HANDBOUND
AT THE
UNIVERSITY OF
TORONTO PRESS
/
ADAM SKALKOWSKI
LES POLONAIS EN EGYPTE
1798—1801
CRACOVIE - G. GEBETHNER ET CH
1910.
U^i V2.W
- /
LES POLONAIS EN EGYPTE
JOSEPH SULKOWSKI
D'après un dessin de Dutertre, gravé dans l'Histoire de l'expédition par Reybaud.
ADAM SKALKOWSKI
LES POLONAIS EN EGYPTE
1798—1801
I
CRACOVIE — G. GEBETHNER ET OJ
1910.
D^liîet
Bibl. B:r^.
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2. 1 5
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Tous droits de reproduction et de traduction réservés pour tous pays.
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JAN 8 1964
§74822
Imprimerie de l'Université à Cracovie, Gérant Joseph Filipowski.
L'idée d'une expédition en Egypte à peine conçue, on vit
le nom polonais s'y attacher, quelqu'étrange que pût paraître
cette liaison.
De cette expédition, Bonaparte en parle au mois de sep-
tembre 1797, Berthier, Monge, Reynier, Desaix en discutent
dans les jardins de Passeriano; et l'idée d'une conquête civili-
satrice se dessine avec une clarté éblouissante i... — «La France,
... établie dans ce pays, deviendrait un peu plus tôt, un peu plus
tard, maîtresse de l'Inde; le riche commerce de l'Orient repren-
drait son ancienne route par la mer Rouge et la Méditerranée;
Alexandrie aurait été appelée à être la tête de l'univers; l'eau
du Nil, répandue autour d'elle fertiliserait un grand nombre
de campagnes... Mille écluses maîtriseraient et distribueraient
l'inondation sur toutes les parties basses du désert... De nom-
breuses émigrations... quadrupleraient sa population... Une
grande nation, comme du temps de Sésostris et des Ptolémées
couvrirait cette terre; par sa main droite, elle appuyerait aux
Indes, et par sa gauche à l'Europe». — Cette idée, on ne la
retrouvera plus telle quelle dans la misère quotidienne d'une
existence précaire en Egypte et en Syrie; elle se tait au milieu
des tristes solitudes du désert, elle s'enfuit des villes empestées.
1 Corr. XXIX, p. 429, XXX, p. 11. Pour connaître l'origine de ces idées
lire Mémoire sur V Egypte, considérée comme possession agricole, commer-
çante, militaire et politique (Paris an VI; seconde édition de l'an VII, aug-
mentée d'un supplément intéressant, relatif aux événements politiques qui
ont suivi ou peuvent suivre la conquête de cette belle région par l'armée
française), p. 2, 3, 4, 8, 22, et Considérations politiques par M"' (1783). L'au-
teur n'est pas Mignonneau, comme l'affirmait Barbier, mais Magallon {voir
Thibaudeau: Histoire générale de Napoléon Bonaparte, Chuerre d'Egypte,
I, p. 4; Reybaud: Histoire scientifique et militaire de V expédition... III,
p. 213).
VI PREFACE
elle se meurt dans le souffle brûlant des sables. Cette idée^
riche de toutes les richesses d'un Orient lointain, belle de tou-
tes les beautés d'une jeunesse entreprenante, l'Empereur la fera
miroiter une fois encore, mais ce sera sur son rocher d'exil,
seulement pour opposer au néant du présent la grandeur d'un
rêve passé. Et alors ses anciens compagnons ne Técoutent plus:
ils ont déserté la vie.
Quand on aurait fait la paix avec l'Autriche et l'Angleterre,
8000 Polonais réunis aux quelques autres divisions, devaient
partir de Venise pour l'Egypte K De l'Europe pacifiée on voulait
les transporter sur un nouveau champ de gloire. Quelque belle
carrière militaire qui s'y ouvrit pour eux, les forces nécessaires
leur manquaient.
Et non seulement les forces matérielles, mais le ressort leur
faisait défaut. Réunis depuis peu dans la légion d'Italie, ces
prisonniers de guerre autrichiens, mal armés, mal équipés, bien
souvent pieds nus, désiraient au plus vite entrer dans les rangs.
La guerre touchait à sa fin. Ils ne pouvaient plus, en masse,
participer aux grands combats et partager les honneurs de l'ar-
mée d'Italie. Ils ne pouvaient pas non plus acquérir l'organisa-
tion solide ni l'esprit de corps. L'amour de la gloire, l'attache-
ment au drapeau, la discipline, tous ces éléments essentiels
pour la consistance d'une armée ne distinguent pas les régi-
ments d'une création trop nouvelle. Ce qui leur donne la co-
hésion, l'endurance, l'entraînement, ce sont les sentiments ap-
portés de la Pologne, le désir de la servir, l'espoir de la re-
voir. Ces sentiments, les officiers les professent bien hautement.
Ils ne veulent pas être traités de mercenaires. Ils n'avaient pas
quitté leurs maisons, leurs biens, leurs familles, pour gagner
quelques sous d'une misérable solde, pas même pour s'appro-
prier quelques arpents d'un sol ingrat. Ils n'étaient pas davan-
tage guidés par l'amour des aventures, des exploits guerriers.
Les soldats se seraient crû déportés si on les avait embarqués
pour une guerre coloniale. Ils ont une peur instinctive d'un
voyage par mer, qui mettrait entre eux et leur patrie cette
vaste étendue d'eau inhospitalière.
* Notes de voyage du général Desaix: Suisse et Italie. (Carnet de la
Sabretache, 1898, p. 811, 818).
PREFACE VII
Ces raisons prévalurent évidemment, parce que dans les
arrêtés qui déterminent la composition de l'armée d'Orient, il
n'est plus question des Polonais. Individuellement ils y pou-
vaient participer, sans cependant avoir beaucoup de chances.
On se disputait l'honneur d'être de l'expédition, et, à cette épo-
que, très peu de Polonais avaient eu déjà quelque occasion de
se faire remarquer au quartier général. Trois seulement, Sui-
kowski, Lazowski et Zaj^czek, furent inscrits sur les états des
corps qui allaient s'embarquer. Bien que peu nombreux, leur
part aux événements n'était nullement insignifiante. Aux mo-
ments décisifs on les apercevait très distinctement, souvent
même au premier plan, parmi les grands auteurs et acteurs du
drame dont les vicissitudes captivèrent longtemps l'attention
de cette génération. Dans la tragédie de leur vie on peut étu-
dier celle de l'armée et dans leurs écrits voir, comme dans un
microcosme, se dérouler toute l'histoire de cette campagne.
L
Nul doute que le rôle de Suîkowski ne fut le plus émi-
nent; quelque grade qu'il eût dans la hiérarchie militaire. Sim-
ple capitaine d'infanterie, comme aide de camp du général en
chef, il était de ce petit nombre d'affîdés qui, au château de
Passeriano \ et plus tard à l'hôtel de la rue Chantereine à Pa-
ris, discutaient, élaboraient, dirigeaient les plans d'expédition.
Il y avait plus d'un titre. Et d'abord la jeunesse de son âme:
pleine d'enthousiasme, trempée dans les malheurs de son pays,
mais toute confiante dans l'avenir et débordante d'énergie. En-
fant d'une mère humiliée % élevé à la cour princière de son
1 Bourrienne: Mémoires (Paris, 1839), II, 45. La Jonquière: L'ex-
pédition d'Egypte, I, 322: Monge à Bonaparte (de Rome, 15 mars 179S):
«...Je n'espère trouver ici ni cartes, ni renseignements: ainsi il est néces-
saire que vous fassiez recueillir à Paris plusieurs exemplaires de chacun
des ouvrages que nous avions à Passeriano, et d'autres encore s'il en existe.
Le citoyen Suîkowski doit en avoir la liste».
2 J. Sulkowski. Mémoires historiques, politiques et militaires sur les
révolutions de Pologne 1792, 1794, la campagne d'Italie 1796, 1797, l'ex-
pédition du Tyrol, et les campagnes d'Egypte 1798, 1799. Par Horten-
sius de S* Albin (Paris, 1832), passim. L'auteur a recueilli beaucoup de
détails « sur les lèvres » de son père, «ami intime» de Suîkowski. Donc, en
vin PREFACE
«oncle» paternel, son cœur connut une tragédie personnelle
bien avant de connaître celle de la patrie.
Quelles furent donc les péripéties de sa vie?
Joseph Sulima comte de Suikowski naquit en 1770 ou 1771
d'un colonel aux troupes impériales Théodore. Il avait pour
parrain et protecteur Auguste prince SuJkowski, riche seigneur
de Rydzyna, d'une ambition démesurée, qui se fit nommer grand
d'Espagne et paire d'Angleterre, qui s'obstinât à s'approprier un
palatinat en Pologne, l'ordre du Saint-Esprit en France, et qui
n'en était pas moins homme d'intelligence très bornée, dépourvu
de conscience et de dignité nationale. L'enfant destiné à la
carrière diplomatique, traîné par son oncle à travers toutes les
cours d'Europe, dans son uniforme de grande tenue, tantôt ce-
lui de chevalier de Malte, tantôt celui d'un régiment de la fa-
mille, n'a-t-il pas dû bien vite cesser de pleurer sa pauvre mère^
plébéienne? On dit qu'il secourait ses parents aussitôt qu'il pou-
vait disposer de quelques moyens; par l'article VI du majorât ^
de la famille Suîkowski de 1783, il fut doté de 12.000 florins
lisant cette biographie, on est tenté de croire que l'histoire y cède beau-
coup de place à une légende pieuse. Cette défiance (bien naturelle) nous
a fait citei' tous les documents que nous pouvions retrouver, mais il faut
avouer qu'ils sont peu nombreux et, tout compte fait, s'accordent entiè-
rement avec le récit de 8* Albin. Du reste la deuxième partie de son livre
contient: Pièces historiques autographes de J. Suîkowski.
V «La comtesse» Suîkovv^ska survécut au premier Empire; le 25 novem-
bre 1814, elle fit, par l'intermédiaire du général Thomas Pomian Lubienski,
une demande au gouvernement français pour rentrer en jouissance d'une
pension de 6000 francs accordée par Napoléon [Arch Adm.).
2 Zychlinski: Zlota ksiega sslachty poîskiej (Livre d'or de la nob-
lesse polonaise), IV, p. 309, 326—7: « Ostrzegam sobie, jako pierwszy Or-
dynat, y dla Familii kommenderyi Maltanskiej z dwunastu tysiecy zîotych
rocznego dochodu fundator, iz ta pensya zavi^sze ma byé pïacona najbliz-
szemu ordynata krewnemu, w domu i imieniu Suîkowskich zyj^cemu. Te-
raz zas poniewaz ksiaze Alexander jest pierwszy po mojej linii w porz^dku
starszeiîstwa do ordynacyi sukcesor, tudziez ksiaze Franciszek jest takze
kommenderem maltanskim, viriçc wyzej rzeczona dwunastu tysiçcy zïot.
pensya, luboby po mojej smierci ksiîjzçciu Antoniemu, jako kommenderowi
maltanskiemu fundacyi Famiiii nalezaïa, jednakze majac wzgl^d na Jmci
pana Jôzefa Suîkowskiego, W. Jmci Pana Teodora graffa Sufkovi^skiego, puï-
kownika wojsk cesarskich, syna, mioc chcç, azeby po smierci mojej ta pen-
sya dwunastu tysiecy zIp. Jmci panu Jôzefowi graffowi Suîkowskiemu co-
rocznie pôki zycia jego przez ordynata wypîacona byïa^.
PUEFÂCK IX
de Pologne, attachés à une commanderie de Malte; après la
mort d'Auguste Sutkowski, 1786, ses tantes «s'intéressèrent à
son sort»; ses besoins personnels étaient toujours modestes.
D'une intelligence précoce, doué d'une imagination très vive,
mais silencieux, mélancolique, d'une santé frêle, il s'éprit dans
son adolescence des grandes idées du siècle, qui précédèrent la
Révolution. Ce fut la cause d'une scission profonde entre lui
et son oncle. Il se trouva éloigné par ses opinions avancées
même de la majorité réformatrice de la dernière diète. — A cette
époque une de ses sœurs venait de mourir d'une maladie de
poitrine. Suîkowski était obligé de se soumettre à un régime
rigoureux. Sa vie d'alors, chaste et laborieuse, était p<';rtagée
entre le service de garnison et les travaux d'art nùlitaire et
de sciences auxiliaires, l'histoire et les langues pour lesquelles
il avait une aptitude toute particulière.
En 1 792, il fît la guerre contre les Russes en Lithuanie,
avec son ami et maître Michel Sokolnicki. Lui-même a jeté
une vive lueur ^ sur les «détails historiques» de cette «caïastro-
phe sanglante, qui précipita une nation brave, mais malheu-
reuse dans les fers de la Russie». Sur la part prise par lui
dans cette campagne existe une opinion contemporaine. Michel
Zabieî'to, «lieutenant général, commandant en chef des armées
de la République de Pologne en Lithuanie, étant requis par
M. le comte Suikowski, capitaine du régiment Dziaiyhski. de
l'annoncer pour sa démission du service de la République: rend
témoignage ^ que commandant de 500 chasseurs durant cette
campagne, le dit comte de Suikowski, s'est non seulement ac- [
quitté de son devoir, mais que dans les affaires de Swisioczi
et Krzemien, il a donné des preuves d'une valeur brillante, et ^
d'une rare capacité qui le mettront un jour au rang des oftl- J
ciers du premier mérite».
Ce jour n'est pas proche. Il ne luira même jamais sur le
sol polonais. Car voici que Suîkowski vient de s'expatrier.
Ce mouvement d'expatriation fut assez général parmi les
nonces de la diète et les chefs de l'armée qui s'élevèrent avec
indignation contre la paix honteuse et l'acte de réconfédération
1 S* Albin, II, p. 1-78.
2 A Stanisîawôw, ce 30 juillet 1792.
X PREFACE
de Tar2:owica; Suîkowski crût d'ailleurs que sa propre sûreté
l'exi^'cait, étant donné ses opinions. Et il avait des causes toutes
particulières de le croire. «Le lâche Stanislas ayant signé la
perle de la Pologne, le 23 Juillet ^ 1792, plusieurs officiers de
l'armée de Lithuanie ont voulu faire faire insurger les troupes^
et dressèrent une ^ espèce d'acte de confédération signé par
onze (du nombre desquels je fus), mais apprenant que l'armée
de la Couronne sur laquelle tous comptaient, avait déjà accepté
l'armistice offert par les Russes, ils crurent la chose publique
perdue sans ressource, et se séparèrent ^ », Il demanda à l'en-
vové de la France à Varsovie des lettres de recommandation*
1 Barré: aoust.
2 «un» dans roriginal.
3 La suite de cette pièce autographe (sans signature, Arch. Adm ):
« Prévoyant après cette défection qu'il ne restera bientôt d'autre parti au
signataire que d'émigrer, je demandai au général Zabielo le certificat ci-
joint qui est une pièce particulière de lui à moi. Quelques jours après le
(iit général ayant reçu l'ordre du Conseil de Guerre de nommer à diverses-
places vacantes, il me conféra celle de premier major dans le nouveau
batalion de chasseurs, que j'avais commandé durant toute campagne. L'or-
dre de la publication de nomination resta comme de coutume à la chan-
cellerie, j'en pris seulement un extrait, dont je joins ici la traduction».
Extrait de la chancellerie militaire du G. D. de Lithuanie se trouvant
près du L. G. Michel Zabi lo, commendant en chef l'armée de ce Du-
ché: concernant la publication de la nomination du G. J^' Sulkowski, cap,
dans le rég. de Dzialynslvi commendant le batalion nouvellement érigé de-
chasseurs: au grade de Premier Major dans le dit baîaillon. La teneur de
cet ordre est le suivant.
Moi Michel Zabielo, lieutenant général commendant en chef l'armée du
Grand Duc é de Lithuanie etc. etc. etc.
J'enjoins au major Suchodoleç remplissant près de moi les devoirs d'ad-
jutant général, qu'il publie incessamment la nomination du C. J'' Sulkow-
ski, capitaine dans le régiment de Dzialynski et commendant le bataillon
nouvellement érigé de chasseurs, au grade de Premier Major dans le dit
bataillon. L'accomplissement du teneur de cet ordre est fortement recom-
mandé. Donné dans le camp de 8tanisla\vow, le 1 d'aoust l'an 1792.
C'est conforme à l'original, signé K. Suchodoleç, major adjut génér.;
plus bas Zaleski, lieutenant requis pour le service de la chancellerie.
4 Arch. aff. Etr., Pologne, corr., v. 320, f. 179—180.
Affaires particulières, 1792. — Le ministre des Affaires étrangères.
Le 16 d'aoûst l'an 4-me de la liberté française, de Varsovie. — M. le c.
Sulkowski part pour la France avec le désir d'être emploie dans nos armées.
Je me suis chargé avec plaisir de vous annoncer sa personne et ses
pkefacp: XI
pour aller se rallier aux défenseurs de la cause de l'humanité.
Déjà la liberté et la gloire militaire sont tout pour lui. Comme
il ne pourrait ni jouir de l'une ni acquérir l'autre en Polog:ne\
il dit adieu à la patrie. Certes, ce n'est pas pour toujours. Il
l'affirme^: «Je me perfectionnerai dans l'art militaire; ce grand
levier des tyrans doit être saisi par les hommes libres,... pour
délivrer son pays du joug de la force étrangère, il faut parve-
nir à commander une armée; pour la commander avec succès.
il faut avoir l'éclat de quelques services qui inspirent la con-
fiance». Mais «ne- doutez pas qu'à la moindre occasion où la
patrie pourrait avoir besoin de mon bras, je n'accourusse du
bout de notre globe lui oflrir mes services ». — Il avait bea.u
dire, ce n'était pas facile à exécuter. Au moins il ne devait
pas trop s'éloigner, bien que son départ fût pleinement justifié.
Car Frédéric Guillaume II n'a-t-il pas proclamé dans la décla-
ration concernant l'entrée de ses troupes en Pologne^ qu'il fai-
sait une croisade contre les Jacobins de la Pologne, «secta-
teurs ardents d'un amour de la patrie mal entendu». «Ce qui
a exigé impérieusement l'attention du Roi de Prusse et
des puissances voisines, c'est la propagation du démocratisme
intentions, assuré que vous en aurez beaucoup à connoitre l'une et à ap-
plaudir aux autres.
L'illustration du nom de Sulkowski vous en dit assez, Monsieur, sur ia
famille de celui dont j'ai l'honneur de vous, parler: c'est une des plus di-
stinguées de la Pologne, par son rang, ses dignités, et ses richesses, et
nous devons reconnoitre comme une dette particulière que les sentiments
de beaucoup de ses membres nous onts souvent fait contracter tous les
égards et tous les services que les circonstances nous mettent à portée de
leur rendre.
Le c. Sulkowski a en outre des quahtés propres qui le recommandent
personnellement et vient de servir, très brillament dans l'armée de Lithua-
nie dont il commandait les chasseurs. Plusieurs actions d'éclat onts signalé
sa valeur et onts laissé appercevoir le germe des dispositions militaires les
plus heureuses, il n'y a point d'éloges que les général en chef ZabieJo ne
m'en aye fait.
Tout se réunit donc, Monsieur, à me faire attacher beaucoup de prix,
à ce que vous veuillez bien accueillir M^' Sulkowski, et vous rendre auprès
du Ministre de la Guerre, l'organe pressant des offres de service qu'il va
lui porter. Marie Descorches.
1 S' Albin, II, 80.
2 S' Albin, I, 73, II, 80.
' Arch des aff. étr., Pologne, corr., suppl., v. 16, f. 296.
X 1 1 PREFACE
français et des principes d'une bande exécrable qui cherche
à se taire partout des prosélytes et qui a déjà trouvé tant de
p;irtisants en Pologne». Quelques misérables que soient ces
prétextes, quelques peu nombreux et insignifiants que soient,
à vrai dire, ces jacobins de Pologne, SuJkowski est des leurs;
i! est fou de liberté, il doit donc prendre garde.
Il passe en France, et se trouve à Paris, l'an deux de la
République; mais quelques déceptions cruelles ne lui furent
pas épargnées. Il en rend compte ^ dans une lettre du 2 mai
1793: «Depuis trois mois que je suis en France, je n'ai encore
pu obtenir du service, mais cela n'est pas étonnant; l'ineptie
du ministre Pache au commencement, le départ de Descorches
sur lequel je comptais beaucoup, les dispositions singulières du
ministre Beurnouville qui ne voulait pas que l'armée fût rem-
plie de vrais patriotes, mais seulement de gens dévoués à Du-
mouriez, ont été au commencement la raison qu'on a refusé
mes offres, en outre que la trahison d'un de mes compatriotes
M. Mii^czynski^. qui, corrompu par les promesses de Dumou-
riez, a voulu livrer Lille aux Autrichiens ^ et l'insuffisance de
Turski qu'on avait fait colonel par des raisons secrètes, ont
jeté un préjugé un peu défavorable sur les Polonais». — Casimir
La Roche, ancien interprète de l'ambassade française à Varso-
vie et alors protecteur naturel des émigrés, s'en plaignait avec
bien plus d'amertume au ministère des affaires étrangères*:
«Je crois avoir acquis le droit de recommander par votre en-
tremise à la protection de la République française les Polo-
nais qui ont acquis des titres à notre fraternité par la persé-
1 S' Albin, II, 79.
2 «Mizegurski» dans le texte publié par S^ Albin.
=^ Moniteur univ., p. 611, du 21 mai 1793: Jugement qui condamne à la
peine de mort Joseph Miaczyriski, âgé de 42 ans, né en Pologne, général
de brigade.
4 Arch. d. Aff, Etr., Pologne, corr., 321, f. 263—5: «Tableau exact des
Polonais demeurant actuellement en France», 19 avril 1793. Sur la «Liste
<les noms et demeures des Polonais désignés dans la dernière partie de la
lettre»; «Le citoyen Sulkovsky, officier dans l'armée polonaise et ayant
servi avec distinction dans la dernière campagne contre les Russes, hôtel
de Moscovie, rue des Augustins ». En marge de la main propre de La
Roche: «Ne pouvant obtenir de service militaire en France parti pour
l'Italie».
PREFACE XII E
cution que leur ont vouée nos enneniis communs, les tyrans
couronnés; le Conseil exécutif leur a déjà rendu justice, en ob-
servant aux administrateurs de police ^ que presque tous les
Polonais qui sont ici sont des zélés patriotes de ce pays là,
qui ont été forcés d'émigrer. Cependant tous ont été vexés^
persécutés par les comités de leurs sections, qui leur ont scellé
les papiers, enlevé les armes, et loin de s'en plaindre ils n'ont
vu dans toutes ces mesures de rigueur que les démarches ex-
citées par les circonstances et justifiées par la nécessité. Mais la
République doit à sa dignité, les Français doivent à des vic-
times de despotisme de mettre enfin un terme à cette inqui-
sition ».
Suîkowski^ «se fit reconnaître citoyen français et il se dis-
posait à aller servir sa nouvelle patrie sur la frontière, lorsque
le citoyen ISémonville, nommé ambassadeur de la République
à la Porte, crut devoir l'attacher, comme un homme qui pou-
vait être employé très utilement dans les affaires de la Po-
logne, dont la surveillance lui était particulièrement recom-
mandée^». Or cette mission en Orient ne devait pas être sans
influence sur l'avenir de son pays. A Varsovie «le bruit est*
d'ailleurs assez général... que Monsieur de Sémonvilie a plu-
sieurs millions à sa disposition pour amener une diversion de
» Voir aux Arch. Nat. A F" 7: Lettre des administrateurs du départe-
ment de la police au Conseil exécutif. Ils proposent pour venger l'outrage
fait par le gouvernement polonais au chargé d'affaires de la France à Var-
sovie, d'user de représailles contre les Polonais à Paris (9 avril 1793). Ce
jour-ci Conseil exécutif provisoire « arrête qu'il n'y a pas lieu à exercer
contre les Polonais qui sont à Paris les mêmes représailles qui ont été
déterminées contre les Russes par la délibération du Conseil du 5 avril
1793 (Rec. des Actes du Com. de salut public. III, 169).
2 Voir aux Arch. Adm. de la Gu. rapport présenté au ministre de la
guerre, Petiet, le 21 germinal an IV (10 avril 1796).
' Georges Grosjean: La mission de Sémonvilie à Constantinople 1792
— 1793 (Paris 1887), p. 10, 13, instructions pour Sémonvilie: «La guerre
qui s'allume entre la Russie et la Pologne ne peut manquer d'offrir à M. de
S. des occasions et des moyens dont son intelligence saura protiter». «M. de
S. pressentira la Porte sur la possibilité d'un projet d'alliance offensive et
défensive entre la République française et l'Empire ottoman, dans lequel
entreraient la Prusse, la Suède et la Pologne....»
^ Descorches à Le Brun, Varsovie, ce 10 octobre 1792 (Aff. Etr., PoL,
corr., 320, f. 280), Grosjean, 18.
XIV PREFACE
ce côté». Au moins le territoire turc doit être un refuge pour
les patriotes polonais et, dans leurs dessins ultérieurs, un point
d'appui. «11 existe un plan secret (qu'on notifie ^ alors au nni-
nistre des relations extérieures de la France), ce plan dont le
citoyen Descorches à Constantinople et Tngestrônï à Stockholm,
ainsi que tous ceux qui doivent y concourir dans l'intérieur de
la Pologne, ont déjà des instructions, est une fomentation de
désertion dans toute l'armée polonaise et particulièrement celle
cantonnée vers les bords du Dniestre et les frontières de Po-
méranie. Toutes les dispositions sont faites, il ne s'agit plus
que de convenir des points de ralliement en Valachie, Molda-
vie et Poméranie». Kosciuszko en avait parlé à l'agent français
à Leipzig'^ et avait promis son consentement «si toute insur-
rection en Pologne devenait impossible».
Sulkowski avait devancé Sémonville à Venise ^ «Mais sur
Tordre qui lui fut donné par le gouvernement vénitien d'en
sortir sous 24 heures^ le citoyen Noël, envoyé de France à Ve-
1 La Roche dans la lettre du 19 mai et oelle du 18 août 1793 (Pologne,
corr., 321, f. 31H-5 et 478, voir aussi f. 556, 564, 567).
2 Lettre de Pierre Parandier au ministre des aff. étr., Leipzig, le 10
septembre 1793 (PoL, corr,, 321, f. 506).
3 Arch. Adm. Rapp. du 10 avril 1796.
4 Voir aux Arch. d. Aff. Etr., Venise, corr., v. 250, f. 306, lettre de Fr.
Noël, ministre plénipotentiaire de la République française à Venise, au mi-
nistre des affaires étrangères (Deforgues).
Venise, le 6 juillet 1793.
Le citoyen Venture est arrivé ici 3 du courant au matin. Il m'a remis
votre dépêche du 27 mai. .Te me suis empressé de me conformer aux ordres
qu'elle contenait; mais... avec un peu plus de connaissance du terrain...
il nous a été démontré qu'il était impossible d'obtenir une frégate de ce
gouvernement. Sa faiblesse et sa position géographique lui font trop une
loi de ménager sa redoutable voisine pour que cette proposition ne lui fît
pas une peine extrême; et dans l'hypothèse même où il aurait pour nous
quelque penchant secret, nous nous exposerions encore à un refus. Mais
cette hypothèse est loin d'être fondée, du moins si nous en pouvons juger
par sa conduite non seulement à l'égard des Français patriotes, mais même
à l'égard des étrangers qui témoignent quelque attachement à la révolu-
tion. Nous venons d'en faire aujourd'hui même la triste expérience. Le
jeune Suïkou^ski n'avait précédé le c. Venture que de quelques jours, deux
fois seulement il était venu à la maison de France: il n'en a pas fallu
PREFACE XV
liise, qui présumait que Sémonvilie s'acheminerait par Flo-
rence ^ le fit partir pour cette ville. A peine y était-il arrivé
qu'il a appris l'arrestation de Sémonvilie 2, 11 allait repasser en
France, lorsqu'il reçut du ministre l'ordre de se rendre à Alep
et d'y attendre des instructions relatives à une mission dont
il devait être chargé dans l'Inde».
Il est alors si maléquilibré qu'il prendra à tâche de «mi-
ner la prépondérance des Anglais dans cette riche partie du
monde». De grand cœur même, car il rêvait depuis longtemps
ces exploits lointains. — A Varsovie déjà, il écoutait pro-
bablement Jean Potocki raconter son voyage en Egypte-^ et il
d'avantage pour éveiller les inquiétudes de cet ombrageux gouvernement.
Ce matin un huissier est veiiu lui signifier le même ordre qu'à Belleville...
Je crois donc avec Henin que pour Sémonvilie le plus sûr est des passer
comme voyageur et le plus rapidement possible. Je le lui ai mandé à Flo-
rence où il n'était pas encore arrivé».
Dans la réclamation contre l'expulsion des citoyens français (Gounod,
Lefaivre, Belleville, Chanaleilles et Denon), présentée au gouvernement vé-
nitien le 16 juillet 1793, on trouve ce passage: «Peu après encore, un jeune
Polonais, le comte Suîkowski arriva à Venise: il venait de France où il
avait quelques relations, et des recommandations particulières le mirent
dans le cas de venir deux ou trois fois dans la maison de France. Omq
ou six jours après son arrivée, c'est à dire, le 6 du courant, ordre lui fût
donné de sortir de Venise dans les 24 heures et des Etats vénitiens dans
trois jours». Arch. des Aff. Etr., Venise, v. 250, f. 321.
1 Voir aux Arch. des Aff. Etr., Turquie, corr., suppl., v. 22, f. 272 ~ 7,
«Instructions particulières pour le citoyen Sémonvilie, ambassadeur de la
République près de la Porte -Ottomane, devant séjourner quelque temps
à Florence avant de se rendre à Constantinople». Becueil des actes du Co-
mité de salut public, IV, 235, 500.
2 Avant cet incident le départ de Sémonvilie avait été suspendu pendant
plusieurs mois par la méfiance de la Porte. Il était de plus devenu suspect
au gouvernement français (Bec. des actes du G. de s. publ, IV, 58, 67, 83,
96—7, 99). Ibidem, III, 21. Les commissaires dans les Bouches-du-Rhône et
la Drôme (Boisset et M. Bayle) à la Convention, 1 avril 1793: «Les am-
bassadeurs d'Angleterre et de Pologne dissimulent mal leur impatience de
voir arriver Sémonvilie. Au lieu de hâter son départ on laisse à la Pologne,
le temps d'être écrasée par l'ambitieuse Catherine».
Quant à l'arrestation, voir aux Arch. Etr. Toscane, v. 145 B., corr.,
f. 199—200: lettre de La Flotte, min. rés. de la Rép. à Florence.
3 Voyage en Turquie et en Egypte, fait en Vannée 1784 (A Varsovie,
1788).
XVI PIŒFACE
avait commencé l'étude du turc ^ Plus tard cette préoccupa-
tion s'accentuera chez lui sous Tinfluence de Venture^, vieux
secrétaire -interprète pour les langues orientales, qui travaille
à cette époque à la réorsfanisation du service consulaire dans
le Levant.
Il quitte donc l'Europe et court le monde pour contenter '
sa passion de voyages qui seule contrebalance en lui la pas-
sion des armes. Mais cet éloignement ne devait-il pas le croire
préjudiciable à son pa^/s? En flânant dans les rues du quartier
de la Monnaie n'a- 1- il pas déjà ressenti une secousse doulou-
reuse à la nouvelle des préparatifs du second partage? N'a-t-il
pas dit tout récemment: «Si j'avais été sûr de mon régiment
à l'entrée des Prussiens dans la Grande -Pologne, ils auraient
peut-être, en dépit de tout ordre contraire, trouvé une rési- |
stance plus considérable que celle de Bage ou de Pose; j'y
aurais soutenu l'honneur des armes polonaises ou creusé mon
tombeau 3)). Et pourtant les pronostics d'une crise prochaine
se multipliaient chaque jour. La diplomatie française les sig- |
nalait. «On s'attend à une explosion nationale en Pologne»,
avertit Parandier^. Le désespoir et l'indignation des Polonais
semblent y conduire.
Et c'était à un pareil moment que Sulkouski s'en allait, si
loin, et si vite.
Le sort ne tarde pas l'en châtier. Car voici qu'il lui fait
jouer le rôle d'un aventurier romanesque, à l'heure où la Po-
logne touchait à ses derniers instants. Sulkowski attend vaine-
ment en Syrie les ordres du ministre Lebrun, pendant cinq
mois. Il étudie l'Orient, le caractère des habitants, les res-
sources du pays et son histoire, il apprend la langue arabe.
Mais ces loisirs dont il use malgré lui sont interrompus
brusquement par l'écho d'un orage lointaine Cet orage ravage
sa patrie.
1 S' Albin, I, 47.
î Arch. d. Aff. Etr., Turquie, suppl. 23, f. 6-7, 8—11.
' Albin, II, 80.
* Au ministre des affaires étrangères, Leipzig, le 10 et 14 septembre
1793 (Arch. des Aff. Etr., Pologne, corr., v. 321, f. 506 et 509).
» Lavallette dans ses Mémoires et souvenirs (Paris, 1831, p. 190 — 1)
donne autre version dont la valeur, bien entendu, n'est pas celle d'un do-
PkEFACE XVII
Il s'embarque, arrive à Coiistaniin'jpie, va tiuaver iinrné-
diaternent Descorches, lui demande des renseignements, des
ordre;;. C'est en vain. L'incertitude règne à i'ambah^sade, on y
flotte entre les nouvelles contradictoires, celles de Paris et celles
des envoyés des puissances coparLa^ea.nteB, on y est indécis,
hésitant. Les rapports de rambas.Tade donnent le tableau
exact de cette situation.
A l'occasion de la fête de i'iiiauguralion du pavillon répu-
blicain dans le port de Constantinople, le 10 niessidor i'an 2,
les toasts sont portés: aux succès des armes polo biaises et
à l'exécration du roi de Pologne qui a dit aux Polonais en
insurrection: mêliez vous des maximes iac( bines ^. Mais, à vrc. i
dire, on ne savait rien de positif. Douze jours plus tard, le 10
juillet 1794, Descorches en répondant à La Roche qui mandait
les événements favorables, écrivait^: «Cela va bien en Pologne.
Les Russes et les Prussiens font pourtant beaucoup sonner
un échec de^.s insurgents dans une bataille du 6 juin où le roi
de Prusse commandait en personne». Et à la Commission des
relations extérieures, le 6 thermidor •-: a La nouvelle est ar-
rivée ici depuis quelques jours d'un échec considérable que
la cause polonaise aurait éprouvé par la perte de Cracovie et
de son territoire, dont le roi de Prusse se serait emparé, après
avoir battu l'armée de Kosciuszko. On aggrave cet événement
en disant qu'il n'a coûté presqu'aucuns efforts aux Prussiens,
et qu'il est la suite de la mésintelligence qui s'est introduite
parmi les insurgents. J'espère encore que la malignité et surtout
l'intrigue ru^se fort active pour amortir les justes espérances
et l'essor que la courageuse entreprise des Polonais est faite
pour communiquer aux Turcs, auront la plus grande part à ces
bruits, mais je suis malheureusement sans informations dignes
cument contemporain: «Le Comité de salut public désirait avoir un agent
dans l'Inde, Suîkowski se chargea de cette mission; il était déjà arrivé
audelà d'Alep, quand les Anglais le dépistèrent, et le firent piller par les
Arabes pour connaître ses instructions. Echappé de leurs mains, il revint
à Paris ».
1 Procès verbal de la fête... [Arch. des Aff. Etr., Turquie, corr., v. 188,
f. 216).
« Ibidem, f. 279.
» 24 juillet 1794. Ibidem, f. 333.
Les Polonais en Egypte. II
XVII 1 PREFACE
de foi, qui puissent me mettre à même de détruire l'effet de
ces manœuvres. Des raisonnements ne suffisent pas pour faire
voir les aveugles, marcher les paralitiques ». Les détails des
combats livrés autour de Varsovie assiégée, ne peuvent pas
percer à travers les gardes ennemies. Non seulement on fait
courir les rumeurs des plus alarmantes, ont les notifie au gou-
vernement ottoman. «Les trois ministres russe, prussien et im-
périal se sont réunis pour donner officiellement à la Porte la
nouvelle que Varsovie avait été prise par les Russes, la Li-
thuanie soumise i». «A les en croire, c'en serait déjà fait de l'in-
surrection polonaise». Il était « aisé de sentir ^ les raisons assez
fortes, si cependant il peut en exister jamais pour justifier le
mensonge », que ces messieurs croyaient avoir «de tenir ce
langage, à Constantinople principalement». Néanmoins dans
cette circonstance -ci, relativement aux Polonais, entièrement
dépourvu, comme il l'était de nouvelles directes, l'envoyé de
la France ne pouvait se défendre de quelques inquiétudes. Et
ses efforts pour tirer les Turcs de leur léthargie échouaient
com.plétement.
Alors Suîkowski se charge de transmettre des dépêches
à Kosciuszko et à Ignace Potocki. Quelques dangers qu'il pût
courir, en raison de la sévère et vigilante inquisition des Au-
trichiens et des Russes, cela valait mieux que de rester té-
moin inactif des dissensions françaises à ConstantinopIe^ que
de s'y exercer au fade métier d'un rhéteur décadeur*, et, le
«jour mémorable où le thrône chancellant d'une cour corrom-
pue a été renversé à jamais par le courage des braves sans-
culottes» chanter en chorus la chanson de la Gamelle, et boire^
1 Descorches à la Commission des relations extérieures. Constantinople,
le 21 thermidor l'an 2 de la République (8 août 1794) (Turquie, corr., v.
188, f. 397).
2, Ibidem.
3 Arch. des Aff. Etr., Turquie, corr., v. 188, f. 345 et 386 — 8: Pétition
à l'envoyé extraordinaire de la République près la Porte Ottomane et sa
réponse — du 25 thermidore an 2. Parmi les signatures celle de a Joseph
Suîkowski, comme témoin des manœuvres désorganisatrices du 14 juillet
(26 messidor l'an 2)».
* 6* Albin, l, 90—3.
5 Verbal de la fête célébrée le tridi 23 thermidor l'an 2... à Constanti-
nople (Turquie, f. 423—6).
PREFACER XIX
«aux progrès des lumières de la philosophie, mère de la li-
berté ».
Mieux valait partir. Et il part, dans les derniers jours de
septembre, déguisé en négociant arménien, et s'achemine par
Bukarest vers les frontières de la Galicien. Arrêté plusieurs
fois par les postes autrichiens, il n'arrive en Pologne que pour
apprendre la fin de l'insurrection. Donc il revient aussitôt sui-
ses pas, il renvoie les dépêches à Descorches, il séjourne
quelque temps en Valachie où se forme un foyer d'émigrés
polonais, et enfin il rentre en France.
De cette époque date son «Précis historique et philosophique
de l'état passé et présent de la Pologne», rédigé quelques
jours avant son départ de Constantinople l Cette critique est
des plus impressionnantes, des plus tristes aussi. Elle n'en-
visage les choses que sous un seul aspect, celui de la liberté
du peuple. Elle ne cherche pas à comprendre les siècles recu-
lés, elle les arrache du fond de leur tombeau et les cite au
tribunal révolutionnaire. Dans aucune fibre de son âme il
n'est plus comte ni seigneur. Son patrimoine est celui des
pauvres. 11 se pénètre de leur misère et c'est comme d'un œil
abruti par un labeur séculaire qu'il regarde les fastes de sa
patrie. 11 se crût de force à juger et à condamner aussi la
génération dernière, faible et indécise dans ses efforts pour
reconquérir l'indépendance. Eloigné de la France et de la
Pologne, il ne pouvait observer de près les cataclysmes de
1793 et de 1794, qui ne se révèlent à lui que dans leurs
résultats définitifs. C'est ainsi qu'il contemple la Pologne en-
sanglantée, asservie, et la France couronnée de lauriers.
De retour à Paris, il présente^ au ministère des relations
extérieures des mémoires sur les affaires de la Pologne et de
la Turquie. Mais le sens du réel, du possible, lui manque en-
core. On ne le croira donc pas quand il exposera les chances
d'un renouvellement immédiat des hostilités en Pologne.
Il demande de nouveau à être employé dans les armées
» S' Albin, I, 93—8.
2 Arch. des Aff. Etr., Pologne, corr.,v. 322, f. 438—54.
8 S' Albin, I, 117—9.
XX
PKEFACI<:
de la République. Descorches lui rend^ un témoignaee de ci-
visme auprès du ministie des relations extérieures, Charles De-
1 Voir aux Arch Adm. lettre du 18 février 1796:
Paris, le 29 pluviôse l'an -i^ de la République une et indivisible. Je
soussigné Marie Descorches, ci-devant envoyé extraordinaire de la Répu-
blique française près la Porte Ottomane, certifie, pour valoir ce que de
raison, que Joseph Sulkowsky, originaire Polonais, m'est avantageusement
connu, dès le temps de rna mission en Pologne, qu'après avoir servi sa
patrie dans rhonorable et malheureuse CHmpugne de 17;'2, il se présenta
à moi, m'exprimanl son désir de fuir le joug que les bayonnetes russes
venaient d'appesantir sur la tête de ses infortunés compatriotes, et d'aller
se rallier sous nos drapeaux aux défenseurs de la cause des hommes; que
touché de ses sentiments qui me parurent être ceux d'un ami de la liberté
et persuadé de ses moyens, c{ui sont ceux qu'une bonne l'éducation mili-
taire et beaucoup d'intelligence peuvent donner, je lui remis avec plaisir
des lettres de recommandation pour notre ministère; que les événements
m'ayant forcé de me replier de Varsovie et conduit en Turquie, je n'ai pas
été, depuis lors, à portée d'être infoi mé de ce qui le concernait, jusqu'à la
fin de l'an 2 qu'il arriva à Constantinople, d'Alep où il s'était rendu à ce
qu'il me dit, et où il avait attendu vainement, pendant plusieurs mois, des
dépêches du ministre Lebrun, pour une commission dans l'Inde à laquelle,
il l'avait destiné, C{u'il s'empressa vers moi, me démontra les mêmes sen-
timents qu'en Pologne, professant encore un dévouement plus particuher
au service de la République qu'il m'a toujours paru se plaire à qualifier
de sa mère adoptive, depuis qu'il avait rempli les devoirs et acquis le titre
de citoyen français, dans la commune de Paris, ce qu'il me justifia par
ses papiers; cp'ayant à cette époque des beaux moments de l'insurrection
polonaise, des dépêches intéressantes à transmettre au généralissime Ko-
sciuszlvo, ainsi qu'à des membres principaux du Conseil supiême provi-
soire, cette commission difficile, même périlleuse, à raison de la sévère et
vigilante inquisition des Autrichiens et des Russes sur les communications
entre les provinces turques et les pays insurgés qu'il leur importait d'in-
tercepter, me sembla ne pouvoir être confiée en meilleures mains: qu'il
l'accepta volontiers, que d'après le rapport qu'il m'en a adressé à son re-
tour, son adresse et son courage avaient surmonté les obstacles infinis qu'il
avait rencontrés pour pénétrer en Pologne, que mes dépêches seraient ar-
rivées par ses soins à leur destination, si le malheur des circonstances
n'eût voulu que, Kosciuszko pris et l'insurrection en décadence, il ait
trouvé sa patrie gémissant encore une fois sous l'oppression de ses enne-
mis et ne lui ait laissé d'autre parti que celui de profiter de ses déguise-
ments pour repasser promptement en Valachie d'où il m'a fidèlement fait
repasser les dépêches dont il était porteur; qu'enfin tout ce que je sais de
lui ne peut que me convaincre de l'utilité qu'on peut tirer de ses services
et m'inspirer le désir de voir sa bonne volonté employée.— En foi de quoi
je lui ai délivré la présente attestation.
PRÉFACE XXI
lacroix; celui-ci le recommande i au ministre de la o-uerre Pe-
liet «comme un citoyen intéressant», «Polonais de naissance,
Français de cœur», «jeune mais» qui «a reçu une bonne édu-
cation » et qui «a l'expérience du maliieur», «qui peut rendre
dos services militaires soit dans nos armées soit au dehors après
qu'il aurait obtenu un grade qui le mettrait à portée d'être
utilisé par le citoyen Dubayet nommé ambassadeur à la
Porte».
Par l'arrêté du Directoire exécutif il obtient, le 12 floréal ^
an IV, le rang de capitaine d'infanterie, à la suite (en atten-
dant son tour). Il est affecté à l'armée d'Italie ^ avec recom-
mandations du mânistre de la guerre*, et il part enfin, dans
les derniers jours du mois de mai.
1 Lettre du 17 ventôse an IV (6 mars 1796). En marge: «Donner la
lettre d'avis au général Chérin».
* 1 mai 1796 (Arch. Adm.). Sur la proposition de Petiet. Annotation en
marge du rapport présenté au ministre le 10 avril 1796: âLe proposer dans
le grade de capitaine».
3 Ms. de la Bibl. de l'Arsenal. Ordres en date du 25 floréal an IV (14
mai 1796).
^ Arch. hist. de la Guerre, armée d'Italie et des Alpes.
Le ministre de la guerre au général Buona- Parte, commandant en
chef l'armée d'Italie.
Paris, le 6 prairial an 4« (25 mai 1796).
L'officier qui vous remettra cette lettre, citoyen général, est un jeune
Polonais que le gouvernement vient de nommer capitaine d'infanterie lé-
gère dans les armées de la République; son nom est Sulkosvcki ; je vous
le recommande particulièrement; la manière dont il a fait dans son pays
les dernières campagnes contre les Russes, me répond du zèle qu'il mettra
à justifier votre confiance; il a mérité celle de l'ancien comité de salut pu-
blic, lorsqu'il fut porteur des dépêches au général Koscioscko, chef de
l'insurrection des Polonais; il sait l'allemand, l'italien, l'anglois, et connoit /
beaucoup le théâtre actuel de vos victoires; je vous invite à me mander
ce que vous en pensez, lorsqu'il aura passé quelque temps sous vos
ordres. Salut et fraternité. — Petiet.
Arch. h. de la Gu., copie d'après registre Berthier t. 5, lettre n** 234.
Le général Berthier, chef de l'état-major, par ordre du général en chef
Bonaparte, au ministre de la guerre Petiet.
A Livourne, le 10 messidor an IV (28 juin 1796).
Le citoyen Sulkowski, patriote polonais, nommé par le Directoire exé-
cutif capitaine d'infanterie légère, a remis au général en chef votre lettre
XXII PREFACE
Il était grand temps. La campagne du printemps 1796 était
ouverte 1, les événements se précipitaient, une ère nouvelle
commençait.
Dans son vieil uniforme polonais 2, ajusté tant bien que mal
au service nouveau, il est aussitôt adjoint à l'état-major géné-
ral, et, bientôt envoyé à la division Masséna^, il porte bien haut
son panache blanc*. On le voit à la bataille de Saint-George^;
on le signale dans bien d'autres. Impatient d'agir, il rejoint le
plus souvent possible des troupes d'avant-garde 6, se charge des
reconnaissances, se met à la tète des bataillons commandés
pour quelque attaque difficile. Vers la iîn d'octobre \ Bonaparte
l'appelle du siège de Mantoue^ au service près de sa personne.
du 6 prairial relative à sa nomination et aux motifs qui l'ont déterminée.
Ils sont trop à son avantage pour que le général en chef ne soit pas per-
suadé d'avance qu'il justifiera la confiance que vous avez dans ses talenta
et sa moralité, d'ailleurs, citoyen ministre, votre recommandation parti-
culière fait assez son éloge pour qu'il inspire au général en chef et à moi
le plus vif intérêt, j'ai l'honneur de vous prévenir qu'il vient de l'attacher
à la 4® demi-brigade légère et comme il n'est qu'à la suite, il se propose
de l'employer le plus utilement possible d'une manière analogue à ses ta-
lents particuliers.
* F. Bouvier: Bonaparte en Italie 1796 (Paris, 1899) p. 581. J. Colin:
Etudes sur la campagne de 1796/7 (Paris, 1898), L'éducation militaire de
Napoléon (Paris, 1901). G. Fabr y : Campagne de V armée d' Italie.— Bapports
historiques des régiments de l'armée d'Italie pendant la campagne de
1796-1797 publiés par G. Fabry (Paris, 1905), p. 291—334 (de la 4« demi-
brigade légère), p. 546 — 7 (du 10« rég. de chasseurs à cheval). Koch:
Mémoires de Masséna, II, 440.
2 S t Alhin, l, 120.
3 La 4'' demi-brigade légère faisait partie de la division Masséna (à Vé-
rone, le 6 juin). L'ordre du 28 juin 1796 (ms. de l'Ars. 7185).
* Gravures d'époque.
5 Corr., 1000. Au Directoire exécutif, 16 septembre 1796: «...Les adjoints
aux adjudants généraux, Charles et Suîkowski, se sont parfaitement con-
duits». Le rapport de Masséna ne fait aucune mention de Suîkovi^ski
(Koch, II, 501-3).
6 S^ Albin, passim.
' Corr., 1117. Au général Berthier, Vérone, 26 octobre 1796.
8 Arch. h. de la Gu., copies d'après Reg. Berthier, t. VI, n'' 199, et reg.
rouges, t. VI, n° 213.
Berthier, par ordre du général en chef, au général Serurier.
PREFACE XXI II
L'étoile nouvelle l'entraîne. Car hier encore dans sa vie er-
rante il se débattait en vain contre toutes les adversités du
sort hostile, — et voici que, rêveur attristé, il trouve enfin ce
champ désiré de la gloire. Son âme à peine sortie de l'ombre
des forêts lithuaniennes au plein jour des campagnes d'Italie,
mûrit vite, s'enrichit d'expérience et déploie toute sa vigueur.
Elliot et Muiron étant morts, Murât ayant été avancé, Junot,
Marmont, Duroc, Le Marrois, Louis Bonaparte, Croisier, et La-
vallette partageaient avec Sulkovv^ski l'honneur de porter au
bras gauche l'écharpe de soie blanche et rouge qui distinguait
les aides de camp du général en chef^. Dans cette pépinière
Le 11 thermidor an IV (29 juillet 1796).
Je vous préviens, général, que je viens de donner l'ordre à l'adjoint
Suïkowski de se rendre auprès de vous pour y être employé sous vos
ordres au siège de Mantoue. Cet officier, recommandé vivement par le mi-
nistre de la guerre, a une connaissance parfaite de la partie du génie. Le
commandant de cette arme pourra, si vous le trouvez bon, l'employer
utilement. 11 a au surplus d'autres connaissances non moins recomman-
dables.
Berthier, par ordre du général en chef, à l'adjoint Suïkowski.
Le 11 thermidor an IV (29 juillet 1796).
L'adjoint Suïkowski se rendra à Pietola pour y être employé sous les
ordres du général Serurier au siège de Mantoue dans la partie à laquelle
ce général le croira le plus propre. Le citoyen Suïkowski restera à cette
destination jusqu'à nouvel ordre.
Lavallette: Mémoires et souvenirs du comte — (Paris, 1831), I, 191:
«Il servait devant Mantoue lorsqu'un rapport de lui au chef de l'etat-
major général tomba sous les yeux du général en chef, le lendemain, il
était son aide-de-camp». (L. Reybaud:) Histoire... IV, 173.
Arch. h. de la Gu. , registre Z. n« 2, intitulé : ordres particuliers et
mouvements du 23 octobre 1796 au 1^' février 1797 (copie).
Berthier, par ordre du général en chef, aux citoyens Suïkowski
et Duroc, capitaines, et Muiron, chef de bataillon.
Vérone, 6 brumaire, an V (27 octobre 1796).
Il est ordonné aux citoyens Suïkowski, capitaine, Muiron, chef de ba-
taillon, et Duroc, capitaine d'artillerie, de se rendre sans délai auprès du
général en chef, pour y remplir provisoirement les fonctions d'aide de
camp, en attendant leur confirmation dans ce grade , du Directoire exé-
cutif. ^'■
1 Lavallette, I, 187—8.
XXIV PREFACE
de futurs maréchaux de la France et de grands dignitaires de
l'Empire son individualité, celle « d'un véritable Polonais », res-
sort bien nettement: «d'une valeur chevaleresque, passionné
pour les aventures, d'un esprit romanesque et inquiet, plein
d'instruction, parlant toutes les langues de l'Europe ». Par quel-
ques traits de son génie et de son cœur, il est en tout supé-
rieur à ses compagijons du quartier général. S'il travaille les
esprits des soldats eii leur rédigeant les adresses destinées à
!)0usser la majorité du Directoire au coup d'état du 18 fructi-
dor, c'est parce qu'il abhorre ^ sincèrement les émigrés et les
|irètres, «les castes proricrit.es», «monstres», «perfides», les
contre-révoluti(mnairey, «êtres malfaisans que les jeux de la for-
tune n'auraient jamais dû tirer du néant». — Son indépendance^
envers Napoléon Bonaparte fut m.aintes fois remarquée par les
hommes qui pouvaient l'observer au dehors du service mili-
taire.
«Ambitieux de la gloire, ce jeune étranger avait cru ne la
trouver que dans nos bataillons; captivant la vivacité de son
caractère, il avait mesuré ses mouvements sur ceux de celui
qu'il avait choisi pour maître; il poussait l'envie d'en être dis-
tingué jusqu'à la jalousie: et la tâche qu'il s'était proposée don-
nait la mesure de ce qu'on pouvait attendre de lui... Sa noble
ambition, elle était belle et grande; c'était par l'étude, c'était
par un mérite réel qu'il voulait parvenir... ^ ». « C'était un homme
1 S* Albin, II, 154f— 60, 171. Son «examen de la révolution française»
fut évidemment écrit en marge de l'ordre du jour du 14 juillet {Corr.,
liî, 2010).
2 Marmont: Mémoires, I, 34;7. (A propos d'une mission d'espionnage
<'n Angleterre) Duroc me dit: «Je suis bien heureux que cela ne soit
pas tombé sur moi, car je n'aurais jamais osé le refuser». Sulkowski, té-
moin de l'explication, et redoutant que la mission ne lui revînt, se hâta de
la prévenir en lui disant: «Mon général, aucun de nous ne s'en serait
chargé». Il n'en fut plus question».
2 Denon Vivant: Voyage dans la basse et la haute Egypte (Paris,
an XI — 1803), I, p. 203-1. Voir dans La Décade égyptienne, I, p. 123: Vers
pour mettre au bas du portrait du chef de brigade Shulkouski, aide-de-camp
du Général Bonaparte, dessiné par le citoyen Dutertre.
Dans tous les arts il obtint des succès;
Il fut savant sans vouloir le paraître.
Si dans l'art des combats il fît plus de progrès.
C'est qu'il choisit un meilleur maître.
PUEFACE XXV
de Plutarque... Doué d'une inteiiigence éuale à son courage,
qui était à toute épreuve et propre aux négociations comme à
la guerre, i) avait plus d'un rapport d'esprit et de caractère
avec l'iiomme à qu'il s'était donné sans l'aimer, et qui l'estimait
plus qu'il ne le choyait. ...Il jugeait son chef avec une sé-
vérité souvent extrême; il le haïssait tout en l'admirant.
C'était néanmoins un des hommes sur lesquels Bonaparte
pouvait le plus se reposer parce qu'il était homme d'hon-
neur, et que le sentiment de son devoir lui tenait iieu d'af-
fection, comme le sentiment que le général avait de son
utilité lui répondait de l'attachement que celui-ci lui portait,
attachement qui, pour n'être pas de l'amitié, n'en était pi-s
moins solide ^».
En faisant la guerre Suikowski la raisonnait. Ses lettres
historiques 2 sur les dernières phases de la lutte pour l'Italie,
sur la campagne de Jouhert dans le Tyrol et sur le gouver-
nement de Venise lui valurent beaucoup de renommée ^. C'était
un titre de plus pour participer aux travaux * qui devaient pré-
céder la descente en Angleterre et qui aboutirent à l'expédi-
tion d'Egypte. ïl examinait les projets^ présentés dans le but
de jeter des troupes sur les îles britanniques, et adressés au
Directoire ainsi qu'au général en chef de l'armée d'Angleterre
durant les mois de frimaire, nivôse et pluviôse, an VI.
Au mois de février^ 1798, il accompagna Napoléon dans l'in-
1 Arnault A. V.: Souvenirs d'un sexagénaire. (Paris, 1833), IV,
p. 81 — 2.
2 S* Albin, II, 81— 154, 161—6. Correspondance inédite officielle et con-
fidéntielle de Napoléon Bonaparte... (Paris, Panckoucke, 1819 — 21), III (Ve-
nise), p. 235— iO (lettre du 28 floréal an V, 17 mai 1797), IV (Suite de Ve-
nise), p. 123—7 et 137-42, (de Milan du 13 et 19 fructidor an V c. à d. 30
août et 5 septembre 1797).
8 S* Albin, I, 1H8.
* S* Albin, I, 153, 151 156, 157.
5 Arch. Nat., A. Fj- 1597-8.
« Journal des hommes libres de tous les pays ou Le Républicain, N*' 267,
22 pluviôse VI: aParis, 2i pluviôse. Le général Buonaparte est parti hier
(8 février) pour visiter les divers cantonnements de l'armée dAngleterre ».
PREFACE
spection des côtes du Nord; Lannes et Bourrienne étaient dans
la même voiture ^ Les ressources de l'embarquement furent
reconnues insuffisantes 2, malgré qu'on eût «trouvé dans tous
les commissaires, officiers des ports et ingénieurs, le zèle et le
dévouement le plus louable et le plus touchant 2». Alors au
commencement du mois de mars, revenant aux plans dessinés
à Passeriano on improvisait, avec un élan magique, l'expédition
du Levant^.
Chargé de recueillir des cartes et des renseignements ^,
Suikowski était, sans doute, en relations avec Lazowski et en
rapports très étroits et très amJcaux avec Venture dont les
conseils avaient toute l'autorité d'une expérience amassée pen-
dant un séjour de plus de trente six ans en Turquie, en Egypte,
en Syrie et en Barbarie ^. C'est avec Venture qu'il part pour
s'embarquer à Toulon.
Si au moment de quitter Paris quelque triste pressentiment
accable son âme '^, au port, la joie et l'ivresse ^ le dominent.
Officiers 9 et soldats sont enthousiasmés, étourdis par le tu-
multe, entraînés, séduits par le désir de la gloire ou du change-
N° 280, 5 ventôse VI: «Paris, 4 ventôse. Le général Buonaparte est arrivé
d'avant-hier (21 février) dans cette commune».
1 Bourrienne : Mémoires (Paris, 1839), II, 36— 7. Xa Jonquière: L'ex-
pédition d'Egypte 1798—1801. T. I, ch. 3.
2 E. Chevalier: Lliistoire de la marine française, p. 338.
=* Du Falga-Oaffarelli au citoyen David, commissaire principal
de la marine à Dunkerque. Boulogne, le 1 ventôse VI (Arch. Nat. A F'^
1599).
^ Boulay de la Meurthe: Le Directoire et l'expédition d'Egypte {F Si-
ris, 1880), p. 5, 9, 10.
5 S* Albin, I, 150. La Jonquière, I, 322. Monge écrit à Bonaparte
de Rome, 15 mars 1798: «...Je n'espère trouver ici ni cartes, ni renseigne-
ments: ainsi il est nécessaire que vous fassiez recueillir à Paris plusieurs
exemplaires de chacun des ouvrages que nous avions à Passeriano , et
d'autres encore s'il en existe. Le citoyen Suîkowski doit en avoir la liste...»
Voir aussi p. 324, 327.
« A. Etr., Turquie, suppL, 23, f. 8. Reybaud, V, 328.
7 Lavallette, I, 314, S* Albin, I, 158.
8 Bonaparte au Caire ou Mémoires sur V expédition de ce général en
Egypte par un des savans (Paris, an VII), p. 15.
» E. de Villiers du Terrage: Journal, p. 2, 18.
ment^. L'aspect de la flotte est superbe-. Seuls les marins la
désertent. Désorganisés^ «par la suite des fautes commises de-
puis le commencement de la Révolution», démoralisés par les
1 désastres essuyés, les équipages ne sont rassemblés qu'au ha-
sard, presqu'au moment du départ* ou bien enlevés par force
aux quartiers maritimes. Or «très faibles en nombre et en qua-
lités d'hommes^)), ils manquent de courage pour conduire les
navires réparés à la hâte, mal armés, mal outillés, sans re-
changes, encombrés de soldats et de bagages.
Suikowski monta ^ l'Orient^ vaisseau amiral de haut bord,
qui dominait, comme une cathédrale, la ville flottante de bâti-
ments de toute grandeur. Il y fut inscrit le 19 mai sur les
listes nominatives^ des généraux et officiers d'état-major comme
capitaine aide de camp du général en chef. Il n'avait pas de
domestique.
Contenue durant le long trajet par une triste inaction, exaltée
par des lectures sérieuses ^ son énergie déborde au jour de la
bataille. Coup sur coup il emporte des victoires, des blessures,
de la gloire. Les bulletins ^ en parlent: car s'il n'a pas de com-
mandement, de fait il en prend beaucoup au moins dans les
combats partiels, et toujours il paye de sa personne comme le
dernier des soldats. Le 10 juin, il mena l'avant- garde de
Marmont à l'assaut sous les murs de la cité Valette; il monta
le 2 juillet sur ceux d'Alexandrie. A la bataille des Pyramides,
1 J. Miot: Mémoires, p. 14—5.
3 Villiers du Terrage, 23, Arnault, IV, 95—6, Martin, l, U7—8.
3 E. Chevalier, 223, 343.
^ Copies of orig. letters, 214, le contreamiral Ganteaume à Bruix, mi-
nistre de la marine, 22 août 1798.
5 Copies of , 39, l'amiral Brueys au ministre Bruix, le 9 juillet 1798.
6 Arnault, IV, 95-6.
' Arch. h. de la Gu.
8 Arnault, IV, 79, 81. «La bibliothèque n'eût été qu'un meuble de
luxe personne ne me demandant guère de livres d'histoire que Suïkow-
ski qui avait toujours en main un volume de Plutarque».
» Corr., IV, 2738, 2765, 3006, 3045. Arch. adm. de la Ou. Paris, le 22
brumaire an VII (12 novembre 1798). Extrait des registres du Directoire
exécutif. Le Directoire exécutif, sur la demande du général Bonaparte, ar-'
rête ce qui suit: Le citoyen Sulkovi^ski, aide de camp du général Bona-
parte, est promu au grade de chef d'escadron».
XXVIII PREFACK
le 21 juillet, il lutta ^ corps à corps avec un superbe cavalier|
mameluk, qui portait une cotte de mailles et un casque à barre.'
Dans la marche sur le Caire, il brava la soif et la faim, l'en-
uourdissement et la chaleur. Et au milieu de ces fatigues
iiiouïes, de ces mêlées sanglantes, il garde toute sa force d'ob-|
si^rvation^. Même (le 11 août) dans le rude choc de Salheyeh,
« jriblé de coups ^ traversé par une balle», renversé sur le
sable, «il avait conservé dans le combat un si grand sang-
froid qu'il racontait l'habillement, la couleur de ceux qui s'é-
taient battus avec lui'*». Bonaparte crut l'avoir perdu ^, mais il
survécut, grâce aux «influences favorables du climat sur les
plaies 6)). Porté dans la mosquée de Salheyeh^, plus tard auj
1 J. Miot: Mémoires (I éd., Paris, 1804), p. 65.
2 Denon, I, 203—4;. «Il venait de décrire la marche sur Beibeys avec
autant de grâce et d'intérêt qu'un autre en aurait pu mettre à raconter
les combats qu'il j avoit soutenus, les blessures glorieuses qu'il y avoit
reçues». Miot, 57 (Reconnaissance du général Leclerc sur la route de Bel-
beïs, 18 thermidor): «Le soir, à 9 heures, nous quittâmes notre bivouac sans
tambours, ni trompettes. Nous n'étions qu'à une lieue d'El-Hanka, lorsque
notre avant -garde aperçut, dans l'obscurité, des cavaliers; on s'arrêta, et
nous reconnûmes avec joie l'aide -de -camp Suîkowski, qui venait avec
trente guides pour nous annoncer du secours. Le 18 au soir, le général en
chef avait reçu l'avis que lui avait transmis le général Murât. Les coups
de canon tirés par nos troupes pendant toute la journée, prouvaient assez
que nous étions attaqués. Il était instant de nous tranquilliser, et Suîkow-
ski avait reçu l'ordre de parvenir jusqu'à nous, et de nous annoncer l'ar-
rivée de la division Régnier».
3 Reybaud, 111,313: aSuîkowski. . . renversait encore sur le sable un
maugrebin gigantesque qui accourait sur lui pour l'achever». Corr., 3045:
«Mon aide de camp Sulkowsky a été blessé de sept à huit coups de sabre
et de plusieurs coups de feu». Doguereau, 67. Desvernois, 132 — 3.
François, 220. Martin, I, 224.
* J.Iiot, 62: «Suîkowski revint avec une balle qui lui avait traversé le
côté, et des coups de sabre... Un noir surtout l'avait fort occupé; ce co-
quin redressait ses longues manches en venant sur Suîkowski et poussait
d'.îs cris épouvantables qui n'intimidèrent point le Polonais, déjà éprouvé
à Embabé».
' Bourrienne, II, 128.
« Larrey, p. 7.
'' Larrey, 16: «Nous pensâmes ces blessés sur le sable, et je les fis
porter ensuite dans la mosquée de Ssalahhiéh. Presque toutes les blessures
étaient faites par arme blanche. C'est dans cette bataille qu'on a connu
PREFACE
Caire, reconnu chef de brigade, il employa les loisirs de îa
convalescence à travailler dans sa nouvelle qualité de membre^
de l'Institut d'Eg-ypte. Admis à la section d'économie |>olitique,
il fut nommé, dans la .séance du 6 fructidor^, à la con. mission
chargée de recueillir les renseignements nécessaires pour la
solution de différentes questions proposées par le général en
chef, savoir^: «Quelle est en Egypte la situation de la juris-
prudence, de l'ordre judiciaire civil et criminel, et de l'enseigne-
ment? quelles sont les améliorations possibles dans ces parties
et désirées par les gens du pays». Il fît partie aussi d'une
commission créée le 11 fructidor* et «chargée^ de préparer
un travail pour faciliter la composition d'un vocabulaire arabe,
pour mettre les Français en état d'établir avec les habitants
de l'Egypte les communications qu'exigent les besoins communs
de la vie ». Ses compagnons de travail furent Costaz, Sucy, Tal-
lien et Desoenettes.
Le 16 fructidor^ an VI, il présenta à Tlnstitut la description
de la route du Caire à Salehhyeb.
Mais aussitôt son attention se porta encore sur d'autres
objets l «Dans la séance du 21 fructidor 8, le citoyen Suikowski
a informé ses collègues, qu'il a remarqué un buste d'Isis sur
le rivage du Nil auprès de Feranéh, et deux pierres garnies
d'hiéroglyphes dans un jardin du même village». Il demanda
«qu'on les fasse transporter au Kaire, dans le local occupé par
l'Institut».
Cette prodigieuse activité était plus nécessaire que jamais
pour la première fois les terribles effets des damas des Mamlouks. Plusieurs
de ces blessés eurent les membres entièrement coupés, d'autres des por-
tions très étendues du crâne, des épaules, du dos et des cuisses em-
portées ».
' Corr., IV, 3084.
2 23 août 1798.
3 Décade ég., I, 12.
4 28 août.
5 Décade ég., I, 12.
« 2 septembre 1798.
' Décade ég., I, 65.
® 7 septembre.
PREFACE
pour combattre le germe des maladies^ qui allaient envahir les
âmes navrées par le désastre d'Aboukir^. Car la défaite de
l'escadre dans l'affreux combat du 1 au 2 août, laissa l'armée
en Egypte «comme des enfants perdus pour la mère patrie^».
«L'épidémie morale faisait de grands progrès * On com-
mençait à être détrompé sur les intentions du Grand Seigneur^
relativement à l'expédition, et Ton ne voyait dans l'avenir au-
cun espoir de tranquillité». Les soldats grossiers se demandaient
de nouveau 6: Nous traversons des mers,... nous pillons les
villages, ruinons les habitants et violons leurs femmes, nous
risquons de mourir de faim et de soif — et tout cela pour-
quoi? Le dégoût était général, le seul désir était de s'en re-
tourner. Et voici que dorénavant les moyens devaient en faire
défaut, pour longtemps, si ce n'était pour toujours. Un sinistre
pressentiment s'empara de tous l Les esprits faibles ne virent
plus dans l'Egypte qu'un vaste tombeau ^. — Suikowski écrivant
à cette époque sa Lettre de Malte et ses Notes sur l'Egypte,
subit cette impression, mais sous une autre forme. Ce n'est
pas le besoin du repos, le désir du retour qui le domine. Sa
tristesse naît de ses réflexions sur l'éternel écoulement des choses,
sur la fin désenchantée de toute existence. Il voit autour de soi
tant de monuments magnifiques en ruines, vestiges d'une gloire
passée, des villes mortes, des empires ensevelis, et il prévoit
la durée éphémère de l'œuvre accomplie par cette armée con-
quérante dont il se fait l'historien. — Alors il cherche l'oubli,
le soulagement dans une vie plus intense encore. Il veut re-
* Décade ég., I, 29: Desgenettes aux médecins de l'armée d'Orient, Kaire,
25 thermidor VI.
' Corr. 3470. Correspondance inédite (Pancoucke), VI, 114. Kleber àBo-
naparte, 22 septembre 1798: «Je m'adresse pareillement au général Caf-
farelli pour obtenir de vous la permission de retourner en France».
2 Copies des lettres, p. 71: Le Père à sa mère, 31 juillet et 5 août 1798.
^ L'agenda de Malus^ 93.
5 Kleber à Bonaparte, 10 août 1798 (Panckoucke, V, p. 446-8):
tD'après le rapport qui m'a été fait hier par le capitaine d'un bâtiment
venant de la mer Noire, il paraît que nous allons avoir la guerre avec
la Porte».
« Copies des lettres, p. 83 (Caire, le 8 thermidor).
' Martin, I, 209.
8 Miot, 70.
PREFACE XXXI
prendre le service, quelqu' affaibli qu'il soit. D'ailleurs il y est
poussé par des événements très ^Taves. Le voyage de Suez
qui devait lui inspirer tant d'intérêt, est différé \ mais tout
à coup une insurrection éclate au Caire.
Cette révolte couvait dès longtemps. — L'occupation fran-
çaise n'avait pu se faire sans froisser beaucoup d'intérêts, de pas-
sions et de préjugés. «Trois mois^ s'étaient écoulés depuis l'ar-
rivée de Bonaparte en Egypte, et, comme il avait déclaré n'être
venu dans cette contrée qu'avec la permission du sultan Sélim,
les musulmans s'attendaient toujours à voir arriver les firmans
de la Porte qui devaient confirmer les Français dans leur pos-
session. On avait également promis aux habitants du Caire
qu'un pacha nommé par la Porte viendrait habiter le château
impérial... Personne ne paraissant, un grand mécontentement
se manifesta parmi le peuple». Des lettres de grands person-
nages du Caire retirés en Syrie excitaient au soulèvement. Les
agents d'Ibrahim et de Mourad , en grand nombre dans le
Caire, faisaient répandre le bruit qu'ils allaient arriver et qu'une
escadre turque amenait des troupes 3. Les firmans du Grand
Seigneur furent publiquement lus et commentés dans les
mosquées^. Des sourdes rumeurs circulaient dans la populace^.
Il ne manqua pas d'autres causes encore pour disposer les
esprits à se révolter. On traitait d'«usages pernicieux^» les me-
sures prescrites par l'administration française contre la peste;
l'ordre de porter la cocarde tricolore^; la permission de vendre
du vin aux troupes et d'en boire; la démolition de minarets
et de mosquées sur la place Esbekieh;- «toutes ces innovations
étaient regardées par les musulmans comme une grande cala-
mité: ils en gémissaient du fond du cœur, et disaient haute-
ment que le moment était arrivé de se lever contre les vils
1 Corr.,sm).
2 Hist de Vexp. des Fr. en E. ^d^v Nakoula-el-Turk (Paris, 1839),
page 75.
3 Doguereau: Journal de V expédition WE. (Paris 1904), p. 90.
4 La Jonquière, III, 277.
s Bihl d. souv. et rec. mil. (Les Fr. en E. par un officier de la 32« demi-
brigade), 354.
« Abdurrahman Gabarti, p. 35, 37, 39; Corr., 3399.
7 Corr., 8239. Abd. Gab., 29-30.
XXXII PREFACE
infidèles et de faire triompher l'islamisme i». Le mécontente-
ment fut au comble, lorsqu'on vint exécuter les droits nou-
veaux de timbre et d'enregistrement qui atteignaient toutes
les propriétés; c-s ordonnances semblaient dans «des articles
accumulés et des paroles sans ordre», «légitimer le vol».
Le piîuple se mit à crier à ia tyrannie quand, les dernier»
jours du vendémiaire, les ingénieurs et les architectes parcou-
rur'^nt divers quartiers pour déterminer ce que chaque maison
devait payer 2. Les Cophtes, les Juifs, les Grecs, chargés spé-
cialement de recouvrer les impôts, pouvaient depuis longtemps
s'apercevoir de cette indignation 3, mais comme c'était juste-
ment leur élévation qui excitait les vieilles haines, ils se gar-
daient bien d'en parler aux autorités françaises^. Aussi les sol-
dats trop confiants ^ s'écartaient de leurs quartiers, seuls et
sans armes, plusieurs^ ixiême donnaient des armes à nettoyer
ou à raccommoder aux armuriers turcs; quelques-uns se per-
mettaient d'insulter publiquement des femmes du pays, dans
le quartier dit El-Mousky, où leur violence répandait l'effroi"^.
Néanmoins, les indices d'une fermentation^ se multipliant,
et en présence des avis sur les insurrections partielles on prit
quelques précautions^ tardives et dont l'exécution irrita les
habitants.
On fusilla le chérif Seid Mohammed -el-Koraïm, convaincu
d'avoir traîtreusement continué ses intelligences avec les Ma-
meluks i^; sa tête fut promenée dans les rues du Caire. «Un
crieur public menaça d'une sévère punition ceux qui insulte-
raient les blessés que l'on transportait ^i)>. On enleva les portes
1 Nakouia-el-Turk, p 75.
' Corr.,2950, 3138, 3320, 3536, 3382-3, 3486. Abd. Gab., p. 35, 46.
^ Abd. Gab,, p. 29.
* Reybaud, IV, 139.
6 Corr., 3544.
« Corr., 3537.
7 Corr., 3398.
« Troubles de Damiette.
9 Corr., 2945, 2956—7, 2978, 3445, 3512.
10 Corr., 3248. Nakoula-el-Turk , p. 75, qualifie ce jugement d^
meutre.
" Abd. Gab., p. 36.
PREFACE XXXIII
des quartiers de la ville. Cette dernière opération inquiéta
singulièrement le peuple et fit faire des conjectures^. «On di-
sait: Les Français veulent tuer les musulmans pendant la
prière du vendredi».
Enfin le dimanche 11 de Djamadi 1213 de l'hégire, de
grand matin , un comité insurrectionnel se constitua dans la
mosquée des Fleurs et lança l'ordre de ralliement ^i «Que tous
ceux qui croient à l'unité de Dieu se rendent à la mosquée
el-Azhar. C'est aujourd'hui le jour de combattre les infidèles,
de nous venger et d'effacer la honte dont nous sommes cou-
verts».
Les Français isolés sont égorgés. Les postes se retirent, en
battant la générale, sur la place Birket el-Fil où se trouvent
les casernes. Les chrétiens se défendent « avec la force des
braves» dans le couvent du mont Sinaï, contre la foule des
révoltés, qui pousse «des cris pareils à ceux des bêtes fé-
roces», mais plusieurs sont tués. Les Membres de l'Institut
sont menacés 3. La maison du général Caffarelli est pillée de
fond en comble.
c'Sur le bruit de quelques rassemblements séditieux», le gé-
néral Bon, dont la division avait occupé la ville, se rendait*
auprès du général en chef, lorsqu'un aide de camp, de l'en-
tourage du général Dupuy, lui annonça la mort du comman-
dant de la place et l'invita à prendre des dispositions pour ré-
tablir l'ordre. Les rapports des commandants des sections sig-
nalant un grand attroupement dans la 7^ section, celle d' el-
Azhar, on y envoya l'adjudant général Valentin avec 4 com-
pagnies de grenadiers et 2 pièces de canon. L'officier com-
mandant la 2^ section reçut à sa disposition un détachement,
parce qu'il y avait eu aussi quelques mouvements populaires.
Bon fit organiser des patrouilles d'infanterie, mais il demanda
1 Abd. Gab., p. 23.
2 Nakoula-el-Turk, p. 77—8.
' Monge à Bonaparte. Au Caire, le 30 vendémiaire (Arch. h. de la G.):
iNous sommes menacés; envoyez nous le plus prompt secours. On arrive
de deux côtés. On déserte, et nous ne sommes plus que 25 hommes».
* Voir aux Arch. de la Gu., lettre de Bon à Bonaparte, du 30 ven-
démiaire.
Les PoloaaiB en Egypte. ^^
XXXIV PREFACE
au général en chef de donner l'ordre «essentiel» de «faire
main basse sur tout ce qui serait trouvé dans les rues».
Ce jour-ci, Bonaparte lut appelé, de bonne heure, au dehors
de la capitale. Une discussion^ existait à Gizeh entre les gé-
néraux chargés de former l'équipage de campagne. D'ailleurs
il fallut déterminer, à l'île Roudah^, un lieu convenable pour
y placer le lazaret du Caire, puisque «les remuements de la
sereine pourrai qnt faire manifester quelques accidents de peste».
Au cours de cette inspection, on entendit tirer le canon d'a-
larme '^.
Chemin faisant, il apprit les progrès de l'insurrection; en
traversant les rues qui aboutissent à la place d'Esbekieh, il
fut assailli de pierres*. Alors avec sa lucidité d'esprit infaillible
il apprécia la difficulté de sortir d'un événement où il y allait
de salut de toute l'armée. Il était néanmoins bien résolu à éviter
les mesures d'une repression sévère^, car il en avait de graves
motifs.
On est à la veille d'une expédition en Syrie. La guerre
avec la Porte va s'ouvrir. On peut s'attendre à la possibilité
d'un débarquement anglais 6. Les Mameluks que jusqu'ici on
avait seuls à combattre, ne sont pas encore domptés. Or ne
doit-on pas garder au moins les apparences d'une soumission
du pays, d'un gouvernement assis sur la confiance et la bien-
1 Corr., 3 514.
2 Blanc à Bonaparte. Au Caire, 30 vendémiaire: «Je fus, comme
vous l'aviez ordonné, avec le cit. Norry, visiter la mosquée qui est au
centre de l'île de Rhoda, pour y placer le lazaret du Caire, mais le local
n'offre que des ruines. Je prends la liberté de vous observer que
n'ayant pas un local déterminé pour le lazaret, l'administration sanitaire du
Caire se trouvera au dépourvu, qu'il est instant de déterminer le lieu de-
stiné à faire le lazaret, pour que j'y fasse travailler de suite».
» Corr., 2912.
^ Doguereau, p, 91.
5 Bibl. de ministère de la Guerre, A. 2. d. 163. Journal de Jouet, an-
cien sous- lieutenant à ex 9® demi -brigade, p. 51: «La clémence du gé-
néral en chef fut extrême».
^ Marmont communiqua, juste le 21 octobre, nouvelle que 25 bâtiments
de guerre anglais, russes, turcs, sont depuis midi devant Alexandrie (à Me-
nou, ArcJi. h. de la Gu.).
PREÎ'ACK XXXy
veillance des habitants i. Il faut atténuer la gravité de l'insur-
rection, en finir le plus tôt possible et déjouer les intrigues
tendant probablement à un soulèvement général. Ce jour même,
30 vendémiaire, Berthier^, «pour que les malintentionnés ne
fassent courir de faux bruits», prévient les commandants
des places de guerre «qu'il s'est manifesté des rassemblements
de peuple dans cette ville, depuis ce matin; ce qui a fini par
une insurrection que nous avons apaisée, en tuant beaucoup
des insurgés; tout est tranquille dans ce moment». La vérité
était bien différente. Le 21 octobre et la nuit du 1^' brumaire,
on avait seulement concentré les troupes, mis en mouvement
de nombreuses patrouilles et occupé avec l'artillerie les hau-
teurs dominant le quartier rebelle; mais la moitié de la journée
suivante s'écoule^, les attroupements menaçants se présentent
autour de la ville, avant que le général en chef n'ordonne de
bombarder la grande mosquée pour faire marcher les négocia-
tions*. Bientôt, il défend de tirer, même contre les Arabes,
à moins qu'ils ne soient en nombre extraordinaire: «les habi-
^ Voir arrêté du 20 octobre concernant le divan du Caire et les as-
semblées provinciales (Corr. 3516).
2 A Menou, à Rosette (A. h. de la Gu.): «...Faites part de cette nou-
velle à Alexandrie ...»
« Corr., XXIX, 501, Do guère au, 92.
* Arch. h. de la Gu.
Bon au général Bonaparte.
Au Caire, le 1^"^ brumaire, an VII.
Au moment où le feu de la citadelle a cessé, j ' ai reçu une lettre du
général Berthier contenant l'ordre de faire mettre le feu à la grande mos-
quée, dans le cas qu'il ne fût pas possible de la faire écrouler en profitant
des endommagements qu'elle a dû essuyer par l'effet du bombardement,
mais j'ai cru devoir suspendre l'exécution de cet ordre d'après une seconde
lettre qui m'est parvenue presque aussitôt, par laquelle le chef de l' état-
major me prévient que la terreur est dans la ville, que cependant les es-
prits paraissent disposés à rentrer dans l'ordre et qu'il faut regarder les
choses comme finies. Si vous persistez dans votre résolution, je vous prie
de me le faire savoir et je ferai tout mon possible pour remplir vos in-
tentions.
J'ai fait occuper par quelques compagnies de la 32^ les avenues prin-
cipales de la mosquée qui a été jusqu'à présent le point de ralliement des
rebelles, afin de prévenir tout nouveau rassemblement dans cette partie.
Le commandant de ces troupes a ordre d'user de la plus grande circon-
m*
XXXVl PRÉFACE
tants, s'ils entendaient le canon, auraient peur, et les villages
environnants croiraient que tout est encore en guerre et en ré-
volte i». Les exécutions ont lieu au château, mais presque se-
crètement, à coups de baïonnettes 2, ou bien aux bords du Nil, j
et les cadavres sans tête sont jetés dans la rivière'. — L'armée
n'obéit «qu'en rongeant son frein*»; elle désire venger la mort
de bien des braves; elle ne regrette personne plus amèrement^
que le premier aide de camp du général en chef. «Ce fut peut
être sa perte qui jeta un voile triste sur la victoire du 1' bru-
maire ^)).
Dans le rapport officiel^ Bonaparte écrivait: «Mon aide de
camp Suikowski, allant à la pointe du jour, le premier bru-
maire, reconnaître les mouvements qui se manifestaient hors
la ville, a été à son retour attaqué par toute la populace d'un
faubourg; son cheval ayant glissé, il a été assommé. Les blés- s
sures qu'il avait reçues au combat de Salehieh n'étaient pas
encore cicatrisées. C'était un officier des plus grandes espé-
rances». Le lendemain de l'insurrection apaisée il notait^ en-
core ce détail: «Suikowski, à la tète de quelques guides, a été
tué hier matin ».
spection, vu la disposition actuelle des esprits et de ne déployer des forces
que pour comprimer les insurgés. On fera des patrouilles continuelles.
A deux heures du matin et au jour vous serez informé de ce qui se sera
passé.
P. S. Je vous enverrai demain la liste des individus arrêtés avec la
note qui les concerne.
* Corr., 3526.
» La Jonquière, III, 283.
» Corr., 3527.
^ La Jonquière, III, 284.
' Bibl. de souv., 356. Reybaud, III, 174: «Bon vivant et bon cama-
rade — avait conquis, au sein de l'armée et des savants, les plus hono*'
râbles amitiés». Arnault, IV, 172. Miot, 85: «Il fut généralement regretté»,
Bourrienne, II, 183: aaimé de nous tous>.
" Denon, I, 205.
7 Arch. d. Aff. Etr., Turquie, v. 199, doc. 61; Courrier de l'Egypte, N« lé;
Corr. 3538 (du 6 brumaire). Cette version fut redite par plusieurs écrivains,
voir Bibl. de souv. et réc. mil., 356, Journal du cap. François, 237 — 8,
Martin: Hist. I, 256, Ader: Histoire de V expédition d'Egypte et de Syrie
revue par Beauvais (Paris, 1827), p. 135.
8 Corr., 3528.
I
PREFACE
Ce récit, entièrement exact, fut embrouillé peu à peu; on le
voulait plus pittoresque, plus circonstancié, plus tragique. Bour-
rienne^ l'a placé au commencement de la révolte. «A peine
Bonaparte fut-il rentré au quartier général (il n'était que huit
heures du matin), qu'il apprit, en déjeunant, que des Arabes
bédouins à cheval menaçaient d'entrer au Caire. Il était avec
ses aides de camp. Il ordonna à Suikowski de monter à cheval,
de prendre quinze guides et de se rendre à la porte la plus
menacée, c'était celle de Bâb-en-Nassr, ou porte de la Victoire.
Son camarade Croisier fait observer au général en chef que
Suikowski est à peine remis des nombreuses blessures qu'il
a reçues à Salehyeh, et qui n'étaient pas encore cicatrisées. Il
offre de prendre sa place. Bonaparte y consent facilement; mais
Suîkowski est déjà parti. Une heure à peine écoulée, un de
quinze guides revient, couvert de sang, annoncer que Sutkow-
ski et quatorze guides ont été taillés en pièces. Cela ne fut
pas long, car nous étions encore à table quand arriva cette
triste nouvelle». Desvernois^ prétend savoir que «les habitants
ont fait manger par leurs chiens Suikowski, brave et digne
Polonais». Saint- Albin ^ enregistra la version répétée dans les
cercles ennemis de l'empereur. «Suîkowski se chargea de faire
la reconnaissance. On a rapporté que Bonaparte lui en avait
donné l'ordre selon sa manière absolue, avec un geste orien-
tal, où plusieurs des assistants crurent voir qu'il envoyait ré-
ellement à la mort le malheureux aide de camp. L'appareil de
ses blessures n'était pas encore levé; le bon drogman Ventura
...voulait le retenir: Commencez donc par vous guérir^ lui di-
sait-il les larmes aux yeux. L'ennemi n'entend pas autant de
patience; il faut marcher sur lui, répond Sulkowski avec cette
alacrité frémissante, qui souriait encore à l'aspect du champ
de bataille: il part suivi de quinze guides. A son retour, il est
attaqué par toute la populace d'un faubourg; son cheval glisse,
s'abat... il est assommé et bâché par morceaux.... La trace de
son corps ne fut retrouvée que par quelques lambeaux de sa
moustache, qui furent recueillis par son fidèle domestique au
1 Mémoires, II, 182.
2 Mémoires, p. 145.
» I, 161.
XXXVIII PREFACE
lieu de l'assassinat». Enfin Napoléon lui-même a dicté pendant
l'exii ces lignes fort différentes de sa relation primitive^. « Les
Bily et les Terrâbyn, au nombre de 7 ou 800 hommes, com-
mettaient des hostilités et infestaient les communications de
Boulâq. L'aide de camp Suîkowski partit avec 200 chevaux 2,
passa le canal sur le petit pont, chargea les Bédouins, en tua
quelques-uns, et les poursuivit pendant plusieurs lieues. Il net-
toya tous les environs de la ville, mais il fut blessé un mo-
ment après. Son cheval ayant été tué, il tomba et fut percé
de dix coups de lance 2».
Maints contemporains nous rapportent encore les détails de
sa mort^, mais si leurs souvenirs ont quelque valeur réelle, c'est
seulement pour nous rendre intelligibles les circonstances qui
précédèrent la catastrophe et nous en faire comprendre l'im-
portance. Les témoins qui auraient pu nous parler de der-
* Corr., XXIX, p. 501 (Campagnes d'Egypte et de Syrie).
2 C'est Dumas qui fut chargé de cette patrouille le 2 brumaire
(Corr., 3525).
3 J.-J.-E. Roy a copié ce récit dans le livre apocryphe a Les Français
en Egypte ou souvenirs des campagnes d'Egypte et de Syrie par un officier
de V expédition, Ghalhrand)» (Tours, 1855), p. 102.
* Reybaud, IV, 172—3: «Chaque parti de fellahs ou d'Arabes qui se
présentait, trouvait sur son chemin des troupes françaises, et battu... fuyait
en désordre... Chargé d'une mission semblable, le chef de brigade Suîkow-
ski. .. était parti le matin, avec un détachement de guides, pour éclairer
la route de Belbéys. Sa mission avait été heureuse: les tribus d'Arabes
campées dans cette direction avaient tourné bride devant lui... Aux portes
du Kaire, une fatalité l'attendait, pressante, irrévocable. Il allait y pénétrer
par Bâb-êl-Nasr, quand la populace de ce faubourg s'ameuta pour lui dis-
puter le passage. Trop brave pour compter ses ennemis, le jeune Polonais
s'élança sur eux avec sa faible escorte: déjà il s'était fait jour, le sabre
à la main, au travers des groupes les plus épais, lorsque, glissant sur des
cadavres, son cheval s'abattit et le renversa. Suïkowski, souffrant encore de
ses blessures récentes, n'eut ni le temps ni la force de se relever. En butte
à toutes les fureurs de la populace, il fut massacré avant que ses guides
pussent venir à son secours». Richard ot, 77: «L'un (Dupuy) et l'autre
(Suïkowski) se portèrent précipitamment et non ensemble, suivis seulement
de deux cavahers d'ordonnance, contre les insurgés qui d'une rue étroite
se dirigeaient sur le quartier général». Lattil, Campagne de Bonaparte
(Marseille, floréal an X), p. 53: «Le premier aide-de-camp du général en
chef fut assassiné par six cents Arabes, dans une expédition, à Boulac».
J. Miot, éd. de 1804, p. 84, (et éd. de 1814, p. 90): «Envoyé (à la pointe du
jour) en reconnaissance avec un détachement de guides il (ce brave offi-
PREFACE XXXIX
niers moments de SuJkowski, étaient demeurés sur le champj
les survivants 1 n'avaient presque rien vu dans cette mêlée san-
glante; les chevaux les avaient emportés, étourdis par le tu-
multe, fous d'effroi, couverts de blessures.
Dès les premiers moments de la révolte Sulkowski avait
été entraîné par le cours rapide des événements. S'il ne fut
pas assiégé dans l'Institut, l'ancienne maison d'Hassan-Kachef,
du quartier de Nasrieh^, il se porta probablement avec un ren-
fort de guides vers l'île Roudah pour chercher le général Bo-
naparte^ Au moins, il parut au quartier général, ce qu'il crut
être de son devoir bien qu'il fût* «encore convalescent». La
guerre^ a été bien funeste à l'état-major »; souvent quelque
adjoint devait faire seul le service; «tout a été pris et tué,
quatre ou cinq blessés». Sur 9 aides de camp^ du général en
chef, trois, Louis Bonaparte, Eugène Beauharnais et Merlin,
n'étaient nullement capables d'être chargés de missions im-
portantes. C'étaient des jeunes gens attachés à l'état-major gé-
néral par quelques considérations de politique ou de parenté;
cier) n'avait consulté que sont ardeur en rencontrant (en chargeant une
masse considérable) les (de) révoltés, (au milieu de laquelle), il s'était lancé
(s'élança) au milieu d'eux (avec les guides qui l'accompagnaient). Il paraît
que son cheval s'abattit sur lui: il fut massacré, et les guides périrent
presque tous (ainsi que son escorte)». Journal d'un dragon, p. 40: «L'in-
fortuné S. conduisait une de nos patrouilles quand son cheval glissa si
malheureusement sur le pavé humide qu'il roula par terre avec lui. Il
touchait à peine le sol, qu'il fut assailli et percé de mille coups sans que
les dragons pussent faire autre chose que venger sur ses assassins la mort
de ce noble jeune homme». Denon, I, 203 — 4: «Le jeune et brave S.,
à peine guéri des blessures dont l'avoit couvert le combat chevaleresque
de Salayez, va reconnoître l'ennemi, le voit, l'attaque, malgré la dispropor-
tion du nombre, le culbute, le poursuit, tombe dans une embuscade; son
cheval percé d'une lance se renverse sur lui, et il est écrasé par celui qui
vole à son secours».
1 Bibl. de souv., 356: «Un seul guide, sur quinze, vint, tout sanglant,
annoncer à Bonaparte ce funeste événement». La v ailette, I, 287: deux,
Belliard (La Jonquière, 281): «4 guides se sont sauvés».
2 Corr., 3082.
^ Doguereau, 91.
^ Lavallette, I, 286.
5 L'adjoint Lacuée à son oncle, Caire, 27 thermidor— 14 août 1798
(Copies des lettres p. 109—10).
« La Jonquière, I, 509, II, 614.
XL PREFACE
ils devaient encore s'y «exercer^ au maniement des armes et
aux marches». Du reste Louis Bonaparte fut envoyé comme
-courrier en Europe 2. Sur les six qui avaient gagné leur grade
par un mérite réel, Jullien fut tué en portant des ordres pour
l'escadre à Aboukir^; Lavallette «n'était^ pas alors au Caire»;
Croisier^ était parti, la veille de l'insurrection, pour se rendre
à Alexandrie; Duroc même, en voyage depuis quelque temps^,
allait ce jour-là^ joindre le général Desaix, s'il n'avait été pas
retenu au dernier moment s. Restait Junot, d'intelligence mé-
diocre, nommé du reste à cette époque membre d'une com-
mission qui examinait les plaintes des contribuables^. Et juste-
ment le moment était venu où les résolutions les plus graves
dépendaient des renseignements dont se chargeaient ordinaire-
ment les aides de camp du général en chef. — Le général
Dommartin reçut ordre i«, le 22 octobre à minuit et demi, de
marcher avec de l'artillerie et des troupes « sur les hauteurs
entre El-Qobbet et la ville» et «de se mettre en correspon-
dance avec le général Bon et le commandant de la citadelle»,
mais il ne devait attaquer la porte près de la mosquée Gama
el-Azhar que sur Pavis du général en chef. La décision fut
suspendue; on cherchait ^^ à «soumettre cette grande ville, en
évitant tout ce qui pouvait porter les choses à l'extrême et
rendre le peuple d'Egypte irréconciliable avec l'armée»; on af-
fichait une proclamation, en turc et en arabe; on tâchait de
nouer une négociation , et la nuit se passait assez tranquille-
ment, quand on vint signaler des attroupements de paysans et
des hordes d'Arabes qui se portaient vers la capitale. Bona-
parte voulut encore envoyer à la découverte hors de la ville
1 Corr., 2981.
> Corr., 3439, 3448, 3528.
» Gorr., 3045, 3105, 3354.
* Lavallette, I, 287, Corr. 3446.
^ Corr., 3505. Le 4 brumaire, il dépécha à Bonaparte d'Aboukir que les
Anglais ont tenté la veille un débarquement à Aboukir, avec vingt chaloupes. ,
« Corr., 3366. j
' Corr., 3518. |
« La Jonquière, III, 286. '
» Corr,, 3094.
10 Doguereau, 91—2, La Jonquière, III, 280.
1^ Corr., XXIX, p. 500.
PREFACE XLI
laissant sans doute au commandant du piquet le soin de parer
aux circonstances 1. Alors Sulkowski^ «se présenta, prétendit
que c'était à son tour à marcher et qu'il était parfaitement
guéri». Il fut chargé de la mission.
«Accompagné de quinze ^ guides», il traversa les rues,
étroites et tortueuses, ça et là à demi barricadées, couvertes de
poussière, remplies d'ordures, et exhalant une odeur pestilen-
tielle*. Les maisons basses, aux jours rares et marqués de treil-
lages, étaient encore plongées dans le sommeil. La plus grande
tranquillité régnait: on aurait dit une ville déserte^. Seulement
du haut de minarets, on entendait «la voix aigre des muez-
zins», leurs «chants séditieux», pleins «d'imprécations contre les
enneniis de Dieu, les infidèles et les idolâtres».
La brise du matin se fît sentir. Déjà l'aube dessinait par
une faible lueur blanche la chaîne stérile du Mokattam, qui
domine le Caire du côté de l'orient.
En sortant de la ville, on entrait dans une autre, celle des
^ Doguereau, 92: «Le général Bonaparte qui, par douceur, n'avait
pu ramener les esprits, envoya le chef de brigade Sulkowski . . . pour porter
l'ordre d'attaquer la porte». Voir aussi S* Albin, I, 123.
* Lavallette, I, 286—7. Cette manière dont la chose est présentée sera
peut-être jugée peu digne de foi, vu qu'elle est empruntée à un serviteur
de l'empereur. Mais n'est-elle pas aussi parfaitement conforme au caractère
de Suïkowski?
' Lavallette, I, 2 86—7, Doguereau, 92, Bibl. de souv., 356, Journal
de Belliard (La Jonquière, 111, 281), Bourrienne, II, 182, Martin, I,
256: quelques, Miot 84: un détachement.
* Reclus, Browne, Volney, Savary, passim,
5 Corr., XXIX, p. 500, La Jonquière, III, 280, Arch. h. de la Gu.: Bon
à Bonaparte, Caire, 2 brumaire: »...0n n'a point entendu comme les
nuits précédentes , des chants séditieux du haut des minarets».
Bon au général Bonaparte.
Au Caire, le 1^"" brumaire, an VII.
«Les patrouilles qui ont paru à la pointe du jour à la grande mosquée
m'avaient fait le rapport que la tranquillité régnait dans ce quartier, mais
des patrouilles postérieures qui viennent de rentrer assurent le contraire.
Je vous envoyé ci- joint le rapport de l'officier de place que j'y avais
envoyé.
Il serait essentiel, citoyen général, de faire des dispositions rigoureuses
pour dissiper les rassemblements armés qui se forment dans ce quartier,
mandez-moi vos ordres. J'aurais fait marcher des forces sur cette mosquée,
XLII PREFACE
tombeaux, le cimetière qui entoure la capitale: réunion de pe-
tites maisons de marbre blanc, couronnées de dômes ou de
palanquins peints, sculptés ou dorés, formant un ensemble gra-
cieux ^ Il faisait jour et le soleil levant semblait éveiller les
haines de la veille; de la place on fusillait les postes français
sur les monticules; on ripostait, mais la canonnade ne com-
mença pas encore 2.
Suikowski se dirigeait par le chemin de Belbeïs, au nord-
est-nord du Caire ^, vers les hauteurs occupées par le général
Dommartin avec deux bataillons^; 140 hommes de cavalerie se
tenaient là aussi sur une route entre les monticules dont les
abords étaient défendus par une^ pièce de 8 et 2 obusiers.
Quelques moments auparavant, une nuée d'Arabes et de pay-
sans à cheval se portait sur ces positions, mais les Français
postés sur les monticules ne les craignaient guère. La cavalerie
voulut même marcher contre les Arabes; la supériorité que
leur donnait le nombre la força de rentrer.
On lança quelques boulets contre ces hordes, mais cachées
dans les tombeaux elles étaient à l'abri du feu.
Alors on aperçut le détachement de SuJkowski «venir dans
le lointain». «Les Arabes^, voyant un petit nombre de Français,
se portèrent sur eux et les chargèrent; effrayés de se voir en-
vironnés par un tourbillon de cavalerie, les guides voulurent
se retirer; mais rencontrant sur leur route de nouvelles troupes
mais il sera mieux de s'y porter par des mouvements combinés sur les
différents points qui y aboutissent». i
Rapport de la nuit du 30 vendémiare au 1^ brumaire (faussement daté-|
du 1 au 2 brumaire) an VII (copie). • "^
«Toutes les patrouilles qui ont été faites régulièrement dans les diffé-
rentes sections, annoncent la plus parfaite tranquillité dans la ville et les
troupes postées du côté de la mosquée dite Eléazar, après avoir parcouru
tous les environs, sans trouver un seul homme, ont comblé les retranche-
ments qui s'y trouvaient.
1 Denon, I, 196, Browne, I, 123, Doguereau, 73.
2 Doguereau, 92.
3 Voir La Jonquière, II, 180: carte des environs du Caire.
* Voir les ordres expédiés par Berthier dans la nuit du 30 vendémiaire-
au l'^ brumaire (La Jonquière, III, 280).
^ Dogureau, 92: «2 pièces de 8».
«Doguereau, 92.
PREFACIO XLIII
de révoltés, la plupart périrent i; le malheureux Suîkowski fut
mis en pièces 2 vis-à-vis d'une mosquée, dont on a fait un fort^
qui a porté son nom».
Cette même populace du faubourg- avait égorgé, ce jour
même, un convoi^ de blessés venant de Beibeïs. Il ne fut pas
plus difficile de barrer le chemin, conjointement avec les Arabes
et les paysans de la région, à u\\ officier tout couvert de ban-
dages, bien que cet officier fût un iiomme de génie 5.
^ Berthier au chef de brigade Bessières. Au Caire, le 2 brumaire.
«Le général en chef vous ordonne, citoyen, d'envoyer des hommes pour
enterrer les guides qui ont été tués hier, afin qu'il ne reste aucune trace
de ce qui s'est passé». Signé: Berthier (Arch. h. de la Gu., copie).
Lavallette I, 286—7: «Accompagné de quinze guides, il traversait
la portion du désert qui sépare cette partie du Caire de la citadelle. Des
Arabes, cachés derrière de nombreux monticules, débouchèrent brusque-
ment sur lui. Il fut tué avec la plus grande partie de son escorte, car il
n'en revint que deux pour apporter cette triste nouvelle».
2 On rapporte encore, presque dans tous les récits, le détail sur la
chute de cheval. Martin, I, 256: «son cheval tomba»; Bibl. de soiiv., 356:
«Malheureusement, son cheval s'abat et le renverse»; François, 237:
«Son cheval, effrayé par les cris affreux que poussent ces barbares, se
cabre, s'abat et renverse son cavalier».
^ Courier de VEgypte, N° 14-, du 10 brumaire an VII. «Du Caire 8 bru-
maire: On travaille avec une grande activité à deux forts, l'un appelé le
fort Dupuy, l'autre le fort Suïkowski. Le premier de ces forts est situé
à l'endroit d'où le général Dommartin a bombardé la ville avec ses obu-
siers. Ces deux positions ont le double avantage de contenir la ville et de
la défendre contre les incursions des Arabes».
4 Corr., 3538, François, 237—8.
5 Voir aux Arch. Adm. les papiers attestant la mort.
«Le ministre (de la guerre) certifie à tous qu'il appartiendra que le ci-
toyen Suïkowski Joseph, chef de brigade, aide de camp du général Bona-
parte, a été tué à la révolte du Caire, le 26 (sic) vendémiaire an VII
Fait à Paris, le 23 vendémiaire IX (15 octobre 1800)» (minute). Ce certificat
fut expédié «au général-major comte Suïkowski à Lissa dans la Prusse
méridionale», le 12 pluviôse X (1 février 1802), grâce à l'intervention de
Kosciuszko. Le premier exemplaire daté du 29 nivôse VIII (19 janvier 1800)
s'est perdu en chemin.— «Citoyen Ministre! La famille de M. Joseph de Suï-
kowski, tué en Egypte, souhaitant pouvoir se procurer son extrait mor-
tuaire, dont elle a besoin pour terminer des affaires qui le regardent, je
prends la liberté, Citoyen Ministre, de vous prier, de vouloir bien me le
faire déhvrer, afin que je puisse l'envoyer en Pologne. Agréez, Citoyen
XLIV PRÉFACE
Et il l'était sans aucun doutée Napoléon en rendit témoig-
nage et «fut très sensible à cette perte^». «Peut-être eût-il
été un de ses rivaux 2, peut-être avait-il ce qu'il fallait pour le
devenir*; mais quoi qu'on en ait dit, il ne l'était pas encore».
Ministre, l'assurance, de la plus parfaite estime». T. Kosciussko. Paris, ce
11 nivôse an 10 (1 janvier 1802), rue de Provence N" 43.
Peut être Sulkowski a-t-il laissé une femme. M. A Chuquet l'affirme
dans une note du Journal de voyage du général Desaix (p. 52): «Sa veuve,
fille de l'orientaliste et interprète Venture, reçut jusqu'à la fin de l'Empire
une pension de 6000 francs sur le trésor de la couronne». Mais c'est sans
doute une interprétation de l'analyse d'une lettre de Lubienski aux (Arch.
Adm.) qui s'intéressait probablement au sort de la mère de Suîkowski. Il est
vrai que Reybaud (IV, 328) nous rapporte à l'occasion du récit sur la mort
de Venture que «sa femme était Grecque, sa fille Egyptienne et son gendre
Polonais», mais S* Albin, (I, 173), si bien informé sur Suîkowski, mentionne
seulement «une dame qu'il aimait» sans rien dire de son mariage.
* Lavallette, I, 286: «Le général en chef y perdit un de ses meil-
leurs aides -de- camp». Denon, I, 203—4: «Ainsi finit un des officiers les
plus distingués de l'armée. Observateur dans les marches, chevalier dans
les combats, la plume délassoit ses mains des fatigues des armes... Il n'y
avait que quelques heures que, dans un épanchement amical, il venait de
m'intéresser par son énergie, lorsque la nouvelle de sa mort vint flétrir et
froisser mon âme; c'étoit un des officiers que je pouvois le plus aimer».
Arnault, IV, 79. Arch. h. de la Guerre: lettre de Vial à Dugua, à Da-
miette. Mansura, le 7 brumaire l'an VII. «A la perte de Dupui l'on ajoute
celle d'un fort bon officier Sudcoski, chef de brigade » Décade I, 123.
«Ce jeune officier, Polonais, a été tué dans la sédition du Kaire, le pre-
mier brumaire. Il avait été nommé chef d'escadron à la prise d'Alexandrie
où il fut deux fois culbuté de la brèche, et chef de brigade après le com-
bat de Salehiéh où il avait reçu d'honorables blessures. Le public con-
naîtra ce qu'il avait lieu d'attendre d'une plus longue vie, dans l'éloge que
l'Institut d'Egypte, dont il était membre, consacrera à sa mémoire par
l'organe de son secrétaire perpétuel». Bourrienne, II, 183: «Plein d'esprit
et de jugement, aussi instruit que bravo. Desaix, 51: «Polonais instruit
a beaucoup voyagé».
2 Miot, 84 — 5: «Au moment où j'entrai chez le général en chef avec
l'ordonnateur Sucy, il venait d'apprendre la mort affreuse du jeune Suî-
kowski... Bonaparte fut très sensible à cette perte, il estimait fort son aide-
de-camp, qui joignait au courage d'un héros des talens et des connaissances
étendues». S^ Albin, I, 162.
» Arnault, IV, 82.
^ S^ Albin, l, 138. «Le directeur Carnot, qui prit lecture de la corres-
pondance militaire de Suîkowski, est un de ceux dont elle excita le plus
PREFACE XLV
Donc les regrets furent sincères; d'ailleurs on n'avait pas pu^
prévoir le danger qu'il courait. «Cette mort a affecté le gé-
néral en chef, qui a fini par dire: Il est mort, il est heureiix'^^^.
«Plus d'une fois, Bonaparte, consul et empereur, rappela, dans
les moments de crise, son aide de camp de prédilection 3».
Dans l'épopée de sa vie combien de vaillants n'a-t-il pas vu
briller, réussir et mourir; leurs ombres entourent son exil; et
dans cette foule, évoquée dans sa mémoire, parmi les ducs et
maréchaux, il distingue* très nettement cet «officier d'un grade
moins élevé», «un Polonais plein d'audace, de savoir, de ca-
pacité», qui «connaissait le génie, parlait toutes les langues de
l'Europe» et qu'«aucun obstacle n'arrêtait».
IL
L'influence d'un autre Polonais, Lazowski, devait être d'un
grand poids, sur les préliminaires de l'expédition d'Egypte. Le
Directoire exécutif flotta longtemps entre la vieille tradition ^
d'une alliance avec la Sublime Porte et les projets d'un dé-
l'attention: Si l'on avait besoin, dit-il, de faire une campagne aussi ardente
que celle-ci, et si nous avions perdu Bonaparte, voilà le jeune homme qui
serait capable de le remplacer».
1 Arch. h. de la Gu.— Bon à Do m ma r tin. Au Caire, le 1 brumaire.
«Si vous avez quelques dépêches à lui (Bonaparte) faire passer ou quelque
chose à me dire, profitez du retour de la patrouille que je vous envoie».
Donc on ne crut pas les communications interceptées. Reybaud (IV, 174)
enregistre ces mots du général en chef quand la nouvelle de la mort
de Suîkowski parvint: «Quoi — serons nous le jouet de quelques hordes
de vagabonds».
* La Jonquière, III, 281, Journal de Bélliard.
3 Bibl de souv. 356, S' Albin, I, 166 — 7,171. Bourrienne, II, 128-9:
Bonaparte me paria plusieurs fois de Suîkowski avec des regrets profondé-
ment sentis: Je ne puis, me dit- il un jour, vanter assez le caractère, le
beau courage, V imperturbable sang-froid de mon pauvre Suîkowski; et sou-
vent depuis, m'en reparlant d'un ton vivement affecté: Suîkowski, disait-il,
aurait été loin; c'aurait été un homme précieux pour celui qui entrepren-
drait de ressusciter la nation de ces nobles Polonais ^ si justement récoltés
du triple partage de leur pays et du joug qui pèse sur eux,
^ Antomarchi (Mémorial de Sainte-Hélène par le c** de Las Cases—
Parii, 1842, II, p. 804) le 21 février 1821.
5 La Jonquière, I, ohap., V: Le projet d'expédition en Egypte.
XI. VI PREFACE
membrement de la Turquie à laquelle on n'assignait pas alors
10 ans d'existence». Dans l'opinion de plusieurs diplomates
français ^ « tous les intérêts politiques et commerciaux se réu-
nissent en faveur de la conservation» de l'Empire Ottoman et
((la République française... seule par son influence peut opérer
une révolution morale dans le divan, sans laquelle il faut dé-
sespérer de sauver les Turcs d'un envahissement arrêté depuis
long-temps». Mais d'autres proposent de laisser tomber cet
Empire, menacé par les Russes et les Autrichiens, et de s'en
approprier les débris qui conviendraient le mieux à la France
pour la dédommager de la perte de ses colonies occidentales.
C'est alors, le 4 janvier 1798, que Lazowski, dans un rapport*
établi à la suite d'une mission en Turquie, fit ressortir l'af-
faiblissement extrême de cette puissance décrépite, la déca-
dence de ses troupes et leur ignorance dans l'art de la guerre,
l'abandon de son agriculture et des son commerce, la ruine
de ses finances. La France, conclut-il, doit s'associer à un par-
tage inévitable. Son lot doit être l'Archipel, précieuse pépinière
de marins, et l'Egypte, qui naturellement suivra le même sort.
Et «pour faire cette conquête importante» ou plutôt «pour tirer
l'industrieux Egyptien de la servitude dans laquelle il gémit
depuis longtemps, il suffira de chasser de cette contrée fertile
dix ou douze mille mameluks, dit on, sans artillerie, sans con-
naissances militaires et toujours divisés entre eux».
Dans ces conseils, dans cette appréciation de la situation
critique des Turcs, n'y a-t-il pas quelqu'écho d'une rancune na-
tionale? Mais Lazowski est-il Polonais? Et s'il Test bien à cette
époque, de quelle source découlent ses sentiments? Ils sont in-
spirés par le sang et l'entourage, l'un et l'autre polonais,
quoique déjà très sensiblement affaiblis, dans cette cour de
Stanislas Leszczynski, émigrée depuis un quart du siècle. L'acte
1 Dubois-Thainville au oit. Talleyrand-Périgord, ministre
des relations extérieures. Paris, le 5 brumaire VI année de la R. (26 octobre
1797) lAff. Etr., Turquie, v. 197, f. 56). Traité d'alliance défensive entre la
République française et... sultan Sélim III; du 4 prairial IV (23 mai 179G),
(Turquie; 193, f. iM— 8). Rapport du premier secrétaire de l'ambassade
Ruffm au Directoire exécutif sur les secours à donner aux Turcs (11 plu-
viôse IV— 31 janvier 1796), (Turquie, 193, f. 35—55).
* La Jonquière, I, 148.
{
PREFACE XLVII
de naissance, fait à la paroisse de S' Jacques de Lunéville, en
est la preuve. «Joseph Félix, fils légitime du sieur Jean La-
zowski, contrôleur d'office chez le roi, et de d-elle Catherine
Grandidier dite Lebrun, son épouse, de cette paroisse, est né
à six heures du matin, le vingtième novembre mil sept cent
cinquante neuf et a été baptisé le même jour. Il a eu pour
parrain le sieur Joseph Jankowicz, ci -devant intendant de la
maison de M. le duc Ossoiinski, contrôleur de la maison du
roi, et pour marraine d-elle Marie Bouchiewichomska, d-elle de
feue madame la duchesse Ossolihska ^».
Nul doute que les influences françaises devaient prévaloir
de plus en plus sur celles de la Pologne. L'enfant apprit la
langue de sa mère et fît ses études dans cette même langue.
Les Polonais transplantés sur le sol lorrain parlaient le fran-
çais; aucune séparation entre les deux nationalités ne pouvait
contribuer à retarder les progrès d'une assimilation complète.
«Entré à l'Ecole des ponts et chaussées le 1 mars 1779»,
Lazowski «a suivi les cours de chimie, de physique, d'histoire
naturelle et d'hydraudinamique; a étudié les éléments de gé-
ométrie, l'algèbre et les sections coniques; a remporté deux
prix de cartes d'études; un l**"" prix de paysage et un 2^ d'or-
nement; le l^'' prix d'architecture civile en 1781; a concouru
deux années en traits et en nivellement; a été employé aux
travaux du port de Dieppe en qualité d'élève en 1781; a fait
le contrôle de l'inspection de Joigny et Provins en 1782 et
dans la même année a concouru à un projet d'écluse de na-
vigation. Il a été envoyé en 1783 en qualité d'élève au port
dç Cherbourg et en avril 1784 il a été nommé ingénieur à la
suite des travaux de la rade de ce port. Lorsqu'il est sorti de
l'école, il était le 3* de la l''^ classe, il avait 184 degrés de
connaissances. — Après avoir suivi pendant plusieurs années
les travaux de Cherbourg, il a été chargé comme directeur de
la surveillance des canaux d'Orléans, de Loing et d'Ourgues 2,
où il a fait exécuter ainsi que sur la Marne différents ouv-
^ «qui ont signé avec moi... Jos. Leroy, ch. reg, curé» (Extrait des re-
gistres de baptême de la paroisse S* Jacques de Lunéville, copie aux
Arch. Adm.).
2 Ourcq.
XL VII 1 PREFACE
rages hydrauliques». Le citoyen Lamblardie ^ qui, au nom de
TEcole nationale des ponts et chaussées, rendit ce témoignage,
avait dirigé en 1781 les ouvrages de Dieppe, lorsque Lazow-
ski y vint comme élève. Il avait eu beaucoup à se louer de
ses services. Il résulte «encore des renseignements pris sur son
compte que cet ingénieur a bien dirigé les différents travaux
dont il a été chargé». — Cette enquête fut provoquée par une
demande adressée par Lazow^ski au Comité de salut public,
le 26 brumaire l'an 3, pour être employé au service de la ré-
publique, soit dans ses armées, soit dans l'intérieur, aux tra-
vaux des ports de mer et places fortes, soit au dehors chez
les alliés de la république». Mis en liberté par arrêté du Co-
mité de sûreté générale du 25 vendémiaire ^», et en même
temps «instruit que la Porte avait demandé des ingénieurs^
^ Voir aux Arch. Adm. son rapport du 17 frimaire l'an III, (7 décembre
1794) sur un mémoire présenté par Lazowski le 17 novembre 1794
2 16 octobre 1794. Dans un document postérieur il cite la date du 25
thermidor de l'an II — 12 août 1794.
' Arch. Adm.
Verni nac, l'envoyé extraordinaire de la république française près la
Porte Ottomane, aux représentants du peuple, membres du Comité de salut
public.
A Constantinople, le 1 prairial de l'an 3^"*^ [20 mai 1795]. «Le citoyen
Monnier, ingénieur français envoyé à Constantinople, sur la demande de
la Porte, ne pouvant suffire aux travaux dont il est chargé et dont il
porte tout le poids, depuis la mort de Mazurier, son collègue, m'a de-
mandé de vous prier de vouloir bien lui envoyer prochainement un nou-
veau collaborateur. Ses désirs, en cela, s'accordent parfaitement avec ceux
de la Porte qui très occupée de relever et de perfectionner les fortifications
de l'empire, en même temps que de mettre son artillerie sur un pied res-
pectable, nous trouve trop économes dans l'envoi des officiers de ces
deux parties qu'elle vous avait instamment demandés»...
C'est bien avant cette lettre, le jour môme de la nomination du cito-
yen Verninac pour l'ambassade de Constantinople, le 12 brumaire III (2
novembre 1794), que cet envoi des officiers fut décidé. Voir aux Arch, des
Aff. Etr. (l'arrêté non retrouvé par M. Aulard aux Arch. Nat.), Turquie, v.
190, f. 126: Le Comité de salut public arrête: Article 1®^ Le commissaire
de l'organisation et du mouvement des armées nommera sous l'approba-
tion du Comité de salut public, un officier de génie, propre à remplacer au
service de la Porte le citoyen Mazurier, mort à Constantinople. Art. 2«. Il
nommera de plus, pour se rendre à la même destination, deux officiers
de cavalerie et un fondeur de bombes. Art. 3^ Il fera tomber de préfé-
PKEFACE XLIX
au Comité de salut public, il a pensé devoir représenter qu'il
croyait pouvoir remplir cette mission, soit pour des travaux
civile, soit pour des travaux militaires, bien entendu cependant
que ce sera toujours comme in2:énieur de la république, aux
appointements 1 et service de laquelle il restera attaché». «Les
grands travaux... de Toulon nécessitant une surveillance active
dans la direction des ouvrages de tout genre» que l'on y con-
struisait, il se crut «aussi particulièrement propre à ce service»,
vu qu'«en qualité d'ingénieur en chef, il a eu la direction de
plusieurs grands canaux de navigation et a toujours été chargé
de construction importante 2», enfin qu'ccil a, de plus, fait une
étude particulière des fortifications» quoique ce travail ne fût
pas «d'obligation pour les ingénieurs des travaux civils».
A cette époque, âgé de 35 ans, il n'a presque rien gardé
de son caractère polonais, si ce n'est quelques souvenirs de
famille et l'orthographe intacte de son nom. Mais la question
polonaise est à l'ordre du jour et on lui rappelle brutalement
son origine. Probablement à cause de son nom tout à fait
étranger il est devenu suspect et arrêté^. Du moins on le re-
rence son choix sur des citoyens qui ont séjourné en Turquie. Signé:
Treilliard, Merlin (de Douai), Thuriot, L B. Guyton, Richard, Breard, Es-
sacherioux, Charles Cochon, J. J. B. Delmas. Pour copie: le commissaire
des armées L, A. Pille.
1 «Joseph F. Lazowski observe que n'ayant jamais eu d'autre revenu
que les appointements attachés aux fonctions qu'il a remplies, il lui serait
impossible de partir pour une mission étrangère, sans les avances propor-
tionnées aux circonstances d'éloignement, de voyage, d'équipement et
d'instruments dont il serait obligé de se pourvoir. Son dévouement est en-
tier, mais sa fortune est absolument nulle. Lasowski, rue de Cléri N** 99».
(Lettre du 26 brumaire III— 17 novembre 179i).
2 «Particulièrement à Cherbourg» (Mém. de Lazowski du 26 brumaire
(17 novembre 1794) 'dnxArch. Adm.). En marge de ce mémoire: 1^'^ division.
Renvoyé à la Commission des travaux publics». Lamblardie conclut dans
son rapport: «On pourrait donc lui en confier sans inquiétude dans la 1''*
division des travaux pubhcs. — Il paraît encore que le citoyen Lazowski
a fait une étude particuhère de la fortification, il pouvait même être em
ployé très utilement dans cette partie. Je désire au reste de n'être pas cru
sur parole relativement à cet objet».
2 A la même époque fut suspendu François Charles Scheglinski, com-
mandant le 7""® régiment des chasseurs à cheval, malgré qu'il fût au ser-
vice de la France depuis 35 ans et demandât «> d'être requis pour servir
Les Polonais en Egypte. IV
PREFACE
o-arde comme Polonais quand il s'ag-it d'utiliser ses talents. La
Commission des travaux publics ^ dans le rapport^ présenté
sur son compte propose^ au Comité de salut public «de lui
conférer l'emploi d'ingénieur militaire dont il devra remplir
les fonctions au service de la Porte, en le nommant au grade
de capitaine du génie de S*" classe*», mais elle croit devoir
faire observer «au Comité que le citoyen Lazowski étant Po-
lonais pourrait à raison des hostilités exercées par les Russes
contre son pays apporter un esprit de vengeance particulière,
qui dans le fond, serait très pardonnable, mais qui pourrait peut
être influer sur les mesures qu'il ferait prendre au ministère
ottoman, lesquelles venant à ne pas réussir seraient reprochées
aux agents que la République fait passer dans le pays, et dont
la prudence doit être un des premiers devoirs».
Et justement, à cette époque, les sentiments polonais de
Lazowski se ranimaient. De la Pologne envahie par les Russes
un nouvel exode commença. La même violence n'a-t-elle pas
la république» (voir aux Arch. Adm. son Mémoire adressé à la Commission
de l'organisation et du mouvement des armées de terres, daté à Sully sur
Loire, ce 17 fructidor l'an 2® de la R.).
1 3® division, section du génie.
2 du 21 frimaire l'an III (11 décembre 1794;) (Arch. Adm.).
^ Cette proposition fut approuvée dans les séances des 22 et 28 frimaire
(Arch. Adm.). Voir aux Aff. Etr., Turquie, corr. v. 189 f. 351 et 381, lettre
de là Commission des travaux publics à la Commission des relations ex-
térieures, du 26 frimaire III: «La Commission vous observe que le Comité
a approuvé la nomination du citoyen Lazov^ski au moment seulement de
son départ. La Commission pense que cette phrase ne signifie autre chose, si
non que cet officier ne doit commencer à entrer dans ses nouvelles fonc-
tions que lorsque vous lui aurez donné l'ordre de partir». Voir Bec. des
actes du Comité de salut public, XVIII, p. 786 — 7. Séance du 28 frimaire
an III (18 décembre 1794;): «Le Comité de salut public approuve la nomi-
nation faite par le commissaire des travaux publics du citoyen Lazowski,
pour remplir une place d'officier du génie au service de la Porte-Ottomane.—
Le commissaire de la marine, en vertu de l'arrêté du 12 brumaire, avisera
aux moyens de faire parvenir ledit citoyen à sa destination. Signé: Cam-
bacérès, Carnot, Pelet, Boissy, Merlin (de Douai), Richard, L. B. Guyton».
* Voir l'état de service de Lazowski: «Breveté ingénieur en avril 1784;
et prenant rang à dater de cette époque, dans le corps du génie, où il
a été admis avec le grade de capitaine de l'^'' classe le 22 frimaire an III,
conformément à la loi du 21 février 1793 , et à la lettre ... du 29 pluviôse
même année».
PREFACE LI
expulsé jadis de son ancienne patrie son père et son roi, bien-
faiteur de sa famille et de sa nouvelle patrie lorraine? Plus
tard, dans sa jeunesse, n'a -t- il pas vu une deuxième généra-
tion de son pays, chassée par le même ennemi héréditaire,
entrer dans les rangs de l'armée française* ou bien s'embar-
quer pour la guerre de l'indépendance dans le nouveau monde.
Et voici que. pour la troisième fois, plus forte que jamais, la
vague des émigrés polonais bat le rivage français. — On s'agite
beaucoup; on ne désespère pas encore de l'avenir; on discute
la situation de l'Europe fort ébranlée; on fait des «réflexions*
sur les causes naturelles de l'union entre la Porte Ottomane,
la France, la Pologne, la Suède et le Danemarck». «C'est par
l'impulsion de la France» que cette «ligue doit renaître. C'est
pour rendre à cette ligue toute sa force et son éclat que la
Pologne sera ressuscitée de ses cendres, la Pologne à laquelle
tient l'existence de la Porte, la sécurité de la Suède et du Da-
nemarck, la conservation de la Prusse, la prospérité de la
Hollande, l'influence de la France au Nord, la tranquillité de
l'Europe et la liberté de son commerce».
En partant^ pour travailler à la défense de la Turquie, La-
-zowski croit servir la Pologne, il a pour compagnon du voyage
Albert Turski dit le Sarmate, il trouve à Constantinople comme
à Paris, Polonais émigrés, officiers et hommes politiques, se re-
muant, conspirant, s'attend ant à un retour, les armes à la
main. L'envoyé extraordinaire Descorches, résidant à Péra,
reçut de la part du Comité de salut public des instructions
fort précises concernant l'insurrection polonaise*: «Il n'est au-
cune puissance qui ait un intérêt aussi direct au succès des
Polonais et tant de moyens pour les secourir que la Porte —
Le parti que la Porte prendra à l'égard des Polonais nous ser-
vira de pierre de touche pour ce que nous pourrons attendre
1 Voir le travail de M. Sidney Churchill dans le Bulletin polonais,
jnars 1910.
* Impr. de Pougin. (Aux Aff. Etr., Turquie v. 196, f. 536—43; en marge,
■on lit cette remarque: «vers l'an V»). Se vend à Paris chez P. Besson,
libraire, rue Honoré 116.
3 Arch. des Aff. Etr., Turquie, corr., v. 190, f. 190—1, 202, 330.
* Aff. Etr. Turquie 188, f. 250: Supplément pour le citoyen Descorches,
17 messidor an II — 5 juillet 1794.
IV*
LU PRÉFACE
de son énergie à nous mêmes». Son successeur Raymond Ver-
ninac, ancien ambassadeur en Suède, doit^ s'occuper des af-
faires de la Pologne et principalement de celles de la Galicie.
Et ces résidents de la France à Constantinople sont pour La-
zowski une autorité supérieure à celle du gouvernement turc.
«Employé 2 à la reconnaissance générale de l'extrême frontière
de la Turquie d'Europe et des côtes ouest de la Mer Noire»,
il parcourut les provinces limitrophes de la Pologne. «Chargé
par le divan de faire les mémoires et projets pour mettre en
état cle défense les places de Choczim, Bender, Palanka et
Akerman sur le Dniester, Kilia, Ismail et Trstenik (?) sur Da-
nube», il remit au gouvernement français et au comité de for-
tifications «le double des mémoires et des plans» qu'il avait
donnés à la Porte et au ministre des affaires étrangères 1 al-
leyrand^ Il reçut «du reis-effendi une lettre de satisfaction et
de remercîments pour ses services particuliers en Turquie».
«L'ingénieur Lazowski, écrivait* ce haut dignitaire, dès son
arrivée... a rempli avec zèle les commissions que la Sublime
Porte lui a confiées et après y avoir longtemps déployé la plus
grande capacité et la connaissance profonde de son art, ayant
obtenu notre agrément pour retourner dans sa patrie, nous
nous empressons de rendre ici une justice solennelle à la ma-
nière dont cet officier s'est acquitté de son service, et qui a gé*
1 Aff. Etr. Turquie, v. 189, f. 180 — 8: Projet d'instructions pour le ci-
toyen R. Verninac.
2 Voir aux Arch. Adm. état des services du colonel du génie, directeur
des fortifications, Lazowski, autographe. Aux Arch. des Aff. Etr. (Turquie
195, f. 202), note d'Aubert Dubayet de 22 novembre 1796.
' Voir aux Arch. des Aff. Etr. Turquie, mém. et doc, v. 15, f. 211—37:.
Frontière de la Turquie d'Europe sur le Niester, mémoires sur les forte-
resses de Bender, d'Akerman. Choczim, d'Ismail et de Kilia.- Turquie, cor-
respondance, V. 195, f. 253 — 4;: Dubayet à Delacroix, 14 décembre
1796. «J'avais demandé... deux mémoires à l'ingénieur Lazowski, l'un conte-
nant l'état actuel des places avec leurs plans, l'autre présentant le tableau
et les plans de ce qu'il faudrait faire soit en restaurations, soit en ac-
croissement aux fortifications, avec un système défensif de cette frontière
que menace l'ambition des Russes. Mais le citoyen Lazowski ne m'a en-
core rien présenté».
* Reis-effendi au min. Delacrotx, mai 1797 (Aff. Etr. Turquie corr. v.
196, f. 54:é, extrait aux Arch. Adm.).
PREFACE LUI
nùralement satisfait tous les ministres de la Sublime Porte».
Toutes ces civilités masquaient l'issue malheureuse de la mis-
sion. Le nouvel ambassadeur de la République, le général Au-
bert du Bayet ne sait trop répéter ^ qu'ail n'y a aucun parti
militaire à tirer de l'Empire Ottomane», que «l'inertie la plus
absolue n'a fait que s'accroître depuis la mort de Catherine II»»
qu'on ne doit «songer qu'aux rapports commerciaux... avec les
Turcs». Les ouvriers, les ingénieurs et les militaires venus de
France n'ont plus rien à faire. Du reste la paix de Campo-
Formio fermera la première phase de la grande crise euro-
péenne; ses préliminaires modifient déjà la situation. Le «m^au-
vais génie-» du désespoir fait alors passer la frontière autri-
chienne aux Polonais, réfugiés en Valachie et en Moldavie.
Mais quelque parti que voulût en tirer la presse républicaine^,
la diplomatie officielle nie toute connivence avec les insurgés*.
L'envoyé français fait^ «taire en ce moment toute affection
personnelle... pour la partie de la nation polonaise restée fidèle
à la liberté». Ces rassemblements des Polonais et leur traite-
ment par les autorités turques furent probablement encore,
vers la fin de 1796, pour quelque chose dans les dissensions
signalées^ par Dubayet: il fait «des excuses sur la conduite de
l'ingénieur Lazowski qui s'était permis des expressions très in-
convenantes contre l'hospodar de Valachie». Néanmoins, même
«après la réfoime générale des officiers français envoyés par
la république au service de la Porte Ottomane », en février
1797, Lazowski est resté «aux ordres de cette puissance» et
^ Turquie 196, f. 260—2. Lettre au min. des rel. ext., Gonstantinople, le
22 prairial an V— 10 juin 1797.
2 Turquie 196, f. 178 — 9. Dubayet au min. des rel. ext., 6 thermidor
V— 24 juillet 1797.
' Journal des hommes libres, 5"^^ jour complémentaire V, N'' 125, quin-
tidi 25 vendémiaire VI, N"' 150.
* Turquie 196, f. 333; Note de 25 messidor V.
5 Ibidem: Dubayet au président de l'assemblée centrale des Polonais
réfugiés à Léopold.
8 Turquie 195, f. 252 — 3. Aubert du Bayet à Ch. Delacroix,
Péra-lez-Constantinople, 24 frimaire V— 4 décembre 1796. «...J'annonce que
cet officier qui par parenthèse m'avait manqué très essentiellement, avait
été mis aux arrêts. Je vous préviens qu'à la première faute pareille, je
renverrai ce citoyen Lazowski en France».
LIV PREFACE
n'est parti de Constantinople que le 4 juillet 1797 \ quand le
gouvernement turc se fût décidé à ne fortifier aucune de ses
places. La passiveté des Ottomans à l'époque du troisième dé-
membrement de la Pologne, leur indolence la plus complète
au moment où le système politique de l'Europe fut tout à fait
boulversé, inspira à Lazowski un profond dégoût pour tous
les efforts qui tendaient à une collaboration réformatrice avec
cet état pourri depuis longtemps. Il était lésé aussi dans ses
intérêts particuliers ^ et dans sa carrière militaire.
1 16 messidor V, (voir aux Arch. Adm. sa lettre datée à Gênes, le 3
vendémiaire de l'an VI— 24 septembre 1797). ,
2 Le citoyen Lazowski, officier du génie, au ministre des relations
extérieures Talleyrand.
Paris, 26 nivôse an G'"® de la R. fr. [15 janvier 1798].
Citoyen Ministre, le 15 pluviôse an VI (lire V) [3 février 1797], lors de
la réforme en Turquie des officiers français envoyés à Constantinople par
le Comité de salut public, d'après la demande de la Porte, ce gouverne-
ment ayant fait déclarer à l'ambassadeur de la république française, Au-
bert Dubayet, qu'il me gardait à son service: je ne fus point payé par
cette raison, des arriérés que les Turcs nous devaient généralement à cette
époque, et qui furent soldés à mes camarades avant leur départ. Au bout
de six mois, la Porte s'étant décidée à ne fortifier aucune de ses places,
je fus aussi réformé. Mais après avoir attendu à mes frais, près de deux
mois, le payement de 3750 piastres qui m'étaient dues, je fus obligé de
partir sans être soldé, parce que dans ce moment de justes motifs d'inté-
rêts publics décidèrent l'ambassadeur à suspendre toutes négociations par-
ticulières à la Porte, jusqu'à nouvel ordre, ce qui me fit craindre en sé-
journant davantage et d'une manière aussi illimitée, de perdre l'avantage
que je pouvais espérer pour mon avancement en arrivant en France à l'ou-
verture de la campagne qui paraissait devoir s'ouvrir en Italie. — Ainsi je
partis de Constantinople, après avoir fait constater par une protestation
faite en chancellerie de France, la légitimité de ce qui me restait dû, et
après en avoir reçu la déclaration détaillée et certifiée de l'ambassadeur et
du drogman de la légation française chargé de toucher notre solde en
Turquie. ™ Je joins toutes ces pièces à ma pétition, Citoyen Ministre, et
j'espère de votre justice et des moyens confiés à votre administration, que
vous voudrez bien me faire payer d'une dette aussi sacrée, montant à la
somme de 3750 piastres. La Porte vous a témoigné une entière satisfaction
de mes services en particulier, par la lettre que je vous ai remise à mon re-
tour de Turquie; et cependant par une contradiction bizarre, et parce
qu'elle me iugea encore utile à son service après le départ de mes ca-
PIIEFACE LV
Après 46 jours de traversée il arriva à Gênes où il fit sa
quarantaine^. En partant pour Paris, le 25 septembre 1797, il
passa par Lunéville; où il vit sa mère et son père â^é déjà
de plus 90 ans. De retour à Paris, au commencement du mois
de janvier 1798, il remit son travail sur la Turquie. Son mé-
moire du 4 janvier fut évidemment lu au Directoire avec beau-
coup d'intérêt, puisque le ministre de la guerre l'autorisa ^
«à séjourner à Paris jusqu'à ce qu'il reçoive les ordres de sa
destination» et «l'engagea^ à se livrer à la continuation de son
travail». Attaché à l'armée d'Angleterre^, il ne s'était pas rendu
dans les ports du Nord. Promu ^ extraordinairement, par l'ar-
marades, je suis le seul officier français et étranger réformé que ce gou-
vernement n'ait point soldé... (Aff. Etr., Turquie 197, f. 2i5).
Lazowski au ministre [de la guerre Schérer].
Paris, le 12 nivôse de l'an VI [1 janvier 1798].
«...Je vous observe... que non seulement je n'ai reçu aucun frais de
voyage pour mon retour en France, comme mes camarades, mais que
j'ai encore été retenu pendant six mois au service de la Porte Ottomane,
après la réforme des autres officiers français, sans recevoir aucune inde-
mnité de cette puissance; pour tout ce temps de mon service, malgré les
réclamations de l'ambassadeur à ce sujet; qu'en outre j'ai été obligé à mon
départ pour la Turquie de m'équiper en instruments de mathématiques,
livres et autres objets dispendieux relatifs à mon arme, et que je n'ai pas
eu la gratification accordée alors par le gouvernement français à tous les
officiers, en entrant en campagne» (Arch. Adm.).
Dans un rapport présenté au ministre le 24 nivôse VI— 13 janvier 1798
«...pour 400 postes à 5 chacune... on propose... d'ordonner le payement
de la somme de deux mille livres».
