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Full text of "Les Origines des Aquitains : ethnogénie de l'Aquitaine primitive"

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MÉMOIRES DE LA SOCIETE D'ETHNOGRAPHIE 

FONDÉE EN 1859 
RECONNUE COMME ÉTABLISSEMENT d'i.TILITÉ PUBLIQUE 



ETHNOGÉNIE 



DE 



L'AQUITAINE PRIMITIVE 



PAR A. CASTAING 

VICE-PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ lÙ-TIlNOGK.U'IUl 




PARIS 
MAISONNËUVE ERÈRES ET Cil. LECLERC ÉDITEURS 

LIBRAIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE 
25, Q.UAI V <>1 1 AIR! . - S 

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MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE 

FONDÉE EN 1859 

RECONNUE COMME ÉTABLISSEMENT D'UTILITÉ PUBLIQUE 

N° 5 



LES ORIGINES DES AQUITAINS 

Œï^nogénie de Tjplquifaine primitive 



PAR 



Alph. CASTAING, 
Vice-Président de la Société d'Ethnographie. 




PARIS 
MAJSONNEUVE FRÈRES & CHARLES LECLERC, ÉDITEURS, 

LIBRAIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE 
2 5, Quai Voltaire, 2 5 



SOCIETE D'ETHNOGRAPHIE 

RECONNUE COMME ÉTABLISSEMENT d'uTILITÉ PUBLIQUE. 



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ETHNOGÉNIE DE L'AQUITAINE PRIMITIVE 

par A. C'ASTASXG. 



Mém. de la Soc. rl'Etli. - I. — 1884. 2i 



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MEMOIRES DE LA SOCIETE D'ETHNOGRAPHIE 

FONDÉE EN 1859 

RECONNUE COMME ÉTABLISSEMENT D UTILITÉ PUBLIOUE 

N«> 5 



LES ORIGINES DES AQUITAINS 

(Sî^nocfénie de l'jlqtûïaine primitive 

par 

Alph. CASTAING 

Vice- Président de la Société d'Ethnographie 



INTRODUCTION 

I. — La question des Origines de l'Aquitaine n'est point de celles 
que Ton résout instantanément. L'insuffisance des instruments historiques, 
l'incertitude d'un grand nombre d'attributions, l'état peu avancé des études 
opposent de grands obstacles. Mais, déjà, l'on constate que le terrain 
actuel des recherches est défectueux ; il faut un point d'appui plus solide. 

Tel est l'objet du présent travail ; laissant provisoirement de côté les 
détails de l'ordre physique, intellectuel et moral, éléments d'une étude 
complète d'Ethnographie, il se renferme dans les faits qui établissent 
l'origine des populations ; l'histoire et ses annexes immédiates lui suf- 
fisent. 

La question est hantée par un fantôme qui s'appelle l'Origine ibé- 

rienne des Aquitains ; plusieurs ont cru le voir, les autres en jurent de 
confiance ou suivant un mot d'ordre. De nombreuses nuits passées au 
milieu de ces ruines m'ont démontré l'inanité de la légende : il n'y a là ni 



184 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE. 

corps, ni esprit ; c'est un simple cauchemar, produit d'une science indi- 
geste. Je sais bien que l'on n'est pas près d'en convenir ; il est si doux de 
rééditer tranquillement ce qui se répète depuis des siècles, et plus com- 
mode que d'y aller voir. Et puis, tant de réputations y sont engagées, 
qu'on défendra l'erreur jusqu'au dernier souffle. En attendant, procla- 
mons la vérité. 

Les Aquitains sont des Gaulois, non pas identiques à ceux de telle 
ou telle autre branche, mais de la môme grande famille. Il y a des diffé- 
rences de métissages ; les caractères généraux sont les mêmes : les 
détails de langage, de mœurs, de croyances font qu'ils sont Aquitains et 
non pas Galls, Belges ou Bretons. 

Plus tard, ils ont reçu le nom de Gascons. La révolution qui leur 
valut ce titre n'a pas de racines plus profondes que celle qui les dépouilla 
du titre d'Aquitains, pour en revêtir les riverains de la Vienne et de la 
Loire, simple revirement de locutions administratives. Du reste, Aqui- 
tains ou Gascons, ils n'ont avec les Basques d'autre rapport que celui d'un 
voisinage plus ou moins immédiat avec les autres peuples d'Espagne ; que 
les relations établies par les invasions aquitaines en particulier, et cel- 
tiques en général, de l'autre côté des Pyrénées. 

II. — L'histoire de l'Aquitaine primitive est assurément très pauvre ; 
néanmoins, ses antiquités forment un tel contingent, que leur annexion à 
J'expose, sous forme de notes ou de digressions, le rendrait insaisissable. 

informations ont été recueillies dans une seconde partie : la forme 
alphabétique en a fait un dictionnaire. 

Quant à l'exposé même, la méthode chronologique pouvait seule 
convenir. Mais ce n'est pas assez que d'énumérer les faits dans l'ordre de 
leur succession : il faut que les autres notions viennent chacune à sa date, 



A. CASTAING. — LES ORIGINES DES AQUITAINS. 1 85 

qui est le seul moment où elles expriment la réalité des choses. Sévère- 
ment observé, ce procédé prévient les contradictions et les obscurités 
dont la plupart des auteurs ne se sont pas dégagés jusqu'à présent. 

Ainsi, c'est presque toujours avec raison que l'on accorde créance 
aux délimitations ecclésiastiques antérieures à 1789. Dans l'organisa- 
tion administrative des successeurs de Constantin, le diocèse impérial 
[diœcesis) fut adopté par l'autorité ecclésiastique, qui en maintint les 
limites, pendant le moyen-âge et les temps modernes, sauf des modifi 
cations qui appartiennent à l'histoire. Mais cela ne répond nullement 
aux divisions employées antérieurement, et surtout aux répartitions 
ethniques de l'époque de Jules César. Il faut distinguer les dates : c'est 
ce que j'ai fait. 

III. — On reproche à quelques-uns de nos devanciers d'accorder 
une importance exagérée à la ressemblance des noms, dans les attribu- 
tions de localités et de peuples. Il est vrai qu'isolé, ce caractère n'xi 
qu'une médiocre importance : le cas fortuit, l'inexactitude de la trans- 
mission, la multiplicité des mêmes formes en des lieux divers, font 
naître le doute ; mais l'appui que des circonstances d'un autre genre 
donnent à la conjecture en relève la valeur. Il faut, du reste, se gar- 
der de chercher, dans ces noms, des chefs-lieux ou des contrées ethniques 
ou politiques ; le plus souvent, ils indiquent des points limitrophes dont 
l'indication fut fournie par les communautés voisines. 

Je n'abuse point des étymologies : il eût été facile d'en donner un 
grand nombre ; mais je n'ai admis que celles qui sont absolument sûre.s 
ou du moins très probables. C'est assez dire qu'il n'en est pas une seule 
qui soit empruntée au basque. Quant aux origines celtiques, je ne garan- 
tis pas celles de l'ancienne école ; les autres reposent sur la Grammaire 



l86 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE. 

Celtique de Zeuss, laquelle constitue, comme on le sait, la Loi et les 
Prophètes. 

La première des cartes ethnographiques jointes à ce travail confond 
les données de César et celles de Pline. C'est que la nomenclature de ce 
dernier est empruntée aux Mémoires d'Agrippa qui se rapportent à la 
même époque et donnent l'état ethnique de l'Aquitaine, au moment de 
l'occupation romaine. 

La carte dite de l'époque gallo-romaine prolonge ses indications jus- 
qu'à l'invasion des Barbares : venue en dernier lieu, l'invasion des Vas- 
cons est si restreinte qu'elle ne change rien à l'ensemble. 

Un peu de linguistique n'eût pas été de reste ; mais, le sujet étant 
très vaste, je n'en dis qu'un mot, laissant à une étude spéciale le dévelop- 
pement à lui donner. 



A. CASTALNG. — LES ORIGINES DES AQUITAINS. 187 



ORIGINE DES AQUITAINS 



L AQUITAINE ET LES AQUITAINS 

La première mention historique du nom de l'Aquitaine date de 
l'expédition de César (i). Les Commentaires signalent, comme l'une des 
trois grandes divisions de la Gaule, le pays compris entre les Pyré- 
nées, l'Océan et la Garonne (2). On crut longtemps que ce nom d'Aqui- 
taine, étant de fabrique latine, faisait allusion à l'abondance des eaux 
douces ou minérales de la contrée (3). On a proposé ensuite une douzaine 
d'autres étymologies fort contestables : celles qui sont tirées du basque 
comptent au nombre des plus mauvaises (4). 

On conteste la définition de César : dépassant la ligne de la Garonne 
sur deux points seulement, les Aquitains n'auraient pas atteint ailleurs 
les rives de ce fleuve. C'est une erreur : il fut un temps où les Aquitains 
remplirent tout le périmètre circonscrit par la Garonne et le dépassèrent ; 
à l'époque de César, leur habitat était entamé (5) ; les usurpations se mul- 



(1) Selon Strabon, César a vulgarisé le nom alors inconnu de l'Aquitaine. 

(2) César, Guerre des Gaules, I, 1. 

(3) Telle est l'opinion de Vinet, Marca, Hauteserre, etc. La quantité prosodique du 
mot paraît s'opposera cette dérivation. 

(4) La question est discutée dans mon mémoire L'Aquitaine avant et jusqu'à 
l'époque de César, i87o. 

(5) Selon l'observation de Marca, César indique la Garonne, de Toulouse à 
l'embouchure, comme séparant les Celtes et les Aquitains. Il ne parle pas de la portion 
où la Narbonnaise avait déjà empiété sur l'Aquitaine. 



1 88 MEMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE. 

tiplièrent jusqu'à la chute de l'Empire romain. Mais, en restant au point 
de vue ethnographique, qui est celui des origines et de la nationalité des 
habitants, on reconnaît aisément : 

i° Que tout le pays circonscrit au N.-E. par le cours de la Garonne 
fut Thabitat de la population aquitaine, aux époques les plus reculées de 
l'histoire ; 

2° Que, sur les points très circonscrits qui furent envahis par des 
gens d'une autre nationalité, il y eut mélange, mais non absorption, les 
caractères ethniques de l'Aquitaine ayant survécu ; 

3° Enhn, que, dans plusieurs contrées au-delà du fleuve, les popu- 
lations ont conservé une certaine somme de ces caractères, qu'elles 
devaient à leur origine aquitaine. 

La définition de César est dans la vérité ; elle ne contient pas toute 
la vérité ethnographique. 

La délimitation ethnique de l'Aquitaine, au temps de l'invasion 
romaine, est la suivante : 

. A l'O., les côtes de l'Océan (Golfe de Gascogne), de l'embouchure de 
la Gironde à celle de la Bidassoa (i) ; 

Au S., la limite occidentale de la vallée de la Bidassoa, de Fontara- 
bie au port de Lohiluz ; puis, en se dirigeant vers l'E., la frontière 
franco-espagnole jusqu'au pic de Lindux ; la ligne de partage des eaux, 
:omprcnant au N. le Val Carlos jusqu'au col de Bentarte (2); la fron- 
tière jusqu'au port de la Picade, au S. O. du val d'Aran, où la Garonne 
prend sa source (3) ; après avoir enveloppé cette vallée, la limite reprend, 



(1) Voyez, au Dictionnaire, Oeaso y Pimpedunni, Varduli. 

(2) Oihénart, Marca. 

(3) Voyez, au Dictionnaire, Venami. 



A. CASTAING. — LES ORIGINES DES AQUITAINS. I 89 

aux monts Cabrère, la ligne de la frontière politique, jusques au col de 
Puymorins, point extrême à l'E. 

A l'E., en partant du Puymorins, la ligne suit la frontière politique, 
en contournant la vallée de l'Ariège ; puis elle prend la direction des 
Corbières occidentales, en traversant le Rebenti, au point où il se dérobe 
sous le sol ; c'est ensuite la limite du bassin de l'Hers et de ses affluents 
jusqu'au détroit de Fanjeaux, près du canal du Midi (i). 

Au N. E., laissant en dehors l'antique Fines, qui est Pesquière, la 
limite circonscrit le bassin de l'Hers jusqu'au confluent, à Cintegabelle ; 
puis, c'est l'Ariège et la Garonne jusqu'à l'Océan. 

César signale des différences dans les mœurs et le langage des trois 
fractions de la Gaule (2) ; mais, lorsqu'il décrit les mœurs, il en fait un 
seul portrait (3) : les Aquitains sont donc des Gaulois. L'opinion de 
César est considérable : à Toulouse, où fut sa base d'opérations, il fut faci- 
lement informé de la manière d'être de ses voisins, dont une partie était 
déjà annexée à la Province Romaine ; il connut leurs chefs ; il visita même 
leur pays, avant sa rentrée à Rome (4). Il les a toujours tenus pour Gaulois ; 
jamais il ne les traita d'étrangers ou d'Ibères. 

Les autres historiens ne s'expriment pas différemment ; Polybe dit 
que les Pyrénées séparent l'Aquitaine de l'Ibérie (5); Dion Cassius dé- 
clare expressément que les Aquitains sont des Gaulois (6). Les géographes, 
Mêla, Pline, sont du même avis ; Strabon également, mais il ajoute : « A 

(1) Voyez, au Dictionnaire, Belendi, Saltus, Pyrenoeus. 

(2) César, Guerre des Gaules, 1, 1. 

(3) César Libr. Citât., vi. 

(4) César, Libr. Citât., m, 46. 

[3 Polybe, ni, 8. 

(6) Dion, xxxix, 46. TaÀaTat yap Kai autot ovte; 

Mém. de la Soc. d'Eth. — I. —1881. «5 



ICO MÉMOIRES DE LA SOCIETE D ETHNOGRAPHIE. 

vrai dire, les Aquitains diffèrent du groupe gaulois, tant par les formes 
physiques que par la langue ; ils ressemblent plutôt aux Ibères » (i). 
Il était naturel que les Aquitains ressemblassent à leurs voisins d'Espagne, 
dont la plupart étaient gaulois ou aquitains. Mais l'assertion est d'un 
poids bien léger : compilateur lointain, écrivant d'après des auteurs grecs 
d'ancienne date, dont il brouille les données avec celles de César, Strabon 
ne brille pas par le jugement, et il faut toujours se tenir en défiance (2). 

Aujourd'hui, on aggrave à plaisir ses erreurs ; on lui fait dire que 
les Aquitains sont des Ibères. Cependant, il ne cesse de déclarer que les 
Aquitains sont des Gaulois, et il se réfère à ce qu'en a dit « le dieu 
César » (3). Strabon n'ignore pas d'ailleurs que les échanges de popula- 
tions entre la Gaule et l'Espagne ont toujours eu lieu jusqu'alors, selon 
un mouvement gyratoire : du N. au S., le long de l'Océan ; du S. au N., 
sur la côte delà Méditerranée. Aussi ne dit-il nulle part que les Aquitains 
sont venus d'Espagne ; mais il affirme que certains peuples d'Espagne 
sont des Gaulois. 



(1) Strabon, IV : [jt.aAAov « plutôt » ; il n'est pas bien sûr du caractère. Cf. Bladé, 
Etude sur f Origine des Basques ; Graslin, De VIbérie. 

(2) Il reproche à Polybe de croire que l'Europe n'a pas l'étendue de l'Asie et de 
l'Afrique réunies. Sa description de la Gaule, a-t-on observé, « ne répond ni à Tétat vrai 
des lieux, ni à la direction des montagnes, ni au cours des fleuves.» Valentin Smith, 
Divisions territoriales de la Gaule Transalpine, dans les Mémoires lus à la Sorbonne, 
i865. 

(3) O 6eo; Kaicrap. Strabon, IV, 1. 



A. CASTAING. — LES ORIGINES DES AQUITAINS. 191 



II 
LES AQUITAINS ET LES IBÈRES 

Les Romains donnaient à l'Espagne le nom d'Hispania : actes publics, 
orateurs, historiens n'en connaissent point d'autre. Les poètes ont employé 
celui Libéria : cela faisait bien dans le vers, l'expression s'éloignait de la 
vile prose, et il était de bon ton d'imiter les Grecs. 

Les Grecs tenaient des Phéniciens le nom d'Ibérie, qui signifie région 
extrême, à l'opposite (i) : situation de l'Espagne, relativement à la Phéni- 
cie. On ne désignait ainsi que les côtes de la Méditerranée, siège des éta- 
blissements helléniques. Le surplus était attribué aux Celtes ou portait des 
noms phéniciens : laTartèse, le Bétis, les Cynésiens, les Colonnes d'Her- 
cule (2). Du reste, les Grecs ont connu le vrai nom de l'Espagne, qu'ils 
écrivaient Spania (3). 

Quant à l'Ebre, il semble que la proximité des lieux fit confondre 
des mots d'origine différente. Le nom de ce fleuve vient sans doute des 
Celtes qui possédaient la plus grande partie de ses rivages, surtout du côté 



(i) Tiy éber, de la racine "Dy ébar, passer outre, E*n "Dy eber haiam, 
région transmarine. 

(2) Polybe, III, 7 : « Les autres parties sont connues depuis trop peu de temps pour 
avoir reçu des noms. » — Cf. Hérodote, II, 33 ; IV, 49, i52, 192. Orphée, Argon; 
Aristophane, Grenouilles, 475 ; Aristote, Météor. 1,1 ; Strabon, III ; Pausanias, VI. 

(3) C'est ainsi qu'on le trouve dans Saint-Paul, Romains, XV, 24 ; dans Athénée, 
parlant du Portugal; dans Galien , Epiphane et même Lycophron. Les naviga- 
teurs grecs visitèrent, à des dates inconnues, l'Algarve et le cap St-Vincent, qu'ils appe- 
lèrent coïjv « coin», le Cuneus ager des Romains (Marcicn d'Héradcc, Périple de la mer 
Ext.). 11 n'est pas impossible que le nom de l'Espagne vienne de là. 



IÇ2 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE. 

de la source : chez eux, le terme signifie cours d'eau, rivière, et ils l'ont 
répandu dans tous les territoires qu'ils ont occupés en Gaule, en Italie, en 
Espagne et dans la Grande Bretagne (1). 

Ibérie est une expression géographique, dont les géographes latins ne 
font point usage (2). Les Ibères des Grecs, Hispani des Latins, vivent sur 
ce périmètre, quelle que soit leur provenance et leur nationalité : Libyens 
et Ligures, Phéniciens et Carthaginois, Celtes, Aquitains, Vascons, Grecs 
et Romains. Mais le terme n'a aucun sens ethnographique et il n'y a pas 
de race ibérienne. Les Vascons sont des Ibères, pour les Grecs, en tant 
qu'ils habitent l'Espagne ; les Aquitains ne sont pas plus des Ibères qu'ils 
ne sont des Vascons : tel est le sentiment de toute l'Antiquité. 

Si le nom d'Ibérie appartenait à quelque région de la Gaule, ce serait 
aux rivages de la Méditerranée : là s'établirent des peuples venus d'Espagne, 
dits Ligures : c'est ainsi qu'on a pu dire que l'Ibérie s'étendait jusqu'aux 
bords du Rhône, ce qui indique une parenté entre les habitants des deux 
versants des Pyrénées orientales. 

Le vieux mythe de l'origine ibérienne des Aquitains date du moyen- 
àge (3) ; sorti d'une légende, vulgarisé par les imaginations monstrueuses 
de Tostat et d'Annius de Viterbe, il trouva faveur auprès de quelques 
érudits de la Renaissance. Le docte Oïhénart oppose gravement la critique 
d'Ambroise Morales au système du sicilien Marineio et de Garibay, qui 
veulent que le basque ait été la langue de toute l'Espagne antique ; il con- 
clut que cet idiome ne régna que dans le nord et l'ouest, qui sont justement 



(1) Le thème ap a produit un grand nombre de radicaux et une infinités de dérivés. 
— Voyez au Dictionnaire, Avérait. 

(2) Mêla,. qui est espagnol, ne s'emploie jamais. 

(3) Grastin, De VIbérie ; en 1073, Lianes, dans sa Leyenda Pendadola, fait de Thubal 
ie père des Basques et des Espagnols ; système ressuscité par Larramendi. 



A. CASTAING. — LES ORIGINES DES AQUITAINS. ig3 

les pays celtiques. Ses preuves ne sont pas convaincantes (i). Il montre 
plutôt le contraire. 

Cependant, Joseph Scaliger avait émis l'opinion de l'identité des Ibères 
et des Aquitains (2) ; grave autorité : les amateurs d'affirmations retentis- 
santes et de théories toutes faites s'y rallièrent; les esprits éclairés parla 
vraie connaissance des antiquités du pays n'ont cessé de protester contre 
ce paradoxe (3). 

Plus tard, l'école basque affirma que sa langue était celle de l'Espagne 
et de l'Aquitaine ; elle la fit remonter au Paradis terrestre, à la Tour de 
Babel. W. de Humboldt prêta l'appui de son nom à ces innocentes préten- 
tions (4). 

C'est une audacieuse entreprise que celle qui prétend donner le mot 
des antiquités de l'Espagne, en écartant de parti pris les peuples qui l'ont 
dominée pendant les dix siècles de sa formation sociale. Pour Humboldt, 
Phéniciens, Carthaginois et Grecs ne sont rien ; les Africains n'existent 
pas ; le cananéen, le punique, le berber, les langues libyques, le grec lui- 
même, ne fournissent aucun élément à sa linguistique ; le basque supplée 
à tout. Ne sachant pas voir les signes éclatants des données orientales, il 
abonde en méprises (5) : son œuvre est ridicule. 



(1) Oïhénart, Notitia utriusque Vasconioe, p. 18 et s. Son vocabulaire comparatif 
de l'espagnol ei du basque n'est pas fait pour prouver sa thèse : sur les sept premiers 
mots, un est cananéen, deux autres sont arabes ; le reste à l'avenant. 

(2) J. Scaliger, Dissertation sur les langues d'Europe. 

(3) Cf. Bladé, Etudes sur l'Origine des Basques. 

(4) W. von Humboldt, Pruefung der Untersuchungen ueber die Urbcwohner His~ 
panien,vermitteltsdcr Vaskischen Sprache. Ayant voyagé dans le pays basque espagnol, 
en 1804, il vit bien qu'Astarloa et les autres n'étaient que des rêveurs dénués de portée : 
il mit donc ses notes de côté. Mais en 1817, le Mithridates d'Adelung, lui ayant fourni 
l'occasion de hasarder sa théorie, il suivit sa veine et publia, en 1821, l'ouvrage dont le 
titre précède. Je reste persuadé qu'il comptait faire une simple mystification. 

(5) On en voit quelques-unes relevées dans notre Aquitaine avant et jusqu'à V époque 
de César. Mais il y en a bien d'autres. 



ig4 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D ETHNOGRAPHIE. 

De tous ceux qui vont répétant, après lui, que les Aquitains sont des 
Ibères, il n'en est pas un qui puisse invoquer une autre autorité que la 
phrase équivoque de Strabon, ni d'autre preuve, que des mots basques 
presque toujours défigurés et appliqués en dépit du bon sens ; opinions pré- 
conçues, et absolument démenties par les faits, ainsi que par le témoi- 
gnage de toute l'Antiquité. 



A CASTAING. — LES ORIGINES DES AQUITAINS. ig5 



III 



LES PREMIERS HABITANTS DES GAULES 



On ignore quels furent les premiers habitants des Gaules : cet aveu 
s'impose à la plupart des pays. 

Les recherches dites préhistoriques ne donnent aucune conclusion : 
les dates manquent. On prend pour très anciens des faits relativement 
modernes. En se mettant en dehors de la chronologie, on s'enlève toute 
autorité ; le vrai nom de cette nouvelle science serait extra-historique* 
Tout y est confusion : entre les divers âges des reliques antiques, pierre, 
bronze et fer, la classification est impossible. 

Le plus important de tous ces âges, celui de la pierre, flotte dans le 
vague. A la venue des Romains, on fabriquait, un peu partout, non-seu- 
lement des haches polies, mais des silex éclatés. La hache de pierre a 
figuré dans les rangs des Saxons à la bataille de Hastings, et il ne serait 
pas difficile de montrer que l'usage survécut à cette époque. En Gaule, 
l'âge de pierre est celtique, au même titre que le bronze et le fer. 

De leur côté, les habitations lacustres, dont l'emploi paraît être 
local, nous ramènent à la période romaine. 

Les observations anatomiques ont donné lieu à beaucoup de décla- 
mations. Le fameux crâne d'Engis, par exemple, a son similaire dans 
une pièce du Musée Britannique considérée comme le type du pur Cau- 
casique(i). Celui de Néanderthal, bien que bizarre, ressemble à la tête du 



(i) On trouve cette forme dans la plupart des sépultures de la Suisse. 



ig6 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE 

héros Robert Bruce, et à celle d'un médecin contemporain (i). Quant aux 
restes de Cro-Magnon, si ces beaux ossements sont des types de races, 
l'Humanité n'a qu'à pleurer sa dégénérescence. (2). 

On veut nous donner, comme signes de race, certaines modifications 
des os des membres ; cela n'est pas sérieux, au point de vue de l'anatomie. 
La perforation de l'olécrâne, le fémur à colonne, la platycnémie du tibia 
ne sont que des accidents plus ou moins généralisés, toujours explicables 
par les fonctions des muscles correspondants et qui appartiennent à toutes 
les époques, ainsi qu'à tous les groupes de l'Humanité. (3). 

Les recherches préhistoriques ont enseigné bien peu de chose : J'y 
cherche une indication précise, origine, parenté, état anatomique et phy- 
siologique. (4). Leur résultat à été de jeter le trouble dans la critique histo- 
rique, en exagérant les procédés d'induction et en substituant l'hypothèse 
à la tradition. 

Quant aux monuments mégalithiques, menhirs, dolmens, cromlechs, 

(1) Huxley 's, Maris place in nature ; C. Vogt, Leçons sur V Homme. 

(2) Broca, Mémoires d'Anthropologie., 1. 11. 

(3) La perforation de l'olécrâne résulte d'un arrêt ou d'une imperfection du déve- 
loppement ; cette apophyse du cubitus n'a pas la force de résister à la pression de la pou- 
lie de l'hjmérus. L'effet est toujours fréquent dans la femme, et général chez l'Orang 
jeune. 

L'exagération de la ligne âpre, qui produit le fémur à colonne, indique la vigueur 
des muscles postérieurs de la jambe : ce caractère éminemment humain est opposé à 
celui des singes, dont le fémur est cylindrique. 

Enfin, la platycnémie, qui aplatit latéralement le tibia, augmente la puissance des 
muscles de la région : « La surface d'insertion du jambier postérieur, dit Broca, est 
portée sur la face interne ; la surface du muscle poplité et celle du fléchisseur commun 
des orteils s'ajoutent à la face interne. » Sans doute ; mais il faut tenir compte aussi du 
surcroit de force donné au jambier antérieur, qui s'insère sur les deux tiers supérieurs de 
la face externe du tibia ; alors on voit qu'il en résulte plus de mobilité dans le gros or- 
teil et dans tout le pied. Ces caractères ne sont pas spéciaux à l'homme préhistorique. 

(4) Les 33 squelettes trouvés dans la grotte Duruty, à Sordes, ont présenté, aux 
yeux de MM. de Quatrefages et Hamy, des catactères semblables à ceux des ossements 
de Cro-Magnon ; il y aurait donc parenté entre tes riverains de la Dordogne et ceux de 
l'Adour et des Gaves. 



A. CASTAING. — LES ORIGINES DES AQUITAINS. I97 

il serait difficile de leur assignerune valeur ethnographique. On lestrouve 
partout, depuis la Scandinavie jusqu'à l'Inde, en Afrique, au Pérou ; par- 
tout, ils signalent des époques où l'histoire ne peut atteindre. Se rattachant 
surtout au culte de la tombe, l'usage en a pu survivre aux Sociétés qui don- 
nèrent les premiers modèles : il est donc impossible de leur attribuer une 
date et une signification (i)> 

On a dit que les premiers sujets étaient des Nègres, ce qui n'est point 
confirmé. On a prétendu aussi que c'étaient des Basques : rien ne l'établit. 
Dans l'idiome, qui est à peu près la seule caractéristique de ce peuple, la 
philologie contemporaine a cru reconnaître une assez étroite parenté avec 
les langues finnoises et même avec celles de l'Amérique (2). Si les 
Basques sont venus des rivages de la Baltique ou des hauteurs de Y Altaï, 
antérieurement aux Celtes, ils pourraient être les hommes inconnus de l'âge 
du renne. (3). Ayant traversé la Gaule du N. E. au S. O., comme la plu- 
part des invasions postérieures, refoulés ensuite vers le Golfe de Gas- 
cogne et finissant par franchir les Pyrénées, ils se seraient réfugiés sur le 
versant méridional de la chaîne. 

Mais c'est pure conjecture : le fait remonte si haut et il est si mal 
justifié, que c'est comme s'il n'existait pas. En France et notamment dans 
l'Aquitaine antique, leur trace n'est nulle part : les mœurs, les institu- 
tions, le langage s'en désintéressent également. 

Les premiers habitants de la Gaule, comme ceux de toute l'Europe occi- 
dentale, furent des Scythes d'Europe, dont le plus ancien établissement fut 
au bord du Tyras ou du Dniester ; des Tirites, et peut-être des Caucasiens 



(1) Dans l 1 Aquitaine, la proportion des monuments mégalithiques paraît décroître, 
en allant de TE, àl'O., mais celle des tumulus paraît augmenter. 

(2) Pr. Lucien Bonaparte, H. de Charencey, etc. 

(3) Bergmann, Les Gètes, veut qu'ils soient de race Sabméenne ou Laponne, re- 
foulés par les Celtes, dont ils auraient formé l'avant-gardc. 

Mém. de lu Soc. d'Eth. — I. - 1884. 26 



I98 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE. 

Les mœurs de ces peuples troglodytes et chasseurs sont celles de nos hommes 
préhistoriques lesquels, selon toute probabilité, sont desTirites, et en tout 
cas, des Scythes d'Europe. Les Basques peuvent être les épaves, le résidu 
de ces populations refoulées dans les hautes vallées de la Navarre ; mais 
ici, les mœurs encore signalent l'intervention Moskhe et peut-être celle de 
l'élément Tubalien, qui s'associent pour composer les races du Caucase, et 
que les auteurs grecs ont également qualifiés de Scythes d'Europe. 

Les traces de ces Scythes préhistoriques existent ailleurs qu'en 
Navarre; mais le travail des recherches est à faire. 

Il y a aussi des Ligures. Ce nom désigne précisément un peuple ou 
même un groupe qui s'est établi, vers le xm e siècle avant notre ère, sur 
les bords de la Méditerranée, autour du golfe de Lyon, depuis les Pyré- 
nées jusqu'à la Toscane. Un sens plus étendu et moins exact comprend tous 
les peuples venus d'Espagne qui ont occupé le sud-est de la Gaule, l'Italie 
et la Sicile : ce sont gens d'origine chamique, dont on retrouve les traces 
jusqu'aux bords du Nil et même jusqu'à l'Euphrate(i). Plusieurs se fixèrent 
dans la contrée qui fut plus tard la Province romaine ; quelques-uns ont 
pu traverser la Garonne et occuper, sur la rive gauche de ce fleuve, une 
zone plus ou moins profonde : on serait tenté d'en retrouver des souve- 
nirs. Mais leurs rapports avec la famille des Aquitains restent encore à 
l'état de mystère (2). 

Les Phéniciens, quoique précédés par la fable, finissent sous un jour 
plus historique. L'action immédiate de ce peuple navigateur et commer- 
çant s'exerça principalement sur les côtes de la Méditerranée ; mais, soit 
qu'ils aient pénétré en force dans l'intérieur des terres, comme les tradi- 



(1) Question élucidée dans nos Origines et Migrations des Berbers. (Voy. Revue 
Orientale et Américaine, juillet 1 878). 

(2) Voyez, au Dictionnaire, Ligures. 



A. CASTAING. — LES ORIGINES DES AQUITAINS. 1 99 

tions le rapportent (i), soit pour toute autre cause, des monuments irré- 
cusables montrent leur intervention en Aquitaine (2). 

Les Grecs, les Romains, les Germains, dans ce que nous en savons, 
appartiennent exclusivemenl à l'histoire, La part de la domination ro- 
maine est immense. 



(5) La légende conduit Hercule au Centre de la France, où il aurait fondé Alesia 
[Diodore, L. IV). Inutile de rappeler qu'Hercule est la personnification des Phéniciens. 



(1) Voyez, au Dictionnaire, Belisama, Ilhun, etc. 



200 MEMOIRES DE LA SOCIETE D ETHNOGRAPHIE. 



IV 

LES GROUPES CELTIQUES. 

La première lueur qui éclaire l'histoire, c'est la Table des Peuples, 
monument de la tradition générale conservé par la Genèse (i). Evidem- 
ment exact, au point de vue ethnographique, ce récit donne à la famille de 
Gomer le titre d'aînée de l'Humanité (2). Développée avant les autres, 
elle fut la première à se répandre dans le monde : tout confirme cette 
donnée. 

Les Orientaux y distinguaient trois branches, dont les noms se 
rattachent peut-être à des positions géographiques. Les Grecs, pères de 
l'histoire classique, employèrent diverses dénominations dont la domi- 
nante est celle de Celtes : au temps d'Hérodote, ce nom désigne toutes les 
nations du centre et de l'ouest de l'Europe : c'est une épithète laudative 
du genre de celles dont les peuples primitifs aiment à se parer. Celtes signifie 

les vaillants, les forts (3). 

L'Asie fut certainement le premier habitat des Celtes : on croit retrou- 
ver quelques-uns de leurs descendants non loin de la mer Caspienne. Un 
mouvement progressif, qui dura vingt siècles, les a portés jusqu'aux ex- 

(1) Genèse, X. 

(2) Gomcr, le parfait, c'est-à-dire le bien organisé, est l'aîné de Japhet, aîné de Noé, 
type de l'Humanité. 

(3) « Celtae, Keltae, Geltae, c'est le même mot ; gelt veut dire valeur. » Leibnitz- 
Cf. le celtique gall, pouvoir. L'ancien nom est Celte ; Te nouveau Galate, dit Pausanias, 
1,6; Appien, Hisv. 1, 3o, ajoute que les Celtes sont les Gaulois et les Galates. Les noms 
de Celte, Gall, Galate, Gaidhal, etc., viennent du celtique gaidal, impétueux ( Zeuss, 
Qramm. Celt.). 



A. CASTAING. — LES ORIGINES DES AQUITAINS. 201 

trêmes limites de l'Occident européen (i). Une série de migrations en partie 
involontaires les mit successivement en possession des contrées situées au 
N. de la mer Noire et du Danube, depuis le Caucase, jusqu'au Rhin. 
Dans l'Europe centrale, ils furent plus tard envahis, absorbés ou même 
remplacés localement par les hordes gothiques et teutonnes, qui les sui- 
vaient de près. La Gaule étant devenue enfin le siège principal de leur 
nationalité, des détachements considérables rayonnèrent en divers sens 
Les uns, s*écoulant en Espagne, refoulèrent les prétendus aborigènes venus 
d'Afrique ; d'autres peuplèrent la Grande-Bretagne ; un courant qui 
appartient à l'histoire occupa le pays au sud du Danube, la Rhétie, l'Il- 
lyrie, la Grèce et l'Asie Mineure ; un autre se fixa dans le nord de l'Italie 
et parvint jusqu'à Rome (2). 

Au milieu decesgrands mouvements, la Gauleapparaît comme un vaste 
entonnoir dont le bord supérieur est limité par le cours du Rhin, dont 
l'issue principale est étranglée entre les Pyrénées occidentales et l'Océan, 
vers la Bidassoa. Toutes les populations celtiques s'y engouffrent : les unes 
émergeant par dessus bord, à travers la Manche, le Rhin et les Alpes; les 
autres suivant la direction du N. E. au S. O. ; plusieurs se répandant en 
Espagne, par la dépression occidentale des Pyrénées. 

Ne s inquiétant pas des traditions et se livrant plutôt à ses impressions 
personnelles, César ne reconstitue pas moins le système ethnographique des 
pays; il décrit trois groupes de Gaulois qu'il appelle Aquitains, Celtes et 
Belges (2). Cela suppose trois migrations distinctes, et probablement des 

( 1) La date initiale, 2400 à 2S00, répond à celle de la dispersion des peuples symbo- 
lisée dans la légende de la Tour de Babel. La date finale est celle que Ton assigne à 
l'arrivée des Belges, IVe siècle avant notre ère. 

(2) Tite Livc, V. 34 et s. — Justin, xx, 5 ; xxxiv, 4. — L'école des Celtistes se plait 
à convaincre Tite Live d'inexactitudes géographiques dans le récit des expéditions de 
Bellovèse et de Sigovèse : simple régal d'érudits. Tite Livc compilait et qu'importe! 
L'histoire tout entière et les monuments certifient le t'ait. 



202 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE. 

mélanges d'éléments étrangers (i) : conditions nécessaires pour justifier les 
modifications de langage et de mœurs. Les géographes antiques four- 
nissent les mêmes informations (2). 

Lorsque la critique chercha ses données dans la linguistique, elle 
reconnut deux familles de langues chez les Celtes. Amédée Thierry tira de 
là un système divisant les Celtes en Galls et Kimris ; car, à la suite de 
Humboldt, il s'imagina que les Aquitains sont des Ibères. Le nom de 
Salis, qu'il donne aux Celtes de César, comprend les Irlandais, les Écos- 
sais et le centre de la France ; celui de Kimris (Belges de César) s'applique 
aux populations de l'Angleterre, au nord de la Gaule et à l'ouest, depuis 
l'embouchure de la Seine jusqu'à la Gironde. 

Toute vague et hasardée qu'elle fût, cette théorie séduisit : elle subsiste 
encore et l'on ne peut nier qu'elle n'ait été féconde. On lui reproche d'ac- 
:order une grande part à l'hypothèse, et surtout de semer les difficultés 
ious les pas de la linguistique, personne sujette à trébucher : de là les anti- 
pathies, au sein de l'école qui puise en Allemagne ses inspirations. Mais les 
Celtistes n'ont pu faire disparaître la distinction des langues : ils se sont 
bornés à changer les noms. Leur système purement négatif consiste à 
déclarer qu'ils ne trouvent en Gaule que l'une des langues celtiques (3). En 
cherchant mieux, ils en trouveront trois : elles y furent, puisque César et les 
autres les y ont rencontrées. Toutes les inductions de la phonétique et de 
la grammaire se brisent contre de pareils témoignages. 

César n'avait aucun intérêt à émettre l'erreur ; dans cet ordre de faits, 

(1) César, Guerre des Gaules, I, 1. 

(2) Strabon, IV,etpassim. -— Mêla, III, 2. Pline, IV, 17. 

(3) Les Celtistes admettent deux langues celtiques : au lieu de gallique, ils disent 
irlandais ; au lieu de kimrique, c'est breton. Zeuss l'a voulu ainsi ; mais le changement 
n'est pas heureux : basé sur les données delà géographie, il ne se prête pas à l'expression 
des rapports et des distinctions ethnographiques. 



