MÉMOIRES DE LA SOCIETE D'ETHNOGRAPHIE
FONDÉE EN 1859
RECONNUE COMME ÉTABLISSEMENT d'i.TILITÉ PUBLIQUE
ETHNOGÉNIE
DE
L'AQUITAINE PRIMITIVE
PAR A. CASTAING
VICE-PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ lÙ-TIlNOGK.U'IUl
PARIS
MAISONNËUVE ERÈRES ET Cil. LECLERC ÉDITEURS
LIBRAIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE
25, Q.UAI V <>1 1 AIR! . - S
I s s :.
MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE
FONDÉE EN 1859
RECONNUE COMME ÉTABLISSEMENT D'UTILITÉ PUBLIQUE
N° 5
LES ORIGINES DES AQUITAINS
Œï^nogénie de Tjplquifaine primitive
PAR
Alph. CASTAING,
Vice-Président de la Société d'Ethnographie.
PARIS
MAJSONNEUVE FRÈRES & CHARLES LECLERC, ÉDITEURS,
LIBRAIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE
2 5, Quai Voltaire, 2 5
SOCIETE D'ETHNOGRAPHIE
RECONNUE COMME ÉTABLISSEMENT d'uTILITÉ PUBLIQUE.
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ETHNOGÉNIE DE L'AQUITAINE PRIMITIVE
par A. C'ASTASXG.
Mém. de la Soc. rl'Etli. - I. — 1884. 2i
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MEMOIRES DE LA SOCIETE D'ETHNOGRAPHIE
FONDÉE EN 1859
RECONNUE COMME ÉTABLISSEMENT D UTILITÉ PUBLIOUE
N«> 5
LES ORIGINES DES AQUITAINS
(Sî^nocfénie de l'jlqtûïaine primitive
par
Alph. CASTAING
Vice- Président de la Société d'Ethnographie
INTRODUCTION
I. — La question des Origines de l'Aquitaine n'est point de celles
que Ton résout instantanément. L'insuffisance des instruments historiques,
l'incertitude d'un grand nombre d'attributions, l'état peu avancé des études
opposent de grands obstacles. Mais, déjà, l'on constate que le terrain
actuel des recherches est défectueux ; il faut un point d'appui plus solide.
Tel est l'objet du présent travail ; laissant provisoirement de côté les
détails de l'ordre physique, intellectuel et moral, éléments d'une étude
complète d'Ethnographie, il se renferme dans les faits qui établissent
l'origine des populations ; l'histoire et ses annexes immédiates lui suf-
fisent.
La question est hantée par un fantôme qui s'appelle l'Origine ibé-
rienne des Aquitains ; plusieurs ont cru le voir, les autres en jurent de
confiance ou suivant un mot d'ordre. De nombreuses nuits passées au
milieu de ces ruines m'ont démontré l'inanité de la légende : il n'y a là ni
184 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE.
corps, ni esprit ; c'est un simple cauchemar, produit d'une science indi-
geste. Je sais bien que l'on n'est pas près d'en convenir ; il est si doux de
rééditer tranquillement ce qui se répète depuis des siècles, et plus com-
mode que d'y aller voir. Et puis, tant de réputations y sont engagées,
qu'on défendra l'erreur jusqu'au dernier souffle. En attendant, procla-
mons la vérité.
Les Aquitains sont des Gaulois, non pas identiques à ceux de telle
ou telle autre branche, mais de la môme grande famille. Il y a des diffé-
rences de métissages ; les caractères généraux sont les mêmes : les
détails de langage, de mœurs, de croyances font qu'ils sont Aquitains et
non pas Galls, Belges ou Bretons.
Plus tard, ils ont reçu le nom de Gascons. La révolution qui leur
valut ce titre n'a pas de racines plus profondes que celle qui les dépouilla
du titre d'Aquitains, pour en revêtir les riverains de la Vienne et de la
Loire, simple revirement de locutions administratives. Du reste, Aqui-
tains ou Gascons, ils n'ont avec les Basques d'autre rapport que celui d'un
voisinage plus ou moins immédiat avec les autres peuples d'Espagne ; que
les relations établies par les invasions aquitaines en particulier, et cel-
tiques en général, de l'autre côté des Pyrénées.
II. — L'histoire de l'Aquitaine primitive est assurément très pauvre ;
néanmoins, ses antiquités forment un tel contingent, que leur annexion à
J'expose, sous forme de notes ou de digressions, le rendrait insaisissable.
informations ont été recueillies dans une seconde partie : la forme
alphabétique en a fait un dictionnaire.
Quant à l'exposé même, la méthode chronologique pouvait seule
convenir. Mais ce n'est pas assez que d'énumérer les faits dans l'ordre de
leur succession : il faut que les autres notions viennent chacune à sa date,
A. CASTAING. — LES ORIGINES DES AQUITAINS. 1 85
qui est le seul moment où elles expriment la réalité des choses. Sévère-
ment observé, ce procédé prévient les contradictions et les obscurités
dont la plupart des auteurs ne se sont pas dégagés jusqu'à présent.
Ainsi, c'est presque toujours avec raison que l'on accorde créance
aux délimitations ecclésiastiques antérieures à 1789. Dans l'organisa-
tion administrative des successeurs de Constantin, le diocèse impérial
[diœcesis) fut adopté par l'autorité ecclésiastique, qui en maintint les
limites, pendant le moyen-âge et les temps modernes, sauf des modifi
cations qui appartiennent à l'histoire. Mais cela ne répond nullement
aux divisions employées antérieurement, et surtout aux répartitions
ethniques de l'époque de Jules César. Il faut distinguer les dates : c'est
ce que j'ai fait.
III. — On reproche à quelques-uns de nos devanciers d'accorder
une importance exagérée à la ressemblance des noms, dans les attribu-
tions de localités et de peuples. Il est vrai qu'isolé, ce caractère n'xi
qu'une médiocre importance : le cas fortuit, l'inexactitude de la trans-
mission, la multiplicité des mêmes formes en des lieux divers, font
naître le doute ; mais l'appui que des circonstances d'un autre genre
donnent à la conjecture en relève la valeur. Il faut, du reste, se gar-
der de chercher, dans ces noms, des chefs-lieux ou des contrées ethniques
ou politiques ; le plus souvent, ils indiquent des points limitrophes dont
l'indication fut fournie par les communautés voisines.
Je n'abuse point des étymologies : il eût été facile d'en donner un
grand nombre ; mais je n'ai admis que celles qui sont absolument sûre.s
ou du moins très probables. C'est assez dire qu'il n'en est pas une seule
qui soit empruntée au basque. Quant aux origines celtiques, je ne garan-
tis pas celles de l'ancienne école ; les autres reposent sur la Grammaire
l86 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE.
Celtique de Zeuss, laquelle constitue, comme on le sait, la Loi et les
Prophètes.
La première des cartes ethnographiques jointes à ce travail confond
les données de César et celles de Pline. C'est que la nomenclature de ce
dernier est empruntée aux Mémoires d'Agrippa qui se rapportent à la
même époque et donnent l'état ethnique de l'Aquitaine, au moment de
l'occupation romaine.
La carte dite de l'époque gallo-romaine prolonge ses indications jus-
qu'à l'invasion des Barbares : venue en dernier lieu, l'invasion des Vas-
cons est si restreinte qu'elle ne change rien à l'ensemble.
Un peu de linguistique n'eût pas été de reste ; mais, le sujet étant
très vaste, je n'en dis qu'un mot, laissant à une étude spéciale le dévelop-
pement à lui donner.
A. CASTALNG. — LES ORIGINES DES AQUITAINS. 187
ORIGINE DES AQUITAINS
L AQUITAINE ET LES AQUITAINS
La première mention historique du nom de l'Aquitaine date de
l'expédition de César (i). Les Commentaires signalent, comme l'une des
trois grandes divisions de la Gaule, le pays compris entre les Pyré-
nées, l'Océan et la Garonne (2). On crut longtemps que ce nom d'Aqui-
taine, étant de fabrique latine, faisait allusion à l'abondance des eaux
douces ou minérales de la contrée (3). On a proposé ensuite une douzaine
d'autres étymologies fort contestables : celles qui sont tirées du basque
comptent au nombre des plus mauvaises (4).
On conteste la définition de César : dépassant la ligne de la Garonne
sur deux points seulement, les Aquitains n'auraient pas atteint ailleurs
les rives de ce fleuve. C'est une erreur : il fut un temps où les Aquitains
remplirent tout le périmètre circonscrit par la Garonne et le dépassèrent ;
à l'époque de César, leur habitat était entamé (5) ; les usurpations se mul-
(1) Selon Strabon, César a vulgarisé le nom alors inconnu de l'Aquitaine.
(2) César, Guerre des Gaules, I, 1.
(3) Telle est l'opinion de Vinet, Marca, Hauteserre, etc. La quantité prosodique du
mot paraît s'opposera cette dérivation.
(4) La question est discutée dans mon mémoire L'Aquitaine avant et jusqu'à
l'époque de César, i87o.
(5) Selon l'observation de Marca, César indique la Garonne, de Toulouse à
l'embouchure, comme séparant les Celtes et les Aquitains. Il ne parle pas de la portion
où la Narbonnaise avait déjà empiété sur l'Aquitaine.
1 88 MEMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE.
tiplièrent jusqu'à la chute de l'Empire romain. Mais, en restant au point
de vue ethnographique, qui est celui des origines et de la nationalité des
habitants, on reconnaît aisément :
i° Que tout le pays circonscrit au N.-E. par le cours de la Garonne
fut Thabitat de la population aquitaine, aux époques les plus reculées de
l'histoire ;
2° Que, sur les points très circonscrits qui furent envahis par des
gens d'une autre nationalité, il y eut mélange, mais non absorption, les
caractères ethniques de l'Aquitaine ayant survécu ;
3° Enhn, que, dans plusieurs contrées au-delà du fleuve, les popu-
lations ont conservé une certaine somme de ces caractères, qu'elles
devaient à leur origine aquitaine.
La définition de César est dans la vérité ; elle ne contient pas toute
la vérité ethnographique.
La délimitation ethnique de l'Aquitaine, au temps de l'invasion
romaine, est la suivante :
. A l'O., les côtes de l'Océan (Golfe de Gascogne), de l'embouchure de
la Gironde à celle de la Bidassoa (i) ;
Au S., la limite occidentale de la vallée de la Bidassoa, de Fontara-
bie au port de Lohiluz ; puis, en se dirigeant vers l'E., la frontière
franco-espagnole jusqu'au pic de Lindux ; la ligne de partage des eaux,
:omprcnant au N. le Val Carlos jusqu'au col de Bentarte (2); la fron-
tière jusqu'au port de la Picade, au S. O. du peu de chose : J'y
cherche une indication précise, origine, parenté, état anatomique et phy-
siologique. (4). Leur résultat à été de jeter le trouble dans la critique histo-
rique, en exagérant les procédés d'induction et en substituant l'hypothèse
à la tradition.
Quant aux monuments mégalithiques, menhirs, dolmens, cromlechs,
(1) Huxley 's, Maris place in nature ; C. Vogt, Leçons sur V Homme.
(2) Broca, Mémoires d'Anthropologie., 1. 11.
(3) La perforation de l'olécrâne résulte d'un arrêt ou d'une imperfection du déve-
loppement ; cette apophyse du cubitus n'a pas la force de résister à la pression de la pou-
lie de l'hjmérus. L'effet est toujours fréquent dans la femme, et général chez l'Orang
jeune.
L'exagération de la ligne âpre, qui produit le fémur à colonne, indique la vigueur
des muscles postérieurs de la jambe : ce caractère éminemment humain est opposé à
celui des singes, dont le fémur est cylindrique.
Enfin, la platycnémie, qui aplatit latéralement le tibia, augmente la puissance des
muscles de la région : « La surface d'insertion du jambier postérieur, dit Broca, est
portée sur la face interne ; la surface du muscle poplité et celle du fléchisseur commun
des orteils s'ajoutent à la face interne. » Sans doute ; mais il faut tenir compte aussi du
surcroit de force donné au jambier antérieur, qui s'insère sur les deux tiers supérieurs de
la face externe du tibia ; alors on voit qu'il en résulte plus de mobilité dans le gros or-
teil et dans tout le pied. Ces caractères ne sont pas spéciaux à l'homme préhistorique.
(4) Les 33 squelettes trouvés dans la grotte Duruty, à Sordes, ont présenté, aux
yeux de MM. de Quatrefages et Hamy, des catactères semblables à ceux des ossements
de Cro-Magnon ; il y aurait donc parenté entre tes riverains de la Dordogne et ceux de
l'Adour et des Gaves.
A. CASTAING. — LES ORIGINES DES AQUITAINS. I97
il serait difficile de leur assignerune valeur ethnographique. On lestrouve
partout, depuis la Scandinavie jusqu'à l'Inde, en Afrique, au Pérou ; par-
tout, ils signalent des époques où l'histoire ne peut atteindre. Se rattachant
surtout au culte de la tombe, l'usage en a pu survivre aux Sociétés qui don-
nèrent les premiers modèles : il est donc impossible de leur attribuer une
date et une signification (i)>
On a dit que les premiers sujets étaient des Nègres, ce qui n'est point
confirmé. On a prétendu aussi que c'étaient des Basques : rien ne l'établit.
Dans l'idiome, qui est à peu près la seule caractéristique de ce peuple, la
philologie contemporaine a cru reconnaître une assez étroite parenté avec
les langues finnoises et même avec celles de l'Amérique (2). Si les
Basques sont venus des rivages de la Baltique ou des hauteurs de Y Altaï,
antérieurement aux Celtes, ils pourraient être les hommes inconnus de l'âge
du renne. (3). Ayant traversé la Gaule du N. E. au S. O., comme la plu-
part des invasions postérieures, refoulés ensuite vers le Golfe de Gas-
cogne et finissant par franchir les Pyrénées, ils se seraient réfugiés sur le
versant méridional de la chaîne.
Mais c'est pure conjecture : le fait remonte si haut et il est si mal
justifié, que c'est comme s'il n'existait pas. En France et notamment dans
l'Aquitaine antique, leur trace n'est nulle part : les mœurs, les institu-
tions, le langage s'en désintéressent également.
Les premiers habitants de la Gaule, comme ceux de toute l'Europe occi-
dentale, furent des Scythes d'Europe, dont le plus ancien établissement fut
au bord du Tyras ou du Dniester ; des Tirites, et peut-être des Caucasiens
(1) Dans l 1 Aquitaine, la proportion des monuments mégalithiques paraît décroître,
en allant de TE, àl'O., mais celle des tumulus paraît augmenter.
(2) Pr. Lucien Bonaparte, H. de Charencey, etc.
(3) Bergmann, Les Gètes, veut qu'ils soient de race Sabméenne ou Laponne, re-
foulés par les Celtes, dont ils auraient formé l'avant-gardc.
Mém. de lu Soc. d'Eth. — I. - 1884. 26
I98 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE.
Les mœurs de ces peuples troglodytes et chasseurs sont celles de nos hommes
préhistoriques lesquels, selon toute probabilité, sont desTirites, et en tout
cas, des Scythes d'Europe. Les Basques peuvent être les épaves, le résidu
de ces populations refoulées dans les hautes vallées de la Navarre ; mais
ici, les mœurs encore signalent l'intervention Moskhe et peut-être celle de
l'élément Tubalien, qui s'associent pour composer les races du Caucase, et
que les auteurs grecs ont également qualifiés de Scythes d'Europe.
Les traces de ces Scythes préhistoriques existent ailleurs qu'en
Navarre; mais le travail des recherches est à faire.
Il y a aussi des Ligures. Ce nom désigne précisément un peuple ou
même un groupe qui s'est établi, vers le xm e siècle avant notre ère, sur
les bords de la Méditerranée, autour du golfe de Lyon, depuis les Pyré-
nées jusqu'à la Toscane. Un sens plus étendu et moins exact comprend tous
les peuples venus d'Espagne qui ont occupé le sud-est de la Gaule, l'Italie
et la Sicile : ce sont gens d'origine chamique, dont on retrouve les traces
jusqu'aux bords du Nil et même jusqu'à l'Euphrate(i). Plusieurs se fixèrent
dans la contrée qui fut plus tard la Province romaine ; quelques-uns ont
pu traverser la Garonne et occuper, sur la rive gauche de ce fleuve, une
zone plus ou moins profonde : on serait tenté d'en retrouver des souve-
nirs. Mais leurs rapports avec la famille des Aquitains restent encore à
l'état de mystère (2).
Les Phéniciens, quoique précédés par la fable, finissent sous un jour
plus historique. L'action immédiate de ce peuple navigateur et commer-
çant s'exerça principalement sur les côtes de la Méditerranée ; mais, soit
qu'ils aient pénétré en force dans l'intérieur des terres, comme les tradi-
(1) Question élucidée dans nos Origines et Migrations des Berbers. (Voy. Revue
Orientale et Américaine, juillet 1 878).
(2) Voyez, au Dictionnaire, Ligures.
A. CASTAING. — LES ORIGINES DES AQUITAINS. 1 99
tions le rapportent (i), soit pour toute autre cause, des monuments irré-
cusables montrent leur intervention en Aquitaine (2).
Les Grecs, les Romains, les Germains, dans ce que nous en savons,
appartiennent exclusivemenl à l'histoire, La part de la domination ro-
maine est immense.
(5) La légende conduit Hercule au Centre de la France, où il aurait fondé Alesia
[Diodore, L. IV). Inutile de rappeler qu'Hercule est la personnification des Phéniciens.
(1) Voyez, au Dictionnaire, Belisama, Ilhun, etc.
200 MEMOIRES DE LA SOCIETE D ETHNOGRAPHIE.
IV
LES GROUPES CELTIQUES.
La première lueur qui éclaire l'histoire, c'est la Table des Peuples,
monument de la tradition générale conservé par la Genèse (i). Evidem-
ment exact, au point de vue ethnographique, ce récit donne à la famille de
Gomer le titre d'aînée de l'Humanité (2). Développée avant les autres,
elle fut la première à se répandre dans le monde : tout confirme cette
donnée.
Les Orientaux y distinguaient trois branches, dont les noms se
rattachent peut-être à des positions géographiques. Les Grecs, pères de
l'histoire classique, employèrent diverses dénominations dont la domi-
nante est celle de Celtes : au temps d'Hérodote, ce nom désigne toutes les
nations du centre et de l'ouest de l'Europe : c'est une épithète laudative
du genre de celles dont les peuples primitifs aiment à se parer. Celtes signifie
les vaillants, les forts (3).
L'Asie fut certainement le premier habitat des Celtes : on croit retrou-
ver quelques-uns de leurs descendants non loin de la mer Caspienne. Un
mouvement progressif, qui dura vingt siècles, les a portés jusqu'aux ex-
(1) Genèse, X.
(2) Gomcr, le parfait, c'est-à-dire le bien organisé, est l'aîné de Japhet, aîné de Noé,
type de l'Humanité.
(3) « Celtae, Keltae, Geltae, c'est le même mot ; gelt veut dire valeur. » Leibnitz-
Cf. le celtique gall, pouvoir. L'ancien nom est Celte ; Te nouveau Galate, dit Pausanias,
1,6; Appien, Hisv. 1, 3o, ajoute que les Celtes sont les Gaulois et les Galates. Les noms
de Celte, Gall, Galate, Gaidhal, etc., viennent du celtique gaidal, impétueux ( Zeuss,
Qramm. Celt.).
A. CASTAING. — LES ORIGINES DES AQUITAINS. 201
trêmes limites de l'Occident européen (i). Une série de migrations en partie
involontaires les mit successivement en possession des contrées situées au
N. de la mer Noire et du Danube, depuis le Caucase, jusqu'au Rhin.
Dans l'Europe centrale, ils furent plus tard envahis, absorbés ou même
remplacés localement par les hordes gothiques et teutonnes, qui les sui-
vaient de près. La Gaule étant devenue enfin le siège principal de leur
nationalité, des détachements considérables rayonnèrent en divers sens
Les uns, s*écoulant en Espagne, refoulèrent les prétendus aborigènes venus
d'Afrique ; d'autres peuplèrent la Grande-Bretagne ; un courant qui
appartient à l'histoire occupa le pays au sud du Danube, la Rhétie, l'Il-
lyrie, la Grèce et l'Asie Mineure ; un autre se fixa dans le nord de l'Italie
et parvint jusqu'à Rome (2).
Au milieu decesgrands mouvements, la Gauleapparaît comme un vaste
entonnoir dont le bord supérieur est limité par le cours du Rhin, dont
l'issue principale est étranglée entre les Pyrénées occidentales et l'Océan,
vers la Bidassoa. Toutes les populations celtiques s'y engouffrent : les unes
émergeant par dessus bord, à travers la Manche, le Rhin et les Alpes; les
autres suivant la direction du N. E. au S. O. ; plusieurs se répandant en
Espagne, par la dépression occidentale des Pyrénées.
Ne s inquiétant pas des traditions et se livrant plutôt à ses impressions
personnelles, César ne reconstitue pas moins le système ethnographique des
pays; il décrit trois groupes de Gaulois qu'il appelle Aquitains, Celtes et
Belges (2). Cela suppose trois migrations distinctes, et probablement des
( 1) La date initiale, 2400 à 2S00, répond à celle de la dispersion des peuples symbo-
lisée dans la légende de la Tour de Babel. La date finale est celle que Ton assigne à
l'arrivée des Belges, IVe siècle avant notre ère.
(2) Tite Livc, V. 34 et s. — Justin, xx, 5 ; xxxiv, 4. — L'école des Celtistes se plait
à convaincre Tite Live d'inexactitudes géographiques dans le récit des expéditions de
Bellovèse et de Sigovèse : simple régal d'érudits. Tite Livc compilait et qu'importe!
L'histoire tout entière et les monuments certifient le t'ait.
202 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE.
mélanges d'éléments étrangers (i) : conditions nécessaires pour justifier les
modifications de langage et de mœurs. Les géographes antiques four-
nissent les mêmes informations (2).
Lorsque la critique chercha ses données dans la linguistique, elle
reconnut deux familles de langues chez les Celtes. Amédée Thierry tira de
là un système divisant les Celtes en Galls et Kimris ; car, à la suite de
Humboldt, il s'imagina que les Aquitains sont des Ibères. Le nom de
Salis, qu'il donne aux Celtes de César, comprend les Irlandais, les Écos-
sais et le centre de la France ; celui de Kimris (Belges de César) s'applique
aux populations de l'Angleterre, au nord de la Gaule et à l'ouest, depuis
l'embouchure de la Seine jusqu'à la Gironde.
Toute vague et hasardée qu'elle fût, cette théorie séduisit : elle subsiste
encore et l'on ne peut nier qu'elle n'ait été féconde. On lui reproche d'ac-
:order une grande part à l'hypothèse, et surtout de semer les difficultés
ious les pas de la linguistique, personne sujette à trébucher : de là les anti-
pathies, au sein de l'école qui puise en Allemagne ses inspirations. Mais les
Celtistes n'ont pu faire disparaître la distinction des langues : ils se sont
bornés à changer les noms. Leur système purement négatif consiste à
déclarer qu'ils ne trouvent en Gaule que l'une des langues celtiques (3). En
cherchant mieux, ils en trouveront trois : elles y furent, puisque César et les
autres les y ont rencontrées. Toutes les inductions de la phonétique et de
la grammaire se brisent contre de pareils témoignages.
César n'avait aucun intérêt à émettre l'erreur ; dans cet ordre de faits,
(1) César, Guerre des Gaules, I, 1.
(2) Strabon, IV,etpassim. -— Mêla, III, 2. Pline, IV, 17.
(3) Les Celtistes admettent deux langues celtiques : au lieu de gallique, ils disent
irlandais ; au lieu de kimrique, c'est breton. Zeuss l'a voulu ainsi ; mais le changement
n'est pas heureux : basé sur les données delà géographie, il ne se prête pas à l'expression
des rapports et des distinctions ethnographiques.
A. CASTAING. — LES ORIGINES DES AQUITAINS. 203
des milliers de ses concitoyens l'auraient convaincu d'imposture : s'il a dit
qu'il y avait trois groupes de Gaulois et trois langues, c'est que tout cela
y était réellement. Quant à la répartition géographique, Strabon la
confirme, en la modifiant tout juste assez pour montrer l'indépendance de
son appréciation personnelle. Il n'en faut pas davantage.
Au surplus, la question de la distinction en Galls et Kimris étant se-
condaire dans cette étude, nous allons passer, sans plus, aux Aquitains.
204 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE.
V
LES AQUITAINS AVANT CESAR.
Il est de principe, en Ethnographie, que les peuples conquérants
s'établissent dans les plaines fertiles où la vie est agréable et facile : c'est
l'exercice du droit de la force. Au contraire, les envahis, les vaincus,
se réfugient dans les montagnes où la défense leur est possible, dans les
sables et les pays stériles qu'on ne leur dispute pas. Cédant devant des
forces supérieures, les Aquitains se sont laissés confiner dans les vallées
des Pyrénées, dans les collines de l'Armagnac, dans les landes océaniques.
Etaient-ils donc les premiers Celtes arrivés sur le sol gaulois ? sinon des con-
quérants de mêmeracequiTontparcouru ety sont restés? cela ressort de leur
situation à l'extrême lisière de la région, à l'opposite du point par où les
migrations sont entrées ; des traces qu'ils ont laissées de leur passage ; en-
fin, de la place qu'on s'accorde à leur assigner en tête des confédérations
de la Gaule (i).
On ne saurait fixer la date de leur arrivée en Gaule ; en général, ils
ont précédé les autres groupes gaulois (2). Ils ne furent ni un détachement,
(1) César, Strabon, Pomponius Mêla, Pline, commencent leurs énumérations par
les Aquitains.
(2) Amédée Thierry fait arriver les Galls vers le xvi e siècle avant notre ère. Cette con-
jecture ne semble point exagérée, si Ton considère que leur conquête dans l'Hispanie
occidentale délogea les Ligures qui remontèrent au nord, poussant devant eux les Sicules,
et que ceux-ci étaient encore établis sur le territoire de Rome, quatre-vingts ans avant la
guerre de Troie, soit en 1289 ou 1264, selon le témoignage du sicilien Philiste, qui les
connaissait pour les avoir vus de près (Diodore, V). Aujourd'hui, Ton vient dire que les
Celtes ne seraient par arrivés en Gaule avant le vm e siècle : hypothèse purement néga-
tive et hasardeuse.
A. CASTAING. — LES ORIGINES DES AQUITAINS. 205
ni une avant-garde. Sur la plupart des points, la mythologie, le langage,
et même les mœurs, les distinguent suffisamment ; aux lieux où il y eut
mélange, la tradition de la superposition a subsisté.
Leur habitat primitif fut beaucoup plus étendu que celui où César
les montre réduits. Non-seulement ils occupèrent, entre l'Aude et la
Garonne, des territoires que la Province romaine usurpa de bonne heure,
mais la partie la plus abrupte des Cevennes conserve la marque de leurs
débris, qui s'y sont maintenus. L'idiome actuel, plus voisin de celui de
l'Aquitaine que de ceux du Languedoc ou des régions intermédiaires,
accuse les impulsions dites de race ; les différences proviennent des mé-
langes, qui sont plus profonds au Nord. En un mot, les habitants de la
Haute-Auvergne et du Rouergue ressemblent plus à ceux des Pyrénées
qu'à leurs voisins immédiats, quelle qu'en soit l'origine historique (i).
L'Aquitaine fut le grand chemin par où s'écoulèrent toutes les migra-
tions gauloises en Espagne. Ses habitants durent avoir une forte part à ces
mouvements ; Thistoire le fait entendre (2) ; l'Ethnographie tirera la chose
au clair ; mais c'est l'œuvre de l'avenir. En tout cas, ces mouvements ont
resserré les frontières primitives; des nouveaux- venus, au lieu de passer
plus loin, trouvèrent bon de s'imposer aux populations aquitaines. Les
Bituriges Vivisques s'établirent dans ce qui est devenu le Bordelais ; l'Age-
nais fut envahi par les Nitiobriges, colonie ou alliés des Arvernes ; ces
migrations sont probablement fort anciennes (3).
Au iv e siècle avant notre ère, une nouvelle masse connue sous les
noms de Belges et Volkes, arriva du Nord : les Arécomiques à Nimes,
(1) L'examen des mœurs et des aptitudes conduirait au même résultat ; mais cela
mérite une étude ethnographique.
(2) César, Guerre des Gaules, 1 1 1 , 23.
(3) Voyez, au Dictionnaire, Bituriges, Nitiobriges.
Méra. de la Soc. d'Ethn. — I. — 188V. 27
20Ô MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE.
les Tectosages à Toulouse (i). Ces derniers, célèbres dans l'histoire de la
Grèce, comptent aussi dans celle de l'Aquitaine.
Les Tectosages occupèrent la rive droite de la Garonne, depuis le con-
fluent du Tarn jusqu'à celui de l'Ariège : là, ils s'imposèrent à des peuples
mélangés de Celtes et de Ligures ; en certains points, surtout au Midi, ils
assujettirent des Aquitains. Sur la rive gauche du fleuve, leur occupation
fut très restreinte, avant la domination romaine : les monuments n'y
montrent ni leur religion, ni leurs mœurs.
A la venue des Romains (i 18 av.n. ère), les Tectosages furent déclarés
fédérés : la guerre des Cimbres fournit aux premiers l'occasion de s'empa-
rer de Toulouse (an io5) ; enfin, à la suite d'une insurrection, la région
fut annexée à la Province.
Les guerres de Sertorius compromirent indirectement l'Aquitaine
(78 avant notre ère). Le célèbre partisan s'y était ménagé une diversion,
dont l'effet s'étendit jusqu'aux Alpes. Manlius ou Manilius Népos s'étant
fait battre, en Espagne, par Herculeius, lieutenant de Sertorius, ne fut pas
moins malheureux en Aquitaine : mis en déroute, il perdit armes et
bagages ; son lieutenant Valerius Prœconinus y laissa la vie (2).
Ces événements n'étaient pas nécessaires pour justifier, aux yeux des
Romains, la confiscation des vallées où coulent la Garonne et la Neste.
Pompée, vainqueur ou survivant de Sertorius, y installa légalement les
débris de l'armée ennemie, qui s'y étaient sans doute réfugiés (an 72). On
donna le nom de Cçnvenœ à ces soudards que Saint Jérôme représente
(1) Voyez, au Dictionnaire, Volcae.
(2) César, Commentaires, III, 20. — Orose, V, 23.
A. CASTAING. — LES ORIGINES DES AQUITAINS. 207
comme des brigands venus d'Espagne, mais d'origine celtique (i). La qua-
lification resta au pays dont ils occupèrent le chef-lieu (2). Seize ans plus
tard, César entreprit la soumission du reste de l'Aquitaine.