1 Lettre du 24 septembre 1797.
2 Arch. Adm., Paris, 18 nivôse VI— 7 janvier 1798.
3 Lettre de Berguesse, secrétaire particulier de Schérer, J9 nivôse (Arch.
Adm., La Jonquière 1,148).
* Caffarelli à Bonaparte, Boulogne, le 2 ventôse l'an VI~20
février 1798. «Je vous supplie de presser l'arrivée des officiers du génie
qui doivent servir à cette aile de l'armée, ils me sont absolument néces-
saires. Trois de ceux destinés à l'armée d'Angleterre sont à Paris, savoir
Lazowski, Ferandy, Say. Voudriez vous leur donner vous même l'ordre de
se rendre ici ou du moins charger le général Chasseloup de le faire expé-
dier» {Arch. Nat. A F>^ 1599).
^ Lazovi^ski au min. de la gu., Paris, 26 nivôse VI— 15 janvier 1798.
(Demande du grade de chef de bataillon; en marge: Renvoyé au cit. Pla-
LVI PREFACE
rêté du Directoire du 23 ventôse ^ IV, au grade de chef de
bataillon, ii resta dans la capitale; initié au secret de l'expé-
dition d'Egypte, après l'avoir suggérée, il travailla sans doute
activement à la préparer.
Au raoment de son départ pour Toulon, le 19 avril 1798, il
reçut les adieux de ses parents; ceux-ci n'espéraient plus le
revoir; ils se disaient que si l'expédition était destinée aux
Indes, Dieu sait quand il reviendrait, — et ils craignaient ^
qu'après leur mort on ne prétende leur fils émigré pour con-
fisquer son pauvre héritage.
nat (chef de la Iroisième division) pour proposer au grade de chef de ba-
taillon) (Arch. Adm). Lettre de Lazowski (au Directoire), Paris, rue
de Tournon N" 1177, le 12 ventôse VI — 2 mars 1798. «Le ministre de la
guerre m'a destiné pour l'armée d'Angleterre et il m'y emploie avec le
même grade de capitaine que j'avais lorsque je fus expédié il y a près de
quatre ans pour le Levant. J'espère de votre intégrité, Citoyen Directeur,
que vous voudrez bien m 'accorder avant mon départ prochain, le grade
de chef de bataillon , que vous avez bien voulu me faire espérer, lorsque
je remis mon travail sur la Turquie, ainsi que les lettres de l'ambassadeur
de la rép. et du reis-effendi qui témoignent la plus entière satisfaction de
mes services dans ce pays».
1 13 mars 1798.
=* Arch. Adm., Lazowski au min. (de la guerre Schérer).
Paris, le 30 germinal de l'an VI [19 avril 1798].
«Au moment de mon départ pour Toulon j'ai reçu une lettre de mes
parents qui ne sachant pas le temps que mon service peut me retenir hors
du territoire de la rép., demandent instamment que je satisfasse par avance
aux loix du 9 et 20 floréal an III [28 avril et 9 mai 1795]. Attendu que
mon père âgé de plus 90 ans et très caduque, pouvant mourir dans cette s
intervalle, le département de la Meurthe où ils résident, est en droit de |
leur demander en mon absence, un certificat qui constate ma non-émigra- |
tien. Mes parents insistent d'autant plus, qu'ayant toujours été employé |
au dehors pour le service de la rép., aussitôt après que le Comité de sa- i
lut public m'eut rendu la liberté, le 25 thermidor de l'an 2 [12 août 1794], |
l'exécution des loix ci -dessus pourrait entraver sous ce prétexte leurs 1
droits et les miens dans la succession de mon père. J'ai pensé qu'il suffi-
sait que vous voulussiez bien attester mon emploi continuel au service de _
la répubhque, pour leur ôter l'inquiétude injuste que pourrait leur occa- |
sionner l'aveugle et stricte application de loix à mon sujet pendant mon '
éloignement». Le certificat demandé fut expédié le 28 prairial VI — 16
juin 1798.
PREFACE l.VI]
A propos de cette époque, Lazowski écrit sommairement,
dans son état de services: «en l'an IV employé à l'attaque de
vives forces d'Alexandrie en Egypte, à la bataille de Chobrak-
hit^ et aux diverses affaires particulières qui ont eu lieu dans
le Delta 2, jusqu'à la campagne de Syrie; en l'an VII employé
au siège d'El-Arich dans le désert, au siège de Jaffa^ où il a
été blessé à l'épaule, au siège d'Acre * où il a été blessé à la
tête; en l'an VIII s'est trouvé à la bataille d'Uéliopoiis et
à celle de Damiette, a été employé au siège de Belbéïs et du
Caire; pendant l'intervalle des différentes affaires et sièges...
a été employé comme directeur des fortifications de la direc-
tion de Damiette et ensuite comme commandant à l'armée les
officiers du génie employés dans les différentes divisions^». Le
14 juin 1799, «le général en chef voulant donner un témoi-
gnage de la satisfaction du gouvernement au citoyen Lazou^-
ski. .. pour les services qu'il a rendus dans la campagne de
Syrie et notamment aux sièges de Jaffa et d'Acre, le nomma
au grade de chef de brigade ^w.
1 Corr. inédite (Panckoucke) I, 268 — 70. Andréossy au géu. Bona-
parte. En rade de Chobrakhit, le 25 messidor an VI — 13 juillet 1798:
«...Les officiers qui se sont le plus distingués... sont... chef de la bataillon
Lazowski»...
2 La Jonquière, II, 172 (Journal de Detroye).
3 Ibidem IV, 24.9, 261—2.
* Ibidem IV, 366 (croquis).
5 Arch. h. de la Gu. Etat des officiers et employés du génie et leur
répartition dans les quatre directions de l'Egypte à l'époque du 1 ther-
midor VIII— 20 juillet 1800: Lazowski dans l'état-major général.
6 Extrait des registres de l'état- major général du 26 floréal an VII.
(Arch. h. de la Gu.).
On retrouve les réminiscences de cette guerre dans les motifs de ses
promotions postérieures (Arch. Adm.):
Carnot, le ministre de la Guerre, à Lazowski.
Paris, le 19 germinal an VIII [9 avril 1800].
«Je vous annonce, citoyen, que le Premier Consul, sur la proposition
de mon prédécesseur, et d'après le compte qu'il lui a rendu du mérite et
de la distinction de vos services, vous a, par son arrêté du 7 de ce mois,
nommé à un emploi de sous-directeur des fortifications. Je me flatte, ci-
toyen, que vous justifierez pleinement le choix que le Premier Consul a fait
LVllI PREFACE
On peut suppléer à ces renseignements par quelques dé-
tails. — Lazowski s'embarqua ^ sur le vaisseau le PeupleSou-
verain ^ «un des plus vieux de la flotte et des plus arqués»,
bon voilier du reste. On vivait à bord «dans la plus heureuse
harmonie», on se récréait avec la musique de la 25^ demi-brigade.
Mais, l'armée débarquée, Lazowski, un des enthousiastes de
l'expédition, sentit, sans doute, peser sur lui ce dégoût gé:
néraP qui saisit les troupes réduites à la misère, détrompées
«sur cette entreprise si belle et si vantée». Ce fut peut-être la
cause pour laquelle il chercha à se rapprocher de Zaj^czek,
avec lequel il se sentait quelques traits communs de caractère
polonais. -~ Bientôt il fut tout absorbé par les travaux du sy-
stème défensif de l'Egypte^, et notamment par les ouvrages
entrepris à la bouche Phatnitique du Nil*. Il n'en fut détaché
que par l'expédition en Syrie, et seulement pour quelques mois^.
Du reste ce temps de la campagne de Syrie 6, des premiers
jours de février au commencement de juin 1799, fut le plus
dur, le plus horrible. La guerre en Asie et en Afrique est =
beaucoup plus affreuse et plus meurtrière qu'en Europe"^. Les
soldats à tournure misérable, aux costumes déguenillés, aux
visages noirs, hâves et rébarbatifs, prirent peu à peu les mœurS'
du désert^. «Le pardon n'était plus de saison^». Au milieu^
de ce pays, entre Jaffa et Acre, le plus beau, le plus variée
le plus fertile que l'on puisse voir, on commit des cruautés
à faire frémir. Des familles françaises établies depuis long-
temps dans ces contrées ne furent pas même respectées. On
t:
de vous pour cet emploi, choix auquel j'applaudis bien sincèrement, d'a-
près la connaissance particulière que j'ai de vos talents et de vos ser-^
vices»... .
* La Jonquière, I, 540, (Journal de Laugier).
2 Copies of... p. 104
3 Voir N" 19 du Courrier de V Egypte (informations publiées évidem-
ment afm d'influencer la Turquie et l'Angleterre).
4 Gorr, 3428, 8443, 3467-8, 3473, 3475; La Jonquière, III, 299-301!
5 Corr. 4174, 4181, 4225, 4331; La Jonquière V, 192-5, 567.
« Tout le IV^ volume de l'œuvre de M. de La Jonquière est consacré
à l'étude de cet épisode.
' Lacorre: Journal, 91,
8 Thurman 79, Villiers du Terrage 237, François 280, Ab-
durrahman 116.
» Lacorre 89, 90, 95, 99.
PREFACE LIX
apercevait sur les bords de la mer près de Saint-Jeaii-d'Acre
une grande quantité de corps de chrétiens morts «qui avaient
les pieds et les mains liés». Au camp français s'enfuyaient des
Druses mutilés par l'ordre de Djezzar-le-Boucher, pacha d'Alep;
«les uns avaient les mains coupées, d'autres les yeux crevés».
On voyait des hommes précipités en bas des tours hors des
rempartS; d'autres écrasés sous les décombres; des monceaux
de morts dans les rues étroites; dans des maisons, des familles
entières immolées. — Enfin la peste se déclara. Dans les hô-
pitaux, il en mourait tous les jours. Les cadavres tuméfiés,
bleuis et tachetés de jaune, les traits de la face décomposés,
la bouche convulsée, les yeux hors de l'orbite, étaient jetés à la
mer, mais ramenés par les flots sur la plage ils infectaient l'air. On
n'avait pas assez de moyens pour faire passer en Egypte tous
les blessés et tous les malades ^ Maints d'entre eux, attaqués
de la peste, attendaient en vain qu'on les transportât, et en
voyant l'armée marcher au bruit du tambour se croyaient aban-
donnés^. Alors ils voulaient suivre les troupes, mais l'épi-
démie leur ôtait les forces. Ils faisaient quelques pas, tom-
baient, se relevaient, puis retombaient sur le sable. La chute
augmentait leur frayeur; et après avoir suivi quelques instants
du regard la queue des colonnes en marche, ils renouvelaient
leurs efforts, jusqu'à ce que, les yeux ouverts et fixes, ils
restassent «à la place que les destins leur avaient choisie pour
tombeau».
Durant cette pénible campagne de Syrie on caressait donc
l'espoir de se reposer dans cette Egypte qu'on avait bien sou-
vent maudite et qu'on regardait à présent comme une seconde
patrie ^.
Après la mort de Gaffarelli, Lazovi^ski fut un des plus an-
ciens officiers du génie à l'armée d'Orient. Attaché à l'état-
major général il était ^ «chargé de faire les reconnaissances
et levées en campagne, et de recueillir tous les faits historiques
1 Miot 231—2, François 338, Larrey 121—5.
^ Doguereau 231.
' François 338, Miot 240-1, Notes du g en. Morand, (Bévue d'Egypte
II, 160, Journal d'un dragon 98, Doguereau 256.
* Extrait du service [Arch. Adm., dossier de Lazowski).
I,X PREFACE
rehitifs aux mouvements de l'armée». Car «dans toutes les
marches du général en chef, ou du chef de l'état-major géné-
ral, l'jfiicier supérieur du génie reçoit directement les ordres
du clief de l'état-major général, pour toutes les parties du ser-
vice dont il peut être chargé près d'eux, et en prévient le gé-
néral commandant le génie; dans les marches de l'armée, il a
sous ses ordres les olticiers du génie attachés à l'état-major
des divisions, il leur donne ses instructions, et reçoit d'eux
tous les plans, reconnaissances et mémoires qu'ils ont rédigés,
sur les mouvements des corps de troupes près desquels ils
servent; il correspond avec tous les généraux, les officiers tu-
périeurs de toutes les armes, et reçoit d'eux tous les renseigne-
ments relatifs aux objets de son service; il recueille toutes les
notes qu'il est possible de rassembler sur toutes les parties du
service qui intéressent l'armée; il rédige un mémoire général^,
dresse une carte des reconnaissances qu'il a fait faire, et sou-
met son travail au général commandant le génie qui le pré-
sente au général en chef».
Ces fonctions ont été remplies par Lazowski au moins après
la victoire d'Aboukir et le départ de Bonaparte ^.
Malheureusement on n'avait plus, pour quelque temps,
grand chose à faire. Kleber, «étant monté sur le trône du
Caire'», «ne songeait qu'à sortir d'un pays que l'on oubliait
en France*». Il ne veut ^ «point voir assassiner en détail le
reste de cette armée, sans avantages réels pour la patrie»; il
a «regardé cette expédition comme complètement manquée,
1 Néanmoins on doit observer qu'aux Archives du Comité du Génie en
marge d'une copie du mémoire sur la bataille d'Héliopolis et le siège du
Caire, publié plus loin comme le travail de Lazowski, on trouve inscrit le
nom de Michaux qui fut à l'époque du 1 thermidor VIII chef de bataillon
de l'état major. Quelques phrases de ce mémoire nous semblent avoir la
tournure polonaise, mais, avant tout, c'est la lettre de Sanson qui a eu
pour nous la valeur d'une preuve importante.
2 Ici finit le travail de M. de La Jonquière, interrompu par sa mort.
3 Nakoula 154
* Kléber et Menou en Egypte depuis le départ de Bonaparte (août
1799 — septembre 1801). Documents publiés pour la Société d'histoire con-
temporaine par François Rousseau (Paris 1900), introduction, page
XXVIII, XII.
5 Kleber à Desaix, 16 janvier 1800 (Rousseau 190).
PREFACE LXI
aussitôt après l'événement désastreux d'Aboukir et la déclara-
tion de guerre de la Porte». «Bonaparte (à l'en croire) avait
fait le sacrifice de ce pays longtemps avant son départ, mais
il lui fallait une occasion pour le fouir, et il ne l'a fui que
pour éviter la catastrophe de sa reddition ». Dos le premier mo-
ment il se plaint du «pénible fardeau i»; il promet aux soldats-
paix et prompte retour dans la patrie; il dit que déjà les dra-
peaux français «se courbent sous le poids des lauriers»; il
croit* que, sans renforts, il serait «hors d'état d'ouvrir la cam-
pagne prochaine», surtout s'il est obligé «d'accepter la bataille
sur les frontières de la Syrie, comme cela pourrait bien arriver
les Anglais dirigeant tout et le vizir n'étant véritablement qu'un
homme de pailley>\ «quelque chose qu'il fasse 8, il ne peut pas
réunir 7000 hommes pour marcher contre l'armée du grand
vizir; les ophtalmies font des ravages affreux; «le dénûment^
d'armes, de poudre de guerre, de fer coulé et de plomb pré-
sente un tableau tout aussi alarmant que la grande et subite
diminution d'hommes^; les troupes sont nues; la solde arriérée
pour toute l'armée se monte seule à quatre miillions ^; «quoique
1 Kleber aux généraux, 26 août; à l'armée, 31 août et 23 sep-
tembre 1799 (Rousseau 7, 8, 59).
2 Au Directoire, le 3 déc. 1799 (Rouss. 129).
3 Kleber à Menou, 4 octobre 1799, Lettre de M. Pottssielgue . , . à M.
Thiers (Paris, 1845), p. 15.
4 Kleber au Directoire exécutif, Caire, le 4 vendémiaire an
VIII — 26 septembre 1799. (Lettres de Varmée en Egypte au gouvernement
français interceptées par la corvette de Sa Majesté Britannique El Vincejo,
dans la Méditerranée (A Londres, le 23 janvier 1800). (L'autre édition en
français et en italien, Venise ISOO).
^Ibidem, Damas, chef de l'état-major, au ministre de la Guerre,
Caire, 20 vendémiaire VIII: «L'effectif au 1 vend, an VIII était de plus de
33,000 hommes; il est en ce moment au-dessous de 22,000, dont il faut
déduire deux mille, malades ou blessés, hors d'état de faire aucun service
et quatre mille (environ) hors d'état d'entrer en campagne — Les seize
mille homme (environ) de toutes armes qui composent l'armée active, sont
répandus sur une surface de terrain comprise dans un triangle, dont la
base, depuis le Marabout jusqu'à El-Arich, a deux cents lieues à peu près...
L'expérience prouve en ce moment que lorsque les garnisons indispensables
pour la sûreté des places et des provinces sont distraites du nombre
i d'hommes en état d'entrer en campagne, il est impossible d'en réunir sept
j mille sur un seul point.»
I 8 Ibidem. E. Poussielgue, contrôleur des dépenses de l'armée et
I^XII PREFACK
l'Eq-vpte soit tranquille en apparence, elle n'est rien moins que
soumise; le peuple est inquiet; son cœur est sans cesse ouvert'
à l'espoir d'un changement favorable; les Mamelouks sont >
dispersés, mais ils ne sont pas détruits»; et «cependant, il ne
s'acrit plus..., comme autrefois, de lutter contre quelques hordes
de Mamelouks découragés, mais de combattre et de résister
aux efforts réunis de trois grandes puissances, la Porte, les
Anglais et les Russes^».
Le découragement des chefs gagnait les cœurs des soldats;
«leur âme était troublée et remplie d'irritation; la soif du dé-
part les dévorait^». Ils ne voyaient pas de fin à leur séjour
en Egypte. Bonaparte, s'il parvient en France, songera sans]
doute à eux. Mais pourra-t-il leur envoyer du monde? Sont-ils
donc expatriés pour toujours? Et le but actuel de tout cela? ^
Ils ne voient pas trop ^ « ce que la France peut y gagner, si
ce n'est quelques découvertes savantes». «L'idée que tant de
sang répandu et tant de souffrances sont en pure perte est
au fond de tous les cœurs». «Toute l'armée, excepté quelques
individus peut-être, annonçait hautement le vif désir de revoir
la France^». — Lazowski, sans doute, n'appartenait pas à cette
immense majorité; il regrettait la perte de ce superbe pays
qui «seroit la plus belle colonie de l'univers, qui deviendroit
administrateur général des finances de l'Egypte, au Directoire exé-
cutif. Au Caire, le 1^" vendémiaire an VIII: « Le général Bonaparte
a levé — environ quatre millions de contributions extraordinaires. Ces
moyens son usés... l'argent est enfui. ...Lors du départ du général Bona-
parte, il étoit encore dû cependant plus de dix millions à l'armée, dont
quatre millions de solde... La caisse de l'armée est constamment vide, et
chaque mois d'ici à quelques temps, on n'aura pas la perspective de re-
couvrer plus de 2 à 300,000, tandis que les dépenses réglées s'élèvent
à plus de 1.300,000 par mois.... Pour comble de malheur, le Nil de cette
année a été extrêmement mauvais».
* Traités d'alliance défensive avec la Russie et la Grande-Bretagne;
signés le 23 décembre 1798 et le 5 janvier 1799 (La Jonquière IV, 16—7).
' Nakoula 164
' Thurman 131: «Nos grognards la traduisent souvent par ces
énergiques» paroles: Que diable f.... nous ici».
* Miot 280, Lettres de l'armée (Poussielgue): <I1 n'est pas un soldat,
un officier, un général qui ne soupire après son retour en France».
PREFACE LXIIl
bientôt le régulateur du commerce du monde i», au moins il
ne voulait pas une évacuation pure et simple. Kleber s'y était,
lui aussi, longtemps refusé. Quand il reçoit la réponse du
grand vizir «écrite dans le délire de l'orgueil et marquée... de
la plus haute insolence», il veut- «renoncer entièrement à trai-
ter», il ne veut pas «se couvrir et s'envelopper d'infamie». Il
dit «que les Français ne répondent à de pareilles missives
qu'avec le canon et la pointe de leurs baïonnettes», qu'il at-
tendra, qu'il verra «cette armée formidable au sortir du désert,
et que là le vizir apprendra à connaître à son tour ce que
peuvent des hommes à qui dix années de guerre et de succès
ont donné l'habitude de vaincre». Mais la situation s'aggrave.
Il n'importe que l'armée turque ressemble «plutôt à une cara-
vane se rendant en pèlerinage au quartier général français
qu'à une réunion de soldats 2». «L'exagération habituelle aux
Orientaux en grossissait les effectifs»; toute la Syrie était en
mouvement^ et les esprits des Egyptiens s'égaraient aussi.
Quand ^ «à la fin du mois de rebi-ul-ewel de l'année 1214 le
grand vézir, ce ministre très célèbre, s'avança vers la Syrie,
avec pompe et magnificence et suivi d'une armée innombrable»,
«à son approche les provinces tremblèrent; grands et petits,
tout le monde redoutait sa puissance... La terre était couverte
des troupes, des tribus et des nations qui composaient son armée».
«Les habitants de l'Egypte... ne doutèrent plus que lesFrançais vou-
laient quitter l'Egypte., chacun songea à se ménager son pardon^».
Ainsi on oublia^ «le courage et la force redoutable des Fran-
çais», «leur bonne administration, leur équité, leur éloignement
'pour les difficultés, leur excellente conduite, leur fidélité, leur
1 Lettres (Poussielgue).
' Kleber à Menou, 11 octobre 1799, (Rousseau 93—4).
3 Rousseau XV, XIV.
* Kleber à Desaix, 7 septembre 1799. «Yousef- pacha est à Damas;
90,000 hommes doivent y être déjà réunis, et tout cela doit marcher
'droit au Caire. Ils trouveront, je crois, un terrible ennemi en route: la
i famine».
5 Nakoula 157—8.
^ Poussielgue à Bonaparte, Toulon, 5 juin — 10 août 1800. «Dès
jlors nous n'eûmes plus d'amis; l'arrivée- du grand vizir.... acheva de
nous enlever tous nos partisants » (Lettres . . .).
' Nakoula 85.
LxiV PRÉFACE
viv(^ amitié pour les musulmans ^ leur soin de délivrer les fel-
lahs des injustices qui pesaient sur eux, et de tenir leurs sol-
dats dans une discipline sévère 2»; on ne pensa plus «à ce*
qu'ils firent jouir de la liberté tous les sujets, au pardon qu'ils
accordèrent partout 3, à leur application extraordinaire pour
établir Tordre dans le pays*, et à leur amour singulier pour
le repos du peuple ^)). Et les Français « désespéraient de pou-
voir jamais inspirer aucune confiance aux Egyptiens et redou-
taient leur perfidie^)). La désorganisation de leur armée com-
mença alors. On avait repoussé encore les Turcs débarqués,
près de Damiette, le V novembre 1799^, mais peu de jours
après, la garnison de cette ville se déshonora par des actes
d'insubordination manifeste^. Le général en chef reprocha^
aussi à juste titre au commandant de la place les pourparlers
avec la demi-brigade révoltée aussi que «d'avoir inutilement et
inconsidérément envoyé une foule de parlementaires à bord:
des bâtiments ennemis». Il voulait surtout connaître «pour-
quoi le chef de brigade du génie Lazowski a aussi été de cette*
partie». Les généraux Junot et Dumuy ne pouvaient guère à c&
moment partir pour l'Europe. «Le soldat, dans la crainte de,
se voir successivement abandonné par ses meilleurs généraux,
avait établi une correspondance sur la ligne qui bordait la
mer, et avait résolu d ' empêcher par la force tout embar-.
quement». Il adressait à ses supérieurs des mots violents i»:
«Nous sommes vos égaux et libres comme vous; nous ne 1
souffrirons jamais que vous vous en alliez avec des ri-
chesses, tandis que nous resterons ici en proie à tous les i
maux: ou nous partirons avec vous, ou bien vous resterez
* Abdurrahman, 81, 86, 88.
2 Abdurrahman, 56, 71, Souv. d'un médecin de Vexp, d'Egypte (Des- \
genettes), (Paris 1893, p. llj.
' Abdurrahman, 12, ^8.
* Abdurrahman, 86, }]7, 39, 61.
* Abdurrahman, 74. '
« Nakoula, 164.
' Rousseau, p. 116.
«Rousseau, 127 (Ordre du jour, 30 novembre).
M<leber à Verdier, 4 décembre 1799 (Rousseau, 130).
'"^ Nakoula, 164; Kleber à Lanusse, 24 décembre 1799 (Rous-
seau 156—7).
PREFACE LXV
avec nous». Bientôt une nouvelle insurrection ^ de troupes aura
lieu à Alexandrie, on tirera le canon, on parlera hautement de
se rendre aux Anglais. «Le prétexte de toutes ces insurrections
6st toujours la réclamation de la solde arriérée, et le départ
supposé de généraux.» Des prisons de la citadelle de Caire 2
«partent journellement des billets séditieux, adressés aux diffé-
rents corps». Enfin, le 30 décembre 1799, pendant les négocia-
tions pour la trêve et la conclusion d'un traité, le fort d'El-
Arich est livré aux Turcs. «Il n'y a plus à balancer 3». C'est en
vain qu'on se dit*: «L'événement d'El-Arich est affligeant,
mais il ne doit pas nous décourager. Une bataille gagnée peut
nous donner encore le temps de nous reconnaître». L'effet moral
de cette défection est décisif. Dès lors Kleber ne veut plus
risquer la bataille. «Je ne puis réunir... plus de 6000 hommes...»
se dit-il^. «Que cela suffise pour nous assurer la victoire, je le
veux, mais quel avantage en tirerai-je? Celui d'être obligé de
me livrer pieds et poings liés à la première sommation mena-
çante qui succéderait à mon triomphe momentané; et si je la
perdais, cette bataille, qui me pardonnerait jamais d'avoir osé
l'accepter». Et il autorise ses plénipotentiaires près le grand
vizir «à traiter de l'évacuation pure et simple, en évitant seule-
ment de donner à cette reddition la formule d'une capitula-
tion ». Certes, c'est pour lui le moment le plus pénible de sa
vie; pour lui, qui capitule, ainsi que Desaix, pour la première
fois^ La veille de la conclusion du traité d'El-Arich «il se
couche toute la soirée dans la résolution de livrer le combat»
et ce n'est que le matin, à son réveile, que «des idées plus
1 Kleber à Desaix et à Poussielgue,19 janvier 1800, (Rouss.
197). Poussielgue: Lettre (pièces justificatives) p. 40—4: Procès ver-
bal du conseil de guerre tenu au camp de Salahieh le P* pluviôse "an
VIII-21 janvier 1800.
' Kleber à Dugua, 26 décembre 1799 (Rousseau 161).
' Kleber à l'aide de camp Baudot, Caire, le 4 janvier 1800 (Rous-
seau, 177).
* Kleber à Reynier, 4 janvier 1799, Rousseau, 178).
^ Kleber aux plénipotentiaires près le grand vizir, 15 janvier
1800 (Rousseau, 187-8).
• Kleber à Reynier, 8 janvier 1800 (Rousseau, 184).
' Kleber à Dugua, 25 janvier 1800 (Rousseau, 203).
£168 Polonais en Egypte. V
LXVI PRÉFAOK
calmes et plus raisonnables » lui suggèrent « qu'il faut savoir
sacrifier sa gloire personnelle à l'intérêt général, et n'être pas
même arrêté par l'injustice qui vous attend».
Sacrifice inutile! A peine la convention pour l'évacuation
de l'Egypte conclue, on en voit les suites fâcheuses. Des nouvelles
de France ^ annoncent les victoires et le coup d'état du 18
brumaire. L'avancement de Bonaparte jette l'armée dans la
joie et l'enthousiasme 2, et en présence de ce brusque change-
ment de la situation politique, malgré le désir de rentrer dans
la patrie, on se sent honteux de la convention d'El-Arich. Les
rapports avec les habitants du pays s'empirent tous les jours.
Jusqu'alors on a fait régner le calme et la tranquillité s. Cela
n'est plus possible. La détresse de l'armée fait qu'on pressure
l'Egypte «comme le limonadier presse le citron» et lorsqu'on
a «tout exprimé tant en argent qu'en nature^», on rend le pays
aux Osmanlis qui répartissent les impôts nouveaux pour hâter
le départ des Français. La nouvelle ^ de la paix se répandit
bientôt dans toutes les provinces, et la nation musulmane fit
éclater la plus vive allégresse en voyant l'Egypte délivrée...,
et rentrer sous l'obéissance du gouvernement ottoman Le
grand vézir commença à se mettre en marche avec son armée,
et, toutes les fois que les Français évacuaient un endroit, il y
envoyait aussitôt des troupes. Il continua de s'emparer ainsi
de châteaux, de forteresses et de villes florissantes, jusqu'à ce
qu'il fût arrivé dans le voisinage du Caire». «Les notables du
Caire®, les oulémas et les officiers civils, ainsi que les négo-
ciants et les gens du peuple allèrent au-devant du grand vé-
zir. Tout le monde fut saisi d'étonnement à la vue d'une ar-
mée aussi imposante, et les cœurs pouvaient à peine contenir
la joie que causaient le changement survenu dans les affaires
et la délivrance de l'Egypte de la main des infidèles». Bientôt
«les habitants' du Caire s'étourdirent et montrèrent toute leur
1 Courr. de VEg., N° 60—1.
» François, 388—9.
3 Nakoula, 155.
* Kleber à Dugua, 22 janvier 1800 (Rousseau, 202—3).
« Nakoula, 177-8.
« Nakoula, 179.
' Abdurrahman, 137.
PlîÉFACK LXVII
haine pour les Français, ils les injuriaient, les maudissaient,
les tournaient en ridicule.... Les maîtres d'école accompagnés
de leurs enfants, parcouraient les rues en criant de toutes leurs
forces: Que Dieu accorde la victoire au sultan et maudisse les
infidèles. Ils croyaient tout fini, et ne purent se contenir
jusqu'à l'expiration de la trêve». «Les Mameluks reprirent^ leur
ancien luxe — Dans leurs chants, ils proféraient des impréca-
tions contre les Français...; ceux-ci les entendaient et leur cœur
s'emplissait de fîei». En province 2, lorsque les Français étaient
sur le point d'évacuer quelque ville, bien souvent les femmes,
les enfants les injurièrent, jetèrent leurs chapeaux dans la boue.
Tel est le fond sur lequel se dessine le tableau, tout mili-
taire, tracé par Lazowski dans sa relation de la bataille d'Hé-
liopolis et du siège du Caire.
L'Egypte reconquise^, on retourna aux travaux de la défense,
de l'administration et de l'exploration du pays. Lazowski co-
opéra* à la carte de l'Egypte; il leva conjointement avec Malus
et Jacotin les environs du lac Sirbon^; le littoral et la langue
de terre qui le sépare des lacs furent dessinés d'après la re-
connaissance qu'il en avait faite. On s'occupa des travaux re
latifs au récurement des canaux et à la réparation des digues^.
On fortifia quelques portes et quartiers du Caire l Et le géné-
ral commandant le génie, Sanson^ étant alors souffrant, l'acti-
vité de Lazowski devait s'accroître. Il rédigeait le journal des
événements de la dernière campagne, quand il fut atteint par
l'ophtalmie. Cette maladie commença**, comme d'ordinaire, par
un vague mal de tête, quelques phénomènes nerveux et une
douleur vive aux yeux, accompagnée de larmoiements. Il sup-
porta difficilement la lumière. Bientôt les vaisseaux qui tapis-
sent la conjonctive s'engorgeaient et rendaient les mouvements
1 Abdurrahman, 139.
' Abdurrahman, 162.
> Ordre du jour, 30 avril 1800 (Rousseau, 279-80).
4 Ms. de la Bihl. Nat, ancien fonds, 11,275. Jacotin: Mémoire sur la
construction de la carte de V Egypte (Paris, mars 1823), p. 74.
^ Feuille 33 d'atlas.
« Kleber à Reynier, 11 mai 1800 (Rousseau, 290).
' Kleber à Sanson, 12 mai 1800 (Rousseau, 290—1).
8 Notice sur V ophtalmie.., par Bruant (La Décade ég. I, 58—63).
^*
LXVIII PRÉFACE
de la paupière sur l'œil difficiles et douloureux. La maladie
faisant des progrès, la conjonctive se boursoufla; elle s'éleva au
dessus de la cornée transparente, qui parût connme dans une
espèce d'enfoncement. Les deux paupières ne tardaient pas
à participer au g-onfiement et à l'inflammation, et leurs mouve-
ments furent interrompus. L'organisme affaibli ne trouva plus
les forces nécessaires pour se guérir. A peine un peu rétabli,
Lazovvski eut une rechute violente. Ses yeux exposés si long-
temps à l'action réunie de la chaleur, d'une clarté aveuglante
et de cette poussière nitreuse que le vent soulève sans cesse
dans l'atmosphère embrasée de ces contrées, terriblement tour-
mentés pendant les attaques des maisons du Caire, ses yeux
semblaient s'éteindre pour toujours. Alors Menou le chargea
de ses dépêches i, croyant que l'envoyer en France c'était un
moyen de lui conserver la vue. Il devait présenter, avec le
général Vial, les trophées d'Héliopolis et parler au Premier
Consul de la situation dans la colonie plus qu'on ne le pouvait
faire dans les lettres officielles. Parti d'Alexandrie le 6 no-
vembre 1800, après un voyage d'un mois il revit la France*.
III.
Après la mort de Suikowski et le départ de Lazowski il
ne resta plus de Polonais en Egypte, que Zaj^czek; ceux qui
voulaient encore y débarquer ne purent y réussir 8.
1 Rousseau, 366, Moniteur univ. du 25 frimaire an IX.
' Le 5 décembre. Voir aux Arch. Adm. sa lettre au min. de la guerre
Berthier.
Paris, le 2 pluviôse an IX [22 janvier ISOl].
Mon général, je vous prie de vouloir bien m'authoriser à séjourner,
à Paris, tant pour remplir conjointement avec le général de brigade Vial,
la mission dont le général en chef de l'armée d'Orient nous a chargés, que
pour pouvoir y rétablir ma vue. Le citoyen Chaussier, médecin et membre
de l'institut, que j'ai vu ce matin m'a prévenu que je serais probablement
tenu à suivre un régime particulier pendant trois mois.
' Jos. Drzewiecki: Pamietniki (Vilna, 1858), p. 116; Léon Dem-
bowski: Moje wspomnienia (S* Pétèrsbourg, 1898), p. 191, 234.-Onycit©
Szumlanski et Grabinski. Ces «mémoires» et «souvenirs» donnent du reste '
une version fort inexacte à cet égard.
'
PREFACE LXIX
Zaj^czek était à la fois le plus ênié et le plus avancé en
gradée Quand on le nomma o;énéral de briizade^ le 8 mars
1797, il était persuadé y avoir bon droit. Et il l'avait incon-
testablement; si l'on comptait pour quelque chose sa valeur,
ses long-s services, son zèle enfin.
Il avait «servi en Pologne depuis 1768 jusqu'à l'époque de
la bataille de Prague en 1794, où il fut biessé de deux coups
de feu». Il avait «occupé dans l'armée polonaise les grades
suivants: enseigne, capitaine 3, lieutenant- colonel ^ et colonel
propriétaire^)) — dans la cavalerie, puis, général- major^ et
1 cServices successifs de M. Joseph Zayonchek, né à Kaminiek, pala-
tinat de Podolie dans la ci-devant Pologne, le 1«^" novembre 1752». Etat si-
gné par Zajaczek à Bologne en Italie, le 16 nivôse an XIII — 6 jan-
vier 1805.
2 Arch. Adm., dossier de Zajaczek.
Berthier, le général de division, chef de l'état -major, au général
Zaj nchek.
Au quartier général de Mantoue, le 18 ventôse l'an V.
Je vous préviens, Général, que d'après les ordres du général en chef,
le commissaire ordonnateur en chef doit donner les siens au thrésorier de
l'armée pour que vous soyez compris sur les états de solde, en quahté de
général de brigade, et que vous jouissiez des rations affectées à ce grade
ainsi que pour vous faire payer en cette qualité la gratification de cam-
pagne fixée par la loi. D'après les dispositions du général en chef, vous
suivrez de votre personne le quartier général. Le général en chef vous au-
thorise également, à vous choisir un aide de ,camp.
' Voir aux Arch. Adm. : Etat des services, blessures et campagnes du
général Zajaczek, certifié véritable: Paris, le 24; germinal an X — 14 avril
1 1802. Service étranger: enseigne de la cavalerie royale en 1768, nommé
1 capitaine de dragons au régiment de Boullawa en 1774 et aide de camp
du général Branicki.
* Patent na szarzç podpuîkoM^nikowska w regimencie konnym BuJawy
Wielkiej Koronnej, po odejsciu ur. Franciszka de Puget, podpuîkownika,
urodz. Jôzefowi Zaj^czkov^^i, général- ad jutantowi tejze Buîavt^y, dany.
W Grodnie 17 novembris 1784, (Arch. Adm., orig.). Nommé colonel du
régiment de BouUava en mars 1784 (état de 14 avril 1802).
5 Patent na szefostwo puîku Przedniej Strazy wojska koronnego, po
zniesieniu na terazniejszym sejmie Buïawy Polnej Koronnej , ur. Jôzefowi
Zajaczkowi, puIku Przedniej Strazy Buîavi^y Wielkiej Koronnej puïkowni-
kowi dany. W Warszawie 4 maja 1792 (Arch. Adm., orig.).
« Patent na szarzç generaï-majora komenderuj^cego w vv^ojsku obojga
LXX PREFACE
lieutenant-général. Il avait fait 7 ans de campagne «contre les
Russes pendant la Confédération de Bar»; «la campagne de
1777 et le siège d'Oczakow avec les Russes contre les Turc»;
enfin «la dernière guerre des Polonais contre les Russes et
les Prussiens» de 1792 à 1794. Si dans cet état de service il
mentionne l'époque troublée du premier partage et l'année du
deuxième démembrement de la Pologne, il ne dit pas, ce qui
serait cependant plus vrai, que c'était lui notamment qui avait
eu en réalité le commandement en chef dans la capitale attaquée
par Souwarow. Et il avait raison de ne pas insister trop là-des-
sus. Cette tâche de généralissime était bien au-dessus de ses
talents et même de son caractère. Ses moyens étaient plus
modestes. Il connaissait la petite guerre, il savait par cœur les
devoirs du colonel, il était républicain, il aimait son pays, mais
qu'on ne lui demande pas l'étude approfondie des tacticiens
du XVllI siècle, celle de calculs savants d'une stratégie mo-
derne, ni la conception originale de ses obligations envers la
patrie. Qu'on ne lui demande pas non plus le coup d'œil du
chef né pour gagner les batailles, ni l'instinct du citoyen qui
trouve au fond de son cœur la règle infaillible de sa vie pu-
blique. S'il fut à une certaine époque «le vrai Polonais», ami de
Puîaski \ décidé «à se confédérer contre la violence et l'op-
pression», — il fût aussi, un peu plus tard, le second des Russes
dans les combats livrés aux Turcs, derniers alliés de la Pologne;
s'il avait été «comte» en 1774-, — il n'était que «citoyen» en
1794; jacobin polonais et tout dévoué au système français, il
narodôw z powiekszonego etatu wojska swiezo udecydowaiiego ur. Jôze-
fowi Zajaczkowi, puîku lekkiej jazdy wojsk obojga narodôw szefowi dany.
W Warszawie 29 maja 1792.
1 Voir aux Arch. des Aff. Etr., Pologne, corr. 306, f. 397— é05 : «Détail
des opérations militaires de comte Puîaski par comte Zajaczek, ce 20
décembre 1774, Marseille», a La plupart des raisons qui ont influé sur les
opérations militaires de M. Puîaski se sont effacées» de la mémoire de Za-
jaczek, il se contenta donc de «faire une énumeration des actions princi-
pales... sans compter les escarmouches et sans... rien dire de ses marches
qui valoient quelque fois plus qu'une bataille gagnée». Zajaczek arriva
à Marseille en venant de Constantinople (Pologne, corr. 307, f. 408, 410).
2 C'était du reste fort commun; Mostowski, palatin du duché de Ma-
sovie, signait «prince» en 1775. (Pologne, v. 307, f. 460, 461, 462, 476 etc.,
V. 308, f. 317 bis), ne l'étant plus.
PREFACE LXXI
commandera le jour du passage de la Bérésina, — pour finir
en suite sa longue carrière comme vice-roi de Varsovie, in-
strument passif du gouvernement moscovite. — Ces change-
ments devaient être bien préjudiciables à sa gloire; ils le se-
raient même à son honneur, s'il ne les avait pas scellés de
son sang. Car en suivant le cours des événements il garda
intacte son individualité et sa sincérité; cette individualité n'est
pas celle d'un philosophe sceptique qui se moque des idées ni
celle d'un coureur de fortune, c'est plutôt celle d'un esprit
brouillon, d'un petit gentilhomme qui cherche la protection un
peu partout, enfin d'une tête faible, étroite et facile à impres-
sionner.
Son service en France remontait à une vieille date. Le
l^'' juin 1775^, il avait élé admis et nommé lieutenant sans
appointements au l^'" régiment de hussards commandé par le
comte F. A. de Bercheny^. Mais ce séjour en France ne fut
pas de longue durée et cette nomination était due plutôt à un
hasard politique. Aussi plus de 20 ans après, sa réintégration
dans l'armée française n'est-elle plus facile, bien qu'il soit «un
des compagnons de Kosciuszko qui s'est acquis le plus de ré-
putation en Pologne 2».
1 Voir son état des services du 14 avril 1802.
2 Voir Historiques des corps de troupe de l'armée française (1569—1900)
(Paris 1900), (Ministère de la Guerre) p. 590.
3 Voir (A. M. Skaîkowski): Supplément à la correspondance de Napo-
léon J, VEmpereur et la Pologne, (Paris, l'Agence polonaise de presse, 1908),
p. 16. Cette opinion fut exprimée par Bonaparte à la suite d'une lettre que
lui avait adressée le ministre de la guerre, rue Chantereine à Paris (minute
aux Arch. Adm.): «Le citoyen Zajaczek que vous avez employé, citoyen
général, en qualité de général de brigade, demande que le brevet de ce
grade lui soit expédié. Ne connaissant nullement cet officier — veuillez bien,
je vous prie, me donner des renseignements sur sa conduite morale et po-
litique, aussi que sur ses talents militaires. Lorsque votre réponse me sera
parvenue, citoyen général, je ferai mon rapport au Directoire sur l'objet
de cette demande». On retrouve encore aux Arch. Adm. ce brouillon d'arrêté,
non signé, daté à Paris,... nivôse VI: «Le Directoire exécutif, vu le rapport
du Ministre de la Guerre, arrête: Le citoyen Zajaczek, Polonais employé
par le général Bonaparte en qualité de général de brigade pendant la der-
nière campagne de l'armée d'Italie, est confirmé dans ce grade à dater du
I dixhuit ventôse de l'an cinq (8 mars 1797)». Zajaczek attendait la décision
! du Directoire à Paris rue des Champs-Elysées, maison des Champs-Elysées 3
(lettre du 17 pluviôse VI— 5 février 1798).
LXXII PREFACE
La députation des émigrés polonais le recommanda^ au Di-
rectoire exécutif, quand, vers la moitié du novembre 1796, il
manifesta (conjointement avec Lazninski et Wyszkowski) le
désir «de suivre les armées de la République comme volon-
taire». Admis à l'armée d'Italie il fut attaché à l'état-major gé-
néral * pendant les campagnes de l'an V et VI 3. Bonaparte le
choisit pour organiser les Polonais à la solde des Brescians*,
mais cette mission n'était pas heureuse vu l'impopularité de
Zaj^czek parmi les soldats de la dernière insurrection. — Lorsque
l'armée d'Italie passa de Carinthie en Styrie, il commanda une
colonne d'observation pour favoriser une jonction avec le Tyrol.
La guerre finie il demanda à être inscrit sur les listes des
officiers français en sa qualité de général de brigade, mais on
invoqua 5 contre lui «le décret de la Convention nationale du
12 jour de frimaire an second ^ portant qu'aucun déserteur
étranger ne sera admis à servir dans les armées de la Répu-
blique». Toutefois la bonne grâce de ^lapoléon Bonaparte lui
1 Arch. des Aff. Etr., Pologne, corr., v. 323, f. 341. La demande datée
à Paris, le 26 brumaire V— 16 novembre 1796, et signée par Mniewski, Ta-
szycki, Szaniawski et Dmochowski, fut approuvée par le Directoire, le 3
frimaire an V— 23 novembre 1796.
' Voir ses états des services du 24 germinal an X et du 16 nivôse
an XIII.
» Corr. 1699, 1895, 2069. Aux Arch. h. de la Gu. ,armée d'Italie et des
Alpes, 4/lV, 17/IV, 7/VII, 18/IX, 8/X 1797.
* Arch. Adm.
Alexandre Berthier, général de division, chef de l'état-major général,
(à Zaj aczek).
Au quartier général de Milan, le 20 prairial an V [8 juin 1797].
Le général en chef ordonne au général de brigade Zajonchek de partir
de Milan aussitôt la réception du présent ordre, pour se rendre sans délai
à Brescia, où il prendra le commandement de toutes les troupes à la solde
des Brescians. Il y procédera aussi à l'organisation d'un bataillon polonais
de mille hommes qui sera également à la solde du gouvernement provi-
soire de Brescia avec lequel il s'entendra à cet effet.
* Arch. Adm. Rapport au Directoire exécutif du 26 nivôse VI— 15 jan-
vier 1798. Décision du Directoire: « Il ne peut être employé en France
à cause du décret. Envoyer à Bonaparte pour qu'il demande à la Répu-
blique Cisalpine afin d'y être employé.>
« 2 décembre 1793 (Pologne 321, f. 632, Aff. étr.).
M
PKEFA(JK LXXllI
assura le grade ^ et l'emploi à l'armée expéditionnaire l H
était^ «sous les ordres immédiats du général Dumas et attaché
à la cavalerie», et au moment du débarquement*, «à la suite
du quartier général». Le commandement dont il fut chargé
était des plus pénibles. Les cavaliers portaient eux mêmes les
selles et les harnais; leurs casques de cuivre, leurs lourds
habits de drap, leurs culottes de peau enfoncées dans de grosses
bottes, n'étaient nullement appropriés au climat brûlant S; après
quelques heures de marche les rangs furent rompus, les régi-
ments se débandèrent. A Damanhour Zaj^czek réorganisa ces
détachements terriblement éprouvés; on y réunit tous les
hommes à pieds des troupes à cheval; on en remonta une
partie, le 9 et 10 juillet: le reste fut embarqué à El-Rahmâ-
nieh ^. Deux jours plus tard, le 13 juillet, la flottille fut ruinée
dans le combat de Chobrakhit et l'armée privée de cette co-
opération combinée et même de ses effets. Alors ^ d'après la
relation officielle, « le général en chef ordonna au général Za-
yonchek de faire débarquer de la flottille environ 1.200 hommes,
de ceux des troupes à cheval non montés, et lui donna l'ordre
de suivre les mouvements de l'armée sur la rive droite du Nil,
afin de ramasser des subsistances dans le Delta et les faire
passer à l'armée qui trouvait abandonnés le peu de villages
* Ce grade ne fut confirmé formellement que bien plus tard par dé-
cret du Premier Consul du 21 floréal an IX— 11 mai 1801: «Bonaparte
Le citoyen Zajaczek, officier général polonais, employé à l'armée d'Orient,
sera inscrit sur la liste des généraux de brigade qui font partie de l'état-
major général de l'armée». — Le 13 ou 23 pluviôse VIII, la générale Za-
J^jCzek, demeurant alors à Paris Boulevard de la Madeleine 309, demanda
l'attestation du grade de son mari pour toucher les appointements
(Arch. Aclm).
../ * La Jonquière I, 513.
'LaJonquièrel, 468, Corr. IV, 2572 (ordre à Caffarelli, du 10 mai
1798).
* La Jonquière II, 16 (ordre du jour de l'armée, à bord de l'Orient,
le 23 juin 1798).
5 Journal d'un dragon, p. 15, 16, 18, 19.
« La Jonquière II, 138, 140, 141.
' La Jonquière II, 146, ordre de Bonaparte du 11 juillet: Avis pour
500 francs (pour frais d'espions) au général de brigade Zayonchek, com-
mandant les troupes à cheval qui vont s'embarquer.
^ La Jonquièrw II, 155--6, (rapport de Berthier).
LXXIV PREFACE
qu'elle rencontrait sur la rive gauche i». Mais à vrai dire, les
soldats débarquèrent bien avant cet ordre en sautant des
djermes coulées, et la flottille n'était plus en état d'assurer les
communications entre les deux rives du Nil.
Ainsi cette colonne, dite de réserve, renforcée par les trois
compagnies de grenadiers de la 19^ demi-brigade, marcha sé-
parément, n'envoyant au quartier général que les courriers
pour chercher les ordres. Et dans cette marche ^ difficile, à tra-
vers un pays brûlant et couvert de glaïeuls et de chardons,
Zaj^czek n'est plus aux yeux de ses subordonnés ^ tout à fait
digne de confiance comme il l'était le jour de la bataille*. Il
leur «paraît avoir toutes les qualités d'un honnête homme,
mais aucune de celles d'un général». «Sans caractère, sans ac-
tivité et sans prévoyance, ils laissa manquer de tout le soldat
dans un pays d'abondance». Alors l'impunité et le besoin au-
torisent le pillage, et tous les villages près desquels la colonne
bivouaque sont ravagés». «Les marches mal ordonnées furent
toujours pénibles, les routes toujours incertaines, les obstacles
toujours imprévus». La colonne partit le 14 juillet à 5 heures
du matin, remonta le Nil, traversa plusieurs canaux, celui de
Farastag, d'Amrous et de Menouf, à gué ou sur des ponts,
avec des barques du pays, et bivouaqua, presque toujours en
bataillon carré ouvert du côté du Nil, le 15 juillet, à la hau-
teur du village de Koum-Cherik, le 16, à celle d'Alqam , le 17
et 18, à celle de Terraneh, où elle fut attaquée par une nuée
^LaJonquière II, 160—1. (Journal de la marche de la colonne de
de réserve, rédigé par chef de bataillon du génie Detroye): «Après le com-
bat, le général Andréossy, avec une partie des troupes, se rembarqua et
et laissa au général Zayonchek le commandement du surplus de la co-
lonne. Celui-ci reçut alors du général en chef l'ordre de se rendre chaque
soir avec le flottille à la hauteur du quartier général et de rassembler sur
la rive droite la plus grande quantité possible de subsistances pour les
troupes de la rive gauche».
' Journal de Detroye, passim, (La Jonquière 169 — 73).
' Corr. IV, 2834, (au Dir. ex., 24 juillet 1798): «Le général Zajonchek
s'est fort bien conduit dans plusieurs missions importantes que je lui ai
confiées».
* La Jonquière II. 156. Rapport de Berthier: «Je ne parlerai pas
de la conduite qu'ont tenue en cette occasion (à Chobrakhit) le chef de di-
vision Ferrée, les généraux Andréossy et Zayonchek».
PRErACE LXXV
d'Arabes. Le 19 juillet, on séjourna vis-à-vis de Wardan; le
20, on arriva à la hauteur de Nikleh; le 21, la colonne atteignit
de bonne heure la pointe du Delta, où elle se forma en ba-
taillon carré entre la branche de Danniette et un canal paral-
lèle. Ce jour-là, vers 1 heure après midi, les avant-postes furent
attaqués par deux cents cavaliers et une foule d'Arabes à pied;
on se mit sur-le-champ en bataille et les crrenadiers reprirent
le village dont l'ennemi s'était emparé, à 800 toises de la po-
sition française.
On se reposa quelques jours en faisant seulement «sur les
villages voisins quelques expéditions qui procurèrent des che-
vaux, des bœufs et du pain». Un détachement fut laissé au
Ventre de la Vache, toutes les troupes dépendantes de l'artil-
lerie et du génie 1 furent renvoyées au quartier général, et la
colonne, guidée par Zajî^czek et accompagnée par Lazowski,
reprit le chemin de la province de Menouf.
Dès lors Zaj^czek fut chargé du commandement dans les
diverses parties du pays , il n'en fut relevé que pour quelque
temps, pour raisons de santé. Quelque robuste qu'il fût le ré-
gime dans la colonie lui semblait dur: les jours brûlants, les
nuits fraîches, les matins humides; les marches en terrain sec,
friable, argilleux, crayeux, contenant du nitrate de la potasse,
du natron, du muriate de soude; les bivouacs souvent dans
des sables mobiles; les levers avant le jour; le manque de pain,
de vin, d'eau de vie, de vinaigre; les moustiques et les puces;
le hurlement des chiens sauvages autour du camp; la fusillade
continuelle — tout cela réuni, rendait la vie insupportable. La
situation était aggravée encore par les maladies. Zaj^czek n'é-
vita pas Tophtalmie malgré toutes les bonnes recettes ^ et les
* Arch. h. de la Gu. Registre Y. Correspondance du chef de l' état-
major du génie Detroye et du général Caffarelli, commandant l'arme du
génie. 27 juillet 1798: Ordre aux ouvriers du génie et aux sapeurs de la
colonne du général Zajaczek de se rendre à Gizeh le 10 thermidor au
matin.
* La Décade, II, 180 — 90: Topographie physique et médicale du
vieux Kaire par Renati, médecin; 201—8: Notes sur les maladies qui ont
régné en frimaire an 7 (21/XI — 20/XI[ 1798) recueillies dans l'hôpital du
vieux Kaire, par Barbes, médecin ord. ; 51 — 62: Observations sur les ma-
ladies.... en fructidor an VI (18/VIII— 22/IX 1798... par Bruant; 159—68:
LXXVI PRÉFACE
recommandations de se coucher la nuit, bien couvert, les yeux
bandés et la tête chaude.
11 devait être bien souvent distrait du soin de lui même,
par les désagréments que lui causaient la conquête, la défense,
la surveillance et l'administration des provinces de Menoufieh,
Benhasse, Fayoum, Minieh et Rosette. Il en fut chargé succes-
sivement par trois généraux en chef Bonaparte, Kleber et Me-
nou. Sa correspondance en rélève les détails. S'il a commis
maintes fautes dans ce gouvernement militaire, c'est parce que
la tâche était vraiment trop lourde.
En chassant les Mameluks, les Français devenaient maîtres
absolus du pays, mais les changements dans son organisation
ne leur étaient pas faciles à exécuter. Ils avaient beau mau-
dire les beys corrompus et (d'anarchie d'un gouvernement mon-
strueux, ennemi de l'ordre et des loix, semblable à un vent
pestilentiel^» qui dévorait les richesses naturelles de cette terre
d'abondance. Ils avaient beau prédire ^ un avenir heureux-
étant donné que «le général en chef est rempli de bienveil-
lance»; «qu'il éprouve chaque jour de nouveaux sentiments de
miséricorde et de commisération»; qu'«il veut que, sous son
administration, le peuple de l'Egypte jouisse d'un parfait repos,
et que le bonheur et la joie renaissent dans toutes les pro-
vinces». — En réalité, force leur était d'adopter le vieux sy-
stème du gouvernement et d'en prendre les instruments et
les abus.
Ce système était entièrement féodal^. Le gouvernement
était lui-même propriétaire des deux tiers des terres de l'Egypte,
Description et traitement de l'ophtalmie d'Egypte par A. Savaresi.— Courier
de VEgypte, N° 11: Extrait de l'ordre du jour du 16 vend, an VII; avis sur
la santé de l'armée; N" 34: Note du c. Frank, médecin de l'armée, sur un
onguent anti-ophtalmique.
1 Savary, II, 46. i
2 Nakoula, 89 (De la part du divan particulier du Caire).
3 Poussielgue: lettre du 1 vend. VIII. Estève, 13: On distingue trois|
sortes de propriétés en Egypte: la propriété des terres, la propriété des
charges, la propriété des droits sur l'industrie et les consommations... Le
sultan est réputé propriétaire universel... mais il en transfère la possesr
sion à des cessionnaires. .. Les fellâhhs. .. conservent la possession immé-
diate et héréditaire. 55: Les fellâhhs de la Haute Egypte n'ont jamais ét^
attachés à la glèbe, comme ceux de l'Egypte inférieure. (
PREFACE
Le paysan n'était que l'usufruitier; il cultivait à son profit,
moyennant une redevance fixe, en argent ou en nature. Cette
redevance était divisée en trois catégories générales: le mi ri:
contribution foncière due au Grand-Seigneur; le fais: cens ou
revenu net, et le barani ou moudaf: comprenant un excé-
dent de revenu imposé par le propriétaire par supplément au
fais, les réquisitions extraordinaires de toute espèce, les dé-
I penses causées par le passage des troupes, toutes les dépenses
d'administration du village et de la province, les fondations
pieuses etc. Ces fondations ^ et legs pieux, compris sous la dé-
nomination générale de rizqah, étaient très nombreux. lisse
divisaient en legs publics (soûl ttan y éh), en faveur des villes
saintes de Médine et de la Mekke, et pour l'entretien des
mosquées, des écoles publiques, des caravanes, des hôpitaux et
d'une foule d'autres établissements religieux, et en legs parti-
culiers (ouaqfs), en faveur des enfants, parents ou esclaves, ou
bien destinés à pourvoir à l'entretien de ceux qui font la lec-
ture du Koran, à faire réciter des prières publiques sur les
tombeaux, les vendredis et la veille des grandes solemnités,
à y faire jeter des fleurs et des feuilles de palmier à certaines
époques, ainsi que pour l'entretien des citernes, écoles, et pour
faire distribuer des aumônes, tant en denrées qu'en argent,
aux pauvres et principalement aux aveugles, même pour nour-
rir les chiens et autres animaux errants dans les rues du Kaire
et pour répandre du grain sur le minarets pour la nourriture
des tourterelles. — 11 y avait un grand nombre d'impôts indi-
rectes, tels que des droits sur les marchés dans les provinces
et sur les magasins de vente dans les villes; des privilèges
exclusifs pour la vente de l'eau de vie, du vin, du natron; des
droits de passage sur le Nil, tant sur les bateaux que sur les
marchandises. Tout était objet de concession ou de ferme, tout
était branche de revenu et moyen de vexation. Plus de deux
tiers du produit de la terre étaient consommés par ces droits,
aussi le paysan égyptien, laborieux, extrêmement sobre et
borné dans ses besoins 2, n'était pas moins toujours plongé
* Décade, III, 213—4 (Mém de Tallien).
2 Décade, II, 185—6 (Topographie du vieux Kaire par Renati).
LXXVJII PREFACB
dans la plus profonde misère ^ — L'assiette et la perception
des impôts étaient entre les mains des chrétiens coptes 2. Ex-
clus par leur religion de toute autre place administrative ils
tenaient caché tout ce qui pouvait faire passer en d'autres
mains les fonctions qu'ils remplissaient. Ils étaient parvenus
à faire d'un arpentage inexact et d'une répartition d'impôts plus
ou moins arbitraire un art mystérieux dans lequel ils étaient
eux seuls initiés. Ils avaient trouvé le moyen, en profitant de
l'ignorance des fellahs, en associant à leurs gains illicites la
plupart des cheiks des villages, et souvent en achetant l'im-
punité par des sacrifices, de faire monter les frais de percep-
tion au quart de leurs recettes. — La quotité de l'impôt n'é-
tait point fixe; elle augmentait ou diminuait selon que l'inon-
dation du Nil avait été plus ou moins abondante. L'impôt
était perçu selon l'état fourni par l'arpenteur. C'était sur cette
opération que les fraudes des coptes étaient les plus lucratives,
aisées à commettre et difficiles à découvrir. Malgré une appa-
rence de publicité l'arpentage était l'objet de marchés scan-
daleux; on en altérait les résultats en augmentant ou en di-
minuant la quantité de feddans réellement en exploitation. —
L'impôt perçu en nature fournissait matière à une fraude encore
plus productive. En recevant les grains les coptes se servaient
d'une mesure beaucoup plus grande que celle qu'ils employaient
quand ils les versaient dans les magasins publics. Leur béné-
fice montait jusqu'à trente ardebs pour cent. — Ces gains il-
licites ((étaient répartis entre tous les individus de cette cor-
poration depuis le dernier scribe jusqu'aux écrivains des ka-
chefs». L'intendant nommait aux premiers emplois et n'entrait
point dans les détails du partage; il exigeait seulement ((une
rétribution annuelle de deux ou trois mille pataquès de chacun
des écrivains principaux qui trafiquaient à leur tour des places
1 Décade, III, 218 (Tallien).
2 Décade, III, 27 — 96: Mémoire sur l'agriculture et le commerce de
la haute Egypte par Girard. Voir aux Arch. h. de la Gu. Reg. Y. p. 189:
Caffarelli au gén. de brigade Zajaczek, commandant la province Beni-
Souef, 8 février 1799: «Recommandation en faveur du citoyen Girard et
autres savants qui se rendent dans la Haute Egypte, Importance du
voyage du citoyen Girard. Prière de lui procurer la protection et la sécu-
rité nécessaires pour ses observations».
PREFACE LXXIX
d'arpenteurs et d'écrivains subalternes». Il y avait au moins
un de ces derniers dans chaque village. Leurs manœuvres
frauduleuses décourageaient absolument l'agriculture. Chaque
feddan de terre supportait le fardeau de l'impôt dans la pro-
portion de trois cinquièmes du produit i. Le peuple était comme
la graine de sésame qu'on écrase tant qu'elle donne de
l'huile l— Mais sans les coptes il eût été impossible aux Fran-
çais d'administrer l'Egypte. On n'eût pu se procurer ailleurs,
les renseignements utiles. On regardait donc comme impru-
dent d'extirper trop promptement ce ver rongeur 2. Et les
cophtes enseignaient aux Français la manière de lever les
contributions. «On^ les voyait partir du Caire pour les diverses
provinces avec un cortège de prince... Ils étaient armés et
escortés par des troupes françaises. Ils avaient des chevaux de
main, des huissiers portant des cannes à pomme d'or et d'ar-
gent: ils étaient accompagnés de secrétaires, de banquiers, de
maîtres d'hôtel, et suivis d'une foule de domestiques. Ils en-
voyaient dans les villages un de leurs agents qui fixait un
temps pour compter la somme exigée. Ce temps expiré, si
l'on ne payait pas, le village était incendié^ et les femmes en-
levées. Si les cheiks de village cherchaient à se sauver, ils
étaient aussitôt arrêtés et mis sous le bâton; on leur donnait
des coups de marteau sur les genoux ou on les traînait impi-
toyablement par les rues. Les cophtes enfin donnèrent un libre
essor à leur haine pour les musulmans». — Le recouvrement
des revenus commençait vers la fin du novembre pour les
pays cultivés en rizières; en février, pour ceux cultivés en blé
et autres denrées, mais qui payaient en argent; et en juillet,
pour ceux qui payaient en nature ^ Les paysans tenaient leur
1 Décade, III, 219.
' Proverbe arabe.
> Décade, III, 223.
* Abdurrahman Gabarti, 163—4;.
I 5 Millet, 57-9.
1 «Poussielgue: lettre du 1 vend. VIII. Estève, 54: La portion due
en argent est exigée avant les récoltes; celle qu'on acquitte en nature se
recouvre à mesure qu'elles se font. Les denrées doivent être portées dans
un magasin situé sur les bords du fleuve, quelle que soit la distance des
! possessions des contribuables. On tolère que les grains soient mêlés d'un
sixième de corps étrangers en terre, paille et autres substances.
LXXX PRÉFACE
ar^-erit caché, ne payaient qu'à la dernière extrémité, sou par
sou, et s'enfuyaient devant les colonnes de troupes. Les gou-
verneurs des provinces avaient encore plus d'un autre souci.
L'entretien des grands canaux était à la charge du gouverne-
ment i; il fallait, trois mois avant le commencement de l'inon-
dation, surveiller les habitants de villages qui devaient curer
les canaux de distribution ^ La distribution des eaux, soit entre
les villages, soit entre les propriétaires suivait un usage constant
qui avait acquis force de loi, mais la violence et l'arbitraire
le détruisaient souvent. Quand le Nil était mauvais, ce qui ar-
riva en 1799, tous les villages craignant de manquer d'eau,
ceux qui étaient les plus voisins du Nil se hâtaient, avant le
temps, de couper les digues, ce qui ne se faisait pas sans
combat contre les villages intéressés à s'y opposer. Et une
grande partie des eaux se perdait sans utilité. — «Toutes les
améliorations... étaient contrariées par les oppositions qu'elles
devaient éprouver chez un peuple ignorant, pénétré d'une ré-
pugnance invincible pour tout ce qui s'éloigne de ses anciens]
usages^». La différence de mœurs, de langue, et surtout dere-j
ligion, était un obstacle invincible à tout rapprochement entre j
les conquérants et les indigènes. Tout en détestant le gouver- ■
nement des Mameluks, tout en craignant le joug de Constan-
tinople, les Egyptiens ne souffraient jamais la domination fran-^
çaise que dans l'attente de la secouer. Cet espoir entretenu,
par les tentatives de l'extérieur, celles des Turcs et des Anglais,'
l'était plus encore, chaque jour, par les combats et les retours!
offensifs des Mameluks. La gaerre languissait à Tintérieur!
même de l'Egypte. «Dans* un pays où l'ennemi n'attache au-
cune importance à conserver une position, il est difficile de le^
décider à abandonner le terrain». Quelques faibles qu'ils fussent,*
les Mameluks résistaient encore; leur chef, Mourad-Bey, restait
debout. Grand, magnifique, la figure coupée par un coup de*
sabre, ardent, fougueux, capable de tout dans son premier
mouvement, généreux, dissipateur, livré tout entier à ses plaisirs,
* Estève, 166.
2 Décade, III, 219-20.
» Estève, 216.
* Copies des... 22.
I
l'UEFACK LXXXI
détestant la gêne et le travail^ mais doué par la nature de
cet ascendant qui appelle certains hommes à dominer les
autres, il avait l'instinct du gouvernement ^ et il était un digne
adversaire des Français. «Une longue expérience lui avoit ap-
pris le grand art de temporiser; il avoit senti cette vérité que
heurter l'écueil, c'est se briser contre lui, que le faible
doit user le malheur, et ne le combattre qu'avec la faux du
temps^».
C'est dans de pareilles conditions, les armes à la main, tou-
jours à la poursuite des Mameluks et des Arabes, ou en ex-
pédition contre les paysans rebelles, que Zaj^czek administrait
ses provinces. Cette situation dût souvent le contraindre à de
durs expédients. Il était difficile de ne pas se faire malgré soi
le complice d'un système qui ne respirait que la corruption;
de ne pas céder aux influences de l'esprit oriental. Mais si
l'administration de Zaj^czek ne pouvait être bienfaisante, on
doit croire qu'elle était probe, puisqu'il gouvernait sous les
ordres du «sultan juste» Desaix et qu'il eût plus tard, sous le
régime du désintéressement personnel, la confiance de Menou.
Grâce à son activité il réunit le commandement de trois pro-
vinces; il n'avait cependant participé ni à l'expédition de Syrie
ni à la bataille d'Aboukir. Son rôle se bornait à protéger le
recouvrement des impôts par les cophtes «en liant ces mesures
financières à ses opérations militaires^». Même pendant la
marche sur Héliopolis et le siège du Caire il resta avec une
petite réserve à Gizeh ^. Evidemment on faisait peu de cas de
ses talents militaires. Du reste il était opposé à Kleber, non
seulement par sa manière d'envisager le «dénouement de la
pièce», mais par tout son caractère. Toutefois le commandement
du deuxième arrondissement, composé des provinces de Beni-
» Arch. des Aff. Etr., Turquie, corr., 194, p. 364, (Thainville à Ver-
ni nac, Smyrne, le 16 fructidor IV).
2 Reynier: De V Egypte, p. 255.
s D en on, II, 325.
* Kleber à Zajaczek, 5 nivôse VIII — 26 décembre 1799 {Beg. Y.,
149). Voir Kleber, sa vie, sa correspondance parle comte Pajol, p. 343—6,
366-7.
5 Reybaud, VII, 383. Selon une note de Bousseau (p. 315), Zajaczek
«se fit remarquer à Chébreis et à la bataille d'Héliopolis».
Les Polonais en Egypte. VI
LXXXII PRÉFACE
Souef, Minieh, et du Fayoum, et dont il fut .investi provisoire-
ment, était important et honorable; il devait le remettre^ à Me-
nou et demeurer sous ses ordres; en réalité il le garda et le
changement projeté ne fut pour lui qu'une occasion de cor-
respondre ^ avec le futur général en chef, et de se rapprocher
de lui; déjà l'opposition entre les deux successeurs de Bona-
parte éclate ouvertement: l'un a «la face tournée vers l'Orient»,
l'autre «vers l'Occident»; ils ne s'entendront jamais^.
Jacques Abdallah Menou s'était beaucoup moins occupé
jusqu'alors, de la marche des opérations que de la femme qu'il
avait épousée à Rosette en justes noces. Il se contentait de
donner la chasse à «tous les pillards de l'armée*». Il écrivait^
à Kleber: «Vous êtes sans doute dans une position difficile,
à 600 lieues de France, sans nouvelles du gouvernement.
Mais... vous êtes aussi dans une position qui peut vous illustrer
à jamais. Tenir tète à la fois aux Anglais, aux Russes et aux
Turcs, stipuler sur des intérêts de la plus haute importance».
Il croyait 6 du reste l'armée du grand vizir pitoyable: «six
mille Français la mettraient grandement en déroute». Aussi ne
voulait-il ' pas «être l'acolyte» de ceux qui stipulaient la paix.
Lorsqu'elle fut conclue il la qualifia devant Kleber ^ de «faute
politique» et, devant Murât 9, de «capitulation honteuse». Il
fut plongé 10 «dans le plus noir chagrin», comme «tous ceux
qu'animait l'amour de l'honneur et de la patrie», car «il avait
toujours considéré l'Egypte comme une possession extrême-
ment avantageuse à la République française», et «il était con-
vaincu que celle-ci devait y retrouver les Antilles... perdues
* Rousseau, 307: lettre de Kleber du 24 mai 1800; 35: lettre de Me-
nou du 14 septembre 1799.
2 Rousseau, 324.
» Kleber à Menou, le 23 mai 1800 (Rousseau, 302).
^Rousseau, 15. " ^
s 17 janvier 1800 (Rousseau, 15).
« A Bonaparte, le J9 mars 1800 (Rousseau, 249).
' A Damas, le 29 mars 1800 (Rousseau, 255).
« 23 mai 1800 (Rousseau, 299). ^
» 28 février 1800 (Rousseau, 229).
10 A Berlhier, le 28 février, à Bonaparte, le 2i et 28 février 1800
(Rousseau, 230—1, 225, 223).
PREFACE LXXXIII
pour toujours». Sa «douleur^» devait être d'autant plus grande
qu'à cette époque précisément il venait de prouver ^ que les
Coptes avaient «trompé de la manière la plus affreuse» qu'ils
avaient «toujours fait trois portions des revenus d'Eurypte: un
tiers aux Français, un tiers pour eux, et le troisième tiers, ils
le faisaient passer aux beys, aux cachefs et aux mamelouks
fugitifs». L'administration française jusqu'ici lui semblait «dé-
testable»: «la soif de l'or» avait dominé, «ainsi que l'oubli de
tous principes d'honneur et de moralité». — 11 était ^ «malade
de zèle et d'envie de bien faire».
Mais Kleber s'impatienta. «Il semble, répondait-il* à Menou,
que c'est pour la première fois que vous voyez de fripons, et
que c'est pour cela qu'ils vous exaspèrent à ce haut degré».
«Je vous prie^. .. de vous occuper surtout bien particulière-
ment de tout ce qui tient au système de défense des deux
ports et à celui de la côte». Il ne voulait pas lire^ les mémoires
de Menou «sur les rapports commerciaux de la France avec
les différentes colonies», il ne croyait pas «devoir entamer
une discussion sur l'économie politique» à ce moment, car il
lui «importait moins de savoir combien il pouvait croître de
coton, de sucre et d'indigo en Egypte, que de pourvoir aux
moyens d'y nourrir et solder l'armée et de lui procurer des
armes et de munitions».
Même après Héliopolis, il écrivait^: «Tel est l'état de ma
stupeur, qu'aujourd'hui encore je ne crois pas plus que la con-
vention d'El-Arich ait été une faute politique, que je ne pense
que la victoire remportée par l'armée soit un sujet d'ivresse;
qu'aujourd'hui encore, je suis dans la conviction la plus intime
que, par ce traité, j'étais parvenu à donner une issue raison-
nable à l'entreprise la plus extravagante; qu'aujourd'hui en-
core, je suis persuadé que nous n'avons aucun secours à espé-
; 1 A Lebrun et à Maret, le 28 février (Rousseau, 227, 230).
» A Bonaparte, le 19 mars 1800 (Rousseau, 248 — 9); à Kleber, le
M septembre 1799, à Damas, 29 mars (Rousseau, 35, 255).
i 8 Kleber à Menou, le 15 septembre 1799 (Rousseau, 39).
• * 28 septembre 1799 (Rousseau, 62—3).
5 18 septembre 1799 (Rousseau, 51).
! « Damas à Menou, 22 mars 1800 (Rousseau, 239).
' A Menou, le 23 mai 1800 (Rousseau, 301—2).
VI*
LXXXIV PRÉFACE
rer de la France, et que jamais, ou du moins pendant cette
o^uerre, nous ne formerons de colonies en Egypte, à moins,
toutefois, que les cotonniers et les palmiers ne produisent bien-
tôt des soldats et du fer coulé». Mais il se crût^ chargé de
veiller à la gloire autant qu'à la conservation de l'armée. Il
savait répondre à une insolence par des victoires, en chassant
tambour battant^ ces troupes du grand vizir qui se disaient
«toujours fatales à leurs ennemis 3». Et tout résigné qu'il était
à rester en Egypte «tant qu'il plairait au destin*», à y «at-
tendre... la paix générale 5», il profita du moment où le grand
vizir ne pouvait agir, pour se « mettre en mesure de le rece-
voir quand il en aurait les moyens^'». Il s'attendait^ «à être at-
taqué de nouveau» «avant deux mois»; il concentra donc les
troupes, établit une réserve dans le Delta, envoya à Alexan-
drie des forces suffisantes pour repousser les débarquements
ennemis, et se tint tout prêt, au premier signal, à se mettre
à la tête de l'armée. Il subordonna tout son système gouver-
nemental à ce but principal de la défense du pays. Pour la
rentrée des contributions il prit^ une «mesure purement de
circonstance»: «de grandes réformes dans l'administration exige-
raient une grande réorganisation».
Mais «nous sommes déjà assez avancés, pensait-il, sur ce
fameux livre concernant la nature des impôts en Egypte; il ne
» Kleber à l'armée, le 11 mars 1800 (Rousseau, 238).
' Kleber à Fourier et à Gloutier, le 20 mars 1800 (Rousseau^
252-3).
' Lettre du grand vizir «au modèle du prince de la nation du Messie,
au soutien des grands de la secte de Jésus, l'estimé et affectionne Bona-
parte (dont la fin soit heureuse) l'un des généraux en chef de la Répu-
blique française> (Pajol, p. 370 — 2).
* Kleber aux habitants de Boulac, le 10 avril 1800 (Rousseau, 261).
^ Kleber à Lanusse, le 28 mars 1800 (Rousseau, 254;).
6 Kleber à Rampon, le 23 mai 1800 (Rousseau, 301).
T Kleber à Donzelot, le 31 mai 1800 (Rousseau, 314 — 5): «Dan
l'état de tranquillité où vous vous trouvez, et au moyen des secours qu
vous offre Mourad-Bey contre les Arabes, vous pouviez vous passer d'un
bataillon de la 21^ et de l'envoyer dans le deuxième arrondissement au
général Zaj^czek, afin que celui-ci puisse nous envoyer ici la 88* demi-
brigade. ..>
8 Kleber à Chanaleilles , agent français, le 22 mai 1800 (Rous-
seau, 296).
I
PREFACE LXXXV
nous reste plus qu'à connaître une infinité de ces petits droits,
qui ne sont point inscrits et semblent être seulennent consa-
crés par l'usage, puis à .connaître la quotité de chaque village
et la nomenclature de ces derniers; tout cela est fort long,
puisqu'il faut travailler avec les Coptes». Il croyait donc quel-
ques améliorations déjà fort possibles i. Toutefois il entra ^
«en œuvre avec beaucoup de circonspection)). Pour combattre
les abus, il n'était pas, d'après lui, nécessaire de chercher des
remèdes nouveaux. «Les lois et règlements existent, et chaque
officier général est apte à les lire et à les faire exécuter)).
«Cela se faisait, remarquait-il^ la veille de sa mort, par une
grande activité plus que par des paroles ou des ordres)).
C'est le système contraire qui prévalut bientôt. «Convaincu
qu'il ne pouvait pas aspirer à une réputation militaire, le gé-
néral Menou tourna ses vues vers la carrière administrative;
il affecta de s'occuper de tous les détails, et cherchant à donner
une grande idée de sa moralité et de sa probité, il cria forte-
ment contre les dilapidations*)). Avant rebâtir les institutions
du pays, il fallait convertir les âmes de ses habitants. 11 répète
donc sans cesse: «J'ai été élevé dans les principes que l'hon-
neur est tout et que l'argent n'est rien^». «Dès qu'il s'agit de
la chose publique, je suis sans aucune espèce de considération
quelconque^». Il faut «remettre à l'ordre du jour la moralité,
l'honneur et l'attachement à la chose publique, à la place de
l'immoralité, de l'oubli de tout principe et de l'égoïsme dé-
bouté^)). Il prêcha aux soldats les vertus évangéliques ^ et
«pressé de donner des espérances favorables de son admini-
stration et d'y intéresser l'armée, il publia l'engagement de
tenir toujours la solde au courant 9)). Il se fit, protecteur de
1 Ordres du jour, du 14; septembre 1799 et du 28 avril 1800 (Rous-
seau, 32—4, 273—7). Estève, 221-2.
* A Menou, le 18 septembre 1799 (Rousseau, 52).
» A Menou, le 13 juin 1800 (Rousseau, 324).
* Reynier: Mémoires, p. 93.
5 A. l'adj. gén. Jullien, le 12 août 1800 (Rousseau, 335).
« A Lanusse, le 24 août 1800 (Rousseau. 339).
^ A l'ordonnateur en chef Daure, le 11 août 1800 (Rousseau, 334).
i 8 A l'armée, le 5 septembre 1800 (Rousseau, 343 — 4).
^ Reynier, 94.
LXXXVI PKEFACE
l'agriculture^ comme jadis Pétrone. Il voulait exploiter son
apostasie^. La religion, les mœurs et les usages musulmans
devaient être spécialement protégés. Il déclarait «que les chré-
tiens étaient les plus vils et les plus méprisables habitants de
ce pays^)). Il faisait arrêter les agents coptes pour en tirer des
informations sur la répartition des impôts; à ses yeux, toute
question se réduisait à des proportions financières*. La su-
périorité territoriale et personnelle que les moultezims, proprié-
taires ou plutôt cessionnaires et feudataires usufruitiers, avaient
sur les fellâhhs, serait abolie ^ C'était comme une charte éman-
cipatrice, ce firman «émané du général en chef, victorieux,
administrateur judicieux», A'bd-Allah Jacques Menou, proclamant |
l'ère nouvelle «au nom de Dieu clément et miséricordieux qui
donne la puissance à qu'il veut parmi ses créatures». En
même temps on écrivait ^ du Caire à l'empereur d'Abyssinie;
on faisait faire des propositions aux rois de Sennaar, de Darfour
et de Dongola pour établir de grandes liaisons de commerce
avec tous ces princes. Dans son cabinet, Menou travaillait à l'or-
ganisation complète du pays en matière de finances, d'admi- .
nistration , de justice, de commerce, et entouré de liasses de ^
papiers^, il croyait que tout allait «à merveille».
Quant à la possession même de l'Egypte, il affirmait au
ministre Talleyrand^: «La République et le Premier Consul
peuvent être assurés que nulle puissance ne pourra arracher
cette conquête à l'armée d'Orient». Car n'était -elle pas «au
courant de sa solde», «parfaitement vêtue et nourrie 9».
Elle était morte cependant. Les officiers voyaient leur ré-
putation attaquée par un général en chef « en l'air, sans pu-
, f^
^ A Lepère, le 24 août 1800 (Rousseau, 342).
2 Reybaud, VIII, 6. J
^ Au gén. Rampon, le 26 décembre 1800 ("Rousseau, 381). i
* Reybaud, VIII, 71, 84. Rousseau, 382—93: Ordre du jour du 20
janvier 1801.
5 Estève, 850—3; Rou s seau, XLIX: ordonnance du 20 janvier 1801.
« Menou au min. des rel. ext., le 24 septembre 1800 (Rousseau, 259).
' Reynier, Mém., 95.
8 Le 25 janvier 1801 (Rousseau, 394).
» Menou à Bonaparte, le 10 brumaire et le 2 vendémiaire IX (Der-
nière campagne, p. 11, 26); Journal d'un dragon, 139—40, 143.
PREFACE LXXiVlI
deur ni remords i». Les troupes disséminées, fatiguées par les
marches inutiles, travaillées par les intrigues 2, n'avaient aucune
confiance dans un chef ridicule 2. L'état nudériel de l'armée
était sans doute excellent: ses corps étaient parfaitement habillés
et équipés; sa cavalerie admirablement montée; son artillerie
très bien attelée; mais personne, ne représentait plus son âme
collective.
Et le pays fût bientôt dans l'effervescence. Reynier, Damas,
Lanusse, Belliard, Verdier «firent '^ sentir» au général en chef
«qu'il ne pouvait en aucun cas, se mettre au-dessus des lois
françaises,., que si i'Eg-ypte était déclarée colonie, le gouver-
nement déterminerait son administration». Les «nations» copte,
syrienne, damasquine, grecque et juive devenaient tcmt à fait
hostiles^. Les «francs» étaient à chaque instant lésés dans
leurs intérêts. Les fellahs bien loin de comprendre la portée
des réformes ne les croyaient pas stables. Les Turcs conster-
nés par une politique intransigeante envers la Porte, gardaient
leur aversion et leur haine pour les conquérants. En vain^
«quelques Français même, affectant de se faire musulmans, ar-
ticulaient de vive voix les deux professions de foi». On s'a-
perçut bien que «cela ne leur coûtait rien, puisqu'ils n'avaient
pas de religion». Jamais^ on ne pouvait persuader aux mar-
chands turcs de venir aux ports occupés par les Français, char-
ger leurs navires des denrées de première nécessité que leur
fournissait l'Egypte, telles que le riz, le café, le moka. Ils craig-
naient qu'on ne leur en refusât ou même qu'on ne les em-
poisonnât.
Et l'Egypte étant la porte des deux villes sacrées de Medine
et de la Mecque, l'invasion des Français fut pour tous les mu-
* Lanusse à Menou, le 19 août 1800 (Rousseau, 337).
2 Reynier, De l'Eg. p. 109, 111, 114, ia8-9.
' Desvernois, 255; Pietro, 261.
4 Reynier, De l'Eg., 143.
5 fie y b au d, VIII, 85; Rousseau, p. L.
^ Abdurrahman, 210.
' Quelques idées sur le Levant par Magallon, Paris, le 6 brumaire VII
{Arch. des Aff. Etr., Turquie, corr., v. 199, doc. 63); Manifeste de la Sublime
Porte relatif à la guerre contre la République française, le 9 septembre
1798 {Ibidem, suppl., 23, f. 121— B).
LX XX VIII PREFACE
sulmans de la plus grande importance. Certains n'osaient plus
aller en pèlerinage à la Mecque; principalement les Arabes de
Tunis, d'Alger, du Maroc, les plus fanatiques de tous, qui se cre-
vaient les yeux, quand ils avaient vu le tombeau du prophète.
Car en allant se purifier, ne se souilleraient-ils pas au contact
des infidèles? — Ainsi les vieux antagonismes ne désarmant
pas devant les forces français désunies «l'on vit des change-
ments de fortune et des signes de calamité».
Zajc|czek fut l'un des pardsants du nouveau générai en
chefi; la mort de Kleber, «un coup de foudre» pour l'armée ^^
n'avait été pour lui qu'un pas dans sa carrière. Menou le mit
au fait de la situation politique^, r« autorisa à venir passer
quelques jours au Caire*», lui confia un poste des plus impor-
tants^. Ses adversaires le qualifièrent dès lors de «soliveau»,
1 Reynier, Mém., pièces justif., 372.
' Friant à Zajaczek, le 29 juin 1800 (Arch. h. de la Guerre).
3 Arch. h. de la Gu.^ reg. B. 2. Menou à Zajaczek, commandant
le 2^ arrond., le 1 août 1800. Lui annonce qu'un préposé du Malem Jacob,
intendant général, se rend dans son arrondissement, qu'il devra lui four-
nir les secours nécessaires pour la levée des contributions. Que le grand
vizir est en guerre ouverte avec les Naplousains, auxquels s'est réuni
Djezzar-Pacha. Que le Capitan Pacha croise devant Alexandrie, mais qu'il
a peu de troupes de débarquement. Lui recommande d'aider dans leur mis-
sion les citoyens Reynier et Baude qui se rendent dans la haute Egypte
pour l'arrivage des grains.
^ 4; août 1800. (Lui recommande de régler avant son départ tout ce
qui a rapport à la digue de Zaoué).
5 1 octobre 1800. Le général de brigade Lagrange, chef de l'état-
major général, à Zajaczek: Ordre de se rendre auprès du gén. de d''*'
Friant, dans la division duquel il est employé (Reg., lettres, 0, f. 76). De
cette époque, de son commandement à Rosette, datent les ordres suivants.
Reg., lettre C. 2, f. 141: 13 novembre 1800. Menou à Friant et à Zajaczek.
S'étonne de ce que les cheiks de Foua n'aient pas la ferme des octrois de
leur ville. Soupçonne quelque intrigue cachée. Donne l'ordre que les cheiks
de Foua soient mis en possession et que le juif Valenzin qui a obtenu
cette ferme soit arrêté et conduit au Caire, s'il continue ses intrigues. —
Ibidem, f. 146: 16 novembre 1800. Menou à Zajaczek. Lui recommande
particulièrement le révérend Gabriel, archimandrite grec à Rosette, qui
a toujours été l'ami des Français. Ibidem, f. 180: 1 décembre 1800. Menou
au g. Zajaczek, commandant la province de Rosette. Ordre de fournir aux
adjudants généraux Devaux et Gilly vieux et au chef de brigade Aug. Da-
mas les moyens de se rendre le plus promptement à Alexandrie. Beg.,
corresp. D. 2: 7 novembre 1800. Lagrange, chef de l'état-major, au g. Za-
PREFACE LXXXIX
l'accusèrent d'aignorance» et de «bassesses». Certes, il n'était
pas un aigle, il n'en a pas moins rempli son devoir. Placé
sentinelle sur ces côtes sablonneuses d'Aboukir où l'on ne
pouvait marcher qu'en enjambant constamment épaves ou ca-
davres \ avec une poignée de soldats, il gardait les clefs de
l'Egypte pour les remettre fidèlement aux mains de son chef.
«A cette époque 2, l'Egypte était menacée de quatre côtés
différents: dans la mer Rouge, par les troupes anglaises de
l'Inde; du côté de Salehhyeh, par l'armée ottomane; à Damiette
par une flotte de la même nation; à Alexandrie, Aboukir et
Rosette, par les Anglais. Mourad-Bey devenait aussi très in-
quiétant)). Pourtant Menou occupé"^ «jour et nuit d'organiser
une sorte de gouvernement)), préoccupé de vengeances mes-
quines et personnelles*, longtemps semblait regarder avec dé-
dain les forces ennemies. «Si sir Ralph Abercromby veut...
j^czek. Ne peut lui envoyer la carte de la province de Rosette qui n'a point
été levée. — 1 décembre 1800. Lagrange à Zajaczek, commandant à Rah-
mânieh. Arrestation de Soleyman-Mohammed, cheik de village de Semour
(? Senhoûr). Ordre de faire saisir et de confisquer tout ce qui appartient
à ce cheik. Témoignage de satisfaction donné au citoyen Houlard , capi-
taine à 75^, commandant à Damanhoûr. Beg., corr,, B: 2 janvier 1801. Me-
nou aux généraux Friant, Zajaczek et Delegorgue. Les invite à procurer
au citoyen Le Père, directeur général des ponts et chaussées, tous les
moyens qui dépendent d'eux, pour la prompte exécution des opérations
dont il est chargé. Détail des opérations. Beg. F. (corr.): 24 janvier 1801.
Menou à Zajaczek. Lui envoie une lettre à l'adresse du g. Friant avec in-
vitation d'expédier de suite un courrier à ce général. Le prévient que
quelques accidents de peste se sont manifestés au Caire. Beg., lettre D. 2:
14 février 1801. Lagrange à Zajaczek. Le prie de donner des ordres pour
que tous les invalides aveugles qui se trouvent à Rosette partent sur-le-
champ pour se rendre à Alexandrie.
1 Thurman, 44,119; Denon, I, 118. — Robert Thomas Wilson:
L^ histoire de V expédition de V armée britannique en Egypte (traduite de
l'anglais), Londres, 1803, I, p. 76: «La corruption de ce champ de bataille
était encore imars 1801) insupportable; presque partout où un cheval pas-
sait, l'impression du pied découvrait quelque cadavro encore vêtu».
«Menou à Bonaparte, le 24 avril 1801 (Reynier, Mém., pièces
just., 338).
'Menou au conseiller d'Etat Thibaudeau, le 28 novembre 1800
(Rousseau, 377).
* Rousseau, p. LIIL
XC PREFACE
tenter un débarquement, s'écria-t-il \ nos baïonnettes l'atten- j
dent. Nous ne parlementerons qu'à coups de fusil et de canon». ,
L'armée d'Orient «combattra, s'il le faut encore, toutes les 1
hordes de l'Asie, et elle les vaincra». Par économie il négligea
la formation des grands approvisionnements des magasins de
siège 2. Il reçut fort mal ^ Osman-Bey chargé par Mourad-Bey,
en même temps, de faire connaître le plan de campagne des,,
ennemis et les propositions du grand vizir qui «instruit de j
l'ascendant que le parti opposé aux Anglais commençait à re-
prendre à Constantinople, aurait préféré des négociations aux
chances que le sort des armes pouvait lui faire courir». Le
nouveau général en chef répondit avec hauteur qu'il ne se
réglait pas sur la conduite de Kleber, qu'il ne voulait pas,
comme lui, vendre l'Egypte.
Mais il ne savait pas la défendre. — Il restait passif au;
Caire comme fasciné par l'adversaire le plus méprisable, cette
armée du grand visir «faible quant au nombre, sans discipline,
et infectée de la peste*». Alors qu'«on était assuré, par tous:
les rapports, que le vizir n'était pas encore prêt à agir, et qu'il
ne passerait le désert que lorsqu'il serait certain du succès,
des Anglais»; et qu'on savait qu'Aboukir était le seul point,'
de la côte qui pût leur convenir pour opérer une descente ^».
Le 4 mars 1801, une flotte anglaise de 175 bâtiments pa-
rut en vue d'Alexandrie ^; on signala cent trente cinq voiles
ayant cap sur Aboukir; le 7 mars, dans l'après midi, les cour-
riers portant ces nouvelles arrivèrent au Caire. Toute l'armée
s'attendait à marcher vers Aboukir. Reynier rappela ^ au gé- ,
néral en chef qu'on avait besoin, pour combattre les Anglais,!
de toutes les forces, qu'il fallait «mettre en usage la grand© i
1 A Talleyrand, le 25 janvier 1801 (Rousseau, 394). A Thibaudeau,
le 28 novembre 1800: «Le grand vizir, avec ses hordes asiatiques, est
à Jaffa. Il nous menace de nous attaquer. A chaque menace, je fais marcher
des troupes, et alors la moitié de son armée déserte».
2 Reynier, De l'Eg., 136.
^ Ibidem, 168—73.
* Wilson, I, p. 9, 194-5; Reynier, De l'Eg., 162—5.
5 Reynier, De l'Eg. p. 188; Wilson, I, p. 27.
« Wilson, I. p. 10; Reynier, Mém., 338, 352.
^ Reynier: De VEgypte, p. 190-1, lettre du 13 ventôse IX.
PKKFACE XCI
maxime de guerre, do suppléer au nombre par la raj)idilé des
marches». Cependant Menou s'opiniâtrait à resler au Caire et
à diviser l'armée. Une caricature le représente marchant contre
les Anglais à cheval sur une tortue, entouré et suivi d'un
nombre considérable de chameaux, qui portaient sa ienmie,
son fils Soleyman - Mourad et sa batterie de cuisine: l'un des
chameaux était chargé d'ordres du jour, un autre de nouvelles
presque officielles, un troisième de la vérité tout entière i.
Cependant les seules troupes du cinquième arrondissement
défendaient la côte ^ le 11 mars, jour du débarquement.
C'était le général Priant sur les hauteurs d'Aboukir avec les
troupes de la garnison d'Alexandrie, 1550 hommes d'infanterie
de la 61*^ et 75"^ de ligne, 180 dragons du IS'^ et 10 pièces
d'artillerie légère contre 5850 soldats anglais débarqués. Za-
j^czek fut posté à la Maison Carrée, entre Rosette et Abou-
kir, avec un bataillon de la 75^, les détachements de la 25^
(commandée par le général Delegorgue) et le 3*" dragon. Il
avait en vain proposé au général Priant de réunir ces corps.
Par des signaux il apprit le résultat funeste de la bataille
et reçut l'ordre de venir à Alexandrie 2. D'après une mau-
vaise interprétation de cet ordre, la Maison Carrée fut éva-
cuée et démantelée. En une seule marche Zajijczek se ren-
dit à Alexandrie en passant entre les lacs Madieh et Ma-
réotis. Le 24 mars, à la bataille de Canope il commandait
avec les généraux Rampon et Destaing l'infanterie du cen-
tre. L'armée ne retrouvant pas son unité même devant
l'ennemi, la bataille fut perdue. Le sort de l'Egypte n'était
nullement décidé, mais d'autres pertes suivirent, celle de Ro-
sette, de Rahmanieh, de Damiette, la capitulation du chef de
brigade Cavalier. L'inaction des Anglais et la lenteur des Turcs
auraient favorisé quelques mouvements hardis. «Il aurait pro-
bablement été possible de battre le corps qui avait marché
sur Rosette; d'aller rejeter le vizir dans le désert; et si les
Anglais s'étaient divisés pour bloquer Alexandrie et en faire
1 Reybaud, VIII, p. 152—3.
2 Reynier, Mém., p. 351-5, De l'Eg., p. 194.
» R e y n i e r. De VEg., 198, 200—21, Mém., 355 ; R e y b a u d , VIII p. 171 :
Pietro, 291; Journal d'un dragon, 154—6; Wilson, I, p. 50—69.
XCII PREFACE
le siège, d'avoir quelques avantages sur eux^)). Mais l'armée
étant séparée en trois corps et le général en chef ne bougeant
pas, quelques mois plus tard, le Caire et Alexandrie seuls
restaient au pouvoir des Français. L'Egypte cependant était
tranquille 2; la bataille d'Héliopolis et le siège du Caire avaient
laissé dans l'esprit des habitants une impression très profonde.
«Le peuple n'était plus qu'une ombre 3». Du reste «il ne fut
plus question de la levée des impôts; Dieu soulagea tellement
le peuple qu'on ne s'occupait même plus de quarantaine; on
enterrait les morts comme on voulait». Et la peste s'introduit
au Caire*. «Il mourait 30 à 40 Français par jour à la forte-
resse; on en portait trois ou quatre à la fois sur des bran-
cards;... on les mettait les uns sur les autres dans une grande
fosse avec leurs habits et leur couverture; et quand elle était
à six pouces près remplie, on y mettait des pierres et de la
terre». «Tous les jours, au lever de l'aurore, les drapaux mar-
chaient aux travaux; généraux, chefs de brigade, officiers, tout
le monde sans distinction fît voler le sable; le kamsin même
n'arrêta pas un instant cette besogne désespérée^». Blottis
désormais derrière des retranchements élevés à la hâte, les
Français n'osaient plus se présenter en rase campagne. L'ar-
mée du grand-vizir s'avança par le désert, le Capitan -Pacha
avec les janissaires et les Anglais par la rive gauche du Nil;
les cipayes descendaient de la Haute Egypte; Mourad-Bey
étant mort de la peste, son successeur Osman-Bey-Tanbourdji
s'était joint aux Turcs. Craignant d'être à la merci des ces
barbares^ ennemis, Belliard, commandant au Caire, capitula le
21 juin 1801 devant les représentants de l'armée anglaise^. —
Menou traita cette convention de lâcheté, mais dès lors le mo-
^ Reynier à Menou, au camp d'Alexandrie, 23 germinal IX(Reynier,
De VEg., 229-31).
* Reynier, De VEg., 251—2.
3 Abdurrahman, 191- 8.
* Abdurrahman, 203.
5 Thurman, 204—5.
8 Belliard à Bonaparte, Caire, le 30 juin 1801 (Reynier, Mém,
333—4).
' Courier de VEgypte, fm.
PREFACE XCIII
ment n'était plus loin où force lui serait se résigner à l'évacu-
ation complète de l'Egypte.
Jusqu'à l'embarquement des troupes du général Belliard
les Anglais ne tentèrent aucune attaque contre Alexandrie.
Mais ils se décidèrent à couper la digue du lac Maréotis mal-
gré que ^ les Arabes ne sussent pas où la mer pourrait s'ar-
rêter et qu'on pût supposer qu'((il s'ensuivrait probablement la
ruine d'Alexandrie» bâtie sur cette langue de terre. Pendant la
moitié du mois d'avril et de mai une énorme masse d'eau se
précipita d'une hauteur de six pieds. Au bout de ce temps
(d'eau trouva presque son niveau; mais comme le sable en
absorbait beaucoup, il y eut toujours une chute de neuf à douze
pouces à l'entrée». Dès le V" floréal, les eaux du lac Ma-
dieh avaient fait des progrès considérables dans le lac Maréotis
et le 14, l'ennemi fit entrer plusieurs chaloupes armées. Son but
était d'intercepter les communications d'Alexandrie avec Rah-
manieh et d'empêcher l'arrivée des convois 2. Le 8 prairial, le
lac était entièrement inondé. L'armée anglaise exultait. Le dé-
couragement gagna les soldats français; «ce n'était pas pour
l'Egypte qu'ils combattaient», «ils ne désiraient pas y rester»;
«ils plaignaient même les Anglais, qui avaient maintenant un
bon espoir de la posséder'». Mais le général en chef leur de-
manda de prendre patience, il leur rappela «de quel poids
était l'Egypte dans la balance des négociations^». Plusieurs
étaient décidés à défendre Alexandrie pour sauver du moins
l'honneur des armes, malgré le triste dénouement qu'ils pré-
voyaient. «Il faudrait, disaient-ils ^ en parodiant les espérances
chimériques de Menou, que les perfides Anglais soient préci-
pités dans les flots et que les féroces Osmanlis soient étouffés
sous les sables brûlants du désert, joignez à cela une épée
I flamboyante frappant d'estoc et de taille et tout ira bien».
1 Wilson, I, 91—3.
2 Journal de la défense d'Alexandrie par les Français (Copie certifiée
par le gén. Sanson aux Arch. du Comité du Génie).
» W i 1 s n , I, 74—5.
* Ordre du jour du 7 mai 1801 (Rousseau, 404).
5 Paroles de l'adjudant-genéral René rapportées dans le Journal d'un
dragon, p. 159.
XCIV
PREFACE
Zaj^czek fut parmi ces défenseurs d'Alexandrie l'un des plus
en vue^.
Promu au grade de général de division ^^ le 7 mai 1801,
1 Journal de la défense... Dans la nuit du 28 au 29 thermidor des sig-
naux furent faits par l'escadre anglaise et répétés par la flottille et le camp.
Des chaloupes canonnières s'étant rapprochées dirigeaient leur feu sur la
ville et sur les flancs de notre ligne , mais quelques coups de canon de
notre batterie de gauche et du fort Barillon les forcèrent à prendre le large,
peu d'instants après, l'ennemi fit un mouvement et chercha à surprendre
nos vedettes Le jour qui commençait à paraître nous fit apercevoir la
cavalerie en bataille dans la plaine. L'infanterie en colonne sur les ailes
avait poussé de forts avant-postes sur les hauteurs du bord de la mer et
le long du calidgi... L'ennemi ne poussant pas plus... le général en chef
jugeant bien que son intention n'était que d'attirer nos forces sur ce point,
tandis que les bâtiments de transport qui se dirigeaient sur l'embarcadère
tenteraient d'y débarquer des troupes, avait donné l'ordre au général de
division Zajaczek de se porter avec la cavalerie partout où les circonstances
pourraient exiger Cependant la flottille anglaise forte de plus de 140
voiles menaçait de débarquer sur deux points. Le général Zajaczek avait
établi la cavalerie entre la colonne de Pompée et l'embarcadère. Ce der-
nier poste était défendu par le général Eppler, ayant sous ses ordres les
dromadaires, un détachement de gardes et la 21^ légère à laquelle vint de
se joindre la IS"" de la ligne. Nous avions également sur ce point 17 em-
barcations armées. La flottille continua à faire voile jusqu'à la hauteur du
Marabou. Les généraux Zajaczek et Eppler voyant ce mouvement, s'avan-
cèrent aussi sur le point menacé, mais l'ennemi favorisé par le vent ef-
fectua son débarquement avant qu'ils pussent arriver. Les troupes fran-
çaises prirent position à une lieue en avant de l'embarcadère, leur droite
s'appuyant àla mer et leur gauche au lac. L'ennemi prit la sienne un peu
arrière du Marabout. — Le soir du même jour le général en chef qui s'é-
tait transporté sur les lieux donna au général Zajaczek l'ordre de se replier
avec toutes les forces qui se trouvaient alors sous son commandement,
jusqu'à l'embarcadère et de tenir dans cette position. Le 30 thermidor l'en-
nemi ne fit aucun mouvement. Il travailla toute la nuit à établir des bat-
teries contre le fort de Marabout. Plusieurs de ses chaloupes et avisos
firent une canonnade très vive sur notre ligne. Le bataillon de la 61® qui
était à la colonne de Pompée y fat remplacé par un de la 75® et se porta
à l'embarcadère. Le 1 fructidor (10 août) les batteries que l'ennemi avait
établies contre le fort du Marabou commencèrent leur feu. En même temps
les chaloupes du lac canonnèrent la gauche de la position du général
Zajaczek
î ArcJi. h. de la Gu., Reg., lettre K. 2, f. 32: 17 floréal IX. — Arch.
Adm. 2R floréal de l'an X — 16 mai 1802. — Bonaparte, premier consul
de la République, sur le rapport du ministre de la guerre, arrête ce qui
PKÉFACK XCV
il fut nommé ^ commandant de la cavalerie de l'armée, le 12
du même mois. « Il s'occupa avec le plus grand zèle de ré-
organiser les troupes qui lui étaient confiées, mais les res-
sources manquaient absolument, il ne pouvait suppléer ni à
la pénurie des chevaux puisque nous n'avions pas de re-
monte, ni au mauvais état des selles puisque les ouvriers
étaient tous à Boulacq, et que l'on ne pouvait se procurer
à Alexandrie le cuir^ nécessaire aux réparations les plus ur-
gentes». La nourriture des chevaux se composait unique-
ment d'orge et de fèves et en quantité insuffisante pour avoir
une cavalerie vigoureuse. Cette cavalerie, du reste, depuis
l'attaque des redoutes anglaises, le jour de la bataille de Ca-
sait: Le général Zajaczek est confirmé dans le grade de général de divi-
sion; il sera porté sur le tableau des officiers généraux de ce grade en
activité en remplacement du général Destaing. Courier de VEg., N° 116.
Reynier, De V Eg., p. 232: «A cette époque le général Menou nomma
trois généraux de division, trois généraux de brigade, et fit plusieurs
autres avancements; quelques officiers voulurent refuser ces grades, mais
ils furent contraints d'accepter». Journal d'un dragon, p. 158: «Les offi-
ciers les plus actifs et les plus braves tenus à l'écart par un inconcevable
aveuglement du général en chef. D'un autre côté il prodigue les honneurs
à tous ceux qui le flattent, Priant et Rampon ont été nommés lieutenants
généraux, Destaing et Robin généraux de division; cent autres obtiennent
de l'avancement, toutes les vacances provenant des pertes de champ de
bataille, des départs ou de la maladie sont comblées et au-delà, les effec-
tifs seuls et les armes manquent*. Reg., lettre N° 2, f. 16 et 17: Le 18 sep-
tembre 1801. Menou aux lieut. gén. Priant et Rampon et au gén. de divi-
sion Zajaczek. Les engage à lui faire passer desuite et revêtues de toutes
' les formalités les demandes d'avancement qu'ils ont encore à faire.
1 Arch. h. de la Gu., Reg., lettre K. 2, f. 34:: 22 floréal IX et l'ordre
du jour du 23 floréal IX.
2 Journal d'un dragon, 162, 170. Aux Arch. h. de la G-u.: Etat des che-
vaux et chameaux existant à Alexandrie d'après la revue passée le 26 mai
1801. Ils étaient au nombre de 1788.— J?e|7., lettre L. 62:18 juillet 1801. Me-
nou à Zajaczek. Ordre de lui envoyer 20 dragons des mieux montés, des
mieux armés et des plus vigoureux, commandés par un brave officier.
Ibidem: 28 mai 1801. Menou aux lieut. gén. Priant et Rampon. Ordre
jde ne laisser qu'un cheval aux chefs de brigades et de bataillons et de
'renvoyer à la cavalerie les chevaux excédents. — 21 juillet 1801. Menou
à Zajaczek. Le prie de faire placer dans la cavalerie une jument qui a été
; prise sur les Anglais. Beg.y lettre, K. 2: 31 août 1801. René aux généraux
Priant, Rampon et Zajaczek. Les prie de donner l'ordre aux chefs des
corps de faire prendre ou échanger tous les fusils dont ils ont besoin.
XCVI PREFACE
nope, était réduite à un quart ^ et mortellement démoralisée.
On fut donc contraint d'évacuer et de raser plusieurs ouvrages
avancés. Dès lors resserrées dans une étroite presqu'île, acca-
blées de fatigues, exposées aux vapeurs pernicieuses du lac
Maréotis, nourries de viande de cheval et d'un pain fait moitié
de farine et de riz, les troupes furent travaillées par les mala-
dies 2. L'ophtalmie fit passer successivement dans les hôpitaux
plus de trois mille individus ^ Et bientôt les rangs furent
clairsemés par le scorbut^. Le soldat devenait inquiet, mélan-
colique; il avait tendance à rester assis ou couché; il était in-
accessible à tout ce qui pouvait exciter son moral; il perdait
l'appétit; son sommeil était pénible, sa respiration laborieuse,
ses yeux tristes, entourés d'un cercle bleuâtre; il éprouvait des
lassitudes dans tous les membres. Dans la seconde période de '
la maladie la prostration augmentait, les douleurs devenaient!
plus fortes et se localisaient à la tête et aux reins. Les ma- ^
lades tombaient dans un état de stupeur. Ils restaient presqu*
immobiles dans leurs lits; les pieds et les jambes enflés et j
couverts des taches noirâtres, les yeux ternes au pourtour!
plombé, les paupiers boursouflées, l'haleine fétide, la langue J
couverte d'un enduit visqueux et brunâtre, les geneives pro-l
fondement ulcérées, les dents se détachant, la peau marbrée I
et luisante d'un suintement aqueux, froid. Enfin à quelques
paroxismes fébriles succédait un abattement général et les
taches noirâtes prenaient un vrai caractère de gangrène. Etf
cet abattement des hôpitaux transpira au camp. La gangrène
de la panique, la désertion, fît de jour en jour des progrès.
Dans de telles conditions Zaj^czek défendait le terrain pied
à pied. Il assaillait sans relâche les postes ennemis ^, réprimait
les défaillances, rallumait les courages, entraînait les troupes
affaiblies par les maladies, les fatigues et les privations. Il
' Reynier, De l' Eg., 218 - 9; Reybaud, VIII, 169; Journal d'un
dragon, 154;— 6.
» Reybaud, VIII, .S91.
'^ Larrey, 441; Journal de la défense... 28 floréal: Nous avions à cette
époque 1139 malades.
* Larrey, 442—3, 445—50.
* Journal d'un dragon, 168.
f
PRÉFACE XCYIl
commanda dans les derniers combats livrés autour d'Alexan-
drie. C'était le lendemain de l'écroulement de la tour Mara-
bout, sur la lanî^ue étroite de terre à l'ouest d 'Alexandrie i.
«La nuit du 20 au 21 août, deux batteries furent élevées sur
les flancs de la ligne que commandait Zaj^czek, l'une de
deux pièces de 18 bassait en mer, l'autre sur le lac et était
armée de deux pièces du même calibre». Le 22 août, à cinq
heures du matin, l'attaque des Anglais commença. «Une de
leurs colonnes protégée par des avisos et des cbaloupes ca-
nonnières longeait la mer. L'autre également soutenue par des
embarcations nombreuses marchait le long du lac» Maréotis.
Les «tirailleurs en grand nombre précédaient les colonnes et
couvraient les hauteurs du centre». Les avant-postes de l'in-
fanterie française placés dans les dunes et ceux de la cavale-
rie, dans la plaine, soutinrent quelque temps l'attaque, mais
ils furent obligés de céder». «Le feu d'un grand nombre
d'avisos et de chaloupes fut extrêmement vif». Il fallait une
grande intrépidité pour tenir à ce poste pendant plus de deux
heures. Toute l'armée ennemie n'était plus séparée que par un
canal. Zaj^czek établit une ligne nouvelle «à environ 600 toises
de la place», la droite appuyée à la mer, un peu en avant du
fort Leturcq, et la gauche aux hauteurs de la colonne de Pom-
pée. «La nuit une grande quantité de bombes fut lancée» sur
les postes français et sur le fort Leturcq. Les jours suivants la
fusillade continua, mais il était déjà fort difficile de rallier les
soldats au combat 2. Les Anglais s'étaient déjà tellement rap-
prochés, qu'ils voyaient ce qui se passait à l'intérieur de la ville
et entendaient le bruit sur les quais. «Une résistance plus opi-
* Journal de la défense La perte dans ce combat fut évaluée
à 92 h.
* Ibidem: «Le 7 fructidor -- 25 août, à neuf heures du soir, un corps
considérable de cavalerie, composé en partie des mamlouks et Osmanlis,
charge brusquement nos avant -postes, à l'ouest, les culbute et se porte
sur les derrières d'un bataillon de la 18™^ qui est en même temps attaqué
I de front par une colonne d'infanterie. La rapidité de la charge étonne
I cette troupe, et l'obscurité de la nuit ne lui permettant pas de diriger son
! feu, la confusion se met dans les rangs. Mais la 21« légère et la SS'"^ de
j ligne qui s'y portent. . . arrêtent l'ennemi et donnent le temps au bataillon
de se rallier et de reprendre son poste. Nous avons eu dans les 2é heures
s ^0 hommes hors de combat». Voir rapport de Zaj^czek p. 459—60.
Les Polonais en Egypte. VII
XCYJII PREFACE
niâtre des troupes... n'eût pas été prudente, à moins qu'elles
ne se fussent volontairement dévouées à éterniser la gloire
de l'armée d'Orient par un terrible sacrifice^». Le 29 et 30 août,
la majorité du conseil de guerre vota la capitulation. «Les gé-
néraux Destaing, Delzons et Zaj^czek soutinrent seuls l'avis
contraire. Ce dernier appuyait ses motifs sur sa qualité de Po-
lonais adopté par le gouvernement français, à qui il croyait
devoir même sa vie. Malgré l'observation qui lui fut faite, qu'il
devait voter seulement comme général de division des armées
françaises, et non comme étranger, il se rangea de l'avis de
Destaing et Delzons 2».
Le drame était terminé. — On croirait que seules quelques
esclaves noires pleurèrent amèrement la perte de leurs maîtres^
Mais «l'inquiétude et les vexations causées par les Osmanlis
tenaient toute la population dans la tristesse». «L'armée otto-
mane tourmentait le peuple de toutes les manières». Au Caire
1 Wilson, II, 40-1.
2 Martin, II, 283-5. Reybaud, VIII, 391—3. «Il fut convenu que
dans la nuit même (29—30 août) un plan serait délibéré et rédigé par les
généraux Rampon , Priant, Songis, Sanson et Delegorgue. Ce plan fut
prêt pour le lendemain. Quand on en eut donné lecture, les généraux dis-
sidents dont la signature n'avait été que conditionnelle la veille, s'expri-
mèrent en termes assez aigres sur les clauses de cette pièce; ils y virent
une humiliation trop directe pour nos armes ; ils plaidèrent les chances de
la défense, et donnèrent à ce débat un caractère de personnalité et de ré-
criminations déplorable. On eût dit que tout le fiel ergoteur de Menou
avait passé dans la tête de quelques hommes, Destaing, Delzons et Zaja-
czek. — Enfin le général en chef s ' en étant mêlé , les récriminations ces-
sèrent: une querelle assez vive entre Rampon et Destaing termina la dis-
cussion». 39G— 7. Le 31 août «le Conseil de guerre a arrêté à l'unanimité
que le général en chef serait invité à traiter aux conditions proposées par
les généraux ennemis en obtenant s'il est possible, des modifications à di-
vers articles». Voir aux Arch. h. de la Gu.: Procès verbal de la séance du
Conseil de guerre. Alexandrie, le 10 (—12) fructidor IX (28--30 août 1801).
On y trouve la signature du général de division Zayonchek sans aucune
remarque. Sur le compte rendu de la séance du 13 fructidpr la signature
de Zaj^czek manque.
» Wilson, I, 294-5.
PRÉFACE XCIX
«les troupes inquiétaient les marchands; elles insultaient les
femmes». «Hors de la ville les soldats dépouillaient et tuaient
tous ceux qu'ils rencontraient; tellement que tout le monde et
surtout les paysans regrettaient les Français i». On se rappelait
leurs adieux: «Les principes d'après lesquels nous avons gou-
verné l'Egypte vous sont connus. Nous avons maintenu et res-
pecté votre religion , vos lois, vos usages et la jouissance de
tous vos biens^». Bien plus encore, pendant son séjour en Egypte
l'armée française avait gravé dans l'esprit des habitants le sou-
venir dqs ses victoires ^ Le nom français fut longtemps res-
pecté non seulement dans cette province de l'empire ottoman,
mais encore dans tout l'Orient. Et les Polonais n'y étaient pas
pour rien.
* Abdurrahman, 2M-5, 249, 255-6.
* Kleber au Divan du Caire et à ceux des différentes provinces de
l'Egypte, le 1 février 1800 (Rousseau, 220).
» Kleber au Directoire, le 30 janvier 1800 (Rousseau, 219).
i
Sulkowski: Lettre de Malte K
De grands événements se préparent et un coup décisif vient
de se frapper! Je me peins ton impatience à en connaître les
détails et je me hâte de la satisfaire.
Tu connais l'aspect imposant qu'offraient les plans conçus
par le gouvernement! Pendant que des apprêts formidables in-
quiétaient déjà l'Angleterre depuis le Texel jusqu'à Rochefort,
que ses flottes paralysées se concentrent à la défense de ses
1 Voir aux Archives historiques de la Guerre à Paris N° 14490 du re-
gistre impérial (15 feuilles): «Notes sur l'expédition d'Egypte en l'an VII
de la rép., depuis l'embarquement à Toulon jusqu'à la bataille de Chebreisse«
avec cette remarque: »ces notes sont présumées être d'un aide de camp
du g-al Bonaparte nommé Sulkovvsky«. C'est à la première partie de ce
manuscrit autographe qu'on donne le titre de lettre de Malte. Cette lettre
ne fut ni signée, ni adressée; elle est écrite dans le genre littéraire du
XVIII s., très commun alors, (voir autres pièces autographes de Sulkowski
dans l'édition de S* Albin). Cette pièce importante n'était pas complète-
ment inconnue. M. le commandant Guitry en cite quelques pages dans:
L'armée de Bonaparte en Egypte 1798— 1799 [PsiTis 1891, p. 61—4, 106—8),
mais avec une légèreté un peu choquante, conforme du reste au caractère
tout à fait populaire de son livre. M. de La Jonquière s'est également
servi de ce document dans son ouvrage excellent sur L'Expédition d'Egypte
(I. 464, 594, 604-6; II. 9, 10, 32, 34-5, 104-5, 138, 141, 143, 145, 156, 158,
161, 167, 178—9). Il essaya avec beaucoup de peine de déchiffrer les par-
ties les plus essentielles d'un texte souvent bien difficile à lire. Ses effort»
ne furent pas toujours couronnés de succès. Nous ne fûmes pas plus heu-
reux et force nous a été de laisser dans la deuxième partie du récit de
nombreuses lacunes. Nous ne crûmes pas de notre devoir conserver l'or-
thographe originale, nous citons seulement dans nos références les fautes
les plus remarquables. Sulkowski écrit en général: isle (île), quar ré {carré) ^
hled (blé), solemnel (solennel), principeaux (principaux), ce (se), tout (tous),
était (étaient), cens (cent), chaque (chacune), habitans, oeuil, terrein, l'ha-
sard, brieg, Malthe, fauxbourgs, burg etc.
Les Polonais en Egypte. 1
SULKOWSKI
côtes, nous menaçons tout à coup la Méditerranée par des ar-
mements nombreux ^
Cinq convois s'approvisionnent 2, les bataillons ^ refluent vers
les ports et une escadre de quinze vaisseaux de ligne se pré-
pare à protéger les efforts de trente mille combattants.
Le général en chef arrive* à Toulon; il rassemble les trou-
pes qui s'y trouvent, et croit devoir redoubler leur ardeur en
offrant 5 de nouvelles chances à leur espoir. Il leur retrace, en
peu de mots, les souffrances qu'ils endurèrent sur le sommet
aride des Alpes, leur disette, leur misère, il leur rappelle le
bien-être qu'il leur procura par la conquête de l'Italie, le butin
qu'ils y avaient acquis; il leur promet dans cette nouvelle entre-
prise les mêmes avantages, et en outre six arpents de terre à
chacun. Des cris de: »Vive Bonaparte !« l'interrompent et se
prolongent^.
Les ordres du départ ne tardent pas à se donner, et nous
levons l'ancre le 30 floréal ^ après la jonction du convoi de
Marseille ^.
En mer rien n'est plus difficile que de faire aller de con-
serve un grand nombre de bâtiments dont la marche est es-
sentiellement différente, et de même rien n'est plus épineux!
que d'indiquer un lieu de rassemblement à des convois que l'on,
doit protéger, et qu'on ne surveille pas à leur sortie du port.i
* Biffé: qu'ils fixent ses flottes dans.., ne songent qu'à défendre ses
côtes, un armement nombreux menace . . .
2 Biffé: se préparent, rassemblent, s'aguerrirent...
^ Biffé : les troupes se rassemblent . . .
4 9 mai 1798.
^ Voir LaJonquière 1.461—4, Bourrienne: ilfemotVes (Paris 1839),
II. 56 — 8, Vigo Roussillon: L'expédition d'Egypte {Bévue des Deux-
Mondes t. 100, p. 581-2).
6 Dominique di Pietro: Voyage historique en Egypte, pendant les
campagnes des généraux Bonaparte, Kleher et Menou (Paris 1818) p. 38—9.
>I1 est impossible de peindre l'ardeur qui régnait parmi les braves... La
présence du général Bonaparte inspirait aux troupes une confiance sans]
bornes. La fortune de ce grand homme électrisait jusqu'au dernier de sesj
soldats. L'enthousiasme était général. Je ne puis mieux le comparer qu'à ce-
lui qui animait ces aventuriers Espagnols qui, lors de la découverte du
nouveau monde, partaient en foule pour aller en arracher les trésors».
' 19 mai 1798.
« 18 mai.
.ETTRE DE MALTE
Nous en fîmes l'expérience! Les convois de Gênes ^ et de Corse 2,
que nous vînmes chercher à leur mouillage, joignirent l'armée,
mais celui de Civita-Vecchia, auquel on indiqua un point de
jonction plus éloigné, courut les plus grands risques.
Le Commodore Nelson croisait dans la Méditerranée avec
trois vaisseaux de ligne, il bloquait depuis quelques jours une
division de frégates espagnoles qui était entrée dans le port
de Mahon, lorsqu'il les quitte et va mouiller en Sardaigne pres-
que à notre portée. Il serait difficile d'affirmer si le mouvement
qu'il exécuta après, est dû au hasard ou à son audace, mais il
manqua de nous être funeste K Notre sortie de Toulon devait
lui être connue, et notre route vers les parages du Levant avait
dès longtemps cessé d'être un secret^. En pareille circonstance,
parvenue à la vue du stad de la Sardaigne, on quitte ^ cette île
pour cingler en droiture sur le cap Bon en Afrique, mais ^ (elle)^
tint une route différente et longea la Sardaigne jusqu'à la hau-
teur de Cagfiari. Or Nelson alla^ couper la ligne de marche
qu'il pouvait présumer que nous parcourions. Il ne rencontra
1 21 mai.
2 27 et 28 mai.
3 Voir La Jonquière I. 534 — 7: Positions et distances des flottes
française et anglaise du 30 floréal an VI au 15 thermidor an VI (19 mai —
2 août 1798); E. de Viiliers du Terrage: Journal et souvenirs... (Pa-
ris 1899), p. 24.
^ Voir Corr. XXIX (Campagnes d'Egypte et de Syrie), p. 365, 378; Ca-
pitaine Thurman: Bonaparte en Egypte. Souvenirs publiés . . . par le
comte lleury (Paris 1902), p. 2; Arnault A, V.: Souvenirs d'un sexagé-
naire (Paris 1833), IV. p. 32; (L. Reybaud): Histoire scientifique et mili-
taire de l'expédition française en Egypte (Paris 1830—6), III. p. 35, 37;
Niello Sargy: Mémoires (Paris 1825), I. p. 1.8; Bévue d'Egypte, recueil
mensuel de documents historiques et géographiques relatifs à V Egypte et aux
pays voisins Soudan, Arabie, Palestine, Syrie etc. etc. publié sous la direc-
tion de Ch. Gaillardot bey (Le Caire 1895), p. 41 (lettre de Charles Wilkin-
son); D es ver n ois: Mémoires 1789— 1815 (Paris 1898), p. 93; V Agenda de
Malus (Paris 1892), p. 35; Jacques Miot, commissaire des guer-
res à l'armée d'Egypte: Mémoires... (Paris, an XII — 1804), p. 13—5;
La Jonquière I. 191, 252—4, 320—1, 327—9, 397—8, 493, 564.
5 Biffé: on quitte ordinairement le stad...
•^ Biffé: pendant que la route que nous tînmes, fut différente, car nous
longeâmes . . .
' Mot illisible; probablement »elle« c. à d. la flotte.
8 Biffé: de son côté va...
1*
4 SULKOWSKI
pas l'armée là, mais il prit un brick ^ armé qui se trouva sur
son chemin. Ce brick ^ avait été envoyé ^ à la rencontre du con-
voi de Civita-Vecchia qui errait dans ces mers sous l'escorte
d'une seule frégate*. Je n'ai aucun doute que Nelson instruit
de ce fait n'ait astreint ses efforts à le rencontrer pour obtenir
une victoire aussi décisive ^ Le génie de la liberté qui préside
à nos succès, empêcha apparemment cette rencontre désastreuse^,
qui nous aurait privé de six mille guerriers de l'armée d'Italie.
Nous restâmes dix jours dans cette perplexité, connaissant
la démarche ^ de Nelson, car il avait donné la chasse à une de
nos frégates^ et, n'ayant aucune nouvelle du convoi, nous par-
tîmes enfin pour Malte, et le premier objet qui se présenta à
nous aux attirages de cette île, est ce même convoi! Un bon-
heur aussi extraordinaire ^ servit d'augure favorable pour l'at-
taque de l'île dont on ne tarda pas à organiser les apprêts.
Je 10 fus du nombre de ceux qui reconnurent le lieu de dé-
barquement. Le lendemain '^\ il s'exécuta dans quatre endroits.
Le général Reynier devait attaquer le Goze ^^^ le général Ba-
raguey d'Hilliers la cale de Saint-Paul, les ^^ généraux Desaix et
Vaubois devaient cerner la cité Valette. Le point de jonction j
de ces deux dernières divisions était l'aqueduc, qui conduit i*|'
dans la forteresse le seul filet d'eau qui existe ^^ dans l'île. Ce 1
poste important devait naturellement être le plus défendu, etf
le hasard fit qu'il n'y eut que l'avant-garde de la brigade de '
Marmont qui surmonta les obstacles que l'on nous y opposa.
Le convoi que commandait Desaix, ayant beaucoup dérivé
1 Biffé: Il rencontre un brieg armé et le prend...
2 Gorcyre.
3 31 mai.
* La Courageuse.
5 Barré: aisée, mais...
« Une rencontre aussi désastreuse...
' La route.
^ La Justice.
» Biffé: constant...
*o Voir La Jonquière I. 604—6; Guitry 61—4.
" 22 prairial (10 juin).
" Gozzo (La Jonquière 1. &62).
^3 La Jonquière et Guitry mettent ici: et...
^* Barré: conduisait...
*5 Biffé: qu'il y a dans l'isle, qui y court...
I
LETTRE DE MALTE
par les courants, se trouvant si éloigné de terre que ce général
ne put exécuter son débarquement à Marsa-Scirocco ^ (deux lieues
au-dessous de la ville) que vers les six heures du soir, pendant
que Vaubois était déjà à terre, deux lieues au-dessus de Malte,
douze heures avant 2.
Le général en chef avait partagé à^ deux la division Vau-
bois. Le général Lannes, avec sept bataillons, avait la tâche*
de longer le port de Marsa-Musciet, à la droite de Malte, et (en
y entrant^) de chercher à s'emparer d'un des forts qui com-
mandent l'entrée; pendant que cinq bataillons, sous les ordres
de l'aide de camp Marmont, devaient marcher droit à l'aque-
duc et barrer l'isthme qui joint la cité Valette au reste de l'île,
[l m'assigna pour mon poste l'avant-garde de cette brigade
composée de plusieurs compagnies de carabiniers que je devais
ofuider.
Nous partîmes le 22 prairial, de VOrient à la pointe du jour;
toutes les chaloupes avaient été rassemblées à l'abri de ce vais-
seau. L'ennemi ne défendit que faiblement le débarquement,
3ar il fut surpris; ce n'est qu'une heure plus tard, lorsque nous
avions déjà gravi plusieurs coteaux qu'il vint engager une fu-
sillade insignifiante. Lorsque Marmont eut réuni toutes ses for-
es, il marcha en avant. L'on nous avait avertis que l'ennemi
lous attendait; mais il fut impossible de le reconnaître dans
m pays barré par un dédale de murailles sèches qui contour-
lent chaque champ. Je m'avançais vers les tirailleurs, lorsque
* »Ohiroco«. Voir les cartes de cette époqua et la description de Malte
La J on qui ère I. 587—590, 597).
2 Guitry: »Vaubois était déjà à terre deux heures avant«. C'est une
Inodification du texte original tout à fait injuste. Voir journal de Savary,
d'aide de camp du général Desaix (La Jonquière L 601—2): »Le Fran-
din... avait reçu ordre de se rendre dans le sud de l'île pour seconder
it couvrir notre débarquement... Le général Kleber le montait. 11 nous
mvoya à midi une chaloupe... L'on embarqua la 21^ demi-brigade légère,
it nous nous mîmes en chemin dans le sud pour aller débarquer. La tra-
versée était extrêmement longue. Il nous fallut ramer plus de quatre heu-
•es pour y arriver...»
' La Jonquière et Guitry: »en«.
* Biffé: devait.
^ La Jonquière et Guitry lisent: >sans y entrer et de chercher à
'emparer«. Voir les instructions données au général Vaubois {Corr. IV.
627, La Jonquière L 583).
SULKOWSKI
je trouvais 1 déjà ceux-ci engagés. Les Maltais s'étaient placés
derrière l'aqueduc même, car il domine les alentours; ils occu-
paient aussi plusieurs maisons et une muraille leur servait de
parapet. Les tirailleurs furent repoussés, et je voyais l'instant
où l'ennemi, enhardi, aurait prolongé sa défense. Sans attendre
le reste de la demi-brigade, je perçai avec les grenadiers par
un chemin à demi-couvert; on les joignit; une décharge à brûle-
pourpoint les déconcerte, et ils fuient en déroute; l'habitude de
sauter des murailles les préserva du trépas, nous n'en tuâmes
qu'une quinzaine, et un ^ drapeau rouge que j'atteignis, moi
troisième, [fut^] pris. Ce choc fut court mais vif; nous ne tar-
dâmes pas à en avoir un autre. Marmont qui, pendant ce temps,
avait enfoncé la droite des ennemis, plaça ses troupes militai-
rement et m'envoya reconnaître la ville, en me soutenant d'un-
bataillon. Je m'approche des portes, et mes tirailleurs s'enga-
gent malgré moi; alors cinq cents hommes, qui se trouvaient
sur le glacis, les serrent et les poussent à leur tour. Ceci en-
hardit la garnison et elle tenta une sortie. Mon dessein était i
de feindre une retraite pour les attirer sur le bataillon; mais l
l'ardeur des grenadiers ne me permit pas d'exécuter cette ma- 1
noeuvre; ils ne virent pas plus tôt les ennemis à leur portée j
que, fondant dessus au pas de course, ils les forcèrent de sel
renfermer dans leurs murailles *. Le soir, les Maltais tâtèrent f
encore inutilement nos avant-postes, et, la nuit, une forte fusil-
lade, du côté de Desaix, nous mit à même de nous convaincre!
que ce général avait rempli son but; effectivement, il venait'
de s'emparer des forts qui commandent la rade de Marsa-Sci-
roco et venait pour cerner la ville de l'autre côté.
Ceci se passait au dehors de la ville, lorsqu'un événement
inattendu vint nous livrer cette place formidable.
I
* La Jonquière: »trouvai«...
2 Biffé: le.
3 Ce mot ne se trouve pas dans texte original; mais notre version, qui
est aussi celle de M. de La Jonquière, est conforme au sens général de la
phrase.
* Voir : Corr. XXIX, p. 372—3 ; ThurmanS; Marmont: Mémoires du
maréchal..., duc de Eaguse, de 1792 à 1841 (Paris 1857) L 358—9; Dou-
blet: Mémoires historiques sur l'invasion et l'occupation de Malte par une >•
armée française en 1798 par... chef de la Secrétairerie française du Grand
Maître... (Paris 1883), p. 165.
LETTRE DE MALTE
Malte est fameuse par sa force; ses remparts, taillés dans
le roc vif, sont presque inexpugnables; 910 canons ^ en défen-
daient l'approche; un million de poudre, et du grain ^ pour six
mois, éloignait^ l'espoir de la forcer par un blocus; il ne fallait
à ses défenseurs que d'être passifs derrière leur quadruple rang
de bastions, en nous laissant la tâche pénible de rompre ces
rocs, et de végéter sur un terrain aride qui n'offrait point de
ressources en vivres et où une seule source d'eau devait ali-
menter toute l'armée. Mais l'esprit révolutionnaire a été * encore
ici le principe de nos succès!
Dans ^ ce gouvernement oppressif la haine contre les che-
valiers était à son comble, cent mille individus ne pouvaient
voir sans horreur une caste armée et peu nombreuse, se jouer
de l'honneur des familles et de la bonne foi des habitants,
pendant qu'ils insultaient à leur faiblesse en les forçant d'étouf-
fer même leurs plaintes. Toutes les causes civiles étaient sou-
mises à*^ l'arbitrage du grand maître. Les hommes, chargés de
faire l'application des lois, ces individus qui sous régime ^ mo-
narchique sont les seuls intermédiaires entre le souverain et le
peuple, devaient à Malte borner leur ministère à des rapports
insidieux, la volonté du grand maître n'avait pas de frein %
l'humeur, l'ignorance, ou la cupidité pouvait dicter ^ les arrêts
d'où dépendait la propriété ^^ des habitants. Le peuple ne payait
rien à la vérité pour cette terre ingrate qui après un travail
opiniâtre ne le nourrissait que trois mois, mais tous les objets
d'industrie qui, vu la stérilité du sol, devenait réellement la
source de son existence, étaient grevés par des douanes exor-
1 Ce nombre est tout à fait exact; voir: Aperçu des principaux objets
de l'artillerie de la place de Malte (La Jonquière I. 645).
2 La Jonquière (L 594) lit: »...du pain... éloignaient* . . . L'examen
attentif de l'original ne laisse cependant pas de doute sur l'exactitude de
notre version.
3 Biffé: diminuait.
4 fut.
^ Guitry 64.
^ Biffé: au grand maître...
' Biffé: dans le pays...
^ était tout...
^ dictaient...
*<> l'honneur et la propriété...
3 SULKOWSKI
bitantes. A ces maux s'ajoutait le contraste le plus affligeant: j
pendant que les Maltais ^ gémissaient sous un despotisme illi* j
mité-, ils voyaient devant eux ^ l'image d'un gouvernement*!
paternel et juste, c'est celui de l'ordre même. Ses ^ statuts pour-
raient être comparés à ceux ^ d'une république; on y a multiplié
la garantie des droits de chaque membre, et l'arbitralité ^ du
chef ou du grand ^ conseil trouverait une entrave dans chaque
forme qu'ils ont à remplir^.
Aussi 10 l'esprit de la liberté avait déjà percé dans cette île^^
les chevaliers craignaient qu'il ne se propageât et les cachots
1 Biffé; qu'ils.
2 le despotisme le plus illimité.
3 sous leurs yeux.
* du bonheur civil, basé sur l'équité, dans le régime paternel d'après
lequel l'ordre se gouvernait...
5 »Ces« statuts (dans texte original).
6 Biffé : sont réellement ceux . . .
7 l'arbitraire. ..
8 de son...
^ 24: lignes biffées: Il eut été impossible que dans un siècle aussi éclairé,
où tous les hommes commencent à discerner leur droit, le Maltais eut été
le seul à ne pas désirer de pouvoir s'en ressaisir. Aussi les chevaliers com-
mençaient récemment (déjà) à craindre la propagande de cet esprit de liberté,
plusieurs individus avaient déjà été incarcérés (jetés aux fers d'...) sur le
moindre soupçon et d'autres forcés de s'expatrier, lorsque l'escadre parut
tout à coup à (vers) la vue de l'île. Le tocsin sonne. L'effroi d'un côté, de
l'autre l'obéissance à un régime qui existait encore, force les habitants en
campagne à s'enfermer dans la ville, ils accourent de toutes parts et on les
arme. Jusqu'alors nos intentions étaient inconnues, mais lorsque le débar-
quement les eut dévoilées, le peuple placé entre la destruction et le joug
ne tarde pas à prendre un parti.
Aussi (mais) l'esprit de la hberté avait déjà percé parmi les Maltais, et
les chevahers, craignant qu'il ne se propage, plongeaient (jetaient) dans les
cachots (avaient déjà rempli, condamné, enseveli, ouvert les cachots pour...)
ceux sur lesquels tombaient leurs soupçons... pendant que ceux qui con-
çurent être soupçonnés, se hâtaient d'éviter le même sort par un exil vo-
lontaire. Telle était la situation des choses lorsque l'escadre parut. Le tocsin
sonna, (cela) (l'effroi d'un côté, de l'autre) la crainte de l'ennemi et l'obéis-
sance à un régime encore existant fit refluer (força... de s'enfermer) les
habitants de la campagne dans la cité, ils accoururent de toutes parts (et
prennent) et on leur distribue les armes.
*o Biffé: mais.
" parmi les Maltais.
LETTRE DE MALTE
recelaient les victimes de leurs soupçons^ pendant [que] la crainte
seule de ce soupçon fît^ choisir [à] un grand nombre d'indivi-
dus^ un exil volontaire. Telle était la situation des choses: lors-
que l'escadre parut, on sonna le tocsin*; soit [par] crainte des
ennemis, soit [par] obéissance pour le régime existant, les ha-
bitants des villages accourent au secours de la capitale, mais
réunis et armés ils sentirent leur force, et sitôt que le débar-
quement leur eut garanti ^ nos intentions, on ne tarda pas à
manifester^ leur haine pour le joug qui les gênait.
