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Full text of "Les Polynésiens: leur origine, leurs migrations, leur langage"

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POLYNÉSIENS 



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POLYNÉSIENS 



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JLiES 



POLYNÉSIENS 

Leur Origine, leurs Migrations, leur Langage 



PAR 



Ije 3D' -A.. IjESSOIST 

AnaSN MiDCCIN BN CHSP DBS ETABLISSEMENTS FRANÇAIS DB l'OCÉANIB, 

MBMBRB DE LA SOCliTÉ d'aNTHROPOLOGIB 



PUVRAOB KBDIQB d'APRÈS LB y^ANUSCRIT DB l'^UTBUR 

Par Ludovic MARTINET 

MBMBBB DB LA SOCiéré d'aNTHROPOLOGIB 



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TOME QUATRIÈM E 



^^^^^^^*^WMWM^N^^N^^M»^^^^|» 



PARIS 

ERNEST LEROUX, ÉDITEUR 

LIBRAIRE DE LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE, 
éCOLB DES LANGUES ORIENTALES VIVANTES, ET3. 

28, RUE BONAPARTE, 28 



1884^ 

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LES POLYNÉSIENS 



QXJA.TRIEM:£3 I>-A.IlTrE 



LIVRE PREMIER 



MIGRATIONS. 



CHAPITRE PREMIER 



PREUVES DES ^MIGRATIONS. 

Témoignages nouveaux en faveur des migrations.— Carte de Tupaia; 
importance et exactitude de cette carte. — Connaissances géographiques 
des Polynésiens en général. •— Examen détaillé de la carte de Tupaia. 
— Carte des lies Carolines. 

En commençant notre travail, nous avons sous-entendu le 
fait primordial de toute ethnologie océanienne, c'est-à-dire 
celui des migrations ; nous nous sommes borné & prendre 
la science telle qu'elle était faite sur ce point dans la plupart 
des ouvrages; maintenant que nous possédons tous les faits 
venus à la connaissance des ethnologues, le moment est 
venu de nous livrer à quelques considérations sur les mi- 
grations. 

Nous avons successivement exposé tous les documents 
présents, toutes les traditions : au point où nous en som- 
mes, il ne reste pour ainsi dire, qu'a eu tirer la couclusijn. 

Certes, après tout ce que nous avons rapporté de ropinion 
des aateurs et de leur croyance générale aux migrations t 



2 LES POLYNÉSIENS. 

après ce que nous avons dit des récits traditionnels des 
Polynésiens, et, plus particulièrement, de ceux des îles 
Sandwich et delà Nouvelle-Zélande, Tècits qui témoignent 
tous de la fréquence des voyages par mer et, par suite, 
de la possibilité des migrations jusqu'aux îles les plus éloi- 
gnées, soit volontairement, soit par simple entraînement, 
nous pourrions nous contenter d'ajouter que la preuve des 
migrations est acquise. Mais, comme nlalgré tout ce qui a 
été avancé à ce sujet par les partisans des migrations, beau- 
coup d'auteurs n'ont point été convaincus, nous croyons 
devoir entrer ici dans quelques développements qui, nous 
l'espérons, suffiront à faire disparaître les derniers doutes 
conservés par eux jusqu'à présent. 

On comprend, du reste, parfaitement l'existence de ces 
doutes: au premier abord, en effet, il est difficile de s'ex- 
pliquer que des peuples à l'état sauvage, dépourvus néces- 
sairement de connaissances astronomiques étendues, privés 
des moyens qui favorisent et guident la navigation des 
peuples civilisés, aient pu se transporter à des distances 
souvent considérables, à l'aide seulement de ce que les écri- 
vains ont généralement appelé de € frêles canots. > On 
comprend même que les courants et les vents qui soufflent 
le plus ordinairement, aient été regardés comme un obsta- 
cle insurmontable à la provenance des Polynésiens, surtout 
de la Malaisie, et qu'ils aient donné l'idée, à ceux qui 
n'avaient jamais vu les deux peuples, d'attribuer leur ori- 
gine & l'Amérique. 

Mais, quand on réfléchit que ces peuples devaient avoir 
plus de connaissances astronomiques qu'on ne le suppose 
généralement, puisqu'il fut possible à Tupaia de dire & Cook, 
pendant assez longtemps, où se trouvait Tahiti, malgré les 
changements de latitude et de longitude de VEndeavour ; 
quand on sait que les canots des insulaires, au lieu d'être 
de frêles barques, étaient de véritables petits navires, à 
plate-forme, d une solidité à l'épreuve des grosses mers, et 
si grands, qu'ils pouvaient porter plus de cent personnes; 
quand on sait, comme on le sait aujourd'hui, que les vents 
sont variables dans TOcéan Pacifique, qu'ils soufflent à des 



LES POLYNÉSIENS. 3 

époques déterminées, et de directions opposées; quand enfin 
un sait que Fhabitude et Texpérience avaient rendu les Poly- 
nésiens des navigateurs aussi hardis qu*habiles : non seule- 
ment on doit cesser de trouver les difficultés signalées 
aussi grandes que la plupart des écrivains les ont faites, 
mais on doit plutôt supposer que, favorisés ou contra- 
riés par les vents (1), ces petits navires polynésiens pou- 
vaient arriver et arrivaient le plus souvent sains et saufs, 
jusqu'aux terres les plus éloignées de leur point de départ. 
On en a déj& vu la démonstration dans la plupart des tra- 
ditions que nous avons citées : toutes indiquent que les po- 
pulations, môme les plus éloignées, avaient des rapports 
entre elles, ce qui prouve bien la possibilité des migrations. 
D*un autre côté, on a vu aussi que celles de la Nouvelle- 
Zélande disent nettement comment les émigrants des pays 
d'origine première ont opéré leurs migrations vers Tlle- 
Nord, ce qui ne permet pas de conserver le moindre doute, 
du moins pour celles-là. 

Enfin, on .verra bientôt que tous les témoignages tradi- 
tionnels qui, jusqu'à présent, n'avaient pas trouvé place 
dans notre travail, viennent eux-mêmes établir que des rap- 
ports avaient eu lieu nécessairement, et qu'ils avaient pro- 
bablement été nombreux et fréquents, puisque les Polyné- 
siens connaissaient une si grande quantité d*îles, placées et 
de très grandes distances les unes des autres, avant Tarrivée 
des premiers Européens en Polynésie. 

Mais, objectent encore ceux qui ne croient pas que le peu- 
plement de la Polynésie ait pu s'effectuer par voie de mi- 

(1) Déjà ailleurs nous a?ons dit que personne n*a mieux réfuté 
qoft M. de Quatrefages ce qu'on a dit de la « prétendue imposai* 
^té, 9 ainsi qa*il rappelle arec raison, de la provenance des Po- 
Ijnétiena de la llalaisie (v. p. 861, 15 février 1864, Revue des 
^^f^' Mondes) ; nous ne pouvons que renvoyer à son livre sur 
Itt Polynésiens, et à ce que nous avons dit nous-mêmes à ce su- 
J«tp*« théorie). Nous devons seulement répéter ici que a*il n'y 
^▼lit eu que cet obstacls contre le peuplement de la Polynésie par 
UUtlaisie, ce peuplement aurait certainement pu s opérer, et que 
l'îl&'apas eu lieu, ce fut pour les raisons que nous avons données 
^t qa'il est inutile de rappeler. 



4 LES POLYNESIENS. 

grations, ou qui doutent seulement de la fréquence et de la 
facilité des communications entre les îles, comment les Po- 
lynésiens, s'ils avaient eu les connaissances qu'on leur 
suppose, n'auraient-ils pas conservé un souvenir plus précis 
que celui qu'ils ont, et surtout des notions géographiques 
plus étendues que celles qu'ils possèdent? 

A une pareille objection, il n'y a vraiment qu'une ré- 
ponse à faire : c'est qu'on n'a pas voulu voir. Ces souvenirs 
abondent, au contraire, comme l'attestent toutes les tradi** 
tions rassemblées par les observateurs de tous les temps, 
et plus particulièrement celles recueillies, dans les derniè- 
res années, aux Sandwich, aux Marquises, à Tahiti, aux 
Samoa, à la Nouvelle-Zélande, etc., traditions que nous 
avons fait connaître (1). Toutes montrent que des îles comme 
Futuna, Nuku-Hiva et vingi; autres, étaient connues des 
Tahitiens, par leur nom. Il faut même reconnaître que ces 
peuples, qui n'avaient que la tradition pour conserver les 
souvenirs, le faisaient avec une netteté qui, si elle n'est pas 
surprenante, est au moins bien remarquable, puisque ces 
souvenirs fournissent la preuve la plus grande*que de nom- 
breuses communications avaient nécessairement dû exister 
entre les îles. 

C'est donc avec raison, suivant nous, que M. de Quatre- 
fages a dit : (2) « A l'époque des premiers voyageurs, pres- 
que tous ont pu constater que les Polynésiens connaissaient 
d'autres terres que celles qu'ils habitaient ; et souvent c'est 
aux indications données par les indigènes, qu'ils ont dû 
leurs découvertes. » Nous pourrions seulement ajouter que, 
peut-être plus souvent encore que ne le suppose M. de 
Quatrefages, les découvertes des Européens ont été dues aux 
indications des insulaires de la Polynésie. 

En effet, en commençant par le plus ancien des naviga- 
teurs, Quiros, on voit, quand on lit attentivement les ré- 
cits de ses voyages, que c'est seulement grâce aux rensei- 
gnements géographiques qui lui avaient été fournis par les 

(1) Voir d'ailleurs Rémy, EUis, Jarves, Williams, Pritchard, 
etc. 

(2) Les Polynésiens et leurs migrations, p. 107. 



LES POLYNÉSIENS. 5 

indigènes de Taumako, qu'il découvre la terre du St-Esprit, 
Tukopia, etc. Et nous devons même dire que s*il eût mieux 
compris, il aurait pu indiquer le premier, l'île Vanikoro, où 
s'est perdu La Pérouse ; car c'est évidemment de cette île 
que le chef de Taumako voulait parler, d'après la distance 
signalée par lui, plutôt que de Tîle Mallicolo des Nouvel- 
les-Hébrides. Si Quiros avait également mieux com{(ris, 
après sa découverte de Tîlo Sagitaria, qui n*est pas Tahiti, 
comme on Ta cru, il aurait véritablement pu découvrir les 
îles de la Société, qui lui étaient indiquées dans le N.-O de 
son île Sagitaria (1} . 

On sait, d'un autre côté, que Wallis et Cook ont dû plu- 
sieurs de leurs découvertes aux renseignements qui leur 
avaient été donnés, et l'on peut même dire que ce dernier 
ne doit le plus grand nombre des siennes en Polynésie : 
Iles de la Société, sous le vent, îles Paumotu, Marquises et 
probablement même îles Sandwich, qu'à ceux qu'il avait 
obtenus dans nie de Tahiti. 11 aurait pu en faire bien da- 
vantage, comme Ta dit le savant Dalrymple, s'il eût suivi 
tous ces renseignements. Aussi, moins qu'un autre, avait- 
il le droit de dire, comme il l'a fait dans son besoin de déni- 
grement: « La navigation des naturels d'Otaheite et des 
fles de la Société ne s'étend pas aujourd'hui au-delà des ter- 
res basses qui sont dans le Nord-Est (2). M. de Bougain- 
ville leur attribue mal à propos des voyages beaucoup plus 
longs, car on me citait, comme une espèce de prodige, 
qa'unepirogue, chassée d'Otaheite par la tempête, eût abor- 
dé Moopeha ou à l'île Howe, terre qui est cependant très 

(1) Voir notre examen critique du voyage de Quiros (Recherches 
i»t'Océamé);de Brosse, Arias, Dairyiaple, Torqueinada, Figueroa; 
particulièrement Touvrage espagnol intitulé : Viajero général^ et 
e?lai qui a paru récemment à Madrid sous le titre de : Historia 
^ iescrubrimiento de las regiones australes^ liecho por el gênerai 
l^ro Femandez de Quiros, publicada oor DonJusto Zaragoza. 
187M880. 

(S) Cook désigne parmi ces terres basses : Mataueea (pour Ma- 
ttluTi), Oanoa (pour Anaa), Taboehoe (pour Tapuhoi), Awehee 
(pour Hawaii), Kaoora (pour Kaukura), Oroolova (pour Arutua}, 
^>tmoo(pour Toau). 



ti. . 



6 LES POLYNÉSIENS. 

voisine et sous le vent. Ils ne connaissent sûrement les au- 
tres îles éloignées que par tradition : des naturels de ces 
îles jetés sur leurs côtes leur ont appris Texistence, les 
noms, les positions et le nombre de jDurs qu*ils avaient pas- 
sés en mer. » C'est immédiatement après cela queCook rap- 
porte Tentraînement jusqu'à rîle Wateeo (Uatiu) d'une pi- 
rogue de Tahiti. Or, Uatiu fait partie des Manaia et est par 
conséquent beaucoup plus éloignée que Moopeha (la Ma- 
pihaa des Tahitiens] qu'il semble regarder à tort comme 
nie Howe. 

Quoi qu'il en soit, cette objection des antagonistes des 
migrations n'a, par le fait, pas plus de valeur que toutes les 
autres objections présentées par eux. On va voir qu'il y a 
bleu d'autres témoignages montrant non seulement la pos - 
sibilité, mais même la nécessité des migrations. 

U est surtout un document qui prouve que des rapports 
fréquents avaient dû exister entre les îles polynésiennes, et 
qui, par suite, démontre les connaissances géographiques 
et nautiques de leurs habitants : nous voulons parler de la 
carte dite de Tupaia, sur laquelle nous allons nous arrêter 
assez longuement, en raison de son importance. 

Cette carte a été dressée, comme ou sait par Banks et 
Oook, d'après les indications fournies pT lo grand prêtre 
tabitien Tupaia, alors qu'il était leur compagnon à la fin de 
la campagne de VEndeavour ; elle a été publiée pour la 
première fois par Reynold Forster, dans le cinquième vo- 
lume du dernier voyage de Cook. 

Nul document, comme l'ont dit la plupart des ethnolo- 
gues, et surtout M. de Quatrefages, n'est plus important 
que celui-là pour attester l'étendue des connaissances géo- 
graphiques des Polynésiens en général et de Tupaia en 
particulier ; nul, certainement, ne démontre mieux la pos- 
sibilité entre les divers archipels, des rapports signalés par 
les traditions et la possibilité des migrations. 

M. de Quatrefages fait ressortir toute Timportance de ce 
document en quelques lignes que nous croyons devoir citer, 
parce que nous partageons presque complètement sa ma- 
nière de voir à ce sujet. 



LES POLYNÉSIENS. 7 

« Ce document, dit-il (1) met parfaitement hors de doute 
un fait capital, savoir, que les Tahitiens instruits connais- 
saient a\ec assez de détail toute la Polynésie, à Texception 
de la Nouvelle-Zélande et des Sandwich, et cela à une épo« 
que où ils ne pouvaient devoir cette connaissance qu*à eux- 
mômes. 

« Que la carte de Tupaia ait été un véritable spécimen des , 
notions géographiques des Polynésiens, que ces notions 
fussent exactes autant qu'elles pouvaient Tètre chez des 
peuples dépourvus d*instruments de précision, ce sont U 
des faits dont il n'est plus permis de douter. Plus de la 
moitié des îles ou des archipels qui y figurent étaient in- 
connus à Cook et à ses compagnons. Les Européens n^au- 
raient donc pu fournir des indications aussi étendues. Bien 
plus, celles qu'ils donnèrent sur les îles qu'ils venaient de 
découvrir ne servirent qu'à introduire de graves erreurs, ou 
plutôt une confusion regrettable dans Tœuvre du savant in- 
digène. La connaissance imparfaite qu'ils avaient de la 
langue, leur fit prendre le Nord pour le Sud, et, dans la 
gravure donnée par Forster, la carte est renversée. 

€ Partant de cette idée fausse sur la position des points . 
cardinaux, les navigateurs anglais indiquèrent à Tupaia, 
pour les îles qu'ils avaient découvertes dans les Marquises 
et l'archipel Pomotou, des corrections que le Tahitien, con- 
vaincu de la supériorité de ses contradicteurs, se crut obligé 
d'accepter. 

€ Si Ton veut juger l'œuvre de Tupaia, ajoute M. de 
Quatrefages (2), il faut donc lui appliquer les corrections 
rendues nécessaires par l'erreur des Européens. Quant ii 
celle-ci, M. Haie qui, le premier, je crois, en a signalé la 
cause et les résultats, Ta mise complètement hors de doute. 
U a fait remarquer, entre autres, que les îles encore incon- 
noeâ aux navigateurs anglais sont exactement à leur place, 
tandis que celles qu'ils avaient vues sont précisément à 
Topposite du point qu*elles devaient occuper. 

(1) Ourr. cité, p. 107. 

(«)/«i/, p. 109. • 






8 LES POLYNÉSIENS. 

« La carte de Tupaia, lorsqu'on la rectifie d'après ces 
données, reprend son vrai caractère, et n'est certainement 
pas inférieure à celles que notre moyen-âge publiait sur le 
monde alors connu. A peine est-il nécessaire de faire remar- 
quer l'extrême importance de ce document pour la question 
qui nous occupé. » 

Cette citation résume l'opinion générale des ethnologues. 
Nous croyons avec M. de Quatrefages que la carte de Tupaia 
met hors de doute la connaissance de visu, oa tout au moins 
traditionnelle, que les Tahitiens avaient dès lors de la 
plupart des îles de la Polynésie ; mais allant plus loin que 
lui, nous n en exceptons même pas, comme on Ta vu et 
comme on le verra encore, la Nouvelle-Zélande et les îles 
Sandwich» 

Bien certainement, puisqu'un si grand nombre d'îles y 
figure, il faut admettre que dans des temps antérieurs, les 
relations entre archipels ont dû être très fréquentes, ainsi 
que l'avaient appris quelques-unes des traditions que nous 
avons citées. D'un autre côté, il est bien évident, comme le 
dit M. de Quatrefages, que les Européens, qui connaissaient 
alors si peu la Polynésie, n'auraient pu indiquer à Tupaia 
un nombre d'Iles si considérable. Evidemment encore, les 
erreurs constatées qui existent sur la carte, et que nous 
allons nous-mêmes signaler, tiennent plus aux Européens 
qui l'ont dressée, Banks et Gook, si ce n'est pas à Forster 
lui-même, qu'au géographe tahitien. 

Il n'est pas moins évident, comme nous le ferons voir en 
analysant la carte de Tupaia, que c'est Tignorance de la 
langue qui a fait appliquer au Nord la désignation qui ap- 
partenait au Sud, et estropier, pour ainsi dire, tous les mots 
entendus, depuis ceux des îles jusqu'à ceux des deux autres 
points cardinaux. Dalrymple, le premier, fit remarquer que 
les îles sont souvent mal placées sur la carte (1). Comme 

(1) On sait que c'est Dalrymple qui devait commander VEndea* 
voury avant que l'amirauté, pour .des raisons particulières, (Dal- 
rymple voulait être nommé capitaine de vaisseau afin d'être plus 
respeclé et mieux obéi) le remplaçât par Cook. C'est lui qui était 
le promoteur de cette expédition. C'était le plus savant géographe 



LES POLYNÉSIENS. 9 

preuve» il indique particulièrement une île Manu, ou des 
Oiseaux, tracée et placée au Sud de Tîle appelée 0-Hete- 
Roa par Cook, quoiqu'elle doive se trouver au Nord de cette 
demière^puisqu'en s'y rendant avec VEndeavour de Raiatea, 
sa patrie, Tupaia s'attendait à voir cette terre avant d'arri- 
ver à 0-Hete-Roa (1). 

Toutefois, nous doutons que Tupaia n'ait laissé certaines 
erreurs que parce qu'il était convaincu de la supériorité de 
ses contradicteurs. A en juger par quelques-unes, ces er- 
reurs ne pouvaient être que le fait des Européens, et d'ail- 
leurs, il faut bien le dire, Tupaia était mort avant que Cook, 
dans son deuxième voyage, n'eût visité les Marquises, et 
n'ait pu, par conséquent, corriger les renseignements don- 
nés par le géographe tahitien. Nous ne croyons pas non 
plus que la carte ait besoin d'être complètement renversée, 
comme Haie parait l'avoir dit. Si on la renverse, il en résul- 
te comme nous allons le faire voir, que, certain groupe, 
dont la moitié est assez exactement placée dans un hémis- 
phère, n'a pas moins toujours son autre moitié dans un hé- 
misphère différent. C'est ainsi que des îles faisant néces- 
sairement partie du groupe Hervey, par leurs noms, se 
trouvent partagées entre les deux hémisphères. Ce serait 
par conséquent en vain qu'on ferait évoluer la carte ; une 
partie resterait toujours séparée de l'autre. 

Enfin nous n'oserions soutenir, ^vec Haie encore, que les 
Iles inconnues des Anglais sont les seules bien placées com- 
parativement à celles vues par eux. Ce que Ton peut dire 

iDglais de cette époque et en iiiêtne temps un excellent marin ; 
iléiait convaincu, cootrairement à Cook, de la nécessité d'un con- 
tinent ou d'une grande terre dans le Sud de l'Océan Pacifique. 
Ses ouvrages sontaïussi connus qu'estimés. Cook, après avoir fait 
nne pointe vaine dans le Sud, abandonna vite cette navigation, 
en restant convaincu qu*il n'existait point de terres de ce côté. 
Celles-ci, comme nous l'avons déjà dit, ont pourtant été découver- 
tes par d'Urville et Wilkes. 

0) Ce nom a été donné sans doute à une petite île qui est en 
•flétan Nord de Rurutu, et sans désignation, sur les cartes mo- 
denes. C*e8t probablement l'ile appelée Libuaï par Moërenhoût 
•Iqui est portée sous le nom de Mannua sur la carte de Tupaia. 



10 LES POLYNÉSIENS. 

seulement, c'est qu'elles sont généralement mal placées, 
et souvent éparpillées, séparées du groupe auquel elles 
appartiennent. Mais il n'est pas moins vrai que, même avec 
ces erreurs» la carte de Tapaia fait voir que le géographe 
Tahitien connaissait, par tradition ou autrement, un grand 
nombre des îles de la Polynésie, sinon toutes. 

Telle n'est pas, il est vrai, l'opinion de M. J. Garnierqui, 
dans son mémoire sur les migrations en Océanie a mis en 
doute l'étendue des connaissances géographiques de Tupaia 
et qui surtout, à notre avis, l'a jugé trop sévèrement. Voici 
ses paroles (l) : 

< Pour moi, comme pour tous ceux qui ont fréquenté les 
Polynésiens, cet homme (Tupaia) ne voulut pas rester eu 
retard de science vis-à-vis de nous, et, pendant son séjour 
sur le navire de Cook, il traça sur le papier cette carte avec 
d'autant plus de complaisance qu'on semblait plus attentif 
à ses paroles. 11 fit ainsi un tracé approximatif, grossier 
des îles et des récifs qui avoisinent Tahiti, dans un petit 
rayon ; un écueil, un rocher y prennent les dimensions 
d'une terre, puisqu'on y voit tracée à grande échelle une 
île qui porte le nom do Mutu, c'est à-dire « petit îlot de co- 
rail », (2) en langage tahitien. Dans d'autres cas, les con- 
naissances positives de cet indigène semblent être mêlées à 
celle de la légende : ainsi Tîle Oheevaï n'a dû arriver à sa 
connaissance que par la tradition (3), et je reconnais, avec 
notre savant collègue M. de Quatrefages, que c'est là un 
fait surprenant que le souvenir d'une grande terre, d'où ils 
seraient venus et qui porterait le nom d'Hawaii ; mais je 
suis bien loin de tirer de ce fait important les mêmes con- 
clusions. (4) » 

[\) Les migrations polynésiennes^ etc. p. 47. 

(2) Nous ferons remarquer, eu passant que « petit îlot de co« 
rail » ne se dit pas Mutu mais motu. Mutu en Tahitien, signi- 
fie « être allé, passer lo long » Est-ce que C3 ne serait pas ce 
qu'aurait voulu dire Tupaia ? 

(3) Telle est, comme on a vu, l'opinion que nous avons soutenue 
et qui explique pourquoi Tupaia a donné cette île comme la c mère 
des autres » et Ta faite si grande. 

(4) M. J. Qaruier dit que si on retourne, avec Haie, la carte de 



LES POLYX<ï£SIENS. 11 

On a vu, en effet, que pour M. J. Garnierle peuplement de 
la Polynésie a été opéré par l'Amérique. 

S'il est exact de dire, d'une manière générale, que cette 
carte n*est qu'un tracé approximatif, et même grossier, des 
Iles qui y figurent, il s'en faut qu^il ne s'agisse que des îles 
avoisinant Tahiti dans un petit rayon. Tout à Theure, nous 
montrerons qu'on peut peut-être même y retrouver les îles 
les plus éloignées des îles de la Société, sans parler des ar- 
chipels intermédiaires. L'exemple que cite M. Garnier prou* 
Te plutôt lui-même, à notre avis, que ce n'est pas Tupaia 
quia commis l'erreur signalée mais bien les Européens ; 
car les îles peu éloignées de Tahiti étaient celles qu'il devait 
le mieux connaître. Puis, nous l'avons dit précédemment, 
si c'est bien le mot mutu qui avait été prononcé par Tupaia, 
il avait évidemment voulu dire, ce mot n'ayant pas d'autre 
lignification en Tahitien, qu'il était f allé vers cette île, 
qu'il avait passé le long, * ce qui ferait supposer qu'il n'y 
était point descendu. On verra bientôt qu'on a généralement 
préféré le mot Motu, qui signifie t petit îlot bas, île basse » 
de corail ou non : C'est ce nom qui a été l'origine de tous 
les doutes émis depuis. Il est bien certain comme le dit M. 
Garnier et comme nous avons cherché nous-mème à le dé- 
montrer, que les connaissances de Tupaia étaient mêlées à 
U légende. Mais qu'est-ce que cela prouve ? Que ces connais- 
sances étaient générales ; et il est peut-être plus surprenant 
encore de voir une race si dispersée en conserver aussi bien 
U souvenir par la seule tradition. Car on Ta vu, déjà du 
temps de Cook, les voyages lointains n'avaient plus lieu; 
nous avons rapporté ailleurs les paroles dites à Mo(3renhoût 
par un vieux prêtre, paroles prouvant si bien que les ancê- 
tres des Ttihitiens recevaient de nombreuses visites d'étran- 



Taptit, nie Savail de cette carte serait Tîle Havaii, d'où cer« 
Uiai tuteurs et aurtout EUis, font partir toutes les migrations 
poljnéaiemies. Mais il ne croit pas que les migrations soient par- 
ade là ; il ne croit pas non plus qu*Hawaii boit Sa?aii, de même 
qua nous ne crojons pas, comme on va voir, que 0-Heevai soit 

SlTtii. 



12 L£d POLYNÉSIENS. 

gers, et s'aventuraient' eux-mêmes à de très grandes dis- 
tances. (1) 

Pour prouver notre assertion, nous citerons un passagfe 
de Tun des hommes les plus autorisés dans cette question, 
de J. Williams. Ce passage prouve que les connaissances 
géographiques de Tupaia étaient bien celles de toute la Po- 
lynésie, et que les voyageurs ne craignaient pas d'aller fort 
loin. € J'ai, dit- il, des traditions indigènes sur presque tous 
les sujets, et particulièrement sur leurs premiers naviga- 
teurs, dans lesquelles chaque île, successivement découver- 
te dans un rayon de deux mille milles, est désignée par son 
nom. » (2) Certes, après un pareil témoignage, tout doute 
doit disparaître. 

Nous croyons donc, en somme, que les raisons sur les- 
quelles M. Garnier s'est appuyé pour refuser de croire aux 
connaissances géographiques de Tupaia, et pour soutenir 
que les voyages entre les divers archipels n'étaient ni aussi 
nombreux, ni aussi faciles qu'on l'a dit, sont tout au moins 
insuffisantes, quand elles ne sont pas détruites par les tra- 
ditions. Il dit bien, il est vrai, (3) t on a vu des cas d'indi- 
gènes qui, chassés par la tempête, arrivaient dans un ar- 
chipel voisin ; ni les naufragés, ni ceux qui les recueillaient 
ne connaissaient auparavant leurs patries respectives, quoi- 
qu'elles ne fussent qu'à des distances relativement faibles 
les unes des autres.» Qu'est-ce que cela prouve encore ? Que 
c'étaient des cas d'entraînements involontaires, d'ailleurs 
assez rares vers une même île, bien qu'assez fréquents pour 
l'ensemble ; ils provenaient sans doute de l'une de ces cen- 
taines d'îles si petites qui se trouventdans leN. O.de Tahiti 
et qui sont si généralement inconnues des archipels les plus 
voisins du Sud. 

Si, au contraire, on fait appel aux traditions, on voit que 
rien n'était plus fréquent que le voyage d'une île à l'autre, 

(1) La cessation des voyages vient à l'appui de cette opinion émise 
par Moérenhotit que les Polynésiens étaient en décadence à Tarrivéo 
des Européens. 

(2) A Narrative,^ etc, p. 27. 

(3) Ouvr. cité, p. 47. 



LES POLYNÉSIENS. 13 

OU même d*un archipel h un autre, et que des îles séparées 
par une assez grande distance semblaient se connaître pour 
ainsi dire de temps immémorial. C'est ainsi que non-seule- 
ment Tahiti, Raiatea, etc., connaissaient les îles Râpa, 
Rurutu, Rarotonga, etc . , mais que ces dernières, d'après 
leurs propres traditions, avaient des rapports fréquents, fa- 
ciles même, avec les premières, et qu elles connaissaient 
particulièrement les îles Mangareva. C'est ainsi que les tra* 
ditious des Iles de la Société établissent, comme la carte de 
Tupaia, qu*on allait aussi bien dans le Nord que dans TEst, 
dans le Sud et le Sud-Ouest. Nous avons déj a rapporté ces 
traditions ; nous nous contenterons donc de renvoyer à la 
tradition de Tahiti qui attribue la découverte des îles Her- 
vey à des Tahitiens ; à celle des îles Hervey rapportée par 
J. Williams, établissant que des visites fréquentes, dans des 
temps reculés, étaient faites aux îles de la Société ; à celle 
des îles Marquises, qui ne sont pas moins explicites, comme 
nous Tavons plus particulièrement fait voir, en rapportant 
Torigine des rats dans ces îles, et qui montrent qu'on al- 
lait facilement de Tahiti vers elles, et réciproquement sans 
doute, puisque, diaprés d^autres traditions, les Marquésans 
allaient guerroyer jusque dans les îles à populations méla- 
nésiennes qui, pour eux, étaient bien plus éloignées que les 
îles de la Société. Enfin nous rappellerons encore le récit 
qu'a fait Mariner du voyage d'un chef tongau jusqu'à l'île 
Futuna dans les Hébrides, et surtout la tradition si curieu- 
se et tant de fois citée, qui rapporte les voyages plusieurs 
fois renouvelés d'un prêtre Hawaiien vers une contrée très 
éloignée, que nous avons essayé de préciser. Cela suffira, 
croyons-nous, pour que l'on soit bien convaincu, sinon de 
la fréquence et de la facilité extrêmes des voyages entre les 
divers archipels, du moins de leur accomplissement et de 
leur facilité relative dans un but déterminé, et de leur réa- 
lisation, le plus souvent avec succès, malgré les distances. 
Après cela, n'est -il donc pas permis de dire que Tupaia 
ne méritait pas d'être aussi sévèrement jugé? Si ses con- 
naissances ne s'étendaient pas nécessairement à toute la 
Polynésie, il n'est pas moins vrai qu'une grande partie de 



^^^ 



14 LES POT-YNésiENS. 

celle-ci lui était connue, ainsi que nous allons le faire voir. 
Quelle que fût l'étendue de ces connaissances chez lui per- 
sonnellement, elles attestent que les Tahitiensde son temps 
conservaient encore tout frais, le souvenir des rapports de 
leurs ancêtres avec les autres Polynésiens. 

En effet, 78 à 80 îles figurent sur cette carte, et Dalrymple 
dit même que Tupaia en avait signalé 130 à Banks. C'est à 
cette occasion qua le savant géographe fait remarquer 
€ combien il y avait eu de négligence à bord de VEndea- 
vour^ en ne profitant pas davantage des connaissances et 
des éclaircissements que pouvait fournir Tupaia». En com- 
parant les remarques de Jarves, Hopkins et autres sur le 
silence affecté de Cook, touchant les découvertes de ses de- 
vanciers, et surtout en voyant comment il a rencontré les 
îles Sandwich, il est permis de se demander, comme nous 
l'avons fait observer ailleurs, si l'absence de certains ren- 
seignements était bien involontaire, (i) Dalrymple dit enco- 
re du reste, que Banks lui a donné Tassurance que, d'après 
Tupaia, de grandes îles existaient dans le Sud-Est de Tahi- 
ti ; mais comme il n'y a dans cette direction d'autres gran- 
des Iles que les Mangarçva, l'ile Marutea (Hood) ou Pâques 
(Waihu), c'est à ces îles quHl a dû faire allusion, autrement 
il faudrait supposer que Banks n'avait pas bien compris. 

Tupaia avait vu ou visité une partie des îles qui figurent 
sur sa carte, mais sans aller jamais aussi loin que son père 
qui, paraît-il, avait visité des îles placées à une grande dis- 
tance dans le Sud, et sur le compte desquelles manquent 
malheureusement les renseignements. Dans l'Est et le Nord- 
Est, on peut croire, d'après les îles signalées, que Tupaia, 
n'avait pas dépassé les Paumotu. Et M. de Quatrefages dit, 
à cette occasion^ qu'il s*était avancé, d'après les calculs de 
Cook, à 20 degrés dans TEst, c*est-à-dire à environ 400 lieues 
marines ou 2.700 kilomètres à TËst de Raiatea (2). Mais s*il 

(1) Ceci expliquerait les paroles do M. J. Qarnier : « Cependant 
Cjok ne semble pas y avoir attaché toute Titaportanco que Fors- 
ter lui donne. » Ouvrage cité, p. 5U 

(2) Cook a certainement voulu dire que Tupaia ou les navigateurs 
tahitiens en s^avançant à TEst de Raiatea, sont ailés vers TEst 



r.BS POLYNÉSIEN -î. 15 

D^était pas allé lui-môme dans le Nord-Est jusqu'aux îles 
Marquises, ce qu'on ne peut ni nier ni affirmer, il n'est 
pourtant pas moins vrai, ce qui est bien remarquable, et ce 
que nous allons démontrer plus loin, qu'il avait sig*nalé à 
Cook toutes les îles qui font partie de cet archipel. Ce fait 
prjuverait que, pour lui du moins, les souvenirs tradition- 
nels étaient bien nets. Dans le Sud-Ouest, il avait probable- 
ment borné ses voyages à une partie des îles Hervey ; mais 
il semble avoir dépassé les Samoa dans l'Ouest, et s'être 
avancé jusqu'aux îles Tungra, et peut-être aux Fiji, si les 
noms donnés à quelques îles ont bien la signification qu'on 
leur attribue généralement. Peut-être même une île citée 
par lui est-elle la Nouvelle-Calédonie, ainsi que nous avons 
cru pouvoir le soupçonner ; mais, en apparence, il résulte de 
sa carte, qu'il connaissait moins les îles de cette partie de 
l'Océan Pacifique, que celles du Sud, de l'Est et même du 
Nord, quoique ce fût le côté d'où, d'après les traditions, 
étaient venus les ancêtres des Tahitiens. Ceci semblerait 
venir à l'appui de cette assertion moderne, que les hommes 
de rOuest de TOcéanie, connaissaient plus do terres à l'Est, 
que ceux de l'Est n'en connaissaient vers l'Ouest. Mais il est 
plus rationnel de croire, ainsi que nous le ferons voir bien- 
tôt, qu'on se portait généralement vers l'Est, dans les voyages 
qu'on entreprenait, assuré que l'on était d'être facilement 
ramené à l'aide des vents alises le plus souvent régnants. 
Quant aux îles Sandwich, on ne cesse de répéter qu'elles 
étaient complètement inconnues de Tupaia ; mais on va voir 
de nouveau qu'il est permis, d'après quelques noms, de sup- 
poser le contraire; peut-être, enfin, la Nouvelle-Zélande 
elle-même a-t*elle été indiquée traditionnellement par le 
géographe Tahitien, si nous no nous sommes pas trompé 
•ur la signification du nom donné par lui à Tile qu'il regar- 
dait comme la mère des autres îles : 0*Heevai. 

TTti. Ce qui le prouve, c'ett la position pour ainsi dire exacte, re^ 
Utitement à Raiatea, qu'il donne sur la carte de Tupaia au grand 
archipel Paumotu et à celui des Marquises. Il ne se doutait pas 
qae le mot Sud mis à la place de Nord, serait lui-mômo la cause 
détint de doutes. 



16 LES POLYNÉSIENS. 

L'examen détaillé de cette carte va démontrer, mieux en- 
core que ce qui précède, que les connaissances géographi- 
ques des Polynésiens étaient étendues, et que les erreurs 
qui s'y trouvent sont plutôt dues aux Anglais qu'à Tu- 
paia (1). 

On voit d'abord au haut de la carte, le mot Opa-ioùe-rou^ 
et en dessous le mot Opa-toa. 

Or, opa, en Tahitien signifie « sur un côté », ettoa « en- 
tièrement, tout. » En un seul mot, ce nom n'existe pas à 
Tahiti. C'est par le mot Apatoerau que les Tahitiens dési- 
gnent le Sud, comme c'est par celui à*Apatoa qu'ils dési- 
gnent le Nord. 

Le mot Opa-toa de la carte n'étant certainement que le 
mot Apatoa des Tahitiens, mal orthographié par les An- 
glais, c'est donc le nom servant à désigner le Nord que ces 
derniers ont donné au Sud et celui servant à désigner le 
Sud qu'ils ont appliqué au' Nord, car évidemment le mot 
Opa-tooe-rou de la carte n'est que le mot Tahitien Apatoe^ 
rau^ toujours mal entendu et, par suite, mal orthographié. 
Si l'on admettait que le mot Opa-tooe-rau a été bien enten- 
du et bien écrit, il faudrait lire opa, « coin, côté », ettoerau^ 

(1) Comme Claret de Fleurieu a donné la partie orieatale de la 
carte de Tupaia, dans le 4« vol. in 4* du Voyage de Marchand (p. 
78 et pi. Vil), nous croyons devoir rapporter ses paroles: c M. 
Banks, dit-il, dans le 1" voyage do Cook, dressa, sous Im dictée de 
Tupaja, une carte de toutes les terres que les insulaires de Tar- 
chipel de la Spciété, connaissaient dans le grand Océan Equino- 
xial, et auxquelles Tupaya appliquait dos noms. L'archipel des 
Marquises y est marqué comme composé de 10 îles. . . Cette parti- 
cularité prouve que la navigation des insulaires des tropiques 
8*est étendue beaucoup plus loin que la fragilité de leurs embar- 
cations ne semblait le comporter.» 

11 ajoute en note sur la carte : « On a jugé inutile d*écrire tous 
les noms portés sur la carte de Tupaja. On s'est borné à ceux des 
10 îles de Mendoce, et de quelques autres qui paraissent avoir été 
retrouvées, telles qu'Ânaa, Tîle de la chaîne, Oura et Teoheow, les 
îles du roi Georges ; Opataï, les Pernicieuses de Roggeween, les 
Pallisor de Cook. » L'île Pitcairn y figure sous ce nom. 



LES POLYNÉSIENS. l7 

« veot d*Ouest ou de Nord-Ouest », ce qui prouverait tou- 
jours que le mot E6t n'est pas à sa véritable place. (1) 

En somme les désignations du Sud et du Nord sont donc, 
d*une manière certaine, inversées sur la carte, ainsi que 
Haie le premier Ta fait remarquer ; mais l'Est et TOuest, à 
part toujours une orthog^raphe convenable, y sont bien dé- 
sirés. 

Ainsi TEstyest appelé Tatahaieta et Oke-tootera y ces 
mots sont : le premier celui de tatahiata^ qui, en Taliitien, 
signifie < le point du jour > ; et les deux autres, les mots 
malentendus et mal orthographiés de te hitia o te ra, c* est- 
à-dire « le lever du soleil ». Si Ton acceptait ohe toote ra il 
faudrait traduire : oAe, « dard ; » tu, droit, directement » et 
te ra c le soleil, > ou encore « là, au loin. » 

Te reati tootera, sont les mots inscrits pour désigner 
rOuest. Us doivent être les mots te tua o te ra, mal en- 
tendus, c*est-à-dire c le coucher, le derrière ou le dos du 
soleil. > C'est en effet par les mots : te hitia o te ra, et te tua 
ùtera^ que les Tahitiens désignent le lever et le coucher du 
soleil, lo Levant et le Couchant, en un mot TKst et TOucst. 
On a vu qu'en Maori, « lever du soleil » se dit Whitinga o 
te ra, c'est-à-dire qu'il n'y a de changé ou mieux de sup- 
primé en Tahitien que le u et le ng. « Coucher du soleil », 
en Maori, se rend par Ka-to-te-ra. 

Quant aux îles, nous dirons de suite que celles mises à 
l'Est et au Sud de Tahiti sont assez bien placées, et assez 
bien désignées souvent pour qu'il soit possible de reconnaî- 
tre la plupart de celles dont Tupaia a voulu parler. 

Ainsi, après les n** 1 et 2, (2) qui sont Tahiti et Maïtea, 
on voit, sous le n'3, le nom de 0-Heeva-Nooe donné à une 

(i) Notons en passant qu'en Tahitien, le mot Toerau signifie 
▼eut d*Ouest ou de Nord-Ouest. Nous avons déjà fait voir que cette 
signification aide à détruire l'assertion des partisans du peuple- 
Beat de la Polynésie par TEst. Ajoutons que Aotoerau. est, dans 
^ îles de la Société, le nom d'un vent d*Ouest léger et agréable. 

(<Q Noos nous sommes servi, pour les numéros des îles, de la 
€vt€ de M. de Quatrefages. 



18 LES POLTNâSIENS. 

Ile qui, par sa position, n^est éTidemment que Hle de la 
Chaîne, de Oook, prise à tort pour Tlle du Prinoe de Galles 
par les Anglais. 

Le n* 4, Hle Oïrotah de la carte, est celle qui est connue 
des indigènes sous le nom de Vaïraatea, et »8ur laquelle, il 
y a quelques années, un capitaine marchand, M. Lucas, a 
publié un mémoire intéressant, dans le journal LOcéanie. 

Le n* 5, Ouroupoe est Tile Râpa, TOparo de Vancouver, 
son découvreur. 

0-Hitte-Tamaro-Erree, n« 6, est probablement rîleWith* 
sunday ou peut-être l'île Cumberland de Wallis. 

Te-Newhammea-Tane, n*" 7, pourrait être Motane ou Tile 
Tena-Kunga. 

Toometo-Roaro, n» 8, semble être Tîle Anu-Anu-Raro ou 
l'île Margaret des navigateurs, l'île Glocester étant la Paraoa 
des indigènes. 

On voit vers le Sud, une île Moutou, (1) n* : c'était, dans 
cette direction, la plus éloignée qu'eût visitée Tupaia. Telle 
qu'elle est placée sur la carte, on pourrait la prendre pour 
Manaia ou l'une des îles Hervey ; mais Tupaia lui donne 
plus d^étendue que n'en a Tahiti, et Manaia est bien plus 
petite. Il est certain qu*il n'existe aucune île plus grande que 
Tahiti dans cette direction ; d'un autre côté Tupaia est si 
souvent inexact quant à l'étendue des îles, qu'il ne faut pas 
attacher une bien grande importance à cette qualification 
qui pourrait bien d'ailleurs n'avoir été appliquée par les Eu- 
ropéens que par erreur. Ce qu'il faut remarquer encore, c'est 
que si ce nom n'est autre que celui de Motu, comme le pen- 
sent plusieurs écrivains, cela semblerait indiquer que 
Tupaia n'a voulu parler que d'une ou plusieurs petites Iles 
basses, car ce mot motu est généralement appliqué à des 
Iles de peu d'étendue et basses, par opposition à ferma île 
ou terre élevée. 

Serait-ce donc l'une des lies qui avoisinent Râpa, dans le 

(1) 81 c'est bien ce nom qui a été entendu et prononcé ; nous 
croyons plutôt, comme nous l'avons fait remarquer, que Tupaia 
s'était contenté de dire qu'il avait passé auprès, Tavait longée 
sans probablement s'y arrêter. 



LES POLYNÉSIENS. 10 

Sud ? Mais la légrende qui accompagne ce nom sur la carte 
de Tapaia indique qu'il y avait encore d'autres îles plus Sud 
que celles-là, au dire du père deTupaia qui y était allé. Ce ne 
peut donc être les Iles de Bass, qui sont les plus Sud, et ce 
ne serait tout au plus que Tune des îles Australes. 

Dans tous les cas, nous le répéterons, il ne faut pas tenir 
compte de la grandeur indiquée, puisqu'il n'y a pas d'île 
plus grande que Tahiti dans le Sud^ et que ce n'est que dans 
le Sud-Ouest qu'on en voit une à laquelle cette qualifica- 
tion pourrait convenir : nous voulons parler de la Nouvelle- 
Zélande qui, en effet, a d'autres îles plus au Sud qu'elle. 

Non loin de cette île Mutu ou Motu, figure, au n® 10 delà 
carte, une île Mannua, qui dans le texte est appelée Manu- 
na ; â*après sa position et surtout sa situation au Nord-Ëst 
d'0-Hitte-Roa, ce n'est bien probablement que l'île des Man- 
gareva ; car la légende dit qu'elle est élevée. Or il n'y a 
dans le Nord*Est ou mieux dans TEst d'autres îles élevées 
que les Mangareva, à moins d'aller jusqu'aux Marquises, 
que Tupaia indique trop clairement, pour qu'on puisse ad- 
mettre qu'il ait voulu, sous ce nom, parler de l'une de ces 
dernières. 

Enfin, près de là encore, figure sur la carte, sans nom 
indigène, une île appelée Pitcairn dont certes Tupaia n' a 
pu parler ; mais, par son isolement, et si sa position a vrai- 
ment été indiquée à Banks et à Gook par .le grand prêtre 
Tatdtien, elle pourrait bien être l'île de Pâques. 

Bitonooe, n* 11, est, par sa position et son nom, l'île Aïtu- 
taki des îles Hervey. 

0-Hitte-Koa, n* 12, est nie Rurutu de l'archipel Tupuai, 
dernier nom ainsi entendu par Gook. 

Tabbu-arManua, n* 13, est l'île Tapu*a-Manu, ou la 
Charles Saunders de Wallis. 

Eimeo, Huahine, 0-Raiatea, O-Taha, Borabora, Toopai, 
Moorooa, si bien connues de Tupaia, sont les iles de la So-* 
dété voisines de Tahiti, dans le Nord Ouest. Elles portent 
sur la carte les n** 14 à 21. 

0-Ânna, n* 22, est le nom indigène de l'île de la Ghaînci 



'20 LES POLYNÉSIENS. 

et non celui de Tile appelée Prince do Galles par Byron : 
cellc-ci.se nomme Raïroa. C'est donc à tort que sur la carte 
on a appliqué à File de la Chaîne le nom de 0-Heeva-Noee. 

0-Mateïva ou 0-Matia, n' 23, est Tîle Matahiva des Poly- 
nésiens, ou îleLazareff des géogfraphes. 

O-Wahei» n* 24, est Tîle Oahe ou Waterland, comme le 
dit Forster. 

Oura et Teoheow ou Teokea, n*' 25 et 26, sont les îles du 
Roi Georges, de Byron, appelées par les indigènes Takaroa 
et Takapoto, les premiers noms leur étant inconnus. 

0-Rai-Roa, n"" 27, n*est pas Tîle Carlshoff de Roggeween, 
mais rîle WUegen de Lcmaire, ou du Prince de Galles de 
Byron, ces noms désignant la même île. 

Qu^on remarque que toutes ces îie set bon nombre de celles 
qui vont suivre, sont placées au Nord de Tahiti. Certaine- 
ment les noms sont presque toujours mal ortographiés et 
parfois mal appliqués ; mais comme on voit, il est impossi- 
ble de ne pas reconnaître, par la plupart de ces noms» les 
îles dont Tupaia a voulu parler. Ainsi encore : . 

0-Tah, n* 28, n'est évidemment que l'île Toau des indigè- 
nes, TElizabeth des géographes. 

0-Pataï ou Oopati, n» 20, est Tîle Apataki, l'une des iles 
du Labyrinthe deRoggeween, près du groupe Palliser, mais 
n'en faisant pas partie, comme le croyait Gook (1). 

L'Ile qui Hgure sous le n" 30, avec le nom d'0-Whareva, 
est bien probablement l'île Fakarava actuelle, ou Wittgens- 
tein. 

O-Whao, n"31, est l'île de la Harpe de Bougainville : elle 
est appelée Hao par les Polynésiens. 

0-Rima-Roa, n^ 32, est l'île Raroia ou Barcley. 

Il n'est pas facile, il faut en convenir, de dire à quelle île 
Tupaia appliquait le nom de 0-Heeva-Toutou-aï, n"* 33. 

(1) Dans notre examen géographique inédit du voyage de Rog- 
geween, nous démontrons que les îles Baumau sont les îles 
Manua, Orosenga et Ofu de l'archipel Samoa, et que Rogge- 
ween a vu toutes Ioh îles qui composent cet archipel, moins les 
deux petites îles qui se trouvent entre Upolu etSavaii, c'est-à-dire 
Aporima et Manono. 



LES POLYNÉSIENS. 21 

Il n^est rien dit de son élévation, ni de sa grandeur et la lé- 
gende qoi accompagne ce nom n*aide guère à le deviner. 
Par sa position, cette terre ferait partie des Paumotu ou des 
Ifaïquises, car il n'y a d'autre grande terre vers l'Est que 
FAmériqae. C'est à cette occasion que Dalrymple a dit : c II 
est assez vraisemblable que les Indiens qui, dans leurs piro- 
gneSf se hasardent souvent à perdre toute terre de vue, 
avaient pu être entraînés autrefois jusque sur les côtes d'A- 
mérique. • Ce qui le portait à cette supposition, c'est que la 
légende dit : clés habitants de cette terre sont anthropopha- 
ges, et les vaisseaux dont ils se servent sont remarquable- 
ment plus grands que VBndeavour, » Si les Tahitiens, tout 
amis qu'ils sont du merveilleux, ont dit cela à Gook, ce récit 
mérite d'être remarqué : ce n'est pas d'ailleurs la seule cir- 
constance qui puisse faire croire aux voyages involontaires 
des Polynésiens jusqu'en Amérique ; et nous avons mon- 
tré précédemment (1) que les Araucans croyaient, au dire 
de Molina, avoir reçu le cochon et les chiens par mer des in- 
digènes de la Polynésie. 

D'un autre côté, s'il est vrai que la carte de Tupaia, par 
la faute des Européens, donne à beaucoup d'îles une 
position toute contraire à celle qu'elles devraient occuper , 
et qu'il soit nécessaire, en un mot, de la faire évoluer au 
moins pour celles-là, ne pourrait-on pas se demander si cette 
Ue 0-Heeva-Toutou-aï qui figure dans TE.-N .-B. , ne serait pas 
mieux placée dansl'O.S.O, et, en tenant compte delà légen- 
de qui accompagne ce nom, si elle ne pouvait pas être la 
Nouvelle-Zélande elle-même. C'est là, en effet, que les ca- 
nots étaient grands, puisqu'ils portaient des centaines 
d'hommes, et que régnait l'anthropophagie. Tupaia n'en 
avait parlé d'ailleurs que par tradition, de même que de son 
île Oheaval, ainsi que nous l'avons fait voir ailleurs. 

Mais une pareille opinion est trop hypothétique pour que 
nous nous y arrêtions plus longtemps. 

Les îles les plus faciles à reconnaître, et les mieux pla- 
cées sur la carte de Tupaia, sont les îles Marquises . Toutes, 

: 0)Vol. I,*p. 4^0. 



.'.A^t.^ .^ 



22 LBS POLYNÉSIENS. 

• 

pour ainsi dire, sont désignées, et il en résulte évidemment 
que si Cook n'a pas vu le groupe qu'a découvert Marchand, 
c'est qu'il ne l'a pas voulu : Tupaia le lui avait exactement 
indiqué, en se trompant seulement, si ce n'est pas Cook 
lui-môme, sur l'étendue de quelques unes des îles. Comme 
Tupaia peut«ôtre ne connaissait ces îles que par tradition, 
l'erreur, dans ce cas, aurait bien pu venir de lui ; mais 
nous l'avons déjà dit, la fréquence de cette erreur prouve 
plutôt, à notre avis, qu'elle est due aux interprètes ^glais. 

On sait que l'archipel des Marquises est partagé en deux 
groupes, celui du Nord-Ouest et celui du Sud-Est. 

Ua-Uka est, comme la suivante, une île du groupe Nord- 
Ouest et c'est probablement celle qui figure sous le n"" 34. 

Le n* 35, est certainement, sous le nom de Neoo^Heiva, 
nie Nuku-Hiva, car tel est son nom et non celui de Nuka- 
Hiva, comme l'amiral Dupetit-Thouars, dans un ordre du 
jour, a préféré rappeler, afin sans doute qu'on ne pût 
faire de plaisanterie sur le peu de vêtement de ses habitants. 

Ce nom de Neoo-Heiva ainsi écrit par des Anglais re- 
présente en effet son véritable nom Nuku-Hiva, qui a bien 
dû âtre prononcé Niu ou mieux Nuu par Tupaia, les Tahi- 
tiens supprimant la gutturale k. 

Le n* 36, ou Whattare-Toah, est Fatu-Hi va ou la Magda^ 
lena de Mendana son premier découvreur. Elle appartient 
au groupe Sud-Est. 

Le n* 37 ou Terowha, est Fatu-Uhu, l'île Masse de Mar- 
chand. 

Le n* 38 ou Tubooai est Fatu-Dku ou l'île Hood de Cook. 

Le n* 39 ou Whattare -Oora, est Tahuata ou l'île Santa 
Ghristina de Mendana. 

Le n* 40 ou Te-Manno est Motu-Iti ou îles Hergest. 

Le n* 41 ou O-Otto est Hiao ou Chanal. 

Le n* 43 ou 0-Heeva-Uoa est Hiva-Oa ou l'île Dominica 
de Mendana. 

Le n* 43 ou O-Heeva Potto, est l'île Uapou découverte 
par Marchand et visitée par nous. 

Ainsi, sur onze îles, dix ont été dénommées. Or, comme 
sur la carte figure sans n"", l'île Onateya (Motane), Tupaia 



LIS POLTNÉ8IBNS. 83 

aTâit donc fUt connaître exactement toutes les ties compo- 
sant les deuK groupes des Marquises. 

Mais si Ton peut retrouver, sans crainte de se tromper 
pour ainsi dire, la plupart des îles que Tupaia plaçait dans 
le Sud, rEst et le Nord-Est de Tahiti, il n'en est plus de 
mime pour celles que la carte indique à TOuest et au 
Nord-Ouest surtout. De ce côté, tout est confondu, et des 
ttes qui ne font évidemment partie que de celles qui sont 
placées au Sud-Ouest de Tahiti se trouvent figurer aussi 
loin que possible dans le Nord-Ouest. 

Cependant, on peut encore, croyons-nous, en reconnaître 
beaucoup, et particulièrement celles qui appartiennent aux 
deux Archipels des Samoa, et des îles Hervey de Oook. 

Ainsi^ il est évident d'abord que l'île désignée sous le 
nom de Mopeeha, n* 44, ou Motu-Hea est l'île Mapiiiaa ou 
U Maupelia des Navigateurs. 

Wheaua-Oora,n* 45, pourrait être une des tles basses des 
Fiji, ear il y en a une qui s'appelle Yenua-Kula ; mais sa 
position est différente sur la carte puisqu'elle est dans le 
Nord-Ouest de Tahiti. Peut-âtre est-ce seulement une des 
Iles Paumotu Nord, ou encore l'île Takapoto de Moôrenhoût 
qui rappelle Oura« 

O^Papatea, n* 46, est presque certainement Tîle Makatea, 
que Cook appelle Matea et qui lui fut indiquée en 1769 par 
Tupaia : cette Ile n'es't autre que la Récréation de Rogge- 
ween. 

Woureeo, n* 47, pourrait âtre Mitiaro ; mais il faudrait 
en douter si la légende qui raccompagne c grande ile habi-^ 
tée • était exacte. 

Ururutu, n* 48, peut être Ruriti, c'est-à-dire qu'il faudrait 
la placer dans le Sud au lieu du Nord qu'elle occupe sur la 
carte. 

O-Adeeha, n* 49, est probablement celle que Cook a appe- 
lée Wateeo ; c'est l'Ile Atiu du groupe Hervey. Il fâut éga- 
lement la placer dans le Sud comme la précédente. 

O-Aboua-Hou, n* 60, pourrait bien être l'île Oahu des îles 
Sandwich, quoiqu'on ait toujours cru au silence de Tupaia 
sur ces Iles. 



2i LES POLYNÉSIENS. 

O-Weeha, n"* 51, pourrait être regardée, par sa position 
sur la carte, comme Tîle Uvea ou de Wallis, mais plutôt» par 
son nom, comme la WiRa des îles Hapai. 

0-Rima-Tarra, n* 52, est Tune des îles australes, la Ri- 
matara des navigateurs. 

0-Raï-Uavaï, n* 53, est à peu près certainement Tile Raï- 
vavaï ou Vavitu, découverte en 1775 par Gayengos. 

0-Raro Toa, n« 54, est Tîle Rarotonga (1) du groupe 
Hervey, découverte en 1823. ^ 

Ck)mme on le voit, ces dernières îles occupent sur la carte 
une place qui ne peut s'expliquer que par Terreur ou l'in- 
tention des copistes, car la position de ces îles était celle 
que Tupaia connaissait probablement le mieux par suite du 
voisinage et des relations des deux archipels démontrées 
par les traditions. 

0-Ahourou, n« 55 : En Tahitien, c dix » se rend par A/iu- 
ru ; oveut dire c c'est. »11 n'y a pas d*Ile de ce nom en Océa 
nie, mais il y a c dix îles » dans l'archipel des Sandwich, et 
l'une est bien plus grande que Tahiti. 

0-Toomoo-Papa, n* 56. Il n'y a pas non plus d'île de ce 
nom ; mais tumu signifie c racine, origine, cause, fonde- 
ment » et papa c rocher, pierre plate, planche, etc. » Il est 
bien difficile de dire à quelle terre ce nom a pu être donné. 
Ce qu'il faut remarquer seulement, c*est qu'elle occupe avec 
0-Âhourou le point O.-N.-O. de la carte, le plus extrême, 
et qu'il n'y a guère plus à l'Ouest que deux petites îles sans 
numéros, placées là sans doute, et appelées Iles des Navi- 
gateurs, par les Anglais . 

Tooteepa, n^ 57, peut être, par analogie de nom la Tuku- 
tea du groupe Hervey. Elle se trouve en outre placée près 
de deux îles qui appartiennent certainement au même grou- 
pe : 0-Raro-Toa et O-Raï-Havaï. 

0*Reeva Vaï ou O-Reeva-Va, n* 58, pourrait êtreManaia, 
l'une des Iles Hervey, par sa position près des précédentes : 
l'Ile Manaia est encore renommée par ses belles haches en 
pierre, et ses habitants adoraien^les mêmes dieux que les 
Tahitiens : Oro, Tane, Toa-Hiti, Teahio, etc. 

(1) Quelques géogi-aplics appellent cette île Roro-Tonga. 