A. CASTAING. — LES ORIGINES DES AQUITAINS. 203 

des milliers de ses concitoyens l'auraient convaincu d'imposture : s'il a dit 
qu'il y avait trois groupes de Gaulois et trois langues, c'est que tout cela 
y était réellement. Quant à la répartition géographique, Strabon la 
confirme, en la modifiant tout juste assez pour montrer l'indépendance de 
son appréciation personnelle. Il n'en faut pas davantage. 

Au surplus, la question de la distinction en Galls et Kimris étant se- 
condaire dans cette étude, nous allons passer, sans plus, aux Aquitains. 



204 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE. 



V 

LES AQUITAINS AVANT CESAR. 

Il est de principe, en Ethnographie, que les peuples conquérants 
s'établissent dans les plaines fertiles où la vie est agréable et facile : c'est 
l'exercice du droit de la force. Au contraire, les envahis, les vaincus, 
se réfugient dans les montagnes où la défense leur est possible, dans les 
sables et les pays stériles qu'on ne leur dispute pas. Cédant devant des 
forces supérieures, les Aquitains se sont laissés confiner dans les vallées 
des Pyrénées, dans les collines de l'Armagnac, dans les landes océaniques. 
Etaient-ils donc les premiers Celtes arrivés sur le sol gaulois ? sinon des con- 
quérants de mêmeracequiTontparcouru ety sont restés? cela ressort de leur 
situation à l'extrême lisière de la région, à l'opposite du point par où les 
migrations sont entrées ; des traces qu'ils ont laissées de leur passage ; en- 
fin, de la place qu'on s'accorde à leur assigner en tête des confédérations 
de la Gaule (i). 

On ne saurait fixer la date de leur arrivée en Gaule ; en général, ils 
ont précédé les autres groupes gaulois (2). Ils ne furent ni un détachement, 



(1) César, Strabon, Pomponius Mêla, Pline, commencent leurs énumérations par 
les Aquitains. 

(2) Amédée Thierry fait arriver les Galls vers le xvi e siècle avant notre ère. Cette con- 
jecture ne semble point exagérée, si Ton considère que leur conquête dans l'Hispanie 
occidentale délogea les Ligures qui remontèrent au nord, poussant devant eux les Sicules, 
et que ceux-ci étaient encore établis sur le territoire de Rome, quatre-vingts ans avant la 
guerre de Troie, soit en 1289 ou 1264, selon le témoignage du sicilien Philiste, qui les 
connaissait pour les avoir vus de près (Diodore, V). Aujourd'hui, Ton vient dire que les 
Celtes ne seraient par arrivés en Gaule avant le vm e siècle : hypothèse purement néga- 
tive et hasardeuse. 



A. CASTAING. — LES ORIGINES DES AQUITAINS. 205 

ni une avant-garde. Sur la plupart des points, la mythologie, le langage, 
et même les mœurs, les distinguent suffisamment ; aux lieux où il y eut 
mélange, la tradition de la superposition a subsisté. 

Leur habitat primitif fut beaucoup plus étendu que celui où César 
les montre réduits. Non-seulement ils occupèrent, entre l'Aude et la 
Garonne, des territoires que la Province romaine usurpa de bonne heure, 
mais la partie la plus abrupte des Cevennes conserve la marque de leurs 
débris, qui s'y sont maintenus. L'idiome actuel, plus voisin de celui de 
l'Aquitaine que de ceux du Languedoc ou des régions intermédiaires, 
accuse les impulsions dites de race ; les différences proviennent des mé- 
langes, qui sont plus profonds au Nord. En un mot, les habitants de la 
Haute-Auvergne et du Rouergue ressemblent plus à ceux des Pyrénées 
qu'à leurs voisins immédiats, quelle qu'en soit l'origine historique (i). 

L'Aquitaine fut le grand chemin par où s'écoulèrent toutes les migra- 
tions gauloises en Espagne. Ses habitants durent avoir une forte part à ces 
mouvements ; Thistoire le fait entendre (2) ; l'Ethnographie tirera la chose 
au clair ; mais c'est l'œuvre de l'avenir. En tout cas, ces mouvements ont 
resserré les frontières primitives; des nouveaux- venus, au lieu de passer 
plus loin, trouvèrent bon de s'imposer aux populations aquitaines. Les 
Bituriges Vivisques s'établirent dans ce qui est devenu le Bordelais ; l'Age- 
nais fut envahi par les Nitiobriges, colonie ou alliés des Arvernes ; ces 
migrations sont probablement fort anciennes (3). 

Au iv e siècle avant notre ère, une nouvelle masse connue sous les 
noms de Belges et Volkes, arriva du Nord : les Arécomiques à Nimes, 



(1) L'examen des mœurs et des aptitudes conduirait au même résultat ; mais cela 
mérite une étude ethnographique. 

(2) César, Guerre des Gaules, 1 1 1 , 23. 

(3) Voyez, au Dictionnaire, Bituriges, Nitiobriges. 

Méra. de la Soc. d'Ethn. — I. — 188V. 27 



20Ô MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE. 

les Tectosages à Toulouse (i). Ces derniers, célèbres dans l'histoire de la 
Grèce, comptent aussi dans celle de l'Aquitaine. 

Les Tectosages occupèrent la rive droite de la Garonne, depuis le con- 
fluent du Tarn jusqu'à celui de l'Ariège : là, ils s'imposèrent à des peuples 
mélangés de Celtes et de Ligures ; en certains points, surtout au Midi, ils 
assujettirent des Aquitains. Sur la rive gauche du fleuve, leur occupation 
fut très restreinte, avant la domination romaine : les monuments n'y 
montrent ni leur religion, ni leurs mœurs. 

A la venue des Romains (i 18 av.n. ère), les Tectosages furent déclarés 
fédérés : la guerre des Cimbres fournit aux premiers l'occasion de s'empa- 
rer de Toulouse (an io5) ; enfin, à la suite d'une insurrection, la région 
fut annexée à la Province. 

Les guerres de Sertorius compromirent indirectement l'Aquitaine 
(78 avant notre ère). Le célèbre partisan s'y était ménagé une diversion, 
dont l'effet s'étendit jusqu'aux Alpes. Manlius ou Manilius Népos s'étant 
fait battre, en Espagne, par Herculeius, lieutenant de Sertorius, ne fut pas 
moins malheureux en Aquitaine : mis en déroute, il perdit armes et 
bagages ; son lieutenant Valerius Prœconinus y laissa la vie (2). 

Ces événements n'étaient pas nécessaires pour justifier, aux yeux des 
Romains, la confiscation des vallées où coulent la Garonne et la Neste. 
Pompée, vainqueur ou survivant de Sertorius, y installa légalement les 
débris de l'armée ennemie, qui s'y étaient sans doute réfugiés (an 72). On 
donna le nom de Cçnvenœ à ces soudards que Saint Jérôme représente 



(1) Voyez, au Dictionnaire, Volcae. 

(2) César, Commentaires, III, 20. — Orose, V, 23. 



A. CASTAING. — LES ORIGINES DES AQUITAINS. 207 

comme des brigands venus d'Espagne, mais d'origine celtique (i). La qua- 
lification resta au pays dont ils occupèrent le chef-lieu (2). Seize ans plus 
tard, César entreprit la soumission du reste de l'Aquitaine. 



(1) S tJérôme, Adv. Vigilantium. Cet énorme savant n'avait pas l'intention de 
fournir une contribution à l'histoire de l'Aquitaine ; mais, en six lignes, il dit mieux que 
tous : les Convenae de Pompée sont un ramassis d'Arévaques, de Venons et de Celtibères. 
Ils se tondirent dans la masse indigène, qui était Onobrisate et Garumne. 

(2) Voyez, au Dictionnaire, Convenae et Lugdunum, 



208 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE. 



VI 



l'expédition de crassus. 



Ayant à Toulouse sa base d'opérations, et parfaitement à même d'ap- 
précier la force de résistance de l'Aquitaine, César ne jugea point d'abord 
à propos de perdre son temps à réduire ce paisible pays (i). 

* Dans la troisième année de son entreprise, les conditions se modi- 
fièrent. Publius Crassus, auquel il avait fait une haute position, pour s'as- 
surer le concours du père Crassus, son collègue au triumvirat, venait de 
compromettre le prestige du nom romain en Armorique (2). César le rap- 
pela ; mais, en prenant sa place aux bords de la Loire, il voulut déguiser 
la disgrâce ; et, pour lui fournir l'occasion d'une facile revanche, il le 
chargea de recevoir la soumission prévue de l'Aquitaine (3). Evidemment, 
César organisa le plan et les moyens de la campagne. Crassus n'aurait 
pu le faire, étant en Armorique ; mais il emmena douze cohortes ; on lui 
réunit, à Toulouse, des auxiliaires, de la cavalerie, et une levée d'hommes 
d'élite des divers territoires de la Province, soit trente-six mille hommes, 



(1) Cf. Napoléon, Mémoires; Notes et Mélanges, écrits par Montholon, corrigés 
par l'empereur. 

(a) César, Guerre des Gaules, III, 11. Il traite Crassus de petit jeune homme, 
adolescentulus dux, 111,7 et 21. Cependant, il lui avait confié le plus haut grade : magister 
equitum ; avec César, qui était partout, la fonction devenait simplement honorifique. 

(3) Il confie à d'autres les postes difficiles : à Labiénus, la garde du Rhin ; à Titu- 
rius Sabinus, celle des bords de la Manche, avec douze légions, plus de cinquante mille 
hommes, Libr. Cit., III, 11. 



A. CASTAING. — LES ORIGINES DES AQUITAINS. 20Q 

selon les évaluations les plus modérées. On sait que le principe de César 
était de s'assurer toujours la supériorité du nombre (i). 

Le récit de la campagne d'Aquitaine est un extrait du journal militaire 
de Crassus : César ne se donne la peine ni de contrôler le document, ni 
d'en rectifier les écarts ; il laisse son lieutenant enfler son mérite, en exa- 
gérant, dès le premier mot, l'importance de l'expédition (2) ; il lui en pas- 
sera d'autres. Sans dire comment il est venu, où il a rejoint ses renforts, 
ni quel est son objectif, Crassus transporte le lecteur devant Sos (3) ; il com- 
mence la guerre contre les seuls Sotiates, ce qui est fort improbable : on 
ne peut supposer qu'un aussi petit pays ait tenu en échec une aussi puis- 
sante armée romaine (4). Il faut supposer que Sos, étant d'abord menacé, 
devint le rendez-vous d'une partie des forces qui se trouvèrent réunies, 
quelques jours plus tard. L'historien le fait entendre, lorsqu'il attribue aux 
Sotiates les anciennes victoires, et l'habileté aux travaux des mines, où 
Sos ne brilla jamais sans doute ; d'ailleurs, le roi des Sotiates n'accepta 
pas la capitulation (5) ; elle avait donc été conclue par d'autres (6). 

A la suite de cet événement, Crassus passe sur les confins des Vocates 
et des Tarusates (7). Quel est le territoire où il s'arrêta? c'est celui des 



(1) Cf. Napoléon, Précis des guerres de César, écrit à Saint-Hélène : 1,5. 

(2) Ce récit commence par déclarer que l'Aquitaine forme le tiers de la Gaule, par 
l'étendue du territoire et le nombre des habitants; or elle n'en constitue pas le vingtième. 
Il ajoute que les Commentaires l'ont déjà dit, ce qui n'est pas. 

(3) César, Libr. Cit., III, 20. 

(4) Voyez, au Dictionnaire, Nitiobriges et Sotiates. 

(5) César, Libr. Cit., III, 21 et 22. 

(6) C'étaient les anciens officiers et soldats de Sertorius, en présence desquels Crassus 
se retrouva bientôt après. 

(7) César, Libr. Cit., a3. — César entend toujours par fina le territoire et non 
les limites. 



2IO MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ DETHNOGRAPHIE. 

Tarusates : la tradition dit que Crassus établit son camp à Juliac (i) : une 
maison de campagne remplace aujourd'hui le château des vicomtes de ce 
nom, fameux au Moyen-Age; à une altitude de i2Ô m et à côté du village 
de Betbezer {belle vue, beauvoir), ce plateau domine le cours de la Douze. 
De l'autre côté de la rivière, est situé un autre plateau où s'élève la Bastide- 
d'Armagnac : le camp des Aquitains l'occupa, ainsi que le terrain en pente 
douce qui est en arrière, à des altitudes de g3 à n5 m . Les Romains 
s'abreuvaient en amont ; les Aquitains pouvaient descendre en aval, mais 
les eaux d'un étang situé en arriére coulaient à travers leurs positions. 
Crassus assure qu'ils étaient commandés par des officiers de Sertorius qui 
avaient amené des Cantabres, et que l'ensemble de ces forces s'élevait à 
cinquante mille hommes (2). Cette armée aurait été appelée de l'Espagne, 
à 1 5o kilomètres, mise en route et réunie dans le camp, pendant le temps 
qu'il a fallu au Romains pour recevoir des otages à Sos, et parcourir l'étape 
de 3o kilomètres qui sépare cette place de Juliac. 

Le bulletin raconte ensuite comment, s'étant laissé affamer dans ses 
lignes par un ennemi qui tenait la campagne, Crassus fut obligé de prendre 
l'offensive : on reconnaît une certaine fantaisie dans le récit de l'attaque 
du camp aquitain et de la dispersion de ses défenseurs. Après quoi, ren- 
trant dans leurs lignes, où ils mouraient de faim, les Romains attendent 
tranquillement que, sur le bruit de leur succès, les populations lointaines 
viennent faire leur soumission. Ce n'est pas ici le cas de discuter ces faits 
par le menu; toutefois, il semble qu'à la suite d'une rencontre où les Ro- 
mains auraient fini par remporter quelque avantage, il intervint un arran- 



(1) Pierre Duval, Description de Vévesché d'Aire, en Gascogne , i65o. Robert 
indique Gayère, près de Mauvezin, 96 m.; ce n'est pas dans la direction. Il y a un 
Juliacum entre le Rhin et la Meuse. Zeuss, Gramm. Celt., 806, le dérive de Julius. 

(2) César, Guerre des Gaules, 23 et 26. 



A. CASTAING. — LES ORIGINES DES AQUITAINS. 211 

gement, aux termes duquel une partie de l'Aquitaine conclut la paix et 
livra des otages (i). Les peuples compris dans cette transaction étaient ceux 
qui occupaient le cœur du pays (2). Tout ce qui touchait aux montagnes 
et une partie des Landes s'en dispensa : Crassus renonça à les forcer, en 
raison de l'approche de l'hiver. 

Crassus avait dû mettre quatre jours pour aller de Toulouse à Sos, 
qu'il emporta rapidement (3) ; un jour, de Sos à Juliac. La saison était 
si peu avancée, qu'au même temps, César commença une campagne au 
bord de la Manche, où l'hiver est plus précoce et eut le loisir de la mener 
à fin (4) . 

César ne se fit pas illusion sur les exploits de Crassus ; à la fin de 
toutes ses campagnes de Gaule, a considérant, dit-il, que toute la Gaule 
était vaincue et soumise, mais qu'il n'avait jamais visité l'Aquitaine, dont 
une partie avait été vaincue par Crassus » (5), à la tête de deux Légions, il 
alla recevoir la soumission et les otages de ces peuples, c'est-à-dire les 
admettre au nombre des alliés des Romains (6). César obtint ainsi réelle- 
ment le succès que Crassus s'était attribué précédemment ; mais l'Aquitaine 
conserva sa constitution politique et sociale (7). 



(1) Dion Cassius,xxxix, 46, dit que les peuples qui traitèrent, n'avai«nt pas pris part 
aux combats : il semble résulter de là que la défense n'eut pas un caractère national et 
qu'elle fut l'œuvre des anciens partisans de Sertorius. 

(2) César, m, 27, nomme : « Tarbelli, Bigerriones, Preciani, Vocates, Tarusates, 
Elusates, Garites, Ausci, Garumni, Sibuzates, Cocosates. » 

(3) « Paucis diebus »,m, 23. 

(4) César. Libr. Cit., m, 28 : « Eodem fere tempore... cum ;ctas prope exacta 
esset, » 

(5) César, Libr. Cit., vin, 46 : « Aquitaniam nunquam ipse adisset, sed per P. 
Crassum, quàdam ex parte devicisset. » 

(6) La livraison d'otages n'est pas un signe de soumission, mais d'alliance. On voit 
lesGaulois en user entre eux, dans leurs guerres contre César; les Aquitains en avaient 
échangé en se liguant contre Crassus. Lib. Cïî,, ni, a3. 

(7) La preuve en est dans les médailles des rois locaux, postérieures à la venue 
des Romains. 



212 MEMOIRES DE LA SOCIETE D ETHNOGRAPHIE. 



VII 

L'AQUITAINE A L'ÉPOQUE GALLO-ROMAINE. 

Le pays était si peu soumis que, moins de vingt ans après (3j avant 
n. e.), Agrippa dut exécuter une expédition sur les rives inférieures de 
la Garonne (i). Dix ans encore s' étant écoulés, Auguste accomplit l'an- 
nexion, mais en principe seulement, par la suppression des anciennes 
distinctions d'amis, d'alliés, de tributaires (an 27); le décret eut un com- 
mencement d'exécution, lorsque Auguste entreprit la guerre de Cantabiie 
(an 23). Mais c'est à Messala Corvinus (an 17) qu'échut la gloire d'assu- 
jettir « la Tarbelle Pyrèné et d'humilier l'Adour. » (2) Les honneurs du 
triomphe, accordés à ce général, témoignent qu'il fut le premier conquérant 
de l'Aquitaine jusqu'alors indépendante (3). 

Enfin, quatre ans plus tard (an i3 avant n. e.), les Gaules, définitive- 
ment annexées à l'Empire, reçurent une nouvelle organisation. Le peu 
d'informations que nous possédons sur l'œuvre d'Auguste montre qu'il 



(1) Appien, Guerres civiles, v. 

(2) Hune fore Aquitanas possit qui fundere gentes 

Quem tremeret forti milite victus Atur. 

Tarbella Pyrene 

Testis. 
Ainsi s'exprime Tibulle, Elégies, 1, 8, qui accompagna Messala dans cette campagne. 

(3) Le triomphe n'était accordé qu'au général qui avait remporté la vietoire sur un 
peuple étranger, Justoet hostili bello, et avait tué au moins 5, 000 hommes dans une ac- 
tion. Il fallait aussi avoir accru le territoire de l'empire, et non pas simplement avoir 
recouvré ee qui avait été perdu : cela exclut le cas d'insurrection. Cf. Valére Maxime, 
n, 3, 1 ; Rosini, etc. 



A. CASTAING. LES ORIGINES DES AQUITAINS. 213 

s'inspira des idées de César : on conserva la Narbonnaise et la Belgique : 
mais la Celtique fut divisée en deux parts : la première nommée Lyonnaise, 
la seconde réunie à l'Aquitaine, dont elle prit le nom. On eut ainsi quatre 
provinces ou grands commandements, l'organisation d'Auguste étant surtout 
militaire. Soixante civitates, plus grandes que nos départements, répondirent 
à l'organisation civile. 

L'antique Aquitaine, la vraie, celle de César et la nôtre, fut subdivisée 
en quatre civitates, qui conservèrent un caractère ethnique ; autour du 
peuple le plus important de la région, l'on groupa les voisins plus petits ou 
moins bien placés (i); mais la distinction en peuples survécut pendant un 
siècle. Il est vrai que Strabon, Mêla et même Ptolémée ne mentionnent 
que les grandes divisions d'Auguste ; mais le premier reconnait que l'Aqui- 
taine comprenait plus de vingt peuples divers. Ce n'est pas assez : il y en 
avait trente et Pline a conservé les noms de la presque totalité (2). 
Entouré de documents administratifs où les Romains excellaient, et quoique 
ayant bien d'autres choses en tête, le grand encyclopédiste trouve le moyen 
de travailler avec quelque méthode : en tenant compte des procédés carto- 
graphiques de l'époque, on voit qu'il part du N. E., qui est notre nord ; 



(1) Tarbelli, partie occidentale des Landes et Basses-Pyrénées. 
Ausci, Gers et Sud-Onest de la Haute-Garonne. 

Vasates, Sud-Est de la Gironde, Est des Landes. 
Convena, Hautes-Pyrénées, Sud de la Haute-Garonne, Ariége. 

Des fractions furent détachées en faveur des Tolosatcs, des Nitiobriges et des Biturigei 
Vivisci. 

(2) M. Desjardins, Géogr. de la Gaule, suppose que Pline emprunte ses noms aux 
Commentaires d' Agrippa. 

Mémoires de la Soc. d'Etlin. — I. — 1884. "28 



214 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D ETHNOGRAPHIE. 

longe d'abord la rive de la Loire vers l'O.; puis, les côtes de l'Océan 
jusqu'aux Pyrénées (i). Ensuite, selon la méthode du temps, il fait volte-face 
et, du S. Est qui est notre sud, se transporte au bord de la Garonne, par 
les collines; puis, il descend le cours de l'Adour, parallèlement aux Py- 
rénées ; enfin, il va des Pyrénées, à travers les Petites Landes, jusqu'à Bor- 
deaux. Le surplus est un complément dont je n'ai point à examiner la 
valeur. 

Le tableau ci-contre traduit les intentions de Pline. L'Aquitaine de 
César, la future Novempopulanie, tient une place bien plus considérable que 
le reste de la province : probablement, Pline est sous l'impression des 
données fournies par les conquérants postérieurs à César. 

L'occupation romaine transforma lentement les mœurs de la Gaule. 
L'oppide, camp retranché servant de refuge en cas d'invasion, fit place à la 
ville habitée d'une façon permanente, urbs, centre de la cimtas ou arron- 
dissement administratif et commercial (2) : les peuples reçurent le nom du 
centre ou leur imposèrent le leur. Accomplie dès le I er siècle après notre 
ère, l'évolution fut consacrée par Hadrien qui, en 120, substitua quatorze 
provinces aux grandes divisions d'Auguste. Dans cette organisation, l'Aqui- 
taine d'Auguste est partagée en trois provinces, dont la troisième est à 
peu près l'Antique Aquitaine primitive ; cela paraît dans l'Itinéraire d'An- 
tonin. Un demi siècle plus tard, vers le temps de Dèce, la distribution ecclé- 
siastique adopta les circonscriptions civiles. 



(1) Dans les idées antiques, les points cardinaux opéraient un quart de conversion à 
gauche. 

(2) Civitas, arrondissement ; pagus, canton ; vicus, commune ; mais il ne faut pas s'y 
fier. 



A. CASTAING. — LES ORIGINES DES AQUITAINS. 215 

L'Itinéraire de Bordeaux à Jérusalem confirme cet état de choses (1). 
Constantin, sans toucher aux divisions intérieures, avait mis sous la main d'un 
seul Préfet la presque totalité des pays celtiques : Gaule, Espagne, Grande 
Bretagne formaient l'une des quatre grandes divisions de l'Empire. 

On ne sait à quelle époque parut le nom de Novempopulanie (2). Ammien- 
Marcellin le prononce, à la date de 335 ; il devient officiel, sous Valenti- 
nien (3). Théodose le consacre : portant à dix-sept le nombre des provinces 
de la Gaule, il rend à la Novempopulanie une partie des territoires qui 
en avaient été distraits : les civitates sont douze au lieu de neuf. Cette or- 
ganisation a pris le nom d'Honorius, parce qu'elle est reproduite en deux 
documents datant des premières années de son règne (4). Le plus récent 
divise la Gaule en deux catégories (5) ; dans la seconde, on voit, sous le 
nom des « sept provinces », les populations du Midi et du Centre où les 
institutions romaines avaient trouvé le meilleur accueil. La Novempopulanie 
est la quatrième de ces provinces : ses subdivisions, successivement po- 
litiques et ecclésiastiques, sont indiquées dans le tableau ci-contre. 

Honorius ne jouit pas longtemps d'une aussi belle ordonnance : six ans 
plus tard, dès le i ep janvier 407, Alains, Suèves et Vandales ravagent la 
Gaule, d'où ils passent en Espagne. Les Burgundes les suivent de près et 
s'établissent dans l'Est. Dans les dix ans qui suivent, ce n'est qu'invasions 

(1) On lui suppose la date de 333. 

(2) Voyez, au Dictionnaire, Novempopulania. 

(3) Ammien-Marcellin, I, xv. — Festus Rufus, Breviarium, dédié à l'empereur Valcns. 
en 368. 

(4) La Notifia dignitaium Impcrii nomme noire pays Novempopulana ; la Notifia Provincia- 
rum et Civitatum Gallia reprend le titre de Novempopuli, employé par Ammien. Elles passent 
pour être des années 400 et 401. 

(5) Provinciœ Gallican a et Septem Prov'mciœ. 



2l6 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE 

de Goths et usurpations de tyrans obscurs. Enfin, en 417 et 419, Honorius 
cède aux Wisigoths établis en Espagne l'Aquitaine, « depuis Toulouse jus- 
qu'à l'Océan » (1). La tradition veut que le dernier roi, Alaric II, ait trans- 
porté le siège de son gouvernement à Aire-sur-1'Adour, où il aurait pro- 
mulgué son abrégé du Code théodosien (2). L'année suivante (507), la bataille 
de Vouillé, où il périt, livra aux Francs l'Aquitaine et la majeure partie des 
autres possessions des Wisigoths dans les Gaules. Selon l'usage, les Wisi- 
goths s'étaient emparés des deux tiers de la propriété territoriale, tout en 
laissant aux indigènes leurs juges et leurs lois : cet état de choses disparut 
d'autant plus facilement, que leur expulsion fut complète, en Aquitaine du 
moins, où il n'en resta que de misérables débris rélégués dans les faubourgs 
des villages (3). 

Clovis, après sa victoire, ayant passé l'hiver à Bordeaux, reçut, au printemps 
suivant (508), la soumission de la Novempopulanie ; puis, il se fit recon- 
naître à Toulouse. La domination des Francs fut du nombre de celles que 
l'on qualifie d'occupations restreintes, c'est-à-dire limitées à quelques points 
principaux : Bayonne, Dax,Comminges. Les doutes qu'on a opposés tombent 
devant ce fait, que les évêques qui avaient fait partie du concile d'Agde, réuni 
par Alaric en 506, ou leurs successeurs, assistèrent aux synodes convoqués 
par les rois Francs, au vi e siècle. (4). 

(1) Idace, Chronique. — Isidore et Prosper disent : l'Aquitaine et quelques cités voisines. 
— Le fait a été contesté, en ce qui concerne quelques parties des montagnes, parce qu'en 
466, Evaric les ravagea ; mais cette exécution paraît se rattacher à l'esprit hostile que son 
arianisme y avait soulevé et qui survécut jusqu'à l'expulsion des Wisigoths, en 507. — Cf. 
Marca, Hist. de Béarn, I, 3. 

(2) Voyez au Dictionnaire, Attires et Viens Juïius. 

(3) Les Cagots, dont le nom signifierait .: chiens de Goths. Il est possible que le Moyen- 
Age ait confondu ces maudits avec les Lépreux d'Orient et même les Bohémiens. En Bre- 
tagne, on donne le surnom de Kakenr x aux cordiers et aux tonneliers, qui passent pour lépreux 
..et descendants des juifs dispersés après la destruction de Jérusalem par Titus. 

(4) Marca, Hist. de Béarn, I, 17, 18 ; Orléans, 511, $33, 541, 549; Màcon, 585. 



A. CASTAING. — LES ORIGINES DES AQUITAINS. 217 



VIII 



LES CANTABRES ET LES VASCONS. 



C'est à tort que l'on a confondu ces deux groupes : ils sont restés étran- 
gers l'un à l'autre jusque vers la fin du V e siècle. 

Le cantabre antique habitait les pays de montagnes situés au sud du golfe 
de Gascogne (1) : tantôt, son nom désigne spécialement les districts de la 
Montana et de la Biscaye ; tantôt, il embrasse l'ensemble des contrées entre 
l'Ebre et l'Océan, les Asturies et la Navarre, pendant l'expédition d'Auguste 
(23 avant notre ère), il désigne tout le N. O. de l'Espagne (2). On a dit 
qu'il y avait là un fond scythique venu on ne sait d'où, ni à quelle époque (3): 
On y trouve, en effet, quelques usages singuliers (4) ; mais je n'y vois pas 
les éléments d'une distinction ethnique. Le fond de la population était certai- 
nement celtique, surtout aquitain (5) : les Cantabres le reconnurent, lorsqu'ils 
allèrent défendre l'Aquitaine contre Crassus (6). Des particularités de mœurs 



(1) P. Mêla, III, 2. 

(2) Cf. Marca, Hist. de Béarn, I, 19. 

(3) Strabon, III, 4. — Graslin, De l'Ibérie. Cette question sera étudiée ailleurs. 

(4) Voyez mon article La Couvade, dans les Comptes-Rendus du Congres des Seieuees Ethno- 
graphiques, 1878, p. 180 et s, 

(5) Xiphilin, L. IH. 

(6) César, Guerre des Gaules, III, 23 et 26. 



2l8 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D' ETHNOGRAPHIE. 

unissent les deux pays (i). César mentionne plusieurs fois les Cantabres, 
Horace les chante, à la suite de l'expédition qu'Auguste tenta dans leurs 
montagnes : dans aucune de ces occasions, il n'est question des Vascons ; 
les noms de lieux ont la physionomie celtique (2) Soixante ans seulement 
après César, le Vascon fait son apparition dans l'œuvre de Strabon (3) : cet 
auteur le distingue des Cantabres, et même des Vardules, Autrigons et Ca- 
ristes, qui occupent le pays intermédiaire ; ces derniers sont Gaulois, s'il faut 
s'en rapporter aux noms de lieux (4). Trente ans plus tard, l'espagnol 
P. Mêla omet les Vascons, au milieu de peuplades moins importantes. Silius 
Italicus les nomme fréquemment, à côté des Cantabres ; mais ses descrip- 
tions sont rétrospectives. La caractéristique des deux peuples diffère beau- 
coup : celle du Cantabre est de marcher en tête de tous les combattants, celle 
du Vascon d'avoir la tête nue ou sans casque ; l'un est de la ligne, l'autre 
des troupes légères (5). L'énumération épique de l'armée des Carthaginois 
place, entre les Cantabres et les Vascons, plusieurs peuples étrangers à ceux- 
ci et à ceux-là (6) ; pour un poète, l'intention est suffisamment indiquée. 



(1) Notamment la dot apportée par le mari dans la maison de la femme. Strabon, III, 1. 

(2) César, Guerre des Gaules, III, 23 et 26, Guerre Civile, I, 38. — Horace, passim. — 
Oïliénart, 'KLotitia. — Les noms de lieux sont Juliobriga, Argenomcscum, Veïlica, Vesei. 

(3) Strabon, III, 4. 

(4) Segoutia, Tulloiiium, Gebala, Flaviobriga, Deobriga, Dea. 

(5) Silius Italicus. On voit, dans l'énumération de l'armée de Hannibal : 

III, Y, 326 — Cantaber ante omnes. 

328 — Aut Vasco insuetus galère. 

Y. 197 — et galère contempto tegmine Yasco. 

IX. 331 — apparet cetrata juventus. 

Cantaber ante alios, nec tectus tempora Yasco. 
X At juvenem quem Vasculevis, quem spicul densus. 

Cantaber urgebat. 

(6) Silius, III, 332, 345, 349, 357, les Asturiens, les Celtibércs, les Galiciens, les Cer- 
retans; puis 358, les Yascons. 



A. CASTAING. — LES ORIGINES DES AQUITAINS. 2IO, 

Selon Florus, qui est espagnol, les Cantabres menacent la liberté de leurs 
voisins (1). Au début du Moyen-Age, on les distingue encore (2) : c'est à la 
suite de la confusion des noms, qu'on n'a plus su les reconnaître 

Les'Vascons habitaient une grande partie de la province appelée Royaume 
de Navarre (3). L'organisation de Hadrien y aurait joint le pays des Jaccétans, 
depuis comté d'Aragon (4). Il semble que ces régions leur appartinrent de 
tout temps, mais seulement quant aux hautes vallées. 

Ils ne possédèrent jamais le pays de Huesca, qui appartenait aux Her- 
gètes et qui est tout semé de souvenirs gaulois (5). La Vescitanie et ce nom 
à'Osca, son chef-lieu, n'appelle point une étymologie tirée du basque (6). Elle 
fut conquise par les Romains, deux cents cinquante ans avant que l'on ne 
s'occupât des Vascons (7) : Sertorius eut son quartier général à Osca, il y 
fut assassiné : ses historiens ne nomment pas les Vascons (8). César conclut 
alliance avec les Oscences et leurs voisins ; il ne mentionne pas les Vascons. 

Calagurris et son district, situés au sud de l'Ebre, sont en dehors du 
•territoire des Vascons, Sertorius, organisant l'Espagne citérieure pour la 



(1) Florus, II, 33. 

(2) Fortunat, x, 22 ; Cantaber ut timeat, Vasco vagus arma timescat, 

Atque Pyrena^a; deserat Alpis opem. 

(3) Voyez, au Dictionnaire, Vascones. 

(4) Marca, Hist. de Béarn, I, 20, p. 98. 

(5) Les Ilergeks et tout au moins les habitants du district d'Uerda, sont des Sordes, 
c'est-à-dire des Ligures : Pline, III, 3. Mais il y avait des Celtes ; témoins les noms de 
Forum Gaïïkum, Gallica Fîavia, Gallicuin, Gallicus aujourd'hui encore Gallcgo. 

(6) L'Italie est semée de noms semblables : Osci, Vcscini ; Vcscia urbs Ausonum. Tite Live, 
VIII, 11 ; Veascium , OuEaaxiov, Diodore, xiv, etc. 

(7) En 195 avant notre ère. Cf. Tite Live, xxxiv, 10 et 21; xl, 43. 

(8) Plutarque, Sertorius. 



220 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE. 

lutte contre Rome, trouva Calagurris dans la dépendance d'Osca, ce qui 
existait encore au temps de César (i). Cependant, Strabon et Ptolémée 
attribuent Calagurris aux Vascons : il est vrai qu'Auguste, ayant partagé le 
pays Vascon, donna une portion à Pampelune, et l'autre à Calagurris en 
même temps que la région des Vardules (2). 



(1) César, Guerre civile, I, 60. — Oïhénart fait observer que les Vascons ne s'allièrent 
'pas avec Sertorius et avec Calagurris ; elle était occupée par les peuples celtiques qui devinrent 

les Convenue. 

(2) Quant à l'anthropophagie des Vascons, voyez au Dictionnaire, Vascones. 



A. CASTAING. — LES ORIGINES DES AQUITAINS. 221 



IX. 



INVASIONS DES VASCONS. 



On a dit que les Vascons auraient commencé, dès le début de notre ère, 
leur expansion vers l'Ouest : s'étant glissés dans la Cantabrie rendue déserte 
par Agrippa ou Messala, ils seraient passés ensuite en Aquitaine (i).Oihénart 
a mis à néant cette conjecture : au temps de Strabon, de Ptolémée même, 
les Vascons sont toujours en Espagne ; ils n'en étaient pas sortis au temps 
d'Ausone, qui habitait Bordeaux et dont le père, fixé à Bazas, s'était marié à 
Dax ; en 405, les Vandales trouvent en Espagne les Cantabres et les Vas- 
cons (2). Il est possible, qu'à la faveur de l'organisation d'Auguste, les Vas- 
cons se soient répandus pacifiquement dans le diocèse de Calahorra, surtout 
dans ce qui est devenu Alava et Biscaye : on sait que les Basques émigrent par 
troupes, lorsque certains d'entre eux leur ont montré le chemin. Plus tard, au 
Vie siècle, les Romains de l'empire d'Orient, les Francs et les Goths se trou- 
vèrent en présence, dans la Cantabrie : des Vascons pouvaient y être, mais ils 
n'y avaient aucune autorité. 

Lors de l'établissement des Goths en Espagne, l'empire Romain avait con 



11) Scaliger, Auson. lection., 1, 6. 
(2) Cf. Oihénart, Notitia, p. 384. 

Méin. de la Soc. d'Eth. — I. - 1884. 29 



222 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE, 

serve, au moins nominalement, le pays des Vascons et les provinces occiden- 
tales, que Réchiaire, roi des Suèves, ravagea en 448. Moins de vingt ans 
plus tard (en 466), E varie, roi des Wisigoths de Toulouse, s'en rendit maître. 
Après la destruction du royaume d'Alaric, les Francs prirent possession de la 
Cantabrie (542). Pour se délivrer de ces dangereux voisins, les Suèves firent 
appel à Justinien, dont les troupes expulsèrent les Francs (554). 

Léovigilde, roi des Goths, mit dix ans ^674 à 584) à soumettre les Suèves, 
et pendant ces luttes, il se trouva en présence des Impériaux et de leurs su- 
jets Vascons qui s'étaient répandus à l'Ouest. Refoulés, les Vascons franchi- 
rent les frontières de France, non "pas en conquérants organisés, mais en 
hordes de pillards : ravage des champs et des vignes, incendie, enlèvement 
d'hommes et surtout de butin. Point d'opérations méthodiques : ni sièges, ni 
batailles, ni occupation ; rien que la razzia. Envoyé à leur poursuite, en 581, 
le duc Bladaste, se fourvoya dans les montagnes espagnoles et perdit ses 
bagages (1). 

En 586, le nouveau roi des Goths, Reecarède, ayant repris la guerre 
contre les Impériaux, les Vascons passent de nouveau les Pyrénées. C'est 
alors qu'ils se seraient fixés dans le pays de France nommé depuis lors pays 
basque : Austrovalde, qui commandait à Toulouse, pour le roi Gontran, ne 
parvint pas à les en déloger (2). Toutefois, d'autres n'indiquent cet établis- 
sement qu'en 593 : leur action aurait atteint la rive gauche, du cours inférieur 



(1) Les opérations de Bladaste n'eurent pas lieu en Novempopulanie. Cf. Marca, 
H. de Béarn, p. 103. 

(2) Marca, Loc. cit. II parait que les pays occupés étaient à peu près déserts. 



A. CASTAING. — LES ORIGINES DES AQUITAINS. 223 

de l'Adour, sans comprendre les places fortes que les Francs ne cessèrent de 
posséder (i). 

En 602, Thierry, roi de Bourgogne, soumet les Vascons de France et 
une partie de ceux de l'Espagne : son feudataire Génialis prend le titre de 
duc des Vascons et commande à tous les pays situés au sud de l'Adour. En 
607 , ces arrangements sont régularisés par le mariage de Thierry avec Her- 
menberge, fille de Vitteric, roi des Goths. En 615, il ne reste plus d'Impériaux 
en Espagne et le royaume goth de Sisebut touche celui des Francs : les 
Vascons sont répartis entre les deux puissances. 

