances ; la plus grande diminution et la meilleure 
répartition possible des impôts; des réductions considérables dans les dépenses 
de toutes les branches de l'administration ; et l'application des ressources écono- 
misées du budget aux grands travaux publics, à l'instruction populaire, à l'ensei- 
gnement professionnel et à l'encouragement des lettres, des sciences, des arts et 
du théâtre. 

Je demanderai, non pas seulement l'égalité des citoyens quant aux droits poli- 
tiques et aux lois civiles, mais leur égalité dans le bien-être matériel et dans les 
avantages de la vie; le respect de la propriété et de la famille; la suppression 



— 565 — 



de la mendicité et des secours de la charité légale, au moyen de l'organisation du 
travail et de l'établissement d'une caisse de retraite; l'application du principe 
de l'association au grandes exploitations industrielles et rurales ; des institutions 
de crédit, des écoles pratiques et des fermes modèles pour les campagnes ; enfin, 
le libre échange autant qu'il pourra se concilier avec les intérêts sacrés de l'in- 
dustrie nationale. 

Je demanderai surtout que la lettre de la constitution républicaine, qui va être 
solennellement donnée à la France, soit vivifiée par l'esprit de liberté, d'égalité, 
de fraternité ; que ces grands principes passent des actes du gouvernement dans 
les idées, les mœurs, les relations communes; et qu'ils nous garantissent contre 
toute tentative d'exclusion ou d'oppression de la minorité par la majorité, ou de 
la majorité j^ar la minorité, sous quelque prétexte et sous quelque forme que 
ce soit. 

ARISTIDE GUILBERT 

35, rue Larochefoucauld. 
Imp. Cïaye d Taillefer, rue Saint-Benoît, 7. 



AUX ÉLECTEURS DE LA VILLE DE PARIS. 

Citoyens , 

La Convention avait dans son sein plusieurs étrangers. C'était là une manifes- 
tation éclatante de l'impérissable principe de la fraternité des peuples. 

11 appartient aux démocrates de Paris de faire revivre un tel précédent, en en- 
voyant à l'Assemblée Nationale un condamné politique de Nicolas, qui a combattu 
sans relâche pour l'humanité et la liberté. 

La cause de la France est celle du monde, comme la cause du monde est celle 
de la France. J'apporte à ma patrie de prédilection l'expérience et les idées de 
tous les pays qui m'ont d'abord abrité, car pour arriver jusqu'à vous. Citoyens, 
j'ai marqué de grandes étapes, en étudiant les peuples, leurs institutions et leurs 
langues. 

Si la France a beaucoup à enseigner aux autres nations, elle a, à son tour, plu- 
sieurs institutions à leur emprunter. 

La révolution de 1848 est surtout sociale; il faut en poursuivre les consé- 
quences, et je crois que rien de durable ne sera édifié tant que l'état do l'ouvrier 
et la condition de la femme ne seront pas modifiés. 

La solution de ces questions n'est pas introuvable, mais il faut marcher d'un 
pas résolu. Je ne cesserai d'être à cet égard progressiste dans le progrès même. 
Mon passé répond de mon avenir. 

En prétendant à l'honneur insigne d'être représentant, j'obéis à mon devoir 
plus qu'à mon ambition. Les libertés conquises le 24 février, assurées à la 
Franco, pourraient être escamotées à l'Europe. Je saurai les défendre, si vous me 
confiez le mandat que je sollicite. 

IVAN GOLOVINE. 



— 566 



AUX ÉLECTEUR 



DU X ARRONDISSEMENT. 



Au moment où tous les citoyens sont ap- 
pelés à se réunir pour envoyer à la Coti • 
vention ceux qui , par leur caractère et 
leurs CTpacitcs, peuvent le mieux déf<'nclrc 
nos droits et nos inlércts , il me semble à 
propos (le soiimcllre au jugement des élec- 
teurs les réflexions suivanlcs : 

Il est actuellement démontré que le seul 
gouvernement possible en France, c'est le 
gouvernement lépublicain, puisque c'est le 
seul f|ui p>iiss(! sérieusement répondre aux 
besoins d(^ tous. Nier cela , c'est nier la lu- 
iiiière , c'est jctrr inutilement du trouble 
dans les idées des personnes faibles ou ti- 
mides par nature. 

Ce qu'il importe donc aujourd'liui, et ce 
qu'on ne saurait trop répéter, c'est de 
prendre les mesures nécessaires pour se 
mettre en garde contre les influences dos 
iiommcs plus ou moins habiles dans l'art 
do séduire ou de persuader, afin de rester 
libre, sincère et vrai dans son jugement. 
Autrement le suffrage universel ne serait 
(prune véritable (iclion. H faut donc que 
chaque citoyen soit bien pénétré du devoir 
qu'il a à remplir dans une circonstance 
aussi solennelle.. Il faut penser (]ue toute 
riiurope nous ugarde ci nous ailend à la 
grande œuvre (pu doii erdin décider à ja- 
mais l'ensevelissement des troncs monar-.- 
chiques et le triomphe de la liberté. 

Une idée assi z généralemeni répandue, 
et contre laquelle je prolcslc, c'est de croire 



que notre choix doit se fixer exclus! vemen 
sur ce qu'on appelle aujourd'hui les réput 
blicains de la veille, c'est-à-dire ceux qui- 
avant les derniers événements, faisaient 
une opposition vive au gouvernement dé- 
chu, eu proclamant partout les idées répu- 
blicaines. Certes, notre reconnaissance et 
noire admiration ne sauraient être trop 
grandes pour ces hommes courageux sans 
lesquels la révolution n'était pas possible. 
C'est à eux qu'appartiennent les lauriers de 
la victoire, c'est à nous à les glorifier de 
leur trioiuphe, c'est à nous à les p.roclamer 
partout les coiuiuéranls de nos lil crics. 

Mais après le combat qui décide la vic- 
toire, après la conquête erdin, il fallait rele- 
ver les victimes, et le premier besoin (qu'é- 
prouvait noire cœur, c'était de leur rendre 
un dernier hommage, en déposant sur leur 
tombe la couronne du marlyr. Ce devoir, 
nous l avons iemj)li dignement. Mais c'est 
ici (pie la scène change tout-à-coup. 

Les hommes de la veille, (^ui se sont il- 
lustrés dans la balaille, ont rempli glorieu- 
sement le mandai qu'ils s'étaient imposé ; 
la révolution est terminée, l'ancienne dy- 
nastie est chassée. La Uépublique triom- 
phante est proclamée, et avec elle les prin- 
cipes irrévocables de uBiiRTii , égaijté, fra- 

TEUNITÉ. 

Donc il n'y a plus aujourd'hui en France 
(|ue des citoyens (|ui sont libres , qui sont 
égaux en droit et qui sont frères. 



— 567 — 



Plus de distinction entre les républicains 
d'hier et ceux d'aujourd'hui. Plus de privi- 
lèges, plus de corruption, plus d'intrigues. 
Tout doit être mis en délibération ostensible 
et publique et ressortir de la majorité, qui 
approuve ou condamne. Le mérite seul, 
reconnu parles masses, a droit aux suffra- 
ges. A mérite égal, et seulement dans ce 
cas, la préférence doit tomber sur le répu- 
blicain de la veille. 

Qu'est-ce qu'il nous faut aujourd'hui, et 
qu'est-ce qui peut sauver la France? C'est 
une Chambre composée d'hommes honnêtes 
et d'une capacité réelle. 

Il faut donc se pénétrer tous de l'impor- 
tance qu'il y a pour chaque citoyen de 
s'affranchir de toute influence extérieure, 
de celle surtout si commune de nos jours : 
l'influence de la parole facile et brillante; 
de ne se fier qu'à ?on propre jugement, qui 
doit lui faire choisir tic préférence le fonc- 
tionnaire le plus impartial , le plus honnête 
et le plus propre à remplir l'emploi qu'on 
lui confie. C'est sui- sa moralité et sur ses 
capacités intellectuelles qu'il nous importe 
sui tout d'être parfaitement renseignés. Nous 
ne saurions donc h cet égard porter trop 
loin nos investigations. 

Qu'est-ce qui ne comprend pas aujour- 
d'hui qu'il n'y a de salut pour la France 
que dans l'unité et dans l'ordre qui en ré- 
sulte? Qu'est ce qui pense à une restaura- 
tion? quelques insensés ou quelques intri- 
gants ; or, il est facile de faire revenir les 
premiers de leur erreur, et on confondra 
incessamment les autres. On peut donc 
choisir sans crainte parmi tous les citoyens 
honnêtes et cap:ibles sans s'attacher exclu- 
sivement il ceux que l'on est convenu d'ap- 
peler les républicains de la veille. 

L'homme passionné, actif, ardent, est 
assurément l'homme nécessaire, indispen- 
sable pour déterminer la révolution ; mais 
ensuite, lorsqu'il s'agii d'organiser, de com- 
biner, d'établir délinilivemeut un gouver- 
nement régulier, où les intérêts de tous 
doivent être protégés, il faut des hommes 
d'une capacité toute difTérente. C'est alors 
qu'il faut appeler à la direction des affaires 
de l'État des hommes sages et réfléchis, des 



i hommes d'une expérience pratique et qui 
! ont fait preuve d'intelligence dans des cir- 
I constances difTiciles, sans jamais rien perdre 
de leur dignité personnelle. Ces hofnmes-là 
sont d'autant plus précieux qu'ils sont rares 
et, par conséquent, difficiles à trouver. Mais 
il s'en trouve dans les républicains du len- 
demain comme dans ceux de la veille. C'est 
à nous tous, électeurs, à nous consulter fra- 
, ternellement, sans passion, sans haine pour 
le passé, sans idée fixe arrêtée à l'avance, 
sans autre idée enfin que le salut commun 
de la patrie. 
! Certes, la tâche est laborieuse et difficile 
dans un moment où tous les intérêts parti- 
culiers sont plus ou moins compromis , ré- 
sultats inévitables de la révolution. 

Nous avons un gouvernement provisoire 
composé d'hommes dont le dévouement a 
été soumis à de rudes épreuves; il n'y a 
donc pas lieu de douter de leurs intentions. 
Si cependant quelques - uns parmi nous 
pensaient (ju'il se trouve, dans le gouver- 
nement provisoire, un ou plusieurs de ses 
membres qui ne sembleraient |)as réunir 
toutes les qualités désirables pour répondre 
à la confiance générale, je soutiens qu'il 
serait insensé de voir là un sujet d'alarme 
ou d'inquiétudes sérieuses, puisque rien 
encore n'est définitivement constitué. Dans 
une révolution comme celle qui vient de 
s'accomplir, il y a des hommes qui, pour 
le moment, sont indispensables ou qu'on 
ne saurait repousser sans un grave incon- 
vénient. Il en résulte quelquefois des actes 
déplorables, sans doute, mais auxquels ce- 
pendant il ne faut pas attacher plus d'im- 
portance qu'ils n'en méritent. Il faut com- 
prendre que l'on ne peut pas en quelques 
jours reconstruire, sur des ruines encore 
brûlantes du volcan qui les a formées , un 
édifice solide et magnifique que tout le monde 
puisse admirer. 

Les jours passent vite et les heures même 
sont précieuses dans le moment actuel. Il 
faut donc employer notre temps utilement. 
C'est le perdre que de le passer à des dis- 
sertations intempestives, surtout en s'occu- 
pant de ces grandes questions de l'organi- 
sation du travail, dont le gouvernement pro- 



— 568 — 



visoire s'occupe, puisque le résultat de cet 
important problème sera soumis incessam- 
ment à la Convention. C'est d'ailleurs une 
de ces grandes questions qui ne peuvent 
être résolues que par des hommes pratiques 
et toul-à-lait éclairés dans la connaissance 
de ces nombreux systèmes qui, depuis long- 
temps déjà , ont été imaginés par divers 
{philosophes socialistes. 

La question importante aujourd'hui, c'est 
de comprendre l'extrême nécessité qu'il y 
a de chercher à rassurer les plus timides , 
les plus craintifs ou les plus incrédules , 
que la République n'est pas, ainsi que tant 
d'insensés le répètent , un rêve de l'âge 
d'or, une utopie impossible à réaliser; mais, 
au contraire, la seule forme de gouverne- 
ment désormais possible en France, parce 
que c'est le seul qui puisse promettre une 
Constitution où les intérêts de tous, ceux du 
riche comme ceux du pauvre, seront égale- 
ment protégés. 

Une fois que cette idée sera généralement 
répandue, on comprendra, sans doute, l'im- 
porlaiice de ne pas s'attacher à ciiliqucr 
ou a hlàmor, par mille petits raisonnements 
divers, tous les actes du gouvernement pro- 
visoire que chacun interprète à sa ma- 
nière. 

On comprendra alors que le devoir de 
t(jut citoyen honnête, et doué d'un véritable 
sentiment de patriotisme, c'est, pour le 
monjent surtout, de soutenir et de défendre 
éneigiqiiement tous les actes du gouvcrne- 
iiioiit actuel , alin de pousser de toutes ses 
forces a iunité, qui seule peut amener l'or- 
dn-, qui, a son tour, anjènera nécessaire- 
ment lii cunliance et le calme dans les es- 
prits inquiets et troublés. 

(.'est dans cet état de calme et de tran- 
(|uilliié (jue nous pourrons nous alTranchir 
de luule inlUieniîe extérieure, et pur consé- 
quent choisir, avec conscience et discerne- 
ment, Ifcs hommes que nous croirons sin- 
cèrement les j)lus dignes de notre confiance 
pi)ur uuus représenter à la Convention na- 
tionale. 



Citoyens , il faut que nous soyons tous 
bien convaincus que si nous voulons, cha- 
cun en ce qui nous concerne, travailler au 
salut de la France, c'est surtout en nous 
unissant pour repousser énergiquement tous 
ceux qui laisseraient dans notre esprit le 
moindre doute sur leur dévouement à la 
République. 

Notre choix ne peut donc se fixer, dans 
aucun cas, sur les hommes ambitieux, or- 
gueilleux , despotes ou égoïstes , qualités 
précieuses sous un gouvernement monar- 
chique, mais essentiellement nuisibles sous 
un gouvernement républicain. 

Il faut, au contraire , que notre choix 
s'arrête sur ces hommes sympathiques qui, 
dans le cours de leur vie, ont toujours mon- 
tré des sentiments nobles et généreux, ceux 
qui comprennent que l'intérêt le mieux en- 
tendu est celui qui profite en même temps 
à l'individu et à la société, ceux enfin qui 
n'ont sollicité, sous les gouvernements pas- 
sés, ni honneurs, ni sinécures largement 
rétribuées. 

Arrière tous ces insatiables dévorants du 
budget ! arrière tous ces aristocrates vani- 
teux, blasés par les abus et les prodigalités 
de toute espèce ! arrière tous ces vils ser- 
viteurs du pouvoir déchu ! Il n'y a plus de 
place ici que pour le citoyen honnête et la- 
borieux. Le peuple souverain règne et gou- 
verne. Il donnera bientôt au monde cet 
utile enseignement pour toutes les nations 
civilisées , que le sentiment des sublimes 
vertus n'est pas aussi généralement répandu 
dans les classes élevées que parmi les clas- 
ses laboiieuses, que c'est, au contraire, à 
ce peuple, trop longtemps méconnu, qu'il 
appartient de montrer à ses oppresseurs, 
qui voulaient le flétrir, qu'il sait vaincre et 
pardonner, et que ces mots de libiîuté, d'É- 
GALrrÉ ei de fraternité qu'il proclame , ne 
sont pour lui que le synonyme de justice. 

GlRALDON, graveur. 
lOe légion, 4e bataillon, 5e compagnie. 



Paris. — Imprimerie Gerdès, 10, rue St-Germain-des-Prés. 



— 569 — 



A MES CONCITOYENS 



DU 



DÉPARTEMENT DE L'OISE. 



Citoyens , 

Celui qui se présente à vos suffrages doit 
mettre sous vos yeux sa vie tout entière. 
Il doit vous faire savoir qu'il fut toujours fi- 
dèle au principe inauguré dans les fuils par 
l'admirable victoire du peuple. Il doit le 
prouver pour que vous puissiez dire avoc 
confiance : « Celui qui na jamais changé ne 
changera jamais. » 

J'étais bien jeune quand éclata la révolu- 
tion de juillet ; cependant plein d'amour 
déjà pour le principe démocratique, plein 
de douleur de le voir foulé aux pieds par la 
royauté, j'alhii en Amérique étudier les 
institutions républicaines. 

J'y restai trois ans, occupé de me rendre 
compte de ces problèmes politiques et éco- 
nomiques résolus par la sagesse des ci- 
toyens des États-Unis. Je revins, ne son- 
geant plus qu'à faire profiler mon pays de 
mes études. I.c spectacle du bien-ôlre com- 
plet que j'avais irouvé partout, dans les 
villes comme aux champs nouvellement dé- 
frichés, m'avait frappé. Convaincu déjà de 
la grandeur et de la beauté du principe dé- 
mocratique, j'en voyais et j'en louchais en 
quelque sorte le côlé iiùle. 

Ces principes sont toujours les miens. Je 
pense qu'il faut travailler à la régénération 
de nos concitoyens, do nos frères ; par le 
bien-être largement réparti, leur rendre la 
vie facile et à bon marché. Je voudrais que 



chacun eût un logement sain, aéré, une 
nourriture suffisanie obtenus, par un travail 
proportionné aux forces de 1 homme ; et je 
serais heureux, Citoyens, que vous me don- 
nassiez votre mandat pour m'occuper de 
cette lâche que rendent aujourd'hui plus 
facile les principes proclamés par notre Ré- 
volution de Février. 

Revenu en France eq 183i, je concourus 
à la fondation de la Revue lîépublicaine. De- 
puis lors, je n'ai cessé de prendre part à la 
lutte, en payant de ma porsoime, de mon 
travail et de mon |)atrimoine. Toute ma vie 
appartient au parti démocratique. J'ai sans 
cesse combattu sous sa bannière, et s'il a eu 
dans SCS rangs des soldais qui se sont mis 
plus en évidence, il n'en a pas eu de plus 
iidèle. 

Au temps des prrséculions contre la 
presse, je devins un des fondateurs do la 
JRt'forme. 

Au premier mouvement de la Révolution, 
j'étais dans les bureaux de ce journal. Les 
principes de toute ma vie m'ordonnaient de 
me porter en avant. J'eus le bonheur do 
contribuer à la chute d'un gouvernement 
qui ruinait et déshonorait mon pays. 

Pas un jour, pas un moment, je n'ai cesse 
de servir la cause que j'avais embrassée. 
Avec le concours des citoyens FratK^ois et 
Etienne Arago, Louis et Charles Blanc, Le- 



T. I, 



72 



— 570 — 



tlru-Rollin,Lamartine,Quinet, Cayot, Jourl, 
Thiéry ; j'avais créé en 1844 VAlmanach du 
Mois, revue républicaine, dont les travaux 
étaient reproduits avec empressement par 
la presse démocratique. 

Vous savez maintenant qui je fus; ma 
couleur politique n'est pas douteuse. Quand 
il y eut quelque danger à la montrer, je no 
la cachai jamais. 

Citoyens, je serai ce que je fus toujours. 
Plein d'un ardent amour pour cette triple 
expression du Gouvernement républicain : 
lAhrrté, légalité. Fraternité, je chercherai à 
la traduire, en élevant le niveau du bien- 
être général. Loin de proscrire la concur- 
rence dans le travail, je dirai : Concurrence 
Libre ; lutte laborieuse de la main et de l'in- 
lelligonce, combat qui excite l'imulation et 
croc le progrès. Mais je dirai aussi : Secours 
•lu faible pour soutenir la lutte, qu'on lui 
fournisse lo capital nécessaire et les instru- 
mensde travail ! J'ai indiqué dans une bro- 
chure qui va êire livrée à l'iiupression, les 
moyons simples et équitables d'organiser 
<!es Banques Communales alimentées par un 
impôt proportionnel sur les successions et 
sur les revenus. 

Je ferai mes elTorts pour que l'état favo- 
rise la navigation et'donne au trop plein de , 
notre [.opulation les moyens d'acquérir cette ! 
vie large et libre, celte abondance que la ' 
prévoyance divine a répandue sur toute la ! 
surface de la terre, afin que l'humanité ne | 



I restât pas agglomérée sur un seul point du 

! globe. 

Profitant de ce que m'ont appris mes 
voyages et mon expérience, je m'opposerais 
à ce qu'un centime sortît des cofFres de la 
République pour des travaux improductifs. 
Dans la Réforme des 18 et 23 septembre der- 
nier, je rappelais au Gouvernement que, 
pour une somme beaucoup moindre que 
celle employée par lui aux travaux d'art sur 
les chemins de 1er, les Etats-Unis avaient 
sillonné de rails l'étendue de leur vaste ter- 
ritoire. 

Je ne verrais dans le mandat législatif 
confié par vous qu'un moyen d'arriver à ce 
double résultat qui me semble résumer le 
bonheur de mon pays : Augmenter le bien- 
être des citoyens en puisant à de plus larges 
sources; diminuer les charges de l'impôt 
en réduisant les dépenses. 

Je me préoccuperai surtout, Citoyens de 
rOise, du sort de 35 millions d'habitans des 
campagnes de cette majorité de la Franco 
que l'on oublie trop aujourd hui pour ne 

s'occuper que du sort des travailleurs des 

villes. 

Salut cl Fraternité, 

EUGÈNE GUILLEMOT, de Ponl-Sainte- 
Maxence, 

1" Adjoint au Maire du l^*" arrondissement 
de Paris, rédacteur de la Réforme. 



Citoyens et ciiers camarades, 




agivahles, ils ont nr(|iiis à noiro roconuaissance m'nêrale nos suttVaefes à la Re- 
présentation nalionalc. ^^ ^ 

DIGARD, 



Président de Tassociatlon de l'Union des gardes nationaux. 



— 571 



RÉPUBLIQUE FRAINÇAISE. 

LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ. 



Aux citoyens du Puy-doDôme. 



CITOYENS DU PUY-DE-DOME, 

Quand on a établi des principes vrais, il reste à les appliquer ; cl, pour cela il 
faut en déduire toutes les conséquences rigoureuses, sans reculer devant aucune, 
sans contrarier le développement d'une seule d'entre elles. Commencez par la 
vérité et finissez par la réticence : vous n'avez qu'un monstrueux mensonge. C'est 
ainsi que s'engendrent les contre-révolutions qui aj^pellent. en insultant aux 
droits, des commotions politiques nouvelles, et qui sont responsables du sang 
versé. Non, la vérité ne se fractionne pas ; elle est indivisible et une comme la 
RÉPUBLIQUE dont vous vous glorifiez, à juste titre, d'être les membres, les 
enfants. 

Or, n'oubliez jamais, citoyens, que cette grande République, fondée par l'hé- 
roïsme, cimentée par le sang de nos pères, cette grande Répulilique qui vient de 
se relever aujourd'hui plus fière et plus belle qu'une vierge d'Athènes, en em- 
brassant vos fils et vos frères blessés et morts pour elle, porte cette devise : 

LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ! 

Paroles saintes ! trinité symbolique qui résume les principes de notre dévelop- 
pement et de notre force, qui nous révèle tous nos devoirs en même temps que 
tous nos droits ! Paroles magiques que l'empereur de la Rome païenne n'entendit 
qu'en pâlissant sortir de la bouche du Christ, qui venait éclairer et régénérer le 
monde ! Paroles que les tyrans ont toujours interceptées sur la lèvre des apôtres 
de l'humanité. 

Citoyens, hommes libres, égaux et frères, vous êtes revêtus d'un bien grand 
sacerdoce; sublime et sainte, si vous l'accomjîlissez bien, votre tâche, si vous 
êtes prévaricateurs, est un fardeau terril)le. Vous n'êtes pas seulement les lils de 
la France, vous êtes la lumière du monde. Ces paroles d'amour et de vérité que 
vous allez prononcer, vous ne les prononcez pas seulement pour la France, mais 
pour tous les hommes qui sont vos frères. 

Le peuple de France est le Christ des peuples. 



i- 572 — 



Maïs qui va proclamer ces paroles à la face du monde ? Quels hommes choisi- 
rez-\ous pour faire triompher ces principes dont il nous faut toutes, entendez-le 
bien, toutes les conséquences? 

Seront-cc les républicains du lendemain? Prenez-y garde, citoyens, mes frères; 
les hommes qui ont fait la révolution vous le répètent tous les jours, parce qu'ils 
savent bien que vous ne pouvez trop vous pénétrer de cette maxime qui est le 
salut commun : 

Ne faites pas défendre la liberté par des égoïstes, par des ambitieux, par des 
exploitants de tous les régimes : vous la livreriez comme Judas livra le Christ ; 

Ne confiez pas le maintien de 1 egahté à des hommes qui n'ont pas oublié leurs 
titres d'hier, leurs privilèges de la veille : vous redescendriez dans la servitude et 
la subordination des castes ; 

N'appelez pas à proclamer la fraternité universelle ceux qui, hier encore, vous 
traitaient de sujets, de vassaux, de serfs et d'esclaves : vous retomberiez à bon 
droit sous l'injustice de leur pouvoir. 

Malheur! malheur! citoyens, mes frères, si vous confiez le char révolution- 
naire à des hommes intéressés, dans leur orgueil stupide, à le faire reculer. L'ex- 
plosion de la colère du peuple montera encore une fois comme une mer qui ne 
connaît pas de digues : malheur! Cette fois elle retomberait terrible. 

Mais non, vous ne compromettrez pas une sainte cause, qui est la cause de 
l'humanité. Vous saurez tous cimenter de plus en plus, par le sage discernement 
de votn; vote, la liberté des hommes égaux et frères. 

Cilovens du Puy-de-Dôme, ce n'est ni par des promesses (vous en avez tant 
reçu d'illusoires!) , ni par mon panégyrique que je chercherai à conquérir vos 
suAVages. Mes antécédents vous sont connus : luttes avec la famille, luttes contre 
la plus exécrable des monarchies, rien n'a pu me faire reculer d'un pas ; les prin- 
cipes sont éternels comme les serments, et je pense et répéterai, s'il le faut en- 
core au jour de la bataille, ces mémorables paroles de laplus sublime des représenta- 
lions nationales : Périsse notre mémoire plutôt qu'un principe. 



Toussaint BRAVARD, 

Médecin à Jumeaux-sur-Allicr, 

Commissaire du gouvernement pour le dcparlement 
de la Haute-Loire. 



— 573 — 



MANIFESTE 



Du Club des Travailleurs de Sainl-Pierrelès Calais. 



Travailleurs des Villes, des Campagnes et 

des Ports. 



FRÈRES , 

Nos camarades, nos frères de Paris, vien- 
nent de chasser le gouvernement des satis- 
faits corrompus, qui avaient faussé une à 
une toutes les insiilulions acquises par la 
victoire du peuple en 1830, et confisqué 
nos libertés ; en un mot, aux droits de l'ar- 
gent qui faisait seul la valeur de l'homme, 
ils ont substitué la valeur morale, le droit 
égal pour tous de rinielligence et du cœur. 
Celle victoire, ils l'ont conquise glorieuse- 
ment au prix de leur sang; ils la maintien- 
nent par leur union et leurs sacrifices ma- 
gnanimes. 

La République décrétée fut la récompense 
de leur valeur; et les firincipes de Liderté, 
d'ÉGALiTÉ et de FraternitI' furent la base 
des garanties sociales pour l'avenir. 

Les institutions s'organisent , nous som- 
mes tous appelés à y concourir. Quels sont 
nos devoirs? Pour résoudre cette question, 
disons quelle est la situation : 

Les élections se préparent dans les dé- 
partements ; les intéicls de clocher tendent 
à fausser la victoire conquise, car ils pré- 
parent la Roprésctitalion Nationale par une 
seule classe. Nos intéiéts y seraient mé- 
connus et bientôt oubliés comme par le 
passé. Une réi)ul)liqne peut ôlrc aristocra- 
tique, cl a'n^i nécessiter de nouvelles révo- 
lutions. La Suisse en est un exemple. Nous 



avons eu assez de révolutions ; il faut les 
rendre dorénavant impossibles par le con- 
cours de tous les droits à la marche du vrai 
progrès. 

N'y aurait-il pas lâcheté de noire part à 
voir tranquillement le prix de la valeur du 
sang de nos frères leur être enlevé par l'an- 
cien c.ïprit, qui , tout autour de nous, n'a 
fait que changer de visage, et qui crie main- 
tenant vive la République dans l'espoir de 
revivre avec elle ? 

Unissons- nous donc, travailleurs de" 
villes, des champs, des ports; notre union 
fera notre force. 

Imitons nos frères de Paris ; ils ont com- 
battu avec valeur 1 ils sont | ai^ibles dans 
leur force ot dans leurs souffrances! ils 
pratiquent la Fraternité dans le dévoù- 
menl. 

Sachons donc nous dévouer aus>i, soyons 
paisibles dans nos souffrances. La paix" ra- 
mènera la confiancQ, et la confiance le tra- 
vail. 

Imitons nos frères de Paris, lis s'orga- 
nisent, ils auront des représentants sortis 
d'entre eux ; ne les laissons pas seuls , en- 
voyons-y aussi des représentants sortis de 
nos rangs pour aller les soutenir. Pour cela, 
voici à quoi chaque travailleur doit, d'après 
nous, s'engager. 

Sur 17 députés du département, il n'est 
pas exorbitant, de la part de la popula- 



— 574- — 



lion la plus nombreuse , d'en réclamer au 
moins 5 : 

Un ouvrier de l'industrie; 

Un ouvrier des corps d'état; 

Un ouvrier de la navigation ; 

Deux ouvriers des champs , c'est-à-dire 
deux cultivateurs. 

C'est pourquoi, formons nous-mêmes nos 
listes et mettons ce nombre de nos vrais 
représentants en tête. Que pas un de nous 
n'accepte de liste de ses maîtres. Que ceux 
de nos camarades qui savent lire et écrire 
soient les secrétaires des autres. 

Organisons - nous dans notre départe- 
ment. Entrons de suite en correspondance, 
que chaque club propose des candidats , les 
plus instruits, les plus dévoués, les plus 
moraux. Ils doivent aller siéger à la face de 
la France, de l'Europe entière. 

Ouvriers d'Arras surtout, dépêchez-vous, 
organisez-vous et envoyez-nous vos candi- 
dats, sur lesquels nous puissions compter, 
Si vous avez dans vos rangs des hommes 
capables, faites-les-nous connaître, donnez- 
nous les détails nécessaires sur leur compte. 
Nous les accepterons de vos mains, mais de 
vos mains seules. Si vous voulez un des 
nôtres, demandez-le-nous, nous tâcherons 
de le trouver. Ouvriers du département, 
imitez- nous, c'est le seul moyen de réus- 
sir. 

Ouvriers des ports, donnez-nous vos can- 
didats, nous vous donnerons les nôtres. 
Acceptons-nous les uns les autres, comme 
frères. 

Ouvriers, cultivateurs, vous aussi repré- 
sentez dignement, sérieusement, le sol de 
notre belle France, notre mère nourricière. 



Cherchez parmi vous deux paysans , deux 
vrais paysans, mais non pas deux Messieurs, 
nous vous promettons de les soutenir par 
tous nos votes, et vous aussi soutenez-nous, 
acceptez les noms que nous vous présente- 
rons. La victoire nous appartiendra. 

Enfin , tous ensemble , n'acceptons les 
noms nécessaires pour compléter nos listes 
que de ceux que nous connaissons depuis 
long-temps pour nos vrais amis, et ici aussi, 
unissons-nous en faisant taire encore une 
fois nos sentiments personnels devant le 
bien général. 

Alors, nous pourrons nous livrer avec 
confiance au travail , car nous serons pro- 
tégés par la Liberté, l'Égalité, la Fraternité, 
qui ne seront plus de vains mots, et nous 
pourrons apprendre à nos enfants à aimer 
et à se dévouer pour LA RÉPUBLIQUE 1 



Au nom du Club, le Comité : 

IsAAC, secrétaire. 

Venelle (Aug.), président ; 
Dernis, vice-président; 

LeULIETTE , DUFEUTRELLE , 

NoYELLE, Longuet (Louis), 
Longuet (Zéphir), Lan- 
GLOis (Jean-Marie), Véreec- 

QUE , HyES. 

IsAAC , secrétaire. 



Imprimerie A. LELEUX, rue Nationale, 7. 



— 575 — 



PROFESSION DE FOI. 



Les chances favorahles à notre candidature augmentent à proportion que le 
danger pour la liberté grossit. De toutes parts les apostats de 1830 reparaissent; 
enhardis par l'indulgence du peuple, ils en sollicitent un nouveau mandat pour 
lui river de nouveaux fers. Profitant de la crise qu'ils ont produite, ils le mena- 
cent de sa ruine; ils lui exhument le cortège effrayant de la faim, du pillage et de 
la dévastation que la ruine entraine. — C'en est fait; sans eux tout est perdu, 
anéanti ! 

Au loin, la province pressurée s'émeut; oublieuse du passé, elle écoute ces re- 
négats, et sans songer, l'ingrate 1 qu'à ses ovations impies les mânes de nos glo- 
rieux martyrs frémissent de honte et d'indignation, elle fait repercuter jusque 
dans leur tombe l'écho de ses profanes applaudissements. 

Tant d'impudeur, le lendemain du pardon, est un outrage au vainqueur; le 
peuple de Paris y voit aussi une menace et se repent de sa magnanimité : cà et là 
les groupes qu'il forme grondent la menace ; dans plusieurs clubs sa colère plus 
véhémente se traduit en imprécations; la candidature de Thiers, Barrot et con- 
sorts y a produit l'inauguration du buste de Marat et la candidature de son pa- 
négyriste. 

C'est à la même recrudescence révolutionnaire que l'auteur de la Véritable Ré- 
publique doit les nombreuses demandes de sa profession de foi. Le peuple a com- 
pris qu'il lui fallait des hommes dont le caractère énergique osât tenter ce que 
leurs convictions bien arrêtées auraient conçu, et qui, par leurs garanties de dé- 
sintéressement et dfe probité, lui offrissent la certitude de voir enfin succéder la 
justice à la partiahté, l'économie aux dilapidations, la loyauté à l'intrigue. 

Rien, ce nous semble, n'est plus facile que de réaliser cette œuvre si, après 
s'être pénétré de la pensée qui a dicté la formule des principes sur lesquels notre 
régénération sociale a été entreprise en 89, on y a puisé aussi la foi que ces prin- 
cipes découlent exclusivement de Dieu. 

Nous qui avons acquis cette foi, nous suivrons le cours des législatures succes- 
sives dans leurs travaux, depuis celte époque de lumières jusqu'à la chute de la 
convention, et nous tâcherons de réaliser sans transition les réformes politiques 
et sociales applicables à l'humanité qu'elles n'ont pu établir. 

De là, pour forme de gouvernement, la République, comme étant la seule com- 
patible avec le maintien de la somme de droits imprescriptibles à l'homme qui 
constituent sa liberté. — La République, parce qu'elle exclut seule les privilèges 
et les distinctions contraires à Végalilé. — La République, parce qu'elle établit 
une solidarité générale d'intérêts. entre tous en les harmonisant avec la fraternité. 

Une telle République étant démocratique, il s'ensuivra l'impôt progressif ne 
frappant que le superflu, jusqu'au point de parvenir au degré d'égalité qui est de 
droit rigoureux. Ce droit consiste d'abord à ce que l'opulence pourvoie à l'exis- 
tence des nécessiteux; ensuite, qu'elle subvienne à toutes les dépenses du Gou- 
vernement, y compris le remboursement de la dette publique qui l'a créée, car 
l'opulence ne peut provenir que d'une inéquitable répartition. 



— 576 — 



La ressource d'une République doit se trouver dans la bourse des citoyens; du 
moment qu'elle assure le nécessaire à tous, elle peut disposer souverainement 
de l'excédant de chacun : partant, plus de dettes ni de monopoles. — Le mono- 
pole des industries onéreuses pour les particuliers ou impossibles, doivent seuls 
lui être dévolus avec l'exploitation des services qui contribuent à la sécurité de 
sa puissance. 

Ainsi la fortune publique pourra être gérée comme celle d'un particulier pru- 
dent et économe; ses comptes étant simples et clairement établis, chacun en 
pourra investiguer le bilan : Dès lors la force et la tranquillité de l'Etat ne dépen- 
dront plus des combinaisons financières ni des événements qui influent sur le 
crédit et le gouvernement. 

Le peuple dispense le blâme et l'éloge. C'est à la représentation nationale qu'est 
réservé le soin de juger les actions accomplies et de les punir ou récompenser. 
Pour qu'elle se montre indulgente autant que le permet la sécurité de la nation, 
nous provoquerons l'interdiction politique contre les députés qui ont voté pour 
l'indemnité Pritchard et contre les réformes; car ils le méritent pour avoir con- 
tribué par là à avilir, corrompre et ruiner la nation. 

La mention de ce dernier projet annonce que nous prévoyons les obstacles 
qu'une opposition occulte ne manquera pas de soulever, si ce n'est des luttes ar- 
dentes et ostensibles. Tous les gros fonctionnaires dont le nombre doit être ré- 
duit de moitié, parle seul fait delà suppression des octrois et de l'impôt indirect, 
seront mécontents de la diminution de leurs traitements, et se joindront au clergé 
et aux opulents pour entraver la législature, il ne faut pas en douter. — Pour 
triompher de leur nombre relativement infini à côté de la masse qui doit seule 
bénéficier des changements, il ne suffira pas de la force et du savoir; il faudra 
surtout l'amour de l'humanité. C'est en vain que le représent'ant chercherait ail- 
leurs que dans le sentiment de satisfaction que procure l'accomplissement d'un 
devoir, la force de résister aux séductions de la fortune, et le courage de braver 
les dangers de sa mission : — Témoin l'exemple des défections générales de tous 
les temps passés. 

Nous croyons que le peuple ne peut se garantir de nouvelles trahisons, qu'en 
exigeant de ses mandataires la promulgation d'une loi qui rende l'augmentation 
de fortune impossible pour chacun d'eux et sa famille. — Celui qui entrera pau- 
vre à la Chambre, doit vivre et mourir pauvre ensuite, sous peine de flétrissure. 

11 nous reste à ajouter ([uc, âgé de /i2 ans, et père de famille dès l'âge de 19 ans, 
nous n'avons cessé de lutter, soit par la parole, soit par des écrits contre les der- 
niers règnes, et de provoquer l'avènement de la République de toute l'énergie de 
nos convictions. 

Que d'autres plus habiles et plus savants que nous l'emportent, nous en serons 
ravis, si, comme nous, ils jurent de ne pas s'enrichir d'une obole, et de sacrifier 
au besoin leur vie â la tâche immense de régénérer la nation. 

Salut et fraternité. 

Victor COMBET. 



Paris. — Imp. de Bcaulé et Maignand, rue Jacques de Brosse» 8, ^ côté de l'église Saint-Gervais. 



Pari». — Imp. LACOUR «t C«, rue Soufaot, i6. 



— S77 — 




^^ 



1 \l \ l'l'.LV(,i:Srn .ll.iH'.Kg' 
^ (.(F:RRTf. É^iVT.lT^^p 

\</ fitA'rr.KNiTÉ- ,^'' 



Médaille d'entrée du Club delà Montagne de Montmartre. 



10« ARRONDISSEMENT MINICIPAL DE PARIS. 



(BimiDIS ÛiiOTD5îiiîL2i m(DIBlîILî2. 



.A' 



Enrôlement. 





T, I. 



73 



— 578 — 

AUX ÉLECTEURS 

DU DÉPARTEMENT DE LA CHARENTE-INFÉRIEURE. 
Citoyens, 

Appelé pour la première fois au mois de novembre 1847 à siéger à la cham- 
bre des députés, je me suis constamment associé par des votes énergiques aux 
membres les plus avancés de l'Opposition. J'étais au nombre des quatre-vingt- 
seize députés qui avaient accepté l'invitation au banquet du 12" arrondissement 
de Paris, et plus tard des cinquante -quatre membres de la chambre qui, de- 
vançant de quelques heures la justice du peuple, avaient proposé la mise en ac- 
cusation d'un ministère odieux et coupal3le. 

Mais à quoi bon jDarler d'un passé déjà si loin de nous et dont nous sommes 
séparés aujourd'hui par de si grands événements! le présent et l'avenir de la 
France doivent seuls préoccuper aujourd'hui tous les bons citoyens. 

Je suis républicain par raison, par sentiment, par conviction. Ce n'est pas 
comme un pis-aller ou comme un provisoire que j'accepte la République, mais 
comme la seule forme de gouvernement qui jouisse désormais assurer la grandeur 
et la prospérité de la France. 

Après les tristes expériences que nous avons faites depuis cinquante ans, après 
la chute successive de trois gouvernements d'origines diverses, mais fondés sur 
le principe monarchique, je suis convaincu que la royauté a fait son temps en 
France, qu'elle n'a plus de racines, plus de base dans le pays. 

C esta la République que tous les bons citoyens doivent se rallier sans réserve, 
sans arrière-pensée, et en considérant comme coupable toute tentative de res- 
tauration monarchique. La République seule pourra donner aux classes labo- 
rieuses des villes et des campagnes le bien-être et la liberté politique auxquels 
tous les citoyens ont droit, en assurant à tous l'éducation gratuite, l'équitable 
rémunération du travail, en protégeant l'agriculture, en supprimant les odieux 
impôts de consommation, en établissant aux frais de l'Elat des lieux d'asile 
pour l'enlance et pour la vieillesse. Elle seule, en un mot, par l'application 
loyale et sincère du principe de la souveraineté nationale, pourra fonder en 




1 ll;<l, (les ennemis de nos institutions. 

laiitdonc que notre nouvelle constitution soit forte, énergique, mais sage 
et modérée, (ondée sur le respect des droits de tous, sur le respect de la famille 
f'I de la j)ropnété. ' ^ 

Patriote sincèic et désintéressé, je serais heureux de concourir, pour ma faible 
pari, a ce grand aMivrc de la régénération nationale, si les sulfrages de mes cou 
< iloyens m appelaient à l'Assemblée Constituante. 

„,, . , J. BAROCIIE, 

n.uonnicr de» avocats h la Cour d'appel de Paris, ancien député de la Charenle-Inférieure. 
Inip. de iJriùre, rue SaiiUe-Anne, ^5 



) oo. 



— 579 — 



PROFESSIOIV DE FOI 



DU CITOYEN 



COUTISSON DUMAS. 



Citoyens, chers comi^atriotes , 

En sollicitant l'honneur de vous représenter à l'Assemblée nationale , je n'ai 
d'autre ambition que celle d'être utile à mon pays. J'attendrai sans crainte votre 
vote ; car si vous pensiez que d'autres candidats pussent mieux remplir cette 
mission, je serai le premier à applaudir à vos choix. 
Beaucoup d'entre vous me connaissent. 

Aux élections de 1831 et de 1839 , j'étais le candidat de ropi:>osilion au collège 
'd'Aubusson. J'avais promis d'aller m'asseoir à côté du vertueux Dupont (de 
l'Eure) ; ma politique n'a pas changé. Elle ne datait pas de la veille. 

J'avais à peine huit ans, j'assistais à côté de mon père, membre de la Conven- 
tion nationale, aux séances de cette assemblée célèbre. 

Enfant, j'ai vécu au milieu des Girondins , j'ai été témoin de leur gloire et de 
leurs malheurs, et tel était le contact de ces grands citoyens, que chacune de 
leurs caresses déposait dans mon cœur un germe de patriotisme que je me suis 
toujours appliqué x\ développer, et que je conserve comme mon bien le plus pré- 
cieux. 

A vingt ans , j'étais dans les rangs des défenseurs de la Patrie ; il n'y avait pas 
alors d'autre moyen de servir son pays. J'ai pris part aux grandes batailles de 
l'empire, et c'est sur le champ de bataille d'Eylau que je reçus l'épaulette d'of- 
ficier. 

En 1811, j'étais mis à l'ordre du jour de l'armée du Midi. En 1812 , j'eus à la 
tète d'une compagnie de grenadiers, la poitrine traversée par une balle, et je fus 
obligé de renoncer à défendre la Patrie. J'avais alors 28 ans. 

La catastrophe de Waterloo vint bientôt m'attristcr dans ma retraite. 
Le gouvernement de;1830 m'aurait, si j'eus voulu, prodigué ses faveurs. Je me 
suis, jusqu'en iSlih, tenu à l'écart, me bornant à soutenir de mes vœux et de ma 
bourse la lutte des patriotes contre les envahissements de la royauté. Mais, à celte 
époque, ma commune se trouva tout-à-coup dans la nécessité de faire face à une 
dépense d'environ 20,000 francs , et ses ressources étaient si faibles qu'elles ne 
suffisaient même pas à payer le traitement de l'instituteur. 

La position était critique et délicate ; sur les instances réitérées des habitants, 
je consentis à entrer au conseil municipal, je fus élu à l'unanimité moins une 
voix. En présence d'un vœu si énergiquement exprimé, xMonsieur le prélet ne 
put se dispenser de me confier, et j'acceptai, l'administration municipale. 
En 1845, j'ai été élu membre du conseil général. 



5a,û 



Là , mon vote a fait tr^opipher , en 1846 , le vœu (Je la réforme électorale. En 
1847,' ce vœu était admis à l'unanimité. 

Telle a été ma vie. ^ 

Les grands événements qui viennent de s accomplir miposent a tous de nou- 
veaux devoirs. Nos anciennes divisions doivent s'effacer devant l'intérêt national 
et le besoin d'ordre qui, depuis longtemps, était le seul lien qui attachât à la 
monarchie une partie d'entre vous, doit les rallier aujourdMiui aux institutions 
nouvelles, et nous réunir tous autour de l'aulel de la Patrie. 

La monarchie a fait son temps. 

Réunissons nos efforts pour donner à notre pays une Constitution vraiment na- 
tionale, qui puisse nous assurer pour longtemps le repos et le bonheur, et em- 
pêcher'le retour périodique de ces secousses révolutionnaires, inséparables au- 
jourd'hui de toute forme de gouvernement et qui jettent la perturbation parmi 

nous. ., 1 1 AT • 

Si vous m'élevez à l'honneur de vous représenter aux conseils de la INalion, j ap- 
porterai à l'accomplissement de cette grande œuvre le tribut de mon expérience 
et de mon patriotisme ; et je ne perdrai jamais de vue ce grand principe qui doit 
être la boussole de tout homme politique : le bien-être (le tous est la seule garan- 
tie du bien-être de chaque citoyen. 

Les réformes financières et une juste réj^artition des revenus de l'Etat, sont au- 
jourd'hui un de nos premiers besoins. 

L'inipc ritie du gouvernement déchu a mis en état d'hostilité l'agriculture et 
l'industrie, ces deux sources abondantes de nos richesses. Dans cette guerre im- 
pie, l'industrie a ruiné l'agriculture en dépeuplant nos campagnes, et elle a failli 
périr elle-même par l'excès de produits et le manque de débouchés. 

Elles ne peuvent prospérer Tune sans l'autre. 

En encourageant l'agriculture, un gouvernement sage rendra à la terre ses tra- 
vailleurs; il répandra le bien-être dans les campagnes et doublera la richesse de 
la nation. L'industrie, à son tour, ne sera plus étouffée par l'encombrement des 
ouvriers et des produits, car chaque ouvrier aura du travail et chaque produit 
trouvera des consommateurs; et elle prospérera au milieu de la prospérité de la 
nation. 

Si je suis élu, j'appuierai de mon vote toutes les mesures qui pourront nous 
amener ces heureux résulta Is. 

.h; m'engage aussi à voter : La réduction de l'impôt du sel; — - la réforme pos^ 
taie ; — la révision de la loi sur les patentes ; 

La révision des lois sur les contributions indirectes, et la suj^pression de l'exer- 
cice à domicile. 

Mais je n'oublierai jamais que, comme toutes les choses humaines, le progrès a 
ses limiles, et qu'il n'est possible qu'à la condition d'être modéré. 

l\esj)e( l aux personnes, à quelque classe qu'elles appartiennent. 

Respect à toutes les propriétés, de quelque nature qu'elles soient. 

Respecta la liberté des consciences. 

Voilà les eondilioiis sans lesquelles tout progrès n'est qu'un pas vers le chaos. 

El. si jamais quehjues esprits, momentanément égarés, voulaient nous (Mitrai- 



581 — 



ner au-delà de ces limites, je n'ai pas besoin de vous dire que je résisterais à de 
pareils entraînements. 

Celui qui a si souvent, sur le champ de bataille, affronté j^np mprt obscure pour 
soutenir l'honneur du nom français, saura, n'en doutez pas, rester à son poste 
lorsqu'il s'agira d'assurer le bonheur de la nation. 

COUTISSON-DUMAS, 

Membre du conseil général. 



ÉLECTEURS, 

Les courtiers électoraux sont en route, méfiez-vous de ces hommes-là. 

On emploie mille moyens pour vous surprendre et pour vous intimider. Tenez- 
vous donc sur vos gardes ; ne prenez conseil que de vous-mêmes et des gens en 
qui vous avez une confiance pleine et entière. Dans les circonstances actuelles, 
une demi-confiance ne suffit pas. 

Parmi les mille moyens, il en est deux surtout que l'on emi^loie avec une grande 
habileté, et qui doivent vous être signalés : 

1° On dit que quelques-uns des candidats adoptés dans la réunion de Chàlons 
se désistent de leur candidature. N'en croyez rien. 

2° On distribue des bulletins de votants qui ressemblent, quant au papier, au 
format et aux caractères, à ceux, publiés par le comité républicain de l'arrondis- 
sement de Vitry ; les noms des candidats seuls ne sont pas les mêmes. 

Avant de jeter voire bulletin dans l'urne, lisez-le plusieurs fois; voyez si le nom 
de l'imprimerie Bitsch se trouve au bas, et surtout si les noms des candidats sont 
ceux adoptés par vos délégués à la réunion de Châlons. 

N'ajoutez foi qu'aux bulletins qui portent ces noms ; 

1. Léon Faucher, ancien député; 

2. Perignon, ancien député; 

3. E. Dérodé, avocat à Rheins; 

li. Jean Bertrand, maire de Vitry ; 

5. Ferrand, ouvrier apprêteur à Rheims ; 

6. Leblond, substitut à Paris; 

7. Bailly, maire de Sézanne ; 

8. E. Auliertin, négociante Châlons; 

9. Souillé, docteur en droit à Rheims. 

Vitry. — liup, de F.-Y. Bilscb, grande rue Devaux. 



— 582 — 



Electeurs du Var, 



Des élections générales se préparent, jamais situation si grave n'exigea de la 
part de tous autant d'abnégation et de dévouement. 

Pour que notre belle patrie échappe aux orages dont elle pourrait être menacée, 
choisissons des représentants sincèrement attachés à la République, amis de l'or- 
dre, et bien pénétrés de l'idée qu'il n'y a ni liberté ni société possibles sans lui. 

C'est à ce titre que je me présente à vous, Concitoyens, et j'ai la confiance que 
ceux qui me connaissent ne me le refuseront pas. 11 savent que toute ma vie au 
premier rang des amis de la liberté, je l'ai toujours voulue avec l'ordre, avec le 
respect dos personnes et des propriétés. 

Mon antipathie bien connue pour le gouvernement corrupteur et corrompu, 
dont la révolution du 2/t février a fait si prompte et si éclatante justice, m'a fait 
accueillir la République avec joie, et avec la certitude qu'elle ouvrirait pour la 
France une ère de bonheur et de gloire. 

La devise que la République a écrite sur son drapeau a toujours été gravée dans 
mon cœur : Liberté, égalité, fraternité. 

La République a donc toutes mes sympathies. 

Je la veux grande, forte, protégeant tous les droits et tous les intérêts légitimes, 
ceux des ouvriers comme ceux des maîtres, favorisant le développeaient de l'in- 
dustrie et l'amélioration de l'agriculture, se faisant aimer et respecter au dedans 
comme au dehors, sachant se faire craindre de ses ennemis si elle en avait, mais 
évitant de s'en faire par la moralité de son gouvernement et la grandeur de ses 
institutions. 

Je la veux avec la liberté de discussion, la liberté de la presse, la liberté de 
conscience, en matière politique comme en matière religieuse. Je la veux avec 
toutes les libertés que la raison publique a le droit d'exiger, mais je la veux sans 
la licence, car la licence amènerait le désordre, et je ne voudrais pas que la vio- 
lence vînt remplacer la corruption. 

Je veux l'économie la plus rigoureuse dans la dépense des deniers publics, la 
suppression des cumuls et des sinécures, la réduction du nombre et du traite- 
ment des hauts fonctionnaires, afin que le gouvernement ne soit pas dans la né- 
cessité de mettre d(î nouveaux impôts, et pour que, dans l'avenir le plus rappro- 
ché, ceux qui existent soient diminués. 

Je désirerais qu'il fût possible de supprimer l'impôt sur les boissons, mais si 
TRlot ne j)oul se passer d'un revenu aussi important, je voudrais au moins que 
l'on abolit l'exercice cl le droit de circulation, de manière à ce que le peuple n'eût 
plus à soullVir des vexations. 

Enfin, dévoué de cœur à rinlérètdemon pays, j'appuierais avec empressement 
tout c(; (|ui me paraîtrait pouvoir contribuer à son repos, à son bonheur et à sa 
gloire. 



— 583 — 

Ce n'est point dans des vues d'intérêt personnel que je sollicite la députation, 
je n'ai point d'emploi salarié, et je n'en accepterai jamais ; être utile à mon pays, 
voilà toute mon ambition, l'honneur de le représenter me parut toujours la ré- 
compense la plus belle que puisse désirer un cœur vraiment patriote, elle rem- 
plirait tous les vœux du mien, c'est à vous de décider si j'en suis digne, 

Augustin ALLEMAN, 
, Banquier à Draguignan. 

Draguignan, imprimerie de H. Bernard. 



ClTOYEiNS, 

La monarchie n'est plus. 

Quelques jours encore, et la République sera solennellement proclamée ! La 
Révolution est-elle faite? Non ; elle est à faire. Que j'arrive à l'Assemblée Consti- 
tuante, cette Révolution se fera ! 

Les bases de l'édifice social reposeront désormais sur la Liberté! l'Égalité 1 la 
Fraternité ! 

Une vie nouvelle va commencer pour 32 millions de Français, privés jusqu'îî 
ce jour de l'égalité des droits, bienfait qu'ils tenaient de Dieu. 

I^e crime originel est effacé. Les enfants de Gain, loin de frapper au front les 
enfants d'Abel, leur ouvrent leurs bras noircis par le soleil, amaigris par le travail 
et la souffrance. 

Que les 900 mandataires de la Nation comprennent bien, se pénètrent bien de 
la magnanimité du PcujdIc ! 

Pour moi, en face de vous tous qui m'écoulez, je déclare que j'ai toujours été 
républicain; que jusqu'au moment suprême je servirai, je défendrai la Répu- 
blique en homme intègre, en citoyen dévoué; que j'appliquerai toutes les forces 
de moname et de mon intelligence à féconder le champ de la liberté, de l'égalité, 
de la fraternité. 

Je déclare que jamais, à quelque titre que ce soit, je n'ai pris un ctMitime à la 
fortune publique. Je déclare que je n'accepterai aucune place. 

Liberté ! Egalité! Fraternité! 

Vous êtes ma foi, mon espérance 

Que si jamais je manque à votre culte, je sois frappé par mes conciloveuâ. 

DELARERGE, 

Doctein- en médecine. 

Membre fondateur des Amis de la Liberté de la Presse, 
Membre des Comités électoraux, 
Secrétaire du comité directeur, 
Un des fondateurs du Carbonarisme, 
Combattant et décoré de Juillet, 

Président actuel du Comité de Surveillance des Décorés, 
Membre de la Société Démocratique centrale. 
Belleville, imp. de Galban. 



— 584 — 



aMesse 



DES CITOYERfS FRANÇAIS A CADIX 

^A leurs frères de Paris et de la France. 



Cadix, mars 1848. 
AU PEUPLE, 



La grande voix des peuples a déjà porté au bout de l'Espagne le triomphe du 
peuple français. 

Nous avons accueilli avec enthousiasme la victoire de nos frères, vaillants dé- 
fenseurs du droit et de la liberté; nous nous confondons en un sentiment com- 
mun d'admiration et de reconnaissance pour les libérateurs de notre chère 
patrie. 

La France, qu'une honteuse et perfide politique voulait associer aux coupables 
projets de l'absolutisme, va reprendre sa mission sacrée en élevant sur la terre le 
îhmibeau de la liberté. 

Honneur! honneur à vous, nobles enfants du peuple, dignes fils de notre glo- 
rieuse France; le monde entier admire la grandeur de votre courageux dévoù- 
ment à la sainte cause de l'humanité. 

Votre patriotisme a de nouveau consacré ces vérités éternelles : 

Liberté, Egalité, Fraternité. 
VIVE LA RÉPUBLIQUE I 

Signé : A. ROCHE, X. SEBILE, F. ARCIMLS, V. ROCHE, A. 
BARTHOU, G. BEZARD, T. PLAUTIÉ. RAUSCH, 
CHAMOUILLEÏ, ISIDOR, GUILLAN, ODDAZ- 
BERTHON, SEGUIN, GIRAUD , HORTON, J. 
GON, L. GUILBAU, A. GHAMBARD, MARCET, 
POISOT. 



- 583 — 



Au Peuple Parisien. 



FRERES, 

Par une circonstance toute fortuite, nous venons d'apprendre, et nous nous 
empressons de porter à votre connaissance ce qui suit : 

Plusieurs agents secrets de l'étranger sont parmi nous. Ils ont pour mission 
de provoquer et d'appuyer les mesures les plus violentes, d'amener le pillage des 
propriétés particulières, de faire naître des conflits entre les citoyens et la 
garde nationale, et surtout d'empêcher, par tous les moyens possibles, l'établis- 
sement d'un gouvernement régulier composé d'hommes honnêtes, intelligents et 
énergiques. 

Les tyrans , les oppresseurs des peuples seraient désespérés que notre belle 
révolution restât pure de tout excès. Ce serait un exemple trop encourageant 
pour toutes les nations opprimées. Ils savent d'ailleurs que l'union fait la force, 
et ils veulent, avant tout, nous affaiblir, afin d'avoir meilleur marché de 
nous. 

Frères! ayons confiance dans les hommes qui sont à la tête du pays. Leurs 
antécédents parlent pour eux. Bientôt, d'ailleurs, nous pourrons les juger à 
l'œuvre, et la force est toujours entre nos mains. 

Frères, avant tout, restons unis. 

FRATERMîTÉ, LIBERTÉ, ÉGALITÉ. 

DES OUVRIERS. 

On lisait en février et mars 1848, cette proclamation écrite à la main. 

Voir la Démocratie pacifique, de février et mars 18i8, p. 4, col. 2, édit. des abon. 



A 



Liberté, Egalité) Fraternité. 

DÉPARTEMENT DE LA POLICE. 
Le Délégué du département de la Police fait savoir dans les Bureaux, que 
la seule qualification reconnue officiellement par le Gouvernement provisoire est 
celle de CITOYEN; il invite, en conséquence, tous les employés à ne pas se servir 
d'autre qualification dans leurs actes. 

Le Délégué de la République française au déparlement de la police, 

GAUSSIDIÈRE. 
Paris, Mars 1848. • 



BOUCQÛIN, Imp. (lu Département de la Police, rue de la Sainte-Chapelle, 5. —Paris 184S. 



T. 1 



-H§6- 



r" 




ADRESSE AV GOVVËMEME^T PROVISOIRE 



Citoyens, 

La victoire du peuple a brisé les lois oppressives qui étouffaient la parole et la 
presse. Il faut que les résultats de cette victoire soient formulés en décrets authen- 
tiques. Une fois déjà, en 1830, le peuple avait renversé du pied le vieil arsenal de 
la tyrannie; mais, dans sa noble confiance, il avait oublié d'en faire brûler les 
débris. On Ta trompé. Un pouvoir parjure a ramassé une à une les armes restées 
intactes, et avec ces armes il en a formé de plus meurtrières. Nous avons le ferme 
espoir que le gouvernement sorti des barricades de I8/18 ne voudra pas, à 
l'exemple de son devancier, remettre en place, avec chaque pavé , une loi de 
compression. Dans cette conviction, nous venons offrir au gouvernement provi- 
soire notre concours pour la sérieuse réalisation de la belle devise : Liberté , 
Egalité, Fraternité... 

Nous demandons que le gouvernement décrète immédiatement comme résul- 
tat de la victoire du peuple : 

1° La liberté complète et illimitée de la presse ; 
^ 2' La suppression absolue et irrévocable des cautionnements, des droits de 
timbre et de poste; 

3° La liberté entière de circulation des œuTres de la pensée , par toutes les 
voies possibles , par l'affichage , le colportage , les criedrs publics , sans restric- 
tion, ni entraves quelconques, sans nécessité d'autorisation préalable; 

/r La lil)erté de l'industrie des imprimeurs et la suppression de tous les pri- 
vdcges représentés par les brevets, toutefois avec remboursement de ces brevets; 

0° L'irresponsabilité absolue des imprimeurs pour tout écrit dont l'auteur est 
connu: 

0' La suppression de l'art. 291 du Gode pénal, delà loi du 8 avril 1834, et 
I abrogation formelle de toutes les ordonnances, décrets, arrêtés, édits Ou règle- 
ments (nu'lconqnes antérieurs à la date du 25 février 18/t8, qui pourraient res- 
Ircmdrc ou limiter le droit naturel . absolu , imprescriptible de réunion et d'as- 
sociation ; 

r La déchéance de la magistrature , debout et assise , des trois derniers 
régnes, et son remplacement par les avocats, avoués, notaires, etc. < près de 
ciiaqiie siège; 5 » 5 r 

8' L'armemcut et rorgnm'salion nationale de tous les ouvriers noh établis 



ssr — 



recevant salaire , sans aucune exception, avec indemnité de deux francs , par 
chaque jour de service ; 

9° La suppression des articles du Gode pénal et des lois spéciales contre les 
coalition d'ouvriers; 

10" La suppression de la loi sur les annonces judiciaires. 

Nous np croyons pas, Citoyens, que le gouvernement provisoire puisse 
opposer à qotre demande une fin de non recevoir tirée de l'insuffisanee c/e ses 
pouvoirs. I^e peuple vous a délégué sa souveraineté. C'est au nopi de sa souve- 
raineté que vous ayez prononcé la déchéance d'un roi, c'pst eo sop no^i que vous 
rendrez les décrets sollicités de votre patriotisme. 

Les Membres du bureau de la Société républicaine centrale , 

BLANQUI, président; DURRIEU, RAISANT, HERVÉ, N. CHANCEL 
SOBRIER, GRAPPIN, BONNIER, GOUTHIÈRES , DAWCANT. 
HUÏLLERY. 

Cette Adresse fut discutée et volée dans la quatrième séance, 1er mars i848, Salle Valentino. 

Voir la République du 3 mars 1848. 






Les Combattants Républicains ont lu avec une douleur profonde la proclama- 
tion du Gouvernement provisoire qui rétablit le Coq gaulois et le Drapeau 
tricolore. 

Le Drapeau tricolore inauguré par Louis XVI a été illustré par la première 
République et par l'Empire, il a été déshonoré par Louis-Philippe. 

Nous ne sommes plus d'ailleurs ni de l'Empire ni de la première République. 

Le Peuple a arboré la Couleur Rouge sur les Barricades de 18/i8. Qu'on ne 
c|ierche pas à la flétrir. 

Elle n'est rouge que du sang généreux versé par le Peuple et la Garde Natio- 
nale. 

Elle flotte étincelante sur Paris, elle doit être maintenue. 

Le Peuple victorieux ne doit pas amener son pavillon. 



Cette affiche diCfèrc avec celle qui se trouve à la page 67 des MyraiUe^. Ces deux affiches iuiporlanles, 
pour riiisloire, éniaueiil du i)romicr club établi ;i Paris le io février 184S, et connu sous le nom de C/ub 
de la Révolution, il tint sa première séance le 25 février au malin; c'est dans celte séance, que Auguste 
Blanqui dicta ces deux affiches. (N. des E.) 



— 588 — 



AUX HABITAN 




DES 




TES-PïM 




Une profession do foi n'a de valeur que 
par la confiance qu'inspirent la loyauté 
et le caractère de celui qui la fait; j'ai 
l'orgueil de croire que pas un de vous 
ne mettra en doute la sincérité de mes 
déclarations et de ma parole. 

Ce n'est pas un roi, ce n'est pas une 
dynastie seulement qui ont été empor- 
tés par la prodigieuse révolution de fé- 
vrier 18^8, c'est la royauté môme qui a 
péri! la forme monarchique qui a fini 
son temps; elleestdésormaisconvaincue 
d'impuissance pour satisfaire aux néces- 
sités sociales de la démocratie triom- 
phante. 

Le cri de ralliement de tous les ci- 
toyens doit donc être celui du Gouver- 
nementprovisoire qui, dès son premier 
manifeste, s'est écrié : Plus de bonapar- 
tisme, plus de /cfjilimisme, plus de ré- 
(jenccl Vive la République! 

Ce cri a été entendu et répété jus- 
qu'aux extrémités du pays et l'Assem- 
blée nationale, qui va sortir du snifrage 
universel de la France, ne doit avoir 
pour mission que de consacrer par ac- 
clamation v\ d'organiser le (louverne- 
mcnl répiihlirain déjà proclamé par la 
raison pnbhque 1 

(iOttc j)rompl(' cl consciencieuse or- 
ganisation démocratifjue peut seule 
nous préserver d'une guerre civile qui 
nous plongerait dans la plus effroyable 
anarchie! 



Citoyens, la glorieuse devise républi- 
cain a toujours été gravée dans mon 
âme; elle a été la règle invariable de 
ma conduite publique et privée; cette 
devise n'est pas seulement en moi une 
opinion ancienne et profonde: c'est une 
croyance vive et ardente, c'est ma foi 
tout entière, car je me glorifie d'ap- 
partenir de cœur, d'esprit et de fait à 
cette sainte, antique et immortelle Ré- 
publique chrétienne , la République 
excellente qui, la première, apporta, 
répandit dans le monde, avec leur iné- 
puisable fécondité, les germes divins 
de la vraie liberté de l'homme et de la 
fraternelle égalité du genre humain 
tout entier. 

C'est à la pratique sincère et con- 
stante de ces principes sacrés que je 
dois le bon souvenir que vous avez bien 
voulu conserver de mon administra- 
tion. 

C'est ce ])on souvenir que j'invoque 
aujourd'hui, citoyens, en briguant 
l'honneur de vos suffrages. Comptez 
sur ma fidélité aux intérêts de la patrie 
et sur mon inaltérable dévouement à 
la République. Mon passé vous répond 
de mon avenir ! 

Salut et fraternité! 

SÉGIR-D'AGLESSEAU, 

Ancien préfet des Haates-Pyrénées. 



Taubes. Inntrimoric de J.-A. I''OUGA. 



— 589 — 






AUX ÉLECTEURS 



DU 



DEPARTEMENT DE LA SEINE. 



Je veux vous dire brièvement ce que 
je suis , ce que j'ai Tait et ce que je 
compte faire. 

Fils d'agriculteur et agriculteur moi- 
même , je suis le dernier d'une famille 
qui s'est sacrifiée tout entière à la 
grandeur de la France. 

Mes trois frères , officiers distingués, 
sont morts sur le champ de bataille 
pour la défense du pays. 

Quant à moi , j'ai sacrifié toute ma 
vie à l'agriculture et à l'industrie. J'ai , 
avec quelques amis , commencé l'ex- 
ploitation des deux plus vastes et des 
deux plus productives entreprises de la 
Sarthe et de Maine-et-Loire. 1,500 ou- 
vriers sont constamment occupés par 
nous à l'exploitation des mines de Sar- 
the et Mayenne. 

J'ai fondé une colonie agricole de- 
puis trois ans à deux lieues de Bour- 
ges. J'ai associé , à ma bonne ou mau- 
vaise fortune, les cinquante cultivateurs 
sarthois que j'y ai transportés , et de- 
puis trois ans que j'ai commencé ,' nous 
avons cette année plus que triplé nos 
produits. 



Enfin, voilà ce que je veux faire si 
j'ai l'honneur d'être envoyé à l'Assem- 
blée nationale : proposer un système 
financier qui permettra de payer en- 
tièrement la dette publique , et en 
même temps au moins la moitié des 
créances particulières. En sorle que 
non-seulement l'État gagnera 300 mil- 
lions de rente, dont le Capital ira fé- 
conder le commerce et l'industrie , 
mais encore la propriété particulière 
se trouvant allégée également de cette 
éncrme dette, reprendrait sa valeur, et 
ferait renaître le crédit, sans que ja- 
mais l'Etat ni les représentants les plus 
peureux n'y pussent trouver aucun su- 
jet de crainte pour l'avenir. La France 
ilors mériterait le titre de grande na- 
tion, car jamais ni l'industrie, ni le 
commerce, ni la prospérité n'auront été 
portés si haut. 

Tel est , citoyens , ce que j'ai fait et 
ce que je veux ù\\vo. 

C'est à vous à décider si d'autres can- 
didats ont des titres plus réels à votre 
confiance. 

IIlET DlBIGNON. 



Imp. Bureau, 22, rue Coquillière. 



-S9P- 



€0nciX0vm& ^e ^dm-(t-(£>i0t, 



Quejqiïes ai^iis, qui cpnn^issenf ri^es principes politiques, m'on^ ei^gagé à me 
présenter à vos suffrages. 

J'avais pensé d'ahord que la mission de commissaire général dont m'a investi 
le gouvernement provisoire pouvait êtr(; un obstacle à ma candidature, et je 
m'étais abstenu ; mais la dernière circulaire du citoyen ministre de l'intérieur a 
levé mes scrupules à cet égard. 

Je vous offre donc, citoyens, mon dévoiimcnt bien connu et mon républica- 
nisme de vieille date. 

Né dans votre département, je l'habite comme cultivateur, et j'ai la prétention 
do croire que j'y suis généralement estimé. Mes principes sont connus. Décoré de 
juillet, j'appartiens, depuis 1830, au parti qui à triopiphéen février. 

Je soutiendrais donc , si j'avais l'honneur de vpus représenter, la République 
quand même , la République grande, forte, puissante , glofievise , protégeant I4 
famille, garantissant la joropriété , et reconnaissant, comme sacré , le ^roit au 
travail, avec tous Jes principes sociaux qui en découlent. 

Voici vingt ans que je combats pour notre immortelle devise : Liberté, Égalité, 
Fraternité ; ce n'est pas le jour où elle est inscrite sur le drapeau de la France 
que je l'abandonnerais. 

Je suis aujourd'hui ce que j'étais hier , ce que je serai demain , ce que je serai 
toujours, un républicain franc, loyal et sincère : mon passé vous répond de mon 
avenir. 



Salut pt fraternité, 



E. PENOT, 

CDLTIVATEL'R A SAINT-LÉGER , 

^ffpndisseme^t ^e Rambouillet. 



Ipnp. Lacrampe et Fcrliaux, rue Damiettc, 2. 



-891- 



AUX ÉLECTEURS 



DU DÉPAETEMENT DE LA SEINE 



\M.m iï IFia^TiEaiflîl 



Le peuple de Paris, après tfois jours d'aiâtoès, 
Vient dans son propre sang de retremper ses armes ; 
Il a poussé du pied Rois, Régents, Empereurs: 
Sur leur trône détruit il a placé trois «œnrd. 
La première des trois, la LIBERTÉ, s'avance. 
Portant devant nos pas les destins de la France , 
A l'urne électorale appelle ses enfants. 
Demandant au scrutin neuf cents Représentants.- 

Levez-vous , hommes purs , et paraissez sans crainte; 
Offrez-vous à nos choix , et sans af t èl sans feinte. 
La République veut trouver en ses élus 
Des talents, s'il se peut; mais toujours des vertus. 

Celui qu'à cet honneur l'amour du bien convie 
Doit ouvrir largement le livre de sa vie, 
Afin que le passé , dans son sein , vienne orfrir 
A notre confiance un gage d'avenir. 

Peuple, veille à ton droit ! que, publique ou privée, 
Le candidat présente une vie éprouvée. 
Partant, je me soumets, et je n'hésite pas 
A te livrer ici la trace de mes pas. 

A Preuilly , je suis né d'une famille obscure; 
Mais, ainsi que son sang, sa morale était pure. 
Un homme vénéré, le vieux pasteur du lieu , 
Guida mes premiers pas, me fit connaître Dieu. 
Après être sorti des cours élémentaires, 
Quatre ans je me nourris d'études littéraires ; 
J'en faisais mes loisirs , mais j'atteignais vingt ans, 
Et je ne devais plus surcharger mes parens. 

Au banquet social je voulus prendre place; 
Mais alors j'éprouvai ma première disgrâce; 
J'y venais, sans fortune et sans profession,- 
Pensant qu'il suffisait d'un peu d'instruction. -■' 
Malheureux préjugé qui jette à la misère 
Tant d'orgueilleux savants qui ne savent rien faire ! 

Il faut vivre pourtant! je me fais professeur; 
Cet état fut toujours un refuge au malheur. 
Désillusionné, je quitte ma Touraine , 
Et me fixe à Paris au quartier Madeleine. 
Instituteur reçu , là, pendant dix-neuf ans, 



Jec6^sac^ai thi vie au bonheur des enfants; 
Tous ces enfants grandis sont aujoard'hui des hommes. 
Citoyens, Electeurs, ils sont ce que nous sorrtmes. 
Plus de mille, votant dans nos élections ^ 
Ont goùlé ma morale et suivi mes leçons. 
Il ne me revient pas d'avoir eu connaissance 
Qu'aucun d'eux à l'honneur ait jamais fait offense : 
C'est là mon titre, à rnoi, je l'ofiry avec orgueil; 
Trop heureux s'il obtient un favorable accueil ! 

Toujours fin m'occupant du bonheur de l'enfance, 
Je berçais l'avenir d'une douce espérance; 
Lorsqu'un foudre de hial, la presque cécité, 
Fruit amer du travail, de l'assiduité, 
Étendit sur mes yeux son menaçant nuage. 
Combien je fus heureux de trouver l'héritage 
D'un fonds de coutelier , presque de rémouleur ! 
Un instant ce métier fit blessure à mou cœur ; 
I Mais qu'importe aujourd'hui dans notre République , 
i Si le plus humble état est fonction publique. 
I Ce métier , je le fais depuis bientôt huit ans : 
Mon gain du jour suffit à nourrir sî,x enfants ; 
Je n'y veux rien changer; la nouvelle carrière 
Que je brigue aujourd'hui me laisse dans ma sphère. 

Ne craignez point l'erreur dans mon opinion : 
Je ne puis m'égarer; car, sur notre horizon, 
Ouze phares brillants ont de la liépublique 
Devant nous éclairé la route politique. 

Je le sens t je ne puis , dans le gonvernement , 
Présenter le concours d'un savoir éloquent ; 
Mais j'apporte un sens droit éclairé par l;i tlamme 
Qu'un pur patriotisme allume dans mou Ame. 
Je suis Républicain comme est Républicain 
Le Christ préchant le Scribe et le Pharisien; 
Comme le sont Dupont, Arago , Lamartine, 
Comme l'enseigne enfin la Sagesse divine. 

Pé«i»le t si tu crois qu'un obscur ouvrier 
Puisse servir les droits sous l'humble tablier, 
Soumis au jugement de (on aréopage , 
Oui , Peuple souverain , je brigue ton suffrage. 

FRHIIt.'VAIVi» PAItFl, 

Coutelier , 4 , rue Duphot, près la Madeleine. 



Paris. — Imp. LÀcRÀifpE et FEâfiAti, fae Datiiiette, i. 



— 592 — 
HUITIÈME ARRONDISSEMENT DE PARIS. 



APPEL A TOUS. 

Les Commerçants , Propriétaires , Rentiers , Fabricants , Employés , Ou- 
vriers, elc , etc., du huitième Arrondissement de Paris, invitent TOUS leurs 
Concitoyens à se joindre à eux pour la fondation d'une Commandite Nationale des 
Travailleurs, 

La Commandite des Travailleurs est fondée pour préparer les voies de l'avenir. 

Les Commissaires de la Commandite du travciil inviteront le Gouvernement 
Provisoire à ne se servir des fonds qu'ils mettent à sa disposition que pour 
CRÉER DES TRAVAUX UTILES, tels que routes communales, défrichements, 
irrigations, reboisement des pentes et montagnes, encaissement des rivières, 
cours d'eau , etc. (1) , à former enfin une GRANDE PUISSANCE INDU- 
STRIELLE ET PRODUCTIVE. 

LE PEUPLE, LE VRAI PEUPLE , NE VEUT PAS D'AUMONE , IL VEUT DU 
TRAVAIL 1!! 

En reportant les bras vers l'Agriculture, on crée la Richesse et le bien-être, et le 
travailleur devient à son tour Consommateur des objets qu'il produit. La Comman- 
dite Nationale est donc SPÉCIALEMENT établie pour lui, c'est à lui qu'on fait 
une avance, c'est par son travail qu'on sera remboursé. Que partout des Comités 
se forment , que chaque Citoyen soit Collecteur (2) ; que les Listes se couvrent de 
signatures , et l'emploi de ces fonds aux travaux productifs, en triplant la richesse 
de la France, en assure le remboursement, et fonde la LIBERTE, L'ÉGALITÉ, 
et la FRATERNITÉ sur les bases INÉBRANLABLES!!! 

Le dixième des Souscriptions du département de la Seine sera versé dans la 
Caisse du Comptoir National d'Escompte dont la Commandite des Travailleurs de- 
viendra Actionnaire. 

NOTA. Le fonds de la Commandite des Travailleurs est fait au moyen d'une 
souscription nationale et universelle. 
Il sera avancé aux Travailleurs pour dix ans , au taux de quatre pour 

cent, à dater du jour du versement. 
Les intérêts formeront à l'époque du remboursement un total qui sera 
divisé en sommes graduées et donné en primes aux Souscripteurs 
par la voie du sort comme au tirage des obligations de la Ville de 
Paris. 

(1) Voir la Circulaire du Citoyen BETHMONT, Une Commission permanente, siégeant à la Mai- 
Minihlre provisoire de l'Agriculture et du Com- rie du 8« Arrondissement , donnera aux Comrais- 
merce, aux Préfets des Départements, en date saires des autres Arrondissements de Paris, les reii- 

/ow '^'^I^^ u^^^' seignements nécessaires au mode d'installation de 

(2) Les Lollecieurs seront munis d'une liste por- la Commandite des Travailleurs, ainsi que le mo- 
tanl le timbre de leur Mairie. dèle des listes, tous les jours, de i heure à 3. 



Imprimerie du faubourg Saint-Anloine, Cour de la Bonne-Graine. 



~ 593 — 



CLUB 

DE LA 

RÉVOLUTION SOCIALE. 

CITOYENS , 

Parler et surtout agir dans le sens de la révolution est le devoir de tout ci- 
toyen. Notre voix, notre plume, notre \ie même sont à la République ; c'est 
pour Ja servir par tous les moyens en notre pouvoir que nous ouvrons le Club 
de la Révolution ; tout est peuple en France ; tout doit s'y faire par le peuple et 
pour le peuple. 

Nous prenons pour base de nos principes la Déclaration des Droits de l'homme 
et du citoyen; noire devise est celle de la République : Liberté, Éïauté, Fra- 
ternité. 

Hommes de bonne volonté et de cœur, francs républicains , venez réunir vos 
efforts aux nôtres pour le triomplie de la sainKi cause de la République! Tra- 
vailleurs de l'intelligence, et vous, travailleurs de l'industrie agricole et manu- 
facturière, venez nous prêter le concours de vos idées généreuses et de votre 
bon sens qui est la voix de Dieu. Communiquons les inspirations de notre patrio- 
tisme, et travaillons à faire passer dans les lois nouvelles le mouvement régéné- 
rateur qui doit les animer. 

Lorsque la France est heureusement sortie de la corruption du gouvernement 
que nous venons de renverser, nous ne souffrirons jamais qu'un alliage mo- 
narchique, quel qu'il soit, se mêle à l'or pur de la République. 

Citoyens, soyez convaincus intimement et pour toujours, que par notre grande 
Révolution, et par nos lumières , nous sommes placés à la tète de la civilisation 
du monde, et que l'honneur nous fait un devoir de garder à jamais le poste 
glorieux que nous occupons, aujourd'hui, notre vraie gloire, la gloire utile aux 
peuples, est dans notre dévouement sans bornes à la liberté et à l'humanité. 

COMITÉ ÉLECTORAL. 

Nous avons formé un Comité électoral qui est chargé de correspondre à Paris 
et dans les déparlements , avec les Clubs et Comités électoraux professant les 
principes démocratiques, et qui veulent la régénération sociale. 

Les citoyens qui voudraient adhérer à nos principes et faire partie du Club 
pourront se faire inscrire place de la Bourse, 12, où le Club est établi provisoi- 
rement. 

Les membres du bureau. 

FioT, ancien député, président; 
GÉROME, ancien notaire, vice-président ; 
Mallen , ancien notaire, vice-président ; 
Scipion Dumoulin-D'Invillb, secrétaire ; 
Eugène FioT, secrétaire ; 
Janne-Lafosse , bibliothécaire. 



T. I. 



Ih 



594 — 



AUX 



1^ . H J B^ .H ■ H^.n IHt4li^ 



DU 



Département de la Manche. 



CITOYENS, 

Accepteriez-vous, m'a-t-on dit, le mandat du Peuple? Sans hésiter, j'ai ré- 
pondu : Oui. Selon moi, tout patriote doit vouloir servir le Peuple. 

On me demande aujourd'hui une profession de foi. Je ne les aime point. Ce 
qu'un jour entend sortir de la bouche d'un homme, le lendemain peut lui donner 
un autre sens. Ce qu'on trace sur le papier un jour, le jour suivant peu l'effacer. 

Les actes seids doivent être une profession de foi. Un Républicain ne doit pas 
en présenter d'autre. 

Le passé du Républicain doit être son seul gage pour l'avenir. 

Voici mon passé : 

11 est simple et droit comme le chemin de l'homme du peuple qui ne connaît 
ni intrigue, ni ambition, ni sentiers détournés; 
j -. Soldat à 20 ans, le sac au dos je servais le patrie; 

f^Sous-officier à Cherbourg, je fus Républicain. Comme tel, on me menaça des 
bataillons de discipline d'Afrique. On me fit ojDter entre l'abandon de mes prin- 
cipes, suivi d'un prompt avancement, ou une punition sévère. On sait quel 

fut mon choix. Je quittai l'armée qu'un roi perfide voulait transformer en ma- 
clu'ne, mais où toutes les nobles consciences déjà commençaient à se révolter ; 

.Fe fus rédacteur au Journal de Cherbourg, Le bonheur du peuple, le bonheui 
de Jous était mon but. 

Puis, rédacteur à la Réforme, ce journal qui osait, il y a deux ans déjà, en ré- 
ponse aux Débals, s'écrier fièrement : Oui, nous sommes ta jeune République ! 

Pans ces jleux journaux, toujours soldat, soldat de l'intelligence au service du 
droit, je contribuai pourmon humble part au renversement de la monarchie, à ré- 
tablissement de la véritable Souveraineté du Peuple; 

Le H^ et le 24 février, garde national et Républicain, je fondis des balles, je 
sonnai le tocsin contre la royauté, j'élevai des barricades avec mes frères, et je 
me battis encore on soldat; 

Depuis, Sous-Comniissaire du Gouvernement, vous m'avez encore reconnu 
soldat de la République, à mes actes. Par eux, vous avez vu clair au fond de mon 
âme que je ne crains pas du reste d'étaler par les mots suivants, qui sont des 
mots principes : 

Ri:ruBLiQLE, faisceau de tous les citoyens, force nationale, lien d'unité, impli- 



— 595 — 

ffiiant la solidarité de tous les ititérêts, expression légale de la Souveraineté du 
Peuple ; 

Liberté, Egalité, Fraternité, comme devise et source de la nouvelle Gonsli- 
tu lion; 

Ordre dans la Liberté; 

Famille, élément de la société ; 

Propriété, base de la société; 

Agriculture, mère nourricière de la France; 

Organisation du travail, établie en code par le concours de tous, maîtres et 
ouvriers ; 

Diminution des impôts qui pèsent sur le peuple; 

Conscience politique, impénétrable; 

Liberté, égalité dCs cultes; 

Education gratuite des enfants dû peuple, et ennôblls^etticnt du caractère de 
leurs instituteurs; 

Election des fonctionnaires publics; ils doivent 'être les serviteurs et tlon pas 
les maîtres du Peuple ; 

Paix avec les Peuples. 

Mes actes et mes principes, les voilà. 

Jugez-les. 

Et si vous me croyez Républicain, nommez-moi. 

VIVE LA RÉPUBLIQUE! 

AvAisiT fcomme Après f 

Henkt AUGU. 

Soii^-Commissaife du Gouvernement, à Cherboï&g. 

Cherboug. typ. de Beâufort et Lecauf. 



CITOYENS, 

Quelques jours encore et nous Serons arrivés a cette époque où nous devons 
nommer des représentants à rAsscmblée nationale. 

Nous devons tous, riches, cultivateurs, chefs-ouvriers, ouvriers, nous réunir 
dans cette fameuse journée du 9 avril poUr faire sortir de l'urne des citoyens qui 
puissent défendre nos intérêts et qui soient habitués au travail et libres de toute 
influence de famille. 

Citoyens, il ne suffit pas que cplui que vous honorerez de tos suffrages soit for- 
tuné, il faut encore qu'il soit accoutumé aux affaires. Le travail doit être la pas- 
sion dominante de celui que vous devez choisir. Nul de vous n'ignore quelles 
lourdes charges aura à supporter cehii qui se dévouera aux intérêts de la répu- 
blique et de quelles riohibrcùses questions difTîciies il aura à s'occuper s'il veut 



— 596 — 



approuver ou rejeter avec conscience toutes les lois qui lui seront soumises. Après 
l'amour du travail le citoyen sur lequel se portera vos suffrages, doit avoir un es 
prit ferme, un esprit d'ordre sans lequel il n'y a point de liberté possible. Un tel 
caractère citoyens, croyez-le bien, n'étouffe point les idées de progrès qui circu- 
lent autour de lui, au contraire plus il sera pénétré des devoirs que lui imposera 
son mandat, plus vous le verrez énergique dans les moments critiques. Citoyens, 
je m'offre à vous pour solliciter vos suffrages, je me présente dépouillé de ma 
position sociale. Je suis ingénieur des ponts-et-chaussées de la République, posi- 
tion que je dois uniquement à mon travail et à mon esprit d'ordre. Nouvellement 
poussé par ces grandes circonstances sur l'horizon politique, j'y apparais pour 
vous avec ce seul titre, dans le but de vous offrir mon travail et mes veilles. 

Je suis républicain, je l'ai toujours été, depuis longtemps je gémissais en silence 
de l'affreuse position où nous avait placés la dynastie déchue dont je respecte la 
grande infortune, maintenant que mes idées ont triomphé, je me présente pour 
les soutenir et les faire fructifier sur le sol de notre chère patrie. 

Beaucoup de citoyens refuseront de m'honorer de leurs suffrages parce que je 
suis fonctionnaire de la République; citoyens, que cette position ne vous alarm-» 
point, je ne suis point un intrigant, je me présente à vous pour me dévouer corps 
et âme à la République. 11 est du devoir de tout bon citoyen et c'est un tribut 
qu'il doit à la patrie, de présenter au service du pays les lumières qu'il a puisées 
dans les brillantes écoles de la capitale, et pour lesquelles la République fait tant 
de sacrifices. Jamais si je suis honoré de vos suffrages vous ne me verrez m'étayer 
sur le titre de représentant du peuple pour avancer en grade ou arriver à des 
positions plus élevées. Je n'ai point une fortune considérable mais elle suffira 
toujours à mes besoins et à mon genre de vie, quel que soit l'avenir qui m'est 
réservé. 

Citoyens, dans une position aussi difficile que celle où se trouve la République, 
je sens qu'il est indispensable que vous connaissiez parfaitement ma foi politique, 
en pareille circonstance vous ne sauriez trop être éclairés. Aussi je vous exposerai 
sans arrière-pensée et avec une ferme résolution de soutenir en toute circonstance 
ce à quoi je vais m'engager envers vous. L'une dos questions les plus importantes 
sur lesquelles aura à délibérer l'Assemblée nationale, c'est la liberté religieuse. 
Dans mes principes la Républiquedoit donner la liberté pour tous; aussi soulien- 
drai-je dans mes écrits et par mes voles la liberté religieuse. La seconde question im- 
portante est la liberté d'enseignement. Cette libertéje la soutiendrai comme la pre- 
mière. La monarchie a disparu du sol français, tous les citoyensseront donc élevés 
quels qu'en soient les guides dans des idées républicaines, il y auraà suivre des rou- 
tes didérentes pour arriver au bien-être de la société, ce seront ces routes qui feront 
1 objet d'enseignements variés. LaRépubHque, règne de la liberté ne saurait les em- 
pêcher de se tracer sur le sol de la patrie. Citoyens, la tranquillité intérieure, le 
développement de l'industrie, de l'agriculture, nous défendent toute invasion à 
1 étranger, point Je propagandes incendiaires, l'ère de la liberté viendra avec le 
temj)s aux i)eupl('s soumis au régime monarchique ou absolu ; je soutiendrai de 
toutes mes lorccs toute mesure qui nîontrera de la svmpathie à ces peuples gé- 
néreux qui palpitent sous le despotisme et qui n'attendent plus que l'écorce mo- 
narcluque qui les comprime soit usée pour se déchirer et leur donner une libre 



— 597 — 



et sublime expansion. Point de guerre avec les peuples voisins, mais soyons en 
état de leur montrer que si la République est bienveillante à l'égard de leurs rois, 
elle saura maintenir les droits de se donner telle constitution qu'elle jugera con- 
venable. 

Ami de l'ordre et de la tranquillité dans mon pays, je voterai pour la répres- 
sion immédiate des violences faites contre les personnes ou les propriétés. Je 
soutiendrai les projets de lois financières qui auront pour but de dégrever la 
classe ouvrière et d'établir des impôts sur les objets de luxe tels que, voitures, 
chevaux de luxe, livrées, etc. Je soutiendrai de tout mon pouvoir l'abolition de 
l'impôt du sel, persuadé que c'est le moyen le plus fécond d'améliorer la position 
du cultivateur. L'amélioration du sort des ouvriers, soit qu'ils se trouvent dans 
les manufactures ou disséminés dans les campagnes je l'étudierai avec un soin 
tout particulier toutes les fois que le gouvernement ou l'Assemblée nationale pro- 
poseront des projets de loi. Enfin, citoyens, l'agriculture dans tout le territoire 
de la République et principalement dans notre Rretagne a besoin d'encourage- 
ments, de réformes nombreuses dans ses procédés, elle a fait des progrès dans 
ces dernières années, mais elle est loin de produire tout ce qu'est en droit d'exi- 
ger un cultivateur éclairé. Nul doute que des projets de loi ne soient présentés à 
l'Assemblée nationale, déjà le gouvernement provisoire a demandé des rensei- 
gnements dans les départements pour rendre à la culture ces vastes landes qui 
couvrent presqu'en majeure partie la Bretagne. Citoyens, si vous m'honorez de 
votre mandat j'étudierai avec la plus scrupuleuse attention toutes les questions 
qui seront présentées. Dans cette grave question qui nous intéresse tous à un si 
haut degré, je m'engage à vous faire connaître par des écrits publics mes idées et 
les propositions que je pourrai puiser près de vous et de nos praticiens les plus 
estimés les renseignements précis qui pourront m'éclairer. Je soutiendrai la prise 
en considération du projet de loi sur l'organisation du travail et je ferai tous mes 
efiorts pour que la loi qui pourra surgir de la discussion mette la classe ouvrière 
dans une position heureuse. Je me suis toujours dévoué au bien-être des ouvriers, 
aussi je serais heureux si je pouvais leur être utile en cette circonstance. Ouoi- 
que fonctionnaire public, vous me verrez toujours adopter des mesures, qui tout 
en garantissant la prompte expédition des affaires, la gestion parfaite des res- 
sources de la patrie diminueront jees nombreux rouages dans l'administration 
qui imposent une si lourde charge aux contribuables. Je suis ennemi de toute 
aristocratie de place, je veux que quiconque s'occupe des affaires politiques de 
son pays soit rétribué, plus de place dont la gestion dépend du bon ou mauvais 
vouloir d'un citoyen. Je veux que les administrés sachent qu'ils ne sont pas à la 
merci, lorsqu'ils ont donné leur vote, des citoyens qui ont brigué l'honneur de 
veiller à leurs affaires soit pour la commune, pour l'arrondissement ou le dépar- 
tement. Un mot sur les travaux publics. Dans ces dernières années quiconque 
désirerait le bien de son pays, voyait avec peine cette masse d'énormes travaux 
entrepris sur le sol de la France, sans ensemble, souvent même sans urgence et 
tout cela pour satisfaire telle ou telle localité, tel ou tel riche et puissant person- 
nage. Certes les années passées ont beaucoup produit sur ce sujet, mais le résultat 
eût été tout autre si avec nos immenses ressources ces travaux eussent été entre- 
pris dans des idées plus larges et plus en vue du bien pubUc. Je veux avant tout 



— 598 — 



rachèvément des travaux entrepris afin que le public puisse jouir du capital qu'il 
y a placé. Je veux l'achèvement de nos grands ports militaires, où d'immenses 
travaux sont commencés, et malheureusement la plupart dans des idées du pré- 
sent sans tenir compte des nécessités qu'imposera l'avenir. C'est dans cet exposé 
bien sommaire il est vrai de mes idées, dans cette position indépendante de toute 
considération de famille, de position sociale, que j'ai l'honneur de solliciter vos 
suffrages. Je vous le répète, citoyens, je me dévoue entièremient aux iutérêls de 
mon pavs. Fier de vos suffrages, si je succombe dans la lutte vous me verrez tou- 
jours dévoué sincèrement aux institutions républicaines. 

Recevez l'assurance de mon entier dévoûment à la République, 

Isidore ANGERS de la Loriais, 
Membre du Comité républicain de Pontivy. 



AUX HABITANTS DU DÉPARTEMENT 
DE LA CHAEENTE. 



CïTOtÉNâ, 

Dans les circortstances graves où nous sommes, c'est un devoir impérieux pour 
tout ciloyon de se prononcer et de concourrir de toutes ses forces, de tous ses 
moyens, à raflérmissement de la République. 

Pendant quatorze ans j'ai eu l'honneur de représenter l'arrondissement de 
liulKr'c; alors j'ai combattu toutes les mesures attentatoires à la liberté; à la cham- 
bre je me suis associé toujours aux efforts des patriotes les plus dévoués; en 1832 
j'ai été un des premiers promoteurs du compte-rendu; un des premiers j'ai pro- 
testé contre la mise en état de sièi,^c de Paris, contre l'ordonnance qui enjoignait 
aux médecins de dénoncer les blessés de juin confiés à leurs soins; j'ai repoussé 
la loi sur les crieurs, celle sur les associations, le droit de visite, l'indemnité Prit- 
(hard; en un mot, je suis resté fidèle aux principes de 89. 

Si mes concitoyens de la Charente croient que, dans l'Assemblée nationale, je 
piiissp rendre quehfues services à la Patrie, j'accepterai avec dévoucm(;nt le 
mandat qu'il m'auront fait l'honneur de me confier, et je ne serai guidé dans 
ma conduite que par celle devise : NalionalUé, ordre, liberté, égalité, fraternité! 

Ernest-Stanislas DE GIRARDIN, 

Propriétaire-cultivateur, ancien député de la Charente. 



UuHuc. — liup. (ic l'iCAi jeune. 



^ 599 -^ 



Citoyens , Électenrs da Yar , 



Le jour des élections approche, jour décisif peur le bonheur de la patrie, pour 
la solidité du gouvernement républicain. 

Nous n'avons plus désormais qu'un seul drapeau , mais tous nous ne voulons 
pas le jeter dans les mêmes hasards ; nous n'avons pas tous la même opinion 
sur la manière de le servir. 

Nous allons assumer la responsabilité du sort de sept millions de familles , de 
l'avenir de ce trésor de civilisation que nous ont légué dix-huit siècles de chris- 
tianisme. 

Ainsi point de méprises, point de malentendus , point de ces mots vagues, in- 
définis qui ont laissé dans l'histoire une trainée de sang et de ruines. 

Franchise , neltelé , précision dans nos programmes. Après la lutte pacifique 
du scrutin, nous nous aimerons et nous nous estimerons davantage. 

Permettez-moi de vous exposer mes vues sur le mandat à donner à nos repré- 
sentants. 

Constitution répiibhcaine basée sur une large démocratie. — Souveraineté 
du peuple exercée par une délégation temporaire. 

Pouvoir exécutif temporaire, — responsable, confié par délégation directe 
du peuple ou par l'intermédiaire des représentants, et agissant par des minis- 
tres resj^onsables. 

Pouvoir modérateur contre les entraînements d'une seule assemblée , lorsque 
les travaux de constitution auront été terminés ; ce pouvoir résultant d'un veto 
suspensif du président de la République ou d'une deuxième chambre. 

Dans l'ordre administratif les fonctions confiés aux plus dignes — une pari 
des nominations faite à l'élection — L'accès des fonctions rendu plus facile par 
un plus grand développement de l'instruction — une combinaison hiérarchique 
plus équitable des droits de l'éducation scientique ou littéraire et des droits de 
l'instruction pratique. 

- Dans l'ordre industriel, libre mouvement des capitaux et du travail — liberté 
des transactions — règlement des salaires résultant du débat amiable entre le 
fabricant — liberté aux ouvriers de s'entendre sur leurs intérêts, en tant qu'ils 
n'ont pas recours à l'intimidation ou à la violence , qui constituent un attentat 
à la liberté d'autrui. 

Ces principes ne sont pas seulement d'une justice éternelle; ils sont la sauve- 
garde du travail , la base de la société. Rien de durable ne saurait prévaloir con- 
tre eux : leur violation même temporaire, en répandant la défiance, en éloignant 
les capitaux, tarirait la source du travail. Ce serait la perte de notre Industrie, 
une cause de soulTrancepour tous; pour quelques industriels la ruine, pour des 
milliers de travailleurs, ce serait la mort ! 

Parmi les souvenirs terribles que nous ont légués nos pères , il on est un qui 
résume , à la fois comme cause et elFet , une bonne part des malheurs de noire 
révolution: le hideux maximup^ ! point de maximum pour les produits, point 
de minimum pour les salaires : ce sont des anneaux indissolublement liés. 

Et pourtant nous voulons tous faire honneur au troisième terme de notre 



— 600 



devise, la Fraternité, vertu religieuse, descendue désormais sur l'ordre politique 
et social. Sa réalisation parfaite n'est pas de ce monde , mais un gouvernement 
républicain peut seul nous fairegoùterquelques-uns.des bienfaits de la fraternité. 

Il peut beaucoup par ses institutions ; soins donnés à l'éducation morale et 
religieuse qui développe les germes de bienveillance et de charité déposés dans 
le cœur de l'homme — établissements des crédits qui facilitent l'accès des petits 
capitaux à l'ouvrier rangé et économe — réserve de travaux pour donner du pain 
aux travailleurs dans les grands jours de crise et de chômage — assurances mu- 
tuelles gérées par l'Etat ou sous ,'son patronage — institution de médecin des 
pauvres, d'avocats d'offices pour le règlement de leurs affaires litigieuses. 

La République peut beaucoup par ses exemples, par la glorification de tout 
ce qui est bon et honnête, par les honneurs rendus au mérite et à la vertu dans 
la pauvreté ou dans la médiocrité. l'Etat doit enfin pouvoir offrir comme exem- 
ple, aux maîtres et aux ouvriers des fabriques, l'organisation de ses propres ate- 
liers et de ses arsenaux. Bonté, justice et fermeté chez les chefs, chez les subor- 
donnés alliance de la dignité avec l'obéissance et le respect. — Sollicitude de 
l'Etat pour les ouvriers qui le servent , sans négliger toutefois en eux l'esprit de 
prévoyance ; — une attribution plus équitable des rangs hiérarchiques aux 
homines qui s'élèvent de la classe des ouvriers et qui les relient aux hommes 
ayant reçu une éducation plus scientifique et plus générale. 

11 resterait beaucoup d'autres questions à traiter, mais elles sont en ce moment 
bien secondaires. Le plus pressé est de surveiller la tendance de certaines doc- 
trines qui restées jusqu'à ce jour à l'état de secte, limitées au domaine de la 
théorie , aspirent à passer dans la pratique et à gouverner la société. Je les re- 
pousse de toutes les convictions de mon âme parce que je les crois impraticables, 
parce qu'elles ne nous donnent que |des promesses aussi fastueuses que men- 
songères. 

J'ajouterai quelques mots sur le clergé et sur les impôts. 

Qu'il ne soit pas touché aux rapports du clergé avec l'Etat, tels qu'ils ont été 
établis par le concordat; si des modifications doivent y être apportées, qu'elles 
ne soient faites que par une entente cordiale avec le Souverain Pontife;] — conti- 
nuation et même amélioration de la rémunération des ministres de la religion'; 
— point de suite à donner aux idées qui tendent à mettre le culte aux frais des 
fidèles; ce serait priver les communes pauvres des secours spirituels. 

L'assiette des impôts doit être faite en vue d'alléger le sort de la classe la plus 
pauvre el la plus nombreuse; mais on aura à tenir compte pour le présent des 
besoins de la République et de la facilité de perception. 

Plaise à Dieu , mes chers concitoyens , que des hommes de tête et de cœur 
se produisent, qui puissent, par leur considération personnelle, rallier autour de 
ceproçramme un nombre imposant de suffrages. Ce n'est que sur leur refus que 
je me, mettrais sur les rangs. Ce serait l'accomplissement, non d'un désir, mais 
d'un devoir. 

Recevez, citoyens électeurs, l'assurance de mon dévoùment fraternel. 



Toulon. — laip. d'E- AtntL, place St-Pierre, 



BAYLE, hujénieur de la marine. 



— 601 — 



AUX CONSCRITS. 

LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ, 



JEUNES CITOYENS , 

Le temps est venu où la Lil)ert('', l'Égalité, la Fraternité, doivent régner. Les 
lois qui, jusqu'alors, ont réglé le recrutement des citoyens pour les armées 
doivent être abolies; car ces lois consacraient une inégalité monstrueuse entre 
le pauvre et le riche. Voyez, en elTet, ce qui arrive. Les riches se font remplacer, 
tandis que les pauvres , les jeunes gens des campagnes , sont enlevés à leur fa- 
mille, dont ils sont souvent l'unique soutien. Quand les riches veulent bien que 
leurs fds soient soldats et servent la patrie, ils les envoient dans des écoles mi- 
litaires d où ces fils sortent ofiiciers ; de sorte qu'à l'armée, là où toute inégalité 
matérielle devrait disparaître, où le mérite seul devrait faire nommer les chefs 
par les soldats , les riches trouvent encore moj^en de commander aux pauvres. 
On dit que chaque soldat porte dans son sac le bâton de maréchal. Comment 
voulez-vous que cela soit, puisque les uns , les riches , vont apprendre à com- 
mander aux pauvres dans des écoles inventées pour cela? Un pauvre paysan, 
simple soldat, aurait besoin de rester quinze à vingt ans au service pour parvenir 
peut-être au grade de sous-lieutenant, tandis que les riches qui vont aux écoles 
militaires , sortent sous-lieutenants au bout de deux ans. 

Citoyens, la République changera tout cela ; sous son règne, tout citoyen sera 
soldat, et tout citoyen recevra la même instruction militaire, le pauvre comme 
le riche. Mais pour cela, il faut nommer de bons députés, de bons représentants; 
il faut nommer des pauvres, des ouvriers, des paysans; car si vous ne nommez 
rien que des riches, ils ne changeront pas les lois qui sont en leur faveur et leur 
permettent de faire remplacer leurs enfants et d'acheter des hommes. Si vous 
nous en croyez, jeunes citoyens, vous ne nommerez pas les SAINCTHORENT, 
les SALLANbROUZE, les REGNAULT, les GIRARDIN , les VENASSIER, les du 
BUISSON, lesMOSNlER, les SOUBREBOST, les LEYRAUD, lesLASSARE. les 
FRESSINAUD-SAINT-ROMAIN, les TIXIER de LACHAPELLE, les BOUTMY, les 
PETIT Diî LAFOSSE, les du MIRAL; car ce seraient, à notre avis, de mauvais dé- 
putés, et qui n'aiment pas la République. 

VIVE LA RÉPUBLIQUE! 

Les imprimeurs de lioussac : 

Luc Desages, CiiARrKNTiER, Julcs Lerolx, Desmoulins, 

Vandris , Charles Leroux , Fuézu^res , Louis Netre, 

combattant de mai, ancien détenu politique ; 

FiCHTE , combattant de mai ; Arnaud Lkuovx , 

Hélas, Henri Leroux. 

Voir ITda/retir, jouroal de la Creuse. Mars. 1858. 

T. 1. '•* 



— 602 — 
DÉPARTEMENT DE L'AIN. 



i 

PROFESSION DE FOI. 

COMPATRIOTES ET AMIS, , 

Sollicité par un grand nombre d'entre TOUS , un homme du pays, Alphonse 
Baudin, médecin à Paris, natif de Nantua, vient aujourd'hui se présenter à vos 
suffrages. 

Républicain dès son enfance , issu d'une famille ayant donné des gages à la 
patrie dans tous les temps difficiles , homme pur et désintéressé, dont les con- 
victions n'ont jamais varié, je crois que mon tour est enfin venu de me mettre 
sur les rangs. 