LES POLYNÉSIENS. 25 

Peut-être serait-ce plutôt la Nouvelle-Calédonie, patrie 
du jade polynésien, et également renommée par ses bâches. 
Nous en avons parlé en nous occupant de cette pierre. (1) » 

Talnuna, n*50, peut être Futuna ou l'île Erronan des Hé- 
brides. Il ne paraît pas exister d'île ainsi appelée parmi 
toutes celles si nombreuses aujourd'hui connues. 

0-Rima-»Tema, n* 60, peut être l'île Ruruti ; mais cette 
île, au lieu d'être au Nord, devrait être placée au Sud. 

0-Rotooma, n* 61, est évidement Rotuma ou île de la 
Belle-Nation de Quiros, visitée par Duperrey, Legoarant, 
R. P.Lesson.etc. Ici on la fait plus grande que Tahiti, 
quoiqu'elle soit certainement plus petite. On dirait vraiment 
que toutes les notes ont été appliquées comme au hasard. 

0-Poppoa, n* 62 : par sa position à l'Est de Rotuma, c'est 
111e Savaii, la Pola de Lapérouse. 

Moe-no-Tayo» n* 63, est l'île Metiaro ou l'île Manuaï du 
groupe Hervey ; peut-être même est-ce Manono du groupe 
Samoa. 

Te-Toopa-TuparEahou, n* 64. Il est presque impossible de 
dire à quelle île s^appliquaient les noms précédents, mais 
ces noms ne sont certainement pas ceux de quelque île en 
Polynésien. Sachant comment procèdent les indigènes, 
quand ils ne savent ou ne se rappellent pas les noms, nous 
serions porté à croire que ce ne sont que des qualificatifs. 
Tupaia a peut-être voulu dire, au n"" 63: c là a dormi Tami, » 
ouc là, j'ai été bien accueilli ; là on est bien reçu » (2). Au 
contraire, au n* 64, il a peut-être voulu exprimer que l'île 
ne lui inspirait aucune confiance ; qu'elle lui était suspecte. 
En effet tupatupa signifie € suspect, d'aspect douteux, 
soupçonner, mal, exciter à quelque mal ; » ea, route, che- 
min ; être sauvé, échappé, délivré, etc ; hou^ dernièrement, 
récemment. 

Mais nous arrivons à des îles qu'il est eucore plus difficile 
de rapporter au groupe véritable auquel elles appar- 
tiennent • 

(1) Vol. m, p. 17 et Buiy. 

(t)Moe dormir, coucher, sommeil ; no de, à, quand ; taio, ami. 



26 LB8 POLYNÉSIENS, 

Plusieurs éorivalns, et notamment M. de Quatrefag^s, 
n'ont pas hésité à les regarder comme des Iles de l'archipel 
Fiji; pour eux, Hitte n'est que le mot Fiji ou Viti, écrit 
par un anglais. Telles sont les tles suivantes : 

N» 65 : 0-Hitte Potto. 

N» 66 : 0-Hitte-Toutou-Atu. 

«• 67 : 0-Hitte-Toutou-Nee. 

N»68: O-Hitte-Toutou-Rera. 

N»6e: 0-Hitte-Taiterre. 

N» 70: Te-Amaroo-Hitte. 

N»71:Te-Atou-Hitte. 

Aucune légende n'aide à deviner de quelles tles on a vou- 
lu parler ; mais si on s'adresse à la linguistique, peut-être 
aurait- on quelque doute sur la signification de ce mot hitte^ 
ainsi orthographié et mal entendu par les Anglais. Tupaia, 
en eftetf ne peut avoir prononcé que l'un des quatre mots 
suivants : /h*, petit ; ite^ connaître, savoir ; hiti, bord, ex- 
trémité ; et viti^ nom réel des îles Fiji sous le vent. 

Avec les significatifs qui suivent les mots Hitte de la car- 
te, on ne peut guère admettre qu'il ait voulu dire ite et MH^ 
et il faut pour ainsi dire opter pour Tun des deux motS| iti 
et viti. 

des qualiflcatifli ont, en effet, en Tahitlen, les signlfieir 
tions suivantes : 

Potto (pour Poto) court, courte. 

Toutou n'est pas tahitien, mais on trouve: Toutu^ de cou* 
leur noire ; tutoo^ pousser ou nager le long ; tutou^ la réu- 
nion inattendue de deux parties hostiles ; tutu, nom d'ar- 
bre ; perche ; manière de pécher, frapper ; battre Técorce 
avec le maillet ; préparer la nourriture à l'aide de pierres 
chaudes, etc. 

Atu^ nom d'un poisson, d'une espèce de Pandanus ; adv. 
et prép. de, outre, plus. 

Née, voyage, excursion, compagnie de voyageurs. 

Rera, n'est pas tahitien, seulement la couleur noire de la 
peau se rend à Tahiti par rerarerauri* 

Taiterre n'existe pas en un seul mot et ainsi écrit ; mais 
tat, la mer, l'eau salée ; (ère, journée, voyage, compagnie 



LBS POLYNÉSIENS. 27 

de ▼oyagenrs, objet que Ton a en vue ; mettre à la voile. 

Amaroo n'est pas Tahitien en un seul mot : a, préfixe, 
dénotant le mode impératif ; affixe de certains verbes, etc. 
maru^ doux, agréable, consacré à un Dieu particulier; 
amara, variété de porcelaine tigre. 

Tupaia aurait-il donc voulu dire? 

N* 66 : La Viti ou Fiji courte ; 

N* 66 : La Viti où Ton pêche TAtu, où on le prépare, cuit 
k Taide des pierres brûlantes, ou la Yiti à certaines espèces 
de Pandanus ; 

N» 67: La Vitl où les voyageurs vont pêcher. 

N* 68 : La Viti aux arbres Tutu, ou bien où la peau est 
noire. 

N* 69 : La Viti à une journée par mer. 

N*70:LaViti agréable. 

N* 71 : La Viti aux Atu (poissons,) ou la Viti qui a cer- 
taine espèce de Pandanus. 

Cest possible, mais il faut bien en convenir, cela ne sa- 
tisfait guère : tout ce qu'on peut dire de certain, c'est que 
CM mots sont intraduisibles exactement, tant ils ont été et 
mal entendus et mal orthographiés par les Européens. 

Dès lors, ne serait-il pas préférable de ne voir dans Hitte 
qne le mot rti, petit, médiocre ? Pour nous, nous serions 
assez porté à l'admettre, en remarquant surtout que ce der- 
nier mot a été donné à l'île Rurutu, placée sous le n** 12, île 
trop bien connue pour que Tupaia ait voulu dire autre chose 
que € petite » en parlant de sa grandeur. Qu^on remarque 
encore à cette occasion, le peu d'aptitude des oreilles an- 
glaises qui, en entendant prononcer Rurutu par un Tahitien 
ont écrit 0-Hitte-Roa, 

Sous le nom d'Onowhea, n* 72, figure une île qui, par son 

voisinage comme par son nom, est probablement Tîlç Oro- 

seoga des îles Samoa, la même que d'Urville avait d'abord 

appelée Anamoua. Toutefois par sa dernière syllabe, elle 

pourrait aussi bien être rUvea (l'île Wallis) ou l'Uvea des 

fles Loyalty ; mais ce qu'il faudrait savoir, c'est si on a dit 

à Cook et à Banks : Onowhea ou Ouowhea. Dans le texte, 

c'est Onowhea et sur la carte Ouowhea. Toujours est-il qu'il 



28 I.ES POLYNÉSIENS. 

doit, croyons-nous, rester peu de doute quant au grroupe 
auquel appartient cette île. 

L*!le 0-Tootoo-Erre, n"* 73, est Tîle où Delangle et onze 
autres français ont été massacrés dans les Samoa. C'est la 
Tutuila des indigènes. 

Te Orooroo-ma-Tivatea, n* 74| n'est pas si facile à recon- 
naître, peut-être est-ce Aporima, Tune des petites îles du 
môme groupe, mais on en peut douter. 

Wouwou, n* 75, offre également quelques difficultés. 
Cette île basse est placée sur la carte entre les n*' 73 et 76» 
c'est-à-dire entre Tutuila et Upolu, qui appartiennent au 
groupe Samoa, et c'est cependant dans ce nom que tous les 
écrivains ont retrouvé Tîle Vavao du groupe Afulu-Hu. A 
moins que ce ne soit Ofu des Samoa, ce ne peutâtre, en effet, 
par les rapprochements de Thistoire et du son, que l'île 
Vayao. 

£n Maori, wawao signifie c séparer, combattre, se bat- 
tre. » Est-ce le même mot ? Il est sûr qu'en Tahitien, le mot 
vavao signifie presque la même chose « s'interposer entre 
deux partis en lutte, séparer des combattants ; celui qui 
s'interpose » et aussi c noix de coco sans eau. t II est à croire 
que c'est le mot dit à Banks et Cook par Tupaia, quoi qu il 
ait été écrit wouwou , mais il est plus difficile de s'expliquer 
comment il se trouve placé dans les Samoa, où il n'y a pas 
d'île de ce nom à moins qu'on n'y retrouve Manono, ce qui 
pourrait bien être encore, tant les premiers navigateurs 
ont mal entendu les mots polynésiens. 

Forster rapporte, dans la légende qui suit le mot Wou- 
wou, que c^est une < petite île basse, mais habitée. » Or, 
Manono est élevée, et il n*y a de terres basses qu'à toucher 
les extrémités Est et Ouest de Tutuila. Serait-ce donc de 
celle de l'Ouest que Tupaia aurait voulu parler, en la fai- 
sant plus grande que Tutuila ? Ce n'est pas probable. On 
sait que sans être très élevée, et en ne l'étant même que 
modérément, l'île Vavao ou Howe d'Edward Edwards, est 
assez étendue et plus grande que Manono. 

Quelle que soit l'île à laquelle on applique ce nom, il est 
nécessaire, en résumé, de ne par tenir compte de la légende 



LES POLYNESIENS. 20 

que Forster donne après Wouwou, car Tîle Vavao n'estpas 
basse, nous le répétons» et il n'y a d'autres îles basses dans 
les Samoa que celles qui sont auprès de Tutu lia. 

La carte deTupaia, n"* 76, indique sous le nom d*Ooporroo« 
évidemment llie Upolu des Samoans, prononcé à la tahi- 
tienne. 

Te Errepoo-Opo-Matte-Hea, n* T7, pourrait être l'île au- 
jourd'hui appelée Âporima, dans l'archipel Samoa ; et, si 
Onowhea, n* 72, est bien l'île Orosenga, peut-être pour- 
rait-on reconnaître l'île Manono dans Tîle indiquée 
80U8 le nom de Moe-no-Tayo, que nous avons d'abord 
regardée avec Forster comme faisant partie du groupe 
Hervey. La position donnée à la première, par le travers du 
canal qui sépare Savaii d'Dpolu, viendrait aider elle-même 
à la supposition que nous faisons. 

De la sorte, on aurait presque toutes les Iles Samoa, puis- 
que l'île 0-Poppoa, n* 62, est, par sa position, à TEst de 
Rotuma, Tile Savaii des Polynésiens. 

Mais il est vrai, comme on l'a vu, que depuis qu'on con- 
naît la carte de Tupaia, c'est dans la grande terre indiquée 
par lui traditionnellement, et désignée sous le nom d'O- 
Heevai^ n* 78, par les Anglais (1), terre bien plus grande, 
disait-il, que Tahiti, que tous les ethnologues ont reconnu 
Savaii. Nous avons combattu cette opinion qui, suivant 
nous, est de moins en moins soutenable, à mesure qu^on ap- 
profondit davantage cette question : De deux choses Tune, 
en effet, redirons-nous, ou Tupaia connaissait Tîle Savaii et 
en a parlé de vièu ; ou il ne la connaissait pas et il n'a fait 
allusion qu'à quelque grande terre traditionnelle, quand il 
a dit que cette contrée appelée 0-Heavai « était la mère des 
autres îles. » 

En voyant que presque toutes les îles Samoa ont été dé- 
nommées par lui, il est à supposer qu*il était allé lui-même 
dans cet archipel et à Savaii même ; mais alors on ne com- 
prendrait pas qu'il eût fait cette île < cinq ou six fois » plus 
grande que Tahiti, puisqu'elle n'est qu'une fois plus grande. 
Dans le second cas, au contraire, on comprendrait parfaite- 

(1) Dans le texte on lit 0;-Heevai, et 0-Heavai sur la carte 



80 LES POLYNÉSIENS. 

ment Terreur commise par les Anglais, qui voyant Tu- 
paia placer une si grande île» dans cette direction, crurent 
qu'elle faisait partie, malgré son isolement, du groupe le 
plus voisin. Car, qu'on le remarque, les Anglais n'avaient 
aucun terme de comparaison, puisque cet archipel leur 
était inconnu. Quant à Tupaia, c'était tout ce qu'il avait 
pu faire, en en parlant par tradition, que de la placer dans 
la direction indiquée par les chants traditionnels et de* lui 
donner une étendue que ces récits faisaient considérable. 
Comparant l'étendue des deux contrées, Tupaia croyait sans 
doute indiquer la terre la plus grande qu'il pût supposer en 
donnant à cette terre c cinq fois > plus d'étendue qu'à Ta- 
hiti ; mais il ne le faisait toujours qu'à Taide de la tradition. 
Nous le répéterons encore, comparant Tahiti à Savaii, il 
n^eût pu dire que Pune était cinq fois plus grande que l'au- 
tre, puisqu'il les connaissait probablement toutes deux, et il 
n'eût pu surtout, la prenant pour Savaii, placer 0-Heevai 
dans le Sud-Ouest, puisque lui, si bon géographe polyné- 
sien, ne pouvait pas ignorer, même sans tradition, que 
Savaii gît dans TO.-N.-O. de Tahiti (1). 

Sous les numéros suivants, on voit encore figurer sur la 
carte polynésienne : 

Les îlots Tetu-Roa, n» 79, placés au Nord de Tîle l'ahiti, 
dont ils sont une dépendance. 

0-Wanna, n* 80, que la légende dit être une île basse à 
VBst de Tahiti. Cette île est probablement l'île Anaa, qui 
gît à peu près dans cette direction, et que les Anglais ont 
cru, à tort, être l'île 0-Beeva*Nui indiquée par Tupaia. On 
pourrait cependant y voir l'île Vanavana^ car l'île Anaa ou 
de la Chaîne est l'île Oana de la carte. 

Trois îles, numérotées 81, 82 et 83, Tata-Hapai, Tapy-Ary, 
et Haedede, sont sans désignation de position ; les noms 
de ces îles ont été trouvés, dit Forster, dans les papiers de 
Banks. On peut supposer que la première était quelque ile 
voisine des îles Hapaï, ou peut-être même l'île Ata pour Ta- 

(1) Voir ce que nous avons déjà dit à ce sujet, t. II, p. 341. Nous 
répéterons ici que M. J. Garni er ne croit pas que Havai soit Savaiii 
et que pour lui Savaii est l'île Hawaii* 



LES POLYMlfiSIENS. 31 

ta. Tapal-AnI pourait être une des îles h lagon, car tapa^ 
en Takitieui eit une manière de pêcher, et araï signifie 
huître pOTlière, Quant à Haedede^ il est impossible de soup- 
çonner la signification de ce mot ainsi écrit. 

Enfin Pappaa, n* 84, est d'après la légende une tle bas'- 
se à l'Est de Toopaï, n* 20 ; et elle ajoute : c Les habitants 
de Pappaa vont souvent pêcher et prendre de la tortue sur 
celte dernière tle ; mais les insulaires des îles de la Société 
qui 8*y rendent pour le même objet n'entendent pas la lan- 
gue dea insulaires qui Thabitent.» 

Comme il n'y a, à l'Est de Tupalt que les îlesPaumotu les 
plus Nordt telles que Makatea, la Maatea des Tahitiens si*- 
gnalée à Cook par Tupaia^ et les îles Niau, Faarava, Raraa, 
Faabina, etc., on aurait donc voulu parler des hommes de 
Tune de eee dernières îles, puisque la première est une île 
haute, celle, avons-nous déjà dit, que Roggeween a décou- 
verte et qu'il a appelée l'île de la Récréation* S'il fallait 
l'en rapporter à la légende qui, sur la carte, accompagne 
le mot PiB^paa» les habitants de cette île auraient parlé une 
langue qui diflférait de celle des lies de la Société ; mais, 
comme on voit, ils se seraient rendus assez loin de leur 
terre pour pêcher. Gomme pappaa signifie : c une série 
dUes » ou encore « étranger » dernière qualification que les 
Tahitiens donnaient aux habitants de toutes les îles Pau- 
fliotu, avant qu'ils n'eussent reçu la visite des Européens, et 
qu'il ne l'eussent appliquée à ceuxHsi, ne peut-on pas se 
demander nU sous ce nom, Tupaia n'a pas seulement voulu 
perler dee Paumotu en général ? 

Telle est donc la fameuse carte de Tupaia, qui est regardée, 
ivec tant de raison, par la plupart des ethnologues, comme 
attestant formellement, sinon la connaissance entière de la 
Polynésie, du moins les connaissances étendues en géo- 
graphie, non*seulement de Tupaia, mais des Polynésiens en 
général. Beaucoup Tout considérée comme le document le 
plut important. En effet, avec les traditions qu'elle consta- 
te, c'est certainement le témoignage le plus significatif des 
tapporte qui ont nécessairement existé entre les îles de la 
Société et les autres îleS| en même temps que la preuve de 



32 LES POLYNÉSIENS. 

la fréquence et de la facilité même de ces rapports, à une 
époque antérieure à Tarrivée des navigateurs européens. Par 
suite, on peut dire que non-seulement cette carte établit la 
possibilité des migrations, mais qu'elle fait plus, qu'elle les 
démontre, qu'elle en indique la nécessité . 

On Ta voir, du reste, qu'il existe bien d'auti^s témoigna- 
ges, en faveur des migrations, et de leur nécessité même. 

Mais, après ce que nous venons de dire de la carte de Tu- 
paia, nous croyons qu'il serait inutile de nous arrêter à la 
carte des îles Garolines que les premiers missionnaires es- 
pagnols ont fait connaître. Cette carte, tout en donnant les 
mêmes preuves des connaissances géographiques et nauti- 
ques des Garolins, est en effet, beaucoup moins importante, 
puisque les distances d'un point extrême à Pautre sont 
beaucoup moins grandes que celles qu'on trouve dans la 
carte de Tupaia. (1) 

Il n'y a que trois cents milles de Yap, moins encore de 
Lamursek, etc^ ^ Guam dans les Mariaunes ; or à côté des 
voyages faits par les Tahitiens jusqu'aux Sandwich, des 
Sandwich peut-être jusqu'à la Nouvelle-Zélande, ou seule- 
ment îusqu'à Tahiti, des Samoa à cette dernière île ou aux 
Manaia, ceux des Carolins, n'ont qu'une importance se- 
condaire. Néanmoins ils démontrent eux-mêmes qu'ils 
avaient lieu dans un espace assez étendu, mais qui n'était 
guère franchi qu'involontairement. 

Il est inutile également d'insister sur les témoignages 
favorables aux migrations que nous avons dit exister dans 
remploi que les Polynésiens des divers archipels font sou- 

(1) Une lettre du père Clain, en 1697, annonçait Texistenee de 
32 îles dans le Sud des Mariaunes, diaprés les renseignements de 
deux Praus, entraînés à Samal par un coup de vent d'Est, vent 
qui régne dans ces mers de décembre jusqu'en mai. Samal, dia- 
prés cette lettre est la dernière et la plus méridionale des îles 
Pintades orientales. Le nom de Pintades était donc donné par les 
Espagnols aux îles Bisayas, dans les Philippines. Des Mariaunes à 
Samal, on compte trois cents lieues. 

C*est le père Cantova qui s'est procuré cette carte à Guam en 
1721. 



LES POLYNÉSIENS. 33 

Tent des mêmes noms génériques, pour désigner les locali- 
tés. On a TU que ces noms sont beaucoup plus nombreux 
qu'on ne Tavait d'abord cru, et que plusieurs indiquent 
même la nature de la contrée qui a été le point de départ 
des émigrants. C'était une terre élevée, entrecoupée de 
Tallées, souvent étroites et profondes, etc. 

Nous arrivons donc aux causes des migrations, qui 
montrent elles-mêmes qu'elles ne pouvaient pas ne pas 
avoir lieu, et qu'elles étaient pour ainsi dire forcées. 

Ces causes, pour ne citer que les principales, étaient : Le 
besoin de fuir l'oppression ou la vengeance du vainqueur, 
TinsufBsance du sol ; les entraînements involontaires. Par 
conséquent, elles étaient plus que suffisantes pour expli- 
quer letf migrations. 

Cest ainsi, comme on a vu, que le besoin de fuir l'op- 
pression et d'écliapper même à l'extermination, a été la 
principale cause à la Nouvelle-Zélande, où les traditions 
OQt été si bien conservées. Cette cause avait même été en- 
trevue parles plus anciens navigateurs, car Quiros, en par- 
lant des Marquises, disait : « de sorte qu'il s'en détache de 
temps à autre des émigrants qui vont chercher d'autres îles, 
où ils puissent vivre avec plus de commodité, sans parler 
de ce que souvent ils se séparent à cause de leurs divisions 
intestines. (l)> Le voyageur Tumbull écrivait au commen- 
cement de ce siècle, en parlant des îles Sandwich : c II est 
probable que les lies de la mer du Sud ont été peuplées, à 
diverses reprises, par des émigrants chassés de leur pays. (2) » 
Mais, après tout ce que nous avons déjà dit à propos des 
émigrants de l'Hawahiki vers l'Ile-Nord de la Nouvelle- 
Zélande, il est inutile d'insister plus longtemps sur la part 
importante prise par cette cause dans le départ de la patrie 
première. Là, du reste, cette cause a, pour ainsi dire, été Tu- 
aique, puisque la découverte de l'Ile-Nord, n'a été faite,d'a- 

(1) De Brosse», vol. 1, p. 30S etsuiv. 

(*) TumbulPs^ Voyage round the World between the years^ 1801 
MilS04. 

m 3. 



.i_/i!-. : 



84 LBfl POLYNESIENS. 

près lea traditions, que par un chef, Kupe, fuyant la ven- 
geKùce de la famille qu'il avait offensée. 

On sait aujourd'hui qu'il en a été à peu près de même à 
Nuku-Hiva. Là, ce furent les craintes de l'oppression, de la 
mort et le désir de rencontrer des terres mieux partagées 
que cette île en productions et surtout en sécurité, qui porté- 
rent bon nombre d'habitants à émigrer, à une époque qui 
n'est pas très reculée. C'est à Porter que l'on doit la connais- 
sance des préparatifs faits, en 1811, parlechef des I3mi, pour 
fuir et aller s'établir ailleurs, si les résultats de la guerre 
dans laquelle il était engagé lui devenaient contraires. C'est 
le même capitaine qui disait avoir appris d'un Anglais fixé 
à Nuku-Hiva depuis plusieurs années, que dans l'intervalle 
de 1807 à 1813, plus de huit cents indigènes avaient aban- 
donné différentes îles du groupe des Marquises pour aller à 
la recherche d'une nouvelle patrie, et que pas un seul n'é« 
tait revenu. 

On était convaincu aux Marquises que de nombreuses 
terres existaient dans les environs ; ce qui prouve bien que 
plusieurs personnes de l'île y étaient allées, ou tout au moins, 
qu'elles en étaient venues volontairement ou non ; c'était 
cette connaissance traditionnelle, qui portait les Marqué- 
sans à entreprendre sans hésitation de pareils voyages. 

U est évident, pour que cette tradition fût si générale, que 
quelques-uns des voyageurs devaient en ôtre revenus, 
comme il en était revenu certainement des îles Mélanésien- 
nes, où leurs ancêtres allaient porter la guerre, ainsi qu'ils 
le dirent à Mendana. Mais il est pourtant vrai que, le plus 
souvent, d'après les traditions elles-mêmes, personne ne re- 
venait, soit que le canot périt en route, soit que l'équipage 
préférât rester dans sa nouvelle patrie. C est ce qui est ar- 
rivé au grand-père du chef Ke-Ato-Nui, l'ami de Porter. Il 
partit un jour pour aller à la recherche des îles tant vantées 
par les savants du pays, les prêtres, et on n'en avait plus 
entendu parler. C'est avec raison que l'on a dit que les prê- 
tres étaient presque toujours la cause de ces émigrations 
on de ces voyages^ L'on aurait pu ajouter que c'étaient eux 
qui les dirigeaient le plus souvent, pour plusieurs raisons 



LES POLYNÉSIENS. 35 

que nous avons déjà données précédemment. En Polynésie, 
les prêtres ayaient d*autant plus d'influence sur les popula- 
tions, qn\n outre de leur ministère qui leur en donnait une 
très gnnde^ ils étaient généralement les individus les plus 
édairés de la nation. Aussi, quand Ils avaient eux-mêmes 
besoin de fciir, comme nous Pavons déjà dit ailleurs, on les 
laivait volontiers, de même qu'on les écoutait, quand ils se 
bommieni à conseiller d'entreprendre quelque voyage aven- 
tureux. Si, dans ces derniers cas, ils embellissaient les con- 
trées qu'ils dépeignaient, quoiqu'ils n'en eussent souvent 
eux-mêmes qu'une connaissance vague, c'est qu'ils com- 
prenaient que c'était le meilleur moyen de communiquer le 
désir de tenter une pareille aventure et le courage néces- 
Mdre pour afEronter des dangers inconnus. 

Dans les îles de la Société, comme dans celles des Amis, 
et des Mangareva, l'insuffisance des vivres, à certaines épo- 
ques, paraît avoir été la cause de départs, dont le souvenir 
est encore conservé par les générations actuelles • G^est 
même à cette cause unie à l'intérêt de caste, qu'est due la 
Société des Arioi, qui érigeait l'infanticide en loi, à Tahiti, 
comme dans plusieurs autres îles du même archipel, ainsi 
qne dans des archipels différents : Mangareva, Marquises, 
Mariannes (1). Les disettes avaient été tellement fortes aux 
Mangareva et aux Marquises, qu'une vieille cheffesse nous 
t astoré avoir vu manger des enfants, sans parler proBable- 
nent des grandes personnes qui avaient eu le même sort. 
Btait-ce le besoin de fuir les vainqueurs ; était-ce seule- 
ment Tamour des voyages de découvertes, le désir des con- 
((nètes. ou bien encore de simples entraînements qui pous- 
saient les Tahitiens à s'éloigner autant qu'ils faisaient ? Il 
est difficile de le dire, d'après les souvenirs conservés. 
Qnelques-uns pourtant semblent permettre de supposer 
fne toutes ces causes y ont contribué. Toujours est-il que 
la plupart des traditions et la carte de Tupaia établissent, 
•iitti qu'on l'a vu, que les Tahitiens allaient jusqu^aux 
Mangareva dans le Sud- Est, jusqu'aux Marquises dans le 

(l)Ponr la secte des Arioî Yoir ce que nous avons dit précédem^ 
fol. I, p. 399. 



36 LES POLYNÉSIENS. 

Nord -Est, jusqu*aux Samoa dans FOuest, jusqu'à Rarotonga 
daos le Sud-Ouest, et peut-âtre aussi jusqu'aux Sandwich 
dans le Nord, comme nous Tavons supposé. Car il est dé- 
montré par les mêmes traditions que Tahiti, Porapora, et 
quelques autres tles derhémisphère Sud, étaient connues des 
lies Sandwich, longtemps avant leur découverte par les 
Européens, ce que prouvent, entre autres, le chant Hawaiien 
de Eama-Hualele et la légende du fameux navigateur 
Kaulu-a-Kalana cités et traduits par Fomander (1). 

On a vu également que les Tongans et les Hawaiiens se 
portaient eux-mêmes aux distances les plus grandes, pour 
Tune de ces causes, ou pour une autre ; pour eux aussi, la 
principale cause de leurs anciens voyages avait été le besoin 
de fuir une patrie ingrate ou dangereuse. Nous en avons 
donné des exemples en citant les traditions desTunga, rap- 
portées par Mariner, et plus particulièrement la tradition 
des Iles Sandwich qui raconte Témigration du chef Lono(2). 
Mais le désir des conquêtes, le besoin de chercher de 
nouvelles émotions, le goût des découvertes, enfin les en- 
traînements n*ont certainement pas été plus étrangers aux 
entreprises des Hawaiiens et des Tongans qu'ils ne l'ont 
été à celles des Samoans, des Marquésans, etc. 

Dans quelques îles, les disettes ont été la cause des émigra- 
tions. Nous avons cité particulièrement les Mangareva et 
les Marquises ; mais ces disettes ont-elles produit le même 
effet dans les grandes îles ? Il est permis d'en douter, quoi- 
qu'il soit bien probable qu'elles s'y sont montrées à diffé- 
rentes reprises. Quelques souvenirs paraissent cependant 
en être conservés dans les îles Sandwich et de la Société ; 
mais à la Nouvelle-Zélande ils semblent avoir complète- 
ment disparu. Dans ces archipels, les disettes n'ont jamais 
dû être qu'une cause secondaire. 

Le trop plein de plusieurs îles a bien probablement con- 
tribué davantage aux émigrations. Ce trop plein est démon- 
tré par l'existence de certaines lois, dont l'unique but était 

(l)Anaccount of the Polynesian race^ ?ol. II, p. 10 et 13. 
(9) ^oj, Manley Hopkins, Hawaii^ p. 85. 



U» POLYNÉSIENS. 37 

• 

d'arrêter le développement de la population, d*empêcher 
son accroissement. Dans ces îles, le dernier mot de la scien* 
ce sociale était de tuer les enfants pour prévenir Fencombre- 
ment. C*était certainement un moyen d'établir Téquilibre, 
mais en même temps aussi, Tidée de fuir, de s'éloigner, de- 
vait venir à une partie de ceux qui se trouvaient ainsi amon* 
celés. Les exemples abondent dans les récits des mission- 
naires et des navigateurs, pour les petites îles surtout ; 
noos en rapporterons nous-mdme quelques-uns. 

Les entraînements prouvent, eux aussi, que les migrations 
ont dû être le moyen employé pourpeupler la Polynésie, puis- 
qu'ils démontrent qu'elles étaient possibles. Les exemples de 
cesentralnements involontaires, de ces disséminations jusqu'à 
des distances parfois fort grandes, abondent, efc quelques 
écrivains ont môme cru pouvoir attribuer à cette seule cau- 
se le peuplement de la plupart des i]es. 

Beechey, le premier, a dit : (1) « Ce n'est pas une raison 
pvce que le fait que nous citons ( celui des habitants d'A- 
naa trouvés sur l'île Byam-Martin ) est venu seul à notre 
connaissance, pour que d'autres canots n aient pas partagé 
nn pareil destin : car des milliers peut-être ont pu être en- 
traînés aux lies les plus éloignées de l'archipel, et les avoir 
ainsi peuplées.» 

M. Oaussin semble partager cette opinion, car après aroir 
dit que les voyages lointains sont très-difficiles avec les 
moyens actuels des Polynésiens, il ajoute : (2) « Mais il suf- 
fit que, sur cent expéditions, une seule ait réussi.» 

Cétait aussi l'opinion de M. Pritchard, le fils de l'ancien 
missionnaire de Tahiti, qui dit textuellement: (3)€ En outre 
des sujets légendaires, il n'est pas douteux que les ancien- 
nes migrations des ancêtres des insulaires actuels ont été 
involontaires plutôt que le résultat de courses raisonnées, 
on d\in trop plein de population, et qu'en fait, ils ont été 
entraînés de leur ancienne demeure dans leurs frêles ca- 
nots.» 

(1) Sarrative of a voyage^ etc», p. 252. 
{ti Dm dialecte de Tahiti, etc., p. 272. 
(S) Poijmésian reminiseenses^ p» 402. 



3g LES POLYNÉSIENS. 

Comme Ellis et tant d'autres, Pritchard ne croyait d'ail- 
leurs qu'aux entraînements de TEst vers TOuest, car il dit 
encore : c La conséquence de ce fait, c'est que, quelle qu*ait 
pu être leur demeure première, les races ont passé involon- 
tairement d*un groupe à un autre groupe, d*une île à une 
autre île, à des époques différentes, se mêlant quelquefois 
avec chaque autre peuple sur Tîle de leur débarquement ; 
d'autres fois, conservant le caractère spécial de leur patrie 
en abordant sur des îles inhabitées. Il y a des preuves in- 
contestables de ces émigrations involontaires, qui établis- 
sent que des voyageurs sauvés de la mort par leur arrivée 
à temps dans quelque terre éloignée, se sont amalgamés 
avec le peuple premier occupant, ou se sont fixés sur des 
lies inoccupées. Il est cependant à remarquer que, dans tous 
ces exemples d'entraînements de canots, Tentraînement a 
eu lieu de PEst à l'Ouest, c'est-à-dire dans la direction des 
vents alises prédominants, et non de TOuest vers l'Est avec 
les vents d'Ouest qui, bien que se montrant moins fréquem- 
ment, soufflent ordinairement avec plus de violence que les 
vents alises. Les naturels ne s*aventurent pas ordinairement 
pour leur pèche ou leurs voyages, dans leurs canots, pendant 
le vent d'Ouest, excepté toujours pour le voyage des Fiji, 
aux Tonga, et alors que le temps a été observé avec soin 
pendant quelques semaines avant le départ . » 

Enfin M. de Quatrefages lui-même attribue aux entraîne- 
ments une grande part dans le peuplement des îles de To- 
céan Pacifique. (1) « Les hasards de la mer ont dû jouer 
aussi leur rôle dans le peuplement de l'Océanie et dissémi- 
ner des colons dans cette mer toute parsemée d'îles. Ici, pour 
citer des exemples, on n'a que l'embarras du choix. Pres- 
que tous les grands navigateurs européens ont rencontré 
dans les îles qu'ils visitaient des étrangers arrivés là par 
accident, et parfois de fort loin. » Quelques pages plus 
haut il avait dit : c Au peuplement par migration a dû né- 
cessairement s'ajouter un peuplement par dissémination ao- 
cidentelle et involontaire ; et celui-ci n'a peut-être pas joué 
un rôle moins important que le premier. » 

(1) Lei Poljmésiens et leurs migrationSt p. 105. 



LB8 POLTNisIENS. 99 

n n'est pu douteux que des entraînements involontai» 
res, les hasards de la mer, aient joué un certain rôle dans la 
dissémination des Polynésiens et le peuplement de quel* 
qaes Iles, particulièrement de celles qui sont comme per- 
dues dans le Sud des principaux archipels de la Polynésie» 
ou près des terres Ooéaniennes les plus Occidentales. Mais» 
ce que Ton n'a pas remarqué, c'est que presque tous les faits 
connus montrent le peu d'utilité des entraînements sous 
oe rapport* puisque» excepté quelques petites îles, toutes les 
grandes et la plupart des petites étaient déjà occupées à 
TarriTée des canots entraînés. Pour le prouver, il nous suf- 
fira de citer ici parmi les dernières : Uatiu, Futuna, Tanna, 
Uvea» etc. Parmi les autres oq ne peut guère indiquer 
que Tupuaî, Waitupu, Rotuura, les îles Kingsmill dont parle 
Haie d'après les récits de baleiniers déserteurs. 

Toutefois, comme ces faits d^entraîuement sont nombreux, 
et même beaucoup plus peut-être qu'on ne l'a cru, on com- 
prend mieux que les îles les plus éloignées et les plus iso- 
lées aient pu être peuplées de cette manière, telle que Pâ- 
ques par exemple ainsi que nous Tavons supposé ailleurst 
On comprend mieux également les caractères anthropolo- 
giques, différant de ceux de la masse de la population, que 
présentent plusieurs individus, dans bon nombre d'îles. 

Mais c'est à ton que quelques écrivains parmi lesquels il 
faut citer Beechey et Pritchard, n'ont attribué le peuple- 
ment de l'Océanie qu'à ces migrations ou voyages involon- 
taires. Las migrations d'Hawahiki à l'Ile-Nord de la Nou- 
velle-Zélande ne permettent plus, elles surtout, de douter 
que les principales ont eu lieu intentionnellement, presque 
uniquement dans le but de fuir l'extermination. Dans la Po» 
lynésie, des traditions établissent elles-mêmes trop nette- 
ment qu^elles se sont faites d'une île à une autre, des Tungai 
par exemple, aux Samoa, de Raiatea, à Tahiti, etc., dans le 
but de 8*y établir, pour qu'il soit possible d'admettre que 
lea entraînements ont seuls contribué au peuplement des 
Ues Polynésiennes. On va voir, du reste, par les exemples 
que nous allons rapporter, quelle part minime les entrât* 
nements y ont prise. Si nous ne craignons pas de citer la 



r.--. 



40 I^ES POLYNÉSIENS. 

plupart, malgré leur étendue, c'est que rien ne démontre 
mieux l'inexactitude des auteurs qui ont avancé ou qui sou- 
tiennent, dans le seul but d*appuyer leur hypothèse, que les 
entraînements ne se sont jamais opérés, et ne se font enco- 
re, que de TEst vers TOuest. EUis, entre autres, comme on 
Ta déjà vu, dit formellement que les voyages sOn sont faits 
c invariablement de l'Est à TOuest. (1) > Mais il a passé 
sous silence les deux faits contraires, antérieurs à son temps, 
qu'il ne pouvait pas ignorer. De même encore Mo6renhoût 
8*appuie également sur la prédominence des vents d*Est et 
des courants, pour nier la venue des canots de TOuest, quoi- 
qu'il montre en même temps lui-même que le départ des 
tles sous le vent pour aller aux îles du vent avait toujours 
lieu avec des vents d'Ouest. 

Les exemples ;d*entrainements connus prouvent en effet 
qu'ils se sont opérés dans les directions les plus diverses, 
mais surtout dans les deux directions opposées, Est à Ouest 
et Ouest à Est. Pour qu'on n'en doute pas, nous examine- 
rons chaque fait en détail, en commençant par ceux causés 
par les vents d'Est. 



EXEMPLES D^ENTRAINEMENTS. — Ou Sait qUO tOUteS ICS îlCS 

Garolines, au nombre de plus de 400, formant au moins 
quarante-six groupes, sont situées au Sud des Iles Mariau- 
nes, et que les unes et les autres sont sous Finfluence des 
moussons de l'Est et de l'Ouest. Là, l'Est et le Nord-Est 
plus particulièrenîent sont les vents de beau temps ; et 
ce sont les vents de Sud-Ouest et de Nord-Ouest qui sont les 
plus orageux. Les premiers régnent surtout depuis mars 
jusqu'en juin, et les seconds,, dans les mois suivants jus- 
qu'en novembre. Là aussi, comme dans l'autre hémisphère, 
on profite des uns pour aller et des autres pour revenir. La 
distance entre les Mariannes et les Garolines, dont les habi- 
tants font ordinairement ces voyages, est d'ailleurs modérée, 
comparativement à celle que les Polynésiens avaient à 
parcourir quelquefois, puisqu'on ne compte que trois cents 

(1) Poljrnesian researches, t II, eh. II, p. 52. 



LES POLYNÉSIENS. 41 

milles par exemple entre Guam et Yap, (1) tandis qu*il y a 
six à sept cents milles entre les îles Samoa et les îles Hervey, 
et davantage entre la Nouvelle-Zélande et les Tunga, etc. . 

Le plus ancien exemple cité par les auteurs a été observé 
de ce côté. On le doit aux premiers missionnaires Espa- 
gnols. Ils rapportent qu'en 1606/ deux pirogues, sorties de 
Lamoursek dans les Carolines, île située tout-à-fait au Sud 
des Mariannes et à FEét d*Ulea, furent portées par un coup 
de vent, avec les 29 personnes hommes et femmes qu'elles 
portaient encore, sur l'île Samar, Tune des Philippines. La 
lutte à la mer avait duré 70 jours, et sur les trente-cinq per- 
sonnes qui composaient l'équipage au moment du départ six 
avaient succombé aux fatigues et aux privations essuyées (2). 

Samar étant dans l'Ouest de Lamoursek, il est presque cer- 
tain que les vents survenus et ayant entraîné ces deux 
pirogues, étaient ceux de l'Est (S. E. au N. E.). La distance 
franchie était d'ailleurs assez grande, puisqu'il y a près de 
trois cent lieues entre Samar et Lamoursek qui gît directe- 
ment au Sud de Guam. 

Le père J. Â. Cantova, dans les Lettres édifiantes, annon- ' 
ce l'arrivée à Guam, en juin 1721, d'une pirogue montée par 
24 personnes hommes, femmes et enfants, laquelle fut suivie 
quelques jours après d'une seconde. L*une et l'autre venaient 
de Farollep, prèsd'Ulea. C'était en sortant de Faroïlep, pour 
se rendre à Ulea, qu'elles avaient été entraînées par un coup 
de vent et ce furent les hommes de ces pirogues qui donnèrent 
à Cantova la carte de leurs îles. 

Faroïlep est la principale des îles dites Garbanzos par 
les Espagnols, et comme elle gît dans le Sud des Mariannes, 
il est bien probable que les pirogues avaient été entraînées 
par les vents de Sud-Est. 

On lit dans le voyage Freycinet (3) qu'un autre canot des 

(1) En partant chaque année vers le mois d^avril, les Carolins 
oectdentaax, pour atteindre Guam ou regagaer leur archipel, 
troaTent un ?ent traversier, égalemeat fa^orcibie à Taller et au 
letonr. 

V«) Lettre du P.Clain, 16d7.V. Lettres édifiantes, voll, p. 112. 
(3) Voyage de VUranie^ livre III, p. 87 et suivantes. 



42 LBS POLYNESIENS. 

Garolines, parti de Tile Fels, située dans TEst des îles Egoï 
ou de Los Keyes, fut porté par la violence des vents jusqu'à 
Palapag, port de rîle Samar. Or, CQmme Peïs se trouve dans 
rEstd*Uleaou Giuliay, qui est elle-même dans l'Est des 
Philippines, c^est donc avec un vent de TEst^ du Sud-Est 
ou du Nord-Est que le canot fut entraîné. 

Après ces exemples, le plus ancien est celui qu*a observé 
Cook lui-même en 1777, et qui 8*est présenté à lui à Tîle 
Uatiu des Polynésiens, la Wateeo de Cook, quatre jours 
après sa sortie du canal de la Reine Charlotte dans la Nou- 
velle-Zélande (I). 

Cette île Uatiu, est Tune des tles Manaia ou Hervey ; elle 
gît au S. S. 0. ou 0. S. 0. de Tahiti, à la distance d'environ 
six cents milles. 

Maï, le passager Tahitien que Cook ramenait dans son 
île, y reconnut trois de ses compatriotes. Us lui racontèrent 
aussitôt qulls étaient les restes de vingt. En partant de 
Raiatea pour Tahiti avec des vents d*Ouest (2), ils avaient 
été surpris par un coup de vent, qui les avait fait errer long- 
temps avant de rencontrer Atiu. Dix-sept avait succombé 
avant que les trois autres n*atteignissent cette île« Ces der- 
niers y avaient été parfaitement accueillis, et ils s*y trou* 
valent si bien depuis une douzaine d'années, qu*ils ne voulu* 
rent pas accepter l'offre de rapatriement que Cook leur fit 
faire parMaï. 

Raiatea se trouvant dans le Nord-Est d'Atiu à environ 
1200 kilomètres, cet entraînement avait presque sûrement 
été occasionné par des vents d'Est ou de Nord-Est. 

L'exemple le plus connu peut-être est celui qui est dû à 
Don Luis de Torrès ; il est rapporté dans le voyage de L'(7<- 
ranie. Don Luis de Torrès apprit à M.deFreycinet,qu*en mai 
1787, étaient arrivés à Quam trois Tamors ou chefs de l'Ile 

(1) Voir Voyage de Cook et partioulièremeat La ne de Cook par 
Eeppit traduction de Cattera, p. 374 ; Desborough Goolej, HUtoi* 
re générale des voyages^ vol. III, p. 45. 

02) Il faut remarquer que c'est avec des vents d'Ouest que la pi- 
rogue était partie de Raiatea pour Tahiti, cette deroière lie étant 
plus orientide. 



LB$ POLYNÉSIENS. 43 

Lamoursekf dans deux pirogrues montées par treize hommes. 
Us disaient avoir été dix jours à la mer ; ils racontèrent que 
leurs ancêtres avaient eu, de tout temps, des rapports avec 
Guam, mais qu'ils avaient cessé leurs voyages àParrivée des 
blancs. Don Luis de Torrès ayant demandé à ces Oarolins 
comment ils avaient fait pour retrouver Guam, ils répondi- 
rent que leurs chants nationaux contenaient à cet égard les 
indications nécessaires. Touchés de Taccueil qui leur avait 
été fkit» tous partirent au commencement de 1788, pour re- 
tourner chex eux, en promettant de revenir les années sui- 
vantes ; mais pas un ne se montra pendant longtemps. 

Etonné de Tabsenceprolongée des Garolins de LamourseJc 
et d*01ea, qui lui avaient personnellement promis de faire 
d'antres voyages. Don Luis de Torrès (1) n*hésita pas, en 1804, 
à profiter du départ d*uu navire américain, la Maria de 
Boston, qui allait à la poche des holothuries, pour se rendre 
auprès de ses amis de Lamoursek. Ce fut alors seulement 
qu*il put constater la perte des pirogues qui avaient quitté 
Guam en 1788, et dont jusque-là on avait tout-à-fait ignoré 
le sort. Pas une n*était arrivée à Lamoursek, et il était à 
sapposer qu'elles avaient été englouties par une tempête. 
Les naturels lui dirent qulls croyaient que leurs compatrio< 
tes avaient été massacrés et que c*est ce qui lés avait empê< 
chés de retourner aux Mariannes. Don Luis les rassura ; il 
leur prouva l'innocence des Espagnols en les engageant à 
revenir à Guam ce qu'ils promirent de nouveau. Depuis cette 
époque les anciens voyages ont recommencé « et tous les 
ans une flottille accomplit le trajet (2) ; parfois même des ca- 
nolB isolés ne craignent pas de s'aventurer sans autre motif 
qoe l'espoir de se procurer par échange quelques objets in- 
signifiants. 

(l) Dea Luis de Torrès est oe chef dont M. de Freycinet et tous 
Isa eoaauodsats de navires d'exploration qui Tout suivi à t^uam, 
parleat en termes si flatteurs : homme bienveillant, généreux, hos- 
pilaUer, il n'v avait qu'uae opinion sur son compte, lors de notre 
passage à tioam en 1888 ; mais il était mort depuis quelque temps. 

(S) Sa 1814, par exemple, arriva à Quam, une flottille de Lamour- 
•À eo tt posée de 18 pirogues. 



44 LES POLYNéfllBNS. 

Mais revenons aux purs entraînements. 

En 1807, une pirogue de Tîle Rook, montée par quinze 
hommes, fut jetée sur Tîle Guam. Or Rook, Tune des îles du 
groupe Hogolous, gît dans le Sud-Est ou TEst-Sud-Est de 
Guam. G*est donc toujours avec des vents de la partie de TEst. 

En 1817, on vit encore arriver dans cette même île des 
Mariannes une pirogue qui venait d*Ulimarao, île voisine 
de Lamoursek. M. de Freycinet qui ^e trouvait alors à Guam 
en eut connaissance. Il en parle même assez longuement 
dans le récit de son voyage. Une année auparavant la popu- 
lation de toutes les îles soumises à Lamoursek était si con- 
sidérable» que 120 piroguespartirentà la fois pour aller cher- 
cher des subsistances dans les îles voisines ;mais leur navi- 
gation fut si malheureuse que 110 d*entre elles, portant en- 
viron 000 personnes ou près du sixième de la population 
totale, périrent victimes d'une tempête. Gela seul montre 
combien étaient fréquentes les relations établies entre les îles 
de Tarchipel des Garolines . 

Enfin, en 1818, malgré la perte considérable éprouvée deux 
ans auparavant par les habitants de Lamoursek, on vit arri- 
ver un des principaux chefs de cette île, accompagné de six 
autres Tainors, d'une femme, de cinq enfants et de 08 per- 
sonnes du peuple. Ce chef revenait en ambassade auprès du 
gouverneur Don Médinilla, pour s'assurer que les offres fai- 
tes de les recevoir aux Mariannes étaient sincères. Il fut bien 
reçu, et il alla s'établir, peu à près, à Saypan, île qui était 
alors inhabitée . 

On connaît une foule d'autres entraînements de l'Est ou 
du Sud-£stvers l'Ouest ou le Nord*Ouest. 

A.insi, en 1824, pendant que Dillon était en relftche à 
Raiatea, J. Williams lui apprit qu'ayant envoyé six mois 
auparavant son navire à Tahiti, le voyage s'était fait sans 
difficulté jusque là; mais qu'une fois parti de Tahiti on 
n'en avait plus entendu parler. Naturellement J. Wil- 
liams croyait à sa perte. Peu après le capitaine Dillon 
s'étant rendu à Atiu, île qui est à 500 ou 700 milles (1) sous 

(1) Dillon dit 500 milles ; Willi&ms 700, et EUis (?ol. l, p. 120} 
800. 



LES POLYNÉSIENS. 45 

le vent de Tahiti dans TOuest Sud-Ouest, la première chose 
qa*il y rencontra fut le navire de J. Williams avec tout son 
équipage. On lui raconta alors qu'il avait été tenu en dérive 
pendant trois mois, (1) au hout desquels il avait fini par ren- 
contrer Atiu. D*après les positions relatives de ces îles, c'est 
évidemment avec des vents d'Est ou de Nord-E^t que le na- 
vire 7 avait été porté comme dans le cas dont parle (]ook. 

Quand le missionnaire Dévies se décida, en 1826, à rame- 
ner à Râpa les deux indigènes de cette île que le capitaine 
Henry (2) avait enlevés l'année précédente, il trouva sur 
cette île un homme né à Mangareva et le seul survivant de 
sept qai, douze ans auparavant, y avaient abordé sur un ra- 
deau^ épuisés de fatigue et mourant de faim. 

Râpa se trouvant dans le Sud-Ouest de Mangareva, île 
qui est située à 90 milles dans le Nord-Est, le radeau y 
avait été entraîné sans nul doute par des vents de Nord-Est 
ou d^Est. 

Quatre de ces naufragés, malgré la bonne réception qui 
leur avait été faite, cherchèrent à retourner dans leur île. 
Munis de provisions que leurs hôtes leur fournirent après les 
avoir vainement engagés à rester, ils partirent par un fortf 
vent d'Ouest, en suivant la direction E. S. E. dans laquelle ils 
croyaient leur Ile située. Mais depuis on n'en entendit plus 
parler. 

Le capitaine Dillon se trouvant à Tongatabou en 1827, 
peu après le départ de V Astrolabe, le chef Langi lui apprit 
que des insulaires de l'île Aïtutaki, s'étaient trouvés en- 
traînés jusque-là par les vents et les courants. Partis au 
nombre d'une dizaine pour aller porter une lettre à Raro- 

(1) Nous croyons devoir fkire remarquer que le temps passé à la 
mer semble exagéré dans la plupart des récits faits par les Indi- 
gènes, et répétés par les Européens. 

(2) Fils du missionnaire Heary . Né dans les îles de la Société, 
il parle eouramment le Tahitien. C*est un excellent navigateur, 
longtemps le premier pilote du gouvernement français à Tahiti . 
Quant à Tenlèvement des deux naturels, il avait pour but de les 
insimire etd'en faire des 7Vac/rer5. On sait que c'est le moyen 
par lequel conmiencent les missionnaires avant de s*aventurer 
eux-mêmes dans les lies. 



46 * LES POLYNÉSIENS. 

tonga, une tempête était survenue et les avait entraînés 
sous le vent de l'Ile od ils voulaient aller. Après avoir erré 
au hasard, pendant cinq mois, à la merci des vents et des 
courants et après avoir perdu cinq hommes en route, les au- 
tres, exténués de fatigue et de privations avaient fini par âtre 
jetés sur Tune des îles des Amis. Ils ne s'étaient soutenus 
que grâce aux oiseaux qu'ils saisissaient parfois et aux pluies 
qui, en tombant de temps en temps, leur avaient fourni tout 
Juste assez d*eau pour les empêcher dé périr de soif. 

Pour être entraîné sous le vent de Rarotonga en par- 
tant d'AItutaki, il est à supposer que la tempête venait du 
Sud-Est ou de TEst, puisque c'est à Tune des îles des Amis 
dans rOuest, qu'ils furent portés et que Rarotonga est dans 
le Sud d'Aïtutaki. 

Pendant que le même navigateur était à Vanikoro, un na- 
turel de Vîle Mame (1), nommé Tangaroa, lui dit que vers le 
temps du naufrage de Lapérouse, une grande pirogue de 
Tongatabou avait été entraînée jusqu'à Vanikoro par un 
coup de vent. Cette pirogue était montée par cinquante 
hommes et à l'exception de quinze qui réussirent à s'enfuir 
* avec lui, tous les autres furent tiiés par les indigènes. 

Vanikoro se trouvant dans le Nord-Ouest'de Tongatabou, 
il est plus que probable que les vents soufflaient du Sud- 
Est. 

Dans le même temps, cinq hommes de l'île Rotuma se trou- 
vaient à Vanikoro, où ils avaient été portés par une tem- 
pête. Or, l'île Rotuma gît dans l'Est de Vanikoro et n'en est 
d'ailleurs pas très éloignée. 

A cette occasion, nous devons dire que nous avons vu 
nous-mème, parmi les habitants de Tukopia, emmenés par 
d'Urvilleà Vanikoro, un homme flgéd*une quarantaine d'an-» 
nées, qui était né à Vavau, l'une des île Afulu-Hu, et qui 
était arrivé fort jeune à Tukopia. Il était parti avec plusieurs 
autres indigènes des îles Tunga; la pirogue qu'ils montaient 
après avoir été battue par des vents violents, avait fini par 

(1) Ile peu éloignée de Taumaco, dont le nom a été donné à 
Quiros par les habitants de cette dernière île. 



LES POLYNÉSIENS. 47 

rencontrer cette petite tie et s*y était arrêtée. D'Urville parle 
longuement de ce fait dans le texte de son voyage (1) ; seu- 
lement il fait naître cet insulaire à U vea (rtle Wallis)' si- 

(1) Voyage de t Astrolabe, t.V, p. 125. FUrville n'est pas véri- 
diqae dans Texplicaiion qu'il donne de renlèvement des malheu* 
leox sauvages de Tokopia ; c'est ce que nous établissons dans 
notre journal de Voyage. 

Llla de Tukopia on de Tikopia, car nous avons entendu les 
deux prononciations presque aussi fréquemmeut Tune que l'autre, 
gtt par li^ir de Lat. Sui et 108*58* de long. Est (Dilion). 

Nous croyons devoir en décrire ici les habitants tels que nous 
les avon<« tus, lorsque nous sommes allé, en 1827, visiter cette 
Ue avec Gaimard et nos amis Guilbert et de Sainson : 
^ Hommes grands, forts, bien faits, sveltes, agiles; membres 
bien proportionnée ; traits agréables ; couleur peu foncéo ; oreilles 
grandes ; nex à larg» base. En généraf, peu de barbe ; cheveux 
noirs, longs, excepté ches les vieillards. Yeux grands. Tatouage par 
piqûres sur le dos, la poitrine, les cuisses et même sur le visage, 
sons forme de poissons ou d*oiseaux. Maro ou ceinture pour tout 
vêtsmeat ; feuilles de Ti en lanières, comme ornement et pour 
préserver des mouches. 

Femmes plus blanches que la plupart des Polynésiennes, sveltes, 
bien faites, cheveux longs, noirs ; physionomie heureuse ; taille 
plus haute et plus élancée que celle des femmes des Tunga. Seins 
océaniens, e'es^è-dire bien développés sans que les contours en 
soient altérés. 

Les hommes sont doux, hospitaliers, généreux ; il ne sont pas 
voleurs et vivent en paix entre eux. Les femmes, dit*on, sont or- 
dinairement fidèles, mais entièrement libres tant qu'elles sont 
nies. 

En résnmé, le peuple de Tukopia est gai, insouciant, bon, con- 
iaat, doux, prévenant ; il donne carrière à sa joie à la manière des 
enfants, par des ris, des cris, des gambades, etc. 

C*Mt dans cette lie que nuus avons trouvé la coutume, ches les 
ftounes. de se pendre à la mort d'un chef ou d'un mari, coutume 
qoi a longtemps existé à la Nouvelle-Zélaude, qui y existe peut* 
être encore dans les tribus indépendante», et que nous, avons éga* 
kflunt constatée aux lies Marquises. (Voir nos observations sur 
ess lies.) Il paraît qu'il suffit souvent d'une réprimande sévère 
adressée à une femme pour qu'elle se porte à cette extrémité. C'est 
donc à tort que quelques écrivains, notamment M. J. Garnier, ont 
dit qoe les Polynésiens n'avaient pas cette coutume. (Voir parti-^ 
cnlkremsnt notre notice sur Tukopia.) 



48 LES POLYNÉSIENS. 

tuée à deux journées de navigation de Tongatabou» dans le 
Nord. 

Tukopia se trouvant dans le Nord-Ouest de Tangatabou, 
c^est bien probablement à la suite d'un coup de vent d*Est 
ou de Sud-Est que cet homme y a été entraîné. 

Nous avons vu aussi sur cette dernière île plusieurs in- 
digènes de Rotuma, qui gît dans TEst de Tukopia : ils y 
avaient été entraînés de la même maniir^re, par les mêmes 
vents ou peut-être par ceux du Nord-Est. On a aussi trouvé à 
Nitendi, la Santa-Gruz de Mendana et de Quiros, un Tuko- 
pien qui y avait été jeté par un naufrage. Or Tukopia git 
dans le Sud-Est de Tîle Nitendi : c'est donc bien toujours 
avec des vents de la partie de TEst (S.E.) 

On connaît les exemples rapportés par EUis : Quelques 
semaines avant son arrivée à Tubuai, en 1817, une pirogue 
de Tahiti en destination des îles Paumotu, avait dit-il (1\ été 
jetée sur cette île qui est au Sud de Tahiti ; c^était probable- 
ment par un coup de vent de Nord-Est. Ailleurs (2) il dit 
que des naturels de Rurutu accompagnés d*un Américain, 
ayant entrepris de se rendre à Rimatara, île située à 70 mil- 
les dans rOuest, partirent avec les vents alises et atteigni- 
rent facilement cette dernière île, mais qu'a leur retour les 
mêmes brises les poussèrent hors de leur route : quand un 
navire les rencontra, ils étaient éloignés de 200 milles. 

Sur cette même île Tubuaï visitée par Ellis, aborda un jour, 
jetée sur les côtes par un coup de vent, une pirogue qui se 
rendait de Raiatea à Tahiti ; elle portait un chef, Taïeul 
dltia, la mère de Pomare 11. Les premiers habitants de cette 
île arrivés quelque temps auparavant, et par une autre route, 
s'empressèrent de prendre ce chef pour souverain. Comme 
Tubuaï gît dans le Sud de Tahiti, à environ 350 milles dans 
le Sud de Raiatea, le coup de vent venait presque sûre- 
ment du Nord-Est. 

J. Williams apprend qu*il trouva, en 1832, à Manua, Tune 
des Samoa, un habitant de Tile Raïvavaï (3), ile placée dans 

(l) Researches^Yol. I, p. 55. 

(2)Ibid.yQL 11, p. 392. 

(3) Egalement appelée Yavitu, Laïvave, LaTvavai. 



LES POLYNÉSIENS. 49 

le Sad-Est de Manua, et éloignée d'elle de 2000 milles, dit- 
il. C'était en revenant de Tubuaï, que cet homme et vingt 
autres avaient été entraînés jusque-là par un fort coup de 
vent. Vingt personnes étaient mortes avant l'arrivée à Ma- 
nua, après être restées trois mois à la mer (1). 

Manua appartenant aux Samoa et Raïvavaï faisant partie 
des Iles Australes, l'entraînement avait nécessairement été 
occasionné par un coup de vent de Sud-Est. 