Les chevaliers avaient posté l'élite de leurs troupes dans la
cité Valette, comme le point ^ le plus menacé. Le seul bataillon
des galères devait surveiller^ les immenses ouvrages au delà
du port, ainsi que la vaste enceinte de la Cottonère, construite
dans le temps pour contenir tous les habitants de l'île ^. Ces
postes n'étaient donc réellement gardés que par les paysans et
surtout par les habitants des faubourgs, tous ennemis jurés de
l'ordre et issus des anciens régnicoles de Malte. L'insurrection
commença dans ces endroits. Un quiproquo, qui fît prendre des
individus chargés de couper un pont pour un détachement fran-
çais, ayant engagé une fusillade, plusieurs chevaliers quittèrent
leur poste. A cette vue, le peuple se met en fureur; il croit
qu'on le trahit et demande à être conduit par d'autres ^^ contre ^^
les ennemis et de sortir des retranchements. Sur le refus qu'en
* plongeaient dans des cachots tous ceux qui étaient soupçonnés.
' obligea.
3 d'autres.
* le tocsin sonna, alors.
5 dévoilé.
* ils ne tardèrent pas à prendre leur parti, on ne tarde les voir suivre.
' poste.
8 surveillait.
8 Voir la description de Theviotte (La Jonquière I. 587—90): »Cette
ville, bâtie sur des rochers en amphithéâtre autour des ports creusés par
la nature, est composée de cinq autres villes: la cité Valette, la cité Flo-
riane à l'ouest; la cité Victorieuse, la cité Sangle au centre; la cité Bor-
mola à l'est... La cité Cottonera... enveloppe les trois précédentes... Cot-
tonera est une immense ligne bastionnée servant de camp retranché... Il
faut 15.000 hommes au moins pour la défendre... Il y avait à peine 1.500
hommes«.
" La Jonquière (I. 605) lit: »pour marcher»... Voir Guitry 64.
" Biffé: au devant des...
10 SULKOWSKI
fit le bailli, qui les commandait ^, il fut massacré 2; des ^ com-
pas'nons eurent le même sort et la fuite seule préserva les au-
tres chevaliers du trépas ^. Cet acte de vengeance fut suivi d'une
décharge générale; après quoi le peuple, laissant les postes^
de l'enceinte à l'abandon, retourne ^ sur ses pas et s'empare
des faubourgs.
Cette nouvelle désastreuse parvint au grand maître Hom-
pesch dans l'instant même où la sortie de la garnison de la> i
cité venait d'être si vigoureusement repoussée. Ce vieillard
sexagénaire, digne de combattre pour une meilleure cause, ne '" i
fit que redoubler d'énergie. Il ordonne, sur le champ, de con-
centrer dans la cité les munitions et les vivres, il fait braquer i
du canon sur les insurgés, il annonce que l'on se défendra jus-i
qu'à la dernière extrémité; il y eut même des individus qui |
proposèrent de faire sauter la forteresse dans un cas de détresse;
mais le peuple de la ville ne partageait pas cette ardeur guer- i
rière, l'attente d'un bombardement effrayait ^ tous les esprits ', j
et l'exemple des faubourgs leur indiquait les moyens de s'eaH
affranchir.
A l'issue d'une procession solennelle, par laquelle les chef& ,
avaient espéré de pouvoir électriser les esprits, les citoyens qui J
gardaient le donjon des Chevaliers s'insurgent, blessent divers
membres de la religion qui s'y trouvent, incarcèrent les autres
et font cesser le feu que ce donjon n'avait cessé de faire sur
la brigade de Lannes. En même temps, tous les propriétaires
s'assemblent, dressent une requête, choisissent des députés et
se présentent le soir devant la congrégation de défense, où pré-
sidait le grand maître. Le contenu de la requête était la de-
mande de la paix, le refus d'exposer leurs vies et leurs pro-
priétés pour la défense de l'Ordre et la menace de livrer la
ville aux Français, si on s'obstinait à ne pas traiter avec eux.
* commandait dans l'enceinte.
2 massacré à l'instant avec ceux qui l'entouraient, la...
^ La Jonquière lit: »ses«.
4 Voir: Relation... par frère... Vie Cesarini (La Jonquière L 599).
^ La Jonquière lit: »portes«.
6 quittèrent...
' La Jonquière et Guitry lisent: »n'en<... uBÉ
8 Biffé: il voyait avec effroi... «ï*
8 Voir: Doublet 165—6, 172; Desvernois 95: Corr. XXIX. p. 374
LETTRE DE MALTE 11
Cette requête, soutenue par les cris d'un peuple armé et fu-
rieux, convainquit le grand maître qu'il n'avait ^ d'espoir que
dans la loyauté de la République ^ française, et il capitula dès
le lendemain. Ce fut le dernier acte de souveraineté de l'Ordre
de S. Jean ^
Un sentiment généreux, celui de secourir l'opprimé, présida
à la fondation des hospitaliers; un état habituel de guerre en
fît des soldats indomptables*, leur appui prolongea ^ le règne
des Francs dans la Palestine et deux siècles après l'Europe
voyait encore avec respect une poignée de chevaliers opposer
une barrière insurmontable à l'élan dévastateur des Turcs. Mais
la force même de l'île de Malte devint la cause de leur déca-
dence, une trop grande sécurité fît naître la mollesse, leurs
guerriers n'allaient plus dompter le Maure à Tripoli et à Sphaxe,
et leurs galères loin d'offrir un appui à tous les navigateurs^
parodiaient^ dans une caravane les ^ courses pénibles de leurs
prédécesseurs. La jeunesse militaire de l'Europe cessa d'aller^
à Malte faire ses premières armes ^, ce respect même que tant
de familles anciennes décorées de la croix inspiraient au vul-
gaire ignorant, disparut dès qu'on put l'acquérir par l'or ou
l'intrigue. Enfin, en somme, l'on n'y voyait plus le gage de ses
1 Biffé: ne pouvait...
' nation.,.
' Relation par Vie Cesarini: »Le général en chef a pénétré dans l'île
par la trahison de nos milices. Ils (les chefs de la conspiration) insinuent...
au peuple que ce sont les chevaliers français qui furent les premiers à l'y
introduire ... La méfiance, la terreur et le meutre passent dans le coeur du
soldat... On annonce que les commandants généraux sont en arrestation
dans les forts, les ordres et subsistances interceptés, les poudres semées
sur les routes ou dans les citernes, les batteries enclouées, les milices licen-
ciées et les corps de deux chevaliers traînés dans les rues... La nuit du
10 au 11, les auteurs mêmes de tous ces désordres, des nobles et des ju-
rats maltais, représentent séditieusement au grand maître... que tout...
impose... de condescendre... à cette même capitulation dont ils sortent
eux-mêmes de signer les préUminaires chez le consul de Hollande...»
* Biffé: longtemps les trônes chancelants de Jérusalem et de Chypre
n'eurent . . .
' d'un demi... l'existence des...
^ ne faisaient plus que parodier...
' leurs nautiques...
s ne venait plus...
9 Doublet p. 12, 14-6.
12 SULKOWSKI
anciennes institutions i, lorsque la révolution survint. Dès lors
sa chute fut certaine. La philosophie dissipa le prestige qui en-
vironnait un édifice désormais inutile ^ et nos arnnées en plan-
tant le drapeau tricolore sur l'église de S. Jean firent commen-
cer la postérité pour ce corps politique récemment détruit 3.
Sutkowskî: Notes sur l'expédition d'Egypte.
Quelque secret qu'on eut mis dans les premiers ordres pour
les armements de Toulon, la nouvelle en perça jusqu'au cabi-
net de Londres et douze vaisseaux équipés à la hâte dans la
Tamise lui* parurent suffisants pour en arrêter les progrès.
Une activité surprenante ^ suppléa dans un port au manque ef-
frayant de ressources ^, et notre flotte, ainsi que le convoi, pu-
rent mettre à la voile avant que les Anglais eussent quitté les
dunes. Un bonheur ^ non moins rare sauva le tiers du convoi
du coup^ que lui préparait l'audace du commodore Nelson. Et
ce même bonheur fit prendre en deux [jours] la place la plus
formidable des deux hémisphères.
Mais^ ces^^ succès n'avaient encore diminué en rien l'état ^^
de crise dans lequel nous nous trouvions relativement à un en-
nemi supérieur s'il nous joignait, forcés alors de le combattre
avec des vaisseaux encombrés d'attirails, et dont^^ la tâche pé-
nible était de défendre un convoi immense ^^ et incohérent, que
vingt jours de navigation nous avaient montré aussi incapable
1 Biffé: Enfin la masse de l'ordre entier avait cessé de présenter un..
2 mais étayé par son ancien lustre et par sept siècles d'existence
3 Voir Corr. XXIX. 367—9.
* Biffé: leur.
5 Voir La Jonquière I. 197-528, 663—73 (les préparatifs de l'expé-
dition).
6 Biffé: ce n'est que par un bonheur rare... que célérité extraordinaire
pour un port privé dès longtemps d'une foule de ressources...
' C'est par un bonheur... qu'une partie...
8 de l'audace . . .
» Donc...
10 La Jonquière II. 9—10.
1* Biffé: l'état violent dans lequel...
*2 et dont trois...
*3 Biffé: composé d'alors.
t
NOTKS SUR L EXPEDITION D ÉGYPTK 1
de se grouper que de fuiri. La célérité, la sagesse, et les vents
pouvaient seuls faire réussir cette expédition; on résolut donc
de s'abandonner à la merci des derniers, quoique la vraie
saison des brises de l'ouest ne se fut pas encore déclarée. La
flotte appareilla de Malte le 1 messidor ^ Le même jour, une de
nos frégates {la Justice), qui était en croisière sur les côtes d'Ita-
lie, distingua une escadre anglaise de seize voiles, qui cinglait
vers l'ouest. Elle ne se donna que le temps de les reconnaître
et dirigea sa route vers les points de ralliement.
Les vents furent maniables pour nous jusqu'aux atterrages
de Candie; là ils [se] renforcèrent et, quoique leur direction fût
bonne, nous ne tardâmes pas à sentir le danger dans lequel
nous mettaient même les chances les plus ordinaires de la na-
vigation; une seule nuit orageuse dissipa le convoi et fît même
perdre la conserve^ aux vaisseaux de guerre. A la petite pointe
du jour^, nous n'aperçûmes au bout d'un ciel nébuleux que
quelques groupes de bâtiments qui luttaient ^ contre les flots.
Le reste s'était réfugié sous la terre ou errait sans obéir à nos
signaux de ralliement. Heureusement le vent diminua et, souf-
flant constamment de ^ l'ouest, facilita à tous les vaisseaux de
reprendre la route. Cet événement ne nous coûta que vingt-
quatre heures de retard; mais il nous prouva ce qu'eût produit
une tempête. Deux ^ jours plus tard, une galère de Malte ^ nous
apprit la rentrée de la Justice et nous donna des détails va-
gues sur l'apparition des Anglais.
Dans cette incertitude, on se prépara au combat, toujours
1 Voir: LaJonquière I. 270—1, 274, 277, 367—8, 572—3; E. Che-
I valier: Histoire de la marine française sous la première république fai-
i sant suite à l'histoire de la marine française pendant la guerre de Vindé-
\ pendance américaine (Paris 1886), p. 2, 3, 5, 52, 223, 225, 234, 266, 336—40,
' 343-4, 345-9.
2 19 juin.
^ La Jonquière lit: »le convoi«...
4 26 juin 1798.
5 »luttent« dans texte original.
^ >vers« dans texte original.
7 Biffé: Le même...
8 Voir Corr. XXIX. 430; Pajol: Kleber, sa vie, sa correspondance {Pa-
ria 1877), p. 275.
14 SULKOWSKI
forçant de voiles sur la Tour-des- Arabes, un point vu ^ à dix
lieues à l'ouest'^ d'Alexandrie. Le 12^, nous reconnûmes terre.
Le 13-^, une frégate^, que nous avions envoyée en avant pour j
prendre langue^, et qui avait réussi à attirer'^ à son bord le
consul^ et le chancelier de France^, nous les envoie à ^^ l'Orient
et ils nous donnaient les nouvelles suivantes.
Depuis ^^ deux 12 mois environ, l'annonce du projet de l'en-
vahissement de l'Egypte y était parvenue par la voie de Con-
stantinople. Les beys, prévenus, avaient fait des préparatifs ^^
et nous ignorions jusqu'à quel point ils avaient multiplié les
obstacles 1*. Mais une nouvelle bien plus étonnante fut celle de
l'apparition de la flotte anglaise; quatorze vaisseaux, dont trois
à trois ponts, avaient mouillé à la vue d'Alexandrie, le lO^^,
au matin: ils avaient répandu l'alarme dans le pays; on les
prit pour les Français, depuis longtemps attendus; et, dès ce
1 La Jonquière (II. 10) lit: »connu«...
2 Biffé: au-dessous.
3 12 messidor c. à d. 30 juin.
4 1 juillet.
^ La Junon.
^ Voir Vivant Denon: Voyage dans la basse et la haute Egypte pen-
dant les campagnes du général Bonaparte (Paris an X — 1802), éd. 8°, I.
p. 43-4; Charles Norry: Relation de l'expédition d'Egypte... (Paris
VII), p. 4.
' Biffé: soustraire...
8 Magallon (neveu).
9 Bracewich (Braswich), chancelier interprète.
10 Biffé: revint vers...
" La Jonquière II. 32.
12 Biffé: trois...
13 Biffé: quelques préparatifs, faibles à la vérité, mais tout l'événement
montra qu'ils étaient... mais dans cette circonstance nous ignorions abso-
lument...
1^ C. F. Volney: Voyage en Syrie et en Egypte pendant les années
1783, 1784, et 1785... (Paris 1787), p. 8: «Considérée comme ville de guerre,
Alexandrie n'est rien. Il n'a pas quatre canons en état et pas un canonnier
qui sache pointer. Les cinq cens Janissaires qui doivent former sa garni-
son, réduits à moitié, sont des ouvriers qui ne savent que fumer la pipet.
B r o w n e W. G. : Nouveau voyage dans la haute et basse Egypte . . . fait de-
puis les années 1792 jusqu'en 1798... traduit par J. Castéra (Paris an
VIII - 1800), I. p. 2.
15 10 messidor c. â d. 28 juin 1798.
1
NOTES SUR l'expédition D EGYPTE 15
jour, tous les habitants, ainsi qu'une foule de Maures qui se te-
nait dans les environs, le tout au nonabre de six mille com-
battants \ avaient pris les armes. Cette tourbe garnissait les
murs, pendant que quatre ^ cents cavaliers parcourent la cam-
pagne 3. Les Anglais ne séjournent qu'un jour dans la rade*
d'Alexandrie; ils appareillent^ leurs voiles ^ mettant le cap au
nord-est. C'est tout ce que nous pûmes savoir à leur sujet l Ils
n'avaient communiqué qu'un instant avec leur vice-consul s, et
leur^ demande se bornait à savoir si le pays était disposé à nous
recevoir ou à se défendre.
Il était difficile de se trouver dans une passe plus périlleuse,
les ennemis à peine à une journée de distance dont^^ on igno-
rait les mouvements, qui d'un instant à l'autre pouvaient re-
venir et nous combattre, tout le convoi mouillé à deux lieues
de terre sur une plage découverte, et devant nous^^ une ville
armée que l'urgence des événements. .. ^^ forçait d'enlever d'un
coup de main. Encore s'il nous avait ^^ été possible de jeter à
terre des moyens suffisants ou indispensables, mais avec cet
^ Bifl"é : à peu prés . . .
2 Biffé: à peu près...
8 Voir Copies of original letters from the army of gênerai Bonaparte
in Egypte, intercepted hy the fleet under the command of admirai lord
Nelson. With an english translation. The second édition (London, printed
for J. Wright, 1798), p. 37. L'amiral Brueys au ministre de la marine et
des colonies (Bruix), 9 juillet 1798: >...Le consul nous dit qu'on s'atten-
dit depuis longtemps à l'arrivée des Français, qu'il y avait beaucoup de
fermentation et une grande inquiétude dans le pays*. Journal d'Abdurrah-
man Gabarti, pendant Voccupation française en Egypte suivi d'un Précis
de la même campagne, par Mou-allem Nicolas El-Turki.. . traduit de Varàbe,
jpar Alexandre Cardin... (Paris 1838), p. 6.
* La Jonquière (II. 32) dit: »les eaux« . . .
5 La Jonquière: i>parcouraient« ..., ^séjournèrent*... , «appareillè-
rent bien vite*. Notre version est plus exacte.
« Biffé: mirent à la voile.
' La Jonquière omit ces trois mots.
8 Carlo Rosetti [Corr. IV. 2737,2921; Browne L 53; La Jonquière
II. 345-6).
9 Biffé: toute leur.
10 et dont...
" soi . . .
12 Deux ou trois mots illisibles; peut-être: tant pénibles.
18 Biffé: eut.
16 SULKOWSKI
élément terrible les moindres opérations trouvent quelquefois
des obstacles insurmontables.
La brise d'ouest sur les côtes d'Alexandrie n'est pas un de
ces vents, vus aux mois d'été, qu'on sent légèrement planer
sur la mer \ soulevant à peine les flots. C'est presque toujours
une suite 2 de rafales impétueuses, l'onde poussée par le vent,
relancée 2 par des bas fonds, roule des vagues multipliées * qui
bouillonnent eau sous des bâtiments 5. Rien n'égale dans ces
moments la difliculté d'un débarquement^. Il faut voir les cha-
1 qui plane sur la mer plutôt que . . .
2 une rafale.
^ repoussée.
4 semble bouiller encore autour des bâtiments.
5 On peut lire aussi: sur des brisants.
« Voir: La Jon qui ère IL 37, M. 43 -^ 57, 59; Corr. IV. 2765, XXIX.
p. 43L Thurman 17—18: ï>Le temps. .. était... très mauvais... Le point de
débarquement devait être la Tour-du-Marabout. Mais l'ordre d'approcher de
ce point d'une manière convenable ne put être exécuté, du moins complète-
ment. Il y eut un instant de désordre. Deux vaisseaux s'abordèrent dans
leurs manoeuvres, et allèrent tomber sur l'amiral, ce qui força de mouiller
sur-le-champ, à plus de trois lieues en mer. Le vent soufflait nord avec
violence; les vagues écumantes se brisaient fortement contre les récifs de \
la côte... Vers le midi, toutes les chaloupes étaient réunies autour d'une î
galère maltaise que montait Bonaparte... Cette journée fut cruelle. Au mi-
lieu d'une mer en fureur, un soleil ardent sur la tête, nos barques se heur-
taient en tous sens, se précipitaient violemment les unes contre les autres.
Nous ne pouvions réserver les distances qu'à l'aide d'un travail continuel
au moyen des perches. Un mal de mer affreux s'empara de tout le monde,
jusqu'aux matelots et aux pilotes. C'est ainsi, horriblement ballottés autour
de la galère de Bonaparte, que nous passâmes tout le jour; le soir seule-
ment les chaloupes purent se réunir... La galère de Bonaparte avait fixé
le point de réunion tout près du banc de récifs où se trouve la passe qui
mène à l'anse du Marabout... Au moment du débarquement, nous eûmea
une assez vive alarme: on signala une voile de guerre dans le lointain..*
Il y eut un instant de cruelle angoisse. Mais bientôt on sut que c'était un
vaisseau français... «. Le chasseur Pierre Millet: Souvenirs de la cam-
pagne d'Egypte (1798—1801), (Paris 1903), p. 41. »La mer était agitée ce-
jour-là plus qu'elle ne l'avait encore été jusqu'alors. Les maux de coeur
ne manquèrent pas à recommencer mieux que jamais«. Bévue d'Egypte,
1895, p. 58. Journal de Kleher: »La mer est on ne peut plus houleuse, je
passe du Franklin à la galère où était monté ce jour le général Bonaparte,
le passage ou l'enjambée du canot à la galère était le saut périlleux« . . .
Villiers du Terrage 39: >La mer est très forte, la côte semée de ro-
chers ; plusieurs accidents se produisent« .Desvernois99. Niello-Sargy
I
SULKOWSKI SUR LES MURS D'ALEXANDRIE
D'après une gravure du Musée National de Cracovie.
NOTES SUR l'expédition D EGYPTE 17
loupes à côté des bâtiments tourmentés par la houle s'élever
au-dessus^ de sabord'^ ou disparaître dans les ^ abîmes pendant
que les soldats charg-és de leurs armes et cramponnés sur les
cordes eurent quelquefois plusieurs minutes à attendre l'in-
stant de pouvoir se jeter entre les bras de mariniers. Quoique
l'ordre de débarquement eût été signalé* à toute la flotte dès
les neuf heures du matin, à peine à cinq ^ heures du soir vit-on
une trentaine d'embarcations^ rassemblées et amarrer^ une^
galère de Malte où se trouvait le général en chef et qu'il choi-
sit de préférence pour s'approcher plus près de terre ^. Dans la
confusion d'une pénible opération une division entière, celle de
Desaix^^, ne put nous seconder; la demi-galère qui devait la
guiderai, échoua sur les bas fonds et ses canots furent trop
heureux de se réfugier sur les bâtiments les plus à portée. Le^^
hasard seul nous favorisant, la division Menou qui la dernière
avait reçu des ordres, fut celle qui nous fournit la grande moi-
tié des combattants. Elle se trouvait être embarquée sur des
vaisseaux ^^ très légers, qui craignant la mer, mouillaient beau-
coup plus à terre que les autres et au moindre signal, il lui
fut possible de faire descendre sur la plage à peu près quinze
41—2. Les marins regardaient le débarquement comme impossible à cause
de la violence des vents, et des récifs qui remplissent la baie de Mara-
bout... Entassés dans des canots, nos soldats étaient jetés sur une côte
semée de rochers et d'écueils au milieu d'une nuit obscure. On entendait
des cris partant de plusieurs barques chargées de troupes errant au gré
des vents et des vagues et demandant en vain des secours. Vigo Rous-
sillon 585. Pietro 45-6.
* Biffé: jusqu'au.
2 Mot difficile à lire.
* Biffé : sous les . . .
^ donné.
^ quatre.
« Biffé: de chaloupes.
' On peut lire: s'avancer vers...
8 La phrase est mutilée.
» Biffé: et sur laquelle nous devions... le général en chef... étant déjà
embarqué pour...
^° que nous...
^^ qui conduisait les . . . canots . . .
" par un...
" Biffé: bâtiments.
Les Polonais en Egypte. 2
18 SULKOWSKl
cents hommes; le ^ reste des chaloupes débarqua la nuit, der-
rière une pointe de sable, où ^ se trouve une mosquée nom-
mée le Marabout, à quatre heures de chemin d'Alexandrie. Vers
la minuit^ cette colonne joignit celle de Menou. Nous nous ras-
semblâmes autour d'un édifice ruiné ^ et l'on forma un carré
pour se garantir de toute insulte de la part des Arabes qui
étaient déjà venus tirailler avec nos gens 5.
A la petite pointe du jour ^, les Arabes ^ vinrent encore nous
harceler^, mais inutilement; le général en chef alors disposa
sa troupe dont le nombre n'excédait pas 2600 tètes. Quelque
petit ^ que fut ce corps, la situation devait naturellement ac-
croître^^ son courage, qui devenait son unique soutien; il avait ^^
été impossible de débarquer un i^ cheval, ni une pièce d'artil-
lerie; la brise de ce jour, plus violente encore que celle de la
veille, ne laissait aucun espoir de renfort, les canots ^^ qui vers
le matin voulurent nous joindre ayant été ^^ submergés; chacun
était donc intimement convaincu qu'il fallait ^^ se rendre maître
d'Alexandrie quoiqu'il en dût coûter, et l'on se mit en marche,
exaltés 1^ par cette conviction toujours funeste aux ennemis ^^
1 tout le . . .
2 à qui...
3 Menou (dans la lettre du 16 octobre 1798): »A minuit, le général en
chef arrive...* (La Jonquière IL 44—5). Voir aussi : Corr. IV. 2765, XXIX. 431.
4 Santon Sidi el-Palabri {Corr. XXIX. 431).
^ Voir relation de Menou l. c, Thurman 20.
« Voir relations de Menou, Napoléon, Berthier, Niello-Sargy etc.
' Biffé: l'ennemi vint...
8 tâter . . .
^ Nous n'avions de soutien que notre courage, car il fut...
10 exalter . . .
11 car il fut . . .
12 ni un...
13 d'autant plus que les canots, — vu que les canots.
1* furent.
is il fallait tout espérer de ressources... il fallait donc se rendre maître
d'Alexandrie . . .
18 animés.
" Corr. XXIX. 432. Pressé par les circonstances, il fallait avec une poi-
gnée d'hommes, sans artillerie, sans cavalerie, attaquer et prendre une place
défendue par une population sous les armes et fanatisée. Que de périls,
que d'événements, que de chances, que de fatigues on avait encore à es-
suyer. Chevalier 358. La prompte possession d'Alexandrie était non seu-
NOTES SUR L EXPEDITION D EGYPTE
19
Il repose le long du rivag-e qui court vers Alexandrie une
chaîne de coteaux rapides et étroits, leurs flancs sont semés
par des fouilles et leurs sommets couverts de décombres; ces
coteaux furent un rempart naturel, inaccessible à la cavalerie,
en cas qu'elle eut été trop nombreuse; nous les longeâmes, par-
tagés en trois corps. Le général Menou commandait ^ la gau-
che et côtoyait absolument la mer, le général Kleber suivait
la rampe de la droite, et le général Bon flanquait Kleber en
s'étendant dans la campagne. Le général en chef s'était fait une
petite réserve pour se porter vers les endroits menacés. Dans
cet ordre nous marchâmes vers la ville; à ses approches "^ la
cavalerie tâcha d'inquiéter la colonne du centre dans l'instant
qu'elle montait une colline assez aride, mais une décharge la
fit fuir 3. Enfin nous arrivâmes au dernier rang des collines qui
entourent Alexandrie, et 1'^ enceinte de cette ville fameuse s'of-
frit à la fois à notre vue^.
C'est l'Alexandrie aux cent tours que voulaient défendre (les)
Maures^. Quiconque savait une histoire du passé se sentit ému
à cet aspect Les idées ^ de splendeur^ que rappelait^ ce^^ lieu,
la bizarrerie des circonstances qui faisaient fouler aux héros
lement pour l'expédition mais pour la marine un fait de la plus grande
importance. Les navires de transport avaient désormais un abri assuré.
Thurman 27.
1 Probablement : couvrit ...
2 Biffé: à une demi-lieue.
3 Copies des lettres originales de V armée du général Bonaparte en Egypte,
interceptées par la flotte sous le commandement de V amiral lord Nelson.
IP partie. London 1799 (printed for J. Wright): Mar. Shechy, capitaine-
adjudant à l'état-major, au cit. D oui cet, Alexandrie 8 juillet.
* Biffé: toute...
^ Plusieurs mots et phrases biffés: Le lieu, la singularité... Il serait
difficile (de voir) même à l'imagination de se peindre un site plus roman-
tique, pendant que les souvenirs qu'inspirait le lieu, la bizarrerie des cir-
constances qui lançait les héros de l'Italie sur les traces d'Alexandre, et le
danger du moment concoururent à l'envi à graver profondément l'image
de cet événement dans l'esprit de chacun.
^s Biffé: que défendaient les Arabes (celle des Turcs n'ayant pas même
d'enceinte), les Français se trouvaient sur l'emplacement de celle des Grecs.
' souvenirs.
® grandeur.
^ qu'inspirait.
10 le...
9*
20 SULKOWSKI
d'Italie les pas d'Alexandre, le danger du ... ^ concouraient
déjà à classer 2 dans l'esprit de chacun les souvenirs de cet
événement nouveau, lorsque un site romantique qui atteignait
les bornes de l'imagination, achevait de le » graver à jamais"^.
On s voyait ces nom(breuses) tours [leur hauteur étonne en-
core] ^; les donjons qui les flanquent d'espace en espace, murs
qui devaient lier cette en(ceinte), étant à demi écroulés ^, leur
accès nous parut facile en vingt endroits, et au travers de leurs
brèches on apercevait^ l'intérieur de la ville ou plutôt des amas
informes de décombres 9, surmontés de quelques palmiers ef-
1 Mot illisible.
2 Biffé: suffisamment.
3 l'y...
4 Corr. IV. 2710, proclamation du 22 juin 1798. In fine: »La première
ville que nous allons rencontrer a été bâtie par Alexandre. Nous trou-
verons à chaque pas des souvenirs dignes d'exciter l'émulation des Fran-
çais*. Thurman 13: >Notre traversée n'a rien offert de bien important...
L'étude des auteurs qui ont traité de l'Afrique, et en particulier de l'Egypte,
a principalement occupé mon temps et rempli ces tristes instants . . . Quoique
rien d'officiel n'ait été annoncé, il n'y a plus à se méprendre sur le but de
notre voyage. Je me suis donc mis à lire avec soin tout ce que nos livresi
m'ont pu fournir sur l'Egypte, sa topographie, son sol, son climat, ses usa-
ges, ses origines historiques, ses maladies etc.*. Copies des... 28, 55. Bela-
Uon des campagnes du général Bonaparte en Egypte et en Syrie par.}
Berthier (Paris an VIII), p. 5. D. J. Larrey: Belation historique et chi
rurgicale de V expédition de V armée d'Orient en Egypte et en Syrie (Paria^
an IX - 1803), p. 5. Browne I, p. XV.
5 Cette partie du manuscrit est bien difficile â lire. |
8 Biffé: ébranlées nous étonner encore par leur hauteur. #
7 mais l'(enceinte) était ébréchée. f^
8 on voyait. w-
8 Browne I. 4: >I1 n'y a qu'un coin de cet espace entre les deux ports
qui soit rempli de maisons, le reste est en partie occupé par des jardins
et en partie par les immondices et les décombres qu'on y jette; d'ailleurs
cette dernière partie ne peut être propre à la culture, par rapport aux rui-
nes qui remplissent le sol jusqu'à une très grande profondeurc. Thur-
man 23. »Les murs... en très mauvais état, et, de même que les tours à
l'antique, dans un délabrement général*. Vigo Roussillon 586: »Comine'l
les murailles étaient en mauvais état, nous montâmes immédiatement à'
l'assautt. Lacorre Alexandre: Journal inédit d'un commis aux vivres
pendant l'expédition d'Egypte. Voyage à Malte et en Egypte. Expédition de
Syrie (Bordeaux 1852), p. 30: »Vue de quelques lieues en mer, Alexandrie
en impose beaucoup. Une position avantageuse, quelques jolis minarets,
des maisons blanchies, et plus que tout cela, cette magnifique colonne de
NOTES SUR l'expédition d'ÉGYPTK 21
feuilles. Une colline ^ de sable noître, aussi pointue qu'élevée,
nomnnée la butte de Menaphis, donainait toute la ville. Une foule
immense de femmes et de vieillards ^ grimpait sur ces som-
mets 2, on entendait leurs hurlements^ et les noirs étendards
semblaient implorer la mort^
L'armée française se trouvait sur l'emplacement de l'Ale-
xandrie des Grecs ^, ses bataillons serrés couronnaient en mas-
ses unies les sommets de plusieurs vastes ^ collines qui entou-
rent l'enceinte^ arabe. Sur^ une de ces collines s'élevait ma-
jestueusement la colonne de Pompée; à ses pieds fut placée
l'ambulance, et ce monument magnifique, seul vestige de tant
de chefs d'oeuvre de l'art, portait son ombre à l'humanité souf
frante i».
Mais si l'on se détournait un instant de ce spectacle impo-
sant, l'œil ne rencontrait plus qu'un désert hideux; en vain la
vue plongeait sur une plaine blanchâtre et rase, nulle trace de
végétation ne venait fixer ^^ ses recherches, en vain l'esprit tâ-
Pompée et ces vieilles tours ruinées qu'on aperçoit au loin, font encore
présumer assez avantageusement de cette ville... Ce n'est que lorsqu'on
y est entré que l'illusion cesse entièrement... La stérilité la plus absolue
renvironne«. Copies of original letters... 14 Jaubert to his brother 8/7
1798. >C'est un amas de ruines où Ton voit telle maison bâtie de boue et
de paille, adossée à des tronçons de colonnes de granit. Les rues n'y sont
pas pavées: l'image de la destruction ressort bien davantage à la vue de
deux monuments qui seuls ont traversé intacts les siècles qui ont tout dé-
voré autour d'eux. C'est la colonne de Pompée... et l'obélisque appelée l'ai-
gle de Cléopatre«, p. 15: »0n voit çà et là quelques dattiers, arbres tristes,
qui rassemblent assez de loin au pin «... Niello-Sargy 44,50. G. S. Son-
n i n i : Voyage dans la haute et basse Egypte fait par ordre de l'ancien gou-
vernement (Paris VII). I. 124: »Le théâtre hideux de la plus horrible de-
! struction«.
1 Biffé: une crue de sable noir qui dominait toute la ville nommée...
2 et d'enfants.
^ on les voyait montés d'une foule...
* ils voulurent par des hurlements affreux à enivrer les combattants.
! 5 le port vieux et les vaisseaux turcs au miheu desquels se voyait la
! caravelle, étaient sur entrée d'oeils.
^ sur cette contrée des arts dont ne survivait rien plus de vastes.
^ grandes.
8 Alexandrie, la ville.
^ Au milieu
1° Larrey 6.
" Biffé: borner.
22 SUf.KOWSKI
chait d'y découvrir un asile ou une ressource, les sifflements
aigus du vent ^ qui le parcouraient sans obstacle frappaient seuls
les sens, et l'imagination effrayée ^ de cette solitude, attristée,
par des décombres, ne tardait pas à les comparer à ce souffle
destructeur et uniforme du temps qui plane sur l'homme et
efface sans retour les traces de son orgueil ^
Les obstacles que nous opposait cet amas de barbares sans
être effrayants n'étaient pas méprisables; dans chaque porte ils
avaient placé un canon, eux-mêmes garnissaient le sommet des
murs et des tours. Le Turc stupide^ est toujours redoutable à
la défense d'un poste. Son ignorance empêche qu'il soit effrayé
des défauts qui peuvent s'y trouver. Une prière qui le garantit
d'une balle, est à ses yeux un abri égal à un parapet épais.
Renforcé par cette idée 5, il garde ses postes, il s'y défend avec
constance *5 dans la persuasion qu'il peut nuire impunément. Le
danger ne l'effraie que lorsque l'ennemi qui l'a tourné, se pré-
sente tout à coup à ses yeux, mais alors la seconde conviction
qu'on ne lui donne pas quartier [car tel est chez eux le droit
affreux de la guerre] change en fureur sauvage sa pusillani-
mité ^ primitive. Toutes ces considérations rendent une attaque
nécessairem^ent épineuse, car^ qu'importe à l'assaillant que le
principe de la défense des assiégés soit l'ignorance et le déses-
poir, quand ses résultats équivalent presque à ceux d'un dé-
vouement généreux.
Le général en chef ayant reconnu la place fît faire halte
pour donner le temps à chaque division de se placer à peu
près vis-à-vis des principaux débouchés; la division Bon gagna
même beaucoup à droite pour pouvoir entrer par la porte de
1 d'un vent qui parcourait ce désert, un vent impétueux...
2 L'imagination effrayée ne se peignit ni asile ni ressources, l'esprit ne
tardait pas à comparer cet aspect à l'image... Les sens fatigués ne se ré-
veillent que par les sifflements aigus des vents qui le parcourent sans ob-
stacles, et l'homme qu'effrayait cette solitude reportant ses regards vers
des décombres en jouit sentir plaisir.
3 Voir Pietro 50, 58.
^ ignorant.
'^ fort de cette conviction.
® courage.
^ crainte.
8 aussi.
NOTES SUR l'expédition d'ÉGYPTK 23
Rosette. Ces dispositions faites, à neuf heures environ, on donna
le signal de l'assaut ^. La charge se fait entendre, les troupes
s'avancent, elles essuyent quelques coups de canon, et parvien-
nent bientôt à la portée de mousquet 2, c'est alors que le
nombre des assiégés se montra. De chaque créneau ^ de chaque
embrasure* il partait un coup de fusil, les moindres crevasses
étaient changées en meurtrières. C'est sous cette grêle de balles
que les Français se lancèrent au pas de course, leurs généraux
à leur tête; dans deux minutes on fut au pied des murs. Alors
faute d'échelles on se groupe, on s'entr'aide, les brèches moin-
dres se forment sous canonnades des grenadiers, tandis qu'ils
sautent le sommet des murs portés sur les épaules de leurs
camarades ^ C'est dans cet instant que nous perdîmes des of-
ficiers valeureux.
Kleber tombe blessé à la tète, Menou atteint par cinq . . . ,
l'adjudant général l'Escale blessé au bras, le chef de brigade
Mas fut tué, et avec lui plusieurs officiers distingués. La co-
lonne près de laquelle je me trouvais, commandée par le gé-
néral Veaux ^, fut plus heureuse que les autres; elle trouve une
brèche commode vers ^ l'angle qui descend sur la mer, et entre
sur le champ dans la ville ^. Presque au même instant la divi-
1 Voir: Corr. XXIX. 433-4.
2 Biffé: fusil.
8 Mot à peu près illisible.
* Detto.
5 Voir: Copies de...: 2« lettre de Shechy, Thurman 27, Millet 43,
La Jonquière II. 50—1.
* C'était r avant-garde et dans l'attaque elle formait l'aile gauche.
7 Biffé: entre...
8 Corr. IV. 2738. Au général Berthier, 3 juillet 1798. >Pour récompen-
ser les traits de courage et de dévouement que plusieurs officiers ont faits
hier à la prise d'Alexandrie, je nomme... Vous préviendrez également le
citoyen Sulkowski qu'il est promu au grade de chef de l'escadron, pour le
récompenser des services qu'il a rendus à l'armée, et principalement à Malte,
et hier à la prise d'Alexandrie, où il a été culbuté deux fois du haut d'un
mur. Il ne cessera pas d'être mon aide de campa. 2765. Au Directoire exé-
cutif, 6 juillet 1798. »... Je vous demande le grade de chef d'escadron pour
le citoyen Sulkovi^ski, qui est un officier du plus grand mérite et qui a été
j culbuté deux fois de la brèche*. Promotions de 3 juillet 1798 (Alexandrie,
1 15 messidor VI), Archives hist. de la Guerre, Armée d'Orient. »Le capitaine
I Sulkowski, aide-de-camp du général en chef, est promu au grade du chef
24 SULKOWSKI
sion Kleber fondait sur murs, força un donjon, et celle de Bon
enfonçait la porte de Rosette. C'est alors que les Alexandriens
virent toute l'étendue du danger, ils fuyèrent dans un désordre
épouvantable; un parti, plus brave ou plus fanatique, resta sur
les murs ou se réfugia dans une mosquée voisine; là chacun
d'eux ayant tiré ses pistolets se défendit jusqu'au dernier sou-
pir avec ses armes blanches; en peu de minutes les balles et
les bayonnettes les exterminèrent jusqu'au dernier. Cette exécu-
tion finie, on s'avança en plusieurs colonnes dans l'intérieur
de l'Alexandrie des Arabes. Il est difficile de rencontrer ^ un
endroit plus hideux, des décombres éparses, des masures écrou-
lées, des touffes d'arbres blanchis par la poussière, un terrain
jalonné 2 de cadavres, et des vols de corbeaux de contrée qui
avec 3 des cris lugubres se dirigeaient vers leur proie. Tels sont
les objets qui se présentaient à nous. Nous franchîmes cette
ville et l'on entre dans l'Alexandrie des Turcs, ce massif de murs
qui remplit l'isthme entre la terre ferme et le Phare. Tous les
habitants étaient barricadés chez eux, d'autres se réfugièrent
dans le château. Nous avançâmes dans des rues désertes, ti-
rant par intervalles des coups de fusil pour se reconnaître par
feu de fusils; on blessait quelques hommes outre vue de leurs
jalousies^, un ... ^ seul étant leur châtiment®. Dans moins d'une
heure tous les postes furent occupés, les places publiques et les
portes gardées, pendant que divers pelotons se dirigeaient vers
le château pour le sommer de se rendre.
Le gouverneur de la ville se trouvait dans un de ces forts.
Les exemples qu'il avait devant les yeux de la promptitude avec
laquelle les remparts tous ^ étaient enlevés par nos soldats.
d'escadron». Bibliothèque de souvenirs et récits militaires. (N" 24) Les Fran-
çais en Egypte par un officier de la 32^ demi-brigade, p. 331: »Le brave
et intéressant Suïkowski est deux fois culbuté de la brèche«.
* Biffé: trouver.
2 ... et sanglant.
» dont.
^ 5 mots difficiles à déchiffrer.
6 Mot illisible.
* Richardot: Nouveaux mémoires sur l'armée française en Egypte et
en Syrie, ou la vérité mise au jour... (Paris 184;8), p. 26.
' Mot difficile à lire.
NOTES SUR L EXPEDITION D EGYPTE
25
lui ôtèrent toute confiance en ceux qui devaient ^ le défendre;
il demar^da pour toute condition la jouissance de ses proprié-
tés et l'inviolabilité de leurs femmes. Les conditions de toutes
les autres tours furent les mêmes; aucun dans le péril ne son-
gea au culte, et il paraît que leur fanatisme dans ce temps ne
s'étendait plus jusqu'à la palme du martyre. Ces conditions fu-
rent accordées, les forts occupés, les hommes désarmés, et le
gouverneur avec les principaux habitants ^ de la ville vinrent*
trouver le général en chef.
Ce gouverneur se nommait Koraim *. Quoique natif Alexan-
drin et par conséquent exclu de la caste régnante, il était par-
venu à se pousser^ dans les cœurs des hommes qui régnaient
alors. Il contentait en adulations ^ surtout en compétition dans ce
pays où l'homme ^ est habitué jusqu'à se prostituer pour avoir les
faveurs des chefs. Il surpassa en rapine^ cette foule d'individus
dont^ le seul but est d'amasser ^^^ de l'or, et sans avoir pour
lui ni l'avantage ^^ d'un physique imposant, ni le brillant de la
valeur, ni des services rendus, il sut par les seules faveurs d'Is-
mail-Bey^'^ parvenir avant quarante ans à occuper un des pre-
miers gouvernements de l'Egypte et à entasser des trésors ^l —
Cet homme depuis un an qu'il était en place, opprimait les
Français avec d'autant plus d'acharnement que la révolution
n'apparaissait dans ces contrées lointaines que sous la forme
de l'anarchie 1*; il croyait qu'il n'y avait point de gouvernement,
1 Biffé: qu'il trouvait.
2 chefs.
3 vint.
4 Seïd-Mohammed-el-Koraïm. Voir Corr. IV. 2785, 28S0, 2885, 2925, 2926,
3025,3106, 3159, 3247, 3248, 3425,3554; La Jonquière IL 226-8, 318—9,
446, 461; Nakoulà-el-Turk 17.
5 Plusieurs mots bien difficiles à déchiffrer.
8 Biffé: basesse.
' la dignité de . . .
8 en invention de...
8 (pour) qui l'accaparement de l'or est le seul but et le seul moyen . . .
10 accaparer . . .
*i éclat de la...
12 Ismael-Bey, 1786-91. (La Jonquière I. 156).
1' Biffé : immenses . . .
1* de troubles...
26 SULKOWSKI
puisqu'il n'y avait pas de roi, et point de vengeance à craindre
là où il n'y avait pas de gouvernements L'abattement de Co-
raïm pouvait facilement se concevoir lorsqu'il se vit au pouvoir
de cette nation que ses maîtres et lui avaient pris en tâche
d'insulter l On aurait pu^ profiter de cet homme pour lui ar-
racher quelque secours^; on sut même lui laisser non seule-
ment la certitude ^ de le conserver, mais même l'espoir d'aug
menter sa fortune. Le général en chef lui dit qu'il le confirmait
dans ie gouvernement d'Alexandrie, que sa conduite et ses ac-
tes pour accélérer la marche d'armée française . . . ^ le en-
core de récompenser . . . ^ qu'il devait s'attendre de rester
pacha. Koraïm accepta sans hésiter et avec joie, quelque . . .
de ces promesses, en vue de trahir qu'il était facile de prouver.
Les circonstances en éloignaient l'époque, pendant que dès le
premier moment dans une ville frissonnante par la terreur
que devait inspirer un assaut, une sûreté . . . ^ la confiance . . .^
En plus nous eûmes sur le champ toute celle de l'ancien gou-
vernement . . . ^^ nourrir, conduire les bataillons qui débar-
quaient devint la tâche de nos ennemis ^S Plus elle lui parais-
sait odieuse plus il mit de zèle apparent à la remplir et dès
1 Voir aux Archives des affaires étrangères: Turquie, t. 194, p. 325— 74:
Rapport du citoyen Dubois-Thain ville adressé au cit. R. Verninac,
envoyé extraordinaire près de la Porte Ottomane, le 16 fructidor IV (2 sep-
tembre 1796); t. 188, p. 151-4: lettre du consul général de la République
française au Caire, Magallon, au citoyen Descorches, envoyé extraor-
dinaire de la République française à la Porte Ottomane, Caire, le 2 messi-
dor II (20 juin 1794); t. 190, p. 163—4: lettre du cit. Descorches à la
Commission des relations extérieures, Constantinople, le 18 pluviôse III (6
février 1795); Pietro 66; Brovirne I. 85, 228—9. Savary: Lettres sur
r Egypte I. 76. La Jonquiôre I. 156—8: Rapport de Talleyrand (griefs de
la République contre les beys). Corr. IV. 2710, 2719, 2723.
2 Biffé: d'après ses plaisirs depuis six (ans). ^.
^ On peut lire: On commençait par... On fit prévoir...
^ On peut lire : somme . . .
' Biffé: l'espoir.
" Quelques mots illisibles.
10 » » »
** Biffé: de notre grand ennemi.
NOTES SUR l'expédition d'ÉGYPTE 27
lors nous ne connûmes plus ^ d'autres obstacles que ceux que le
reste de l'Egypte pouvait nous offrir.
Mais fixons un instant l'ensemble qu'offrait l'Egypte pour
mieux sentir les détails de sa conquête ^
Lorsque ^ nous arrivâmes devant Alexandrie, l'urgence du
péril, un ennemi formidable à nos côtés, ne laissèrent nul* choix
dans les mesures. Il fallait débarquer où l'on se trouvait pour
ôter des chances à la fortune ^, et Alexandrie fut prise. Mais
Alexandrie en elle-même n'influait presque en rien à l'envahis-
sement^ du reste de l'Egypte. Cette ville est^ un point jeté hors
ies^ limites de ce pays 9, les déserts l'en séparent, un point qui
ne vit, qui ne boit même que par les bienfaits de l'Egypte.
Toutes les ressources que nous y trouvâmes ^^^ n'étaient donc
que momentanées, et, sans son port, il eût été presque égal de
débarquer sur un autre endroit ^^ quelconque de la plage.
Ce ^^ premier moment de . . .^^ passé les autres instants du-
rent ^* être consacrés à la reflexion. Nous avions concentré nos
forces, il ne s'agissait ^^ plus que de jeter un coup d'oeil sur la
carte, et de discerner la route la plus avantageuse pour pénétrer
plus avant dans le pays. Voici l'aspect et ^^ les rapports mili-
taires qu'il offre.
L'Egypte, chacun le sait, est partagé en deux parties distinc-
tes, la haute et la basse. La haute est une vallée de deux
1 dès cet instant.
2 Biffé: Il est nécessaire ici de s'arrêter un instant et de fixer l'ensem-
ble de cette conquête de l'Egypte.
3 La Jonquière IL 34.
* Biffé: plus aucun.
5 c'était un accès de convulsion, il fallait pour nous sauver, accélérer.
^ à la conquête.
' c'est.
8 La Jonquière lit: *des«.
^ Biffé: étranger.
*o La Jonquière lit: »trouvions«.
" Biffé: point.
12 Après le premier moment de reflexion.
*3 Mot illisible (ivresse, essor).
** Biffé: purent.
" et l'on pouvait jetant un coup d'œil sur la carte fixer la marche la
plus avantageuse pour la conquête de ce pays.
^^ Voici l'aspect que le terrain...
28 SULKOWSKI - .
cents lieues de long- que deux chaînes de montagnes ressèrent
et que le Nil traverse K La basse Egypte est un triangle dont
la base est la naer et le point l'endroit où le Nil se sépare en
deux branches. L'île qu'elles forment, est le Delta. A la droite
de la branche droite [celle de Damiette] une pente plus favora-
ble du terrain permet au fleuve de fertiliser le sol jusque quinze
lieues de ses bords, et arroser trois ^ vastes îles 2; à la gauche
de la branche gauche [celle de, Rosette] le Nil marchant par
le désert a pu à peine mouiller quelques terres* peu distancées
de ses rivages, une lisière étroite d'une ou de deux lieues de
large borde là son cours et fait l'endiguement de la première
de branches. C'est elle qui nous était la plus à portée, c'est à
son extrémité sablonneuse que se trouvait Alexandrie.
Sans forteresses comme sans défilé l'Egypte n'offrait à ceux
qui voulaient l'attaquer ^ que deux obstacles, les déserts qui
l'entourent ou les eaux du Nil. Son seul point d'appui était
le Caire; les faubourgs rendirent à cette ville quelque position
militaire; une population immense, le centre du gouvernement,
enfin les seules ressources existantes. . .^ en Egypte en ûf un
point décisif pour les ^ deux partis.
Pour défendre ce ^ local le gouvernement ^^ mamelouk avait
une cavalerie formidable, une artillerie nombreuse, mais mal
servie, et une flottile sur le Nil.
Pour vaincre ces obstacles nous n'avions pas que de l'in-
fanterie ^^ et une flottile inférieure à la leur. Il nous importait ^^
donc d'éviter les déserts qui ne se passent que lentement avec
1 Biffé: mais qui ne s'élargit jamais au delà de cinq et que le Nil qui
coule au milieu, fertilise.
2 plusieurs.
3 provinces.
^ de terres le long de rivages composant la province.
5 Biffé: défendre.
^ Plusieurs mots difficiles à déchiffrer; peut être: avaient (contribué)
pour rendre cet attirail militaire...
' Biffé: faisait.
8 celui de deux partis qui s'en emparait.
8 ces avantages de . . .
10 La Jonquière II. 35.
11 Biffé: l'excellente infanterie, presque (point de) cavalerie.
12 fallait donc éviter autant qu'il était possible.
NOTES SUR l'expédition d'ÉGYPTE 29
des hommes à pied; d'éviter également d'avoir le Nil pour . . .
car n'ayant dans les chances de passer Nil . . . d'entrée de ses
eaux\ son passage pouvait devenir excessivement difficile.
Notre premier but devait nécessairement être d'arriver au
Caire avec célérité; c'était, comme j'ai déjà fait mention, le seul
endroit de l'Egypte où nous pouvions trouver ce qui nous man-
quait en moyens indispensables pour soumettre tout ce^ pays,
monter notre cavalerie, payer les frais de la guerre et trouver
à la fois des. . . ^ de vivres assez grands pour nous permettre
d'attendre le résultat d'une organisation quelconque ^.
Tous ces avantages se rencontraient à la fois dans un
point, celui de Damiette. La rade de cette ville est la meilleure
de l'Egypte. Après le débarquement, dès les premiers pas ^, le
sol nous offrait dans^ des villages multipliés, des digues ou des
bois, des abris sûrs contre l'attaque de la cavalerie; nous n'avions
pas à craindre de trouver cette arme redoutable prête à char-
ger^ sur nous, lorsque au milieu d'un désert nos troupes, ex-
ténuées de fatigues^ et d'inanition, pouvaient à peine avoir l'usage
de leurs armes ^. Nul obstacle, hormis quelques canaux toujours
secs dans cette saison, ne se trouvait entre Damiette et le Caire.
Notre route se trouvait embordurée de trois provinces riches
et profondes, dans lesquelles il . . . pour chercher de posi-
tion . . .^^ sans crainte de manquer d'eau, sans nous éloigner
un instant des bords du fleuve.
Mais^^ rembarquer l'armée pour la porter à Damiette,
c'était peut-être trop exiger de la fortune, c'était lui remettre
^ Cette phrase est à peu près illisible.
2 La Jonquière lit: le.
8 magasins ou approvisionnements (manuscrit est ici mutilé).
* Or . . . qui devait (résulter) présenter le choix d'un terrain (local),
dans lequel il fallait éviter tout d'obstacle (obstacles communs dans le
pays . . .) et trouver tout de facilités pour notre marche rapide. L'Egypte le
contenait, tous ces avantages qui ... se trouvent réunis, et ce local est celui
de Damiette...
5 Biffé: que nous faisions sans crainte.
^ soit par.
' On peut lire: à portée s'élancer.
8 Biffé: de fatigue de soif.
9 et les chevaux de . . . f nécessaires pour traîner l'artillerie.
" Plusieurs mots tout à fait illisibles.
" La Jonquière IL 35.
30 SULKOWSKI
entièrement nos destinées pendant l'espace de 36 heures et
braver 1 des chances qu'elle avait déjà fait pencher en notre
faveur. L'on n'osa donc y songer; il fallait se borner à la
branche du Nil qui se trouve à Rosette. Pour y parvenir il
y avait deux chemins.
Le^ premier de ces chemins suit la mer parcourant ^ diverses
collines; au bout de cinq heures de marche, il parvient au
château d'Aboukir; près de ce château^ il y a une rade et unti
belle fontaine; il y faut traverser un épanchement^ des eaux
de la mer dont les ondes crevèrent deux cents toises d'une
digue. Cette opération finie, qui nous était très facile avec nos
embarcations, l'on se trouvait sur la route de Rosette; à peu
près huit heures de marche d'infanterie [la division Dugua n'y
en employa pas davantage] nous conduisait sur les bords du
Nil, et tout danger de disette était surmonté.
L'autre route débouchant ^ d'Alexandrie s'enfonçait ^ droit
dans les terres et ne joint le Nil que^ seize lieues de son em-
bouchure sous 9 le bourg d'El-Rahmânieh. Elle i*^ atteint aupara-
vant une ville assez considérable pour l'Egypte, nommée Da-
manhour-el-Wehech ^\ Cete route est plus courte que l'autre;
l'on y gagnait en apparence une journée de chemin; on nous
la dit être habitée; on citait ^^ \qq noms ^^ de ces habitations;
elles existent, il est vrai, au milieu de ce désert, mais ce n'est
peut être que pour le rendre plus hideux.
Cette route parcourt une lisière de terrain entre une im-
mense inondation de la mer à la gauche et le fond salineux ^^
^ Biffé: recourir.
* La Jonquière II. 104—105.
^ La Jonquière lit: parcourt.
4 Biffé: où.
s de là... après avoir traversé un épanchement des eaux de la mer
qui crevèrent une...
^ Biffé: autour un ... au débouché.
' La Jonquière corrige: s'enfonce.
8 La Jonquière: qu'à...
» La Jonquière: près.
^° Biffé : après avoir . . .
11 la capitale de la province de Bahéiréh et qui sert de borne au désert.
" nommait.
" La Jonquière: le nom.
1* blanchâtre et salineux.
NOTES SUR l'expédition d'ÉGYPTE 31
il est de l'ancien lac Maréotis^, à la droite [allant vers le midi].
Le canal d'Alexandrie la borne, ainsi ^ que la trace d'un autre
canal parallèle à celui-là qui ... Mes hautes crues. En avril
son fond est un peu humide, pendant que l'eau bourbeuse
coule lentement dans le premier. Le restant de cette eau qui
s'imbibe dans ces terrains secs* et . . . rassemblant par . . .
divers s'en filant et forme sur tout cet espace quatre ou cinq
issues. Quelques^ hameaux épars s'alimentent . . . d'une d'en-
tr'elles et effectivement ses eaux peuvent suffire pour étan-
cher la soif d'une cohue de malheureux. Une horrible .. .^ dé-
figure ces habitants qui ont l'intermédiaire entre la bonne terre
et la sable de la Lybie. Leurs huttes sont plus basses, plus
écroulées que celles que nous vîmes après. Quelques queues Me
champs s sont leur unique ressource. Autour de ces hameaux se
trouvent les camps de bédouins de Damanhour. Leur férocité ^
les a fait remarquer en Egypte même parmi cette classe d'hom-
mes qui est déjà fort nombreuse. D'excellents ^^ chevaux leur
permettent de chercher au loin ^^ l'eau et les vivres, et cette
même vélocité les rend les bourreaux de toute la lisière cultivée
de terre voisine ^', ils la dévastent tour à tour, on les voit infester
toutes les routes, tracasser toutes les caravanes, bloquer même
Alexandrie et au moindre danger se réfugier ^^ et entrer dans ses
habitations affreuses i^, où règne éternellement la disette et que
l'on nous indiquait néanmoins comme capables de suffire aux
besoins d'une armée en marche. Placés dans la position inter-
médiaire entre les terres cultivées et les sables de la Lybie ils
1 Corr. XXIX, p. 438.
2 Biffé: on voit même.
3 coule vers.
* Plusieurs mots difficiles à lire.
* Biffé: Plusieurs ...
« Peut-être: énigme.
' Mot difficile à lire.
® »camps« dans texte original.
9 Corr. XXIX, p. 432. Copies o/... I, p. 4.
^^ Biffé: Leur journée se passe ordinairement à chercher de l'eau.
" et rapidement.
1» de l'Egypte.
** Biffé: s'enfuyer dans les déserts.
1* détestables.
32 SULKOWSKl
offrent^ à l'aliment . . . plus malheureux que les sauvages, car
ils ont les . . ., l'échantillon de divers . . . et . . . dans lequel
l'homme vend en société fort civilisée.
Pour ne pas perdre un instant, la division Desaix se mit
en marche dès le quinze ^ et atteignit le soir ElBeydah, un
endroit que l'on indiqua comme un bois ^ et où il n'y avait
qu'une citerne encombrée de pierres par les fuyards d'Ale-
xandrie Ce n'est qu'après plusieurs heures d'un travail opiniâtre
que l'on put les déblayer et* découvrir quelque filet d'eau peu
abondant, mêlé avec une ^ boue fraîchement remuée et dont
toute la division n'a pu obtenir qu'un demi-verre par homme ^, Tel
fat notre début ^. Les^ ... ^ . . . vers divers points. Malheur à
l'homme écarté ou parti qui ne se gardait pas, il était impitoyable-
ment massacré; une escarmouche qui ... un danger ... ne leur
fut que plus favorable; c'est en vain qu'il cherchait à atteindre
leurs adversaires, disséminés sur vingt points ils se lançaient
avec une véritable ... et chargeaient leur fusil presque à bout
portant avec une adresse meurtrière ... et partirent comme un
éclair, ils reviennent un instant après sans offrir la nuance ^° que
de combat et de mort.
Le 17 ^1, la disette des vivres se fit sentir quoique les sol-
dats en aient pris pour trois jours i^. par une insouciance qui leur
est commune ... ils avaient tout consommé ou jeté. 11^^ ne
^ Suivent plusieurs phrases dont on peut déchiffrer seulement quel-
ques mots.
2 messidor c. à d. 3 juillet 1798. Voir Corr. IV. 2722, 2724
8 Mot difficile à déchiffrer.
4 Biffé : et parmi . . .
' de la...
6 qui fut distribué comme par...
' Voir les mémoires et journaux cités par La Jonquière II. 107 etc.
(de Belliard, Savary, Garbé).
8 Suivent plusieurs mots illisibles.
8 Biffé: la troupe. Probablement: les soins des officiers.
^° Peut être on doit lire: chance.
11 messidor c. à d. 5 juillet.
12 Voir La Jonquière IL 70: Ordre du jour de l'armée du 3 juillet.
»Le général en chef, instruit que quelques soldats jettent une partie des
vivres qu'ils ont reçu pour quatre jours, ordonne ... de visiter les subsi-
stances... «
13 Biffé: Le 17, au matin, il...
NOTES SUR l'expédition DEGYPTE 33
restait presque plus du pain et la citerne entourée de soldats
commençait à peine fonctionner \ lorsqu'on apporta au géné-
ral Desaix l'ordre d'aller plus avant, la tête de colonne qui de-
vait le suivre apparaissant déjà. Il fallut partir sans avoir rien
de ce qu'il faut pour soutenir l'homme dans la fatigue et sans
espoir fondé de rencontrer la moindre ressource en chemin.
Cette journée est certes profondément gravée dans le sou-
venir de tous ceux qui se trouvaient 2 avec Desaix ou Reynier.
Le sort en^ nous faisant suivre même dans cet endroit les pas
d'Alexandre, a peut-être voulu à faire nature repeindre un
tableau vrai des dangers à demi fabuleux qu'il essuya en
marchant vers les oasis. Quelque ait été la situation de ce
guerrier durant plusieurs instants, la nôtre pouvait en égaler
l'honneur. Le soleil déversait du plomb sur nos soldats exté-
nués, un vent violent leur gênait la respiration, une sueur
farouche colliquait sans cesse dans flots et affadit à leurs
jambes* tout cuir^ qui tombaient de lassitude. Vers les deux
heures 6 l'on découvrit quelque l'eau bourbeuse que les gens
du pays nous avaient vantée ^ pour des citernes. Il fallait voir
des flots d'hommes haletant se presser autour, implorer leur
tour d'un verre, lester jusqu'à la terre qui était trempée s, ten-
ter s'arracher la moindre goutte et n'ayant que trompé leur
soif répéter . . . avec les gestes et impétuosité du désespoir.
Nous eûmes le spectacle affreux de la force du besoin, de cette
sensation impérieuse, de la convulsion physique qui étouffe
I toute pitié, qui endort tout sentiment généreux. Personne ne
I s'imposait de l'opprimer et . . . serait la récompense. On vit
ides hommes moins adroits prodiguer les prières en vain et se
•voir confondus, d'autres s'immiscer le pistolet à la main et avec
jpéril de leur vie. Au couchant du soleil un puit plus abondant
* Deux mots difficiles à déchiffrer.
2 Biffé: concoururent, la firent.
' a peut-être...
* On peut lire: gens.
5 Peut-être: cœur, toute vigueur.
« Biffé: Vers le midi...
' qu'on appelait...
\ «VigoRoussillon 586: ïun fossé plein de boue, nous en expri-
mions l'eau à travers nos cravates».
Les Polonais en Egypte. 3
34 SULKOWSKI
près d'un hameau finit les souffrances de la soif, et l'on s'est
rendu très avant dans la nuit jusqu'à Berket-Gitas, un endroit
plus considérable afin d'essayer d'y trouver le lendenaain quel-
que remède à la finir. Notre attente ne fut vaine. Mais si elle
l'eut été, soit manque de provisions soit par suite de l'ennemi,
un jour de plus avec les mêmes souffrances et le chemin eut
été jonché de mourants^.
1 Voir (sur marche d'Alexandrie au Caire): Mémoires du duc de Bovigopour
servir à Vhistoire de V empereur Napoléon (Paris, 1828), 63—6. — Journal
du capitaine François (Paris, 1903), 195, 197: »L'eau que nous avions ap-
portée d'Alexandrie (peu de nous avaient pris cette précaution par la dif-
ficulté de se procurer des bidons) était épuisée dès le premier jour. Beau-
coup d'hommes, harassés par la fatigue, le corps échauffé par les vivres
du bord, accablés par la chaleur, jetaient les biscuits qu'on leur avait donnés
à Alexandrie, ainsi que la veste de notre habillement, à tel point que beau-
coup de soldats étaient sans habits, ni veste, ni chemise*. 198. »J'ai payé
un peu d'eau 6 francs». — Larrey 8. »0n trouvait à peine quelques cloa-
ques d'eau bourbeuse, presque solide... Les soldats les plus vigoureux...
succombaient». — Desvernois 102, 109. — Richardot: Nouveaux mé»
moires sur l'armée française en Egypte et en Syrie . . . (Paris, 1848), 31—3. — f
Copies of... p. 143—4 (l'adjudant-général Boyer aux parents, 28 juillet 1798) j
»...Le soldat portant pour cinq jours de vivres, chargé de son sac, habillé
de laine; au bout d'une heure de marche, accablé par le chaud et la pe«^
santeur des effets qu'il porte, il se décharge, il jette ses vivres, ne songeant'
qu'au présent, sans penser au lendemain. Arrive la soif, et il ne trouve paS
d'eau; la faim, pas de pain. C'est ainsi que... l'on a vu des soldats mou»
rir de soif, d'inanition, de chaleur; d'autres, voyant les souffrances de leurs
camarades, se brûler la cervelle; d'autres, se jeter armes et bagages dans
le Nil, et périr au milieu des eaux...» (Niello-Sargy, p. 56, ou plutôt son
éditeur-compilateur M. Alph. de Beauchamp). — Copies des ... II, p. 38—40
(Gay, capitaine, à ses parents, Caire, 28 juillet 1798): «...Nous avons mar-
ché pendant dix-sept jours sans pain, sans vin, ni eau-de-vie, etcinqjours^
sans eau, dans les plaines brûlantes, et l'ennemi continuellement à nos
trousses... Nous avions à combattre des Barbares, qui ne connaissaient
point les droits de la guerre et par conséquent qui exerçaient toutes les
cruautés imaginables envers les malheureux Français qui tombaient entre
leurs mains... Pendant dix-sept jours notre nourriture n'a été que des pa-
stèques et des melons d'eau, ce qui a fait qu'un nombre infini de militai-
res sont morts de faim et de soif... Des habitants nous égorgeaient à
demi-portée de fusil de nos colonnes. Malgré les pauvres malheureux qui
tombaient en défaillance, nous étions obligés de marcher toujours en co-
lonnes serrées, parce que leur cavalerie profitait du moment où nous étions
en désordre, pour nous charger... Jour et nuit nous étions sous les armes,
ce qui nous causait des fatigues mortelles. Le mécontentement était peii^J
I
NOTES SUR l'expédition d'ÉGYPTE 35
L'on se repose à Berket ^-Gitas, et lorsque la grande chaleur
du jour fut passée, le général Desaix continue sa marche sur
Damanhour, iP y arrive au milieu de la nuit. Ce ne fut que
le lendemain que nous eûmes le loisir de contempler la pre-
mière conquête faite réellement sur les Turcs d'Egypte, et que
les hommes du pays nous avaient vantée comme un endroit
vaste et opulent. Ces assertions nous parurent au premier coup
d'œil dérisoires. Accoutumés à être frappés d'un égal à la
vue d'une ville en Europe à l'estimation (?) prise, nous n'avions
pas tardé à comparer Damanhour à ces lieux délabrés que
nous rencontrâmes sur la route 3, mais l'expérience nous fît voir
sur tous les visages. Les soldats étaient sur le point de refuser de mar-
cher. Plusieurs militaires se sont brûlé la cervelle, d'autres se sont pré-
cipité dans le Nil: il s'est commis des choses terribles*. 98 (lettre de
Saint-Genier, datée au Caire, 9 août): «Nous nous mîmes en route pour
le Caire sans vivres, sans chevaux, et avons été poursuivis jusqu'ici par
des bandes d'Arabes*. 104; (l'adjoint Lacuée à son oncle, Caire, 14; août
1798) : »La campagne que nous venons de faire est, sans contredit, la plus
pénible qu'aient jamais faite les Français. Nos marches forcées dans le dé-
sert..., notre disette d'eau..., de pain..., de vin..., tout cela est bien plus
terrible que les batailles et les sièges ; il ne faut que l'élan pour celles-ci, il
faut pour l'autre du vrai courage, du courage de tête et d'âme«. 131 (lettre
du maréchal de logis au 18^ rég. de dragons, du 17 août): »Depuis que
nous sommes en Egypte, l'armée ne cesse de souffrir les grandes fatigues
que nous avons éprouvées dans le désert, la grande chaleur du soleil qui
faisait sortir le feu de la terre, dépourvus absolument de vivres, obligés
de marcher continuellement, tout cela est cause qu'il est mort beaucoup
de volontaires qui tombaient de faiblesse roides sur la poussière*. — Vigo
Rou s sillon 585: »Des viandes salées, du vin de Provence et de l'eau-de-
vie ne convenaient guère pour préparer les hommes à exécuter, sous le
soleil de juillet, en Egypte, une marche à travers un désert«. Voir aussi
lettre de Desaix, datée à El-Beydah, le 5 juillet 1798. (La Jonquière
n. 109—10, Panckoucke: Gorr. I. 217). — Martin I. 202—3: «Jamais
victoires n'avaient été plus faciles ... le véritable courage avait été dans les
fatigues et les privations «.
^ »Birkeh« dans texte original.
2 Biffé: l'on.
' Biffé: hors quelques mosquées plus, quelques maisons bâties en bri-
gues, plusieurs... en marché,... de famille des palmiers..., le nombre
d'habitants seul qui peut monter à dix mille se vit classé dans un rang un
peu supérieur. Voir Corr. XXIX. 430.
3*
36 SU3LK0WSKI
que les naturels ne voulaient pas nous en imposer \ leur juge-
ment était relatif et plus nous avançâmes, plus assignâmes un
rang supérieur sur les^ autres endroits de l'Egypte, ai'...
de . . . qui compose Damanhour^. Cette ville étant la capitale
de la province de Bahéiréh, on là trouve au moins quelques
beaux fours, quelques ... de ... et un .. . des fruits de . . .
Le kachef qui la gouvernait, s'enfuit à notre approche et
alla se joindre^ à ceux de Châbour et d'Aboû-el-Kâwî ^.
Quant aux habitants 6, ils étaient déjà prévenus (par) une
proclamation ^ de notre arrivée prochaine, par ceux des gens
qu'on eut soin d'expédier et qui percèrent rapidement. Les piè-
ces de ce genre entrèrent dans promesses du bien-être^, (de)
la paix, (de) la sécurité, on y trouvait ^ un tableau des vexa-
tions essuyées par le paysan sous le gouvernement de mame-
louks, et les menaces s'il s'obstinait à soutenir la cause de nos
ennemis. Les pièces avaient calmé les esprits ^o, mais les habi-
tants n'en saisissent pas le sens, accoutumés à une existence
précaire; les idées de mieux ne s'étendaient pas . . . ^^ qu'à cé-
der le moins possible de leurs propriétés, or fournir aux be-
soins de l'état ou de l'armée était à leurs yeux une avanie. En
Egypte d'ailleurs on ne cuit jamais que pour un jour ou pour
quelques, ce qui fit qu'une proclamation parlant de ... du pays,
leur parut de sauvegarde et ils ne s'empressaient à en deman-
^ Biffé: l'assertion des naturels était juste, elle devinait de... d'après des
idées relatives...
2 aux.
8 Larrey 10: »La possession de Damanhour apporta, dans le cœur
abattu de nos soldats, une consolation bien douce. Ils y trouvèrent assez,
d'eau pour se désaltérer, quelques refraîchissements, et ils y prirent l'as-
surance de rencontrer le Nil le lendemain. Ce premier moment de repos
ranima leurs forces et leur courage». Pietro 56.
* Biffé: n'était alors plus...
^ i>Chabue« et »Abulkou« dans texte original. Il y a encore deux villa-
ges plus près de Damanhour: Chobraris et Abou-el-Schéméh.
^ Biffé: Les habitants auxquels était déjà parvenue une proclamation.
Voir Journal d'Abdurrahman 9.
' Voir Corr. IV. 2723.
8 Biffé: des mesures.
» on rappelle de ses.
10 jusqu'...
" Peut-être: à moment.
NOTES SUR l'expédition d'ÉGYPTE 37
der que dans cette persuasion. Ils . . . alors de rafficher à leurs
portes, convaincus qu'elle les . . . de l'entrée de gens de guerre
et de toute autre redevance. Rien que ce soit ne les ait pu en
apprendre ... Et tout espoir de se concilier l'âme de ce peu-
ple par des procédés plus polis, toute . . . devait être la peine
perdue \
Quant à la réception, elle portait le caractère de l'insou-
ciance, r sans crainte comme sans curiosité ne sortit pas
de son apathie habituée pour porter ses regards sur nous 2.
Justes on n'avait pas plus d'accès à ses conceptions, si on vou-
lait les ^ par la modération, et il ne donnèrent rien . . .
et ils cachaient leur ... et leurs ressources. Ni les menaces ni
les promesses, ni l'argent ne peuvent pas rassembler assez de
comestibles pour faire exister les troupes en . . . d'un jour. Il
existait outre cela un autre obstacle presque imprévu, nous
n'avions jamais cru que les Orientaux n'ont presque pas de con-
naissance; il nous fut impossible de les faire concevoir une idée
des besoins nécessaires à la masse de ... , car leurs approvi-
1 »Ces gens là prennent toutes les marques de bonté... pour des aveux
de faiblesse* (Kleber à Bonaparte, 19 juillet 1798) (La Jonquière 11.222)-
»Les Turcs ne peuvent se conduire que par la plus grande sévérité ; . . .
obéir, pour eux, c'est craindre* {Corr. 2907). Journal du capitaine Fra^içois
p. 213: »Pays d'esclavage. Tout le monde tremble«. Copies des... II. p. 107
{lettre d'adjoint Lacuée): »... Habitants dégradés par l'esclavage, sont re-
tombés dans l'état de sauvages, et n'ont gardé de la civilisation que la su-
perstition et l'intolérance religieusea.
* Copies of... I. p. 4; [Louis Bonaparte à Joseph Bonaparte, 6 juillet
1798): »Ils sont d'un sang-froid étonnant. Rien ne les émeut, la mort est
pour eux ce qu'est le voyage d'Amérique pour les Anglaisa. 142 (Boyer
aux parents, 6 juillet): «Figurez vous un être impassible, prenant tous les
événements comme ils viennent, que rien n'étonne« . . . Pietro57— 8: »Les
habitants que le hasard réunissait, au moment de notre passage, sur les
monticules de sable qui entourent leurs villages, ne portaient aucune at-
tention à l'armée qui défilait auprès d'eux. Si quelquefois leurs yeux se
tournaient de notre côté, le mouvement lent et incertain de leurs prunelles,
le peu d'expression de leurs regards, nous faisaient presque présumer qu'ils
ne nous distinguaient pas. Ni la réunion d'un si grand nombre d'hommes
armés ni la présence d'un peuple, dont l'habillement, les mœurs et le lan-
gage leur étaient également inconnus, n'étaient capables en aucune ma-
nière de les retirer de leur apathie*.
* Plusieurs mots illisibles.
38 SULKOWSKI
sionnements ne sont que partiels ^ ce qui fit que nos demandes
leur paraissaient exorbitantes et pour cela nous arrachâmes.
Les approvisionnements chez eux ne se font que partiellement.
Le public n'a point de magasins et . . . Les formes d'une ré-
quisition étaient même inconnues aux chefs du pays. Le seul
Copte qui avait ... les moyens de leur . . . faire contribuer,
mais en dépouillant on prenait tout ... les gens se trou-
vaient . . .
Le 192, trois divisions ^ étaient déjà réunies sous Daman-
hour. Le général en chef ne tarda pas à joindre*, et l'on n'at-
tendait plus que la quatrième ^ pour pousser en avant, lorsqu'on
eut nouvelles de l'approche des Mameluks. Plusieurs kachefs
isolés s'étaient rassemblés avec une promptitude, une , . .
Un vieillard de soixante ans, renommé par son courage . . .
Osman-el-Bardisi parut guider cette troupe, et il s'approcha du
Damanhour avec de douze cents cavaliers environ. L'effroi des
habitants fut la première annonce ^ de cette venue subite des
mamlouks 7, toutes les boutiques se fermèrent, et le marché fut
désert; néanmoins comme c'était vers le soir, l'ennemi ne tenta*
rien. Le lendemain^, le général Desaix renforça les reconnais-
sances qu'il renvoyait dans les villages circonvoisins, et d'où
l'on espérait pouvoir tirer quelque subsistance. C'est surtout
vers celui où se trouvaient les mamelouks que se dirigea un
détachement plus nombreux composé d'à peu près 80 chevaux
hussards, chasseurs ou dragons. C'était peu sans doute, maia
l'on n'a pas risqué plus de cavalerie, vu que celle que nous
avions amenée de France, ne surpassait pas le nombre de 800
1 Ri char dot p. 4:3. »En Egypte, comme dans la plus grande partie
de rOrient, on ne broie le grain qu'à mesure des besoins de la journée:
on ne fait le pain que pour un repas«.
2 messidor c. à d. 7 juillet 1798.
''Cad. Desaix, Reynier, Vial (Menou).
* 20 messidor c. à d. 8 juillet.
5 Bon.
« Biffé: présage.
' de l'ennemi.
8 ils ne tentèrent rien.
9 20 messidor c. à d. 8 juillet. Biffé: Cela faisait une partie de cette
espèce ...
39
chevaux, dont les chevaux très inférieurs ^ à ceux du pays et
fatigués par quarante jours de mer et plusieurs marches au
travers des déserts, mais on y supplia à ce manque ^ de légers
chevaux par de l'infanterie. Ceux qui désiraient l'expédition, et
tous les soldats en général 3, croyaient qu'une poignée d'Euro-
péens culbuterait* sans combat ces hordes sans discipline, que
le seul bruit de nos canons abatterait leur ... et les mettrait
en fuite ^ Les hommes du pays . . . voyaient en eux le dernier
degré de la valeur, et la classe d'hommes la plus redoutable
qui existe en Turquie, les troupes ottomanes . . . n'avaient pas . . .
Au milieu de ce . . . d'idées nous mêmes qui les avons com-
battus, il nous serait difficile d'émettre une opinion décisive, le
temps, le local, les circonstances nous ont fait toujours vivre
de ce genre presque l'opposé de nos conjonctures. Peut être
cela parvenait-il de ce qu'il n' . . . aucune affinité entre les idées
des Orientaux et les nôtres; les armes différentes devaient en-
trer de beaucoup . . . dans leurs vues militaires. Voilà pour-
quoi . . . ^
C'est cette suite d' . . . qui jeta quelque jour sur l'essence
de ces peuples presque inconnus malgré la foule d'écrits ou
ouvrages des inoffîciers qui ont prétendu pouvoir les juger.
Le vingt \ deux d'après midi, le capitaine de hussards Quin
dépassant le village Bilu (?) ^ rencontra les Mameluks. Des ha-
1 Biffé: en vélocité.
2 en les faisant suivre.
^ Biffé: Notre impatience était égale à tous pour voir ces ennemis que
nous vînmes réellement combattre et sur lesquels les avis étaient si inté-
ressant partagés, à entendre encore. Jamais il n'y avait presque pas de..*
dans l'opinion...
^ chasserait.
5 Voir: Rapport de Talleyrand sur la conquête de l'Egypte adressée
au Directoire exécutif le 25 pluviôse VI (La Jonquière I. 162—3, 167) et
Mémoire militaire et politique sur l'Egypte. Note remise en 1789 à M. Aban-
court, capitaine, ingénieur-géographe militaire, employé à Constantinople,
par le comte de Saint-Priest (Revue d'Egypte, avril 1896, p. 648—9).
® Plusieurs mots difficiles à lire ; on peut déchiffrer : tout ce qui
peut . . . dépasser au moment de . . . Ces motifs de chacune de leurs actions
dans les différents ... où nous fûmes en contact avec eux.
' 20 messidor c. à d. 8 juillet 1798.
8 Voir Journal du général Belliard (La Jonquière IL 135—6): 20 mes-
sidor,... on voulut avoir recours aux villages qui nous avoisinaient pour
40 SULKOWSKI
bits somptueux, des chevaux magnifiques les firent bientôt dis-
tinguer dans ces groupes d'Arabes qui étaient la seule cava-
lerie que ^ nous ne cessâmes voir jusqu'alors . . . ^
. . . Surtout cinq à six . . . viennent bride abattue jusqu'à
vingt pas devant nous décharcher leurs armes à feu et se
porter aussitôt hors . , . feu des coups ... du mousquet et de
pistolets . . . Marche durait déjà un quart d'heure sans avoir
chargé de fusil lorsque le kiachef ... se jette au milieu de
nos corps . . . Mais ce ne fut qu'un caprice, loin (d')un com-
bat Il ne fut pas suivi . . . Pertes ... Un défunt, dix hommes
grièvement blessés . . . Leur tâche était parfaitement rem.plie
ce jour, d'autant plus que souvent dans les combats une action
décisive ne coûte pas ce nombre au parti vaincu ... Ils nous
laissent continuer notre chemin ... Un ennemi supérieur et
brave ...
... Il importait au général en chef de savoir si ce corps
n'était que l'un de divers faisant petite guerre ... ou . . .
venu de Caire. Il envoya le lendemain ^ le général Desaix
avoir des subsistances... A cet effet, il partit des détachements de dragons,
de hussards et de chasseurs, ainsi que de l'infanterie. La cavalerie, qui allait
dans les villages les plus éloignés, rencontra les Mameluks ... en avant du
village d'Abou-el-Schameh. Les détachements qui s'étaieut séparés se réu-
nirent lorsqu'ils aperçurent un ennemi beaucoup plus nombreux qu'eux. Les
Mameluks les chargent, les nôtres reçoivent et se battent en se retirant sur
le village de Qarâqes, où j'envoyai un détachement de la 21« pour les sou-
tenir. Ils prirent position en arrière; l'ennemi ne s'avança pas. De notre
côté, il y a eu 5 blessés-..*
* Biffé: qui avait jusqu'à leur...
2 On ne peut pas déchiffrer tous les détails du combat...
3 Belliard l. c: »21 messidor. Le général en chef visita les alentours
de Damanhour avec le général Desaix; il ordonna de porter une brigade
au village de Qarâqes. Après cet établissement, je partis avec le général
Desaix, é bataillons, quelques pièces d'artillerie et un détachement de la
cavalerie commandé par le général Leclerc. Nous fûmes jusqu'au village
de Chanoub, à 6 milles de Damanhour, où s'était retiré l'ennemi la veille.
On ne rencontra personne. Le général Desaix fit prendre position à la
troupe et lui fit donner des vivres, tant de Chanoub que des villages voi-
sins, où l'on envoya des détachements. — A 2 heures, au moment où l'on
se disposait à se mettre en marche pour retourner au camp, environ 100
Mameluks paraissent; ils escarmouchent pendant quelque temps; on leur
lâcha quelques coups de fusil et de canon, et ils cessèrent de nous pour-
suivre... Cette troupe a l'air de craindre beaucoup l'infanterie*.
NOTES SUR D EXPEDITION D EGYPTE
41
avec plus d'hommes et de chevaux vers les mêmes endroits
pour avoir des nouvelles de Tennemi. Les Mameluks étaient
décampés de Bilu. L'on ne les rencontra que bien plus loin.
Ils parurent soupçonner de se voir poursuivis, mais reprenant
pour le moment leur audace . . . ils . . .
La tête tire leurs pistolets sous le feu de tirailleurs,
d'autres plus hardis croisent les sabres avec les hommes qui
flanquaient les pelotons de cavalerie, mais . . . dans peu il
nous fut facile (découvrir) l'impression que leur fit la (vue) de
huit ou dix canons et l'effet d'un coup de canon tiré au milieu
d'un peloton; ils . . . se retirèrent ... en ordre comme des
hommes qui ont la certitude de ne pas être poursuivis.
C'est le même jour au matin qu'eut lieu la fin malheu-
reuse du général Mireur. Cet officier intrépide et sensible crut
être^ omis 2 dans une répartition de troupes. On ignore com-
ment il n'entra alors avec le commandement de sa division,
ne l'ayant confié à personne . . J
Il partit tout seul, se refusa outrément aux secours de
ceux qui voulaient l'accompagner, aux représentations de l'of-
ficier des avant-postes qui lui . . .* le peloton pour . . .&, ne
voulait l'entendre, il suit à sa destinée ^, il s'avança tout seul,
quelques^ minutes après, on entendit plusieurs coups de fusil;
l'on accourt, mais il n'était plus temps, on ne trouve plus qu'
un cadavre dépouillé et sanglant ^ de plusieurs coups mortels.
1 On peut lire: eut été.
2 Peut être: négligé, éloigné, outragé etc. Le général Davout prit le
Icommandement de la brigade {Corr. IV. 2791).
' '^ On ne peut pas déchiffrer que ces mots : et . . . par la sensibihté . . .
de l'assurer . . .
ii . * Probablement: offrit.
1 8 Probablement: l'accompagner, l'escorter.
« Voir Corr. IV. 2834: »Le général Mireur, malgré les représentations
de la grand'garde, seul, par une fatalité que j'ai souvent remarquée accom-
jpagner les hommes qui sont arrivés à leur dernière heure, a voulu se por-
ter sur un monticule, à deux cents pas du camp : derrière étaient trois Bé-
Ijdouins qui l'ont assassiné... «
I . ' La Jonquière IL 138 (avec quelques petites corrections du style).
] « Voir S* Albin (pièces autographes de Suïkowski), p. 121—2, la même
iphrase: »0n remarqua même que leurs cadavres répandaient une quantité
Surnaturelle de sang«.
42 SULKOWSKI
Mais il était temps de se rapprocher du Nil; à peine les
dernières troupes eurent . . . passé . . . que les divisions
Reynier et Vial se mettaient déjà en marche pour gagner les
bords de ce fleuve; elles ^ partirent la nuit du 21 au 22; le
quartier général les suivit à la pointe du jour, et la division
Desaix avec les équipages une heure après.
Pendant que ceci se passait, il était déjà venu de renfort
du Caire. Mohammed-el-Elfî ou Jeune Bey, le premier favori
de Mourad, avait succédé celui-ci et remonta le Nil jusqu'à
Rahmanieh; ayant reçu avis de la route de nos troupes, il
quitta cet endroit et allait joindre les deux cents mamelouks
que 2 nous avions vus toujours précéder. Il conçut le projet bien
mis d'attaquer en marche la division Desaix.
Effectivement ce général les vit paraître dès le matin,
mais ils ne se renforcèrent que plus tard, alors il change notre
ordre de bataille, . . . ^ deux brigades pour rester sur les flancs^
fît une forte avant-garde, plaça les équipages au centre et ferma
ce vaste carré par un autre corps ^. Peu de temps après l'at-
taque de Mameluks devient audacieux, sans prendre de ca-
ractère décisif. Ils nous arrivent à la portée de fusil . . ., ac-
courent de toute part ... à 30 pas de nos rangs et s'en al-
laient en galop. L'artillerie joua, mais s'étant dispersés ils pa-
rurent la braver; un effet effectivement fut . . . et ce n'est
qu'après diverses égarées distances qu'on leur tua quelques
hommes. Les tirailleurs firent plus d'effet. Lorsque la division
Desaix passa dans 1' ... de deux villages qui se trouvaient sur
des . . ., ils les occupent ... et firent une fusillade qui ait pu
devenir dangereuse; mais on leur laissa peu de temps de s'é-
tablir, les villages furent remportés et déblayés.
Comme ^ le bruit des coups de canons se rapprochait de
nous, le général en chef crut devoir venir au secours du gé-
néral Desaix, et il parut tout à coup sur les flancs^ des mam-
1 La Jonquière II. 141. %
2 Biffé : qui nous inquiétaient depuis . . . *
3 Probablement: il commanda... *
* Voir Journal de Savary et de Belliard, Mémoire de Garhé (La Jon-
quière II. 142).
^ La Jonquière IL 143. î
« La Jonquière: le flanc. 4
NOTES SUR l'expédition d'ÉGYPTE 43^
louks avec plusieurs bataillons; ce mouvement les décida à la-
retraite et ils disparurent.
C'était le troisième combat que nous essuyâmes ^ dans
trois jours et leur résultat fit un excellent effet sur les soldats;
ils virent que '^ la valeur courageuse de leurs adversaires
échouait devant l'ordre et le sang-froid.
Le 3 lendemain, 23 ^ la division Dugua, qui avait pris le
chemin de Rosette, vient nous joindre dans la matinée; elle
I avait essuyé beaucoup moins de difficultés que nous, et mar-
chait, depuis Rosette, dans un pays abondant. La division Bon
j arrive le même jour^ de Damanhour, et tout ce qu'il y avait
! de Français dans cette ville la suivait. Il ne nous manquait
j que la flottille. Elle arriva également le 23 au soir, et sept bâ-
timents armés de divers genres, parmi lesquels il y avait un^
jchebec^ de 14 canons, et une demi-galère, mouillaient à la
' vue de Rahmanieh.
A peine avions- nous rassemblé nos forces que nous ap-
} prîmes que l'ennemi concentrait les siennes. Le gouverneur
■ d'Alexandrie '', ainsi que les autres chefs du pays, par une suite
naturelle de leur profonde ignorance confondaient les choses
I les plus opposées, et pensaient d'aller à la rencontre de la
I flotte anglaise qui venait nous combattre. Cette méprise (se}
! soutenait chez eux en dépit de toute conviction au point que
des coptes en n'ont pas les convaincus que ce n'était pas la
I même. Ils crurent toujours que la . . . expédition était ... A
I peine aient-ils . . . anglaise qu'un exprès dépêché au Caire an-
nonce un débarquement prochain. Ceux qui étaient à même
d'observer les mouvements de beys crurent dans leur . . . voir
, beaucoup d'incertitude. Quoique unis pour la cause commune
! les moyens leur parurent différents et ils ne se décidèrent que
d'après l'impulsion particulière de chaque chef de parti. Ibra-
him voulait négocier, point combattre. Ayant (été) le plus
1 La Jonquière lit: essuyions depuis.
2 Biffé: que cet ennemi en apparence redoutable venait échouer.
' La Jonquière II. 145.
4 23 messidor c. à d. 11 juillet 1798.
5 Biffé: après avoir...
6 Brick.
7 Voir Journal d'Abdiirrahman p. 6—7.
44 SUtKOWSKI
riche et le plus ancien parmi eux, avec plusieurs autres beys
de milice, il formait une espèce de troisième parti qui ba-
lançait les deux autres partis par les avis modérés . . . ^ mais
ses conseils ne furent pas suivis . . . ^
Ceux qui le voyaient partir avec ses troupes affirment
que ses . . . chefs ne partageaient son ardeur, le ... des saints
et du cheik du Caire se déploya non avec . . . pour chré-
tiens .. .3 On les appelle à la défense de l'islamisme, mais ils
ne parurent qu'attristés d'un danger qui ne leur oftrit aucun
gain. Tous les Français furent arrêtés et conduits au château
hormis les seuls Français que la femme de Mourad-Bey*, une
soeur 5 du fameux Ali-Bey, retira chez elle, et qu'elle prit sous
sa sauvegarde immédiate, en leur assurant . . . dans l'étendue
du harem. Le pacha ^ du Caire fut déposé, les Mameluks
avaient intercepté la lettre ^ que le général en chef lui écrivait
et dans laquelle il séparait la cause du sultan de la leur et
promettait de conserver dans cette province tout le droit du
premier. Cette lettre dont le contenu perçant fit un tel effet
parmi ce peuple ignorant que, sans réflexion sur cette affinité
impossible entre le sultan et des troupes étrangères et con-
quérantes, ils croient de leur bon cœur que nous devons les
conquérir et dans tous les endroits considérables l'on donnait. ..
que nous accordait le gouvernement de l'Egypte et qu'à sa
vue chacun se . . . d'obéir.
Les Mameluks après ces dispositions faites crurent qu'ils
n'avaient plus qu'à venir à notre rencontre pendant qu'une
* Plusieurs mots difficiles à lire; probablement: *i\ avait quelque (es-
poir) dans faveur et dans leurs forces, il eut voulu qu'on leur apporte une
guerre... plutôt qu'une offrande (?) des guerres*.
2 »Soit ineptie soit le poids d'un respect qu'il ne voulait pas démolir...
qu'il était dans ces hommes d'aller au devant du danger«.
3 Journal W Ahdurrdhman p. 11 : »... Seïd-Eumer-Effendi, chef des ohé-
rifs, monta à la forteresse, en descendit le grand étendart appelé drapeau
du Prophète; il le fît déployer et marcha vers Boulak...€. 12: >...0n fit
des visites chez les chrétiens et les cophtes...< La Jonquière II. 175—7.
* >Ibrahim< dans texte original.
5 Sytti-Nefiseh (La Jonquière IL 288, V. 317-8, Corr, IV. 2924, 3241,
JCXIX. p. 453, XXX. p. 69, Browne I. 137-8: fille d'Ali-Bey).
« Seïd Abou-Bekr.
» Voir Corr, IV. 2719; voir auési IV. 2819, 2824
j NOTES SUR l'expédition d'ÉGYPTE 45
I partie d'entr'eux se proposait rester au centre de leur puis-
[sance, le Caire. Ibrahim y rentre avec tous les beys de sa
maison; Mourad avec les siens et . . . deux ou trois autres
anciens beys présentent (?) leurs têtes à ... et on dit que la
i flottille et l'artillerie furent prêtes en nuit en marche . . .
Or il faut savoir que par une bizarrerie du sort ils avaient
nous combattre avec nos propres armes. Leur flottille était
composée de six chaloupes canonnières ^ ... les canons de 36
à la pièce et de cinq à six . . . L'ingénieur français
qui se trouvait dans cette expédition, les avait dans son temps
construites à Constantinople pour . . . (Hassan) - Pacha ^ s'en
! servit contre le Caire dans la haute Egypte, depuis cette
époque elles étaient restées au Boulak et nous les avions pour
ipeu voir nous combattre. Ils avaient une foule d'autres bâti-
ments armés, ainsi que deux corvettes de 20 pièces de leur
choix (?), mais ils n'avaient les fait partir, car les eaux de la
I branche Rosette étaient trop basses pour les recevoir 3. Toute
[cette armée incohérente s'arrêta au village Ghobrakhit* qui est
aux bords du Nil. Mourad instruit ... de nos forces . . . dans
rincertitude de nos mouvements . . . prit parti à tout hasard,
plaça huit canons qu'il avait dans quelque . . . qu'il avait
jfait . . . flottille pour soutenir ... et dispersa ses Mameluks
jdans les villages voisins, en leur assignant les hauteurs . . .
Dans le 23 ^ nous eûmes la certitude de but d'ennemi et
(dans le 24 le général en chef se mit en marche pour attaquer^
jet se fit précéder par la flottille "^ qui flanquant son aile
1 Voir Corr. IV. 2834, Browne I. 232.
2 Browne I. 131, La Jonquière I. 156: capitan-pacha en 1786.
3 Voir Copies of... p. 47 (lettre à' Emmanuel Ferrée à Brueys, com-
mandant en chef la force navale, Gizeh 24 Juillet 1798) : »... Le Nil n'est
pas tel qu'on me l'avait dit: il est très tortueux, fort peu d'eau, puisque
j'ai été obligé de laisser le chebek, la galère, et 2 canonnières, à 13 lieues
{du Caire, où je suis arrivé hier, à 8 heures du soirct.
^ >Chebreisse« dans texte original.
5 23 messidor c. à d. 11 juillet 1798.
« Voir La Jonquière II. 150—3, Corr. IV. 2795-9.
' Voir Copies des... p. 160: Mat des bâtiments composant la flottille
d/H Nil, sous le commandement du contre-amiral Ferrée: Le chebec, le Cerf;
le demi-chebec, la Bevanche; chaloupes canonnières: V Hélène, la Victoire,
l'Espérance; petits sloops de guerre: la Capricieuse, Sans quartier, Fluvier y
46 SULKOWSKI
gauche, devait de leur prendre en échec les arrières de
l'armée K
L'avant-garde ^ de la flottille s'étant approchée du village
Chobrakhit fut reçue à coups de canon, elle se replia sur le
corps de bataille: celui-ci dans l'instant où il la joignit, ren-
contra déjà la flottille ennemie. L'on s'approche sur le champ
à demi-lieue de , . . Chobrakhit au plus et le combat com-
mença avec acharnement 3. Gomme notre armée était encore
Etoile, Eclair; demi-galères: ...(son nom n'est pas connu), la Coquette,
VAmoureuse.
1 Voir Corr. IV. 2800-1, La Jonquière II. 152-3.
2 Voir Copies of . . . p. 139—40 (l'adjudant-général Boyer aux parents,
Caire, 28 juillet 1798): »... Buonaparte m'envoie avec trois chaloupes canon-
nières à la découverte. Je pousse avec cette petite flottille trois lieues en
avant de l'armée. Je descends successivement dans tous les villages situés
sur les deux rives du Nil, pour avoir des renseignements sur les mame-
louks. Dans les uns je suis accueilli à coups de fusil, d'autres viennent au-
devant de moi, me reçoivent bien, m'offrent des vivres ... Je . . . mouillali
la nuit {2à messidor) en face de Chobrakhit . . . J'envoyai la nuit mon rap-
port au général en chef. . . Le lendemain (25 messidor), à la pointe du jour,
je monte sur le mât de ma canonnière, et découvre six chaloupes turques
qui marchaient sur moi, au même moment m'arrivait une demi-galère de
renfort. Je m'embosse contre ces bâtiments, et à quatre heures et demif,
commença entre les deux petites flottilles une canonnade qui dura cin^
heures de temps. Malgré la supériorité de l'ennemi, je tins bon. Cependant
il s'avança sur moi, et je perdis pendant un instant la demi-galère et une
canonnière; mais il ne s'agissait pas de se rendre, il fallait vaincre*...
3 Voir Panckoucke: Corr. inédite... de Napoléon I. p. 268— 70: An-
dréossy à Bonaparte, en rade de Chobrakhit (»Chebrikettic(), le 25 messidor
an VI. ï-D'après les ordres que vous m'aviez donnés... ainsi qu'au chef
de division Perrée nous nous sommes portés avec la flottille entre les vil-
lages de Miniet-Salâmeh et de Chobrakhit pour inquiéter le flanc de l'en-
nemi. Les trois chaloupes canonnières qui avaient été en reconnaissance,
s'étaient arrêtées après le coucher du soleil, à la hauteur de Chobrakhit et
les djermes avaient mouillé auprès. Dès que nous avons aperçu l'avant-
garde au village de Miniet-Salâmeh, nous avons ordonné de faire feu de
tous les bâtiments de la flottille. L'ennemi, rassemblé en force au village
de Chobrakhit, et ayant poussé son avant-garde du côté de Miniet-Salâ-
meh, a fait un feu vif et soutenu de canon et de mousqueterie contre les
chebeks, les djermes et les chaloupes canonnières. Cinq djermes ont été
coulées bas. Tous les détachements embarqués sur la flottille ont descendu
à terre, et j'ai envoyé l'ordre au général Zaj^czek de former un bataillon
carré ouvert du côté du Nil , . . Quoique les troupes à mes ordres fussent
un assemblage incohérent de détachements de divers corps et de diverses
NOTES SUR l'expédition d'égypte 47
fort éloignée du village, que même nous ne faisions aucun
mouvement pour nous approcher, les Turcs tournèrent tous
leurs canons de terre contre la flottille, un corps de Mameluks
se porte rapidement sur la rive gauche \ plusieurs attroupe-
ments de paysans sur la rive gauche ^ et une fusillade conti-
nuelle de cet endroit où ... se resserrait, vint à l'appui des
canons. Cette position défavorable sur tous les points n'a pas
(tardé) de nous devenir funeste. Les équipages de deux de nos
chaloupes canonnières et celui de la demi-galère firent mal
leur devoir 3; les Turcs profitent de ce moment, s'approchent
administrations et mal armés, la présence de beaucoup d'officiers distin-
gués et qui ont été infiniment utiles, a fait naître, dans cette troupe, une
confiance qui lui a fait envisager sans crainte le désavantage de sa posi-
tion et de sa composition, et les Mameluks en face d'eux et prêts à les
charger . . . Toute la troupe a montré beaucoup d'assurance et chacun a fait
son devoir. Le général Zajaczek a bien servi. Les officiers qui se sont le
plus distingués . . . sont . . . chef de bataillon Lazowski* . . .
1 Lire: droite.
2 Lire: droite.
3 Voir La Jonquière II. 159—60, relation rédigée par chef de batail-
lon du génie Detroye: »L'armée se mit en marche à 5 heures du soir (le
24; messidor); la flottille mit à la voile à la même heure, mais presque sans
matelots et dans le plus grand désordre. — Le 25 à 8 heures du matin,
nous aperçûmes le village de Chobrakhit sur la rive gauche du Nil et la
position de l'ennemi sous ce village. Ses troupes, ses drapeaux, ses baga-
ges, couvraient la plaine sans aucun ordre. Ses batteries et ses chaloupes
canonnières étaient avantageusement placées dans un coude, d'où elles en-
filaient la rivière sur une lieue de longueur. La demi-galère et quelques bâ-
timents de transport se trouvaient les premiers dans l'ordre, ou plutôt dans
le désordre de la marche: venaient ensuite le reste des bâtiments de trans-
ports, les canonnières et le chebec. — Le feu de l'ennemi fut vif et bien
dirigé; ses premiers coups coulèrent bas le bâtiment monté par les offi-
ciers du génie, dont on eut peine à sauver les hommes et une petite par-
tie des équipages; d'autres bâtiments ne tardèrent pas à éprouver le même
sort, malgré la vigoureuse défense du chebec, où le chef de division Perrée
fut légèrement blessé. La demi-galère était abandonnée, les matelots s'en-
fuyaient de toutes parts, et il devenait presque impossible de soutenir le
feu de la rive gauche seule, lorsque l'ennemi se montra encore sur la rive
droite dans le Delta; on résolut sur-le-champ de descendre sur cette der-
nière rive, et après quelques moments de désordre les troupes débarquées
se formèrent en bataillon carré ouvert du côté du Nil et parurent dans de
bonnes dispositions, quoique prises à revers par l'artillerie et la mousque-
terie de la rive gauche, et enveloppées de toutes parts sur la rive droite
40 SULKOWSKI
d'elles, sautent dedans la sabre à la main et tuent tout ce qui
ne se jette pas à la nage. La confusion s'augnaente par les
par les nombreux pelotons de la cavalerie ennemie. — Après avoir tenu
cette position pendant une heure, on entendit le canon de l'armée fran-
çaise, et on aperçut un mouvement rétrograde dans l'armée ennemie sur
la rive gauche; alors on ordonna d'attaquer le village situé devant et vis*-
à-vis Chobrakhit. Un corps destiné à servir de réserve resta en position'
sur un terrain un peu élevé; trois autres corps marchèrent sur le village^
savoir, ceux des ailles en colonne et celui du centre en bataille. Le village
fut pris sans résistance, et on l'enveloppa pour attendre dans cette positioa;
les mouvements de la grande armée. — Pendant ce temps on s'occupa de
faire cesser le pillage sur les bâtiments abandonnés, de reprendre la ga-
lère, de rassembler les matelots, en un mot, de réparer autant que possi-
ble les effets du désordre et du combat« . . . P. Martin: Histoire de Veoiy
pédition française en Egypte (Paris 1815) 1. 190—1. La flottille... n'observait
aucun ordre; les bâtiments étaient isolés les uns des autres et naviguaient s
sans aucune connaissance des fonds dangereux. Le Nil n'avait recommencé-i
sa croissance que depuis très peu de jours, et l'eau ne suffisait pas pour;
des bâtiments aussi forts... Dans ce désordre... les Français... furent ar«
rétés dans un endroit où le fleuve est très étroit et les bords très élevés..^'
Ils étaient plongés sous le feu du canon ennemi sans pouvoir diriger le
leur sur les batteries. Ils furent donc très maltraités: plusieurs Français
furent blessés. .. Quelques djermes furent coulées, les autres se firent échouer.)
sur la rive du Delta et tout eût été indubitablement pris, si l'armée ne fût
venue à propos dans ce moment pour les dégager»... Richardot: .Nbiùi
veaux mémoires p. 37 — 9: j>...La flottille égyptienne, libre de toutes entra-
ves et entièrement disposée pour le combat, secondée d'ailleurs par deei
troupes de terres sur l'une et l'autre rive, ne pouvait point hésiter à atta-
quer; et notre flottille, qui, indépendamment de l'encombrement dans lequel!
elle se trouvait, avait encore contre elle l'inexpérience de la navigation du,
Nil, se trouvait dans l'impossibilité d'éviter le combat. Le général Andréossy^
ayant reconnu à temps la fausse position dans laquelle se trouvait la flot-
tille, fît promptement mettre à terre tous les corps sous ses ordres et les-
hommes isolés, tandis que les bâtiments armés firent tête à l'ennemi; mai»
ce débarquement ne pouvait avoir lieu que sur la rive orientale du fleuve,
puisque sur la rive opposée le général avait contre lui le corps des ma-
meloucks. Il se trouvait donc ainsi forcément séparé de l'armée avec une
foule d'hommes non organisés, mal armés, plusieurs d'entre eux non mili-
taires, et dans ce moment ayant à tenir tête à une multitude d'Arabes ac-
courus de tous les points du Delta... Attaquée avec impétuosité par les
bâtiments ennemis, battue sans obstacles par le feu des mam'eloucks et des
Arabes de la rive occidentale, notre flottille oppose en vain la plus vigou-
reuse résistance: les chaloupes canonnières, la demi-galère et plusieurs djer-J
mes sont coulées ou prises et les autres bâtiments dispersés furent un peu
plus tard la proie des Arabes*. Pietro 60, Vigo Roussillon 588, Rey-;
baud IIL 178-9, Marmont L 377-8.
NOTKS SUR l'expédition d'ÉGYPTE 49
djermes chargées d'équipages et de soldats dont 14 sont cou-
lées à fond ^ et leurs hommes forcés de grimper le rivage op-
posé et de s'y former en bataille sous la mousqueterie de l'en-
nemi, mais la fermeté du chef Perrée sauva la flottille. Il s'a-
vança avec son seul chebec contre les chaloupes ennemies et
avec un feu inconcevable, si l'on considère qu'il lutta lui seul,
les repoussa, reprit la galère et les deux chaloupes, ... et
brûla l'amiral turc qui sauta en Tair avec un fracas affreux \
Cette exécution terrible mit l'épouvante dans le reste des bâ-
timents mamelouks qui restaient tout décomposés; ils les
échouent et se sauvent avec le reste, pendant que notre in-
fanterie ralliée sur leur droite chassait devant soi cette cohue
sans ordre qui. avait cru pouvoir venir l'inquiéter.
Pendant que ceci se passait sur le Nil, le combat contre la
partie de notre armée qui se trouvait sur la rive gauche avait
des résultats encore plus satisfaisants.
Le général en chef avait bivaqué avec l'armée sous le
village de Miniet-Salâmeh, la seule division Desaix ... la nuit
du 24 vers celui de (Mahallet-Bechr) ^ et où l'on avait appris
(que) quelques partis ennemis se replièrent. Ce village se trou-
^ Copies des... p. 98 (lettre de Saint-Génie r, Caire, le 9 août):
»Dans une bataille sur le Nil, les Mameluks ont pris tous nos effets qui
étaient embarqués et nous ont laissé comme le jour que nous sommes nés,
avec ce que nous avons sur le corps«. Voir rapport du capitaine du génie
Dode. (La Jonquière II. 173).
' Copies of . . . p. 116—7 (Perrée à Le Joille, chef de division, com-
mandant le vaisseau le Généreux, Caire, le 28 juillet 1798): »... (Affaire du
2ô:) assurément si j'avais été secondé par une autre canonnière, il n'aurait
plus été question de leur flottille, quoiqu'ils en avaient sept, et pour lors
je n'avais que six bâtiments, dont trois ont été abandonnés et pris par les
ennemis qui ont eu l'audace de s'en emparer à portée de pistolet de moi.
Pour lors j'ai fait diriger toutes mes forces dessus, fait couler à fond la
canonnière de l'amiral, et je les ai forcés à lâcher mes canonnières, que
j'ai réintégrées de suite. J'avais encore deux batteries de 12 canons de cam-
pagne, dirigées sur moi à très petite portée ... Le combat a commencé à
neuf heures moins un quart, et a fini à une heure et demie que notre ar-
mée les a mis en déroute... « Voir aussi p. 128: lettre de Dumas. Ber-
thier: Relation p. 21—3.
' Corr. IV. 2795: »premier village... sur la route... de Chobrakhit«.
La Jonquière II. 150, 154: Mahallet-Bechr et Mit-Senan, à deux kilomè-
tres de Chobrakhit.
Les Polonais en Egypte. 4t
50 SULKOWSKI
vait au milieu d'une vaste plaine à une demi-lieue du Nil, il
était lui même situé sur des terres assez élevées et avait der-
rière lui à peu de distance celui de Chobrakhit où se trou-
valent les canons des Mameluks. A peine les autres divisions
commençaient être à une heure des huttes de (Mahallet-Bechr)
que l'on vient de nous annoncer que . . .
Lorsqe les mamelouks se furent approchés à petite portée
de canon, ils l'entourent. Rien n'était si beau que l'ensemble
de cette masse de cavalerie qu'on voyait reluire au soleil^,
que . . . leurs armes et leurs vêtements . . . Avec une rapidité
inconcevable ... ils viennent se rallier autour des dix drapeaux
qui flottaient dans la plaine; plusieurs mille d'hommes à pied
dont . . . particulièrement ajoutait à F ... de ce spectacle.
Le 2 général en chef, comptant qu'il serait attaqué, disposa
son armée en cinq divisions, dont chacune formait un carré,
sur six de hauteur, flanqué d'artillerie et embrassant tous ses^
équipages et sa cavalerie, ce qui faisait presque une masse
pleine. La division Desaix occupa le village; celle de Reynier
à la droite, celle de Bon à la gauche la flanquaient. Vial et
Dugua prolongeaient la droite de Reynier. Sur les bords du
Nil, à la gauche de Bon, l'on mit quelques centaines d'hom-
mes; et les gens des équipages, avec une bonne escorte, se
retranchèrent dans le village où nous avions passé la nuit.
Le mouvement des mamelouks ne tarda pas à se déci-
1 Pietro 59—60: »La beauté de leurs armes, dont les rayons du so-
leil nous renvoyaient tout l'éclat, la richesse de leurs habillements rouges,
décorés de tout le luxe des nations asiatiques, formaient un contraste frap-
pant avec l'armée française, qui dépouillée de tous ces vains ornements, ne
présentait de tous côtés qu'un front de bouches à feu et qu'un rempart de
baïonnettes. Les soldats qui la composaient, immobiles à leur poste, sui-
vaient de l'œil les mouvements de l'ennemi et n'attendaient que l'instant
de son approche pour lui faire connaître combien la discipline militaire est
supérieure au courage désordonné d'une multitude qui n'agit que d'après
les impulsions de sa volonté ou de son caprice. Les mamelouks intimidés
par notre contenance menaçante et par l'aspect formidable de nos batail-
lons hérissés de fer et de feu, craignirent de compromettre le sort de leur
armée dans une attaque générale. Quelques-uns de leurs chefs plus intré-
pides que les autres, osèrent seuls se décider à charger nos carrés*. Ri~
chardot 40. Desvernois 118.
"^ La Jonquière II. 156.
NOTES SUR l'expédition D EGYPTE 51
der^. Ils firent la seule et unique manœuvre qui ait un nom ^
même parmi eux, celle du cercle: c'est-à-dire d'entourer son
ennemi dans tous les sens par pelotons dispersés, d'examiner
son endroit faible et de s'y concentrer avec toute la rapidité
que leurs chevaux peuvent leur permettre. Certes, contre
d'autres hordes mal organisées, ce mouvement pourrait être
très dangereux; mais contre une armée en ordre elle n'était
que ridicule. Ils partirent tout à coup au galop et longeant ^
toute notre aile droite poursuivirent leur chemin jusqu'à
Miniet-Salâmeh sous^ la vigoureuse fusillade des tirailleurs des
trois divisions Reynier, Vial et Dugua. Arrivés au village, une
autre fusillade les rejette en arrière ^ Ceci les déconcerte, et,
n'osant pas s'enfoncer au milieu de tous ces corps de bataille
dont l'ordre les épouvantait^, ils retournent sur leurs pas, et
on les vit de nouveau former plusieurs groupes devant le vil-
lage de ... l
Le général en chef, qui n'avait attendu si longtemps que
pour donner le temps aux divisions de compléter le ^ mouve-
ment, résolut alors de les attaquer à son tour et de débloquer
la flotte 9 canonnée par les pièces du village de Chobrakhit.
On marche i'^ en avant, et la division Bon arrive la première
1 II y a deux versions du récit de cette partie, nous suivons celle de
la minute et nous citons l'autre dans les notes.
2 qui eut un terme technique, celle qu'ils désignent sous le nom de
cercle. Ils se dispersent alors par pelotons, entourent leurs adversaires dans
[tous les sens, et tâchent de découvrir son endroit faible, s'y concentrent
iavec toute la célérité dont leurs chevaux soyent susceptibles. Contre des
[hordes mal organisées ce mouvement devenait décisif, mais vis-à-vis une
armée européenne rangée en bataille, il n'était que ridicule. Les mam-
louks etc.
" La Jonquière (II. 156) lit: »longèrent...«. Notre version est plus
exacte.
* La Jonquière (II. 158) lit: »sur«...
^ Arrivés au village d'autres coups de fusil les rejettèrent en arrière-
* leur en imposait.
' Mot en blanc.
8 leur (aussi La Jonquière II. 158).
» flottille, l. c.
\ 10 On marcha (La Jonquière II. 158) en avant, et la division Bon
jarriva la première à un(e) espèce de plateau qui se trouvait au commen-
Icement de la plaine.
i 4*
52 SULKOWSKI
à une espèce de plateau qui se trouve au milieu de la
plaine.
Les mamlouksi alors firent mine de nous charger. Nous
apprîmes effectivement que Mourad s'était mis à leur tête et
en avait intimé l'ordre. Nous vîmes quatre de leurs drapeaux
portés par les plus braves s'avancer au devant de groupes à
portée de fusil et inviter les autres à les suivre; ils s'ébran-
lèrent, mais peu. Le canon de trois divisions qui pleuvait alors
sur eux à une très petite portée déconcertra tout leur moral;
à chaque instant sous l'obus ou sous le boulet mouraient les plus
téméraires, ceux-ci étaient sur ce feu quelques minutes ... à
être poussés à un parti quelconque; il parut que celui de la
célérité prévalut, car on les vit se retirer bien avant leurs
chefs; un ^ seul homme, hazkadar de Mourad, voulut aupara-
vant essayer son sabre sur nos tirailleurs, vint partir sur eux,
il mourut sous leurs bayonnettes.
Peu à peu 3 la déroute devient^ plus générale, et ils^ s'é-
loignent^ avec rapidité nous abandonnant sans défense tous
les retranchements terribles du village de Chobrakhit et les
1 Les mamlouks lorsqu'ils nous virent si près d'eux parurent vouloir
nous charger: nous apprîmes même après que Mourad s'étant mis à leur
tête leur en avait intimé l'ordre qui ne fut pas exécuté (mais il n'eut point
de suite). Nous vîmes quatre de leurs plus braves auxquels l'on avait con-
fié les drapeaux s'avancer au devant des groupes et faire signe aux autres
de les suivre, ceux-ci s'ébranlèrent à la vérité, mais peu. Le canon de trois
divisions dont les feux se croisèrent sur eux, déconcertèrent leur moral, à
chaque instant les obus ou les boulets portaient (abattaient les plus témé-
raires) la mort dans leurs rangs, ils soutinrent ce feu pendant quelques
minutes, honteux de fuir (comme dans l'indécision, sans reculer ni avan-
cer, montrant de l'indécision, et paraissant attendre qu'on l'en décidât à
prendre un . . .) et n'osant pas attaquer, enfin l'effroi que leur occasionnait
une situation aussi nouvelle prévalut, et ils se retirèrent hors de la portée
de nos coups bien avant leurs chefs.
* Le seul hazkadar de Mourad, indigné de cette lâcheté, voulut avant
de quitter le champ de bataille essayer son sabre contre r^os tirailleurs. Il
s'élança vers eux et vint mourir sur leurs bayonnettes.
» La Jonquière (II. 158) lit: »après«.
* L'autre version: devint (aussi La Jonquière II. 158).
5 ils s'éloignèrent plus vite qu'ils n'avaient coutume de faire et nous
abandonnèrent sans défense le village de Chobrakhit et ses retranchements
tortueux garnis (où nous trouvâmes) de sept pièces de canon.
^ La Jonquière: s'éloignèrent.
53
huit pièces de ^ leur canon avec lesquelles ils espéraient les^
défendre.
Cette victoire ^ coûta aux mamlouks à peu près quarante
hommes mis hors de combat par les canons et les obus *, parmi
ce nombre se trouvaient quatre officiers de marque. Sur la
flottille leur perte monta à 200 hommes, avec leur amiral et le
chef de leur artillerie; nous eûmes également près de cent
hommes tués ou blessés sur l'eau. Sur terre l'ordre que nous
occupâmes n'admettait que des extrêmes, ou la perte d'une di-
vision ou la plus profonde sécurité.
Comme le genre ^ de ces attaques de l'ennemi était encore
1 La Jon qui ère: de canon.
2 La Jonquière: le.
3 Biffé: si promptement décidée nous donna...
* Ce combat (Cette victoire, si l'on peut...) où les deux partis ne firent
que se tâter, où ils essayèrent (tâchèrent) de deviner le secret de leurs for-
ces, coûta à la cavalerie des mamlouks quatre chefs et à peu près une
trentaine d'hommes mis hors de combat. Sur l'eau leur perte a été plus
considérable, on leur tua le commandant (l'amiral) des saïgues, celui de
l'artillerie et près de 150 hommes. Nous mêmes sur le Nil (sur l'eau) nous
eûmes le chef de division Perrée, plusieurs officiers et près de soixante
soldats blessés. Quant au gros de l'armée, l'ordre dans lequel elle combat-
tit, n'admettait que des extrêmes, ou nous résistâmes (étions à l'abri des...)
aux efforts de l'ennemi sans pertes ou, s'il avait le bonheur d'enfoncer une
division, elle eût alors succombé presque toute entière sous ses coups. S'il
a (Dès lors si nos adversaires avaient...) de l'audace, l'infanterie n'a plus
(nous n'avions plus) d'espoir que dans l'ordre profond . . . Nos armées mo-
dernes surtout sans la facilité des transports- n'oseraient hasarder une in-
vasion par la crainte même de se voir désarmée. C'était en partie la nôtre.
5 L'autre version (suivie par Guitry p. 106—8 et en partie par La
Jonquière II. 179): Le grand (premier) avantage que nous retirâmes d'es-
carmouches précédentes et de ce combat a été d'acquérir des idées préci-
ses sur la manière de combattre de nos adversaires en corps d'armée (elles
qui nous étaient parfaitement inconnues jusqu'alors, ce qui engagea à pren-
dre...), c'est d'après cette connaissance du genre d'efforts dont les mam-
louks étaient capables que le général en chef adopta l'ordre de bataille le
plus propre à résister à une cavalerie courageuse. Il résolut donc de leur
opposer des bataillons carrés, hérissés de feu et de bayonnette, qui, vu le
nombre d'hommes qu'ils enclavaient, pouvaient passer pour des masses
pleines; des pareils bataillons sont réellement inabordables: mais aussi à
combien des contrariétés cet ordre n'est-il pas assujetti. Il faut voir sur
un terrein raboteux avec quelle peine on remue ces carrés pesants, que de
soins il en coûte pour conserver leurs faces dans un rapport presque géo-
54 SULKOWSKI
neuf pour nous, on ne balança pas à prendre l'ordre de ba-
taille le plus propre à résister aux efforts d'une cavalerie cou-
rageuse. Des masses carrées hérissées de feu et de bayonnettes
qui, vu le nombre d'hommes qu'elles enclavaient, pouvaient
réellement passer pour des masses pleines, sont inabordables
en plaine. Mais aussi à combien de contrariétés cet ordre
n'est-il pas assujetti. Quelle peine de remuer ces carrés pesants,
de conserver continuellement leurs faces dans un rapport
presque géométrique; chaque sinuosité du terrain les rallonge
ou les presse, l'artillerie les embarrasse; on se heurte, on se
presse à la longue et une poussière épouvantable, concentrée
dans un espace étroit où l'air ne peut pas percer pour la dis-
siper, pour entrer renlefier(?) la vue, l'ouïe et la respiration. Une
longue marche entassée de cette manière devint un supplice
qui bientôt coûtait la vie à ceux qui voudraient s'y dévouer.
Toute célérité militaire était désormais proscrite avec ces ba-
taillons profonds, et néanmoins il fallait faire une guerre offen-
sive avec de la seule infanterie, ce qui ne s'était jamais vu
encore dès temps des Romains ^ Quand les barbares du Nord. . .
métrique, que de dangers l'on court devant un ennemi entreprenant s'ils
se désunissent: chaque sinuosité du terrein les allonge ou resserre, l'artil-
lerie les embarrasse, les équipages (bien plus encore) encombrent. Pour peu
que les soldats soient fatigués, ils s'abandonnent, se pressent, se heurtent,
et une poussière épouvantable, concentrée dans un espace étroit où l'air
ne peut pas circuler (avoir de cours), leur ôte la vue et leur gêne la respi-
ration. Plusieurs longues marches entassées de cette manière devenaient
un supplice qui bientôt eût privé de leurs facultés physiques ceux qui au-
raient voulu s'y dévouer; il fallait donc modifier notre élan, car toute cé-
lérité militaire devenait impraticable avec ces bataillons profonds, pendant
que cette même célérité était le seul moyen d'assurer la victoire et d'éviter
un échec considérable à force d'essuyer des pertes partielles.
1 Depuis les Romains, il y a fort peu d'exemples qu'on ait entrepris
(fait une entreprise d') une guerre offensive en plaine avec (presque avec)
la seule infanterie contre un ennemi supérieur en cavalerie. Surtout dans
notre système moderne où, sans la facilité des transports, le soldat est bien-
tôt privé de ses armes. Le manque de chevaux nous (n')avait permis que
de donner un caisson à chaque pièce, deux combats (un seul combat) pou-
vaient les épuiser, ainsi que les cent cartouches distribués par homme (à
Alexandrie dont la moitié était perdue) et nous laisser à la merci de l'en-
nemi que nous aurions vaincu la veille. Aussi (la vaillance des Français
dans une position aussi épineuse éveillera-t-elle l'admiration de tout) les
gens de l'art, jusque dans les siècles les plus reculés, ne cesseront d'admi-
NOTES SUR l'expédition d'ÉGYPTE 55
^manquaient de cavalerie, ils y suppléèrent par des chariots de-
«tinés à charrier leurs armes, leurs blessés, et les combattants,
vïious avions eu à peine assez de bêtes de somme pour porter
les . . . des équipages, à peine assez de chevaux de (trait) pour
armer chaque pièce d'un caisson. Et dans notre système mo-
derne qu'est ce qu'un caisson, deux combats opiniâtres l'épuisent
et nous laissent à merci d'un ennemi . . . vaincu. Il est prouvé
qu'il n'était guère possible de marcher longtemps dans un ordre
profond aussi favorable, et néanmoins la célérité et le courage
de l'ennemi, s'il avait eu la constance de . . . Les renseigne-
ments que nous eûmes, joints à notre expérience, nous con-
vainquirent bientôt que les mamlouks malgré leur courage
étaient trop amollis pour que nous eussions à craindre leur
constance ou leur acharnement. On peut comparer cette caste
privilégiée à la noblesse féodale de 16°"^ siècle ... Ce n'étaient
point des soldats ^ enrégimentés, mais des individus ^ qui (com-
posaient) la suite d'une foule de seigneurs. Pareils à ces gentils-
hommes ^ qui . . . Les uns et (les) autres avaient une vie agréable
et oisive. Ceux d'Egypte, plus riches même, avaient une foule
de valets soignant leurs habits, leurs chevaux, et leurs armes, et
leur unique travail était (de) s'exercer en gymnastique individu-
-elle qui souvent dégénérait en amusement frivole, en exemple
ils ont coupé des ... au Caire en jettant le djérid. Certes, au
moins*. . . avec ces faits accoutumés à n'acquérir des grades. . .
par de grands périls qui reconnurent leurs . . . avec cette ap-
proximation pour . . . donner . . . entièrement . . . Formant
autant de compagnies d'élite qu'il y avait de beys dont . . .
la foule, ils devaient être redoutables quoique peu nombreux . .
Ces compagnies deviennent nécessaires ... & car on ne pouvait
pas les remplacer. Ils se voyaient enfin réduits par le vice de
rer (admireront des Français) ces hommes intrépides (inébranlables) et éclai-
rés qui mettaient en balance avec les plus affreux dangers la simple con-
viction de l'effet moral que devront produire sur leur ennemi les effets de
leur courage.
1 Biffé: une troupe.
2 Biffé: un amas d'hommes.
3 nobles.
* toujours.
^ On peut déchiffrer quelques mots sans cohésion: » leurs entours rela-
tifs de... leurs... immenses... tous les postes décisifs».
56 SULKOWSKI
leur organisation à n'être utiles qu'un jour de bataille. Dans
ces points si bien g-uidés après intérêt qu'on les avait vu dé-
ployer une valeur formidable, l'on n'observait plus dans tout
le mouvement de ce corps que de mauvais soldats.
D'ailleurs ces hommes dénués de tout sentiment géné-
reux . . . mis à leur élévation ne voyaient le bonheur que
dans leurs terres, leurs femmes, leurs malles et leurs vête-
ments somptueux \ ils ne vivaient, ne combattaient que pour
les acquérir ou les conserver, et partout où se trouvaient re-
mises les propriétés, se plaçait naturellement le centre de leur
opiniâtreté . . . toutes considérations politiques et militaires
étaient . . . sacrifiées . . . Mourad repoussé à Chobrakhit . . .
craignait que . . . politique ne lui (ôte) ses biens et sa puis-
sance et (avant) d'opter entre deux dangers, à ses yeux peut-
être cela ... de Caire lui paraît plus imminent que l'approche
des Français.
Partout où nous suivâmes cet homme, nous eûmes loisir
d'admirer la célérité de sa marche et d'apprendre des particu-
larités ou la droiture de ... et la .. . des chefs.
Lorsque la fuite des mamlouks parut bien constatée, on
permit aux divisions de reprendre leur ordre de marche ac-
coutumé. Celle de Desaix et Reynier formèrent l'avant-garde,
Bon et Vial le corps de bataille, Dugua la réserve K Le géné-
ral Zaj^czek ^ avec toute la cavalerie non montée et plusieurs
compagnies de carabiniers eut ordre de longer la rive droite
du Nil, et de nous faire passer toutes les ressources en vivres
qu'il pouvait trouver dans le Delta. La flottille devait entrete-
nir les communications et éclairer le cours du Nil.
Il nous restait en suivant, comme il fallait le faire,
les sinuosités de la branche de Rosette à peu près . . .
lieues* • • •; jusqu'alors tous nos efforts s'éteignirent à tra-
1 Desvernois p. 113: »C'esl une belle et brave cavalerie de grands
seigneurs qui possèdent de belles terres, de belles maisons et de belles
femmes». LaJonquière II. 577—9, Browne 1. 71—6, Copies of... p. 138
(récit de Boyer), Miot 64—6.
2 Voir La Jonquière II. 161.
' »Zaionshek<î: dans texte original. Voir Corr. IV. 2805, La Jonquière
IL 169—72, Journal d'un dragon p. 18—9, Martin I. 198, Desver-
nois 120.
* Voir dans la Décade égyptienne IL p. 267—71: Position géographique
NOTES SUK l'expédition I) E(JYi>TE 57
verser cet espace avec toute la rapidité dont nous étions su-
sceptibles, les obstacles au premier expédient nous parurent
nuls, mais ils ne tardèrent pas à se faire sentir.
! Le premier embarras vint de la flottille, dès le premier
jour de marche elle resta en arrière. La crue du Nil vers
cette époque n'était pas encore bien considérable, les chaleurs
avaient récemment fait baisser les eaux ce qui rendait la na-
vigation extrêmement difficile, les bas fonds enfoncèrent le
cheval et les coudes continuels étaient perfides, pour peu qu'on
voyait la voie, on s' ... A cela s'ajoutaient d'autres difficultés,
comme celles de la brise qui ne s'élevait que vers les deux
heures. A peine en avait-on profité pour presser quelques
heures qu'une nuit obscure du temps de petite lune forçait de
jeter l'ancre de peur (d'échouer) . . .\ Aussi dès ce moment
notre flottille devient nulle pour nous, et nous ne la revîmes
que plusieurs jours après la prise du Caire . . . Alors un mé-
contentement involontaire semblait se (porter) vers (les) ob-
jets . . . qui . . . d'avoir trompé nos espérances 2.
de différents points de l'Egypte : du Kaire à Alexandrie 95016 toises c. à d.
41*6 lieues de 2283 toises.
1 Voir rapport de Dode (La Jonquière II. 173—4): »...La flottille et
les djermes restantes ont assez mal suivi, pendant deux jours, la marche
des colonnes qui longeaient les deux rives. Les échouages devenaient à la
fin si fréquents, surtout pour les gros bâtiments de la flottille, que le gé-
néral Perrée se décida à abandonner le chebec, la demi-galère et deux
I avisos, et notre défense se réduisit à quatre chaloupes canonnières. Le tout
n'en alla pas mieux: tantôt le défaut de vent, .plus souvent les échouages,
, nous tinrent toujours fort en arrière de l'armée... Les échouages se répé-
tant à chaque instant et retardant considérablement la marche, on fit le
I sacrifice de toutes les djermes qui ne pouvaient de suite se déchouer et
' devenaient la proie des Arabes, toujours attentifs à nous inquiéter sitôt
qu'ils s'apercevaient de quelque isolement. Ainsi, d'échouage en échouage,
la plus grande partie de l'équipage de ponts s'en est allée à vau l'eau; et
ce n'est que le 5 thermidor que les quatre chaloupes canonnières et une
huitaine de djermes sont arrivées à Gizeh...«
2 Voir Corr. XXIX, p. 446-7, La Jonquière II. 164,167, Copies of...
p. 130 (l'adj. gén. Boyer, le 10 thermidor): »...I1 parait qu'il y a un grand
mécontentement dans l'armée*. 73 (Damas, le 9 thermidor): «Nous som-
mes enfin arrivés au pays tant désiré. Qu'il est loin de ce que l'imagina-
îtion même la plus raisonnable se l'était représenté*. 82 (Savary, le
'9 thermidor VI): ï...Nous vivons ici beaucoup plus mal que nous n'avons
jamais vécu de la vie«. 180 (Tallien, 17 thermidor VI): »Rien de plus
58 &ULKOWSKI
Jusqu'alors l'ardeur de chercher l'ennemi dont nous ne con-
naissions pas bien la façon de combattre était le seul intérêt
qui animait l'armée au milieu des fatigues du désert, mais
trop accoutumée dans les guerres précédentes à jouir après la
victoire, elle ne se peignait dans les esprits qu'accompagnée
d'un instant de repos soit de l'abandon. Pleine de cette idée . . .
que tout le monde ... un regard inquiet sur le pays que
nous eûmes à parcourir i. Peut-être que les fatigues jointes à la
disette obscurcissaient à nos yeux ce ciel toujours trop pur,
cette (terre) desséchée par le soleil nous paraissait dépourvue
de tout ornement, et . . . dans l'abandon . . . nous ne pouvions
pas user des produits inutiles . . . Voici à peu près le tableau
des objets qui s'y peignait. Le premier que nous perçûmes 2,
avait au plus une lieue de longueur le long des bords du Nil.
Sur une rive se trouvait une (bande) ^ de villages et sur la
droite une seconde, aussi* nombreuse et partiellement plus . . .
Chaque village était un amas d'une centaine de huttes de terre,
surmonté d'une quantité étreinte de colombiers. Quelques dat-
tiers^ isolés ajoutaient à leur tristesse; ses chapiteaux . . . sont
formés de plusieurs légères branches ... de feuilles de bords
re tés, semblables à des roseaux, n'offrent nulle ressource
contre l'ardeur du soleil et ne servent qu'à nous indiquer . . .
tous les endroits habités. Ces sycomores et ces palmiers étaient
triste que la vie que nous menons ici: nous manquons de tout<r, 104;— 6
(lettre sans signature, du 9 thermidor): «...Nous sommes bien trompés sur
cette entreprise si belle et si vantée... Ce pays si vanté ne vaut pas sa ré-
putation... Nous vivons dans un chagrin perpétuel*. 122 (Le Turcq, 10
thermidor): »Nous avons été trompés dans notre attente sur le pays de
rEgypte«. Copies des lettres... p. 28 (du 8 thermidor) : >... C'est le pays de
la misère... On doit se croire toujours au milieu d'une bande d'assassins,
lorsque l'on se trouve dans quelques villages de la basse Egypte». 178
(Rosis, 23 fructidor VI): »Nous habitons un pays où tout le monde se dé-
plaît à la mort ... Il existe un mécontentement général dans l'armée» . . .
Miot p. 45.
^ Biffé: Peignons avant tout le local que nous devions parcourir. Les
eaux bourbeuses du Nil coulaient lentement à notre gauche, on dit la crème
dans un vase-moule.
* >percevâmes« dans texte original.
» Biffé: de distance à autre.
* mais plus.
^ palmiers.
NOTES SUR l'expédition D EGYPTE 59
les seuls objets qui frappèrent l'œil sur une plaine desséchée ^
Les campagnes dégarnies d'arbres, de verdure . . ., dénuées
de ces sinuosités si connues dans nos contrées, ne sont quun
terrain . . . d'une terre légère que le . . . alternativement re-
dressait en poussière et que l'ardeur du soleil avait entière-
ment mis en énormes quantités de . . .^ L'on rencontrait un
<îanal peu profond qui se perdait dans les terres à mesure que
le sol s'exhaussait. Leurs . . . entassés sans ordre firent des
entrées élevées. Il fallait un tfavail (assidu) pour en rendre
l'accès praticable à l'artillerie, et aux troupes faire de retour-
ner sur ses traces . . ., transports . . . remonter péniblement . . .
que soulevaient ces terres fraîchement travaillées. On recevait
un surcroît de fatigue qu'il est plus aisé de raconter que de
deviner.
Voulait-on se désaltérer, l'on n'avait d'autres ressources que
les eaux limoneuses du Nil 3, ces flots jaunâtres . . . apportant
tout un lit incertain sur un fond de vases, l'on ne voit ja-
mais ... la direction . . ., un encombrement monstrueux de
corps éboulés, sur un fil d'eau plus rapide ... les passages
•connus ... de nouveau et inquiètent les navigateurs. Au delà
du Nil le Delta offre le même aspect, quelques sycomores de
plus ... et des dattiers isolés^.
1 Biffé: et aride.
2 Voir Richardot p. 36: «Les environs de Rahmânieh, dans la sai-
son où nous nous trouvions ne différaient des terres désertes que nous ve-
nions de traverser que par un sol plus poudreux, plus profondément cre-
vassé aux abords du Nil«.
' Voir Reclus B: Nouvelle géographie X. p. 111. Browne I. 103: «L'eau
] du Nil qu'on porte dans les maisons se met dans des jarres, dont on a
I préalablement soin de frotter le dedans avec une pâte d'amandes amères;
et par ce moyen l'eau devient très claire en moins de deux heures . . . Quel-
que trouble qu'elle soit, on peut la boire sans aucun danger*. Volney 18:
»Six mois de l'année l'eau du fleuve est si bourbeuse, qu'il faut la déposer
pour la boire: dans les trois mois qui précèdent l'inondation, réduite aune
I petite profondeur, elle s'échauffe dans son lit, devient verdâtre, fétide et
iremplie de vers«. Corr. XXIX. p. M6. Richardot 47. ViUiers du Ter-
rage, p. 48: »L'eau du Nil, est bourbeuse et désagréable à boire«.
* Volney p. 234: >Un pays plat, coupé de canaux, inondé pendant
trois mois, fangeux et verdoyant pendant trois autres, poudreux et gercé
le reste de l'année... sur ce terrein des villages de boue et de briques rui-
nés, des paysans nuds et hâlés, des buffles, des chameaux, des sycomores»
60 SUIiKOWSKI
Encore si la vue embrassant l'horizon ^ eût pu plus libre-
ment voir sur ses portées . . . ^ Mais le soldat exténué n'avait
pas même cette satisfaction. Il semblait crouler son espoir,
comme une distraction . . J L'horizon en Egypte est resserré.