(1) S tJérôme, Adv. Vigilantium. Cet énorme savant n'avait pas l'intention de
fournir une contribution à l'histoire de l'Aquitaine ; mais, en six lignes, il dit mieux que
tous : les Convenae de Pompée sont un ramassis d'Arévaques, de Venons et de Celtibères.
Ils se tondirent dans la masse indigène, qui était Onobrisate et Garumne.
(2) Voyez, au Dictionnaire, Convenae et Lugdunum,
208 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE.
VI
l'expédition de crassus.
Ayant à Toulouse sa base d'opérations, et parfaitement à même d'ap-
précier la force de résistance de l'Aquitaine, César ne jugea point d'abord
à propos de perdre son temps à réduire ce paisible pays (i).
* Dans la troisième année de son entreprise, les conditions se modi-
fièrent. Publius Crassus, auquel il avait fait une haute position, pour s'as-
surer le concours du père Crassus, son collègue au triumvirat, venait de
compromettre le prestige du nom romain en Armorique (2). César le rap-
pela ; mais, en prenant sa place aux bords de la Loire, il voulut déguiser
la disgrâce ; et, pour lui fournir l'occasion d'une facile revanche, il le
chargea de recevoir la soumission prévue de l'Aquitaine (3). Evidemment,
César organisa le plan et les moyens de la campagne. Crassus n'aurait
pu le faire, étant en Armorique ; mais il emmena douze cohortes ; on lui
réunit, à Toulouse, des auxiliaires, de la cavalerie, et une levée d'hommes
d'élite des divers territoires de la Province, soit trente-six mille hommes,
(1) Cf. Napoléon, Mémoires; Notes et Mélanges, écrits par Montholon, corrigés
par l'empereur.
(a) César, Guerre des Gaules, III, 11. Il traite Crassus de petit jeune homme,
adolescentulus dux, 111,7 et 21. Cependant, il lui avait confié le plus haut grade : magister
equitum ; avec César, qui était partout, la fonction devenait simplement honorifique.
(3) Il confie à d'autres les postes difficiles : à Labiénus, la garde du Rhin ; à Titu-
rius Sabinus, celle des bords de la Manche, avec douze légions, plus de cinquante mille
hommes, Libr. Cit., III, 11.
A. CASTAING. — LES ORIGINES DES AQUITAINS. 20Q
selon les évaluations les plus modérées. On sait que le principe de César
était de s'assurer toujours la supériorité du nombre (i).
Le récit de la campagne d'Aquitaine est un extrait du journal militaire
de Crassus : César ne se donne la peine ni de contrôler le document, ni
d'en rectifier les écarts ; il laisse son lieutenant enfler son mérite, en exa-
gérant, dès le premier mot, l'importance de l'expédition (2) ; il lui en pas-
sera d'autres. Sans dire comment il est venu, où il a rejoint ses renforts,
ni quel est son objectif, Crassus transporte le lecteur devant Sos (3) ; il com-
mence la guerre contre les seuls Sotiates, ce qui est fort improbable : on
ne peut supposer qu'un aussi petit pays ait tenu en échec une aussi puis-
sante armée romaine (4). Il faut supposer que Sos, étant d'abord menacé,
devint le rendez-vous d'une partie des forces qui se trouvèrent réunies,
quelques jours plus tard. L'historien le fait entendre, lorsqu'il attribue aux
Sotiates les anciennes victoires, et l'habileté aux travaux des mines, où
Sos ne brilla jamais sans doute ; d'ailleurs, le roi des Sotiates n'accepta
pas la capitulation (5) ; elle avait donc été conclue par d'autres (6).
A la suite de cet événement, Crassus passe sur les confins des Vocates
et des Tarusates (7). Quel est le territndus du Congres des Seieuees Ethno-
graphiques, 1878, p. 180 et s,
(5) Xiphilin, L. IH.
(6) César, Guerre des Gaules, III, 23 et 26.
2l8 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D' ETHNOGRAPHIE.
unissent les deux pays (i). César mentionne plusieurs fois les Cantabres,
Horace les chante, à la suite de l'expédition qu'Auguste tenta dans leurs
montagnes : dans aucune de ces occasions, il n'est question des Vascons ;
les noms de lieux ont la physionomie celtique (2) Soixante ans seulement
après César, le Vascon fait son apparition dans l'œuvre de Strabon (3) : cet
auteur le distingue des Cantabres, et même des Vardules, Autrigons et Ca-
ristes, qui occupent le pays intermédiaire ; ces derniers sont Gaulois, s'il faut
s'en rapporter aux noms de lieux (4). Trente ans plus tard, l'espagnol
P. Mêla omet les Vascons, au milieu de peuplades moins importantes. Silius
Italicus les nomme fréquemment, à côté des Cantabres ; mais ses descrip-
tions sont rétrospectives. La caractéristique des deux peuples diffère beau-
coup : celle du Cantabre est de marcher en tête de tous les combattants, celle
du Vascon d'avoir la tête nue ou sans casque ; l'un est de la ligne, l'autre
des troupes légères (5). L'énumération épique de l'armée des Carthaginois
place, entre les Cantabres et les Vascons, plusieurs peuples étrangers à ceux-
ci et à ceux-là (6) ; pour un poète, l'intention est suffisamment indiquée.
(1) Notamment la dot apportée par le mari dans la maison de la femme. Strabon, III, 1.
(2) César, Guerre des Gaules, III, 23 et 26, Guerre Civile, I, 38. — Horace, passim. —
Oïliénart, 'KLotitia. — Les noms de lieux sont Juliobriga, Argenomcscum, Veïlica, Vesei.
(3) Strabon, III, 4.
(4) Segoutia, Tulloiiium, Gebala, Flaviobriga, Deobriga, Dea.
(5) Silius Italicus. On voit, dans l'énumération de l'armée de Hannibal :
III, Y, 326 — Cantaber ante omnes.
328 — Aut Vasco insuetus galère.
Y. 197 — et galère contempto tegmine Yasco.
IX. 331 — apparet cetrata juventus.
Cantaber ante alios, nec tectus tempora Yasco.
X At juvenem quem Vasculevis, quem spicul densus.
Cantaber urgebat.
(6) Silius, III, 332, 345, 349, 357, les Asturiens, les Celtibércs, les Galiciens, les Cer-
retans; puis 358, les Yascons.
A. CASTAING. — LES ORIGINES DES AQUITAINS. 2IO,
Selon Florus, qui est espagnol, les Cantabres menacent la liberté de leurs
voisins (1). Au début du Moyen-Age, on les distingue encore (2) : c'est à la
suite de la confusion des noms, qu'on n'a plus su les reconnaître
Les'Vascons habitaient une grande partie de la province appelée Royaume
de Navarre (3). L'organisation de Hadrien y aurait joint le pays des Jaccétans,
depuis comté d'Aragon (4). Il semble que ces régions leur appartinrent de
tout temps, mais seulement quant aux hautes vallées.
Ils ne possédèrent jamais le pays de Huesca, qui appartenait aux Her-
gètes et qui est tout semé de souvenirs gaulois (5). La Vescitanie et ce nom
à'Osca, son chef-lieu, n'appelle point une étymologie tirée du basque (6). Elle
fut conquise par les Romains, deux cents cinquante ans avant que l'on ne
s'occupât des Vascons (7) : Sertorius eut son quartier général à Osca, il y
fut assassiné : ses historiens ne nomment pas les Vascons (8). César conclut
alliance avec les Oscences et leurs voisins ; il ne mentionne pas les Vascons.
Calagurris et son district, situés au sud de l'Ebre, sont en dehors du
•territoire des Vascons, Sertorius, organisant l'Espagne citérieure pour la
(1) Florus, II, 33.
(2) Fortunat, x, 22 ; Cantaber ut timeat, Vasco vagus arma timescat,
Atque Pyrena^a; deserat Alpis opem.
(3) Voyez, au Dictionnaire, Vascones.
(4) Marca, Hist. de Béarn, I, 20, p. 98.
(5) Les Ilergeks et tout au moins les habitants du district d'Uerda, sont des Sordes,
c'est-à-dire des Ligures : Pline, III, 3. Mais il y avait des Celtes ; témoins les noms de
Forum Gaïïkum, Gallica Fîavia, Gallicuin, Gallicus aujourd'hui encore Gallcgo.
(6) L'Italie est semée de noms semblables : Osci, Vcscini ; Vcscia urbs Ausonum. Tite Live,
VIII, 11 ; Veascium , OuEaaxiov, Diodore, xiv, etc.
(7) En 195 avant notre ère. Cf. Tite Live, xxxiv, 10 et 21; xl, 43.
(8) Plutarque, Sertorius.
220 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE.
lutte contre Rome, trouva Calagurris dans la dépendance d'Osca, ce qui
existait encore au temps de César (i). Cependant, Strabon et Ptolémée
attribuent Calagurris aux Vascons : il est vrai qu'Auguste, ayant partagé le
pays Vascon, donna une portion à Pampelune, et l'autre à Calagurris en
même temps que la région des Vardules (2).
(1) César, Guerre civile, I, 60. — Oïhénart fait observer que les Vascons ne s'allièrent
'pas avec Sertorius et avec Calagurris ; elle était occupée par les peuples celtiques qui devinrent
les Convenue.
(2) Quant à l'anthropophagie des Vascons, voyez au Dictionnaire, Vascones.
A. CASTAING. — LES ORIGINES DES AQUITAINS. 221
IX.
INVASIONS DES VASCONS.
On a dit que les Vascons auraient commencé, dès le début de notre ère,
leur expansion vers l'Ouest : s'étant glissés dans la Cantabrie rendue déserte
par Agrippa ou Messala, ils seraient passés ensuite en Aquitaine (i).Oihénart
a mis à néant cette conjecture : au temps de Strabon, de Ptolémée même,
les Vascons sont toujours en Espagne ; ils n'en étaient pas sortis au temps
d'Ausone, qui habitait Bordeaux et dont le père, fixé à Bazas, s'était marié à
Dax ; en 405, les Vandales trouvent en Espagne les Cantabres et les Vas-
cons (2). Il est possible, qu'à la faveur de l'organisation d'Auguste, les Vas-
cons se soient répandus pacifiquement dans le diocèse de Calahorra, surtout
dans ce qui est devenu Alava et Biscaye : on sait que les Basques émigrent par
troupes, lorsque certains d'entre eux leur ont montré le chemin. Plus tard, au
Vie siècle, les Romains de l'empire d'Orient, les Francs et les Goths se trou-
vèrent en présence, dans la Cantabrie : des Vascons pouvaient y être, mais ils
n'y avaient aucune autorité.
Lors de l'établissement des Goths en Espagne, l'empire Romain avait con
11) Scaliger, Auson. lection., 1, 6.
(2) Cf. Oihénart, Notitia, p. 384.
Méin. de la Soc. d'Eth. — I. - 1884. 29
222 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE,
serve, au moins nominalement, le pays des Vascons et les provinces occiden-
tales, que Réchiaire, roi des Suèves, ravagea en 448. Moins de vingt ans
plus tard (en 466), E varie, roi des Wisigoths de Toulouse, s'en rendit maître.
Après la destruction du royaume d'Alaric, les Francs prirent possession de la
Cantabrie (542). Pour se délivrer de ces dangereux voisins, les Suèves firent
appel à Justinien, dont les troupes expulsèrent les Francs (554).
Léovigilde, roi des Goths, mit dix ans ^674 à 584) à soumettre les Suèves,
et pendant ces luttes, il se trouva en présence des Impériaux et de leurs su-
jets Vascons qui s'étaient répandus à l'Ouest. Refoulés, les Vascons franchi-
rent les frontières de France, non "pas en conquérants organisés, mais en
hordes de pillards : ravage des champs et des vignes, incendie, enlèvement
d'hommes et surtout de butin. Point d'opérations méthodiques : ni sièges, ni
batailles, ni occupation ; rien que la razzia. Envoyé à leur poursuite, en 581,
le duc Bladaste, se fourvoya dans les montagnes espagnoles et perdit ses
bagages (1).
En 586, le nouveau roi des Goths, Reecarède, ayant repris la guerre
contre les Impériaux, les Vascons passent de nouveau les Pyrénées. C'est
alors qu'ils se seraient fixés dans le pays de France nommé depuis lors pays
basque : Austrovalde, qui commandait à Toulouse, pour le roi Gontran, ne
parvint pas à les en déloger (2). Toutefois, d'autres n'indiquent cet établis-
sement qu'en 593 : leur action aurait atteint la rive gauche, du cours inférieur
(1) Les opérations de Bladaste n'eurent pas lieu en Novempopulanie. Cf. Marca,
H. de Béarn, p. 103.
(2) Marca, Loc. cit. II parait que les pays occupés étaient à peu près déserts.
A. CASTAING. — LES ORIGINES DES AQUITAINS. 223
de l'Adour, sans comprendre les places fortes que les Francs ne cessèrent de
posséder (i).
En 602, Thierry, roi de Bourgogne, soumet les Vascons de France et
une partie de ceux de l'Espagne : son feudataire Génialis prend le titre de
duc des Vascons et commande à tous les pays situés au sud de l'Adour. En
607 , ces arrangements sont régularisés par le mariage de Thierry avec Her-
menberge, fille de Vitteric, roi des Goths. En 615, il ne reste plus d'Impériaux
en Espagne et le royaume goth de Sisebut touche celui des Francs : les
Vascons sont répartis entre les deux puissances.
En 626, révolte du pays, dit alors des Vascons, contre le duc Aighinan,
avec la complicité de Senocus, ou Segosus, évêque d'Eauze, métropole ecclé-
siastique. Charibert, que son frère Dagobert décore du titre de roi d'Aquitaine
(630), obtient le retour momentané de l'ordre, en épousant Gisèle, fille
d'Amand, le nouveau duc des Gascons (2). Ici, la scène change absolument :
il ne s'agit plus des Vascons de l'Espagne ou des Pyrénées françaises, en un
mot des Basques parlant Yeuskava ; mais des habitants d'une partie de
l'antique Aquitaine. Le mouvement, tout local, se lie aux intérêts d'Amand,
duc de la Novempopulanie, sous le nom de Vasconie : en haine des hommes
du Nord, la population se prête à tout.
Enfin, en 636, un nouveau soulèvement, qui paraît avoir été dirigé par
le duc Amand lui-même, est réprimé par Chadwin, général de Dagobert. Les
(1) On a prétendu que le nom de Bascons, au delà de l'Adour, se rapporterait à
leurs incursions ; on a invoque la coïncidence de la dévotion à saint Amand, l'apôtre des
Vascons, dont la fontaine, qui guérit la fièvre, fut le but de nombreux pèlerinages
(Cf. P. Duval, Descr. de VEvesché cVAire, 105 1). Mais la dévotion peut avoir été
importée et le nom lui-même provenir du séjour qu'y fit l'évoque d'Aire, EpiSCOpUS
Yasconensis, pendant l'invasion des Normands. (Cf. Oihénart, Xolitia, p. 463).
(2) Gisèle aurait apporté à Charibert le Bigorrc cl le Béarn, le reste du pays restant
au duc Amand.
224 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE.
principaux du pays, qui ne sont pas des Basques, mais des Aquitains, se
rendent à Clichy, séjour du roi de France ; Dagobert reçoit leur soumission
et donne l'investiture au duc Amand.
Vers 660, à la faveur de la répulsion inspirée par les actes d'Ebroïn, maire
du palais de Clotaire III, la Novempopulanie s'agite de nouveau et donne le
pouvoir au comte Loup, qui prend le titre de roi de Vasconie (1).
A cette époque, le nom de Vasconie, employé depuis les premières an-
nées du siècle, devient définitif. Plus tard, on en abuse, comme l'on avait
fait de celui d'Aquitaine, jusqu'à le donner à des contrées riveraines de la
Loire : c'est, en effet, une lubie des gens du Nord, que de voir des Gascons
dans tout le midi de la France : il faut croire que cette population attire spé-
cialement le regard.
Le nom de Gascogne propre, depuis le Moyen âge, appartient au Marsan
et à ses annexes, le Tursan et la Chalosse, parce que les anciens ducs des
Vascons adoptèrent, pour chef-lieu, Saint-Sever, cap de Gascogne.
(1) Ainsi l'expose Marca, Hist. du Béarn, XXV ; mais il paraît certain que Loup
ne fut qu'un fonctionnaire amovible, à la nomination et sous l'autorité des rois méro-
vingiens : c'est au nom du roi des Francs, que Loup convoqua le concile de Bordeaux,
en 673.
A. CASTAING. — LES ORIGINES DES AQUITAINS. 225
X.
APERÇU LINGUISTIQUE.
L'exposé ne serait pas complet, s'il négligeait absolument les données
de la Linguistique : l'étude comparée des idiomes est une transition entre
l'Histoire et l'Ethnographie. Le sujet est assez vaste pour réclamer une
étude à part : il ne s'agira donc que d'un aperçu sommaire.
Il y a deux sources : les monuments et la tradition. Je les examinerai
successivement.
I. — Monuments Antiques. — Les inscriptions sont nombreuses ; mais
presque toutes appartiennent à la civilisation gallo-romaine. En dehors de
la forme latine, qui domine, on y trouve des traces de déclinaison, et alors
la flexion est celle du gaulois (1) : mais on n'y a point trouvé encore des
phrases complètes permettant d'en extraire les lois de la grammaire et celles
de la syntaxe.
Les noms communs y sont en petit nombre ; mais il y une collection
considérable de noms propres d'hommes et de femmes, de lieux et de divi-
nités, qui n'appartiennent pas au latin, et dont une partie seulement se lie
(1) Accusatif pluriel masculin en u : Auscius, Doius: en as : Vasatas ; datii
féminin en t.
226 MÉMOIRES DE' LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE'.
au gaulois. Quant aux prétendues étymologies basques, c'est de la simple
fantaisie (i).
Je n'ai pas non plus reconnu les traces de la famille chamique : les
Ligures et autres peuples venus d'Afrique par l'Espagne ne nous ont rien
donné, tandis que leur trace existe sur les bords du golfe de Lyon, en Italie
et en Grèce. Au contraire, il faut constater certaines formes dites sémitiques,
mais en réalité cananéennes, provenant du phénicien ou du punique (2).
IL — Langues romanes. — Gascon. — Le gascon est l'une des langues
dites romanes, ou plus exactement néô-latines. Sa constitution générale est
celle de toutes les congénères : il diffère par certaines lois de phonétique, des
détails du vocabulaire, quelques règles de grammaire et de syntaxe.
La comparaison avec le basque ne supporte pas l'examen. Le basque
est étranger aux langues à flexion, dont le gascon a tous les caractères. Le
basque est agglutinant, polysynthétique et incorporant : son type flotte entre
ceux des langues tartares, finnoises et algonquines. Les modifications que sa
grammaire ne cesse de subir, depuis qu'il est connu, n'ont pu faire disparaître
ces caractères. Par sa constitution, il est beaucoup plus éloigné du gascon
que de l'ostyak ou de l'esquimau.
Le gascon ne provenant pas du basque, serait-il un pur produit du latin ?
On voudrait bien nous le faire croire. Mais les théories des romanistes, éla-
borées à une époque où l'on n'apercevait qu'un côté des choses, ne tiennent
pas devant les constatations nouvelles.
Jetons un coup d'œil sur ces commodes hypothèses.
Schlegel , un jour, s'avisa d'avancer que la grammaire est tout et le
(1) Cf. Ausci, Auscius, Climberrum, Eliberre, etc.
(2) Cf. Belisama, Ilhun.
A. CASTAING. — « LES ORIGINES DES AQUITAINS. 227
dictionnaire rien : façon de parler, en vue d'un effet à produire ; l'expression
dépassait l'idée, chose fréquente chez les Allemands. La lice étant ouverte,
on s'y précipita ; il ne fut plus question que de « sens intime, essence inté-
rieure du langage, conscience des peuples », aperçus vagues et ne tirant
pas à conséquence. On affectait de mépriser les racines, mais on passait le
temps à en éplucher : la Grammaire comparée de Bopp est le modèle du
genre.
En traversant le Rhin et la Manche, l'idée prit du corps : à la suite du
cardinal Wiseman, M. Renan la dota d'une de ces jolies formules dont il a
le secret : « Chaque langue est emprisonnée une fois pour toutes dans sa
grammaire. » Ailleurs, il dit tout le contraire : par exemple, que les langues
africaines, répudiant leurs formes primitives, ont adopté celles des langues
sémitiques ; et cette fois, il est dans le vrai. •
Le Congrès des Sciences Ethnographiques, à l'Exposition de 1878, m'a
fourni l'occasion de discuter ces théories (1). J'établis que la « conscience des
peuples » n'est pas plus inviolable que le matériel prétendu inerte du voca-
bulaire ; qu'il y a des grammaires mixtes ou dénaturées par une intervention
étrangère. Celle de l'égyptien et du copte est sémitique, chamique et nègre ;
celle du berber, chamique et sémitique ; l'arabe fait des emprunts au grec,
le grec au phénicien. L'anglais est gothique, latin, français et gaélique, plus
que breton, malgré la juxtaposition sociale.
Un pareil examen appliqué au gascon produirait des trouvailles fort
inattendues. En ce qui concerne la grammaire, on ne pourra demander au
latin des éléments qu'il ne connut jamais et auxquels sa constitution répugne.
Quant au vocabulaire, on reconnaîtra que la prison néo-latine est fort hos-
(1) Les Grammaires mixtes, dans les Comptes rendus du Congrès des Sciences
FAIinograpIiiques, l ro partie, p. 5G8 et suiv.
228 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE.
pitalière pour les barbares. On constatera également que le gascon n'est
pas un patois dénaturant les données d'une langue mère et maîtresse, mais
un idiome dérivé (et quel idiome ne l'est pas) ? s'assimilant les mots étrangers
et leur imprimant la forme propre à son génie ; enfin, une véritable langue.
Si nous en croyons César, qui dut en savoir quelque chose, l'Aquitain
possédait une langue propre. Il n'y a pas de témérité à conjecturer que cet
idiome, l'un des dialectes de la famille celtique, que l'Aquitain comprit un ma-
tériel suffisant d'expression, un vocabulaire complet, une grammaire appro-
priée. D'autres témoignages montrent cet idiome coexistant au latin, lors de
la venue des Barbares, au point qu'on était tenu de l'employer, pour être
compris des habitants. Les Aquitains ont mal défendu leur trésor contre l'in-
vasion étrangère : expulsées peu à peu, les vieilles locutions subsistent en
très petit nombre ; mais il y en a.
L'état d'anarchie, produit des invasions barbares, le particularisme, effet
ou cause de la féodalité, rendirent un peu le pays à lui-même. C'est alors
que se formèrent ces idiomes néo-latins, que l'on a qualifiés à tort de « résul-
tats d'une évolution linguistique.» Il n'y a pas d'évolution sans génération et
métissage.
Toute évolution ou génération comporte trois termes, savoir : deux
facteurs et un produit. Tel est la règle de la multiplication dans les sciences
exactes, manifestant la Raison suprême qui régit la matière. La nature y est
soumise, même dans le Règne inorganique, où l'un des facteurs peut se
remplacer par une force étrangère. Dans la nature organisée, ce sont les
sexes ; il y a bien les hermaphrodites et les zoophytes ; mais les langues ne
sont pas modelées sur le type de l'huître ou du madrépore. Elles sont du
monde de l'intelligence, où les deux termes d'une proposition produisent la
conclusion, qui est l'idée nouvelle : chez elles, la décomposition, procédé
A. CASTAING. LKS ORIGINES DES AQUITAINS. 229
négatif, donne les patois condamnas à l'impuissance et au néant ; au contraire,
les langues nouvelles résultent de la fusion de deux ou plusieurs éléments plus
ou moins homogènes. Car l'hétérogénéité trop prononcée empêche la fusion ;
c'est pourquoi le grec et le turc se sont repoussés, tandis que le celtique et
le latin se sont unis.
Ce qui caractérise la famille des langues dites néo-latines, c'est la
fusion harmonieuse de deux séries d'éléments de provenance diverse, mais
voisins par l'origine première, dont les traces subsistent toujours. Ce sont
deux principes qui, au-delà des formes grammaticales et verbales, révèlent
un commun génie ; l'un est latin et l'autre ne l'est pas. Celui-ci a des effets
aussi généraux que l'autre qui l'a dominé : franchissant le temps et l'espace,
on le retrouve, aux diverses époques historiques, autour du phare de Messine
aussi bien que sur les rives de la Seine ou de la Tamise, sur le haut et le
bas Danube comme au détroit de Gibraltar.
Cette généralité de manifestation accuse une cause commune, et cette
cause, c'est la rencontre de deux idiomes si faits l'un pour l'autre, que partout
où ils se sont trouvés en contact, ils se sont combinés, tandis que chacun
d'eux est resté réfractaire à toute alliance étrangère. Ces deux idiomes sont
le latin et le celtique, lesquels se fusionnent toujours entre eux, et jamais
avec aucun autre idiome. Invoquez le témoignage de l'histoire : elle vous
dira que les Celtes sont allés dans tous les lieux où se sont formées les
langues néo-latines : Gaulois dans l'Antiquité, Francs, Français et Normands
au Moyen-Age. Elle ajoutera que le latin fut imposé dans les mêmes lieux
par la domination romaine. Vous ne;; trouverez pas de langues néo-latines
dans les contrées où l'un de ces deux éléments fait défaut. Le vrai nom de
cette famille de langues serait donc celui de Celto-Latines : le néologisme
est trop exact pour ne point faire tôt ou tard son chemin.
Mém. Je la Soc. d'Eth. - I. — 1884. 30
230 MEMOIRES DE LA SOCIETE D ETHNOGRAPHIE.
Ces idiomes ne sont pas, comme on pourrait le supposer, des sauva-
geons spontanément issus d'une souche décomposée, d'une sorte de fumier
latin. Les langues sont des objets de culture : le jardinier dont elles réclament
les soins, c'est le génie oratoire et poétique, c'est l'esprit littéraire des popu-
lations. Comme les hôtes de nos vergers, les langues ont leurs périodes de
croissance, de développement et de décrépitude ; mais, avec elles, la res-
source est grande : un traitement intelligent leur restitue le privilège de la
jeunesse ; et il v obtient un succès que nos plus habiles médecins ne ren-
contrent pas dans le traitement de notre nature. Le Gascon, puis qu'enfin
c'est de lui qu'il s'agit, est le produit d'une greffe latine, sur le vieux tronc
aquitain. Il reste à déterminer le comment et la proportion de l'amalgame.
Lorsqu'on aura dégagé la caractéristique de la grammaire gasconne, ce
que je ne crois pas que l'on ait fait encore, il sera facile de constater si les
éléments essentiels en ont franchi le Sumport ou traversé la Bidassoa, pour
arriver jusqu'à nous. Et lors que l'on aura réuni quelques centaines de radi-
caux, parfaitement étrangers au latin, on comptera combien il en est qui
appartiennent au basque ou bien à quelque autre idiome du versant méridional
des Pyrénées. La conclusion sera certainement que le mythe suranné de
l'origine ibérienne des Aquitains a gagné ses invalides, et qu'il est grand
temps de lui réserver une place au Panthéon des sornettes historiques.
A. CASTAING. LES ORIGINES DES AQUITAINS. 23 1
XL
CONCLUSION.
César signale , dans la Gaule indépendante ( Gaîlia comata) , trois
groupes qu'il nomme Aquitains, Celtes et Belges : il constate des différences
de mœurs et de langage, qui font penser que ces groupes dépendaient de
migrations distinctes par les dates. Le mouvement général ayant eu lieu du
nord-est au sud, et spécialement au sud-ouest, il semble, d'après la distri-
bution topographique, que les Aquitains arrivèrent les premiers.
Suivant le système généralement admis, les Celtes de César seraient les
Galls des traditions armoricaines, parents des Irlandais et des Ecossais ; les
Belges de César seraient les Kimris qui auraient occupé non seulement le
nord et l'ouest de la Gaule, mais l'Angleterre propre.
L'école des Celtistes conteste ce système, qui ne concorde pas avec les
données de sa languistique. Zeuss divise les langues celtiques en deux
branches : i° UHibernique comprenant l'Irlandais et le Gaélique d'Ecosse ;
2° la Britannique avec le Cambrique (Wales), le Comique (Comwall) et
l'Armoricain. Le Gaulois antique appartient à cette branche.
Parmi les différences les plus faciles à saisir, on cite la substitution du
p au q, celle de l'A à Vs. L'Irlandais dit coic (cocue > cinq, et ce/ni fquenuj
232 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE.
tète, où le britannique conserve pempe et penn ; l'un dit sert et l'autre hen,
vieux. De même, le latin a mis quinque au lieu du pempe grec, et sal au lieu
de hais. Par ces lois de phonétique, l'hibernique se rapproche du latin et le
britannique, du grec. D'après ces données et autres, il faudrait admettre :
10 Que les différences de langages signalées par César tenaient moins
aux principes phonétiques et grammaticaux, qu'à des particularités légères.
20 Que les Irlandais n'auraient aucune parenté avec les Gaulois, mais
plutôt avec les Latins.
30 Que les migrations irlandaise et latine seraient antérieures à celles
des Gaulois et des Bretons.
Tout cela aurait pour résultat de modifier nos idées sur l'antiquité
relative de l'habitat des groupes gaulois et parliculièrement des Aquitains.
Quoiqu'il en soit, tout ce que l'on sait du langage des Aquitains montre,
dans leur idiome, un dialecte du Gaulois, qui paraît appartenir à la branche-
britannique (Zeuss): phonétique, grammaire, étymologies s'y donnent un
mutuel concours. (1). Les monuments et les mœurs n'y contredisent point.
Nous pouvons donc affirmer en toute assurance que les Aquitains sont des
Gaulois, ainsi que César le déclare, et que l'admet toute la docte Antiquité.
(1) Voyez au Dictionnaire : Yasatas. Lugdanum, Plmpeduni, Vernernetù
DICTIONNAIRE ETHNOGÉ NIQUE
DE
L'AQUITAINE
Aceio, Agheio, Agho. Nom de l'une des divinités des Aquitains. Deux inscrip-
tions du Musée de Toulouse provenant, Tune du terri-
toire d'Aventignan, canton de Nestier, l'autre de Baudéan,
toutes deux dans l'arrondissement de Bagnères-de-
Bigorre, donnent :
ACEIONI MONTI
DEO BVS AC
ANTONI EIONI
VS VINDE NETHOI
MIALIS EX VOTO V. V V
PO S L M
Il s'agit donc d'une divinité des montagnes ou plus
probablement des montagnes elles-mêmes divinisées
(Voyez ci après Nethon).
Néthos désigne un pic ; mais Aceio aurait une portée
plus étendue et s'appliquerait à toute la chaîne, aux
Pyrénées, dont il révélerait le nom local. Comme on l'a
rapproché de celui à'Acitani, on serait ainsi sur la voie
de l'origine du nom des Aquitains. (Voyez Aquitania).