L'heure est arrivée pour les hommes de cœur de se consacrer a la patrie, 
d'autant plus que, dans les circonstances graves où nous sommes, leur interven- 
tion ne saurait avoir lieu, sans un absolu dévouement et sans l'accomplissement 
de sérieux sacrifices. 

Je pense être assez connu de vous tous pour n'avoir pas besoin d'affirmer que 
toute espèce d'ambition est étranger à la production de ma candidature. 

11 importe de bien préciser les bases sur lesquelles je veux qu'elle soit établie. 

Plus de corruption, plus d'intrigues , plus de favoritisme , tout par tous et 
pour tous ! 

La République fr^jiç^i^^^ u^^ jB|.uidii\jwlîlg, i^v,Ç|9 }^#vi8j? i:^^is4jç,;ZiAer^4i 

Egalité Fraternité !_. : ./:;.., .^f',,,;, \,..:^^ :;.■ iî-.::.v. -k ,;„ ,....;..;:..!.:: 

Après cmquante ans de tentatives en faveur de toutes les formes de monar- 
chie . si incontestablement condamnées par les résultats , il est évident qu'en- 
dehors de'Ia République, il ne peut advenir désormais que désordre, anarchie, 
gurrrc civile. 

Donc, la Répubhque est, dès ce jour, la seule forme de gouvernement capable 
d offrir aux intérêts de tous une sauvegarde assurée, uu système de conservation , 
de sécurité et de garanties rassurantes. ,,,.,,., ,,^ , Mv^ii^\mi-v\ 

Ainsi, je produis mes litres sous l'invocation deg prittcipes suivants : ' 

Souveraineté du peuple exercée par le suffrage direct et universel. 
Education nationale, commune, gratuite et obliffatoire pour tous ; 
Liberté des cultes ; ^ ^ ; ' , . . ^ 

Organisation progressive du travail industrid et agricol ; - r|Ll aci II f 
Aholiljon de l'esclavage; ,. r.. „ i,,,, , 

lii^parhtion équitable de l'impôt ; liberté absolue d'association ; 
Lii)erle de la presse et de toute manifestation de la pensée, sauf répression lé- 
gitime par un jury populaire ; 

Incorporation de tous les citoyen? d^nsla garde nationale; désormais chargée 
du maintien do la paix dans la cité. *''^ 

Le principe électif introduit part^îifétl. il est applicable. 
',ss 7 hp '''''"* '^' ''^«^« invariables de conduite de votre vieil amî, s'il était 
nr/.«;.n.or''ïï I'''"';V!^« ^'cvé par vos suffrages à Hnsigne honneur de vous re- 
prcscnier a 1 Assemblée coostituante. ..'. ... A. BAUDIN. 



— 603 — 



A MES CONCITOYENS. 

r.I '«h lis 



La République, c'est la famille humaine constituée fraternellement. 

C'est h tendance au bonheur de tous pour tous , c'est l'extinction progressive 
dumal Sut* la terre . ' 

La République donne au peuple une patrie, c'est-à-dire une mère qui veille 
sur lui. depuis les langes jusqu'au tombeau; elle s'empare de ses sens , de ses 
désirs, de son intelligence, pour l'élever à la dignité d'homme. 

L'esclave ne voit partout que des maîtres; l'homme vraiment libre ne voit que 
des égaux et des frères. 

Chacun chez soi, chacun p6\ir sdi , fut la devise de Guizot ; chacun pour tous 
et tous pour chacun, telle est la devise du républicain. 

Une constitution républicaine doit établir : 

Election , responsabilité et renouvellement périodique du pouvoir à tous les 
degrés; '»»i 

Liberté des cultes et de la presse ; 

Enseignement et éducation gratuite par l'Etat; 

Abolition de tout impôt vexatoire ; kUtoau 1 -jb i-j iii,* ■ 

Organisation du travail par l'association ; 

Encouragement et protection efficace à l'agriculture , source de toute pros- 
périté. 

Citoyens, si j'oseï aujourd'hfii prétendre à vos suffrages pour la représentation 
nationale, c'est que j'ai pour moi vingt ans de dévoùment* d'études, de souffran- 
ces et d'agitations politiques. • ; J - ^' . ...,.u; . /i .. : 'm!i; Il 

Le pouvoir déchu me persécuttj hiâièfîLrile'yWtjâihài^ ftî hi -abattra , ^î arra- 
cher de mon cœur cet amour de nos semblables qu'il comptait étouffer en nous 
par Tégoïsme. 

Citoyens les diverses classes de la société seront représentées ^ l'Assemblée 
constituante. J'appartiens à la classe si humble, mais si importante des institu- 
teurs ; je serais heureux si mes faibles lumières et mes constants efforts pou- 
vaient contribuer à asseoir les bases de l'éducation patriotique des générations 
qui s'élèvent, et qui, espoir de la famille et du pays , sont destinées à jouir des 
biens que votre devoir est de leur préparer. 
Salut et fraternité, 

./ijnioo'i'h .ï;IT<M !,* . CHOUVY-MAURICE, 

Professeur. 



604 — 



Aux Électeurs du déparlemenl de la Marne. 



CITOYENS, 

Appelé par le vœu d'un grand nombre de mes compatriotes, à l'honneur de la 
candidature de l'Assemblée nationale, je considère comme un devoir de répon- 
dre à leur désir. 

Animé d'un zèle ardent pour le bonheur et la gloire de mon pays, je veux la 
France heureuse au dedans, respectée au dehors; que toutes les misères dispa- 
raissent, que les bienfaits de la liberté, de la fraternité, s'étendent à tous sans res- 
triction, sans exception. 

Le principe de la souveraineté du peuple était dans la Charte de 1830 ; mais 
le froiivernement, méconnaissant son origine, loin de respecter ce principe et 
d'en favoriser le développement, a sacrifié les droits du peuple à des intérêts dy- 
nastiques. 

Il devait tomber. Il n'est plus. — Le peuple a reconquis ses droits et sa liberté, 
la République est proclamée. 

Serrons nos rangs sous ses drapeaux, arborons sa devise, soyons Républicains 
dévoués, fondons dans notre belle patrie une constitution sage et solide, joour as- 
surer les droits et le bonheur de tous. 

Volons le plein exercice de tout'es les libertés politiques, civiles et morales. 

Demandons la liberté des communes, entravées dans leur administration mu- 
nicipale par les exigences de la centralisation. 

Demandons la liberté individuelle, avec le droit de réunion et d'association. 

La liberté de la pensée se produisant par la parole et par la presse. 

La liberté du travail et de l'industrie, respectant la propriété du sol et de l'in- 
lelligence. 

La liberté d'éducation, d'enseignement et de conscience, sans distinction de 
culte. 

Basées sur les vrais principes de la fraternité évangélique, ces libertés fécondes 
tariront les larmes du Peuple, calmeront ses douleurs. Adoptons-les franchement, 
et bientôt à la gène, aux privations succéderont l'aisance et le bonheur. 

Favorisons de tout notre pouvoir les développements de l'agriculture, augmen- 
tons la fertilité du sol : C'est la richesse et la sauvegarde de la patrie et de ses 
enfants. 

(confondus dans une même famille, citoyens français, nous recoimaîtrons et 
nous l)énirons la main de Dieu, qui n'a pas voué une partie de ses enfants à la 
misère. Devant lui nous sommtîs tous égaux. 

Telle (Si ma conviclion, tels sont vos droits. Représentant du peuple, je m'en- 
gage à les soutenir de toute la force de mon âme. 

•luge digne ou non de cet honneur, je serai toujours dévoué à mon pays, à mes 
concitoyens. 

Pierre ALBERT, d'Epernay. 

Ancien Mugislral. 



— 60o — 



COMITE ElECTORll DE ClEiiUCNT 

A TOUS LES CITOYENS 

DU DÉPARTEMENT DE PUY-DE-DOME. 



Citoyens, 

Le Comité électoral de Clermonta l'honneur de vous faire connaître le résultat 
des décisions prises par les délégués des cantons du département, réunis en as- 
semblée générale, en l'Hôtcl-de-Ville. Vous voudrez bien, Citoyens, nous prêter 
tout votre concours, et appuyer les candidats dont les noms suivent : 

ALTAROCHE, commissaire du département ; 

ASTAÏX, négociant, et adjoint à ta Mairie de Clermont; 

BRAVARD- VERRIÈRES, professeur à l'Ecole de droit à Paris; 

BRAVARD (Toussaint), commissaire du Gouvernement au Puy; 

CHARRAS, lieutenant-colonel ; 

EYRAUD, géomètre; 

GAZARD, ex-rédacteur en chef du Progressif; 

GOUTAY, avocat; 

JOUVET, avocat et maire à Clermont; 

LASTEYRAS (Gervais), ex-pharmacien; 

LAVIGNE. ex notaire; 

MARADEIX, cultivateur, et maire de Benumont; 

TACHET, ouvrier mécanicien, adjoint de Clermont; 

TRELAT père, docteur en-médecine ; 

VIMAL, membre de la Commission républicaine. 

C'est un acte de patriotisme que nous réclamons devons, et notre appel, nous 
en sommes sûrs, sera entendu par vous tous. 

Salut et Fraternilé, 

Pour le Comilé électoral, les quatre délégués, 

David, Labissière, Cabassus, Fontmarcel (Claude). 

Cltroiont, imp . de Thibaud-Landriol frères. 



— «06 -. 



. CITOYENS , 

Je me présente à vous comme candidat au grade de capitaine-adjudant-major, 
à titre d'ancien militaire et dans l'espérance d'obtenir vos suffrages ; je vous ex- 
poserai donc les motifs qui me font ambitionner ce grade. 

J ai , il y a quelques jours, soumis ma candidature au Club de la rue du Bac , 
mais n'ayant presque aucune connaissance dans ce quartier, je l'ai retirée peu 
après. ^ 

Ce n'est donc que par l'avis de plusieurs p ersonnes de la compagnie dont je 
fais partie, que je tente de vous instruire sur ma conduite passée et sur celle à 
yenir. 

Engagé comme volontaire le 29 mars 1816, j'ai fait un congé dans le 9° régi- 
ment d'infanterie de ligne. Caporal en 1817, sergent en 1819 et instructeur dans 
chacun de ces deux grades, pendant six ans. Je passai dans le 5' régiment de la 
garde en 1823 ; j'y obtins bientôt le grade de caporal en qualité duquel je fis la 
campagne d'Espagne ; au retour, je fus nommé sergent, et je pris mon congé en 
1829, ne pouvant supporter les exigences des chefs dévoués à une cause qui n'é- 
tait pas la mienne. 

Je nnî retirai à Orléans, où, en 1830, je fus instructeur de la garde nationale, 
qui ne tarda pas à se lasser de son nouveau gouvernement. De retour à Paris, ne 
pouvant , non plus que par le passé, me prêter au soutien d'un gouvernement 
oppressif, je refusai de me faire inscrire aux contrôles de la garde nationale 
parisienne , de laquelle je réclame aujourd'hui l'honneur des suffrages pour 
m'appeler à un grade dans lequel, je l'espère, par mes connaissances militaires, 
rendre les services que mon dévouement à la cause de la République réclame 
de mon patriotisme. Voilà, citoyens, pour ma vie politique et militaire. 

Ma vie civile est peu à expliquer. Je me suis fait ouvrier en 1831, et je n'ai 
rien autre chose que mon travail pour mener la vie honorable que je me suis 
acquise jusqu'alors par ma bonne conduite. 



Salut et Fraternité, 

BORGET, 

Cambreur, rue Dauphine, 44, 
8« compagnie, 4" bataillon, 10° légion. 



Lilh. (le Jules FromcQt, 12, rue des Fossés-St- Victor." 



— «or — 
PROFESSION DE FOI 

DU CITOYEN 

BOISSIN-BOUYONNET 



CITOYENS, 

Cédant aux sollicitations de mes frères travailleurs, je viens aujourd'hui me 
présenter à vous pour obtenir vos suffrages : — La classe laborieuse a besoin 
d'être représentée à l'Assemblée nationale. 

C'est au nom des travailleurs, et pour prendre la défense de leurs droits, que 
j*ose me prononcer. 

Issu du peuple , vivre et mourir pour lui, voilà ma devise. 

Comme travailleur, je connais toutes les charges qui pèsent sur nous. Je vo- 
terai pour l'abolition des droits sur les boissons , de l'impôt sur le sel ; pour la 
diminution des hauts traitements, la réduction des patentes et de toutes les 
charges qui pèsent sur le prolétaire. 

Je demanderai que l'instruction gratuite soit propagée et que ses bienfaits 
nous assurent le bien-être et l'avenir de nos enfants. 

Comme Républicain, je veux une République grande et large, sage et glorieuse, 
qui nous assure la Liberté, l'Égalité, la Fraternité entre tous. 

J'ai commencé mon éducation républicaine en 1832, à Paris; j'avais alori 
seize ans. En 1833, je faisais partie de la Société des Droits de l'homme. Les 13 
et 14 avril 183/t, j'ai pris les armes contre le gouvernement despote. Le 28 juil- 
let 1834, j'ai protesté contre les fortifications de Paris : j'étais à cette époque de 
la seetion Lamyette ; Raspail était chef de notre comité d'action. — Vihgt-sept 
de nos frères furent condamnés par l'ex-cour des Pairs. 

J'ai fait partie des Sociétés secrètes , notamment de celle du Temple^ de celle 
des Amis dé l'honneur français, qui a été si cruellement persécutée sous le gouver- 
nement déchu. 

Je n'ai jamais abandonné mon poste, j'ai toujours été fidèle à mes devoirs : je 
jure de toujours l'être et de défendre avec dévouement nos droits si chèrement 
acquis. 

Et je répéterai toujours avec force ; Issu du peuple, vivre et mourir pour lui , 
voilà ma devise. 



Salut et Fraternité 



BOISSIN-BOUYONNBT. 



— 608 — 



Eloî François DERMIGMY 

Propriétaire, cuHivaleur à Grisolles, canton de Guescard (Oise) 
A SES CONCITOYENS. 

La R(3publiqiie est proclamée comme devant être le gouvernement de la 
France, notre chère patrie. Cette ère nouvelle nous appelle à construire les bases 
de ce bel édifice avec des matériaux de première qualité. Que chacun de nous 
apporte une pierre de salut pour l'élévation de cet édifice, aOn de le rendre à 
toujours dural)le. Ces pierres de roche, nous les trouverons dans les cœurs hon- 
nêtes et purs de nos candidats; examinons leur jDassé, voyons si leurs antécé- 
dents sont honorables, généreux, progressifs: nommons-les partout où nous les 
trouverons, s'ils savent faire du bien aux travailleurs, s'ils ont toujours été, dans 
l'opinion publique, exempts de la critique qui dit souvent : C'est îin homme d'ar- 

gentl Non, chers concitoyens, nommons de ces hommes à idées larges, qui 

comprennent le bien du pays, qui savent ce qu'il y a à faire pour produire plus, 
et à meilleur marché; nommons des cultivateurs intelligents, qui développeront 
les moyens d'alimenter cette grande artère de l'humanité, l'agricullure! seule 
base pour donner la félicité à tous! — Nommons des industriels, des écono- 
mistes, de bons comjDtables, un avocat sur dix, c'est bien assez, attendu que le 
nouveau système qui va s'organiser empêchera le journaliste de remplir les co- 
lonnes de son journal de leurs longs discours. Nous savons tous que quelques 
mots dits avec conviction, et qui portent bien, seront mieux compris. C'est ce 
qui fait dire ce mot vulgaire, passé à l'usage : Qu'il ne faut pas tant de beurre pour 
faire un quarteron. 

Nous disons : Prenons les hommes où nous les trouverons avec les qualités que 
nous avons signalées; mais, sans vouloir les exclure, nous devons pourtant nous 
prémunir contre les hommes qui ont pris l'engagement sacré de prier Dieu pour 
la France, et qui, aujourd'hui, se posent en défenseurs de nos libertés. 

PRENONS CARDE, CITOYENS! 

LISONS L'HISTOIRE 

et nous verrons quels dangers nous courons en leur donnant un mandat que la 
modestie do leur caractère devrait toujours leur faire refuser. 
ATTENTION, CITOYENS! 

La pente est terrible, si nous nous laissons enflammer par des discours qui 
flattent nos sens. 

ATTENTION, CITOYENS! 

Prenons garde aux pierres de salut du grand édifice; il n'en faut que quelques- 
unes qui se délitent pour le faire crevasser, et le faire ensuite écrouler. 
ATTENTION, CITOYENS! 

Vivons de nos labeurs, c'est notre devoir; que le prêtre de l'autel prie pour la 
Patrie, c'est le sien. 

VIVE LA RÉPUBLIQUE! 

Noyon. — Imp. de Cotlu-Harlay. 



Paru. — Imp. I ArovR ol C«, rue Sonmot. ii. 



- G09 — 



LES OUVRIERS 



L'ASSEMBLÉE NATIONALE 



(Tui, il faut que le Peuple soit représenté à l'Assemblée nationale par des ou- 
vriers des villes et des campagnes, et en grand nombre. 

Ils savent, eux, ce que c'est que soulfrir ; ils savent, eux, que la Révolution 
de 1848, qui a balayé d'un souffle l'égoïsme et la corruption, a instauré le droit 
et la justice et posé ce problème : 
PLUS DE MISÈRE I 

Pas de subtilités, de faux fuyants, de stériles raisonnements. 

La situation est nette, le fait est là. 

Qu'on ne nous i>ar\e plus de difficultés, d'impossibilités. 

Ce qui est bon et vrai est possible. 

11 est bon d'anéantir la misère, il est vrai qu'on peut l'anéantir en augmen- 
tant la richesse publique. 

Ce qui importe donc aujourd'hui, c'est d'augmenter la richesse publique, c'est 
de;,detruire la concurrence anarchique, source de démoralisation, la concur- 
rence anarchiquc qui écrase et spolie les faibles, qui fait des foirres, des .menteurs, 
DES voleurs. 

Ce qui importe, c'est d'établir la solidarité entre tous les intérêts, entre tous 
les éléments de forces productives; car la solidarité est la garantie de l'ordre, de 
la probité, du bien-être et du progrès. 

LES OUVRIERS COMPRENNENT ET VEULENT CES CHOSES. 

Pleins de foi et d'enthousiasme, ils apporteront à l'Assemblée constituante Tin- 
telligence juste des faits, l'aspiration sainte, toujours vivante au cœur du Peuple. 

Ils aideront et soutiendront ceux auxquels le liasard des circonstances a donné 
les loisirs nécessaires pour étudier, approfondir, élaborer les questions sociales. 

Ils représenteront le travail dur, mal payé, répugnant, le froid et la faim. 

Et qui donc devant eux osera se livrer à de naines dissertations, à de puériles 
discussions? 

Qui donc devant eux osera parler pour le plaisir de parler? 

Arrière donc les phraseurs, les bavards sans idées! 

Un peu de pudeur, Citovens de la République! 
PLACE AU PEUPLE! 

Voir la Démocratie pacifique, du t3 mars 1848. 



Imp. Lange-Lévy el Comp., rue du Croissant, 10. 
T. I. 70 



— 610 — 

DERNIER AVIS 



AUX DÉLÉGUÉS. 



CITOYENS , 

Parmi les nombreux Candidats qui s'offrent à vos suffrages, vous allez en 
choisir dix-sept. — Avant d'accomplir cet acte solennel, pénétrez-vous bien de 
cette vérité : C'est moins l'expression des vœux de la propriété qu'il faut pour repré- 
senter le Peuple à l Assemblée consiiiuanle que l'expression de la pensée républi- 
caine. Sacrifiez , en bons Citoyens , les intérêts et les amours-propres de clo- 
cher aux nécessités du moment; souvenez-vous qu'il s'agit uniquement d'une 
constitution. 

C'est au nom de la Nation que je vous adresse ce dernier avis, au nom de votre 
intérêt à tous et non dans celui de ma candidature. Je souhaite, vous le savez 
par ma profession de foi, ra2)plication la plus prochaine possible des principes 
économiques; mais à l'heure qu'il est , les sentiments républicains dominent, 
de toute la hauteur du patriolisoie, les questions d'économie politique. Je vou- 
drais que vous puissiez lire dans le fond de mon âme et de ma raison pour bien 
vous pénétrer de la nécessité du radicalisme qui doit présider au choix que vous 
allez faire. 

Les Républicains avancés vont comprendre ma pensée toute entière : s'il 'm'é- 
tait permis d'articuler deux mots qui rappellent de cruels souvenirs ; s'il m'était 
permis de nommer /a Gironde et la iilonlagne, si fa Gironde est, comme je le crois, 
l'expression du Républicanisme efféminé ; si la Montagne est au contraire , 
comme je vous le certifie, la signification du Républicanisme le plus pur et le 
plus radical , — eh bien ! dût ma voix rester sans écho parmi vous , je me dé- 
cAiirv Montagnard! 

Vous n*avez plus à craindre ni l'odieuse machine du bourreau, ni l'atteinte à 
la propriété ; soyez donc aussi radicaux que possible 1 c'est \e seul moyen d'assu- 
rer à jamais la sécurité de l'existence des Citoyens et de leur fortune ! — Car si 
\ous envoyiez à la Chambre une majorité molle, qui viendrait arrêter l'essor de 
la niinorité progressive, le Peuple briserait d'un coup de crosse de fusil l'urne 
équivoque de l'Assemblée nationale et jetterait par les fenêtres du Palais-Bourbon 
CCS hoinnics indignes de le représenter! 

bi vous redoutez une seconde Révolution , si vous ne voulez pas que le sang 
français rougisse encore une fois le pavé des rues, choisissez parmi les Candidats, 
non les plus riches, non les plus modérés, mais au contraire ceux qui feront 
preuve du Républicanisme le plus avancé. 

C-IIIPPOLYTE CASTILLE, 

Rédacteur en chef de la République Françïiise. 



AIRE — Imprimerie de TOULAIIN, rue d'Arras. 



— 611 -^ 

COMITÉ LIBÉRAL D'AIRE 

POUR LES ÉLECTIONS 

A L'ASSEMBLÉE NATIONALE 



PROGRAMME ADOPTÉ^ 



« Tous les esprits droits qui ne croyaient pas à la possibilité de la République 
« doivent aujourd'hui se ranger sous ses drapeaux. 

« La raison, l'intérêt, la paix, l'ordre, la liberté, tout exige ce ralliement com- 
plet, prompt et loyal. » (Supplément du 15 mars. Progrès,) 

LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ. 

Liberté entière et complète d'opinions, de pensées et de paroles. Point d'ex- 
clusions, point d'intimidation morale, point de pouvoirs révolutionnaires, point 
de proconsuls aux droits illimités, point de dictature. 

Egalité entre tous et pour tous, aussi bien pour les Républicains de la veille 
que pour les Républicains du lendemain. 

Fraternité, c'est-à-dire réunion fraternelle de tous les Citoyens dans un même 
but : le bonheur et la gloire de notre pays. 

Point d'autre supériorité que la supériorité d'intelligence, de vertu et de pa- 
triotisme. 

Respect aux opinions, respect aux personnes, respect aux propriétés, respect 
aux droits légitimement acquis. 

Amélioration progressive du sort physique, moral, intellectuel des classes ou- 
vrières, de manière à ne pas jeter le désordre et la perturbation dans l'industrie 
et le commerce et dans la société entière. 

Remaniement de l'assiette de l'impôt. 

Réduction du budget. 

« Nous voulons la liberté pour tous, la fraternité entre tous, l'ordre au profit 
de tous. » ( Presse , du 16 mars. ) 

Pour le Bureau du Comité , 

Le SECRÉTAmE, MENCHE-JEANNET. 



Aire. — Imp. de Poulain. 



612 



i 



PROFESSION DE FOI POLITIQUE 



Se portant candidat dans la Manche pour la dépntalion à l'Assemblée 

Nationale. 



Citoyens de la Manche, mes compatriotes, 

Une nouvelle révolution vient de s'accomplir en renversant la royauté et en 
instituant la République : en voici les raisons et les conséquences, en ce qui nous 
concerne. 

La bourgeoisie des grandes villes, cette classe oppressive pour tout ce qui n'est 
pas elle, parce qu'elle est sans lumières et qu'elle n'aime que le luxe et l'ostenta- 
tion, c'est elle qui, depuis 300 ans, depuis Louis }^I et Louis XIV (1), mais sur- 
tout depuis 11 ans, opprime la population rurale et le peuple de l'industrie, et 
travaille à avilir les travaux des champs. Des aigrefins, des muscadins, n'ayant 
rien de viril, fringants et pimpants, les bottes vernies aux pieds, des gants jaunes 
toujours aux mains, la face blême, les cheveux noirs, mais le cerveau vide : voilà 
la race, voilà la faction qui méprise tout homme qui ne change pas ou ne peut 
p;is changer de vêlements et de modes tous les matins, mais par dessus tout 
l'homme du peuple et l'homme naïf et simple, mais loyal et bon, de la vie rurale, 
de la vie de la terre, auxquels il n'a manqué souvent qu'une éducation de collège 
et impeu de loisirs pour être, l'un et l'autre, des hommes cent fois plus profonds, 
plus larges de vues, d'idées et de pénétration, qu'eux. 

Dans nos arrondissements aussi, chers concitoyens, depuis o5 ac.s qu'un sys- 
tème él(>ctoral mensonger et fallacieux des chartes de 181/t et 1830, il s'est formé 
une petite armée d'individualités vivant exclusivement de la vie bourgeoise et 
n'aimant que la bourgeoisie; cette petite troupe, élayéc d'un certain nombre 
d'.'icolytes pris dans la sociéti' ])Ourgeoise, mais qui, vivant presque exclusive- 
ment aux dépens des populations rurales par les procès et les chicanes, se mo- 
(juauMît d'elles et s'en servaient comme d'un marchepied dans les élections du 
système renversé, pour monter et s'imposer aux faveurs et à la considération : 
nous voulons parler de celte coUuiejusle-miîieu d'enrichis dans nos troubles ci- 

fl) (> fiiiTiU or-s i»rinci|.cs imiiioiaux qui firent, l'un cl l'aiilrc, le (Icfinilif triomphe tif^urpatcur de la 
riassp X.iirgeoisc sur ce qu'on a ai.|.elé à U.ii les hommes de la féodalité, qui n'étaient alors, à la réserve 
< e <iii<M(|uos collntrratix de la (hinuslic et clrs ailles ileux, tyrans (>t hautains sur les populations de leurs 

ï;*'!''' ;.' T"; ''"^ •';"»•"''« <)« l.i lorro , tes hommes de ragriculturc et des masses. La faction historique 

inicxrii-i.mzol m^nl a la mciaphjsiquc, l\ Ihisloire, à la morale, sur tous les points. 



— 613 — 



vils et politiques, depuis 50 ans, et des officiers ministfîriels (1), de cette classe 
qui trône sur les populations et dont les offices ne peuvent manquer d'être ré- 
visés par le gouvernement populaire ; avec un certain nombre d'avocats et de ju- 
ges qui l'ont été : cette coterie, dis-je, exploite et méprise aussi les masses rurales 
et urbaines de nos contrées. 

Voyez qui faisait la fortune électorale de la plupart des députés de la chambre, 
de cette fameuse chambre que le peuple et les hommes loyaux de Paris viennent 
de faire sauter par les fenêtres! C'étaient, par arrondissement électoral, deux ou 
trois avoués, quelques notaires, des huissiers en sous-ordre, des placeurs de ca- 
pital en rentes iisuraires sur de pauvres cultivateurs qui travaillent toute leur vie 
pour eux, quelques avocats et juges l'ayant été, des enrichis par les biens natio- 
naux et Vusure, des agents d'alfaires et régisseurs de fermes, pillant de toutes 
mains et opprimant de malheureux fermiers, presque toujours à l'insu des pro- 
priétaires leurs commettants, et se faisant sur eux, par des pots-de-vin, par l'u- 
sure et des extorsions, les fortunes scandaleuses que nous voyons dans toutes les 
villes du pays, en quinze ou vingt ans! Ces intrigants politiques, ces impudents 
civils là, étaient la nouvelle féodalité de la contrée; tout relevait d'eux, il n'y 
avait de faveur et de notabilité que pour eux et qu'en eux. Places de juges, per- 
ceptions et recettes, faveurs dans l'armée, places de conseillers et présidences de 
cours, sous-préfectures, gérances de biens, grasses clientèles, mariages combinés 
en vue des richesses bien ou mal acquises, flatteries au pouvoir immoral, et ap- 
pui donné en toutes circonstances aux fripons bien vétns. Voilà quelles étaient 
les occupations et les mobiles de cette coterie. 

La plupart des arrondissements devenaient ainsi la propriété de ces faiseurs, 
qui s'entre-passaient, avec le député, leur général, la rhubarbe et le séné pour 
tout ce qui était gouvernement, administration et avantages sociaux, en laissant 
de côté les intérêts de nos contrées, comme ceux du pays tout entier; ceux de 
l'humanité, par rapport à l'état anormal des esprits et du monde depuis si long- 
temps, depuis la réforme de Luther et les innombrables découvertes dans les 
sciences physiques, mathématiques et théologiques, qui en ont été la consé- 
quence. Entre autres la connaissance, immense pour la forme politique des socié- 
tés, de la constitution et des lois de l'univers, de celles de la terre que nous ha- 
bitons, explorée aujourd'hui dans tous les sens, et de la place relativement se- 
condaire qu'elle occupe dans les mondes, mondes aussi certains dans les espaces 
qu'il est certain que la ville de Saint-Lô existe et que son église a été à diverses 
époques, allcr/iativement et même simultanément, épiscopale avec celle de Cou- 
tances. 

Les souvenirs historiques et glorieux des populations de nos contrées, d'abord 
sous le nom d'Liielliens, de Gaulois de la deuxième Belgique, de Neustriens de 
la contrée sacrée par excellence et gouvernementale dans toute la Gaule, par rapport 
au grand chapitre et au collège druidique situé dans le pays des Carnutes, depuis 
Chartres jusque chez nous, et puis le siège de Varchidruide, avec une dernière et 

(I) Parmi ces officiers, il y en a beaucoup , dans notre pays d'agriculture, qui sont et ont toujours été 
des hommes de conscience, et qui ne se livraient ^ aucune intrigue : ce sont des hommes esl^âbles , et 
ce que nous disons ici ne les regarde pas. 



«iïii6U — 



plus haute science, ou science ësotérique ou réservée pour les hautes intelli- 
gences, qu'il y faisait enseigner, et qui étaient situées dans l'ile de Jersey/et en 
Angleterre dans l'île de Wight, en face de Cherbourg. 

Dans des temps postérieurs, les courageuses, les loyales et si gouvernementales 
races normandes, qui ont tant ennobli les champs AnCotentin, de VAvranchin, du 
Bocage ou comté deMortain, illustre dans la vie et la franche cordialité féodales; 
en Italie, en Sicile, en Grèce ; aux croisades, toutes les races d'illustre mémoire 
de notre contrée qui les accompagnaient. Ces hommes des croisades, de la pre- 
mière croisade surtout, la seule politique et qui montrât quelque entente de la 
marche de l'esprit du monde, de 1079 a 1102, étaient tout ce qu'il y avait de plus 
instruit en science sociale et politique alors en Europe. Ces nombreux chevaliers, 
ces valeureux et si loyaux hommes de la terre qui les accompagnaient, qui fai- 
saient corps avec eux sous le nom d'écuyers, de compagnons, de sergents d'armes, 
de varlets, tous hommes, chers concitoyens, qui sortaient de toutes les familles 
de nos contrées, et familles qui, loin d'être des serfs et des esclaves comme tant 
l'ont supposé et le supposent peut-être encore par erreur, étaient des hommes 
libres, cultivant leurs terres et payant leurs rentes quand ils en devaient, et pou- 
vant changer de domicile à volonté. Ceux qui pensent le contraire de cela sont 
trompés par la lecture d'ouvrages erronés faits par des hommes superficiels qui 
avaient généralisé ce qui existait de leur temps ou avait existé, mais seulement 
dans leurs provinces ou d'autres pays : entre autres dans la Gaule moyenne et mé- 
ridionale, peuplée de la race romaine ou latine, où l'agriculteur, l'homme rural 
dans les temps féodaux et même encore aujourd'hui, quand il n'est pas proprié- 
taire lui-même, n'était et n'est qu'un malheureux artisan rural : \e colon journa- 
lier, et souvent esclave du droit romain, sans matériel ni applets ni bestiaux, sans 
mobilier ni semences, et qui cultivait et cultive à moitié fruits avec le proprié- 
taire, sous le nom de colon partiaire. 

Mais ici, dans ce moral et si tranquille pays de notre département, le fermier, 
l'agriculteur y a toujours été à peu près ce qu'il y est aujourd'hui, maître de lui- 
même, possédant son matériel d'exploitation quand il n'était que fermier, et se 
possédant lui-même, et passant, quand il avait acquis de l'aisance, comme cela 
avait lieu en Germanie, le pays de presque tous ses premiers ancêtres, dans les 
rangs des nobles hommes et des chevaliers. Mais il ne cessait pas pour cela de 
rester bon compatriote avec ceux qui avaient un peu moins de talent et de bon- 
heur que lui. 11 devenait leur officier, rien de plus. Or, de l'officier au soldat il 
n'y a pas l'intervalle de l'esclavage, il n'y a que l'autorité du savoir et du courage 
supérieur de plus. 

A la conquête de l'Angleterre et dans les grandes guerres que ce pays a eu à 
faire à toutes les époques depuis deux mille ans, toujours ou presque toujours le 
fils de ce qu'on appelle le paysan aujourd'hui, quand il était à la bataille, si son 
seigneur ou patron perdait la vie, il se saisissait à l'instant de son épée, montait 
sur son cheval et se mesurait contre l'ennemi au milieu des autres chevaliers, 
qui le traitaient comme eux. 

Qu'on ne vienne donc pas dire à Paris ou ailleurs, en parlant de l'homme de 
la charrue et de la vie rurale (au moins pour la Normandie), comme font depuis 
dix-scpf ans les journaux de la classe bourgeoise, le Siècle, le Constitutionnel, les 



— 616 — 



Débats : Les paysans, le droit électoral ne peut être confié qu'à la population lettrée 
et éclairée, et non aux populations ignorantes des campagnes. J'espère bien, mes 
chers concitoyens de la ville et des champs, car tout le monde est de la terre chez 
nous, qu'il se fondera des feuilles rédigées moralement, qui auront en vue comme 
lecteurs la paisible et respectable population rurale de notre contrée. 

Cette population, dont les famUles, presque en masses, sont anciennes comme 
les contrées qu'elles habitent. Les chroniques normandes de Matthieu Parisy de 
la Tour de Londres, d'Orderic Vital, des abbés du M ont-Sainl- Michel, et de vingt 
autres abbayes, qui datent de quatre, de six, huit cents ans, de mille ans, con- 
tiennent des centaines, des milliers de noms de nos concitoyens, de familles alors 
illustres et toutes ruinées depuis des siècles par les races parlonentaires et bour- 
geoises de Paris et de Rouen et leur politique anti-sociale, et qui existent encore 
presque toutes aujourd'hui dans nos campagnes, perpétuées qu'elles se sont dans 
ces longues séries de siècles, par des mariages légitimes, par des mariages con- 
tractés conforaiément aux rits religieux et domestiques, à la différence de la race 
bouijeoise qui nous opprime, dont un très grand nombre, presque la totalité, en 
la prenant dans la série des générations, sont et ont été des races de deux jours, 
recrutées ou créées par la bâtardise et l'immoralité, et qui n'ont pourtant, depuis 
des siècles, cessé de travaillera nous avilir et à nous abrutir, pour nous exploiter 
et nous asservir; d'abord, en nous ruinant par leur luxe, par l'usure, et puis par 
les décrets et les expropriations, et, en outre, sous la forme de toutes ces innom- 
brables sinécures et occupations écrivassières qui n'en sont point, qu'elles ont 
créées à leur profit sur nous dans le gouvernement, transport et fixation de 
toutes les juridictions dans leurs murs, intermédiaires de chicane obligés, ne 
servant qu'à nourrir et embrouiller les contestations : 

Dans la révolution, en nous enlevant toutes nos bibliothèques qui étaient dans 
les couvents, les abbayes, les prieurés, les cures ruraux, pour les porter à leurs 
villes, et puis par la fixation de tous les collèges dans leurs murs, nous ont 
privés depuis lors de la possibilité de toute éducation classique pour nous et nos 
enfants. 

Dans l'institution des bourses pour les collèges royaux, en les mettant toutes 
dans les mains des municipalités urbaines à l'exclusion des campagnes. Ce qui a 
produit cette armée de rhéteurs secs et cupides du système renversé, travaillant 
à démoraliser les populations pour les dominer, et dont pas un, depuis quarante 
ans, n'a montré qu'il y eût en lui la moindre étincelle du feu sacré! 

C'est là ce que la race bourgeoise, haut juste-milieu, a fait par Bonaparte, par 
les Bourbons de la branche aînée, et, par dessus tout, par la race, si Justement ex- 
pulsée, des d'Orléans. 

En effet, si un homme lettré, ami de l'enfance et charitable, prêtre ou laïque, 
s'avisait, depuis cinquante ans, de vouloir donner, dans les campagnes, quelques 
leçons de latin ou de grec à des enfants méritants de ses voisins, vite l'armée des 
procureurs du roi et des juges d'instruction, tous fils de bourgeois, couraient sus 
et le traînaient à la poHce correctionnelle pour le faire condamner à l'amende, 
pour lui faire expier son abnégation, la bonté de son cœur, d'avoir voulu épan- 
cher son esprit et son âme sur quelques enfants méritants de ses semblables. 

Aussi l'homme de la campagne, depuis la ruine de la République, n'a plus pu 



— 6i6 



faire donner aucune éducation classique à ses enfants, à moins qu'il ne les en- 
voyât aux collèges des villes, souvent très éloignés, en s'en privant d'une manière 
absolue ; et c'est ce qu'il ne pouvait presque jamais faire, parles frais trop grands 
de pension et d'études, et par la crainte qu'ils ne fussent mal traités ou ne tom- 
bassent malades. 

En sorte que l'homme rural, le père et la mère de famille, souvent descendants 
directs des races les plus illustres et les plus vertueuses [et vertus qui sont encore sou- 
vent dans leur âme ^HOï^we appauvris) des siècles antérieurs, se voyaient ;?rwîe^, 
subordonnés, abaissés dans leurs descendants pour une faction des villes, née sou- 
vent des femmes entretenues et de catins, et bâtards eux-mêmes, fruits de l'im- 
moralité, et immoraux et déloyaux comme leurs parents d'aventure, mais qui 
avaient fait leurs classes ou des classes, parce qu'ils étaient nés à la porte du 
collège. Or j'espère, mes chers concitoyens, que vous êtes d'avis qu'il soit re- 
médié à cela, et que des écoles d'enseignement classique, que des institutions 
d(! plein exercice ou des établissements complets d'enseignement, seront aussi 
fondés ou placés à la portée des populations des campagnes, comme il en a été 
fait pour les populations des villes. Et si vous voulez bien m'iionorer de vos suf- 
frages, je vous promets que je m'emploierai au redressement de toutes ces iniquités, 
comme à celles résultant d'une foule d'autres points qui nous regardent, et à la 
défense des principes sociaux qui pourront avoir besoin d'appui dans ce passage 
de l'ordre ancien à l'ordre nouveau. 

Par exemple : de demander le remaniement et la subdivision des juridictions, 
pour rapprocher le juge du justiciable ^ et deux ou quatre assesseurs (1), pris dans 
la population du lieu, à lui associer en premier ressort, pour pouvoir prononcer 
comme jurés, eux, et lui, comme légiste, sur les faits et le procès, au civil 
comme de simple police ou de police correctionnelle, et expédier promplement 
les afïaires, sans écritures ni presque de plaidoiries ni de frais ; 

La diminulion et le remaniement des octrois à la porte des villes pour l'entrée 
de vos denrées ou pour ne pas surcharger les objets de consommation contre 
l'habitant pauvre; une très grande diminution, une abolition même de tous 
droits sur le sel, si la chose est possible; de même sur les cafés et sucres, sur 
les boissons, sur les fers, sur les houilles, sur les ports de lettres, sur tous les 
objets enfin de première nécessité du corps et de l'esprit; 

De demander ou d'appuyer les mesures les plus larges en faveur de l'agricul- 
ture, soit comme allocations de fonds, soit comme enseignements, productions 
et disiribulions délivres, fondations d'écoles, de fermes, d'institutions de crédit, 
de fêles, etc.; 

De défendre et de proléger en toutes circonstances les principes de la famille, 
(lu loyer domestique et de la propriété', comme principes primordiaux de toute 
société, et sans lesquels il n'y aurait plus ni société ni civilisation, mais barbarie. 

be perfeelionnemenl des voies de communication par chemins de fer étant 
un fiit ac(jnis anjourd'hui aux sociétés, que dès que le pays sera constitué, qu'il 
sera rassis de la secousse qu'il vient d'éprouver, et que l'état de nos finances le 



(1) De manière à former un tribunal do trois ou cinq juges. 



r- 617 — 



permettra (1), qu'une grande artère par un chemin de fer, partant de Cher- 
bourg, notre grand port militaire, et qui deviendra aussi commercial à présent 
que nous allons disposer de nous, qu'une grande artère, dis-je, partant de Clier- 
bourg et de Granville, et longeant toute la Normandie vers Paris ou les pontréps 
centrales du pays, avec des embranchements sur nos centres importants de po- 
pulation et courants d'alFaires, seront faits par l'État comme il en est lait au 
travers des autres provinces et départements ; du Nord, de l'Est et du Midi, ou 
c'est que la République, par une cause ou par une autre, ne ferait pas travailler 
aux chemins de fer. Car si elle y faisait travailler sur d'autres lignes, nous sau- 
rions bien, d'accord avec la députalion de notre belle province, faire respecter 
nos besoins. A la différence de cet ordre monarchique immoral et concussion- 
naire, et de ces députations énervées par épicuréisme et égoïsme qui viennent 
d'être renversés ; députations qui ne s'en occupaient pas ou presque pas, et qui, 
pour courir après des questions en l'air, des questions ronflantes et vides d'ap- 
plication, mises en avant par la presse bourgeoise et des charlatans politiques, 
passaient leur temps, épuisaient leurs forces pour des choses qui ne touchaient 
en rien à nos intérêts. Il faut enfin que la Normandie redevienne dans 14. granPP 

UNITÉ FRANÇAISE, LA NATION BRAVE, LA NATION SAVANTE, LA NATION MORALE, LA NATION 

PRATIQUE ET RAISONNABLE qu'elle EST EN RÉALITÉ, et qu'elle participe à toutes les fonc- 
tions et influences sociales dans le gouvernement et l'aiministration du pays ; aussi 
bien que les hommes et les intérêts des provitices du midi, qui les ont toutes ou 
presque toutes depuis deux cent cinquante ans, par l'ignorance et la trahison, 
contre les populations de l'agriculture, de la famille des Çapets! de cette fanjJUp 
de comtes, de bourgeois^ les Eudes, les Robert, les Hugues et tous Jeups succes.- 
seurs, qui n'avaient, depuis 800 ans comme il n'y en a encore que 20, pour affi- 
dés et protégés que la faction égoïste et orgueilleuse haute-bourgeoise et parli^ 
mentaire qui en sortait, de la hanse ou commerce de Paris par la rivière 4fi Seip^. 
C'est cette famille dynastique avec la faction haute-bourgeoise son acolyte, qui 
ont nps les pojDulations rurales et de l'agriculture sur |joute la surface fie ce 
grand pays de iîrance, les familles nobles comprises qui étaient des famille^ de 
la terre et de la vie rurale (car pour une grande partie des nobl<^s titres vivant 
dans des villes ou n'allant à la campagne l'été que pour )a forme cjaps des nifti- 
sons de campagne, et qui, il y a encore den?i jours, roulaient carrosses arnigrips 
dans les rues de Paris cl des grandes villes, ce sont des nobles de la fabrique des 
Bourbons qui n'ont cessé d'en fabriquer 4t'puis 1270), dans l'étal de déniinient 
et de malheur où elles sont depuis si longtemps, mais de plus en pWs aujouiv 
d'hui, auprès de l'aisance, de la dignité et des lumières qui caractérisent les po- 
pulations agricoles dans tous les autres états de l'Europe ! 

Eh 1 mes chers concitoyens, il n'y a pas besoin de s'occuper ni de se préoccu- 
per des Prétendants! Quand on saura, quand on sait que la fauiille, d ailleurs 
on ne peut plus ignorante à toutes les époques, des I^ourbons, (jue (jes Bourbons, 
de pères en fils, n'ont jamais eu d'affection que powr ^^^ jjourgeois, en génétvjj, 

(i) Il est même questin déjà de faire rentrer l'Etat dans la possession de tous les chemins de fer faits 
et à faire, afin d'avoir des occupations utiles à donner au peuple. Pans ce cas, 4e daoïauder que notre 
province §oit étudiée, et qu'il soit lait l^'availler sur la ligue de notre départemeul. 

I. I. • ~ ' ' 77 



— 618 — 



auxquels ils ressemblaient par leur ignorance de l'histoire et leur dégoût hérédi- 
taire pour toute lecture des choses sérieuses, et par le lien de la haute-bourgeoisie 
et de la Jianse de la Seine, et pour ses fils, sous le nom de légistes, procureurs et 
juqeailteurs éaoïstes et hautains de l'ancien parlement de Paris et des autres par- 
lements, qu'ils ne cessaient d'anoblir, comme si on pouvait faire des nobles, 
comme a dit de Maistre, qui seuls se font ! Qu'est-ce, chers concitoyens, qui au- 
rait assez peu de jugement pour venir proposer d'introniser Henri V, ce rejeton 
si incapable à l'imitation de ses pères, ou les fils de son parent, fils du roi ex- 
pulse? Si des impossibilit(^s rapprochées ou éloignées conduisaient à de pareilles 
propositions , c'est qu'il n'y aurait plus en France qu'une population pervertie 
en masse, une population sans amour ni esprit d'obéissance ni de modération, 
et alors ce ne serait plus de Prétendants qu'il s'agirait, mais d'une domination 
de l'étranger ! On ne peut pas admettre cela. 

Si vous m'honorez de vos suffrages, mes chers concitoyens, je vous promets de 
travailler de toutes mes forces à V accomplissement de ces divers points, comme 
à ceux qui touchent la nomination et les rapports si importants des curés des 
communes avec les habitants ; ceux de l'évéque avec le clergé inférieur et le 
gouvernement, par l'élection d'abord des curés et vicaires, parles fidèles, sur 
les indications et les renseignements paternels de l'évêque; et puis pour le choix 
de l'évêque lui-même, par les prêtres et la population du diocèse, comme dans 
la primitive église, et cela sur les renseignements moraux, de conseil et de concilia- 
tion du souverain pontife, pour le maintien de l'unité des dogmes et des prati- 
ques fondamentales du culte ; et de ceux du chef du pouvoir exécutif de la 
contrée, préfet ou autre, comme il convient à un peuple qui se gouverne lui-même, 
mais qui le fait par la paix, la raison et le bon lien de toutes choses, afin que 
Dieu soit avec lui. Les populations aujourd'hui meurent d'ennui aux offices dans 
les églises. Les exercices religieux ne sont plus que chose de plastique et banale; 
il faut que la vie, la science, l'amour charitable et la douce gaîté rentrent ou 
entrent dans le temple et dans l'assemblée religieuse des fidèles et du prêtre, 
par une bien plus grande liberté laissée au prêtre, et par un enseignement théo- 
logique qui embrasse les lois du monde physique comme celles du monde spi- 
rituel : qui embrasse toute la science sous les formes de la jDoésie et de la syn- 
thèse; à la différence de l'enseignement de l'école, qui l'enseigne, lui, sous les 
formes didactiques et scientifiques de l'analyse. Ce qui sera autrement nourris- 
sant de l'esprit que ces prédications, au style et au vide académique, des offices 
d'aujourd'hui. 

Les ports de Graiiville et de Cherbourg, ainsi que ceux de plusieurs de nos 
localités maritimes et nos havres, demandent des travaux et de grandes amélio- 
rations. Le dernier gouvernement en avait projeté. Ces travaux doivent être en- 
trepris ou repris là où il y a eu un commencement d'exécution, sauf les modifi- 
cations que l'ordre nouveau peut demander. J'insisterais pour cela si j'étais 
nommé, parce que c'est indispensable à la vie et aux progrès de notre contrée 
dans la civilisation. 

Quant à la forme à donner à notre gouvernement par la constitution attendue, 
de savoir s'il y aura une chambre unique avec une présidence, ou un comité 
directoire, de trois ou plus de membres, ou bien deux grands corps législatifs, 



— 619 — 



sous des noms divers, de sénat et de chambre ou conseil, avec présidence uni- 
que ou multiple aussi ; la fixation et division des départements ministériels et 
administratifs du pouvoir exécutif, la détermination du nombre d'années des 
législatures, les modes d'élection pour tous les ordres, et autres dispositions 
formant la constitution du pays, etc., vous me permettrez, mes chers conci- 
toyens, de m'abstenir d'émettre un sentiment dès aujourd'hui, sentiment qui ne 
peut être émis, d'ailleurs, comme bien on lèsent, sans témérité, que sur les 
grandes discussions et délibérations à I'Assemblée Nationale; que ces graves 
questions ne pourront manquer d'amener. 

Voilà, citoyens, très en abrégé un aperçu de ce que nous sommes et des heu- 
reuses conséquences à attendre pour nous, si nous conservons Dieu au milieu 
de nous, c'est-à-dire la bonne foi entre nous tous, dans l'institution du gouver- 
nement républicain. 

Les honorables négociants et armateurs de Granville, comme ceux du port 
de Cherbourg, les commerçants dans les affaires de la pêche maritime, ceux du 
cabotage sur toutes nos côtes et dans nos ports et havres, les marchands hon- 
nêtes et si estimables qui composent les bourgeoisies de nos petites villes, toutes 
empreintes et animées de l'esprit de la terre et de la culture, ont trop d'esprit 
pour prendre pour eux et elles, et après nous avoir lu, ce que nous avons été. à 
grand regret, obligé de dire contre la haute bourgeoisie en France, qui ne s'applique 
bien qu'à Paris et à quelques grands centres d'un mercantilisme exagéré et cor- 
rupteur. Mais mercantilisme qui, venant bien vite à perdre ce qu'il a d'usurpa- 
teur et de guindé par l'établissement du gouvernement du pays par le pays, 
laissera les citoyens qui l'exercent dans les positions naturelles de leurs localités 
et de leur activité, n'aura plus rien que de salutaire et d'honorable. Et alors le 
pays, les populations tout entières de ce grand pays de France, fraternellement 
liées et unes dans leurs diversités climatériques, ne craindront plus rien des 
peuples étrangers, peuples, d'ailleurs, qui seront très vite amenés à réformer ce 
qu'il peut y avoir de factice et d'injuste dans leurs propres institutions, à notre 
exemple. 

Telles sont, mes chers compatriotes^ et dans les termes, les choses que nous 
avons à attendre. La contribution de qu:r ante-cinq pour cent que vient de 'frap- 
per le gouvernement provisoire comme nous terminions cette profession de foi, 
nous a vivement affecté, car elle va frapper en plein sur notre population agri- 
cole, pauvre en général, et déjà très surchargée. Cette contribution ne portera, 
il est vrai, que sur la seule année 18/t8 : elle est due à l'état déplorable où le gou- 
vernement renversé a laissé nos finances. Mais c'est un motif, et j'appelle votre 
attention sur ce point, mes chers compatriotes, qu'il vous faut donner votre 
mandat, dans la si grave affaire des élections qui vont avoir lieu, à des hommes 
pratiques, instruits par la lecture de l'histoire ou V expérience. Normands par la 
naissance et par les sympathies, et non à de purs littérateurs étrangers qui ne 
connaissent ni nos intérêts ni nos besoins, et qui ne seraient peut-être, dans le 
cas actuel, que des idéologues dangereux. Il y aura, d'ailleurs, bien assez de lit- 
térateurs et d'auteurs à l'Assemblée attendue. Ce seront des hommes pratiques, 



— (520 — 

positifs et froids, comme nous, Normands de race franke et germanique, qui y 
manqueront le plus. 

Mes chers concitoyens , 

Salut et fraternité. 

BELLÉE, 

Avocat à la Cour d'appel de Paris , mais agriculteur de profession 
et de race d'agriculteurs depuis plus de huit cents ans, d'abord 
dans différents lieux de la Normandie, du Maine et de l'Anjou^ et 
aujourd'hui à Saint-Lô-d'Ourville, dans l'arrondissement de Valo- 
gne, depuis près de quatre cents ans. 



P. S. Pour ceux du système renversé qui portent ou se donnent ou ne se don- 
nent pas de particule, et qui, nous regardant comme un payscm, nous mépri- 
saient à ce litre (il y en a au moins un, mais nous le lui rendions !), parce qu'ils 
nous sentaient du cœur et quelque valeur dans l'esprit et qu'ils n'en ont pas, 
qui sd liupperaient avec nous dans la lutte électorale qui va avoir lieu, nous ré- 
potidrbns qUe, quelle que soit leur prétention à la noblesse, nous le sommes en- 
core plus qu'eux, bien plus anciennement qu'eux; que les manchons de notre 
chrtrrue qiië tions avons tant tenus, ne nous ont pas enlevé la dignité du caractère, 
les nobles sentiments de l'âme, l'esprit de loyauté, la décence, l'amour du bien 
et de nos semblables, et que dans toutes les grandes affaires, soit de pure che- 
valerie, soit pour là défense du territoire elThonneur de la France, nos ancêtres, 
du côté de notre père et de notre mère, y ont concouru. Nous en avions à la 
première croisade sous Robert Courte-lieuse, avec les Tancrèdes, ces émules pres- 
que d'Osirii et d'Hercule^ en Italie, en SicilCj en Grèce, et dont les descendants 
vivent encore aujourd'hui dans les Etats de Venise elle duché de Raguse; en 
Angleterre, avec Guillaume et ses successeurs, sous les noms aujourd'hui des 
IIay(1), des Foley, des Follett, sous ceux des Belay, des Bellai, etc. Qu'au siège 
de tJrida^ en 1660, deux des nôtres y périrent très bravement et glorieusement, 
conmie capitaine l'un, comme porte-enseigne l'autre, du régiment de cavalerie 
des gardes^ donné au vice-roi de Catalogne et de Barcelone , le comte d*Harcotiri, 
par «lélégation de l^ouis Xlll ; et puis enfin, ce qui vaut encore mieux, que nous 
avons (|Uelques idées sociales pratiques pour notre contrée dans la tête, et d'au- 
tres sur la constitution des sociétés, provenant de nos études, à exposer devant 
une Assemblée conslituanle de notre pays', au lieu des phrases banales et sanà 
portée ni vérité que nous avons entendues depuis tant d'années. 

(1) Les de La Haye (bupuius), de La Haye d'Aigneaux, les de Follet. 



Imprimerie de Guiraudet et Jouaust, rue Saint-Honoré, 315. 



pesi 



RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ. 



MiMFESTË DU COMITÉ ÉLECTORAI 



DE LA 



VILLE DE CHAUMONT. 



La République est proclamée, et son dra- 
peau flotte sur toute la France avec sa devise : 
Liberté, égalité, fraternilé. 

Honneur et gloire à ses trois couleurs. Dans 
quelques jours sera constituée cette représen- 
tation nationale, au sein de laquelle vont s'a- 
giter les destinées du pays. 

L'honneur de celte mission ne doit être 
confié qu'aux citoyens que recommandent 
leurs idées républicaines, leur profonde pro- 
bité et leur dévouement à la nation. 

Dans des circonstances aussi graves, tout 
bon Français doit se rallier franchement au- 
tour du drapeau de la République, et faire, 
sur l'hôtel de la patrie, le sacrifice de ses opi- 
nions et de son intérêt particulier. 

Pour donner une direction convenable aux 
élections prochaines, dont dépendent le bon- 
heur et la gloire de notre belle France, des 
citoyens de Chaumont, qu'unissent entr'eux 
de patriotiques sympathies, se sont constitués 
en comité électoral, à l'effet de choisir les sept 
Représentants sur lesquels doivent être ap- 
pelés les suffrages de tous les habitants du 
canton. 

Ils vous invitent donc à faire aussi, dans 



le même but, un comité aussi nombreux que 
possible dans vos cantons respectifs, et, au 
premier appel, chacun de ces comités devra 
envoyer au comité central, dont le siège est 
à Chaumont, trois délégués, avec la lisiedes 
représentants de son choix. 

Les droits de chacun de ces candidats se- 
ront discutésdans cette réunion préparatoire, 
oîi il sera faii choix parmi tous les candidats 
proposés, des sept noms sur lesquels tous les 
comités réunis devront appeler le suffrage 
universel. 

Un journal dont nous vous envoyons le 
premier numéro, vient d'être créé pour fa- 
voriser celte œuvre toute patriotique et la 
continuer. 

Le Comité électoral de Chaumont est con- 
vaincu que vous vous associerez à ses effoMS. 

Devant le colosse de la République, doi- 
vent se taire et disparaître bien loin les am- 
bitions personnelles et les ressentiments par- 
ticuliers. 

Le peuple français est aujourd'hui un peu- 
ple de frère, qui doit marcher comme un seul 
homme et n'avoir qu'une devise : DÉvouEMExr 
A LA. Patrie. 



VIVE LA RÉPUBLIQUE! 



— 623 «^ 



STATUTS. 



Art. l*"". 

Il est formé à Chaumont un comité élec- 
toral composé de MM. 

Le docteur Mougeot, maire de la villede Chau- 
mont, Président; 

Maitret, avoué, adjoint au maire, officier de 
la garde nationale; 

AuBRY, négociant, adjoint au maire et juge au 
tribunal de commeice; 

Grapotte, couvreur, officier de pompiers; 

Champonnois-Jourdain, négociant; 

Ragot, sculpteur, officier de pompiers; 

Caussin. directeur dcrécole primaire, officier 
de la garde nationale; 

Dyzac, sous-inspecteur des écoles primaires ; 

Db Boucueporn, banquier, officier de la garde 
nationale; 

Grandné. professeur au collège; 

Le docteur Châtelain, officier de la garde na- 
tionale; 

Périnot, contre-maître, officier de la garde 
nationale; 

LuNEL, négociant, juge au tribunal de com- 
merce, officier de la garde nationale^ 
Cbevry, notaire; 

MiON, président du tribunal de commerce ; 
De Coamblay, juge de paix ; 

Lbgrand, notaire, officier de la garde natio- 
nale; 



Max Devarenne, officier de la garde nationale ; 

FÉLIX Mougeot, docteur en médecine; 

PouGNY, juge, membre du conseil municipal ; 

Cavaniol, imprimeur; 

Simonnot jeune, négociant, officier de la garde 
nationale; 

Tréfousse, négociant; 

Charles Chappuis, négociant; 

Gabeur, membre du conseil municipal. 

Secrétaires : 

Merger, avocat; 
Sylvain Mollot, avocat. 

Art. 2. 

Le but de ce comité est de préparer les élec- 
tions sous l'influence des idées nouvelles, et 
d'envoyer à l'Assemblée des Représentants 
de la France les hommes qui donnent les plus 
grandes garanties. 

Art. 3. 



Pour obtenir ce résultat, le comité élec- 
toral de Chaumout se met en rapport avec 
les comités des cantons du départein ent, qui 
adresseront leur correspondance à MM. Mer- 
ger et S, Mollot, secrétaires du comité cen- 
tral, à l'hôtel-de-ville de Chaumont. 



Chaumont. — Imprimerie et lithographie de Charles CAVAmoL. 



Voir le Bien public^ du 14 mars i848. 



ttMB 

— uzS 1— 

PROFESSIOIV DE FOI 

ADRESSEE X TOUS LES ÉLECTEURS 

DU DÉPARTEMENT DE S£INË-£T-\IiIlNfi. 



■■ HJ OOOW II 



Messieubs, 

C'est avec une joie Téritable, que dans ce moment solennel, où chaque citoyen 
doit à son pays l'expression sincère de ses pensées, de ses sentiments et de ses 
opinions, je vais manifester hautement, devant tous, sans restrictions et sans 
crainte, mes principes politiques. 

Je suis républicain, non-seulement parce que je suis convaincu que la Répu- 
blique est en ce moment la seule forme de gouvernement possible en France; 
mais parce que le gouvernement de tous par tous au rrtoyen de l'élection est, selon 
moi, le plus conforme aux volontés de Dieu et à la dignité de l'homme. 

Républicain, non sans doute à la façon farouche et barbare des anciens Grecs 
et Romains, mais selon les mœurs douces, laborieuses et dévouées des nations 
chrétiennes. 

Républicain, comme le fut cet artisan sublime, du nom de Jésus, cet homme 
divin de Nazareth, qui, dédaignant la royauté, vécut au milieu du peuple et 
mourut pour l'humanité. 

Républicain, comme ses premiers disciples, qui, enflammés par ses paroles et 
n'ayant plus qu'une âme, mirent leurs biens en commun, supprimèrent entre 
eux la pauvreté, et voulurent sur la base divine fonder une république chrétienne 
universelle. 

Républicain, comme ces généreux martyrs du Christ qui, pleins d'une foi in- 
vincible aux droits sacrés de l'âme humaine, résistèrent, jusqu'au sang, aux 
tyrans de la conscience humaine. 

Républicain, enfin, comme un homme qui, comprenant la pensée de Dieu sur 
ce monde, voit avec admiration cette pensée se développer lentement , mais 
d'une façon irrésistible, dans la marche progressive des peuples vers les droits 
sacrés de la vie et la conquête précieuse de toutes les libertés naturelles. 

Depuis dix-huit siècles, en effet, le christianisme, qui a pour but la régénéra- 
tion de la terre, selon Vordre éternel, planait au-dessus des sociétés humaines, 
sans pouvoir y pénétrer; repoussé par les rois et leurs courtisans : la dernière 
victoire du peuple lui assure le triomphe. 

Liberté, égalité, fraternité! ces mots trois fois saints, sortis du divin Évangile 
et résumés de sa doctrine, ces mots vont se traduire en bienfaits pratiques pour 
le peuple , en institutions sociales pour tous , en puissance d'impulsion vers 
l'avenir. 

C'en est fait : le vieux monde païen est vaincu; il croule jusque dans ses der- 
niers débris ; le monde chrétien, jusqu'ici caché au fond des âmes, va paraître 



^ 624 — 



dans toute sa grandeift*.; à une société pleine de mensonge et de corruption, va 
succéder une société forte et vraie, fondée sur la justice : l'égoïsme avait tout 
perdu, la charité doit tout sauver. 

Pourquoi ne dirais-je pas ici toute ma pensée? la révolution qui s'accomplit 
en ce moment est sainte à mes yeux; échappée du cçeur enflammé d'un pape 
sincèrement - chrétien , comme une flamme d'amour , d'abord elle embrasa 
l'Italie, puis la Suisse, et enfin la Frange, foyer du dévouement, pays sympa- 
thique à tous les peuples, véritable missionnaire de Dieu. 

Ouel sublime spectacle! la haine est détruite, les barrières sont brisées, une 
même foi illumine les peuples, un même amour les transporte, un même but 
les attire; d'un bout du monde à l'autre, ils se tendent une main généreuse, ils 
s'appellent comme des amis et s'aiment comme des frères. Ah ! le doigt de Dieu 
est ici éclatant et visible, il se montre à tous les yeux. 

Gloire donc à toi, immortelle Révolution de 18/i8 1 gloire au peuple qui t'a 
faite! gloire à tous ceux qui te comprennent! Puissent les traîtres et les lâches, 
puissent les violents, ne pas compromettre bientôt tes sublimes espérances! 

La première Révolution, enfantée par les principes chrétiens, moins bien com- 
pris alors, trouva des obstacles presque insurmontables; aussi dut-elle faire 
d'héroïques efforts pour triompher : sa mission fut donc de détruire; la mission 
de la Révolution nouvelle est de construire. L'une, en frappant, niait tout un 
passé vieilli et corrompu; en épargnant, l'autre affirme un avenir saint et moral. 
Pleine de haine, celle-là aj^pelait à elle des démolisseurs audacieux, des nive- 
leurs impies; toute d'amour, celle-ci ne demande, au contraire, que des âmes 
élevées, des penseurs croyant», des architectes sages et inspirés. 

En effet, combien, d'institutions nouvelles à fonder, d'après ces simples prin- 
cipes : que Dieu est bon, que sa sagesse est infaillible, sa prévoyance universelle; 
que tous les hommes sont égaux devant lui et qu'ils ont tous un égal droit de 
vivre; que le globe, qu'il a donné au genre humain comme domaine, renferme 
des trésors inépuisables; que la terre peut aisément nourrir tous ses habitants si 
«Ile était convenablement cultivée; que la paix, la richesse et la joie ne man- 
quent à tous, que parce que le travail est sans ordre, la science sans principe, la 
politique sans foi, le pouvoir sans but et les gouvernements sans amour. 

Jetons les yeux autour de nous ; tout n'est-il pas à refaire ou à créer d'après les 
idées de justice et de prévoyance sociales? crèclies pour l'enfance; asiles pour la 
vieillesse; chaufj'oirs pour les voyageurs; écoles d'adultes, oiï la politique, t histoire 
et la morale soient enseignées; collèges agricoles avec fermes exemplaires; banques 
cantonales; ateliers nationaux; — constitution de la commune enfin, de façon à 
en faire une œuvre véritable, unitaire et vivante. 

La memlicilé, cette honte des sociétés chrétiennes, ne peut^elle être détruite 
par une organisation régulière de travaux utiles et variés, soit d'embellissements 
ou do propret('' dans chaque commune? La richesse elle-même ne peut-elle être 
aiigmcnlij; |)ar hr desséeheinent des marais, par le défrichement des landes et le 
rehoiM>ment des montagnes; par une exploitation mieux entendue des mines et 
di's carrières; par une agriculture plus savante? 

bans doute, un impôt nécessaire et progressif sera établi sur le superflu, 
c'eat-^dire «ur lu luxe et les grands revenus; mais, ce que le travail uni à la 



— 625 



science aura créé , Vassociatîon ne peut-elle le conserver, et, en le distribuant 
équitablement, le multiplier au centuple? 

Que deviendra V armée, qui coûte par année à la France /lOO millions? Ne peut- 
elle, par un labeur utile, par des œuvres grandioses et nationales, couvrir au 
moins sa dépense; jusqu'au jour, où un congrès européen, arbitre suprême des 
nations, rendant la guerre impossible, la transformera, cbez tous les peuples, en 
armées véritablement industrielles ? 

: Coûibien de questions semblables, et de plus ardentes encore, l'Asiâmblée 
constituante aura-t-elle à résoudre? et combien d'autres, incomprises en ce mo- 
ment, que le temps fera surgir? Car le problème social que la France va aborder 
est plus profond qu'on ne pense, plus grand qu'il n'apparaît, plus divin que la 
foule elle-même ne le croit. 

Le peuple, jusqu'à ce jour esclave, c'est f humanité même, affranchie successi- 
vement par la parole du Christ. Le problème nouveau est donc le problème de 
la vie humaine tout entière, tel qu'il a été posé par Dieu, il y a six mille ans, de- 
vant le premier homme, qui succomba à l'épreuve; problème que le Sauveur du 
monde a replacé devant le genre humain déchu, en le résolvant dans sa mysté- 
rieuse personne. ■ 09 

Gomme le Christ, en effet, l'homme, dont l'origine vient du Ciel, naît pauvVe 
sur la terre ; la société n'est pour lui qu'une étable ; il trouve à peine où reposer 
sa tête; son travail est un labeur pénible; sa vie est une longue souflVance, une 
agonie semblable à celle du Golgotha; mais, comme celui qui s'est appelé le tits 
de rhomme, il attend la résurrection divine, afin de rentrer glorieux dans les 
droits de la vie; il attend, calme et résigné, que l'esprit divin descende sur son 
front abattu pour parler et agir ; alors il sera fort, alors il sera Roi. 

Déjà l'union se fait entre le peuple et le culte, entre la liberté et la foi, entre te 
ciel et la terre; laissez grandir l'œuvre de Dieu, elle expliquera bien des mystères, 
elle fera naître bien des forces inconnues, elle développera bien des merveilles^ 
niées par la vieille science. 

Devant la grandeur de cette épopée sublime, tout individu est petit ; aussi 
n'est-ce qu'avec une profonde défiance de moi-même et après mille hésitations, 
que je me suis résolu à me poser comme candidat à la députation dans mon 
propre pays. '• 

Cependant, si une vie calme et sérieuse, pure de tout alliage avec les gouVei^i 
nements passés ; si vingt années d'étude employées à méditer jour et nuit tous \o9 
graves problèmes que le siècle doit résoudre, sous peine de mort; si des senti- 
ments républicains, fondés sur une foi sincère, et éprouvés tl'ailleurs par le 
temps; si une indépendance de caractère, qui va jusqu'au mépris de toute po- 
sition, obtenue par l'intrigue, même la plus innocente, peut me mériWr vos su^ 
frages, comptez sur moi, je ne trahirai jamais vos espérances. 

Dieu et le Peuple, voilà pour la France; — Dieu et l'humanité, voilà pour le 
monde toute ma profession de foi politique. 

Victor CALLAND, 

De la commune de Jouarre, arrondissement de Meaux, département â.; Soin«-«t-Maroe 



Paris. — Itup. de Lacrampe el Ferliaux, rue Dainiene, 2. 



I. I 



— 626 — 



HIPPOLYTE DUSSARD 



AUX 



CITOYENS ÉLECTEURS DU DÉPARTEMENT DES BOUCHES DURHONE 



Citoyens, 

Je viens vous demander vos suffrages. 

La vie d'un homme de 48 ans est la plus sûre des professions de foi. Voici mes 
titres à l'honneur de vous représenter : 

J'ai commencé ma carrière dans le génie militaire comme enrôlé volontaire 
en 1815. 

En 1830, j'ai été, avec Carrel, l'un des signataires de la protestation des jour- 
nalistes contre les ordonnances; ce fut le signal de la révolution. Les ateliers du 
faubourg Saint-Antoine, celui de Pihet, entre autres, ont souvenir de ma visite 
en ces jours d'émotion. J'ai eu le bonheur de donner par là de nombreux soldats 
aux barricades. Dix jours après, mes amis et moi nous étions de nouveau les 
ennemis de l'ordre de choses. 

En 1832, j'ai cru le jour de la République arrivé Dix-huit mois passés en 

Angleterre ont expié mon erreur de date. 

En 1834, Godefroy Cavaignac, notre malheureux ami, m'a choisi pour le 
défendre devant la Cour des Pairs. 

En 18/j8, j'ai fait mon devoir. Après la victoire, j'ai été chargé par le Gouver- 
nement provisoire de rassembler des combattants des trois jours, et d'aller avec 
eux réprimer les délits commis sur les chemins de fer de Saint-Germain et de 
Rouen; mission glorieuse, car elle a montré aux populations alarmées que les 
enfants de Paris, infatigables autant que dévoués, sont prêts à défendre les lois 
de la Société, de quelque part que viennent les attaques. Le premier drapeau de 
la République a été déployé pour l'ordre et la sécurité publique. 

J'ai fait des questions d'économie sociale, d'administration et de travaux pu- 
blics l'étude de ma vie entière. J'ai été rédacteur du Temps, du National, d« la 
Revue Républicaine, fondée en 1833 et tuée par l'arbitraire de l'ancien gouverne- 
ment, de la Revue du Progrès, fondée par Louis Blanc, et du Journal de&Econo- 
misies, que j'ai dirigé deux années. 

J'ai dirigé l'cxploitalion du chemin de fer de Rouen pendant deux ans et demi, 
et j'espère y avoir conservé des amis. 

J ai créé à Ivry-sur-Seine une tannerie basée sur un principe nouveau et au- 
jourd'hui en exploitation. 

Enfin, je suis personnellement connu de tous les citoyens membres du Gou- 
vernement provisoire, et je m'honore de l'amitié de quelques-uns d'entre eux, et 



627 — 



de la plupart des hommes qui ont donné le plus de gages à la République. Qu'il 
me soit permis de citer parmi eux les citoyens Arago, Marrast, Flocon, Louis 
Blanc, Audry de Puyraveau, Bastide, Guinard, Recurl, Bûchez, Thomas (du 
National), Etienne et Emmanuel Arago, Flotard, Chevalon, Trélat ; noire vie 
politique a été commune. C'est là mon plus beau titre. 

Mais la politique est le moyen ; le but, cesl V amélioration morale et matérielle 
du plus f/rand nombre, la participation de tous aux bienfaits et aux résultats de la 
civilisation. L'économie sociale est devenue la science de l'homme d'Etat ; à mes 
titres politiques, souffrez donc que j'ajoute une exposition de jirincipes. Je serai 
court. 

Les révolutions rendent les esprits positifs; vous voulez des résultats, peu de 
paroles. 
Les souffrances sont réelles ; les remèdes doivent être prompts. 
La production qui crée excède toujours, prise en masse, la consommation qui 
détruit. 

Chaque année laisse donc un excédant en réserve. 

C'est cette réserve qui forme la richesse, la propriété, le travail accumulé, le 
Capital, en un mot. 
Il en résulte : 

Que tout Citoyen a le droit de vivre en travaillant. 

Que tout Travailleur a droit au repos, quand il ne peut plus travailler et qu'il 
a rempli sa tâche. 

Les paresseux, les lâches, les débauchés sont seuls hors de ce droit commun. 
Ce droit, qu'on appelle aujourd'hui le Droit au travail, n'est pas nouveau; il 
est écrit chez tous les publicistes. 

Si vous m'accordez vos suffrages, je provoquerai toutes les lois, toutes les me- 
sures qui auront pour base ces principes proclamés, dès le 2/i. février, par le 
Gouvernement provisoire. 

La tâche me paraît moins difficile qu'on ne pense. Je déclare, toutefois, que je 
ne chercherai la solution du problème ni dans la charité légale, comme en An- 
gleterre, ni dans l'absorption de la liberté individuelle, comme en Egypte et chez 
les abeilles, ni dans la communauté de la propriété, comme en certains esprits. 
La propriété est le fruit du travail, elle est sacrée; à l'impôt seul appartient le 
droit de l'atteindre, et dans ce droit se trouve le remède aux erreurs de la distri- 
bution ; une répartition plus équitable des charges publiques est donc le premier 
devoir de vos représentants. 

Après la constitution de la République, basée sur la déclaration des droits de 
l'homme et sur le vote universel, je demanderai comme d'urgence : 

La révision de l'assiette de l'impôt foncier et des patentes, afin d'arriver au 
soulagement des plus pauvres ; 

Le remplacement de l'impôt dit octroi, impôt odieux, de perception chère et 
difficile. Chaque famille paye à l'octroi, sur sa viande, son vin, son bois, 170 francs 
par an ; elle payerait kllO francs si elle consommait ce qui ne serait encore que le 
plus strict nécessaire ! 

La suppression de l'exercice et du droit de circulation ; 

La révision des droits de douane pour arriver à la vie à bon marché, et par là 



— 628 — 



aux salaires élevés, conséquence nécessaire de l'accroissement du bien-être général 
et de la stabilité du travail ; 

L'élargissement de l'action de la Banque de France, qui ne prête qu'aux riches, 
et la fondation d'institutions de crédit directement utiles à la production, au risque 
de quelques pertes partielles, amplement compensées par l'activité donnée au 
travail général el en particulier au travail agricole qui produit peu à beaucoup de 
frais, et que dévore l'usure ; 

La révision du système hypothécaire qui ruine tout ce qui le touche, et para- 
lyse 14 milliards de la richesse publique, qui devraient être mis dans la circu- 
lation ; 

L'abolition de 1 impôt du sel ; 

La réforme postale, radicale, complète. Le droit de poste n'est pas un impôt, 
c'est le prix d'un service. L'Etat outrepasse son droit lorsqu'il en fait un revenu. 

Voilà les premières mesures que je réclamerais pour l'amélioration matérielle 
du plus grand nombre. Elles créeraient du travail stable, durable, constant. 
L'organisation serait alors prodigieusement simplifiée. 

Quant aux améliorations morales et politiques, ai-je besoin de les énumérer? 
Elles sont écrites sur le drapeau de la République : Liberté, Égalité, Fraternité. 

La Liberté dans la presse, dans l'association, dans les cultes, dans la disposition 
du fruit de son travail. 

h'Egatité dans les droits, une responsabilité et des devoirs plus grands dans les 
hommes appelés à la tête de la nation, la participation de tous aux bienfaits de 
l'instruction. 

La Fraternité dans tous les actes de la vie sociale, le dévoùment de tous pour 
chacun et de chacun pour tous ; l'éducation basée sur cette sainte doctrine. 

Mais je m'arrête. Énumérer toutes les améliorations que j'attends de la Répu- 
blique serait trop long. Il y a vingt-cinq ans que je les compte. Je vais au plus 
pressé. A chaque jour sa tâche. 

HippoLYTE DUSSARD, 

Ancien chef d'industrie à Marseille. 




Marseille. — Imprimerie Nationale. — Association d'ouvriers. 
PiLLàNDE, quai de Gouti, 9. 



^6» — 



AUX HABITANTS 



DU 



Département de l'Oise. 



CITOYENS, 

Une Assemblée Nationale va donner à la France une constitution : sans me 
dissimuler la gravité des questions qui vont être soulevées, je me présente à 
vous, et vous demande l'honneur d'être l'un des dix représentants du départe- 
ment de l'Oise. — Voici ma pensée politique. 

Liberté, Egalité, Fraternité. — Abolition de la peine de mort en matière po- 
litique. -«- Respect aux propriétés. 

Que la souveraineté du Peuple, exercée périodiquement par des élections uni- 
verselles, soit la base de notre droit public. L'universalité des citoyens est seule 
incorruptible; si elle se trompe, son erreur est de courte durée, parce que les 
mille voix de la presse l'éclairent et qu'elle n'a pas d'intérêt à se tromper. 

La royauté est , ou despotique, ou corruptrice ; plus de royauté ! mais le Gou- 
vernement de la Nation par la Nation, c'est-à-dire une République glorieuse et 
forte. 

Je veux l'incompatibilité absolue entre la qualité de représentant du Peuple 
et toute charge publique; le représentant du Peuple doit à la Nation tout son 
temps et toutes ses facultés; d'ailleurs, lui permettre d'autres fonctions serait le 
rendre dépendant du pouvoir. 

Plus de sinécures, de cumuls d'emplois ; que les fonctions publiques soient 
confiées aux plus capables sous le contrôle de jurys nationaux. 

Que les impôts frappent surtout le luxe et les grandes fortunes pour épargner 
la subsistance du pauvre. 

Que le travail et le salaire soient plus équittablement répartis : vivre en tra- 
vaillant est le plus sacré des droits ; ainsi pourra régner parmi nous la frater- 
nité. Je sais que pour obtenir ces heureux résultats il faudra surmonter de 
grandes diffficultés, mais le courage ne doit manquer à personne pour améliorer 
le sort des travailleurs nécessiteux. 

Les productions de l'industrie manquent souvent de consommateurs ; celles 
du sol n'en manquent jamais : honneur donc à l'Agriculture, c'est elle qu'il faut 
améliorer et encourager parce que ses produits sont la nourriture du Peuple. 

Citoyens, si vous m'honorez de vos suffrages, comptez sur mon dévouement 
énergique à la liberté çt à la prospérité publiques. 

DESCANDILLAG, 

Ancien avocat à Sentis, avocat à la Cour d'Appel de Paris. 



Paris, Imprimerie de Poussielgue, rue du Croissant 12. 



^ 630 ^ 

AUX ÉLECTEURS 

DU 

DÉPARTEMENT DE SEINE-ET-OISE. 



CHERS CONCITOYENS, 

L'examen de la vie et des principes de tout homme qui aspire à l'honneur de 
vous représenter vous appartient. 

A vous le droit de le juger, à lui le devoir de vous mettre à même de le faire. 

C'est ce devoir que je viens vous demander la permission d'accomplir. 

J'ai déjà fait connaître en peu de mots comment se résume, pour moi, la po- 
sition actuelle, je vous dois aujourd'hui un compte plus détaillé : 

D'abord ma vie passé : — J'avais appris de bonne heure comment on sert la 
patrie, mon père était mort pour elle; fort jeune, j'entrai dans les rangs de l'ar- 
mée, j'y servis pendant dix ans ; le 2/i juillet 1830 je donnais ma démission, le 
1" août je me hâtai de rejoindre mon régiment. Les chances de grande guerre 
avant disparu en 1832, je crus que le temps était passé de servir son pays par les 
armes, qu'il pouvait y avoir une autre manière de lui être utile. 

Dès lors, par mes études que j'oserai dire sérieuses, je m'efforçai de me rendre 
digne de la confiance de mes concitoyens. Baser sur leurs suffrages une carrière 
que je voulais leur consacrer, a toujours été et est encore le seul but de mon 
ambition. 

Si, dans mes diverses candidatures, je n'ai point eu de succès à enregistrer, 
grâce à Dieu, je n'ai pas eu à rougir de mes défaites, je puis me présenter à vous 
le front haut. Si, pendant quatre élections successives, j*ai lutté en face contre 
le candidat appuyé par le pouvoir, c'est qu'avant tout je voulais soutenir les 
droits de l'indépendance dans l'élection et dans la représentation du pays. Ja- 
mais je n'ai fait d'appel aux passions, aux partis, à l'intérêt individuel; le seul 
appui que j'aie jamais cherché a été celui que je pouvais trouver dans des con- 
victions sympathiques qui s'unissaient à moi dans une vue commune, impartiale, 
des intérêts généraux du pays, qui, comme moi, comprenaient sa dignité, et 
voulaient avec moi assurer l'honnêteté, la sincérité, la vérité du régime repré- 
sentatif. Maintenant, quels étaient mes principes en fait de gouvernement? 

« Voir mon pays jouir d'un gouvernement qui, en assurant des garanties à 
» tous, laissât à chacun la plus yrande tiberté d'action individuelle possible , ap- 
» peint peu à peu tous les citoyens^ en proportion de leur progrès intellectuels et 
» moraux, et dans les conditions d'ordre imposées par l'intérêt général, à la di- 
» rection des affaires publiques, tel a toujours été mon vœu le plus cher (1). » 
Voilà ce que j'écrivais en 1842. Je n'ai point la prétention d'être un Républicain 
de la veille; ce gouvernement de tous par tous que j'indiquais, je le comprenais 
alors avec la forme monarchique; il est arrivé aujourd'hui dans sa forme la plus 
complète, la plus absolue; à nous, mes chers concitoyens, de prouver par notre 

(1) Circulaire adressée aux électeurs de l'arrondissemenl de Maoles, en 1842. 



— 63< -= 



union, notre sagesse, qu'il est en harmonie avec les progrès sociaux. 

Nous l'avons déjà dit, une seule royauté est maintenant possible, celle du 
peuple, le gouvernement des citoyens par les citoyens, de la nation par la na- 
tion. — Organiser, constituer ce gouvernement, telle est la grave et imposante 
mission de l'Assemblée que vous avez à élire. 

Une Constitution ne se fait pas avec de vagues théories; sous peine de bientôt 
périr, elle doit se baser sur les faits sociaux ; constituer, c'est lier ensemble les 
parties d'un tout , les organiser sans omettre aucun de leurs éléments ; c'est 
comprendre tous les besoins, répondre à tous les intérêts; si la Constitution en 
oublie quelques-uns, bientôt ces intérêts, ces besoins se font jour et préparent 
sa ruine. 

Deux grandes institutions forment la base essentielle de notre société, en éta- 
bissent le caractère distinctif : la propriété, ou l'application du moi à la posses- 
sion du sol, et le mariage ou l'organisation de la famille. 

Viennent ensuite deux grands besoins de l'homme et de la société : la liberté, 
qui seul en fait un être moral ; ïordre, sans lequel toute société est condamné à 
périr. 

Lorsque l'homme donne le spectacle de l'ordre dans la liberté, c'est alors sur- 
tout qu'il accomplit les vues de son créateur et s'élève à toute la dignité de son 
être. 

S'appuyant sur ces deux grands faits, la propriété, la famille; sur ces besoins, 
la liberté et l'ordre, quelles sont les formes que, suivant moi, doit adopter la 
Constitution? 

Ici les leçons fournies par l'expérience et l'histoire doivent nous servir de 
guides. 

Pour ma part, voici les principes auxquels je me rattacherais. 

Large représentation basée sur l'universalité des suffrages, pluralité dans le 
corps délibérant ou deux chambres, sortant également de l'élection, unité dans 
le pouvoir exécutif. 

Deux chambres , toutes deux électives , parce qu'une seule assemblée n'est 
qu'une force entraînée par sa propre action, aboutissant infailliblement au des- 
potisme ou à l'anarchie. 

Deux chambres ralentissent la marche des formes législatives, donnent plus 
de maturité aux décisions; mutuellement elles se servent de contrôle. 

Par leur mode de renouvellement elles répondent à deux conditions; l'une 
des deux chambres, renouvelée intégralement et à de courtes périodes, est l'ex- 
pression vivante de la société, l'expression de ce mouvement qui pousse toujours 
en avant; l'autre, renouvelée par tiers ou par quarts, répond également à cet 
autre besoin qu'on appelle esprit de tradition. 

Quant au pouvoir exécutif, c'est dans l'unité qu'il peut trouver seulement 
l'énergie et la rapidité indispensables à l'organe de la loi. Ainsi donc un magis- 
trat suprême, sous le nom de président, élu pour un temps égal au moins à la 
durée de deux législatures. 

Tel est, en termes très-généraux, le mode qui me semble le plus propre à 
servir d'organe à la souveraineté nationale, à faire sortir de la combinaison de» 
pouvoirs législatifs ce que j'appellerai la raison nationale. 



639 



C'est alors que les institutions démocratiques pourront se dévelop per dans 
toute leur force et leur puissance. 

Par \e droit conféré à tous, vous relevez chaque citoyen à ses propres yeux; 
par le sentiment de dignité attaché au droit, vous faites pénétrer dans les masses 
le sentiment du devoir. ,/'{ ,^j. 

Par l'action active de toutes les libertés, par les rapports nombreux créés par 
les élections, les associations, les assemblées publiques, vos mœurs acquerront 
plus de vigueur, de franchise, de virilité; tout homme qui aspirera à sortir de 
la foule devra toujours être prêt à comparaître au tribunal de l'opinion pu- 
blique. 

Enfin , d'une représentation véritable et complète expression de la sagesse du 
pays, nous devons espérer les améliorations, les réformes salutaires que nous 
sommes en droit d'attendre, ainsi que la solution, dans les limites du juste et 
du possible, des problèmes que l'économie sociale laisse encore à résoudre. 

Ainsi, instruction gratuite largement départie qui, dès l'enfance, éveille dans 
l'homme l'intelligence de ses droits et de ses devoirs; organisation d'un ensei- 
gnement professionnel répondant plus directement que l'enseignement pure- 
ment classique aux besoins de l'agriculture et des autres industries. 

Allégement des charges publiques par une sévère économie et la simplifica- 
tion de certains rouages. 

Tout en conservant dans sa force la centralisation gouvernementale, relâcher 
les liens qui étreignent la Commune , lui rendre plus d'initiative, plus de vie. 

Répartition de l'impôt telle que, sans toucher à la richesse et au crédit pu- 
blics dan^lçyfs sources, il pèse de la manière la moins onéreuse sur les ql^s^es 
pauvres. ' ^.,j^;,. 

Effacer de nos règlements fiscaux toutes ces mesures vexatoires qui doublent 
en quelque sorte les charges par l'irritation qu'elles causent. 
,, travailler enfin sincèrement et efficacement à l'amélioration delà condition 
physique et morale des classes ouvrières. 

Rechercher la répartition la plus équitable des produits du tiavail entre les 
divers éléanents qui concourent à leur création. 

Donner un essor vigoureux à l'agriculture par des institutions de crédit, par 
un enseignement éclairé; enfin, en procurant de nouveaux débouchés à ses 
])ro(luils. Telle est une partie des vœux à la réalisation desquels je serais heureux 
et fier d'employer tout ce que je puis avoir de force et d'intelligence. 

Puisse la Franco loucher enfin au port, puisse-t-elle trouver dans l'union, 
l'énergie, la sagesse de ses enfants, une force qu'elle chercherait en vain hors 
d'elle-même; puisse notre jeune République, forte par sa justice envers tous, 
répondant à tous les besoins, soulageant toutes les souifrances, sélancer pure et 
radieuse vers un avenir marqué par le bonheur de notre chère patrie ! ■*4 

S'associer à une telle œuvre, soldat obscur, combattre aux premiers rangs 
pour une si noble cause, serait pour moi un honneur insigne; le devoir à vos 
suffrages serait pour moi l'objet d'une éternelle reconnaissance. 
U; Agréez, mes chers concitoyens , l'assurance de mon entier et fraternel dé- 

vouem ent Napoléon GOLBERT. 

Typ. de Ploa frères, rue de Yaugirard, 36. 



P^mm — Imp. Lâcoujei et Ce, me SouClot) 16. 



— 633-. 



RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 



HEPRÉSEKTATION MTIONALË. 



Citoyens , 

La République est proclamée ! la France^va se donner une Constitution. Pour 
la quatrième fois depuis soixante ans , la monarchie vient de s'écrouler. Après 
une telle expérience , qui serait assez téméraire pour croire encore à l'efficacité 
du principe d'ordre qui avait rallié jusqu'ici tant de partisans autour du trône? 
Puisque la monarchie semble destinée à nous donner tous les quinze ans le spec- 
tacle d'une nouvelle commotion sociale, d'une révolution qui vient remettre en 
question tous les intérêts de la société ; puisqu'au lieu d'une garantie de calme 
et de force, la monarchie devient périodiquement urje occasion de discorde et de 
guerre civile, il faut le reconnaître, la monarchie n'est jilus possible; le salut, 
la gloire , la prospérité de la France , sont désormais dans l'avenir de notre Ré- 
publique. 

Nous devons donc tous aujourd'hui, par patriotisme, par devoir, par intérêt 
bien entendu des besoins du pays, nous rallier franchement au Gouvernement 
républicain. C'est la République qui est aujourd'hui le principe de l'ordre , la 
source de la puissance nationale; après la République, il n'y a plus que les abî- 
mes, que la guerre civile, que la désorganisation. C'est là le danger qui a réuni 
en un seul tous les partis, qui a fait de tous les citoyens des républicains d'au- 
tant plus sincères, qu'ils étaient plus dévoués à leur pays et plus intelligents de 
ses véritables intérêts. C'est là le sentiment qui a animé la Garde Nationale de 
Paris, qui a rétabli l'ordre après la victoire; c'est la nécessité que j'ai comprise 
dès les premiers moments de la Révolution ; c'est le motif qui, dès le 26 février, 
m'a fait proclamer la République dans les neuf communes du^canton de Mois- 
selles, dont je suis le commandant (l). 

(i) Proclamation adressée par M. Giraudeau h tous les capitaines de la Garde nationale, et affichée 
dans les communes. 

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 
GARDE NATIONALE DU CANTON DE MOISSELLES, 

Citoyens ! 
Le gouvernement qui avait renié son origine populaire vient d'être renversé par l'héroïjme du Peuple, 



T. h 79 



634 



De toutes les formes de gouvernement, la R 'publique d'ailleurs, est celle qui 
se prête le mieux à toutes les réformes et à tous les besoins de la civilisation 
moderne et au gouvernement du peuple par le peuple ; c'est donc encore, à ce 
point de vue, le Gouvernement qui doit nous mettre le plus à l'abri des convul- 
sions politiques. 

Mais pour que le gouvernement républicain ^'éalise l'espqir que nous mettons 
en lui, il faut qu'il soit fort et respecté ; c'est à nous de le rendre puissant par 
notre adhésion , afin qu'il soit modéré; voilà pourquoi, sincèrement dévoué à la 
République.', je viens solliciter l'honneur de vous représenter à l'Assemblée na- 
tionale, afin d'y soutenir les droits sacrés qui sont la base essentielle de toute 
société , le respect de la propriété, l'amour de la famille , la dignité de l'homme 
et l'indépendance de la Patrie. 

Déjà le Gouvernement a posé les principes de la conduite qu'il veut tenir; tout 
le monde , en France , a applaudi à l'abolition de la peine de mort en matière 
politique; il est animé du désir de donner du travail à tous ; il ne faut plus que 
le soi^tenir dans cette voie. Où siégeaient les privilégiés du Luxembourg , sont 
assis aujourd'hui les délégués des Ouvriers chargés de réglementer l'organisation 
du travail. Ce premier progrès nous en promet d'autres. 

Les ouvriers des villes ne sont pas ceux qui souffrent le plus. N'est-il pas 
urgent d'améliorer le sort des travailleurs des campagnes ? Les hommes jeunes 
et vigoureux, ne trouvant pas une rémunération suffisante à cultiver la terre, 
vont dans les villes , où le bien-être est mieux assuré et le salaire plus élevé Le 
premier soin de l'Assemblée nationale devra donc être d'améliorer le sort des 
habitants des campagnes ; car c'est dans leur sein que résident la force et l'ave- 
nir de la France , et que se sont recrutées nos armées qui ont vaincu le monde. 
11 faut, dans l'intérêt de l'ordre et de la liberté, erppêcher l'émigration des cam- 
pagnes au profit des villes, rendre à l'agriculture les bras et l'intelligence qui lui 
manquent, et qui surabondent dans les villes. 

11 faut se préparer pacifiquement à l'organisation sociale de toute la France, 
Les communes doivent être émancipées, et devenir un jour comme le foyer 
d'une grande famille , où chaque enfant devra trouver du travail et des secours 



uni h. la Garde nationale de Taris ! La victoire n'a été souillée par aucune réaction contre les personnes 
ou les propriétés. Que tous les (Citoyens imitent ce noljle exemple ! Saluons tous avec enthousiasme l'ère 
républicaine qui luit sur la iMauce. Prêtons- lui notre concours moral, accueillons dans nos rangs tous 
1«8 Citoyens qui veulent y entrer, mettons à la disposition de la libcité et de la sécurité publique toutes 
les forces dont nous disposons, et crions d'une voix unanime : VIVE LA REPUBLIQUE ! 

Le commaridaBt du bataillon de la Garde nationale des Communes 
d'Atlainville , de Baillet , de BoufTémont, de Domont, de Maf- 
fliers, de Moisselles, de Monsoult, de Vilaine et de Villers-le- 
Sec. 

J. GIRAUDEAU DE St-GERVAIS, à Bouffémont. 

REVUE. — Les 2 et 3 mars, M. Giraudcau passa une revue des Gardes Nationaux de chaque com- 
mune, et un procès-verbal si^né jtar tous les Capitaines a été adressé au Commissaire délégué du Gou- 
vernemem provisoire à Versailles cl un duplicata au Ministre de l'Intérieur. 



^ 635 — 



en cas de maladies, tandis que maintenant les mairies des campagnes ne sont 
que des bureaux d'enregistrement de l'état civil. 

Voilà, Messieurs et chers Concitoyens, une partie des bienfaits que nous avons 
le droit d'attendre du Gouvernement républicain. Veiller au maintien de l'ordre 
pour s'assurer du crédit public, travailler à augmenter le bien-être du peuple, 
faire respecter la propriété et tous les droits acquis, assurer l'indépendance de 
la France au-dehors , et sa liberté ?:u-dedans, voilà les engagements que je 
prends en sollicitant l'hotlheur de Vous représenter ; voilà , je crois , ce que vous 
devez exigez de vos représentants. 

J. GIRAUDEAU DE St-GERVAIS, 

Docteur en médecine, 
Commandant du bataillon cantonnai de Moisseltes [Seine-Oise) , 

Rue Richer, N« 6,à Paris. 



COMITÉ ÉLECTORAL. 

Il doit se former dans chaque commune un Comité pour faire inscrire tous 
les Citoyens appelés à voter et pour éclairer les Electeurs sur le mérite des candi- 
dats qui se présentent; tous les efibrts doivent tendre à choisir coux qui peu- 
vent présenter le plus de garanties à la République pour l'ordre et la liberté. 

Paris. — Imprimerie centrale de Chemins de Fer, de NAPOLEON CHAIX et Gie, 
rue Bergère, 8, près le boulevart Montmartre. 



AVIS 

AtX MENriSIERS m BATIMENTS. 

Les ouvriers menuisiers sont invités à se rendre Cour du Louvre. Dimanche 
prochain 12 mars, à heures du matin, à l'ellet de recevoir communication des 
travaux de leurs délégués , et protester contre les nommés Legros, Grimoult , et 
LasallCy comme usurpant leur nomination. 

Les Délégués desA2 arrondssscmcuts, 
JouRDAN, Arnotjlt, Ménestrier, Mazerot, Lallemem, Bernard, 
Derrey, Benoit, Aubrf:e, Godin, Biajioinm, Coullié. 



imp. de Cosse et J. Dumaine, rue Christine, 2. 



— 636^ 



AUX ELECTEURS 



DD 



Département de la Charente. 



Citoyens, 

Comme le législateur d'une République des temps anciens, je pense que tout 
citoyen doit prendre part aux débats publics pendant les crises politiques ; je 
viens donc me présenter à la lutte et vous offrir d'aller défendre vos intérêts à 
la grande assemblée nationale, à la composition de laquelle vous allez con- 
courir. 

Pour vous mettre à même d'apprécier ce que vous pourrez espérer de mon 
dévouement, je ne crois pouvoir mieux faire que de remettre sous vos yeux ce 
que j'imprimais, il y a 16 ans, pour repousser une odieuse calomnie dont j'avais 
élé l'objet. 

Vous y verrez que mes sentiments républicains sont anciens et profonds. 

Lisez , et remarquez que pas une voix ne s'est élevée pour contredire une 
seule de mes assertions. 

« Aux habitants de la TlUe et de rarrondlMMenient de Rnffee. 



« Mes chers Concitoyens , 

. Je suis né à Ruffec- que je quittai à 18 ans ; depuis cette époque , j'y ai 
« fait de fréquents et longs séjours. Que celui qui a à se plaindre de moi , 
« ou à qui je n'ai pas rendu service quand il me la demandé et que je l'ai pu, 
y se lève pour le dire. 

« Lors de le fondation de l'Empire, j'étais à l'Ecole polytechnique, d'où j'aimai 
« mieux sortir que de signer l'asservissement de la France. Je devins profes- 
« seur de nialhématiques transcendantes et de physique générale au collège 
t df SoW/c. Mais un décret fameux voulut soumettre tout le corps enseignant 
« i\ jurer l'obscrvalion des règlements qui interviendraient pendant une période 
« de 10 années. On avait le choix entre le serment et la retraite : je choisis 
t ce dernier jiarli. 

« Cette persévérance à résister à l'arbitraire m'a valu de votre part le surnom 



--637 — 



a honorable, trop honorable sans doute, de Carnot; j'avais suivi la voix de ma 
« conscience, et voilà tout (1). 

« Rentré dans la vie privée, je me livrai à l'agriculture, 
c Au 20 mars, lorsqu'une nouvelle ère de liberté vint luire sur la patrie, 
« je lui offris mes services, et fus placé à la tête du cadastre de ce déparle- 
« ment. Le désastre de Waterloo fut le signal de ma retraite et des persé- 
« cutions qui m'y accompagnèrent; je fus surveillé, comme on disait alors (2). 
« En 1821, je fis l'entreprise générale des travaux de construction de la ma- 
« nufacture d'armes de Châtellerault. Des hommes puissants voulaient em- 
« pécher la création de ce bel établissement. Le directeur, qui leur était dé- 
« voué, voulait à tout prix m'empêcher de mener à bien mon entreprise. — 
« J'eus de rudes combats à soutenir; mais j'avais pour moi le bon droit; je 
« je ne perdis pas courage : je triomphai. 

« Après la fin de ces débats, je repris mes essais d'améliorations agricoles. 
« Je sollicitai en vain auprès du pouvoir des moyens d'instruction et de mora- 
« lisation pour la classe ouvrière ; je donnai gratuitement, à l'école de Ruffec, 
« des leçons de mathématiques que le rigoureux hiver de 1829 n'interrom- 
« pit pas. » 

Je borne ici ma citation , il y aurait peu de générosité à soulever des cen- 
dres. Je dirai seulement qu'une fausse démission avait été adressée au ministre; 
que cette pièce m'avait été faussement attribuée, et que mon mémoire avait 
pour but de repousser énergiquement cette imputation. 

Un exemplaire de cet écrit, adressé au ministre de l'intérieur, provoqua 
l'envoi de la pièce fausse au procureur du roi de Ruffec pour en rechercher 
et poursuivre l'auteur. 

On sait bien à Ruffec la découverte qui fut faite , et comment les ordres du 
ministre furent exécutés. Je ne le raconterai point ici : on pourrait me soup- 
çonner d'aimer la vengeance. Je dirai seulement que s'il en résulta pour moi 
une justification éclatante, je n'en fus pas moins l'objet de la haine, évidem- 
ment bien injuste, de tous ceux que la publicité de cette affaire avait blessés 
ou contrariés. Ils étaient nombreux et influents : ils m'ont fait beaucoup 
de mal. 

Les embarras, les tracasseries qu'ils m'ont suscités, les pertes qu'ils m'ont 
causées, n'ont point abattu mon courage, ni diminué l'activité de mon zèle 
pour les intérêts du pays. Je n'ai pas interrompu un instant mes études d'a- 
griculture et d'économie politique. 

Républicain de cœur et de mœurs, j'ai voulu que mes enfants eussent aussi 
des UKeiirs républicaines et des habitudes d'égalité et de fraternité. Je les ai 
envoyés à l'école primaire, avec les enfants du peuple , à une lieue de mon 
domicile ; comme eux marchant l'hiver à la pluie et dans la boue , et s'occu- 
pant les jours de congé aux travaux agricoles. 

(1) Carnot, officier du génie et savant distingué, prit pendant la Convention la direction des opéra- 
tions militaires. 11 créa 14 armées qu'il dirigea seul, et on dit de lui qu'il organisa la victoire. Il parla le 
dernier en faveur de la République. 

(2) En 1816, j'étais en surveillance à Cognac en même temps que le général Sorbier , anciea inspec- 
teur-général de lartillerie de la Garde impériale. 



— «58 — 



S'ils ont été distingués entre leurs camarades , soit au collège , soit à l'E- 
cole polytechnique, c'est par une heureuse réunion de l'intelligence, de la 
bonne conduite et du travail. 

Ils conserveront toujours, j'en suis convaincu, leurs sentiments d'égalité, 
de fraternité, et ils ne cesseront jamais de traiter leurs subordonnés comme 
des frères. 

J'ai eu sous mes ordres beaucoup de travailleurs de toutes professions : de- 
mandez à Châtellerault , à Ruffec , à Gourcôme, à Lizant , comment je me 
suis conduit avec eux ; je ne sollicite point leurs suffrages^ ils me sont assurés. 

Si vous m'honorez de votre choix, Citoyens, je travaillerai à réprimer les abus ;| 
60U8 quelque forme qu'ils se présentent, et quelle que soit la puissance de ceux 
qui voudraient les favoriser. 

Je ferai mes efforts pour diminuer les dépenses publiques et par conséquent 
les impôts. 

Je combattrai avec toute l'énergie dont je suis capable contre toute atteinte 
que l'on voudrait porter au respect dû à la propriété et à la famille. 

Je travaillerai à rendre meilleur le sort des instituteurs primaires. Il faut 
protéger, respecter les instituteurs et les pasteurs, qui instruisent et dirigent la 
jeunesse à son début dans la vie. Ils ont une haute mission à remplir; car 
qu'est l'homme sans instruction, sans moralité et sans la religion qui purifie, 
encourage et console ? 

Fidèle à mon passé, j'appellerai la protection du gouvernement en faveur du 
travail et particulièrement de l'agriculture. L'agriculture, Citoyens, doit fixer 
les regards de tous les hommes pénétrés des grands intérêts du peuple; car la t 
population s'augmente en France, et le sol qui nourrit ses habitants ne s'élargit 
pas. 11 faut donc augmenter la fertilité de ce sol, et pour cela il faut organiser , 
l'enseignement agricole sur des bases solides et avec des moyens qui assurent j 
l'abondance et le travail pour tous. 

J'ai déjà travaillé pour cet enseignement et mes publications et mes démar- 
ches avaient forcé le ministre déchu à promettre publiquement la création de 
fermes-écoles que je demandais depuis dix ans. Mais comme il ne voulait en 
réalité rien faire pour le peuple, il avait mutilé mon projet de telle sorte qu'il 
en aurait rendu l'application inefficace. 

J'avais déjà protesté, et écrit des choses sévères au ministre et à un haut fonc- 
tionnaire de la Charente. (Voyez VEcho de la Charente du 26 septembre iSlil et 
le Constitutionnel des 20 et 27 octobre suivant). 

Je ne cesserai point de pousser à l'enseignement agricole. C'est le seul moyen 
d(^ rendre honorée et féconde la première des industries. 

Avec ces sentiments d'un républicain sincère qui m'ont toujours animé, je 
nTn avais pas moins désiré bien vivement que nous puissions jouir de la li- i 
berté sous un gouvernement constitutionnel qui méritât véritablement ce titre, \ 
et qui nous aurait préservés de ces crises violentes, de ces paralysies du crédit, jj 
de ces suspensions de travail, de ces accroissements brusques d'impôts consi- 
dérables ; je vous avouerai même avec franchise que je l'avais espéré ; j'avais à 
cet «gard partagé l'illusion du généreux et brave Lafayètle et de ses amis... Nous 
avons éprouvé de cruelles déceptions... La République, ma première, ma plus 



— 639 ^ ' 

chère affection, la République, Citoyens, peut seule nous garantir les biens pré- 
cieux de la liberté, de l'abondance, de la gloire... 