Il semble qu'une vapeur blanchâtre . . . brouillât à peu de di-
stance de notre vue l'image des objets. Ce cercle imagi-
naire . . . qui n'a pour principe que . . . gaz de la réflexion
. . . de l'éther, diminue le cercle des vues ... et borne con-
tinuellement notre vue . . .^
La chaleur ajoutait à nos souffrances, nous étions alors sous
le signe des lions. Le soleil dans sa course zodiacale lançait
ses feux presque perpendiculairement sur nos têtes . . . Dès les
huit heures du matin nos soldats étaient trempés . . .^ La
poussière ne tardait pas à dissiper . . . triste couverture (sur)
tous les corps d'un endroit malsain et dégoûtant. Voulait-il se
refroidir, le Nil n'offrait qu'un baissé lit et le reflet des rayons
rendait nous l'entrée des environs insupportable, celle des
arbres étant réservée pour les chefs. Et si à l'approche du soir
l'inclinaison de cet astre brûlant leur promettait quelque fraî-
cheur, les . . . le remplaçaient. Jamais un vent léger n'est
pas . . ., c'étaient des rafales impétueuses et . . . alors ra-
vageait les arbres . . . dans les bivacs et poussait un amas de
tourbillons épars, des arbres et de poussière *\ ajoutait les . . .
des dattiers clairsemés, des lacs, des champs cultivés, et de grands espa-
ces vides... UQ soleil étincelant sur l'azur d'un ciel presque toujours sans
nuages, des vents plus ou moins forts, mais perpétuels«. 237: >Nul pays
d'un aspect plus monotone; une plaine nue à perte de vue; toujours un
horizon plat et uniforme; des dattiers sur leur tige maigre, ou des huttes
de terre sur des chaussées».
1 Volney 10: «Tableau de la campagne varie peu...; de toutes parts,
un horizon lointain et vaporeux, où les yeux se fatiguent et s'ennuient*.
2 On peut encore déchiffrer: en plaine... l'étendue et les repliements
et chercherait... des obstacles. On voit... avec la satisfaction qu'on n'ait
l'idée qu'ils... de l'espérance déjà perdue pour s'en rapprocher, et qui est
autant de moins sur les travaux du jour (?).
3 et... pendant des repos qu'on... avait déjà établi son camp.
* . . . l'obstacle sur lequel nous marchâmes eut trop . . . , cette vogue blan-
che, mais à peine nous en rapprochant... fit disparaître, qu'elle se repro-
duit ... est . . . objet . . .
5 par des eaux homo ... si fortes qu'ils . . . leurs vêtements.
« Voir Reclus X. p. 490, 494; Volney 50, 53, 55.
i NOTES SUR l'expédition D EGYPTE 61
jqui ne s'appaisantissait . . . que à la fin du jour. La nuit n'était
ipas plus favorable. Une rosée malsaine ^ nous ôtait toute la
lueur. Malheur à l'imprudent qui se . . . par la terre. Ses yeux
jfatigués par la poussière et le jour ne résistaient pas à cette
'humeur froide qui distillait gouttes sous les paupières, il ne . . •
pas . . . de . . . leurs propres ... de la vue gonflée . . . qui
à l'horreur de cette situation ajoutait des douleurs incessantes.
La misère des habitants venait ajouter à nos dégoûts. Il est
difficile de la concevoir ^, elle surpasse en réalité les idées ^
que nous puissions à rapporter*. Leur vêtement n'est qu'un
1 Voir dans la Décade I. 58—63: Notice sur l'ophtalmie régnante par
Bruant; II. 159—68: Description et traitement de V ophtalmie d'Egypte par
A. Savaresi; IL 51—62: Observations sur les maladies... en fructidor an
YI... par Bruant; II. 201—8: Notes sur les maladies... en frimaire an
VU . . . par Barbes; D. J. Larrey: Relation historique et chirurgicale de
V expédition .. . p. 17, 30, 33; R. Desgenettes: Histoire médicale de V ar-
mée d'Orient (Paris X — 1802) (dans la première partie rapport adressé au
Conseil de santé des armées par Desgenettes, dans la seconde partie les
observations de plusieurs médecins extraites de La Décade); Volney
217—8; Savary III. 7—8, Reclus X. 515, Richardot 49, Roussillon
586, 594 — 5, Pietro 93. Copies des... (lettre de Lacuée): «Sans cesse au
bivouac, exposés à une rosée perfide qui aveuglait les imprudents .. .«
2 Biffé: en faire une idée.
3 Biffé: les plus égarées.
< Voir Copies of . . . p. 117 (Perrée): ». . . La férocité des habitants est
ipire que les sauvages; majeure partie habillés en paille*. 144 (Boyer): »Les
j cultivateurs, appelés communément fellas, sont extrêmement laborieux; ils
i vivent de très peu de chose, et dans une malpropreté qui fait horreurs.
Copies des... p. 50—3. (Girez): »En général ce sont de vilains peuples...
Les maisons sont des repaires de puces, de moucherons . . . Les moustiques
jsont un véritable fléau, leur piqûre, la chaleur du soleil toujours brûlant,
jd'un ciel toujours serein, embrasé, nous font passer des nuits cruelles*.
iLa Décade I. p. 109—16: Extrait des observations du cit. Ceresole . . . dans
un voyage, sur la rive occidentale du Nil, du Kair à Sîout, p. 111: «Les
hommes logent pêle-mêle au rez de chaussée avec les animaux domesti-
ques, et couchent seulement sur des nattes, quelque fois même sur la terre,
enveloppés dans leurs vêtements ... Le premier et seul étage ... de leurs
habitations est consacré aux pigeons et aux tourterelles*. IL p. 180 — 90.
Topographie physique et médicale du vieux Kaire par Renati. — Richar-
dot 44—5: »... Tous les fellahs de la rive occidentale avaient été contraints
par les mameloucks de fuir avec leurs bestiaux et de passer dans le Delta.
Rien de plus simple et de plus facile que cette fuite pour ces pauvres cul-
tivateurs ... en emmenant avec eux leurs bestiaux, leurs poules, ils ne lais-
62 SULKOWSKI
tissu en haillons, leurs habitations un espace irrégulier entouré
de murailles de boue séchée, leurs lits un tas de poussières,
les femmes seules avaient des nattes, leur nourriture des oi-
gnons crus, des pastèques et de la farine . . . que font cuire
sous la cendre. Leur seule propriété apparente, la marque
distinctive des richesses . . . dans les villages au moins, était
le bétail et la volaille . . . Outre la pierre creusée ^ dans la-
quelle ils pèlent une farine grossière, quelquefois des moulins
à bras, ... et les plats de terre, l'on n'aperçoit pas les autres
d'ustensiles 2. Le soc d'une charrue dans le Bahireh est une
chose rare, ils sèment sans labour^ en le limon que dépose*
la baisse des eaux du Nil. Enfin une fourche ^ est chez eux
un instrument inconnu, on chercherait en vain un ouvrier qui
saurait les faire, une quantité de bois même nécessaire à cet
outil n'existe plus dans ces contrées abrutes.
Ils vivent à côté de tas de blé qu'on se hâte de leur en-
lever après la récolte, et le coton qu'ils cultivent parfois^
n'a jamais servi à les vêtir. Les rapports des gouvernements
envers eux n'étaient que des châtiments et des spoliations^.
Leur propriété n'était pour eux qu'un attachement aveugle qui
pouvait se comparer à la superstition . . . dont les ordres
étaient une calamité. Le cheik el beled nommé par ce pro-
priétaire gouvernait ces villages, l'on était sûr de trouver dans
sent rien leur appartenant que l'on pût enlever: ils n'ont ni meubles, ni
lits, ni linges d'aucune espèce: hommes et femmes ont pour tout vêtement
une sorte de chemise ... les enfants sont absolument nus. Toute la famille
couche à terre sur la même natte de jonc. ..< Thurman 133—4: i>A peine
le cultivateur qui pourrait posséder cent arpents de terre peut-il se donner
une chemise bleue par an; il est entassé avec sa famille, et pêle-mêle, ses
chiens, ses chèvres, ses buffles, ses chameaux, dans une cabane dégoûtante,
où la vermine foisonne*.
1 Biffé: Outre la meule à bras où se moud leur farine.
2 nous n'avons pas trouvé chez eux le moindre ustensile.
3 nonchalamment.
* laisse.
5 pour remuer leur paille.
6 Reclus X. p. -466, 614; Brovv^ne I. 82—4; Volney 235: x.Gouver-
nement qui ne connaît ni propriété ni sûreté de personne . . . , un pouvoir
illimité confié à une soldatesque licencieuse et grossière...* Décade III.
27—96: Mémoire sur V agriculture et le commerce de la haute Egypte par
Girard. 205—33: Mémoires sur V administration de V Egypte ^d^v Tallien.
NOTES SUR l'expédition d'ÉGYPTE 63
ces hommes l'astuce du vice jointe à une colère audace pour
la mettre en œuvre.
Voilà les premiers habitants de l'Egypte que nous ren-
contrâmes sur notre route ^. L'on suppose peut être qu'étant
au dernier période des malheurs tout changement ne pouvait
que leur être favorable, mais il faudrait pour cela que l'on
peut atténuer les rapports douteux qui existèrent toujours
entre le conquérant et les peuples subjugés. L'habitant ^ misé-
rable n'en devient que plus malheureux; de la misère à la
disette la mesure est plus affreuse à passer que de la prospé-
rité à la misère.
Pour rendre supportables les conditions des habitants qui
se trouvaient sur notre passage, il aurait fallu qu'ils puissent
concevoir l'étendue de nos^ besoins, que leurs idées* fussent
i assez saines pour ne pas regarder un progrès de mamelouks
! ou de bédouins comme un appui certain. Pour sentir à la pre-
mière nouvelle de nos réquisitions qu'il fallait mieux sacrifier
;une partie de ses propriétés que de s'exposer aux ravages de
:1a guerre, il eût fallu qu'ils eussent eu une idée quelconque
numérative ... La guerre chez eux n'apportait aucun récent
de malheurs, les coups qui frappaient les têtes de leurs tyrans
ne s' . . . à soumettre ^ ces troupeaux d'esclaves étant . . . ^
D'ailleurs de savoir d'hommes l'on n'ait vu dans ces pays vingt
mille hommes rassemblés, tous de la ... de leurs moissons,
|les fruits des champs leur parussent moins nombreux. Long-
temps nos soldats furent dociles à la voix de l'humanité et
celle de leurs chefs; lorsqu'ils rentrèrent dans ces déserts le be-
|soin ne leur fît d'abord transgresser la loi de ne pas toucher
aux moindres propriétés sans les compenser par d'argent l On
* Biffé: c'est avec cette classe misérable que nous eûmes les premiers
rapports.
I 2 Biffé: Il existe encore.
! 3 ,ses« dans texte original.
I * Biffé: relatives.
s chercher.
^ dont il.
' Voir Journal du capitaine François p. 196: >Outre la difficulté de se
iprocurer ces ressources, ne pouvant nous faire comprendre, ces animaux
jféroces ne veulent pas de notre monnaie; ils préfèrent des boutons blancs
d'infanterie légère à un écu de 6 francs; aussi ces soldats se sont procuré
64 SUI^KOWSKI
leur avait donné un prêt de quinze jours, ils se hâtaient de lé
dépenser; le soldat n'est pas prévoyant, il se hâte de jouir,
dans l'incertitude de jouir longtemps. Les habitants peu habi-
tués à des numéraires voyant qu'on leur en offre profitent de
leur détresse pour exiger des sommes exorbitantes sur des
moindres objets. Une poule, un œuf, un moulé de cuite coûtent
un écu; en vain demandait-il à changer ces grosses pièces, la
petite monnaie est rare dans ces contrées et l'avidité tirait en-
core des profits à la cache. Les hommes neufs dans tous les
rapports sociaux montrent dans toute leur laideur ces penche-
ments du vice que l'homme policé sait couvrir de quelques
vernis. Les ressources pécuniaires des individus de l'armée
furent bientôt épuisées, on eut recours à la fraude, des jetons,
des boutons d'un plomb . . . remplaçaient les métaux pécu-
niaires, et les habitants continuèrent de leur donner une va-
leur réelle. Cette ignorance ne les rejette néanmoins pas encore
dans la classe des peuples sauvages. Ceux-là confondent les
colifichets avec l'or, encore des objets qui leur étaient absolu-
ment inconnus, n'ont pour eux de valeur ... Le sentiment qui
guidait l'Egyptien n'avait point d'affinité avec celui-ci. Ils re-
gardaient comme objet (de) luxe tout ce qui n'était pas du
nombre des choses les plus communes, les plus indispensables
à son existence, mais il a rencontré ces objets chez ses maîtres,
il présume déjà qu'ils ont . . ., puisqu'ils ont . . . prospérité,
et il en ... la jouissance en connaître soit l'emploi soi la va-
leur. Ces (procédés) plutôt risibles ne changent que trop tôt en
mesures violentes. A mesure que l'ennemi fuyait devant nos
armes, la victoire rendait le soldat plus confiant, et les mas-
sacres abondantes de ses camarades exécutés par les Arabes,
point par les habitants, éveillèrent la vengeance ^; il ne voit
des ressources plus aisément que nous, et lorsque nous sommes arrivés
au Caire, les soldats des 2"", ¥ et 22^ d'infanterie légère n'avaient plus de
boutons à leurs habits. Ce peuple demi-sauvage, ne connaissant probable-
ment pas l'or ne voulait pas de nos boutons, mais bien ceux qui étaient
blancs«. Reybaud III. p. 165—6: »...Les troupes se montrèrent envers
la population inoffensives et même bienveillantes . . . L'usage de la violence
était presque autorisé par un besoin impérieux». Mémoires du duc de Bo-
vigo p. 70, Mémoires du maréchal Marmont h 375.
* Voir Copies des ... p. 39 (lettre de G a y) : >. . . Des habitants nous égor-
geaient à demi-portée de fusil de nos colonnes .. .« 178 (lettre de Rosis);
o
MORT DE SULKOWSKI
D'après une gravure du Musée National de Cracovie.
NOTES SUR l'expédition DEGYPTK . 65
plus dans l'homme qui vient au devant de lui, lui apporter de
vivres et de l'eau, que de traîtres qui l'assasinent un instant
après, des ennemis . . . dont la propriété doit alléger ses souf-
rances; aussi, en vain les villages entiers semblent nous in-
viter à les conserver, apportaient-ils tout ce qu'ils avaient pu
ramasser de comestibles superflus, nécessaires peut être, leur pé-
nurie les dévorait et la masse qui n'avait pas même pu se dé-
saltérer . . . dans ces endroits isolés comme dans ces lieux
aussi dénués à leur colère qu'à leurs besoins. Rien n'y était
épargné. Leurs ressources étaient trop modiques , . . i; . . . ces
habitante malheureux . . . perdaient tout comme si . . . aurait
passé . . . Tous les jours un corps des équipés cher-
chait les retenir en poussant des cris affreux ... *
Un seul' remède à ce désordre, celui de donner au sol-
dat une nourriture régulière, était impraticable . . . L'officier
subalterne, celui qui jouit immédiatement de sa confiance,
éprouvait les mêmes besoins . . ., il (s')est rencontré ... le cou-
pable . . . partager . . . butin avec lui. Et les chefs après
avoir . . . d'hommes, en certains cas . . . perdre pendant dix
heures du jour . . ., soleil ... et ... la chaleur et le soif et
la disette . . . quand il se cherchait une nourriture qu'il ne
pouvait lui offrir et quand il s' . . . pour une espèce quel-
conque de soulagement.
A côté de ces hommes presque debtinés nu malheur^ se
>Nous avons l'ennemi par-tout... exactement la Vendée«. Copies of . . . 74:
(Damas): sC'est une guerre... pire que celle de la Vendée». Miot p. 31:
»... Notre route fut . . . tracée . . . par des cadavres . . .« Pietro p. 53: >Les
déserts que nous parcourions étaient semés de victimes de la misère et de
la soif Leurs cadavres noircis par l'ardeur du soleil et défigurés par des
blessures nombreuses étaient méconnaissables au point qu'on pouvait à
peine distinguer s'ils appartenaient à des Français ou à des ennemis*. Jour-
nal d'un dragon p. 18—19: >. . .Habitants surprennent les embarcations en-
dormies et pillent les chargements après avoir massacré l'équipage».
^ On peut encore déchiffrer: «pour qu' . . . en route la moindre trace,
s'étant gardé . . . quelque fois même . . .«.
2 Copies des... p. 30: ». . .Nous traversons des mers, ...nous pillons
les villages, ruinons les habitants et violons leurs femmes, nous risquons
de mourir de faim et de soif. .. et tout cela pourquoi, nous l'ignorons en-
core«. (La Jonquière IL 164, 165-6).
* Biffé: Il n'y avait aucun . . .
* Biffé: que la stupidité faisait... le jouet de leurs tyrans, la pénurie
LôB Polonais en Egypte. 5
66 SULKOWSKI
trouvait une autre caste parfaitement indépendante. Ce sont'
les Arabes. i
Ceux qui avoisinent la branche (de Rosette) paraissaient'
posséder au supérieur degré les qualités nécessaires . . . per-
pétuer leur existence. Leur position était plus terrible que
celle des autres . . . leur audace et leur agilité supérieure....
Placés entre le fleuve et les sables, ils n'ont point d'emploi.!
Les maîtres de l'Egypte dont ils bravent la puissance . . .
pouvaient vouloir les détruire . . . Néanmoins ils existent. Il y ^
a des fellahs . . . qu'un courage ... fit repousser leur force . . .|
Ennemis du genre humain, n'ayant entr'eux que ces rapports
indispensables d'amitié que doit avoir un peuple nomade, . . .
leur vie serait un supplice entier, s'ils avaient connu . . . ai-
mables qu'avait l'humanité ... le fruit de travail . . . La ra-j
pine . . . leur seul industriel Dans les autres tribus voisines!
de l'Arabie, ce vaste continent, ... le vol était plutôt un goût
qu'un besoin indispensable; ces quelques biens ... en fruits
de la terre pouvaient leur (donner) le sentiment ... de la dou-
leur de la privation et du prix du travail .... Le bédouin
dans ces contrées ne connaît d'autres besoins que ceux de lai
guerre, d'autre (jouissances) d'existence que la violence ... Le !
sang . . . voilà pour eux . . . jouissance . . . On ne put ... de 1
cette contrée saisir que les rapports qui l'unifîaienf indispen-
t la misère aveuglait, que la misère accablait de privations, qui dans la |
grande révolution, ...qui dans la période révolutionnaire...
* Voir Denon 1. 9L — 2: »Le Bédouin est le chasseur primitif; la pa-
resse et l'indép -ndance sont les bases de son caractère ... Là où est le bu-
tin, là est l'ennemi des Bédouins». Copie des,., (lettres de Shechy): «Leur
manière de vivre est très dure. Ils vivent d'un pain très noir, cuit sur le
crotin de leurs chameaux. Leur eau, contenue pendant longtemps dans des
sacs de peau de bouc, exposés toujours au soleil, est très puante. Ils trem-
pent leur pain dans une espèce d'huile qui a une très mauvaise odeur».
105 6 (lettre de Lacuée): »Les Arabes Bédouins et les habitants sont au-
jourd'hui nos seuls ennemis. Les premiers sont indestructibles, voleurs par
profession et par institution reçue de race en race«. 180 (Rosis): «Les ^
Arabes sont comme les animaux pillant leur nation comme l'étrangert. j
Copies of . . . p. 5, 14t. Browne I. 86: »Je n'ai jamais appris que les Ara-
bes errants payassent aucun tribu régulier. Lorsqu'ils s'approchent trop
des villes, ils sont quelquefois repoussés et pillés; mais en général les beys
semblent disposés à vivre en bonne intelligence avec eux, et ils les ména-
gent pour leur propre sûreté, en cas qu'ils soient écartés du gouvernements"
NOTES SUR l'eXI^ÉDITION d'ÉGVFTE 67
sablement dans sa position, car décrire leurs usages, leurs
mœurs, leurs idées, est une chose impossible, il aurait fallu
dès lors se rapporter aux opinions des auteurs et elles sont si
insuffisantes . . .^
Les bédouins que nous vîmes, sont des hommes d'une mo-
yenne taille, le teint très bronzé, les yeux hagards et petits 2,
ou plutôt leur physionomie ^ semble fixer tous traits qui ca-
ractérisent ce mouvement de construction commun ^ chez les
autres hommes lorsque leur figure est frappée par le résultat
momentané que cause l'éblouissement d'une lueur sur abon-
dante ^ Ce qui les distingue encore est leur pomme d'Adam
entièrement . . . qu'un cou très sec et long fait ressortir da-
vantage. Leurs membres sont bien musclés et décharnés sans
avoir néanmoins cette maigreur^ de la faiblesse, leur corps
coulé le cou tendu dans l'attitude habituelle d'un homme qui
se baisse pour éviter les rayons du soleil. Leurs vêtements
consistent d'une espèce de linge de laine blanche dont ils se
font une tunique soutenue ^ par une ceinture et . . . d'un ca-
puchon, pendant qu'un second morceau de cette laine est lente-
ment plié sur leurs épaules comme un chapeau, tout cela
couvre leur tête d'une seconde couverture qui la garantit du
chaud. Ils ne connaissent . . . chaussure que des bottines jaunes.
Leurs armes consistent en un fusil assez long . . ., un sabre,
un . . . long couteau de la garde de deux pieds . . . dans la
(gaine) pour d'entrer ... la lame, encore moins se servent de
pistolets. Leur selle a la forme de toutes les selles-arches, un
pommeau ... et une œuvre d'un pied de . . . avec des étriers
aussi longs que les pieds. — Mais ce qui fait la force et la . . .
de Bédouin, est son cheval.
On pourrait, quant à la conformité physique, presque trou-
ver aux chevaux existant les mêmes rapports entr'eux et leur
^ On peut déchiffrer encore ces mots: »le... les voyait avec mépris,
l'habitant môme ... et quand . . . avec eux d'entrer . . . que ceux de la guerre. . .
aussi que dans ce point de... que l'on peut trouver quelques détails*.
' Voir Dénon I. 138.
' Biffé: apparence habituelle fixée.
* qui chez tous les hommes n'est qu'un . . .
* que leur cause un trop grand jour ou les rayons du soleil.
* ceinte.
5»
68 SUtKOWSKl
espèce que ceux qui existent entre leurs maîtres et les autres
hommes. Leur ... est bien fme, l'œil étincelant^, les jambes
nerveuses, le poitrail léger et la croupe maigre quoique sa
charpente soit accomplie, leur queue est ordinairement courte
et peu touffue, elle se dresse horizontalement lorsqu'il court et
leur crin se hérisse au leur cou. Le cheval arabe n'est pas
grand, sa prestance dans les attitudes ordinaires ne paraît pas
distinguée 2, mais c'est à la course, c'est dans l'aile qu'il faut
le voir. C'est ces qualités que les rendent inestimables. Leur
rapidité est telle que l'homme qui vous menaçait de son feu,
part et disparaît au point de ne plus pouvoir le distinguer,
dans moins de temps qu'il n'en faut pour charger ses armes.
Nous les vîmes, ces animaux justement célèbres tenter par-
courir . . . d'un trait des campagnes, sillonner . . . dans ces
chemins ne pouvant faire un pas sans s'enfoncer les pieds . . .
C'est avec de tels moyens que les Arabes bravaient les redou-
tables phalanges que nous avions débarquées ^ en Egypte. Dès
la pointe du jour ils se montrent sur nos flancs et dans les in-
tervalles de divisions. Il eût été inutile d'envoyer de la cava-
lerie, nos chevaux ne les auraient jamais joints s'ils fuyaient
et il était impossible de leur échapper s'ils veulent en être
poursuivant. Un . . .^ continuel leur permettait charger leurs
fusils ... et leur tir était presque toujours meurtrier. S'ils
voyaient un (détachement) disséminé, un homme isolé, ... ils
viennent fondre (sur lui) comme un oiseau de proie, le dé-
pouiller et le tuer était l'aftaire d'un instant, et ces événements
douloureux se répétaient à chaque heure du jour, surtout la
foule de marche de l'armée suivant à cent pas de nos colonnes
(était) ... le jouet des balles qu'on (tira) plusieurs sur eux.
1 Biffé: farouche.
2 Voir Campagnes d'Egypte et de Syrie 1798 ■— 1799. Mémoires pour
servir à Vhistoire de Napoléon dictés par lui même à Sainte-Hélène, et pu-
bliés par lé général Bertrand (Paris 1847), préface p. XXIX: »Nous nous
mîmes en marche, escortés par des Arabes dont le costume, la figure
maigre et noire nous parurent aussi tristes que le désert qui nous envi-
ronnait. Ils étaient montés sur des haridelles qui ne nous donnèrent pas
une grande idée des chevaux arabes. «
' Biffé: transportées.
* Leur habilité.
I
69
Rarement un de nos coups a fait justice de ces assassinats, et
leur ardeur . . . pris des dépouilles de nos frères d'armes.
Ce qui augmentait considérablement leur audace, est l'ap-
pui qu'ils trouvaient chez les habitants des campagnes. Ceux-ci
les considéraient comme des gens plus indomptables que tous
mamlouks qui fuyèrent devant nous et comme des hommes
qui vengeaient sur nous le.-^ maux qu'on leur causait. Il était
malheur, effectivement, de se faire haïr (par) des hommes qu'on
venait délivrer de l'esclavage i, mais l'on avait épuisé toutes
les combinaisons philanthropiques, qu'il eût été impossible
d'obtenir des rapports d'amitié entre classe envahissante guidée
par le besoin pour l'accaparer et une classe malheureuse qui
voyait que Ton répandit avec apparence l'abandon de leurs
individus que pour les dévastations et la violence.
Telles sont en masse les principales circonstances qui ac-
compagnaient la marche de notre armée pendant plus de trente
lieues. Nous traversâmes cet espace avec une rapidité extrême,
mais qui aurait fini par nous excéder de fatigue au point de
devenir un obstacle décisif au notre mouvement 2. Tout homme
I qui avait le malheur de se s*)umettre à la lassitude, le fer des
* Voir Revue d'Egypte, avril 1896 (Mémoire de St. Priest) p. 663: >0n
publiera . . . qu'on n'est venu que pour les délivrer de la tyrannie des beys
et des étrangers attachés à leur service*. La Jonquièrel 167 (rapport
de Talleyrand): »Ce peuple nous verra avec transport; il désire depuis
longtemps que nous venions le délivrer de ses oppresseurs; il faut donc
l'empêcher de croire qu'il n'aurait fait qu'en changer*. Corr. IV 2723 (pro-
clamation du 2 juillet 1798): »... Peuples de l'Egypte... je viens vous
restituer vos droits, punir les usurpateurs . . . Tous les hommes sont égaux
devant Dieu ... Le peuple sera heureux . . . Gloire au 8ultan ! gloire
à l'armée française, son amie ! malédiction aux Mameluks, et bonheur aux
peuples d'Egypte*. 2818. Copies 0/ . . . p. 11 (lettre de Jaubert): »Tout
nous promet qu'avant peu de temps, au despotisme imprévoyant des Ma-
melouks, et à l'apathie des Egyptiens, auront succédé un gouvernement
créateur, et une émulation jusqu'à présent inconnue parmi les habitans.«
Journal d'un dragon p. 18: Pillage >dans un pays que nous venons déli-
vrer de ses oppresseurs< . Martin I 148: »Les jeux charmaient l'ennui de
la navigation, et les soldats représentaient une comédie de leur invention
dont le sujet était presque toujours la délivrance d'une esclave du sérail,
son enlèvement des mains d'un vieux Turc, et son mariage avec le soldat
français son libérateur. «
' Biffé : œuvre.
70 SULKOWSKI
Arabes le moissonnait; il était impossible de le faire suivre^
car nous n'avions point de moyens de transport . . . quarante,!
blessés que l'on avait entassés dans un bourg- furent quelques
heures après massacrés par les habitants. Les (provisions) ^ san^
être nulles, ne se trouvaient pas suffisantes. Le pain, cette
base de la nourriture des Européens, auquel les Français
malheureusement sont trop accoutumés, manquait tout à fait,-
quelques gâteaux vendus, cuits dans les pays, ne pouvaient pas
y suppléer ...
Nous ne trouvâmes les ressources que dans deux espèces !
de villes, des endroits plus considérables que le reste . . . noni-
mes Châbour et Zicana (?). Le reste du temps la nourriture
du soldat se composait de légumes et de viande, deux objets ^
dont la distribution est aussi longue que la cuisine et qui
pesait presque toujours sur les heures destinées au repos. Cho-
brakhit, Châbour, Koum-Cherik, Alqâm, Terraneh, Abou-No-
châbeh. voilà les camps où nous séjournâmes successivement
avant de nous reposer à Wardan ^. ^^^^|
Wardan était un endroit qui nous présentait un aspect pluM
satisfaisant que ceux que nous venions de traverser, c'était un ;
bois de l'étendue d'une lieue de long qui entourait deux grands
villages, des* amas de blé considérables, et ce qui pour le mo-
ment était plus essentiel quelques moyens de monture... on ^
crut pouvoir accorder aux troupes harassées par sept journées '
de marches un jour de repos. Cet instant de loisir permit de
jeter un coup d'œil sur l'ensemble de notre position. On aurait
pu comparer 5 l'effort de l'armée à celui d'une masse irrési-
stible qui se fait jour^ au travers d'un corps élastique, mais
celui-ci se resserra aussitôt après son passage. Rien n'était
à nous que ce qui se trouvait à la portée de nos armes ; l'es-
pace qui suivait était occupé par les Arabes et les habitants.
L'on ignorait également la position de l'ennemi, ces nouvelles
^ près de quarante.
2 Mot difficile à lire.
' Voir La Jonquière II 166—7, Journal d'un dragon 18—9, Des-
vernois 120, Richardot 43-54. Corr. XXIX p. 445.
* Biffé: plusieurs . . .
5 Voir La Jonquière II 178.
^ Biffé : qui part . . ,
NOTES SUR d'expédition d'ÉGYPTE 71
indispensables sans lesquelles l'on ne peut fixer ^ aucun mouve-
ment avec certitude du succès. Il était possible que l'ennemi
eût 2 assez d'audace pour nous attendre sur cette rive, il était
plus probable qu'il concentrait toutes ses forces sur la rive droite,
opposée^, qu'il se couvrait des eaux du fleuve . . . que sa flot-
tille s'informait soigneusement sur toute l'étendue de sa dé-
Ifense pour découvrir l'endroit de notre présence . . ., enfin que
sa cavalerie se tient toujours prête à se porter en force contre
le premier groupe excessivement faible qui eût passé. Ces
I dispositions mêmes étaient si simples, si fort à la portée de
l'homme le moins versé dans l'art militaire, qu'il n'était à sup-
poser que l'orgueil ou l'ineptie turque en fit prendre de diffé-
rentes. On songea donc dès lors à ce passage difficile. Tous
nos moyens à cet égard ne consistaient qu'en sept barques de
différente grandeur, menées par des soldats nécessairement
apprentis dans ce métier et dont la capacité n'est point . . .
cinquante hommes. Ceci était évidemment insuffisant pour un
passage de vive force: on songea à faire des radeaux pour trans-
porter des pièces. Certes, ceci eût tout changé, mais les moyens
nous manquaient, car on n'avait pas pour leur construction
d'autre bois que le dattier. Cet arbre ou plutôt cet immense
roseau n'a aucune qualité propre à la construction, son écorce
semble un tissu... ^, son bois est fîlasseux et joingneux . . .
si faible qu'on ose à peine s'en servir pour soutenir ... de
murs, enfin trop rempli de ces sucs... qui alimentent ses ra-
meaux grappes de fruits, ... ^ et les parties de son tronc . . .^
disparaissent au moindre poid dont on voudrait les charger.
Ces expériences aggravaient notre situation ; plus la néces-
sité de passer le fleuve puissant, devient urgente, moins nous
en avions les moyens, et avancer sans pouvoir en avoir ^ eût
^ Biffé : hasarder
* se trouvait devant nous.
' derrière les bords du fleuve.
^ On peut lire encore ces mots : »de jeune (?) corps de (?) leur tige«.
^ On peut déchiffrer seulement: »ce liqueur surabondant lui donne...
que l'eau*.
^ tirées de cet . . .
7 Probablement on doit lire ces quatre mots : sans prévoir un
avenir.
72 SULKOWSKI
été inutile, et . . . avec des fatigues inouies qui usèrent peu à peu
l'élite de nos soldats. Rester sur place était impossible vu le
manque de vivres, reculer — un péril terrible, il aurait fallu
risquer un mouvement rétrograde au milieu des horreurs des la
disette devant un ennemi ignoré, dont l'audace pouvait avoir
les suites les plus fâcheuses. Il ne nous restait qu'un parti, en
supposition de reculement, celui de passer dans le Delta et d'y
attendre les événements, la crue du Nil, le convoi d'Alexandrie,
un équipage du pont, les bateaux avec biscuit, liquides, mais
qui nous répondait que les vents affreux qui amenèrent notre
flotte d'ouest et..., (le pays) contenait une foule d'obstacles
dans l'armement et le nombre des habitants que nous n'avions
pas prévus. — Comme jamais il ne pouvait y avoir de danger
plus grand pour nous que celui de rester sur place, en proie
à la famine; on résolut de s'avancer, soit pour obtenir des ren-
seignements plus certains, soit pour intimider l'ennemi par l'au-
dace de notre mouvement.
Le 2^^\ l'on fit cinq lieues et le gros de l'armée bivaqua
près du village d'Omm-Dinar (la mère du . . .). C'est là où nous
vîmes le premier réseau des travaux des anciens rois . . .,
c'était un pont de pierre de taille qui traverse un longue
canal à sec alors. L'avant-garde commandée par Desaix poussa
plus loin. Nous 2 eûmes dans ce village quelques nouvelles in-
certaines qui s'accordaient à dire que les mamelouks ont ré-
solu de nous livrer bataille en avant du Caire sur la rive
gauche du fleuve, et que, pour conserver ce point d'appui avec
la capitale, ils avaient fortifié un village nommé Embabeh, là
oii se tenaient ordinairement les marchés. Quelque vague que
fut cet avis, l'orgueil et l'ignorance de tous les éléments de
l'art de la guerre nous l'eussent déjà rendu croyable, lorsqu'une
autre circonstance sembla nous le confirmer ^r c'est la désunion*
qui existait entre Ibrahim et Mourad: leurs troupes n'avaient
pas voulu se joindre; elles s'accusaient les unes de lâcheté, les
autres de trahison, et restaient chacune sur leur territoire, elles
* 2 thermidor (20 juillet).
* La Jonquière II 178—9.
' On peut lire: être confiée.
* La Jonquière lit: zizanie.
NOTES SUR l'expédition I>'ÉUYHTE 73
ne song'èrent en aucune manière à un concert nécessaire pour
vaincre l'ennemi commun, mais seulement aux préparatifs [)ar-
tiefs de leur (arron)dissement^.
Les Pyramides.
L'avant-garde, quoiqu'elle eut avis qu'une troupe assez con-
sidérable d'ennemi se trouvait dans un village au devant, elle
ne fit aucun mouvement jusqu'à ce que les trois autres divi-
sions Me s'y furent jointes. Alors on s'approche de ce villag-e,
on y lança même un bataillon qui avançait par un bout, lorsque
les mamlouks s'éloignèrent par l'autre, il les salua d'une dé-
charge qui les força d'abandonner ces lieux coupés pour se
retirer dans la plaine. Nous les vîmes alors. C'était un corps
d'observation de quatre à cinq cents chevaux qui servirent
d'escorte à plusieurs de leurs chefs, entre autres à Osman-
Bey . . ., soit qu'ils voulussent nous harceler, soit qu'ils con-
çurent par cette manœuvre nous attirer sur leur camp dont
la position leur paraissait inexpugnable, ils ne tentaient rien
de considérable, se contentèrent d'escarmoucher et de faire un
mouvement en arrière. Ce mouvement avait des directions
bien distinctes. L'avant-garde, dans la supposition toujours que
l'ennemi touche les bords de la rivière, gagnait ^ peu à peu
par les villages de la lisière du désert pour le tourner, pen-
dant que les autres trois divisions marchaient à peu de dis-
tance l'une de l'autre suivant le Nil ^
Lazowski : Notes sur la nature et le prix des matériaux
de construction, sur le prix des journées et les diverses
sortes d'ouvriers que l'on trouve à Alexandrie^.
Alexandrie, le 12 messidor de l'an VI [30 juin 1798].
Tous les travaux de maçonneries se font avec les ruines
de l'ancienne ville. On fait des fouilles et l'on prend les pierres
de choix pour la chaux, le reste sert pour moellons.
^ La Jonquière: de résistance.
2 Cette partie du manuscrit est bien difficile à lire.
' C'est la fin des notes de Suikowski.
* Arch. h. de la Guerre. Armée d'Orient.
74 Ï.AZOWSKI
La chaux se cuit dans des trous que l'on fait en terre avec
des broussailles que les Arabes apportent du désert, elle est
de bonne qualité et coûte 8 à 10 pataquès de 80 parats l'une,
la fournée, qui peut contenir environ 2 toises cubes.
Les briques viennent de Rosette ; elles sont transportées
à Alexandrie par mer; on en trouve aussi beaucoup dans les
fouilles; mais le déblai que l'on est obligé de faire et le trans-
port à pied d'œuvre, les rendent presque aussi chères que
celles de Rosette qui reviennent à 120 parats le millier, 28
parats font à peu près une livre de France^.
L'habitude du pays est de payer les ouvriers à la journée;
celle d'un maître-maçon est de 30 parats; celle d'un manœuvre
en tout çrenre de 10 parats 2; celle d'un maître-charpentier de
40 parats et moi ri s.
Les maîtres-ouvriers sont assez intelligents; mais ils ne sont
pas actifs et demandent à être surveillés.
On trouve assez d'ouvriers à Alexandrie; il en vient aussi
de Rhodes. Lorsque l'on veut faire de grandes constructions,
on les fait venir du Caire où ils sont nombreux en tout
genre.
Le plâtre vient de Barbarie; on n'en fait pas beaucoup
d'usage, il y en a beaucoup au Caire.
Les bois de construction de nature de chênes sont tirés de
Natolie, de Caramanie et de Rhodes. Ils se vendent 190 pa-
rats la pièce qui est ordinairement de 20 pieds de longueur sur
10 pouces d'équarrissage ^.
1 Le médin oa parât est unt> petite pièce d'argent allié de cuivre, qui
a cours dans tout le Levant, et dont 28 équivalent à un franc de notre
monnaie. La pataque est une pièce fictive de 90 médins. {La Décade égyp-
tienne IIL 43 : Mémoire sur V agriculture et le commerce de la haute Egypte
par Girard, ingénieur en chef des ponts et chaussées, lu à l'Institut,
aux séances des 21 brumaire, 1 et 21 frimaire an VIII). (Voir La Jon-
quière II. 78 le tarif du cours des monnaies: la piastre d'Espagne ou le
talari , pour 5 livres 7 sols de France,=150 parats ; l'écu de 6 livres=168
parats. Voir aussi Estève: Mémoire sur les finances de V Egypte p. 46;
»A l'exception de la province de Fayoum, la pataque était reçue par la
sserâf à un taux inférieur à celui de 85 médins»).
2 Voir B r w n e L 88.
» Biffé: Il y en a dans ce moment '20 magasins bien fournis à Ale-
xandrie.
I
AU GÉNÉRAL CAFFARELLI 75
Les planches viennent du golphe Adriatique de Fiume; le
cent coûte généralennent 150 à 160 piastres de 40 parais l'une.
Il y en a de qualités inférieures d'un moindre prix.
Le fer est tiré de l'étranger. Il en vient de France, d'Italie
et de Snayrne; le quintal de 240 S pesant se vend 24 piastres
à 73 parais l'une. Il y a des ouvriers pour le travailler, mais
ils sont peu adroits.
Le cuivre vient de Constantinople tout travaillé; il coûte
150 parais i'oque, c'est à dire 3 livres moins qiielques onces
de France.
Le plomb se tire d'Espagne et d'Angleterre par Marseille,
Trieste et Livourne; il coûte 30 piastres de 60 parais l'une, le
quintal, qui est de 78 ocques.
Les câbles et cordages se tirent de Venise et de Constan-
tinople; on ne les fait point travailler en Egypte, malgré l'a-
bondance des matières premières. Ceux qui viennent du golphe
Adriatique se vendent de 30, 34 et 40 piastres de 40 parais
le quintal de 44 oques. Ceux qui viennent de la Mer Noire
coûtent moitié moins. Il y en a encore de prix inférieur à ces
derniers.
Les goudrons viennent de la Mer Noire; la barrique coûte
ordinairement 15 à 20 piastres de 40 parais l'une.
Les transports se font à dos de chameaux; il y a aussi
une grande quantité d'ânes pour transporter les petits far-
deaux.
Lazowskî au général Caffarelli du Falga ^
N. 3. A Menouf, le 11 thermidor de l'an VI. [29 juillet 1798].
La colonne du général Zajonchek est partie le 8 [26 juillet
1798] de son camp à la pointe du Delta 2; elle était forte d'en-
^ Arcli. h. de la Guerre. A. d'Orient. (La Jonquière s'est servi de ce
document II. 161, 303.
2 Corr. IV. 2843. Au général Berthier. Quartier général, au Caire, 7 ther-
midor an VI. (25 juillet 1798). »Vous voudrez bien... donner l'ordre au gé-
néral Zajonchek de parcourir toute la province de Menouf, de faire prêter
serment d'obéissance à tous les chefs de faire arborer dans tous les vil-
lages le drapeau tricolore, de faire mettre, de concert avec le commissaire
76 liAZOWSKl
viron 1300 hommes. Ce général m'ayant déclaré qu'il avait pré-
venu le général en chef, pour obtenir de lui l'agrément que
je restasse avec lui, je suis parti avec la colonne.
Le premier jour nous ne marchâmes que 2 heures Yg- On
se remit en route le lendemain à 2 heures Y2 ©^ nous arri-
vâmes à Menouf vers les 11 heures. Ainsi l'ont fut 11 heures
â peu près en route, mais nous présumons que les guides se
sont égarés.
des guerres qu'il a avec lui, le scellé sur tous les biens des Mameluks, de
prendre tous les chevaux pour remonter sa cavalerie, d'en donner de reçus,
mon intention étant de les payera. Bonaparte.
Voir aussi les ordres suivants donnés à cette colonne. Corr. IV. 2901.
Au général Zajonchek, gouverneur de la province de Menouf, Caire, 30
juillet 1798. »Je donne ordre... pour qu'on établisse à Menouf un hôpital
de cinquante lits, et qu'on y construise deux fours. Voyez à faire tout ce
qui sera possible pour l'organisation de votre province. Il faut que vous
traitiez les Turcs avec la plus grande sévérité; tous les jours, ici, je fais
couper trois têtes, et les promener dans le Caire : c'est le seul moyen de
venir à bout de ces gens-ci. — Veillez surtout à l'entier désarmement du
pays. — Faites-moi faire, par un officier du génie ou de l'état-major, un
croquis de toutes les provinces, avec la situation de tous les villages, et
et des renseignements généraux sur leur population, et ce que produisaient
le myry, le feddân et autres impositions. — Prenez tous les moyens pour
monter votre cavalerie; avec les chevaux, prenez des selles, et faites faire
par vos commissions un inventaire exact et prompt de tous les biens ap-
partenant aux Mameluks.— Kaites-moi connaître quelles sont les ressources
pécuniaires que nous offre votre province. - Vous trouverez ci-joint une
grande quantité de proclamations que vous répandrez dans la province.—
Je désire que vous vous mettiez en correspondance avec le général Murât,
qui commande la province de Qelyoub. — Il me serait facile de vous pro-
curer deux pièces de canon, si vous trouviez dans le pays des moyens de
les atteler; je vous les enverrais sur des bateaux jusqu'au point de dé-
barquement où vous les feriez prendre». Bonaparte. Corr. IV. 2971. Au gé-
néral Zajonchek. Quartier général, au Caire, 17 thermidor ar. VI. (4 août
1798). »Vous avez bien fait. Citoyen Général, de faire tusiller cinq hommes
des villages qui s'étaient révoltés. Je désire fort apprendre que vous avez
monté votre cavalerie. Le moyen le plus court, je crois, est celui-ci: or-
donnez que chaque village vous fournisse deux bons chevaux. 11 ne faut
pas en recevoir de mauvais, et les villages qui, cinq jours après la pro-
clamation de votre ordre, ne les auront pas fournis, seront condamnés à
payer 1000 talari d'amende. C'est un moyen infaillible, expéditif, d'avoir
les 600 chevaux, requérez les brides et les selles, afin d'avoir tout de suite
un corps de cavalerie à votre disposition. C'est le seul moyen d'être maître
AU GÉNÉRAL CAFFARKLLI 77
J'ai reconnu que la carte de d'Anville ^ généralement bonne
dans les parties qui avoisinent la mer. était absolument fausse
à la pointe du Delta. Le canal de Menouf ne se jette pas
dans le Nil, si près de la pointe, mais seulement à 5 et 6 lieues
au-dessus.
A cette occasion je dois observer que ce canal extrême-
ment précieux pour la communication des districts de l'intérieur
du Delta avec le Caire, est actuellement fermé dans toute sa
largeur par une digue que Mourad-Bey a fait construire pour
punir les habitants. Telle est leur déclaration. — Ce canal est
très large dans toutes les parties que nous avons vues, il y a
beaucoup d'eau, et la digue est construite à Y2 lit^ue au-dessus
de son embouchure dans le Nil. Les habitants demandent à le
rouvrir, je crois qu'on ne leur refusera pas, d'autant [plus] que
ce sera à leur dépense.
La province de Menouf contient trois districts, suivant la
forme du gouvernement actuel ; elle renferme 470 villages, la
plus part très forts et très peuplés. Tout est plaine, à l'excep-
tion du milieu où se trouvent quelques monceaux de terre,
plusieurs petits canaux secs, et de grandes excavations que
nous avons pris pour quelques bras ou canaux abandonnés.
de ce pays. Vous pouvez garder, sans inconvénient, le chef de bataillon
du génie Lazowski, qui vous est nécessaire. Le général Fugièrc, avec un
bataillon de la 18®, part demain ou ce soir pour Mehallet-el-Kebyr; il passe
par Qelyoub et il se rendra à Menouf, où il arrivera probablement le 21.
J'ai donné l'ordre qu'on embarquât sur une djerme du pain pour ce ba-
taillon pour quatre ou cinq jours; il se rendra jusqu'à Bl-Fara'ounyeh,
d'où l'officier qui escorte ces djermes fera porter ce pain à Menouf, Ce-
pendant, si vos fours sont achevés, il serait essentiel que vous fissiez pré-
parer du pain pour ce bataillon. J'ai donné ordre à ce bataillon de sé-
journer deux jours à Menouf; vous en profiterez pour opérer le désarme-
ment et tous les actes difficiles. — A mesure que vous aurez des chevaux,
donnez-les aux différents détachements de dragons qui sont sous vos
ordres, en tirant des reçus des officiers*. Bonaparte.
^ »Den ville*. La Jonquièrel. 144. Reproduction de la carte d'Egypte
par d'Anville (1765) dont Bonaparte se servit en 1798. Voir Registre Y:
Correspondance du chef de l'état-major du génie Detroye et du général
Caffarelh, commandant l'arme du génie : 4 août. Ordre à Lazowski recon-
naître l'état et former la carte de la province Menouf, études des canaux
et règlements y relatifs.
78 tiAZOVVSKI
11 y avait très peu d'eau, et nous les avons passés sans ba-
teaux.
Tout est bien cultivé, il y a beaucoup d'indigoterie, beau-
coup de grains et de cannes à sucre.
Les villages sont à Y^ de lieue et une Y2 lieue de distance
les uns des autres, on en découvre 12 à 15 dans l'horizon; ils-
sont un peu élevés au dessus de la plaine et la plupart envi-
ronnés de fossés secs ^
Les villages de la pointe seulement, ont encore paru vou-
loir inquiéter nos troupes; le peu qu'ils fournissent est à un
prix exhorbitant; ils ne prenaient la plupart, l'écu de 6 que
pour 10 à 12 parats, et leur ignorance leur faisait même pré-
férer des boutons. Ainsi il y a eu quelques dégâts pour les
vivres, mais le commissaire Reynier, qui doit être au Caire
actuellement, vous donnera à ce sujet, tous les détails que vous
pouvez désirer.
Plus nous sommes approchés de Menouf, plus nous avons
1 La Décade égyptienne I. (an VII p. 75—8). >Notioe sur la Topographie
de Menouf dans le Delta par le c. Carrié, méd.« Menouf, capitale du Mé-
noufiéh, est située sur le bord d'un canal autrefois navigable ... Ce canal
baigne les murs de Menouf du midi à l'ouest . . . Menouf est niai bâti:
on n'y voit que de très petites maisons, les rues sont mal percées . . .
il y a comparativement peu de ruines . . autour des murs de la ville,
il y a en quelque sorte une autre enceinte de monticules formés de dé-
bris et de terres transportées, et qui limitent tellement la vue qu'à l'est
et à l'ouest on n'apperçoit rien au delà, avant de les avoir dépassés.— En
arrivant par la porte du midi on trouve un canal où l'eau croupit, et qui
n'est distant de celui dont j'ai parlé ci-dessus que de deux ou trois toises;
cet intervalle sert de chemin pour se rendre dans la plaine. Vient ensuite
un santon situé sur une élévation au bas de laquelle, et tout près du grand
canal, il y a une vieille mosquée. A la droite ... en gagnant l'est, il y a
plusieurs bassins destinés à faire rouir le lin, et dont le voisinage est aussi
désagréable qu'il est peu sûr. Au sud-quatt-est est un cimetière, et à sa
droite des bassins destinés à l'usage ci-dessus énoncé. A l'est on trouve
encore de semblables bassins totalement dégradés et abandonnés, et rem-
plis en partie d'eau stagnante. Le nord n'offre rien de remarquable; on y
apperçoit seulement à côté d'un mauvais puits un petit bois de palmiers...
Le long de l'ouest, à quelque distance de la ville, coule le canal de Me-
nouf... on y remarque encore un cimetière et les ruines d'une vieille
mosquée qui renferme dans son enceinte des santons épars, environnés de
quelques arbres. Au sud-quart-ouest, est un autre bois de palmiers; il y a
aussi quelques santons . . . Menouf est environné d'eau pendant l'inondation
du Nil; mais elle y séjourne peu de temps... Cette ville est assez saine.
AU GÉNÉRAL CAFP^ARELLl 79
trouvé facilement du pain, et cette ville fournit abondamnaent
des vivres la colonne; mais la troupe qui n'a que de l'eau
et qui n'aime pas le pays, murmura beaucoup.
Menouf est une grande ville mal bâtie comme toutes les
villes turques. Elle est fermée d'un mauvais mur de 30 pouces
d'épaisseur, en briques. Il y a au moms 30 à 40 portes dans
toute la circonférence de l'enceinte.
Elle nous a reçus avec des démonstrations de joie mêlées
de crainte; l'habitant est extrêmement fourbe, voleur, et si l'on
ne met pas ordre à leur rapacité, la paye du jour du soldat
ne suffira pas au moindre de leurs besoins; on leur vend tout
20 fois plus cher qu'aux g-ens du pays, et je n'ai pas besoin
de vous [faire] observer, général, que si l'on veut reprimer
l'indiscipline du soldat qui est extrême, on doit ne pas les
mettre à même de crier justement; c'est un malheur, mais vous
trouverez dans tous les pays soumis au régime turc beaucoup
de méfiance, et tous les habitants accoutumés à être traités dure-
ment, très accoutumés, de même, à tromper et à voler comme
chose de droit. Ils n'entendent rien à la moralité, nien général
au calcul politique dont on se sert en Europe pour captiver le
vaincu. Toute politesse et complaisance est prise par eux pour
crainte ou faiblesse. Je suis bien éloigné de croire qu'on doit se
conduire comme les Turcs, mais je crois qu'une sérieuse sévé-
rité, dans ce pays, est aussi nécessaire que la justice.
J'ai remis au chef de l'état -major du génie le croquis de
l'affaire du 25, je ne joins dans ce moment aucun rapport sur
la marche de la flottille, parce que le citoyen Sanson qui était
avec moi, pourra vous satisfaire à cet égard. D'ailleurs la ma-
nière dont cette flottille a été conduite a été si opposée à ce
que l'on pouvait faire, que je ne paraissais que la critiquer en
vous en faisant la description.
j Je vous prie, Général, de me faire savoir, ou au général
îZajonchek, si le général en chef et vous avez déterminé le
poste que j'occupe actuellement.
Je suis dépourvu de tout, voilà pourquoi je vous adresse
les chiffons de papiers que je puis trouvera
1
j * Suit: > Croquis de l'enceinte de Menouf, que les magistrats de
|ville nous ont déclaré pouvoir contenir 15000 âmes«.
la
80 ZA.iACZEK
Zaj^czek au général en chef Bonaparte^.
Menouf, le 26 thermidor an Vl. [13 août 1798].
Le générai Fugière ^^ s'étant mis en marche pour sa pro-
vince, rencontra sur sa route, à une lieue environ, le village
de Ganireïn^ dont les habitants étaient sous les armes au haut
des murs, les portes de leur village fermées*. Le général,
étonné de ces dispositions, fait halte, mande aux habitantô
qu'ils aient à déposer leurs armes et à ouvrir leurs porteà.
D'après leur refus, le général Fugière m'invita à venir le join-
dre à ia tète de quelques troupes. Je me mis en route aus-
sitôt avec une compagnie de grenadiers, 4 sapeurs, 100 dra-
gons du vingtième^ et 6 dragons du quinzième à cheval. Pen-
^ Correspondance inédite... de Bonaparte... en Italie, en Allemagm'
et en Egypte (Paris, Panckoucke, 1819) I. 472—4. Datée faussement le
16 thermidor.
'' Voir Corr. IV. 2959. Au général Berthier, 3 août 1798. »Vous don-
nerez l'ordre au général de brigade Fugiere de partir, après -demain au
soir, avec le '6^ bataillon de la 18*" de ligne, hormis les grenadiers. Il se
rendra à Qelyoub, où est le général Murât: il n'y a que trois petites lieues
de chemin. Il traversera le Nil et se rendra à Menouf, où il se reposera deux
jours. — Il se rendra de là à Mehallet-el-Kebyr, capitale de la province de
Gharbyeh. — Le général Zajonchek mettra à sa disposition 100 dragons
à pied et, s'il en a, une quinzaine à cheval... Il se mettra de suite en
correspondance avec le général Vial, qui est à Damiette, et l'adjudant gé-
néral Bribes, qui est à El-Rahmânyeh, et le général Zajonchek, afin que,
s'il avait besoin de quelques-uns de ces généraux, pour les villages qui se
trouvent auprès de leur commandement, ils pussent l'aider comme il ai-
dera de tous ses moyens les officiers qui commandent les provinces voi-
sines .. . Vous préviendrez le général Zajonchek qu'il profite du séjour de
deux jours que fera le général Fugière, pour désarmer les habitants,
prendre les chevaux et les otages, et faire toutes les opérations qu'il ju-
gera nécessaires pour la tranquillité du pays« . . . Bonaparte.
^ »Remerich« (Panckoucke).
* Voir rapports de Fougière (Panckoucke) et du capitaine Ferrus (Là
Jonquière II. 327) datés le même jour; Reybaud III 323.
s La Jonquière II. 549—50. Le général en chef Bonaparte au géné-
ral Berthier, 25 août. >Vous donnerez l'ordre... au général Zajonchek d'en-
voyer à la disposition du général Murât, un escadron du 20« régiment de
dragons à Benha- el-Acel ; ce général se chargeant de le remonter et ayant
déjà remonté l'escadron du 20% qui était à pied . . .«
AU GENERAL EN CHEF BONAPARTE
81
dant ce temps un autre village contigu, nommé Tatah i, se
réunit au premier, et fit feu sur le bataillon de la dix neuvième,
de sorte qu'aussitôt mon arrivée, nous résolûmes, le général
Fugière et moi, d'attaquer sur le champ les deux villages -^. —
N'ayant point d'artillerie pour enfoncer les portes, nous fîmes
escalader les murs sous le feu des villages, dont les murs
étaient crénelés en partie. Au bout d'un quart d'heure^, les
villages furent emportés ; mais les habitants, toujours décidés
à la résistance, continuèrent à se battre dans les rues et dans
leurs enclos : on fut obligé de les forcer partout et de passer
par les armes tout ce que l'on rencontra. A peine pûmes-nous
faire sortir les femmes et les enfants pour les sauver; quelques-
unes de ces femmes se jetaient au coup des soldats pour les
étrangler; on fut obligé d'en tuer. On peut estimer à 4 ou 500
le nombre des paysans restés sur le carreau *.
Nous avons amené 30 prisonniers que je vais faire ques-
tionner, parce que de fortes raisons me font présumer que la
ville de Menouf est pour quelque chose dans cette affaire. Un
sapeur de la dix- neuvième a été tué. Trois grenadiers du
même corps, deux dragons du vingtième, six volontaires de la
dix-huitième et un officier sont blessés grièvement. — J'ai mis
en arrestation le divan de Menouf ^ auquel j'avais ordonné de
^ Panckoucke: Tetar.
' Fugière: »Zayonschek . . . me conseilla de faire une fausse attaque
de mon côté, pendant que du sien il tenterait l'assaut avec ses grenadiers.
Le chef de brigade Lefebvre se met à leur tête, fait enfoncer une de portes
par les sapeurs».
^ Ferrus: » Après un vif engagement, qui dura deux heures».
4 Fugière: »la mort de 4 à 500 habitants ayant effrayé les autres, ils
se sauvèrent dans les villages voisins» . . .
^ Corresp. IV. 3030. Au général Zajonchek, commandant la province
de Menouf. Quartier général, au Caire, 29 thermidor an VI. (16 août 1798).
»J'ai reçu... à mon retour de Sâlheyeh, votre lettre. J'espère qu'après les
avantages que nous avons remportés sur Ibrahim-Bey, que nous avons
poussé à plus de quarante heues et obligé de passer le désert de Syrie...
les habitants de votre province deviendront plus traitables. — Le général
Dugua qui doit être arrivé à Mansourah, se rendra lui-même à Mehallet-
el-Kebyr pour soumettre la province de Gharbyeh. Le général Fugière s'y
rendra dès l'instant qu'il saura que le général Dugua est en marche; cela
nécessitera quelques jours encore sa présence à Menouf. — Je n'ai pas vu
Les Polonais en Egypte. (5
82 ZAJACZKK
nommer un de ses membres pour accompagner le général
Fugière et la colonne jusqu'aux frontières de la province, ce
qu'il ne fit point : nos soldats d'ailleurs ont reconnu des habi-
tants de Menouf ; j'ai fait même arrêter le Copte Georgio \ in-
tendant de cette province et membre du divan : depuis son
arrivée, j'ai éprouvé partout beaucoup plus de résistance qu'au-
paravant. Le divan et lui n'ayant que des subterfuges à me
donner, j'ai pris le parti d'en composer un nouveau. Tous les
villages ont à peu près le même esprit, et tous plus ou moins
de moyens d'opposition; il faudrait aller de village en village
faire exécuter soi-même les ordres nécessaires au service de
l'armée et des détachements en particulier. Il faudrait pouvoir
les désarmer tous, leur ôter leurs portes, et abattre une partie
de leurs murs d'enceinte; mais dans ce moment le Nil est dé-
bordé, et bientôt l'on ne pourra communiquer qu'en bateau.
Nous n'avons pas encore les deux pièces de canon que vous
nous avez promises : j'ai fait fusiller sept des personnes que
nous avons amenées : les enfants et les vieillards ont été ren-
voyés. — Je n'ai rien pu découvrir sur le divan de Menouf,
et je lui ai rendu la liberté. — Abou-Cheir'^ auquel j'avais en-
voyé un pardon pour l'engager à se rendre à Menouf, n'y est
point venu; je vais employer tous les moyens secrets pour le
prendre.
avec plaisir la manière avec laquelle vous vous êtes conduit envers le
Copte; mon intention est qu'on ménage ces gens-là et qu'on ait des égarda
pour eux. Prononcez les sujets de plainte que vous avez contre lui, je le
ferai remplacer. — Je n'approuve pas non plus que vous ayez fait arrêter
le divan sans avoir approfondi s'il était coupable ou non, et de l'avoir
relâché douze heures après: ce n'est pas le moyen de se concilier un parti.
Etudiez les peuples chez lesquels vous êtes; distinguez ceux qui sont les
plus susceptibles d'être employés; faites quelquefois des exemples justes et
sévères, mais jamais rien qui approche du caprice et de la légèreté. Je
sens que votre position est souvent embarrassante, et je suis plein de con-
fiance dans votre bonne volonté et votre connaissance du cœur humain;
croyez que je vous rends la justice qui vous est due«. Bonaparte.— La Jon-
quière II. 466.
1 Giorgio-Seraxamoun {Corr. IV. 2868, 2910).
» Abou-Cha'yr {Corr. V. 3535, 3545).
AU GÉNÉRAL EN CHEF BONAPARTE 83
Zaj^czek au général en chef Bonaparte K
A Menouf, le 11 fructidor an VI. (28 août 1798).
Je n'ai jamais été aussi étonné, ni plus affecté de ma vie,
qu'en lisant la lettre que m'écrivit, le 9 fructidor, le général
jBerthier: non seulement je n'ai pas touché une somme de
12,000 talari pour contiibution sur la province dont vous m'avez
confié le commandement, mais je n'ai pas même eu l'idée de
donner aucun ordre qui pût ressembler à une contribution 2. —
Je vous fais cette déclaration pour toute réponse; et, comme
il vous est plus facile d'en constater la vérité, je désirerais,
pour toute satisfaction, que vous puissiez la recevoir aussitôt
que je vous l'écris. — Je ne pense pas que l'on puisse inter-
préter comme un ordre de faire contribuer la province de Me-
nouf, la réponse que j'ai faite aux représentations de l'intendant
copte. Ce fonctionnaire m'ayant demandé un jour comment on
fournirait aux dépenses de l'établissement de l'hôpital, de la
construction des fours, de la confection de licous et cordes né-
cessaires à la cavalerie, des traitements pour les agents des
services, des réparations indispensables que l'on fait à une ma-
sure de rnameloucks que j'ai prise pour mon logement, je lui
ai répondu que je pensais que la province y subviendrait, mais
^ Correspondance inédite... (Panckoucke) II. 32—5.
2 Voir ordres du jour du 22 et 28 août {Corr. IV. 3080). (Art. 1) »Tout
officier qui aurait frappé une contribution, et qui n'en rendrait pas de suite
'compte à l'état-major général, et qui n'aurait point versé les sommes per-
çues dans la caisse du payeur de l'armée, sera traité comme dilapida-
teur . . . (art. 7) Il est défendu aux commandants des provinces de rien exi-
ger des habitans, sous quelque prétexte que ce soit. Plusieurs prétendent
au traitement de kâchef, et, par là, ils auraient double traitement, ce
qui est contre nos lois*. [Corr. IV. 3093) »Le général en chef défend à
tous les commandants des provinces de frapper aucune espèce de con-
tribution en argent sur les habitants. Ils prêteront main -forte aux in-
tendants coptes pour la perception des contributions ordinaires du pays<...
Voir aussi E s t è v e : Mémoire sur les finances de l'Egypte depuis la con-
quête de ce pays par le sultan Sélime J**" jusqu'à celle du général en chef
Bonaparte. Kouchoufyéh=contribution due au bey ou kâchef, gouverneur
'de la province. Koulféh=contribution due pour la dépense du gouverneur
de la province et de sa maison.
84 ZAJACZEK
que je ne pouvais lui donner aucun ordre à cet égard: d'au-
tant plus que ses fonctions le mettaient à même, plus que
personne, de le tirer de cet embarras. «Aussi, me répliqua-t-il,
je demanderai dix talari à chaque village.» — Depuis ce temps,
l'eau a rendu les communications impraticables; je n'ai envoyé
personne dans les villages pour presser la remonte de notre
cavalerie \ et l'intendant copte ne m'a plus parlé de rien, — Dès
que j'eus reçu la lettre du général Berthier, je l'envoyai cher-
cher, pour m'informer de lui s'il n'avait pas fait servir les re-
présentations, qu'il m'avait adressées, de prétexte à l'accusation
portée contre moi, et j'ai eu la satisfaction d'apprendre de lui
qu'il n'avait touché que 60 talari, dont il avait l'emploi détaillé.
Ceci étant encore très facile à vérifier, il est inutile de vous
occuper de nouvelles explications. — On m'a encore accusé au-
près de vous, général, d'exiger 120 fr. par jour: j'ignore ce que
cela veut dire, à moins qu'on ne donne cette tournure à la
proposition que m'a faite la ville, de dix talari par jour pour
ma table, et que j'ai acceptée.
Je n'ai pas besoin de vous représenter, général, que, dans
un pays nouvellement conquis, l'orgueil blessé des anciens dé-
positaires de l'autorité les porte souvent à cabaler contre ceux
de qui ils dépendent directement. Je hasarde cette réflexion
près de vous, parce que, fier de la droiture de ma conduite,
je ne doute pas que telle est la source des plaintes qu'on élève
contre moi.
Au moment que je termine ma lettre, l'intendant cophte
vient me rappeler que la demande de vingt mulets que j'ai
faite, d'après vos ordres, pour le service de l'artillerie étant re-
gardée comme une contribution, que la ville de Menouf évalue
ridiculement à 2000 talari, d'après le rapport du cophte, est
peut-être le prétexte de la dénonciation qui vous a été adres-
sée. Je n'ai pas voulu m'humilier jusqu'à demander un certi-
ficat de ma conduite au divan; mais le cophte, de lui-même,
m'a remis une lettre pour le chef de sa religion, où, n'osant
vous écrire directement, il fait le détail de tout ce que j'ai
pu faire ici.
* Corr. IV. 3122 (répartition des 2000 chevaux dans toutes les provinces
de l'Egypte, Menouf taxée au nombre de 300).
AU GÉNÉRAL EN CHEF BONAPARTE 85
Depuis quelques jours, les trois villages qui avaient atta-
qué mon corps lors de notre marche vers la ville du Caire,
m'ont envoyé offrir chacun quelques centaines de talari pour
avoir leur pardon. Heureusement il n'y a encore rien de ter-
miné dans cette négociation; j'attendrais donc vos ordres, soit
pour la rompre, soit pour la conclure. Un de ces villages est
tout récemment soupçonné, et avec beaucoup de probabilité,
d'avoir assassiné un domestique français, et d'avoir volé des
grains provenant des mameloucks, et appartenant à la ré-
publique ^
1 Gorr. IV. 3193. Au général Zajonchek, à Menouf. Quartier général, au
Caire, 13 fructidor an VI (30 août 1798): »Je suis fort aise d'apprendre
par votre lettre que la dénonciation que l'on m'avait faite sur la contri-
bution que vous aviez imposée est fausse. Vous devez m'envoyer les noms
des villages qui ont tiré sur nos troupes lors de notre marche au Caire;
vous ne devez leur accorder le pardon qu'à condition,
1^ De vous rendre les armes;
20 De vous donner le nombre des chevaux et mulets qu'ils peuvent
fournir;
30 De vous remettre, chacun, deux otages pour garantir leur conduite
à l'avenir. Vous m'enverrez un otage au Caire.
Conformément à la demande que vous avez faite de revenir au Caire,
j'ai nommé le général Lanusse pour vous remplacer. Vous mènerez avec
vous la plus grande partie de vos troupes, conformément à l'ordre que
vous en aura donné l'état-major. Avant de partir, faites un croquis de tous
les canaux et de tous les villages qui composent la province de Menoufcc.
Bonaparte. (La Jonquière IL 553).
Corr. IV. 3153. Au général Berthier, 28 août 1798. »Vous donnerez l'or-
j dre au général Lanusse, dès l'instant que son opération (voir Corr. 3105)
sera terminée, de se rendre à Menouf, avec son bataillon, pour y prendre
le commandement de la province. — Vous donnerez l'ordre au général Za-
jonchek de s'embarquer sur les mêmes bâtiments qui porteront le général
Lanusse, et de se rendre à Boulâq avec les grenadiers de la 19^ et tous les
différents détachements de cavalerie qui sont sous ses ordres, hormis le 18«
de dragons. — Son commissaire des guerres et ses différents agents d'ad-
ministration resteront à Menouf. — Le général Zajonchek restera trois jours
avec le général Lanusse pour le mettre au fait de la situation de la pro-
! vince et la lui faire connaître; il lui remettra tous les ordres qu'il aurait
1 reçus relatifs à l'organisation et à l'administration de la province»... Bo-
i naparte.
86 sul,KOA^^SKI
Sutkowski : Description de la route du Caire à Salehhyehh
Au Caire, le 16 fructidor an 6^
L'Egypte est le pays de l'Afrique qui a le plus fixé l'at-
tention du monde littéraire. Une foule de voyageurs y est allé
chercher les vestiges de son ancien splendeur; un peuple
maliseureux et barbare s'est constamment opposé à leurs re-
cherches. Les fouilles devinrent impossibles à l'antiquaire; le
naturaliste craignait de parcourir les campagnes, le géographe
n'osait se servir de ses instruments : aussi l'œil curieux de
l'Européen n'a-t-il fait qu'effleurer les bords du Nil, et au delà
de ses rives nous ne connaissons presque rien ^
Mais la conquête de l'Egypte ouvre aux lettres un champ
nouveau. Toutes nos notions sur cette contrée intéressante
vont s'agrandir successivement: il suffira même de l'esprit in-
vestigateur qui nous électrise, et surtout du besoin, pour indi-
quer le chemin des découvertes aux diverses branches des
sciences. Or celle qui la première peut s'enrichir de nos tra-
vaux, c'est la géographie. Conquérir, c'est parcourir et con-
naître. Les Français ont à peine porté dans de nouveaux cli-
mats la terreur de leurs armes, qu'ils se hâtent d'utiliser
jusqu'aux apprêts de la victoire, d'en faire hommage aux arts.
Le dessin rapide des localités, leur rapport avec les mouve-
ments militaires, servira désormais à guider les pas du négo-
ciant; peut être à étendre l'industrie du laboureur.
^ Publiée dans »Z>a Décade égyptienne,, journal littéraire et d'économ^
politique<^, premier volume p. 19—28. Voir: y> Mémoires sur l'Egypte, publié
pendant les campagnes du général Bonaparte, dans les années VI et Vil
(Paris, an VIII), p. 40—53 (annotée par Langlès, membre de l'Institut), vo^
aussi Hortensius de S* -Albin: J. Suikowski, mémoires historiques, pt
litiques et militaires... (Paris 1832), p. 174—186 (pièces autographes) Un
plagiat de cette description dans les Mémoires sur Vexpédition d'Egypte,
par Jean-Gahriel de Niello-Sargy, officier de correspondance, attaché à l'état-
major général (Mémoires secrets et inédits pour servir à Vhistoire contem-
poraine... recueillis et mis en ordre par M. Alph. deBeauchamp. Pa-
ris 1825, I) p. 99-110.
2 2 septembre 1798.
' Browne I. XV-XVI, XIX-XX, 28; Volney V, 12, 235.
DU CAIRE A 8ALEHHYEH 87
La route que trois divisions^ de l'armée viennent de par-
courir à la poursuite d'Ibrahim-Bey, était inconnue jusqu'à nos
temps. Depuis les croisades, nul Européen n'a parcouru ces
provinces. Ni Pockocke ^ dans ses nombreux voyages, ni Nié-
buhr^ qui déploya tant de constance dans ses recherches, ni
Norden* qui peignit i'Egfvpte avec tant de détails, n'ont osé y
pénétrer. La description de cette étendue de terrain étant donc
absolument neuve, elle peut avoir quelques droits à la curio-
sité du public.
On sort du Caire ^ par la porte de Nassr [Bâb én-nassr,
la porte de la Victoire]. Le désert est le premier objet qui
frappe votre vue; ses limites arides viennent ceindre les mu-
railles de la ville, après avoir encombré une partie de ses fau-
bourgs. Des groupes de maisons désertes se dessinent au mi-
lieu de cette plaine blanchâtre. Le plus considérable de ces
endroits se nomme la Qoubbéh ^ [èl-Qoubbet êl-a'adelyéh, le
dôme ou la coupole de la justice]. C'est une mosquée en-
tourée d'édifices réguliers, bâtis en pierre, et précédés de
galeries.
A une lieue de la Qoubbéh on rencontre le viîlaee d'èl-
1 Reynier, Dugua et Lannes, Voir La Jonquière II. p. 343-88: Les
opérations contre Ibrahim-Bey.
* Pockocke Richard (1704— 1765), auteur d': y>A Description of the
East and some other Countries* (London, 1743—5) dont la traduction fran-
çaise parût en 1772—3 {r> Voyage de Pococke en Orient, dans VEgypte,
VArabie, la Palestine, la Syrie, la Grèce, la Thrace etc.«).
I 'Niebuhr-Karsten (1733 — 1815) : y> Flora aegyptiaco-arahica, sive de-
\ scriptiones plantarum quas per Aegyptum inferiorem et Arabiam Felicem
detexit Petrus ForskdU (Hauniae, 1775); »Descriptiones animalium, uvium,
amphibiorum etc. quae in itinere orientait observavit Petrus Forskdl; post
mortem auctoris edidit Carst-NiebuJirt (Hauniae, 1776); ^Icônes rerum na-
turalium quas in itinere orientali depingi curavit Petrus Forskdl; post
mortem autoris edidit... <^ (Hauniae, 1776).
* Frédéric Louis Norden (1708—1742); son Voyage d'Egypte et de
Nubie (Copenhague, 1755), traduit en français par Des Roches de Parthenais.
8 Voir les extraits de la Carte topographique de VEgypte, levée par les
Ingénieurs géographes (La Jonquière IL 102, 182, 350) : Basse Egypte, En-
virons du Caire, Combat d'El-Khanqah. Voir aussi: La Jonquière V. 36:
Opérations dans la basse Egypte (mars à août 1799), d'après la carte hy-
drographique de Jacotin et Gratien le Père.
« El-Qobbet.
88 SULKOWSKI
Mattaryéh ^. L'obélisque que l'on y aperçoit indique les ruines
de l'ancienne Héliopolis. On s'occupe maintenant à des fouilles
qui pourront nous en découvrir des restes plus intéressants.
Le village d'êl-Marg^ qui se trouve derrière celui-ci, se
voit de loin à cause des arbres qui l'entourent; plusieurs mil-
liers de palmiers plantés en quinconce ombragent ses huttes
délabrées.
Cette route, qui est celle que les caravanes suivent pour
se rendre en Syrie, étonne l'Européen par ses sites bizarres;
elle semble tracer la limite entre l'Egypte et le désert. Les
sables sont toujours à votre droite, les terres cultivées cons-
tamment à votre gauche: la vue se perd sur les uns, elle
s'arrête sur les autres. Plus on avance, plus l'Egypte est om-
bragée; on distingue à peine les villages au milieu de ces
énormes amas de dattiers. Les beaux sycomores ne sont pas
rares, et presque partout l'on rencontre de vastes enclos rem-
plis d'acacias et de citronniers. Mais que l'on se garde bien de
toute illusion au tableau de ces bosquets: ni la verdure, ni les
fleurs, ni les ruisseaux n'égayent leurs alentours. Le pied de
ces arbres charmants dans nos contrées touche ici un argille
gercé, et l'aspect d'une pauvreté hideuse les entoure.
Mais si l'œil se réjouit en fixant d'un côté une végétation plus
active, la réflexion détruit cette impression momentanée; car
l'on voit en même temps le contour du désert empiéter sur
les bonnes terres; l'on aperçoit sur ces coteaux nus des cou-
poles, des maisons abandonnées; l'on rencontre à chaque pa&
les traces du labourage presque effacées par le sable, pendant
que l'on chercherait en vain une seule partie de la lisière aride
rendue à la culture.
Du village d'êl-Marg on distingue au loin l'endroit nommé
èl-Khanqah qui passe pour être un des plus considérables du
pays. Dans l'entre-deux de ces villages est un bois touffu; il
occupe le sommet d'un plateau dont la pente s'abaisse vers le
désert, et se termine au fameux lac Berket-êl-Hadj ^ [le lac des
1 El-Matarieh.
2 El-Merg.
3 Berket-el-Haggi.
DU CAIRE A SALKHHYEH 89
pèlerins]. Ce n'est plus aujourd'hui qu'une masse desséchée,
cernée de plusieurs rangs d'arbres.
Le local que je viens de décrire paraît correspondre à celui
qui contenait autrefois la branche Pélusiaque. C'était la plus
orientale de toutes les bi-anches du Nil, celle qui s'avançait
vers le désert, et qui probablement a disparu sous ses tour-
billons dévastateurs. On ne voit plus la moindre trace de la
masse d'eau qu'elle charriait, pendant qu'à peu de distance en
arrière, des canaux existent encore sur l'emplacement de ceux
qui coulaient vers l'embouchure Mendésienne.
Le passage fréquent des caravanes a été certainement le
principe de l'accroissement d'êl-Khanqah. Ce qui existe de
cette ville dont les trois quarts sont convertis en décombres,
indique un reste d'aisance, et même du soin: c'est le pre-
mier endroit de l'Egypte où j'ai vu une rue alignée au
cordeau.
Passé êl-Khanqah, l'on ne rencontre qu'une suite de vil-
lages ^ qui n'ont rien de remarquable, et au bout de sept heures
de chemin, l'on arrive à Belbeys^ qui est la seule ville qui se
trouve sur cette route.
Belbeys, que l'on croit être l'ancienne Bubaste, ne contient
que des maisons délabrées, et des habitants misérables; elle
occupe à peine le tiers de ses dimensions précédentes, comme
il est facile de le voir par la trace des remparts qui subsiste
encore. Cette ville, il y a six siècles, était le seul boulevard de
l'Egypte du côté de la Syrie. Elle opposa une résistance vi-
goureuse aux attaques d'Amauri^, roi de Jérusalem, et son en-
ceinte contenait assez de richesses pour occuper pendant trois
jours son armée au pillage. Cet événement assez commun
au premier coup-d'œil, a peut être été la principale cause de la
ruine des Latins dans la Palestine. Jusqu'alors la valeur de
nos chevaliers avait eu pour appui l'austérité des mœurs, et
une probité sans tache: leurs nombreux ennemis les res-
pectaient, et se montraient même jaloux de les imiter. Mais
1 Abou-Zaabel, El-Menaïr, El-Zawarael, Choulieh (La Jonquière II.
351—2).
2 Belbeis.
3 Amaury.
90 SlLKOWSKI
Amauri en envahissant l'Egypte contre la foi des traités, en!
s'en éloignant pour quelques semmes d'argent, détruisit au}ç
yeux des Musulmans le prestige de la vertu des Francs. Les
Turcs n'eurent plus de honte de joindre la perfidie à l'ii^,
mensité de leurs forces; et la faiblesse des croisés s'accroiti-
sant par la corruption, les mit hors d'état de retarder leur
chute.
Au sortir de Belbeys, le pays paraît plus fertile qu'à l'or-
dinaire. Les villages se succèdent sans interruption, et se lient i
entr'eux par leurs vergers; les fontaines sont plus fréquentes,
ainsi que les coupoles isolées. Mais ces sites disparaissent sitôt
que l'on a dépassé Souah; toutes les terres cultivées semblent
fuir la gauche, et il faut traverser trois lieues de désert,
jusqu'à Qorayn^, à moins d'entreprendre un détour conr
sidérable.
On appelle Qorayn un bois assez vaste qui contient huit
ou dix hameaux avec leurs jardins. Cet endroit jouit d'une ré-
putation dans le pays à cause de son château. Certainement j
nul Européen n'attacherait une idée de place forte à un amas
de maisons entouré d'une muraille de terre où l'on entre par i
une porte qui n'a pas même de verroux; mais dans ce pays-ci ■
ces défenses suffisaient pour convertir une enceinte quelconque
en un asyle inexpugnable que des hommes à cheval, armés
de lances, n'auraient jamais entrepris de violer.
De Qorayn il reste encore six lieues à faire pour arriver à
Salehhyéh^. Pendant la moitié de cette route, l'on côtoie
quelques villages, mais bientôt on les quitte pour s'enfoncer
dans des landes incultes qui durent jusqu'au lieu de votre des-
tination.
Salehhyéh, sans avoir ce genre d'agrément que procurent
les jardins touffus de Qorayn, est beaucoup plus vaste: un
bois qui a plus de deux lieues de long enclave une dixaine de
villages, ainsi qu'une belle mosquée bâtie en pierre ^
Les Arabes nomment tous ces bois isolés, des îles [gezyret]
* Koraïm.
2 Salheyeh.
' Voir dans La Décade égyptienne III. p. 96—100: Notice sur la topo-
graphie physique et médicale de Ssalehhiéh, par le c. Savaresi, médecin ord.
DU CAIRE A SALEHHYEH 91
faisant allusion aux teires non végétables qui les entourent, et
qui leur offrent aussi peu de ressources que l'onde qui cer-
nerait une terre habitée.
Le nom de Salehhyéh dérive de celui de Melek-Ssalèhh,
ce sultan fameux que nos auteurs nomment Saladin i. C'est
lui qui le premier fixa l'attention de l'Egypte sur ces ha-
meaux écartés.
. L'expérience avait fait connaître à ce prince guerrier l'in-
suffisance des remparts de Belbeys; il sentait également le
<ianger qui menaçait Damiette, si les croisés l'attaquaient, et
il ne voulut plus qu'on pût ébranler l'existence de son empire
par l'issue d'un seul siège. Avoir une place forte sur les flancs
de l'ennemi qui remonterait la branche de Damiette, et arrêter
au sortir du désert l'armée qui viendrait de Syrie, a été le but
que Saladin se proposa en construisant une forteresse sur le
local de Salehhyéh.
C'est absolument la dernière lisière des terres cultivées de
l'Egypte. Au sortir de ces bois, commence i'istme de Souez; il
faut dès lors parcourir cinquante lieues avant de rencontrer
un endroit habité; durant tout cet espace le voyageur ne
marche que sur un sol nu, et ne rencontre que sept fois des
puits d'eau saumâtre et peu abondante.
Nos recherches furent inutiles pour trouver les vestiges de
cette forteresse de Melek-Ssâlèhh; et la tradition de son em-
placement ne s'est pas même conservée.
Après avoir donné une idée générale des endroits que l'on
j traverse dans une espace de vingt-cinq lieues, il faut jeter un
jcoup d'œil sur le sol et les habitants.
La caste prépondérante dans ces contrées, sans être la plus
nombreuse, est celle des Bédouins. Leurs camps sont tendus
à côté des villages de l'Egypte; car ils choisissent toujours de
préférence le sol où ils régnent, les sables du désert. Ces
? Arabes m'ont paru être plus opulents que tous ceux que j'avais
I vus précédemment le long des rives du Nil. Il est vrai que
j mille ressources s'offrent ici à leur industrie; tantôt ils tra-
I fiquent avec le produit de leurs troupeaux, d'autre fois ils
I rançonnent ou escortent les caravanes; plusieurs cultivent la
» 1137—1193.
92 SULKOWSKI
terre, et tous s'adonnent par goût à la branche la plus lucra-
tive de leurs revenus, celle de piller tout ce qui est hors de
l'arrondissement de leurs tribus. Leurs cabanes paraissent dif-
férentes de ces tentes basses où s'accroupissent les Arabes de
Damanhour; les parois de ces huttes-ci sont d'un fort tissu de
joncs, et la tente toujours spacieuse ne couvre que le milieu.
Dans l'intérieur règne une sorte d'abondance, relative toutefois.
Le lait, le riz, l'orge n'y sont pas rares, les ustensiles y sont
nombreux, et souvent l'on y trouverait enfouis des ballots pré-
cieux enlevés à des voyageurs imprudents.
Ce degré d'aisance influe sur leur moral: quoique bien équi-
pés, aux armes à feu près, qu'il leur est difficile de se procurer^
on les voit rarement se mesurer avec leurs ennemis. Ils
traitent avec les Mamlouks, et ménagent l'habitant, ne se ser-
vent de la violence qu'au défaut de la perfidie, et ne mettent
aucune honte à fuir précipitamment le danger. Aussi à notre
arrivée, un de nos cavaliers en chassait plusieurs devant lui.
Cette lâcheté nous frappa, car elle contrastait trop avec le cou-
rage des Bédouins qui avoisinent la branche de Rosette, et
que l'on avait vus chercher jusques sous nos fusils un butin
incertain.
Le fellah, l'habitant de la Charqyéh \ me parut moins mal-
heureux que celui des bordes du Nil: il y a des nuances, même
dans la misère! La culture seule prouve déjà que ses produits
ne sont pas tous absorbés par le propriétaire qui réside au
Kaire.
Jusqu'alors dans notre marche vers cette ville, nous n'a-
vions vu que des champs immenses entr'ouverts par des cre-
vasses, qui, sans enclos comme sans sillons, paraissaient n'avoir
été labourés que d'une main indifférente, et la seule crue du
Nil les arrosait une fois l'an. Ici c'est l'opposé; chaque morceau
de terre montre le soin du laboureur: les puits sont entrete-
nus, des rigoles élevées avec précision conduisent leur eau
dans les campagnes, et une immensité de carrés factices, cer-
nés d'un rebord, la conservent sur les champs arrosés.
On pourrait ajouter encore d'autres observations à celles de
la culture des terres, citer cette immensité de dattiers dont
Charqiéh = l'orient.
DU CAIRE A SALEHHYEH
93
<5hacun a son filet d'eau, ces vergers spacieux, ces villages en-
tourés d'un mur carré, pour peu qu'ils soient proches du dé-
sert, enfin cette vive sollicitude qui était peinte dans les regards
des habitants à notre approche, bien éloignée de cette apathie
qui suit l'extrême indigence, et que nous avions remarquée
dans les autres lieux de notre passage.
Mais à quoi attribuer cette amélioration dans le sort du
cultivateur? la doivent-ils aux consommations des caravanes?
est-ce le seul commerce qui la leur procure? je ne le présume
pas, et j'indiquerai plutôt pour cause l'éloignement de leurs
oppresseurs. Les Mamlouks rançonnaient avec sécurité les en-
droits situés sur les bords des canaux navigables, et les eaux
du fleuve charriant avec rapidité ces arrêts spoliateurs épar-
gnaient même la fatigue aux émissaires du gouvernement.
Mais ici pour parcourir une vingtaine de lieues par terre, il
fallait des apprêts plus difficiles, des satellites plus nombreux:
quelques hommes ne suffisaient pas pour maîtriser cette foule
de villages dont le local est étroit, et ces camps arabes gar-
nis de combattants. S'y établir avec une suite considérable,
c'était quitter le Kaire; et multiplier ses forces par une acti-
vité constante, ne pouvait convenir à la mollesse des Mamlouks.
Les Beys propriétaires de la Charqyéh forcés d'opter entre un
revenu moins abondant mais plus sûr, ou l'espoir des vexa-
tions accompagné de danger et de travail, préféraient le repos.
Leurs premiers besoins étaient le luxe, les jouissances; et les
habitants des bords de ce désert trouvaient dans les vices de
leurs maîtres un refuge contre leur tyrannie.
P. S. Je mets à la suite de cette description une approxi-
mation de distances respectives, et de la population des en-
droits cités: cela peut servir à mieux fixer les idées que l'on
peut avoir sur ces contrées, jusqu'à ce que des observations
plus exactes rectifient les miennes.
El-Qoubbéh, village désert, à une demi-lieue du Kaire.
El-Mattaryéh, 500 habitants, à une lieue de la Qoubbéh.
*, El-Marg, 800 habitants, à une lieue et demie d'êl-Mat-
tariéh.
El-Khanqah, 1000 habitants, à une lieue et demie d'êl-Marg.
El-Menyéh, deux hameaux, à deux lieues et demie d'êl-
ÏChanqah, à peu près 1000 habitants.
94 ZA.TACZEK
Belbeys, 800 chefs de famille, ce qui clans l'Orient, vu le
nombre des femmes, peut être mis à six têtes par famille^
donnant à peu près 5000 habitants: cette ville est à cinq lieues^
d'êl-Menyéh.
Souah, 800 habitants, à quatre lieues de Belbeys.
Qorayn, à 3 lieues de Souah, 8 à 10 hameaux qui peuvent
contenir 4000 habitants.
Salehhyéh, à six lieues de Qorayn, une quinzaine de ha-
meaux, 6000 habitants.
Il existe beaucoup d'autres endroits intermédiaires, mais
nous les avons traversés si rapidement qu'il a été impossible-
de faire la moindre remarque.
Zaj^czek au général Desaix à Ellahoan ^
(Beni-Souef) le 19 vendémiaire an VIP^ à 8 h. du soir
(10 octobre 1798).
J'ai reçu ordre de venir commander la province de Beni-
Souef 2. Je m'y suis rendu avec d'autant plus d'empressement
que l'honneur de servir sous vous m'est infiniment flatteur.
Je n'ai point emmené de troupes avec moi et n'en ai trouvé ici
que quatre vingt cavaliers démontés^ et quarante fantassins
de différentes demi-brigades.
Je demandai au général Berthier, lorsque je reçus de lui
l'ordre dont j'ai l'honneur de vous remettre ci -joint la copie,
* Ms. de la bibliothèque d' OssolinsM à Léopol (Galicie), n° 2582, minutes.
^ Corr. V. 3421. Napoléon à Berthier (4 octobre 1798): Je vous prie...
de faire partir, avec les hommes de cavalerie qui vont à Beny-Soueyf, le
général Zajonchek, pour prendre le commandement de cette province...
Le général Zajonchek continuera d'être sous les ordres du général Desaix;
ce qui ne l'empêchera pas de correspondre directement avec moi pour me
mettre au fait de tous les événements de la province.
* Corr. V. 34-13. Bonaparte au général Berthier, 3 octobre: »Je vous
prie... de donner l'ordre à 30 hommes du T" de hussards et à 15 hommes
du 22* de chasseurs à pied, à 30 hommes du 20^ de dragons, tous à pied,
sous les ordres d'un officier supérieur de cavalerie, de se rendre à Beny-
Soueyf pour y prendre tous les chevaux que le général Desaix va y en-
voyer, et de les faire filer au Caire dès qu'il y en aura dix de montés*...
AUX GÉNÉRAUX DESAIX ET BONAPARTE 95
si je trouverais des troupes à Beni-Souef. Il me répondit que
j'en trouverais positivement et que dans le cas contraire je
m'adressasse à vous pour en recevoir. Comme vous connaissez
mieux que moi, Général, l'état et la situation de cette province,
veuillez bien me faire connaître vos intentions relativement à
la force armée que vous croirez nécessaire d'y employer ainsi
que vos instructions pour ce qui est des autres de ma mission.
Zaj^czek au général en chef Bonaparte au Caire ^
(Beni-Souef) 2 le 19 vendémiaire an YW^^ (10 octobre 1798)3.
Je suis arrivé à Beni-Souef le 18 au soir; j'y ai trouvé la
galère* la Coquette commandée par le capitaine Morandy. J'y
^i trouvé une ambulance avec 50 malades et le médecin de-
stiné à les soigner, plus malade que tous; j'y ai également
trouvé le citoyen Dumaret, capitaine de la 69 demi-brigade ^,
que le général Desaix a envoyé pour commander la province;
cet officier^ s'est rendu à Beni-Souef sur la galère et n'a em-
mené avec lui aucune force de terre. Je viens d'en demander
au général Desaix qui est à Ellahoun, distant^ à 4 heures de
marche de Beni-Souef. — Dans la nuit du 19 au 20 nous avons
I reçu de ses nouvelles. Il parle dans la lettre d'une victoire rem-
I portée le 16 s, mais n'en donne aucun détail.
I La province ^ de Beni-Souef offre un aspect d'un pays un
I peu 10 plus varié que celui du Delta, mais il l'en faut de beau-
coup qu'il ait l'air aussi riche ni aussi peuplé que le premier.
1 Ms. Oss. 2582.
2 Comme tant d'autres, ce nom subit des altérations diverses; on le
trouve écrit: Beny-Soueyf {Correspondance, Estève), Béni-Soûîf [Carte de
Jacotin), Beni-Souef (La Jonquière).
; ' Lire: 20 vendémiaire, 11 octobre.
I ^ demi-galère (La Jonquière III. 194).
6 Lire: 21« légère (La Jonquière IIL 221, 698, 701).
« Biffé: militaire.
7 Biffé: situé.
« Victoire de Sédiman (Sedment-el-Gebel).
9 Biffé: le pays.
10 Biffé: beaucoup.
96 ZAJACZEK
I'.
On a de la peine à distinguer les villages que l'on rencontre
sur les deux bords du Nil, ce sont des huttes construites ^ de
roseaux extrêmement ^ basses. La ville de Beni-Souef a tout
au plus l'air d'un ^ village et on a de la peine à trouver ua
endroit pour se reposer dans ce chef lieu de la province. J'ai
été forcé de me loger sous une tente au bord du Nil. Quant
aux habitants, l'on s'est trompé beaucoup lorsqu'on les annonce
pour si doux^ et si honnêtes. Ils répugnent à tout ce qui est
fourniture des vivres ou autres choses, et ceux de Minieh ont
attaqué le détachement que la galère avait envoyé pour cher-
cher des vivres pour les malades; il y a eu quatre hommes
des nôtres de tués et plusieurs blessés^. Je puis me tromper,
mais je regarde ces gens-là plus prompts à^ s'insurger que
ceux du Delta, parce qu'ils sont plus pauvres. Rien n'est encore
organisé dans la province. J'attends l'arrivée de l'intendant
cophte qui est, dit-on, au Caire, pour procéder à la formation
d'un divan l
1 Biffé: bâties.
* Biffé: tellement basses qu'on a de la peine à les distinguer.
' Biffé: d'un mauvais.
4 Biffé : que . . . pour être si bons.
5 La Jonquière III. 222: Donzelot à Berthier, 10 octobre. »...Un aviso
croise à la hauteur de la province de Minieh. Il était chargé de protéger
notre ambulance. Un jour, il avait été mis à terre une partie du détache-
ment d'escorte, pour acheter à Minieh ce dont il avait besoin. Quelques
hommes ont voulu prendre sans payer, et, par cette infâme action, ont ex-
cité parmi les paysans du marché une insurrection dont les suites eussent
été plus funestes, si les habitants de cette ville n'avaient pas pris nos sol-
dats sous leur protection. Néanmoins 5 ont été tués et 8 blessés... « Ordre
du jour de la division Desaix, 3 octobre. La Jonquière III. 228. Desaix
à Bonaparte, le 26 octobre: »Le commandant du Cerf a dû vous rendre
compte de la manière dont ils ont été traités dans la partie supérieure de
l'Egypte; ils ont été attaqués dans plusieurs endroits et ont couru plus
d'un danger...*.
6 Biffé: à une insurrection.
' Biffé : Le général Desaix recommande beaucoup la d . . . —Voir la lettre
de Donzelot à Berthier, 10 octobre. »A notre passage à Beni-Souef... le
général Desaix avait ordonné à l'intendant général de la haute Egypte de
laisser dans cette ville l'intendant copte destiné pour cette province, afin
qu'il pût s'occuper de l'évacuation des grains. Mais, pendant notre course
sur Siout, Mourad-Bey a envoyé des Arabes avec deux Mameluks à Beni-
Souef, pour s'emparer de nos agents et piller. A leur arrivée, le cheik a
AU GÉNÉRAL DESAIX 97
Je suis ici seulement avec les 75 hommes de cavalerie avec
lesquels je me suis embarqué à Boulak.
Zajî^czek au général divisionnaire Desalx à Ellahoun \
(Beni-Souef), le 22 vendémiaire, 4 h. du soir (13 octobre 1798).
Votre ordre du 20 m'a été remis le 22 courant, à 4 heures
après midi. Je pars demain, à la pointe du jour, pour me
rendre à El-Zawieh^. Il m'a été impossible de mettre plus de
célérité dans ce mouvement à cause que la nuit est sombre
et que les (bateliers ^) (ne) voulaient pas partir ce soir. Je
mettrai tous mes soins pour réparer la digue que vous m(e;
recommandez, qui se trouve entre le village de Kars Schouf
daoué (?) et Commobodari (?). — J'ai donné ordre d'emmener
avec nous 6 maitre-maçons de Beni-Souef, ainsi que vous le
désirez. — Le capitaine Dumaret m'a instruit qu'il y a des
bâtiments de guerre qui croisent à la hauteur de Miniet* et
de Siout. Je vous envoie les seules nouvelles que nous en
avons reçues. — Quant aux hommes du pays qui pourraient
les mieux convenir à l'organisation de la province, je crois
-que l'intendant copte est le seul qui soit en état de faire ce
choix. Le capitaine Dumaret aussi bien que moi et tous ceux
<jui ne parlent point la langue du pays, ne peuvent juger de
la capacité des sujets que sur les apparences et par consé-
quent très imparfaitement. — J'ai reçu ici mille paires de sou-
liers pour votre division que j'ai remis au commissaire de
guerre Colbert.
pris la fuite, ainsi que l'intendant copte, dont la présence devient indispen-
sable dans cette province. Il est allé au Caire; le général Desaix vous prie...
de lui faire enjoindre de se rendre le plus promptement possible à Beni-
Souef; puisque le général Zayonchek doit y commander, ayant des dra-
gons à ses ordres, il n'a aucun danger à courir. D'ailleurs nous avons à
cette hauteur une demi-galère, notre ambulance et un détachement...».
(La Jonquière III. 221).
1 Ms. Oss. 2582.
2 Zaoué dans le texte original, El-Zâouyeh dans la Correspondance.
' Mot illisible à cause d'une déchirure dans le manuscrit.
* Miniet ou Minieh qui remplace l'antique Mounât-Khoufou ou »Nour-
rice de Chéopsa (Reclus: Nouvelle géogr. univ. X. 563). , .
Les Polonais en Egypte. 7
98 /AJAOZEK
Zaj^czek au chef de bataillon Lequoy ^
(El-Zawieh), le 23 vendémiaire an VII (14 octobre 1798).
Vous voudrez bien ordonner que le détachement qui doit
partir pour Ellahoun, prenne soixante cartouches par homme.
Vous voudrez bien en faire un bon qui sera visé par le chef
de bataillon Dorsenne. Si parmi le nombre de volontaires com-
P'»sant le détachement il y en a qui soient déjà munis, vous
ferez seulement compléter le nombre de soixante. Vous trou-
verez ci-enclus le mot d'ordre et de ralliement.
Zaj^czek au général divisionnaire Desaix^.
(El-Zawieh), du 23 vendémiaire an Vil (14 octobre 1798).
Je me suis rendu à El-Zawieh aujourd'hui à midi; une demi
heure après le chef de bataillon Dorsenne a paru avec der
petites barques, les grandes ne sont pas encore arrivées. Nous,
ferons ce que nous pourrons pour les expédier cette nuit^ avec
des provisions pour Ellahoun.
La digue est rompue par les Mameluks et n'est point prati-
cable dans ce moment ci; je vous en donnerai des détails
plus amples, quand j'aurai été sur les lieux. Je vous mande
en attendant ce que j'ai pu en apprendre par les gens du pays.
Zaj^czek au chef de bataillon Lequoy *.
(El-Zawieh), le 23 vendémiaire an VII (14 octobre 1798).
Vous voudrez bien partir demain matin, 24 courant, à la
pointe du jour avec toute l'infanterie qui doit joindre la divi-
sion Desaix, pour vous rendre à Ellahoun, où se trouve la ditfr
» Ms. Oss. 2582.
« Ms. Oss. 2582.
* Biffé: de suite.
^ Ms. Oss. 2582.
A LEQUOY, DESAIX, COLBKRT KT A MORANDY 99
division Desaix, et y accompagner un convoi de provision que
vous protégerez de tous les nrioyens possibles. Surveillez
exactement l'embarquement pour que vous puissiez mettre à la
voile au plus tard à six heures du matin.
Zaj^czek au commissaire de guerre Colbert \
(El-Zawieh), le 23 vendémiaire an VII (14 octobre 1798).
Je donne ordre au chef de bataillon Lequoy de partir de-
main matin 24 courant à la pointe du jour pour se rendre à
Ellahoun 2, où se trouve la division Desaix et y accompagner
le convois de provision destiné pour cette division. Veuillez,
je vous prie, faire toutes les diligences possibles pour que l'em-
barquement des dites provisions soit fait de suite ^ et que cet
officier puisse mettre à la voile au plus tard à six heures du
matm.
Zaj^czek au citoyen Morandy, commandant la galère
„la Coquette'''^.
(El-Zavvieh), le 24 vendémiaire an VII (15 octobre 1798).
Vous voudrez bien envoyer votre canot armé, commandé
par le citoyen Morandy, qui se rendra à l'embouchure du ca-
nal d'Abousir ^ pour en reconnaître la passe afin de faciliter au
convoi qui se rend à la division Desaix à Ellahoun le moyen
d'y entrer. Cet ofïicier reconnaîtra bien la dite passe et il re-
viendra à son poste, sitôt après qu'il aura vu que tout le con-
voi destiné pour cette division y sera entré et continuera sa
marche.
1 Ms. Oss. 2582.
' El-Lahoun (lUahoun) a conservé son vieux nom égyptien de Lo-Houn,
^Bouche du Canalt (Reclus X. 56H).
' Biffé: n'éprouve aucun retard.
* Ms. Oss. 2582.
' »d'agous€ dans le texte de la minute (d'augure?)
100 ZA.(A(]ZBK
Zaj^czek au général divisionnaire Desaix \
(El-Zawieh), le 24 vendémiaire an VU (15 octobre 1798).
Je me suis empressé, autant que j'ai pu, pour expédier à
votre division les transports des vivres qui lui sont nécessaires,
et cette opération n'a éprouvé d'autre retard que celui occa-
sionné par le manque de matelots et autres objets relatifs à
la navigation.
Je ne puis vous annoncer encore l'arrivée de toutes les bar-
ques qui ont été expédiées d'Ellahoun pour venir ici, car il n'y
a que les plus petites qui sont descendues par le canal de
Zaoue, celles qui demandèrent plus d'eau, ayant été obligées
de prendre par le canal d'Agous, ne sont pas encore rendues.
Il vient de m'arriver cent hommes à pied du 3°^® régiment
de dragons. Cette augmentation de force m'a été bien néces-
saire, car après l'expédition des vivres et du convoi qui les ac-
compagne, je serais resté seulement avec 70 hommes de la ca-
valerie démontés, position assez désagréable dans un pays tel
que celui-ci.
Zaj^czek au citoyen Morandy, commandant la galère
Ja Coquette" ^,
(El-Zawieh), le 24 vendémiaire an VII (15 octobre 1798).
Vous ordonnerez aux hommes qui sont de garnison à bord
de la galère que vous commandez, de se rendre tout de suite
à terre avec armes et bagages, pour accompagner le convoi
qui se rend à la division Desaix. Cette garnison sera relevée
dans le courant de la journée. Les hommes descendants à terre
s'adresseront au chef de bataillon Dorsenne.
1 Ms. Os. 2582.
« Ibid.
A MOKANDY, KONAi'AinK KT A DESAIX 101
Zaj^czek au général en chef Bonaparte ^
(El-Zawieh), le 24 vendémiaire an VII (15 octobre 1798).
Le général Desaix ayant trouvé le point de Beni-Suef trop
peu facile dans les communications a jugé à propos de trans-
férer le siège de la province à El-Zawieh. Je crois que cet éta-
blissement n'est que momentané, parce que le village d'Ei-Za-
wieh est infiniment plus petit ^ et plus incommode que celui
de Beni-Suef.
Le général Desaix ne me donne point de réponse à la de-
mande que je lui ai faite de la force armée et je suis ici avec
68 hommes de la cavalerie démontés et à peu près 300 ma-
lades de sa division qui sont tous logés sur des barques. Cette
position est assez embarrassante parce que les gens du pays ne
sont pas plus portés pour nous que le reste de l'Egypte et leurs
sentiments ne sont rien moins que pacifiques, ainsi qu'on a
voulu les désigner.
Je n'ai pu encore procéder à l'organisation du divan, non
seulement par la raison de la translation du siège du gouver-
nement qui vient d'avoir lieu, que par celle de l'absence de
l'intendant cophte qui naturellement doit guider mon choix
parmi les habitants du pays qui me sont totalement inconnus.
Je viens d'expédier au général Desaix les vivres destinées
pour sa division. Le convoi part d'El-Zawieh et a ordre de se
rendre à Ellahoun.
Zaj^czek au général divisionnaire Desaix^.
(El-Zawieh), le 26 vendémiaire an VII (17 octobre 1798).
J'ai l'honneur de vous envoyer le plan d'El-Zawieh. Ce vil-
lage est tellement rapproché d'un autre qu'il serait impossible
de mettre le premier en état de défense sans fortifier le second.
Cependant les canaux qui entourent cette position contribue-
» Ms, Oss. 2582.
» Voir Denon I. 221.
' Ms. Oss. 2582.
IQ'J ZA.JACZEK
raient 1 à la mettre en état de défense. Trois redoutes placées
comme je les ai marquées sur le plan, la rendraient- tenable.
Je ne puis cependant m'empêcher de vous observer qu'El-Zawieh
aussi bien que le village avoisinnant sont entourés de dattiers
qu'il faudrait abattre ^ et qu'il faudrait rendre plus larges et
plus profonds les canaux, si l'on prend le parti de fortifier cet
endroit. J'ai été visiter la digue jusque à l'endroit où elle a été
rompue par Mameluks, et il faudrait beaucoup de temps et
beaucoup de dépenses pour réparer cet ouvrage, d'ailleurs cette
digue tantôt large, tantôt très étroite ne pourrait guère* favo-
riser le passage des canons. Il y a des endroits où deux hom-
mes de front ont de la peine à marcher. La coupure de cette
digue se trouve distante d'une heure de marche d'El-Zawieh. Les
habitants du pays m'ont assuré qu'il y avait trois autres coupu-
res très larges du côté du désert, mais s'il y a une nécessité
de rendre cette digue praticable pour les troupes, il faudrait
y envoyer des barques par le canal de Joseph pour servir au
passage et tenir autant de détachements qu'il y a de coupures
pour surveiller les barques, mais ces détachements se trouvant
très éloignés devraient naturellement être très forts. ^;
Le général en chef en m'envoyant à Beni-Souef m'a prescrit
dans son ordre l'organisation de cette province. Je n'y ai point
procédé jusque à ce moment-ci, parce que j'attends que vous
m'ayez expliqué vos volontés à cet égard; d'ailleurs la présence
du Cophte, intendant de cette province, serait absolument né-
cessaire. Sans lui je ne pourrai qu'au hasard choisir les mem- ?
bres du divan. Il ne manque plus qu'une djerme de celles ex-
pédiées d'El-Lâhoun. J'espère qu'elle ne tardera pas d'arriver.
J'ai l'honneur de vous joindre la copie de deux ordres que
j'ai tout récemment reçus du général Bonaparte. Comme je sais
que ce n'est pas votre intention d'évacuer les malades sur le
Caire ^, j'attendrai que vous m'ayez signifié ce que je dois faire
à cet égard.
^ Biffé: contribueroient bientôt.
2 Biffé: rendroient cette.
3 Biffé: si l'on prenait le parti de la...
* Biffé: jamais.
* Le 13 octobre (22 vendémiaire) Bonaparte prescrit à Berthier de faire
partir pour Beni-Souef tous les hommes de la division Desaix présents au
AU (lENKKAl. lUoAl'AKTE
loa
J'ose vous prier en même temps d'ordonner au Cophte, in-
tendant de l'Egypte supérieur, de presser la remonte des che-
vaux, parce que le dernier ordre du général en chef fait voir
qu'on en a bien besoin.
Une quarantaine de barques chargées de gr.iins sont atten-
dues de la haute Egypte pour aller au Caire. Toutes celles
que vous avez expédiées d'Ellahoun sont rendues ici. Un ad-
joint à l'état-major ^ m'a remis un paquet pour vous. Conformé-
ment aux instructions du citoyen Dumaret je le lui remets.
' Zaj^czek au général en chef Bonaparte 2.
(El-Zawieh), le 25 vendémiaire an VII (17 octobre 1798).
Les deux pièces de canons que vous avez donné ordre d'en-
voyer à Beni-Souef sont de la plus grande nécessité et ne peu-
vent pas manquer de faire effet. Avant qu'elles arrivent ici, je
ferai tous mes efforts pour trouver 24 mulets ou juments pour
les atteler. Il serait également à souhaiter que je fusse ^ satis-
fait pour ce qui est de la force armée que je dois commander
ici*; jusque à ce moment rien n'est fixé à cet égard et je suis
encore à attendre la réponse du général Desaix. Cependant
dans cette province, comme dans toutes celles de l'Egypte, on
ne peut rien faire si on n'est point suffisamment pourvu de
troupes.
dépôt et cent dragons à pied du 3'' régiment. Ordre devait être donné au
général Zayonchek de faire construire un four à Beni-Souef et d'évacuer
tous les malades sur le Caire. — Le même jour, Bonaparte annonce à Za-
yonchek le prochain envoi de deux pièces de campagne avec les harnais,
canonniers et charretiers: «Procurez-vous 24 mulets ou juments pour les
atteler. Dans tous les cas, deux pièces de campagne vous seront utiles,
surtout lorsque les eaux baisseront«. (La Jonquière III. 226).
1 Charles Davout.
> Ms. Oss. 2582.
3 Biffé: également.
^ Voir l'ordre donné au citoyen Duroc, aide de camp du général en
chef (20 octobre): »... Vous verrez le général Zayonchek à El-Zâouyeh, et
vous lui ferez sentir combien il est urgent qu'il accélère la levée des che-
vaux, que je trouve singulier qu'il demande toujours des troupes, lorsqu'il
a plus de 200 hommes et des bâtiments armés. . .« [Corr. V. 3518). L'insur-
rection du Caire empêcha Duroc de partir. (La Jonquière III.
104 zajac,.;':k
L'organisât! m de cette province n'est pas encore conimen-
rée, j'ai cru devoir attendre que le général Desaix m'ait répondu
à cet ég-ard et jusque à ce moment rien n'arrive de sa part.
L'absence du cophte intendant de Beni-Souef est également
préjudiciable aux affaires et les fait traîner en longueur, tant
pour le choix des membres du divan que pour la remonte des
chevaux dont il n'y en a pas encore un seul, et autres objets
V relatifs. — Pour ce qui est des fours que vous ordonnez de
construire à Beni-Souef, j'y en ai laissé deux tous faits, lorsque
je reçus ordre du général Desaix de transporter le siège de la
province à El-Zawieh. J'en fais construire deux autres ici qui
seront prêts dans deux ou trois jours.
Quant à l'évacuation des malades, je vais la faire préparer,
quoique les ordres donnés par le général Desaix soient de les
laisser ici attendu que, dans le nombre de malades il y en a
beaucoup dans le cas de retourner à la division. J'en préviens
dans ce moment le général Desaix.
Le restant des 100 hommes du 3™^ régiment de dragons
viennent d'arriver, ainsi que le citoyen Davout qui m'a remis
vos dépêches et qui repart aujourd'hui pour le Caire.
Zaj^czek au citoyen Leqitoy, chef de bataillon de la.
6r demi-brigade^.
(El-Zawieh), le 27 vendémiaire an VII (18 octobre 1798).
Le général divisionnaire Desaix vient de donner ordre pour
que les djermes chargées de provisions qui étaient destinées
pour Ellahoun et qui ne l'y ont point attendu, comme elles
le devaient, retournent sur leurs pas pour se rendre à Ellahoun.
En conséquence de ce, au reçu de la présente, en quel endroit
que le porteur vous rencontre, partez de suite pour vous ren-
dre à Ellahoun où vous êtes attendu avec impatience. Faites
toutes les diligences possibles pour exécuter le présent ordre
avec célérité.
P. *S. L'officier du canot vous remettra un avant-train de
3 qui est destiné pour le citoyen Latournerie, chef de brigade,
* Ms. Oss. 2582. En marge: A lui envoyer par exprès.
A LK'jUOY ET A DE^AIX 105
commandant l'artillerie de la division Desaix, et à ({ni vous le
remettrez.
Zaj^czek au général divisionnaire Desaix K
(El-Zavi^ieh), le 27 vendémiaire an Vil (18 octobre 1798).
Je viens de recevoir votre lettre en date d'aujourd'hui. Je
comptais que le convoi de provisions vous eut joint à EUahoun.
|D'après votre lettre par laquelle vous m'annoncez qu'il n'y est
point arrivé, je viens d'expédier un exprès par terre au citoyen
Lequoy pour qu'il esta retourner de suite à EUahoun. J'expédie
également un canot armé, pour qu'on puisse le joindre partout
où il sera. Ce canot vous porte un avant train demandé par le
citoyen Latournerie, chef de brig-ade d'artillerie.
Le citoyen Rapp, votre aide de camp, n'est point encore
arrivé; dès l'instant qu'il paraîtra, je lui communiquerai votre
ordre pour qu'il ait à se rendre de suite auprès de vous avec
le détachement qu'il emmène, ainsi qu'avec tous les hommes
en état de rentrer en campag:ne. J'avais anticipé à votre désir
au sujet des hommes en état. Car le citoyen Lequoy en emmène
avec lui cent quarante et il en est parti encore avant hier.
Quant à la garnison de la galère, j'y avais déjà pensé, ainsi
que le citoyen Dorsenne, mais elle se trouve réduite à sept
hommes.
Je suis sans aucune nouvelle des bâtiments de guerre qui
croisent sur le Nil. Dès l'instant que j'en recevrai, je vous les
communiquerai.
' Le Copte, intendant de la province de Beni-Souef est arrivé
aujourd'hui. Je lui ai donné ordre d'établir ici des magasins,
soit de légumes, farines etc.; dès l'instant qu'il en sera versé,
|je vous en ferai passer par convois, accompagnés des détache-
iments formés par les soldats en état de reporter les armes. Si
là l'arrivée du citoyen Rapp le versement est commencé, je vous
en expédierai.
Je vous avais expédié hier matin un exprès, mais il est re-
venu avec les dépêches, prétendant avoir été rencontré par les
1 Ms. Oss. 2582.
106 ZAJACZEK
Arabes. Je remets toutes les dépêches au même qui vous porte
la présente.
Je suis sans nouvelles attendues du quartier général.
Zaj^czek au général en chef Bonaparte ^.
(El-Zawieh), le 28 vendémiaire an VII (19 octobre 1798).j
L'intendant copte vient d'arriver, mais très malade, et il ne
pourra pas vaquer aux affaires de quelques jours. L'établisse-
ment des magasins et la remonte seront les premiers objets
dont je m'occuperai avec lui aussitôt que sa santé le lui per-
mettra.
Le chef de l'état-major de la division Desaix me mande en
date du 26 courant que le général Desaix après avoir fait une
courte tournée dans le Fayoum est revenu à Ellahoun, que les
Mameluks s'en sont approchés à deux lieues et qu'ils ont pris
la position de Sédiman sur le canal de Joseph.
Zaj^czek au citoyen Quichard ^ commandant la flottille\
mouillée à Saoie \
(El-Zawieh), le 30 vendémiaire an VU (21 octobre 1798).!
En conséquence des ordres du général en chef au général]
de division Desaix: vous ordonnerez, citoyen, à l'officier com-j
mandant le chebec le Cerf^ de partir sur le champ pour se ren-
dre à Boulak, où il est destiné à une mission*.
I
Zaj^czek au général en chef Bonaparte ^
(El-Zawieh), le 30 vendémiaire an VII (21 octobre 1798).
J'ai l'honneur de vous mander qu'au moment où je recevais
votre ordre pour faire partir le chebek le Cerf, pour Boulak,
la flottille arrivait de la haute Egypte.
1 Ms. Oss. 2582.
2 Ibid.
' Lire: El-Zawieh.
< Corr. V. 3495.
^ Ms. Oss. 2582.
A HONAI^ARIK. I>1'>AIX KT A (;n,CHAKI> 107
J'ai confurmement à votre ordre ordonné à l'officier com-
mandant ce bâtiment de se rendre sur le champ au lieu que
vous lui désigniez.
Je vous fais passer ci-joint une lettre du Lrénéral Desaix à
votre adresse. Salut et respect.
Zaj^czek au général Desaix \
El-Zavi^ieh, le 1 brumaire an VII (22 octobre 1798).
J'ai l'honneur de vous envoyer la copie de la lettre que je
viens de recevoir du Caire. Elle annonce une insurrection qui
est heureusement appaisée.
Je vous avais expédié ce matin à 9 heures 3 barques char-
gées de biscuit, lentilles, farines, les cantiniers de tous les
corps, les 50 dragons et 150 hommes d'infanterie, le tout com-
posant un convoi de 13 barques, dans lesquelles se trouvaient
toutes les petites djermes de Mameluks; cependant je viens de
recevoir l'avis par une d'elles, qu'il n'y a plus assez d'eau pour
passer.
Il est actuellement 9 h. soir, je vous expédie de suite un
paysan pour vous porter ces nouvelles. J'attends vos ordres
pour me procurer les moyens de vous faire parvenir ces trans-
ports. Salut et respect.
Zaj^czek au citoyen Guichard, commandant la flottille
de la haute Egypte ^.
El-Zàouy^ le 5 brumaire l'an VII (26 octobre 1798).
D'après les ordres que je viens de recevoir du général di-
visionnaire Desaix, vous voudrez bien ne point débarquer les
igarnisons de vos bâtiments et vous préparer à aller en croi-
sière.
I II vous est ordonné de croisière* à la hauteur de Beni-
1 Ms. Oss. 2582.
^ Ms. Oss. 2582 (de la main de Zajaczek).
» El-Zawieh.
* croiser.
Il
108 ZAJAC'ZKK
Souel' ou Abou Girgeh. Il est indispensable que vos bâtiments^
ne restent pas un jour dans le même lieu, mais au contraire,
qu'ils soient souvent en mouvements près de Beny-Soueyf ou
d'Abou Giro-eh. Vous devez souvent donner de vos nouvelles,
ainsi que celles que vous apprendrez sur les mouvements de
l'ennemi et les dispositions des habitants. N'épargnez pas la
dt'^pense des exprès que vous enverrez avec des nouvelles.
Zayonchek.
P. S. Vous devez visiter tous les bateaux qui remontent;
s'ils n'ont pas leurs papiers visés de nous, vous serez plus
scrupuleux dans votre visite.
Zaj^czek au général en chef Bonaparte ^
(El-Zawieh), ce 5 brumaire l'an VII (26 octobre 1798).
Ma dépèche d'aujourd'hui ne contient que la relation des
bruits qui sont venus jusqu'à moi, mais je suis bien éloigné
de les garantir.
Un interprète, Grec de nation, venant de Miniet^ prétend
que à Melaoui il y a un rassemblement de 50.000 paysans
qui ont des canons. Le nombre des insurgés me paraît exagéré;
mais les canons s'y trouvent puisqu'ils ont fait feu sur notre
flottille. Comme je n'ai rien sçu ^ de nos émissaires qui dé-
mente les bruits, j'ai cru devoir vous les mander. Il assure ce-
pendant que Miniet jouit de la plus grande tranquillité.
Le même m'a appris qu'il paraît dans les villages une pro-
clamation du Grand Seigneur, par laquelle les habitants de
l'Egypte sont prévenus que plusieurs pachas avec un nombre
considérable de troupe sont destinés à venir les secourir contre
les Français *.
Le général Desaix vient de me donner ordre d'envoyer en
1 Ms. Oss. 2582, autographe.
2 Minieh.
* su.
* Voir: La Jonquière III. 277 (firman), 291— 6 (fermentation dans le
Delta), 302—8 (dans la province de Charkieh), Denon 201, Nakoula el-
Turk 75, 82, Reybaud IV. 139, 142-152, Courier de V Egypte N. 15, 20
brumaire. Extrait de l'ordre du jour du 14 brumaire VII. Corr. V. 3575.
A KONAPARTK ET A DKSAIX 109
croisière la plus grande partie des bâtiments de guerre jusqu'à
la hauteur de la province de Beny-Soueyf. Ce mouvement sera
exécuté au premier vent.
J'espère que le général Desaix qui est toujours à Ellahoun,
vous donne des détails sur la position des Mameluks. Quant
à moi, je n'en sçais autre chose, si non qu'une partie de leur
armée chemine vers Osiot^ en côtoyant les montagnes. Le bruit
court que Mourat-Bey veut passer le Nil, traverser les déserts
«t se joindre à Ibrahim. L'intendant cophte étant toujours ma-
lade, la remonte des chevaux et l'organisation de la province
ne sont pas du tout avancées. Notre ambulance a besoin de
médicaments. Daignez, Général, donner des ordres pour qu'il
nous en soit envoyé. Salut et respect.
Zaj^czek au général Desaix^,
(El-Zawieh), 6 brumaire l'an VII (27 octobre 1798).
Au moment où j'allais vous expédier le porteur de cette
dépêche, la vôtre du 5 brumaire m'est parvenue. Je recom-
manderai la plus grande exactitude aux exprès que je vous
enverrai. Quant à la paye, c'est l'intendant Copte que j'en ai
chargé et il a fait avec eux le marché pour aller et venir. Par
conséquent, mon Général, il est inutile que vous les payez de
vôtre côté, à moins que vous ne vouliez leur donner une gra-
tification.
Les bateliers seront payés en grain, comme vous l'or-
donnez.
Pour ce qui est de la digue qui doit servir de communi-
cation, je ne puis encore rien vous mander de nouveau à cet
égard, mais c'est' une opération qui n'est rien moins que fa-
cile, j'y travaillerai cependant de toutes me(s) forces, et vous
en enverrai les croquis le plutôt qu'il me sera possible.
Quant à l'organisation de la province, ainsi qu'à la remonte,
je presse tous les jours l'intendant Copte de me présenter les
* Probablement: Aoiout ou Siout.
2 Ms. Oss. 2582, aut.
* »ceta dans le texte de la minute.
110 tAZOWSKI
sujets pour le divan et d'envoyer ses ordres pour faire venir
les chevaux. Sa réponse ordinaire est que l'organisation du di-
van ne peut avoir lieu que lorsque nous serons à Beny-Soueyf,
et que l'on ne peut demander les chevaux dans ce moment
ici, parce que les paysans ne se trouvent pas dans une assiette
d'esprit tranquille, et qu'ils attendent d'un jour à l'autre une
nouvelle bataille qui selon eux doit chasser les Français de la
haute Egypte. L'insurrection qui s'est ^ manifestée à Melaoui^
tient les esprits, à ce que disent les Cophtes, dans l'incertitude
sur le parti qu'ils doivent prendre. Ces raisons sont-elles vraies
ou imaginaires? Je n'en sais ^ rien. Pour moi, je crois que la
paresse du Cophle y entre pour beaucoup. Salut et respect.
Zayonchek.
Le chef de bataillon du génie tazowski au général de
division Dugua ^
Damiette, le 8 brumaire an VII (29 octobre 1798).
Général, je vous prie de vouloir bien faire la demande
dans les provinces circonvoisines de tous les maçons qui s'y
trouveront pour les travaux des fortifications de Lesbé, du
Lac* et de l'embouchure du Nil. — Vous avez déjà pu vous
apercevoir du peu de moyens-^ que nous fournira la ville de
1 »c'est€ (dans le texte original).
2 »sçais«.
' Arch. hist. de la Guerre. Armée d'Orient.
* Menzaleh. La Jonquière III. 146: Extrait de la Carte topographique
de l'Egypte, levée par les Ingénieurs géographes: »Damiette et lac Men-
zaleh t.
' Voir lettre de Caffarelli à Lazowski, du 14 octobre: »Je vous
envoie ci-joint, mon cher camarade, un mandat de dix mille livres qui vous
sera payé à Damiette. Comme le payeur de cette place a peut-être plu-
sieurs ordonnances à acquitter et qu'il différerait l'acquit de la vôtre, s'il
la jugeait peu urgente, vous lui laisserez ignorer ainsi qu'à tout le monde
que vous ayez d'autres fonds à votre disposition : c'est un avis donné par
le général en chef lui-même. Je vous donne cependant un mandat de cinq
mille livres que vous trouverez ci-joint, lequel vous sera acquitté par le
gérant avant votre départ. — Je vous prie de reconnaître votre route avec
tQ\it le soin possible en vous servant même de la boussole, si vous le pou-
AU GÉNÉRAL DllGUA 111
Damiette en ouvriers de ce genre et en matériaux de con-
struction, mais j'ai la pleine confiance que toutes les difficultés
de premier établissement que j'éprouve depuis mon arrivée,
seront aplanies par les ordres que vous voudrez bien donner
pour me mettre à même de pouvoir exécuter ceux du général
en chefi. Salut et respecta
vez sans trop de fatigue. Vous savez que Sabatier a été forcé de laisser
dans sa carte de nombreuses lacunes. On met surtout un grand intérêt
aux renseignements sur la navigation des canaux qui se portent vers le
désert. — En arrivant à Damiette vous remettrez au général Vial, au ca-
pitaine Sabatier, s'il est à Damiette, à l'ingénieur des ponts et chaussées
Girard, les lettres ci-jointes. Elles sont destinées à leur demander les se-
cours qui vous seront nécessaires. — Je vous ai remis et vous connaîtrez
officiellement à Damiette les divers ordres du général en chef pour la for-
tilication de Lesbé et de son isthme. Exécutez avec toute la célérité possi-
ble ces travaux urgents; avant un mois peut-être ils seront visités par le
général en chef lui-même. Il y attache une grande importance. Nous n'avons
pas que poser les bases du projet de Lesbé {la Eshé). Reconnaissez la au plutôt,
levez-la à grande échelle, envoyez-moi votre projet pour sa clôture. Cet ou-
vrage me paraît le plus facile. Dans tout état de coup, c'est beaucoup que
d'être clos. De même il faut déterminer l'emplacement des trois batteries
et les mettre en état de recevoir les pièces ou les perfectionner ensuite. —
Déterminez dans Lesbé les maisons à abattre, celles qui doivent être des-
tinées aux usages publics. Les ingénieurs des ponts et chaussées vous ai-
deront soit dans la reconnaissance des maisons soit dans leur expropria-
tion. Je ne puis rien ajouter à cette instruction que je n'ai vu vos projets,
les ordres du général et les discussions verbales dans lesquelles nous som-
mes entrés, vous ont fait assez connaître le but que vous êtes chargé de
remphr. — Je vous recommande avec instance de me rendre des comptes
très fréquents et de m'écrire aussi souvent que possible: faites en sorte
que ce soit de moi que le général apprenne les progrès de vos travaux*.
1 Voir. Gorr. V. 3428, 3443, 3467,3468, 3473, 3475; LaJonquière III.
299-301.
* Caffarelli au cit. Lazowski, 16 octobre: »Je vous prie d'exécu-
ter le plus promptement possible après votre arrivée à Damiette la com-
mission que je vous ai donnée d'acheter et d'envoyer au Caire toutes les
enclumes, étaux, soufflets à l'européenne et propres aux grands ouvrages,
que vous pourrez vous procurer*.
112 ZA.IACZÏOK
Zaj^czek au général Desaix^.
El-Zawieh, ce 10 brumaire an VII (31 octobre 1798)
Citoyen Général, j'ai l'honneur de vous envoyer la copie de
la dépêche qu'un adjoint de l'état- major général vient d'ap-
porter pour vous à El-Zawieh. La digue que vous m'avez re-
commandé de rendre praticable pour la communication avec
votre armée ne peut pas être rendue réelle malgré tous mes
soins. L'inondation ayant diminuée considérablement, il ma été
impossible d'y faire parvenir des barques, moyennant lesquelles
j'avais compté d'arranger ce passage. Le pays manquant de
bois je ne puis y établir des ponts, il ne resterait donc que
de faire combler les coupures avec des terres, mais cet ou-
vrage ne peut point être entrepris dans un pays où nous
sommes encore trop mal obéis. D'ailleurs la terre sera sèche
et praticable avant qu'un ouvrage de la corde puisse être
achevé'-^. Ainsi, Général, ne comptez pas du tout sur ce chemin,
mais les habitants du pays m'ont assuré que celui d'Ellahoun
à Beni-Souef est déjà praticable.
Le général en chef m'ordonne en date du 7 brumaire de
prendre des moyens actifs pour avoir des chevaux de cavalerie*.
J'ai beau presser l'intendant Copte, que tant que nous ne se-
rons pas à Beni-Souef rien ne pourra se faire dans la province.
Daignez, Général, porter l'intendant général qui est auprès
de vous de recommander sérieusement à celui de Beni-Souef
de faire l'impossible pour avoir des chevaux; cet homme est un
vieillard extrêmement honnête et doux, mais trop mou et trop
craintif pour bien remplir cette place. ■■
é
1 Ms. Oss 2582.
' Biffé: activé.
' Corr. V. 3552. Au général Zayonchek, à Beny-Soueyf, le 28 octobre.
» Je vous prie ... de prendre des moyens actifs pour monter les hommes à
pied que vous avez avec vous. Les eaux baissent de tous côtés, et bientôt
la cavalerie nous sera extrêmement essentielle. Faites-moi connaître si vous
vous êtes procuré les vingt-quatre chevaux pour atteler notre artillerie. — •
Envoyez tous les cinq jours votre état de situation à l'état-major, et don-
nez-moi de vos nouvelles et de celles du général Desaix le plus souvent
qu'il vous sera possible*.
AU GÉNÉRAL DESAIX 113
Les bâtiments armés ne sont partis d'ici que depuis hier,
faute de vent.
Zaj^czek au général Desaix ^
(El-Zawieh), le 10 brumaire an VII (31 octobre 1798).
Citoyen Général, le capitaine Sève de la 21-me vient d'ar-
river avec un détachement de 28 hommes de différents corps,
il m'a remis une dépêche pour vous de la part du général en
chef, je vous ea envoie la copie.
Les espions que j'ai envoyés dans la haute Egypte, ne me
donnent point encore des nouvelles de l'ennemi ni du ras-
semblement à Melaoui dont je vous ai fait part, il y a quelques
jours. Nous apprenons seulement par les différentes personnes
qui en viennent, qu'il n'y a point de rassemblement effectif,
mais que les paysans du voisinage de la ville de Melaoui, do-
ciles à l'invitation du cheik de cette ville, se sont engagés de
se réunir à lui au premier coup de canon.
Je vous ai communiqué, mon général, l'ordre que le géné-
ral en chef vient de m'envoyer, d'employer les moyens actifs
pour avoir des chevaux; il me faudrait en conséquence quatre
à 500 hommes d'infanterie pour aller d'un village à l'autre
pour chercher des chevaux, je me ferais accompagner dans
cette tournée par l'intendant de la province. Ce moyen serait
selon moi le plus efficace pour avoir des chevaux, mais ne
dérangera-t il pas vos projets, ce que je crains, parce que
pour le mettre en exécution au lieu de vous envoyer les
hommes qui sont en état de porter les armes, je serais obligé
de m'en servir. Toutefois je ne m'en aviserai pas sans y être
autorisé par vous; je vous préviens seulement, Général, que
sans cette mesure nous n'aurons pas de sitôt les chevaux de
la province de Beni-Souef. Si je demande pour cette expédition
4 ou 500 hommes, c'est pour épargner le sang de nos soldats,
aussi bien que des paysans qui n'oseront jamais attaquer un
détachement aussi fort et qui s'aviseraient peut être de guer-
royer, s'ils nous voyaient moins en force.
1 Ms. Oss. 2582.
Les Polonais en Egypte. 8
114 ZAJACZEK
Le chef de bataillon de la 21-e, Picquet, est arrivé ici depuis
hier avec 80 hommes de différents corps, il a porté avec lui. j
beaucoup d'effets d'habillement pour votre division. *
11 y a six jours que j'ai fait publier par l'intendant copte
que tout village qui aura tardé d'amener des chevaux dix jours
après la réquisition, sera puni de 100 thaler d'amende; cette .
mesure qui est purement par menace, ne fait aucun effet. — î
Salut et respect.
Zajqczek au citoyen Gaichard, commandant la flottille ^
(El-Zawieh), ce 11 brumaire an VII (1 novembre 1798)
J'ai reçu votre lettre, Citoyen Commandant. Je vous remercie
des nouvelles que vous me donnez des Mameluks; continuez,
je vous prie, à m'écrire le plus souvent possible. Cette cor-
respondance entre nous est indispensable. Le général Desaix
me recommande surtout de faire l'impossible pour savoir, où
sont les bâtiments de guerre des Mameluks. Faites de votre- ,
côté tout ce que vous pourrez pour l'apprendre. Quant au peu !
d'eau dont vous vous plaignez, j'en ferais mon rapport au gé-
néral. En attendant continuez votre croisière.
Je vous envoie une djerme que vous me demandez. Comme
l'eau diminue, ne restez pas longtemps à Beni-Souef et poussez
plus loin. Le village d' el Melahiez ^ s'amuse à piller les
barques. Tâchez de le mettre à la raison. — Salut et fraternité.
Zajqczek au général Desaix^,
i
)8)n
(El Zawieh), le 12 brumaire an VU (2 novembre 1791
J'ai reçu vos deux lettres du 11 du courant; si je ne voulais- 1
pas accuser la réception de deux autres en date du 7 bru-
maire, c'est que ce commissionnaire n'était pas encore arrivé- i
au moment où je vous ai écrit. La route étant infestée de ^
Bédouins, les commissionnaires sont obligés de faire des dé-!
1 Ms. Oss. 2582. g-
2 Peut être: Melatieh (entre Minieh et Beni-Souef). |
5 N- 3. m. Oss. 2582. |
f
Â
A GUICHARD ET A DKSAIX 115
i tours pour les éviter. Je suivrai exactement ce que vous me
I prescrivez, mon Général, pour la levée des chevaux; la flottille
pourrait m'aider de beaucoup dans cette opération, mais je
suis forcé de vous dire qu'il faudrait plus de zèle dans les
commandants de cette arme^, cependant je lui ferai passer in-
cessamment un ordre et des instructions à cet égard. Il m'a
écrit hier de Beni-Souef pour me dire que le Nil diminua con-
sidérablement et qu'il serait temps de lui faire finir sa cam-
pagne; je lui ai répondu que je ne puis le faire sans un ordre
de votre part, et en attendant votre décision il n'avait qu'à
pousser plus loin sa croisière. Je lui ai envoyé en même
temps une djerme qu'il m'a demandée pour alléger ses bâti-
ments de guerre.
J'ai expédié trois espions du côté de l'ennemi, mais je n'en
reçois point de nouvelles; on m'a seulement mandé hier que
les Mameluks étaient à Sédiman; c'est un écrivain du Copte
qui l'en instruit, mais comme d'un bruit.
Aussitôt que j'aurai tiré les chevaux de villages voisins de
El-Zawieh, je partirai pour Beni-Souef. Le Copte me promit que
je les aurai dans la journée de demain ou après; toute fois
avant de quitter cet endroit -ci je vous enverrai un exprès
pour vous en avertir.
J'ai recommandé à l'intendant Copte, il y a quelques jours,
d'envoyer un homme sensé pour avoir des nouvelles du chemin
qui conduit de Beni-Souef à Ellahoun, mais ces gens là sont
si lents dans l'exécution de ce qu'on leurs commande, que je
ne sais encore, si en effet ce chemin est praticable; nous en-
verrons aujourd'hui pour nous informer de celui qui conduit
de Bouch à Ellahoun.
J'ai ordonné la confection de biscuits, mais les préposés aux
fours trouvent cette opération difficile, il faudra cependant
qu'elle se fasse à moins d'une impossibilité absolue. Le com-
mandant de la flottille me mande que la plus grande tran-
quillité règne dans la haute Egypte, mais l'écrivain du Copte
* Voir les extraits du journal de Belliard(La Jonquière III. 517). »Les
maudits marins ne sont pas meilleurs sur l'eau douce que sur la mer«...
j La caractéristique de Guichard : «l'aimable mâchoire», ^toujours content
I de Iui«, prend «beaucoup des sages précautions pour sa sûreté person-
I nelle« etc.
' 8*
116 ZAJACZEK
que je lui ai fait donner d'ici, dit le contraire dans sa lettre
à l'intendant et prétend que les esprits y sont très agités.
La lettre ou proclamation que les gens de loi du Caire ont
écrite aux habitants de la province de Beni-Souef\ a fait un
fort bon effet à ce que m'en assure l'intendant Copte.
Je suis enchanté que vos yeux aillent mieux. Le visicatoire
est un remède souverain contre ce mal; j'en ai éprouvé l'ef-
licacité.