En 626, révolte du pays, dit alors des Vascons, contre le duc Aighinan, 
avec la complicité de Senocus, ou Segosus, évêque d'Eauze, métropole ecclé- 
siastique. Charibert, que son frère Dagobert décore du titre de roi d'Aquitaine 
(630), obtient le retour momentané de l'ordre, en épousant Gisèle, fille 
d'Amand, le nouveau duc des Gascons (2). Ici, la scène change absolument : 
il ne s'agit plus des Vascons de l'Espagne ou des Pyrénées françaises, en un 
mot des Basques parlant Yeuskava ; mais des habitants d'une partie de 
l'antique Aquitaine. Le mouvement, tout local, se lie aux intérêts d'Amand, 
duc de la Novempopulanie, sous le nom de Vasconie : en haine des hommes 
du Nord, la population se prête à tout. 

Enfin, en 636, un nouveau soulèvement, qui paraît avoir été dirigé par 
le duc Amand lui-même, est réprimé par Chadwin, général de Dagobert. Les 



(1) On a prétendu que le nom de Bascons, au delà de l'Adour, se rapporterait à 
leurs incursions ; on a invoque la coïncidence de la dévotion à saint Amand, l'apôtre des 
Vascons, dont la fontaine, qui guérit la fièvre, fut le but de nombreux pèlerinages 
(Cf. P. Duval, Descr. de VEvesché cVAire, 105 1). Mais la dévotion peut avoir été 
importée et le nom lui-même provenir du séjour qu'y fit l'évoque d'Aire, EpiSCOpUS 
Yasconensis, pendant l'invasion des Normands. (Cf. Oihénart, Xolitia, p. 463). 

(2) Gisèle aurait apporté à Charibert le Bigorrc cl le Béarn, le reste du pays restant 
au duc Amand. 



224 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE. 

principaux du pays, qui ne sont pas des Basques, mais des Aquitains, se 
rendent à Clichy, séjour du roi de France ; Dagobert reçoit leur soumission 
et donne l'investiture au duc Amand. 

Vers 660, à la faveur de la répulsion inspirée par les actes d'Ebroïn, maire 
du palais de Clotaire III, la Novempopulanie s'agite de nouveau et donne le 
pouvoir au comte Loup, qui prend le titre de roi de Vasconie (1). 

A cette époque, le nom de Vasconie, employé depuis les premières an- 
nées du siècle, devient définitif. Plus tard, on en abuse, comme l'on avait 
fait de celui d'Aquitaine, jusqu'à le donner à des contrées riveraines de la 
Loire : c'est, en effet, une lubie des gens du Nord, que de voir des Gascons 
dans tout le midi de la France : il faut croire que cette population attire spé- 
cialement le regard. 

Le nom de Gascogne propre, depuis le Moyen âge, appartient au Marsan 
et à ses annexes, le Tursan et la Chalosse, parce que les anciens ducs des 
Vascons adoptèrent, pour chef-lieu, Saint-Sever, cap de Gascogne. 



(1) Ainsi l'expose Marca, Hist. du Béarn, XXV ; mais il paraît certain que Loup 
ne fut qu'un fonctionnaire amovible, à la nomination et sous l'autorité des rois méro- 
vingiens : c'est au nom du roi des Francs, que Loup convoqua le concile de Bordeaux, 
en 673. 



A. CASTAING. — LES ORIGINES DES AQUITAINS. 225 



X. 



APERÇU LINGUISTIQUE. 

L'exposé ne serait pas complet, s'il négligeait absolument les données 
de la Linguistique : l'étude comparée des idiomes est une transition entre 
l'Histoire et l'Ethnographie. Le sujet est assez vaste pour réclamer une 
étude à part : il ne s'agira donc que d'un aperçu sommaire. 

Il y a deux sources : les monuments et la tradition. Je les examinerai 
successivement. 

I. — Monuments Antiques. — Les inscriptions sont nombreuses ; mais 
presque toutes appartiennent à la civilisation gallo-romaine. En dehors de 
la forme latine, qui domine, on y trouve des traces de déclinaison, et alors 
la flexion est celle du gaulois (1) : mais on n'y a point trouvé encore des 
phrases complètes permettant d'en extraire les lois de la grammaire et celles 
de la syntaxe. 

Les noms communs y sont en petit nombre ; mais il y une collection 
considérable de noms propres d'hommes et de femmes, de lieux et de divi- 
nités, qui n'appartiennent pas au latin, et dont une partie seulement se lie 



(1) Accusatif pluriel masculin en u : Auscius, Doius: en as : Vasatas ; datii 
féminin en t. 



226 MÉMOIRES DE' LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE'. 

au gaulois. Quant aux prétendues étymologies basques, c'est de la simple 
fantaisie (i). 

Je n'ai pas non plus reconnu les traces de la famille chamique : les 
Ligures et autres peuples venus d'Afrique par l'Espagne ne nous ont rien 
donné, tandis que leur trace existe sur les bords du golfe de Lyon, en Italie 
et en Grèce. Au contraire, il faut constater certaines formes dites sémitiques, 
mais en réalité cananéennes, provenant du phénicien ou du punique (2). 

IL — Langues romanes. — Gascon. — Le gascon est l'une des langues 
dites romanes, ou plus exactement néô-latines. Sa constitution générale est 
celle de toutes les congénères : il diffère par certaines lois de phonétique, des 
détails du vocabulaire, quelques règles de grammaire et de syntaxe. 

La comparaison avec le basque ne supporte pas l'examen. Le basque 
est étranger aux langues à flexion, dont le gascon a tous les caractères. Le 
basque est agglutinant, polysynthétique et incorporant : son type flotte entre 
ceux des langues tartares, finnoises et algonquines. Les modifications que sa 
grammaire ne cesse de subir, depuis qu'il est connu, n'ont pu faire disparaître 
ces caractères. Par sa constitution, il est beaucoup plus éloigné du gascon 
que de l'ostyak ou de l'esquimau. 

Le gascon ne provenant pas du basque, serait-il un pur produit du latin ? 
On voudrait bien nous le faire croire. Mais les théories des romanistes, éla- 
borées à une époque où l'on n'apercevait qu'un côté des choses, ne tiennent 
pas devant les constatations nouvelles. 

Jetons un coup d'œil sur ces commodes hypothèses. 

Schlegel , un jour, s'avisa d'avancer que la grammaire est tout et le 



(1) Cf. Ausci, Auscius, Climberrum, Eliberre, etc. 

(2) Cf. Belisama, Ilhun. 



A. CASTAING. — « LES ORIGINES DES AQUITAINS. 227 

dictionnaire rien : façon de parler, en vue d'un effet à produire ; l'expression 
dépassait l'idée, chose fréquente chez les Allemands. La lice étant ouverte, 
on s'y précipita ; il ne fut plus question que de « sens intime, essence inté- 
rieure du langage, conscience des peuples », aperçus vagues et ne tirant 
pas à conséquence. On affectait de mépriser les racines, mais on passait le 
temps à en éplucher : la Grammaire comparée de Bopp est le modèle du 
genre. 

En traversant le Rhin et la Manche, l'idée prit du corps : à la suite du 
cardinal Wiseman, M. Renan la dota d'une de ces jolies formules dont il a 
le secret : « Chaque langue est emprisonnée une fois pour toutes dans sa 
grammaire. » Ailleurs, il dit tout le contraire : par exemple, que les langues 
africaines, répudiant leurs formes primitives, ont adopté celles des langues 
sémitiques ; et cette fois, il est dans le vrai. • 

Le Congrès des Sciences Ethnographiques, à l'Exposition de 1878, m'a 
fourni l'occasion de discuter ces théories (1). J'établis que la « conscience des 
peuples » n'est pas plus inviolable que le matériel prétendu inerte du voca- 
bulaire ; qu'il y a des grammaires mixtes ou dénaturées par une intervention 
étrangère. Celle de l'égyptien et du copte est sémitique, chamique et nègre ; 
celle du berber, chamique et sémitique ; l'arabe fait des emprunts au grec, 
le grec au phénicien. L'anglais est gothique, latin, français et gaélique, plus 
que breton, malgré la juxtaposition sociale. 

Un pareil examen appliqué au gascon produirait des trouvailles fort 
inattendues. En ce qui concerne la grammaire, on ne pourra demander au 
latin des éléments qu'il ne connut jamais et auxquels sa constitution répugne. 
Quant au vocabulaire, on reconnaîtra que la prison néo-latine est fort hos- 

(1) Les Grammaires mixtes, dans les Comptes rendus du Congrès des Sciences 
FAIinograpIiiques, l ro partie, p. 5G8 et suiv. 



228 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE. 

pitalière pour les barbares. On constatera également que le gascon n'est 
pas un patois dénaturant les données d'une langue mère et maîtresse, mais 
un idiome dérivé (et quel idiome ne l'est pas) ? s'assimilant les mots étrangers 
et leur imprimant la forme propre à son génie ; enfin, une véritable langue. 

Si nous en croyons César, qui dut en savoir quelque chose, l'Aquitain 
possédait une langue propre. Il n'y a pas de témérité à conjecturer que cet 
idiome, l'un des dialectes de la famille celtique, que l'Aquitain comprit un ma- 
tériel suffisant d'expression, un vocabulaire complet, une grammaire appro- 
priée. D'autres témoignages montrent cet idiome coexistant au latin, lors de 
la venue des Barbares, au point qu'on était tenu de l'employer, pour être 
compris des habitants. Les Aquitains ont mal défendu leur trésor contre l'in- 
vasion étrangère : expulsées peu à peu, les vieilles locutions subsistent en 
très petit nombre ; mais il y en a. 

L'état d'anarchie, produit des invasions barbares, le particularisme, effet 
ou cause de la féodalité, rendirent un peu le pays à lui-même. C'est alors 
que se formèrent ces idiomes néo-latins, que l'on a qualifiés à tort de « résul- 
tats d'une évolution linguistique.» Il n'y a pas d'évolution sans génération et 
métissage. 

Toute évolution ou génération comporte trois termes, savoir : deux 
facteurs et un produit. Tel est la règle de la multiplication dans les sciences 
exactes, manifestant la Raison suprême qui régit la matière. La nature y est 
soumise, même dans le Règne inorganique, où l'un des facteurs peut se 
remplacer par une force étrangère. Dans la nature organisée, ce sont les 
sexes ; il y a bien les hermaphrodites et les zoophytes ; mais les langues ne 
sont pas modelées sur le type de l'huître ou du madrépore. Elles sont du 
monde de l'intelligence, où les deux termes d'une proposition produisent la 
conclusion, qui est l'idée nouvelle : chez elles, la décomposition, procédé 



A. CASTAING. LKS ORIGINES DES AQUITAINS. 229 

négatif, donne les patois condamnas à l'impuissance et au néant ; au contraire, 
les langues nouvelles résultent de la fusion de deux ou plusieurs éléments plus 
ou moins homogènes. Car l'hétérogénéité trop prononcée empêche la fusion ; 
c'est pourquoi le grec et le turc se sont repoussés, tandis que le celtique et 
le latin se sont unis. 

Ce qui caractérise la famille des langues dites néo-latines, c'est la 
fusion harmonieuse de deux séries d'éléments de provenance diverse, mais 
voisins par l'origine première, dont les traces subsistent toujours. Ce sont 
deux principes qui, au-delà des formes grammaticales et verbales, révèlent 
un commun génie ; l'un est latin et l'autre ne l'est pas. Celui-ci a des effets 
aussi généraux que l'autre qui l'a dominé : franchissant le temps et l'espace, 
on le retrouve, aux diverses époques historiques, autour du phare de Messine 
aussi bien que sur les rives de la Seine ou de la Tamise, sur le haut et le 
bas Danube comme au détroit de Gibraltar. 

Cette généralité de manifestation accuse une cause commune, et cette 

cause, c'est la rencontre de deux idiomes si faits l'un pour l'autre, que partout 

où ils se sont trouvés en contact, ils se sont combinés, tandis que chacun 

d'eux est resté réfractaire à toute alliance étrangère. Ces deux idiomes sont 

le latin et le celtique, lesquels se fusionnent toujours entre eux, et jamais 

avec aucun autre idiome. Invoquez le témoignage de l'histoire : elle vous 

dira que les Celtes sont allés dans tous les lieux où se sont formées les 

langues néo-latines : Gaulois dans l'Antiquité, Francs, Français et Normands 

au Moyen-Age. Elle ajoutera que le latin fut imposé dans les mêmes lieux 

par la domination romaine. Vous ne;; trouverez pas de langues néo-latines 

dans les contrées où l'un de ces deux éléments fait défaut. Le vrai nom de 

cette famille de langues serait donc celui de Celto-Latines : le néologisme 

est trop exact pour ne point faire tôt ou tard son chemin. 

Mém. Je la Soc. d'Eth. - I. — 1884. 30 



230 MEMOIRES DE LA SOCIETE D ETHNOGRAPHIE. 

Ces idiomes ne sont pas, comme on pourrait le supposer, des sauva- 
geons spontanément issus d'une souche décomposée, d'une sorte de fumier 
latin. Les langues sont des objets de culture : le jardinier dont elles réclament 
les soins, c'est le génie oratoire et poétique, c'est l'esprit littéraire des popu- 
lations. Comme les hôtes de nos vergers, les langues ont leurs périodes de 
croissance, de développement et de décrépitude ; mais, avec elles, la res- 
source est grande : un traitement intelligent leur restitue le privilège de la 
jeunesse ; et il v obtient un succès que nos plus habiles médecins ne ren- 
contrent pas dans le traitement de notre nature. Le Gascon, puis qu'enfin 
c'est de lui qu'il s'agit, est le produit d'une greffe latine, sur le vieux tronc 
aquitain. Il reste à déterminer le comment et la proportion de l'amalgame. 
Lorsqu'on aura dégagé la caractéristique de la grammaire gasconne, ce 
que je ne crois pas que l'on ait fait encore, il sera facile de constater si les 
éléments essentiels en ont franchi le Sumport ou traversé la Bidassoa, pour 
arriver jusqu'à nous. Et lors que l'on aura réuni quelques centaines de radi- 
caux, parfaitement étrangers au latin, on comptera combien il en est qui 
appartiennent au basque ou bien à quelque autre idiome du versant méridional 
des Pyrénées. La conclusion sera certainement que le mythe suranné de 
l'origine ibérienne des Aquitains a gagné ses invalides, et qu'il est grand 
temps de lui réserver une place au Panthéon des sornettes historiques. 



A. CASTAING. LES ORIGINES DES AQUITAINS. 23 1 



XL 



CONCLUSION. 



César signale , dans la Gaule indépendante ( Gaîlia comata) , trois 
groupes qu'il nomme Aquitains, Celtes et Belges : il constate des différences 
de mœurs et de langage, qui font penser que ces groupes dépendaient de 
migrations distinctes par les dates. Le mouvement général ayant eu lieu du 
nord-est au sud, et spécialement au sud-ouest, il semble, d'après la distri- 
bution topographique, que les Aquitains arrivèrent les premiers. 

Suivant le système généralement admis, les Celtes de César seraient les 
Galls des traditions armoricaines, parents des Irlandais et des Ecossais ; les 
Belges de César seraient les Kimris qui auraient occupé non seulement le 
nord et l'ouest de la Gaule, mais l'Angleterre propre. 

L'école des Celtistes conteste ce système, qui ne concorde pas avec les 
données de sa languistique. Zeuss divise les langues celtiques en deux 
branches : i° UHibernique comprenant l'Irlandais et le Gaélique d'Ecosse ; 
2° la Britannique avec le Cambrique (Wales), le Comique (Comwall) et 
l'Armoricain. Le Gaulois antique appartient à cette branche. 

Parmi les différences les plus faciles à saisir, on cite la substitution du 
p au q, celle de l'A à Vs. L'Irlandais dit coic (cocue > cinq, et ce/ni fquenuj 



232 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE. 

tète, où le britannique conserve pempe et penn ; l'un dit sert et l'autre hen, 
vieux. De même, le latin a mis quinque au lieu du pempe grec, et sal au lieu 
de hais. Par ces lois de phonétique, l'hibernique se rapproche du latin et le 
britannique, du grec. D'après ces données et autres, il faudrait admettre : 

10 Que les différences de langages signalées par César tenaient moins 
aux principes phonétiques et grammaticaux, qu'à des particularités légères. 

20 Que les Irlandais n'auraient aucune parenté avec les Gaulois, mais 
plutôt avec les Latins. 

30 Que les migrations irlandaise et latine seraient antérieures à celles 
des Gaulois et des Bretons. 

Tout cela aurait pour résultat de modifier nos idées sur l'antiquité 
relative de l'habitat des groupes gaulois et parliculièrement des Aquitains. 

Quoiqu'il en soit, tout ce que l'on sait du langage des Aquitains montre, 
dans leur idiome, un dialecte du Gaulois, qui paraît appartenir à la branche- 
britannique (Zeuss): phonétique, grammaire, étymologies s'y donnent un 
mutuel concours. (1). Les monuments et les mœurs n'y contredisent point. 
Nous pouvons donc affirmer en toute assurance que les Aquitains sont des 
Gaulois, ainsi que César le déclare, et que l'admet toute la docte Antiquité. 



(1) Voyez au Dictionnaire : Yasatas. Lugdanum, Plmpeduni, Vernernetù 






DICTIONNAIRE ETHNOGÉ NIQUE 

DE 
L'AQUITAINE 



Aceio, Agheio, Agho. Nom de l'une des divinités des Aquitains. Deux inscrip- 
tions du Musée de Toulouse provenant, Tune du terri- 
toire d'Aventignan, canton de Nestier, l'autre de Baudéan, 
toutes deux dans l'arrondissement de Bagnères-de- 
Bigorre, donnent : 

ACEIONI MONTI 

DEO BVS AC 

ANTONI EIONI 

VS VINDE NETHOI 

MIALIS EX VOTO V. V V 

PO S L M 

Il s'agit donc d'une divinité des montagnes ou plus 
probablement des montagnes elles-mêmes divinisées 
(Voyez ci après Nethon). 

Néthos désigne un pic ; mais Aceio aurait une portée 
plus étendue et s'appliquerait à toute la chaîne, aux 
Pyrénées, dont il révélerait le nom local. Comme on l'a 
rapproché de celui à'Acitani, on serait ainsi sur la voie 
de l'origine du nom des Aquitains. (Voyez Aquitania). 
Oihénart a donné deux autres inscriptions qui furent 



234 



MEMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D ETHNOGRAPHIE. 



trouvées, dit-il, dans la vicomte d'Aslier, à Ascii (Asque, 
cominuncdela Darthe, à lGkil. E. de Bagnères). Accompa- 
gnées de la figure d'un vase et d'un disque, ces inscriptions 
étaient ainsi conçues : 

AGHONI DEO 

DEO ' GHONI 

LABV YS ' AVLIN 

V. S. L. M. ' AVRIN 

(Votum solvit labens mérita) V. S. L. M. 

Il paraît que la lecture du nom était fautive : aussi, 
dans la seconde édition de la Notitia, en 1656, a-l-on 
substitué au mot AGHONI, celui d'AGEIONI. Sous cette 
nouvelle forme, on reconnaît facilement le nom d'Aceio 
et l'idée des montagnes divinisées. 

On a rapproché de ces noms ceux d'Agaunum et 
Acaunum donnés par les Bollandistes, pour le lieu du 
martyre de la légion Thébéenne. Le terme, qui aurait 
signifié rocher, continua d'être appliqué au couvent de 
Si-Maurice de Valais (Cf. Zeuss, Qram. Celt. 774, qui 
rapproche ces noms de ceux d'Acounis et d'Icauna, 
l'Yonne). 

Une inscription du Tyrol, remontant à l'an 219, montre 
des divinités ACOVNl ou ACOVNAE, associées avec un 
dieu GADOLYS (Orelli, 1993), dont la physionomie est 
phénicienne : gadol « grand », 

Adcantuannus César, L. III, 20 et s : roi des Sotiates. 

Adiatomus Nicolas de Damas ; et 

Adietuanus Il existe un très grand nombre de deniers qui proviennent 

de ce roi des Sotiates, assiégé et soumis par P. Crassus. 
L'un des types les plus parfaits porte : 

REX ADIETVANVR FF — revers SOTIOTA. (Voir la 
planche des médailles ). 

Type indéterminé ; au revers, une louve passant à 
gauche. Bronze. 



A. CASTAING. — DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 235 

C'est donc Adietuan qu'il se nommait ; la forme Adia- 
tomus, de Nicolas de Damas (Athénée, IV) est une cor- 
ruption, et celle à'Adcantuannus, dans les Commentaires 
de César, provient d'une faute de copiste. 

M. de La Saussaie, qui a déterminé définitivement 
l'attribution, conclut que le peuple s'appelait Sotiotes, 
Sotiotœ ; mais il perd de vue qu'une autre pièce, d'un 
type très analogue, porte au revers, au-dessus de la 
louve, le mot SOTIAT, qui n'est point achevé et dans 
lequel le second T ne conserve que le jambage du milieu. 
Il faut lire Solicites. La divergence est le résultat de la 
maladresse du graveur. M. de la Saussaie ajoute avec 
raison : 

« Crassus non seulement comprit le chef aquitain dans 
la capitulation, mais il lui laissa son autorité, à la condition 
de la faire servir aux projets de Rome sur la Gaule. 
Adietuan devint l'allié et le tributaire des Romains, frappa 
monnaie en son nom et à celui de sa tribu, en consacrant, 
d'après un usage dont le monnayage gaulois nous offre 
plus d'un exemple, un type national joint à un type 
étranger. » (Revue de Numismatique, 1831). Le lypc 
étranger, c'est la louve, emblème de Rome, emprunté à 
celui des médailles consulaires de P. Satrienus. Toutefois, 
le type romain est plus féroce ; mais l'intention est 
évidente. 

M. de La Saussaie en conclut qu'il faut attribuer au 
même Adietuan la fameuse médaille de Crassus ou 
Kraccus: 

Tète de la Victoire diadémée et allée, tournée à droite ; 
au revers, cheval galopant à gauche ; au dessus, un 
croissant, 3 cercles perlés. Bronze. ( Voir la planche des 
médailles.) 

L'illustrcnumismate lit, à d roi le, R M Roma: c'eslpossible. 
Il fait observer que la victoire est empruntée aux deniers 
consulaires, et le cheval à un type habituel des monnaies 
gauloises. Enfin, il ajoute que « le mélange des carac- 



236 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE. 

ières grecs cl lalins est un des signes caractéristiques de 
légendes des médailles de la Gaule méridionale. » 

Ad Jovem Station de la route de Bordeaux à Narbonne. dans 

l'Itinéraire d'Antonin, à Vil de Bucconis et Vil de Civitas 
Tholosa. Le nom de Leguévin a séduit les critiques : 
Walckenaer hésite entre Teula ou Clioulet, près- de 
Leguévin ; Du Mège signale une ferme Cap de Lovis, à 
côté du môme village. 

Ad Sextum Uelai de la route de Bordeaux à Narbonne, dans 

l'Itinéraire d'Antonin, à VII de Civitas Aîiscius et VI! de 
Mutatio Hungnnvero. D'Anville signale le passage de 
l'Arralz ; selon Walckenaer, ce serait Ollel et Lalaque ; la 
Commission de la Carte des Gaules préfère Marsan et je 

partage cet avis. 

Ageio. ' Voyez Aceio. 

Agho . * 

Aldudes Voyez Bcrcorates. 

Alingcs Langon, sur la Garonne, chef-lieu d'un canton de 

l'arrondissement de Bazas, citée par Sidoine Apollinaire 
(Epist. L. VIII, 12). St Paulin mentionne YEcclesia 
Âlingonensis, dans une épitre à Delphin, évoque de 
Bordeaux, dont elle dépendait alors. Alingo existait depuis 
120, et peut-être dès l'époque gauloise. 

Des fouilles opérées dans des sépultures de l'Uot-des- 
Vases de Nalliers (Vendée), en mars 1872, ont amené 
des trouvailles dont M. Quicherat rend compte en ces 
termes (Mém. de la Soc. des Antiquaires de France, 
XXXIII, bull. 117) : 

« Le fond d'une fiole brisée portait une marque de 
fabrique empreinte en creux. C'est un médaillon, sur 
lequel on lit les initiales A. E., entourées de la légende 
A. V. M. CN. ALINGV. Il n'est pas facile d'expliquer les 
signes qui composent la plus grande partie de celte 
inscription. M. Bcnj. Fillon a conjecturé que le mol 
Alingu pourrait être l'abréviation de Alingonc ou 



A. CASTAING. — DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 237 

Alingonensis et s'appliquer au lieu de Langon, qui n'est 
pas éloigné de l'IIot-des-Vases. » 

Alingu n'est pas une abréviation, mais la l'orme du 
datif, servant d'ablatif, de la conjugaison gauloise en os ; 
il signilie à ou de Alingos, Langon. 

Il ne s'agirait pas de notre ville sur la Garonne, mais 
d'un village nommé Le Langon, situé à 12 kilom. de 
Fonlenay; or le nom et l'existence de cette localité, dans 
l'Antiquité, sont absolument inconnus. 

D'un autre côté, les mêmes fouilles ont donné des 
fragments de poterie rouge lustrée, portant quatre 
marques, dont l'une est MEDOLIS, laquelle rappelle le 
nom des Meduli, l'ancien peuple du Médoc, également 
riverain de la Garonne. 

Le tout a pu être transporté de là en Vendée. 

Mêla signale, à l'embouchure de la Gironde, une île 

que l'on disait flottante, parce qu'on croyait la voir 
monter ou descendre avec le niveau des eaux. D'Anville 
applique ce fait à l'îlot de Jau, provenant d'une déri- 
vation latérale à la rive gauche du lleuve, dont la trace 
reste dans les marais qui encerclent la commune du 
même nom. D'après M. Desjardins (Géogr. delà Gaule, I ), 
l'île d'Antros fut beaucoup plus étendue : son tracé, em- 
prunté à des caries de la lin du XVI e siècle, fait passer 
un bras méridional de la Gironde par la latitude de 
Lesparre, qu'il transforme en port; des altitudes de 4à 
10 m sont trop élevées, et puis, il y a, sur le parcours in- 
diqué, des ruines romaines et du Moyen âge. Il faut 
chercher le bras disparu de la Gironde plus au N., 
sur la ligne qui paît de Jau, se dirige d'abord au S., puis 
à PO., entre Vensac et Vendays, par des altitudes de 
2 mètres, à travers des marais, et aboutit à l'Océan, au 
point où sont les bains de Montalivel el poste de la 
Douane. Les recherches de M. l'abbé 1. an, sur le 

terrain du Médoc, montrent qu'un bras 1 Garonne, 
Mém. de la Soc. «l'Kthn. - 1. - 1884. 



238 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE. 

large d'un kilomètre, passait par le travers de Vendays- 
(cf. Sansas, Mém. de la Soc. des Antiq. 1875, bull. 117). 

Antros est exactement le canton de Saint-Vivien ; mais 
au N.-O., l'île s'étendait jusqu'à la tour de Gordouan, 
lorsque la passe de Grave n'était pas encore envahie 
par les eaux : cet état de choses existait au XI e siècle. 

Apiates C'est le nom que Dion (L. XXXIX, &Q) donne aux 

Sotiatcs, dont il raconte d'ailleurs les combats, le siège 
ou la reddition à Grassus, dans des termes fort voisins 
de ceux que César a employés. Il est inutile de les 
chercher ailleurs. On ignore par quelle erreur de copiste 
ou pour quelle autre cause Dion a fait ce changement de 
noms. 

Aquvae Augustse Nom des Aquse TarbelUcœ, dans Ptolémée : 

Aquae Convenarum. . Station de la voie de Dax à Toulouse, dans l'Itinéraire 

d'Antonin, à XVIII d'Oppidum novum, qu'on prend pour 
Nay, et à XVI de Lugdunum, qui est St-Bertrand de 
Comminges. On a proposé Bagnères-de-Bigorre, Capvern 
et Bagnères-de-Luchon. Ce dernier point doit être écarté, 
parce qu'il est au-delà de Lugdunum, et en dehors de la 
route de Toulouse. 

Capvern, où Ton a voulu mettre également les Thermes 
Onésiens de Slrabon, à cause de ses ruines romaines, est 
trop rapproché de Saint-Bertrand , pour répondre à 
l'indication de l'Itinéraire. 

Bagnères-de-Bigorre satisfait aux conditions de dis- 
tance. Le nom d'Aquse Convenarum lui appartient : tant 
que dura l'organisation d'Auguste, jusqu'au milieu du 
II e siècle, le Bigorre fut compris dans la circonscription 
des Convense. L'objection de Walckenaer, que le vrai 
nom de Bagnères-de-Bigorre serait Vicus Aquensis, repose 
sur une confusion. Ce dernier terme signifiant « ville 
d'Eaux » est appliqué à diverses autres localités, telles 



A. CASTAING. — DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 239 

que Baden, près de Zurich, et même Baden-Baden, d'après 
une inscription trouvée à Cologne (Sanctius ; Gruter, 
p. 267, n« 8). 

Acruae Siccae Station de la voie de Toulouse à Dax, dans l'Itinéraire 

d'Antonin, à XVI de Calagorris, et XII de Vernosole. Il 
semble que c'est un point entre Saint-Elix et Carbonne. 

Aquae Tarbellicae Dax, nommée longtemps Aqs ou Acqs, et dont la forme 

actuelle provient d'une ellipse, avec suppression de l'apos- 
trophe, dans la locution « la ville tVAqsi). 

L'emploi médicinal des eaux et des boues de Dax est 
antérieur à l'occupation romaine. La première mention 
en est due à Pline, qui travaillait sur les commentaires 
d'Agrippa, premier organisateur du pays (Hist. N. 
XXXI, 2). Au temps de Ptolémée, la localité portait le 
nom d'Aquœ Augustœ, (Huclata Augousta) ; ce titre im 
périal dura si peu, que l'Itinéraire d'Antonin reprend déjà 
la forme plus ethnographique d'Aquse Tarbellicae. 

Aquenses Habitants de la deuxième circonscription de la Provincia 

Novempopulana, dans la Notitia Provinciarum. Ce nom 
est évidemment emprunté à celui de la ville Aquse Tar- 
bellicae, qui en fut le chef-lieu. 

La circonscription comprenait : 1° tout l'ancien terri- 
toire des Tarbelliy de César ; 2° celui des Sibusates ou 
Marensin ; 3° celui des Cocosates ou Grande Lande ; 4° 
les Camponi, Pimpeduni et Bercorates qui liront le 
diocèse de Bayonne ; 5° les Sibyllates, rattachés plus 
tard au diocèse d'Oloron. 

Aauitani N° m générique de la première fraction des Gaulois. 

— Voyez Aquitania. 

Aquitani En lisant ce nom, au milieu de la nomenclature de 

Pline, et à la suite de rénumération des peuples de la 
seconde Aquitaine, on comprend qu'il s'agil (Y\n\ sous- 
titre commun aux vingt-huit peuples dont il précède 
l'indication et qui constituaient les habitants de l'ancienne 



2 4° MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE. 

et véritable Aquitaine. L'explication qui suit : « undè 
Domen provinciae » montre que l'auteur sait que ce sont 
!à les nations primitives, par opposition à celles qui ne 
sont qu'annexées. Il fait ainsi la preuve de son érudition 
et de son sens ethnographique. 

Mais, après les Vassei, qui clôturent la liste, il aurai! 
dû marquer la fin de cette catégorie. 

Aquitania Mon mémoire YAquit aine avant et jusqu'à l'époque de 

César discute les origines de ce nom. Il démontre que 
les étymologies tirées du latin, des langues celtiques et du 
basque sont également peu satisfaisantes. 

Le vice commun de ces systèmes est dans le choix 
défectueux de l'objet. Aquitan-ia est un dévivé'd' Aquitan-i, 
les Aquitains. S'il en était autrement, Aquitania aurait 
donné Aquitanienses en latin et Aquitaniates dans la 
langue locale. Il s'agit trouver la provenance du radical 
Aquitan. 

Par les Pyrénées, l'Aquitaine se trouvait en relation 
avec des peuples civilisés et écrivant l'histoire, Phéniciens, 
Carthaginois et Grecs, à une époque où, des autres côtés, 
elle était enveloppée de barbares, Ce n'est point par les 
Gaules que les Romains en eurent d'abord connaissance, 
mais par l'Espagne. Dès la deuxième guerre punique, 
Hasdrubal, Irère de Hannibal, se retire en Aquitaine, 
après avoir perdu contre Scipion la bataille de Caslulon 
(an 209 avant N. E.) ; le général romain fait éclairer ses 
démarches, par un corps d'observation placé dans les 
Pyrénées (Polybe, X, G. — Tite - Live, XXVII, 19,20). 
Les Romains connurent dès lors le nom de l'Aquitaine, dans 
la forme adoptée par les Espagnols ; ils lui donnèrent la 
consécration de leur langue administrative, d'où il passa 
dans la langue oratoire et historique : Aquitani, Aquitania 

t 

sont des formes espagnoles. 
On y remarque, avant la terminaison latine, le suffixe 



A. CASTAING. — DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIOUE. 241 

tan, si fréquent, en Espagne et dans l'Afrique septen- 
trionale, si rare ailleurs. J'ai montré qu'il répond à l'une 
des formes du pluriel berber et qu'il [provient de ce que 
les Berbers(à la suite sans doute des autres Libyens) ont 
peuplé l'Afrique du Nord et l'Espagne. 

Quant à la racine Aqui, laquelle peut probablement se 
ramener à Ak ou Agit, il est prudent de renvoyer les 
conjectures au moment où l'on aura réuni des éléments 
plus concluants que ceux que nous possédons. — Toute- 
tefois, on peut signaler dès à présent, à titre d'éléments 
de recherches : 

Ach (prononcez Akh) eau, en gallois ou cambrien ; 
Ach, race, lignée, descendance, en cambrien et armo- 
ricain ; 

Achadh, champ, ( 

, , ... , ,., ,. en Irlandais, 

Acliaidli, habitation, f 

lies Aquitains seraient les gens du pays. — Cf. ci- 
dessus Aceio. 

Aremorica, Armorica. On se plaît à répéter que l'Aquitaine se nomma jadis 

Armorique : c'est Pline qui l'a dit. On trouve, en effet, au 
livre IV, il, de Y Histoire naturelle, ce qui suit, au sujet 
de la Gallia Comata : « A Scaldi ad Sequanam, Belgica. 
Ab eâ ad Garumnam, Celtica, eademque Lugdunensis. 
Inde ad Pyrena?i montis excursum, Aquitania Aremorica 
anteà dicta. » Ici, Pline brouille et confond l'organisation 
administrative d'Auguste avec les divisions ethnogra- 
phiques de Jules César : il attribue à l'Aquitaine vraie de 
celui-ci, ce qui ne convient qu'à la fausse Aquitaine de 
celui-là. 

César et Ilirtius mentionnent les Armorica civitates 
(g. des Gaules VII, 75 et VIII, 31J ; l'énumération que le 
premier en donne montre que la désignation ne concernait 
nullement les peuples au sud de la Garonne : ...quaeque 
«corum consuetudine armorica.* adpellantur (quo sunt iu 



2 42 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE. 

numéro Curiosolites, Redones Ambibari, Caleles, Osismii, 
Lemovices [aliàs Nannetes] Veneti, Unclli. » Tout cela est 
Bretagne et Basse-Normandie. 

Armorique est un terme générique signifiant pays 
maritime : une partie de l'Aquitaine a pu recevoir ce nom 
des nations galliques. En bas-breton, ar-mor signifie la 
mer, et ar-mor-ek, la maritime. Villemerqué trouve avec 
raison, dans ce dernier mot, l'origine du nom d'Ar- 
morique. En effet, ek est l'affixe breton répondant à Viens 
latin, Vique français. 

Arpeninos Une inscription, encastrée au haut d'une muraille, sur 

le territoire des Onobrisates, a été relevée par Du Mège, 
qui la reproduit ainsi : 

ARPENLNO 

DEO 
BELEX BE 
LEXCONIS. F 

V.S.L.M. 

On a songé tout de suite à une divinité des montagnes. 
En bas breton, ar-penn signifie la tête et, par extension, 
la cîme des montagnes ; en gallois, pen, tête, et en 
irlandais, ben, montagne. 

On en rapproche la déesse Penina, citée par Servius et 
le dieu Peninus, connu de Tite-Live (XXI, 38) et men- 
tionné dans une inscription des Alpes (Guichenon, Hist. 
de la Savoie). La plaque de cuivre conservée au Grand 
Saint Bernard porte en tète IOVI POENLXO. Le nom de 
l'Appenin, le nom espagnol pena, et les termes aquitains 
penna, pinède, pinon, ont une même origine. 

IlexisteàRochemaure (Ardèche), dans une chapelle saint 
Laurent, une inscription où se trouve le mot Arepo. En 
la signalant, M. Wcscher (Mém. des Antiquaires de Fr. 



A. CASTAING. — DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 



243 



t. XXXV) fait observer qu'il l'a retrouvée, avec sa tra- 
duction, dans le Mss 2511 du fonds grec, f<> 60. Je mets 
en regard le texte lai in, la reproduction et la traduction 
grecques : 



SATOR 


Sator 


Ho Speirôn 


AREPO 


Arepo 


Arotron 


TENET 


Tenet 


Krateis 


OPERA 


Opéra 


Erga 


ROTAS 


Rotas 


Trochous 



Artahe 



Arepo signifierait donc la charrue ou le labourage. La 
forme a pu être légèrement modifiée, pour faciliter l'exé- 
cution de l'acrostiche carré que forme le texte latin : 
Arepennis, d'où vient Arpent, est un mot gaulois (Colu- 
mella, V, I) et il indique l'idée de labourage. 

, Divinité aquitaine dont le nom se retrouve dans une 
portion du canton de Saint-Bertrand , appelée jadis 
Artet, aujourd'hui Ardet. 

Saint-Pé d'Ardet possède une église du VI e siècle, dont 
le clocher est le donjon d'un château détruit : les mu- 
railles portent des sculptures romanes et même une frise 
attribuée à l'époque mérovingienne. Dans cette localité, 
ainsi qu'à Lourde, qui est à côté, on a trouvé les ins- 
criptions suivantes : 



A Saint-Pé 


A Lourde 


LEXIA 


DEO 


ODANX1 F. 


ARTAE 


ARTEHE 


T. PAVLI 


V.S.L.M. 


INIA.M 



Un troisième autel paraît confirmer la première forme 
du nom: 



244 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE". 

ART...IE DEO 
BONNEXV... 
ANANDI 

Y.S.L.M. 

Aspaluca, Aspalluga. Staiion de la route de Uœsaraugusta à Beneharnum, 

dans l'Itinéraire cTAntonin, à VII de Forum ligneum et 
XII û'Iluro. Marca pense qu'il s'agit d'Accous, qui 
possède encore le Capdulh, dérivé de Capitolium, droit 
de primatie, siège de T'autorité. Walckenaer place le 
point un peu plus haut, au Pont de l'Esquit. 