Oihénart a donné deux autres inscriptions qui furent
234
MEMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D ETHNOGRAPHIE.
trouvées, dit-il, dans la vicomte d'Aslier, à Ascii (Asque,
cominuncdela Darthe, à lGkil. E. de Bagnères). Accompa-
gnées de la figure d'un vase et d'un disque, ces inscriptions
étaient ainsi conçues :
AGHONI DEO
DEO ' GHONI
LABV YS ' AVLIN
V. S. L. M. ' AVRIN
(Votum solvit labens mérita) V. S. L. M.
Il paraît que la lecture du nom était fautive : aussi,
dans la seconde édition de la Notitia, en 1656, a-l-on
substitué au mot AGHONI, celui d'AGEIONI. Sous cette
nouvelle forme, on reconnaît facilement le nom d'Aceio
et l'idée des montagnes divinisées.
On a rapproché de ces noms ceux d'Agaunum et
Acaunum donnés par les Bollandistes, pour le lieu du
martyre de la légion Thébéenne. Le terme, qui aurait
signifié rocher, continua d'être appliqué au couvent de
Si-Maurice de Valais (Cf. Zeuss, Qram. Celt. 774, qui
rapproche ces noms de ceux d'Acounis et d'Icauna,
l'Yonne).
Une inscription du Tyrol, remontant à l'an 219, montre
des divinités ACOVNl ou ACOVNAE, associées avec un
dieu GADOLYS (Orelli, 1993), dont la physionomie est
phénicienne : gadol « grand »,
Adcantuannus César, L. III, 20 et s : roi des Sotiates.
Adiatomus Nicolas de Damas ; et
Adietuanus Il existe un très grand nombre de deniers qui proviennent
de ce roi des Sotiates, assiégé et soumis par P. Crassus.
L'un des types les plus parfaits porte :
REX ADIETVANVR FF — revers SOTIOTA. (Voir la
planche des médailles ).
Type indéterminé ; au revers, une louve passant à
gauche. Bronze.
A. CASTAING. — DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 235
C'est donc Adietuan qu'il se nommait ; la forme Adia-
tomus, de Nicolas de Damas (Athénée, IV) est une cor-
ruption, et celle à'Adcantuannus, dans les Commentaires
de César, provient d'une faute de copiste.
M. de La Saussaie, qui a déterminé définitivement
l'attribution, conclut que le peuple s'appelait Sotiotes,
Sotiotœ ; mais il perd de vue qu'une autre pièce, d'un
type très analogue, porte au revers, au-dessus de la
louve, le mot SOTIAT, qui n'est point achevé et dans
lequel le second T ne conserve que le jambage du milieu.
Il faut lire Solicites. La divergence est le résultat de la
maladresse du graveur. M. de la Saussaie ajoute avec
raison :
« Crassus non seulement comprit le chef aquitain dans
la capitulation, mais il lui laissa son autorité, à la condition
de la faire servir aux projets de Rome sur la Gaule.
Adietuan devint l'allié et le tributaire des Romains, frappa
monnaie en son nom et à celui de sa tribu, en consacrant,
d'après un usage dont le monnayage gaulois nous offre
plus d'un exemple, un type national joint à un type
étranger. » (Revue de Numismatique, 1831). Le lypc
étranger, c'est la louve, emblème de Rome, emprunté à
celui des médailles consulaires de P. Satrienus. Toutefois,
le type romain est plus féroce ; mais l'intention est
évidente.
M. de La Saussaie en conclut qu'il faut attribuer au
même Adietuan la fameuse médaille de Crassus ou
Kraccus:
Tète de la Victoire diadémée et allée, tournée à droite ;
au revers, cheval galopant à gauche ; au dessus, un
croissant, 3 cercles perlés. Bronze. ( Voir la planche des
médailles.)
L'illustrcnumismate lit, à d roi le, R M Roma: c'eslpossible.
Il fait observer que la victoire est empruntée aux deniers
consulaires, et le cheval à un type habituel des monnaies
gauloises. Enfin, il ajoute que « le mélange des carac-
236 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE.
ières grecs cl lalins est un des signes caractéristiques de
légendes des médailles de la Gaule méridionale. »
Ad Jovem Station de la route de Bordeaux à Narbonne. dans
l'Itinéraire d'Antonin, à Vil de Bucconis et Vil de Civitas
Tholosa. Le nom de Leguévin a séduit les critiques :
Walckenaer hésite entre Teula ou Clioulet, près- de
Leguévin ; Du Mège signale une ferme Cap de Lovis, à
côté du môme village.
Ad Sextum Uelai de la route de Bordeaux à Narbonne, dans
l'Itinéraire d'Antonin, à VII de Civitas Aîiscius et VI! de
Mutatio Hungnnvero. D'Anville signale le passage de
l'Arralz ; selon Walckenaer, ce serait Ollel et Lalaque ; la
Commission de la Carte des Gaules préfère Marsan et je
partage cet avis.
Ageio. ' Voyez Aceio.
Agho . *
Aldudes Voyez Bcrcorates.
Alingcs Langon, sur la Garonne, chef-lieu d'un canton de
l'arrondissement de Bazas, citée par Sidoine Apollinaire
(Epist. L. VIII, 12). St Paulin mentionne YEcclesia
Âlingonensis, dans une épitre à Delphin, évoque de
Bordeaux, dont elle dépendait alors. Alingo existait depuis
120, et peut-être dès l'époque gauloise.
Des fouilles opérées dans des sépultures de l'Uot-des-
Vases de Nalliers (Vendée), en mars 1872, ont amené
des trouvailles dont M. Quicherat rend compte en ces
termes (Mém. de la Soc. des Antiquaires de France,
XXXIII, bull. 117) :
« Le fond d'une fiole brisée portait une marque de
fabrique empreinte en creux. C'est un médaillon, sur
lequel on lit les initiales A. E., entourées de la légende
A. V. M. CN. ALINGV. Il n'est pas facile d'expliquer les
signes qui composent la plus grande partie de celte
inscription. M. Bcnj. Fillon a conjecturé que le mol
Alingu pourrait être l'abréviation de Alingonc ou
A. CASTAING. — DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 237
Alingonensis et s'appliquer au lieu de Langon, qui n'est
pas éloigné de l'IIot-des-Vases. »
Alingu n'est pas une abréviation, mais la l'orme du
datif, servant d'ablatif, de la conjugaison gauloise en os ;
il signilie à ou de Alingos, Langon.
Il ne s'agirait pas de notre ville sur la Garonne, mais
d'un village nommé Le Langon, situé à 12 kilom. de
Fonlenay; or le nom et l'existence de cette localité, dans
l'Antiquité, sont absolument inconnus.
D'un autre côté, les mêmes fouilles ont donné des
fragments de poterie rouge lustrée, portant quatre
marques, dont l'une est MEDOLIS, laquelle rappelle le
nom des Meduli, l'ancien peuple du Médoc, également
riverain de la Garonne.
Le tout a pu être transporté de là en Vendée.
Mêla signale, à l'embouchure de la Gironde, une île
que l'on disait flottante, parce qu'on croyait la voir
monter ou descendre avec le niveau des eaux. D'Anville
applique ce fait à l'îlot de Jau, provenant d'une déri-
vation latérale à la rive gauche du lleuve, dont la trace
reste dans les marais qui encerclent la commune du
même nom. D'après M. Desjardins (Géogr. delà Gaule, I ),
l'île d'Antros fut beaucoup plus étendue : son tracé, em-
prunté à des caries de la lin du XVI e siècle, fait passer
un bras méridional de la Gironde par la latitude de
Lesparre, qu'il transforme en port; des altitudes de 4à
10 m sont trop élevées, et puis, il y a, sur le parcours in-
diqué, des ruines romaines et du Moyen âge. Il faut
chercher le bras disparu de la Gironde plus au N.,
sur la ligne qui paît de Jau, se dirige d'abord au S., puis
à PO., entre Vensac et Vendays, par des altitudes de
2 mètres, à travers des marais, et aboutit à l'Océan, au
point où sont les bains de Montalivel el poste de la
Douane. Les recherches de M. l'abbé 1. an, sur le
terrain du Médoc, montrent qu'un bras 1 Garonne,
Mém. de la Soc. «l'Kthn. - 1. - 1884.
238 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE.
large d'un kilomètre, passait par le travers de Vendays-
(cf. Sansas, Mém. de la Soc. des Antiq. 1875, bull. 117).
Antros est exactement le canton de Saint-Vivien ; mais
au N.-O., l'île s'étendait jusqu'à la tour de Gordouan,
lorsque la passe de Grave n'était pas encore envahie
par les eaux : cet état de choses existait au XI e siècle.
Apiates C'est le nom que Dion (L. XXXIX, &Q) donne aux
Sotiatcs, dont il raconte d'ailleurs les combats, le siège
ou la reddition à Grassus, dans des termes fort voisins
de ceux que César a employés. Il est inutile de les
chercher ailleurs. On ignore par quelle erreur de copiste
ou pour quelle autre cause Dion a fait ce changement de
noms.
Aquvae Augustse Nom des Aquse TarbelUcœ, dans Ptolémée :
Aquae Convenarum. . Station de la voie de Dax à Toulouse, dans l'Itinéraire
d'Antonin, à XVIII d'Oppidum novum, qu'on prend pour
Nay, et à XVI de Lugdunum, qui est St-Bertrand de
Comminges. On a proposé Bagnères-de-Bigorre, Capvern
et Bagnères-de-Luchon. Ce dernier point doit être écarté,
parce qu'il est au-delà de Lugdunum, et en dehors de la
route de Toulouse.
Capvern, où Ton a voulu mettre également les Thermes
Onésiens de Slrabon, à cause de ses ruines romaines, est
trop rapproché de Saint-Bertrand , pour répondre à
l'indication de l'Itinéraire.
Bagnères-de-Bigorre satisfait aux conditions de dis-
tance. Le nom d'Aquse Convenarum lui appartient : tant
que dura l'organisation d'Auguste, jusqu'au milieu du
II e siècle, le Bigorre fut compris dans la circonscription
des Convense. L'objection de Walckenaer, que le vrai
nom de Bagnères-de-Bigorre serait Vicus Aquensis, repose
sur une confusion. Ce dernier terme signifiant « ville
d'Eaux » est appliqué à diverses autres localités, telles
A. CASTAING. — DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 239
que Baden, près de Zurich, et même Baden-Baden, d'après
une inscription trouvée à Cologne (Sanctius ; Gruter,
p. 267, n« 8).
Acruae Siccae Station de la voie de Toulouse à Dax, dans l'Itinéraire
d'Antonin, à XVI de Calagorris, et XII de Vernosole. Il
semble que c'est un point entre Saint-Elix et Carbonne.
Aquae Tarbellicae Dax, nommée longtemps Aqs ou Acqs, et dont la forme
actuelle provient d'une ellipse, avec suppression de l'apos-
trophe, dans la locution « la ville tVAqsi).
L'emploi médicinal des eaux et des boues de Dax est
antérieur à l'occupation romaine. La première mention
en est due à Pline, qui travaillait sur les commentaires
d'Agrippa, premier organisateur du pays (Hist. N.
XXXI, 2). Au temps de Ptolémée, la localité portait le
nom d'Aquœ Augustœ, (Huclata Augousta) ; ce titre im
périal dura si peu, que l'Itinéraire d'Antonin reprend déjà
la forme plus ethnographique d'Aquse Tarbellicae.
Aquenses Habitants de la deuxième circonscription de la Provincia
Novempopulana, dans la Notitia Provinciarum. Ce nom
est évidemment emprunté à celui de la ville Aquse Tar-
bellicae, qui en fut le chef-lieu.
La circonscription comprenait : 1° tout l'ancien terri-
toire des Tarbelliy de César ; 2° celui des Sibusates ou
Marensin ; 3° celui des Cocosates ou Grande Lande ; 4°
les Camponi, Pimpeduni et Bercorates qui liront le
diocèse de Bayonne ; 5° les Sibyllates, rattachés plus
tard au diocèse d'Oloron.
Aauitani N° m générique de la première fraction des Gaulois.
— Voyez Aquitania.
Aquitani En lisant ce nom, au milieu de la nomenclature de
Pline, et à la suite de rénumération des peuples de la
seconde Aquitaine, on comprend qu'il s'agil (Y\n\ sous-
titre commun aux vingt-huit peuples dont il précède
l'indication et qui constituaient les habitants de l'ancienne
2 4° MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE.
et véritable Aquitaine. L'explication qui suit : « undè
Domen provinciae » montre que l'auteur sait que ce sont
!à les nations primitives, par opposition à celles qui ne
sont qu'annexées. Il fait ainsi la preuve de son érudition
et de son sens ethnographique.
Mais, après les Vassei, qui clôturent la liste, il aurai!
dû marquer la fin de cette catégorie.
Aquitania Mon mémoire YAquit aine avant et jusqu'à l'époque de
César discute les origines de ce nom. Il démontre que
les étymologies tirées du latin, des langues celtiques et du
basque sont également peu satisfaisantes.
Le vice commun de ces systèmes est dans le choix
défectueux de l'objet. Aquitan-ia est un dévivé'd' Aquitan-i,
les Aquitains. S'il en était autrement, Aquitania aurait
donné Aquitanienses en latin et Aquitaniates dans la
langue locale. Il s'agit trouver la provenance du radical
Aquitan.
Par les Pyrénées, l'Aquitaine se trouvait en relation
avec des peuples civilisés et écrivant l'histoire, Phéniciens,
Carthaginois et Grecs, à une époque où, des autres côtés,
elle était enveloppée de barbares, Ce n'est point par les
Gaules que les Romains en eurent d'abord connaissance,
mais par l'Espagne. Dès la deuxième guerre punique,
Hasdrubal, Irère de Hannibal, se retire en Aquitaine,
après avoir perdu contre Scipion la bataille de Caslulon
(an 209 avant N. E.) ; le général romain fait éclairer ses
démarches, par un corps d'observation placé dans les
Pyrénées (Polybe, X, G. — Tite - Live, XXVII, 19,20).
Les Romains connurent dès lors le nom de l'Aquitaine, dans
la forme adoptée par les Espagnols ; ils lui donnèrent la
consécration de leur langue administrative, d'où il passa
dans la langue oratoire et historique : Aquitani, Aquitania
t
sont des formes espagnoles.
On y remarque, avant la terminaison latine, le suffixe
A. CASTAING. — DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIOUE. 241
tan, si fréquent, en Espagne et dans l'Afrique septen-
trionale, si rare ailleurs. J'ai montré qu'il répond à l'une
des formes du pluriel berber et qu'il [provient de ce que
les Berbers(à la suite sans doute des autres Libyens) ont
peuplé l'Afrique du Nord et l'Espagne.
Quant à la racine Aqui, laquelle peut probablement se
ramener à Ak ou Agit, il est prudent de renvoyer les
conjectures au moment où l'on aura réuni des éléments
plus concluants que ceux que nous possédons. — Toute-
tefois, on peut signaler dès à présent, à titre d'éléments
de recherches :
Ach (prononcez Akh) eau, en gallois ou cambrien ;
Ach, race, lignée, descendance, en cambrien et armo-
ricain ;
Achadh, champ, (
, , ... , ,., ,. en Irlandais,
Acliaidli, habitation, f
lies Aquitains seraient les gens du pays. — Cf. ci-
dessus Aceio.
Aremorica, Armorica. On se plaît à répéter que l'Aquitaine se nomma jadis
Armorique : c'est Pline qui l'a dit. On trouve, en effet, au
livre IV, il, de Y Histoire naturelle, ce qui suit, au sujet
de la Gallia Comata : « A Scaldi ad Sequanam, Belgica.
Ab eâ ad Garumnam, Celtica, eademque Lugdunensis.
Inde ad Pyrena?i montis excursum, Aquitania Aremorica
anteà dicta. » Ici, Pline brouille et confond l'organisation
administrative d'Auguste avec les divisions ethnogra-
phiques de Jules César : il attribue à l'Aquitaine vraie de
celui-ci, ce qui ne convient qu'à la fausse Aquitaine de
celui-là.
César et Ilirtius mentionnent les Armorica civitates
(g. des Gaules VII, 75 et VIII, 31J ; l'énumération que le
premier en donne montre que la désignation ne concernait
nullement les peuples au sud de la Garonne : ...quaeque
«corum consuetudine armorica.* adpellantur (quo sunt iu
2 42 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE.
numéro Curiosolites, Redones Ambibari, Caleles, Osismii,
Lemovices [aliàs Nannetes] Veneti, Unclli. » Tout cela est
Bretagne et Basse-Normandie.
Armorique est un terme générique signifiant pays
maritime : une partie de l'Aquitaine a pu recevoir ce nom
des nations galliques. En bas-breton, ar-mor signifie la
mer, et ar-mor-ek, la maritime. Villemerqué trouve avec
raison, dans ce dernier mot, l'origine du nom d'Ar-
morique. En effet, ek est l'affixe breton répondant à Viens
latin, Vique français.
Arpeninos Une inscription, encastrée au haut d'une muraille, sur
le territoire des Onobrisates, a été relevée par Du Mège,
qui la reproduit ainsi :
ARPENLNO
DEO
BELEX BE
LEXCONIS. F
V.S.L.M.
On a songé tout de suite à une divinité des montagnes.
En bas breton, ar-penn signifie la tête et, par extension,
la cîme des montagnes ; en gallois, pen, tête, et en
irlandais, ben, montagne.
On en rapproche la déesse Penina, citée par Servius et
le dieu Peninus, connu de Tite-Live (XXI, 38) et men-
tionné dans une inscription des Alpes (Guichenon, Hist.
de la Savoie). La plaque de cuivre conservée au Grand
Saint Bernard porte en tète IOVI POENLXO. Le nom de
l'Appenin, le nom espagnol pena, et les termes aquitains
penna, pinède, pinon, ont une même origine.
IlexisteàRochemaure (Ardèche), dans une chapelle saint
Laurent, une inscription où se trouve le mot Arepo. En
la signalant, M. Wcscher (Mém. des Antiquaires de Fr.
A. CASTAING. — DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE.
243
t. XXXV) fait observer qu'il l'a retrouvée, avec sa tra-
duction, dans le Mss 2511 du fonds grec, f<> 60. Je mets
en regard le texte lai in, la reproduction et la traduction
grecques :
SATOR
Sator
Ho Speirôn
AREPO
Arepo
Arotron
TENET
Tenet
Krateis
OPERA
Opéra
Erga
ROTAS
Rotas
Trochous
Artahe
Arepo signifierait donc la charrue ou le labourage. La
forme a pu être légèrement modifiée, pour faciliter l'exé-
cution de l'acrostiche carré que forme le texte latin :
Arepennis, d'où vient Arpent, est un mot gaulois (Colu-
mella, V, I) et il indique l'idée de labourage.
, Divinité aquitaine dont le nom se retrouve dans une
portion du canton de Saint-Bertrand , appelée jadis
Artet, aujourd'hui Ardet.
Saint-Pé d'Ardet possède une église du VI e siècle, dont
le clocher est le donjon d'un château détruit : les mu-
railles portent des sculptures romanes et même une frise
attribuée à l'époque mérovingienne. Dans cette localité,
ainsi qu'à Lourde, qui est à côté, on a trouvé les ins-
criptions suivantes :
A Saint-Pé
A Lourde
LEXIA
DEO
ODANX1 F.
ARTAE
ARTEHE
T. PAVLI
V.S.L.M.
INIA.M
Un troisième autel paraît confirmer la première forme
du nom:
244 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE".
ART...IE DEO
BONNEXV...
ANANDI
Y.S.L.M.
Aspaluca, Aspalluga. Staiion de la route de Uœsaraugusta à Beneharnum,
dans l'Itinéraire cTAntonin, à VII de Forum ligneum et
XII û'Iluro. Marca pense qu'il s'agit d'Accous, qui
possède encore le Capdulh, dérivé de Capitolium, droit
de primatie, siège de T'autorité. Walckenaer place le
point un peu plus haut, au Pont de l'Esquit.
Atroa. Anic Grégoire de Tours (De gloriâ confess. 59), raconte un
miracle qui se reproduisait, chaque année, dans une
église située infrà terminum Vici Juliensis, dans le
territoire du diocèse d'Aire. Les tombeaux de trois prêtres,
qui s'y étaient succédé longtemps avant, soulevaient mé-
thodiquement le sol, puis rentraient en place, pour
recommencer l'année suivante.
On avait pensé jusqu'ici qu'il s'agissait de l'église
d'Aire, ou du moins de celle du Mas d'Aire, reste antique,
comme il ressort du tympan du portail, qui conserve une
sculpture attribuée au culte d'Esculape.
M. Aug. Longnon (Géogr. de la Gaule au VI e siècle)
dit qu'm/ra terminum indique les limites du diocèse et
l'analogie des noms lui fait retrouver, dans Atroa, la
commune d'Arue, canton de Roquefort.
D'après des données fournies par Zeuss (gr. cclt.),
l'idée d'habitation est rendue, en gaulois, par treba, d'où
Atrebates (Cf. le latin tribus ; le gothique thaurp ; l'ir-
landais moderne, treabh ; le gaélique, treubh, tribu ; le
vieil irlandais "treba, ils possèdent, ils habitent/ Vi^il
armoricain, treb, habitation ; gallois moyen et moderne,
tref; comique, trev ; d'où la transition à treo (prononc.
tréou), en breton de Léon, église succursale. Du lempsde
A. CASTAING. — DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 245
P. Duval ^1650), Arue portait le titre de grand Paropi.
la grande paroisse.
Pour des motifs qu'il serait trop long d'énumérer, je
pense que le fait concerne l'un des sanctuaires de Roque-
fort, dont le territoire a été distrait de celui d'Arue.
Atur L'Adour. Le nom est donné par Tibulle (Eleg. I, 8) qui
accompagna Messala, dans la conquête du pays (17 av. n.
ère). Lucain (I, 420) lui inflige la terminaison latine,
Atîtrus ; Ptolémée écrit Atouris , et Ausone (Parent. 4i
Aturrus, pour achever un vers. La forme primitive, main-
tenue par Vibius Sequester, diffère peu du nom actuel.
En Basque, dour signifie aujourd'hui rivière, mais ce nom
parait être étranger à la langue, qui avait our, eau. En
bas breton et en gallois, dour signifie eau, et en irlandais
rivière.
L'école des Celtistes objecte que dour est une forme
relativemeut moderne ; les Gaulois auraient dit dubr.
Zeuss le veut ainsi, en ajoutant qu'en Gaulois, dur signifie
forteresse. On se demande :
1° Comment l'idée de forteresse peut expliquer l'emploi
du radical dur, dans une multitude de noms de fleuves
des Gaules Transalpine et Cisalpine, de la Grande Bre-
tagne, de la Celtibérie et du Portugal.
2° Si Zeuss a jamais su, à quelle époque dour a l'ait
son apparition, et si l'on pourrait affirmer que ce radical
n'existait pas à l'époque de César. Il est vrai que dur
rend l'idée de force.
Sous ces réserves, suspendons le jugement.
Atura Voyez Attires.
Aturenses, Aturensis diœcesis Huitième circonscription de la Provincia Novempopu-
lana, dans la Noticia Provinciarum. Elle doit son nom à
la ville d'Aire, Attires, chef-lieu du diocèse impérial. Elle
comprend : 1° L'ancien territoire des Tarusates et des
Latusates ; 2° Celui des Sennates ; 3° La lisière méri-
Mém. de h» Soc. d'Ethn. — 1. — 1881. 32
246 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE.
dionale de celui des Osquidates Campes très. Son périmètre
est reproduit par celui du diocèse ecclésiastique d'Aire,
tel qu'il existait antérieurement à 1789 et qu'il est décrit
dans la carte de P. Duval.
Atures Aire-sur-1'Adour. Les deux noms, Atura et Attires, que
Sidoine Apolinaire lui donne, dérivent de celui du fleuve
Atur. La Notitia Imperii l'appelle Viens Julius, et
Grégoire de Tours dit Vicus Juliensis : la tradition rap-
porte ces termes au séjour de Jules César, qui s'y serait
arrêté, pour recevoir la soumission des Aquitains (an
51 av. n. ère), En tous cas, elle fut du nombre des villes
Juliennes, auquelles César permit de prendre son nom,
comme signe de son patronage.
La tradition veut aussi qu'Alaric II, roi des Wisigoths,
y ait transporté son gouvernement et publié son Code ou
Breviarium, abrégé du Code Théodosien, avec une expli-
cation claire. Le fait est que le Breviarium fut publié,
dans le royaume wisigoth de Toulouse, le 2 février de
l'an XXII du règne d'Alaric (an 506). L'exemplaire envoyé
au comte Timolhée est daté d'Aire en Aquitaine, même
année. Ce code est ce que le Moyen-Age qualifiait de
Bréviaire d'Anian, parce que ce jurisconsulte y apposa sa
griffe, en qualité de Grand Référendaire. Mais le comte
Goiaric, préfet du palais, passe pour en être le rédacteur.
Aturus Voyez Atur.
Augusta Auch, d'après Ptolémée, Augousta. — Voyez Clim-
berrum.
Auscenses C'est le nom des Auscii, dans Sidoine Apollinaire.
Auscii La formule Ausci, employée par César, Mêla, Pline et
Ammien Marcellin, est une contraction, comme le prouve
l'accusatif Auscius (Voyez ce mot). Les Grecs écrivent
Auskioi, et la Notitia Imperii met Auscii.
Au temps de César, le territoire des Auscii comprenait
ce que l'on a nommé, dans les temps modernes, l'Arma-
gnac Blanc, c'est-à-dire l'arrondissement actuel d'Auch,
A. CASTAING. — DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 24}
moins le canton de Vic-Fezensac, qui était aux Ehisates.
Il faut y ajouter le canton de Valence, formant la partie
sud de l'arrondissement de Condom et celui de Fleurance
rattaché à l'arrondissement de Lcctoure.
Auguste les agrandit considérablement, en leur anne-
xant les Elusates, les Preciani, les Tomates, les Garites
et partie des Garumni. C'est ainsi qu'Ammien put écrire :
« Novempopulos Ausci commendant... »
Sous Théodose et ses successeurs, ils rentrent dans
leurs limites, mais en conservant les deux petits terri-
toires des Preciani et des Tomates. C'est alors le diocèse
primitif d'Auch, non comprise la circonscription des
Elusates.
On va répétant que le nom des Auscii est le même que-
celui des Basques, lequel serait Eusk, ce qui n'est nulle-
ment prouvé. Je me demande pourquoi les auteurs grecs
auraient traduit ce mot Eusk, en Espagne par Ouaskones
et en Gaule par Auskioi ; et pourquoi les Latins auraient
dit Vascones et Auscii.
Je ne saurais voir celte origine dans le mot Auscii, pas
plus que dans Osca en Espagne; que dans les Osci d'Italie;
que dans le nom d'Auscrocos, chel des Dumaci de Pro-
vence, auquel appartient la médaille portant les lettres
AVSC, que Lagoy avait attribué aux Auscii; pas plus en-
fin que dans YOsca (Wysc) de la légende du roi Arthur
(Mabinogion, 1^282).
Auscius (Civitas) Auch, dans l'Itinéraire d'Anlonin, route de Bordeaux à
Narbonne, et dans l'Itinéraire de Bordeaux à Jérusalem, à
VIII de Vanesia et VI de Mutatio ad Sextum.
Cette forme est l'accusatif pluriel de la déclinaison
celtique en os. Elle signifie « chez les Auscii» en celtique
Auscioi. Nous verrons plus loin Boius, dans les mêmes
circonstances. La forme Parisius, chez les Parisiens, est
classique.
24& MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE.
Il résulte de là que le pays parlait gaulois et non pas
basque.
Averanos Nom de l'une des divinités des Aquitains.
Il y a, près de Melles, dans le canton de Saint-Béat,
Haute-Garonne, sur la frontière d'Espagne, une montagne
qui a retenu le nom d'Averan : dans l'un des torrents qui
sillonnent ses flancs abruptes, et où l'eau ne coule qu'à la
tonte dsus de Bascei, c'est à dire du val et du col de Bas-
soues, qui sont à une faible distance.
• A Huos, près de la Broquère et du lac de Barbazan, sur
la route de St-Gaudens à Bagnères-de-Luchon, il existait
une chapelle connue sous le nom de N. D. de Basert. On
y a trouvé un autel portant gravés une amphore, un san-
glier et l'inscription suivante :
BAESER TE
DEO
H A R B E L E X
II A R S I F.
V.S.L.M.
Begerri.
Belendi.
Le sanglier est un emblème gaulois.
Voyez Bigerri.
A la suite d'Henri de Valois, on a cru devoir placer à
Belin, aujourd'hui chef-lieu de canton du département de
la Gironde, ce peuple que Pline seul a mentionné. On
verra ci-après (V. Belinos) les titres de cette localité :
l'opinion a été renforcée par les trois types de monnaies
gauloises que Lagoy et La Saussaie lui ont attribué.
La circonscription aurait compris la plus grande partie
des territoires composant le canton actuel de Belin, qui
possède aussi Beliet ; les cantons de Préchac et de Saint-
Symphorien, dans le même département, et ceux de Son'
et de Pissos, où l'on trouve Belhade, dans les Landes ; l« i
tout en pays Vasate et Boien.
Mais la nomenclature de Pline, IV, 3, place les Belendi
en pleine région montagnarde, entre les Onobrisates et le
Saltus Pyrenceus. La dernière de ces circonscriptions
étant la partie sud-orientale du département de l'Allège
252 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE.
ou l'arrondissement de Foix, avec les cantons adjacents
du département de l'Aude, la place des Belendi est dan s
l'arrondissement de Pamiers, séparé de celui de Foix par
la chaîne des monts Plantaurel, et qui rejoint les Onobri-
sates, en passant par dessus les Convenœ, que Pline est
dispensé de citer, parce qu'il les a déjà nommés.
Ce pays étant, à proprement parler, le bassin de l'IIers,
il faut joindre, dans le département de l'Aude, le canton
de Belpech, qui fit partie du diocèse de Mirepoix, distrait
de celui de Toulouse par Jean XXII. En effet, le_chef-lieu
de ce pays est appelé par Froissard « Bellepuich, la pre-
mière ville fermée du comté de Foix ». Entre Belpech et
Mirepoix, s'étend la vaste forêt de Belène, aménagée pour
la fabrication du charbon.
Il est établi (ch. I. et au mot Cebennœ) que l'Aqui-
taine s'étendit à l'E. jusques aux Corbières occidentales.