P. S. L'officier de santé m'ayant recommandé qu'ayant dans
son hôpital une trentaine de malades qui ne peuvent point
être scuéris ici, j'ai pris sur moi de les envoyer aujourd'hui au
Caire.
Je vous envoie la lettre du commandant de la flottille; vos
lettres pour le général en chef vont partir aujourd'hui pour le
Caire.
Zajqczek au général en chef Bonaparte ^
(El-Zawieh), le 12 brumaire an VIÏ (2 novembre 1798).
La baisse des eaux ayant interrompu la communication qui
existait entre El-Zawieh et EUahoun, le général Desaix vient
de me donner l'ordre de me rendre à Béni- Souef avec le dé-
tachement qui se trouve auprès de moi. Je vais exécuter cet
ordre le 14 ou le 15 du courant, si le vent ne s'y oppose pas.
La lettre que les gens de loi au Caire ont écrite aux habi-
tants de la province de Beni-Souef pour leur annoncer la mau-
vaise issue de l'insurrection de la capitale a produit le meil-
leur ^ effet possible et l'intendant Copte m'assure que nous au-
rons pour demain quarante chevaux. S'ils sont bons, je les en-
voie aussitôt au Caire.
La flottille croise du côté de Beni-Souef; du reste je n'ai
rien de nouveau à vous mander.
^ Courier de VEgypte Nr. 14, 10 brumaire VII. Traduction d'une circu-
laire adressée par les gens de loi de la ville du Caire aux habitants des
provinces. La Jonquière ill. 285.
2 Ms. Oss. 2582.
3 Biffé: un fort bon effet.
A BONAPARTE, GUIOHAKD ET A DESAIX 117
J'envoie à i'hôpitai du Caire une trentaine de malades qui
I ne peuvent pas être guéris ici.
Zaj^czek au citoyen Guichard, commandant de la
flottille \
(El-Zawieh), le 12 brumaire an VII (2 novembre 1798).
Le général Desaix m'a donné ordre, en date du 11 bru-
maire, de vous charger, Citoyen Commandant, de la levée des
chevaux dans tous les villages de la province de Beni-Souef,
qui se trouvent sur la rive du Nil et voici les expressions de
sa lettre: «votre flottille étant vigoureuse, écrasant et détrui-
sant le premier village qui fera feu sur elle, peut vous faire
venir tous les chevaux du bord du Nil».
En conséquence de cette ordre, Citoyen, je vous prie de
requérir dans tous les villages en question pour les chevaux,
à mesure que vous en aurez quatre ou cinq, vous mes les fe-
rez passer soit à Beni-Souef soit ailleurs où vous me trouverez.
Je vous envoie des lettres en arabe pour chaque village dans
lesquelles le nombre des chevaux que l'on requiert, est spécifié.
Exécutez cette commission, mon cher commandant, avec tout
le zèle possible et vous vous en ferez un mérite auprès du
général en chef qui demande à grands cris des chevaux pour
Tarmée.
Zaj^czek au général Desaix ^.
(El-Zawieh), le 14 brumaire an VII (4 novembre 1798).
Un domestique de l'intendant copte fut hier, le 13, dans les
villages de Bouch, situés à trois heures de chemin de El-Za-
wieh; il y rencontra deux domestiques de Mourad-Bey; les vil-
lageois, à qui il a demandé ce que faisaient ces gens là dans
le village, lui ont répondu qu'ils étaient venus de la part de
1 Ms. Oss. 2582.
2 N-ro 4t. Ms. Oss. 2582.
118 ZAJACZEK
Mourad-Bey demander des provisions de bouche en ajoutant
qu'il était présentement avec son armée au Pont d'Ei-Lahoun i.
Le même domestique prétend avoir rencontré un chef des
Arabes s'entretenant avec un espion des mameluks. Le résultat
de leur conversation doit^ avoir été que l'espion de Mourad-
Bey envoyé à El-Zawieh s'en retourna pour rejoindre son pa-
tron et qu'il croyait que ce dernier viendrait attaquer El-Za-
wieh dans quelques jours, aussitôt que les chemms seront pra-
ticables.
Les bâtiments armés des Mameluks sont à Keneh au-dessus
de Girgeh; c'est le commandant de notre flottille qui me donne
cette nouvelle.
Un écrivain copte d'un village peu éloigné d'El-Zawieh, ve-
nant d'arriver dans ce moment, m'a fait part qu'une partie de
Mameluks se trouvent à Maijané, village situé sur ^ l'autre rive
du canal Joseph; ce village n'est éloigné de Beni-Souef que de
trois heures et de huit d'El-Zawieh.
Vu toutes ces nouvelles j'ai pris le parti de suspendre mon
départ d'El-Zawieh pour Beni-Souef, jusqu'au moment que je
vous saurai rapprocher de nous.
Il me vient d'arriver un des espions que j'avais envoyé au
camp de Mourad-Bey. Les nouvelles qu'il m'en donne, sont
tout à fait contraires à celles que je vous ai mandées plus
haut. Selon le rapport de cet homme qui a quitté le camp de
Mourad-Bey d'hier dans la matinée, les Mameluks se trouvent
à Sédiman. Mourad-Bey ayant été instruit par ses espions que
vous deviez faire partir quelques détachements de votre armée
pour aller chercher des chevaux dans des villages de la pro-
vince de Fayoum, a détaché deux beys avec un certain nombre
de troupes pour tomber sur vos détachements. Du reste les
Mameluks n'ont pas fait de mouvement, selon ce que nous
assure le même espion. Mourad-Bey publie toujours dans son
armée qu'une armée turque viendra bientôt les secourir.
* Pont en Pierres (Carte top. de l'E. levée par les Ing. géogr.
2 Biffé: est.
^ sur le canal Joseph, rive opposé à nous du Oa...
AUX GÉNÉRAUX DKSAIX ET BONAPARTE 119
Zaj^czek au général en chef Bonaparte \
(El-Zawieh), le 15 brumaire an VII (5 novembre 1798).
Mon Général, les Mameluks ont fait un mouvement sur
Sédiman; Mourad-Bey s'y trouve en personne; instruit par ses
espions que le général Desaix s'est rendu à Fayoum pour tirer
les chevaux de cette province, il a détaché deux beys avec
leurs corps, à qui il est enjoint de chercher à couper les dé-
tachements que le général Desaix aura été dans le cas de
faire avoir des chevaux. Il est à espérer que les deux beys en
seront quittes pour leurs peines 2.
Cependant quoique l'armée des Mameluks se soit ap-
prochée de la nôtre, elle se tienne toujours derrière le canal
de Joseph. Ces nouvelles sont certaines, je les tiens d'un
espion sûr.
Les paysans refusent constamment de nous fournir les che-
vaux et depuis deux jours ils nous refusent même les vivres.
Je suis forcé par conséquent de faire un de ces jours une ex-
pédition qui servira d'exemple au reste du pays ^.
1 Ms. Oss. 2582. En marge: Il a été expédié le même jour au général
Berthier l'état de situation.
2 Voir Corr, V. 3583-4. La Jonquière III. 848-50.
'Berthier au général Zayonchek, commandant la province de
Benasse.
Au quartier général du Caire, le 12 brumaire an VII [2. XI 1798].
Le général en chef... vous ordonne que immédiatement après la ré-
ception du présent ordre, vous ayez à réunir chez vous l'intendant de la
province et l'agent français. — L'intendant de la province remettra la note
•des villages de la province auxquels l'intendant général a fait une demande
■de l'acompte sur le miri. Cela se monte pour chaque province aux sommes
portées dans l'état ci-joint. — Le général en chef me charge particulière-
ment de vous faire sentir que comme la subsistance de l'armée est basée
«ur ces prompts recouvrements, il est indispensable que sous huit jours les
villages aient versés, en envoyant une colonne mobile à ceux qui n'au-
raient pas payés.— Cet argent conformément à l'ordre doit être versé dans
les mains du payeur de la province ou pour celles qui n'auraient pas de
payeur, dans les mains d'un quartier-maître qui en fera les fonctions. Le
montant de l'acompte pour votre province est de 28.750 pataquès de 90
médins.
120 ZAJACZEK
Le commandant de la flottille qui est à Beni-Souef, a ordre
de requérir les chevaux dans tous les villages qui se trouvent
sur les bords du Nil dépendant de la province de Béni Souef.
P. S. Je n'ai encore reçu aucun cheval de la province de
Beni-Souef.
P. S. L'armée de Mourad-Bey est encore de trois à quatre
mille hommes; il lui vient des Arabes assez souvent, mais il
en repart de même de son camp. Les dernières nouvelles que
j'ai eu du général Desaix, sont d'hier de Fayoum.
Il se trouve à l'armée de Mourad-Bey trois pièces de ca-
nons et un obusier.
Zaj^czek au général Desaix \
(El-Zawieh), le 15 brumaire an VII (5 novembre 1798).
J'ai reçu votre lettre du 14 N-ro 4. J'espère que la mienne
d'hier vous est déjà parvenue. Je vous ai mandé que Mourad-
Bey était campé près de Sédim.an et qu'il a détaché deux beys
de son armée pour vous inquiéter et enlever ceux des nôtres
que vous aurez envoyés après les chevaux. Aujourd'hui je re-
çois la confirmation de ce rapport. On y ajoute seulement de
Beni-Souef qu'une partie des Mameluks était postée à Mayani,
village situé à l'autre côté du Bahr Joseph ^ et à quatre lieues
de Beni-Souef.
Les habitants de ce dernier endroit prétendent avoir été
informés que Mourad-Bey doit y venir incessamment. Ils man-
dent en même temps qu'ils ont été requis de fournir aux Ma-
meluks 100 hommes armés. Le village de Bellifeen * me mande
la même chose et en général tous, depuis ce mouvement en
avant de Mourad-Bey, les habitants sont plus que jamais ob-
stinés à ne rien vouloir nous donner.
Il y a quatre jours que j'ai envoyé à la découvert du che-
min de Boûch à Illahoun*, mais c'est une mer à boire avec
* N"^*» 5 autogr. Ms. Oss. 2582.
2 Bahr Yoûsef ou <fleuve de Joseph:
» Beléfiéh.
* Ellahoun.
AU GÉNÊKAL DESAIX ET CIT. GUICHAllD 121
les gens du pays. Ils m'ont siniplennent rapporté que ce chemin
était encore inpraticable dans deux endroits, par rapport à
l'inondation ou plutôt à la fange qu'elle a laissée par là; mais
ils ne me disent rien, ni quel(le) est la largeur du chemin, ni
quel(le) quantité de canaux qu'il y a (à) passer, ni quels sont
les villages que l'on a à traverser en suivant ce chemin. J'en
ai expédié deux autres aujourd'hui, l'un pour examiner le che-
min de Bouch, l'autre celui de Beni-Souef à Ellahoun. Je
m'empresserai de vous en instruire le plutôt qu'il me sera
possible. Quant à la flottille, c'est un cas très embarassant pour
moi de décider, si elle peut encore agir sur le Nil, et je crois
ne pouvoir mieux faire que de m'en rapporter au comman-
dant de la flottille. Il est certain que le Nil baisse considé-
rablement.
Zajqczek [au citoyen Guichard, commandant de la
flottille] \
[El-Zawieh, le 15 brumaire an VII (5 novembre 1798)].
J'ai reçu votre lettre du 14. J'ai communiqué au général
Desaix celle que vous m'avez écrite précédemment et dans
laquelle vous vous plaigne de la baisse des eaux. Il me charge
de vous répondre qu'il laisse à votre zèle et à votre prudence^
soit de continuer vos opérations sur le Nil, soit de vous retirer
vers nous selon que vous en verrez la possibilité.
Je n'ai jamais pensé à vous charger de l'exécution des
chevaux dans des villages éloignés des bords du Nil, mais je
vous réitère de visiter tous ceux qui se trouvent près du Nil
et d'en tirer des chevaux.
Mandez moi tout ce que vous saurez sur Mameluks et
n'épargnez pas l'argent ni pour les commissionnaires ni pour
les espions. Vous ordonnerez au cheik de Béni- Souef de pré-
parer le plus de farine qu'il pourra.
Ms. Oss. 2582. L'adresse et la date sont à peu près illisibles.
122 ZAJACZRK
Zaj^czek au général Desaix^.
(El-Zawieh), le 16 brumaire an VII (6 novembre 1798).
Le bruit vient de se répandre qu'un de vos détachements
a été défait par les Mameluks, que vous êtes cerné avec le
reste de votre division et que les Mameluks ont pratiqué un
pont sur le canal Joseph à une lieue d'Ellahoun. Je regarde
tout cela comme un faux bruit. Cependant je désirerai à avoir
de vos nouvelles le plutôt possible. Je viens encore d'expédier
trois espions au camp de Mameluks. J'attends leur retour de-
main ou au plus tard après. Je vous envoie la lettre du com-
mandant de la flottille.
Zaj^czek au citoyen Guichard^.
(El-Zavi^ieh), le 17 brumaire an VII (7 novembre 1798).
Puisque le vent ne vous favorise pas et que d'ailleurs notre
marche sur Beni-Souef est retardée de quelques jours, tâchez
de vous rapprocher de nous autres. Vous commencerez votre
mouvement aussitôt que vous aurez reçu la présente, mais en
faisant vous exécuterez les villages qui se trouveront sur votre
passage pour les chevaux. Mais si par hasard vous appreniez
que les Mameluks s'avancent de nôtre côté, alors sans perdre
de temps vous tâcherez de nous rejoindre le plutôt possible.
Prenez de Beni-Souef tout ce qui se trouve en fait de farine.
Zaj^czek au général en chef Bonaparte^.
(El-Zavvieh), ce 17 brumaire an VII (7 novembre 1798).
Le général Desaix me charge de vous demander du biscuit
pour toute la division; nous n'avons ni assez des fours ni assez
4'ustensiles pour en perfectionner ici.
1 N'« 6. Ms. Oss. 2582.
2 Ms. Oss. 2582.
« Ms. Oss. 2582.
A GUICHARD, BONAPARTE ET A DESAIX 123
Il s'est répandu hier un bruit parmi les paysans qui an-
nonçait la défaite d'un détachenment de la division Desaix; les
<3optes, qui ont toujours la peur dans l'âme, l'ont reçu. Quelques
uns d'entr'eux sont partis aussitôt pour le Caire. Ils vont cer-
tainement y répandre cette nouvelle, mais je vous préviens,
général, qu'elle est fausse. Je viens de recevoir des nouvelles
du général Desaix en date d'hier et qui ne m'en dit pas
le mot.
Mourad-Bey est toujours à Sédiman. Il a poussé quelques
partis en avant, mais nos espions ne nous ont point encore
instruits que l'ennemi ait passé le canal de Joseph.
Mourad-Bey demande cent hommes armés par village et
4es provisions de bouche, mais les villageois s'y refusent, l'un
■et l'autre, comme ils nous refusent, à nous des chevaux et^
des vivres, en disant avec franchise, qu'ils attendaient à se dé-
<jlarer pour le vainqueur.
Le général Desaix me mande qu'il va s'approcher de moi
dans deux ou trois jours.
Zaj^czek au général Desaix^.
(El-Zawieh], le 17 brumaire an VII (7 novembre 1798)
La chaussée est absolument impraticable. Le c. Rapp vient
d'en faire une nouvelle reconnaissance. Il a manqué de faire
périr son cheval à la deuxième coupure. Pour ce qui est d'un
^utre chemin d'ici au Fayoum, tout ce que je peux retirer
-en réponse aux cent questions que j'ai fait(es) à cet égard
aux paysans, c'est qu'il y a un autre chemin assez bon par-
tout, excepté d'un seul endroit où il y a à peu près un quart
de lieue ^ de boue jusqu'aux genoux.
Quant aux chemins qui Conduisent de Bouche à EîLâhoun,
j'attends les derniers émissaires qui doivent m'apporter des in-
formations plus précises que ne l'ont été celles que j'en ai eu
jusqu'aujourd'hui.
* »est«.
2 N'-^ 7. autogr. Ms. Oss. 2582.
3 «lieuse» dans loriginal.
1 24 ZAJAOZEK
J'ai écrit au Caire pour avoir des biscuits. Le commandant
de la flottille est prévenu de se rapprocher de nous.
J'attends dans la matinée de demain deux de mes espions.
Je m'empresserai de vous communiquer ce que j'en aurai ap-
pris. Les barques qui passent par ici de la haute Eg-ypte au
Caire, assurent que tout y est tranquille. Il en a passé hier
et avant -hier 36 chargées de vivres. J'ai eu beau questionner*
sur la digue d'Ellahoun à Bouche je ne puis rien apprendre de-
positif.
Zaj^czek au général Desaix ^
El-Zawieh, le 18 brumaire an VII (8 novembre 1798):
Route d'Ellahoun à Bouch:
1. On passe le canal de Joseph.
2. Un petit monticule se présente et tout en la montant
vous arrivez à un autre canal, nommé Tach d'el Bourge^.
La distance d'un canal à l'autre est de deux heures.
3. Il taut traverser le canal Tach d'el Bourche au village
nommé el Bourge.
4. De là vous vous rendez au village nommé El -corn-
a-bou Malate^; il est distant d'un quart de lieue du premier.
5. Depuis ce village il y a une chaussée longue de trois
heures de marche; au bout de la première heure de marche
sur la chaussée on rencontre les villages nommés Bâcha Be-
chine'*; à deux heures de là on en trouve un autre nommé
Attalase(?), et c'est là que finit la chaussée. Cette chaussée
a trois coupures, mais toutes les trois praticables. La largeur
de la chaussée est inégale; il y a des endroits, où deux hom-
mes de front ne peuvent passer. Il y a de l'eau d'un et de
l'autre côté de la chaussée.
6. D'Attalase à Bouch il (n') y a qu'un quart de lieue.
1 N'-^ 8. Ms. Oss. 2582. '^
' El Berg. -
3 Probablement: Koum-Abouqatal.
* Probablement: Bêhabehû (voir cartes de moyenne Egypte, La Jon-
quière II. 472, III 348).
AU GÉNÉRAL DE.SAIX 125
Route de Fayoum ^ à El-Zawieh.
1. On marche de Fayoum sur le village Tamilié (?); ce vil-
lage est à une heure de marche de Fayoum.
2. Au sorti de ce village on a la montagne à sa gauche et
le canal de Macatefié à sa droite. On suit le canal jusqu'au
village qui porte le même nom, c'est à dire d'El- Macatefié.
La distance du premier village à l'autre est de cinq heures de
marche. Le viUage d'El-Macatefié se trouve sur le Nil. On peut
remonter la rivière pour aller à El-Zaw^ieh, ou bien on passe
le canal Macatefié avec des barques pour continuer en suite la
route par terre jusqu'à El-Zawieh qui est à deux heures de là.
Tout ce chemin depuis Fayoum jusqu'à El-Zawieh est prati-
cable et facile pour le canon.
Tel est le rapport que j'ai reçu de la part de mes émis-
saires; j'attends encore le troisième que j'ai employé sur
la route de Beni-Souef à EUahoun. Le même émissaire qui a
suivi le chemin d'Ellahoun à Bouche, m'a dit que les Mame-
luks au nombre de cinq à six hommes viennent quelques fois
à Ellahoun, mais qu'ils n'y faisaient pas de long séjour.
Zaj^czek au général Desalx'\
(El-Zawieh), le 18 brumaire an VII (8 novembre 1798).
J'ai reçu votre lettre en date d'aujourd'hui à trois heures
après midi. Malgré la certitude où j'étais que le bruit de la
défaite d'un de vos détachements était faux, je suis cependant
très aise d'en avoir la confirmation.
Je vous ai envoyé ce matin le rapport que je reçus sur la
route de Bouch et sur celle qui conduit de Fayoum à El-Za-
wieh. Actuellement je vous dirai que le chemin de Beni-Souef
à Ellahoun est impraticable, et il ne le sera que dans huit
à dix jours. Ce qu'il y a de malheureux, c'est ^ que l'on ne
peut pas trop se fier aux rapports des gens du pays.
Je vous ai envoyé ce matin que les Mameluks ne passaient
^ Medinet-el-Fayouin.
' N^-° 9 Ms. Oss. 2582.
' «ce» dans la minute.
là.
126 ZAJACZEK
le canal dé Joseph qu'en très petit nombre et qu'ils se reti-
raient aussitôt sans faire un trop long séjour de ce côté -ici,
II m'est venu depuis une espèce de déserteur de Mameluks
ayant un frère au service de l'intendant copte. Ce transfuge
prétend que Mourad-Bey s'était avancé jusqu'à la vue d'El-
lahoun, mais que après qu'il eut été rejoint par les beys qu'il
avait détachés contre vous dans le Fayoum, il a repassé le
chemin.
La flottille va me rejoindre demain; la galère l'Amou-
reuse est déjà avec moi.
Je mande au général en chef tout ce que je puis croire de
certain, mais je ne lui communique pas tous les bruits, comme
à vous qui y êtes intéressé de plus près.
Pour des espions, je fais ce que je peux pour en avoir^
mais cela n'est pas aisé.
Zaj^czek au général en chef Bonaparte^.
(Ei-Zawieh), le 20 brumaire an VII (10 novembre 1798),
Les Mameluks sont toujours dans la même position; ils oc-
cupent Sédiman et Mazaue.
Le général Desaix est encore dans le Fayoum. Dans sa
dernière lettre du 18 il me fait part qu'il parcourt la province
pour en tirer des chevaux et qu'il en avait déjà quelques uns;
il ajoute dans la même lettre que dans deux ou trois jours il
fera un mouvement pour s'approcher d'El-Zavi^ieh.
Nous n'avons presque pas de nouvelles positives de la
haute Egypte.
On trouve difficilement des espions qui voulussent aller de
ces côtés là; j'y en ai expédié deux, depuis une quinzaine, et
aucun n'en revient. Nous apprenons seulement par les barques
qui en viennent que ^ le pays est travaillé part deux partis
contraires, dont l'un est de Mourad-Bey et l'autre de deux beys
ennemis de ce dernier. Chacun de ces partis tâche d'attirer le
1 Ms. Oss. En marge: Il a été expédié le même jour les états de si-
tuation au général Berthier.
2 Biffé : qu'il y a deux beys.
AU GÉNÉRAL BONAPARTE 127
paysan. Selon les dernières nouvelles le parti ^ ennemi de Mou-
rad a fait quitter à sa flottille la position de Qénéh 2 et l'a
forcé de s'approcher de Girgéh.
Quant à moi, je garde encore la position d'El-Zawieh. Le
mouvement des Mameluks sur Mayani en est cause. Le général
Desaix se trouvant dans le Fayoum, j'aurais été trop faible
pour résister à une attaque.
Le Nil baisse journellement, ce qui fait crier ^ le comman-
dant de la marine. Il craint que ses bâtiments n'en manquent
tout à fait.
Il y a dans le nombre des officiers de la marine deux ca-
pitaines commandant les deux demi-galères, nommés Morandy.
Ils sont frères, tous les deux remplis de zèle et de la meilleure
volonté pour le service, jamais de plainte, jamais d'humeur, ja-
mais de refus pour tout ce qu'on leur commande. Ces deux
frères m'ont proposé à plusieurs reprises de vous faire part,
mon général, que chacun d'eux voulait être porteur de vos
dépèches en France. Ils répondaient sur leurs tètes de faire ce
voyage malgré la flotte anglaise, moyennant une barque de
Mameluks qu'ils arrangeraient conformément à cette mesure si
quelqu'un d'eux en était chargé.
Au moment où j'allais fermer ma lettre, j'ai reçu celle du
général Berthier en date du 16, qui me reproche de retenir
à El-Zawieh les bateaux venant de la haute Egypte et par là
d'être cause de la cherté du grain au Caire.
Je vous assure, mon Général, que jamais je n'ai retenu des
barques venant de la haute Egypte et qu'il en passe journelle-
ment pour le Caire; dans les derniers six jours il en est passé
plus de quatre vingt, qui n'éprouvèrent de ma part aucune
entrave. Je garde à El-Zawieh 57 barques des différents pays,
mais elles m'ont été consignées par le général Desaix avec
ordre de les retenir.
1 des deux beys.
2 Kénéh.
3 Biffé: les (marins). Ils voudraient s'en retourner au Caire, avant que
l'eau les abandonne tout à fait.
128 ZAJACZSK
Zaj^czek au général Desaix ^
[El-Zawieh, le 20 brumaire an VII (10 novembre 1798)].
L'intendant copte avait efivoyé hier à Bouch deux de ses
domestiques pour y requérir des vivres dont nous avons be-
soin, mais ces deux hommes là y ont trouvé plusieurs émis-
saires des Mameluks qui excitaient le peuple à s'assembler
pour aller combattre à Beni-Souef la flotte française. A leur
retour, ils prétendent avoir vu dans tous les villages où ils ont
passé, par cent, par cinquante et par trente tantôt Mameluks,
tantôt Arabes qui faisaient des efforts pour insurger les pay-
sans. Ils ajoutent que les villages qui sont au-dessous d'El-
Zawieh ont envoyé eux-mêmes leur adhésion à l'insurrection.
J'ai envoyé deux hommes, mais deux hommes du pays, pour
avoir la confirmation de tout ceci. En attendant je vous mande
ce que j'en sais. Je vous envoie aussi la lettre que le général
Berthier m'a écrite.
1 Ms. Oss. 2582, sans date, n"" 10; voir aussi n« 11 de la main d'aide-
de camp Pierre au général Desaix.
[El Zawieh, le 20 brumaire an VII (10 novembre 1798)].
Le général Zayonchek me charge de vous annoncer, mon Général,
qu'un espion qui vient de nous arriver de Sédiman, nous a assuré que les
Mameluks avaient marché sur le Fayoum pour y attaquer le détachement
qui y était resté. Le détachement était sorti pour les recevoir, mais il
doit avoir été forcé par les ennemis d'y rentrer. Le détachement a fait
une seconde sortie, est tombé avec fureur sur les ennemis et les a com-
plètement battus. Le paysan qui nous a apporté cette nouvelle, la certifie
sur sa tête et nous assure qu'il les avait vus revenir fuyant à Sédiman.
Veuillez, mon Général, nous en donner des nouvelles plus sûres; nous les
attendrons avec impatience. Le général Belliard est en route pour nous
rejoindre. Tout est tranquille au Caire. Le général Zayonchek attend l'ar-
rivée du général Belliard pour s'en retourner au Caire. Il est très affecté
du mal d'yeux, souffre beaucoup et ne voit pas clair du tout.
4^
* *
'^^ '
JOSEPH FELIX LAZOWSKI
D'après un dessin de Dutertre à la Bibliothèque Nationale.
AUX GÉNÉRAUX BKLLFAKL) E'J' HÔNAl'ARTE 129
Le général de brigade Zaj^czek au général de brigade
Belliard\ à Mokaun^.
El-Zawieh, le 20 brumaire an VII (10 novembre 1798j.
J'ai eu le plaisir de recevoir votre lettre, Général. La di-
vision est à Fayoum, la flottille est à P]l-Zawieh. Je vous con-
seille de vous rendre dans ce dernier lieu, non seulement
parce que la division doit s'en rapprocher, mais parce que la
route en droiture pour Fayoum est bien difficile 3. Salut et
fraternité.
Zaj^czek au général en chef Bonaparte^.
A El-Zawieh, le 21 brumaire an Vil de la République
(11 novembre 1798).
Mon Général, je vous envoie en original la lettre que Mu-
stapha-Aga-Kiachef a écrite à l'intendant de la province, copte:
il est dit, que le général Bonaparte m'ayant assuré la pro-
priété du village d'El-Zawieh, avec ses cinq dépendances, vous
n'en tirerez point, ni grains, ni moutons, ni bœufs, ni chevaux.
Je sais qu'assurer la propriété d'une terre, ce n'est point l'af-
franchir des charges publiques; mais le pays et les circon-
stances, où nous nous trouvons, peuvent vous avoir porté à ac-
corder cette franchise; comme nous ne savons point à quoi
nous en tenir sur cet article, daignez nous en faire informer.
Je souffre l'impossible depuis quinze jours. Je suis attaqué
d'un mal d'yeux, qui, au lieu de diminuer, augmente, ce qui
1 Ms. Oss. 2582.
2 Ommoknan (probablement).
^ Pierre annonce ce mouvement au général Desaix (n" 12) le 21
brumaire.
«Il est arrivé aujourd'hui 100 hommes venant du Caire. Le général
Belliard est en route avec un bataillon de la 88^ 11 marche par terre. Les
troupes qui sont arrivées aujourd'hui, l'ont laissé à deux journées d'ici.
Il a une pièce de huit avec lui. On nous a amené une forge de campagne.
Le général Zayonchek est toujours bien affecté du mal d'yeux».
4 Ms. Oss. 2582.
Les Polonais en Egypte. 9
130 ZAJACZEK
me force de vous demander, mon Général, la permission d'aller
me rétablir au Caire *; j'en instruis en même temps le général
Desaix. Salut et respect.
Zaj^czek au général Desaix ^.
El-Zawieh, le 22 brumaire an VII (12 novembre 1798).
C'est le quatrième jour que je ne reçois pas de vos nou-
velles. Je continue à vous en donner régulièrement.
Les Mameluks ne sont point à Bouch ni dans les villages
voisins. Les domestiques de Mourad-Bey ont commandé à Bouch
et dans plusieurs autres endroits des provisions pour son
armée et les paysans les tiennent prêtes. J'attends ce soir ou
demain le matin des nouvelles du camp de l'ennemi.
Le général en chef m'a donné deux ordres, l'un pour faire
agir la flottille pour avoir de chevaux, l'autre pour tirer quel-
que argent de la province. Le premier ne peut pas être exé-
cuté, parce que l'eau commence à manquer, pour effectuer
l'autre il faudrait que votre division soit assez forte pour battre
les Mameluks ou les chasser plus loin et que le commandant
de la province ait quatre à 500 hommes disponibles pour pou-
voir vaquer à la perception de cet argent en courant d'un vil-
lage à l'autre. Quand vous nous aurez rejoint, mon Général,
vous prendrez des mesures nécessaires et conformes aux vues
du général en chef.
Le général Belliard avec un bataillon de la 88* et une pièce
d'artillerie de 8 est arrivé ici depuis ce matin 3. Ma vue est
tellement affaiblie que je suis incapable d'aucune sorte de tra-
vail. J'ai demandé au général en chef la permission de me re-
tirer au Caire et j'ai l'honneur de vous en prévenir. Le citoyen
Rapp a copié vos dépêches et nous vous les envoyons.
' La Jonquière: III. 354. Corr. V. 3638. Au général Belliard, le 16
novembre. «Il est essentiel . . . que vous vous portiez à Beni-Souef et que
vous organisiez cette intéressante province; vous en prendrez le com-
mandement. — Je donne ordre au général Zayonchek de se rendre au
Caire» . . .
2 N-ro 13. Ms. Oss. 2582.
' La Jonquière III. 350.
AUX GÉNÉRAUX DKSAJX ET BONAPARTE 131
Zaj^czek au général DesaixK
(El-Zawieh), le 23 brumaire an VII (13 novembre 1798).
Un de mes espions vient d'arriver du camp de Mameluks.
Ils ont abandonné cette nuit la position de Mayanny, et de
Sédiman, ils ont marché sur Benhassé en côtoyant la mon-
tagne. Mourad-Bey a, dit-on, été furieux de l'événement qu'ont
eu les entreprises des siens sur Fayoum^ Il a reproché aux
Mameluks leur lâcheté en disant: pour le coup la terre, où
nous sommes, n'est plus à nous, et je conviens que les Français
sont plus dignes que nous de la possédera
Je fais suivre Mourad-Bey par mes espions; je ne manquerai
pas de vous faire part de ce que j'en saurai. J'ai reçu vos deux
lettres, N-o 7 et N-o 8, en date du 21. Le citoyen Rapp, votre
aide de camp, vient de partir à ce moment pour le Caire.
J'ai fait prévenir les villages au-dessous d'El-Zawieh qu'ils aient
à fournir les chevaux qui leur ont été requis, ainsi que l'a-
compte du miry qui leur a été demandé, et si dans 3 jours
ils ne se conforment pas à cet ordre, il y aura un détache-
ment qui marchera contre eux.
Zaj^czek au général en chef Bonaparte ^.
(El-Zawieh), le 25 brumaire an VII (15 novembre 1798).
Si j'ai tardé de vous accuser la, réception de vos deux
ordres du 12 s, c'est que depuis le 21, où ils me sont parvenus,
je n'ai pas eu un moment de relâche, une douleur des yeux
excessive me tourmentant sans discontinuer.
Jusqu'à l'arrivée du général BelHard, j'avais assez ^ de bar-
ques à la vérité pour les employer à courir après les chevaux,
1 N-ro 14. Ms. Oss. 2582.
2 La Jonquière III. 346—7.
' La Jonquière IIL 350. Belliard à Bonaparte, El-Zawieh, 23 bru-
maire.
4 Ms. Oss. 2582.
8 Ces ordres ne sont pas publiés dans la Corr.
« Biffé: beaucoup.
9*
132 ZAJACZEK
mais je n'avais pas assez de soldats pour les armer. Après que
le o'énéral Desaix avait marché dans le Fayoum, les Mame-
luks s'étaient tellement avancés dans le pays, que je devais
me tenir en garde contre eux. Les quatre bâtiments armés
qui se trouvent ici, avaient reçu ordre: de requérir les chevaux
dans tous les villages qui se trouvent sur les bords du Nil,
mais cet ordre n'a rien produit, le commandant de la flottille
s'excusant. tantôt parce qu'il manquait de vent et tantôt parce
qu'il manquait d'eau.
Kniin les choses ont trainé jusqu'à l'arrivée du général
Belliard, et ce n'est que dès aujourd'hui que nous envoyons
une colonne mobile pour percevoir l'acompte^ du miry et les
chevaux. On commence par la partie la plus basse de la pro-
vince; quand nous en aurons tiré ce qu'elle doit fournir, nous
avancerons sur BeniSouef.
Votre ordre du 20 c^^, qui enjoint d'arrêter le nommé sultan
Ibn-Behitta-el-Assioulti, m'est parvenu le 24; il m'a été impos-
sible de l'exécuter, parce que le prévenu s'est évadé depuis
plusieurs jours. Je puis seulement dire en sa faveur que c'est
un des nationaux qui a montré le plus d'attachement aux Fran-
çais et qui les a servi avec tant de zèle que tous ses com-
patriotes sont contre lui. Il se peut fort bien qu'il ait tiré
quelque argent des barques qu'il a visitées, car ces sortes de
concessions sont du style turc, mais c'est l'homme que je crois
réellement porté pour les Français. Je ^ le recherche et si je le
découvre, je vous l'enverrai.
Depuis les derniers avantages que la division Desaix a rem-
portés, dans le Fayoum, l'ennemi* a abandonné Moyanne et
Sédiman pour se replier sur Benhessé.
La division du général Desaix est toujours à Fayoum.
1 Biffé: argent.
^ Corr. V. 3599. Au général Zayonchek, à Beni-Souef, 10 novembre.
«Vous trouverez ci-joint . . . une lettre de l'administrateur des finances. Je
vous prie d'envoyer sur-le-champ des bâtiments armés et des troupes pour
faire arrêter le sultan Ibn-Behitta-el-Assioulti >.
' Biffé : J'en fais faire des recherches.
* Biffé: s'est replié sur Bénése.
A BONAPARTE ET A l.'jNTENDANT DE J'.ENl-SOIIEF 133
Zaj^czek au général en chef Bonaparte \
(El-Zawieh), le 27 brumaire an VII (17 novembre 1798).
La course que fait le général Belliard dans le pays, nous
a valu quelques chevaux: je vous en envoie dix. Le général
Belliard va recommencer sa promenade demain; à mesure
qu'il nous viendra des chevaux, je vous les ferai passer. Pour
prévenir 2 tout accident en route, je vous envoie le signale-
ment de ces chevaux N-ro 1 à 10 ^ Je n'ai rien de nouveau,
ni de la division, ni de l'ennemi. Il se répand seulement
le bruit que les Mameluks sont à Abou-Girgéh et qu'ils se
préparent à passer le fleuve pour aller rejoindre Ibrahim- Bey,
mais ce n'est qu'un bruit parmi les nationaux. La barque qui*
conduit ces chevaux, nous est nécessaire pour en conduire d'au-
tres. Le sous-ofticier qui commande, a ordre de la ramener;
en cas qu'il fut empêché, je vous prie d'ordonner qu'il la re-
conduise ici.
Zaj^czek à l'intendant de la province de Beni-Souef^.
(El-Zawieh), le 27 brumaire an VII (17 novembre 1798).
Le service de subsistances est sur le point de manquer.
Vous voudrez bien donner vos ordres de suite pour qu'il soit
versé dans les magasins d'El-Zavi^ieh, avant deux jours au plus
tard, cent ardeps^ de farine, vous rendant responsable du moin-
dre retard. Il existe ici une barque auprès de celle de l'inten-
dant de Girgeh, plusieurs sacs de farine; veuillez bien me dire
à quoi ces farines sont destinées ou à qui elles appartiennent.
^ Ms. Oss. 2582.
2 Biffé: éviter.
* En marge : Exp. 10 chevaux par le c".
* Biffé: qui vous.
5 Ms. Oss. 2582.
« àrdeb, mesure de grains.
134 ZAJACZKK ET i.AZOWSKl
Zaj^czek au général DesalxK
(El-Zawieh), le 29 2 brumaire an VII (19 novembre 1798).
Je viens de recevoir l'ordre du général en chef de me ren-
dre au Caire pour y rétablir ma santé. Je quitte El-Zawieh au-
jourd'hui, heureux si pendant le peu de temps que j'y ai passé
sous vos ordres, j'ai pu mériter votre estime.
Zaj^czek au général BelliardK
(El-Zawieh), le 29 brumaire an VII (19 novembre 1798).
J'ai l'honneur de vous remettre ci-joint la copie de l'ordre
du général en chef relativement à la perception du miri dans
les diverses provinces d'Egypte 4, ainsi que la quantité de che-
vaux que j'ai reçue jusqu'au 28 brumaire.
Lazowski, chef de bataillon du génie, au général divi-
sionnaire Dugua, commandant à Damiette^.
Lesbé, le 3 frimaire an VII (23 novembre 1798).
Citoyen Général, il est bien vrai que dans la première dis-
tribution que j'ai faite généralement des bâtiments situés le long
de la rivière à Lesbé, j'ai tâché d'affecter à chaque administra-
tion différente, ce qui m'a paru convenir le mieux à son ser-
vice particulier. C'est ainsi que j'ai déterminé pour l'artillerie
une île de maisons à la gorge d'un bastion qui commande toute
la rivière, parce que cette position demandera en tout temps
un armement dépendant en partie du service de cette arme;
que j'ai déterminé pour la marine un établissement près de
l'eau où se trouvent des hangards propres à des dépôts de cor-
dages, ancres, goudron, etc.; que j'ai déterminé pour le nouveau
1 N° 15. Ms. Oss. 2582.
2 Biffé: 28.
8 Ms. Oss. 2582.
4 Corr. 3566.
s Arch. h. de la Guerre, Armée d'Orient, autogr.
A DESAIX, BELLIAUD FT A DUGUA 135
lazaret un endroit facile à isoler, qui renfermait beaucoup de
bâtiments dont on pouvait disposer sur-le-champ, et dont l'en-
clos à faire se trouvait défendu par les ouvrag-es de la place
etc. Mais en faisant cette distribution oénérale. je ne me suis
point exclus et je ne pouvais point m'exclure la faculté de faire
à ces maisons et îles de maisons les changements que néces-
siterait la défense de la place, ni me priver des ressources
qu'elles pouvaient me présenter pour la fortifier et économiser
par leurs moyens le temps et les dépenses qu'entraîneraient
d'autres constructions. Cependant, tandis que l'officier qui com-
mande ici l'artillerie \ vous demande d'un côté que je suspende
une démolition qui m'empêche de fermer la principale batterie
qui domine la rivière, et que j'intervertisse l'ordre que j'avais
cru devoir établir dans le progrès du travail; de l'autre il or-
donne sans me prévenir la démolition d'une maison d'enceinte
extérieure qui devait faire partie d'une caserne crénelée, desti-
née à défendre toute la face d'un mur ou d'une ligne de pa-
lissade le long de la rivière, ainsi que la face d'une batterie
qui masque la porte d'entrée de ce côté. 11 n'a point de bras
pour faire une chose utile à l'activité exigée par le général en
chef pour les travaux de Lesbé, et il en trouve pour en fidre
non seulement d'inutiles mais même de nuisibles. Je dois en-
core vous dire, pour obvier à toutes allégations qui pourront
être faites à cet égard, que cette caserne reste à la disposition
de l'artillerie qui fera de son intérieur tout ce qu'elle jugera
convenable à son service, mais malgré la répugnance que j'ai
de vous importuner des détails de mon service, je ne puis me
dispenser, Général, de vous soumettre les observations précé-
dentes, afin que par la suite, les ordres que vous croirez devoir
donner dans cette circonstance, s'opposent à tout ce qui pour-
rait entraver le bien du travail en général, et occasionner des
dépenses en pure perte. — Je vous prie encore de suspendre
l'ordre que vous avez donné au fournisseur de chaux d'en livrer
aux particuliers. Cet ordre ou permission qui est du 17 bru-
maire 2, est sans doute mal interprété, ou bien on en abuse.
Vous n'ignorez pas que le général en chef a mis particulière-
1 Anthouard {Corr. V. 3493),
* 7 novembre 1798.
136 LAZO^VSKl
ment en réquisition cette matière pour les travaux que je suis
obligé de suspendre dans ce moment, parce que le particulier
qui la fabrique n'en pouvant faire qu'une quantité très limitée
par jour, la partage avec ceux qui se présentent pour en ache-
ter et nous en laissent, par cette raison, manquer. Il en est de
même des cendres. Cette suspension ne serait que momenta-
née et seulement pour nous donner le temps de faire quelques
approvisionnements en avance. — Salut et respect.
tazowskî, chef de bataillon du génie, au général de
division Dagiia, commandant à Damiette^.
Le 5 frimaire de l'an VII (25 novembre 1798).
Général, je réitère les demandes d'ouvriers que je fais^ sans-
cesse, sans bras on ne peut rien ^. Depuis 8 jours, 34 ouvriers
^ Arch. h. de la Guerre. Armée d'Orient, aut.
2 «j'ai fais»,
3 Caffarelli au chef de bataillon Lazowski, 9 novembre: »Je pré-
sume, mon cher Camarade, que les lettres que vous m'avez écrites, se sont
égarées. Je n'en ai reçu aucunes depuis votre départ. Je crainds surtout
que vos projets sur Lesbé n'ayent éprouvé le même sort et qu'attendant
ma réponse vous aurez perdu un temps précieux pour des travaux pres-
sants. Je vous prie à la réception de l'écrit que je vous donne de m'en-
voyer vos projets d'estimation ainsi que l'état de vos approvisionnements
et de vos ressources. Il est inutile que je répète ici ce que je vous ai dit
dans mon instruction du 23 vendémiaire (14 octobre). — Le capitaine Sa-
batier m'a rendu compte que la dépense des travaux faits sous sa direction
excédait les fonds faits d'une somme de 26144 parats. Vous voudrez bien
l'acquitter sur les fonds mis à votre disposition. II est de principe dans
notre service que le changement de la personne ne change rien à la mo-
rale du travail et à celle de la comptabilité. Sur cette somme «de 26144 pa-
rats il est dû à Sabatier pour avance de reconnaissance deux mille pa-
rats... Je vous prie de m'écrire au moins une fois par décade; dans la
position où nous sommes il est de plus grand intérêt pour le général d'avoir
des notions certaines sur la situation de toutes les parties du service. La
nature de nôtre exige une communication fréquente d'idées et de résultats
entre ses divers coopérateurs. Je vous prie de me donner des nouvelles de
vos camarades, des citoyens Girard et Pottier. — Vous avez reçu d'Ale-
xandrie une malle qui a éprouvé le même sort de tous les effets que ren-
fermait ma maison; le général a accordé à tous les officiers leurs gratifi-
cîitions de campagne. Le payeur de Damiette a ordre depuis le premier
Ai; GWNÉKAl. DUGI'A \?j7
nous sont arrivés, ce matin seulement, ce ([ui iKrns lait en total
88 man(0uvres du pays; jamais il n'y en a eu tant sur le tra-
vail qu'aujourd'hui. ~ J'ai demandé au commandant de \ix IW''^
en garnison à Lesbé, combien il pouvait me fournir de travail-
leurs, je vous fais passer la réponse. Tous les sapeurs qui peu-
vent travailler sont sur les travaux sans exception. Ils ont été
notre principale ressource jusqu'à présent.
Je vous ai prévenu dernièrement que le premier manque
ou retard de payement nous priverait de la chaux que nous
employons. Cela est arrivé. On ne nous fournit plus et le maître-
ouvrier Turc 1 que l'on a payé sans cesse jusqu'à présent et
auquel on ne demande qu'un terme de 4 à 5 jours, dit que
quand on lui payera sa chaux il en fournira d'autres. Cepen-
dant il a l'impudence de demander qu'on paye d'avance l'es-
pèce de pouzzolane - qu'il envoie et qui ne lui coûte que la
peine de la ramasser partout où il la trouve; je lui ai donné
i une autorisation qui le met à même de faire les recherches
librement et il en doit encore 70 couffes environ sur les avan-
ces qui lui sont faites.
Depuis 12 jours je ne puis avoir 45 outils en fer que j'ai
commandés, et que je n'aurai pas, j'en suis certain, parce que
je n'ai pas voulu les payer d'avance. Je suis confondu de voir,
que malgré les ordres du général en chef, qui met tous ces
objets en réquisition, de voir surtout que dans un pays où nous
commandons on nous met le poing sous la gorge d'une ma-
nière aussi révoltante, dans une circonstance qui est impérieuse.
I Je crois avoir déjà eu l'honneur de vous le dire, Général, le
! divan seul devrait être responsable de tous les ordres qu'il re-
j çoit à cet égard et dont il se décharge sur des malheureux
i vauriens qu'il nomme scheik, lorsqu'il pourrait nous donner des
I notables du pays, qui par leur état et leurs moyens auraient à
I craindre de l'inexécution des ordres qu'ils recevraient, et ne se
î mettraient pas à la tête des fuyards quand ils auraient gagné
i 3 à 4 piastres.
; jour de la décade de vous délivrer une somme de quatre mille livres. —
; Je vous avais demandé des renseignements sur les meules, je vous prie de
i ne pas l'oublier. Sabatier m'a dit qu'il y en avait à Damiette quatre* . . .
! * «Turque».
I 2 Terre volcanique rougeàtre qu'on rencontre près de Pouzzoles en Italie.
138 LA/.OWSKI
Malgré le peu de moyens que j'ai eu et les entraves dont
je ne vous donne qu'une faible esquisse, nous avons dans ce
moment plus de cent toises de revêtements au trois quart sur
la hauteur totale (9 pieds); le remblai d'un terre-plein sur 3 toi-
ses Y2 ^® largeur, 40 toises de longueur et une toise de hau-
teur, dans la partie qui commande et découvre la rivière jus-
qu'à son embouchure en mer. Si je n'avais point été arrêté par
cette suspension que l'officier qui commande l'artillerie, vous
a demandée, cette batterie serait entièrement faite et fermée;
je la pressais parce qu'elle est la plus importante, et qu'en cas
de besoin il était facile d'en faire une redoute isolée, c'est à
dire indépendante de la perfection du reste de l'enceinte. Si
nous avions des approvisionnements et des bras, dans 10 jours
tout le front, qui fait face à l'embouchure de la rivière, serait
fini; ce serait plus du tiers de la totalité de l'ouvrage, parce
que cette partie est la plus difficile à travailler. Pour accélérer
de beaucoup la besogne et diminuer considérablement les dé-
penses, je n'ai retranché du village que la portion qui m'était
nécessaire pour fournir aux remblais et des briques: c'est à
dire que je n'ai fait abattre que le 10*^® des maisons, environ,
que je devais faire abattre à la droite de la mosquée, suivant
Tordre du Caire. Je crois d'ailleurs que la défense en sera meil-
leure, et que nous aurions été fort embarassés d'employer tous
les déblais que cela aurait fourni. On n'aurait eu d'autre res-
source que de les répandre au loin dans la plaine marécageuse
qui environne le village, pour ne laisser aux environs de la
place aucun commandement, d'autant que la crête d'un para-
pet n'aura que 15 pieds de hauteur au-dessus du terrain. Ces
déblais auraient fourni d'ailleurs les moyens de former des
batteries contre les ouvrages, avantage que l'ennemi n'aura pas
dans une plaine où l'on trouve l'eau à un pied au-dessous de
sa surface.
Si je n'ai pas eu le quart des ouvriers et des moyens qui
étaient nécessaires pour pousser vigoureusement les fortifica-
tions et la fermeture de Lesbé, vous sentez qu'il a été de toute
impossibilité de s'occuper de la munitionnaire, de l'hôpital etc.
Cela deviendra d'autant plus impossible maintenant que l'ar-
tillerie va partager les modiques ressources que présente Da-
miette pour les constructions, en s'occupant d'un arsenal qui
AU GÉNÉRAL UUQUA 139
ne se fait jamais dans une place que lorsqu'elle est fermée. Il
en va résulter que les travaux de fortifications et de l'artillerie
vont chômer^; vous voyez cependant, Général, par la lettre du
général en chef, si l'inquiétude que je témoignais sur l'impos-
sibilité d'exécuter les ordres qui m'ont été donnés au Caire,
était fondée, vous voyez aussi si les fortifications de Lesbé doi-
vent être accélérées de préférence à tout autre travail.
Dans ce moment je fais remettre au divan une lettre que
je vous soumets, pour qu'il me fasse connaître tous les fours
et magasins de chaux qui sont à Damiette. Et une fois con-
nus, je crois nécessaire d'y placer un sapeur ou deux qui veil-
leront à la confection de la chaux et à ce qu'elle soit totale-
ment transportée à Lesbé. Je demande aussi qu'on me livre
enfin les outils et ouvriers demandés depuis si longtemps. Il
y a beaucoup de fers à Damiette et nous ne pouvons pas nous
occuper de sa recherche. C'est au commissaire et à l'agent fran-
çais de faire ces perquisitions avec les moyens que leur don-
nera le divan. Si nous parvenons à avoir beaucoup de monde,
il faudra plus d'outils que nous (n')en avons. J'ai remis l'état des
magasins au citoyen Laugier, il n'y a que de très légères aug-
mentations depuis.
Les plans de l'hôpital, de la munitionnaire, du lazaret et
des magasins sont déterminés; on les mettra à exécution aus-
sitôt que nous serons en mesure de pouvoir le faire.
Je dois encore vous dire, général, que lorsque je suis parti
du Caire on m'avait donné l'assurance que je trouverais à Da-
miette beaucoup de coopérateurs, cependant les ingénieurs géo-
graphes sont retournés malgré l'ordre donné à cet égard, d'au-
tres sont malades et, sans me plaindre du travail dont je suis
chargé, je ne crois pas inutile de vous faire cette dernière ob-
servation 2. — Salut et respect.
* «chaumer».
2 Caffarelli du Falga à Lazowski, Caire, le 13 novembre 1798. {Beg. y,
p. 75): Ordre au capitaine Bachelu de se rendre sur le champ à Belbeis
pour des travaux urgents que deux officiers du génie viennent être obligés
quitter pour soigner leur santé. Il n'a reçu aucune lettre de lui depuis son
départ. Craint qu'il ne soit pas encore assez rétabli pour suffire à un grand
travail. Fera partir un autre officier pour prendre la conduite des travaux
urgents à Damiette, s'il ne reçoit de nouvelles par le premier courrier. Eloge
140 LAZOWSKl
Lazowskî, chef de bataillon du génie, au général de
brigade Verdier^.
Le 7 frimaire an VII (27 novembre 1798).
Nous avons aujourd'hui, Citoyen Général, les ouvriers mili-
taires que vous avez commandés hier pour les travaux de for-
tifications. Je les ai employés à la tâche, à raison de 150 paras^
la toise cube et je suis certain qu'à ce prix ils auront une forte
journée, le transport des déblais n'étant qu'à une très petite
distance de leurs ateliers, mais je n'ai point reçu les outils
que j'ai commandés depuis 15 jours à Damiette, et c'est pour
la seconde fois que le payeur ne peut solder le complément
du premier payement que le général en chef a fixé pour les
travaux par 3^ lettres de change, dont la première ^ n'est point
encore totalement acquittée.
Le commis, que j'avais envoyé depuis trois jours à Damiette
pour diverses acquisitions indispensables à la continuation du
travail, est revenu sans pouvoir même apporter des clous faute
de moyens; de manière que la plupart des ouvriers militaires
n'ayant pas les outils que depuis longtemps on me promet à
Damiette, et que le manque d'argent m'empêche d'acheter d'ail-
leurs, le travail va considérablement souffrir de cette pénurie.
Si le payeur ne donne point l'argent que depuis 15 jours il
promet en vain, je ne pourrai faire la paye du jour aux pay-
sans. J'ai employé totalement ce que j'ai pu avancer de ma
des lieutenants Buzet et Morlet. Ces officiers et ceux des sapeurs peuvent
l'aider; ménagement à avoir pour ceux derniers. Instructions sur les tra-
vaux ... de Lesbeh. Vues à soumettre au général en chef. Projets, plans
et rapports d'envoyer. (En marge : Cette lettre est écrite pour le comman-
dement actuel du génie à Damiette quelqu'il soit). — Caffarelli à Lazowski,,
Caire, le 23 novembre [Reg. y, p. 100): Il lui envoie le capitaine Deponthon
pour l'aider. Méthode à employer envers les ouvriers du pays. Ouvriers
pris parmi les troupes. On est content des uns et des autres au Caire.
Ordre de clore promptement Lesbeh et de construire et armer sans délai
la batterie de côte. Secours à donner au besoin aux astronomes et ingé-
nieurs qui se rendent à Damiette.
* Arch. h. de la Guerre, Armée d'Orient, aut.
2 Biffé: des.
^ Biffé: aucune.
AUX GÉNÉRAUX VEllDIKR F.T BONAPARTE 141
poche, pour ne point suspendre l'ouvrac^e; les délais du payeur
sont bien contradictoires aux ordres du g-énéral en chef, et il
est impossible d'aller plus loin s'il y a absolument manque de
fonds ^ — Salut et respect.
Zaj^czek au général en chef Bonaparte '^.
Chawbak ^ le 25 nivôse an VII (14 janvier 1799).
Votre lettre du 24^ m'a trouvé à Chawbak, sur les bords
du Nil. Conformément à vos ordres j'y ai laissé un détachement
de 110 hommes, composé de la 2r demi-brigade d'infanterie
légère et de la 88®, et je marche avec les 50 hommes à Fayoum,
où je ferai mon possible pour envoyer au Caire l'argent que
j'y trouverai provenant du miri.
P. S. Le détachement est commandé par le citoyen Desma-
ret, capitaine de la 2P demi-brigade.
^ Gruardet, chef de bataillon à la Tô*" demi-brigade, au général de
brigade Verdi er, Lesbé, le 29 novembre 1798. «Les soldats ont réclamé
leur dû auprès du chef du génie; s'y trouva avec un adjoint qui leur tient
des propos, au sujet du payement; un volontaire d'entr'eux se permit de
dire que s'il ne voulait pas les payer qu'il pouvait garder l'argent. L'offi-
cier de corvée le fit conduire en prison de suite. En ce moment le chef
du génie ordonna à l'officier de renvoyer le dit travailleur à leur quartier.
Vous voyez . . . que les soldats sont toujours prêts à travailler d'après les
ordres que vous avez donnés, il s'en présentait journellement 120 et il n'en
occupait que 65 en observant qu'il n'avait d'outils».
2 Ms. Oss. 2582.
3 «Shoubac» dans le texte original.
* Berthier, chef de l'état-major, au Caire, le 24 nivôse an VII [13 jan-
Tier 1799). Arch. h. de la Guerre. Beg. Ee. /« 61 v^. Ordre au général Zayon-
schek (en route pour le Fayoum) de laisser à la couchée d'aujourd'hui une
1 partie de sa troupe pour y attendre la commission et un détachement con-
duits par le chef de b*"' Brun avec qui il continuera leur route pour la
! haute Egypte. — Ordre d'envoyer au Caire aussitôt son arrivée à Fayoum,
; l'argent provenant du miri. — Voir La Jonquière III. 577.
i
!
142 ZAJACZEK
Zaj^czek au général en chef Bonaparte ^
(Medinet-el-Fayoum), le 29 nivôse an VII (18 janvier).
Je me suis rendu à Medinet, capitale du Fayoum ^, le 28
nivôse. J'ai fait expédier aussitôt pour le Caire tout l'argent
que j'y ai trouvé provenant du miri l L'adjudant-général Boyer
en a envoyé 20 mille pataquès de 90 parats * la pièce. Il y en
a encore 14 mille à tirer de la province. Je les ferai passer au
Caire le plutôt possible. La province du Fayoum est bien la
plus belle de l'Egypte ^.
L'adjudant général Boyer ^' me donnera 2 ou 3 jours pour
me mettre au courant des affaires.
Zaj^czek au général Berthier\
(Medinet-el-Fayoum), le 4 pluviôse an VU (23 janvier 1799).
J'ai l'honneur de vous envoyer l'état de situation du batail-
lon qui se trouve en garnison à Medinet du Fayoum et qui se
comporte parfaitement bien. La province est fort tranquille.
J'active tant que je puis la rentrée du miri, ainsi que celle des
chevaux. Il me faudrait quelque expert^ de la cavalerie pour exa-
miner cette remonte à mesure qu'elle arrive.
Relativement à l'ordre du jour du 25 passé 9, j'ai passé la
revue de la pièce de 8 qui est ici, et je vous en remets l'état
de situation. Veuillez me dire, si je dois faire remplacer ici les.
1 Ms. Oss. 2582.
2 Le commandement de cette province fat confié à Zayonchek par or-
dre du 8 janvier (La Jonquière III. 579).
3 myry, contribution due au sultan [Gorr. V. 3812).
^ parât = médin = 9 deniers V? ; le denier de cuivre valait un douzième
de sou.
5 Voir Reclus X. 97-100, Denon L 251—6, Savary IL 42-6.
6 Commandant la province d'après l'ordre du 7 décembre {Corr. V.
3718); désigné pour commander la province de Minieh par l'ordre du 12
janvier, rappelé au Caire le 20 janvier et remplacé par Détrès.
7 Ms. Oss. 2582.
8 Biffé: officier.
» Corr. V. 3851.
A BONAPARTE, BRRTHIER, MALLEM IBRAHIM, ETC. 143
objets qui y manquent, selon cet ordre, ou si je dois attendre
ceux que le général divisionnaire Domnnartin enverra.
Je vous observe, générai, que le bataillon qui est ici, n'est
payé que jusqu'au 10 nivôse et qu'il est dû aux officiers fri-
maire et nivôse.
Zaj^czek à l'intendant copte de la province du Fayoam
Mallem Ibrahim ^.
(Medinetel-Fayoum), le 6 pluviôse an VII (25 janvier 1799).
Ordre à lui donné pour payer au détachement du 2™^ ba-
taillon de la 18™^ demi-brigade, qui est venu joindre à Fayoum,
la somme de cent treize livres, due au dit détachement; la
dite solde payée en vertu de l'ordre du jour du général en
chef, qui autorise les commandants de province à faire payer
sur le miri les décades ordonnées par lui.
Zaj^czek à l'officier commandant le détachement pour
la perception du miri dans le Fayoum '^.
(Medinet-el-Fayoum), le 11 pluviôse an VII (30 janvier 1799).
A lettre reçue, vous vous mettrez de suite en marche pour
vous rendre à Medinet. Tâchez de partir encore cette nuit pour
venir de suite, le bataillon devant se mettre en marche pour
le Caire.
Zaj^czek au général Berthier^.
(Medinet-el-Fayoum), le 11 pluviôse an VII (30 janvier 1799).
Votre lettre du l-r pluviôse ne m'est parvenue que le onze
à 5 heures du soir. J'ignore ce qui a pu occasionner ce retard,
mais il ne sera pas de ma faute, si je ne me rends pas pour
le 12 à Gizeh, comme cela m'est ordonné. Je quitte Medinet à
Fayoum le 12 et je ne pourrai être que le 13 ou le 14 à Gizeh.
1 Ms. Oss. 2582.
2 Ibid.
' Ibid.
144 ZAJACZF.K
J'apporte ^ avec moi presque tout le miri et 12 chevaux.
Les 18 2 chevaux qui sont encore à percevoir, seront recom-
mandés au divan et nous les aurons plus tard.
J'assemble dans ce moment le divan, à qui je donne ordre^
tous les cheiks des villages de déclarer le plutôt possible les
canons, qu'ils peuvent avoir appris*, et de les conduire à Gi-
zeh, sous peine de mort, et je leur recommande également une
bonne conduite pendant mon absence, aussi bien que les 4 che-
vaux pour l'artillerie ^
Zaj^czek au général en chef Bonaparte ^
A Gizeh, le 15 pluviôse an VII (3 février 1799).
J'arrive à Gizeh avec le 2"^^ bataillon de la 18^ demi-bri-
gade. Je m'y suis rendu à marche forcée, votre ordre (du) 1-r
pluviôse ne m'étant parvenu que le 11 à 5 heures du soir.
1 Biffé: J'emmène.
2 Biffé: Le reste des...
3 Biffé: ordre d'avertir.
4 Voir: Qorr. V. 3885, Ordre du jour, 1 pluviôse (20 janvier 1799). Les
généraux commandant les provinces feront une lettre circulaire en arabe
aux différents cheiks-el-beled des villages de la province: il y a des canons
enterrés dans les maisons appartenant ci-devant aux Mameluks ; qu'ils ac-
cordent dix jours pour faire les déclarations, et que, passé ce délai, les
cheiks des villages où seraient trouvés des canons seront punis de mort.
Dans les provinces de Menouf, Charqyeh, Mansourah et dans quelques pro-
vinces de la haute Egypte, les généraux commandant ces provinces ont
découvert des canons qu'ils ont laissés dans les villages: le général en chef
leur ordonne de prendre tous les moyens pour faire conduire ces canons
à Gyzeh, et ce, dix jours après la réception du présent ordre.
^ Qorr. V. 3881. Bonaparte au général Berthier, 20 janvier 1799: Vous
ordonnerez au général Zajonchek, commandant la province du Fayoum,
de régler ses mouvements de manière à être rendu à Gyzeh avec toute sa
colonne le 12 au soir. Vous lui recommanderez d'activer de tous ses moyens
le recouvrement en entier du myry et la levée de tous les chevaux que
doit fournir sa province. Il lèvera dans sa province quatre bons chevaux
que doit fournir sa province. Il recommandera, en partant, au divan de
maintenir une bonne police dans la province, et aux cheiks d'Arabes de
se bien comporter; sans quoi, à son retour, qu'il annoncera être dans quinze
jours, il les punirait.
6 Ms. Oss. 2582.
A BONAPARTE ET AU CHEIK-EL-BF:LED d'eL-ZAWIEH 145
J'emmène 12 chevaux de la réquisition; à qui les remettrai-je?
Quant au miri, en voici l'état:
La province devait payer . . . 34,238 pataquès
On a expédié au Caire le 29 . . 20,000
On a payé au bataillon .... 1,901
J'apporte avec moi 6.000
27,901
Reste 6,337
34,238
L'intendant copte et citoyen Noble, agent français, sont restés
à Medinet en Fayoum, mais il leur faudra un détachement de
40 hommes pour achever le miri.
Si vous me faites la grâce de m'employer dans l'expédi-
tion \ je vous demanderai celle d'être payé du mois de frimaire,
ainsi que des avances que j'ai faites et que j'ai eu l'honneur
de vous présenter avant mon départ.
Zaj^czek au cheik-el-beled et seraph d'El-Zawieh ^,
Beni-Souef, le 26 pluviôse an VII (14 février 1799).
A lettre reçue vous vous rendrez tous les deux au quartier
général à Beni-Souef pour venir rendre compte de ce que vous
devez, au janissaire aga, lieutenant de police du Caire ^ Je vous
préviens que le moindre retard que vous apporterez à vous
rendre, sera sévèrement puni.
^ de Syrie. Voir: Corr. V. 3923. Ordre du 30 janvier. Article 1*^ La pro-
vince de Beny-Soueyf et celle du Fayoum seront sous les ordres du gé-
néral Zajonchek. Art. 2. Ce général se rendra sur-le-champ à Beny-Soueyf;
les agents et intendants des provinces du Fayoum et de Beny-Soueyf se
tiendront près de lui. Il se portera alternativement dans l'une et dans l'au-
tre de ces provinces pour y faire sa tournée, et suppléra au nombre par
l'activité et le mouvement: il fera dans l'une et l'autre la levée du myry
et des impositions.
« Ms. Oss. 2582. Voir Estève: Mémoire p. 54: «Le qobtte percepteur
appelé sserrâf dans la basse Egypte, prend le nom de a' âmel dans le
Ssa'yd».
' Hassan-aga.
Les Polonais en Egypte. -^-O
146 ZAJACZEK
Zaj^czek aux membres composant le divan de Fayonm \
Beni-Souef, le 26 pluviôse an VII (14 février 1799).
Je vous annonce avec bien du plaisir que sur le rapport
avantageux que j'ai fait au général en chef Bonaparte de votre
bonne conduite, du zèle que vous mettez à administrer votre
province, ainsi que de l'intérêt que vous prenez à l'armée fran-
çaise, le général en chef m'a chargé de venir vous en témoig-
ner sa satisfaction. C'est une commission bien agréable pour
moi. J'invite dans ce moment-ci le président du divan de venir
le plus promptement auprès de moi à Beni-Soaef pour régler
les affaires de la province du Fayoum; il annoncera aux mem-
bres du divan, ses collègues, que le général en chef m'a or-
donné de leur faire payer leur traitement ^ et que dès l'instant
qu'il y aura ici de l'argent, je les ferai payer de suite.
Zaj^czek an citoyen Noble, agent national an Fayoum ^.
Beni-Souef, le 26 pluviôse an VII (14 février 1799).
Le général en chef ayant ordonné que l'agent français et
l'agent copte de la province du Fayoum résideraient à Beni-
Souef auprès du général commandant les provinces réunies de
Fayoum et de Benhasse, c'est avec bien du plaisir que me rap-
pelant au bon souvenir du citoyen Noble, je viens lui annoncer
que, conformément au dit ordre, il vienne ici auprès de moi
avec Mallem Ibrahim à lettre reçue. J'aurai le plaisir de jouir
de sa présence. Le citoyen Noble, ainsi que Mallem Ibrahim,
agent copte, apporteront ici le montant du miri qu'ils auraient
pu ramasser. Il voudra dire bien des choses de ma part aux
membres du divan et particulièrement aux cheiks et leur té-
moigner, combien le général en chef est satisfait de leur bonne
conduite.
J'annonce au citoyen Noble que le général en chef a été
très satisfait, ainsi que le citoyen Poussielgue, lorsque je leur
ai annoncé le sacrifice que faisait l'agent français en faveur de
1 Ms. Oss. 2582.
' Corr. IV. 3B06 (traitement des membres du divan).
3 Ms. Oss. 2582.
A NOBLE, MAURANO ET A DUGUA 147
l'armée, en restant seul dans la province Fayoum pour recou-
vrir le reste du miri, et que cela lui a fait le plus grand mérite.
J'ai invité les cheiks du divan par une lettre particulière de
se rendre ici pour régler les affaires de la province. Prolltez
de (la) bonne occasion pour venir. Emmenez avec vous cinq ou
six janissaires qui resteront ici à Beni-Souef pour porter les
dépêches qui pourraient y avoir pour Medinet et prenez en
davantage si vous apportez de l'argent pour toute sûreté.
Zaj^czek au citoyen Maurano, commandant la barque
la Carinthie ^
(Beni-Souef), le 26 pluviôse an VII (14 février 1799).
Vous arrêterez toutes les barques qui descendent le Nil et
vous les ferez raisonner afin d'avoir des notions de la division
Desaix et vous m'en ferez le rapport. S'il y avait quelque chose
d'intéressant, vous emmènerez chez moi ou les pièces ou les
passagers. Vous ne laisserez passer aucune barque sans la faire
raisonner et vous préviendrez l'officier où soit celui qui reste
à votre barque en votre absence, de ne point négliger cet ordre
dont vous êtes responsable et surveillez en même temps que
ceux qui les feront raisonner, n'exigent rien des patrons sous
aucun prétexte.
Pour faire raisonner les barques vous aurez soin de les faire
aborder à terre.
Le général de brigade Zaj^czek S commandant les pro-
vinces de Fayoum et de Be nasse ^ au général division-
naire Dugua^, commandant au Caire.
Au quartier-général de Beni-Souef, le 26 pluviôse an VII de la
République (14 février 1799).
Général, j'ose prendre la liberté de vous recommander le
nommé Jacot Chorbagi, janissaire de cette province, qui se rend
1 Ms. Oss. 2582.
2 A. h. de la G. En marge: Reçu le 29, recommandé sur-le-champ.
8 Benassé, Benhassé, Behnesé = Beni-Souef.
* Voir La Jonquière IV. 143. Ordre du jour du 9 février: «...Tous
10*
148 LAZOWSKI
au Caire pour des réclamations qu'il a (à) y faire, auprès de l'in-
tendant général des finances i; cet homme s'est rendu digne de
la place qu'il occupe ici et il s'est toujours comporté de manière
à prouver qu'il était l'ami des Français. Sa présence étant bien
nécessaire ici, je vous prie, général, de lui faire faciliter les
moyens à s'en retourner promptement.
J'aurai l'honneur de vous écrire décade prochaine et de
vous donner toutes les informations que j'aurai recueillies de
la province; le général de brigade Veaux que j'ai remplacé ici,
vous aura mis à même de connaître tous les mouvements qui
ont eu lieu dans cette province 2. — Salut et respect.
Zayonchek.
Lazowski: Rapport^ sur les travaux exécutés dans la
nuit du 25 au 26 pluviôse (13 au 14 février).
Le 25 pluviôse, à 7 heures du soir, le chef de brigade San-
son et moi ouvrîmes la tranchée avec 50 sapeurs, à 60 toises
du village qui se trouve au pied du fort, et suivant le tracé
que nous reconnûmes de jour.
Les travaux furent poussés pendant la nuit jusqu'aux pre-
mières maisons du village, dans un terrain sablonneux. La tran-
les généraux et les officiers commandant les provinces de la basse Egypte,
ainsi que le général commandant les provinces de Beni-Souef, Fayoum et
Minieh, préviendront le général Dugua de ce qui se pourrait passer d'inté-
ressant dans leurs provinces, et obéiront à tous les ordres qu'il pourrait
leur donner; ils continueront cependant de correspondre avec l'état-major
général» ...
1 Girgès-el-Ghouary {Corr. IV. 2895).
2 Biffé: et qui paraissent absolument terminés.
3 Joint à la lettre de Sanson au général Caffarelli (El-Arich, le 25 plu-
viôse an VII): «...Je suis arrivé hier au soir avec 300 hommes dont le
général Kleber m'avait donné le commandement. J'ai été attaqué à la ci-
terne de Mesoudiah... J'ai reconnu aujourd'hui le château d'El-Arich, il
paraît qu'il est impossible d'y entrer que par la grande porte: nous som-
mes maîtres des maisons qui se trouvent en avant. Je vais faire faire une
communication pour y aller en sûreté: et, de ces maisons, il sera facile de
construire une galerie pour deux ou trois fourneaux, pour faire sauter un
flanc et une partie de la courtine... Lazowski, Aymé, Crespin et Charbaud
sont ici...» (La Jonquière IV. 164—5).
RAPPORT SUR LES TRAVAUX 149
«hée avait quatre pieds de profondeur sur six pieds de largeur
et quatre-ving-ts toises de longueur, à l'exception du dernier
boyau en retour qui était sur les maisons, creusé dans un ter-
rain ferme et n'avait que trois pieds de largeur sur quatre
pieds de profondeur et vingt toises de longueur.
Sur les 11 heures du soir, nous pénétrâmes dans l'intérieur
des maisons jusqu'à la dernière rue qui forme la séparation
du fort d'avec le village, afin de reconnaître où l'on pourrait
placer le mineur et pratique»* la galerie de communication.
Les sapeurs n'ayant point été relevés de toute la nuit, ce
premier travail se termina à 5 heures du matin.
Zajqczek au chef de brigade Détrès, à MinietK
(Beni-Souef), le 27 pluviôse an VII (15 février 1799).
Je vous fais passer ci-joint des dépêches qui m'ont été re-
mises pour vous au quartier général, ainsi que celles pour le
général divisionnaire Desaix, auquel je vous prie de les ex-
pédier par première occasion.
L'insurrection qui a eu lieu dans le haut de cette province,
paraît n'avoir pas de suite, quoiqu'elle ne soit pas sans donner
bien de l'inquiétude et la communication entre votre province
et celle-ci paraît n'être pas entièrement libre.
Le général divisionnaire Dugua, commandant au Caire en
absence du général en chef, m'a ordonné de le tenir avisé sur
tout ce qui pourrait avoir lieu dans la haute Egypte, ainsi si
vous avez quelque chose à lui mander, vous pouvez m'adres-
ser vos dépêches, parce que toutes les décades et quintidis je
lui expédierai un courrier. Si vous avez quelque nouvelle de
la division Desaix, je vous serai obligé de me la communiquer,
€t si de mon côté j'en ai quelqu'une, soit de Syrie ou de France,
je m'empresserai à vous la faire suivre.
P. S. Dans ce moment-ci le citoyen Colbert vient de me
communiquer votre lettre du 25. Je vois que votre position est
toute aussi embarrassante que la mienne, et si tout ce que le
Copte qui est auprès de vous mande dans sa lettre, est vrai,
vous vous trouverez bientôt dans des circonstances plus déli-
î. 0s8. 2582.
150 ZAJACZEK
cates. Le Copte dit entre autres choses que trois des beys, avec?
500 Mameluks qui ont passé de l'autre côté du Nil, se trou- •
vant portés vis-à-vis de votre province, ont fait passer leurs!
émissaires et une partie de leur troupe du côté de Siout, que
les paysans encouragés par ces gens là font des provisions de
cartouches et se préparent à nous faire la guerre. Malgré que
je doute de la vérité de ce rapport, parce que si le fait était
tel \ vous en sauriez quelque chose, cependant comme tout est
possible, je crois devoir vous avertir qu'au plus tard dans 3 jours,
je me propose de marcher sur^ les villages révoltés de ma
province et qui se trouvent du côté de Miniet. A mesure ^ que %
je m'approcherai de vous, je vous enverrai des exprès, de ma- -
nière que vous puissiez toujours être informés de ma position,
afin de régler vos mouvements là-dessus et en cas que vous ;
eussiez besoin de mon secours, je m'y porterai ou bien vous
vous replierez sur moi dans le cas que vous aurez calculé que, ■
vu l'éloignement, il me serait impossible d'aller vous secourir.
J'aurai avec moi 400 hommes et une pièce de canon, ce qui ;
uni aux 250 que vous avez, nous mettrait très en état de re- j
sister même aux Mameluks, s'il est vrai qu'ils aient repassé la
rivière. Donnez moi le plus souvent possible de vos nouvelles.
Le général de brigade Zajqczek, commandant les provin-
ces de Fayoum et Benhassé, au général divisionnaire
Dagua, commandant au Caire ^.
Au quartier général de Beni-Souef, le 21 pluviôse an VII (15
février 1799).
Général, le général Veaux vous aura certainement mis au
fait de l'insurrection des paysans des 14 villages, qui a eu lieu
pendant son commandement dans la province de Beni-Souef^
Ce mouvement, sans porter le caractère d'une rébellion com-
1 Biffé: si la chose était telle...
* Biffé: vers...
3 Biffé: Si de votre côté...
4 Arch. h. de la Guerre, A. d'Orient (ms. Oss. 2582). En marge du texte
original: Reçu le 29, répondu idem.
5 12 pluviôse {Corr. V. 4188).
AU GÉNÉRAL DUGUA 151
binée 1, ne laisse pas que de faire voir, combien le peuple de
ce pays-ci est porté ^ à se soulever ^ Les révoltés jusqu'à ce
moment-ci n'ont point mis de suite dans leur fait, mais le ré-
sultat* de ce soulèvement est que la communication par terre
de cette province avec celle de Minieh est interrompue; les
courriers que l'on a envoyés d'ici à cette dernière ville ont été
dévalisés, que la perception du premier tiers du miri est sus-
pendu, cette perception est encore très conséquente, puisqu'elle
est de plus de la moitié selon le compte que m'en a rendu
l'intendant copte, et^ ce qu'il y a de plus délicat encore, c'est
que 18,757 pataquès que l'intendant copte a déposées, je ne
sais pourquoi, à Fethene ^, village de cette province, courent
le risque de tomber entre les mains des révoltés ou bien d'être
volées par les Coptes mêmes, chez qui elles sont déposées: Cette
dernière circonstance est celle qui me décide à marcher inces-
samment contre les villages révoltés et je l'aurais déjà fait, si
je n'avais pas trouvé le détachement que je suis venu comman-
der, dépourvu de munitions, aussi bien que la pièce d'artillerie
qui n'a que 100 cartouches à boulet. Comme l'adjudant géné-
ral Boyer a prévenu le général Veaux que vous lui envoyez.
Général, cent hommes et des munitions nécessaires, j'attends
ce convoi avec la plus grande impatience. Les nouvelles que
nous recevons de villages révoltés, portent que les paysans font
passer leur bétail, leurs femmes et ce qu'ils ont de mieux, de
l'autre côté du Nil ^ et qu'ils ne laissent que des vieillards dans
leurs habitations. Deux de ces villages viennent de m'envoyer
aujourd'hui un exprès pour me demander leur pardon, en re-
jettant^ comme de coutume, la faute sur leurs voisins. Comme
en effet ces deux villages paraissent les moins coupables, je
n'ai pas balancé à leur envoyer leur pardon, comptant que
cette clémence portera les autres à la même soumission, mais,
* Ms. Oss.: bien prononcée.
2 Ms. Oss.: prompte, enclin.
3 Ms. Oss. : à la désobéissance.
^ Ms. Oss.: mais la seule conséquence.
5 Biffé {Ms. Oss.): mais,
s Fechn.
7 Biffé {Ms. Oss.) : de la ville.
8 Biffé {Ms. Oss.): s'excusant.
152 ZAJACZEK
soit qu'ils se repentent, soit qu'ils persévèrent dans la désobéis-
sance ^ je me propose de punir de mort les auteurs ^ de la ré-
volte et de bien rançonner 3, vu que l'Arabe est le plus sensi-
ble à la perte de son argent. Cette amende sera versée selon
l'ordre du jour dans la caisse du payeur.
Le chet de brigade Détrès mande de Minieh que les villa-
ges de cette province sont très récalcitrants et qu'ils ne veu-
lent point payer le miri, qu'il est sans munition et qu'il n'at-
tend que leur arrivée pour faire sa tournée dans le pays. L'in-
tendant copte de la même province fait savoir à Moallem Bortho,
membre de la commission *, par la même occasion que trois
1 Ms. Oss.: se défendent.
2 Biffé [ms. Oss.): premiers auteurs.
» Biffé {ms. Oss.): rançonner les villages.
* Voir: La Jonquière III. 579. «Le 13 janvier, Bonaparte institua
une commission chargée d'activer la rentrée et l'envoi au Caire des grains
et autres contributions en nature, dans les provinces de Beni-Souef, de Mi-
nieh, de Manfalout et de Girgeh. Il mit à la disposition de cette commis-
sion les deux djermes armées la Carinthie et la Strasbourgeoise, ainsi
qu'une escorte de 100 hommes et une pièce de 3... Cette commission com-
prenait: un officier d'état-major (le chef de bataillon Brun), un commis-
saire des guerres (Colbert), un agent de l'administration des finances (Ma-
gallon) un intendant copte>. Estève 278—9. «Les contributions en nature
ne se percevaient que dans les provinces de la haute Egypte... Nous sa-
vions généralement que cette région payait la plus grande partie de ses
impôts en grains : mais nous n'avions aucune notion qui pût servir à nous
les faire connaître. Maallem Jacob, ancien intendant de Soliman bey, sui-
vit le général Desaix, et fut chargé avec les agens françois de diriger la
levée des contributions. Les perceptions eurent lieu suivant l'ordre établi
dans la basse Egypte. Des détachements de troupes escortèrent dans tous
les villages les Qobttes, qui en furent chargés. — Notre ignorance, les dé-
signations particulières données à l'impôt dans le Ssa'yd, les variations
qu'il éprouve selon les différentes productions des terres, et notre situation
précaire dans un pays que Mourâd bey nous disputait, fournirent de grands
avantages aux Qobttes pour nous induire en erreur dans les renseigne-
ments qu'ils nous fournirent sur les recouvrements en nature. — Le gé-
néral en chef s'en étant aperçu, et ayant à cœur de se procurer des indi-
cations précises sur cette branche importante de nos revenus, chargea une
commission à Beni-Souef de toutes nos perceptions en grains (dans les
provinces: Beni-Souef, Fa>oum et Atfieh). Cette commission était composée
de MM. Magallon, administrateur des domaines, Heynier, inspecteur géné-
ral des domaines, et Edouard Colbert, commissaire des guerres. — Lorsque
notre domination s'étendit jusqu'aux cataractes, l'expédition de Syrie tenant
AU GÉNÉRAL DUGUA 153
beys avec 500 Mameluks, ayant passé le Nil, se sont fixés de-
puis quelques jours sur la rive droite vis-à-vis de Siout, que
de là ils font passer leurs émissaires et quelques uns de leurs
Mameluks dans cette partie de la province de Minieh qui avoi-
sine Siout pour tirer des villages le miri. Les paysans reçoi-
vent les Mameluks avec complaisance, et font des préparatifs
qui paraissent hostiles. Ce rapport me paraît exagéré parce que
le chef de brigade Détrès n'en fait aucune mention, mais comme
ce commandant se trouve sans un bon interprète, il se peut
qu'il n'ait pas été bien instruit de ce qui se passe dans sa pro-
vince; cette incursion de 3 beys avec 500 Mameluks serait-elle
un effet de la dispersion totale de leur armée par le général
Desaix ou bien est-elle une de leurs opérations de guerre ^
pour donner de l'inquiétude à ce général, c'est ce que nous
ignorons. Quoiqu'il en soit, j'ai écrit au chef de brigade Détrès
que 2 dans trois jours au plus tard je me porterais avec 400
hommes et une pièce d'artillerie vers les confins de ma pro-
vince qui avoisinont la sienne pour réduire les villages révol-
tés; en cas qu'il eût besoin de secours, je marcherai vers lui
avec toute cette force, ou bien dans le cas qu'il vît l'impossi-
bilité de mon arrivée à temps, il n'avait qu'à se replier sur
moi avec les 250 hommes qu'il a sous ses ordres et que pour
lors, réunis, nous serons en état de faire face aux 500 Mame-
luks, ainsi qu'aux paysans qu'ils auraient pu réunir'. Je vous
envoie la copie de la lettre arabe * de l'intendant copte de Mi-
niet à Moallem Bortho ^ et j'attends en cas que vous ayez quel-
I le général en chef éloigné du Kaire, l'administrateur général des finances,
; qui était resté dans cette ville, confia la même mission dans les provinces
1 nouvellement conquises (Quéneh, Esnéh, Girgéh, Syout, Manfaloutt, Mi-
jnyet) à MM. Livron et Hamelin. Ces dispositions ne remplirent pas l'objet
jqu'on s'était proposé. Après la récolte de 1213 nos percepteurs se rendirent
I successivement dans tous les villages, sans qu'il leur fut possible de nous
' fournir aucune lumière sur les grains dont on nous était redevable. Une
I partie de ceux dont ils opérèrent le recouvrement furent considérés comme
îdes à-comptes». Voir aussi La Jonquière V. 269—70.
^ Biffé (ms. Oss.) : un mouvement combiné.
; ' Biffé {ms. Oss.) : que je me prépare.
I ' Ms. Oss.: ramasser.
I * Ms. Oss.: en arabe.
j ^ l'intendant copte de Beni-Souef.
154 ZAJACZEK
ques ordres à me donner concernant la conduite que je dois
tenir dans cette circonstance, je les recevrai avec le plus grand
plaisir. Ma lettre au général en chef que je joins ici, est à peu
près copie de ce que j'ai l'honneur de vous écrire. — Salut et
respect. Zayonchek.
P. S. Dans ce moment-ci je viens de recevoir ^ les munitions
que l'on a expédiées du Caire, et je fais repartir de suite les
30 hommes de la 32^ demi-brigade de bataille 2.
Le général de brigade Zajqczek, commandant les pro-
vinces du Fayoam et de Benhassé, au général divi-
sionnaire Dagua, commandant an Caire ^
Au quartier général de Beni-Souef, le 30 pluviôse an VII
(18 février 1799).
Général, depuis ma dernière lettre que j'ai eu l'honneur de
vous écrire, le 27 du courant, nous avons* reçu la confirma-
tion de la nouvelle qui nous annonçait un rassemblement de
500 Mameluks sur la rive droite du Nil dans un village nommé
Bour^, vis-à-vis de Siout. Cette troupe de fugitifs a éveillé les
Arabes et une partie des paysans du voisinage qui, dit-on, font
des préparatifs hostiles. On vient de m'avertir qu'outre ce ras-
semblement il passait^ assez souvent^ tant par eau que par
terre un nombre de valets de Mameluks, quelques uns blessés,
d'autres bien portants, qui tous cheminent vers le Caire. J'en
ai arrêté quelques uns que j'ai découverts dans des barques 8,
* 3f8. Oss.: Au moment arrivent les munitions expédiées du Caire et je
renvoie . . .
2 Ms. Oss.: en marge: 27 pluviôse, écrit au général en chef, de même
qu'au général Dugua.
3 A. h. de la (t., A. d'Orient, minute dans le ms. Oss. 2582. En lïiarffe,
note du général Dugua: Reçu le 2 ventôse, répondu le 3. '^^9Ê
^ Ms. Oss.: j'ai reçu. • '™^
5 Ms. Oss.: Bourq.
« Ms. Oss. : passe.
^ Biffé (ms. Oss.): tous les jours.
8 Biffé (ms. Oss.): mais le rassemblement pouvant devenir dangereux.
A DUGUA KT A MOALLEM IBRAHIM 155
dont il y en a deux de blessés, mais ils assurent avoir été
blessés par des Arabes; ne pouvant pas m'assurer positivement
si ce sont des valets de Mameluks, personne ne les connais-
sant ici, je les ferai passer au commandant de la place du
Caire par première occasion.
Aujourd'hui ou au plus tard demain, je me mettrai en
marche pour réduire les rebelles qui presque de partout m'en-
voyent des députés en demandant leur pardon. La réparation
d'un engin de canon m'a retenu ici 24 heures au de là de ce
que je voulais.
Aucune nouvelle de la division Desaix. A Siout ainsi qu'à
Girgé, il n'y a personne des nôtres. J'ai l'honneur de vous re-
mettre ci-joint l'état de situation des troupes de la place. Salut
et respect. Zayonchek.
Zaj^czek à l'intendant de la province du Fayoam
Moallem Ibrahim ^
Le 3 ventôse an VII (21 février 1799).
L'ordre du général en chef est que vous restiez auprès de
moi, cependant si la sûreté de votre famille exige votre pré-
sence à Medinet, je vous permets d'y demeurer jusqu'à mon
retour à Beni-Souef.
Vous enverrez des lettres circulaires à tous les cheiks des
villages pour qu'ils préparent le second tiers du miri. Aussitôt
que j'aurai fini ma tournée dans la province de Beni-Souef, je
me transporterai dans celle du Fayoum et je serai bien aise
que le second tiers du miri fut ^ payé à mon arrivée. Re-
commandez 5 également que l'on ait tout prêt les chevaux, ainsi
que les dromadaires.
La paye des janissaires, ainsi que celle du divan, a été or-
donnée par le général en chef sur le restant du miri du pre-
mier tiers. Comme vous ne l'avez pas perçu, vous devez faire
1 Autogr. Ms. Os. 2582.
' Biffé: fut incessamment.
' Pressez.
156 ZAJ^CZEK
votre possible pour tranquilliser les uns et les autres afin qu'ils
attendent patiemment ce qui leur est dû. Mandez moi régu-
lièrement tout ce qui pourra survenir dans votre province et
envoyez vos lettres à Beni-Souef.
Le général de brigade Zaj^czek, commandant des pro-
vinces de Fayoum et de Benhassé, au général division-
naire Dugua, commandant au Caire ^
Au quart, gén. de Fechn, le 4 ventôse an VII (22 février 1799).
Mon Général, les lettres que vous m'avez fait l'honneur de
m'écrire le 27 et 29 du passé ^ me sont parvenues à la fois. Je
suis à faire ma tournée. Plusieurs villages révoltés m'ont en-
voyé demander leur pardon ^. Ces révoltés ont fait passer leurs
femmes, leurs troupeaux et tout ce qu'ils avaient de mieux de
l'autre côté du Nil, de manière qu'à mon approche je ne trou-
verai que des cabanes vides; les détruire et les raser n'est
point avantageux pour personne; il se pourrait même que les
paysans des villages détruits cherchaient* se rejoindre à ceux
qui ne le seraient pas encore, ce qui nous donnerait 20 à 30
mille révoltés à combattre. Je suis donc décidé à traiter avec
ceux qui demandent leur pardon. C'est le moyen de les détacher
de la ligue. L'amende que je leur imposerai, sera versée dans
le trésor. Par ce moyen la province sera pacifiée, ce qui est
un objet essentiel. Je me réserve cependant de ne point ac-
corder ^ le pardon au village qui a été le premier à lever
l'étendard de la révolte et qui y a excité ^ les autres. Les
1 A. h. de la G., ms. Oss. 2583. En marge: Reçu le 7 ventôse, ré-
pondu le 8.
2 du 27 et 29 pluviôse (15 et 17 février).
' Biffé (ms. Oss.): les émissaires que j'avais expédiés pour observer les
démarches des révoltés, m'ont annoncé que tous ces villages étaient dé-
serts, que
* Biffé (ms. Oss.) : iraient.
5 Biffé (ms. Oss.): comprendre.
« Biffé (ms. Oss.): à engager.
AU GÉNÉRAL DUGUA 157
habitants de cet endroit, si je les y trouve, seront passés au fil
de l'épée et le village rasé.
Vous me demandez, Général, de vous faire passer ^ de l'ar-
gent, le payeur de la province de Benhassé ne s'y refuse point,
mais îl m'a montré un ordre du payeur général qui lui enjoint
de tenir cet argent à la disposition du général Desaix. Cepen-
dant, comme ce général n'en demande pas encore, et qu'il est
fort éloigné d'ici, je vous enverrai 40 mille livres 2, aussitôt que
la djerme armée qui doit venir ici du Caire pour la commis-
sion, s'y sera rendue. La somme qui avait été déposée à Fechn
par l'intendant copte, est déjà entre les mains du payeur. C'est
une inquiétude de moins. — Le rapport du copte de Minieh
que j'ai eu l'honneur de vous faire passer, se trouve faux quant
à la quantité des Mameluks. Le fait est qu'il n'y a que qua-
rante de ces fugitifs qui sont assemblés à Boucy vis-à-vis de
Siout. Ils y ont vendu leurs effets jusqu'à leurs habits pour se
procurer les habillements des paysans afin de se sauver plus
facilement au moyen de ce déguisement, si on allait les y cher-
cher. — Quant aux grains, la commission chargée de cet objet
s'en occupe sans cesse et ses membres m'ont assuré qu'ils en
enverront au Caire incessamment. Le défaut de djerme est
cause du retard. — Les Arabes ont fait quelques dommages
à la province du Fayoum, mais ils ne sont pas bien considé-
rables. Ils se sont retirés tout de suite après dans le désert. Le
chirurgien du 1 bataillon de la 22™% qui est ici, a accompagné
au Caire le chef du même bataillon blessé. Cet officier de
santé, qui est très nécessaire, tarde à venir, je vous prie de
lui faire donner l'ordre de rejoindre le plutôt. — Le garde-
magasin à Beni-Souef, nommé Barrere, a quitté son poste sans
permission et s'est rendu au Caire. Je vous prie, mon Général,
d'ordonner qu'il soit arrêté. Il le mérite d'autant plus qu'il a
^ Ms. Oss.: à vous envoyer.
2 Voir à la date du 9 mars rapport de Dugua «sur la situation actuelle
de différentes provinces de rEgypte> (La Jonquière V 24). «Béni Souef
et Fayoum. — Le général Zayonchek a envoyé 42,000 francs au Caire; il
a marché contre les villages qui s'étaient révoltés ; la plupart se sont sou-
mis. Je n'ai pas encore reçu de rapport sur son expédition. La commission
a envoyé au Caire 1,100 ardeps de blé, qui ont été envoyés à Ale-
xandrie ».
158 ZAJACZEK
emporté deux mille livres avec lui, qui lui ont été confiées par
l'ordonnateur en chef pour le service de la place et celui de
l'hôpital. — Le général Veaux me demande un témoignage
auprès de vous sur sa conduite pendant son commandement
de la province de Benhassé; je puis vous assurer, mon Général,
qu'aucune plainte (ne) m'est parvenue et d'ailleurs le général
Veaux est au-dessus de tout soupçon.
Je n'écris point au général en chef pour lui annoncer que
j'ai retiré l'argent déposé à Fehtme ^, persuadé que vous lui en
donnerez avis. — Quand j'aurai fini ma tournée et pacifié la
province, je lui ferai un rapport de tout. — Salut et respect.
Zayonchek.
Zaj^czek au général Veaux^.
(Fechn), le 4 ventôse an VII (22 février 1799).
J'ai reçu, Général, la lettre que vous m'avez fait l'amitié de
m'écrire. Son contenu m'a^ étonné. Je puis vous assurer qu'il
ne m'a été fait ici aucun rapport, aucune plainte à votre dé-
savantage et s'il y a quelques bruits vagues au Caire, ils ne
viennent certainement pas des^ personnes qui se trouvent ici
et qui toutes vous rendent justice, mais c'est le sort des hom-
mes de la place d'être sourdement attaqué et je m'y attends
à mon tour. Je ne sais encore rien de la petite jument que je
dois faire passer au général Dugua, mais j'en écrirai au com-
mandant de la place pour la faire passer à la première occa-
sion au Caire. L'argent déposé à Fetchne est déjà entre les
mains du payeur. Les révoltés demandent leur pardon. Je vous
souhaite un heureux voyage et je recevrai de vos nouvelles
avec plaisir.
^ Fechn.
2 Ms. Oss. 2582.
3 Biffé : Je suis très . . .
* Biffé : de qui que . . .
159
Zaj^czek au commandant de la place de Beni-Souef
Rochebrun ^
(Fechn), le 4 ventôse an VII (22 février 1799).
Vous donnerez l'ordre au conamandant de la djerme armée
de venir nous joindre "^ où quelle part que nous soyons et d'em-
mener avec elle toutes les barques destinées pour transport des
grains et qui seront sous son escorte; bien entendu que les
trois qui doivent rester à Beni-Souef ne seront point comprises
dans ce convoi.
Le général Veaux me parle d'une petite jument que l'on
devait embarquer avec les dromadaires pour le Caire et qui
a été oubliée. Dites moi ce qu'est devenue cette jument et expé-
diez la par première occasion sûre au général Dugua au Caire.
Faites partir les lettres ci-jointes pour le Caire.
Zaj^czek à V intendant copte de la province de Benhasse
(Moallem Bortho) \
(Fechn), le 5 ventôse an VII (23 février 1799).
Vu la difficulté que vous m'avez exposée de former un petit
magasin de toutes sortes de grains pour le cas extraordinaire,
il vous est permis d'acheter cent ardeps de blés que vous dé-
poserez entre les mains du commissaire des guerres à Beni-
Souef. Vous prendrez le fonds pour. cela sur le second tiers
du myry.
Zajqczek au citoyen Noble, agent national, à Beni-
Souef K
Le 5 ventôse an VII (23 février 1799).
Je vous renvoie le copte que vous m'avez expédié. Il est
porteur d'un ordre d'achat de cent ardeps de blés; les cent
1 Ms. Oss. 2582.
2 Biffé: se rendre incessamment à Fechn.
^ Ms. Oss. 2582.
4 Ms. Oss. 2582.
160 ZAJACZKK
autres seront fournis par la commission au magasin de Beni-
Souef. L'orge, les fèves et la paille seront enmagasinées par
l'intendant de Beni-Souef. Le commissaire des guerres Jaquin,
qui se rendra incessamment à Beni-Souef, aura l'ordre de ne
pas toucher à ces magasins, de les garder pour les cas extra-
ordinaires. Quant à la dépense journalière, on doit y pourvoir
comme ci-devant.
Le général de brigade Zaj^czek, commandant les pro-
vinces de Fayoum et Benhassé, [à Dugua] ^
Au quartier général de Fechné 2, le 6 ventôse an VII [24 fév-
rier 1799].
Mon Général, j'ai l'honneur de vous envoyer deux mam-
louks dont l'un s'appelle Emir Achmed, et l'autre Hussein
Schorbagi qui avaient servi sous Ibrahim-Bey, et qui sont ve-
nus se présenter d'eux-mêmes 3, pour demander la permission
de rester dans le pays; comme je ne suis point en droit de la
leur accorder, vous voudrez bien, Général, ordonner à leur
égard ce qu'il vous plaira de convenable au bien de l'armée.
Salut et respect. Zayonchek.
Le général de brigade Zaj^czek, commandant les pro-
vinces de Fayoum et de Benhassé, au général division-
naire Dugua ^.
Au quartier général de Fechn, ce 6 ventôse an VII (24 fév-
rier 1799).
J'ai l'honneur de vous expédier par la djerme la Carin-
thie (commandée par)j capitaine Mouren ^ douze cent mille
* Arch. hist. de la Guerre. Armée d' Orient. En marge: Reçu le 10 ven-
tôse, écrit au général en chef. Répondu le 11.
' Fechn.
' Biffé: de bonne volonté.
^ A. h. de la G., Ms. Oss. 2582. En marge : Reçu le 10, répondu le 11.
* Maurano.
A NOBLE, DUGUA ET A DÉTRÉ8 161
parats^. Sous peu de jours, vous recevrez du grain, car on est
occupé dans ce monient-ci à en charger plusieurs ^ barques.
Demain je poursuis ma marche. Salut et respect.
Zayonchek.
Zaj^czek au citoyen Détrès '\
Le 7^^ ventôse an VII (25 février 1799j.
Je viens de recevoir du Caire une dépêche pour le général
Desaix; on me la recommande le plus vivement. Comme je
n'ai d'autre moyen pour la lui faire tenir que de vous la passer,
je m'empresse de vous l'envoyer.
Mandez moi, je vous prie, ce que c'est que ce rassemble-
ment de Mameluks vis-à-vis de Siout; est-il considérable? Les
avis que nous en recevons par des voyageurs sont partagés;
les uns disent qu'ils ne sont que quarante, d'autres les por-
tent à 500, d'autres à sept cent. Comme vous n'en dites rien
dans aucune de vos dépêches, je ne sais ce qu'en penser et
vous demande en grâce de m'instruire le plutôt possible de ce
qui en est. En cas que la chose fut vraie, il faut observer
leur démarche, y avoir des espions et les faire suivre sans
cesse.
Le gén. de brig. Zajqczek, command. les provinces de
Fayoum et Benhassé, au général divisionnaire Dugua,
commandant au Caire ^.
Au quartier général de Jalaquet, à dix lieues de Beni-Souef, le
7 ventôse an VII (25 février 1799).
J'ai reçu votre lettre du 3 courant, j'ai expédié de suite
'Celle qui était incluse pour le général Desaix. Je l'ai envoyée
1 En marge: 4285 # 20.
' Ms. Oss. : quelques.
« Ms. Oss. 2582.
* A. h. de la G., Ms. Oss. 2582. Reçu le 21, répondu le 22.
JLea Polonais en Egypte. 11
162 ZAJACZEK
au chef de brigade Détrès, en l'engageant à la faire parvenir ^
le plutôt possible à sa destination. Quelques rapports des gens
qui venaient du côté de Siout m'avaient annoncé 2, que le ras-
semblement des Mamlouks vis-à-vis de cette dernière ville était
bien peu de chose. Aujourd'hui le Copte de Minieh le fait
monter jusqu'à sept cents hommes 2; ce malheureux Copte ne
varie point dans les rapports et c'est déjà la 3-me lettre qui
nous arrive de sa part toujours avec la même nouvelle*. Ce-
pendant le chef de brigade Détrès, qui m'a écrit par la même
occasion, ne m'en dit rien^: il me témoigne seulement le désir
de s'aboucher avec moi.
Je tâcherai de me conformer à votre ordre, autant qu'il me
sera possible, à ne point m'éloigner des^ bords du Nil; d'ailleurs
nous y avons une djerme armée.
Je me suis vu forcé de brûler un des villages révoltés,
nommé Salaquoe; los habitants se sont sauvés à notre ap-
proche.
Aussitôt que je trouverai la possibilité d'envoyer quelque
espion '' du côté de Siout, je ne tarderai pas à vous informer
de ce que j'en apprendrai; la difficulté est de trouver un sujet!
capable pour cette mission ^. Salut et respect.
Zayonchek.
Zaj^czek au chef de brigade Détrès^.
Magarara, le 11 ventôse an VII (1 mars 1799).
J'ai reçu votre lettre du 11 ventôse; je sens la difficulté de
votre position; la mienne quoique moins embarrassante est ce-
pendant de nature à ne pas me permettre d'aller vous joindre
1 «d'Etres».
» Ms. Oss. : assuré.
' mamlouks.
* Ms. Oss.: le même rapport.
5 Ms. Oss.: me dit rien des Mamlouks.
* Ms. Oss. : abandonner les.
' Ms. Oss. : quelques uns.
* Ms. Oss.: mesure.
* Ms. Oss. 2582.
A DÉTRÉS ET A DUGUA 163
aussitôt que vous le désirez. Je continue ma tournée pour
mettre à la raison les villages révoltés; interrompre cette be-
sogne, laisser les révoltés à dos, ne m'arrange pas du tout;
d'ailleurs à peine nous verrait-on entrer dans votre province
que les Arabes s'enfuyeraient et ma course serait pour rien,
mais je fais tous les jours quelques pas vers vous et j'espère
que le 14 ou 15 nous pourrons nous rejoindre; alors nous nous
aviserons de ce qu'il y aura à faire.
P. S. Ma lettre achevée, je reçois celle que vous m'avez
écrite le 10.
Le citoyen Magallon, ainsi que la commission et le détache-
ment qui les accompagne, continuent leurs opérations dans ma
province et vont incessamment vous joindre.
Le général de brigade Zaj^czek, command, les prov. de
Benhasse et de Fayoum, au général division. Diigua,
commandant au Caire ^.
Au qu. g. de Tombaddi^, à douze lieues de Beni-Souei, le 13
ventôse an VII (3 mars 1799).
Mon Général, j'avais cru pouvoir vous mander par la pré-
sente le résultat de mes opérations, tendant à la tranquillisa-
tion de la province. Mais l'obstination de quelques villages qui
ne voulaient point se repentir ni rentrer dans l'obéissance, m'a
fait perdre du temps. J'en ai brûlé deux des plus tenaces. Cet
exemple fera peut être effet sur les autres et s'il est tel que
je l'espère, ma prochaine vous annoncera une pacification en-
tière du pays. — La nouvelle du rassemblement vis-à-vis de
Siout ne se confirme pas et les rapports postérieurs la contre-
disent. — J'espère que l'argent que j'ai fait passer au Caire,
y est déjà.
La Commission s'occupe continuellement de l'envoi du
grain. Quant aux chevaux de réquisition, il n'y en a presque
point à tirer de la province de Benhasse. Celle du Fayoum
1 Arch. h. de la Gu. A. d'Orient, Ms. Oss, 2582. Reçu le 21 ventôse,
répondu le 2H.
2 Ms. Oss. : Tombaggi.
11*
164 ZAJA(îZEK
en doit 21, mais je ne puis les lever que lorsque j'aurai achevé
ma tournée. — Rien de nouveau de la division Desaix. Salut
et respect. Zayonchek.
Zaj^czek au général Desaix ^
Guvinvusse, le 16 ventôse an VII (6 mars 1799).
Vos deux lettres du 6 et huit ventôse adressées au général
Veaux 2 me sont parvenues; je les ai reçues avec d'autant plus
du plaisir, que nous soupirions après vos nouvelles depuis
longtemps.
Lorsque vous ordonniez au général commandant la pro-
province de Beni-Souef, de se porter avec toutes ses forces sur
Minieh, vous ignoriez certainement, Général, le départ de l'ar-
mée et du général en chef pour l'expédition de la Syrie, l'éva-
cuation du Fayoum, l'insurrection de plus de vingt villages de
la province de Benesé, ainsi que la faiblesse de la garnison
du Caire. Chargé par le général en chef de remplacer le géné-
ral Veaux et de pacifier la province insurgée, aussi bien que
de maintenir dans le devoir celle de Fayoum et d'Atfieh, je
n'ai pour toute troupe qu'un bataillon de la 22® légion de 250
hommes et un détachement de 120 hommes composé de dif-
férents corps. C'est avec des moyens aussi bornés, qu'il s'agit
de maintenir dans l'obéissance les^ provinces dont l'esprit est
inquiet, de réduire les révoltés de Benesé et de percevoir le
miri. Le recouvrement de cet impôt éprouve de grandes diffi-
cultés. Sur 92,000 pataquès du premier tiers il n'y en a que
44,000 de perçues, malgré les tournées continuelles de la troupe
pour les exiger.
Toutes ces raisons doivent vous convaincre. Général, que je
ïne trouve dans l'impossibilité absolue de pouvoir me porter
sur Minieh, comme vous l'ordonnez. Ce mouvement pourrait
devenir préjudiciable non seulement à la tranquillité de la pro-
vince de Benesé, mais encore à celle de la ville du Caire. Le
,
1 Ms. Oss. 2582.
' Voir (La Jonquière III 584;), à cette date, lettres de Donzelot au
général Veaux et au commandant de la province du^Fayoum.
' Biffé: trois provinces.
A DESAIX ET A DÉTKÉS 165
général Dugua ne pouvant pas rennplacer les troupes qui éva-
cueraient Beni-Souef. En un niot cette démarche éveillerait les
esprits, leur ferait croire que votre division a éprouvé des re-
vers, et pourrait causer, vu l'état actuel de fermentation, un
incendie général. Je vais toutefois faire part de votre ordre
au général Dugua et sa réponse réglera ma conduite.
Quant à l'argent que vous demandez, je ne sais en vérité
comment faire. Le général Dugua m'en demande de la ma-
I nière la plus pressante pour subvenir aux dépenses immenses
j de l'armée de Syrie. Je lui ai envoyé 42,000... J'en aurai in-
cessamment 60,000..., mais d'après Tordre récent qu'a reçu le
I payeur de Beni-Souef, je serai, malgré tout le désir que j'aurais
i de faire quelque chose qui vous convient, obligé de le laisser
partir pour le Caire. Salut et respect.
Zaj^czek au commandant Détrès \
Guernous^, le 16 ventôse an VII (6 m.ars 1799).
J'ai reçu votre lettre du 16 ventôse. Je vois, mon cher
Commandant, que le général Desaix n'a pas été instruit de
l'expédition de la Syrie, de l'insurrection qui a eu lieu dans
la province Benésé, des difficultés que vous éprouvez dans
celle de Minyeh, et de la faiblesse de nos forces respectives,
lorsqu'il a donné ses ordres du 6 et 8 ventôse. Nous nous
trouvons dans l'impossibilité totale de les exécuter et je ne
puis faire un pas hors de ma province sans compromettre la
tranquillité du pays. D'ailleurs les mouvements de cette nature
doivent être combinés avec le commandant du Caire, qui n'a
pas de troupe en assez grand nombre pour remplacer celles
qui évacueraient Benésé et Minieh.
Quant à la Commission ou plutôt quant à son détachement
que vous voudriez avoir avec vous, tous les jours diminuent
de l'espace qui vous séparent. D'ailleurs ce petit détachement
m'a été de la plus grande utilité pour la pacification de la
province et le but de la Commission étant de faire filer au
1 Ms Oss. 2582.
* Guvinousse, Giurnousse.
166 ZAJACZEK
Caire tous les grains qui se trouvent dans la province appar-
tenants à la République, son arrivée à Minieh est subordonnée
à la fin de ses opérations ici.
Pour ce qui est du chef de bataillon Sacrost, ainsi que du
détachement de la 6P et de la 21®, ils m'ont été donnés par
un ordre exprès du général en chef et je ne puis m'en dé-
saisir. Avec 370 hommes j'ai à contenir trois provinces et vous
devez juger que ces ressources son faibles. Cependant si ja-
mais vous êtes dans le cas de craindre une attaque de Mame-
luks et Arabes réunis, mandez le moi et je vole à votre se-
cours avec toutes mes forces. — Lisez ma lettre pour le gé-
néral Desaix et cachetez la.
Je vous salue, mon cher commandant, et j'espère vous em-
brasser dans peu. Demain je serai à Kefî, après-demain à Ja-
molins.
Le gén. de brig. Zaj^czek, commandant les provinces
de Fayoum et de Benhassé, au général divis. Dugua,
commandant au Caire ^
Au qu. gén. de Guernous, le 16 ventôse an VII (6 mars 1799).
Mon Général, j'ai l'honneur de vous envoyer la copie de
quatre lettres écrites par le général Desaix aux commandants
des provinces de Benhassé et de Fayoum. Il ne s'agit de rien
moins que d'évacuer les provinces de Benhassé et de Fayoum
pour aller occuper celles de Minieh, Siout et Girgeh. Je lui ai
répondu que je me trouvais dans l'impossibilité de faire ce
mouvement, vu l'état peu tranquille de ma province, la faib-
lesse du corps que je commande et les conséquences que
pourrait avoir cette démarche, j'y ai ajouté que je vous in-
formerai sur-le-champ et que j'attendrai votre décision. —
Il demande aussi que je tienne à sa disposition tout l'argent
que j'ai, mais d'après l'ordre d'envoyer tout au Caire, je ne
puis le satisfaire. D'ici à quelques jours je pourrai vous en-
1 Arch. h. de la Gu. A. d'Orient, Ms. Oss. 2582. Reçu le 23 ventôse,
répondu le 28.
A Dt/GUA ET A UO0HEBRl?N 167
voyer environ 50 à 60,000 livres. Rien de nouveau dans ma
province; les révoltés rentrent peu à peu dans le devoir et je
vous instruirai quand tout sera terminé de ce que j'ai fait pour
la pacifier.
J'ai l'honneur de vous remettre ci-joint un paquet de dé-
pêches pour le g'énéral Berthier, qui m'a été adressé par le
général Desaix. Salut et respect. Zayonchek.
Zaj^czek au commandant de la place de Beni-Souef
(Rochebrun) ^
t Le 17 ventôse Vil (7 mars 1799).
'^ Je vous ai ordonné, il y a trois jours, de marcher sur les
Arabes et de les battre. Si vous ne l'avez déjà fait, faites le de
suite, parceque j'ordonne au capitaine Dumont de la 2V de
prendre avec lui 90 des hommes et la quantité suffisante d'of-
ficiers pour aller avec le procureur de la commission, Moallem
Ibrahim, faire une tournée dans le nord de la province de
Benhasse pour lever le restant du premier tiers du miri, ainsi
que le second. Je viens d'apprendre que votre garnison est forte
de 140 hommes, il vous en restera conséquemment 50, qui se-
ront suffisants pour garder Beni-Souef. — Si vous faites l'expé-
dition contre les Arabes, méditez la bien pour ne pas com-
promettre votre troupe.
Lazowskî : Rapport^ sur l'assaut donné à la place
de Jaffa.
Le 17 ventôse an VII (7 mars 1799).
Aussitôt que j'eus reçu l'ordre d'accompagner le premier
détachement de grenadiers, commandés pour monter à la
brèche et s'y logera avec vingt sapeurs portant trois échelles,
1 Ms. Oss. 2582.
' Arch. h. de la Gu. (Armée d'Orient. Génie). Extrait cité par La Jon-
quière IV 264—5.
» Voir: Corr. V 4009. La Jonquière IV 26i— 4.
168 tAZOWSKI ET ZAJACZKK
des outils de pionniers et leurs armes, six ouvriers et cinq
mineurs, l'exécution l'en suivit avec toute la célérité possible.
Je laissai une partie des sapeurs avec le citoyen Vernois^
lieutenant du génie, sur le sommet de la brèche pour la rendre
plus praticable, et je me portai avec le surplus, les mineurs et
les ouvriers, à droite et à gauche d'une grande rue parallèle
au front d'attaque, immédiatement derrière la grande maison
où Ton avait fait brèciie, pour établir les communications et
crénaux nécessaires à nos troupes.
Toutes les portes des maisons de la grande rue ayant été
enfoncées, on se porta dans plusieurs petites rues qui étaient
à peu près perpendiculaires à sa direction, et qui se dirigeaient
dans le centre de la ville. En même temps, on perçait des
communications le long des courtines et vers les deux tours
latérales.
Dans tout ce travail et celui de même nature qui suivit,
les sapeurs, mineurs et ouvriers montrèrent constamment le
même courage et la même activité, bien qu'il se fit sous le feu
continuel de l'ennemi.
Sur vingt sapeurs sept furent tués, dont trois aux pieds de
la brèche, et quatre blessés. Savoir: Simoneaux, Vidalin, Bouret,
Gauthier, Montagne, Lempereur, Mauricaud — tués. Chevaljer,
Messe, Grenier, Jurjet — blessés.
Parmi les neuf autres sapeurs, trois se sont fait rémarqués
plus particulièrement; ce sont les citoyens Clovry i, Ogetan '^
et Choquet.
Quatre mineurs et un ouvrier ont été blessés; parmi les
mineurs blessés Bivert s'est distingué par son activité.
Je dois surtout rendre un compte particulier de la conduite
ferme et active du citoyen Colombier, officier de sapeurs. Je
l'ai rencontré partout, et dans tous les travaux de tranchées,
1 Clavi.
» Augeteaux (Corr. V 4032), Angeteau{La Jonquière IV 666: Armes
d'honneur accordées à l'occasion de la campagne de Syrie).
KAFPOKTS 169
soit de jour soit de nuit, où cet officier s'est trouvé sous mes
ordres, il a constamment mérité les mêmes éloges.
Au camp sous Jaffa, le 19 ventôse an VII [9 mars 1799].
Le chef de bat. du génie Lazowski.
Le gen. de brig. Zaj^czek, commandant les provinces
de Fayoum et Benhassé, au général divis. Dugiia, com-
mandant au Caire ^.
A q. g. de Benenzal, le 20 ventôse l'an Vil (10 mars 1799).
Mon Général, votre lettre du 6 ventôse ayant été adressée
à Minieh, ne m'est parvenue qu'aujourd'hui. J'ai expédié
aussitôt celles qui y étaient incluses pour le général Desaix.
La dernière que j'ai reçue de votre part, est du 8 ventôse. Je
présume qu'il y a quelque retard dans les courriers, puisque
nous voilà au 20 sans que j'aie reçu d'autres nouvelles de
votre part. — La pacification de ma province est presque ache-
vée. Comme les amendes que j'ai imposées ne sont presque
pas payées, je ne puis vous dire au juste la somme que cette
expédition vaudra au trésor, crainte de me tromper. Toutes
fois cela ne sera pas moins de 50 mille livres. — Je n'attends
que le retour de la barque armée, la Carinthie, pour vous
envoyer les 50 ou 60 mille livres. La perception du miri va
très lentement. Les paysans ne veulent pas payer et préten-
dent ^ que le Nil n'a pas assez fertilisé" leur terre. — Quant aux
chevaux, il n'y en a point à tirer de ^ la province de Ben-
j basse. Il n'y a que celle du Fayoum qui en doit 21 et que je
ne pourrai retirer que lorsque j'y serai en tournée. J'ai l'hon-
neur de vous faire passer ci-joint la lettre du général Priant
pour le général en chef. Salut et respect. Zayonchek.
1 Arch. de la Gu. A. d'Orient, Ms. Oss. 2582. Reçu le 26 ventôse, ré-
pondu le 28.
' Biffé: obtenir une indemnité.
' «dans».
170 ZAJACZRK
Le gen. de br. Zaj^czek, commandant les provinces de
Fayoum et de Benhassé, au général div. Dugaa, com-
mandant au Caire ^
Au q. gén. de Benenzad 2, le 21 ventôse an VII (Il mars 1799).
Mon Générai, la djerme la Carinthie vient de m'appor-
ter deux de vos lettres du 11 et du 14 ventôse. — J'attendais
la djerme pour vous expédier la Vénitienne avec 50 et
quelques mille livres, ce qui joint aux 42 mille et quelques
fait la somme de cent mille livres. — La perception du miri
éprouve des difficultés, comme je vous l'ai marqué dans ma
lettre d'hier, et malgré toutes les peines que je me donne à ce
sujet, je ne crois pas finir de sitôt ma tournée. — La com-
mission vous fait passer tout le blé qu'elle peut ramasser
dans la province, mais elle trouve également des obstacles ^
qui retardent les envois. Demain je serai presque sur les con-
fins de la province de Minieh. Si le chef de brigade Détrès
a besoin de mon secours contre les rassemblements des
Arabes dont il se plaint, je serai peut être forcé de m'y prêter
avec tout mon corps pour les reprimer. Cela ne sera toute fois
qu'une course. Quant aux chevaux, il n'y en a point de tirer,
comme j'ai eu l'honneur de vous le dire; il n'y a que Fayoum
qui en doit 21 et que je ne pourrai retirer, que lorsque je m'y
transporterai avec mon corps.
La place de Beni-Souef étant très facile à mettre en dé-
fense, et ayant en vu de la retrancher^ sans qu'il en coûtât
rien à la République je vous demanderai. Général, si vous ap-
prouvez cette idée 5, de m'envoyer un officier de génie quel-
conque pour y travailler^. Salut et respect.
Zayonchek.
1 Arch. h. de la G., Ms. Oss. 2582. Reçu le 25 ventôse, répondu le 28.
2 Vraisemblablement il s'agit du village marqué Belaazlein sur la
carte de Jacotin.
' Ms. Oss. : entraves.
* Biffé (Ms. Oss.): fortifier.
5 Biffé (Ms. Oss.): mon plan.
8 Voir Corr. V. 3638-9.
A DUGUA, P()U.SS1ELGUE ET A ROCHEBRUN 171
Zajqczek au citoyen PousslelgueK
Le 21 ventôse an Vil (11 mars 1799j.
Vous m'avez permis, citoyen, de m'adresser à vous dans
tous les cas où j'aurais besoin de votre assistance. En voici un
qui se présente. L'intendant copte de la province de Benhassé
est totalement incapable de s'acquitter de ses fonctions. Je vous
demande en grâce de faire tout ce que vous pourrez pour me
faire donner un autre, qui soit plus en état que lui. La per-
ception du miri va très difficilement. Les habitants font des ré-
clamations en prétendant que leur terre n'a pas été assez fer-
tilisée par le Nil, et en effet nous en voyons qui n'ont pas été
ensemencées, mais je ne me crois pas en droit de statuer rien
en cette occasion. Vous y verrez mieux que moi ce qu'il y au-
rait à faire. — L'insurrection de la province est totalement ap-
paisée. J'ai été forcé de brûler deux villages, toutes les autres
ont été rançonnés, mais comme ils ^ n'ont pas encore payé et
qu'il y aura peut être quelques rabais, je ne puis vous mander
au juste la somme que cela emportera à la République. Je
crois cependant que cela n'ira pas à moins de 50 mille livres.
Zaj^czek au capitaine Rochebrun, commandant de la
place de Beni-Souef^.
Le 21 ventôse an VII (11 mars 1799).
Vous recevrez par le capitaine Fraisse, commandant la barque
la Vénitienne, deux canons de 3 en fer sur leurs affûts,
vous en aurez soins parce que je les destine à la défense de
Beni-Souef que nous retrancherons peut être. à mon retour. Ne
laissez partir personne de la garnison de Beni-Souef pour venir
nous joindre sans un ordre de ma part.
1 Ms. Oss. 2582.
« Biflé: l'argent,
a Ms. Oss. 2582.
172 ZAJACZEK
Zaj^czek au commissaire Jaqiiin ^
Le 21 ventôse an VII (11 mars 1799).
H est surprenant que depuis que vous êtes à Beni-Souef
vous no m'ayez renvoyé qu'un petit convoi de pain. Si à la
réception de la présente vous avez de quoi me faire un convoi,
expédiez le tout de suite. Si au contraire vous n'avez rien de
prêt, ne m'envoyez plus parce que je m'éloigne du Nil. Conti-
nuez à faire du biscuit et à les eumas^asiner.
Le g. de brig. Zaj^czek, commandant les provinces de
Fayoum et de Benhassé, au général div. Dugua, com-
mandant au Caire ^
Au quar. gén. de Semalout ^, du 22 ventôse an VII (12
mars 1799).
Mon général, je vous envoie la dépêche de l'adjudant gé-
néral Donzelot au général Berthier; elle a été envoyée ouverte
au chef de brigade Détrès, afin de nous instruire des événe-
ments. Comme les demandes qu'elle contient, paraissent être
pressantes, j'ai cru devoir vous l'envoyer telle que je l'ai re-
çue. — Le général Desaix réitère son ordre aux commandants
de Benhassé et du Fayoum de se porter en avant. Comme je
n'ai point encore reçu votre réponse à ma première demande
faite à ce sujet, je ne puis prendre aucun parti, mais je croi-
rais très dangereux d'abandonner les deux provinces voisines
du Caire. Cette évacuation pourrait occasionner quelque mouve-
ment populaire. Cependant le chef de brigade Détrès se trou-
vant inquiété par un rassemblement de Mameluks à Melaoui,
me demande de m'unir à lui pour les chasser de la province.
Comme cw n'est qu'une course de 13 à 14 lieues, je me pro-
» Ms. Oss. 2582.
2 A. h. de la G., Ms. Oss. Reçu le 7 germinal.
' Samalloùt sur la carte de Jacotin, Salamout sur la carte moderne
d'Egypte publiée par le Service géographique de l'Armée française (1898).
A JAQIJIN, DÉTKÉS KT A DUGUA 173
pose d'aller à son secours et cette opération ne me prendra
<îue cinq à six jours i. — Salut et respect. Zayonchek.
Zaj^czek au chef de brigade Détrès \
(Samalloût), le 22 ventôse an VII (12 mars 1799).
J'ai reçu votre lettre du 23. Je crois, mon cher Comman-
-dant, que vous avancez sur la date, car selon moi nous sommes
au 22. Je pars demain pour me rendre à Minieh; la Commis-
sion s'y rendra de même. Tâchez de préparer tout de manière
<[ne nous puissions surprendre les Mameluks à Melaoui. Si la
marche que je ferai d'ici à Minieh, n'est pas trop forte, je . . .
^ de vous rejoindre encore demain. Si au contraire la
marche est forte, alors j'y passerai la nuit. Je vous observe que
la flèche de la pièce de 8 que j'ai avec moi, a été brisée au-
jourd'hui; elle n'est pas encore réparée; ainsi si vous ne me
voyez pas arriver demain, n'attribuez ce retard qu'à cet ac-
cident.
Le g. de brig. Zaj^czek, commandant les provinces de
Fayoum et de Benhassé, au général div. Dugua, com-
mandant au Caire ^.
Au qu. g. de Hour (province de Minieh), le 24 ventôse an VII
(14 mars 1799).
Mon Général, j'ai eu l'honneur de vous mander le 22 de
Samalloût que le chef de brigade Détrès m'invitait très ins-
tamment de venir le dégager des partis très considérables
d'Arabes qui ravagent sa province, ainsi que d'un rassemble-
ment de Mameluks qui se faisait, m'a-t-il dit, à Melaoui. Con-
naissant la faiblesse de son détachement et craignant qu'en cas
1 Ms. Oss.: et j'espère qu'il ne me faudra que 5 ou 6 jours pour aller
et revenir.
a Ms. Oss. 2582.
» Biffé: tâcherai.
* Arch. h. de la Guerre, Ad' Orient Ms. Oss. 2582. Reçu le 4, ré-
pondu idem.
174 ZAJACZEK
qu'il éprouva un échec, je ne me ressentis pas de l'effet qu'un
malheur semblable pourrait produire sur l'esprit inquiet des
habitants, je me suis décidé de lui porter secours et en effet
j'ai quitté les confins de ma province le 23 du courant. Après
douze heures de marche j'ai joint le chef de brigade Détrès
dans la matinée du 24. Nous consacrons la journée d'aujour-
d'hui au repos des troupes, ainsi qu'aux arrangements néces-
saires pour l'expédition que nous tenterons demain contre les
Arabes, les Mameluks ayant évacué Melaoui à l'approche du
général Desaix, qui est à Siout. Je ferai l'impossible pour re-
tourner dans ma province le plutôt. La tranquillité du pays et
la perception du miri sont des considérations que je ne puis
jamais perdre de vue; d'ailleurs la lettre du général Desaix
dont j'ai l'honneur de vous envoyer la copie, m'engage à y re-
venir sans délai. Si les crochets que fait Mourad-Bey par les
déserts se réitèrent, la province de Fayoum pourrait se res-
sentir de sa visite et peut être celle de Gizeh et du Caire,
ainsi au plus tard le 27 ^ je me mettrai en marche pour ma
province. Chemin faisant j'ai délivré les troupeaux très consi-
dérables d'un village de la province de Minieh que des Arabes
enlevaient. Je leur ai pris deux hommes dont un vient d'être
décapité ici. Salut et respect. Zayonchek.
Zaj^czek au citoyen Magallon, membre de la Com-
mission des grains'^.
(Hour), le 24» ventôse an VII (14 mars 1799).
Citoyen, je me suis tant loué de votre amitié pour moi et
j'ai tellement rendu justice à votre zèle pour la chose publique
que le chef de brigade Détrès qui a été déjà porté de lui
même à vous demander d'unir vos forces aux siennes, m'a
engagé de vous en parler. La chose est trop claire par elle
même et vos dispositions me sont trop connues pour que je
sois dans la nécessité de vous exposer les avantages communs
» Jtfs. Oss.\ 26.
2 Jtf«. Oss. 2582.
' 23 dans texte original de la minute.
A DUGUA, MAGALLON KT A DESAIX 175
qui en résulteraient. Si votre santé ne contrarie pas vos vœux,
je regarde la chose comnne conclue.
J'ai rencontré une bande d'Arabes presque à la portée de
Minieh. J'ai délivré des troupeaux d'un village qui est voisin
et qu'ils enlevaient. J'en ai fais deux prisonniers dont un vient
d'être décapité ici. Le rassemblement de Mameluks à Melaoui
est déjà dispersé; demain nous voulons donner la chasse à une
troupe d'Arabes qui volent le pays; après demain ou au plus
tard le 27 je marcherai sur Minieh où je compte d'avoir le
plaisir de vous embrasser ^
Je vous envoie deux lettres en original du général Desaix.
Mille amitiés à toute la société...
Zaj^czek au général Desaix ^
Hour, le 24 ventôse an VII (14 mars 1799).
J'ai reçu votre lettre du 19 ventôse au moment où je suis
arrivé à Hour, province de Minieh. Le chef de brigade Détrès
m'ayant mandé les inquiétudes au sujet du rassemblement de
Mameluks fugitifs à Melaoui, ainsi que des bandes considé-
rables d'Arabes qui infestent sa province. J'ai cru que l'intérêt
commun exigeait que je me portasse à son secours. En eflet
je me suis rendu chez lui des confins de Beni-Souef où j'étais
j en tournée. Demain nous donnerons la chasse aux Arabes et
! après- demain je commencerai mon mouvement rétrograde. Je
I le ferai avec d'autant plus de célérité que vous me prescrivez
de ne point abandonner ma province et qu'il y aurait peut
î être 5 à craindre que Mourad Bey de crochets en crochets ne
I se jette dans le Fayoum. Il y serait dangereux pour la pro-
I vince de Gizeh et pour celle du Caire.
j L'insurrection des habitants de Benhassé n'a point eu le
! caractère d'une rébellion combinée, mais elle méritait toujours
' une animadversion par la grande quantité de villages qui
\ avaient pris les armes contre les Français. Le général Veaux
1 Biffé: ainsi que.
2 Ms. Oss. 2582.
' Biffé: réellement.
176 ZAJACZEK
se trouvant en tournée dans un village, nommé Matayeb^,
y reçut ordre de se rendre incessamment au Caire avec les
carabiniers du bataillon qu'il avait sous son commandement.
Il exécuta ce qui lui avait été prescrit avec cette promptitude
qui est commune à tous les militaires. Les gens du pays
y crurent voir de la précipitation et inférèrent de là que votre
division avait éprouvé des malheurs, que les Français fuyaient
de partout parce qu'ils quittaient avec la même célérité Fayoum ,
et Atfieh, ce qui a été plus que suffisant pour les porter à tom- i
ber sur cette poignée de monde qui accompagnait le général
Veaux. Ils en blessèrent 45, dont 4 officiers. Le reste de la
troupe se défendit vaillamment et a eu le bonheur d'échapper ^
à ces furieux. Pour le chef de la révolte, il n'y en avait point,
mais tout est appaisé présentement. Deux villages des plus
coupables ont été brûlés: le reste qui avait fui leurs maisons,
a été rançonné au profit de la République, moyennant des con-
ventions que leurs voisins conclurent pour eux. Telle est l'his-
toire et le résultat de la chose.
Quant au miri, la levée de cet impôt éprouve des difficultés.
Le général Veaux après une course de six semaines n'est par-
venu à en retirer que 44 mille pataquès sur 92 mille qui sont
dues à l'état. Je ne suis pas plus heureux que lui ^ et je n'ai
pu avoir que deux ou trois mille pataquès. Les villageois font
des réclamations sur ce que le Nil n'a pas assez fertilisé leur
terre et en effet, la plus grande partie du terrain de la pro-
vince est inculte cette année.
Je n'ai point reçu des nouvelles sur la rentrée d'aucun Ma-
meluk rentrant, mais il s'en est présenté chez moi deux de la
classe commune que j'ai envoyés au Caire pour obtenir la per-
mission de vivre tranquille dans le pays, que je n'étais pas en
droit de leur accorder de mon chef. Mais puisque vous m'au-
torisez à faire une proclamation à ce sujet, je la ferai publier \
aussitôt que je serai de retour.
Quant à la province de Fayoum, elle est bien la plus sage
de toutes celles qui composent l'Egypte. L'habitant y est tran-
* Il s'agit probablement du village Matànieh au sud de Beni-Souef soi*
la rive du Nil.
* Biffé: depuis que je commande dans cette province. ^
AUX GÉNÉRAUX DP^SAIX ET DUGUA 177
quille. Le premier tiers du miri a été exactement payé. Les
personnes qui composent le divan, sont des gens d'esprit et
beaucoup plus civilisés que le reste de leurs compatriotes
égyptiens.
Je n'ai aucune connaissance que les Mameluks aient cherché
à y pénétrer, mais je suis persuadé que leurs insinuations n'y
produiront guère d'effet.
La somme totale du 1-er tiers du miri pour la province du
Fayoum est de 34 mille pataquès. Les dernières nouvelles que
j'ai eu du Caire, annoncent que notre armée a passé Gaza et
que Djezzar Pacha est mort à la suite d'une diarrhé qui n'a
duré que 24 heures. Le bombardement d'Alexandrie par les
Anglais est plus faible depuis quelques jours ^
P. S. Au moment de mon départ du Caire le générai en
chef a donné ordre au chef de bataillon Sacrost de la 21^ de
commander la garnison de Beni-Souef et du Fayoum qui est
composée de détachements de plusieurs corps. Comme il est
de votre division, mon Général, je vous prie de vouloir bien
me le laisser, parce que c'est le seul des officiers que j'aie sur
qui je puisse compter.
Le gén. de brig. Zajqczek au général divisionnaire
Dugua^, commandant au Caire.
Au qu. gén. de Minieh, le 27 ventôse an Vil (17 mars 1799).
J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'hoimeur de m'é-
«rire, le 19 du courant. Je peindrai mal la joie qu'ont excitée
parmi les troupes les nouvelles que vous nous donnez de la
France, mais vous en jugerez aisément puisque vous la sentez
comme nous.
Ma jonction avec le chef de brigade Détrès a eu lieu le 24
dans la matinée. Le 25, nous attaquâmes les Arabes; ils étaient
au nombre de cinq cents cavalliers et de deux cents fantassins;
1 Voir La Jonquière V 7—12.
2 A. h. de la G., Ms. Oss. 2582. En marge: «Reçu le 1, répondu le 1
germinal». Ce rapport fut communiqué au général en chef par Dugua le
14 germinal (3 avril). Voir l'extrait cité par La Jonquière V 42. •
Les Polonais en Egypte. ^^
178 ZAJAOZBK
quatre kachefs se trouvèrent parmi eux. Ils vinrent au devant
de nous dès l'instant qu'ils nous aperçurent, ils nous entourent
à leur manière, veulent, à force de nous harceler, nous em-
pêcher de marcher sur leur camp, mais ils n'y parvinrent pas.
Nous fûmes droit à leurs tentes; tout ce qui s'y est trouvé,
a été pris, en partie par les nôtres, en partie par les villageois
qui nous suivirent, les marmites et quelques tapis de lin est
ce qu'il y avait de plus riche dans ce butin. Quant à leurs
troupeaux, ils eurent le temps de les sauver. Nous leur tuâmes
une quinzaine d'hommes. Ils nous ^ blessèrent six, mais légère-
ment; du nombre desquels se trouve le citoyen Pierre, mon
aide de camp, qui a reçu une balle à la cuisse. Nous les pour-
suivîmes à plus de deux lieues dans le désert, et après un en-
gagement de cinq heures nous retournâmes sur le bord du
canal Joseph. — Le chef de brigade Détrès a réellement couru
le risque d'être attaqué par les Arabes avant ma jonction ^. —
Le 26, j'ai commencé mon mouvement rétrograde. J'étais déjà
à trois lieues du citoyen Détrès, lorsque j'appris que Salah-
Bey, accompagné de Kassim -Bey- Abouseif et de soixante de
leurs, avait passé la nuit par ce village, en dirigeant sa marche
sur Minieh. Les villageois, m'en ^ rendant compte, m'assuraient
que les Mameluks s'informaient beaucoup s'il y avait des Fran-
çais à Minieh. Cette nouvelle m'a engagé de presser mon ar-
rivée dans cette ville. Je suivis les traces de SalahBey jusqu'à
trois lieues de Minieh. Là, je les ai perdues, et les paysans
des villages ne surent me donner aucun renseignement sur
ce qu'ils étaient* devenus. Arrivé à Minieh j'appris par les
membres de la Commission des grains que Salah-Bey se trou-
vait à trois lieues de cette ville dans un village nommé Thue^..
Je ne pouvais pas marcher contre lui la nuit, parce que la
troupe se trouvait fatiguée; aujourd'hui j'apprends que les Ma-
meluks cette même nuit ont filé^ vers le désert. Je viens (d')en-
* Ms. Oss. : nous en
* Biffé: il n'aurait peut être pas réussi à les défaire.
8 Biffé : de la marche de cette troupe.
* Biffé: soient, seraient.
» Taha-el-Amoudém.
« Biffé: marché pendant la nuit.
A UUGUA KT A ROCHEBRUN 179
voyer quelque émissciire pour en avoir des nouvelles plus cer-
taines et mes mouvements seront réglés sur les nouvelles que
j'en recevrai. Ce qu'il y a de certain, (c'est) que sans le détache-
ment de la Commission qui se trouvait à Minieh, pendant que
nous étions avec le chef de brigade Détrès contre les Arabes,
Salah-Bey se serait établi dans la ville de Minieh et, vu un
certain nombre de créatures qu'il a dans cette ville à lui, peut
être y serait-il parvenu à faire quelque mouvement. Je viens
avertir de tout ceci le chef de brigade Détrès avant que de
retourner dans ma province. Salut et respect.
Zayonchek.
Zaj^czek au citoyen Rochebran, commandant de place
de Beni-Souef^.