Le même écrivain cite le fait suivant : Un canot de Ruru- 
tu se rendait à Raiatea, île plus au Nord que la première. 
Un coup de vent survenant, le canot est entraîné eu dérive 
pendant cinq bu six. semaines, et finit pas rencontrer une 
grande île basse peuplée et appelée Manaïki. De là, entraî- 
né par un autre coup de vent, il rencontra une île du même 
groupe, nommée Rakaana, située à 25 milles de la première 
et peuplée, par des indigènes ressemblant aux habitants des 
Paumotu. J. Williams dit que ce groupe se compose de 
cinq îles, dont quatre sont appelées Manaïki, Rakaana, 
Mautoreaet Pakara. Il les suppose à deux journées de che* 
min dans le Nord-Est d'Aîtutaki (2) ; il croit que ce sont les 
iles Scilly des cartes (3). Enfin après deux mois, le canot ar- 
riva à nie Keppel, la Niu-A des indigènes, située à iô'^ôO, 
lat. Sud, et a 176M0, long. Ouest. Cette île ajoute M. Wil- 
liams, est à 1900 milles de Rurutu. 

Il faudrait d abord savoii: exactement à quel groupe ap- 
{Mirtient Manaïki, pour pouvoir dire avec quels vents le ca- 
not venant de Uurutu a été entraîné jusque-là. Il est évi- 
dent que si Manaïki fait partie des îles Scilly, c'est à la suite 
d'an coup de vent de Sud ou de Sud-Est, ces dernières îles 
se trouvant presque dans le Nord de Rurutu. Mais Wil- 
liams lui-même dit ailleurs que les îles Manaïki et autres 
seraient les îles liumpbrey des cartes (41. Or, ces îles gisant 
ixns le Nord- Nord-Ouest de Rurutu, l'entraînement dans 

(l, A Narrative, p. 411. 

{2'iOuvr. cite, p. 4G3. 

(3) C'est en effet le giscinont dvs îles Scillv. 

1^) Iles découvertes en 1B22 par lo capitaino ilo eu coin. 

4. 



50 LES POLYNÉSIENS. 

ce cas, aurait plus probablement eu lieu à la suite de vents 
de Sud-Est. 

Enfin le mâme observateur cite encore le fait de quelques 
naturels d*ÀItutaki entraînés dans leur pirogue jusqu*à Tîle 
Proby (l),qui est la Niu-a-Foho d'Edward Edwards, entre les 
tles Tung^a et les Samoa. D'après lui cette lie se trouve à 
1000 inîUes dans l'Ouest d'Aïtutaki. C'est donc avec le vent 
d'Est ou de Sud-Est que l'entraînement a eu lieu. 

Dans un article écrit par le capitaine de commerce Lucas 
et publié dans le journal VOcéanie (2), on voit l'exemple 
dun indigrène de l'île Vaïraatea, entraîné par un coup de 
vent jusqu'à l'île de la Harpe, qui gît dans le Nord -Nord- 
Uuest de la première. Le vent soufflait très probablement 
du Sud-Est ou du Sud . 

Aujourd'hui l'on sait que Tîle Uvea (3), Tune des îles 
Loyalty, près de la Nouvelle-Calédonie, et éloignée des îles 
Tungade plus de 1100 milles dans l'Ouest, a reçu autrefois 
une colonie de Polynésiens ; cette colonie s'y établit quoi- 
que l'île possédât une population primitive toute mélané- 
sienne. Il existe une tradition rapportant que cette colonie 
y est arrivée dans une grande double pirogue, entraînée 
des Tunga par un fort coup de vent qui ne pouvait être 
qu*un vent d'Est ou de Nord-Est ; mais une autre tradition 
semble établir, et le nom Sud de l'île pourrait le faire croire, 
que la colonie n'était partie que de l'île Wallis, l'Uvea aussi 
des Polynésiens, qui n'est pas très éloignée,mais au Nord-Est 
des Loyalty (4) . 

(1) Cette île a été découverte en 1791 par Edward Edwards, le 
capitaine de la Pandora. Elle a ainsi été nommée par lui en l'hon- 
neur de son commissaire, Proby : c'est l'île Ono-Afa de quelques 
navigateurs. 

(2) Journal publié sous les auspices du gouverneur Bruat à 
Tfl^ti, pendant quelques années seulement, 1844-46. Le Journaliste 
d'abord désigné par le ministre Guizut. était le spirituel Gosse, qui 
dans une de ses boutades, a écrit l'histoire naturelle des membres 
du Muséum, de son temps. 

(3) Cette île Uvea est l'île Halgan, découverte par V Astrolabe 
sous le commandement de d'Urville, dans sa première campagne 
en 1827. 

(4) Voir ce que disait à ce sujet M. J. Garnier, (les Loyalty 



LES POLYNÉSIENS. 51 

Toujours est-il que les descendants de cette colonie ont 
conservé la plupart des traditions et presque tout le langa- 
ge de leurs pères, bien qu'ils soient en même temps initiés 
aux traditions et au langage des Mélanésiens parmi lesquels 
ils sont nés. Comme le dit avec raison Pritchard (1), ce ne 
serait pas sans surprise qu'un visiteur de cette île, dans cent 
ans d'ici, trouverait la légende, les traditions, le langage, 
les habitudes, les coutumes des Tunga mêlés aux traditions, 
aux caractères philologiques, aux habitudes et aux coutu- 
mes des Mélanésiens, s'il ignorait la fusion qui s'est opérée 
entre les deux races par suite d'un accident de mer. 

Ajoutons qu'il n'est peut-être pas d'exemple qui fasse 
mieux comprendre comment les trois groupes Tunga, Fiji 
et Samoa se trouvent avoir tant d'affinités linguistiques et 
tantd*autres similitudes. 



Tous les faits d'entraînement cités jusqu'à présent se 
sont passés, comme on voit, il y aplus ou moins longtemps ; 
mais il ne faut pas croire qu'il n'aient plus lieu : ils sont 
au contraire très fréquents. 

Ainsi on cite des pirogues, parties de l'attolon Penrhynn 
pour se rendre aux Samoa, qui ont été recueillies par des na- 
vires après peu de jours de départ, à plus de huit cents milles 
àrOaestdes îles Penrhynn. Ces îles se trouvant dans le N. E. 
des Samoa, elles avaient donc été entraînées bien probable- 
ment par des vents d'Est ou de Sud-Est. 

Pritchard rapporte que, vers 1858, deux doubles piro- 
^es ayant près de deux cents personnes à bord, furent en- 
traînées de Tunga-Tapu vers l'Ouest à environ 350 milles, 
svles récifs appelés Nikaeloff et Simonofit, qui se trouvent 
an Sud des Fiji. De là, après avoir réparé leurs canots sur 
un banc de sable, les naufragés se rendirent à l'île Ono, où 

h ^1),U P. Montroosier (Bull, anthrop.et Lettres)^ et ce que nous 
ta disons. Uvea (Wallis) est à rOaeat des Samoa et presque au Nord 
te Fiji tt des Tungaé 

(1) Polynésian Reminiscenses^ p. 404. 



52 LES POLYNÉSIENS. 

heureusement pour eux, ils purent arriver avant un fort 
coup de vent de Sud-Est. Ono est Tîle des Fiji la plus proche 
des îles Tunga ; n*y trouvant pas assez de terre pour assurer 
leur existence, ils la quittèrent bientôt, et furent assez heu- 
reux pour rallier leur île. 

Nous ferons à cette occasion une observation, c*est que des 
canots qui entreprennent si facilement et depuis si long- 
temps des voyages aux Fiji, ne devaient pas se croire bien 
éloignés & la distance de 350 milles. Mais cet exemple 
constate une fois de plus les entraînements des Tunga vers 
les Fiji dont nous avons si longuement parlé. 

Le même écrivain dit encore qu*en 1863, an grand double 
canot allant de Vavau à Tune des Samoa, fut tout-à-coup 
surpris par de forts veots d*Est et jeté dans le plus triste 
état sur File Lomaloma dans les Fiji : cette île gît à environ 
300 milles à l'Ouest. Il y avait parmi les voyageurs, plu- 
sieurs jeunes fils de chefs du plus haut rang, qui se rendaient 
aux Samoa pour s*y faire tatouer. Les parents les crurent 
perdus ; mais quatre mois après, ils apprirent qu*ils étaient 
arrivés sains et saufs aux Fiji. 

Faut-il comprendre le fait suivant, que rapporte encore 
Pritchard, parmi les faits d'entraînement de TEstà TOuest ? 
Nous ne le pensons pas. 

En 1862, dit-il, un chef de l'île Atafu (du groupe Union) (1) 
nommé Fori, fut tout à-coup surpris par un coup de vent, 
et après avoir erré pendant quelques jours, son canot alla faire 
côte aux îles Samoa. Il était parti d'Âtafu pour aller à Faka- 
Ofo, autre île du même groupe, éloignée d'environ 80mille8. 
Bien accueilli aux Samoa, il n'y resta que quelque temps, le 
navire des missionnaires, le John Williams^ s^étant chargé 
de le rapatrier avec tous ses gens. 
Or, comme le groupe Union gît dans le Nord-Nord-Ouest 

• 

(l>Le groupe Union des cartes parait être composé de trois îles 
appelées Oatafu, Nuku-Nono etPakaafo plus à TEst queVaYtupuou 
Oaitupu. A Faka-Ofo ou Afo, les habitants ne vivent entièremn 
que de noix de cocos et de Pandanus ; on n*y a trouvé aucune trac 
indiquant qu*ils connaissent l'art de cuire ou de faire du feu (I 
Waïfs anthropologXi p. 272.) 



LES POLYNÉSIENS. 53 

des Samoa, ce serait donc probablement à la suite d'un 
coup de vent de Nord-Ouest* que le canot de Fori aurait été 
porté aux Samoa. 

On cite du reste une foule de pirogues entraînées de quel- 
ques-unes des lies du môme groupe, qui ont été rencontrées 
par les navires baleiniers, et dont les équipages ont été dé- 
posés aux Samoa. 

Enfin le môme observateur attribue le peuplement de la 
petite île Yaltupu, à un entraînement involontaire ; nous ci- 
terons textuellement ses paroles. (1) € Les naturels de cette 
petite île à lagon, disent que leurs ancêtres venaient des 
Samoa, qui gisent à environ sept cents milles dans 
FEst de Vaïtupu. Les arrivants étaient des hommes, des 
femmes et des enfants. Us se rappellent encore les noms de 
plusieurs des hommes et des femmes et ils désignent dix- 
sept chefs comme ayant régné successivement sur Tîle de- 
puis Tarrivée des émigrants involontaires, ce qui fait remon* 
ter le peuplement accidentel de cette petite île à au moins 
trois cents ans. Les descendants de ces émigrants restèrent 
sur Vaitupu tant que Tile pût les nourrir, mais ils finirent 
parémigrer d^le en île sur celles avoisinantes éloignées 
seulement de quarante à soixante milles et couvrant ensem- 
ble un espace de trois à quatre cents milles. Ces migrations 
successives ont laissé des traces sur chacune de ces îles qui 
étaient soumises et avaient chacune près de trois cents ha- 
bitants, quand en 1862, les Péruviens voleurs d'esclaves 
vinrent en enlever un bon nombre. Ces mêmes indigènes 
disent que les Tongans sont venus de temps en temps atta- 
quer leurs îles, mais qu*ilsles ont repoussés ; ce sont du reste 
les seules guerres qu'ils aient eu à soutenir depuis le départ 
de leurs ancêtres des Samoa. » 

Pritchard ajoute : t Ils ont conservé toutes les mœurs, 
les coutumes et les traditions de leurs ancêtres, quoicfùe 
leur langage ait éprouvé quelques légers changements, 
changements qui semblent être dus à leur passage d*îles à 
hautes montagnes à des îles de corail basses et à lagons. » 

c Les naturels, dit>il enfin, rapportent que Ipurs terres 

(1) OuTr. cité, p. 403 « 



64 LES POLYNÉSIENS. 

actuelles étaient inoccupées lors de la venue de leurs ancd- 
très dans deux doubles canots. » 

Nous avons voulu citer en entier cet exemple parce qu'il 
est le premier parmi les entraînements involontaires où 
l'on voit une colonie entraînée, rencontrant un point inha- 
bité et s'y fixant. Presque tous les autres points au contraire 
ont été trouvés par eux occupés, soit par la même race, 
soit par une autre race. Nous ne voulons pas dire pour cela 
que jamais les canots entraînés n'ont rencontré d'autres 
lies désertes : le raisonnement seul indiquerait le contraire, 
s'il n'y avait pas d'autres exemples. Nous voulons seule- 
ment faire remarquer que parmi tous les faits d'entraînement 
précédemment cités, il n'en est pas un seul qui eût eu lieu 
sur des îles sans habitants. N'y aurait-il, en effet, que l'exem- 
ple du peuplement de Vaïtupu et des îles voisines, dont 
parle Pritchard, qu'il faudrait admettre que d'autres petites 
îles ont pu être peuplées de la sorte. Néanmoins ne 
n'tait pas ce qui arrivait le plus souvent d'après tous les 
faits connus : ces îles n'étaient généralement occupées qu'in- 
tentionnellement, c'est-à-dire qu'on s'y rendait dans le but 
de les peupler, comme semble le prouver le récit, s'il est 
exact lui aussi, qui a été fait à H. Haie pour les îles Kings- 
mill, des Carolines. 

Quand les entraînements avaient lieu dans des îles 
offrant peu de ressources, le premier effort des naufra- 
gés était d'en sortir (1) et nous allons tout-à-l'heure en rap- 
peler un exemple bien connu ; mais s'ils avaient lieu dans 
les îles habitées, ils attendaient naturellement avec plus de, 
patience le moment d'en repartir et ils y demeuraient mémo 
parfois en y formant des colonies bien distinctes, comme 
nous l'avons fait voir en parlant de celles des Fiji, Tanna, 
Futuna,etc.Le fait que nous venons d'emprunter à Pritchard 
est du reste l'un de ceux qui font le mieux comprendre le 
peuplement des lies Carolines par les Polynésiens méridio- 
naux. 

(1) C*e8t ce qui est arrivé à Pitcairn, qui avait été habitée avant 
l'arrivée des révoltés de la Bounty^ et à l'île Malden, etc., qu'on a 
rencontrées désertes avec des traces évidentes du séjour de quel- 
ques naufragés. 



LES POLYNÉSIENS. 55 

Mais si les faits que nous avons rapportés prouvent tous 
qu'ils ont été produits par des vents poussant de TEst ver» 
lX}uest et du Sud«Est vers la Nord-Ouest, s'ils sont bien des 
témoignages favorables à Topinion qu'EUis, Moôrenbottt et 
tous les partisans de l'origine Américaine ou de laprovenan* 
ce d*un ancien continent ont soutenue, on va voir, par ceux 
que nous allons citer encore, que les entraînements n*ont 
pas eu lieu invariablement, comme on l'a dit, de TËst vers 
rOuest, mais aussi de TOuest vers l'Est et dans les direc- 
tions les plus diverses. Déjà nous avons fait remarquer que 
plusieurs des entraînements de TOuest vers TEst étaient 
connus quand Ellis et Moërenhout soutenaient Topinion 
contraire et nous avons montré notre surprise de voir Ellis 
particulièrement passer sous silence les deux plus impor- 
tantes qu il ne pouvait pas ignorer. D'autres écrivains n'y 
regardant pas de si près, se sont servis de ces faits pour ap- 
puyer leur opinion quelle qu'elle tût, (origine américaine, 
polynésienne ou asiatique,) sans se douter peut-ôtre que ces 
entraînements avaient eu lieu avec des vents poussant de 
rOuest vers TEst, et il n'y a guère que les partisans moder- 
nes de l'origine asiatique ou malaisienne des Polynésiens, 
qui les avaient mis en relief pour appuyer leur hypothèse. 

Le premier fait d'entraînement de la partie de l'Ouest vers 
l'Est, est dû à Wilson, le capitaine du Duff, ce navire qui 
alla porter les premiers missionnaires anglais en Océanie (1). 
On voit dans l'introduction de son voyage, que quand il 
visita Tubuaï, cette ile était peuplée depuis assez peu de 
temps par des Océaniens venus de l'Ouest» c'est-à-dire de 
rîle Rimatara, qui giten effet dans l'O. ou l'O. N. de Tu- 
buaï. C'était en voulant aller à une ile voisine, Rurutu, 
rO-Hiteroa de Cook, qu'ils avaient été entraînés à Tubuaï 
par un fort coup de vent qui n'avait pu souffler que de 
l'Ouest ou du Nord-Ouest. N'osant pas retourner à leur île, 
ou n'en ayant pas les moyens, ils se trouvaient encore sur 
cette île. vingt ans après, comme l'a appris Ellis qui la vi- 
sita en 1817. On a vu que l'année précédente, il était arrivé 

(1) A missionarjr voyage to the Southern Pacific Océan perfor- 
med 1796-98, in the Ship Duff, cap. J. Wilson. London 1799. 



60 LES POLYNÉSIENS. 

une pirogrue de Tahiti, entraînée par les vents, et que ce 
fut le chef de cette pirogue, Taïeul de la mère de Pomare II, 
que les colons deTubuaï prirent pour souverain. Mais il est 
évident que cette pirogue avait été entraînée jusque-là par 
d'autres vents que ceux qui avaient amené la pirogue de 
Kimatara, c'est-à-dire par des vents de Nord-Est. 

Le môme capitaine Wilson, lors de son naufrage aux Iles 
Pelew, avait déjà pu observer un cas d'entraînement de 
l'Ouest vers l'Est. Nous en avons parlé ailleurs. 

Tous les ethnologues connaissent l'exemple, cité par le 
navigateur russe Kotzebûe et par Tun de ses compagnons, 
le peintre Ghoris, du fameux Kadou, entraîné fort loin dans 
le Sud-Est de son île. Choris rapporte (1), que Je Rurick 
trouva en 1817, sur l'tle Aour, dans l'archipel des Radack, 
un indigène deTîle Oulea (laGiuliay de Rienzi,)qui gît dans 
le Sud de Guam, tandis que les Radack se trouvent dans le 
Sud-Est des Mariannes. Cet indigène se nommait Kadou. Il 
était parti avec trois de ses compatriotes pour aller à la pè- 
che ; un coup de vent les poussa très loin en mer et les mit 
dans l'impossibilité de retouver leur Ile. Ballottés pendant 
c huit lunes » ils finirent enfin par rencontrer Tîle Aour 
où ils furent parfaitement accueillis, et où ils restèrent. Us 
s'y trouvaient depuis quatre ans quand le Rurick toucha 
dans ces Iles. Kadou, profitant de sa venue, demanda et 
obtint d'embarquer sur ce navire avec lequel il s'éloigna 
quelques jours après des îles Radack (2) pour aller sur la 
côte Nord-Ouest d'Amérique. 

C'est à lui que KotzebUe et le naturaliste de Chamisso du- 
rent les premiers renseignements exacts sur les Carolins 
et particulièrement sur ceux des îles Radack. Kadou avait 
parcouru toutes les îles voisines d'Oulea 13) sa patrie^etil 
avait visité, entre autres, les îles Pelew. Tous les ans, 

(1) Voyage pittoresque autour du Monde. — Paris, Didot, 1822, 
p. 14 et 17. 

(2) Les ÎIjs Radack ou OtHa dd Kotz^bilj sont les mêmes que les 
Iles Marshall, d'abord appelées Chatliam par ce uavigateur. 

(3) Cette île est nie Uap ou Gjuap de d*(Ji*\rillâ; UiUi Tavoui 
lisitce avec lui en 1828i 



LES POLYNÉSIENS. 57 

disait-il, ses compatriotes faisaient un voyage à une île 
qu'il ne pouvait désigrner par son nom, mais où le fer qu*ils 
allaient échanger était appelé lutu : comme c*est le nom 
donné au ter à Guam« il est probable qu*il voulait parler de 
cette tle. 

En résumé, les Radack se trouvant dans TEst d*Oulea ou 
Giuliay, il est évident que c'est par des vents de la partie de 
rOuest, c'est-à-dire Ouest ou Nord-Ouest, que Kadou et 
ses compatriotes avaient été entraînés à plus de 1500 milles 
anglais (2700 kil.) dans FEst de leur île. 

Aour se trouve en eflfet par 8»,1S' L. N. et 188'*5r long. 0. 
du Méridien de Greenwich, (lOl** 11* Paris); tandis qu'Ulea, 
ou comme on l'appelle encore Gouap, Ouàp et Yap, gît par 
9rZj L. Nord et 135*»41 long. Est, d'après d'Urville. 

Un troisième exemple a été observé dans les îles de la So- 
ciété en 1820. Â cette époque on vit arriver à Maurua, île qui 
gît à environ 20 milles dans TOuest de Porapora, une.piro* 
gue qui venait de Rurutu, Tune des îles Australes^ située à 800 
milles environ dans le S. S. 0. de Maiirua. Cette pirogue 
était restée près de quinze jours à la mer, et d*après le rap- 
port de son équipage, on supposa, en exagérant sans doute 
comme lui, qu'elle devait avoir parcouru plus de 1000 milles. 
Toujours est-il qu'elle n'avait pu être poussée à Maurua, 
que par un fort vent d'Ouest ou de Sud-Oiiest, Mauriia se 
trouvant dans le N. N. E. de Rurutu. 

Mais le fait le plus connu et qui démontre le mieux Texis- 
tence des vents d'Ouest, en Polynésie, à certaines époques, est 
celui que Beechey a lui-même observé dans les Paumotu, 
à la suite de sa découverte de l'île qu'il a appelée Byam-Mar- 
tin, et qui n'est autre que l'île Pinake des indigènes. Cette 
île gît par 19*48, et 14;i*45' non loin de l'île découverte et ap- 
l»elée Cockburn par lemème navigateur (l), l'île Bertero, de 
MoerenliOût. Beechey trouva à Pinake une petite colonie de 
n iturels convertis au Christianiî^me ; ils s'y étaient arrêtés à 
la suite d'un naufnige, après Oire partia de l'île Auaa ou de 
lu Chaîne située à 300 milles dans l'Est de Tahiti. 

Il Narrative of a voyage tothe Pacific and Beerings strait. etc.. 



58 LES POLYNÉSIENS. 

Voici comment les choses s*étaient passées : à Tavène- 
ment du jeune Pomare au trône de Tahiti, un chef de l'île 
Anaa, dont le nom est resté inconnu, et un nommé Tuvari, 
avec cent cinquante de leurs compatriotes, s^étaient embar- 
qués dans trois doubles canots pour aller rendre leurs hom- 
mages à leur nouveau souverain, Tîle Anaa étant depuis 
longtemps tributaire de Tahiti. Déjà ils apercevaient le som- 
met de Maïtea, quand le vent d'Ouest vint les surprendre 
et les entraîner à une grande distance vers TEst. Lo calme 
survint, puis un autre coup de vent, et ce fut en vain qu'ils 
essayèrentde reprendre le chemin de Tahiti. Ils furent long- 
temps retenus par les vents ou les calmes, loin de toute 
terre ; leurs provisions furent bientôt épuisées, et il ne leur 
resta d'autre ressource que de dévorer les cadavres de ceux 
qui périssaient. Enfin ils rencontrèrent une petite île, que 
Beochey reconnut être l'île Barrow, et ils y séjournèrent 
treize mois pour se refaii^ de leurs fatigues et se disposer à 
reprendre la mer. En quittant Barrow ou la Yanavana des 
indigènes des Paumotu, ils touchèrent successivement à 
deux petites îles, dont la dernière était Pinake ou Byam- 
Martin, mais là, leur pirogue.se défonça. Quand le Blossom^ 
commandé par Beechey, les rencontra, ils s'y trouvaient 
depuis bientôt huit /nois, occupés à la réparer autant que 
le leur permettait la privation de presque toutes choses. 
Beechey les trouva prêts à partir et ayant préparé pour leur 
nouveau voyage toutes les provisions nécessaires. Tous lui 
demandèrent à être rapatriés, mais Beechey ne crut pouvoir 
accorder le passage qu'à Tuvari ou Tuuari et à sa famille. 
Ce fut de lui qu'il apprit qu'ils étaient partis de l'île Barrow, 
sur trois pirogues, mais qu'ils n'avaient pas eu de nouvelles 
des deux autres. Après quelques jours de relâche à l'île de 
l'Arc, Beechey fit déposer Tuvari, sa femme et ses enfants, 
dans leur pays, l'île Anaa. 

Gomme le fait remarquer ce navigateur, l'Ile Barrow 
étant à 420 milles directement dans l'Est d'Anaa, si l'on 
ajoute cent milles faits les premiers jours pour se rapprocher 
de Maïtea,* et la distance parcourue avant d'atteindre Bar- 
row, c'est au moins COO milles qu'ils ont faits et pour ainsi 



LES POLYNÉSIENS. 59 

dire directement de TOuest à TEst, c*est-à-dire avec des 
vents nécessairement de TOuest. 

Iln*est pas de fait qui démontre mieux Texistence des 
vents d'Ouest à certaines époques ; il n*en est pas qui fasse 
mieux comprendre la possibilité d*un peuplement d'île dé- 
serte par voie d'entraînement involontaire, et, par suite 
celle des migrations. Aussi Beechey coucluait-il de ce fait 
que de pareils cas avaient dii se présenter, et qu'ils avaient 
pu suffire pour peupler beaucoup d'îles. Voici ce qu'il dit à 
ce sujet (1) : 

€ L'accident qui a jeté sur notre route Tuwari et ses com- 
pagrnons emportés malgré tous leurs efforts à 600 milles, 
dans une direction contraire à celle des vents alises, nous a 
heureusement mis à môme de détruire les objections faites 
par l'opinion générale. Et quoique ce soit le seul cas de son 
espèce (2), il est certain, quUl est du plus haut intérêt, 
tant par sa singularité, que par la possibilité du fait qu'il 
démontre. Ce n'est pas une raison, parce qu il est le seul 
venu à notre connaissance, que d'autres canots n'aient pas 
partagé un pareil destin, et des milliers peut-être ont pu 
être entraînés vers les îles lesj)lu3 éloignées de l'Archipel 
et les avoir peuplées. » 

On a vu que Beechey, avec intention, sans nul doute, a 
évité de s'appesantir sur le lieu qui aurait pu être le lieu 
d'origine première des Polynésiens, mais qu'il partageait, à 
cet égard, l'opinion de R. Forster puisque, par ce fait, il 
voulait démontrer que les îles Polynésiennes avaient pu rece- 
voir leurs habitants de TOccideat, contre la direction des 
vents alises. On peut croire, du reste, qu'il n'avait pas d'idée 
bien arrêtée sur ce sujet. Ainsi qu'on a pu le voir encore, 
il admettait qu'une raceT d'hommes, sans dire laquelle, mais 
différente de celle qui occupe aujourd'hui l'île de Pâques, 

(1) OuTT. cité, p* 252. 

(2) Co n'étmit pas le seul cas, commo nous Tavons montré, et 
Beechey ne pensait pas sans doute dans le moment à celui rappor- 
té par Kotzebile, de même qu'à celui observé par Wilson aux 
Palew, à ceux du Japon, en Amérique, ou aux Sandwich, etc. (Voyez 
aoa ouTragOt p. 221, 229 et 252. Edit. 1831.) 



60 LES POLYNÉSIENS. 

avait disparu' à la suite de quelque catastrophe. Mais, tou- 
jours est-il, que le fait cité par lui venait appuyer, comme 
tant d'autres Tout fait depuis, l'assertion de LaPérouse : qu*on 
pouvait aller presque aussi facilement de TOuest vers TEst 
que de TEst vers TOucst, à certaines époques de Tannée. 

Nous pourrions ajoutera ces exemples beaucoup d'autres 
faits, bien connus aujourd'hui, mais nous nous bornerons 
aux suivants, car nous n*en finirions pas s'il nous fallait citer 
tous ceux qui ont été observés par les Européens, depuis 
qu'ils sont fixés en Polynésie. 

Les partisans des entraînements constants par les vents 
alises citent le fait de la jonque japonaise qui s*est brisée 
en 1832 sur Tîle Oahu, dans les Sandwich, après avoir été 
battue par la mer pendant plusieurs mois. Il ne restait plus 
que quatre hommes des neuf composant l'équipage au mo- 
ment du départ. Or, ce qu'ils n'avaient pas remarqué sans 
doute, quand ils regpardent ce fait comme favorable à leur 
opinion, c'est que l'entraînement n'avait pu être effectué 
que par des vents d'Ouest ou de Nord-Ouest, puisque le Japon 
est situé dans TOuest ou l'U. 1/4 N. 0. des îles Sandwich. II 
en est de même pour tous les autres exemples de jonques 
japonaises, entraînées et hissant par faire côte sur quel- 
que île éloignée ou par atteindre le continent d'Amérique 
qui, par rapport au Japon, se trouve dans l'Est et le Nord- 
Est. 

M. J. Garnier (1) rapporte qu'àSan-Barbara, en Californie, 
on a trouvé une peuplade d'origine japonaise dont on ignore 
l'époque d'arrivée. Elle a conservé non seulement le type, 
mais encore le langage à un degré suffisant pour avoir pu 
converser avec des Japonais qui, en 1861, abordèrent ce port- 
Cette tribu erratique arriva probablement, dit-il, à la faveur 
du grand courant et des vents variables qui régnent sur 
les parallèles séparant le Japon de la Californie. 

Nous-même, nous trouvant en 1827 dans les îles Fiji, nous 
avons entendu raconter par le naufragé espagnol recueilli 
par VAstrolabej qu'une pirogue de Rotuma, poussée par un 

(I) Les migrations humaines en Océanie, p. 29. Voy. aussi Archives 
de la commission scientifique du Mexique^ t. III, p. 420. 



LES POLYNÉSIENS. 61 

coup de vent de Nord-Ouest, était arrivée dans File où il s é- 
tait fixé. 

Ainsi donc les entraînements involontaires, en montrant 
que les canots étaient portés parfois à des distances considé- 
rables, témoigrnenteux-mâmes que les migrations étaient 
possibles; ces entraînements, joints à toutes les autres causes 
indiquées, prouvent qu'elles étaient pour ainsi dire indis- 
pensables, le plus souvent peut-être forcées, mais réelles, 
comme rétablissent nettement les traditions pour celles qui 
se sont effectuées du pays d*orig>ine première, THawahiki, à 
rile-Nord de la Nouvelle-Zélande. 

Il n'est donc pas permis, croyons-nous, de les mettre en 
doute, car aussi bien il y a encore en leur faveur d'autres 
témoignages qui viennent démontrer, peut-être plus que 
tout ce qui précède, la nécessité des migrations. 



Le plus important est le fait d*unc langue homogène par- 
lée par les Polynésiens dans toutes les îles, malgré leur éloi- 
gnement les unes des autres ; ce fait prouve, d*autre part, 
que cette langue émanait d'une même contrée, où elle était 
en usage avant la dispersion. Sans les migrations en effet, il 
serait impossible de comprendre comment tuQt dMles, sépa- 
rées quelquefois par des espaces de mer considérables, au- 
raient conservé et parlé un même langage. Car on ne saurait 
trop le répéter : non seulement les Polynésiens no parlent 
tous que des dialectes d'une seule et même langue primiti- 
ve, mais en outre, cette langue primitive, si longtemps res- 
tée inconnue» n*est autre que la langue Maori elle-même, 
avec de légères modifications dues à Tisolement et à Tin- 
fluence de certaines circonstances. 

Elle est si bien la langue-mère, qu'il suffit de resti- 
tuer au premier dialecte polynésien venu la ou les conson- 
nes changées ou supprimées ou seulement de les remplacer 
par une plus expirée, pour que le mot maori soit, non seu- 
lement reconstitué, mais qu'il ait encore la même significa- 
tion. Ceci explique comment le Tahitien Tupaia pouvait se 
faire comprendre d*emblée par les Nouveaux-Zélandais et 



62 LES POLYNÉSIENS. 

saisissait le sens de leurs paroles ; (i*où la remarque si exacte 
des premiers voyageurs, Banks, Crozet et Andersen sur 
Taffinité des langues polynésienne et néo-zélandaise. 

Tupaia,il est Yrai,ayait été grand-prêtre aux îles de la So- 
ciété ; il connaissait par conséquent cettQ langue spéciale 
que les prêtres et les chefs employaient entre eux pour n'être 
pas compris du peuple ; mais nous Tavons dit ailleurs, cette 
langue, d*une manière presque certaine, était l'ancienne 
langue des émigrants, c'est-à-dire la langue Maori. Tout 
autre Tabitien non initié au sacerdoce n*eût probablement 
pas compris aussi facilement que lui les Nouveaux-Zélan- 
dais ; mais il y serait certainement parvenu bien vite, tant 
Tanalogie est restée grande, malgré les changements sur- 
venus entre les deux langages. On sait du reste, aujourd'hui, 
par M. Taylor, que les Tongans eux aussi peu ventconverser 
avec les Nouveaux-Zélandais dès la première entrevue. 

Il n*y avait pas que le groupe des îles de la Société qui 
possédât uns langue spéciale, une langue sacrée pour ainsi 
dire ; il en était de même dans plusieurs autres archipels, 
aux Mariannes, aux Sandwich, aux Marquises, etc. A la 
Nouvelle-Zélande, les chefs et les prêtres recouraient à un 
langage particulier pour pouvoir converser entre eux sans 
être compris de la foule. Les uns ont cru voir dans ce lan- 
gage un dérivé du Sanscrit, d'autres un dérivé des langues 
malaises ; mais, à n'en juger que par quelques vieux mots 
à peine compris des générations actuelles, mots ayant tous 
le type Maori, ce langage ne devait être que celui des ancê- 
tres de l'Hawahiki, c'est-à-dire la langue des Tinirau, 
Whakatau, Maui et autres, qui se serait un peu modifiée 
après l'arrivée des émigrants dans i'Ile-Nord d^abord, et 
plus tard en Polynésie, tout en restant toujours la même par 
le fond (1). 

M« Thompson croyait que cette langue était sanscrite ; 

(1) Les lies Sandwich avaient également une langue particulière 
réservée aux chefs, et nous avons pu nous assurer nous-méme sur 
les lieux que les Marquésans en possédaient aussi une à Tépoque 
de la prise de possession par la France. Toutefois, c'est vainement 
que nous avons cherché à obtenir quelque mots de cette langue* 



LES POLTKÉSIENS. i53 

pour soutenir cette opinion, il a même cité un assez bon 
nombre de mots, qui, à part trois ou quatre, sont véritable- 
ment trop dissemblables pour qu'on puisse partagfcr sa 
croyance (l). Il en est de même de celle de M. Taylor qui, 
pour Tappuyer, fournit une longue liste de mots (2), mais 
sans remarquer que ces mots prouvent tout aussi bien que 
les Maori tenaient leur langue des Grecs, des Ooths, des 
Latins ou même des Anglais, des Russes et des Français, 
que des Malais, des Hébreux ou des Indiens. 

Une seule chose est donc certaine, c'est que cette langue 
était la même que les ancêtres avaient parlée ; elle avait 
subi, avec le temps et les circonstances, les légers change- 
ments qui en ont fait les dialectes polynésiens qu'on con- 
naît ; mais elle était, comme elle est toujours, une langue 
à part, parlée seulement par les Néo-Zélandais, et par leurs 
descendants les Polynésiens, dans toutes les îles qu ils ont 
occupées. 

Sans les migrations encore, ainsi que le disaient MM. 
Perler et Broca dans la discussion qui s éleva à ce sujet au 
sein de la Société d'Antropologie, non seulement l'analogie 
des lang^ues serait inexplicable, mais on ne s*expliquerait 
pas davantage l'analogie des mœurs, des religions, des ar- 
mes» des industries. Sans elles enfin, il serait impossible d'ex* 
pliqner l'analogie des caractères physiques des Polynésiens, 
qui, répétons-le encore une fois, sont, à part quelques légères 
différences dues aux influences locales., absolument les mê- 

La princesse Putona, Hakahiki-Nui, qui nous a fourni tant d'au- 
tres renseignements, ne voulut jamais nous en citer un seul. On 
eût dit qu'elle craignait de manquer à son devoir en les faisant con- 
naître, ce qui prouve bien le caractère sacré qu'on lui attribuait. 
Foartant, peut-être aussi les ignorait^elle, car elle s'était montrée 
jusque-là asaes peu respectueuse pour les choses les plus saintes. 
Si elle eo eût sa quelques-uns, elle nous les aurait probablement 
fait connaître comme tous ceux de la langue employée par les 
Kaioî entre elles, pour mieux tromper leurs maris, ou Vahana. (Voir 
nos recherches et obserraiions sur les Marquises.) 

Cl) On a TU que Buschmann niait Texistence des mots sanskrits 
ta Polynésie, à rexceptton d'un seul. (Voy. vol. I, p. 157.) 

(t) Oavr. dté, p. 199. 



64 LES POLYNÉSIENS. 

mes, dans toutes les îles, depuis la Nouvelle-Zélande jus- 
qu'à Pâques et aux îles Sandwich. Cette dernière analogie 
prouve encore plus que les autres la nécessité des migrations. 
Si, en effet, les Polynésiens fussent venus, comme ront sou- 
tenu quelques écrivains, d'un immense continent en partie 
disparu, ils auraient presque certainement présenté de plus 
grandes différences de type, ainsi que M. de Quatrefages 
Ta si bien démontré. 

En résumé donc, non seulement Tétude des traditions, la 
comparaison des langues, celle des mœurs et des caractères 
physiques indiquent que les Polynésiens ont eu une origine 
commune et un même point de départ, mais tous les faits 
traditionnels conservés par les Océaniens, tous ceux obser- 
vés par les Européens, toutes les légendes qui leur ont été 
communiquées, tout ce qu'on adit des langues, des connais- 
sances géographiques des Polynésiens, de leur manière de 
naviguer, et jusqu'aux causes des émigrements, prouvent 
que c'est parla voie des migrations que les îles polynésien- 
nes ont été peuplées. Seulement, de Texposé que nous avons 
fait des divers entraînements connus auxquels plusieurs 
écrivains ont cru pouvoir attribuer uniquement le peuple- 
ment de rOcéanie, il semble résulter que ces entraîne- 
ments qui se sont opérés avec les vents les plus opposés, n'y 
ont pas contribué autant qu'on l'a cru ; ils n'y ont probable- 
ment pas contribué ailleurs que dans les quelques petites 
îles que nous avons citées : Ânuta, Tukopia, Rotuma, 
Kings'mill, Tupua, Pitcairn, Malden, Vaitupu, Pinake, 
ainsi que dans quelques autres encore, trouvées comme elles 
désertes à l'arrivée des canots entraînés. 

Sans doute, comme le faisait observer M. Perier, (1) c on 
a beaucoup abusé du principe de la dispersion et de l'émi- 
gration des peuples et du facile moyen de leur faire dis- 
penser, soit la vie à des terres désertes, soit la lumière à 
d'autres nations ; » mais vraiment, en ce qui concerne le 
peuplement des îles Polynésiennes, il est impossible de nier 
les migrations, soit qu'on adopte la route que nous croyons 

(1) Mémoires de la Société ^d*Antropologie^ t. I, p. 493. ^-Sur 
VEthnogénie Egyptienne. 



LBS POLYNÉSIENS. 65 

avoir été suivie, soit qu'on s'en tienne à celles qui ont été gé- 
néralement admises, soit môme que Ton admette Tancien- 
ne existence d*un continent, qui aurait été en partie sub- 
mergé. Dans ce cas, en effet, les migrations auraient enco- 
re été nécessaires, pour que l'on pût expliquer la présence 
des Polynésiens sur des îles, à la fois si nombreuses et si 
éloignées les unes des autres. 

Du reste, ce n'est plus une question aujourd'hui : non 
seulement tous les écrivains anciens que nous avons cités 
croyaient aux migrations, mais ceux-là même, parmi les 
modernes, qui leur étaient d'abord le plus opposés, ont fini 
par les accepter. C'était même une question déjà résolue 
pour beaucoup, bien avant la savante discussion de la So- 
ciété d'Anthropologie de Paris. 

II est donc démontré que les îles de la Polynésie et toutes 
celles de la Micronésie, pour ne citer que les îles à popu- 
lations de race polynésienne, ont été peuplées par voie de 
migrations. 

Avant de tracer la marche que nous croyons avoir été sui- 
vie par les émigrants, nous allons examiner avec quels vents 
les migrations générales, c'est-à-dire les migrations inten- 
tionnelles, calculées, et, jusqu'à un certain point volontai- 
res, se sont effectuées, d'après tous les écrivains et d'après 
nous-mâme. Les vents qu'on regarde le plus généralement 
aujourd'hui comme les ayant favorisées font eux-mêmes 
mieux comprendre leur existence. Puis, bien que nous n'y 
attachions pas une grande importance, nous examinerons, à 
notre tour, les dates admises par les différents auteurs, tou- 
chant ces migrations. 



Vents qui uni servi aux migrations — On a vu, dans l'ex- 

pώ que nous avons fait des diverses opinions des auteurs, 

que, suivant la théorie adoptée par eux, les uns ont soutenu ou 

Kmtiennent encore que les migrations vers la Polynésie ne 

M sont opérées qu'avec les vents d'Est, (de Nord-Est à Sud- 

BtQ ; les autres qu'elles ont non seulement pu se faire avec 

5. 






06 L9S POLYNÉSIENS. 

les vents d'Ouest, mais qu'elles ne se sont effectuées qu'avec 
ces vents. 

On a vu également que les principaux partisans de la pre- 
mière opinion sont Zuniga, Ellis et Moôrenhotlt, auxquels il 
faut ajouter M. Jules Qarnier. Tandis que parmi ceux de la 
seconde figurent la plupart des écrivains voyageurs» marins 
ou naturalistes et plus particulièrement La i^érouse, Bee- 
chey» J. Williams, H. Haie, ainsi queMM.Gaussin, de Bovis, 
Thompson et de Quatrefages. 

Pour les premiers, les vents et les courants étaient des 
obstacles insurmontables & toute autre provenance quo celle 
de l'Amérique ou d'un ancien continent submergé, plus 
oriental et méridional que les îles polynésiennes. Mais nous 
avons démontré qu'il en est tout autrement, et que les vents 
alises sont remplacés, à certaines époques, par des vents 
contraires. Sans revenir sur ce qui a été déjà dit à ce sujet, 
nous croyons pourtant encore devoir rappeler ici que La 
Pérouse a été le premier à montrer que les vents d'Est ne 
sont pas un empêchement aux voyages de l'Ouest vers 
r£st (1) ; après lui, tous les navigateurs ont fait la même 
remarque. 

Kotzebûe, par exemple, en rapportant i'entratnement de 
Kadu, tant cité, est venu appuyer la possibilité d'aller dans 
rSst avec des vents d'Ouest : car ce n'est que par ces der- 
niers vents que le Garolin Eadu a pu être poussé dans le 
Sud- Est à plus de 1500 milles de son point de départ. 

De même Beechey (2), par le fait d'entraînement qu'il a fait 
connaître et qu'il croyait, à tort, être le premier dans ce 

(1) Bien que nous les ayons déjà citées, nous n'hésitons pas, en 
raison de leur importance, à mettre de nouveau ses paroles sous 
les yeux du lecteur: t On objectera peut-être, dit-il, (3« vol., p. 
231), qu*il a dû être très difficile aux Malais de remonter de TOuest 
vers TEst, pour arriver dans les îles Polynésiennes ; mais les venta 
d'Ouest sont au moins aussi fréquents que ceux de TEst aux envi- 
rons de l'Equateur dans une zone de 7 à 8 degrés au Nord et au Sud, 
et ils sont si variables qu'il n'est guère plus diffleile d9 navig^r 
vtrs TEst que vers l'Ouest. » 

(î) Beechey admettait l'origine Malaiiienne des Polynésiena (Y» 
II, p. tSS.) 



LES POLTIfESIBNB. 67 

NDi, 6tt venu démontrer lui aussi que les vents alises ne 
■'opposent paSi dans certains moments, aux voyages de 
rOuest vers TEst. Il dit lui-même, à cette occasion, que les 
vents d'Est sont fréquemment remplacés durant deux ou trois 
mois de Tannée par les vents de la mousson d*Ouest| et il 
ajoute avec raison : < La cessation temporaire des vents 
alises dans les mers et leur remplacement par la mousson 
d'Ouest n*a pas été assez prise en considération par ceux 
qui regardent l'existence des premiers comme une diffîcul-* 
té insurmontable >• 

De même encore DiUon, celui qui a cité le plus d'exemples 
d*entratnements de TOuest vers FEst, est venu appuyer To*^ 
pinion que les vents d'Ouest soufflent dans les mers en cer- 
tains temps de l'année, et qu'il existe même dans les régions 
du grand Océan situées entre l'équateur et le parallèle 12* S* 
une mousson du Nord*Ouest et de l'Ouest. 

Aprto Dillon^ Moërenhotit, tout opposé qu'il était àla pos« 
aibilité d'une provenance malaise des Polynésiens, et à Taide 
de vents d'Ouest, montre lui-*même que les coups de vent 
d'Oueet n'étaient pas rares en Polynésie ; il cite entre autres 
celui qui détruisit, en 18a2| presque toute la végétation et 
lesmaiflons d^Anaa et autres Iles voisines, en élevant la 
mer à une hauteur considérable et en roulant des blocs en- 
tiers de corail ; ainsi que le coup de vent de Nord-Ouest, 
éprouvé la même année à Tahiti, où il produisit les mêmes 
effets. 11 montre, en outre, à son insu peut-ôtre, que les dé- 
parts pour aller aux Iles du vent, avaient lieu avec des vents 
d*Oaest. Voici en effet, ce qu'il dit à ce sujet (1) : « Entre 
antres événements, on se souvient à Tahiti d'une flotte nom- 
breuse qui était partie de Raiatea pour Tahiti, par un vent 
d'Ooastf quand à peu de distance de son point de départ, le 
wit saat» tout«à-coup au Sud*Est, et souffla si violemment 
qu'elle ne put même pas regagner Raiatea ; de sorte que 
las hommes qui la montaient ont dû nécessairement périr 
«naeTf aaboutde quelques jours, à moins qu'ils n'aient 
rencontré quelque Ile sur leur route. » Cet exemple n'est du 
reste qu'un de ces entraînements forcés vers TOuest, comme 

(1) Voyagé «mt tkê du grand Océan, t. It, p. 256. 



68 LES POLYNESIENS. 

on en connaît tant dans cette direction. Il indique surtout 
qu'on partait avec des vents d'Ouest quand on voulait se 
rendre aux îles plus orientales, ce qui est la manière de pro- 
céder générale des Polynésiens. 

Nous croyons devoir citer ici le fait suivant rapporté par 
le capitaine Siddins, du brick Campbell-Maccfuarie^ parce 
qu'il prouve lui même que la mousson du Nord-Ouest se 
fait sentir dans ces mers. Ce capitaine, passant dans les îles 
Fiji, trouva à IMle M'Bukatatanoa (1), la même sur laquelle 
se sont perdus YArgo et deux ou trois autres navires, un 
homme de Rotuma, qui avait été entraîné jusque-là arec 
quelques autres compatriotes partis de Rotuma huit ans 
auparavant, dans le but do se rendre àTîle Waïtupu, sur 
laquelle abondent les belles porcelaines blanches tant re- 
cherchées par les habitants pour orner leurs pirogues. Les 
vents les avaient éloignés de toute terre, et ce n'était que 
longtemps après qu'ils avaient fini par rencontrer l'une des 
Samoa d'abord, puis par arriver aux îles Fiji, c Je suis per- 
suadé, dit Dillon à cette occasion (2), qu'il règne à Rotuma 
des vents d'Ouest, dans certains temps : autrement, qui 
aurait pu pousser Thomme que j'ai ramené à Tongatabou, 
depuis Rotuma jusqu^aux îles des Navigateurs, qui sont 
situées à plus de 600 milles dans l'Est ? 

Comme ou a vu encore, c'était l'avis de M. de Bovis qui, 
dans ses Recherches sur la société Tahitienne, dit : (3) * Une 
connaissance plus exacte de ces mers a appris qu'à certai- 
nes époques de l'année des vents d'Ouest y régnent transi- 
toirement par séries qui vont de trois à quinze jours. > 
Suivant lui, c'étaient ces vents d'Ouest qui avaient toujours 
emporté l'émigration sur leurs ailes. 

Enfin, c'était aussi l'avis de Dunmore-Lang, de J.Williams 
etc. ; par conséquent, c'était bien à tort que les anciens écri- 

(1) Le récif est appelé sur les cartes récif Argo, parce qae ce 
navire fut le premier qui s'y brisa ; il est très vaste et il s*étend da 
cOté Nord de Lakeinba pendant 27 milles, dans une direction Est et 
Nord-Est . 

(S) Ouv. cité, t U, p. 15. 

(8) Annuaire des îles de la Société ^ année 1 868, p. 898. 



LBS POLYNÉSIENS. 69 

vains surtout soutenaient que les Polynésiens n'auraient 
pas pu venir de l'Ouest, et que les vents alises s'y seraient 
formellement opposés ainsi que les courants. Aujourd'hui, 
c'est un fait acquis, les vents d'Ouest remplacent, à cerfai' 
nés époques et pendant un certain temps, les vents alises 
de l'Est (Nord-Est à Sud-Est) ; et personne n'a mieux fait 
ressortir l'inanité de ces obstacles que M. de Quatrefages. 
Aussi nous nous contenterons de répéter ici que s'il n'y avait 
pas eu d'autres obstacles que ceux-là à une provenance 
asiatique ou malaisienne des Polynésiens, ces derniers au- 
raient certainement pu venir des îles Indo -Malaises. 

Mais ce fait acquis n'apprend pas quel vent a plus spécia- 
lement emporté sur ses ailes les premiers émigrants vers 
la Polynésie. Il prouve seulement l'existence et la possibilité 
des migrations et des voyages dans des directions diamétra- 
lement opposées. Il reste maintenant à déterminer quel est 
celui des vents d'Est ou des vents d'Ouest qui a joué le 
principal rôle dans les migrations raisonnées. 

On voit d'abord, d'après tous les faits observés par les 
navigateurs tant anciens que modernes, et d'après tous les 
récits traditionnels des Polynésiens, qu'ils avaient recours, 
pour effectuer leurs voyages d'un archipel à un autre, tan- 
tôt h l'un de ces vents tantôt à l'autre, suivant la position 
relative de ces archipels : on profitait, naturellement, de 
ceux de l'Ouest pour aller vers l'Est et de ceux de l'Est pour 
se rendre à l'Ouest, comme on profitait de ceux du Sud pour 
aller au Nord, ou de tout autre plus favorable pour attein- 
dre le but déterminé. Mais il semble surtout résulter de tous 
les faits venus à la connaissance des Européens, que c'était 
le vent d'Ouest qui était non seulement employé pour aller 
d*ane île c sous le vent » k celle < du vent, » mais qui l'était 
en apparence plus volontiers que le vent d'Est, par les ha- 
bitants des îles orientales pour se rendre à celles plus occi- 
dentales : c'était évidemment le résultat de la connaissan- 
ce acquise de bonne heure par les Polynésiens qu'ils n'au- 
raient pas à attendre trop longtemps les vents favorables 
pour leur retour. 
Ainsi les Polynésiens, alors qu'ils n'avaient pas perdu, 



. £-£. Al». 



70 LES POLTNitolENS. 

pour la plupart, Tusagre de leurs grrandes pirogues» vou* 
laient-ils aller h quelque île plus orientale que la leur, ils 
attendaient les vents d'Ouest ; c'était surtout de Tun d*eux, 
du Sud- Ouest» appelé Arueroa à Tahiti, qu'ils profitaient, 
paroe que oe vent donnait lieu à une mer très belle, et qu'il 
était accompagné d*un très beau temps. Mais il ne faut paa 
croire que les autres vents de la partie de TOuest ne leuv 
servaient pas parfois : sans la crainte, fondée par leur ex» 
périence, et qui les leur faisait éviter le plus souvent k 
cause de la violence qu'ils pouvaient acquérir, ces venta 
d'Ouest à Nord-^Ouest étaient môme les meilleurs pour faira 
franchir rapidement les distances. 

Ce qui prouve bien que c'était avec les vents d^Ouest 
qu'on se portait vers les îles plus orientales, c'est, comme 
rapprend EUis, (1) que les habitants des îles de la Société 
particulièrement, avaient des doubles pirogues destinées 
seuleuient à ces voyages ; ils les appelaient Tiaï^Toerau, ce 
qui veut dire t attendre le vent d'Ouest ou de Nord^ 
Ouest. (2) > Mais ce qui le prouve mieux encore, c'est qu'on 
ne fait pas autrement aujourd'hui même aux Tunga, aux 
Samoa et aux îles de la Société, où les grandes pirogues, il 
est vrai, n'existent plus et ont été remplacées par de petits 
navires européens ou par de simples baleinières américai- 
nes. Il en est de même aux Fiji, AuxPaumotu, etc., où Ton 
se sert toujours des anciennes pirogues des ancêtres. C'est 
non seulement ce qui nous a été dit sur les lieux, mais co 
que nous avons vu nous-môme ; c'était d'ailleurs ce qu*a«' 
valent appris beaucoup de voyageurs, sans soupçonner le 
plus souvent que c'était une règle générale en Océanie. 

Les Tahitiens de nos jours veulent-ils aller à Anaa, vers 
l'Est : ils attendent les vents d'Ouest (S.-O.) comme les ha* 
bitants de Raiatea attendent les mômes vents (0. et N.-O.) 
pour se rendre à Tahiti . Déjà on a vu que Moërenhoût, qui 
ne croyait qu'à l'action prépondérante des vents d'Est et de 
Sud-Est, disait lui^môme que le navire du missionnaire J. 

{!) Recherches, p. 147. 

(3) Tiai, attendre, rester, être pour ; toerau ^T9nt d^Ouesl ou do 
Nord-Ouest. 



LES POLYNÉSIENS. 71 

Williams dont il raconte Tentraînement jusqu^à Uatiu par 
des rents d'Est, était d*abord c parti de Raiatea pour aller k 
Tahiti, avec un vent d'Ouest. » Longftemps avant lui, 
Tumbull avait déjà signalé cette manière de faire des îles 
de la Société. cDans les premiers mois de l'année, dit-il (1), le 
vent s'établit à TOuest avec pluie et tonnerre. Et c'est h 
cette époque néanmoins que les insulaires de Raiatea et de 
Huahine ont coutume de visiter Tahiti. > C'était enfin l'ob- 
servation qui avait été faite dans les mêmes îles par An-i* 
derson, le chirurgien de Cook (3). 

Une fois arrivés dans les îles plus orientales, les voya- 
geurs attendent là, pour revenir chez eux, le retour des 
vents alises Nord-Est ou Sud-Est. De même les Samoans 
veulent-ils se rendre aux Iles Penrhynn : ils attendent les 
vents d'Ouest (S.-O.) qui les y conduisent directement ; mais 
une fois là ils attendent ceux de l'Est (N.-E.) pour revenir. 

Pour aller aux Samoa, les Tongans ne se mettent en route 
qu*avec des vents de Sud-Ouest ou de Sud, derniers vents 
qui soufflent assez souvent, m.ais là encore, il leur faut at** 
tendre les vents de Nord-Est plein pour rallier leurs îles. 

De même quand ils veulent aller aux Fiji, ils profitent 
des vents de Sud-Est ; mais pour revenir, il faut qu'ils at- 
tendent les vents d'Ouest (N.-O.}, comme nous l'avons fait 
voir ailleurs. 

En somme, tous les habitants des îles les plus occidenta- 
les attendent les vents d'Ouest pour se diriger vers les plus 
orientales, et, par contre, ceux des îles orientales ne partent 

(i) TumkulVs voyage round îke world between theyears 1801 and 
1804, p. 307. 

(3) D'après cela, ce serait donc probablement par erreur que M* 
J. Gamier, dans son travail : Les migrations humaines en Océanie, 
p. 46, a dit : • Mais dans aucun cas, ils ne se mettront en route 
de leur propre volonté avec un vent de la région de l'Ouest. Une 
longue expérience leur a enseigné que ces vents sont de simples 
accidents sans durée, qui, en outre, précèdent ou apportent les 
gros temps. Tous ceux qui ont pu vivre avec les Polynésiens re- 
connaîtront la vérité de ces assertions, et ces insulaires ne peu- 
vent, en effet, agir autrement, puisqu'ils ne connaissent que la 
navigation vent arrière ou vent sous vergue. 



72 LES POLYNÉSIENS. 

qu'avec les vents alises pour aller aux îles plus occidentales 
que les leurs. G*est ainsi que nous avons vu nous-mâme les 
habitants de Tile Anaa arriver à Tahiti avec des vents de 
Nord-Est ou d*Est, mais y attendre plus ou moins long- 
temps les vents de Sud-Ouest et d'Ouest, qui devaient les 
ramener à leur île. Autrefois ils ne faisaient pas autrement 
aussi bien dans ces îles que dans toutes les autres : seule- 
ment les voyages étaient alors beaucoup plus fréquents, 
beaucoup plus facilement entrepris, car ce n*est pour ainsi 
dire que depuis la venue des Européens qu'ils ont cessé 
d'être des navigateurs habiles et entreprenants. 

Les traversées d'une île à l'autre avec des vents d'Est 
étaient généralement beaucoup plus longues que celles 
faites en sens contraire. En effet, bien qu'ils soient plus 
fréquents qu'on ne l'avait d'abord cru, les vents d'Ouest ne 
se présentent qu'à des intervalles plus grands ; de plus, les 
Polynésiens ne se décidaient, comme ils ne se décident 
encore, à en profiter, qu'après les avoir vu établis pendant 
plusieurs jours. C'est ce qui les faisait souvent tomber dans 
un péril plus grand que celui qu'ils voulaient éviter. Du 
moins telle est, à notre avis, l'explication la plus simple de 
la longueur de certains voyages qui ne demandaient par- 
fois pas moins de plusieurs années pour être accomplis, 
malgré le peu de distance des îles entre elles : nous en avons 
cité des exemples en parlant des relations entre les îles 
Tungaet les Iles Fiji. Là, en effet, il suffisait auxTongans 
qui voulaient retourner chez eux, de manquer, par prudence, 
les premières occasions qui se présentaient, pour être forcés 
d'attendre l'année suivante, et quelquefois une autre année 
encore (1). 

Mais, ce n'était pas, et ce n'est pas, comme quel- 
ques écrivains l'ont cru, avec des vents soufflant d'une 
seule direction que les voyages étaient et sont encore 
entrepris, mais bien tantôt avec ceux d'un point de l'hori- 
zon, tantôt avec ceux d'un autre point, suivant la situation 
relative des îles. L^habitude prise par les Polynésiens d'at- 

(I) Voir à ce sujet MoërdnhoQt, t. Il, p. 82, ainsi que les divers 
exemples que nous avons rapportés. 



LES POLYNÉSIENS. 73 

tendre les vents contraires à ceux qui les avaient emmenés 
}K)ur revenir chez eux est généralement attribuée à leur 
peu de connaissances astronomiques. Certainement cela a 
dû être une des raisons de cette manière de faire dans les 
voyages lointains, car on comprend que, ne pouvant que 
médiocrement compter sur des connaissances si peu sûres, 
et pour ainsi dire réservées à quelques-uns d'entre eux, 
ridée leur soit venue de bonne heure de s'éloigner directe- 
ment, pais de faire la même route en sens inverse, afin 
d'avoir moins de chances de s'égarer ; mais cette habitude 
est peut-être due davantage à la difficulté qu'ont les gran* 
des doubles pirogues de naviguer autrement que vent ar- 
rière ou grand largue, difficulté qui les met dans la néces- 
sité de fuir devant chaque coup de vent qui vient à les sur- 
prendre. Non pas cependant que les grandes pirogues ne 
puissent elles-mêmes serrer le vent jusqu'à un certain point, 
comme nous les avons vu faire aux Tunga et surtout aux 
Fiji, alors qu'elles sont en vue du but à atteindre ; mais en 
réalité la seule allure facile pour elles est le largue et le 
vent arrière. 