Vive la République , avec son caractère propre de moralité, de vertu , de 
force. . . 

■f- ^jVive la République où l'ordre est dans la liberté, parce que la liberté réside 
dans le respect et l'obéissance à la loi,^ qui est faite par tous et pour tous, où 
chacun est placé en raison de son mérite et récompensé suivant les services 
qu'il a rendus. 

8A.LUT, FRATERNITÉ ET DEVOUEMENT. 

J.-B. CARMIGNAG-DESCOMBES, aîné, 

Ancien élève de lEcole Polytechnique. 



Angoulême. — Imprimerie Ardant frères. 



Citoyens du département de Seine-et-Oise , 

La monarchie a été soumise , depuis 1830 , à sa dernière épreuve. L'expé- 
rience, d'accord avec la logique, a condamné à tout jamais cette coupable 
institution. 

Une ère nouvelle se lève pour les peuples. Il s'agit d'entrer résolument dans 
la voie que la Révolution de Février vient de rouvrir. 

La République avec toutes ses conséquences politiques et sociales , tel est le 
monument que l'Assemblée nationale est appelée à élever. 

Pour accomplir cette grande œuvre, il faut des hommes éprouvés, énergiques, 
connaissant, par le cœur ou l'expérience, le travail, la misère, les droits et les 
besoins de tous. 

,7 Je crois être un de ces hommes. 

I Républicain depuis 1830, j'ai combattu de tous mes moyens pour la cause 
sacrée du peuple; j'ai étudié les systèmes socialistes et tout ce qui se rattache à 
l'amélioration du sort des travailleurs , dont je m'engage à être le dévoue re- 
présentant. 

Cultivateur dans votre département que j'ai habité depuis mon enfance , je 
connais et je saurai défendre au besoin les intérêts de l'Agriculture. 
^Honnête homme, je ne sache pas un acte de ma vie privée que je ne puisse 
avouer hautement. 

A ces titres, et fort des encouragements que j'ai reçus de la part des plus ho- 
norables citoyens, je me présente comme candidat à l'Assemblée nationale. 

Salut et Fraternité, 

X. CHAMBELLANT, 

Cultivateur à Condé, canton de Houdon. 



Paris. — Imprimerie Lacrampe et Fertiaux, rue Damiette, 2. 



640 -- 



AUX ELECTEURS 

du département de la Manche. 



Mes Concitoyens, 

Quelques amis m'ont proposé à vos suffrages comme représentant du départe- 
ment de la Manche à l'Assemblée Nationale. 

Je dois à tous de dire à quels titres j'ai été proposé, à quels titres je viens moi- 
même solliciter la plus haute marque de votre confiance. 

Quelques mots sur ma vie feront juger si mon caractère, si mes principes 
offrent les garanties d'indépendance, de loyauté et de patriotisme qu'on demande 
au député du peuple. 

Né dans le département, d'une ancienne famille de cultivateurs, j'ai senti de 
bonne heure que le travail seul donnait la véritable indépendance, la vraie 
noblesse. 

Les institutions sévères et patriotiques de l'École Polytechnique n'ont fait que 
fortifier en moi ces sentiments. 

Pour satisfaire à cette exigence de ma nature, j'ai préféré, à ma sortie de 
l'École, la carrière laborieuse et libre des sciences, aux carrières publiques qui 
m'étaient légitimement ouvertes. 

Si plus tard j'ai accepté les fonctions de répétiteur, et successivement d'exami- 
nateur de physique à l'École Polytechnique, c'est que ces fonctions librement 
conférées par le suffrage des professeurs ne sont jamais le prix de la faveur ou de 
l'intrigue. 

Je puis donc dire avec fierté que rien dans mon passé n'est en désaccord avec 
la devise de l'homme libre : Liberté, Patrie ! 

La liberté ! non cette liberté dont le souvenir fait encore frissonner nos pères, 
mais cette liberté sainte qui, consacrant tous les droits, permet à toutes les forces 
sociales de se produire, de se développer et de s'unir dans l'intérêt et pour le 
bonheur de tous. 

Après bien des ébranlements, bien des mécomptes, la société française attend 
encore cette liberté sage et forte. 

C est ayec la volonté d'employer mes forces à l'établir, avec la conscience 
d'avoir le courage de la défendre contre toutes les usurpations et toutes les 
tyrannies, que j'ose aspirer au litre glorieux de Représentant de la nation. 

Si vous m'en jugez digne, mes efforts tendront surtout à obtenir, à assurer 
1 émancipation, tant de fois promise, toujours ajournée, de la classe la plus 
nombreuse, la seule réellement productive, de la classe des laboureurs; de cette 
classe rjue tous les régimes, héritiers des vieilles maximes féodales, ont jugée 
tailiahlc et corvéable à merci et à miséricorde. 
Comptons sur Dieu et sur notre droit. 

Cii. CABART, 

Ancien ilèYe de l'École Polytechnique. 

Imp. de Bacheueh, rue du Jardinet, 12. 



— 641 



AtX CITOYENS 

PROFESSEURS ET INSTITUTEURS 



Du département des Bouclies-du-RhOne. 



Citoyens, 

Le temps approche, l'heure des élections 
va sonner, le scr utin va s'ouvrir pour rece- 
voir les noms des Candidats à la Représen- 
tation nationale. Montrons-nous les dignes 
enfants de la République en choisissant les 
plus capables pour nous représenter, et 
consolider à tout jamais l'œuvre créée par 
le Gouvernement provisoire, en attendant 
que nous ayons ét;ibli le rouage national sur 
des bases qui permettent au peuple de con- 
trôler ses mandataires, 

CITOYENS DR L'INSTRUCTION PUBLI- 
QUE, vous êtes appelés à jouer le phjs beau 
rôle dans la Société actuelle ! Autant les 
Gouvernements despotiques et absolus sont 
intéressés à étouffer l'instruction du Peuple, 
autant le Gouvernement d'une République 
est intéressé à la propager. Je ne vous par- 
lerai pas de vos devoirs envers les Élèves 
qui vous sont conhés; votre sollicitude pour 
eux, vos constants efforts pour en faire des 
hommes, malgré les entraves des gouverne- 
ments à jamais déchus, sont un sûr garant 
que la République vous trouvera toujours 
pleins de zèle et d'activité pour former des 
Citoyens dignes d'elle. 

C'est de vos devoirs de Citoyen dans le 
moment actuel que je viens vous parler. 
Par votre position vis-à-vis des pères de fa- 
mille qui vous confient leurs enfants, mieux 
que personne, vous pouvez diriger leurs 
votes. 

Citoyens de l'Instruction primaire, l'Asso- 
ciation les Patriotes Unis vous appelle dans 
son sein, ralliez-vous à elle; ses intentions 
sont larges, pures, démocratiques, elle veut 



aujourd'hui les plus dignes entre les dignes 
pour la Représentation Nutionale. Demain 
elle voudra la consécration de tous les droits 
du peuple. 

Son organisation n'est pas en vue seule- 
ment des Élections actuelles, est pour tou- 
jours ; lisez nos Statuts, commentez-les et, 
comme nous, Citoyens, vous ferez partie des 
Patriotes-Unis. 

Qui, mieux que vous, qui avez été les 
premiers à nous l'apprendre, sait que la 
force du Peuple ne provient que de son 
union? Organisé par section, le Peuple, 
sans se déranger autrement que pour don- 
ner sa signature, pourra, dans l'espace de 
quelques jours, faire connaître soit par pé- 
tition soit par tout autre moyen paciK(jue sa 
volonté au Gouvernement des lors contraint 
à l'exécuter. Notre organisation embrasse 
toute la France; chaque ville, chaque vil- 
lage, chaque hameau, aura sa section ou 
ses sections. 

Le Gouvernement chercherait- il à trahir 
son mandai? huit jours suffiraient aux Pa- 
triotes-Unis, répandus sur le territoire fran- 
çais, pour réclamer à l'aide de pétitions re- 
couvertes de millions de signatures, soit par 
une autre voie et imposer sa volonté. 

Ces pétitions, Citoyens de l'Instruction , 
seront toujours écoutées, car elles seront 
émanées du Peuple tout entier, du Peuple, 
souverain alors qu'il sera uni, du Peuple vé- 
ritablement souverain, puisqu'd n'aura que 
lies mandataires sous ses ordres. 

Le temps presse, il ne faut pas renvoyer 
notre organisation au lendemain Nous avons 
maintenant au pouvoir des hommes sur les- 
quels on peut compter ! Eux ne nous trahi- 



T. I. 



--^.5 



80 



— 642 — 



ront jamais, je me le persuade du moins, 
mais qui nous dira qu'il en sera de mêrtie 
de ceux qui viendraient à les remplacer 
avant que nous ayons établi le fonctionne- 
mont démocratique du Gouvernement par 
le Peuple? Que ceux-là, s'ils ont des in- 
tentions contraires aux droits humanitaires , 
nous trouvent unis comme un faisceau. 

Que 1850 nous serve de leçon ! Si imnié- 
diaiement après la Révolution de Juillet , 
l'Association des Droits de IHomnie se fût 
créée, elle aurait été forte déjà lorsque le 
Gouvernement déchu fit son premier pas ré- 
trograde et l'aurait contraint à marcher 
dans la voie tracée en juillet. 

Dès sa première tendance vers le despo- 
tisme, le Gouvernement aurait élé arrèlé , 
à l'époque où nous sommes, forcés, par des 
pétitions recouvertes de millions de signa- 
tures, de marcher au lieu de reculer, nous 
serions plus avancés dans l'établissemeni de 
notre République, et nous y seiions arrivés 
sans commotion ; le sang de nos frères de 
Paris n'aurait pas été versé, et la France 
républicaine ne verrait pas des milliers de 
ses enfants manquer de pain. 

Iiistituteurs des campagnes ou des petites 
villes , votre influence sur les parents des 
enfants dont l'éducation vous est confiée est 
bien grande ; vous n'avez qu'à vouloir pour 
les réunir tous; mettez-vous à leur lête ; 
assemblez-les tous les soiis, instruisez-les ; 
corrcipondons ensemble; entendons- nous 
enfin pour que les membres de vos réunions 
s'affilient à la nôtre par votre entrenjise, et 
nous aurons bien mérité de la Patrie, en 
coopérant aujourd'hui à nommer les candi- 
dats les plus dignes de nous représenter et 
en consolidant l'inlronisation de la démo- 
cratie. 

Vous pourrez correspondre avec le Prési- 
dent des Patriotes-Unis. Sa demeure est rue 
de la Palud, n. G7. 



Un mot encore : Il est de grandes amélio- 
rations à apporter dans l'organisation de 
l'Instruction primaire et dans le sort des 
Instituteurs en général. 

Eloignés du scrutin sous le règne des mo- 
nopoles, si quelque voix amie ou équitable 
s'est fait entendre en leur faveur, elle a élé 
étoufiée par la coiruption introduite dans la 
Représentation Nationale. 

Plus vous serez forts de votre union et du 
concours que vous donneront les parents de 
vos Élèves, plus vous réunirez de voix, plus 
vous êtes sûrs que l'on s'occupera de vous , 
car ceux que vous aurez coopéré à nommer 
ne peuvent manquer de se rappeler que c'est 
à vous qu'ils devront, en partie, l'honneur 
insigne de représenter la Nation, et ceux que 
vous aurez instruits dans les droits et les 
devoirs de l'homme libre apprécieront vos 
bienfaits. 

Incorporez-vous donc dans les Patriotes- 
Unis, Citoyens Instituteurs priinaires; vos 
vœux seront ceux de vos frères de l'Asso- 
ciation qui, de tous les points de la France, 
se joindront à nous pour améliorer l'état 
précaire dans lequel les gouvernements pas- 
sés vous tenaient, et vous donneront par 
leur concours, dans notre République, une 
position digne de ceux qui, les premiers, 
instruisent les enfants pour en faire des 
hommes. 

Salut el Fraternité. 

Vive la République! 



Le Président des Patriotes-Unis, 
CONTE. 



Imprimerie Nationale. — Association d'ouvriers. — Bellande, quai Conti, 9. 



— 643 — 



BIOGRAPHIE POLITIQUE 



DD 



CITOYEN CANDY 



JUGE DE PAIX A LA GUILLOTIERE. 



Notaire en 1824, le citoyen Candy reçoit les circulaires électorales des Peyron- 
net, Corbière et consorts ; il en fait un paquet qu'il renvoie au parquet de son 
ressort, en disant, entr autres choses : que le gouvernement s'était trompé d'adresse. 
Grande colère au parquet suivie de menaces que méprise le citoyen Candy ! 

En 1830, il partage les illusions des patriotes sur la royauté nouvelle; ces il- 
lusions pour lui ne durent pas. En 18ol, il reprend sa place dans l'opposition 
pour ne la plus quitter. On lui offre des fonctions administratives ; mais il dé- 
clare qu'il n'acceptera que des fonctions judiciaires, 1" parce que ses études spé- 
ciales et sérieuses se sont dirigées vers le droit que les tribunaux appliquent; 
2' parce qu'à côté d'un préfet, ou à sa suite, l'indéiiendance est impossible ; 
tandis que le magistrat judiciaire peut toujours, quand il est à la hauteur de ses 
fonctions, et que son ambition est inodeste, garder, s'il a du caur, indépen- 
dance et liberté. En 1835, le citoyen Candy accepte des fonctions judiciaires ; 
le voilà donc du petit nombre des fonctionnaires quoique ; 1otiI( fois, il ne tarde 
pas à s'apercevoir que le parce que est le meilleur dos titres, non pas seulement 

à la faveur, mais encore à la simple justice d'un pouvoir qui court où il est 

maintenant. Le citoyen Candy demande plusieurs fois, non pas un avancement, 
mais une simple mutation de siège; toujours on lui refuse; pourquoi? parce 
que le siège demandé est dans un arrondissement où la petite inlluence du 
magistrat ne pourra s'exercer que contrôles candidats ministériels aux élections. 
Autre motif do refus : c'est que le citoyen Candy irait s'asseoir dans le nouveau 
siège à côté d'un président de trijjunal aussi distingué par la science du droit 
que par l'indépendance de son caractère, et qui, à ce double titre, entraîne les 
électeurs opposants, fiers de marcher sous la direction d'un citoyen si digne 
de les guider. 

Les autorités de l'Isère n'ont pu pardonner au citoyen Candy le crime d'avoir 
présidé le collège électoral de la Tour-du-Pin, qui a nommé le citoyen Marion, 



^ 644 



député de l'opposition , aujourd'hui , commissaire de la République à Gre- 
noble. 

En 1844, le citoyen Candy réduit son ambition, et échange une vice-prési- 
dence de Tribunal civil dans le département de l'Isère, contre les fonctions 
plus modestes de juge de paix à la Guillotière (Rhône). Devenu magistrat amo- 
vible, va-t-il enfin perdre son indépendance? pas le moins du monde. On peut 
demander à ses amis (et il en compte dans toutes les opinions d'hier, n'en 
faisant qu'une aujourd'hui), on peut demander si un défenseur du sytème qui 
vient de s'abimer, aurait soulemenl osé proposer au citoyen Candy, au nom de 
l'amitié, ou de tout autre sentiment, une toute petite démarche contraire à ses 
opinions politiques. 

Eu 1845, dans un petit canton de l'Isère, ont lieu des élections pour le con- 
seil d'arrondissement. Le citoyen Candy j^eut avoir quelqu'influence dans ce 
canton; les autorités de l'Isère lui écrivent de ne pas aller aux élections, et l'a- 
vertissent qu'il n'est plus inamovible. Le magistrat destituable court aux élec- 
tions, et, bravant les menaces, appuie le candidat repoussé par la Préfecture. 

NOTA. Le candidat, appuyé par le citoyen Candy, est un homme qu'honore l'amitié de l'éloquent et 
courageux Lamartine, 

L'auteur de cette notice pense qu'il serait bon que tout candidat publiât sa vie politique, au lieu d'une 
profession de foi. chose si fdcile à faire que nul ne s'y fie. 

La République, rien que la République! fallùl-il mourir pour assurer son triomphe; voilà la profession 
de foi du citoyen Çandy. 



Lyon, Imp. de L. Boitel, quai Sainf-Antoine, 36. 



AUX ElECTEimS DU VAR. 



LIBERTÉ DE CONSCIENCE. — LIBERTÉ D'ASSOCIATION. 
LIBERTÉ D'ENSEIGNEMENT. 



Citoyens, 

En venant solliciter vos suffrages, une seule chose me préoccupe et m'anime; 
c'est rinlérôt du peuple français, son bonheur et sa gloire; sa liberté qui, selon 
l'expression de Mirabeau, lui est aussi nécessaire que Dieu même. Le peuple c'est 
tout le monde; propriétaires, rentiers, cultivateurs, ouvriers, industriels, riches 
et pauvres. 

L'immense majorité du pays, l'universalité des Français est appelée à nommer 
une assemblée qui soit vraiment nationale; c'est-à-dire, la véritable expression 
du pays. 



645 



De cette assemblée dépend le salut de la France; car c'est elle qui doit inscrire 
dans notre constitution les droits imprescriptlLIes de tous les citoyens. 

Ces droits trouvent leur fondement et leur garantie sur ces trois principes, si 
justes et si vrais, — parce qu'ils tiennent à la nature même de l'homme, — Liberté, 
Égalité, Fraternité. 

Oui, je veux la Liberté; celle qui laisse à chacun sa foi religieuse et politique; 
son éducation, par qui bon lui semble; sa pensée par quelques moyens qu'elle se 
produise; cette Liberté, enfin, le contraire de tout despotisme, qu'il vienne d'un 
seul ou de plusieurs. 

,1e veux l'Égalité, ce nivellement devant la loi; la protection à tous, l'instruc- 
tion pour tous; la rétribution, selon le travail ou l'intelligence de chacun; la 
défense de la patrie obligatoire pour tous; l'impôt frappant dans les proportions 
de toutes les fortunes. L Égalité, enfin, le contraire du privilège :t du monopole 
organisés, assurant pour tous mêmes droits, mêmes devoirs. 

Je veux la Fraternité, celle qui doit unir tous les Français, sans distinction 
d'opinions; celle qui maintient l'ordre, obéit au pouvoir légal; respecte les per- 
sonnes et les propriétés; qui fait taire l'envie et oubUcr les injures; celle enfin 
qui assure le travail à l'ouvrier, à l'enfance l'édi'calion et les asiles. 

Ces trois principes, Citoyens, se résument en deux mots : Justice et Amour; ils 
doivent être les bases indéfectibles du grand gouvernement que nous avons 
fondé, la République. 

Des réformes importantes dans la législation de la procédure civile et crimi- 
nelle seront accomplies, je l'espère, sous une ère, où la défense de ses droits et 
de la liberté individuelle ne sera plus le privilège de la fortune. 

La sincérité dans l'institution du jury doit être une vérité sous le gouverne- 
ment républicain; — la diminution progressive de l'impôt, une nécessité. 

Le moment est venu de travailler à l'organisation et à l'application de ces prin- 
cipes. L'Assemblée nationale constituante est conviée à cet œuvre fécondé par 
l'élément populaire. 

Aussi, cette magnifique tâche demande-t-elle de quiconque sera votre man- 
dataire l'amour de la patrie, la moralité du caractère,, l'intelligence et le cou- 
rage ; en un mot, les vertus républicaines. 

Pour moi, je serais heureux de recevoir de vous, Citoyens, ce glorieux mandat 
représentatif; car pour l'homme qui l'accepte n'est-ce pas le plus bel acte de dé- 
vouement civique ? 

Et si vos sufï'rages me le faisaient obtenir, croyez bien que je défendrais, fût-ce 
même au péril de ma vie, les grands principes de la France qui l'ont placée à la 
tête de la civihsation : la Liberté, — l'Ordre, — la Religion, — la Famille, — la 
Propriété. 

Auguste BRUN, Avocat 

(du Barreau de Toulon) Suppléant du Juge de Paix. 



Brjgnotles. — Typ. Perreymond-Dufort. 



— 646 — 



AUX ELECTEURS 



DB 



LA HAUTE-MARNE. 



Citoyens , 

Les événements du mois de février ont fait à la France une situation qui , en 
créant au j^lus grand nombre d'entre vous des droits nouveaux , vous appelle 
tous à l'accomplissement de nouveaux devoirs. 

Avant que je m'explique sur les conséquences nécessaires de ce grand chan- 
gement, permettez-moi de penser et de vous dire qu'il établit tout d'abord un 
lien naturel entre les hommes qui l'ont hautement désiré et ceux qui viennent 
de l'accueillir avec des acclamations si unanimes et si rassurantes. • 

Ij'hommc qui vous parle ici n'a pas seulement désiré la République , il l'a ap- 
pelée de ses vœux les plus ardents, et ceux d'entre vous qui connaissent ses actes 
et ses écrits depuis près de vingt ans vous diront encore qu'il ne l'a pas simple- 
ment attendue. Si je rappelle mes antécédents, ne croyez pas que ce soit pour 
m'en prévaloir contre des titres moins ancieus et moins suivis; applaudissant 
avec transport à tout ce qui a été fait pour la sainte cause, je ne voudrais même 
rien ôter au mérite des ouvriers de la dernière heure. Mais je produis hardiment 
ma candidature contre celles des hommes du lendemain, inévitables courtisans 
de tout pouvoir qui existe, aujourd'hui effrontés transfuges de la royauté, hier 
668 suppôts damnés, solidaires de toutes les hontes , et complices de toutes les 
iniquités encore flagrantes qui ont signalé ses derniers jours. 

Je croyais à la République quand le très grand nombre de ces hommes la dé- 
clarait impossible, quand les plus satisfaits la jugeaient inutile, quand les hypo- 
crites vous la représentaient comme un régime de violence, de désordre et d'a- 
narc.liio. Est-ce à ces mêmes hommes que vous aile/ donner mandat d'organiser 
la République ? Je sais bien qu'elle-même, par ses premiers actes, les a déjà con- 
fondus; n>ais en les confondan!: , les a-l-elle rendus meilleurs, plus sincères et 
phis probes, plus digues de vous et plus dignes d'elle? Si vous voulez une Répu- 
blique où l'ordre règne par l'égalité des droits, la juste répartition des charges, 
la protection imj);nlial(! de tous intérêts, l'équité des lois et la moralité de l'admi- 
nistration, gardez que le premier hommage rendu par vous à cette République 
modèle ne soitun acte d'immoralité! Ne livrez pas la République à ceux qui l'ont 



— 647 — 



méconnue, à ceux surtout qui l'ont plus ou moins habilement calomniée! 

Au fond, il n'est pas de forme de gouvernement qui comporte plus d'ordre que 
celle-là. C'est une remarque faite par de grands publicistes, que, dans les moins 
mauvais gouvernements fondés sur le principe aristocratique ou monarchique , 
il s'opère un eflbrt continu dont le but est d'attirer d'un côté tous les avantages 
et de rejeter de l'autre toutes les charges de la société. La République, si elle n'a- 
néantit pas tout-à-fait ces entreprises iniques, en interrompt du moins la suite et 
en affaiblit les effets. N'est-ce pas de l'ordre que cette répression ? 

La République est la communication à tous de la souveraineté que s'étaient 
arrogée quelques-vms. Elle replace dans le droit politique tous ceux que les an- 
ciennes formes de gouvernement maintenaient dans l'ilotisme. N'est-ce pas encore 
de l'ordre ? 

La République est le droit dans lajîlus large étendue du mot et de la chose, le 
droit de chacun et de tous qui se soutient par lui-même, tandis que le privilège 
ne se défend que par la violence. 

La République est le concours de tous les citoyens à l'œuvre de la loi. S'ils la 
subissaient, quand elle leur était imposée par le petit nombre , ne les liera-t-elle 
pas plus fortement, quand ils l'auront faite eux-mêmes ou par leurs élus ? 

11 faut encore ajouter que , par la vertu perpétuellement réparatrice de cet 
acte de l'élection, les causes et le droit même d'insurrection disparaissent. 

Ce qui j^ourrait nuire dans les premiers moments , à la bonne pratique du 
gouvernement nouveau , ce serait quelque oj)inion fausse sur le véritable carac- 
tère de la religion d'où il est sorti. 11 faut comprendre que cette révolution n'est 
pas une conquête ou une représaille , mais bien une régénération universelle et 
radicale du peuple français. 

Si la révolution de février n'avait été faite que pour certaines classes spéciales, 
celles-ci auraient le droit de se jeter sur les dépouilles opimes des vaincus, et hé- 
riteraient d'eux , avec le monopole de l'action politique, le privilège des jouis- 
sances dans l'oisiveté et du respect dans la corruj)tion. Mais ce n'est là ni ce 
qu'elles veulent, ni ce qui, dans la situation, se trouverait possible. 

La révolution a été faite pour tous ; pour les anciens privilégiés qu'elle veut 
moraliser et absoudre ; pour les autres Français , leurs frères, qu'elle moralise 
déjà en les émancipant. 

En République , d'ailleurs , il n'y a plus de classes ; il n'y a que des citoyen^ 
spontanément distribués en professions diverses, que la législation future devra 
protéger également, et qui, dès à présent, doivent être également honorées. Tel 
sera , par la vertu du droit politique , le commencement de l'égalité promise , 
qu'il ne faut point prendre pour l'uniformité , ou l'aplatissement des saillies so- 
ciales, ou le refoulement des mœurs , des facultés , et même des vanités indivi- 
duelles, car, alors, elle serait la négation de la liberté, premier terme de notre 
sainte devise. 

La fraternité, qui en forme le troisième terme, a son sens aussi. Nul plus que 
moi ne trouve beau et ne veut fortement que la République fasse de l'ordre; mais 
je veux encore , ce qui n'est pas moins important à mes yeux , je veux même 
avant tout qu'elle fasse -de l'humanité. 

Dans ces catégories de citoyens , ou dans ces professions diverses dont nous 



— 648 — 



venons de parler, il y a des individus qui souffrent par la mauvaise condition du 
travail dont ils sont forcés de vivre. 

D'autres, contradiction déplorable, souffrent par le progrès même de l'indus- 
trie ou du métier auxquels ils se sont voués, soit qu'un rapide perfectionnement 
dans les procédés de la fabrication économise les bras, soit que l'invention d'un 
nouveau mécanisme les rende tout-à-coup inutiles. Désormais la loi devra pré- 
voir ces accidents, et l'administration sera tenue d'y pourvoir, afin qu'aucun de 
nos frères n'ait plus sujet de maudire la science et de blasphémer la civilisation. 

Mais on améliorera le sort du plus grand nombre des travailleurs par des me- 
sures plus larges, l'abolition de certains impôts, la diminution et le déplace- 
ment de quelques autres ; 

Par des moyens plus généraux, plus efficaces encore, et qui peuvent se résu- 
mer dans celte double action : 

Agir sur le bien-être de l'ouvrier par la certitude du travail et l'équitable fixa- 
tion du salaire; 

Agir sur la qualité du travail par le perfectionnement intellectuel et profes- 
sionnel de l'ouvrier. Cela imjîlique nécessairement la gratuité de l'instruction 
pour tous. Je veux encore que cette instruction soit pour chacun aussi étendue 
que son organisation lui permettra de la recevoir. 

Electeurs de la Haute- Marne, en sollicitant l'honneur de vous rei3résenter à la 
prochaine assemblée constituante , j'ai dû vous expliquer brièvement la Répu- 
blique, comme je la conçois et comme je la veux. Si c'est là aussi celle que vous 
voulez, il est possible aujourd'hui de l'établir sur des bases solides. Nous ne 
voyons ni près ni loin de nous les circonstances qui ont rendu si sanglante la 
première exj^érience que nous avons faite de cette forme de gouvernement. A 
rintéri(;ur, pas d'autre agitation que le tressaillement et l'ivresse qui suivent un 
événement heureux. A l'extérieur, des apparences et des choses aussi rassurantes. 
L'Europe des peuples nous regarde, mais jiour nous imiter, tandis que l'Europe 
des rois lâche pied et s'enfuit d'épouvante ou se tient immobile dans sa stupeur. 
Voyez ce (jui se passe, en ce moment , de Naples à Berlin , de Paris à Vienne , et 
reconnaissez l'heure marquée par Dieu pour le châtiment des rois. 

La France vous apjDelle à exprimer votre volonté souveraine, vous êtes libres, 
par conséquent responsables. Je vous adjure donc de faire sérieusement une 
chose très sérieuse. La République existe, et il s'agit de la constituer. Ce ne peut 
être que l'œuvre des républicains sincères et éprouvés; c'est leur devoir, et, sila 
France doute d'eux, ce sera leur péril. 

Salut et fraternité. 
F. T. CLAUDON (de Bay, Haute-Marne). 



Voir le Bien pu6/ic de la Haute-Marne. 



— 64â — 



PUBLICATIONS 

Du Comité central Républicain 

Des Bouches-du-RhOue. 



REPUBLIQUE FRANÇAISE. 

LIBERTÉ, ÉGÀLITJÊ, FRATERNITÉ» 



Le Comité central Républicain du département des Bouches-da-Rliône à ses 

Concitoyens, 



Nous avons à élire dix Représentons du 
peuple à l'Assemblée nationale ; ce qu'il 
faut bien qu'on comprenne et qu'on n'oublie 
pas, c'est qu'en fait d'élections, toutes les 
distinctions de communes, cantons, arron- 
dissements et chefs-lieux sont virtuellement 
abrogées. 

L'unité Républicaine, c'est la France toute 
entière; le monde de divisiun, c'est l'en- 
semble de chaque département formant un 
tout indivisible comme la République elle- 
même. Qu'on ne vienne donc pas en fait dé- 
truire ce que la constitution Républicaine a 
établi en principe; qu'on ne vienne pas cher- 
cher à faire la part proportionnelle de tel 
canton ou de tel arrondissement ; ce serait 
au moins une erreur, peut-être une tactique 
perfide d'ennemis cachés de la République. 

Répétons-le donc : le principe électoral 
actuel, c'est que l'ensemble des citoyens de 
tout le département doit désigner les dix 
Représenians du peuple qu'il jugera les plus 
dignes et les plus capables, en faisant ab- 
straction de toutes les influences, abnégation 
complète de toute sympathie et de tout i«- 
térêt personnel. 

Profondément pénétré de Cette pen'sée qui 
est l'essence de la constitution républicaine, 
le Comité Central Républicain des Bouches- 



du^Rhône fait ap()€l a tous les autres comi- 
tés électoraux du département pour arriver 
à une union franche, à une résolution uni- 
taire sur la liste des dix candidats à élire. 

Son nom de Comité Contrai Républicain 
n'est point un vain mot, car il a fait, il fait 
encore appel à tous les Républicains sin- 
cères dont la f jI ne saurait être douteuse, 
dont les principes ne datent pas d'hier seu- 
lement, Les élémens qui le composent sont 
tous puisés aux véritables sources d'un pa- 
triotisme éprouvé. 

Il n'a ■|>ris dans son sein que la partie Ré- 
publicaine avouée et connue de la munici- 
palité provisoire de Marseille; — il s est 
adjoint les membres de ce Comité démocra- 
tique qui a été la première organisation 
contre les anciennes autorités de la vill« ; 
— il a ouvert ses rangs à tous les délégués 
des Sociétés Républicaines que la révoliilioo 
de février a spontanément enfantés. 

Il a appelé à lui et ils sont venus avec un 
patriotique empressement, tous les représen- 
lanis Républicains des ateliers et des corps 
d'état de la ville ; — il veut donner place à 
tous les dévouements sincères, mais il veut 
mériler son nom de Comité Central Répu- 
blicain et n'admettra ni tiédeurs ni dévoue- 
ments douteux. 



T h 






81 



650 — 



Fort de cette origine qui n'exclut personne 
de ceux qui ont le droit de se dire Républi- 
cains parce qu'il y a longtemps qu'ils le ré- 
pètent et qu'on le sait, le Comité C-^ntral 
Républicain apportera l'attenlion la plus 
scrupuleuse à i'txamcn des candidats qui 
voudront solliciter les soffragi^s du peuple. 
N'oubliant jamais le dernier terme de la tri- 
logie P.épublicaine, il n'oubliera pas non 
plus, que si le devoir de la fraternité nous 
impose à tous une foi complète , jusqu'à 
preuve contraire, dans les conversions qui 
ne datent que d'hier, !a défiance et l'examen 
sont un devoir plus rigoureux encore quand 
il s'ayit de confier à des citoyens le plus 
saint de tous les mandats, celui de défendre 
les întéiêts du peuple. 

La République nouvelle a fait faire un pas 
immense vers l'égalité : mais ce qu'il ne 
faut pas oublier, c'est que si la République 
est aujourd'hui un fait accompli, la Révolu- 
tion commence seulement-, la Révolution, 
c'est-à-dire la destruction des obstacles à 
l'égalité ; et c'est celte loi de transition, tout 
à la fois mesuiée mais rapide, sage mais 
énergique, qui doit êtie notre pierre de 
touche pour les candidats à la représenta- 
tion nationale. 

Au temps de la lutte, notre devise répu- 
blicaine n'était qu'une théorie bafouée par 
les aristocrates; au temps de la victoire, il 
faut que l'application sérieuse arrive promp- 
tement pour satisfaire la légitime impatience 
de nos amis, et pour fermer la bouche aux 
récrim.inations exaltées de nos adver.saires, 

La Liberté, c'est le droit absolu de faire 
tout ce qui ne peut nuire à autrui. 

L'Égaliié. c'est la négation complète de 
tous les obstacles maiéiielsde disposition, 
d'éducaiion, de naissances, qui peut empê- 
cher un homme de développer librement ses 
facultés, 

La Kraternité, c'est le libre dévouement 
de chacun pour tous, c'est le lien commun, 
le lien indissoluble des di ux premiers termes 
de la devise rcpulilicaine. 

La [ihilosopliie pratique du Gouverne- 
ment Républicain se réduit à trois mots : 

Que les récompenses soient aux plus 
dignes ; 



' Le pouvoir aux plus dévoués ; 

Le bonheur à tous! 

Et maintenant que tous les citoyens qui 
aspirent au sublime honneur de représenter 
le peuple dans l'Assemblée Naiionale, vien- 
nent dire hautement leur légitime et hono- 
rable ambition, leurs pensées sur la réforme 
révolutionnaire qui commence, leurs droits 
acquis aux suffrages du peuple par leurs 
antécédents en dévouement et en patrio- 
tisme; le peuple est juste et il ne se trom- 
pera pas, car c'est de lui que le Christ a dit : 
« Quand vous serez tous assemblés en mon 
nom, la vérité sera avec vous. > 

Embrassons fraternellement et sans arrière- 
pensée les Républicains d'hier, mais restons 
convaincus que celui qui oublie trop tôt, 
n'est pas assez bien converti ! 

Le Comité Central Rô|iublicain desBou- 
ches-du-Rhône, profondcmcnl pénétré de 
l'importance de !a lutte électorale qui va 
s'ouvrir, convaincu de la nécessité d'arborer 
hautement et sans concessions aucunes, le 
Drapeau Républicain dans les élections, in- 
vite tous les patriotes du département à s'u- 
nir à lui pour l'ormer, le plus promplcMnent 
possible, la liste des dix Candidats Républi- 
cains, que tous nous devrons défendre cl 
faire triompher. Mieux vaudrait la défaite, 
si elle était possible, qu'un fatal système de 
concessions à des alliances étrangères. 

Pour arriver à celte union, à cette entente 
fraternelle qui seule fera notre force, le Co- 
mité Central Républicain décl.ire, avec t(»us \ 
les vrais amis de la Réfiublique, que les ci-» 
toyens qui se metlnmi sur les rangs avec des 
droits sérieux, et qui pourtaiU devront faire 
à l'unité de la liste républicaine le sacrifice 
de leur légitime ambition, auront bien mé- 
rité de la p;ilrie ! ! ! 

Le Comité Central Républicain adjure tous 
les patriotes de venir former autour de lui 
un indissoluble faisceau, 
■ Rallions-nous tous à cette pensée : une 
liste unique de dix candidats Républicains 
ponr le département des Bouches -du - 
Rhône. 

VIVE LA JlÉPlBLlQVEin 

Abadie, horloger. 



:1 



'^- 



— 651 -- 



Agenon, journaliste. 

Astoin, délégué du club Castellane. 

L. Bcinet, membre du Comité Démocra- 
tif|ue. 

Barthélémy, chef d'état-raajor de la 6* com- 
pagnie. 

Blanchard, commis. 

Bonnefoy, délégué du club des Artistes. 

Bourgarel, conseiller municipal. 

Boubel, conseiller municipal. 

Bousquet, conseiller municipal. 

Chaudon, ancien notaire. 

Collier, ouvrier, conseiller municipal. 

Coulurat. ouvrier, membre de la Commission 
des secours. 

Daniel, uicmbre de la Commission des se- 
cours. 

Deroux, ouvrier tailleur, 

Drougnon, ouvrier, lieut, de la c® des Tra- 
vailleurs. 

Dubosc, journaliste. 

Ermiite, portefaix, conseiller municipal. 

Expilly, homme de lettres. 

Gaillard, ouvrier, cap. de la c* des Tra- 
vailleurs. 

Gazelle, aîné,ii|élégué du club des Aoiis du 
Peuple. 

V. Granoux, conseiller municipal. 

J. Guiton, délégué de la société des Tra- 
vailleurs, 

Labadie, membre du Comité démocratique. 

Lograin, membre de la Commission des se- 
cours. 

Eber Marini, conseiller municipal. 

Martin, ouvrier horloger. 

Mercier, raenjbre de la Commission des se- 
cours. 

Meynier, conseiller municipal. 

IMichel, délégué de la société Fraternelle. 

Mouret, tailleur, ouvrier. 

J, Mi)iisticr, délégué de la société des Tra- 
vailleurs. 



Nègre, conseiller municipal. 
Poisenl, délégué du club de la Fraternité. 
Th. Pons, délégué des Phalanslériens. 
Ramagnv, conseiller municipal. 
Rival, délégué du club des Amis du Peuple. 
Rousseau, délégué du club des Artistes. 
Bouvières, délégué du club Castellane. 
Julr'sRoux, délégué du club Pyihéas. 
Tholozan, délégué du club de la Fraternité. 
Turelle, délégué des Phalanstériens. 
Valescure, membre du Comité Démocra- 
tique. 

I Admission au Comité central, dam la iiane^ 
du ]6 mars. 

Jean Louis, club de 1 Égalité, 

V.-P. Cross, id. 

Joseph Savignac, boulanger. 

Honoré Masson, id. 

Duboille, menuisier. 

Banon, id. 

Raymond, lithographe. 

Siinéan, id. 

Bosc Joseph, raflTineur de suore. 

Simon iMaurin, id. 

Joseph Carrien, club des Fondeurs. 

Cosle, id. 

Chauvin, club des Parias montagnards. 

Corbier, id. 

Sauvanet, cercle Français. 

Baudet, id. 

Ardouino, club des Quatre-Corps. 

Breinier, id. 

Dorche, corroyeur. 

Brest, id. 

Roux, commis. 

Mazt^l, id. 

Gros Marins, corroyeur partie anglaise. 

Raiidiaud, serrurier. 

Balbo, id. 

Poujet Isidore, club Fraternel. 



SENES, Imprimeur de la République, 



— 652 



AUX CITOYENS ÉLECTEURS DE PARIS. 



Chers concitoyens, 

Un grand nombre d'entre vous, à plusieurs reprises, a bien voulu m'engager à 
me porter candidat aux prochaines élections politiques. Je cède à des instances 
qui m'honorent. 

Vous savez qui je suis, puisque vous avez songé à moi; mais je suis inconnu au 
plus grand nombre des électeurs de Paris. Je dois donc, sans détour, leur dire ce 
qu'ils ont aussi le droit de savoir. 

Ma famille a dû quelque renom au commerce, aux armes, à la politique; mon 
grand-pcre, le général Rouyer, représentant du peuple et ministre de la marine, 
est mort dans l'exil sous la restauration. 

A la révolution de juillet 1830, j'étais bien jeune encore; mais, à mesure que 
j'ai senti battre plus vivement mon cœur, je me suis animé de l'amour delà pa- 
trie et de mes semblables. J'ai voyagé par toute l'Europe pour éclairer mon esprit, 
et tout ce que j'ai vu des autres pays m'a fortifié dans mon attachement pour le 
nôtre. J'ai toujours voulu le voir heureux, grand, glorieux. J'ai passé plusieurs 
années en Afrique, pendant lesquelles j'ai fait huit campagnes. OlHcier d'ordon- 
nance du maréchal gouverneur, je me suis associé aux fatigues et aux périls de 
nos soldats : j'ai passé par les Portes de Fer, et c'est après ma dernière campagne 
dans rOuarensenis que j'ai recula croix d'honneur. 

La grande victoire de Février ne pouvaitpas me trouver indifférent; je me suis 
immédiatement consacré au service de la République. Déjà chef dft)ataillon, j'ai 
été chargé, par M. le maire du premier arrondissement, de l'organisation des 
deux premiers bataillons de la garde nationale mobile. 

Le suffrage de mes camarades du 2" bataillon m'a maintenu le commandement ; 
je serai toujours prêt à le conduire partout où l'exigeront l'ordre public, le main- 
tien t'e nos institutions républicaines et la défense de la patrie. Si j'étais appelé 
par vos suffrages à siéger dans l'Assemblée Nationale, je voudrais surtout main- 
tenir notre belle France au premier rang qui lui appartient en Europe; je vou- 
drais qu'elle eût une constitution forte, une organisation pleinement démocrati- 
que, des représentants qui fussent sans cesse les organes des besoins de nos frères, 
un pouvoir législatif qui satisfît sans hésiter à tous leurs légitimes intérêts, un 
pouvoir exécutif, fidèle interprète des lois, et digne représentant du pays en 
face de l'étranger, des ministres réellement responsables, des adminis trateurs 
éclairés, bienveillants et fermes; jiartout, enfin, dans tous les rangs des servi- 
teurs de la République, la probité la plus rigoureuse et le dévouement le plus 
absolu à leurs devoirs. 

Je uc puis ici vous donner qu'un aperçu de mes désirs civiques; mais un seul 
mol suflit pour vous dire que j'entends vivre et mourir pour la sainte cause de la 
République. 

JUSTIMEN CLARY, 

Cominaiidanf du 2*" bataillon de la Garde mobile. 

l'ans, — Imprimerie Lacrampe et Fertiaui, rue Damiette, 2. 



— 655 — 

PROFESSIOIV DE FOI 

DO qiOYEN 

LUCIEN DEFOURNOUX 

(DE GROCQ). 



MES CHERS CONCITOYENS, 

Mon seul titre à vos suffrages, c'est mon désir de faire le bien, l'intention de 
rendre à ma patrie le rang qui lui convient dans le monde, et de détruire ces 
préjugé^ funestes, ces défiances injustes qui divisent encore ses nombreux 
enfants. 

Il y a dix-huit cents ans déjà, le Christ mourant nous légua ces trois mots : 
Liberté, Egalité, Fraternité. 

Ces trois mots sont arrivés jusqu'à nous, obscurcis par les passions haineuses, 
dénaturés par les interprétations astucieuses de tous les oppresseurs : sachons 
les comprendre avec la connaissance exacte de nos droits, mais aussi de nos de- 
voirs; expliquons-les avec l'intelligence de notre cœur, et nous serons véritable- 
ment libres, égaux et frères. 

Je veux toutes les libertés ; sans liberté, nous verrons bientôt paraître la do- 
mination des nouveaux mangeurs du budget, de ces intrigants faciles à recon- 
naître à la violence de leur langage, à l'exaltation de leurs doctrines; je veux 
une République formidable contre les ennemis du dehors, mais abritant sous 
son aile ceux de ses enfants surpris j^ar l'orage des révolutions. Je repousse de 
toutes les forces de mon àme les doctrinaires absolus, toujours prêts à suppri- 
mer la liberté sous Je prétexte spécieux du salut public. 

Je ne reconnais pa§ de classes supérieures; nous sommes égaux devant la loi, 
soyons-le tous devant l'opinion, devant l'impôt. Je demande la justice gratuite 
pour les indigents, l'instruction gratuite, le concours sérieux pour obtenir un 
emploi quelconque, je demande l'association du capital et du travail, la révision 
de l'octroi ; je demande qu,e l'on prélève les impôts, non sur les revenus appa- 
rents, mais sur les revenus réels de chaque citoyen. 

Le jour même du combat, la population parisienne nous a donné le sublime 
exemple d'un peuple généreux dans la victoire, pas un mot de haine, pas un cri 
de vengeance. Ne parlons donc pas de v^<incus, supprimons les préjugés quj 
nous divisent, soyons frèrie^, désormais le peuple, ce sera tout le monde, riclies 
et pauvres, puvriefs du Imyml manuel, ouvriers de l'intelligence. 

Lucien DEFOURNOUX ( De Crocq ). 



654 — 



AUX ELECTEURS 



DU 



PUY-DE-DOME. 



CITOYENS, 

Je me présente comme candidat à l'Assemblée nationale constituante ; vous con- 
naissez mes principes politiques républicains, je les ai professés et défendus depuis 
ma jeunesse : personne n'a droit de me dire qu'ils sont nés de la révolution du 24 fé- 
vrier; les actes que l'administration du gouvernement déchu a dirigés contre moi 
seraient là pour les justifier. J'ai salué notre belle révolution avec bonheur, et je 
serais heureux si j'étais appelée coopérer à la construction du nouvel édifice so- 
cial ; car je veux la République et je la veux avec toutes les conséquences du 
principe. 

Je la veux noble et généreuse, pure de tout excès d'arbitraire et de tyrannie; 

Je veux la garantie due à la propriété et le respect de la famille comme bases 
indispensables à l'ordre social; 

Je veux une magistrature inamovible et qu'elle soit conférée au mérite et à 
d'anciens services rendus dans le Barreau; 

Mais je veux que le jury soit appliqué à tout ce qui est qualifié crime par 
les lois; 

Il faut une prompte diminution des gros traitements; 

Une réfluction du nombre des fonctionnaires; 

La modification de la loi de 1816 sur les impôts indirects, si nos ressources fi- 
nancières ne permettent pas de les supprimer totalement. 

Quant aux libertés, je veux la liberté de la presse comme étant la sauvegarde 
de toutes les libertés. I^a liberté individuelle; la liberté d'enseignement sous la 
surveillance du gouvernement républicain; la liberté de tous les cultes; la liberté 
d'association, et enfin la liberté de réunion. 

Dévoué à la cause des agriculteurs, je veux que le Gouvernement Républicain 
encourage et protège celte chisse de citoyens si utiles à la société; que les fermes 
modèles soient multipliées dans tous les départements de la République française 
aux frais de l'État ou par association, et qu'enfin il soit accordé des primes aux 
producteurs intelligents; je voterai, enfin, pour toutes les lois qui seront propo- 
sées ayant pour but d'assurer le maintien des institutions Républicaines et le bon- 
heur matériel et moral de tous les citoyens. 

CROMARIAS, 

Ancien Avoué et ancien Membre du Conseil-Général du Puy-de-Dôme, Agriculteur. 



Riom. Imp de E. Leboyer. 



— 655 — 



AUX 



CITOYENS ÉLECTEURS 



DU 



DÉPARTEMENT DE L'EURE. 



Chers concitoyens , 

La patrie appelle à son aide tous ceux qui se sentent la vocation de la servir. 
Si glorieux que soit un tel mandat, en sollicitant vos sufî'rages , c'est moins un 
honneur auquel j'aspire qu'un devoir que j'accomplis et qu'un péril que j'ambi- 
tionne. Notre jeune République semble s'établir providcntielleuicnt. Ne ren- 
contrant sur sa route ni la guerre étrangère, ni l'anarchie, elle n'aura point à su- 
bir les terribles nécessités qui ont terni l'éclat de notre première Révolution . et 
reculé d'un demi-siècle l'alFranchissement du monde. Mille diflicultés, cepen- 
dant, ne peuvent manquer de surgir. La politique a fait son temps, l'ère sociale 
commence. Des sujets tout nouveaux, graves, profonds, d'immenses problèmes 
seront offerts aux méditations du législateur, l^e la solution de l'organisation du 
travail, question formidable, peut dépondre la sécurité, la grandeur, l'avenir de 
la République. L'écueil ici est à côté du port. 

11 faut donc dans cette Assemblée nationale, qui portera en elle les destinées 
delà France et la conquête de la pensée humaine, des hommes capables d'ap- 
précier les périls de la situation, de conjurer les événements, d'y laire-face ou 
d'en assumer la lourde responsabilité. Civisme éprouvé, sympathiesactives, idées 
saines, larges, généreuses, ardent amour de l'humanité, telles sont les qualités 
qu'un examen rigoureux doit constater chez vos élus; tout choix où ces condi- 
tions ne se rencontreraient pas, serait un danger, toute transaction, basée sur 
des considérations personnelles, serait un crime. 

Cette enquête nécessaire, je la réclame pour moi-même, citoyens; je suis prêt 
à en subir les conséquences. 

Enfant du département de l'Eure, où réside ma famille, où j'ai vécu longtemps, 
où j'ai laissé mes plus chères affections, mes principes vous sont connus : 

Une même communion politique m'unit au vénérable Dupont (de l'Eure) ;Ies 
meilleurs amis de cet illustre citoyen sont aussi les miens et pourraient se porter 
garants de mes sentiments patriotiques. Ils pourront dire avec l'austère convic- 
tion de la vérité, que le bien public a été la passion dominante, l'idée fixe de 
toute ma vie; que dans mes discours , dans mes écrits , dans mes actes , je n ai 



-^m 



cessé, suivant la mesure de mes forces, «l'en poursuivre la réalisation. 

Mon existence publique s'est partagée en trois phases distinctes. 

Méd(;cin dans nos campagnes pendant neuf années, mon zèle appartint surtout 
aux paùvk'èfe. Mfedibré du comité d*arrondissement d'EvreuX pour l'instruction 
priniéire^ j(e puS, dànsl'exet'cicfe de ces fonctions gratuites, m'inititor auSi besoins 
de cet ettseignénlfeilt, et JlJgeï' tjuelle i'éforme urgente réclamait la situation des 
instituteurs, classe alors si négligée et si utile pourtant, puisqu'elle porte en elle 
l'avenir intellectuel et l'ennoblissement moral du peuple. 

Les quatre années qui suivirent me trouvèrent à Paris , délaissant la clientèle 
pour l'étude, la pratique poUr la science; J)rolte5sant dès cours publics , alimen- 
tant les recueils médicaux, et publiant, sur l'organisation de la médecine et des 
hôpitaux, un ouvrage dont Béranger a pu dire, à mon légitime orgueil : « Qu'il 
serait à souhaiter que le conseil des hospices en fît son bréviaire ! » 

Les épreuves d'un concours public m'ayant appelé aux fonctions de médecin 
des aliénés de Bicétre, je m'occupai de réunir les riches matériaux que m'offrait 
ce lamentable théâtre des infirmités morales, et l'avéniement de la République 
m'a surpris terminant un grand travail qui portera ce titre : « Des causes morales 

Dî LA rotlE ET DES INDÏCATIOIVS QCÏ EN RÉSULTENT AU POINT DE VUE HYGIÉNIQUE ET SO- 
CIAL. « Horizon sans limites, qui comprend toutes les questions vitales , sur les- 
qxielles repose notre société nouvelle, l'affermissement des institutions républi- 
caines et l'avenir de la liberté. 

Tels sont mes litres. Sorti du peuple, élevé dans ses rangs , initié à ses be- 
soins, à ses efforts, à ses douleurs, j'ai demandé pour lui, à l'heure où se taisaient 
tant de voix puissantes, la justice, la lumière, fa réhabilitation , l'intelligence; 
par des études sévères, je me suis mis en état de défendre ses droits et ses inté- 
rêts, j'ai voulu m'éleveràla hauteur de ce glorieux apostolat. Chacun peut au- 
jourd'hui se dire ami du peuple, ie proclamer républicain, parler le langage du 
patriotisme, mais tous ne pourraient dire comme moi : «Citoyens, cherchez dans 
mon passé mes convictions, soumettez mes autres antécédents à une enquête, 
interrogez des idées que ni le dédain ni la proscription ne purent étouffer, et dé- 
cidez ensuite si j'ai montré assez de fixité dans les principes et d'ardeur dans mon 
dévoûment pour mériter vos suffrages. >» 



SALUT ET FRATERNITE. 



DELASIAUVE, 

Médecin de l'hospice de Bicêtre. 



hDprtmeriè de Edouaird Bautruche, rue de la flarpe/l'G. 



Paris. — Imp. Lacour et C», rue Soufflot, 46. 



667 — 



BULLETIN ELECTORAL. 



MANIFESTE 

DE LA SOCIETE DEMOCRATIQUE. 



DES ÉLECTIONS MUNICIPALES. 

Le plus grave reproche que lesatlversaires 
du parti républicain se sont crus fondés à 
lui adresser, est celui d'un esprit d'exclusi- 
vismeexagéré. Depuis la \icloiredu peuple, 
au 24 février, la conduite des démocrates ne 
justifie nullement cette injuste accusation. 

Nous le prouvons ; le canon révolution- 
naire n'avait pas cessé de se faire entendre, 
que sur les débris fumants d'un trône odieux, 
la voix sublime de la fraternité ralliait déjà 
tous les enfants de la même patrie. Les vieux 
soldats de la liberté n'avaient jamais voulu 
combattre que les lâches partisans de ces 
abus et de ces forfaits politiques dont la trop 
longue impunité devait pourtant arriver à 
son terme. 

Disons-le à la gloire éternelle de ce peuple 
victorieux : le seul cri qui s'échappa de sa 
poitrine, la seule parole qui sortit de sa 
bouche fut un cri d'amour, une parole de 
paix. 

La République apparut à ses ennemis ar- 
mée du symbole de la clémence; la Répu- 
blique conviait tous les citoyens à l'autel de 
la concorde. 

Non, la haine et la vengeance n'avaient 
point d'empire sur les cœurs républicains ; 
les martyrs de la liberté ne se souvenaient 
de leurs soufîri\nces que pour mieux savou- 
rer les joies d'un triomphe fraternel. 

Tandis que les coupables amis d'un ré- 



gimedehonte etdedégradation recherchaient 
les ténèbres qui seules pouvaient sauver leur 
tête, la République décrétait l'abolition de 
la peine de mort; la République ne voulait 
pas reconnaître d'ennemis; elle avait besoin 
de tous ses enfants ! 

Eh bien ! nous le demandons h tout homme 
de bonne foi : quel accueil a-t-on fait au su- 
blime appel de la jeune démocratie? Com- 
ment les amis du dernier règne ont-ils ré- 
pondu à cetle touchante invitation ? 

Hélas ! ils ont détourné leurs regards, ils 
ont fermé leurs oreilles; ils se sont retirés 
portant dans leur cœur le trait empoisonné 
de l'orgueil et de la rancune. 

Non, la République n'avait pas fait de ca- 
tégories : les courtisans de Louis-Philippe 
étaient seuls capables de semer au sein de 
la nation un germe de discorde; non, le 
prolétaire, réintégré dans ses droits politi- 
ques, n'a pas jeté l'insulte à ses maîtres de 
la veille ; non, il s'est rendu aux assemblées 
électorales avec ce calme et celte fierté con- 
tenue qui sont l'apanage des hommes li- 
bres. 

Quoi qu'on en dise, le prolétaire était mûr 
pour la liberté, et, devant l'urne des sulïra- 
ges, il a donné le beau spectacle de la force 
alliée à la modération. 

Marseille n'oubliera jamais que le suffrage 
universel n'a causé aucun lumuUc, aucun 
désordre, alors que sous le règne du mono- 
pole électoral, quelques centaines de privi- 



T. I. 



8S 



-^ 688 ^ 



légiés ne pouvaient accomplir l'œuvre du 
vote sans querelle et sans? Coinbàt. 

Les Républicains n'ont pu dévier des no- 
bles principes qui font toute leur force et 
qui assurent l'avenir de la France. 

Dans quelques jours, les habitants de notre 
cité vont exercer pour la seconde fois le 
droit sublime que la société, rendue libre, 
confie à tous les homraesi 

Le conseil nnunicipal ne doit plus être 
l'expression d'une minorité ridicule; les 
grands intérêts de la commune sont dès au- 
jourd'hui Confiés à la vive sollicitude de 
tous ; l'assemblée où ces intérêts doivent se 
débattre pourrait-elle ne pas être avant tout 
anitnéë d'un profond sentiment de patrio- 
tisme et de la plus entière abnégation? 

Nous ne craignons pas de le dire à haute 
et intelligible voix : il faut, pour la première 
fois, que la cause du prolétaire soit plaidée 
au sein du conseil municipal ; 

Il faut, et ce vœu ne se réalise pas trop 
tôt, ce nous semble, il faut (|ue la misère et 
l'indigence puissent franchir le seuil de celte 
enceinte ouverte jusqu'à présent à l'opulence 
et à l'égoïsme ; 

Il faut que les deniers du pauvre ne soient 
plus la dépouille opime do quelques intri- 
gants ; 

Il faut que l'emploi de ces deniers, perçus 
aux jjurrières de notre ville sur l'aliment du 
prolétaire, n'engraisse plus la paresse et 
l'incapacité ; 

11 faut enfin que le pauvre sache com- 
ment on dépense son argent. 

Pour amener un résultat si désirable, est- 
il un moyen plus sûr, plus infaillible que 
celui de former un conseil municipal où 
l'élément démocratique soit dignement re- 
présenté? Pour arriver au but que tout ré- 
publicain, c'est-à-dire tout patriote désire 
d'atteindre, peut-on imaginer une autre voie 
que celle d'un honorable concours entre 
tous les bons citoyfms do notre ville? Car, 
nous l'avons dit en commençant, et nous 
voulons rester iidèles à notre devise, le parti 
républicain repousse les sentiments d'exclu- 
sion et de préférence jalouse qu'on lui 
prête si gratuitement. 

Pour en donner une preuve solennelle, 



les républicains se sont rapprochés des 
hommes avec lesquels ils n'ont aucune affi- 
nité politique; ils ont dit à ces hommes : 
nous marchons sous une bannière différente, 
il est vrai, mais nous voulons tous le bon- 
heur de la cité, et l'existence prospère de 
Marseille nous tietit à cœur; un sentiment 
dommith hovls lie et nous unit à cet égard. 

Notre appel a été noblement compris, et 
inspirés par le sentiment du devoir, des ci- 
toyens divisés par l'opinion se sont associés 
dans la pensée du bien public. 

Otie ceux-là nous critiquent et nous blâ- 
ment, ceux-là dont le seul mobile fut tou- 
jours le sot orgueil ou la basse cupidité, 
nous ne saurions leur en vouloir; agents de 
discorde et trafiquants d'ihlrigud&, ils en 
sont réduits à gémir du triomphe de la jus- 
lice et de la vérité ! 

Mais nous, qui sommes forts, de notre 
droit, forts de notre devoir, aurions-nous 
besoin de consulter ces conseillers pervers 
pour accomplir une œuvre salutaire? 

Désireux d'arriver à cette fin nécessaire 
autant que glorieuse, les républicains ont 
marché dans la voie de la conciliation. La 
Commission électorale républicaine publie 
sa liste, où tout électeur ami de son pays et 
jaloux de sa prospérité, doit reconnaître un 
esprit de sagesse et de pruJence ; et l'on peut 
dire, sans crainte d'impuissants démentis, 
que Marseille est fidèlement rej)résentée par 
ces quarante-trois noms d'hommes hono- 
rables. 

Ajoutons en terminant que cette liste a reçu 
l'adhésion entière et sans réserve de toutes 
les corporations représentées par leurs dé- 
légués officiellement nommés à cet effet; 
cette liste est consacrée par la sympathie 
populaire ; elle est basée sur la vérité démo- 
cratique, car elle est adoptée par les masses 
de ces travailleurs intelligents et probes qui 
assurent la prospérité et qui font la gloire 
de tous les États, de toutes les villes. 

Et vous, travailleurs, écoutez un conseil 
que l'amour de la patrie nous ordonne de 
vous adresser : 

Soyez en garde contre vos faux amis • 
méliez-vous de ceux qui, sous le prétexte de 
l'ordre et de la fortune, viendront vous re- 



— 669 — 



commander des noms dont les précédents ne 
sont que trop bien connus ! 

11 est de faux patriotes comme il est de 
faux braves; ceux qui ne recherchent en 
tout temps que la satisfaction d'une vanité 
puérile ou de l'intérêt, ceux-là ne sont point 
patriotes. Malheur au citoyen mal inspiré 
ppr les suggestions de l'égpïsme ; en trom- 
pant ses mandataires il médite la ruine de 
son pays. 

LISTE DE CONCILIATION 

Arrêtée par le Comité Démocratique. 

Ahbadie, horloger. 

Alt)e, îjssureur. 

Antola. mécanicien. 

Arghalier, Frédéric, mécanicien. 

Audiiïret, avocat. 

Baux, Elisée, maire provisoire. 

Borel, bijoutier. 

Boubel aîné, négociant. 

Boulet, marchand de dentelles. 

Bourgarel, négociant. 

Bousquet, Casimir, négociant. 

Caillât, avoué. 

Carvin, portefaix. 

Caiilol, avoué. 



Court, fabricant de savon. 

Daniel, médecin. 

Deirnas fils, marchand de parapluies. 

Deluy, ouvrier tanneur. 

Floret, notaire. 

Gibert, médecin. 

Labadie fils, marchand de drap. 

Lagarde, j^ouis, néj^ociant. 

Lajard, avocat. 

Latil, maçon. 

Lémée père, négociant. 

Lorot, chimiste, 

DeMalijai, Adrien, propriétaire. 

Matheron, ingénieur civil. 

Merentier, Marins, portefaix. 

De]\Iontgrand, Auguste. 

Nègre, avocat. 

Nicolqs, avoué. 

Pellissier de Chabert, négociant. 

De Pontevés-Sabran, Léonide. 

Poumicon. Charles, assureur. 

Bevnaud de Trets, fils aîné, négociant. 

Roumieu, fabricant tanneur. 

Rossolin, quincaillier. 

Roure, ex-courtier. 

Salles, banquier. 

Straforello, avocat. 

Taix, Aimé. 

Watleau, Amable, négociant. 



Marseille. — SENES, Imprimeur de la Préfecture, yue Canebjèro, 13. 



— 660 — 

MANIFESTE 

DES OUVRIERS DE MIRECOURT. 

Mirecourt, le mars 1848. 
RÉPUBLICAINS 1 

La brave population de Paris, en trois jours de combat, a chassé non«seule- 
ment deux rois, une dynastie, mais elle a, par son courage, son attitude, son 
discernement dans le choix de ses chefs, banni à jamais la secte des rois ! 

Républicains des départements, nous ne pouvons mieux prouver notre recon- 
naissance aux combattants qu'en nous unissant tous pour conserver la victoire, 
pour veiller au maintien de l'ordre, à la garantie des personnes et des propriétés; 
apportons de l'activité à éclairer le peuple sur le véritable caractère d'une Répu- 
blique sagement régie; démasquons la calomnie, le machiavélisme des ennemis 
du peuple; secondons l'intelligence, la justice et le dévoûment à la cause popu- 
laire; sachons connaître les amis et les ennemis de la liberté; montrons-nous en 
tout dignes du beau titre de Citoyen; jurons tous de mettre nos cœurs et nos 
bras à la disposition des démocrates sincères revêtus du pouvoir; répétons avec 
tous les hommes de progrès, point de vengeance, point d'anarchie; marchons à 
la conquête des réformes sociales par les voies pacifiques et légales; soyons tous 
Gardes nationaux pour la garantie des libertés reconquises au prix du sang de 
nos frères, et prenons pour devise ces mémorables paroles de Saint-Just, Celui 
qui travaille pour la liberté ne doit dormir que dans la tombe. 

Vive la République ! 

Liberté, Egalité, Fraternité. 

Signé : J. Chambry, J. Herblin, V. Josset, Chambry, père, Durand, 
L. Pasquier, Donet, L. Donet, Frédéric, Bastien, Génein, 
jeune, Chambry-Mézin, Hicelte, aîné, J. Gaudé, Harmand, 
F. Gérard, Giroudot, J.-A. Robert, Pierrot, F. Jeanroy, 

E. Pillement, H. Pionnier, J. Couturicux, J.-J. Thouvenel, 

F. Peccate, G. Triboulot, Pagel, Deroux, Mougenot. 

A l'unanimité, le Comité départemental approuve le présent Manifeste, et 
décide que le citoyen Commissaire du Gouvernement sera prié d'en autoriser la 
publication. 

Epinal, le 4 mars 1848. 

Le Président : Collenne. Le Secrétaire : Ballon. 

Le Commissaire du Gouvernement provisoire de la République pour le dépar- 
tement des Vosges, ne peut qu'applaudir aux sentiments honorables des signa- 
taires de ce Manifeste, sentiments qui sont heureusement ceux de l'immense 
majorité de la Nation. 

Epinal. le 4 mars 18/i8. L. TURCK. 

Voir le Populaire du 28 mars 1848, p. 3, col. 2. 



— 661 — 



Aux citoyens Sous-Préfets et Maires du déparleoient. 



Melun, le 8 mars 1848. 



CITOYENS, 

Je crois aller au-devant de votre vœu, en vous informant que les curés et des- 
servants ont reçu de M. 1 evéque de Meaux les instructions nécessaires pour la 
célébration d'un service, en mémoire des victimes qui ont succombé dans les 
journées des 23 et 24 février dernier. 

M. l'évêque, en me communiquant ces instructions, m'annonce que dans les 
paroisses où il n'y a qu'une seule messe, ce service ne pourra pas avoir lieu le 
dimanche. 

J'apprends que cette cérémonie funèbre a déjà été célébrée dans quelques 
villes du département. 

Cet exemple sera suivi, je n'en doute pas, par toutes les communes. 

Veuillez donc, citoyens, vous entendre dès à présent sur la fixation du jour et 
de l'heure avec les curés et desservants. Vous vous concerterez aussi avec le 
commandant de la garde nationale, pour qu'elle contribue, par sa présence, à la 
pompe de cette solennité. 

Les fonctionnaires publics recevront l'invitation d'y assister, et rien ne sera 
négligé pour qu'elle soit digne des courageux citoyens qui en seront l'objet et des 
grands souvenirs qui s'attachent à la naissance de nos institutions populaires. 

Agréez, citoyens, 1 assurance de ma confraternité. 

Le Commissaire du gouvernement provisoire, 
Oscar LAFAYETTE. 



Voir le Recueil des Actes administratifs de I^jsIud, année 1848, n«2, p. 12. 



662 — 



RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ. 



« Nous, ouvriers compagnons, maréchaux, un moment enivrés par l'ère nou- 
velle, cédant à l'entraînement général , peu confians après avoir été si souvent 
trompés, nous nous sommes joints à nos frères les travailleurs pour faire grève, 
afin d'obtenir une augmentation de salaire, bien méritée pour nous par le savoir, 
l'intelligence et l'assiduité qu'exige le genre çle service que nous rendons à la so- 
ciété, par la rudesse excessive des travaux de notre art, autant que par les dan- 
gers auxquels ils nous exposent. Mieux éclairés, plus rassurés par la voie daqs 
laquelle est entré le gouvernement, nous retournons spontanément à nos tra- 
vaux journaliers, fiers d'être les enfans d'un pays qui tient vis-à-rvis de l'étran- 
ger un langage aussi noble, aussi franc et aussi digne que celui exprimé par le 
manifeste de notre ministre des affaires étrangères. Non, un pareil gouverne- 
ment ne peut pas faillir à l'humanité. Effrayés nous-mêmes des embarras sans 
nombre que doit rencontrer l'établissement d'une République basée sur des prin- 
cipes de justice et de fraternité, nous ne les augmenterons pas par un sot amour- 
propre. 

Nous supplions tous nos frères des autres corps d'état de nous imiter. Unis- 
sons-nous tous pour prouver que, si l'instruction nous manque encore, le bon 
sens nous guidera vers l'ordre, seule planche de salut pour notre pays, que nous 
aimons avant nous. Patience dope, frères ! patience! Ce n'est pas la rudesse de 
nos travaux qui nouseffraie, ce ne sont pas les dangers non plus; nos vies comme 
nos bras et nos sueurs appartiennent à la France, qui semble luire aujourd'hui 
d'une clarté nouvelle pour le salut des peuples. Elle fait justice en nous rendant 
nos droits politiques, source de toute amélioration raisonnable. Lui serons-nous 
moins dévoués que quand elle nous traitait comme des enfants déshérités? Nous 
nous lipirons poijr qu'elle jouisse fi]i pploie qu'elle réclame dans notre intérêt 
comme dans celui du monde entier. 

Ce que nous demandons, au nom de tous les travailleurs, ce n'est point la 
fortune des riches, ce n'est point l'oisiveté improductive pour le pays, c'est de 
jouir de la juste considération due aux travailleurs qui produisent la richesse 
des nations. 

Ce que nous demandons, c'est que les impôts pèsent principalement sur 
ceux qui ont le superflu et non sur nous qui avons à peine le nécessaire, sur ceux 
qui consomment, plus que sur nous qui produisons. 



-^m — 



Ce que nous demandons, c'est que ceux qui doivent nous remplacer aient 
l'instruction que nous regrettons^ car seule elle établit une différence entre les 
hommes. 

Ce que nous demandons, c'est que le gouvernement prenne des mesures 
pour nous délivrer de ce fantôme hideux qu'on appelle la misère, et qui sans 
cesse menace les travailleurs après Une vie de labeui'S et de privations; qu'une 
somme minime soit versée par ceux qui nous emploient chaque jour, sans que 
pour cela il soit diminué sur nos salaires, et que cette somme serve à organiser, 
entre les mains du gouvernement, une caisse de retraite où la vieillesse et l'infir- 
mité aient un égal droit; que ceux qui meurent ou ceux que la fortune favorise 
laissent leurs droits â ceux qui sont moins heurCûx. Hommes de calcul et de 
cœur, c'est à nous de trouver le chiffre de cette minime obole que doivent verser 
pour nous ceux qui nous occupent, pour que nous n'ayons jamais à tendre la 
main à la pitié, et qu'une existence digne, sobre, mais assurée , console notre 
vieillesse ou notre impuissance au travail. 

Nous comprenons , et nos frères le comprendront sans doute, que nous n'a- 
vons plus d'excuse en demandant aujourd'hui la menatîe û la bouche. Oui, nous 
comprenons, et tous nosfrèreslecomprendront aussi, qu'en nous donnant à tous le 
di'oit de suffrage, nous n'avons plus de motifs à protester en refusant nos ser- 
vices à la société. Reprenons tous nos travaux, respectons les autorités d'un pays 
qiti cherche des lois égales pour tous ; noinmons de bons représentants qui fas- 
sent respecter nos droits, et inclinons-nous fièrement devant les suffrages de 
la majorité, même devant les erreurs qui tiennent à l'imperfection humaine. 

Ceux qui ne comprendront pas ce langage seront indignes des droits qu'on 
leur rend; ceux-là seront les ennemis du nouvel ordre de choses, c'est-à-dire 
de la justice et de l'égalité. 

Frères, prenons*y garde, les millions de l'absolutisme nous menacent; ils 
n'ont de force que par le désordre et l'anarchie; ils prendront toutes les formes 
pour nous l'inspirer. 

Prenez-y garde, frères, prenez-y garde, tous ceux qui vous prêchent le désor- 
dre sont leurs agens et les ennemis de la République, dont ils attachent les cou- 
leurs, dont ils empruntent le nom. 

Répétons tous , Français de cœur: Soumission au vote de la majorité et guerre 
à la force brutale de l'oppression. 



La Guillotière, chez la mère, le 9 mars 1848. 



Les compagnons maréchaux de Lyon, 

GROS, LAGRANGE, GAUTIER , BASTON, DESPLACE, PELTIER, 
FONS, LEGHENE, GARDUI, TRONCIIET, AURAULT. « 



664 — 



AVIS 



A MESSIEURS LES ELECTEURS 

DO 

DÉPARTEMENT DE LA MANCHE. 



Citoyens et cftere Compatriotes, 

Fort de mes anciennes convictions libérales, outragé jusqu'au fond du cœur 
de la corruption qui a présidé à tous les actes de la monarchie qui vient de 
tomber, je viens mettre à votre disposition tout ce que Dieu m'a donné de 
courage et d'intelligence pour établir sur des bases solides la République. Bien 
comprise, elle me paraît le plus loyal et le plus équitable des gouvernements, 
elle doit être notre ancre de salut. 

La Religion chrétienne, telle qu'elle aétéinstituée par le divin Auteur de l'Evan- 
gile , doit être respectée et protégée. On doit également resjDCCt et protection 
aux autres croyances. Partant, liberté religieuse pour tout le monde. 

Mon amitié fraternelle pour tous les peuples ne me fera point sacrifier ou 
même compromettre le repos, la gloire ou la puissance de la Nation française. 
La France avant tout. 

Je n'ai point d'opinion systématique pour la paix ou pour la guerre. La paix 
est l'état de choses qui convient le plus au philantrope; la guerre, cependant, 
peut avoir ses nécessités et ses avantages moraux. Encore bien que je désire la 
paix de l'Europe, les événements peuvent cependant me faire changer d'avis. 
C'est une question de temps. 

Les traités de 1815 ont été déchirés par ceux qui les ont signés. 11 est inutile 
de s'en occuper. Si, contre toute attente, les puissances contractantes voulaient 
encore les imposer à la France, je m'élèverais de toute l'énergie de mon âme 
contre leurs prétentions ; la balance européenne devant être désormais le fruit 
de la justice et de la raison. 

Je m'associe de cœur à un congrès européen qui établira d'une manière stable 
et non équivoque le droit des gens et réglera les difficultés internationales. 
Pour l'intérieur : je veux le moins d'abus et le plus de libertés possibles 



— 665 — 



Le communisme n'a de chance de réussite (jue dans un payi vierge ; il ne peut 
convenir à la République française, 

L'éducation est, selon nous, up dps plus grands })ienfails de^ temps modernes ; 
il faut tâcher de la répandre le plus possible; il est plus aisé de gouverner les 
hommes en les éclairant qu'en les abandonnant dans l'abrutissement. 

L'instruction devra être donnée gratuitement au peuple. 

Avec l'indépendance, la fierté et la grandeur à l'Etranger, je veux l'ordre, la 
liberté, la capacité et l'économie à l'intérieur. Je ne veux plus de charges sala- 
riées sans fonctions, pas de cumul, et je désire une grande réduction dans le 
personnel des administrations. Plus un rouage est compliqué, moins bien il 
fonctionne. 

La confiance qui renaîtra dans le pays, et l'ordre dans les finances, permet- 
tront au Gouvernement de faire d'immenses économies et d'opérer de grands 
dégrèvements. Ces dégrèvements opérés, le Budget rester^ encore assez élevé 
pour que la France puisse donner de l'occupation à la classe ouvrière et racheter 
les actions des canaux et des chemins de fer. 

Enfin, je ferai tous mes efforts pour éteindre le paupérisme, la plus grande 
plaie sociale. 

Fraternité, 

Emile BONNET. 

Docteur ea Médecine, âgé de 53 ans. 



Typographie Bénard et Comp., passage du Caire, 2. 



PAR DÉFAUT DE DÉLICATESSE ET DE SOVFf RANCES, 

LES FORCES 

DE JEAN THÉODORE JOULET 

Et fils (lu peintre en bâtiments de l'empereur défunt 

Propriétaire né à Paris et demeurant rae HiUerin-Bertln, tl, fanboorc St<Germ. 

Se présente aujourd'hui avec une supériorité virile plus forte que jamais. 

Ayant été délicatement vu de toutes les sociétés que son sort extraordinaire lui 
a fait parcourir a puisé en elles les sources d'amours socialistes de la France qu'il 
a parcourue. 

En ces considérations il demande aux peuples le don de devenir par le suf- 
frage, représentant du peuple aux-quels il veut déposer tous les heureux dous 
qu'il a reçus. 

Imp. Laprunière, rue de Grenelle-St-Germaio, 33. « 
T I. 83 



666 — 




LEMOINE, 

OUVRIER MÉCANICIEN. 

AUX ÉLECTEURS DU DÉPARIEMEIVT DE lAUBE. 



Citoyens, 

Un système de Gouvernement est tombé, entraînant dans sa chute tous les 
privilèges que l'on appelait légaux. Le pays légal, composé des hautes et des 

les ouvriers for- 
admis, eux, ni à 
is. 

Cependant, il faut le dire hautement, cette partie de la grande famille fran- 
çaise, a toujours, à toutes les époques de notre histoire, donné des preuves de 
son amour de l'ordre, de son respect pour un état de choses qui froissait ses 
plus chers, ses plus nobles intérêts. 

Cette vérité était si généralement sentie, que le 2/t février, jour duquel doit, 
dans ma pensée et dans ma conviction, dater la régénération politique, morale 
et intellectuelle de la France; que ce jour, dis-je, tout ce que la France a de 
noble, de généreux, proclamait le règne de la Liberté, de l'Egahlé, de la Fra- 
ternité, de l'Union, tous sentaient que les destinées de la France étaient dans 
Tacceplation sincère de cette sublime devise. 

Celte partie de la société, jusqu'alors déshéritée, jouit aujourd'hui de la plé- 
nitude de ses droits, de sa souveraineté : ce droit doit être écrit dans la Consti- 
tution, î 

Pour que cette Constitution soit durable, il faut que tous les intérêts soient 
appelés à la discuter. 

^ 11 faut donc que les travailleurs soient représentés à l'Assemblée Nationale, 
d ahord, pour établir et soutenir leurs droits dans cette discussion ; ensuite pour 
concourir à la rédaction des lois devenues nécessaires pour arriver à l'amélio- 
ration du sort des travailleurs, question immense à laquelle se rattachent pres- 
que toutes les autres questions sociales. 

A qui convient-il de confier cette mission, si ce n'est à un travailleur? 

Mais, a ce travailleur, combien lui faudra-l-il décourage, d'énergie, de dé- 
vouement, pour remplir dignement le mandat dont l'auront honoré ses frères? 

Combien serait cou])abJe celui qui, par sa faiblesse ou son incapacité, com- 
promettrait la cause dont on l'aurait constitué le défenseur! 11 aurait compro- 
nnsjout à la fois les intérêts de ses mandataires, et encore ceux de la société 



007 



tout entière; car la paix et l'union sont les éléments indispensables à la pros- 
périté de toute société. 

Une société ne peut être véritablement forte et heureuse, si elle renferme dans 
son sein des membres dont les liesoins sont oubliés ou méconnus. 

Il faut donc que le Représentant des travailleurs, et par ce mot travailleur je 
n'entends pas parler seulement des ouvriers de l'industrie, mais encore des ou- 
vriers agricoles, de tous ceux enfin qui occupent les degrés inférieurs de l'é- 
chelle sociale. 

11 faut, dis-je, que le Représentant des travailleurs, quel qu'il soit, connaisse 
jusqu'au moindre détail de leur vie intérieure; qu'il ait souffert de leurs souf- 
frances. 11 faut qu il ait eu sa part de leur joie, de leurs douleurs, de leurs tra- 
vaux et de leur plaisir; il faut, non-seulement, qu'il connaisse tout cela, mais 
il faut encore qu'il connaisse assez l'état de toute la société pour pouvoir y intro- 
duire sans secousses violentes, sans perturbation considérable, les modifications 
nombreuses et importantes qu'il convient d'apporter à l'état de choses actuelle- 
ment existant. 

Voilà ce que doit être le Représentant. 
Voyons ce que je suis : 

Mon éducation fut celle du pauvre ; on m'inculquait des principes demorale et 
d'honneur, dontjamais, jepuis le clire hautement, dont jamais jene me suis écarté. 
A huit ans, dans une fabrique de fil de lin, je gagnais déjà ce qui était néces- 
saire à ma subsistance; à douze ans, j'entrais en apprentissage comme menuisier, 
j'apprenais le dessin, et à quinze ans, j'allais à Paris, sans autre appui que ma 
confiance dans mon amour du travail, san- autre Mentor que les enseignements 
et les exemples que j'avais reçus dans ma famille. 

Toujours j'avais eu le goût des bonnes lectures : enfant, je lisais de bons livres 
d'éducation, à Paris je lisais les journaux de l'opposition d'alors. 

Enthousiaste de la liberté, aux journées de juillet je ne m'illustrai point, mais 
je fis mon devoir. 

Jeune soldat de la classe de 1829, je servis jusqu'en 1833; je revins travailler 
à Paris, puis à Troyes, chez M. Lejay, où j'ai laissé d'honorables souvenirs ; en- 
fin je vins à Landrcville, puis à Loches, où j'établis ma famill(\ J'habite cette 
commune depuis 12 ans, et depuis c(^tte époque ceux qui me connaissent me 
rendront celte justice, que toujours j'ai été l'ennemi de l'arbitraire et le soutien 
généreux (souvent au détriment de mes intérêts) de ceux que je considérais 
comme opprimés. 

Depuis vm an je suis chef ouvrier mécanicien à Bar-sur-Aube, où j'ai été aj)- 
peléà la vice-présidence de la société démocratique. C'est sur les vives instances 
d'une très grande partie des électeurs de cet arrondissement, que j'ai accepté 
la candidature. 

Vous le voyez, Citoyens, enfant dans la fabrique, jeune homme menuisier ou 
mécanicien dans les ateliers de la capitale», puis soldat, puis ouvrier dans une 
commune rurale, î'ai passé par toutes les conditions de la vie du pauvre et du 
travailleur, de l'ouvrier des villes et de l'ouvrier de la campagne. 

Veuillez le remarquer. Citoyens travailleurs industriels et agricoles, en sollici- 
tant l'honneur de vous représenter, je ne vous dis pas : Travailleurs, tout à vous, 



— 668 



tout pour vous ! Non! cette maxime s'adresse à l'égoïsme ; elle ne trouverait pas 
d'écho dans vos cœurs. 

Je me considérerais comme le Représentant de la Fratice; mais connaissant 
les besoins des travailleurs, je pourrais plus particulièrement éclairer les délibé- 
rations de l'Assemblée sur leurs besoins, sur leurs intérêts. 

Je vais, Citoyens, vous faire l'exposition de mes principes : 

La République étant proclamée, je n'admets pas de discussion à cet égard. 

Concours de tous les citoyens aux affaires de la République. 

Plus de privilèges. 

Le principe de l'élection partout où il pourra être avantageusement intro- 
duit. 

Respect à toutes les propriétés, sans aucune distinction. 

Liberté des cultes. 

Liberté de la presse, sauf répression par un jury populaire. 

Amélioration du sort des instituteurs des deux sexes. 

Instruction primaire gratuite et, autant que possible, obligatoire. 

Instruction secondaire, professionnelle et supérieure aussi gratuite, mais seu- 
lement pour les élèves dont la supériorité de l'intelligence sera constatée par 
un jury d'examen. 

Protection et encouragement à l'agriculture et à l'industrie. 

Encourager l'association des petits cultivateurs. 

Révision de la loi des douanes» 

Modification profonde du Système des contributions indirectes. 

Réviser les codes de procédure civile et de commerce, pour diminuer les frais 
dans les affaires peu importantes. 

Réduction du traitement et du nombre des hauts fonctionnaires. 

Avoir le moins possible d'employés; les rétribuer convenablement pour que 
l*Elat soit mieux servi. 

Amélioration du sort des travailleurs des villes et des campagnes. 

Arrivera leur moralisation : 1° par la propagation des sociétés de tempérance, 
sous le patronage du Gouvernement; 2" par des encouragements donnés aux 
sociétés de secours mutuels; 3° par l'encouragement donné à l'épargne, et par 
la réduction du droit d'enregistrement sur la première acquisition d'immeubles 
qui sera le fruit de l'épargne, et dont le prix ne dépassera pas un certain chiffre, 
enfin par tous les moyens qu'indiqueraient l'expérience et une philanthropie 
éclairée. 

Si vous m'appelez à l'honneur devons repn'senter, je serai fier de votre choix, 
j'en serai heureux, puisqu'il m'aura permis d'être utile à la patrie. Aussi je m'en- 
gage à consacrer toutes mes journées, tout mon temps à l'examen des questions 
qui seront soumises à la discussion, aux délibérations fie la Chambre. 

Tout en conservant l'indépendance de mon caractère et de mes opinions, je 
m'éclairerais soit près de mes collègtieSj soit en correspondant avec les citoyens 
éclairés de mon département. 

Après chaque législature, je viendrai rendre compte à mes commettants de 
la ligne de conduite que j'aurais suivie, et j'étudierai les besoins qui se seraient 
produits pour pouvoir y donner de justes satisfactions. 



— ée9 — 



Mais, Citoyens, ce que je dois dire bien haut, c'est que le dernier Gouverne- 
ment s'est écroulé^ miné par la corruption, et que rtiôl pour mon compte, je 
ne me prêterai Jdriikis à dfes sollicitalidns Sôit feh faVêtir de tel arrondissement, 
de telle commune, de tel individu. 

J'appuierai les demandes à l'Assemblée Nationale; mais jamais, j'en fais la 
promesse solennelle, je ne solliciterai auprès du pouvoir ni pour les autres ni 
pour moi. 

Vive la République l 

LEMOÏNE. 

lùpi et lith. Bôifquot: — Tt-oyës. 



RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERtiltÉ. 



ARRONDISSEMENT DE SAINT-QIEm^. 



Citoyens , 

Le Gouvernement provisoire delà République, par son décret du 8 mars l8/i8, 
vient de décider qu'à partir du 10 l'Intérêt des Dépôts effectués dans les Caisses 
d'Épargnes de la République, serait servi sur le pied de 5 p. 0[0. Voici les dis- 
positions principales du décret : 

Considérant que l'Intérêt des Bons du Trésor est fixé à è p. 0[0. 

Considérant que la justice commande impérieusement de rétablir l'égalité 
entre le produit des Capitaux du Riche et celui des Capitaux du Pauvre. 

Considérant que sous un Gouvernement Républicain les fruits du travail doi- 
vent s'accroître de plus en plus. 

Le Gouvernement provisoire arrête : 

Article Unique. — Viniêrêt de f Argent versé par les Citoifens dans les Ca'tèèès- 
d'Epargnes, est fixé à 5 pour cent, à partir du 10 Mars prochain. 

Pour le Commissaire d'Arrondissement empêché, le Commissaire Dél^^u^ poilr le maintien 
de la Propriété et la Conservation des Monuments Nationaux dans le aéparièifiètit; 

Pierre DROZ. 

Saint- Quentin, le iO Mars 1848. 

Saint-Quentin. — Imprimerie de CoUcnest, Grand'Piace , 5, éditeur du Guetteur. 



670 — 



Paris, 10 mars 1848 

A MM. LES ÉLECTEURS. 



Messieurs , 
Les élections pour l'assemblée nationale constituante vont avoir lieu dans peu 
de jours. 

Je dois, avant l'élection, vous exposer franchement, loyalement, en termes 
très sim|)les, mes sentiments ; je veux être compris par tout le monde. 
Vous agirez ensuite en hommes libres. 

Si l'on me demande de renier le passé de ma famille, le mien, je n'y con- 
sens pas. 

Il y aurait lâcheté à le faire, vous ne me croiriez pas. 

Le passé appartient à l'histoire, soyons de notre temps; nous lui devons notre 
dévoûment et nos efforts. 

J'ai dit, en 1830, que je ne comprenais pas l'établissement d'une royauté nou- 
velle sans le consentement de la nation librement exprimé. 

La royauté était une institution nationale consacrée par dix-huit siècles de 
durée; elle avait ses conditions, ses règles de transmission; elles n'ont pas été 
observées en 1830; j'ai dû le regretter, car il était évident que l'intérêt d'une 
dynastie allait s'efforcer de prévaloir sur les intérêts nationaux; mais je n'ai pas 
hésité à servir mon pays en acceptant les suffrages de mes concitoyens. 

Pendant les s\\ années que j'ai été député, je n'ai rien fait contre le serment 
que j'avais prêté librement. 

Je n'aimais pas le gouvernement, on le sait assez; mais je m'étais sincèrement 
dévoué à la défense des droits, des libertés, des intérêts de la France. 

J(^ n'aurai pas une insulte pour ceux que j'ai attaqués avec tant d'énergie et 
dans tant de circonstances, ce ne serait pas digne de moi. 

La justice de Dieu s'est faite pour sauver en France, je l'espère, les sentiments 
d'honneur qui la font vivre. 

Le trône renversé, je suis monté à la tribune, j'ai demandé l'appel à la nation 
consultée, j'ai appuyé la nomination du gouvernement provisoire. 

Je n'appartenais pas au parti républicain, et cependant je ne me rendais pas 
bien compte du travail qui se faisait v,n moi, entre la singulière quasi-monarchie 
que nous avions et une république possible. 

Je n'ai donc pas été étonné du mouvement si extraordinaire qui, en quelques 
heures, a décidé ce grand changement. 

Lorsque de pareils événements arrivent, la logique des principes est toujours 
dominée par les faits. 

La nation, maîtresse d'elle-même, peut seule se donner la constitution qui lui 
convient. Voilà le principe. 

Mais il fallait au gouvernement une forme, un nom ; la République a été pro- 



— 671 — 



clamée par le gouvernement provisoire. J'ai déjà et tout de suite promis mon 
concours : je tiendrai parole. 

Que l'intérêt, l'avenir de la nation fassent disparaître toutes les divisions, 
même les noms des anciens partis ; c'est le seul moyen de sauver notre pays de 
tous les maux intérieurs ou extérieurs que nos divisions produiraient inlailii- 
hlement. 

Nous avons pu être divisés ; nous sommes réunis pour le salut commun de la 
patrie. 

Maintenant il faut y travailler tous. 

La tâche est difficile; il ne faut pas qu'elle soit au-dessus de nos forces. 

Si bien des idées folles, inapplicables, dictées par des sentiments plus géné- 
reux que pratiques, sont mises en avant, beaucoup d'idées fécondes se sont déjà 
fait jour dans notre temps d'études et de progrès, il faut les discuter, les appro- 
fondir, les appliquer. 

Les idées générales et communes d'ordre pour tous, de liberté pour tous et 
pour chacun, doivent réunir les hommes de bonne volonté. 

Liberté civile, liberté politique, liberté religieuse, union de tous les cœurs 
pour le bien général, n'est-ce pas un mouvement immense qui laisse derrière 
lui tous les passés, qui doit éloigner toutes les exclusions, étouffer toutes les 
haines, réunir tous les efforts! 

Appui sincère, énergique, cordial au travail, à l'intelligence, à la propriété; 

Union de tous les intérêts de la société; 

Élever le niveau du bien-être moral et matériel au lieu de l'abaisser; 

Connaître ses droits, remplir ses devoirs; 

Faire de la France la plus grande et la plus heureuse nation de la terre, la na- 
tion la plus libre, la plus humaine, la plus fraternelle, la plus polie, voilà la 
mission. 

Il faut l'accomj^lir. 

Ces idées doivent dominer dans les choix que vous aurez à faire. 

Le gouvernement républicain ainsi compris, ainsi pratiqué, peut réaliser le 
rêve des hommes de bien, aimant leur pays avant tout. 

Qui donc reculerait en étant convié à une pareille œuvre? 

Nous le sommes tous. 

Travaillons donc loyalement, sincèrement, fidèlement à l'œuvre de tous, et 
que la France sorte glorieuse de l'état d'abaissement qui a soulevé si justement 
la colère de tout un peuple. 

Si vous voulez de mon concours plus spécial comme votre représentant dans 
de pareilles conditions, avec un pareil but, sans arrière pensée, dont \f soupçon 
ne pourrait m'atteindre quand j'ai pris un engagement, vous pouvez compter sur 
tout mon dévoiimenL H. DE LA ROGHEJAQL ELEIN. 




Antibes , le 11 Mars 1848, 

Liberté, Égalité, Fraternité. 

LE COMITÉ RÉPUBLICAIN 

DU Cantox d'Antibjis 



4ux PçilfXiotes de 



CITOYENS, 

A la veille des Elections qui doivent désigner les Représentants chargés par 
nous, de porter an sein de l'assemblée nationale, nos vœux et nos espérances; 

Lorsque la Frame, debout devant le monde entier, va, par vos mains, dé- 
poser dans l'urne électorale , les noms de ceux qui seront appelés à régler les 
destinées de notre belle patrie; 

Nous vous engageons à vous réunir à nous. 

Formez immédiatement un Comité électoral; 

Unissons-nous, pour atteindre le but que chaque vrai Patriote se propose : 

Celui de doter la France, de véritables institutions républicaines, qui assure- 
ront à jamais son indépendance et sa gloire. 

SAî,u:f ET Fraternité. 

VIVE LA RÉPUBLIQUE! 

Les Membres du Comité républicain, délégués, 

5j>és .• BONNAVIE, P. GAIRAUD, JAUBERT, Notaire; J. REYBAUD, 
M. BOURG AR EL, QUAY DIT BOUCHARD, CQLLÔBRIÈRES, 
ROUSSET, F. REYBAUP. 



Grs;sse^ imprimerte deDufort aiaé. 



— 673 — 



AUX ELECTEURS 



CHERS CONCITOYENS, 

J'ai été porté sur une première liste de 
Candidats ; depuis, cédant aux instances de 
plusieurs cantons, j'ai persisté dans naa can- 
didature. Je vous dois une profession de foi 
brave et loyale. 

La République est aujourd'hui un Gou- 
vernement sans concurrent possible en 
France ; elle seule doit assurer l'ordre , la 
liberté, l'indépendanco nationale. Je défen- 
drais la République au péril de ma vie ; je veux 
parler d'une R>[ ubliqne sage, modérée, to- 
lérante par-dessus tout, et non d'une Répu- 
blique hautaine, voulant imposer ses doc- 
trines par rintimidation. 

Je défendrais avec énergie les doctrines 
républicaines ; parce qu'elles protègent et 
assurent toutes les libertés; 

Liberté de la pensée et des opinions; 

Liberté de la parole et de la presse ; 

Liberté de conscience, protection pour 
tous les cultes ; 

Liberté de l'enseignement; 

Liberté d'association ; 

Liberté individuelle solidement garantie ; 

Toutes-les libertés sont intimement unies; 
elles sont sœurs, l'une d'elles ne peut être 
sacrifiée sans que les autres portent le deuil. 

Je maintiendrais le droit de propriété sans 
exception, tel que nos lois civiles le consa- 
crent. Toute société doit avoir pour base la 
propriété, c'est le prix du travail, c'est la 
récompense légitime des vertus privées. Les 
sentiments et les droits de la famille seront 
toujours sacrés pour moi, une nation est une 
grande famille qui applique aux intérêts pu- 
blics les principes de morale et de justice. 

L'organisation du travad, cette grave et 
difficile question, est l'objet d études sérieu- 
ses, attendons les résultats de l'expérience. 
Il faudra mellie en harmonie les élcnienis de 
la production, le capital, le travail, le talent. 
Tout devra èlre libre et volontaire entre le 
maître et l'ouvrier, c'est à celte condition 
seulement que l'on peut concilier tous les 

Membre du Conseil municipal de 
Troyes. — Imprimerie de Poignée. 



intérêts. Mes sympathies les plus vives sont 
acquises aux travailleurs. 

Le libre-échange serait repoussé par moi 
cfimrnc dev.int causer la ruine de notre in- 
dustrie nationale. 

La République doit à tous les citoyens 
l'instruction gratuite. Il faut améliorer la 
position des instituteurs primaires, la rendre 
indépendante. Dans un état libre, enseigner 
le peuple est une inagistratuio. 

Une nouvelle et plus équitable réparti- 
tion de l'impôt est nécessaire, elle doit ten- 
dre à dégrever les objets à l'usage du piiuvre. 
Dans l'état actuel, la propriété immobilière 
est obérée d'impôts, tandis que la propriété 
mobilière en est affranchie, c est une injus- 
tice qu'il faut faire disparaître, les charges 
publiques doivent peser également sur toutes 
les propriétés ; il est équitable aussi d'im- 
poser les chevaux, les voitures et autres ob- 
jets de luxe. 

On n'a pas assez fait pour l'agriculture, 
tous mes efiforts tendraient à accroître sa 
prospérité. Les agriculteurs composent l'im- 
mense majorité de la France, ils nourrissent 
et défendent leur patrie : ou ne saurait trop 
les honorer. 

Je voterais la suppression des traitements 
qui grèvent le budjet de l'Etat, et j'admet- 
trais l'incompatibilité des fonctions publiques 
avec le mandat de représentant. 

Je m'engagerais personnellement à n'ac- 
cepter aucune fonction publique salariée. 

Depuis dix ans, j'exerce au milieu de vous 
la profession d'avocat ; j'ai consacré ma vie 
à des études sérieuses ; un grand nombre 
de mes concitoyens m'ont confié la défense 
de leur foriune, de leur honneur, de leur 
liberté, je ne crois pas avoir failli à la mis- 
sion difficile qui m'éliii conliée. Si j'avais 
l'insigne honneur d'être élu Repiése.nlant , 
ma conscience me dit que je ne faillirais pas 
à la noble mission de défendre les intérêts 
sacrés de ma patrie. 

AUGENCE, 
Troves et de la Sjciélo dAgricuUure de IWube. 



T. I. 



U 



— 674 — 



PROFESSION DE FOI 

DD 

CITOYEN DEBRAUX. 



MONSIEUR LE MAIRE , 

Au moment où la représentation du Peuple n'est plus un vain mot, où toutes 
les classes de la société doivent être sérieusement et réellement représentées au 
sem de l'Assemblée nationale, je m'adresse à vous pour solliciter votre suffrage 
et celui de vos nombreux amis politiques, dans les prochaines élections. 

L accueil bienveillant que partout j'ai reçu de vous et des habitants de votre 
commune, dans mes différentes tournées, me fait espérer que vous voudrez bien 
me prêter votre loyal concours. 

Voici quels sont mes titres : Petit-fils d'un laboureur, et fier de cette origine; 
Irere d Emile Debraux, chansonnier populaire; deux fois victime de la politique 
rétrograde de la Restauration; tour-à-tour ouvrier, soldat, instituteur, direc- 
teur d école normale et inspecteur des écoles; ma vie entière a été consacrée à 
servir le peuple et à l'éclairer. J'ai vu toutes les misères de la société, et souvent 
je les ai moi-même partagées. J'ai compris qu'il était temps d'y porter un prompt 

Voici maintenant, en peu de mots, quel est mon programme : Réduction aussi 
large que possible de cet énorme et écrasant budget, plaie béante qui dévorait 
iniquement et sans utilité le fruit de la sueur du peuple, et menaçait d'englou- 
tir sous peu la fortune de la France ; suppression immédiate de ces gros et ridi- 
cules traitements payés aux riches et aux puissants pour des services qu'ils ne 
rendaient pas ; abolition pure et simple de toute espèce de sinécure ; protection 
elhcace «îf labourage et au pastourage; ces deux mamelles delà France, comme 
le disait le grand Sulli/ , les vraies mines et trésors du Pérou; extension du com- 
merce aussi grande que possible, dans l'intérêt bien entendu du pays; organisation 
du travail, de telle sorte que l'ouvrier ne voie pas mourir de misère et de faim 
sa emmeet ses enfants, après une longue carrière toute de dévoùment et de 
labeurs, etc. 

1 M "^ ''^^T*^^^ '^'' ^^^ ^^ temps me presse ; si ces idées sont les vôtres. Monsieur 
le Maire, je compte sur vous comme vous pouvez compter sur moi. 
Votre tout dévoué serviteur, 

Horace DEBRAUX, 

iDspecteur des écoles. 



— _67^ -r- 



UN PAYSAN DE L'AUBE 

RÉPUBLICAIN DANS l'AME 

A SES CONCITOYENS ET AMIS DE LA CHAMPAGNE- 



Comme on fait son lit, oa se couche 



Mes chers concitoyens, 



N'êtes-vous pas, comme moi, las de rendre des saluts, d'entendre dos profes- 
sions de foi, d'épeler des noms qui n'étaient auparavant connus ni d'Eve ni 
d'Adam? On ne peut plus ni sortir de chez soi, ni s'asseoir près du foyer, ni se 
mellre à table, sans être poursuivi, assiégé, escaladé quasi par ces bons messieurs 
qui nous poursuivent, chapeau bas, qui nous serrent la main, et qui emplissent 
nos poches de papiers et de belles promesses. Le jour, la nuit, on est harcelé. 11 
est temps que ça finisse. 

Qu'est-ce que tout ce manége-là? Qu'est-ce que tout ça signifie? 

C'est le comité républicain de l'Aube qui nous envoie des listes et des hommes, 
en nous disant : Prenez-les 1 

C'est le comité central et radical de l'Aube qui nous recommande son monde 
et qui nous dit : Prenez-les ! 

C'est le comité plus central encore et plus radical que tous les autres qui nous 
crie : Vos voix ou vos têtes ! ! 

Nous prend-on pour des imbéciles? — Parce qu'ils sont professeurs de ceci, 
inspecteurs, directeurs, administrateurs de cela, s'imaginent-ils que nous nous 
laisserons plumer par eux, là, tout bonnement? Le peuple n'est pas si bêle, et le 
peuple c'est vous, mes amis, paysans, ouvriers, vignerons, cultivateurs, ma- 
nœuvres; le peuple, c'est vous; le peuple, c'est tout le monde, et non pas seule- 
ment les bottes vernies et les ganls jaunes. 

Eh bien! tout le monde a-t-il chargé ces comités de nous endoctriner? La 
République a-t-elle chargé ces comités de nous imposer leurs listes? — Non. 

— Mais, répondent ces beaux messieurs, nous ne voulons que vous éclairer. 

— Merci de l'intention; grâce à Dieu, nous ne sommes pas aveugles. Vous 
vouliez nous éclairer! Soyez contents. Nous avons vu, — Nous avons vu de l'am- 
bition, des commérages au fond de tout ça. Nous avons vu des compères qui, 
sous air de nous servir, voulaient faire leurs affaires, qui eussent été bien aises 
d'être députés pour leur compte. Ne vous doui^er pastAuljdjs.pçiw?, ie peuple 
sait ce qu'il lui faut. ^^^^ J^^ ^^j^^ ^^ ^y..\-^^ c^^j,^ <.^ 



— 676 — 



Mais, reprennent les semeurs de listes, nous avons seulement voulu faire 

connaître à ceux qui n'ont pas la facilité de s'en informer, les noms des candi- 
dats que l'opinion générale préfère. 

C'est de la farce. L'opinion générale est une, elle est la même, et cependant, 

entre trois ou quatre listes imprimées, il n'y en a pas une seule qui se ressemble ; 
et cependant ces listes mettent sur le compte de certains arrondissements des 
noms que ces arrondissements repoussent. Allez demander, par exemple, aux 
populations de Bar-sur-Seine si c'est vrai qu'elles demandent le docteur Gerdy; 
si c'est vrai qu'elles ne proclament pas le nom de M. Blavoyer ? — Allez demander, 
par exemple, si c'est vrai qu'on ne veut pas de M. Andryane dans l'arrondisse- 
ment de Nogent, où toutes les communes le désignent. Pourtant ces comités, 
qui devaient nous éclairer avec leurs listes, n'ont rien vu ni entendu de ce qui se 
passait dans ces arrondissements et dans d'autres lieux. Ils portaient donc des 
lanternes sourdes? — Fiez-vous maintenant à ces listes imprimées et répandues 
depuis quinze jours. 

Mes amis du peuple, comprenez-vous qu'on voulait tout simplement nous jeter 
de la poudre aux yeux, et nous faire croire que nous voulions ce que nous ne 
voulions pas le moins du monde. Ces faiseurs de listes et de comités si complai- 
sants se disaient : « Prenons sept d'entre nous, publions que la Champagne ne 
pense qu'à eux, que la République ne peut se passer d'eux. Imprimons ça en 
gros caractères, et le paysan mordra à l'hameçon. Ces sept, une fois postés là- 
haut, à vingt-cinq francs par jour, se souviendront de nous, qui avons tenu 
l'échelle. Le peuple, après, s'en tirera comme il pourra. » 

— On parle aussi d'une liste de VEvêque envoyée à tous les curés. 

— Une liste de l'Evêque? — Oh ! pour ça, c'est trop fort. L'Evêque n'a pas 
fait d'autre liste que la sienne, ça le regarde; mais il est trop raisonnable pour 
se mettre aussi à fabriquer des élections. Nous connaissons notre Evoque, il aime 
le peuple, il respecte la liberté de tous, il ne se mettra jamais en jeu dans ces 
sortes de débats. Pourquoi l'aurait-il fait? Ne peut-il pas se fier sur nous du soin 
de choisir des braves gens? Sommes-nous des enfants- de chœur? Non, notre 
Evèquc n'a autorisé personne à répandre des listes sous son nom. Si on l'a fait, 
ça ne peut venir que de son valet de chambre. 

Hommes de bon sens, cultivateurs, ouvriers, bourgeois républicains de l'Aube, 
si vous êtes de mon avis, — et vous en êtes, — nous mettrons de côté toutes les 
circulaires, toutes les paperasses, toutes les listes imprimées dont les comités 
républicains, radicaux, centraux, ultrà-radicaux, nous ont étrenné, ces jours-ci, 
au grand contenteqient de nos femmes, qui font de ces papiers des sacs pour les 
graines dépinards, de navets et de salades. 