Atroa. Anic Grégoire de Tours (De gloriâ confess. 59), raconte un 

miracle qui se reproduisait, chaque année, dans une 
église située infrà terminum Vici Juliensis, dans le 
territoire du diocèse d'Aire. Les tombeaux de trois prêtres, 
qui s'y étaient succédé longtemps avant, soulevaient mé- 
thodiquement le sol, puis rentraient en place, pour 
recommencer l'année suivante. 

On avait pensé jusqu'ici qu'il s'agissait de l'église 
d'Aire, ou du moins de celle du Mas d'Aire, reste antique, 
comme il ressort du tympan du portail, qui conserve une 
sculpture attribuée au culte d'Esculape. 

M. Aug. Longnon (Géogr. de la Gaule au VI e siècle) 
dit qu'm/ra terminum indique les limites du diocèse et 
l'analogie des noms lui fait retrouver, dans Atroa, la 
commune d'Arue, canton de Roquefort. 

D'après des données fournies par Zeuss (gr. cclt.), 
l'idée d'habitation est rendue, en gaulois, par treba, d'où 
Atrebates (Cf. le latin tribus ; le gothique thaurp ; l'ir- 
landais moderne, treabh ; le gaélique, treubh, tribu ; le 
vieil irlandais "treba, ils possèdent, ils habitent/ Vi^il 
armoricain, treb, habitation ; gallois moyen et moderne, 
tref; comique, trev ; d'où la transition à treo (prononc. 
tréou), en breton de Léon, église succursale. Du lempsde 






A. CASTAING. — DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 245 

P. Duval ^1650), Arue portait le titre de grand Paropi. 
la grande paroisse. 

Pour des motifs qu'il serait trop long d'énumérer, je 
pense que le fait concerne l'un des sanctuaires de Roque- 
fort, dont le territoire a été distrait de celui d'Arue. 

Atur L'Adour. Le nom est donné par Tibulle (Eleg. I, 8) qui 

accompagna Messala, dans la conquête du pays (17 av. n. 
ère). Lucain (I, 420) lui inflige la terminaison latine, 
Atîtrus ; Ptolémée écrit Atouris , et Ausone (Parent. 4i 
Aturrus, pour achever un vers. La forme primitive, main- 
tenue par Vibius Sequester, diffère peu du nom actuel. 
En Basque, dour signifie aujourd'hui rivière, mais ce nom 
parait être étranger à la langue, qui avait our, eau. En 
bas breton et en gallois, dour signifie eau, et en irlandais 
rivière. 

L'école des Celtistes objecte que dour est une forme 
relativemeut moderne ; les Gaulois auraient dit dubr. 
Zeuss le veut ainsi, en ajoutant qu'en Gaulois, dur signifie 
forteresse. On se demande : 

1° Comment l'idée de forteresse peut expliquer l'emploi 
du radical dur, dans une multitude de noms de fleuves 
des Gaules Transalpine et Cisalpine, de la Grande Bre- 
tagne, de la Celtibérie et du Portugal. 

2° Si Zeuss a jamais su, à quelle époque dour a l'ait 
son apparition, et si l'on pourrait affirmer que ce radical 
n'existait pas à l'époque de César. Il est vrai que dur 
rend l'idée de force. 

Sous ces réserves, suspendons le jugement. 

Atura Voyez Attires. 

Aturenses, Aturensis diœcesis Huitième circonscription de la Provincia Novempopu- 

lana, dans la Noticia Provinciarum. Elle doit son nom à 
la ville d'Aire, Attires, chef-lieu du diocèse impérial. Elle 
comprend : 1° L'ancien territoire des Tarusates et des 
Latusates ; 2° Celui des Sennates ; 3° La lisière méri- 
Mém. de h» Soc. d'Ethn. — 1. — 1881. 32 



246 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE. 

dionale de celui des Osquidates Campes très. Son périmètre 
est reproduit par celui du diocèse ecclésiastique d'Aire, 
tel qu'il existait antérieurement à 1789 et qu'il est décrit 
dans la carte de P. Duval. 

Atures Aire-sur-1'Adour. Les deux noms, Atura et Attires, que 

Sidoine Apolinaire lui donne, dérivent de celui du fleuve 
Atur. La Notitia Imperii l'appelle Viens Julius, et 
Grégoire de Tours dit Vicus Juliensis : la tradition rap- 
porte ces termes au séjour de Jules César, qui s'y serait 
arrêté, pour recevoir la soumission des Aquitains (an 
51 av. n. ère), En tous cas, elle fut du nombre des villes 
Juliennes, auquelles César permit de prendre son nom, 
comme signe de son patronage. 

La tradition veut aussi qu'Alaric II, roi des Wisigoths, 
y ait transporté son gouvernement et publié son Code ou 
Breviarium, abrégé du Code Théodosien, avec une expli- 
cation claire. Le fait est que le Breviarium fut publié, 
dans le royaume wisigoth de Toulouse, le 2 février de 
l'an XXII du règne d'Alaric (an 506). L'exemplaire envoyé 
au comte Timolhée est daté d'Aire en Aquitaine, même 
année. Ce code est ce que le Moyen-Age qualifiait de 
Bréviaire d'Anian, parce que ce jurisconsulte y apposa sa 
griffe, en qualité de Grand Référendaire. Mais le comte 
Goiaric, préfet du palais, passe pour en être le rédacteur. 

Aturus Voyez Atur. 

Augusta Auch, d'après Ptolémée, Augousta. — Voyez Clim- 

berrum. 

Auscenses C'est le nom des Auscii, dans Sidoine Apollinaire. 

Auscii La formule Ausci, employée par César, Mêla, Pline et 

Ammien Marcellin, est une contraction, comme le prouve 
l'accusatif Auscius (Voyez ce mot). Les Grecs écrivent 
Auskioi, et la Notitia Imperii met Auscii. 

Au temps de César, le territoire des Auscii comprenait 
ce que l'on a nommé, dans les temps modernes, l'Arma- 
gnac Blanc, c'est-à-dire l'arrondissement actuel d'Auch, 



A. CASTAING. — DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 24} 

moins le canton de Vic-Fezensac, qui était aux Ehisates. 
Il faut y ajouter le canton de Valence, formant la partie 
sud de l'arrondissement de Condom et celui de Fleurance 
rattaché à l'arrondissement de Lcctoure. 

Auguste les agrandit considérablement, en leur anne- 
xant les Elusates, les Preciani, les Tomates, les Garites 
et partie des Garumni. C'est ainsi qu'Ammien put écrire : 
« Novempopulos Ausci commendant... » 

Sous Théodose et ses successeurs, ils rentrent dans 
leurs limites, mais en conservant les deux petits terri- 
toires des Preciani et des Tomates. C'est alors le diocèse 
primitif d'Auch, non comprise la circonscription des 
Elusates. 

On va répétant que le nom des Auscii est le même que- 
celui des Basques, lequel serait Eusk, ce qui n'est nulle- 
ment prouvé. Je me demande pourquoi les auteurs grecs 
auraient traduit ce mot Eusk, en Espagne par Ouaskones 
et en Gaule par Auskioi ; et pourquoi les Latins auraient 
dit Vascones et Auscii. 

Je ne saurais voir celte origine dans le mot Auscii, pas 
plus que dans Osca en Espagne; que dans les Osci d'Italie; 
que dans le nom d'Auscrocos, chel des Dumaci de Pro- 
vence, auquel appartient la médaille portant les lettres 
AVSC, que Lagoy avait attribué aux Auscii; pas plus en- 
fin que dans YOsca (Wysc) de la légende du roi Arthur 
(Mabinogion, 1^282). 

Auscius (Civitas) Auch, dans l'Itinéraire d'Anlonin, route de Bordeaux à 

Narbonne, et dans l'Itinéraire de Bordeaux à Jérusalem, à 
VIII de Vanesia et VI de Mutatio ad Sextum. 

Cette forme est l'accusatif pluriel de la déclinaison 
celtique en os. Elle signifie « chez les Auscii» en celtique 
Auscioi. Nous verrons plus loin Boius, dans les mêmes 
circonstances. La forme Parisius, chez les Parisiens, est 
classique. 



24& MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE. 

Il résulte de là que le pays parlait gaulois et non pas 
basque. 

Averanos Nom de l'une des divinités des Aquitains. 

Il y a, près de Melles, dans le canton de Saint-Béat, 
Haute-Garonne, sur la frontière d'Espagne, une montagne 
qui a retenu le nom d'Averan : dans l'un des torrents qui 
sillonnent ses flancs abruptes, et où l'eau ne coule qu'à la 
tonte des neiges, on a trouvé les restes d'un petit autel 
portant l'inscription suivante : 

AVERANO 

DEO 

IVLIASERGÏF 

PAVLINA 

V. S. L. M. 

Ce n'était sans doute pas une divinité absolument 
topique, ou du moins l'appellation se reproduisait ailleurs. 
Nous trouvons un village d'Averan, dans les Hautes- 
Pyrénées, entre Ossun et Lourdes, au pied de la montagne 
la plus élevée de cette région. 

Du Mège croit à une origine Kymrique du terme : en 
bas-breton, dit-il, aber ou aver signifie torrent, et en 
gaulois, ano veut dire alimentation : ce serait la divinité 
qui alimente le torrent. 

Mais il y a, dans les langues celtiques, une racine av, 
qui est la mèffie que la racine sanscrite ap, et qui signifie 
l'eau. De là les radicaux abr, avr, avar, ebur, evr. arv, 
yevr, qui entrent dans une foule de noms de cours d'eau 
des contrées celtiques: 

Avre (Somme et Eure). 

Aveyron. 

Arve et Aveyron (Haute-Savoie). 

Evre (Cher, Indre et Loire, Maine-et-Loire). 

Yèvre (Marne, Loiret), etc. 



A. CASTAING. — DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 249 

Les noms d'Avaricum, Bourges, Eburovices, Evreux, 
Eburoclunum, Yverdun, Eboracum, York et beaucoup 
d'autres n'ont pas d'autre origine. Il en est de même de 
l'Ebre, en Espagne (Iber) ; ce nom fut même donné au 
Rhin, comme Nonnus nous l'apprend, à deux reprises 
(Dionysiaques XXIII, 397 et XLIII, 747). Il semble que 
les radicaux dont il s'agit répondaient à l'idée de torrent, 
cours d'eau, et par conséquent ils n'ont rien à voir avec 
le bas-breton aber qui signifie un amas d'eau, un havre. 
Sous cette réserve, le dieu Averanos est probablement la 
divinité des torrents. 

En comique, aber signifie gouffre : en cambrien, c'est 
aper. 

Baicorix L'un des dieux des Aquitains, comme il résulte de di- 
verses inscriptions votives, dont la principale provient de 
Huos, arrondissement de St-Gaudens (Musée de Toulouse, 
cippe en marbre blanc, m 38) : 

BAICORI 
XO DEO 
V E R N Y S 
SERANI 

. V . S . L . M . 

Le territoire des Convènes en a fourni deux autres, dont 
la conservation est moins parfaite. 

Ce n'était pas sans doute une divinité locale. Du Mège 
la retrouve dans les Pyrénées Occidentales, âOloron, avec 
une quatrième inscription : 

BAICORIXO 
DEO 
C . SE V, 
EX VOTO 



25° 



Barhosa. 



MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE, 



Si l'on admet, avec les archéologues, que RIX, dernière 
syllabe du nom, a le sens de roi, de puissant, il reste 
pour le radical BAICO, dont le sens est inconnu. Toute- 
fois, une inscription de Balesta, Haute-Garonne, fournit 
la forme BAICORISO. 

On peut se demander si, du côté des Convènes, ce nom 
a produit celui du Bigorre, et à PO. celui du pays de 
Baigorry. L'identité résulterait de ce que la forme latine 
de ce dernier nom est tantôt Baigorria et tantôt Biguria. 

. Au Moyen-Age, Barossa, maintenant la vallée de Ba- 
rousse. On rapporte à ce pays le surnom que se donne 
Sabinus, dans l'inscription suivante, trouvée à St-Béat et 
déposée au Musée de Toulouse : 



A B E L L 1 N I 
DEO 
SAB1NVS 
BARIIOSIS 
V . S . L . M . 



Basabocates 



Bascei. 



Il n'est pas douteux que Pline, en mettant ce peuple à 
la suite des Latusates, des Osquidates campestres et des 
Sotiates, eut l'intention de désigner le pays dont Bazas 
était le chef-lieu. Le nom est composé de ceux de 
Vasates et de Vocates prononcés à la gauloise. — Voyez 
ces noms. 

. L'une des divinités des Aquitains, comme il résulte de 
l'inscription suivante, trouvée sur le territoire de Melles, 
canton de Saint-Béat. 



BASGEIA 
NDOSSO 
A N D X 
VS 
V.S.L.M. 



A. CASTAING. — DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 



2 5' 



Basert. 



Du Mège y voit un monument élevé par Andoxus à 
Basceiandossus. Mais Andossus est un nom ou plutôt un 
surnom fort répandu dans l'Olympe aquitain. Ici, c'est 
l'Andossus de Bascei, c'est à dire du val et du col de Bas- 
soues, qui sont à une faible distance. 
• A Huos, près de la Broquère et du lac de Barbazan, sur 
la route de St-Gaudens à Bagnères-de-Luchon, il existait 
une chapelle connue sous le nom de N. D. de Basert. On 
y a trouvé un autel portant gravés une amphore, un san- 
glier et l'inscription suivante : 

BAESER TE 

DEO 
H A R B E L E X 
II A R S I F. 
V.S.L.M. 



Begerri. 
Belendi. 



Le sanglier est un emblème gaulois. 

Voyez Bigerri. 

A la suite d'Henri de Valois, on a cru devoir placer à 
Belin, aujourd'hui chef-lieu de canton du département de 
la Gironde, ce peuple que Pline seul a mentionné. On 
verra ci-après (V. Belinos) les titres de cette localité : 
l'opinion a été renforcée par les trois types de monnaies 
gauloises que Lagoy et La Saussaie lui ont attribué. 

La circonscription aurait compris la plus grande partie 
des territoires composant le canton actuel de Belin, qui 
possède aussi Beliet ; les cantons de Préchac et de Saint- 
Symphorien, dans le même département, et ceux de Son' 
et de Pissos, où l'on trouve Belhade, dans les Landes ; l« i 
tout en pays Vasate et Boien. 

Mais la nomenclature de Pline, IV, 3, place les Belendi 
en pleine région montagnarde, entre les Onobrisates et le 
Saltus Pyrenceus. La dernière de ces circonscriptions 
étant la partie sud-orientale du département de l'Allège 



252 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE. 

ou l'arrondissement de Foix, avec les cantons adjacents 
du département de l'Aude, la place des Belendi est dan s 
l'arrondissement de Pamiers, séparé de celui de Foix par 
la chaîne des monts Plantaurel, et qui rejoint les Onobri- 
sates, en passant par dessus les Convenœ, que Pline est 
dispensé de citer, parce qu'il les a déjà nommés. 

Ce pays étant, à proprement parler, le bassin de l'IIers, 
il faut joindre, dans le département de l'Aude, le canton 
de Belpech, qui fit partie du diocèse de Mirepoix, distrait 
de celui de Toulouse par Jean XXII. En effet, le_chef-lieu 
de ce pays est appelé par Froissard « Bellepuich, la pre- 
mière ville fermée du comté de Foix ». Entre Belpech et 
Mirepoix, s'étend la vaste forêt de Belène, aménagée pour 
la fabrication du charbon. 

Il est établi (ch. I. et au mot Cebennœ) que l'Aqui- 
taine s'étendit à l'E. jusques aux Corbières occidentales. 
La limite, s'éloignant de ces montagnes, à la hauteur de 
Fanjeaux, se dirige au N.-O., en circonscrivant le bassin 
de l'Hers jusqu'à son confluent avec l'Ariège, où elle ren- 
contrait le territoire des Garumni, fondus ensuite, de ce 
côté, avec les Tolosates. La limite passe ainsi près de 
Castelnaudary, pays des Tascodunitari, que Pline, III, 4, 
donne comme limitrophes de l'Aquitaine, et aussi, près 
d'une station de la voie de Toulouse à Narbonne, dite 
Fines, que l'on croit être Pesquière et qui marquait 
l'angle N.-O. de la Province Romaine. 

Belinos On rapporte à ce nom la médaille ci-après (Planche, 

4); 

Tête de Pallas casquée, à gauche, avec un collier de 
perles. 

r). — . ELINOC. Cheval libre galopant, à gauche ; des- 
sous, une corne d'abondance. Grenetis. Argent. - Le B 
a disparu par suite de la mauvaise position du métal sur 
le flan. 



A. CASTAING. — DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 253 

On y joint les deux médailles suivantes. — Planche, n° ô. 

1. BIILNOC. Tète d'Apollon Belenus ; la chevelure, 
retenue sur le front par un bandeau d'où sort une cou- 
ronne de laurier, tombe en mèches roulées sur le cou ; 
le tout dans un grenètis. 

^. — Cheval, au repos, à gauche. 

2. Même légende et même tête ; un carnyx ou clairon 
des Gaulois ; le tout dans un cercle tressé. 

fy — Cheval libre au repos, dans un temple distyle. 

Nous empruntons à M. de la Saussaie (Revue ih' 
Numismatique, 1851) les observations suivantes : M. 
Hucher, du Mans, avait voulu attribuer ces médailles à 
un pagus de sa province, dont il n'est pas question avant 
le VIII e siècle. M. Duchalais a justement remarqué que, 
sous le rapport du style et de la fabrique, elles ont un 
caractère méridional qui justifie très bien l'attribution 
qu'en a faite M. de Lagoy, qui en fut le possesseur. 

Le savant numismate les donne aux Belendi de Pline. 
On trouve, dans plusieurs titres du Moyen-Age, Belinum, 
et Pons Belini, pour le passage de la Leyre à Belin. «Le 
nom de cette ville permet de supposer qu'elle est sous le 
patronage de Belenus, l'Apollon gaulois si bien connu par 
l'inscription souvent citée : APOLLINI BELENO. L'effigie 
du dieu était donc très naturellement placée sur l'un des 
côtés de la monnaie des Belindi, comme de l'autre la 
jument du soleil, symbole de la déesse Epona, n'était pas 
moins à sa place. » Sous toutes réserves, quant aux 
Belendi. 

Le modèle paraît fourni par le type de la tête d'Apollon 
sur les médailles consulaires, et notamment sur celles de 
la famille Calpurnia. — Mais le caractère est moins dur. 

J'ajouterai aux informations de M. de la Saussaie : 
que le nom d'Apollon et celui de Belcn paraissent venir il'' 
la même source ; 

Que Belin fut probablement un lieu important dan> 

Mém. de la Soc. J'tilin.— 1. — 1884. 33 



254 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE. 

l'antiquité. On y voit des traces de voie romaine, et un 
grand tumulus conique, entouré de fossés et dominé par 
les restes d'une tour énorme qu'habita Eléonore 
d'Aquitaine. On prétend que ce fut le lieu de sa naissance, 
et de celle du Prince Noir. 

Belisama Saint-Lizier, jadis Couserans, capitale des Consorani, 

possède, sur le Salât, un pont du XII e ou du XIII e siècle: 
dans l'un des piliers est encastrée une inscription ainsi 
conçue (Leçon d'Oïhénart) : 

MINERVAE 
BELISAMAE 

SACRVM 
0. VALERIV 
MONTANV 

D'un autre côté, on a découvert en 1822, à Vaison, 
pays desVoconces, l'inscription suivante, qui est gauloise, 
en caractères grecs : 

CEIXMAPOC 
OYILLONEOO 
TOOYTIOTC 
NAMAYCATIC 
EIwPoY BHAH 
CAMI COCIN 
NEMHÏON 

« Segomaros, fils d'Ouillonos, magistrat de Nimes, a 
élevé à Belesama ce temple. » En effet, Belesami est le 
datif gaulois de Belesama. 

L'identité de Minerve et de Belisama ne fait point de 
doute, en tenant compte des caractères locaux, lesquels 
ne pourraient être déterminés qu'à la suite de longues 
études dont les éléments font défaut. 



A. CASTAING. — DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 25^ 

Quant au nom même, c'est bien vainement qu'on en a 
cherché la source dans le sanscrit, le grec ou le gaulois. 
Belisama est un terme phénicien. M. l'abbé Barges 
(Recherches archéologiques sur les colonies phéniciennes 
établies sur le littoral de la Celtoligurie, p. 31 et s.) 
montre la parenté de ce nom avec celui de Baalsamcn , 
qu'on lit dans les vers puniques de Plaute (Pœnulus, V, 
2, v. 05) ; puis avec le Beslvxpw de Sanchoniathon 
(Eusèbe, Prépar. év. I, G) qui est traduit par « le 
maître du ciel » ; mais surtout avec celui de 
Baaleth Schamaïm, la maîtresse du ciel de l'olympe 
phénicien , appelée Melekheth ha-Schamaïm , la 
reine des deux, par le prophète Jérémie. L'illustre 
savant rappelle que le rapprochement a été fait, il 
y a déjà deux siècles et demi, par Selden (De dis Syris, 
p. 24G, De Astoreth, Syntag. II, c. 2) qyi attribue ce 
surnom à Minerve et à Junon et l'assimile à la BaaiXeia 
B/?>.T£ç de Mégasthène et à la Boùfaç d'IIésychius. 

Ainsi, le nom de Belisama signifie la reine des cieux ; 
et il n'en faut pas davantage pour démontrer qu'une 
divinité des Phéniciens a pénétré en Aquitaine, où elle 
fut assimilée à Minerve. 

ftehaoctxoc, dans Ptolémée, est le nom d'un point 
maritime en Bretagne. 

Belsinum Station de la roule tfAginnum à Lugdunum Conrr- 

narum, dans l'Itinéraire d'Antonin, à XII de Climberrum 
et XXIII de Lugdunum. Wakkenaer signale Bères ou 
Bellegardc, près de Masseube ; la commmission de la 
carte des Gaules incline pour la ville elle-même. 

Ce nom rappelant celui de la Baise, Balisa, je pense 
que la station devait être plus à l'ouest et près de la 
petite Baise, vers le lieu dit Montcassin. 

Cf. Belsa, la Beauce ; Bclsonaeum, Itin. Ant., dans les 
Ardenncs ; Belisia en Belgique. 



256 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE. 

Benarnnm, Benearnom et Beneharnum. Station de l'Itinéraire d'Antonin, à XIX iïAqux Tar- 

bellicœ et XVIII d'Oppidum novum, sur la route de Dax à 
Toulouse ; à XII d'Iluro, sur la route de Saragosse à 
Beneharnum. 

Longtemps, on a cru que c'était Lescar. Mais Lescar 
fut bâtie, en 980, par Guillaume Sanche, sur l'emplacement 
d'une vieille forêt : elle est éloignée de la voie romaine 
indiquée par l'Itinéraire et dont on a retrouvé les traces ; 
enfin, les distances ne concordent pas avec sa position. 

Walckenaer, Géog. des Gaules, II, 403-7, établit com- 
pendieusemeni que Beneharnum dut occuper l'emplacement 
où l'on voit une vieille tour, près de Maslacq. Toutefois, 
la situation de Lagor, qui est un peu plus au sud, 
répondrait mieux aux mesures de l'Itinéraire. 

Benarnenses Septième circonscription de la Provincia Novempopu- 

lana, dans la Notitia provinciarum. Elle doit son nom à 
la ville de Beneharnum, mais la forme est déjà corrompue. 
Elle comprend les territoires des Monesi, des Succasses, 
des Lassuni : cet assemblage répond au diocèse ecclésias- 
tique de Lescar. 

Pline donne seul le nom de ce peuple, et il le place 
entre les Camponi et les Pimpeduni : situation qui convient 
à la Basse-Navarre, entre le Labourd et le Baztan. 

Bar, ber, signifie sommet, hauteur ; en gaélique, 
montagne ; cor, gael. veut dire cercle : La région est 
circonscrite de tous côtés par des montagnes, et il y a 
une dépression vers le centre, jusques à Sainl-Jcan-Pied- 
de-Port, l'antique Imus Pyrenœus. 

Je cite pour mémoire Carasa (voyez ce nom), dont la 
forme avait quelque rapport avec l'autre. 

La partie la plus curieuse de la Basse-Navarre est un 
territoire qui s'avance en Espagne, ayant à l'E. le val 
Calsos, à l'O. le val du Baztan, limité au S. par la frontière 
entre le pic de Lohiluz et celui de Lindux, et touchant 



A. CASTAING. — DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 257 

au N. le pays de Baigorry, selon une ligne allant du pic 
d'Adorea à celui de Ilansa. Les Aldudes,ln\ est le nom du 
principal village ; mais c'est aussi celui d'une des 
branches originaires de la Nive, celui d'une chaîne «le 
montagnes, et enfin de la région toute entière. C'esl 
même par celui-ci qu'on a commencé ; les Espagnols 
disent Montes de Alduides : l'application à la Nive et au 
village est relativement récente. 

Le Mémoire du licencié Huarte sur les Aldudes 
constate que le pays fut primitivement inhabité : en 1356, 
date de la première charte connue, on n'y voyait que les 
cabanes de bergers qui venaient y séjourner en automne, 
pendant la saison des glands. Le droit de dépaissance 
était de 6 blancs par tête de bétail, perçu au profil du 
roi de Navarre, et après la dislocation, au profit du roi 
d'Espagne. Y étaient admis : en France, les seuls troupeaux 
du district de Baigorri (espagn. Baiguer) ; en Espagne, 
ceux des vallées du Baztan, du Burguete, de Ronceveaux 
et d'Anuc ; et enfin, ceux du val d'Erro, qui étaien 1 
exempts de la redevance du Quinto real, ce qui pourrait 
faire croire à une occupation antique. 

Oihénart fait entendre que les Espagnols ne cessaient 
d'empiéter sur le droit des Français ; les auteurs espa- 
gnols affirment le contraire. En 1794, un combat assez 
vif en donna à la France la possession, qui a été confirmée, 
depuis 1814, par les diverses rectifications de frontières. 

Pendant tout le Moyen-âge et jusqu'au XVII e siècle, 
pays fut le rendez-vous de nomades étrangers aux localités 
voisines et dont le langage était incompréhensible aux 
populations celtiques. Les Aldudes étaient « le pays d< j - 
étrangers. » 

Le scholiaste de Juvénal (VIII. 234) dit ce qui suit : 

« Allobroga) Galli sunt ; ideo autem dicti AI coga;, 

quoniam broge agrum Galli dicunt, alld au! iliud ; 

dicti igitur quia in alio loco fuerunt translati. > ieuss 



258 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE. 

adopte cette solution ; il compare le nom d'Alsace (Alisati, 
Alisatia, Sedes aliéna, terra romana a Germanis occu- 
pata) et il ajoute que le cambrique a formé de la même 
façon Alldud, étranger, originaire d'un peuple étranger. 
(In leg. alldut, alldud, alienigena), non camber, ctplu- 
rimis locis alltud). En effet, tut sigifie peuple ; et aile 
irl., ail, cambr. et corn, veut dire autre. Dans le Lib. 
Landegav, p. 216, on lit: Betir alltudion, tombeau des 
étrangers. Alltudion est le pluriel à'Altudi. 

Bersinum Station de l'Itinéraire d'Antonin, dans une route de 

Climberrum à Bersinum, avec XII de distance. Le 
troisième terme faisant défaut pour indiquer la direction, 
l'on a supposé que c'était la même chose que Besinum. 
Cependant Walckenaer propose Bergïnatz. 

Besinum Station de la Table Theodosienne, route de Bordeaux à 

Naibonne, à X d'Elusa, XII de Gliberre. Walckenaer, 
d'après les distances, indique St-Paul-de-Baïze et la com- 
mission de la carte met Vie Fezensac. 

Bigerri & Bigerriones Ce sont les habitants de la plaine de Tarbes, depuis le 

pied des montagnes, de Lourdes à Bagncres, jusqu'au 
confluent de l'Adour et de l'Arros. Les limites sont à l'O. 
celles du Béarn ; au N., celles de l'Estarac ; à l'E., le 
Magnoac et le Nébousan ; au S., le Lavedan. Au temps de 
César, c'est le Bigorre propre ou du Nord, augmenté de 
la Rivière Basse, de St-Sever-de-Roustan et de la Viguerie 
en Béarn (Oihénart, Notitia ; Marca, Hist. de Béarn, 
I, 11). C'était donc la partie ouest des arrondissements 
de Tarbes et de Bagnères. 

Chez les Bigerriones de César et les Begerri de Pline, 
il n'y avait ni montagnes, ni pays froids : « L'air, dit 
Marca, est fort doux et tempéré et l'aspect de la plaine 
est des plus agréables de Gascogne. C'est donc à tort 
que Merula avance le contraire, d'après le terme biger- 
rica palla. » Les étymologies basques basées sur la 



A. CASTAING. — DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 259 

même idée ne sont pas moins ridicules. Peut être y a-t-il 

quelque rapport avec le nom du dieu Baïcorix, dont 

le culte paraît s'être étendu sur ces contrées (Voyez ce 

nom). 

Dans l'organisation d'Auguste, les Bigerriones sont 

annexés aux Convenœ. Séparés par les successeurs de 
Constantin, ils absorbent les Vellates et forment la 

Civitas Turbo, (Voyez ce nom). 

Bigerritani Voyez Bigerriones. 

Bigorra Voyez Turba. 

Bilindi Voyez Belendi. 

Bilinos Voyez Belinos. 

Bipedemui Voyez Pimpeduni. 

Bituriges Vivisci On suppose que ce peuple, venu en Aquitaine à 

une époque inconnue, serait une fraction des Bituriges 
Cubi, lesquels étaient fixés dans le Berry. Ils occupaient 
Bordeaux et sa banlieue. Située alors, comme aujourd'hui 
sur la rive gauche de la Garonne, cette ville appartenait 
à l'Aquitaine. Sa banlieue occidentale en était, à plus 
forte raison ; si les Bituriges s'y superposèrent à une po- 
pulation aquitaine, ils ne poussèrent leur envahis- 
sement que jusqu'à 25 kilomètres à l'Ouest. On trouve 
en effet, sur ce méridien, la Croix de Hins, dont le nom 
est une corruption de celui de Fines, limite des terri- 
toires biturige et boien : le changement du f en h 
prouve la présence de la race aquitaine. 

Au nord, l'extension des Bituriges ne dépassa pas 
Macau, qui était alors Noviomagus ; au sud, elle n'atteignit 
pas Stomalas ou Saint-Médard-d'Eyran. 

En somme, leur territoire sur la rive gauche se bor- 
nait aux cantons de Bordeaux, Pessac et Blanquefort. 

Le surnom de Vivisci que l'on a voulu rattacher à des 
idées de vivier, de pêche, provient de l'indication de 
Ptolémée Omêia/.ot, et de quelques inscriptions. Pline 
écrit Ubisci, et Ausonc, Mosell. 138 : Vivisca gens. 



MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE. 260 

Boates & Boiates C'est le nom du peuple inscrit au sixième rang, dans la 

Notitia Provinciarum : l'ordre de ce document n'étant 
pas topographique, il n'y a pasrà s'occuper de la situation 
que le texte lui assigne. Il s'agit de l'ancien pays des 
Boit, qu'Auguste avait réuni au territoire des Bituriges 
Vivisci ; une Notice de la Bibliothèque de Thon, citée 
par Duchesne, porte : « Civitas Boatium, quod esl 
Boius, in Burdigalensi ». Ici, Boius est pour Civitas 
Boius, forme gauloise dont on trouve l'analogue dans 
la Civitas Auscius, de l'Itinéraire d'Antonin. 

Le terme provient du nom des Boii, par l'addition de 
la terminaison ates, chère à l'Aquitaine. La forme primi- 
tive était Boiates, comme il ressort de l'inscription sui- 
vante, du Musée de Bordeaux : 

D M 

SATVRN1 
NI PRIVATI 
IVLIA MA 
SMA VXOR 
LOC VCVM 

DPNAVIT 
CLVES BOIAS 

AN XXXVII 

La circonscription des Boates comprenait le Born qui 
avait appartenu aux Cocosates, le Buch des Boii, et une 
partie du Médoc. Elle prenait au nord du bassin d'Ar- 
cachon et remontait jusqu'au ruisseau qui passe à Levi- 
gnacq. Ce périmètre comprend aujourd'hui : dans les 
Landes, le canton de Mimizan, plus St-Julien et Levi- 
gnacq ; et celui de Parentis, moins Ichoux ; dans la 
Gironde, les cantons de Belin, la Teste et Audenge, et 
l'arrondissement de Lesparre. 



A. CASTAING DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 26 1 

Bocco La divinité Bocc ou Bocco n'est pas locale, puisqu'elle 

a laisse des souvenirs sur des points séparés par d'assez 
grandes distances. A Bouccou, en Sauveterre de Nébousan, 
il a été trouvé deux inscriptions : l'une par Scaliger, à 
Aulon, à 20 kil. de Bouccou, l'autre par Rivalz : 

BOCCO BOCCO 

IJAROVSO HARAVSO 

M. VAL NI 

FVSCINVS M. VAL 

V. S.L.M. FVSCVS 

V. S. L. M. 

Au nord de Tardets, dans la Soûle, la plus haute col- 
line (795 mètres) est couronnée par une chapelle do la 
Madeleine. Dans le mur de cet édifice, est encastré un 
autel de marbre blanc portant une inscription que l'on 
croit se rapporter à la dédicace du lieu à une divinité 
dont le nom est resté inconnu. 

FANO 

HERAVS 

CORR SE 

H. E. SACRVM 

G. VAL ; VALERIANVS 

Depuis Oihénart, qui publia ce monument, on n'a pas 
réussi à l'expliquer. On voit pourtant qu'il s'agit d'un 
fanum ou enceinte sacrée et d'un dieu Heraus qui doit 
être le même que Bocco Iïaraus ou Harauso. 

Il est a remarquer que les trois inscriptions proviennent 
de la famille Valcria. 



Boiates 
Boii 



Voy. Boates. 

On s'est imaginé que ce nom désigne une nationalité. 
Les uns la veulent Gallique ; Amédée Thierry la croit Kim- 

Mém. de la Soc. d'Ethn. - I. — 1884. 34 



2^2 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE. 



rique : « leur nom, dit-il, d'après l'orthographe grecque et 
latine, prend les formes de Boii, Boghi, Boghii et Boci; 
or Bwg et Bug, en langue kymrique, signifient ter- 
rible et leur radical est Biv, la peur. Déplus, nous avons 
signalé tout à l'heure en Italie un peuple des Boïes, pre- 
nant le nom générique et paraissant être une colonie de 
ces Boïes transrhénans » (Hist. des Gaulois, inlrod.L.v). 

Le fait est que l'histoire montre au moins cinq peuples 
de Boii, don[ on ne sait retrouver la parenté, dans la forêt 
Hercynie, en Bohème, en Aquitaine, dans la Cisalpine, 
chez les Eduens, sans compter les Tolisto-boïes d'Asie. 
On les voit plus souvent associés aux expéditions des 
Galls qu'à celles des Kimris et rien ne montre que ceux 
de l'Aquitaine, qui nous intéressent, relèvent de l'un des. 
autres groupes. Puisque le nom de Boii est un qualificatif 
honorable pour un peuple barbare, rien ne s'oppose à ce 
qu'il ait été adopté dans chacun des groupes composant la 
famille gauloise. 

La parenté des Boii d'Aquitaine avec ceux de la 
Bohême, de la forêt Hercynie, de la Norique et de la 
Cisalpine n'est donc nullement démontrée, et l'opinion 
qui les met à l'avanl-garde des Bituriges Vivisques ne 
peut invoquer la plus légère probabilité historique. 

Si les parentés ethniques pouvaient se baser sur des 
étymologies, comme celles que donne Amédée Thierry, je 
serais plus disposé à retrouver en eux les congénères des 
Voeates, dont le nom n'est que l'une des formes du leur. 
En tout cas, ils avaient les mœurs du pays qu'ils habi- 
taient, comme en témoigne saint Paulin, dans sa 3 e épitre 
à Ausone : 

Et malis piceos describere Boios. 

On verra, par ce qui concerne les Meduli, que l'industrie 
de la résine s'étendait sur tout le littoral. 



A. CASTAING. DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 263 

Leurs limites étaient celles qu'on a déjà vues chez les 
Boutes, qui sont le même peuple. 

Boïus (civitas) ou Boios. Station de la voie de Pampelune à Bordeaux, dans 

l'Itinéraire d'Antonin, à XII de Losa et XYI de Burdigala. 
Walckenaer désigne Bougés, près de la Teste. Bouges est 
le sobriquet des habitants d'une partie du pays : la tra- 
dition le rattache à la même origine que Buch, et ce serait 
un souvenir des Boit. Mais ces noms, ainsi que celui de 
la Teste, ont une autre provenance. En second lieu, la 
Teste est à plus de 50 kil. de Bordeaux et l'Itinéraire 
n'en veut que 35. 

La Commission de la Carte indique L'IIospitalet, au 
dessous de Belin et Beliet, sur la route n° 132. En effet, 
il est inutile de passer à la Teste, pour se rendre à 
Bordeaux. 

Entre Belin et le Barp, se trouve un point de partage 
des eaux, où dut passer la limite des Boii : c'est peut- 
être là qu'est le lieu cherché. 

Bonis est un accusatif du pluriel gaulois, répondant au 
latin Boios. On parlait donc gaulois dans ce pays. 

Bucconis Relai de la route d'Auch à Toulouse, dans l'Itinéraire 

d'Antonin et dans celui de Bordeaux à Jérusalem, à VII de 
Hungunvero et VII de Ad Jovem. Il y a, dans ces pa- 
rages, une forêt de Bouconne célèbre, au Moyen-âge, par 
la visite de Charles VI ; dans sa frayeur, ce roi fit vœu de 
fonder l'ordre de l'Espérance. La mesure des distances 
porte la station à l'O. : Walckenaer la met à Empeaux, 
qu'il prétend être voisin du bois de Bouconne. La 
Commission de la Carte préfère l'Isle-en-Jourdain, plus 
près de la forêt. 

Le lieu était sans doute consacré au dieu Bocco. — 

_, , ~ , Voyez ce nom. 

Calagorgis Calagor- J 

ris et Galagurris . . . L'Itinéraire d'Antonin mentionne cette localité, sur la 



264 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE. 

route à'Aquse Torbellicœ à Tolosa, à XXVI de Lugdunum 
et XVI d'Aquis Siccis. D'Anville a cru que c'était Cazères ; 
Walckenaer propose Saint-Martory. Du Mège veut que ce 
soit Martres Tolosanes ou bien un lieu situé entre cette 
ville et la Garonne, où l'on trouve des ruines antiques : 
Calagoris y aurait été bâtie par les Espagnols, sur l'empla- 
cement d'une bourgade gauloise que la tradition appel- 
lerait Angonia. Il invoque une inscription ainsi conçue : 

PRO SALVTE IMP. 
CALAGVRIS 
SACERDOTE 

Après avoir mis en suspicion l'authenticité de ce monu- 
ment dont la forme est singulière, les éditeurs de la 
Nouvelle Histoire générale du Languedoc disent que la 
localité était probablement Saint-Cizy, sur la rive gauche 
de la Garonne, à A kilomètres au nord de Cazères : il y a 
là un petit oppide, où l'on trouve des débris romains et 
celtiques, plus une vaste sépulture récemment explorée. 