D'un autre côté, quand on remarque quelle grande quan- 
tité d'îles étaient connues autrefois des Tahitiens, comme Tat- 
, teste la carte de Tupâia, quand on se rappelle toutes les tra- 
ditions qui montrent qu'on ne craignait pas d'aller jus- 
qu'aux îles les plus éloignées soit à l'Ouest, soit au Nord 
ou ailleurs, il faut bien reconnaître que, toute difficile qu'elle 
pouvait être, la navigation des pirogues polynésiennes 
n'était pas un obstacle aux longs voyages, et que puisqu'il 
y avait parfois de grands espaces de mer à franchir, les 
connaissances astronomiques des Polynésiens devaient être 
plus grandes qu'on ne l'a généralement cru . 

A cette occasion, nous rappellerons seulement les voya- 
gesd'un prêtre des Sandwich, dans une contrée qui, soit 
qu'elle fût Tahiti, soit qu'elle fût la Nouvelle-Zélande, était 
à nne distance considérable de son pays d'origine. Ce voya- 
geur, on l'a vu, y était retourné trois fois avant de périr 
lans doute dans sa quatrième entreprise. Avait-il profité, 
comme le font ceux d'aujourd'hui, des vents soufflant d'une 



74 LES POLYNÉSIENS. 

direction pour s'en aller et da ceux d'une direction oppo- 
sée pour revenir ? C'est probable, et dans ce cas, pour se 
rendre à Tahiti, il se serait servi des vents de Nord (N.-U. à 
N.-E.)» de môme que pour retouiiier il aurait saisi une série 
de vents du Sud (S.-E. à S.-O.)» en relâchant sans doute 
sur la route, où les îles sont nombreuses et par trop éloi- 
gnées les unes des autres. Mais si son voyage s'était fait h 
la Nouvelle-Zélande, il n'aurait eu qu^à se laisser emporter 
par les vents de Nord et de Nord-Est et par ceux de Sud et 
de Sud-Ouest pour revenir. La tradition ne dit malheu- 
reusement rien de tout cela ; elle laisse même planer le 
doute sur ce point si souvent visité. Toujours est-il que ce 
fait, en outre qu'il montre le courage et la hardiesse des 
navigateurs polynésiens, établit d'une manière positive, 
que, quelles que fussent les difficultés de la navigation, ces 
derniers avaient des connaissances nautiques et astronomi- 
ques assez étendues. 

Quelle qu'ait pu être d'ailleurs la raison principale da 
cette coutume des Polynésiens, d'attendre certains vents 
pour s'éloigner ou pour revenir, il est bien certain que c'é- 
tait le moyen le plus sûr, en même temps que le plus sim- 
ple d'atteindre leur but, surtout quand ce but n^était pas 
éloigné. L'expérience leur avait appris qu'ils pouvaient sa 
mettre en rou];e à certains indices du temps, et, dans ces 
cas, ils arrivaient sûrement et promptement. Mais, comme 
partout ailleurs, ces indices étaient souvent trompeurs; 
alors les vents changeaient, quelque coup de vent surve- 
nait et ils étaiant exposés à périr à la mer si le hasard na 
leur faisait pas rencontrer quelque île sur leur route* On a 
vu que les exemples d'entraînements opérés de la sorte sont 
nombreux : c'est à eux que plusieurs petites tles doivent 
leur peuplement et qu'un certain nombre d'îles à population 
mélanésienne doivent les colonies de Polynésiens qu'on y 
rencontre. On a vu aussi que ces entraînements involontai- 
res ont eu lieu plus fréquemment avec des vents d'Est (S.- 
E.) qu'avec des vents d*Ouest, au point que quelques écri- 
vains ont soutenu, à tort, qu'ils avaient toujours été effec- 
tués de la sorte. 



LE8 POLYNÉSIENS. 75 

M. J. Gtrnier, se baiiaat sur ce fait et sur ce < que les ha*- 
bitanta de la Polynésie avaient connaissance déterres situées 
à rSat, alors que la réciproque n'existait pas, > (1) a été 
porté à conclure que les Polynésiena'provenaient de TÂmé*- / 
rique. Cette conclusion est un peu forcée : ces faits ne 
seraient favorables que s'ils constataient la venue de piro«« 
^es américaines» tandis qu'ils ne concernent qu'un certain 
nombre de pirogues polynésiennes entraînées de TEst et du 
Sud^Est vers les îles plus occidentales. 

D^autre part, est«ce que la connaissance d'un plus grand 
nombre dtles de l'Est par les habitants de l'Ouest, ne serait 
pas plutôt favorable elle-mfime à une provenance occiden*-' 
taie ? Et puis, est-on bien certain que les habitants des tles 
de l'Est étaient si Ignorants des îles de l'Ouest? On a vu 
que toutes les traditions parlent de ces îles et qu'elles en ci- 
tent plusieurs. 11 ne pouvait pas en être autrement, puis- 
qu'ils se disaient venus de l'Ouest. Sans doute on a eu rai- 
son de conclure, en voyant le petit nombre , en apparence, 
ailes occidentales portées sur la carte de Tupaia, compara- 
tivement à celui des lies orientales et méridionales qui y fi- 
gurent ; mais il n'est pas moins vrai que les habitants des 
Iles de la Société, par exemple, connaissaient de tout temps, 
d'après les traditions, les lies Tunga, Samoa, Manaia, etc., 
beaucoup mieux même qu'ils ne connaissaient celles de 
l'Est. D'autre part, si l'on ignore quelles étaient les connais- 
sances des hommes de l'Est au sujet des îles de rOuest, 
c'est, il faut bien le dire, que les traditions de ces lies sont 
restées presque toutes inconnues. Cependant elles aussi di- 
saient que les ancêtres des populations actuelles étaient 
venus du couchant, et d'un lieu appelé lèt, du même nom 
qne dans la plupart des îles de l'Ouest, du Nord et du Sud. 
Ce dernier fait, à lui seul, est bien suffisant pour faire infé- 
rer que le peuplement de ces îles s'était plutôt opéré avec 
des vents d'Ouest qu'avec des vents d'Est, ainsi que le pré- 
tendent les partisans de l'origine américaine. 

M. J. Oamier, pénétré sans nul doute de l'importance de 

(1) Migrations humaines en Océanie^ p. 47. 



76 LES POLYNÉSIENS. 

cette croyance en faveur de l'origine occidentale des Poly- 
nésiens, a cherché, par une explication originale, à la ren- 
dre plus favorable, au contraire, à la provenance soutenue 
par lui. Voici ce qu'il dit à ce sujet (1) : c II a dû arriver que 
les habi^<*.\ts des Sandwich ont été emportés par les alises 
du Nort^-Ést, se dirigeant sur le Sud-Ouest et qu'ils ont 
atteint les petites îles que Ton trouve au Nord-Ouest des 
Samoa, où ils ont signalé la grandeur de leur île Hawaii, 
comparée à celle des îles où ils se trouvaient. Mais, comme 
on le voit, la tradition d'une grande terre ne pouvait arri- 
ver que de l'Ouest aux habitants des Samoa et à ceux de 
Tahiti. Aussi les Samoans se disent issus d'une grande terre 
occidentale ; les Tahitiens en ont à peu près conservé le 
nom, et Tupaia a placé Oheavaï dans l'Ouest. Au contraire, 
les Nouveaux-Zélandais placent l'Hawaïki dans l'Est et en 
font comme les Samoans le lieu de leur origine. » 

Après tout ce que nous avons dit de la véritable position 
que nous assignons au lieu d'origine des Polynésiens, il est 
inutile sans doute de chercher de nouveau ici à soutenir 
notre opinion ; il doit suffire de renvoyer à la masse des té- 
moignages que nous avons fournis contre la situation d'un 
Hawahiki dans l'Est ; mais il n^en est pas moins vrai que 
Pexplication donnée par M. Garniera quelque chose de spé- 
cieux, puisqu'elle permet de comprendre autrement qu'on 
nePavait fait jusque-là, comment l'idée d'uue terre d'origine 
placée dans l'Ouest, aurait pu arriver aux Samoa et à Tahiti. 
Seulement il faudrait admettre, dans ce cas, que c'était bien, 
comme l'a dit Forster le premier, les émigrants des îles du 
Nord-Ouest des Samoa, c'est-à-dire les Carolines et les Ma- 
riannes, qui seraient allés peupler les îles plus à l'Est et 
plus au Sud de l'Océan Pacifique. Or, on a vu qu'aucun té- 
moignage n'a jamais été fourni en faveur de ce fait et que 
toutes les données acquises après Forster semblent plutôt 
autoriser à penser le contraire, c'est-à-dire que ces îles ont 
été peuplées, dans l'origine, par des émigrants des îles Po- 

(l) Les migrations polynésiennes^ p. 54. 



LES POLYNÉSIENS. 77 

lynésiennes, au lieu d'envoyer les leurs peupler ces derniè- 
res (1) . 

Enfin, on a vu aussi que les îles Sandwich elles-mê- 
mes placent le lieu d'origine première de leur race dans 
rOuest, tout comme le font toutes les autres îles ; nous 
avons déjàexpliqué pourquoi, malgré qu'elles croient avoir 
reçu leurs habitants surtout de Tahiti, qui se trouve pres- 
que directement dans le Sud par rapport à elles. 

U est inutile d'insister plus longtemps sur. une provenance 
dont rimpossibilité est pour nous démontrée, maintenant 
que nous avons fait connaître la manière de procéder des 
Polynésiens dans leurs rapports entre eux et avec la race 
mélanésienne. Nous allons chercher à préciser davantage avec 
quels vents les migrations raisonnées ont presque certaine- 
ment été effectuées. 



Excepté les partisans de Torigine américaine ou d*un con>- 
tinent submergé, tous les autres écrivains ont, avec raison, 
à notre avis, attribué ces migrations aux vents d'Ouest, et 
l'on a vu que c'était particulièrement l'opinion de J. Wil- 
liams, de Dunmore Lang, de M. de Quatrefages et sans doute 
de tous ceux qui admettaient l'origine asiatique ou malai- 
sienne des Polynésiens. La migration vient de l'Ouest, di- 
sait M. de Bovis, et il faudrait déjà l'accepter pour telle, si 
Ton n*avait pas d'autres preuves. < Gomme la plupart de nos 
devanciers, dit M. Gaussin, nous pensons que les migrations 
ont dû se faire de l'Ouest à l'Est. » Tel est également notre 
avis, qui résulte de toutes les traditions recueillies depuis 
les premiers voyageurs jusqu'à nos jours ; nous avons suf- 
fisamment démontré que celles qui, d'après Pritchard et 
quelques autres, placent le lieu d'origine dans l'Est, ont 
été mal interprétées. 

Toutes les traditions témoignent, en effet, en faveur d'une 
provenance occidentale des Polynésiens. Toutes, quel que 

(1} Voir ce que nous aTons dit sur le peuplement des îles Caro- 
lines et MarimimeSt voL I, liv. II, ch. IV. 



•a^- . 



78 LES POLYNÉSIENS. 

soit le nom qu*elles donnent au lieu d*originei et qui, à part 
deux archipels, est le même partout, placent constamment 
ce Jieu d'origine dans TOuest, relativement à chaque île : 
ce qui démontre implicitement que les migrations n'avaient 
pu avancer vers TEst qu'à Faide des vents d'Ouest. 
, Nous avons longuement rapporté et commenté, dans le 
cours de notre travail, les nombreuses traditions qui mon-^ 
trent qu'on se rendait en Polynésie de l'Ouest vers TEst. 
Nous avons insisté notamment sur celles des Tunga, des 
Samoa et des Manaia. Toutes, et surtout celle relative au 
peuplement de Tungatapu, établissent nettement, quoi qu'on 
en ait dit, que les émigrants allaient de l'Ouest vers l'Est. 
C'est cette même direction qu'indiquent les légendes Maori 
qui montrent que pour aller de l'Hawahiki vers TIle-Nord 
de la Nouvelle-Zélande, il fallait faire route du Sud-Ouest 
vers le Nord-Est. Quoique cette opinion soit nouvelle et 
contraire à celle qui est généralement admise, nous Tavons 
étayée de tant de témoignages favorables qu'il est inutile 
d'y insister plus longtemps. 

Nous avons également suffisamment indiqué les vents 
qui ont été. observés dans chacun des archipels, aujourd'hui 
bien connus, de l'hémisphère Sud et qui aident tant à com- 
prendre la marche des migrations de l'Ouest vers l'Est, sur- 
tout celle des enfants de l'HawahUd vers l'Ile-Nord de la 
Nouvelle-Zélande. Là, comme on a vu, les vents d'Ouest 
(S.-O. à N.-O.) sont tellement fréquents et parfois si vio- 
lents qu'on d'expliqué facilement l'entraînement qu'ils au- 
raient pu effectuer vers la Polynésie, alors même que les 
canots n^auraient pas eu Tintention de s^ rendre, et nous 
avons même rapporté quelques traditions qui semblent le 
prouver. Nous ne ferons plus, à ce sujet, qu'une dernière re- 
marque, c'est que si l'Hawahiki était véritablement placé 
là oii nous avons cru le retrouver, le vent de Sud-Ouest est 
surtout celui qui aurait le plus servi aux migrations vers la 
Polynésie, ainsi que l'ont établi les raisons que nous avons 
données, et plus particulièrement Pabsence de Maori sur la 
côte orientaJe de l'Australie. 

Qu'on partage ou non notre opinion, il est évidenti après 



LES POLYNÉSIENS. 70 

tout ce que nous venons de diro, que les migrations n'ont 
pu se faire que d'un point plus Ouest que toutes les îles 
peuplées par elles, et nécessairement avec des vents de 
cette partie. Cest d'ailleurs aujourd'hui Topinion de tous 
les partisans de l'origine asiatique ou malaisienne des Poly« 
nésiens ; il n'y a de différence, entre eux et nous, que dans 
la situation que nous donnons au lieu d'origine des pre- 
miers émigrants. 

Mais si c'est bien de l'Ouest ou mieux du Sud-Ouest que 
les migrations raisonnées se sont effectuées vers TEst et le 
Nord-Est, après avoir quitté THawahiki et poussées par les 
vents de la partie de l'Ouest (S.-O. à N.-Oet O.-S.-O.), c'est 
AU contraire avec les vents les plus différents, tels que ceux 
du Sud-Est au Nord-Est et du Sud môme, que beaucoup 
dlles polynésiennes jusque-là inhabitées ont été peuplées, 
soit volontairement, soit à la suite d'entraînements invo- 
lontaires. Cest de cette dernière manière particulièrement 
que plusieurs îles au Nord et k l'Ouest de la Polynésie pa- 
raissent avoir reçu leurs habitants : telles sont les petites 
liée Tukopia, Anuta, Rotuma, Yaïtupu, Wallis, Duff, Taii- 
mako. C'est également ainsi que plusieurs points des gran- 
des îles à population mélanésienne, telles que Tanna, Fu- 
tuna, Uvea, Lakemba et autres, ont reçu des colonies qui y 
ont été tolérées parles habitants primitifs. 

U est bien évident que si l'Hawahiki ou pays d'origine 
première des Polynésiens, était situé dans Tune des îles de 
la Nouvelle-Zélande, les îles Sandwich ne pouvaient rece- 
voir directement leurs premiers habitants qu'à l'aide des 
vents de Sud-Ouest ou de Sud, ce qui n'est guère supposa- 
ble, ou indirectement avec des vents de Sud encore (S.-O. à 
S.-B) s'ils sont venus, comme on l'admet généralement, des 
Des de la Société qui gisent presque tout-à-fait au Sud des 
Sandwich. De même, c'est évidemment avec des vents con- 
traires aux venta alises de l'hémisphère Sud, que les îles 
Polynésiennes les plus méridionales ont dil recevoir les 
premières colonies qui sont allées s'y établir, probablement 
•ui intention arrêtée. De même enfin, que c'est probable- 
ment à la raite de coups de vent d'Ouest ou de Nord-Ouest, 



L. 



80 LES POLYNÉSIENS. 

qu'une île comme celle de Pâques, a pu être rencontrée et 
peuplée d'emblée par un premier entraînement ou succes- 
sivement par quelques autres. 

Bientôt, en traçant la marche des migrations, nous au- 
rons, du reste, à revenir sur le peuplement particulier de 
quelques-unes des petites tles. 

Si les Polynésiens ont eu pour lieu d'origine celui que 
nous admettons, il est plus facile de s'expliquer la possibi- 
lité des migrations, et, en voyant comment ils procèdent 
encore aujourd'hui, quand ils entreprennent un voyage, on 
peut mieux comprendre comment les îles se sont successi- 
vement peuplées. Notre système explique mieux également 
comment les populations des diverses îles ont pu conserver 
tant de caractères identiques malgré leur éloignement les 
unes des autres et même malgré l'interruption des rapports 
entre elles, pendant d'assez longues périodes de temps. On 
n'a point alors k se demander comment le peuple, échappé à 
la catastrophe de quelque continent englouti, a pu gagner 
toutes les îles qu'il occupe, et avoir sous la main, dans un 
pareil moment, toutes les pirogues qui auraient été néces- 
saires pour le sauver; on n'a point, non plus, comme dans 
la théorie du ne provenance asiatique ou seulement malai- 
sienne, à accepter la possibilité de traversées aussi considé- 
rables sans qu'il en reste la moindre trace dans les tles in* 
termédiaires. Surtout, on n'a pas besoin de fermer les yeux 
sur les différences qui séparent les Malaisieus et les Asiati- 
ques des Polynésiens, tant sous le rapport physique que 
sous le rapport linguistique ; enfin, il n'est pas nécessaire, 
comme dans la supposition d'une origine américaine, de se 
contenter de rapprochements qui, pour la plupart, sont sans 
valeur. 

Sans doute, dans notre système, il faut finalement admet- 
tre que les habitants de la terre d'origine étaient autoch- 
thones ? Mais puisque, en Europe, on a cette croyance pour 
l'Asie, alors qu'elle est toute autre ailleurs, pourquoi la race 
Maori ou Polynésienne, qui ne ressemble à nulle autre, ain- 
si que nous avons cherché à le démontrer, ne serait-elle pas 
née là même où tout annonce une création à part? 



CHAPITRE TROISIÈME 



DATE DES MIGRATIONS. 



DÎTergences des tuteurs à ce sujet, — Etude détaillée de chaque archipel. 
— Sandwich. — Marquises. — Paumotu. — Mangareva. — Hervey. — 
Tahiti. — Nouvelle-Zélande. — Renseignements contradictoires. — Im- 
possibilité défiler exactement la date des migrations. — Conclusions. 

On ne 8*accorde pas sur Tépoque des migrations. 
Pendant longtemps les renseignements historiques n*ont 
pennis de remonter qu'à trois cents ans environ ; mais, de- 
puis quelques années, des traditions nombreuses et coucor- 
dantes ont reporté à une époque bien plus éloignée le peu- 
plement de plusieurs des principaux archipels polynésiens. 
Il est bien certain que les migrations étaient effectuées 
en Polynésie au XVI* siècle, car les récits faits par les pre- 
miers navigateurs ont montré que la plupart des îles étaient 
habitées comme elles le sont aujourd'hui, et Ton a pu sa- 
voir, depuis, par leurs successeurs, qu* elles n*ont reçu aucune 
nouvelle émigration, sinon de temps en temps, quelques 
colonies égarées à la suite de coups de vent. Oomme les 
populations sont restées identiques à celles qu^on avait d'a- 
bord vues, on a conclu, avec raison, que les Océaniens n*ont 
pas progressé comme ils Teussent fait sur un continent. 
Tels avaient été vus les Samoans par Roggeween, les habi- 
tants des Nina et des Alu-Fatu par Lemaire (1), les Mar- 
quésans par Mendana et Quiros, tels ils ont été retrouvés 
tous par Bougain ville, par Cook et par tous les navigateurs 
modernes. Cook et Marchand avaient été particulièrement 
frappés de Texacte ressemblance des insulaires de Madré, de 
Bios ou Tahuata vus par Mendana dans le milieu du XYI* 
âècle, et nous-même, 69 ans après, nous avons retrouvé 
dans cette lie les mêmes hommes si bien décrits par le chi- 

(1) Lemaire avait pris ces dernières lies pour les lies Salomon. 

G. 




82 LES POLYNÉSIENS. 

rurgien de Marchand, Roblet ; en un mot, le changement 
avait été si peu grand que les descriptions de notre confrère 
et celles de Quiros elles-mêmes semblaient avoir été faites 
d'après les habitants actuels. On sait, du reste, que Pigafetta 
aux îles des Larrons, Tasman à la Nouvelle-Zélande et aux 
Tunga, avaient également trouvé des populations dont les ca- 
ractères physiques étaient absolument ceux des habitants 
d'aujourd'hui. 

« Que l'époque des migrations fût très ancienne, dit M. 
Broca (1), c'est ce dont on n'a jamais pu douter; maison 
n*avait à cet égard rien de certain ni même de probable 
avant les travaux de M. Horatio Haie, auteur ^u volume in- 
titulé : On ethnography and philology of the United Siaies 
expédition under com. Ch. Wilkes (1846). » 
Or, M. Haie résume ainsi ses recherches jusqu^en 1840 : 
Peuplement des îles Sandwich, depuis 1400 ans ou mieux 
1850 ; des îles Marquises, depuis 2640 ; de Tahiti depuisdÛOO 
ans ; et des Mangareva, depuis 810 ans seulement. 

Le savant américain ne dit rien de l'époque de l'arrivée 
des émigrants aux îles Samoa et Tunga ; mais «par cela 
même qu'il regardait les Samoa comme la source des migra- 
tions allant peupler les îles de la Société, les Paumotu, les 
Marquises, les Mangareva, les îles Sandwich et mdme les 
lies Tunga et la Nouvelle-Zélande, il est évident qu'il faisait 
remonter la date des premiers émigrants, qui, pour lui, ve- 
naient de la Malaisie, à une époque infiniment plus reculée 
encore. 

Moërenhoût (2) avait la certitude que desmilliers d'années 
s'étaient écoulées depuis l'existence des émigrants en Poly*-* 
nésie, et c'était probablement Topinion de M. J. Gamier (3) 
qui regarde les îles de cette partie comme peuplées depuis 
très longtemps (4). Seulement, il n'admet pas, malgré les 

(1) Bullei. Société (fanthrop. 1868, p. 806. 

(2) OuTT. cité, t. II, p. 199. 

(3) Les migrations poljrnétienneSy p. 81. 

(4) M. Gaussin, après avoir dit qu*il croyait avoir établi que la 
langue poljnésiejme se trouTO dans un état de jeunesse relatiTe» 



LBS POLTiniSIENS. 83 

belles recherchée de MM. Haie et de Quatrefages, qu'il soit 
possible de fixer la date première des migrations polyné-* 
sienneSt et encore moins l'itinéraire particulier de chacune 
d'elles ; sur le premier point, nous sommes complètement 
de son avis. 

Noos ne pouvons nous borner à ces quelques lignes dans 
une question qui est si obscure ; nous allons donc exa- 
miner en détail les diverses opinions émises à ce sujet do- 
pais HalOt par les principaux écrivains. Nous commence- 
rons, comme nous Favons déjà fait, par les îles Sandwich, 
c'est-à-dire par le point extrême et probablement le dernier 
peaplé, nous rapprochant ensuite successivement du lieu 
d'origine première. 

Ile$ Sandwich. — Bn 1840, d'après M. Haie, les généalo- 
gies royales aux îles Sandwich comptaient 67 générations ou 
2,100 ans ; pour M. J. Remy (1), le chiffre des chefs qui 
avaient régqé jusqu'en 1838 s^élevait k 75 et donnait une 
dorée de 2250 ans. Le premier de ces documents faisait donc 
remonter à 170 ans avant notre ère l'arrivée à Hawaii des 
premiers colons venant des Marquises ou de Tahiti ; le se- 
cond reportait cet.^e arrivée à l'an 412 ou 307 ans avant no- 
tre ère. 

Mais après une étude attentive, M. Haie, ayant cru voir 
que 22 générations pouvirient ôtre regardées comme fabu- 
leuses, ces 22 générations furent retranchées par lui, de 
sorte qu'il ne reste plus que 45 générations donnant un to- 
tal de 1350 ans et reportant la première colonisation d'Ha- 
waii par les Polynésiens à la fin du V* siècle. C'est à ce 
chiffre de 1350 ans qu'il s'arrêta. 

^aud oa la compare à nos langues aaropéeanes, (p. 262) crojait à 
rmeitiuieté des migrations. Car il dit, p. 268, « que la séparation 
« timaltanée ou succassiTe des Polynésiens (de la souche com- 
c mime on entre eux) a dû ayoir Uea à une époque très reculée. « 

(t) Auteur d'une notice sur les Sandwich, intitulée : « Récits 
iwM vieux sawage^ 1859, et d*une Histoire de V archipel hawaiien^ 
tndaitede celle oomposéa par Darid Malo et quelques autres in- 
digèass (18SS). 



84 LES POLYNÉSIENS. 

Ce fut ce calcul que M. de Quatrefages adopta, et appli- 
quant égfalement cette suppression de 22 générations aux 
75 généalogies de chefs de M. Remy, il ne resta plus que 53 
générations représentant 1590 ans et conduisant vers le mi- 
lieu du III* siècle. Mais ne se contentant pas de ces sous- 
tractions, M. de Quatrefages trouva qu*il fallait diminuer 
encore ce chiffre, parce que, disait-il, les vers des généalo- 
gies ne représentent pas des générations mais bien des rè« 
gnes : de sortç, en résumé, que les généfllogies se bornaient 
pour lui à 45 ou 53 qui, multipliées par 21 15/100 et en né- 
gligeant les fractions, donnaient 945 ou 1113 ans, et par 22 
990 ou 1166 ans. Pour lui donc les Tahitiens étaient arrivés 
aux Sandwich 405 ans ou 237 ans plus tard que ne Pavaient 
dit MM. Haie et Rémy. 

On verra bientôt pourquoi cette diminution. En faisant 
venir de Tahiti les premiers habitants des Sandwich, il fal- 
lait bien faire concorder les dates, et il n'y avait guère 
d'autre moyen d'y parvenir. 

Si M. de Quatrefages était bien convaincu que les généa- 
logies n'étaient en définitive que celles de règnes au lieu de 
générations, M. Rroca, à la même époque, soutenait (1) € que 
c'étaient bien des générations et non des chefs qui étaient 
indiqués sur ces listes, attendu que lorsque plusieurs frères 
avaient régné l'un après l'autre, ils étaient énumérés dans le 
même vers et ne formaient qu'une unilé sur la liste géné- 
rale. > Nous pensons comme lui que ce sont plutôt des géné- 
rations que des règnes. Or, à 30 ans par génération, cela 
donne bien le nombre de 2010 ans jusqu'à Tamehamehaou 
2100 ans jusqu'en 1840. 

Mais qu'il s'agisse de générations ou de règnes, c'est avec 
plus de raison encore, à notre avis, que M. Broca trouvait 
que M . Haie avait réduit d'une façon quelque peu arbitraire 
les 22 générations sur les 67 données par les généalogies, 
réduction qui abaissait à environ 1400 ans la durée de l'oc- 
cupation d'Hawaii jusqu'à Tamehamehaet la portait jusqu'à 
nos jours à peu près à quinze siècles, c Je ne suis pas aussi 
convaincu que lui, disait-il, de la légitimité de cette sup- 

(\) Bull. Société (Panthrop. 1862, p. S06. 



LES POLYNÉSIENS. 85 

pression. Les personnages revôtus du caractère mythologi- 
que sont loin d*âtre toujours imaginaires ; le plus souvent 
ils ont eu une existence réelle, et il est peut-être trop rigou- 
reux de se montrer plus sceptique à regard des temps histo- 
riques de la Polynésie qu'on ne Test à Pégard de Romulus, 
lequelt pour n*âtre pas fils de Mars, pour n'ôtre pas le nour- 
risson d*une louve, et pour n'avoir pas été enlevé au ciel, 
n'en a pas moins existé. » 

Nous partageons complètement cette manière de voir, et 
nous Tappuierons en parlant des Marquises. Pour nous, les 
67 personnages cités dans les généalogies doivent être 
comptés, et il n'y a d'hésitation à avoir que sur le choix à 
fidre entre lea générations ou les règnes : cette différence 
se borne d'ailleurs à 536 ans. On a donc : 

Par les générations 2010 ans jusqu'à Tamehameha. 

Par les règnes de 22 ans, 1474 ans. 

En un mot, d'après M. Haie, Hawaii avait été'peuplée par 
Nukuhiva et par conséquent après Nukuhiva, il y a 1350 
ans avant 1840 ; d'après M. de Quatrefages 1113 ans ou 945 
ans ; d'après nous, il y a 2100 ans (1). 



/les Marquises. — Porter, le premier, a appris que le chef 
Ke-Ato-Nui, en 1813, faisait remonter son origine à l'arri- 
vée des premiers émigrants dans Nuku*Hiva,etqu*il comp. 
tait jusqu'à cette époque environ 88 générations, c'est- 
à-dire que' le peuplement avait eu lieu 2640 ans auparavant 
ce qui reportait l'arrivée vers 827 avant notre ère. En un mot 
il y aurait eu 630 ou 660 ans de différence»(21 ou 22 géné- 
rations) d'après M. Hale,entre le peuplement deNuku-Hiva 

Ci) M. Fomsikdtf {An accountofthe Polynesian race, t. II, p. 
O)» relaie une généalogie d'après laquelle 56 générations existèrent 
dopais Wakeajusqu*en 1S70, ce qui, à 30 ans par génération ferait 
IM aas ; mais d'autres traditions telles que celle de Kumuhonua, 
Imi remonter la ligne des chefs hawaiiens jusqu'à Hawaii- Loa 
q^'oM légeode tahitienne fait trère de Tii (Tiki) et qui passe pour 
afoîr le i^reinier découvert les lies Hawaii et s'être établi sur elles 
^rs que, dans une excursion de pèche, il se dirigeait de sa de- 
■tare vers FBst. 



A. A 



86 LES POLYNÉSIENS. . 

et des Sandwich, et par conséquent le temps de peupler en 
partie les Sandwich. Cette période de 630 ou 660 ans est en 
harmonie avec la succession des migrations^ car pour que 
des colonies émigrassent il fallait le plus généralement que 
rîle ait eu le temps de se remplir, qu'il y eût exoès de po- 
pulation, résultat qui ne devait se présenter qu'après plu- 
sieurs siècles. 

Pour M. de Quatrefages le nombre des générations donné 
à Porter était manifestement exagéré, aussi lui flt-il subir, 
comme Haie l'avait fait aux Sandwich, une diminution de 
22 générations, réduisant ainsi les généalogies à 66 géné« 
rations, lesquelles multipliées par SO donnent 1980 ans et 
par 21 ou 22 règnes donnent 1386 ou 1452 ans. De plus il 
préfère voir dans le nombre réduit par lui des règnes au liett 
de générations, contrairement à sa manière de faire pour 
Tahiti. D'après lui donc, les Marquises auraient été peuplées 

m 

vers Tan 419. 

Gomme M. Haie, c'est sous le prétexte que les 22 premiè^^ 
ras générations ou règnes, sont fabuleux, que M. de 
Quatrefages les supprime. Gomme si on avait quelque 
moyen de savoir que ces générations sont plus fabuleuses 
que les autres et doivent être supprimées ni plus ni moins I 
On comprend cependant qu'en voyant certains noms on ait 
pu croire qu'ils étaient des non-sens ; mais c'était une enfeur, 
les chefs de ces îles avaient la même manie que les rois de 
l'Europe ; ils laissaient de côté leur véritable nom pour 
prendre celui que l'un d^eux avait d'abord adopté par capri- 
ce, ou par tout autre motif personnel. C^est ainsi qu*ild se 
faisaient appeler € le Grand, » < lePuissant« »«lel)ivin> 
c la Nuit, > < le Jour, » c le Constructeur, » etc., aussi 
bien aux Marquises qu'à la Nouvelle-Zélande et ailleurs. 
La liste généalogique que nous nous sommes procurée à 
Uapu (1) en est un témoignage : elle ne se borne pÀs à 88 
générations ou règnes ; elle en présente presque le double. 

D'après M. Fornander (2), les chefs marquésans d'Hivaoa, 
après avoir compté 148 générations depuis la eemmenee- 

[{) Bile est relatée dans notre Vojragê du PylAit. 
(2) Oiiyr. cité, t. II, p. 7, note. 



LB8 POLYNÉSIENS. 87 

ment des choses, reoommenceût une nouvelle série depuis 
Ifstapa et comptent 81 grénérations jusqu'au temps actuel , ce 
qui concorde parfaitement avec nos propres renseigrnements. 

Ici encore, avec M. Broca, nous pensons donc que cette 
sooBtraction opérée par M. de Quatrefages, n'a pu être faite 
sans arbritaire, et nous ne sommes paâ plus convaincu que 
lui de sa ilécessité^ 

Le chifEre 88 n'est pas d'ailleurs, comme le dit M. de Qua^ 
trefbges» d'un passé historique, ceët pourquoi nous croyons 
qu'il faut admettre au moins cette liste c'est-à-dire 2640 ans^ 
comme nous admettons 9100 ans pour les Sandwich. 

Bn sommci M. de Quatrefages conclut que les Tong:ans (1), 
par qui il fait peupler en partie les Marquisesi ont dû ar« 
river daiis ces lies il y li 1880 ans» c'est-h*dire vers 419 ou 
4fl7. Par conséquenti d'après ces calculs les Marquises au- 
raient été peuplées par les Tongans, 873 avant les Saad«« 
wich, par les Tahitiéns, en prenant les calculs réduits de 
M. fiemy, et 441 d'après les chiflres réduits de M« Haie. 

PaumotUé — Nous Tavons déjh fait remarquer : malgré 
ce qu'on en a dit, la population de ces tles a tous les carac- 
tères de la race polynésienne, et, ft part une coloration plus 
foncée et un langage plus dur elle a absolument les mômes 
traits, la même langue, les mêmes coutumes, etc. Aussi re^ 
gafde-t-on généralement Tahiti comme le berceau des 
habitants de cet archipel ; une tradition Tahitienne précise 
même le lieu de leur départ sur cette île ; mais si cette tra* 
dition désigne par leurs noms les districts qui ont fourni les 
émigrants, elle ne dit rien, elle non plus, de l'époque de la 
migration qUi semble d'ailleurs ne pas être très ancienne et 
qni aurait certainement pu être précédée du peuplement de 
rarehi^Msl Paumotu par une autre voie. 

M. de Quatrefages semble admettre que cet archipel a 
été peuplé en partie perdes colons d'une autre race, en partie 
perdes Tahitiens : t Sans pouvoir préciser, dit-il, (2) à quelle 
époque arrivèrent dans ces Iles les colons qui mêlés aux 

(1) Partit de Vavau. 

(t) Jbmc d€S Deux-Mondes, 1864, p. 897. 



88 LBS POLYNÉSIENS. 

Polynésiens de Tahiti, les habitent aujourd'hui, tout porte 
à croire qu'ils y sont parvenus à une époque peu éloignée, 
car ils n*out pas encore atteint Textrémité de cet ensemble 
d*îles très rapprochées les unes des autres, et ne se montrent 
en populations quelque peu condensées que dans les grou- 
pes du Nord et de TOuest. > 

Pour nous, comme il ne reste aucun vestige d'une autre 
race, dans la population ou le langage, nous sommes 
persuadé qu'au lieu d'être d'une race différente, les 
colons, arrivés avant, ou après les Tahitiens, n'étaient bien 
probablement que des Samoans. Comme nous l'a- 
vons dit ailleurs, ces <;olons étaient, probablement aussi, 
établis dans plusieurs des Iles Paumotu avant la venue des 
Tahitiens. Mais, ce que nous voulons seulement faire re- 
marquer ici, c'est que la raison que donne M. de Quatre- 
fages du peu d'ancienneté de l'arrivée des émigrants quels 
qu'ils fussent ne repose que sur un fait d'observation inexac- 
te. Tous les navigateurs des Paumotu ont appris, en effet, 
qu'il n'est pas une seule île habitable dans tout l'archipel, 
qui ne soit, ou n'ait été habitée, ainsi que l'attestent les res- 
tes de demeures qu'on y rencontre encore de nos jours. Ce 
ne serait donc pas parce qu'on n^a pas eu le temps d^attein- 
dre les extrémités du groupe que cet archipel présente quel- 
ques îles désertes aujourd'hui ; c'est tout simplement parce 
que quelques-unes ne permettent pas d'y vivre et que les 
autres, ont eu leurs populations exterminées par les aven- 
turiers d'Ânaa. 



Mangareva. — « Les Mangaréviens, disions-nous dans 
une notice publiée sur leur île en 1844 (1), habitent leurs 
chétives îles depuis longtemps sans doute et portent leur 
premier établissement à six ou sept cents ans. Un calcul 
approximatif peut ôtre fait pour concorder avec leurs anna- 
les orales, en donnant 10 ans de vie moyenne à leurs rois. 
Or, comme ces peuples comptent de 60 à 70 monarques 

(l) Voxafce aux Afangareya^RochQfoTtlSiik et Journal du yqy^ge 
du Pelade, ( Inédit). 



LES POLYNÉSIENS. 89 

ayant gouverné comme chefs suprêmes le groupe entier 
des tiesy on se trouve obtenir un résultat sinon précis, du 
moins probable. » 

Mous avions pris dix ans seulement ; mais si nous adop* 
lions le chiffre de M. de Thompson 22 ans 1/55 ; ce serait 
presque le doifble, c'est-à-dire de 1320 à 1540 ans. 

Si nous adoptions le calcul de M. de Quatrefages, si nous 
donnions à chacun des 60 ou 70 règnes, 21 ans environ, ce 
serait 1200 ans pour 60 et 1470 ans pour 70 règnes ; et en 
supposant des générations de 30 ans : 1800 ou 2100 ans. 

n est vrai que ce dernier écrivain n'admet, d'après M. Haie 
qui le tenait du missionnaire français M. Maigret, que 27 
chefs jusqu^en 1840 : ce qui ferait 567 seulement pour des 
règnes de 21 ans, et 810 ans pour des générations. 

Nous ne pouvons dire lequel a raison quant au nombre 
des règnes^ de M. Maigret ou de nous-mâme ; mais il est 
certain que nos renseignements proviennent d'une source 
offrant toute garantie, car c'est sur les lieux qu'ils nous 
ont été donnés par le studieux et modeste savant M. Florit 
de la Tour de Glamaure, directeur des études dans l'archipel. 
D'un autre côté, M. Fomander dit (1) que les Mangareva 
comptent 25 générations depuis Te Âtu Moana, arrivé là 
des terres étrangères. 

Des chiffres de M. de Quatrefages, il résulte que les îles 
Mangareva auraient pu recevoir leurs habitants de l'île 
Rarotonga, comme il l'avance d'après J. Williams, puis- 
qu'il donne à cette dernière île trente générations. Dès que 
l'on n'admet que 27 règnes aux Mangareva, il est clair qu'il 
y aurait une différence en faveur des îles Manaia, c'est-à- 
dire que les dernières auraient pu peupler les Mangareva, 
comme le croit M. de Quatrefages avec Horatio Haie. 

Si nos chiffres étaient, au contraire, les plus exacts pour 
les Mangareva, force serait de reconnaître que ces îles au« 
raient été peuplées 630 ou 810 avant les Rarotonga en ad- 
mettant la manière de compter de M. Thompson. Mais sont- 
Ils exacts T Nous n'oserions le dire, quoiqu'ils nous aient 

(1) Ouït, cité, vol. Il, p. 7, note. 



i. : 



lA-j 



00 LES POLYNÉSIENS. 

été fournis par rhomme le plus au fait de Thistoire des 
Mangareva lors de notre yisite à ces îles. 

Toute la difficulté, comme on voit, se borne à savoir si 
c*est bien 60 à 70 rois ou seulement 27 qui ont régrné depuis 
le peuplement de ces Iles jusqu*en IdiO» et s'il fteut compter 
par générations ou par règnes j mais il est bien certain 
qu'en ne donnant que 10 anB« comme nous ayions fenti nous 
étions resté en-dessous du chiffire véritable. 

Après cela, il est évident que d*après les calculs de MM a 
Haie et de Quatrefages, les Mangareva. auraient pu être 
peuplées par les Manaia, en supposant des générations ; 
mais pour nous il s^agit de règnes et les renseignements 
sur lesquels on s*est appuyé pour fixer l'époque du peuple- 
ment des îles Herveji n'ont pas la valeur qu'on leur a ao- 
cordée. 



Ileê Hêtnyey. ^ En èfRrti M. de Quatrefages a admis com- 
me eiacts les renseignements fournis par M. Jr Williamsi 
mais sans remarquer que Williams lui-mâmë ne paraissait 
pas y attacher une gi^ande importance, puisqu'il se borne à 
dire : < Le roi actuel Makea est le 29* de sa famille ; » il 
igoute en note : < L'oncle de Makea, alors que nous allions 
partir pbur les Iles de la Société^ nbus donna un renseigne- 
ment fort intéressant, c^était rénumération des ancêtres du 
roi« Cette énumération ou généalogie commençait à Makea« 
Karika, et le caractère de chaque chef y était indiqué. Je 
regrette vivement de n'avoil* pu obtenir uil récit exact de ce 
renseigment que j'entendais avec un Intérêt tout parti- 
culier. 1» 

Il est certes difficilei d'après Williams loi-même, de pou- 
voir conclure quelque chose de précis d'une pareille donnée, 
reçue pour ainsi dire en l'air ; mais ce renseignementi f&t-il 

(1) A Narrative f etc., p. 197. Fomander ayanoe lo mémo fait, 
probablement puisé à la mémo source. Mais, d*après loi, les ex- 
péditions réimiefl à Tahiti et aux Samoa, sous la conduite de Karika 
et de Tangiia, subjuguèrent des populations précédemment fixées 
sur ces îles. « 



LES POLYNESIENS. 01 

exact, il ne reste pas moins d^une importance secondaire et 
pour ainsi dire nulle, puisque la date qu*il donne, comparée 
à celle des grands archipels, est toute récente. Tout au plus 
peut-on en conclure que ces îles auraient été découvertes et 
peuplées beaucoup plus tard que d'autres, mais cela n'aide 
en rien à en fixer Tépoque, pas plus que cela n*aide à décou- 
vrir l'époque probable de la grande émigration venant d*Ha- 
waliiki et celle de Tarrivée des premiers émigrants en PoIy<« 
nésie. (Test même parce qu'on a voulu tirer quelques induc- 
tions de pareils faits sans signification, qu'on est si difficile- 
ment arrivé à des résultats satisfaisants en fait de date. 

Encore une fois il est bien certain que les Manaia, puis- 
qu'on leur accorde 29 générations ou 29 règnes, auraient 
pu peupler les îles Mangareva, s'il est vrai, comme le dit 
M. Haie, que celles-ci n'en comptaient que 27 ou 25 comme 
l'avance M. Fomander ; mais tout cela est si hypothétiquei 
létude des faits polynésiens vient si peu en aide à cette opi- 
nion, qu'il est au moins permis de conserver quelque doute. 

En somme, nous ne croyons pas que les populations des 
Mangareva soient aussi jeunes que les font les chif&es de 
fiale, ni probablement aussi vieilles qu'il résulterait des 

« 

nôtres, interprétés à la manière de Thompson (1). 

Sans doute les Manaia, par leur position autant que par 
les chiffres cités, doivent avoir été les premières peuplées ; 
mais ce qui est pour nous une raison de plus de douter 
qu^elles Tavaient été si tardivement qu'on paraît le croire, 
c'est que les plus anciennes traditions, comme on a vu, 
parlent de Karotonga, et montrent que cette île, pour ne 
citer qu'elle du groupoi avait les rapports les plus intimes 
avec Tahiti d*abord| et les îles Samoa elles-mômes. 



^ (1) J. Williams (p. MO) cite un fait qui, s'il était exact, pourrait 
fuie douter du peu do temps qu'on croit écoulé depuis ce peu- 
plement destles Herrey : à Manaia, un naturel descendu dans les 
eafemas où depuis un temps très éloigné étaient jetés les cadavres 
de la popiilation, assurait que ces cayernes étaient très grandes et 
qu'elles eontonalaat une innonibrable quantité d'ossements, mais 
oa fem supposer que la peur lui a fiut voir l'amas plus cousidé- 
raldaqa'il n'était. 



92 LES POLYNÉSIENS. 

Tahiti. — M. Haie assigne au peuplement de Tahiti une 
antiquité beaucoup plus grande que celle du peuplement 
des îles Sandwich ; il le fait remonter jusque vers le 10* siè- 
cle avant notre ère, en se fondant uniquement sur Taltéra* 
tion que la langue et les mœurs présentent, lorsqu^on les 
compare à ce qui existe aux Samoa : si, comme nous le 
croyons, le chiffre de 2100 ans est exact pour les Sandwich, 
de même que celui de 2640 ans pour les Marquises, 3000 
au moins sont nécessaires pourTahiti. 

Mais ici M. de Quatrefages, se séparant de M. Haie, trouve 
qu*il fait remonter l'origine des Tahitiens à une trop haute 
antiquité. Il reconnaît bien la difficulté d'indiquer l'époque 
de la colonisation ; mais en s'étayant de la généalogie des 
anciens rois de Raiatea, faite par Mare, sous le gouverneur 
Lavaud, il croit pouvoir la reporter au 2* siècle avant notre 
ère, et il admet avec lui trente-quatre générations qui ramè- 
nent aux années 807 ou 1109 suivant qu'il s'agit de règnes 
ou de générations. 

Toutefois 1020 ans et à plus forte raison 714, étaient insuf- 
fisants pour expliquer le peuplement des îles Sandwich par 
Tahiti ; M. de Quatrefages chercha à tc^mer la difficulté : 
au lieu de diminuer d*un certain nombre de générations ou 
de règnes, comme il l'avait fait pour les Sandwich et les 
Marquises, il augmenta au contraire d'un certain nombre 
les générations ou les règnes de Tahiti. On le voit, le procé- 
dé était aussi simple que commode. Il commença donc par 
adopter des générations au lieu de règnes, et aux trente- 
quatre générations de Mare, il en ajouta 20 autres, ce qui 
porta de la sorte le chiffre total des générations à 54. Avec 
ces vingt générations, que M. de Quatrefages trouve cepen- 
dant lui-même un peu fortf^s, on atteint, comme il le dit, à 
peu près l'époque du peuplement des îles Sandwich. On a, 
en effet, s'il s'agit de générations, un intervalle de 507 ou 
675 ans, et s'il s*agitde règnes', de 11 années seulement. Le 
premier intervalle est bien suffisant pour faire comprendre 
que les Sandwich ont pu être peuplées par Tahiti ; mais le 
second ne suffirait guère : c'est peut-être pour cela que M. 
de Quatrefages n'admet pas ce dernier calcul. 



LES POLYNÉSIENS. 03 

Ainsi, d*une part, diminution de toutes les gfénérations ad- 
mises pour les autres archipels en ne les considérant que 
comme des règnes; puis de Tautre, au contraire, choix de 
générations au lieu de règnes admis jusque-là, et augmen- 
tation de 20 générations : tel a été le moyen mis en usage 
pour expliquer la possibilité du peuplement des Sapdwich 
par Tahiti. Sans doute on arrive de la sorte à un surplus 
quelconque pour Tahiti, mais on voit combien il fautretran* 
cher d*un côté et augmenter de Tautré pour faire cadrer ces 
calculs avecle système adopté. Quelle confiance avoir, nous 
le demandons, dans de pareils calculs ? Et pourtant ce sont 
eux qui paraissent avoir donné à M. de Quatrefages la certi- 
tude que la migration Tahitienne est bien plus ancienne que 
celle des Maori, et que M. Haie s est trompé. Voici, du reste, 
textuellement ce que M. de Quatrefages dit à ce sujet (1) : 

t Quant au peuplement de Tahiti, nous pouvons opposer 
à l'estimation toute conjecturale de M. Haie un document 
non moins précis que les précédents. C'est la généalogie 
des anciens rois deRaiatea, ancêtres des Pomare. Cette gé- 
néalogie, recueillie avec grand soin par ordre du gouverne- 
ment français,ne comprend que 31 générations représentant 
1020 années et reporterait Tavènement de cette dynastie vers 
le milieu du IP siècle de notre ère. Peut-être cependant 
mérite-t-elle un reproche opposé à celui que M. Haie 
adresse, évidemment avec raison, aux généalogies hawaïen- 
nes. On n'y voit figurer aucune de ces divinités locales qui 
sont certainement d'anciens chefs déifiés, et il serait bien 
étrange que la tradition tahitienne commençât d*emblée 
aux temps franchement historiques. Les recherches d*Ellis, 
en restituant au dieu Oro son vrai caractère, autorisent à 
croire qu'un certain nombre de générations humaines sont 
passées dans la mythologie ; mais probablement l'indigène 
nouvellement converti, chargé de recueillir ces documents 
précieux, aura sacrifié les temps héroïques de sa patrie, il 
aoraeuievé un certain nombre d'hommes de la liste royale 
de crainte d'y faire figurer quelques faux dieux, etc. > 

{\)Reinte des Deux-Mondes^ 1864, p. 899; les Polynésiens, 
p. 171. 






M LES 

(Test arec raison que le savant ethnologne croit qn*an 
certain nombre de générations sont passées dans la mytho- 
logie desTahitiens.'On n*en peut dire exactement le nombre 
mais il a probablement été beaucoup plus grand qu*on ne 
paraît le supposer. 

Quant à TexpUcation que donne M. de Quatre&ges, elle 
est on ne peut plus admissible, car si Mare était un homme 
intelligent, il n'était pas moins par son caractère sceptique, 
ses qualités de rhéteur, le Tahitien peut-être le moins capa- 
ble de faire une généalogie. Nous savons de source autorisée 
que les choses d'autrefois étaient celles qu'il ignorait le 
plus, bien qu'elles doivent être celles qui porteront le plus 
son nom à la postérité. Nous étions là, en effet, quand Mare 
a composé ce roman dont souriait M. Orsmond qui n'y com« 
prenait absolument rien, comme il nous l'a dit lui-même. 
C'est en vain que ce dernier, s'entourant' de toutes les con- 
naissances rassemblées par lui-même et ses confrères depuis 
une trentaine d'années, avait essayé de construire la géné^ 
logiedes rois de Tahiti: il n'avait pu y réussir ,disait-il,quoi- 
qu'il eût reçu ses renseignements de vieux prêtres ou chefs 
fort capables, morts tous, et qui n'avaient pu les communi- 
quer à Mare, lorsque, sur Pinvitation de l'autorité française, 
celui-ci se mit à écrire quelques chapitres sur l'histoire de 
Tahiti. Cette généalogie de la famille de Pomaré n'est que 
le fait d'un rhéteur courtisan, bien certain que personne, 
quelques années plus tard, ne serait en état de le contredire 
puisque déjà tous ceux qui en auraient été capables n^exis* 
talent plus (1). 

D'après M. Orsmond lui-même, dire approximativement 
le nombre des dynasties qui se sont succédé dans Vîle est 
impossible ; mais il est certain qu'il y en a plusieurs chex^ 
chant toutes à fondre dans leur généalogie celle des chefii 
marquants qui les avaient précédés. 

(1) Nous ne pouvons entrer ici dans les détails nécessaires ; 
nous nous contenterons de dire qae les Pomare sont des usur- 
pateurs ne datant, comme rois, que (l'une époque peu recalée, du 
commencement du siècle et nous renverrons à la biographie de 
eette famille que nous avons écrite dans nos Documents sur Tahitié 



LM POLTNÉSISlfS. S6 

(Test done eneore avec raison que M. de Qnatrefages dit 
qa*il 7 a là un fait historique à rechercher, à éclairer ; mais 
Q faut bien le dire aussi, quelles que soient les conjectures, 
elles ne seront jamais ni infirmées, ni confirmées, car encore 
une fois, ceux qui auraient pu le faire sont morts. 
• Inutile d'ajouter que tout ce qu'ont dit les missionnaires 
à ce sujet et avec intention parfois, ne peut qu'induire en 
erreur : ils ne pensaient ^ère alors que viendrait le jour 
où cette question serait, comme tant d*autres, examinée par 
la science. 

Après ces remarques il ne sera peut-être pas superflu de 
citer encore l'extrait suivant de l'article de M. Bovis sur 
Tantiquité de la population des îles de la Société (1). Cet ex- 
trait vient attester lui-même combien il est difficile d'obtenif 
quelque chose de précis sur un pareil sujet. 

€ Il ne nous reste rien d'écrit sur les premiers temps de 
ces peuples, et les traditions conservées par la mémoire 
humaine remontent si peu haut qu'on serait tenté de cher- 
cher à cette insuffisance une raison prise dans la nécessité 
même des choses. Mes efforts n'ont jamais pu faire remonter 
la mémoire des vieillards, plus loin que 20 générations, les 
vieillards que j'ai questionnés se sont généralement accor- 
dés ou à peu près pour le chiffre de vingt générations de 
rois, et à la 20", ils se trouvaient complètement dans Ie3 
temps fabuleux : ca^ le père du 1*' roi a maintes fois trans- 
porté des montagnes, voltigé d'une cime à une autre et en- 
fin s^est livré aux exercices habituels aux héros et demi- 
dieux de tous les paganismes. » 

Cest vraiment un fait bien remarquable et qui semble 
tenir, comme le dit si bien M. de Bovis, à l'impossibilité de 
retenir plus dhine vingtaine de générations dans la mé- 
moire, car il se présente presque partout et particulière- 
ment comme nous allons le faire voir, aussi bien à la Nou- 
velle-Zélande, qu'aux Manaia, aux Mangareva, etc. De son 
cftté, le Rev. ElliSi dans ses Polyne$ian researcheB^ dit que 
lee Tahitiens ont des généalogies remontant à plus de cent 



{i)Amuiaire de TahiH^ iSM, p. tt5. 



96 LES POLYNÉSIENS. 

gfénérationsymaia que trente seulement d'entre elles peuvent 
être considérées comme exactes et admissibles. 

Quoiqu'il en soit, nous croyons pouvoir nous contenter du 
chiffre donné par M. Haie qui accorde 3000 ans d'existence 
aux habitants des îles de la Société et nous résumons ainsi 
le peuplement des archipels que nous venons de passer en 
revue : 

Sandwich 2100 ans. 

Marquises 2640 ans. 

Tahiti 3000 ans. 



Nouvelle-Zélande. — Les mêmes raisons, tirées de Talté- 
ration de la langue et des mœurs, qui avaient porté M. 
Haie à assigner une grande antiquité au peuplement de 
Tahiti, Font conduit à considérer les émigrations à Tahiti 
et à la Nouvelle-Zélande comme contemporaines ; c'est eu 
effet ce qui semble résulter, non seulement des données 
linguistiques, mais même du rapprochement des dates four- 
nies par les traditions de ces deux contrées (1). 

Au contraire M . de Quatrefages pense que M. Haie se 
trompe quand il avance que la Nouvelle-Zélande et Tahiti 
ont été peuplées à peu près à la même époque : car, dit- 
il, € bien loin que les émigrations aient été contemporaines 
dans ces deux archipels, celle de la Nouvelle-Zélande est 
une des plus récentes, tandis que celle de Tahiti est très 
ancienne. • Pour étayer cette opinion, il s'appuie : d'abord 
sur une légende rapportée par Sir Grey, légende établissant 
que jusqu'au moment où elle a été recueillie, il n'y a eu que 
15 générations, ou 450 ans d*écoulés depuis l'arrivée des 
émigrants de l'Hawahiki venus sur le Taînui ; il s'appuie 
en outre, sur les généologies publiées par Shortland et 
Thompson ; ces généalogies élèvent le nombre des généra- 
tions à 18 ou 20 et font remonter la date^des migrations à 

(1) Noter que lo révérend Colenso admet Tantiquité considérable 
des immigrants, à la Nouvelle-Zélande, immigrants qu*il était dis- 
posé, avec EUis, à faire venir de PAmérique, alors qu'il regardait 
leur origine malaise comme impossible. 



LES POLYNÉSIENS. 07 

540 OU 600 ans. Toutefois, comme Thompson n'admet que 
des règnes au lieu de générations, 21 ans au lieu de 30, ce 
n*est même plus que 450 ans environ, c'est-à-dire à peu pré s 
le même chiffre que celui fourni par les 15 générations de 
la légende de Sir Grey. 

Cette légende indique bien, en effet, quTe Maru-Tuahu 
et son père Hotu-Nui (1) étaient arrivés à Âotearoa sur le 
Taînui en môme temps que YArawa et la plupart des autres 
canots et que, depuis ce moment jusque en 1853, il ne s'était 
écoulé que 15 générations : celles-ci, multipliées par 30 ne 
donnent bien que 450 ans, et reportent cet événement tout 
au plus aux premières années du XY* siècle. 

Mais il résulte des recherches de Shortland, qu*il y aurait 
quelques générations de plus et que TIle-Nord de la Nou- 
velle-Zélande serait colonisée depuis 18 générations, c*est- 
i^re depuis un temps qui ne dépasse pas 500 ans. Ce chif- 
fre, on le sait, a été adopté par M. Maunoir, pendant que 
M. Baker l'a élevé à 800 ans ; mais sans indiquer les données 
qniont servi de base à son estimation. 

« Pour appuyer cette conclusion, dit M. Shortland (2), 
on a réuni les généalogies de plusieurs chefs de la famille 
de TAraioa, descendant du même ou de différents person- 
na^ de l'équipage de ce canot, et, en les comparant avec 
8oiD, on a trouvé que presque toutes s'accordaient & ne comp- 
^ qae le même nombre de générations depuis le moment 
de Tarrivée des premiers émigrants à la Nouvelle-Zélande. 
Ce fut en voyant cette coïncidence dans le nombre de gé- 
Qàdogies données par cette tribu, que je commençai à pen- 
^r que de pareils titres avaient une valeur réelle, car leur 
^ormité étant involontaire, c'était la meilleure preuve de 
I^or exactitude. 

ff On a fait do pareilles recherches, ajoute-t-il, dans le 
mneau des Ngati-Kahu-Unuunu qui occupent aujourd'hui 

(1) serait plus exact de dire Hotunui seulement, puique Maru- 
Toalia est né à Kawhia, sur TIle-Nord, peu après le départ d*Ho- 
poor aller se fixer à Hurakî. 



(i)0afr. dté, p. 293. 

IV 



t j>. 