A quoi nous serviraient ces paperasses ? — A connaître les vertus des candi- 
dats? — Certes, ils ne veulent pas dire du mal d'eux, n'ayez peur de cela. 11 y a 
un moyen bien plus sur, c'est déjuger les candidats par leurs œuvres, plutôt que 
par leurs paroles. Mais nous n'avons pas besoin qu'on nous envoie exprès de 
Troyes des indications. Nous savons distinguer les honnêtes gens de ceux qui ne 
le sont pas, et nous ne sommes pas si simples que de jeter nos voix à des inconnus 
qui les demandent. — Nous n'avons pas besoin qu'on nous dicte nos bulletins; 
nous savons écrire, on n'est pas allé à l'école pour ne rien apprendre. 



677 — 



II est donc bien entendu que nous allons faire nous-mêmes le triage des bons 
entre les mauvais, et des meilleurs entre les bons. Pour cela, formons aussi notre 
comité, — non pas un comité où l'on n'admet que les compères qu'on veut 
flatter; mais un comité en public, là, devant tout le monde. 

D'abord, que voulons-nous? 

Nous voulons, n'est-ce pas, la liberté pour tous, et à côté de cette liberté, la 
répression de toutes les actions qui nuisent aux citoyens. Nous voulons de bonnes 
lois qui diminuent les impôts, qui encouragent l'agriculture, qui protègent les 
pauvres et les riches, les maîtres et les ouvriers, et ceux qui possèdent et ceux 
qui n'ont rien; des lois qui arrangent si bien toutes choses, que personne ne 
soit malheureux, sinon par sa faute; que tout le monde puisse manger du pain 
en travaillant. 

Eh bien! nommons pour députés des hommes de probité, autrement ils 
pourraient tout bouleverser, pour se divertir ensuite à pécher en eau trouble. 
— Nommons pour députés des hommes de cœur, afin qu'ils sentent les besoins 
de la classe laborieuse, et qu'ils ne marchandent pas avec la faim du pauvre et 
de l'artisan. Nommons des hommes d'ordre et de courage, afin qu'ils ne li emblent 
pas devant les rageurs qui voudraient donner une moitié de la France à dévorer 
à l'autre. Nommons des hommes qui aient déjà l'expérience des affaires publi- 
ques, de peur qu'en nous laissant conduire par des novices et des apprentis, 
nous ne -soyons menés de travers. 

Qu'est-ce que nous ne voulons pas ? 

Nous ne voulons pas le maximum, ni la guillotine, ni le pillage sous le nom de 
communauté des biens. Ce ne serait pas la République de la liberté, de l'égalité 
et de la fraternité. Or nous ne voulons pas d'autre république que celle-ci. 

Dans ce cas, ne nommons pour députés que des hommes qui n'aient pas 
intérêt à aller moissonner où les autres ont semé, et dont les habitudes d'ordre, 
de travail, de moralité nous répondent de leur vote à l'assemblée des représen- 
tants. 

Si, par complaisance, vous veniez à voter pour des gens qui ensuite vous 
feraient passer par des chemins où il n'y a que des pierres, ne vous en plaignez 
à personne. Comme on fait son lit, on se couche. Retenez bien ça. 

Maintenant faisons notre choix. 

Labosse. — Il n'est pas de ce paySj laissons-le à son département. La Cham- 
pagne aux Champenois ! 

Auguste MiLLARD. — Celui-là est bien le plus franc Républicain, le plus désin- 
téressé et le plus honnête citoyen qu'on puisse trouver. Adopté, quand même il 
eût été recommandé par des comités. 

Regnault-Velut. — Il est porté sur les listes de MM. Lefèvrc, Crevât, Gami- 
chon, Sallart, etc. ; laissons à ces MM. Crevât, Lefèvre et Compagnie l'honneur 
de le nommer. — Amédée Gayot, Delaporïe. — La ville de Troyes en a besoin, 
ce sont les grands faiseurs du pays ; partout on les trouve casés. Laissons-les à 
leurs fonctions utiles dans les divers comités et conseils de la cité. 

Rlavoyer. — Celui-là a une fortune qui le prémunit contre le communisme. 



^ 678 — 



C'est un agriculteur, un homme instruit , un cœur dévoué et généreux. — 
Adopté. 

Stourm. — Il a rendu des services, il peut en rendre encore ; on peut le con- 
server, en lui rappelant bien que la République entend la liberté plus largement 
que l'opposition dynastique. — Adopté. 

AndryanEo ~ L'ami de Siilvio Pellico, le prisonnier du Spielberg; l'homme de 
qui Lamartine écrivait en l'siô : « M. Amlrijane me paraît un des plus dignes reprê- 
« sentants de la France probe et indépendante, » Le rejeter ce serait faire honte à 
la Champagne, son pays. — Adopté. 

Gerdy. — Professeur à la Faculté de médecine à Paris. — Il n'est pas néces- 
saire d'être bon médecin pour faire des lois ; mais enlever un médecin à ses 
malades et à ses élèves, serait une cruauté et un attentat à la santé publique. 
Laissons donc M. Gerdy à la Faculté. Saignés et purgés comme nous sommes par 
les Zi5 c. p. OiO, nous pouvons nous passer, pour le quart d'heure, de médecins 
et d'apothicaires. 

Crevât. — Suffit... N'en parlons plus ! 

Pance, publiciste. — Publiciste ! Nous ne comprenons pas. C'est aux Parisiens 
à nommer des publicistes qui vivent chez eux. 11 nous faut à nous des représen- 
tants qui connaissent nos besoins, nos travaux, notre pays. 

FiNOT (Henri). — Honnête ouvrier, homme laborieux, intelligent, voulant le 
bien des ouvriers par le travail, par le salaire dignement gagné, par l'accord et 
l'union entre le maître et le travailleur. On ne peut refuser aux ouvriers d'avoir 
un représentant à la chambre, et vous n'en nommerez pas de plus digne de votre 
suffrage. Nommez Henri Finot. 

Masson (Victor). — Maître des requêtes au conseil d'Etat. Citoyen aimant son 
pays, en connaissant les besoins, ayant une grande connaissance des affaires 
administratives, très versé dans les questions de finances, acceptant franchement 
la République, ayant toujours gardé son indépendance sous les gouvernements 
précédents ; il mérite vos voix et vos sympathies. Ce serait un des citoyens les 
plus probes, les plus éclairés, les plus utiles par ses études spéciales dans la 
chambre des représentants. — Si vous voulez le bien de votre pays, si vous 
voulez un député qui sache dire quels impôts peuvent et doivent être diminués, 
nonimez M. Masson. On le connaît, il est Champenois, et il a toujours été em- 
pressé à servir tous ceux qui faisaient appel à ses conseils, ou à ses secours. 
Croyez-moi, et vous vous en féliciterez. 

— Des gens vont vous dire : — Mais M. Masson a servi la légitimité. — Eh ! 
non; il a simplement servi son pays sous la légitimité. H a fait ce que vous avez 
fait tons, vous, comme soldats, comme nuigistrats municipaux, comme citoyens 
de celte époque. Mais a-t-il vendu sa conscience pour de l'avancement? Non. Il 
est resté au même point d(î son début dans sa carrière au conseil d'Etat, parce 
qu'il n'a jamais cherché les faveurs du pouvoir, mais seulement l'accomplisse- 



>- 679 — 



ment de ses devoirs. Ils sont rares, ceux dont on peut rendre un si beau témoi- 

Voulez-vous un homme qui défende le droit de propriété? Encore une fois, 
nommons M. Masson. 

Argence — Vous le connaissez; il a montré, pour défendre le pays, dans ces 
derniers temps, un courage qui n'était pas sans péril. — Bon citoyen, avocat 
distingué. — Adopté. 

Voilà donc notre liste complète. 

MM. MILLARD. MM. Victor MASSON. 
BLAVOYER. Henri FINOT. 

STOURM. ARGENCE. 

ANDRYANE. 

J'aurais porté M. Lignier; mais on demande pourquoi il a nommé capitaine- 
rapporteur le candidat au grade de colonel que la garde nationale de Troyes n'a 
pas voulu même pour caporal? 

Pourquoi il a toujours été inscrit sur les listes des partisans du citoyen Crevât? 

Pourquoi il avait quitté Troyes, précisément au moment où il pouvait prévoir 
qu'il y aurait des troubles, abandonnant l'administration au seul commissaire 
Crevât, et ne revenant qu'après les troubles comprimés? 

En attendant de plus amples renseignements, nous renvoyons M. Lignier à 
l'année prochaine. 



Troyes, Imprimerie Anner-André. 



UN MOT 

Au paysan de FAube. 

Bon paysan, qui voulez singer Paul-Louis, celui qui ne vous connaîtrait pas 
vous paierait bien cher; je vous dirai que vous êtes un paysan à gants jaunes, à 
bottes vernies, à lorgnon; un paysan à blason et, par conséquent, un paysan 
aristocrate. Vous voyez que je vous connais, beau masque. 

Si j'avais le temps de m'occuper davantage de vous, j'ajouterais que personne, 

depuis quelques jours, n'a plus que vous fait gémir la presse et les lecteurs, 

mais c'est à votre dernier écrit que je veux avoir allaire, et sur un seul point je 
désire vous poser des questions. A chaque ligne vous y parlez de probité, de 
moralité, d'Iionnêtes gens. Mauvaise tacti(iue ! car on doit se méfier de celui qui 
répète sans cesse : je suis honnête homme. Et je pense que vous ne faites pas 



— 680 — 



exception à la règle, car dans la composition de votre liste, vous avez, comme 
on dit, fardé la marchandise, vous avez pris le nom du Citoyen Millard pour 
faire passer les autres. Quand vous aurez résolu les questions que je vais vous 
poser, nous verrons si vous ne vous êtes pas un peu trompé dans votre petit 
calcul. 

Pensez-vous que celui-là qui a une fortune qui le prémunit contre le Commu- 
nisme soit un honnête homme, quand il est le fils d'un père mort en état de fail- 
lite et n'ayant payé qu'un dividende de neuf pour cent à ses créanciers ? 

Pensez-vous que celui-là soit un honnête homme, qui, ayant écrit naguère 
que la République était une monstruosité , vient se présenter comme candidat à 
l'assemblée qui doit asseoir la République sur des bases éternelles? 

Pensez-vous que celui-là soit un honnête homme, qui, d'une incapacité no- 
toire, a été employé par votre coterie comme on se sert d'un locatis, et qui, 
alléché par l'odeur des vingt-cinq francs, veut être représentant. 

Pensez-vous que celui-là point d'ambages; pensez-vous que vous puissiez 

parler si haut de probité? vous, le fils d'un père qui a fait une fortune insolente 
aux dépens de pauvres moulons Champenois qu'il a tondus jusqu'au sang. 

Je vous prie de descendre au fond de votre conscience si pure, et de vous 
faire, à vous-même, les réponses aux questions ci-dessus; ce sera justice. 

Agréez l'expression des sentiments fraternels qui m'animent envers vous, 
paysan, depuis la journée du 10 courant; vous savez ! 

UN CITADIN. 



PROFESSION DE FOI 

Db citoyen MÔI\TA11D01N. 

Habitants de la Creuse, 
\c cède aux vœux des Électeurs du canton de la Souterraine, Je me porte can- 
didat : je vous fais grâce de profession de foi; nous savons tous à quoi nous en 
tenir sur ces grandes phrases banales, vides de sens, monnaie courante à l'usage 
de tous les partis, de toutes les opinions. J'avais même l'intention de ne faire au- 
cune circulaire : vous qui me connaissez, vous n'en avez pas besoin ; et vous, 
Citoyens, à qui je suis inconnu, adressez-vous aux connaissances que je puis avoir 
dans les diverses localités. J'ai trente quatre ans : ainsi aucun antécédent poli- 
tique à fair(> valoir; mais aucun à rétracter. ^I^a base de ma conduite politique 
sera la souveraineté nationale. 

Recevez, habitants de la Creuse, l'assurance de mon dévouement. 

LÉo^MONTAUDON-BOUSSERESSE , 

Docteur ea médecine. 



Paris. — Imp. Lacour et C«, rue Soufilot, i6. 



— 684 — 



RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

Liberté , Égalité , Fraternité. 



LIS DANGERS DE U CORRIPTION. 



Mes frères et chers citoyens de l'Aube, 



Depuis quelques jours l'ère de la Ré- 
publique nous fait respirer l'espoir du 
bien en général des Français ; nous de- 
vons être fiers de porter ce nom avec 
honneur, qui depuis dix-sept ans un 
roi tyran a eu la lâcheté de nous laisser 
mépriser de toutes les puissances étran- 
gères. C'est cet infâme d'Orléans, qui, 
en 1830, jura de ne vouloir que lehien 
des Français. 

Ce serment fait par lui, suivi avec 
soin, en nous plongeant de jour en jour 
à la captivité et dans la plus affreuse 
des misères, et notre hien mis à la voile 
pour l'étranger, en conservant l'idée de 
s'enivrer plus tard du sang de ses sujets. 
Aujourd'hui ce projet lui échappe, il 
est forcé de fuir avec la besace et le 
masque du mendiant, accompagné de 
ses deux cruels ministres, pour rejoin- 
dre des millions qu1l nous a si impu- 
nément volés. 

Enfin, laissons-le fuir, le crime dans 
le cœur et la honle sur le front : pen- 
sons à nos élections, pour lesquelles 
nous ne devons perdre aucun instant 
pour obtenir une bonne République, 
qui peut seule nous rendre heureux: 
mais il faut du calme et de l'ensemble ; 



c'est l'union qui fait la force. Je sais que 
déjà des individus de notre cité sont 
disposés en sous-main d'employer le 
moyen de quelqu'argent au profit des 
ouvriers, qui ne seraient pas à la por- 
tée de juger de celte féroce générosité, 
qui pourrait devenir que des hommes 
jaloux de nous voir sortir des fers pour 
nous enchaîner de nouveau ; je vous le 
dis, ces espèces de patriotes du lende- 
main se faufderaient parmi nous pour 
nous séduire comme les araignées le 
long des vitres, pour y attraper les 
mouches. Je ne saurais trop vous pré*- 
venir des pièges que l'on pourrait nous 
tendre ; il ne fiiut pas nous laisser 
éblouir par quelques pièces de cinq 
francs, et chargés de sacs de promesses 
qui ne pourraient servir par la suite 
qu'à nous mettre de nouveau dans l'es- 
clavage. jN'oubliez pas, Citoyens, que 
c'est notre conscience qui doit nous 
faire voter et non la corrujition. Sachez 
aussi que la République nous rend tous 
égaux, frères et soldats pour la Répu- 
blique : nous devons tous combattre, 
vivre et mourir. Respect aux cultes et 
aux propriétés. 

Auguste ROBLIN. 



i:. I. 



85 



— 682 — 



Concitoyens du département de la Sarthe, 



A une époque où la dépulation ne conférait que des honneurs et n'imposait à 
ses membres que des devoirs faciles et des responsabilités définies, j'ai sollicité 
et obtenu vos suffrages. Aujourd hui , en présence des circonstances qui impri- 
ment à la prochaine représentation nationale un autre caractère , et font naître 
pour elle des (Jevoirs plus ardus, des responsabilités plus étendues, je n'ai point 
à chercher ce qui me conviendrait. Je ne considère que ce que je dois ; et si l'on 
jugeait que je puis rendre encore quelque service, je demeure à la disposition 
de mes concitoyens. Quant à mon sentiment personnel sur la révolution qui vient 
de s'accomplir, en voici l'exposition franche et nette : 

Un jour à peine s'est écoulé qu'un trône était debout, autour de ce trône deux 
chambres, au sein de ces chambres deux partis, dont l'un avait entrepris de faire 
sortir de la monarchie constitutionnelle une représentation sincère, un gouver- 
nement bonneteau dedans, digne au dehors, et dontl'aulre, à force de manœu- 
vres, d'intrigues, d'égoïsme, était parvenu à fausser toutes nos institutions et à 
créer dans les chambres une majorité servile, après avoir créé dans le corps élec- 
toral une majorité corrompue. Cette corruption funeste, d'autres l'ont sans doute 
attaquée plus habilement que moi; mais j'ai le droit de dire que j'ai été le pre- 
mier sur la brèche pour la combattre. Cependant en un jour, en une heure, en 
un instant, tout est tombé, trône, monarchie , chambres , parti intermédiaire, 
parti de la corruption, parti del'ojDposition constitutionnelle. Ministres, royauté, 
régence, tout a disparu. De tout cela il n'est resté qu'une grande ruine sur la- 
quelle s'élève, à l'étonnement de tous, l'édifice grandiose, mais nouveau et inat- 
tendu, de la République. Je n'appelais point, je ne désirais point la République; 
je l'ai acceptée. Je la redoutais, la croyant impossible sans des collisions sanglan- 
tes et sans une violence faite à nos mœurs. Je l'ai vue s'instituer sans luttes, sans 
résistance, sans une goutte de sang versé, sans une parole de vengeance, sans 
une pensée de réaction , sans une profanation impie , sans un blasphème. Pour 
comprendre la j)uissancedu peuple dans ces journées, il faut en avoir été témoin. 
11 faut aussi avoir vu le peuple après la victoire pour juger ce qu'il y a en lui de 
sentiment religieux, de désintéressement et de probité. 

Concitoyens delà Sarthe, j'en suis profondément convaincu, il n'y a plus pour 
tous les Français qu'une seule conduite à tenir : abjurer tous les souvenirs et 
toutes les préoccupations du passé, briser sans n'tour tous les liens de parti, et 
se rallier sincèrement , unaninienu'nt au gouvernement provisoire. Les monar- 
chies ont fait leur temps. Monarchie démocratique de Louis XVI, monarchie ab- 
solue de Napoléon, royauté lestaurée de Louis XVIU , monarchie constitution- 



^— 683 



nellc de 1830, toutes ont péri; toutes ont succombé au sein des troubles et des 
révolutions que chacune d'elles avait précisément pour mission de prévenir. Un 
système de ^gouvernement dont le principal mérite était d'assurer l'ordre et la li- 
berté n'a amené que le désordre et l'anarchie. Qui donc travaillerait à son réta- 
blissement? Pour moi, je le déclare, personne n'a demandé avec plus de zèle et 
de sincérité que moi à la monarchie représentative la liberté, la prospt'rité et la 
grandeur de mon pays. Mais après la dernière et triste expérience qui vient de 
sacconiplir, je dis avec la même franchise que je considérerais comme aussi 
coupable qu'insensée toute tentative, je vais plus loin , toute arrière-pensée de 
retour vers cette institution ensevelie à jamais dans les témoignages répétés 
de son impuissance. Le crime ou la folie me sembleraient les mêmes que l'en- 
treprise se produisît sous les auspices de tel ou tel nom , de tel ou tel préten- 
dant. 

Si, ce qu'à Dieu ne plaise, de pareilles tentatives apparaissaient, le gouverne- 
ment de la République, qui, évidemment, veut être libéral et modéré , serait 
bientôt entraîné à la violence. Son autorité tournerait à la dictature, etalors que 
dans sa force il aspire à ne régner que par les lois, il se verrait contraint de re- 
courir aux expédients de tous les pouvoirs contestés. Que le pays y prenne garde ; 
il y va pour lui, non-seulement de son bien-être, mais de sa propre existence. 
11 y a quelque chose qui importe encore plus que la forme du gouvernement : 
c'est la France. Si j'osais, je dirais qu'il y a quelque chose de supérieur à la li- 
berté même : c'est l'indépendance nationale et l'inviolabilité de notre ter- 
ritoire. 

Or, tout dissentiment intérieur signifierait aujourd'hui rTOaiblissemont de la 
France, la guerre civile au dedans, la guerre étrangère au dehors ; comme moyen 
de combattre l'une et 1 autre, la dictature; comme conséquence finale, l'épuise- 
ment du trésor public et la ])anqueroule. Ainsi, adhérer à la République, ne 
choisir pour représentants que des hommes dont l'adhésion soit aussi nette que 
sincère, tel est, à mon avis, le premier devoir de tous les bons citoyens. Ils en 
ont un second non moins impérieux et tout aussi facile à comprendre. 

Si le principe républicain du gouvernement nouveau doit être mis hors de 
question, à côté du principe admis par tous comme la base de l'édifice, vien- 
nent se placer de très graves questions, dont la solution, selon ce qu'elle sera, 
fera une bonne ou mauvaise république. Te ne parle point des questions politi- 
ques, de leur nature, telle que celle de savoir si le pouvoir exécutif sera repré- 
senté par un président ou par un directoire ; s'il y aura une chambre unique ou 
deux chambres; si la magistrature sera nommée ou élective, etc.; ce sont là des 
questions graves, mais non dangereuses ; etl'assemblée nationale, délilu'rant avec 
maturité et indépendance , les résoudra sans peine. Mais ce (juience moment 
mérite une attention plus immédiate, ce sont des théories, inspirées sans doute 
par l'intention la plus généreuse, mais à mes yeux pleines de périls, qui aspirent 
à pénétrer dans le gouvernement, et qui, si la voix tout entière du pays n'y met- 
tait obstacle, amèneraient tout à la fois la ruine de la société et de la République. 
A vrai dire, ce n'est pas la question politique f[ui est grave en ce moment. Elle 
est, elle doit être résolue. Ce qui est grave, c'est la question sociale. 

L'amélioration du sort des travailleurs est sans contredit le premier besoin des 



684 — 



temps modernes ; c'est la première des nécessités, parce que c'est la première des 
justices. Nous vivons dans un temps où la condition essentielle de la puissance 
d'un peuple, c'est la richesse , et la richesse , c'est le traA ail. Il est juste que la 
société soit libérale envers ceux qui font sa force. 11 est nécessaire que le senti- 
ment de fraternité qui unit tous les hommes et qui existe dans nos mœurs, pé- 
nètre dans nos lois, et désormais la constitution doit avoir pour hase le grand 
principe de solidarité qui lie entre eux tous les membres du corps social. Pour 
moi, j'ai toujours pensé qu'à côté de la liberté, âme de toute industrie, il fallait 
placer l'association. J'ai toujours pensé que , tout en laissant le travail libre, il 
fallait proléger le travailleur par un ensemble d'institutions salutaires, qui, en le 
prenant au berceau et l'accompagnant à travers toutes les vicissitudes de sa vie, 
le suivissent jusqu'à la tombe. Ce grand pouvoir social, dont aucun desgouver- 
nemenls antérieurs n'avait eu l'intelligence, la République l'a compris. Mais il 
importe beaucoup qu'en entrant dans cette voie , elle se préserve d'un écueil 
placé sous ses pas, 11 faut qu'elle prenne bien garde, en organisant le travail, de 
détruire la liberté ; il faut qu'elle prenne bien garde, en augmentant arbitraire- 
ment le salaire, de supprimer le travail ; car il y a pour l'ouvrier quelque chose 
de pire qu'un salaire modique, c'est Tabsencc de tout travail, c'est-à-dire de tout 
salaire. C'est là qu'est le danger véritable de la situation. 

En présence d'un ébranlement extraordinaire, suivi tout aussitôt d'un ré- 
tablissement phis merveilleux encore, on peut dire sans exag 'ration que la cou- 
che politique de la société a été à peine troublée. Mais ce qui est menacé d'une 
perturbation profonde, c'est la zone économique de la société, c'est la propriété, 
c'est le commerce, c'est l'industrie, c'est la liberté de transaction; ce qui pour- 
rait être mis en péril, c'est la source mt'me de la richesse publique et delà force 
nationale, c'est l'élément essentiel du bien-être de tous, c'est le capital qui donne 
le travail et le salaire , c'est la confiance qui seule met en circulation les valeurs 
que la crainte y enfouissait ; c'est, en un mot, la liberté, sans laquelle il n'y a ni 
capital fécond, ni travail productif, ni salaire régulier. 

De notre temps les peuples n'attachent qu'une importance secondaire à la 
forme des gouvernemenis. Ce qui constitue l'essence des sociétés , c est le tra- 
vail, c'est la ])roduction, c'est le bien-être matériel et moral qui en découle , 
c'est l'amélioration continue de toutes les conditions, c'est le progrès incessant 
de toutes les intelligences, c'est le développement de toutes les facultés. Ce grand 
mouvement social a besoin sans doute d'agents nombreux et puissants. Mais il en 
est un qui, à lui seni, est supérieur à tous les autres : c'est la liberté! la liberté, 
chose surannée dit-on, et pourtant moins vieille que certaines théories économi- 
ques données aujourd'hui pour des nouveautés Là est le péril ; là sont les vraies 
questions dont la bonne solution peut seule assmer les droits impî'rissables de 
la propriété, le bien-être sacré des travailleurs, le succès, la grandeur etla pros- 
périté de la République. 

GUSTAVE DE BEAUMONT, 

10 mars 1 848. ancien député de la Sarlhe. 



685 — 



AUX ELECTEURS. 



DU 



DEMRTEMJGKT DE 14 SEINE 



Citoyens, 

En venant solliciter vos suffrages comme candidat à la représentation natio- 
nale, j'obéis à un sentiment patriotique et aux conseils de plusieurs d'entre vous. 
Je ne le ferais pas cependant, si je ne me croyais suiiïisamment préparé, par des 
travaux antérieurs, à remplir utilement le mandat que vous m'auriez confié. 

Je ne suis qu'un simple écrivain ; mais comme tel j'ai voué ma vie entière à 
l'étude des grandes questions qui intéressent la prospérité matérielle et la gran- 
deur morale du pays. De ces questions, j'en ai déjà traité plusieurs, particulière- 
ment dans la Revue (les deux Mondes, où j'écris depuis près de dix ans. Il en est 
peu d'autres dont je n'ai fait en divers temps l'ohjet d'une étude sérieuseet d'un 
examen approfondi. 

Quoique livré par devoir et par goût aux travaux du cabinet, je n'ai pas laissé 
cependant de me mêler accidentellement aux travaux actifs de l'industrie, et no- 
tamment dans les années 1839 à 1844, où, mettant à profit quelques connaissan- 
ces acquises, et voulant rendre service à une industrie naissante, j'ai organisé et 
dirigé pendant un certain temps , pour le compte d'autrui , plusieurs établisse- 
ments industriels. Cette circonstance m'a permis de joindre aux enseigniments 
de la théorie les leçons puisées dans la pratique ; elle m'a appris en même temps 
à mieux connaître ces classes ouvrières vers lesquelles j'avais souvent tourné des 
regards émus et qui doivent être pour les hommes jniblics l'objet d'une sollici- 
tude constante. 

Mes sympathies pour les classes ouvrières sont anciennes ; elles n'ont pas at- 
tendu la dernière révolution pour se produire. Plus d'une fois j'ai réclamé, en 
faveur de cette partie soulIVante delà nation, toutes les améliorations possibles. 
Mais en la servant dans ses intérêts véritables , je ne l'ai jamais flattée dans ses 
préjugés ou ses erreurs. 

C'est avec raison, selon moi, qu'en France les ouvriers se plaignent. Leur con- 
dition n'est pas ce qu'elle pourrait et ce qu'elle devrait être ; il est très possible 
de l'élever et de l'améliorer. Mais en réclamant une part plus grande de jouis- 
sances ou de bien-être, les ouvriers se trompent souvent sur les uiovens de l'ob- 
tenir. Ils se trompent surtout quand ils mettent leurs intérêts en opposition 



-J 



— 686 — 



avec les intérêts généraux de l'industrie, dont ils sont foncièrement insépa- 

î*fî I )Ips 

C'est en agrandissant la ^hère de l'industrie, en multipliant l'action des capi- 
taux et du travail, qu'on peut améliorer le sort des masses. Là où le travail 
abonde, la rémunération s'élève; il n'y a pas d'autre voie qui conduise au même 
but. Mais est-il possible d'obtenir que le travail abonde constamment en France? 
Je n'hésite pas à répondre : Oui. Quant aux moyens d'y parvenir, ils sont nom- 
breux et divers, mais ils se résument presque tous dans ce seul mol : Liberté. 

La liberté seule, la liberté du travail surtout, quand elle existera réellement en 
France, y accomplira des prodigt^s ; elle étonnera ses ennemis même par sa fé- 
condité. Mais nous en sommes fort éloignés encore et nous avons beaucoup à 
faire pour en recueillir tous les bienfaits. 

Il est un autre moyen d'augmenter le bien-être général : c'est d'alléger les im- 
pôts. On peut y parvenir en simplifiant les services publics, et par d'autres pro- 
cédés que j'ai indiqués dans un travail récent. 

A ceux qui me connaissent , ou qui ont lu quelques-uns de mes écrits, je n'ai 
pas besoin de dire que je suis ami de l'ordre, sans lequel il n'y a pas de bien-être 
ou de prospérité possible : mais je conçois un ordre large et fécond, qui n'exclut 
ni la liberté ni le progrès, qui soit fondé sur tout autre chose qu'un système de 
compression, et qui résulte sans efibrt de l'heureuse harmonie de nos institutions 

futures. 

Homme nouveau dans la carrière politique , exempt de tout engagement en- 
vers le passé, je puis m'associer, sans arrière-pensée comme sans scrupule, à 
toutes les saines directions du présent et à toutes les espérances de l'avenir. 

Je crois à la possibilité d'établir en France une république démocratique; une 
république grande et forte, riche et prospère, qui réalise dans son sein celte heu- 
reuse alliance de l'ordre et de la liberté. Je ne me dissimule pourtant pas les dif- 
ficultés de cette tâche dans la situation présente du pays, et je n'oublie pas non 
plus que nos pères y ont échoué une première fois. Si ce n'est pas une raison 
pour désespérer du succès , c'en est une du moins pour apporter à cette grande 
œuvre une pensée mûre et pour mettre à profit toutes les leçons de l'expérience. 

Peut-être est-il de mon devoir d'ajouter à cela qu'une constitution républi- 
caine me paraît devoir échouer en France tant qu'on n'y aura pas fondé sur une 
plus large base les institutions secondaires, et particulièrement ces institutions 
locales dont le pays est dépourvu. Je crois que, dans un grand élal, les institutions 
localesdoivent entrer comme un élément essenliel dans l'édifice de la constitu- 
tion politique, et que c'est surtout pour avoir méconnu cette vérité que la France 
n'a pu parvenir, depuis soixante ans, à fonder chez elle un ordre politique 
durable. 

Ch. COQUELIN. 

9, rue de Provence. 



Paris. — Imprimerie centrale de Chemins de Fer, de NAPOLEON GHAIX et Cie. 



— 687 — 



AUX ELECTEURS 



DU 



DÉPARTEMENT DE L'AUBE. 



Mes chers concitoyens , 

Porté définitivement à la candidature par plusieurs comités de Troyes et par 
les délégués des arrondissements réunis, je vous dois ma profession de foi. Je 
vais la faire aussi franche et aussi claire que possiLle. 

Je veux la République, rien que la République ! Je la veux avec le développe- 
ment le plus complet de toutes les libertés, mais aussi avec l'ordre et le respect 
de tous les droits. 

Parmi les libertés les plus précieuses , et que nous devons défendre au péril 
de notre vie, je comprends : 

La liberté absolue des élections, sans laquelle toutes les autres libertés ne se- 
raient qu'un vain mot, et la représentation nationale qu'un mensonge ; 

La liberté des opinions , leur expression libre par la parole et par la 
presse ; 

La liberté de conscience et des cultes ; 

La liberté de réunion et d'association ; 

La liberté d'enseignement, sous la surveillance de l'État , et avec garantie de 
moralité et de caf>acité de la part de ceux qui voudront exercer ce sacerdoce; 

La liberté du travail et de l'industrie. 

Je veux ces libertés, non pour quelques-uns, mais pour tous. 

Parmi les droits que j'entends faire respecter, je mets en première ligne le droit 
de propriété. 

Après le sentiment religieux, après le sentiment de famille , le sentiment de la 
propriété ftie parait le plus moralisateur et le plus essentiel à la conservation de 
la société. Comme les deux premiers, il est dans la nature même de l'homme, et 
ne saurait être impunément violé. 

C'est le sentiment de la propriété qui a fait des habitants de nos campagnes, 
esclaves et misérables pour la plupart il y a soixante ans , ce qu'ils sont aujour- 
d'hui, c'est-à-dire des hommes d'ordre et de patriotisme, des hommes moraux 
et vraiment libres. 

A mon avis, le moyen le plus efficace d'émanciper les travailleurs industriels, 
d'améliorer leur condition maléiielle et morale, c'est de leur faciliter l'accès à la 
propriété. C'est i\ quoi je m'emploierai de toutes mes forces. 

Pour y parvenir, il faut procurer aux classes ouvrières, qui ont tant soutl'ert 



jusqu'ici, un travail assuré, constant, équitablement réparti et rémunéré ; en 
un mot, il faut organiser le travail. 

Quand et comment cette question si difficile et si redoutable sera-t-elle réso- 
lue? Quand la transformation de l'industrie sera-t-elle opérée? Les hommes les 
plus compétents ne sauraient le dire ; c'est l'œuvre de l'expérience et du 
temps. 

Toutefois, on doit aborder dès à présent la question de l'association. Il est du 
devoir du Gouvernement d'en essayer l'application dans toutes les conditions. 
Mais, je le déclare, je ne comprends l'association industrielle que comme essen- 
tiellement volontaire de part et d'autre, que comme le résultat d'un contrat li- 
brement consenti entre le capital et le travail. 

Le remaniement des impôts me paraît indispensable; quelques-uns doivent 
entièrement disparaître ; d'autres doivent être modifiés dans leur assiette et dans 
leur perception. Je pense que la propriété mobilière ne doit pas plus longtemps 
échapper aux charges qui grèvent la propriété immobilière ; je pense que des im- 
pôts sompluaires doivent frapper certains objets de luxe. 

L'instruction primaire, dont je m'occupe depuis longues années, sera l'objet 
de mes préoccupations les plus constantes. Il faut que la loi place les instituteurs 
dans une position qui soit en rapport avec la hauteur de leur mission; il faut que 
Tinstriu^tion primaire soit donnée à tous sans exception; l'instruction secondaire 
et scientifique à tous ceux qui peuvent la recevoir avec fruit. De cette manière,' 
les richesses inlellectuclies que recèlent toutes les classes de la société seront mi- 
ses en lumière; tous les esprits d'élite, tous les nobles cœurs apporteront leur 
tril)ut à la patrie cv contribueront aux progrès et à 1 illustration de la France. 

II faut faire beaucoup pour l'agriculture si longtemps et si injustement négli- 
gée; il est temps de lui ramener les bras qui lui échaj^pent , d'arrêter la déser- 
tion des populations rurales pour les villes, en l'honorant, en l'aidant puissam- 
ment. 11 faut la dégager des entraves qui l'embarrassent, en donnant au pouvoir 
communal plus d'initiative et de liberté, en créant des juridictions administra- 
tives cantonales pour les affaires de peu d'importance, qui font perdre inutile- 
ment tant de tcm])s et tant d'argent aux habitants des campagnes. 

Toutes ces améliorations et d'autres encore que je ne puis rappeler ici peu- 
vent être obtenues, j'en ai la ferme confiance , sans coûter à personne ni une 
larme ni un regret. Pour cela, il faut tendre sans cesse à unir étroitement les in- 
térêts de celui qui possède avec les intérêts de celui qui travaille, de manière 
qu'ils ne soient plus qu'un ; à relier enfin tous les hommes entre eux par Tévan- 
gélique et divin sentiment de la fraternité. 

Yoilà ce que je veux; voilà ce qui doit être introduit dans la nouvelle consti- 
tution. 

Mon indépendance absolue , mon inébranlable dévouement aux idées libéra- 
les, ma vie jus(|u'iei consacrée tout entière nux intérêts de n^.on pays , dans des 
fonctions gratuites (ît multipliées, l'estime et l'afléclion que je m'honore d'avoir 
inspire à ceux de mes concitoyens au milieu desquels j'ai vécu, vous sont de sûrs 
garants de ma fidélité à remplir mes engagements. 

AMÉDiE GAYOT. 

Troyes, imprimerie Anner-André. 



— 689 — 



COMITÉ RÉPUBLICAIN 

DÉPARTEMENTAL. 



Le Comité répuLlicain départemental avait proposé sept candidats aux suf- 
frages des électeurs du département de l'Aube. Cinq de ces candidats ont été 
adoptés par les délégués des comités des cinq arrondissements, réunis à Troyes 
en assemblée générale. Deux ont été écartés, et les citoyens Paiice et Stourm leur 
ont été substitués. Par suite de cette modification, les candidats porté» sur la 
liste définitive sont les citoyens : 

LIGNIER, Commissaire du Gouvernement; 

GERDY, Professeur à la l'acuité de médecine; 

DELAPORTE, Membre du Conseil général ; 

Amédée GAYOT, Membre du Conseil d'arrondissement ; 

STOURM, Directeur du Chemin de Fer ; 

Henri FINOT, Ouvrier ; 

PANCE, Avocat à Paris et Publiciste. 

Parmi ces Candidats, il n'y en a pas un seul qui n'eut été vivement repoussé 
par le gouvernement déchu : tons ils veulent la Répubhque. Ils la veulent avec 
toutes ses conséquences, sans restriction, sans arrière-pensée avec une organisa- 
tion basée sur les principes les plus absolus de liberté, d'égalité, de fraternité de 
tous les Citoyens. La profession de foi de chacun d'eux se résume ainsi : liberté 
individuelle, liberté de la presse, liberté d'association et de réunion, liberté de 
conscience, l'instruction, du pain et du travail pour tous, pour tous le bien-être 
moral et le bien-être matériel. 



Le citoyen LIGMER (1) est commissaire du 
gouvernement; c'e>lun lépublicain de vieille 
d.ite. Il a été élevé à l'école politique des 
citoyens Leduu Rollin et Marie, membres 
du gouvernement provisoiie, (\u\ ont con- 
servé pour lui une amitié qui llionore. 
Comme avocat, il a. dans toutes les occa- 
sions , prêle l'appui de son talent aux répu- 
blicains, lorsqu'ils ont été traduits devant les 
tribunaux. Sa position de fortune est une 
garantie d'indépendance; elle répond aux 



craintes exagérées de ceux qui accusent les 
républicains de vouloir df-pouiller ceux qui 
po-sèdent. Homme ferme et njodéréà'afois, 
rompu aux aOairPS, dévoué à îa Uépubli(|ue, 
le citoyen Ligmek peut rendre de grands 
SLTvices à l'Assembloe naiionalo. 

Le citoyen GERDY est un enfant du dé- 
partement de l'Aube. Sa réputation est eu- 
ropéenne. C'est à force do travail et de 
génie, qu'il a conquis la position élevée 



(1) N'a pas fait imprimer de profession de foi, mais il a donné quelques explications seulement devant 
les comités électoraux. 



T I, 



86 



— 690 



qu'il occupe dans la science et à l'Ecole de 
médecine. Il n'a jamais rien demandé à la 
faveur. Ses convictions républicaines sont 
depuis long-temps connues. Le citoyen Ger- 
DY apportera à l'Assemblée nationale d'uliles 
lumières qu'il puisera dans la science qu'il 
a acquise, et dans une intelligence hors 
ligne. Homme de cœur et d'énergie, il ne 
reculera devant aucune discussion, devant 
aucun danger, et il ne faillira pas à l'enga- 
gement qu'il a pris de défendre les droits et 
les intérêts du peuple. 

Le citoyen DELAPORTE a passé sa vie à 
lutter contre le pouvoir déchu. Travailleur 
infatigable, il n'y a pas une seule question 
politique ou financière qu'il n'ait étudiée 
jusque dans ses détails. H n'y a pas une 
amélioration à introduire qu'il n'ait signalée; 
il n'y a pas un abus qu'il n'ait combattu. 
Membre depuis de longues années du con- 
seil de l'Aube, du conseil municipal de 
Troyes, de toutes les commissions qui ont 
eu à traiter des questions administratives 
dans l'intérêt du déparlement, il a acquis 
des connaissances spéciales qui lui assignent 
un rôle important dans les commissions de 
l'Assemblée nationale. D'une intéarilé et 

1)1'" ^ I 

Cl un uesuitéressetnent a toute épreuve, dé- 
voué avant tout à son pays et à la Répu- 
blique, le citoyen Delaporte est un de ces 
hommes qui sauront mourir à la tache, s'il 
le faut, plutôt que de ne pas remplir digne- 
ment leur mandat. 

Le nom du citoyen Amédée GAYOT est 
connu déjà depuis long-temps du plus grand 
noudjre des électeurs; jusqu'à ce j(mr, sa 
vie tout entière a élé consacrée aux intérêts 
du peuple. Dans les comités électoraux, au 
conseil d'arrondissecnent, au conseil munici- 
pal, dans les comités d'instruction primaire, 
dans les bureaux de bienfaisance, aux pri- 
sons, dans les sociétés et dans les comités 
agricoles, on le trouve partout oii il y a une 
fon tion gratuite à remplir et du bien à faire. 
Depuis dix-sept ans il n'a pas cessé un seul 
jour de lutter pour défendre les libertés pu- 
bliques et le principe de la souveraineté du 
peuple. Dévoué depuis long-temps aux prin- 



cipes républicains et devançant l'ère dans 
laquelle nous entrons aujourd'hui, il a con- 
tribué de tous ses efforts à propager l'in- 
struction primaire parmi les cliSses labo- 
rieuses, à soulager leurs misères, à augmen- 
ter leur bien-être. Nul mieux que lui n'aura 
l'intelligence du problème social que l'As- 
semblée nationale aura à résoudi e. Indépen- 
dance de caractère, désintéressement, loyau- 
té, courage et talent, telles sont les qualités 
qui dès le premier ji>ur ont fait déléguer le 
citoyen Amédée Gayot , comme digne de 
représenter le département à l'Assemblée 
nationale. 

Le citoyen STOURM, c'était justice, de- 
vait figurer au rang des candidats. Qui donc 
en effet, pouvait mieux que lui faire ses 
preuves de patriotisme? qui donc pouvait à 
plus juste titre invoquer les services remius 
à la cause populaire? Le citoyen Stourm a 
corn battu depuis quinze ans avec l'opposition. 
Sa parole et son vote ont toujours élé ac- 
quis aux mesures libérales. 11 s'est constam- 
ment prononcé en laveur du dégrèvement 
de l'impôt, de la réforme électorale, des 
propositions relatives aux incompatibilités 
parlementaires. Seul parmi (es députés du 
département de l'Aube, il a représenté les 
hommes du mouvement, il a soutenu les 
principes démocratiques qui ont amené la 
proclamotion de la souveraineté du peuple. 
Comme homme politique, comme citoyen 
dévoué à son pays, comme jurisconsulte 
éclairé, le citoyen Stourm a bien reMq)li son 
mandat. Entre la position qu'il avait prise à 
la chambre, et celle qui convient actuelle- 
ment à un bon représentant du peuple, il 
n'y avait qu'un pas; le citoyen Stourm l'a 
franchi sans hésiter. Il soutiendra loyale- 
ment, sans arrière-pensée, le gouvernement 
républicain, car il l'a promis, il défendra les 
droits des travailleurs, car depui.slong-ienqis 
il connaît leurs besoins : il del'eiulra le droit 
des familles et de la propriété, car il sait 
qu'on n ébranle pas impunément les co- 
lonnes sur lesquelles repose l'édilice social. 
Le passé du citoyen Srounji est la garantie de 
sa conduite pour l'avenir, et ce ne sera pas 
en vain qu'il aura fait appel aux sympathies 
de ses concitoyens. 



— 691 — 



Le citoyen Henri FINOT est un ouvrier 
typograplip. Le comilô républicain départe- 
nienial, dès sa formation, avait reconnu en 
principe (|u'il était nécessaire que les ou- 
vriers fussent re irésentés à l'Assemblée na- 
tionale par un ouvrier. Ce n'était pas là 
seulement une afTaire de convenance. Les 
questions les plus ardues sont aujotiid'hui 
celles qui touchent à l'organisation du travail 
et aux intérêts des ouvriers , il faut que ces 
questions soient discutées en présence des 
ouvriers eux-mêmes; il faut que, s'il est pris 
des décisions sur ces questions, elles soient 
prises avec leur concours. Ce sont les ou- 
vriers réunis en comité qui ont désigné le 
citoyen Henri Finot. Les comités des arron- 
dissements réunis ont donné leur sanction 
à sa candidature en l'adoptant. Le citoyen 
Henri Finot a reçu de linstruction, et com- 
prend bien les questions qui touchent aux 
intérêts des travailleurs. Il a passé par toutes 
les pénibles épreuves réservées, sous Tan- 
cicn ordre de choses, à la vie des ouvriers. 



Il a souffert comme eux, gagné comme eux 
son pain à la sueur de son front. Quand il 
parlera, c'est leur voix qui se fera entendre. 
Par son bon sens exquis, par sa moralité; 
par sa fermeté, par sa modération, par son 
inlelligf'nce, il sera à la hauteur de sa mission. 
Le citoyen PANCEosi un dos vieux athlètes 
de la cause républicaine. C'est à la fois un 
homme d'action et un homme détude. Sil 
n'hésite pas à prendre les armes pour dé- 
fendre ses convictions, il sait les déposer le 
lendemain pour organiser. Il n'ignore pas 
que, pour fonder la Rép'iblique. il faut 
avant tout Tordre, la paix et l'union; qu'il 
n'y a pas d'égalité et de fraternité sans le 
respect de la propriété, pas de liberté sans 
le respect des personnes. Le citoyen Pance 
a s^^^ufTert pour la liberté, c'rst une raison 
pour qu'il en sente mieux le prix, pour 
qu'elle lui soit plus sacrée, pour qu'il veuille 
la garantir à tous. C'est un enfant du dépar- 
tement que nous revendiquons avec orgueil 
pour nous re[)résenior. 



Il arrivera sans doute que quelques électeurs regretteront de ne pas voir 
parmi ces candidats des hommes qui eussent mieux répondu à leurs sympathies 
personnelles. Au nom de la République, au nom de la France, au nom de leurs 
intérêts les plus chers, nous les adjurons de bien réfléchir avant de substituer 
ces hommes à ceux que nous leur proposons. Le nombre des électeurs du dépar- 
tement sera de 50 à 60 mille. Aucun nom ne sortira tju scrutin, s'il ne réunit 8 à 
10 mille suIFrages au moins. Si les communes, si les cantons, si les arrondisse- 
ments mêmes dispersent leurs votes sur des hommes pris au milieu d eux, sur 
des hommes que n'adopterait pas tout le département, ils ne feront que compro- 
mettre le succès des élections, sans utilité pour ceux qui solli^ ilent imprudem- 
ment des sufïrages isolés. Toute satisfaction accordée à des ambitions de clocher, 
toutes les voix données à la camaraderie seront des voix perdues, et dts voix 
perdues peuvent assurer le succès des hommes que nous repoussons, parce qu'ils 
ne nous présentent j^as assez de garanties. 

Au moment de voter, n'oubliez pas, électeurs, que les circonstances sont 
graves, que c'est de la composition de FAssemblée nationale que dépend 1 avenir 
de la France, votre avenir, Favenir de vos familles, votre existence tout entière. 
L'union seule fait la force; si vous vous divisez, malheur à vous ! C'est sur votre 
division que l'on compte. Serrez-vous les uns contre les autres, el par un vote 
unanime qui vous donnera des représentants digiies de vous et dignes de la 
France, prouvez que le Gouvernement provisoire n'a pas trop présumé de votre 
patriotisme et de vos lumières, en faisant appel au sulîVage universel. 

Les membres du Comité : VJUDE, président; liKRTRAND, vioe-président; 
DUCLOZET^CORIURD, NANCEY , E. GAYOT, ROUAN. 

Troyes.— Imprimerie d'Amier-André. 



692 — 



AUX HABITANTS 



DE LA 



HAUTE-LOIRE. 



Amis et chers Concitoyens , 

Dans un moment oii la France fait un appel 
au patriotisme de ses enfants, et demande à 
la nation, source intai issahle de dévoùrnent, 
des horimies nouveaux pour procéder à sa 
régénération sociale, tout citoyen qui s'est 
trouvé placé de manière à s'instruire à la 
grande école du monde et du malheur, doit 
apporter sa part de lumières, d'expérience 
et de travail. 

Les hommes nouveaux qu'attend l'Assem- 
blée nationale doiverii èti e |)urs des erreurs 
traditionnelles du passé, leurs antécédents 
ne doivent pas faire suspecter leurs opinions 
présentes; ils doivent surtout ttre travail- 
leurs, probes, sans reproche, appartenir à 
la grande famille du peup'e si longtemps 
déshéritée; ils doivent iivoir vécu avec le 
peuple, [tensé, senii et souffert avec lui, afin 
de pouvon- porter dans les grandes discus- 
sions qui vont s'ouvrir sur l'organisation du 
travail et sur l'organisation sociale, l'auto- 
rité d'une expérience durement et longue- 
ment acquise. 11 faut être peuple, pour con- 
naître les vrais besoins du peuple. Il Y a des 
hommes qui ne connaissent les misères et les 
besoins de ceux qui souffient que par ouï- 
dire. 

Placé p;ir le sort dans une position humble, 
j'ai connu <cs misères et les besoins de mes frères. 
Si j'avais l'honneur d être apiielé à vous re- 
{)résentei à l'Assemblée nationale, je croirais 
alors que les succès (pie j'ai obtenus dans ma 
(.arrière enli aient dans les vues de la Provi- 
dence qui me protégeait, puisqu'elle me des- 



tinait à être un jour Tinterprèle de vos be- 
soins, de vos vœux et de vos droits. A ceux 
de mes concitoyens dont je n';ii pas l'hon- 
neur d'être connu, à cause de mon absence 
du pays, je dirai d'abord ce que je suis, je 
dirai ensuite ce que je désire. 

Ce que Je snis : 

Enfant de la Haute-Loire, j'ai été élevé au 
milieu de vous, dans le collège du Puy, sous 
les yeux et la direction éclairée de l'abbé 
Doutre, dont les bontés et la mémoire reste- 
ront éternellement gravées dans mon esprit 
et dans mon cœur. De 43 à 48 ans, je fus 
son secrétaire. — A 48 ans, je quittai le Puy 
pour aller remplir les fonctions de régent au 
collège de Nantua. 

Trois ans après, chargé de l'éducation 
d'un Américai:], je voyageai en Italie. — Mes 
voyai^cs et mon séjour à Rome compléièrent 
ma piopie éducation, en me mettant con- 
staniment en rapport avec les célébrités reli- 
gieuses, littéraires et artistiques de la capi- 
tale du monde chrétien. 

De retour en France, je commençai mes 
études médicales, et pour satisfaire aux sa- 
crifices pécuniaires (pi'elles exigeaient, et à 
l'appui que je devais à ma famille, je rentrai 
dans l'Université, conciliant autant (pje mes 
forces me le permettaient, nion ardeur pour 
l'étude avec les devoirs de ma charge. Kniin, 
à force de courage, de [lersévérance, de tra- 
vail et de conduite, j'eus le bonheur de passer 



— 693 



honorablement mes examens et d'obtenir 
mes gardes. 

Il y a peu d'avocats et de médecins du Puy, 
de mon âge, qui ne m'aient connu et fré- 
quenté à Paris. Ils n'hésiteraient point à 
affiamer qu'ils m'ont toujours connu comme 
un intrépide travailleur, 

La révolution de 1 850 me trouvaau nombre 
de ceux qui combattirent pour nos institutions 
et pour une sage liberté, sans qu'après la vic- 
toire, uaucune pensée d'ambition ait pu me 
détourner de mes éludes et de mon travail. 

Lorsque le choléra sévit en France, j'étais 
à Paris, où mon dévouement ne fut pas sans 
succès; j'eus le bonheur alors de faire quelque 
bien. Epuisé de fatigue, je visitai le Puy, 
mes parents, mon bon protecteur. M. Doulre 
était absent du Puy dans ce moment; j'allai 
le voir à Sainle-Sigolène, où je reçus les em- 
brassements de mou bienfaiteur et l'accueil 
bienveillant de ses amis. 

Je fus reçu doclem' en médecine le 20 no- 
vembre 1832. A Paris, comme au Puy, toutes 
les positions étaient prises; il n'y avait pas 
de place pour un enfant du peuple. Je crus 
que je serais peut être moins étranger au 
milieu des étrangers. Mon mariage contribua 
à me décider à m'établir à Londres. 

Je commençai à écrire; cai', dans une 
grande ville de deux millions d'àmes, un 
homme est comme un grain de sable dans le 
désert ou comme une goutte d'eau dans l'O- 
céan. Cependant Dieu a voulu que chacun 
eût sa place et sa part dans le grand concert 
du monde. J'avais ren^arqué que le faible 
nruit de l'insecte dans les champs s'harmo- 
qisait avec les champs. Je me donnai la mis- 
sion d'être le premier à faire connaître à 
Londres toutes les découvcrles scientili.iues 
de France, et de faire connaîue à la France 
les découvertes scieiuiliques anglaises. De 
ce commerce d'idées, il me resta quelque 
chose : ma petite fortune littéraire augmenta 
tous les jours. 

A près avoir été dans l'instruction publique, 
j'écrivis sur l'éducation, et je m'occupai spé- 
cialement de l'éducation physique, qui me 
paraissait méconnue. Mon nom commença à 
e faire jour : les clients vinrent, ma maison 
e monta. Les Anglais et les Français, en fai- 



sant la critique de mes ouvrages, m'apprirent 
que mes écrits avaient quelque valeur, et ce 
fut l'opinion du Public intelligent qui me 
donna confiance en moi-même. Un enfant du 
peuple est naturellement timide; il tremble 
toujours de se mettre trop en avant. A dater 
de cette éfioquo, je produisis tous les ans un 
nouvel ouvrage; et ce n'est point pour céder 
à un sentiment d'amour-propre ou d'orgueil 
que je fais l'énumération de mes ouvrages, 
mais uniquement pour vous prouver que ma 
vie entière a été une vie de labeur. 

En 1834, j'écrivis le Cicérone et TÂbeille 
de Londres. 

£ni855, sttr l'éducation physique des jeunet 
filles. 

En 1830, je créai la Revue médicale an- 
glaise. — Je publiai plusieurs Mémoires. — Un 
ouvrage sur le cancer. 

En 1 857, sur l'orthopédie. — Sur les systèmu 
de médecine. 

En 1858, édition anglaise sur l'éducation 
physique, des brochures anglaises. 

En '1859, Londres, son état physique et 
social. 

En 1840, sur les maladies de la croissance. 

En 1841, Education moderne. 

En 18-12, Education morale. 

En 1815 Eludes comparatives sur l'Angle- 
terre et la France. 

En ^844, Courrier de Londres et de Paris. 

En 1845, Londres et les Anglais. 

En 1846. j'assistai au congres de Marseille. 
— Je pvhliai mon ouvrage sur la phthisie. 

En 1847, je viens de publier une partie de 
mon ouvrage sur les grandes épidémies. 

De retour à Parts d'un voyage méilical fait 
en Allemagne, en llollamle, en Prusse, etc., 
les air.iiies pul»li(]ues atliièieril plus particu- 
lièrement mon attention. Les chemins de 
ïe\\ dans lesquels j'avais engagé ma fortune, 
étaient en danger. Je pensai qu'il ne sulli- 
sait pas de savoir gagner un peu d'argent; 
mais qu'il fallait encore savoir le consei'ver, 
et je me remis à étudier les questions de fi- 
nance, de crédit, d'intiustrie. de commerce, 
non-seulement pour mes intérêts, mais au 
profit de tous. Ces questions ne m'étaient 
pas étrangères, car dans mon ouvrage d'éco- 
nomie politique et sociale sur Londres, javais 



^6§4 — 



dû étudier le mécanisme du crédit et do la 
puissance de l'Angleterre. 

A cause de cette seconde éducation que 
l'expérience donne , je me trouvai un des 
hommes avancés; les capitalistes et les ci-^ 
toyens de Paris qui avaient engagé leur for- 
tune dans des entreprises nationales saisirent 
la première occasion de me témoigner leur 
estime et leur confiance, en me nomm.ant ad- 
ministrateur du chemin de fer de Versailles 
et (le celui de Charleroi. — Arrivé là, je me 
trouvai en ra|tport avec tous les grands pou- 
voirs de la finance, et, j'ose le dire, je comp- 
tais et je compte encore autant d'amis qu'il y 
a de grands capitalistes à P<u-is, depuis Roth- 
schild jusqu'au dernier des banquiers. 

Dire ce qu'un homme a fait, mes chers 
concitoyens, c'est vous dire ccqu'd fera. La 
langue dit tout ce qu'on veut; mais les actions 
ne se f)rôtcnl pas au mensonge. Par la seule 
la force du travail et de la conduite, l'enfant 
du peuple s'est élevé à une position honora- 
ble, quelquef<jis enviée. Conduite et travail 
sont donc, aiijourd hui comme toujours, mes 
titres auprès de vous. 

Que je sois nommé par vous, mes chers 
concitoyens, on qu<^ je n'aie pas cet honneur, 
c'est toujours à la conduite cl au travail (]ue 
je confie mon avenir. J'espère prouver encore 
qu'il y a dans les enfants de la lïjule-l.oire 
les (|ualités nécessaires pour avoir une part 
légitime d'influence. 

Un homme inconnu a peu d'influence. Ce- 
lui qui a donné une valeur à son nom n'est 
pas i^olé, (!t il obtient de ririfluence en raison 
de ses relations et do ses amis. Sous ce rap- 
port. NOUS aurez à juger vous-mêmes si je 
suis au-dessous des autres candidats. Mais, 
permettez-moi de vous le dire, n'oubliez pas, 
mes chers amis, que vous avez à prouver qne 
le peuple mérite de faire ses choix dans son 
sein ; il faut donc que vos mandataires soient 
quelque chose par eux-mêmes, il faut qu'ils 
aient fait leurs preuves, il faut qu'ils puis- 
sent faire honneur à votre choix, il faut qu'ils 
puissent être acceptés par la sociéié au mi- 
lieu de la(|uelle ils seront placés; enfin, il 
fautque vos représentants scuent à la hau- 
teur des grandes questions qui vont s'agiter, 



et au niveau des hommes éminenls que la 
France enverra de toutes parts. 

Concitoyens, pour être quelque chose, il 
ne suffit pas d'avoir vécu sur le théâtre sur le- 
quel on est né ; on apprend beaucoup par 
comparaison; sous ce point de vue, j'aurais 
peut-être quelque avantage à parler de l'ex- 
périence et des connaissances que j'ai acqui- 
ses. l\!ais c'est à vous à être juges du mérite 
de vos candidats et de l'importance des situa- 
tions dans lesquelles ils se. sont trouvés. Un 
homme sorti du peuple n'arrive pas à être 
quelque chose en un jour; ce n'est pas non 
plus, croyez-le bien, l'efFet du hasard : le tra- 
vail et la conduite peuvent seuls l'expluiuer. 

Dans une lettre à l'un de mes amis du Puy, 
j'ai dit que ma vie était ma profession de foi. 
Vous le comprenez maintenant. 

Ma devise Ci-t Dieu et Patrie. 

Si la liberté, ï égalité, la fraternité, sont mi- 
ses en action par des hommes de foi et de 
charité comme Pie IX, qui a soufflé dans le 
moride l'esprit saint de la liberté, la société 
renouvelée deviendra une société de fièies 
unis. J'ai con)baltu pour la liberté dans tous 
mes écrits. — J'ai trop soxxïÎQVi intérieurement 
de l'inégalité des classes pour ne pas ad Met- 
tre et propager Végalilé d^î tous. La fraternité 
consiste dans le bien que l'on doit se faire 
dans la société; et ici, je laisse le soin de 
|)nrler à ceux ^ue j'ai eu le bonheur d'o- 
bliuer. 

Mes vœux sont donc: 

Pour la liberté de la parole, de la presse, 
de pétition, il'clection, d'association ; pour l'in- 
dépendance ub.tolue des consciences, gui ne relè- 
vent quedeDicui pour la hberlé d'cnseigne- 
II eut. Ml s vœux sont pour Y égalité des droits 
à l'éducalicm donnée gratuitement à tous, à 
l'instruction professionnelle^ qui donne plus 
de bien-être que l'instruction purement litté- 
raire. 

Au nom de X égalité, je demanderai que 
l'agriculture soit protégée, encouragée, ai- 
dée. On a fait cent fois plus pour les peintres, 
les musiciens, les danseurs, que l'on ne fuit 
j)Our les agriculteurs, qui nourrissent tout le 
monde. 

Au nom de Végalilé, je demanderai que les 
places et les emplois soient donnés au talent, 



69S 



au mérite, à l'honnêteté, etnonàlafaveiiret 
à l'intrigue. Et dans ce but, je demanderai 
que l'on mette les hommes à même de déve- 
lopper leur mérite. 

Le temps passé sous les drapeaux est pres- 
que toujours un temps perdu pour le soldat. 
Je demanderai que dans chaque régimenl, 
indépendaniment du maître d'écriture, il y ' 
ait trois professeurs d'agriculture, un profes- 
seur d arts et métiers, un professeur de com- 
merce, un professeur d'industrie, afin que 
chaque, soldat puisse, selon ses aptiludes et ses 
goûts, suivie un cours, et qu'au bout de. 
sept ans de service , il rentre dans ses 
foyers capable de travailler utilement, et de 
répandre des idées et des pratiques saines 
qui contribueront au bien-être des villes et 
des campagnes. Le soldat doit emporter de 
la grande et noble école de l'armée, un état, 
un métier en échange du temps qu'il aura 
donné. 

Je demanderai pour les officiers l'impar- 
tialité la plus absolue pour leurs services, 
car c'est dans la justice que chacun trouve 
son droit. Je demanderai que la paye de 
l'officier soit en rapport avec son rang et les 
dépenses de l'époque, et lorsqu'il quitte le 
service, qu'il trouve dans la société accès 
auxeuiplois. L'armée, qnijusqu'ici nesemble 
être établie que pour se battre, sérail alors le 
plus grand inslrument civilisateur du pays. 

Au nom de la fralernilé, je demanderai 
l'an é'ioiation du sort des femmes, de ces 
pauvres travailleuses qui sont courbées de- 
puis le matin jusqu'au soir, pour une tâche 
ingrate et peu productive; je demanderai 
pour elles des institutions de 'prévoyance, 
de secours mutuels 

Un des plus grands torts de la monarchie 
déchue a été d'engager sans cesse l'avenir. 
L'avenir n'appartient qu'à Dieu ; — je de- 
manderai donc toujiiurs, dans toutes les 
occasions, des économies. U« état n'est (ui'une 
grande famille; or une grande famille qui 
dé[)ense plus qu'elle ne reçoit, se ruine in- 
failliblement. 

Je demanderai la réforme postale, car le 
prix d'un port de lettre eapôche souvent 
une ailaire, et l'expérience de l'Angleterre a 
prouvé que l'abaissement du droit postal a 
profilé au commerce et à l'industrie. 



Au nom de la fraternité, je demanderai 
constamment et partout 1 abaissement et l'a- 
bolition des taxes sur les boissons et sur la 
nourriture. — Quelque nom que l'on donne 
à ces impôts, k ces taxes, ils doivent cesser 
de peser sur les travailleurs. Les taxes sur 
le sel, sur les boissons et sur la nourriture 
sont immorales. 

Que l'on taxe le luxe, le superflu, les ca- 
prices; mais qu'on ne taxe jamais la boisson 
et la nourriture de l'homme, pas plus qu'on 
ne taxe l'air qui entre dans ses pouuons. 

Je ferai tous mes efTorts pour obtenir l'a- 
bolition de la peine de mort. 

Je ne le cache pus, je suis sincèrement 
religieux, je le suis de cœur, je le suis par 
éducation, je le snis par mon intelligence; 
les trois mois : Liberté, Egalité. Fnàiernité, 
nesontpasseulemeni pour moi, une croyance 
politique, mais une croyance religieu>e; ce • 
sont trois rayons émanés du sein du ChnCt. 

Concitoyens, je n'ai pas de parents à pla- 
cer, pas de coteiie à faire avancer, je ne 
demande pas de place pour moi-même, car 
je m'en suis donné une indépendanie dans le 
monde. — Si vous me nommez votre repré- 
sentant à l'Assemblée nationale, vous serez | 
la seule famille (jue j'aurai. Jusqu'ici, tous 
vos députés ont fai; nommer leurs parents et 
leurs amis à différentes places; mes paients 
à moi ne demandent pas d'autre place que 
celle cjue Dieu leur a donnée au soleil, et 
mes amis savent que je suis tmp sincère 
pour protéger et aider l'intrigue. Je respecte 
le n)alheur et jo sympalhive avec lui ; mais 
l'ordre nouveau ne doit admettre que ceux 
qui peuvent faire le plus de bien à la Répu- 
blique, par leurs (jualilés, leurs vertus, leur 
méi ile, et par leur sincère amour du |.euple. 

BllREAlU-RlOFREV, du Puy. 

Docteur en médecine de la Faculté de Paris ; 
membre correspondant de lAciidéniie im- 
périale tic médecine et do clururj:ic de St- 
Pétershourg , do rAcadéiiiie doi Lineei à 
Rome; ^e l'Acadéniie rovale de médecine 
de Madrid; dos sociétés d Emulation et de 
Statislique de Paris; des sociéios médicales 
d'Edimbourg, Wesluiinster , Londros, Lis- 
bonne, Marseille, Gand, lîruges, Boulogne; 
de la société des Sciences naiurelles et mé- 
dicales de Bruxelles ; des Scioncos, lettres et 
arts d'Anvers, de la société d Agriculture du 
Puy ; etc., etc. 



1 MES CONCITOYENS 

DE LA 

HAUTE-LOIRE 



Vous êtes tous appelés à nommer les représentants du département à l'As- 
semblée nationale. 

Sur quels hommes se réuniront vos suffrages? 

Telle est la question la plus urgente à résoudre; elle domine toutes les autres. 
Tout bon citoyen doit donc s'empresser d'émettre et de répandre son opinion 
sur les choix à faire. — Voici la mienne sans phrases inutiles. 

La situation est imprévue, elle est entièrement neuve. — Vos représentants 
ne peuvent être que des hommes nouveaux; eux seuls, dans les circonstances 
présentes, pourront s'élever, sans entraves, à la hauteur de leur mission, 

A l'intérieur une crise sociale nous menace. — Elle ne sera point à craindre si 
les mandataires de la France unissent à une énergique résolution de maintenir 
l'ordre, les lumières indispensables pour aider à la solution des questions finan- 
cières et industrielles du moment. 

A l'extérieur la paix n'est pas assurée ; — se faire illusion sur ce point, ce se- 
rait ajourner les mesures de prévoyance pour vivre dans un périlleux aveugle- 
ment. Que vos représentants soient donc des hommes de cœur, de dévouement ; 
qu'ils sachent allier l'amour le plus ardent de la patrie à l'intelligence des hautes 
questions de la politique et de la guerre. 

Des rapports nouveaux seront demandés et établis entre l'Église et TÉlat. — 
Choisissez donc des mandataires profondément religieux, capables de soutenir et 
de défendre la liberté religieuse, et d'éclairer toutes les graves questions que sou- 
lèvera cette importante discussion. 

Telles sont les principnles conditions à remplir pour représenter dignement le 
département de; la Haute-Loire. 

Aujourd'hui la dépulation n'est plus un privilège, ni le chemin de la faveur et 
de la fortune; — c'est un devoir civique. 

C'est avec cette conviction que je viens me metire sur les rangs, pour avoir 
l'honneur de vous représenter dans l'Assemblée qui donnera à la République 
sa forme définitive. 

J. BARRANDE (de Saugies), 
Ancien élève de l'Ecole polijlechnique. 

Paris, 11 mars 1848. 



— 697 — 



LIBERTÉ, ÉGiLITÉ, fRlTEMITË. 




SOCIÉTÉ 

DU PREMIER ARRONDISSEMENT 




La société veut In réalisation sincère et complète du régime républicain; la liberté ab- 
solue tant que l'ordre et lc8 mœurs n'en sont point altérés; l'éducation pour tous; la dj- 
gnilé nationale. Elle veut que, par des efforts incessants, l'existence de l'homme de tra- 
vail soit assurée. 

A TOUS. 
Frères, 

Nous sommes tous citoyens : nos volontés font la loi du pays, nos droits sont 
des devoirs. 

Les élections nous pressent. Veillons et agissons. 

Comme électeurs, comme gardes nationaux, soyons tous à notre poste. 

Que l'intrigue qui s'agite au service d'un passé impossible ou d'un avenir anti- 
national, que l'ambition égoïste, que le faux patriotisme viennent éjhoucr devant 
nos volontés unies. 

A l'heure où nous sommes, aucun choix n'est indifférent; pour l'édifice à 
construire tous les matériaux doivent être sains. 

Point de tiédeur; dans les clubs, dans les cercles, dans les réunions de gardes 
nationaux, dansles ateliers, dans nos familles, partout enfin renseignons-nous. 

Interrogeons les candidats, discutons les titres, n'hésitons pas à repousser les 
candidatures suspectes ; que nos suffrages, sévèrement réiléchis, ne s arrêtent 
que sur des hommes sympathiques, résolus, animés du vrai sentiment républi- 
cain. 

Songez-y bien! Garde nationale, Municipalité, Assemblée constituante, tout 
cela est solidaire pour la grandeur et le salut de la patrie 

Patriotes éprouvés dans la lutte, patriotes éprouvés pai %u.^ .. u>iv^. vos htiiS 
sont glorieux et authentiques. 

Ouvriers, révélez-vous à ceux qui vous ignorenj: ! 

Votre dévouement à la patrie, votre droiture de jugomen». et de occur p.us pré- 
cieuse que l'éloquence, sont des gages pour compter au nombre des élus de la 
République. 



T. I. 



<S7 



— 698 



LES MEMBRES 

Allary, président delà société de secours 
mutuels des arts et métiers, 8, rue 
de Luxembourg. 

Armand Bonnet, administrateur des 
chemins de fer d'Alsace, 22, rue de 
Tivoli. 

Arlhaud-Beaufort, pharmacien, 31, rue 
Louis-lc-Grand. 

Bachellery, chef d'institution, 52, rue 
du Rocher. 

Bascans, chef d'institution, 70. rue de 
Chaillot. 

Bergeron, marchand de vins, i, rue de 
Longchamps. 

Berranger, propriétaire, 24, rue du 
Golysée, 

Bretel (Charles), entrepreneur de me- 
nuiserie, 23 (bis), rue du Rocher. 

Brocheton (Hubert), tonnelier, 2/|, pas- 
sage Tivoli. 

Cantagrel, rédacteur de la Démocratie 
pacififjiie. 

Charpentier, architecte, 125, rue Saint- 
Lazare 

Colin, chef d'atelier aux Messageries 
nationales. 

Courtaud, professeur au lycée Bona- 
parte. 

Debenazé, adjoint au maire, 7, rue 
Louis-le- Grand. 

Delaberge, docteur, 2], Fontaine-Saint- 
George. 

Delachâtre, directeur de l'administra- 
tion de librairie, 55, rue de la Chaus- 
sée d'An lin. 

Delair, agriculteur, 68, rue de l'Arca- 
de. 

Despeux, entrepreneur de peinture. 

32, rue d'Angoulcme. 
Durand-Saint-Amand, avocat, maire 

provisoire du l"^'. arrondissement, 

25, rue Louis-le-Grand. 
Fabry, mécanicien, 35, rue de Chaillot. 
Président, MAGENDIE ; secrétaire. 



FONDATEURS : 

Foissac, docteur-médecin, 7, place de 
la Madeleine. 

Fortune, ouvrier sellier, l/t8, rue Saint- 
Lazare. 

Fournier-Saint-Amand , commandant 
provisoire des Tuileries. 

Foy, agrégé de l'Université, 420, rue 
Saint-Honoré. 

Frogé, président de la société des tail- 
leurs, 3, boulevart des Capucines. 

Gallois, marchand de nouveautés, 26, 
rue Duphot. 

Guerlain, parfumeur, H, rue de la 
Paix. 

Guillemot, adjoint au maire, 3, place 
de la Madeleine. 

Hauduc, pharmacien, 6/t, rue Basse- 
du- Rempart. 

Jousset, boulanger, 3/t, rue d'Amster- 
dam. 

Leroy-d'EtioUes, chirurgien-major de 
la garde nationale, 25, rue Louis-le- 
Grand. 

Linz (Christian), chef du bureau de 
dessins chez Derosne et Cail, 35, rue 
de Chaillot. 

Magendie, membre de l'Institut, 6, rue 
d'Anjou. 

Maillard, 2:)ropriétaire, 66, rue Basse- 
du-Rempart. 

Micard, propriétaire, 68, rue de l'Ar- 
cade. 

Pinel, docteur-médecin, 105, rue de 
Chaillot. 

Poulot, chef d'atelier chez Derosne et 
Cail 

Reti, professeur, 53, rue de l'Arcade. 

Rousseau (Jean-Jacques), chef des tra- 
vaux à la maison Derosne et Cail, 63, 
rue de Chaillot. 

Séguin (Jules), chimiste, 17, rue Castel- 
lane. 

Vincent, colonel, 15, rue Castellane. 
ARMAND BONNET, JULES SEGUIN. 



l'ans. — injpriinerie Lacrampe ei Fei tiaux, rue Damiette, 2. 



— 699 — 



C.-J--B. AMYOT, avocat à la Cour d'appel de Parit. 



PROCLAMATION 

AUX CITOYENS DU DÉPARTEMENT DE L'AUBE. 

LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ. 
Vive la Blcpubllquc ! 



CITOYENS , 

Une nouvelle ère de liberté s'ouvre pour la France : saluez-la de vos acclama- 
tions, et préparez-vous aux jours de gloire et de prospérité qui vont luire pour 
noire belle patrie ! Que les fronts s'inclinent pour en remercier l'Etre suprême , 
et que les brasjse lèvent pour être prêts à la défense des droits du pays. 

Citoyens, je viens m'olirir à vos suffrages pour représenter la nation dans notre 
riche et laborieux département de l'Aube. Je suis un enfant de son territoire, 
né à Yendeuvre, arrondissement de Bar-sur-Aulic. Orphelin, après avoir perdu 
mon père dans la guerre affreuse de 181 /i, je suis allé, seul et pauvre, demander 
à l'étude, à la science et au travail la position que j'occupe maintenant à Paris, 
où j'exerce la profession d'avocat à la Cour d'Appel. Etranger à l'intrigue, je n ai 
jamais rien demandé ni olitenu des divers pouvoirs qui ont passé sur la France. 
Prêtre de la justice, j'atteste tons ceux qui me connaissent, notamment mes amis 
et anciens camarades, aujourd'hui membres du Gouvernement Provisoire. Ma- 
rie , Crémieux, Ledru-Uollin , Betlmiont , etc., que le désintéressement et la 
loyauté ont toujours été les guides uniques de ma vie; mes conseils et ma pa- 
role n'ont jamais été qu'au secours du malheur et du bon droit. 

Les momenis de loisir qui tue restaient d'une profession que je n'exerçais 
point dans la seule vue de m'enrichir, je les ai donnés aux sciences et aux tra- 
vaux intellectuels les plus compliqués peut-être que puisse entreprendre l'esprit 
humain. C'est moi qui, le premier, ai donné à la France l'invenlion du Télégra- 



700 — 



pheéleclrique tel qu'il est pratiqué aujourd'hui; le Compte-rendu de rAcadémie 
des Sciences de l'Année 1838 en fait loi, et j'en appelle à témoin l'illustre citoyen 
Arago, membre du gouvernement provisoire, ainsi que mes amis du départe- 
ment qui ont été au courant de mes longues recherches à ce sujet. Une adminis- 
tration égoïste et sans pudeur, sous le gouvernement déchu, s'est emparé du fruit 
de ma découverte, après sa divulgation, sans même avoir daigné m'en donner 
le moindre signe de reconnaissance. 

Secrétaire de la Société polir l'Instruction élémentaire', j'ai publié depuis dix 
ans des ouvrages destinés à l'enseignement du peuple : 1° une histoire univer- 
selle et une encyclopédie pour les écoles primaires; 2° un petit livre intitulé : In- 
struction civique des Français, pour les écoles élémentaires , où j'expose tout ce 
qu'il faut apprendre au peuple des lois civiles et politiques du pays, enseigne- 
ment qui fut proscrit i^ar le dernier gouvernement, parce qu'il ne voulait pas 
que le peuple connut ses droits. 

Une science profonde et mystérieuse , qui intéresse au plus haut point l'agri- 
culture, a attiré aussi mes travaux de prédilection : c'est celle des insectes utiles 
ou nuisibles à l'homme. J'ai publié deux volumes in-S" sur cette matière, le der- 
nier au commencement de celte année 1848, sous le titre de : Entomologie Fkan- 
çAiSE, livre où j'ai appliqué une nouvelle méthode destinée, j'en suis convaincu, 
à opérer une grande révolution en histoire naturelle. Ces travaux m'ont valu 
l'honneur que je possède aujourd'hui d'être prc'sident de la Société Entomologi- 
que de France. Le Muséum d'histoire naturelle de Paris a mis les trésors de ses 
collections à ma disposition, pour m'aider à servir la science dans les vues que 
j'annonce, et c'est là que je vais passer dans la contemplation des œuvres du Créa- 
teur les heures que je puis dérober aux affaires publiques ou, privées. 

Je ne parle pas de mon titre de membre de la Société Asiatique , titre que j'ai 
acquis par les études approfondies que j'ai faites des principales langues de la 
terre, précisément en vue de la dissolution des divers problèmes scientifiques 
que je me suis proposés. 

J'ai des vues particulières aussi et non moins importantes, je pense, dans l'in- 
térêt public en matière de politique et d'administration. Citoyens , mes compa- 
trfotes, donnez-moi les moyens de les faire connaître à la France, à l'Europe, et 
de les mettre à exécution s'il est possible, en m'ouvrant les portes du Grand Con- 
seil de la Nation, en me portant à cette tribune nouvelle d'où va partir un cri qui 
fera tomber tous les trônes de la terre peut-être, et fera de la France , déjà le 
centre du monde civilisé, celui d'un empire sans pareil oi'i nous verrons un jour, 
sur les bords d(" la Seine, dans un palais magnifique, se rassembler le congrès 
universel des peuples. 

Citoyens, un immense amour du bien m'enflamme ; l'honneur, la probité, la 
vertu sont mes idoles; faire le bien public est mon bonheur, ma vocation , ma 
passion ardente. Je vous demande le moyen d'agir dans ce but, seulement sur 
une plus grande échelle. 

• Je me ferai un devoir sacré d'aller vous voir tous les ans, de parcourir toutes 
les communes pour m'éclairer près de vous, m'enquérir des besoins, des vœux 
de tous, et aviser avec tous aux moyens d'y satisfaire. Un représentant du peuple 
doit être le père, le conseil, le soutien, l'ami de tous. Je jure que vous trouverez 



— 701 — 

tout cela en moi, et que je réaliserai autant que personne au monde cette devise 
religieuse de la République française : 

LIBERTÉ, ÉGALITÉ. FRATERNITE. 

Tlve la Bépubllque ! 

C.-J.-B. AMYOT, 

Avocat à la Cour d'Appel de Paris. 
Mars 1848. 

Les Maires sont invités à publier dans leur commune la présente proclamation. 



imprimerie de Edouard Bautruche, rue de la Harpe, 90 



AUX OUVRIERS 



Frères , 



J'étais loin de m'attendre à l'honneur que m'ont fait les délégués des diffé- 
rentes corporations d'ouvriers de Clermont, en me portant comme leur repré- 
sentant à l'Assemblée nationale, j'accepte cette candidature non comme une 
charge, mais comme un devoir sacré que je remplirai avec zèle et fermeté. 

Frères, le salut de la République est maintenant entre nos mains; unissons- 
nous donc, rassemblons nos forces et concentrons-les afin de confirmer notre 
gouvernement dans l'ordre et la tranquillité, et d'améliorer notre sort. 

Pendant dix-sept ans, j'ai cherché à vous faire connaître nos droits; deux fois 
j'ai combattu à Paris, en Mai et en Juin, pour cette liberté si chère à tous. 

Travailleur depuis vingt-deux ans, j'ai pu connaître vos besoins, car je les ai 
partagés ; enftmt du peuple, j'ai fréquenté pendant dix ans les sociétés démo- 
cratiques de Paris; là, j'ai pu étudier l'organisation du travail; là, plus que par- 
tout ailleurs, j'ai connu les besoins de la classe ouvrière, et là enfin j'ai appris à 
y remédier. 

J'espère donc que tous mes vœnx se réaliseront, car mon plus grand bonheur 
serait de nous voir tous unis et heureux. 

Salut et Fratemilé, 

YVE DANET, 

Ouvrier mécanicien. 



Imprimé chez Auguste Veysset, à Clermont-Ferraiid, 



— 702 •— 



AUX ELECTEURS 



DU 



Département de la Manche. 



Citoyens , 

Le peuple, après avoir combattu avec acharnement pendant un demi-siècle 
tous les principes anti-nationaux des monarchies déchues, est enfin parvenu à 
conquérir la Lirerté qu'il rêvait depuis si longtemps : une ère nouvelle se lève 
sur la France; ce n'est plus maintenant aux gens entourés de vieux titres ou à 
de riches corrupteurs qu'il appartient de donner des lois ; le peuple souverain 
seul doit se les imposer. 

Une Assemblée Nationale doit se trouver ajDpelée sous peu dejours à instituer 
les lois qui doivent asseoir sur des bases solides notre Jeune République, et as- 
surer principalement le sort de la classe ouvrière, tant pressurée par l'agiotde la 
monarchie déchue.... Peuple . songes y bien , si tu veux avoir des institutions 
fortes, un gouvernement populaire et respecté des Nations, ce n'est pas à des 
hommes changeants et sans patriotisme que tu dois donner ta voix, car ces hom- 
mes n'ont pas craint de prostituer l'honneur de la France, en soumettant notre 
vieux Drapeau aux influences étrangères; non, ce n'est pas à eux , mais à des 
hommes nouveaux et courageux , sortis des rangs du Peuple , car ceux-là ont 
connu tes soullranccs en y participant, et seuls ils comprennent bien ce qu'il te 
faut pour te procurer le Bonheur et la Liberté. 

Frères, je suis un des vôtres, car, habitant parmi vous depuis ma plus tendre 
enfance, j'ai pu bien connaître vos besoins et participer à vos douleurs; je suis 
aussi des vôtres, car je suis travailleur, professant depuis longtemps la carrière 
maritime, qui, certes, peut se glorifier ajuste titre de ses pénibles labeurs. 

Je m'attends, en m'olfrant à vos sulfrages, à blesser la susceptibilité de certai- 
nes personnes, mais, fort de ma conscience et de l'intention qui me dirige, je 
ne crains rien si ce n'est de ne jamais assez faire pour vous, dans le cas où j'au- 
rais le bonheur de vous représenter à l'Assemblée Nationale. 

Comme tous mes vœux tendent au bien-être général de la France, je m'y em- 
ploierai de cœur et d'âme en demandant : 

1° Des invalides pour les ouvriers, l'amélioration du sort des travailleurs par 
1 organisîiticn du travail, mise en rapport avec leurs besoins actuels; 

2° Une éducation pour tous les enfants du Peuple, assise sur les bases d'une 
sage démocratie, ces enfants étant destinés plus tard à posséder delà j^répondé- 
rance en matière politique ; 



^ 703 — 



3° La révision complète du code pénal et des règlements maritimes, remplis , 
comme chacun le sait, d'une infinité d'abus. 

La liberté des cultes, pleine et entière liberté de la presse, sans aucune e spèce 
de censure, et droit de sulFrages à tout citoyen ayant atteint l'âge de 21 a ns,lels 
sont mes principes, tels ils seront toujours , 

Salut et Fraterniiê, 

RENAUDEAU, 

Sous-officier de marine. 



Imprimerie fie NOBLET. 



RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

Liberté, Égalité, Fraternité. 

Car nous attendons, sel.iu'la promesse du Seigneur, de nouveaui 
cieux et une nouvelle Icrre oii la justice habitera. 

(Ile épître de saint Pierre). 

CITOYENS , 

Un vaste et lumineux système, embrassant toutes les relations sociales de- 
puis le berceau jusqu'à la lom])c, et les ordonnant selon les divins principes de 
la liherlé, de l'éj/nlilé et de la fvalernilé, a été révélé à l'humanité par la puissance 
du génie de Fourier. Ce système, outre tle nombreux ouvrages de librairie, a 
pour organes une revue mensuelle, \i\. Phalange ^ et un journal quotidirn . la 
Démocra lie pacifique. Le conseil de direction de ce journal, constitué en comité 
électoral central, a rédigé et publié, à l'occasion des élections pour l'Assemblée 
constituante, le manifeste suivant : (1) « Depuis plus de dix ans. Concitoyens, je 
suis irrévocablement acquis à ces idées; jeteur ai fait avec bonheur le sacrifice 
de ma position sociale, de mes veilles et d'une partie notable de ma fortune; 
et jusqu'à leur avènement définitif et leur incarnation dans les faits, et les insti- 
tutions qui doivent amener sur la terre le royaume de Dieu cl sa justice, je leur 
consacrerai ma vie entière. » Ce manifeste étant l'œuvre collectiv<^ de l'Ecole so- 
ciétaire, dont je suis un des membres, est ma profession de foi. En faire une au- 
tre ne serait que reproduire en termes alfaiblis et décolorés les grands princi- 
pes qu'il contient. Je m'en abstiendrai, parce que je veux écarter tout malen- 
tendu, et qu'il soit acquis et établi pour tous, que si vous m'accordez vos 
suffrages, ce ne sera pas l'homme qui les aura obtenus, mais l'idée sociale qu'il 
représente. 

Salut, fraternité et dévoûment. 
Mars 18i8. 

PÉTRUS DEBOUDACniER, 

Avocat à Chàtelus. 

(1) Voir le Manifeste électoral àQ la Démocratie paci/ique, p. 3^9, des Murailles révôlutioQuaires. 



— 704 — 



A MM. les Électeurs du département de la Loire-Inférieure. 



CITOYENS, 

C'est surtout dans les momens difficiles que tout homme de cœur se doit à son 
pays ; s'effacer dans les grandes crises, et attendre, pour reparaître, des jours 
plus faciles, ce peut être pour les ambitieux une habile tactique; ce ne sera ja- 
mais le fait d'un bon citoyen. Je viens donc mettre à votre disposition, à celle du 
pays, ce que j'ai acquis d'expérience dans dix années de vie parlementaire, et 
aussi tout ce que je puis avoir d'intelligence, de résolution et de dévoùment. 

Vous connaissez mon passé; j'ai, jusqu'au dernier jour, fait une opposition 
énergique à cette politique d'abaissement et de corruption contre laquelle la na- 
tion a fini par se soulever tout entière. 

Mon avenir sera net comme mon passé; si j'entre à l'Assemblée nationale, ce 
sera pour y travailler résolument, efficacement à la fondation régulière et défi- 
nitive en France du gouvernement républicain. Rêver une restauration monar- 
chique serait insensé; il faut savoir accepter virilement, sans arrière-pensée, les 
faits inévitables. Pour les hommes politiques qui, avant le 2/t février, préféraient 
la monarchie, tout autant que pour ceux qui, dès lors, se préparaient à la répu- 
blique, pour tous sans distinction désormais, en face de ce que nous avons vu, 
de ce que nous voyons chaque jour, la question doit apparaître irrévocablement 
résolue. Quant à moi, j'en ai pris loyalement mon parti ; je suis convaincu que, 
profitant des leçons du passé pour en éviter les fautes et les malheurs, nous pou- 
vons, à force de raison et de courage, vaincre les difficultés qui nous assaillent, 
résoudre les questions sociales qui ne sont devenues menaçantes que parce qu'on 
les a trop négligées, et doter définitivement notre pays d'un gouvernement dé- 
mocratique à la fois fort et tranquille. 

Celle grande œuvre doit être l'immense tache, elle sera l'éternel honneur de 
la future Assemblée nationale : c'est en la menant à bien que nous donnerons 
au monde ce nouveau et magnifique spectacle d'une république de trente-cinq 
millions d'hommes s'organisant, au sein de la vieille Europe, pacifiquement, sans 
violencp, par le seul ascendant du bon sens et de la liberté. 

Si, pour ce patriotique travail, qui ne sera certainement ni sans périls ni sans 
gloire, vous me croyez un ouvrier utile, disposez de moi; si vous en trouvez d'au- 
tres que vous ji^giez plus capables, préférez-les sans hésiter; élu, mes efforts, non 
élu, mes vœux sont acquis à cette gigantesque entreprise dont à la fois vont dé- 
pendre et la grandeur et la félicité de la France. 

Votre dévoué concitoyen, 
BILLAULT. 

Paris, 11 mars 1848. 



Paris. — Imp. Lacour et Ce, rue Soufïlot, 46. 



— 705 — 



AU PEUPLE. 



Les rois ont méprisé les lois divines et humaines et ils ont attiré sur leurs 
têtes un châtiment foudroyant. On peut leur appliquer en l^ou(es lettres ces 
paroles du prophète : Je n'ai fait que passer, ils n'étaient déjà plus! 

Les rois s'étaient appelés les pères du peuple et ils ont révolté le peuple par 
leur indifférence pour lui, indifférence que d'odieux ministres avaient traduite 
en injustices, en oppressions de tous genres. 

Les rois ont trahi leurs devoirs et ils ont été trahis à leur tour. 

Les rois s'étaient entourés comme d'une barricade de fidèles au prix de l'or. 
Ils leur avaient dit : Veillez à notre repos, à notre sûreté ; travaillez en notre lieu 
et place; laissez-nous dormir en paix, nous vous comblerons de biens et d'hon- 
neurs. Et les fidèles entretenaient ce long sommeil des rois, pressurant à leur 
profit le sang et les sueurs du peuple. 

Or, le peuple voulut remplacer par d'autres barricades les barricades der- 
rière lesquelles se retranchaient les rois. Les grands, gorgés d'or , ont fui. 

Les rois, les princes, réveillés en sursaut, ont fui. Le peuple est resté debout. 

Peuple qui , avec le secom^s des traîtres , avez vengé vos droits méconnus 
et qui avez puni la coupable indifférence du pouvoir envers vous, mettez bas vos 
armes, maintenant, afin de ne pas les tourner contre vous. — Recueillez-vous. 
Qu'allez-vous faire? Vous ne savez ! Eh bien ! laissez faire ceux qui ont eu une si 
grande pitié de vos souffrances, qu'ils vous ont inspiré le courage du triomphe. 
Entourez-les de votre confiance, ils vous entendront, ils vous consulteront sur 
vos véritables besoins. Parlez-leur avec calme, ne jiarlez pas tous à la fois, lais- 
sez-leur le temps nécessaire pour peser la justice de vos demandes. Le temps est 
l'étofïe dont se font les choses; elles ne marchent pas comme par miracle, et 
votre impatience vous précipiterait, rongés des mêmes remords qu'eux, dans la 
géhenne où vous avez précipité les souverains. Ils ont manqué envers vous. Ne 
vous manquez pas à vous-mêmes. Ne soyez pas coupables à voire tour. Peuples, 
les nations vous regardent. Craignez les méchants qui alteudeiit une mauvaise 
issue de ce nouvel ordre de choses. Dieu vous regarde aussi, et s'il punit les rois 
indifférents, il punit les peuples ingrats. 

Marie M. 

Voir la Voix des Femmes, du 20 mars 1848, pag. 2, col. 3. 

T. I. ^ 



AUX ELECTEURS 

DÉPARTEMENT DE SEINE-ET-OISE. 



"«saE>^3®i5^g$. 



Messieurs 



Je vous ai fait connaître ma candidature ; je dois vous dire à quel titre je ré- 
clame votre suiFrage. 

Fils d'un pauvre cultivateur, je dois à rafFection d'un bon et vénérable prêtre 
l'instruction que j'ai reçue. 

La grande armée m'a trouvé dans ses rangs, et pendant les neuf dernières 
années de l'Empire, j'ai combattu pour la liberté et la défense du territoire. 

Lesépaulcttes que j'ai gagnées sur les champs de bataille me donnaient le droit 
de me retirer, j'en usai en 1814, ne voulant point servir un gouvernement im- 
posé par l'étranger. Rentré dans la vie civile, j'ai toujours hautement professé 
des opinions constitutionnelles, à celte époque où une telle manifestation n'était 
, pas sans danger. 

J'ai salué 1830 avec enthousiasme , je pensais que le gouvernement de Juillet 
pouvait nous donner cette liberté si chère à notre patrie. Il ne l'a point voulu, 
sa chute est l'reuvre de son aveuglement. 

Si ces mois Liberté, Egalité, Fraternité, sont le résumé des idées républicaines, 
j'ai toujours été el serai toujours républicain. 

Au sortir des camps, ma vie tout entière a été consacrée à l'instruction, soit 
comme maître de pension, soit comme sous-inspecteur des Ecoles ; fonctions mo- 
destes, mais qui m'ont donné le précieux avantage de connaître les habitants des 
campagnes, et de mieux apprécier leurs besoins. 

La France altend des institutions nouvelles quigaranlissent à jamais les hbertés 
qu'elles vient de conquérir. Des impôts sont à supprimer ; d'autres, qui pèsent 
Si lourdement sur le modeste champ du pauvre, sont à modifier ; l'Assemblée 
nationale y pourvoira. 

Représentant du peuple, si j'obtiens vos suftragcs, je concourrai à ces grands 
résultats avec énergie, avec persévérance. 



Salut et fraternité, 



L. REGNAULD, 

Sôtis-inspecteur de l'instructiou primaire. 



Iiaprimerie de Henauyer et G», 24. Balignolles. 



— 707 



La lettre suivante a été adressée par M. John O'Connell à M. Alexandre 
Andryane, délégué du Gouvernement provisoire au Ministère de l'intérieur : 



Paris, i Mars 1848. 



Mon cher monsieur Andryane, 

J'ai été heureux de déposer en vos mains, au ministère de l'intérieur, une 
lettre adressée au citoyen Ledru-Rollin, dans laquelle j'avais renfermé une petite 
olï'rande pour les blessés et les fils des morts de vôtre glorieuse révolution. Ma 
joie a été grande de voir le défenseur de la cause italienne, le martyr de Spiclberg, 
que mon bien-aimé père estimait, aimait comme un des apôtres de notre religion 
et de l'humanité, de le voir, dis-je, se dévouer à la grande ceuvre de la régéné- 
ration du monde, par l'établissement de la République française. Car votre inter- 
vention est un gage de sécurité, de loyauté, de modération et de désintéressement 
aux yeux de tous les hommes consciencieux et honnêtes. 

Recevez donc, cher Andryane, au^nom de tous mes compatriotes, au nom de 
mon père, mes félicitations sur la spontanéité que vous avez mise à vous ranger 
sous la bannière de la liberté dans cette occasion solennelle. 

Vous terminerez ainsi votre carrière, comme vous l'avez commenc'ée, par le 
plus digne des sacrifices à la cause sacrée que tous les hommes de cœur et de foi 
doivent défendre. Vous êtes un symbole de l'ordre, et c'est ainsi que votre pré- 
sence sera jugée et acceptée, non-seulement en France, mais dans tous pays. 

Si j'ose dire un mot pour moi-même, c'est que je partage de tout ipon cœur, 
que j'hérite, pour ainsi dire, des sentiments d'aHeclion et d'admiration que j'ai 
toujours reconnus à mon cher j^ère quand il parlait de vous. Votre cause et la 
sienne sont les mêmeSj celles de l'ordre, de la paix, de la vraie liberté chrétienne, 
et il jouira de leur triomphe du haut des cie^x. 



JOHN O'CONNELL. 

Membre Irlandais du Parlement britannique. 



Troyes, imprimerie Anner-André. 



— 708 



AUX ELECTEURS 



DU 



DËPiRTËilËNT m vmî 



9 



Citoyens , 

Les destinées de la France dépendent de l'Assemblée Nationale. 

Si les hommes qui doivent la composer sont des patriotes probes et éclairés, 
des républicains sincères, ils nous donneront une constitution démocratique sa- 
gement pondérée, qui fera le bonheur et la gloire de notre pairie. 

L'élection des Représentants du peuple; est donc aujourd'hui l'œuvre première, 
l'œuvre immédiate à laquelle tous les bons citoyens doivent se dévouer sans re- 
lâche. 

Je sais quelle est à cette heure l'importance de la mission que les électeurs 
vont confier à leurs Rej)résentants, je sais les qualités qu'elle exige, les devoirs 
qu'elle impose, et je reculerais devant une telle n^sponsabilité, si je n'avais au 
cœur une fermeté que rien n'ébranle, un dévouement au pays que rien ne peut 
ellVayer. 

Fils d'un homme de bien, que vous aviez choisi dans les Cent-Jours pour être 
l'un de vos Députés; 

Élevé parmi vous, je serais, n'en douiez pas, hautement honoré de vos suf- 
frages ; car je les regarderais comme la plus digne récom^nse des maux que j'ai 
soulferts pour la liberté. 

Vous savez quelles sont les rudes ('preuves que Dieu m'a appelé à soutenir ; 

En 18"22, alors que la sainte-alliance asservissait de plus en plus les peuples, 
j'ai tenté de secouer le joug qui pesait sur l'Italie. Arrêté à Milan, incarcéré par 
les Autrichiens, j'ai sacrifié ma jeunesse, ma fortune, ma vie, plutôt que de trahir 
la cause sacrée que je défendais. Dix années de cachot et de fers dans la forte- 
resse du Spielberg, en Moravie, n'ont pu faire courber ma tête sous l'incessante 
oppression de l'empereur d'Autriche, et j'en suis sorti, sans que la moindre fai- 
blesse ait jamais compromis la dignité de mon caraclère. 

Rentre en France en 1832, après une captivité si longue, si désastn.'use pour 
mes intérêts les plus chers, je n'ai rien demandé, rien reçu du Gouvernement 
déchu! Ma vie entière est là pour témoigner que ma devise a toujours été et sera 
jusqu'à ma dernière heure : loyauté, désintéressement, indépendance. 



— 709 — 



Lorsque survinrent les prodigieux événements des mémorables journées de 
février, lorsque le peuple, dans sa terrible colère, brisait le trône qu'il avait 
élevé de ses mains, j'ai pensé que tous les bons citoyens, que ceux surtout dont 
le nom était une garantie d'ordre devaient se dévouer, pour assurer le triomphe 
des libertés, en travaillant résolument au rétablissement de la tranquillité pu- 
blique. ' 

J'allai donc, je courus le jeudi 24 février, à cinq heures du soir, ollrir ma 
coopération au Gouvernement provisoire. Chargé par lui de seconder le citoyen 
Ledru-Rollin au ministère de l'Intérieur, j'ai rempli, j'ose le dire, cette patrio- 
tique mission avec la consciencieuse énergie d'un homme de cœur, et je me suis 
retiré lorsque l'heure des périls fut passée, et l'ordre rétabli. 

Aujourd'hui que la grande question à résoudre est celle de l'établissement 
d'une Constitution par l'Assemblée Nationale, je viens à vous, mes chers compa- 
triotes, avec empressement, avec confiance, et je vous dis, dans la sincérité de 
mon âme, que je contribuerai, de toutes mes forces, de toutes mes facultés, si 
j'ai l'honneur de vous représenter, à fonder : 

Une République où les droits de tous et de chacun seront proclamés et res- 
pectés; 

Une République où l'égalité devant la loi sera réelle enfin, parce qu'elle aura 
pour base la justice et la fraternité chrétienne; 

Une République où le travail, assuré à tous, sera suffisamment, justement ré- 
munéré et équitablement réparti; 

Une République où d'importantes améliorations seront assurées au peuple 
agricole, aux cultivateurs, parce qu'ils sont les pères nourriciers, et les clients les 
plus importants des travailleurs de nos ateliers el de nos usines. 

Une République où tous les abus seront détruils, où tous les éléments pro- 
ductifs, abandonnés, gaspillés jusqu'ici, seront recueillis et vivifiés. 
Une République enfin où toutes les libertés : 
La liberté entière des élections, 
La liberté de conscience et des cultes, 
La liberté de la presse et de la parole, 
La liberté du domicile et du foyer domestique, 
La liberté d'éducation et d'enseignement, 
La liberté du travail et de l'industrie, 
La liberté de l'individu et de la propriété, 
La liberté d'association et de réunion, 
La liberté en tout et pour tous, 
Seront pleinement et inébranlablement garanties. 

Telle est la loi fondamentale d'ordre, de justice, de vérité, telle est la constitu- 
tion franchement, sincèrement républicaine dont on devra doter la France, et à 
laquelle je serais heureux et fier devant Dieu et devant les hommes, d'avoir pu 
coopérer. 

Alkxandrl ANDRIANE, 



Paris. —Imprime chez Paul Renouard, rue Garancière, n'^ o. 



— 710 



PROFESSION DE FOI 

btJ CITOYEN 

CHÂNTE-GRELLET. 



CHERS CONCITOYENS, 

La France, après une fatale et dernière expérience du régime monarchique, 
vient de proclamer la République, comme le seul gouvernement qui puisse à l'a- 
venir assurer ses destinées!... 

La République, c'est le gouvernement de tous, par tous et pour tous ; il ouvre 
à tous les portes de la carrière politique, et, dans les circonstances graves où la 
nation est appelée à fonder l'édifice de sa constitution, les hommes de cœur et de 
conviction ne doivent pas hésiter à y entrer. 

Quelques amis et compatriotes du département de la Creuse, où je suis né, et 
auquel je suis attaché par des liens de sympathie et d'intérêt, m'ayant invité à 
me porter candidat à la représentation nationale, je viens soUiciter vos suffrages, 
et vous faire, en quelques mots, ma profession de foi. 

Dévoué aux idées démocratiques, alors que l'heure de l'avènement de la Répu- 
blique n'avait pas encore sonné, je l'ai saluée comme la réalisation de mes vœux 
politiques; je consacrerai à la maintenir tout ce que je puis avoir d'ardeur etd'é 
hergie ; j'euToudrai toutes les conséquences politiques et sociales. 

Issu des rangs du peuple, j'ai appris longtemps à connaître ses véritables be- 
soins, ses légitimes espérances ; je demanderai la consécration de tous ses droits; 
l'organisation du travail et de l'industrie est une question grave qui, sous un ré- 
gime d'ordre et de justice, se résoudra par des institutions sagement combinées 
qui concilieront les droits et les intérêts de tous. 

Outre cette question du travail, il en est une autre qui ne vous intéresse pas 
moins, ouvriers de la Creuse, qui émigrez de nos campagnes pour aller porter 
ailleurs l'activité de vos bras, c'est celle de l'agriculture; sous un gouvernement 
républicain, l'agriculture sera protégée ethouorée. 

Mes votes seront acquis aux principes suivants : Souveraineté nationale par le 
suffrage universel, liberté de la presse, liberté d'association, liberté de religion, 
liberté d'enseignement, répartition plus équitable des impôts, élection, dans les 
mesures les plus larges, aux fonctions publiques... 

Je combattrai tout ce qui tendrait à nous ramener au régime d'égoïsme, de 
cupidité et de corruption qui vient de tomber sous l'explosion de l'indignation et 
du mépris. 

Toutes les institutions de la République devront procéder et s'inspirer du sym- 
bole inscrit sur son drapeau : Liberté, Egalité, Fraternité: Liberté unie à l'ordre 
et au respect des droits légitimes de la propriété et de la famille; Egalité par le 
juste équilibre des droit^ de tous, et l'admissibilité de tous à tout; Fraternité ^tair 



— 7H — 



l'échange sincère entre les membres de la grande famille humaine, des sentiments 
de dévouement et d'amouk" dent rÉtangile nous â donnt^ le précepte!!! 

Tels sont mes princijDCs, telle sera la ligne de conduite que je suivrai, mes chers 
concitoyens, si je suis appelé, par vos suffrages, à vous représenter|à l'Assemblée 
nationale. 



Salut et fraternité. 



CHANTE-GRELLET (de Jarnages), 

Avocat à la Cour d'appel de Paris. 



AUX ELECTEURS 

Département de Seine-et-Marne, 



Citoyens de Seine-et-Marne, 

La République française vous appelle à nommer des députés sincèrement dé- 
voués à sa cause, et, dans cette occasion solennelle, j'ambitionne l'honneur de 
vous représenter. 

De même que j'ai été fidèle à l'opposition durant les mauvais jours, de même 
je soutiendrai fidèlement le Gouvernement que je chét-is; et je ne cesserai jamais 
ainsi de défendre la sainte cause du Peuple. 

Aujourd'hui comme hier, ami de la liberté et de l'ordre, défenseur de la pro- 
priété et des fruits du travail, soigneux des intérêts du commerce et de l'in- 
dustrie, désireux de soutenir ceux de l'agriculture, et partisan dévoué, en un 
mot, des grands principes qui ont triomphé dans nos trois immortelles et popu- 
laires révolutions, je réclame de vous le mandat de concourir avec une énergie 
persévérante au maintien et à la paix de la République. 

Dévouement fraternel, 

AuG, PORTALIS, 



P^ovibs. Imp. Lebeaii. 



— 712 — 



PROFESSION DE FOI. 



DU CITOYEN 



CHÂMPESME. 