La limite, s'éloignant de ces montagnes, à la hauteur de
Fanjeaux, se dirige au N.-O., en circonscrivant le bassin
de l'Hers jusqu'à son confluent avec l'Ariège, où elle ren-
contrait le territoire des Garumni, fondus ensuite, de ce
côté, avec les Tolosates. La limite passe ainsi près de
Castelnaudary, pays des Tascodunitari, que Pline, III, 4,
donne comme limitrophes de l'Aquitaine, et aussi, près
d'une station de la voie de Toulouse à Narbonne, dite
Fines, que l'on croit être Pesquière et qui marquait
l'angle N.-O. de la Province Romaine.
Belinos On rapporte à ce nom la médaille ci-après (Planche,
4);
Tête de Pallas casquée, à gauche, avec un collier de
perles.
r). — . ELINOC. Cheval libre galopant, à gauche ; des-
sous, une corne d'abondance. Grenetis. Argent. - Le B
a disparu par suite de la mauvaise position du métal sur
le flan.
A. CASTAING. — DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 253
On y joint les deux médailles suivantes. — Planche, n° ô.
1. BIILNOC. Tète d'Apollon Belenus ; la chevelure,
retenue sur le front par un bandeau d'où sort une cou-
ronne de laurier, tombe en mèches roulées sur le cou ;
le tout dans un grenètis.
^. — Cheval, au repos, à gauche.
2. Même légende et même tête ; un carnyx ou clairon
des Gaulois ; le tout dans un cercle tressé.
fy — Cheval libre au repos, dans un temple distyle.
Nous empruntons à M. de la Saussaie (Revue ih'
Numismatique, 1851) les observations suivantes : M.
Hucher, du Mans, avait voulu attribuer ces médailles à
un pagus de sa province, dont il n'est pas question avant
le VIII e siècle. M. Duchalais a justement remarqué que,
sous le rapport du style et de la fabrique, elles ont un
caractère méridional qui justifie très bien l'attribution
qu'en a faite M. de Lagoy, qui en fut le possesseur.
Le savant numismate les donne aux Belendi de Pline.
On trouve, dans plusieurs titres du Moyen-Age, Belinum,
et Pons Belini, pour le passage de la Leyre à Belin. «Le
nom de cette ville permet de supposer qu'elle est sous le
patronage de Belenus, l'Apollon gaulois si bien connu par
l'inscription souvent citée : APOLLINI BELENO. L'effigie
du dieu était donc très naturellement placée sur l'un des
côtés de la monnaie des Belindi, comme de l'autre la
jument du soleil, symbole de la déesse Epona, n'était pas
moins à sa place. » Sous toutes réserves, quant aux
Belendi.
Le modèle paraît fourni par le type de la tête d'Apollon
sur les médailles consulaires, et notamment sur celles de
la famille Calpurnia. — Mais le caractère est moins dur.
J'ajouterai aux informations de M. de la Saussaie :
que le nom d'Apollon et celui de Belcn paraissent venir il''
la même source ;
Que Belin fut probablement un lieu important dan>
Mém. de la Soc. J'tilin.— 1. — 1884. 33
254 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE.
l'antiquité. On y voit des traces de voie romaine, et un
grand tumulus conique, entouré de fossés et dominé par
les restes d'une tour énorme qu'habita Eléonore
d'Aquitaine. On prétend que ce fut le lieu de sa naissance,
et de celle du Prince Noir.
Belisama Saint-Lizier, jadis Couserans, capitale des Consorani,
possède, sur le Salât, un pont du XII e ou du XIII e siècle:
dans l'un des piliers est encastrée une inscription ainsi
conçue (Leçon d'Oïhénart) :
MINERVAE
BELISAMAE
SACRVM
0. VALERIV
MONTANV
D'un autre côté, on a découvert en 1822, à Vaison,
pays desVoconces, l'inscription suivante, qui est gauloise,
en caractères grecs :
CEIXMAPOC
OYILLONEOO
TOOYTIOTC
NAMAYCATIC
EIwPoY BHAH
CAMI COCIN
NEMHÏON
« Segomaros, fils d'Ouillonos, magistrat de Nimes, a
élevé à Belesama ce temple. » En effet, Belesami est le
datif gaulois de Belesama.
L'identité de Minerve et de Belisama ne fait point de
doute, en tenant compte des caractères locaux, lesquels
ne pourraient être déterminés qu'à la suite de longues
études dont les éléments font défaut.
A. CASTAING. — DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 25^
Quant au nom même, c'est bien vainement qu'on en a
cherché la source dans le sanscrit, le grec ou le gaulois.
Belisama est un terme phénicien. M. l'abbé Barges
(Recherches archéologiques sur les colonies phéniciennes
établies sur le littoral de la Celtoligurie, p. 31 et s.)
montre la parenté de ce nom avec celui de Baalsamcn ,
qu'on lit dans les vers puniques de Plaute (Pœnulus, V,
2, v. 05) ; puis avec le Beslvxpw de Sanchoniathon
(Eusèbe, Prépar. év. I, G) qui est traduit par « le
maître du ciel » ; mais surtout avec celui de
Baaleth Schamaïm, la maîtresse du ciel de l'olympe
phénicien , appelée Melekheth ha-Schamaïm , la
reine des deux, par le prophète Jérémie. L'illustre
savant rappelle que le rapprochement a été fait, il
y a déjà deux siècles et demi, par Selden (De dis Syris,
p. 24G, De Astoreth, Syntag. II, c. 2) qyi attribue ce
surnom à Minerve et à Junon et l'assimile à la BaaiXeia
B/?>.T£ç de Mégasthène et à la Boùfaç d'IIésychius.
Ainsi, le nom de Belisama signifie la reine des cieux ;
et il n'en faut pas davantage pour démontrer qu'une
divinité des Phéniciens a pénétré en Aquitaine, où elle
fut assimilée à Minerve.
ftehaoctxoc, dans Ptolémée, est le nom d'un point
maritime en Bretagne.
Belsinum Station de la roule tfAginnum à Lugdunum Conrr-
narum, dans l'Itinéraire d'Antonin, à XII de Climberrum
et XXIII de Lugdunum. Wakkenaer signale Bères ou
Bellegardc, près de Masseube ; la commmission de la
carte des Gaules incline pour la ville elle-même.
Ce nom rappelant celui de la Baise, Balisa, je pense
que la station devait être plus à l'ouest et près de la
petite Baise, vers le lieu dit Montcassin.
Cf. Belsa, la Beauce ; Bclsonaeum, Itin. Ant., dans les
Ardenncs ; Belisia en Belgique.
256 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE.
Benarnnm, Benearnom et Beneharnum. Station de l'Itinéraire d'Antonin, à XIX iïAqux Tar-
bellicœ et XVIII d'Oppidum novum, sur la route de Dax à
Toulouse ; à XII d'Iluro, sur la route de Saragosse à
Beneharnum.
Longtemps, on a cru que c'était Lescar. Mais Lescar
fut bâtie, en 980, par Guillaume Sanche, sur l'emplacement
d'une vieille forêt : elle est éloignée de la voie romaine
indiquée par l'Itinéraire et dont on a retrouvé les traces ;
enfin, les distances ne concordent pas avec sa position.
Walckenaer, Géog. des Gaules, II, 403-7, établit com-
pendieusemeni que Beneharnum dut occuper l'emplacement
où l'on voit une vieille tour, près de Maslacq. Toutefois,
la situation de Lagor, qui est un peu plus au sud,
répondrait mieux aux mesures de l'Itinéraire.
Benarnenses Septième circonscription de la Provincia Novempopu-
lana, dans la Notitia provinciarum. Elle doit son nom à
la ville de Beneharnum, mais la forme est déjà corrompue.
Elle comprend les territoires des Monesi, des Succasses,
des Lassuni : cet assemblage répond au diocèse ecclésias-
tique de Lescar.
Pline donne seul le nom de ce peuple, et il le place
entre les Camponi et les Pimpeduni : situation qui convient
à la Basse-Navarre, entre le Labourd et le Baztan.
Bar, ber, signifie sommet, hauteur ; en gaélique,
montagne ; cor, gael. veut dire cercle : La région est
circonscrite de tous côtés par des montagnes, et il y a
une dépression vers le centre, jusques à Sainl-Jcan-Pied-
de-Port, l'antique Imus Pyrenœus.
Je cite pour mémoire Carasa (voyez ce nom), dont la
forme avait quelque rapport avec l'autre.
La partie la plus curieuse de la Basse-Navarre est un
territoire qui s'avance en Espagne, ayant à l'E. le val
Calsos, à l'O. le val du Baztan, limité au S. par la frontière
entre le pic de Lohiluz et celui de Lindux, et touchant
A. CASTAING. — DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 257
au N. le pays de Baigorry, selon une ligne allant du pic
d'Adorea à celui de Ilansa. Les Aldudes,ln\ est le nom du
principal village ; mais c'est aussi celui d'une des
branches originaires de la Nive, celui d'une chaîne «le
montagnes, et enfin de la région toute entière. C'esl
même par celui-ci qu'on a commencé ; les Espagnols
disent Montes de Alduides : l'application à la Nive et au
village est relativement récente.
Le Mémoire du licencié Huarte sur les Aldudes
constate que le pays fut primitivement inhabité : en 1356,
date de la première charte connue, on n'y voyait que les
cabanes de bergers qui venaient y séjourner en automne,
pendant la saison des glands. Le droit de dépaissance
était de 6 blancs par tête de bétail, perçu au profil du
roi de Navarre, et après la dislocation, au profit du roi
d'Espagne. Y étaient admis : en France, les seuls troupeaux
du district de Baigorri (espagn. Baiguer) ; en Espagne,
ceux des vallées du Baztan, du Burguete, de Ronceveaux
et d'Anuc ; et enfin, ceux du val d'Erro, qui étaien 1
exempts de la redevance du Quinto real, ce qui pourrait
faire croire à une occupation antique.
Oihénart fait entendre que les Espagnols ne cessaient
d'empiéter sur le droit des Français ; les auteurs espa-
gnols affirment le contraire. En 1794, un combat assez
vif en donna à la France la possession, qui a été confirmée,
depuis 1814, par les diverses rectifications de frontières.
Pendant tout le Moyen-âge et jusqu'au XVII e siècle,
pays fut le rendez-vous de nomades étrangers aux localités
voisines et dont le langage était incompréhensible aux
populations celtiques. Les Aldudes étaient « le pays d< j -
étrangers. »
Le scholiaste de Juvénal (VIII. 234) dit ce qui suit :
« Allobroga) Galli sunt ; ideo autem dicti AI coga;,
quoniam broge agrum Galli dicunt, alld au! iliud ;
dicti igitur quia in alio loco fuerunt translati. > ieuss
258 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE.
adopte cette solution ; il compare le nom d'Alsace (Alisati,
Alisatia, Sedes aliéna, terra romana a Germanis occu-
pata) et il ajoute que le cambrique a formé de la même
façon Alldud, étranger, originaire d'un peuple étranger.
(In leg. alldut, alldud, alienigena), non camber, ctplu-
rimis locis alltud). En effet, tut sigifie peuple ; et aile
irl., ail, cambr. et corn, veut dire autre. Dans le Lib.
Landegav, p. 216, on lit: Betir alltudion, tombeau des
étrangers. Alltudion est le pluriel à'Altudi.
Bersinum Station de l'Itinéraire d'Antonin, dans une route de
Climberrum à Bersinum, avec XII de distance. Le
troisième terme faisant défaut pour indiquer la direction,
l'on a supposé que c'était la même chose que Besinum.
Cependant Walckenaer propose Bergïnatz.
Besinum Station de la Table Theodosienne, route de Bordeaux à
Naibonne, à X d'Elusa, XII de Gliberre. Walckenaer,
d'après les distances, indique St-Paul-de-Baïze et la com-
mission de la carte met Vie Fezensac.
Bigerri & Bigerriones Ce sont les habitants de la plaine de Tarbes, depuis le
pied des montagnes, de Lourdes à Bagncres, jusqu'au
confluent de l'Adour et de l'Arros. Les limites sont à l'O.
celles du Béarn ; au N., celles de l'Estarac ; à l'E., le
Magnoac et le Nébousan ; au S., le Lavedan. Au temps de
César, c'est le Bigorre propre ou du Nord, augmenté de
la Rivière Basse, de St-Sever-de-Roustan et de la Viguerie
en Béarn (Oihénart, Notitia ; Marca, Hist. de Béarn,
I, 11). C'était donc la partie ouest des arrondissements
de Tarbes et de Bagnères.
Chez les Bigerriones de César et les Begerri de Pline,
il n'y avait ni montagnes, ni pays froids : « L'air, dit
Marca, est fort doux et tempéré et l'aspect de la plaine
est des plus agréables de Gascogne. C'est donc à tort
que Merula avance le contraire, d'après le terme biger-
rica palla. » Les étymologies basques basées sur la
A. CASTAING. — DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 259
même idée ne sont pas moins ridicules. Peut être y a-t-il
quelque rapport avec le nom du dieu Baïcorix, dont
le culte paraît s'être étendu sur ces contrées (Voyez ce
nom).
Dans l'organisation d'Auguste, les Bigerriones sont
annexés aux Convenœ. Séparés par les successeurs de
Constantin, ils absorbent les Vellates et forment la
Civitas Turbo, (Voyez ce nom).
Bigerritani Voyez Bigerriones.
Bigorra Voyez Turba.
Bilindi Voyez Belendi.
Bilinos Voyez Belinos.
Bipedemui Voyez Pimpeduni.
Bituriges Vivisci On suppose que ce peuple, venu en Aquitaine à
une époque inconnue, serait une fraction des Bituriges
Cubi, lesquels étaient fixés dans le Berry. Ils occupaient
Bordeaux et sa banlieue. Située alors, comme aujourd'hui
sur la rive gauche de la Garonne, cette ville appartenait
à l'Aquitaine. Sa banlieue occidentale en était, à plus
forte raison ; si les Bituriges s'y superposèrent à une po-
pulation aquitaine, ils ne poussèrent leur envahis-
sement que jusqu'à 25 kilomètres à l'Ouest. On trouve
en effet, sur ce méridien, la Croix de Hins, dont le nom
est une corruption de celui de Fines, limite des terri-
toires biturige et boien : le changement du f en h
prouve la présence de la race aquitaine.
Au nord, l'extension des Bituriges ne dépassa pas
Macau, qui était alors Noviomagus ; au sud, elle n'atteignit
pas Stomalas ou Saint-Médard-d'Eyran.
En somme, leur territoire sur la rive gauche se bor-
nait aux cantons de Bordeaux, Pessac et Blanquefort.
Le surnom de Vivisci que l'on a voulu rattacher à des
idées de vivier, de pêche, provient de l'indication de
Ptolémée Omêia/.ot, et de quelques inscriptions. Pline
écrit Ubisci, et Ausonc, Mosell. 138 : Vivisca gens.
MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE. 260
Boates & Boiates C'est le nom du peuple inscrit au sixième rang, dans la
Notitia Provinciarum : l'ordre de ce document n'étant
pas topographique, il n'y a pasrà s'occuper de la situation
que le texte lui assigne. Il s'agit de l'ancien pays des
Boit, qu'Auguste avait réuni au territoire des Bituriges
Vivisci ; une Notice de la Bibliothèque de Thon, citée
par Duchesne, porte : « Civitas Boatium, quod esl
Boius, in Burdigalensi ». Ici, Boius est pour Civitas
Boius, forme gauloise dont on trouve l'analogue dans
la Civitas Auscius, de l'Itinéraire d'Antonin.
Le terme provient du nom des Boii, par l'addition de
la terminaison ates, chère à l'Aquitaine. La forme primi-
tive était Boiates, comme il ressort de l'inscription sui-
vante, du Musée de Bordeaux :
D M
SATVRN1
NI PRIVATI
IVLIA MA
SMA VXOR
LOC VCVM
DPNAVIT
CLVES BOIAS
AN XXXVII
La circonscription des Boates comprenait le Born qui
avait appartenu aux Cocosates, le Buch des Boii, et une
partie du Médoc. Elle prenait au nord du bassin d'Ar-
cachon et remontait jusqu'au ruisseau qui passe à Levi-
gnacq. Ce périmètre comprend aujourd'hui : dans les
Landes, le canton de Mimizan, plus St-Julien et Levi-
gnacq ; et celui de Parentis, moins Ichoux ; dans la
Gironde, les cantons de Belin, la Teste et Audenge, et
l'arrondissement de Lesparre.
A. CASTAING DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 26 1
Bocco La divinité Bocc ou Bocco n'est pas locale, puisqu'elle
a laisse des souvenirs sur des points séparés par d'assez
grandes distances. A Bouccou, en Sauveterre de Nébousan,
il a été trouvé deux inscriptions : l'une par Scaliger, à
Aulon, à 20 kil. de Bouccou, l'autre par Rivalz :
BOCCO BOCCO
IJAROVSO HARAVSO
M. VAL NI
FVSCINVS M. VAL
V. S.L.M. FVSCVS
V. S. L. M.
Au nord de Tardets, dans la Soûle, la plus haute col-
line (795 mètres) est couronnée par une chapelle do la
Madeleine. Dans le mur de cet édifice, est encastré un
autel de marbre blanc portant une inscription que l'on
croit se rapporter à la dédicace du lieu à une divinité
dont le nom est resté inconnu.
FANO
HERAVS
CORR SE
H. E. SACRVM
G. VAL ; VALERIANVS
Depuis Oihénart, qui publia ce monument, on n'a pas
réussi à l'expliquer. On voit pourtant qu'il s'agit d'un
fanum ou enceinte sacrée et d'un dieu Heraus qui doit
être le même que Bocco Iïaraus ou Harauso.
Il est a remarquer que les trois inscriptions proviennent
de la famille Valcria.
Boiates
Boii
Voy. Boates.
On s'est imaginé que ce nom désigne une nationalité.
Les uns la veulent Gallique ; Amédée Thierry la croit Kim-
Mém. de la Soc. d'Ethn. - I. — 1884. 34
2^2 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE.
rique : « leur nom, dit-il, d'après l'orthographe grecque et
latine, prend les formes de Boii, Boghi, Boghii et Boci;
or Bwg et Bug, en langue kymrique, signifient ter-
rible et leur radical est Biv, la peur. Déplus, nous avons
signalé tout à l'heure en Italie un peuple des Boïes, pre-
nant le nom générique et paraissant être une colonie de
ces Boïes transrhénans » (Hist. des Gaulois, inlrod.L.v).
Le fait est que l'histoire montre au moins cinq peuples
de Boii, don[ on ne sait retrouver la parenté, dans la forêt
Hercynie, en Bohème, en Aquitaine, dans la Cisalpine,
chez les Eduens, sans compter les Tolisto-boïes d'Asie.
On les voit plus souvent associés aux expéditions des
Galls qu'à celles des Kimris et rien ne montre que ceux
de l'Aquitaine, qui nous intéressent, relèvent de l'un des.
autres groupes. Puisque le nom de Boii est un qualificatif
honorable pour un peuple barbare, rien ne s'oppose à ce
qu'il ait été adopté dans chacun des groupes composant la
famille gauloise.
La parenté des Boii d'Aquitaine avec ceux de la
Bohême, de la forêt Hercynie, de la Norique et de la
Cisalpine n'est donc nullement démontrée, et l'opinion
qui les met à l'avanl-garde des Bituriges Vivisques ne
peut invoquer la plus légère probabilité historique.
Si les parentés ethniques pouvaient se baser sur des
étymologies, comme celles que donne Amédée Thierry, je
serais plus disposé à retrouver en eux les congénères des
Voeates, dont le nom n'est que l'une des formes du leur.
En tout cas, ils avaient les mœurs du pays qu'ils habi-
taient, comme en témoigne saint Paulin, dans sa 3 e épitre
à Ausone :
Et malis piceos describere Boios.
On verra, par ce qui concerne les Meduli, que l'industrie
de la résine s'étendait sur tout le littoral.
A. CASTAING. DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 263
Leurs limites étaient celles qu'on a déjà vues chez les
Boutes, qui sont le même peuple.
Boïus (civitas) ou Boios. Station de la voie de Pampelune à Bordeaux, dans
l'Itinéraire d'Antonin, à XII de Losa et XYI de Burdigala.
Walckenaer désigne Bougés, près de la Teste. Bouges est
le sobriquet des habitants d'une partie du pays : la tra-
dition le rattache à la même origine que Buch, et ce serait
un souvenir des Boit. Mais ces noms, ainsi que celui de
la Teste, ont une autre provenance. En second lieu, la
Teste est à plus de 50 kil. de Bordeaux et l'Itinéraire
n'en veut que 35.
La Commission de la Carte indique L'IIospitalet, au
dessous de Belin et Beliet, sur la route n° 132. En effet,
il est inutile de passer à la Teste, pour se rendre à
Bordeaux.
Entre Belin et le Barp, se trouve un point de partage
des eaux, où dut passer la limite des Boii : c'est peut-
être là qu'est le lieu cherché.
Bonis est un accusatif du pluriel gaulois, répondant au
latin Boios. On parlait donc gaulois dans ce pays.
Bucconis Relai de la route d'Auch à Toulouse, dans l'Itinéraire
d'Antonin et dans celui de Bordeaux à Jérusalem, à VII de
Hungunvero et VII de Ad Jovem. Il y a, dans ces pa-
rages, une forêt de Bouconne célèbre, au Moyen-âge, par
la visite de Charles VI ; dans sa frayeur, ce roi fit vœu de
fonder l'ordre de l'Espérance. La mesure des distances
porte la station à l'O. : Walckenaer la met à Empeaux,
qu'il prétend être voisin du bois de Bouconne. La
Commission de la Carte préfère l'Isle-en-Jourdain, plus
près de la forêt.
Le lieu était sans doute consacré au dieu Bocco. —
_, , ~ , Voyez ce nom.
Calagorgis Calagor- J
ris et Galagurris . . . L'Itinéraire d'Antonin mentionne cette localité, sur la
264 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE.
route à'Aquse Torbellicœ à Tolosa, à XXVI de Lugdunum
et XVI d'Aquis Siccis. D'Anville a cru que c'était Cazères ;
Walckenaer propose Saint-Martory. Du Mège veut que ce
soit Martres Tolosanes ou bien un lieu situé entre cette
ville et la Garonne, où l'on trouve des ruines antiques :
Calagoris y aurait été bâtie par les Espagnols, sur l'empla-
cement d'une bourgade gauloise que la tradition appel-
lerait Angonia. Il invoque une inscription ainsi conçue :
PRO SALVTE IMP.
CALAGVRIS
SACERDOTE
Après avoir mis en suspicion l'authenticité de ce monu-
ment dont la forme est singulière, les éditeurs de la
Nouvelle Histoire générale du Languedoc disent que la
localité était probablement Saint-Cizy, sur la rive gauche
de la Garonne, à A kilomètres au nord de Cazères : il y a
là un petit oppide, où l'on trouve des débris romains et
celtiques, plus une vaste sépulture récemment explorée.
Cette localité et même celle de Cazères sont trop
éloignées de Lugdunum et les environs de Martres semblent
mieux répondre aux distances. Tel est aussi l'avis de la
Commission de la Carte.
Entre Martres et Saint-Martory, est Mancions qui s'ap-
pelait Mancipium, au Moyen-âge, A côté, Boussens est
tête de ligne ; de plus, le confluent du Salât et celui de la
Noue donnent à ce lieu une certaine importance qui avait
déterminé les Bénédictins â se prononcer pour le hameau
du Fourc.
M. de la Saussaie confirme l'attribution proposée par
A. CASTAING. DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE . 26^
Lagoy, d'une médaille portant ce nom, à un roi ou chef
des Vasates (Planche, n° 3) :
C0S1I. Tclc imberbe couverte d'un casque ailé, tournée
à droite. — r) CALITIX. Cavalier casqué, galoppanl à
droite, la lance en avant : « L'époque de l'émission de
notre médaille doit être très rapprochée, sinon contem-
poraine de l'invasion des Romains, comme l'indique sa
fabrique semblable à celle des deniers consulaires, aux
types de Rome casquée et des Dioscurcs. » Il ajoute que,
généralement, les médailles ont d'un côté le nom d'une
ville, d'un peuple ou d'un pays, et de l'autre celui d'un
personnage. Ici COSII, c'est Cossio : la maladresse du
graveur et les altérations que produit le passage d'une
langue à une autre, expliquent la différence : « Plus on
avance dans l'étude des monnaies de la Gaule de César,
plus on se pénètre de cette vérité. »
Cambri Voy. Cimbri.
Gamponi Pline, le seul auteur qui mentionne ce peuple, lui assigne
sa place entre les Sibyllates d'un côté, et de l'autre les
Bercorates et les Pimpcdunni . Cette situation est celle de
la terre de Labourd, qui est l'arrondisscmeni de Rayonne
sauf quelques localités du N. E. : en France, le pays
touche à la Rasse-Navarre et à la Soûle ; en Espagne, à la
partie du Guipuzcoa qui appartint jadis à l'Aquitaine.
Rayonne esta l'extrémité N. : au centre, se trouve Cambo,
encore célèbre par ses eaux minérales ; la population
actuelle, qui est exclusivement basque, reconnaît que ce
nom est étranger à son idiome ; on suppose qu'il est
d'origine celtique.
La situation élevée de Cambo dut se prêter à un
système de défense. À deux kilomètres au S. E., on trouve,
dans une presqu'île, que forme le cours de la Nive, une
vaste enceinte délimitée par des ouvrages en terre et
266 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE.
pouvant contenir vingt mille combattants. La tradition y
voit un camp de César. Mais les visiteurs érudits, et spé-
cialement M. de Quatrcfages, ont reconnu que ce camp
fait partie d'un ensemble de fortifications antérieur a
l'époque historique.
Annexés par Auguste aux Tarbelli, ils y sont restés. A
la fin du VI e siècle, les Basques envahirent le pays et se
fixèrent dans la partie sud. On ne voit pas quelle in-
fluence politique ils y ont exercée.
M. Ch. Muller (sur Denys Periégèle) émet la conjec-
ture que les Camponi pourraient être les Cempses dont
il est fait mention au vers 328 de Denys :
Ke^/j/ot S oi voaovai vftanioàa. ïlvpr t vaLOV.
De son côté, Aviénus dit : Ora Maritima, 495.
Cempsi atque Sœfes arduos colles habitant
Ophiusce in agro.
M. Muller croit qu'Ophuissa est Œaso, c'est-à-dire
Oyarzun (Voy. Œaso). Là est l'erreur : Ophuissa est la
presqu'île de Dénia, au sud de Valence.
D'après Aviénus, le plus ancien habitat des Cempses est
au nord de Cadix, dans le pays Cynétique, aujourd'hui les
Algarves ; puis il les montre auprès du détroit de Gibral-
tar, dans la province de Valence, et au pied des Pyrénées-
Orientales. S'ils ont jamais habité le côté occidental des
Pyrénées, l'histoire n'en dit rien. Leurs migrations si-
gnalent des peuples Libyens, plutôt que Celtes.
Carasa Station de la roule de Pampclune à Bordeaux, dans
l'Itinéraire d'Antonin, à XII d'Imus Pyrenseus et XIX
tfAquœ Tarbcllicx. Ce point est occupé par Garris, auprès
de Saint-Palais, selon Marca et d'Anville. La Commission
de la Carte veut que ce soit Saint-Palais môme.
Casinomagus Ce nom évidemment gaulois est celui que la Table Théo-
dosienne donne à une station située à XV de Cliberre et
A. CASTAING. — DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 2Ô7
XIX de Tolosa. Par suite d'une erreur de lecture (XXIX
au lieu de XIX), d'Anville fait un détour et propose
Lombez accepté par la Commission de la Carte : Walcke-
naer veut que ce soit Cazeaux, sur la Save. Ces localités
ne satisfont pas au calcul des distances; il faut se placei
au nord de la voie d'Antonio ; on trouve ainsi Casse-
marlin cl Calonvielle, aux environs desquels fut le point
frontière des Garites, des Ausci et des Garumni. Le mot
casi paraît avoir signifié limite.
On trouve un Cassinomagus, Chassenon, département
de la Charente, canton de Chabannais, sur la limite de
la Marche, de l'Angoumois, du Périgord et du Limousin.
Cebennae ^ ans ^ es langues celtiques, le thème dont ce mot est
dérivé rendait l'idée de montagnes intérieures, soulèvement
central, ossature du pays, a Les Cefns sont encore les
chaînes monlueuses de la Cambrie, qualifiées d'échinés,
épines dorsales, dans la langue des vieux Celles ; c'est le
même mot que nos Cevenncs. » (II. Martin, Étud. d'ar-
chéologie, p. 43 et G8). En bas breton, comme en gallois,
Kevn, Kefn et Kein signifient dos, et par extension, quille
de navire.
Quant à l'Aquitaine, Cebennœ indique les Corbières
occidentales, chaîne perpendiculaire aux Pyrénées : elles
s'étendent du S. au N., entre les bassins de l'Aude et de
l'Hers, jusqu'au canal du Midi, près de Fanjeaux. Elles
furent la limite S. E. de l'Aquitaine, comme le remarque
Strabon (IV, 1), qui les nomme Kepiievov opoç, ainsi que
les Cevenncs actuelles; son intention n'est pas douteuse,
puisqu'il déclare : 1° qu'elles se détachent à angle droit
des Pyrénées; 2° qu'elles renferment les sou nos de l'Aude,
de l'Orbe et de l'Hérault. Sa formule reproduit sans doute
une locution de l'époque.
Le nom de Corbières ne paraît pas dans les auteurs de
l'Antiquité : la racine en est celtique Corp, en irlandais
2Ô8 MEMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE.
et en gaélique d'Ecosse, corf en gallois et en bas breton,
signifient corps, masse ; chez les Aquitains, le mot corres-
pondant parait avoir désigné les massifs de montagnes.
De là les Corbières, le village de Corbière, et la Terre
privilégiée de Kercorb, Cheircorb, Quièrecourbe.
V. Belendi et Saltus Pyrenœus.
Cinibri, Cimmerii Cambri, Cymry, Kimri. — On connaît le système
d'Amédée Thierry, dans lequel tout cela fait un. Pour le
combattre, on allègue l'opinion contraire de Zeuss. J'ai
aussi étudié la question.
Ordinairement exact, au point de rester terre à terre,
Zeuss a voulu se passer un quart d'heure de fantaisie.
Une page de son gros livre est consacrée à insinuer que
le nom cambrique Cymro, au pluriel Cymry, est pour
Cy-bro. « 11 est composé, dit Zeuss, delà préposition can,
en composition cyn (con) et du substantif bro, brog terre;
pris adjectivement, il signifie un compatriote, un pays »
dans le sens populaire. Je passe les dérivés féminins
Cymraes, Camaraes, Cymrag. « Très antiques exemples,
ajoute le maître, si les Romains avaient pu les entendre ;
mais sans doute, ils sont nés après l'invasion des Saxons.»