08 LES POLYNÉSIENS. 

rUe-du-MilieUy et dans les tribus de la famille venue sur le 
Taînui^ et, aussi loin qu^on soit allé, on a obtenu le même 
résultat. » 

Puis il continue en disant : « Il serait intéressant de pour- 
suivre ce genre de recherches dans les trois autres divisions 
primitives» c'est-à-dire dans les familles Whanganui, Tara- 
naki et les Ngatiawa de la baie d^ Abondance ; car, si l'on ve- 
nait à trouver que dans chacune d'elles les principaux per- 
sonnages encore vivants se rapprochent par le chiffire des 
généalogies, depuis l'arrivée de leurs ancêtres à la Nouvelle- 
Zélande, on aurait une forte preuve de la contemporanéité 
des migrations; tandis que, si la famille seule des Whanga- 
nui comptait un plus grand nombre de générations que les 
autres, on pourrait ajouter foi à leur tradition : Que leurs 
ancêtres ont été les premiers colons de la Nouvelle-Zélande. » 

En outre M. Shortland (1) cite les débats survenus entre 
les chefs des tribus Ngati-Wakaue et Ngaïtirangi à l'occa- 
sion de leurs droits sur une île de labaied'Abondance,nom- 
mée Motiti : (2) ces débats établissent le même nombre de 
• générations ; et tous ces faits réunis semblent bien condui- 

(1) Traditions and superstitions^ p. 803. Voici ce qu'il dit à ce 
sujet : c Dans l'une des nombreuses discussions soutenues à cette 
occasion, la tribu Ngatî-wakaue, pour prouver la supériorité de ses 
droits, mettait en avant que ses ancêtres étaient les premiers qui 
s'étaient arrêtés à Maketu , et qui , par suite, s'étaient établis à 
Motiti. Comme témoignage accessoire en faveur de ce fait et pour 
rendre leurs prétentions plus apparentes aux jeux des Euro- 
péens, ils en appelaient à un pendant d'oreilles en pierre verte, 
appelé Kaukau Matua, que Tama-te-Kapua, un de leurs ancêtres, 
avait apporté de THawahiki et qui était possédé dans le mo- 
ment par Te Heuhea, son descendant direct. Ils soutenaient que 
ceux qui pouvaient prouver être les possesseurs de ce bien meu- 
ble, avaient plus de titres à occuper File en question que ceux 
qui n'avaient d'autre droit que celui résultant de la conquête, et 
qui, à leur tour, avaient été forcés de l'abandonner à la reprise 
des hostilités. » 

(2) M. Shortland dit que Motiti est 111e plate de Gook ; mais les 
cartes anglaises disent que Tîle plate n'est autre que la petite Ile 
Motu-Nou qui est plus à l'Ouest. 



LES POLYNÉSIENS. 09 

rc en effet au chiffre de générations qu'il admet. Mais ces gé- 
néalogies sont^Ues exactes ? Nous croyons qu'il est permis 
d*en douter. 

Il n'y a rien de surprenant que les généalogies d'une ma- 
rne famille s'accordent : C'est même une nécessité, puisque 
c'est ce qui est transmis journellement à la tribu par la 
mémoirei et conservé à l'aide de petits bâtonnets appelés 
Papa iupima (1) par les prôtres des tribus. Il serait plus 
étonnant qu'elles différassent. Et si M. Shortiand ajoute 
que le même résultat a été obtenu dans une autre tribu, cel* 
le des Ngati-Kahu-Dnunu, partie de Tîle Nord pour ail er 
se fixer dans l'Ue-du-Milieu, cela n'est pas plus surprenant, 
puisque cette tribu, venant de l'Hawahiki, était arrivée en 
même temps que l'Araioa, le Tainui et les autres canots 
dans rilc-Nord, ainsi que nous l'avons fait remarquer ail- 
leurs, puisque c*est seulement après quelque temps de séjour 
dans cette dernière île qu'elle est allée se fixer sur l'Ile-du- 
Uilieu. Venue en même temps que les autres, elle devait 
avoir le môme nombre de généalogies que les descendants 
de ces divers canots. Il n'y a donc pas d'intérêt & examiner 
chacune des tribus formées par les équipages qui montaient 
les canots arrivés à peu près en même temps, et dont parlent 
les traditions.Il est à peu près certain que ces tribus doivent 
avoir un même nombre de généalogies, si quelques-unes 
ii*out pas été oubliées. Mais, comme le dit Shortiand, il sé- 
nat plus intéressant de savoir combien en comptent les 
Whanganui, par exemple ; puisque, d'après les traditions, 
i*imigration de leur premier chef Turi, est un peu anté* 
rifiue. Si cette tribu avait quelques générations de plus, ce 
iMitnon seulement on indice de la créance que méritent 
lii traditions Maori en général, mais aussi un témoignage 
farorable au peu d'ancienneté de Témigration à l'Ile-Nord 
de la Nouvelle-Zélande. 

(1) C'était une sorte d'arbre généalogique que l'on récitait de 
tapa en temps à la multitude, réunie dans ce but, pour qu'elle en 
coBierfIt miecx le souvenir. M. Tajrlor (p. >55) apprend que cet ar- 
ha généalogiqua était comparé au Hue (calebassicr ) dont la tige 
«t appelée Tahuhu^ et les branches Kawae. 



100 * LES POLYNÉSIENS. 

Ce qui doit surprendre toutefois, c'est qu'on ne soit pas 
déjà fixé sur ce sujet. Il y a bien longtemps que les mission- 
naires sont établis dans cette tribu, de même que dans celle 
de Taranaki et de plusieurs autres localités, et ils ont dû 
certainement s'y procurer les principales généalogies qui les 
concernent. Il est donc supposable que si M. Shortland ne 
les a pas fait connaître,c'est qu'elles n'étaient probablement 
pas favorables à la thèse qu'il soutenait. Quant à M. Taylor, 
il ne dit pas un mot du nombre des généalogies ; pourtant 
il parle assez longuement de la tribu Whanganui, quand il 
fait connaître le premier le chant en vers qui rapporte les dé- 
couvertes et l'établissement de Turi dans le détroit de Cook . 

Quoiqu'il en soit, M. Shortland, d'après tous les rensei- 
gnements obtenus, porte à 18 le chiffre des généalogies, 
dans les diverses tribus qu'il a pu étudier. 

De son côté, M. Thompson (1) a conclu, de Texamen at- 
tentif de plusieurs arbres généalogiques, qu'environ 20 gé- 
nérations de chefs ont existé depuis l'arrivée des premiers 
émigrants de THawahiki, c'est-à dire cinq de plus que ne 
fait supposer la légende rapportée par Sir Grey ; et, appli- 
quant à chaque chef néo-zélandais la même longueur de rè- 
gne qu'aux souverains anglais, c'est-èi-dire 22 1/35 ans, il a 
été conduit à ce résultat que les Polynésiens sont arrivés à 
rUe Nord de la Nouvelle-Zélande 440 ans auparavant, au< 
trement dit vers 1410 ou 1420. 

Deux arbres généalogiques inspiraient surtout une grande 
confianée à Thompson : Ce sont ceux des tribus de la baie 
d'Abondance appelées Ngati-te-Rangi, et Ngati-Wakaue(2. 
Ils avaient été examinés avec le plus grand soin par le ma- 
gistrat anglais de Rotorua afin de savoir quelle était la tri- 
bu qui avait des droits véritables sur la petite île Motiti. Or, 
ces deux arbres généalogiques sont les mêmes que ceux éta- 
blis et publiés par Shortland, alors qu'il était magistrat à 
Maketu dans la baie d'Abondance ; car, bien que Thompson 

(l) Ouvr. cité, t. I,îp. 67. 

(2) Voir ce que nous ayons dit précédemment sur ce sujet, t. II, 
p. 320. 



LES POLYNÉSIENS. 101 

n*en dise rien, le sujet en litigre est le même, et les récla- 
mants appartiennent aux deux mêmes tribus. Nous avons 
montré que la tribu la plus ancienne faisait remonter son 
origine à Tama-te-Kapua le chef de VArawa. Mais les ma- 
rnes documents ne sont pas interprétés de la mâme manière 
par les écrivains, et peut-être M. Thompson n'était-il pas 
aussi convaincu qu*il semblait le dire de la confiance à ac« 
corder à de pareils arbres généalog^iques ; car il ajoute, ce qui 
prouve combien il doit être facile aux indig^ènes de se trom- 
per : < Il faut que les Nouveaux-Zélandais se trouvent dans 
de semblables circonstances pour qu*ils fixent leur mémoire 
sur leurs ancêtres ; car autrement, soit crainte ou délica* 
tcsse, ils évitent de parler d'un pareil sujet, toutes les fois 
qu'ils n*y sont pas poussés par quelque intérêt particulier.» 
Ainsi il y aurait donc eu vingt générations pour M.Thomp- 
8on ; mais le Rev. Taylor qui a séjourné fort longtemps à la 
Nouvelle-Zélande, et qui a publié l'un des livres les plus 
remarquables qui aient été écrits sur cette contrée, augmen* 
te encore le nombre des générations. Voici ce qu'il dit à ce 
sajet (1) : c Les indigènes de la Nouvelle-Zélande sont fiers 
de leurs généalogies et celles des grands hommes en général 
remontent aux dieux, et môme avant eux. c Plus loin (2) il 
ajoute : c On fait peu de cas du chef qui ne peut pas remon- 
ter à 20 ou 30 générations. Les grandes familles vont enfin, 
jusqu'au commencement de toutes choses.» Plus loin enfin(3), 
il apprend qu'un vieux prêtre, nommé Hahakaï, très versé 
dans les traditions de son pays et qui vivait encore en 1840 à 
Parapara, petit village sur la route de Kaïtaia à la baie Dou- 
teuse, lui donna une liste de 26 générations, depuis Tarrivée 
desémigrants de THawahiki dans l'Ile-Nord de la Nouvelle- 
Zélande. Cette liste donne les noms dans l'ordre suivant : 
1* Tiki. — 2* Maui. — »» Po. — 4*» Mawete. — 5» Atua. — 
ff Maea. — V WaÎLkapa. — 8*» Tuku-Ora. — 9° Tutenga- 
oa-Hau. — Vf Tau-Mumu-Hue. — Il* Tau-na-nga. — 12* 
Te>Niho-o-te-Rangi. — 13' Mumu-te-Awa. — Raparapa-le- 

(1) Oavr. cité, p. 16. 
(1) Ibid. p. 155. 
m Ibid- p. 193. 



102 LES POLYNÉSIENS. 

Uirai — 15« Nuku-Tawhiti. — 16* Hae (femme ).- 17» Moe- 
rewa (qui vécut très vieux ). — 18' Papa-Whaka-Mihamîha. 
— 19»Te-Turu. — 20* Heke-Rangi. — 21° Patua.— 22» Awa- 
taî. — 23° Koro-Awio. — 24« Mapihî. — 25° Haruru. — 26° 
Moehau ( femme, grande prêtresse qui vivait en 1840). 

Taylor, il est vrai, ajoute que le vieux prêtre, dans sa pre- 
mière demi- douzaine de noms, semble avoir été pris parmi 
les dieux ; mais cette assertion ne saurait être fondée quand 
on se rappelle ce que toutes les traditions rapportent de 
Maui par exemple, qui ne fut déifié qu*après son émigration 
à rile-Nord de la Mouvelle-Zélande,et ce que dit lui-même 
M. Taylor de l'arrivée de Po dans cette île, à la troisième gé- 
nération de ceux qui s'y trouvaient déjà (1). « Si nous don- 
nons, dit-il, 30 ans à chaque génération, en en supprimant 
six d'abord, cela fait une période de six cents ans, et je suis 
même porté à croire qu'il y a cent années de trop. » Ainsi 
Taylor admettait 500 ans pour le peuplement de TIle-Nord 
de la Nouvelle-Zélande par les émigrants de THawahiki. 
Certes, on pourrait croire à l'exactitude d'une pareille esti- 
mation venant d'un observateur si autorisé ; cependant nous 
ne croyons pas qu'on puisse s'y fier plus qu'aux autres. 

On a vu déjà, en effet, qu'un chef appelé Tikî, s'est rendu 
à l'Ile-Nord de la Nouvelle-Zélande dès l'origine du peuple- 
ment, et que, frappé de la pénurie de vivres de la tribu dans 
laquelle il se trouvait, il envoya sa femme en Hawahiki pour 
y prendre les patates douces appelées Kumara ; celle-ci mit 
peu de temps à faire le voyage, preuve du peu d'éloigrne- 
ment de l'Hawahiki. Nous avons aussi longuement rapporté 
la vie de Maui ; nous avons montré que ce personnag'e, déi- 
fié plus tard, avait émigré lui aussi à File-Nord où il était 
mort. Gomme il était contemporain de la plupart des émi- 
grants, il aurait très bien pu ne s'y rendre qu'après Tiki, au 
lieu d'avoir péché le premier l'Ile-Nord de la Nouvelle- 
Zélande, comme le disent des légendes faites évidemment 
après coup. Mais y fùt-il allé longtemps avant, on ne voit 
pas pourquoi il ne serait pas compté comme tête de généra- 

(1) Ouvr. cité, p. 193. 



LES POLYNÉSIENS. 103 

lion. Il en est de même de Po, de Mawete, etc • Quant au 5*, 
c*était évidemment quelque personnag^e ayant pris le nom 
de la divinité, c le Divin » ; le 6", celui de quelque conqué- 
rant: etc. Car tous ces noms ne sont que des qualificatifs 
préférés aux noms de famille ; c'est ce que nous avons parti- 
culièrement fait remarquer quand npus avons parlé des 
noms des chefs aux îles Marquises. 

Si Ton considérait tous les noms désignés par le vieux prê- 
tre comme ceux des chefs de chaque génération, il se serait 
écoulé, depuis l'arrivée des émigrants de FHawahiki un 
laps de temps de 600 ans, au lieu des 450 de la légende de 
Maru*Tuahu ; peut-être est-on en droit de penser que Sir 
Grey, qui a fait connaître cette dernière légende, doutait 
lui-môme de sa signification; car il dit : « Les traditions que 
nous rapportons ont régné peut-être plus de 2000 ans dans 
la plupart des tles de TOcéan pacifique. » 

Ainsi donc, des généalogies n'indiquent que 15 à 16 géné- 
rations ; d'autres en indiquent 18 à 20 ; une en élève le nom- 
bre à 26 ; des écrivains estiment à 800 ans la durée des Néo- 
Zélandais dans TIle-Nord; enfin, d'après d'autres, ils y 
existeraient depuis plus longtemps. Nous le demandons ; 
quelle confiance avoir en de pareilles données, encore moins 
certaines que celles de l'ancien Testament, qui le sont si 
peu (1) ; ainsi que le prouvent les séries chronologiques qui 
énumèrent les ancêtres de Jésus-Christ (2) ? 

Si l'on a pu se demander pour ces dernières s'il n'y en au- 
rait pas eu un plus grand nombre, on est, à plus forte rai- 
son, en droit de se le demander pour la Nouvelle-Zélande, 
où les renseignements sont encore plus contradictoires, puis- 
que d'après M. Taylor, il n'est pas un chef de grande fa- 
mille qui ne commence sa généalogie à l'origine de toutes 
choses, et parfois même avant la création des dieux, d'où 
tous les chefs de la Polynésie aiment tant descendre. Le 

(1) Oavr. cité, introduction, p. 12. 

(2) On sait que St-Mathieu ne compte, d'Abraham à Jdseph, époux 
de la vierge Marie que 89 générations, tandis que St*Luc, procé- 
dant comme le premier de mâle en mâle, énumère du même Abra- 
ham au même Joseph && générations. 



104 LES POLYNÉSIENS. 

studieux missionnaire, dit à cette occasion : (1) » Je m*amu* 
sai beaucoup, une fois, d'une tradition de cette espèce, com- 
mençant au néant ( na te kore i a?, de rien à quelque chose) 
et entassant nom sur nom jusqu'à celui du narrateur.» 

Il est bien évident que si Ton n'a,comme il rayance,qu*une 
pauvre opinion d'un chef, qui ne peut pas faire remonter sa 
généalogie à 20 ou 80 générations, c'est que les grandes fa- 
milles prétendent venir de bien plus loin (2). Dès lors n'en 
peut-on pas inférer, comme semble l'avoir pressenti M. de 
Bovis pour Tahiti, que ce nombre de vingt et quelques gé- 
nérations n'est si généralement donné aux navigateurs, ou 
conclu des traditions, que parce qu'il est difficile, et peut- 
être impossible à la mémoire de la plupart des indigènes de 
conserver le souvenir d'un plus grand nombre ? 

A cette occasion toutefois, nous ferons remarquer que 
cette induction ne peut être tirée que des chiffres des deux 
premiers archipels ; puisque, ainsi qu'on l'a vu, les habitants 
de Sandwich, et des Marquises ont au contraire conservé 
le souvenir d'un plus grand nombre de générations ou de 
chefs. Nous avons môme montré que, dans ces dernières 
îles surtout, ces chefs ou générations avaient été encore plus 
nombreux qu'on ne Ta cru. Certes il n*est pas facile d'expli- 
quer une pareille différence chez des populations qui ont 
une origine commune ; on a cru pouvoir Tinterpréter en fa- 
veur d'une origine malaisienne, mais nous croyons que 
cette différence est elle-même un témoignage de l'ancien- 
neté plus grande du peuplement de la Nouvelle-Zélande et 
de Tahiti ; car on comprend parfaitement que la diffic ulté 
de se rappeler par la mémoire seulement soit en raison di- 
recte du temps écoulé. L'Ue-Nord et TIle-du-Milieu de la 
Nouvelle-Zélande devaient avoir des relations faciles et 

(1) Oav. cité, p. 155. 

(2) Comme Ta dit M. Perrier {autochthonie^ mém. Soc. d*anthrop.) 
à propos de Téthnologie égyptienne. « Il en est des familles des na- 
tions comme des famiVles prises en particulier. On veut être de 
lignée ancienne ;on veut dater de loin, parce que c'est, en princi- 
pe, un lustre légitime, aussi bien pour les peuples que pour les in- 
dividus.» 



LES POLYNÉSIENS. 105 

fréquentes ; un voyagre de Tune à Tautre ne pouvait frapper 
rimagination des émigrants, si Témigration n*était causée 
par des guerres et des dissensions intestines. Pour les Néo- 
Zélandais autochthones, les générations n'avaient pas de 
point de départ déterminé. Pour les émigrants vers la Poly* 
nésie, au contraire, elles dataient du grand événement de 
leur départ et de leur arrivée sur une terre nouvelle, et elles 
se gravaient» d'autant mieux dans leur mémoire que leur 
voyage avait été plus long, plus semé de péripéties et 
d'obstacles. 

n est bien évident aussi, comme on l'a dit, que les diffé- 
rents chiffres cités semblent indiquer que la dispersion de' 
la race polynésienne, est relativement moderne ; mais il ne 
l'est pas moins, après tout ce que nous venons de dire, qu'il 
est impossible de fixer cette date d'une manière exacte. 

Nous l'avons répété plusieurs fois déjà : c'est parce qu'on 
D*a pas distingué l'Ile-Nord de rDe-du-Milieu de la Nouvelle- 
Zélande, qu'on n'a pu découvrir la véritable situation de 
THawahiki ou pays d*origine première ; c^est pour cela qu'on 
a eu tant de peine à comprendre les traditions rapportées par 
Dieffenbacb, Shortland, Sir Grey et Taylor. On verra, en li- 
sant ces traditions dont nous insérons la traduction à la fin 
de ce livre, que les événements les plus anciens sont mêlés 
poar ainsi dire à des faits modernes; les traditions que nous 
appelons historiques succèdent sans transitions & celles qui 
sont sûrement mythologiques et héroïques, et il ne faut pas 
moins qu\uie attention soutenue pour les distingueriez unes 
des autres. Mais alors on reconnaît assez facilement que les 
premières sont l'histoire des événements qui ont amené le 
départ des émigrrants et de ceux qui les ont suivis dans Tlle- 
Nord de la Nouvelle-Zélande, tandis que les autres sont tout 
particulièrement, les faits et gestes des ancêtres dans l'Ha- 
wahiki. D\in autre côté, ce qu'on ne peut se dispenser de 
remarquer, c'est qu'à part un certain nombre de grands per- 
sonnages, presque tous semblent être contemporains ou pré- 
céder de peu de temps les émigrants de ce que nous appelons 
la c grande émigration, » pour la distinguer des migrations 
ultérieures ou postérieures entreprises par des chefs dont 



L.. «*i..>ii 



106 LES POLYNESIENS. 

les traditions ont également conservé le souvenir. Il est 
évident qu'en se faisant descendre de personnages tels que 
Tawhaki et autres, lesindigènes remontent aux temps fabu- 
leux, et qu'ils sont aussi embarrassés que nous le serions à 
leur place, pour dire de combien de temps ces personnagres, 
ont précédé le départ des premiers émig^rants. Il faut 
môme supposer, en les voyant en diviniser quelques-uns, 
qu'ils les croyaient bien antérieurs ; c'est d'ailleurs ce qui 
résulte de la comparaison de toutes les données lég^endaires. 
Tawhaki, en effet, est représenté dans les traditions comme 
un homme, un héros, et ce ne fut probablement qu'à sa mort 
Iju'il fut déifié dans l'Hawahiki, c'est-à-dire dans l'Ile-du- 
Milieu delà Nouvelle-Zélande, oii son mythe n'a cessé d'exis- 
ter. A l'Ile-Nord, au contraire, il a été remplacé plus tard 
par le mythe de Maui qui s'est emparé des hauts faits de son 
prédécesseur ou du moins auquel on les a attribués de son 
vivant ou après sa mort ; Maui, en effet, était également un 
homme quittant l'Hawahiki pour aller se fixer à TUe-Nord 
de la Nouvelle-Zélande. 

Nous avons voulu revenir, en passant sur ces faits qui 
nous semblent appuyer l'opinion que nous soutenons ; ils 
indiquent que Maui, qu'on regarde parfois comme fort 
ancien, n'a bien probablement émigré à l'Ile-Nord de la 
Nouvelle-Zélande qu'après beaucoup d'autres. Il est inutile 
de répéter que si on lui a attribué la découverte de cette île 
qui avait été faite par Kupe, de même que tous les hauts faits 
de Tawhaki, son prédécesseur en Hawahiki, c*est qu^il a vé- 
^u à une époque de bouleversement et de guerres intestines. 
Mais il n*est pas do fait prouvant mieux que celui-ci, que 
l'Hawahiki ne pouvait pas être placé ailleurs que dans l'Ile- 
du-Milieu de la Nouvelle-Zélande, c'est-à-dire dans le lieu 
qui a chassé Maui, dont le culte, créé à l'Ile-Nord, s'est en- 
suite répandu dans toute la Polynésie, sans jamais s'établir 
à rile-du-Milieu. 

Conclusiona. — En résumé, on a eu tort de soustraire un 
certain nombre de généalogies, sous le prétexte qu'elles 



LR8 POLTNàSIENS. 107 

étaient faboleoses. Nous bornant donc h adopter le nombre 
des généalogries données par les listes de Haie et de Porter, 
pour les Sandwich et les Marquises, car nous avons dit avoir 
des listes de Tune des Marquises encore plus étendues que 
toutes celles publiées, nous croyons pouvoir dire : 

1* Que les Sandwich ont été peuplées, il y a au moins 2100 
ans, au lieu de l'avoir été, comme l'a conclu M. Haie, il y a 
1350 ans, et comme Ta dit M. Rémy il y a 2250 ans ; 

2* Que l'ile Nuku-Hiva l'a été il y a 2640 ans, en comptant 
pour les deux archipels par générations, et qull existe par 
conséquent une différence de 540 ans entre le peuplement 
des deux groupes ; 

2r Que Tahiti est peuplée depuis 3000 ans au moius ; ce qui 
résulte non des listes généalogiques connues, mais des 
données linguistiques et de l'ensemble des faits venus à la 
connaissance des Européens. Oe chiffre de 3000 ans mettrait 
entre le peuplement des îles Sandwich et celui de Tahiti, 
un intervalle de 900 ans, et entre le peuplement de Tahiti et 
celui des Marquises un intervalle de 360 ans ; 

4* Que les archipels Samoa et Tunga, dont on ignore com- 
plètement la date du peuplement, doive at avoir reçu leurs 
habitants bien antérieurement aux précédents. Il est évident, 
en effet, que quelque soit le chiffre que Ton adopte, le nôtre 
ou ceux de MM. Haie, Rémy et de Quatrefages, le peuple- 
ment des Samoa et des Tunga doit remonter à une époque 
plus reculée, puisqu'on s'accorde à regarder ces deux archi- 
pels comme le berceau des colonies qui sont allées peupler 
les Marquises et les Sandwich. 

n est inutile déparier des Paumotu, des Mangareva, etc., 
qu'on a vu avoir été peuplées beaucoup plus tard. 

En supposant qu'une période de 3G0 ou de 540 * ans a été 
nécessaire pour produire le trop plein, ou pour engendrer 
des guerres assez fortes pour porter & l'émigration, on pour- 
rait dire, sans s^arrôter d'ailleurs à rechercher ici de nou« 
veau quel est celui de ces deux archipels qui a été colonisé 
le premier, que les Tunga et les Samoa ont été peuplées il 
ya 8860 ou 8540 ans environ , 

Sf Enfin, que si la Nouvelle-Zélande est bien, comme 



108 LES POLYNÉSIENS. 

nous avons cherché à le démontrer, le berceau des Polyné- 
siens, il faut reporter à plus de 4000 ans le départ des 
émigrants de THawahiki pour l'île Aotearoa, autrement dit 
rile-Nord de la Nouvelle-Zélande. On donnerait ainsi un 
Japs de temps de 360 ou 540 ans aux colons de TIle-Nord 
avant leur départ pour la Polynésie, sans parler de ceux qui 
probablement s'y sont rendus directement à cette époque, 
sans avoir pu s'arrêter sur l'île Aotaroa (1), et qui, peut-être 
même,sont les seuls ayant émig^ré jusque-là. Cette dernière 
hypothèse, il faut en convenir, viendrait appuyer d'une ma- 
nière bien remarquable, en l'expliquant pour ainsi dire, la 
conclusion de M. Haie, que les émigrations à Tahiti et à la 
Nouvelle-Zélande ont été contemporaines ou à peu près (2) ; 
et, par la Nouvelle-Zélande, encore une fois, il ne faut en- 
tendre que rile-Nord de ce groupe, comme nous croyons 
l'avoir surabondamment démontréjà l'aide de tous les chants 
traditionnels publiés. 

Quant à la date du peuplement de la terre d'origine ou 
l'Hawahiki, il est impossible de l'apprécier. Il est bien clair 
qu^elle remonte à une époque infiniment plus éloignée que 
les précédentes,puisque ce n'est qu^après de longues guerres 
d^extermination,dont on ne connaît probablement que les 
dernières par les légendes, que les vaincus se sont décidés à 
émigrer. Toutes les traditions établissent, contrairement à 
ce que l'on croit généralement, que l'Ile-du-Milieu de la 
Nouvelle Zélande,lors de ces guerres et de ces émigrations, 
possédait de nombreuses populations que nous regardons 
comme ayant été autochthones. 



(1) Voy. Shortland, p. 304. 

(2) On a vu que Haie est arrivé à cette conclusion, en se fondant 
uniquement sur Taltération des mœurs et de la langue des deux 
contrées comparées à celles des Samoa, car il faisait venir les habi- 
tants de ces contrées des îles Samoa, sans remarquer qu'il faudrait 
admettre, ainsi que nous Tavons avancé, qu'on parlait aux Samoa 
à l'époque des premières migrations, le langage qui a été retrouvé 
à la Nouvelle-Zélande . 



LIVRE DEUXIEME 



MARCHE DES MIGRATIONS 



CHAPITRE PREMIER 

Première étape des émigrants de THawahiki. — Populations trouvées sur 
nie-Nord de la Nouvelle-21élande. — Motifs qui poussèrent les Maori 
de rile-Nord à émigrer. — > Route du Nord-Est ouverte seule aux 
nouveaux émigrants.» Premières iles rencontrées par eux: Tunga, 
Hapai, Manaia. — Dialecte de Rarotonga. — Iles peuplées par les 
Tunga. — Disséminations involontaires. — Iles peuplées par Tahiti. — 
Peuplement des îles Marquises. — Peuplement des îles Sandwich. — 
Iles Carolines et Mariannes. — Voies suivies par les Polynésiens pour 
atteindre la Malaisie. — Toutes ces migrations se sont opérées du Sud- 
Ouest vers le Nord-Est. — Les îles polynésiennes n'étaient générale- 
ment pas habitées lors de Tarrivée des émigrants. — Preuves linguisti- 
ques. — Fréquence des mots polynésiens en Malaisie ; rareté des mots 
malais en Polynésie. « La Polynésie n'a pu être peuplée par des po- 
pulations malaisiennes. 



Nous avons fait connaître tous les faits qui nous out con- 
duit à regarder les Polynésiens comme les descendants des 
Maori et à placer le lieu d*origine première, ou THawahiki, 
dans rUe-du-Milicu de la Nouvelle-Zélande; nous avons 
montré que c'est par voie de migrations que les îles poly* 
Désiennes ont été peuplées ; maintenant, et avant de formu- 
ler les conclusions de tout notre travail, nous allons essayer 
de tracer l'itinéraire suivi par les émigrants, depuis leur 
pays d'origine jusqu'aux points les plus extrêmes où ils ont 
été rencontrés. 



110 LES POLYNÉSIENS. 

Pour cela, nous n'aurons qu*à reprendre en sens inverse 
la route que nous avons déjà parcourue en remontant con- 
tre le courant des mig^rations afin d'arriver h la découverte 
du lieu d'origine ; en un mot pour parler comme les Maori, 
il nous suffira de c descendre » (1) du Sud-Ouest et du Sud 
vers le Nord-Est et le Nord, pour indiquer la marche exac- 
tement suivie. 

Chemin faisant^ nous compléterons quelques-uns des ren- 
sei^ements déjà donnés ; nous indiquerons les raisons qui 
nous semblent avoir porté les Maori de TIle-Nord, aussi 
bien les anciens que les nouveaux, à émigrer vers la 
Polynésie ; puis nous tâcherons de dire quelles sont les îles 
polynésiennes qui ont été les premières peuplées, et com- 
ment les autres Tont été successivement. Nous examinerons 
de nouveau le point tant controversé de savoir si ces îles 
étaient ou n'étaient pas habitées à l'arrivée des émigrants, 
et nous insisterons sur les causes qui expliquent la réparti- 
tion de ces derniers presque d'un seul côté de l'Océan Pa- 
cifique. Enfin nous suivrons la dissémination jusque dans 
les plus petites îles isolées, et même jusque dans les grands 
continents d'Afrique, d'Asie et d'Amérique. 

Ce que nous allons dire ne sera, il est vrai, que conjectu- 
ral ; mais, comme nos conjectures reposent sur un grand 
nombre de faits et de témoignages, et que, d'ailleurs, c'est 
la seule voie ouverte pour parler de l'origine et des mi- 
grations d'un peuple, nous n'hésitons pas, comme com- 
plément de notre travail, à présenter les réflexions que 
nos études et nos propres observations sur les lieux mêmes, 
aussi bien que nos lectures nous ont suggérées sur la mar- 
che des migrations polynésiennes. 



Voici donc comment nous croyons que les migrations se 
sont opérées : 

En quittant les côtes Est et Ouest de l'Ile-da-Milieu, mais 
surtout celles du Sud et du Sud-Ouest, les émigrants se 

(1) Voir ce que nous avons dit à ce sujet, vol. II, p. 147 et ED, 
p. 413. 



LES POLYNÉSIENS. )11 

sont dirigées vers TIle-Nord de la Nouvelle-Zélande, visitée 
par quelques-uns de leurs compatriotes longtemps avant 
leur départ, comme Fattestent les légendes de Kupe, de 
Ngahue et autres que nous avons citées, ainsi que les 
voyages de Turi, de Hou, de Uenuku, etc., qui les avaient 
précédés de peu de temps. 

Nous avons fait remarquer ce fait curieux, que ces trois 
derniers, particulièrement, ont borné leur voyage pour ainsi 
dire au détroit de Gook, comme Tavait fait Kupe, comme 
le firent également le Ririno qui accompagnait le canot de 
Turi, et le Wakaringaringa qui atterrit à Kaupokonui dans 
le détroit de Cook. Sans doute Téioignement paraissait déjà 
assez grand à ces premiers émigrants, qui n*avaient quitté 
qu*à regret leur patrie pour éviter l'extermination, mais qui 
ne cessaient d'y penser; comme le prouve le suicide de Turi, 
pria de nostalgie. 

Ceux de la grande émigration allèrent s'établir plus loin 
sur la côte Est de la mâme île. Longeant la terre ou en 
passant aussi près que possible, pour ne pas la perdre de 
vue, tous eurent à doubler le fameux cap Waiapu ou cap 
Est de Cook. (1) C'est là que la plupart s'arrêtèrent dans le 
port de la baleine ou Whangaparaua. Puis ils se fixèrent 
les uns ici, les autres là, dans les points à leur convenance ; 
d*autres allèrent jusqu'au cap Nord et le doublèrent, ou ils 
se contentèrent de passer par dessus l'isthme étroit qui sé- 
pare une mer de l'autre, pour atteindre celle de l'Ouest ; 
d'autres enfin pénétrèrent dans l'intérieur. Il y eut bientôt 
des colonies établies sur les points principaux de l'île, mais 
surtout sur la côte orientale, et il est probable, quoique les 
légendes n*en disent rien, que d'autres furent fondées par 
de nouveaux arrivants, peut-être, par exemple, par l'équi- 
page de Ruaeo, qui, après avoir puni Tama-te-Kapua, alla, 
sans qu'il soit dit où, chercher une nouvelle patrie . 

On a vu que les traditions citent une quinzaine de canots 
ft que parmi eux il y en avait qui étaient doubles et fort 

(I) Ce qui explique si bien pourquoi « tous, » comme le disent 
queues légeadss, sont venus aborder à Waiapu en venant d'Ha- 
wahiîd» ee qui serait inexplicable, s'ils étaient venus de l'Est. 



L^-Vl^jtf^: 



112 ^ LES POLYNÉSIENS. 

grands. Peut-ôtre même tous les canots étaient-ils doubles» 
quoique les légendes ne le disent pas. Dans tous les cas, ils 
avaient toujours un équipage nombreux. En effet, à chaque 
instant» on voit les 140 guerriers d'un canot figurer dans les 
récits, et ce qui ne permet pas de douter de l'existence d'un 
pareil nombre de combattants sur chaque canot, c'est que, 
il ne faut pas l'oublier, ces canots étaient de véritables pe- 
tits navires à larges plates-formes surmontées d'une sorte 
de ronfle ou demeure pour les chefs ; ils étaient capables de 
porter presque le double du nombre cité. Ce nombre est 
d'ailleurs trop généralement répété pour qu^on puisse se 
refuser d'y croire. Nous-môme, nous avons vu en 1827, aux 
îles Tunga et dans les Fiji, des canots qui auraient certai- 
nement pu porter, avec le reste de l'équipage, un pareil 
nombre de combattants. Si l'on admet l'exactitude de ce 
nombre, il faut évidemment supposer qu'il y avait sur cha- 
que canot au moins autant d'autres individus, femmes et en- 
fants surtout, qu'il y avait de guerriers. Dès lors, si l'on 
comprend avec quelle facilité ont dû s'établir les colonies, 
on doit comprendre aussi que la plupart des agglomérations 
déjà existantes sur Vîle n'ont pu résister aux attaques des 
nouveaux venus, et qu'elles n^ont eu d'autres ressources 
que de s'éloigner pour ne pas être exterminées. On sait 
comment a été exterminée celle rencontrée par Manaia sur 
la côte Ouest ; il est plus que probable qu'il en a été de 
môme dans beaucoup d'autres endroits, à en juger par les 
récits attestant l'existence d'hommes là où les canots abor- 
daient. Ihenga, par exemple, en a rencontré près du lac 
Roto-Rua dans l'intérieur : Kupe en avait vu, de son côté, 
et Turi ne cessait de se garer contre les attaques de ceux 
qui l'avoisinaient : ce qui semblerait prouver que ceux-là 
particulièrement étaient assez nombreux. 

Nous ne reviendrons pas sur ce que nous avons déjà dit 
à ce sujet ; mais il est certain qu'à l'arrivée des émigrants 
il y avait, disséminée sur rile-Nord|Une population de môme 
race qu'eux et parlant absolument la môme langue. D'od 
était-elle venue ? Peut-ôtre également de l'Hawahiki, mais 
elle aurait pu tout aussi bien ôtre authoothone elle-même, 



LES POLYNÉSIENS. 113 

si» surtout, comme le soutiennent quelques écrivains, la 
Nouvelle-Zélande n'est que le reste d'un grand continent 
qui aurait disparu. Des traditions encore conservées rap- 
portent même que des îles du détroit de GooJc ont été en- 
glouties. Leâ restes de cette population disséminée» vaincue 
facilement par des envahisseurs plus aguerris et en partie 
exterminée, se seront d*autant plus facilement fondus avec 
eux, que la langue, les mœurs et les usages étaient les 
mêmes. Même quand cette population aurait été le résultat 
d*émigrations de THawahiki à une époque bien antérieure, 
elle n'aurait pas plus été épargnée par les conquérants, car 
elle leur était inconnue. Il fallait donc qu'elle se soumît ou 
qu'elle se fit tuer, et Ton a vu, si Ton peut prendre à la 
lettre le texte delà légende de Manaia, que les habitants 
rencontrés par ce chef sur la côte Ouest de TIle-Nord, furent 
entièrement exterminés. Mais, à la longue, tous ceux qui 
furent épargnés durent se confondre avec leurs vainqueurs; 
ils ne furent bientôt plus que dés membres de la nouvelle 
société^ prenant part sans doute à toutes les guerres qui 
commencèrent presque aussitôt après l'arrivée d'Hawahiki, 
guerres qui ont duré jusqu'à nos jours, et qui n'ont cessé 
que longtemps après la prise de possession de la Nouvelle- 
Zélande par l'Angleterre. 

On a avancé que cette fusion de la race occupante avec 
les envahisseurs avait produit les diverses variétés d'hom- 
mes ou même les races différentes que certains ethnologues 
ont admises à la Nouvelle-Zélande. Nous répéterons ici que 
c'est justement le mélange opéré entre des individus de 
même race, qui fait qu'on ne trouve pas un seul mot de 
langue étrangère dans l'idiome maori, et qu'à part les dif* 
férences existant partout entre les nuances de coloration et 
la beauté des formes des habitants, il n'y a qu'une seule es- 
pèce d'hommes à la Nouvelle-Zélande. 

Quoi qull en soit, c'est probablement à la suite de guerres 
civiles qu'une partie de la population ainsi fondue dût son- 
ger à fuir à son tour pour éviter l'extermination ; pourtant 
il serait également possible que ces migrations aient eu lieu 
abtoloment à la môme époque, au môme moment, que celles 
rr S. 



_ ' ..' 



114 



LBS POLTNlisiEMS. 



venant se fixer à Hle-Nord : c'est ce que semblerait autori- 
ser à supposer un fait jusqu^ici passé inaperçu. Taylor (1), 
entre autres, dit que quelques traditions, parlant de la 
grande émigration, établissent queTun des canots le Pan^ 
gatoru, ne put aborder à TIle-Nord, parce que les popula- 
tions primitives s'y opposèrent. Cela prouve d'abord, con- 
trairement à ce qu'on soutient généralement, que la popu- 
lation de celte île, à Parrivée des émigrants d'Hawahiki, était 
plus nombreuse qu'on ne le croit, et que probablement les 
autres canots ne s'y maintinrent que par la force. Ainsi 
s^expliqueraient et Textermination des tribus vaincues et 
les précautions que prenait Turi quand il s'éloignait de sa 
forteresse avec tout son monde. On ne dit pas ce que devin- 
rent les canots forcés de reprendre la mer ; on peut croire 
que trouvant plus loin quelque lieu inhabité, c'est là qu'ils 
se seront fixés. Il faut pourtant faire remarquer que les tra- 
ditions, après avoir donné les noms de ces canots, n'en par« 
lent plus, tandis qu'elles suivent les autres avec détail jus- 
qu'à la fin. Les généalogies elles-mômes ne remontent 
jamais aux équipages de ces mômes canots absolument 
comme s'ils étaient allés ailleurs. 

On comprend que s'ils s'étaient rendus dès cette époque 
en Polynésie, ce pourrait être un témoignagre en faveur de 
l'opinion de M. Haie, qui regardait les Tahitiens particuliè- 
rement comme contemporains des Néo-Zélandais. Mais il 
est inutile de s'arrêter plus longtemps sur ces suppositions 
quoiqu'elles ne soient pas invraisemblables; nous croyons 
plus naturel d'admettre que c'est surtout après un séjour 
de quelque durée, et alors que les populations, sans être 
considérables pour l'étendue de l'tle, s'étaient déjà accrues, 
qu'elles furent forcées d'émigrer à leur tour vers la Polyné- 
sie. Il est évident que les motifs qui avaient porté les ancê* 
très d'Hawahiki à s'éloigner étaient les mêmes qui portaient 
leurs descendants à aller chercher quelque terre moins in- 
hospitalière. Ce qui semble le prouver, c'est que les chefs 
des émigrants vers la Polynésie avaient les mêmes noms que 

(I) OuTT. cité, p. 123. 



LES POLYNÉSIENS. 115 

ceux arrÎTés d^Hawahiki à Pile-Nord : tels étaient Makea, 
Karika, etc. Panni eux figuraient aussi de nombreux prê- 
tres ; tous semblaient être partisans de là théocratie qui^ 
en Hawahiki, avait été si funeste à tous ceux, prêtres et 
cheCs, qui partageaient cette manière de voir. La cause 
principale de toutes les luttes, aussi bien dans la nouvelle 
patrie qu'en Hawahiki, a dû être le besoin de la part des 
Rangatira, dcf secouer le joug des institutions théocrati- 
qaesqui pesaient sur eux, sans parler des disputes pour 
ainsi dire accessoires qui, comme en Hawahiki, n'avaient 
d'autres causes que l'ambition de certains chefs et la con- 
duite de leurs femmes. 

Comme celles de l'Hawahiki, les migrations partant de 
rUe-Nord, ne furent donc que le résultat de guerres, reli- 
^euses ou non, qui avaient recommencé presque aussitôt 
rétablissement sur File-Nord des émigrants d'Hawahiki. 
L'exemple de Raumati, Tun des fils du grand prêtre Uenu- 
ko, tué par Ha-tu-Patu, petit-fils de Hou, ne laisse aucun 
doute à ce sujet (1). Rapprochés un instant par l'adversité 
des enfants de Hou, l'ancien ennemi de leur père, les fils de 
Uenuku se vengent dès qu'ils en trouvent l'occasion, de la 
mort de celui-ci tué par Tama-te-Kapua, en incendiant son 
canot VArawa. Gela se passait pour ainsi dire au début de 
la colonisation. Après cela commencèrent les longues guer- 
res que racontent les traditions, et qui expliquent si bien, à 
notre avis, la nécessité dans laquelle se trouvèrent les tri^ 
bus vaincues de chercher leur salut dans la fuite . 

Or, pour elles, il n'y avait pas à hésiter : une seule voie 
leur était ouverte, c'était celle conduisant vers le Nord-Est, 
niro c dessous » relativement au lieu d'origine première; 
c'était celle qu'avaient suivie les ancêtres en venant d'Ha- 
wabikipourse fixer à TUe-Nord. 

Pour aller dans cette direction, les vents, d'ailleurs, 
étaient presque toujours favorables, tandis qu'ils l'étaient 
moins ou qu'ils étaient même contraires pour aller dans les 
antres directions. 

(1) Voir la légende de Ha-tu*Pata, dans la Mythologie de sir 
Qttij» 



I-**. 



116 LEd POLYNÉSIENS. 

Il est probable qu'ils avaient quelques vagues données 
sur rinutilité et le danger de sô diriger vers le Sud, de 
môme que vers TËst, car leurs navigateurs avaient dû plus 
d'une fois pousser aussi loin que possible leurs excursions 
dans ces directions. 

Peut-être même savaient-ils que des terres plus tempérées 
se trouvaient dans le Nord-Est» mais Teussent-ils ignoré 
complètement qu'ils avaient un motif d*aller plutôt de ce 
cOté que vers le Sud surtout. En effet, ils avaient néces- 
sairement pu remarquer sur leur île môme que le climat 
s^adoucissaità mesure qu*ils se rapprochaient davantage de 
son extrémité la plus Nord. Cette seule raison, quand les 
vents n'y auraient pas engagé, était une raison suffisante 
pour qu^ils prissent de préférence la direction du Nord^Est, 
c'est-à-dire celle de la Polynésie. Aussi bien, en prenant 
cette direction, ils ne faisaient que continuer à c descendre 
comme avaient fait leurs ancêtres ». 

La route vers le Sud-Ouest leur était complètement in« 
terdite : non seulement les vents étaient le plus souvent 
contraires, mais ils ne pouvaient ignorer que les intempé- 
ries y étaient infiniment plus fortes. Que seraient-ils allés 
faire d'ailleurs de ce côté, puisque c^est de là que leurs an- 
cêtres avaient dû s'enfuir ? 

Âinsi^ comme on voit, vents, expérience, souvenirs con- 
fus, position, tout leur traçait la seule voie à suivre, et c'est 
en suivant cette route, nous en avons la conviction, que la 
Polynésie a reçu ses premiers émigrants de la race appelée 
polynésienne par tous les écrivains, mais qui, suivant nous, 
devrait plutôt être appelée race Maori. 

Il résulte, de l'examen le plus attentif de tous les docu- 
ments connus, que pas un canot une fois parti de l'Ile-Nord 
de la Nouvelle-Zélande pour la Polynésie n'y est revenu : 
Si Gook a cité un canot jeté sur TIle-du-Milieu et monté 
seulement par quatre hommes ; si on a parlé d un autre 
fait, bien postérieur probablement aux migrations opérées 
vers la Polynésie, d'après lequel Téquipage d'un petit na- 
vire et son capitaine ont été massacrés dans le détroit de 



LES POLYNÉSIENS. 117 

Cook (1) ; si enfin Haie, pour mieux appuyer son hypothèse, 
parle d*un canot polynésien arrivé à la baie des îles vers 
Tannée 1740; ces divers faits sont loin de démontrer que les 
canots venaient de la Polynésie. Quant à Tautre exemple 
cité par Cook, d*un canotallant jusqu à Ulimarao, il prouve 
encore moins, puisque ce canot était d'abord parti de l'Ile- 
Nord elle-mâme. La force et la durée des vents de la partie 
de rOuest étaient évidemment à eux seuls un obstacle à 
tout retour facile, môme quand des émigrrants auraient 
cherché à revenir au pays d'où ils avaient été forcés de s^é- 
loigner. 

Ce fait vient lui-même appuyer l'origine maori des Poly- 
nésiens. Il est presque certain que si la Nouvelle-Zélande 
eût été peuplée par la Polynésie, on y aurait vu, au moins 
de temps en temps, arriver quelques compatriotes des pré- 
cédents émigrés, profitant, pour venir, des vents d'Est et de 
Sad-Est, certains d'avoir, pour retourner chez eux, des 
vents d*Ouest qui sont les plus fréquents. Mais toutes les 
traditions, aussi bien celles de la Nouvelle-Zélande que 
celles des îles polynésiennes, se taisent complètement à ce 
sujet, particulièrement les traditions des Tunga, des Samoa, 
et surtout des Manaia qui , par leur position, auraient pu, 
mieux que les autres archipels, donner lieu à de pareil 
voyages. Bien mieux, celles de ces dernières îles semblent 
montrer elles-mêmes que les émigrants ne venaient que de 
la Nonvelle-Zélande : nous avons précédemment cherché 
h le prouver en faisant l'examen critique de la légende de 
John Williams qu'on a tant invoqué pour soutenir le con- 
traire (2). Quant au fait cité par Haie pour donner plus de 
vraisemblance à son hypothèse, c'est-à-dire à l'arrivée d un 
canot polynésien à la baie des Iles vers 1740, Thompson 
s'est chargé d'en détruire la réalité : il s*est assuré sur les 
lieux mêmes avec le plus grand soin qu'il n'y a pas eu de 
migration moderne de la Polynésie vers la Nouvelle-Zé- 
lande, et que, par conséquent. Haie a été mal informé (3). 

(1) Thompson, vol. I, p. 2^. 

(I) Voir ce que nous avons dit à ce sujet, vol. II, p. 870. 

(S) Oavr. oité, vol. II, p. 66. 



**.'^-'^_ - . 



118 LES POLYNÉSIENS. 

Si tous les ethnologues acceptent aujourd'hui Topinion 
jusque-là motivée de M. Haie, c*est que, dix ans plus tard, 
sir Grey, en publiant sa précieuse collection de traditions, 
est venu montrer que rien n^était plus facile que d*aller 
de l'Hawahiki à TIle-Nord, en suivant pour ainsi dire les 
côtes, soit à la voile, soit même en pagayant ; c*est ce que 
nous disions nous-mêmes dans le mémoire que nous avons 
adressé en 1866 à la Société d'anthropologie ; dès lors, il 
nous était démontré qu'il ne s'agissait que de voyages faits 
entre deux terres peu éloignées, et non de traversées de 
plusieurs centaines de lieues en plein Océan ; et que l'Ha- 
wahiki était une partie de l'Ile^du-Milieu, si ce n*était pas 
cette ile en entier. 

C'est donc une erreur de croire que ce que rapportent les 
traditions peut s'appliquer à un Hawahiki placé dans les 
Samoa : itinéraire, facilité des voyages, même par ceux qui 
n étaient encore jamais allés jusqu'à l'Ile-Nord, existeûce de 
grands lacs, de grandes rivières d'eau douce, jade vert, con- 
naissance de la neige, de la glace, du phormium, etc., tout 
en un mot indique que cet Hawahiki ne pouvait se trouver 
en Polynésie. Par conséquent, les témoignages invoqués 
par M. de Quatrefages entre autres^ Tout été à tort. U n'existe 
aucune tradition disant formellement que l'Hawahiki était 
situé en Polynésie, et les assertions de quelques écrivains, à 
cet égard, ne sont que le résultat d'une idée préconçue. Du 
moment qu'ils présupposaient l'Hawahiki en Polynésie» il 
fallait bien qu'ils interprétassent ainsi le silence des légen- 
des pour pouvoir expliquer le peuplement de l'Ile-Nord ; 
mais ce n'était qu'une erreur : nous croyons l'avoir assez 
démontré pour n'avoir pas besoin d'insister davantage. 

Pas plus que M. Haie ne l'a fait pour soutenir son hypo- 
thèse, nous n'avons pu nous-même fournir, pour appuyer 
la nôtre, des témoignages irréfragables ; mais nous croyons 
avoir accumulé tant de probabilités, mis en évidence tant 
de circonstances favorables, qu'il nous semble difficile 
qu'on ne l'accepte pas. 

Après avoir montré la faiblesse de la plupart des témoi- 
gnages sur lesquels on s'est appuyé pour soutenir le peu- 



LB8 POLYNÉSIENS. 119 

plement de la Nouvelle-Zélande par la Polynésie, il nous 
est impossible de ne pas admettre que c*est au contraire la 
Polynésie qui a été peuplée par la Nouvelle-Zélande. 

Les premières îles rencontrées en Polynésie par les émi- 
grants ont presque certainement été les îles Tunga et les 
îles Hapal, et peut-être les Manaia. 

Ce sont les Tunga, dont nous avons déjà expliqué ail- 
leurs le peuplement, qui ont fourni des colonies à un grand 
nombre d*îles diftérentes. Sans doute on a dit que les Samoa 
ont peuplé les Tunga;mais n^ aurait-il que la tradition 
que nous avons citée qu'il faudrait admettre le contraire (1). 

L*existence anciennement d'une tribu Ati-Hapal en Ha- 
wahiki, autrement dit sur la côte Sud-Ouest de llle-du- 
Milieu, explique le nom que portent les secondes. Ce nom 
était celui de la tribu dont Uenuku était le grand prâtre ; 
plus qu'une autre elle dut avoir besoin de s*enfuir, puisqu'à 
peine échappée de l'Hawahiki, son chef Raumati, fils de 
Uenuku, fut vaincu et tué peu après son arrivée sur llle- 
Nord. 

On a dit aussi que les îles Manaia ont reçu, à une époque 
peu reculée, leurs premiers habitants des îles Samoa et de 
la Société ; mais nous avons montré que la tradition sur 
laquelle on s*est appuyé semble plutôt indiquer que Tune 
d'elles, Rarotonga, a été peuplée par les îles Tunga, quelle 
que soit d'ailleurs l'époque que l'on admette et qui est tou- 
jours incertaine, quand on n'a d'autres documents que ceux 
fournis par des peuples qui ne conservent leurs souvenirs 
que par la tradition. 

Placées comme elles le sont relativement à la Nouvelle- 
Zélande, les lies du groupe Hervey, et notamment celle 
appelée Manaia, auraient certainement pu être facilement 
atteintes par les émigrants d'ilawahiki. On doit le supposer 
quand on remarque que le langage des habitants de ce 
groupe est, de toute la Polynésie, celui qui se rapproche le 
plus de la langue Maori. Pourtant, il faut le dire, rien de 
plus que le langage ne le prouve, si ce n'est peut-être en- 

(1) Voj. oi-dessos, vol. II, p. 520 et suiv. 



•m. j» 



120 LES POLYNÉSIENS. 

core la croyance des indigènes , que leurs ancâtres prove- 
naient de « dessous le vent » c'est-k-dire du couchant. On 
est loin, comme on voit; de la provenance Samoane et de 
celle de Tahiti ou mieux de Kaiatea ainsi qu'on Ta avancé. 

D*un autre côté, pour toutes ces raisons, il nous semble 
qu il doit âtre difficile de comprendre que Tîle Rarotonga 
ait pu être si tardivement peuplée, ainsi qu'on le croit gé- 
néralement (1). Nous l'avons dit, le nom de cette île signi- 
fiant « sous le vent du Sud », ne peut avoir été donné que 
par des émigrants qui faisaient allusion au point d'où ils 
étaient partis d'abord, c'est-à-dire du Sud. Or, il n'y avait 
que des émigrants de la Nouvelle-Zélande qui pussent re- 
garder rîle Rarotonga comme placée sous le vent par rap- 
port à leur lieu d*origine : les Samoa, en effet, sont plus 
sous le vent encore que cette île, de plus, le mot Tonga 
n'est qu'un mot purement Maori (2) • 

Quoi qu il en soit de la véritable signification du mot 
Rarotonga, nous avons reconnu, contrairement à ce qu'on 
pense généralement et contrairement au savant Bushmann 
en particulier, qui disait que le dialecte de Rarotonga était 
plus proche de celui de Tahiti que de tous les autres, nous 
avons reconnu que le langage de cette île se rapproche au 
contraire davantage de celui de la Nouvelle-Zélande. 

Quoique nous ayons déjà traité plus haut cette question, 
nous allons encore ici mettre en regard un certain nombre 
de mots des trois dialectes, en y ajoutant les mots qui, d'a- 
près d'UrvlUe, ce qui n'estpas assurer leur exactitude, sont 
usités aux îles Tunga. 



l)Blli8 est le premier qui ait dit que les habitants de Ifanaîa 
attribuent leur origine à Raiatea. Il le fallait sans doute pour ap- 
pujer rbypothèse à laquelle il semblait donner la préférence, 
c'est-à-dire que les migrations s'étaient dirigées de l'Est vers 
rOuest pour peupler la Polynésie. 

(2) Voir ce que nous avons dit à ce sujet, yoI. II, p. S6d. 



LES POLYNESIENS. 



121 



Maim 

Ventre 

Poitrine 

Mamelle 

Monde, Lumière 

Vêtement 

Maladie f mort,. 
Amour, ëffeciion 

Boire 

Mmonf^er •...,... 

Visage 

Père 

Poisson 

Jambe 

Tête 

Cochon 

Maison 

Terre 

Front 

Homme 

Nom, 

Voir, savoir, . . . 

Ciel 

Prêtre 



TAHITI 



Rima 
Opu 

Uma 

U 

Ao 

Ahu 

Mate 

Aroha 

Inu 

A! 

Mata 

Metua 

Ika 
Avae 

Pai 
Upoo 

Puaa 
Fare 

Fenua 
Rae 

Taata 
loa 
Ite 
Rai 

Tahua 



NOUYSLLE - 
ZÉLANDK 



Ringa ringa 
Kopu 

Uma 

U 

Ao 
Kahu 

Mate 
Aroha 

Inu 

Kal 

Mata 

Matua 

Ika 

Vae 
Maltal 
Upoko 

Poaka 

Whare 

Whenua 

Rae 

Tangata 

Ingoa 

iGie 

Rangt 

Tohunga 



RAROTONGA 



Rima 
Kopu 

Umauma 

U 

Ao 

Kakahu 

Mate 

Aroha 

Inu 

Kal 

Mata 

Metua 

Ika 

Vaevae 

Meltaki 

Upoko 

Puaka 

Are 
Enua 

Rae 

Tangata 

Ingoa 

Kite 

Rang! 

Taunga 



TONGA 

(d'urville) 



Nima 

Guete, gite 

(Mariner) 

Pata, fa ta fa ta 

Houhou 

Marna (i) 

Gnatou 

Mate, Mahagui 

Ofa 

Inu 

Kai,Mamma(2) 

Mata, Fofonga 

Tamai (3) 

Ika 

Vae, Koauvae 

Ule 

Oulou, Oulou- 

Poko 

Bouaka 

Fale 
Fonoua 

UI 

Tangata 

Hingoa 

Guite 

Langui 

Faheguehe 



Ainsi sur 25 mots certains, 8 sont identiques dans les trois 
dialectes ; 13 se rapprochent davantage de ceux de la Nou<- 
Telle-Zélande, et quatre seulement de ceux de Tahiti. 

Il est évident que la langue la moins altérée est le Maori. 

Or, en voyant un pareil fait, il faut en conclure que, quel- 
qu'ait pu être le lieu d'origine des émigrants qui ont dé- 
couvert nie Rarotonga, tous à cette époque parlaient un 
même langage. 

Après cela, que Rarotonga ait été dénommée et peuplée 
par des Tahitiens, des Tongans ou des Zélandais, qu'on 
admette ou non que le langage était identique dans toutes 
cesiles à l'époque de la découverte, ce qui est pour nous un 
lait certain» ce n^est pas moins par les Tunga (4) et proba- 

(i) Moi mal appliqué: peut-être Marama, la lune, 
(i) id. Afamma signifie, léger, couler, fou. 

3) id. Tamal signifie, guerre, combat, dispute, querelle. 

(M Bt par Tonga nous entendons en même temps les îles 
Haptf. 



122 LES POLYNÉSIENS. 

blement par les autres îles Hervey que les terres plus éloi- 
gnées dans TE.-N.-E., le N.-E. et le N^-N.-E. môme, ont 
reçu leurs premières colonies. 

Cest des îles Tunga certainement, comme le prouve la 
tradition que nous avons rapportée pour l'île Opulu du 
moins, que les îles Samoa, contrairement à Topinion de Haie, 
ont reçu leurs premiers habitants directement, ou par rin« 
termédiaire des lies Niu-a et Âfulu-hu. En effet, on a vu, 
par les légendes inédites que nous avons fait connaître, que 
les Samoans restèrent longtemps exposés aux attaques des 
Tongans, qu*ils furent même tributaires des îles Fiji et que, 
dès lors, les rappons entre les populations de race diffé- 
rente étaient aussi fréquents que faciles. Les guerres n'au- 
raient cessé entre les Tongans et les Samoans, qu'après 
Talliance du fils du Tuitonga de Tungatapu avec la fille 
du Tuitonga, d*Opulu, et encore, les Dieux aidant ! 

Ce sont les îles Tunga aussi, qui, d*après une tradition, 
portèrent la race polynésienne à une des îles Loyalty,rUvea 
actuelle des indigènes, qui gît à 1 100 milles dans TOuest 
de Tunga-tapu (1), et qui ne doit pas être confondue avec 
rîle Wallis près des Samoa (2). 

L'île Rotuma elle-môme, qui est presque dans le Nord- 
Ouest, des îles Hapaï et Tunga, aurait pu recevoir ses pre- 

(1) D'après M. J. Gamier (//es Loyalty et Tahiti, p. 889), il 
faudrait faire remonter cette émigration à un siècle, quoique ce 
temps lui paraisse bien court par rapport aux faits observés et 
accomplis. Plusieurs pirogues, chargées de Polynésiens, seraient 
venues d*Uvea (Wallis par 18*20 lat. S. et 178«d2, long. Ouest), et 
c*est ce qui leur aurait fait donner ce nom à l'ile Loyalty déjà 
peuplée par la race mélanésienne. Comme les émigrants étaient 
nombreui, les indigènes n'essajèrent pas de les attaquer : ce fu- 
rent, dit M. Gamier, ces mêmes hommes que d^Entrecastaux vit 
en visiteur à Balade en 1793 ; il reconnut en eux le type et le langage 
des lies des Amis, d'où il venait. M. Montrousier fixe cette 
arrivée à une époque encore moins éloignée, c On connaît, dit-il, 
l'époque de Tarrivée des Wallisiens à Halgan \ elle ne remonte pas 
à plus de 70 ans. » 

(2) {Bull, soc. (Tanihrop. 1870, p. S6). Nous en avons déjà parlé 
ailleurs. On sait que celle-ci est depuis 1843 sous le protectorat 
de la France (Bruat). 