Mes chers concitoyens , 

Vous le savez, depuis plus de vingt ans, je fais des vœux et des sacrifices pour 
l'établissement d'une République en France : si j*ai persisté dans cette résolution, 
croyez-le, ce n'est pas sans y avoir mûrement réfléchi. Il m'est démontré que 
Dieu ayant doué tous les hommes des mêmes organes et des mêmes facultés, les 
ayant tous assujétis aux mêmes besoins, ils doivent tous avoir les mêmes droits. 
C'est la privation dec^s droits qui jette la perturbation dans l'univers, qui cause 
toutes les afflictions de la terre, et, en portant mes regards sur l'immense éten- 
due de cette terre, j'ai vu qu'une vingtaine de tyrans suffisaient pour faire le mal- 
heur du genre humain. Pénétré de ces vérités, je refusai publiquement, à Bour- 
ganeuf, en 1831, le serment de fidélité au chef de l'Etat. Vous savez si, depuis, je 
me suis écarté de la ligne de conduite que je m'étais tracée. Cependant, la tran- 
quillité régnait en France, la paix était assurée; la royauté, affermie, s'appuyait 
encore sur de nombreuses alliances à l'étranger; le taux des rentes publiques 
s'élevait de jour en jour ; tout semblait prospérer , excepté le Peuple , que l'on 
pressurait chaque année davantage. Quelquefois alors , dans un moment de dé- 
couragement, je me demandais si la probité n'était pas une duperie, la vertu un 
mensonge ; si la corruption , si le crime même pouvaient impunément assurer 
leurs succès. Mais, lorsque personne ne s'y attendait , Dieu , d'un souffle de sa 
colère, a renversé en un clin-d'œil le premier trône du monde , et rejeté le sou- 
verain sur la plage étrangère. 

La République a été proclamée, tous mes vœux étaient accomplis, tous mes 
désirs satisfaits ; jeme livrais, comme de coutume, à mes paisibles travaux, lors- 
qu'un grand nombre d'entre vous m'ont proposé la candidature à la Représen- 
tation Nationale. Dans les graves circonstances où nous nous trouvons , ce serait 
une lâcheté de ma part de refuser le concours de toutes mes fiicultés , quand il 
s'agit de mettre en pratique les maximes que je jîrofesse depuis longtemps. Je 
viens donc m'offrir à vous comme candidat à la Représentation Nationale ; mais 
quand vous voterez, interrogez votre conscience: si vous avez une arrière-pensée 
en faveur des souverains, repoussez-moi; car je veux de toute la force de mon 
âme la consécration d'une Répul)lique sans réaction , sans violence, sans tache, 
qui ne fasse couler ni une goutte de sang, ni une larme. La révolution de Février, 
comme je la comprends, est un baptême cpii efface jusqu'au souvenir des maux 
passés, qui étaient les dissensions publiques et les haines privées. Désormais, tous 
les Français seront frères ; les lois saintes de l'humanité, méconnues jusqu'à ce 
jour, vont assurer le bonheur de la France, en y faisant régner la vertu , c'est-à- 
dire, la Liberté, l'Egalité, la Fraternité. 

CHAMPESME , docteur en médecine. 



— T13 — 

mmn DES VOSGES. 

Epinal, le 11 mars \8liS. 
Citoyens, 

A la nouvelle des événements glorieux qui ont amené la chute du système 
dégradant sous lequel la France gémissait, des citoyens d'Epinal, voués depuis 
loiigtcm^îs au triomphe de la démocratie, se sont formés spontanément en Comité, 
afin de seconder le mouven^ent par tous les moyens en leur pouvoir. La crisp 
passée, ils sont venus déposer entre les mains du peuple assemblé l'autorité pror 
visoire qu'ils tenaient des circonstances ; ils lui ont demandé s'ils avaient sa cou- 
fiance et s'ils devaient rester à leur poste. Le peuple a répondu que telle était sa 
volonté. 

Il ne manquait plus à notre Comité, pour être partout reconnu comme auto- 
rité régulière, que l'investiture du commissaire çlu Gouvernement provisoire ; 
celte investiture lui a été accordée. 

MqhHenq:nt que tputes }es communes de tiotre déj^arte^îienj; oqt adhéré à la 
République, il nous reste, citoyen, un grand devoir à remplir ; il nous faut main- 
tenir cette grande conquête; il faut veiller à ce qu'elle ne devienne pas la proie 
des royalistes d'hier, convertis subitement à nos doctrines, qu'ils proscrivaient 
naguère avec tant d'acharnement. 

Les élections de l'Assemblée nationale constituante sont fixées au 9 avril pro- 
chaiii; nous ix'avons donc pas de temps à perdre pour nous concerter et déjouer 
les trames des ennemis de la République, 

A cet effet, notre comité vient de se constituer en comité électoral central. Il a 
décidé qu'il se rftettva|t immécjiatpment eï\ rapport avec les cUefs-Ji^U^^ d'arron- 
dissements et de cantons ; qu'il ne ferait rien sans les avoir consultés et sans leur 
assentiment, et que, d'accord avec leurs délégués, il serait dressé, dans le plus 
bref délai, une liste de 11 candidats, qui sera spumise aux suffrages des assem- 
blées électorales. 

f; Nous venons, citoyens, en vous informant de ces dispositions préparatoires, 
vous deman^der votre concours pour l'œuvre solennelle qu'il s'agit d'accompHr, 
et d'où dépend la sécurité de notre avenir à tous. Que les élections procluiines 
envoient à l'Assemblée nationale des hommes hostiles ou même indillVrents au 
nouvel ordre de choses, et les inquiétudes renaissent, et l'agilalion reparaît, et 
la crise que nousi venqus 4e traverser si heureusement recommence avec tous ses 
pénis; que les nouveaux élus aient, au contraire, déjà donné des gages de leur 
dévoùmen|; aux pvinçipesi qui viennent de triomphei', et les résultats de notre 
révolution ne tarderont pas à se consolider. 

Si, comme nous l'espérons, vous partagez ces sentiments, veuillez \ous rendre 
le 19 de ce mois à Epinal, où une réunion des délégués des trente cantons du 
département aura lieu dans une des salles de rHôtel-de-Ville, à une heure précise 
de l'après-midi. 

Si quelque motif vous empêchait d'y assister, vous voudrez bien nous en pré- 
venir après avoir fait part de la présente circulâdie aux citoyens de votre canton 
qui pourraient vous remplacer. 11 est, en elfet, de la plus haute importance que 



T. 1 



89 



7i4 



tous les cantons se trouvent représentés à la réunion, afin d'éviter tout malen- 
tendu. Nous regardons également, comme chose très importante, la formation 
d'un comité électoral au chef-lieu de chaque canton, et celle de sous-comités 
dans chaque commune. Veuillez, citoyen, vous en occuper immédiatement. 

P. S. — On nous apprend qu'un comité, composé en grande partie d'anciens 
conservateurs, vient de se constituer dans notre ville, à l'effet d'exercer une 
influence rétrograde sur les élections. Nous croyons devoir vous en prévenir, 
afin de vous mettre en garde contre les ouvertures qui pourraient vous être faites 
de la part de ce comité, à la tête duquel se trouve M. Déblaye, notre ex-collègue. 
L'unité d'action, dans ces moments décisifs, est une nécessité que sauront com- 
prendre tous les vrais amis de la République. 

Recevez l'assurance de nos sentiments fraternels, 

Les Membres du Comité, 

Collenne, Rallon, Honoré, Dutac aîné, Dutac jeune, Guilgot, Dubois 
père, Chevreuse, Bigeard, Aubel, Dubois (Alexis), Régnier, Gerbaut, 
Jeanmaire, Buffet, Petot, L'huillier, Génin, Lemarquis, Galtier, 
Mougin, Papigny, Evon, Cohn. 



Voir la Voix des clubs du 16 mars 1848. 



COMITE RADICAL ET CENTRAL 

DE L'AUBE 



r-g>0O^-<^a» 



C'est avec une vive satisfaction que nous informons nos concitoyens de la dé- 
termination que nous avons obtenue de M. Auguste MILLARD (1) de Troyes. Ce 
citoyen, cédant à nos instances, a consenti à figurer sur la liste des candidatures 
radicales du Département de l'Aube, pour la Représentation Nationale. 

Tous les patriotes du Département accepteront avec bonheur un nom qui se 
recommande à tous les partis par la loyauté, la noblesse des sentiments et le dé- 
vouement de celui qui le porte. 



Trojes. — Imp. de Baudot. 
(1) N'a pas fait de profession de foi. 



— 713 — 



Citoyens , 



Quelques connaissances acquises par trente années de travail, d'étude ou de 
lutte ayant trait à diverses administrations de l'État, me font un devoir de me 
présenter pour la représentation nationale. 

Homme du Peuple, d'ordre et de paix, je dois la continuation démon dévoue- 
ment à l'intérêt du plus grand nombre. 

Reportez-vous à la victoire du Peuple, rappelez-vous qu'il vient encore de se 
trouver dans la nécessité de faire justice de quelques hommes sans foi politique, 
qui en avaient fait leur profit au détriment des prolétaire?. 

Quels que soient les mandataires que vous croirez dignes de votre choix, obli- 
gez-les à demander, en première ligne, ce qui suit : 

Souveraineté du Peuple exercée par le suffrage direct et universel, en appli- 
quant le principe électif partout où il pourra l'être ; 

La République française, une et indivisible, avec la devise : Liberté, égalité, 
fraternité ; 

Éducation nationale, gratuite et suffisante pour que chaque Citoyen puisse 
développer ses facultés intellccluelles et arriver à tout ce dont il sera capable; 

Liberté des cultes, celle absolue d'association, celle de la presse, sauf répres- 
sion légitime par un jury populaire ; 

Rémunération suffisante du travail industriel et agricole ; 

Organisation complète de la garde nationale, de manière à ce qu'elle devienne 
la force principale de la Nation et à ce qu'aucun Citoyen valide ne puisse se sous- 
traire à l'obligation de défendre personnellement sa patrie; 

La justice rendue accessible à tous les Citoyens. 

Répartition équitable de Timpôt et modification immédiate pour ceux-ci 
après : 

Remplacement par des centimes communaux des droits d'octrois et de gabelle 
qui frappent sur le salé, la bière et la piquette de l'ouvrier, sans atteindre con- 
venablement les nourritures succulentes et les vins exquis ; 

Application aux voitures de luxe de tout Citoyen, des droits qui frappent celles 
publiques ou de louage ; j 

Taxe équitable sur les portes et fenêtres des hôtels ou châteaux, eu égard à 
celle qui frappe sur la lucarne de la chaumière de l'habitant des campagnes ou 
des faubourgs ; 

Remplacement par des centimes communaux de l'ancienne corvée seigneu- 
riale rétabhe sous le titre de prestation pour la réparation des chemins vicinaux 
qui écrase les familles nombreuses peu aisées, sans atteindre aucunement le i 
millionnaire non-valide ou sexagénaire, ni la riche veuve ou célibataire ; 1 

Remplacement par un droit de plantation à l'hectare, à percevoir par le Per- ! 



— 716 



ceptcur de l'impôt direct, du produit du monopole des tabacs, qui est contraire 
à toutes les lois naturelles de la Liberté ; 

Progression dans la perception des droits de mutation, en ayant égard au 
degré de parenté et à l'importance de toute mutation, soit à titre g*"atuit ou 
onéreux ; 

Suppression des sinécures et de tous emplois inutiles, et qui entravent même 
la marche prompte et régulière des services administratifs. 

Béthune, 12 Mars 18/t8. 

SALUT ET FRATERNITÉ, 

DELCLOQUE. 



Aire. — Imp. de Poulain. 



A nos concitoyens, électeurs dn Puy-de-Dôme. 



Je me présente comme candidat à la rej^résentation nationale. 

En sollicitant vos suffrages, je vous dois ma profession do foi politique; la 
voici : 

1" Maintien de la liberté et de l'égalité dans toute l'acception du mot; 

2° Liberté absolue des cultes ; 

3° Dimilltition progressive et rationnelle des impôts ; 

/;" Réformation prompte du droit d'action et de l'impôt des boissons ; 

5° Réduction dU nombre des fonctionnaires et diminution des gros traite- 
ments ; 

6" Soulagement assuré de la classe ouvrière en général et des cultivateurs en 
particulier, sans porter atteinte au droit sacré de propriété. 

Enfin, en présence du vœu national si hautement manifesté depuis les derniers 
événements qui ont renversé un pouvoir impopulaire et tyrannique, je donne 
Sans hésitation , sans arrière-pensée , mon adhésion j)leine et entière à l'établis- 
sement do la république, et je lui prêterai le concours qu'elle doit attendre d'un 
bon et l^yal citoyen , ami de l'ordre autant que de la liberté. 

PIGHOT, 

Avocat à Issoîre. 



— 717 — 



CITOYENS ÉLECTEURS DE L'AtfflÈ, 



Je demande à représenter votre département â l'Assemblée nationale. Je suis 
au milieu de vous un homme nouveau et je vous dois l'exposé de mes opinions et 
de mes antécédents. 

Mon concours sincère est acquis au mouvement actuel. Je regarde la forme 
ré|)ublicaine comme la seule qui puisse être aujourd'hui adoptée en France. La 
monarchie a fait son temps ; et parmi tous les régimes qui se sont succédés et 
usés depuis cinquante ans, le plus loin de nous c'est le dcrnien 

Fondée par le soulèvement du peuple, la République devra s'aflfetmir par Une 
conduite prudente et modérée. Son établissement a été plus retardé par les sou- 
venirs de la terreur que par tous les elTorts des souverains ; elle U'a d'entlemis 
dangereux que: ses propres excès. Les journées de février, les premièires mesUt^s 
du Gouvernement provisoire, ont déjà dissipé bien des préventions. Assuréiiienl, 
dans cette attitude calme d'une population victorieuse, dans ce respect manifesté 
pour la religion, dans cette répression spontanée des atteintes à la propriété, 
dans cette abolition de la pe!ne do mort à l'instant du triomphe, tout porte le 
sceau de la grandeur et de la modération ; il importe que la République persé- 
vère dans la Voie qu'elle s'est ouvétte. Faire renaître partout la confiance, amé- 
liorer le sort de la classe ouvrière, assurer l'exercice des libertés conquises par le 
peuple; tels sont, à mon sens, les premiers devoirs de l'Assemblée nationale. 

Je dirai quelques mots de mes antécédents. 

l)ix années de ma jeunesse se sont passées à l'étranger. J'ai été attaché à plu- 
sîe^irs légations. En 18/i3, je fis partie d'une mission dont le but était l'explo- 
rnlion commerciale de l'Indo-Chine. Mais les nécessités parlementaires, comiiie 
on disait alors, laissaient peu de place à ceux qui ne se recommandaient par 
aucune considération de ce genre; et la réprobation, énergiquement formulée 
contre le ministère déchu par ceux des membres de ma famille qui étaient en 
position de parler devant le pays, m'interdisaient un avancement que je tiens 
seulement du Gouvernement provisoire. Peu de jours après son inslallation» le 
citoyen Lamartine, ministre des alfaires étrangères, me nomma secrétaire d'am- 
bassade à Londres. Je renoncerais aussitôt à ce poste si vos suH'rages m'appelaient 
à l'Assemblée nationale, afin de me consacrer tout entier à rexécution du mandat 
que vous me confieriez. 

BERNARD D'HARCOtRT. 



— 718 — 



CITOYENS, 

A la veille de donner, par votre suffrage, une adhésion définitive au Gouver- 
nement populaire qui vient de succéder à un pouvoir arbitraire et tyrannique, 
permettez à un de vos frères de venir faire un appel tout patriotique aux senti- 
ments dont vous devez être animés dans une circonstance d'où doit enfin sortir 
victorieux l'intérêt général, sacrifié depuis plus de quatorze siècles à celui d'un 
petit nombre de privilégiés 

Je ne vous redirai point l'histoire de ces époques si tristes où nos pères n'é- 
taient que les vils esclaves de quelques familles que l'égoïsme, l'orgueil , le désir 
insatiable de la fortune et de la domination souveraine avaient poussées jusqu'à 
ravir à l'Etre suprême le titre de très-haut et très-puissant Seigneur ! — Ces der- 
niers mots ne vous en rappellent sans doute que trop; mais je vous demanderai 
si, bien que tout bornés que vous aient crus les nouveaux despotes qui, pendant 
ces dernières années surtout , ont fait gémir les dignes enfants de juillet ; je vous 
demanderai, dis-je, si malgré l'ignorance et la superstition où ces véritables 
aveugles vous croyaient plongés, vous n'avez pas remarqué leurs efforts inces- 
sants pour reconquérir, un à un, les droits iniques de l'ancienne noblesse? Si 
vous n'y aviez rien vu , il me suffirait de vous rappeler la fameuse loi sur la 
chasse , et de vous demander, par dessus tout , ce qu'a fait pour nous (gens de 
la basse classe d'alors) le Gouvernement despotique qui vient de tomber? Ah! 
votre réponse ne saurait être douteuse !.... Or, maintenant que le soleil n'est 
plus éclipsé que jDour ceux qui attachaient quelque importance à de ridicules 
prérogatives , allez-vous , par un vote irréfléchi ou par ime condamnable inaction, 
remettre le pouvoir dans leurs mains ? Allez-vous vous confier à des personnages 
qui, il n'y a encore que quelques jours, se seraient crus déshonorés d'abaisser 
sur vous le moindre regard? Allez-vous , vous , artisans , ouvriers et cultivateurs, 
tous citoyens modestes et laborieux; allez-vous, dis-je, donner votre mandat à 
\\n de ces êtres que, jusqu'ici, l'opulence, l'amour des plaisirs et la soif des 
honneurs et de la puissance, ont empêchés de porter un regard bienveillant 
dans vos humbles chaumières? Non, rien désormais ne peut vous y tromper ; et, 
sans reporter les yeux sur le passé, regardez un instant autour de vous, puis, 
dites-moi ce que l'on a fait pour encourager le travail, l'industrie , l'agriculture 
et surtout l'éducation des masses? Diles-moi aussi ce que l'on a fait pour soula- 
ger ces malheureux vieillards que le poids des années et d'un pénible labeur a 
réduits à la navrante ressource d'aller, de porte en porte, tendre une main dé- 
bile et suppliante à leurs frères pour en oI)tenir un chétif morceau de pain? Ne 
pouvait-il donc y avoir aucun remède à des maux qui, depuis si longtemps, 
font la honte de l'humanité? Oh ! rassurez-vous : un Gouvernement que la Pro- 
vidence a élevé tout-à-roup , s'efforce journellement et sans relâche d'assurer le 
bonheur de tous les enfants qui auront acquis des droits à la reconnaissance de 
la patrie. Or, pour appuyer ce nouveau Gouvernement , qui met en première 
ligne vos besoins, si longtemps dédaignés, choisirez-vous , pour votre représen- 



— 719 — 



tant, un homme qui n'aurait d'autre mérite à vos suf^r£^ges qu'un titre, mainte- 
nant aboli, de Duc , de Comte , de Baron , etc.; ou bien , si vous préférerez tout 
simplement un de vos frères , comme vous fds d'artisan , d'ouvrier ou de culti- 
vateur?.... 

Quant à celui qui a l'honneur de vous parler, son désir le plus vif serait de 
pouvoir servir la cause de tous , si tel était le bon plaisir des amis, des frères et 

concitoyens dont il ose ambitionner l'honorable suffrage Mais, que dis-je , 

j'entends déjà tomber par torrents les sarcasmes , les anathèmes d'une foule de 
personnes qui vont être stupéfaites en entendant décliner, non mon appellatif , 
car il est intact, mais la plus humble de toutes les conditions, celle d'insti- 
tuteur!.... 

Quoique l'on en dise , ce titre et ceux de fils de cultivateur, de frère d'ou- 
vriers , de manœuvre sont , à mon avis , les plus sûrs garants à offrir à tous ceux 
qui, comme moi, ont accepté cette noble devise : Liberté, Egalité, Frater- 
nité. 

Votre Frère et Concitoven dévoué, 
MAGNIN (Edme-Valentin), 



Instituteur communal à la Chartre-sur-Loir (Sarthe)*, 
né à Confracourt (Haute-Saône), 2 /"e'rrjer 1848. 



Alençon de l'imp de Poulet-Malassis, 
Sic. 



Paris, le 12 mars 1848. 

M. LEYRÂLD 



M, les électeurs du département de la Creuse. 



Mes chers concitoyens, 

Vous connaissez le passé de ma vie politique, vous avez été initiés parla tri- 
bune au secret de mes pensées. Lorsque l'empereur abolissait l'ancienne noblesse 
et maintenait, par l'acte additionnel, celle qu'il avait créée, je proposai à la chambre 
des représentants, le lendemain de sa constitution, l'abolition des qualifications 
nobiliaires au sein de l'assemblée. Je m'exprimais ainsi : 

« Mandataires du peuple, voulez-vous être dignes de votre mission ? Soyez 



— 720 — 



« peuple un moment, soyez nos égaux, que le lie^i ^e la fraternité nous unisse 
« et n^ soyez plus que nos collègues. » 

Ce n'est pas aujourd'hui que l'op me reprochera ces vieux sentiments d'égalité. 

Depuis 1831 jusqu'à ce jour, vous m'avez toujours vu combattre les tendances 
libcrtipides du pquvoir ; c'est moi qui avais proposé de consacrer dans la loi des 
associations le droit de réunion, ce droit si tardivement contesté par l'amour- 
propre d'un gouvernement fraj^pé de vertige. 

J'ai voulu amender la loi sur les crieurs publics, que le gouvernement provi- 
soire vient d'apéantir. Mon amendement fvit repoussé après deux jours de vive 
disçqssion. 

J'ai été des premiers sur la brèche avec MM. Gustave de Beaumont et Lacrosse 
pQ^r demander une loi sur la corruption électorale ; à la séance du 20 jan- 
vier 1840, je n'ai pas craint de donner Je premier à la tribune, au ministère, le 
nom que l'histoire lui infligera* Voici mes paroles : 

«J'ai pu dire jusqu'ici que le ministère était corrupteur, parce que j'en avais 
« la conviction ; mais je dis aujourd'hui que le ministère est corrupteur, parce 
« que je le s^is. » 

Ce n'est pas l'ambition qui m'a inspiré le désir de représenter mon pays ; deux 
fois en échange de cet hopneur, j'ai donné ma démission de fonctions salariées ; 
à l'arrivée du ministère qui vient de tomber sous le coup du mépris, je n'avais 
pas hésité à quitter le poste élevé que j'occupais au ministère de la justice pour 
ne pas m'associer à un système d'avilissement et de dégradation. 

Voilà mon passé. 

Je dois ajouter franchement qu'au moment de la victoire du peuple, je ne 
croyais pas l'idée républicaine mûre ; jelavaisvue repoussée en 1815 et en 1830; 
mais je déclare, avec la même franchise et avec tous les hommes honnêtes, qu'il 
faut se rattacher sans arrière-pensée au gouvernement républicain ; c'est un be- 
soin d'ordre, c'est une nécessité d'existence. 

Mes chers concitoyens, notre département ne puise sa richesse que dans les 
économies du salaire de nos tyentq-ch^q mijle ouvriers qui émigrent tous les ans ; 
il faut travailler à l'amélioration de leur sort , au progrès de leur instruction , 
tout en consacrant dans le même intérêt, dans le même respect, les droits de la 
propriété, de l'industrie, du commerce, et les droits de la famille. 

Si vous me trouvez digne de vos suffrages, je mets au service de votre patrio- 
tisme une vieille expérience et 1^ fermeté çle mon déyoùmen|;. 

LEYRAUD, 
Ancien député de h Creu^. 



Extrait du ConstUutionnel du 13 mars 1848, p. S col. 6, 



— 721 — 



AUX CITOYENS 

DU DEPARTEMENT DE L'AUBE 



ET PARTICULIEREMENT 



DE l'arrondissement DE NOGENT-SLR-SEINE. 



Citoyens , 

Une nouvelle ère vient de s'ouvrir pour 
la France, une monarchie perfide et corrom- 
pue a fait place en quelques heures à une 
République loyale, généreuse et pUf-edetout 
excès... 

Celle République, Citoyens, nous l'appe- 
lions de tous nos vœux depuis bientôt dix- 
huit ans : nous l'avions rêvée dès le collège, 
et en juillet 1830, dans uncheMieu d'arron- 
dissement de rAid)e , à Nogenl-sur-Seine , 
èh arborant son drapeau (1), nous jetions 
son nom avec enthousiasme sur la place pu- 
blique... Il y avait alors, permetlez-mol de 
le dire pour glorifier des citoyens dont plu- 
sieurs sont morts aujourd'hui, (juelque cou- 
rage à crier vive la république : le roi par- 
jure n'était point eiicore vaincu.... 

Depuis 1830, nous pouvons le dire haut 
et ferme, sans crainte de démenti, nous n'a- 
vons point changé d'avis. Le fiel de la rail- 
lerie, l'aigreur de la discussion , la persécu- 
tion même ont épuré, complété et fortifié nos 
convictions. 

Depuis 1830, autant que nous l'avons pu, 
nous avons pris une part active aiJx lutiesde 
la liberté. La tyrannie nous a trouvés dès 
longtemps parmi ses plus acharnés, ses plus 
implacables ennemis : datis les ateliers, en- 
tre le correcteur Martin Bernard , condamné 

{{) C'est de r imprimerie de mon père, le citoyen 
Lemaîfre , ancien militaire , qu'est sorti le premier 
drapeau tricolore qui fut planté à Nogent-sur- 
Seine. 



de mai, le sculpteur Corbon, le compositeur 
Danguv (de VAtelier), le cordonnier Savary 
[de iii Fraternité), — dans la rue, au combat, 
à côté de GodelVoy Cavaignac, de Guinard, 
de Barbes, de Caussidière ; — dans le jour- 
nalisme, à côié de Louis Blanc, de Pierre 
Leroux ou de Dupoiy(l). Vaincu'* dans la rue 
en plein jour, nous avons dressé [)ar tous 
moyens des embûches à la royauté. 

Pendant notre dernière révolution, en fé- 
vrier, écrivain et soldat, nous avons person- 
nellement concouru à la fois à la rédaclioh 
de l'un de ces Moniteurs d'insurrection qtli 
relèvent l'énergie des combattants, puis à 
l'érection des barricades d'où est sorti la li- 
berté. . 

A l'attaque du Palais-National (autrefois 
Royal), le 24 février, les dernières balles de 
la royauté venaient de tuer à nos côtés un 
généreux enfant de notre pays, Cléophas 
Paimbaut, âgé de 20 ans, né ii Jaucourt. 

Le même jour, après la victoire du peuple, 
à quatre heures du soir , dans les salles de 
IHôlel-de-Ville, à la tèle de 25 hommes dé- 
légués par les sections de barricades des rues 
Moutmartre, Faubourg-Montmartre, .Monlor- 
gueil et Rambuteau , nous proclamions la 
République et nommions les citoyens meni- 
bres de ce Gouvernement provisoire qui , 
vieux à peine d'un mois, laissera à la grande 
nation le souvenir éternel de son dévoue- 
ment et de son patriotisme. 

Il) Au Bon sens, l\\i\ Revue du Progrès, Ixhllevue 
indépendante, au Joittnal du Peuple et h la ttélonne. 



T, h 



90 



— 72^ — 



Soldat, ouvrier, homme de presse, enfin, 
nous n'avons eu de ré[)'!t que le jour 
où la grande ville, glorieuse et libre , a crié 
vive la République! 

Notre tâche, certes, n'est point finie : elle 
recommence aujourd'hui plus difficile, plus 
délicate, plus laborieuse: le soldat vient de 
déposer les armes, c'est au citoyen d'appa- 
raître pour discuter et établir ses droits et 
ses devoirs. 

Achetée par tant de sacrifices, cette Répu- 
blique, qui a étouffé la monarchie sous les 
cadavres de ses plus purs , de ses plus bra- 
ves enfants , cette République , il faut la 
maintenir, il la faut cousoUder. 

La royauté constitutionnelle a été legou- 
veinement de tous par quelques-uns. La Ré- 
publique doit être le gouvernement de tous 
par tous. Pour cela , Citoyens , il est indis- 
pensable que chacun et tous soient consul- 
tés, que tous et chacun émettent librement 
leur avis sur toutes choses. 

Après une révolution , Citoyens , ne l'ou- 
blions pas, il y a beaucoup à faire, tout est 
remis en question, depuis le règlement de 
police qui fixe l'heure où s'ouvre le marché, 
jusqu'à la l(ji qui limite, mais seulement au 
profit de la nation tout entière , la liberté 
pourtant inaliénable du citoyen. 

C'est tout un pacte social , loute une coi^.- 
stitution qu'il s'agit aujourd'hui d'établir. 
Une assemblée choisie par vous , commis- 
sionnée par vous , Citoyens, peut seule ac- 
complir cette grande tâche. 

Cette assemblée, à mon avis, devra solen- 
nellement, aussitôt sa réunion, reconnaître 
la République française, une et indivisible. Celle 
proclamation sera suivie de la déclaration de 
ces principes généraux : 

Liberté cumplète de la pensée dans toutes 
ses manifestations : orale , manuscrite, im- 
primée et artistique. Répression des délits 
de la pensée par des jurys populaires. 

Liberté religieuse; — chaque culte sala- 
rié par ceux qui le professent. 

Liberté d'association. 

Liberté du travail , — c'est-à-dire aboli- 
tion de toutes les lois d'entraves et de mono- 
pole. 

Transformation complète, sinon suppres- 



sion, de cet insolent et vexatoire impôt ap- 
pelé Vexercice. 

Liberté de l'enseignement qui sera gratuit, 
obligatoire, donné en commun, et sous la sur? 
veillance du Gouvernement. 

La plus grande extension possible dans 
l'application du grand principe constituant 
de l'élection aux fonctions publiques, aux 
juridictions criminelle et civile. 

Suppression du cumul des fonctions et 
des appointements. — Incompatibilité des 
devoirs du représentant du peuple avec les 
fonctions de préfet, d'employé de ministère., 
de militaireen activité, de membre des cours 
et tribunaux attachés à des sièges fixes , au- 
tres (jue les membres de la cour de cassa- 
tion. 

Abaissement progressif des taxes sur tous 
les objets de première nécessité. 

Impôt sur les objets de luxe. 

Citoyens du département de l'Aube, je 
viens vous demander l'honneur de vous re- 
présenter à cette granJe Assemblée Natio- 
nale. 

Point de modestie fausse ou inutile , vous 
pourriez penser qu'elle cache l'hypocrisie. 
Citoyens, il me reste à vous parler de moi, 
de ma vie privée; je vais lâcher de le faire 
avec la brièveté, la netteté qui distinguent 
la franchise. 

Voici quel homme j'ai été , quel homme 
je suis, quel homme je veux être. 

Ma seule fortune est celle des pauvres 
et honnêtes gens, la probité et le courage 
du travail. 

Prenez-moi donc , Citoyens , pour un 
homme de labeur , non pour un aristocrate. 

jvi ici', correcteur d'imprimerie ou jour- 
naliste, l'on peut facilement, dans les ateliers 
comme d.ms les lettres , suivre ma trace ; 
l'on ne trouvera derrière moi, à Nogent-sur- 
Seine, à Troyes, à Paris, que d honorables 
souvenirs. 

Durant les dix-huit années qui viennent 
I de s'écouler, je défie que l'on puisse surpren- 
dre dans ma vie privée ou publique aucun 
fait, aucun acte contraire à la foi républi- 
caine, que j'ai partout hautement confessée. 

Elevant ma famille simplement et avec 
mon seul travail, — sans engagements d'au- 



723 — 



cune sorte ; — sous la garantie de mon passé 
sans reproche , de ma probité intacte , 
de mon indépendance complète et de mon 
dévouement absolu à la chose publique ; — 
je viens demander au pays tout onlior et nux 
Citoyens du département de l'Aube, qui 
peuvent si facilement me juger en connais- 
sance de cause; — ^je viens,dcman(ler, dis-je, 
l'honneur de les représenter à l'Assemblée 
Nationale. 

Citoyens, il est impossible de se dissimu- 
ler son insuffisance en face des graves et dif- 
ficiles devoirs qu'impose le mandat de con- 
Bance que je sollicite; mais j'ai la ferme 
volonté d'y apporter tout mon temps, toute 
mon intelligence, tout ce que je puiserai do 
lumières dans les explications loyales ol fran- 
ches qui auront lien entre nous; tout ce que 
j'ai pu recueillir d'expérience des hommes 



et des affaires dans ma carrière de journa- 
liste. 

Les bases de notre jeune République sont . 
Liberté, Egalité, Fraternité, Lnité. (jtovens , 
en mellani mon courage, ma persévérance, 
ma bonne foi surtout au service de celte no- 
ble et sainte devise, de cette sublime per- 
sonnification à laquelle nous allons donner la 
vie, ma conscience me dit que je suffirai à 
cette œuvre patriotique. 

Vive la République ! 



Amable LEMAITRE. 

Ancien ouvrier imprimeur, 
journaliste. 



Paris, mats 1848. 



Balthazard REYNAUD, a ses concitoyens. 

Citoyens , 

Héritier des principes de mon père, je viens, avec les mèaies sentinaenls de 
patriotisme qui lui valurent le suffrage de vos pères en 1789, me présenter à vous, 
afin que vous jugiez si je suis digne d'obtenir le môme honneur. 

Ma vie se résume en deux mots : amour de la patrie, tout pour elle. Comme 
militaire de J79o, dès l'âge de 16 ans, je me dévouai à sa défense; après ma pre- 
mière camjDagne, arrivé au grade do maréchal-des-logis chef, je fus nommé, par 
le choix du soldat, lieutenant, et depuis C(^ moment j'ai continué de servir mon 
pays jusqu'en 1815, époque ou je rentrai dans la vie civile. Mes concitovens m'ont 
prouvé leur estime en m'appelant deux fois au commandement de la garde ci- 
vique à cheval. Mes opinions politiques sont connues; je n'ai jamais varié. Si 
vous me choisissez pour votre représentant, aujourd'hui soldat lahoureur, je vo- 
terai pour les libertés et les franchises de tout genre ; je demanderai aide et pro- 
tection pour l'agriculture, réduction des charges énormes qui la grèvent ; il est 
temps que les cultivateurs, nos nourriciers, jouissent des mêmes avantages qui 
sont accordés à l'industrie et au commerce; je voterai aussi pour la liberté des 
cultes et pour le respect qu'on leur doit. 

Je suis arrivé à un âge où tout sentiment d'ambition serait chimérique; ma 
seule ambition est de voir \v. peuple heureux et de contribuer à son bonheur, si 
vous m'en croyez digne. Autrement, je m'estimerai heureux en pensant que vous 
avez trouvé des citoyens jjlus énergiques que moi. 

Agréez, citoyens, l'hommage de mon sincère et fraternel dévouement. 

Balthazard REYNAUD, chef d'escadron en retraite. 



— 724 — 



VIVE LA REPUBLIQUE! 

LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ. 



Le Comité républicain du Canton d'Antibes , 

Convaincu de la nécessité deconservpr intact dès le principe le vî*aî caractère 
de la Révolution ; 

En présence de l'arrêté du Gouvernement provisoire, qui fixe au neuf avril 
proph3in l'époque de la convocation des assemblées électorales ; 
DÉCLARb: : 

Le patriotisme est la première des vertus civiques. 

Il est urgent que chaque citoyen se pénètre bien de l'étendue du drqit qu'il 
va être appelé à exercer. 

La Révolution de 1848 s'est faite au nom de la probité politique; elle ne doit 
pas mentir à son origine. 

Le choix des Représentants du Peuple Français doit exprimer l'opinion libre 
des Citoyens de chaque ville, de chaque bourg, de chaque village. 

L'organisation d'un Comité dans chaque canton, et la division delà population 
par centurie, sont les moyens les plus sûrs pour atteindre ce but. 

Los Membres du Comité s'attacheront à expliquer aux Citoyens placés dans 
leurs centuries, tout ce que la République a le droit d'attendre du civisme de 
chacun de ses enfants. 

Le Comité se mettra en rapport et correspondra journellement avec tous les 
Comités du département, pour discuter le mérite des candidats qui seront pré- 
sentés, et réunir les suffrages sur ceux qui auront été adoptés. 

Le Gouvernement provisoire, dans sa sagesse, a fait la part de chacun, en 
établissant le vote direct et universel. Sa pensée a été de créer une Représentation 
vraiment nationale. 

Les patriotes de chaque canton sont donc engagés à s'entendre et à réunir 
tous leurs efforts. 

Le grand jour des Élections est près de nous. 

11 n'y a pas un seul instant à perdre, si nous voulons donner à la France, des 
Représentants dignes d'elle. 

Antibes, le 11 Mars 18/t8. 

Les Membres du Comité républicain, délégués, 

%n^ ; BONNAVIE, P. GA1R4UD, JAUBERT, Notaire;.!. REYBAUD, 
M. BOURGAREL. QUAY DIT BOUCHARD, COLLOBRIÈRES, 
ÏIOUSSET, F. REYBAUD. 



Grasse. — Imp. de Dufort, aîné. 



.^725 — 



TOAST 

POBTÉ 

PAR LE CITOYEN AUGUSTE LUCHET 

Gouverneur du château national de Fontainebleau, candidat à la 
députalion de Seine-et-Marne. 

Au Bapqnet national de la \Hle de Fontainebleau 

Le Dimanche A2 mars 1848. 



Citoyens ! 

Il y a dix-sept jours, le peuple de Paris qu'on croyait piort comme dit le 
ppèl^, p^rce qu'il dormait depuis dix-sept ans, s'est tout q coiip réveillé ; il a 
soufflé sur la ftipuarchie constitutioppelle, et la République Fr^nçaisp est yep\ie 
au mondp. 

Quoiqu'on dise çt que l'on fasse , c'est là u^ fait j^cçompji. 

Si vous avieï vu fpus comme uioi, Citoyens, cette graqde ^t tpule puissante 
yjlle ouverte jpsque dans ses entrailles, souleva c jusque dans ses fondeipenls. Si 
vous aviez entendu ce formidable chœur, de cinq cent mille j^ommes squs 
armes, qui arrêtait les balles et faisait (oml^cr les fusils au cri subliu^e de 
Mourir pour la patrie! Si voiis aviez vu ks citadelles dont Paris est entouré, dou- 
ter de |a pjerre 4p lp"ï's murs, du fer de leurs portes, et s'éteindre docilement, 
une à une, à la sommation d'un citoyen désarmé. Si , mieux encprp, vous avjez 
pu jouir, une heure seulement, de la paix majestueuse et profonde qui a suc- 
cédé à ce troublp immpnse...., vous auriez tous, Citoyens, le pceur fort comme 
je Tai , et la tête coi>v£^incue. 

La République, njes frères, pst un enfant de dix-sept jours, mais cet en- 
fant nous vient de Dieu, et le sang d'un peuple de héros l'a baptisée 1 La Répu- 
blique vivra. 

Aycrz donc confiance, et acceptez franchement le nouvel état de choses. D'ail- 
leurs que gagnoripz-vous à lui Résister? Repousse-l-on la tempête? Enipéche-l-on 
la mer de monter? 

Citoyens, la République qui se lève est l'avènement du bonheur vrai parmi 
les hommes. Généreuse, parce qu'elle est divine, vous ne la trouverez séyère que 
pour ses ennemis Et, jusqu'ici , nous np lui en avons p^s yu. 

Peut-être en a-t-elle qui se l^iseut et qui se cachent! Si yo^s e^ copnai^sçz, 
conseillez-leur de se taire et de se cacher toujours. 



— 7â6 — 



Elle a de faux amis, sans doute, qui la servent aujourd'hui par crainte et 
rêvent le jour possible de l'abandon; mais la République sera si grande, que les 
trahisons les plus hautes ne lui viendront pas au genou; elle sera si bienfaisante, 
qu'elle forcera tous les hommes à l'aimer. 

Je ne parle pas des rois ; les rois ne sont pas des hommes. 

La République ne craint donc ni ses ennemis qui n'ont j3oint encore paru, 
ni les traîtres qui déjà rôdent autour de son berceau. Dieu, qui l'a faite, saura 
bien la conserver. 

Ce qu'elle craint, c'est la tiédeur, c'est l'hésitation de ses enfants. 

Mes frères , je vous en conjure , chassez de vos esprits , les fantômes que leur 
crée une tradition menteuse. Ne voyez pas dans la République nouvelle ce qui 
fut : cherchez ce qui est et ce qui sera. La République de nos pères a pu être 
terrible, car il fallait qu'elle le fût : sanglante, car de toutes parts elle était 
déchirée. 

Notre République, à nous, sera douce et pleine de bonté : car elle pourra 
l'être. Au dehors, rien ne la menace. L'Europe n'a plus debout que quelques 
rois qui tremblent. Que l'Italie continue, que l'Allemagne s'allume; et demain 
l'Autriche tombe en poudre, l'Autriche, clé de voûte du despotisme européen; 
demain l'Italie est fédérée; l'Allemagne est fédérée; la Russie recule refoulée 
dans son nord ; l'Angleterre , qui n'a plus d'intérêts en Europe , nous salue ; l'Es- 
pagne , aussi , devient république et change en cantons ses royaumes : et la 
grande prédiction du martyr de Sainte-Hélène se réalise : Avant cinquante ans 
l'Europe sera républicai7ie nu Le second mot n'est plus à prononcer. 

La République de nos pères avait contre elle tout ce que la nôtre a pour elle. 
La République de nos pères venait d'une révolution d'esclaves : la nôtre vient 
d'une révolution d'hommes éclairés. Que peut-elle craindre, et que craignez- 
vous? La guillotine? — Citoyens , la guillotine a suivi la monarchie : aucune des 
deux ne reparaîtra! 

Allons, frères, que vos cœurs s'ouvrent, que vos visages rayonnent! Aux 
portes de ce château qui a pour hôtes aujourd'hui des hommes libres , lui qui 
n'avait jamais vu que des faces de courtisans, vous avez lu notre immortel sym- 
bole : LIBKRTÉ. ÉGALITÉ. FRATERNITÉ. 

La liberté , vous l'avez; nul temps , nul pays ne se la firent plus grande. 

L'égalité règne: les titres ont disparu; la livrée tombe. Mais la fraternité, 
citoyens 1 la fraternité , principe et vertu tout à la fois , la fraternité, c'est-à-dire 
l'amour fraternel, la fraternité sans laquelle la liberté devient chimère , et l'éga- 
lité mensonge, l'avons-nous? 

Pas encore. Ne nous en étonnons pas. 1 

Le gouvernement qui est mort vivait d'intrigue, de ruse , de fiction , de con- | 
currence anarchique , de corruption des hommes les uns par les autres. C'est j 
pour cela qu'il est mort, et bien mort, car la putréfaction s'est déjà mise dans j 
son cadavre, et les émanations putrides qui s'en élèvent nous piquent les yeux | 
en y montant. j 

Le gouvernement qui est né veut vivre de droiture , de loyauté , de vérité, de i 
l'association , de l'élévation, de la vertu des hommes. C'est pour cela qu'il vivra , 
et qu'il vivra longtemps. 



— 727 — 



Voilà le passé , voici le futur. ... 

Mais le présent? 

Le présent est fait des débris du passé et des éléments du futur. Le présent est 
l'entrechoc des intérêts favorisés ou lésés par le gouvernement défunt. Le pré- 
sent se frotte les yeux et croit à jjeine , tant le passage a été imprévu et rapide. 
Le présent ne sait pas la langue que l'on parle, et raisonne d'après ce qui n'est 
plus, quand il peut raisonner. Le présent croit qu'on le trompe, quand on lui 
présente comme son ami d'aujourd'hui, son ennemi d'hier. 

Débrouillons ce cahos, mes frères. 

La France est notre mère, n'est-ce pas? La voilà veuve d'un bien mauvais 
mari qui l'a laissée bien en désordre. Eh bien, quand la mère est veuve, que 
doivent faire les enfants? Ne faut-il pas que tous viennent s'unir et former la 
chaîne autour de celle tendresse craintive qui les appelle à sa défense ? Ne faut- 
il pas qu'alors les haines cessent , les divisions s'éteignent, les jalousies se chan- 
gent en amour? La succession, ici, n'est pas de droit d'aînesse, vous le savez 
bien ; elle n'a pas, non plus , à faire rapparier^ pour parler comme la Justice. A 
chacun ce qu'il j^ossède, mais à ceux qui n'ont rien quelque chose. Que la pro- 
priété soit sacrée ! mais que la grande famille de la veuve ait confiance en elle- 
même, afin d'amener les frères qui ont à prêter à ceux qui n'ont pas. le pain 
comme l'habit, comme l'abri, l'argent comme le savoir. Soyez tranquilles, tout 
cela sera restitué ! Les dettes du mauvais mari sont énormes, mais l'héritage de 
la veuve est bien plus grand. Le fonds de la France suffirait à nourrir vingt mil- 
lions d'hommes de plus qu'il n'en compte. 

Frères, soyons confiants! Frères, soyons généreux! Frères, aimons-nous! 
Soyons unis pour que notre mère soit heureuse. Que le passé tombé derrière 
nous ne se relève jamais entre nous, pour troubler l'œuvre à laquelle notre pa- 
trie nous appelle. De la grandeur, mes frères : nous sommes si forts ! Pardon à 
ceux qui s'étaient égarés de bonne foi; surveillance, mais indulgence pour les 
autres. Combien de nous , dites-moi , ont traversé sans pécher les dix-sept années 
qui viennent de finir? 

Toutefois, Citoyens, que ces vertus que nous vous prêchons n'affaiblissent 
point votre action dans le grand travail d'éleclions qui va s'ouvrir. N'excluez 
point, MAIS SACHEZ CHOISIR ; et défiez-vous surtout des mauvaises habitudes qu'ont 
prises les hommes qui s'imaginaient vous représenter autrefois. Vous êtes un 
peuple nouveau , songez-y ! 

Et maintenant, amis, l'union fait la force! C'est vulgaire, mais éternel à 
dire. Je bois avec vous à la confiance réciproque, à l'oubli des injures privées, 
à la réconciliation franche des intérêts. Que les forts soutiennent et portent les 
faibles; que les grands s'abaissent pour entendre les petits! Au concours de 
tous ! Au bon vouloir de tous ! A la fraternité de tous tes enfants de la République 
Française ! 



Fontainebleau, inip. de E. Jacquiu. 



RÉPUBLIQUE FRANÊAISC, 

Liberté i Égalité, Fraternité. 



AUX HABITAIS DE KOHAKT-¥ICO. 



CITOYENS! 

Le gouvernement de la République vient de me nommer pour diriger l'admi- 
nistration de la commune de Nohant-Vicq, en attendant la loi qui doit être 
publiée dans quelques mois et qui appellera tous les citoyens âgés de vingt-un 
ans^ sans distinction deCortune, à choisir eux-mêmes celui d'entre nous qui leur 
paraîtra digne et capable de conduire les alFaires delà commune. Je comprends 
tous les devoirs que m'impose la décision du gouvernement provisoire. Soyez 
assurés que je saurai répondre à cette marque de confiance. 

Vos intérêts me seront toujours plus chers que les miens. Toutes les fois que 
vous aurez besoin de moi vous me trouverez j^ï'ét à vous aider selon mon 
pouvoir. 

Vous aviez été jusqu'à présent presque tous, privés des droits du citoyen. ÎIs 
vous sont rendus. Le gouvernement de la France avait été confié aux riclies ; ils 
en ont abusé pour faire tourner à leur profit le bénéfice des lois qui doivent ser- 
vir au bien de tous. Aujourd'hui c'est vous-mêmes qui ferez vos lois, puisque 
vous nortimerez vous-mêmes vos députés. 

Nous somines donc taus appelés dorénavant^ pauvres ou riches, à faire de 
bonnes lois. C'est de nous tous que dépendent Is bonheur de la commune et 
celui de la France. Pensez-y; votre justice, votre raison et votre patriotisme me 
retidenl certain que le sort de la commune, comme celui de la nation, sera bien 
placé dans vos mains. 

Croyez-hioi, ciioyens, dévoué pour toujours à vous et à la Réptibliqttê. 

Le Maire de Mianl-Vkq, 
Maurice DUDEVANT. 

Nohant, le 12 mars 18/t8. 



Lu Chaire, typographie de A. Arnault, successeur de sou père. 



Paris. — top, Ucqur et Ce, rue Sçufflot, 16. 



_ 729 — 'S 



AUX OUVRIERS. 



Citoyens ouvriers, 

La Républigue veut et désire le bien de tous; or. il serait urgent, il me sem" 
ble, que chaque corps d'état eût des assemblées afin de délibérer sur les moyens 
à prendre pour l'organisation du travail et l'amélioration de la classe laborieuse 
de la grande famille. 

Ces assemblées auraient pour but , en même temps , de porter à la connais- 
sance du gouvernement républicain les abus et les réformes devenues néces- 
saires dans chaque branche d'industrie : chose que le gouvernement ne saurait 
faire efficacement qu'avec le concours de chaque^ corps d'état. 

Un tarif consciencieux serait également rédigé par chaque corps respectif ; 
de manière pourtant à contrebalancer la concurrence étrangère. 

Mes très chers collègues, vous avez déjà compris ma pensée. Je n'ai pas besoin 
de la développer davantage. Que tout intérêt privé disparaisse devant les gran- 
des questions d'intérêt général; que toute haine , que toutes ces pitoyables dis- 
sensions dans un môme corps d'état disparaissent également devant ces senti- 
ments sublimes de liberté , égalité , fraternité , apportés à la terre par le Christ, 
si longtemps méconnus et aujourd'hui si glorieusement reconquis. 

Assemblons-nous donc, et faisons régner dans nos assemblées l'ordre , la sa- 
gesse et l'amour ; alors au lieu d'être un sujet d'entrave à la marche toute pater- 
nelle du Gouvernement, nous deviendrons, au contraire , un de ses plus forts 
soutiens. Ne le fatiguons pas, non plus, par une foule de demandes partielles et 
inutiles. Tout ne peut pas se faire à la fois : qui trop veut avoir finit par ne rien 
avoir du tout. Que nos demandes soient générales et justes; craignons surtout 
de lasser ces honorables citoyens qui sont à la tête des affaires , par vos obses- 
sions, et qu'ils ne vous abandonnent à vous-mêmes, ce qui serait sans contredit le 
pire de tout. 

Je termine en signalant à l'autorité supérieure un fait qui me nafre le cœur, 
et que je ne puis passer sous silence : c'est la manière humiliante dont on dis- 
tribue des secours aux ouvriers sans travail. Celte manière aristocratique de 
faire attendre les ouvriers à la porte de la Maison-de-Yille, est One injure à la 
classe ouvrière. Pourquoi ne pas leur épargner celte liumiliation publique : ne 
pourrait on pas trouver un moyen plus convenable de distribuer ces secours .> 
Dans une des salles de la mairie , par exemple, ne serait-ce pas plus convenable 
que de les humilier publiquement. 

Rappelez-vous que l'ouvrier veut gagner sa vie honorablement, et s'il est forcé 
par la nécessité d'accepter un secours , il ne prétend pas le recevoir à titre de 
mendiant de profession. 

Nous en sommes justement indignés , et dùt-il nous eu couler la lil>erté et la 



— 750 — 



vie, je proteste contre ce mode de distribution anti-démocratique et injurieux à 
la classe ouvrière. 

J'ose espérer que notre honorable Commissaire du Gouvernement voudra bien 
prendre cela en considération, et que les secours seront donnés à l'avenir avec 
plus de délicatesse, l'ouvrier se trouvera alors honoré et secouru, et pourra crier 
avec joie du fond de son cœur : Vive la République! 

Ch, BRUYAT, puvrier relieur, 
Marseille, le 11 mars 1848. 



ChEUS citoyens TRAYAîUEURS et INDCSTIELS du PUY-DE-DOME, 

La démonstration qu'op a faite en ma faveur, en m'appelant à remplir le 
mandat de représentantnational, m'honore. J'en adresse ici l'expression de toute 
ma reconnaissance. 

Homme pratique du travail, né du peuple, sans fortune, ami du travailleur, 
en lutte continuelle avec les mauvaises chancos, j'ai soutenu avec honneur l'esprit 
d'indépendance et d'égalité; ouvrier, la politique n'a occupé que peu d'instants 
ma vie ; je n'en ai jamais eu le loisir; je voterai pour que nos frères s'y puissent 
employer désormais. 

Ami sincère de la raispo, de l'égalité et de la fraternité, c'est pour elle que ma 
conscience a toujours parlé, criant vengeance à l'injustice. 

Je veux le respect absolu à toutes les propriétés ; nulle c^mbition que cellç de 
rhonncur et de la gloire. 

Liberté illimitée de la presse et des cultes. 

Humanité, secours et protection aux malheureux et l'organisation du travail. 

Je serai henreux encore de concourir aux autres améliorations, créations et 
changements sans nombre qne je passe sous silence, et qui sont attendus de 
vous tous. 

Rien que de rationnellement juste dans mes sentiments ; vous le voyez. 

D'opinions et de résolutions fermes, les difficultés jirésentes ne m'effraient 
pas. 

A la cause de la République, à sa patrie, la France, on doit §es connaissances, 
son temps et sa vie. 

Telles sont, cliers compatriotes, mes opinions; je les exprime en travailleur, 
peu habile à écrire. 

Chacun ici-bas son mérite. 

Si cet exposé de ma vie et de mes opinions vous sont un gage pour l'avenir, réa- 
lise/ le rêve de ma vie; j'y répondrai par ceci : Tout par vous et pour vous, cœur 
et idéeSk 

Votre compatriole» SOULIAC, 

Travailleur industriel a Clennoot-Fierraûd, 



Çlermonl, imp. de Thibaud-Landriot, frères." 



w 731 -; 



T > 



AUX ELECTEURS. 



Du département de Seîne-cl-Oise. 



Citoyens , 

Quiconque se présente à vos suffrages vous doit compte de ses sentiments et 
de ses principes. Voici les miens ; 

Tout pour l'avenir, rien pour le passé; on gouverne avec des espérances, ja- 
mais avec des regrets. 

Le cercle de nos devôit's est tracé dans les trois mots inscrits sur nog ban- 
nières nationales : LIBERTÉ, ÉCxALlTÉ, FRATERNITÉ. 

LIBERTÉ, c'est-à-dire, l'exercice absolu de ses droits et de sa volonté, sans 
oflfense pour les droits et la volonté d'autrui : la propriété de soi-même, recon- 
nue et protégée par la loi. 

ÉGALITÉ, c'est-à-dire, abolition de tous ces faux privilèges qui n'ont de ra- 
cines que dans l'orgueil. Il n'y a, et il né peut y avoir de supériorité chez les 
hommes qite celle des vertus et de l'intelligence. Les esprits éclairés sont les 
tuteut-s naturels de ceux qui le sont moins. Ce n'est pas un titre, c'est un bon- 
heur, et leur unique prérogative est de veiller de plus près que les autres aux 
intérêts de leurs frères. 

FRATERNITÉ, c'est-à-dire, la vie de famille appliquée à l'humanité, l'Évan- 
gile prêché et consacré par la politique, l'amour de tous pour chacun, et de 
t;haCun pour tous. 

Puisque je parle de famille, il est superflu d'ajouter que je regarde comme 
ifiviolâble le droit de posséder, et de transmettre ce qu'on possède. Sans le 
t-espcct de la propriété, il n'v a point de société possible, par conséquent point 
d'État. 

Contribuer à faire passer ces idées dans la charte constitutive de la France, 
qui sera sans doute un jour celle du monde, est aujourd'hui ma seule am- 
bition. 

Indépendant sotis la monarchie, près de laquelle je n'ai rien sollicité, et dont 
les offres ne tii'ont pas séduit, j'ai constamment vécu dans la retraite et le tra- 
vail. Quand la Pologne se leva pour s^ifranchir, j'allai lui demander dans ses 
dangers une place; qu'elle ne me refusa pas. J'obtins de coniballle avec elle et 
pour elle ; c'est la seule faveur que j'aie jamais reçue. Je n'ai pas quitlé depuis 
tnon tnétier d écrivain, et, mûri par l'étude, je serais heureux de mettre au ser- 
vice de la République ce que j'ai pu acquérir de lumières et dexpérience. 

Je serais surtout, citoyens, fier de vous devoir cet honneur» et je sollicite 
avec confiance uh mandat, que je crois pouvoir défendre avfc courage. 

Jules LE FÈVREDELMIER, 
Propriétaire à V Jbbaye-du-Val, en ce moment à Paris^ 3 > ùllée d'^ntin. 

12 mars 18Zi8. 

Paris. — Irap. Gerdês, 10, rue Salrll-Gerrriciiii-dcs-Prés. 



732 



OBRIOT , AVOCAT 

AUX CITOYENS ÉLECTEURS DE LA MARNE. 



Mes concitoyens , mes compatriotes , 

Grâce au suffrage'universel,I'ELEGTIONetrÉLIGIBlLITÉ ont cessé d'être l'a- 
panage de quelques rares privilégiés ; ces droits sont désormais reconnus comme 
appartenant à tout citoyen ; ils peuvent donc être l'objet de toute noble ambition 
Deposiiit potenles de sede et exallavit humiles [Dieu renversa les superbes de^ leur 
trône et éleva les humbles.) 

Depuis DIX années, je travaillais à rendre impossible la députation des 
hommes à idées rétrogrades et démoralisatrices , anti-Populaires et anti-Na- 
tionales ; la Corruption Electorale a été plus forte que mes conseils, je n'ai pu 
empêcher les scandaleuses et fatales élections des bourgs-pourris : voyez où nous 
ont conduits nos prétendus Conservateurs ; Conservateurs d'eux-mêmes, à vue 
étroite et bornée, ils n'ont pas seulement su apercevoir l'abîme qui se creusait 
sous leurs pas; mais, que dis-je?... ces mêmes hommes, qui, hier, avec le roi 
né des barricades de 1830, rêvaient l'absolutisme et l'arbitraire, ces mêmes 
hommes se disent à cette heure plus Patriotes et plus Républicains que vous et 
moi. Attention ! ! ! 

Tôt ou tard et forcément, le mal amène avec lui le remède. A la royauté qui, 
dans la simple vue de faire prévaloir un système anti-libéral, avait appelé à son 
aide et dans la seule capitale vingt-huit bouches à feu et cent mille hommes 
équipés de toutes les armes et pourvus de toutes les provisions et munitions né- 
cessaires pour un siège, à cette royauté abritée de tous côtés par des forteresses 
et des citadelles sans nombre, a succédé en quelques heures un Gouvernement 
établi PAU le Peuple ET POUR le Peuple ; et dans ce mot Peuple, terme géné- 
rique, il faut comprendre tous les Français, car, il n'y a plus en PVance ni Plebs 
ni Tiers-Etats, et dans tous les rangs, il se trouve des hommes sincèrement dé- 
voués à la chose publique. 

Après une Révolution aussi extraordinaire et dont j'ai été un des plus proches 
lém oins, et à la veille de voir ma maison assiégée, n'est-il pas permis de dire : 
El nunc reges , intellùjite et erudimini qui judicalis tcrram. [0 rois, qui rendez la 
justice sur la terre, comprenez et profitez d'une telle leçon. ) 

l ne Ere Régénératrice et pour ainsi dire PROVIDENTIELLE nous est ouverte, 
sachons en assurer la durée et gardons-nous bien de compromettre notre pré- 
cieuse LIBERTE. 

La République, cet être abstrait qui n'éveille le souvenir ni l'ambition d'aucun 
parti, était sans contredit la meilleure forme de gouvernement que l'on put sub- 
stituer à toute absence de pouvoir, et aussi à une royauté qui nous avait été 



— 733 — 



présentée comme la meilleure des Bépnbliques. La République de 1848 fut jus- i 
qu'à ce jour et elle sera à tout jamais, je l'espère, grande, généreuse et pure de f 
tout excès; cela ne dépend plus que de vous, Electeurs, et du choix judicieux 
que vous ferez de vos Représentants. 

Maintenant que les dilapidations du trésor sont à jour, on peut dire que le 
nouveau Gouvernement nous sauve d'un grand malheur public, la banqueroute 
frauduleuse; il mettra fin, nous l'espérons, à bien d'autres maux privés qui da- 
tent déjà de loin, et il fera alors acte de FRATERNITE. 

Aujourd'hui, retenez bien ceci, Electeurs, sous peine d'anarchie, d'oligarchie 
et d'aristocratie, peu importe le nom, car tout despotisme quelconque serait at- 
tentoire à la liberté (ce serait la loi du plus fort et non plus le règne de la loi, et 
il n'est personne qui ne puisse craindre de rencontrer un plus fort que soi), sous 
peine de nous exposer ou à une guerre intestine ou à retomber dans la fatale or- 
nière du passé, sous peine dès lors de voir l'océan populaire se déborder de nou 
veau pour reprendre son niveau, il s'agit de nous rallier tous franchement et 
sans restriction aucune à la chose publique, il s'agit de travailler activement à 
remédier aux abus et à fermer l'abîme du PASSE, de réédifier et consolider nos 
institutions nationales dans le PRESENT, de nous assurer sécurité et prospé- 
rité pour l'AYENIR. Peu importe le nom que l'on donne à un gouvernement, 
pourvu que ce gouvernement soit celui de la raison commandant à tous, au pre- 
mier comme au dernier; c'est ainsi que je comprends l'EGALITE. Toute autre 
doctrine est Anti-Républicaine. 

Concitoyens, des lois organisatrices et de toute espèce vont être présentées, 
discutées et votées à I'Assemblée Natioînale ; il ne faut pas que. sous l'apparence 
d'une légalité captieuse, on puisse, soit escamoter un seul de nos droits à tous, 
soit consacrer l'injustice sous quelque forme qu'elle se présente, soit confisquer 
la moindre part de nos libertés si chèrement acquises par les révolutions de 1789, 
1830 et 18/|8. 

Quelques puissants que soient vos sentiments personnels et particuliers, n'ou- 
bliez pas non plus, Electeurs, que dans les circonstances graves et menaçantes 
dans lesquelles nous sommes, il vous faut, pour vous représenter, des hommes 
dont le caractère soit à la hauteur d'une situation que l'ineptie seule pourrait 
rendre périlleuse. Oui, il vous faut des hommes bons et capables tout à la fois, 
car, vouloir et pouvoir sont deux choses ; il vous faut des hommes à opinions gé- 
néreuses et sincères; il vous faut des hommes de capacité et de moyens, mais 
aussi de cœur, de courage et d'énergie pour les faire valoir ; il vous faut enfin 
des hommes qui, connaissant toute la gravité des maux du passé, lesquels pè- 
sent si fortement sur le présent, sachent y appliquer un sage, prompt et efîicace 
remède. 

Dans la situation, j'estime que c'est un devoir, et pour tout Electeur, de bien 
distinguer les vrais Libéraux des Liberticides, et pour tout candidat sincèrement 
ami du bien public et du bonheur de sa patrie, de mettre chaque citoyen à même 
de faire un bon choix. 

C'est avec cette prétention que je me présente à vos suffrages, et voici toutes 
les indications de nature à me faire mieux juger et connaître dans chaque arron- 
dissement : 



^ 734 ^ 



— Je suis né à CHALONS-SUR-MARNE, âgé de quarante-trois ans, marié et 
père de deux enfants en bas âge; si j'ajoute cette circonstance, c'est pour les 
citoyens pères de famille qui savent com|irendre tout ce qu'il y a de bon et de 
généreux dans le cœur d'un père. Les enfants du département de la Marne sont 
les enfants de vos représentants; déjà, et à la date du 21 février, j'ai présenté au 
gouvernement provisoire, en faveur des nombreuses farnilles, une pétition qui* 
sera, je pense, prise en considération. Vous trouverez un exemplaire de cette 
pétition à la mairie de voire commune. (Education, aux frais de l'Etat, d'un 
enfant dans chaque famille qui en a sept viVantS.) 

— Mon J)èré est né dans le voisinage de VITRY, et ma mère, qui est native de 
cette ville, appartient à la famille des JAGOBÉ. 

— Mon père et ma mère, aujourd'hui plus qu'octogénaires, ont toujours 
habité CHAliONS-SUR-MARNE ; ils sont connus pour n'avoir jamais fait que le 
bien: dans des années malheureuses (18i/l et 1815), mon père a fait abandon 
à l'Etat d'une somme qui (eu égard à sa fortune et au nombre de ses enfants) 
dépassait assurément la mesure des sacrifices qu'il pouvait faire. C'est là 
un acte de vrai patriotisme que je tiens à rapporter, et on va comprendre 
pourquoi. Dans toute sa vie, cet excellent pèrô n'a jamais eu qu'un senti- 
ment politique», quand tant de fois tout a changé autour de lui. Aux yeux de 
certains égoïstes toujours disposés à encenser tous les pouvoirs nouveaux, ceci 
pourra n'être pas un mérite, mais il est d'antres esprits, et heureusement de nos 
jours, c'est le plus grand nombre qui savent qu'il y a DEVOUEMENT, LOYAUTE 
et COURAGE à n'avoir jamais varié dans son sentiment aux temps les plus 
difTiciles. Quoique je n'aie jamais partagé des opinions vieillies, puisqu'elles da- 
tent d'un autre siècle que le mien , j'ai toujours su admirer et j'admirerai tou- 
jours la force d'âme et dé caractère à rester fidèle à ses convictions. Avec une 
manière de voir difTérente dans la forme, mais au fond la même, car c'est le bien 
public que nous voulons l'un comme l'autre, jugez du fils par le père dont toute 
la vie fut irréprochable. Ces vieux patriarches voient aujourd'hui grandir leur 
troisième génération, puissent-ils voir leur quatrième!'.! 

Ces détails de famille sont assez généralement connus, mais j'ai cru nécessaire 
de les écrire. Electeurs, pour prémunir ceux de vous qui ne les connaîtraient 
pas, contre les suggestions de certains lâches qui pourraient essayer de me faire 
passer pour lin homme capable de servir un parti autre que celui de la chose 
publique, alors qu(" ces mêmes fourbes savent fort bien qu'au plus florissant du 
règne déchu, il a été dit et inséré dans plusieurs journaux que l'on me refusait 
la main de mademoiselle X... (actuellement ma femme'), a cause de mes opinions 
pofiff(jnes. 11 serait vraiment trop fâcheux d'être toujours placé entre le marteau 
et l'enclunlc ! ! ! 

— Resté seul de garçon, et le plus jeune de dix enfants, j'étudiai à l'âge de Vans 
(de 1812 à 1817) à VITRY; j'eus pour camarades d'enlance les fils des meilleures 
familles de Vilry et des environs. 

— En 1813, une de mes sœurs fut mariée à M. Delacroix, natif de Mairy-sur- 



-Vâ^- 



Marne, premiop élève de M. Duquenel do I\eims; docteur en médecine et en 
chirurgie, sou talent et sa science sont connus dans tout le département. 

— En 1816, une autre de mes sœurs épousa un vieux Capitaine de l'Empire, 
M. Arnould, natif de Cuperly, capton de Suippes. Pour celui qui connut sa vie, 
il fut honnête et brave comme Payard; il avait reçu une des trois centièmes 
premières croix d'honneur. 

— En 1819, le seul frère que j'avajs s'est allié à uue famille de REIMS. 

— Fils de commerçant, en 1825 je voulus essayer de la fabrique, et, comme 
simple Ouvrier, je travaillai à Reims. La débâcle dans les aflfaires en 1826 me fit 
renoncer au commerce. 

— Depuis lors, je n ai plus eu pour but que letude du droit et l'administra- 
tion. 

Successivement clerc de Notaire et d'Avoué, 

Secrétaire-adjoint de la mairie de CHALONS-SUR-MARNE, 
Greffier de justice de paix du canton d'ECURY-SUR-COOLE, 
Licencié et docteur en droit, j'ai conquis tous mes degrés par un tra- 
vail soutenu et à l'âge de près de trente ans, et dans le seul but d'arriver 
à quelque chose, sous un gouvernement qui avait proclamé d'abord la 
maxime AU PLUS DIGNE, j'ai sacrifié la plus grande partie de mon pa- 
trimoine en frais d'instruction. 
Présenté comme juge de paix à SOMPUIS. 

Présenté comme ju<^e suppléant au tribunal de CHALONS-SUR-M^RNE, 
Présenté comme juge depaix à CHALONS-SUR-MARNE. 
On sait pourquoi je ne fus pas nommé. 

Juge de paix pendant deux ans à VILLE-SUR -TOURBE. 

Chacun sait quelles circonslances m'ont porté à donner ma dén^issipp. 
Avant, pendant et depuis, j'ai su mériter radrction toute paternelle de 
M. Pérignon, député de l'arrondissement de SUNTE-MENEHOULD, et ma 
reconnaissance pour cet homme si éminemment libéral me fait un devoir 
de vous prier. Electeurs, de penser à placer dans votre bulletin son nom 
avant le mien, et après celui de M. Pérignon, et avant le mien encore, 
celui de M. Garinet, dont le cœur vous est connu. 

— Je vais maintenant au devant d'une objection qui pourrait être faite, non 
pas à moi, car j'en ferais bonne justice, mais à vous-mêmes. Electeurs afin de 
faire tomber ma candidature. — On vous dira peut-être il n'a pas de fortune 1 !! 
ehl qu'importe la fortune aujourd'hui ! Cecpi'il y a précisément de beau dans le 
système électoral actuel, c'est qu'il a principalement pour but d'appeler ù par- 
ticiper à la marche des alfaires publiques tous les citoyens sans aucune accep- 
tion ni exception, voxPopuli, vox Dei. Et qui, d'ailleurs, a con)i)lé avec moi ? Mo- 
deste dans mes goiits, je suis riche de tout ce que je ne désire pas. Durant la 
session, l'Etat me fournit une indemnité proportionnée aux soins que je coii' 
sacre aux alfaires ; hors le temps de la session comme auparavant je Consul le ; je 
vis du produit de mon travail et de mon intelligence; je prépare la jeunesse à 



— 736 ^ 



ses examens et à ses thèses de droit; je suis enfin avocat, voué par nature encore 
plus que par état au soulagement de mes semblables : je connais bien des plaies 
auxquelles il faut porter un adoucissement! ! 1 

Cet exposé, succinct comparativement à tout ce que j'aurais à vous dire, vous 
met à même de discuter ma vie publique et privée ; j'ai pensé qu'il pouvait puis- 
samment servir à établir mes droits, à déterminer vos devoirs ; il pourra, je n'en 
doute pas, être critiqué par plusieurs personnes. A quoi bon nous dire tout cela??? 
je ne l'eusse pas fait, ces mêmes personnes eussent eu à vous dire qui le connaîlt 
et tout en ne me connaissant pas, elles eussent ajouté : C'est ceci... c'est cela... 
Il serait à désirer que chaque candidat (dont le nom vient de candidatus., à cause 
delà robe blanche que les aspirants portaient, afin d'être plus aisément reconnus) ; 
il serait, dis-je, à désirer que chaque candidat établît ainsi le journal de sa vie 
entière, on verrait mieux s'il réunit toutes les conditions d'AGE, d'EXPERlENCE 
et d'INSTRUCTION. 

CONCITOYENS, j'ai tenu à vous prouver par combien de côtés je suis attaché 
de cœur et d'intérêts au département de la Marne; j'ai toutes mes familles de pa- 
renté ou d'alliance au milieu et à l'cntour de vous, et dans chaque arrondisse- 
ment, ces familles ont des amis. Il faut neuf députés pour la Marne ; je ne vous 
demande que la neuvième part dans votre souvenir. 

Maintenant que vous me reconnaissez, préférez-moi un plus digne, c'est-à-dire, 
un plus intelligent, un plus zélé, un plus probe, un plus dévoué de corps et d'âme 
aux intérêts de mon pays et un plus capable de les comprendre, de les servir 
et de les défendre. 



Loyauté et Franchise Paix et liiité, Confiance dans le présent et dans l'avenir, 

Dévoueinenl et Patriotisme. 

OBRIOT, avocat. 

Ancien juge de paix de Ville-sur-Tourbe, 
et Docteur en Droit, 

Houlevart Saint-Denis, n, 4, à Paris. 
Paris, 1% mars <848. 



3596 Imprimerie MAULDE et RENDU, rue Bailleul, 9-H 



— 737 — 



ORGANISATION DU TRAVAIL. 



DISCOURS 

DU 



CITOYEN BROSSET 

Prononcé à la salle Montesquieu 

DANS LA SÉANCE d' APPEL 

A l' ASSOCIATION FRATERNEllE DU BIEX-ETRE 

Le Dimanche, 12 mars 1848. 

— ■ — -— •-•^ — - 



Citoyens , 

La liberté vient d'être reconquise ; du sein 
des barricades surgit la souverainelc du 
peuple. La république est proclamée grâce 
à vos généreux efforts ! Le sang du peuple a 
coulé , mais cette fois il fécondi'ra le soi de 
la patrie. Les cadavres de nos frères ne ser- 
viront plus de marchepied ni à l'ambilion ni 
à 1 intrigue. 

Les hommes généreux qui sont à notre 
lêle sont tous dévoués par leurs sympathies 
à la sainte cause du peuple ; mais il ne faut 
pas perdre de vue que leurs fonctions ne 
sont que provisoires; leurs actes, par con- 
séquent, doivent être considéréscommeéiant 
le programme des iiistilutions qu'ils veulent 
nous donner, mais sur lesquelles l'Assem- 
blée Nationale sera appelée à statuer par des 
lois. Or l'Assendjlée Nationale, par suite de 
son chilïre de 900 représentants, pourrait 
peut-ôlre ne i)as avoir pour l'amélioration 
du sort dos travailleurs les mêmes vues d'en- 
seudile qu»; le gouvernement provisoire, qui 
a pour princi[>es et base fondamentale <le 
toutes institutions l'amélioralion constante 
et progressive du sort de la classe la plus 
nombreuse et la plus pauvre, par l'organi- 



sation et l'association du travail : application 
la plus large des principes de liberté, d'éga- 
lité, de fraternité, qui constituent la charte 
de la souveraineté du peuple. 

L'tinion fait la force ! celte devise de la 
république de nos pères doit ê re gravée 
dans nos cœurs et devenir le mobile de tou- 
tes nos actions. Groupons-nous donc autour 
de ces citoyens qui eussent payé de leur 
têie leur dévouement à notre cause si la ty- 
rannie, en dernier vaincue, eùi ressaisi de 
sa main sanglante le glaive de la vengeance, 
afin de les affermir par notre concours una- 
ni(ne, et de pouvoir, au besoin, proclamer 
de notre voix immense ce qu il nous faut, ce 
que nous avons le droit de demantler. 

Le gouvernement provisoire a décrété que 
le palais des royautés déchues si-rail désor- 
mais l'asile des invalides du Iravad ; c'e.«;l 
justice ! La nation tient compte à ses lils du 
sang ver.sé pour la défendre et s"<iccupe do 
leur sort avec sollicitude; car h; lubonrinu- 
qui féconde le sol . le maçon, lecharpenlier, 
qui bravent la mort en bâtissant nos abris, 
eu élevant des panthéons aux grands hommes 
et des temples à Dieu, en un mol tous les 



T. I. 



92 



73S- 



travailleurs qui par leur inetiiàtfîe'éÀii*îehiâ- 
sent la patrie, ont autant de droits à sa re- 
connaissance que le soldat traînant à sa suite 
le deuil et la ruine. . ■ 

Au chantier comme au champ de bataille, 
c'est toujours l'enfant du peuple qui sait se 
dévouer et mourir. Témoin ce maçon qui, 
arrêté dans sa chute par un faible fippui , 
voit sa perle ihévilablê , crte k seê camarades 
d'en bas: gare là-dessous ! et s^élance dans 
l'abîme; puis, brisé, gisant sur le sol sans 
proférer aucune plainte, dit à ses amis qui 
s'empressent autour de lui : t Vous étiez là 
« plusieurs pères de famille que ma chute 
t eût blessés. > Et leur jetant un regard d'a- 
dieu , son âme s'échappe au milieu d'un sou* 
rire, dernière expression de son cœur sa- 
tisfait. Quel champ de bataille a jamais vu 
plus d'héroïsme? Eh bien, cet honunc, aux 
mânes duquel des honneurs civicjues eussent 
dû êlre rendus, je ne puis vous dire son 
nom'.lîHeureux que la mort l'ait frappé; car, 
en l'absence de toutes prévisions sociales, 
la perte d'un membre ne lui eût valu , à titre 
de faveur encore ! que l'autorisation d'aller, 
ainsi mutilé, chanter par les rues, afin 
d'implorer une aumône due à la pitié pu- 
blique!!! 

Voilà donc le sort de l'ouvrier! qu'un ac- 
cident, une infirmité ou la vieillesse, lui 
enlève la faculté de gagner aux patrons le 
double de la journée qu'il reçoit, il verra les 
chantiers, les ateliers se fermer devant lui ; 
et, abandonné à la misère, il ne lui restera 
d'autre alternative que la mendicité ou le 
suicide. 

Je viens donc vous proposer d'entrer dans 
la voie progressive que nous ouvre le gou- 
vernement en vous appelant à fonder l'as- 
sociation Fraternelle du Bien-être, dont le 
double but est de venir en aide à la vieillesse 
et de nous procurer, par un travail continu , 
un salaire en harmonie avec nos besoins. 

Kn attendant que riiùlcl des Invalides du 
travail soit en état de les recevoir, il est de 
notre devoir de satisfaire aux besoins de la 
vieillesse : pour y parvenir, il faut que cha- 
que travailleur valide se charge de la nour- 
riture d'une personne âgée, un seul jour par 
semaine. En arrachant ainsi la vieillesse à 



l'isolement de son réduit et aux tortures de 
la faim, vous lui constituerez une famille 
dont chaque membre l'invite chaque jour à 
sa table , à son foyer ; et certes votre récom- 
pense sera douce en voyant la bonne vieille, 
pour payer sa bienvenue, charmer les loi- 
sirs de vos enfants en se rappelant les contes 
de ses veillées et les refrains do sa jeunesse; 
puis le vieillard, par vos soins rajeuni, trom- 
per les heures de vos travaux par le récit de 
SCS pérégrinations, de ses voyages dans les 
principales villes de nos provinces, sous les 
auspices friUernels du compngnonage ; ou 
bien encore ses campngnes, si c'est un dé- 
bris de ces glorieux bataillons qui ont. fait 
de. la France la mère-patrie des nations et 
fondé la fraternité des peuples en faisant de 
chaque ci(oyen du monde un Français. Grâce 
à nos vieux guerriers, le Cosaque, sous le 
knout, comprime les battements de son 
coeur, et laisse échapper du sanctuaire de 
ses rêves, au milieu d'un sourire d'espé- 
rance, ce mot consolateur, France ! pour lui 
synonyme d'avenir et de liberté 1 Après tout, 
la vieillesse se contente de peu, habituée 
qu'elle est aux privations, et ne fût-il en 
notre pouvoir de ne lui donner qu'une soupe 
le matin, des légumes au milieu du jour, et 
du fromage le soir; cotte pitance, bien mi- 
nime sans doute, serait encore supérieure 
à celle que l'immense majorité de nos vieil- 
lards se procurent, et plus d'une mère de 
famille ayant un enfant au sein se trouve- 
rait heureuse de la posséder quotidienne- 
ment. Je suis bien persuadé que nos braves 
compagnons et nos aimables ménagères , 
pour fêter leur hôLe et réchauffer son sang 
glacé par l'âge, s'efl'orceront, ce jour-là, de 
faite un extra, non pas en mettant la poule 
au pot, mais en mettant au moins le pot au 
feu. 

Maintenant il me reste à vous exposer les 
moyens à employer pour améliorer notre 
sort par un travail continu et un salaire équi- 
table. Je ne vais pas faire ici appel à votre 
dévouement ; au contraire , je viens solliciter 
l'égoïsme , qui n'est en réalité que la prévi- 
sion instinctive de l'individualité légitimée 
par l'absence de toutes prévisions sociales. 
L'intérêt personnel, basé sur la mutualité et 



— 739 — 



la réciprocité, tel est le mobile qui vousamè- 
nern à fonder l'Association Fraternelle du 
Bien-être, demandant à cliacun très peu pour 
lui donner beaucoup. 

Dans l'ctaJ, actuel de la sociétés les fabri- 
cant'^, sous le joug de la concurrence, ont 
successivement abaissé ie salaire de l'ou- 
vrier; ils n'ont pas envisagé qu'en réduisant 
la classe laborieuse à la misère, ils se (jri- 
vaieni de la partie la plus active et la plus 
nombreuse de leurs clients; frappés eux- 
mêmes dans leur prospérité par l'absence 
d'affaires, ils en sont réduits aux expédients 
de la mauvaise foi. Je vais vous démontrer 
l'absurdité du piétendu bon marché auquel 
nous condamne la concurrence des maîtres. 
Je prends pour exemple la main-d'œuvre 
d'une chemise payée par le confectionneur 
75 centimes. Que peut faire une femme avec 
ce misérable salaire? Si la nature l'a douée 
de quelque beauté, elle se prostitue; mais 
si elle est laide ou vertueuse, que devient- 
elle? Je vais vous le dire : de vingt-cinq à 
trente ans, vous la retrouvez étendue sur 
une table d'amphithéâtre d'hôpital, près de 
celle qui eut ses charmes pour ressources ; 
puis la science, le scalpel à la main, vous 
dit froidement : Soixanie-qiiinze f«jmmessur 
cent meurent de la phthisie pulmonaire par 
suite de débauche prématurée et d'insulti- 
sance alimentaire. Voilà pour la concurrence. 
Maintenant, que le salaire de cette femme 
soit porté à deux francs, elle pouira satis- 
faire à ses besoins, rester pure, devenir la 
compagne do l'un de nous, connaître les 
joies d'é[)0use et de mère; il est vrai (|ue les 
chemises couleront 1 fr. 25c.de plus; mais, 
sur deux(jue nous sommes susuepiibles d'u- 
ser dans le cours de l'annce. il en résultera 
que son bonheur aura coûté à chacun li cen- 
tiuies de plus par semaine. 

Tels seraieni les bienfaits de l'association 
substituée à la concunence. Pour y parve- 
nir, il fant, sous le litre d'Association Fra- 
ternelle du Bien-être, fonder des ateliers 
dans toutes les prolVssions les plus usuelles , 
telles quo blanchisseuses, lingères, coutu- 
rières, modistes, cordonniers, tailleurs , cha 
peiiers, bonnoiiers, elc , sous la direction 



de chefs dont la capacité et la moralité se- 
ront les garanties d'une bonne gestion , et 
que chaque industrie se fasse travailler mu- 
tuellement et réciproqueuient ; les frais d'é- 
tablissen.ent seront moins coiiteux par la 
centralisation des produits dans des dépôts 
spéciaux, et comme jusqu'ici le bénéfice du 
maître a été prélevé sur la main-d'œuvre, il 
en résulter;! pour l'ouviier un salaire plus 
équitable sans augmentation du prix des pro* 
duils. 

Je vais en donner la preuve. Une paire de 
bottines se vend 9 francs ; il y entre 5 fr. 
25 cent, de marchandise, et la main-d'œu- 
vre est de 2 fr. 75 c, oi : 6 fr.; reste donc 
3 francs pour le bénéfice du mnître. ses frais 
d'établissement et ses éventualités. .\vec l'as- 
sociation , 1 franc sulfit pour les frais dex- 
ploitation. rtste donc 2 francs à répartir sur 
la main-d'œuvre, ce qui permet de «lonner 
2 francs à l'ouvrière au lieu de 1 fr.. et 2 fr. 
75 cent, à l'ouvrier au lieu de 1 fr. 75 c. 

Mais il est encore un autre avantage du 
système que je vous pro|)ose. Lorsque, à la 
suite du renouvellement des saisons , un 
grand nombre de besoins sont s;ilisfaits, il 
survient un ralentissement dans les com- 
mandes, et alors Ips maîtres jettent sur le 
pavé les ouvriers qui leur sont inutiles ; avec 
l'organisation du travail, la répartition des 
travaux à exécuter étant faite sur chaque tra- 
viilleur, chacun pourra, vu le haut prix du 
salaire, satisfiiire aux besoins de la vie, en 
travaillant une demi-journée ou deux tiers. 

Je n'insisterai pas davantage pour vous 
prouver les avantages de l'association sur la 
concurrence .C'est à vous de choisir. Avec U 
concurrence vous verrez toujours des travail- 
leurs mendier; or la mendicité, c'est une tache 
à latlignitédelhomme '. ilfaudradonc.comuie 
sous la i\ rannie, que la vieillesse, traînée sur 
les bancs de li police correctionnelle, courbe 
sa tète blanchie sous le joug d'un ariêt; que. 
pour comble de misère et d'ignominie, elle 
remercie ses juges avec reconnaissance pour 
la part que leur arrêt lui donne ai banquet 
social en lui assurant ie pnin amer de la pri- 
son. Honte et malheur sur vous, si vous 
abandonnez ainsi vos vieu.x pères et vos 



— 740 — 



vieilles mères; d'avance courbez la tête, car 
pour châtiment:, le même supplice vous at- 
tend ! 

Sans l'organisation du travail, chaque 
jour le suicide terminera la trop lente ago- 
nie d'une famille dont le père aura vendu 
jusqu'à son grabat pour donner du pain à 
ses enfants, et la mère brûlé la paille qui 
leur servait de couche pour réchaulFer leurs 
membres ; honte et malheur sur vous si 
vous laissez ainsi périr vos frères quand vous 
n'avez qu'à leur tendre la main et à leur 
dire : Lazare, vivez ! 

Oui , malheur sur vous ! car vos fronts 
couronnés par l'auréole de la victoire se 
couiberonl rougis par la home, t^i vous ne 
vous donnez fraternellement la main ; car il 
n'y a pas de misère que vous ne soyez des- 
tinés à subir, pas de nécessités devant les- 
quelles vous ne soyez appelés à fléchir ! le 
temps approche où la concurrence ne vous 
laissera de ressource contre la faim que de 
ris(|uer le baj>ne ou de trafiquer de l'hon- 
neur de vos femmes et de vos fillus. Avec la 
concurrence, la iille du peuple, à la vue 
d'un [)ère, d'une mère, succombant sous le 
poids du travail et des ans, se débattant 
ellc-mênie sous le joug de la nécessité, est 
préci|Mlée dans le torrent du vice, dont les 
tourl illons f;mg(;ux. l'inondent jusqu'à ce 
qu'ils la jettent dans un hôpital, grève hé- 

I issée d'é|>ii)es, où elle expire au printemps 
de la vie en /naudissaut un monde où , à la 
vue de tiint de victimes, de prétendus hon- 
nêtes gens osent proclamer qu'il en faut. 

Qu'il en faut 1 entendez-vous, frères, tout 
ce que conqiorie de mi^ère [)hysi(|ue et mo- 
rale cetlesenlenced'abàlardisscinent sociale? 

II faut (jue nos (illes, nos sœuis, celles qui 
devraient être les femmes et les mères du 
peuple, aillent par les carrefours traîner 
leurs charmes flétris , souillés de débauche, 
en échange du pain de la prostitution! C'est 



dans l'orgie que nous sommes condamnés à 
connaître l'amour, le pur amour, qu'il nous 
est interdit de goûter dans les bras d'une pu- 
dique épouse, car pour qu il nous fût per- 
mis de créer une famille, il faudrait nous 
payer trop cher les richesses que nous pro- 
duisons! 

En vain la jeune fille , la femme jeune en- 
core, oppose aux coups redoublés de la faim 
son misérable gain de chaque jour, soutenue 
qu'elle est par Tespérance qu'un de nous 
viendra lui prêter appui; force lui est de 
succomber, car chacun de nous se suffisant 
à peine, criit déjà, à la seule idée du ma- 
riage, entendre les soupirs éiouifes de la 
compagne de son sort attestant ses regrets, 
et les cris d'enfants pâles et souffreteux qui 
detiiandent un morceau de pain, souvent 
non encore gagné ! 

Eh bien! celte vie vous va-t-elle? Non! 
Vous en avez fait justice! La tyrannie, en 
courbant vos fronts sous le poids des décep- 
tions, vous conviait au sommeil de l'indiffé- 
rence; mais il vous souvint que trois jours 
durant le soleil de la liberté avait brûlé 
votre facede peuple! Vous avez recommencé 
votre œuvre, œuvre immense ! mais dont les 
résultats sont plus immenses encore. Eu 
renvoi sant le despotisn)e, vous avez détruit 
jus{|u'au dernier vestige de l'esclavage par 
I abolition de l'exploitation de l'homme par 
l'homme ; vous n'avez pas seulement con- 
quis la liberté, mais voire affranchissement 
définitif, par l'organisation du travail et l'as- 
sociation. 

Que 1 Association iMaternelle du Bien-être 
soit la phalange sacrée a la tête de laquelle 
notie gouverncn'icni progressif marchera 
pacifiquement à la conijuêle du bonheur de 
l'humanité. 

BROSSE! , ouvrier coriionnier, 
Ru<i de rOrillon, iO 1er. 



Nota. Les citoyens qui voudraient propager cette œuvre sont invités à déposer 
leur oilVande chez le citoyen Brossel. 



Paris. — hnp. Claye et Taillefer, rue Saint-Benoît, 7. 



— 741 



ELECTIONS DE L'ORNE. 



Mortagne, 12 mars 1848. 



Chers Citoyens et Camarades , 

Pour satisfaire au vœu de quelque» amis, ainsi qu'à un l)esoia personnel j'ai 
dû négliger un instant mes laborieux travaux pour aller à Paris serrer la main 
de ce noble et généreux peuple, qui vient si vaillnmment de nous retirer du pré- 
cipice où nous allions être incessamment tous engloutis. 

Je ne vous parlerai pas des grands événements de février; c'est un fait désor- 
mais accompli, qui a fait l'admiration de la France et peut-être de l'Europe en- 
tière ; je ne vous entretiendrai que du présent et de l'avenir. 

Un mot sur les huit jours que je viens de ])asserà Paris : dans les salons, dans 
les clubs, sur les places publiques, dans les rues, souvent au milieu dégroupes, 
sinon menaçants, du moins toujours animés, partout j'ai remarqué un ordre 
parfail et la plus grande confiance dans l'avenir. Ce peuple, si farouche dans 
l'oppression, se fait à lui-même la police; il y a dans sa conduite et son main- 
tien un désintéressement qui le rend sublime et exemplaire.^ 

Comme en 1830, époque à laquelle il confia sa victoire à des mains parjures, 
ce grand peuple a été brave, digne et généreux ; mais il s'est surpassé en résolu- 
tion ; ce pouvoir (ju'il a reconquis, toujours au prix de son sang, il l'a gardé pour 
ne le remettre, celte fois, qu'en des mains sures, n'ayant qu'un vœj, le bonheur 
de la France. 

Gloire donc à de tels sentiments, gloire à ces hommes de génie qui cnt bien 
voulu s'en charger au péril de leur vie ; honneur à leur dévouement désinté- 
ressé; hommage à leur vertu. 

A nous donc, chers Citoyens, de répondre à tant de courage et de bienfaits, 
par le maintien de f ordre, le respect aux hommes et aux biens, ainsi que par la 
ferme résolution d'user de tous nos moyens pour arriver à l'amélioration des 
masses, tant par l'économie politique que par la diminution des charges qui 
pèsent sur elles et les écrasent. 

Pardon et oubli complet aux misérables qui, depuis trop longtemps, n'ont fait 
usage du pouvoir que pour nous persécuter et nous anéantir. Oue notre méj)ris 
soit notre seule vengeance, et sachons ne plus nous occuper que de la chose pu- 
blique, delà grandeur de notre belle patrie, pour en recueillir les fruits au temps 
de la maturité. 

A vous en particulier, nobles habitants des campagnes, (jui savez si bien faire 
fleurir les champs ; sachez aussi faire fleurir la liberté. Que le mol de république 



— 742 — 

que quelques insensés vous représentent comme un signe de terreur ne vous 
effraie pas, qu'au contraire il vous rassure, puisqu'en réalité il ne renferme que 
celte noble devise : LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ. 

A nous tous, enfin, de veiller à ce qu'il ne sorte de l'urne électorale que des 
noms bien connus par leurs principes patriotiques, purs d'arrière-penséc et 
d'ambition, incapables de trahir leur mandat, dignes de faire une loi pour tous, 
une constitution qui soit toujours respectée et inébranlable. De tels choix seront 
bénis parla France et nos représentants sortiront de l'Assemblée nationale aux 
cris de VIVE LA RÉPUBLIQUE 1 

Salut, 

GAUTIER-DUFAY, 
Cidlivateur, fermier. 



Mortagne. — Imp. de Glaçon. 



CANDIDATURE 



L ASSEMBLEE NiTIOXÂLE. 



Citoyens , 

Des Électeurs du T Arrondissement vous présentent comme candidat 
à l'Assemblée nationale le citoyen MARTELET, Maire-Adjoint du T Arrondis- 
sement. « 

Petit-fils d'un vieux soldat de la République, fils d'un ouvrier modeleur en 
porcelaine, que Béranger honorait de son amilié, notre Candidat, comme il nous 
Ta dit, a reçu le baptême républicain. 

L(î citoyen MARTELET, élève de l'Ecole gratuite des Arts-et-Métiers, en est 
sorti pour entrer à l'Ecole Polytechnique ; ex-oflicier d'artillerie, il est aujour- 
d'hui professeur à l'Ecole centrale des Arls-et-Manufacturcs, et adjoint, depuis 
le 25 février, à la 7*^ Mairie de Paris. 

Le citoyen MARTELET, connu par l'énergie de son caractère, par ses habi- 
tudes simples, laborieuses et modestes, par ses sentiments nobles et généreux, 
est un véritable démocrate en pratique comme en théorie : sa vie, que nous con- 
naissons tous, est là pour l'attester. 



— 743 — 



Après avoir combattu en Juillet, voyant r^os espérances trompées, MARTELET 
s'est mis à l'œuvre de l'émancipation morale et intellectuelle du peuple, afin de 
préparer de longue main et d'assurer un jour son émancipation politique et so- 
ciale. 

Pendant dix-huit ans, il n'a cessé de s'occuper activement de l'enseignement 
gratuit des ouvriers comme professeur-fondateur des Cours de l'association po- 
lytechnique. 

Qu'il nous soit permis à nous qui avons assisté à ses leçons, de reproduire un 
passage emprunté au Cours qu'il publiait pour nous l'hiver dernier, et qui nous 
paraît peindre l'homme tout entier. 

oi Altnchons-nous, disait-il, à cultiver notre intelligence, à perfectionner notre 
« être moral; débarrassons -nous des préjuges qui (aussent notre esprit, qui corrom- 
« peut notre cœur; n' épousons pas aveuglément les idées et les traditions que l'igno- 
« rance mus transmet ou que les passions mauvaises propagen' autour de îwus, en 
« un mol, messieurs et chers concitoyens, éclairons-nous, sachons mériter et cox- 
« QUÉRIR les nobles destinées que la Providence nous réserve dans l'avenir, et 
« dont l'espoir fait la force de tout peuple vraiment digne d'être libre. » 

Ce vœu du patriote ardent et convaincu est aujourd'hui réalisé. 

Nous sommes assurés que l'homme intelligent et dévoué qui a poursuivi con- 
stamment, dans cette mission de frère, l'œuvre de l'amélioration morale et phy- 
sique des travailleurs, saura, même au péril de sa vie, s'efforcer d'établir sur 
une base impérissable la République française une et indivisible, et consacrer, 
par ses actes comme par ses paroles, sa foi et son amour dans la région du vrai 
républicain, résumée par notre sainte devise : Liberté, Egalité, Frnierniié. 

Citoyens, unissons-nous pour faire triompher la cause humanitaire et répu- 
blicaine, donnons nos voix à l'enfinit du peuple, et nous serons assurés d'être 
dignement représentés. 

Aux hommes de conviction, aux hommes vertueux et indépendants qui n'ont 
rien demandé dans le passé et ne demanderont rien dans l'avenir, aux véri- 
tables travailleurs désintéressés, à ces hommes-là, donnons nos suffrages, et le 
salut de la République est assuré ! 

Au nom d'un grand nombre de nos concitoyens : 
SAVARD, HERIEZ, COLLIET, TUBEUF, 

Membres du Club des publicistes. 

Le citoyen MARTELET a été entendu et admis à l'unanimité comme candidat 
dans les Clubs ci-dessous désignés. 

Club démocratique du Cloître Saint-Merri. 

Club patriotique du 1° arrondissement, section des Blancs-Manteaux. 

Club de riTomme-Armé. 

Club du Bien-Public. 

Club républicain de la Fraternité. 

Club du 2 mars, à la Sorbonne. 

Club de l'Atelier 

Paris. — Imp. de Willersheim, rue Montmorency, 8. 



— 744 — 

AUX ÉLECTEURS DU DÉPARTEMENT DE L'AURE. 

Chers concitoyens, 

Les circonstances clans lesquelles nous nous trouvons imposeront sans doute à 
vos représentants des d(;voirs difficiles. Je me croirais indigne de la confiance que 
le département de l'Aube m'a tén)oignée depuis onze années, si, en présence de 
ces difficultés, je renonçais volontairement à la vie politique. 

Vous n'attendez pas de moi, messieurs, que je vous fasse l'histoire de mon passé 
qui se résume, d'ailleurs, en peu de mots. Destitué en 1831 d'une fonction hono- 
rable et lucrative pour n'atoir pas consenti à effacer ma signature de la liste des 
membres de l'association nationale, j'ai combattu constamnKîut, depuis cette 
époque, un gouvernement dont les actes blessaient la dignité du pays et perver- 
tissaient sa moralité. Pendant ma carrière politique, je n'ai pas cessé un seul jour 
de voler avec l'opj^osition. Je n'ai pas manqué une seule occasion de proclamer 
le principe de la souveraineté nationale. J'ai fait, comme protestation et comme 
avertissement, tout ce qu'il m'était permis de faire. C'est peu sans doute, mais 
plusieurs de mes professions de foi et quelques-uns des discours que j'ai pro- 
noncés à la tribune de la chambi-e des députés, prouvent que, depuis longtemps, 
j'avais porté mon attention sur les questions économiques et sociales qui excitent 
aujourd'hui de si vives préoccupalions; aussi n'ai-je aucun eflfort à faire pour 
me mettre au niveau des événements; il me suffit de rester fidèle à moi-même. 

Les habitudes de ma vie entière témoignent de mon amour de l'ordre, de mon 
respect pour la propriété, pour la sécurité des personnes, pour les droits des ci- 
toyens. Je n'insisterais pas sur ce point, s'il n'était nécessaire de ne laisser entre 
nous aucune équivoque. Toutes les monarchies qui se sont succédé en France 
depuis cinquante ans, nojis ont toutes promis l'ordre et la sécurité. Aucune n'a 
tenuparole, car toutes ont abouti à une révolution. Nous de. ons profiler de cette 
expérience et renoncer définitivement à la forme monarchique dont le retour ne 
pourrait avoir lieu qu'au travers des plus tristes calamités. Une autre expérience 
encore a été faite: depuis longtemps on nous donne des libertés restreintes, li- 
mitées, entourées de précautions. On était principalement elfrayé de l'abus, et 
pour prévenir l'abus, on entravait l'usage. Ce système préventif n'a pas réussi. 
Ayons alors le courage d'aborder de front toutes les libertés et de les donner pleines 
et entières; liberté déparier, liberté d'écrire, liberté de s'associer, liberté de con- 
science, liberté d'cuiseignement. On ne peut en refuser aucune, car la République 
est la consécration de tous les droits et de toutes les libertés, dont la siudc limi- 
tation est l'obligation pour chaque citoyen d'exercer son droit et d'user de sa li- 
bert»' sans porter aucune atteinte au droit et à la liberlé d'autrui. Mais pour vou- 
loir la République, pour l'afiermir, pour l'organiser, il faut être Républicain sin- 
cère et sau:? aucune arrière-pensée. Je ne distingue pas ici entre les républicains 
de la veille et ceux du lendemain; sous le régime de l'égalité, on ne peut recon- 
naître à personne le droit de se créer une position privilégiée; mais je demande 
que le soin de constiluer la République ne soit donné qu'à des citoyens qui la veu- 



— 745 — 



lent sérieusement, sans regret pour le passé, sans espérance coupable pour l'avenir, 
mais aussi sans esprit de réaction, sans appel à la violence, avec les garanties qui 
doivent assurer à tous les citoyens l'exercice régulier de leurs droits. 

Telles sont, messieurs, les règles qui doivent diriger vos choix, telles sont celles 
qui dirigent ma conduite. Je me présente donc à vos sulFragcs avec la confiance 
d'un bon citoyen qui n'a jamais manqué à aucun de s(;s engagements et qui, dans 
plus d'une occasion, a manifesté son profond dévouement aux intérêts du peuple. 

Sur ce mot de peuple^ je vous dois encore une explication qui ressort également 
de l'expérience du passé. La société, jusqu'à ce jour, a été fondée sur des distinc- 
tions de classes qui se plaçaient en dehors du peuple ou à la tête du peuple. Ces 
distinctions, établies parla loi ou par les mœurs, n'existent plus. Le peuple, c'est 
la nation entière soumise à V égalité et à la fralernité qui ne sont pas de vains mots 
écrits, comme une lettre morte, au frontispice de nos monum*^nts, qui ne sont 
pas non plus une simple prescription morale sans action sur la vie politique. Ces 
deux mots, égalité et fraternité, sont le principe et le but de la société nouvelle 
proclamée par la République. Ils doivent être la règle de conduite de tous les 
citoyens, le mobile du gouvernement, Timpulsiondu législateur, la base de notre 
ordre social. Nous devons tous concou'ir à celte œuvre longue et laborieuse qui 
consistera à faire pénétrer dans noUe législation et dans nos mœurs une égalité 
vraie, une fraternité sincère. Voilà le terme auquel nous devons nous eÛbrcer 
d'atteindre si nous voulons clore la révolution. J'ai la conviction très profonde que 
la fraude, que la mauvaise volonté, que l'hésitation même dans l'application des 
devoirs que nous imposent l'égalité et la fraternité, seraient une source de mal- 
heurs publics. 

Craignons d'imiter les fautes de l'ancien gouvernement, qui s'est perdu par les 
efforts qu'il n"a pas cessé de faire pourescamoter ou fausser les principes auxquels 
il devait l'existence, et restons pénétrés de cette pensée, qu il n'y a de sécurité que 
dans la franche obs. rvatiD.i et dans le développement constant des principes sur 
lesquels est assis le gouvernement nouveau. 

STOURM, ancien député. 

Voir le journal la Paix, mars 1848. 



PROCLAMATION. 



Le Commissaire du Gouvernement provisoire, convaincu que l'amélioration 
des mœurs doit marcher avec celle des institutions; 

Convaincu enfin que les hommes les plus capables de bien remplir les places 
sont ceux qui ne les demandent pas ; 

A l'honneur de prévenir ses concitoyens qu'il ne sera donné aucune suite aux 
demandes d'emplois. 

Nîmes, mars 1848. 

TEULON. 



T. I. ^^ 



— 746 — 



COMITE CENTRAL 

D'declions républicaines pour ledëpariemenlde Naine-et' Loire 
AUX COMITÉS RÉPUBLICAINS DU DÉPARTEMENT. 



Messieurs, 

Nous vous remercions cle la fraternelle adhésion que vous donnez à notre ma- 
nifeslî», et du concours que vous nous offrez pour arriver à de bonnes et franches 
élections républicaines. 

Notre comité se propose, avant tout, d'éclairer l'esprit public. Pourle nouveau 
monde dans lequel nous entrons, que d'abordla lumière se fasse ! Aussi, nous n'a- 
vons encore arrêté aucune candidatin^c. Nous vous engageons à faire de même, 
et à procéder avec lenteur et maturité à des désignations d'une si grande impor- 
tance. Evitons les engagements personnels, les entrainemenis d'amitié et la con- 
sidération étroite d'intérêts de localité, il s'agit du bien de la société tout entière; 
Ce ne sont donc pas des noms et des personnes, mais des idées et des principes 
qu'il faut maintenant présenter aux électeurs, et leur faire accepter de convic- 
tion, autant par intérêt que par dévoùment. Ils reconnaîtront mieux ensuite, 
parmi les hommes qui solliciteront leurs suffrages, ceux qui peuvent le plus so- 
lidement assurer le triomphe de ces idées et de ces principes. 

Kt d'abord il faut s'attacher à persuader à tous, que si nous avons un gouver- 
nement jDrovisoire de la République, il ne peut y avoir, pour tous les vrais amis 
(\r leur pays, de république provisoire. C'est ici le cas de proclamer bien haut 
la raison suprême qui domine la situation ; que le salut du peuple soit la su- 
prême loi, à nos yeux, la république, c'est-à-dire le gouvernement de tous par 
tous et pour tous, était de droit; elle est aujourd'hui de fait. Elle seule, désor- 
mais, ])eut garantir la liberté, l'ordre et la paix. Nous l'avons, nous la garderons. 
Sur ce terrain, point de transaction, point de sous-entendu, point de réserve. 
Arrièr:' toute pensée qui ])réîendrait que c'est à l'Assemblée nationale à décider 
la question. \i\\c est tranchée, définitivement tranchée parla voix une, forte, 
irrésistible de la nation, spontanément ralliée autour du drapeau de la Répu- 
l)liqu<'. Plus de retour possibh», plus de dynastie, plus de pouvoir héréditaire ou 
à \ie; le gouverncnjcnt de la nation par elle-même, sans autre magistrature su- 
prêin<r que. celh* que conlère temporairement une libre élection, avec la respon- 
sabilité j):ir{o»il et à tous les d(^grés. Quant à la forme à donnera notre Répu- 
blitjue. c'est ui^o (|U(>stir)u tout entière réservée à l'Assendilée nationale. 

C.eri l)i('n él.il»li. il sera facile de faire comprendic cpu' pour arriver à de bons 



— 747 



I choix, pour avoir vraimenl des représentants du peuple, il faut prendre des 

j hommes qui ne puissent pas même être soupçonnés, d'une arrière-pensée anti- 

i républicaine. Nous ne refusons aucun concours, mais nous ne consentirons à 

aucune transaction qui compromettrait nos idées, et nous vous engageons à vous 

tenir, comme nous, à cet égard, sur le pied d'une extrême réserve. 