Qu'en sait-il ? Après tout, il ne le prouve pas.
Zeuss se moque agréablement du lecteur. Il serait pos-
sible, à la rigueur, que Cimber et môme Camber vînt de
Cyn-bro, mais à une condition : c'est, que Cyn-bro ait
existé : Zeuss n'a pu l'établir. Jamais on ne voit la lettre
b dans les formes locales, celtiques, du nom du peuple
Cambrien. Le b y est latin : si l'on en trouvait quelque
exemple non emprunté au latin, il faudrait nous dire
comment ce b a pu tomber pour produire la rude sé-
quence mr, de Cymro et ses dérivés. Zeuss admet, il est
vrai, la chute du b entre liquides cambriques ; mais il n'en
peut trouver d'autre exemple que le nom du fleuve Amyr,
qui est en Vindélicie, à trois cents lieues de la Cambric :
A. CASTAING. — DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 269
ce terme est transformé en Amber, dans l'Itinéraire
d'Anlonin, par raison d'euphonie latine. A côté de celte
assimilation aussi lointaine que contestable, Zeuss cite
Garnirai pour Camdubr, ce qui n'a aucun rapport avec la
question, et enfin amyl, nombreux, qu'il prétend venir de
l'irlandais imbdi, ce dont on se permet de douter.
Zeuss avait un bon exemple à citer : c'est l'armoricain
Kenvro et, Kcnvroad qui vient, en effet, de Kcn-bro, com-
munauté de terre. Il n'a eu garde : on lui aurait demandé
pourquoi le b, conservé en armoricain (par l'équivalent v)
serait tombé en cambrique : l'un et l'autre dialecte pro-
cèdent de môme en ce cas, et disent, par exemple, ar-
varkh pour ar-markh, à cheval.
Le groupe mbr paraît être d'origine grecque et latine ;
cette dernière langue l'a certainement introduit dans les
populations celtiques où il esl si fort en usage.
En entendant le pluriel Cymry, les Grecs se plurent à
l'allonger en Kiduepuii} les Latins plus concis firent
Cimbri. Les deux mots ne sont qu'un : Strabon el Plu-
tarque l'affirment, et l'on ne peut supposer qu'ils ne
savent ce qu'ils disent.
Tous ces termes dérivent évidemment de Gomer,
que la Table des peuples (Genèse, X) donne pour fils de
Japhet, c'est-à-dire pour le peuple le premier organisé de
la famille Japhétique, donl il est fait mention dans les
plus anciens monuments assyriens, sous le nom de Gomri.
Gliberre Station de la voie de Tolosa à Burdigala, dans la table
Théodosienne, à XV de Casinomagus et XII de Besinum.
C'est Aueh. Voyez Climberrum el Eliberrc.
Glimbirrum et Cliumbermm Station de la voie à'Agimum a Lugdunum Convenarum,
à XV de Lactura et X de Belsino, dans l'Itinéraire d'An-
tonin. C'est la même que Cliberre q\ Civitas Auscius des
autres itinéraires, Auch.
L'orthographe de ce nom a donné lieu a de grandes mé-
Mém. «le la Soc. d'Ethn. — I. - 1881 35
270 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE.
prises. P. Mêla écrit Cliumberrum ; Hermolaùs Barbants,
l'ayant lu Eliumbermm, crut devoir le rattacher aux
Elusates qu'il confondait avec les Ausci, comme il le
déclare. D'Eliumberrum, il fil Elusaberris, qu'il expliqua
« ville des Elusates », s'imaginant que berris signifiait
ville ; puis, il identifia ce nom avec celui d'Illibcris qu'il
retrouvait dans la Bélique et dans la Narbonnaise, Cette
fantaisie fut le point de départ de toutes les aberrations
des modernes.
Gronovius a vérifié le fait : onze codex des plus anciens
de Mêla et les meilleures éditions précédentes lui don-
nèrent la leçon Cliumberrum ( Notx in P. Melam). De
son côté, Vossius (ad P. Melam observaliones ) en cons-
tata l'existence dans le Codex Vaticanus ; or ce manus-
crit étant le texte primitif, que tous les autres ont copié,
la question est jugée.
C'est donc Cliumberrum qu'il faut lire dans Mêla. Seu-
lement, reprend Vossius, le vrai nom était Climberrum,
comme l'écrit l'Itinéraire d'Anlonin, et dont se rapproche
le Cliberre de la Table Théodosienne.
Gocosates Ce nom répond à ce que l'on nomme aujourd'hui
Grandes Landes, Born et Marensin. C'était une confédé-
ration de six peuples, si c'est là ce que Pline entend par
le surnom de Sexsignani qu'il leur donne.
Auguste, qui les supprima, donna aux Tarbelles le
territoire répondant aux cantons Tartas-ouesl, Arjuzanx,
Sabres et nord de Castets ; aux Bituriges, qui le rendirent
plus tard aux Boates, le Born, c'est-à-dire les cantons de
Mimizan et Parenlis.
On croit que leur nom a survécu dans le sobriquet de
Couziots, donné encore aux gens de la Grande Lande.
Gœquosa Station de la roule de Dax à Bordeaux, à XIV d'Aquse
Tarbellicss et XVIII de Tellonum, dans l'Itinéraire d'An-
A. CASTAING. DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 27 I
tonin. D'Anville prétend que la forme Coequosa esl altérée
et il propose de la remplacer par Cocosa, ce que les Mss.
n'autorisent point ; il place la localité à l'entrée du Ma-
rensin, dans la région de Mimizan. Walckenaer indique
Caussèque, en raison d'une consonnance fortuite, le terme
signifiant chaux sèche. M. Tarlière préfère Le Souquet, au
N. E. de Lcsperon, en sorte que la voie ne serait pas
celle des étangs du littoral, mais celle dont on a trouvé
les vestiges près de la roule 432 ; cela renverse les données.
La Commission de la Carte des Gaules adopte Mimizan
et nous nous y tenons.
Consoranni Ce peuple n'a pas été mentionné par César, parce
qu'alors déjà il était compris dans le territoire que
Pompée avait assigné à la cité des Convènes. Il n'eut donc
pas à traiter avec Crassus. Pline, qui a déjà nommé leurs
voisins immédiats, les inscrit à la suite des Vellatcs.
Après Auguste, qui maintint leur annexion aux Con-
vènes, ils continuèrent d'avoir pour chef-lieu Lugdunum
Consorannum, nommée ensuite Couseran et Saint Lizier,
ville qui paraît avoir entretenu des rapports avec les popu-
lations puniques de l'Espagne. Voyez Belisama.
Le pays bien délimité qu'ils habitaient recouvra l'auto-
nomie, par l'organisation des successeurs de Constantin ;
depuis lors, jusqu'à la Révolution, il forma la vallée et le
diocèse de Couseran.
Gonsuaranni Pline (III, 4) mentionne ce peuple comme occupant une
portion des montagnes de la Narbonnaise, à côté des
Sordons (Sordcs). Ceux-ci habitant le Roussillon, les
Consuaramii auraient occupé le S. du comté de Foix,
Saltus Pyrenœus, ou les sources de l'Aude.
Pline ne les a pas confondus avec les Consoranni, qu'il
savait n'être pas limitrophes des Sordons. Il faut conjec-
turer que ce fut primitivement le même peuple aquitain :
2)2 MEMOIRES DE LA SOCIETE D ETHNOGRAPHIE.
seulement, la portion située à TE. du cours de l'Ariège
fui envahie successivement par des étrangers, Ligures,
Galls, Teciosagcs, et il s'y forma une population mélangée,
où l'élément gallique parait dominer et qui traite de
Gascons, Carres et Houères les gens de l'autre côté de
l'eau (Ad. Garrigou, Éludes sur le comté de Foix, t. II,
p. 67j.
Ce pays fut annexé de bonne heure à la Province ro-
maine. Auguste en détacha la fraction occidentale et
purement aquitaine, Consoranni, le Couseran, pour
l'annexer aux Convenœ, chez lesquels était la grande
route d'Espagne, abandonnée plus tard.
Quant à la portion orientale, le nom déjà corrompu,
en Consuaranni, ne tarda pas à se perdre, laissant la
place à l'expression géographique de Salins Pyrenœus,
que Pline a recueillie. (Voyez ce nom).
Convenae Après la mort de Sertorius, les troupes de ce grand
partisan se dispersèrent. Une partie évita les poursuites
de Pompée, en traversant les Pyrénées, et se portant dans
les vallées de la Neste et de la Garonne, où elles rançon-
naient le pays des Onobrisates et des Garumni. Pour en
finir, Pompée, qui avait hâte de retourner à Rome, où il
voulait jouir des honneurs du triomphe, jugea d'une
bonne politique de composer avec ces insoumis, et il leur
octroya la paix, en les imposant au territoire qu'ils occu-
paient et qui fut incorporé à la Province Romaine.
C'était une conquête de plus.
Ainsi se forma le peuple des Convenœ, dont le nom si-
gnifiait des hommes venus de toutes parts. St Jérôme, dans
la diatribe Adversùs Vigilantium, qu'il composa en une
nuit, décrit en quelques mots tous ces faits:
« Nimirùm respondet generi suo, ut qui lalronum et
convenarum nalus est semine, quos Pompcins, domitâ His-
A. CASTAING. — DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 273
panià et ad triumphum redire festinans, de Pyrenœi jugis
deposuit et in unum oppidum congregavit, undè et Con-
venarum urbs nomen accepit : hucusque latrocinet contra
Ecclcsiam Dei, et de Veclonibus, Arrevacis, Celtiberisque
descendens, incurset Galliarum ecclesias, porlet nequa-
quàm vexillum Grucis, sed insigne Diaboli. »
Il résulte du texte que le territoire assigné à ces ma-
landrins fut celui de Lugdunum. Gomme cet oppide reçut
bientôt le droit latin, ses possesseurs, qui adoptèrent les
mœurs delà métropole, s'imposèrent aux pays voisins peuplés
d'Aquitains, et grâce à la faveur eonstanle du gouverne-
ment, ils étendirent au loin leur domination. Leur pros-
périté fut grande, si l'on en juge par le nombre des mo-
numents de toute sorte dont le sol de ce pays est jonché.
Dépendant dès lors de la Province Romaine, et proba-
blement incorporés dans les auxiliaires de César, ils
n'eurent pas à s'armer contre Crassus, et ils ne pa-
raissent pas au nombre des Aquitains qui traitèrent, après
la bataille de Juliac.
Auguste développa encore leur puissance : Lugdunum
devint le centre de l'une des quatre divisions de l'Aqui-
taine, et on leur adjoignit les Bigerrions, les Consoranni,
et une partie des Garumni.
Sous les successeurs de Constantin, la Civitas Con-
venarum perd les Bigerrions et les Consoranni. Il lui reste
les territoires qui ont formé le diocèse ecclésiastique
de Saint-Bertrand. Savoir : l'arrondissement de Saint-
Gaudens dans la Haute-Garonne, les quatre vallées dépérir
dant de l'arrondissement de Bagnères-de-Bigorre, et la
vallée d'Aran, jusqu'aux sources de la Garonne.
Gosiict Cossio(Vasatum). Bazas, capitale des Yasatcs. Ptolémée l'appelle Raxatov,
Qvxiapiwj n Txohç C'est dans Ausone (Epicictis, XXV Ni
que le nom a été pris : Cossio Vasatum. Mais Mine lire
2 74 MEMOIRES DE LA SOCIETE D ETHNOGRAPHIE.
de Bordeaux à Jérusalem l'appelle Civilas Vasatas, et la
Notice des Provinces met Civitas Vasatica, qui s'applique,
d'ailleurs, à tout le territoire.
Nos numismates admettent, en outre, que le peuple de
ce lieu portail le nom de Cosii, et ils donnent à l'appui
la médaille de Calitix : Voyez ce nom.
Crassus V oyez Adietuanus.
Gyrary Voyez Cimbri.
Ebromagas ou Ebromanus C'est ce dernier nom qu'Ausone (Epist, 23 ) donne à la
villa de Saint Paulin :
Eccc tuus Paulinus adest ; jàm ninguida linquit
Oppida Iberorum, Tarbellica jàm tenet arva.
Ebromani jàm lecta subit.
Vinet et Marca placent cette localité à Embrau, au-delà
de Blaye ; maison est làen pays Santon, et Paulin, qu'on
croit y être né, ne serait ni Aquitain, ni Bordelais, ce qui
est contraire à la vérité.
Les Bénédictins, historiens du Languedoc, proposent
Hebromagus, qui paraît être Bram, entre Castelnaudary
et Carcassonne : le lieu ne saurait convenir.
Enfin, M. Dezeimeris a conjecturé qu' Ebromanus pour-
rait être la ville retrouvée en 1871, au lieu dit Bapteste,
dans la commune et à trois kilomètres au N. de Mon-
crabeau, sur la Baïse. La magnificence du monument,
qui paraît avoir été construit au II e siècle, répond à la
fortune de Saint Paulin, laquelle était immense. D'ailleurs,
Bazas, berceau de sa famille et où son père était né, n'est
qu'à 60 kilomètres de Moncrabeau, soit à deux journées
de marche.
Eliberre Leçon adoptée, depuis 1753, pour le nom de la station
située à XV de Casinomagus et XII de Besinum, dans la
Table Théodosienne. C'est Auch. La vraie leçon est Cli-
berre, comme l'ont lu les graveurs de 1598,1682 et 1728,
ainsi que Welser, dans la Scheda posterior : alors la dé-
A. CASTAING. DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 275
chirure du parchemin n'avait pas atteint la première
lettre du nom. Celle l'orme concorde avec les données de
Mêla et de l'Itinéraire d'Antonin. — Voyez Climberrum.
La leçon Eliberre n'a d'autre but que de trouver une
origine basque ou ibérienne, qui établisse une confusion
avec le nom û'Iliberris. — Examinons ce dernier.
Il y a une ville d'Elne située dans les alluvions du Tech,
près de la Méditerranée et divisée en ville haute, autour
de l'église, et en ville basse, Tour-Bas-Elne. Hérodote
appela celle-ci Pyréné (II, 33) et ce nom n'était pas oublié
au temps d'Avienus :
In Sordiceni cespilis confinio,
Quondam Pyrene, civilas Dilis Laris, v. 556 7.
On sait que tous les Gaulois se disaient issus de Bis
(Pluton, la Terre. — César, G. des G., VI, 48). Quant au
terme Lar, il signifie seigneur, dans la langue maternelle
d'Avienus, qui était Toscan.
Celle ville de Pyrene, n'est autre qullliberis ou Elne.
Polybe (L. XXXIV, dans Athénée VIII) appelle ïkifiepviç le
fleuve qui l'arrosait et lui donnait son nom ; l'ayant visitée,
il déclare que la populationdu pays est celtique, ce qui esl
vrai, du moins à la surface. Tile-Livc (XXI, 241 écrit
Jliberis. Slrabon est plus explicite : « Ex (xev ttk Rvpwni
</?£ Poucr/ivtov y.a.1 o lllifivppiç, noliv eyjuv o^ojvju.ov s/.xzepo^
aurwv. Les villes avaient pris le nom des cours d'eau ; cela
montre ce que vaut l'élymologie basque de Ville-Neuve.
Mêla (II, 5) entre dans les détails historiques : « Vicus
Eliberri, magnœ quondam urbis tenue vestigium. » Pline
(III, 3) abrège Mêla : a Ilibcrris, magnœ quondam urbis
tenue vestigium. » Le texte de cet auteur Fournil les
variantes Illiseberre, Eliscbcrre et Jli/birris.
Enfin, dans Plolémée, le Tech se nomme Ï).).£gio--.
Il y a, dans l'ancienne Bétiquc, une autre ville du même
2~j6 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ d' ETHNOGRAPHIE.
nom, qui devint Elvire, près de Grenade : illiberi, quod
Liberini » (Pline, III, \). Celle-ci est rappelée par des
inscriptions avec la formule Jlliberritani, ainsi que par
deux médailles que M. Boudard a publiées et qui portenl
le nom ibérique, Ilbarkhm. La tête, barbue dans
l'une, frisée dans l'autre, et le cavalier à la lance de
toutes deux, ont le type romain ; mais la légende se rat-
tache à l'art sémitique. La première lettre est Yiod ren-
versé de l'alphabet phénicien, la troisième provient du
beth, les autres ont passé par le grec. M. Boudard fait
observer qu'il faut lire Ilibarakhm, c'est-à-dire que les
voyelles faibles sont absentes, ce qui est le caractère
propre de l'orthographe dans l'écriture dite sémitique. Le
suffixe m est la marque du pluriel masculin ; et, en effet,
la légende Ilbarakhim est le nom des habitants d'Ilbarakhah,
ou Elibarakah, la bénie de Dieu (c. à d. Dieu l'a
bénie). Rien de plus raisonnable : toutes les villes
antiques d'Espagne furent fondées ou reconstruites par
les Phéniciens, les Carthaginois, les Grecs, au milieu de
rustiques peuplades qui possédaient tout au plus des
oppides ou des refuges en cas de guerre.
M. Boudard signale un grand nombre d'autres médailles,
où les noms des villes sont suivis des terminaisons Khm,
Khn, ou Kn. Le suffixe n est la marque du pluriel dans
les langues libyques ; en Berber, il supplée l'adjectif et
transforme les noms de lieux en noms de peuples. Le k
ou le kh peut appartenir au radical ; mais, le plus sou-
vent, c'est la prononciation forte de l'aspirée qui est le
signe du féminin phénicien, prononciation habituelle en-
core chez les Berbers. Or les Libyens ont peuplé toutes les
côtes de la Méditerranée, jusqu'en Sicile (Cf. V Aquitaine
avant et jusqu'à V époque de César; et Origines et Migra-
tions des Berbers).
Cette double influence, phénicienne et libyenne, incon-
A. CASTAING. DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE
■Il
leslablc dans la Xarbonnaise, paraît avoir traversé la
Garonne; il y a des indices sur la rive gauche de ce
lleuve.
Toulefois, Iliberris pourrait être une ville gauloise ; à
plus forte raison Elibcrrc ou plutôt Cliberre et Climber-
rnm, chef-lieu des Ausci.
Eliumberrum Vovcz Climbemm.
Ellarona . . . j Y Ih(ro
Elloro '
Ellorona (Givitas) et Elloronenses. Holornenscs, Loronenses; Civitas Ellorona, Ellorensis,
Olorcnsis. Tous ces noms viennent de ceux de la ville
Ihiro. — Voyez ce nom.
Cette circonscription politique, formée par les succes-
seurs de Constantin, parait n'avoir compris d'abord que
le territoire des Osquidatcs montant, c'est-à-dire les val-
lées d'Ossau, Aspe, Barelous et Iosbaig, avec la plaine des
gaves jusqu'à Sauve terre et Navarrenx. Celait, au Movcn-
Age, la vicomte d'Oloron.
Plus tard, au Xle siècle (1000 et 1074), les évoques
d'Oloron se firent céder, par violence, la Soûle qui dé-
pendait du diocèse de Dax. — Voyez Siby liâtes.
Limites : au S., l'Espagne ; à l'E., la Civitas Turba ;
au N. E, les Denarnenses ; à l'O., la partie des Aqueuses
qui devint diocèse de Bayonne.
Elusa ,. Eauze devait exister au temps de César, puisque ton
nom paraît avoir servi à former celui du peuple de la
circonscription. Ce n'était pas seulement un oppide, ni un
lieu de réunion passagère, mais une ville relativement
considérable cl riche.
Elle est marqué sous la nom de Civitas Elusa dans
l'Itinéraire d'Autonin, Elusa seulement dans l'Itinéraire
de Jérusalem et la Table Théodosienne. A l'époque de ce
dernier document, elle était la métropole de L'Aquitaine
troisième ou Novempopulanic.
Mémoires de la Soc. d'Ethn. — I. — I884. 36
278 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE.
Détruite par les Normands, elle fut rebâtie â l'O. dr sa
situation primitive : celle-ci garda le nom de Cieutat et
fut le siège d'un archiprêlré jusqu'en 1789. « Le nom de
Cieutat, dit Marca, étant demeuré à un ceché de Bayonoe
fut distrait de celui de Dax et circonscrit dans les limites
indiquées par la charte d'Arsius, en 980.
Celle leçon est celle du Codex ChifQel el des meilleurs
288 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE.
ross. de Pline, tandis que d'autres portent Sassumini.
Le territoire de ce petit peuple est celui où se trouvait, en
1010 et 4012, la paroisse de Saint-llilaire de Lassun dont
Guillaume Sanche, duc d'Aquitaine, fit distraction pour
un emplacement qu'il consacra à la construction du mo"
nastère de Saint-Pierre de Générés, aujourd'hui Saint-Pé.
La charte de fondation porte ce qui suit :
« Ad hœc quidcm ad victum claustrcnsium monachormn,
inter alia dona, do Beato Pelro villam Lassunis diclam,
cum omnihus appentiis suis, quam propter proximitatem
lui jus loci, à Gentullo proconsuli Bearnensi cambiendo
rccepi, datis sibi pro eâ duis villis, scilicet Mazerollis et
Garlini. »
Le territoire fort restreint des Lassimi comprenait les
cantons de Nay et de Clarac, (Nay-esl) dans les Basses-
Pyrénées, celui de Sainl-Pé dans les Hautes-Pyrénées, et
enfin la vallée du Louzon, anciennement Lazon, qui s'étend
sur partie des cantons d'Arudy et de Laruns dans le pre-
mier de ces départements, et sur la lisière de ceux d'Ar-
gelès et d'Accum dans le second, jusques au pic de
Gabizos.
On trouve dans ce petit pays, Asson, Arthez d'Asson,
ie Louzon, et Lousse comme limite septentrionale.
Latusates.. - Le seul auteur qui mentionne ce peuple, Pline (III, 19),
le place d'une part entre les Osquidates campestrcs et
les Sncoasscs, et de l'autre les Basabocates et les Vassei.
Cette situation désigne clairement le pays des Tarusates ;
aussi, n'a-t-on pas manqué de dire qu'il y avait fausse
leçon. Le nom des Latusates est dans tous les manuscrits:
celui des Tarusates ne paraît nulle part, soit qu'une con-
fusion se soit établie dans l'esprit du rédacteur, soit que
■les copistes aient cru devoir éviter ce qui leur semblait un
double emploi.
Les Latusates étaient la fraction septentrionale des
A. CASTAING. — DICTIONNAIRE ETHN'OGÉNIQUE. 2$9
Ta rusâtes, c'estràrdire les habitants des bords de la Douz<\
L'itusa, el dans le Moyen-Age, Lidosa, la Ladose. Celte
indication « la Ladoze » est contenue en l'hommage de
Jean du Lyon, seigneur de Campet, en 1 4-75. Le terrier
de Roquefort, rédigé en 1514, mentionne la « rivière de la
Ladoze. » Le nom local est Doulouzc, par métalhèse.
Le pays des Lalusates comprenait les anciens archi-
prclrés de Roquefort el de Manléon, tous deux arrosés
par la Douze, dans le diocèse d'Aire.
C'est aujourd'hui le canton de Roquefort, moins la
commune de Maillas et quelques portions de Lugaut. 11 y
faut ajouter Esligarde, Rclbezer et l'ancienne vicomlé de
Juliaç, du canton de Gabarret ; Balis, Canenx, Mailhères
et Riaupt, du canton de Labrit; enfin, Lucbardès et
BargueSj Bostens et Gai Hère, du canton de Mont-de-
Marsan.
C'est aussi le côté ouest du canton de Cazaubon (Gers)
entre la Douze et le Midou, plus les communes du Frèchc
et de Lacquy, au canton de Villeneuve.
Vers le centre de ce territoire, sur un point culminant,
à deux kilomètres Est de Roquefort. (Voyez la carte des
opérations de Crassus), Sarbasan conserve les traces d'une
station militaire. Le clocher de l'église est une tour carrée
dont la partie inférieure -est de construction romaine, ainsi
qu'un mur en petit appareil, enclavé dans le presbytère.
Sur les bords du ruisseau qui contourne le plateau, ou
trouva, il y a quarante ans, une mosaïque représentant
des poissons, où l'on crut reconnaître le pavé d'une
salle de bains, recouvert par le sol d'une chapelle du
Moyen-Age. Au nord de l'église, le sol a fourni quelques
armes cl des restes de constructions en briques beaucoup
plus dures (pie celles que l'on continue à fabriquer à
Pouriqùes, à mi-chemin de Roquefort
Lex Voy. Jlixo.
29O MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D ETHNOGRAPHIE.
Ligures Les traditions recueillies par Aviénus montrent d'abord
ce peuple sur les rives du Guadiana, dont il fut expulsé
par les Celtes venus du N.', le long de l'Océan Atlantique
(Ora maritima, v. 1.1:2 et s.). Puis, on le voit suivre les
côtes de la Méditerranée et s'arrêter dans le pays d'Ilerda
(Ib. 560-508).
De son côté, Thucydide montre les Ligures expulsés
du S. 0. de l'Espagne, s'élablissant sur les bords du rio
Xucar, dont ils chassent les Sicanes (VI. 2. Cf. Scrvius,
sEneid. Vil ; Ephore dans Strabon, VI). A la suite des
Sicanes, ils traversèrent la Gaule, le long du golfe de
Lyon jusqu'en Italie. Ceci se passe du XV e au XIII e siècle
avant notre ère ; un peuple homonyme, celui des Sicules,
possède la campagne romaine : expulsé, 80 ans avant la
ruine de Troie (Philiste dans Diod. V.) soit 1289 avant
notre ère, il passe en Sicile.
Plusieurs de leurs peuplades se fixent en Gaule : les
Soldes dans le Koussillon ; les Elesykes sur la côte du
golfe ; les Bebrykes dans les Corbièrcs. Passé le Rhône,
les Salves et autres remplissent la Provence, pénètrent en
Italie et y dominent jusqu'à la venue des Etrusques.
Le nom de Ligures est le pluriel latin de Ligar, Ligus,
lequel est le grec Atyus, qui lui-même se prend pour
At ( 3yç, Libyen. Ces diverses formes reproduisent le nom
des ÀejSa'ztfi de Ploléméc,ct ceux des Languenlan, Lan-
guatan, Ilaguaten de la Johannide de Corripus, où la
terminaison tan, ten marque le pluriel berber, la forme
Ilaguaten amène à celle de Louatah des Arabes, I-Loua-
teu des Berbers. La permutation de ou en b et g étant
normale, en berber, nous retrouvons J-lagualen, Libys,
Ligys, Ligur.
Avant les Ligures et les Sicanes, d'autres peuples, éga-
lement d'origine chamique, étaient venus d'Afrique en
Espagne, puis en Provence et en Italie. La mythologie
A. CASTAING. — DICTIONNAIRE ETHNOGÊNIQUE. 2QT
grecque le raconte clairement, dans la Bible de Piia.'-loii
conduisant le char du Soleil.
Phaéton n'egt autre que Phet, nom égyptien des Li-
byens primitifs, antérieurs aux Berbers, et qui sont les
Phuléens de Si-Jérôme, c'est-à-dire, en style biblique,
Phout, troisième (ils de Clara ou peuple de race- chamique.
Premier occupant connu de l'Afrique septentrionale, il a
laissé son souvenir depuis le Nil jusqu'au Sénégal où il
vit encore, et jusqu'au Niger qu'il domine (Voyez les
Foulahs, dans les Comptes rendus du Congrès des sciences
ethnographiques, 11° partie, p. 864). Phout sans limites
est le premier nom du Sahara (Xalmin, III, 9 : Saint-Jé-
rôme traduit Africa).
Remarquez que Phaéton marche d'abord comme le
soleil, de l'E. à l'O ; mais avant dévié ait N.*, il va se
noyer dans L'Eridan, en pays ligure ; il laisse un fils, Li-
gur, père des Ligures. On ne saurait indiquer d'une
façon plus précise la marche de ce peuple.
L'histoire a fait comme la fable; elle a confondu Phu-
téens, Sieanes, Berbers et Ligures. Ce dernier nom
comprend tous les autres. Dans ces conditions, M. Arbois
de Jubainvillc a pu dire que ces peuples ont commencé
leurs migrations 2000 ans avant notre ère, ce qui est
vrai des Phuléens. Nous avons donné les autres dates.
Lixo Divinité balnéaire. — Voyez Ilixo.
Loro Voyez Iluro.
Loronenses Voyez Elloronenses.
Losa Station de la voie de Pampclune à Bordeaux, dan<
l'Itinéraire d'Anlonin, à XII de Segosa et XII de Bouts:
D'Anville veut que ce soit Lèche, entre Escource et La
Teste ; Walckenaer indique le bois de Liscogas, ce qui
est vague ; la Commission de la Carte propose dubitati-
vement le Muret.
LugiluRum ConsoraDiiorum Voyez Consoranni.
29^ MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D ETHNOGRAPHIE.
Lugdunnm Convenrrum Sainl-Berlrand-de-Comminges.
Le nom est cellique, et l'on fui jadis d'accord pour
reconnaître, dans la seconde partie, le terme clun, éléva-
tion, monticule, habitation sur une hauteur. Mais Zeuss,
(gramm. eclt. 05 note) lait observer que le vrai sens de
dun esl fort et substantivement forteresse, même pour
des villes situées en plaine.
Quant à Lug, malgré l'indication due à Clitophon et
conservée dans un Livre des Fleuves, inscrit sous le nom
de Plutarque, il faut écarter comme improbable le sens
de corbeau, qui serait exprimé par un mot gaulois, loug.
Mensio Altingius (Agri Batavi descriptio) paraît avoir
saisi la vérité, lorsqu'il a proposé le celtique long, iden-
tique au frison loeg, signifiant des habitations agglomé-
rées autour d'un fanum commun. En bas-breton, lokh,
a le môme sens ou celui d'un lieu consacré par le séjour
d'un saint personnage. Les Romains confondirent cette
idée avec celle de bois sacré, lucus, qui est sans doute
fort parente de l'autre.
Lugdunum étant la forteresse sacrée, on ne doit pas
s'étonner de rencontrer cette appellation d'un bout à
l'autre des Gaules, chez les Ségusiens, chez les Bataves.
Lugdunum Convenarum fut une grande ville : elle
aurait contenu 50,000 habitants sous les premiers em-
pereurs. Il est certain que nulle part, en Gaule, on n'a
trouvé un plus grand nombre d'inscriptions de tout
genre.
Meduli Habitants du Médoc, entre la Gironde et l'Océan,
Mcdulicus pagus, Littus Medulorum. Ausone, dans une
épitre à Théon Medulinus, le poète des sables votes
arenarum (Ep. IV, 2), célèbre sous ce nom les huîtres de
Gravette :
Ostrca Baianis certanlia qme Medulorum,
Dulcibus in slagnis, reflui maris a?slus opimat.
A. CASTAING. DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE.
293
Monesi
Mosconnum.