LES POLYNÉSIENS* 123 

miers habitants de ces dernières îles : De notre tempe en- 
core, le clergé de cette île est tributaire de eelui de Tonga- 
tabou : il est pourtant plus probable, en raison de certains 
nsages et de son plus grand voisinage, que la population 
provient des îles Samoa ou Niu-a (1). G*est, d'ailleurs, ce que 
disent les habitants eux-mêmes. 11 faut ajouter que la lan-* 
gue» les manières, les coutumes, Taspect général de la po- 
pulation, tout semble appuyer cette croyance (2). 

On comprend parfaitement que, dès que la guerre éclatait, 
chaque point occupé devenait à son tour un centre d'émis- 
sion de colonies allant à la recherche d'une nouvelle pa- 
trie ; mais ce n'est évidement que par des disséminations in- 
volontaires que des îles telles que Tupua, Duff, Tukopia, 
Anuta, ontpu recevoir, consécutivement, des populations 
polynésiennes, comme Tanaa elle-même (3). Toutes ces îles 
étant situées à l'Ouest des Tunga et des Samoa, il est évi- 
dent aussi que d'autres vents que ceux qui ont favorisé les 
migrations principales, c'est-à-dire des vents de Sud-Est 

(1) Llle Rotama glt à 800 millea dans rOaest des îles Samoa. 
Cett ille de la Belle-Nation de Queiros, qui la découvrit en 1606. 
GTett nie Grenville d'Bdwards qui la visita en 1791 ; Wilson y 
rellcha aussi en 1797. 

CQ Comme aux Samoa, chaque village possède une grande mai- 
son commune ; comme aux Samoa, les indigènes exigent la preuve 
de laTirginité. D*aprè8 une tradition les ancêtres seraient arri- 
Tét à leur île, entraînés des Samoa, plusieurs siècles auparavant ; 
d*iprè8 une autre, ce serait le Dieu Raho avec sa femme Hina, 
qui, partis des Samoa, auraient produit Rotuma. Le Dieu portait 
a la main un panier tressé en feuilles de cocotier et plein de terre. 
Arrivé à l'endroit où se trouve Tlle, il avait jeté la poussière à 
droite et à gauche : Aussitôt la terre s*était élevée du sein de TO- 
eéaii« et les montagnes s'étaient couvertes de cocotiers et d'arbres 
tpain. (Voir, dans le Journal des Voyages, le Voyage pittoresque^ 
le Voyage médical f le Voyage autour du monde, etc., ce que B. 
P. LesMn dit de cette tle, qu'il a visitée en 1823. 

(S) On sait qu'une colonie originaire des Tunga se trouve à 
Tanna, c'est-à-dire à 1000 milles de la mère-patrie : elle est due à 
ta eanot entraîné des îles des Amis. Aussi Forster avait-il re- 
marqué avec raison que son langage se rapprochait de celui des 
Tonga. 



124 L£S POLYNÉSIENS. 

et de Nord-Est ont dû y entraîner des Polynésiens malfin^é 
eux. Ce qui s*est passé à Tupua et à Yanikoro le prouve 8U« 
rabondamment : dans cette dernière île, entre autres, on a 
conservé le souvenir de canots de Tongatabou et de Rotu- 
ma entratnés jusque-là. G*est aussi ce qui s'était passé k 
Tukopia (1). Nous avons également vu, dans cette île, plu- 
sieurs habitants de Rotuma, qui gît dans TËst de Tukopia, 
et qui y avaient été entraînés de la même manière. Il en est 
de même pour la petite île à lagon appelée Yaïtupu . Cette 
île située à 700 milles à POuest des Samoa, paraît, au 
dire de ses habitants, avoir été peuplée par un accident de 
mer; mais leurs ancêtres venaient, assurent-ils, des lies 
Samoa. Les habitants actuels se rappellent encore les noms 
de plusieurs des hommes et des femmes qui étaient arrivés 
dans deux doubles canots. Us désignent dix-sept chefs comme 
ayant régné successivement sur Tîle depuis ce moment 
jusqu'à celui de leur émigration, faute de place, sur une 
autre île, éloignée de 50 à 60 milles, et sur celles, si petites 
et si nombreuses, qui se trouvent à TOuest de Vaïtupu. 

Après cela, nous croyons, avec la majorité des ethnolo- 
gues, que les îles de la Société ont reçu djds colonies venant 
des Samoa ; mais nous croyons aussi que les îles Tunga 
leur en ont fourni encore plus par voie indirecte, c'est-à-dire 
par les Manaia. 

D*après une légende citée par John Williams (2), les rap- 
ports les plus intimes ont existé pendant longtemps entre 
les îles de la Société et les Manaia. Bien mieux, suivant 
cette légende, Tîle Rarotonga aurait été jointe à l'extrémité 
Sud de Raiatea ; mais les Raiateiens ayant tué deux prê- 
tres de Rarotonga qui étaient allés offrir un grand tambour 
à Oro, dieu de la guerre, dans le marae d*Opoa, les dieux 
irrités transportèrent Tîle là où elle se trouve aujourd*hui. 
De son côté, une autre tradition dit que ce fut le grand na- 
vigateur Juri, qui, il y a longtemps, découvrit cette île : il 

(1) Voir ce qae nous avons dit à ce sujet dans le 8« li?rt du vo). 
II et ci-dessus, p. 47. 

(2) A Narrative of missionaries enterpriseSt p. 55. 



UL% POLYN£SlENS. 125 

est donc difficile de s*appuyer sur de pareilles fables. Seu- 
lement, les Iles de la Société ont Tusage de la lettre r, com- 
me les Manaia, tandis que les Samoa et les Tunga ne Font 
pas. Si Ton persistait à ne faire venir les Tahitiens que des 
Samoa, il faudrait au moins supposer, comme nous Tavons 
déjà dit, que le langage de ces Iles était alors absolument le 
même pour tous les émigrants, et que le changement ne se 
serait opéré aux Samoa qu'après le départ des colonies. 
Cela peut avoir eu lieu sans doute; mais peut-être est-il 
plus simple d'attribuer la transmission aux îles de la Société 
de Tusage de la lettre r à la population qui est la plus voi- 
sine dans rOuest, et qui n'a pas cessé de s*en servir. 

C'est à Tahiti qu'on a attribué le peuplement de quelques- 
unes des îles qui sont placées dans le Sud, mais ce qui 
peut permettre d'en douter pour la plupart, car on ne cite 
guère que Tubuaï (1), c'est que les populations de ces îles 
ont un langage qui les rapproche davantage de celles de 
Manaia. De plus, lUe Râpa, au dire de Vancouver son dé- 
couvreur, avait une population ressemblant davantage à 
celle des Tunga; mais, après avoir vu à Tahiti des habitants 
de cette île, nous leur avons trouvé une plus grande ressem- 
blance avec les Tahitiens et les insulaires des îless Marqui- 
ses : comme ces derniers, ils étaient beaucoup plus foncés, et 
ils ressemblaient beaucoup aux habitants de Raïvavaï et de 
Yavitu, également fort bruns, par suite de leur vie précaire 
et de leur exposition plus fréquente au soleil (2). Mais, 
nous l'avons dit, il n'y aurait rien dlmpossible à ce que ces 
diverses îles aient été peuplées par les îles Tunga, Hapaï et 
Manaîa ; il est évident qu'excepté les cas d'entraînement 

(1) Cette île était déserte quand y arriva, de Bimatara, la pre- 
nûÀre pirogue dont parle Wiison, ainsi que celle de Raiatea dont 
parle Ellis, etc. mais il est certain qu'elle avait été habitée déjà, 
puisqu'on y troava des vestiges d*habitations, des poules et des 
cochons. 

(2y Nous avons vu des habitants de presque toutes ces îles à 
Tahiti, et c'est après les avoir observés et comparés que nous 
avons écrit. Ajoutons que tout semble annoncer que Bimatara, 
Barata, Baivavai, étaient peuplées très anciennement. 



i»*.»i «. -,:i.»s . 



fCfsdiB (^m (^K& ïïas Qsi^ i± ^^se ^e^ oot^gcafi»- 

r^i^éasa, FkiSi^ts&: mai^ là âaxLamsojL. lia» pm^Itaiisits das 
«a lâoirii eut pax&-<£Q!T» éis pliis zzi^mâreiix «iTr*:xLl!IîinD!S. 

m ëcn^pm^ilée nié- es P&iTies dLgHirAntf^ ;tfnfff qw aoos 

Sommt M. de Qosfiri^iges» ce iencc nie R&Qtasgaqoi 
wsniltXikwjé ksQes MaBgmrerm. Eieponmrfi» en dOfel, 
que «les émîj^rmnts fhssezEt tcxiils de cette Se oa de celles da 
même groupe, car le lang;&ge des llm^aierm âe rap{»^>che 
hd-iiième bemneoop de celai des Manaia ; isnîs Taiiti doit 
en SToir enrojé directemeat ca indireetement» c^est-à-dire 
par les Paamotiu On a tu que non seolement les Tahitiens 
araient connaissance des îles les plos éloignées dans le 
Snd^st, mais que, d'après nne tradition, les narigat^irs 
d'Anaa on Ile de la Chaîne, allaient jusqu*anx MangareTa, 
an peuplement desquelles ils auraient par conséquent pu 
contribuer. (Test encore à Tahiti ou aux îles de la Société 
de même qu*aux Iles Hapai (Vayao), qu*on attribue généra- 
lement le peuplement des îles Marquises ; nous avons dit 
que probablement les Samoa n'y ont point été étrangères ; 
mais si Tahiti a envoyé des colonies aux îles Marquises, il 
est évident que les Iles Paumotu les plus Nord ont dû en 
recevoir avant elles, puisqu'il est à peu près impossible de 
passer sans en apercevoir quelques-unes. 11 en est de même 
pour les émigrants des Iles Tunga, qui étaient cependant 
d^à mieux placées pour faire cet envoi directement ; seules 
les Iles Samoa auraient pu y faire parvenir leurs colonies 
sans entrave. Il est vrai que les Tahitiens connaissaient si 
bien les lies Paumotu du Nord, telles que Ralroa, Oahe, Ta- 
karoa, Âpataki, etc., comme le montre la carte de Tupaia, 
qu'ils auraient pu parcourir ce trajet en deux fois, c'est-à- 
dire en prenant leur dernier point de départ de Tune des 
lies désignées. On a vu, du reste, que les relations entre 

(1) Vol. n, p« W4. 



LES FOLTNâSIENS. 127 

Tahiti et les Marquises ont été fréquentes à une certaine 
époque^ et qu'elles devaient par conséquent être faciles (1). 
U n*y a donc pas à douter que les Tahitiens y soient allés ; 
seulement, ce qu*il est impossible de dire, malgré tout ce 
qu*on sait du dialecte marquésan, c'est s*ils s'y sont rendus 
avant ou après les Tongpans. 

M. Haie attribuait le peuplement des tles Marquises en 
partie à Tahiti et en partie aux tles des Amis, ou mieux aux 
tles Hapai, puisque les émigrants étaient venus de Yavao . 
On sait qu'il a ramené les dialectes de ces îles à deux prin- 
cipaux, dont l'un, plus répandu* est le Tabitien, et dont Pau- 
treest dérivé du dialecte tongan. Pour nous, nous croyons 
qu'il y a dans les Marquises un troisième dialecte bien dis- 
tinct ; ce dialecte rapproche ceux qui le parlent d'une 
troisième origine ; il pourrait môme faire supposer que Té- 
migration a eu lien soit de Raiatea, soit de Tahiti, avant 
que Tahiti ne devint la métropole des lies de la Société, à 
l'époque où l'on parlait ce que les Tahitiens d'aujourd*hui 
appellent «l'ancien langage», le langage de leurs ancêtres ; 
mais il permettrait aussi d'admettre que la source a pu être 
tout autre, et que la colonie s'y est transportée directe- 
ment de la patrie première, THawahiki. Aussi, M. de Qua- 
trefages (2) remarquant que les Marquésans des îles méri- 
dionales reportent leur origine à Hawahiki au lieu de la re- 
porter à Tahiti, a conclu avec raison qu'ils ont pu venir di- 
rectement des îles Samoa, qu'ils sont les frères et non les 
fils des Tahitiens. 

Pour nous, d'après cela, ils auraient pu venir de la Nou- 
velle-Zélande (3). Mais vu la distance et les îles in terme • 
diaires, et d'après toutes les autres données, nous serions 
plutôt disposé h admettre que l'émigration a eu lieu seule- 
ment des Iles de la Société ainsi que des Samoa et des 

(1) Voir dimiFomander les voyages nombreux et fréquents des 
MjnéaieDS jusqu'aux lias Hayaii. 

CQ Les Polynésiens et leurs migrations, p. 850. 

(B)À cette'oceaaion« il faut se rappeler que le premier visiteur 
4m Marqoiaea ae nommait Tiki. 



L 



128 LES POLYNÉSIENS. 

Tunga, dès les premiers temps de la colonisation, alors que 
les colonies n*ayant pas encore eu le temps de modifier leur 
langage, parlaient toutes la langue d^origine,] c'est-à- 
dire le Maori. 

D*un autre côté, en voyant le grand nombre de chefs qui 
avaient régné aux îles Marquises jusqu'au moment de Tar- 
rivée de Porter, et en tenant compte surtout de la position 
des Samoa, il est peut-être permis de se demander si les 
Marquises n'étaient pas peuplées déjà en partie avant 
rarrivée des Tahitiens : il est certain, pour nous, que les 
Samoans, au début, parlaient la langue commune, et, à 
moins d'admettre une provenance maori directe, il faut bien 
reconnaître que cette langue était le Maori. C'est ce que 
prouvent une foule de mots et particulièrement celui d*Ha- 
wahiki, que M. de Quatrefages cite comme appartenant da- 
vantage aux Marquésans des îles méridionales. 

Ce n'est qu'avec le temps, sans doute, et suivant le plus 
ou moins grand nombre d'individus de certaines localités 
de THawahiki prononçant de telle ou telle manière, rejetant 
ou remplaçant certaines lettres par d'autres, que se sont 
formés ce qu'on appelle les dialectes polynésiens des divers 
archipels, qur, tous» ne sont que les modifications d^ne 
même langue. Tous ceux qui se sont occupés de la langue 
polynésienne ont pu voir, en effet, que, suivant les lieux, 
on se sert à la Nouvelle-Zélande de quelques lettres que les 
localités voisines remplacent par d'autres. Ainsi, dans le 
détroit de Cook, le I est usité dans les mots où la plupart 
des autres localités emploient le r, qui, ailleurs, est pro- 
noncé presque comme un d. Près de la baie des îles, les 
Ngapuhi prononcent le h comme s^il y avait sA. ou mieux 
avec une forte expiration ; ceux de Taranaki avec explo- 
sion. Dans la baie d'Abondance, quelques tribus emploient 
le n à la place du son nasal ng, si général à la Nouvelle- 
Zélande, et qui a été plus ou moins complètement abandon- 
né par les Tahitiens, les Hawaïens, les Samoans et lès 
Marquésans. Aussi, suivant les localités, on entend à la 
Nouvelle-Zélande, prononcer le mot € terre » par exemple, 
comme s'il était écrit /lenua, whenua^venuaoM même fenua^ 



LES POLYNésiEX«)S. 129 

absorument comme il Be prononce dans Tune ou l'autre des 
îles polynésiennes. Nous avons déjà traité amplement œtte 
question (1). 

Nous pensons avec presque tous les ethnologues, que ce 
sont les îles de la Société qui ont peuplé les îles Sandwich, 
mais aidées par les Tunga ou les Samoa, de même que nous 
croyons qu'elles Tout été également par les îles Marquises. 
Nous avons même cru pouvoir dire^ d*après certains mots, 
et particulièrement diaprés le mot Manihini (2), que les Ta- 
hitiens ont dft y arriver les premiers ; mais cela, nous le 
reconnaissons, est très hypothétique. Ce qui Test moins, 
G*est que les îles Sandwich donnaient à quelques-uns de 
leurs dieux des noms qui se rapprochaient plus des noms 
des mâmes dieux de THawahiki que de ceux de la Polyné- 
sie. Ainsi, pour n*en citer que quelques-uns, les dieux qui, 
en Hawahiki, étaient appelés U-Rongo. Rongomai, Maru, 
Tangaroa portaient aux îles Sandwich, les noms de 0-Lono, 
Lono (3) Malu, Tanaloa. 

Parmi ceux-ci, le mot Malu doit surtout appeler l'atten- 
tion. Maru était le nom donné au dieu de la guerre dans 
l'Hawahiki quand les émigrants abordèrent TIle-Nord de la 
Nouvelle-Zélande. Ils remplacèrent ce nom par celui de 
Tu, qui fut ensuite porté en Polynésie aux Tunga, à Tahiti, 
etc. (4). Ainsi, Tu resta le nom du dieu de la guerre à Tlle- 

(1) Vol. III, p. 187 et suiv. 

(2) Voir vol. II, p. 166. 

(3) Oa sait que ce fut sous ce nom que Cook fut uq instant adoré 
aux îles Sandwich, comme il le raconte lui -môme dans son troi- 
sième YOjage. 

(4) Ce fut plus tard, que, dans les îles de la Société, par exemple, 
Orofut substitué à Tu. Ce mot Oro semble être le mot 0-Rongo 
da la NouTeile-Zélande; ce qui semble le prouver, c'est qu'on le 
proQODçait Koro, alors que la lanprue était partout la même, c'est- 
à-dire à Tarrivée des émigrants . Du moins, c'est ce qui résulte 
d'un pasêage de J. Williams (p. 51) quand il rapporte la demande 
€aice par le chef Tamatoa d'Aîtutaki pour savoir ce qu'était devenu 
à Batatea, le dieu de la guerre Koro. Mais, si ce n'est pas le mot 
O-Boogo de la Nouvelle-Zélande, élidé, il pourrait bien se faire 
que ce fût la première sjUabe consacré j du grand chef étranger 

ra 9. 



130 LES POLYNÉSIENS. 

t 

I^ord de la Nouvelle-Zélande, pendant que Maru était celui 
du même dieu dans Tlle-du-Milieu (1). 

Toujours est-il qu'aux Sandwich, le dieu de la guerre 
n'était ni Tu, ni Oro, mais bien Maru, comme en Hawahiki 
avant le départ des émigrants pour Tlle-Nord, et comme 
dans rile-du-Milieu de nos jours encore. 

Une pareille coïncidence entre deux points si extrêmes et 
pour ainsi dire sans intermédiaires, est bien remarquable. 
Elle soulève Tun des problèmes polynésiens les plus intéres- 
sants et les plus difficiles à résoudre ; elle intéresse directe- 
ment la question de savoir si c'est, comme nous le soute- 
nons, la Nouvelle-Zélande qui a peuplé la Polynésie, ou si 
c'est, comme le croient DieflFenbach et tant d'autreSjU'archipel 
des îles Sandwich qui a peuplé les îles polynésiennes et la 
Nouvelle-Zélande. Nous nous bornerons à constater ici que 
le mot Maru, ce qu'on n'avait jamais remarqué jusqu'alors, 
a toujours été le nom du dieu de la guerre dans Tlle-du- 
Milieu comme en Hawahiki : c'est donc une présomption 
très forte en faveur de la thèse que nous soutenons, puis- 
que, pour nous, l'Hawahiki et l'Ile-du-Milieu ne font qu'un. 

Ndius avons fourni ailleurs assez de témoignages en fa- 
veur de Tautochtlionie des Maori ; les ethnologues, de leur 
côté, en ont assez donné en faveur du peuplement des îles 
Sandwich surtout par les îles de la Société, pour qu'il soit 
utile de chercher de nouveau à défendre ici l'opinion à la- 

qui, d'après Fornander, s'était fixé à Raiatea et » était connu aux 
Sandwich, où il était allé sous le nom d'Olopana. De même, aux 
Tunga, ce ne fut que plus tard que Tu fut remplacé par Taleï-Tubo, 
dieu des armées, protecteur des familles royales. Mariner, t. II, 
p. 175. 

(1) Maruy dit Taylor (p. 35), était un dieu ressemblant à Mars : 
U fut tué et mangé sur la terre, mais sa divinité remonta au ciel, 
et, de sa couleur ardente, la planète Mars fut appelée Maru. Ce 
dieu avait une foule de noms exprimant ses mauvaises qualités : 
il ne s'occupait qu'à faire du mali Trop paresseux pour chercher sa 
nourriture, il s'indignait quand on ne lui en apportait pas abon- 
damment, et de la meilleure. 11 doit, ajoute Taylor, avoir été un 
Dieu très estimé par ses prêtres, qui engraissaient à son serfice. 
Voir appendice : Tawhaki. 



LES POLYNÉSIENS. 131 

quelle nous nous sommes arrêté et que tout notre travail a 
pour but de faire accepter. 

Toutefois, nous ne croyons pas devoir terminer cette indi- 
cation des origines partielles des habitants des îles polyné- 
siennes, sans dire encore quelques mots sur le peuplement 
des îles CarolinesetMariannes. On a vu que, contrairement 
à l'opinion de Forster et de tous ses partisans, nous avons 
supposé que ce peuplement a plutôt été opéré par les Poly- 
nésiens que par tout autre peuple. Nous avons montré qu'il 
y avait eu de bonne heure contact entre ces émigfants et 
des populations de races différentes. Ainsi s'expliquent les 
modifications survenues dans quelques-uns des caractères 
physiques des Carolins et des Mariannais, de même que le 
variété des dialectes parlés par eux. Nous croyons avoir dé- 
montré que les différences admises entre eux et les Poly- 
nésiens actuels sont beaucoup moins grandes qu'on ne Ta 
dit, et que les ressemblances sont, au contraire, beaucoup 
plus prononcées qu'on ne le pensait (1). 

De quelles îles étaient partis les Polynésiens? Il est diffi- 
cile do le dire exactement. Il est cependant bien probable 
que celles qui en ont le plus expédié, celles qui, peut-être 
même, en ont seules fourni, sont les îles Tunga et Samoa» 
On a vu que des ressemblances frappantes dans les cou- 
tumes, les usages et les caractères physiques ont été signa- 
lées par les observateurs les plus compétents entre les Caro- 
lins surtout et les Polynésiens, et que les caractères diffé- 
rentiels égalements indiqués trouvent leur explication toute 
naturelle dans la venue, de bonne heure, soit des Chinois 
et des Japonais, soit des Tagals et des Mélanésiens. Cette 
venue ne peut pas être mise en doute, après ce que nous en 
avons rapporté. 

Sans revenir sur ce que nous avons si longuement dit 
précédemment, nous signalerons ici les îles Hogoleu dans 
les Carolines, où Ton trouve encore, d'après le navigateur 
Morrell, deux races bien distinctes : l'une plus blanche, se 

r^>prochant € si elle n*est pas la même, > dit-il, de la race 

(1) Voir dans le !•* voL, p. 901 et suiv., le chapitre rtlatif aux 
Um Carolines et Mariannes. 



132 LES POLYNÉSIENS. 

polynésienne ou cuivrée ; Tautre plus noire, se rapprochant 
de la race mélanésienne. Fait h, noter, la première, d'après 
lui, occupe, les îles de l'Ouest, et la deuxième celles de 
TEst. Disons-le en passant, ceci n'existerait pas si les îles de 
ce groupe avaient été peuplées par TKst, comme quelques- 
uns le soutiennent, mais il devait en être ainsi, au con- 
traire, si les Polynésiens sont partis du Sud-Ouest ou du 
Sud comme nous le croyons. On sait que Morrell a décrit les 
femmes du groupe Hogoleu ou Hogolous comme les plus 
indépendantes, les mieux considérées, les plus jolies, les 
mieux faites, les plus spirituelles, les plus aimables, on un 
mot, de toute TOcéanie. 

A cette occasion d'Urville l'a taxé d'exagération: c les ha- 
bitants d'Hogoleu, dit-il, (1) n'ont rien de remarquable. » 
Mais cette appréciation de d'Urville n'était que le résultat 
de son état physique et moral et des circonstances environ- 
nantes. Quand nous vîmes les habitants de ces îles, nous nous 
rendions de Vanikoro à Guam ; nous avions encore le pont 
et l'entrepont de V Astrolabe ^ encombrés do convalescents 
ou de malades des fièvres contractées dans la première île ; 
l'abattement était général. Pourtant, nous pouvons l'assu- 
rer, loin de n'avoir rien de remarquable, les habitants de ces 
îles vus par nous, en ce moment, étaient généralement bien 
faits et musculeux ; loin d'être d'une taille médiocre, ils 
étaient grands ; loin d'être affligés de maux dégoûtants et 
de beaucoup d'infirmités, ils étaient bien proportionnés, 
actifs, à large poitrine et à frout élevé ; par conséquent, leur 
intelligence ne devait pas être bornée. L'appréciation du 
commandant d'Urville dépendait si bien de son méconten- 
tement, de son état de souffrances, et l'on sait combien un 
pareil état influe sur le jugement du voyageur, qu'il en four- 
nit lui-même presque aussitôt la preuve. En parlant des in- 
sulaires des îles Tamatam, Fanadik et OUap :« Ceux-là, dit- 
il (2), sont vigoureux, alertes et bien constitués ; gais dans 
leurs allufes, probes et honnêtes dans leurs échanges ; ces 

(1) Voyage pittoresque^ 1854, p. 469. 

(2) Loc.cit., p. 477. 



LES POLYNESIENS. 133 

sauTagpes étaient loin de nous présenter les formes souples 
et dégpagées, les physionomies douces et g'racieuses. les 
manières décentes et réservées des habitants d'Otdia, de 
Oualan et même d'Ho^oleu. » 

Les îles Hogroleu (1) sont placées, comme on le sait, à la 
limite extrême des Carolines vers l'Est ; or, à la limite la 
plus occidentale, se trouvent les îles Pelew, tant vantées 
par le sensible chevalier Keate, et, dont les habitants, mal- 
gré leur langrage tout mélanésien, attestent, par leurs ca- 
ractères physiques, la venue de Polynésiens. C'est ce que 
ne permet pas de mettre en doute le portrait du jeune Lee- 
Bou (Lipu), fils du chef Abba-ThuUe, des îles IMew et mort 
en Angleterre où Wilson l'avait amené (2; 

Ce sont, en effet, les grands yeux des Polynésiens, leur 
nez gros et aplati, leurs grosses lèvres. Le père lui-même a 
les grands yeux et les grandes oreilles des Polynésiens; 
nous croyons seulement que le nez est trop bien fait et que 
les mentons des deux portraits ne sont pas assez arrondis. 
On a, d'ailleurs, retrouvé aux îles Pelew plusieurs des usa- 
ges de la Polynésie : réunion en conseil des chefs ; général 
ou Toa ; ablutions dès le matin, etc. Enfin, on a décrit les 
habitants des Pelew comme étant robustes, bien faits, de 
taille moyenne, de couleur cuivre-bronzé, mais non pas 
noire, avec des cheveux noirs, longs, flottants et disposés à 



Il est certain qu'ils ont reçu de bonne heure des visites 
d^autres peuples qui les ont modifiés au physique, et qui ont 
modifié aussi sans nul doute, leur langage primitif; ces 
peuples sont probablement les habitants de Mingidanao, la 
terre la plus voisine des Pelew dans l'Ouest ; mais ce n'é- 
taient pas des Malais, comme on l'a dit, puisque le Malais 
que Wilson avait à son bord n'était pas compris quand il 

(1) On dit généralement que les îlâs Hogoleu furent découvertes 
par Quiroa et nommées d*abord îles Quirosa, puis Iles Torrès par 
les Bspagools* Nous doutons qu'elles aient été vues par Quiros. 

(2) P. Wilson, Relation des îles Pelew, etc. Trad. de l'anglais da 
George Keate. Paris, 1788, p. 344. P. 19d est le portrait de Ludi, 
l'ane des femmes d'Âbba-Thulle. 






34 LES POLYNÉSIENS. 

parlait sa langrue ; il ue put se faire comprendre que fifrâce 
à un autre Malais naufragé depuis longtemps sur les îles 
et ayant eu le temps d'en apprendre le langrage (1). Quelques 
mots de Ming'idanao se rapprochent peut-être, en effet, de 
quelques mots des îles de Pelew, mais il n'y a pas le moin- 
dre rapprochement à faire pour le reste. Tant qu'on n'aura 
pas quelque bon vocabulaire de ces îles (2), il faudra rester 
dans le doute, quant à l'orig'ine de la langue de leurs habi-N 
tants. 

Après Mindanao, la terre la plus proche des Pelew est 
l'île Gilolo (3), d'où ces îles auraient également pu recevoir 
des colonies ; peut-être même auraient-elles pu en recevoir 
des Philippines qui, par rapport à elles, gisent dans le 
Nord-Ouest, tandis que Gilolo est dans le Sud-Uuest. Du 
temps de Pigafetta, cette dernière île était peuplée « de 
Maures et de Gentils, > c'est-à-dire de Javanais ou Malais 
et de ce qu'il appelle Papua ou Mélanésiens de nos jours; 
nous ignorons si la langue de ces Papua se rapprochait 
plus que celle de Mingidanao du langage actuel des Pelew. 
Quant à celle des Tagals, nous ne croyons pas qu'elle ait 
contribué à la formation de ce dernier langage (4). 

Nous ne parlerons pas des îles élevées Ualan et Ascension 
laPuinipet des indigènes, dans les ties Garolines : nous nous 
en sommes occupé ailleurs; mais nous dirons encore iciquel- 
ques mots sur le groupe des îles King's mill, dans l'archi- 
pel Gilbert. On sait que, d'après M. Haie, qui le tenait de 
deux déserteurs trouvés par le capitaine Wiikes dans ces 
{les, elles auraient été peuplées par deux colonies distinctes 
venant de deux points opposés. La première serait partie 
de l'Ascension ou Puinipet (5), située au Nord-Ouest de 

(1) Voy. ci-dessus, vol. I, p, 373. 

(2) Voy. celui que nous avons cité, vol. I, p. 33d. 

(3) Qilolo est Tîle appelée Giailolo, par Pigafetta, vis-à-vis celle 
qu'il appelle Tadore, la Tidor d'aujourd'hui. 

(4) Pigafetta,on Ta vu par le tableau que nous avons donné, a trou- 
vé à Gilolo, à Tidor et à Bachian, un plus grand nombre de mots 
polynésiens qu'il ne parait en exister aujourd'hui. 

(5) La Faloupet du P. Gantova, la Fanope de Kadu, etc. 



LES POLYNÉSIENS. 135 

Tarawa (1), Tune des principales îles KiDg*siniIl et comme 
presque toiyours, à la suite de guerres civiles ; l'autre serait 
venue dans deux canots d'une île située au Sud-Est, qui au- 
rait été appelée Amoï. Ou sait que M. Haie a regardé ce 
dernier mot comme celui de Samoa, modifié avec le temps 
par les indigènes. Cette interprétation est admissible d'au- 
tant qu'on trouve un village du nom d^Âmoa sur Tîle Savaii. 
Mais il faut pourtant reconnaître que ce mot Amoï est le 
nom d'un village sur la côte orientale de la Nouvelle-Calé- 
donie et qu'il y a également un Amoy en Chine (2). Si Tîle 
était située au Sud-Est, il est bien probable qu'il ne s'agis- 
sait, en effet, que de TAmoa de l'archipel Samoa, puisque 
les derniers venus avaient le teiut plus clair, qu'ils étaient 
plus beaux que les émigrants venus de TAscension et qu'ils 
parlaient un autre langage. Le récit apprend qu*ils furent 
bientôt tous tués par les émigrés de l'Ascension, et que les 
femmes seules furent épargnées. La population mixte des 
îles King's mill proviendrait donc de ces femmes unies aux 
meurtriers de leurs compatriotes. A quelle époque approxi- 
mative se serait passé ce fait? Rien ne le laisse supposer : 
Toujours est -il qu'il prouve bien ce qui a dû arriver, sinon 
toujours, du moins, assez souvent : Ou a déjà vu que c'est 
ce qui est surtout arrivé dans les îles Fiji les plus orien- 
tales. 

Il n'est pas moins vrai que les Carolins ne sont guère 
plus bruns que les Polynésiens quand on compare seule- 
ment entre eux ceux des îles hautes et des îles basses des 
deux régions. Pour s'en convaincre, il suffira de jeter les 
je4jx sur les portraits reproduits dans les voyages de Choris, 
Freycinet, Kotzebtie, etc. Il est mémo certain, comme nous 
croyons l'avoir montré, qu'il existe o^^.\:i'. les Polynésiens et 
les Carolins infiniment plus de ir.iits do ressemblance 
qu'on ne le croyait, depuis d'Urville surtout. Si le fait rap- 

(l) Tarawa, en Maori, signifie c ligno ou balustrado sur laquelle 
on suspend quelque chose; suspendre sur. » Ce mot est donc po- 
Ijnésieo, et même tout maori, comme on voit, s'il a bien ét4 
donné ainsi à M. Haie. 

(S) Port et ville importants . 



^% 



\ 



136 LES POLYNESIENS. 

porté par M. Haie est bien exact, les habitants des îles 
King*s mill ne seraient que de purs métis de Polynésiens et 
de Mélanésiens ; ils devraient avoir exactement les carac- 
tères anthropologiques que nous avons dit distinguer les des- 
cendants des Tongans avec les femmes fijiennes, caractères 
qui ne sont pas tout à fait les mêmes que ceux des descendants 
de femmes TuDga avec les Fijiens. Ont-ils ces caractères ? 
nous n*oserions le dire, pas plus que nous ne pourrions 
avancer quelle est leur langue véritable. 

En ce qui concerne celle-ci, nous avons pris note, dans la 
Gazette des îles Sandwich de 1830, de quelques mots dounés 
comme appartenant au langage des îles King*s mill; nous 
croyons devoir les citer, tout en n'ayant en eux qu'une mé- 
diocre confiance. Ces noms sont : 

Bon, lele; mauvais, kakino ; homme, kaunga ; chef, aliki; 
feu, te ahi ; navire, kaipuke. Tous sont polynésiens et maori ; 
mais kaunga n*est certainement pas le nom qui sert à dési- 
gner l'homme : il ne signifie en maori, que c palissade d*un 
village fortifié, » en y ajoutant roa. A la Nouvelle-Zélande, 
mauvais se dit kino : ka kino, « c'est mauvais, » et, navire 
s*y rend par kaîpuke. Les trois autres mots sont bien des îles 
Samoa etTunga, excepté, peut-être encore aliki^ qui ne se- 
rait que le mot maori, dont la lettre r aurait été rempla- 
cée par /. 

Nous croyons que ces mots ont été obtenus par quelque 
Américain ou Anglais à Taide d'un matelot maori. Si pour- 
tant ils étaient vraiment des King's Mill, ils témoigneraient 
de la grande ressemblance de la langue de ces îles avec 
celle de la Polynésie, et ce serait une raison de plus pour 
admettre la part prise par les Polynésiens au peuplement 
de ce groupe. 



Il ne nous reste plus maintenant qu'à dire comment ou 
par quelle voie les Polynésiens, suivant nous, seraient arri- 
vés en Malaisie. 



LÉS POLYNÉSIENS. 137 

Nous Tarons déjà dit : deux voies au moins leur étaient 
ouvertes; celle par le détroit de Torrès et celle inverse à la 
route qu'on suppose généralement avoir été suivie par les 
émigrants de la Malaisie vers la Polynésie, c'est-à-dire les 
Fiji, les Salomon et la partie Nord de la Nouvelle-Guinée. 

Il est bien probable que les émigrrants ont pris la voie par 
le détroit de Torrès, ainsi que semble l'attester le g'rand 
nombre de mots polynésiens trouvés par les compagnons de 
Cook, dans une île voisine de Timor, la petite île Savu (1) . 
On sait que c*est par cette voie que Thompson faisait passer 
les émigrants de Sumatra, se rendant aux Samoa et, de là, 
à Rarotonga et à la Nouvelle-Zélande. Mais si la position 
du détroit de Torrès, par rapport à toutes les îles de la Poly- 
nésie vraie, permet de comprendre l'arrivée jusque-là des 
émigrants les plus proches, il s'en faut, croyons-nous, que 
ce détroit ait pu être atteint facilement par ceux qui par- 
taient des îles les plus éloignées, et surtout par le plus 
grand nombre. Il semble, en outre, que si la majorité fût 
arrivée sur ce point, la côte orientale de la Nouvelle -Guinée 
d'abord, puis la côte Est de la Nouvelle-Hollande auraient 
dû retenir quelques-unes des colonies ayant plus ou moins 
besoin de relâcher. Or, c'est ce qui n'a jamais été signalé 
par les observateurs, soit de l'une, soit de l'autre contrée. 
Pourtant ce fait aurait pu avoir lieu si, comme nous le sou- 
tenons, les Alfourous de la Nouvelle-Guinée et les Austra- 
liens à cheveux lisses sont les descendants directs ou indi- 
rects des Polynésiens (2). 

Toutefois, nous préférons admettre que c'est par les Nouvel- 
les-Hébrides et par les îles Salomon que le plus grand nom- 

(1) Voy. ▼ol. I, p. 296. 

(S) Admettre la réalité de ces arrivages ou entraînements à la 
Nouvelle-Hollande et à la Nouvelle-Guinée expliquerait peut-être 
mieux, il faut en convenir, la formation des Australiens aux che- 
veux lisses ei des Papous de la Nouvel le-Quinée, que la supposi- 
tion que nous avons faite de la venue des Alfourous des îles Ma- 
laises ; mais dans les deux cas les Papous ne sont bien que des 
métis de Papoa et d'Alfourous ainsi que l'établissent leurs indi- 
ces crftBieos. 



138 LES POLYNESIENS. 

bre des émigrants de la Polynésie a passé pour se rendre en 
Malaisie. Nous avons la certitude que, sans une longue série 
de vents propices, les Polynésiens n'auraient pas pu atteindre 
les contrées occidentales : ces vents étant les alises du Sud- 
Est qui soufflent une partie de Tannée, llétait nécessaire que 
la plupart allassent aborder plutôt à l'fîst de la Nouvelle- 
Guinée et aux îles de la Nouvel le-Bretag'ne et de la Nouvelle- 
Irlande qu'au détroit de Torrès, entraînés qu'ils étaient 
malgré eux, vers le Nord, par les vents et les courants. Sans 
doute, en partant des îles Tunga ou Manaia, les émigrants 
faisant route à l'Ouest auraient pu atteindre parfois facile- 
ment le détroit de Torrès; mais il n'en est pas moins vrai 
qu'il leur était encore plus facile, en se laissant entraîner pour 
ainsi dire par les vents du Sud-Est, d'arriver à la Nouvelle- 
Irlande,par exemple,oîi comme on a vu, se retrouvent encore 
dans le langage des habitants quelques mots polynésiens, 
comme on en rencontre sur la route, mais d'autant moins 
nombreux qu'on s'éloigne davantage du Sud-Est, c'est-à- 
dire de la Polynésie. Les Samoans et les Tahitiens placés 
plus au Nord, n'auraient pas été dans le même cas : car les 
vents tendaient à les faire passer au Nord des îles Salomou, 
et par conséquent à les diriger encore d'emblée vers la Nou- 
velle-Irlande. Ce qui nous ferait supposer, ainsi que nous 
l'avons déjà dit, que ce seraient eux, avec lesTongans, mais 
surtout les Samoans qui auraient peuplé les îles Carolines 
et fourni quelques colonies même aux îles Pe^ew, involon- 
tairement sans doute (1). 

Cependant, il faut le reconnaître, si le voyage n'eftt pas 
été sous la dépendance des vents, aucun autre groupe d'îles 
n'eût été mieux placé que le groupe Samoa pour arriver 
directement au détroit de Torrès ; puisque la différence de 
latitude, qui n'est que de quelques degrés, se fût trouvée 
compensée par la dérive. Quand les Polynésiens voulaient 
aller d'une île à une autre île dont la position leur était bien 
connue, ils partaient d'un point exactement fixé, et même 

(1) Voir ce que nous en disons daos le chapitre relatif aux lies 
Carolines. 



LES POLYNÉSIENS. 139 

alors ils n'étaient jamais sûrs, quand la distance était un 
peu gnrande. d'arriver à leur destination. Mais nous ne 
croyons pas qu'ils prissent de pareilles précautions dans le 
cas qui nous occupe. Contraints presque certainement de 
s'éloigner, soit pour fuir l'extermination ou les disettes, soit, 
comme plusieurs savants le soutiennent (1), à la suite de 
quelque grand bouleversement terres^tre, les Polynésiens 
ne songeaient probablement qu'à une chose, profiter des 
vents que l'expérience leur avait appris durer plus long- 
temps que les autres dans une même direction. Ils devaient, 
en outre, d*autant mieux les préférer, que ces vents les rap- 
prochaient des contrées, d'où étaient venus leurs ancêtres, 
d'après les traditions. Gela expliquerait, à notre avis, et le 
grand nombre de Polynésiens qui paraît s*être transporté 
vers rOuest, le Nord-Ouest et surtout en Malaisie, et, par 
contre, le petit nombre de leurs traces dans les îles inter- 
médiaires, où ne se seraient arrêtés probablement que ceux 
qui n'auraient pas pu faire autrement. Mais que cela soit ou 
non, il est certain qu*en se servant des vents le plus ordi- 
nairement régnants pour aller chercher une nouvelle patrie, 
les Polynésiens devaient arriver, comme ils l'ont fait, tantôt 
un peu plus à TOuest direct, tantôt un peu plus vers le 
Nord, tiuivant les contre- temps de la navigation. C'est aussi 
ce qui explique leur répartition dans les petites îles si nom- 
breuses de l'archipel Garolin. 
Telle est, croyons-nous, la voie que, préférablement à la 

(1) On sait que, de nos jours encore, M . Owen {Mémoire sur les 
caractères physiques et psychiques des Mincopies) considère les îles 
de rarcbipel Indien comme les débris d'un continent englouti pen- 
dant la période tertiaire, contemporaine du soulèvement de THi- 
milaja et les Mincopies comme les descendants des témoins de 
cette catastrophe. De môme, M. Grandidier, après avoir trouvé, à 
Madagascar, des os d*un oiseau gigantesque iXOpiornis maximus^ de 
BoofGroy St-Hilaire) proche parent du Dinornis de la Nouvelle-Zé- 
lande, décrit par M. Owen, ainsi qu'une carapace de tortue de cinq 
mètres, regarde comme probable que Tile Madagascar actuelle se 
rattachait à un vaste continent, dont quelques points, tels que les 
Maaeareigoes, la Nouvelle-Zélande, restent seuls émergés aujour- 



140 LES POLYNÉSIENS. 

première, ont dû suivre les Polynésiens. Leur route, il est 
vrai, aurait été un peu plus courte par le détroit de Torrès, 
puisqu'ils n'auraient eu qu*a suivre la chaîne d*îles qui, de 
Timor, s'étend jusqu'à Sumatra; mais la distance par Tautre 
voie ne peut pas être regardée comme une difficulté bien 
importante, puisqu'ils cherchaient à se rapprocher de 
l'Ouest dès que cela leur était possible. D'un côté, il devait 
être plus difficile aux Polynésiens d'atteindre l'entrée du 
détroit de Torrès que de se laisser entraîner pour ainsi dire ; 
de Vautre, et bien que quelques-unes des iles qui s'étendent 
de Timor à Java présentent, comme Savu, des traces du pas- 
sage des Polynésiens, il faut remarquer que c'est dans tou- 
tes les îles de l'autre ligne qu'on trouve et reconnaît encore 
aujourd'hui les Alfourous, les Dayaks et les Battaks,qui sont 
pour nous des descendants de Polynésiens. 

En somme, deux routes auraient pu servir aux migrations 
polynésiennes vers la Malaisie et les continents asiatique et 
africain. Peut-être y en aurait-il eu une troisième, plus 
courte encore que les deux autres, s'il est vrai, comme 
Bory-de-St- Vincent n'était pas éloigné de le croire, que la 
Nouvelle-Hollande n'a été exondée qu'après la Nouvelle- 
Zélande. Dans ce cas, en effet, il y aurait eu probablement 
une succession de terres reliant la Nouvelle-Zélande à la 
Nouvelle-Guinée, à la Malaisie et au continent asiatique. 
Les migrations parties du groupe de la Nouvelle-Zélande 
seraient alors arrivées promptement et facilement à l'une 
des lies malaisiennes les plus méridionales, tellement rap- 
prochées, comme on sait, qu'il est impossible de passer sans 
les voir. Il eût suffi pour faire ce trajet, de profiter de quel- 
que coup de vent de Sud-Est, vents qui ne sont pas rares, 
même à la Nouvelle-Zélande, comme nous l'avons expéri- 
menté nous-même avec Dumont d^Urville sur l'Astrolabe en 
mettant 25 jours pour nous repdre de port Jackson au détroit 
de Cook. Mais cette supposition est trop hypothétique dans 
l'état actuel de la science pour que nous nous y arrêtions 
plus longtemps. 

Nous croyons donc que les Polynésiens sont arrivés jus- 
qu*en Malaisie et aux continents, plutôt par la route des îles 



LES POLYNÉSIENS. 141 

Salomon et le Nord de la Nouvelle-Guinée que par la voie 
directe de la Nouvelle-Zélande, malgré ce que cette hypo- 
thèse a de spécieux. Nous ne saurions, en effet, admettre que 
les Maori se seraient éloignés à la suite de Tengloutisse- 
ment de quelque continent attenant à la Nouvelle-Zélande, 
ainsi que sont disposés à le croire les missionnaires anglais 
W.Williams et Taylor, MM. J. Garnier et Grandidier. 

Les traditions ne font absolument allusion qu*à une con- 
trée identique aujourd'hui encore à celle dont elles parlent ; 
on ne les comprendrait pas, si Ton rapportait ce qu'elles 
(lisent à quelque continent disparu ; enfin, elles établissent 
nettement que c*est à la suite de guerres intérieures que les 
Maori ont dû émigrer. 

Nous comprendrions davantage que les Maori aient pu ar- 
river eux-mêmes en Malaisie par le détroit de Torrès. Il leur 
eût été facile et même beaucoup plus facile qu*aux Polyné- 
siens d'atteindre ce détroit en profitan t eux aussi des vents 
du Sud-E!àt. Dans ce cas, ils auraient eu naturellement à 
longer la côte orientale de la Nouvelle-Hollande, où, semble- 
t-il, ils auraient dû parfois laisser quelques colonies ; d'autre 
part, ils seraient arrivés d'emblée justement à la chaîne 
d'îles que comprend Java, où nous avons cru reconnsdtre 
quelques mots de forme maori. Âuraient-ils donc été ce 
> peuple inconnu, > dont Crawfurd signale la venue à une 
époque reculée, et que nous avons regardé nous-mème 
comme Fauteur des Javanais et des Malais, par son croise- 
ment avec la race noire de petite taille, première occupante 
de Java? Il est sans doute bien difficile de l'assurer, mais, 
après tout ce que nous avons dit à ce sujet, cela n'a certaine- 
ment rien d'impossible. 

Dans ce cas, une seule chose pour nous serait inexplica- 
ble : l'absence complète, en apparence, de tout vestige 
maori sur la côte orientale de la Nouvelle>Hollande. Cette 
absence, nous l'avons attribuée à l'impossibilité pour les 
Maori émigrant vers la Polynésie, d'aborder à la Nouvelle- 
Hollande, à cause des vents qui les emportaient et qui 
étaient presque le contraire des vents de Sud-Est ; mais, 
d'un autre côté, quand on réfléchit que les émigrations n'au* 



142 LES POLYNÉSIENS. 

raient eu lieu qu'à une époque fort reculée, et que les Aus- 
traliens à cheveux lisses ne sont bien probablement, comme 
nous l'avons dit, que des métis de race noire et de race 
jaune, on pourrait peut-être supposer que les Maori et leur 
langage auraient disparu avec le temps, absorbés par la 
race noire prépondérante. 

Quoi qu'il en soit, nous croyons préférablement que les 
Polynésiens ont gagné les îles de l'archipel Indien par la 
voie des îles Salomon et du Nord de la Nouvelle-Guinée; 
nous adoptons cette supposition, parce que c'est de ce côté 
qu'on trouve les mots se rapprochant le plus, par la forme 
et la prononciation de ceux des archipels Samoa et Tunga, 
et que c'est là enfin qu'existent encore, comme plus au nord 
également, les populations, dites Malaisiennes, qui ressem- 
blent tant aux Polynésiens. 

Inutile d'ajouter que les migrations, si elles avaient eu 
lieu de ces deux points différents, se seraient probablement 
effectuées à des époques différentes aussi, et que celles de 
la Nouvelle-Zélande auraient précédé de beaucoup les émi- 
grations de la Polynésie proprement dite. 

Telle aurait donc été, suivant nous, la marche suivie par 
les migrations depuis leur sortie de THawahiki. Toutes se 
seraient faites du Sud-Ouest vers le Nord- Est, c'est-à-dire 
€ vers le côté où le soleil se lève, » en peuplant successive- 
ment et volontairement dans cette direction générale cha- 
que archipel rencontré ; puis, involontairement parfois ou 
par voie d'entraînement, un certain nombre de petites îles 
isolées dans toutes les directions autour du point de départ 
.secondaire. Mais, nous le répéterons, cette dernière voie est 
loin d'avoir contribué, autant qu'on paraît le croire, au peu- 
plement des îles par la race polynésienne. A n'en juger que 
par les faits venus à la connaissance des Européens, elle ne 
l'aurait fait même que dans des îles très rares; puisque 
presque toutes ces îles où elle a été entraînée étaient déjà 
habitées par une autre race : telles étaient Tanna dans les 
Nouvelles-Hébrides ; Uvea dans les îles Loyalty, etc. 

On a vu que les vents qui soufflent le plus fréquemment 
et avec le plus de force à la Nouvelle-Zélande sont les vents 



LES POLYNÉSENS. 143 

de la partie de l'Ouest, du Sud-Ouest au Nord-Ouest. Ce 
sont ces vents qui ont entraîné do cette contrée les pre- 
miers émigrants et qui les ont portés successivement jus- 
qu'aux limites les plus orientales de la Polynésie . Si les îles 
les plus méridionales de Tocéan Pacifique ont pu être peu- 
plées à l'aide des mêmes vents, il est, au contraire, très 
probable qu'une île comme celle de Pâques, par exemple, 

• 

ne Ta été que par des canots entraînés par les vents de 
Nord-Ouest. Quant aux îles Sandwich, il est à supposer 
qu'on ne s'y est rendu que poussé par des vents de Sud- 
Ouest au Sud-Est et assez tard, croyons-nous, après le peu • 
plement des archipels Tunga, Hapaï, Samoa et Manaia. 

On lA voit, c'e^t surtout avec des vents de la partie de 
rOuest que les émigrants paraissent s'être éloignés. Dès 
lors, non seulement la direction devait être la même; mais 
elle tendait k les confiner, pour ainsi dire, tout d'un côté de 
l'océan Pacifique. Qu'on jette les yeux sur la carte et l'on 
verra que c'est, en effet, ce qui est arrivé. Ce fait, à notre 
avis, n'a pas été assez remarqué ; car, à part les petites îles 
4ue nous avons dit et que Ton sait avoir été peuplées par 
des entraînements involontaires, telles que Tukopia, Rotu- 
ma et quelques autres, il n'y a pas d'îles peuplées par les Po- 
lynésiens plus à l'Ouest que les Tunga dans la Polynésie. 
Pour qu'un pareil fait existe, il faut nécessairement admet- 
tre qu'une cause générale l'a déterminé : cette cause est la 
direction des vents qui ont servi aux migrations. 

Quand on regarde la carte, on voit parfaitement marquée 
une ligne séparative qui s'étend de l'Ile -Nord de la Nou- 
velle-Zélande augt îles Sandwich. Cette ligne de démarcation 
semble élevée comme un mur empêchant les émigrants de 
8e rapprocher plus de TOuest et les contraignant à se dissé- 
miner dans toute la partie orientale de l'océan Pacifique. 
Nous sommes surpris qu'en voyant une pareille répartition, 
les ethnologues n'aient pas été frappés comme nous, non 
seulement de la nécessité absolue de vents venant de l'Ouest, 
ce que tous semblent reconnaître aujourd'hui, mais aussi 
d'un point de départ différent de celui qu'ils ont admis, pour 
pouvoir expliquer un pareil état de choses. Il est certain, en 






144 LES POLYNESIENS. 

dSecqw, si les émigimnts fassent partis des îles asiatiques, 
comm^ ils le croient, avec des vents de la partie de l'Ouest, 
il j aurait en pins d'une De peuplée par eux entre le point 
de d^ait et la ligne de démarcation que nous avons citée : 
or, il n^ en a pas une seule, à Texception des petites îles 
qu'on sait avoir été peuplées assez tard par des entraine- 
ncnts venus de la Polynésie. On n'y a, pour ainsi dire, trou- 
vé jusqu'à présent aucun vestige important de leur passag'e, 
même dans le langage. Bien mieux, il n'en existe que daus 
les Iles qui, comme Taaikoro, avoisineut les petites îles in- 
cidemment peuplées par la race polynésienne, et il n'y en 
a aucune, quand on se rapproche plus de TOuest. 

Un pareil fait ne pouvait s'expliquer qu'en suppo^sant le 
point de départ, toujours dans l'Ouest ; mais au lieu de 
rèlre dans l'Ouest direct, comme on a cru, il fallait qu^il fût 
situé à la limite extrême vers le Sud, c'est-à-dire dans le 
Sud-Ouest, comme nous le soutenons, à l'Ile-Nord de la 
Nouvelle-Zélande. De là, avec des vents d'Ouest, il était im- 
ossible qu*on pût se rapprocher davantage qu'on ne Ta fait 
de rOccident. 

Il est bien plus tacile de comprendre ce peuplement, en 
acceptant rhypothèse que nous proposons, c'est-à-dire le 
peuplement de la Polynésie par les Néo-Zélandais à l'aide 
des vents de la partie de l'Ouest, que par toute autre hypo- 
thèse. Seule elle explique comment aucun Polynésien n'a été 
rencontré plus à l'Ouest que le 180* degré de longitude ; 
seule, elle fait comprendre la localisation de la race entière, 
pour ainsi dire, dans la moitié orientale de l'océan Pacifique 
seule, elle explique pourquoi les émigrants de la Nouvelle- 
Zélande ne se sont jamais arrêtés à la Nouvelle-Hollande, 
et pourquoi ceux qui seraient venus, comme on croit, de la 
Polynésie, n'y ont jamais été rencontrés ou n'y ont jamais 
laissé de traces, même dans le langage. 

Les partisans de l'origine asiatique objecteront peut-être 
que la Nouvelle-Zélande n'a pas été peuplée directement 
par l'Asie, mais bien indirectement par des colonies passant 
d'abord par la Polynésie. Cette objection tombe d'elle- 
même. Gela eût été impossible avec les vents ordinairement 



LES POLYNÉSIENS. 145 

régnants dans les parages occidentaux de la Nouvelle-Zé- 
lande ; ces vents ont été ceux dont se sont toujours servi et 
se servent les Polynésiens pour se porter aux îles qui sont 
plus orientales que les leurs ; assurés qu'ils sont, à un mo- 
ment donné, de pouvoir revenir à leur point de départ. En- 
fin la Nouvelle-Zélande est l'île à population polynésienne 
la plus occidentale de toutes, et elle se trouve séparée des 
Samoa par les Tunga. Sans doute d'Urvilleadit que c'est avec 
les vents de Sud-Est que les Tahitiens auraient envoyé leurs 
colonies peupler la Nouvelle-Zélande ; mais, vu la distance 
à parcourir, tout marin y croira difficilement (1) ; surtout 
8*11 remarque qu'aucun canot n'a jamais été entri^né à la 
Nouvelle-Hollande. On reconnaîtra, d'ailleurs, qu'en outre 
de la distance, la traversée des îles Samoa n'aurait proba- 
blement pas été aussi facile que paraissent le croire les par- 
tisans de M. Haie, entre autres, puisqull aurait fallu tra- 
verser, ou du moins ranger d ) très près, les îles Tunga pour 
éviter les Fiji, îles qui sont, les unes et les autres, à 300 
et quelques lieues de la Nouvelle-Zélande, et qui barrent, 
pour ainsi dire, la route. Mais les eClt-on facilement doublées, 
qu'il serait toujours resté l'obstacle des vents ordinairement 
régnants de la Nouvelle-Zélande, vents qui soufflent parfois 
avec tant de violence. 

Dans rhypotbëse d'une origine asiatique, on compren- 
drait certainement que ces colonies eussent pu, avec de& 
vents de Nord-Est qui, eux aussi, souffleut parfois avec in- 
tensité, franchir, sans s'y arrêter, les Tunga et les Fiji, et 
arriver directement à la Nouvelle-Zélande. Mais il faudrait 
alors admettre que cette terre était connue des habitants 
des Samoa ; or, rien absolument ne le prouve. Il eût été 

<1) Hn officier de marine, qui ne croyait même pas qu'il fût possi- 
ble d^aller loin daus un seos ou dans un autre, M. deBavis a dit de- 
puis : « Quel est le marin qui voudra accepter que des pirogues, 
quelque perfectionnées qu'elles fussent sous le rapport nautique, 
aient pu franchir des distances de cinq ou six cents lieues et plus, 
Mos bat, sans moyen de diriger leur route, autre que la course 
astex variable des vents généraux et la marche du aoleil qui, selon 
les èpoqaes de Tannée, donnent des rumbs de vent as^ez distants 
Tonde l'autre? » (Annuaire Tahiti, année 1863.) 

IV. 10. 



t« -•'1."' 



146 LES POLYNÉSIENS. 

plus naturel qu'elle fût connue par les Tun^a, qui en sont 
bien plus voisines; mais rien non plus dans les traditions 
de ces îles ne le laisse soupçonner. Dans cette supposition, 
du reste, comme dans la précédente, il faudrait admettre 
que c'est en suivant une route opposée à celle généralement 
suivie en Polynésie, que la Nouvelle-Zélande aurait été 
peuplée, et il est difficile de l'admettre quand on sait que 
loua les etlinologues reconnaissent aujourd'hui que c'est 
avec des vents d'Ouest, et en allant du Sud-Ouest vers le 
Nord- Est, que les migrations volontaires se sont opérétîs. 
Une pareille exception ne se comprendrait pas. 