11 n'importe pas moins de bien persuader aux électeurs, (ju'en passant de 

la monarchie à la répul)lique il ne s'agit pas seulement de chauf/er le iiow, mais 

i la chose. Derrière la question politique, se dresse, bien autrement grande, la ques- 

j tion sociale. Elle est immense; mais malheur à ceux qui croiraient qu'il estpos- 

I sible de l'éluder! Il faut savoir, il faut surtout vouloir l'aborder, avec une sage 

mesure, sans doute, mais aussi avec une ferme résolution. Elle doit se mouvoir 

entre deux écueils également à redouter et à éviter. La précipitation impatiente 

des esprits novateurs d'une part et de l'antre (c'est même là, suivant nous, le 

i plus grand danger) l'inertie ou l'imprudente résistance des esprits conservateurs. 

! Pour ces derniers, en cfTel, les questions que notre révolution a descendues sur 

j le terrain de la discussion des voies et moyens, s'étaient jusqu'alors agitées bien 

j au-dessus de leurs têles, dans des régions qu'ils traitaient hier de fabideuses et 

I de chimériques. En comprendraient-ils bien aujourd'hui la réalité? Cependant, 

à moins d'être aveugle , on ne peut nier qu'en fait de réformes sociales, il y a, 

1 comme on disait naguère pour la réforme j^olilique ; oui, il y a (juehiue chose à 

I faire, et nous ajoutons quelque chose, heaucoup même, doit être fait par l'Asseni- 

I blée nationale, ou bien elle périra à la peine, mais nous avons, à cet éi;ard, pleine 

i confiance dans l'avenir, si nous ne nous manquons pas à nous-mêmes. On peut 

dire aujourd'hui que tout problème que s'est sérieusement posé rintclligence 

humaine sera infailliblement résolu , mais il faut pour cela que tous les esprits 

appelés à le résoudre s'en soient préoccupés, et qu'un représentant du penplr» 

n'arrive pas à l'Assemblée nationale avant même d'en avoir compris l'énoncé. 

Altachons-nous donc encore à faire bien comprendre que \i\dn'alcrnilc ne doit 
pas être un vain mot inscrit sur notre drapeau comme celui de charte-vérité sur 
le programme de rilôleî-de-Yille. Il faut que le dogme de la frateriiité ne soit | 
pas en nous une foi morte, mais se traduise au dehors en actes et en (cuvre. j 
Persuatlons-nous donc ])ien et persuadons aux autres, qu'avant tout, il s'agira 
pour l'Assemblée constituante de jeter les bases dln^tiliilions fraternelles; d'oiya- 
viscr le travail et de vivifier, par l'esprit noi'.veau, le principe de Vassociulion et 
de la solidarité i^nirii tous les enfants de la commune patrie. Nous n'avons cléjus- 
quici associés et solidaires (jiic pour la misère et la souffrance, nous le serons désor- 
mais- aussi pour la jouissance du bien-être physique et moral. Tout cela se fera, 
car ce doit être un véritable progrès social, sans porter atteinte à la propriété 
et à la liberté individuelles, sans lesquelles le travail, seule source de la richesse, 
manquerait de cette activité spontanée qui est le plus puissant ressort de la vie 
industrielle et commerciale. 

Yoilà les idées que nous croyons utile de populariser. Agissons tous dans celle 
direction et étendons de plus en plus notre sphère d'action. Il ne faut p.is s'en- 
dormir: ce serait une illusion de croire que ces élections populaires pourront 
être préparées et dirigées comme les élections précédentes, par de siujples in- 
fluences personnelles. C'est à la toute puissance des idées qu'il faut ici recourir. 



— 748 — 



Les idées seules peuvent mouvoir et faire marcher de concert ces masses à Via- 
stinct généreux et intelligent que notre République appelle à donner leurs suf- 
frages. Pas de petits moyens, pas do voies détournées, tout au grand jour. Ré- 
pandons des manifestes, des adresses. Causons, discutons dans nos comités et 
dans les réunions parliculitres. En un mot, faisons, par tous les moyens légitimes, 
de la prédication et de la propagande au profit de nos idées. C'est dans cet esprit 
que nous venons nous unir à vous avec la plus cordiale fraternité. 

Signé : FàRRAN, 

Président de l?i commission du comité central d'élections républicaine» 

pour le département de Maine-et-Loire. 



AUX ELECTEURS 



DD 



DÉPARTEMENT DE LA CORRÈZE. 



COMP.MRIOTES, 

Depuis dixJuiit ans je suis républicain et pauvre, par suite de républicanisme. 
Je ne vois pas, parmi vos candidats, huit citoyens qui puissent en dire autant, 
Voilà pourquoi je vous prie de me nommer représentant à l'Assemblée natio- 
nale. 

Salut fraternel. 



PHILIPPE-LAVERGNE (de Brives), 
Ancien chef de section dans la société des Droits de l'Homme, 



"V 



— 749 — 



CITOYENS DES lUUTES-PYRÉNÉES! 

Prr décret du 5 mars 18/i8, le Gouverneniciit provisoire delà Répiil)lif(iie, dé- 
clare éligiblcs Ions les Français âgés de 25 ans et non privés ou suspendus des droits 
civiques. Par des proclamalions chaleuieuses, ce même gouvernemeal a lait un 
appel général à tons les vrais j)ati iotes. 

A cet appel, il n'est pas un cœur qui n'ait vivement palpité; il n'en est pas un 
qui ne soit jaloux de payer son trihut à la patrie. 

Les hommes les jdIus paisibles, les plus modestes, les plus étrangers jusqu'à ce 
jours aux passions politiques, se sont émus; ils se sont senti enlever, pour ainsi 
dire, de la sphère ordinaire de leurs habitudes, de leurs idées, lorsqu'ils ont 
entendu la voix majestueuse de la France proclamant la liberté. 

Je suis du nombre de ces hommes. Jusqu'à présent j'avais cru la République 
impossible, parce qu'il me semblait que nous n'étions pas encore assez purs pour 
être adoptés par une mère aussi vertueuse. Les événements ont donné un éclatant 
démenti à mon opinion. 

Citoyens! quand on veut arriver à la députation, il n'est rien de plus facile que 
de faire une profession de foi qui résume plus ou moins fidèlement le passé, le 
présent, et qui promette en même temps des garanties plus ou moins durables 
pour l'avenir. Malheureusement il vous est démontré qu'il n'est pas aussi facile 
de résister aux entraînements du pouvoir. 

Citoyens! assez d'autres sans moi se présenteront a vos suffrages ; ils posséde- 
ront à un plus haut degré les avantages de la fortune, d'un nom plus connu, une 
plus vaste érudition, une élocutionplus facile, mais nul n'apportera plus de fran- 
chise, de fermeté, d'indépendance et de sincérité dans l'accomplissement de son 
mandat. Nul ne veut plus que moi, l'ordre, la liberté, le respect des personnes 
et des propriétés, un gouvernement ferme, puissant, protecteur de tous les cultes, 
ennemi de tous les abus. 

Oui, assez d'autres sans moi seront à même de pouvoir livrer à l'examen le 
plus rigoureux, leur présent, leur passé, qui, dans ces graves circonstances, doi- 
vent servir de thermomètre à l'élection; mais nul n'aura moins à craindre le ré- 
sultat de cet examen. 

En ajoutant mon nom à ceux qui vous seront offerts, je ne change rien à l'em- 
barras du choix. Je remplis seulement un devoir. Maintenant sera-ce trop pré- 
sumer de moi-même que de me considérer comme une spécialilé susceptible de 
représenter le commerce et l'industrie? — C'est ce que m'apprendra voire vote. 

Citoyens! je ne dirai pas, suivant la vieille formule, que je sollicite l'honneur 
de la représentation nationale; non, je dis, tout simplement, que je l'accepterai 
si vous m'en jugez digne. 

Toute mon ambition consiste à mériter de plus en plus ma réputation d'hon- 
nête homme. Je suis indépendant et libre, dégagé de toute iniluence. de tout 
intérêt de famille. Quels que soient les événements cachés dans l'avenir, je m'esti- 
merai heureux de consacrer au service de la patrie les jours que le ciel me réserve. 

J.-P. CASTAGNÈRE, 
Çagnères, le 12 mars 1848. Propriclaire, ex-président du tribunal de commerce, 



PagpèreSj typ. de J.-D. Possun, 



.' -~»ii-«^fcat««»*S>vsvu«w.-»Jir<KïRj>«'-'« 



— 780 — 

AUX ÉLECTEURS 

I 

DU DÉPARTEMENT DE LA SEINE 

EMILE BARRAULT, 
Candidat à rassciublcc nationale. 

Citoyens, 

La classe moyenne et la monarchie constitutionnelle triomphèrent en 1830 ; 
le Peuple avait vaincu. Le prix delà victoire fut adjugé à la bourgeoisie qui s'en- 
flait €71 vation souveraine, à la dynastie qui s'altrnuait en majesté citoyenne; ces 
deux hypocrisies se firent la part du lion et l'exclurent de leurs bénéfices, en si- 
gnant contre lui un pacte d'assurance mutuelle. 

La Révolution de I8^i8 est ravènement du Peuple. Le règne des fictions usur- 
patrices s'est à jamais évanoui. 

La classe moyenne et la monarchie constitutionnelle, de 18o0 à nos jours, ren- 
voyèrent toutes les questions sociales à l'avenir, sous le nom méprisant d'utopie, 
et triomphèrent une seconde fois. 

La révolution de 1848 est l'avènement des questions sociales. L'utopie a pris 
possession de la ])lace publique, sa folie va passer raison d'état. 

Enfin ce peuple , que la classe moyenne et la monarchie constitutionnelle 
avaient surnommé h s barbares^ se lève, et la civilisation accomplit un progrès. 

Qu'est-ce en effet que la (Mvilisation, si ce n'est la réalisation graduelle et pa- 
cifique, dans l'ordre social, du sentiment religieux de la fraterniti!;? 

Ce mot, écrit à cette heure au fiout de nos monuments, ne serait que le mys- 
ticisme ofiiciel ou que la Charle-vérilé de la République, s'il ne devenait le 
Verbe régénérateur de toutes nos institutions. 

Citoyens, je suis un vieux soldat de ce nouvel é>angile que vous avez proclamé. 
Avant 1830 et jusqu'en 1833, à Paris, à Metz, à Liégr-, à Lyon, à Marseille, je l'ai 
hautement prêché. Toutrécemment, en décembre 18/t7, j'ai publié dans la Presse 
trois articles inliUilés : les Barbares, le Peuple, la liourg/'cisie. De 18/i3à 18ii5, ré- 
dacteiMM'u chef du C'iurrier fruuçais, je n'ai pas seulement attaqué le système 
des bornes^ je continuais ma mission, et j'écrivais : 

« Vous êtes frères, a dit le Chrisl, aimez-vous les uns les autres. » 11 s'agit au 
jourd'hui d'organiserenqueiquesortele règne du Christ en ce monde. Leprincipe 
j)oliti((ue correspondant au sentiment moral de la Fraternité, c'e.U Y Associalvu. 
Salaire, otfjqnisulion du trara L classetneuf suivant les fond ioni, rêfriOuton selon 
Icsœiivre.s, tous ces termes de la langue de l'avenir retentissent de toutes parts, 
et chacun dit qu'il ij a (inchjui' chose à faire. Or, ce mol, prononcé daus un salon, 
peut n'être que Icpiuril dis eunuques ; ])roiionré dans l'atelier, c'est le signe du 
rut de la virilité. Ne douions pas de l'avenir quand tant de voix l'annoncent, 
croxonèàV Association qui devient une FOL » (1" septembre 1845.) 



— 751 — 



Donc, citoyens, ce que vous voulez aujourd'hui, je n'ai cessé de le désirer. Ma 
vie enlière témoigne do ma fidélité à nos principes. Comme le peuple, je n'ai sul>- 
sislé que par mon travail, sans jamais mettre la dent au gâteau des privilégiés. 
J'ai cru à Tavenir, je l'ai attendu avec une courageuse résignation quand il m'a 
été interdit de le préparer, et j'en suis resté digne. 

Tel j'ai été, tel je suis. A vousde juger si je mérite l'honneur de concourir, dans 
l'Assemblée nationale, à la solution des grands problèmes que vous avez posés. 

Depuis 1789, citoyens, tous les pouvoirs se sont successivement vantés d'éta- 
blir un ordre immortel, sans le Peuple, et contre le Peuple. Tous ont péri. Rien 
de durable ne pouvait être constitué qu'avec et pour le Peuple. Dieu soit loué, le 
voici à l'œuvre, et seul il a puissance de lermer l'ère des révolutions en fondant 
un ordre nouveau sur la base inébranlable de la fraternité. L'heure est venue de 
bâtir, c'est la civilisation du monde que la France édifiera en elle. Insensé qui 
se séparerait du Peuj^le 1 Heureux qui lui dévouera, à n'importe quel rang, sa 



main, sa voix, son ame 



Emile BARRAULT, 
8, Rue des Petites-Ecuries. 



Paris, 13 mars 1848. 



Paris. — Imp. de Lacoiir, rue St-Hyacintlie-St-M:chtl, 33. 



Troycs, le 13 mars 1848. 



MANIFESTE 

DE LA SOCIÉTÉ DES AMIS DU PEUPLE, 



La société des Amis du peuple dé- 
fendra, à jamais, les principes de la dé- 
mocratie et adopte la devise de la Ré- 
publique française : Liberté, Egalité, 
Fraternité , comnie principe réel du 
bonheur de la nation. Prèt(U' un appui 
franc et énergique au gouvernement 
provisoire, lui présenter des observa- 
tions, lui olïVir des conseils, lui donner 
des renseignemenls ; — arracher le 
masque dont se couvriraient des hom- 



mes d'un patriotisme discret ; — dési- 
gner au contraire, pour toutes fonc- 
tions publiques, les citoyens qui n'ont 
pas attendu le triomphe delà républi- 
que pour se dévouera elle; — impri- 
mei' aux corps électoraux une impul- 
sion essentiellement démocratique : 
tel est le but que poursuivra la société 
des Amis du peuple du département 
de l'Aube, sous l'invocation des grands 
principes suivants : 



— 7S2 — 



Souveraineté du peuple exercée par 
le suffra^'^c direct el universel ; 

Education nationale, commune, gra- 
tuite et obligatoire pour tous ; 

Liberté des cultes ; 

Organisation progressive ^du travail 
industriel et agricole; 

Répartition équitable de l'impôt; 

Liberté absolue d'association ; 

Liberté de la presse et de tous les 
modes de manifestation de la pensée, 
sauf la répression légitime par un jury 
populaire ; 

Incorporation de tous les citoyens 
dans la garde nationale; 

Plus de privilèges ; 

Respect à la propriété; 

La justice gratuite ; 

Le piincijDC électif partout où il 
pourra être introduit; 

Ilonnem- à l'agriculteur, comme à 
tous les autres travaillems. 

La société des Amis du peuple du dé- 
partement de l'Aube appelle sous son 
drapeau les républicains de toutes clas- 
ses et de toutes conditions Elle encou- 
rage, elleappnicdetout sesetforts dans 
les arrondissements, dans. les cantons, 
dans les communes, l'organisation des 



comités électoraux et des sociétés dé- 
mocratiques adoptant les doctrines 
qu'elle s'engage, elle-même, à soute- 
nir, avec la l'orée et l'énergie du plus 
pur patriotisme. La société des Amis 
du peuple correspondra fraternelle- 
ment avec tous ces comités, toutes ces 
sociétés ; elle appellera leurs délégués 
dans son sein, prendra leurs avis et 
s'aidera de leurs lumières; elle unira, 
dans toutes les luttes électorales, ses 
efforts aux leurs pour obtenir le triom- 
phe des candidats du républicanisme 
radical. 

La Yoix du Peuple, journal fondé par 
la société dont on vient de lire la décla- 
ration de princijDCs, soutiendra notre 
belle bannière républicaine et sera l'or- 
gane vigilant de cetie nouvelle corpo- 
ration patriotique qui veut ardemment 
s'occuper de l'avenir des classes pau- 
vres et laborieuses ; oui, notre journal 
surveillera avec ardeur, les intérêts des 
ouvriers, des fabriques, du commerce,^ 
de l'industrie toute entière : trop heu- 
reux si nous pouvons soulager les dou- 
leurs solitaires de tant de familles que 
l'organisation du travail doit bientôt re- 
lever et régénérer !... 



Troyes.-— Imprimerie de Poigne, rue du Temple, 18. 



Voir la Voix du Peuple, du 15 mars 1848. 



(1) Les principaux membres delà Société des Amis du Peuple, étaient les citoyens : Crevai, E. Lefèvre, 
ramissairesdu gouvernement,— Napiu'^-Piquel , — Giiércl, dit Grand-Louis, —Jacquîn, —Basset, — 



corn 

Sausticr-Leroy, — Fouel, 



Masson, — Hubert, —Simon. — Steinmalz, etc., etc. 



Paris. — Imp. Lacour et Ce, rue Soufflot, 16. 



— 753 — 
AUX ÉLECTEURS DU DÉPARTE\tt':NT DE LA CREUZE» 



Profession de Foi 

0. CUoyen tWil M lilR(RDl\ 

écrite le 2/i Février 18/i8 , 
à \ 1 heures du matin, au Palais des Tuileries. 



Fac Simile. 









Voir la pièce originale au bureau de la Commission du Comité 
révolutionnaire des Délégués des Clubs, des Corporations d'Ouvriers, 
de l'Armée, de la Garde mobile, etc. 

16, rue de Rivoli, Paris. 
♦ 

Celte pièce (ul affichée à Paris et dans les départements. 

__^i , • : t . • 

T. l " ' l>'l 



— 754 — • 

Paris, le mars 184-8. 



Vive la République! 



Celui qui ne veut relever que de sa raison, se soumet sans 
y penser à l'iD^^ertitudeet au caprice de son tempérament. 
d'Aguesseau. 

Nous ne voulons paspoïter le nom de tel ou tel philosophe; 
mais nous serons toujours philosophe chrétien et catholique 
romain. 

M. BoLViER, évoque du Mans. 

Le fils de Dieu ne s'est pas appelé : la Nouveauté, la Cou- 
tume; il s'est apppelé : la Vérité. 

Tertl'llien. 



Citoyens du départExMEnt de l'Aube, 

Ces textes pourraient être une profession de foi suffisante pour un homme que 
la fortune aurait cl('Jà coml)lc de ses faveurs; mais enfant des barricades dont je 
suis encore tout meurtri, je dois, après une longue absence, vous donner quel- 
ques développements. 

J'éviterai les termes scientifiques. Le style simple est celui de la vérité. Vous savez 
qu'après le collège, j'ai été commis de plusieurs maisons de, commerce; puis j'ai 
étudié les lois — Cruelle déception! Je voyais, de toutes parts, ou des rigueurs 
contre \c, paupérisme, ou d'humiliants remèdes; jamais de réformes préserva- 
trices. La monarchie faisait son œuvre. Je suspendis, dès-lors, mes études spé- 
ciales et, remontant des conséquences aux "principes, je cb.crchai avec ardeur, 
dans les généralités, quelle est la base irréfragable de toute législation. 

Sans entrer ici dans les subtilités scholasliques, on doit réduire à deux les 
sources morales auxquelles, depuis l'âge du monde, puisent tous ceux qui ont 
dirigé les nations, à savoir : la morale spiritualiste émanée dé la divinité et con- 
signée dans les Saintes-Ecritures; et celle qui est de raison humaine, la morale ma- 
térialiste. Celle-ci égoïste, négative, passagère; celle-là généreuse, vivifiante, 
éternelle... Oh! que d'ineffables joies inondèrent mori âme, le jour où la déga- 
geant de la fluctuation des enseignements imposteurs, je la retrempai au sein 
de l'Église et résolus de ne plus m'entrctenir qu'avec cette mère universelle et 
miséricordieuse des simples leçons de mon enfance... 

Cupidité, dissimulation, aveuglement, voilà ce qui caractérisait la majorité 
des législateurs de la l-rance. Mais la voix de l'Éternel s'est fait entendre. Une 
justice providentielle vient d'affranchir la nation delà servitude vers laquelle on 
la menait, et, pareils aux tigres expirants, ses bourreaux ont voulu, par un der- 
nier efl'ort, teindre du sang d'un peuple généreux leurs griffes déchirantes !... 
Nous les avons vus ces frères, ignorés et accablés de calomnies ; sans pain 



I 



— 755 — 



pour nourrir leur corps, sans armes pour se défenclre, fusillés et sabrés par les 
satellites des tyrans ! Et respectant tous les temples, saluant leurs minisires, re- 
tirant des flammes une croix, — aux applaudissements d'une foule déguenillée; 
— punissant les voleurs, épargnant les troupes qui ne les provoquaient point... 

Nous savons que le même esprit est semé dans toute la France; parce qu elle 
est une de foi religieuse et de patriotisme... Et vous, jeunes prêtres, qui fûtes 
nos condisciples, étions vos confrères*; vous qui déjà sur les bancs de l'école, 
nous édifiiez par vos vertus ; vous qui, avec tant d'humilité, dans les limites de 
votre saint ministère, avez, sans vous en glorifier, par la saine doctrine de notre 
divin Maître à tous, mûri le règne de la fi-aternité nationale, honneur à vous! 
Ne vous abstenez point des assemblées populaires. Yotre assistance leur sera 
toujours indispensable. 

Ecclésiastiques, manouvriers , artistes, commerçants, militaires, artisans, 
agriculteurs, gens delcllres. Peuple en un mot *^, dans l'intérêt de tous qui, est 
l'unique moyen desatisiairc d'une manière chnablc l'intérêt privé, unissez-vous 
pour défendre la République qui va étonner le monde, et dont le Verbe incarné 
nous a ouvert les chemins. Soyez, par vos clubs, les conseils des représentants 
que vous aurez élus pour le confectionnement des lois ; car aujourd'hui, elles 
seront de peu de durée, les transitions du sentiment au raisonnement et à la 
pratique. 

Si vous m'accordez vos suiï'rages, je n'oublierai jamais ces paroles du divin 
Pontife : « Que pour marcher à la tête des autres, il faut que réellement on soit 
le serviteur de tous. » Je justifierai que l'âme de Destrem que vos pères envoyè- 
rent à la Législative et aux Gioq-Genls, et qui mourut victime de ses vertus ci- 
viques, n'est point dégénérée dans mes entrailles. 

Je viens d'entrer dans l'âge du célibat. La nation sera ma famille, des lois 
équitables seront mes enfants, ceux qui ont vécu dans mon inl imilc i^UcsU'ionl 
delà simplicité de mes mœurs... 

Oh, ma religion ! oli, ma patrie ! que je vous aime ! J'abjurerais tout })our vous 
appartenir, si je n'étais pas votre fils. Non comme assaillant, mais pour vous dé- 
f;^ndre dans un moment suprême, je parlerais à mes camarades volontaires, de 
la France et de la Croix, et nous aiu'ions la victoire. 

Yive Pie IX! vive l'Église! 
Vive la République française ! vive la Liberté ! 

RIE-DESTREM. 

Homme de lettres, allaché au jouinal calholitiuela Revue imiionale ci à iiIik-Iluis 
confiéries, soldat dans le !«' ])alaillou des Gardes mobiles, altilié à*la Sociolc répii- 
hlicaine et patriotique de V Atelier. 

* Après avoir payé mon tribut d'hommages et de regrets au vénérable pasteur dont l'Kglise de notre 
diocèse vient d'être veuve, j'ai l'honneur de vous informer que je vais livrer à une impressioa populaire 
la biographie de son jeune, saviiut et très pieux successeur, dont mon frère jeune promet do dtssintr le 
portrait. 

** Je mettais la dernière main à un rcci'cil de conte? moraux, à la portée de toutes les intelligences, 
lorsque l'abrogrition des lois do scplcmbro vient de me permettre de retoîntre mon manuscrit. 



— 756 



jj)^ ^a^^^asi 



POUR 



CENT MILLE CITOYENS!... 

Les gouvernements qui ne regardent pas comme un de- 
voir impérieux d'obtenir la sympathie publique, ne com- 
prennent pas les besoins qui assiègent l'Agriculture, et qu'il 
taut satisfaire à toute nécessité"! 
* (Le gouvernement provisoire aux membres du congrès 

(ifjricole, 6 mars 1848.) 

Plus que jamais aujourd'hui, nous on sommes venus à reconnaître la néces-' 
silé d'une prompte organisation du travail. 

De toutes les industries, l'Agriculture est celle qui a été la plus cruellement 
éprouvée. 

Et pourtant l'Agriculture est la source de toutes richesses. 

L'Agriculture est la mère-nourrice des nations, aussi tous les peuples la pla- 
cent-ils au premier rang de leurs institutions. 

La France, seule, par un étrange contraste, l'avait laissée jusqu'ici au dernier 
rang. Cet état de choses était trop afiligeant, trop dangereux pour que tous les. 
hommes qui s'intéressent sincèrement à la prospérité du pays ne se préoccu- 
passent pas d'y apporter un remède efficace et prompt. 

L'Agriculture manque de hras ; le Travailleur manque d'ouvrage ; la France, 
elle-même, a été un moment à la veille de manquer de pain. Que ce passé nous 
serve de leçon ; et n'oublions plus désormais que le Travail, seul, peut concilier 
ces trois intérêts également précieux. 

Donner i]u Travail à ceux qui en demandent, telle est la question que veut et 
peut résoudre aujourd'hui la COMPAGNIE GÉNÉRALE DE DÉFRICHEMENT 
DES TERRES INCULTES DE LA FRANCE. 

A cet efFet, une jiétilion relative à l'organisation immédiate du Travail agri- 
cole sur les terrains considérables dont celte compagnie est propriétaire, va 
être présentée par elle à l'approbation du gouvernement de la République. 

Que tous les bons citoyens cpii veulent contribuer à améliorer à la fois le sort 
du Travailleur et celui de l'Agriculture viennent prêter leur concours à cette 
œuvre si éminemment nationale, et appuyer de leur approbation et de leur si- 
gnature la pétition qui va être adressée incessamment aux chefs du gouver- 
nement. 

On délivre le projet de cette pétition et on reçoit la signature des adhérents 
jusfin'nu 2.1 mars, dans les bureaux de la Compagnie générale de Défrichements, 8, 
rue de ('hoiscul, tous les jours de midi à (rois heures. 
Paris, le 12 mars I8/|8. 

('elle affiche fut réimpriiiice cl affichée plusieurs fois sous ce litre et sous celui-ci ; De la nécessité (Tune 

prompte '^'rg/ivisaiicn du tfavail agrktilc. 



— 757 — 



AUX ELECTEURS 

DU 

DÉPARTEMENT DE li SEINE. 

PEUPLE DE PARIS, 

CITOYENS , 

Je viens solliciter de \oiis le mandat de représentant d\i Peuple. 

Voici mes litres à votre confiance : 

Avant 1830, je faisais partie de cette classe de Citoyens repoussant le Gouver- 
nement qui nous avait clé imposé par l'étrangler. A cette époque, je fus des pre- 
miers à descendre dans la rue. et l'un des premiers blessés. 

Le 2h Février dernier je participai à la nomination du Gouvernement Provisoire, 
je le conduisis à l'Hôtel-de-Ville, d'où je vins, immcdialcment, au nom du Peuple, 
aj3poserles scellés sur le Trésor National, où se trouvaient au-delà de 200,000.000 
francs, non compris les immenses richesses que je recueillis au palais des Tuileries, 
de Neuilly, etc., et que je fis déposer au Trésor. 

Sollicité par les Membres du Conseil municipal de Neuilly, je me portai au mi- 
lieu des hommes qui venaient incendier cette résidence, afin d'empêcher déplus 
grands malheurs, dont on menaçait celte commune. 

Nous souffrons tous, Citoyens, d'une crise sans exemple dans nos annales fi- 
nancières : cette crise. Citoyens, pouvait être conjurée, si les finances de la Répu- 
blique eussent été confiées à des hommes sérieux et capables de itérer la fortune 
du PcujdIc. 

Si j'avais l'honneur d'être choisi pour vous représenter, je défendrais tous vos 
droits politiques et matériels, je ferais mes efforts pour faire rendre à la Répu- 
l)lique ce bonheur dont elle devrait jouir depuis qu'elle est proclamée. Je ferais 
que les charges ne fussent supportées que par ceux qui peuvent les paver, après 
avoir obtenu 1(> remaniement \c plus complet de ce système vicieux qui sert de base 
à l'application inégale des impôts prélevés sur le peuple, qui atleud. depuis plus 
de soixante ans, une Répuhliquc-vérilé , malgré tout le sang et l'or qu'il n'a cessé de 
prodiguer à ceux qui l'on exploité jusqu'à ce jour. 

Je voudrais, enfin, un Gouvernement à bon marché, adoptant cette sainte de- 
vise du Peuple : « Qu'il faut pouvoir vivre en travaillant ou mourir en combat- 
tant, lorsque ses droits sont méconnus. » 

J'appuie la candidaliire du citoyen â i^TirViTTM 

Napoléon LANGLOIS, et j'abandonne, -^' VLJC..Mli\, 

comme lui, les trois quarts de l'indem- . 

nité allouée aux Représentants, en fa- ANCIEN RECEVEUR-GÉNÉRAL DES FINANCES, 

veur de la Société Républicaine des pau- 
vres honteux. . 3S, rue de la Chaussée-d'Antin. 
Quentin. 

Imp. Bénard et comp.. passage du Caire. î. 



— 7»» — 



AUX CITOYENS ÉLECXURS DU CANTON DE CHEVREUSE. 



Citoyens, 

Un ouragan populaire vient d'abattre un trône ruiné par le mépris et souillé 
d'excès; le peuple victorieux, donnant un sutlime démenti à ses détracteurs, 
s'est arrêté sur les barricades pour rétablir l'ordre et ramener l'union entre tous 
les enfants de la France : que le riche ait confiance, le premier cri des vain- 
queurs n'a pas été un cri de pillage et de mort, mais un cri d'oubli et de pardon. 
Par cette noble attitude, le peuple de Paris a prouvé une fois de plus que la 
royauté était impossible en France. Tout n'est cependant pas encore fini, 
citoyens électeurs : il faut maintenant couronner l'œuvre glorieuse de nos frères 
de Paris, en envoyant à l'Assemblée nationale des hommes dignes de représen- 
ter la grande nation. Déjà les ennemis de la République se réunissent en comité 
d'amis pour nous escamoter notre mémorable révolution : nous nous sommes 
présenté au sein de celle réunion, afin de connaître les projets de ces républi- 
cains d'hier soir ; notre conviction était que toute réunion ayant pour but les 
élections générales devait être publique ; "nous nous étions trompé : à Chevreuse, 
les meneurs se mettent derrière le rideau, afin que des regards profanes ne pé- 
nètrent pas leurs projets contre-révolutionnaires; aussi a'Vons-nous été mia à la 
porte dès notre arrivée. Nous savions déjà quels étaient les candidats de ces ré- 
publicains de fraîche date ; nous vous les ferons connaître à notre première 
réunion, et nous vous dirons en même temps les motifs qui nous les font re- 
pousser. 

11 est de la plus grande urgence, citoyens électeurs, que nous ayons des 
réunions populaires, afin de nous concerter sur le choix de nos représentants et 
de déjouer les projets des ennemis de la République. 

Nous faisons donc un appel à tous les citoyens, et nous les prions de ne pas 
être indiflerents aux grandes élections qui vont avoir lieu ; des représentants qui 
vont en sortir dépend l'avenir de la République. 

Le club populaire aura lieu dimanche, 10 mars 1848, dans la salle de 

à Chevreuse. ' 

Salut et fraternité, 

LACHÈZE, 

MAitRE CARRIER. 



Chevreuse, mars 18/t8. 

Paris. — Inip. de Fain et Tbunol, Î8, roe Racine, près de l'Odéon. 



-TiM- 



AUX ELECTEURS 



PC 



Département de la Seîne. 



CITOYENS, 

Je sollicite l'honneur de vous représenter à l'Assemblée nationale. 

En 1839, et depuis, j'ai combattu la monarchie sur les barricades, dam la 
presse, à la barre des tribunaux et de la cour des pairs. 

Je voulais alors et je veux encore aujourd'hui la République, que je crois U 
seule forme de gouvernement capable de maintenir l'unité et la grandeur de la 
France ; 

La République démocratique, sage et progressive, sans despotisme et sans 
anarchie ; 

Le règne absolu de la loi; le gouvernement des majoritéf ; un pouvoir fraternel 
et fort, sortant du peuple par le suffrage universel, et puisant dans son origine 
l'autorité nécessaire pour être juste et respecté, pour maintenir l'ordre en assu- 
rant la liberté ; 

La prospérité publique par le développement graduel des institutions dé- 
mocratiques, dans les limites que comporte le respect de la' famille et d« la 
propriété. 

J'ai passé ma jeunesse dans l'élude et la pratique des sciences. Placé plus tard, 
pendant dix ans, à la tête d'une grande exploitation industrielle, j'ai pu suivre, 
dans tous leurs détails, les graves questions de production et do consommation, 
dont l'examen et la solution imposent en ce moment des devoirs si sérieux à vos 
représentants. 

Je serais heureux et fier de pouvoir consacrer le fruit de mes études et de mon 
expérience à l'accomplissement du mandat que je sollicite ; je prends envers vous 
l'engagement de mettre à le remplir la volonté, la persévérance et le dévoùment 
dont j ai fait preuve dans les luttes politiques, 

GERVAIS(diîCaen). 



Imp. centrale de Napoléon Cliaix et C«. 



^ 760 — 



Aux citoyens électeurs du département du Donlis. 

Citoyens électeuus. 

En vous demandanl vos suffrages, je vous dois ma loyale profession de foi : 

Petit-fîls d'agriculteurs et d'ouvriers, fils d'un soldat de la République, mort 
sur le champ de bataille, je n'ai dû qu'au concours mes fonctions de professeur 
à l'École de droit de Paris. 

Ainsi tous les souvenirs comme tous les efforts de ma vie m'ont aj^pris la sain- 
teté du travail : il est ma seule forluneelma seule ambition. 

Né dans le département du Doubs , où demeure toute ma famille , mon plus 
cher désir a toujours été de vous offrir mon dévouement : 

Homme nouveau , je n'ai pu me présentera vous qu'aujourd'hui : jusqu'alors 
je n'étais ni éligible, ni électeur. 
Voici mes convictions : 

Tout retour au passé est impossible : le salut de la France est dans la ferme 
union de tous, sous le gouvernement républicain. 

Ce gouvernement est celui de la souveraineté du peuple ; 

Ses conséquences politiques sont : la liberté de la pensée, des cultes, de la 
presse, de l'association : et le principe électif, confiant tous les emplois aux 
plus dignes. 

Ses conséquences sociales sont : 

L'instruction gratuite assurée à tous ; 

L'organisation du travail, surtout par son association avec le capital ; 

La répartition des impôts , proportionnée aux fortunes ; 

Un large système d'assurances mutuelles entre les Français, pour garantira 
tous le travail , et réparer tous les accidents qui l'empêchent sans la faute des 
travailleurs ; 

Le développement de toutes les institutions qui concourront à ce double but : 
notamment des crèches, des salles d'asile, des patronages, des indemnités aux 
malades, des pensions de retraite aux vieillards ; 

En un mot tout ce qu'exigent le principe d'égalité , et le sentiment de frater- 
nité, pour donner aux agriculteurs, aux ouvriers, à tous ceux dont le travail est 
l'unique revenu, la condition meilleure qui leur est due, au nom de la justice et 
de la religion bien comprises : 

Sans toutefois porter atteinte à la famille, à la propriété acquise elle-même 
par le travail, et sans fiirc violence à la liberté, ce premier besoin de l'homme 
qu'on ne peut réclamer pour soi, qu'à la condition de le respecter dans tous. 

Si vos convictions sont semblables aux miennes , citoyens électeurs , j'accep- 
terai le soin de les défendre comme le devoir le plus sacré de ma vie. — Vingt 
ans d'études des lois (dont mon enseignement a toujours posé l'unique base 
dans l'égalité) m'ont donné la mesure delà grave responsabilité de ce mandat; 

C'est à la voix publique à vous dire si j'ai, pour le mériter, le premier de tous 
les titres, celui d'honnête homme. 

OUDOT, 

Professeur à l'École de Droit de Paris. 



— 761 -- 
LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ. 



PROTESTATION 

Au Gouvernement provisoire de la République française 
AU NOM DU CLUB DE L'AVENIR. 

Les soussignés ont reçu mission de soumettre aux sérieuses méditations du 
Gouvernement j^rovisoire les considérations suivantes : 

La majorité des.chil>s s'est énergiquement prononcée contre l'introduction 
dans Paris d'aucune tîoiipe armée et soldée, en quoi ces assemblées n'étaient 
que les interprètes de l'humanité du peuple. Des représentations, à ce sujet, ont 
été plusieurs fois adressées au Gouvernement provisoire; les explications don- 
nées en réponse à ces représentations n'ont satisfait personne. 

Le club de l'Avenir déclare que lintroductiondans Paris d'une troupe armée 
et soldée serait considérée comme un fait des plus graves. De deux choses l'une : 
Ou cette troupe serait nombreuse, et sa présence deviendrait un véritable péril. 
Ou bien elle se composerait de peu d'hommes , et dès lors son appel fausserait 
un principe sans autrerésuitat que de constituer une provocation. En tout état 
de cause, la nécessité ne saurait justifier cet appel. La garde nationale peut am- 
plement suffire au service de la capitale. 

Mais il faut pour cela deux choses : 
• 1° Que la bourgeoisie, dont elle prétend exclusivement se composer , se déli- 
vre des obsessions de la peur et de la défiance que lui inspire le peuple. 

2° Qu'elle reçoive sans arrière-pensée et dédain , dans les rangs de son an- 
cienne organisation, tous les citoyens pour lesquels la participation à la défense 
armée de l'ordre et de la liberté devient désormais un droit et un devoir. 

Au nom de l'opinion publique, au nom du peuple, les soussignés considérant 
qu'en face des faits consciencieusement examinés, les conditions ci-dessus énon- 
cées sont loin d'être remplies ; que le peuple du combat et de la gloire, le peuple 
du dévoùment et de la bonne volonté, n'a pu, malgré ses elforts , pénétrer dans 
les rangs de la garde nationale, que les recensements annoncés, comme com- 
plets, n'ont pas été même él>auchés dans certaines légions, 

Déclarent que, en l'état, il ne pourrait être procédé , dans le délai fixé par le 
Gouvernement provisoire, aux élections de la garde nationale, qu'en frustration 
des droits du peuple; que dès lors il est urgent d'ajourner ces élections, dans le 
cas où le Gouvernement provisoire, sans tenir compte des observations prccé'- 
dentes, croirait pouvoir passer outre. Les soussignés, au nom du Peuple , an 
nom du chd3 de l'Avenir, protestent avec énergie contre la légitimité et la vali- 
dité de ces élections prématurées. Ils demandent formellement q'u'actc leur 
soit donné de leur protestation. 

Les membres du bureau du club de l'Avenir , en séance, cour des Miracles, 
le 13 mars 1848. A. BAUDIN, Président. 

Et ont signé tous les membres du club (1). 

(1) V. la Voix des Clubs, du IG mars 1848. 



U I. 



95 



762 



RÉPUBLÎOUE FRANÇAISE. 



COMITÉ CENTRAL RÉPUBLICAIN DES ÉLECTIONS D'EURE-ET-LOIR. 



LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ. 



PROCLAMATION. 



Citoyens, 

Vous avez élé appelés, lundi dernier, à 
exercer lo premier de vos droits civiques, 
celui qui est rapplicalion, pour ainsi dire, 
de la sainte formule républicaine. Vous avez 
:igi un iiommeslibrci=. Vo^lroilssont égaux. 
Vous êtes nos frères. 

Quinze cents d'entre vous, et plus, ont 
répondu à ce premier appel organisateur. 
\ous aviez -a nommer une commission élec- 
toialc. Vingt et un noms sonlsortisde l'urne. 
Cette commission prend lo nom de Comité 
central républicain des élections d'Eure-et- 
Loir. 

C'est une grande mission patrioii(|uo que 
vous nous avez confiée, Citoyens électeurs 
cliarlrains, car elle embrasse tout le dépar- 
tement et en nous adressant à vous, nous 
nous adressons en mémo temps h tous les 
électeurs tles arrondissements, à tous les 
électeurs des cantons eliles conitnunes. Mais 
ci.'lte mi.>sion était de p'emière nécessité, 
mais elle doit être pleine de résultats, et nous 
l'acceptons tous avec confiance, avec la re- 
connaissance la plus vive. Le zèle, le dé- 
vouement, J'éncrgic iiioride, tout doit dou- 
bler dans ce moment. D'ailleurs, puisque 
vous nous avez élu-, c'est que vous avez'eu 
foi en nous, et c'est cette foi qui .fera noire 
forc(\ 

Le temps n'est plus aux paroles; c'est sur 
les actes qu'il faut apprendre à juger les 



hommes. Notre premier devoir est donc de 
nous mettre en communication avec vous, 
Citoyens électeurs de Chartres et du dépar- 
tement d'Eure-et-Loir, et de vous dire com- 
ment nous comprenons notre mission, et 
comment aussi nous entendons la suivre, afin 
de réaliser ce que vous avez voulu, en nous 
nommant. Plus cette mission est importante, 
et plus il convient d'en déterminer avec soin 
les limites. * 

En quelques mots, posons les fai(s. 
La monarchie, ce fléau si longtemps hé- 
réditaire, a été balayée par le souffle puis- 
sant, irrésistible de la Révolution du i!^ Fé- 
vrier. Il n'y a [)lus pour elle, tii pour rien 
de ce qui s'y raliaclie, d'espoir de retour en 
France. Fille est morte, et avec elle son 
dernier prestige et tous ses préjugés. Il n'y a 
plus de trône en France, les cendres en sont 
aux vents. La monarchie, sous quehjue forme 
que ce soit, n'a plus d'asile à espérer parmi 
j nous. Le Peuple a reconquis sa souveraineté. 

Il la conservera PLEINE et entikhe. 
! ■ La Républitpie est le droit commun en 
i matière do gouvenieiiK.'nt. C'est, il faut que 
, chacun le sache, la plus large formule du 
i gouvernement dos sociétés, celui de tous, 
PAn TOUS ET POUR TOUS. Lc droii national, le 
I droit individuel, elle contient tout. Elle est 
' seule possible, elleestseule légitime. 
I La République, Citoyens électeurs, a été 



— 7t>3 — 



proclamée partout en France. C'est entre les 
mains du Gouvernement provisoiie actuel 
que ce dépôt précieux aélé remis. Citoyens, 
crions tous VIVE LA REPUBLIQUE! et te- 
nons-nous serrés autour du Gouvernement 
provisoire. 

C'est sous ces inspirations que doivent agir 
les membres du Comité central des élections, 
à Chartres; c'est grâce à cette con)munauté 
fiaternelle de sentiments qu'ils devront vous 
guider plus sûrement, en tout honneur, en 
toute conscience, dans la carrière qui s'ou- 
vre devant nous. 

Lg département d'Eure-et-Loir a sept Rc- 
présenlanls à nommer : Rcprésenlanls ilu 
Peuple, entendons-lo-l)icn! Nous ne savons 
que trop ce quêtaient les Représentants du 
pays jadis légal, comme on les obtenait, et 
ce qu'ils nous ont coulé. 

Citoyens électeurs du département, c'est 
sur le choix de ces se|)l Citoyens Représen- 
tants quenousa|)peloi;s toulevotre vigilance, 
toutes vos lumières, toute votre attention. 
Jamais mandat ne devra être porté si haut. 
La question électorale est grosse de l'avenir 
de la France. Il en pouriait sortir la tem- 
pête, faisons tous nos efforts pour qu'il en 
sorte l'espérance et la conciliation ! 

Il laàt (jue les mandataires du peuple, ses 
Représentants , soient des hommes purs de 
tous reproche, dans leur vie publique con",mc 



dans leur vie privée, et qu'il n'y ait pas une 
seule lâche dan^ leurs antécédent.":. Il nV-st 
plus aujourd'hui d'autres titres que ceux-ci : 
l'indépendance passée, la sympathie en tous 
temps pour les intérêts populaires. 

Tous les citoyens âgés de 23 ans sont éli- 
giblos. Choisissons les meilleurs. Le ministre 
de l'instruction publicpie, Carnot, vous l'a 
dit : L'œuvre du Gouvernement est changée, 
changeons les outils. 

Ces sept Représentants seront par vous 
chargés d'aller fonder la Républifjue dans 
rAsserr.blce nationale. Vous leur imposerez 
le devoir de la défendre et lie la suivre dans 
toutes ses phases, dans toutes tes consé- 
quences politiques et sociales, dans tous ses 
développements ultérieurs. Ces hommes ne 
demanderont rien pour eux, tout poar le 
pays. 

A r.œuvre donc, Citoyens de toutes les 
classes, égaux en droits, amis cl frères dans 
toutes les conditions ! Sachons donner à notre 
pays des Rejnésentants qui lui seront dé- 
voués. La génération actuelle prépare l'ave- 
nir ; (jue celle (pii suivra recueille les fruits 
de nos travaux. 

Un but pour tous, un seul, la Patrie! une 
iiiême cause, celle de l'humanité! 

Aidez-nous, Citoyens électeurs du dépar- 
tement d'Eure-et-Loir; aidons-nous tous et 
la République un jour nous en remerciera. 



\iwe la llcpuliliquc ! 



Ont signé cette proclamation les vingt et un niemhrcs du comité républicain 
des élections du département d'Eure-et-Loir, dont les noms suivent : 



Secrétaires. 



Damars, Président du Comité. 

Sellèque, Gérant du (j/aneur, Vice- Président. 

Devaureix, j 

Bureau, ( 

Delacroix, Trésorier. 

Bonnet de Soulaires. 

Durand (Félix). 

Froment père. 

Isambert-Lamare. 



Hugues, ouvrier fondeur. 

Petit-d'Ormov. 

Belville. 

Noël pèie. 

Anctin-Ronnet. 

Cousandier. 

Leiong, médecin. 

Rémond, propriétaire. 

Prévolenu aîn"^. 



764 



Boulard, directeur de l'école primaire. | Bonnard. 

Gorteau (Hippolyle). | 



Chartres. -- Félix Durand, imp. de la préfecture. (Mars 1848.) 

Nola. Cette proclamation a reçu, par signatures , l'adhésion des candidats à la députation , donlles 
noms suivent : 

RIM. de Pontoi, propriétaire du'chciteau de Yillebon, marquis; Marie; le général Lebrelon; A. Huil- 
lery; Gillet-Daraitte ; F. Vogeli ; Ach. de Foucault, baron; Noël Parfait- Danican-Philidor ; Ferd. {Du- 
gue ; Ch. Waddinglon ; Isambert, conseiller à la Cour de cassation; A. Trousseau ; Lelong; A. Jacquet; 
Raimbault ; Boudct (de Paris), président du tribunal de, Dreux; Barthélémy; Lorrincy; Worin ; Barbé; 
Collier-Bordier. 



AU COMMERCE ET A L'INDUSTRIE. 



CITOYENS, 

On a pensé que les commerçants et industriels qui sont au nombre de cent 
trente mille au moins dans la capitale, comprendraient tous la nécessité de voter 
comme un seul homme, pour envoyer à l'Assemblée nationale quelques can- 
didats spéciaux choisis dans leurs rangs. 

Le Club de Ylnduslrie, du Travail et du Commerce m'ayant fait l'honneur de 
me choisir comme un des Candidats qui ne perdront jamais un 'seul instant de 
vue les grands intérêts du commerce français, je viens me présenter à vos 
sulfrages. 

Avant la révolution de février, je n'a23partenais à aucun parti politique; mais 
je travaillais ardemment avec le concours des hommes dctoutes les opinions, à 
la propagation de l'influence française par le commerce et la marine. — Aujour- 
d'hui je suis sincèrement républicain, fermement résolu à maintenir l'inviola- 
bilité de l'Assemblée nationale contre toute faction violente, et prêt à donner ma 
vie pour la grandeur et le prospérité démon pays, aussi bien que pour la défense 
de toutes les libertés. 

Je ne crains pas de perdre votre voix en déclarant que, suivant mes convictions, 
l'Évangile est lu loi divine fondamentale dans laquelle je m'efforce de puiser tous 
mes ])rincipes. — Rien n'est donc plus profondément gravé dans mon cœur que 
la noble devise : 

LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ. 

Victor MARZÏOU, 

Négocianl-aïuuileur, directeur de la Société de l'Océanie, 21, rue des Moulins. 

Paris. — Impiimeric de Firmin Didot frèrc.«, rue Jacob, 56. 



— 765 — 



Aux Ouvriers du Finistère. 



CiiERs Concitoyens, 

Nous avons l'honneur de vous soumettre les noms des candidats que nous 
avons choisis pour représenter et protéger les ouvriers du département. 

Il est impossible que nous puissions nous guider sur les comités, quand nous 
voyons un désaccord aussi prononcé régner entre eux, puisque les quatre de 
Brest ont désigné plus de cinquante candidats dilierenffe. 

Tâchons, frères, de mieux nous entendre dans l'intérêt des ouvriers, qui, plus 
que jamais, ont besoin d être protégés. 

Arrondissement de Brest. — Fournier, menuisier, marchand quincaillier. 
Arrondissement de Morlaix. — Croissant, père, entrepreneur. 
Arrondissement de Quimper. — Lion, imprimeur. 
Arrondissement de Châteaiilin. — Yigouroux, serrurier au Faou. 



Le Dissez, marchand pâtissier; Lanuzel, marchand tapissier; Le Normant, insti- 
tuteur; GouRLVouEN, maître ébéniste; Weiler, maître serrurier; Georges, tail- 
leur; CoLLAR, marchand de chaussures; Blanc, maître tourneur; Boiciier, 
maître ébéniste; Ducarouge, maître menuisier; Nédéi.ec, maître perruquier; 
Hurand, maître menuisier; Lecorre, marchand tailleur; Potron, maître bou- 
langer; Rose, maître ébéniste; Guyot; Perrot, maître tonnelier; Vigoiroi, 
magasinier; Delamotte; Danviel, maître cordonnier; Ci.oirec, marchand tail- 
leur; TouLEC, maître menuisier; Jouan, maître serrurier; Blattier. fabricant 
de chaises; Raguénès, maître menuisier; Ilelche, marchand tailleur; Cualot, 
fabricant de malles; Mofret, marchand de meubles; Poirrier, maître ébéniste; 
Burter, marchand cordonnier; Mellotées; Laétier; CnARPEMiiiR, entrepre- 
neur; Barbier, maître menuisier; Morin, maître ébéniste; Flocu, marchand 
charcutier; De la Fontaine, ébéniste; Boiret; Capelin; Le Caer, marchand 
de meubles: Mouciiet, vernisseur; Yoit, chaisier; Dérédec. menuisier; >1amn, 
tailleur; Le Moal, ébéniste; Moïse; Pouiier; Querré, maître menuisier; Goes- 
selin; Férelloc; Caplain, fils, ébéniste; Vaillant; Poirrier, tailleur; Olivier 
Ballant, ébéniste, etc., etc., etc., etc. 



Brest. — Typ. de- Cli. LE BLOIS. 



— 766 



CITOYEINS DU DÉPARTEMENT DE L^AUBE, 

Dans les moments difficiles où nous nous trouvons; quand le spectre encore 
sanglant de la royauté semble menacer l'existence de notre jeune République ; 
quand l'avenir, toujours gros de nuages, nous présage encore de violentes tem- 
pêtes, c'est peut-être une grande témérité d'essayer de sortir de mon obscurité 
et de céder aux vœux de mes amis, pour m'élancer sur la route orageuse de l'As- 
semblée nationale, et venir, pauvre et inconnu, me présentera vos sulFrages. Ce- 
pendant, malgré mon infériorité, si la volonté ferme et inébranlable de remplir 
religieusement les devoirs sacrés que le mandat du peuple impose à ses Représen- 
tants, suffît jK)ur mériter votre confiance, je n'Iiésite pas à en courir la chance, 
heureux et content, quelque soit votre jugement au jour des élections. 

Économie! Paix! Ordre! Liberté! voilà la devise inscrite sur mon drapeau! 
Toutes les améliorations, je ferai tout pour les obtenir. Mon passé vous réj^ond de 
mon avenir. Élevé à l'école de l'adversité, c'est au travail seul que je dois ma mo- 
dique aisance; homme du peuple, son ami, son défenseur contre l'arbitraire, j'ai 
passé 50 ans de ma vie au milieu de lui ; j'ai mangé son jDain ; j'ai partagé ses jeux, 
ses peines et ses plaisirs; ses intérêts ont été les miens, et il ne m'a jamais de- 
mandé un service en mon pouvoir, que je ne lui aie rendu. Voilà mes titres! je 
n'en veux pas d'autres, et si mon nom paraît aujourd'hui au milieu de vous, ce 
n'est point pour arriver aux places et aux honneurs; car élu par vous, je revien- 
drais, mes travaux terminés, dans mon humble demeure, toujours pauvre et 
content, recevoir vos félifilalions, si je m'en étais rendu digne, ou courber la tête 
sous le poids de votre bîàme, si j'avais été assez lâche pour tromper vos es- 
pérances. , 

Pour garantie de la sincérité de mes intentions, je ne puis vous offrir que la 
parole d'honneur d'un honnête homme : j'ai le bonheur d'être connu comme 
tel; c'est un titre dont je me fais gloire, et auquel je ne faillirai jamais; et si j'ose 
lutter contre les noms entourés de l'auréole des richesses et des grandeurs, ce 
n'est qu'à la sollicitation de personnes honorables qui m'ont jugé digne de leur 
estime, et qui connaissent. mon entier dévouement aux intérêts du peuple. 

Ma profession de foi est celle d'un ami de la République et de son pays; mais 
le papier se laisse écrire et l'homme doit être jugé par ses œuvres. 

Économie; réduction sur l'allocation aux représentants; travailler dans 1 in- 
lérêt des classes malheureuses et ouvrières, de l'agriculture, de l'industrie, du 
connnerce, de l'instruction; réclamer toutes les amélioration^ utiles, etc., etc. 
Enfin tout pour le peuple et la France ! 

THIÉBLEMONT-LACOMBE, 

PROPRIÉTAIRE A LKSMONT. 



Arcis, Typ. FiY-monl. 



— 767 ~ 





' l 



DES UËI VI I ^3 DE 

SÉANCE DU 14 MARS 1848. 




PR0FËSS10\ DE FOI. 

DU CITOYEN LAGR\NGE 

Porté à la candidature de Colonel de la 6* légion 



CITOYENS, 

A cet appel fraternel et spontané qui m'honore et me touche au cœur, mais 
auquel je ne m'attendais jias, voilàce que je réponds : ma profession de foi est écrite 
dans mon passé. Ma vie privée, je la livre à l'invesligation de tous, depuis l'âge 
de douze ans; à dater de cette époque, c'est à mon travail, à mon travail seul, 
que j'ai dû le pain de ma famille, et celui que nous avons partagi';. Ma vie politique : 
1830 et 183/|. ; les rues de Lyon, la Chambre des pairs et les cachots de Doullens 
en témoignent. Ma profession de foi , je l'ai renouvelée le 21 février à la Réforme. 
Mes amis , ai-je dit , ce n'est pas nous qui porterons devant Dieu le poids du sang 
du peuple, s'il coule à flots au guet-apens des Champs-Elysées. 

Mais, dans cette circonstance suprême, vojlà ce que doivent faire les vrais 
républicains, et voilà ce que je ferai. 

Si un seul cheveu du peuple est touché, je me jetterai dans ses rangs , et je ne 
quitterai mon, fusil que mort, ou la République proclamée. 

Le 23, ma voix criait partout la guerre sainte , et jetait mon nom aux échos 
innombrables de la police, ma tête à la guillotine de ses maîtres. 

La nuit, le lendemain, le peuple a continué de faire son devoir... voilà tout. 

Maintenant , il s'agit pour lui de consolider le sublime ouvrage dû à son hé- 
roïsme. 

Il a scellé de son sang le principe sacré de la souveraineté du peuple : c'est à 
lui de veiller les yeux grands ouverts, et l'arme prête, avec amour et vigilance , 
sur ce dépôt sacré de sa conquête dont il est responsable vis-à-vis de la France , 
vis-à-vis du monde, vis-à-vis de la postérité. 

Citoyens , les ennemis, audacieux hier , hypocrites aujourd'hui , conspirent 
sous le masque, «'en douiez pas. 

Les armes puissantes et empoisonnées que votre longanimité chevaleresque 
a laissées à leurs mains vaincues, leurs mains parricides à la patrie, sont prêtes à 
les tourner contre son sein, prodigue de tendresse et de pardon... 

Citoyens, serrons nos rangs. — Travailleurs de la charrue , de la pensée, du 
comptoir, de l'industrie honnête, comme de l'atelier, les mêmes sentiments 
nous lient, les mêmes soulïVances nous pèsent, les mêmes dangers nous mena- 



— 768 — 



cent, le même dévoùmont nous anime, la même victoire nous impose. ... Tous, 
nous voulons la sincérité dans la Constitution, la consécration de nos droits, 
l'intégrité de nos libertés, toutes les conséquences morales et matérielles que la 
France et l'humanité réclament et attendent de la révolution et de la République, 

Liberté^ égalité, fraternité. Que cette sainte devise, écrite dans nos cœurs, comme 
sur nos drapeaux, soit enfin une vérité. 

Et pour cela, que la garde nationale, cette sentinelle permanente et éclairée, 
à qui sont confiées les destinées de la Constitution, que la garde nationale soit 
également une vérité. 
Citoyens, 

En résignant des titres et des fonctions révolutionnaires , par conséquent, 
momentanées, j'ai dit que je me conservais toujours au servic(3 du peuple sou- 
verain une tête de républicain sincère, un cœur d'honnête homme et un bras 
de soldat. 

Et je répète encore, citoyens et soldats de 1^ république, je ne choisis j^as mon 
j^oslc là où le peuple m'a donné d'aller; je marche tôle baissée sans consulter 
mes goûts, sans prendre la resj^onsabilité de mes forces, dans la conscience de 
mon dévoùment et de ma bonne foi. 

Soldats citoyens de la 6"" légion, je n'ai pas sollicité vos suffrages; beaucoup 
d'autres, plus dignes et plus caj)ables, appellent votre attention et votre choix ; 
mais si vous persistez à me mettre à votre tête, je ferai mon devoir. Je sais bien 
que vous ferez le vôtre. VIVE LA RÉPUBLIQUE ! 

Voir la Voix des Clubs du 22 mars 1848, p. 2, col. 1''p. 



A MM. les électeurs' en dépaileiiient de la Creuse. 

Messieurs, • 

Le bruit s'élant répandu dans le département que je me désistais de ma can- 
didature aux élections prochaines, j'ai besoin de protester, et le meilleur moyen 
de le démentir, c'est de faire appel à vos suffrages, si vous m'en jugez digne. 

Je n'ai rien à renier de mon passé; j'ai la conscience d'avoir rempli jusqu'au 
dernier moment, avec zèle et indéjiendance , le mandat politique que j'ai reçu 
deux fois de mes commettants, et je serais heureux d'obtenir de vous le nou- 
veau témoignage d'estime et de confiance que je sollicite. Je n'ai pas de profes- 
sion de foi, mon passé répond de l'avenir. 

Dans la situation grave et difficile où se trouve le pays , tout bon citoyen doit 
être sincèrcuKMit résolu à consolider l'œuvre de la dernière révolution popu- 
laire, en prêtant un concours freine et loyal au gouvernement républicain ; mais 
il doit aussi faire tout ses efforts pour le préserver de l'entraînement des mau- 
vaises passions, si on était tenté de leur faire appel; ellc^ conduiraient la France à 
l'abîme, en portant atteinte à tous les principes d'ordre et de liberté sur lesquels 
reposent les droits de la famille et de la propriété. — Telle sera toujours la 
règle de ma conduite. Agréez, Ah^ssieurs, l'assurance de mon dévoùment, 

F. RÉGNAULT, ancien député de la Creuse. 
Mars 1848. 



^ 769 — 



LE COMITÉ ÉLECTORAL 

DE L'ARRONDISSEMENT DE VASSY 



AUX CITOYENS 



DI DEPARTEMENT DE Li HMTE-MAME 



Citoyens 



Une grande Révolution vient de s'accomplir ; les glorieuses barricades de fé- 
vrier ont inauguré pour la France une ère nouvelle et régénératrice. Mais une 
partie seulement de la tâche est remplie; il nous reste à la compléter par la no- 
mination de Représentants, qui, s'associant aux progrès de la raison populaire, 
comprennent les notal)les principes de.4iberté, à! égalité, et de fraternité, pro- 
clamés par la République. 

Nous avons à donner .au monde l'exemiDle d'un peuple libre, uni, ami de 
l'ordre, sachant se gouverner par lui-même, et marchant^^d'un pas ferme à la 
conquête de son bien-être et des améliorations sociales. '^ 

Des choix qui seront faits déj^endent le salut de la France et la stabilité des 
institutions réclamées. 

Loin de nous ces hommes du lendemain qui ne voient dans un gouvernement 
nouveau qu'une occasion de se ruer sur les places et les emplois, et de montrer 
ainsi l'obséquiosité de leur conscience 1 Loin de nous ces esprits timorés que 
toute secousse inquiète, que les mesures énergiques épouvantent et qui reculent 
devant l'innovation 1 Loin de nous surtout ces hommes rétrogrades dont l'adhé- 
sion à nos institutions nouvelles est commandée par la circonstance ! ! 

Nos suffrages doivent porter sur des cœurs sincèrement attachés à la Répu- 
blique et prêts à se dévouer sans relâche à la cause populaire, sur des âmes mues 
par un patriotisme intelligent, qui sachent faire abnégation d'eux-mêmes pour 
nous donner une République grande, forte et pure, et pour se consacrer entière- 
ment à notre régénération 1 

La mission à remplir est noble et belle; il faut que le candidat puisse dérouler 
sa vie publique et privée, et justifier ainsi ses titres à la haute marque de con- 



T» I» 96 



— 770 — 



fiance qu'il sollicite. Les garanties à donner ne sont pas dans les promesses, elles 
sont dans les antécédents. 

Mais la condition du succès, ne l'oublions pas, ne peut être que dans l'union. 
Appelés à coopérer à iin acle immense, les bons citoyens doivent mettre en pra- 
tique le princijDC de fraternité, base fondamentale de la République ; il faut qu'ils 
s'unissent dans une pensée commune de patriotisme. 

Afin d'atteindre ce but, nous nous sommes constitués en comité pour l'arron- 
dissement de Vassy; nous nous mettrons en rapport avec nos divers cantons et 
avec les arrondissements de Chaumont et deLangres. Ces rapports peuvent seuls 
nous éclairer et nous diriger tous sur les choix à faire. 

Que les candidatures se posent, et qu'elles se posent sans délai. Notre mission 
sera de les faire connaître, afin que chacun puisse à l'avenir les discuter et les 
apprécier. 

Notre concours est acquis à la cause populaire. Nous voulons pour la classe 
ouvrière du pain, du travail, des salles d'asile, des écoles, tout en un mot ce qui 
peut améliorer la position du peuple et contribuer au développement de son in- 
telligence. Nous serons heureux si, par nos efforts^ nous pouvons contribuer à 
l'affermissement de la démocratie, de cette organisation politique où chacun, 
désormais, trouvera des éléments assurés de tranquillité et de bien-être. 

Vassy, le 14 Mars 1848. 

Les membres du Comité, 

RAVELET, maire de Vassy, Président; — ALIPE, docteur 
en médecine. Secrétaire; — RIGOIGNE, juge au tri- 
bunal civil; — MASSON, commandant de la garde na- 
tionale; — BOREL, conseiller municipal; — GIROT, 
avoué. 



• Chaumont, imp. et liihog. de Charles Cavaniol. 

Voir \QBien public, du 17 mars 1848, 



A MES COHCITOYENS. 

Je me présente comme Candidat à l'Asseml)lée Nationale. 
Une Profession de foi peut mentir; la mienne sera dans la conscience de ceux 
qui me connaissent. 

JAIME. 



Imp. de Jules-Juteau et Ce, ruc'st-Denis, 345. 



— 771 



REPUBLIQUE FRANÇAISE. 

Liberté , Égalité , Fraternité. 



AU NOM DU PEUPLE! 
Le Commissaire du Gouvernement pour le département de la Marne, 
Vu la circulaire du citoyen ministre de l'intérieur en date du 12 de ce mois, 
Attendu que les fonctions de sous-préfet ne peuvent être conservées par ceux 
qui ont servi un pouvoir dont chaque acte était une corruption, et qu'il v a ur- 
gence de confier jirovisoircment ces fonctions à des hommes sûrs, dont le passé 
garantit le dévouement et la sympathie au nouveau gouvernement, 
ARRÊTE : 
Le sous-préfet de l'arrondissement de Sainte-Ménehould est révoqué. 
Il sera remplacé par le citoyen Garinet, qui se rendra immédiatement à Sainte- 
Ménehould, et prendra, en m'en rendant compte, toutes les mesures nécessaires 
pour le maintien de l'ordre et du bien public. 

Le Commissaire du Gouvernement, 

Signé LEGUREUX. 

Imprimerie du G'ouvernemeiit. 



Concitoyens du département du Var, 

Agriculteurs, ouvriers, commerçants, propriétaires, soldats, marins, artistes, 
penseurs, tous travailleurs de la tête ou des bras. Dieu merci nous ne formons 
plus, dans notre patrie, qu'une seule et grande unité : le Peuple français ! 

Dieu merci, c'est à vous tous que je m'adress(! aujourd'hui! 

La République française de IS/tSest fondée. 

11 s'agit de lui donner sa constitution; il s'agit de réaliser dans les lois et dans 
les faits ces trois principes féconds: Liberté, Egalité, Fuaternité, qui sont ceux 
de la religion du Christ; il s'agit, après la première commotion et la secousse 
venue à la suite, de montrer au monde la République française, non pas telle 
que la peur ou les préventions avaient pu se la figurer, mais telle qu'elle est, telle 
que la veulent les lumières modernes et l'esprit de la nation ; forte, calme, juste, 
magnanime et rassurante; il s'agit de dégager pacifiquement tout le ])ien qu'elle 
porte en elle; et de travailler sérieusement, cette fois, à faire du bonheur de 
chacun le bonheur de tous!... 11 s'agirait de la défendre, si elle était menacée! 

Cette mission est la vôtre en ce moment; ce sera bientôt celle de l'Assemblée 
nationale. 

Citoyens! donnez-moi votre mandat; associez-iiioi , en votre nom, à celte 
grande œuvre ! Si le talent, si la science me font défaut, il est une chose dotit je 
vous réponds et qui ne faillira jamais : c'est le cœur ! 

ORTOLAN, de Toulon. 

Paris, 14' mars 18i8. 

On est prié de faire affilier. 

Paris. — Imp. de Faiu et Thunot, rue Raciii'\ 28. 



— 772 — 



A MES COMTOYEIVS 



DU 



DÉPARTEMENT DE SEINE-ET-OISE. 



MES CHERS CONCITOYENS, 

La révolution sociale qui s'accomplit en ce moment ol)ligc tout citoyen de cœur 
à se dévouer aux affaires pul^liques, si son concours peut êtreitti!e; je me présente 
comme candidat à la dépulation de Seinc-et-Oise. 

Mon nom est connu dans le département. Je tiens à la magistrature par mon 
père, qui, toute sa vie, a exercé à Versailles, et à l'agriculture par ma famille ma- 
ternelle (les Dubosc à Haute-Maison, près Ramhouillet). Gomme archilecle, j'ai 
fait vi\re beaucoup d'ouvriers. Je vois, je connais, par ma position sociale, toutes 
les classes de la société; je puis apprécier les devoirs et les droits de chacun. Mes 
nombreux voyages à l'étranger me mettent à même d'être de quelque utilité pour 
nos relations internationales. En résumé, ma vie a é!é celle d'un travailleur. 
J'ai pu, sans fortune, avec la seule éducation que m'a si libéralement donnée 
mon père, me créer une position honorable dont je suis fier, puisque je ne la dois 
qu'à mon travail et qu'elle me permet de briguer aujourd'hui l'honneur insigne 
de représenter mes concitoyens. Le département pourra me préférer un repré- 
sentant plus capable; mais, assurément, il ne pourrait en trouver un plus sin- 
cèrement dévoué à la République et plus pénétré de l'importance de son mandat 
que ne le serait 

votre dévoué concitoyen, 

Hector HOREAU, 

archilecle, membre de la Sociclé centrale des architectes, 
auteur de j)lusieurs i)rojet.s d'utilité publique, 
fondateur et trésorier honoraire de lu Société Orientale de France, 
auteur du Panorama d'Ejyple et de Nubie, 

\ PARIS, RUE IIAUTEVILLE, 49. 

Paris, \[i mars I8/18. 



Iinp. de Mme v" Bouchard-IIiizard , rue do l'Éperon, 7. 



773 



EXTRAIT DE LA RÉFORME 



Du 14 mars 1948. 



Personne plus que le citoyen Eugène Sue n'avait droit à se présenter aux suf- 
frages du peuple. Ecrivain fécond et d'une réputation européenne, il a, dans ses 
derniers romans, vulgarisé les idées sociales les plus avancées. Peu d'hommes 
ont mis autant de talent à défendre le pauvre, l'ouvrier des villes et des cam- 
pagnes, à dévoiler leur noble misère et à poursuivre la recherche des moyens de 
la guérir. 

C'est donc un devoir pour nous de publier la lettre suivante, que nous adresse 
le citoyen Eugène Sue. La modeste simplicité de cette profession de foi frappera 
tout le monde. Les hommes les plus sincèrement dévoués à rhumanilé sont tou- 
jours ceux qui craignent le pins d'être restés au-dessous du devoir. 

« Plusieurs de mes concitoyens, soit en leur nom, soit au noms de leurs amis, 
« veulent bien m'engagcr ù me présenter puliliquement comme candidat à la re- 
« présentation nationale. Pénétré de mon insuflisance, je n'aurais jamais prétendu 
« à siéger parmi les représentants du peuple; mais si cet insigne honneur m'était 
« décerné, je me rendrais avec respect, avec reconnaissance au vœu de mes con- 
« citoyens, ayant du moins la conscience d'avoir depuis longtemps, et selon la 
« limite de mes forces, servi la cause sociale et populaire que la République 
t inaugure aujourd'hui, et de pouvoir lui ollïir mon passé comme garant de 
« l'avenir. 

« Ma profession de foi sera simple : 

« Adhésion de cœur et d'âme à la forme et à V esprit du Gouvernement républicain. 

« Ferme volonté de réclamer, avec toutes ses conséquences sociales et politiques, 
« l'application de cet immortel principe ; 

LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ. 

EuG. SUE. 



Paris, imp. de Paul Dupont. 



-^ 774 — 



MANIFESTE 



DU 



COMITE ELECTORAL REPUBLICAIN 

DE BAR-SUR-AUBE. 



Dévoûtnent à la Patrie, 
Dévoùment à la République. 

CITOYENS, 

La France vient de briser son dernier trône. En trois jours elle a reconquis son 
honneur et sa dignité nationale, perdus au dedans et au dehors par un roi ou- 
blieux de ses serments et de ses devoirs. Honneur et reconnaissance au peuple 
de Paris qui a régénéré et sauvé la patrie! Honneur aux ciloyens qui ont régula- 
risé le mouvement, réprimé ses excès et él)auché au milieu du désordre les ad- 
mirables institutions qui se résument en ces trois mots : Liberté, Égalité, Fra- 



TERNITK 



Mais ces institutions nées <le la révolution, consacrées par l'enthousiasme de 
la France entière, attendent leur sanction définitive de la raison, delà conscience 
nationale, par le suffrage universel. Ciloyens, vous éles appelés à une grande 
mission. Ce n'est plus, comme au temps de cetle cbupable fiction du pays légal, 
le bien-être de la famille, de la commune ou de l'arrondissenient qui est entre 
vos mains, c'est celui de la nation entière dont vous êtes partie intégrante et dont 
vous suivrez les vicissitudes. Pénétrez-vous donc de la sainteté du mandat qui 
vous est confié et n'apportez dans son exécution ni indid'érence coupable, ni les 
sentiments plus coupables encore d'ambition, de haine et d'intérêts personnels. 

Mais en présence du sullrage universel, le vote isolé, fùt-il consciencieux, 
perd son importance et devient presqu'un danger. 11 faut l'association des votes, 
pour qu'ils soient féconds; il faut plus : d'après le mode d'élection actuel, il 
faut l'accord unanime des électeurs pour pouvoir espérer une nomination d'un 
Représentant du pavs. C'est dans ce but que le Comité élecloral de Bar-sur- 
Aube a été institué. Librement élu à la presque unanimité par deux cents vo- 
tants réunis à l'Hôtel-de-Ville, il vient s'offrir aux populations disséminées de 
notre arrondissement, afin de \v\\r servir de centre d'action et de point de ral- 
liement. N'imposant à personne ni opinion ni candidature, il appelle à ses réu- 
nions électorales publiques quiconque, pénétré comme lui de l'immense in- 
fluence des élections prochaines sur les destinées de la France, veut contribuer^ 



775 — 



dans sa sphère d'action, au salut et à la grandeur de la patrie; il entre en com- 
munication, par correspondance et par des délégués, avec toutes les communes 
et tous les comités électoraux d(; l'arrondissement; il accueille tous Irs rensei- 
gnements et provoque dans toutes les communes la nomination de délégués pour 
assister aux séances publiques, où seront librement discutés les titres de tous les 
candidats à la dépulation. Ce n'est pas tout. 

Le mode d'élection donne au centre de notre département une puissance 
élective qui menace d'absorber celle des arrondissements, si les arrondissements 
restent séparés. Mais loin de nous la pensée que nos concitoyens de Troyes inter- 
prètent ainsi ces trois grands principes, Liberté, Egalité, Fraternité! Cepen- 
dant c'est à nous, qui comprenons ral)us lil)erliciflc qui pourrait résulter de ce 
mode d'élection, qu'est imposé le devoir d'y remédier. 

Citoyens, frères du département de l'Aulie, soyons unis, entendons-nous sur 
le choix de nos Représentants; réunissons nos efforts pour empêcher l'éparpil- 
lement des suffrages, établissons des relations actives entre nos Comités électo- 
raux, et, pour la première fois enfin, appliquons ces sublimes principes : 

Liberté , Égalité , Fraternité 1 

VIVE Lil RÉPUBLIQUE ! 

Les citoyens Membres du bureau du Comité électoral républicain de Barsur-Aube : 

.Georges DEBAUFFRES, maître de poste, président. 

ÏUROÏ, notaire, ) vice-orésidents. 

GUILLAUMOT-BARSON, tanneur, } '^'"'^ pitsidents. 

MOUGEOT-DëGROND, docteur-médecin, secrétaire. 
^95?1^.^J-2^.ELIN, propriétaire, | .iee-secrétaires. 



CHEVALLOT, instituteur, 

GRAVEL fils, trésorier. 

Les lettres et renseignements devront être adressés au citoyen Georges Deb auffres, 
Président du Comité. 



Bar-8ur-Aube, 14 mars 1848. 



Bar-sur-Aube. — luip. el lith. de Jardeaux-Ray. 



— 776 "^ 

Jouy-en-Josas, le 14 mars 1848. 

AUX CITOYENS OUVRIERS 

DE 



Seine-et-Oise. 



Citoyens , 

Le gouvernement actuel a déclaré qu'il verrait avec plaisir des hommes du 
peuple, des ouvriers pour représentants ; c'est comme ouvrier, comme homme 
du peuple que je brigue vos suffrages. 

N'attendez pas de moi de beaux discours : je serai simple dans mon langage 
comme je le suis par ma position. Né à Ponloise, de parents ouvriers, j'ai été 
élevé au milieu des ouvriers. 

Depuis quatorze ans que j'habite Versailles et ses environs, j'ai, comme insti- 
tuteur, connu les habitudes des ouvriers et surtout les besoins de la classe pauvre 
des campagnes; comme géomètre, je suis initié à leurs travaux. 

C'est donc aux ouvriers princiiDalenient que je m'adresse, ce sont leurs suf- 
frages que je sollicite. 

En m'iiouoraiit de leurs voles ils honoreront leur position sociale, car ils choi- 
siront un des leurs, qui consacre tous ses moments au peuple, dont il est mem- 
bre, à la classe ouvrière, dont il fait partie. 

POMOISIENS. 

Citoyens compatriotes, c'est votre camarade qui fait un appel à votre ancienne 
amitié ; il a confiance en vous, ayez confiance en lui. 

El vous, collègues, qui connaissez mon caractère franc et loyal, voulez-vous 
qu'un des vôtres soit le digne défenseur de nos libertés? appuyez-le. 

J(; n'ai pour titres que mon patriotisme et la confiance que j'ai mise dans les 
ouvriers de Seine-et-Oistv. Cette confiance sera-t-elle trompée? Votre camarade 
vous attend, il veut la LIBERTE, la UÉLUJBLIQUE. 



Vive 


LA République ! 

Salut et frat 


ernité, 

AMETTE, 

à Jouy-en-Josas. 


Imp. 


iith. de Bennox-Merleand à Versailles. 



Paris. — Imp. Lacour et Ce, rue Soufllot, 16. 



^ 777 — 



Paris , i'ù mars 1848. 



Aux Membres du Gouvernement provisoire. 



Citoyens, 

Les soussignés, délégués des clubs , représentant la généralité de la population 
parisienne, vous prient de leur faire connaître l' heure à hupielle le gouvernement 
provisoire pourra les recevoir aujourd'hui, et les entendre sur une communication 
de la plus haute importance. 

Salut et fraternité, 




T. I. 



— 778 — 



AUX ÉLECTEURS DU CHER. 



Paris, mars 1848. 

De grands événements viennent de s'accomplir, des événements qui, Je n'hé- 
site pas à le dire, ont élc fort au-delà de mes vœux et de mes prévisions. En pré- 
sence de ces événements, j'ai dû me demander ce que devaient faire les membre- 
de l'ancienne opposition constiulionnelle, ceux qui très loyalement, très sincè- 
rement travaillaient, il y a un mois encore, à consolider rélal)lissement de 1830, 
en rendant au gouvernement représentatif sa pureté et sa vérité. Après y avoir 
mûrement réfléchi, je crois que, dans les circonstances graves où nous sommes, 
il ne leur est pas permis de se retirer sous leur tente. 

Si donc mes concitoyens croient que, dans la prochaine assemblée nationale, 
je puisse encore rendre quelques services à la pairie commune, j'accepterai et 
je remplirai selon mes lumières, selon mes forces, le mandat qui me sera confié. 
S'ils pensent, ainsi que je l'enlends dire quelquefois, qu'à une situation nouvelle 
il faut des hommes nouveaux, je rentrerai dans la vie privée avec la ferme réso- 
lution d'aider, comme simple citoyen, ceux qui voudront, qui pourront donner 
à la France l'ordre, la liberté, la grandeur. 

Je saisis, d'ailleurs, cette occasion de dire simplement, nettement, ma pensée 
sur les derniers événements et sur les devoirs qu'ils imposent, selon moi, à tous 
les bons citoyens. Quand les intentions sont droites et pures, on n'a rien à dis- 
simuler, et l'explication la plus vraie est, en même temps, la plus habile. 

La France, en 1830, avait fondé un gouvernement qui, transaction ou transi- 
tion entre la monarchie et la république, devait, daus la pensée de ses fonda- 
teurs, réunir les avantages des deux régimes, et opérer la conciliation, si long- 
temps désirée, si longtemps poursuivie de l'ordre et ce la lil)erté. Avrai dire, le 
chef de ce gouvernement, placé sur le trône par une révohUion populaire, était 
le président héréditaire d'une république, dont la portion la plus éclairée de la 
société avait conservé la direction. 

La double condition d'un tel système c'était, d'une part, que la royauté nou- 
velle n'eut pas, comme la royauté ancienne, la prétention de gouverner; de 
l'autre, que la portion du pays investie exclusivement des droits politiques, n'ou- 
bliât jamais que ces droits lui étaieut-atlribués non dans son intérêt propre, 
mais dans l'intérêt géu(''ral. 

Ainsi comprise, ainsi pratiquée, la monarchie constitutionnelle avait chance 
de s'établir en France, et de rallier autour d'elle ceux-là même qui, au début, 
eussent préH-ré la rc'pnblifjue. Cependant il est arrivé qu'une fois les premières 
diflicullês vaincues, le gouvernement et la majorité de ceux auxquels le pouv 
était délégué, ont méconnu leur mission, manqué à leurs devoirs, et foulé a 



oir 
aux 



— 779 — 



pieds les principes qui, seuls, rendaient en eux l'autorilé rosjx'claLle et légitime. 
11 est arrivé que les inLércls personnels ont prévalu sur les iutérèls ij(''néraux, les 
calculs cupides sur les sentiments généreux, et que la liljertc, au dedans, la 
dignité nationale, au dehors, ont été sacrifiés à des préoccupations égofsles. 

11 est arrivé que, chaque jour, le mal s'(^st aggravé, et que pour soutenir, pour 
étayer un système qui s'écroulait, on n'a point reculé devant l'indignité des 
moyens. On a eu ainsi le spectacle étrange et dégradant d'une nation q-ie la cor- 
ruption semble avoir envaiiicî tout entière, et qui, par sa représentation cHicielle, 
paraît n'avoir conquis ses droits que pour en trafiquer, ses libertés que pour les 
vendre. 

A la vue de telles déviations, de telles aberrations, de tels scandales, ceux qui 
soutenaient l'établissement de 1830 avec un dévoùment désintéressé, poussèrent 
un cri d'alarme, et cherchèrent, parla presse, parla parole, par tous les moyens 
dont ils pouvaient disposer, à éveiller la sollicitude publique et à tirer les honnêtes 
gens de leur léthargie. Ils avertirejit le gouvernement qu'il se trouvait placé entre 
une révolution et des réformes profondes, cl que, s'il ne se hâtait pas, l'établisse- 
ment de 1830, privé de ses ap])uis naturels, tomberait, à la première collision, 
devant la haine des uns et l'indifFérencc des autres. 

Ils avertirent ce qu'on appelait le pays légal que, s'il continuait à exploiter, à 
son j^rofit, le pouvoir dont 1830 l'avait généreusement ijivesti, le pays réel repa- 
raîtrait tout-à-coup ])Our reprendre son mandat et pour briser une délég;ition 
infidèle. S'il était resté dans les conseils du gouvernement quelques grains de bons 
sens et de j^rudence, de tels avis, souvent répétés, eussent inspiré des craintes 
salutaires et commandé une sérieuse attention. Au lieu de cela, ils ne produi- 
sirent qu'irritation et colère. Loin d'ouvrir les yeux, on les ferma plus que jamais; 
loin de céder, on s'o])stina; loin de reculer ou de s'arrêter, on marcha en avant 
jusqu'au jour où, par un deriiier acte, o!i résolut de prouver que les droits les 
plus sacrés, les lois les plus positives n'étaient plus rien c-ontre le bon plaisir et 
contre la réaction. 

On sait ce qui s'en est suivi. Comme l'opposition l'avait prévu, comme elle 
l'avait jirédit, la ruse a eu le même sort que la violence, et le refus de réformes a 
conduit à une révolution. Dans cette grande catastrophe, il est pourtant deux 
choses qui ont dépassé toutes h^s prévisions; c'est, d'une part, la facilité, la rapi- 
dité de la victoire pojDiilaire; c'est, de l'autre, la promptitude et l'aisance avec 
lesquelles les serviteurs les plus dociles, les courtisans les j)lus intimes de la 
royauté déchue ont porté d'un palais à l'autre le tribut per?évérant de leur en- 
thousiasme et d(^ leur fidélité. 

Le chef infortuné du gouvernement qu'ils avaient servi, flatté, perdu, errait 
encore sur nos cotes, que déjà on les voyait, à riIotel-de-Ville, comme naguère 
aux Tuileries, protester, les larmes aux yeux, de leur inallirable dévoùment. 
Quand, il y a un mois, nous accusions le gouvernement de fonder sur les passions 
basses et cupides tout l'esprit de sa domination, nous n(>pensions certes pas que 
nos accusations dussent recevoir sitôt la confirmation la ])lus éclatante. 

Je n'en veux pas dire davantage sur le jiassé, et je laisse volontiers à ceux qui 
adulaient la puissance, il y a peudejours,le soin d'insulter aujourd'hui le malheur. 
Mais si tout le monde est d'accord pour reconnaître, à travers ([uelques incidents 



— 780 



plus ou moins graves, la cause réelle, essenlielle de la dernière révolution, cet 
accord cesse, quand il s'agit d'en apprécier la portée et d'en prévoir les con- 
séquences. A mon sens, elles sont immenses, et l'on ne saurait s'en préoccuper 
trop sérieusement. Je suis, on le sait, de ceux qui eussent souhaité que, le 
jeudi 2h février, le mouvement s'arrêtât, et qui, à la solution actuelle, préféraient 
une solution moins hardie. Mais je me hâte de déclarer que, si cette solution était 
alors possiMe, elle ne l'est plus aujourd'hui. 

Trois dynasties qui avaient pour fondemenr, l'une la gloire, l'autre la tradition, 
la troisième l'utilité, ont péri sous nos yeux après avoir, toutes les trois, essayé 
vainement de renaître, dv revivre dans un enfant; trois dynasties ont ainsi suc- 
cessivement disparu du territoire français sans y laisser de racines. Qui pourrait, 
sans folie, aller chercher au dehors les rejetons de ces dynasties pour les implanter 
de nouveau dans un- sol qui les repousse? Qui voudrait, aux difficultés qui nous 
assiègent, qui nous oppressent, ajouter une difficulté nouvelle et jeter dans le 
pays les ferments d'une guerre civile? Qui oserait fournir ainsi aux passions vio- 
lentes de lintèricur ou de l'extérieur le prétexte qu'elles attendent pour se ruer 
sur la société française et pour la houlevtn^ser de fond en comhle? 

Entre les trois familles (jui, si la monarchie pouvait renaître, se disputeraient 
la couronne; où est d'ailleurs la raison fondamentale, prépondérante, universelle, 
de préférer l'une à l'autre? Ce ne serait donc point seulement la lutte de la mo- 
narchie contre la République; ce serait la lutte de trois monarchies entre elles, 
chacune avec son drapeau, avec ses partisans, avec ses prétentions. Il faudrait 
désespérer du hon sens de la France si, après avoir laissé tomber la monarchie, 
quand elle pouvait la soutenir, elle affrontait, pour la relever, des chances si 
terribles. 

11 est en outre impossible, si l'on n'est pas aveugle, de ne pas voir que, dans 
les profondeurs des sociétés européennes, il s'opère en ce moment un travail la- 
tent, et dont les derniers résultats sont encore inconnus. Pendant longtemps 
nous avons pensé que l'ère des gouvernements mixtes devait précéder celle des 
gouvernements purement démocratiques, et qu'avant d'aller à la République, 
riùu ope se reposerait quelque temps, longtemps peut-être, au sein des monar- 
chies conslitutionnelles. Ce qui se j^asse en ce moment tend à prouver que, sur 
certains points de l'Europe, ce repos sera de courte durée; et déjà en France et 
ailleurs commence l'enfantement d'un ordre tout nouveau. 

Quelles seront les conditions fondamentales diî cet ordre et quelle doit être sa 
forme définilive? C'est une grande et redoutable question dont personne ne pos- 
sède encore la solution. Ce qu'il y a de certain, c'est que les classes laborieuses 
en France ne sont plus ce qu'elles étaient en 1790, et qu'il s'est opéré parmi elles 
un progrès considérable, un progrès que le dernier gouvernemeut ignorait, et 
dont, peut-être, nous n'étions pas nous-mêmc assez frappés. Croire qu'on peut 
gouverner aujonrd'Juii aux mêmes conditions que par le passé et sans faire une 
large part au\ classes dont il s'agit, ce serait tomber dans une erreur étrange et 
dangereuses Au milieu de l(;ur victoire et des espérances illimitées dont on les 
berce, dont on les enivre, elles ont conservé, tout le monde en convient, une alti- 
tude calme, digne, <pii j)rouve à la fois leur bon sens el leur modération. Pour- 
fjuoi supporei' (juece lionsens, celtemodéralion lesabandonnenl, quand il faudra 



— 781 — 



résoudre, non par de vagues formulés, mais dans la pratique, les problèmes si 
difTiciles, si compliqués qui touchent à leur existence. 

A travers les idées, les prétentions contradictoires dont le conflit trouble la so- 
ciété, il est trois points fixes auxquels, sous peine de péril, il faut s'attacher étroi- 
tement, fortement: l'Etat, la famille, la propriété. IN'ost-il pas permis d'espérer 
qu'émancipées de la tutelle où elles ont été tenues jusqu'ici, les classes labo- 
rieuses le comprendront et qu'elles sauront rejeter bien loin d'elles les funestes 
conseils qui, loin d'améliorer leur sort, le rendraient, s'ils étaient écoutés, plus 
précaire et plus dur. Tant qu'elles ne participaient pas à la gestion commune, il 
était aisé de faire croire aux classes laborieuses qu'on n'avait pour leur misère, 
pour leurs souffrances, ni pitié, ni sollicitude. Elles verront maintenant par elles- 
mêmes que pour donner à tous le bien-être, il ne suflit pas de le vouloir, et que 
dans l'ordre physique, comme dans l'ordre moral, il est des lois nécessaires qu'on 
ne viole j^as impunément. 

Quelque rapide, quelque inattendu qu'ait pu être le renversement de la mo- 
narchie constitutionnelle, il m'est donc impossible d'y voir un fait accidentel et 
passager. 11 m'est encore plus impossible de croire qu'un tel événement éclate 
sans produire dans les com])inaisons politiques ou sociales une perturbation pro- 
fonde et un long ébraiilenienl. S'il en est ainsi, notre conduite est toute tracée, 
et l'ancienne opposition libérale n'a qu'un parti à ])rendre. Ce ii'est pas, comme 
d'autres l'ont fait, de se renfermer passivement dans ses regrets, et de couver en 
secret de folles et coupables espérances. Ce n'esf pas de refuser à la Ré|Miblique 
naissante tout appui, tout concours, et, comme on l'a dit quelquefois, d'éniigrer 
à l'intérieur. Il y aurait dans une telle résolution, dans une telle conduite, aussi 
peu de prudence que de ])atriotisme. 

Dans le parti républicain, ccmme dans loutaulre, il se rencontre, en effet, des 
éléments fort divers, et la forme républicaine n'est pas quelque chose d'invariable 
et d'absolu. Il peut y avoir, il y a des républiques bien et mal organisées, bien et 
mal ordonnées, bienet mal gouvernées. Pense-t-on (juil soit indilférent de vivre 
sous l'une ou sous l'autre de ces républiques? Ou bien, pense-t-on que cette forme 
de gouvernement ait moins besoin qu'une autre de l'action hal)ituelli% soutenue, 
persévérante de tous les bons citoyens? c'est précisément le contraire. Sous les 
gouvernements où l'initiative et la direction sont concentrées dans une seule 
main ou dans un petit nombre de mains, les hommes modérés peuvent quelque- 
fois, sans beaucoup d'inconvénient, sans beaucoup de danger, se retirer tle la 
vie politique. Sous les gouvernements où l'initiative et la direction sont partout, 
les hommes modérés ne peuvent s'abstenir sans livrer la société à toutes les folies, 
à toutes les violences. 

Est-il vrai d'ailleurs que pour concourir franchement, loyalement, à l'établis- 
sement dune république, en France, l'ancienne opinion UlxTale ait beaucoup 
de sacrifices à faire? Qu'a voulu, qu'a chcu'ché cette opinion depuis 1789, et sur- 
tout depuis 18o0? J'^st-ec» la substitution d'une famille, d'une dynastie à une autre? 
Pas le moins du monde. Ce qu'a toujours voulu, ce qu'a toujours cherché l'an- 
cienne opinion libérale, c'est l'établissement d'un gouvernement régulier, où les 
droits de tous fussent respectés, où les forces nationales pussent se dovelopper 
sans contrainte, où l'ordre et la liberté cnihi se prêtassent un mutuel appui. 



782 — 



Tous ces avantages, tous ces biens, elle avait cru les obtenir au moyen de la 
monarchie constitutionnelle, et elle pense que la monarchie constitutionnelle, 
honnêtement, sincèrement pratiquée, pouvait les donner au pays. Quoi qu'il en 
soit, par la faute des hommes ou de l'institution, deux fois en dix-huit ans la mo- 
narchie s'est écroulée, et sur ses ruines vient de surgir une nouvelle forme de gou- 
vernement. Pourquoi, sous cette forme de gouvernement, l'opinion libérale, fi- 
dèle à ses principes, fidèle à ses antécédents, ne continuerait-elle pas à poursuivre 
ce qu'elle poursuivait sous la monarchie constitutionnelle? Pourquoi, j^arce que 
deux trônes sont tombés, renoncerait-ello à faire prévaloir en France, le respect 
des droits de tous, le développement régulier des forces nationales, l'union de 
l'ordre et de la liberté? La tâche, sans doute, est difTicile, plus difTicilc qu'elle ne 
l'eût été, si la commotion eût été moins forte et moins profonde. Est-ce une raison 
d'y renoncer ? La gloire de l'opinion libérale en France a été de maintenir son prin- 
cipe, son drapeau, au milieu de toutes les agitations, de toutes les tempêtes, et 
de défendre, en tout temps, contre toutes les tyrannies, le droit et la liberté. Elle 
n'abdiquera pas celte gloire, et on la verra, sous le nouveau régi me, comme sous 
les régimes précédents, servir avec persévérance, avec courage, la grande et noble 
cause à laquelle elle s'est dévouée. 

Accepter sans réserve et sans arrière-pensée les faits accomjilis, et travailler 
sincèrement à l'organisation d'une République raisonnable et solide, voilà, ce me 
semble, le premier devoir de^l'opinion libérale, le devoir auquel elle ne saurait 
manquer. Le second est de demander au parti républicain, aujourd'hui maître 
du pouvoir, l'exécution de ses promesses. Dans la polémique qui, pendant nos 
dernières luttes parlementaires, s'est engagée entre l'opinion libérale et le parti 
républicain, les hommes les plus distingués de ce parti nous ont souvent objecté 
que l'ordre véritable, l'ordre durable, était inconciliable avec la monarchie con- 
slilulionnelle. 

La monarchie constitutionnelle, nous disaient-ils, avec ses contrepoids et 
ses complications, aboutit nécessairement, inévitablement, au conflit désordonné 
des droits et des intérêts, à la lutte violente des pouvoirs établis; sous la Piépu- 
blique, où ces droits, ces intérêts, cespouvoirs viennent du consentement de tous 
se résumer dans une assemblée souveraine, rien de semblable n'est à craindre et 
l'ordre naît tout naturellement du sein delà liberté. La monarchie conslilulion- 
nelle, ajoutaient-ils, promet l'ordre, la République seule peut le donner. » Tel 
était, il y a un mois encore, le langage du parti républicain. En échange du con- 
cours sincère que nous sommes prêts à lui donner, n'avons-nous pas le droit de 
demander au gouvernement delà République l'ordre qu'il nous a promis, l'ordre, 
premier besoin des sociétés, l'ordre sans lequel toutes les conquêtes, tous les ré- 
sultats de la Révolution seraient bientôt perdus ou compromis? 

Quant à la liherlé, il faut s'entendre. Pour que la liberté existe dans un pays, 
il ne sudit pas qu'elle soit proclamée dans les discours, formulée dans les lois, 
inscrite au frontispice des monuments et des actes publics. Il faut encore qu'au- 
cune force extérieure, aucune force brutale ne pèse sur elle, ne vimuie en para- 
lyser l'exercice. Il faut ([uv. l'écrivain puisse écrire, l'électeur voler, le député 
parler sans trouble et sans crainte. 11 faut, en un mot, qu a la corruption, arme 



-^vrr-^-.-'CT?- 



— 785 — 



familière des monarchies mixtes, ne succède pas l'intimidation, arme trop habi- 
tuelle des démocraties pures. 

A quoi servirait, par exemple, d'avoir aboli les lois qui restreignaient la presse, 
si la presse, affranchie de ces lois, ne jouissait pas d'une liberté au moins égale 
à celle dont jouissaient, il y a un mois, les feuilles républicaines ou légitimistes? 
A quoi servirait d'avoir décrété le suffrage universel, si les électeurs n'avaient pas 
leur libre arbitre? A quoi servirait d'avoir convoqué une assemblée nationale, si 
elle devait délibérer sous la menace et sous la compression violente des partis? 
Le gouvernement de la République, institué au nom de la liberté, nous doit la 
liberté véritable aussi bien que l'ordre réel. S'il se bornait à donner une liberté 
apparente, nominale, mensongère, ne serait-il pas vrai de dire qu'il manque à 
sa promesse, comme le gouvernement auquel il succède, et qu'il n'accomplit pas 
sa mission? 

Ce n'est pas fout. Parmi les causes noml)reuses et diverses qui ont amené la 
chute du gouvernement de 1830, la plus directe, la plus immédiate, c'est l'im- 
moralité profonde dont les dernières années ont offert de si tristes exemples. Le 
gouvernement de la République doit à la France des exemples tout contraires. 
On ne peut certes attendre qu'au lendemain d'une révolution imprévue pour tout 
le monde, pour ceux qui l'ont faite, comme pour ceux qui auraient voulu l'em- 
pêch«r, l'adminislration de 35 millions d'hommes se renouvelle touf entière sans 
quelques mé^irises fâcheuses, sans quelques erreurs déplorables. 

Mais on peut, on doit attendre que chaque jour ces erreurs se réparent, et 
que l'esprit de justice et de moralité, d'où larévolulion tire sa principale origine, 
se manifesle visiblement dans la personne des représentants odiciels de cette rc"- 
volulion. Il y a quelques mois, an banquet de Mâcon, M. de Lamartine, dans un 
moment d'inspiration prophétique, s'écriait que îe gouvernement de 1830 péri- 
rait par la révolution du mépris. C'est ainsi qu'il a péri en effet, et M. de Lamar- 
tine avait raison. Il lui appartient de veiller, d'accord avec ses collègues, à ce que 
désormais une telle révolution soit impossible. Le gouvernement de la Républi- 
que ne peut, ne doit pas l'ignorer : ce dont le pays, après les scandales de 18^7, 
est le plus affamé, c'est de justice et d'honnêteté. Il s'attachera d'une vive et so- 
lide alfii^tion à ceux qui sauront satisfaire en lui ce besoin. 

Quand l'Assemblée nationale sera réunie, il y aura bien d'autres questions à 
débattre, bien d autres vœnx à émettre. Aujourd'hui, il faut aller au plus pressé; 
or, le plus pressé, c'est d'ol)tenir l'ordre dans le gouvernement comme dans les 
rues , la liberté en fait aussi bien qu'en droit , la probité , la moralité à tous les 
degrés de l'échelle administrative. Assurément, la France garde et gardera tou- 
jours une sincère, une vive reconnaissance aux hommes ém,inenls, aux hommes 
courageux qui, dans un moment périlleux, ont couvert la société de leur corps. 
Grâce à l'énergie de ces hommes, et grâce au bon sens du p(>up]e. l'ordre ma- 
tériel a été rétabli avec une promptitude dont le peuple et le gouveriuMuent pro- 
visoire i^euvent s'honorer à bon droit. Mais tout le monde sait qu'au sein de l'un, 
autour de l'autre, il reste des passions ardentes, tumultueuses, qui s'agitent et 
qui grondent. Tout est donc loin d'être fini, et quand, pour unique prix de sou 
concours, elle demande l'ordre, la liberté, la moralité, rancienne opinion libt'-- 
rale est loin d'être trop exigeante. Le gouvernement de la République est d'ailleurs 



— 784 — 



trop éclairé pour ne pas comprendre qu'il y va de ses intérêts les plus chers aussi 
bien que de son honneur. 

La France, il serait puéril de le nier, n'a beaucoup d'enthousiasme pour au- 
cune forme de gouvernement, beaucoup de foi dans aucune organisation poli- 
tique. Après avoir, de 1789 à 181/i, essayé de tous les gouvernements, et vu périr 
cinq à six constitutions, elle s'était réfugiée dans la monarchie constitutionnelle, 
comme dans un port où les orages ne pourraient plus l'atteindre. La monarchie 
constitutionnelle, deux fois tentée dans des condi lions diverses, disparaît à son 
tour, et la France, déçue dans ses espérances, est prête à chercher dans la répu- 
blique ce que la monarchie constitutionnelle ne lui a pas donné. 11 dépend de 
ceux qui sont au pouvoir d'empêcher que celte nouvelle épreuve n'avorte comme 
les précédentes, et de fonder définitivem£nt, et avec l'assentiment universel, le 
gouvernement qu'ils ont toujours désiré. 

Je crois avoir nettement déterminé quelle est, à mon sens , du moins, la ligne 
de conduite que doit tenir en ce moment l'ancienne opinion libérale. Quant à 
ceux qui, comme quelques-uns de mes amis et moi, ont pris une part active à 
l'agitation toute légale, toute constitutionnelle, des six derniers mois, leur de- 
voir est plus clair encore et leur rôle plus simple. Comme ils l'avaient prévu et 
prédit, la compression a produit l'explosion, et le flot, trop longtemps refoulé, 
après avoir renversé un trône, a j)assé par dessus leur tête. En un jour, en une 
heure, et sans qu'ils eussent changé, ils se sont donc trouvés sur une rive au lieu 
d'être sur l'autre, et peut-être à l'accusation toute récente de tendre à la Répu- 
blique , succédera prochainement l'accusation de vouloir refaire la monar- 
chie. 

L'une de ces accusations n'est pas plus fondée que l'autre , et nous aurions 
grand tort de nous en laisser émouvoir. 11 y a un mois, la députation était un 
honneur et quelquefois un profit; c'est aujourd'hui un devoir, et peut-être un 
danger. Ceux-là même que la fatigue et le besoin du repos , après une longue 
lutte, éloigneraient de la vie politique, doivent à leur pays, à leur cause, le sacri- 
fice de leurs goûts et de leurs convenances personnelles. Ils viendront donc , 
s'ils sont élus, défendre dans la prochaine assemblée, comme dans les assemblées 
précédentes, les principes de 89 et de 1830, ces principes qui survivent à toutes 
les révolutions. 

On peut être assuré qu'en travaillant à l'organisation de la République , les 
hommes dont il s'agit ne nourriront aucune arrière-pensée de restauration ou 
de contre-révolution. Ils ont vu les deux dernières monarchies de trop près 
pour en être fort épris, et ils ne sont pas assez insensés pour croire qu'un arbre 
mort, quand on le replante, puisse jamais reverdir. Ils savent d'ailleurs qu'au- 
delà et au-dessus de toutes les dynasties, de tous les gouvernements, il y a le 
pays qui mérite toujours d'être aimé , servi , défendu. Encore une fois, si la Ré- 
publique le veut bien, elle peut, en peu de mois, achever la dissolution des 
vieux partis et ralliera elle tous les bons citoyens. Le terrain est donc déblayé, 
et, sur ce terrain, rien n'empêche d'élever un édifice tout nouveau. L'unique soin 
à prendre, c'est de construire cet édifice solidement, dans de justes proportions, 
et de manière à ce que tous les droits et tous les intérêts y trouvent un abri sûr 



785 — 



et commode. Le tâche est assez vaste , assez difficile sans venir la compliquer 
encore par des récriminations, par des méfiances mutuelles. 

« Entendez bien mon sentiment, disait IVL Thiers dans la séance du 3 février 
dernier, je suis du parti de la révolution, tant en France qu'en Europe ; je sou- 
haite que le gouvernement de la révolution reste dans les mains des hommes 
modérés. Je ferai tout ce que je pourrai pour y être; mais quand ce gouverne- 
ment passera dans les mains d'hommes qui seront moins modérés que moi et mes 
amis, dans les mains des hommes ardents, fût-ce les radicaux, je n'abandonnerai 
pas ma cause pour cela, je serai toujours du parti de la révolution. » 

Et ces paroles de M. Thiers étaient accueillies, saluées par les applaudisse- 
ments de l'opposition tout entière , par ceux de la gauche la plus voisine du 
centre, comme par ceux de la gauche républicaine. 11 nous appartient de prou- 
ver que ces applaudissements n'étaient pas une misérable comédie et qu'on 
cherchait à tort, dans le désir d'arriver au pouvoir, le mobile de notre conduite, 
Aujourd'hui , le pouvoir est bien plus loin de nous qu'il ne l'a jamais été, et on 
ne peut nous soupçonner d'y prétendl^e. 

N'en restons pas' moins fidèles à la cause de la révolution , du droit , de la 
liberté , et faisons notre possible pour que celte cause triomphe ; si certains 
aveuglements, anciens et nouveaux, se méprennent sur nos intentions ou calom- 
nient nos actes, il nous restera la conscience d'avoir fait notre devoir, et l'estime 
des honnêtes srens. 

. P. DUVERGIER DE HAURANNE , 
ancien député du Cher. 

Voir le Siècle, du 16 mars 1848, p. 1, col. 2 et sui. 



LE COMITÉ CENTRAL DES ÉLECTIONS GÉNÉRALES. 

Paris, mars 18^8. 
Le Comité central pour les élections générales , informé que des personneà 
se sont présentées sans mission dans diverses réunions comme délégués du 
comité : 

Déclare que tous les délégués du Comité sont porteurs d'un pouvoir signé de 
plusieurs membres, avec le cachet du Comité ; 

Qu'en conséquence, le Comité désavoue tous ceux qui ne pourraient justifier 
ce titre, soit pour Paris, soit pour les départements. 