Plus lard, Sidoine Apollinaire (Ep. VIII, 12) donne à ce
mollusque le litre de Medullica stipellex. On a vu (au
mot Alingos) qu'il paraît y avoir eu des fabriques de
poleries fines.
Il exista dans les Alpes (Maurienne) un peuple de
Medulli, qui passait pour être d'origine ligurienne. Le
Latium avait la ville de Mcdullia, et l'Espagne un mont
Mcdullus, près de Minium; La Rhétie, MedcnAXoy Ptol.
La supposition que les Meduli furent une peuplade
celtique qui aurait fait cortège aux Bituriges Vivisci est
une conjecture dénuée de tout appui.
Ce qui est incontestable, c'est que les Meduli occu-
paient le pays situé au nord du bassin d'Arcachon, et
probablement, ils faisaient partie d'abord des Boii et en-
suite des Boatcs. Leurs mœurs étaient les mêmes; Ausone
décrit leurs maisons enfumées par les torches de résine :
Et tingit pîceo lacrymosa colonica fumo.
Us occupaient l'arrondissement de Lesparre, plus le
canton de Castelnau de Médoc.
• On s'accorde à retrouver ce nom dans celui de Monein,
où il existe un antique ouvrage de castramétation, oppi-
dum du pays. Situé au-dessous des Osquidates montant
et des Sibyllates, que Pline nomme tout après, le terri-
toire comprenait la partie ouest du diocèse de Lescar :
dans l'arrondissement d'Orthez, les cantons d'Arthez,
Lagor et Sauveterre; dans Oloron, ceux de Navarrenx,
Monein, Lasseube et Oloron.
Réunis aux Tarbclli par Auguste, ils formèrent l'ouest
des Benamcnses,. sous les successeurs de Constantin.
. Station de la route de Pampclune a Bordeaux, dans
l'Itinéraire d'Antonin, à XVI iïAqux Tarbcllicx et XII
de Segosa. Walckenacr y voit Mixe, qui est sur l'antique
voie côtoyant l'Océan, à 10 lieues gauloises (30 kil.) de
Dax. La Commission de la Carte préfère le Petit Douscat.
Mémoire» •!• la Soc, d Ethu.
I. — 1884.
38
294
MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D ETHNOGRAPHIE.
entre Lespéron et Sindèrcs : marqué par une métairie,
ce lieu n'a pas encore révélé la suite de la voie romaine
dont les restes subsistent à Labouheyre.
Nethon L'une des divinités de l'Aquitaine, selon Macrobe
(Saturnales I, 49), ce nom serait à la fois celui de Mars
et celui du Soleil : « Martem Solem esse quis dubitet ?
Acitani etiam, hispana gens, simulacrum Martis radiis
ornatum maximâ religione célébrant, Neton vocantes. *
Des manuscrits portent Necyn, mais cette variante n'est
pas adoptée. Remarquez le nom d' Acitani, fort voisin de
celui d'Aquitaine. De son côté, Pline ( III, 3) dit : « Ex
colonia Accitanâ, Gemellenses et Libisosona cognomine
Foraugustana, quibus duabus jus Italiœ datum. » Les
Accitani figurent d'ailleurs dans la géographie de
Ptolémée, à l'Est de Cadix, qui se serait appelée Acci ;
d'anciennes médailles portent C. I. G. ACGI et COL. GEM.
ACCI. Selon d'autres, c'est Accitum, aujourd'hui Finiana,
à trois lieues au Sud de Baeza. On se demande s'il ne
s'agit pas d'une colonie d'Aquitains.
Nethon était le nom d'une montagne d'Aquitaine r
comme il ressort d'une inscription trouvée à Baudéan.
MONTI
BVS AC
EIONI
NETIIOI
V. V. V.
S. L. M.
On la retrouve dans le pic de Néthou, qui a une double
gloire aux yeux du pays : il est le plus élevé du massif de
la Maladetta et de toutes les Pyrénées (3482 m ) ; et c'est
de ses glaciers que s'écoulent les premières eaux de la
A. CASTAING.
DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIÇ>UE.
295
Kitiobriges
ficuempoptilana (Provincia) —
Novempopolaaia et Novempopuli
Garonne, le grand fleuve national. Le Nethon est aujour-
d'hui en Espagne, mais il appartenait à l'Aquitaine,
comme les sources de la Garonne. — Voyez Aceio et
Venami.
Peuple de l'Agenais. La physionomie du nom, suffi-
samment gallique, les distingue des Aquitains. Ils
passent pour avoir été alliés, sinon apparentés aux
Arvernes.
La Commission de la Carte des Gaules met au nombre
des questions à élucider celle de savoir si les Nitiobriges,
au temps de César, ont réellement possédé les pays situés
sur la rive gauche de la Garonne, qui formèrent plus
tard l'évèché de Condom. — Voyez Fines.
Les informations font défaut. Il est probable que l'or-
ganisation d'Auguste accrut leur territoire, en leur sacri-
fiant les territoires de voisins moins favorisés, comme
elle le fit ailleurs. Ils auraient ainsi absorbé des contrées
appartenant aux Garites, aux Solicites, aux Osquidates
campestres. Il est vrai que leur roi Teutomat conduit, au
secours de Vercingétorix, une troupe de cavalerie aqui-
taine ; mais ce pouvaient n'être que des volontaires ou
des mercenaires.
Dans tous les cas, la langue et les mœurs ne laissent
aucun doute sur l'origine aquitaine des populations du
diocèse de Condom.
Le pays des neuf peuples. La première mention de
cette formule géographique est due à Ammien Marcellin,
XV ; faisant une brève description de la Gaule, à l'année
355, il divise l'Aquitaine officielle en deux parts : la pre-
mière, dite Aqnitania, est au N. E. de la Garonne; quant
à la seconde, il s'exprime ainsi : « Novempopulos Âuscj
commendanf et Vasatae. *
296 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHX03RAPHIE. ;
Un peu plus tard, vers 368, Festus Rufus, dans le
Breviarium, qu'il dédie à l'empereur Valens, recense
deux Aquitaines et la Novempopulana.
La Notitia Provinciarum et Civitatum Galliœ donne
la première et la seconde Aquitaine, puis les Novempopuli.
Dans la Notitia imperii, après l'une et l'autre Aquitaine,
on trouve la Novempopulana.
Ces divers noms sont restés pour plusieurs à l'état
d'énigme : il y a douze peuples et non pas neuf dans la
province. Mais il est facile de reconnaître que la cité des
Convcnœ et celle des Consoranni, longtemps distraites au
profit de la Province romaine, furent ensuite rendues à
la troisième Aquitaine ou Novempopulanie. De môme, la
cité des Boates avait été annexée précédemment, sous le
nom de Boii, au diocèse des Bituriges Vivisci. On ignore
à quelle époque se fit la restitution.
Que penser des théories échafaudées sur l'inscription de
Hasparren, relativement à la date de cette expression ?
Dans le marbre que le tympan de l'église de ce village
conserve depuis 1680, époque de sa découverte, le
duumvir et fiamine Vérus raconte, en mauvais vers, avoir
obtenu d'Auguste la séparation des neuf peuples. Les
critiques ont oublié que ce nom à'Auguste, qui signifie
empereur, ne porte pas de date. Au temps d'Auguste, fils
d'Octave, il n'y avait en Aquitaine ni duumvirs ni (la-
mines ; les peuples y étaient quatre et non pas neuf.
Quant à la liste de Vérone, la date de 207, qu'on lui
attribue, se rapproche davantage du probable, mais les
indications ne sont pas sans obscurité.
Uoviomagus (Nouwpr/o?, Nuiomagus, Ptoléméc). Ville du terri-
toire des Bituriges Vivisques, à côté de Bordeaux. Il est
difficile de concilier les données de ce géographe.
17.
.. — 44 40.
17
40—46 15.
18
45 — 45 30.
18
.. — 45 30.
18
30 — 46 30.
A. CASTAING. — DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 297
Yiïxroc Aw/ovvtoc tÇ — ^fyz
Novtofjt.2yo£ • . . . (Ç U — p.çt£
Bo-j potyoùiat .... ir,^j.e — (xe)<.
A.vyovjzoc 177 — (xeX
K.oaGiov trik — pç^
Le résultat est absurde : Bazas serait à 25 lieues a»
Nord-Ouest de Bordeaux ; Auch, à l'O. de Bordeaux, et
toutes deux sur une même latitude ; Noviomagus entre
Bordeaux et Bazas.
Sans se préoccuper de la situation géodésique, il ne
semble pas que Noviomagus représente Soulac, ni le
Verdon, ni môme la Goulée, qui faisait partie de l'île
à'Antros, laquelle passait pour inhabitable et était, en
tout cas, en dehors du territoire des Bituriges. (Voyez
Antros).
L'indication paraît concerner Macau, situé sur la rive
gauche de la Garonne, en face du Bec d'Ambès : on y
voit des fondations antiques où l'on a trouvé des médailles
romaines. Son port, jadis considérable, a été comblé par
les alluvions. Il semble même que son nom ait conservé
la terminaison antique, contrairement à la théorie de
l'école romaniste.
Œaso C'est le nom que Plolémée donne à un promontoire
qu'il dit èlre situé à 681 Stades de l'embouchure de
l'Adour. Or, le cap Machichaco, au N. 0. de Bilhao, en
Biscaye, n'est qu'à 650 Slades du même fleuve, ce qui a
porté un grand nombre de critiques à mettre là le pro-
montoire Œaso et les limites de l'Aquitaine antique. Mais
il ne faut point prendre Ptolémée au pied de la lettre.
D'Anville fait observer que cet auteur peu exact s'imagine
que la chaîne des Pyrénées forme perpendiculaiivnuMU à
sa direction générale, une pointe qui s'avance dans l'Océan,
2 gS MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE.
tandis qu'elle dévie au midi, parallèlement à la côte espa-
gnole du golfe de Gascogne.
L'on a cru retrouver le même nom dans PomponiusMéla,
pour une ville située dans le territoire des Vardules et
près de la Bidassoa ; mais le texte est si atrocement défi-
guré, qu'on n'y peut fonder la moindre créance.
Il ne faut pas confondre ce point avec Olarso, qui est
en Espagne, chez les Yardules ; aujourd'hui Oïarzun.
Olobrisates Voyez Onobrisates.
Olorenais Voyez Elloronenses.
Oloro Voyez Iluro.
Onesii Ce peuple n'est connu qu'a raison du mot que Strabon
a dit des Thermes des Onésiens, Ovqbuùv ©eppa. Oïhénart
hésite entre Encausse et Luchon. Marca et Ilautescrre
tiennent pour Encausse, Du Mège et d'Avezac pour Luchon.
M. Curie Seimbres propose Capbern, où il cherche aussi à
tort YAquœ Convenarum de l'Itinéraire d'Antonin, qui est
certainement à Bagnères-de-Bigorre.
On admet que le nom des Onesii de Slrabon est iden-
tique à celui des Onobrisates de Pline. S'il y avait une
différence, c'est que l'un de ces peuples serait une fraction
de l'autre.
Oaobrisates cl Ooobasates Tous les codex de Pline portent la première leçon,
sauf quelques-uns des plus anciens qui donnent Olobri-
sates. D'Anville a proposé de lire Onobusatcs, pour justi-
fier l'origine du nom de Nebousan qui est resté au pays
voisin du confluent de la Nestc et de la Garonne : rien
n'autorise la restitution, et la corruption du nom peut
provenir du Moyen-Age. Walckenacr rapporte le terme
au mot celtique briva, pont ; mais il ne fournit aucune
donnée propre à démontrer cette origine.
Les Onobrisates avaient pour voisins : à l'O., les
Bigerriones ; au N., les Tomates ; à l'E., les Garumnî ;
au S., les Venami et les Pyrénées.
A. CASTAING. DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 299
Leur périmètre répondait, non pas au Nébousan, mais
aux Quatre-Vallées et à leur suite jusqu'au partage des
eaux.
Aujourd'hui, ce pays comprend : dans les Hautes-
Pyrénées, les cantons de Vielle, Arreau, Bordères,
Barrousse, Ncstier, Lannemezan ; dans la Haute-Garonne,
la partie de l'arrondissement de Saint-Gaudens au sud de
la Garonne : c'est Nébousan et Haut-Comminges.
Le territoire des Onobrisatcs, qui fut primitivement
sans doute une fraction des Garumni, fournit la majeure
partie du domaine attribué par Pompée aux Convenœ,
dont il suivit dès lors les destinées.
Oppidum novum Station de la voie de Dax a Toulouse, dans l'Itinéraire
d'Antonin, à XVIII de Beneharnum et XVIII d'Aquœ
Convenarum. Sanson propose Tarbes, qui ne saurait
convenir à raison des distances. Tous les autres s'ac-
cordent pour Nay.
Cet oppide était situé dans la partie N.-E. du territoire
des Lassuni.
Oecineium Station de la route de Bordeaux à Narbonne, dans
l'Itinéraire d'Antonin, celui de Jérusalem et la Table
Théodosienne, à VIII de Très Arbores et VIII de Scit-
tium. D'Anville propose Esquies, aujourd'hui Esquiez,pics
de Houeillès : cette localité possède trois énormes tumulus
entourés de fossés. Walckenaer veut que ce soit le moulin
de l'Escinjot, surle Ciron. La Commission de la Carte des
Gaules indique Losse, ce qui est déjà mieux ; mais Losse
n'est pas sur la voie romaine, tandis qu'on y trouve sa
voisine, Lubbon, dont le nom rappelle celui d'un sanc-
tuaire, et où l'on a trouvé des urnes et autres antiquités.
Le nom, d'ailleurs, paraît se rapporter à celui d'Iscitt
et à celui des Osquidates.
Les voyant placés par Pline à la suite des Sotiatcs,
D'Anville a cherché leur habitat à PO. de ceux-ci, dans
300 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE.
la partie S.-E. du diocèse de Bazas. La carte de l'illustre
géographe indique par à peu près le territoire fort peu
habité qui domine les Petites Landes, savoir : le canton de
Captieux, dans la Gironde; le nord des cantons de Ro-
quefort et de Gabarret, dans les Landes; le sud de ceux
de Houeillès et de Casteljaloux dans le Lot-et-Garonne. A
TE. coulent l'Avance vers la Garonne, la Gueyze vers la
Gelize; au N., le Ciron avec le Thus et autres affluents ;
à l'O., la Grave de Calen et le Peyronnet; au S., le groupe
de l'Eslampon. Là se trouvent Esquiès, le moulin de
l'Escinjot, Escandès, près de Captieux.
Osqoidates Carapestres Les habitants des vallées d'Ossau et d'Aspe, anciens
Osquidates Montant, ont conservé à travers les siècles,
l'habitude de conduire leurs troupeaux, pendant l'hiver,
sur le plateau que je viens de signaler: les monuments
les plus fréquents y sont des parcs à brebis. Au XVI e
siècle, l'hivernage annuel s'opérait encore sur une grande
échelle ; en 1568, pendant les troubles religieux, Charles
IX fit opérer en ce lieu la saisie des troupeaux des vallées
béarnaises qui étaient des parpaillottes. Le produit en fut
de 600,000 livres pour le gros bétail seulement (Menjoulet,
Chronique d'Oloron, II). Les bandes de brebis représen-
taient une bien autre valeur. Aujourd'hui, les mouvements
fort réduits ne comprennent que des bêtes à laine.
Crassus ne rencontra pas les Osquidates qui étaient
encore dans la montagne, leur séjour d'été ; d'ailleurs, le
territoire dépendait de celui des Vocates et un peu des
Tarusates.
Auguste les annexa à ces deux peuples qui ne faisaient
qu'un dans son organisation.
Btiaidites lontani P ar ce surnom, Pline les signale comme des habitants
des hautes vallées; en les mettant entre les Monesi et les
Sibyllates, il assigne leurs positions dans les vallées
A. CASTAING. DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 30I
d'Ossau , d'Aspe et de Baretous. Nous venons de voir
qu'ils hivernaient dans les Petites Landes.
Sous Les successeurs de Constantin, leur nom ethnique
céda la place à celui d'Elloronenscs qu'ils durent à Iluro,
Oloron, leur chef-lieu, point de réunion des Vallées et des
Gaves.
C'est à tort qu'on a cherché la trace de leur nom dans
celui d'Ossau, qui vient d'i7m Saltus, gorges ou bois de
l'ours : porté par les Vallées et leurs vicomtes, au Moyen-
Age, ce titre fui ensuite remplacé par celui d'Ursaleyisis
Vallis
Les Basses-Pyrénées fournissent les homonymes sui-
vants :
Escos, près de Salies ;
Escot, canton d'Accous;
Escoubès, canton deMorlaas;
Escout, dans le rayon d'Oloron ;
Escurès, canton de Lembeye;
Esquit (rocher et gorge, la Pêne), près des con-
fluents des gaves d'Aspe et de Lescun ;
Lescun (l'Escun, à l'Ascun) ;
Lesquain (Tabaille) canton de Sauveterre; etc.
Tous ces noms ont la même origine que celui d'Iscit.
Paciani Voyez Preciani.
Pimpeduni Telle est la leçon des meilleurs manuscrits de Pline, et
notamment du Codex Cliiffiet ; il faut rejeter Bipedemui.
Ce nom paraît composé de deux racines celtiques : pompe,
cinq et dun, forteresse, ville forte (Cf. Lugdimum et Zeuss,
Grammat. Celtica, Cambr. antiq. pimp; cornic. pymp ;
armoricain pemp. p. G5, 321). Ce sont les Cinco Villas
de Navitrra, dans les vallées de la Bidassoa.
On n'a jamais mis en doute que ce pays ne fit partie de
l'Aquitaine antique. La charte d'Arsius, établie en 080,
après avoir assigné au diocèse de Bayonne les vallées de
Mém. da lu Soc. d'Elhn. - t. - 18Si 39
302 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE.
Gize, Baigorry, Arberoue et Osais, qui constituent la
Basse-Navare, ajoute :
a Bazten item vallem usque in medio portu Bêla,
vallem qure dieitur Lcrins, terrain quse dicitur Ernania
et 5. Sebastianum de Pusico, usque ad 5. Mariam de
Arosth et usque ad S. Trianam. »
Les vallées de Bastan et de Lerins, qui forment le bassin
de la Bidassoa, furent détachées du diocèse de Baronne
par Philippe II qui les réunit à celui de Pampelune. C'est
là le pays des Pimpedunni.
La vallée d'Oiarzun, la terre d'Ernani et celle de Saint-
Sébastien, qui sont du Guipuzcoa, furent prises en même
temps par Philippe. Mais, dans l'Antiquité, elles appar-
tenaient aux Vardules, que les uns considèrent comme
d'origine aquitaine, les autres celtique : probablement
mélangés, ils furent toujours comptés parmi les peuples
d'Espagne. C'est donc h tort que Marca (Hist. de Béarn,
I, 3, VI et VII) aurait fixé la limite occidentale de l'Aqui-
taine à la rivière Oria ; limite qui paraît provenir de
l'occupation de ces pays, en 602, par Thierry, roi de
Bourgogne.
Preciani Prociani, Paciani et Laciani, Ptiani et Ptianii,
Pthiàni et Pthucani. — Oudendorp a vulgarisé la pre-
mière forme. Les Allemands préfèrent Ptiani, qui est
bizarre, et le général Creuly pense que, P s'écrivant quel-
quefois pour Pre, Ptiani peut revenir à Pretiani.
Ce nom paraît une seule fois dans l'histoire, au milieu de
la liste des peuples aquitains qui traitèrent avec Crassus.
Ce groupe n'avait, d'ailleurs, qu'une importance secon-
daire : aussi, ont-ils disparu sans laisser de trace. Dans la
liste, ils viennent après les Bigerriones ; mais ils dépen_
daient des Ausci. Leur territoire comprit celui du Pardiac,
• bef-lieu Marciac et une partie de l'Astarac ; le tout,
A. CASTAING. DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQL'E. 303
situé entre l'Armagnac et le Magnoac, répond à peu près
à l'arrondissement actuel de Mirande.
On a rapproché ce nom de celui de Préchacq, qui s'y
rencontre deux ou trois fuis : dans tous les départements
qui se sont partagé l'antique Aquitaine, il y a plusieurs
villages de ce nom, qui dérivent des formes pressiaeum,
prexacwn et pretiacum, fort répandues dans toute la
Prociani j France -
PtQcani et Pthianii . . ( Voyez Preciani.
Ptiani et Ptianii )
Pyrenaeus et Pyrenœi montes Ces deux formes, absolument reçues par tous les auteurs
latins, sont exotiques et empruntées au grec, qui les
tenait lui-même sans doute des colonies grecques de la
Catalogne.
Les Grecs disaient Huprnm qu'ils appliquaient tantôt à
une ville (Hérodote, II, 33) tantôt à la chaîne des mon-
tagnes (Aristote, Meteor. I, 13 ; Polybe, Strabon). Ce mot
n'ayant aucune source connue en grec, avait été emprunté
à l'idiome local.
Les noms propres se rapportant au radical bar, sommet
et montagne, sont très nombreux dans le pays : Bar,
bère, Barousse, beran, beron, etc. Dans la vallée de Baros,
et dans d'autres canlons du Couseran, les crêtes et les
pâturages se nomment biren. Les chansons locales parlenj
de « las filhos de Biren. »
Salomacum Station de la voie de Dax à Bordeaux, à XII de 7W-
lonum et XVIII de Burdigala, dans l'Itinéraire d'Antonin,
Walckenaer désigne Salles, dite le Paradis des Landes.
La Commission de la Carte, supposant une courbe au
sud du bassin d'Arcachon, indique la Mothe.
Saltus Pyrenaeus L'une des divisions ethniques de l'Aquitaine, dans Pline,
qui la met à la suite des Onobrisates et des Belendi.
Le mot Saltus a diverses significations : la principale.
3<H
MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE.
la plus générale, est celle de forêt et, par extension, pâ-
turage ; c'est ainsi que l'entendent César et Virgile :
Saltibus in vacuis pascunt, et plena secundum
Flumina. Georgiques, III, 498.
Varron, L. IV, De lingua Ramona, indique des forêt*
sans culture en vue du pâturage. Festus cite le juris-
consulte /Elius Gallus qui(L. II Significationum quœ ad jus
pertinent) définit le Saltus, un lieu où sont des forêts et
des pâturages, même lorsqu'une portion est cultivée et
habitée.
Sous les premiers empereurs, et notamment au temps
de Pline, les Saltus étaient des divisions administratives,
indépendantes des municipes, et relevant directement du
procurateur impérial. Dans ces Saltus, que leur nature
sauvage tenait en dehors de l'organisation générale, vivait
toute une population de petits paysans qui formaient des
hameaux autour de la demeure des propriétaires dont
ils dépendaient. A la suite des confiscations opérées
surtout au temps de Néron, ils devinrent propriété de
l'empereur, au nom duquel ils étaient administrés. Le
caractère spécial de ces circonscriptions était de n'avoir ni
magistrats, ni organisation politique; les membres de la
communauté n'étaient réunis que par les liens religieux.
(Cf. Frontin, Gromat.)
Le nom de Saltus Pyrenœus aurait pu s'appliquer à
plusieurs portions de la chaîne; mais il ne convient à au-
cune autre région aussi bien qu'à l'ancien pays de Foix et
à quelques districts voisins, qui sont couverts de forêts et
de pâturages. Ce pays est délimité, au N. par la chaîne
des monts Plantaurel, jadis couverte de chênes magnifiques,
dont l'incurie des anciennes administrations amena la dé-
vastation. L'Ouest touche au Couseran, le Sud à l'Espagne.
A l'Est, c'est aujourd'hui le département de l'Aude, dont
A. CASTAING. DICTIONNAIRE ETHNOGÊNIQUE. 30^
la partie la plus voisine, qui appartint au diocèse de
Pamiers, doit être mise aussi au compte de l'Aquitaine
(Marca, Hist. de Béarn, I, 3 et Vl-VII).
On a vu (ch. Ici-dessus et au mot Cebennœ) que l'Aquitain»-
avait pour extrême limite, à l'Orient, la chaîne des Cor-
bières occidentales. Celle-ci, commençant auprès de Boni-
bonne, contre la frontière des Pyrénées-Orientales, court
au N., en englobant le Tarbesou et la Crête de Pailhères,
et laissant en dehors le canton de Quérigut. Puis, par-
dessus le cours du Rebenti, qu'elle couvre, elle se dirige
vers le Nord, jusqu'auprès de Fanjeaux, où le canal du
Midi effleure ses derniers contreforts. Dans ce trajet, elle
laisse à gauche les cantons de Iblcaire et de Chalabre, qui
ne sont séparés du département de l'Ariége que par le
cours de l'IIers, mais qui sont compris dans la partie
orientale du bassin de cette rivière.
Le canton de Belcaire, plus connu sous le nom de pays
de Sault, est entouré de hautes montagnes que couvrent
de superbes forêts de sapins.
C'est là, qu'au Moyen-Age, se trouvait la vicomte de
Sault (De Saltu), dont les seigneurs habitaient Aniort ou
Niort, antérieurement à 1270, date de l'annexion à la
Couronna de France.
Le canton de Chalabre, ancien pays de Chcircorb,
Quièrecourbe, nom qui rappelle celui des Corbières
(Voyez Cebennœ) fut aussi appelé la Terre Privilégiée.
Dans les forêts, dont cette région est également remplie,
les hameaux, surtout ceux du Sud, portent le nom de
Saltes on métairies des Bois, indubitable souvenir des
Saltus antiques.
A côté, Belesta, qui fait maintenant partie du canton
de Lavelanet (Ariège), mais qui fut jadis comprise dans
le pays de Sault, possède encore la plus belle forêt des
Pyrénées.
3 o6
MEMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D ETHNOGRAPHIE.
Sarrali
Tout ce pays continue à répondre à la délinition
d'/Elius Gallus et aux informations de Frontin : de rare*
cultures et des habitations clair-semécs n'en changent
pas la physionomie éminemment forestière.
Le terme Saltus, étant géographique et administratif,
n'exclurait pas les noms des peuples qui auraient habité
la contrée : peut être est-ce là qu'il faut placer les Con-
suaranni (Voyez ce nom). D'ailleurs, en raison de la si-
tuation du pays et de son mode de recrutement, la popu-
lation en fut nécessairement très mélangée : les Ligures
et les Celtes y ont pénétré; mais le premier fonds fut aqui-
tain, comme Pline l'admet : on doit reconnaître qu'il se
laissa déborder ensuite, puisque le dialecte est presque
du Languedocien.
Station de la route d'Agen à Toulouse, dans la Table
Théodosienne, à XVI de Lactora, et XX de Tolosa. Walcke-
naer indique Cologne qui est sur le Sarampion et N. D.
de Sabouls. La Commission de la Carte préfère Sarrant.
C'est aussi l'avis de d'Anville, qui lit Sartali, d'après les
cuivres de 1598, 1682 et 1728 ; mais à la loupe, dit M.
E. Desjardins, on lit Sa.rali.
Voyez Lassuni.
Scittium (Mutatio) Étape que l'Itinéraire d'Antonin, route de Bordeaux à
Narbonne, place à VIII d'Oscineium et VIII de Civitas-
Elusa. La ressemblance des noms l'ayant conduit à Sos,
D'Anville a gratuitement conjecturé qu'une faute de
copiste a d'un fait CI. Le manuscrit de Vérone porte
Scotium. L'Itinéraire de Bordeaux à Jérusalem a Sittio ;
la Table Théodosienne également Scittio, mais avec XV
jusqu'à Elusa, ce qui est sans doute une faute ; la Com-
mission de la Carte veut que ce soit Gabarret, qui répond
mieux aux distances.
Je me borne à remarquer le rapport du nom avec celui
du dieu ISCIT.
Sassumini
A. CASTAING. DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 307
Sediboniates Peuple nommé par Pline, à la fin de la liste de ceux
qui occupent le littoral de l'Océan, depuis l'embouchure
de la Loire jusqu'à celle de l'Adour. Cette proposition a
fait admettre que c'est une variante du nom des Sibuzates.
Segosa Station de la voie romaine de Pampelune à Bordeaux, dans
l'Itinéraire, à XII de Mosconum et XII de Losa. D'Anville
et Walckenaer proposent Escousse, à cause d'une vague
ressemblance des noms. La Commission de la Carte pré-
fère Labouheyre, où il y a des traces de voie romaine et des
foires dont l'usage remonte très loin
Sennates Pline met ce petit peuple à la suite des Vassei, et au
dernier rang de ceux de la troisième Aquitaine; car en-
suite, il traverse la Garonne.
L'habitat en était compris dans les bassins de l'Estrigon
et du Geloux formant aujourd'hui le canton de Labrit et
une partie de celui de Mont-de-Marsan, moins Belis,
Mailhères, Canenx et Arriaup : c'est l'ancien archiprêtré
de Marsan, partie nord.
Au nord de ce territoire, on trouve la commune de
Sen, près de Labrit ou Albret, séjour des seigneurs du
pays, pendant le Moyen-Age. Plus bas, la carte du diocèse
d'Aire marque un bourg de Sanneguy que je ne retrouve
pas, à moins que ce soit Angueis.
Labrit a donné une belle mosaïque et les traces d'une
voie romaine.
11 est à remarquer que l'article précède toujours le
nom du Sen ; on dit même habituellement le Sen de
Labrit, il est à supposer que ce point fut le premier
centre de la peuplade. En Irlandais, Scan signifie vieux.
C'est un dérivé du thème Sena, qui a le même sens et se
reproduit dans le latin Senex, Senis. On appelait Sériâtes
les voisins immédiats de Home.
Le territoire fut annexé par auguste à celui de
V*
MKMOIRE3 DE LA SOCIÉTÉ D ETHNOGRAPHIE.
Tarusates y auquel il resta lors de la formation de la
Diœccsis Atturcnsis.
Sertone . .
Sibuzates
Sibyllates
Voyez Serione.
. Depuis Adrien de Valois, tous les critiques s'accordent
à retrouver ce nom dans celui de Saubusse, localité fort
ancienne, dit M. Tartière (Géogr. du dép. des Landes),
connue jadis sous le nom de Port de Saubusse et chef-
lieu, au Moyen-Age, d'une baronnie qui comprenait en
outre Saas, Angoumé, Laluque. On voyait, il y quelques
années, à un kilomètre du bourg, trois buttes placées à
la distance de 400 m. l'une de l'autre et portant les traces
d'anciens campements. Il existe encore, non loin de
l'ancienne forêt où se trouvaient ces buttes, sur la
rive gauche du chemin de grande communication de
Saubusse au vieux Boucau, un bloc de marbre de forme
cylindrique, ayant l m 66 de hauteur sur m 30 de dia-
mètre. Ce bloc est connu dans le pays sous le nom de
Peyre Longue. C'est un menhir.