Cette localité et même celle de Cazères sont trop 
éloignées de Lugdunum et les environs de Martres semblent 
mieux répondre aux distances. Tel est aussi l'avis de la 
Commission de la Carte. 

Entre Martres et Saint-Martory, est Mancions qui s'ap- 
pelait Mancipium, au Moyen-âge, A côté, Boussens est 
tête de ligne ; de plus, le confluent du Salât et celui de la 
Noue donnent à ce lieu une certaine importance qui avait 
déterminé les Bénédictins â se prononcer pour le hameau 
du Fourc. 
M. de la Saussaie confirme l'attribution proposée par 



A. CASTAING. DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE . 26^ 

Lagoy, d'une médaille portant ce nom, à un roi ou chef 
des Vasates (Planche, n° 3) : 

C0S1I. Tclc imberbe couverte d'un casque ailé, tournée 
à droite. — r) CALITIX. Cavalier casqué, galoppanl à 
droite, la lance en avant : « L'époque de l'émission de 
notre médaille doit être très rapprochée, sinon contem- 
poraine de l'invasion des Romains, comme l'indique sa 
fabrique semblable à celle des deniers consulaires, aux 
types de Rome casquée et des Dioscurcs. » Il ajoute que, 
généralement, les médailles ont d'un côté le nom d'une 
ville, d'un peuple ou d'un pays, et de l'autre celui d'un 
personnage. Ici COSII, c'est Cossio : la maladresse du 
graveur et les altérations que produit le passage d'une 
langue à une autre, expliquent la différence : « Plus on 
avance dans l'étude des monnaies de la Gaule de César, 
plus on se pénètre de cette vérité. » 

Cambri Voy. Cimbri. 

Gamponi Pline, le seul auteur qui mentionne ce peuple, lui assigne 

sa place entre les Sibyllates d'un côté, et de l'autre les 
Bercorates et les Pimpcdunni . Cette situation est celle de 
la terre de Labourd, qui est l'arrondisscmeni de Rayonne 
sauf quelques localités du N. E. : en France, le pays 
touche à la Rasse-Navarre et à la Soûle ; en Espagne, à la 
partie du Guipuzcoa qui appartint jadis à l'Aquitaine. 
Rayonne esta l'extrémité N. : au centre, se trouve Cambo, 
encore célèbre par ses eaux minérales ; la population 
actuelle, qui est exclusivement basque, reconnaît que ce 
nom est étranger à son idiome ; on suppose qu'il est 
d'origine celtique. 

La situation élevée de Cambo dut se prêter à un 
système de défense. À deux kilomètres au S. E., on trouve, 
dans une presqu'île, que forme le cours de la Nive, une 
vaste enceinte délimitée par des ouvrages en terre et 



266 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE. 

pouvant contenir vingt mille combattants. La tradition y 
voit un camp de César. Mais les visiteurs érudits, et spé- 
cialement M. de Quatrcfages, ont reconnu que ce camp 
fait partie d'un ensemble de fortifications antérieur a 
l'époque historique. 

Annexés par Auguste aux Tarbelli, ils y sont restés. A 
la fin du VI e siècle, les Basques envahirent le pays et se 
fixèrent dans la partie sud. On ne voit pas quelle in- 
fluence politique ils y ont exercée. 

M. Ch. Muller (sur Denys Periégèle) émet la conjec- 
ture que les Camponi pourraient être les Cempses dont 
il est fait mention au vers 328 de Denys : 

Ke^/j/ot S oi voaovai vftanioàa. ïlvpr t vaLOV. 

De son côté, Aviénus dit : Ora Maritima, 495. 
Cempsi atque Sœfes arduos colles habitant 
Ophiusce in agro. 

M. Muller croit qu'Ophuissa est Œaso, c'est-à-dire 
Oyarzun (Voy. Œaso). Là est l'erreur : Ophuissa est la 
presqu'île de Dénia, au sud de Valence. 

D'après Aviénus, le plus ancien habitat des Cempses est 
au nord de Cadix, dans le pays Cynétique, aujourd'hui les 
Algarves ; puis il les montre auprès du détroit de Gibral- 
tar, dans la province de Valence, et au pied des Pyrénées- 
Orientales. S'ils ont jamais habité le côté occidental des 
Pyrénées, l'histoire n'en dit rien. Leurs migrations si- 
gnalent des peuples Libyens, plutôt que Celtes. 

Carasa Station de la roule de Pampclune à Bordeaux, dans 

l'Itinéraire d'Antonin, à XII d'Imus Pyrenseus et XIX 
tfAquœ Tarbcllicx. Ce point est occupé par Garris, auprès 
de Saint-Palais, selon Marca et d'Anville. La Commission 
de la Carte veut que ce soit Saint-Palais môme. 

Casinomagus Ce nom évidemment gaulois est celui que la Table Théo- 

dosienne donne à une station située à XV de Cliberre et 



A. CASTAING. — DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 2Ô7 

XIX de Tolosa. Par suite d'une erreur de lecture (XXIX 
au lieu de XIX), d'Anville fait un détour et propose 
Lombez accepté par la Commission de la Carte : Walcke- 
naer veut que ce soit Cazeaux, sur la Save. Ces localités 
ne satisfont pas au calcul des distances; il faut se placei 
au nord de la voie d'Antonio ; on trouve ainsi Casse- 
marlin cl Calonvielle, aux environs desquels fut le point 
frontière des Garites, des Ausci et des Garumni. Le mot 
casi paraît avoir signifié limite. 

On trouve un Cassinomagus, Chassenon, département 
de la Charente, canton de Chabannais, sur la limite de 
la Marche, de l'Angoumois, du Périgord et du Limousin. 

Cebennae ^ ans ^ es langues celtiques, le thème dont ce mot est 

dérivé rendait l'idée de montagnes intérieures, soulèvement 
central, ossature du pays, a Les Cefns sont encore les 
chaînes monlueuses de la Cambrie, qualifiées d'échinés, 
épines dorsales, dans la langue des vieux Celles ; c'est le 
même mot que nos Cevenncs. » (II. Martin, Étud. d'ar- 
chéologie, p. 43 et G8). En bas breton, comme en gallois, 
Kevn, Kefn et Kein signifient dos, et par extension, quille 
de navire. 

Quant à l'Aquitaine, Cebennœ indique les Corbières 
occidentales, chaîne perpendiculaire aux Pyrénées : elles 
s'étendent du S. au N., entre les bassins de l'Aude et de 
l'Hers, jusqu'au canal du Midi, près de Fanjeaux. Elles 
furent la limite S. E. de l'Aquitaine, comme le remarque 
Strabon (IV, 1), qui les nomme Kepiievov opoç, ainsi que 
les Cevenncs actuelles; son intention n'est pas douteuse, 
puisqu'il déclare : 1° qu'elles se détachent à angle droit 
des Pyrénées; 2° qu'elles renferment les sou nos de l'Aude, 
de l'Orbe et de l'Hérault. Sa formule reproduit sans doute 
une locution de l'époque. 

Le nom de Corbières ne paraît pas dans les auteurs de 
l'Antiquité : la racine en est celtique Corp, en irlandais 



2Ô8 MEMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE. 

et en gaélique d'Ecosse, corf en gallois et en bas breton, 
signifient corps, masse ; chez les Aquitains, le mot corres- 
pondant parait avoir désigné les massifs de montagnes. 

De là les Corbières, le village de Corbière, et la Terre 
privilégiée de Kercorb, Cheircorb, Quièrecourbe. 

V. Belendi et Saltus Pyrenœus. 

Cinibri, Cimmerii Cambri, Cymry, Kimri. — On connaît le système 

d'Amédée Thierry, dans lequel tout cela fait un. Pour le 
combattre, on allègue l'opinion contraire de Zeuss. J'ai 
aussi étudié la question. 

Ordinairement exact, au point de rester terre à terre, 
Zeuss a voulu se passer un quart d'heure de fantaisie. 
Une page de son gros livre est consacrée à insinuer que 
le nom cambrique Cymro, au pluriel Cymry, est pour 
Cy-bro. « 11 est composé, dit Zeuss, delà préposition can, 
en composition cyn (con) et du substantif bro, brog terre; 
pris adjectivement, il signifie un compatriote, un pays » 
dans le sens populaire. Je passe les dérivés féminins 
Cymraes, Camaraes, Cymrag. « Très antiques exemples, 
ajoute le maître, si les Romains avaient pu les entendre ; 
mais sans doute, ils sont nés après l'invasion des Saxons.» 
Qu'en sait-il ? Après tout, il ne le prouve pas. 

Zeuss se moque agréablement du lecteur. Il serait pos- 
sible, à la rigueur, que Cimber et môme Camber vînt de 
Cyn-bro, mais à une condition : c'est, que Cyn-bro ait 
existé : Zeuss n'a pu l'établir. Jamais on ne voit la lettre 
b dans les formes locales, celtiques, du nom du peuple 
Cambrien. Le b y est latin : si l'on en trouvait quelque 
exemple non emprunté au latin, il faudrait nous dire 
comment ce b a pu tomber pour produire la rude sé- 
quence mr, de Cymro et ses dérivés. Zeuss admet, il est 
vrai, la chute du b entre liquides cambriques ; mais il n'en 
peut trouver d'autre exemple que le nom du fleuve Amyr, 
qui est en Vindélicie, à trois cents lieues de la Cambric : 



A. CASTAING. — DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 269 

ce terme est transformé en Amber, dans l'Itinéraire 
d'Anlonin, par raison d'euphonie latine. A côté de celte 
assimilation aussi lointaine que contestable, Zeuss cite 
Garnirai pour Camdubr, ce qui n'a aucun rapport avec la 
question, et enfin amyl, nombreux, qu'il prétend venir de 
l'irlandais imbdi, ce dont on se permet de douter. 

Zeuss avait un bon exemple à citer : c'est l'armoricain 
Kenvro et, Kcnvroad qui vient, en effet, de Kcn-bro, com- 
munauté de terre. Il n'a eu garde : on lui aurait demandé 
pourquoi le b, conservé en armoricain (par l'équivalent v) 
serait tombé en cambrique : l'un et l'autre dialecte pro- 
cèdent de môme en ce cas, et disent, par exemple, ar- 
varkh pour ar-markh, à cheval. 

Le groupe mbr paraît être d'origine grecque et latine ; 
cette dernière langue l'a certainement introduit dans les 
populations celtiques où il esl si fort en usage. 

En entendant le pluriel Cymry, les Grecs se plurent à 
l'allonger en Kiduepuii} les Latins plus concis firent 
Cimbri. Les deux mots ne sont qu'un : Strabon el Plu- 
tarque l'affirment, et l'on ne peut supposer qu'ils ne 
savent ce qu'ils disent. 

Tous ces termes dérivent évidemment de Gomer, 
que la Table des peuples (Genèse, X) donne pour fils de 
Japhet, c'est-à-dire pour le peuple le premier organisé de 
la famille Japhétique, donl il est fait mention dans les 
plus anciens monuments assyriens, sous le nom de Gomri. 

Gliberre Station de la voie de Tolosa à Burdigala, dans la table 

Théodosienne, à XV de Casinomagus et XII de Besinum. 
C'est Aueh. Voyez Climberrum el Eliberrc. 

Glimbirrum et Cliumbermm Station de la voie à'Agimum a Lugdunum Convenarum, 

à XV de Lactura et X de Belsino, dans l'Itinéraire d'An- 
tonin. C'est la même que Cliberre q\ Civitas Auscius des 
autres itinéraires, Auch. 

L'orthographe de ce nom a donné lieu a de grandes mé- 

Mém. «le la Soc. d'Ethn. — I. - 1881 35 



270 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE. 

prises. P. Mêla écrit Cliumberrum ; Hermolaùs Barbants, 
l'ayant lu Eliumbermm, crut devoir le rattacher aux 
Elusates qu'il confondait avec les Ausci, comme il le 
déclare. D'Eliumberrum, il fil Elusaberris, qu'il expliqua 
« ville des Elusates », s'imaginant que berris signifiait 
ville ; puis, il identifia ce nom avec celui d'Illibcris qu'il 
retrouvait dans la Bélique et dans la Narbonnaise, Cette 
fantaisie fut le point de départ de toutes les aberrations 
des modernes. 

Gronovius a vérifié le fait : onze codex des plus anciens 
de Mêla et les meilleures éditions précédentes lui don- 
nèrent la leçon Cliumberrum ( Notx in P. Melam). De 
son côté, Vossius (ad P. Melam observaliones ) en cons- 
tata l'existence dans le Codex Vaticanus ; or ce manus- 
crit étant le texte primitif, que tous les autres ont copié, 
la question est jugée. 

C'est donc Cliumberrum qu'il faut lire dans Mêla. Seu- 
lement, reprend Vossius, le vrai nom était Climberrum, 
comme l'écrit l'Itinéraire d'Anlonin, et dont se rapproche 
le Cliberre de la Table Théodosienne. 

Gocosates Ce nom répond à ce que l'on nomme aujourd'hui 

Grandes Landes, Born et Marensin. C'était une confédé- 
ration de six peuples, si c'est là ce que Pline entend par 
le surnom de Sexsignani qu'il leur donne. 

Auguste, qui les supprima, donna aux Tarbelles le 
territoire répondant aux cantons Tartas-ouesl, Arjuzanx, 
Sabres et nord de Castets ; aux Bituriges, qui le rendirent 
plus tard aux Boates, le Born, c'est-à-dire les cantons de 
Mimizan et Parenlis. 

On croit que leur nom a survécu dans le sobriquet de 
Couziots, donné encore aux gens de la Grande Lande. 

Gœquosa Station de la roule de Dax à Bordeaux, à XIV d'Aquse 

Tarbellicss et XVIII de Tellonum, dans l'Itinéraire d'An- 



A. CASTAING. DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 27 I 

tonin. D'Anville prétend que la forme Coequosa esl altérée 
et il propose de la remplacer par Cocosa, ce que les Mss. 
n'autorisent point ; il place la localité à l'entrée du Ma- 
rensin, dans la région de Mimizan. Walckenaer indique 
Caussèque, en raison d'une consonnance fortuite, le terme 
signifiant chaux sèche. M. Tarlière préfère Le Souquet, au 
N. E. de Lcsperon, en sorte que la voie ne serait pas 
celle des étangs du littoral, mais celle dont on a trouvé 
les vestiges près de la roule 432 ; cela renverse les données. 
La Commission de la Carte des Gaules adopte Mimizan 
et nous nous y tenons. 

Consoranni Ce peuple n'a pas été mentionné par César, parce 

qu'alors déjà il était compris dans le territoire que 
Pompée avait assigné à la cité des Convènes. Il n'eut donc 
pas à traiter avec Crassus. Pline, qui a déjà nommé leurs 
voisins immédiats, les inscrit à la suite des Vellatcs. 

Après Auguste, qui maintint leur annexion aux Con- 
vènes, ils continuèrent d'avoir pour chef-lieu Lugdunum 
Consorannum, nommée ensuite Couseran et Saint Lizier, 
ville qui paraît avoir entretenu des rapports avec les popu- 
lations puniques de l'Espagne. Voyez Belisama. 

Le pays bien délimité qu'ils habitaient recouvra l'auto- 
nomie, par l'organisation des successeurs de Constantin ; 
depuis lors, jusqu'à la Révolution, il forma la vallée et le 
diocèse de Couseran. 

Gonsuaranni Pline (III, 4) mentionne ce peuple comme occupant une 

portion des montagnes de la Narbonnaise, à côté des 
Sordons (Sordcs). Ceux-ci habitant le Roussillon, les 
Consuaramii auraient occupé le S. du comté de Foix, 
Saltus Pyrenœus, ou les sources de l'Aude. 

Pline ne les a pas confondus avec les Consoranni, qu'il 
savait n'être pas limitrophes des Sordons. Il faut conjec- 
turer que ce fut primitivement le même peuple aquitain : 



2)2 MEMOIRES DE LA SOCIETE D ETHNOGRAPHIE. 

seulement, la portion située à TE. du cours de l'Ariège 
fui envahie successivement par des étrangers, Ligures, 
Galls, Teciosagcs, et il s'y forma une population mélangée, 
où l'élément gallique parait dominer et qui traite de 
Gascons, Carres et Houères les gens de l'autre côté de 
l'eau (Ad. Garrigou, Éludes sur le comté de Foix, t. II, 
p. 67j. 

Ce pays fut annexé de bonne heure à la Province ro- 
maine. Auguste en détacha la fraction occidentale et 
purement aquitaine, Consoranni, le Couseran, pour 
l'annexer aux Convenœ, chez lesquels était la grande 
route d'Espagne, abandonnée plus tard. 

Quant à la portion orientale, le nom déjà corrompu, 
en Consuaranni, ne tarda pas à se perdre, laissant la 
place à l'expression géographique de Salins Pyrenœus, 
que Pline a recueillie. (Voyez ce nom). 

Convenae Après la mort de Sertorius, les troupes de ce grand 

partisan se dispersèrent. Une partie évita les poursuites 
de Pompée, en traversant les Pyrénées, et se portant dans 
les vallées de la Neste et de la Garonne, où elles rançon- 
naient le pays des Onobrisates et des Garumni. Pour en 
finir, Pompée, qui avait hâte de retourner à Rome, où il 
voulait jouir des honneurs du triomphe, jugea d'une 
bonne politique de composer avec ces insoumis, et il leur 
octroya la paix, en les imposant au territoire qu'ils occu- 
paient et qui fut incorporé à la Province Romaine. 
C'était une conquête de plus. 

Ainsi se forma le peuple des Convenœ, dont le nom si- 
gnifiait des hommes venus de toutes parts. St Jérôme, dans 
la diatribe Adversùs Vigilantium, qu'il composa en une 
nuit, décrit en quelques mots tous ces faits: 

« Nimirùm respondet generi suo, ut qui lalronum et 
convenarum nalus est semine, quos Pompcins, domitâ His- 



A. CASTAING. — DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 273 

panià et ad triumphum redire festinans, de Pyrenœi jugis 
deposuit et in unum oppidum congregavit, undè et Con- 
venarum urbs nomen accepit : hucusque latrocinet contra 
Ecclcsiam Dei, et de Veclonibus, Arrevacis, Celtiberisque 
descendens, incurset Galliarum ecclesias, porlet nequa- 
quàm vexillum Grucis, sed insigne Diaboli. » 

Il résulte du texte que le territoire assigné à ces ma- 
landrins fut celui de Lugdunum. Gomme cet oppide reçut 
bientôt le droit latin, ses possesseurs, qui adoptèrent les 
mœurs delà métropole, s'imposèrent aux pays voisins peuplés 
d'Aquitains, et grâce à la faveur eonstanle du gouverne- 
ment, ils étendirent au loin leur domination. Leur pros- 
périté fut grande, si l'on en juge par le nombre des mo- 
numents de toute sorte dont le sol de ce pays est jonché. 

Dépendant dès lors de la Province Romaine, et proba- 
blement incorporés dans les auxiliaires de César, ils 
n'eurent pas à s'armer contre Crassus, et ils ne pa- 
raissent pas au nombre des Aquitains qui traitèrent, après 
la bataille de Juliac. 

Auguste développa encore leur puissance : Lugdunum 
devint le centre de l'une des quatre divisions de l'Aqui- 
taine, et on leur adjoignit les Bigerrions, les Consoranni, 
et une partie des Garumni. 

Sous les successeurs de Constantin, la Civitas Con- 
venarum perd les Bigerrions et les Consoranni. Il lui reste 
les territoires qui ont formé le diocèse ecclésiastique 
de Saint-Bertrand. Savoir : l'arrondissement de Saint- 
Gaudens dans la Haute-Garonne, les quatre vallées dépérir 
dant de l'arrondissement de Bagnères-de-Bigorre, et la 
vallée d'Aran, jusqu'aux sources de la Garonne. 

Gosiict Cossio(Vasatum). Bazas, capitale des Yasatcs. Ptolémée l'appelle Raxatov, 

Qvxiapiwj n Txohç C'est dans Ausone (Epicictis, XXV Ni 
que le nom a été pris : Cossio Vasatum. Mais Mine lire 



2 74 MEMOIRES DE LA SOCIETE D ETHNOGRAPHIE. 

de Bordeaux à Jérusalem l'appelle Civilas Vasatas, et la 
Notice des Provinces met Civitas Vasatica, qui s'applique, 
d'ailleurs, à tout le territoire. 

Nos numismates admettent, en outre, que le peuple de 
ce lieu portail le nom de Cosii, et ils donnent à l'appui 
la médaille de Calitix : Voyez ce nom. 

Crassus V oyez Adietuanus. 

Gyrary Voyez Cimbri. 

Ebromagas ou Ebromanus C'est ce dernier nom qu'Ausone (Epist, 23 ) donne à la 

villa de Saint Paulin : 

Eccc tuus Paulinus adest ; jàm ninguida linquit 

Oppida Iberorum, Tarbellica jàm tenet arva. 

Ebromani jàm lecta subit. 

Vinet et Marca placent cette localité à Embrau, au-delà 
de Blaye ; maison est làen pays Santon, et Paulin, qu'on 
croit y être né, ne serait ni Aquitain, ni Bordelais, ce qui 
est contraire à la vérité. 

Les Bénédictins, historiens du Languedoc, proposent 
Hebromagus, qui paraît être Bram, entre Castelnaudary 
et Carcassonne : le lieu ne saurait convenir. 

Enfin, M. Dezeimeris a conjecturé qu' Ebromanus pour- 
rait être la ville retrouvée en 1871, au lieu dit Bapteste, 
dans la commune et à trois kilomètres au N. de Mon- 
crabeau, sur la Baïse. La magnificence du monument, 
qui paraît avoir été construit au II e siècle, répond à la 
fortune de Saint Paulin, laquelle était immense. D'ailleurs, 
Bazas, berceau de sa famille et où son père était né, n'est 
qu'à 60 kilomètres de Moncrabeau, soit à deux journées 
de marche. 

Eliberre Leçon adoptée, depuis 1753, pour le nom de la station 

située à XV de Casinomagus et XII de Besinum, dans la 
Table Théodosienne. C'est Auch. La vraie leçon est Cli- 
berre, comme l'ont lu les graveurs de 1598,1682 et 1728, 
ainsi que Welser, dans la Scheda posterior : alors la dé- 



A. CASTAING. DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 275 

chirure du parchemin n'avait pas atteint la première 
lettre du nom. Celle l'orme concorde avec les données de 
Mêla et de l'Itinéraire d'Antonin. — Voyez Climberrum. 

La leçon Eliberre n'a d'autre but que de trouver une 
origine basque ou ibérienne, qui établisse une confusion 
avec le nom û'Iliberris. — Examinons ce dernier. 

Il y a une ville d'Elne située dans les alluvions du Tech, 
près de la Méditerranée et divisée en ville haute, autour 
de l'église, et en ville basse, Tour-Bas-Elne. Hérodote 
appela celle-ci Pyréné (II, 33) et ce nom n'était pas oublié 
au temps d'Avienus : 

In Sordiceni cespilis confinio, 

Quondam Pyrene, civilas Dilis Laris, v. 556 7. 

On sait que tous les Gaulois se disaient issus de Bis 

(Pluton, la Terre. — César, G. des G., VI, 48). Quant au 

terme Lar, il signifie seigneur, dans la langue maternelle 

d'Avienus, qui était Toscan. 

Celle ville de Pyrene, n'est autre qullliberis ou Elne. 
Polybe (L. XXXIV, dans Athénée VIII) appelle ïkifiepviç le 
fleuve qui l'arrosait et lui donnait son nom ; l'ayant visitée, 
il déclare que la populationdu pays est celtique, ce qui esl 
vrai, du moins à la surface. Tile-Livc (XXI, 241 écrit 
Jliberis. Slrabon est plus explicite : « Ex (xev ttk Rvpwni 
</?£ Poucr/ivtov y.a.1 o lllifivppiç, noliv eyjuv o^ojvju.ov s/.xzepo^ 
aurwv. Les villes avaient pris le nom des cours d'eau ; cela 
montre ce que vaut l'élymologie basque de Ville-Neuve. 

Mêla (II, 5) entre dans les détails historiques : « Vicus 
Eliberri, magnœ quondam urbis tenue vestigium. » Pline 
(III, 3) abrège Mêla : a Ilibcrris, magnœ quondam urbis 
tenue vestigium. » Le texte de cet auteur Fournil les 
variantes Illiseberre, Eliscbcrre et Jli/birris. 

Enfin, dans Plolémée, le Tech se nomme Ï).).£gio--. 
Il y a, dans l'ancienne Bétiquc, une autre ville du même 



2~j6 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ d' ETHNOGRAPHIE. 



nom, qui devint Elvire, près de Grenade : illiberi, quod 
Liberini » (Pline, III, \). Celle-ci est rappelée par des 
inscriptions avec la formule Jlliberritani, ainsi que par 
deux médailles que M. Boudard a publiées et qui portenl 
le nom ibérique, Ilbarkhm. La tête, barbue dans 
l'une, frisée dans l'autre, et le cavalier à la lance de 
toutes deux, ont le type romain ; mais la légende se rat- 
tache à l'art sémitique. La première lettre est Yiod ren- 
versé de l'alphabet phénicien, la troisième provient du 
beth, les autres ont passé par le grec. M. Boudard fait 
observer qu'il faut lire Ilibarakhm, c'est-à-dire que les 
voyelles faibles sont absentes, ce qui est le caractère 
propre de l'orthographe dans l'écriture dite sémitique. Le 
suffixe m est la marque du pluriel masculin ; et, en effet, 
la légende Ilbarakhim est le nom des habitants d'Ilbarakhah, 
ou Elibarakah, la bénie de Dieu (c. à d. Dieu l'a 
bénie). Rien de plus raisonnable : toutes les villes 
antiques d'Espagne furent fondées ou reconstruites par 
les Phéniciens, les Carthaginois, les Grecs, au milieu de 
rustiques peuplades qui possédaient tout au plus des 
oppides ou des refuges en cas de guerre. 

M. Boudard signale un grand nombre d'autres médailles, 
où les noms des villes sont suivis des terminaisons Khm, 
Khn, ou Kn. Le suffixe n est la marque du pluriel dans 
les langues libyques ; en Berber, il supplée l'adjectif et 
transforme les noms de lieux en noms de peuples. Le k 
ou le kh peut appartenir au radical ; mais, le plus sou- 
vent, c'est la prononciation forte de l'aspirée qui est le 
signe du féminin phénicien, prononciation habituelle en- 
core chez les Berbers. Or les Libyens ont peuplé toutes les 
côtes de la Méditerranée, jusqu'en Sicile (Cf. V Aquitaine 
avant et jusqu'à V époque de César; et Origines et Migra- 
tions des Berbers). 

Cette double influence, phénicienne et libyenne, incon- 



A. CASTAING. DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE 



■Il 



leslablc dans la Xarbonnaise, paraît avoir traversé la 
Garonne; il y a des indices sur la rive gauche de ce 
lleuve. 

Toulefois, Iliberris pourrait être une ville gauloise ; à 
plus forte raison Elibcrrc ou plutôt Cliberre et Climber- 
rnm, chef-lieu des Ausci. 

Eliumberrum Vovcz Climbemm. 

Ellarona . . . j Y Ih(ro 

Elloro ' 

Ellorona (Givitas) et Elloronenses. Holornenscs, Loronenses; Civitas Ellorona, Ellorensis, 

Olorcnsis. Tous ces noms viennent de ceux de la ville 
Ihiro. — Voyez ce nom. 

Cette circonscription politique, formée par les succes- 
seurs de Constantin, parait n'avoir compris d'abord que 
le territoire des Osquidatcs montant, c'est-à-dire les val- 
lées d'Ossau, Aspe, Barelous et Iosbaig, avec la plaine des 
gaves jusqu'à Sauve terre et Navarrenx. Celait, au Movcn- 
Age, la vicomte d'Oloron. 

Plus tard, au Xle siècle (1000 et 1074), les évoques 
d'Oloron se firent céder, par violence, la Soûle qui dé- 
pendait du diocèse de Dax. — Voyez Siby liâtes. 

Limites : au S., l'Espagne ; à l'E., la Civitas Turba ; 
au N. E, les Denarnenses ; à l'O., la partie des Aqueuses 
qui devint diocèse de Bayonne. 

Elusa ,. Eauze devait exister au temps de César, puisque ton 

nom paraît avoir servi à former celui du peuple de la 
circonscription. Ce n'était pas seulement un oppide, ni un 
lieu de réunion passagère, mais une ville relativement 
considérable cl riche. 

Elle est marqué sous la nom de Civitas Elusa dans 
l'Itinéraire d'Autonin, Elusa seulement dans l'Itinéraire 
de Jérusalem et la Table Théodosienne. A l'époque de ce 
dernier document, elle était la métropole de L'Aquitaine 

troisième ou Novempopulanic. 

Mémoires de la Soc. d'Ethn. — I. — I884. 36 



278 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE. 

Détruite par les Normands, elle fut rebâtie â l'O. dr sa 
situation primitive : celle-ci garda le nom de Cieutat et 
fut le siège d'un archiprêlré jusqu'en 1789. « Le nom de 
Cieutat, dit Marca, étant demeuré à un certain espace de 
50 arpents de terre labourée assis près la petite rivière de 
Gélise, où l'on découvre toujours, en labourant la terre, 
plusieurs riches masures de marbre, des vieux bâtiments, 
avec quelques anciennes monnaies romaines. » 

Les monnaies sont d'argent d'un assez grand module ; 
•elles portent une tète barbare et un cheval ailé ou sans 
ailes. 

Elusaberris Voyez Climberrum. 

Elusates Au temps de César, le peuple d'Eauze avait au N., les 

Solicites; à l'O., les Tarusates ; au S., les Succasses et 
les Preciani ; â l'Est, les Auscii. Leur territoire compre- 
nait : dans le Gers, les cantons de Cazaubon, partie Est : 
ceux d'Eauze, Aignan, Nogaro, Plaisance, Riscles, Vic- 
Fezensac et partie de Montréal, soit l'Armagnac noir. 

Englobés par Auguste dans les Auscii, ils retrouvèrent 
'l'autonomie sous les successeurs de Constantin. Leur 
civitas ou diocœsis s'agrandit de la partie Sud du terri- 
toire des Sotiates. 

Elusatica (Civitas) Voyez Elusa, Elusates. 

Fines Station de la voie de Burdigala à Argentotnagus, à XV 

(ÏAginnum et XXIV d'Ussubium dans l'Itinéraire d'An- 
tonin, XX iïUssubium dans la Table ïhéodosienne. 
Selon Walckenaer, c'est la Marque près de Tonneins ; 
d'après la Commission de la Carte, ce serait Aiguillon, 
.toujours sur- la rive droite. 

Mais Fines, qui indique un poste frontière, est aussi 
l'un des noms du Mas d'Agenais, Mansio, étape sur la 
rive gauche. A ce propos, on s'est même demandé si les 
Nitiobriges ont réellement possédé la partie de l'Agenais 
qui devint l'évèché de Condom. Les auteurs du Diction- 



A. CASTAING. DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 2JQ 

nuire archéologique des Gaules pensent que ce poinl 
mérite un éclaircissement*. — Voyez Nitiobriges et Ussti~ 
biitm. 

Forum-ligneum Station de la voie de Cœsaraugusta à Benearnum, dans 

l'itinéraire d'Anlonin, à "V de Summus Pyrenœus et Vil 
d'Aspallnga. Ce dernier étant Accous ou un poinl des 
environs, Forum-Ligneum est Urdos, de l'avis de tous les 
critiques. 

Gaites, Gaiites & Garites Dans l'ordre des Commentaires de César, ils sont entre 

les Eluscites et les Auscii. Ces deux derniers peuples étant 
séparés par un méridien, les Garites n'étaient point entiv 
eux, mais au nord et au-dessous surtout des Auscii. 

Divers noms de lieux rappelleraient leurs souvenirs. 
Gariès, dit Jouglar (Notice sur les limites de la Narbon- 
naiseet de la Novempopulanie, dans les Mém. de la Soc. 
archéol. du Midi, t. \U) est un village sur le Lambon, où 
la tradition met remplacement d'une grande ville 
antique. On y a trouvé quelques débris et des cavités cir- 
culaires rappelant la forme des habitations gauloises. 11 y 
a un tumulus, au lieu de Bordcnave, sur les limites de 
Bouillac et de Gariès. 

De l'autre côté du Lambon, au lieu dit Neyrole, on a 
trouvé, dans la commune de Mas-Grenier, une enceinte 
circulaire et une statuette de Mercure. 11 est vrai que ce 
poinl faisait partie du domaine Tectosage et de la Province 
romaine, au temps de César. Garac et Garganville ont 
aussi conservé le nom antique. 

Absorbés dans les Auscii par l'organisation d'Auguste, 
les Garites reparaissent plus tard sous le nom de Lac- 
twates : le nom ethnique avait fait place à celui du chef- 
lieu administratif. 

La circonscription comprend l'arrondissement de Lee* 
toure dans le Gers; plus les cantons de Lavit-de-Lomagne 
et de Beaumont, sauf la Rivière de Verdun; en un mot. 



2S0 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE . 

l'ancienne vicomte de Lomagne. 

La Commission de la Carte des Gaules affirme qu'il 
faut lire Gales. Tous les manuscrits, dit-elle, portent 
Gates, Gaiiles et Garles, jamais Gariies. Nipperdei adopte 
la première de ces formes, parce qu'il l'a trouvée dans 
cinq manuscrits, dont trois sont les meilleurs que l'on 
possède. Accordé ; mais alors, que penser de l'élymologie 
basque (gora, hauteur) ? Elle était déjà suffisamment ri- 
dicule. 

Garonna Voyez Garumna. 

Gartes Voyez Gariies. 

Garumna Garonne et Gironde. On a prétendu tirer ce nom d'un 

mot celtique garv qui signifierait rapide et d'aven, eau. 
En bas-breton, garo, et garv veut dire âpre, raboteux et 
gwar courbe. Je ne vois pas comment on tirerait de là 
l'élymologie de Garumna : l'origine doit être différente. 
Dans une lettre de Symmaque à Ausone, on trouve 
Garunda, forme nouvelle qui doit avoir servi d'achemine- 
ment à celle de Gironde. 

L'orthographe de l'Itinéraire de Bordeaux à Jérusalem, 
qui esL aussi celle de Grégoire de Tours, Garonna, a pro- 
duit la forme actuelle. 

Zeuss (v. p. 735) trouve dans Garumna une forme ana- 
logue à certaines formes latines, telles que Vertumnus, 
Tolumnus. Il est porté à le dériver de gromna qui se 
trouve dans la vie de Saint Bertin (Bolland, sept. II, 602), 
avec le sens de lieu marécageux et herbeux. De son côté, 
Ducange montre le mol gromna, fréquent dans les auteurs 
anglais et irlandais. En France, il devient gronna et 
produit le terme de terre gronnelle (lettre de Philippe VI, 
1335), lieu marécageux. 

Garumni Il semble que, dans les temps antéhistoriques, ce nom 

fut donné d'une façon plus ou moins vague, aux Aqui- 
tains habitant la vallée du fleuve, depuis son origine 



A. CASTAING. 



DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 



28l 



jusqu'au confluent du Tarn. De nouveaux, venus, Ligures, 
Celles et Teclosages, les refoulèrent vers le sud et l'ouest ; 
les Romains prirent, pour la Province, la meilleure part 
et donnèrent aux Convènes le haut pays. 

Au temps de César, les Garumni conservaient le lerri- 
loire répondant au Bas-Comminges, et à la partie du 
Languedoc comprise dans le diocèse de Rieux et dans le 
sud de celui de Toulouse. (Cf. Marca, Hist. de Béarn, 
I, 3, VI et VII). Ce périmètre renferme l'arrondissement 
de Lombez, la plus grande partie de celui de Muret, ainsi 
que la portion de l'arrondissement de Saint-Gaudens située 
sur la rive gauche de la Garonne et de la Neste. J'y joins 
le canton de Fossal, Ariège, qui fit partie du diocèse de 
Rieux et comprend le bassin de la Lèze. 

Absorbé par les Tolosates et les Convènes, sous Auguste, 
le territoire paraît avoir été rattaché ensuite à la Province 
Romaine. 

Garunda Voyez Garumna. 

Gates Voyez Garites. 

Harous, Harauso, Heraus Voyez Bocco. 

Hebromagus Voyez Ebromagus. 

Holorna Voyez Iluro. 

Holornenses Voyez Elloronenses. 

Hungunnerum Hungunnuerum (Mutatio). — Relai de la route de 

Bordeaux à Narbonne, dans l'Itinéraire d'Antonin, à VI 
de Mutatio ad sextum et VII de Mutatio Bucconis. Il 
paraît devoir être placé aux environs de Gimont, où 
D'Anville croit reconnaître son nom dans celui de Giscaro, 
parce que l'Itinéraire de Bordeaux à Jérusalem écrit 
Hungtinuero qui se lit aussi Hungun verro. La Commission 
de la Carte signale Triches dans les mômes parages. 

Illiberris Voyez Eliberre. 

Ilixo Uixo ou Lixo fut une divinité dont le culte fut pratiqué 



282 



MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D ETHNOGRAPHIE. 

dans la vallée de Ludion, qui lui doit son nom ; c'est 
ce que montrent les inscriptions ci-après, les deux pre- 
mières trouvées par d'Orbessan à Bagnères-de-Luchon, la 
troisième à Baron, localité du voisinage : 



ILIXONI 


LIXOM 


LIXOM 


DEO 


DEO 


DEO 


FAB. FESTA 


SECVNDI 


FLAVIA 


V. S. L. M. 


NVS VE 


RVFI FILIA 




RECVNDI 


PAVLIN.. 



Ilumber. 



Ilun 



Le nom du dieu Lixo, protecteur des eaux minérales de 
la vallée, rappelle le latin Lix qui signifie eau (Nonnius 
Marcellus) et qui a laissé un grand nombre de dérivés. 

Le val d'Aran possède, près de la frontière, un village 
de Lez, dont les thermes, fréquentés des Gaulois et des 
Romains, ont fourni plusieurs inscriptions ; sur l'une 
d'elles, se trouve le nom du dieu LEX, qui est évidem- 
ment le même que Lixo. 

Inscription trouvée à Saint-Béat : 

ILVMBER.. 

DOMEST.. 

SILANI F. 

V. S. L. M. 

Ilumber, auquel manque la terminaison Latine, était 
l'un des dieux des Aquitains. 

Après cette constatation, l'on se demande ce que 
peuvent valoir les théories qui font de ce mot un dérivé 
du basque signifiant « Ville nouvelle. » 

A nos yeux, le nom à'Ilumbcr se compose de celui 
d'Hun (voyez ci-après) et de berr ou barr, mot celtique 
signifiant barrière, fortification, forteresse. 