(Minieh), le 27 ventôse an VII (17 mars 1799).
J'ai reçu votre lettre du 25 du courant. Je suis fort content
de la manière que vous avez conduit l'expédition contre les
Arabes. Si les chameaux pris ne sont pas bons pour le service
de la République, vous pouvez les vendre, mais que cela soit
fait à vente publique et que le citoyen Noble en soit témoin
ainsi que mon aide de camp Pierre.
Quant à la gratification qui en revient aux volontaires, il
est juste qu'ils en aient une, mais je veux la régler après que
vous m'aurez instruit de la somme que les bestiaux produi-
ront. Salut...
P. S. Soyez toujours sur vos gardes tant contre les Arabes
que contre les Mameluks qui peuvent entrer dans votre pro-
vince.
Zaj^czek au général Dugua^.
Le 28 ventôse an VII (18 mars 1799).
Salah-Bey que j'avais perdu de vue pendant 24 heures, se
trouve aujourd'hui dans la province de Beni-Souef à 8 lieues de
1 Ms. Oss. 2582.
2 Ms. Oss. 2582.
12^
180 ZAJA(;ZEX
Minieh. Ceux qui lui ont parlé, m'assurent qu'il va au Caire
pour y demander son pardon. Cette manière de m'éviter me
paraît suspecte, ce})endant elle est dans le genre turc. Si j'a-
vais de la cavalerie, je courrais après lui, mais avec de l'in-
fanterie je ne ferais que la fatiguer; puis en abandonnant cette
contrée, la perception du miri serait retardée. Néanmoins je
mettrai mes émissaires en campagne pour être informé de ses
mouvements.
Zaj^czek au commandant de la place de Beni-Souef
Rochebnin ^
Le 28 ventôse an VII (18 mars 1799).
Je viens d'apprendre que Salah-Bey avec soixante Mame-
luks a passé la nuit d'aujourd'hui à Semonout'-^ dans la pro-
vince de Beni-Souef à quelques lieues d'ici. Il va, dit on, au
Caire pour y demander son pardon. Cependant comme il n'a
fait aucune démarche auprès de moi, sa conduite me parait
suspecte. Par conséquent je vous invite à être sur vos srardes.
Envoyez des espions au devant de lui pour éclairer ses mouve-
înents. Si le détachement avec le capitaine Dumas est sorti
pour percevoir le miri, vous l'avertirez aussitôt de cette visite
des Mameluks afm qu'il soit aussi sur ses gardes, et si son
détachement est éloigné de Beni-Souef, vous lui écrirez de re-
venir afm d'être plus en force pour repousser ces Mameluks,
en cas qu'ils s'avisent de quelques hostilités.
Zaj^czek au général en chef Bonaparte^.
Le 30 ventôse* an VII (20 mars 1799).
Je tardais jusqu'à aujourd'hui de vous informer de mes
opérations, parce que je me suis tous les jours flatté de vous
1 Ms. Oss. 2582.
2 Lire: Samallout.
» Ms. Oss. 2582.
* nivôse dans la minute.
A ROCHEBRUN El' A BONAPARTE 181
en mander les résultats, mais dans ce pays ici malgro toute
l'activité que l'on met à terminer les affaires, on le voit traîner
en longueur. Cependant celle qui avait rapport à la révolte,
vient d'être terminée. Deux villages des plus coupables ont été
brûlés. Le reste a été condamné à payer l'amende et importer
au trésor dix neuf mille pataquès, dont quinze mille ont déjà
été versées dans la caisse du payeur et quatre restent à perce-
voir. Outre cette somme il a été perçu pour l'indemnité des
équipages des officiers perdus dans l'attaque que firent les
paysans, ainsi qu'une petite gratification pour la troupe.
Ayant pacifié la province, je m'occupe à percevoir le miri,
mais j'éprouve beaucoup de difficultés. Les habitants font des
réclamations sur ce que le Nil n'avait pas assez fécondé leur
terre et en effet on voit dans la province la plus grande partie
des terres incultes. Vingt trois villages m'ont présenté des notes
à ce sujet, mais îie pouvant pas décider sans avoir un ordre
précis de votre part, je les ai ajournées.
Quelques-uns des villages prétendent avoir été forcés :-;.*
payer le miri aux Mameluks. Nous en exigeons néanmoins
quelque acompte, mais il y aura infailliblement non seulement
du retard dans la perception, mais peut être un déficit.
Du reste les provinces qui me sont confiées, sont parfaite-
ment tranquilles.
Outre plusieurs assignations payées à la division Desaix,
j'ai envoyé au Caire cinq mille francs.
Me trouvant à la frontière de ma province du côté de Mi-
nieh, le chef de brigade Détrès m'a invité de venir le délivrer
d'une partie d'Arabes, très considérable, qui ravageait sa pro-
vince. Je me suis porté aussitôt, nous attaquâmes les brigands
le 25, nous leur tuâmes du monde et les forçâmes à fuir dans
le désert, en les y poursuivant à plus de deux lieues, mais le
citoyen Détrès est trop faible pour être à l'abri des incursions
de ces voleurs, (d'au)tant plus que quatre kachefs et plusieurs
Mameluks se sont unis.
182 ZAJACZKK
Le général de brigade Zajaczek au général div. Dugua,
commandant au Caire ^
[Le 30 ventôse an VII (20 mars 1799)].
Je n'ai rien de nouveau à vous mander, Général, si non
que le 29 les paysans d'un village voisin ont dévalisé le cour-
rier qui se dit porteur d'une lettre de votre part pour moi. Si
elle contenait quelque ordre, ne soyez pas surpris du retard.
Je mande au général en chef les résultats de mes opérations.
Je vous envoie ma lettre ouverte pour ne pas répéter dans la
vôtre ce qu'elle contient.
P. S. Les roues, le train et l'affût de la pièce de huit que
j'ai avec moi, sont tout à fait ruinés. Je vous demande en
grâce, mon Général, de m'en faire passer d'autre ^ s'il y
en a 3 à Gizeh.
Zayonchek.
Zajaczek au général Desaix^.
Le r germinal an VII (21 mars 1799).
Je viens de recevoir la lettre où vous m'annoncez votre
arrivée à Siout, ainsi que la soumission des 60 Mameluks. Vous
me demandez, s'il n'y en a point de réfugiés dans ma pro-
vince. Elle fut préservée jusqu'à ce moment; mais depuis le
27 Salah-Bey avec 50 des siens y a pénétré du côté de Mi-
nieh. J'avais quitté le citoyen Détrès le 26 et je marchais sur
Minieh, lorsque j'ai appris dans un des villages que Salah-Bey
y avait passé la nuit du 25 au 26. J'ai pressé aussitôt ma
marche et bientôt j'ai découvert les traces des Mameluks. Je
les ai suivis jusques (à) la nuit, et croyant qu'il chercherait
à s'établir à Minieh, je m'y suis porté tout d'un trait. Le dé-
tachement de la Commission au grain se trouvait à Minieh. Les
1 Arch. h. de la Gti. A. d'Orient., Ms. Oss. 2582. Reçu le 14 germinal.
^ Ms. Oss.: par le Nil.
» Ms. Oss. : de rechange.
4 Ms. Oss. 2582.
AUX GÉNÉRAUX DUGUA ET DESAlX 183
Mameluks évitèrent cet endroit et j'ai appris !e lendemain qu'ils
s'étaient jetés sur leur gauche et avaient séjourné le 26 à Taha-
el-Amoudeïn, village frontière de la province de Beni-Souef.
La nuit du 26 au 27, ils marchèrent sur Semanhout^ dans la
province de Beni-Souef. Du 27 au 28, ils poussèrent à Serroue
au bord du Nil. Ils payèrent aux paysans tout ce qu'ils prirent
et les assuraient qu'ils allaient au Caire demander leur pardon.
Comme ils avaient trois marches sur moi, lorsque j'ai eu la
certitude de ce qu'ils étaient devenus, je n'ai point cherché
à les atteindre, parce que cela aurait fatigué la troupe inutile-
ment et retardé la perception du miri de la contrée où je me
trouve, mais j'ai averti le commandant de la petite garnison
que j'ai laissé à Beni-Souef de chercher à tomber sur ces fu-
gitifs, s'ils se mettent à sa portée. C'est la seule troupe de
Mameluks que je sache dans la province de Beni-Souef, mais
il n'en est pas de même de celle de Minieh. Le commandant
Détrès est trop faible, ce qui encourage l'ennemi à y séjour-
ner davantage. La Commission chargée du recouvrement des
grains me mande en date du 30 ventôse que les Mameluks
unis aux Arabes se trouvent au nombre de 500 à trois lieues
de Minieh dans un village nommé Thella '^.
Le général Dugua me mande dans sa lettre du 23 ventôse
qu'il doit y avoir un rassemblement sur les confins de la pro-
vince de Minieh et d'Atfieh dans les villages nommés Gibebat*,
Casir-al-Onussilye"^. Il m'ordonne d'aller les attaquer conjointe-
ment avec le chef de brigade Détrès. D'après les informations
que j'ai pris à ce sujet, ces deux villages se trouvent sur la
rive droite du Nil vis à-vis d'El-Zawieh à 6 lieues plus bas que
Beni-Souef et par conséquent à 20 lieues de l'endroit où je me
trouve et à 36 du chef de brigade Détrès. Si la garnison du
Caire était plus forte, ce serait plutôt à elle d'aller dissiper ce
rassemblement, mais elle est trop faible pour pouvoir rien dé-
tacher.
Mes deux lettres précédentes vous auraient appris, Général,
* Lire: Samallout.
2 S'il s'agit du village Talléh, il se trouve bien, plus près de Minieh.
3 On écrit « Alcabebath », <Alcabebak> ou « Elcabebak » dans le texte
original.
* «Casio-al-Omessilya».
184 ZAJACZEK
la pacificatien de l'espèce d'insurreciiou qui a eu lieu dans
cette province. Aujourd'hui elle est totalemeiit tranquille.
Quant aux barques que vous me demandez, la Commission
du g-rain a fait tous ses efforts pour en avoir toutes celles
qui se trouvaient dans le pays; par conséquent, Général, ne
comptez pas que je puisse vous en envoyer. Salut...
Le général de brigade Zaja^czek au général division-
naire Diigua ^
A Gallo Suni2, le 1^'' germinal an VII (21 mars 1799).
Généra!, je viens de recevoir votre lettre du 23 ventôse.
Vous m'y ordonnez d'aller disperser le rassemblement des Ma-
meluks qui se trouvent à Gibebat, Casir-al Onussilye, et de
m'unir pour cet effet au chef de brigade Déirès. — D'après les
renseignements que j'râ pris à ce sujet, les deux villages en
question sont situés à 20 lieues plus bas du côté du Caire
que n'est l'endroit où votre lettre m'a trouvé. Si je précipite
ma marche de ce côté-là, il est à craindre qu'une insurrection
semblable à celle qui a eu lieu sous le général Veaux, ne se
renouvelle, tout le pays étant informé que je me suis rendu
ici pour percevoir le miri. Si je m'en allais avant que le re-
couvrement fut achevé, cela éveillerait les esprits et la scène
de la révolte pourrait se reproduire encore. Le chef de bri-
gade Détrès est éloigné de nous de 16 lieues au moins; d'ail-
leurs sa province est infestée d'Arabes et de Mameluks. On
me mande, le 30 ventôse, de Mmieh qu'à 3 lieues de cette
ville il y a 500 cavaliers tant Mameluks qu'Arabes. Ainsi je ne
dois nullement compter sur la réunion du citoyen Détrès avec
moi. — Cependant, Général, je ferai tout ce que je pourrai. Je
vais aussitôt envoyer des émissaires pour éclairer ces villages,
et en attendant le retour, je presserai la perception du miri,
tant que je pourrai, afin de me rapprocher de Beni-Souef pour
1 Arch. h. de la Gu. A. d'Orient, Ms. Oss. 2582. Reçu le 9 germinal,
répondu le 10.
2 Qaloûsneh sur la carte de Jacotin, au nord de Samalloût.
AU GÉNÉKAL DI'GIIA ET A DÉTltÉS 185
tenter le passage et l'expédilio!! contre ces rasseniblemeiils. —
Les deux viilag-es dont vous me parlez, sont à 6 lieues plus
bas que Beni-Souef et par conséquent à 18 lieuos du Caire, si
la g-arnison de cette dernière place était plus i'orie ({u'olle n'est,
elle pourrait tenter le coup contre ce rassemblenuMit. Ki!e y se-
rait plus à portée que je ne suis aujourd'hui. Salut et respect.
Zav^)n.hek.
Zaj^czek au chef de brigade Détrès K
(Qaloûsneh), le 1^'" g-erminal an VII (21 mars 1799).
Je n'ai point eu de vos nouvelles depuis notre séparation,
ce qui m'inquiète. Le citoyen Colbert, membre de la Commis-
sion aux g-rains, me mande que les Arabes que i ous avons
combattus, sont revenus au même endroit. Le même commis-
saire ajoute que 500 cavaliers tant Arabes que Mameluks se
trouvent à Theila, village éloigné à 3 lieues de Minieh. Si vous
ne recevez pas quelque secours de la division Desaix, vous
aurez de la peine d'affranchir votre province de ces invasions.
Je vous envoie la copie de la lettre du général Dai>ua. Les
deux villages dont il est question, se trouvent à 6 lieues de
Béni Souef sur la rive droite du Nil et par conséquent à 36
lieues de vous et à 20 lieues de moi; vous êtes d'ailleurs trop
occupé pour unir vos forces aux miennes, mais je vous l'en-
voie toujours afin de vous informer de ce qui se passe. Salut.
Zaj^czek aux membres de la Commission^ (aux grains),
[Qaloûsneh, 1®^ germinal an VII (21 mars 1799)].
Citoyens, le commissaire Colbert, votre collègue, vient de
m'instruire qu'il y a un rassemblement de 500 cavaliers, tant
Mameluks qu'Arabes, à Theila, village voisin de 3 lieues de
Minieh. Je suis aujourd'hui à sept lieues de cette ville. Je ne
puis marcher contre les ennemis parce qu'ils se sauveraient
1 Ms. Oss. 2582.
' Ms. Oss. 2582.
186 ZAJACZKK
à mon approche et la course serait inutile. D'ailleurs un sem-
blable rassemblement m'appelle du côté de Beni-Souef. Le gé-
néral Dugua me mande que les Mameluks se réunissent à Gi-
bebat (et à) Casir-al-Onussilye. Ces deux villages sont sur la
rive droite du Nil vis-à-vis d'El-Zawieh.
Si votre position devient peu sûre, je vous conseille de vous
replier sur moi. Salut...
P. S. Je ne précipiterai point ma marche pour me rendre
à Beni-Souef crainte d'exciter une semblable révolte que celle
qui a eu lieu, mais je me hâterai pour terminer la perception
du miri.
Le général de brigade Zaj^czek au général division.
Dugiia ^
Le 2 germinal an VII (22 mars 1799).
Général, le citoyen MarechaP, agent français dans la pro-
vince de Minieh, vient d'arriver dans ce moment-ci de l'armée du
générai Desaix. Le même agent m'a fait passer plusieurs co-
pies des lettres que le général Desaix a écrites et qu'il a or-
donné de copier afin que, si les originaux manquent de parve-
nir, on reçoive au moins des copies; je vous les envoie de suite;
y ^ paraît qu'ils ont le plus pressant besoin de munitions. Salut
et respect. Zayonchek.
Zajqczek au chef de brigade Détrès'^.
Le 5 germinal an VII (25 mars 1799).
Je vous envoie, Citoyen, un paquet que j'ai reçu pour vous
du Caire. J'y joint en même temps un autre pour le général
Desaix.
1 Arcln. h. de la Guerre, Armée d'Orient, Ms. Oss. 2582. Reçu le 9 ger-
minal.
^ Mareschal (Estève: Mémoire... p. 218/.
3 Ms. Oss. 2582: IL...
* Ms. Oss. 2582.
A DLFCUTA, DÉTRÉS KT A HOCHEBKUN 187
Nos troupes sont à Jaffa, Jéruscilem. Le liénéral en chef
fait le siège de Saint-Jean-d'Acre. Les Anglais ont quitté la
rade d'Alexandrie. Telles sont les nouvelles que je reçois et que
je m'empresse de vous communiquer. Salut etc.
Zaj^czek au commandant de la place de Beni-Souef
Rochebrun\
Le 5 germinal an Vil (25 mars 1799).
La mauvaise conduite du village sur la rive droite que vous
ne nommez pas, mérite toute l'attention possible de votre part.
Si vous vous croyez assez en force pour aller le surprendre,
faites une expédition contre lui. Si au contraire vous y voyez
du risque, n'aventurez pas la troupe. Je vous le recommande
sérieusement.
En cas que vous tentiez l'expédition, vous observerez que le
village ne soit pas piîlé. Vous vous emparez des cheiks et des
principaux du village que vous amènerez avec vous. 8i vous
pouvez amener une cinquantaine de bestiaux en chameaux et
bœufs, vous les conduirez également avec vous à Beni-Souef.
Ce village doit être puni par une amende au compte de la
République, mille pataquès sont le moins qu'il peut donner.
Les hommes et les bestiaux que vous prendrez, serviront d'aver-
tissement pour cette somme. Du reste vous serez respon-
sable, s'il se commettait le moindre dégât, aussi pesez bien
la chose et n'entreprenez qu'à coup^ sûr. Communiquez cette
lettre au citoyen Pierre que j'embrasse. Salut...
P. S. Faites attention que ce soit le même village où se
trouvent les Mameluks; les Mameluks qui viendront se rendre,
doivent être traités avec civilités. Et cela ne doit pas vous
empêcher de les surveiller extrêmement; s'ils viennent en effet
se rendre, vous les enverrez sous une bonne escorte au Caire,
commandée par un officier très vigilant. Vous préviendrez les
Mameluks qu'au Caire ils jouiront de leur pleine liberté, mais
qu'il y a des ordres pour ne pas les laisser dans la province.
1 Ms. Oss. 2582.
188 ZAJAC/>EK
Zaj^czek au capitaine DumonP.
Le 7 germinal an Vil (27 mars 1799).
Le citoyen Pierre, moi! aide de camp, me mande que le
C 'pte, chargé de la perception du miri dans la partie septen-
trionale de la province, a écrit à tous les cheiks des villages
pour leur faire apporter l'argent à Beni-Souef. Si cette mesure
prospérera, c'est tant mieux, vous ne ferez point de course; si
au contraire elle est insuffisante, comime je le crois, vous mar-
cherez à la tête de cent honsmes pour favoriser le recouvre-
ment de cet impôt.
J'envoie quarante volontaires pour augmenter la garnison de
Betii-Souef. Il en a passé de chez moi avec plusieurs détache-
ments plus de trente. Tout cela augmente votre force et par
conséquer.t le commandant de la place pourra vous donner les
cent hommes que je commande et faire aller le service à Beni-
Souef. D'ailleurs je m'en approche tous les jours et aujourd'hui
je n'en suis éloigné que de 12 lieues.
Pressez le Copte; ils ont l'habitude d'agir lentement, il faut
les pousser.
Toutes les fois que l'argent perçu passera cinq milles livres,
envoyez les. sous une bonne escorte, au payeur à Beni-Souef
aiin d'éviter quelque malheur, soit de la part des Arabes soit
de celui des paysans.
Comme je charge le commandant de la place d'une expé-
dition, vous vous concerterez avec lui avant que de partir.
Salut...
Zaj^czek au commandant de la place de (Beni-Souef)
(Rochebran) ^
Le 7 germinal an VII (27 mars 1799).
Citoyen, j'envoie un détachement de 40 volontaires pour
renforcer la garnison de Beni-Souef. Il en a déjà passé au delà
1 Ms. Oss. 2582.
* Ms. Oss. 2582.
A ROOHEBRUN, DUMONT KT A IMy'GlJA 189
de 30 en différents détachements, ce qui uni ensemble doit
vous faire près de deux cents hommes.
Cette augmentation vous met en état d'attaquer le village
que nous devons punir, concertez vous donc avec le capitaine
Dumont pour cette opération. Mon avis serait qu'après avoir
laissé 50 hommes tant malades que bien portant à Beni-Souef,
vous vous embarquez de nuit avec tout le reste. Arrivés près
du village que vous devez attaquer, vous débarquerez et vous
ferez votre coup. Cependant ce C[ue je vous dis là, ne doit pas
être regardé comme un ordre et vous réglerez votre conduite
selon les circonstances.
Comme il est absolument nécessaire que le ca{»itaine Du-
mont fasse une tournée dans le nord de la province, vous le
feriez débarquer à Ei-Zawieh, après que vous aurez terminé
votre expédition contre le village coupable; pour vous, accom-
pagné d'une petite escorte vous reviendriez à Beni-Souef
Mais soit que vous tentiez cette expédition, soit que vous
n'en fassiez rien, il est de toute nécessité que le capitaine Dû-
ment comnience sa tournée le plutôt possible. Communiquez
cette lettre au citoyen Pierre. Salut...
Le général de brigade Zaj^czek au général division-
naire Dagua \
A Lahnutem de Abougeryr, le 7 germinal an Vil (27 mars
1799).
Mon Général, je vous envoie 16 chevaux ^ que je suis par-
venu à tirer des villages, sur lesquels on ne comptait plus.
J'espère d'en recevoir encore quelqu'uns. Je vous les ferai
passer aussitôt que je les aurai. Fayoum doit en fournir 21,
1 Arch. h. de la Guerre, Armée d'Orient, Ms. Oss. 2582. Reçu le 14, ré-
I pondu le 15.
I 2 Dugua à Bonaparte, le 14 germinal: « Pendant que j'écrivais ma
i lettre, on m'a annoncé des chevaux venus de Beni-Souef. Le général Za-
j yonchek en a envoyé 15; mais ne les ayant fait accompagner que par
' des janissaiies, on en a volé 8 en chemin, dans les environs d'Atfieh» .. ..
;La Jonquière V. 44—5).
190 ZAJAOZEK
mais ceux-là ne seront pas de sitôt. — A mesure que j'aurai |
60 mille livres en caisse, je vous les ferai passer au Caire. On
ne saurait se faire une idée de la difficulté que nous éprou- ,
vons à faire contribuer les paysans. Voilà deux mois que la
troupe parcourt les villages et le premier Yg n'est pas encore
payé. — Mes espions que j'ai envoyés à Gibebat ne sont pas
encore de retour. Salah-Bey avec 30 hommes a quitté la route
du Caire pour prendre celle du Fayoum. J'en attends les nou-
velles à tout instant. Du reste les deux provinces que je com-
mande, sont parfaitement tranquilles. Salut et respect.
Zayonchek.
Zaj^czek au commandant de la place de (Beni-Souef)
(Rochebran) \
Le 9 germinal an VII (27 mars 1799).
J'ai reçu votre lettre du 7 courant. Vos émissaires sont
d'une grande lenteur. Tâchez de vous en procurer de plus vi-
gilants ou bien punissez tous ceux qui resteront trop long-
temps en route. Quand on les paye bien, il faut en exiger d'être
bien servi.
Je vous trouve surprenant. Vous demandez des ordres, vous
les envoyez chercher et sans attendre qu'ils arrivent, vous
vous décidez à votre fantaisie. Si la vente des bestiaux a été
faite sans que le citoyen Noble et mon aide de camp en aient
été témoins, vous conviendrez que cette manière d'agir pour-
rait donner à penser; mais quoique la chose est faite, j'espère
au moins que vous attendrez avec le report ^ de l'argent jusqu'à
ce qu'(ils) soient arrivés.
Vous resterez avec 40 hommes y compris les malades à Beni-
Souef et le capitaine Dumont avec le reste de la troupe se
portera sans délais contre le village Gibebat pour y attaquer
30 ou 40 Mameluks qui s'y trouvent et punir le village.
1 Ms. Oss. 2582.
» >la reporture«.
A ROCHEBRUN, DUMONT ET A DUGUA 191
Zaj^czek au capitaine Dumont ^
Le 9 irerminal an VII (29 mars 1799).
Si à l'arrivée de la présente l'expédition que j'ai ordonnée
contre Gibebat, village situé de l'autre côté du Nil, vis-à-vis
de El-Zawieh, n'a pas été encore mise en mouvement, vous
l'activerez le plus promptement possible. Ne laissez à Beni-
Souef que 40 hommes, y compris les malades, et dvec le reste
de la troupe, allez attaquer les Mameluks qui se trouvent
à Gibebat.
Si c'est le même village qui s'est rendu coupable en at-
taquant les barques qui passaient sur le Nil, vous amènerez
avec vous le cheik et tout ce que vous pourrez attraper de
leurs bestiaux. Vous (vous) ferez accompagner dans cette expé
dition par un Copte et par l'interprète du Copte que j'ai laissé
à Beni-Souef.
Si au contraire le village qui attaqua les barques est un
autre que^ celui où se trouvent les Mameluks, vous commen-
cerez par les Mameluks, et soit que vous les punissiez soit qu'ils
se dispersent à votre arrivée, vous vous porterez de suite contre
le village qui attaque les barques.
Les Mameluks commencent à se rassembler dans le Fayoum.
Je suis forcé de m'y porter. Peut être y aurai-je besoin de la
troupe que vous commandez; ainsi tâchez de faire votre coup
sans différer.
Zaj^czek au général Dagua ^
Le 9 germinal an VII (29 mars 1799).
Je viens d'être assuré qu'il n'y a que 40 Mameluks à Gi-
bebat. La capitaine Dumont qui commande la petite garnison
de Beni-Souef, est chargé d'aller dissiper cette bande.
Salah-Bey est entré dans le Fayoum. Il y est à Medine
' Us. Oss. 2582.
^ Biffé: différent de.
" Ms. 06S. 2582.
192 ZAJACZEK
avec 60 des siens. Je cours pour Ten chasser. Je serais déjà en
route pour Fayoum sans ces nrialheureux Coptes qui traînent
après eux des troupeaux et au delà les 100 paysans en otage
retardent ma marche et me forcent de faire un détour pour
aller les déposer dans un lieu de sûreté.
Zaj^czek au citoyen Pierre, aide de camp^.
Le 10 germinal an VII (30 mars 1799).
Mon cher Pierre, j'ai écris hier au capitaine Dumont de
laisser 40 hommes de garnison à Beni-Souef et d'aller avec le
reste de la troupe contre le A^illage nommé Gibebat où se
trouvent les Mameluks. Dans le moment que j'expédiais cet
ordre, Moailem Bortho prétendait que les affaires exigeraient
que je fusse tout de suite de retour de Fayoum. Comme de-
puis il a mieux calculé et qu'il me dit que je pouvais rester
à Medine sans porter préjudice à la perception du miri de
cette province, je me vois dans la nécessité de partager la
troupe que j'ai avec moi, et comme je ne lui laisse que 40
hommes, je serais inquiet qu'il n'arrive quelque chose à ce
petit détachement, ainsi vous manderez au capitaine Dumont,
s'il est parti, de presser son expédition et aussitôt après vous
enverrez trente hommes pour renforcer le détachement de Fechn
où les Coptes se proposent de rester quelques jours; si au con-
traire le capitaine Dumont est encore à Beni-Souef, vous di-
minuerez son détachement de 30 hommes que vous enverrez
incessamment à Fechn.
Comme je resterai quelque temps à Fayoum pour percevoir
le miri, dites, je vous prie, au citoyen Noble de venir me trouver
le plutôt qu'il pourra, c'est-à-dire aussitôt qu'on pourra lui
donner une vingtaine d'hommes pour l'escorter.
Salah Bey est à Medine et je cours pour l'y surprendre, s'il
est possible.
Après l'expédition contre les Mameluks, le détachement du
capitaine Dumont ne doit être que de 90 hommes ou 100 tout
au plus.
1 Ms. Oss. '2582.
A PIERRE ET AU GÉNÉRAL DUGUA 193
Le général de brigade Zaj^czek au général dlvisionn.
Dugua, commandant au Caire \
Médine en F'ayoum, le 12 germinal an VII (1 avril 1799).
J'ai eu l'honneur de vous mander, mon Général, dans ma
lettre du neuf que Salah-Bey avec les siens après avoir tra-
versé une partie de la province de Benesé avait gagné le dé-
sert, que de là il s'était jeté dans le Fayoum et que j'allais
le 2 poursuivre. En effet, après deux marches forcées je me suis
rendu dans cette province, mais je n'y ai plus trouvé Salah-
Bey. Médine', capitale de Fayoum, s'est parfaitement bien con-
duite dans cette occasion; le divan de cette ville mérite des
louanges et peut être une récompense. A l'approche de ces
Mameluks le cheik qui est en même temps président du divan,
a fait armer tous les habitants et a déclaré au bey qu'il ne
pouvait pas le recevoir dans sa ville, tant qu'il n'aurait pas fait
sa paix avec le gouvernement français. Cependant, vu les liai-
sons de l'ancienne hospitalité qui existait entre ce bey et
plusieurs habitants de Medinet, on lui a permis de se reposer
pendant deux jours dans un des faubourgs de Medinet. Ce
terme expiré, le bey a quitté le pays. Il a pris sa route par le
désert du côté de la province de Gizeh; son intention est de
s'approcher du Caire et de demander la paix. J'ignore, si cela
est^ réellement, mais il (l'ja dit partout. Je m'empresse de vous
informer, mon Général, de tout ceci afin que le commandant
de Gizeh prenne^ des mesures.
Les Arabes font des ravages dans cette province, mais j'es-
père que l'apparition des troupes françaises en imposera à ces
brigands. — L'affût et tout le train de la pièce de huit que
j'ai avec moi est totalement ruiné. J'ose vous demander, mon
Général, de m'envoyer un train tout neuf.
* Arch. h. de la Guerre, A. d'Orient. Ms. Oss. 2582. Reçu le 20 germi-
nal, répondu le 21 idem.
2 Ms. Oss.: l'y.
' Medinet-el-Fayoum.
* fut.
5 prenait.
Les Polonais en Egypte. 13
194 ZAJACZBK
Je m'arrêterai une quinzaine de jours dans cette province
tant pour reposer ma troupe qui voyage depuis ^ 40 jours que
pour percevoir le miri. — Mon absence de la province de Benesé
ne préjudiciera point à la perception de miri parce que j'y ai
laissé deux petits détachements qui continuent à parcourir le
pays avec les Coptes.
Je ne puis m'empêcher de rendre justice à l'intendant copte
de la province de Fayoum qui n'a point quitté Medine malgré
que les troupes françaises avaient évacué cette ville. Il y est
constamment resté avec le citoyen Noble, agent français, ce
qui fait honneur à l'un et à l'autre, et peut être plus encore
aux habitants de la ville qui ont respecté ces deux employés
du gouvernement pendant une absence très longue de la force
armée, c'est-à-dire depuis le 12 pluviôse. Je croirais réellement
qu'il y aurait de la bonne politique à récompenser des traits
semblables. Daignez le représenter au général en chef^.
* «depuis que».
' Voir la lettre de Dugua au général en chef du 1 floréal (20 avril):
a Salah-Bey, en abandonnant la haute Egypte, a passé à Médine. Les
habitants lui ont refusé de le recevoir, mais ils lui ont permis de rester
deux jours dans un de leurs faubourgs, où il s'est réparé et approvisionné.
Le général Zayonchek pensait que l'on devait savoir beaucoup de gré
aux habitants de Médine de cette conduite; je l'ai assuré que je la regar-
dais comme beaucoup trop politique et trop favorable aux beys. Ils ont
donné une nouvelle preuve d'attachement pour les Mameluks en sollicitant
la grâce de l'homme d'affaires d'Ali-Kachef, pris après s'être barricadé et
défendu dans sa maison contre un détachement de 50 hommes, avoir tué
un carabinier et blessé un volontaire. J'ai donné ordre au général Zayon-
chek de faire fusiller ce rebelle et de n'avoir égard en pareil cas à aucune
solHcitation.
«Un rassemblement d'Arabes et de Mameluks infestait les environs de
Gibebat près d'Atfieh. Le général Zayonchek y est descendu le 23: le ras-
semblement a fui dans la montagne. On assure que Mohammed-el-Elfî-Bey
en faisait partie. J'ignore le chemin qu'il a pris. Le cheik de Gibebat a été
arrêté et envoyé ici; il appelait les rassemblements chez lui pour ne pas
payer 4000 pataquès qu'il a levées du miri de son village. Dès qu'il s'est
vu pris, il en a annoncé le remboursement. Le cheik du village d'El-Gedid,
où les huit chevaux venant du Fayoum ont été volés, où l'émir Rodoan,
qui s'était rendu, a été assassiné en revenant au Caire, a été conduit à Beni-
Souef; le reste des habitants s'était enfui.
«Je fais partir aujourd'hui une pièce de 3 longue, pour remplacer la
pièce de 8 du général Zayonchek dont l'affût est hors de service. Il sera
AU GÉNÉRAL DUGUA ET A l'OUSSIELGUE 195
Les Mameluks qui étaient dans le village de Gibebat n'y
sont plus, ils se sont dispersés. Salut et respect.
Zayonchek.
Zaj^czek au citoyen Poussielgue, contrôleur des dépenses
de l'armée et administrateur général des finances de
l'Egypte ^
Le 12 g-erminal an Vil (1 avril 1799).
Je me propose de vous entretenir un de ces jours de l'état
de la province de Benesé, Aujourd'hui je me borne à vous
demander les états du miri pour le second et troisième tiers
pour la province de Fayoum. Daignez les faire passer au
plutôt.
L'intendant copte de cette province est un homme très
propre pour remplir la place qu'il occupe. J'en suis aussi content
que je le suis peu de celui de Benesé.
Le général de brigade Zaj^czek au général divisionn,
I Dugua, commandant au Caire ^.
Medinet, le 13 germinal an VII (2 avril 1799).
Mon Général, j'ai reçu votre lettre où vous m'ordonnez de
retourner à Beni-Souef tant pour surveiller Saiah-Bey que pour
être à portée de faire un mouvement combiné avec la garnison
du Caire sur Alcababat. Salah-Bey qui m'a tant fait courir, est
déjà dans la province de Gizeh. Quant à Gibebat, les Mame-
luks n'y sont plus et vous pouvez être tranquille de ce côté-
ià. Au moins les espions que j'ai employés, m'assurent-ils sur
leur zèle que tous les Mameluks qui se sont trouvés, se sont dis-
réparé au parc, où il n'y avait pas de plus forts calibre à lui envoyer».
(La Jonquière V. 57—8).
* Ms. Oss. 2582.
' Arch. hist. de la Guerre, Armée d'Orient. Ms. Oss. 2582. En marge:
Reçu le 20, répondu le 21 germinal. Communiquer au général Leclerc (com-
mandant la province de Gizeh).
13*
196 ZAJACZEK
perses. — Les propos ^ que Salah-Bey a tenus à Medinet, ne
prouvent rien moins que ses intentions pacifiques; il a dit^
aux gens de loi: comment pouvez vous souffrir que les Fran-
çais dominent sur les vrais croyants, pourquoi n'éclairez vous
pas le peuple que la religion ne lui permet ^ pas d'obéir aux
chrétiens, et d'autres semblables. Ainsi, si en effet il négocie
sa paix avec vous, ce que j'ai l'honneur de vous mander, vous
servira à prendre vos mesures avec ces personnages. Salut et
respect. Zayonchek.
Zaj^czek au citoyen Pierre^.
(Medinet-el-Fayoum), le 13 germinal an VII (2 avril 1799).
J'ai encore reçu une lettre du général Dugua où il me parle
de Gibebat. Je l'ai assuré qu'il n'y avait plus de Mameluks^
mais, Pierre, vos espions ne vous trompent-ils pas? Au nom de
Dieu, prenez y bien garde et si vous m'en croyez, vous y en-
verrez encore quelqu'un de bien sûrs, car il s'agit ici de la
tranquillité du Caire qui doit nous intéresser tous tant que
nous sommes.
Zaj^czek au citoyen Pierre ^
A Medinet, le 14 germinal an VII (3 avril 1799).
J'ai reçu; mon cher Pierre, votre lettre du 10 germinaL
Barsou ^ (ne) me l'a envoyée qu'aujourd'hui.
Faites faire des perquisitions les plus exactes dans les deux
villages de Mezoue et d'Elzigibe dont vous me parlez. Envoyez
y des espions et si la chose est telle qu'on la dit nous y fe-
rons une incursion.
* Biffé (ms. Oss.) : les conversations.
2 Biffé (ms. Oss.): par l'exemple en parlant.
8 Biffé (ms. Oss.): la religion lui ordonne.
* Ms. Oss. 2582.
« Ms. Oss. 2582.
« Mallem Bortho, l'intendant copte, membre de la Commission des^
grains.
AU CITOYEN HIEKKE
197
J'approuve très fort que vous gardiez l'interprète Jope aux
devoirs. Je vous ai envoyé deux lettres du général Dugua. Il est
constamment inquiet au sujet de Gibebat. Tâchez de vous as-
surer de la vérité le plus positivement ^ que vous le pourrez.
Expédiez le capitaine Dumont pour sa tournée; si l'agent
français veut l'accompagner, il en est le maître. Ce détache-
ment n'a pas besoin d'interprète les Coptes faisant la princi-
pale besogne; quant à ce qui (est) de marcher ou de rester dans
un endroit, on pourra se faire entendre.
Dites au commandant de la place que si je lui ai montré
du mécontentement dans ma dernière lettre, c'est parce qu'il
s'est mal expliqué dans la sienne; s'il m'avait dit qu'il s'est con-
formé à la lettre que je lui ai écrite de Minieh, cela m'aurait
suffi.
Les janissaires en partant n'ont laissé aucun cheval, ils de-
vaient en amener seize, sans compter celui d'André, ainsi il y
en a un de volés.
Quand vous aurez des nouvelles positives de Gibebat, in-
formez en, de vous même, le général Dugua.
Quant aux chameaux, je suis de votre avis, le commissaire
et tous tant qu'ils sont, ne se seront pas oubliés, ainsi ils n'ont
rien à prétendre. Mandez moi, quelle serait votre idée pour la
distribution de l'argent que l'on a retiré de la vente de bes-
tiaux, si mauvaise, que ceux qui s'en sont mêlés, ne devraient
avoir aucune part à la distribution.
Dorénavant ouvrez toutes les lettres qui viendront du Caire
€t envoyez directement toutes celles qui seront pour Minieh
afin qu'elles n'éprouvent pas de retard à venir à Fayoum.
Envoyez moi le citoyen Noble le plutôt possible; en cas
qu'il tarde de venir, qu'il me mande au moins, s'il n'a pas
reçu du Caire les états pour le miri du second et troisième
tiers.
Biffé: possible.
1 98 ZAJA«ÎZEK
Zaj^czek au citoyen Chollet, agent français ^
(Medinet-el-Fayoum), le 14 germinal an VII (3 avril 1799).
J'ai reçu votre lettre du 10 germinal. Je ne suis point mé-
content de l'interprète Jobe. Si je l'ai fait rester à Beni-Souef^
c'est parce que la garnison en a besoin et qu'il arrive jour-
nellement des affaires où on a besoin d'un interprète. Le dé-
tachement qui doit aller en tournée, peut plutôt s'en passer^
parce que le gros de la besogne roule sur le Copte; si vous
voulez accompagner ce détachement, vous en êtes le maître,
cela vous fera connaître la partie du nord de cette province.
Je suis ici depuis trois jours, je ne puis rien faire parce
que les états du miri ne sont pas encore venus du Caire.
Zaj^czek au citoyen Pierre^.
Le 16 germinal an VII (5 avril 1799).
Le citoyen Noble m'a remis votre lettre. Au reçu de la
présente, vous m'enverrez un état de situation de la troupe
qui se trouve à Beni-Souef parce que vu tous les détachements
que j'y ai envoyés et tous ceux qui se sont rendus du Caire,
il devait y avoir 190 hommes avant le départ de 80 hommes
pour Fechn.
Aussitôt que vos espions seront de retour, mandez moi ce
qui en est de Gibebat. Je ne puis quitter de quelques jours le
Fayoum, encore faudrait-il y laisser un détachement pour per-
cevoir le miri et je n'ai que 150 hommes avec moi.
Envoyez des espions au devant de l'Elfi-Bey.
Quant aux villages qui ont chassé les janissaires, il faudra
les punir quand nous serons en état.
Je suis bien fâché de ce qui est arrivé à la barque aux
chevaux, je voudrais que le maudit reis fut arrêté, c'est un
coquin qu'il faut punir et si vous êtes à même, tâchez de vous
en emparer.
1 Ms. Oss. 2582.
2 Ms. Oss. 2582.
A CIIOLLKT, PIERRE ET A DONZELOT 199
Si au reçu de la présente l'officier de santé n'a pas quitté
Beni-Souef et si votre blessure demande encore sa présence,
gardez le parce que le carabinier que je voulais soulager est
déjà mort; cependant si vous pouvez vous en passer, envoyez
le parce que nous sommes très souvent dans le cas d'avoir des
blessés. Lorsque la chaloupe la Victoire passera par Beni-Souef,
fournissez lui tous les vivres nécessaires, car je viens d'en être
requis par le général Desaix.
Zaj^czek a r adjudant général Donzelot\
Le 16 germinal an VII (5 avril 1799).
J'ai reçu aujourd'hui, Citoyen Général, votre lettre du deux
du courant. J'espère que les munitions de guerre dont vous
aviez eu besoin, vous sont déjà parvenues; il y a plus de 10
jours que la barque qui les portait, est passé à Miniet; si un
second transport passe par Beni-Souef, je ferai tout ce que je
pourrai pour accélérer son arrivée à la division.
Le général Desaix m'ayant témoigné dans une de ses lettres
l'envie de savoir tout ce qui se passerait dans les provinces
de Fayoum et Behnesé, j'ai vous prie de l'instruire que les ha-
bitants de Medinet viennent de donner une nouvelle preuve
de leur sagesse. Salah-Bey s'y était rendu avec une quarantaine
de Mameluks. Les habitants ne leur ont pas permis de rester
plus de trois jours. Après l'expiration du terme, ils ont signifié
aux voyageurs de quitter le pays. Pendant tout le temps que
Salah-Bey a séjourné à Medinet, les habitants furent armés afin
de s'opposer, si jamais il eut voulu tenter quelque chose. Je
suis accouru deux jours après le départ de Salah-Bey et je ne
pus qu'approuver la conduite de la ville.
Salah-Bey se trouve actuellement dans sa province de
Gizeh; j'en ai déjà averti le général Dugua.
A Beni-Souef où j'ai laissé une très petite garnison, deux
kachefs et une vingtaine de Mameluks sont venus se rendre,
on les expédiera au Caire.
1 Ms. Oss. 2582.
200 ZAJACZSK
Nous venons d'apprendre une nouvelle victoire du g"énéral
Desaix sur les Mecquains et nous nous en réjouissons \
Je viens de donner ordre au commandant de Beni-Souef
de fournir à la chaloupe la Victoire, ainsi qu'aux Mameluks
qui s'y trouvent les subsistances dont ils pourraient avoir
besoin.
Le gén. de brig. Zaj^czek au général divisionnaire
Dugua, commandant au Caire ^.
Medinet, le 17 germinal an VII (6 avril 1799).
Mon Général, je viens de recevoir votre lettre du 10. Je
vous ai mandé dans mes deux précédentes écrites de Medinet
que le rassemblement de Mameluks en Gibebat s'était dissipé^
de lui même. Telles étaient alors les nouvelles que me don-
naient mes espions. Aujourd'hui mon aide de camp me mande
de Beni-Souef que le dernier émissaire qu'il avait envoyé à Gi-
bebat lui apprit que quatre kachefs et une 5.0-ne de Mame-
luks étaient en effet à Gibebat. Je voudrais voler pour aller
les dissiper, mais je me trouve ici retenu tant parce que le
train du canon que j'ai, est brisé et que mon départ trop pré-
cipité pourrait faire une mauvaise impression sur l'esprit des
gens du pays. Cependant le 19 ou le 20 au plus tard je mar-
cherai sur Beni-Souef. Je laisserai ici un détachement de 60
hommes pour percevoir le miri; avec le reste de la troupe qui
sera bien peu de chose, j'irai joindre les deux détachements
que j'ai laissés dans la province Behnesé et qui se trouveront
ces jours-ci réunis à Beni-Souef. De là, le 22 ou le 23, je pas-
serai le Nil pour aller attaquer les Mameluks à Gibebat. Je
vous le manderai, mon Général, plus positivement, quand je
serai à Beni-Souef. Croyez, je vous prie, Général, que s'il y a
du retard dans mes mouvements, il ne vient point faute de
la bonne volonté à remplir vos ordres.
1 combat de Birambar (La Jonquière III. 627, lettre de Desaix à Za-
yonchek, 14 germinal).
' Arch. h. de la Guerre, Armée d'Orient. Ms. Oss. 2582. Reçu le 23 ger-
minal, répondu le 24.
» Biffé (ms. Oss. 2bS2): dissout.
A DUOUA RT A NOBLB 201
On me mande de Beni-Souef qu'une barque chargée de
<îhevaux que je vous avais envoyés, fut attaquée par un village
nommé Goudai sur la rive droite du Nil, les chevaux furent
pris. Un second village sur la même rive attaque les passants
et n'a d'égard que pour les Français. Quand j'aurai fini avec
les Mameluks, je tâcherai de les mettre à la raison. Enfin, mon
Général, j'ai fait tout ce que j'ai pu, mais les difficultés et les
embarras croissent et augmentent tous les jours. La troupe que
je commande, est fatiguée et éreintée, bivouaquant depuis un
mois et demi. J'ai beaucoup de volontaires qui souffrent des
yeux. Cependant je compte que j'aurai 200 hommes pour aller
<îontre les Mameluks. Salut et respect.
Zayonchek.
Zaj^czek: (Instructions pour le citoyen Noble ^).
Le citoyen Noble aura soin de percevoir le miri avec la
plus grande promptitude.
Il aura le plus grand soin d'éviter tous ces actes d'auto-
rité qui pourraient impatienter les villages et les porter à la
révolte.
L'article 10^ contenu dans le règlement du 13 pluviôse
quoique bon et capable de faciliter le recouvrement du miri
en destituant les chefs qui tarderont de le porter dans les chefs-
lieux, cet article cependant, vu les circonstances où nous (nous)
trouvons aujourd'hui, ne peut pas, ni ne doit pas être suivi
à la lettre parce que son exécution pourrait être suivi du dé-
j sordre, et peut être de la révolte, ainsi on doit seulement se
j contenter de menacer le cheik de la destitution sans jamais
I l'exécuter.
Le citoyen Noble veillera de même au recouvrement des
I effets appartenant à Ali-Kachef et suivra cette affaire le
I plus diligemment possible et me fera part des progrès qu'il y
fera. Je ne serai pas d'avis qu'il en écrivît au Caire tant qu'il
n'aura pas la certitude positive de ce que cela peut importer
à la République, parce que en mandant les choses trop tôt, on
1 Ms. Oss. 2582.
202 ZAJACZEK
pourrait se faire une idée trop gigantesque de profit qu'en pourra
retirer la République.
Le citoyen Noble me donnera de ses nouvelles tous les
huit jours et plus souvent si les circonstances l'exigent.
L'officier qui comnnandera le détachement a l'ordre de se
conformer à ce qu'en exigera le citoyen Noble.
Le règlement du 18 pluviôse n'étant parvenu à notre con-
naissance que le 17 germinal nous devons en conscience aux
chefs de la province du Fayoum deux m.ois de retard avant
que de mettre cet article en exécution. Comme ce terme serait
trop long, vu le besoin qu'on a de l'argent, le citoyen Noble
fixera à un mois seulement le délai de l'exécution du dit
article.
Le général de brigade Zaj^czek, commandant les pro-
vinces du Fayoum et de Benhassé, au général divi-
sionnaire Dugua, commandant au Caire ^
Au qu. g. de Beni-Souef, le 20 germinal an VII (9 avril 1799).
Mon Général, j'arrive de Fayoum; demain je m'embarque
avec deux cents hommes pour Gibebat, le 22 j'attaque les Ma-
meluks, si je les y trouve. Ce village est à dix lieues d'ici.
A mon retour je tâcherai de mettre à la raison les deux autres
villages qui pillent les barques et dont un a pris nos che-
vaux. — Pendant mon séjour à Médine j'appris que l'homme
d'affaires d'Ali Kachef qui fuyait continuellement les Français,
se trouvait dans un village voisin de Médine. Je le fis chercher
la nuit avec un détachement. Je commençai par bloquer le
village, en suite sa maison; nous ouvrîmes la première porte,
mais lorsque nous fûmes à la seconde, l'homme nous tira
plusieurs coups, tua un carabinier et en blessa un second.
Nous le prîmes, il donna beaucoup d'informations sur les effets
de son patron, il continue à en donner encore. Cet homme
mérite la mort pour avoir versé le sang français, cependant
comme toute la ville de Médine s'intéresse à lui avec la plus
1 Arch> h. de la Guerre, Armée d'Orient, Ms. Oss. 2582. Reçu le 28, ré-
pondu sur le champ.
AU GÉNÉRAL DUGMA ET AU CIT. POUSSlELGUK: 203
vive chaleur, j'ose vous demander, Général, si l'on ne pourrait
pas s'adoucir à son égard en considération d'une cité qui se
conduit parfaitement bien à notre éi^ard. J'ai cru devoir de-
mander votre ordre à cet égard, comme j'ai tiré ce prisonnier
hors de Medine, et que je l'ai à Beni-Souef, nous pourrions
l'exécuter sans exciter aucun tumulte, ce qui était à craindre
à Medinet. J'attends votre décision. Salut et respect.
Zayonchek.
Zaj^czek au général DugitaK
(Beni-Souef), le 21 germinal an VII (10 avril 1799).
J'ai reçu dans la nuit la nouvelle que les Mamelulis ont
évacué Gibebat. Le 19, Elfi-Bey y a passé une heure et après
une conférence qu'il a eue avec ceux qui y ont séjourné de-
puis plus longtemps, ils ont tous quitté cet endroit. L'espion
n'a pas pu savoir le chemin qu'ils ont pris. Leur nombre en
tout ne passe pas deux cents; la plupart sont montés sur des
chameaux. Malgré tout cela je marche sur Gibebat tant pour
m'assurer de la vérité que pour faire voir la troupe dans ce
pays-là, ce qui en imposera un peu aux villageois et les con-
tiendra. Si je puis pincer les cheiks de Gibebat qui ont nourri
les Mameluks, je vous les enverrai. Salut et respect.
Zayonchek.
Zaj^czek au citoyen Poussielgue \
(Beni-Souef), le 21 germinal an VII (10 avril 1799).
Citoyen, je vous envoie les notes qui m'ont été présentées
par des villages de la province de Benhassé. Les habitants s'y
plaignent de ce que le Nil n'avait pas assez séjourné sur leurs
terres et prétendent que du temps des Mameluks on a toujours
eu égard aux réclamations de ce genres J'ai vu en effet une
1 Arch. h. de la Ou., A. d'Orient, Ms. Oss. 2582.
' Ms. Oss. 2582.
3 Estève: Mémoire .... p. 51. «Dès que la retraite des eaux permet l'en-
semencement des terres, le mesâhhah qobtte, désigné par le moultezim,
204 ZAJAOZEK
grande étendue de pays où la terre n'a point été cultivée cette
année. Cependant l'évaluation de cette perte de paysans ne
peut être faite que par des experts. Vous en déciderez comme
vous le jugerez à propos.
II y a encore une autre sorte de réclamation de la part des
habitans du pays. Plusieurs villa^,es assurent avoir payé le miri
aux Mameluks, mais vu les grandes difficultés qu'on (a) de
tirer de l'argent des villageois, il est très probable que les
Mameluks ne sont pas parvenus à se faire payer en entier et
qu'ils n'avaient pris que quelque acompte ou peut être pas du
tout. Malgré cette incertitude c'est un article qui a besoin d'une
décision et je vous la demande.
Il ne me reste à cette heure que de vous parler de la ma-
nière réellement barbare et tyrannique dont on perçoit les im-
pôts dans ce pays-ci. La troupe armée, accompagnée d'une
autre troupe d'écrivains coptes, se promène d'un village à
l'autre 1. Chacun de ces malheureux villages est obligé à four-
nir la nourriture à notre troupe et outre cela nourrir une nuée
de Coptes et leurs domestiques, mais c'est encore le moindre
des maux. Chacun de ces Coptes pille pour son compte à lui.
La preuve que j'en ai, est indubitable. Lorsque je suis parti
pour faire la tournée, tous ces Coptes, au nombre de cent au
moins, étaient à pied ou sur des bourriques. A notre retour
ils sont rentrés tous supérieurement montés à cheval. Il en est
certainement de même de leur bourse. Les villageois assurent
qu'ils n'on^ jamais été tant feuilles qu'ils le sont à présent et
je les crois parce que les Coptes craignaient les Mameluks et
ne commettaient des avanies qu'en secret, au lieu qu'à cette
heure ils se croient sûrs de l'impunité et peut être extorquent-ils
de l'argent au nom des Français qui les accompagnent 2. Je ne
arrive dans le village; il mesure les terres susceptibles de culture, en pré-
sence du moultezim ou de son lieutenant et des officiers de lieu .... Cet
ordre de partage et de possession annuels a pour cause l'inégalité des inon-
dations et la bizarrerie de leurs effets. . . .»
^ Voir: «Mémoire sur l'administration de l'Egypte, à l'époque de l'ar-
rivée des Français, par... Tallien, membre de rinstitut> et «Mémoire sur
l'agriculture et le commerce de la haute Egypte par Girard» (La Décade
IIL 205—33, 27—96).
' Recueil des arrêtés et proclamations de l autorité française en Egypte
A POUSSIELGUE 205
puis vous détailler tout ce qui a rapport à cette matière parce
que je serais trop long et que je ne vous manderai que des
suppositions, mais les citoyens Magallon et Reynier qui m'ont
accompagné pendant longtemps dans ma tournée, pourront
vous en donner des éclaircissements.
Dans ma lettre de Medinet en Fayoum je vous ai parlé en
bien de l'intendant copte qui s'y trouve; en effet il est plus
actif que celui de Benhassé, mais le hazard a voulu que pen-
dant trois à quatre jours que je reste à Medinet, j'ai découvert
qu'il n'est pas moins voleur que les autres. Les effets d'Ali-
Kachef, qui commandait le Fayoum du temps des Mameluks,
ont été totalement perdus pour la République. Ce que les
Coptes ont déclaré au général Boyer et au citoyen Noble, se
réduisait à bien peu de chose, mais depuis que j'ai saisi
l'homme d'affaires d'Ali-Kachef, la République y gagnera cinq
à six mille pataquès pour le moins. J'en ai remis la note au
citoyen Noble qui poursuit cette affaire, mais ce qui décèle
toute la fourberie de l'intendant copte, c'est qu'il disait tou-
jours à l'intendant d'Ali-Kachef de fuir les Français. C'est le
même Copte qui a donné aux villageois l'idée de se munir de
reçus simulés qui attestent la vente des effets par Ali-Kachef
et qui selon la déclaration de l'homme d'affaires que nous
tenons prisonnier, est de toute fausseté. Y il a encore une
esclave qui d'après la déclaration du même prisonnier a con-
pendant V occupation (Au Kaire, de l'imprimerie nationale. Pluviôse an VII
—9 messidor an IX) (Bibliothèque Nationale L. h. * 117 folio). Proclamation
aux habitants de V Egypte. Kaire, le 6 brumaire an IX p. 35: « Aucune
règle ne fixait d'une manière précise tout ce que vous deviez payer
Souvent, quand les Français ou les troupes voyagent, un domestique, un
interprète, un écrivain, ou tout autre, se détachent en avant, entrent dans
vos villages, et vous disent, pour vous effrayer, que les Français deman-
dent pour vivre un nombre considérable de buffles, de chèvres, de mou-
tons ou autres objets. Alors vous les priez de s'intéresser pour vous; ils
y refusent pour mieux vous effrayer, et vous finissez par leur donner de
l'argent Ceux qui sont chargés de veiller à la justesse des poids, se
présentent souvent chez les marchands: ils prétendent toujours trouver les
poids faux; alors ils ordonnent des coups de bâton ou autres puni-
tions. Le marchand s'effraye, il promet qu'il se rendra le lendemain chez
l'agha des poids et mesures; il s'y rend effectivement et porte en présent
20, 30, 50 pataquès plus ou moins »
206 ZAJACZEK
naissance des objets cachés appartenants à Ali-Kachef, mais
l'intendant copte fait tout ce qu'il peut pour que cette esclave
ne tombe pas entre nos mains. En un mot, c'est un fripon,
comme tous les Coptes qui plus ils sont fripons, plus ils trou-
vent de la protection chez les grands Coptes et pour les rendre
plus dépendants des Français il faudrait que leur nomination
fut entre vos mains et non pas entre celles de l'intendant gé-
néral. Je croirais même que s'il y en avait pas du tout de
Coptes dans les provinces, nous n'en serions que mieux. Le miri
une fois réglé, les agents français à l'aide de leurs interprètes
qu'il faudrait les obliger d'avoir et de quelques écrivains qu'ils
auraient avec eux, pourraient faire la besogne et percevoir
les impositions. La République en serait mieux servie et le
peuple moins volé.
Pardonnez la longueur de ma lettre, j'ai cru devoir entrer
dans tous ces détails pour le bien de la République ^.
Le miri de la province n'est pas totalement perçu, il en
reste la partie du nord à parcourir.
P. S. L'homme d'affaires d'Ali-Kachef qui est ici détenu,
vient de me déclarer tout nouvellement que c'est l'intendant
copte du Fayoum qui fournit aux dépenses et à l'entretien de
l'escl.ive, preuve certaine qu'il doit avoir des fonds d'Ali-Kachef,
peut être même des correspondances, parce que d'après la
connaissance que nous avons des Coptes, nous ne pouvons pas
regarder ce fait comme un procédé [de pitié). Ils n'en sont pas
susceptibles à l'égard de qui que soit. Comme ce sont des af-
faires qui vous regardent particulièrement, je n'en [fais] point
connaissance au général Dugua, mais je vous prie de lui com-
muniquer ma lettre avant que mes affaires me permettent de
lui en faire mon rapport.
^ Biffé: Après vous avoir entretenu des affaires de la République, je
vous demanderai un moment d'attention pour les miennes. Ne pourriez
vous pas ordonner que l'on m'envoyât de magasins de la République un
tapis de pied.
AU GENERAL D'JGLTA
207
Le général de brigade Zaj^czek, commandant les pro-
vinces de Fayoum et de Benhassé, au général division-
naire Dugua, commandant au Caire \
Au qu. génér. de Béni Souef, le 21 germinal an VII (10 avril
1799).
Mon Général, le vent contraire trop violent m'em péchant
de partir, j'emploie ce moment pour vous faire part d'une dé-
couverte qui est du ressort de l'administration, mais qui ce-
pendant doit vous être connue sous un certain rapport.
Ali-Kachef, homme riche et puissant, commandait dans le
Fayoum du temps des mamlouks; Moaliem Ibrahim, un Copte,
était son premier écrivain. A notre entrée dans la province du
Fayoum, tous les biens et effets appartenant à ce mamlouk dis-
parurent. Moaliem Ibrahim, ci-devant son écrivain, devint in-
tendant de la province. Questionné sur la fortune de son ancien
maître, il n'a déclaré que quelques guenilles, en rejetant sur
un nommé Saragi l'évasion de ce qu'il y avait de plus pré-
cieux après Ali-Kachef. C'est ce même Saragi, dont je vous ai
parlé dans ma dernière lettre, depuis que j'ai cet homme entre
mes mains, il m'a découvert pour plus de six à huit mille pa-
taquès d'effets tant en boeufs qu'en indigo, blé et d'autres
choses. Ce même Saragi m'assure qu'il n'aurait jamais évité les
Français, si Moaliem Ibrahim ne l'y avait ^ engagé, que Moaliem
Ibrahim a été de concert avec lui pour cacher tous les effets et
que pour preuve de cela on n'a qu'à questionner l'esclave fa-
vorite d'Ali-Kachef qui se trouve dans le village de Minieh et
qui y est entretenue par Moaliem Ibrahim qui lui envoie de l'ar-
gent. En eflet cette preuve est convaincante, parce que d'après
la connaissance que nous avons des Coptes, il ne sont pas
susceptibles de (tels) procédés et si Moaliem fournit à l'entretien
de l'esclave, cela ne peut venir que des fonds qu'il aura chez
lui appartenants à Ali-Kachef; je voulais avoir cette esclave
1 Arch. h. de la Cru., A. d'Orient. Ms. Oss. 2582. En marge: Ueçu le 27,
-communiqué sur-le-champ au c. Poussielgue.
* Ms. Oss. : si les Coptes ne l'y avaient . . .
208 ZAJACZKK
pour m'assurer de la vérité, mais on Ta fait échapper et je
doute que je puisse parvenir ^ à l'avoir. Il est à croire que cet
homme (Moallem Ibrahim) entretient des relations avec Ali»
Kachef qui ne peuvent qu'être ^ dangereuses. Comme le géné-
ral en chef a trouvé mauvais lorsque je pris sur moi d'arrêter
un Copte à Menouf que je soupçonnais avec probabilité ^ d'a-
voir su d'avance l'insurrection d'un village, je n'ose * pas agir
avec vigueur comme je le devais contre cet intendant; daignea
guider ma conduite. Salut et respect. Zayonchek.
P. S.'^ J'en écris au citoyen Poussielgue; ce qui prouverait la
connivence de Moallem Ibrahim et même des relations avec
les mamlouks, c'est qu'il n'a jamais quitté Medinet, tandis que
tous les autres Coptes se sauvent quand les Français évacuent
quelque endroit et qu'il est resté à Medinet lorsque Salah-Bey
y était.
Zaj^czek au général Dugua \
Le 23 germinal (12 avril 1799).
Après dix heures de marches je me suis rendu à Gibebat.
Les mamelouks l'avaient déjà évacué, non le 19 comme je vous
l'avais mandé d'après le rapport de mon espion, mais le même
jour que je m'en suis approché, 9 heures avant que j'arrivasse.
Je vous envoie le cheik de ce village \ Les mamelouks ont
pris le chemin pour remonter vers la haute Egypte. Ils sont
au nombre de 50 à 60, autant d'Arabes. La province d'Atfieh
aurait besoin d'une garnison, mais d'une garnison de 400
* Ms. Oss.: la découvrir.
2 Ms. Oss. : qui peuvent devenir . . .
^ ces deux mots ne se trouvent pas dans la minute.
* Ms. Oss.: je ne peux agir comme je le voudrais vis-à-vis de l'inten-
dant de Fayoum.
5 Ces post-scriptum manque dans le Ms. Oss.
« Ms. Oss. 2582.
' Voir la sentence de Bonaparte du 21 juin: «Kemeal-Achik, cheik-el-
beled du village de Gibebat, sera détenu en prison jusqu'à ce qu'il ait versé
2000 talaris dans la caisse du payeur de l'armée, indépendamment de ce
qu'il pourrait devoir pour son village» (La Jonquière V. 230).
AU GBNEUAL DUGUA
209
hommes pour le moins. Le paysan y est farouche et quan-
tité d'Arabes y séjourne le long du désert. Comme je marchai
sur la rive droite, depuis Beni-Souef j'ai vu plusieurs tribus qui
levèrent leurs camps et s'enfuyèrent dans le désert à notre ap-
proche. Je me suis emparé aussi d'un cheik du village d'Kl-
Gedid^ qui avait attaqué et pris les chevaux de remonte. Pour
l'autre village, nommé Qoudlek qui attaque tous les passants,
je n'y ai trouvé personne; il faudra faire une incursion contre
lui. Si je n'ai pas détruit les mamlouks, cette expédition ne pourra
cependant que produire un bon effet quand cela ne serait que
de faire voir la troupe dans le pays. Il faudrait une petite co-
lonne mobile qui n'eût d'autre soin que de poursuivre les mam-
louks et empêcher leur rassemblement. Je retourne à Beni-
Souef par la rive gauche. Je vous rappelle le train de ma pièce
qui ne peut plus marcher.
Zaj^czek au général divisionnaire Dagua, au Caire'^.
Le 25 germinal (14 avril 1799) de Beni-Souef.
Tout ce que vous me dites au sujet de la ville de Médine,
est parfaitement juste; je sens comme vous que la politique
a eu plus de part à la conduite de ses habitants que leur dé-
vouement pour les Français; mais que l'on politique de la même
manière dans toute l'Egypte et cela nous arrangera.
J'espère que la djerme ^ V Eléphantine est déjà parvenue au
Caire et mes deux lettres dont j'avais chargé son commandant
pour vous, *[sont] rendues. Le même commandant a dû vous
avoir remis le cheik de Gibebat.
Elfi-Bey a eu l'air de remonter. J'ai envoyé quelques espions
après lui, mais j'ignore jusqu'à ce moment-ci quelle est la route
qu'il tiendra, car je ne crois pas qu'il s'avise de remonter. Dans
ce dernier cas il me donnerait encore de l'embarras non seu-
lement pour surveiller ses marches, mais encore pour le chas-
ser de partout où il s'arrêterait, ce qui retarde la perception
1 »de Quidioi« dans le texte original.
2 Ms. Oss. 2582.
3 demi-galère (La Jonquière V. 62).
■* Biffé: ainsi que le cheik.
Les Polonais en Egypte. -'■*
210 ZAJACZSK
du miri et fatigue extrêmement la troupe. D'ailleurs à chaque
interruption du miri le paysan reçoit une nouvelle secousse,
il est comme électrisé par l'idée de l'embarras où se trouvent
les Français, ce qui l'entretient dans l'espoir que peut être nous
serons forcés de quitter l'Egypte et qu'il gardera son argent.
Le détachement^ que je commande a diminué de beaucoup
depuis deux mois, tant par les malades que j'ai évacués sur le
Caire que par une espèce de la désertion. Des soldats de corps
qui se trouvent de la division Desaix, profitent des convois qui
passent et s'embarquent clandestinement pour la joindre. Les
commandants certainement sont fautifs de ne pas assez sur-
veiller leurs soldats mais c'est une négligence ^ qui est com.
mune à toute l'armée. Cette diminution est cause qu'à chaque
fois qu'il s'agit de faire un mouvement je ne puis rien laisser
pour continuer le miri et qu'il faut emmener tout avec moi.
Je suis dans le même cas. Au moment où je vous écris, on
vient de m'avertir de Fayoum qu'il s'y forme un rassemble-
ment de mamelouks et d'Arabes sur le bord du désert dans
un village nommé Abougoundid ^ dont kachef est l'âme de cette
troupe. 11 faudra encore y marcher pour ne pas laisser pren-
dre d'accroissement à cette réunion, ce qui est autant de re-
tard pour le malheureux miri. Cependant cette course ne sera
que de 3 à 4 jours et je n'atlends pour me mettre en route
que le retour de mes espions.
J'attends votre décision au sujet de l'homme d'affaires d'Ali-
Kachef Sa vie serait peut être nécessaire pour prouver les vols
de l'intendant copte du Fayoum. Ces malheureux Coptes com-
mettront impunément leurs brigandages tant que leur nomina-
tion ainsi que leur destitution ne dépendront directement du
c" Poussielgue, parce que moallem Girgès-el-Gouhary ^ est le
chef des voleurs et trouvera toujours des raisons pour proté-
ger les fripons.
J'envoie le c" Thibaud, officier de la 21-me légère, pour
m'amener du Caire un affût de rechange pour la pièce que
j'ai avec moi qui est toute ruinée. J'ose vous prier, mon Gé-
* Biffé: Ma garnison.
» Biffé: abus.
' Lire: Abou Gandir.
* «Mallem Groharis» dans le texte original.
' A DUGUA ET A POUSSlELGUK 211
néral, d'ordonner pour qu'on l'expédie le plutôt possible. En
cas qu'il n'y eut point d'affût de rechange et que vous puissiez
me faire avoir une pièce de 4 avec sa munition nécessaire, je
vous en serai bien obligé. C'est la moitié de notre force que
ce canon; de grâce. Général, ne m'en laissez pas manquer.
J'espère que dans une dizaine de jours je pourrai vous en-
voyer 60 mille livres; aujourd'hui il ne s'entrouve dans la caisse
que 25. Les différentes assignations pour la division Desaix,
ainsi que celles du Caire, soit pour les hôpitaux, soit pour le
génie et la munition épuisent nos fonds ^ Les 2 mille livres
que vous ordonnez de payer sur l'ordonnance de l'ordonnateur
Laigle seront acquittées.
La Vénitienne a passé le 22 au soir accompagnant un con-
voi de munition, ayant le vent très favorable.
J'ai pris des renseignements sur les petits détachements des-
cendus au Caire de deux ou trois hommes et pour lesquels
vous me faites des reproches. Il s'en suit que le commandant
de la place m'a affirmé, ainsi que l'officier de santé, que parmi
les malades descendus au Caire plus de la moitié étaient en
état de se défendre et qu'on ne leur avait donné que 3 hom-
mes pour la garde de la barque, et que les cantiniers du corps
s'embarquèrent souvent tout seuls ou... leurs femmes pour aller
faire des provisions au Caire, sans en demander la permission.
Je garderai ici les Mameluks qui sont venus traiter de la
paix et les enverrai sous quelque temps. D'ailleurs ces gens
ont leurs propriétés dans cette province et ne demandent pas
mieux que d'y retourner après avoir été au Caire recevoir de
vous leur amende.
Zaj^czek au citoyen Poussielgue^.
Le 25 germinal (14 avril 1799).
J'ai reçu votre lettre du 20 germinal. Je recommanderai à
l'intendant copte, ainsi qu'à l'agent français de se conformer
exactement à ce que vous prescrivez au sujet de charaqui.
Je ne pourrai pas suivre moi-même cette opération. Elle me
1 Voir La Jonquière V. 62—3.
« Ms. Oss. 2582.
W
212 ZAJi\CZKK
prendrait trop de temps. Il faut s'attendre, Citoyen, à être trompé
dans cette occasion et vous pouvez prendre vos mesures d'a-
vance pour l'être le moins possible. J'attends avec impatience
votre réponse au sujet de l'intendant du Fayoum. Il me coûte-
rait de politiquer avec un voleur presque avéré. J'y serai ce-
pendant forcé, si l'affaire dont je vous ai parlé, tarde à se dé-
cider.
La moitié de la province d'Atfîeh ayant été réunie à celle
de Benhassé par un ordre du jour du général en chef, dois-je
la regarder comme telle? Il me faudrait alors avoir les états
du miri pour cette partie du pays. L'intendant copte n'en est
point du tout prévenu; les habitants de la province ne le sont
guères non plus. Daignez me tirer de cet embarras, et si vous-
pouviez disposer autrement de cette province, vous me feriez
un plaisir parce que j'ai trop peu de troupes pour pouvoir tout
maintenir dans l'ordre, et cette province est remplie d'Arabes
et de voleurs à qui il faudrait faire une guerre de deux ou
trois mois de suite.
Les états du miri pour le Fayoum sont arrivés au c" Noble
le 18 ^ Je l'ai chargé du recouvrement de cet impôt et dans
ce moment-ci il est à parcourir la province avec un détache-
ment.
Le village de Beni-Souef est le plus abominable de tous
ceux de la province. Je suis logé dans une masure qui menace
ruine. Ne voudriez vous pas bien approuver le projet de la
répartition d'une petite contribution que je vous envoie. Il s'agit
de lever mille pataquès pour bâtir une habitation pour moi,
et pour toute la troupe.
Je vous remercie d'avoir bien voulu m'envoyer les 4 exem-
plaires de la relation de l'expédition de Syrie. J'espère que bien-
tôt je serai dans le même cas pour les meubles que je vous ai
demandés.
germinal (7 avril).
A P0US81KLGUE, DMGUA KT A ANDRÉ 213
Le général de brigade Zaj^czek, commandant les pro-
vinces de Fayoum et de Benhassé, au général division-
naire Dugua, commandant au Caire \
Au qu. gén. de Beni-Souef, le 26 germinal an Vil (15 avril 1799).
Mon Général, votre lettre du 24 m'a déjà trouvé à Beni-
Souef. Je suis bien aise de mériter votre approbation pour avoir
passé sur la rive droite du Nil. Je ne me suis pas arrêté 48
heures à Gibebat, mais la troupe est^ resté 24 heures dans
le voisinage de ce village.
J'ai trop peu d'argent pour vous l'envoyer (il n'y a que 25
mille livres en caisse et encore faut-il laisser le courant), mais
si vous en avez absolument besoin marquez moi vos intentions
positivement.
J'ai expédié hier le c. Thibaud, officier de la 21-me demi-
brigade légère, pour avoir un affût de rechange. Daignez l'ex-
pédier le plutôt.
Nous vous remercions des nouvelles de la Syrie.
Le janissaire qui a été expédié vers vous et qui est resté
si longtemps en route, a été bastonné et cassé.
C'est par une occasion que j'ai l'honneur de vous écrire et
non par un exprès. Salut et respect. Zayonchek.
Zaj^czek au citoyen André, payeur de la province de
Beni-Souef^:
Le 2& germinal (15 avril 1799).
D'après Tordre que j'ai reçu du général Dugua, vous vou-
drez bien payer au c*"" Barrere, garde-magasin des vivres, bon
sur la somme de mille livres de valeur sur les deux mille dont
le crédit a été ouvert au c" Laigle, ordonnateur, et dont le c^
Barrere vous exhibera l'ordonnance.
1 Arch. h. de la Giierre, Armée d'Orient (aut.), Ms. Oss. 2582. Reçu le
1 fl. (2. IV).
* Texte original: «a resté».
» Ms. Oss. 2582.
214 ZAJACZEK
Le général de brigade Zaj^czek, commandant les pro-
vinces de Fayoum et de Benhassé, au général division-
naire Dugua, commandant au Caire ^.
Au qu. gén. de Beni-Souef, le 26 germinal an VII (15 avril 1799),
Mon Général, j'ai l'honneur de vous adresser l'émir Soliman
dont mon aide-de-camp vous avait annoncé l'arrivée en cette
province, pour y traiter de la paix. Cet homme désirant se ren-
dre au Caire au sein de sa famille, je lui recommande de se
présenter chez vous pour recevoir son aman. Salut et respect.
Zayonchek.
Zaj^czek au général Dugua ^.
Le 1 floréal an VII (20 avril 1799).
J'ai reçu vos deux lettres du 28 germinal. L'homme d'affai-
res d'Ali-Kachef serait fusillé sans délai 3, si je ne voyais pas
son existence nécessaire pour la conviction de la mauvaise con-
duite du Copte, intendant du Fayoum. Selon les dépositions du
prisonnier, c'est le Copte qui l'a encouragé à la fuite et à la
résistance, et ce serait servir le même Copte que de faire fu-
siller le prisonnier trop tôt. Ainsi je suspendrai son exécution
jusqu'à ce que le c" Poussielgue ait pris ses mesures. Vous
voudrez seulement le prier qu'il ne les tarde pas parce que la
garde d'un prisonnier de cette espèce est très gênante.
Je vous ai envoyé le cheik de Gibebat parce que selon le
rapport de mes espions sa maison était Fasile des Mameluks.
Elfi-Bey est revenu à Gibebat. 3 autres beys, descendus de
la haute Egypte avec une suite de soixante personnes, sont
venus l'y joindre. Les nouveaux arrivés n'ont point de chevaux
et sont sur des chameaux.
Le détachement que vous devez envoyer, Général, par la
province d'Atfieh^ courrait le risque d'être défait s'il est trop
1 Arch. h. de la Gu., A. d'Orient. Reçu le 2 (21. IV.); donné ordre au
kachef Ibrahim de se présenter au commandant de la place et au divan.
2 Ms. Oss. 2582.
' Biffé: je procéderai incessamment à l'exécution.
* »Airiely< dans le texte original.
AU GÉNÉKAL DUGUA 215
faible, non seulement par cette bande de Mameluks qui doit
monter aujourd'hui à deux cents hommes, mais encore par les
bédouins qui sont très nombreux dans cette partie du pays.
Quant au passage du Nil, on ne peut jamais être sûr de trouver
des barques dans tel ou tel point, car c'est le hasard qui les rassem-
ble tantôt dans un tantôt dans un autre endroit. Au moment que
j'ai fait ma course dans Atfieh, il n'y avait point de barques au
village de Sol, mais j'en ai vu une dizaine à une lieue plus bas.
Après vous avoir envoyé l'état de situation de la troupe que
je commande, j'en ai passé la revue et je me suis convaincu
qu'il n'y a réellement que 360 et quelques hommes disponibles
dont j'ai employé cent pour percevoir le miri dans le Fayoum,
cent autres parcourent pour le même effet la province de Ben-
hassé, reste 160 que j'ai avec moi à Beni-Souef: sur ce nombre
il faut déduire les malades et les mousses, de manière que si
jamais il y a un mouvement à faire, je n'aurais pas^ 100 hom-
mes de disponibles.
Je sens que la présence des Mamluks à Gibebat est trop
dangereuse pour la tranquillité du Caire et j'aurai déjà marché
contre eux, si je ne craignais pas que cette continuelle inter
ruption de la perception du miri ne m'attire enfin des repro-
ches. Je ne puis entreprendre cette expédition à la tête de cent
hommes. Il faudra que je fasse revenir pour cela un des deux
détachements, ce qui dérange la perception. Je ne puis non
plus diminuer le détachement parce que les Coptes ne se croient
jamais en sûreté et parce qu'il y a réellement des villages trop
forts pour y envoyer moins. Ainsi voyez, Général, ma position
et décidez. D'ailleurs le canon que vous me promettez, n'est
pas encore ici.
J'ai fait dissiper le rassemblement qui a eu lieu à Abou
Gandir^, dans la province du Fayoum. Malgré tout le secret
que je mis dans ma marche nocturne les Arabes ont fui ainsi
qu'une portion des Mameluks. Le village fut bloqué. Les cheiks
interrogés déclarèrent que tout s'était enfui, il y avait six heu-
res, et qu'il n'y avait personne dans le village. Là-dessus je fis
lever le blocus, mais à peine la troupe a été rassemblée que
* Biffé: j'aurais avec tout au plus.
2 »Abougoundod« dans le texte original.
216 ZAJAOZSK
Daout kachef avec son fils sortirent subitement par un coin du
vï\\di(j;e et s'enfuirent dans le désert. Cette mauvaise foi des
cheiks m'a décidé à leur faire donner une bastonnade terrible
et à les destituer de leur emploi.
Pour ce qui est des chevaux des Coptes, le c"^ ChoUet, agent
français, va faire cette exécution. Nous attendons seulement le
moment favorable où ils les auront rassemblés parce que depuis
quel([ues jours ils les ont dispersés dans des villages.
Pour vous donner une idée de la difficulté avec laquelle le
miri se perçoit ici, j'ai l'honneur de vous observer que malgré
la tournée d'un mois faite par le général Veaux, malgré celle
de deux mois consécutifs faite par moi, nous n'avons perçu sur
195 mille pataquès soit de miri soit de droit ^ du kachef que
48,524. 11 est vrai que nous avons perdu un mois pour apaiser
la révolte, que j'ai fait 2 courses, l'une dans Miniet dans le
Fayoum, une dans Atfieh qui ont interrompu la perception. Ce-
pendant le Copte m'assure que dans 3 ou 4 jours j'aurai 60
mille livres pour vous envoyer.
Le général de brigade Zaj^czek, commandant les pro-
vinces de Fayoum et de Benhassé, au général division-
naire Dugua, commandant au Caire ^.
Au qu. gén. de Béni Souef, le 2 floréal an VII (21 avril 1799).
Mon Général, je viens de recevoir la nouvelle que la nuit
dernière, c'est à dire du 1 au 2, il a passé sur la rive droite
du Nil en descendant une troupe de Mecquains. Je ne puis vous
assurer quel est leur nombre, parce que les relations varient
à ce sujet. Les uns disent qu'il n'en a que 50 à 60, d'autres
100, et d'autres 400. Cherchent-ils le passage pour se rendre
sur la Mer Rouge, celui de Kosseir leur étant fermé par le
général Desaix; ou bien viennent-ils augmenter le rassemble-
ment de Gibebat, ce qu'il est difficile de deviner. J'enverrai des
espions après eux, mais on est ici si mal servi.
Les mamlouks qui sont ici, disent qu'Elfi-Bey a l'ordre de
* c. à d. kouchoufyéh, contribution due au bey ou kachef.
' A. h. de la G., A. d'Orient., Ms. Oss. 2582. Répondu sur-le-champ.
A DUGUA, DKSAfX KT A DRTRÉS 217
Mourad-Bey de descendre vers le Caire et de l'y attendre, et
que lui, Mourad-Bey, se ^ joindra bientôt par la rive gauche, ce
qui ne paraît pas vrai. Je croirais plutôt que quelques intri-
gants du Caire auront invité tous ces gens-là à se rapprocher
d'eux.
J'attends des ordres et je me tiens prêt à les exécuter. Sa-
lut et respect.
Zaj^czek au général Desaix '\
(Beni-Souef), le 2 floréal (21 avril 1799).
Vous m'avez ordonné, Général, de vous informer de tout
«e qui pourrait survenir dans le pays où je commande. Con-
formément à cet ordre je m'empresse à vous faire part qu'il
y a un rassemblement de Mamluks qui se forme à Gibebat^
Tillage situé à douze lieues du Caire dans Atfieh. Ce rassem-
blement dans le principe a eu pour chef Elfi-Bey. Il y a quel-
ques jours que j'avais reçu ordre de marcher contre ce fugitif
Ils se sauvèrent à mon approche et gagnèrent le désert. Après
m'ètre annihilé 3 jours dans la province d'Atfieh je suis revenu
sur mes pas. Elh-Bey est rentré de nouveau dans Gibebat. Il
y fut joint depuis par 3 beys accompagnés de 60 Mamluks.
Cette nuit il a passé vers le même point 400 Mecquains, ce
qui serait en tout à peu près six cent hommes d'ennemis. Le
séjour de cette troupe dans le voisinage du Caire est très dan-
gereux. La garnison de cette dernière place est trop faible pour
pouvoir en envoyer au devant de ces gens-là. Pour moi, je n'ai
que 150 hommes de disponibles et je crains beaucoup que les
intrigants du Caire ne profitent de cette circonstance pour ten-
ter une insurrection dans la capitale.
Je viens d'en écrire au général Dugua et j'attends ses ordres.
Zaj^czek au chef de brigade Detrès^.
(Beni-Souef), le 2 floréal an VII (21 avril 1799) à 7 heures du soir.
J'ai reçu votre lettre du 30 avec deux cop-es de la lettre
du général Davout en date du 27. J'ignore la position de l'ar-
1 Ms. Oss.: les. ' Ms. Oss. 2582,
8 «Elcoiibebak» dans le texte original.
4 Ms. Oss. 2582.
218 ZAJACZEK
mée du générai Desaix, mais si ce général autorise le généra!
Davout à descendre jusqu'au Caire, je crois que ce mouvement
contribuerait beaucoup à assurer la tranquillité non seulement
de la capitale, mais encore de toutes les provinces voisines.
Celle d'Atfieh est remplie de Mameluks fugitifs à la vérité, mais
si on leur laisse le temps de se rassembler et de se réorgani-
ser, ils pourraient devenir dangereux parce que les habitants
du Caire en seraient encouragés à la révolte. D'ailleurs 400
Mecquains ont passé la nuit dernière sur la rive droite du Nil
à la hauteur de Béni Souef et ont dirigé leur marche vers le
Caire. Il serait donc urgent, selon moi, que le général Davout
se porte plus près du Caire, mais ce n'est pas à moi à déci-
der ce qu'il doit faire vu que j'ignore totalement la position
des nôtres dans la haute Egypte.
Outre le rassemblement des Mameluks nous avons égale-
ment à craindre quelques mouvements de la part des Arabes»
Leurs cheiks comm.encent à se rassembler tantôt dans un tan-
tôt dans l'autre village; ils y tiennent conseil sur les moyens
de nous attaquer. Une invitation du chérif qui leur a été adres-
sée, est cause de cette fermentation dont on s'aperçoit parmi
eux. En un mot tout me fait croire que le général Davout fe-
rait parfaitement bien de s'approcher du Caire et je vous prie
de lui communiquer ce que je vous en écris.
Je n'ai point trouvé la lettre que vous m'annoncez pour le
général Dugua.
Le général de brigade Zaj^czek, commandant les pro-
vinces de Fayoum et de Benhassé au général division-
naire Dugua, commandant au Caire ^
Au qu. gén. de Béni Souef, le 2 floréal an VII (21 avril 1799).
Mon Général, je viens de recevoir de Miniet le duplicata
d'une lettre que le général de brigade Davout écrit ^ au chef
de brigade Detrès; ce général demande ayant sous ses ordres
1 Arch. h. de la Guerre, A. d'Orient, ms. Oss. 2582, datée 3 floréal. En
marge: Reçu le 7, répondu idem. L'écrire au g«' en chef, expédié le 9.
» Siout, le 27 germinal VII (16. IV. 1799).
AU GENERAL DUGUA
219
deux bataillons et deux régiments de cavalerie, si sa présence
n'est point nécessaire dans nos contrées en se disant autorisé
par le général Desaix à dirig-er les mouvements selon les cir-
constances ^ J'ai répondu au chef de brigade Detrès que le gé-
néral Davout ferait fort bien de se rapprocher du Caire, non
seulement par rapport au rassemblement des mamlouks dans
Atfieh, mais encore pour en imposer aux Arabes qui paraissent
inquiets depuis quelques jours. Leurs cheiks se rassemblent tan-
tôt dans un tantôt dans un autre village. La cause de ce mou-
vement est une lettre du chérif de la Mecque, qui les invite à
prendre les armes contre les Français; c'est aujourd'hui et après
vous avoir expédié ma première lettre que je viens d'en être
informé. Si vous croyez, mon Général, écrire, au général Da-
vout pour se rapprocher de la capitale, cela ne nous ferait pas
du mal et contiendrait le pays. Salut et respect. Zayonchek.
Le général de brigade Zaj^czek, commandant les pro-
vinces de Fayoum et de Benhassé, au général division-
naire Dugua, commandant au Caire'K
Au qu. gén. deBeni-Souef, le 3 floréal an VII (:22 avril 1799).
Mon Général, le capitaine Brun, de la 22-me demi-brigade,
est chargé par moi de vous remettre la présente et de con-
duire la pièce de huit, qui est ruinée, au parc de Gizeh. Il est
également chargé, Général, de vous remettre six chevaux de
remonte de Fayoum.
Quant à l'argent, j'attends journellement que les Coptes me
tiennent leur parole et j'espère que je ne tarderai pas à vous
envoyer 60 mille livres. Le capitaine Mouren^ qui a passé ici,
il y a 3 jours, vous porte 50 mille livres^.
Les espions que j'avais envoyés après les Mecquains m'ont
rapporté que réellement il n'y en a que 70 presque tous bles-
1 Voir La J on qui ère III. 640-2.
2 Arcii. h. de la Gu., A. d'Orient. Ms. Oss. 2582. En marge: Reçu le 7.
Accuser la réception des chevaux. Lui demander, s'il désire ravoir sa pièce
lorsqu'elle sera raccommodée ou s'il préfère la pièce de 3. Expédié le 8 (27
avril 1799).
' Ms. Oss.: Mouron.
* Ms. Oss.: provenant de Miniet.
220 ZAJACZEK
ses et se disant aller au Caire, mais il est très probable qu'ils
se retirèrent^ à Gibebat. Je les fais toujours suivre, mais je ne
puis jamais compter sur la véracité de mes espions. Tant qu'il
n'y aura pas une garnison dans la province d'Atlieh, ce pays
sera toujours le refuge de nos ennemis.
J'envoie au commandant de la place le nommé Jean Vigne,
carabinier à la 22^ demi-brigade, prévenu d'insubordination et
de quelques autres mauvaises actions. Il se corrigera peut être,
si on le place dans un autre corps. La plainte portée contre
lui par le capitaine des carabiniers de ce corps sera remise au
commandant de la place du Caire. Salut et respect.
Zayonchek.
Le général de brigade Zaj^czek, commandant les pro-
vinces de Fayoum et de Benhassé, au général division-
naire Dagua, commandant au Caire ^.
Au qu. gén. de Béni Souef, le 3 floréal an VII (22 avril 1799).
Mon Général, le chirurgien du 1-er bataillon de la 22-me
demi-brigade qui est en garnison ici, se trouvant malade m'a
demandé la permission de se rendre au Caire pour y rétablir
sa santé. Je la lui ai refusée, attendu le besoin que nous en
avons ici, mais, comme il se trouve au dépôt de la 22me demi-
brigade à l'île de Roudah un autre chirurgien, je vous prie de
lui faire donner l'ordre de venir ici de suite pour remplacer
celui qui est malade ici. Salut et respect.
Zaj^^czek au commandant de la place du Caire (Destaing)^.
(Béni Souet), le 3 floréal (22 avril 1799).
J'ai l'honneur de vous envoyer. Général, le nommé Jean
Vigne, carabinier à la 22-me légère, prévenu d'insubordination.
Comme les hommes nous sont précieux dans ce moment-ci,
* Ms. Oss.: s'arrêteront.
2 Arch. h. de la Gu., A. d'Orient. En marge: Reçu le 7. Ordre à don-
ner. Expédié le 8. Répondu idem (27. IV. 1799).
» Ms. Oss. 2582.
A DUGUA, DESTAING, DAVOUT ET A NOBLE 221
je crois que l'on peut se lâcher de la rigueur et le placer dans
un autre corps où il se corrigera peut être. Je joins ici la
plainte portée contre lui.
Zaj^czek au général Davout^,
(Béni Souef), le 4 floréal (23 avril 1799).
Le capitaine Fraisse, commandant la barque armée la Vé-
nitienne, m'a communiqué par votre ordre la lettre que vous
avez écrite au général Dugua. Connaissant la faiblesse de la
garnison du Caire ainsi que le nombre des Mameluks rassem-
blés à dix lieues de cette capitale, dans un village nommé Gi-
bebat de la province d'Atfîeh, je m'empresse à vous mander,
Général, que votre présence est ici de toute nécessité. Le rassem-
blement que je vous annonce a été jusqu'au 2 du courant de
six cents hommes dont 400 Mecquains, mais selon le rapport
de nos espions ce rassemblement augmente tous les jours par
des Mameluks qui descendent de la haute Egypte. Il y a outre
cela une rumeur sourde parmi les Arabes, une lettre venant
du chérif de La Mecque les invite à faire leurs efforts pour
nous détruire. Je croirais donc que vous n'avez point de temps
à perdre pour préserver la capitale d'une insurrection qui pour-
rait être dangereuse, vu la faiblesse de notre garnison. L'émir-
hadji, que vous aurez peut être connu au Caire, qui est le
même que le général en chef avait nommé prince de la cara-
vane, remue le ciel et la terre pour opérer contre nous une
révolte 2, ainsi l'état des choses ne nous permit (de) vous atten-
dre qu'avec la plus grande impatience.
Zaj^czek au citoyen Noble, agent de la province de
Fayoum \
(Béni Souef), le 4 floréal (23 avril 1799).
Mandez moi, je vous prie, quel est le fruit de vos opéra-
tions. Employez le premier argent que vous toucherez, à payer
1 Ms. Oss. 2582.
2 La Jonquière V. 36—7, 45 etc.
3 Ms. Oss. 2582.
222 ZAJACZEK
le divan et les janissaires. Si le restant monte à 5 mille pata«
ques, instruisez m'en aussitôt pour que je l'envoie chercher,
car vu la position des choses je serais inquiet s'il y avait trop
d'argent dans le Fayoum. Le bruit presque général annonce
la descente de Mourad-Bey; que sait-on s'il ne passera pas par
la province du Fayoum; ainsi soyez continuellement sur vos
gardes et si vous en apprenez quelque chose, mandez le moi
sans délai. Gardez pour vous tout ce que je vous mande des
mouvements de Mourad-Bey, car nous sommes dans une po-
sition à nous méfier de tous ceux qui nous entourent.
P. S. Une partie de la division Desaix descend pour renfor-
cer nos garnisons. Continuez toujours vos opérations et que
cela ne vous arrête point. Vous serez averti en cas qu'il y ait
du danger pour vous.
Zaj^czek au citoyen Noble, agent français de la pro-
vince de Fayoum^.
(Beni-Souef), le 5 floréal (24 avril 1799).
J'ai reçu votre lettre du 4. Les deux pièces de fer que vous
avez laissées à Embaché, n'y sont pas du tout bien. Ordonnez
aux cheiks de les transporter tout de suite à Beni-Souef sous
peine de la vie. Il n'est pas nécessaire de traîner avec ces piè-
ces leurs affûts. Quant aux pièces, on peut les transporter sur
des chameaux, ce que vous ferez exécuter sur-le-champ. Si la
charge est trop forte pour un seul chameau, on a ici dans le
pays la manière de faire porter la plus forte charge sur deux
chameaux.
Quand vous aurez payé le divan et les janissaires, envoyez
moi le restant du miri parce qu'on me demande de l'argent
du Caire. Le transport de cet argent doit se faire de la ma-
nière suivante. Vous ferez partir demain, six du courant, à la
pointe du jour un détachement de 30 hommes commandé par
un officier qui accompagnera cet argent jusqu'à EUahoun 2.
J'en ferai autant de ma part, c'est à dire que j'enverrai un dé-
* Ms. Oss. 2582.
« «Illahun» dans le texte original.
A NOBLE ET A HAVOYB 223
iachement de trente hommes d'ici à Eliahoun pour rencontrer
les vôtres et y prendre l'argent qu'on aura apporté de Médine^;
à la suite de quoi les deux détachements retourneront à leur
cantonnement, c'est à dire le mien à Béni Souef avec l'argent
et le vôtre à Médine.
Vous expédierez avec ce détachement les dix volontaires
malades que le capitaine, commandant le détachement de Mé-
dine, m'annonce. Pour la facilité de leur transport vous leur
ferez donner une bourrique à chaque malade, ces bourriques
viendront jusques à Béni Souef et il faut les faire accompagner
par les propriétaires. Il ne faut pas payer les bourriques parce
que ce doit être à la charge de la province.
L'aga des janissaires que j'ai destitué, a pris 200 sequins
d'Ibrahim Saragi. Cette somme doit absolument être rendue,
ainsi prenez vos mesures pour m'envoyer cet argent de suite.
Son ami Mallem Ibrahim m'en répondait, ainsi qu'il travaille à
faire acquitter ce défaillant aux quatre cents livres qui sont
dues à l'aga des janissaires. Vous les lui payerez parce que la
résistance qu'il montre à restituer les 200 sequins volés, nest
qu'un jeu pour me donner à moi l'air d'une avanie tandis qu'il
a l'or chez lui.
Pressez le miri tant que vous pourrez, parce que l'armée
a besoin d'argent et on m'en demande du Caire tous les jours.
Ne manquez pas d'expédier demain le détachement pour que
celui que j'envoie d'ici à Eliahoun ne fasse pas une course pour
rien. Il a l'ordre de retourner le même jour à Beni-Souef. Com-
mandez la même chose au vôtre.
Zaj^czek au citoyen Savoye, commandant le détache-
ment de Fayoum'^.
(Beni-Souef), le 5 floréal (24 avril 1799).
J'ai reçu votre lettre du 3 floréal. Le six, vous expédierez
il la pointe du jour un détachement de 30 hommes, commandé
par un officier, qui prendra l'argent chez le c° Noble. Ce dé-
tachement avec cet argent se portera jusqu'à Eliahoun et là re-
* Medinet-el-Fayoum.
2 Ms. Oss. 2582.
224 ZAJACZKK
mettra la somme à l'officier que j'envoie d'ici à Ellahoun pouïr^
prendre cet argent depuis Ellahoun jusqu'à Beni-Souef. Alors,
les deux détachements retourneront le même jour à leur quar-
tier respectif, c'est à dire le mien à Beni-Souef et le vôtre à>
Medine.
Dans le nombre de 30 hommes qui escorteront l'arorent k
Ellahoun, vous comprendrez les malades que vous avez et aux-
quels le c" Noble fera fournir des bourriques pour les trans*
porter jusques ici. L'officier commandant le détachement que
j'envoie d'ici à Ellahoun a ordre de vous laisser dix hommes
à la place des malades qu'il prendra avec lui. Ces malades doi-
vent apporter leurs armes et bagages.
Vous vous concerterez pour toute cette opération avec le
c° Noble à qui j'ai écris à ce sujet. Le chef de bataillon Sacrost
va vous envoyer la paye due à votre détachement.
Zaj^czek au citoyen Noble ^. '^'
(Beni-Souef), le 6 floréal (25 avril 1799). •
L'argent que vous avez envoyé, a été remis au payeur qui
trouve environ (quatre -) pataquès de moins pour compléter la.
somme de 3000 que vous m'annoncez. Pressez la perception
du miri, celle de chevaux et des dromadaires. On a besoin de;
tout cela au Caire et j'en suis tous les jours pressé à cet égard.
Soyez continuellement aux écoutes du côté du désert et
mandez moi tout ce que vous entendrez à cet égard, vrai ou fau
Zaj^czek au citoyen Noble, agent de la province d
Fayoum K
(Beni-Souefj, le 6 floréal (25 avril 1799).
Je viens de recevoir une lettre du citoyen Poussielgue par
laquelle il m'invite à faire arrêter le Moallem Ibrahim, inten-
dant du Fayoum, et voici sa teneur.
i
^ Ms. Oss. 2582.
2 Ce mot est biffé dans le texte original de la minute.
3 Ms. Oss. 2582.
A NOBLE ET A CHOLLET 225
«Je pense qu'il convient de faire arrêter l'intendant du Fa-
youm et de l'envoyer au Caire, pour y rendre compte de sa
conduite relativement à Ali-Kachef. Il faudrait m'envoyer en
même temps des notes sur toutes les preuves que vous aurez
pu recueillir sur ce tait. Il faut envoyer aussi l'homme d'affai-
res d'Ali-Kachef que vous tenez prisonnier)).
Conformément à cette invitation du citoyen Poussielgue j'ai
donné (ordre) au citoyen Gardien, capitaine des carabiniers de
la 22-me légère, de se saisir le plus honnêtement qu'il pourra
de Moallem Ibrahim et de l'emmener ici de suite.
Aussitôt que cet ordre aura été exécuté vous mettrez les
scellés sur tous les papiers du Moallem Ibrahim. Vous tâche-
rez même de transporter ces papiers chez vous, si la chose
est possible.
Le premier écrivain qui est sous lui doit remplir les fonc-
tions de l'intendant en attendant que son procès soit fini. Le
miri doit aller son train et en cas que vous voyez que l'ar-
restation dé Moallem Ibrahim fasse quelque impression sur les
villages, ce que je ne crois pas, vous les éclairerez sur la cause
de sa détention.
N'oubliez pas de rechercher parmi les papiers, les livres et
comptes faits du temps d'Ali-Kachef. Si vous avez quelque no-
tion qui constate le délit de cet homme, je vous prie de me
l'envoyer. Il suffit de confronter ce qu'il a déclaré, avec ce que
nous avons appris par l'homme d'affaires d'Ali-Kachef pour le
convaincre.
Zaj^czek au citoyen Chollet^.
(Beni-Souef), le 6 floréal (25 avril 1799).
Je viens de recevoir la lettre du c'' Poussielgue, par laquelle
il m'autorise de m'emparer des chevaux des Coptes, et voici
comme il s'explique à cet égard:
«Il nous est utile que les intendants coptes jouissent de
quelque considération de notre part, pour qu'ils en obtiennent
eux-mêmes dans les villages. Ainsi qu'en les punissant lorsqu'ils
prévariquent, il faut que ce soit d'une manière qui ne puisse avilir
1 Ms. Oss. 2582.
Les Polonais en Egypte. ^*^
226 ZAJACZKK
la place aux yeux des habitants du village. Cependant ne ba-
lancez pas, Citoyen Agent, à confisquer tous les chevaux que
les Coptes ont pu rapporter de leur tournée. Ils serviront mieux
à notre cavalerie qu'à eux qui bientôt les auraient vendus. Ce
sont des espèces de vol, ils sont bien heureux qu'on ne les pu-
nisse pas autrement».
Ainsi, mon cher Chollet, épiez le moment pour cette opé-
ration et mandez moi quel est présentement le nombre des
chevaux appartenant aux Coptes.
Le c" Poussielgue vient de m'envoyer les états du miri de
la partie de la province d'Atfieh qui est attachée à celle de
Benhassé. Faites en faire une traduction en arabe et commu-
niquez les à Moallem Borson ^ en lui demandant s'il peut se
charger du recouvrement du miri dans cette partie, parce que
en cas de difficulté le c" Poussielgue me prie de lui renvoyer
ces états et qu'il trouvera un autre moyen pour le faire per-
cevoir. — Dites à Moallem Bourson qu'il me faut encore 11
à 12 mille pataquès pour compléter la somme qu'on me de-
mande du Caire. Renvoyez moi les états de la province d'Atfieh
aussitôt que vous les aurez copiés.
Zaj^czek au général Davout^,
(Beni-Souef), le 6 floréal (25 avril 1799).
J'ai l'honneur de vous envoyer la copie de la lettre du gé-
néral Dugua. Vous y trouverez une raison de plus pour vous
approcher de nos contrées. Il est indubitable qu'il se trame
quelque chose parmi les Arabes. Je suis averti que les cheiks
de cette nation s'assemblent et se communiquent fréquemment.
Les mouvements de la tribu Henady^ annoncent également des
intentions (hostiles). Votre arrivée leur en imposera et pourra
prévenir des mouvements dangereux. Cette tribu se trouve
dans ce moment à six heures de marche de moi.
* Bortho, intendant copte de la province de Beni-Souef.
2 Ms. Oss. 2582.
^ «Ennis» ou «Hennis» dans texte original.
i
A OEIOLLET, DAVOUT ET A DUQUA 227
Zaj^czek au général Dugua ^
(Beni-Souef), le 6 floréal à 8 h. du soir (25 avril 1799).
Votre exprès envoyé le 4 à neuf heures du soir m'est par-
venu le six à sept heures du soir. Il a été volé en route par
ies mêmes Arabes que vous m'annoncez. Au moment où je re-
cevais votre lettre, je fus averti que ces Arabes se trouvaient
sur la frontière de ma province du côté de celle de Gizeh. Je
ne puis, comme vous, deviner leur projet, mais il est indubita-
ble qu'il se trame quelque chose parmi les Arabes. Je vous ai
mandé, il y a quelques jours, que plus de soixante chefs de
cette nation se rassemblaient, tenaient des conférences et com-
muniquaient entre eux plus qu'à l'ordinaire. Le mouvement de
la tribu Henady me confirme dans l'idée qu'ils veulent agir
contre nous. J'ai mandé aussitôt le mouvement de ces Arabes
au général Davout qui est, dit-on, à Miniet depuis hier, mais
je n'en ai point la certitude. Je presse dans ma lettre ce gé-
néral de s'approcher de nous.
J'observerai en attendant ces Arabes et vous informerai
de tout.
Quant à votre lettre de la même date, que j'ai reçue, il y a
deux heures, et où vous me demandez des renseignements sur
la manière de tourner le camp d'Elfi-Bey, de mon côté, par le
désert; j'ai l'honneur de vous observer que cette opération est
presque impossible de mon côté, non seulement parce que le pays
vest très découvert, mais encore parce que la plupart des villa-
ges par où il faut passer, ayant commis des vols sur le Nil,
se gardent des Français et se sauvent à notre apparition dans
le désert et par ce moyen sont une espèce d'avant-garde pour
Elfi-Bey. Pour surprendre ce dernier il faudrait gagner le dé-
sert vis-à-vis de Beni-Souef et continuer à y marcher jusque
vers Gibebat. Mais dix huit ou 20 heures de marche continuelle
dans le désert sont très difficiles à entreprendre. Au reste lors-
que le général Davout sera ici, nous nous concerterons sur les
moyens de délivrer la capitale d'un voisinage aussi dangereux.
Je vous enverrai le cheik d'El-Gedid^ comme vous l'ordon-
1 Ms. Oss. 2582.
* «de Goudda» dans le texte original.
15^
228 ZAJACZBK
nez. Je vous le ferai passer avec de l'argent un de ces jours.
Je n'ai que 40 mille livres, mais j'en attends à tout moment
Zaj^czek au citoyen Noble ^.
(Beni-Souef), le 6 floréal à 9 heures du soir (25 avril 1799).
Les Arabes de la tribu de Henady au nombre de 500 ca-
valiers ont paru sur les frontières de cette province du côté de
celle de Gizeh. On prétend qu'ils marchent du côté du Fayoum
pour y piller. Je vous en avertis afin que vous soyez sur vos
gardes et que vous n'exposiez pas le détachement. Restez à Me-
dine jusqu'à ce que nous voyons plus clair dans les intentions
de ces Arabes. Cependant faites observer tous leurs mouve-
ments par des espions, envoyez en de tous les côtés parce
qu'il se peut fort bien que cette tribu marche au devant de
Mourad Bey qui, dit-on, doit descendre pour se rendre à Tri-
polis. Ecrivez moi ce que vous apprendrez à cet égard.
Je ne puis envoyer les cinq hommes qui ont accompagné
les malades, parce que je crains qu'ils ne soient surpris en
route par ces Arabes. Le payeur a reçu les 3 mille pataquès.
Communiquez la présente au citoyen Savoye car je n'ai pas le
temps de lui écrire.
Zaj^czek au chef de brigade Detrès"^.
(Beni-Souef), le 8 floréal à 9 heures du matin (27 avril 1799).
Vos lettres du 5 et 6 floréal me sont parvenues le 8 à 9 heu-
res du matin (en me prévenant) que l'ennemi va se rendre ^ ici.
Sans cela il me trouverait dans la plus mauvaise position du
monde. J'ai deux détachements dehors, l'un dans le Fayoum^
l'autre dans la province. J'expédie pour les faire rentrer. Puis-
sent-ils arriver à temps. Ne retenez pas le général Davout trop
longtemps parce que la sûreté du Caire en dépend.
1 Ms. Oss. 2582.
2 Ms. Oss. 2582.
^ «a se rendu» dans le texte original.
A NOBLE, DETRÉS, DAVOUT KT A DUGL'A 229
Zaj^czek au général Davout^.
(Beni-Souef), le 8 floréal (27 avril 1799).
Le chef de brig-ade Détrès me fait part d'un combat que les
mamelouks lui ont livrée. Il m'a instruit en même temps que
cette troupe d'ennemis file de mon côté. Il m'annonce votre
arrivée à Miniet et votre départ fixé au 8 du courant. Je n'ai
pas besoin de vous exposer la faiblesse de la g-arnison du Caire,
le peu de force que l'on m'a confié pour défendre Fayoum et
Benhassé, parce que vous devez en être parfaitement instruit.
Je ne m'aviserais aussi de vous presser d'arriver à Beni-Souef
parce qu'ayant l'ennemi devant vous, vous saurez mieux que
moi diriger vos mouvements. Quant à moi, je n'ai encore reçu
aucune nouvelle de l'approche des mamelouks. Il faut qu'ils
soient arrêtés près de la province de Minieh ou qu'ils aient pris
la route de Fayoum. Dans le dernier cas votre présence ici se-
rait nécessaire. J'ai laissé cent quinze hommes dans la capitale
de Fayoum et je suis très inquiet de cette troupe. Je viens
d'expédier un ordre pour qu'elle me joigne le plutôt possible,
mais le pourra-t-elle.
Le gén. de brig. Zaj^czek, commandant les provinces
de Fayoum et de Benhassé, au général divis, Dugua,
commandant au Caire \
Au qu. gén. de Beni-Souef, le 8 floréal an Vil (27 avril 1799).
Mon Général, je viens de recevoir deux lettres de Miniet
du chef de brigade Détrès, elles sont datées l'une du 5 au soir
et l'autre du 6 au soir*. Il m'annonce qu'il a essuyé trois atta-
ques consécutives des Mameluks et de Mecquains qui descen-
dent sur la rive o^auche du Nil. Ces bandes d'ennemis sont
1 Ms. Oss. 2582.
2 devant les murs de Minieh les 4 5 et 6 du floréal (La Jonquière
III. 646; V. 73).
' Arch. h. de la Gu., A. d'Orient, Ms. Oss. 2582. En marge: Reçu le 10
à 2 h. Va- Répondu sur-le-champ. Communiquée au général en chef la
lettre du cit. Détrès, le 11 floréal.
* Ms. Oss.: au matin.
280 ZAJACZEK
assez nombreuses et Détrès a eu à faire à plus de mille hom-
mes. Heureusement le général Davout est arrivé à son secours.
Le même général devait se mettre en marche le 8 pour s'ap-
procher de Beni-Souef. En attendant son arrivée j'ai donné
ordre au détachement qui est à Fayoum de venir me rejoindre
le plutôt possible. Si les Mamluks retardent leur marche de
vingt heures seulement, le détachement sera ici sans avoir couru
aucun risque. Je fais également rentrer le détachement qui est
à poursuivre le miri dans la province Benhassé. Comme il n'est
éloigné que de 4 heures de marche de Beni-Souef, je compte qu'il
me joindra avant le soir, mais celui du Fayoum ne peut être
ici que le 9 à cinq heures du matin. Je vous informerai régu-
lièrement de tout ce qui arrivera dans le pays. Il est indubi-
table que les Arabes s'uniront aux Mamlouks, leurs assemblées
et leurs conférences que je vous ai annoncées, n'étaient tenues
que dans cette vue.
Les Arabes de la tribu Hennis ne sont pas encore sur la
frontière de ma province, comme je vous l'ai annoncé; c'était
un rapport erroné que j'en avais reçu; le fait est que quelque
dizaine d'Arabes à cheval avait paru aux confins de la pro-
vince de Benhassé et de celle de Gizeh^. Salut et respect.
Zayonchek.
Zaj^czek au citoyen Pousslelgue^.
(Beni-Souef), le 10 floréal an VII (29 avril 1799).
Votre lettre du 28 germinal ne m'a été remise que le 5 du
courant. Les détails que je vous ai donné sur la manière dont
se fait le recouvrement des revenus publiques, sont de la plus
stricte vérité. Il paraît que les Coptes en ont été avertis par
ceux de leur nation qui se mêlent des affaires au Caire, parce
qu'ils sont infiniment moins nombreux depuis. Les mêmes per-
sonnes les auraient aussi avertis que nous devrons faire main
basse sur leurs chevaux, car il ne s'en trouve aujourd'hui parmi
eux que les chevaux nécessaires au service.
^ «Giza» dans le texte original.
2 Ms. Oss. 2582.
A DUGUA ET A POUSSIELGUE 231
Il en était de même de l'intendant du Fayoum. Il a pré-
venu son arrestation et est parti pour le Caire.
J'envoie l'homme d'affaires d'Ali-Kachef pour être confronté.
Cet homme l'accuse d'avoir la connaissance des affaires d'Ali-
Kachef comme étant son premier écrivain. — Il l'accuse d'avoir
donné aux paysans chez qui les effets d'Ali-Kachef furent dé-
posés, des reçus simulés. Cette circonstance est presque avouée
par la facilité avec laquelle les paysans ont consenti de payer
la valeur des mêmes effets.
Il l'accuse de l'avoir toujours averti de l'approche des Fran-
çais et de l'avoir constamment cherché à l'éloigner. Tandis qu'il
faisait ce manège avec l'homme d'affaires d'Ali-Kachef, il nous
disait, à nous autres, que nous ne pourrions rien apprendre des
eftets d'Ali-Kachef sans nous saisir de cet homme. En effet la
déclaration que fit Moallem Ibrahim des effets d'Ali-Kachef se
réduisait à dix bœufs et quelques centaines d'ardeps de blé,
au lieu qu'aujourd'hui le nombre des bœufs passe cent et il y
aura outre cela pour 2 à 3 mille pataquès en indigo.
Je ne puis parvenir à m'emparer de l'esclave qui s'est évadée,
mais selon la déposition de l'homme d'affaires d'Ali-Kachef c'est
Moallem Ibrahim qui lui fournissait l'argent nécessaire pour
son entretien, il lui en aura fourni également pour son évasion.
Je n'ai point d'autres preuves contre cet intendant. La dé-
position du prisonnier est la seule que j'ai, ainsi que la facilité
avec laquelle les paysans ont promis de payer les effets d'Ali-
Kachef déposés chez eux. Le citoyen Noble vous fera certaine-
ment son rapport de ce qui concerne ces effets, parmi lesquels
il vient encore de découvrir une bonne quantité d'eau de rose
qui est une marchandise du pays très recherchée.
J'ai parlé avec l'intendant copte de la province de Benhassé
au sujet des villages de la province d'Atfîeh. Il se charge du
recouvrement du miri dans 9 villages, mais les deux restant
qui sont au-dessus de la ville de Miniet et qui ne payent qu'en
sucre, il dit qu'il ne peut pas s'en charger vu leur grand éloi-
gnement.
Recevez mes remerciments pour le tapis et les coussins que
vous avez bien voulu m'envoyer.
232 ZAJACZEK
Zajaczek au général Dugua^.
(Beni-Souef), le 10 floréal (29 avril 1799).
Depuis ma lettre du 8 je n'ai pu rien apprendre ni des
Marnluks ni de notre colonne commandée par le général Da-
vout. Je me tiens prêt à recevoir l'ennemi en cas qu'il voulut
se présenter ici. Les deux détachements que j'avais dehors sont
rentré'3. J'ai envoyé plus de six émissaires en campagne et au-
cun d'eux ne retourne. Cette circonstance va encore retarder
la perception du miri. Je vous envoie 45 mille livres, les Cop-
tes étant rentrés, il m'a été impossible de compléter la somme
jusqu'à 60 mille livres, comme je l'aurais désiré.
Le citoyen Poussielgue m'ayant demandé l'homme d'affaires
d'Ali-Kachef, je vous l'envoie. Quand il ne sera plus nécessaire
à l'administration, vous pouvez, Général, en faire ce que vous
jugez le plus à propos.
Le citoyen Pierre, mon aide de camp, qui vous remettra la
présente, s'arrêtera au Caire quelques jours par raison de sa
santé.
Les Arabes de Henady ont paru dans le désert à la hau-
teur du lac Mœris en Fayoum ayant leurs chameaux chargés
de provisions, mais j'ignore encore leur dessein,
Zajaczek au général Davoat^.
(Beni-Souef), le 10 floréal an VII (29 avril 1799).
L'intendant copte de la province de Benhassé vient de m'in-
struire que les Mameluks avec les Mecquains se trouvent dans
un village nommé Bartabat 2, situé sur le canal Joseph du côté
du désert à 14 heures de distance de Béni Souef; un kachef
avec 100 Mameluks à cheval est à Fechn ^ village situé à 8
heures d'ici sur le bord du Nil. Je m'empresse, Général, de vous
en faire part. Si j'étais sûr de la vérité de ce rapport, je ne
balancerais pas de me porter sur Fechn, mais ce sont des va-
* Ms. Oss. 2582.
* Ms. Oss. 2582.
» «Bord-Bac», «Bord-Bot» dans le texte original.
* «Fechné» dans le texte original.
A DUGUA KT A DAVOUT 233
gabonds qui changent de position à tout instant et je fatigue-
rais peut être inutilement la troupe. Cependant en cas que
vous entrepreniez une expédition contre ceux de Bartabat, je
pourrais tenter celle de Fechn. Dites moi un mot à cet égard
et apprenez moi si les mouvements de l'ennemi vous déter-
minent à vous approcher de moi.
Zaj^czek au général DuguaK
(Beni-Souef), le 11 floréal (30 avril 1799).
Depuis les deux lettres du 6 que je vous ai envoyées, je
n'ai rien reçu de Miniet. Je ne sais rien non plus du général
Davout. Quant à l'ennemi, les rapports que j'en reçois, varient
au point qu'il est impossible d'essayer un calcul. Les uns pré-
tendent que depuis l'affaire de Miniet les Arabes ont aban-
donné les Mamlouks et les Mecquains et se sont retirés près
d'un villag-e nommé Bartabat sur le canal de Joseph, que les
Mamlouks et les Mecquains ont passé le Nil à la hauteur de
Malaye et se trouvent présentement sur la rive droite, c'est ce qui
est le plus probable. D'autres assurent que les Mamlouks sont
à Fechn et en d'autres endroits voisins de celui-là. Quelques
autres ont poussé la poltronnerie jusqu'à me mander que les
Mecquains et les Mamlouks étaient à Biby, village situé au
bord du Nil à 4 lieues d'ici, mais ceci est faux, il n'y a eu que
douze Mecquains, qui sont venus dans ce village pour chercher
des vivres. Mais ce qu'il y a de certain, c'est qu'au moment
où je vous écris, il passe près de 150 hommes à pied vis-à-vis
1 de Beni-Souef sur la rive droite, ils sont accompagnés d'une
vingtaine de cavaliers, ils descendent vers le Caire, ce qui me
prouverait la vérité du premier rapport que les Mecquains ont
I passé la rivière à la hauteur de Malaye. Je vous ai expédié ce
î matin le citoyen Pierre, mon aide de camp, avec 45000 1. De-
I puis l'apparition de cette troupe à pied je suis inquiet sur le
; sort de ce convoi. Cependant il a quatre à cinq heures d'avance
i sur ces vagabonds. Vous me délivrerez. Général, d'une grande
) ^
j inquiétude quand vous m'aurez avisé sur l'arrivée du citoyen
Pierre.
1 Ms. Oss. 2582.
234 ZAJACZEK
li n'y a pas de jours que je n'écrive deux ou trois fois au
général Davout. Je lui ai mandé, il y a une heure, la marche-
de la troupe que je vous annonce, et je l'ai invité de se pres-
ser pour délivrer la capitale de ce rassemblement à Gibebat»
Le g. de brig. Zaj^czek, commandant les provinces de
Fayoum et de Benhassé, au général div. Dugua, com-
mandant au Caire ^
Au qu. g. de Beni-Souef, le 12 floréal an VII (1 mai 1799).
Mon Général, j'ai un malheur à vous annoncer. La barque
sur laquelle j'avais envoyé l'argent au Caire, a été attaquée par
les Mecquains qui filaient le même jour sur la rive droite du
Nil. Le combat a eu lieu à la hauteur d'El-Meïmoun 2, village
situé à 4 lieues de Beni-Souef, en descendant au Caire. Le ci-
toyen Pierre, mon aide de camp, avec vingt cinq hommes
d'escorte, a tenu ferme depuis 2 heures après midi jusqu'à sept
heures du soir, mais le nombre des Mecquains augmentant tou-
jours, parce que tous les paysans du voisinage se joignaient à
eux, il a pris le parti de s'approcher de la rive gauche et d'y
débarquer, dans une position favorable à protéger la barque et
en effet il l'a défendue encore plus de deux heures. Mais les
paysans des villages s'approchant de plus en plus et ayant plu-
sieurs volontaires de blessés, il fut contraint d'abandonner la.
barque avec l'argent et de se retirer vers Beni-Souef. Malgré-
ce parti il aurait succombé infailliblement parce qu'il a été
poursuivi avec trop d'acharnement, si le cheik du village de
Geziret-Abou-Salh^ ne se tut porté à son secours, ce qui a donné
le moyen au détachement de trouver une barque, y mettre les
blessés et gagner de cette manière-là Beni-Souef. Il a péri^
dans cette occasion plus de soixante mille livres tant de l'ar-
gent de la république que des particuliers, qui avaient profité
^ Arch. h. de la Gu., A. d'Orient; Ms. Oss. 2582. Reçu le 15, répondu
idem. Avis au général en chef.
2 «El-Memont> dans le texte original, «Meïdoum» sur les cartes mo-
dernes.
3 «Guizerabousalé» dans le texte original.
* Ms. Oss. : perdu.
AU GENERAL DUGIJA
235
de cette occasion pour l'envoyer au Caire, les chevaux de inon
aide-de-camp et tout son baofage. Comme les villag-es qui se
sont unis aux Mecquains pour attaquer la barque, sont grands
et riches, je me porterai incessamment sur eux pour faire res-
tituer cette perte à la république, de sorte que j'espère que
cette perte sera réparée.
J'avais envoyé par la même occasion le cheik d'El-Gedid ^
que vous m'aviez demandé, ainsi que l'homme d'affaires d'Ali-
Kachef que le cit. Poussielg-ue voulait avoir au Caire pour le
confronter avec l'intendant du Fayoum, ils se sont évadés tous
les deux pendant l'action.
Le général Davout arrive ici aujourd'hui avec sa colonne.
Les mamlouks, les Mecquains ^ et les Arabes qui avaient atta-
qué ^ Miniet se sont dispersés de tout côté. A tout instant du
jour il m'arrive des rapports qu'(ils) sont par dix, par quatre,
dans les villages de la province; cependant la plus grande par-
tie surtout des Mecquains ont passé le Nil et se trouvent sur
la rive droite. Il n'est pas à douter qu'ils cherchent à se réunir
à ceux de Gibebat*. Ayant appris que la barque qui portait
l'argent a été attaquée, j'avais envoyé en toute diligence un
détachement de cent hommes pour la protéger. Ce détache-
ment a surpris sept Mecquains que le cheik d'un village avait
logés chez lui. Ils ont été tous fusillés ainsi que le cheik qui
leur a donné l'asile.
Je tâcherai de porter le général Davout à attaquer le plutôt
possible le rassemblement de Gibebat et je vous en prévien-
drai aussitôt.
Je joins ici le rapport fait par mon aide de camp ^. Salut
et respect. Zayonchek.
1 «Gouddai> dans le texte original.
2 «mekins» dans le texte original.
* Ms. Oss.: qui l'avaient attaqué, à Miniet...
4 «d'Elcoubebak» dans le texte original.
5 Rapport cité en extrait par La Jonquière (V. 74) avec cette ob-
servation: «Une note inédite du général Damas porte à propos de cet in-
cident: «Le général Zayonchek fit payer aux habitants des villages voisins
du lieu où la barque avait été pillée l'argent du Trésor public, plus 12,000
francs à lui et 6,000 francs à son aide de camp, qu'il déclara avoir été sur
cette barque et qu'il envoyait au Caire. Les comptes de l'agent français
et les ordres du général Zayonchek en font foi. Quelques gens aussi mal
236 ZAJ.VCZÏÏK
Le général Davcut vient d'arriver, son artilierie se trouve
dans un état à ne pouvoir pas partir, il lui faudra pour le moins
24 (heures) pour se réparer.
Zaj^czek au général Dugaa ^.
(Beni-Souef), le 13 floréal (2 mai 1799).
Votre lettre du 10 du courant a trouvé le général Davout
à Beni-Souef. Il est tout prêt à faire ce qu'il lui sera possible
pour contribuer à la sûreté générale. Aujourd'hui ou demain sa
colonne se mettra en marche pour s'approcher de Gibebat et
par conséquent du Caire. Son artillerie est dans un bien mau-
vais état. Rien de nouveau dans ie pays depuis ma lettre d'hier.
J'ai communiqué ma lettre au général Davout; il n'y a rien
à ajouter à la lettre- qu'il vous a écrite hier.
intentionnés peut-être que cet homme fourbe, disent qu'il n'ignorait pas
comment la barque avait été attaquée et où l'argent avait passé». Damas
apprécie, d'ailleurs, avec une extrême sévérité le caractère et la valeur de
Zayonchek».
Voir aussi l'accusation, dans une lettre (non signée) d'un des officiers
accompagnant Reynier, adressée à Savary, le 9 messidor l'an IX au mouil-
lage à Nice. (Pièces justificatives jointes aux Mémoires de Reynier, Paris,
1827, p. 372): «Un Zayonchek!... connu par ses brigandages dans la haute
Egypte, dont le seul mérite est d'avoir flatté la haine atroce de Menou, en
lui répétant qu'au lieu d'inhumer le général Kleber on eût dû l'exposer à
une potence pour servir de pâture aux oiseaux de proie!... un Destaing,
dont la rapacité a porté au delà de 200,000 fr. le fruit de ses concussions!...
voilà quels sont les chefs actuels de l'armée d'Orient, les conseillers inti-
mes du cabinet d'Alexandrie; voilà les nobles soutiens de cette morale qui
découle abondamment de la plume du baron de Menou; mais qui ne pu-
rifia jamais son cœur infecté de crimes». (Document conservé aux archives
de la Guerre avec remarque: succession Belliard). Tout cela n'est que l'é-
cho de la controverse passionnée des «Klebertistes» avec les «Menoutistes».
1 Ms. Oss. 2582.
2 Voir: La Jonquière III. 643—5.
AU GÉNÉKAL DUGUA 237
Le gén. de br. Zaj^czek, commandant les provinces de
Fayoum et de Benhassé, au général divisionnaire Du-
gua, commandant au Caire ^
Au quartier général de Beni-Souef, le 13 floréal an VII (2 mai
1799) à 9 heures du soir.
!
I Mon Général, j'ai reçu votre lettre du 12. J'ai remis l'incluse
|au général Davout. Il part demain pour le Caire. Depuis ma
lettre de ce matin il m'est venu des rapports certains que les
mamelouks ont pénétré dans la province du Fayoum. On les
dit au nombre de cent cinquante, celui des Mecquains qui les
accompagnent, n'est pas connu. Les Arabes Henady s'en sont
aussi approchés. Tous les villages de la province de Benhassé
sont en l'air et la preuve en est dans la conduite d'AbouGir-
geh 2. Les Mecquains et les mamelouks répètent partout que
c'est après la destruction des Français qu'ils retournent au
Caire ^ Les paysans le croient parce qu'ils le désirent et se
tiennent prêts à agir contre nous partout où ils peuvent. Voilà
la vraie situation des choses. Le général Davout a été disposé
de s'arrêter ici quelques jours, non seulement pour ne pas lais-
ser l'ennemi derrière lui, mais encore pour donner le temps
aux villageois de revenir de leur erreur. Votre lettre l'a dé-
cidé à se rendre sans différer où vous l'appeliez.
Je vous demande, Général, de m'avertir lorsque ma pièce
de huit sera prête, je l'enverrai chercher. Je l'aime beaucoup
mieux que la petite, que je renverrai .lorsque j'aurai celle de
huit. Le général Davout m'en a laissé une de cinq mais sans
roues et sans affût. Ne pourriez-vous pas. Général, m'en en-
voyer, en cas qu'il s'en tient à l'arsenal. Cette pièce n'a que
1 Arcli. h. de la Gr., A. d'Orient, Ms. Oss. 2582.
2 Sur la révolte de cette ville voir La Jonquière III. Q4il.
3 Desaix fait cette observation dans sa Relation de la campagne de la
haute Egypte (La Jonquière III. 644—5): «Dans la province de Beni-
î Souef, comme dans toute l'Egypte supérieure, il est reçu chez les habitants
I que, lorsqu'il descend des troupes, c'est que les autres ont été détruites;
I en conséquence, on court aux armes; et, si l'on est en force, on vous at-
1 taque, si non on se disperse à vos trousses et l'on vous vole tout ce que
î l'on peut trouver, ou encore on vous refuse des vivres, et il faut sévir
( contre les cheiks pour obtenir ce dont la troupe a besoin».
238 ZAJACZEK
40 coups à tirer dont 30 à boulets. Je vous prierai également-
de m'envoyer le complément de ces munitions.
Il serait très dangereux, Général, que je quitte ma province,
il le serait de même que le citoyen Detrès quitte la sienne.
Le soulèvement des paysans serait la suite infaillible, mais,
comme le cit. Detrès n'a plus d'ennemis à craindre, qu'il a cent
hommes de cavalerie, que le général Davout lui a laissés, je
lui ai écrit de m'envoyer cinquante hussards. J'espère qu'il ne
s'y refusera pas. — Salut et respect. Zayonchek.
Zaj^czek au chef de brigade Detrès ^
El-Meïmoun, le 14 floréal (3 mai 1799).
L'ordre du général Dugua ayant obligé le général Davout
de quitter la province de Benhassé, plutôt qu'il ne convenait
pour la tranquillité de cette province, je me vois forcé de vous
presser pour le secours que je vous ai demandé dans ma der-
nière lettre. Je vous ai prié de m'envoyer 50 hussards et une
trentaine de volontaires. Tous les Mamlouks qui vous ont com-
battu, sont rentrés dans la province du Fayoum. 500 Arabes
venant du côté d'Alexandrie y sont entrés et ne manquèrent
pas de s'unir aux Mamlouks. Les Arabes qui furent devant Mi-
niet quittèrent à la route les Mamlouks, mais ils sont dans ma
province à 12 lieues de Beni-Souef dans un village nommé
Benhassé. C'est dans de telles circonstances que le général
Davout est appelé au Caire. Mes forces se réduisent à 250 dis-
ponibles. Jugez si je ne dois pas être embarrassé. Outre tout ce
que je vous ai exposé, il faut y ajouter l'esprit de ma province
extrêmement porté à la révolte, au point qu'on attaque très
souvent nos gens et dernièrement on a attaqué la caisse qui
passait de Beni-Souef au Caire. Le détachement qui le con-
duisait, après plusieurs heures de combat, se fit jour, mais l'ar-
gent a été pris, une somme de 60 mille livres. Je suis à punir
<;e village et revendiquer l'argent, opération longue. Si je ne
l'achève, j'aurai l'air d'être faible, mais si je perds trop de temps
les Mamlouks dans le Fayoum en profiteront, jugez d'après tout
«ela de mon embarras. Donnez moi bien vite de vos nouvelles.
1 Us Oss. 2582.
A DÉTKÉS ET A DUGUA 239
Je compte sur votre cavalerie; pour de l'infanterie vous m'en
enverrez, si cela est possible sans vous trop affaiblir. Je crois
qu'après demain au plus tard je serai forcé de faire quelques
mouvements. Salut et amitié. Mille amitiés à la Commission.
Le général de brigade Zaj^czek au général division-
naire DaguaK
Au qu. gén. de Beni-Souef, le 16 floréal an VII (5 mai 1799).
Général, je vous ai annoncé que nous avons eu le malheur
de perdre près de soixante mille francs de l'argent de la ré-
publique, que j'avais envoyé au Caire. J'avais déjà commencé
à poursuivre le recouvrement de cet argent, lorsque votre ordre
ayant rappelé le général Davout au Caire, je me suis vu forcé
d'y renoncer pour le moment. Le général Davout a traversé la
province de Behnesé avec tant de rapidité que les mamelouks
et les Mecquains que son arrivée avait chassés de Minieh, n'ont
pas eu le temps de quitter la province Behnesé; répandus dans
les villages ils y restèrent en grande partie. Nazir-Pacha à la
tête d'une centaine des mamelouks se promène sur les bords
du canal de Joseph, publie des proclamations pour inviter les
habitants à prendre les armes contre nous, et menace de brûler
les villages qui ne s'uniraient pas à lui. En effet, il en a brûlé
un, comme les Coptes des environs me l'ont mandé hier. Deux
beys avec 80 mamelouks et 150 Mecquains sont allés dans le
Fayoum, et se sont arrêtés dans un village nommé Tamieh *
situé au bord du désert sur le chemin du Caire. Les trois tri-
bus arabes qui attaquèrent Minieh avec les mamelouks, cam-
pent jusqu'aujourd'hui auprès d'un village nommé Behnesé dont
lia province porte le nom. Stali-Kachef (?) à la tête de 40 mame-
louks parcourt la province et demande de l'argent aux villages,
mais il est partout refusé, parce que le paysan aime encore
.mieux l'argent qu'il n'aime les mamelouks.
Dans cet état des choses j'ai cru devoir suspendre la pour-
:suite de l'argent volé, que je récupérerai sans faute, mais plus
1 Arch. de la Gu., A. d'Orient, Ms. Oss. 2582.
' «Zamyée» et «Tanoyé» dans texte original et dans la minute.
240 ZAJACZEK
tard. La certitude avec laquelle je vous en parle est motivée
sur la richesse du village qui s'est emparé de l'argent, les Mec-
quains n'en ont eu que très peu, parce que la barque s'étant
réfugiée auprès de ce village les habitants s'y jettèrent en foule
avant que les Mecquains aient eu le temps de traverser le Nil.
Ainsi il n'y a pas de doute que nous ne reprenions la somme
perdue, il y aura seulement du retard, par la raison que je suis
obligé de courir le pays pour le purger de tous les fuyards qui
l'infestent aujourd'hui.
Je me mets aujourd'hui en marche contre Nazir-Pacha; j'irai
en suite chasser les Arabes qui sont dans son voisinage, de là
je cours dans le Fayoum.
Le général Davout m'a laissé 60 hommes d'infanterie (ce) qui
uni au reste de ma troupe me fait 404 hommes. Sur ce nom-
bre il faut ôter 16 mousses qui sont trop enfants pour faire le
service, 14 malades qui gardent le lit, et 50 volontaires qui ont
mal aux yeux ou le flux de sang, mais qui toujours peuvent
tirer un coup de fusil dans le besoin. Il faut ajouter à ces 80
hommes 60 volontaires que je laisse pour la garnison à Beni-
Souef et il ne m'en restera que 260 pour marcher contre l'en-
nemi.
Tant que le pays sera troublé par ces vagabonds il ne faut
pas penser au miri, le paysan s'attendant tous les jours à no-
tre destruction, refusera de payer plus que jamais. Si le général
Davout avait pu s'arrêter six jours seulement dans la province,
tout s'y serait arrangé parfaitement bien. Au lieu que sa mar-
che rapide a fait croire aux habitants que nous sommes aux
abois du côté d'Alexandrie. Les cheiks arabes prétendent que
les Algériens débarqués ont attaqué Damanhour et de là se
sont retournés pour assiéger Alexandrie. — Salut et respect.
Zayonchek.
Les Arabes ennemis ^ après avoir pillé quelques villages dans
Gizeh s'étaient approchés de Fayoum, mais n'ayant trouvé les
Arabes de ce pays-là portés à les favoriser, ils sont repartis
pour Bahireh.
•i:
1 Ms. Oss.: Hennis.
A DUGUA ET A POUSSIELGUB 241
Zaj^czek au citoyen Poussielgue, contrôleur des fi-
nances ^
(Beni-Souef). le 16 floréal (5 mai 1799).
J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'é-
crira le 5 floréal, je vous en avais fait expédier une, il y a
quelques jours, mais elle a été prise avec la barque qui portait
l'argent de la république. Cet argent ne sera cependant pas
perdu, les quatre villages qui ont secondé l'attaque de Mec-
quains contre cette barque, sont riches et celui nommé El-Meï-
moun est en état de tout payer. Mais il y aura du retard dans
le recouvrement tant de cette somme que du miri en général
par les troubles qui agitent tout nouvellement la province. Les
Mamelouks, les Mecquains et les Arabes chassés de la haute
Egypte sont tous dans ma province. Le général Davout ayant
traversé le pays avec rapidité ne leur a pas donné le temps
de quitter Behnesé. C'est peut être un bien pour le Caire, mais
cela n'en est pas un pour ma province ni pour moi.
Quant aux autres arrangements que vous me notifiez dans
la lettre du 5, ce n'est pas Pinstant de s'en occuper, il faut
avant tout rétablir la tranquillité dans le pays.
La barque qui portait l'argent, portait également l'homme
d'affaires d'Ali-Kachef, il a profité du moment et s'est évadé.
Ainsi les friponneries du Copte Ibrahim ne pourront pas être
vérifiées 2, car c'était le seul homme qui déposait contre lui. Je
n'ai pas pu arrêter ce Copte comme vous m'en avez écrit, parce
qu'il a été averti du Caire; ceux d'ici le furent également et
cachèrent tous leurs chevaux. Mais c'est toujours une bonne
alerte qui sert à les corriger peut être pour le moment, et en
effet ils deviennent plus traitables depuis quelque temps.
1 Ms. Oss. 2582.
• «enverées>.
Ces Polonais en Egypte. 16
242 ZAJACZEK
Zaj^czek au général Dugua^,
Le 18 floréal (7 mai 1799).
J'ai eu l'honneur de vous mander le 16 que je vais mar-
cher contre Nazir-Pacha, qui à la tête d'une bande de Mec-
quains parcourait les villages tout le long du canal Joseph pour
les exciter à la révolte. En effet, j'ai quitté le même jour Beni-
Souef, mais à quelques lieues de cet endroit un cheik arabe
m'a fait savoir que les vagabonds venaient d'abandonner la
province pour se réunir dans le Fayoum aux Mamelouks qui
y avaient déjà pénétré avant eux. J'ai changé aussitôt de route^
et me suis porté avec célérité sur Medine. J'y ai trouvé l'en-
nemi campé près de la ville, nous l'avons attaqué, le combat
a duré deux heures, ils furent battus et chassés, la troupe s'est
conduite avec valeur, j'en ai tout lieu d'en être content, ainsi
que des officiers, mais principalement du citoyen Sacrost, chef
de bataillon de la 2V légère, qui a montré dans cette occasion
cette prévoyance et cette présence d'esprit qui caractérise un
bon officier.