Le territoire des Sibuzates comprenait un peu plus quo
celui de la Maremme : cantons de St-Marlin-de-Seignanx,
St-Vincent-de-Tyrosse, partie sud de celui de Soustons,
et enfin l'angle sud-ouest de celui de Dax. Circonscrit au
N\ par une ligne allant d'Angoumé au vieux Boucau, il
était, d'autre part, entouré par l'Adour et l'Océan; Sau-
busse en était le point extrême à l'E. près des Tarbelli.
On y trouve Saubrigues à la forme gaélique, Saubion
et le château de Saubis.
L'autonomie des Sibuzates disparut sous Auguste qui
les annexa aux Tarbelli.
On est d'accord pour reconnaître, dans ce nom, les
anciens habitants de la vallée du Saizon : c'est le pays
appelé Subola par Frédégaire, puis Sola et enfin Soûle,
arrondissement de Mauléon. Oihénart, sans s'expliquer
A. CASTAING. — DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 309
davantage, dit que ce terme signifie « Sylvestris regio »,
décision qui a mis aux abois ceux que Chaho nomme
« les Bascophiles, inventeurs d'étymologies drolatiques
et de coq-à-1'àne immortels par le ridicule. » Chaho lui-
même a vainement essayé de rattacher au prétendu in-
cendie, qui aurait dévoré les forêts des Pyrénées, le
terme basque Zuberua (Cf. Biarritz, I).
Limites : au S., les Pyrénées, depuis le pic d'Arias
jusqu'à la forêt d'Iraty ; à l'E. et à PO., la ligne de par-
tage des eaux; au N. E., une ligne sinueuse allant d'Au-
tevielle à l'Hôpital. Les Sibyllates étaient donc placés
entre les Monesi, les Osquidates montant, les, Pimpedwii et
les Camponi : c'est là que Pline les met.
Réunis par Auguste aux Tarbelli, ils y furent main-
tenus par les organisations subséquentes et firent partie
du diocèse de Dax. En 10G0, « Grégoire, abbé de Saint-
Sever et évêque de Dax, permit laschement que le pays de
Soûle soit distraict de son évesché par la violence d'Es-
tienne, évesque d'Oloron » ; et en 1070, « Bernard de
Mugron, évesque de Dax approuve laschement la dis-
traction, d (Compaigne, Chronique de la ville et diocèse
Dacqz).
Les Basques envahirent ce pays, à la fin du VI e siècle
et ils y sont restés ; mais on ne voit pas quelle part ils ont
prise aux destinées politiques de la contrée.
Sigmanus Petit fleuve dont l'embouchure serait à la côte du golle
de Gascogne, entre celles de l'Adour et de la Gironde.
Ptolémée est le premier qui le mentionne ; son traduc-
teur latin lit Sigmannus et Marcien d'Héraelée Siijmitius.
Certaines éditions de Ptolémée portent même Bigmannus,
en sorte que d'Anville y cherche un rapport avec Biganos,
village situé à l'angle S.-E. du bassin d'Arcachon, au N.
de l'embouchure de la Leyre : il y a là des traces de voie
romaine et des tumulus. Biganon, dans les Landes, est
Mém. de la Soc. d'Etkn. — I. — 1884. 40
3-IO MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE.
aussi fort voisin de la Leyre, qui est le seul cours d'eau de
quelque importance débouchant dans l'Océan entres les
deux fleuves. On doit supposer que Ptolémée a voulu
parler de la Leyre.
Siloduni, Siroduni. . . Voyez Soldurii.
Sirio Le Ciron prend sa source à Lubbon (Landes), passe par
Préchacq, Villandraut, et se jette dans la Garonne, entre
Barsac et Preignac. Les uns veulent que l'étape de l'Iti-
néraire d'Antonin, de celui de Jérusalem et de la Table
Théodosienne, dite Mutatio Serionc ou Sert&ne, soit le
pont sur le Ciron; les autres proposent Gérons, à 4 kilo-
mètres plus bas, sur la Garonne.
Jouannet conjecture que la Mutatio n'a de commun
que la traversée du Giron, mais que le lieu du passage
différait. Sur la voie de Bordeaux àAgen,ce serait Cérons;
sur la voie de Jérusalem qui passe à Bazas, le point serait
placé entre Pujols et la Mothe. La vérification est difficile,
toute trace de voie romaine ayant disparu de ces lieux.
La Table Théodosienne met Sertone entre Burdigala et
Vesubium.
Sociates Voyez Sociates.
Soldurii César donne ce nom aux gardes du corps du roi des
Sotiates, qu'il qualifie de devoti, dévoués : vivant avec
le maître, ils partageaient sa bonne et sa mauvaise fortune
et ne le quittaient ni à la vie, ni à la mort (G. des
Gaules, III, 22). Ce portrait diffère peu de celui qu'il
fait des Ambacles, ou clients gaulois, auxquels il n'était
pas permis d'abandonner leurs chefs, même dans la plus
extrême détresse (Ib., VII, 40). Il en était de même chez
les Gaulois Cisalpins (Polybe, II, 47).
Nicolas de Damas, cité par Athénée (Deipnos, VI, 40)
rapporte que les dévoués du roi des Sotiates, liXoiïo'woi
ne survivaient pas à leur patron. Tacite en dit autant des
Comités germains, compagnons d'armes des principes aux-
A. CASTAING. — DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 3 II
quels il s'attachaient {Germània, XV); Ammien Marcéllin
montre deux cents Satellite;; du roi Chnodomaire, venant
parlager sa captivité. Toutefois, César n'ayant pas attribué
cette coutume aux Germains, il faut penser qu'elle n'y
existait pas de son temps, sauf peut-être chez les peuples
d'origine celtique.
Valère Maxime (VII, 6, ext. 3) constate l'usage des dé-
vouements chez les Celtibères ; Sertorius en profita pour
se faire une garde de mille dévoués (Plutarque, Sertcriut,
XIV); à sa mort, ils furent dégagés de toute obligation.
L'usage était donc bien celtique et germanique, selon
l'observation de Fréret (œuvres, V, p. 55) et non pas
ibérien. En Espagne, il n'en est jamais question, si ce
n'est à propos des Celtibères de Sertorius, qui étaient
d'origine gauloise.
Zeuss (Gramm. Cclt.) fait observer que la combinaison
urio, orio est essentiellement celtique.
Sontiatos Voyez Sotia tes.
Sotiani etSotiates, Sottiates. . . Lu leçon Sociatcs provient d'une préoccupation de la-
tinistes. La charte de Lescar écrit Sotia. Les Allemands,
amis des formes bizarres, préfèrent Sontia (Nipperdei,
Comment. 1847 ; Frigel, De Bsllo Gallico, 18B1 ; Ilellcr,
Philologus, 3 e cah., 1862). Mais Pline écrit Sottiates, Ni-
colas de Damas Sotianes. Les médailles donnent la forme
Sotiota et mieux Soliat. — Voyez Adietuanus.
La situation de l'oppide des Sotialcs, extrêmement
discutée, ne fait pas de doute ; c'est Sos, petite ville du
canton de Mézin, Lot-et-Garonne, Socia, Sotia, Sotium
etSossium, au Moyen-Age (Oïhénart, Notifia, p. 446). La
charte de Lescar place Sotia entre Oazas et Lcctoure ;
les Normands, se rendant de l'une à l'autre de ces villes,
rencontrent le Castrum Sotiœ (Nie. Bertrand, Ilist. de
Ton'ousè). Enfin, la situation est telle, qu'en marchant en
avant, après la prise de l'oppide, Crassus se trouva néces-
312
MÉMOIRES DE LA SOCIETE D ETHNOGRAPHIE
Stomatas.
Succasses
sairement sur les frontières des Vocates et des Tarusates
(G. des Gaules, III, 23).
Le pays des Sotiates aurait été bien exigu, s'il n'eût
compris que l'Ouest du canton de Mézin et les parties
voisines de ceux de Casteljaloux et de Gabarret, comme il
résulterait des limites respectives des évôchés d'Auch et
de Gondom. Mais il est probable qu'il fut l'une des vic-
times des atteintes que l'organisation d'Auguste se plut à
porter à la constitution ethnographique des Gaules. Tandis
que la partie méridionale du pays fut attribuée aux Auscii,
d'où elle passa aux Elusates, le Nord, avec les cantons
de Damazan, Lavardac, Nérac et Francescas, fut donné
aux Nitiobriges, puis à l'évêché de Gondom. — Voyez Ni-
tiobriges.
. Station de la voie de Bordeaux à Narbonne, dans l'Iti-
néraire d'Antonin, la Table Théodosienne et l'Itinéraire
de Bordeaux à Jérusalem, qui marque VII Leug. de Bur-
digala et VIIII de Sirio. Walckenaer retrouve ce point à
St-Médard d'Ayran etla Commission de la Carte àCambes.
Il était dans ces parages, sur la rive gauche de la Garonne.
. A la suite des Osquidates Campestres, Pline aurait dû
placer les Tarusates : j'explique ailleurs (voyez Latusates)
comment ce nom fut supprimé. Pline a voulu reprendre
près des Pyrénées, pour descendre vers la Garonne, par
les Petites Landes. Il trouve les Succasses entre le Gave
de Pau et l'Adour, au-dessus des Osquidates mo?itani et
rejoint ensuite les Latusates, sous le nom desquels glisse
celui des Tarusates.
Les Succasses occupaient ce qui forma la partie est du
diocèse de Lescar, soit à peu près l'arrondissement de
Pau, moins les deux cantons de Nay ; en outre, le canton
d'Arzacq.
Réunis aux Tarbelli par Auguste, ils en furent distraits
A. CASTAING. DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 31
"■
sous les successeurs de Constantin et fournirent la ma-
jeure partie de la civitas des Bcnarnenses
Summus Pyrenaeus.. Station frontière de l'Itinéraire d'Antonin, sur la route
de Caesaraugusta à Beneharnum, à Y de Forum Ligneum :
en lieues gauloises, cela fait 1 1 kilomètres et l'on en
compte 42 d'Urdos à Sumport. Marca, d'après Surita, cite
de vieux titres aragonais, où le terme romain a été rem-
placé par celui ôc Summus portus (H. deBéarn, 1, 1). Ce
défilé, dont la largeur est considérable, est celui qui fournit
aux troupes d'Abdérame leur principal passage. On a
trouvé, dans le ravin, une borne miliaire portant les mots :
ILVRO MP.
les chiffres manquent.
Il y a un autre Summus Pyrenœus, plus à l'ouest, au
point où la petite Nive prend sa source d : un côté, tandis
que de l'autre s'échappe le torrent de Roncevaux. La dis-
tance Y, ou 11 kilom. qui le sépare d'Imus Pyrenœus.
Saint-Jean-Pied-de-Port, indique le Pas de Roncevaux. Ce
lieu, où se trouve le pic de Lindux, est aujourd'hui en
Espagne ; il était alors sur la frontière de l'Aquitaine, à
laquelle appartenait le Val Carlos. C'est par là, au nord
de Roncevaux, que Charlemagne serait passé, en rentrant
en France.
Les Pyrénées Orientales ont aussi leur Summus Pyre-
nœus.
Tarbelli César les met en tête de la confédération 'des Aquitains,
en raison de leur importance : Dax, Aquœ Tarbellicx,
était l'objectif de la campagne de Crassus. A cette époque
leur territoire comprenait : 1° dans le département des
Landes, les cantons de Dax, Peyrehorade, Pouillon et
Montfort; 2° dans les Basses-Pyrénées, les cantons do
Ridachc, Salies et Orthez. Ce dernier territoire, dit Marca
3*4
MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE.
Tarusates
Tarusconienses
(H. de Béam, I, 11) n'était point du pays de Béarn :
faisant partie de la vicomte de Dax, il fut conquis en 1106
par Gaston III et une transaction de 1264 confirma la
cession.
Auguste leur adjoignit tous leurs voisins des Pyrénées
et des bords de l'Océan, les faisant limitrophes des
Convcnœ, des Vocales et des Biturigcs, savoir : \°Lassuni,
Osquidates montani, Monesi, Succasses, Sibyllates, Berco-
rates, Camponi et Pimpeduni; 2° Sibusales et majeure
partie des Cocosates. Pline les qualifie de quatuor signani,
soit qu'ils fussent divisés en quatre fractions, soit qu'il y
eût chez eux, comme on le prétend maintenant, quatre
dépôts de vétérans ou colonies militaires.
L'organisation des successeurs de Constantin élagua de
de ce grand ensemble la partie est des Basses-Pyrénées
répartie entre les Benamenscs et les Elloronenses. Le sur-
plus forma la dixcesis des. Aquoises, qui fut ensuite par-
tagée entre lus diocèses ecclésiastiques de Dax et de
Bayonne. — Voyez Aqueuses.
. Au temps de César, ce groupe comprenait : au N. les
Latusates (Voyez ce mot), puis le canton de Villeneuve et
l'E. de celui de Mont-dc-Marsan ; enfin, l'arrondissement
de St-Sever, moins le canton 0. de Tarlas. Le chef-lieu
était Atures, Aire sur l'Adour. Auguste les réunit aux
Vocales.
En recouvrant l'autonomie, sous les successeurs de
Constantin, le territoire fut augmenté de celui des Sen-
nates. Avec ces limites, la circonscription forma la
diœcesis des Aturenses, qui répond exactement à l'évèché
d'Aire, tel qu'il est figuré dans la belle carte de Pierre
Duval.
. Ce nom désignerait le peuple de Tarascon; dans le
comté de Foix. Toutefois, l'attribution ne résulte que
d'une restitution hasardée par Pintianus, au texte de
A. CASTANG. — DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 315
Pline, lequel porte Cononienses. Ce dernier nom paraît
s'appliquer au pays où se trouve Couiza.
Tectosages Voyez Volcœ.
Tellonum Station de la voie de Dax à Bordeaux, dans l'Itinéraire
d'Anlonin, à XVIII de Coequosa el XII de Salomaco.
Walckenaer, qui prend la voie des Landes, désigne Li-
posley, tandis que la Commission de la Carte, adoptant
celle des étangs du littoral, propose timidement Cusan,
près de Sanguinet.
Très Arbores ( Mutalio) . Relai de la voie de Bordeaux à Narbonne, dans les trois
Itinéraires, à V de Civitas Vasatas et VIII (ïOscineio.
Walckenaer indique le Trélin, à cause de la consonnance ;
mais ce mot signifie terre nouvellement défrichée. La
Commission de la Carte propose avec doute Maillas, qui
est trop au sud. L'abbé Dorgan (Hist. des Landes) croit
trouver Très Arbores dans une ferme à l'extrémité méri-
dionale de la commune de Sillas, qui se nomme Très
casses, trois chênes. Ce point n'est pas dans la direction ;
mais il semble indiquer la fréquence de la dénomination.
Ces trois arbres peuvent avoir été un sanctuaire rus-
tique peu fait pour braver l'action destructrice des siècles.
Le territoire des Convense a fourni plusieurs inscriptions
votives à un dieu six arbres SEX. ARBORES. Il y a aussi
au Musée de Toulouse et ailleurs, des inscriptions DEO
FAGO, au dieu hêtre.
Pline les met à côté des Vellatcs et des Consoranni.
Réuni aux Auscii par Auguste, leur territoire fit partie
plus lard de la diœcesis du même nom. Au Moyen-Age,
il fut d'abord appelé Malennacense, puis il devint le Ma-
gnoac, dont l'extrémité S. E. conserva le nom antique,
sous la forme Tournay.
Il comprend les cantons de Tournay, Trie, Galan et
Castelnau de Magnoae, qui tirent partie du diocèse ecclé-
siastique d'Auch, jusqu'en 1700.
Tomates
}l6 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE.
Turba (Civitas) Parmi les douze circonscriptions de la Novempopulanie,
la Nolitia Provinciarum menlionnc « Civitas Turba ubi
castrum Bigorra». Civitas désigne le périmètre adminis-
tratif comprenant alors le pays des Bigerriones et celui
des Voilâtes; c'est le diocèse de Tarbes, antérieurement à
1789.
Mais Turba désigne aussi la ville, chef-lieu de la cir-
conscription. Jusqu'à présent, on avait cru que c'était
Tarbes. Cependant, Marca (Hist. de Béarn I, p. 40) fait
observer que le nom de Turba est très rarement employé,
au début : Les Mss. portent Tursambica, Tralugorra,
Tursa, rarement Turba ou Tarba. Dans Grégoire de Tours
(Hist. Fr., VI, 20), l'accord des rois Contran et Chilpéric
nomme Bigorra, dont le nom se reproduit plusieurs fois
ailleurs. Au concile d'Agde, 508, c'est Apcr, « episcopus
Bigorritanse civitatis » ; h Orléans, 541, Julianus « civitatis
Bigerricse ; enfin à Màcon, 579, Amelius, « Eoclesiae
Bigorritanse »
D'un autre côté, M. Aug. Longnon (Géographie de la
Gaule, au VI e siècle) prétend établir qu'au temps de
Grégoire de Tours, Tarbes n'était qu'un vicuv où étaient
déposés les restes de Saint Missolin ou Misilin. Le tom-
beau de ce martyr, permit au recteur du collège de la
ville, en 1085, consulté par les Bollandislcs, de constater
que le nom de la localité était alors Talva, qui fut changé
ensuite en Tarvia, et devint Tarba, à partir du XII
siècle.
L'antique chef-lieu du pays « ubi castrum Bigorra »,
ce serait la Cieutat, comme son nom l'indique : située à
25 kilomètres au S.-E. de Tarbes, et au pied des mon-
tagnes, Cieutat, comme on l'écrivait jadis, fut le siège
d'un archiprètré jusqu'en 1789.
Toutefois, ce système trouve une puissante contradic-
tion dans un cippe funéraire mis au jour, en 1873, par
A. CASTAING. — DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 317
les fouilles de la fonderie de guerre de Tarbes, et portant
l'inscription suivante :
D * M DisManibus
C. V. V. SAN Clarissimi viri Valerii Sanc-
GTI.CV. Q. ti, clarissimus vir quîcstor
PROVINC. Provinciai
BAET1C. TV Bœticai Tu
TOR.C.P. IVL tor clarissimus pueri Iuli
SANCTI. FILI Sancti filii
EIYS. P. G. Ejus ponendum curavit
Le général Creuly (Revue d'Archéologie, 1873) croit
que le tuteur est Jules César, le seul questeur de Bétique
dont l'histoire fasse mention (686 de Rome, 68 av. n. e.) ;
que l'orphelin serait de la famille Valeria, fameuse dans
le pays, notamment par Valerius Prœconinus, cl qu'on
lui aurait imposé le surnom de Iulus. Il reconnaît, d'ail-
leurs, que l'épithète de Clarissimus n'apparaît, en épigraphie,
qu'au II e siècle ; mais il la trouve dans une lettre de
Cicéron à Servilius Isauricus.
La conjecture n'est guère soutenable; mais il reste
ceci : les caractères de l'inscription sont fort beaux et
probablement du II e siècle. Par conséquent, Tarbes aurait
été dès lors une localité importante du pays des Convense,
dont elle relevait.
Ubisci Voyez Bituriges.
Ussubium Station de la voie de Bordeaux à Argenton par Agen,
dans l'Itinéraire d'Antonin, à XX de Sirio et XXIV de
Fines. La détermination est difficile, en raison de la com-
pétition qui s'établit entre les ruines antiques dont le pays
est semé. Les uns ont proposé la Réole qui n'est pas aux
distances voulues ; il en est de même de Sainte Bazeille,
située trop à l'est, et que la Commission de la Carte a
Mémoires do la Soc. d'Ethn. — I. — 1884. 4i
318 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ d'eTHNOGRAPHÎE.
préférée. D'ailleurs, ces deux villes sont sur la rive droite
de la Garonne.
Ussubium était sur la rive gauche. Walckenaer veut
que ce soit Uzeste, près de Bazas, ce que l'estimation de*
distances ne permet pas d'accorder. D'Anville avait propose
une localité au droit de la Réole, sur la rive gauche ; il
la nomma Urs et c'est Hure, qui a produit des mosaïques
curieuses et beaucoup de médailles. Meilhan, qui est un
peu plus haut, a aussi des antiquités et une fontaine dite
d'Usa.
La Table Théodosienne met, sur la même voie, entre
Sertone, qui est sans doute Serione, et Fines, une station
de Vesubio, laquelle est évidemment celle d' Ussubium,
sauf le changement de prononciation, qui a entraîné celui
de la transcription.
On doit à Ghaudruc de Crazannes (Mèm. de la Société
Archéol. du Midi, l, 253 s.) la première mention de
l'existence d'un autel circulaire qui se trouvait alors
encastré dans un mur du presbytère du Mas d'Agenais et
qui sert aujourd'hui de support au bénitier de l'église
St-Vincent. On suppose que ce monument aura été trans-
porté du lieu qui fut Ussubium, au Mas, qui est l'ancienne
Fines. On y lit l'inscription suivante :
TVTELAE AVG.
VSSVBIO. LABRYM
SILVINVS. SCI
PIONIS F. AN
TISTES. D.
Vanesia Station de l'Itinéraire d'Antonin, route de Bordeaux à
Narbonne, à XII à'Elusa et VIII de Civitas Auscius.
Walckenaer désigne Lézian ; d'autres veulent St Jean
Poudgc : le point doit être dans ces parages. En tout cas,
A. CASTAING. — DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 319
dit D'Anville, il s'agit du passage de la Baïze, dont il croit
que le nom a quelque rapport avec celui de Vanesia. Mais
le nom latin de la Baïze est Balisa.
Varduli . . . > . , Ce peuple est mentionné par P. Mêla (III, 1) comme
limitrophe de l'Aquitaine, au bord de l'Océan, en Espagne.
Pline lui attribue quatorze divisions et nomme celle des
Albanenses, pays d'Alava ; il lui donne la ville de Flavio-
briga, aujourd'hui Oria (L. IV, 20), qu'il a déjà classée
dans les régions des Cantabres (L. III, 20).
Ce nom de Varduli est celui que Strabon défigure sous
la forme Bardyètes. Il parait qu'il y faut comprendre les
Caristes et les Autrigons, qui auraient fait partie d'une
même confédération répondant au Guipuscoa et à l'Alava.
Mais les Varduli propres sont le peuple limitrophe de la
vallée du Baztan et de la Bidassoa. C'étaient des Gaulois :
quelques uns les disent Aquitains ; ils devaient en être mé-
langés.
Vasatae Dans Ammien Marcellin. Voyez Yasates.
Vasatas (Civilas) Bazas, dans l'Itinéraire de Bordeaux à Jérusalem, à VII
de Mutatio Serione et V de Très Arbores. C'est le nomi-
natif et l'accusatif pluriel celtique du nom rendu en latiu
par Vasates. Cette forme a été fréquemment accueillie par
les auteurs latins et par les documents officiels, tels que la
Notifia Imperii, où on lit : prœfectus Silva?icctas, Bedoîias,
Lingonas, etc. A partir de ce moment, l'accusatif en as
remplace les autres cas de la déclinaison qui tombe en dé-
suétude (Cf. Arbois de Jubainville, Rev. celt. \, 220).
On parlait donc gaulois dans le pays des Vasates.
Vasates Vasatx, Vasatii (Ausone, Ammien Marcellin) et Vasarii
(Ptolémée). On considère ces noms comme synonymes de
ceux des Vocates et Basabocates. Cependant, il semble que
les Vasates furent une fraction autour de Cossio et sur la
rive gauche de la Garonne, répondant à l'arrondissement
de Bazas, moins les cantons de Langon, Préchac et Saint-
,■$20 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE.
Symphorien, mais ayant en plus, dans le département de
Lot-et-Garonne, les cantons de Meilhan, Bouglon et le Mas
d'Agenais. Le territoire de Casteljaloux que les êvèques
d'Agen, Condom et Bazas se sont disputé avec des fortunes
diverses, celui de Houeillès, du même département, et,dan>
les Landes, la commune de Maillas, ainsi que le nord des
cantons de Roquefort et de Gabarret, enfin le canton de
Captieux, dans la Gironde, formaient le lot des Osquidates
campestres que les Yasates dominaient. — Voyez ce-
noms.
Vasatica Dans l'organisation des successeurs de Constantin, c'est
l'ensemble du territoire des Vocates et des Yasates, formant
le territoire de Bazas, moins ce qui fut donné aux Nitio-
briges.
Vascones. . . ,. Les Yascons, les Basques, peuple habitant, pendant
l'antiquité, jusqu'à la fin du IV e siècle, les montagnes de
la Navarre.
Le Reyno de Navarra a 8,300 kilomètres carrés et
300,000 habitants, dont la moitié n'est pas basque : il en
fut sans doute de même jadis. Comme terme de compa-
raison, notre département des Basses Pyrénées a 7,260 hec-
tares et 500,000 habitants.
Les limites étaient les suivantes. Au N. O., la vallée
de la Bidassoa faisant alors partie de l'Aquitaine, c'est
par erreur que Strabon leur attribue Fontarabie et le cap
du Figuier, que Mêla donne aux Yardules. Le district de
Goyzueta était aux Yardules.
Au N., des monts Aralus (Sierra de Aralar) au port de
Lohiluz, près des sources de la Nive, puis la frontière
actuelle de France, moins le val Carlos, jusqu'au port
d'Urdos.
A l'E., les hauteurs qui forment le côté oriental de la
vallée de Canfranc, y compris Jaca et la comté d'Aragon,
étrangères à la Navarre actuelle.
A. CASTAING. — DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 32 1
Au S., dans la direction de PO., la ligne de partage
des eaux, de Jaca aux contreforts qui bordent le rio Ara-
gon, jusqu'à l'Ebre, en laissant de côté la majeure partie
de la merindad de Tudela ; puis le cours de l'Ebre, en
remontant jusqu'à Viana, en face de Logrono.
A l'O., la ligne actuelle, de Logrono à La Sierra do
Aralar.
Le renom d'anthropopbages qu'on a fait aux Vascons
repose sur un malentendu. Ils le doivent à Juvénal (XV,
93 et s.) Ce poète n'a aucune idée exacte de l'événement
sur lequel il déclame : ne sachant si la chose s'est passée
au temps de Hannibal, de Metellus ou de Pompée, il
confond Cantabres et Vascons, Calagurris et Sagonte, les
temps et les lieux. Au fait, c'est de Sagonte qu'il parle
(vers 114) et son vieux scholiaste a soin de le faire observer.
Calagurris fut assiégée et détruite par Afranius, lieutenant
de Pompée : à cette époque, elle faisait partie de la pro-
vince d'Osca ; au temps de Juvénal, elle avait été réunie
à une partie du pays vascon, lequel en dépendait.
Valère Maxime nous apprend que le fait d'anthropo-
phagie est réel, mais passager et causé par la rage de la
guerre civile (L. XIII, C. 6, De necessitate). Il le rend aux
partisans de Sertorius enfermés dans Calagurris, et il ne
nomme pas les Vascons qui, à l'époque de Pompée,
étaient étrangers à cette ville, et ne prirent point part à
la guerre (Cf. Oïhénart, Notitia, 27).
Vassei Ce peuple dont le nom termine la liste de Pline, fut
fondu par Auguste dans les Bituriges. L'organisation
théodosienne les laissa à la diœcesis Burdigalensis, dont
ils ne sont plus sortis.
Leur territoire comprenait la rive gauche de la Garonne
au-dessus de Bordeaux, soit les cantons de la Brède,
Podensac et Langon.
Vellates D'Anville les cherche dans le Velay, dont les habitants
p2 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE.
sont nommés Vellavii par César, Vellaiï et Vellauni par
d'autres. Walckenaer s'est égaré en les cherchant à la
Valette près d'Angoulème. Pline place les Vellates au pied
des Pyrénées, entre les Lassuni et les Tomates.
Par métathèse, Vellates a donné Lavctes, Lavetanum,
Lavitanum, le Lavedan, qui comprend les vallées d'Ar-
gelez, Azun, Barèges, Gavarnie, etc., communes en li-
bertés. Barèges a porté le nom de Velletria ; mais
Lourdes célèbre, dit Oïhénart, par son antique citadelle,
fut le chef-lieu du Lavedan. Ce pays répond à l'arrondis-
sement d'Argelcz.
Par une singulière coïncidence, le pays fut consacré, en
1063, à Notre-Dame-du-Puy en Velay. Cette circonstance
doit elle porter à croire que les Vellates et les Vellavii
sont d'une même famille? les branches ont pu se séparer
lorsque la majeure partie des Aquitains fut repoussée au
pied des Pyrénées. L'avenir éclairera peut-être ce mystère.
Venami Indiqué par Pline, en tète de la partie de la liste qui
contient les peuples Pyrénéens, en partant de l'Est, ce nom
doit s'appliquer à un peuple très enfoncé dans la mon-
tagne. Marca cherche à transformer ce nom en Benehar-
num ou Betiearni, ce qui n'est pas probable : les autres
attributions ne soutiennent pas l'examen. Les Venami étant
auprès des Onobrisates dont le nom suit immédiatement,
nous trouvons leur habitat dans la vallée d'Aran, qui
faisait alors partie de l'Aquitaine, comme le déclare
Ptolémée, en disant que la Garonne prend sa source dans
l'Aquitaine.
La réunion à l'Espagne eut lieu en 1192, lorsque
Raymond, surnommé Alfonse II, roi d'Aragon, mariant
sa pupille, Béatrix de Marsan, comtesse de Bîgorre, à
Gaston de Moncade, vicomte de Béarn, s'attribua, comme
cadeau de noces, la vallée d'Aran, sous prétexte qu'elle
A. CASTAING. — DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE. 323
ne faisait pointpartie du Bigorre (Marea, Hist. de Béa ni,
1. VI, p. 496; Marca-Hispan. 1. I, c. 13, p. 65).
Les Venami ne se bornaient point là : leur habitat
comprenait l'ouest du bassin de la Garonne, avec les val-
lées de Lisse, d'Arboust, de Ludion et de Barousse ; ils se
trouvaient ainsi, selon l'indication, entre les Onobrisates,
les Consoranni et les Pyrénées.
Vernemetis. ...... .... Les poésies de Fortunat, qui fut évoque de Poitiers,
contiennent (I, 9) une pièce célébrant la dédicace d'une
église sous l'invocation de St-Vincent ; on y lit les deux
vers suivants :
Nomine Vernemetis voluit vocitare vetustas
Quod quasi fanum ingens gallica lingua refert.
D'après les divers actes du martyre de Saint-Vincent,,
l'église désignée par Fortunat était située dans les limites
de la partie méridionale du diocèse d'Agen, « Juxtà ter-
minum agennensis urbis », dans ce qui devint plus tard le
diocèse de Condom. Le territoire est appelé, soit Agin-
nense territorium, reonemense rus, agor vellanus, soit
Regio Metensium et Nemetum ; enfin, l'emplacement était
celui du « Castrum quod ab incolis Pompeiacum dicitur,
ferè quinis millibus à Reonemense separatum ».