Nom de l'une des divinités des Aquitains: l'emploi de 



A. <OAST;AING. — DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 283 

la terminologie latine Fa transformé en Ilunus, llunrius, 
Illunus. Un autel, existant dans l'enceinte fortifiée de 
Narbonne, portait sur les deux, faces, les inscriptions 
suivantes : 

DEYS HERCtLIS CN. POMPÉI 

INVICTVS SIC, CN. L. 1IYLA 

NVM ARGENTEYM HERCVL1 

P.P.XIl DE SVA IIA.YM) ANDOSSK 
PECVNIA- FECIT V. S. L. M. 

Monlfaucon explique ces textes en disant que (lu. L Hyla, 
.affranchi de Gn. Pompée, a fait une stèle du poids de 
XII livres, en l'honneur d'Hercule Ilunnus d'Andosse. 

Le nom d'Hun entrait fréquemment en composition, 
comme nous le voyons dans Ilvmberel dans Astoilunnus. 

Ce dernier est consacré par un bel autel en marbre 
blanc, découvert à Saint-Béal, dans l'église des Pénitent- 
•Noirs, par le député Caze, en 1791 : 

ASTOÏLVN Et à Melles 

NO . DEO SECVNDIN 

C. FABIVS VS SECYN 

LASCIVOS DI [LVNIII (ilunni) 

V. S. L. M. V. S. L. If, 

De la comparaison de ces textes, on a conclu : 
1° ([\i\\sto est l'un des noms d'Hercule; 2° qu'/Ztmmwen 
est le surnom ou le qualificatif. 

Dans les deux cas, Ilunnus est un complément cl, se 
rattachant à l'idée d'Hercule, il doit avoir aussi un 
origine phénicienne. Nous trouvons la source de cette 
origine dans la célèbre invocation du Ve acte du Pomulus 
de Plautc, commençant par c«>s mots : 

Ylh aloriim valonoth. 



284 • MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE. 

Que Tauleur traduit: t deos deasque». Le premier de 
ces termes se trouve plusieurs fois dans l'inscription 
funéraire d'Esehmounazar, au Louvre. 

Ainsi, le phénicien alon rend l'idée de «Dieu». 
M ne faut pas se laisser arrêter par la mutation de l'a en 
i. Cela est fréquent dans les langues orientales. En Arabe, 
Bism allah se prononce Bismillah, au nom de Dieu ; 
de môme, dans la célèbre profession de foi : 

La ilaha clla Allah, etc. 

Iluro Le nom de cette station de l'Itinéraire d'Anlonin, roule 

de Cxsaraugusta à Èeneharnum,ne peut faire l'objet d'un 
doute : c'est Oloron. Les anciens géographes ne la con- 
naissent pas : Eluro, citée par Mêla (II, G) et Iluro, men- 
tionnée par Pline (III, 3) est une ville de la Tarraconnaise, 
au nord de Barcelone, dans le territoire des Laletani . 
aujourd'hui disparue. 

Iluro d'Aquitaine s'csl appelée aussi Elloro, Loro, 
Holorna, Illarona, Oloro. 

Marca veut que le vrai nom soit Oloro : « son ancien 
et vrai nom, dit-il, a été conservé en la suscription de 
son évèque Gralus, au synode d'Agde : Gratus episcopus de 
civitate Olorone » (Hist de Béarn, \, 12). La forme était 
si peu arrêtée qu'au Synode de Paris en 573 et à celui de 
Màcon, en 585, on reprend la leçon Eloroncnsis de la 
Notilia Provinciarum. Marca trouve une foule de raisons 
pour préférer Oloro. 

Depuis lors, la borne relevée dans le ravin de Sumporl 
contient le mol. ILYRO, indication de la ville voisine. 
Mais voici bien une autre affaire : Au commencement de 
1874, M. Chambert a découvert dans la commune de Mon- 
dihan, à 6 kilomètres de Boulogne (Haute-Garonne), un 
autel votif portant, en belles Ici 1res romaines : 



A. CASTAING. — DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 285 

DEO 
ILVRONI 
MAXVMA 
FLORI FIL. 
V. S. L. M. 

Ilvro élait donc une divinité dont le nom rappelait 
antre chose que la ville qui a conservé son nom. 

Imus Pyrenœus Station de la voie de Pampelune à Bordeaux, dans 

l'Itinéraire d'Antonin, à V de Summus Pyrenœus qui est 
Roncevaux, et XII de Carasa, Garris. C'est Saint-Jean- 
Pied-de-Porl, dont le nom exprime la même idée. 

Iscit La petite localité de Garin, dans la vallée de l'Arboust, 

a fourni plusieurs restes antiques, parmi lesquels se 
trouvent ces inscriptions: 

ISCITTO DEO ISCITTO DEO 

SABINVS HVNNV 

MANDATI LIB VLOIIOXIS 

V. S. L. M. FIL. 

(Votum solvit lubens merito) V. S. L. M. 

Il s'agit peut être de l'une de ces divinités locales, 
tutelœ, dont les Aquitains étaient prodigues. Toutefois, 
c'est plutôt la personnification d'un phénomène naturel, 
commun, dont le nom est disséminé de tous côtés, sur le 
versant septentrional des Pyrénées : 

Escosse, Ariège, à 5 lieues de Pamiers ; 

Escots, Hautes-Pyrénées ; 

Escoule (Piquet de 1'), montagne à 11 lieues, au S. 0. 
d'Argelès ; 

Esquies, près de Barèges ; 

Esquiou (pâturages) près de Bagnères-de-Bigorre ; 

Escoutlc, commune de Perme, Lot-et-Garonne. 

On trouvera plus loin (V. Osquidates Campcstrcs et 

Me», de ta Soc. d'Etlin. - I. - 1884 37 



286 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE. 

Montant), deux nomenclatures appartenant aux départe- 
ments des Landes et des Basses-Pyrénées Du reste, on en 
trouve un peu partout en Fiance. 

La racine de ces locutions n'a rien à voir avec la langue 
basque, où Escu signifie la main. Appartenant au groupe 
des langues indo-européennes, elle se rattache à la racine 
sfatt, monter,- conservée dans te latin seand-ere. 

Isornaus Izaour est une commune du canton de Mauléon- 

Marousse, où elle occupe un joli site près de l'Ourse, au 
S. de Saint-Bertrand-de-Comminges. On y a trouvé deux 
inscriptions votives. 

BOPIP^N et sar un fragment. 
NO DEO DEO 

MONSVS SORN 

TAVRINIE. AVSI 

V. S. L. M. 

On conjecture qu'il manque à ce dernier autel la lettre 

I complétant le nom d'Isornaus, d'où serait venu Izaour. 

Ce nom a-t-il quelque rapport avec le mot Isam, le 

fer ? 

Kimri . . , i v n ■ , . 
voy. Cimbn 

Lactora Lcctoure. Ce nom se voit pour la première fois dans 

une inscription du genre dit Cursus honorum ou énumé- 
ration des titres, trouvée à Aquiléc en 1788 (Marîni, 
Atti, 7, ). Un certain Minucius Ilalus a rempli de nom- 
breuses fondions, notamment, celles de procureur de la 
Province Lugdunaise, de l'Aquitaine, item Lactorœ, et de 
Lcctoure. On a inféré que Leclourc fut le chef-lieu de 
l'Aquitaine, à la fin du 1 er siècle, l'inscription datant des 
consuls Candidus et Quàdralus, en 105, sous Trajan. 
Lectoure elle-même a fourni un grand nombre d'ins- 



A. CASTAING. ., — DICTIONNAIRE ETHNOGÉXIQl'K. 



287 



Lactoratenses 



Laetoraites 



Lactura 



Lapurdum 



Lassuni 



triplions, dont les plus considérables sont relatives à des 
lauroboles ou sacrifices offerts à la Grande Déesse. La plus 
ancienne de celles qui portent une date remonte à l'année 
J76, sous Marc-Aurèle, consuls Pollion et Aper. Les autres 
sont de 239 et 241. 

Ces monuments témoignent du grand rôle assigné \ 
Lecloure, pendant les trois premiers siècles. Si son as- 
siette est descendue des lieux hauts dans la plaine, à la 
laveur de la protection romaine, on peut la rattacher à 
l'un des oppides des Uarilcs. Mais elle n'a rien de com- 
,mun avec l'oppide des Sotiates assiégé par Crassus. 

. Nous ne trouvons pas dans l'Antiquité, cette forme, qui 
peut provenir du Moyen-Age : 

h Habitants de Lectoure ou plutôt de la Civitas, arron- 
dissement, de ce nom, selon les deux notices contempo- 
raines d'IIonorius. Ils sont l'un des douze peuples de la 
Novempopulana : leur territoire, moins étendu que celui 
xles Garites, qu'ils .remplacent, a perdu les cantons deLavil 
°l de Beaumonl (Jarn-el-Garonne), ceux de Cadour el de 
Grenade (Haute-Garonne), annexés aux Tolosates. 

. Station de la voie iïAginnum à Lugdunum Convenarnm ; 
dans l'Itinéraire d'Anlonin, à XV ù'Âginnum et XV de 
CAimberrum. C'est Lectoure, pour laquelle la Table 
Théodosienne rétablit la forme plus classique de Luctoro. 
liayonne. La Notitia Lnpcrii en fait mention en ces 
termes : « In provLaoiâ JVôvempopulanâ, tribunus cohortis 
Movempopulanœ Lapurdo. » Sidoine Apollinaire célèbre les 

ilocuslœ lapunlenses, langoustes deBayonne(VIII, épist. 12). 

Lapurdum dépendait alors du territoire des Tarbelli, 

rapport qui s'est perpétué pendant le Moyen-Age, au 

.moins jusqu'au IX fi siècle, époque où l'évêché de Bayonoe 
fut distrait de celui de Dax et circonscrit dans les limites 
indiquées par la charte d'Arsius, en 980. 
Celle leçon est celle du Codex ChifQel el des meilleurs 



288 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE. 

ross. de Pline, tandis que d'autres portent Sassumini. 
Le territoire de ce petit peuple est celui où se trouvait, en 
1010 et 4012, la paroisse de Saint-llilaire de Lassun dont 
Guillaume Sanche, duc d'Aquitaine, fit distraction pour 
un emplacement qu'il consacra à la construction du mo" 
nastère de Saint-Pierre de Générés, aujourd'hui Saint-Pé. 
La charte de fondation porte ce qui suit : 

« Ad hœc quidcm ad victum claustrcnsium monachormn, 
inter alia dona, do Beato Pelro villam Lassunis diclam, 
cum omnihus appentiis suis, quam propter proximitatem 
lui jus loci, à Gentullo proconsuli Bearnensi cambiendo 
rccepi, datis sibi pro eâ duis villis, scilicet Mazerollis et 
Garlini. » 

Le territoire fort restreint des Lassimi comprenait les 
cantons de Nay et de Clarac, (Nay-esl) dans les Basses- 
Pyrénées, celui de Sainl-Pé dans les Hautes-Pyrénées, et 
enfin la vallée du Louzon, anciennement Lazon, qui s'étend 
sur partie des cantons d'Arudy et de Laruns dans le pre- 
mier de ces départements, et sur la lisière de ceux d'Ar- 
gelès et d'Accum dans le second, jusques au pic de 
Gabizos. 

On trouve dans ce petit pays, Asson, Arthez d'Asson, 
ie Louzon, et Lousse comme limite septentrionale. 

Latusates.. - Le seul auteur qui mentionne ce peuple, Pline (III, 19), 

le place d'une part entre les Osquidates campestrcs et 
les Sncoasscs, et de l'autre les Basabocates et les Vassei. 
Cette situation désigne clairement le pays des Tarusates ; 
aussi, n'a-t-on pas manqué de dire qu'il y avait fausse 
leçon. Le nom des Latusates est dans tous les manuscrits: 
celui des Tarusates ne paraît nulle part, soit qu'une con- 
fusion se soit établie dans l'esprit du rédacteur, soit que 
■les copistes aient cru devoir éviter ce qui leur semblait un 
double emploi. 

Les Latusates étaient la fraction septentrionale des 



A. CASTAING. — DICTIONNAIRE ETHN'OGÉNIQUE. 2$9 

Ta rusâtes, c'estràrdire les habitants des bords de la Douz<\ 
L'itusa, el dans le Moyen-Age, Lidosa, la Ladose. Celte 
indication « la Ladoze » est contenue en l'hommage de 
Jean du Lyon, seigneur de Campet, en 1 4-75. Le terrier 
de Roquefort, rédigé en 1514, mentionne la « rivière de la 
Ladoze. » Le nom local est Doulouzc, par métalhèse. 

Le pays des Lalusates comprenait les anciens archi- 
prclrés de Roquefort el de Manléon, tous deux arrosés 
par la Douze, dans le diocèse d'Aire. 

C'est aujourd'hui le canton de Roquefort, moins la 
commune de Maillas et quelques portions de Lugaut. 11 y 
faut ajouter Esligarde, Rclbezer et l'ancienne vicomlé de 
Juliaç, du canton de Gabarret ; Balis, Canenx, Mailhères 
et Riaupt, du canton de Labrit; enfin, Lucbardès et 
BargueSj Bostens et Gai Hère, du canton de Mont-de- 
Marsan. 

C'est aussi le côté ouest du canton de Cazaubon (Gers) 
entre la Douze et le Midou, plus les communes du Frèchc 
et de Lacquy, au canton de Villeneuve. 

Vers le centre de ce territoire, sur un point culminant, 
à deux kilomètres Est de Roquefort. (Voyez la carte des 
opérations de Crassus), Sarbasan conserve les traces d'une 
station militaire. Le clocher de l'église est une tour carrée 
dont la partie inférieure -est de construction romaine, ainsi 
qu'un mur en petit appareil, enclavé dans le presbytère. 
Sur les bords du ruisseau qui contourne le plateau, ou 
trouva, il y a quarante ans, une mosaïque représentant 
des poissons, où l'on crut reconnaître le pavé d'une 
salle de bains, recouvert par le sol d'une chapelle du 
Moyen-Age. Au nord de l'église, le sol a fourni quelques 
armes cl des restes de constructions en briques beaucoup 
plus dures (pie celles que l'on continue à fabriquer à 
Pouriqùes, à mi-chemin de Roquefort 
Lex Voy. Jlixo. 



29O MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D ETHNOGRAPHIE. 

Ligures Les traditions recueillies par Aviénus montrent d'abord 

ce peuple sur les rives du Guadiana, dont il fut expulsé 
par les Celtes venus du N.', le long de l'Océan Atlantique 
(Ora maritima, v. 1.1:2 et s.). Puis, on le voit suivre les 
côtes de la Méditerranée et s'arrêter dans le pays d'Ilerda 
(Ib. 560-508). 

De son côté, Thucydide montre les Ligures expulsés 
du S. 0. de l'Espagne, s'élablissant sur les bords du rio 
Xucar, dont ils chassent les Sicanes (VI. 2. Cf. Scrvius, 
sEneid. Vil ; Ephore dans Strabon, VI). A la suite des 
Sicanes, ils traversèrent la Gaule, le long du golfe de 
Lyon jusqu'en Italie. Ceci se passe du XV e au XIII e siècle 
avant notre ère ; un peuple homonyme, celui des Sicules, 
possède la campagne romaine : expulsé, 80 ans avant la 
ruine de Troie (Philiste dans Diod. V.) soit 1289 avant 
notre ère, il passe en Sicile. 

Plusieurs de leurs peuplades se fixent en Gaule : les 
Soldes dans le Koussillon ; les Elesykes sur la côte du 
golfe ; les Bebrykes dans les Corbièrcs. Passé le Rhône, 
les Salves et autres remplissent la Provence, pénètrent en 
Italie et y dominent jusqu'à la venue des Etrusques. 

Le nom de Ligures est le pluriel latin de Ligar, Ligus, 
lequel est le grec Atyus, qui lui-même se prend pour 
At ( 3yç, Libyen. Ces diverses formes reproduisent le nom 
des ÀejSa'ztfi de Ploléméc,ct ceux des Languenlan, Lan- 
guatan, Ilaguaten de la Johannide de Corripus, où la 
terminaison tan, ten marque le pluriel berber, la forme 
Ilaguaten amène à celle de Louatah des Arabes, I-Loua- 
teu des Berbers. La permutation de ou en b et g étant 
normale, en berber, nous retrouvons J-lagualen, Libys, 
Ligys, Ligur. 

Avant les Ligures et les Sicanes, d'autres peuples, éga- 
lement d'origine chamique, étaient venus d'Afrique en 
Espagne, puis en Provence et en Italie. La mythologie 



A. CASTAING. — DICTIONNAIRE ETHNOGÊNIQUE. 2QT 

grecque le raconte clairement, dans la Bible de Piia.'-loii 
conduisant le char du Soleil. 

Phaéton n'egt autre que Phet, nom égyptien des Li- 
byens primitifs, antérieurs aux Berbers, et qui sont les 
Phuléens de Si-Jérôme, c'est-à-dire, en style biblique, 
Phout, troisième (ils de Clara ou peuple de race- chamique. 
Premier occupant connu de l'Afrique septentrionale, il a 
laissé son souvenir depuis le Nil jusqu'au Sénégal où il 
vit encore, et jusqu'au Niger qu'il domine (Voyez les 
Foulahs, dans les Comptes rendus du Congrès des sciences 
ethnographiques, 11° partie, p. 864). Phout sans limites 
est le premier nom du Sahara (Xalmin, III, 9 : Saint-Jé- 
rôme traduit Africa). 

Remarquez que Phaéton marche d'abord comme le 
soleil, de l'E. à l'O ; mais avant dévié ait N.*, il va se 
noyer dans L'Eridan, en pays ligure ; il laisse un fils, Li- 
gur, père des Ligures. On ne saurait indiquer d'une 
façon plus précise la marche de ce peuple. 

L'histoire a fait comme la fable; elle a confondu Phu- 
téens, Sieanes, Berbers et Ligures. Ce dernier nom 
comprend tous les autres. Dans ces conditions, M. Arbois 
de Jubainvillc a pu dire que ces peuples ont commencé 
leurs migrations 2000 ans avant notre ère, ce qui est 
vrai des Phuléens. Nous avons donné les autres dates. 

Lixo Divinité balnéaire. — Voyez Ilixo. 

Loro Voyez Iluro. 

Loronenses Voyez Elloronenses. 

Losa Station de la voie de Pampclune à Bordeaux, dan< 

l'Itinéraire d'Anlonin, à XII de Segosa et XII de Bouts: 
D'Anville veut que ce soit Lèche, entre Escource et La 
Teste ; Walckenaer indique le bois de Liscogas, ce qui 
est vague ; la Commission de la Carte propose dubitati- 
vement le Muret. 

LugiluRum ConsoraDiiorum Voyez Consoranni. 



29^ MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D ETHNOGRAPHIE. 

Lugdunnm Convenrrum Sainl-Berlrand-de-Comminges. 

Le nom est cellique, et l'on fui jadis d'accord pour 
reconnaître, dans la seconde partie, le terme clun, éléva- 
tion, monticule, habitation sur une hauteur. Mais Zeuss, 
(gramm. eclt. 05 note) lait observer que le vrai sens de 
dun esl fort et substantivement forteresse, même pour 
des villes situées en plaine. 

Quant à Lug, malgré l'indication due à Clitophon et 
conservée dans un Livre des Fleuves, inscrit sous le nom 
de Plutarque, il faut écarter comme improbable le sens 
de corbeau, qui serait exprimé par un mot gaulois, loug. 

Mensio Altingius (Agri Batavi descriptio) paraît avoir 
saisi la vérité, lorsqu'il a proposé le celtique long, iden- 
tique au frison loeg, signifiant des habitations agglomé- 
rées autour d'un fanum commun. En bas-breton, lokh, 
a le môme sens ou celui d'un lieu consacré par le séjour 
d'un saint personnage. Les Romains confondirent cette 
idée avec celle de bois sacré, lucus, qui est sans doute 
fort parente de l'autre. 

Lugdunum étant la forteresse sacrée, on ne doit pas 
s'étonner de rencontrer cette appellation d'un bout à 
l'autre des Gaules, chez les Ségusiens, chez les Bataves. 

Lugdunum Convenarum fut une grande ville : elle 
aurait contenu 50,000 habitants sous les premiers em- 
pereurs. Il est certain que nulle part, en Gaule, on n'a 
trouvé un plus grand nombre d'inscriptions de tout 
genre. 

Meduli Habitants du Médoc, entre la Gironde et l'Océan, 

Mcdulicus pagus, Littus Medulorum. Ausone, dans une 
épitre à Théon Medulinus, le poète des sables votes 
arenarum (Ep. IV, 2), célèbre sous ce nom les huîtres de 
Gravette : 

Ostrca Baianis certanlia qme Medulorum, 

Dulcibus in slagnis, reflui maris a?slus opimat. 



A. CASTAING. DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 



293 



Monesi 



Mosconnum. 



Plus lard, Sidoine Apollinaire (Ep. VIII, 12) donne à ce 
mollusque le litre de Medullica stipellex. On a vu (au 
mot Alingos) qu'il paraît y avoir eu des fabriques de 
poleries fines. 

Il exista dans les Alpes (Maurienne) un peuple de 
Medulli, qui passait pour être d'origine ligurienne. Le 
Latium avait la ville de Mcdullia, et l'Espagne un mont 
Mcdullus, près de Minium; La Rhétie, MedcnAXoy Ptol. 

La supposition que les Meduli furent une peuplade 
celtique qui aurait fait cortège aux Bituriges Vivisci est 
une conjecture dénuée de tout appui. 

Ce qui est incontestable, c'est que les Meduli occu- 
paient le pays situé au nord du bassin d'Arcachon, et 
probablement, ils faisaient partie d'abord des Boii et en- 
suite des Boatcs. Leurs mœurs étaient les mêmes; Ausone 
décrit leurs maisons enfumées par les torches de résine : 

Et tingit pîceo lacrymosa colonica fumo. 

Us occupaient l'arrondissement de Lesparre, plus le 
canton de Castelnau de Médoc. 

• On s'accorde à retrouver ce nom dans celui de Monein, 
où il existe un antique ouvrage de castramétation, oppi- 
dum du pays. Situé au-dessous des Osquidates montant 
et des Sibyllates, que Pline nomme tout après, le terri- 
toire comprenait la partie ouest du diocèse de Lescar : 
dans l'arrondissement d'Orthez, les cantons d'Arthez, 
Lagor et Sauveterre; dans Oloron, ceux de Navarrenx, 
Monein, Lasseube et Oloron. 

Réunis aux Tarbclli par Auguste, ils formèrent l'ouest 
des Benamcnses,. sous les successeurs de Constantin. 
. Station de la route de Pampclune a Bordeaux, dans 
l'Itinéraire d'Antonin, à XVI iïAqux Tarbcllicx et XII 
de Segosa. Walckenacr y voit Mixe, qui est sur l'antique 
voie côtoyant l'Océan, à 10 lieues gauloises (30 kil.) de 
Dax. La Commission de la Carte préfère le Petit Douscat. 



Mémoire» •!• la Soc, d Ethu. 



I. — 1884. 



38 



294 



MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D ETHNOGRAPHIE. 



entre Lespéron et Sindèrcs : marqué par une métairie, 
ce lieu n'a pas encore révélé la suite de la voie romaine 
dont les restes subsistent à Labouheyre. 

Nethon L'une des divinités de l'Aquitaine, selon Macrobe 

(Saturnales I, 49), ce nom serait à la fois celui de Mars 
et celui du Soleil : « Martem Solem esse quis dubitet ? 
Acitani etiam, hispana gens, simulacrum Martis radiis 
ornatum maximâ religione célébrant, Neton vocantes. * 
Des manuscrits portent Necyn, mais cette variante n'est 
pas adoptée. Remarquez le nom d' Acitani, fort voisin de 
celui d'Aquitaine. De son côté, Pline ( III, 3) dit : « Ex 
colonia Accitanâ, Gemellenses et Libisosona cognomine 
Foraugustana, quibus duabus jus Italiœ datum. » Les 
Accitani figurent d'ailleurs dans la géographie de 
Ptolémée, à l'Est de Cadix, qui se serait appelée Acci ; 
d'anciennes médailles portent C. I. G. ACGI et COL. GEM. 
ACCI. Selon d'autres, c'est Accitum, aujourd'hui Finiana, 
à trois lieues au Sud de Baeza. On se demande s'il ne 
s'agit pas d'une colonie d'Aquitains. 

Nethon était le nom d'une montagne d'Aquitaine r 
comme il ressort d'une inscription trouvée à Baudéan. 

MONTI 
BVS AC 

EIONI 
NETIIOI 
V. V. V. 
S. L. M. 

On la retrouve dans le pic de Néthou, qui a une double 
gloire aux yeux du pays : il est le plus élevé du massif de 
la Maladetta et de toutes les Pyrénées (3482 m ) ; et c'est 
de ses glaciers que s'écoulent les premières eaux de la 



A. CASTAING. 



DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIÇ>UE. 



295 



Kitiobriges 



ficuempoptilana (Provincia) — 
Novempopolaaia et Novempopuli 



Garonne, le grand fleuve national. Le Nethon est aujour- 
d'hui en Espagne, mais il appartenait à l'Aquitaine, 
comme les sources de la Garonne. — Voyez Aceio et 
Venami. 

Peuple de l'Agenais. La physionomie du nom, suffi- 
samment gallique, les distingue des Aquitains. Ils 
passent pour avoir été alliés, sinon apparentés aux 
Arvernes. 

La Commission de la Carte des Gaules met au nombre 
des questions à élucider celle de savoir si les Nitiobriges, 
au temps de César, ont réellement possédé les pays situés 
sur la rive gauche de la Garonne, qui formèrent plus 
tard l'évèché de Condom. — Voyez Fines. 

Les informations font défaut. Il est probable que l'or- 
ganisation d'Auguste accrut leur territoire, en leur sacri- 
fiant les territoires de voisins moins favorisés, comme 
elle le fit ailleurs. Ils auraient ainsi absorbé des contrées 
appartenant aux Garites, aux Solicites, aux Osquidates 
campestres. Il est vrai que leur roi Teutomat conduit, au 
secours de Vercingétorix, une troupe de cavalerie aqui- 
taine ; mais ce pouvaient n'être que des volontaires ou 
des mercenaires. 

Dans tous les cas, la langue et les mœurs ne laissent 
aucun doute sur l'origine aquitaine des populations du 
diocèse de Condom. 

Le pays des neuf peuples. La première mention de 
cette formule géographique est due à Ammien Marcellin, 
XV ; faisant une brève description de la Gaule, à l'année 
355, il divise l'Aquitaine officielle en deux parts : la pre- 
mière, dite Aqnitania, est au N. E. de la Garonne; quant 
à la seconde, il s'exprime ainsi : « Novempopulos Âuscj 
commendanf et Vasatae. * 



296 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHX03RAPHIE. ; 

Un peu plus tard, vers 368, Festus Rufus, dans le 
Breviarium, qu'il dédie à l'empereur Valens, recense 
deux Aquitaines et la Novempopulana. 

La Notitia Provinciarum et Civitatum Galliœ donne 
la première et la seconde Aquitaine, puis les Novempopuli. 
Dans la Notitia imperii, après l'une et l'autre Aquitaine, 
on trouve la Novempopulana. 

Ces divers noms sont restés pour plusieurs à l'état 
d'énigme : il y a douze peuples et non pas neuf dans la 
province. Mais il est facile de reconnaître que la cité des 
Convcnœ et celle des Consoranni, longtemps distraites au 
profit de la Province romaine, furent ensuite rendues à 
la troisième Aquitaine ou Novempopulanie. De môme, la 
cité des Boates avait été annexée précédemment, sous le 
nom de Boii, au diocèse des Bituriges Vivisci. On ignore 
à quelle époque se fit la restitution. 

Que penser des théories échafaudées sur l'inscription de 
Hasparren, relativement à la date de cette expression ? 
Dans le marbre que le tympan de l'église de ce village 
conserve depuis 1680, époque de sa découverte, le 
duumvir et fiamine Vérus raconte, en mauvais vers, avoir 
obtenu d'Auguste la séparation des neuf peuples. Les 
critiques ont oublié que ce nom à'Auguste, qui signifie 
empereur, ne porte pas de date. Au temps d'Auguste, fils 
d'Octave, il n'y avait en Aquitaine ni duumvirs ni (la- 
mines ; les peuples y étaient quatre et non pas neuf. 
Quant à la liste de Vérone, la date de 207, qu'on lui 
attribue, se rapproche davantage du probable, mais les 
indications ne sont pas sans obscurité. 

Uoviomagus (Nouwpr/o?, Nuiomagus, Ptoléméc). Ville du terri- 
toire des Bituriges Vivisques, à côté de Bordeaux. Il est 
difficile de concilier les données de ce géographe. 



17. 


.. — 44 40. 


17 


40—46 15. 


18 


45 — 45 30. 


18 


.. — 45 30. 


18 


30 — 46 30. 



A. CASTAING. — DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 297 

Yiïxroc Aw/ovvtoc tÇ — ^fyz 

Novtofjt.2yo£ • . . . (Ç U — p.çt£ 

Bo-j potyoùiat .... ir,^j.e — (xe)<. 

A.vyovjzoc 177 — (xeX 

K.oaGiov trik — pç^ 

Le résultat est absurde : Bazas serait à 25 lieues a» 
Nord-Ouest de Bordeaux ; Auch, à l'O. de Bordeaux, et 
toutes deux sur une même latitude ; Noviomagus entre 
Bordeaux et Bazas. 

Sans se préoccuper de la situation géodésique, il ne 
semble pas que Noviomagus représente Soulac, ni le 
Verdon, ni môme la Goulée, qui faisait partie de l'île 
à'Antros, laquelle passait pour inhabitable et était, en 
tout cas, en dehors du territoire des Bituriges. (Voyez 
Antros). 

L'indication paraît concerner Macau, situé sur la rive 
gauche de la Garonne, en face du Bec d'Ambès : on y 
voit des fondations antiques où l'on a trouvé des médailles 
romaines. Son port, jadis considérable, a été comblé par 
les alluvions. Il semble même que son nom ait conservé 
la terminaison antique, contrairement à la théorie de 
l'école romaniste. 

Œaso C'est le nom que Plolémée donne à un promontoire 

qu'il dit èlre situé à 681 Stades de l'embouchure de 
l'Adour. Or, le cap Machichaco, au N. 0. de Bilhao, en 
Biscaye, n'est qu'à 650 Slades du même fleuve, ce qui a 
porté un grand nombre de critiques à mettre là le pro- 
montoire Œaso et les limites de l'Aquitaine antique. Mais 
il ne faut point prendre Ptolémée au pied de la lettre. 
D'Anville fait observer que cet auteur peu exact s'imagine 
que la chaîne des Pyrénées forme perpendiculaiivnuMU à 
sa direction générale, une pointe qui s'avance dans l'Océan, 



2 gS MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE. 

tandis qu'elle dévie au midi, parallèlement à la côte espa- 
gnole du golfe de Gascogne. 

L'on a cru retrouver le même nom dans PomponiusMéla, 
pour une ville située dans le territoire des Vardules et 
près de la Bidassoa ; mais le texte est si atrocement défi- 
guré, qu'on n'y peut fonder la moindre créance. 

Il ne faut pas confondre ce point avec Olarso, qui est 
en Espagne, chez les Yardules ; aujourd'hui Oïarzun. 

Olobrisates Voyez Onobrisates. 

Olorenais Voyez Elloronenses. 

Oloro Voyez Iluro. 

Onesii Ce peuple n'est connu qu'a raison du mot que Strabon 

a dit des Thermes des Onésiens, Ovqbuùv ©eppa. Oïhénart 
hésite entre Encausse et Luchon. Marca et Ilautescrre 
tiennent pour Encausse, Du Mège et d'Avezac pour Luchon. 
M. Curie Seimbres propose Capbern, où il cherche aussi à 
tort YAquœ Convenarum de l'Itinéraire d'Antonin, qui est 
certainement à Bagnères-de-Bigorre. 

On admet que le nom des Onesii de Slrabon est iden- 
tique à celui des Onobrisates de Pline. S'il y avait une 
différence, c'est que l'un de ces peuples serait une fraction 
de l'autre. 

Oaobrisates cl Ooobasates Tous les codex de Pline portent la première leçon, 

sauf quelques-uns des plus anciens qui donnent Olobri- 
sates. D'Anville a proposé de lire Onobusatcs, pour justi- 
fier l'origine du nom de Nebousan qui est resté au pays 
voisin du confluent de la Nestc et de la Garonne : rien 
n'autorise la restitution, et la corruption du nom peut 
provenir du Moyen-Age. Walckenacr rapporte le terme 
au mot celtique briva, pont ; mais il ne fournit aucune 
donnée propre à démontrer cette origine. 

Les Onobrisates avaient pour voisins : à l'O., les 
Bigerriones ; au N., les Tomates ; à l'E., les Garumnî ; 
au S., les Venami et les Pyrénées. 



A. CASTAING. DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 299 

Leur périmètre répondait, non pas au Nébousan, mais 
aux Quatre-Vallées et à leur suite jusqu'au partage des 
eaux. 

Aujourd'hui, ce pays comprend : dans les Hautes- 
Pyrénées, les cantons de Vielle, Arreau, Bordères, 
Barrousse, Ncstier, Lannemezan ; dans la Haute-Garonne, 
la partie de l'arrondissement de Saint-Gaudens au sud de 
la Garonne : c'est Nébousan et Haut-Comminges. 

Le territoire des Onobrisatcs, qui fut primitivement 
sans doute une fraction des Garumni, fournit la majeure 
partie du domaine attribué par Pompée aux Convenœ, 
dont il suivit dès lors les destinées. 

Oppidum novum Station de la voie de Dax a Toulouse, dans l'Itinéraire 

d'Antonin, à XVIII de Beneharnum et XVIII d'Aquœ 
Convenarum. Sanson propose Tarbes, qui ne saurait 
convenir à raison des distances. Tous les autres s'ac- 
cordent pour Nay. 

Cet oppide était situé dans la partie N.-E. du territoire 
des Lassuni. 

Oecineium Station de la route de Bordeaux à Narbonne, dans 

l'Itinéraire d'Antonin, celui de Jérusalem et la Table 
Théodosienne, à VIII de Très Arbores et VIII de Scit- 
tium. D'Anville propose Esquies, aujourd'hui Esquiez,pics 
de Houeillès : cette localité possède trois énormes tumulus 
entourés de fossés. Walckenaer veut que ce soit le moulin 
de l'Escinjot, surle Ciron. La Commission de la Carte des 
Gaules indique Losse, ce qui est déjà mieux ; mais Losse 
n'est pas sur la voie romaine, tandis qu'on y trouve sa 
voisine, Lubbon, dont le nom rappelle celui d'un sanc- 
tuaire, et où l'on a trouvé des urnes et autres antiquités. 

Le nom, d'ailleurs, paraît se rapporter à celui d'Iscitt 
et à celui des Osquidates. 

Les voyant placés par Pline à la suite des Sotiatcs, 
D'Anville a cherché leur habitat à PO. de ceux-ci, dans 



300 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE. 

la partie S.-E. du diocèse de Bazas. La carte de l'illustre 
géographe indique par à peu près le territoire fort peu 
habité qui domine les Petites Landes, savoir : le canton de 
Captieux, dans la Gironde; le nord des cantons de Ro- 
quefort et de Gabarret, dans les Landes; le sud de ceux 
de Houeillès et de Casteljaloux dans le Lot-et-Garonne. A 
TE. coulent l'Avance vers la Garonne, la Gueyze vers la 
Gelize; au N., le Ciron avec le Thus et autres affluents ; 
à l'O., la Grave de Calen et le Peyronnet; au S., le groupe 
de l'Eslampon. Là se trouvent Esquiès, le moulin de 
l'Escinjot, Escandès, près de Captieux. 

Osqoidates Carapestres Les habitants des vallées d'Ossau et d'Aspe, anciens 

Osquidates Montant, ont conservé à travers les siècles, 
l'habitude de conduire leurs troupeaux, pendant l'hiver, 
sur le plateau que je viens de signaler: les monuments 
les plus fréquents y sont des parcs à brebis. Au XVI e 
siècle, l'hivernage annuel s'opérait encore sur une grande 
échelle ; en 1568, pendant les troubles religieux, Charles 
IX fit opérer en ce lieu la saisie des troupeaux des vallées 
béarnaises qui étaient des parpaillottes. Le produit en fut 
de 600,000 livres pour le gros bétail seulement (Menjoulet, 
Chronique d'Oloron, II). Les bandes de brebis représen- 
taient une bien autre valeur. Aujourd'hui, les mouvements 
fort réduits ne comprennent que des bêtes à laine. 

Crassus ne rencontra pas les Osquidates qui étaient 
encore dans la montagne, leur séjour d'été ; d'ailleurs, le 
territoire dépendait de celui des Vocates et un peu des 
Tarusates. 

Auguste les annexa à ces deux peuples qui ne faisaient 
qu'un dans son organisation. 

Btiaidites lontani P ar ce surnom, Pline les signale comme des habitants 

des hautes vallées; en les mettant entre les Monesi et les 
Sibyllates, il assigne leurs positions dans les vallées 



A. CASTAING. DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 30I 

d'Ossau , d'Aspe et de Baretous. Nous venons de voir 
qu'ils hivernaient dans les Petites Landes. 

Sous Les successeurs de Constantin, leur nom ethnique 
céda la place à celui d'Elloronenscs qu'ils durent à Iluro, 
Oloron, leur chef-lieu, point de réunion des Vallées et des 
Gaves. 

C'est à tort qu'on a cherché la trace de leur nom dans 
celui d'Ossau, qui vient d'i7m Saltus, gorges ou bois de 
l'ours : porté par les Vallées et leurs vicomtes, au Moyen- 
Age, ce titre fui ensuite remplacé par celui d'Ursaleyisis 
Vallis 

Les Basses-Pyrénées fournissent les homonymes sui- 
vants : 

Escos, près de Salies ; 

Escot, canton d'Accous; 

Escoubès, canton deMorlaas; 

Escout, dans le rayon d'Oloron ; 

Escurès, canton de Lembeye; 

Esquit (rocher et gorge, la Pêne), près des con- 
fluents des gaves d'Aspe et de Lescun ; 

Lescun (l'Escun, à l'Ascun) ; 

Lesquain (Tabaille) canton de Sauveterre; etc. 

Tous ces noms ont la même origine que celui d'Iscit. 

Paciani Voyez Preciani. 

Pimpeduni Telle est la leçon des meilleurs manuscrits de Pline, et 

notamment du Codex Cliiffiet ; il faut rejeter Bipedemui. 
Ce nom paraît composé de deux racines celtiques : pompe, 
cinq et dun, forteresse, ville forte (Cf. Lugdimum et Zeuss, 
Grammat. Celtica, Cambr. antiq. pimp; cornic. pymp ; 
armoricain pemp. p. G5, 321). Ce sont les Cinco Villas 
de Navitrra, dans les vallées de la Bidassoa. 