L'ennemi que nous avons combattu, a été au nombre de
6 à 7 cents, dont deux cent soixante et dix cavaliers et le reste
infanterie. Nous leur tuâmes du monde et des chevaux. Nous
eûmes 3 volontaires blessés, un copte qui nous accompagnait,
et quelques Turcs de notre suite. L'ennemi dans sa fuite s'est
partagé en deux bandes. Une partie a pris le chemin de S* Mau-
rice 2, village situé au bord du désert et sur le chemin du Caire^
l'autre s'est retirée vers le midi de la province, en poursuivant
les Arabes qui, tandis que les Mamelouks se battaient, enle-
vaient leurs équipages. Nos postes avancés entendirent après
le combat fini une fusillade dans le lointain. Nous croyons que
ce furent les Mamelouks qui combattirent les Arabes pour re-
prendre leurs équipages. Je vous demande, mon Général, de
vouloir bien m'envoyer au plutôt des munitions pour la pièce
de 3; il ne m'en est resté que 80 coups. Je vous en demande
* Ms. Oss. 2582. Joint à la lettre de Dugua au général en chef du Ift
mai (voir La Jonquière V 92, 115).
« Le nom est difficile à lire et on ne le trouve pas sur les cartes.
A DUGUA 243
également pour la pièce de cinq que je suis parvenu à réparer,
et qui en nianque totalement.
Nous avons encore des cartouches de mousqueterie, mais
cinq à six mille de plus ne nous feraient pas de mal. Nous
marchons aujourd'hui sur S^ Maurice où je compte de faire un
séjour pour forcer l'ennemi à s'éloigner tout à fait de Fayoum,
si le combat d'hier avait eu lieu près de quelque village de la
province de Behnesé, nous courrions le risque de voir les pay-
sans prendre les armes en faveur de l'ennemi, tellement cette
province est mauvaise.
Zaj^czek au général Dugua \
Au quartier général de Tamieh, le 19 floréal (8 mai 1799).
Vous devez déjà être instruit du combat que nous avons
livré aux Mamelouks sous les murs de Medinet le 17 du cou-
rant. Ils gagnèrent la lisière du désert, nous côtoyons ce désert
depuis deux jours. Ils se sauvent de partout et prennent le
chemin de la province de Gizeh, de manière qu'à l'heure qu'il
est, il doit y en avoir pour le moins 7 à 8 cents. Quand une
fois j'aurai purgé la partie du nord de la province de Fayoum,
je me porterai au midi de la même province et de là je mar-
cherai sur les Arabes qui séjournent constamment à Behnesé,
village dont la province porte le nom. C'est une tournée de
huit jours pour le moins.
Le général de brigade Zaj^czek au général division-
naire Dugua ^
Au quartier général de Medine^, le 20 floréal l'an VII (9 mai
1799).
Général, je vous ai mandé dans ma dernière que les ma-
melouks et les Mecquains que nous avons battus près de Me-
» Ms. Oss. 2582.
' Arch. h. de la Guerre, A. d'Orient.
3 Lire: Medinet-el-Fayoum.
16*
244 ZAJACZEK
dine, avaient pris le chemin de la province de Gizeh par le
désert; aujourd'hui je viens de recevoir la nouvelle d'un cheik
arabe, que ces mêmes vagabonds après avoir traversé le désert
sont entrés dans la province de Beni-Souef du côté de El-Za*
wieh 1 et là ils ont passé le Nil pour se rendre dans l'Atiieh *.
Tant que cette partie de la rive droite sera sans troupes, nos
ennemis y trouveront un asile. Je quitte demain Medine pour
aller surprendre une tribu arabe qui s'était unie aux mame-
louks et qui trouble la tranquillité du pays. Après demain je
serai à Beni-Souef. Salut et respect.
Zayonchek.
Le gén. de brig. Zaj^czek, command. les provinces de
Fayoum et Benhassé, au général divisionnaire Dugua,
commandant au Caire ^
Au quartier général de Beni-Souef, le 22 floréal an VII (11 mai
1799).
Mon Général, j'espère que vous aurez reçu les trois lettres
que j'ai eu l'honneur de vous écrire de Fayoum dans lesquelles
je vous ai annoncé le combat que nous avons livré aux ma-
melouks, leur fuite vers le désert, et nos courses pour les at-
teindre. Ils passèrent le Nil et se trouvèrent dans la province
d'Atfîeh. Outre les 700 que nous avons combattus, il y en a en-
core 200 de plus qui ont passé le Nil près d'El-Zawieh.
J'ai laissé la province de Fayoum fort tranquille. Celle de
Benhassé ne l'est pas encore. Il y est resté une 50"* de mame-
louks du côté de Fechn, à 8 lieues^ de marche de Beni-Souef,
qui se promènent d'un village à l'autre pour les faire contri-
buer. Aussitôt que ma troupe aura pris quelque repos, je tâ-
cherai de les chasser de la province.
Les trois tribus d'Arabes dont je vous ai parlé dans quel-
ques-unes de mes lettres, ont quitté leur séjour de Benhassé
* aZaoé» dans texte original.
2 aAlfiely» dans texte original.
' Ârch. h. de la Guerre, A. d'Orient^ Ms. Oss. 2582.
* Ms. Oss. : heures.
AU GÉNÉRAL DUGUA 245
et ont remonté du côté de Minieh par le désert. J'espère donc
que les affaires reprendront bientôt leur cours ordinaire. Celle
de l'argent volé a empiré par mon absence. Les grains du
village d'El-Meïmoun ont été transportés furtivement par les
habitants de tout côté. Forcé d'agir en Fayoum, et de garder
Beni-Souef, je n'ai pas laissé de détachement pour demeurer
dans le village coupable. Cependant je ne perds pas encore
l'espérance de récupérer cet argent.
Quant aux fortifications que vous m'ordonnez de construire
à Beni-Souef, je ne puis l'entreprendre sans un officier capable
de diriger les travaux; continuellement en course, je ne puis y
vaquer moi-même et je n'ai personne qui soit en état d'être
chargé de cette besogne. L'ouvrage dont il est question, pour-
rait se faire sans rien coûter à la république, moyennant une
répartition à^ main-d'œuvre entre les villages puissants et voi-
sins de Beni-Souef.
Le local [s'] y prête et il faudrait bien peu de chose pour
mettre Beni-Souef en état de défense.
Dans ma lettre du Fayoum du 18, je vous ai prié, Général,
Je m'envoyer des munitions pour la pièce de trois, et quelques
milliers de cartouches de mousqueterie. Je vous réitère la
même demande pour la pièce de huit que vous devez nous
renvoyer et pour laquelle j'ai ici 120 coups à tirer dont 78
à boulet et 32 à cartouches, reste 30 pour les compléter à 150
coups.
J'ai fait une course contre une tribu arabe qui s'était jointe
aux mamelouks. Je les ai chassés, je leur ai pris quelque
bestiaux que j'ai fait distribuer ^ à la troupe pour les* dédom-
mager de leur course. J'en ai gardé, quinze cents moutons pour
la république que je fais vendre et dont le produit sera versé
dans la caisse du payeur. Salut et respect.
P. S. Le citoyen Detrès s'est refusé à me faire passer les
50 hussards que le général Davout lui avait ordonné de m'en-
voyer, ainsi je n'y compte plus et il faudra m'en passer.
Zavonchek.
1 Ms. Oss.: de.
^ Ms. Oss.: dont j'ai distribué une partie.
» Ms, Oss.: la.
246 ZAJACZEK
Zaj^czek au général Desaix ^
(BeniSouef), le 23 floréal (12 mai 1799).
Je viens de recevoir la lettre que vous m'avez fait l'hon-
neur de m'écrire le 13 du courant. Ma position d'aujourd'hui
est presque tranquille. Mais il n'en était pas de même, il y a
quelques jours. Le général Davout ne faisant que traverser la
province de Behnesé, pour se rendre au Caire, y avait laissé
tous les ennemis qui descendaient de la haute Egypte. Pressé
par le général Dugua il n'a pas pu s'arrêter dans ma province,
mais vu l'état dans lequel je me suis trouvé, il m'a laissé 60
hommes d'infanterie. Ce renfort m'a mis à même de pouvoir
marcher avec 250 hommes et une pièce de trois contre l'en-
nemi. La province de Fayoum était sans troupe, c'était là que
les Mamelouks, les Mecquains et les Arabes se réunirent. Je
les fis y attaquer le 17 du courant. Le combat qui s'est donné
sous les murs de Medine, a duré plus de deux heures. L'ennemi
fut battu et mis en déroute. Nous le poursuivîmes pendant
2 jours. Ils se sauvèrent de partout et gagnèrent le désert.
J'avais cru un mom.ent qu'ils allaient se jeter dans la province
de Gizeh, mais la nuit du 19 au 20 ils pasr>èrent le Nil à El-
Zawieh. Ils étaient au nombre de 900 dont 600 cavalerie. La
province d'Atfîeh est le refuge de tous ces vagabonds. La rive
droite en est si infectée qu'il y a très peu de barques qui pas-
sent sans être attaquées. Le 11 du courant, la caisse qui des-
cendait de Beni-Souef au Caire avec 25 hommes d'escorte, fut
assaillie et prise. Les hommes se firent jour au travers de l'en-
nemi, mais l'argent a péri avec la barque où il y avait soixante
mille francs. Le général Davout est présentement dans la pro-
vince de Gharkieh, et va remonter par la rive droite. Quant
aux deux provinces que je commande, tout y est tianquille,
mais l'esprit des habitants a été éveillé par l'apparition mo-
mentanée des Mamelouks. Leur défaite sous Medine a été très
nécessaire.
Les habitants du Caire ne remuent pas. Rien de nouveau
* Ms. Oss. 2582.
A DBSAIX ET A DETRES
247
de la Syrie; on dit les nôtres maîtres d'Acre, mais c'est un bruit
qui demande la confirmation.
Zaj^czek au chef de brigade Detrès ^
Beni-Souef, le 25 floréal (14 mai 1799).
J'ai reçu votre lettre du 23. Je suis (hors) d'embarras de-
puis le 17, jour où nous avons battu les Mamelouks et les
Mecquains sous les murs de Medine en Fayoum. Le général
Davout appelé au Caire m'avait quitté le 14. J'étais abandonné
à moi-même. Je ne comptais pas sur la cavalerie que vous de-
viez m'envoyer, et j'avais raison. L'ennemi s'étant réuni était
fort de 700 hommes, sous Medine; une autre bande à 5 lieues
de là, sous les ordres de Kassim-Bey, allait se réunir aux pre-
miers.
Je n'avais que 250 hommes de disponibles, mais craignant
que les Mamelouks ne viennent à s'organiser en les laissant
tranquilles, et que le pays ne remuât en leur faveur, j'ai pris
le parti d'aller les combattre. Heureusement ils furent défaits
et forcés de quitter mes deux provinces pour repasser le Nil
dans Atfieh. Le combat a duré deux heures. J'ai eu quelques
blessés, mais j'ai tué du monde à l'ennemi. Cependant il m'en
reste encore une 50^^* qui (se) rendent à Abou-Girgeh et
à Fechn.
Zaj^czek au général Desaix ^
(Beni-Souef), le 25 floréal (14 mai 1799).
Si ma lettre du 23 vous est parvenue, vous êtes déjà in-
struit de ma position, mais la communication n'étant pas des
plus sûres, je craindrais répéter ce que je vous ai déjà mandé.
Je suis hors d'embarras depuis le 17...
1 Ms. Oss. 2582.
2 Ms. Oss. 2582.
248 ZAJACZBK
Le général de brigade Zaj^czek, commandant la pro-
vince de Fayoïim et Beni-Souef, au général division-
naire Dugua, commandant au Caire ^.
Au qu. gén. d'El-Meïmoun, le 28 floréal an VII (17 mai 1799).
Général, j'ai reçu votre lettre du 26 2, je ne saurai vous ga-
rantir, si tous les mamelouks que j'ai chassés de Fayoum, ont
passé sur la rive droite du Nil, je sais seulement, qu'outre les
700 que nous avons combattus près de Medine, il y en avait
encore 200 près de Tamieh '^, qui tous après la journée du 17
ont pris le chemin du désert. La rive droite du Nil en est
tellement infecté qu'il n'y a pas de barques qui passent sans
être attaquées.
Le passag-e du général Davout ne me servira de rien, les
villageois qui le verront seulement traverser la province, comme
la première fois, ne seront pas dupes des menaces, et comme
le général Davout me reprendra probablement les 60 hommes
qu'il m'a laissés, ce passage au lieu d'être un bien, sera un mal
pour moi.
Quant au village qui a volé notre argent, si je l'avais pour-
suivi sans discontinuer, j'aurais peut être eu plus de facilité
de le retirer, mais forcé par le départ du général Davout à me
rendre en Fayoum, pour chasser les mamelouks, les voleurs
ont eu le temps de faire sortir tout de leur village jusqu'à une
partie de leurs blés. Aujourd'hui ils se sont cachés^ dans des
villages qui ne veulent pas déclarer. J'ai beau emprisonner
les cheiks, je ne puis parvenir à me faire livrer les coupables
de manière que j'étais forcé de répartir la perte sur tous les
villages qui ont donné asile aux fugitifs; en effet en recelant
les voleurs ils se rendirent complices du vol. La perte totale
tant de l'argent de la république que du mien et de deux of-
ficiers qui se trouvaient sur la barque, ainsi que du janissaire-
aga qui faisait passer son argent par cette occasion, monte
1 Arch. h. de la Guerre, Armée d'Orient. Ms. Oss. 2582.
^ Ms. Oss. : 25.
^ «Ternquée» dans le texte original.
^ Ms. Oss. : retirés.
AU GENEKAL DUGUA
249
à 22000 pataquès; nous avons réparti dix huit mille sur diffé-
rents villages, pour les quatre restantes nous avons du blé.
Cette opération sera un peu longue, mais j'ai tout lieu de
croire que la république ne perdra rien; je ne quitterai pas le
village tant que l'affaire ne sera définitivement terminée.
Quant aux fortifications de Beni-Souef, j'ai l'honneur de vous
réitérer que je ne puis rien faire sans un officier de génie; il
faudrait ou fortifier le village ou former quelques enclos ^ au
dehors, où la garnison et les employés puissent trouver leurs
commodités et leurs sûretés.
Je vous envoie le croquis du village. Je n'écris point au
citoyen Detrès pour m'envoyer les 50 hommes de cavalerie,
parce que j'ai trouvé dans lui de la mauvaise volonté, et parceqiie
le détachement me serait bientôt emporté ^ par le général Da-
vout, ainsi il vaut mieux m'en passer. Cependant une 50"^ de
cavaliers serait ici de la plus grande utilité contre les Arabes.
Ma troupe est sans souliers, je ne puis en avoir dans le
pays. Je vous prie, Général, de vouloir bien ordonner que l'on
m'en envoie. Salut et respect.
Je vous prie, Général, d'ordonner à votre chef d'état-major,
d'être plus exact à m'envoyer les ordres du jour.
Le commissaire de guerre qui est ici, les reçoit, sans qu'il
m'en parvienne. Zayonchek.
Le g. de brig. Zaj^czek, commandant les provinces de
Fayoum et de Behnesé, au général divis, Dagua, com-
mandant au Caire ^.
Au qu. gén. d'El-Meïmoun, le 2 prairial an VII (21 mai 1799).
Mon Général, la tribu arabe de Ben-Ouafi * forte de 300 ca-
valiers, unie à une centaine de mamelouks, vint se jeter ces
jours derniers dans le Fayoum, ils attaquèrent à la fois Medine
* Ms. Oss.: enceinte.
2 Ms. Oss.: enlevé.
' Arch. h. de la Gu., A. d'Orient. Ms. Oss. 2582. En marge: Reçu le 6
prairial, répondu le 7.
* <Bayouf» dans texte original.
250 ZAJACZEK
et un autre village nommé Ellahoun. Les habitants les repous-
sèrent et m'envoyèrent demander du secours. Je me suis porté
aussitôt, mais l'ennemi informé de ma marche gagna le désert.
Il prit (le) chemin de la province de Bahireh. Bien assuré qu'il ne
retournerait plus dans le Fayoum, je suis revenu à El-Meïmoun,
où je continue à travailler au recouvrement de l'argent volé.
Je vous ai déjà informé, mon Général, par ma lettre du 28 flo-
réal que je fus forcé de répartir la somme sur tous les villages
qui ont recelé chez eux, soit les habitants d'El-Meïmoun, soit
leurs effets. Quelqu'uns de ces villages ont déjà porté plainte
à l'administration générale, je vous prie donc, mon Général, de
vouloir bien informer le citoyen Poussielgue des motifs qui me
déterminèrent à établir cette contribution. Si nous ne punis-
sons pas les voleurs et ceux qui les favorisent, nous resterons
en Egypte dans un état de guerre continuelle.
Dans cinq ou six jours d'ici, j'irai dans le Fayoum, ma pré-
sence y est absolument nécessaire, tant pour activer le miri,
que pour faire rentrer dans l'ordre quelques esprits que l'ap-
parition des mamelouks a éveillés. Ma course sera de dix ou
douze jours. Salut et respect. Zayonchek.
Le gén. de brig. Zaj^czek, commandant les provinces
de Fayoum et Benesé, au général dlvls, Dugua, com-
mandant au Caire ^.
Au qu. gén. d'El-Meïmoun, le 3 prairial an VII (22 mai 1799)*
Mon Général, l'officier de santé ^ que j'ai à Beni-Souef
a beau écrire au Caire pour demander des médicaments né-
cessaires, on ne lui en envoie point; cependant le nombre des
malades augmente tous les jours. Nous en avons jusqu'à quatre-
vingt; je ne puis les envoyer au Caire, vu le danger du pas-
sage et le besoin d'une forte escorte qu'il faudrait donner à ce
convois, et que je n'ai pas de quoi fournir. Ainsi j'ose vous
prier, mon Général, d'interposer votre autorité, pour que les
1 Arch. h. de la Guerre, Armée d'Orient, Ms. Oss. 2582. En marge: Reçu
le 6 prairial, répondu le 7.
* Balme.
AUX GÉNÉRAUX DUGUA ET DESAIX 251
médicaments nécessaires nous soient envoyés sur-le-champ.
I Deux ou trois paysans à pied pourront les transporter à Beni-
! Souef sans aucuns risques. D'ailleurs de tous les malades que
j'ai envoyés au Caire, personne ne m'est revenu, et cette di-
minution de force est très sensible. Si vous pouviez, Général,
ordonner pour que soixante et quelques hommes du bataillon
de la 22^ légère qui se trouvent au dépôt au Caire, viennent
me joindre, cela réparerait la perte que je vais faire du dé-
: tachement laissé par le général Davout, et qu'il va sûrement
I reprendre à son passage. Salut et respect.
Zayonchek.
Zaj^czek au général Desaix ^
Le 5 prairial (24 mai 17S9).
Je viens de recevoir l'avis que les Mameluks, ainsi que les
Mecquains, qui avaient fait quelque séjour dans la province
1 d'Atfîeh, remontent par la rive droite vers la haute Egypte.
' C'est apparemment l'approche du général Davout qui les à dé-
logés.
Les deux provinces que je commande, sont totalement pur-
gées de Mameluks, Mecquains et Arabes, mais les paysans de
la province de Behnesé sont très récalcitrants et le payement
du miri va on ne peut pas plus lentement. Je doute que nous
puissions faire le recouvrement de cet impôt avant le débor-
dement du Nil.
Le général de brigade Zajqczek au général division-
naire Dugua, commandant la Basse Egypte^.
Au qu. gén. de Beni-Souef, le 6 prairial an VII (25 mai 1799).
Général, j'ai eu l'honneur de vous mander le 2 du courant^
l'attaque de Medine par les Mameluks et les Arabes de la tribu
1 Ms. Oss. 2582.
' Arch. hist. de la Guerre, Armée d'Orient. Ms. Oss. 2582.
' Ms. Oss. : dans ma dernière lettre que les Arabes Bagout unis aux
252 ZAJACZEK
de Benouafi 1. lis furent repoussés par les habitants et ga-'
gnèrent le désert à mon arrivée, mais à peine ai-je quitté Fa-
youm qu'ils revinrent sur leurs pas, attaquèrent Medine pour
la seconde fois, furent encore repoussés et perdirent trois Ma-
meluks et un kachef. Aujourd'hui retirés sur le bord du dé-
sert, ils menacent Medine d'une nouvelle incursion. Cette cir-
constance me force à tout (instant de)^ quitter ici pour délivrer
Fayoum, et j'y marche demain.
Je laisse la province de Behnesé tranquille, mais il est
à craindre que les Mameluks qui sont sur la rive droite, et qui
commencent à remonter vers la haute Egypte, ne repassent
de ce côté-ci, le sachant dégarni par mon éloignement dans le
Fayoum.
Quant à l'argent volé et son recouvrement que vous n'ap-
prouvez que conditionnellement, en disant que le moyen de la
répartition ne peut être juste que d'après une certitude que
les villages contribuants recelèrent le vol ou les voleurs, j'ai
l'honneur de vous observer que c'est précisément sur le même
principe que cette opération sera conduite, et que nous n'avons
fait contribuer que les villages qui recelèrent les voleurs d'El-
Meïmoun ou leurs effets. D'ailleurs tous ces villages qui pillent
les passants sur le Nil, sont tellement accoutumés à se réfugier
chez leurs voisins lorsque la justice les poursuit, et ils sont
tellement protégés par ces derniers, que si le gouvernement
ne prend pas le parti de punir les uns comme les autres, il
n'y aura point de sûreté pour les voyageurs sur le Nil^.
J'ose vous réitérer ia demande des souliers. Il se peut que
le bataillon a été plus favorisé que le reste de l'armée par l'en-
mamelouks avaient attaqué Medine, qu'ils furent repoussés par les habitants
et qu'ils gagnèrent le désert à mon arrivée. Ils retournèrent sur leurs pas
avant hier et attaquèrent Les habitants se défendirent encore et
tuèrent Cette circonstance me force à marcher dans le Fayoum plutôt
que je ne l'aurai fait
1 «Bagouse» dans la minute.
' Un mot manque.
3 Ms. Oss.: parce que les criminels échappent à la justice par la fuite,
et leurs voisins se faisant payer la protection que leur accordent, on ne
parviendra jamais à détruire le mal, si on ne punit également les voleurs
comme les receleurs.
A DUOUA ET A CHOLLEÎT 253
•voi de 150 paires que nous avons reçues, mais je puis vous
assurer que la plupart des volontaires vont les pieds nus. Il y a
quatre naois que nous courons sans discontinuer. Salut et re-
spect. Zayonchek.
Zaj^czek au citoyen Chollet, agent français^.
r Le 8 prairial (27 mai 1799).
J'ai reçu votre lettre du 8 prairial. Pour donner à l'admi-
nistration générale les renseignements nécessaires au sujet
<l'El-Meïmoun, je croirais qu'il faut lui mander tout l'historique
du vol de l'argent de la république commis par ce village. Le
11 floréal, la barque qui portait l'argent au Caire fut attaquée
par une bande de Mecquains marchant sur la rive droite du
Nil. Pressés par ces malheureux les nôtres ont cherché à ga-
gner la rive gauche, comptant ^ de trouver quelque secours de
la part des habitants d'ElMeïmoun. Tout le contraire arriva,
les habitants d'El-Meïmoun prirent les armes contre les Fran-
çais et furent les premiers à entrer dans la barque. C'est eux
qui enlevèrent tout l'argent et les Mecquains n'eurent point de
part à la prise. La garnison française de Beni-Souef fut le 13
à El-MeïmouD, mais elle n'y trouva point d'habitants. Cinq ou
six Coptes furent les seuls êtres que l'on y rencontra. On a mis
le feu au village, mais le lendemain la garnison de Beni-Souef
marcha sur Fayoum contre les Mameluks, et nous avons remis
à un autre temps la poursuite de l'argent volé.
Pendant ma course dcms le Fayoum j'avais chargé Moallem
Bortho^ intendant copte de la province de Behnesé, de faire
parler sous main aux cheiks d'El-Meïmoun, pour chercher
à faire leur paix, mais ils ne voulurent point attendre à aucun
accommodement. On prétend qu'ils comptaient dans cette oc-
casion sur la protection de Moallem Jacob, dont le neveu en
passant avec le général Davout a dû les avoir assurés qu'ils
n'avaient rien à craindre. Pendant les dix jours que nous fûmes
1 Ms. Oss. 2582.
' «contents> dans texte original.
» On a écrit bien souvent: Borson, Bourson, Barsoin ou Barsom.
254 ZAJACZEK
dans le Fayoum, les habitants d'p]l-Meïmoun revinrent à leur
village et travaillèrent jour et nuit à en emporter le blé.
Le 25, nous retournâmes à El-Meïmoun et alors nous nous
sommes emparés du restant de blé dont le soin est confié
à l'intendant copte. Il n'est pas certain ce que peut valoir ce
blé; l'intendant copte voulait le vendre aux cheiks des villages
voisins pour dix mille pataquès, mais ces gens-là n'en offraient
pas seulement cinq.
Alors je pris la résolution de faire battre le dit blé et de
le faire transporter au port de Bouch, pour y être vendu aux
premiers acquéreurs.
Vu les impositions que nous avons établies sur les villages
complices du vol, la république n'aura à rechercher que mille
pataquès sur le blé, pour avoir la somme volée complètement
restituée. Ainsi tout ce qui reviendra de la vente de plus pourra
être employé à l'indemnisation du miri, mais on ne peut pas
encore deviner la somme.
Les habitants en se sauvant emmenèrent avec eux tous
leurs bestiaux. Reviendront-ils? demanderont-ils la paix? C'est
ce que j'ignore. Ce village a été mauvais de tout temps, mais
il l'est devenu beaucoup plus encore depuis qu'il se sentait
fort de la protection de Moallem Jacob.
Voilà les informations que je puis vous donner. Vous pou-
vez en demander encore à Moallem Bortho, qui est beaucoup
plus au fait que moi.
Le général de brigade Zaj^czek au général divisionn,
Dugua, commandant la Basse^ Egypte^.
Au qu. gén. de Medine, le 10 prairial an VII (29 mai 1799).
Général, j'ai l'honneur de vous envoyer, les dépêches que
j'ai reçues du général Desaix.
Les Arabes et les Mameluks, qui avaient attaqué Medine,
et qui menaçaient la province de Fayoum d'une nouvelle in-
A. h. de la G., A. d'Orient, Ms. Oss. 2582.
AUX GÊN. DUGUA ET DRSAîX 255
vasion, ont enfin quitté cette contré, ils ont pris le chemin de
Bahireh.
Au reste rien de nouveau dans les deux provinces que je
commande. Salut et respect. Zayonchek.
Zaj^czek au général Desaix ^
(Medinet-el-Fayoum), le 10 prairial (29 mai 1799).
J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'é-
crire le deux prairial. Rien de plus flatteur pour moi que votre
approbation, mais, Général, ce n'est que l'ombre des Mame-
luks que j'ai combattus; depuis qu'il vous connaissent, ils ont
perdu tout leur courage.
Les 50 Mameluks qui parcouraient la province de Benesé,
entre Abou Girgé et Fechn, se sont réunis, il y a quelques
jours, aux Arabes de la tribu de Benouafi ^ qui descendaient
comme eux de la haute Egypte. Après cette réunion ils firent
attaquer Medine. Les habitants prirent les armes, se défendirent,
tuèrent plusieurs Mameluks et blessèrent un kachef. Averti
de leur position je me suis empressé de venir à leur secours.
A mon approche l'ennemi a fui, il a pris le chemin de la pro-
vince de Bahireh par le désert. Dans le moment que je vous
écris, les deux provinces que je commande sont parfaitement
tranquilles. Je m'occupe à percevoir le miri qui va on ne peut
pas plus lentement.
Je ne doute point que les expéditions que vous allez entre-
prendre, ne soient couronnées d'un succès complet. Puisse-t-il
vous accompagner partout.
Elfi-Bey a été, dit-on, battu par le général Davout dans le
Charkieh, mais ce n'est qu'un bruit que je vous rapporte, le
général Dugua ne m'ayant rien dit à ce sujet, si non que le
général Davout a marché dans le Charkieh. Je ne puis non
plus vous dire au juste le nombre des ennemis qui se trouvent
dans la province d'Atfîeh, mais d'après tous les rapports de
nos espions on peut les évaluer à 1500 hommes y compris la
bande d'Elfi-Bey.
1 Ms. Oss. 2582.
2 «Bagouase» dans la minute.
256 ZAJACZEK
J'ai eu l'honneur de vous mander, il y a quelques jours,
qu'une partie de ces vagabonds avait commencé à remonter
par la rive droite du Nil vers la haute Egypte, mais ayant
quitté Béni Souef depuis le 6 je n'ai pas pu suivre leurs mouve-
ments. Aussitôt que j'en saurai quelque chose de positif, je
m'enpresserai de vous en faire part.
Zaj^czek au général DesaixK
Le 11 prairial (30 mai 1799).
Votre lettre du 29 floréal arrive trop tard pour l'exécution
du plan d'opération que vous y prescrivez sur la rive droite
du Nil. Les Mameluks ont déjà commencé leurs mouvements,
ils remontent depuis quelques jours, et le général Davout doit
arriver incessamment à Beni-Souef. D'ailleurs pour que ce plan
eut tout le (succès), il aurait fallu garnir la rive gauche des
troupes. Sans cela les Mameluks qui sont toujours instruits de
ce que nous faisons, n'auraient pas manqué de repasser le Nil,
ce qui nous aurait encore beaucoup embarassés, les paysans
dans la province de Behnesé étant très enclins à la révolte.
Ces courses continuelles de Mameluks finiraient peut être par
mettre les habitants en train, ce qui pourrait devenir très dan-
gereux. Au reste. Général, si à l'arrivée du général Davout, il
y a quelque chose à faire conformément aux ordres que je
suppose que (vous) lui avez donnés, je m'y porterai avec tout
le zèle imaginable et possible.
Le général Dugua me mande en date du 7 qu'il n'y a rien
de nouveau de la Syrie depuis le 16.
Zaj^czek au général Desaix^.
Le 14 prairial (2 juin 1799).
Je viens de recevoir la lettre que vous m'avez fait l'hon-
neur de m'écrire le 5 du courant.
* Ms. Oss. 2582.
2 Ms. Oss. 2582.
AU GÉNÉRAL DESAIX 257
Je VOUS envoie la copie du dernier rapport que j'ai eu de
la rive droite du Nil. Le général Davout que le général Dugua
m'avait annoncé devoir marcher dans la province d'Atfieh aus-
sitôt qu'il aurait fini dans celle de Charkieh, s'est arrêté au
Caire pour deux ou trois jours, après avoir fait sa tournée dans
le Charkieh. Il doit remonter incessamment par la rive droite.
Si ce général pouvait séjourner une dizaine de jours dans At-
heh, les Mameluks seraient alors réduits à périr de misère
ne pouvant s'arrêter nulle part, mais s'il ne fait que traverser
la province, les Mameluks feront semblant de remonter, et puis
ils feront un crochet dans le désert pour rentrer dans Atfieh.
Courir après eux c'est fatiguer inutilement la troupe, comme
(vous) l'observez parfaitement bien. Général. Aujourd'hui ça
devrait être l'affaire des commandants des provinces d'achever
les Mameluks en les chassant de partout, mais malheureusement
nous avons trop peu de force et la fatigue continuelle nous
donne beaucoup de malades. Rien de nouveau du Caire ni
de la Syrie.
Zaj^czek au général Desaix ^
Le 17 prairial (5 juin 1799).
Les Mameluks qui avaient commencé à remonter, sont re-
tournés dans Atfieh aux mêmes endroits d'où ils étaient partis.
On les avait avertis du Caire que la troupe qui devait agir
contre eux, avait reçu un contre-ordre.
Le général Dugua dans sa lettre du 15 me mande que la
province de Charkieh et celle de Bahireh sont innondées de
Mameluks. C'est apparemment la raison qui retarde la marche
du général Davout. Du reste, rien de nouveau dans les deux
provinces que je commande, mais le miri va bien lentement.
Ms. Oss. 2582.
Les Polonais en Egypte. 17
258 ZAJACZEK
Zaj^czek au général Dugua^.
Le 19 prairial (7 juin 1799).
Je reçois votre lettre du 15. Je suis dans le Fayoum depuis
le 6. Je profite du moment de tranquillité dont jouit cette pro-
vince, pour percevoir le miri, mais cela va bien lentement.
Quant à la plainte du janissaire-aga, c'est précisément le
village le plus coupable. Il est l'entrepôt de tous les vols qui
se commettent sur le Nil. J'ai déjà relâché les cheiks de ce vil-
lage parce qu'ils ont effectué le payement.
Zajqczek au général divisionnaire Dugua^.
(Beni-Souef), le 24 prairial an VII (12 juin 1799).
J'ai reçu votre lettre du 24 prairial. Je suis à Beni-Souef
depuis hier. J'ai 22 ou 23 mille pataquès que j'enverrai au Caire
au retour de la Vénitienne. J'espère que d'ici à ce temps -là,
il rentrera quelque millier de pataquès de plus. J'ai laissé la
perception du miri dans le Fayoum assez en train, mais il est
à craindre que la nouvelle de la non réussite en Syrie qui sera
certainement exagérée parmi les Turcs, ne ralentisse le mouve-
ment des contribuants, qui sans cela s'attendaient tous les jours
à nous voir forcés de quitter l'Egypte. Les habitants de la pro-
vince Benhassé surtout sont très susceptibles de mauvaises
impressions contre nous.
Les impositions pour le vol commis à El-Meïnoum sont fi-
nies. A l'exception de 12 cents livres tout est rentré, mais nous
avons du blé qui surpasse de beaucoup la valeur du déficit.
L'adjudant général Rabasse^ a passé hier par ici. Il m'a
laissé 14 dragons pour être montés. Je m'en occuperai inces-
samment.
1 Ms. Oss. 2582.
2 Ms. Oss. 2582.
' Rabasse remplissait les fonctions du chef d'état- major de Davout
Parti du Caire le 9 juin, il amenait 200 hommes démontés.
AU GÉNÉRAL DUGUA 259
Les médicaments n'arrivent pas. J'aurai cru les recevoir par
le convoi qui vient de passer, mais mon attente a été vaine.
Je vous demande en grâce, Général, d'ordonner pour que l'on
m'envoie tout ce qui est nécessaire à l'établissement d'une am-
bulance. J'ai fait arranger un local, des lits de bois et des
paillasses pour les malades, mais il me manque le préposé de
l'administration. J'ai détaché un sergent pour en remplir les
fonctions. L'envoi des médicaments est surtout de la dernière
urgence.
Zaj^czek au général divisionnaire Dugua ^
Beni-Souef, le 26 prairial (14 juin 1799).
La pièce de 3 que j'ai, est toute disloquée. Je vous demande
en grâce de me renvoyer celle de 8 le plutôt possible.
Je manque de cartouches. Outre les 60 coups par homme,
je n'en ai que 6,000 en magasin. Je vous prie, mon Général,
de m'en faire passer 30 mille, ainsi que 7 à 800 pierres de
fusil.
Mille contes plus absurdes les uns que les autres sont dé-
bités par les Turcs sur l'expédition de la Syrie 2. Cependant il
est à espérer qu'ils s'entiendront purement à des propos.
Des 14 dragons qu'on m'a laissés, il y en a déjà onze de
montés. Ils le seront tous dans 5 à 6 jours.
Le général de brigade Zaj^czek, commandant les pro-
vinces de Fayoum et de Benhassé, aux membres com-
posant la commission des grains à Miniet^.
. Au qu. gén. de Beni-Souef, le 29 prairial an VII (17 juin 1799).
Citoyens, je viens de recevoir la lettre que la commission
a bien voulu m'écrire le 17 prairial (5 juin). Il est très possible,
1 Ms. Oss. 2582.
2 Voir lettre de Desaix à Belliard (Siout, 13 juin): « On fait courir
1 mille bruits extravagants > (La Jonquière V. 265): Nakoula el-
! Turk 125.
3 j^rch. h. de la Gu., A. d'Orient, Ms. Oss. 2582.
17*
260 ZAJACZEK
il est même très probable qu'il existe des rapports entre les
habitants de quelques villages de la province de Benhassé et
les Mameluks errants, mais je ne puis poursuivre les premiers
sans des preuves certaines de leur infidélité. Le rapport des
Coptes employés par la Commission se trouve d'ailleurs en
contradiction avec celui des Coptes intendants de la province,
qui prétendent que les habitants de Fechn n'ont rien à se re-
procher. Toute fois je ferai surveiller de près le village de
Fechn et je ferai publier une proclamation par laquelle il sera
ordonné à tous les cheiks de respecter et favoriser les em-
ployés de la Commission.
Quant à la protection que je dois au citoyen ChoUet, j'en
appelle à lui même, qu'il dise, si jamais il a éprouvé une con-
tradiction de ma part, à moins que ce qu'il a demandé, n'ait
été de toute impossibilité. Salut et considération.
Je remercie les citoyens Reynier et Colbert de s'être rap-
pelles de moi, je suis très sensible à cette marque de leur
bontés Zayonchek.
Zaj^czek au général Dugua ^.
(Beni-Souef), le 29 prairial an VII (17 juin 1799).
J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire
le 24 courant. J'avais écris le 5 au général Desaix que les Ma-
meluks séjournant dans Atfieh commencèrent à remonter, parce
qu'en effet ils avaient fait un mouvement, mais le lendemain
ils s'en sont retournés et quelques jours après j'en ai encore
instruit le général Desaix. Je ne vous l'ai pas mandé, mon Gé-
néral, parce que je me suis imaginé que vous ne pouviez pas
ignorer ce mouvement que j'ai attribué à l'approche du géné-
ral Davout de Gibebat^
1 In fine quelques mots de la main d'aide de camp Pierre: P. <S. Je
vous prie de remettre l'incluse au chef de brigade Detrès pour qu'il la fasse
passer par première expédition. Je suis très sensible au bon souvenir des
citoyens Reynier et Colbert et je les prie d'en agréer mes remerciments.
2 Ms. Oss. 2582.
^ «d'Elcoubebat» dans le texte original.
A LA COMMISSION DES GRAINS ET A DUGUA 261
Rien de nouveau dans ma province. Le miri va bien lente-
i ment.
Route d'El-Arich à Katieh par le bord de la mer ^ Re-
connaissance du chef de brigade Lazowski.
Nous sommes partis d'El-Arich à 3 heures de l'après-midi,
et après une demi-heure au JV. 0. nous avons gagné les bords
de la mer que nous avons suivie dans une direction 0. V4 *5- 0.,
pendant une heure et demie, avant d'arriver au puits de Me-
coûdiâh^ où nous avons fait de l'eau.
Remis en marche à 8 h. du soir environ jusqu'à 11 h., en
suivant la même direction, et avons fait quatre lieues et demie,
jusqu'à cette première halte.
Le lendemain à 3 h. repris la marche, à 7 h. nous fîmes
des fouilles dans le terrain qui offre une grande végétation,
l'eau trouvée était entièrement saumâtre. Le bord de la mer
en cet endroit remonte vers le Nord. Nous marchions O.'^j^N.
et continuâmes de marcher 0. N. 0. jusqu'au cap très bas,
nommé sur la carte d'Anville Straki que nous doublâmes
à 10 h. Y2 du matin.
Depuis notre départ jusqu'à la hauteur de ce cap, nous avons
fait 9 lieues, ce qui se trouve assez d'accord avec la carte.
La côte extrêmement basse n'a pas plus de 5 à 6 c. au-
dessus du niveau des eaux de mer, la plage, comme le désert
que nous avions à la gauche, offre une plaine basse. A l'ap-
proche du cap Straki nous trouvâmes plusieurs petits lacs dont
le fond de quelques uns, est d'un beau sel blanc recouvert de
6^ d'eau, nous en trouvâmes ^ aussi sans eau et d'autres qui
avaient beaucoup de profondeur, mais tous ayant peu d'étendue.
1 Ms. de la Bibliothèque Nationale, a. f. 11,275 p. 57—8 (de la collec-
tion de Jacotin). En marge du manuscrit les observations tirées des œuvres
de Strabon; elles sont probablement de la main de Jacotin.
2 Voir la carte dite de Jacotin (La Jonquière III p. -496): «Isthme de
Suez et presqu'île du Mont Sinaï». L'orthographe de noms fut modifiée
suivant les indications de la carte citée ci-dessus; dans texte original: Mas-
soudiat, Catiéh, el Arish.
' Biffé: «entrouvâmes».
262 LAZOWSKI
Le reste de la journée nous marchâmes, ayant à notre gauche,
une file 1 de lacs semblables et le désert s'étendant à perte ^
de vue comme une plaine immense et très basse, absolument
dépouillée de verdure.
Après avoir doublé le cap Straki, le bord de la mer reprend
une direction 0. et 0. S. 0. en formant une courbure sem-
blable à celle que nous venions de faire en côtoyant la mer,
depuis El-Arich.
Cette seconde courbure se termina au cap Kaçaroûn ^, ainsi
nommé sur la carte d'Anville. Il est formé par des dunes
très élevées, liées à de hautes terres qui prennent de l'intérieur
du désert et qui terminent le lit d'un ancien lac, dans lequel
il n'y a plus d'eau. Ces hauteurs sont couvertes de broussailles
et paraissent susceptibles^ de culture. Plusieurs sentiers qui les
traversent, ainsi que les fientes de chameaux^, de chevaux et
de brebis dont elles sont couvertes, indiquent assez qu'elles
sont fréquentées par les Arabes. Nous découvrîmes dans un
fonds sablonneux, au pied et sur le revers des dunes, une ci-
terne revêtue en rondins de sapin. Elle était entièrement com-
blée; aux environs on y trouve une infinité de débris de po-
teries de terres, ainsi que quelques vestiges de maçonnerie sur
les bords de la mer.
Nous avons fait alors 16 lieues et nous essayâmes de tra-
verser le désert dans une direction S. 0. pour arriver à Katieh,
mais d'autres lits d'anciens lacs extrêmement étendus, nous
présentèrent tant de difficultés pour les chameaux et les che-
vaux, qui enfonçaient jusqu'au ventre, que nous fûmes con-
traints de regagner les bords de la mer, séparée de ces ma-
rais par une espèce de digue en sable de 100 à 150 toises de
largeur et de 6 et. environ de hauteur au-dessus de la mer.
Nous marchâmes encore quatre lieues jusqu'à la halte du soir.
Le lendemain, après avoir côtoyé la mer, dont le bord est
une ligne presque droite, dans une direction 0. Y4 S. et après
* Biffé: «fuite».
^ «perde».
^ «Kas> dans texte original.
* «susseptibles» dans le texte original.
^ achamaux> dans le texte original.
RECONNAISSANCE DE LA ROUTE D EL-ARICH A KATIEH
263
5 h. de marche nous trouvâmes une fondation en briques bien
maçonnée. La forme est une maison carrée traversée entière-
ment par un autre mur. Cette ruine au loin de laquelle on voit
d'autres vestiges de maçonnerie, est située à l'extrémité nord
d'une hauteur qui forme pointe de cap en mer, et termine
à l'ouest les grands lits d'anciens lacs dont nous venons de
parler.
En cet endroit, le général de division ^ fit marcher sur Ka-
tieh. Nous avions fait alors depuis El-Arich 25 lieues environ
sur un sable mouvant sans trouver d'autre eau que celle de
la citerne du cap Kaçaroûn. Il serait intéressant de la curer
pour connaître la quantité de ses eaux et leur qualité. Elle se
trouve située à 9 lieues des ruines en brigues dont nous ve-
nons de parler et des hauteurs que nous avons traversées pour
nous diriger sur Katieh en marchant au sud.
Dès que nous fûmes sur le sommet de la hauteur nous dé-
couvrîmes les palmiers qui environnent Katieh et après une
heure de marche nous entrâmes dans la route qui va de Tinéh
à Katieh.
Pour extrait, à Katieh, le 3 messidor an VII (21 juin 1799),
le chef de brigade Lazowski.
Zaj^czek au général en chef Bonaparte^.
(Beni-Souef), le 4 messidor an VII (22 juin 1799).
J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'é-
crire le 30 prairial ^. Votre arrivée est sentie ici avec la plus
vive joie. Les habitants de la province commencent déjà (à) reve-
nir des impressions fausses qu'on leur avait données sur nos
prétendus désastres en Syrie *. La proclamation du divan achè-
vera de les tranquilliser^.
L'adjudant général Boyer vient de m'envoyer du Fayoum
1 En marge: Menou.
2 Ms. Oss. 2582.
» Lettre non conservée.
* Biffé: sur la campagne de la Syi
5 Biffé: de tranquilliser le pays.
264 ZAJACZEK
l'ordre qu'il a reçu pour percevoir le miri^; j'espère, Général,
que vous n'attribuez pas le retard qu'a éprouvé le recouvre-
ment des impositions au manque du zèle ou d'activité de ma
part. J'avais trop peu de force et trois invasions de Mamluks
qu'il fallait chasser, une insurrection ^ de paysans que j'ai trou-
vée et qu'il fallait apaiser, m'ont pris trop de temps et ont
entretenu les paysans dans l'espoir de nous voir chassés et de
ne point payer le miri.
A la suite du combat que j'ai livré aux Mameluks sous les
murs de Medine, je poursuivis une tribu arabe qui s'était unie
à eux et je me suis emparé d'une partie de leurs troupeaux.
Après avoir prélevé 1500 moutons pour la République, je fis
vendre le reste pour être partagé à la troupe, ainsi que j'en
avais prévenu le général Dugua; j'avais cru que les volontaires,
aussi bien que les officiers méritaient cette petite gratification
pour toutes les courses et les privations qu'ils endurent. Mais
les soldats s'imaginant que l'officier ne devait pas être distin-
gué par une portion un peu plus forte ^ se sont crus lésés et
demandèrent le partage égal*. Ne l'ayant pas obtenu, parce
qu'il me semblait injuste, ils se mutinèrent le 30 prairial, re-
fusèrent de marcher pour percevoir le miri. La sédition ne fut
apaisée ^ que lorsque les officiers de la 22™^, sans m'en aviser,
renoncèrent d'eux mêmes à ce qui leur revenait et (le) leur
cédèrent. Les chefs de mutins furent arrêtés le lendemain et
1 Voir Corr. V 4177. Au général Berthier, Caire, le 15 juin 1799:
«... L'adjudant général Boyer partira demain, avec tous les hommes de la
88* qui se trouvent au Caire ou au dépôt, pour se rendre au Fayoum,
achever la levée de toutes les impositions. Lorsque cela sera fait, il re-
joindra et se mettra sous les ordres du général Zajonchek pour parcourir
la province de Beni-Souef, pour faire payer le miri et autres impositions
que devrait cette province. Lorsque cette opération sera faite, il attendra
à Beni-Souef de nouveaux ordres. Le général Zajonchek, qui est chargé
du commandement des provinces du Fayoum et de Beni-Souef, lui don-
nera tous les renseignements qui pourraient lui être utiles pour sa tournée
dans la province du Fayoum...»
2 du 18 pluviôse dans la province de Behneseh (La Jonquière
V. 112).
3 Biffé: dans le partage.
* Biffé: une indemnité.
5 mais les officiers en cédant leur portion apaisèrent.
A BONAPARTE KT A BERTHIER
265
le commandant du bataillon a dressé le procès verbal^ que
j'envoie à l'état-major général pour qu'il le fasse parvenir au
conseil de guerre. A la première occasion sûre je ferai des-
cendre les prévenus l
P. S.^ La pièce de 3 que j'ai ici se trouve dans un bien
mauvais état. Le général Dugua m'avait promis de m'en en-
voyer une de huit, mais ne l'ayant point reçue jusqu'à ce
jour -ci, je vous prie, général de vouloir bien ordonner qu'on
me la fasse passer à la première occasion.
Les Arabes de la tribu de Geamma que le général Priant
a poursuivis jusqu'à six lieues dans la province de Benhassé,
se trouvent campés dans le désert à la hauteur de Sédiman.
Ils ont envoyé ce soir pour négocier leur paix avec moi. Je
leur ai répondu que les Français ne refusent jamais la paix
à ceux qui la demandent sincèrement, mais que je ne la leur
accorderai qu'à condition qu'ils restitueront tous les vols faits
aux habitants de la province de Siout en cas que ces derniers
en réclament.
Zaj^czek au général divisionnaire Berthier^.
(Beni-Souef), le 4 messidor an VII (22 juin 1799).
J'ai l'honneur de vous remettre ci-joint. Général, le procès
verbal dressé par le citoyen Casanier, du l"" bataillon de la
22""^ demi-brigade d'infanterie légère, relatif à une sédition qui
qui a eu lieu dans ce corps et qui est apaisée. Je vous prie,
mon Général, d'ordonner que ce dit verbal soit renvoyé par
devant le conseil de guerre. Les prévenus descenderont à l'oc-
casion sûre.
1 Biffé: la plainte au conseil de guerre.
2 En marge: Renvoyé à la suite de la lettre du général Berthier en
date du 5.
s Du 5 messidor, (23/VI 1799).
* Ms. Oss. 2582.
266 ZAJACZEK
Zaj^czek au général divisionnaire Berihier\
(Beni-Souef), le 4 messidor (22 juin 1799).
J'ai l'honneur de vous remettre ci-joint l'état de situation
des troupes que je commande.
Zaj^czek aa chef de bataillon Sacrost'K
(Beni-Souef), le 4 messidor (22 juin 1799).
J'ai reçu vos deux lettres du 4. Je vous prie de me mander
dans la suivante bien distinctement le nom des villages d'où
vous m'écrivez ou que vous me portez dans vos lettres.
Quant aux Arabes que vous avez vus aujourd'hui sur votre
droite, ce sont les mêmes que le général Priant a chassés de
Siout, de Miniet, et qu'il a poursuivis jusque dans notre pro-
vince. Si vous pouvez les surprendre cette nuit, vous ferez fort
bien de disperser ces vagabonds, le général Friant m'ayant
mandé qu'il n'avancerait pas plus loin dans notre province et
qu'il me coulait le soin de poursuivre ces Arabes.
J'écris à tous les cheiks arabes nos amis, pour qu'ils aient
(le soin) de les chasser, j'écris en même temps à Fayoum pour
qu'on y soit sur ses gardes.
Le général Davout est encore au Caire, c'est l'adjudant gé-
néral Boyer qui est passé dans le Fayoum avec une centaine
d'hommes, mais j'ignore encore l'objet de sa mission. Je n'ou-
blierai pas de vous passer la pièce aussitôt qu'elle me sera
parvenue. Je vous demande surtout de n'avoir pas l'air de vous
retirer devant ces Arabes. Cela les enhardirait. Le parti de
les attaquer est le plus sage.
1 Ms. Oss. 2582.
2 Ms. Oss. 2582.
A BERTHIKR, SACROST, NOBLE, FRADIN ET A BOYER
267
Zaj^czek au citoyen Noble ^.
(Beni-Souef), le 4 messidor (22 juin 1799).
Les Arabes de la tribu Geamma, chassés de la province
Siout, de celle de Miniet, et poursuivis jusque dans la nôtre
par le général Priant, se trouvent aujourd'hui au nombre de
200 hommes à Sédiman. Je vous en avertis afin que vous fus-
siez sur vos gardes. Prenez des mesures en conséquence avec
Osman Soborgi et instruisez moi de tout ce que vous pouvez
apprendre au sujet de ces Arabes. Le chef de bataillon Sacrost
doit les attaquer cette nuit, si toute fois il peut les atteindre.
Mon avis serait que vous préveniez nos amis Arabes dans le
Fayoum afin qu'ils leur donnent une chasse, ainsi que je l'ai
fait dans la province de BeniSouef.
Zaj^czek au citoyen Fradin ^
(Beni-Souef), le 4 messidor (22 juin 1799).
Deux cents Arabes d'une tribu ennemie se trouvent au-
jourd'hui à Sédiman. Le commandant Sacrost doit les attaquer
cette nuit. En cas qu'ils se sauvent sans l'attendre, soyez sur
vos gardes afin de ne pas compromettre le détachement. J'écris
au citoyen Noble pour qu'il m'instruise du mouvement de ces
Arabes.
Zaj^czek à V adjudant général Boyer^
(Beni-Souef), le 5 messidor (23 juin 1799).
J'ai reçu. Citoyen, votre lettre du 4. Je suis enchanté de
vous avoir pour témoin de mes opérations passées et futures.
1 Ms. Oss. 2582.
2 Ms. Oss. 2582.
» Ms. Oss. 2582. Voir aux Arch. h. de la Chuerre: Begistre G. p. 60. Ber-
thier à Boyer, Caire, 15 mars 1799. Ordre de se rendre dans le Fayoum
268 ZAJACZEK
Tous les renseignements que je pourrais vous donner sur la
perception du miri de Fayoum, vous les trouverez chez le ci-
toyen Noble qui en a été chargé. Vu les villages affermés if
y n'aura que quelques mille pataquès à recevoir, ce que je
crois, mais il n'en est pas de même dans la province de Ben-
hassé, ainsi je serai bien aisé, que vous acheviez le plutôt pos-
sible le miri de Fayoum pour travailler à celui d'ici où le
paysan est très récalcitrant et on a besoin de la force pour le
contraindre.
Votre détachement est presque plus fort que le mien. Je
n'ai que 240 hommes de disponibles, le reste est malade.
Je vous ai envoyé les deux boulangers que vous me de-
mandez. Comme le détachement que j'avais à Fayoum n'y
a été que momentanément et que la manutention d'aujourd'hui
va par entreprise, je n'ai point cherché à y faire aller leli
forces, d'ailleurs le détachement étant toujours en tournée n'au-
rait pas pu en profiter.
La province de Fayoum a toujours été très pacifique, le <
divan agit avec beaucoup de sagesse. Le vieux cheik, homme
d'un caractère doux et tranquille, Osman Soborgi, que j'ai ;
placé dans le divan depuis que vous avez quitté le Fayoum,
est un homme sage, ferme et actif. C'est à lui que l'on doit |
la dernière défense de Medine contre les Mameluks. — J'ai
mandé hier au citoyen Noble, ainsi qu'au commandant du dé-
tachement que j'avais laissé dans le Fayoum, que 200 Arabes
de la tribu de Geamma, poursuivis et chassés de la province
de Siout et de celle de Minieh par le général Friant, et pour-
suivis par le même général jusque dans la province de Ben-
hassé, se sont trouvés hier à midi à Sédiman, que le chef de
bataillon Sacrost devait les attaquer cette nuit; en cas qu'ils se
retirent ve^'s le Fayoum, ne les laissez pas. Général, en repos,
prévenez tous les cheiks Arabes qui ont fait la paix avec nous,
pour qu'ils aient à courir dessus. Il ne me reste rien à vous
dire pour le moment, si non de vous répéter que je suis bien
et en suite dans la province de Beni-Souef avec des détachements de la
88" demi-brigade pour y lever le miri et autres impôts. Il est, à son arri-
vée à Beni-Souef, sous les ordres du général de brigade Zayonchek, com-
mandant des deux provinces.
A BOYER, NOHLE ET A D ETRE S
269
aise de vous avoir pour témoin de mes opérations passées et
futures.
P. S. Je vous préviens, Général, qu'il est ordonné par le gé-
néral en chef que le miri de la province de Fayoum soit versé
dans la caisse du payeur résidant à Beni-Souef, vu que la pro-
vince du Fayoum n'a point de payeur, ainsi quand vous au-
rez deux ou trois mille pataquès, envoyez les moi parce que
j'aurai instamment l'occasion de les faire passer au Caire. Vous
m'enverrez également onze chevaux qui restent à percevoir
dans la province de Fayoum parce que j'ai des dragons que
l'on m'a envoyés pour être montés.
Zaj^czek au citoyen Noble l
(Beni-Souef), le 5 messidor (23 juin 1799).
Je vous envoie la copie de l'ordre dont a été porteur l'ad-
judant général Boyer. Vous fournirez à ce commandant tous
les renseignements nécessaires à la perception du miri dont il
est chargé, vous m'instruirez au fur et à mesure de vos opé-
rations. J'espère que le recouvrement ne sera pas long vu qu'il
y a beaucoup de villages d'affermés.
J'ai reçu votre lettre du 3 messidor. J'écris au général Boyer
au sujet de l'argent que vous désirez avoir ici pour envoyer
au Caire.
Zaj^czek au chef de brigade Detrès ^
(Beni-Souef), le 5 messidor (23 juin 1799).
Les Arabes chassés par le général Friant s'étaint arrêtés
hier à Sédiman. Le chef de bataillon de la 21', Sacrost, devait
les avoir attaqués cette nuit. On a entendu le feu de canon et
de la mousqueterie.
J'ignore le résultat du combat, mais je ne doute point qu'ils
n'aient pas été battus.
1 Ms. Oss. 2582.
2 Ms. Oss. 2582.
270 ZAJACZEK
Si le général Priant est encore à Miniet, je vous prie de lui
présenter mes civilités ^
Zaj^czek au général Berthier^.
(Beni-Souef), le 5 messidor (23 juin 1799).
L'adjudant général Boyer m'a envoyé aujourd'hui du Fa-
youm l'ordre du 27 prairiaP, par lequel il m'est enjoint de lui
donner des renseignements nécessaires pour la perception du
miri. Je l'ai fait aussitôt, d'ailleurs il y a trouvé l'agent français
occupé de cette besogne. Si le recouvrement de l'impôt a tardé,
la faute en est au peu de force que j'avais. Les habitants étant
accoutumés à la contrainte, ne veulent rien payer de bonne
grâce, d'ailleurs plusieurs irruptions de Mameluks que j'ai com-
battus et chassés des deux provinces, m'ont pris du temps. Au
reste je suis bien aise d'avoir l'adjudant général Boyer pour
témoin de mes opérations passées et futures.
Zajqczek à t adjudant général Boyer à Medine^.
(Beni-Souef), le 7 messidor (25 juin 1799).
Les Arabes de la tribu de Geamma, les mêmes que le gé-
néral Priant a poursuivis jusque dans la province de Benhassé,
1 Priant, général de brigade, à Zayonchek, Minieh, le 30 prairial
VII (18 juin) «...Je viens de me rendre ici sur ordre du général Desaix à la
tête d'une colonne mobile dans l'intention de me joindre avec la garnison
de Minieh et de chasser de cette province les Arabes Je vous invite de
vous mettre en mesure de vous faire bien instruire de leurs mouvements
afin de savoir de votre côté leur donner une nouvelle chasse. Les tribus
d'Arabes Benouafi et Koraïm se sont réunies à nous>. (Arch. h. de la G-.).
Voir LaJonquièreV. 258, 265, 267—8, 271—3.
2 Ms. Oss. 2582.
3 Arch. h. de la Guerre, Registre G. p. 60. Berthier au général Za-
jaczek, commandant des provinces de Fayoum et de Beni-Souef, à Beni-
Souef. Caire, le 27 prairial VII (15 juin). Avis de la mission de l'adjudant
général Boyer. Ordre de lui fournir tous les renseignements qui peuvent
lui être utiles.
* Ms. Oss. 2582.
A BKRTHIER ET A BOYF.R 271
se sont portés à la hauteur du village de Zarech ^ qui est dans
la province du Fayoum. Cette tribu est composée de mauvaises
gens qui pillent, volent et refusent de faire la paix, ainsi il ne
faut pas les souffrir dans notre voisinage. Mon cher Général,
veuillez bien prendre vos mesures en conséquence ^. Les
Arabes du Fayoum ayant tous fait la paix, prévenez les de
s'unir à vous pour chasser ces malheureux. Osman Soborgi^
pourra vous être utile dans cette occasion.
Le citoyen Poussielgue vient d'écrire à l'agent français de
la province de Benhassé: ('Quoique les villages de votre pro-
vince soient affermés, cela ne change absolument rien à vos me-
sures et à la marche que vous devez suivre. Il faut continuer
d'agir, comme si les villages n'étaient pas affermés. L'essentiel
est qu'ils payent et que les grains descendent au Caire. Les
fermiers ajouteront à vos moyens et à votre autorité tous les
secours que leur intérêt personnel leur fera trouver. On comp-
tera après avec eux». D'après la teneur de cette lettre nous se-
rions obligés de percevoir le miri dans tous les villages affer-
més. Communiquez, je vous prie, cet article au citoyen Noble
en l'engageant d'écrire à l'administration pour avoir à cet égard
quelque éclaircissement quoique la lettre du citoyen Poussielgue
soit très claire, mais dans une opération aussi compliquée on
ne saurait prendre trop de précautions.
La partie de la province de Beni-Souef où l'on va perce-
voir à cette heure le miri est très revêche. Le détachement
que j'y ai envoyé, n'est que de 130 h. Je ne puis les renforcer
1 II s'agit probablement du village Zarihéh qui se trouve sur la rive
droite du canal Joseph, un peu au nord de Sédiman.
2 Voir faux Arch. h. de la Gu.) deux lettres du général Friant à Zayon-
chek. Mingotij (Mangatin), 2 messidor (20 juin). «J'ai l'honneur devons pré-
venir, que deux cents Arabes, composant la tribu Geamma, quatre kachefs
et une vingtaine à la poursuite desquels je suis, sont.... à Fedimone (?)
(Sédiman), village de votre province. Comme mes instructions de ne
point trop m'éloigner de Siout, je n'irai pas plus loin qu'ici et vous laisse
le soin de les poursuivre de nouveau. Les Arabes de Zaïda doivent traiter
de la paix aujourd'hui avec moi->. 3 messidor VII (21 juin) «La tribu Zaïda
est maintenant dans les environs de Sédiman, composée de 150 Arabes.
Celle de Geamma, environ 200, est maintenant dans le Fayoum.... Jq vous
engage à poursuivre ces deux tribus». Voir aussi La Jonquière V. 271.
^ «Schorbadgi» dans le texte original.
272 ZAJACZKK
parce que je n'ai que des malades. Ainsi, mon cher Général, |
arrangez vous de manière à m'envoyer cent hommes pour être
unis au détachement qui est en tournée. Deux cents hommes ■
suffiront pour le Fayoum dont les habitants sont pacifiques,
tandis que ceux de Benhassé sont très récalcitrants. J'aimerai
encore mieux que vous vous y portassiez avec toute votre
force, si le miri était achevé dans le Fayoum. Cela n'étant pas, '
je vous prie de m'envoyer cent hommes le plutôt que vous
pourrez. Leur route doit être par Beni-Souef. Adieu, mon cher
Général, je vous salue.
P. S. N'oubliez pas, je vous prie, de m'envoyer le plutôt
possible cinq chevaux pour monter les dragons.
Fayoum n'a rien à craindre des Mameluks. Il n'en existe plus i
dans la haute Egypte. Mourad-Bey a encore 150 hommes, mais
le général Desaix le veille de près.
Zaj^czek à l'adjudant général Boyer \
(Beni-Souef), le 9 messidor (27 juin 1799).
J'ai reçu votre lettre du 8 messidor. Vous avez parfaite-
ment bien fait d'avoir cherché à éloigner de la province les |
Arabes voleurs en les attaquant. Cela était d'autant plus né- }
cessaire que Mourad-Bey a quitté la retraite et qu'il pouvait *
les réunir à cette troupe, comme vous le verrez dans la copie
de la lettre du général Friant ci-jointe ^.
Je ne puis vous envoyer que 3000 cartouches; je partage
avec vous ce que j'avais; il ne m'en reste que trois mille, mais
j'en attends tous les jours du Caire. Pour des pierres à fusil
je n'en ai point.
J'ai envoyé ce matin au citoyen Noble deux lettres de l'ad-
ministration générale; je présume qu'il y sera informé de ce
que l'on aura décidé à l'égard des fermiers.
1 Ms, Oss. 2582.
2 Lettre du 25 juin annonçant la descente de Mourad-Bey vers la basse
Egypte. <I1 est indispensable que vous poursuiviez les Arabes de Geamma
et de Zaïda pour empêcher la réunion de ces deux troupes».
A BOYER ET A BONAPARTE 273
Je sens comme vous qu'il ne faut point partager ses forces,
mais le détachement de cent hommes que je vous ai demandé,
m'aurait été très utile. Cependant je me consolerai de cette
privation par l'idée que la perception du miri du Fayoum sera
accélérée. Je vous connais trop, mon cher Général, pour vous
prier de hâter le recouvrement de cette imposition, je vous
dirai seulement que je vous attends avec impatience, car le
paysan de la province où je suis, est très récalcitrant et la
nouvelle du mouvement de Mourad-Bey va le rendre encore
plus difficile sur l'article du payement. Quant à la somme qui
vous est due, je serai d'avis que, pour être en règle, vous pré-
sentiez votre ordonnance au payeur de Beni-Souef qui est le
même du Fayoum. Cela est d'autant plus nécessaire que le
dernier ordre du jour que j'ai reçu du Caire, défend de tou-
cher à l'argent perçu dans les provinces sans un ordre exprès,
et rend responsables les agents française Si j'avais un exem-
plaire de cet ordre, je vous l'enverrai, mais je n'en ai qu'un.
Prenez, je vous prie, vos mesures pour être informé à temps
de l'approche de Mourad-Bey. J'en ferai autant de ma part. Il
est également essentiel de savoir ce que sont devenus les
Arabes que vous avez attaqués. Selon les nouvelles que j'en
ai reçues hier dans la matinée, ils devaient avoir passé dans
la petite oasis qui est à deux journées de marche de Fayoum.
Tâchez de vous en assurer, et de m'en prévenir. — Adieu, mon
cher Général, je vous salue bien cordialement.
Zaj^czek au général en chef Bonaparte l
(Beni-Souef), le 9 messidor (27 juin 1799).
j Les Arabes de la tribu de Geamma après avoir fait sem-
(blant de demander la paix se sont portés rapidement du côté
|de Fayoum. J'en avais déjà prévenu l'adjudant général Boyer.
111 les fît attaquer et leur a tué cinquante hommes, mais nous
;avons perdu deux des nôtres et nous avons six blessés. Il
* Voir l'ordre du jour de l'armée du 3 messidor (21 juin) (La Jon-
quière V. 239).
» Ms. Oss. 2582.
Les Polonais en Egypte. 18
274 ZAJACZEK
n'est pas encore bien certain de quel côté ces vagabonds ont
dirigé leur marche.
Le général Friant me mande de Miniet que Mourad-Bey
a quitté sa retraite et qu'il paraît diriger sa marche vers le Fa-
youm, à la tète de 3 à 400 cavaliers. J'ai pris des mesures
pour être avisé à temps de son approche. J'en ai prévenu l'ad-
judant général Boyer. Nous tâcherons de le bien recevoir, mais
il nous faut des cartouches. J'ai partagé celles qui me restaient
avec ia garnison du Fayoum.
Nous faisons nos efforts dans les deux provinces pour ac-
célérer le miri, mais cela ne va pas aussi vite que nous le
désirerions.
Zaj^czek au chef de bataillon Sacrost ^
(Beni-Souef), le 9 messidor (27 juin 1799).
La garnison de Fayoum vient de livrer un combat aux
Arabes de la tribu de Geamma. Ces derniers y ont perdu
50 hommes, mais nous eûmes deux hommes en tués et six en
blessés.
Je vous envoie la copie de la lettre du général Friant.
Avertissez moi avec exactitude de ce que vous entendrez de
(la) marche de Mourad-Bey. Je n'ai pas besoin de vous dire
d'être sur vos gardes, car je vous connais trop.
Quant à l'affaire du Mameluk dont Ton a saisi les esclaves
et les effets, cet homme a mérité en quelque façon ce traite-
ment pour avoir tardé à demander la paix, ce qui ne prouve
pas les intentions droites de sa part. Cependant comme cela
me paraît un homme misérable, je serai très porté à lui faire
rendre tout ce que l'on lui a pris. Je vous en écrirais plus tard,
quand j'en aurai parlé à l'agent français, cette affaire étant
totalement de sa compétence.
Rien de nouveau du Caire. Pressez le miri tant que vous
pouvez, et envoyez moi les deux mille pataquès que vous
avez.
1 Ms. Oss. 2582.
A BONAPARTE, SACROST ET A BOYER 275
Zaj^czek au général en chef Bonaparte^.
(Beni-Souef), le 9 messidor (27 juin 1799).
J'ai rhonneur de vous envoyer le paquet venant du général
Priant, ainsi que la copie de la lettre qu'il m'a écrite. Il pour-
suit Mourad-Bey. Demain je me porte sur Sédiman comme il
le désire. Je rappelle le détachement que j'avais en tournée et
je fais venir l'adjudant général Boyer avec sa troupe.
Zaj^czek à l'adjudant général Boyer \
(Beni-Souef), le 9 messidor (27 juin 1799) à 8 heures du soir.
Je viens de recevoir la lettre du général Priant qui me
mande le 7, à 9 heures du matin, à quatre lieues plus haut que
Miniet, qu'il poursuit Mourad-Bey, que ce dernier n'a sur nos
troupes que deux heures d'avance. Mourad-Bey est fort de 400
hommes, dont le quart sur des dromadaires, le reste sur des
chevaux en mauvais état. Le général Priant me conjure de me
porter sur Sédiman. Je marche demain à la pointe du jour.
J'aurai avec moi 100 hommes à peu près. J'y appelle le dé-
tachement que j'ai en tournée et qui est de 130 hommes et
une pièce de trois. Je vous invite, Général, à venir me joindre
à Sédiman. Mettez toute la diligence possible. L'oiseau est in-
téressant à prendre.
Zaj^czek au chef de bataillon Sacrost^
(Beni-Souef), le 9 messidor (27 juin 1799).
Le général Priant me mande à 4 heures au-dessus de Miniet,
le 7, à 9 heures du matin, qu'il poursuit Mourad-Bey, que ce
dernier n'a que deux heures de marche sur lui, qu'il a 400
Mameluks, dont le quart monté sur des dromadaires et le reste
1 Ms. Oss. 2582.
2 Ms. Oss. 2582.
' Ms. Oss. 2582.
18'
276 ZAJi^CZEK
sur de mauvais chevaux, il me conjure de me porter sur Sé-
diman. Je marche demain à la pointe du jour avec ce que je
puis ramasser dans Beni-Souef. Vous de votre côté, mon cher
Commandant, marchez également sur Sédiman. L'adjudant gé-
néral Boyer se rendra de même. J'espère que vous recevrez
cette lettre avant le jour, et que vous partirez aussitôt. Boyer
n'a point de pièce.
Zaj^czek au général en chef Bonaparte'^.
(Sédiman), le 11 messidor (29 juin 1799).
Je me suis porté hier sur Sédiman. L'adjudant général Boyer
m'y a rejoint. A dix heures de la nuit nous fûmes informés
que Mourad-Bey a passé par Toutounné ^ pour ^ aller prendre
poste à Garah. C'est une petite oasis dans le sud-ouest du
Fayoum. Les Arabes de Geamma que l'adjudant général Boyer
a combattus, se sont joints à Mourad-Bey. On dit cette tribu
forte de 400 hommes. Une autre tribu de la province de Ben-
hassé, forte de 200 hommes, s'est aussi unie à lui, de manière
qu'il a aujourd'hui mille cavaliers. A son passage par Ben-
hassé* et Chanara il a écrit à tous les Arabes de la province
pour leur demander des vivres et des chevaux. Il n'a pas eu
de réponse. Nous ne savons rien du général Priant, mais il
est à croire qu'il ne tardera pas à s'approcher de nous. Ga-
rah ^ est à cinq lieues de Sédiman. Nous nous portons au-
jourd'hui sur Toutounné.
1 Ms. Oss. 2582.
' On ne trouve pas ce nom sur la carte dressée par Jacotin (La Jon-
quière II. 472, V. 276).
3 Biffé: et a été allé.
* = Behneseh.
^ «Garha» dans la minute.
A BONAPARTE ET A PRIANT 277
Le général de brigade Zaj^czek au général Priant^,
à Abou-Gandir.
Au qu. gén. de Sédiment 2, le 11 messidor an VII (29 juin
1799) à huit heures du matin.
Général, je suis à Sédiment depuis hier. L'adjudant général
Boyer m'y rejoint. Mourad-Bey s'est porté sur Garah, une petite
oasis dans le sud-ouest du Fayoum, à quatre lieues de Sédi-
ment. Nous marchons aujourd'hui sur Toutounné pour nous
approcher de l'ennemi. Salut et fraternité.
P. S. Depuis votre dernière du 7, à 9 heures du matin, je
suis sans aucune nouvelle de votre part.
Je reçois à l'instant votre lettre du 10. Nous savions déjà
que Mourad-Bey était à Garah dans le Fayoum. Nous devions
nous porter sur Toutounné.
Je pars de suite dans l'espoir de vous y rencontrer.
Je vous salue, Général. Zayonchek.
Le général de brigade Zajqczek au général Priant,
à Garah ^
Au qu. gén. d'Abou-Gandir^, à 5 heures de marche de Medine^,
le 11 messidor an VII (29 juin 1799) à quatre heures et
demie après-dîné.
Je suis à deux heures de marche de Nezleh^ dans un vil-
lage qu'il faut nécessairement passer lorsqu'on va de Garah
à Nezleh. Les habitants d'ici m'assurent que Mourad-Bey n'est
point à Nezleh et qu'au contraire il s'est porté dans la petite
oasis qui est à deux journées dans le désert de Garah. Mandez
1 A. h. de la a.
2 Sedment-el-Gebel ou Sédiman.
' Arch. h. de la Gru., A. d'Orient. Citée par La Jonquière V. 281.
* «Abougoudir» et «Abougoudy» dans texte original.
5 Medinet-el-Fayoum.
* «Neslé» dans texte original.
278 ZAJACZEK
nous, Général \ ce qu'il en est, et disposez de nous comme vous
le croirez le plus convenable pour l'utilité publique 2. Salut et
considération. Zayonchek.
Zaj^czek au général en chef Bonaparte ^
Medine, le 12 messidor (30 juin 1799).
Mourad-Bey nous a échappé. Il a gagné le désert à travers
duquel il se propose de descendre la province de Bahiré^ Le
général Priant l'a poursuivi jusqu'à Garah, petite oasis au
midi du Fayoum. Je m'en retourne demain dans ma province
de Benhassé. L'adjudant général Boyer s'y rendra dans quel-
ques jours pour presser le miri. Les habitants de la province
du Fayoum étant plus traitables, un détachement de 100
hommes y suffira pour achever le recouvrement des impositions.
Le général Friant va donner quelques jours du repos à sa
troupe avant que de s'en retourner dans la haute Egypte. Ce
petit séjour à Medine est d'autant plus nécessaire qu'il a ôté
à Mourad-Bey jusqu'à l'idée de revenir dans le Fayoum.
Zaj^czek au commissaire des guerres Jaquin ^
(Beni-Souef), le 14 messidor (2 juillet 1799).
Je viens de recevoir votre lettre de ce jour. Conformément
à vos désirs, à la nécessité du corps je viens d'ordonner à Moal-
1 La Jonquière écrit: Mandez, mon Général...
2 Voir le rapport adressé par le général Friant à Bonaparte, Médinet-
el-Fayoum, le 12 messidor. « Je pris le parti de me rendre à Garah où
j'arrivai à 10 heures du matin (le 11 messidor). Le soir, je me rendis au
village d'Abou-Gandir, où je fis ma jonction avec le général Zayonchek et
l'adjudant général Boyer, que j'avais instruits de tous mes mouvements et
de ceux de l'ennQmi, et qui, par les leurs, ont empêché Mourad de passer
par le Fayoum*. (La Jonquière V. 281—3). Voir aussi Corr. V 4245.
3 Ms. Oss. 2582.
* Biffé: Tous les rapports s'accordent qu'il a pris le chemin de Ba-
hireh...
5 Ms. Oss. 2582.
A BONAPARTE, JAQUIN, DAURE ET A DESAIX 279
lem Berson de vous fournir tout ce qui sera nécessaire au be-
soin de la troupe, en attendant la réponse de l'ordonnateur
à qui j'écris ég-alement au sujet de la cessation du service fait
par le garde -magasin Barrère. Ainsi la subsistance pour la
troupe se trouve assurée par ce moyen.
Zaj^czek à l'ordonnateur en chef Daure ^
(Beni-Souef), le 14 messidor (2 juillet 1799).
J'ai l'honneur de vous faire passer copie de la lettre que
m'a écrite le citoyen Jaquin, commissaire chargé du service de
cette place, qui me prévient que le garde-magasin Barrère vient
de cesser, faute de fonds, la fourniture de la viande, huile,
beurre, bois etc. J'ai ordonné à l'intendant copte afin que la
subsistance fut assurée à la troupe, de fournir ce qui l'est né-
cessaire, en attendant que vous ayez ordonné telle mesure
qui vous paraîtra convenable à ce sujet dans cette occasion.
Zaj^czek au général Desaix^.
(Beni-Souef), le 15 messidor (3 juillet 1799).
Votre lettre du 13 vient de m'être remise. Je suis fort
étonné que l'exprès que le général Priant vous a envoyé de
Medine, ne vous soit pas parvenu. Vous auriez été instruit que
Mourad a gagné le désert, que le général Priant l'a poursuivi
jusqu'à Garah, petite oasis au sud de Payoum; la garnison de
cette dernière province et celle de Benhassé ont été en mouve-
ment pour poursuivre Mourad-Bey, et je n'ai quitté le général
Priant que le 13 du courant. Il devait s'arrêter quelques jours
à Medine, tant pour reposer sa troupe qui en avait bien be-
soin, que pour empêcher que Mourad-Bey ne retourne dans le
Payoum. Au moment où je me suis séparé du général Priant,
nous ne savions pas encore ce que deviendrait Mourad-Bey,
1 Ms. Oss. 2582.
2 Ms. Oss. 2582.
280 ZAJACZEK
mais il est probable qu'il gagnera la province de Bahireh. Du
reste tout est tranquille dans le pays.
Votre avant-dernière lettre ne m'est pas parvenue, l'exprès
qui a été me chercher dans le Fayoum n'est pas encore de
retour.
Zaj^czek au général DesalxK
(Beni-Souef), le 16 messidor (4 juillet 1799).
J'ai l'honneur de vous envoyer le paquet qui vient de m'être
apporté du Caire.
67 volontaires de différents corps de votre division sont en-
voyés à Beni-Souef pour y attendre vos ordres.
Le général Priant se prépare à attaquer Mourad-Bey dans
sa retraite 2. Il vient de me demander 300 chameaux avec les
outres. Je tâcherai de le satisfaire.
Zaj^czek à l'adjudant Boyer\
(Beni-Souef), le 16 messidor (4 juillet 1799).
Je viens de recevoir un ordre de l'état-major en date du 14
du courant, par lequel j'apprends que vous êtes nommé com-
mandant de la province de Minieh. Comme on ne s'explique
pas dans le dit ordre, si vous y allez avec le détachement que
vous avez emmené du Caire, ou simplement avec une escorte
pour votre sûreté, je ne sais comment me régler dans cette
occasion. Si vous emmenez le détachement entier, le miri des
deux provinces court un grand risque de n'être pas perçu. Dans
tous les cas, je vous prie, Général, de ne pas emmener avec
» Ms. Oss. 2582.
2 Voir sa lettre à Bonaparte, du 1 juillet: «Mourad-Bey n'est point en-
core parti de la fontaine de Raïan.... Pour lui ôter les moyens de tenter de
passer par le Fayoum, j'ai placé un bataillon et une pièce de canon
à Abou-Gandir, village situé à l'entrée du désert Je cherche à me pro-
curer des chameaux pour aller chasser Mourad-Bey de Raïan, dans le cas
où il ne se déciderait pas à en sortir». (La Jonquière V. 283—1;).
3 Ms. Oss. 2582.
A DESAIX, BOYER ET A PRIANT 281
VOUS les 60 hommes de (la) 88^ que vous avez trouvés dans le
Fayoum. Vous savez que cette troupe a été de ma garnison,
vous savez de même combien j'en ai besoin. Si au contraire
vous laissez dans le Fayoum le détachement que vous avez
emmené, je vous prie de laisser le commandement de deux dé-
tachements réunis au plus ancien des deux chefs de bataillon,
Je crois que vous pouvez le faire d'autant plus hardiment, que
vous trouverez à Miniet une garnison de près de 500 hommes
d'infanterie. D'ailleurs le général Friant a trop peu de troupe
avec lui pour pouvoir se passer du détachement de la 88^
Faites moi l'amitié de me répondre réciproquement à cette
lettre et d'être persuadé de l'estime, amitié et considération que
je vous porte.
Zaj^czek au général Friant^.
(Beni-Souef), le 16 messidor (4 juillet 1799).
J'ai travaillé toute la journée pour vous pourvoir de cha-
meaux. J'en ai ramassé 200 qui sont à Beni-Souef, mais sans
bâts et sans outres. Les Arabes sont allés les chercher. J'espère
que vous les aurez demain, ainsi que 200 autres chameaux
après lesquels j'ai envoyé l'intendant de province copte.
J'ai l'honneur de vous envoyer la copie de l'ordre que j'ai
reçu 2. En cas que vous ayez quelques cavaliers de quelqu'un
des corps qui sont nommés et que vous n'ayez pas besoin pour
votre expédition, envoyez les moi à Beni-Souef pour que je les
fasse passer, conformément à l'ordre, au Caire.
1 Ms. Oss. 2582.
2 Arch. h. de la Guerre. Registre G. f''. p. 80. Berthier à Zayonchek,
commandant les provinces de Beni-Souef et de Minieh. Caire, le 14 messidor
VU (2 juillet 1799). Ordre d'envoyer au CairQ tous leurs hommes montés
du 7^ rég. de hussards et de 3^, 14® et 15® rég. de dragons. Avis que le chef
de brigade Detrès a ordre de se rendre au Caire avec son régiment et que
l'adjudant général Boyer va le remplacer dans le commandement de la pro-
vince de Minieh. Voir Corr. V. 4243, La Jonquière V. 288.
282 ZAJACZEK
Zaj^czek au général divisionnaire Berthier^,
(Beni-Sôuef), le 17 messidor (5 juillet 1799).
Le citoyen Peyre ^ adjoint à l'état -major, m'a remis votre
lettre du 13 messidor ^ Au lieu de 80 hommes du dépôt de la
division Desaix il (ne) m'en a amené que 67, le reste ne se trou-
vant pas en état de quitter le Caire. Il m'a remis les 12 mille
cartouches qui m'avaient été envoyées.
J'ai reçu le même jour votre lettre du 14. J'enverrai au
Caire les dragons du 14™'' qui se trouvent montés à Beni-Souef,
lorsque le chef de brigade Detrès descendra, parce que je pour-
rais les compromettre en les envoyant seuls; ils ne sont que
11 de montés.
Mourad-Bey est toujours dans sa position en Raïan ^, fon-
taine située dans le désert, à deux journées de marche de
Medine. Le général Priant m'a demandé 300 chameaux et au-
tant d'outrés pour faire une expédition dans le désert. Je m'en
occupe depuis deux jours et j'espère pouvoir les lui faire pas-
ser aujourd'hui. Je ne doute point que le général Priant ne
vous instruise de tout ce qui concerne Mourad-Bey à mesure
que les événements se présentent.
P. S. Je ne puis vous envoyer que dans quelques jours
l'état de situation des troupes qui sont sous mon commande-
ment, parce que depuis l'apparition de Mourad-Bey elles se
trouvent disséminées et courent le pays.
1 Ms. Oss. 2582.
2 «Paire» dans la minute.
3 A. h. de la G. (Reg. G. p. 79). Berthier à Zaj^czek, commandant
de Beni-Souef, 13 messidor VII (1 juillet). Avis que les 80 hommes qui ont
ordre de s'y rendre avec des munitions, y seront à ses ordres en attendant
ceux du général Desaix.
* «Royal» dans la minute.
A BERTHÎER ET A PRIANT 283
Zaj^czek au général Priant^.
(Beni-Souef), le 17 messidor (5 juillet 1799).
J'ai reçu votre lettre du 16. Malgré tous les mouvements que
je me donne, je ne suis pas encore à même de vous envoyer
les chameaux demandés. Rien n'égale la lenteur de gens du
pays. Malgré que je me suis emparé des chameaux, je ne puis
vous les envoyer, parce que ces malheureux Arabes tardent
à m'apporter les bâts et les outres. J'envoie courrier sur cour-
rier, mais il ne se pressent pas davantage. Cependant j'espère
que vous les aurez cette nuit au plus tard. — J'ai expédié votre
lettre pour le général Desaix. Je vous prie d'envoyer les deux
incluses à l'adjudant général Boyer.
Le général de brigade Zaj^czek au général de brigade
Priant l
Au qu. gén. de Beni-Souef, le 17 messidor an VII (5 juillet
1799), à 9 heures du soir.
Général, un cheik arabe, nommé Marmond-abou-y-ekié, de
la tribu de Quoualis, fixé dans la province de Benhassé, vient
de mander à l'intendant copte de la même province que Mou-
rad-Bey s'est porté sur un village nommé Zahiut-el-Barmazé ^.
Ce village est à onze lieues de Beni-Souef, au bord du désert.
Ali-Kachef et Ismaïn-Kachef se sont portés en même temps sur
Mezura*. L'un et l'autre de ces villages sont de la province
de Benhassé et situés au bord du désert. Toute fausse que me
paraît cette nouvelle, j'ai cru devoir vous la mander. L'inten-
dant copte que j'ai chargé des chameaux doit vous en emme-
ner demain 160. Ceux que j'ai ici n'attendent qu'après les bâts
et les outres, après lesquels ces malheureux Arabes me font
languir. — Salut et considération. Zayonchek.
1 Ms. Oss. 2582.
« Arch. h. de la Gu., A. d'Orient.
' Probablement: Barnacha sur la rive du canal Joseph.
* Probablement: El-Meçourah, village situé vis-à-vis de Barnacha.
284 ZAJACZEK
Zaj^czek au général en chef Bonaparte^.
(Beni-Souef), le 18 messidor (6 juillet 1799).
Mourad-Bey remonte. Il est aujourd'hui à Behnesé. Le gé-
néral Priant, l'adjudant-général Boyer, avec le détachement de
la SS*" le poursuivent. Le général Priant m'engage à me porter
sur Garah, poste essentiel à garder en cas que Mourad pressé
par le général Desaix qui est à Miniet, veuille redescendre.
Mais si je m'y porte, je ne pourrai pas renvoyer le bataillon
de la 22''2, et ce qu'il y a de pire encore c'est que la perception
du miri sera suspendue.
Zaj^czek au chef de bataillon Sacrost^.
Le 18 messidor (6 juillet 1799).
Le général Priant me mande que Mourad-Bey remonte, qu'il
va le poursuivre, que l'adjudant-général Boyer est de sa partie
et qu'on vous laisse 60 hommes de la 88^ Mon cher Comman-
dant, en retenant auprès de vous ces 60 hommes de la 88^ et
tous ceux de la 2V — vous aurez 130 hommes passés. Ren-
voyez moi tout ce que vous avez de la 22®, ainsi que la pièce
de canon. Vous serez assez fort pour percevoir le miri de Pa-
youm, et j'ai besoin de la pièce pour agir au midi de la pro-
vince qui est revèche, comme vous le savez. Le général Priant
me mande de me porter sur Garah dans le Payoum. Je ne
puis le faire à moins de renoncer tout à fait au miri de la
province de Behnesé. Mais je vous charge, mon cher Comman-
dant, de faire observer le mouvement de Mourad afin d'en être
averti à temps, et de vous porter avec célérité sur Garah, mais
je doute que Mourad-Bey s'avise de revenir, et il est impossible
de sacrifier le miri pour parer à un événement qui est très
incertain.
1 Ms. Oss. 2582.
* On s'occupa à cette époque de la nouvelle organisation de l'infan-
terie (Voir La Jonquière V. 201—5, 207-13, 580).
3 Ms. Oss. 2582.
A BONAPARTE ET A SACROST 285
Zaj^czek au général en chef Bonaparte ^
(Beni-Souef), le 19 messidor (7 juillet 1799).
Depuis ma lettre d'hier le général Priant a changé de dis-
positions, il attend Mourad-Bey du côté de Garah dans le Fa-
youm, et me charge de porter tout ce que je pourrai avoir de
force sur Fechn. Aussi j'y envoie un détachement de 200
hommes ne laissant à Beni-Souef que très peu de monde pour
garder les malades.
J'ai l'honneur de vous envoyer la copie de la lettre du gé-
néral Desaix^
Mourad-Bey est à Barmacha, village situé dans la province
de Behneseh au bord du désert et presque à la même hauteur
que Fechn. Il a fait couper la tète au cheik de ce village. Le
général Friant croit qu'il ne s'est porté là que pour favoriser
la jonction des Mameluks descendant de la haute Egypte avec
sa troupe.
1 Ms. Oss. 2582.
2 Cette lettre du 14 messidor n'est pas conservée, nous avons retrouvé
seulement celle du 15. Desaix à Zajaczek, Taha près Miniet, le 15 mes-
sidor VII (3 juillet). «J'ai vous ai mandé hier... que j'avais reçu l'avis que
les beys Hassan et Osman avaient quitté les environs des cataractes pour
descendre dans la basse Egypte. Le 11, ils étaient à la hauteur de Tahtah,
moitié chemin de Girgeh à Siout. Ils passeront à la hauteur de Miniet le
16 ou 17. J'ai pris position à Taha, village situé près du désert. Je ferai
tout ce que je pourrai pour inquiéter les Mameluks à leur passage. Je pré-
viens le général Friant de leur mouvement et l'engage à faire l'impossible
pour les joindre et les combattre; il ne faut pas leur donner le temps de
se reconnaître. Un commissaire que j'avais envoyé à Beni-Souef, vient de
revenir, il ne vous a trouvé. Je pense que vous êtes avec le général Friant.
Faitez donc... tout ce que vous pourrez pour achever les mamelouks, ils
sont très fatigués». A. h. de la G. Voir les lettres adressées en môme
temps à Friant, La Jonquière V. 285—6.
286 ZAJACZEK
Zajqczek au général Priant^.
(Beni-Souef), le 19 messidor (7 juillet 1799).
Conformément à vos intentions j'envoie un détachement de
200 hommes sous les ordres du chef de bataillon Sacrost à Fechn^.
C'est tout ce qui m'a été possible de tirer de ma garnison.
J'ai beaucoup de malades.
Mourad-Bey s'est porté de Barmacha sur El-Meçourah. C'est
un mouvement rétrograde vers le Fayoum. Je dois recevoir de
ces nouvelles à midi ou vers le soir. Je ne manquerai pas de
vous les communiquer. Si ma pièce de canon, ainsi que 60
hommes de la 88* peuvent être envoyés par le général Boyer,
je vous prie, général, de ne pas tarder à les expédier. Le dé-
tachement de Fechn aurait besoin de ce renfort.
P. S. Les chameaux étaient partis pour aller vous joindre,
mais à votre lettre qui m'annonçait que vous quittiez le Fa-
youm, j'ai cru qu'ils ne vous étaient plus nécessaires; je les ai
congédiés.
Zajqczek au citoyen Noble ^.
(Beni-Souef), le 19 messidor (7 juillet 1799).
Vous ne me mandez point, Citoyen, ce que vous faites dans
le Fayoum. Comment va la perception du miri et de chevaux?
Tâchez de profiter du séjour de la troupe du général Friant
et (1') instruisez de moi.
* Ms. Oss. 2582.
2 Voir la lettre de Friant à Desaix, Medinet-el- Fayoum, 18 messidor
(La Jonquière V. 293): «Je vous ai instruit, ce matin, ...du mouvement
rétrograde de Mourad-Bey. Sans doute, il ne l'a fait que dans l'intention
de se réunir avec Hassan-Bey... J'ai placé l'adjudant général Boyer au vil-
lage de Garah, lieu où il faut qu'ils passent, s'ils veulent descendre dans le
Bahireh... et j'ai prié le général Zayonchek de se porter à Fechn pour les
empêcher de passer sur la rive droite... Aussitôt que je serai assuré que
Mourad-Bey a passé Behneseh, je me mettrai en marche pour vous re-
joindre. Boyer viendra avec moi »
3 Ms. Oss. 2582.
A FRIANT, NOBLE ET A DES AI X 287
Les dragons devant partir pour le Caire et ne se trouvant
pas tous montés, je nne suis forcé de leur donner deux de mes
chevaux pour ne pas encourir le blâme de la négligence. Je
vous en préviens, Citoyen, afin que vous pensiez de me don-
ner deux chevaux de ceux qui sont à percevoir dans le Fa-
youm.
Zajqczek au général Desaix^.
(Beni-Souef), le 19 messidor (7 juillet 1799).
J'ai reçu la lettre que vous m'avez (fait) l'honneur de m'é-
crire le 14 de Taha, et conformément à vos ordres j'ai instruit
le général en chef de son contenu.
Mourad-Bey a quitté sa position de Raïan. Avant hier il
était à Barmacha, village situé au bord du désert à deux ou
trois lieues plus haut que Fechn. Hier il s'est porté sur Me-
çourah qui est à la hauteur de Fechn. Le général Friant croit
qu'il n'a fait ce mouvement que pour favoriser sa jonction avec
ceux des siens qui descendent de la haute Egypte. Ce général
s'est décidé à garder le poste Garah dans le Fayoum et m'en-
gage à me porter sur Fechn. J'y envoie le chef de bataillon
Sacrost avec 200 hommes, c'est à dire avec tout ce que j'avais
de disponible.
Zaj^czek au général Friant '^,
(Beni-Souef), le 19 messidor (7 juillet 1799).
Je vous envoie la copie de la lettre que le général Desaix^
vint de m'écrire^. Vous trouverez dans le même paquet trois
lettres 5 à votre adresse. La nuit du 18 au 19, une partie de
Mameluks au nombre de 100 hommes a passé par Sédiman.
1 Ms. Oss. 2582.
2 Ms. Oss. 2582.
' «Friant» dans la minute.
* Celle du 14 messidor.
5 Celles du 13, 14 et 15 messidor (La Jonquiere V. 284—6).
288 ZAJACZEK
Ils ont tenu le chemin de la province de Gizeh. Du reste, je
n'ai rien de nouveau.
Zajqczek au général en chef Bonaparte^.
(Beni-Souef), le 20 messidor (8 juillet 1799).
J'ai l'honneur de vous envoyer la copie de la lettre du gé-
néral Priant 2. J'ai reçu celle de l'état-major général en date
du 17. Le mouvement que vous m'y commandez étant subor-
donné aux ordres que je pourrais recevoir du général Priant,
je ne puis me porter dans Atfieh ^ vu que j'occupe par un dé-
tachement de 200 hommes le point de Pechn et que je m'y
porte incessamment, moi-même, aussitôt que la caisse aura été
embarquée sur La Vénitienne. La somme que je vous en-
voie est de 65 mille livres.
Zaj^czek au général Desaix^.
(Beni-Souef), le 20 messidor (8 juillet 1799).
Le général Priant me mande dans sa lettre du 19 qu'il se
porte sur Mansoura ^. Il désire en même temps que je renforce
la garnison de Medine. Je m'y porte moi-même avec 40 hommes
n'ayant pas davantage de disponibles, un détachement de 200
tirés de ma garnison se trouve à Pechn.
1 Ms. Oss. 2582.
2 Voir La Jonquière V. 293. De Medinet-el-Fayoum, 19 messidor,
Priant donne à Zayonchek avis de son mouvement pour joindre Desaix.
In fine: «Je laisse ici votre pièce de 3 avec environ 80 hommes. Aussitôt
que vous me saurez passé à El-Meçourah, je vous invite à envoyer ici du
renfort avec les moyens d'évacuer les malades».
' Berthier à Zaj^czek, 17 messidor VII (5 juillet). «L'intention du
général en chef est que vous fassiez une course du côté d' Atfieh pour se-
conder le général Rampon qui part demain du Caire, si le général Priant
ne l'a pas faite. L'exécution de cet ordre est cependant subordonnée à ceux
que vous recevrez du général Priant qui pourraient lui être dictés par la
conduite de Mourad-Bey et par intérêt majeur de le poursuivre sans re-
lâche». — [Arch. de la a.). Voir Corr. V. 4244, 4245, 4253.
* Ms. Oss. 2582.
5 El-Meçourah.
A BONAPARTE, DESAIX, PRIANT ET A SACROST 289
!
! Zaj^czek au général Priant^.
(Beni-Souef), le 20 messidor (8 juillet 1799).
J'ai reçu la lettre que vnus m'avez (fait) l'honneur de m'é-
crire le 19^ du courant. Vous désirez que je renforce la gar-
nison de Medinet, mais je suis si faible que c'est seulement
avec 40 hommes que je m'y porte moi-même. Donnez moi de
vos nouvelles le plus souvent que (vous) le pourrez, elles régle-
ront ma conduite. Je voulais^marcher sur Fechn pour rejoindre
le détachement de 200 hommes que j'y ai envoyé, mais votre
lettre m'a décidé à me rendre à Medinet.
Zaj^czek aa chef de bataillon Sacrost l
(Beni-Souef), le 20 messidor (8 juillet 1799).
Le général Priant doit coucher aujourd'hui à Mansoura*.
I Pour moi, je me porte sur Medine ^ avec ce que je puis avoir
I d'hommes disponible. Mandez moi votre position. Quand vous
i aurez besoin de secours, prévenez m'en de bonne heure. Je
pars demain pour Medine.
Le général de brigade Zaj^czek au général de brigade
Priant ^
Au quar. gén. de Beni-Souef, le 20 messidor an VII (8 juillet
1799).
Général, j'ai l'honneur de vous envoyer la copie de l'ordre'
que j'ai reçu du Caire; le point de Fechn est gardé par deux
* Ms. Oss. 2582.
2 20 dans la minute.
» Ms, Oss. '2582.
* El-Meçourah.
' Medinet-el-Fayoum.
* Arch. h. de la Gru , A. (V Orient.
' L'ordre du 17 messidor.
liée Polonais en Egypte. 19
290 55AJÂCZRK
cents hommes; aussitôt que j'aurai expédié la caisse pour le
Caire, je m'y porterai moi-même avec 50 ou 60 hommes que
je puis avoir de disponibles.
Les cent Mamlouks que je vous avais annoncés hier, filant
vers la province de Gizeh, se réduisent à huit cavaliers ©t
quatre dromadaires qui ont passé le Nil près de Zaoué ^ Je
vous salue.
Le général de brigade Zajqczek au général de brigade
Priant '^.
Au quar. gén. de Beni-Souef, le 20 messidor an VII (8 juillet
1799).
Général, j'ai re;u votre lettre du 19. Mourad-Bey est tou-
jours à Bermasé^; il envoie des Arabes qui lui sont attachés
dans tous les villages qui bordent le désert, pour y demander
des provisions et de l'argent.
Le chef de bataillon Sacrost, avec un détachement de 200
hommes, est à Fechn; pour moi, je me rendrai demain à Me-
dinet, avec 40 ou 50 hommes que je puis avoir de disponibles,
pour renforcer la garnison de Medine, conformément à vos
souhaits. Je vous observerai seulement, Général, que le détache-
ment de Fechn, étant sans pièces, me semble trop faible. —
Salut et considération.
Zaj^czek au général Priant^.
(Beni-Souef), le 21 messidor (9 juillet 1799), à 2 heures après
midi.
Mourad-Bey doit être à El-Meçourah. C'est un.... cheik très
connu qui m'en assure. Je viendrai vous joindre cette nuit avec
» El-Zawieh.
'^ Arch. h. de la Gu , Armée d'Orient, Ms. Oss. 2582. La Jonquière
V, 296 (extrait).
' Barmacha.
* Ms. Oss. 2582.
A PRIANT, BKRTHIER ET A LA COMMISSION DES GKAINS 291
I
I 50 hommes. Pour Sacrost, j'aimerai mieux de le laisser à Fechné,
I parce qu'il y perçoit le miri, mais si vous ne croyez sa pré-
: sence nécessaire dans le Fayoum, je le ferai venir. Nous en
parlerons demain matin.
Zaj^czek au général Berthier^.
(Beni-Souet), le 21 messidor (9 juillet 1799).
J'ai l'honneur de vous envoyer l'état de situation de la gar-
nison de Beni-Souef. Mourad-Bey est à El-Meçourah, le général
Friant à Sédiman, je vais le joindre ce soir. 200 hommes de
mon détachement sont à Fechné. J'en laisse ici 42 pour la
sûreté des malades et je marche avec 50 pour m'aboucher avec
le général Friant. Ce malheureux Mourad-Bey retarde la per-
ception du miri, empêche le retour du bataillon de la 22'', et nous
tient continuellement en haleine.
P. S. Les dragons du 14' et 17*^ sont partis hier pour se
rendre au Caire au nombre de 42.
Zaj^czek à la commission des grains ^\
(Medinet-el-Fayoum), le 22 messidor (10 juillet 1799).
J'ai eu l'honneur de vous répondre ^ hier à votre lettre du
17, mais je vous ai écris trop à la hâte* et je crois devoir me
répéter. Le chef de bataillon Sacrost se trouve dans ce mo-
ment-ci en tournée entre Bouepique et Fechn. Il est prévenu
que vous allez vous réunir ^ à lui et qu'il vous doit toute l'as-
sistance possible. Je vous observerai seulement que tant que
Mourad-Bey restera dans notre voisinage, il ne pourra y avoir
* Ms. Oss. 2582.
2 Ms. Oss. 2582.
' Cette réponse n'est pas conservée.
* Biffé: mais l'incertitude où je suis, que ma première lettre vous (est)
parvenue.... je me répète, citoyen, en vous instruisant que....
5 Biffé: si votre intention est de vous réunir à lui ainsi si telle est
votre volonté, réunissez vous à lui.
19*
292 ZAJACZEK
aucune suite dans nos opérations économiques, qu'elles seront
interrompues à tout instant et que le chef de bataillon Sacrost
peut être rappelé d'un moment à l'autre pour agir contre
Mourad-Bey.
Zaj^czek au chef de bataillon Sacrost ^
(Medinet-el-Fayoum), le 22 messidor (10 juillet 1799).
J'ai reçu votre lettre du 20. Je ne puis vous dire rien de
décisif dans la présente. Le général Priant est à Embaché,
Mourad-Bey à Garah. Je me suis rendu à Medine parce que
le général Priant désirait que la garnison d'ici fut renforcée.
J'ai amené avec moi 50 hommes. Je serai très fort d'avis que
vous vous occupiez à percevoir le miri. Si Mourad-Bey gagne
le désert, on n'aura pas besoin de votre détachement. Si au
contraire il remonte pour la seconde fois, vous serez à même
de vous porter sur tel point que l'on voudra. J'espère que d'ici
à demain cela s'éclaircira.
La commission des grains m'a demandé de s'unir à vous
pour faire ensemble la tournée pour les grains. En cas qu'on
se rend chez vous, accordez leur toute l'assistance possible.
Aussitôt qu'on m'aura rendu notre pièce, je vous l'enverrai.
Zaj^czek au général Priant^.
(Medinet-el-Payoum), 22 messidor (10 juillet 1799).
J'ai réitéré les ordres pour que la province de Behneseh
s'empresse à vous envoyer des chameaux et des outres. J'en ai
fait autant dans le Payoum depuis mon arrivée, mais je vous
tromperai, Général, si je vous assurais que cette opération sera
faite avec célérité.
Le général Desaix m'invite dans sa dernière lettre à m'unir
à vous. Ordonnez, Général, et je suis prêt à exécuter tout ce
que vous voudrez bien me prescrire. Ma force est avec le chef
1 Us. Oss. 2582.
' Ms Oss. 2582.
A SACROST, PRIANT, BONAPARTE ET A ROCHRIiRUN 293
de bataillon Sacrost. Le ferez vous venir ou le laisserez vous
où il est, cela ne dépend que de vous. Je croirai cependant
que si Mourad-Bey gagne le désert, vous n'aurez pas besoin
de Sacrost, parce que plus vous aurez de monde, plus votre
opération 1 sera embarrassante. Si au contraire M.urad-Bey re-
monte encore, Sacrost pourrait devenir très utile alors, en se
portant sur tel ou tel point que les circonstances indiqueraient.
Mourad-Bey a écrit aux Mameluks de la rive droite de ve-
nir le joindre, mais il n'y a pas de certitude à cette nouvelle.
Zaj^czek au général en chef Bonaparte^.
(Medinet-el-Fayoum), le 22 messidor (10 juillet 1799).
Mourad-Bey s'est enfoncé de nouveau dans le désert. Le
général Priant l'a poursuivi jusqu'au bout de la province. Nous
sommes pour la seconde fois à courir après les chameaux et
les outres nécessaires à l'expédition du désert, que ie général
Priant veut tenter. — Ce maudit Mourad-Bey nous fait perdre
un temps bien précieux, dérange la perception du miri, et tient
1 toutes nos forces en haleine.
I , Il est très probable qu'il ne s'est porté à Barmacha^ que
pour favoriser la jonction d'Osman-Bey avec lui; il en aura 60
cavaliers de plus. Nos émissaires prétendent qu'il a écrit aux
Mameluks résidant sur la rive droite, de venir le joindre.
ZaJ^czek au commandant de la place (de Beni-Souef)
(Rochebrun) *.
(Medinet-el-Payoum), le 22 messidor (11 juillet 1799).
Prévenez, je vous prie, Moallem Ibrahim de vous envoyer
tous les courriers et conformez vous à cet égard à ce que je
vous ai recommandé en partant.
* C. à d. l'expédition du désert.
2 Ms. Oss. 2582.
» «Berraasé> dans la minute.
< Ms. Oss. 2582.
294 ZAJACZKK
Zaj^czek au commandant Sacrost^.
(Medinet-el-Fayoum), le 22 messidor (10 juillet 1799).
C'est la troisième lettre que je vous écris aujourd'hui, mon
cher Commandant. Dans les deux précédentes je vous ai re-
commandé de continuer le miri, mais les circonstances chan-
geant il faut changer d'avis avec elles.
Le général en chef a réitéré l'ordre de faire marcher le
bataillon de la 22' au Caire 2. On me donne à sa place le dé-
tachement de la 88^ C'est par cette raison qu'il faut que vous
vous approchiez de Beni-Souef. J'en préviens le général Priant.
Mourad-Bey a quitté Bermesé ^, a fait semblant de se porter
sur Garah et puis, la nuit, il a filé sur EUahoum, de là sur
Aman *, et puis sur Zaouet ^, à ce que l'on dit. Passera- t-il le
fleuve? ou fera-t-il quelque autre course? Nous ne le savons
pas encore. Le général Priant est à sa poursuite. Il m'a écrit
d'Honaru, à deux lieues d'ici. Il devait marcher cette nuit sur
Zaouet.
Le général de brigade Zaj^czek au général de brigade
Priant *.
Au quar. gén. de Medinet, le 23 messidor an VII (11 juillet
1799).
Général, j'ai eu l'honneur de vous communiquer hier l'ordre
de l'état-major, par lequel il m'est enjoint de faire partir pour
' Mt. Oss. 2582.
> Voir La Jonquière V, 302. Bonaparte à Berthier, 7 juillet.
«....Vous donnerez l'ordre au bataillon de la 22* qui est avec le général
Zayonchek, de se rendre au Caire par terre, en passant par Atfieh. Ce
mouvement s'exécutera à l'instant où Mourad-Bey aura pris un parti qui
l'éloigné du Fayoum>.
» Barmacha.
* El-Haramâm (sur la carte des Ingénieurs géographes).
^ El-Zawieh.
« Arch. h. de la Gn., A. d'Orient; Ms. Oss. 2582.
A SACROST, FRIANT ET A DKSAIX
295
le Caire le bataillon de la 22' que j'avais en garnison à Beni-
Souef; on me donne à sa place le détachement de 88*^ qui était
dans le Fayoum avec l'adjudant-général Boyer K Ce détache-
ment vous accompagne et vous devez en disposer comme de
tout ce qui est sous mes ordres, tant que les circonstances
l'exigeront. Cependant si Mourad-Bey passe le fleuve et si vous
allez à sa poursuite dans Attieh, ne serait-il pas mieux que
vous preniez le bataillon de la 22*^ avec vous, et que vous me
laissiez la troupe qui doit faire ma garnison. Je croirais que
cela nous arrangerait tous les deux, et l'ordre de l'état-major
serait rempli, parce que le bataillon de la 22^ s'approcherait
avec vous du Caire, qui est l'endroit de sa destination. Per-
suadé que cela vous conviendra, j'ai donné ordre au chef de
bataillon Sacrost de rentrer dans Beni-Souef; il pourra y être
demain ou après demain au plus tard. Le bataillon de la
22' se trouvera alors rassemblé. Vous y aurez deux cent vingt
cinq ou deux cent trente hommes disponibles. Le reste est
malade. J'ai l'honneur de vous saluer.
Zaj^czek au général Desaix^.
(Medinet-el-Fayoum), le 23 messidor (11 juillet 1799).
Je reçois à l'instant deux de vos lettres, l'une sans date
que je crois antérieure, et l'autre du 20 du courant^ de Zaïsi*.
* Arch. h. de la Cru., (Registre M. p. 2). Berthier à Zajî^czek, coinmandant
les provinces de Minieh et de Beni-Souef, à Beni-Souef. Caire 19 messidor.
— Avis que l'adjudant général Boyer doit prendre à Minieh le commande-
ment des troupes qu'avait le chef de brigade Detrès et qu'il doit lui laisser
un détachement de la SS'^. Ordre d'envoyer au Caire, par terre, par l'Atfîeh,
le bataillon de la 22*^ légère qu'il a avec lui, dès que Mourad-Bey aura
pris le parti de s'éloigner du Fayoum.
> Ms. Oss. 2582.
' Voir la lettre de Desaix à Priant du 20 messidor (La Jonquière
V, 295). « Je marche vers Behneseh ; je mande au général Zayonchek
de venir m'y joindre. Je compte donner une bonne chasse à Mourad, si je
puis le joindre; mais j'en doute. Aussitôt ma jonction avec le général Za-
yonchek, je ferai remonter la garnison de Minieh — »
* Probablement Zâni, village situé sur la rive gauche du canal Joseph,
à la demi-hauteur entre Samalloùt et Abon-Girgéh.
296 ZAJACZEK
Mourad-Bey après avoir paru à Bermacha a fait semblante
de reprendre le chemin du désert. Le générai Priant qui à lai
suite du premier mouvement de Mourad-Bey s'était porté sur
Sédiman, a cru que réellement Mourad-Bey reprenait le che-
min du désert. Il a gagné en conséquence le village d'Em-
bcichéi, situé à deux lieues de Sédiman dans le Fayoum, mais
tandis que nos troupes s'y rendaient, Mourad-Bey, apparem-
ment bien instruit de ce mouvement, a changé de route et
s'est porté avec célérité sur EUahourr^Le 22^ de grand matin,
il a gagné Aman *^, le général Priant l'a poursuivi aussitôt, et
hier à six heures du soir nos troupes ont passé par Ellahoun.
Mourad-Bey s'est-il rendu à Zaout 3, comme on le prétend? ou
s'est-il porté vers Tanned ^ comme les autres le disent? c'est
ce que nous ne savons pas encoro. Je vous en informerai aus-
sitôt que mes émissaires rontrer(>:it, mais dans ce moment-ci
j'ignore jusqu'à la position du général Priant.
Le chef de bataillon Sacrost qui conlormément aux souhaits
du général Priant devait garder la position de Pechné et que
j'avais autorisé à ouvrir tous les paquets, ayant lu dans vos
dernières que vous désireriez que je m'unisse à vous, me
mande qu'il va se porter incessamment sur Zaïsi. Ainsi vos
ordres de ce côié-là seraient remplis. Quant à moi, le générai
Priant m'ayant témoigné la nécessité d'avoi • une garnison dans
Medine, je me suis porté avec 60 hommes qui me restaient de
disponibles, et je n'en ai laissé à Béni Souef que 40 pour gar-
der les malades.
Votre idée de nous aider à percevoir le miri est, on ne peut
pas plus, attrayante. Daignez, Général, ne pas en changer. La
partie de la province, où vous vous trouvez, est la plus re-
véche. On ne saurait rien tirer de ces habitants, si on n'est
pas en force.
Le seul inconvénient qu'il y aurait à la marche du citoyen
Sacrost, c'est le retard qu'éprouverait l'ordre du général en chef
* «Ambaché» dans texte original.
» Probablement El-Hammàm.
' El-Zawieh.
* Tamieh.
A DRSAIX, FiilANT ET A KOCHKBRL'N 297
au sujet du bataillon de la 22" dont j'ai l'honneur de vous en-
voyer la copie.
Le convoi portant les hommes démontés n'a pas encore
passé par Beni-Souef. Je recommanderai au commandant de la
place de leur sig-nifier vos ordres de se rendre à Miniet.
Zaj^czek au général Friant ^
^> Le 23 messidor (11 juillet 1799).
'■ Je viens de recevoir une lettre du général Desaix. Le 20,
îl a été à Zaïzi, village situé près de Bemesé^. Il m'invite de
Venir le joindre pour percevoir le miri. Le chef de bataillon
Sacrost devait s'y rendre à son invitation. Je vous envoie une
de ses lettres. J'ignore complètement où vous êtes aujourd'hui.
Donnez nous de vos nouvelles.
Zaj^czek au commandant de la place (Beni-Souef)
(Rochebrun) \
(Medinet-el-Fayoum), le 23 messidor (11 juillet 1799).
Toutes les fois que vous m'expédierez des paquets, n'ou-
bliez pas de me dire deux mots de ce qui se passe à Beni-
Souef.
Un convoi de gens démontés doit passer incessamment
par Beni-Souef. Vous direz au commandant de ce convoi, au
fiom du général Desaix. de se rendre à Miniet et d'y attendre
ses ordres.
Tout ce que vous saurez du général Rampon, qui est dans
Atfieh, et du générai Friant, qui poursuit Mourad-Bey dans la
province de Gizeh, vous me le manderez.
Veillez strictement sur la conservation des cartouches, car
c'est vous qui m'en répondez.
1 Ms. Oss. 2582.
' Behneseh.
» Ms. Oss. 2582.
298 ZAJÀCZRK
Zaj^czek au général Priant^.
(Medinet-el-Fayoum), le 23 messidor (11 juillet 1799), à 8 heures
du soir.
Je reçois dans ce moment-ci la nouvelle que plusieurs ka-
chefs avec les Mameluks et les Arabes sont venus à Tamieh
demander des vivres et de l'argent. Le village a tout refusé
et a tiré quelques coups de fusil sur eux et les a forcés de
se camper dans le désert. Je suis trop faible pour aller les
combattre. Je n'ai que 50 hommes, mais je ne les crains pas^
dans Medinet. Au reste, on ne me mande pas le nombre de
ces va«:abonds.
Zaj^czek au général Desaix^.
(Medinet-el-Fayoum), le 24 messidor (12 juillet 1799), à 9 heures'
du matin.
Rien de nouveau du général Priant, seulement un bruit
vague que Mourad-Bey se trouve à Dahsoube*, éloigné de six
heures de marche du Caire. J'ai peine à le croire.
Une tribu d'Arabes, nommée El-Balgouchi, est arrivée de-
puis hier au soir à (El-Rau^tah) ^ et à Tamieh. Ces Arabes
viennent de la province de Bahireh. Ou ils se sauvent devant
les nôtres ou bien ils cherchent à s'unir à Mourad-Bey. Je suis
trop faible pour aller les attaquer. Il me faudrait une centaine
d'hommes de plus, mais je ne sais où les prendre.
' Ms. Oss. 2582.
» Ms. Oss. 2582.
• Biffé dans la minute.
* Dahchour, au sud de Gizeh, sur la rire droite du canal Joseph. Voir
€orr. V, 4271.
' Ce nom est difficile à lire.
A FRIANT, DKSAIX KT A BONAPARTE 299
Zaj^czek au général en chef Bonaparte^.
(Medinet-el-Fayoum), le 24 messidor (12 juillet 1799).
Le général Priant, qui est à la poursuite de Mourad-Bey,
vous informe »ans doute de tous ses mouvements.
Quant à moi, je n'en sais rien de positif depuis le 22. Il
court seulement un bruit que Mourad-Bey est à Dahchour, vil-
lage de la province Gizeh, à 6 lieues du Caire.
Le 23, au soir, la tribu d'Arabes, nommée El-Balgouchi *,
venant de Bahireh, a paru près du village nommé Tamieh *
dans le Fayoum. Cette tribu venait, dit-on, au-devant de Mou-
rad-Bey. Elle a demandé des vivres et de l'argent des villagois
de Tamieh. Quelques coups de fusils furent leur réponse, et
les Arabes s'éloignèrent pour camper dans le désert.
La tribu de Geamma, la même qui s'est battu avec l'adju-
dant général Boyer et qui s'est séparée de Mourad-Bey depuis
le 19, côtoie le Fayoum en suivant la route de Bahireh. On
l'a vue aujourd'hui à la hauteur d'Abou-Gandir et de Nezleh,
villages situés au couchant de Fayoum.
Le général Desaix est venu jusqu'à Behneséh. Le détache-
ment de 200 que je tenais par ordre du général Friant à Fechn,
s'est réuni au général Desaix. Ce général me mande qu'il vient
m'aider à percevoir le miri dans la province de Behneséh. Je
lui ai envoyé l'intendant copte avec ses livres. Je voudrais que
ce général persistât dans cette idée, le recouvrement des im-
positions se ferait alors plus vite, la partie de la province si-
tuée au midi étant très revêche et ne voulant payer que lorsque
nous venons en force.
Je suis dans le Fayoum seulement avec 50 hommes et je
n'en ai laissé à Beni-Souef que 40 bien portant pour garder
les malades.
Je ne puis renvoyer le bataillon de la 22* que lorsque le
détachement de la 88' qui est avec le général Friant, m'aura
rejoint. Ce général a pris ma pièce, la sienne se trouvant
ruinée.
» Ms. Oss. 2582.
' «Baguny» dans texte original.
' «Tahnié» dan» texte original.
300 ZAJACZKK
Zaj^czek au général Desaix ^
(Medinet-el-Fayoum), le 24 messidor (2 juillet 1799).
Les deux Arabes, porteurs de la présente, m'ont remis votre
lettre pour le général Priant. Je l'expédie de suite par deux
autres Arabes qui auront l'ordre de le chercher. Depuis le 22
je n'ai point de nouvelles ni du général Friant ni de Mourad-
Bey. Il court seulement un bruit que Mourad-Bey est dans la
province de Gizeh et que nos troupes le poursuivent.
Je vous ai mandé ce matin, mon Général, qu'une tribu
arabe, nommée El-Balgouchi, a paru à Tamieh et qu'elle y a
été reçue à coups de fusils par les villageois. Actuellement on
me mande que cette tribu était venue de Bahireh à la ren-
contre de Mourad-Bey et qu'elle se prépare à s'en retourner
et suivre Mourad-Bey.
La tribu de Geamma qui s'était séparée de Mourad-Bey le
9, a été vue aujourd'hui à la hauteur d'AbouGandir et Nezleh
marchant dans le désert et tenant le chemin de Bahireh. J'es-
père, mon Général, que vous aurez reçu cinq ou six de m.es
lettres, dans lesquelles je vous instruit que Mourad Bey a passé
par Ellahoun, El-Hammâm, et enfin est entré dans la province
de Gizeh, toujours en côtoyant le désert.
Je prie le ciel pour que rien ne vous détourne du projet
de percevoir le miri dans Behneseh. Le malheureux miri m'ex-
cita plus de peine et de chagrin que je n'en ai eu de ma vie.
Le commandant Sacrost a dû avoir amené (le) lieutenant copte
avec ses livres.
Le général de brigade Zaj^czek au général de brigade
Priant^.
Au quartier général de Medinet, le 24 messidor an VII (12
juillet 1799).
Général, j'ai reçu votre lettre du 23 aujourd'hui à midi.
Une tribu d'Arabes, nommée Ei-Balgouchi, venant de Bahireh
1 Ms. Oss. 2582.
> Arch. h. de la a., A. d'Orient, Ms. Oss. 2582. La Jonquiere V.299
(extrait).
A DES A IX, FRIANT ET A RAMFON 301
a paru hier au soir devant Tamieh. Cette tribu venait au de-
vant de Mourad - Bey. Ne l'ayant pas trouvé, ils (se) préparent
à s'en retourner.
La tribu Geamma a été vue ce matin à la hauteur d'Abuu-
Goundir et de Nezleh tenant route dans le désert du côté de
Bahireh.
Le général Desaix est à Behneseh. Je vous envoie une de
ses lettres.
Je vous demande la grâce, mon Général, de me faciliter de
renvoi au Caire du bataillon de la 22^ Je ne puis le faire
avant que le détachement de 88*" qui est auprès de vous, ne
se rend à Beni-Souef.
J'ai l'honneur de vous saluer. Zayonchek.
Zaj^czek au général Rampon^.
(Medinet el-Fayoum), le 24 messidor (12 juillet 1799).
I J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'é-
I crire le 22 du courant. Elle m'a trouvé à Medine en Fayoum.
' Les détachements de gens non montés que vous m'avez fait
passer à Beni-Souef, sont attendus par le général Desaix qui
m'a écrit hier de les expédier de suite à Miniet. C'est ce que
! je m'empresserai de faire. Votre présence dans Atfieh a été, on
! ne peut pas plus, nécessaire. C'était le refuge de tous les scé-
lérats qu'a ce pays. C'est de dessus sa rive que se sont com-
mis tous les vols sur le Nil. Le village de Courimont^ est
, spécialement méchant, voleur, et mérite une punition exem-
j plaire.
Mourad -Bey a filé dans la province de Gizeh, la nuit du
20 au 21. Le général Priant l'a poursuivi jusqu'à El-Zawieh.
Il a dû vous avoir écrit, pour vous offrir ses services, mais je
vois avec plaisir que vous n'en avez pas besoin.
1 Ms, Oss. 2582.
* Ce nom paraît être une altération de Korim-Adruich.
\
302 ZAJACZSK
Zaj^czek au commandant de la place à (Béni- Souef)
(Rochebrun) ^
(Medinet el-Fayoum), le 24 messidor (12 juillet 1799).
Je suis fort content de tout ce que vous avez fait, mais pas
du tout de vos commissionnaires. Imaginez vous que c'est la
première lettre que je reçois de vous. Ayez l'habitude de mar-
quer l'heure dans les dépêches que vous expédiez.
Vous avez bien fait d'avoir envoyé tout ce que le général
Priant vous a demandé.
Vous ferez partir sur-le-champ les trente sept' hommes
démontés pour Miniet. Le général Desaix m'écrit de leur dire
d'y attendre ses ordres. Vous enverrez au Caire la lettre ci-
jointe pour Creuzel. Vous ferez également passer à El-Zawieh
(à) Priant la lettre ci-jointe.
Le général de brigade Zaj^czek au général de brigade
Priant l
Au quar. gén. de Medinet, le 24 messidor an Vil (12 juillet
1799).
Le général Rampon dans sa lettre du 22, datée d'Atfieh, me
mande que les mamelouks à son approche ont évacué le pays
et ont remonté dans la haute Egypte. Il n'aura donc plus be-
soin de vos services et vous pourrez par conséquent vous pas-
ser bientôt du détachement de la 88*". L'ordre du général en
chef dont j'ai eu l'honneur de vous envoyer la copie, me donne
ce détachement pour garnison à Beni-Souef, en m'enjoignant
dé renvoyer au Caire le bataillon de la 22'' que j'avais auprès
» Ms. Oss. 2582.
« Hampon à Friant, Atfieh, 23 messidor. « J'ai envoyé ce matin
3H cavaliers au général Zayonchek, pour aller en remonte dans la pro-
vince de Siout. — Je l'ai instruit dans ma lettre du mouvement de l'ea-
nemi». (La Jonquière V, 298).
» Arch. h. de la Gii., A. d'Orient. Ms. Oss. 2582.
A ROCHEBRUN, FRIANT ET A DESAII 303
de moi. Daignez, Général, me mettre le plutôt possible dans
le cas d'exécuter cet ordre. — J'ai l'honneur de vous saluer.
Zayonchek.
Zaj^czek au général Desaix ^
(Medinet-el-Fayoum), le 25 messidor (13 juillet 1799).
J'ai reçu votre lettre du 14 messidor. Vous m'y engagez
à faire droit aux réclamations de Moallem Jacob au sujet du
du village liuman^, affermé par lui et qui a éprouvé cette an-
née une grande perte sur la culture de ses terres '. Je ne suis
pas le maître de décider dans cette affaire; toutes celles d'un
genre semblable ont été portées au Caire. L'administration gé-
nérale m'a demandé des renseignements et puis elle a statué.
C'est la marche que doit suivre Moallem Jacob '^.
Le général de brigade Zaj^czek au général de brigade
Priant ^
I Au quar. gén. de Medine, le 25 messidor an VII (13 juillet
! 1799).
Général, je viens de recevoir votre lettre du 24 messidor.
j Mourad-bey a passé la nuit du 23 au 24 à Sahara, à une lieue
' de Gizeh.
Les Arabes El-Balgouchi sont encore dans le désert à une
demi-lieue de Tamieh. Ceux de Geamma ont quitté la position
I de Nezleh pour retourner à Garah. Cette manière de rôder fait
i entrevoir leurs mauvaises intentions sur le Fayoum.
Je suis bien fâché de ne pouvoir pas me trouver à Beni-
I Souef à votre passage; daignez au moins accepter ma mau-
' vaise chambre.
ï » Ms. Oss. 2582.
* Probablement il s'agit du village Ellahoun.
» Biffé: Je connais la digue rompue; mais il m'est enjoint....
* Biffé: et lorsque je serai requis par l'administration de lui donner
des renseignements....
» Arch. h. de la Guerre, A. d'Orient, Ms. Oss. 2582.
304 ZAJACZEK
Je vous demande la grâce de ne pas oublier de laisser un©
pièce.
J'espère que conformément à l'ordre du général en chef, le
détachment de la 88' restera en garnison à Beni-Souef. J'ai eu
l'honneur de vous envoyer ce matin un ordre i tout récent qui
m'enjoint de faire partir le bataillon de la 22^ Comme la lettre
a été adressée à El-Zawieh, je vous envoie une autre copie du
dit ordre.
Quant aux moutons d'Embaché, tous les villages surent
qu'ils sont au cheik, mais je conviens avec vous que cette tribu
est composées des plus grands coquins de la terre . — Salut et
considération.
En 2 cas que vous me laissiez, Générai, le détachement de
la 88^ je vous prie de remettre la lettre ci-incluse au chef de
bataillon qui le commande. Dans le cas contraire, vous aurez la
bonté de me renvoyer la lettre.
Zayonchek.
Zaj^czek au chef de brigade Piat^.
(Medinet-el-Fayoum). le 25 messidor (13 juillet 1799).
Le général Priant m'ayant mandé dans sa lettre du 24 que^
conformément aux ordres du général en chef, il va laisser en
garnison à Beni-Souef le détachement de la 88^ je vous pré-
viens qu'il est indispensable qu'aussitôt que vous serez arrivé
à Beni-Souef, vous détachiez 180 hommes de votre troupe pour
aller relever la même quantité d'hommes du bataillon de la
22^ qui se trouve dans le voisinage de Behneseh. L'officier
commandant cette troupe remettra l'ordre inclus au chef de ba-
taillon Sacrost, ainsi que la lettre au général divisionnaire
* Voir La Jonquière V, 300—1. Lettre adressée par le général Friant
à Desaix, datée à Medinet-el-Fayoum, le 14 juillet. «Demain matin, 180
hommes de la 88^ se mettront en marche pour aller relever les hommes
de la 22« légère qui sont avec le chef de bataillon Sacrost. Le général Za-
yonchek m'a montré une lettre du général en chef qui prescrit impéra-
tivement ce mouvement »
' Ce post-scriptum ne se trouve pas dans le Ms. Oss.
3 Ms. Oss. 2682.
A PRIANT, PIAT, SACROST ET A DKSAlX 305
Desaix. Vous enjoindrez à ce commandant de rester sous les
ordres du chef de bataillon Sacrost. Quant à vous, Citoyen,
vous viendrez me joindre à Medine en Fayoum avec le reste
de votre détachement. Plus vous mettrez d'empressement à exé-
cuter cet ordre, mieux cela sera, parce que le général en chef
demande le retour du bataillon de la 22^ Vous ordonnerez en
conséquence au commandant du détachement pour Behneseh
(de) forcer la marche.
Zaj^czek au chef de bataillon Sacrost'^.
(Medinet-el-Fayoum), le 25 messidor (13 juillet 1799).
Je vous préviens. Citoyen, que l'ordre du général en chef
est que le bataillon de la 22^ s'en retourne au Caire. J'en ai
déjà prévenu le général Desaix et l'en informe encore par la
ci-jointe. Ainsi aussitôt que le détachement de la 88^ composé
de 180 hommes vous joindra, vous demanderez au général
Desaix la permission de faire partir de suite pour Beni-Souef
le capitaine Carier avec sa troupe, le détachement de la 88®
ayant été désigné pour garnison à Beni-Souef. J'espère que le
général Desaix ne trouvera pas mauvais que ces 180 hommes
que je vous envoie, restent tous sous vos ordres.
Zaj^czek au gén. Desaix^.
(Medinet-el-Fayoum), le 25 messidor (13 juillet 1799).
J'ai déjà eu l'honneur de vous mander que l'intention du
général en chef est que 320 hommes de la 88^ qui ont été dans
le Fayoum avec l'adjudant général Boyer, restent en garnison
à Beni-Souef, et que le bataillon de la 22^ parte pour le Caire.
La dernière lettre du général en chef me presse encore
à cet égard et j'ai l'honneur de vous en envoyer la copie ^ En
1 Ms. Oss. 2582.
2 Ms. Oss. 2582.
' Lettre non conservée.
Les Polonais en Egypte. 20
306 ZAJACZEK
conséquence de ces ordres le général Priant m'ayant laissé le
détachement de la 88% j'envoie 180 hommes de cette troupe
pour relever le bataillon de la 22^ qui (y) est présentement, en
vous priant, Général, de vouloir bien permettre que le chef
de bataillon Sacrost exécute l'ordre du général en chef pour
ce qui est du renvoi au Caire du bataillon de la 22^ et que
les 180 hommes de la 88^ restent sous son commandement,
comme faisant partie de la garnison de Beni-Souef.
Zaj^czek au commandant de la placer à (Beni-Souef)
(Rochebrun).
(Medinet-el-Fayoum), le 26 messidor (14 juillet 1799).
Le bataillon de la 22^ devant partir pour le Caire, vous
aurez soin de préparer de suite autant de barques qu'il en faut
pour transporter commodément les malades du dit bataillon
au Caire.
Pour ne point retarder la marche de ce bataillon, vous fe-
rez embarquer les malades la veille du retour du détachement
qui est avec le citoyen Sacrost. Ce retour, selon mon calcul,
doit avoir lieu le 30 au plus tard, ainsi réglez vous en consé-
quence, et que le commandement du bataillon trouve cette be-
sogne faite.
Cependant il ne faut point que les malades descendent
avant l'arrivée du commandant du bataillon, parce que c'est
à lui à régler l'escorte nécessaire pour les dits malades.
Vous remettrez au capitaine Carier l'ordre du départ ci-
joint.
Zaj^czek au capitaine Carier^,
(Medinet-el-Fayoum), le 26 messidor (14 Juillet 1799).
Conformément à l'ordre du général en chef en date du 19 mes-
sidor, vous marcherez. Citoyen Commandant, avec (le) bataillon
* Ms. Oss. 2582.
> Ms. Oss. 2582.
A UOCHKBRUN, CARIER ET A POUSSIBLGUB 307
de la 22*, qui est sous vos ordres, au Caire. Vous dirigerez
votre route par la province d'Atfieh en passant le Nil à Beni-
Souef. Vous exécuterez ce mouvement aussitôt que vous aurez
reçu la présente.
J'ai ordonné au commandant de la place à Beni-Souef de
tenir prêtes les barques nécessaires pour la troupe et les ma-
lades. Vous réglerez l'escorte de ces barques. Chemin faisant
vous vous logerez toujours militairement et vous maintiendrez
toujours la plus stricte discipline parmi les individus qui com-
posent votre troupe.
Vous mettrez la plus grande diligence tant pour ce qui
concerne votre départ que votre marche.
Zaj^czek au citoyen Poussielgue ^
(Medinet-el-Fayoum), le 26 messidor (14 juillet 1799).
La province de Fayoum est jusqu'à aujourd'hui sans inten-
dant. Celui que Moallem Girgès-el-Gouhary a nommé provi-
soirement pour en remplir les fonctions n'a pas assez de ca-
pacité. Je reçois des plaintes à tout instant des villages sur-
chargés des fournitures pour les passages différents de nos
troupes. Tous les habitants me demandent de remettre en place
Moallem Ibrahim dont ils étaient plus contents. Moallem Girgès
(el-Gouhary) me dit dans une de ses lettres que c'est un des
ces proches et qui effacera par sa conduite l'erreur qu'il a pu
commettre. En effet Moallem Ibrahim a une qualité qui le rend
recommandable, c'est qu'il est très actif et qu'il connaît bien
la province. D'ailleurs on aura beau changer, on ne désaccou-
tumera pas les Coptes de voler. Cependant comme il ne me
convient pas de décider dans l'affaire de Moallem Ibrahim,
j'attends, Citoyen, que vous ayez prononcé à cet égard. Après
la peur qu'il a eue, il est à espérer qu'il deviendra plus sage.
J'attends votre réponse avec impatience parce que cette incer-
titude met du désordre dans les affaires.
1 Ms. Oss. :
20»
308 ZAJACZEK
Zaj^czek au général en chef (Bonaparte)^.
(Medinet-el-Fayoum), le 26 messidor (14 juillet 1799).
Le général Priant me laisse enfin le bataillon de la 88^ Il
doit arriver aujourd'hui à Beni-Souef. Aussitôt que j'aurai re-
levé le détachement de 200 hommes qui est en tournée du
côté de Behnesé, à deux journées fortes de Beni-Souef, j'expé-
dierai le bataillon de la 22^ pour le Caire 2. Son départ aura
lieu le 30 du courant; il passera par Atfîeh comme vous l'avez
ordonné.
Rien de nouveau dans les deux provinces. Les Arabes de
Geamma et El-Balgouchi rôdent toujours autour du Fayoum.
Zaj^czek au général Desaix ^
(Medinet-el-Fayoum), le 26 messidor (14 juillet 1799).
Je reçois à l'instant votre lettre du 24 messidor. J'ai eu
l'honneur de vous prévenir dans une des miennes écrite le 16
du courant de Beni-Souef qu'un détachement de 67 hommes
composé de différents corps de votre division s'était rendu
à Beni-Souef avec ordre du général en chef d'y attendre les
vôtres. Ainsi, mon Général, je m'empresserai de vous les en-
voyer aussitôt que j'aurai été rejoint par le détachement de la
88* que j'attends. C'est avec cette troupe de 67 hommes que je
suis à Medine. Vous me rendriez le plus grand service, Géné-
ral, si vous voulliez bien permettre que le détachement reste
avec moi pour une vingtaine de jours. Je vous les enverrai au
bout de ce temps là. Cela m'aiderait beaucoup à percevoir le
miri. J'ose attendre cette grâce de votre part et vous supplier
de vouloir bien me dire quelque mot à cet égard.
1 Ms. Oss. 2582.
2 Arch. h. de la G. {Registre M. p. 9 et 18) 25 et 27 messidor (13 et 15
juillet). Berthier à Zayonchek, commandant à Beni-Souef: Ordre de faire
partir un bataillon de la 22® légère pour le Caire. Voir aussi La Con-
quière V, 315, 328. Corr. V, é282.
» Ms. Oss. 2582.