Les Membres présents du Bureau : 
Foy, Laprée, F. Adam, Degousée, J, Outin, Launette, Chevallon, 
* Congnet, Gailteaux, 0. Gellée, J. Michelot, Philippe Lebas. 
Pour copie conforme : Le Secrétaire du Comité, 

Ph. LEBAS. 
Voir le Peuple Constituant de 1848, 



Imp. de Schneider, rue d'Erfuth,i . 



98 



— 786 — 



ELECTIONS 

» 

POUR L'ASSEMBLÉE NATIONALE CONSTITUANTE. 

Concitoyens de Seine-et-Oise , 

Je sollicite l'un des douze suffrages que chacun de vous est appelé à donner pour 
«^lirc SCS Représentants à l'Assemblée nationale constituante. Voici les titres que 
je soumets à votre confiance. 

Depuis longues années Maire de Versailles, depuis neuf ans Député de Seine-et- 
Oiso, je m'honore de six élections qu'aucun pas, au aucune démarche n'a jamais 
sollicitées. 

J'avais dit au début de ma carrière politique : 

< Je ne suis pas homme de parti : libre de tout engagement, si vous m'élisiez, 
Messieurs, je me placerais dans une sphère d'impartialité, de vérité et de mora- 
lité politiques; je n'examinerais pas quelles mains me proposent les projets de 
lois, mais les projets de lois eux-mêmes; puis me renfermerais dans ma conscience 
pour adopter ou rejeter; je ne me Herais donc ni aux partis qui se passionnent, 



ni aux Ministères qui peuvent se tromper. » 
Electeurs, j'ai fait ce que j'avais dit, ce 



que je promets aujourd'hui de faire 

Quoique Député conservateur, j'ai voté notamment contre le droit de visite, 
contre l'indemnité Pritchard, contre la flétrissure des 'Députés légitimistes, et 
dans la dernière session des Chambres, contre le ministère Guizot dans les deux 
questions de cabinet. 

Convaincu de la puissance du désintéressement et de l'action dissolvante delà 
corruption et de l'égoïsme, j'ai nettement et résolument proposé le premier, dans 
une forme adoptée depuis, la Réforme parlementaire : j'ai fait le premier cette 
proposition qui retentit longtemps sous le nom de Proposition Remilly : « Les 
« Députes ne peuvent être promus à aucunes fonctions, charges ou emplois pu- 
« i) ics salariés, dans le cours de leur législature et de l'année qui suit » , et je l'ai 
votée huit fois! » ^ l ' J 

Llccteurs de Seine-et-Oise, vous apprécierez vos candidats par leurs actes sur- 
r ^^J^J "^ paroles d'hier bien plus que par celles d'aujourd'hui. 
Ln 18/iG, après mon élection, j'ai dit à l'Assemblée électorale ces paroles pu- 
i)liees alors : r x 

« Député conservateur, mais homme de progrès, de progrès sans secousse, je 
« SUIS convaincu que les révolutions sont aujourd'hui plutôt en arrière qu'en 

a\ant; que celui qui voudrait reculer ou rester immobile quand tout marche, 
« serait, a son insu, véritable artisan de révolution. » ~ Le fait l'a bientôt 
prouve. 

J ajoutais ; . Le labeur d'un demi-siècle a enfin établi la liberté des personnes ; 
« 1 i.uit maintciiniif vouloir la liberté dans les choses : je voterai donc la liberté 
« <in..s(M^,HMiunl, IK.r respect pour le droit de famille. « 



--78? — 



Enfin, disais-je, « Dans l'ordre intellectuel, moral et matériel, je désire une vive 
« sollicitttde pour les classes laborieuses; la politique (et c'est le progrès du siècle, 
« l'honneur de notre pays, la gloire de nos deux révolutions et leur mérite de- 
« vant Dieu) n'est plus l'art d'exploiter, d'asservir; que l'esprit chrétien la pé- 
« nètre, que le bonheur de tous, que le Gouvernement au profit de tous soit de plus 
« en plus son but, la politique s'élèvera et se consolidera d'autant plus désormais 
« que sa sollicitude et sa prévoyance descendront dans les masses. » 

Ce que j'ai dit, ce que je voulais, il faut aujourd'hui plus que jamais le vouloir ; 
un souffle du Peuple a renversé soudainement ceux que leur force et leur for- 
tune aveuglaient; une dernière révolution s'accomplit. 

Le Gouvernement républicain établi tout-à-coup, s'efforce de nous sauver par 
l'ordre; ses intentions sont pures; il faut s'y rallier de cœur ou par raison : c'est 
ce que j'ai fait. Trois monarchies écroulées en quarante ans doivent ouvrir tous 
les yeux. — Mais fondons bien le Gouvernement de tous au profit de tous, et 
non celui de quelques-uns contre les autres; un Gouvernement respectant la 
propriété sous toutes ses formes, les droits, les intérêts légitimes, et voulant ac- 
corder à tous, sans exception, les satisfactions dues à tous. 

Messieurs, si un homme d'ordre, jde désintéressement (1), et d'indépendance 
est ce que vous désirez, je m'offre à vous spontanément, moi qui voulais, il y 
a 3 mois, pour cause de santé, me démettre de mon titre de Député; moi qui 
priais mes concitoyens, aux dernières élections, de ne point me réélire et qui 
(honneur insigne que ne méritait point ma modeste individualité), obtenais ce- 
pendant des diverses opinions, 3/i/t voix sur Mb suffrages! Mais se retirer en ce 
moment serait désertion, désertion au jour du péril; — aujourd'hui le pavs 
notre chère France, a plus que jamais besoin de tous ses enfants; il faut des 
dévouemens absolus : cœur, âme, vie, biens. Chers concitoyen^, si mon passé 
de vingt ans, si la confiance de ma ville natale, pour qui j'ai tant d'amour et de 
reconnaissance, d'une ville qui de simple fils de marchand m'a tant de fois élevé 
si haut; si, dis-je, cette confiance et ce passé vous sont garans de 1 avenir, choi- 
sissez-moi, comptez sur moi. 

Mais, vous ne l'ignorez pas, ce ne sont point, avec le suffrage universel, quel- 
ques centaines de voix que devrû compter chaque élu; 15 ou 20,000 peut-être 
seront nécessaires dans Seine-et-Oise. Chacun doit donc apporter au candidat 
de son choix, non-seulement son vote, mais son active influence; de vive voix 
sur ceux qui l'entourent, par correspondance sur ceux du dehors. La situatiou 
actuelle, dont la gravité frappe les moins clairvoyans, réclame l'action éncr-^ique 
des hommes de bien, des bons citoyens; il s'agit pour tous aujourd!hui d'ordre 
ou de désordre, — de conserver ou de perdre, d'être ou de n'être pas. 
Versailles, mars 1848. 

REMILLY, 

Maire de Versailles, ancien Député de Scine-el-Oise. 
(1) De désintéressement. — Me permeltra-t-on d'insister sur ce mol? Je n'ai point sollicité pour moi 
et n'ai pas plus sollicité pour les miens: j'ai fait raon fils étudiant en médecine. ' 



Versailles. — Imp. de A. Dufaure. 

Cette circulaire ne pouvant être adressée aux 150,000 Électeurs de Scine-çt- 
Oise ; prière de la communiquer. 



— 788 



AVIS 

Aux Électeurs de Seine-et-Oise. 



MORALITÉ POLITIQUE 

D*UN 



CÂNDIMT A L'ASSEMBLÉE NATIONALE. 



Électeurs de Seine-et-Oise, vous apprécierez vos Candidats joflr leurs actes sur- 
tout et par leurs paroles d'hier bien plus que par celles (ïaujourdlmL 

{Circulaire du citoyen Rémilly du ili mars 1848.) 



HIER. 

Serais-je inconstant dans mes principes po- 
litiques! J'affirme que mes opinions ont 
TOUJOURS été constitutionnelles; — que j'ai 
rompu, sept semaines après sa fondation, avec 
une feuille dn-enne républicaine; — que je 
puis jusliiier par des faits ayant date cer- 
taine et se rattachant à chacjue année depuis 
août 1850, que j'ai consfawiînen^ soutenu, dé- 
fendu la royauté et la charte de juillet. — 
Une lettre de moi publiée le 23 janvier 1833, 
témoigne aussi de ces faits. 

En 1830 et depuis, j'ai vu dans Louis-Phi- 
lippe le sauveur de mon pays. — Dans les 
circonstances actuelles, ma reconnaissance 
pour ce bienfaiteur de ma ville natale, mon 
entière conliancc dans sa profonde sagesse et 
mon amour pour la France que je veux voir 
calme cl prospère, m'ont placé sans hésita- 
tion au nombre des candidats opposés à la 
coalition. Si le roi n'eût pas gouverné, la 
France serait aujourd'hui dans un Elatanar- 
chique où des ambitions désordonnées se dis- 



AUJOURD'HUI. 



Jurons à notre tour, Citoyens, nous, 
les héritiers de cette magnifique épo- 
que , jurons de continuer son œuvre 
avec une infatigable ardeur! 

Jurons de travailler sans relâche à 
l'édifice qui doit immortaliser le dix- 
neuvième siècle et abriter les peuples 
dans l'avenir! 

Jurons d'assurer à jamais l'établisse- 



^789^ 



puteraient le^pays. (^Circulaire du citoyen Ré- 
tnilly, du 26 février 1839.) 

Je désire soutenir encore le ministère; il 
y a peu de courage à attaquer le pouvoir 
aujourd'hui, il en fautpluspour le défendre; 
il importe au développement de nos institu- 
tions de le bien affermir. Mais je n'abandon- 
nerai jamais aucun de mes principes, de mes 
sentiments intimes : la conscience ne permet 
pas de sacrifier la conviction, car. la convic- 
tion c'est Thomme. 

Je suis heureux, moi, de voir le roi gou- 
verner comme il le fait dans la limite de la 
Constitution, car j'ai pleine confiance dans 
ses lumières et dans son amour pour le pays. 
— Dans ces temps orageux, difficiles, dans 
cette longue traversée de seize années se- 
mées d'écueils et de périls, s'il n'eût pas tenu 
le gouvernail, que serait devenu le vaisseau 
de l'État et les immenses intérêts que ses vas- 
tes flancs renferment? Peut-on demander 
qu'un fondateur de dynastie soit étranger h 
son œuvre; que la première, la plus haute 
intelligence de l'Etat, du pays, demeure sans 
influence sur ses destinées? Peui-il convenir 
au peuple français de n'avoir pour chef, de ne 
présenter au sommet de son édifice politique 
qu'une intelligence passive, inactive, qu'une 
abstraction couronnée? 

Non, la France est fière de son roi, à cause 
surtout de sa royauté intellectuelle; l'Eu- 
rope le regarde avec admiration; le peuple 
français, si loyal, l'apprécie plus haut cha- 
que jour. Espérons en la durée, pour notre 
repos, de sa précieuse existence. Dieu, qui 
donne aux génies de cet ordre leur mission 
providentielle, les protège aussi souvent qu'il 
le faut contre des tentatives insenséoe; il ne 
laisse pas ainsi traverser ses desseins. Cet 
élu d'un peuple grand et libre accomplira 
jusqu'au bout son œuvre sainte de paix elde 
conciliation ; il vivra longtemps pour le bon- 
heur de la France, pour la paix de l'Europe, 
pour le repos du monde, et pour la gloire 
dont la postérité le couronnera. (^Circulaire 
du citoyen Rémilly, é?u8 août 184G.) 



ment, la consolidation, le triomphe 
pacifique d'une République forte , 
grande et glorieuse ! 

[Discours du citoyen Rémilly au ban- 
quet républicain du Jeu de Paume.) 



Ce que j'ai dit, ce que je voulais, il 
faut aujourd'hui plus que jamais le 
vouloir; un souffle du Peuple a ren- 
versé soudainement ceux que leur force 
et leur fortune aveuglaient; une der- 
nière révolution s'accomplit. 

Le gouvernement républicain établi 
tout-à-coup, s'efforce de nous sauver 
par l'ordre; les intentions sont pures; 
il faut s'y rallier de cœur ou par raison : 
c'est ce que j'ai fait. 

{Circulaire du citoijen Rémilly, du 1/t 
Mars 18/i8.) 



Jugez 



Versailles. — Imp. de Beau jeune, rue Satory. 



79Ô 



BEISTIN HE l KMBLI&DE 



MINISTÈRE DE L'INTÉRIEUR 



IN" I. 



Paris, le 13 mars 1848. 



Ce BULILETIN paraîtra tons les 
deux jours. 



LIBERTÉ, ÉG'ALUÉ, FRATERNITÉ. 



La République ouvre an peuple 
une ère nouvelle. Jusqu'ici dés- 
hérité desdroits politiques, le peu- 
ple, le peufile des campagnes sur- 
tout, ne comptait pas dans la na- 
tion, ou ne comptait que jiar les 
impôts qui pesaient sur lui. La- 
borieux ariisau de la fortune pu- 
blique, r;igriculleur ne coniniu- 
niquaitavec le gouvernement que 
parl'intermédiaire du percepteur. 
C'était un perpétuel sacrifice sans 
aucune com[iensalion. Une fois 
que le peuple avait payé, le gou- 
vernement ne lui parlait plus. Ni 
enseignements, ni conseils, ni 
sympathies, ni leçons n'arrivaient 
jusqu'à lui. La presse même, cette 
grandeconquèle de laciviii.-alion, 
était muette pour lui, et la [)aroie 
de la vérité ne retenti>s;)it pas à 
ses oreilles; car la vérité coûtait 
trop cher. 

La première mission du gou- 
vernement républicain, et c'est 
là ce qui rend sa tâche si dijjficiio, 
est de réparer de séculaires injus- 
tices. A ce peuple si longtemps 
oublié, il doit non-seu!enii;iit une 
aide matérielle, mais mieux en- 
core un aliment s[)irituel. 

Habitatits des campagnes, o.i- 
vriers des cités industrielles, la vie 
politique qui commence pour vous 
a sa morale, ses lois, ses obliga- 
tions. A qui appartient-il mieux 
de vous les faire connaître qu'à 
ceux que votre confiance a placés 
à votre tète? Chaque jour le gou- 
vernement va se mettre eu com- 
munication d'recte avec vous. 
Chaque jour sa parole, multipliée 



dans vos hameaux, dans vos car* 
refours, ira vous porter des en- 
couragements et des conseils. Vos 
rues seront autant de tribunes, 
el vos murs autant de voix. Le 
plus solide lien entre un gouver- 
nement et le peuple, est un per- 
pétuel échange d'idées et de sen- 
timents. La royauté qui dédaignait 
lepeujile, n'avait pas besoin de lui 
parler; le gouvernement républi- 
cain, qui est une émanation du 
peuple, doit lui parler sans cesse 
pour l'éclairer; car l'éclairer c'est 
le rendre meilleur, el le rendre 
meilleur c'est le rendre plus heu- 
reux. 



La chute si rapide de l'ex-roi 
Louis-Philippe, tombé en quel- 
ques heures de son trône, et chassé 
de France parle mépris public, est 
un grand enseignement. 

11 y a peu de jours encore, il 
figurait parmi les monarques les 
jilus puissants de 1 EurO])e. Il en 
était le plus riche; il se plaisait à 
vanter la proleciion de la Provi-. 
denco , qui l'avait préservé de 
nombreux dangers, qui l'entou- 
rait d'une f imiile florissante. Fier 
de son habileté, il s'appuyait 
d'une main sur une chambre do- 
cile, de l'autre sur une armée 
formidable. Il annonçait par la 
bouche de ses ministres qu'il ne 
céderait pas; et il semblait que 
Paris, regorgeant de troupes, en- 
touré de forteresses, dût néces- 
sairement plier devant lui. 

Qu' est-il arrivé pourtant? 



Quelques hommes de cœur ont 
fait appel au peuple. Le peuple 
est descendu dans la rue pour 
protester avec eux. L'ex-roi a 
donné l'ordre de le dissiper par 
la force. Aussitôt, el comme par 
enchantement, sur tous les points 
de la grande ville, la résistance 
la plus énergique a commencé. 
Les barricades se sont élevées. 
Le sang a coulé. Mais le peuple 
ne craint pas la mort; il donne 
volontiers sa vie pour la liberté. 
Bientôt les soldats se sont émus. 
Eux aussi sont le peuple. Ils n'ont 
pas voulu égorger leurs frères. A 
part un petit nombre qu'on avait 
égaré, tous ont livré leurs armes 
et se sont jetés dans les bi'as de 
leurs concitoyens. Les coupables 
minisires qui avaient préparé l'a- 
néantissi^ment de Paris se sont 
enfuis honteusement. Aucun n'a 
payé de sa personne; aucun n'a 
cherché à protéger son maître : 
celui-ci est demeuré seul dans 
T^on palais abandonné. Le peuple 
approchant, il a fui à son tour, 
sans escorte, sans serviteur, sans 
ami. U a gagné en toute hâte le 
rivage de la mer, d'où il espérait 
se saflver en Angleterre. Pendant 
près d'une semaine Dieu a dé- 
chaîné une elfroyable tempête 
qui a empêché sa traversée. Il a 
erré de ferme en ferme, déguisé, 
recourant à mille ruses pour se 
cacher, jusqu'à ce que, profilant 
du i)remier bateau pécheur qui a 
pu l'embarquer, il estallé [ileurer 
à l'étranger la perte de sa cou- 
ronne, eljouirde tous les millions 



— 791^ 



qu'il a enlevés à la France. 

Comment doncs'est brisé si vite 
son pouvoir qui semblait si fort? 
Comment a-l-il été précipité du 
rang le plus élevé au dernier de- 
gré derabieclion?Cestqu'il avait 
perdu l'affection et l'estime du 
peuple. Fils de la révolution qui 
avait abattu Charles X, il n'avait 
été élu qu'à la t ondition de ren- 
dre la nation libre et heureuse. 
Au lieu de ce'a, il s'est constam- 
ment appliqué à la tromper pour 
lui arracher un à un ses privilè- 
ges et ses écus. Accroître son pou- 
voir personnel et sa fortune, tel a 
été le but constant de ses efforts. 
Pour y parvenir, il a employé 
mille moyens fallacieux ; il a con- 
sacré urfe partie de ses trésors à 
corrompre. Il s'est cru inattaqua- 
ble parce qu'il avait des fonc- 
tionnaires servîtes. Vainement Ks 
hom mes indépendants rénétaien t- 
. ils que lanatio:i souffrait, qu'elle 
était abais-ée au dehors, 0[iprimpe 
au-dedan?. Il ne voulait rien en- 
tendre. La moindre améliorati >n 
aurait porté atteinte à ses inté- 
rêts, et il la refusait obstinément. 
Le peuple s'est détaché de lui, il 
acompris qu'il avait en lui un en- 
nemi. 11 s'e^ levé, et la monar- 
chie a disparu. 

Ainsi périra tout pouvoir qui 
ne reposera pas sur la confnnce 
et l'estime du pays. Or, après 
l'expérience de Louis XVI, qu'on 
disait honnête et qui trahissait 
la France ; de Napoléon qui nous 
enivrait de gloire, mai* nous as- 
servissait; de Louis XVlll et de 
Charles X, qui promettaient des 
institutions libres et qui les reti- 
raient; de Louis-Philippe, qui 
devait être le premier citoyen et 
qui a cherché à nous escamoter 
nos libertés et notre argent , 
après la ruine successive de ces 
trônes, dont la chute amène ton- 
joursun déplorable ébranlement, 
l'expérience est faite. Nous n'ad- 
mettons plus que le droit de gou- 
verner une nation intelligenteet 
forte appartienne à un prince 
parce qu'il est fils d'un roi, fùt-il 
un scélérat ou un imbécile. Nous 
n'acceptons pas la comédie d'une 
royauté qui serait représentée 
par un enfant ou par une femme. 
■Toutes ces fictions ont fait leur 
temps. Nous les repoussons com- 
me impossibles , comme dange- 



reuses. Nous sommes assez éclai- ' 
rés pour être nos maîtres et choi- 
sir ceux auxquels nous remet- 
trons le pouvoir. 

Que dirait-on dans une com- 
mune si le maire se prétendait 
appelé à demeurer jusqu'à la fin 
de ses jours à la tète de ses ad- 
ministrés ? Que dirait-on si , 
après lui, ceux-ci étaient con- 
traints de subir sa descendance ? 
La raison publique se révolterait. 
Tout le monde est d'accord pour 
reconnaître qu'une commune ne 
sera bien gouvernée que par un 
homme sage, laborieux , honnê- 
te; que cet homme ne peut être 
désigné que par le libre choix de 
ses concitoyens. Investi d'un 
pouvoir temporaire, responsable 
de ses actes, il s'attachera à jus- 
tifi-îr l'honneurdoni ilest l'objet; 
il se montrera axessible, ju>te 
et réservé; jl s'entourera de bons 
conseils et fuira les intriguants ; 
il tà'jhera de signaler bon admi- 
nistration par d'utiles travaux. 
Eh bien ! votre commune, cest 
riu)age de la nation. Un roi de 
France est aussi contraire à la 
raison que le serait un roi de 
village ; il y est aussi dangereux; 
et, tout de même que la commu- 
ne, la nation sera d'autant plus 
heureuse, que tous ses magistrats, 
sans exception, seront pris parmi 
les plus dignes et les plus tclai- 
rés. 

La victoire du peuple de Paris 
donne donc à la France le gou- 
vernement le plus rai:=onnable 
et le plus solide. La monarchie, 
appuyée sur l'intérêt d'un seul, 
s'écroule au premier choc sé- 
rieux; la Republique, foudée sur 
rintérèt de tous , garantie par 
l'exercice de toutes les libertés, 
ne peut périr. Le peuple se régit 
lui-même, il n'a pas d'ennemis, 
il gouverne par les magistrats 
qu'il nomme; qu'il s'attache donc 
a les choisir parmi ceux qui sont 
instruitsde ses besoins etsympa- 
thiques à sa cause et les revolu- 
tious sont désormais impossibles 
et inutiles. 



Nous n'avons pas cru devoir re- 
produire ici la circulaire aux Com- 
missaires des départements, qui se 
trouve il la page 430 des Murailles 
révolutionnaires. ^^<"« "i"^* e<iiieurs. i 



COMMISSION 

DE COUVER-NEME-NT POUR LES TRA- 
VAILLECRS. 

Considérant que les ouvriers 
des différentes professions ont 
nommé des délégués pour soute- 
nir leurs intérêts; — Qu'il est 
juste qu'a leur tour les délégués 
des patrons ou chefs d'indu>trie 
soient convoqués ; — Considérant 
que le rjipprochement drs condi- 
tioQS et un lovai examen des 
droits, des devoirs de chacun, 
amèneront naturellement, par le 
fraternel accord des volontés, les 
solutions les plus désirab'es, parce 
qu'au fond tous les inlérèis sont 
solidaires; 

Les président et vice-pré'i'ient 
de la Commission de Gouverne- 
ment pour les travailleurs font sa- 
voir que la réunion des délégués 
choisis par les patrons ru chefs 
d'industrie , au nombre de trois 
par chaque profession, aura lieu 
vendredi prochain, 17 mars, à 
midi, au palais du Luxt;mbourg. 

En conséquence, les délégués 
des chefs d'industrie sont invites 
à justifier de leu rs pouvoirs avant 
le jour de la convocation. 

Les iirésident et vice-président de la 
Commission de Gouvernement pour 
les travailleurs, 

LoLis Blanc, Albert. 

Paris, le 11 mars 1S19. 



Les président et vice président 
de la Commission de Gouverne- 
ment pour les travailleurs ont re- 
marqué avec plaisir que plusieurs 
chefs d'industrie «ont animés d'uD 
sincère esprit de conciliation. 

Et en effet, appeler à l'eiameo 
des questions relatives à l'orga- 
ni^aiion du travail les délégués 
des ouvriers, d'une part, les dé- 
légués des patrons de l'autre, 
c'est évidemment ménager à la 
situation actuelle l'issue la plus 
favorable. 

Les chefs d'industrie apprécie-- 
raient bien mal leurs intérêts s'ils 
ne comprenaient pas cette vé- 
rité, et surtout s'ils prétendaient 
faire repentir un ouvrier d'avoir 



792 --• 



accepté le mandat de ses cama- 
rades. 

Les président et vice-président de la 
Commission de Gouveru«ment pour 
les travailleurs, 

Louis Blanc, Albert. 
Paris, le 11 mars 1848. 



Le Gouvernement provisoire a 
reçu aujourd'hui deux lettres de 
MM. Henri et François d'Orléans 
(d'Aumale et Joinville), dans les- 
quelles ils assurent qu'ils ont 
quitté la terre française el remis 
le commandement aux officiers 
nommés par le Gouvernement 
provisoire. 



Par suite de diverses décisions 
successivement rendues par le 
ministre de la guerre, les officiers 
généraux , supérieurs et autres, 
qui avaient été attachés à la fa- 
mille de l'ex-roi comme aides de 
camp ou officiers d'ordonnance, 
doivent être écartés des cadres 
d'activité de l'armée. ■ 



E. DuvERGER, imprimeur des actes du Gouvernement provisoire 
pour le 10e Arrondissement, rue de .Verneuil, n° 4. — n" 4. 



LE COMITÉ CENTRAL 



DES 



ÉLECTIONS GÉNÉRALES. 



Paris, mars 1848. 

Le bureau, pour éviter toute erreur dans la délivrance des délégations dépar- 
tementales, décide qu'à l'avenir aucune délégation ne pourra être accordée 
qu'après avoir été a/fichée pendant vingt-quatre heures et approuvée par le bu- 
reau dans sa séance du soir. 

Pour copie conforme : 

Le Secrélaii^e du Comité, 



Ph. LEBAS. 



Voir le Peuple constliluant de 1848. 



Imprimerie de Scqneider, rue d'Erfurth, 1. 



— 793 — 

P LÉGION DE Li GARDE MTIONALE. 

ÉLECTION 
AUX GRADES DE COLONEL ET DE L'-COLONEL. 



Mes chers camarades, 

J'ai toujours été de l'opposition et dans le premier arrondissement; je l'habite 
depuis vingt-sept ans. Pendant les deux derniers tiers de cette période, je n'ai 
cessé d'y combattre, publiquement et à outrance, dans le comité local comme 
dans le comité central, dans les banquets comme sur la place publique, pour le 
triomphe des principes que vient enfin de consacrer notre immortelle révolution, 
principes qui ont été ceux de toute ma vie. 

Au lieu de paroles, vous apportant des faits et des précédents, je puis vous 
dire : « Préjugez l'avenir d'après le passé. » 

Jamais je n'ai rien demandé au pouvoir déchu ; je me serais trouvé heureux 
d'en obtenir toujours stricte justice. 

Un des premiers actes du nouveau Gouvernement provisoire a été, le 24 fé- 
vrier, de m'investir d'un Commandement important, et, par une faveur toute 
providentielle, c'est sous vos yeux que j'ai pu remplir cette mission périlleuse et 
délicate, à laquelle j'ai donné exclusivement tout ce que j'ai de force et de dé- 
voùment à la patrie. L'approbation unanime des hommes courageux placés à la 
tête des affaires publiques, m'en a dignement récompensé. J'ose pourtant espérer 
encore la vôtre. 

Comme je ne prétends imiter en rien les cumulards monarchiques, même dans 
des fonctions toutes gratuites, ma démission de commandant des Tuileries sor- 
tira de votre urne. Je vous demanderai simplement de partager ma vie entre les 
soins de notre belle légion, et le travail de ma profession commerciale qui m'as- 
sure l'existence modeste d'un vrai républicain. 

Je réclame les suffrages de mes nouveaux camarades, à l'aide de ceux qui me 
connaissent depuis long-temps, et si votre élu ne s'élève pas ensuite jusqu'au ni- 
veau de l'éclatante mission dont vous l'investirez, comptez, du moins sur un dé- 
vouement inaltérable à la République, comme sur les sympathies aft'ectueuses 
de votre camarade. 

SAINT-AMANT, 

Capitaine de la Ire légion, commandant supérieur des Tuilovios. 

Palais National des Tuileries, 15 mars 1848. 



Imp. Edouard PrOiiX Ol C<?, rue NeuYC-des-U<Mis-Knraiil«î. 3. 

T. 1. rn 



'■"f 



— 794 ^ 

AUX HABITANTS 

Dans les graves circonstances qui résultent de la dernière révolution que la 
corruption avait rendue inévitable, la France a besoin du concours de tous ses 
enfants et de toutes les opinions consciencieuses. Je regarde comme le devoir le 
plus impérieux de tout bon citoyen de contribuer, le plus qu'il le peut, à assu- 
rer le magnifique avenir qui nous appartient, mais que nous ne pouvons obtenir 
que par l'ordre, par la paix, et par la sécurité publique. 

Ma devise est prorité, moralité; mon but, celui de tous les honnêtes gens; le 
triomphe de la religion, de la justice, de la raison et de la vraie liberté, qui ne 
veut exclure personne. 

Le moyen par lequel je veux arriver à ces résultats, est une oi'ganisalion géné- 
rale qui vienne enfin combler le vide immense au milieu duquel nous nous dé- 
battons en vain depuis soixante années. 

Cette organisation doit être franchement démocratique; elle ne peut avoir 
pour base que l'association des intérêts semblables. 

Ma profession de foi n'est j^as dictée j^ar les circonstances, elle est le résumé de 
tout ce quej'ai publié depuis que je m'occupe sérieusement des grandes ques- 
tions sociales qu'il est plus nécessaire que jamais de résoudre. 

Habitants des Hautes-Pyrénées, voyez et réfléchissez ; dites-vous bien que le 
sort de notre commune patrie dépend des choix qui vont être faits, et qu'il faut, 
avant tout, envoyer à l'Assemblée nationale des hommes à la fois sages, éclairés, 
énergiques et dévoués à la France. 

Si vous me confiez la belle mission de vous représenter, mission que jeredoute 
plus que je ne la désire, vous me verrez toujours l'ennemi le plus acharné de la 
tyrannie, sous quelque nom qu'elle se produise. 

Cultivateur depuis longtemps, je défendrai tous les intérêts qui tiennent à 
l'exploitation du sol, soit pour ce qui concerne les propriétaires, soit pour ce 
qui regarde les ouvriers des campagnes, dont le sort réclame une sollicitude que 
les ouvriers des villes ont déjà inspirée à juste titre. Je ne cesserai de réclamer 
l'ordre et l'économie dans les finances pour obtenir la diminution des impôts, 

Député, je demanderai l'incompatibilité absolue entre les fonctions représen- 
tatives et les fonctions administratives, à quelque degré que ce soit. 

Liberté pour tout le monde; 

Egalité devant la loi ; 

Fraternité comme l'Evangile la veut ; 

Honneur à la grande Nation! 
Vive la France! 

Paul DE FRANGLIEU, 
Cultivateur. 
Loscazères, 15 mars 1 848. 



Tarbes. Imp de F. Lavigne. 



— 793 — 



Citoyens Électeurs, 

L'ère nouvelle accordant aux Français des droits politiques beaucoup plus 
étendus, les exercer dans toute leur plénitude, c'est reconnaître qu'on les com- 
prend et qu'on est digne de les posséder. 

La nation, avec la protection de Dieu, créateur et juste, qui veut que tous les 
hommes soient frères, désirant que l'Assemblée constituante soit l'expression 
sincère des vœux du pays, fait appel à la probité, au désintéressement, à l'éner- 
gie, au dévoùment absolu de tous ses enfants, afin de rendre populaire et invio- 
lable la nouvelle Constitution républicaine, qui sera désormais l'égide sacrée de 
notre belle patrie, et un gage assuré d'union, de force, de grandeur et de géné- 
rosité ! Arrière la peur, arrière l'égoïsme, arrière les idées étroites et mesquines, 
vous n'êtes plus de notre siècle. 

Simple commerçant, ayant acquis, par un travail assidu, un avoir modeste, 
mais suffisant pour un homme sorti des rangs du peuple et habitué à se conten- 
ter de peu, je m'adresse avec confiance, et à l'avance, aux citoyens électeurs, pour 
leur annoncer ma candidature à la députation de la Seine. Je dis à l'avance, pour 
mettre chacun à même d'exercer un contrôle sévère, avant le jour solennel des 
élections, sur ma vie passée. 

Je suis pur de tout engagement avec la dynastie déchue : je n'ai rien reçu 
d'elle; je ne lui ai rien demandé ; je ne lui ai rien promis. 

J'ai combattu avec la garde nationale et le peuple, qui, pour moi, ne font 
qu'un; j'ai contribué de ma faible part au renversement de la tyrannie : c'est 
dire combien elle m'est odieuse, et avec quel enthousiasme j'ai salué l'avènement 
de la RÉPUBLIQUE FRANÇAISE, une et indivisible. 

Si j'étais appelé à l'honneur d'être votre représentant, tous mes eflbrts auraient 
pour but de doter notre belle France d'institutions vraiment démocratiques en 
rapport avec notre noble devise : 

LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ. 

Les intérêts de l'agriculture, première source de la richesse nationale ; les 
droits légitimes du commerce et de l'industrie; l'amélioration du sort de l'ou- 
vrier, si laborieux, et attendant avec tant tle résignation une existence plus en 
harmonie avec le progrès social, seraient l'objet constant de ma vive sol- 
licitude. 

Préoccupation incessante de l'intérêt général; économie bien conçue des de- 
niers publics; budget régulier, dont les recettes couvrent les dépenses et per- 
mettent d'avoir un fonds de réserve pour les éventualités; l'ordre dans la liberté, 
respect à toutes les nationalités, afin de commander le respect à la notre; la pai\ 
avec l'honneur ou la guerre glorieuse comme une triste nécessité ; voici comme 
je comprends le devoir d'un loyal député. 

Jules ALLAIN, 

De la maison Allain Frékt-s. négocianls en vins. 
Candidat à la députation de la Seine, Paris et Bercy. 
En attendant les élections, je me mets à la disposition de tout (omilé ou de 
tout club, qui voudrait bien m'appeler à ses réunions, pour apprécier la sincé- 
rité de mon langage. '' ^ '^' 

15 mars 1848. (Sans nom dimprimeur.) 



— 796 — 



REPUBLIQUE FRANÇAISE. 

LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ. 



Citoyens, 

Les élections générales qui vont avoir lieu doivent, par leurs réstiltats, exercer 
une influence décisive sur le bonheur de tous et la prospérité de notre patrie. 

Le décret du gouvernement provisoire, qui admet à voter tout Français âgé 
de 21 ans, non privé de ses droits civiques, appelle le concours d'un grand 
nombre de citoyens restés jusqu'à présent étrangers aux aflaires du pays. 11 im- 
porte donc d'user de tous les moyens qui sont en notre pouvoir pour les éclairer 
sur la gravité et les conséquences du grand acte qu'ils vont accomplir, sur les 
conditions que doivent réunir les représentants qu'ils ont à nommer, pour leur 
faire comprendre enfin tous les bienfaits dont la garantie est dans l'existence du 
gouvernement républicain. Des lectures quotidiennes des journaux dans les mai- 
ries, maisons d'écoles ou autres lieux à la convenance du public, me paraissent 
pouvoir ofl'rir ces avantages. Fixées à l'heure où les travaux de chaque jour sont 
terminés, je ne doute pas qu'elles ne réunissent beaucoup d'habitants. Vous au- 
rez soin d'en informer vos concitoyens. 

Dans les communes où les ressources du budget ne permettraient pas de faire 
cette dépense, qui sera de peu d'importance par suite de la réduction du prix 
d'abonnement des journaux, j'aime à croire que les maires, les conseillers mu- 
nicipaux et les habitants les plus aisés s'empresseront d'y subvenir au moyen de 
souscriptions volontaires. 

Les journaux qui, par leur rédaction et la sfncérité de leurs opinions, peuvent 
le mieux remplir l'objet que nous devons nous proposer sont, entre autres, la 
Réforme (8 fr. par trimestre), le National (H fr. par trimestre], V Atelier (3 fr. 
par trimestre), le Populaire (3 fr. par trimestre). 

Je recommande particulièrement l'exécution de cette mesure à votre zèle pa- 
triotique. Pour prévenir tout retard, j'ordonne à l'instant l'envoi du journal la 
Réforme à toutes les communes du département pour un mois, sauf à celles qui 
veulent s'abonner à un ou plusieurs autres journaux à les faire demander. 

Salut et fraternité, 

BERRIER-FONTAINE. 

AleDÇon, le 15 mars 1848. • 



Voir la Commune de Paris du 1er avril 1848, p. 4, col. 1", la Presse du 30 mars 1848, art. la Presse à 
la Réforme, id. la Réforme du Ip"" mars 1848, p. 1". 



— 797 -» 



ADRESSE 



D'uD ouvrier à ses frères ouvriers de tous les corps d'état. 



Citoyens, 

Le temps presse; nous avons le nombre 
pour nous. Je crains néanmoins que nous ne 
sachions pas mettre cet avantage à profit, 11 
ne dépendrait cependant que de nous, si nous 
voulions nous entendre, d'envoyer à l'Assem- 
blée nationale les citoyens les plus dignes et 
les plus capables. Ce que nous devrions faire, 
ce serait de nous réunir immédiatement, le 
plus grand nombre possible, chacun dans nos 
corporations respectives, et nommer parmi 
nous, après avoir entendu les diverses pro- 
fessions de foi de ceux qui seraient présentés 
ou qui se présenteraient pour la candidature, 
celui qui nous donnerait le plus de gages de 
confiance par son passé et pour l'avenir. Les 
candidats des divers corps d'état se réuni- 
raient et appelleraient dans leur sein quel- 
ques penseurs, philosophes et socialistes les 
mieux connus, et, de concert avec eux, nous 
dresserions une liste de trente-quatre noms, 
parmi lesquels, savants ei travailleurs, pren- 
draient place d'une manière proportionnelle 
et satisfaisante pour tous, et qui, par le con- 
cours et l'appui mutuels, nous assurerait le 
succès des élections. 

Quelques-uns de mes amis m'ayant engagé 
à me présenter comme candidat, j'ai accepté ; 
mais comme j'ai toujours su faire abnégation 
de tout sentiment d'orgueil et d'intérêt per- 
sonnel, quand il s'est agi de l'intérêt com- 
mun, je suis prêt à me retirer et à faire place 
à un citoyen plus méritant et pouvant être 
plus utile que moi aux intérêts de la Répu- 
blique. 



Néanmoins, je crois devoir faire ma pro- 
fession de foi. 

Dès l'âge de quinze ans, je prenais part 
aux mémorables journées de 1830, et pen- 
dant les dix-huit années qui viennent de s'é- 
couler jusqu'à ce jour, il ne s'est pas fait une 
seule démonstration ni protes-tation contre !a 
tyrannie et en faveur du républicanisme, à 
main armée ou autrement, sans que j'y aie 
pris une part active. J'ai obtenu dans plu- 
sieurs circonstances le suffrage de mes cama- 
rades et amis politiques, pour défendre et 
représenter nos intérêts comn)uns. 

Je n'ai jamais cessé de propager les idées 
républicaines et sociales; ce qui m'a valu, à 
certaines époques, les honneurs de !a persé- 
cution. 

Aussi, relégué dans la plus malheureuse 
condition de la société, et à même de juger 
des misères humaines par expérience, ue- 
manderai-je l'abolition de l'exploitation de 
l'homme par l'homme, source de tous les 
maux; la multiplication des machines au 
profit de tous, par l'association industrielle 
et agricole, en faisant appel à la richesse, 
afin de n'obtenir ces résultats que dune ma- 
nière pacilique, et de n'appliquer que ce qui 
est sagement et raisonnablement applicable 
dans I intérêt de tous, riches et pauvres, ce 
qui aura pour conséquence l'appliciition de 
notre immortel principe : Liberté, Egalité, 
Fraternité. 

JouY, ouvrier ébéniste, 

rue de la Planchette, n° 2 bis 

(faubourg Saint-Antoine). 



Voir la Réforme du 30 mars 1848, p. % col. 2 et 3. 



— 7Ô8 



AUX ELECTEURS 



Du département de Seîne-et-Oise. 



«ag»<K ) <B:— ■ 



Citoyens , 

Le Gouvernement provisoire de la République française, sorti de la dernière 
lutte de la Liberté contre un pouvoir tombé au dernier degré de l'abaissement 
et du mépris, vient de faire un appel à la Nation souveraine. 

Vous répondrez bientôt à cet appel en nommant des Représentants à V Assem- 
blée nationale conslhuante. 

Jamais vous n'avez été appelés à exercer un droit civique aussi important ; ja- 
mais vos choix n'auront exigé plus de circonspection, de discernement et de 
sagesse, en même temps que plus de fermeté et de patriotisme ; car des choix 
que vous ferez peuvent dépendre l'avenir et le salut de la France ! 

C'est avec un sentiment profond de la gravité, de la sainteté du mandat que 
vous allez conférer, que je viens solliciter vos suffrages. 

Je dois vous mettre à même de juger si je les mérite. 

Homuie nouveau dans la politique active, je ne tiens par aucun lien à un passé 
que j'ai répudié dès son origine, et qui ne peut, par conséquent, faire naître en 
moi ni espérance, ni regrets. 

J'ai accueilli avec transport l'établissement de la nouvelle République fran- 
çaise, parce que, depuis longtemps, je considérais cette forme du gouvernement 
comme la forme définitive des sociétés modernes, la seule qui donne satisfaction 
à tous les intérêts ; la seule qui ne comprime aucune activité, qui n'étoulïe aucun 
génie, qui ne désespère aucun courage ; la seule enfin qui ne lilcsse point le sen- 
timent de la dignité humaine dans les âmes hautes et fières, pour lesquelles il 
n'y a de souveraineté réelle que celle de la loi, et de supériorités véritables que 
celles de la vertu, de la science et du génie ! 

Le gouvernement républicain, d'ailleurs, est seul de droit naturel impres- 
criptible, car c'est le gouvernement de la Nation par elle-même ; le gouverne- 
ment monarchique au contraire, n'est que de droit conventionné/, et il est péris- 
sable comme ce même droit. La souveraineté de la Nation n'a jamais pu être 
aliénée, ni en tout, ni en partie; elle n'a pu être déléguée que pour un temps 
limité. La France a donc toujours été en droit, et elle est aujourd'hui redevenue 
de fait, maîtresse d'elle-même ; c'est-à-dire libre de se donner les institutions 



— 799^ 

qu'elle croira le plus en harmonie avec la civilisaiion actuelle et ies besoins 
sociaux de notre époque. 

Yoilà pour le droit; maintenant examinons le fait. 

La République est établie ; elle a reçu déjà l'adhésion unanime de tous les 
corps constitués sous le pouvoir déchu, de toutes les villes de France, en un mot 
de tous les citoyens qui ont eu un organe pour manifester cette adhésion. La 
RépubHque, à peine proclamée, a merveilleusement rétabli et maintenu ïordre, 
ce symbole vivant, impérissable, de tout gouvernement régulier, de toute société 
bien constituée. C'est là une des preuves les plus convaincantes que la révolution 
qui l'a amenée était faite dans tous les esprits avant de l'avoir été dans les actes, 
et queVfieure définitive de ce gouvernement rationnel, que nos pères avaient 
peut-être essayé prématurément, est enfin venue pour la France, en attendant 
qu'elle vienne aussi pour les autres nations. 

Ainsi, le Gouvernement provisoire de la République française a pour lui le 
droit et lejait. Toute autre pensée que celle de lui prêter un concours éclairé, 
loyal et ferme, de consolider à jamais celte forme seule rationnelle de gouver- 
nement par de bonnes lois organiques, n'entrera pas dans vos esprits quand vous 
choisirez vos Représentants à l'Assemblée nationale. C'est dans ce sens, et dans 
ce sens seul, que j'accepterais votre mandat. 

Ce mandat, je le considère comme une mission de sacrifice et de dévouement 
à la chose pubHque. Si vous me faites l'honneur de me le conférer, Citoyens, je 
m'efibrcerai de le remplir avec toutes les lumières que j'ai cherché depuis long- 
temps à acquérir dans le domaine des connaissances humaines, avec toute la 
conscience et le sentiment profond du devoir que j'ai apportés jusqu'ici dans 
tous les actes de ma vie publique et privée ; enfin avec toute la fermeté et l'indé- 
pendance de caractère dont je crois avoir donné plus d'une preuve. Je défendrai 
les droits respectifs des maîtres et des ouvriers, des propriétaires et des travail- 
leurs, surtout de la classe agricole, que je connais plus spécialement ; mais, tout 
en recherchant et en appuyant les meilleures solutions possibles aux grandes 
questions sociales qui s'agitent en ce moment, et qui menacent de porter une 
perturbation profonde dans la société ; tout en défendant de toutes mes forces 
les intérêts du peujDle, je ne serai pas plus son courtisan que je n'ai été celui de 
la royauté déchue. Ce ne sont pas ceux qui le flattent le plus qui servent le mieux 
sa cause. 

Mes principes ne datent pas d'hier; ils sont connus, depuis longtemps, de plu 
sieurs membres du Gouvernement provisoire, avec lesquels je m'honore d'être 
lié par une ancienne communauté de sentiments et d'idées, entre autres de M. de 
Lamartine, ce génie inspirateur des temps modernes, dont la voix, comme celle 
d'Orphée, a le pouvoir sublime de calmer les tempêtes populaires et de rallier 
autour d'elle les intelligences timorées qu'effraie encore l"ordre nouve-au ! 

C'est vous dire assez que je n'accepterais votre mandat que pour employer 
tous mes efforts à consolider, autant qu'il serait en moi, l'œuvre laborieuse et 
patriotique du Gouvernement provisoire, et cela, avec d'autant plus de fermeté 
et de persévérance, que je considère toute autre tentative comme incompatible 
pour la tranquillité pubUque et le salut de tous ; car j'ai la conviction protonde 
qu'après les trois épreuves décisives que la France a faites successivement, en 



— 800 — 



moins de cinquante années, du gouvernement impérial, de la royauté légitime et 
de la royauté élue, toutes les combinaisons possilîles de ce pouvoir héréditaire 
sont épuisées à jamais pour elle, et qu'elle n'a plus qu'à exercer son autorité 
puissante et son génie dans l'établissement et le développement progressif du 
gouvernement rationnel et définitif de l'ère moderne, c'est-à-dire de la Repu- 
à ligue. 

Que ceux donc d'entre vous qui, par suite d'un passé qui ne peut plus revenir 
ou de craintes d'un avenir inconnu, verraient l'établissement de cette forme de 
gouvernement avec inquiétude se rassurent ! Les citoyens courageux qui ont 
fondé notre nouvelle République et ceux que vous appellerez à la consolider, 
sauront lui conserver la pureté, la magnanimité de son origine, qui font l'admi- 
ration du monde. Liberté, égalité, fraternité, telle est la devise immortelle sortie 
des poitrines de nos pères et qui vient d'être proclamée de nouveau au milieu 
de nous, gravée sur tous nos monuments, inscrite sur tous nos étendards, aux 
acclamations de la France, aux applaudissements de l'Europe toute frémissante 
d'enthousiasme et de sympathie ! Cette formule divine, qui résume en elle tout 
l'avenir du monde, doit passer désormais tout entière dans nos mœurs et dans 
nos lois : dans nos mœz<rs par la pratique des vertus sociales qu'elle représente: 
liberté pour tous de faire et de penser ce qui n'est pas contraire ou opposé à la 
justice, à la morale, aux intérêts de tous ; égalité devant la loi, devant le travail 
et la justice, sans autre distinction que celles de la science, du génie ou de la 
\erVd; fraternité enfin dans tous les rapports sociaux d'homme à homme, de 
peuple à peuple ; fraternité entre le riche et le pauvre , entre le fort et le faible, 
entre celui qui possède et celui qui aspire à posséder, afin de parvenir à calmer 
toutes les souffrances, à satisfaire tous les besoins, à raffermir tous les droits. 

Elle doit passer aussi dans nos Godes, la grande devise française ; et ce ne sera 
pas une des moindres tâches des Représentants que vous enverrez à l'Assemblée 
nationale constituante, que celle d'établir des lois organiques dignes du Peuple 
qui vient de donner à l'Europe réveillée en sursaut, le spectacle le plus saisissant 
de la Ynodération dans la force, do la raison dans l'ivresse du triomphe, et de 
l'ordre dans l'absence de tout frein ! Des lois empreintes tout à la fois de la sagesse 
du passé et de cet esprit nouveau qui souQle de ï Orient, de V Occident, du Midi et 
du Septentrion^ comme l'esprit de Dieu envoyé pour le salut du monde! 



G. PAUTHIER, 

Propriétaire-cullivalcur à Ville-Evrard, commune de Neuilly-sur-Marne, canton de 
Gonesse, déparleuienl de Seine-et-Oise, délégué depuis plusieurs années au Con- 
grès central d'Agriculture. 
15 mors 1848. 



Versailles. — Imp. de Beau, jeune, rue Satory, 28. 



Paris. — Imp. Lacour et C», rue SoulTflot, 46. 



801 — 




Médaille en cuivre servant de carte d'enirée au Club Blanqui. 




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T. I. 



100 



— 802 — 



BULLETIN DE LA RÉPUBLIQUE 



Liberté, Égalité. Fraternité. 



MINISTERE 

DE L'INTÉRIEUR. 



N'^2. 



Paris, le i^ mars 1848. 

Si le peuple avait renversé le 
trône de f-ouis-Phi'ippe pour éta- 
blir sur ses ruines un gouverne- 
ment tout semblable, il eût fait 
acte de folie. 

Mais le peuple est intelligent 
autant que brave. 

Ce qu'il a voulu, il le veut en- 
core; le voici : 

Au lieu du pouvoir d'un seul, 
le pouvoir de tous. 

Au lieu du privilège d'une fa- 
mille, le droit de la nation, où 
tous les citoyens sont frères. 

Au lieu du règne de la faveur 
et de la corruption, l'application 
sincère des principes de justice et 
d'égalité. 

Le peuple a horreur du sang 
et des vengeances, il ne persé- 
cute pas ses ennemis. Mais au- 
jourd'hui qu'il a recouvré sa force, 
il n'en cuniiera l'exercice qu"'à 
ceux dont il connaît le dévoue- 
ment et la probité. 

Aussi quelle a été sa conduite 
après la victoire? 

Tout fumant encore de la ba- 
taille dans laquelle il venait de 
verser son sang, il a envahi la 
chambre des député:-;, où quel- 
ques partisans aveugles de la mo- 
narchie essayaient de faire des- 
cendre la couronne sur la tète 
d'un enfant de dix ans. Il s'est 
trouvé en face de ce troupeau ser- 
vilc qui avait constamment ap- 
puyé l'ex-roi et ses ministres dans 
toutes leurs entreprises contre nos 
libertés. Et cependant aucune vio- 
lence n'a été commise. Seulement, 
au soufUe du vainqut;ur s'est 
écroulé ce frêle éJilice d'une ré- 
gence surprise à la [leur d'une 
majorité tremblante. Les princes 
se sont sauvé.s, et nul ne s'est 
souvenu de leur longue et inso- 
lente domination; ils n'ont été 
l'objet ni d'une attaque, ni d'un 



outrage. Tout entier à sa grande 

tâche, le peuple a désigné par ses 
acclamations ceux des députés 
qu'il savait être ses amis. Il les a 
siliiés membres du Gouverne- 
ment provisoire. 

C'est ainsi que s'est constitué 
le pouvoir révolutionnaire dont 
la mission a été d'installer un 
ordre nouveau ; les hommes qui 
l'ont accepté étaient depuis long- 
temps prêts à donner leur vie 
pour arracher la France au sys- 
tème qui la perdait. Leur pre- 
mier acte a été de marcher au 
milieu de la cité soulevée vers 
i'Hôtel-de-Yille où les attendaient 
des milliers de citoyens. Là, leur 
autorité a été consacrée avec des 
transports d'enthousiasme, et le 
peuple a proclamé l'abolition de 
la monarchie et la constitution 
de la République. 

Pourquoi la foule immense qui 
couvrait la place de Grève et les 
quais a-t-elle accueilli cette pro- 
clamation avec ivres.-e? Pourquoi 
cette nouvelle, volant de bouche 
en bouche, a-t-elle l'ait couler des 
larmes de tous les yeux? Pour- 
quoi les armes sont-elles tom- 
bées de toutes les luiiios? Pour- 
quoi depuis nul désordre sérieux? 
Et partout, au contraire, la me- 
dératiou,rhuruanité, la patience? 

C'est qu'en se constituant Ré- 
publique, le Gouvernement a pris 
l'obligation de satisfaire tous les 
inteièts légitimes, de donner du 
pain au travailleur, d'effacer toute 
distinction de classes, d'abolir 
tous les privilèges, de réduire les 
impôts, ou du moins de les ré- 
partir avec plus d'équité, d'appe- 
ler enfin tous lesciloyens à l'exer- 
cice complet des droits politiques. 
Comment, en présence d'un pa- 
reil avenir, le peuple ne serait-il 
[tas calme et plein de confiance? 

Aussi ce mot magique a calmé 
en quelques heures celle masse 



d'hommes armés dont la grande 
ville était inondée, et qui e4 aus- 
sitôt rentrée dans ses paisibles ha- 
bitudes. Les barricades se .«ont 
abaissées, et sur l'aile des télé- 
graphes le récit prodigieux de ces 
grands événements s'est répandu 
dans toute la France. 

La France entière a tressailli. 
Ce sublime spectacle, donné par 
la population de Paris, a rencon- 
tré partout des admirateurs. Cha- 
cun se sentait fier d'être l'enfant 
d'une famille ainsi repréienJée. 
Et si, un instant, quelques es- 
prits mal préparés à un change- 
ment si brusque ont pu s'inquié- 
ter, ils ont été bien vite rassurés. 

Le Gouvernement provisoire a 
montré immédiatement la droi- 
ture de ses intentions et la force 
de son autorité. Chacun de ses 
actes a porté la double empreinte 
du dévouement à la cause du 
peuple, et delà fermeté à en dé- 
fendre les droits. 

Il a adopté les enfants des ci- 
toyens morts pour la patrie, 
pourvu largement au sort des 
blessés, anéanti pour jamais la 
royauté, appelé sous les drapeaux 
de la garde nationale mobile 
vingt-cinq mille volontaires, 

11 a converti le palais des Tui- 
leries, séjour de la royauté, en 
une maison d'asile pour tous les 
ouvriers vieux ou infirmes. 

Il a pris pour sa devise ces trois 
mots enipruntés à l'Évangile : Li- 
berté, Égalité, Fraternité. 

Il a maintenu le drapeau tri- 
colore, celui que nos pères ont 
illustré sous la République et à 
fombre duquel les glorieux sol- 
dats de l'Empire ont fait le tour 
de l'Europe. 

Enfin, annonçant au monde 
avec un noble orgueil que la na- 
tion française, reprenant posses- 
sion d'elle-même, était assez puis- ' 
santé pour demeurer magnanime, 



803 — 



il a proclamé rabolition de .'a 
peine de mort. 

En même 'temps il ouvrait des 
ateliers nationaux où tous les 
bras pouvaient être occupés, et 
constituait au Luxembourg, dans 
le palais même de la pairie, une 
commission permanente chargée 
d'examiner et de résoudre toutes 
les questions relatives au sort des 
travailleurs. Celte commission, 
composée d'ouvriers de toutes les 
professions, Vcst mise tout de 
suite à Tœuvre, Elle va préparer 
les éléments de la législation 
nouvelle qui doit changer la face 
de l'industrie et de l'agriculture. 

Le peuple a donc vraiment 
remporté une belle, une fruc- 
tueuse victoire. Il a conquis ?a 
place qui ne lui sera plus enlevée. 
il est devenu son maître; c'est 
pour cela qu'il est modéré. Il a 
besoin de calme pour déo-iuvrir 
et appliquer les meilleurs prin- 
cipes d'crganisaîion. 

Dans quelques jours tous les 
Français vont être afipelés à dé- 
léguer leurs pouvoirs àdes dépu- 
tés qui formeront l'Assemblée 
constituante. Ici, plus de catégo- 
ries, plus de privilèges. Tous sont . 
électeurs , tous sont éligibles, 
hors ceux que la justice a frap- 
pés. L'arm.ée elle-même partiel |;e 
à l'exercice de ce droit. Elle en 
usera avec indépendance, et cet 
acte de liberté resserrera plus in- 
timement encore les liens étroits 
qui Tunissentau p';upl8 dontelle 
sort. 

Confiance donc. Citoyens, ap- 
plaudissons à la régénération de 
noire chère [latrie ! Unissoiis nos 
cœurs et nos volontés pour de- 
meurer digues de la souveraineté 
que nous avons recouvrée ! Pré- 
parons-nous avec un noble en- 
thousiasme à pénétrer nos man- 
dataires de l'esprit révolution- 
naire qui, d'un bouta l'autre de 
notre France, fait bondir tous 
les cœurs généceux ! La Révolu- 
tion, c'est la gloire nationale ! la 
Révolution, c'est la Richesse du 
pays décuplée par l'abolition des 
impeîts iniques et la sage répar- 
tition des proiluits! la Révolu- 
tion, c'est lu i»aix et la concorde, 
c'est la grande loi de lafratcrniié, 
c'est le couiuii'uoemcnl d'une 
ère de grandeur et de prospérité 



dont les siècles passés ne peu- 
vent nousfournir aucunexemple. 
Confiance donc, et serrons- 
nous tous autour du drapeau de 
notre sainte République! 



ADRESSE présentée au Gouver- 
nement provisoire par les Dé- 
mocrates allemands. 

AU PEUPLE FRANÇAIS. 

Pour toute l'Europe la victoire 
de la démocratie est enfin déci- 
dée. 

Salut à toi, peuple français! à 
toi notre reconnaissance! 

Trois grandes journées t'ont 
suffi pour rompre avec le passé, 
pour planter devant tous les peu- 
ples de la terre la bannière d'un 
monde nouveau. 

Sous ton soii'fle puissant, l'é- 
tincelle delà liberté est devenue 
une flamme dont la claité et la 
chaleur pénétreront jusque dans 
la chaumière la plus reculée. 

La voix du peuple a parlé aux 
peuples, et les peuples saluent 
avec joie l'avenir que tu leur as 
dévoilé. 

Réunis sur un môme champ 
de bataille, ils.^ont prêts à livrer 
leder.'iier graiid combat, le com- 
bat décisif pour la défense et la 
conquête des droits imprcccripli- 
bles de chaqlk homme. 

Les idées de la nouvelle Ré- 
publique française sont à la fois 
les idées de toutes Us nations, 
et le peuple français a la gloire 
immortelle de leur avoir dunné, 
par sa Révolution, l'a sanction du 

MIT. 

Oui, partout en Europe les 
idées démocratiques s'éveillent, 
partout des millions d'hommes 
sont prêts à vivre et à mourir 
pour elles ; et tandis que la toute- 
puissance des peuples fait des 
miracles, l'inipuis<anee des soi- 
disant pouvoirs absolus apparaît 
d'une manière de plus eu plus 
évidente. 

La Sui^s^ forte de :>0!i cou- 
rage et de son droit, a jeté un 
déli à leur faiblesse coalisée .... 
et ils n'ont rien osé contre elle. 

L'Italie régénérée marche , 
malgré toutes leur.^ menaces, à 
la Conquête de son indéi>endauce 



et de sa liberté..., et ils hésitent 
encore... 

L'Allemagne, enfin, ébranlée 
jusqu'au fond de ses entrailles 
[>ar le cri d'émancipation qui a 
retenti en France, ne peut et ne 
veut rester en arrière dans la 
lutte pour laquelle son dcvelop- 
perneut intellectuel lui a dès 
longtemps préparé le terrain. 

La liberté s'ouvre un large 
passage, ella tyrannie eile-uièrae 
est condamnée, p^ir son aveugle 
résistance, à la seconder et à 
devenir sa complice. 

Peuple français! nous te ten- 
dons la main pour marcher côte 
à (Ole avec loi vers l'avenir. 

Quelque difficile que soit notre 
lâche, nous sentons grandir nos 
fjrces avec les dangers du com- 
bat. 

JN'ous ne te demandons qu'une 
cho.sc : maintiens ta propre li- 
berté, funiquebien digne d'être 
maintenu. 

Conserve à tous tes enfants ce 
que TOUS ont conquis, et la seule 
assistance que nous te deman- 
dons, c'est 'jue tu reaies fidèle à 
toi-même, et que tu ré|tondes 
par un écho sympathique à l'Al- 
lemagne, lorique , délivrée un 
jour par dcS bras allem.v.nds, elle 
poussera vers loi ce cri : 

Vive la liberté! légalité! la 
fraternité! 
Vive la démocratie ! 
Vive la Républiqueeuropéenne! 



L'adre=.se suivante a été dis- 
tribuée dans Paiis : 

ClT0YE>S, 

Nous demandons l'ajournem'Mil 
des élections de la garde nalio- 
na e et de rAs.>embIée consti- 
tuante . Ces élections seraient dé- 
risoires. 

A Paris, un très petit nombre 
d'ouvriers ^ont inscrits sur les 
listes électorales. L'urne ne rece- 
vrait que Icssutl'ragesde la bour- 
geois ie. 

Dans les villes, la classe des 
travailleuis, façonnée au joug 
par de longues années de coni- 
pressi(m et de misère, ne pren- 
drait aucune part au scrutin , 
ou bien tlle y serait conduite 



— 804 — 



par ses maîtres comme un bétail 
aveugle. 

Dans les campagnes, toutes 
les influences sont aux mains des 
aristocraties. Une tyrannie sa- 
vante a étouffé, par son système 
d'isolement individuel , toute 
spontanéité au cœur des masses. 
Les malheureux paysans, réduits 
à la condition de serfs, devien- 
draient à leur insu lemarchepied 
des ennemis qui les oppriment et 
les exploitent. 

Notre àme s'indigne à la pen- 
sée que les oppresseurs puissent 
ainsi recueillir les bénéfices de 
leur crime. C'est un sacrilège de 
faire mentir à leur propre salut 
dix millions d'hommes, d'arra- 
cher à leur ignorance la sanction 
de leur esclavage. Ce serait un 
défi par trop insolent aux barri- 
cades de Février. 

Le peuple ne sait pas; il faut 
qu'il sache. Ce n'est pas l'œuvre 
d'un jour ni d'un mois. Lorsque 
la contre-révolution a seule la 
parole depuis cinquante ans, 
est-ce donc trop de l'accorder, 
une année peut-être, à la liberté 
qui ne réclame que la moitié de 
la tribune, etne mettra pas, elle, 
la main sur la bouche de son en- 
nemie? 

Il faut que la lumière pénètre 
jusquedans les derniers hameaux 
de la Uépubli(iue. H faut que les 
travailleurs redressent leurs fronts 
courbés par la servitude, et se 
relèvent de cet état de stupeur 
et de prostration où les castes 
dominantes les tiennent, le pied 
sur la tête. 

Lt ne dites pas, citoyen3,*que 
nos craintes sont chiinériques. 
Les é'eclions, si elles s'accom- 
plissent, seront réactionnaires. 
C'est le cri universel, que le parti 
royaliste, le seul orgmisé, grâce 
à sa longue puissance, va mai- 
irii^er par l'intrigue, la corrup- 
tion, les influences sociales, et 
sortira triomphant du scrutin. 

Songpz-y ! le triomphe, c'est la 
guerre civile! Paris , le cœur et 
le cerveau de la France, Taris ne 
reculera pas devant un retour 
oflensif du passé. Réfléchissez 
aux sinistres conséquences d'un 
conflit entre la population pari- 
sienne et une assemblée qui croi- 
rait représenter la Nation, qui ne 



la représenterait pas ; car ce vote 
de demain sera une surprise et 
un mensonge. 

Que votre prudence épargne à 
la France un si grand péril. 
Laissez le pays naître à la Répu- 
blique; à cette heure, il est en- 
tore emprisonnédans l'étouffante 
enveloppe de la monarchie. 

Ajournement des élections! 
c'est le cri du peuple parisien. 



RÉPUBLIOUE FRANÇAISE. 

■Liberté, Egalité, Fraternité. 

Le Gouvernement provisoire. 
Informé que dans plusieurs 
villes des demandes en liberté , 
formées sur référé par des déte- 
nus pour dettes civiles ou com- 
merciales, ont été rejetées sur le 
motif que le décret du 9 mars 
1848 ne pouvait avoir d'effet ré- 
troactif; 

Considérant que les termes du 
décret sont absolus , que la me- 
sure d'humanité ordonnée par le 
Gouvernement provisoire serait 
évidemment incomp'ète , si elle 
ne s'appliquait aux détenus pour 
dettes; 

Décrète ; 

Tous les détenus pour dettes 
civiles et commerciales seront im- 
médiatement et provisoirement 
rais en liberté, en vertu du décret 
rendu le 9 mars 1848 par le Gou- 
vernement provisoire. 

Fait en séance à l'Hôlel-de- 
Yille, le 12 mars 1848. 

Les Membres du Gouvernement 
provisoire. 



Le Gouvernement provisoire. 

Considérant que le châtiment 
corporel dégrade l'homme ; 

Qu'il appartient à la Républi- 
que d'tffacer de la législation 
lout ce qui blesse la dignité hu- 
maine; 

Que c'est un bon exemple à 
donner au monde ; 

Que la suppression des peines 
corporelles, en affermissant dans 
la marine le sentiment de l'hon- 
neur, ne jieut que donner aux 
matelots une idée plus haute de 
leurs devoirs et leur inspirer plus 
do respect encore pour eux-mê- 



mes et pour les lois de la disci- 
pline ; 
Décrète : 

Les peines de la bouline, de la 
cale et des coups de corde sont 
abolies; jusqu'à révision com- 
plète du Code pénal maritime , 
elles seront remplacées par un 
emprisonnement au cachot , de 
quatre jours à un mois. 
Fait à Paris, le 12 mars 1848. 
Les Membres du Gouvernement 
provisoire de. la République 
Française. 



Le Gouvernement provisoire, 

Vu le décret du 27 février der- 
nier, qui prononce la dissolution 
du conseil municipal de Paris; 

Considérant qu'ilconvientd'ap- 
pliquer la même mesure au con- 
seil général de la Seine , dont le 
mandat émanait également du 
principe d'électoral privilégié; 
Arrête : 

Art. 1^% Le conseil général du 
départeiiïént de la Seine est dis- 
sous. 

Art. 2. Le membre du Gouver- 
nement provisoire, maire de Pa- 
ris, est chargé de prendre toutes 
les mesures nécessaires pour as- 
surer la marche des services aux- 
quels les membres du conseil 
étaient appelés, à co titre, à don- 
ner un concours d'administration 
ou de surveillance. 

Fait à IHôtel-de-Ville de Pa- 
ris, In 12 mars 1848. 

Les Membres du Gouvernement 
provisoire. 



CIBCi'LAlRE du Ministre de 
l'Ayriculture et du Commerce 

à MM. les Préfets des départements. 

Taris, le 12 mars 1818. 

Monsieur le Préfet , .s'occuper 
des travailleurs et des grands in- 
térêts du pays , tels ont été la 
premièie pensée et le premier 
devoir du Gouvernement provi- 
soire de la République. Des ate- 
liers nationaux s'organisent dans 
le.> villes, mais les cités ne sont 
pas l'objet de la sollicitude exclu- 
sive du Gouvernement. Parmi les 
travailleurs, ceux des campagnes, 
parmi les grands intérêts du 



— 805 — 



pays, l'agriculture, occupent une 
large place. Il faut que la pro- 
duction rurale reçoive des tra- 
vaux qui s'exécutent fju vont 
s'exécuter le plus grand déve- 
loppement possible. Je vous in- 
vite, en conséquence, à me faire 
connaître immédiatement: 

1" S'il existe dans votre dépar- 
tement des marais, terres vaines 
et vagues, landes, bruyères, du- 
nes et relais de mer d'une cer- 
taine étendue , qui puissent être 
utilement soumis à des travaux 
de dessèchement, de mise en cul- 
ture ou de reboisement. 

2° Leur désignation et les com- 
munes et cantons dans le péri- 
nètre desquels ils sont situés ; 

3o Quelle est l'étendue ap- 
proximative de chacun de ces 
terrains ; 

40 S'ils appartiennent à l'Etat, 
aux communes, à des établisse- 
ments publicS'OU à des particu- 
liers ; 

5° Leur situation à proximité 
ou à distance des centres de po- 
pulation. 

Je vous fais observer qu'il ne 



s'agit point ici d'un travail de sta- 
tistique; ce ne sont point des 
chiffres rigoureux, mais de sim- 
ples renseignements que je ré- 
clame, sans autre délai que celui 
qu'exigent l'exactitude et une 
certaine précision. 

Recevez , Monsieur le Préfet, 
l'assurance de ma considération 
distinguée. 

Le Âlinislre provisoire de l'A- 
griculture et du Commerce, 
Bethmont. 



— Les ouvriers de Paris et de la 
banlieue, dans toutes leurs réu- 
nions politiques ou autres, ont 
décidé que le premier candirlat à 
porter sur la liste de la députa- 
tion du département de la Seine 
serait Déranger, le poète national. 



— M. Louis Perrée, maire du 
3e arrondissement de la ville de 
Paris, a reçu aujourd'hui la lettre 
suivante : 

« La 8e compagnie, o^ batail- 



lon de la garde nationale mobile, 
désirant venir en aide aux pau- 
vres de notre arrondissement , 
vous prévient qu'elle met à votre 
disposition la nourriture de six 
per.-onnes. Veuillez avoir la bonté 
de les choisir parmi ceux que vous 
croyez les plus nécessiteux, et 
veuillez les envoyer à la caserne 
tous les jours, de neuf heures à 
dix heures du matin. » 
Agréez, etc. 
(Suivent plus de quarante si- 
gnatures.) 



— Les villes de la frontière 
belge, Tournai, Courtrai, Muzin 
sont mises en état de défense; 
leurs garnisons sont augmentées, 
les réserves rejoignent les diffé- 
rents corps. Le roi des Belges 
continue à armer. Il rappelle les* 
soldats des cinq dernières c'aîses 
et les dirige sur la frontière. Ce- 
pendantles relations de confiance, 
un moment interrompues entre 
les administrations des chemins 
de fer belge et français, sont en- 
tièrement rétablies. 



E. DuvERGER, imprimeur des actes du Gouvernement provisoire 
pour le 10* arrondissement, rue de Verneuil, n» i. — no 4. 



APPEL 

AUX BRAVES CITOYENS DE LA GARUE SIOBILIk 



Les Citoyens ullemanids, présents à Paris, vous adressent la pièce suivante: 

Ayant clé témoins de votre patriotisme et de votre courage dans la lutte sublime 
de Février, nous désirons suivre votre exemple héroïque, et nous rendre en Alle- 
magne pour proclamer une République allemande, sœur et alliée de la vôtre. 

Vous avez vaincu avec vos Armes; — Vos Armes ont riiabitude de vaincre; — 
Vous les avez déposées après la victoire. 

Prêtez-nous-les, afin qu'elles nous servent de parrains pour notre Ri'publique 
allemande. 

Nous comptons sur vos sentiments de fraternité 1 

Vive la France, notre sœur pour la vie et la mort ! VIVE LA RÉPUBLIQUE ! 

N. B. Déposer les armes, (34, rue Montmartre, au ùureau central des Républicains 
allemands; chezU. GEORGE HERWEGil. 13, boulevard des Capucines; et M. MAY, 

TUe Cle lu I IXanCtenef 10. Pails. — imprimerie de WittersUeim, me Monunorency, s. 



— 806 — 



SOCIÉTÉ FRATERNELLE CENTRALE. 



BUREAU : 

Cabet, président ; Robert (Gustave) , homme de lettres ; 

ROBILLARD, ancien boulanger, vice- Berrier, médecin ; 

président'. , Lefèvre, professeur; 
Maillard, nég-ociant, secrétaire; Lefèvre , serrurier ; 

Chameroy, négociant; Vicaire, marchand de crépins ; 

Gosse , négociant; ^ i Leguay, mécanicien; 

Montagne, tailleur de limes; j Durand, cultivateur; 

Fav ART, tailleur ; j Despy, cordonnier. 

TRENTE COMMISSAIRES POUR MAINTENIR L'ORDRE : 

.ARON. — ANGELMANN. — BLAISE. — BORDE. — CUAISSOT. — CHAIRE. — SON FRliRE. — 
COULAUD — CROZAT. — CIIAMBRETTE. — DABAT. — DÉCUYER. — DUCREUX. — DUTIlY. 
ESPRIT. — IROUIN. — GODEFROY. — GUDEFIN. — JUSSIN. — LANGE. — MAURICE. — OUDIN. 
PRUDENT. — ROCIIEFORT. — ROYER. — S1310N. — SCII3IAL. — VOISET. — VOlTURIER. 

La sixième séance, à laquelle assistaient plus de 5,000 personnes, dont 1,000 
femmes , a été magnifique. Près de j ,000 personnes n'ont pu entrer. 

L'assem lée de la Société fraternelle centrale décide à l'unanimité : Qu'une 
grande manifestalion populaire et pacifique sera faite pour demander au gouver- 
nement provisoire : 

1° L'ajournement des élections pour la garde nationale; 

2** L'élojgnement des troupes de Paris. 

L'assemblée décide aussi que son bureau communiquera sans délai cette ré- 
solution à toutes les autres sociétés , et qu'il se concertera avec elles pour faire 
la manifestation en commun. 

Un grand nonibre de clubs ont discuté les mêmes questions et pris les mêmes 
résolutions. 

Leurs délégués, réunis le 15, ont décidé qu'une commission composée de 
quatorze d'entre eux (1) irait d'abord exposer leurs vœux au gouvernement 
provisoire. Si ces vœux n'étaient pas accueillis, une grande manifestation serait 
faite pacifiquement par le peuple lui-même. Des affiches (2) feraient connaître le 
jour prochain de cette manifestation. 

SEPTIÈME SÉANCE. 

Elle aura lieu le vendredi, 17 mars, à 8 heures du soir, dans la salle Valen- 
lino. rue Saint-IIonoré , 359. Les enfants ne seront pas admis 

Voir lo Populaire du IG mars 1848 , paf?. 4, col. 2. V. à la p. 233 dos Murailles, arl. Rouiiions. 
(1) Voir l'aiilfigraplin p. 777 des Murailles. — (2) V. p. 840 des Murailles. — V. le Vo]n;laire du 7 mars 
1848, p. t, col. 3. V. lo f discours prononce par le cil. Cabet, dans la G» srance du lundi, 13 mars 1848 , 
p. 10 et 16, discours imprimé séparément. —V. le 3e discours prononce dans la séance du 17 mars 1848, 
j parle cit. Cabet. 



— 807 — 
Arrondissement d'Yssingemix, 15 mars 18/i8. 





,- ,.,.,j^tt 




J 



Une grande Révolution commence! Ce serait trom2:>er tout le monde 8i nous 
disions, comme on le proclame, qu'elle est accomplie. Le dernier mot de la Ré- 
volution ne sera que la dernière séance dé l'Assemblée constituante. 

A l'heure qu'il est, .un trône de moins en Europe, une constitution à donner à 
la France, voilà le bilan de la Révolution. 

Et pourtant cette transformation de notre société a causé moins d'agitation 
que la Révolution de 1830, qui cependant laissait debout, presque intact, le vieil 
édifice social. C'est qu'en 18o0 un principe s'éteignait, celui de cette légitimité 
qui avait aussi à revendiquer ses époques de gloire et d'illustrations , mais sur- 
tout la grande ombre de sa séculaire stabilité. 

Le trône de 18â0 n'emporte rien, et laisse le souvenir de sa félonie comme en- 
couragement aux institutions démocratiques, seules capables de régir désormais 
la grande famille française. 

La Révolution de 18/t8 est appelée à réui^ir désormais tous les Français dans 
un même sentiment politique. Les dynastiques consfitutionnels ont fait leur der- 
nière épreuve monarchique, et en gémissent. Les légitimistes, convaincus qu'un 
vain replâtrage de restauration ne se ferait qu'au profit des enfants de la famille 
d'Orléans, préfèrent entrer franchement dans la voie démocratique. 

Le clergé, longtemps timide aux innovations qui remuaient profondément les 
sociétés, mais aujourd'hui précédé de son grand cher apôtre moderne de l'éman- 
cipation politique , entre avec empressement dans la voie démocratique inhé- 
rente au christianisme. 

Toute la France donc veut aujourd'hui la République. 

Mais si quelques esprits suspendus en face de ce grand événement éprouvent 
encore une émotion craintive, c'est que le souvenir des phases de la grande 
Révolution française ont laissé, au milieu de leurs sublimes pages , de terribles 
souvenirs. 

Que faut-il donc aujourd'hui [)Our nouer solidement tous les liens de la nou- 
velle société politique? 11 faut que la Révolution s'accomplisse a\cc sagesse, 
avec calme, avec sécurité pour tout et pour tous. C'est là le fardeau qui va pe- 
ser sur l'Assemblée constituante. 

La grande chose du moment c'est donc d'envoyer à celke Assemblée des hom- 
mes actifs mais patients, sages mais fermes, de principes politiques bien connus, 
bien sincères, bien invariables dans leur passé , et qui , animés de l'amour des 
institutions démocratiques , leur aient toujours donné l'appui d une foi inal- 
t(Vable. 

Craignez d'envoyer à l'Assemblée constituante des éléments trop hétérogènes: 



— 808 



ce serait s'exposer aux luttes ènervafttes , aux lenteurs dangereuses , aux crises 
peut-être terribles, éléments des factions et cause première des malheurs qui 
sortirent de la Convention pour couvrir la France de deuil! 

Eh bien ! c'est celui qui vient de tracer ces lignes qui se présente à vous pour 
en obtenir le mandat de représentant du peuple. 

Vous me connaissez tous dans cet arrondissement , vous savez que mes princi- 
pes politiques n'ont jamais varié. Cherchant à marcher en avant toujours, j'es- 
pérais que la grande œuvre de rénovation s'accomplirait peu à peu et sans se- 
cousse. Une résistance à ces vœux, qui étaient ceux de presque tous, a précipité 
la chute du trône, et nous a donné la République. Vive la République ! 

Le sentiment le plus cher à mon cœur est aujourd'hui de la voir grande et 
prospère* à jamais. Mais c'eslici que peuvent se rencontrer les nuances d'opinion. 
Or, tout commettant a le droit d'interroger son mandataii^e ; voici donc en peu 
de mots mon acte de foi politique : 

Je crois que la liberté doit être sans limites pour tout ce qui ne blesse ni les 
droits justement acquis, ni la propriété, ni la religion, ni la morale publique. 

J^iberté delà presse, liberté professionnelle, liberté d'enseignement, liberté 
des cultes. Au milieu d'un peuple mûr, le flambeau de la libre discussion peut 
seul tout éclairer. Laissez à la vérité toute sa liberté, elle confondra l'erreur. 

En politique, je crois que chaque citoyen français doit avoir la faculté d'exer- 
cer les mêmes droits. C'est l'unique moyen de rendre aux nombreuses popula- 
tions d'agriculteurs le pouvoir de balancer l'influence politique des artisans des 
cités, seuls en possession jusqu'ici cîu droit électoral parmi les travailleurs ; le 
travail a besoin d'organisation, mais l'agriculture mérite toute notre sollicitude. 

Je crois que la politique extérieure doit être celle de paix à tous : protection 
bienveillante, fraternité aux nations et socialisme international. La Révolution 
est plus sociale que politique. 

Je crois qu'à l' Assemblée, le représentant du peuple doit arriver avec l'inten- 
tion irrévocable de résister à tout ce qui pourrait déborder la pacifique organi- 
sation de la Constitution. Il doit jurer de mourir sur son banc plutôt que de flé- 
chir devant les exigences des factions ! 

Voilà sommairement, mes chers Compatriotes, ma croyance, mes vœux , mes 
espérances. 

Si vous croyez que je puisse remplir le noble mandat de vous représenter , 
donnez-moi vos suffrages. Si de plus dignes de votre confiance se présentent, 
votez pour eux, nous voterons ensemble. 

Salut et fraternité. 

Docteur MOURET. 



Puy. — Typ. deJ.-B. Gaudelet. 



— 809 — 



CLUB DE L'AVENIR 

AU CITOYEN MINISTRE DE L'INTERIEUR 



Citoyen' Ministre, 

A l'unanimité, le club de l'Avenir a voté l'adresse suivante au gouvernement 
provisoire : , 

Les ennemis de la révolution et du Peuple qui l'a faite protestent insolem- 
ment contre les mesures démocratiques adoptées par le gouvernement provi- 
soire, etspécialement contre la circulaire du citoyen minisire de l'intérieur. 

En face de cette manifestation contre-révolutionnaire, le club de l'Avenir croit 
devoir exprimer énergiquement son approbation pour la circulaire du citoyen 
ministre de l'intérieur; il n'en saurait trop louer les principes et les idées, spé- 
cialement en ce qui concerïie les élections. 

Ils reconnaît au gouvernement émané du vœu populaire, dans les premiers 
périls de la révolution , le droit de veiller par tous les moyens à l'avènement, 
au salut de la République, etsurlout par une action loyale , ouvertement exercée 
dans le but de protéger la liberté matérielle et morale des électeurs. 

La plupart des citoyens appelés pour la première fois à l'exercice du plus 
capital de leurs droits politiques, ont besoin dans leur inexpérience de Tencou- 
ragement des vrais amis du Peuple. Cette intervention ne saurait être blâmée que 
par les hommes de la minorité, irrités de se voir ainsi déjoués dans leurs menées 
contre-révolutionnaires. 

Au nom du club de l'Avenir, les soussignés ont reçu la mission expresse : 

1° De féliciter le gouvernement provisoire, et spécialement le citoyen ministre 
de l'intérieur, de la direction franchement démocratique enfin adoptée par eux; 

2° D'exprimer le vœu que les membres du gouvernement provisoire restent 
toujours et franchement unanimes dans l'adoption des mesures qu'ils auront à 
prendre pour assurer le triomphe et la mise en application des idées répu- 
blicaines ; 

3° Ils protestent d'avance contre toute scission, toute exclusion, tout desaveu 
partiels ou collectifs, les dénonçant aujourd'hui comme actes dangereux et ré- 
trogrades qui rendraient leurs auteurs complices de la pensée contre-révo- 
lutionnaire. 

Fait en séance du 15 mars 1848, cour des Miracle» , 

A. Baudin, président, J. Si.vert, secrétaire. 

Paris, 16 mars 1848. 

Voir la Voix des Clubs , du 17 mars 1848 , pag. 5 . col. î. 



T. I. 



101 



— 810 



ELECTIONS 



)âa Kj bi M} ) 

H. agi) |js J'tbib oI 
f>»19f3 rA Jo èJàiiqofq 

-''"•'I^OUR L'ASSEMBLÉE NATIONALE CONS^ilïIJMTI. 

-fno8 9n g9fmoB'i asIbujD ,89eBcr »9Îhî 9b trr? '=i^in«5B ,3hJ[6({cl jb luabriciï; 1 .. 

^^^^^ ..^nhn'til fi'b JLOib iv) eeq gjjon-g'ii' 

.Jnofflsupibohèq 'lobTUonoi 3>, ... .-,.... ....>q?>oi giBrrt Jiol /liJooiiiio/noq'j.' 

-fn3<eG f3nij'b a'inoîgi/o'f T«f'>T»'>b îii^O b - o7itfil?ry>f Mfffrn'^îe^fi I 'ib r^ioilob n 
,o.TOt,oT „inmrf*TQyraSM&ECTEORS DU DÉPARTEMEN,TBrti,8„oo .. 
jiffoniiBil no 8'ifjoiuoj tnoiocj)gll SËii]^E^g'p_()I§£i^j..i.et.i pvu; * >ijjq;Vg Juspiî 
i'^-{;*nrR jgo'O .linofnl gneb inoii^^tn- lun /ih^ijo^î gnro'gyd aol Jo e-^i^oiq ei ■ 
.gdrlig^oqmrîiioibcDivob «'norJjjloYj/I 'gsl oi»p ienifi lnDfn'»i 

w . /ijijbnoo 'ifjof ob 8frG e)! 8uol ' jjqnnjj Jii' )bno'i iul olqu-jq i.b ^ulà 80I •••' 
-cffi rro8 i97iJom anna i9J07 9b irnsjgdr/g oggfiiq en%Juqàb Imi 6up\e9jo 
* .".'^'".goIbfftibQY'j'QYENS ''^ ^^ gorticfîfid gnoilf.i/lrg gof igaic lomrjoJ J9 ,rioUi. 

. ,yp"s,^l,(?^ appelés A Dommçjc yo& représenlanls à l'Assemblée Nationale; balji- 
tanl de \Qf\y^.ilé,p^riemenloiii''aimîi famille et mes amis— dévoué, non pj(is dliier, 
a,iixi4{îf?s ^^épuJjUçaines, jesollicitej'lionncur de vous représenter. 1, 
ujflpWWQ nq^ivcau;: des éludes., dc^ voyages, des écrits, l'indépendance de ca- 
^p.c^^»Vf1 ^S ^P ix)sitipn, IcJs sont mes titres à votre confiance. 

, flf^i^SJes grandes crises, la patrie demande à cbacun son obole; aujourd'hui 
^•^'P'^ypi^^lMPP^l 'Hi dévouement et au patriotisme, j'oflre à la cause de la Répu- 
}^\\^Hà ^W^. QÇ>^'i|yfiai^WrPiQi!|tA'5wdeuiVi^.d'initelUgenoe.;, urp .'■■ 

Salut et fraternité. 
)irr/fri .i="Mi}'Hil'"| '^nonun /m; nij.iut i i'm 1 i.'ii i» 4i';ï^W?^, «^-«^i^QlfKiq lu 'imr 
'>iinnnoil:;j,iol riiT ')rnfno') 'n'')bi>ino') Jio?. li'iij) — : ^'tllhnrif ^/Aj oonna^inriii 

V.ne-(1 Avray, 15 mars 1848. ,i,„ojj6'I ^Jicilo'i onii Jcjai oh Jn.Moq.m 

»n .i-iii'Hiil r^nii -(Il ni.M'»tM.i ,1 •lutiiimoo fil , n.oijfigilmjrio') bI A o'iijrn .^n< " 
ra-fi vD ': -ninfri nn P.'fAi]\'-ï5r|?jJT'A'^i"^* olbj-;-fi738 o/ilr.ïlini ;( 'iioqionemo'g f>lh-|. 
\yi'>)i\\ g')l oillMoiiKMAT^fil^fr^jol gniq b-l-R-iYob ooricnrroo oilo/ ob iîgo/ni f(. : 
Olorionsr coiiime'sèâ kœW^sttîll'ëékjlcVi'élôlutîôli'd'é'FeVK^^^ qii'â' se lever 

et justice n été firijfw ^i^. eOlle alliance impossible du principe monarchique avec 
la blxu'té. Louifi-Philijipe (iHé^iUWiôà^ni^ leii ptuà' crêdideÊ.'^ '"'P '^^«"1 «^M l^-J«'Vn 
Iby aiiimit démence à liHéi^ éWcoi'e'i'nnioti de l'iherlifi èt'dô^l'abïibflV'" " ^^^ - 
Les bois s'en vont, les hommes s'elfacent, les institutions «iCules désistent et 
font la ïorov. des naliOns^: ""' '"P /liob c ut» '>.juf,'j'l cl .«o'iiolii aùa fe-.^JuoJ jiiii/î 

Ijue (Tc nouvelle s'ouvre; pour la France; c'est donc aux hommes nmïve'aiix, 
qu'il appartient de réalîset- 1rs grandes et fraternelles idées de nos pères et de 
résondie le prol)l<'me si longtcrtips contesté de la régériéraliort' et ^de' laimorali- 
s;ili<Mi sooialcH ])ar i'inlHIs^ettce i.^t'le ll'avkil.'' '■ i ' .t-."-... -ii 

Pour moi comme pour vous, la souveraineté du jieuple; les droits de l'homme 



— 811 -^ 



et du citoyen sont imprescriptibles et inaii(3nahJes ; la Jrberté de la pensée, la 
liberté de la presse, la liberté de conscience sont inviolables ; le droit au travail 
et à sa juste rémunération est aussi sacré que le droit do propriété et la dette 
publique. Pour tous l'instruction gratuite; pour tous roI)Iigation de rechercher 
le mérite sous le chaume et dans les ateliers, car rinlelligence est un titre d'a- 
doption, et ceux qui en sont doués sont xlésignésLnarDiçu, pour ptje IpSjfik privi- 
légiés de la République. ^ i^.^^< ^iT/7 liTliiljM^] J Him' 

La grandeur de la patrie, assurée sur de telles bases, quelles réformes ne som- 
mes-nous pas en droit d'attendre. 

Le pouvoir électif, fort mais responsable, doit «e renouveler périodiquement. 

En dehors de l'asscmljlée législative : il faut décréter l'existence d'une assem- 
blée constituante décennale , dans laquelle , le principe républicain conservé, 
viennent s'épurer nos institutions , pour qu'elles soient toujours en harmonie 
avec le progrès et les besoins sociaux qui surgiront dans l'avenir. C'est ainsi et 
seulement ainsi que les Révolutions deviendront impossibles. 

Que les élus du peuple lui rendent compte tous les ans de leur conduite et de 
leurs votes, que nul député ne puisse s'abstenir de voter sans motiver son ab- 
stention, et tourner ainsi les situations brûlantes et les questions difticiles. 

Que les fonctions qui relèvent du gouvernement soient désormais incom- 
patibles avec la représentation nationale et que parmi les fonctîonnaîi^ds',' èfe'ux- 
là seuls puissent être élus dont le mandat relève de Kélection populaire^. ''* '"' 

Vénération aux cultes. — La religion n'enseigne-t'ellepasà l'hommfeèé'cjtt'îl ès't, 
où il va, d'où il vient ! Pour la première fois sur la terre, l'Evangîlé a pro'clamé 
le principe de la fraternité; que le prëlre reste pour ses services fe rétribué dé 
l'Elat, — Sa mission est sublime, — qu'il soit toujours^ Ch position de'sétOUrir 
ses frères malheureux : — il doit être l'administrateur de Ift charité piibfiqUeJ 

Respect à ceux qui se dévouent à l'éducation des citoyens , il^ en soiit digiiës 
par leurs travaux; il ne faut plus diminuer la considération par la modicité des 
traitements. 

L'instituteur primaire chargé d'initier l'enfant aux notions politiques, mérite 
la reconnaissance des familles : — qu'il soit considéré comme un fonctionnaire 
important de l'Etat, une retraite l'attend. ' " " " 

Sans nuire à la centralisation , la commune, ce berceau de nos libertés, ne 
peut-elle s'émanciper? 1/iniliative sera-t-ellc toujours retirée au maire? Ce ma- 
gistrat investi de votre confiance devra-t-il plus longtemps soumettre les intérêts 
vitaux de la localité aux lenteurs et à l'indillérence du chef-lion 2 t;M n^rroîn»!!) 

Si le garde national est le défenseur dotons les intérêts moraux et sociaux, 
n'est-^il pas juste que le maire, en servant d'intermédiaire entre la commune et 
le département, devienne avec ses conseillers, l'administrateur dos intérêts £jé- 
néraux de la commune et le coordonnateur des intérêts particuliers» loM - • ' 

Entre toutes ses gloires, la France en a deux qui lui s^Qut: ^Ghèrefe :.«*Mikî8l arts 
et l'armée, .rniuofl yrrn inol» |^«^S ; onn» '«'1. rî tho<j^ m'i/iio'« oIIn/uoh -vi-) ')ii'l 

L'art se régénérera, il ne peut manquer à sa mission. Sortant du c«ercle étroit 
dans lequel ils étaient contenus, les artistes, les poètes , les orateurs , les grands 
écrivains, trouveront des inspirations dignes d'une, nation quivient de reconqué- 
rir les sympathies du monde^ .jb uidninvi^uos ul .ciiov lucf) '>anuo » loiti i ' 



— 812 — 



Cent victoires sont inscrites sur les drapeaux de notre armée. — Cent vic- 
toires nouvelles l'attendent, si la France était attaquée par les cabinets de 
l'Europe. 

Que les nations s'émancipent, que l'humanité triomphe, que la paix soit à ja- 
mais assurée. — Nous n'en devons pas moins respecter toujours les cadres de 
l'armée dans une vue même d'application aux travaux industriels et agricoles du 
pays. Enfin il y aura d'autres titres à ravanccment dans l'armée de la République 
que dans celle des rois. 

L'acrriculture, cette source de nos richesses, entrera dans des voies nouvelles. 
La France est avant tout ui¥^ puissance agricole , et elle manque d'agricul- 
teurs. Une partie du territoire est en friche; il est do toute nécessité de créer des 
écoles agricoles, des écoles d'expérimentation, de dégrever les objets de pre- 
mière consommation pour frapper les objets de luxe. — 11 faut encourager les 
éleveurs, favoriser la multiplication des engrais, — les irrigations sur une vaste 
échelle, empêcher les déboisements incessants des montagnes, et réserver à la 
grande culture les biens de l'Etat et delà liste civile. — Le capital et le crédit 
manquent , surtout à notre agriculture. — Organisons des banques nationales 
agricoles, où les agriculteurs trouveront des ressources exclusivement ouvertes 
jusqu'aujourd'hui au commerce et à l'industrie, étendons ii toutes les communes 
les grandes. applications de l'hygiène et de la salubrité publiques. 

Je pense , citoyens, que la liberté doit être la loi de l'industrie; mais que la 
concurrence illimitée ne doit pas exister. — 11 est temps de la contenir et de 
tirer l'industrie de l'anarchie; l'humanité commande de les tenir en équilibre; 
car si l'une a donné naissance aux plus admirables produits matériels, l'autre a 
livré le travailleur aux tortures de la faim, aux soutfrances de la misère. 

11 s'agira à l'avenir de s'occuper un peu moins de la confection des machines, 
de la perfection des métitn^s; mais bien de la moralisation, de l'éducation, et du 
bien-être des ouvriers qui sont nos frères. — Hors de là, la révolution de février 
serait un non sens. 

Pour transporter ses produits, la France a des routes magnifiques et des lignes 
de fer; — sa marine marchande est nombreuse , — sa marine militaire est su- 
perbe. Plus riche que tous les peuples du monde, et par l'intelligence de ses ha- 
bitants, par la fécondité de son sol et par l'abondance de son numéraire, — qu'at- 
tend-elle pour prendre son rang sur les marchés étrangers? — La réforme des 
abus qui paralysent son commerce intérieur, — la diminution du prix de l'ar- 
gent , — et la fondation d'une seule grande banque nationale avec un seul signe 
monétaire. 

La crise financière cessera du jour où , hypothéquant les biens de la liste ci- 
vile, — les biens des communes, — les biens des hôpitaux , — on émettra dans 
unelimile certaine, au fur elà mesure des besoins du pays, — |des bons nationaux. 
On s'occupe tl'asseoir le budget de la République sur des basc^s nouvelles. ^ — 
Un mot sur ces projets. 

L'Etat supprimerait les impôts de consommation ; on lui conseille, le principe 
admis des indemnités et des compensations, de se mettre au lieu et place des 
compagnies d'assurances; en devenant assureur de toute la France , il se crée 
des ressources énormes. 



— 813 — 



Les chemins de fer, si l'on consulte le hudgct de la Belgiffue, gérés comme il s 
le sont parle gouvernement, rapportent des millions. La République.' centra- 
liserait nos chemins de fer, et il y aurait là pour la France une source de re- 
venus. 

Jusqu'à ce jour, la propriété seule a été grevée d'impôts; à l'exemple d'une 
République voisine, au-delà d'une spmme nécessaire au besoin de la vie, pour 
ceux qui ne possèdent que des renies , et qui ne vudraient pas en déclarer le 
chilfre, on décréterait qu'ils auraient à payer un mcuvimum fixé par la loi. 

La réforme de la justice est demandée : en augmentant le nombre des tribu- 
naux de paix, — en élargissant la compétence des juges, en diminuant les fra s 
de justice, on donnera enfin salisfnclion à ceux qui s'élevaient contre les abus de 
la procédure et la vénalité des charges. De même qu'il y a dans les ressorts ci- 
vils un procureur du gouvernement, qu'il y ait aussi un avocat des pauvres. 

Les charges mises au concours deviendront successivement, et tout en respec- 
tant les droits acquis, la rémunération du travail et la récompense des intelli- 
gences honnêtes. 

Arrêtons-nous un instant, citoyens, sur la politique internationale. Elle a été, 
entre autres études, l'objet spécial de mes travaux; attaché successivement à des 
missions à Bucharest, à Yassi, à Constantinople , ce n'est qu'après avoir fait de 
vains efforts pour relever l'honneur de notre drapeau national que je suis rentré 
dans la vie privée ; cette vie privée , je l'ai laborieusement employée à défeudrti 
les nationalités de l'Europe dans un ouvrage intitulé : De l'état présent et de Ca- 
veiùr des 'principautés du Danube^ — à défendre les chrétiens opprimés de la 
Turquie, à éclairer la question des Slaves, à dévoiler la tyrannie et la puissance 
factice de la Prusse, de l'Autriche et de la Russie, dans un livre inlilulé : De la 
Polocjne et des caJnnets du nord; et à fonder et à diriger une revue politique ind»- 
pendante sous le nom àcVUnité; etenfin, à publier dans les journaux, et entre 
autres dans le National et CAlmanach populaire, une série d'articles signés sur les 
questions extérieures. 

Si vous voulez, citoyens , que la France reste la première dans le monde, — 
qu'elle rayonne en tous sens la lumière, — ^ qu'elle accomplisse sa mission pro\i- 
dentielle, accordez aide et protection à ces races Latine et Slave qui gémissent 
sous le joug des races conquérantes. — L'heure est venue, il faut inscrire de 
nouveau sur le livre de la famille humaine les noms des peuples effaces par la 
conquête. 

Le droit des gens n'est autre que la loi du plus fort. L'assemblée aura à jeter 
les bases d'un code nouveau, en s'appuyant non plus sur les caprices et les exi- 
gences surannées des rois et des empereurs, mais bien sur les droits des nations. 
Il est acquis à l'histoire que le démembrement de la Pologne est dû en partie 
à l'insuffisance et au défaut de sa diplomatie; nous demanderons la formation 
. d'une école diplomatique , — car une républirpic ne peut être puissante et forte 
qu'à la condition de connaître les ressources de ses alliés et le côté vulnérable 
de ses ennemis. 

L'état de notre commerce appelle la réforme du corps consulaire. Nos com- 
patriotes à l'étranger, dont la voix a toujours été étouHée, réclament aussi l'or- 
ganisation d'un corps de chanceliers nationaux. 



— 814 — 



grandeur et la régénération de mou pays ont été les rêves les plus brù- 
de ma vie ; — j'espère , citoyens , ^u'eti exposant mes vœux, je n'ai fait 



La 

lants 

qu'exptimer les vôtres. - 1 £ ^ 

^ - - Salut et fraternité. 

Félix CoLSON. 
Membre du Comité central des élections 



générales pour l'assemblée nationale. 



sertiiilfiî g'fL'Ogpeiqqo §èyres.; — Inip. de, M., cerf, rue Nationcjlç, rM-if|;>rnoTi07rjoO -iJ 

V)?f'^u\f'\\i twou /I3^i/il:> 8iJon iiiognn t. li np ■» . tuoi rti.l r. >ii_^oi. 

?il<:'<l twnho jMit i jIMjil : oiili^q ai.lon li/pr; ;>(> r^ii >y)ni> "-n d/ mj. ■ . ..>. .. 



èfiq iiJ9Vf)nIi;o: , .aaaia/ijog aJ 

.L Dnob Jn'3i7nKEPUBLIQUE FEANÇAISE-.iolxio'2eolqno 
-oloq noi§M '>ni- jsiq siiu luiun' 

J '' Liberté , Égalité, ; Fratemité.^n ii up .sonB-i'i ns asii. 
-iioeÎBlgubin Jo ^ODfïr.^riiiiiJiii r;i »'!' -.jjiqjJ 'j/i. uji^r mi ijjj^ognoiiifiijoos ëuo/i , 
-nr/il ^ijplldoqàll cl ob àngib aiuoj^ijoi ojeoi oIfi)'jjp fuoq ^]t)'»I>ii^ «jtilqgsl /uîï)/ è 

,8uon ob 13 o-îu 

-.j*,r jn J9 Jîob 9o noigM 9Jj9a ^91111 n.. ».... r..v,r, li. .wv_,.j.u.. . - îiiujoub ê 8f- î'' 
*»^ir leq •y/t'^'/ib sb aldcq^D ,9'>ibnoqiJ.i ojiodoo onir'b noiliaoq gI fojqjo. 
-ndqmi Citoyens, ,,._,,^ j,,j, .. ,.,^^,. ;, ,. , ., ;,,„.,,, . 

• -ies'ititrigants de tous les. régimeà. déchus ii;^èy§i>A]a.t^tÇ.' S<?pêJfq»P.?.sguc du 
républicanisme, ils sollicitent vos suffrages. ,. oiion à noi^iaqt^ib onnaîam. 

Malheur à notre belle Révolution, si vous n'en faites prompte justice ! 

Dans ce moment suprême, tous les hommes qui se sentent du dévouement au 
coeur doivent mettre leur énergie au service de? la République. 

Je me présente à vous. ijn^ibiioe jii çUJaiiit 

}fes titres : Je suis républicain de vieille date... ,,,.oi m * i . im.ry. 

Impliqué dans la conspiration du mois d'Avril 1836, condamné par l'ex-cham- 
l)re des Pairs, j'ai appris pendant .Irpis.ins, à, d,<?lc?tcrJ!aj,tjiraiinip,4att,^ les prisons 
delà royauté. ■ -, .jMii .n .;..;i:^ -^.iM^.> -'■»1;. - »'M.:>'r, 

Je vcîia; que le peuple , trop longtemps déshérite de ses droits, reprenne sa 
place dans la grande Famille humaipe. .,.,.(. u* jîi* 

Je veux que l'impôt soit payé parle superflu du rich^p,^t.ngu'ilj^e,, pèse plus 
sur le nécessaire du pauvre. -; . Mi^jiipM^îfiOJ «ali 1; l «i 

Je veux enfin nuQ ^él^y\^\i(\\xQ^Mi^P(^Y^^\^^^^%^^oX^P^^ 
\a Fraternité. . • ■■ 4 'i • i '1 :n'i! ,ifi)l .J ib^.jld/ tiv)iij -li iln'- '-t -ii 

Citoycnsi) siuYOws me jugey. digne de vpus représenter à l'Assemblée nat- 
tionale , je jure sur l'honneur -:qyfli4^.i;iMeji^^ij^ii<èiAil%/ s§j\^^9,,,<?ftua^,du 
Peuple. • ' li •''■■ iii<u )n"iu . (. ;.i -, 'jj 10 I**!]") .>b r iiuiii' ï 

ml9b (li/ib oqionhq fi08 Jiifiupilqq i,tii< ik; «j 'ii^„' iv,;4'vT;^plj''"^'^ ^'^ 

' tJon i; el9d:> èol ui hiioq i^iDijo/ •^jiA^MÇiuWSi Mfifïjfift-) 1 u hùmn 

A ?r.fr .(toîi ii'j ''jii ''\i\> ,, Ifi'MM^jnlil > itl ' ''■>l f l'j^i'if,! -lUoii li efl^iji 

"Âiërû^on, de riirijriraerie de Poulet-Malassis. Wnj^^XfA ^u 



— 815 — 



LÉGION POLONAISE. 



r.M'._ 



'n-: 



Le Gouvernement déchu, complice et agent officieux des oppresseurs infâmes 
et cruels de la Pologne, a fait tout ce qu'il a pu pour nous diviser, nous disperser 
et nous enlever les moyens de servir notre patrie : Fidèle à son odieuse politi- 
que, il était le plus puissant suppôt de la Sainte-Alliance. 

Le gouvernement de la Répul)lifpie doit en répudier l'Iiéritagc; il ne veut pas 
non plus s'enfermer dans des phrases d'une sjTiipaUiio stérilQ. 11 vient donc de 
donner une preuve éclatante, en nous permettant de former une légion polo- 
naise en France, qu'il ne ressemble point à son devancier. 

Nous accueillons cette mesure avec lapins vive reconnaissance, et nous faisons 
les vœux les plus ardents pour qu'elle reste toujours digne de la République fran- 
çaise et de nous. 

Mais à aucune condition, ni sous aucun titre, celte légion ne doit et ne sau- 
rait accepter la position d'une cohorte stipendiée, capable de devenir par une 
obéissance passive l'instrument aveugle d un parti qui pourrait un jour implan- 
ter son dfapeaupar la violence, autant vaudrait pour nousreâter abaudonnés à 
notre ancienne dispersion, à notre ancien isolement! ii:i.] . 

La République française, par son arrêté du 10 mars, sang rien préjugflt [«ur 
l'avenir, en nous autorisant à nQ7is associer en un seul corps, rend à celte hospi- 
talité, dont nous jouissons déjà depuis tant d'années, son caractère primitif, },& 
caractère d'alliance, de solidarité et de fraternité entre deux peuples. ;> 1 

En nous unissant et en nous organisant dans une seule légion, nous pourrons 
mieux nous connaître, mieux nous apprécier mutuellement, mieux h/îrmoniser 
nos opinions et nos efforts , et en même temps nous pouvons plus facilement 
déjouer les menées des agents monarchiques et aristocratiques qui fourmillent 
parmi nous. ' ' 

Par l'effet de ce précieux avantage, nous seix)ns mieux préparés pour serùr 
notre patrie et l'humanité; car la dispei^ion et l'isolement ont toujours eu pour 
nous de fatales conséquences. ' 

Déjà quelques partis rétrogrades, entrevoyant aveô leurs instincts conserva tour s 
les résultais inévitables de la formation de la légion polonaise, s'agitent et fomen- 
tent audacieusement des intrigues pour annuler une mesure digne de la Répu- 
blique française. Mais nous sommes convaincus que toutes les démarches de ces 
fauteurs de discordes ne recueilleront que la confusion, Anu-< » 

Le Gouvernement de la Ré'oublique, en appliquant son principe divin de fra- 
ternité à l'émigration polonaise, ne voudra point imposer des chefs à notre lé- 
gion, il nous laissera les élire librement , sans nous gêner en rien, pas même 
dans la faculté de les révoquer et de les remplacer spontanément, par d'autres 



— 816 — 

de notre propre choix, sans cela nous ne verrions pas de garantie ni de possibilité 
garantie contre tout emploi de cette légion qui j^ourrait être indigne de nous et 
indigne d'une République basée sur la fraternité. 