On n'a jamais mis en doute que ce pays ne fit partie de 
l'Aquitaine antique. La charte d'Arsius, établie en 080, 
après avoir assigné au diocèse de Bayonne les vallées de 

Mém. da lu Soc. d'Elhn. - t. - 18Si 39 



302 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE. 

Gize, Baigorry, Arberoue et Osais, qui constituent la 
Basse-Navare, ajoute : 

a Bazten item vallem usque in medio portu Bêla, 
vallem qure dieitur Lcrins, terrain quse dicitur Ernania 
et 5. Sebastianum de Pusico, usque ad 5. Mariam de 
Arosth et usque ad S. Trianam. » 

Les vallées de Bastan et de Lerins, qui forment le bassin 
de la Bidassoa, furent détachées du diocèse de Baronne 
par Philippe II qui les réunit à celui de Pampelune. C'est 
là le pays des Pimpedunni. 

La vallée d'Oiarzun, la terre d'Ernani et celle de Saint- 
Sébastien, qui sont du Guipuzcoa, furent prises en même 
temps par Philippe. Mais, dans l'Antiquité, elles appar- 
tenaient aux Vardules, que les uns considèrent comme 
d'origine aquitaine, les autres celtique : probablement 
mélangés, ils furent toujours comptés parmi les peuples 
d'Espagne. C'est donc h tort que Marca (Hist. de Béarn, 
I, 3, VI et VII) aurait fixé la limite occidentale de l'Aqui- 
taine à la rivière Oria ; limite qui paraît provenir de 
l'occupation de ces pays, en 602, par Thierry, roi de 
Bourgogne. 

Preciani Prociani, Paciani et Laciani, Ptiani et Ptianii, 

Pthiàni et Pthucani. — Oudendorp a vulgarisé la pre- 
mière forme. Les Allemands préfèrent Ptiani, qui est 
bizarre, et le général Creuly pense que, P s'écrivant quel- 
quefois pour Pre, Ptiani peut revenir à Pretiani. 

Ce nom paraît une seule fois dans l'histoire, au milieu de 
la liste des peuples aquitains qui traitèrent avec Crassus. 
Ce groupe n'avait, d'ailleurs, qu'une importance secon- 
daire : aussi, ont-ils disparu sans laisser de trace. Dans la 
liste, ils viennent après les Bigerriones ; mais ils dépen_ 
daient des Ausci. Leur territoire comprit celui du Pardiac, 
• bef-lieu Marciac et une partie de l'Astarac ; le tout, 



A. CASTAING. DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQL'E. 303 

situé entre l'Armagnac et le Magnoac, répond à peu près 
à l'arrondissement actuel de Mirande. 

On a rapproché ce nom de celui de Préchacq, qui s'y 
rencontre deux ou trois fuis : dans tous les départements 
qui se sont partagé l'antique Aquitaine, il y a plusieurs 
villages de ce nom, qui dérivent des formes pressiaeum, 
prexacwn et pretiacum, fort répandues dans toute la 

Prociani j France - 

PtQcani et Pthianii . . ( Voyez Preciani. 

Ptiani et Ptianii ) 

Pyrenaeus et Pyrenœi montes Ces deux formes, absolument reçues par tous les auteurs 

latins, sont exotiques et empruntées au grec, qui les 
tenait lui-même sans doute des colonies grecques de la 
Catalogne. 

Les Grecs disaient Huprnm qu'ils appliquaient tantôt à 
une ville (Hérodote, II, 33) tantôt à la chaîne des mon- 
tagnes (Aristote, Meteor. I, 13 ; Polybe, Strabon). Ce mot 
n'ayant aucune source connue en grec, avait été emprunté 
à l'idiome local. 

Les noms propres se rapportant au radical bar, sommet 
et montagne, sont très nombreux dans le pays : Bar, 
bère, Barousse, beran, beron, etc. Dans la vallée de Baros, 
et dans d'autres canlons du Couseran, les crêtes et les 
pâturages se nomment biren. Les chansons locales parlenj 
de « las filhos de Biren. » 

Salomacum Station de la voie de Dax à Bordeaux, à XII de 7W- 

lonum et XVIII de Burdigala, dans l'Itinéraire d'Antonin, 
Walckenaer désigne Salles, dite le Paradis des Landes. 
La Commission de la Carte, supposant une courbe au 
sud du bassin d'Arcachon, indique la Mothe. 

Saltus Pyrenaeus L'une des divisions ethniques de l'Aquitaine, dans Pline, 

qui la met à la suite des Onobrisates et des Belendi. 

Le mot Saltus a diverses significations : la principale. 



3<H 



MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE. 

la plus générale, est celle de forêt et, par extension, pâ- 
turage ; c'est ainsi que l'entendent César et Virgile : 

Saltibus in vacuis pascunt, et plena secundum 
Flumina. Georgiques, III, 498. 

Varron, L. IV, De lingua Ramona, indique des forêt* 
sans culture en vue du pâturage. Festus cite le juris- 
consulte /Elius Gallus qui(L. II Significationum quœ ad jus 
pertinent) définit le Saltus, un lieu où sont des forêts et 
des pâturages, même lorsqu'une portion est cultivée et 
habitée. 

Sous les premiers empereurs, et notamment au temps 
de Pline, les Saltus étaient des divisions administratives, 
indépendantes des municipes, et relevant directement du 
procurateur impérial. Dans ces Saltus, que leur nature 
sauvage tenait en dehors de l'organisation générale, vivait 
toute une population de petits paysans qui formaient des 
hameaux autour de la demeure des propriétaires dont 
ils dépendaient. A la suite des confiscations opérées 
surtout au temps de Néron, ils devinrent propriété de 
l'empereur, au nom duquel ils étaient administrés. Le 
caractère spécial de ces circonscriptions était de n'avoir ni 
magistrats, ni organisation politique; les membres de la 
communauté n'étaient réunis que par les liens religieux. 
(Cf. Frontin, Gromat.) 

Le nom de Saltus Pyrenœus aurait pu s'appliquer à 
plusieurs portions de la chaîne; mais il ne convient à au- 
cune autre région aussi bien qu'à l'ancien pays de Foix et 
à quelques districts voisins, qui sont couverts de forêts et 
de pâturages. Ce pays est délimité, au N. par la chaîne 
des monts Plantaurel, jadis couverte de chênes magnifiques, 
dont l'incurie des anciennes administrations amena la dé- 
vastation. L'Ouest touche au Couseran, le Sud à l'Espagne. 
A l'Est, c'est aujourd'hui le département de l'Aude, dont 



A. CASTAING. DICTIONNAIRE ETHNOGÊNIQUE. 30^ 

la partie la plus voisine, qui appartint au diocèse de 
Pamiers, doit être mise aussi au compte de l'Aquitaine 
(Marca, Hist. de Béarn, I, 3 et Vl-VII). 

On a vu (ch. Ici-dessus et au mot Cebennœ) que l'Aquitain»- 
avait pour extrême limite, à l'Orient, la chaîne des Cor- 
bières occidentales. Celle-ci, commençant auprès de Boni- 
bonne, contre la frontière des Pyrénées-Orientales, court 
au N., en englobant le Tarbesou et la Crête de Pailhères, 
et laissant en dehors le canton de Quérigut. Puis, par- 
dessus le cours du Rebenti, qu'elle couvre, elle se dirige 
vers le Nord, jusqu'auprès de Fanjeaux, où le canal du 
Midi effleure ses derniers contreforts. Dans ce trajet, elle 
laisse à gauche les cantons de Iblcaire et de Chalabre, qui 
ne sont séparés du département de l'Ariége que par le 
cours de l'IIers, mais qui sont compris dans la partie 
orientale du bassin de cette rivière. 

Le canton de Belcaire, plus connu sous le nom de pays 
de Sault, est entouré de hautes montagnes que couvrent 
de superbes forêts de sapins. 

C'est là, qu'au Moyen-Age, se trouvait la vicomte de 
Sault (De Saltu), dont les seigneurs habitaient Aniort ou 
Niort, antérieurement à 1270, date de l'annexion à la 
Couronna de France. 

Le canton de Chalabre, ancien pays de Chcircorb, 
Quièrecourbe, nom qui rappelle celui des Corbières 
(Voyez Cebennœ) fut aussi appelé la Terre Privilégiée. 
Dans les forêts, dont cette région est également remplie, 
les hameaux, surtout ceux du Sud, portent le nom de 
Saltes on métairies des Bois, indubitable souvenir des 
Saltus antiques. 

A côté, Belesta, qui fait maintenant partie du canton 
de Lavelanet (Ariège), mais qui fut jadis comprise dans 
le pays de Sault, possède encore la plus belle forêt des 
Pyrénées. 



3 o6 



MEMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D ETHNOGRAPHIE. 



Sarrali 



Tout ce pays continue à répondre à la délinition 
d'/Elius Gallus et aux informations de Frontin : de rare* 
cultures et des habitations clair-semécs n'en changent 
pas la physionomie éminemment forestière. 

Le terme Saltus, étant géographique et administratif, 
n'exclurait pas les noms des peuples qui auraient habité 
la contrée : peut être est-ce là qu'il faut placer les Con- 
suaranni (Voyez ce nom). D'ailleurs, en raison de la si- 
tuation du pays et de son mode de recrutement, la popu- 
lation en fut nécessairement très mélangée : les Ligures 
et les Celtes y ont pénétré; mais le premier fonds fut aqui- 
tain, comme Pline l'admet : on doit reconnaître qu'il se 
laissa déborder ensuite, puisque le dialecte est presque 
du Languedocien. 

Station de la route d'Agen à Toulouse, dans la Table 

Théodosienne, à XVI de Lactora, et XX de Tolosa. Walcke- 
naer indique Cologne qui est sur le Sarampion et N. D. 
de Sabouls. La Commission de la Carte préfère Sarrant. 
C'est aussi l'avis de d'Anville, qui lit Sartali, d'après les 
cuivres de 1598, 1682 et 1728 ; mais à la loupe, dit M. 
E. Desjardins, on lit Sa.rali. 

Voyez Lassuni. 

Scittium (Mutatio) Étape que l'Itinéraire d'Antonin, route de Bordeaux à 

Narbonne, place à VIII d'Oscineium et VIII de Civitas- 
Elusa. La ressemblance des noms l'ayant conduit à Sos, 
D'Anville a gratuitement conjecturé qu'une faute de 
copiste a d'un fait CI. Le manuscrit de Vérone porte 
Scotium. L'Itinéraire de Bordeaux à Jérusalem a Sittio ; 
la Table Théodosienne également Scittio, mais avec XV 
jusqu'à Elusa, ce qui est sans doute une faute ; la Com- 
mission de la Carte veut que ce soit Gabarret, qui répond 
mieux aux distances. 

Je me borne à remarquer le rapport du nom avec celui 
du dieu ISCIT. 



Sassumini 



A. CASTAING. DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 307 

Sediboniates Peuple nommé par Pline, à la fin de la liste de ceux 

qui occupent le littoral de l'Océan, depuis l'embouchure 
de la Loire jusqu'à celle de l'Adour. Cette proposition a 
fait admettre que c'est une variante du nom des Sibuzates. 

Segosa Station de la voie romaine de Pampelune à Bordeaux, dans 

l'Itinéraire, à XII de Mosconum et XII de Losa. D'Anville 
et Walckenaer proposent Escousse, à cause d'une vague 
ressemblance des noms. La Commission de la Carte pré- 
fère Labouheyre, où il y a des traces de voie romaine et des 
foires dont l'usage remonte très loin 

Sennates Pline met ce petit peuple à la suite des Vassei, et au 

dernier rang de ceux de la troisième Aquitaine; car en- 
suite, il traverse la Garonne. 

L'habitat en était compris dans les bassins de l'Estrigon 
et du Geloux formant aujourd'hui le canton de Labrit et 
une partie de celui de Mont-de-Marsan, moins Belis, 
Mailhères, Canenx et Arriaup : c'est l'ancien archiprêtré 
de Marsan, partie nord. 

Au nord de ce territoire, on trouve la commune de 
Sen, près de Labrit ou Albret, séjour des seigneurs du 
pays, pendant le Moyen-Age. Plus bas, la carte du diocèse 
d'Aire marque un bourg de Sanneguy que je ne retrouve 
pas, à moins que ce soit Angueis. 

Labrit a donné une belle mosaïque et les traces d'une 
voie romaine. 

11 est à remarquer que l'article précède toujours le 
nom du Sen ; on dit même habituellement le Sen de 
Labrit, il est à supposer que ce point fut le premier 
centre de la peuplade. En Irlandais, Scan signifie vieux. 
C'est un dérivé du thème Sena, qui a le même sens et se 
reproduit dans le latin Senex, Senis. On appelait Sériâtes 
les voisins immédiats de Home. 

Le territoire fut annexé par auguste à celui de 



V* 



MKMOIRE3 DE LA SOCIÉTÉ D ETHNOGRAPHIE. 



Tarusates y auquel il resta lors de la formation de la 

Diœccsis Atturcnsis. 



Sertone . . 
Sibuzates 



Sibyllates 



Voyez Serione. 

. Depuis Adrien de Valois, tous les critiques s'accordent 
à retrouver ce nom dans celui de Saubusse, localité fort 
ancienne, dit M. Tartière (Géogr. du dép. des Landes), 
connue jadis sous le nom de Port de Saubusse et chef- 
lieu, au Moyen-Age, d'une baronnie qui comprenait en 
outre Saas, Angoumé, Laluque. On voyait, il y quelques 
années, à un kilomètre du bourg, trois buttes placées à 
la distance de 400 m. l'une de l'autre et portant les traces 
d'anciens campements. Il existe encore, non loin de 
l'ancienne forêt où se trouvaient ces buttes, sur la 
rive gauche du chemin de grande communication de 
Saubusse au vieux Boucau, un bloc de marbre de forme 
cylindrique, ayant l m 66 de hauteur sur m 30 de dia- 
mètre. Ce bloc est connu dans le pays sous le nom de 
Peyre Longue. C'est un menhir. 

Le territoire des Sibuzates comprenait un peu plus quo 
celui de la Maremme : cantons de St-Marlin-de-Seignanx, 
St-Vincent-de-Tyrosse, partie sud de celui de Soustons, 
et enfin l'angle sud-ouest de celui de Dax. Circonscrit au 
N\ par une ligne allant d'Angoumé au vieux Boucau, il 
était, d'autre part, entouré par l'Adour et l'Océan; Sau- 
busse en était le point extrême à l'E. près des Tarbelli. 

On y trouve Saubrigues à la forme gaélique, Saubion 
et le château de Saubis. 

L'autonomie des Sibuzates disparut sous Auguste qui 
les annexa aux Tarbelli. 

On est d'accord pour reconnaître, dans ce nom, les 
anciens habitants de la vallée du Saizon : c'est le pays 
appelé Subola par Frédégaire, puis Sola et enfin Soûle, 
arrondissement de Mauléon. Oihénart, sans s'expliquer 



A. CASTAING. — DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 309 

davantage, dit que ce terme signifie « Sylvestris regio », 
décision qui a mis aux abois ceux que Chaho nomme 
« les Bascophiles, inventeurs d'étymologies drolatiques 
et de coq-à-1'àne immortels par le ridicule. » Chaho lui- 
même a vainement essayé de rattacher au prétendu in- 
cendie, qui aurait dévoré les forêts des Pyrénées, le 
terme basque Zuberua (Cf. Biarritz, I). 

Limites : au S., les Pyrénées, depuis le pic d'Arias 
jusqu'à la forêt d'Iraty ; à l'E. et à PO., la ligne de par- 
tage des eaux; au N. E., une ligne sinueuse allant d'Au- 
tevielle à l'Hôpital. Les Sibyllates étaient donc placés 
entre les Monesi, les Osquidates montant, les, Pimpedwii et 
les Camponi : c'est là que Pline les met. 

Réunis par Auguste aux Tarbelli, ils y furent main- 
tenus par les organisations subséquentes et firent partie 
du diocèse de Dax. En 10G0, « Grégoire, abbé de Saint- 
Sever et évêque de Dax, permit laschement que le pays de 
Soûle soit distraict de son évesché par la violence d'Es- 
tienne, évesque d'Oloron » ; et en 1070, « Bernard de 
Mugron, évesque de Dax approuve laschement la dis- 
traction, d (Compaigne, Chronique de la ville et diocèse 
Dacqz). 

Les Basques envahirent ce pays, à la fin du VI e siècle 
et ils y sont restés ; mais on ne voit pas quelle part ils ont 
prise aux destinées politiques de la contrée. 

Sigmanus Petit fleuve dont l'embouchure serait à la côte du golle 

de Gascogne, entre celles de l'Adour et de la Gironde. 
Ptolémée est le premier qui le mentionne ; son traduc- 
teur latin lit Sigmannus et Marcien d'Héraelée Siijmitius. 
Certaines éditions de Ptolémée portent même Bigmannus, 
en sorte que d'Anville y cherche un rapport avec Biganos, 
village situé à l'angle S.-E. du bassin d'Arcachon, au N. 
de l'embouchure de la Leyre : il y a là des traces de voie 
romaine et des tumulus. Biganon, dans les Landes, est 
Mém. de la Soc. d'Etkn. — I. — 1884. 40 



3-IO MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE. 

aussi fort voisin de la Leyre, qui est le seul cours d'eau de 
quelque importance débouchant dans l'Océan entres les 
deux fleuves. On doit supposer que Ptolémée a voulu 
parler de la Leyre. 

Siloduni, Siroduni. . . Voyez Soldurii. 

Sirio Le Ciron prend sa source à Lubbon (Landes), passe par 

Préchacq, Villandraut, et se jette dans la Garonne, entre 
Barsac et Preignac. Les uns veulent que l'étape de l'Iti- 
néraire d'Antonin, de celui de Jérusalem et de la Table 
Théodosienne, dite Mutatio Serionc ou Sert&ne, soit le 
pont sur le Ciron; les autres proposent Gérons, à 4 kilo- 
mètres plus bas, sur la Garonne. 

Jouannet conjecture que la Mutatio n'a de commun 
que la traversée du Giron, mais que le lieu du passage 
différait. Sur la voie de Bordeaux àAgen,ce serait Cérons; 
sur la voie de Jérusalem qui passe à Bazas, le point serait 
placé entre Pujols et la Mothe. La vérification est difficile, 
toute trace de voie romaine ayant disparu de ces lieux. 

La Table Théodosienne met Sertone entre Burdigala et 
Vesubium. 

Sociates Voyez Sociates. 

Soldurii César donne ce nom aux gardes du corps du roi des 

Sotiates, qu'il qualifie de devoti, dévoués : vivant avec 
le maître, ils partageaient sa bonne et sa mauvaise fortune 
et ne le quittaient ni à la vie, ni à la mort (G. des 
Gaules, III, 22). Ce portrait diffère peu de celui qu'il 
fait des Ambacles, ou clients gaulois, auxquels il n'était 
pas permis d'abandonner leurs chefs, même dans la plus 
extrême détresse (Ib., VII, 40). Il en était de même chez 
les Gaulois Cisalpins (Polybe, II, 47). 

Nicolas de Damas, cité par Athénée (Deipnos, VI, 40) 
rapporte que les dévoués du roi des Sotiates, liXoiïo'woi 
ne survivaient pas à leur patron. Tacite en dit autant des 
Comités germains, compagnons d'armes des principes aux- 



A. CASTAING. — DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 3 II 

quels il s'attachaient {Germània, XV); Ammien Marcéllin 
montre deux cents Satellite;; du roi Chnodomaire, venant 
parlager sa captivité. Toutefois, César n'ayant pas attribué 
cette coutume aux Germains, il faut penser qu'elle n'y 
existait pas de son temps, sauf peut-être chez les peuples 
d'origine celtique. 

Valère Maxime (VII, 6, ext. 3) constate l'usage des dé- 
vouements chez les Celtibères ; Sertorius en profita pour 
se faire une garde de mille dévoués (Plutarque, Sertcriut, 
XIV); à sa mort, ils furent dégagés de toute obligation. 

L'usage était donc bien celtique et germanique, selon 
l'observation de Fréret (œuvres, V, p. 55) et non pas 
ibérien. En Espagne, il n'en est jamais question, si ce 
n'est à propos des Celtibères de Sertorius, qui étaient 
d'origine gauloise. 

Zeuss (Gramm. Cclt.) fait observer que la combinaison 
urio, orio est essentiellement celtique. 

Sontiatos Voyez Sotia tes. 

Sotiani etSotiates, Sottiates. . . Lu leçon Sociatcs provient d'une préoccupation de la- 
tinistes. La charte de Lescar écrit Sotia. Les Allemands, 
amis des formes bizarres, préfèrent Sontia (Nipperdei, 
Comment. 1847 ; Frigel, De Bsllo Gallico, 18B1 ; Ilellcr, 
Philologus, 3 e cah., 1862). Mais Pline écrit Sottiates, Ni- 
colas de Damas Sotianes. Les médailles donnent la forme 
Sotiota et mieux Soliat. — Voyez Adietuanus. 

La situation de l'oppide des Sotialcs, extrêmement 
discutée, ne fait pas de doute ; c'est Sos, petite ville du 
canton de Mézin, Lot-et-Garonne, Socia, Sotia, Sotium 
etSossium, au Moyen-Age (Oïhénart, Notifia, p. 446). La 
charte de Lescar place Sotia entre Oazas et Lcctoure ; 
les Normands, se rendant de l'une à l'autre de ces villes, 
rencontrent le Castrum Sotiœ (Nie. Bertrand, Ilist. de 
Ton'ousè). Enfin, la situation est telle, qu'en marchant en 
avant, après la prise de l'oppide, Crassus se trouva néces- 



312 



MÉMOIRES DE LA SOCIETE D ETHNOGRAPHIE 



Stomatas. 



Succasses 



sairement sur les frontières des Vocates et des Tarusates 
(G. des Gaules, III, 23). 

Le pays des Sotiates aurait été bien exigu, s'il n'eût 
compris que l'Ouest du canton de Mézin et les parties 
voisines de ceux de Casteljaloux et de Gabarret, comme il 
résulterait des limites respectives des évôchés d'Auch et 
de Gondom. Mais il est probable qu'il fut l'une des vic- 
times des atteintes que l'organisation d'Auguste se plut à 
porter à la constitution ethnographique des Gaules. Tandis 
que la partie méridionale du pays fut attribuée aux Auscii, 
d'où elle passa aux Elusates, le Nord, avec les cantons 
de Damazan, Lavardac, Nérac et Francescas, fut donné 
aux Nitiobriges, puis à l'évêché de Gondom. — Voyez Ni- 
tiobriges. 

. Station de la voie de Bordeaux à Narbonne, dans l'Iti- 
néraire d'Antonin, la Table Théodosienne et l'Itinéraire 
de Bordeaux à Jérusalem, qui marque VII Leug. de Bur- 
digala et VIIII de Sirio. Walckenaer retrouve ce point à 
St-Médard d'Ayran etla Commission de la Carte àCambes. 
Il était dans ces parages, sur la rive gauche de la Garonne. 

. A la suite des Osquidates Campestres, Pline aurait dû 
placer les Tarusates : j'explique ailleurs (voyez Latusates) 
comment ce nom fut supprimé. Pline a voulu reprendre 
près des Pyrénées, pour descendre vers la Garonne, par 
les Petites Landes. Il trouve les Succasses entre le Gave 
de Pau et l'Adour, au-dessus des Osquidates mo?itani et 
rejoint ensuite les Latusates, sous le nom desquels glisse 
celui des Tarusates. 

Les Succasses occupaient ce qui forma la partie est du 
diocèse de Lescar, soit à peu près l'arrondissement de 
Pau, moins les deux cantons de Nay ; en outre, le canton 
d'Arzacq. 

Réunis aux Tarbelli par Auguste, ils en furent distraits 



A. CASTAING. DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 31 



"■ 



sous les successeurs de Constantin et fournirent la ma- 
jeure partie de la civitas des Bcnarnenses 
Summus Pyrenaeus.. Station frontière de l'Itinéraire d'Antonin, sur la route 

de Caesaraugusta à Beneharnum, à Y de Forum Ligneum : 
en lieues gauloises, cela fait 1 1 kilomètres et l'on en 
compte 42 d'Urdos à Sumport. Marca, d'après Surita, cite 
de vieux titres aragonais, où le terme romain a été rem- 
placé par celui ôc Summus portus (H. deBéarn, 1, 1). Ce 
défilé, dont la largeur est considérable, est celui qui fournit 
aux troupes d'Abdérame leur principal passage. On a 
trouvé, dans le ravin, une borne miliaire portant les mots : 

ILVRO MP. 

les chiffres manquent. 

Il y a un autre Summus Pyrenœus, plus à l'ouest, au 
point où la petite Nive prend sa source d : un côté, tandis 
que de l'autre s'échappe le torrent de Roncevaux. La dis- 
tance Y, ou 11 kilom. qui le sépare d'Imus Pyrenœus. 
Saint-Jean-Pied-de-Port, indique le Pas de Roncevaux. Ce 
lieu, où se trouve le pic de Lindux, est aujourd'hui en 
Espagne ; il était alors sur la frontière de l'Aquitaine, à 
laquelle appartenait le Val Carlos. C'est par là, au nord 
de Roncevaux, que Charlemagne serait passé, en rentrant 
en France. 

Les Pyrénées Orientales ont aussi leur Summus Pyre- 
nœus. 

Tarbelli César les met en tête de la confédération 'des Aquitains, 

en raison de leur importance : Dax, Aquœ Tarbellicx, 
était l'objectif de la campagne de Crassus. A cette époque 
leur territoire comprenait : 1° dans le département des 
Landes, les cantons de Dax, Peyrehorade, Pouillon et 
Montfort; 2° dans les Basses-Pyrénées, les cantons do 
Ridachc, Salies et Orthez. Ce dernier territoire, dit Marca 



3*4 



MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE. 



Tarusates 



Tarusconienses 



(H. de Béam, I, 11) n'était point du pays de Béarn : 
faisant partie de la vicomte de Dax, il fut conquis en 1106 
par Gaston III et une transaction de 1264 confirma la 
cession. 

Auguste leur adjoignit tous leurs voisins des Pyrénées 
et des bords de l'Océan, les faisant limitrophes des 
Convcnœ, des Vocales et des Biturigcs, savoir : \°Lassuni, 
Osquidates montani, Monesi, Succasses, Sibyllates, Berco- 
rates, Camponi et Pimpeduni; 2° Sibusales et majeure 
partie des Cocosates. Pline les qualifie de quatuor signani, 
soit qu'ils fussent divisés en quatre fractions, soit qu'il y 
eût chez eux, comme on le prétend maintenant, quatre 
dépôts de vétérans ou colonies militaires. 

L'organisation des successeurs de Constantin élagua de 
de ce grand ensemble la partie est des Basses-Pyrénées 
répartie entre les Benamenscs et les Elloronenses. Le sur- 
plus forma la dixcesis des. Aquoises, qui fut ensuite par- 
tagée entre lus diocèses ecclésiastiques de Dax et de 
Bayonne. — Voyez Aqueuses. 

. Au temps de César, ce groupe comprenait : au N. les 
Latusates (Voyez ce mot), puis le canton de Villeneuve et 
l'E. de celui de Mont-dc-Marsan ; enfin, l'arrondissement 
de St-Sever, moins le canton 0. de Tarlas. Le chef-lieu 
était Atures, Aire sur l'Adour. Auguste les réunit aux 
Vocales. 

En recouvrant l'autonomie, sous les successeurs de 
Constantin, le territoire fut augmenté de celui des Sen- 
nates. Avec ces limites, la circonscription forma la 
diœcesis des Aturenses, qui répond exactement à l'évèché 
d'Aire, tel qu'il est figuré dans la belle carte de Pierre 
Duval. 

. Ce nom désignerait le peuple de Tarascon; dans le 
comté de Foix. Toutefois, l'attribution ne résulte que 
d'une restitution hasardée par Pintianus, au texte de 



A. CASTANG. — DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 315 

Pline, lequel porte Cononienses. Ce dernier nom paraît 
s'appliquer au pays où se trouve Couiza. 

Tectosages Voyez Volcœ. 

Tellonum Station de la voie de Dax à Bordeaux, dans l'Itinéraire 

d'Anlonin, à XVIII de Coequosa el XII de Salomaco. 
Walckenaer, qui prend la voie des Landes, désigne Li- 
posley, tandis que la Commission de la Carte, adoptant 
celle des étangs du littoral, propose timidement Cusan, 
près de Sanguinet. 

Très Arbores ( Mutalio) . Relai de la voie de Bordeaux à Narbonne, dans les trois 

Itinéraires, à V de Civitas Vasatas et VIII (ïOscineio. 
Walckenaer indique le Trélin, à cause de la consonnance ; 
mais ce mot signifie terre nouvellement défrichée. La 
Commission de la Carte propose avec doute Maillas, qui 
est trop au sud. L'abbé Dorgan (Hist. des Landes) croit 
trouver Très Arbores dans une ferme à l'extrémité méri- 
dionale de la commune de Sillas, qui se nomme Très 
casses, trois chênes. Ce point n'est pas dans la direction ; 
mais il semble indiquer la fréquence de la dénomination. 
Ces trois arbres peuvent avoir été un sanctuaire rus- 
tique peu fait pour braver l'action destructrice des siècles. 
Le territoire des Convense a fourni plusieurs inscriptions 
votives à un dieu six arbres SEX. ARBORES. Il y a aussi 
au Musée de Toulouse et ailleurs, des inscriptions DEO 
FAGO, au dieu hêtre. 

Pline les met à côté des Vellatcs et des Consoranni. 
Réuni aux Auscii par Auguste, leur territoire fit partie 
plus lard de la diœcesis du même nom. Au Moyen-Age, 
il fut d'abord appelé Malennacense, puis il devint le Ma- 
gnoac, dont l'extrémité S. E. conserva le nom antique, 
sous la forme Tournay. 

Il comprend les cantons de Tournay, Trie, Galan et 
Castelnau de Magnoae, qui tirent partie du diocèse ecclé- 
siastique d'Auch, jusqu'en 1700. 



Tomates 



}l6 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE. 

Turba (Civitas) Parmi les douze circonscriptions de la Novempopulanie, 

la Nolitia Provinciarum menlionnc « Civitas Turba ubi 
castrum Bigorra». Civitas désigne le périmètre adminis- 
tratif comprenant alors le pays des Bigerriones et celui 
des Voilâtes; c'est le diocèse de Tarbes, antérieurement à 
1789. 

Mais Turba désigne aussi la ville, chef-lieu de la cir- 
conscription. Jusqu'à présent, on avait cru que c'était 
Tarbes. Cependant, Marca (Hist. de Béarn I, p. 40) fait 
observer que le nom de Turba est très rarement employé, 
au début : Les Mss. portent Tursambica, Tralugorra, 
Tursa, rarement Turba ou Tarba. Dans Grégoire de Tours 
(Hist. Fr., VI, 20), l'accord des rois Contran et Chilpéric 
nomme Bigorra, dont le nom se reproduit plusieurs fois 
ailleurs. Au concile d'Agde, 508, c'est Apcr, « episcopus 
Bigorritanse civitatis » ; h Orléans, 541, Julianus « civitatis 
Bigerricse ; enfin à Màcon, 579, Amelius, « Eoclesiae 
Bigorritanse » 

D'un autre côté, M. Aug. Longnon (Géographie de la 
Gaule, au VI e siècle) prétend établir qu'au temps de 
Grégoire de Tours, Tarbes n'était qu'un vicuv où étaient 
déposés les restes de Saint Missolin ou Misilin. Le tom- 
beau de ce martyr, permit au recteur du collège de la 
ville, en 1085, consulté par les Bollandislcs, de constater 
que le nom de la localité était alors Talva, qui fut changé 
ensuite en Tarvia, et devint Tarba, à partir du XII 
siècle. 

L'antique chef-lieu du pays « ubi castrum Bigorra », 
ce serait la Cieutat, comme son nom l'indique : située à 
25 kilomètres au S.-E. de Tarbes, et au pied des mon- 
tagnes, Cieutat, comme on l'écrivait jadis, fut le siège 
d'un archiprètré jusqu'en 1789. 

Toutefois, ce système trouve une puissante contradic- 
tion dans un cippe funéraire mis au jour, en 1873, par 



A. CASTAING. — DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 317 

les fouilles de la fonderie de guerre de Tarbes, et portant 
l'inscription suivante : 

D * M DisManibus 

C. V. V. SAN Clarissimi viri Valerii Sanc- 

GTI.CV. Q. ti, clarissimus vir quîcstor 

PROVINC. Provinciai 

BAET1C. TV Bœticai Tu 

TOR.C.P. IVL tor clarissimus pueri Iuli 

SANCTI. FILI Sancti filii 

EIYS. P. G. Ejus ponendum curavit 

Le général Creuly (Revue d'Archéologie, 1873) croit 
que le tuteur est Jules César, le seul questeur de Bétique 
dont l'histoire fasse mention (686 de Rome, 68 av. n. e.) ; 
que l'orphelin serait de la famille Valeria, fameuse dans 
le pays, notamment par Valerius Prœconinus, cl qu'on 
lui aurait imposé le surnom de Iulus. Il reconnaît, d'ail- 
leurs, que l'épithète de Clarissimus n'apparaît, en épigraphie, 
qu'au II e siècle ; mais il la trouve dans une lettre de 
Cicéron à Servilius Isauricus. 

La conjecture n'est guère soutenable; mais il reste 
ceci : les caractères de l'inscription sont fort beaux et 
probablement du II e siècle. Par conséquent, Tarbes aurait 
été dès lors une localité importante du pays des Convense, 
dont elle relevait. 

Ubisci Voyez Bituriges. 

Ussubium Station de la voie de Bordeaux à Argenton par Agen, 

dans l'Itinéraire d'Antonin, à XX de Sirio et XXIV de 
Fines. La détermination est difficile, en raison de la com- 
pétition qui s'établit entre les ruines antiques dont le pays 
est semé. Les uns ont proposé la Réole qui n'est pas aux 
distances voulues ; il en est de même de Sainte Bazeille, 
située trop à l'est, et que la Commission de la Carte a 

Mémoires do la Soc. d'Ethn. — I. — 1884. 4i 



318 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ d'eTHNOGRAPHÎE. 

préférée. D'ailleurs, ces deux villes sont sur la rive droite 
de la Garonne. 

Ussubium était sur la rive gauche. Walckenaer veut 
que ce soit Uzeste, près de Bazas, ce que l'estimation de* 
distances ne permet pas d'accorder. D'Anville avait propose 
une localité au droit de la Réole, sur la rive gauche ; il 
la nomma Urs et c'est Hure, qui a produit des mosaïques 
curieuses et beaucoup de médailles. Meilhan, qui est un 
peu plus haut, a aussi des antiquités et une fontaine dite 
d'Usa. 

La Table Théodosienne met, sur la même voie, entre 
Sertone, qui est sans doute Serione, et Fines, une station 
de Vesubio, laquelle est évidemment celle d' Ussubium, 
sauf le changement de prononciation, qui a entraîné celui 
de la transcription. 

On doit à Ghaudruc de Crazannes (Mèm. de la Société 
Archéol. du Midi, l, 253 s.) la première mention de 
l'existence d'un autel circulaire qui se trouvait alors 
encastré dans un mur du presbytère du Mas d'Agenais et 
qui sert aujourd'hui de support au bénitier de l'église 
St-Vincent. On suppose que ce monument aura été trans- 
porté du lieu qui fut Ussubium, au Mas, qui est l'ancienne 
Fines. On y lit l'inscription suivante : 

TVTELAE AVG. 

VSSVBIO. LABRYM 

SILVINVS. SCI 

PIONIS F. AN 

TISTES. D. 

Vanesia Station de l'Itinéraire d'Antonin, route de Bordeaux à 

Narbonne, à XII à'Elusa et VIII de Civitas Auscius. 
Walckenaer désigne Lézian ; d'autres veulent St Jean 
Poudgc : le point doit être dans ces parages. En tout cas, 



A. CASTAING. — DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 319 

dit D'Anville, il s'agit du passage de la Baïze, dont il croit 
que le nom a quelque rapport avec celui de Vanesia. Mais 
le nom latin de la Baïze est Balisa. 

Varduli . . . > . , Ce peuple est mentionné par P. Mêla (III, 1) comme 

limitrophe de l'Aquitaine, au bord de l'Océan, en Espagne. 
Pline lui attribue quatorze divisions et nomme celle des 
Albanenses, pays d'Alava ; il lui donne la ville de Flavio- 
briga, aujourd'hui Oria (L. IV, 20), qu'il a déjà classée 
dans les régions des Cantabres (L. III, 20). 

Ce nom de Varduli est celui que Strabon défigure sous 
la forme Bardyètes. Il parait qu'il y faut comprendre les 
Caristes et les Autrigons, qui auraient fait partie d'une 
même confédération répondant au Guipuscoa et à l'Alava. 
Mais les Varduli propres sont le peuple limitrophe de la 
vallée du Baztan et de la Bidassoa. C'étaient des Gaulois : 
quelques uns les disent Aquitains ; ils devaient en être mé- 
langés. 

Vasatae Dans Ammien Marcellin. Voyez Yasates. 

Vasatas (Civilas) Bazas, dans l'Itinéraire de Bordeaux à Jérusalem, à VII 

de Mutatio Serione et V de Très Arbores. C'est le nomi- 
natif et l'accusatif pluriel celtique du nom rendu en latiu 
par Vasates. Cette forme a été fréquemment accueillie par 
les auteurs latins et par les documents officiels, tels que la 
Notifia Imperii, où on lit : prœfectus Silva?icctas, Bedoîias, 
Lingonas, etc. A partir de ce moment, l'accusatif en as 
remplace les autres cas de la déclinaison qui tombe en dé- 
suétude (Cf. Arbois de Jubainville, Rev. celt. \, 220). 
On parlait donc gaulois dans le pays des Vasates. 

Vasates Vasatx, Vasatii (Ausone, Ammien Marcellin) et Vasarii 

(Ptolémée). On considère ces noms comme synonymes de 
ceux des Vocates et Basabocates. Cependant, il semble que 
les Vasates furent une fraction autour de Cossio et sur la 
rive gauche de la Garonne, répondant à l'arrondissement 
de Bazas, moins les cantons de Langon, Préchac et Saint- 



,■$20 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE. 

Symphorien, mais ayant en plus, dans le département de 
Lot-et-Garonne, les cantons de Meilhan, Bouglon et le Mas 
d'Agenais. Le territoire de Casteljaloux que les êvèques 
d'Agen, Condom et Bazas se sont disputé avec des fortunes 
diverses, celui de Houeillès, du même département, et,dan> 
les Landes, la commune de Maillas, ainsi que le nord des 
cantons de Roquefort et de Gabarret, enfin le canton de 
Captieux, dans la Gironde, formaient le lot des Osquidates 
campestres que les Yasates dominaient. — Voyez ce- 
noms. 

Vasatica Dans l'organisation des successeurs de Constantin, c'est 

l'ensemble du territoire des Vocates et des Yasates, formant 
le territoire de Bazas, moins ce qui fut donné aux Nitio- 
briges. 