Enfin il suffit de jeter les yeux sur la carte pour recon- 
naître que ces colonies n'auraient pu. avec des vents d'Est, 
se transporter à la Nouvelle-Zélande en partant directement 
des îles Samoa ; car la force des vents et des courants les 
eût entraînés dans rOuest et leur eût, presque certainement, 
fait manquer les côtes de la Nouvelle-Zélande. C'est sans 
doute cette difficulté, jointe aux précédentes, qui a porté 
M. Thompson, et après lui M. de Quatrefages, à supposer 
que les colonies des Samoa, avant d'atteindre la Nouvelle- 
Zélande, ont commencé par se rendre aux îles Manaia, et 
par s'y arrêter, spécialement à Rarotonga. Il n'y avait cer- 
tainement pas de meilleur moyen, pour éviter la difficulté 
et placer les émigrants dans la position la meilleure possi- 
ble pour arriver sans obstacle au groupe de la Nouvelle- 
Zélande ; en effet, sur la route directe de Rarotonga au cap 
Waiapu (cap Est de l'Ile-Nord), il n'existe pas une seule île. 
pas un seul rocher, et on n'eût rencontré les petites îles 
Espérance, Macauley, Curtis, que si on eût été fortement 
entraîné vers TOuest. On sait, du reste, que les Manaia, 
bien que plus éloignées que les îles Tunga, ne sont pas à 
une distance exagérée. Il est inutile de revenir sur toutes 
les raisons qui nous ont fait rejeter cette opinion ; nous 
nous bornerons seulement à demander s'il est admissible 
que des émigrants venant du Nord-Ouest, puisque les Sa- 
moa sont dans cette direction par rapport à Rarotonga, 
eussent préféré revenir presque sur leurs pas, en se lançant 
dans le Sud-Ouest à la quête d'une terre qui leur était près- 



LES POLYNÉSIENS. l47 

que certainemeut ausdi inconnue qu'elle était éloigfnée, 
plutôt que de continuer leur émigration vers l'Est ou le 
Nord-Est, où ils auraient rencontré, à petite distance, les 
tles de la Société, et, un peu plus loin, les îles Paumotu les 
plus méridionales. Il aurait fallu, d'ailleurs pour se rendre 
des Samoa aux Manaia, qu'ils profitassent des vents de Nord- 
Ouest et d'Ouest, et il leur eût été certainement plus natu- 
rel de se servir des mêmes vents pour s'éloigner de Raro- 
tonga que des vents du Sud-Est et d'Est, qui. sans doute, 
auraient pu les ramener dans leurs îles, mais qui pouvaient 
aussi, dans leur course vers la Nouvelle-Zélande, les entraî- 
ner dans l'Ouest jusqu'à la Nouvelle-Hollande. 

En résumé, nous le répéterons, ce n'est absolument qu'en 
plaçant le point de départ des émigrants dans la Nouvelle- 
Zélande qu'on aplanit toutes les difficultés, et qu'on parvient 
également à comprendre pourquoi tous les Polynésiens, 
quelle que soit la position de leur île, s'accordent tous à 
placer leur lieu d'origine, leur aima mater dans l'Ouest. 
Ln seul lieu situé de la sorte pourrait permettre un pareil 
assentiment général, c'est le groupe de la Nouvelle-Zélande. 



Nous allons maintenant examiner si les îles abordées par 
les émigrants de l'Hawahiki étaient habitées ou si elles 
étaient désertes. 

Pour la plupart des ethnologues, ces terres étaient habi- 
tées par une autre race, celle des Mélanésiens. Les Polyné- 
siens, à leur arrivée, les auraient expulsés, détruits ou sou- 
mis pour prendre possession du sol, et auraient fini par les 
absorber. Telle était l'opinion de Forster, et telle a été, de- 
puis, celle de d'Urville, de Hienzi, de Moërenhottt et d'une 
foule d'autres écrivains, mais sans la moindre preuve à l'ap- 
pui, du moins pour la Polynésie. 

On a bien dit que les îles de la Société possédaient, avant 
la venue de Gook, une population plus noire et plus sau- 
vage ; mais nous avons montré que cette assertion n'avait 
rien d'exact, et qu'elle était démentie par l'absence de toute 



i 



148 LES POLYNb SIENS. 

trace d'un langage différent de celui de Tahiti et par un 
certain nombre de témoignages contraires. 

On a dit également, et c*cst ce que soutenait M. de Qua- 
trefageS) que les îles Sandwich étaient occupées à Tarrivée 
des colonies tahitiennes. comme Tétait la Nouvelle-Zélande 
à l'arrivée des Hawahikiens. Ce savant voyait une popula- 
tion primitive aux Sandwich, duns les esprits qui habitaient 
les cavernes au moment de la venue des émîgrants de Ta- 
hiti; ces esprits n'étaient, pour lui, que des Mélanésiens ar- 
rivés avant les Tahitiens. Voici ce qu*il dit à ce sujet (1) : 

< Dans le premier de ces archipels, les Micronésiens à 
teint foncé avaient précédé les Tahitiens. Mais ce que les 
traditions locales rapportent de ces esprits, qui habitaient 
les cavernes, montre qu'il ne s'agit que de populations fort 
peu nombreuses. Ce fait ressort encore plus clairement des 
détails circonstanciés que nous possédons sur la Nouvelle- 
Zélande. Il est clair que la race mélanésienne n^avait là que 
de rares représentants. > 

En somme, M. de Quatrefages n'accordait à ces deux ar- 
chipels qu'une très faible population primitive ; mais il re- 
connaissait, comme nous le faisons, que les autres émi- 
grants polynésiens semblaient avoir trouvé entièrement 
libres les îles abordées par eux, telles que les Kiug*s Mill, 
Raiotouga, Mangareva, Tubuaï, les Paumotu,|etc. Il ajoutait 
seulement, pour les dernières, qu'elles étaient en grande 
partie désertes à l'époque des découvertes, et qu'elles le sont 
encore de nos jours, malgré les facilités qu'y pré.:ente le 
rapprochementdes terres (2). Nous avons montré ailleurs 
que cela tient à la stérilité de ces terres, et surtout aux 
guerres meurtrières qui y étaient à chaque instant faites 
par les populations d'Ânaa. Quant aux Marquises, M. de 
Quatrefages fait observer avec raison qu'elles devaient être 
désertes, ainsi que l'atteste la pureté de la race. Il en était 
certainement de même, d'après tous les documents connus, 
pour les îles Tunga et Samoa lors de l'arrivée des premiers 

(1) Ouvrage cité. Les Polynésiens, etc., p. Vto, 

(2) MOiiic pogo. 



LES POLYNÉSIENS. 149 

émiffrantd, quel qa*ait été d*ailleurs leur véritable point de 
départ. 

A Fexception des Sandwich et de la Nouvelle-Zélande, 
d*après M. de Quatrefages lui-même, toutes les îles auraient 
donc été trouvées désertes à Tarrivée des émigrants dans la 
Polynésie. Quant à la Nouvelle-Zélande, il ne lui accordait 
que de rares représentants de la race mélanésienne. Nous 
croyons avoir démontré que non seulement ces représen- 
tants d*ane autre population n*étaient pas aussi rares qu*on 
Ta cru, mais qu'ils appartenaient à la même race que les 
émigrrants eux-mêmes, c'est-à-dire à la race maori ; .qu'ils 
parlaient le même langage, et qu'ils étaient bien probable- 
ment venus de la même contrée qu'eux, plus ou moins long* 
temps auparavant, s'ils n'étaient pas eux-mêmes autoch- 
thoues. 

On pourrait donc réduire à un seul groupe, celui des 
Sandwich, les îles occupées par une population autre que la 
race polynésienne à la venue de ses colonies; mais nous 
croyons qu'il est permis de douter que le petit nombre, 
« d'esprits • dont parlent les traditions, puisse être con>i- 
déré comme une population primitive « de Micronésiens à 
teint foncé >, c'est-à-dire de Mélanésiens. 

D'après cela, nous serions disposé à considérer presque 
toutes, sinon toutes les îles de la Polynt^sie, comme étant 
désertes à l'arrivée des émigrants. L'Ile-Norddela Nouvelle- 
Zélande aurait elle-même à peine fait exception, puisque 
les populations qu'on y a trouvées étaient de même race que 
celles qui venaient de s'emparer du sol. 

Ce qui atteste le mieux, à notre avis, que les émigrants 
n'ont dû rencontrer que bien rarement des îles déjà habitées 
à leur arrivée en Polynésie, c'est que les linguistes n'ont 
Jamais signalé la moindre trace de langage mélanésien 
dans les dialectes polynésiens. Si Ton y a trouvé quelques 
mots adoptés et employés pour remplacer des mots polyné- 
liena, ce n'est seulement qu'à titre étranger, et sans qu'ils 
•e soient fondus dans le langage. Tels sont, aux îles Tunga, 
par exemple, les mots Tut et Bulotu. Si l'on admet, comme 
le font presque tous les ethnologues, que la race primitive 



150 I ES POLYNÉSIENS. 

de chaque île rencontrée a été en partie exterminée, et 
même qu'elle n'a été qu'asservie, il faut nécessairement ad- 
mettre aussi qu'il serait resté quelque vestige de la lang'ue 
des vaiûcus : c'est ce qui a eu lieu, par exemple, pour les 
Polynésiens dans les îles mélanésiennes, où les coups de 
vents les ont entraînés, telles que Tanna, la Nouvelle-Ca- 
lédonie, Vanikoro, et surtout les Fiji. En effet, une langrue, 
quelle qu'elle soit, ne disparaît pas aussi facilement que 
quelques savants semblent le croire. Or, nous le- répétons, 
nulle part on n'a rencontré de >^estiges d'une langue méla- 
nésienne quelconque, pas plus aux Tunga qu'aux îles de la 
Société et ailleurs ; au contraire, on a trouvé un grand 
nombre de mots polynésiens usités dans les îles mélané- 
siennes et faisant pour ainsi dire partie de la langue, aux 
Fiji particulièrement. 

Ce fait de l'absence presque complète de mots mélané- 
siens dans les îles polynésiennes, alors que les mots polyné- 
siens se trouvent en grand nombre dans les îles mélanésien- 
nes, est bien digne de fixer l'attention. Pour qu'il ait eu 
lieu, pour qu'il se présente surtout là où les deux races 
sont le plus voisines, là où elles auraient pu se mêler da- 
vantage par leur long contact ou leurs rapports plus fré- 
quents, comme aux Fiji et aux Tunga, il faut presque né- 
cessairement admettre qu'il dépend de la supériorité réelle 
que la race polynésienne possède sur la race mélanésienne. 

Quoi qu'il en soit, ce fait existe ; il est surtout apparent 
aux Fiji et aux Tunga, où, en raison du voisinage, il eût 
semblé plus naturel que le mélange fût réciproque. Que l'on 
accepte l'hypothèse de Haie, qui faisait peupler les Tunga 
par une colonne malaise, arrêtée d'abord aux Fiji, puis ex- 
pulsée et allant soumettre celle venue des Samoa ; que l'on 
adopte celle de M. de Quatrefages faisant arriver cette co- 
lonne aux Tunga directement de Bourou, on aurait, semble- 
t-il, dû trouver presque autant de mots fijiens aux Tunga 
que de mots polynésiens dans les Fiji. Or, c'est à peine si 
l'on retrouve quelques mots fijiens dans les îles Tunga, 
tandis qu'on rencontre aux îles Fiji encore plus de mots po- 
lynésiens que no l'ont cru les ethnologues, et particulière- 



LES POLYNÉSIENSl 151- 

ment que ne l'a dit M. Haie, qui pourtant en élève le nom- 
bre jusqu'au cinquième. 

Que ce fait soit dû seulement à la provenance des émi- 
garants, comme quelques ethnologues semblent le croire, 
qu'il ne soit dû, comme quelques autres le soutiennent, 
qu'au voisinage des deux races ayant de fréquents rapport 
ensemble, et surtout à la supériorité d'une race sur l'autre, 
comme nous serions assez disposé à le croire, il laisse néan- 
moins planer un doute qui fait de cette question Tun des 
problèmes polynésiens les plus difficiles à résoudre. Il est 
aussi inexplicable en admettant l'origine maori des Polyné- 
siens, qu'en les faisant venir de Kalamatau avec de Rienzi, 
ou de Bourou avec Haie. 

Nous avons déjà cherché à élucider cette question lorsque 
uous avons étudié l'antagonisme et les rai)ports des Polyné- 
siens et des Mélanésiens. Nous ne reviendrons donc pas ici 
sur des considérations que nous avons longuemept dévelop- 
pées ailleurs (1). 



On sait qu'une foule de mots de la langue polynésienne 
ont été retrouvés surtout en Malaisie; d'autres l'ont été non 
seulement à Madagascar mais même en Afrique, en Améri- 
que et dans l'Inde. Ainsi s'explique jusqu'à un certain point, 
l'accord presque général des ethnologues pour en attribuer 
la provenance à la contrée qui en présente le plus, c'est-à- 
dire à la Malaisie. Nous avons déjà montré combien d'obs- 
tacles s'opposent à l'admission d'une pareille provenance ; 
il est inutile de nous y arrêter de nouveau ici. Il nous suffira 
de dire qu'il eût été impossible aux Malais et aux Javanais 
de fournir un pareil langage, puisque les langues qu'ils par- 
lent diffèrent elles-mômes par le fond de la langue polyné- 
sienne. Sans doute, on a trouvé en Polynésie un certain 
nombre de mots qu'on regarde comme malais ou javanais , 
on y aurait même trouvé, croit-on, quelques mots sanskrits. 
Il (aut donc absolument admettre, pour expliquer ce fait, 

(lî Vol. II, liv. m. eh. I. 



^ 



152 LES POLYNÉSIENS. 

que des Malais ou des Javanais ont été entraînés jusqu*en 
Polynésie, ou bien que des Polynésiens, après avoir été en 
Malaisie sont revenus en Polynésie et ont fait connaître ces 
mots à leurs compatriotes. Déjà nous avons dit, en réfutant 
la théorie de l'origine asiatique ou malaisienne des Poly- 
nésiens, que des entraînements de la Malaisie ont pu avoir 
lieu vers la Polynésie, tout comme il y en a certainement eu 
de la Polynésie vers la Malaisie. En outre des voyages vo- 
lontaires, nous n'avons pas à revenir ici sur la possibilité 
de ces voyages, dans un sens ou dans l'autre; mais s'il existe 
vraiment quelques mots sanskrits en Polynésie, ils n'ont 
pu y arriver que par Tune des deux voies que nous venons 
d'indiquer. Or, nous avons vu précédemment (1) que l'exis- 
tence de ces mots était douteuse, et que Buschmann soute- 
nait qu'il n'en existait qu'un seul. Quant aux mots malais, 
ils ne seraient probablement que des mots polynésiens con- 
servés par les Malais et les Javanais lorsqu'ils créaient leur 
race et leur langue au contact des peuples asiatiques. Il 
faudrait donc les attribuer aux Malaisiens eux-mêmes qui 
les auraient portés en Polynésie, soit, comme on est dispo- 
sé à la croire, en émigrants colonisateurs, soit à la suite de 
quelque entraînement involontaire. On expliquerait de la 
même façon la présence des mots sanskrits, s^il en existe en 
Polynésie : seulement les Malaisiens ne seraient alors par- 
tis de l'Archipel, qu'après l'arrivée des colonies indiennes 
qui possédaient ces mots. Cette explication du reste est pu- 
rement spécieuse, et elle ne repose que sur des conjectures. 
Seule,ranalogie des caractères physiques et celle d'un certain 
nombre de mots pourrait faire admettre que les Malaisiens 
se sont portés vers la Polynésie, à une époque qui aurait 
été nécessairement antérieure à la formation de la nation 
malaise, et postérieure au contraire à l'arrivée des peuples 
de l'Inde . Rien non plus n'indique le rôle important qu'ils 
auraient nécessairement joué en Malaisie, s'ils en eussent 
été les autochthones et s'ils fussent partis, volontairement 
ou non, pour aller coloniser la Polynésie. Il est évident que, 

(1) Vol. I, p. 157. 



LES, POLYNÉSIENS. 153 

dans ce dernier cas, le souvenir de leur départ eût été con« 
serve par les traditions javanaises ou autres ; car ce départ 
n*aorait pa avoir lieu au plus tôt que vers le 3* ou le 4* siècle 
de notre ère. Or, les annales javanaises n'en disent absolu- 
ment rien; et naturellement les chroniques malaises n'en 
parlent pas davantage *, au contraire, des souvenirs tradi- 
tionnels établissent qu*un peuple est arrivé à Java long- 
temps avant les Javanais et les Malais, et que ce peuple 
avait justement les caractères des Malaisiens, qui sont re- 
gardés, encore aujourd'hui, par les Malais et les Javanais, 
comme plus anciens qu'eux dans toutes les îles où ils ont 
fié rencontrés. En outre, il faudrait surtout se demander 
comment ces Malaisiens, partant à une époque si reculée, 
n'auraient pas occupé quelques-unes des îles les plus voi- 
sines de la Malaisie, aujourd'hui habitées par la race noire, 
qui se trouvaient sur leur route, ou du moins, comment its 
aoraient pu doubler ces îles, ainsi que les îles intérmé- 
diaireSt sans être dans la nécessité d'y toucher, et d'y lais- 
ser de plus importantes traces de leur passage. On l'a vu« il 
ettadmispar Haie et ses partisans, que, parties les derniè- 
res, ces populations malaisiennes auraient chassé devant 
elles les populations mélanésiennes, premières occupantes 
de quelques-unes des lies où elles pèseraient arrêtées, et 
telle est particulièrement l'opiuion de M. de Quatrefages; 
mais, nous le répéterons, que seraient devenues dans ce 
cas, les populations mélanésiennes, chassées par des émî- 
grants venant de l'Ouest ? On le sait, aucune lie plus méri- 
dionale et plus orientale que celle où ce fait se serait passé 
n*en a conservé la trace ; toutes, au contraire, dans le Sud 
et dans l'Est, sont peuplées par la race polynésienne la plus 
pore. 

Pour ces raisons, comme pour toutes celles déjà données 
ailleurs, il n'est donc pas plus admissible que la Polynésie . 
ait été peuplée par les Malaisiens que par les Malais et les 
Javanais ; mais il faut reconnai tre que les Malaisiens, s'ils 
avaient été les émigrants vers la Polynésie, expliqueraient 
mieox, non pas seulement la présence des quelques mots 
sanskrits qu'on dit exister dans la langue polynésienne, 



154 LES POLYNÉSIENS. 

mais encore et surtout Tusage général d'une langue, qui 
n'a été retrouvée qu'exceptionnellement partout ailleurs. Il 
ne serait plus nécessaire, en effet, de supposer, avec Thomp- 
son, que les émigrants parlaient une langue malaise diffé- 
rente de celle actuelle, lors de leur départ, et que cette lan- 
gue aurait donné naissance, avec le temps, à la langue po- 
lynésienne. Elle y serait arrivée toute faite, et elle n'aurait 
eu à subir que les légers changements que nous avons in- 
diqués pour les différents archipels. Il est également inu- 
tile d'attribuer aux Malais les quelques mots communs aux 
deux langues (1), puisqu'ils n'auraient été que des mots 
malaisiens apportés par les émigrants et pris en Malaisie 
même par les Malais avant leur départ. 

Nous l'avons dit, il y a un moyen beaucoup plus simple, 
et par cela même plus probable, d'expliquer l'existence de 
tant de mots polynésiens en Malaisie, comme en tant d'au- 
tres lieux, c'est d'admettre que les Polynésiens se sont ren" 
dus en grand nombre en Malaisie, probablement volontaire- 
ment, ou tout au moins par des entraînements involontai- 
res répétés. Une pareille supposition fait mieux comprendre 
que toute autre la disparition de la plus grande partie du 
langage primitif des populations dites aujourd'hui malai- 
siennes ; elle explique mieux le refoulement de ces popula- 
tions dans liniérieur des terres ; elle donne en même temps 
l'explication de la tradition qui rapporte la venue d'un 
peuple inconnu à une époque si éloignée, que le souvenir 
en est à peine conservé. 

En résumé, nous croyons qu'il faut admettre, avec Craw- 
furd,que tous les mots polynésiens trouvés en Malaisie 
surtout (2) sont des mots étrangers, importés par des popu- 

(1) On Ta vu, 50 à 75 mots ont été regardés comme des mots 
malais, et nous avons dit que ce nombre a même été exagéré. 

(2) Nous avons montré que dans lapartie de l'Asie, qui est la plus 
voisine des îles malaises, se trouvent non seulement quelques mots 
qui ont une apparence toute polynésienne, mais, en outre, des 
peuplades qui, de nos jours encore, ont conservé tous les caractè- 
res des Polynésiens, malgré qu'elles soient entourées de peuples 
différents par la race : nous voulous parler plus particulièrement 



LES POLYNÉSIENS. |55 

latioos qui parlaient le langage dont ces mots faisaient 
partie, de môme que ces populations en ont porté un plus 
ou moins grand nombre d'autres, comme nous allons le 
faire voir, jusqu*en Afrique, en Asie et en Amérique. C'est 
au contact de ces populations, et à une époque fort reculée, 
alors que la nation javano-malaise se formait, que ces mots 
auraient été adoptés par les Javano-Malais. Nous sommes 
enfin complètement de Tavis de Bory de Saint- Vincent, qui 
disait déjà, à une époque où il n'y avait guère d'autre tra- 
vail complet sur les Océaniens que celui de R. P. Lesson : 
♦ Trouver des indices de leur passage au pays de Siam ou 
du Cambodge, ou bien chez les Dayas de Tintérieur de 
Bornéo, n'est que la preuve de l'émigration de quelque fa- 
mille océanique vers ces contrées (l). » 

Qu'on admette ou non l'explication que nous venons de 
donner de la présence des mêmes mots en Malaisie et en 
Polynésie, il est bien certain, comme l'avaient reconnu 
d'Urville, Moërenhoiit et tant d'autres, que ces mots, re- 
trouvés à la fois dans des contrées si éloignées, indiquent 
que des rapports ont nécessairement existé entre elles. 
D'Urville, avec raison, n'y voyait que cela, et il ajoutait (2) 
qu'il y avait trop de différence dans les caractères physiques 
des deux peuples pour qu'on pût supposer que les Polyné- 
siens n'étaient qu'une colonie malaise. Pour Moërenhoiit (3), 
la présence de plusieurs mots semblables chez des peuples 
séparés par de si grandes distances, était la preuve, sinon 
d'une origine, du moins de la préexistence entre eux d'un 
commerce ou de relations plus ou moins intimes, plus ou 
moins prolongées. Et, comme on a vu (4), il a même fiui 
par regarder les Malais comme \e,^ descendants directs des 

des Stiengs, enveloppés aujourd'hui par les Aunamites, les Cam- 
bodg^nSfles Siamois et les habitants du Laos; peuplades ni^nalées 
par M.Mouhot. 

(1) Bory de Saint-Vinc«.»nt, V Homme, t. 1. p. 312. 

(8) Mémoire sur les îles du Grand Océan ^ p. 17. 

(3) Voyages aux îles du Grand Oc*^an, t. II, p. 227. 

(4) Voy. vol. II, p. 5 etBuiv. 



*.:■ 



156 LES POLYNÉSIENS, 

Polynésiens, au lieu d'âtre leurs ancêtres comme ou l'avait 
cru jusque-là. 

Il est inutile sans doute, après tout ce que nous venons 
de dire, de faire remarquer combien notre opinion se rap- 
proche de la sienne, tout on en différant par le fond . 



CHAPITRE DEUXIÈME 



LES MAORI EN AFRIQUE, EN AMÉRIQUE ET EN ASIE. 



Recherches de M. d'Eîchthal. — Traces de la civilisation polynésienne à 
Madagascar. ^ Egypte. -7 Rapprochements entre les langues de Va- 
oikoro, copte et mandingue. « Autres preuves de la venue des Poly- 
nésiens en Afrique et à Madagascar. — Comparaison du maori et du 
langage des Antalotes des Gomores. — Les Polynésiens en Amérique. 

— Analogies et coïncidences. — - Ressemblances de mœurs, coutumes, 
industries, langage. — Autres analogies. — Les Polynésiens en Asie. 

— Considérations linguistiques. — Direction des vents régnants. « 
Cambodge et Laos. — Comparaison avec les Stiengt. — Affinités entre 
le Malayoa et le Polynésien. — Japon. — Caractères physiques des Ja« 
ponais. — Comparaison avec les Maori. — Conclusi ons générales. 



Jusqu'à présent, nous n'avons parlé que de la dissémina- 
tion ou répartition des Maori dans les îles polynésiennes, 
et dans quelques-unes des îles mélanésiennes qui les avoi- 
sinent le plus ; mais, grâce aux recherches si érudites de 
M. d*Eichthal sur Tbistoire primitive des races océaniennes 
et américaines (1), nous allons pouvoir les suivre mainte- 
nant, non seulement jusqu^en Afrique dans TOuest, jus- 
qu'en Asie dans TO.-N.-O., mais jusqu'en Amérique dans 
rEsttjusqu'àFormosedansleN.-N.-O., et bien plus loin 
encore, dans les Iles Aléoutiennes et Kouriles au Nord. 

Chemin faisant, nous ferons quelques remarques critiques 
indispensables, pour relever plusieurs erreurs, dues seule- 
ment aux documents sur lesquels Fauteur a dû s'appuyer, et 

(1) Mémoires de la Société d'ethnologie, t. II, p. 151 et suiv. 




15S LES POLYNÉSIENS. 

noud terminerons en montrant qu'il n'est guère probable que 
rinde particulièrement, et à plus forte raison, la Germanie, 
aient eu des rapports de quelque importance avec TOcéanie. 
Des études si savantes de M. d'Eichthal, il résulte d'abord 
que la civilisation primitive de TOcéanie a commencé dans 
la Polynésie, et que c'est de là qu'elle s'est portée vers Ma- 
dagascar. Mais, ne se bornant pas à admettre une ancienne 
communication entre la Polynésie et cette île, M. d'Eichthal 
semble même croire que les Malgaches avaient une origine 
polynésienne. C'est du moins ce qui résulte de la note dfe 
la première page de ses études, dans laquelle il dit : « 11 y 
a longtemps que l'affinité du Madécasse avec la famille des 
langues malai:>iennes et polynésiennes a été aperçue. La 
coïncidence d'un certain nombre de mots madécasses avec 
des mots malaisiens, a déjà été indiquée par Reland et 
Hervas ; mais ce fait ne prouve autre chose que l'intro- 
duction accidentelle de ces mots, et ne démontre nullement 
la communauté d'origine des deux peuples. C'est ainsi que 
s'exprimait Vater dans le Mithridate (t. III, p. 256.) Quel- 
ques années plus tard, Tinspection de documents plus com- 
plets rendit au contraire le fait de l'origine polynésienne 
des Madécasses évident. » 

Quelle que fut sa véritable opinion à cet égard, il ressor- 
tait^ disait-il, une même conséquence de tous les faits obser- 
vés ou relevés par lui : « C'est que la Polynésie ou un conti- 
nent aujourd'hui détruit, mais qui était situé dans la même 
région. du globe, paraissait avoir été le foyer principal de 
l'ancienne civilisation polynésienne qui, delà, avait rayonné 
dans toutes les directions vers l'Amérique, l'Asie et l'Afri- 
que. » Il ajoutait môme: « Peut-être est-ce un germe émané 
de ce foyer qui, tombant dans la vallée du Nil, y a fait 
surgir, ou bien a fécondé l'antique civilisation égyp- 
tienne (1). » Son opinion était, en somme, celle de Forster et 

(1) Nous ferons remarquer que, d*apros M. Moreaa de Jonnès, 
l'Égyptien pur a dû être primitivement identique à Tlndo-Polyné- 
sien. Il est à croire, ajoutait-il, que tous les deux ne faisaient 
u'un type unique, originaire de l'extrême Orient. 



LES POLYNKSIKNS. 15l^ 

de Moërenhotit, amplifiée et motivée. S'il ne confondait pas 
les véritables Polynésiens avec Les Mélanésiens, c'était bien 
aux premiers qu'il attribuait les rameaux répandus dans les 
îles mélanésiennes, l'archipel indien, et jusqu'à Mada- 
gascar. 

Nous allons exposer le plus brièvement possible quelques- 
uns des résultats auxquels il est parvenu. 



Afrique. — D'après M. d'Eiclithal (1), les Polynésiens 
auraient eu des rapports, non seulement avec Madag^ascar, 
mais même avec l'ancienne Egypte. 

La première coïncidence qu'il cite, et qui est sans contre- 
dit des plus remarquables, est l'identité du nom du soleil 
dans les deux langues: c'est là seulement qu'on le trouve 
sous la forme polynésienne pure. En effet, ce mot se rend 
par ra^ re, ree, en Egypte , ra^ à la Nouvelle-Zélande ; 
laay aux îles Tunga; raa^ à Tahiti ; ra^ à Tukopia (2) ; 
ta, à Hawaï, etc. 

Le même savant trouve également une coïncidence entre 
les mots houto et po : le premier est le nom de la déesse 
de la nuit, du chaos, des ténèbres primitives en Egypte ; 
elle y était surnommée la mère des dieux. Le second, en 
Tolynésie, représente aussi la nuit primitive qui, fécondée 
par l'Etre suprême, a donné naissance aux dieux et à tous 
les êtres. Il trouve aussi une coïncidence entre la grande 
divmité égyptienne Neitli ou Nées et la déesse polynésienne 
Hina, ainsi qu'entre le mot polynésien tabou, et les mots 
coptes touho (3), te6o, qui veulent dire « sacré >. 

Sans nous arrêter à une pareille interprétation, nous nous 

(1} Troisième étude^ p. 188. 

(S) D*£ichthala dit, d'après Gaimard, que le mot soleil se ren- 
dait par lera ou tera à Tukopia ; mais c'était une erreur du na- 
taralista Ue Y Astrolabe qui, entendant prononcer te ra « le soleil >, 
en a? ait fait un seul mot. 

(3) Remarquer qu'aux Tunga, touho est le nom du premier chef 
par origine légitime. 



160 LES POLYNÉSIENS. 

bornerons à faire remarquer ici qu*en polynésien, ce n est 
pas tabouy mais bien iapou ou mieux iapu. 

€ Si on joint à cette ressemblance, dit M. d*ËichthaU Tu- 
sage des constructions pyramidales, celui des momies, la 
division de la nation en famille souveraine, en classes sa- 
cerdotale, militaire et populaire, et si Ton compare ce que 
Moërenhoût rapporte du culte des divinités dans TEigypte 
et en Asie, on reconnaîtra qu'il y a plus d'une ressemblance, 
sans parler de certains dogmes relatifs à la vie future et à 
la distinction des peines et des récompenses après la 
mort > . 

Nous sommes de son avis ; mais nous ferons remarquer 
que la ressemblance sur laquelle il insiste le moins, et qu'il 
se contente de mettre en note (1) est, suivant nous, la plus 
importante. 

En effet, si Oro et Maui étaient, comme le pensait Moë- 
renhoût» les deux grandes divinités solaires de la Polyné- 
sie, leurs noms se retrouvent dans ceux des dieux égyp- 
tiens, Hor ou Har, (Orus des Grecs) etMoui, tous deux aussi 
solaires, et tous deux alliés. Il résulte d'une note de M. 
Ghampollion« envoyée à M. d'Eichthal,que Hor-Ohré (Orus, 
soleil), Hor-Meu ou Hor-Moui (Orus identifié avec le dieu 
Moui) est fils du dieu suprême Amon- Ra et de la grande 
déesse Nées. « Or, dit M. d'Eichthal, nous avons établi l'a- 
nalogie de la déesse Nées avec la grande déesse polynésienne 
Hina ; et comme Oro était considéré comme le fils de cette 
déejsse et du dieu suprême polynésien, ce trait complète la 
similitude entre les dieux Oro-Maoui d'une part et Hor- 
Moui de l'autre. € Il ajoute en note : € ChampoUion dit tex- 
tuellement : €Le nom de Hor-Mui (Hor*Moui) signifie Horus 
le véridique, ou plutôt Horus identifié avec le dieu Meu 
et frère de T'meï\ la justice ou la vérité. Meu, en copte, si- 
gnifie vrai ; la coïncidence de ce mot avec le nom du dieu 
Meu ou Moui est très probablement accidentelle : c'est ce 
qu'indique l'observation de ChampoUion. > 

M. d'Eichthal ne savait probablement pas qu'en Polynésie 

(1) Loc, citât, ^ p. 192. 



LES POLYNÉSIENS. 161 

et k Tahiti particulièrement, mau sigrnifie aussi « vrai, vé- 
rité. > Cette coïncidence est très curieuse. 

Après avoir fait remarquer que, en dehors du cercle des 
choses religfieuses, les coïncidences de mots deviennent 
proportionnellement moins nombreuses, et après en avoir 
cité un certain nombre, à notre avis fort incertains, et que, 
pour cela, nous ne rapporterons pas, M. d'Eichthal rejette 
encore en note (1) une remarque bien plus importante que 
toutes ses citations. Il résulte, de cette note, que parmi les 
noms d*homme et de peuples appartenant à des pays voi- 
sins de TËgypte, noms qu^on a déchiffrés sur les anciens 
monuments de cette contrée, on en a rencontré quelques- 
uns qui sont polynésiens ou qui ont complètement la phy- 
sionomie polynésienne. Tels sont, dit-il, parmi les peuples 
vaincus par Sésostris, les noms de Rohou, de Toroao, de 
Taônou ; parmi les chefs nubiens, les noms de Mehi, de 
Pohi, de Maï, etc. (2). 

On ne peut, certes, en voyant de pareils mots, avoir une 
autre opinion que celle de M. d'Eichthal ; car ils sont com- 
plètement polynésiens. Ainsi, en maori, ao^ lumière, jour ; 
po nuit. Mais il faut pourtant convenir qu'il n'y a d'autre 
analogrie que celle de la physionomie, ainsi que Ton peut 
s'en convaincre par la traduction littérale ci-dessous. 

M. d'Eichthal, du reste, ne cherche nullement à établir 
entre l'Eerypte et diverses régions de l'Océanie, le fait d'une 

(1) Troisième étude, p. 195. 

(2) En maori : 

Ro, foarmi, dans : An, marais, boue, silencieux. 
Toro, nom d*arbre,brûler ; s*étendre,se déployer; visiter,regarder. 
Ao, lumière, jour, faire jour, monde ; ramasser. 
Tao, lance ; cuire dans un four indigène ; maï, ici ; vers ; nom 
d*arbre, de moule. 
Nou pronom : de toi. 
Afr, afec, et ; hi, soit. 

//i, pèche, péctieur ; diarrhée, avoir la diarrhée. 
Poi, nuit, saison. 
//îi, Y. ci- dessus. 
PoAt, chanson. 

IT. 11. 



J.^ 



162 LBS POLYNÉSIENS. 

communauté de races, maïs seulement l'existence de cer- 
taines communications directes ou indirectes ; communica- 
tions qui ont pu être le résultat des migrations, du com- 
merce, peut-être d*une initiation religieuse. 

Nous n'insisterons donc pas sur les analogies un peu for- 
cées qu'il signale entre la langue copte et les dialectes de 
l'archipel malais, pas plus que sur les ressemblances de 
coutumes qu'il a cru exister entre l'Egypte et cette partie de 
rOcéanie. Nous avons montré ailleurs combien facilement le 
fonds commun des peuples permet d'établir des rapproche- 
ments de cette nature ; et nous sommes de l'avis du savant 
ethnologiste lorsqu'il ajoute que « ces ressemblances, celles 
môme linguistiques, peuvent toutes être dérivées d'un sim- 
ple contact, non point de race mais de civilisation. » 

Il en est de même pour les similitudes que M. d'Eichthal 
cherche à établir entre le langage de Yanikoro, la langue 
copte et celle des Mandingues ; ainsi qu'il le fait remarquer, 
ces similitudes peuvent être attribuées à l'existence d'an- 
ciennes relations entre ces peuples, mais elles n'indiquent 
aucune communauté de races. Nous nous bornerons à exa- 
miner rapidement celles d'entre elles qui semblent présen- 
ter le plus de vraisemblance. 

€ En Mandingue, dit M. d'Eichthal (1), chef se dit tighi^ 
et flèche se dit 6ten, btnnt, benne. Certes, il serait difficile de 
deviner dans ces mots, si l'on n'y était conduit, les racines 
polynésiennes répandues si au loin : ari/it, ah'/it, (arikU 
arii) chef, et pana, flèche. Cependant, à Tonga, alt/it est de- 
venu eghiy et à Vanikoro, nous voyons ce mot présenter les 
transformations alighi^ talighi : or, eghi et taligui condui- 
sent tout droit au iighi mandingue. D'un autre côté, nous 
voyons le radical pana présenter à Vanikoro les transfor- 
mations abtone, pouene^ pounene ; or, ceci ressemble com- 
plètement aux formes mandingues : bien, benne^ 6tnm, et, 
si l'on tient compte de toutes les concordances précédentes, 
ne permet guère de douter que ces formes mandingues ne 
soient une dérivation du radical polynésien pana. > 

(l)Loc.cil. Quatrième étude. 



LES POLYNÉSIENS. 163 

Depuis Mariner, il est vrai, eghi est le mot qui passe pour 
i ernifier chef aux Tûnga ; mais c^est à tort : ce mot est tout 
au plus e-tfct, abrégée à'ariki.Si, à Yanikoro, on dit alighij 
UUighi^ c*est par défaut de prononciation : talighi n*cst là 
que pour te alighi, Tariki, le chef. O'est un mot étranger 
emprunté aux Tukopiens, mais mal orthographié par les 
Européens et mal prononcé par les insulaires de Yanikoro. 
Nous trouvons» dans nos notes sur Tukopia, que, dans cette 
Ue, le chef s'appelle art fct, comme le dit Gaimard, qui Ta 
visitée avec nous en 1827 (1). Suivant nous, le mot tighi 
mandingue ressemblerait davantage au tiki ou iii poly- 
nésien. 

Noua ne pouvons entrer ici dans les développements 
qu'exigerait une pareille question; nous avons déjà cherché 
ailleurs à établir que les Polynésiens doivent avoir reçu 
indirectement Tusage et le nom de l'arc, dont le nom est 
essentiellement malais (2), et nous nous bornerons à faire 
remarquer que c*est parce qu'on compare deux races àlangue 
et à origine différentes qu'on trouve si peu de similitude 
dans les mots comparés. Il est certain qu'on retrouve à Ya- 
nikoro un assez bon nombre de mots polynésiens ; mais ces 
mots sont dus aux rapports avec les peuplades polynésien- 
nes et presque spécialement avec celles qui peuplent Tuko- 
pia et les îles Duff, qui, bien qu'à toucher les îles à popula- 
tion mélanésienne, ont réussi Jusqu'à ce jour à se préserver 
de tout mélange avec cette race. Tous les autres mots ap- 
partiennent à une langue bien distincte et qui n'est qu'un 
de ces dialectes si variés des langues mélanésiennes. 

En raison de la différence des langues, nous ne nous ar- 
rêterons donc pas aux concordances que M. d'Eichthal a cru 
Toir entre le copte et le dialecte de Yanikoro ; concordances 
qui, à notre avis, sont tout à fait hypothétiques et qui^ 
d'ailleurs, répète^t-il lui-même, n'autorisent point à suppo- 
ser nn degré quelconque d'affinité entre la race des anciens 
Egyptiens et celle des Polynésiens proprement dits. Mais 

(l)Voir pour Tokopia ou Tikopia le vocabulaire de Dumont d'Urrille. 
(B) YoL I, pige 461. 



;^. : 



164 LES POLYNÉSIENS. 

* 

nouB croyons devoir insister sur celles qu'il a constatées 
entre le polynésien et le mandinefue et qui lui paraissent, au 
contraire, témoigner d'une affinité assez grande entre les 
deux langues. D'après lui, le nombre des mots d'origine 
évidemment polynésienne qui se rencontrent dans la langue 
mandingue est tellement grand qu*il n'est pas permis de 
, supposer un seul instant que cette coïncidence entre les 
deux langues ne soit qu*un effet du hasard. 

€ L'existence de ces mots, dit-il (l), ne peut être que le 
résultat d'un contact plus ou moins prolongé entre les deux 
races. Mais où ce contact a-t-il eu lieu? Est-ce en Afrique? 
ou bien serait-ce dans l'Océanie même ? Les Mandingues 
seraient-ils une tribu de noirs océaniens qui, après s'être 
trouvés en rapport avec les Polynésiens dans leur ancienne 
patrie, après en avoir été peut-être expulsés par eux, 
seraient venus, comme les Foulahs, chercher un refuge en 
Afrique ? Cette supposition, indiquée par des analogies 
linguistiques semble pouvoir se baser aussi sur des affinités 
physiques. Golbery, dans son voyage au Séuégal, a fait la 
remarque que la physionomie des Mandingues se rapproche 
beaucoup plus de celle des noirs de l'Inde que de celle des 
noirs de l'Afrique. Ne peut-on pas se faire à l'égard des an- 
ciens Egyptiens eux-mêmes , quoiqu'avec un degré bien 
moindre de probabilité, une question semblable 1 

Evidemment, si les analogies qu'indique M. d'Eichthal 
sont réelles, ce n'est qu'en Afrique que le contact a pu avoir 
lieu puisqu'on ne retrouve aucun mot mandingue en Po- 
lynésie; mais nous l'avouerons en lisant attentivement les 
voyages de Caillé et des autres explorateurs de l'Afrique, nous 
n'avons pas constaté que les ressemblances fussent au.^'si 
grandes et aussi nombreuses que le dit M. d'Eichthal. £n 
outre, les mots ordinaires différent complètement : Ce qui 
attesta, du moins, que le contact n'a pas été bien prolongé. 
Comme il est démontré que deux races ont existé en 
Egypte, la blanche et la noire, M* d'Eichthal s'est demandé 
si la race noire, qui a fait partie de cette population, n'appar- 

(1, Ibid.,4«étude, p. 210. 



LES POLYNESIENS. 165 

tenait pas à la race noire océanienne et si elle u*a pas été 
portée en Eg^yptepar le mâme mouvement db migration qui 
conduisit les Polynésiens à Madag'ascar^les Foulahs et, peut- 
être aussi, les Mandingues ^n Afrique. < Les Egyptiens, dit- 
il» ont dû certainement sortir de Tune ou Taucre région ; or, 
comme jusqu'à présent il a été impossible de les rattacher 
à une souche africaine, il est parfaitement rationnel et légi- 
time de chercher les traces d'une filiation de leur race avec 
celle de TOcéanie. • Et il termine en disant : € Même en 
dehors des langues foulah, copte et mandingue, on trouve, 
dans d'autres idiomes africains, des traces incontestables de 
riuflueuce océanienne. » 

Nous n'osons dire avec lui que ces traces sont incontes- 
tables ; mais pourtant un fait qui lui était inconnu vient 
appuyer son opinion : on trouve dans l'intérieur de l'Afrique, 
surtout près des sources du Nil, beaucoup de mot» identi- 
ques, par le son et souvent par l'orthographe, aux mots po- 
lynésiens. 

Qu*on lise, par exemple, le Voyage de Speke autour du 
iVt7, et l'on y remarquera des mots tels que les suivants : 
Hongo^ Onganga^ Kiranga^runga, Kirongo, Makoutaniro^ 
Maroro^ Horihori^ Makaka^ Ponga^ Ouriki, Uthenga^ 
Kiwera^ ChongU etc. Or ces mots se retrouvent tous, bien 
qu'avec des significations différentes, dans le langage de la 
Nouvelle-Zélande (1). 

(1) Ainsi en Maori : 

Oogo-nga, — filet. 

Ongaonga, — ortie, être piquant. 

Ki, — prép. à, suivant ;adv. très ; s. parole, pensé.;. 

Kanga, — arracher, déraciner ; banc de poissons, etc. 

BoDga, — dessus, au-dessus. 

Ki, — V. ci-dessus. 

Rongo, — paix ; écouter, obéir. 

Maka, — pr. pour moi ; humide, humidité, mouillé. 

Taairo, — bordure de manteau, vêtement. 

Maroro, — poisson volant ; ôtre fort. 

Horihori. — mensonge, fausseté, mentir. 

Makaka, — plié, courbé, plante de marais. 

Ponga, — fougère. 

Uri, — vestige, postérité. 




166 LES POLTNÉSIBirS. 

Certes, après ce que nous avons rapporté des noms polyné- 
siens trouvés sur les monuments de l'Egypte, ces nouvelles 
coïncidences sont dig^nes de la plus sérieuse attention. Il 
faut pourtant en convenir, ce sont des témoignages insuffi- 
sants pour conduire à une concltisîon raisonnée et probante. 
Tout ce qu'on peut en inférer, c*est que ces mots ont pu être 
apportés de la Polynésie ; mais quand et comment ? on Ti- 
gnore. 

Plus récemment, M. Rabourdin (1), dans son excursion 
avec la première mission transsaharienne de l'infortuné 
Flatters, a trouvé sur Tatelier de Hassi-Ratmaia une caurl 
[cyprœa moneta) et un fragment de hache polie en jade 
néphrite verte que M. Damour assimile au jade néphrite de 
la Nouvelle-Zélande. Cette découverte, rapprochée de plu- 
sieurs autres faits, tels qu'identité d'espèces botaniques 
entre PAsie méridionale et l'Afrique intertropicale, parenté 
de langue entre le Foulah et les dialectes malaisiens, etc., 
a conduit M. Rabourdin à admettre c comme très probable 
l'existence d'une communication des peuplades sahariennes 
de l'âge de pierre avec l'Asie méridionale et la Malaisie. > 

D'autres coquilles de l'océan Indien, ont également été 
découvertes dans les mêmes parages des chotts sahariens, 
entre autres par MM. Parisot et Thomas. On sait que la 
cauri abonde dans la mer des Indes, mais qu'elle est rare 
dans rOcéanie. Quant à la hache polie de l'atelier de Hassi- 
Ratmaia, elle ne saurait provenir de la Nouvelle-Zélande où 
les haches en jade étaient inconnues et où existaient seule- 
ment une herminetteet le mère qui sont bien différents. Seul 
le jade néphrite pourrait en provenir, mais il pourrait tout 
aussi bien provenir de TEgypte où on en a rencontré des 
gisements, comme nous l'avons dit plus haut (2). 

Ki, — V. ci-dessus. 

Utunga, — action de payer. 

Utuhanga, — action de vider Teau. 

Ki, — V. ci-dessus. 

Wera, — brûlure, brûler : chaud, être brûlant. 

HoDgi, — salut avez le nez. 

(1) Bull0Hn d€ la Société d'Anthropologie, 1881, p. 180 à 164. 
(2)Liv. in.,p. 418. 



LES POLYNÉSIENS. 197 

En somme, ces trouvailles, curieuses et intéressantes, 
n*ont rien de bien concluant pour la question qui nous oc« 
cupe. 

Un seul fait certain résulte de cette étude, o'est que les 
Polynésiens, en nombre assez considérable, ont dtl s'établir 
sur rUe de Madagascar et y résider pendant assez long* 
temps, puisqu'ils y ont laissé des traces nombreuses et pro- 
fondes de leur langue On sait aujourd'hui, et le travail 
comparatif de d'Urville n*a fait que le confirmer (1), que Ta- 
nalogie des langues polynésienne et madécasse n^est point 
due à l'intermédiaire de la langue malayou, puisqu'il existe 
entre les deux premières une foule de mots communs qui 
ne se retrouvent pas dans la dernière. C'est ce qui a porté le 
mâme écrivain à dire, après Forster, que cela semble con- 
firmer l'hypothèse que tous les langages polynésiens déri- 
vent d'une langue très ancienne c aujourd'hui perdue »; 
mais que nous avons retrouvée, comme on l'a vu, à la Nou* 
velle-Zélande, quoiqu'il ait constaté moins d'identité entre 
le madekass et le mawi, comme il appelle la langue maori, 
qu^entre le madekass, le tongan, le tahitien et l'hawaien. 11 
suffit, en effet, de comparer le dictionnaire de Madagasc&r, 
qu'on lui a donné à TIle-de-France et qui remplit le premier 
volume de sa Philologie^ et un dictionnaire malais avec 
ceux de Tahiti ou de la Nouvelle-Zélande, pour s'assurer 
que les derniers possèdent plus de mots analogues à ceux 
du premier qu'à ceux du dictionnaire malayou, malgré co 
qu'il a cru voir. Du reste, la citation suivante montrera la 
prudence qu'il faut apporter dans l'adoption des assertions 
de d'Urville (2): € De ce que la comparaison du madekass au 
hawali donne un chiffi*e de 0,21 pour l'identité, il ne faut 
pas conclure que le madekass soit plus voisin du hawaïi que 
du tonga, car ce résultat serait contraire à la vérité. L'é- 
lévation du chiffre d'identité est due à la grande diminution 

(O Voir Considérations sur la langue polynésienne dans la philolo- 
gie du voy. de V Astrolabe, p. 275. 

(2) Considérations sur la langue polynésienne, Philologie, p. 271 , 
note. 



168 LES POLYNÉSIENS. 

de celui qui exprime le nom des mots comparés, etc. » De 
sorte qu^on peut se demander à quoi bon, dès lors, de pareil- 
les comparaioons. 

On comprend très bien que, de Madagascar, il aurait été 
facile aux Polynésiens de pousser jusqu'en Afrique ; si les 
preuves sont insuffisantes, elles aident du moins à le faire 
supposer. 

Comme témoignage de l'arrivée des Polynésiens à Mada- 
gascar, nous ajouterons ici quelques mots de la langue des 
Ântalotes qui sont regardés, dans les îles Comores, comme 
la seule race purement indigène. Nous les empruntons à 
VEssai sur les Comores,publié en 1870, à Pondichéry, par 
M. A. Gevrey, ancien procureur impérial. Le studieux écri- 
vain pense que les Antalotes proviennent du croisement des 
Sémites avec les premiers Africains venus dans les Como- 
res (1). D*après lui,' on comprend aussi sous ce nom les 
descendants des Malgaches, qui se sont croisés avec les Ara- 
bes ou avec les Africains, et les descendants des Antalotes 
croisés avec les Africains. Toutes les nuances originaires, 
ajoute-t-il, se sont fondues avec le temps, en un type parti- 
culier qui se caractérise par : 

Une grande taille ; un teint jaunâtre ; des cheveux cré- 
pus ; la barbe rare ; les muscles bien dessinés ; le tront 
haut, mais fuyant ; la tète s'effilant un peu au sinciput ; 
les veines saillantes ; Toeil vif ; les lèvres un peu épaisses, 
mais sacs exagération ; le nez légèrement arqué avec les 
narines dilatées. 

Suivant lui, à la grande Comore, et à Aujouan, le sang sé« 
mitique domine chez les Antalotes ; à Mayotte et surtout à 
Mohéli, ils se rapprochent davantage du type éthiopique 
par un teint foncé, un nez épaté et de grosses lèvres. 

Fait curieux, les Antalotes portent le nom de Mahoris, 
Maouris (Maures) comme les Arabes croisés de la côte d*A- 
frique. Une pareille appellation est frappante, et c'est même 
elle qui nous donna Tidée de rechercher si la langue des 
Antalotes présentait quelque analogie avec Tun des dialec- 

(1) Probablement de la peuplade de la côte de Mozambique, appe- 
lée Zambsra. 



LES POLYNÉSIENS. !60 

tes «le la Polynésie. Or, cette analogrie existe non seulement 
dans la numération, mais encore dans une foule de mots du 
langtigre ; si la plupart des mots sont déformés, ils ont en- 
core pour ainsi dire le même son. En voyant que le t, y 
remplace le r, le f le /i, etc, on peut môme supposer que 
ce ne sont pas les mots de la Nouvelle-Zélande, mis en re- 
gard, qui les ont fournis, mais bien ceux qui auraient pu 
provenir des Iles Tungra ou Samoa. Il y a donc là un nou- 
veau témoiernaere que les Polynésiens se sont rendus, à une 
époque fort reculée, aussi bien à Madagascar et sur les îles 
voisines que dans les îles de la Malaisie, et successivement 
dans les continents. 

Lalanguedes Antalotes, la véritable langue nationale 
des Comores, est un composé de mots souahélis et malga- 
ches ; elle renferme, en outre, plusieurs mots cafres. 

Cette langue est relativement parlée dans les campagnes 
et les villages ; les villes parlent souahéli ; mais le souahéli 
des Comores n^est qu'un patois de celui de Zanzibar (Gevrey). 



NUMERATION 





SOUAHÉLI 


ANTALOTE 


NOUVELLE-ZELANDE 


1 


Modjia 


Raki 




Tnhi 


2 


Uili 


Ruhi 




Rua 


3 


Rarou 


MaiDûiikou 




Toru 


4 


Né 


Kffali 




Wha 


5 


Tsano 


Tuïpou 




Rima 


C 


Sita 


TL'houta 




Ono 


1 


S;iba 


Fitou 




Fitii 


8 


Nané 


Valou 




Walu 


9 


Tcliinda 


IV. vi 




Iwa 


10 


Kuunii 


Foulon 




Ngnhuru, tekaii 


VO 


Mingobili 


Ro!iifouloii 




Ruatckiiu 


:^i 


MiD^rorarou 


Mamoiikoii 




Torutpkau 


Ui 


Min^otsano 


Païpoufuiiluii 




Uiinatckau 


10() 


Miia 


Satou 




Rau 


1.00 


Alf 


Arivou 




Maiio 


Il . 


— Koumi-na-modj 


iii — Foulou- 


naraki. 


VI . 


— Min'^obili-na moc 


jia ' Rohifoi 


iloii-na-raki, etc. 


43 


- Mingoue-ra-rora 


— Essai ifoul 


ou-na-inantoukou. 1 



X70 



LBS POLTNÉâlENS. 



Quelques mots extraits de V Essai sur les 
Comores par M.Gevrbt, Pondichéry, 1870. 



Amitié 


SOUAHÉLI 


ANTALOTE 


POLYNÉSIEN 
NOUTILLB- ziLAMOl 


Niango 


Fakatia 


Hoa^ taua 


Arc 


Tcharô 


Houta 


Kopéré 


Boire 


Kounoua 


Minou 


Inu 


Bois 


Miti 


Miri 


Karl 


Bon 


Guéma 


Maheva 


Par 


Bras 


Moukouo 


Tanga 


Ringa-ringa 


Chaud 


Ari 


Mafana 


Mabana 


Chauve- 
souris 
Ghemiu 


Dema 


Fauihi 


Pekapeka 


Djia 


Lala 


Ara 


Chien 


Boua 


Fandoka 


Kuri 


Coco 


Naà 


Vaniou 


Niu (Polynésie) 


Dent 


Meno 


Hihi 


Niho 


Eau 


M agi 


Mahetaka.Ranou 
Ambirafl 


Wal 


Femme 


Manauke 


Wahine 


Feu 


Moto 


Mahamahi, Afou 


Abi 


Homme 


Mouenamoume 


Laïlaï 


Tangata 


Langue 


Ouloumi 


I.éla 


Arero, reo 


Mort 


Koufa 


Mate 


Maté 


Nez 


Poua 


Ourou 


Ihu 


Oiseau 


Dégué 
Kofou 


Vourou 


Manu 


Ongle 


Hohou 


Kuku 


Père 


Baba 


Baba 


Ba, Bapa,Matua-tane 


Petit 


Dogo 


Keli 


Ili 


Peu 


Kidogo 


Eelikeli 


Ruarua, Torutoru 


Pierre 


Djioué 


Vaiou 


Kohatu 


Pirogue 


Galoua 


Laka 


Waka 


Pluie 


Voua 


Malé 


Ua, awha 


Terre 


Intchi 


Tani 


Henua 


Village 


Moudgi 


Tana 


Kain^nt, Pa 


ïeux 


Madcbou 


Massou 


Kanohi, Karu 



Amérique. — C*est surtout en Amérique que M. d'Bichthal 
a trouvé des faits indiquant une communication entre la 
Polynésie et le continent américain. Comme lui« nous croyons 
que les rapprochements cités sont incontestables ; ils prou- 
vent que des rapports ont dû exister entre les deux contrées 
à une époque reculée ; mais, comme il a cru trouver en 



LES POLYNÉSIENS. 171 

même temps des ressemblances linguistiques qu'on n'ad- 
met pas généralement, et qu'il s'est particulièrement appuyé 
pour soutenir son opfnion sur les rapprochements un peu 
forcés d'Ellis et sur une affinité plus qu'incertaine entrevue 
par Guillaume de Humboldt, nous croyons devoir entrer à 
ce sujet dans d'assez longs développements. 

On sait, dit-il (!}, que plusieurs auteurs ont admis l'exis- 
tence d'anciens rapports entre la Polynésie et TÂmérique ; 
il y en a mâme, comme on l'a vu, qui font peupler les îles 
polynésiennes par l'Amérique, tel que Zuniga ; d'autres qui 
font peupler l'Amérique par les îles polynésiennes, tel que 
Dunmore Lang. Mais c'est àEllis surtout que M. d'Bichthal 
demande des témoignages, sans paraître avoir remarqué 
qu'on trouve dans cet écrivain à peu près tous ceux qu'on 
lui demande, comme nous croyons l'avoir démontré ailleurs. 

Ellis, en effet, dit qu'il y a des points nombreux de res- 
semblance, sous le rapport des langues, des mœurs, des 
coutumes, entre les insulaires de la mer du Sud et les habi- 
tants des îles Kouriles et des îles Aléoutiennes, dont la 
chaîne 8*étend dans la direction du détroit de Behring et 
forme le lien qui unit l'ancien et le nouveau monde. Il 
ajoute que les mêmes ressemblances existent entre les Poly- 
nésiens et les habitants du Mexique et de certaines parties 
de l'Amérique du Sud. 

D'après lui, ces ressemblances consistent dans les caractères 
du visage ; la couleur de la peau ; la pratique du tatouage, 
qui se retrouve chez les Aléoutiens et quelques-unes des tri- 
bus d'Amérique ; les procédés pour embaumer les corps 
morts des chefs et l'usage de les exposer ; la forme et 
la structure des masses pyramidales de pierres qui servent 
de temples et de tombeaux; le jeu des échecs qui se re- 
trouve chez les Araucaniens ; le nom de Dieu, Tew ou Ter ; 
Texposition des enfants ; Tusage des plumes pour la coiffure; 
le nombre des mots semblables que renferment quelques 
langues américaines et celles de Tahiti ; l'usage enfin de 
certains vêtements, et notamment du poncho. 

n ajoute même que la légende de l'origine des Incas n'est 

(I) Sixième étude. 



172 - LES POLYNÉ lENS. 

pas sans ressemblance avec celle de Torigine de Tii qui 
était, lui aussi* descendu du ciel (1). 

Pour M. d'Eichthal, toutes ces analogies sont loin d'être 
fondées, et on a vu ailleurs ce que nous en pensons; mais 
cela ne l'empêche pas de reconnaître que quelques-unes 
sont incontestables, notamment celles qui sont relatives à 
la couleur de la peau, au mode de sépulture, aux construc- 
tions pyramidales ; il confirme en outre ce que dit EUis 
au sujet des affinités polynésiennes qui se rencontrent chez 
les populations voisines du détroit de Behring*. 

C'est ainsi, dit-il, qu'on trouve, dans le vocabulaire de la 
langfue kourile (2) les mots ap6, feu, ettdou, nez, qui sont 
des mots polynésiens ou plus exactement malaisiens ; les 
mots /bur£, foukourou, rouge, pa, tête, vaka^ vaeha, eau, 
rappellent les mots oura, koura^ rouge ; oupo, oupoho, tète, 
vai, eau, de la Polynésie orientale. Une autre ressemblance 
encore plus frappante et plus significative, ajoute-t-il, « est 
l'existence parmi ces populations de la coutume essentielle- 
ment polynésienne qui consiste à donner le salut par le 
frottement du nez contre le nez. Ghoris, qui accompagnait 
le capitaine Kotzebtie dans son voyage d'exploration de la 
mer du 3ud, raconte que plusieurs habitants de l'île Saint- 
Laurent, à l'entrée du détroit de Behring, étant montés à 
bord, voulurent employer à leur égard ce mode de salu- 
tation » (3). 

Toutefois, tout en confirmant ce que dit EUis, lorsqu'il 
affirme que différentes langues américaines contiennent un 
certain nombre de mots communs à la langue de Tahiti, 
M. d'Eichthal fait lui-même remarquer que cet observateur 
a omis de donner aucune preuve à l'appui de cette assertion 
et qu'il est impossible de savoir sur quoi elle est fondée (4). 

Nous l'avons dit ailleurs, cette assertion n'était fondée 
que sur les rapprochements pour ainsi dire sans valeur de 
Zuniga. 

(1) Ouvr. cité» t. I, p. 119. 

(2) Inséré dans l'Asie polyglotte de Klaprotli. 