Nous croyons donc, et nous espérons fortement, que le Gouvernement de la 
République saura nous assurer une position telle que nous ne puissions plus ja- 
mais devenir, comme du temps de l'empire, ni la chair à canon, ni Vinslrnment 
d'un système anti-populaire. 

Point de chefs imposés à aucun titre ni à aucun degré, point de privilèges 
pour nos chefs, ni en traitement, ni en durée de commandement, ou point de 
légion polonaise !... Car nous sommes tous frères, et nous ne devons plus accep- 
ter ni soutenir aucun autre système, ni aucun autre régime que celui qui est 
consacré dans la devise républicaine : Liberté, Egalité, Fraternité et Unité!.., 
Arrière tout mensonge, tout privilège et toute déception!... 

VIVE LA RÉPURLIQUE. 

V. la Réforme, mars 1848. 



Aux électeurs de la Seine. 



J'aspire à l'honneur d'être l'un de vos représentants dans l'Assemblée na- 
tionale. 

Citoyens de Paris, j'ai constamment partagé les opinions, les sentiments, les 
espérances de l'immense majorité d'entre vous. 

Garde national, j'ai eu le bonheur, eu partageant vos fatigues et vos périls, de 
resserrer les liens qui m'unissent à la cité parisienne. 

J'accepterai dans la Constitution les innovations libérales qui me paraîtront 
d'accord avec l'état vrai des esprits en France, avec les soullrances du peuple. 

Je veux que la République soit pure de tout excès, conservatrice de la pro- 
priété et de la famille, et que loin d'encourager la licence des appétits et des doc- 
trines, elle assure à la société ses garanties, à la France sa vraie grandeur, à la 
morale son empire, à la raison son autorité. 

ROGER (du Nord). 



Imp de G. Gratiol ' 



— 817 — 



PROTESTATION. 

Un arrêté du minislrc de rintéricur dissout les compagnies de grenadiers et 
de voltigeurs. 

Cette mesure a soulevé de toutes parts un mécontentement dont on a résolu 
de porter l'expression aux membres du gouvernement provisoire. 

A cet effet, les légions de Paris et delà Banlieue, grenadiers, chasseurs et volti- 
geurs, se réuniront demain, 16 mars, à une heure précise, pour se rendre à 
l'Hôtel-de-Ville et présenter une protestation unanime. 

Le rendez-vous de chaque légion a été fixé ainsi qu'il suit : 

La droite de la douzième légion au Pont-au-Change, sa gauche au Pont- 
Neuf. 

11" légion. La droite au Pont-Neuf, sa gauche au pont des Tuileries. 

10' légion. Sa droite au pont des Tuileries, sa gauche au pont de la Révo- 
lution. 

Légion de la banlieue (Sceaux) : sa droite à l'entrée des Champs-Elysées, sa 
gauche au rond-point. 

Légion de la banlieue (Neuilly) : sa droite à l'entrée des Champs-Elysées (côté 
de la rue Saint-Honoré); sa gauche au rond-point. 

1" légion. Sa droite à l'entrée de la place de la Révolution, sa gauche à la Ma- 
deleine. 

2^ légion. Sa droite à la Madeleine, sa gauche à la rue de la Paix. 

3' légion. Sa droite à la rue de la Paix, sa gauche à la rue Richelieu. 

4" légion. Sa droite rue de la Lune, sa gauche rue Saint-Fiacre. 

5* légion. Sa droite rue Saint-Fiacre, sa gauche rue Saint-Denis. 

Légion de la banlieue (Saint-Denis). Sa droite à la rue Saint-Denis, et sa gau- 
che rue Saint-Martin. 

6^ légion. Sa droite rue St-Marlin, sa gauche au faubourg du Temple. 

7Mégion. Sa droite au faubourg du Temple, sa gauche à la rue Ménil- 
montant. 

8* légion. Sa droite à la rue Ménilmontant, sa gauche à la rue du Pont- 
aux-Choux. 

9* légion. Sa droite à la rue du Pont-aux-Choux , sa gauche rue du Pas-de- 
la-Mule. 

Légion de la banlieue (Vinccnnes). Sa droite rue du Pas-de-la-Mule, sa gau- 
che à la place de la Bastille. 

On marchera en colonnes serrées de 12 files, sur 3 rangs. 

Tous les hommes habillés se revêtiront de leur uniforme ; 

On se réunira sans armes, sans sabres; 

En képi ou en bonnet de police pour les grenadiers ou les voltigeurs nyanl 
bonnet à poil; 

Le plus grand silence est recommandé dans les rangs. 

Les 16 et 16 mars celle affiche fut placardée sur lous les murs de Paris cl do la banlieue. (\. d. E). 
Voir la Presse, du i6 mars 1848, p. 4, col. 4. — Idem la Voix des Clubs, du 17 mais, p. |r''. 



T. h 102 



— 818 — 



PROFESSION DE FOI. 

DE JULES FAYRE. 



Les principes qui me guidèrent sont écrits clans la sublime devise ; Liberté , 
Egalité, Fraternité. 

« La Liberté, c'est l'exercice de toutes les facultés que nous tenons de Dieu , 
« gouvernées par notre raison. 

« L'Egalité, c'est la participation de tous les citoyens aux avantages sociaux, 
« sans autre distinction que celle de la vertu et du talent. 

« La Fraternité, c'est la loi d'amour unissant les hommes, et faisant de tous 
« les membres d'une même famille. 

« De là découlent ; l'abolition de tout privilège; la répartition de l'impôt en 
« raison de la fortune ; un droit proportionnel et progressif sur les successions ; 
« une magistrature librement élue; le service militaire pesant également sur 
« tous ; une éducation égale et gratuite pour tous ; l'instrument du travail as- 
« sure à tous; la reconstitution démocratique de l'industrie et du crédit; l'asso- 
« dation volontaire partout substituée aux impulsions désordonnées de la con- 
* currence. » 

Ces paroles, que j'ai pu sans plagiat emprunter à la dernière circulaire du mi- 
nistre de l'intérieur, rendent exactement ma pensée. C'est à réaliser ce pro 
gramme que s'appliqueront tous mes efforts. 

Quelques-uns de ceux auxquels je m'adresse veulent que j'aille plus loin en- 
core, et que je m'explique nettement sur deux doctrines connues sous le nom 
de communisme et de fouriérisme. 
Ma réponse sera simple. 

Prises toutes d'une pièce , ces deux doctrines me semblent inaccessibles. 
Toutes deux empruntent leur force au lien commun qui rattache aujourd'hui 
les intelligences avancées et les cœurs généreux. C'est le dogme de la fraternité 
qu'elles cherchent à mettre en pratique. Leur but est donc digne d'éloge, et je 
ne comprends ni les sottes frayeurs qu'elles inspirent, ni les colères qu'elles sou ^ 
' lèvent. Je veux pour elles une liberté complète de discussion. Je ne reculerai pas 
même devant des essais ([ue le gouvernement encouragerait. C'est à la fois par 
la lumière et l'expérience que la vérité politique s'épure. Que les hommes sensés, 
amis de leur patrie, se réunissent pour maudire tout appel à la violence, toute 
persécution ; et que chacun travaille avec une consciencieuse ardeur à découvrir 
les routes nouvelles qui doivent conduire l'humanité au bonheur ! 



JuLE8 FAVRE. 




— 819 — 



AUX ELECTEURS 



DU 



DÉPARTEMENT DE L ALLIER. 



Citoyens, 

Liberté, Égalité, Fraternité! 

Telle est ma devise. Je veux dans tout ce qu'ils ont de plus absolu et de plus 
immédiat, la réalisation de ces principes. 

Il n'y a pas eu de liberté jusqu'à ce jour ; il ne pourra \ en avoir, tant que le 
Peuple aura faim. 

11 n'y a pas eu d'égalité jusqu'à ce jour; il n'y en aura pas, tant que le riche 
étalera son opulence à côté de la misère. 

11 n'y a pas eu de fraternité, et il n'y en aura pas, tant que les hommes ne seront 
point égaux et libres... Voilà, citoyens, les principes généraux qui me servent de 
point de départ. 

Comme moyen immédiat d'application : 

1° Liberté absolue de la presse ; 

2° Droit de réunion et d'association, tel qu'il existe depuis le 24 février; 

3° Le suffrage universel et direct : que tout citoyen soit électeur et éligible; 

li" Abolition immédiate de tous les impôts qui pèsent d'une manière si ef- 
frayante, et depuis si longtemps, sur le peuple; tels que les impôts sur le sel, les 
boissons, les tabacs, etc. ; diminution considérable des impôts qui pèsent sur la 
petite propriété; 

5° Y substituer un impôt progressif, frappé sur le capital, qui jusqu'à ce jour 
a été si bien épargné par nos assemblées législatives. 

Je veux l'organisation immédiateetdu travail des villeset du travail des eharnj s. 
Que le capitaliste s'unisse aux travailleurs;, que l'un apporte ses bras, que l'an Ire 
aj^porte son or : ils se compléteront l'un par l'autre, et les barrières qui les tien- 
nent depuis si longtemps séparées tomberont devant leur union iVateruelle. 

Que l'éducation soit nationale, iniiverselle, o])ligatoire, gratuite pour tous. Quf 
le Peuple entier reçoive de l'Etat le pain de l'intelligence, comme il en recevra 
celui du corj^s, en concourant pour sa quote-part à toutes les charges de la 
patrie. 

Vous tous, prolétaires, ouvriers, agriculteurs, déshérités de ce monde, qui que 
vous soyez qui gémissez depuis si longtemps sous le poids de la tyrannie, de la 
misère, et de l'exploitation, levez-vous! Sortez de vos ateliers, abandonnez vos 



— 820 — 

champs, venez tous prendre part au seul acte qui jusqu'à ce jour consacre votre 
qualité d'homme et de citoyen!... Venez jeter dans l'urne électorale le nom de 
celui que vous aurez reconnu le plus digne devons représenter. 

Vos délégués, à Paris, ont jugé que j'en étais digne; ils me présentent à vos suf- 
frages. Si vous le pensez comme eux, nommez-moi, et, je vous le jure, le noble 
drapeau que je porte depuis dix ans au milieu d'une nation enchaînée, je saurai le 
porter fièrement au milieu d'un peuple lilDre! 

J'ai souffert pendant six ans dans les cachots du gouvernement déchu ; ceci doit 
vous être un sûr garanl de la conduite que je saurai tenir, si les représentants 
qui seront envoyés à l'Assemblée nationale s'oubliaient au point de préférer leur 
intérêt personnel aux intérêts de la Patrie et de la République! 

Salut et fraternité, 

EuG. FOMBERTEAUX, Dessinateur. 



AU COMMERCE. 

Le commerce, vivement alarmé de la crise qui pèse de plus en plus sur les 
affaires, et convaincu aujourd'hui que la baiiqueroule est imminente, si le capi- 
tal fixé par les décrets des 7 et 8 mars, pour les comptoirs d'escompte, n'est pas 
augmenté dans d'immenses proportions, a l'honneur de soumettre à la sollici- 
tude du gouvernement provisoire les mesures suivantes : 

Attendu, que les six mois d'avance, exigés des locataires par les propriétaires, 
pour garantir des baux, constituant un capital immense immobilisé par le com- 
merce, et, qu'en principe, ces sommes sont de l'essence vitale des deniers com- 
merciaux; 

Demande qu'il plaise au gouvernement provisoire de décréter, que tout pro- 
priétaire sera tenu de prendre immédiatement et conjointement avec le com- 
merce des actions du Comptoir d'Escompte National, jusqu'à concurrence des 
sonmies qu'il a rerues par avance de ses locataires. 

Nous invitons tout le commerce de Paris à se réunir, demain 9 mars, à la 
SALLE xMONTESQUlEU, à neuf heures du matin. 

Les délégués : 

ommissionnaire en cuir, rue Mauconseil, 25. 
Marais Saint-Martin, 78. 

nnaire en cuirs, rue Française, 6. 
iiveur, 19. 

irs, rue Mauconseil, n, 30. 

Il nous est impossible de donner les noms des signataires de celte affiche, que nous n'avons qu'en lam- 
beaux. 

{Note des éditeurs.) 



~ 821 — 



COMITÉ 



DE 



BELLE^E (Orne). 



Nous ne dewns donner nos suffrages qu'à des hommes (éprouvés, amis sincères 
des institutions républicaines. Presque tous se disent républicains depuis que la 
république est proclamée, mais devons-nous ajouter foi à leur assertion? de- 
vons-nous accorder notre confiance à ces républicains d'un jour ? non. 

Après chaque révolution, n'a-t-on jDas vu des hommes ennemis du parti vain- 
queur se mêler frauduleusement dans ses ran^^^pour le trahir ensuite? gardons- 
nous donc de confier les destinées de la République «à des hommes dont les sen- 
timents républicains ne sont pas éprouvés, qui n'ont pas de conviction, ou 
qui en ayant une la cachent et n'embrassent la République que pour mieux 
l'étouffer. 

Nous ne devons pas non plus accorder notre confiance indistinctement aux dé- 
putés de toute l'opposition. Cette opposition, quoique combattant sous le même 
drapeau, était partagée en deux corps. La gauche radicale ou répubUcaine, et la 
ganche dynastique qui protégeait le Roi, qui voulait un roi à tout prix, qui était 
convaincue que la France ne pouvait être qu'une misérable monarchie. 

Que la reconnaissance que nous devons avoi;.- pour la gauche dynastique ne 
nous aveugle pas, si elle nous faisait choisir quelques-uns des membres de celte 
fraction de l'ancienne chambre pour représentants du jKniple : ces représentants 
porteraient malgré eux à l'Assemblée nationale leurs convictions anciennes, leurs 
anciennes relations d'amitié, pouvant être si funestes dans les circonstances ac- 
tuelles, et égarer l'homme à son insu. 

Une constitution républicaine ne peut être l'œuvre que d'hommes sincère- 
ment, profondément républicains, et ayant médité longtemps sur les principes 
républicains. Si la convention nationale n'avait qu'une foi douteuse\ qu'un 
amour tiède pour la république, bientôt l'espoir se réveillerait dans les partis 
ennemis, la France se diviserait en deux camps, et nous ne pouvons le dire sans 
horreur : nous aurions peut-être la guerre civile. 

Notre comité a pour mission : 

1° De rechercher les antécédents politiques des citoyf is qui aspirent à l'hon- 
neur de devenir les représentants du peuple; 



— 822 — 



2" De repousser la candidature de tous les anciens députés dynastiques pour 
n'admettre que des candidats franchement républicains ; 

3° De préparer, de surveiller les élections, de préserver le peuple d'être dupe 
de ceux qui n'ayant la république que sur les lèvres, porteraientau fond du cœur 
la régence ou toute autre royauté. 

Ce comité ne se mettra en rapport qu'avec des comités qui suivront la même 
ligne de conduite. 

Sa devise sera toujours : tout pour le peuple, tout par le peuple. 

VIVE LA RÉPUBLIQUE ! 



Les membres du Comité, 

BARVILLE-COHIN, banquier, président, 

HENRY, principal clerc de notaire, secrétaire, 
PITOU , huissier, BOUSSARD , huissier, PAIGNARD ThéopHïle , fabricant, 
GUERIN, propriétaire, SIROU, épicier-cultivateur. 



Mamers, imp. de Jules Fleury. — 1848. 



MANIFESTE DE lA SOCIETE MEMENNE. 



A l'heure solennelle des élections, au moment où le peuple souverain va choisir 
les hommes destinés à fonder la constitution politique et sociale de la l'rance; 
nous. Meusiens de naissance et de sympathie, nous avons jugé qu'il était de notre 
droit et de notre devoir de déclarer à nos frères, à nos amis, à nos concitoyens, 
notre opinion sur les événements passés, et sur ce que Dieu réserve à notre chère 
patrie. 

Nous ne publions point ce manifeste dans le but de nous poser en délégués de 
la population parisienne; souhaitons au contraire que nos élections départe- 
menlalessoienl aussi franchement meusiennes que profondémenldémocratiqucs. 

Mais, témoins de la révolution du !2/| février , ouvriers dévoués à ce mouve- 
ment universel qui fait chanceler tous les trônes despotiques de l'Europe, nous 
venons rassurer Uîs esprits timides, les âmes elfrayées qui n'ont vu dans le mot de 
République qu'une sanglante «'t fatale évocation de 179.^. Des craintes, des ter- 
reurs existent; datis cet instant on pourrait cherchera les exploiter au profit d'o- 
pinions dangereuses, devant l'urne électorale. Il nous importe donc de dire la 



— 823 — 



vérité, cette vérité que nous avons sous les yeux, -et qui, seule, doit répondre à 
tous les bruits alarmistes, productions de l'ignorance ou de la secrète trahison. 

La première République française née au milieu des abus amoncelés durant 
quatorze siècles, — ^jetée dans une lutte ardente contre 1 egoïsme des castes usur- 
patrices delà souveraineté populaire, — obligée de démolir et d'édifier à la fois 
sous le feu de la guerre civile, sous le feu des coalitions européennes, — la pre- 
mière Piépul)lifjUe française dut avant tout constituer l'unité de l'indépendance 
du territoire. Elle n'eut pas la liberté des moyens; — ; en présence de dangers 
inouïs, elle se rallia violemment à celte maxime éternelle : le salut du peuple 
est la loi suprême ! 

La République de 1848 n'a aucune de ces terribles nécessités à subir. 

Fille de la Révolution de 1789 parles principes, elle est venue à son heure; 
elle n'a eu qu'à apparaître pour dissiper ce qui semblait s'opposer à son avène- 
ment; elle n'a jDas à lutter contre de sérieuses résistances. Par conséquent elle 
n'a point de vengeance à exercer. 

Son premier acte est l'abolition de la peine de mort en matière politique. 

La première manifestation de son existence a été la commission de gouverne- 
ment des travailleurs. 

Parla force des circonstances, la révolution de 1793 fut essentiellement poli- 
tique ; la révolution de 18/;8 est plutôt sociale. C'est la réalisation de la prophé- 
tie du martyr de Sainte-Hélène : avant cinquante ans, la France sera république 
ou cosaque l 

Pays de frontière, pays de glorieux soldats, notre Meuse a déjà répondu à ce 
doute; elle ne sera jamais cosaque. 

Maintenant, si l'on nous demande ce que nous entendons par le socialisme de 
la Répu])lique nouvelle, nous répondrons ainsi : la constitution sociale doit, en 
respectant le droit de propriété, assurer du pain parle travail , la moralité par 
l'instruction, à tous les enfants de la France. C'est à ce but parfaitement réali- 
sable que doivent concourir tous les esprits, toutes les volontés. 

Or, pour y arriver, il nous faut une République dont le pouvoir exécutif soit 
fort pour le bien et impuissant pour le mal , il ne nous faut point une Républi- 
que entourée d'institutions monarchiques ; nous avons expérimenté souvent et 
trop longtemps les royautés pour .croire qu'elles sont possibles, pour croire en- 
core à leurs promesses. Admettre le contraire, c'est semer l'anarchie, susciter la 
guerre civile, compromettre le salut public, désorganiser la France. 

Aussi, devant de semblables éventualités, quand il s'agit de fonder une consti- 
tution telle que la réclament les besoins de tous et l'apogée de notre civilisation, 
nous avons pensé que la question la plus pressée , la plus grave , était celle du 
choix des hommes auxquels nous allons déléguer, impérativemt?nt, notre souve- 
raineté. 

Comme première et indispensables qualité, nous exigerons de nos représentants 
des antécédents de moralité tels, que le moindre doute ne puisse les effleurer. 
On devra leur tenir compte, non-seulement de la vie publique , mais encore de 
la vie privée; et nous insistons sur ce point , parce qu'il est, à notre avis , la ca- 
ractéristique de notre révolution, où l'honnêteté doit avoir le pas sur le talent. 

11 est inutile de dire que nous ne voulons que de loyaux républicains ; que 



— 824 — 



nous ne saurions comprendre que l'on discutât la proclamation de la Républi- 
que ; aveugle qui ne la voit pas dans nos mœurs, dans nos besoins, dans l'una- 
nime consentement de la France. Cependant, par républicain, nous n'entendons 
pas les libéraux de la restauration , non plus que ceux du règne dernier. Nous 
entendons par ce mot, les hommes de principes démocratiques — les hommes sans 
ambition, les hommes austères d'habitudes et de langage , incassables de flatte- 
ries, de complaisance ou de faiblesse , pour quelque puissance que ce soit, des 
hommes dont le passé nous réponde de l'avenir et ne présente aucun engage- 
ment suspect. Nous ne demandons pas au représentant du peuple des connais- 
sances très spéciales en politique, parce que nous sommes convaincus que , sous 
ce rapport, la constitution ne sera guère qu'un simple règlement pour lequel 
suffira le bon sens; car l'établisssement delà République anéantit toute discus- 
sion sur le droit d'association, la liberté de la presse, le suffrage universel, et sur 
toute autre question de souveraineté populaire. 

Sur la question sociale, il importera que nos députés donnent de plus amples 
explications ; ainsi nous désirons que les candidats aient des connaissances tech- 
niques et usuelles sur les diverses branches du travail ; c'est dire combien nous 
serions heureux devoir les ouvriers parvenir à l'Assemblée nationale et contre- 
balancer par leur laconique bon sens l'influence qu'ont toujours eue les avocats 
dans nos anciennes représentations. 

Pour résumer, il serait à désirer que l'on exigeât de chaque candidat, une ré- 
ponse écrite, sur ces questions : associations — salaires — ateliers nationaux — 
enseignement gratuit — agriculture — union du travail et du capital — assu- 
rances ouvrières et industrielles; — droit de l'Etat au monopole. On a si long- 
temps abusé des paroles, qu'il est temps que l'électeur ait des garanties plus 
certaines. 

Tels sont nos vœux et nos désirs ; nous sommes persuadés que notre départe- 
ment, inféodé trop longtemps, par insouciance politique, aux caprices ruineux 
de la royauté^ prouvera, dans ces nouvelles élections, qu'il tient en France par 
son patriotisme, le rang élevé qu'il occupe par son instruction et par son courage 
militaire. 



VIVE LA RÉPURLIQUE ! 

E. MARTIN-MAGRON, président. 

*TH. COURSIERS)^ ,, . cAîTTrT ♦ ' • - 

LAPANNE [Secrétaires. bAlLLET, trésorier 



Iinp. — Lacranipe et Fertiaux, rue Damiette, 2 



Paris. — Imprimerie Lacour et Comp., rue Soufflot, 16. 



— 825 — 



CITOYENS DE LA CHAPELLE. 



Depuis deux jours un club, dissimulant son Lut, jette l'inquiétude parmi 
nous. Dès son origine, nous avions cru assister à une réunion préparatoire ayant 
pour effet le choix des candidats aux élections prochaines , mais nous avons 
de suite reconnu notre erreur. 

Le système républicain a pour principe l'ordre, et pour base le respect des 
propriétés et des personnes, et chacun de nous sait ce que veulent les commu- 
nistes et quel respect ils professent surtout pour la propriété. 

Ce club n'est cependant autre chose que le communisme dans toute son éten- 
due, qui, sous l'apparence du bien général , déguise ses véritables desseins , car 
il n'est que le renversement de l'ordre et de l'édifice social; c'est plus encore, 
c'est le malheur et la misère de tous. 

Le bon sens public et la juste répulsion de tous les honnêtes gens ont déjà 
appris à ces novateurs qu'ils ne trouveront point d'adeptes dans la société réilé- 
chie et raisonnable, et que leurs idées ne sont que des chimères dont la pratique 
est à jamais impossible. 

Tous les bons citoyens doivent unir leurs efforts pour empêcher de pareils 
manifestations; que tous les travailleurs, nos frères, ne se laissent point abuser 
par des théories qui ne feraient que leur ruine, et se rendraient, en les appuyant 
ou approuvant, indignes de la protection si généreuse du gouvernement de la 
République et de tous les citoyens. 

Ce mot Club efiraie tout le monde par de sanglants souvenirs. Eh i)ien 1 ces 
apôtres nouveaux veulent allier noire sublime Révolution à la Terreur , et nous 
nous la voulons pure de tout excès , nous ne voulons pas la laisser rétrograder 
de 60 ans. 

Dites-nous, citoyens, de quel côté sont les vrais et loyaux Républicains? Votre 
choix en notre faveur n'est pas douteux. 

Unissons-nous donc pour repousser de perverses maximes, substituer l'Ordre 
à l'Anarchie, ramener la confiance et non l'éloigner ; notre existence matérielle 
et politique dépend de notre sagesse et de notre fermeté. 

Montrons à l'Europe, au monde entier qui nous regardent, toute la valeur des 
Républicains français, et qu'enfin nous sommes dignes d'être vraiment libres !!! 

GODARD (Charles). 



La Chapelle, le 16 mars 1848. 

V. Le Populaire du ti raai-sl848, p. 3. Art. Calomnies coiilro 1.' ooin iiunBiUc'. M. du io mars 184S, 
p. 3, col. l'"^" pour l'organisation du club de laCiiapollo. 

T. I. 103 



I 



— 826 — 
SOCIÉTÉ DÉMOCRATIQUE DU 5^ ARRONDISSEMENT 



République française 



DK PARIS. 

Liberté, Èga\ilé,FralerniU'. ■ 



DÉCLARATION DE PRINCIPES. 
ADOPTÉ A l'y MN IMITÉ MU U SÉAEE DU 6 MARS 1848. 



Le succès a couronné nos luttes pour le Droit et la Liberté^ le 
Peuple français est rentré dans le plein exercice de sa souverai- 
neté ; la République est reconquise ; on ne nous la ravira plus. 

Nous avons maintenant à organiser. 

Le 5' arrondissement de Paris qui, dès longtemps, par son op- 
position énergique, avait préparé les voies à la Révolution, et qui, 
dans la lutte suprême, s'est retrouvé au premier rang des défen- 
seurs de la Liberté, doit aussi, l'un cies premiers, travailler à la 
consolidation du Gouvernement républicain qu'il a contribué à 
fonder. 11 l'eût fait dès le lendemain de la victoire, si les néces- 
sités de l'ordre matériel n'eussent réclamé tout son dévoùment. 

Les moyens qui nous ont servi à conquérir, doivent nous aider 
à conserver nos conquêtes. 

Les comités d'opposition ont longtemps exercé les esprits à la 
vie politique ; que d'autres comités, em23reints du cachet de notre 
rénovation, dégagés des entraves qui compriiuaient leurs sympa- 
thies démocraliqiies, se forment pour la défense de la Républi- 
que. Oiie tous les hommes dévoue s de cœur au bien du Peuple, 
y soient appelés. Industriels, Artisans, Ouvriers de la iDcnsée, 
tous, dans ces grandes journées, se sont montrés frères par l'in- 
telligence comme par le courage ; ils ont effacé à jamais ces vaines 
distinctions qu'on s'était efforcé d'établir cntr'eux. Qu'ils vien- 
nent tous, à notre appel, s'initier en commun à la vie jDolitique, 
aux affaires de leur pairie, au gouvernement du pays par lui- 
même, à la pratique des droits et des devoirs du citoyen. Que les 
principes de la démocratie passent des cœurs dans les habitudes 
et dans les mœurs. Qu'ils rallient tous les esprits, et que sous leur 
empire notre arrondissement forme un des groupes fraternels 
de la grande famille des Français. 

Notre but, c'est le développement des idées et des institutions 
républicaines ; noire drapeau 5 la déclaration des droits de l'Homme 
et du Citoven. 



— 827 — 



Nous voulons la Souveraineté du Peuple, indivisible, impres- 
criptible et inaliénable. 

Nous voulons le droit d'association et de réunion, sans lequel 
tous les autres droits sont un mensonge. 

Nous voulons la liberté de la Presse sans autres limites que le 
respect de la vie privée et la répression de la calomnie. 

Nous voulons la liberté individuelle, la liberté des Cultes, l'in- 
violabilité du droit de Vole; en un mot l'application des grands 
principes proclamés par la Piévolution française. 

Nous voulons le respect de la Famille et de la Propriété, sa pierre 
angulaire; et nous considérons comme égal au droit de Propriété 
le droit au Travail et à la juste rémunération du Travail. 

Nous voulons enfin la solidarité sociale et la garantie mutuelle 
par tous les Citoyens des droits de chacun. 

Nous voulons tous ces droits parce que nous voulons fermement, 
et que nous sommes résolus à mainlcnirlc Gouvernement républi- 
cain, le seul qui puisse désormais assurer la grandeur et la pros- 
périté de notre Paine. 

Coiîfians dans nos principes, nous travaillerons sans relâche à 
les propager par une discussion pacifique, à les faire accepter et 
triompher partout. Et forts de nos intentions, nous nous croirons 
le droit de guider et d'encourager ceux que retiennent encore 
d'aveugles terreurs, et de régler l'élan de ceux qu'entraîne, au- 
delà du possible, le désir impatient du l)itm. 

C'est dans cet esprit de conciliation, mais d'énergique dévoù- 
ment aux institutions démocratiques, que nous appuierons de 
toule notre influence, et tant qu'il restera fidèle à son origine, 
le Gouvernement républicain issu des acclamations populaires. 
L'occasion d'exercer le plus précieux de nos droits va nous être 
oflerte par les élections de tout genre que nous sommes appelés 
à faire; éclairons-nous, éclairons nos concitoyens sur l'impor- 
lance de leurs choix; et pour maintenir l'ordre dans la liberté, 
donnons à la République des soutiens fermes et sincères dans les 
mandataires que nous allons instituer pour tous les services 
publics. 

Mais n'oublions pas qu'on sert mieux les gouvernemens par les 
remontrances que par un aveugle concours ; restons, auprès du 
nôtre, les sentinelles avancées de l'opinion, et préservons-le du 
vertige de la puissance. 

C'est par cette communauté d'elforls et de dévouemens que la 
France verra se réaliser enfin cet immortel symbole, cette parole 
de vie si longtemps défigurée et méconnue : 

« LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATE.lilRTÉ. » 



— 828 — 



RÈGLEMEOT W ^ÎSMITË^ WoCïlAïIQlJE. 

DU 5* ARRONDlSSliMENT. 

La Société Démocratique du 5'^ arrondissement de Paris, considérant 
qu'un Règlement adopté par la volonté générale de ses membres et obli- 
gatoire pour tous, peut seul donner à la Société la force nécessaire pour 
entretenir le zèle et maintenir l'union parmi les citoyens ; 

Après en avoir délibéré, adopte le Règlement suivant : 

Art. I^''. — La Société a pour but d'assurer la propagation des prin- 
cipes démocratiques qui doivent servir de bases aux institutions républi- 
caines. • ,•' j • • 

Art. 2. La Société se compose de citoyens domicilies depuis six 

mois au moins dans le S"' arrondissement, âgés de 21 ans, et qui auront 
adhéré par leurs signatures à la déclaration de principes adoptée en la 
séance du 6 mars courant. . • i 

Tout citoyen en dehors de ces conditions ne pourra être admis dans la 
Société que sur une décision delà Commission ci-après établie; il n'aura 
que voix consultative. 

Art. 5. — Le Bureau de la Société se compose d'un Président, de 
quatre Vice-Présidents, de deux Rapporteurs, de quatre Secrétaires et 
d'un Trésorier. 

Il y a, en outre, dans la Société une Commission permanente nommée 
par elle et composée, outre le Bureau, de trenie-six membres au moins, 
pris, par égale partie, dans chaque quartier de l'arrondissement. 

Les pouvoirs du Bureau et de la Commission devront être renouvelés 
tous les trois mois. ., , 

Art. 4. — La Commission permanente représente la Société, agit pro- 
visoirement pour elle dans tous les cas d'urgence, s'occupe des candida- 
tures proposées pour les diverses fonctions électives, et fait un rapport 
sur ces candidatures à la Société, qui seule peut les agréer définitive- 
ment. 

La Commission pourvoit aux vacances qui surviennent dans son sein. 

Art. 5. — Le Président Bxe le jour et le lieu des séances, dirige les 
débats, maintient Tordre, proclame les décisions et veille à leur exécution. 
En casd'absoncc ou d'empêchement, il <st suppléé dans l'exercice de ses 
fonctions par l'un des Vice-Présidents, et à défaut de ceux-ci par le plus 
â"é des membres du Bureau. Dans tout vote, le Président a voix prépon- 
dérante en cas de partage. ^ ., , , , ,. 

Les Secrétaires rédigent les procès-verbaux de la Société et de la Com- 
mission peiinanente, et tiennent le registre des admissions. Tous procès- 
verbaux et inscriptions au registre sont contre-signes par le Président. 

Les Rapporteurs arrêtent l'ordre du jour, de concert avec le Président, 
et présentent en séance l'exposé des sujets de délibération. Ils rédigent 
lous mémoires, circulaires et articles à imprimer; mais ils doivent avant 
toute publication les soumettre au Bureau. 

L'un des Secrétaires est chargé de la garde des documents dont la con- 
servation serait jugée utile 



— 859 — 



Le Trésorier tient la caisse et le compte des recettes; il fait les paie- 
ments et dépenses autorisés par le Bureau, sous le contre-^eing du Pré- 
sident. 

Art. 6. — Le fonds social se compose de la colisation mensuelle de 
chacun de ses membres, fixée à cinquante centimes par mois, et de tous 
les dons volontaires faits en faveur de la Société; la colisation sera recou- 
vrée par le Trésorier, sur ses récépissés. 

Il sera délivré à chaque sociétaire, aussitôt son admission, une carte 
nominative, destinée à faciliter son entrée à toutes les séances de la 
Société. 

Art. 7. — La Société est convoquée sur l'avis de la Commission per- 
manente ou sur la demande motivée de vinj,'t membres de la Société. 

La Commission est convoquée toutes les fois que le Président le juge à 
propos ou sur la demande motivée de cinq de ses membres. 

Les convocations se font, sur l'ordre du Président, par lettres de l'un 
des Secrétaires, remises à domicile. 

Art. 8. — Les séances s'ouvrent par la lecture et l'adoption du procès- 
verbal de la précédente séance. Les objets portés à l'ordre du jour sont 
ensuite mis en discussion. Les délibérations sont prises à la mrijorité; du 
scrutin peut être réclamé par dix membres de la Société et par cinq mem- 
, bres dans la Commission. 

Art. 9. — Toute demande d'admission dans la Société doit être ap- 
puyée par deux membres au moins et adressée au Président, qui la sou- 
met à la Commission permanente. 

La Commission prononce sur les admissions et radiations, sauf recours 
à la Société. 

Tout membre de la Commission permanente qui, sans excuse valable, 
manque trois fois aux séances auxquelles il a été convoqué, peut être ré- 
puté démissionnaire de cette Commission. 

Art. 10. — L'union, seul gage de force et de succès pour la Sociélé, 
ne pouvant être assurée que par la solidarité volontaire de tousses mem- 
bres, il est entendu et déclaré que chacun d'eu.x prend, en y entrant, l'en- 
gagement d'honneur d'accepter de bonne foi les'décisions de la Société et 
de concourir activement à les faire prévaloir, quel qu'ait été d'ailleurs son 
avis dans la délibération. 

Le Président, Les Vice-Présidens, 

LABELONYE. ftUTlIY, TIIIOU, AUG. FAVREL, CH. LECOMTE. 

Les Rapporteurs, 

REMS DUBAIL, BERTR.\nD^ avocat. 

Les Secrétaires, le Trésorier. 

K. LETULLE, BESSOIV, GROUVELLE, AUBERT-ROCIIE. GAV.MOXT. 

Nota. Au 8 mars la Société comptiiit S-IH membres inscrits. 
A la séance du 16 mars, elle en comptait 018. 



Typ. et lith. de Feux MALTl^STE et Ce, r, de< Dcii.\~Portei-Sdinl- Sauveur, IS. 



— 830 — 



CITOYEIVS, 

Je viens revendiquer l'honneur devons représentera l'Assemblée constituante. 

Je faisais partie, il y a douze ans, de cette phalange déjeunes hommes qui dé- 
fendaient et vulgarisaient, dans VEcho du Peuple, les doctrines démocratiques. 
Jusqu'en 18/tl, j'ai rédigé ce journal, qui, pendant sa carrière, soutint trente-deux 
procès contre le pouvoir déchu; et, j'en appelle à vos souvenirs, j'avais mis toute 
mon énergie, ma vie elle-même, au service de mes convictions. 

Ces convictions sont au jour du tiiomphe ce qu'elles étaient aux jours de la 
lutte. Collaborateur du National, et du Journal du Peuple, en 1842, après avoir 
quitté le département de la Vienne; — placé, en dernier Heu, à la tête d'un des 
plus vastes établissements financiers du pays, je suis resté profondément dévoué 
aux intérêts du peuple et aux principes démocratiques. Pur de tout contact avec 
les hommes et les choses du passé, j'offre les garanties les plus sérieuses à la cause 
de la liberté par mes antécédents, à la cause de Tordre par ma position. 

Citoyens de l\ Vienne l 

Choisissez pour vos représentants des hommes jeunes, sortis du sein du peuple, 
avant souffert, combattu et triomphé avec luil Aux grandes œuvres que réclame 
l'avenir, aux luttes qu'il porte peut-être dans ses flancs, il faut des âmes ardentes 
et convaincues, des courages inflexibles. N'envoyez pas à l'Assemblée constituante, 
si vous voulez épargner des déchirements à la patrie, des hommes imbus des vieilles 
idées, des théories études systèmes dont le peuple de Paris a fait justice dans l'im- 
mortelle révolution qui vient d'ébranler le monde. Une société nouvelle, fondée 
sur la réalisation la plus complète de ces trois grands principes, la Liberté, VEga- 
lilc. la Fraternité, doit sortir de la représentation nationale que vous êtes appelés 
à former. Quiconque ne comprend pas ces tendances du siècle et l'esprit qui a 
suscité les journées de février, n'est pas digne de siéger dans la prochaine /as- 
semblée. Et c'est parce que je me sens au cœur une foi ardente dans les destinées 
nouvelles du monde, que je me crois digne de votre mandat! 



Ferdinand DEBRAY, 

Directeur général de la Prévoyance, 
Délégué du Comité central pour le département de la Vienne 



Voir la Sentinelle dti Peuple, du 28 mars 1848, p. 31, col. 2. 



— 831 — 

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 

Liberté, Égalité, Fraternité. 



Le Citoyen FLOTARD-BARBOT (de Vire) 
A SES COMPATRIOTES DU CALVADOS 



Je sollicite l'honneur de vous représenter à l'Assemblée nationale consti- 
tuante. 

Voici mes titres à votre confiance : 

Je suis né parmi vous (en 1797), et c'est parmi vous que tous mes liens de fa- 
mille, toutes mes affections d'enfance me font désirer d'asseoir mon foyer domes- 
tique, à l'époque où mes forces ne me permettront plus de servir la République. 

Je ne veux rapporter au sol natal qu'une vieillesse honorée. 

Plébéien d'origine, j'ai vécu plébéien par le cœur et rintelligencc, je mourrai 
fidèle à moi-ménie. 

Pour prix du sang de mon père, mort à son service dans l'Inde, la France m'a- 
dopta et me fit élever au Prytanée français, à Saint-Gyr. 

En 1813, à seize ans, j'étais soldat volontaire devant l'ennemi, sous le drapeau 
tricolore, le seul sous lequel j'ai porté les armes. 

En 1815, je restai sous le drapeau de l'armée de la Loire, jusqu'au jour où le 
licenciement exigé par l'étranger dispersa les débris des combattants de Waterloo ! 

Je m'attachai au service administratif de la ville de Paris. 

De 1816 à 1820, je fortifiai mes études primitives par des études philosophiques 
et politiques, où j'eus jDour émules et pour soutiens des hommes que je m'honore 
d'avoir pour amis depuis cette époque. MM. Bûchez, Tréfat, Recurt, Guhiard, Go- 
de froij Cavakjnac, les deux Garnier- Pages , Thomas (du National), et tant d'autres, 
que la République compte aujourd'hui au nombre de ses meilleurs serviteurs. 

Gomme eux j'avais compris de bonne heure que l'éleclorat privilégié était in- 
capable de donner à la France révolutionnaire des garanties sullisantes. 

Je m'associai à eux pour remettre la France en possession d'elle-même. 

L'un des sept fondateurs de la Gharbonnerie française en 18*21, je fus chargé 
de la propager dans vingt-deux déparlements; en 182l-18'2'2, je fus élu vice-pré- 
sident de la vente suprême, où siégeaient Lafaijette père et fils, Voiler d'Àrcjensoiiy 
deCorcelles père et fils, N. Kœchlin, Beauséjoiiv, et notre Dupont {de fEurc). dé- 
putés 



— 832 — 



Le général Berlon, les colonels Caroji et Dentzel, Vallée, Bories et ses compagnons 
de La Rochelle ont été mes amis et mes complices en patriotisme. 

J'ai la conscience d'avoir été digne d'eux. 

En 1830, j'ai été décoré delà croix de Juillet; 

En 1833, emiDrisonné et destitué pour être resté fidèle à mes amis et à mes prin- 
cipes républicains. 

J'ai coopéré à la rédaction de la Méduse (en 1820), de la Tribune et du Patriote 
du Puy-de-Dôme, depuis 1830. 

En 183/i, j'ai publié, en collaboration avec Dulaure, une histoire de la Révo- 
lution de 18i/t à 1839. Le discours préliminaire de cet ouvrage m'appartient ex- 
clusivement. 

« La Révolu lion française, ydisais-je, nous apparaît comme un immense drame 
dont le dénouement restera suspendu aussi longtemps que le principe égalitaire, 
en yertu et au profit duquel cette Révolution a commencé et se prolonge, n'aura 
pas triomphé de toutes les résistances, et ne dominera point le système pratique 
de notre organisation politique et civile. 

« Ce principe, que nous considérons comme cause primordiale, incessante, et 
comme butfinal du grand mouvement régénérateur qui, depuis bientôt un demi- 
siècle, agile la France et se jDropage chez tous les peuples du midi de l'Europe, 
ce jDrincipe est celui de la souveraineté populaire, ou du concours de tous les ci- 
toyens à l'élection de tous les dépositaires de la puissance publique 

« La révolution ne sera finie que lorsque ce principe aura triomphé. » 

Telles étaient, compatriotes et amis, mes convictions imi^riméés en 183/t; 1848 
les a justifiées. 

En résumé, citoyens, si vous voulez, pour vous représenter à l'Assemblée na- 
tionale constituante, un de vos compatriotes. 

Pauvre, mais au-dessus des tentations de la richesse; 

Religieux par sentiment, par respect de la dignité humaine, mais regardant la 
liberté absolue de conscience comme: lu condition indispensable de la fraternité 
civique; et internationale ; 

Economie du sang et des sueurs du peuple ; 

Ami passionné de la gloire et de la j^rospérité du pays; 

Partisan prolbndénient convaincu de l'éducation primaire ^ra/Mi/e de tous les 
citoyens ; croyant que le devoir imprescriptible et le droit inaliénable du Gouver- 
nement sont de présider à l'i ducation de tous les citoyens, et que sans éducation 
nationale, il n'y a pas de nation possible ; 

Incapaljle de transiger sur les principes de la Liberté, de l'Égalité et de la 
IVaternité, et les voulant pour tous, même pour ses adversaires politiques de 
bonne foi ; 

Fermement décidé à ne mettre le mandat législatif au service d'aucun intérêt 
parlicvdier ou local ; 

Si, dis-je, chers compatriotes, ccstlàvotrehomme, je le puis être; sinon, non. 

Votez avec votre conscience! vive la nÉruBLiouEl 

FLOTARD-BARBOT (de Vire), 
Secrétaire général de la .Mairie de Paris. 



V. la Sentinelle du Peuple, du 2 avril 184îJ, p. %, col. 3. 



.iC~.-~l I . ■— w 



— 8.-r, — 



LES FEMMES! 



AU GOUVERNEMENT PROVISOIRE ET AU PEUPLE FRANÇAIS. 



i6inarai84S. 

As-tu été appelée étaut esclave ? 
ne l'en fais point de peine : mais aussi 
si tu peux être mise en liberté, profi- 
tesen, St-Paui,. 

Autrefois un concile s'assemblait pouF décider celte grande question , savoir, 
si la femme a une âme. La réponse affîrinative ayant passé à la majorité de trois 
voix, la femme fut, sur ce point, déclarée par le saint concile, la compagne et l'é- 
gale de Vhomme. Cet exemple, puisé dans l'iiistoire. nous engage à vous prier de 
vouloir Lien, aujourd'hui , vous prononcer sur cette autre question ; la fe.nme 
pciU-elle jouir des droits politiques et sociaux , et Scra-t-clle reconnue l'égale de 
l'homme, dans toutes les fonctions qui ne sont pas, de leur nature, l'apa-iagc ex- 
clusif de la force? 

Nous ne doutons pas de la justice de voire décision, croyez-le bien. Messieurs, 
et nous ne saurions vous blâmer d'avoir attendu, pour vous prononctT, que la 
femme, appréciant d'elle-même l'événement providentiel qui doit changer la 
face de la terre, veuille prouver au monde qu'elle veut, plus que jamais, se rat- 
tacher au mouvement des grandes et saintes choses. Vous avez voulu qu'elle 
comprenne bien qu'un tel miracle ne saurait s'accomplir définitivement pour 
une seule moitié de l'espèce humaine. — Eh bien! comme ces saintes femmes 
qui croyaîent en la toute puissance du Christ avant d'en avoir eu des preuves, 
nous voici devant vous assemblées , représentant le peuple, car nous croyons 
que, si les motifs de notre foi pouvaient être œuvre d'édilication pour les fem- 
mes et les faibles de la terre, nous les exprimerions ainsi : 

Vous dites que notre glorieuse révolution s'est faite pour tous; or, étaut la 
moitié du tout, comment ne croirions-nous pas? 

Vous dites que l'application de la sainte devise : liberté, égalité, fraternité, 
sera appliquée dans toutes ses conséquences; or, notre part pouvant s'accroî- 
tre en proportion de nos besoins, de nos aptitudes , comment ne croirions-nous 
pas? 

Vous dites que cette sublime devise est une et indivisible; or, le reconnaissant 
comme vous, et reconnaissant, en outre , ([ue cliacun tle si's ternies l'est aussi, 
il ne peut, par conséquent, y avoir deux libertés, deux égalités, deux fraternités, 
donc, la liberté, l'égalité vl Id fraternité de l'homme soni l)ien évidemment celles 
de la femme, comment ne le croirions-nous pas? 



T. I. 



l(»'i 



— 834 — 



Vous dites que la royauté est appelée à se transformer sur toute la terre, e 
que voici venir lero nouvelle, l'ère sacrée du peuple-roi; or, le peuple étant un 
composé des deux sexes, comme la royauté elle-même, pour que toutes les sym- 
pathies saient acquises à votre noble vœu, et qu'il soît destiné à franchir de 
toutes parts nos frontières à côlé ilu peuple-roi, il faut de toute nécessité procla- 
mer le peuple-reine ou mieux encore les comprendre tous deux dans Je peuple- 
souverain' Le peuple, alors, étant vousqI nous, comment ne croirions-nous pas? 

Vous dites que les incapacités qui existaient en France n'ôtenl point les droits 
d'inscription sur les listes électorales* or, cette déclaration nous donnant déjà 
droit à l'élection, comment ne croirions-nous pas? 

Vous dites que les peines afïlictives et infamantes , les condamnations et les 
jugements, les cas de démenco^ constatés , peuvent seuls priver du preWiier des 
droits civiques; or, la qualification de femme ne rentrant d'elle-même, que 
nous sachions, dans aucune de ces catégories, et le droit électoral lui apparte- 
nant dès lors par toutes ces preuves, comment ne croirions-nous pas? 

Messieurs, notre foi en vous, immuables de nous-mêmes, nous avons compris 
que l'idée de l'universelle Providence ne se manifesterait pas en vain. 

Et, d'ailleurs, si la femme n'a fait défaut dans aucune des grandes choses; si, 
avilie par une position sociale dépendante et sans dignité ; si, privée de ressour- 
ces, d'iiislruction, d'emplois divers et honorables, elle s'est relevée à ses propres 
yeux, si elle a su même s'illustrer par de nombreuses et notables exceptions qui 
lui présageaient et lui garantissaient a la fois sa valeur virtuelle et son avenir ; 
en un mot, si malgré tout, elle s'est associée aux gloires comme aux malheurs 
de la France, à ses héros comme à ses maflyrs, que n'aurez-vous pas à attendre 
d'elle quand ses fers seront brisés ! En associant désormais la femme à l'homme 
dans l'immense travail humain, vous compléterez l'œuvre de la créaliou, car 
ces paroles éternelles : // n'est pas bon que l'homme soit seul, retentissent doulou- 
reusement sur cette terre; ne vous y trompez pas , rien ne devait s'accomplir 
pour le bonheur général avant que fût créée socialement, j)arle souffle divin, la 
compagne de l'homme. De la solidarité des liens nouveaux et naturels que vous 
établirez entre l'hoinme et la femme, résultera, vicii doutez pas, le maritt^e par 
cxcelleucc, le mariage social, trinité matérielle, intellectuelle et morale dans le 
travail; ce mariage enfin, régénérateur du monde, pour lequel le Christ a dû 
dire avant tout : Ce que Dieu a joint ainsi, que l'homme ne le sépare point, 

(Suivent de nombreuses signatures de femmes artistes, ouvrières, littérateurs, 
professeurset autres.) 



A.NTOMmrA-NDRÊ'DE SAINT-GIELÈS. 

Paris, le 16 mars 1848. 

Voir la Voix des Femmes du 23 mars 1848, p. l^e. 

Iii. du 20 mars, p. If, arl. l'rofossiuu de loi du journal, partie politique; et de TEducatioa des fem- 
mes, p. 2, PcUlion du 2 mars. 
Id. du 25 mars, p. irc^ art. Constitution définitive de notre association fraternelle. 



— 835 — 



LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERxMTÉ. 



A MESSIEURS LES ELECTEURS 

DU DÉPARTEMENT DÉ l OISE, 



Beauvais, 16 Mars 1848. 

Dieu et la Patrje. 



. M ESSIEURS ET CHERS CONCITOYENS , 

La France est appelée à nommer ses représentants. Son avenir, quel qu'il soit, 
dépend, après Dieu, des Elections qu'elle va fa're. 

Si, comme nous le souhaitons avec l'ardeur que nous inspire un dévouement 
sans bornes, les Elections sont vraies, pures de toute cabale et de toute intrigue, 
de to»U esprit de parti comme de toute passion égoïste, la Roprésenlation na- 
tionale sera vraie aussi, pure de tout alliage funeste ou simplement dangereux , 
étrangère, par conséquent, à tout autre intérêt qu'à celui de la Pairie. La Con- 
stitution qu'elle nous donnera sera l'expression réelle , la satisfaction complète 
de tous les besoins de notre époque. Dans le cas contraire, la Représentation 
uationale, viciée dans son origine, nous donnerait une Constitution de même 
nature qu'elle, qui, impuissante à réaliser nos vœux les pluschirs, nous condui- 
rait fatalement, un peu plus tôt, ou un peu plus tard, vers deux abîmes dans l'un 
desquels nous finirions par nous engloutir, le despotisme et l'anarchie. 

Tout Français ami de son pays, tout Citoyen digne de ce beau nom, doit donc 
concourir, selon la mesure de ses forces, à procurer la sincérité , la vérité des 
Elections; l'indllférence , dans une circonstance aussi solennelle, serait un 
crime, l'esprit départi, une trahison. Tous, nous ne devons, nous ne pouvons 
avoir qu'un but, le salut de la Patrie ; qu'un moyen, la concorde et l'union. 



— b50 -^^ 



C'est pour cela, Messieurs et chers Concitoyens, que nous venons \ous expri- 
mer loyalement toutes nos pensées, vous révéler, comme à des frères, avec sim- 
plicité et franchise, ce que nous voulons. Nous pouvons nous tromper , mais 
nous sommes sincères; sans dissimulation aucune, sans arrière-pensée quelcon- 
que. Et si, clans l'aveuglement de la passion , quelqu'un osait nous accuser de 
mensonge et de duplicité , nous protestons d'avance , et de toute l'énergie de 
notre âme, contre celte odieuse calomnie. 

Nous voulons, en premier lieu , la République. Autant que qui ce soit , nous 
avons en horreur le régime sanglant de 93; et si , contre toute attente, on es- 
sayait de le rcssusciterparmi nous., nous nous sentons assez de courage pour tout 
sacrifier, même nos vies, plutôt que d^ le souUrir. La vraie République, celle que 
nous aimons, "à laquelle no.is nous rallions complètement, c'est un Gouverne- 
ment régulier, pacifique, fonctionnant pour le bonheur de tous, dans la sphère 
d'une Constitution sage, à la fois juste et libérale. L'Amérique du Nord, grâce'à 
la France qui a si généreusement contribué à son émancipation, ne possède-elle 
pas, depuis plus de 70 ans, un Gouvernement semblable? Et le monde ne voit-il 
pas chaque jour, avec un sentiment d'admiration et d'envie, toutes les prospé- 
rités comme tous les progrès , naître , s'épanouir et mûrir, aux Etats-Unis, sous 
le soleil de la République? 

La Monarchie, selon nous, a fait son îemps. Une institution qui, sous nos 
yeux, a succombé trois fois en moins d'un demi-siècle, peut être regardée comme 
ayant péri sans retour. D'ailleurs, le Peuple français, qui , aujourd'hui surtout, 
marche à la Icte des autres Peuples , est assez avancé en civilisation , nous le 
croyons du moins, pour n'avoir plus besoin que de lui-même dans la gestion de 
ses'allaires. Or, qu'est-ce que la République, si ce n'est le Gouvernement du 
Peuple et pour le Peuple? 

Nous voulons, en second lieu, l'Ordre en tout et partout. Et pour cela, nous 
demandons, d'une part, la consécration des droits acquis conformément aux 
principes (Hernels de la justice, de l'autre, la réalisation des droits méconnus ou 
opprimés jusqu'à ce jour. Nous voulons, en conséquence : 

1° Le maintien de la Famille, telle qu'elle est constituée aujourd'hui d'après 
les lois en vigueur, qui ne sont elles mêmes , au moins dans leurs dispositions 
fondamentales, que l'expression d'une Loi plus haute, l'Evangile; 

2" Le maintien de la Propriété sous toutes ses formes, dans les Lettres et les 
Arts, dans les Services et OfTices, dans les Rentes et les Caisses d'Epargnes, aussi 
bien que dans les Immeubles , l'Etat ne pouvant en exiger le sacrifice que pour 
cause: d'utilité publique, et moyennant une indemnité suflisante; 

S" La diminution et la juste répartition des charg(>s publiques; 

h" L'amélioration du sort des Travailleurs , et cela , non d'après des théories 
impraticables, mais par des Lois équitables qui devront régler les droits des 
Ouvriers et des î\laîtres, sans porter atteinte à la liberté des uns ni des autres. 

Nous voulons, en troisième lieu, la Liberté. Don sacré du ciel, elle fait la gran- 
deur, la dignité du Chrétien et du Citoyen. Nul ne pourrait, sans crime, essayer 
maintenant ni jamais, de la ravir au Peuple Français; il l'a définitivement con- 



— 837 — 



qiiise; elle est le prix glorieux de son courage, de son intelligence et de son 
sang. 

Nous demandons, en conséquence : 

1° La Liberté de Religion et de Culte; 

2* La Liberté de la Pensée dans toutes ses maniCeslations, la Parole, la Presse, 
l'Enseignement. 

En ce qui touche l'Enseignement, nous.n'avons jamais demandé ia suppres- 
sion de l'Université; nous ne la demandons pas davantage aujourd'hui. Non, 
que celte Institution subsiste; qu'elle grandisse même sous la protection de la 
République, nous n'y meltuons pas le moindre obstacle. Mais, en même temps, 
défenseurs des droits des familleset des droits non moins inviolables des croyan-' 
ces religieuses , nous demandons qu'il soit permis à tout Citoyen d'établir, sous 
la surveillance directe et immédiate de la République, des maisons d'éducation 
où les jeunes générations viendront puiser, avec l'amour de la France, la science 
et la vertu. Sans cela, point de liberté dans le domaine de l'intelh'gence, mais la 
servitude; sans cela, point de concurrence dans l'Instruction publique, et, 
sans concurrence, point de progrès ; 

3' La liberté d'Association pour l'établissement, la conservation et la défense 
des intérêts religieux, politiques, littéraires, industriels, commerciaux, agricoles. 

Un mot sur les intérêts agricoles. Le premier des arts par sa nécessité, le plus 
favorable au bien-être physique et moral des populations, l'art nourricier, 
l'Agriculture languit encore , à l'heure qu'il est , dans plus de soixante départe- 
ments. Le sol, sur la plus grande surface du pays, reste stérile ou à peu près, et 
pourtant il renferme dans ses entrailles des trésors ipimenses. A 1 association à 
le fertiliser; à elle à tuer la tyrannie de la routine, à propager les méthodes per- 
fectionnées dont nous sommes redevables à la science moderne, à multiplier 
dans nos campagnes les miracles du la production, à assurer partout, non-seu- 
lement le pain de chaque four, mais la riclu^sse et l'abondance. 

Le Gouvernament provisoire annonce, à cet égard , des intentions généreuses 
et des vues élevées que la République ne manquera pas d'accomplir. L'Associa- 
tion, en lui prêtant un concours dévoué, réalisera, par son active coopération . 
des biens incalculables, dont le présent ne recueillera, il est vrai, que les prémi- 
ces, mais dont l'avenir, tl un avenir prochain, possédera infailliblement la plé- 
nitude. 

li'* Enfin, la Liberté en tout, sans autre limite que le respect des droits d'au- 
trui, égale pour tous, enlière.pour tous, tout privilège, tout monopole étant ruine 
à toujours. 

Telles sont. Messieurs et chers Concitoyens , nos pensées, nos vues, nos espé- 
rances. Aidez-nous, noiis vous en conjurons, à les réaliser. Formez, dans chaque 
canton, sinon dans chaque commune, des centres d'action patriotique et de lé- 
gitime influence, des Comités chargés par vous de corres])ondre avec nous; 
cherchez et indiquez-nous des hommes probes , éclairés , dévoués, supérieurs 
aux misérables calculs de l'égoïsme et de l'ambition ; avec vous , nous examine- 
rons, nous discuterons leurs litres à la Représentation nationale, et nous les 
présenterons ensuite avec confiance à vos suifrages, aux sullrages de ce Peuple 



35S 



Français, que Dieu , par un coup à jamais mémorable de sa souveraine Provi- 
dence, vient de faire l'arbitre de ses destinées. 

Surtout, Messieurs et chers Concitoyens, gardons-nous de nous diviser, de 
nous isoler; il n'en faudrait pas davantage pour nous perdre elle pays avec nous. 
L'union, et l'union seule fera notre force ; l'union , et l'union seule assurera le 
succès des Elections, en envoyant à l'Assemblée nationale des Représentants di- 
gnes de la sublime mission dont no.us les aurons investis; l'union, et l'union 
seule fera le triomphe de nos eiforts et préparera une nouvelle ère de paix, de 
bonheur et de gloire pour la Patrie. 



Recevez, Messieurs et chers Concitoyens , les sentiments de fraternité avec 
lesquels nous voulons être 

Vos fidèles et dévoués serviteurs, 



L'abbé GELLÉE, Curé de la Cathédrale. 

FARIGNON, Juge-suppléant. 

RAZIN, fds aîné, Licencié en Droit, Rachelierès-Sciences 
naturelles, Professeur d'Agriculture, au Mesnil« 
Saint-Firmin. 



P. S. S'adresser , pour la correspondance, à celui des signataires ci-dessus 
que l'on jugera à jDropos de choisir. 

Une liste de candidats à la Représentation nationale se prépare : nous atten" 
drons, pour la discuter et la clore, les renseignements que l'on voudra bien nous 
donner. 



bEAUVAlS.— laiijnmene d'Ach. DESJARD^S. 



^839 — 



AUX ELECTEURS 



DU 



FINISTERE. 



Cédant à des offres honorables, je me présente à vous comme candidat politi- 
que. La seule pensée que j'ai pu être regardé par un grand nombre do citoyens, 
comme digne de soutenir les intérêts delà France dans notre Assemblée natio- 
nale, est pour moi une gloire préciuuse. 

Aucun lien ne m'attache au passé; dans le présent, mon indépendance est ab- 
solue. Homme de religion et de liberté, j'accepterais avec recueillement le man- 
dat qui me serait confié par vous; je le remplirais avec fermeté. 

C'est le sort de la Patrie qui va sortir de l'urne. Avant de vous parler, j'ai In- 
terrogé ma conscience; je l'ai trouvée forte et libre. 

Je veux dans la République l'ordre et la paix. 

Je veux la justice rendue aux travailleurs , la protection pour les chefs d'in- 
dustrie, l'aide au commerce qui chancelle, la garantie pour les propriétés. 

Je veux la révision sincère de nos lois de finances, la liberté de l'ens-'igne- 
ment, l'indépendance des cultes. 

Je veux la vérité de l'émancipation politique, le vote débarrassé de toute in- 
fluence, la sincérité grande et absolue de l'élection populaire. 

La situation est nouvelle et imprévue. Electeurs du Finistère, vis-à-vis de cette 
situation , ce n'est pas une ambition égoïste et vaine qui peut pousser les 
hommes de cœur à se mettre en avant. Choisissez, car de votre choix dépend 
l'avenir. 

Breton comme vous, je me présente à vous, et au lieu d'allonger un pro- 
granniie inutile, j'inscris sur mon drapeau le mot d'ordre des vrais citoyens : 
liberté pour tous, dévouement à la Patrie, triomphe de la paix publique. 



Paul FÉVAL. 



V. La Sentinelle du Peuple, du 29 mars 1848, p. «, col. 2. 



— 840 — 



Liberté I Égalité! Fraternité 



CITOYENS, 

Sollicité par mes nombreux amis à me porter candidat à l'Assemblée nationale, 
j'ai cru devoir déférer à leurs vœux ; ce n'est donc pas pour eux que je trace ces 
lignes, maïs bien pour les citoyens qui ne me connaissent pas. 

Depuis plus de trente ans j'habite la commune de Montmartre , depuis vingt 
ans j'ai exercé des fonctions municipales, toutes gratuites, et de 1830 à 1837, 
j'ai commandé la 1"^" compagnie de la garde nationale, comme capitaine. Croyez 
bien qu'il n'y a chez moi aucun intérêt personnel , mais bien le désir d'être utile 
à mon pays. 

Pour tout homme sensé, la marche du gouvernement déchu n'était pas im 
problème, il devait arriver à une catastrophe; c'est ce qui a eu lieu. J'ai donc 
le franchise de me déclarer républicain du jour et du lendemain. 

Je dis que la République est pour la France un monument sorti des barricades, 
qui a pour fondcunent la force et l'union, pour ciment la raison et la bonne foi , 
pour élévation nos institutions libérales, enfin le temple des lois , sur le frontispice 
duquel sont burinés, comme sur le bronze, ces trois mots sacrés : 

Liberté^ Égalité , Frateruilé. 

Respect donc à la loi et protection pour tous et par tous, car tous nous sommes 
peuple. 

Le chemin qui conduit à l'Assemblée nationale n'est pas semé de roses , mais 
bien décucils , de ronces et d'épines, l'homme de cœur doit oser le franchir. 

En ce qui touche le travail (objet de toute notre sollicitude) , il ne peut renaître 
que par la tranquillité des esprit? et la confiance. 

Si un autre candidat, citoyens, vous itispire plus de confiance, indîquez-le- 
moi , je voterai avec vous. 

Salut et fraternité , 

DdVE FERRY. 



Monlmartre. — Iinp. de FILLOY frères et Comp., boulevard Pigale, 48. 



— 841 — 

Clermont-Ferrand, 46 mars, ère vulgaire 1848. 

ère maçonnique 5848. 



A MM. LES FRANCS-MAÇONS 



DE 



CLERMONT-FERRAND. 



Messieurs, 

• 

Les loges de Paris ont donné l'exemple de leur sympathie au nouveau gouver- 
nement, le 14 Lourant. Cet exemple doit ou devrait être imité par toutes les loges 
régulières dépendant du Grand-Orient. Clermont-Ferrand, depuis longtemps, 
est privé d'une loge; et cependant, dans une population aussi nombreuse, il 
existe des francs-maçons de divers pays. Que ces francs-maçons se réunissent, 
qu'ils comprennent fraternellement leur immualile devise : Egalité, Fraternité \ 

Les francs-maçons ont toujours été frères. L'ère d(^ leur liberté est donc ac- 
quise dès le moment qu'un grand peuple comme la France^ sans connaître ni 
nos statuts, si beaux, si humains, si libéraux, les adopte. D'ailleurs, les francs-ma- 
cons sont Français; désormais donc tous les Français seront francs-macons. 

Comme la ville de Clermont n'a pas eu le bonheur de posséder une loge de- 
puis longtemps, messieiu's, et comme le Grand-Orient pourrait (d'après nos sta- 
tuts) ne pas reconnaître comme légale cette convocation, il serait à désirer que 
chaque franc-maçon se trouvât, le 25 courant, à trois heures du soir, place 
Saint-Pierre, 18, nanti de son diplôme. Aloi^s, messieurs, nous pourrions adres- 
ser, comme la grande ville, nos félicitations et nos vœux au nouveau gouverne- 
ment par l'intermédiaire du (jra/jf/-0//cHf, de qui nous solliciterions l'inslallalion 
d'une loge régulière, sous la dénomination acccpté«î en loge provisoire, confor- 
mément à nos statuts. 



Salut et fraternitié. 



A. Malet-Vandègre. 
M.-. 



V. le Peuple, journal du Puy-de-Dôme, du 18 mars 1848, p. 4, col, î. 

T. L ^ 105 



812 — 



AUX ÉLECTEURS 






•ï)U 



DEPARTEMENT D'EURE-ET-LOIR 



uo[,iiôiH(i 

\M îll .i'ivir: 

CONCITOYENS, 

.Y/[i>iT:vï-j j:m fi'f 

Je me présente devant vous au moment où toute la France, rendue à la li- 
berté, e'st appelée à nommer ses représentants. Je serais heureux et fier d'obte- 
nir, comme le vénérable Giroust, de patriotique mémoire, tant de sidFrages in- 
dépendants qui me mettraient à même de servir longuement aussi mon pays. 

Vous connaissez mes antécédents : enfant du peuple, j'ai, en toute circon- 
stance, et selon mes forces, combattu la corruption et le despotisme. La liberté 
a toujours lait palpiter mon cœur. Après la révolution de 1830, bien que trompé 
dans mes espérances , j'ai su respecier les opinions sincères, et poursuivre de 
mes attaques les héros de tous les régimes. Las satisfaits n'ont pas eu d'adver- 
saire plus ardent que moi. J'ai arraché plus d'un masque : ma tache n'est pas 
finie. ■ i'-! /■■ u; i, 

,' 'ÎjA ■Fif.irahWîi'^de^Tns longtemps est ma devise; respect aux propriétés, resjDcct 
"aux èo'nscîences, sera toujours mon cri de ralli(;ment; je n'aurai jamais d'autres 
mots d'ordre que ceux-ci : Libkiitr , EGALmi 1 Plus de curée ministérielle! La 
vertu, naguère, ne résidait que dans le cens; les travailleurs étaient compléte- 
nitint oubliés, ôli hssimilés à de véritables parias : aujourd'iuii le cens a disparu, 
tous les Français sont égaux ; les travailleurs, les hommes infatigables, font par- 
tie de la grande famille électorale. 

L'éducation étant la base de toutes' les Tertus^ la base «le toute bonne républi- 
(fue, je joindrai mes efforts à ceux des hommes compétents chargés de rédiger 
un projet de loi sur l'instruction primaire et supérieure des deux sexes. 

Pour arracher l'ouvrier à la misère, il faut une organisation du travail. Ce sera 
une noble et grande tâche que de concilier les intérêts légitimes des patrons , 
des chefs d'industrie, et le salaire plus que sacré d(^ ceux qui produisent. 

Quelques emplois importants doivent être votés ou donnés au concours. Plus 
de cumul ! répartition plus jn.*<le des impôts; une diminution progressive sur 
les rétributions excessives des hautS' fonclionnaires; déclarer, autant que possi- 
ble, certaines fonctions honorifiques ; vu tout rechercher l'économie ; ne jamais 



843 — 



perdre de vue la gloire, le salut, l'indépendance et le bonheur de la France....' 
tel est le véritable mandat d'un membre de l'Assemblée nationale ou Consti 

tuante. 

Si la liberté, comme le soleil, brille pour tous, montrons-nous dignes de notre' 
glorieuse destinée. Que l'Europe nous respecte , nous admire et nous bénisse ! 
Oue tous les peuples , à notre voix , se regardent comme frères ! Plus de folles 
conquêtes; mais aussi, au nom de l'humanité, soyons les défenseurs et l'appui 
des opprimés ! 

Esquisser une profession de foi est une besogne facile et non nouvelle pour 

bien des gens. * 

Je finis en désirant que les hommes de la veille et ceux du lendemain ne 
soient pas confondus; c'est au peuple, qui tient la balance, à peser chacun se- 
lon ses œuvres. 

Pour moi, quelle que soit l'issue de la lutte où , sans ambition , je me trouve 
mêlé, je n'abandonnerai jamais le drapeau qui seul est aujourd'hui l'égide de la 

France. 

Votre sincère et dévoué serviteur, 

FILLEUL-PÉÏIGNY, 

10, rue des Malhurins-Saint-Jacques. 



Paris, mais 1848. 



Paris. — tmp. de Pommeret et Guétiot, rue .Mignon, 2. 



ADRESSE 

DES CITOYENS DU 5* ARRONDISSEMENT. 



iiqlL.(; i 



Citoyens membres du gouvernement provisoire, 

Les citovens du 5' arrondissement de Paris viennent vous demander de main- 
tenir au 9 avril prochain les ÉLECTIONS GÉNÉRALES dos représentants du 
peuple. Ils vous le demandent an nom de la République, au nom du travail popu- 
laire, de l'industrie, du commerce. -luJ» -uip ùiAmn -jn -nyi^ 

La l'rance sest sentie républicaine le jour aù,ipar-UipiiOc)[aff?^Upft.^,trJft,%P^^- 
blique, vous bii hvez révélé ses instincts. • /.i . : ,- -i, .:i I ^m; .-,,, 

L'enthousiasme qui a accueilli la révolution de Février est un sûr garant de 
l'accord patriotique qui présidera aux élections. 

Qui n'est pas convaincu aujourd'hui qu'au-delà de la République il uy a 
pour la Fiance que l'anarchie et la guerre civile? 

Ne laissez pas, par le maintien du provisoire, naître l'incertilude dans les es- 
prits, le découragement. dans les craui s et Tespoir chez les partisans du passe. 

Nous avons toute confiance dans votre patriotisme et dans votre sagesfO; vous 
ne voudrez pas retarder, nous en sommes convaincus, l'airermissemenl tl(* la 
République et la création définitive des institutions démocratiques que le peuple 
attend avec impatience de l'Assemblée nationale., i^ .. ,,. 

Paris, marsl8^t8. Salut ol rralernilé. 



— 844 — 



GARDE îVATIO!\ALE DE PARIS. 



•f^*' Léffi 



1" COMPAGNIE 3^ BATAILLON. 



-==ŒES>SSS-i3©}^Eie2!a=— 



Les citoyens faisant partie de ladite compagnie (voir au tableau ci-dessous) 
sont invités à vouloir Lien se réunir ALJOLRD'HUI IG MARS, à k heures très 
précises du soir, ou ^rand Amphilhéâlre du Jardin des Plantes, à l'ellet de s'en- 
tendre sur le choix à faire des Capitaines et autres officiers. 



RUES. 

du Battoir. 

des Boulangers 

de Bu (l'on. 

de la Clé. 

Contrescarpe. 

Copeau. 

de l'Epée de Bois. 

Gracieme. 

Le Jardin des Plantes. 

Movffi'lard. • 

du Puits de l Hermite. 



NUMEROS- 




1 à lin. 






1 » 








2 


à fin. 


91 » 


14 


à fin. 


1 à 13 


2 


à 6 


3 à fin. 


2 


à fin. 




2 


il fin. 


7 à fin. 


iO 


à fiti. 


là 89 








2 


à fin. 



RUES». 


NUMEROS. 


Quai Saint-Bernard. 


1 à fin. 




Quai des Fo!>sés~Saint-Bernard, 


1 à fin. 




Neuve Saint-Etienne. 


1 à fin. 


2 à fin. 


Neuve-Sainl-Médard. 


1 à fin. 


2 à fin. 


Saint-Victor. 


1 à 33 


2 à 60 


des Fossés-Saint- Victor. 


21 à fin. 




Cuvier. 


1 à fin. 


2 à fin. 


Ti iperet. 


1 à fin. 


2à fin. 


la nie Guy-Labrosse. 


1 à fin. 


2 afin. 


de Jnssicu. 


1 à lin. 


2 à fin. 


place Saint- Victor. 




2 à fin. 



Appel est fait au patriotisme de tous les citoyens de la circonscription dési- 
gnée , afin que celte réunion, qui sera peut-être la dernière avant les élections, 
soit aussi nombreuse que possible. 

Tous les Candidats sont priés de s'y rendre pour faire leur profession 
de foi. 



Président. 
Membres. 

Secrétaires, 



Imp. deE. Bautruche, 90, r. de la Harpe. 



GALET, docteur médecin. 
PIERSON, chefd'ateher. 
MARTIN, ouvrier. 

DELAGRANGE, emi^loyé. 
PERROT (Alfred) , élève de l'É- 
cole des Beaux-Arts. 



Aux citoyens gardes nalioflalix de la S** conipaf^nie du 4*''' balailloii de la 2^ légion. 

• 

Citoyens, vous le savez, la sauve-garde de la monarchie c'était la division; un 
antagonisme profond, irréconciliable, entre les deux grandes classes de la société 
française, la bourgeoisie et \o prolétariat. 

La sauve-garde de la République, au contraire, c'est l'union, la fusion intime 
de tous les intérêts, l'unité fraternelle de tous les citoyQps dans un but commun, 



^ 845 — 



la prolection de chacun par tous, dans son honneur, sa famille, sa propriété. 
Hors de là, point de salut. 

11 faut donc que chacun s'emploie à cette ocuAre de paix et de conciliation. 

Or, les rangs de la garde natiouak" nous ont paru ce point de contact que nous 
cherchions, le \éritaljle terrain de la fratirnilé sociale. 

Au moment d'élire nos chefs, ne laissons pas échapper cette belle occasion de 
faire la part à chacun dans la.dislrihution des grades et des legilimes influences. 

C'est le moyen d'intéresser tout le monde au maintien de l'ordre et de la liberté 
dans la République. 

La garde nationale s'est démocratisée par l'avènement du prolétariat à la vie 
politique. Il faut que ses élections soient toutes démocratiques, qu'elles repré- 
sentent, de la base au faîte, les deux grands éléments qui la composent. 

Pour que la garde nationale soit véritablement le Peuple armé, il faut ; 

1° Que ses chefs ne soient pas exclusivement des bourgeois ou des prolétaires, 
mais qu'ils soient pris, en nombre proportionnel, parmi les uns et les autres; 

2° Que les anciens gardes nationaux n'excluent personne à la candidature, et 
que les nouveaux ne craignent pas de s'y présenter. 

C'est seulement sur cette dernière recommandation que nous croyons néces- 
saire d'insister pour le moment. Oui, c'est à vous que nous nous adressons, nou- 
veaux gardes nationaux, ouvriers en majorité. C'est voire modestie que nous 
attaquons, votre droit que nous défendons contre vous-mêmes, puisque vous 
l'abandonnez. Car, nous le savons, il en est beaucoup parmi vous qui ont servi 
la France dans l'armée active, — qui y ont mérité des grades, gagné des bles- 
sures : il en est enfin un grand nombre qui feraient d'excellents chefs pour notre 
garde citoyenne. Eh bien ! à peine quelques-uns ont-ils osé briguer riionucur du 
commandement; nous dirons plus, pas un na osé, ne fût-ce que par un juste 
orgueil, entrer en concurrence dans les premiers grades avec les riches incapa- 
cités qui se produisent si hardiment chaque jour! D'où vient cela? La crainte 
d'échouer? mais vous auriez la majorité presque partout. La pauvreté?.. Ecoutez 
ee que nous disent les citoyens les plus distingués par leur éducation et leurs lu- 
mières, des médecins, des avocats, des avoués, de grands industriels : Comme 
vous, nous voulons des officiers prolétaires, ouvriers, nous en voulons beaucoup, 
le plus possible, à tous les degrés delà hiérarchie; nous en voulons, parce qu'ils 
sont probes, dévoués, et qu'ils peuvent nous aider puissamment à consolider la 
République. Qu'attendent-ils donc pour se présenter? — Et quand nous établis- 
sons devant eux le bilan de l'ouvrier pour subvenir aux frais d équipenient : Tant 
mieux! avec le grade nous leur décernerons les épaulettes. le riche en achètera 
deux paires au lieu d'une; dans chaque compagnie on" doit agir comme en la- 
mille. — Frères, vous l'entendez, voilà de bonnes paroles qui devraient v.ous en- 
courager à bien faire. Allons, plus de finisse honte, ou nous vous réjiélerons ce 
que vous disait Mariot, dans son éloquente afiiche, au sujet d'autres élections que 
vous négligez aussi: Prolétaires, vous abdiquez; ceux qui vont se faire inscrire 
sur les listes électorales, comme ceux qui aspirent aux grades dans la garde na- 
tionale, tous ceux-là ne sont pas contents de vous. 

L. NOUGUÈS. 

V. la Senlinelle du Peuple dfl 2 avril 1848, p. 3^ col. 2. 



— 846 — 



AUX ELECTEUllS 

DU JURâ. 



Mes chep.s Compatriotes, ' 

Un grand nomhrc de mes amis du Jura me demandent d'interrompre mes 
travaux littéraires pour défendre les libertés et les institutions du pays. 

Je viens donc mettre à votre service ce que Dieu m'a donné de force et de ta- 
lent. Je me présente avec deux titres incontestables, qui sont des droits dans les 
grandes et périlleuses occasions : je suis laborieux et dévoué. J'ai toujours vécu 
de mon travail dans l'obscurité et 1(^ silence, sans rien demander au pouvoir et 
sans en avoir rien reçu. J'ai toujours aimé la liberté d'im indéfectible amour; 
aujourd'hui je crois et j'espère en elle. Elle est le terme suprême auquel doivent 
aboutir tous nos elForts. Les hommes de parti la regardent comme un moyen, et 
s'ils s'agitent, s'ils crient bien haut liberté, liberté, c'est qu'ils espèrent couvrir 
leur conspiration de son voile glorieux, et reprendre au peuple par des lois ce 
que les révolutions lui ont jamais gagné. 

Les députés élus par le suffrage universel ne peuvent plus être que la repré- 
sentation permanente et active de cette souveraineté de la nation qui reste im- 
périssable au milieu des révolutions qui brisent les trônes. 

Je prends l'engagement sincère de représenter les intérêts de tous, et d'ex- 
primer à la tribune, avec celte parole chaude et animée que vous connaissez, vos 
sentiments, vos vœux et vos plaintes, sans m'abaisser, suivant l'usage, au rôle de 
courtier de commerce et de valet dans les antichambres des ministres. Si vous 
regret lez le gou\ernement de la corruption, prenez d'autres serviteurs. 

J'adhère sincèrement et sans arrière-peméa aux institutions républicaines, 
mais je les veux avec toutes leurs conséquences. La première de ces conséquences, 
c'est le désintéressement. Les traitements ne doivent plus être que des indem- 
nités. Ainsi, en province, auctin traitement ne pourra dépasser six mille francs, 
ni être inférieur à douze cents francs. A Paris, aucun traitement ne pourra dé- 
passer vingt-cinq mille francs, ni être inférieur à dix-huit cents. 

Plus de cumul des places et des emplois. 

Souvenons-nous que liberté ori.igi; 

héduction de l'impôl. — Sa répartition doit suivre les proportions du revenu, 
suivant l'idée de Montesquieu. •^ 

Impôt sur le luxe; la simplicité est une vertu républicaine. 

Piédnctiou de l'impôt du sel. 

Réduction des octrois pour 1?. viande dite de boucherie, ^— taxe du gibi'^r. 

Suppression d(>s subvcn lions théâtrales : il est injuste, dit Jean-Jacques Rous- 
seau, de faire payer aux peuples des campagnes des chanteurs, des lustrions, des 
filles qui dansent pour amuser les oisifs de la capitale. ^ 



— 847 — 



Réduclion, en temps de paix, d'une armée qui ruine le hudget et qui enlève 
les l)ras ù l'agriculture. 

Favoriser l'agi icullurc, qui est abandonnée pour l'industrie. — Les statistiques 
affirment qu'il y a en France une superficio inculte de près de quatorze départe- 
ments. 

Liberté du commerce et de Tindustrie. — La question du travail est une des 
plus graves, nous l'étudierons en dehors des rêves des utopistes. Ici la charité 
vaut mieux que la science. Sans les vertus morales, les ouvriers n'arriveront ja- 
mais au bien-être. 

Etablissement des crèches, des asiles, des écoles d'adultes, des ouvroirs et des 
bibliothèques communales en faveur des classes pauvi;?s^ en respectant les droits 
et les libertés des communes et des particuliers. ' '^ ■•■ ; 

Soutenir la dignité des instituteurs du peuple. 

Révision générale de toute notre législation. ,rn ')i _\- 

Inviolabilité de la propriété menacée par le Communisme. j «^ f^hn*' 

InviolabiHté de la tamille. — Le divorce détruit les liens de la société. — Dans 
les sociétés antiques il avait fondé la servitude de la femme et des enfiints. 

Je ne veux pas réclamer les libertés, elles soat à jamais conquises; je veux les 
défendre. 

Liberté d'association et de réunion sans autorisation préalable. 

Liberté de la science et de la pensée, — plus de mesures préventives pour l'en- 
seignement. 

Liberté absolue de la conscience et des cultes. 

Liberté de la presse et de la parole; — borner la répressio» aux seuls faits de 
diffamation et d'outrage à la morale publique. 

Au dehors, je veux la dignité de la France républicaine, et le tripi^iphe paci- 
fique de ses idées. leq •)!)• t.I u ion 

La fraternité n'a pas d(î frontières; — nous ferons une sainte alliance avec 
toutes les nations qui soufïVent et qui espèrent. — C'est assez désigner la Pologne 
et l'Italie que défend l'héroïque Pie IX. tiv»m'»Afio]a •»! \oij»i.i'> 

Vous qui connaissez mon courage et l'énergie de ma volonté, vous savez qu'on 
peut compter sur mes promesses. Chers co'iipalriotes, si vous me repoussez, moi 
le fils d'un paysan de vos montagnes, moi qui suis un véritable ouvrier, car je 
porte chaque jour une lourde part de travail, eh bien! je serai heureux de savoir 
que mon pays a trouvé des serviteurs plus utiles et meilleurs que moi, quoiqu'il 
n'en ait pas de plus dévoué. >llfm p- 

EMILE CHAVIN. 



^I> toqmi l oh 11 
Paris, Mars 1848. . :..,.., ..i. 



Imp. Bailly et Divry. place Sorboune, 



— 848 — 



w r 



LIBERTE, E&ÂLITE. FRiTEMITE< 



Citoyens, 

Nous avons commencé une noble tâche , le despotisme est renversé , nous 
sommes libres, usons de notre liberté, assemblons-nous, et, après nous être in- 
truits de nos droits, discutons-les et soyons fermes à les faire valoir; nous avons 
pour gouvernants des hommes intelligents et sages, soyons leur soutien, car 
ils veulent notre bonheur. Mais pour être leur appui, il faut connaître leurs actes; 
pour cela des réunions sont nécessaires, car là seulement nous étudierons les 
décrets, et, d'un commun accord,noussoutiendrons jusqu'à la mortetnos droits 
et notre liberté. 

Dans le seul but de nous éclairer de nos droits et de nos devoirs, nous avons 
formé une Assemblée nationale républicaine que nous nommons Cercle de la li^ 
berté. Les membres qui comjjosent ce cercle invitent tous les citoyens, voulant 
sincèrement et le droit et la liberté de tous, à se réunir à eux. 

Unissons-nous donc, citoyens; venez nous prêter le concours si utile et de vos 
lumières et de votre intelligence; l'unilé, la fraternité, rognent chez nous. Vous 
êtes nos frères, et comme 1 union fait la force, accourez tous 11! 

VIVE LA REPUBLIQUE! 

Le Cercle de la liberté tenait ses séances rue Salle-au-Comte, 14 (école Chrétienne). — Fondateur : 
]M. Desévaux. 

Lus uieiubros du bureau : MM. Garolus Degousse, étudiaiiL en droit, président; Brière,«docteur médecin, 
•jjreuiiijr vicu-présidout ; Uursel, ouvrier, deuxième vice-président; Heydeu, géouièlre, secrélauej Duporlé, 
professeur de langues, vicc-secrétau'c; V. Cliauaias, comuiis marciiaud, trésorier. 

V. la Voix des Clabs des 14 et M m..rs 1848. 



Citoyens, 

Le vieux mondé politique a été enlevé par un ouragan sublime. Nous avons 
salué la révolution avec joie. A présent, tous ceux qui veuleal l'ordre, la justice, 
lapai\, le droit au travail, la richesse générale, le bonheur de leur pays et de 
l'humanité, et leur propre bonheur à eux-mêmes, doivent donc s'empresser d'é- 
tudier et de soutenir la cause des journées des 22, 23 et 24 février I8/1.8, en fai- 
sant choix des repi^ésentanls les plus dignes de sa confiance. Que tous les cœurs 
ouverts à l'amour du peuple se rallient, et que tous les citoyens de bonne vo- 
lonté, qui veulent que rétablissement nouveau ne soit ni une déception, ni une 
anarchie, agissent d'accord. 

Vive la République l 

Le citoyen F. HU. 

Voir VEcho du Peuple (de Ghaumont), i8 marg 1848 , p. Si, col. 3. 

Paris, — Imprimerie Lacodr et Comp., rue Soufflot, 16. 



— 849 — 



REPUBLIQUE FRANÇAISE. 

LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERÎilTÉ. 



Le Peuple a été héroïque pendant le combat, généreux après la Tictoire , 
magnanime assez pour ne pas punir. .. 

Il est calme, parce qu'il est fort et juste... 

Que les mauvaises passions , que les intérêts blessés se gardent de le provo- 
quer!... 

Le Peuple est appelp aujourd'hui à donner la haute direction morale et 
sociale. 

Il est de son devoir de rappeler fraternellement à l'ordre ces hommes égarés 
qui tenteraient encore de se maintenir en corps privilégiés dans le sein de notre 
Égalité. 

Il voit d'un œil sévère ces manifestations contre celui des Ministres qui adonné 
tant de gages à la Révolution. 

Que le Peuple se rassemble donc aujourd'hui 17 à dix heures du matin , sur 
la place de la Révolution ; qu'il exprime sa volonté. 

Nous avons versé notre sang^our la défense de la République; nous sommes 
prêts à le verser encore. 

Nous attendons avec confiance la réalisation des promesses du Gouvernement 
provisoire. 

Nous attendons... nous qui manquons souvent du nécessaire... 

A cette heure ceux qui marchent contre la Révolution , ouvertement ou sour- 
dement, commettent un crime de lèse-humanité. 

A nous donc, citoyens ! Allons au Gouvernement provisoire l'assurer de nou- 
veau que nous sommes prêts à lui donner notre concours pour toutes les me- 
sures d'ordre, d'unité et de salut public. 

VIVELARÉPURLIQUE! 

Aujourd'hui, 17, à dix heures du matin^ place de la Révolution. 

SOBRIER, CAHAIGNE, PILHES, ROZIÈRES, GANNEAU, 
LECHALLIER, IMBERT. 



Paris. — Imp. Lacrampe et Corap., rue Damiette, 2. 

V. le Journal des Débats du 48-19 mars 1848. 

Id. le Moniteur du 18 mars 1848, compte-rendu de la manifestation du 1' mars 1848, p. r«, col. 3. 



T. I. 



lOC) 



— 850 — 



N. 7. Vendredi IQf mars t^ 4^ Rae Jeaiii-Jaciines-Konsscau, 18. M. 7 



5 CENT. 



LE POPULAIRE 



S CENT. 



Béflexions préliminaires. 

Le Gouvernement provisoire a 
déclaré que tous les citoyens de- 
vaient concourir à l'élection des 
officiers de la Garde nationale. 11 
ad'abord accordé jusqu'au 13 seu- 
lement l'inscription sur les listes. 
Puis il a donné le 14 , le \o et le 
16 jusqu'à minuit. Enfin, il vient 
d'accorder jusqu'au 23. Eh bien! 
le recensement est trop incom- 
plet ; d'ailleurs les citoyens n'ont 
pu se concerter et se connaître : 
par conséquent, il est nécessaire 
de proroger les élections de la 
Garde nationale. 

Le ministère de l'intérieurayant 
supprimé les compagnies d'élite , 
toute l'ancienne Garde nationale 
est venue demander un ajourne- 
ment pour les élections, par le 
motif qu'elle avait plus besoin de 
se connaître. Mais le peuple la 
connaît bien moins encore pour 
choisir ses chefs; par conséquent 
il a encore plus besoin d'ajourne- 
ment. 

La Garde nationale a fait une 
manifestation avec le sabre , en 
criant: A bas Ledru-RuUin, le 
Peuple aura bien plus le droit de 
faire une manifestation sans ar- 
mes, sans cris et sans menaces. 

Uanlfeatatioii «leci GardeM ua- 
llonaux. 

Une fraction de la Garde na- 
tionale, grenadiers et voltigeurs, 
s'est présentée à l'Hùlel-de-Yille 
à une heure et demie pour pro- 
lester contre le décret qui sup- 
prime les compagnies d'élito. Le 
citoyen Arago Vst descendu de 
voiture au coin de la place de 
rHùlel-(le-Villé et du quai de la 
Grève. An mètne instant, plu- 
sieurs grenadiers poussèrent lecri 



de : A bas Ledru-Rollin ! le Peu- 
ple frémissant a répondu immé- 
diatement par celui de : Vive 
Ledru-Rollin î vive la Républi- 
que et quebques crîs : A bas les 
aristocrates ! à bas les carlistes ! 
à bas la régence. La foule était 
si compacte , que celte première 
colonne n'a pu arriver jusqu'aux 
barrières qui entourent l'Hôtel- 
de-Ville ; elle a dû rebrousser 
chemin, accompagnée de sifflets 
et des cris de : Vive la Républi- 
que ! vive Ledru-Rollin ! 

A deux heures un quart, sur le 
quai de Grève, à vingt pas du 
pont Marie, le Peuple a rencon- 
tré une nouvelle colonne de gre- 
nadiers, voltigeurs, et quelques 
Jjizets et chasseurs. Afin de pré- 
venir unecoUision certaine, quel- 
ques citoyens se sont portés en 
avant pour engager cette nou- 
velle colonne à rétrograder, en 
expliquant aux chefs qui se trou- 
vaient à la tète que l'irritation 
des esprits était telle, que , s'ils 
insistaient à avancer, il pourrait 
eu résulter de grands malheurs. 
S'adressant particulièrement au 
colonel ou lieutenant-colonel de 
la première légion, on l'a en quel- 
que sorte rendu responsable du 
sang qui pourrait être versé , 
tandis que d'autres citoyens lui 
disaient : Au nom de l'ordre, au 
nom de l'humanité, nous vous en 
supplions , retirez-vous , car au- 
trement vous nous piojvcriez 
que vous voulez le désordre et la 
guerre civile , quand nous, pro- 
létaires, nous nous ellorçons à 
maintenir l'ordre ! 

L:i pcrsi^îtaiicc des Gardes na- 
tionaux a dure une heure et de- 
mie; a[)rès quoi ils se sont déci- 
dés à réliogador, en murmurant: 
Nous reviendrons avec les ar- 
mes. 



Quelques citoyens ont été vio- 
lemment attaqués par quelquas 
Cardes nationiux: mais heureu- 
sement, à notre connaissance, 
aucun n'a été blessé. 

Un ciloyen en bourgeois , re- 
connaissant un de nos amis , lui 
a crié : Je vous connais , vous , 
vous êtes communiste , en le dé- 
sij^nant à la colère des Gardes 
nationaux. 

La foule a immédiatement fait 
justice de cette odieuse dénon- 
ciation, eu répondant que ce 
n'était pas un crime , que les 
communistes étaient des frères 
Républicains et pas d'aujour- 
d'hui. 

Pendant cette lutte d'un nou- 
veau genre, le Peuple a constaai- 
ment chanté la Marseillaise et le 
Chant du Départ, tout en pres- 
sant la retraite des Gardes na- 
tionaux. 

Dans celte circonstance , le 
Peuple a montré, comme tou- 
jours, un calme digne des plus 
grands jour^. 

A quatre heures, le général 
Courtais, accompagné d'une par- 
tie de l'état-major, est arrivé sur 
la place du Châtelet, et après 
quelques paroles échangées avec 
les officiers des Gardes nationaux, 
la colonne a franchement com- 
mencé sa retraite, accom jagnée, 
cette fois , d'une pluie dé grésils 
ou grésillons. 

Quatre heures et demie du soir. 
Le citoyen D..., M... et A.,. 

Autre récit. 

Sachant la manifestation qui 
devait avoir lieu auprès du Gou- 
vernement provisoire par l'an- 
cienne Garde nationale , une 
masse de peuple s'est portée sur 
la place de l'Hô^el-de-'Vjlle pour 



— 851 — 



empêcher celte manifestation. 

En effet, à une heure et demie, 
une légion est arrivée par le 
quai en criant : A bas Ltdru- 
RoUin! On ralai>sée traversera 
place, presque jusqu'à la grille. 
Là les Gardes nationaux ont été 
serrés à droite et à gauche. Ils 
invoquaient la liberté, et le peu- 
ple leur répondait : Vous viokz 
Yégalité.On leur fait quitter leurs 
bonnets à poil et crier vive la 
République 1 vive Ledru-Rollin ! 
Au même instant , il tn est ar- 
rivé un très grand nombre par 
la rue Bar-du-Bec. Voyant que le 
peuple ne les laissait pas appro- 
cher des portes de l'Hùtel-de- 
Ville, ils ont enveloppé le fond 
de la place. Aiur.s sont descendus 
de 1 Hôtel deux citoyens qui se 
sont approches d'eux, et leur ont 
donné Communication d'une mo- 
dification au décret de la veille. 

Les Gardes ualionaox se trou- 
"vant satisfaite, se sont retirés. 
Pendant tout ce temps, la masse 
du Peuple à fait cliorus avec 
ceux qui se trouvaient aux croi- 
sées en criant : Vive la Républi- 
que ! à bas l'aristocratie et le pri- 
vilège! et surtout vive Ledru- 
RoUui. 

Peu après, une partie du Peu- 
ple en très petit nombre se reti- 
rant par le quai, se sont trouvés 
fàce à face près le pont avec une 
masse d'autres Gardes nationaux 
qui se rendaient aussi à l'Hùtel- 
de-Ville; ils leur ont barré le 
passage. On est resté en [trésence 
de part et d'autre près d'une 
heure, en criant toujours: Vive 
la Repujjlique! vive Ledru-Rollin! 
et en disant aux Gardes udtiu- 
naui de se retirer, qu ils venaient 
mettre le désordre, au lieu de 
mettre l'ordre. 

Alors il est venu une douzaine 
de Gardes nationaux armés qui 
les ont priés de se retirer; its ont 
fait demi-tour à gauche, et se 
retiraient toujours repoussés par 
le peuple. 

Quand, arrivés sur la place du 
Chàtelet, les Gardes nationaux se 
voyant repoussés par un si petit 
nombre ont fait volte-face : alors 
il y a eu pendant cinq à six mi- 
nutes des coups de poing de part 
et d'autre, mais il est arrive du 
renfort au Peuple, ce que les 



Gardes nationaux voyant, ils ont 
cessé la lutte. 

Après la lutte, le général Cour- 
tais, qui s'est trouvé à passer, 
leur a dit qu'ils ne faisaient pas 
acte de bons citoyi'ns, et les a 
engagés à se retirer; ce qu'ils ont 
fait, toujours poursuivis par le 
Peuple. 



AU PEUPLE. 



Citoyens et Frères , 

On nous a escannoté la 
Révolution de 1830, ne nous 
laissons pas escamoter celle 
de 1848. 

Or , la conlre-révolution 
lève hardiment lalèlo, mani- 
feste hautement ses projets 
et ses espérances, ose même 
faire entendre ses menaces, 
en joignant la violence à la 
ruse. 

Hier le carlisme a poussé 
l'audace jusqu'à promener 
son drapeau blanc dans les 
rues naguère couvertes de 
barricades, ot la Garde na- 
tionale privilégiée a poussé 
le délire jusqu'à venir sur la 
place de l'Hôtel-de-Ville, le 
sabre au côté, proclamer pres- 
que la régence, et errer à bas 
l'un des membres du Gou- 
vernement provisoire , com- 
me les commerçints étaient 
venus, quelques jours aupa- 
ravant , envahir le même 
Hôtel-de-Vdlo , et proférer 
contre le Gouvernement des 
menaces anarchiques et sédi-. 
lieuses. 

Il est temps poar nous 
d'arrêter ces excès, en op- 
posant manifestation à mani- 
festation. 

Montrons à nos aveugles 
adversaires que le Peuple, 



confiant dans sa force et dans 
la justice de sa cause, n'a 
qu'à se lever pour arrêter 
ses ennemis. 

Montrons à la France et à 
l'Europeque le prolétaire Pa- 
risien est plus sage quo la 
bourgeoisie et l'aristocratie, 
qui se prétendent l'élite de 
la Nation et les seuls capa- 
bles do diriger le Peuple. 

Point décris, point de me- 
naces, point d'eicès d'aucun 
genre ! Que notre silence soit 
la leçon de nos prétendus, 
maîtres, comme on disait au- 
trefois : que le silence des 
Peuples étaitlaleçon des rois. 

Que notre sagesse prouve 
à tous que nous avons le sen- 
timent de notre dignité com- 
me dé notre puissance , et 
qu'ils sont mûrs pour la li- 
berté , ces travailleurs qui 
deux fois ont mérité ladmi- 
ration du ftionde par leur gé- 
nérosité dans la victoire, plus 
encore que par leur courage 
dans le combat. 

Mais qu'à compter de ce 
jour, on abandonne de folles 
espérances de coptrc-révo- 
lotion ; qu'on renonce à la 
dangereuse voie des machi- 
nations et diis complots ; et 
.qu'on se résigne enfin à 
souffrir cette République que 
le Peuple a conquise au prix 
de son sang , et (]ue nous 
sommes résolus tous à défen- 
dre au prix de notre vie ! 

Et! qu'a-t-elle donc d'ail- 
leurs de si intolérable pour 
les autres, cette République 
dèmocratiqui* qui a tant d'at- 
traits pour nous ! 

Loin de nous la pensée d'ê- 
tre oppresseurs, mais nous 
ne voulons plus être oppri- 
més. 



— 832 



INoiis ne voulons pas qu'on 
puisse nous reprocher d'être 
des spoliateurs; mais nous 
ne vouions plus èlrc ni spo- 
liés ni exploités! justice pour 
tous, pour les autres comme 
pour nous , mais pour nous 
comme pour les autres 1 

INous tendons même à tous 
une main fraternelle en leur 
demandant de nous traiter en 
frères, et de se rallier sincè- 
rement avec nous sous le 
drapeau sur lequel nous ve- 
nons d'inscrire de nouveau 
celte glorieuse devise de nos 
pères, Liberté, Egalité , Fra- 
iernité ! 

Quant au Gouvernement 
provisoire qui s'est' chargé 
de réaliser cette devise, si 
nous nous sommes ralliés 
tous autour de lui , c'est 
parce que notre union nous 
est nécessaire , c'est parce 
qu'il a pris l'engagement de 
faire triompher la Révolu- 
tion, la Démocratie , la Sou- 
veraineté du Peuple et la Ré- 
publique : c'est parce qu'il a 
déclaré qu'il voulait s'ap- 
puyer sur le Peuple, que tous 
les citoyens étaient Gardes 
nationaux, ot que tous de- 
vaient concourir à l'élection 
de leurs chefs. 

Mais pour que la Garde na- 
tionale ne ioit pas un men- 
songe, il faut de toute néces- 
sité que tous les citoyens en 
fassent partie ; et pour que 
l'élection des chefssoit loyale 
et sincère, il faut absolument 
que le Peuple élise en par- 
faite connaissance de cause, 
après une nwire discussion 
sur les qualités et les vertus 
civiques des candidats. 



Or, il est incontestable en ; 
fait que, [VTr la malveillance j 
des autorités subalternes, la : 
Garde nationale n'est pas 
complète aujourd'hui , (|u'il , 
n'y a pas de véritable Garde 
nationale, et par conséquent 
il ne peut pas y avoir de vé- 
ritables élections de la Garde 
nationale. 

Il est incontestable encore 
que le^ citoyens récemment 
inscrits n'ont pas eu le temps 
de connaître et d'apprécier 
tous les candidats , que par 
conséquent, sous ce nouveau 
rapport, il est impossible de 
procéder loyalement aujour- 
d'hui aux élections de la 
Garde nationale, et que dès- 
lors un ajournement est né- 
cessaire. 

Il en est de même des élec- 
teurs et des électii-ns pour 
l'Assemblée constituante : il 
n'y aura réellement d'Assem- 
blée nationale que quand 
tous les citoyens seront in- 
scrits comme électeurs, et 
quand ils auront eu le temps 
de connaître et de juger les 
candidats à la Représentation 
populaire. 

Or, il est encore incontes- 
table en fait que, par le mau- 
vais vouloir des autorités lo- 
cales, beaucoup de citoyens 
ne sont pas inscrits sur les 
listes électorales; que les in- 
scrits eux-mêmes n'auraient 
maintenant ni l'indépendan- 
ce, ni les lumières nécessai- 
res pour une véritable élec- ' 
tion, et qu'un ajournement 
sulTisant est indispensable 
pour échaulfer et éclairer 
tous les citoyens. 

Et, d'un autre côté, pour 



que. l'élection soit libre et 
réelle, il ne faut pas que la 
présence d'une troupe armée 
puisse inquiéter et menacer 
la Liberté. 

Rien loin de nous l'idée de 
refuser notre estime et notre 
bienveillance à des soldats 
qui sont nos amis et nos frè- 
res , et à qui nous désirons 
pouvoir toujours exprimer 
nos sentiments fr^ileriKls ; 
mais c'est un principe e.'<;:.en- 
tiel de la démocratie que la 
baïonnette assermentée ne 
doit paraître là où la raison 
seule doit décider desaffaires 
publiques, làsurtont où doit 
régner , sans aucune espèce 
d'inquiétude, la liberté des 
élections ou la liberté des 
délibérations. 

Nous allons donc deman- 
der au Gouvernement provi- 
soire : d" l'éloignement des 
troupes; 2° l'ajournementdes 
élections pour la Garde na- 
tionale jusqu'au o avril; 3° et 
l'ajournement des élections 
pour l'Assemblée nationale 
jusqu'au 31 mai. 

Nous formerons cette de- 
mande sans haine et sans me- 
naces, comme des citoyens 
qui connaissent leurs devoirs 
et leurs droits. Puisse'le Gou- 
vcrneujeniprovisoireaccéder 
à nos vœux ! 

Puisse-t-il, fidèle à ses en- 
gagements, comprenant tou- 
te la grandeur de sa mission 
révolutionnaire et humani- 
taire, s'appuyant résolumeni 
sur le Peuple, ne laisser dé- 
sorniais aucune incjuiétude 
aux amis de la République, 
comme aucune espérance à 
ses ennemis. CABET, 



Typ. et Lith. de Félix Malteste, r. des lJeux-Fortes-9l-Sauveur, N» 18. 



Ce numéro fut affiché le 17 mars au matin, et dans la séance de la Société Fraternelle centrale, de huit 



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DIEU LE veut!... MARCHOAS!... 



CITOYENS, 

MES AMIS, MES FRÈRES... 

L'heure marquée par la Providence a sonne : une grande révolution , à la 
fois sociale et politique, vient de s'accomplir! 

La France fait aujourd'hui appel à tous ses enfants indistinctement, à tous les 
patriotes, à tous les hommes de cœur en particulier , pour édifier , pour conso- 
lider l'œuvre commencée. 

Enfant du peuple , dès mon jeune âge, dévoué de co viction et d'amour à la 
République après laquelle j'aspirais ardemment, le cri de mon âme répond à la 
voix de ma patrie. 

Je me présente à vous, et, s'il ne faut que de la loyauté, du dévoùment, du 
cœur, de l'énergie, permettez-moi d'espérer que j'obtiendrai vos suffrages. 

Nul ne saurait me taxer d'ambition ; je considère le mandai que je sollicite 
comme un véritable apostolat social, je quitterai tout pour lui, et je prends, 
formellement l'engagement de n'accepter aucun