A BONAPARTE ET A DKSAIX
309
Mourad-Bey est définitivement parti pour Bahireh. Il a cou-
ché la nuit du 23 au 24 à Sahara. Le général Priant remonte
il est aujourd'hui à Beni-Souef. Les Arabes Geamma et El
Balgouchi rôdent encore autour de Fayoum. — Quant à la ca
Valérie que vous voudriez, Général, faire descendre au Caire
je croirais qu'elle n'a rien à risquer en suivant le Nil ; j'en ai
fait descendre au Caire ces jours-ci, 42 hommes que j'avais
à Beni-Souef.
Quant à Osman-Bey, il a été question de sa jonction avec
Mourad-Bey à Barmacha^, mais il n'y a pas de certitude à cet
égard.
Je prie toujours le ciel de vous retenir le plus longtemps
possible dans la province de Behnesé. Sans cela le miri court
le risque de ne pas être permis. J'ai trop peu de force pour
pouvoir y suffir.
Le général Rampon m'a écrit le 22 du courant d'Atfieh.
Tous les Mameluks se sont sauvés à son approche, en grande
partie du côté de la Syrie et quelques-uns du côté de la haute
Egypte.
Zaj^czek au général Desaix\
(Médinet-el-Fayoum), le 26 messidor (14 juillet 1799).
La tribu Balgouchi vient de députer vers moi pour me de-
mander la paix, et je la leur ai accordée ^ Le même député
m'a informé que Cassim-Bey avec huit kachefs et 300 Mame-
luks que cette tribu a accompagnés de Bahireh jusque devant
Tamieh, viennent de se séparer d'elle pour se porter à la hau-
teur de Nezleh. A en juger par cette première position qu'ils
ont prise, on dirait qu'ils veulent se porter vers la haute Egypte.
J'ai cru devoir vous en faire mon rapport.
1 «Bermeché» dans la minute.
a Ms. Oss. 2582.
» La Jonquière V, 301. Priant à Desaix, 14 juillet. <...La tribu arabe
venue de la Bahireh au-devant de Mourad a fait hier la paix avec le gé-
néral Zayonohek».
310 ZAJACZKK
Zaj^czek au général Desaix ^
(Medinet-el-Fayoum), le 27 messidor (15 juillet 1799).
J'ai eu l'honneur de recevoir vos deux lettres du 24 J'ai
prévenu vos intentions pour ce qui est de relever le bataillon
de la 22e et si toutes mes lettres sont parvenues au citoyen
Sacrost, il attendra l'arrivée du détachement de la 88^ toujours
en percevant le miri.
L'idée que vous avez que Mourad-Bey peut remonter, se
rencontre avec celle du général en chef; il est du même sen-
timent.
Le général Destaing^ a complètement battu un rassemble-
ment d'Arabes et de Mameluks dans Bahireh. Le général Priant
est ici, il s'est rendu dans l'intention de couvrir cette province
contre les incursions des Arabes et celle de Mourad-Bey qui
peut revenir.
Quant à vos arrangements sur la perception du miri, ils
sont parfaits. Puissiez vous seulement rester dans la province
assez longtemps pour terminer la besogne.
Les 180 hommes de la 88^ partent d'ici demain matin pour
relever le bataillon de la 22^ Je voudrais retenir ce dernier,
j'en sens la nécessité comme vous, mais, mon Général, je ne
l'ose pas, vu que le général en chef le demande avec trop
d'empressement.
La tribu de Balgouchi que je vous ai mandé être tout nou-
vellement arrivée de Bahireh a fait hier sa paix avec moi. Ces
Arabes sont au nombre de 900 cavaliers. Ils avaient avec eux
300 Mameluks qui se sont joints à la tribu de Geamma. Cette
dernière campe toujours dans le désert à la hauteur de
Nezleh.
» Ms. Oss. 2582.
» Voir Corr. V, 4254.
A DKSAIX, SACROST, ROCHEBRUN ET A COMM. DES GRAINS 311
Zaj^czek au chef de bataillon Sacrost^.
(Medinet-el-Fayoum), le 27 messidor (15 juillet 1709).
J'ai reçu votre lettre du 25. — 180 hommes de la 88^ partent
demain d'ici pour vous rejoindre. Continuez, au nom de Dieu,
à percevoir le miri. Faites tout ce qui est humainement possible
pour accélérer cette besogne.
Zaj^czek au commandant de la place à (Béni- Souef)
(Rochebrun) ^
(Medinet-el-Fayoum), le 27 messidor (15 juillet 1799).
J'ai reçu votre lettre oii vous mandez l'arrivée du 7°^®
d'hussards. Tâchez que cette troupe soit bien servie. Quant
aux prisonniers Turcs, l'intention du général Desaix est qu'ils
soient bien gardés, mais en même temps bien logés et bien
nourris. Vous direz de ma part au payeur de faire son possible
pour payer le mois de messidor au bataillon de la 22°.
Le général de brigade Zaj^czek aux membres de la
Commission ^ (des grains).
A Medine, le 27 messidor (15 juillet 1799).
Citoyens, je reçois à l'instant votre lettre. Il ne dépend pas
de moi d'empêcher que le bataillon de la 22^ ne remonte; on
le demande avec chaleur au Caire. Quant aux Arabes, au lieu
de les faire venir ici, j'écris à Moallem Barsan de négocier cette
affaire avec eux, mais si son compte ne s'y trouve pas, il est
capable de la déranger, mais tels sont les Coptes. J'envoie cent
quatre vingt hommes pour relever le bataillon, mais le citoyen
Sacrost reste toujours en tournée et vous pouvez nous unir
à lui. — Salut et fraternité. Zayonchek.
J'embrasse le citoyen Reynier et Colbert.
» Ms. Oss. 2582.
2 Ms. Oss. 2582.
' Arch. h. de la Guerre, Armée d'Orient, aut.
312 ZAJACZKK
Zaj^czek au chef de r état-major général Berthier ^
(Nezleh)2, le 29 messidor (17 juillet 1799).
L'ordre du 25 messidor, par lequel il m'est enjoint de faire
partir de suite le bataillon de la 22^, m'est parvenu. Le retour
de Mourad-Bey dans ces contrées ayant rendu la présence de
ce bataillon très nécessaire pour garder quelque point par où
il pourrait regagner la haute Egypte, l'avis du général Desaix,
ainsi que du général Priant, est de retenir ce bataillon jusqu'à
ce que nous soyons quittes de ces fugitifs. Ne pouvant agir
contre la volonté de deux généraux qui me sont supérieurs,
je m'empresse de vous informer, Général, du cas ^
Mourad-Bey est à Tamieh, village situé au nord de Fayoum,
et il y est depuis le 27.
1 Ms. Oss. 2582.
2 Voir La Jonquière V, 322. Extraits des lettres de Friant à Desaix.
Tamieh, 18 juillet. «....J'écris au général Zayonchek, qui est à Nezleh, pour
le prier de se rendre ici; moi je me porterai sur Kaser, car il faut absolu-
ment garder ces deux lacs pour le faire sortir de cette position».
» Corr. V, 4301. Au général Dugua, El-Rahmânyeh, 21 juillet: < Que
tout ce qui appartient à la 22% même le bataillon qui doit être arrivé de
Beni-Souef..... part sans le moindre délai Je vous recommande de nous
envoyer, jour par jour et même deux fois par jour, les hommes qui doivent
nous rejoindre; vous en sentez l'importance; toutes les heures il peut
y avoir une affaire décisive, et, dans le petit nombre de troupes que j'ai,
300 hommes ne sont pas une faible chance».
Arch. h. de la Guerre [Registre M. p. 83, B. p. 88 et 93). Dugua, com-
mandant au Caire, à Zayonchek, à Beni-Souef. 4 thermidor, 22 juillet 1799:
Il lui envoie des duplicata des lettres aux généraux Friant et Desaix. Il
l'invite à les leur faire passer, à accélérer le départ du bataillon de la 22*
légère et à presser la marche des troupes de cavalerie du chef de brigade
Detrès qui sont nécessaires au général en chef. — 23 juillet: Il le presse
de nouveau de hâter l'arrivée du bataillon de la 22^ légère. —'24 juillet:
Il voit avec surprise le retard du bataillon de la 22^ Rien n'est plus pres-
sant que de chasser l'armée qui vient de débarquer, et c'est la compro-
mettre que de retarder sous quelque prétexte que ce soit, les troupes qui
doivent y contribuer.
A BERTHIKR, RKYNAUFr, FRUCTUS A ET DESAII 313
Zaj^czek au capitaine Reynauft^,
(Nezleh), le 29 messidor (17 juillet 1799).
J'ai reçu votre lettre du 27 messidor. Je suis bien content
de ce que vous vouliez bien vous charger du commandement
de la place à Beni-Souef. Faites, je vous prie, attention pour
qu'au départ de la 22*" rien ne manque à l'hôpital de ce qu'on
lui a fourni; 2° pour qu'aucuns des volontaires des autres corps
ne partent avec ce bataillon; et pour cela vous m'enverrez un
état de situation de tout ce qui peut se trouver dans cette
place de militaires non appartenant à la 22^ 3"" vous veillerez
sur les cartouches.
Zaj^czek au capitaine Fructus'^.
(Nezleh, le 29 messidor, 17 juillet 1799).
Comme le bataillon de la 22^ est encore pour quelque temps
dans les contrées, vous aurez le temps nécessaire. Citoyen, pour
m'envoyer vos états de dépense, pour être visés par moi. Mais
il est nécessaire pour ne pas vous mettre dans l'embarras en
cas d'un départ précipité que dès aujourd'hui vous fermiez vos
comptes, et que le citoyen Reynauft dépense pour tout ce qui
sera indispensable, comme l'envoi des courriers et d'autres
choses. Mourad-Bey n'ayant pas pu passer est encore ici pour
la seconde fois.
Zàj^czek au général Desaix\
(Nezleh), le 30 messidor (18 juillet 1799).
J'ai reçu votre lettre du 27. Questionné par le citoyen Pous-
sielgue sur les moyens à employer pour que la république ne
1 Ms. Oss. 2582.
2 Ms. Oss. 2582.
» Ms. Oss. 2582.
314 ZAJACZEK
perdît rien du miri qui lui est dû d'El- Meïmoun, je lui ai ré-
pondu qu'après le recouvrement de la somme volée par le dit
village, il nous restait pour 7 à 8 milles pataquès de grains,
que cette somme unie à celle que Moallem Jacob avait retiré
de ce village avant sa ruine, couvrirait à peu de chose près le
miri. Je ne puis, mon Général, que vous donner la même ré-
ponse.
Quant à la lettre que vous m'avez fait Thonneur de m'é-
crire au sujet de l'intendant de Behneseh, je m'empresse de con-
venir avec vous de l'intendant, et, de l'incapacité de cet homme.
Je m'en suis plaint à plusieurs reprises au Caire. On m'a pro-
mis (de) le changer, mais on se hâte lentement. Cependant il n'a
pas tout à fait tort de ne pas faire droit aux réclamations des
villageois au sujet des sommes payées aux Mamelouks. Le ci-
toyen Poussielgue m'a recommandé de ne pas y avoir égard par
la raison que la république pourrait y être fraudée et que par
la grande difficulté que nous éprouvons à nous faire payer
nous pouvons juger de ce qu'ont eu les Mameluks à tirer
quelque chose des villages dans un temps où on les voyait
malheureux. Les Coptes en général insistent beaucoup à cette
indemnisation, mais c'est pour ce qu'ils y trouveraient leurs
comptes.
Pour ce qui est de l'arpentage des terres, il y a de la né-
gligence de Moallem Barsam, mais enfin il faut convenir que
les incursions des Mameluks nous empêchaient de travailler.
Le général de brigade Zaj^czek au général Priant^.
Au quar. gén. de Beni-Souef, le 10 termidor an VII (28 juillet
1799).
Général, j'ai reçu la lettre où vous m'annoncez le change-
ment de position, j'en suis bien aise, celle d'Ellahoun pouvait
nous donner des maladies. J'espère vous joindre demain à
Bisanné, si toute fois c'est là que vous allez, car avec ma
* Arch. hist. de la Guerre, Armée d'Orient, aut.
A DBSAIX, PRIANT ET A DUGUA
315
mauvaise vue ^ je n'ai pas pu déchiffrer ce passage de votre
lettre. — A Beni-Souef rien de nouveau. Votre aide de camp
est parti pour le Caire à 10 heures du matin. — Une lettre
du général Dugua pour le général Desaix a passé par ici à 7
heures du matin, il y était marqué sur l'enveloppe qu'elle a été
expédiée du Caire le 7 à 9 heures du matin. — Le pain et le
biscuit sont commandés, les transports se feront tous les deux
jours. — Recevez les assurances d'une vraie considération ^.
Zayonchek.
Le général de brigade Zajqczek au général division-
naire Dugua ^
Au qu. gén. d'Amnarry, le 14 thermidor an VII (1 août 1799).
Général, le général Priant a reçu l'ordre du général Desaix
de veiller à la sûreté de la navigation du Nil, pour cet effet
nous allons prendre la position de Zaoée*. Elle nous rapproche
du Caire ^, elle gène les mamlouks sur la rive droite et les
empêche de voler sur le Nil, et nous met à même de perce-
voir le miri. Le chef Detrès est depuis hier à Beni-Souef. —
Salut et respect. Zayonchek.
1 Friant à Zayonchek, 26 thermidor (13 août) «Nous voulons très
promptement le retour de votre santé — »
2 Voir la lettre de Friant à Zaj^czek, du 39 juillet: Lui envoie un con-
voi de malades Desaix lui annonce que Mourad est remonté, s'il re-
descend, lui barrera passage.
' Arch. h. de la Guerre, Armée d'Orient.
* El-Zawieh.
' La Jonquière V, 496 — 7. Desaix à Dugua, Beni-Haçan, 28 juillet
«....Le chef de brigade Detrès est descendu au Caire... Le général Friant,
avec toutes ses troupes et celles du général Zayonchek, est vers vous
à Beni-Souef Je lui ai recommandé de se tenir près de vous: c'est le
moyen de vous secourir. — Quant à moi, j'ai poursuivi Mourad. J'ai pris
les hommes de la 22* légère. Je n'avais que 300 hommes; 150 que ce corps
a, font 450; ce n'est pas trop au milieu de tous les Arabes et Mameluks....
Le général Friant pourra vous protéger vos convois; j'en sens bien l'im-
portance».
316 ZAJACZEK
Le général de brigade Zaj^czek au citoyen Reynier,
à Beni-Souef^.
Au quar. gén. de Sédiman, le 18 thermidor an VII (5 août
1799).
Je viens de parler à l'écrivain de Bessifier pour les grains.
Il m'a assuré que depuis quelques années ce village paie en
argent tout le blé qu'il donnait autrefois en nature. J'ai l'hon-
neur de vous saluer. Zayonchek.
Le général de brigade Zajqczek^ aux membres de la
Commission aux grains ^
Au quar. gén. de Sédiman, la 18 thermidor an VII (5 août
1799).
Citoyens, j'ai reçu votre lettre, j'écris aux Arabes Joabis,
mais je compte peu sur l'effet de mes représentations vu que
tous les Arabes ont été furieusement ébranlés dans leur amitié
pour nous dans la descente, jusqu'à ceux de Fayoum qui ont
toujours été les plus dociles et qui aujourd'hui paraissent très
revêches. — Salut et considération. Zayonchek.
Le général de brigade Zaj^czek au général division-
naire Dugua^.
Au quar. général d'Abousire, le 19 thermidor an VII (6 août
1799).
Mourad-Bey ayant de nouveau remonté vers Minieh, le gé-
néral Priant a quitté la position de Sédiman pour prendre
* Arch. h. de la Guerre, A. d'Orient.
' Arch. h. de la Chuerre, A. d'Orient.
' Adressée : Au citoyen Reynier, président de la Commission aux grains
à Beni-Souef.
* Arch. h. de la Gu., A. d'Orient.
A LA COMMISSION DES GRAINS, DUGUA KT A REYNIER 317
I celle du Zaoée. Toutes ces courses nous font perdre du temps
I et empêchent la perception du miri qui ne peut pas être ache-
! vée cette année.
La nouvelle de la descente a beaucoup changé ou plutôt
dévoilé les esprits des habitants à notre égard. Le divan de
Fayoum a déclaré positivement que nous ne devons pas comp-
ter sur eux toutes les fois qu'ils nous verront agir contre leur
souverain Sélim. Ils sont cependant étourdis de notre victoire
et ont peine à la croire ^. Les Arabes de la province avaient
déjà commencé à remuer, leurs intentions étaient de s'unir
à Mourad-Bey, si le pacha n'avait pas été battu. La célérité
avec laquelle l'armée débarquée a été défaite, nous a épargné
beaucoup d'embarras.
f Demain, j'expédie pour Gizeh la pièce de train que vous
tn'avez envoyée à la place de celle de huit, et qui est toute
ruinée; je vous prie, mon Général, de vouloir bien donner des
ordres pour qu'elle soit réparée le plus promptement possible.
Salut et respect. Zayonchek.
Le général de brigade Zajqczek au citoyen Reynier ^.
Si le citoyen Reynier n'a rien de mieux à faire, il me fe-
rait plaisir de venir passer un moment avec moi. Nous avons
reçu hier des nouvelles ^ La France est en guerre contre l'em-
pereur, Schérer a été battu en Italie, Moreau a gagné une ba-
taille en Allemagne. Mantoue est bloquée. Rewbell est sorti
du Directoire. Sieyès y est entré. Le général en chef va par-
tir ces jours-ci pour la haute Egypte. Il faudrait bavarder de
tout cela, je ne puis sortir parce que je dois garder 24 heures
1 Arch. h. de la Guerre {Registre B. p. 118): Dugua à Zayonchek, com-
mandant à Beni-Souef, 30 juillet. Il lui annonce la victoire d'Aboukir. Voir
La Jonquière V, 486.
2 Arch. h. de la Guerre, A. d'Orient, aut. Date présumée: 28 thermidor
VII (15 août 1799). L'indication du bulletin analitique aux archives («an-
térieure au 12 juillet>) est tout à fait fausse.
' Voir La Jonquière V, 460—5, Corr. V, 4341.
318 ZAJACZEK
les arrêts 1, ainsi venez consoler un prisonnier. Salut et bon
jour.
Le général de brigade Zajqczek au général en chef
Bonaparte ^.
Au quar. gén. de Béni - Souef, le 3 fructidor an VII (20 août
1799).
Général, un des commissionnaires de Beni-Souef ayant été
expédié hier du Caire avec des lettres de l'état-major, a été
attaqué ce matin par les habitants d'un village nommé Soll,
situé sur la rive droite. Il a perdu le paquet; comme ce paquet
pouvait contenir des ordres, je m'empresse d'en avertir. — Salut
et respect. Zayonchek.
* Voir: Ordre du jour du 25 thermidor an VII (12 août 1799) (imprimé).
cLe général en chef est mécontent du général Zayonchek qui a mis de la
négligence dans l'exécution de l'ordre réitéré de faire partir pour le quar-
tier général le 3^ bataillon de la 22* demi-brigade d'infanterie légère; le gé-
néral Zayonchek, commandant une province directement sous ses ordres,
n'a aucune excuse à alléguer. Le général en chef ordonne au général Za-
yonchek de garder les arrêts pendant vingt quatre heures. Immédiatement
après la réception du présent ordre, il lui est ordonné de faire embarquer
et partir pour le Caire le 3® bataillon de la 22® demi-brigade d'infanterie
légère. Signé: Alex. Berthier».— u4rcfe. h. de la Guerre [Begistre M. p. 38). Ber-
thier à Zajq,czek, à Beni-Souef. Caire, 24 thermidor VII. Ordre de faire em-
barquer de suite sur le Nil le bataillon de la 22* légère qu'il a avec lui
pour se rendre au Caire. — Corr. V, 4340. La Jonquière V, 540, 543.
* Arch. h. de la Guerre, aut. Voir: Begistre B. p. 189 et 203: Dugua,
général commandant au Caire, à Zaj^czek. 23 août 1799: Avis qu'il a trans-
mis au général en chef sa lettre relative au courrier à qui des paysans
ont enlevé ses dépêches. — 28 août: Rodoan, aga des janissaires de la pro-
vince d'Atfieh, affirme que ce n'est point par les habitants de Soll, mais
par ceux de Couremad que le courrier à qui on a enlevé ses dépêches,
a été attaqué.
A BONAPARTE, COMMISSION DES GRAINS ET A DUGUA
319
Le général de brigade Zaj^czek aux membres de la
Commission des grains ^
Au quar. gén. de Beni-Souef, le 9 fructidor an VII (26 août
1799).
Citoyens, Jacob-Sorbudzy, aga des janissaires, dont la con-
duite à l'égard des Français a toujours été bonne, et qui dans
ce moment-ci nous est très nécessaire pour percevoir le miri
dans des villages les plus difficiles à payer, réclame 151 ardebs
des grains qui lui ont été enlevés l'année passée. Je recom-
mande son affaire à la Commission et la prie de vouloir bien
contenter cet homme, parce qu'il nous sert, et que nous en
avons besoin. Il vous exposera son affaire. — Salut et considé-
ration. Zayonchek.
Je ne puis envoyer cet homme nulle part, avant que son
affaire ne soit terminée bien ou mal. Daignez l'expédier.
Le général de brigade Zaj^czek au général division-
naire Dugua l
Au quar. gén. de Beni-Souef, le 10 fructidor an VII (27 août
1799).
Général, l'hôpital de Beni-Souef va bientôt manquer des mé-
dicaments; on a en demandé à plusieurs reprises depuis un
mois, et cependant on ne se presse pas de nous en envoyer;
je vous demande, mon Général, de vouloir bien interposer votre
autorité pour nous les faire avoir.
Les Arabes El-Balgouchi ont quitté les environs de Fayoum
et ont filé du côté de Bahiré.
Les Arabes Geamma, auxquels le général Desaix a accordé
deux villages, par un traité de paix qu'il a fait, il y a un mois,
avec eux, ont commencé à piller les villages au midi de la
province de Behnesé. J'en ai écris au général Desaix.
* Arch. h. de la Guerre, A. d'Orient, aut.
' Arch. h. de la Guerre, A. d'Orient, aut.
320 ZAJACZBK
Tous les Arabes de Behnesé se sont retirés devant l'inon-
dation dans le Fayoum, cette province aurait besoin d'une forte
garnison pendant l'inondation, je suis trop faible pour la lui
fournir, je n'ai 330 hommes ^
Du reste rien de nouveau. Je me propose d'envoyer au
Caire 30 à 40 mille livres, mais j'attends après quelque barque
armée. — Salut et considération.
Zayonchek.
Le général de brigade Zaj^czek au général en chef
Kleber\
Au quar. gén. de Beni-Souef, le 15 fructidor an VII (1 septem-
bre 1799).
Général, j'ai eu l'honneur de recevoir votre lettre du 9 du
courant 3. Le départ du général Bonaparte nous aurait été in-
finiment plus sensible, s'il ne nous avait pas laissé pour suc-
cesseur un général tel que vous. Ce choix est une des preuves
qu'il nous donne de sa sollicitude et de ses soins pour nous.
Le dévouement que tout galant homme donne à la chose
publique, l'envie que j'ai en particulier de bien mériter vis-à-vis
de ma nouvelle patrie, et l'intérêt que je trouve à me rendre
digne de votre estime et de vos bontés, doivent vous être ga-
rants de mon zèle à exécuter vos ordres.
* Arch. h. de la Guerre [Registre B. p. 211). Dugua, commandant au
Caire, àZajaczek, commandant les provinces Beni-Souef et Minieh, à Beni-
Souef. Caire, 18 fructidor VII {4 septembre 1799). Il lui envoie des médi-
caments par la djerme la Vénitienne. Il a soumis sa demande de renforts
au général en chef.
2 Arch. h. de la Guerre, A. d'Orient, aut.
' Voir: Kleber et Menou en Egypte depuis le départ de Bonaparte
(août 1799— septembre 1801). Documents publiés pour la Société d'histoire
contemporaine par François Rousseau (Paris 1900) p. 7. Kleber aux
généraux Menou, Belliard, Reynier, Sanson etc. Rosette, 26 août 1799 : «Le
vide que l'absence de Bonaparte laisse, et dans l'armée et dans l'opinion,
est considérable. Comment le remplir? En redoublant de zèle et d'activité,
en allégeant, par de communs efforts, le pénible fardeau dont son succes-
seur demeure chargé».
JOSEPH ZAJACZEK
D'après un dessin de Dutertre au Musée de Versailles.
A DUOUA BT A KLBBER
321
Les deux provinces que je commande sont parfaitement tran-
quilles. L'habitant de Fayoum est doux et pacifique, celui de
I Behnesé est récalcitrant. Les uns et les autres payent le miri
avec beaucoup de lenteur.
La province de Behnesé sur 177,679
pataquès n'a payé que . . . 103,254
il reste à retirer 74,425
La province de Fayoum sur 76,945 en doit encore quinze
à vingt mille pataquès ^.
Trois cent quarante volontaires de la 88"* de ligne consti-
tuent toute la force que l'on m'a confiée pour contenir ces deux
provinces. — Dans le courant de la campagne de la Syrie
plusieurs incursions des mamlouks qu'il a fallu combattre et
chasser ont retardé le recouvrement de l'impôt. Aujourd'hui
que nous sommes tranquilles du côté de l'ennemi, l'inondation
gêne nos travaux. Cependant trois détachements parcourent le
pays et nous en tirons quelque argent. Un de ces détachements
perçoit le miri dans le Fayoum.
Cette dernière province aurait besoin pendant l'inondation
d'une garnison assez forte pour pouvoir se suffire à elle même,
vu que les secours y sont difficiles à porter à cause des eaux.
Le détachement de 70 hommes que je suis forcé d'y tenir pour
la perception du miri, est pour moi un objet d'inquiétude con-
tinuelle. Il est trop faible.
Beni-Souef, chef lieu de la province de Behnesé, est un en-
droit dont l'intérieur ne présente aucune maison susceptible
d'une défense. Cette raison m'a déterminé à construire une re-
doute hors de la place. Cet ouvrage est seulement commencé,
lorsqu'il sera achevé on pourrait bâtir dans l'intérieur une ca-
serne et des logements pour des Français qui sont ici. Il se-
1 Voir: Estève: Mémoire p. 18 — 9. Arch. h. de la Guerre (Registre Y.
p. 4). Kleber à Zayonchek, commandant les provinces Minieh et Beni-
Soaef. Caire, 18 fructidor VII (4 septembre 1799): Il voit, à regret, la per-
ception des contributions très arriérée dans son arrondissement, et il l'in-
vite à l'accélérer de manière à lui envoyer au moins 150,000 1. sous quinze
jours.
liM Polonais en Egypte. 81
322 ZAJi^CZEK
rait nécessaire que le payeur eût ordre de fournir à la dépense
que nécessite un tel ouvrage. — Salut et respect,
Zavonchek.
Le général de brigade Zaj^czek au général en chef
Kleber \
Au quar. srén. de Beni-Souef, le 16 fructidor an VII (2 sep-
tembre 1799).
Général, la barque la Vénitienne étant arrivée, je m'em-
presse de vous envoyer trente mille livres. Rien de nouveau
dans les deux provinces. — Salut et respect.
Zayonchek.
Le général de brigade Zaj^czek au général en chef
Kleber \
Au quar. gén. de Beni-Souef, le 17 fructidor an VII (3 sep-
tembre 1799).
Général, je viens de recevoir la nouvelle que Mourad-Bey
descend. Le 14, il était à Tonny^ village situé à la hauteur
de Miniette*. Ses forces consistent en deux cents hommes tant
mamelouks qu'Arabes. Il dirigera certainement sa marche sur
le Fayoum. Sa présence y sera d'autant plus dangereuse, que
tous les Arabes de la province de Behnesé se sont retirés dans
le Fayoum devant l'inondation.
Je donne ordre au détachement de 70 hommes qui y per-
çoit le miri de se replier sur Beni-Souef. Le général Desaix est,
dit-on, en mouvement après Mourad-Bey. Salut et respect.
Je devrais me porter de suite sur lUahoun ^, position sur la
^ Arch. h. de la Guerre, A. d'Orient, aut.
2 Arch. h. de la Guerre, A. d'Orient, aut.
' Toueh.
* Minieh.
5 Voir la lettre de Desaix à Zaj^czek, du 10 fructidor (27 août 1799).
AU GÉNÉRAL KLEBEK 323
frontière de deux provinces près du canal de Joseph, mais je
ne puis faire ce mouvement sans rappeler les détachements
qui courent après le miri, et par conséquent sans en inter-
rompre la perception; si Mourad-Bey, selon sa coutume, fait un
crochet dans le désert et remonte vers la haute Egypte, alors
j'aurais fatigué la troupe et interrompu le miri pour rien. Je
vais attendre des nouvelles ultérieures pour me décider.
Zayonchek.
Le général de brigade Zaj^czek aa général en chef
KleberK
Au qu. gén. de Béni - Souef, le 20 fructidor an VII (6 sep-
tembre 1799).
Général, c'est avec peine que deux de mes détachements
ont pu me rejoindre aujourd'hui, j'en aurai assurément beau-
coup pour pénétrer jusqu'à Illahoun, position, que le général
Desaix désire de voir être occupée, et qui est en effet essen-
tielle à garder. Je vais m'y rendre demain avec 150 hommes
et une pièce de trois. — Mourad-Bey est aujourd'hui à Msoura,
village situé sur le canal Joseph du côté du désert et à la
hauteur de Fechné. Ce dernier endroit est à 8 lieues de Beni-
Souef.
Les pillages sur le Nil ont recommencé depuis quelques
jours, plus de dix barques ont été attaquées et pillées entre
Sol, Etfy, et Kurymah. Tous ces villages sont situés sur la rive
droite du Nil, Kurymah est de ma province, il est le plus
mauvais de tous, il me tarde de le punir. Mais, vu le mouve-
ment que je fais sur Illahoun, il ne me reste point de troupes
«Je vous préviens que le maudit Mourad-Bey après la surprise du 26 du
mois dernier eut le bonheur de se sauver de la masse d'abord douze
hommes et enfin jusqu'à 80 à peu près.... Le général Priant fait tous les
préparatifs pour bien le poursuivre.... Je crois, mon Général, que dans le
temps que le général Friant se prépare, vous pourriez occuper Illahoun»
C'est un point essentiel. A Beni-Souef vous ferez peu de choses. Par le
moyen des canaux vous pouvez avec facilité aller à Illahoun. Il n'y a rien
de plus aisé. Là vous contiendrez tout les pays, éloigneriez l'ennemi....»
1 Arch. h. de la Guerre, A. d'Orient^ aut.
21*
324 ZAJi^CZKK
disponibles pour cette exécution, à moins que vous n'ayez la
bonté d'augmenter ma garnison. Cela serait nécessaire non
seulement pour punir les villages qui rendent la navigation du
Nil gênée, mais encore pour jeter un détachement de 200
hommes pour le moins dans Medine en Fayoum. Cette pro-
vince est remplie d'Arabes depuis l'inondation, ces Arabes à la
vérité sont en paix avec nous, mais il y a si peu à s'y fier,
que je crains que l'approche de Mourad-Bey ne les mette en
mouvement. — Salut et respect.
Zayonchek.
Le général de brigade Zaj^czek au général en chef
Kleber \
Au quar. gén. de Beni-Souef, le 18 fructidor an VII (4 sep-
tembre 1799).
Général, j'ai eu l'honneur de vous mander par ma lettre
d'hier que Mourad-Bey allait s'approcher de Fayoum, et que
j'attendais des nouvelles ultérieures pour me porter sur Illa-
houn. Une lettre du général Desaix, que j'ai l'honneur de vous
envoyer, m'y a décidé. Je vais occuper cette position avec 200
hommes, le reste de ma garnison sera à Beni-Souef, et un dé-
tachement en tournée après le miri. Salut et respect.
Zayonchek.
Le général de brigade Zaj^czek au général de brigade
Rampon ^
Au quar. gén. de Beni-Souef, le 20 fructidor an VII (6 sep-
tembre 1799).
Général, j'ai eu l'honneur de vous répondre aujourd'hui
à votre lettre du 12 courant*, que l'aga des janissaires
d'Atfîeh* m'a remise ce matin, mais je suis tellement ennuyé de
* Arch. h. de la Guerre, A. d'Orient, aut.
' Arch. h. de la Guerre, A. d'Orient, aut.
» 29 août.
* «Alfiely» dans texte original.
A KLEBKR, RAMPON KT A DUGUA
325
l'accusation injuste que le village de Sol a faite contre moi
que ne comptant pas que l'aga vous rejoigne assez tôt, je
vous écris la présente pour vous réitérer mes assurances que
non seulement je n'ai point imposé ce village à 5000 médins,
mais que jamais je n'y ai pensé. Accoutumé à ne point me
mêler des affaires d'autrui, je n'aurais pas sûrement voulu m'im-
miscer de celles de votre province, d'un homme que je consi-
dère infiniment. Si je vous avais su au Kaire, je vous aurais
tout de suite écris, pour me plaindre de ce village, lorsqu'il
a dévalisé mon courrier, et il l'a fait, vous ne devez point en
douter. Ses habitants sont associés avec ceux de Kurymah, et
ils pillent les passants. Cependant comme j'y avais envoyé un
janissaire pour demander au scheik de me faire retrouver des
lettres enlevées, il se peut que ce janissaire a(it) demandé les
5000 médins, et c'est cela que je vous conjure d'éclaircir^ Le
janissaire est arrêté. Salut et fraternité. Zayonchek.
Le général de brigade Zajqczek au général divisionnaire
Dugua 2.
Au quartier général de Beni-Souef, le 20 fructidor an VII de
la République française, une et indivisible (6 septembre 1799).
Général, j'ai eu l'honneur de vous répondre à votre lettre
du 11 du courant, par l'aga des janissaires d'Alfiery qui me l'a
apportée, mais comme il pourra s'arrêter quelque temps dans
son village, je vous écris la présente, afin de vous instruire que
cet aga tout honnête homme qu'il puisse^ être, habite un village
de voleurs. C'est infalliblement* son village de Soll qui a dé-
» Registre B. p. 241. Dugua, commandant du 1"" arrondissement du
Caire, à Zayonchek, à Beni-Souef. Caire, le 29 septembre 1799. Ne peut
lui donner des éclaircissements sur le village de Soll qu'il a demandés au
général Rampon, commandant alors de l'Atfieh, qu'après le retour de l'aga
des janissaires de cette province.
* Ms. de la Bibliothèque de l'Université de Cracovie, N° 6122, aut. En
marge, de la main de Dugua: Ordre donné au c» Fraise, commd* la Véni-
tienne, le 11 vendémiaire (3 octobre 1799) de prendre ou brûler les barques
qu'il trouvera entre Sol et Kuzimat.
' «peut l'être».
* L'orthographe de l'original.
326 ZAJACZEK
valise le courrier expédié du Caire le 2 fructidor ^ Ce même
village a depuis attaqué plusieurs barques venant ^ du Caire,
et pas plus tard que la nuit dernière il a assassiné quatre ou
cinq Turcs qui retournaient du Caire, j'ai vu leurs corps por-
tés sur des barques vers Miniette. Ce village est associé de
celui de Kuzymat et ils s'amusent à voler les passants. Sol est
de la province du g-al Rampon, Kuzymat est annexé à celle
de Behnesé, et il me tarde de le punir. Il faudrait passer tous
les hommes au fil de l'épée et brûler les habitations.
Quant à votre lettre du 8 fructidor au sujet du village de
Kolossané, cet hameau est encore composé de mauvaises gens,
ils pillent les passants, et dernièrement ils ont attaqué un vil-
lage voisin et l'ont totalement brûlé, je les avais imposés pour
cette action à mille pataquès pour la République, mais en con-
sidération de votre lettre je leur ai remis la moitié, pour la
sûreté de laquelle l'intendant cophte gardera leurs bestiaux et
quelques hommes de leur village jusqu'à ce qu'ils ayent payé.
Salut et considération. Zayonchek.
Le général de brigade Zaj^czek au général Priant,
à Siout^.
Au qu. gén. d'Illahoun, le 23 fructidor an Vil (9 septembre 1799).
Général, j'ai reçu votre lettre du 15. Je garde cette position
conformément aux ordres du général Desaix. J'ai eu bien de
la peine à m'y rendre, et j'en aurai infiniment pour m'en re-
tourner, l'inondation gagnant de tous côtés. Instruisez-moi, je
vous prie, Général, de vos opérations contre Mourad-Bey, afin
que je sache me régler. Le séjour d'Illahoun est désagréable et
malsain; j'ai une dizaine de malades depuis que j'y suis, ce qui
est marquant sur 150 hommes qui composent ma force. J'ai
donné ordre au commandant de Beni-Souef de vous envoyer
les boulets de marbre par le premier reys* sûr. Rien de nou-
1 19 août 1799.
^ «venantes» dans le texte original.
" Arch. h. de la Guerre. A. d'Orient, aut. Classé aux archives à la date
du 23 thermidor (10 août).
^ reis ou raïs, chef, officier turc.
A FRIANT ET A KLKBER
32 7
veau au Caire. Le bruit d'une nouvelle descente est faux. Le
général en chef Kleber s'occupe, dit-on, d'une nouvelle organi-
sation des administrations. Le Fayoum est rempli d'Arabes
émiés, mais on ne peut s'y fier. Bagouchy^ viennent de faire
la paix avec moi. Recevez les assurances de mon amitié.
Zayonchek.
Le général de brigade Zaj^czek au général en chef
Kleber \
Au qu. gén. d'Illahoun*, le 24 fructidor an VII (10 septembre 1799).
Général, la nouvelle que j'ai eu l'honneur de vous mander
par ma dernière de l'approche de Mourad-Bey se trouve fausse;
I elle me venait des Coptes, mais les exprès que j'ai envoyés à
I Msoura l'ont démentie. Le g-al Priant me mande du 15 que
I Mourad est toujours à Thouny, et qu'il se prépare à l'attaquer
aussitôt que les dromadaires seront prêts.
La position que j'occupe est essentielle à garder, mais très
malsaine dans ce moment-ci. Depuis quatre jours que j'y suis,
j'ai 12 malades. Ceci me détermine à me porter sur Medine
en Fayoum. Ce dernier endroit est à quatre heures de marche
d'Illahoun, et je pourrais y revenir aussitôt que les circonstan-
ces l'exigeront, le chemin qui y conduit n'étant jamais inondé.
D'ailleurs, en occupant Medine je pourrai travailler à la percep-
tion du miri. Salut et respect. Zayonchek.
Le général de brigade Zaj^czek au général en chef
Kleber K
Au qu. gén. de Medine, le 26 fructidor an VII (12 septembre
1799).
Général, j'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur
de m'écrire le 15 du courante Ce n'est pas faute de peine et
* Bixlgouchi.
> Arch. h. de la Gru., A. d'Orient, aut.
' EUahoun.
* Arch. h. de la Gu., A. d'Orient, aut.
5 1 septembre. Probablement celle du 18 fructidor (4 septembre).
328 ZAJ^CZEK
de travail que le miri n'a point été achevé dans les deux pro-
vinces que je commande. Les invasions des mamlouks, la mau-
vaise volonté des paysans, la nonchalance des Cophtes, et sur-
tout le peu de force armée que j'ai, qui sont cause de ce retard»
Plus les détachements qui parcourent la province sont forts»
et plus tôt le paysan apporte le miri.
Il est de toute impossibilité, Général, que je puisse vous en-
voyer dans quinze jours 150,000 livres, mais je ferai ce que je
pourrai pour vous en envoyer le plus qu'il me sera possible.
Quant à votre ordre du 19 fructidor \ j'ai l'honneur de vous
assurer que jamais les troupes qui ont été sous mes ordres»
n'ont exigé de payement pour elles, je me suis tenu à cet égard
strictement à l'ordre du général Bonaparte, qui l'a défendu.
Cependant cette punition aurait été essentielle pour accélérer'
le miri, et puisque vous ordonnez de la mettre en exécution,
je vais en faire prévenir tous les villages, et à compter du 1"^
vendémiaire les détachements en courses seront payés par les-
habitants.
Mourad-Bey est toujours du côté de la province de Miniette*.
Zayonchek.
Le général de brigade Zaj^czek aux citoyens commis-
saires chargés du recouvrement des grains^.
Au qu. gén. de Medine, le 27 fructidor an VII (13 septembre 1799).
Citoyens, vous connaissez la faiblesse de ma garnison, ainsi
que la nécessité où je suis, de multiplier les détachements pour'
percevoir le miri. Le général en chef me demande 150,00d
mille livres dans le courant de quinze jours; ne pourriez-vous
pas m'aider dans ce moment-ci? Vous avez actuellement un
détachement de cent hommes sous vos ordres, 35 hommes de
ce détachement faisant le service de la place de Beni-Souefi
* Ordre du jour du 5 septembre 1799. Article l•^ Les commandants
des colonnes mobiles chargés de protéger les recouvrements des contribu-
tions continueront à faire payer par les villages le droit connu sous le nom
de dketurick, qui sera consacré au payement de la solde de la colonne
mobile (Rousseau 13).
2 Minieh.
" Arch. de la Qu., A. d'Orient, aut.
A LA COMMISSION DES GRAINS ET A KLBBER 329^
me mettraient dans la possibilité d'augmenter d'autant un déta-
tachement trop faible qui est après le miri. Je vous demande
cette grâce seulement pour quinze jours. Vous savez la bonne
volonté avec laquelle je me suis toujours empressé à satisfaire
à vos demandes, ne refusez pas la mienne, si elle ne dérange
en rien vos opérations. Salut et considération.
En cas que vous consentiez à ma demande, instruisez en le
commandant de la place.
Le général de brigade Zaj^czek au général en chef
Kleber \
Au qu. gén. de Medine, le 30 fructidor an VII (16 septembre 1799).
Général, rien de nouveau dans la contrée où je me trouve.
he g*^ Priant me mande que Mourad-Bey se trouve à Balan-
1 cura 2, village de la province de Miniette, et qu'il se mettra à le
poursuivre à la fin du mois, vu que ses dromadaires ne peuvent
pas être prêts plus tôt. Le chef de brigade Conroux va me join-
dre aujourd'hui. Medine est une position centrale d'où nous
pourrons nous porter où le besoin exigera. Celle d'illahoun est
'trop malsaine dans cette saison, d'ailleurs nous pouvons y être
dans quatre heures, si jamais les circonstances le demandent.
J'ai eu l'honneur de vous mander, mon Général, que je tra-
vaille à la construction d'une redoute, qui est nécessaire à la
I sûreté de la garnison de Beni-Souef. Le payeur refuse de four-
nir l'argent nécessaire pour faire aller cet ouvrage; daignez or-
! donner pour que cette difficulté cesse quant à cet article, qui
ine peut pas être de conséquence, dont cependant on ne (peut)
pas déterminer d'avance la quantité. Salut et respect.
Zayonchek.
* Arch. h. de la Gu., A. d'Orient, au t.
' Belansourat.
330 ZAJACZEK
Le général de brigade Zaj^czek au général en chef
Kleber \
Au qu. gén. de Medine, le complémentaire an VII (18 septem-
bre 1799).
Général, le chef de brigade Conroux m'a rejoint hier. Mou-
rad-Bey est toujours à Balançura dans la province de Miniette.
Selon le dernier avis que j'ai reçu, il ne doit avoir que 30 mam-
louks et 25 Arabes avec lui. La même lettre porte que Mou-
rad-Bey a envoyé après tous les siens qui ont passé de l'autre
côté du Nil, de venir le rejoindre à Behnesé, village situé sur
le canal de Joseph, à trois journées de marche d'ici, et qui
donne le nom à la province. Deux cheiks arabes sont venus
m'avertir que Mourad-Bey a envoyé dans le Fayoum quatre
émissaires pour engager les Arabes à s'unir à lui. Je ne vous
garantis pas toutes ces nouvelles, on débite tant de mensonges
dans ce pays-ci, mais ce qu'il y a de certain, c'est que l'inon-
dation a fait refluer dans cette province pour le moins neuf
à dix mille Arabes sur la foi de qui il n'y a pas à se fier '^.
Profitant du séjour du chef de brigade Conroux ^ j'ai par-
tagé mes 130 hommes de la 88^ en deux détachements, et je
1 Arch. h. de la Gru,, A. d'Orient, aut.
2 Dugua, commandant du Caire et du l^'' arrondissement, au géné-
ral Zajaczek, à Beni-Souef. 25 septembre {Registre B. p. 237). Demande
l'aman et la permission de cultiver leurs terres en sûreté pour deux cheiks
d'Arabes Daafs qui viennent d'être présentés par l'aga des janissaires au
général en chef qui en est très content.
s Voir [Registre M. 59, 62) lettres du général de division, chef de l'état-
major général Damas à Zajaczek, commandant les provinces de Mi-
nieh et de Beni-Souef, à Medinet-el-Fayoum. Caire, 20 septembre 1799).
Avis que le chef de la 61*^ demi-brigade reçoit ordre de revenir au Caire
avec sa troupe. Invitation de faire relever, s'il se peut, la partie de ce corps
employée près de la Commission des grains. On rassemble des forces pour
combattre le Grand Vizir qui s'avance avec une armée. Avis que le géné-
ral Menou reçoit ordre d'en envoyer dans le Bahireh contre Mourad-Bcy. —
26 septembre (à Z., commandant la province de Beni-vSouef, à Beni-Souef) :
Avis que le chef de brigade Conroux reçoit ordre de revenir sur le champ
au Caire avec sa troupe. Ordre d'y joindre celui qui accompagne la com-
mission des grains, ou, dans tous les cas, de le faire relever et partir en
suite. Avis des menaces de l'ennemi par la Syrie.
A KLEIiER ET A FRIANT
331
les ai envoyés courir après le miri; la province de Fayoum
I n'étant pas étendue, nous pourrons ravoir ces détachements au
premier bruit de l'approche de Mourad.
Comme il me tient à cœur de remplir votre ordre au su-
jet de l'envoi de 150,000 1., j'ai averti le payeur de suspendre
le payement de toutes assignations qui pourraient lui venir,
jusqu'à ce que nous ayons complété ce que vous demandez.
Salut et respect. Zayonchek.
Le général de brigade Zaj^czek au général en chef
Kleber\
Au qu. gén. de Medine, le 4 complémentaire an VII (20 sep-
tembre 1799).
Général, Mourad-Bey est positivement à Behnesé. village
situé sur le canal de Joseph, à trois grandes journées de mar-
che d'ici. Les Arabes prétendent qu'il veut se porter sur la petite
Oasis, mais son trésorier, accompagné d'Abdalla Bachy, Mau-
«rabin, et de quatre Arabes, a filé hier à côté d'un village de
cette province nommé Abou-Gandir 2, ils ont pris le chemin de
Beheré. Comme cet homme précède habituellement Mourad-
Bey dans toutes ces courses on pourrait prendre sa tournée
vers Beheré pour une indication de celle que son patron va
faire, et j'ai cru devoir vous en informer. Salut et respect.
Zayonchek.
Le g-al Desaix m'a écrit le 26^ de Siout, il va ces jours-ci
S8 mettre aux trousses de Mourad-Bey.
Le général de brigade Zaj^czek au général division-
naire Priant, commandant les provinces de Behnesé, de
Fayoum et de Miniette^.
Au qu. gén. d'Illahoun, le 1 vendémiaire an VIII (23 septem-
bre 1799).
Général, peu sûr que ma lettre écrite de Medine vous soit
parvenue, j'ai l'honneur de vous l'envoyer par duplicata.
* Arch. h. de la Gu., A. d'Orient, aut.
2 «Abougoundire» dans texte original.
' fructidor (12 septembre).
* Arch. h. de la Gu., A. d'Orient, aut.
332 ZAJACZEK
Nous avons reçu l'avis que Mourad-Bey avait fait un mou-
vement vers le Fayoum, et aussitôt nous nous sommes portés"
vers Illahoun, nous y sommes depuis le 2. Aucune nouvelle
postérieure ne nous est parvenue de ce vagabond.
J'ai toujours laissé la 88® pour courir après le miri.
Vous allez être tourmenté, Général, pour accorder une di-
minution de miri à un village nommé Besifîé^ mais n'en faites
rien; c'est le plus puissant de tous les villages, et il peut payer,
mais son cophte, le plus intriguant de sa nation, remue le ciel
et la terre pour obtenir ce bénéfice qu'il ne faut point accorder.
Je vous rappelle, Général, la redoute de Beni-Souef, je me
suis engagé vis-à-vis le payeur de lui rembourser les 40,000
parats, en cas que vous n'obteniez l'ordre d'achever cet ou-
vrage 2. Salut et dévouement. Zayonchek.
Le général de brigade Zaj^czek aux membres de la
Commission, à Beni-Souef^.
Au qu. gén. de Medine, le 5 vendémiaire an VIII (27 septem-
bre 1799).
J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire,
en me prévenant sur votre tournée et l'impossibilité où votre
détachement se trouve d'aider à la garnison de Beni-Souef. Que
la pauvre garnison s'arrange comme elle pourra, je ne puis
l'augmenter tant que Mourad ne prendra un parti, ou tant que
le g al Priant n'obtiendra quelques troupes. Salut et considé-
ration. Zayonchek.
1 Probablement il s'agit de Beléfîéh, au nord de la vIHq Beni-îSouef.
2 Voir: Registre I. p. 39. Lettre de Kleber à Zajaczek, à Beni-Souef.
Caire, 25 septembre 1799: Il l'invite à lui faire connaître approximative-
ment ce que coûtera la redoute qu'il veut y faire construire, afin de mettre
à sa disposition les fonds que le payeur de la province lui a refusés.
3 Arch. h. de la Gu., A. d'Orient, aut.
A LA COMMISSION DES GRAINS, REYNIER ET A FRIANT
333
Le général de brigade Zajqczek au citoyen Reynier,
1 commissaire aux grains \
Au qu. gén. d'Illahoun, le 8 vendémiaire an VIII (30 septem-
bre 1799).
Citoyen, le citoyen Poussielgue vous renvoie une pétition
du village de Bellifié^; il s'agit d'accorder des charaki^. Cela
sera à votre décision. Mais, j'ai l'honneur de vous prévenir que
c'est un village de plus riches, qu'il est faux qu'il ait souffert
des mamlouks, et que son cophte, qui travaille pour ce village,
est le plus intrigant du monde. D'ailleurs si ce village obtient
quelque chose, tous les autres le demanderaient et avec beau-
coup plus de raison. Ainsi je serais d'avis que vous n'accordiez
rien^. Salut et considération. Zayonchek.
Le général de brigade Zajqczek au général division-
naire Priant^.
Au qu. gén. d'Illahoun, le 11 vendémiaire an VIII (3 octobre 1799).
Général, je viens d'expédier la lettre pour le g-al Desaix.
Rien de nouveau. Mourad-Bey est à Behnésé. Un de mes émis-
saires en est revenu ce matin. Les Geamés^ s'approchent de
^ Arch. h. de la Gu., A. d'Orient, aut.
« Beléfiéh.
' c. à d. dégrèvements (Estève: Mémoire 287).
4 Voir: Corr. V, 4368: Ordre da jour du 18 août 1799: «...Le miri et
les autres impositions, tant dans les provinces de la haute Egypte que de
lia basse, seront payés sans aucune déduction, sous quelque prétexte que
ce soit... Quant aux cheiks-el-beled qui présenteront des reçus des Ma-
meluks, auxquels ils prétendraient avoir payé le miri, non-seulement on
n'y aura aucun égard, mais ils seront menacés de châtiment... Toutes les
décharges qui auraient été accordées seront regardées comme nulles, et les
villages contraints à payer». La Jonquière V, 548 — 9. Registre. J, p. 37:
Kleber à Zaj^czek, à Medinet-el-Fayoum. Caire, 24 septembre 1799 : Ré-
ceptions de plusieurs lettres. Il n'y a rien de fort en matière d'impôt tant
qu'il reste quelque chose à recouvrer. Quant à l'ennemi, il s'agit de mar-
cher à lui quand l'occasion s'en présente, sans considérer le nombre.
5 Ârch. h. de la Grw., A. d'Orient, aut.
^ La tribu Geamma.
334 ZAJACZEK
Fayoum en pillant partout. Aucune nouvelle du g-al Desaix
Salut et dévouenient. Zayonc hek.
Le 12 vend. (4 octobre 1799).
Les deux détachements viennent de me joindre. Je suis de»
lors fort de 250 hommes. Mais le miri de Behnesé s'en ressen-
tira. 11 était assez en train. Si vous pouviez, Général, faire con.
tinuer Celui de Belitié \ cela apporterait 11 mille pataquès.
15 hommes suffiront pour le faire aller, ce village étant à la
porte de Beni-Souef. Les Arabes disent que Mourad-Bey a reçu
ordre du Grand Sélim d'exterminer tous les Français sur la
rive gauche, tandis que son armée fera la même chose sur la
droite. Zayonchek.
Le général de brigade Zaj^czek au citoyen Reynier^,
agent français du 2 arrondissent.^ de la Haute Egypte,
Au qu. gén. d'Abou-Gandir*, le 19 vendémiaire an VIII (11 oc-
tobre 1799).
Citoyen, j'ai reçu votre lettre du 16 du courante J'espère
que les écrivains cophtes se conformeront aux ordres que vous
leur avez donnés relativement aux poudres et salpêtres^. Il au-
rait été à souhaiter qu'au lieu d'une proclamation en français
vous leur eussiez envoyé une en arabe. Pour ce qui est des
avances que vous voulez que les commandants de la place de
Fayoum fassent à ce sujet, je vous préviens qu'il n'y a per-
sonne à Medine, et que je ne sais pas encore comment le g-al
Friant ordonnera à cet égard. Je ne lui ai pas parlé de ce détail
^ Probablement c'est une altération du nom Beléfiéh.
2 Arch. h. de la Gu., A. d'Orient, au t.
3 c. à d. des provinces: Minieh, Beni-Souef et Fayoum.
* «Abougoudire» dans texte original.
5 Voir Registre Z. p. 2. L. Reynier, membre de la commission des
grains, agent français du 2® arrondissement, au général de brigade Zaj^-
czek, commandant la province de Beni-Souef, le 16 vendémiaire VIII (8 oc-
tobre) ; Avis qu'il vient d'être nommé agent français du 2™^ arrondissement.
Mesures prises pour l'exécution de l'arrêté relatif aux poudres et salpêtres
et pour l'achat du soufre.
^ La Jonquière V, 545—6 (Ordre du 14 août 1799).
A FRIANT, REYNIEU ET A KLEBKU
335
de service, je le remets à des temps plus tranquilles. Je vous
salue.
Le général de brigade Zaj^czek aa général en chef Kleber^.
Au qu. gén d'Abou-Gandir, le 26 vendémiaire an VIII (18 oc-
tobre 1799),
Général, il m'est désagréable de vous importuner pour des
objets relatifs à l'argent, dans un temps de pénurie ^ où se trouve
la caisse de l'armée, mais j'y suis forcé par la position de mes
affaii"es.
Depuis le mois de vendémiaire l'an VU, employé à com-
mander les provinces, j'ai dépensé en frais d'espionnages, des
courriers, et d'autres objets semblables 5,554 livres. Le général
Bonaparte me promettait toujours de me faire rembourser, mais
je n'ai jamais été satisfait, et chaque mois ajoutant nécessai-
rement à la masse de la dépense je me suis trouvé au dernier
fructidor en avance de la somme mentionnée. Placé entre la
Haute Egypte et le Kaire, j'ai été un entrepôt de la correspon-
dance, elle fut très active dans le temps des opérations du gé-
néral Desaix dans cette contrée. Le général Bonaparte voulait
avoir journellement de nouvelles. Le général Desaix égale-
ment désirait d'être informé de tout, et je me flatte de les
avoir contentés, l'un et l'autre. Actuellement on me mande du
Kaire que le général Bonaparte a décidé au moment de son
départ que les commandants des provinces doivent chercher
l'indemnité de ces frais sur ceux de table. Jamais je n'ai eu
connaissance de cet ordre, il ne m'a jamais été communiqué
officiellement. D'ailleurs ces frais de table auxquels on me ren-
voie, ne m'ont point été payés, et j'ai dépensé de mon argent
pour faire couler le service, forcé très souvent d'emprunter à
gauche et à droite pour y subvenir. Pour onze mois et quinze
jours de frais de table je n'ai touché que 3,000 1. *. Je soumets
également ce second objet à votre justice et à votre bonté. Il
* Arch. h. de la Gu., A. d'Orient, aut.
2 Voir: Rousseau 9, 13, 20—1, 26, 95, 97.
3 «deux mois de frais de table» — l'observation faite dans le bureau
de rétat-major général.
3S6 ZAJACZKK
aurait mieux valu ne pas nous flatter de l'avantage de la ta-
ble, on se serait alors réglé en conséquence; au lieu qu'aujour-
d'hui il se trouve que l'on a dépensé au delà de ce que l'on
devait.
Veuillez bien, Général, avoir égard à ces réclamations, et
recevoir sous votre protection un infortuné étranger, à qui les
malheurs et la destruction de sa patrie n'ont laissé dans un
âge avancé que trois ou quatre années propres à travailler
pour avoir de quoi passer une triste vieillesse. Pardonnez si
j'ai cherché à fixer un moment vos regards sur le tableau af-
fligeant de ma situation. Salut et respect. Zayonchek.
Zaj^czek à Priant ^
Ce 26 vendémiaire (18 octobre 1799) d'Abou-Gandir.
Général, la nouvelle que je vous ai mandée ce matin se con-
firme. Mourad-Bey a remonté, le général Desaix n'a su sa mar-
che que lorsqu'il était dans le voisinage de Siout aux villages
d'Ebne-Ouafy. Les Arabes de Geamma se sont séparés de lui
et ont cheminé vers la petite Oasis, distante de quatre journées
de Raïan *. Boyer a passé cette nuit à lUahoun. Ce matin, il a
seulement filé devant Sédiman. Outre les provisions immenses
qu'il a consumées à deux reprises à Sédiman ^^ outre celles
* Arch. h. de la Gm., A. d'Orient, aut. (donation Priant, 5).
2 «Rayanne» dans texte original.
3 Boyer à Zaj^czek, Sédiman, 14 vendémiaire (6 octobre): «J'arrive
en ce moment avec 350 hommes montés à dromadaires et une pièce de
canon. J'ai marché à grandes journées pour atteindre Mourad-Bey, mais
en vain; il est en ce moment à Kharak (Medinet-el-Garaq ou Garah) avec
les Arabes Geamma... J'ai au moins 3 jours d'avance sur la colonne du
général Desaix... J'en partirai pour me rendre à Kharak, et si à mon ar-
rivée Mourad et Geamma en sont partis pour Raïan, j'y filerai de suite
derrière eux et j'y prendrai poste jusqu'au nouveau ordre; il serait néces-
saire alors, Général, qu'un détachement occupe Kharak, car si les mam-
louks à mon arrivée à Raïan me font un crochet et se rendent à Kharak,
ils trouveraient alors un poste occupé, ce qui les empêchera et de faire
des vivres et de l'eau».
Desaix à Zaj^czek, Bourtout Batte (probablement Bartabat, au nord
de Behneseh) 19 vendémiaire VIII (10 octobre 1799) : «Je descendrai en sui-
vant les inondations et suivrai la marche de Mourad en me faisant pré»
A KLEBER ET A FRIANT 337
qu'il a prises à Medine, il a fait encore venir des villages voi-
sins de Sédiman des vivres en quantité, en moutons, buffles,
grains, fèves, beurre, son écrivain cophte qu'il avait laissé à Sé-
diman a rempli le pays des ordres de Boyer pour les provi-
sions. On m'en a apporté ici une dizaine. Toutes ces provisions
que sont-elles devenues? il ne pouvait pas les user, vu toutes
celles qu'il a prises. D'ailleurs son écrivain les aura peut-être
vendues, ce qui serait fort mauvais, car cela ne laisse que de
ruiner les villages. J'en ai écris pour m'en informer et je vous
le manderai. Je reçois dans ce moment-ci votre lettre du 25.
Je partirai demain pour Medine. On me mande que les Ba-
gouchysi sont à deux lieues de Tamye^ dans le désert. Si cela
est, je ne pourrais pas y aller parce que cela me prendrait trois
jours, ce qui retarderait peut-être d'autant le départ de la 61^
Quand je serai à Medine, je verrai cela plus au clair, et si cette
expédition peut se terminer dans 24 heures je l'entreprendrai,
dans le cas contraire je m'empresserai de vous renvoyer le dé-
tachement. Salut et dévouement. Zayonchek.
céder par Boyer qui les pressera de plus près. Dans ce cas il sera essen-
tiel que vous continuez à occuper Garaq pour empêcher les rassemble-
ments d'Arabes dans ce canton et empêcher ses Arabes de remonter».
Desaix à Zaj^czek, Bourtoubatti, 19 vendémiaire VIII: «L'adjudant
général Boyer est en route pour Raïan. Il n'a que pour cinq jours de bis-
cuit et il n'y en a plus à Sediman. Il est urgent... que vous vous occu-
piez d'en procurer pour son retour de Raïan. J'écris au général Friant
d'en faire fabriquer à Beni-Souef et d'en envoyer à Ellahoun. Vous pou-
vez ... en faire fabriquer dans le Fayoum. Je vous y engage. La marche
de Boyer sur Raïan forcera les ennemis à prendre un parti. Vous ferez
bien de faire vos dispositions pour les inquiéter et les empêcher de pren-
dre des subsistances, s'ils reviennent vers le Fayoum».
<P. S. Vous pouvez... établir petit magasin de vivres dans la maison
de Garah, elle est bonne et crénelée. 80 ou 100 hommes s'y peuvent dé-
fendre et être à l'abri de tout accident».
1 La tribu d'El-Balgouchi.
2 Tamieh.
Les FolonaiB en Egypte. 22
338 ZAJACZEK
Le général de brigade Zaj^czek au général division-
naire Priant^.
Au qu. gén. d'Abou-Gandir, le 26 vendémiaire an VIII (18 oc-
tobre 1799), à 6 h. du soir.
Général, un de mes exprès vient de rentrer. Boyer me mande
de Raïan que Mourad a pris le chemin de l'oasis. Il a été aban-
donné par une centaine d'Arabes. Les Geammas l'ont suivi et
ses mamelouks; d'après ce calcul il n'avait pas trois cents hom-
mes avec lui. Les Arabes qui l'ont abandonné ont passé cette
nuit à la hauteur de Nezleh, ils se sont portés ce matin sur
Tamieh pour y rejoindre leur tribu qui est celle de Bagou,
chy. Il n'y a pas de doute que le g*-al Desaix n'aille à l'Oasis,
Quant à moi, que dois-je faire? resterai-je ici jusqu'à l'événe-
ment? me porterai-je sur Medine? Daignez, Général, me noti-
fier votre volonté à cet égard. Si nous n'avions pas le miri à
poursuivre, il n'y aurait pas de mal d'attendre l'événement dans
la position où je suis. Mourad pressé peut y revenir. Ma pré-
sence lui serait alors funeste parce qu'il ne pourrait pas se ra-
vitailler. Mais le miri de deux provinces en souffrirait, c'est un
temps bien précieux que nous perdrions. Décidez. Général, j'at-
tends vos ordres. Je crois d'ailleurs que le g-al Desaix ne tar-
dera pas de vous prévenir sur ce qu'il désire que nous fassions.
Salut et dévouement. Zayonchek.
Le général de brigade Zaj^czek au général divisionnaire
Priant^.
Au qu. gén. de Miniette ^, le 2 brumaire an VIII (24 octobre
1799), à 6 heures du soir.
Général, Mahomet-Bey-Manfou* et Ali-Kachef ont été vus
hier à la hauteur de Sennoris^, et le même jour vers le soir à
1 Arch. h. de la Gu., A. d'Orient, aut. (donation Friant). 4; c. à d. le
quatrième rapport reçu par Friant.
2 Arch. h. de la Gu., A. d'Orient, aut., donation Friant, 7.
' Probablement c'est une altération de Medinet-el-Garaq, village situé
près du lac Garaq, au sud du Fayoum.
* Mohammed-Bey-Manfouk.
^ Probablement: Sennawrès.
AU GÉNÉRAL PRIANT 339
Tamyé, là ils se sont partagés, la moitié de ces cavaliers est
entrée dans la province de Beni-Souef, et l'autre a filé vers le
Kaire. — Aucune nouvelle de Mourad-Bey, ce qui me détermine
d'attendre vos ordres ici. Garak i est très mauvais pour vivre,
on a beaucoup de peine pour y faire venir des provisions. Ce
maudit Mourad-Bey nous fait perdre du temps et retarde la
perception du miri. Salut et dévouement. Zayonchek.
Le général de brigade Zaj^czek au général divisionnaire
Priant ^.
Au qu. gén. de Miniette, le 3 brumaire an VIII (25 octobre 1799)
Général, hier au soir, cinquante mamelouks ont paru devant
Tamyé, ils ont pris le chemin de la province de Beni-Souef du
côté de Zaoué*. Ce que vous me mandez par rapport de Mou-
rad-Bey, m'a été rapporté cette nuit, avec cette différence, que
l'on a ajouté que Mourad-Bey a déjà passé le Nil, à la hauteur
(d')el Scher-Fiah^, village qui a pour scheik ce noir qui nous
a paru si attaché à ce bey.
Dois-je toujours rester à la même position? je croierais que
dans ce moment-ci celle de Medine comme centrale serait
meilleure, surtout si Ali-Kachef s'avise de quelque tentative.
D'ailleurs si vous croyez à propos de laisser ici les 60 hommes
que vous m'avez envoyés dernièrement, alors en formant deux
détachements qui courraient après le miri, je contiendrais tout le
pays. J'attends vos ordres à ce sujet.
Je garderai les 14 scheiks jusqu'à ce que vous n'ayez dé-
cidé. Je croierais cependant qu'il serait nécessaire d'en relâcher
un ou deux pour maintenir la police du village qui est en en-
tier sans chef. Salut et dévouement. Zayonchek.
* Garaq.
' Arch. h. de la Gu., A. d'Orient, aut., donation Priant, 8.
» El-Zawieh.
* Probablement El-Cherawiéh, entre El-Zawieh et Beni-Souef,
«2*
340 ZAJACZEK
Le général de brigade Zaj^czek au citoyen Reynier^
agent français ^
Au qu. gén. de Miniette, le 3 brumaire an VIII (25 octobre 1799).
Citoyen, je viens de faire une bévue, et je suis le premier
à vous en faire l'aveu. Accoutumé à la nullité des agents qui
vous ont précédé, je me suis adressé directement au citoyen
Poussielg'ue, comme je le faisais par le passé. Voici l'affaire.
Un village de Fayoum, nommé Maniât 2, a été taxé au Caire à
deux cents pataquès de plus qu'il n'a payé autre fois de miri.
Lorsque le détachement y fut envoyé, les paysans se sauvèrent;
c'est un village pauvre et entouré de désert, l'habitant s'en
évade très facilement. Après un mois d'absence ces paysans-
veulent revenir, mais à condition qu'ils ne payeront que 300
pat. comme autre fois. Je les ai envoyés au Kaire, au lieu de
vous les envoyer^. Je conviens que cela n'est pas en règle^
mais je me suis oublié, ce qui ne m'arrivera plus. Selon moi il
faut diminuer le miri à ce village ou on n'en aura rien*. Je-
vous salue. Zayonchek.
Le général de brigade Zaj^czek au citoyen Reynier,
agent français du 2 arrondissement de la Haute Egyvte ^
Au qu. gén. de Medine, le 14 brumaire an VIII (5 novembre 1799).
Citoyen, je faciliterai autant que je pourrai les observation»
du citoyen Nectoux. Je vous envoie la feuille de paye des ja-
* Arch. h. de la Gu., A. d'Orient, aut.
2 «Maillet» dans l'original.
^ E. Poussielgue, contrôleur des dépenses de l'armée et administra-
teur général des finances de l'Egypte, au gén. de br. Zayonchek. Au
Kaire, le 11 brumaire an VIII (2 novembre 1799): «Je partage votre avis...
relativement au village de Maniât. Donnez des ordres pour que les habi-
tants rentrent dans leurs foyers, en les assurant qu'ils ne payeront que
300 pataquès au lieu de 500. Veuillez bien en prévenir le c. Reyniert.
* Voir la réponse de L. Reynier (Beni-Souef, 5 brumaire): Trouve na-
turel qu'il se soit adressé directement à l'administrateur général des finan-
ces. Proposition de lever provisoirement le miri dans le village en question,
sauf à l'imputer sur celui de 1214'. Avis que ceux d'El-Hamen, d'Efnou,
Eminié ont acquitté leurs impôts. Ordre donné pour la vente de grains et
de bestiaux inutiles vu la pénurie du trésor. [Registre Z. p. 19).
* Arch. h. de la Gu,, A. d'Orient, aut.
AU CITOYEN REYNIEK 341
nissaires de Fayoum. Il y a deux mois qu'ils n'ont pas été payés.
Le cap. Cahiole de la 88°''' en a passé la revue au défaut d'un
commissaire. Veuillez bien faire ordonnancer leur paye par le
citoyen Poussielgue. Le divan de Fayoum n'a pas été payé
non plus depuis deux mois et demi i. Il faudrait également que
cette dépense soit ordonnancé par l'administrateur générale
J'ai l'honneur de vous saluer. Zayonchek.
Le général de brigade Zaj^czek au citoyen Reynier,
agent du 2 arrondissement de la Haute Egypte^.
Au qu. gén. de Medine, le 16 brumaire an VIII (7 novembre 1799).
Je presse tant que je puis la perception du miri, mais cela
va lentement malgré mes efforts. Je vous envoie la note des
villages qui ont payé partie en argent et partie en bestiaux
que nous avons de la peine à vendre. Il n'y a que 2000 pat,
en argent. Vers le 19 ou le 20 je vous enverrai tout celui qui
pourra encore rentrer. Toute fois, nous serons bien heureux si
de tout le miri que cette province doit, nous pouvons en tirer
dix mille pataquès. Il y a des villages qui ont totalement dé-
serté, et je doute que les habitants rentrent de sitôt. J'ai l'hon-
neur de vous saluer. Zayonchek.
1 L. Reynier, agent français du 2« arrondissement, à Beni-Souef, au
général de brigade Zajaczek, à Medine. 35 brumaire VIII: Remercîments
de la protection accordée au membre de la Commission des arts Nectoux.
Avis que les états du divan et des janissaires ont été envoyés au Caire pour
obtenir leur solde. Présume que les nouvelles qu'on vient de recevoir d'Eu-
rope changeront la position de l'armée. Attend avec impatience des fonds
pour en envoyer au Caire {Begistre Z. p. 25).
Voir: Voyage dans la Haute Egypte, au-dessus des cataractes; avec des
observations sur les diverses espèces de séné qui sont répandues dans le
commerce — par H. Nectoux, membre de la Commission des sciences
et arts d'Egypte, (Paris 1808) p. 4
2 E. Poussielgue à Reynier, agent français du 2^ arrondiss. Au
Kaire, 19 brumaire an VIII (10 novembre 1799) : «Je vous renvoie ordon-
nances pour le mois de vendémiaire an VIII, les états du divan et (de la)
compagnie de janissaires des provinces de Fayoum et Beni-Souef («Bahu-
alfé»)».
» Arch. h. de la Gw., A. d'Orient, aut.
342 ZAJACZEK
Le général de brigade Zajqczek au citoyen Reynier, agent
du 2 arrondissement de la Haute Egypte^.
Au qu. gén. de Medine, le 17 brumaire an VIII (8 novembre 1799).
Je vous envoie, Citoyen, la copie de la lettre que le citoyen
Poussielgue m'a écrite au sujet du village Maniat-Gaytem, j'ai
remis l'original à Moallem Ibrahim comme une pièce justifica-
tive qu'il doit produire en rendant ses comptes. Je vous salue-
Zayonchek.
Le général de brigade Zaj^czek au citoyen Reynier, agent
français du 2 arrondissement de la Haute Egypte^.
Au qu. gén. de Medine, le 19 brumaire an VIII (10 novembre 1799).
Citoyen, Moallem Ibrahim, un des intendants cophtes de
Fayoum, porte à Beni-Souef tout l'argent que nous avons pu
ramasser. S'il réussit à toucher aujourd'hui tout celui qu'on doit
pour des bestiaux qu'il a vendus, il remettra au payeur 5,038
pat. 41 parats. Vous verrez dans les états ci-joints tous les vil-
lages qui ont payé, ainsi que tous ceux qui n'ont pas pu nous
satisfaire. Neuf mois de courses et de poursuite continuelle doi-
vent nous convaincre de l'impuissance totale des dits villages.
Les habitants préféreraient-ils une vie vagabonde à la tranquil-
lité domestique s'ils étaient en état de pouvoir se la procurer?
Ignorant nos usages, ils nous fuyent au lieu de venir nous de-
mander du soulagement. Cependant si nous ne leur en offrons
pas de nous mêmes, tous ces villages seront perdus, leurs ha-
bitants deviendront en grande partie voleurs, et la République
en sera pour une partie de son revenu. Mon avis serait. Ci.
toyen Agent, que vous portiez le gouvernement à faire décla-
rer aux dits villages qu'on leur fait grâce de ce qu'ils doivent,
et que leur impôt pour l'avenir sera réglé d'une manière juste
et proportionnée à leurs facultés, c'est le seul moyen pour leur
faire réhabiter leurs domiciles. Deux de ces villages ont déjà
1 Arch. 11. de la Gu., A. d'Orient, aut.
2 Arch. h. de la Gu., A. d'Orient, aut.
A REYNIKR
343
obtenu cette faveur du gouvernement, qui sont Moutont et son
arrondiss. et Maniât- Gaétan. Tâchez de la procurer aux autres,
car il n'y a pas de force humaine qui puisse en tirer ce qu'ils
doivent. J'ai l'honneur de vous saluer.
Outre le miri, l'intendant doit vous apporter 800 pat. ou
1000 de l'imposition forcée sur Ag-ouine.
Au nombre des villages qui ont tout payé se trouvent Biyahme
et Naulifé, dont le premier a fourni 124 pat. et l'autre 132 de
plus qu'ils ne payaient ci-devant, mais c'est en enlevant leurs
bestiaux que cela a été arraché.
Je vous prie de me renvoyer Moallem Ibrahim de suite parce
que nous avons encore à tirer des chevaux et des armes.
Zayonchek.
Lazowski, chef de brigade du génie, directeur des for-
tifications de l'arrondissement de Damiette, au général
du génie Sanson^.
Lesbé, le 22 brumaire an VIII (13 novembre 1799).
Vous avez eu raison de penser, Général, que l'accroissement
successif de la flotte ennemie devant le boghaz m'a retenu à
Lesbé et ne m'a pas permis de me rendre aux postes d'Om-
farege ^ et de Tinet conformément à votre ordre du dix neuf
vendémiaire (11 octobre).
L'attente de l'événement qui est arrivé ^ et dont vous con-
naissez l'heureux effet '^ nous avait forcé de redoubler l'activité
pour mettre la place autant que possible à l'abri d'un coup de
main; il nous avait aussi obligé à quelques ouvrages extraor-
dinaires sur la rive droite du Nil, ainsi que vous le verrez par
la situation des travaux faits depuis vendémiaire jusque vers
la fin de brumaire, que vous recevrez incessamment, de manière
* Arch. h. de la Gu., A. d'Orient, aut.
2 Om-Fâreg et Tineh (bouche et château) sur la carte de Jacotin.
8 Le débarquement des Turcs au 1 novembre.
* Voir: Rousseau 106, 116. Corr. XXX, 105 — 6. Victoires, conquêtes,
désastres, revers et guerres civiles des Français de 1792 à 1815, par une
société de militaires et de gens de lettres (Paris, Panckoucke, 1819),
XII, 32-3.
344 tiAZOWSKl
que tous nos moyens ont été indispensablement employés ici.
Je ne vous ai donc point envoyé l'arg-ent que vous réclamiez
pour la direction du Caire, et j'ai d'autant moins pu en faire
passer à El-Arich que le payeur n'a pas même encore acquitté
l'ordonnance de 16,000 4= pour vendémiaire, et que j'ig-norais
jusqu'où pouvoir aller, vu l'obstination que paraissait mettre
l'ennemi de vouloir descendre sur ce point.
Malus m'ayant apporté 3,000 =j= pour organiser nos transports,
j'ai complété cette somme jusqu'à 4,000 4=, et je les ai fait pas-
ser sur-le-champ à El-Arich. jusqu'à ce que le payeur me mette
à même de faire mieux. Mais je vous le répète, on nous doit
encore 5,000 =|= de vendémiaire et nous n'avons rien reçu de
l'ordonnance de brumaire, de manière que, si on ne vient pas
à notre secours d'une manière quelconque, nous serons encore
obligés une fois de suspendre les travaux, dans un moment
où, d'après les renseignements que nous avons reçus en par-
lementaire, l'ennemi veut reprendre sa revanche aussitôt qu'il
aura réparé ses pertes.
La somme que vous avez destinée à nos transports sera
remplacée aux premiers fonds que je toucherai, et j'employerai
au lazaret celle que vous avez limitée et envoyée. Dans ce mo-
ment nous construisons de nouveaux fours à Damiette et nous
réparons des écuries pour 200 chevaux. Les quartiers deman-
dent aussi de fortes réparations avant l'hiver. Les fours de
Lesbé tombent en ruines et les approvisionnements de siège
que l'on vient de faire ici dans cette dernière circonstance,
exigent sans plus différer que l'on mette en état les magasins
ou pour mieux dire les masures données pour en servir.
Cette dernière affaire vient de nous faire sentir l'importance
de la tour de la rive gauche du Nil, au-dessous de Lesbé; nous
venons de faire sauter celle de la rive droite qui était en mer
et dont les Turcs s'étaient emparée. On peut faire un excellent
poste de la tour de gauche qui a été trop négligée jusqu'à
présent. Elle peut être disposée à peu de frais de manière
à pouvoir servir d'une retraite assurée à tous les postes que
l'on enverra le long de la côte vers Burlos ou dans le bas
delta, elle remplira provisoirement le but d'une tête de pont,
et conservera la communication d'une rive à -l'autre avec
Lesbé; elle obligera l'ennemi à un siège préliminaire à celui
A SANSON 345
de cette place, s'il ne veut pas être pris à revers dans ses at-
taques.
La place de Lesbé ^ est totalement fermée en maçonnerie,
tous les revêtements sont à la hauteur à laquelle premièrement
•on les avait fixés. Je vous observe cependant que toutes les
parties que j'ai terminées, je (les) ai fait(es) sans retraite in-
térieure, c'est-à-dire qu'en observant le même talus, j'ai conti-
nué le mur sur son entière épaisseur, de manière que nous
pourrons avec peu de dépense donner trois pieds de hauteur
de plus au revêtement de la place, lorsque nous ferons le dé-
lîlement. Nous plaçons sous peu de jours nos portes et nous
avons commencé le glacis au nord, du côté de la mer, mais
m on ne nous laisse pas tous les prisonniers Turcs qui sont
ici au nombre de 600 environ, ce sera une besogne intermi-
nable, le peu de ressource que nous offre le pays, par la mau-
vaise volonté du divan qui ne veut prendre aucune mesure
pour fournir et nous assurer des ouvriers, le peu de fonds dont
* Voire Mémoire sur la place de Lesbé; sans date et non signée, clas-
sée aux archives de la Guerre dans le dossier du mois janvier 1800. «Lesbé
a été fortifié d'après un arrêté du générai Bonaparte. Après la révolte de
Damiette et Mansoûrah, peu de temps, tous les ouvrages devaient être faits
avant l'entrée de l'armée en Syrie, dans l'espace de trois mois.... Cette
place qui peut avoir 7 à 800 toises de développement, est située sur la
rive droite du Nil, dans une langue de terre basse et étroite, à 500 toises
•du lac Menzaleh vers l'orient, à 2,000 toises de la mer vers le nord et à 2
slieues environ de Damiette au sud. En hiver le Nil, soutenu généralement
par la grosse mer, déverse ses eaux dans les prairies et rivières qui envi-
ronnent Lesbé et n'en forme qu'un marais, de manière que pendant
'Cette saison il serait presque impossible d'y ouvrir la tranchée, et pendant
l'été on ne pourrait y approfondir les travaux d'un siège de plus de deux pieds
«ans trouver l'eau. L'autre rive du Nil en face de la place est plus élevée,
elle est formée par les dunes qui limitent le désert à l'extrémité norde du
delta.... Lesbé était environné, comme la plupart des villes et bourgs de
si'Egypte, de monceaux de décombres et de cendres qui formaient dans le
tracé des ouvrages pour le remblai naturel d'une partie des terres pleines
-et des glacis. Les fortifications exécutées jusqu'à présent consistent du côté
de la mer, du lac et de Damiette en un corps de remparts de 8 toises d'é-
paisseur et de 13 pieds de relief, revêtu en maçonnerie de briques sur cinq
pieds d'épaisseur aux fondations avec un talus d'un pouce par pied
jusqu'au sommet sans contrefort....
La garnison peut être réduite à 800 Français; on pourrait composer
le surplus de Grecs de Damiette jusqu'au nombre de 1800 s'il est possible».
346 ZAJACZKK
nous pouvons disposer pour la grande quantité d'ouvrages en-
core à faire, rend le séjour de tous les Turcs prisonniers que
nous avons ici indispensable, si on veut finir une place qui
entre les mains des Turcs nous serait d'autant plus funeste
qu'ils trouveraient dans le pays autant de facilité pour l'ache-
ver promptement que nous en trouvons peu par notre ex-
cessive civilité.
Je vous ferai passer le plutôt possible avec les états, les^
plans généraux et particuliers de tout ce qui nous reste à faire
sur l'extrémité de cette bouche du Nil; depuis plus de vingt
jours nous sommes obligés de courir à droite et à gauche et
n'avons pu nous occuper avec un peu de suite du travail de-
bureau. — Salut et amitié.
Lazowski.
P. S. Je ne vous parle pas des ouvrages particuliers d'Om—
Fâreg, de Tineh et des deux redoutes des environs de Da-^
miette dont vous avez ordonné l'exécution. Dans ma première-
lettre je vous soumettrai quelques réflexions à ce sujet, je vous-
observe simplement dans celle-ci que nous n'avons plus de
bois, que le pays nous fournit à peine en maçon et en char-
pentier de quoi terminer très lentement Lesbé, et que le glacis-
dont la masse est énorme, puisqu'il faut s'élever de 12 pieds
au-dessus de la plaine, suivant la plongée du parapet, deman-^
derait 2,000 paysans de corvée que dans tout autre pays nous
aurions au premier ordre, lorsqu'ici nous ne pouvons pas en
avoir régulièrement 100 par jour, en bien payant pour servir
les maçons, etc. ^
^ Sanson à Kleber, au Caire, le 30 brumaire an VIII (21 novembre).
«Je vous envoie copie d'extrait d'une lettre que je viens de recevoir du
chef de brigade Lazowski, en date du 22 de ce mois, afm de vous mettre»
à même de juger de la position où se trouvent les fortifications de Les-
béh et de ses environs, et des difficultés que l'en éprouve dans le retard-
de la remise des fonds. Je vous prie de vouloir bien donner des ordres au
payeur général....»
A FRIANT
347
Le général de brigade Zaj^czek au général division-
naire Priant^.
Au qu. gén. de Medine, le 30 brumaire an VIII (21 novembre
1799).
Général, j'ai eu l'honneur de vous mander le 27 du courant ^
que la tribu deBagouchy^ m'a renvoyé le papier de paix que
je lui avais donné. Cet événement a été suivi d'un rassemble-
ment des Arabes de la tribu de Semanhoule, qui sont venus
m'avertir qu'ils ont été forcés à cette mesure pour garantir
leurs possessions des incursions des Bagouchys. Ils m'ont instruit
en même temps que les Arabes de la province de Behnesé
sont également sur leur garde contre les Bagouchys. — Ce
mouvement des Arabes et surtout la conduite provocante de
Bagouchys ne partiraient-ils pas de quelque insinuation secrète^
cela paraît au moins être combiné avec la marche du vizir. —
Mais que cela part de tel principe qu'on voudra, il me faudrait
150 dromadaires pour attaquer avec succès les Bagouchys; si
vous pouvez les ravoir, Général, veuillez bien m'en envoyer le
dit nombre, alors unis à très petite garnison que j'ai, nous
pourrions tenter le coup. Il faudrait seulement que l'on ne sût
ce mouvement des dromadaires que le plus tard possible. Je
fais espionner les Bagouchys. — Salut et dévouement.
Zayonchek.
Lazowskî, chef de brigade du génie, directeur des for-
tifications du 6-me arrondissement, au général de bri-
gade Sanson, commandant le génie ^.
Lesbé, le 2 frimaire an VIII (23 novembre 1799).
Conformément à ce que vous me marquez dans votre der-
nière lettre, Citoyen Général, j'expédie un sapeur d'ordonnance
1 Arch. h. de la Guerre, A. d'Orient, aut., donation Priant, 9. Reçue le-
30 au soir.
2 Lettre non conservée.
2 Balgouchi.
* Arch. h. de la G., A. d'Orient, aut.
348 LAZOWSKI
pour vous remettre directement la comptabilité des travaux
faits dans la direction de Damiette pendant l'an VII. J'y ai joint
la situation des travaux faits à Lesbé avec l'état de la recette
et de la dépense depuis le mois vendémiaire an VII jusqu'au
30 brumaire compris. J'y ai joint aussi le plan de la place avec
quelques détails d'absolue nécessité, comme mag-asin à poudre,
dans le bastion n° 3, citerne dans le demi-bastion du côté du
Nil, logement en forme de caserne adossé à la courtine de la
rivière et au mur crénelé en face de la porte et le petit ou-
vrage qui couvre la porte.
Vous trouverez aussi, dans le même paquet, le croquis de
l'affaire du 10 ^ par le capitaine du génie Duponthon qui était
ce jour de service au camp. Cette affaire qui a durée 15 mi-
nutes au plus, a consistée dans une attaque prompte faite par
800 hommes d'infanterie et 200 hommes de notre cavalerie
contre environ 1,800 ou 2,000 Turcs qui aussitôt débarqués ont
travaillé à se retrancher. Le résultat de l'attaque a été ce qu'il
devait être dans une telle proportion de tioupes attaquantes
avec celles attaquées au moment d'un débarquement fait sans
ordre.
C'était la seule chose à vous relater et je crois l'avoir faite
dans ma dernière lettre. Vous n'avez pu la recevoir aussitôt
que le général Kleber, parce que le général Verdier lorsqu'il
expédie une ordonnance au général en chef ne prend pas na-
turellement nos paquets pour le Caire, et que nous ne pouvons
vous écrire que par la poste dont les jours de départ sont très
irréguliers.
Je ne vous envoie pas dans ce moment la comptabilité du
capitaine Morlet depuis qu'il est à Catié, parce qu'elle renferme
des dettes à payer, ce que je n'ai pas voulu ordonner sans vous
en prévenir. Vous ne recevrez pas non plus par ce courrier la
comptabilité du chef de bataillon Cazal depuis qu'il est à El-
Arich, parce qu'il y a une lacune des deux premières décades
de vendémiaire que j'attends toujours. Je vous observe à ce
sujet que, n'ayant reçu aucune lettre du chef de bataillon Ca-
zal, si non celle que vous m'avez renvoyée dernièrement de
votre bureau, je pouvais d'autant moins pourvoir à des besoins
* brumaire c. à d. du 1 novembre 1799.
A SANSON 349
qu'il ne me faisait pas connaître, qu'il était à présumer qu'on
suivrait avec lui la même marche qu'on avait suivie avec le
chef de bataillon Geoffroy pour la place d'El-Arich, c'est-â-dire
qu'on lui faisait passer directement des fonds du Caire et que
d'ailleurs on ne soldait pas ici les ordonnances envoyées pour
les travaux de la direction, ainsi que je vous l'ai mandé der-
nièrement.
Depuis que je vous ai écris, le payeur a donné une somme
de 700 piastres, toujours en acompte sur l'ordonnance de
16,000 =1= accordée pour vendémiaire; de manière que pendant
cette 1''' décade de frimaire les travaux continueront de mar-
cher à Lesbé, indépendamment d'un achat de bois que nous
venons de faire, et dont nos magasins étaient absolument dé-
pourvus.
La troupe ayant cessé d'occuper Mansourâh depuis l'arrivée
de la flotte turque, on n'a pu continuer la tour, ainsi elle est
restée au point où vous l'avez vue; nous avons maintenant les
bois de fortes dimensions qui nous manquaient pour la ter-
miner, aussitôt qu'on pourra reprendre ce travail.
Vous me marquez d'envoyer des crayons et une boussole
à El-Arich, je vous avais donné une note à votre départ pour
les besoins de la direction, nous n'avons rien reçu, et le peu
de crayons qui m'appartenaient particulièrement, je les ai par-
tagés avec mes camarades ici. Quant aux instruments de ma-
thématique, je n'en ai plus, ils ont été pillés au Caire ^ avec
mes effets, et le bureau du Caire n'a envoyé à Lesbé qu'une
planchette et une allivade que j'y ai déposées. L'état des ma-
1 Voir (La Jonquière III, 282), relation dans le Journal de Detroye:
«(Le 21 octobre 1798) la maison (du général Caffarelli) fut entièrement pil-
lée: tous les outils de l'expédition, tous les instruments topographiques,
astronomiques, etc., le travail de tous les ingénieurs, les effets de 30 of-
ficiers furent la proie des brigands». Marc de Villiers du Terrage: Les
aérostiers militaires en Egypte. Campagne de Bonaparte 1798— 1801. (Paris,
1901) p. 9: aPresque tout ce que la mer avait épargné (Aboukir) fut du
reste brûlé lors de l'incendie de la flotille du Nil (Chobrakhit), ou brisé le
30 vendémiaire de l'an VII jour de la révolte du Caire: plusieurs caisses
sauvées des naufrages venaient d'être déposées à la maison du général
Caffarelli, quand cette maison si hospitalière pour les savants fut pillée de
fond en comble».
350 LAZOWSKI
g-asins de Catié ^ que le citoyen Morlet m'a envoyé ne porte
aucune boussole. Cet officier représente que sa jambe ne lui
permet pas de continuer son service. L'humidité de Lesbé et
Damiette ne convenant nullement au genre de sa maladie, je
l'ai autorisé de se rendre au Caire aussitôt que le citoyen Du-
ponthon sera arrivé à Catié pour le remplacer.
Je ne pense pas que le payeur puisse acquitter de long-
temps les ordonnances qui lui ont été adressées pour les tra-
vaux de la direction. La troupe vient ici de se révolter pour
être payée de cinq mois, on a été obligé à des emprunts et
l'on a épuisé la recette nouvellement faite dans la province de
Mansoura sur laquelle nous comptions.
Nous ne pouvons donc encore commencer les ouvrages de
Tineh que vous avez ordonnés et dont j'ai fait le détail esti-
matif conjointement avec le citoyen Malus qui connaît le pays.
La mer étant impraticable dans cette saison, d'Om-Fâreg
à Tineh, les transports à dos de chameaux, des approvisionne-
ments de bois, de chaux de terre ou de cendres, de briques,
que nous serons obligés de faire, portant la dépense à la
somme de douze à 15,000 livres, en suivant les prix que vous
avez fixés à Catié et le prix des chameaux tixé par les com-
missaires des guerres, je vous ferai passer ce devis avec celui
des travaux que l'on peut faire à Om-Fâreg où je vais me trans-
porter. Vous recevrez aussi par la même occasion les mé-
moires que vous me demandez.
Nous venons de faire partir 300 Turcs pour Rosette de ma-
nière qu'il ne nous en reste que très peu pour continuer nos
glacis; ils tombent tous malades de misères, mal vêtus, mal
logés et sans paye, sans marmites pour faire cuire leur riz,
travaillant dans l'eau, la maladie fera de grands progrès parmi
eux, si une fois elle se déclare. Nous avons déjà ici deux pesti-
férés Français. — J'ai réservé pour les réparations du lazaret
la somme de 28,000 parats que vous y avez destinée: je vous
observe seulement que cette somme fait partie du reste en
caisse porté dans l'état que je vous envoie.
Aussitôt que vous m'avez fait connaître le manque d'argent
à El-Arich j'y ai fait passer 118,300 parats y compris une de-
1 Katieh.
A SANSON 351
mande d'approvisionnement faite par le chef de bataillon du
génie Cazal; c'était tout ce dont je pouvais disposer alors; le
payeur n'avait pas encore compté les 700 piastres qu'il a soldées
depuis. Il est inutile de vous observer que ne recevant point
de fonds ici je ne puis en envoyer à El-Arich.
Il y a erreur dans le tracé du chemin couvert en avant du
réduit qui couvre la porte d'entrée sur le plan que je vous
envoie; la contrescarpe en cet endroit ne sera distante du ré-
duit que 4 toises, de manière que le pont dormant sera ap-
puyé d'un côté sur le sommet de cette contrescarpe, et le pont
levé sur le revêtement du réduit. La lunette coulera dans le
fond à 9 pieds en contrebas du nouveau pont. J'ai tait d'ail-
leurs baissé la hauteur de la porte. — Salut et amitié.
Lazovvski.
P. S. J'oubliais de vous marquer que je joins à cette dé-
pêche les comptabilités des chefs de bataillon Geoffroy et Malus
pendant leur gestion à El-Arich et Catié.
Le général de brigade Zaj^czek au général division-
naire Priant^.
Au qu. gén. de Mellaouée^, le 18 frimaire an VIII (9 décembre
1799), à 1 h. après midi.
Général, je suis ici depuis midi. Les Geammas sont campés
dans le désert à la hauteur de cette ville. Ils sont au nombre
|de deux cents. Corayme^ est dans ses terres, mais le scheik
■d'ici assure qu'il est entré dans la coalition avec Mourad * et
les Geammas. Je n'ai pas pu prendre la petite pièce de Miniette,
vu qu'elle est dérangée et qu'il fallait attendre après elle. Mou-
trad a cherché à passer sur cette rive, mais vous avez dérangé
îson projet. Ma troupe est très fatiguée. — Salut et dévouement.
Zayonchek.
* Arch. h. de la Guerre, A. d'Orient, aut., donation Priant, 10.
' Melaoui.
' Probablement Abou-Koraim (La Jonquière V, 258).
* «Murai» dans texte original.
352 ZAJACZEK
Le général de brigade Zaj^czek au général division-
naire Priant ^
Au quar. gén. de Semenhouse 2, le 24 frimaire an VIII (15 dé-
cembre 1799), à 5 h. du soir.
Général, j'ai eu l'honneur de vous mander hier que Mou-
rad-Bey a paru à la hauteur de Mellaoué à 10 h. du matin. Il
descendait. J'ai quitté aussitôt ce poste, en marchant tantôt à la
hauteur du bey, tantôt à sa queue, jusqu'au soir, je me suis,
approché de Miniette^ à une heure après minuit. Ce matin, j'ai
flotté un moment dans l'incertitude entre la crainte de faire
un faux mouvement et la nécessité d'agir, je ne savais pas ce
qu'était devenu Mourad pendant la nuit. Il pouvait avoir re-
monté sachant que j'avais quitté Mellaoué*, mais enfin ce parti
quoique possible m'est paru peu probable, vu que certainement
vous le suivez. J'ai donc marché sur Semenhouse, où j'appria
avec joie que Mourad y a passé à 11 h. du matin, ainsi j'ai
bien fait d'avoir marché par Semenhouse. Ma troupe est ex-
trêmement fatiguée, ce qui me force de lui donner quelque»
heures du repos, mais à 11 heures de nuit je pars pour me
rendre à Chersiate et de là à Charoué ^ La Thébaïde doit
y être déjà. Autant que les forces des piétons me permettront,
je tâcherai d'être toujours le plus près de Mourad que possible
afin de l'empêcher de passer. — Salut et dévouement.
Zayonchek.
1 Arch. h. de la Guerre, A. d'Orient, aut.
2 Ce nom paraît une altération de Sammalout; de même plus bas.
» Minieh ou Miniet.
* Lire: Melaoui.
5 Lire: Charouneh, à la hauteur de Behneseh.
A TRIANT
353
Le général de brigade Zaj^czek au général division-
naire Priant^.
i Au quar. gén. en face de Cherouée *, le 25 frimaire an VIII
(16 décembre 1799), à 11 h. du matin.
Général, j'espère que vous avez reçu mes lettres du 23 et
du 24. Je vous y ai instruit des mouvements de Mourad-Bey et
i des miens. Le 23, il a passé la nuit à Chere-Tamée, village de
la province de Miniette, où il a pris tous les bestiaux, parce
que les habitants n'ont pas pu ou n'ont pas voulu payer une
contribution qu'il en exigeait. Le 24, il a passé la nuit en
face d'Abou-Girgé. On dit qu'il y est encore, mais je ne sau-
rais ^ vous le garantir. Ce qu'il y a de certain c'est qu'il n'a pas
passé Cherouée, les scheiks de cet endroit m'en assurent. La
Thé b aide est à la hauteur de Cherouée. Les mouvements de
Mourad-Bey vont décider des miens. — Salut et dévouement.
Zayonchek.
Le général de brigade Zaj^czek au général division-
naire Priant *.
Au quar. gén. en face de Cherouée, le 25 frimaire an VIÏI (16
décembre 1799), à 1 h. après midi.
Général, votre lettre du 20 vient de m'être remise. Les cir-
constances ayant changé je ne puis exécuter les ordres qu'elle
contient. Mourad-Bey est dans ce moment à très peu de dis-
tance de Cherouée. Un de ses cachefs est au village avec 25
mamelouks. Le cap. Durand les a vus filer ce matin. Peut-être
ce voisinage m'offrira-t-il quelque occasion de l'attaquer.
Salut et dévouement. Zayonchek.
^ Arch. h. de la Guerre, A. d'Orient, aut., donation Friant, 12.
' Charowiéh.
» «scauroïs» dans texte original.
* Arch. h. de la Guerre, A. d'Orient, aut., donation Friant, 13.
L^s Polonais en Egypte. 23
354 ZAJACZEK
Le général de brigade Zaj^czek au général division-
naire Priant, commandant la haute Egypte ^
Au quar. gén. en face de Cherouée, le 26 frimaire an VIII (17
décembre 1799), à 7 h. du matin.
Général, Mourad-Bey est toujours à la hauteur d'Abou-
Girgé. Il campe près d'un village nommé Hamada. C'est son
ancienne position. Quelques-uns des siens viennent à Cherouée.
Tel est le rapport de nos espions. La Thébaïde est ici, pour
peu qu'il fasse du vent je l'enverrai croiser devant Girgé. —
Salut et dévouement. Zayonchek.
Zajqczek aux membres de la Commission des grains ^
(Charowiéh), ce 1 nivôse (22 décembre 1799).
Le général Dugua ne tardera pas à nous demander des
grains^, il est même capable d'écrire au général en chef pour
se plaindre de ce qu'il appellera votre inactivité et la mienne,
ainsi ne prenez pas mauvais. Citoyens, si je vous invite à faire
vos efforts, calculez les toujours sur la force de la garnison,
et je me prêterai à tout, j'irai même en personne s'il le faut.
— Je vous souhaite le bon soir. Zayonchek.
^ Arch. h. de la Guerre, A. d'Orient, aut., donation Priant, 14.
2 Arch. h. de la Guerre, A. d'Orient, aut.
' Estève : Mémoire 280—2: Le général Kleber institua au Caire, dans
le mois de vendémiaire an VIII, une commission des subsistances (Dugua,
Poussielgue, commissaire ordonnateur en chef Daure, payeur général Estève),
à laquelle il subordonna M. M. Livron et Hamelin et la commission de
Beni-Souef. Elle était chargée de pourvoir à la subsistance de la ville du
Caire, de diriger les impositions en denrées, et de leur donner la destina-
tion la plus convenable. Jusqu'alors les grains avaient été expédiés dans
les magasins militaires; il manquait un centre commun La commission
des subsistances établit au Méqyâs un magasin général.... Cet ordre sub-
sista jusqu'au 9 floréal an VIII, époque de la création du comité admi-
nistratif et de l'abolition de la commission des subsistances et de ses
agents.
A LA COMMISSION DES GRAINS, FRIANT KT A LT5P0T 355
Zaj^czek à Priant^.
Cherouée, ce 3 nivôse (24 décembre 1799), à 7 h. du matin.
Général, je viens d'apprendre que Mourad-Bey a été hier
à dix heures du soir en face de Bibé. Il y devait passer la
nuit. Une vingtaine des siens ont été sur la rive gauche, est-ce
pour y chercher des vivres? est-ce pour sonder le passage? Je
préviens le commandant de Beni-Souef. Je me propose de faire
de suite un mouvement vers Zaoé, et plus bas encore; les ren-
seignements que j'attends vont me guider.
Conformément à vos ordres, j'ai ruiné le village Amata et
un autre voisin plus coupable que le premier. J'ai averti les
abitants de transporter leurs grains et leurs bestiaux sur la
rive gauche. Cette mesure gênera Mourad, mais elle ne nous
ïera pas favorable non plus. Il faudra tout tirer de la rive
auche. — Salut et dévouement.
Zayonchek.
Zaj^czek (à Lepot, commandant de la place de Beni-
Souef) \
Cherouée, ce 3 nivôse (24 décembre 1799), à 7 h. du matin.
Mourad-Bey a été hier à 10 h. du soir en face de Bibé. Une
vingtaine des siens avaient passé sur la rive gauche; je crains
jue le Bey n'y effectue son passage. Si vous avez quelque
roupe disponible, envoyez la bien vite pour observer Mourad
;ur la gauche, et correspondre avec le général Priant et moi;
|70us préviendrez de ce mouvement, en cas que vous l'effec-
uiez, le général Priant. — Je vous salue.
Zayonchek.
* Arch. h. de la Gruerre, A. d'Orient, aut., donation Priant 15.
^ Arch. h. de la Guerre, A. d'Orient, aut., donation Priant, 16. L'ad-
Bsse manque.
356 ZAJACZEK
Zaj^czek au citoyen Reynier^ agent français du 2 ar-
rondissement, à Beni-Souef^.
Cherouée, ce 3 nivôse (24 décembre 1799).
J'ai reçu vos deux ^ lettres, Citoyen. Je ferai tout ce que je
pourrai pour satisfaire à vos demandes, pourvu que Mourad-
Bey m'en laisse le temps. Il a été hier à 10 h. du soir en face
de Bibé. Je me porte tout à l'heure vers lui; je crains beau-
coup qu'il ne passe sur la rive gauche. — Je vous salue.
Zayonchek.
Votre noir me suit jusqu'à ce qu'il soit satisfait.
Zaj^czek au général Priant^.
Cherouée, ce 4 nivôse (25 décembre 1799), à midi.
Général, Hassan-Bey, Salah-Bey et Osman-Bey descendent
accompagnés de 300 cavaliers. On les a vus à la hauteur de
Siout. C'est le commandant Ravier qui m'en avertit. Mourad-
Bey a été hier au soir à la hauteur de Feinte*. Il a pillé un
village nommé Ebbe. Je viens de faire une reconnaissance
dans le désert sans avoir rien vu, malgré que j'ai poussé
jusqu'à la hauteur de Zaoée. — Salut et dévouement.
Zayonchek.
* Arch. h. de la Guerre, A. d'Orient, aut. ,
' A Zaj^czek, en tournée dans la province de BaniSoMef (Begistre Z.
p. 61 et 65). Beni-Souef, 30 frimaire VIII (21 décembre 1799): Il lui envoie
un nègre qui a quitté les Mameluks pour s'attacher au service des Fran-
çais, il le prie de lui faire rendre des armes et des effets qui lui ont été
enlevés par des fellahs. Mourad-Bey échappa au citoyen Foissac et des-
cend dans l'Atfieh; mais une autre colonne l'y poursuit. vSe propose de
profiter de la présence des troupes du général Zayonchek pour lever le
miri dans des villages récalcitrants.— 22 décembre: Avis que Copte attaché,
à sa colonne est chargé de profiter de son séjour dans le Chark pour y
lever le miri et les grains. Prière de protéger cette opération. Avis qu'il part
lui-même pour une tournée sur le canal Joseph pour la levée du miri et
qu'il y sera à ses ordres, s'il peut lui être utile.
» Arch. h. de la Guerre, A. d'Orient, donation Friant, 17, aut.
* Probablement: Fent.
A FRIANT ET A LA COMMISSION DE8 GRAINS 357
Le général de brigade Zaj^czek au général division-
naire Priant^,
Au quar. gén. de Beni-Souef, le 26 nivôse an VIII (16 janvier
1800), à midi.
Général, dans la nuit du 24 au 25 Sélim -Bey- Aboudzab *
a passé le Nil à Chere-Siat, village situé au-dessous de Che-
rouée. Cette nouvelle me vient des Cophtes, ils y ajoutent que
l'intention de Sélim-Bey est de faire agir les Arabes sur la rive
gauche. Cela est possible, mais ce calcul des Cophtes se trou-
vera faux si notre armée remporte des avantages sur celle du
Grand vizir, et je suis moralement sûr que les Arabes ne re-
mueront pas avant qu'il n'y ait quelque chose de décisif entre
les deux armées. Sélim-Bey n'a que vingt cavaliers avec lui.
On dit Mourad-Bey à El-Coubebaste. Du reste tout est ici
tranquille. Je vous envoie la copie de la lettre du citoyen Ra-
vier 3. — Salut et dévouement. Zayonchek.
Le général de brigade Zaj^czek à la Commission des
grains ^.
Au quar. gén. de Beni-Souef, le 30 nivôse an VIII (20 janvier
1800).
Le général Priant me mande de Belbeis^ en date du 27 du
courant: «Faites évacuer sur le Caire tous les grains que vous
avez à Beni-Souef.). Je vous préviens, Citoyens, de cet ordre
et vous prie de m'instruire de la quantité de blé que vous
* Arch. h. de la Guerre, A d'Orient, donation Friant, 18, aut.
> Sélim-Aboudiab.
' Chef de bataillon, commandant la province de Minieh.
* Arch. h. de la Guerre, A. d'Orient, aut.
5 Voir Rousseau 160: Kleber à Friant, le 25 décembre. *...Je compte
que vous vous appliquerez à couvrir le Caire du côté de l'Atfyéhly, et à
faire en sorte que Mourad-Bey et ses partisans ne puissent rien faire do
considérable».
358 ZAJACZEK
pouvez faire passer au Caire, et du nombre de barques qu'il
vous faut pour ce transport. — Je vous salue.
Zayonchek.
Je vous envoie en original la lettre du général Dugua, sa
lecture faite je vous prie de me la renvoyer ^
Le général de brigade Zaj^czek au citoyen Reynier,
agent français du 2 arrondissement '.
Au quar. gén. de Beni-Souef, le 30 nivôse an VIII (20 janvier
1800).
Citoyen, le général Priant m'ordonne dans sa lettre du 27
datés de Belbeis ce qui suit: «Il est à propos que vous fassiez
verser dans la caisse du payeur tout l'argent provenant des
contributions, et que vous preniez note de ce qui aura été
versé». En conséquent de cet ordre je vous demande, Citoyen,
d'ordonner à ceux chez qui cet argent se trouve, de le porter
en caisse du payeur 3. — Je vous salue.
Zayonchek.
* Voir deux lettres du général Dugua, commandant du Caire et de
l'arrondissement, au général Z., commandant la province de Beni-Souef
(Registre B. 364, 378). Caire, 26 nivôse VIII : Il lui envoie une pièce de ca-
non et un petit renfort que le général Priant a détaché tout exprès de se»
troupes. Il lui recommande d'observer avec soin les mouvements de Mou-
rad et d'Osman-Bey qui sont réunis dans l'Atfieh et se proposent de re-
passer sur la rive gauche du Nil. Invitation de l'instruire de tout ce qu'il
apprendra. Il en fera autant de son côté. — 27 nivôse: Envoi de sa lettre
au général Belliard. Ordre de la lui faire parvenir, de seconder de tout son
pouvoir la Commission des grains et de se hâter d'en faire rassembler et
d'en envoyer par tous les moyens possibles au Caire.
2 Arch. h. de la Guerre, A. d'Orient, aut.
' Voir {Registre Z. p. 98) lettres d'agent L. Reynier à Zaj^czek. Beni-
Souef, 20 janvier: Ne peut lui donner aucun renseignement sur la rentrée
des impôts de 1214, laquelle est abandonnée aux Cophtes. Ces égoistes im-
putent tout ce qu'ils perçoivent sur cette année. Fonds perçus par lui à
compte de 1215 et 1214 remis au payeur et à l'intendant cophte Michaël.—
22 janvier: Ira conférer avec lui sur les moyens de subvenir aux besoins
du Caire.
A KKYNIER ET A DITGUA 359
Le général de brigade Zaj^czek au général division-
naire Dagua^.
Au quar. gén. de Beni-Souef, le 1 pluviôse an VIII (21 janvier
1800).
Général, j'ai reçu vos lettres du 26 et 28 nivôse. J'ai aussitôt
requis la commission chargée de la perception des grains d'en
renvoyer le plus qu'elle pourra au Caire, mais sa réponse n'est
rien moins que satisfaisante, ^76' n'ont point un seul ardep de
grains dans leurs magasins^ et ce n'est pas l'instant d'en exiger
des habitants qui sont aujourd'hui plus récalcitrants que jamais^
et nous beaucoup plus faibles qu'autrefois^. Cependant je ferai
tout ce que je pourrai pour en tirer des villages voisins de
Beni-Souef; n'ayant que 171 hommes en tout, y compris le der-
nier détachement qui n'est que 36 hommes, au lieu de 50, je
ne pourrai pas étendre mes efforts bien loin.
Je ne sais rien de positif de Mourad-Bey. On le dit dans
l'Alfîery à 5 lieues du Caire. Un espion que j'attends à tout
moment, nous donnera, j'espère, des détails certains à ce sujet.
Osman-Bey et Hassan-Bey ont quitté Cherouée et vont prendre
la position de Zaoé- Guydamée qui est à cinq lieues plus bas
Bur la rive droite. Sélim-Bey- Aboudiab a passé sur la rive
gauche, le 25 nivôse, à dix lieues d'ici; il n'a que vingt ma-
melouks avec lui et se tient au bord du désert, à douze lieues
de Beni-Souef en remontant. Du reste tout est encore tran-
quille dans nos environs, l'habitant cependant a l'air étonné et
vacillant; il serait à souhaiter que cette crise passe. La pièce
que l'on m'a envoyée de Giza^ n'est pas de trois, mais tout
au plus de deux; elle est d'ailleurs sur des affûts marins; c'est
tout autant que rien. — J'ai l'honneur de vous saluer.
Zayonchek.
/ J'ai envoyé votre lettre au général Belliard. J'ai écris à Mi-
niette pour qu'on y fasse passer tous les grains au Caire.
^ Arch. h. de la Guerre, A. d'Orient, copie, papiers Dugua.
^ Ces mots sont soulignés dans la lettre.
8 Gizeh.
360 ZAJACZBK
Le général de brigade Zaj^czek au général Dugua \
Au quar. gén. de Beni-Souef, le 2 pluviôse an VIII (22 janvier
1800).
Général, je reçois à l'instant la nouvelle que Mourad-Bey
a passé sur la rive gauche entre Soll et Zaoué. Osman-Bey et
Hassan -Bey ont aussi passé sur cette rive hier, vis-à-vis de
Cherfiat à une demi lieue de Cherouée. Je ne sais pas encore
leurs positions respectives après le passage du fleuve, mais je
mets des espions en campagne. Les deux détachements des
dromadaires portant des dépêches pour le général Belliard sont
en danger. J'envoie après eux pour les prévenir, s'il est encore
temps. Le premier, commandé par le capitaine Kipper, m'écrit
de Fechn pour me demander du renfort, et tandis que sa lettre
venait ici, l'autre détachemeut partait de Beni-Souef ce matin.
Je crains bien qu'étant réunis ils ne s'avisent de continuer
leur route. Alors ils courraient risque d'être défaits par Osman-
et Hassan -beys. J'envoie pour qu'ils se replient sur Beni-
Souef, mais je crains bien que l'exprès ne les joigne trop
tard. Le pays est encore tranquille, mais les habitants parais-
sent gagner tous les jours un degré d'audace de plus. Les
Coptes ont l'air de mourir de frayeur. — J'ai l'honneur de vous
saluer. Zayonchek.
Le général de brigade Zaj^czek au général division-
naire Priant^.
Au quar. ^yéi\. de Beni-Souef, le 3 pluviôse an VIII (23 janvier
1800).
Général, j'ai reçu votre lettre du 27 nivôse. C'est avec plai-
sir que je resterai sous les ordres du général Belliard. La rai-
1 Archives hist. de la Guerre, A. d'Orient, copie, papiers Dugaa. La
même lettre fut adressée au général Priant, donation Friant, 19, du-
plicata.
' Arch. h. de la Guerre, A. d'Orient, aut., donation Friant, 20.
A DlJGirA KT A FRIANT 361
son de son ancienneté^ est juste, et quand même elle n'y se-
rait pas, j'ai trop de bon sens pour ne pas sentir que dans une
position difficile on ne doit accorder des commandements qu'à
des o;ens qui ont eu l'occasion de mériter la confiance de leurs
supérieurs et celle des leurs subordonnés, c'est de quoi je ne
me flatte pas. D'ailleurs j'aime personnellement le général Bel-
liard, et j'exécuterai ses ordres avec zèle.
Je vous ai déjà mandé, Général, que Mourad-Bey près de Soll
et Osman -Bey près de Cherouée ont passé presque en même
temps sur la rive gauche. J'ignore encore leurs dessins, mais il
est à croire qu'ils gagneront le Fayoum, et là réunis, ou chacun
de son côté, ils chercheront à soulever lesArabes et les habi-
tants. Ma position devient par là plus difficile, mais celle du Caire
y gagne, Mourad-Bey dans cet état de crise était un mauvais
voisin pour la capitale. Si j'avais seulement 200 hommes dispo-
nibles je ne balancerais pas à aller le chercher, mais avec cent
hommes que je puis tirer de la place et une pièce de trois, je
crois, qu'il serait imprudent de risquer le détachement, et par une
défaite enhardir l'ennemi. Cependant il serait urgent de ne pas
lui laisser le temps d emeuter les Arabes, car les habitants ne se
déclareront pas facilement contre nous.— J'ignore où est le général
Belliard, rien n'arrive depuis quelques jours de la haute Egypte,
je suis surtout inquiet pour les deux détachements des dromadaires.
Je reçois la nouvelle à l'instant que Mourad-Bey a pris le
chemin de Fayoum. Nous ignorons encore ce que feront les
deux autres beys de la haute Egypte.— J'ai l'honneur de vous
saluer. Zayonchek.
Les Coptes ont remis en caisse dix mille pataquès du nou-
veau miri.
Le général de brigade Zaj^czek au général division-
naire Dugua^.
Au qu. gén. de Beni-Souef, le 3 pluviôse an VIII (23 janvier 1800).
Général, je vous ai mandé hier que Mourad-Bey près de
Soll et Osman -Bey près de Cherouée ont passé sur la rive
1 «ancienté» dans texte original.
* Arch. h. de la Guerre, A. d'Orient, au t., papiers Dugua, n** 3. Reçu
le 5, répondu idem.
362 ZAJACZEK
gauche. — Aujourd'hui je reçois la nouvelle que le premier
a filé du côté de Fayoum. J'ignore encore ce que deviendra
Osman. Je suis toujours très inquiet pour les deux détache-
ments des dromadaires, un exprès à dromadaire que j'ai en-
voyé après eux, ne retourne pas. L'envoi des grains devient
dans ce moment plus difficile ^ Au reste, Général, ne m'im-
putez pas la faute, il y a quatre mois que je ne commande
plus ici. D'ailleurs les grains n'ont jamais été à la disposition des
commandants, une commission s'en est occupée. J'ai l'honneur
de vous saluer. Zayonchek.
Au moment où j'allais fermer ma lettre, j'apprends qu'Os-
man est allé à Behnesé, et que nos dromadaires ont passéi
4 barques chargées de grains de la h. Egypte descendent au
Caire et sont déjà ici.
Le général de brigade Zajqczek au général division-
naire Dugua^.
Au quar. gén. de Beni-Souef, le 4 pluviôse an VIII (24 janvier
1800).
Général, les deux détachements des dromadaires portant des
dépêches au général Belliard, avertis par les cheiks de Zatmé
1 Voir lettres du général Dugua à Zajaczek, commandant de pro-
vinces de Beni-Souef et de Minieh, à Beni-Souef {Registre B. p. 4!02— 3)..
Caire, 25 janvier 1800. Avis du départ d'un convoi de barques pour Beni-
Souef. Invitation de se concerter avec la Commission pour les renvoyer
chargées de grains, ainsi que toutes celles que l'on y pourra joindre. Ur-
gence de ces expéditions. — 25 janvier: Réception de trois lettres. Les beys
s'éloignent de l'armée turque parce qu'ils savent que les négociations sont
très avancées. Nécessité de réunir promptement de l'argent et des grains.
Retard à réparer. Moyens d'employer. Barques à renvoyer chargées. Envoi
d'une lettre pressante du président de la Commission des subsistances à ce
sujet à la Commission des grains. — 26 janvier: «La Commission des sub-
sistances.... s'est assemblée hier et m'a invité à vous envoyer des secours
pour que vous puissiez aider si efficacement la Commission des grains
qu'ils n'y aient plus de prétextes au retard de l'envoi des grains qui nous
sont si nécessaires. Je fais partir cent hommes d'infanterie sur le convoi
que je vous ai annoncé».
» Arch. h. de la Guerre, A.d'Orient, copie^ papiers Dugua.
A DUGUA ET A FRIANT
363^
et des environs qu'Osman-bey et Hassan-bey au nombre de 300
cavaliers se trouvaient sur leur passage, sont revenus à Beni-^
Souef. Ce qui a déterminé le plus leurs commandants, c'est la
lettre du citoyen Ravier, commandant à Minieh, écrite à moi,
et qu'ils ont ouverte, dans laquelle il me mande que les deux
beys ont 400 tant mamelouks qu'Arabes.
J'informe de ce retard le général Priant et vous prie, Géné-
ral, de vouloir bien lui taire passer ma lettre. Aussitôt que je
saurai le chemin libre, j'enverrai les mêmes dromadaires avec
la dépêche. J'attends aujourd'hui la nouvelle de Mourad-Bey et
des autres; celle d'hier m'annonçait le premier à Ellahoun et
les deux autres à Cherfîat. Mais il est très difficile d'avoir des
rapports sûrs, avec la crainte qu'ont les habitants des Arabes
et (des) mamelouks. — J'ai l'honneur de vous saluer.
Zayonchek.
Le général de brigade Zaj^czek aux généraux division-
naires Priant et Dugua ^
Au qu. gén. de Béni -Souef, le 5 pluviôse an VIII (25 janvier
1800).
Général, le cinq du courant à trois heures du matin nous
avons surpris Mourad-Bey dans son camp de Sédiman. Nou&
avons pris^ sa tente, tout son bagage, ses timballes, soixante-
et dix chameaux et quinze chevaux. Il y a eu sur le champ
de bataille un bey de tués qu'on nomme Manfouk, deux ka-
chefs 3 et huit mamelouks. Le grenadier Simonet, de la 88®
1^^' bataillon, avant de savoir que la tente dont il parlait, était
à Mourad-Bey, car il y en avait plusieurs, assure que lorsqu'il
entrait dans la tente un homme corpulent et barbu en sortait
et que lui, Simonet, a donné à ce personnage un coup de ba-
ïonnette dans le ventre. Je souhaite que ce personnage soit
Mourad-Bey. Nous n'avons point pris de belles armes, toutes^
1 Arch. h. de la Guerre, copies. Les petites différences entre les deux
textes sont marquées dans les notes. Voir l'analyse de cette lettre dans le
Courier de VEgypte du 9 pluviôse VIII, N° 55.
2 prîmes.
' cheiks.
364 ZAJAOZEK
celles qui sont tombées entre ^ nos niains, sont très communes,
mais les effets d'habillement sont assez beaux, surtout quelques
pelisses. Parmi les effets nous avons trouvé beaucoup de lettres
d'une grandeur immense. Je vous ferai passer tous ces papiers
par la première occasion. J'en ai montrées quelques unes aux
Coptes qui m'ont dit être des lettres de monsieur Smith. Je
ne peux que me louer du zèle et de l'activité des officiers et
de la troupe. Ils ont montré autant de valeur que de bonne
volonté. Nous avons eu malheureusement un homme tué et un
de blessé. J'espère que cet échec de Mourad-Bey nous don-
nera la tranquillité pendant quelques jours ^ — J'ai l'honneur
de vous saluer. Zayonchek.
Le général de brigade Zaj^czek au général division-
naire Priant^.
Au quar. gén. de Beni-Souef, le 9 pluviôse an VIII (29 janvier
1800).
Général, je n'ai encore rien de positive à vous apprendre
de Mourad-Bey. Mes émissaires sont en contradiction; les uns
1 en.
* Registre B. p. 413. Dugua à Zayonchek, commandant du 2^ ar-
rondissement de l'Egypte, à Beni-Souef. — Caire, 28 janvier 1800. Récep-
tion d'une dépêche annonçant un avantage remporté sur Mourad-Bey et
de surprise dans sa tente. Avis qu'elles ont été transmises au général en
chef. Conjecture que Mourad-Bey n'avait pas été prévenu de la trêve et
que le grand vizir n'était pas fâché qu'il rassemblât des forces pour faire
une diversion en sa faveur dans le cas où les négociations se terminèrent
par la reprise des hostilités. Dépêches pressantes pour le général Belliard.
Il regarde l'évacuation de l'Egypte comme définitivement arrêtée.
Lettres de L. Reynier à Zayonchek (i?e^^s<re Z. p. 99, 101— 2, 104).
Fechn, 28 janvier: Avis que Mourad-Bey a quiti;é El-Meçourah («Nesoura»)
et est allé se réunir à Osman -Bey à Saft-Horufe. Positions de Sélim et
Hassan-beys. Espions envoyés pour les observer. Résolution de continuer
sa tournée malgré la présence des ennemis.— Fechn, 29 janvier: Nouveaux
mouvements des beys. Alerte donnée à Fechn par le retour soudain de
Selim-Bey qui est reparti au bout d'une heure. — 29 janvier: Avis que le
général Belliard est remonté à Minieh pour apaiser une insurrection. —
Beni-Souef, 2 février: Manquant de barques pour le transport des grains,
U n'en a point de disponible pour les bagages du général Friant.
» A. h. de la G., aut., donation Friant, 21^ et dernière.
A FRIANT KT A KLEBER
865
le disent blessé, les autres assurent le contraire. Ce bey est
à Nesoura^ depuis le 6. Le 7, Osman-Bey a été le voir, il y a
passé la nuit du 7 au 8. Hassan-Bey est toujours à Behnesé.
Les Cophtes prétendent que le résultat de la conférence de
Mourad avec Osman-Bey est de demander aux villages cent
hommes armés de chacun, et de venir en suite attaquer le
fort de Beni-Souefl Si ce plan est réel, j'espère qu'il sera dé-
rangé à l'approche du général Belliard qui ne doit pas tarder
de venir. Si j'avais seulement un détachement de deux cents
hommes disponibles, j'irais les inquiéter en les chassant de
partout, mais avec 120 hommes que je puis tirer du fort ce
serait une imprudence qui pourrait compromettre le détache-
ment et le fort. Ainsi j'ai pris le parti d'attendre le général
Belliard, à moins que les circonstances ne m'y forcent. Du reste
tout est tranquille dans la province. Salut et dévouement.
Zayonchek.
Le général de brigade Zaj^czek au général en chef
Kleber\
Au quartier gén. d'Abou-Girgé, le 23 pluviôse an VIII (12 fév-
rier 1800).
Général, j'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur
de m'écrire. Mériter votre approbation est la récompense la
1 Probablement: El-Meçourah.
2 Voir lettres de Dugua à Zajaczek, à Béni - Souef (i^episfre J2.
p. 432 et 437). Caire, le 2 février: Réception de sa lettre du 29 janvier. Des
avis postérieurs lui ont appris que Mourad-Bey s'est éloigné de Beni-Souef.
Il n'a plus d'intérêt à attaquer les Français et ils n'en ont plus à le cher-
cher. Intérêts des beys relativement aux Turcs. Invitation de se tenir en
garde contre eux. Envoi de la convention conclue pour l'évacuation de
l'Egypte et de la proclamation du général en chef à ce sujet. — 4 février:
Réception d'une dépêche. La mission de la Commission des grains dans la
' haute Egypte est finie. Les paysans n'ont plus d'intérêt à attaquer les
Français; les Mameluks en ont à les éviter. Il espère que le général Bel-
I liard n'aura plus rien à démêler avec eux. Ordre de faire connaître prompte-
I ment le traité aux postes éloignés afin qu'ils évacuent l'Egypte supérieure
I et qu'ils y cessent toute levée de contribution. Ordre de communiquer
cette lettre à la Commission des grains.
' Arch. h. de la Guerre, A. d'Orient, aut.
-366 LAZOWSKl
plus flatteuse que j'aie pu ambitionner, et mes voeux sont com-
bJés puisque vous êtes satisfait de mes services.
Depuis le 15 je suis remis à la colonne du général Belliard,
Les Mamelouks nous attaquèrent le 16 avec beaucoup de cha»
leur, le combat fut très opiniâtre, ils furent repoussés et bat-
tus. Nous les poursuivîmes tout le 17. Le 18, Mourad nous a
fait savoir que la paix était conclue. Le général Belliard crut
alors devoir lui accorder un armistice de huit jours i. En atten-
dant vos ordres à cet égard nous prîmes la position d'Abou-
Girgé, propre à observer Mourad et (à) favoriser sur le Nil nos
transports de la haute Egypte l Salut et respect.
Zayonchek.
tazowskî, chef de brigade du génie, directeur des for-
tifications en Egypte, au général de brigade Sanson,
commandant le génie en Egypte ^
Le Caire, 12 ventôse an VIII (3 mars 1800).
Je crois, Citoyen Général, que dans l'arme du génie le di-
recteur des fortifications seul pouvait viser la comptabilité de
sa direction; il paraît que vous en décidez autrement, en or-
» Voir Bousseau 221: Kleber à Belliard, le 11 février 1800 (l'appro-
bation d'armistice).
' Registre I. p. 204 Kleber à Zajaczek, à Beni-Souef. Au camp
de Salheyeh, le 3 mars 1800. Félicitations sur l'avantage qu'il a remporté
sur Mourad-Bey à Sédiman. Avis du traité conclu avec le grand visir.
Ordre de ne plus engager d'action avec les Mameluks; mais de se tenir
sur une défensive telle que la moindre aggression de leur part ne puisse
demeurer impunie. Ordre de se concentrer avec le général Belliard pour
que les troupes venant de la haute Egypte ne soient pas insultées dans
leur marche.
Registre ^. p. 63. Damas à Zajaczek, à Beni-Souef. Caire, le 9
mars 1800 : Mêmes ordres qu'au général Belliard pour la remise des places
de la haute Egypte à Dervich-Pacha. Mêmes précautions lors de l'évacu-
ation de Beni-Souef.
^ A. h. de la G., aut.
A SANSON 367
donnant au chef de bataillon Geoffroi ^, employé sous mes
ordres dans la direction de Damiette, d'arrêter et de viser la
comptabilité de cette direction pendant le temps que j'y com-
mandais.
D'un autre côté vous me faites passer la comptabilité de l'an
VI et VII de la même direction pour la terminer, ce que dans
aucun cas je ne dois faire puisque je ne puis que la viser et
la certifier véritable, si j'en ai trouvé les pièces en règles.
Comme je n'entends rien à toutes ces irrégularités qui me
sont particulièrement désagréables, je vous renvoie les papiers
que m'avait adressés le chef d'état -major Michaux, vous ferez
régler le tout comme vous le jugerez à propos. — Salut et fra-
ternité. Lazowski.
tazowskî, chef de brigade du génie, au général de
brigade Sanson, commandant le génie en Egypte,
au Caire ^.
Damiette, le 10 germinal an VIII (31 mars 1800).
Je profite du courrier du général Belliard, Citoyen Général,
jpour vous rendre compte sommairement de ce qui s'est passé
idans la colonne commandée par ce général, depuis votre dé-
ipart de Salahié^.
Nous nous sommes mis en route le lendemain matin, 4 ger-
minal, de Salahié, et nous sommes arrivés le jour même à El-
Malakié^ où nous avons passé un ancien bras du Nil sans pont
ni bateau, les pièces ont été traînées à bras d'hommes. Depuis
ce village jusqu'au Nil nous avons eu très mauvais chemin, et
indépendamment d'une infinité de canaux nous avons passé
|un second bras du Nil, les hommes sur une digue et les pièces
toujours traînées dans l'eau à bras d'hommes. Après six jours
de marche, sans obstacles de la part des habitants, nous
1 Geoffroy S* Hilaire.
* Arch, h. de la Guerre, A. d'Orient, aut.
' Salheyeh.
* Probablement El-Malikin près du canal de Moûis.
368 LAZowsKi
sommes arrivés à Damiette, où nous avons été obligés de tuer
environ 300 hommes avant d'entrer dans la ville.
Dans cette petite boucherie faite à Souhara au delà d'un
petit pont que les Turcs n'avaient pas gardé, nous avons pris
quatre pièces de canon, et aussitôt après le pavillon français
porté par un parlementaire a ramené la paix dans cette partie
de la basse Egypte, — nous n'avons eu qu'un canonnier de
blessés et un cheval tué dans cette affaire, où le commandant
turc de Damiette et les principaux habitants prétendent n'avoir
eu aucune part. Ils assurent que ce n'est que la populace, ce-
pendant plusieurs Osmanlis sont restés sur le carreau, et on ne
confie pas librement 4 pièces de canon à une populace.
Arrivé sur la place de Damiette, le commandant turc nous
a assuré qu'il n'y avait personne à Lesbé ni à la tour du Bog-
haz, et aussitôt le général a expédié deux compagnies avec le
sect)nd commandant turc pour s'assurer de ces deux postes.
Le général ayant voulu que je reste à côté de lui, j'ai fait
partir Geoffroi qui est entré dans la place. Nous partons dans
ce moment avec le général pour visiter Lesbé, les magasins,
la tour etc. et aussitôt après je vous ferai connaître plus en
détail l'état où nous avons trouvé ces deux postes.
Le général Rampon n'était point encore arrivé, et heureuse-
ment tout s'est passé. au gré de nos désirs.
Nous apprenons ici qu'un officier anglais partant de l'arméei
du vizir a été forcé de relâcher à Burlos et envoyé prisonnier;
au Caire par le commandant turc. On nous débite ici beaucoup
d'autres nouvelles. — Salut et fraternité.
Notre interprète qui a été très maltraité et emprisonné]
jusqu'au moment de notre arrivée, déclare que tous les habi-i
tants sont armés. Il serait bon que le général en chef ordonne
quelques mesures de rigueur à cet égard.
Lazowski.
A SANSON 369
Le général de brigade Zaj^czek au général en chef
Kleber^, au Caire.
Au qu. gén. de Giza, le 14 germinal an VIII (4 avril 1800).
Général, j'ai eu l'honneur de recevoir votre ordre concer-
nant la sortie des nmamelouks^, il sera exécuté. — Salut et re-
spect. Zayonchek.
Lazowski, chef de brigade dit génie, au général de
brigade Sanson , commandant le génie en Egypte ^
ail Caire.
Semenoud^ le 19 germinal an VIII (9 avril 1800).
Je vous ai écris, citoyen général, par le courrier du géné-
ral Belliard le 10 du courant; je vous ai rendu compte de
notre marche de Salahié à Damiette, de l'affaire que nous
avons eu avant d'entrer dans cette ville, et de l'occupation de
Lesbé, de la tour du Boghaz, que les Turcs avaient aban-
donnée.
Nous avons trouvé à Lesbé la place, l'artillerie et les mu-
nitions de guerre dans le même état que nous les avions li-
vrées, et nous avons trouvé de plus 9 à 10 petites pièces à Da-
miette qui sont très propres à armer des barques.
Le général Rampon est arrivé 6 jours après nous, et il a
fait délivrer douze mille parats pour remettre les quartiers de
Damiette en état, que les Turcs avaient un peu démantelés.
* Arcld. h. de la Cru., A. d'Orient, aut.
' Registre N. 81. Damas, chef d'état-major, aux généraux Reynier,
Priant, Zajaczek, Verdier et Leclerc, au Caire. Caire, le 4 avril
1800: Ordres aux postes et sentinelles placés autour du Caire d'accueillir
les mamelouks qui se présenteraient pour en sortir, de ne leur faire aucun
mal, de les laisser aller où ils voudront, et de faire conduire au quartier
général ceux qui demanderaient à s'y rendre. Révocation d'un ordre d'ar-
rêter Mustapha-Kachef.
» Arch. h. de la Cruerre, A. d'Orient, aut.
* Samannoûde sur la carte de Jacotin.
Les Polonais en Egypte. 24f
370 tAZOWSKI
D'après l'autorisation du général Belliard et l'ordre du général
Rampon, nous avons aussi fait travailler sur-le-champ aux
glacis de Lesbé du côté du lac, parce que dans cette partie les
décombres de la place étaient si près du rempart qu'il aurait
suffi d'appuyer quelques pièces de bois sur la crête de ces dé-^
combres et sur le parapet pour entrer dans Lesbé. On conti-
nuera ce travail jusqu'à nouvel ordre, le général donnera pro-
visoirement des fonds et il se propose de prendre les ordres
du général en chef, pour exécuter dans les deux provinces
qu'il commande, les travaux qui seront jugés les plus urgents;
il m'en a demandé l'état, que je vous remettrai à mon arrivée.
J'ai laissé conformément à votre ordre le chef de bataillon
Geoffroi à Lesbé et Ferco ^ à la division Rampon, oii il est em-
ployé dans ce moment à la réparation des casernes de Da-
miette, des fours et d'un pont volant pour la communication
des deux rives.
Nous sommes partis de Damiette le 16 '''avec la 21'"^ demi-
brigade et il paraît que nous allons continuer notre marche sur
le Caire par terre à travers le Delta; le général espère arriver
plus promptement par cette route.
Dans l'espace de 6 à 7 jours que nous sommes restés à Da-
miette, il est arrivé en rade 4 bâtiments turcs qui apportaient
des troupes et des munitions pour Lesbé, que le vizir croyait
sans doute à lui. Ces bâtiments à bord desquels le pilote s'est
rendu, sont repartis sur le -champ pour la Syrie. Il y est venu
aussi un petit bâtiment anglais qui n'est resté en rade que très
peu de temps.
Il y a 80 Osmanlis environ, faits prisonniers à Damiette,
que l'on a envoyés à Lesbé, 5 chefs et le musselim^ qui com-
mandait à Damiette sont avec nous; le général Belliard les
conduit au Caire. — Salut et fraternité,
Lazowski.
* Probablement on doit lire: Ferrus.
2 germinal = 6 avril 1800.
3 Probablement on doit lire: muézin.
A SANSON 371
Lazowski, chef de brigade du génie, au général de
brigade Sanson ^ commandant le génie en Egypte,
au Caire.
Giza-, le 23 germinal an VIII (13 avril 1800).
J'ai l'honneur de vous prévenir, Citoyen Général, que je
viens d'arriver à Giza avec le général Belliard et la 21*"" demi-
brigade légère.
Cette demi-brigade étant venue par terre depuis Semenoud
et le général Belliard ayant demandé les sapeurs nécessaires
pour faciliter le transport de son artillerie, j'ai donné l'ordre
à 14 sapeurs et un lieutenant d'accompagner la colonne
jusqu'ici. — Salut et fraternité.
Lazowski.
(LAZOWSKI:) '
Bataille d' Héliopolis et siège du Caire.
Bataille d'Héliopoîis.
Conformément à la convention signée à El-Arich le 4 plu-
1 Arch. h. de la Gm., A. d'Orient, aut.
2 Gizeh.
' Archives hist. de la Gu., A. d'Orient, dossier du 21 mars 1800; mé-
I moire n'est pas signé. Voir aux Archives administr. de la Gn. lettre de
Sanson, général de brigade du génie, commandant en chef son arme, au
chef de brigade du génie Lazowski:
Au quartier général du Caire, le 11 messidor an VIII de la Rép. (30
, juin 1800).
{ Devant rester en Egypte, vraisemblablement jusqu'à la paix générale,
jj'ai cru qu'il était important de régler notre service d'une manière stable...
Etant le plus ancien officier de grade après moi et