Vascones. . . ,. Les Yascons, les Basques, peuple habitant, pendant 

l'antiquité, jusqu'à la fin du IV e siècle, les montagnes de 
la Navarre. 

Le Reyno de Navarra a 8,300 kilomètres carrés et 
300,000 habitants, dont la moitié n'est pas basque : il en 
fut sans doute de même jadis. Comme terme de compa- 
raison, notre département des Basses Pyrénées a 7,260 hec- 
tares et 500,000 habitants. 

Les limites étaient les suivantes. Au N. O., la vallée 
de la Bidassoa faisant alors partie de l'Aquitaine, c'est 
par erreur que Strabon leur attribue Fontarabie et le cap 
du Figuier, que Mêla donne aux Yardules. Le district de 
Goyzueta était aux Yardules. 

Au N., des monts Aralus (Sierra de Aralar) au port de 
Lohiluz, près des sources de la Nive, puis la frontière 
actuelle de France, moins le val Carlos, jusqu'au port 
d'Urdos. 

A l'E., les hauteurs qui forment le côté oriental de la 
vallée de Canfranc, y compris Jaca et la comté d'Aragon, 
étrangères à la Navarre actuelle. 



A. CASTAING. — DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 32 1 

Au S., dans la direction de PO., la ligne de partage 
des eaux, de Jaca aux contreforts qui bordent le rio Ara- 
gon, jusqu'à l'Ebre, en laissant de côté la majeure partie 
de la merindad de Tudela ; puis le cours de l'Ebre, en 
remontant jusqu'à Viana, en face de Logrono. 

A l'O., la ligne actuelle, de Logrono à La Sierra do 
Aralar. 

Le renom d'anthropopbages qu'on a fait aux Vascons 
repose sur un malentendu. Ils le doivent à Juvénal (XV, 
93 et s.) Ce poète n'a aucune idée exacte de l'événement 
sur lequel il déclame : ne sachant si la chose s'est passée 
au temps de Hannibal, de Metellus ou de Pompée, il 
confond Cantabres et Vascons, Calagurris et Sagonte, les 
temps et les lieux. Au fait, c'est de Sagonte qu'il parle 
(vers 114) et son vieux scholiaste a soin de le faire observer. 
Calagurris fut assiégée et détruite par Afranius, lieutenant 
de Pompée : à cette époque, elle faisait partie de la pro- 
vince d'Osca ; au temps de Juvénal, elle avait été réunie 
à une partie du pays vascon, lequel en dépendait. 

Valère Maxime nous apprend que le fait d'anthropo- 
phagie est réel, mais passager et causé par la rage de la 
guerre civile (L. XIII, C. 6, De necessitate). Il le rend aux 
partisans de Sertorius enfermés dans Calagurris, et il ne 
nomme pas les Vascons qui, à l'époque de Pompée, 
étaient étrangers à cette ville, et ne prirent point part à 
la guerre (Cf. Oïhénart, Notitia, 27). 

Vassei Ce peuple dont le nom termine la liste de Pline, fut 

fondu par Auguste dans les Bituriges. L'organisation 
théodosienne les laissa à la diœcesis Burdigalensis, dont 
ils ne sont plus sortis. 

Leur territoire comprenait la rive gauche de la Garonne 
au-dessus de Bordeaux, soit les cantons de la Brède, 
Podensac et Langon. 

Vellates D'Anville les cherche dans le Velay, dont les habitants 



p2 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE. 

sont nommés Vellavii par César, Vellaiï et Vellauni par 
d'autres. Walckenaer s'est égaré en les cherchant à la 
Valette près d'Angoulème. Pline place les Vellates au pied 
des Pyrénées, entre les Lassuni et les Tomates. 

Par métathèse, Vellates a donné Lavctes, Lavetanum, 
Lavitanum, le Lavedan, qui comprend les vallées d'Ar- 
gelez, Azun, Barèges, Gavarnie, etc., communes en li- 
bertés. Barèges a porté le nom de Velletria ; mais 
Lourdes célèbre, dit Oïhénart, par son antique citadelle, 
fut le chef-lieu du Lavedan. Ce pays répond à l'arrondis- 
sement d'Argelcz. 

Par une singulière coïncidence, le pays fut consacré, en 
1063, à Notre-Dame-du-Puy en Velay. Cette circonstance 
doit elle porter à croire que les Vellates et les Vellavii 
sont d'une même famille? les branches ont pu se séparer 
lorsque la majeure partie des Aquitains fut repoussée au 
pied des Pyrénées. L'avenir éclairera peut-être ce mystère. 

Venami Indiqué par Pline, en tète de la partie de la liste qui 

contient les peuples Pyrénéens, en partant de l'Est, ce nom 
doit s'appliquer à un peuple très enfoncé dans la mon- 
tagne. Marca cherche à transformer ce nom en Benehar- 
num ou Betiearni, ce qui n'est pas probable : les autres 
attributions ne soutiennent pas l'examen. Les Venami étant 
auprès des Onobrisates dont le nom suit immédiatement, 
nous trouvons leur habitat dans la vallée d'Aran, qui 
faisait alors partie de l'Aquitaine, comme le déclare 
Ptolémée, en disant que la Garonne prend sa source dans 
l'Aquitaine. 

La réunion à l'Espagne eut lieu en 1192, lorsque 
Raymond, surnommé Alfonse II, roi d'Aragon, mariant 
sa pupille, Béatrix de Marsan, comtesse de Bîgorre, à 
Gaston de Moncade, vicomte de Béarn, s'attribua, comme 
cadeau de noces, la vallée d'Aran, sous prétexte qu'elle 



A. CASTAING. — DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 323 

ne faisait pointpartie du Bigorre (Marea, Hist. de Béa ni, 
1. VI, p. 496; Marca-Hispan. 1. I, c. 13, p. 65). 

Les Venami ne se bornaient point là : leur habitat 
comprenait l'ouest du bassin de la Garonne, avec les val- 
lées de Lisse, d'Arboust, de Ludion et de Barousse ; ils se 
trouvaient ainsi, selon l'indication, entre les Onobrisates, 
les Consoranni et les Pyrénées. 

Vernemetis. ...... .... Les poésies de Fortunat, qui fut évoque de Poitiers, 

contiennent (I, 9) une pièce célébrant la dédicace d'une 
église sous l'invocation de St-Vincent ; on y lit les deux 
vers suivants : 

Nomine Vernemetis voluit vocitare vetustas 

Quod quasi fanum ingens gallica lingua refert. 

D'après les divers actes du martyre de Saint-Vincent,, 
l'église désignée par Fortunat était située dans les limites 
de la partie méridionale du diocèse d'Agen, « Juxtà ter- 
minum agennensis urbis », dans ce qui devint plus tard le 
diocèse de Condom. Le territoire est appelé, soit Agin- 
nense territorium, reonemense rus, agor vellanus, soit 
Regio Metensium et Nemetum ; enfin, l'emplacement était 
celui du « Castrum quod ab incolis Pompeiacum dicitur, 
ferè quinis millibus à Reonemense separatum ». 

Il y a, dans les départements du Gers, de la Gironde et 
de Lot-et-Garonne, deux Pompéjac et deux Pompiac ; 
aucune de ces localités ne répond au signalement que 
donne Fortunat, lorsqu'il caractérise la construction, par 
ce titre : « De basilicà ultra Garumnam. » 

Il s'agit ici de l'église du Mas d'Agenais consacrée à 
Saint-Vincent et qui fut bâtie sur l'emplacement d'une 
enceinte consacrée à une divinité païenne. Les Gaulois 
n'ayant point de temples bâtis, accomplissaient dans les 



324 MEMOIRES DE LA SOCIETE D ETHNOGRAPHIE. 

bois les cérémonies de leur religion : c'est aussi ce 
qu'exprime le mot fanum, enceinte délimitée par une cein- 
ture de pierres, dans les bois. 

Nemed, nemet, neimhe, exprime ce qui est sacré, véné- 
rable : un sanctuaire, les lieux d'assemblées politiques ou 
religieuses. Le sens propre est céleste, le ciel, en gaé- 
lique, se disant nem qui devient nef (prononcez nev) en 
comique, et env en bas-breton. 

Le mot gaulois nemet signifie donc temple, enceinte 
consacrée ; on le trouve en composition dans divers noms 
de lieux : Nemetocennœ, Arras; Nemetodurum, Nanterre; 
Aurjustonemetum, Clermont. L'Itinéraire donne Tasineme- 
tum en Norique, et Vernemetum dans la Grande Bretagne. 
Le Moyen-Age a conservé la forme Nimida (Capitul. 
Carloman. an. 743) et celle de Nemet (Chartul. Kimperleg. 
an. 4031) avec le sens de forêt sacrée. (Cf. Zeuss, 1,102, 
et 18G.) 

Strabon, L. XII, 17, appelle A/yjvsuero? le lieu ou se réu- 
nissaient les douze chefs des Galates de l'Asie-Mineure. 
Adelung, 1, 56, explique que c'est un terme celtique si- 
gnifiant un temple dans un bois de chênes. D'après cela, 
Vememetis pourrait indiquer une enceinte sacrée dans un 
bois d'aulnes, vern. Mais le suffixe ver est un augmentatif 
dont on trouve d'autres exemples dans les langues gallo- 
bretonnes; il donne la raison de l'expression de Fortunal : 
fanum ingens, Vernemetis. 

On parlait gaulois sur la rive gauche de la Garonne. 

Vernosole Station de la voie de Dax à Toulouse, dans l'Itinéraire 

dWntonin, à XII iïAqux Siccœ et XV de Tolosa. Le point 
serait au Vernose, où l'on a trouvé des vestiges de voie 
romaine. 

Vesubium Voyez Ussubium. 



A. CASTAING — DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIOUE. 



325 



Vicus Aquensis Ici, c'est Bagnères-de-Bigorre, comme le témoigne une 

inscription trouvée dans cette ville et reproduite par 
Griller (f<> G, M) : 

NVM-INI AVGVSTI 

SACRVM 

SECVNDVS SEMBEDO 

NIS. FIL. NOMINE 

VICANORVM AQVEN 

SIYM ET SVO. POSVIÏ. 

Gela est également démontré par les médailles (Oïhénarl), 
Ce nom fut d'ailleurs appliqué d'une façon générale à 
diverses villes d'eaux de la Gaule et de la Germanie. Voyez 
Aqux Convenarum. 

Vicus Juli, Juliensis et Julius. . . . Airc-sur-l'Adour. — Voyez Alures, 

Vivisci Voyez Diluriges. 

Vocates Dans les Commentaires de César, et; terme désigne les 

habitants du pays qui s'étendait au-dessous et au nord 
des Tarusates, contre la Garonne. On croit savoir qu'ils 
obéissaient alors à un roi nommé Calitix. (Voyez ce nom). 
L'organisation d'Auguste leur adjoignit les Tarusates. 
Nous devinons, d'après Pline et Ptolémée, que les Osqui- 
dates Compestres leur étaient soumis et que la fraction 
méridionale du territoire constituait la circonscription des 
\asates ayant pour chef-lieu Cossio. 

Dans l'organisation des successeurs de Constantin, ils 
forment la Civitas Vasatica, identique au diocèse de Bazas. 
On voit par là qu'ils s'étendent au-delà de la Garonne et 
jusqu'à la Dordogne, sur la majeure partie de l'arrondis- 
sement de la Réole. 

Ce dernier pays présente, en certains points, des carac- 
tères ethnographiques particuliers, mais qui ne remontent 
pas aux époques antiques. En 1534 et 1525, la région fut 
dépeuplée par une épidémie ; Henri d'Albret, qui en était 
le souverain, fit venir de la Saintonge, de l'Angoumois et 

Mém. de la Soc. d'Ethn. - I. - 1884. 42 



;2Ô MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE. 

même de l'Anjou, des cultivateurs qu'il établit sur 1rs 
terres vacantes; trente paroisses autour de Castelmoron, 
furent ainsi renouvelées. On reconnaît encore ces émigranls, 
dit Jouannet (Statistique, de la Gironde), à leurs cheveux 
plats, à la lenteur de la parole et du geste, à leurs vête- 
ments longs; on les surnomme Ga vaches. C'étaient des 
Galls, et même dos Kimris; ils parlent un français altéré, 
mais s'abstiennent des idiomes des pays voisins. 

On trouve, en Daupliiné, un peuple dit Yoconces, qui 
compte parmi ceux d'origine ligure et qui eut pour chef- 
lieu Vewtd, aujourd'hui Vaison.Les ruines de cette antique 
cité s'étendent sur une longueur d'une lieue; ce fut l'une 
des plus grandes villes de la Gaule. Ces noms ressemblent 
fort à ceux de Vocales et Yasates. Grégoire de Tours 
(Histor. Francor., 1, 29) dit que les Gaulois nommaient 
Vùsso un temple magnifique des Arvernes, qui fut ruiné 
par les Barbares. Selon Amédée Thierry, « Bas et avec 
l'aspiration, Bhas signifie mort, destruction, en langue 
gallique. Yassus, le destructeur était vraisemblablement 
un surnom du Mars gaulois.» (Hist. des Gaulois, III, 3). 
M. Roget de Belloguel oppose à ce sentiment l'inscription 
de Bittburg : 

DEOMERCV VASSO CALATE MANDALQNIVS GRATVS D. 
(Ethnog. gaul. I, 134). 

Il est possible que le nom de Yassus, signifiant autre chose 
que destructeur, ait appartenu à l'une et à l'autre divinité. 
Enfin le nom des Vocates rappelle l'un de ceux des 
Boii (Voyez cenomj, qui s'écrivait aussi Boghi. Peut-être y 
avait-il eu fusion, à la suite d'une invasion dont le souvenir 
ne s'est pas conservé. 

Volcae Les Volkes sont un peuple gaulois, de la famille kim- 

rique qui, s'étant attardé sur la rive droite du Rhin, ne 
traversa le fleuve qu'environ trois siècles avant notre ère. 
Deux de ses fractions passèrent au-delà des Cévennes, et 



A. CASTAING. DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE 327 

nous les retrouvons, sous le surnom d'Arécomiques dans 
les environs de Nîmes, et sous celui de Tectosages du côté 
de Toulouse. Ces derniers ont acquis, dans l'histoire, une 
notoriété grande par l'expédition, commencée; en 281, 
qui les conduisit dans le royaume de Macédoine, par le 
pillage du temple de Delphes, et enlin par leur établisse- 
ment en Asie-Mineure, dans le pays qui reçut d'eux l<> 
nom de Galatie. C'est des Volkes de Toulouse qu'il s'agil 
dans les questions concernant l'Aquitaine. 

Amédée Thierry a fort bien posé la question de leur 
origine : « Les manuscrits de César, dit-il, portent 
indifféremment Yolcx ou Volgse ; Ausone énonce que 1<- 
nom primitif des Tcctosages était Bolgœ : 

Tectosagos priimevo nominc Bolgas. Cicéron les appelle 
Belgœ (Pro Fontcio). Dans leur expédition en Grèce, ils 
avaient un chef nommé par les historiens tantôt Bolgius, 
tantôt Belgius. Saint Jérôme rappelle que l'idiome de 
leurs colons établis dans l'Asie-Mineure, en Galatie, était 
encore de son temps le même que celui de Trêves, 
capitale des Belges, et Saint Jérôme avait voyagé dans les 
Gaules et en Orient (Comni. in Epist. ad Gai., 3). D'après 
cela, il n'est donc pas possible de douter que les Volkes ne 
fussent Belges ou plutôt que les deux noms n'en lissent 
qu'un. i> (Hist. des Gaulois, Inlrod.) 

11 n'y a plus qu'un mot à ajouter : c'est que l'un et 
l'autre nom n'est que la reproduction de l'allemand 
Volk, qui signifie peuple. Ce terme est resté sur la rive 
droite du Rhin, mais il n'était pas ignoré des Gaulois, ni 
même des Latins, chez lesquels Volgus et Vulgus ont 
une signification fort rapprochée. Il est à remarquer, 
d'ailleurs que Yolcx ou Belgx ne fut jamais un nom de 
peuple, mais d'origine, puisqu'il est toujours accompagné 
d'une autre désignation déterminant les rapports poli- 
tiques et sociaux. 



328 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE. 

Les Volkes Tectosages occupèrent l'Ouest et le Sud du 
pays qui fut plus tard le Languedoc. Quant aux contrées 
situées au delà de la Garonne, ils en possédèrent fort peu 
avant l'époque de la conquête romaine. Plus lard, à la 
faveur des organisations d'Auguste, d'Hadrien, des suc- 
cesseurs de Constantin, le territoire de la Province ro- 
maine, empiétant toujours à l'ouest, la diœcesis de Tou- 
louse atteignit, au II e siècle, les bords de la Save. Mais 
les Tectosages n'y furent pour rien : absorbés dans la po- 
pulation gallo-romaine, ils n'existaient plus pour le monde. 

Vulchalo Cicéron (Pro Fonteio) a conservé le nom de cette loea- 

iité, située au nord du pays des Convenue, qui faisait 
alors partie de la province romaine. Parmi les exactions 
reprochées à Fonteius, se trouvaient des droits de douane 
imposés sur des vins qui venaient des bords de la Médi- 
terranée ; Servaeus, l'un des agents du proconsul, avait 
levé deux vicloriati par amphore, à l'entrée ou au pas- 
sage par Vulchalo, lieu de transit des quantités destinées 
aux régions pyrénéennes. L'amphore contenait 2G litres, 
le Victoriatus quinaire valait un demi denier, soit deux 
sesterces, environ f. A*2, avant les empereurs. 

On croit que Vulchalo est Bauchalot, village situé au- 
dessus de Saint-Marlory, sur la rive gauche delà Garonne. 
On a même prétendu que ce nom viendrait de celui des 
Volcœ, dont il aurait marqué les limites, du côté des pays 
aquitains (Nouv. hisl. (jén. île Lang.). Ce dernier fait 
demande à être démontré. Bauchalot passe pour avoir été 
fondé au XIV e siècle. Mais il y a des vestiges de la voie 
romaine de Dax à Toulouse, et Ton y remarquait, il y a 
quarante ans, la partie inférieure de l'une de ces stèles 
à images qui portent Le nom de piles, dans le nord de la 
France. 



Mémoires de la Société d'Ethnographie. 



Planche XI I'. 



NOVEM POPULANI 

AVEC LES CONCORDANCES ANTIQUES 



NOTITIA 

Provinciarum et civit.mim Gollùc 



Diocèses impèriavx 



i Ëlusates 



2 Aqueuses 



3 Lactoratës 



4 Convenœ 



5 Consoranni 



6 Boates 



7 Benarnenses 



8 Liturenses 



9 Vâsatica(civ.) 



io Turba(civ.) 



1 1 F.lloronenses 



1 2 Ausci 



' I t'ïch's. 



Eauze 



Dax 



Lectoure 



St Bertrand 
et Lombez 



Gouseran 
(St Lizier) 



Kovcnp populi 



Elusates 



Aqueuses 



Lactoratës 



Bordeaux(P.d( 



Lescar 



Lire s. l'Adour 



Bazas 



Tarbes 



Lloron 



Auch 



CONCORDANCE 



AUGUSTE 



CESAR 



Eusci 



Tarbelli 



Lusci 



Benarnenses 



Liturenses 



Vasatcs 



Turba 



Elloronenses 



Ausci 



Convenae 



Bitùriges 



Tarbelli 



Voeates 



Vocates 



Convenae 



Tarbelli 



Ausci 



Elusates, 
Sotiates 



Tarbelli, 
Sibuzates, 

Cocosates 

Larites 



Garumni 



i'i iM-: 



Elusates, So- 
tiates 



Tarbelli. Sediboncates, 
Cocosates, C.impoui, 
BcrcoraUs, Pimpeduni 
Sibvllatcs 



Tarnsates 



Vocates 



Bi&errioncs 



\usci 



Convenae, Venamî, 
Onobrisates, Belcndi, 
Salttis Pvrenœus 



Consoranni 



(Aquitani ) 



Monesi, Suc- 
casses, Lassuni 



Latusates, Scnnates 



Basalocates, Yassei 
(partie) 



Bîgerri, Vellates 



Esquidates tnon- 

tani 



Ausci, Tomates, 
Preciani. 



Mémo} 


es de la SûcUU d"Elbnograplne. 




• 


Ptancbe XI , 


' 


L'AQUITAINE 




d'après PLINE 




Noms anciens 


{Régions modernes 




Noms anciens 


Régions modernes 


Côte de l'Océan, 








entre la Loire et la Gironde - u retournant vers la pro- 


i 






vince 




Ambiliatri 


Partie de l'Anou 






Anagutes 


Vendée 


/ 16. Cassuni 


Val d'Assun,etc. 




Pictones 


Poitou 




17. Vellates 


Vallées du Ca- 




Sa n ton es 


Saintonge 






velan, etc. 




Bituriges Viresci 


Bordelais 




18. Tonnâtes 


Armagnac 








19. Consorani 


Cou sera ni 




Côte de l'Océan 


■ 




entre la Gironde et l'Adour 


lAu centre : entre Toulouse 




AQUITANI Spécialement 


et l'Océan 


l 


nndc iiomeii provincia IvlCUOC et DOl II 


| 20. Ausci 


Armagnac (blanc 


! 


i . Tediboniates 

J 


Marcnsin 


< 21. Ulusates 


ou haut) 


I 






Armagnac (noir 




De la Garonne à l'Adour 


\ 


ou bas 1 


■ 








22. Sottiates 


Pays de Sos, etc. 


i 


2. Convcnx 

3. Bigerri 

4. Carbclli 


Comminges 




23. Osquidates 


Plateau de l'Es- 


1 

1 

■ 1 
> 


Bigorre propre 

(nord) 
Cannes (Dax, 
Orthez) 


Aquitaine 


campestris 

24. Succascs 

25. Catusates 


tampon et du 
Ciron 

Béarn (X. E.) 
bassin de la 




5. Cocosates 


Grandes Landes 






Douze 


! 


Pyrénées centrales 


1 


26. Casabocates 


bavadais 
1 






\ 27. uasseï 


baronnais 


. 1 


6. Venamî 


\ al d Aran (en 
Espagne) 


* 28. Cennatcs 


bas. del'Estri- j 

son 


/ 


7. Onobrisates 


Nebousan, Qna- 




r-> 


i < 




trc-Vallées 




Réparation d'omissions 


\ 


S. Belendi 


Bassin de l'Hers 








9. Saltus Pyré- 


Bassin de l'A- 




Cambolectri 


lit une 


nœus 


riège 




Agcsinates 




Pyrénées jusqu'à l'Océan 




Du côté opposé : Hinc 




Tnfrâque 




et ensuite : Dcin 


j 


10. Monesi 


Béarn propre 




Bituriges Cubi 


Bcrrv 


1 


1 1 . Osquidates 


Vallées d'Assan, 




Lemovices 


Limousin 


| 


montani 


Aspc, etc. 




Arveni liberi 


Auvergne 




12. Sibyllates 


Soûle (Val du 




Cabales 




Gévaudan 




1 3. Camponj 


Saison) 
Cabourd 




£11 rétrogradant : Rurstis 


i 


14. Cercoratcs 

1 5. Pimpedun- 

ni 


Basse-Navarre 
Val de Castan 




Ruteni 
Cadurci 


Rouergue 

Ruerc 


1 


et Lerins (en 


Antôbroges 


( )genais 






Espagne). 


Petrogoni 


Périgord 



éfflmffl^^ I il I il i t i 



SOCIETE D'ETHNOGRAPHIE 

RECONNUE COMME ÉTABLISSEMENT D'UTILITÉ PUBLIQUE. 



1885 



BUREAU. 



Président : 

CARNOT (de l'Institut), sénateur. 

Vice-Présidents : 

Célestin LAGACHE, O. a$b, sénateur ; 
CASTAING, #, avocat. 

Secrétaire-Général 

Léon DE ROSNY, #, O. 

Secrétaire- Adjoint 
Célestin PRET, avocat. 



Achille PEUVRIER 
Edouard VINCENT. 



Archiviste 
Trésorier 



330 société d'ethnographie. 



LISTE DES FONDATEURS DE PLACES PERPÉTUELLES 

DE MEMBRES TITULAIRES 



Paris. 

1859. Rosny (Léon de), %, O. 

— •]• Bourgoing (le baron Paul de), G. O. &, sénateur. 

— Vlangali-Handjéri (S. A. le prince Michel). 

— Hervey de Saint-Denys (le marquis d'), é, de l'Institut. 
1864. Montblanc (le comte Charles de). 

— Lequesne, #, statuaire à l'Institut. 
iS65. Duchinski (de Kiew). 

— Geslin (G. C), architecte et peintre. 
1870. Legrand, docteur-médecin. 

1872. Lesouef (Auguste). 

— Dilhan (Alphonse), I. i>. 

— -j- Tremblay (Jules). 

1873. Madier de Montjau (Éd.) 

— Delamarre (Théodore), é, peintre. 

— Marescalchi (le comte), #. 

— Dumas (Victor). 

1877. Peigniet (Charles), #, architecte. 

1878. Thorel, #, docteur-médecin, explorateur du Cambodge. 

— Arnaud-Jeanti, &. 

— Villemereuil (le commandant de), O. &, capitaine de vaisseau 



MEMBRES FONDATEURS. jjl 

1882. Vallois. 

1884. Lemercier, 0. *, imprimeur-lithographe. 

Province. 

1872. Pipart (l'abbé Jules), à Nazelles, Indre-et-Loire. 

1873. Alphandéry, conseiller-général, à Alger. 

1883. f Dumast (le baron de), =&, Q, correspondant de l'Institut, à Xancv. 

Belgique. 

1879. Montblanc (le baron Albéric de), à Bruxelles. 

Italie. 

1882. -J- Tomassoni, à Florence. 

1883. Kraus (Alessandro), Q, délégué général de l'Alliance scientifique 

universelle, à Florence. 

Japon. 

1872. Harada (Kadumiti), colonel, à Tôkyau. 

1873. Simadi (Mokuraï), religieux bouddhiste, à Tokuzi. 
— Narusima (Riu-hoku), publiciste, à Tôkyau. 

En voyage : 

1872. Pinart (Alphonse), Q, à San- Francisco. 

1873. Vaux (Georges de), *., à Andrinople. 



^32 SOCIETE D ETHNOGRAPHIE. 



I 



able des Matières. 



Pages. 

Introduction; par Carnot, M. T., président de la Société i. 

I. — Mémoire sur l'infériorité des civilisations précoces, par le D r Gaétan 

Delauxay, M. T 9. 

II. — Étude ethnographique sur les Bachkirs, population du versant oriental 

de l'Oural, par Wladimir de Youferow, M. C 29. 

III. — Les documents écrits de l'antiquité américaine, par Léon de Rosky, 

M. T 57. 

IV. — Ethnographie de l'Amérique Antarctique, par P. de Lucy-Fossarieu, 

M. C 101. 

V. — Ethnographie de l'Aquitaine, par Alph. Castaing, M. T 181. 



l-li* *€ III* A- CARTES. 

1. — Carte ethnographique des Bachkirs (impression chromolitographiqiie de Erhard)... 56. 

2. — Carte géographique Aztèque (chromolithographie) 70. 

3 . — Bas-relief Yucatèque (Héliogravure de Dujardin) 74. 

4. — Sculpture et katouns Yucatèques (Héliogravure de Dujardin) 76. 

5. — Page dite initiale du Codex Troano, avec restitutions (Héliogravure de 

Lemercier et C ie ) 81. 

G. — Eeuillec en écriture katounique attaché au Codex Cortcsianus (Héliogravure 

de Dujardinj 81. 

7-8. — Codex Cortcsianus : Tableau des Bacab (Héliogravure de Dujardin) 87. 

9-10. — Le bas-relief de Bernoulli, a, h, c (Héliogravure de Dujardin) 97. 

1 1-12-13. — Le bas-relief de Bernoulli, d, e, f, g, h, i, /', (Héliogravure de Dujardin). ioo. 

14. — Noveni Populani, avec les concordances antiques (Tableau) 328. 

1 5 . — L'Aquitaine, d'après Pline (Tableau) 328. 

16. — Médailles des Aquitains (Gravure sur cuivre) 328. 

FIN DU TOME PREMIER 
DE i.a seconde série. 

Imprimerie E. DAtTGU, ;'v Saint- Valery-en-Caux. 



MÉMOIRES 



DE LA 



SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE 



" -s.'-VW^-'N^' 



NOUVELLE SÉRIE. — TOME I. 

1880-84 



LISTE DES AUTEURS 

DONT LES TRAVAUX ONT ÉTÉ PUBLIÉS DANS CE VOLUME. 

CA&TAOrO (Alphonse), M. T., avocat, — p. 181. 

nui, AIWVH (le docteur Gaétan), M. T., membre de la Société d'Anthropologie, — p. 8. 

liUCY-FOSSARlEU (P. de), M. C, secrétaire de l'Institution Ethnographique, — p. roi. 

R©8ï¥lf (Léon de), M. T., professeur à l'École spéciale des Langues Orientales, — p. 57. 

KOUFEBOW (Wladimir de), M. C, membre de la Société impériale d'Ethnographie de 
Russie, — p. 29. 



Saint-Valerj-m-Cauz. — Impr. E. DANGU, rit Nctienalt, if. 



MÉMOIRES 



DE I.A 



SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE 

RECONNUE COMME ÉTABLISSEMENT D'UTILITÉ PUBLIQUE 

PUBLIÉS 

AVEC LE CONCOURS DE I.A COMMISSION - DE PUBLICATION 

PAR 1,1 i>\ «le KOSVY, 



SECRETAIRE-GENERAL 



PRECEDES ID'TJIsrE I3SrTI\O0DXJCXIOKr 

PAR 4'1R.\«T. 

sINATI-UR, MEMBRE DE L*INSTITUT, TRÉSIOKNT DE I.A SOCIÉTÉ. 

NOUVELLE SÉRIE.— TOME PREMIER 




PARIS 
MAISONNEUVE FRÈRES & CHARLES LBCLERC ÉDITEI 

LIBRAIRES DE LA SOCIÉTÉ d'eTHNOGRAPHIF 
25, Quai Voltaire, 25 

1885. 



Jal^TE CHr\ONOLOQlQUE DE? ^RÉ^IDENTp DE LA ^OCIÉTÉ, 



Première Période. 

iS 59. — Le baron Paul de Bourgoing, sénateur, ancien ambassadeur. 

1861. — Jomard, de l'Institut. 

1862. — Claude Bernard, de l'Académie des Sciences et de l'Académie Française. 

1863. — Ant. d'Abbadie, de l'Académie des Sciences. 

1864. — Garcin de Tassy, de l'Institut. 

Seconde Période, 

1865. — L'amiral Rigault de Genouilly. 

1866. — Le baron Jules de Lesseps. 

1867. — I 7 . de Saulcy, de l'Institut. 

1868. — Ch. Texier, de l'Institut. 

1870. — Le vicomte Emm. de Rougé, de l'Institut, conseiller d'État. 

1871. — Torres Caicedo, ministre plénipotentiaire. 

1872. — Edouard Dulaurier, de l'Institut. 

1873. ■ — Le marquis d'Hervey de Saint-Denys, de l'Institut. 

187.).. — Léon de Rosny, professeur à l'École des Langues Orientales. 

1875. — Isidor, grand-rabbin de France. 

1876. — Carnot, sénateur, de l'Institut. 

Troisième Période ~ 
1880. — Carnot, sénateur, de l'Institut. 







cAi. 



La Société d'Ethnographie entreprend de publier 
une nouvelle série de ses Mémoires en format in-4°, afin 
d'y faire entrer plus aisément des planches et des 
cartes (1). 

Cette collection est destinée à recevoir des travaux 
de longue haleine, qui ne peuvent trouver place dans le 
recueil des Actes de la Société, ouvert aux discours, aux 
rapports, notes et autres documents de moindre étendue. 

Chaque écrivain, d'ailleurs, y conserve sa liberté et 
prend la responsabilité de ses œuvres. 

Le présent volume renferme : 

Une étude de M. le docteur Gaétan Delaunav, membre 
titulaire, tendant à démontrer que les Sociétés humaines 
sont soumises à la même loi que les individus et que 
tous les êtres de la nature : la rapidité de leur dévelop- 

(1) La première série, publiée sous le titre de Revue Orientale et Américaine 
(1859-05), comprend 10 vol. in-8° avec planches et cartes; — la seconde série 
1866-79) se compose de 4 vol. in-8° avec planches et cartes. 

Mémoires de la Soc. d'Ethii. — I. — 188i. a 



II MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE. 

pement est d'autant plus grande qu'elles se trouvent 
placées à un degré plus infinie ; mais elles subissent un 
arrêt de civilisation, parfois môme une décroissance. 
Celles qui appartiennent à un degré supérieur suivent 
une marche plus lente, qui les conduit plus loin. La 
précocité serait donc un signe d'infériorité, et elle 
excluerait la durée. 

Un mémoire sur les Bachkirs, par M. Wladimir de 
Youferow, membre correspondant, accompagné d'une 
carte ethnographique. Cette monographie est le fruit 
d'un voyage d'exploration dans l'Oural, et de recherches 
dans les travaux scientifiques publiés en Russie, travaux 
malheureusement peu connus hors de ce pays. 

Le compte-rendu d'un voyage en Espagne et en 
Portugal , entrepris par M. Léon de Rosny , membre 
titulaire, dans l'intérêt de ses études sur r Amérique pré- 
colombienne. Ce voyage a permis à l'auteur de photo- 
graphier et de publier pour la première fois, avec le 
résultat de ses déchiffrements, un des quatre manuscrits 
qui existent encore de l'antiquité Yucatèque. Ce manuscrit 
est celui auquel on a donné le nom de Codex Gortesianus, 

Des observations très développées de M. P. de Lucy- 
Possarieu, membre correspondant, sur les Fuégiens, que 
Paris a vus au Jardin d'acclimatation. Ces observations 
sont complétées par des extraits de tous les auteurs qui 
ont écrit sur ces curieux habitants de l'Amérique 
antarctique. 



INTRODUCTION. m 



Enfin un mémoire de Mi Alphonse Castaing. 
membre titulaire et vice-président de la Société, sur 
l'Aquitaine primitive, savant travail accompagné d'un 
glossaire etlmogénique qui en facilite la lecture. 

Le recueil des Mémoires s'enrichira successivement, 
et plus ou moins rapidement, selon les ressources de la 
Société, d'oeuvres nombreuses qui déjà lui ont été pré- 
sentées. Elle a livré à l'impression un grand travail de 
feu M. Lucien de Kosny, sur les Antilles, couronné par 
la Société d'Ethnographie, au concours de 1867, sur la 
proposition d'un de ses membres fort regretté, M. Martin 
de Moussv. 

Nous avons fait cette énumération pour montrer 
comment la Société a mérité le titre ftEtàblisgemertt 
d'utilité publique, qui lui a été conféré en 1882, et 
comment elle s'efforce de justifier un pareil honneur. 
Depuis cette époque, d'ailleurs, le Journal officiel rend 
compte régulièrement de ses séances ; et les personnes 
qui s'intéressent h l'Ethnographie ont pu y prendre 
connaissance des lectures laites par MM. Gaultier de 
Claiibrv, Léon de Rosnv, le D r Michalowski, Madier de 
Mont j au, John Fraser, Alexandre Ohodzko, Alphonse 
Castaing, Joseph Halévy, P. de Lucy-Fossarieu, Alphonse 
Pinart, le chevalier da Silva, Charles Lucas, Jules Oppert 
(de l'Institut), Aristide Marre, Biaise, le D r Gaétan 
Delaunay, Carnot (de l'Institut), Julien Yinson, le com- 
mandant de Villemereuil, le capitaine Silvestre, Wladimir 



ÏV- MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE. 

dé Yôuferow , Aug. Lesouëf , le Rév. J. Fortescue , 
Clémence Royer, le conseiller Dubard, Gustave Dugat, le 
i) r Leitner, Chevreul, (de l'Institut), Bons d'Anty, le D r 
Mène, Léon Cahun, l'abbé Jules Pipart, Désiré Pector, 
Oet. Pitrou, Célestin Lagache, sénateur, le D r Foley, 
Matu-nami, etc., etc. 

Enfin, pour rendre les études ethnographiques 
accessibles à ceux là môme qui ne peuvent y consacrer 
qu'une part limitée de leur temps, la Société a ouvert 
dès conférences (1) et publie des livres élémentaires (2). 

Il est hardi, sans doute, d'enseigner les éléments 
d'une science encore en formation, et à laquelle les 
savants et les voyageurs apportent chaque jour des 
perspectives nouvelles. Mais cette science a fait assez de 
progrès déjà pour que la terre conquise par elle soit 
regardée comme une terre ferme. 

CAENOT. 



(1) Dans une dos salles de l'hôtel récemment acquis par la Société, 28, rue 
Mazarine, à Paris. — Les professeurs, qui ont fait des cours celte année, sont 
MM. Castaing, Rémi Siméon, Julien Vinson, Peuvrier, Léon Cahun et de Ilosnv. 

(2) Premières notions iï Ethnographie générale, par Léon de ftèsny. Paris, 
1885, in- 12 ; — Ethnographie de la France, à l'usage des écoles, par Alph. 
Castaing. Paris, 1885, in- 12, avec carte imprimée en couleurs (Maisonneuve frète» 
cl Ch. Leclcrc, libraires-éditeurs de la Société, 25, quai Voltaire, à Paris). 



MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE 

Les Mémoires de la Société d'Ethnographie sont publiés par travaux complets de 
format in-4», imprimés sur papier vergé à la forme et accompagnés, suivant le besoin, 
de caries et de planches. 

Ils sont délivrés gratuitement aux Membres Titulaires. 

Les Membres Correspondants et les Membres Libres peuvent les obtenir avec la 
réduction réglementaire, chez Maisonneuve Frères et Leclerc, libraires de la Société, 
25, quai Voltaire, â Paris. 



TT 



hi:.h»iki:n publies. 

i. — Mémoire sur l'intériorité des civilisations précoces, par le D r Gaétan Dclaunay, 

M. T. — 1881 1 fr- 50 

2 . — Études ethnographiques sur les Bachkirs, population du versant oriental de l'Oural 

par JV1. de Youferoiu, M. C. — 1881, avec carte chromolith 2 fr. 50 

3. — Les documents écrits de l'antiquité Américaine, par Léon dcRosny, M. T. — 1882, 

avec une carte en chromolithographie, 10 planches héliogravées et des gravures 
sur bois dans le texte 8 fr, 75 

4. — Ethnographie de l'Amérique Antarctique, par P. de Lucy-Fossarieu, M. L. — 

1884 5 &• » 

5. — Ethnogénie de l'Aquitaine primitive, par.-/. CasU&ng, M. T. — 1885, avec trois 

planches u "'• 50 



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POUR PARAITRE PROCHAINEMENT ■. 

— N° 6. — 

LES ANTILLES 

Étude d'Ethnographie et d'Archéologie Américaines 

Par LUCIEN DE BOS\Y. 

/Publication Posthume). 



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îaint-Yalery-cn-Caux, Impr. E. DANGI