Il y a, dans les départements du Gers, de la Gironde et
de Lot-et-Garonne, deux Pompéjac et deux Pompiac ;
aucune de ces localités ne répond au signalement que
donne Fortunat, lorsqu'il caractérise la construction, par
ce titre : « De basilicà ultra Garumnam. »
Il s'agit ici de l'église du Mas d'Agenais consacrée à
Saint-Vincent et qui fut bâtie sur l'emplacement d'une
enceinte consacrée à une divinité païenne. Les Gaulois
n'ayant point de temples bâtis, accomplissaient dans les
324 MEMOIRES DE LA SOCIETE D ETHNOGRAPHIE.
bois les cérémonies de leur religion : c'est aussi ce
qu'exprime le mot fanum, enceinte délimitée par une cein-
ture de pierres, dans les bois.
Nemed, nemet, neimhe, exprime ce qui est sacré, véné-
rable : un sanctuaire, les lieux d'assemblées politiques ou
religieuses. Le sens propre est céleste, le ciel, en gaé-
lique, se disant nem qui devient nef (prononcez nev) en
comique, et env en bas-breton.
Le mot gaulois nemet signifie donc temple, enceinte
consacrée ; on le trouve en composition dans divers noms
de lieux : Nemetocennœ, Arras; Nemetodurum, Nanterre;
Aurjustonemetum, Clermont. L'Itinéraire donne Tasineme-
tum en Norique, et Vernemetum dans la Grande Bretagne.
Le Moyen-Age a conservé la forme Nimida (Capitul.
Carloman. an. 743) et celle de Nemet (Chartul. Kimperleg.
an. 4031) avec le sens de forêt sacrée. (Cf. Zeuss, 1,102,
et 18G.)
Strabon, L. XII, 17, appelle A/yjvsuero? le lieu ou se réu-
nissaient les douze chefs des Galates de l'Asie-Mineure.
Adelung, 1, 56, explique que c'est un terme celtique si-
gnifiant un temple dans un bois de chênes. D'après cela,
Vememetis pourrait indiquer une enceinte sacrée dans un
bois d'aulnes, vern. Mais le suffixe ver est un augmentatif
dont on trouve d'autres exemples dans les langues gallo-
bretonnes; il donne la raison de l'expression de Fortunal :
fanum ingens, Vernemetis.
On parlait gaulois sur la rive gauche de la Garonne.
Vernosole Station de la voie de Dax à Toulouse, dans l'Itinéraire
dWntonin, à XII iïAqux Siccœ et XV de Tolosa. Le point
serait au Vernose, où l'on a trouvé des vestiges de voie
romaine.
Vesubium Voyez Ussubium.
A. CASTAING — DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIOUE.
325
Vicus Aquensis Ici, c'est Bagnères-de-Bigorre, comme le témoigne une
inscription trouvée dans cette ville et reproduite par
Griller (f<> G, M) :
NVM-INI AVGVSTI
SACRVM
SECVNDVS SEMBEDO
NIS. FIL. NOMINE
VICANORVM AQVEN
SIYM ET SVO. POSVIÏ.
Gela est également démontré par les médailles (Oïhénarl),
Ce nom fut d'ailleurs appliqué d'une façon générale à
diverses villes d'eaux de la Gaule et de la Germanie. Voyez
Aqux Convenarum.
Vicus Juli, Juliensis et Julius. . . . Airc-sur-l'Adour. — Voyez Alures,
Vivisci Voyez Diluriges.
Vocates Dans les Commentaires de César, et; terme désigne les
habitants du pays qui s'étendait au-dessous et au nord
des Tarusates, contre la Garonne. On croit savoir qu'ils
obéissaient alors à un roi nommé Calitix. (Voyez ce nom).
L'organisation d'Auguste leur adjoignit les Tarusates.
Nous devinons, d'après Pline et Ptolémée, que les Osqui-
dates Compestres leur étaient soumis et que la fraction
méridionale du territoire constituait la circonscription des
\asates ayant pour chef-lieu Cossio.
Dans l'organisation des successeurs de Constantin, ils
forment la Civitas Vasatica, identique au diocèse de Bazas.
On voit par là qu'ils s'étendent au-delà de la Garonne et
jusqu'à la Dordogne, sur la majeure partie de l'arrondis-
sement de la Réole.
Ce dernier pays présente, en certains points, des carac-
tères ethnographiques particuliers, mais qui ne remontent
pas aux époques antiques. En 1534 et 1525, la région fut
dépeuplée par une épidémie ; Henri d'Albret, qui en était
le souverain, fit venir de la Saintonge, de l'Angoumois et
Mém. de la Soc. d'Ethn. - I. - 1884. 42
;2Ô MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE.
même de l'Anjou, des cultivateurs qu'il établit sur 1rs
terres vacantes; trente paroisses autour de Castelmoron,
furent ainsi renouvelées. On reconnaît encore ces émigranls,
dit Jouannet (Statistique, de la Gironde), à leurs cheveux
plats, à la lenteur de la parole et du geste, à leurs vête-
ments longs; on les surnomme Ga vaches. C'étaient des
Galls, et même dos Kimris; ils parlent un français altéré,
mais s'abstiennent des idiomes des pays voisins.
On trouve, en Daupliiné, un peuple dit Yoconces, qui
compte parmi ceux d'origine ligure et qui eut pour chef-
lieu Vewtd, aujourd'hui Vaison.Les ruines de cette antique
cité s'étendent sur une longueur d'une lieue; ce fut l'une
des plus grandes villes de la Gaule. Ces noms ressemblent
fort à ceux de Vocales et Yasates. Grégoire de Tours
(Histor. Francor., 1, 29) dit que les Gaulois nommaient
Vùsso un temple magnifique des Arvernes, qui fut ruiné
par les Barbares. Selon Amédée Thierry, « Bas et avec
l'aspiration, Bhas signifie mort, destruction, en langue
gallique. Yassus, le destructeur était vraisemblablement
un surnom du Mars gaulois.» (Hist. des Gaulois, III, 3).
M. Roget de Belloguel oppose à ce sentiment l'inscription
de Bittburg :
DEOMERCV VASSO CALATE MANDALQNIVS GRATVS D.
(Ethnog. gaul. I, 134).
Il est possible que le nom de Yassus, signifiant autre chose
que destructeur, ait appartenu à l'une et à l'autre divinité.
Enfin le nom des Vocates rappelle l'un de ceux des
Boii (Voyez cenomj, qui s'écrivait aussi Boghi. Peut-être y
avait-il eu fusion, à la suite d'une invasion dont le souvenir
ne s'est pas conservé.
Volcae Les Volkes sont un peuple gaulois, de la famille kim-
rique qui, s'étant attardé sur la rive droite du Rhin, ne
traversa le fleuve qu'environ trois siècles avant notre ère.
Deux de ses fractions passèrent au-delà des Cévennes, et
A. CASTAING. DICTIONNAIRE ETHNOGÉNIQUE 327
nous les retrouvons, sous le surnom d'Arécomiques dans
les environs de Nîmes, et sous celui de Tectosages du côté
de Toulouse. Ces derniers ont acquis, dans l'histoire, une
notoriété grande par l'expédition, commencée; en 281,
qui les conduisit dans le royaume de Macédoine, par le
pillage du temple de Delphes, et enlin par leur établisse-
ment en Asie-Mineure, dans le pays qui reçut d'eux l<>
nom de Galatie. C'est des Volkes de Toulouse qu'il s'agil
dans les questions concernant l'Aquitaine.
Amédée Thierry a fort bien posé la question de leur
origine : « Les manuscrits de César, dit-il, portent
indifféremment Yolcx ou Volgse ; Ausone énonce que 1<-
nom primitif des Tcctosages était Bolgœ :
Tectosagos priimevo nominc Bolgas. Cicéron les appelle
Belgœ (Pro Fontcio). Dans leur expédition en Grèce, ils
avaient un chef nommé par les historiens tantôt Bolgius,
tantôt Belgius. Saint Jérôme rappelle que l'idiome de
leurs colons établis dans l'Asie-Mineure, en Galatie, était
encore de son temps le même que celui de Trêves,
capitale des Belges, et Saint Jérôme avait voyagé dans les
Gaules et en Orient (Comni. in Epist. ad Gai., 3). D'après
cela, il n'est donc pas possible de douter que les Volkes ne
fussent Belges ou plutôt que les deux noms n'en lissent
qu'un. i> (Hist. des Gaulois, Inlrod.)
11 n'y a plus qu'un mot à ajouter : c'est que l'un et
l'autre nom n'est que la reproduction de l'allemand
Volk, qui signifie peuple. Ce terme est resté sur la rive
droite du Rhin, mais il n'était pas ignoré des Gaulois, ni
même des Latins, chez lesquels Volgus et Vulgus ont
une signification fort rapprochée. Il est à remarquer,
d'ailleurs que Yolcx ou Belgx ne fut jamais un nom de
peuple, mais d'origine, puisqu'il est toujours accompagné
d'une autre désignation déterminant les rapports poli-
tiques et sociaux.
328 MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE.
Les Volkes Tectosages occupèrent l'Ouest et le Sud du
pays qui fut plus tard le Languedoc. Quant aux contrées
situées au delà de la Garonne, ils en possédèrent fort peu
avant l'époque de la conquête romaine. Plus lard, à la
faveur des organisations d'Auguste, d'Hadrien, des suc-
cesseurs de Constantin, le territoire de la Province ro-
maine, empiétant toujours à l'ouest, la diœcesis de Tou-
louse atteignit, au II e siècle, les bords de la Save. Mais
les Tectosages n'y furent pour rien : absorbés dans la po-
pulation gallo-romaine, ils n'existaient plus pour le monde.
Vulchalo Cicéron (Pro Fonteio) a conservé le nom de cette loea-
iité, située au nord du pays des Convenue, qui faisait
alors partie de la province romaine. Parmi les exactions
reprochées à Fonteius, se trouvaient des droits de douane
imposés sur des vins qui venaient des bords de la Médi-
terranée ; Servaeus, l'un des agents du proconsul, avait
levé deux vicloriati par amphore, à l'entrée ou au pas-
sage par Vulchalo, lieu de transit des quantités destinées
aux régions pyrénéennes. L'amphore contenait 2G litres,
le Victoriatus quinaire valait un demi denier, soit deux
sesterces, environ f. A*2, avant les empereurs.
On croit que Vulchalo est Bauchalot, village situé au-
dessus de Saint-Marlory, sur la rive gauche delà Garonne.
On a même prétendu que ce nom viendrait de celui des
Volcœ, dont il aurait marqué les limites, du côté des pays
aquitains (Nouv. hisl. (jén. île Lang.). Ce dernier fait
demande à être démontré. Bauchalot passe pour avoir été
fondé au XIV e siècle. Mais il y a des vestiges de la voie
romaine de Dax à Toulouse, et Ton y remarquait, il y a
quarante ans, la partie inférieure de l'une de ces stèles
à images qui portent Le nom de piles, dans le nord de la
France.
Mémoires de la Société d'Ethnographie.
Planche XI I'.
NOVEM POPULANI
AVEC LES CONCORDANCES ANTIQUES
NOTITIA
Provinciarum et civit.mim Gollùc
Diocèses impèriavx
i Ëlusates
2 Aqueuses
3 Lactoratës
4 Convenœ
5 Consoranni
6 Boates
7 Benarnenses
8 Liturenses
9 Vâsatica(civ.)
io Turba(civ.)
1 1 F.lloronenses
1 2 Ausci
' I t'ïch's.
Eauze
Dax
Lectoure
St Bertrand
et Lombez
Gouseran
(St Lizier)
Kovcnp populi
Elusates
Aqueuses
Lactoratës
Bordeaux(P.d(
Lescar
Lire s. l'Adour
Bazas
Tarbes
Lloron
Auch
CONCORDANCE
AUGUSTE
CESAR
Eusci
Tarbelli
Lusci
Benarnenses
Liturenses
Vasatcs
Turba
Elloronenses
Ausci
Convenae
Bitùriges
Tarbelli
Voeates
Vocates
Convenae
Tarbelli
Ausci
Elusates,
Sotiates
Tarbelli,
Sibuzates,
Cocosates
Larites
Garumni
i'i iM-:
Elusates, So-
tiates
Tarbelli. Sediboncates,
Cocosates, C.impoui,
BcrcoraUs, Pimpeduni
Sibvllatcs
Tarnsates
Vocates
Bi&errioncs
\usci
Convenae, Venamî,
Onobrisates, Belcndi,
Salttis Pvrenœus
Consoranni
(Aquitani )
Monesi, Suc-
casses, Lassuni
Latusates, Scnnates
Basalocates, Yassei
(partie)
Bîgerri, Vellates
Esquidates tnon-
tani
Ausci, Tomates,
Preciani.
Mémo}
es de la SûcUU d"Elbnograplne.
•
Ptancbe XI ,
'
L'AQUITAINE
d'après PLINE
Noms anciens
{Régions modernes
Noms anciens
Régions modernes
Côte de l'Océan,
entre la Loire et la Gironde - u retournant vers la pro-
i
vince
Ambiliatri
Partie de l'Anou
Anagutes
Vendée
/ 16. Cassuni
Val d'Assun,etc.
Pictones
Poitou
17. Vellates
Vallées du Ca-
Sa n ton es
Saintonge
velan, etc.
Bituriges Viresci
Bordelais
18. Tonnâtes
Armagnac
19. Consorani
Cou sera ni
Côte de l'Océan
■
entre la Gironde et l'Adour
lAu centre : entre Toulouse
AQUITANI Spécialement
et l'Océan
l
nndc iiomeii provincia IvlCUOC et DOl II
| 20. Ausci
Armagnac (blanc
!
i . Tediboniates
J
Marcnsin
< 21. Ulusates
ou haut)
I
Armagnac (noir
De la Garonne à l'Adour
\
ou bas 1
■
22. Sottiates
Pays de Sos, etc.
i
2. Convcnx
3. Bigerri
4. Carbclli
Comminges
23. Osquidates
Plateau de l'Es-
1
1
■ 1
>
Bigorre propre
(nord)
Cannes (Dax,
Orthez)
Aquitaine
campestris
24. Succascs
25. Catusates
tampon et du
Ciron
Béarn (X. E.)
bassin de la
5. Cocosates
Grandes Landes
Douze
!
Pyrénées centrales
1
26. Casabocates
bavadais
1
\ 27. uasseï
baronnais
. 1
6. Venamî
\ al d Aran (en
Espagne)
* 28. Cennatcs
bas. del'Estri- j
son
/
7. Onobrisates
Nebousan, Qna-
r->
i <
trc-Vallées
Réparation d'omissions
\
S. Belendi
Bassin de l'Hers
9. Saltus Pyré-
Bassin de l'A-
Cambolectri
lit une
nœus
riège
Agcsinates
Pyrénées jusqu'à l'Océan
Du côté opposé : Hinc
Tnfrâque
et ensuite : Dcin
j
10. Monesi
Béarn propre
Bituriges Cubi
Bcrrv
1
1 1 . Osquidates
Vallées d'Assan,
Lemovices
Limousin
|
montani
Aspc, etc.
Arveni liberi
Auvergne
12. Sibyllates
Soûle (Val du
Cabales
Gévaudan
1 3. Camponj
Saison)
Cabourd
£11 rétrogradant : Rurstis
i
14. Cercoratcs
1 5. Pimpedun-
ni
Basse-Navarre
Val de Castan
Ruteni
Cadurci
Rouergue
Ruerc
1
et Lerins (en
Antôbroges
( )genais
Espagne).
Petrogoni
Périgord
éfflmffl^^ I il I il i t i
SOCIETE D'ETHNOGRAPHIE
RECONNUE COMME ÉTABLISSEMENT D'UTILITÉ PUBLIQUE.
1885
BUREAU.
Président :
CARNOT (de l'Institut), sénateur.
Vice-Présidents :
Célestin LAGACHE, O. a$b, sénateur ;
CASTAING, #, avocat.
Secrétaire-Général
Léon DE ROSNY, #, O.
Secrétaire- Adjoint
Célestin PRET, avocat.
Achille PEUVRIER
Edouard VINCENT.
Archiviste
Trésorier
330 société d'ethnographie.
LISTE DES FONDATEURS DE PLACES PERPÉTUELLES
DE MEMBRES TITULAIRES
Paris.
1859. Rosny (Léon de), %, O.
— •]• Bourgoing (le baron Paul de), G. O. &, sénateur.
— Vlangali-Handjéri (S. A. le prince Michel).
— Hervey de Saint-Denys (le marquis d'), é, de l'Institut.
1864. Montblanc (le comte Charles de).
— Lequesne, #, statuaire à l'Institut.
iS65. Duchinski (de Kiew).
— Geslin (G. C), architecte et peintre.
1870. Legrand, docteur-médecin.
1872. Lesouef (Auguste).
— Dilhan (Alphonse), I. i>.
— -j- Tremblay (Jules).
1873. Madier de Montjau (Éd.)
— Delamarre (Théodore), é, peintre.
— Marescalchi (le comte), #.
— Dumas (Victor).
1877. Peigniet (Charles), #, architecte.
1878. Thorel, #, docteur-médecin, explorateur du Cambodge.
— Arnaud-Jeanti, &.
— Villemereuil (le commandant de), O. &, capitaine de vaisseau
MEMBRES FONDATEURS. jjl
1882. Vallois.
1884. Lemercier, 0. *, imprimeur-lithographe.
Province.
1872. Pipart (l'abbé Jules), à Nazelles, Indre-et-Loire.
1873. Alphandéry, conseiller-général, à Alger.
1883. f Dumast (le baron de), =&, Q, correspondant de l'Institut, à Xancv.
Belgique.
1879. Montblanc (le baron Albéric de), à Bruxelles.
Italie.
1882. -J- Tomassoni, à Florence.
1883. Kraus (Alessandro), Q, délégué général de l'Alliance scientifique
universelle, à Florence.
Japon.
1872. Harada (Kadumiti), colonel, à Tôkyau.
1873. Simadi (Mokuraï), religieux bouddhiste, à Tokuzi.
— Narusima (Riu-hoku), publiciste, à Tôkyau.
En voyage :
1872. Pinart (Alphonse), Q, à San- Francisco.
1873. Vaux (Georges de), *., à Andrinople.
^32 SOCIETE D ETHNOGRAPHIE.
I
able des Matières.
Pages.
Introduction; par Carnot, M. T., président de la Société i.
I. — Mémoire sur l'infériorité des civilisations précoces, par le D r Gaétan
Delauxay, M. T 9.
II. — Étude ethnographique sur les Bachkirs, population du versant oriental
de l'Oural, par Wladimir de Youferow, M. C 29.
III. — Les documents écrits de l'antiquité américaine, par Léon de Rosky,
M. T 57.
IV. — Ethnographie de l'Amérique Antarctique, par P. de Lucy-Fossarieu,
M. C 101.
V. — Ethnographie de l'Aquitaine, par Alph. Castaing, M. T 181.
l-li* *€ III* A- CARTES.
1. — Carte ethnographique des Bachkirs (impression chromolitographiqiie de Erhard)... 56.
2. — Carte géographique Aztèque (chromolithographie) 70.
3 . — Bas-relief Yucatèque (Héliogravure de Dujardin) 74.
4. — Sculpture et katouns Yucatèques (Héliogravure de Dujardin) 76.
5. — Page dite initiale du Codex Troano, avec restitutions (Héliogravure de
Lemercier et C ie ) 81.
G. — Eeuillec en écriture katounique attaché au Codex Cortcsianus (Héliogravure
de Dujardinj 81.
7-8. — Codex Cortcsianus : Tableau des Bacab (Héliogravure de Dujardin) 87.
9-10. — Le bas-relief de Bernoulli, a, h, c (Héliogravure de Dujardin) 97.
1 1-12-13. — Le bas-relief de Bernoulli, d, e, f, g, h, i, /', (Héliogravure de Dujardin). ioo.
14. — Noveni Populani, avec les concordances antiques (Tableau) 328.
1 5 . — L'Aquitaine, d'après Pline (Tableau) 328.
16. — Médailles des Aquitains (Gravure sur cuivre) 328.
FIN DU TOME PREMIER
DE i.a seconde série.
Imprimerie E. DAtTGU, ;'v Saint- Valery-en-Caux.
MÉMOIRES
DE LA
SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE
" -s.'-VW^-'N^'
NOUVELLE SÉRIE. — TOME I.
1880-84
LISTE DES AUTEURS
DONT LES TRAVAUX ONT ÉTÉ PUBLIÉS DANS CE VOLUME.
CA&TAOrO (Alphonse), M. T., avocat, — p. 181.
nui, AIWVH (le docteur Gaétan), M. T., membre de la Société d'Anthropologie, — p. 8.
liUCY-FOSSARlEU (P. de), M. C, secrétaire de l'Institution Ethnographique, — p. roi.
R©8ï¥lf (Léon de), M. T., professeur à l'École spéciale des Langues Orientales, — p. 57.
KOUFEBOW (Wladimir de), M. C, membre de la Société impériale d'Ethnographie de
Russie, — p. 29.
Saint-Valerj-m-Cauz. — Impr. E. DANGU, rit Nctienalt, if.
MÉMOIRES
DE I.A
SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE
RECONNUE COMME ÉTABLISSEMENT D'UTILITÉ PUBLIQUE
PUBLIÉS
AVEC LE CONCOURS DE I.A COMMISSION - DE PUBLICATION
PAR 1,1 i>\ «le KOSVY,
SECRETAIRE-GENERAL
PRECEDES ID'TJIsrE I3SrTI\O0DXJCXIOKr
PAR 4'1R.\«T.
sINATI-UR, MEMBRE DE L*INSTITUT, TRÉSIOKNT DE I.A SOCIÉTÉ.
NOUVELLE SÉRIE.— TOME PREMIER
PARIS
MAISONNEUVE FRÈRES & CHARLES LBCLERC ÉDITEI
LIBRAIRES DE LA SOCIÉTÉ d'eTHNOGRAPHIF
25, Quai Voltaire, 25
1885.
Jal^TE CHr\ONOLOQlQUE DE? ^RÉ^IDENTp DE LA ^OCIÉTÉ,
Première Période.
iS 59. — Le baron Paul de Bourgoing, sénateur, ancien ambassadeur.
1861. — Jomard, de l'Institut.
1862. — Claude Bernard, de l'Académie des Sciences et de l'Académie Française.
1863. — Ant. d'Abbadie, de l'Académie des Sciences.
1864. — Garcin de Tassy, de l'Institut.
Seconde Période,
1865. — L'amiral Rigault de Genouilly.
1866. — Le baron Jules de Lesseps.
1867. — I 7 . de Saulcy, de l'Institut.
1868. — Ch. Texier, de l'Institut.
1870. — Le vicomte Emm. de Rougé, de l'Institut, conseiller d'État.
1871. — Torres Caicedo, ministre plénipotentiaire.
1872. — Edouard Dulaurier, de l'Institut.
1873. ■ — Le marquis d'Hervey de Saint-Denys, de l'Institut.
187.).. — Léon de Rosny, professeur à l'École des Langues Orientales.
1875. — Isidor, grand-rabbin de France.
1876. — Carnot, sénateur, de l'Institut.
Troisième Période ~
1880. — Carnot, sénateur, de l'Institut.
cAi.
La Société d'Ethnographie entreprend de publier
une nouvelle série de ses Mémoires en format in-4°, afin
d'y faire entrer plus aisément des planches et des
cartes (1).
Cette collection est destinée à recevoir des travaux
de longue haleine, qui ne peuvent trouver place dans le
recueil des Actes de la Société, ouvert aux discours, aux
rapports, notes et autres documents de moindre étendue.
Chaque écrivain, d'ailleurs, y conserve sa liberté et
prend la responsabilité de ses œuvres.
Le présent volume renferme :
Une étude de M. le docteur Gaétan Delaunav, membre
titulaire, tendant à démontrer que les Sociétés humaines
sont soumises à la même loi que les individus et que
tous les êtres de la nature : la rapidité de leur dévelop-
(1) La première série, publiée sous le titre de Revue Orientale et Américaine
(1859-05), comprend 10 vol. in-8° avec planches et cartes; — la seconde série
1866-79) se compose de 4 vol. in-8° avec planches et cartes.
Mémoires de la Soc. d'Ethii. — I. — 188i. a
II MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE.
pement est d'autant plus grande qu'elles se trouvent
placées à un degré plus infinie ; mais elles subissent un
arrêt de civilisation, parfois môme une décroissance.
Celles qui appartiennent à un degré supérieur suivent
une marche plus lente, qui les conduit plus loin. La
précocité serait donc un signe d'infériorité, et elle
excluerait la durée.
Un mémoire sur les Bachkirs, par M. Wladimir de
Youferow, membre correspondant, accompagné d'une
carte ethnographique. Cette monographie est le fruit
d'un voyage d'exploration dans l'Oural, et de recherches
dans les travaux scientifiques publiés en Russie, travaux
malheureusement peu connus hors de ce pays.
Le compte-rendu d'un voyage en Espagne et en
Portugal , entrepris par M. Léon de Rosny , membre
titulaire, dans l'intérêt de ses études sur r Amérique pré-
colombienne. Ce voyage a permis à l'auteur de photo-
graphier et de publier pour la première fois, avec le
résultat de ses déchiffrements, un des quatre manuscrits
qui existent encore de l'antiquité Yucatèque. Ce manuscrit
est celui auquel on a donné le nom de Codex Gortesianus,
Des observations très développées de M. P. de Lucy-
Possarieu, membre correspondant, sur les Fuégiens, que
Paris a vus au Jardin d'acclimatation. Ces observations
sont complétées par des extraits de tous les auteurs qui
ont écrit sur ces curieux habitants de l'Amérique
antarctique.
INTRODUCTION. m
Enfin un mémoire de Mi Alphonse Castaing.
membre titulaire et vice-président de la Société, sur
l'Aquitaine primitive, savant travail accompagné d'un
glossaire etlmogénique qui en facilite la lecture.
Le recueil des Mémoires s'enrichira successivement,
et plus ou moins rapidement, selon les ressources de la
Société, d'oeuvres nombreuses qui déjà lui ont été pré-
sentées. Elle a livré à l'impression un grand travail de
feu M. Lucien de Kosny, sur les Antilles, couronné par
la Société d'Ethnographie, au concours de 1867, sur la
proposition d'un de ses membres fort regretté, M. Martin
de Moussv.
Nous avons fait cette énumération pour montrer
comment la Société a mérité le titre ftEtàblisgemertt
d'utilité publique, qui lui a été conféré en 1882, et
comment elle s'efforce de justifier un pareil honneur.
Depuis cette époque, d'ailleurs, le Journal officiel rend
compte régulièrement de ses séances ; et les personnes
qui s'intéressent h l'Ethnographie ont pu y prendre
connaissance des lectures laites par MM. Gaultier de
Claiibrv, Léon de Rosnv, le D r Michalowski, Madier de
Mont j au, John Fraser, Alexandre Ohodzko, Alphonse
Castaing, Joseph Halévy, P. de Lucy-Fossarieu, Alphonse
Pinart, le chevalier da Silva, Charles Lucas, Jules Oppert
(de l'Institut), Aristide Marre, Biaise, le D r Gaétan
Delaunay, Carnot (de l'Institut), Julien Yinson, le com-
mandant de Villemereuil, le capitaine Silvestre, Wladimir
ÏV- MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE.
dé Yôuferow , Aug. Lesouëf , le Rév. J. Fortescue ,
Clémence Royer, le conseiller Dubard, Gustave Dugat, le
i) r Leitner, Chevreul, (de l'Institut), Bons d'Anty, le D r
Mène, Léon Cahun, l'abbé Jules Pipart, Désiré Pector,
Oet. Pitrou, Célestin Lagache, sénateur, le D r Foley,
Matu-nami, etc., etc.
Enfin, pour rendre les études ethnographiques
accessibles à ceux là môme qui ne peuvent y consacrer
qu'une part limitée de leur temps, la Société a ouvert
dès conférences (1) et publie des livres élémentaires (2).
Il est hardi, sans doute, d'enseigner les éléments
d'une science encore en formation, et à laquelle les
savants et les voyageurs apportent chaque jour des
perspectives nouvelles. Mais cette science a fait assez de
progrès déjà pour que la terre conquise par elle soit
regardée comme une terre ferme.
CAENOT.
(1) Dans une dos salles de l'hôtel récemment acquis par la Société, 28, rue
Mazarine, à Paris. — Les professeurs, qui ont fait des cours celte année, sont
MM. Castaing, Rémi Siméon, Julien Vinson, Peuvrier, Léon Cahun et de Ilosnv.
(2) Premières notions iï Ethnographie générale, par Léon de ftèsny. Paris,
1885, in- 12 ; — Ethnographie de la France, à l'usage des écoles, par Alph.
Castaing. Paris, 1885, in- 12, avec carte imprimée en couleurs (Maisonneuve frète»
cl Ch. Leclcrc, libraires-éditeurs de la Société, 25, quai Voltaire, à Paris).
MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ D'ETHNOGRAPHIE
Les Mémoires de la Société d'Ethnographie sont publiés par travaux complets de
format in-4», imprimés sur papier vergé à la forme et accompagnés, suivant le besoin,
de caries et de planches.
Ils sont délivrés gratuitement aux Membres Titulaires.
Les Membres Correspondants et les Membres Libres peuvent les obtenir avec la
réduction réglementaire, chez Maisonneuve Frères et Leclerc, libraires de la Société,
25, quai Voltaire, â Paris.
TT
hi:.h»iki:n publies.
i. — Mémoire sur l'intériorité des civilisations précoces, par le D r Gaétan Dclaunay,
M. T. — 1881 1 fr- 50
2 . — Études ethnographiques sur les Bachkirs, population du versant oriental de l'Oural
par JV1. de Youferoiu, M. C. — 1881, avec carte chromolith 2 fr. 50
3. — Les documents écrits de l'antiquité Américaine, par Léon dcRosny, M. T. — 1882,
avec une carte en chromolithographie, 10 planches héliogravées et des gravures
sur bois dans le texte 8 fr, 75
4. — Ethnographie de l'Amérique Antarctique, par P. de Lucy-Fossarieu, M. L. —
1884 5 &• »
5. — Ethnogénie de l'Aquitaine primitive, par.-/. CasU&ng, M. T. — 1885, avec trois
planches u "'• 50
■ " " '
POUR PARAITRE PROCHAINEMENT ■.
— N° 6. —
LES ANTILLES
Étude d'Ethnographie et d'Archéologie Américaines
Par LUCIEN DE BOS\Y.
/Publication Posthume).
s
îaint-Yalery-cn-Caux, Impr. E. DANGI