(3) Ghoris, Voyage autour du monde^ p. 5. 

(4) Sixième étn<l(% p. 5-30, 



LE 3 POLYNlSIENc?. 173 

II est vrai que Guillaume de HumboMt, daas son ouvragée 
sur la langue kawi, trouvait qu'il y avait quelque affinité 
entre les langues de TAmérique et celles de la Polynésie, 
c II existe, dit-il, entre ces deux groupes de langues, cer- 
tains traits remarquables de ressemblance. * Pour en indi- 
quer un exemple frappant, il citait la double forme de la 
première personne du pluriel, indiquant que la personne à 
A qui on s'adresse est comprise dans le « nous > ou bien en est 
exclue, comme étant rencontrée dans un grand nombre de 
langues américaines, où on l'avait même considérée jusque- 
là comme un caractère spécial; quoique ce caractère se ren- 
contre dans la plupart des langues malaise, philippinoise 
et polynésienne. « Dans les dernières, disait-il, il s*étend 
même au duel, et telle y est d'ailleurs sa forme particulière 
que, si nous pouvions nous guider uniquement par des con- 
iidérations logiques, il faudrait regarder ces langues com- 
me étant le berceau et la véritable patrie de cette forme 
grammaticale. Hors de la mer du Sud et de l'Amérique, je 
ne la connais pas ailleurs que chez les Mantchoux (1). 

Mais ce n'en est pas moins avec raison que M. d'Eichthal 
s'est refusé à regarder ces analogies comme décisives en 
faveur d'une communauté d'origine ou de civilisation ; elles 
prouvent seulement que des contacts se sont opérés entre 
les Polynésiens et les peuples cités. Tel était l'avis de Mars- 
den, qui disait lui môme (2) : c On a vainement tenté .de 
trouver l'origine des dialectes polynésiens dans un des con- 
tinents voisins : leurs mots presque tous dissyllabiques 
sont entièrement sans rapport avec les njonosyllabes de 
TAsie orientale; bien qu'on puisse reconnaître quelque res- 
semblance dans le système grammatical. » 

Déjà, avant lui, Forster, en 47 mots pris dans divers dia- 
lectes polynésiens et dans la langue duChile, du Pérou et 
^^ Mexique, n'avait trouvé aucune correspondance, et il 
•vait conclu à leur différence. 
Moêrenboilt (3j a soutenu la môme opinion ; c'était égale- 
Il) Tome III, p. 489. 
\^i Mélanges, p. 5. 
^^j Ottfr. cité. t. II, p. 2i7. 




\ 



174 LES POLYNÉSIENS. 

t 

ment celle de d*Drville, qui disait (1) : « Nous n*ayoD8 pu 
trouver aucun rapport satisfaisant entre le grand-polyné^ 
sien et aucune des langues des deux continents voisins ; 
pas une de celles de l'Amérique n'offire le moindre point de 
contact avec le polynésien. » 

Telle était donc l'opinion généralement adoptée par les 
hommes les plus compétents d'après les faits connus, quand 
M. d'Eichthal est venu ajouter à ces faits quelques coIncl-9 
dences vraiment remarquables entre le polynésien et quel- 
ques langues de l'Amérique» particulièrement la langue 
carcôbe ; coïncidences qui, à notre avis comme au sien, ne 
prouvent d'ailleurs rien de plus que l'existence d'anciens 
rapports entre la Polynésie et l'Amérique. 

Pour M. d'Eichthal, les principales analogies paraissant 
prouver ces rapports sont : 

La ressemblance dans les modes de sépulture ; 

Celle dans le mode de fabrication des étoffes ; 

Celle des constructions pyramidales ; 

Enfin les ressemblances linguistiques qu'il a découvertes. 

Bu raison de l'intérât que présentent ces analogies, nous 
nous arrâterons un instant à chacune d'elles. 

La première similitude, citée par M. d'Eichthal et qu'il 
dit avoir été démontrée par Vail, est que les Indiens de l'A- 
mérique du Nord plaçaient les cadavres assis dans une fosse 
ou dans des cavernes, ou un sol salpêtre.^ On sait,dit-il,que, 
dans la province de Mapimi au Mexique, les cadavres étaient 
rangés par couches dans une grotte, le corps doublé sur 
lui-même et ramené à force de ligatures à la position d'un 
enfant dans le sein de sa mère. » D'après Roohefort» les Ca- 
riûbes pliaient les jambes des cadavres contre les cuisses, les 
coudes entre les jambes, et appuyaient le visage sur les 
mains; de sorte que tout le corps était à peu près dans la 
même position que l'enfant a dans le ventre de la mère. Au 
fond de la fosse, ils mettaient un petit siège sur lequel on 
asseyait le corps, lui laissant la même posture qu'ils lui 
avaient donné incontinent après^ la mort } d'après d'Orbi* 

« 

(1) Philologie, p^ )d98. 



LES POTNÉ8IENS. 175 

gny, à la mort d*un Quichua» on reployait les membres dans 
Tattitude d*un homme assis : « On enterre, dit ce voyag^eur, 
les jambes reployées, les genoux appuyés sur la poitrine, 
les bras croisés de manière à ce que le corps se trouve exac- 
tement au tombeau dans la position qu*il occupait au sein 
de sa mère avant la naicsance . » 

L'anglais Sheldom, qui avait fait la même observation, 
expliquait autrement cette position : d'après lui, le corps 
était accroupi comme ils ont coutume de s'accroupir autour 
du feu ou de la table, avec les coudes sur les genoux, et les 
paumes des mains sur les joues. 

Cette coutumeexistait aussi, d'après le voyageur Stephens, 
chez les nations qui avaient construit les anciennes villes 
du Yucatan ; on Tavait retrouvée également chez les Chi<- 
chimèques qui avaient conquis le Mexique sur les Tol^ 
tèques. 

Enfin, ajoute M. d'Eichthal, cette similitude existait dans 
l'Amérique entière. 

Or, cette coutume a été retrouvée à Tahiti (1) : là, du 
moins, les mains étaient attachées sur les genoux ou sur 
les jambes, et le corps était descendu incliné dans une fosse 
peu profonde. Mais, si Tanalogie dans ce lieu est assez 
grande, ce que M. d'Eichthal cite lui-même de MoërenhoUt 
prouve qu'aux îles Mangareva, au lieu d'être accroupis et 
d'avoir les mains liées au-dessus des genoux, le corps était 
couché, les jambes étendues et les bras collés de chaque côté 
iur les flancs (2). On sait, du reste, que quelques peuplades 
de l'Afrique ensevelissent leurs morts toujours accroupis, et 
Clapperton nous apprend que cette position est employée à 
Katunga, capitale du Yarriba. Mais il serait trop long d'in- 
diquer les variétés dépositions données aux cadavres suivant 
les lieux. 

Pour nous, qui n'avons vu que la Polynésie* nous dirons 
que si l'on trouve en Polynésie et en Amérique la même es- 
pèce de fosse sépulcrale, et peut-être les mêmes procédés 

(1) Voy. lioërenhoCit, t. I, p. tS8 à 556. 

(t) Voir notre Voyage dans Us iles Mangareva* * 






176 LES POLYNÉSIENS. 

de dessiccation, ce dont nous doutons, il n*est pas moins 
certain que Tattitude donnée au corps n'est pas complète- 
ment la même, puisqu'il est accroupi à Tahiti, et étendu 
aux Mangareva ; et nous croyons pouvoir assurer que le 
système d'enveloppes diffère lui-même à peu près complè- 
tement. 

Ce sont, toutefois, ces ressemblances qui, dès 1817, nous 
apprend M. d'Eichthal, avaient porté le docteur Mitchell, 
de la Société des antiquaires de l'Amérique, à soutenir, dans 
un mémoire, que la race des anciens habitants de l'Améri- 
que du Nord, aujourd'hui disparus, n'était autre que la race 
polynésienne qu'il appelait, suivant la langfue du temps, 
« race malaise ». Mais nous sommes de l'avis de M. Mac. Gui- 
loch, (1) nous ne pensons pas que de pareilles comparaisons 
soient bien démonstratives. 

Ce qui serait plus concluant, ce serait d'avoir des crânes 
comparés, et particulièrement ceux des AUeghanis qu'on a 
supposés être cette race polynésienne, et dont on croit avoir 
trouvé des traces en Amérique. 

En attendant^ si le fait est bien réel, il n'est pas moins re- 
marquable qu'on ait retrouvé au Mexique les mêmes étoffes- 
papier, qui étaient employées autrefois dans toutes les îles 
polynésiennes, et qui sont fabriquées encore dans un grand 
nombre, sinon dans la plupart. 

A cette similitude incontestable, on peut ajouter le fait 
curieux rapporté par M. de Oastelnau, de l'absence dans les 
tumulus érigés surtout par les anciens habitants d'Améri- 
que, des tètes de tous les corps. C'est en effet ce qui a lieu 
aussi en Polynésie, aux Marquises et dans les îles de la So- 
ciété, particulièrement à Tahiti autrefois. Les crânes étaient 
conservés dans les Maraë ou dans la maison, et, après un 
certain temps, les corps étaient jetés dans les Anaa ou ca- 
vernes destinées à les recevoir, ou dans des précipices pro- 
fonds comme aux Marquises. 

Mais, nous le répéterons, il s'en faut que les momies po- 
lynésiennes offrent une analogie remarquable avec les mo- 

(1) Mac Culloch, Recherches philosoMques. 



LES POLYNÉSIENS. 1T7 

mies d*Egjpte. D'abord, elles sont accroupies dans plusieurs 
lies ; mais même celles qui sont droites, comme en Egypte, 
ne sont pas entourées de bandelettes ; après avoir vu les 
unes et les autres , nous sommes presque certain qu^il n*y a 
aucune ressemblance entre les procédés d'embaumement 
des deux contrées, quoi qu*en ait dit Moërenhotlt. Nous 
avons rapporté ailleurs comment on dessèche le corps (1). 
Plusieurs mois sont nécessaires, et, en cela seulement, la 
préparation ressemblait à la troisième méthode dont parle 
Hérodote pour les Egyptiens. 

En résumé, de même que M. d*Eichthal, nous regardons 
ces faits, ainsi que beaucoup d'autres que nous avons signa- 
lés ailleurs, comme prouvant l'existence d'anciens rapports 
entre les Polynésiens et TAmérique, mais seulement des rap- 
ports et non une communauté d'origine ou de civilisation, 
comme quelques écrivains l'ont cru. Ces faits prouvent eux- 
mêmes, à notre avis, que les relations n'ont été ni intimes, 
Di même fréquentes. On ne peut même les concevoir qu'en 
admettant, contrairement à l'opinion de Moërenhotlt, que 
les Polynésiens ont été entraînés par des coups de vents 
dans les continents d'Asie et d'Amérique sur leurs propres 
pirogues qui, loin d'être frêles, comme on l'a dit, étaient 
capables de faire de longues courses et étaient dirigées par 
le peuple le plus navigateur qui ait existé. Mais, encore une 
fois, cela n'indique pas que les Américains et les Polyné- 
siens aient la même origine. 11 est certain, d'après tout ce 
que nous avons dit, que les uns et les autres* forment ime 
race spéciale. 

La similitude la plus curieuse est celle que M. d'Eichthal 
a trouvée dans Tidentité d'un certain nombre de mots poly- 
nésiens et caraïbes. Un sait que d'Orbigny n*a vu dans les 
Caraïbes qu'une branche de la grande famille Guarani, tant 
ils lui ressemblent par les caractères physiques et par l'or- 
ganisation sociale ; et, malgré la différence complète de la 
plus grande partie des racines de leur langue, le savant 
ethnologue a cherché à le démontrer à l'aide d'un certain 

(I) Voir le procédé que nous avons décrit de visu pour la consenra- 
Uon d*iui chef des îles Marquises. 

IT 13. 



178 LES POLYNÉSIENS. 

nombre de mots similaires rencontrés par lui dans les lan- 
ces caraïbe et polynésienne. 

n a extrait ces mots des Dictionnaires de Breton, de 
Rocbefort, et du Dictionnaire Oalibi de M. de la Sauvage^ 
Nous les citons* quoiqu'ils soient mal orthographiés, et nous 
plaçons en regard les véritables mots polynésiens usités à la 
Nouvelle-Zélande. 



Sœur, 
Chien. 



Porc. 



Lé!(ard,., 
Corps .... 



Os. 



caraïbe 



Peau, 
Cœur 



' 



Tête 

Oreille.... 



Ne:(. 



Dent 

Langue . . 
Pied. 



Ciel 

Terre .... 

Pluie 

Eau....,, 
Igname .. 

Deux 

Trois .... 



Oua, t'oua (R.O.G.) 
Anli (B.R.) Ori 

(maypure). 

Boueke, Poueka 

(B. G.) 

Ouymaka (B. R.G.) 

Niamou (B.) Tou- 

ouana (maypure) 

lepa (G.R.) Abo (R) 

Ora (B. R.) 
NMouanni, Nanihi 

(B. R.) 

Oupoupou (G.R.) 

N^aricae, t'aricae 

(B. R.) 

Ichiri (B. R.) 

lepa, n'iepa (B.) 

N^ourou (G.) 

Oupou. Iepou(B.G.) 

Kapou, Kahoru 

(B. G.) 
Nono (B.R.G.) 

Oia(B.R.G.) 

, TonaiB. R.G.) 

Mabi (B.) 

Ouli (B. R.) 

Ouerou (G.) 

Oroua (G. B.) 



POLYNÉSIEN 



Toua (mawi) 
Ouri (Tahiti) 

Bouaka (Tonga) 

Moko (marquises) 
Tinana (mawi) 

Owi, wi (Tahiti, 

Tonga) 

Iri (Tahiti) 

Ngako (mawi) 

Oupoko(Tah.Haw.) 
Taringa (mawi) 

Ihiou, issou (maw. 

Tukopia) 

Nifo(touga.tukopia) 

Ererou (Hawaii) 

Avae (Tahiti)et- 

apoue Tahiti Balbi 

Kapoua (maw. 

Tahiti) 

Henoua, honoua 

(haw. etc) 

Oua (mawi) 

Onou fmawij 

Ouwi (mawi) 

Ouli (Tonga, n. h.) 

Oua, roua, doua 

(archip.) 

Torou (Tahiti) 



MAORI 



Tuahine 
Kuri 

Poaka 

Mokomoko, tuttai 
Tinana 

Iwi, whéua 

Kiri 
Ngakau 

Upoko 
Taringa 

Ihu 

Niho 

Arero 

Waewae. pied de 

cochon 
Rangi(kapua signi- 
fie nuage) 
Whenua 

Ua 

Wai. honou 

Uwnikaho 

Mangu 

Rua 

Toru 



Sans insister sur l'orthographe incomplète des mots poly- 
nésiens choisis, on ne peut nier que la plus grande simili- 
tude n'existe entre plusieurs mots des deux peuples : tels 
que : ori^ ouri^ kouri; bouekcj bouaka et poaka; oupoupou^ 
oupoho et oupoko (1). Aussi est-ce avec raison que M. d*Eich- 

(I) Nous écrivons ici ces mots comme Ta fait M. d*Eichthal ; 
mais il est inutile de répéter qu'en maori Vu se prononce ou. 



LES POLYNÉSIENS. 179 

thaï a dit que ces coïncidences apparaissent comme le résul- 
tat et la preuve des rapports qui ont existé autrefois entre 
les Polynésiens et les Caraïbes. 

Bn efflbt, quand il n'y aurait que ces quelques ressemblan- 
ces» il serait impossible d'attribuer au hasard de pareilles 
concordances, d'autant plus remarquables que c'est en vain 
que l'auteur en a cherché de semblables dans les autres lan- 
gues américaines. Mais Torganisation grammaticale de ces 
demièies langues étant, comme le reconnaît M. d'Eichthal 
lui-mdme, radicalement différente de celle des langues poly- 
nésiennes, et en tenant compte surtout de la différence des 
caractères physiques des populations, on doit seulement con- 
clure avec lui qu'il y a eu, à une époque quelconque, contact 
entre les Caraïbes et les Polynésiens. 

Commentée contact s'est-il opéré ? Est-ce la race caraïbe qui 
est allée en Polynésie ou la race polynésienne qui est allée 
en Amérique ? U est difficile de le dire. Nous croyons pour- 
tant que les Caraïbes n'ont pu aller jusqu'en Océanie, parce 
qu^ auraient eu contre eux les deux vents principaux Sud- 
Ouest et Ouest qui, au contraire, étaient favorables à l'arri- 
vée des Polynésiens en Amérique. En outre, si les Caraïbes 
fassent allés en Océanie, où la race aime tant à s'assimiler 
les termes étrangers, on y aurait trouvé beaucoup plus de 
mots de leur langue que ceux de la Polynésie trouvés ches 
les Garalbes. Bn admettant que c'est la race polynésienne 
qui est allée enAmérique, on comprend mieux enfin le petit 
Bombfe de mots polynésiens trouvés parmi les mots caraï- 
bes (1) ; car les Polynésiens n'ont jamais dft arriver en Amé- 
rique que peu nombreux et entraînés par des coups de vent 
4s Snd-Ooest et d'Ouest, comme ils l'ont été, d'après une 
tmle de preuves historiques ou traditionnelles, par ceux de 
Sod-Bstet d'Est jusqu'aux Kouriles, aux Carolines, aux 
llaiiannes, à HawaI, à Célèbes, à Madagascar, et même 



(1) Sur 450 mots des Esquimaux de la côte N.-O. d*Amérique pu - 
Uiés par Beeehey, un seul offire quelque analogie avec ceux de la 
Myiiésle : c'est le mot la-jcina, cinq, qui te rend en Polynésie, 
firrisM, Uma, mma. 



180 LES POLYNÉSIENS. 

jusqu'en Afrique, ainsi que cela semble résulter des études 

précédentes de M. d^Eichthal. 

Reste toutefois une grrande difficulté à expliquer : en ad- 
mettant que les Polynésiens se soient rendus en Amérique, 
comment comprendre qu'ils aient pu se mettre en contact sur 
la côte Ouest de ce continent avec les Caraïbes qui habitent 
sur la côte Est du même continent? Il est probable qu'à une 
époque peu reculée, les deux Océans communiquaient ensem- 
ble par r Atrato, et que Fisthme américain n'était pas com- 
plètement formé; mais, de toute façon, il faut admettre que 
ces peuplades avaient des relations faciles avec celles qui 
peuplaient le côté Ouest, si elles n'appartenaient pas à la 
même famille. 

On sait, en effet, que les Chinois ont émigré sur cette côte 
et jusqu'au Pérou à une époque très reculée (1) . Or, fait bien 
curieux, les Caraïbes ressemblent aux Chinois. Spix et Mar- 
tins (2) leur ont trouvé une ressemblance frappante, et d'Or- 
higny (3), qui leur donne les mêmes traits qu'aux Galibis, 
décrit ainsi les deux nations : c Couleur jaunâtre, mêlée d'un 
peu de rouge très pâle. Taille moyenne, 1",60; formes mas- 
sives; front non fuyant, face pleine, circulaire ; nez court, 
étroit; narines étroites ; bouche moyenne, peu saillante; 
lèvres minces, yeux souvent obliques, toujours relevés à 
l'angle extérieur; pommettes peu saillantes; traits efl'éminés, 
physionomie douce. » 

Rochefort, qui leur avait donné les mêmes caractères, 
avait dit, de plus : Que les yeux étaient noirs, un peu petits, 
et que le front et le nez étaient aplatis, mais par artifice et 
pas naturellement. > 

On ne peut donc mettre en doute cette ressemblance qui, 
à notre avis, expliquerait comment les Caraïbes et les Galibis 
ont dû avoir des rapports avec les Chinois émigrants, et, par 
suite avec les Polynésiens nouveau-venus à la côte Ouest 
et Sud-Ouest d'Amérique; mais des rapports de contact 

(1) Voir Humboldt, de Gui<;Des. 

(2) Pritchard, Histoire naturelle de Vhomme. t. Il, p. 22*. 
(8) D'Orbigny, VHomme américain, t. II, p. 265. 



LES POLYNÉSIENS. 181 

seulement; car les différences des langues comme celles des 
traits prouvent qu*il n'y 9 pas eu la moindre communauté 
d'origine entre les deux peuples. En effet, les Polynésiens, 
comme on a vu et comme il n'est peut-être pas inutile de le 
répéter, sont grands, bien faits ; ils ont la bouche grande, 
les lèvres grosses, le nez aplati naturellement, et leurs yeux 
surtout sont remarquables par leur grandeur. Or, sous tous 
ces rapports, il est impossible d'établir, entre eux et les Ca- 
raïbes et les Ouaranis,la moindre ressemblance. 

En résumé, comme l'a dit M. d'Eichtal, il y a concordance 
de quelques mots entre les Caraïbes et Polynésiens, mais 
avec complète différence du système grammatical des deux 
peuples, et nous ajouterons complète différence des carac- 
tères physiques. 

M. d*Eichthal (1) a trouvé encore quelques autres concor- 
dances entre le guarani et les langues de la Polynésie ; de 
même qu'entre ces dernières et le mocobi ainsi que quelques 
autres peuplades pampéennes (d'après Balbi), également à 
l'Est du continent américain. Il faudrait donc supposer que 
les mots polynésiens ne sont parvenus là que par le même 
moyen, c'est-à-dire par Tarrivée de quelques pirogues océa- 
niennes poussées par de grands vents d^Ouest ou de Sud- 
Ouest. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'au Chile, d'après 
HoIIna, existait une tradition qui attribuait l'importation des 
cochons et des chiens à des navigateurs venant de l'Ouest. 
Mais quelle que soit la difficulté que l'on ait à expliquer 
ces rapports, il n'est guère possible de les mettre en doute. 

Asie. — M. d'Eichthal ne s'est pas borné à montrer que la 
Polynésie a eu des rapports avec TAfrique et l'Amérique, il 
a de plus, cherché à démontrer (2) que TOcéanio en a eu 
avec rinde et les peuples germaniques* 

c Les nombreux points de contact qu'offrent dans leurs 
coutumes et dans leurs langues les îles de l'archipel indien 
avec rinde et le sanskrit ne prouvent qu'une chose, dit-il, 

(l) Histoire et origine des Foulahs^ p. 115. 
(i) ^ Btudei p. 213« 




}82 LES POLYNÉSIENS. 

c'est qu'ils proviennent des communications qui, de temps 
immémorialy ont existé entre l'Inde et l'archipel ». Et il ré- 
pète à cette occasion que € cela ne suppose nullement une 
communauté primitive d'origine, ainsi que le démontrent les 
différences dans les caractères de race et dans le système 
grammatical des langues. » 

Puis, il ajoute : c Quand on entre dans la Polynésie pro- 
prement dite, on ne trouve plus de traces de contact avec 
l'Inde, et d^Urville, en effet, excepté le mot eau, vaCen poly* 
nésien et vari en sanskrit, n'a pu découvrir aucun rapport 
entre le sanskrit et le polynésien. Toutefois est venu 
M. Guillaume de Humboldt, qui a fait remarquer que le 
pronom polynésien a/iou, aho, ako, qui se retrouve aussi 
dans les dialectes de l'archipel, semblait être le même que le 
sanskrit aham^ et qui a été frappé de la ressemblance des 
noms de nombre deux et trois, doua^ torou en polynésien \ 
dwi et tri en sanskrit. » 

M. d'Eichthal n'a pas remarqué que cette observation de 
M. de Humboldt n'était pas tout à fait exacte. Car en poly- 
nésien, en effet, ce n'est pas par a/iou, aho et ako^ que se 
rend le pronom, mais bien par au (l'u prononcé ou). A la 
Nouvelle-Zélande, au ; au^ aux Sandwich ; au, aux Marqui- 
ses; au et vau à Tahiti. Ako est seulement malayou ou ja- 
vano-malais ; et ce mot, par parenthèse, nous semble asses 
peu ressembler à aham. En outre, doua n'est pas polyné- 
sien mais malayou. Deux, en polynésien, se rend aux Mar« 
quises par ua ; à Tahiti par rua et pttt ; à la Nouvelle-Zé- 
lande par rua ; aux Sandwich par lua. Dans le premier lieu 
trois se dit tou; dans le second, ^oru ; à la Nouvelle-Zélande, 
ioru ; et à Hawaï, kolu ; tandis qu'en malayou, trois se rend 
par tiga : ce mot nous paraît ressembler encore assez peu à 
dtot et tri du sanskrit. Certes, d'après ces derniers mots, il 
y aurait une plus grande analogie entre le sanskrit et l'an- 
glais qu'entre le polynésien et le sanskrit; car le mot anglais 
three s'en rapproche plus que toru. 

Buschmann, ancien professeur de la Bibliothèque de Ber- 
lin et collaborateur de G. de Humboldt, soutient (1) qu'aucun 

(1) Aperçu sur la langue tahitienne et celle des Ue$ Marquises^ 



LES POLYNÉSIENS. 183 

mot sanskrit ne se trouve dans les langues polynésiennes, 
« à Texception du mot linga, phallus, dans les tles Tonga. > 
Et à cette occasion il ajoute : € On ne saurait s'imaginer à 
quel degré d'illusion le hasard peut porter la ressemblance 
entre les mots de deux langues. » Il le prouve bien lui-même, 
car ce mot, ainsi que Ta fait rémarquer Mariner, n^est qu'un 
mot vulgaire, ordurier, employé pour le mot nima c main » 
comme instrument. A ce titre, il n'y aurait donc aucun mot 
sanskrit dans les langues polynésiennes. Mais on a vu que 
tel n*est pas Tavis de plusieurs autres écrivains, particuliè- 
rement de Williams, Thompson, etc. (1). 

Pour qu'on puisse expliquer la présence des quelques mots 
sanskrits que plusieurs écrivains ont cru retrouver dans la 
langue polynésienne, et les mots malais ou javanais qui 
s*y trouvent véritablement, il faut admettre ou que ce 
sont des mots polynésiens adoptés et transformés par les 
Malais et les Javanais, ou supposer, soit que les Polynésiens 
ont reçu quelques visites, volontaires ou non, de Malais ou 
de Javanais, soit que quelques-uns des émigrants po* 
lynésiens en Malaisie ont pu retourner en Polynésie. 

On sait, du reste, aujourd'hui, et cela résulte amplement 
de notre étude, que Malais, Javanais ou Malaisiens, auraient 
pu se rendre en Polynésie presque aussi facilement que les 
Polynésiens en Malaisie, tant les difficultés soulevées par les 
aiitagt>nistes de la provenance asiatique ou malaisienne, 
étaient moins sérieuses qu'ils ne le croyaient, ainsi que l'ont 
démontré La Pérouse, J. Williams, Dillon, etc.. et plus ré- 
cemment M. de Quatrefages. Si, malgré cela, nous n'admet- 
tons pas qu'ils se soient rendus en Polynésie, en nombre 
assez grand pour peupler les îles polynésiennes, ce n'est 
pas, nous l'avons déjà dit, parce que les raisons données jus- 
qald par les auteurs contre la possibilité de leur venue nous 
paraissent suffisantes ; ce n'est pas non plus parce qu'ils ne 
l'aormient pas pu ; mais bien parce que, pour les Malais et les 
Javanais du moins, les caractères physiques et le fond de la 

précédé d'une intraduction sur Vhistoire de la géographie des Mar- 
quiset. Bariin, 1843, p. 49. 

(1) "Voy. Tol. n, p. 119. 



184 LES POLYNÉSIENS. 

la,Dgue sont tels que» fussent-ils venus en nombre plus 
grand encore qu*on ne dit. ils n'auraient jamais pu donner 
aux Polynésiens les caractères anthropologiques qu'ils pos- 
sèdent et la langue qu'ils parlent. Seuls^ les Malaisiena au- 
raient pu le faire ; et c'est sans nul doute cette possibilité 
qui a porté les écrivains modernes à préférer cette origine à 
l'origine malaise, si généralement admise autrefois, et qui 
est encore acceptée par beaucoup de personnes. 

Sans revenir sur tout ce que nous avons déjà dit de con- 
traire à cette opinion, il faudrait admettre, dans ce cas, que 
les émigrants seraient partis pour la Polynésie à l'époque 
où ils auraient parlé seulement le polynésien pur; il faudrait 
ensuite rechercher où ils auraient puisé ce langage. On ne 
voit pas, en effet, à moins de les supposer autochthones en 
Malaisie (1), où ils auraient pu le prendre ; puisque, dans 
l'Inde et le reste de l'Asie, on n'a jamais cité un peuple qui 
le parlât usuellement; en outre, on n'a guère trouvé d'ana- 
logie physique avec les Malaisiens que dans des tribus iso- 
lées qui, par leur petit nombre, semblent prouver qu'elles 

(1) Cette supposition paraît être de M. Vi?ien de St-Martin. Voir 
ce qu*il dit à ce sujet : (Année ^^o/^., 1870- J 871, p. 93.) « Il résulte, 
des faits connus, Texistence jusqu'à présent inaperçue d'une grande 
race primordiale, qui semble avoir eu pour siège primitif les Iles 
de l'archipel asiatique depuis Sumatra jusqu'à Célèbes et aux Phi- 
lippines, où elle a encore ses représentants inaltérés, les Dayaks, 
les Bataks, etc. » 

Pour lui, cette race est blanche avec les traits absolument cauca- 
siques : cheveux lisses, nez droit, yeux tout à fait européens, vi- 
sage ovale ; en un mot il retrouve tous ces caractères dans les 
Battaks, les Dayaks, les Tagals de Luçon et les Bissayas de Min* 
danao. Mais nous avons assez parlé des taractères de cette race, 
pour qu'il soit nécessaire d'y revenir. 

Le fait d'une race distincte, ajoute-t-il, est connu depuis long- 
temps ; mais ce qu'on n'a pas vu, c'est qu'elle n'est pas circon- 
scrite dans les limites de l'archipel, et qu'elle a deux ramifications 
principales, l'une au Nord, l'autre à l'Est, en revenant au S.-O. 
jusqu'à la Nouvelle-Zélande. Le premier rameau s'est répandu, 
d'après lui, jusqu'à Formose, l'Ile Haï-nan, les lies Lieu-Khieou, 
111e Nyphon et autres terres du Japon, llle Teso, les Kouriles. Na- 
turellement le deuxième rameau s*est rendu à la Nouvelle-Zélande 
en passant par la PoUnésiei 



LES POLYNÉSIENS. 185 

n*ont jamais dû jouer un bien grand rôle. D*un autre c6té, 
8*il8 avaient été autochthones en Malaisie, comment auraient- 
ils pa perdre l'usage de leur langue primitive aussi complè- 
tement que la plupart, sinon tous, paraissent Tavoir fait ? On 
comprend très bien ce résultat, au contraire, si Ton admet 
qu'ils sont arrivés en nombre nécessairement restreint d'a- 
bord, dans des îles qui avaient probablement déjà de fortes 
populations et qui, plus tard, en ont reçu de nouvelles bien 
plus envahissantes et bien plus dangereuses pour eux. 

Quoi qu'il en soit, M. d'Eichthal était si convaincu de 
l'exactitude de la remarque de G. de Humboldt, qu'il dit : 
c M. de Humboldt a fait plus '; il a trouvé dans une autre 
analogie de langage une présomption plus forte encore 
d'une communauté primitive, inexplicable dans l'état actuel 
de nos connaissances, entre l'Inde et la Polynésie (p. 214). 
Cette présomption était que le sanskrit avait hérité de l'Inde 
l'usage du salut qui consiste à se toucher mutuellement le 
nez avec le nez. Il est certain,' en effet, que cet usage est 
connu dans toutes les îles polynésiennes et à la Nouvelle- 
Zélande. Il s'appelle hongi; à Hawaii* hoki; aux Marquises, 
honi\ à Tahiti, /lot, et en Malaisie, tchium c flairer. > 

M. d'Eichthal ajoute qu'en javanais, cet acte se rend par 
ngambung ; en madécasse orou(;/ie pour baiser, et oroue pour 
odorat (d'après Boze, c'est orou/c pour baiser, et oroun, ou- 
roun et ourou pour odorat) ; et qu'aux Tonga, suivant Mari- 
ner, ouma signifie baiser, embrasser, contact avec le nez 
(nous croyons que c'est une erreur). Il dit encore que dans la 
langue tagale le mot baiser se dit halie^ et il croit que ce 
mot est le même que le madécasse ourou. Enfin il rappelle 
que M. de Freycinet a retrouvé ce mode de salutation à 
Timor, et ce qui est encore plus remarquable, chez les Pa- 
pous, et que le malheureux Choris, assassiné au Mexique, 
l'avait trouvé, lorsqu'il était sur le Rurick^ chez les popula- 
tions voisines du détroit de Behring, dans Tîle Saint-Lau- 
rent en Amérique. 

II fait à cette occasion les réfiexions suivantes : « Ces élé- 
ments polynésiens retrouvés par M. de Humboldt dans le 
sanskrit, doivent nécessairement être considérés comme les 



K. . :k '•l'. 



186 LES POLTNÉSIErà. 

traces d'une civilisation polynésienne avec laquelle le sans- 
krit 8*est trouvé en contact sur le sol même de Tin de. Car, 
ainsi que nous Tavons dit ailleurs {Hiêtoire des Poulahs^ 
ch. XI), la direction des vents et des courants a sans cesse 
poussé vers l'Est la population polynésienne avec sa civili- 
sation et sa langue ; tandis qu'elle a, au contraire, fermé le 
chemin de la Polynésie à toutes les influences de l'Ouest, 
par conséquent à celle de l'Inde et même de la Malaisie. » 

Ici nous craignons bien que M. d^Eichthal n'ait pas exac- 
tement pesé ce qu'il semble avancer, puisqu'il a adopté l'opi- 
nion de Moërenhottt, c'est-à-dire la prédominance des vents 
d'Est. En effet, si la direction des vents et des courants a 
sans cesse poussé vers l'Est, il est évident que les vents en- 
traînant dans cette direction n'auraient pu être que des vents 
d'Ouesty vents qui expliquent si bien, comme on a vu, les 
migrations vers la Polynésie. Or, ce qui prouve que 
M. d^Eichthal n'a voulu parler que des vents d'Est, c'est 
qu'il prétend qu'ils ont fermé le chemin des îles polynésien- 
nes à toutes les influences de l'Ouest. Dès lors il devient dif- 
ficile de comprendre ce qu'il a voulu dire, car on ne voit paa 
d'où seraient partis, d'après lui, les Polynésiens. Des Tunga 
peut-être ? Mais alors, comment en allant toujours à l'Est, 
la Nouvelle-Zélande aurait-elle pu se peupler ? D^à, du 
reste, nous avons assez dit quelle a été la cause de l'erreur de 
tous les ethnologues à ce sujet, pour n^avoir pas besoin d'in- 
sister sur celle qui n'est probablement ici qu'un défaut 
d'attention. 

Il est bien certain que les vents d'Est et de Sud-Est sont, 
comme le dit M. d'Eichthal, un obstacle, la plus grande par- 
tie de l'année, aux émigrations de l'Ouest vers l'Est. Maison 
sait aujourd'hui, par de nombreux faits, que les vents sont 
parfois tellement forts qu'ils entraînent fort loin dans l'Ouest, 
comme ils l'ont fait par exemple vers les îles Rotuma, Anuta, 
Tukopia, etc. On peut dès lors très bien comprendre qu'ils 
ont pu entraîner les Polynsiens non seulement jusqu'en 
Malaisie, Java, Sumatra, Bornéo, presqu'île de Malacca, 
mais même jusque dans l'Inde et l'Indo-Chine ; ainsi que 



UI8 POLYNÉSIENS. 187 

les voyages des explorateurs modernes en ont fourni quel- 
ques témoignages. 

Cest le courageux et regretté naturaliste Mouhot qui, le 
premier, a fourni à la science des présomptions de l'arrivée 
probable des Polynésiens à une époque reculée, dans ce 
qu*on appelle aujourd'hui les royaumes de Cambodge et de 
Laos (1). En effet, non seulement on retrouve dans le Kam- 
bodge un kampong ou village qui porte le nom de Savaï; 
mais dans le Laos, ou, pour parler plus exactement, entre 
les royaumes de Siam, du Cambodge et d*Annam existent 
des populations qui, si elles ne sont plus nettement polyné- 
siennes, semblent du moins s'en rapprocher beaucoup. Les 
plus dignes d'attention sont les Stiengs. Voici comment en 
parle M. Mouhot, après avoir vécu trois mois parmi eux(2) : 

c Les sauvages Stiengs sortent probablement de la même 
souche que les tribus des plateaux et des montagnes qui sé- 
parent les royaumes de Siam et de Cambodge de celui d'An- 
nam, depuis le 11* degré de lat. nord jusqu'au delà du 10*, 
entre les 104* et 110* 20' de long, orientale du méridien de 
Paris. Ils forment autant de communautés qu'il y a de villa- 
ges et semblent ôtre d'une race bien distincte de tous les 
peuples qui les entourent. Quant à moi. Je suis porté à les 
croire aborigènes ou les premiers habitants du pays, et, à 
supposer qu'ils ont été refoulés, jusqu'aux lieux qv'ils occu« 
pent aujourd'hui, par les invasions successives des Thibé- 
tains qui se sont répandus sur le Laos, le Siam et le Cam- 
bodge; et, en tout cas, ajoute-t-il, je n'ai pu découvrir au- 
cune tradition contraire. » 

Un peu plus loin, il les décrit de la manière suivante : 

« Le Stieng n'a pas plus de rapports dans les traits avec 
l'Annamite qu'avec le Cambodgien; comme le premier cepen- 
dant il porte la chevelure longue, tournée en torchon, mais 
fixée plus bas par un peigne de bambou. Sa taille est un peu 

(1) Laos^ d'après M. Mouhot, signifie ancêtres. Savaï est dans 
l'Est du grand lac Bien. 

(9) P. 188. La texte da Toyaga de M. Mouhot a d'abord paru dans 
le TùMr du Mande ; puis, après avoir été revu par M. de Lanoj6, pu- 
blié an 1878, aons le titre de Voyage dans le royaume de 5tam, de 
Cambodge et de Laos. 



188 LES POLYNÉSIENS. 

au-dessus de la moyenne; sans être fort, il est bien propor« 
tionné et a une apparence robuste. Ses traits sont en général 
réguliers ; d*épais sourcils et une barbe assez bien fournie, 
quand il ne s*arracbe pas les poils des joues, lui donnent un 
air grave et sombre. » 

M. Mouhot ne parle ni des yeux, ni du nez ; mais, à en ju- 
ger par le sauvage Stieng représenté page 158, les yeux sont 
grands, les lèvres grosses et le lobule des oreilles toujours 
percé... « Son front, ajoute-t-il, est généralement bien déve- 
veloppé. 

c L'unique vêtement du Stieng est une écharpe. 

« Les mœurs des Stiengs sont hospitalières ; ils n*ont ni 
temples ni prêtres ; cependant ils reconnaissent l'existence 
d'un Être Suprême, auquel ils rapportent tout bien ou tout 
mal, et qu'ils appellent Brâ (I). Les mariagett sont accom- 
pagnés de réjouissances, et, aux funérailles, on pousse des 
cris lamentables. 

« Les hommes portent un bracelet au-dessus du coude ou 
au poignet ; ils aiment beaucoup la parure. 

€ La polygamie est en usage chez eux. 

c Un de leurs amusements favoris est de lancer des cerfs- 
volants, auxquels ils attachent un instrument de musique. 

€ Leurjpémoire est courte ; leurs guerres sont fréquentes 
entre villages, et ils cherchent à se surprendre. 

« On peut dire que leur caractère est doux et timide. » 

D'après une pareille description, pu ne peut nier qu'il n'y 
ait une grande ressemblance entre les Stiengs et les Poly- 
nésienis. Même chevelure, même faciès, même simplicité 
dans le vêtement, même amusement favori que les Nou- 
veaux-Zélandais, même manière de faire la guerre que les 
Marquésans, etc. Mais il y a aussi des différences, qui peu- 
vent, il est vrai, être attribuées aux populations qui les ont 
refoulés dans l'intérieur, telles que l'habitude de porter un 
bracelet, celle de la polygamie, etc. Nous doutons seulement 
que les Stiengs aient un nez aussi aquilin que semble Tin- 

(1) Evidemment la première syllabe de Brama, e^ la seule chose 
qu'ils paraissent avoir retenue de la religion de ce Dieuiqu'on avai^ 
sans doute essayé de leur inculquer. 



LES POLYNIfSIENS. 189 

diqaer le portrait donné par M. Monhot^ et que M. Figuier 
ft représenté p. 2n2 de ses Baces humaines. Il est bien à re- 
Crretter surtout que leur observateur ait omis de donner 
quelques mots de leur langfue. 

Le mâme voyageur ne trouvait pas, d^ailleurs, que les 
Stiengs fussent les seuls à ressembler aux Polynésiens. Pour 
luiv les habitants de Laos n'avaient pas moins de ressem- 
blance. Voici comment il a décrit ces derniers (1) : 

« Les hommes et les femmes de Laos vont nu-pieds ; leur 
coiffure est celle des Siamois, comme à peu près leur habil- 
lement. 

€ Les femmes sont généralement mieux faites que celles 
4t Siam (2). Biles portent une seule et courte jupe et parfois 
im morceau d*étoffe sur la poitrine. Elles nouent leurs che - 
"^eux en torchon derrière la tête. Les petites filles sont sou- 
vent fort gentilles, avec des petites figures chiffonnées et 
éveillées ; mais, avant 18 ans, leurs traits s'élargissent, leur 
corps se charge d'embonpoint ; à 35 ans, ce sont de vraies 
sorcières, presque toutes affectées de goîtres. 

« Quant aux hommes, qui sont pour la plupart exempts 
de cette infirmité, j'ai remarqué parmi eux un grand nom- 
bre d'individus bfttis comme des athlètes et d'une force her- 
^léenne. » 

Cette description montre les analogies frappantes qui exis- 
tent, en effet, entre cette population et celles des Tunga, 
des Sandwich et de la Nouvelle-Zélande. Pour M. Mouhot, 
^ea analogies étaient si grandes qu'il trouvait que toute cette 

CljOaTT.cité, p. 325. 

et) Si cette assertion est exacte, et il n*est guère permis d*ea 

d^^ter» puisque M. Mouhot a pu comparer pendant assez longtemps, 

^ «Tua autre côté, si les portraits de femmes de Siam, que M. Fi- 

|ttler (dans les Races humaines^ p. 366) a donnés sous le nom de 

«familles de Bankok >, sont exacts eux-mêmes, il faut reconnaître 

<l^*il est difficile de voir une plus grande ressemblance avec les Po- 

Ip^t^nnes. En les voyant, nous avons reconnu vingt visages aper- 

^ on remarqués par nous aussi bien à la Nouvelle-Zélande qu'aux 

^angt, à Tahiti, aux Sandwich, etc. De plus, elles ont absolument 

^ inéme regard, la même attitude, les mêmes ornements, le même 

^teoeni du nez, le même ovale, etc. 




190 LES POLYNÉSIENS. 

population, hommes, femmes et enfants, lui rappelait € les 
types du Nord de la Polynésie, tels qu'ils sont représentés 
dws les grandes publications des marins français de 18S0 k 
1840. » Et il disait en terminant : Certes, s'il avait été donné 
à rillustre Dumont d'UrviUe d'explorer les rives du Mékong, 
il aurait été fixé sur les origines des Garolines^ des Tagales 
de Luçon et de ces Haraforas de Gélèbes, qui lui ont fj^pparu 
comme les ancêtres des Tongas et des Tahitiens. » 

On le voit, M. Mouhot n'hésitait pas, avec la plupart des 
écrivains, à donner une origine asiatique à ces diverses ^- 
pulations et à en placer le berceau plus particulièrement 
dans le Laos : ce qui, croyons-nous, n'avait point encore été 
fait. Mais ici encore, malheureusement, manquent les preu- 
ves linguistiques : aussi, malgré les analogies indéniables 
qu'il a fiiit connaître, pensons-nous qu'on ne doit considérer 
ces analogies comme indiquant seulement la venue de colo- 
nies polynésiennes ou malaisiennes, jusque-là, dans des 
temps très anciens et bien antérieurs à l'arrivée des colonies 
malaises, dont la présence paraît être attestée, dans cette 
partie de l'Asie, par les quelques mots malais qu'on y 
trouve (1). Il est évident que le fait constaté par lui que c les 
traditions des habitants de Tlndo-Ghine ou du Laos conser- 
vent le souvenir de migrations venues du Sud, et qui au- 
raient refoulé l'ancienne race dans les montagnes, > est plus 
contre son opinion qu'en sa faveur ; car il semble prouver 
qu'il ne s'agit que d'émigrants malais habitués, comme on 
sait, à refouler, partout où ils s'établissaient sur le littoral, 
les premiers habitants du pays. 

De son c6té, M. Hamy rapproche les Stiengs des Hindous. 
Mais suivant M. Thorel, le compagnon de M. de Lagrée dans 
son exploration du Mékong, ce ne seraient pas les StiengSi 
mais les Lolo qui représenteraient le lype caucasique (?) 
rencontré dans le bassin du Cambodge. Voici comment il 
décrit ces derniers : grands, vigoureux; figure énergique } 
traits accentués, profil droit ; yeux horizontaux et bien ou^^ 

(1) Pouto'-Condorj île voisine dds bouches du Mékong; Sambok^ 
Purang; peut-être Kampoij Panompeng, Oudong, Kampong, etc, 
mais quand tous ces mots seraieni malais, c'est peu sans douta. 



LES POLYNÉSIENS. 191 

Terts; nez droiti assez développé» parfois busqué; pommettes 
peu saiUantes ; visage presque ovale ; front assez haut ; barbe 
souvent frisée et plus abondante que chez les peuples voisins; 
formes accusées ; muscles bien dessinés ; teint brun. 

La plupart des voyageurs modernes s'accordent pour 
trouver à plusieurs tribus du Laos une « apparence çauca- 
sique. » Cette ressemblance ne proviendrait-elle pas plu- 
tôt de rélément polynésien qui s'est infiltré dans ces régions 
dont Tethnographie est encore mal connue ? En effet le 
Polynésien est TEuropéen de TOrient. Les Tsiams ou 
Chams, par exemple, une des populations les plus ancien - 
xes et les plus intéressantes de la Cochinchine, dont le pays 
est généralement appelé Tsiampa ou Ciampa, semblent» 
d'après les observations de M. le D' Alf. Keynaud (1), se 
rapprocher beaucoup des Polynésiens. Aigourd*hui, ils 
sont fortement métissés ; mais une partie d'entre eux doit 
être assimilée aux Dayaks et aux Battaks des îles de la 
Sonde. On peut aussi rapprocher des Tsiams les Ba-nis ob- 
servés par révoque Tabart 

Le D' Kern, professeur à l'université de Leyde, est par- 
venu à traduire les inscriptions cambodgiennes rapportées 
par le D' Harmand. Il en résulte qu'elles ont beaucoup de 
rapports avec le kawi ou javanais ancien^ et que la civilisa- 
tion de Java et de Sumatra semble être venue principale- 
ment du Cambodge. 

D'un autre côté, le professeur P. J. Weth, dans son étude 
sur c les Langues et la Littérature de Java, » montre que le 
Kandâ, le poème kawi le plus ancien, dont malheureusement 
on ne possède pas le texte primitif, est un récit ou tradition 
mythologique, qui établit un syncrétisme étonnant de repré- 
soitations polynésiennes, brahmaniques et bouddhiques. Il 
en conclut que ce syncrétisme « loin de faire preuve d'un ftge 
recolé, nous &it plutôt croire à une origine relativement ré- 
cente. > Le contraire serait probablement plus vraisemblable. 
Bu tout cas, cela recule considérablement la civilisation po- 
lynésienne (2). 

(l) Les Tsiams, ihèse de Paris, 18S0. 

(S) Voj. Annales de t'Extrime-Orient, 18S0, p. 95 et td02. 



L 



192 LES POLYNÉSIENS. 

Ainsi, ce ocrait dans Tlnde môme, comme on le dit, ou 
tout au moins dans les royaumes de Cambodge, de Siam et 
de Laos, que le sanskrit ou le pâli se serait trouvé en con- 
tact avec la langue polynésienne. G*est ce qui a porté le cé- 
lèbre philologue Bopp à affirmer que ce qu'il appelle le 
c rameau des langues malaises-polynésiennes » n'est qu'un 
rejeton du sanskrit. Pourtant, nous ferons remarquer ici 
que le nom seul qu'il donne à ces langues prouve qu^ con- 
fondait les langues malaises et la langue polynésienne 
proprement dite, qui, suivant nous, sont aussi différentea 
par le fond, que les caractères physiques des deux peuples 
diffèrent eux-mêmes entre eux. Telle n'étaitpas Topinion de 
Guillaume de Humboldt. On sait en outre parfaitement à * 
quelle époquele sanskrits^estintroduitdans Tancienne langue 
de rîle de Java. Il est d'ailleurs un fait certain, c'est qu'en 
examinant attentivement les 200 mots malais et polynésiens 
réunis par M. Bopp, et qui se retrouvent d'après lui, dans le 
sanskrit, M. d*Eichthal n'en a trouvé que deux appartenant 
à la véritable Polynésie (1). Ces mots sont, dit-il : le pronom 
de la troisième personne du singulier : ta, polynésien, dia^ 
ya^ malais, et non iya ; sya, sauskrit, ou bien na^ polyné- 
sien, na^ pâli, ana^ sanskrit (et polynésien ajouterons-nous): 
enfin, l'adjectif grand, maha à la Nouvelle-Zélande, mahtU 
en sanskrit. En ce qui concerne ce dernier mot nous ajoute- 
rons qu'il ne signifie à la Nouvelle-Zélande, que : « être con- 
tent, satisfait, grande quantité, grand nombre, abondant, 
être abondant, etc. » Grand, en maori, se rend par nui et 
raAt, comme dans tout le reste de la Polynésie. 

€ En résumé, dit M. d'Eichthal, c'est à la ressemblance 
des pronoms de la première et de la troisième personne, à 
celle des noms de nombre 2 et 3, à celle du substantif eau, 
de l'adjectif grand et du verbe saluer, que se réduisent les 
affinités entre le sanskrit et le rameau polynésien proprement 
dit. Elles ne suffisent certainement pas pour établir un rap- 

(1) Deux mots sur 200 ! on conviendra qu*il faut vouloir se con- 
tenter de peu pour soutenir, à Taide d*un pareil témoignage, qu'une 
langue est un dérivé de l'autre. 



LES POLYNESIENS. 



lOà 



port intimede parenté entre les deux langrues ni entre les deux 

races. » Nous sommes complètement de son avis, et nous le 

partageons encore quand il dit en terminant : « L'exemple 

de cette tentative nous fournit une des preuves les plus re- 

marquables que nous puissions rencontrer du danger de la 

philologie abstraite, c*est-à-dire de celle qui procède sans 

avoir soin de vérifier les résultats qu'elle découvre parle 

concours des considérations historiques et géographiques. » 

Voici, du reste, quelques-unes des affinités rencontrées par 

SI. d'Eichthal entre la langue de Tarchipél malais et celle 

dn rameau indo-européen. Nous écrirons les mots tels qu'ils 

l^ont été par lui-même en nous bornant à donner à chacun 

d'enx la véritable orthographe des mots polynésiens : 




ARCHIPEL. 



Feu„ 



Eétu. 



( 



!k„. 



}BoiM. 



iW 



Râhi (Tahiti) 

Rangi (N"« Zélande) 

Laniy Rani(HawaI» 

Langni (Archipel) 

Ahi, Afî (Polynésie) 
Ahi > (Tahiti) 
Ahi » (N^*« Zélande) 
Ahi » (Marq*«.Hawa1) 
Api » (Malaisie) 
Atbu > (Madécasse) 

Val (Polynésie) 

Uwal( LampongyBouguis) 

Ayer (Malaisie) 

^eh (Javah) 

Oure (Polynésien) 

Peli (Javanais) 

Peler (Malai, Bouton) 

Foulou (Tonga) 
Voulou (Javanais) 
Voul (Madécasse) 
(Voulou (Malai-Bouguis 
/ Huruhuru(Tahiti,Nn«Z- 
f Huu, Huku (Marquises 
\ Hulu (Hawal) 

INoussa (Javanais) 
Nosse (Madécasse) 
Motu (Polynésien) 
Rakau (N'*« Zélande) 
Raau (Tahiti) 
Lakau (Tukopia) 
Lekki (Foulah) 
Puaa(Tahiti) 
Pohi (Tukopia) 
Buaka (Tonga) 

laisi 



Babi (Malaisie) 



GREC, etc. 



Ouranos(Grec) 



POLYNÉSIE. 



Oura (queue) 



Porcus (Latin) 
Pig (Anglais) 



Rai (Tahiti) 

Rangi (N"« Zélande) 

Lai, Lani (Hawal) 

Langit (Archipel) 

Ani, Aki (Marquises) 

Ahi 



Wal {S*^ Zélande) 

ÛTe 
Fulu 



Huruhuru 

Huu, Huku 

Hulu 



nr 



19. 



L 



A**. 



104 LES POLTNBSUENS. 

Comme il serait sans utilité d'énomérer toutes les affinités 
trouvées, nous dirons seulement que M. d'Eichthal cite en- 
core les ressemblances fournies par les mots poisson^ p^o^u^ 
pierre^ lune, soleil, etc., ainsi qu'une foule d'autres, bien 
connus aujourd'hui, et dont on peut voir la liste la plus 
complète dans le livre du révérend Taylor (1). Pour nous, 
nous ne voyons pas qu'il y ait plus de rapport entre les 
mots ptg, porcua et bouaka^ qu'entre ce môme mot, et le 
mot français porc. Nous ignorons si les Grecs ont tiré leur 
mot oura^ queue, de Voure polynésien, ou réciproque- 
ment. Il en est de mâme pour le mot lune que M. d'Eichthal 
croit pouvoir être dérivé du mot boulan^ woulan, oulafif et 
qui désigne la lune, dans rarchipel presque entier ; de môme 
aussi pour le mot grec helios^ soleil, qui nous semble assez 
peu ressembler au ra^ polynésien. Nous reconnaissons notre 
insuffisance en pareille matière. 

Ce que nous croyons seulement devoir encore faire remar- 
quer, c'est que les mots qui forment ces coïncidences sont 
tous, à l'exception de vaf, étrangers au sanskrit et au zend, 
qui cependant sont les langues ayant fourni aux idiomes 
germaniques et gréco-latins, le plus grand nombre de leurs 
racines. D'où il faut conclure que les idiomes germaniques 
et gréco-latins ont reçu des racines d*une ou de plusieurs 
langues autres que le sanskrit et le zend. 

£n résumé, M. d'Eichthal a lui-même fait remarquer, qu*à 
mesure qu'on entrait dans la Polynésie proprement dite, on 
ne trouvait plus de traces de contact avec l'Inde. Si cepen- 
dant il a cru voir, d*après les observations de O. de Hum« 
boldt, quelques analogies entre le sanskrit et le polynésien, 
c*est que, comme tous ses devanciers, il a confondu, à son 
insu, la Polynésie avec la Malaisie, et que cette dernière 
contrée, par son voisinage, a nécessairement eu de bonne 
heure quelques rapports avec l'Inde ; rapports môme si inti- 
mes, comme on a'vu, dans l'île de Java, que la langue an- 
cienne des habitants de cette île était, d'après plusieurs 
écrivains, aux trois-quarts composée de mots (lEtnskrits. 

(1) Te Ik0 a Maux, p. 180, 108. 



LES POLYNÉSIENS. 106 

I 

Noos ayons rapporté précédemment (1 ) l'opinion dé Taylor 
relative aux rapports ayant existé jadis entre les Japonaig 
et les Maori. Le savant missionnaire anglais croyait k la 
venue de jonques japonaises à la Nouvelle-Zélande. Pour 
nous, nous serions plutôt porté à admettre la présence au 
Japon de colonies polynésiennes. Il est certain, quoi qu'on 
en ait dit, qu'une foule de mots, ayant les mômes significa- 
tions, sont identiques chez les Japonais et les Néo-Zélandais. 
Nous nous bornerons à citer les suivants : tfca, awa^ tfct, 
raJco, trufeu, fcafct, etc. 

Bn outre, la légende relative à la création du monde offre 
certains rapports avec celle de Maui. Au Japon, Izanaqui* 
no-Mikoto, quand il créa la terre, plongea son javelot dans 
la mer qui s'étendait au-dessous de lui, cherchant s'il n'y 
avait pas un monde submergé. Le javelot souleva des gout- 
tes d'eau salée qui, en se solidifiant, formèrent l'île d'Ono- 
koro, les colonnes du monde (2). 

yoici,en effet, comment Lesson (3) décrit les Japonais, aux- 
quels il trouvait une physionomie générale de Tahitien ou 
de Sandwichois; ce qui lui faisait supposer que e'est* le Ja- 
pon qui a peuplé, dans les temps les plus reculés, les tles 
océaniennes. 

« Les Japonais, dit-il, ont le nez gros, épaté, avec de larges 
ailes ; la bouche a les lèvres bien faites mais grosses ; le 
menton est rond et large ; les oreilles sont amples et décol- 
lées ; leurs cheveux tirent au brun ou môme au brun rou- 
geâtre. 

€ Les habitants des terres sont de nuance plus claire que 
les peuplades riveraines adonnées à la pâche et à la naviga- 
tion. Ces derniers sont petits, vigoureux ; les agriculteurs 
sont grands, à large ossature. Les femmes sont blanches, et 
même une légère teinte incarnat nuance les joues des jeunes 
fiUea.» 

Pour lui, on le sait, la famille japonaise était la première 
de son rameau mongol-pélagien. 

(1) Vol. III, p 90. 

(S) Yoy.: Amnales de tExtrême-OrienU 1880, p. 109^ 

(8) TabUau des races humaines^ p. 59; 



■_ 1.^.. 



106 LES POLYNÉSIENS. 

Plus récemment, un auteur, ayant résidé au Japon assez 
longtemps, en a fait la description suivante : 

c Les Japonais en général sont de moyenne stature. Us ont 
la tôte grosse, la poitrine large, le buste long, les hanches 
charnues, les jambes grêles et courtes, les pieds petits et les 
mains fines. Chez les personnes qui ont le front très fuyant 
et les pommettes particulièrement larges et proéminentes, 
la tôte, vue de face, présente plutôt la forme géométrique du 
trapèze que celle de i*ovale ; les yeux sont plus saillants que 
chez rSuropéen, et même quelque peu bridés. L*eflfet géné- 
ral n*est pas celui du type chinois ou mongol. La tôte du 
Japonais est plus grosse ; la figure plus allongée et, à tout 
prendre, plus régulière. Le nez est plus saillant, mieux des- 
siné. 

€ Toute la population a la chevelure lisse, épaisse et d*un 
noir d*ébène. La barbe est assez forte. La couleur de la peau 
varie, suivant les classes de la société, depuis le blanc mat 
ou bruni par le soleil des habitants de TEurope méridionale, 
jusqu'au teint cendré et basané de Thabitant de Java. La 
nuance dominante est le brun olivâtre ; jamais elle ne rap- 
pelle la teinte jaune des Chinois. Les femmes ont le teint 
plus clair que les hommes. 

c Hommes et femmes ont les yeux noirs, les dents blan- 
ches, excepté les femmes mariées (1). » 

Voici ce que disait, des Japonais, Tun des premiers obser- 
vateurs, le savant Kaempfer, ordinairement si exact (2) : 
c Les Japonais en général, surtout le peuple de Nipon, sont 
laids, jtotits, fort basanés ; ils ont les jambes grosses, le nez 
plat et les sourcils épais. Leurs yeux noirs sont moins en- 
foncés que chez les Chinois. Toutefois les nobles ont la taille 
plus majestueuse. Celle-ci varie d'ailleurs suivant les pro- 
vinces. La tôte des habitants de Mipon est grosse *, leur nez 
plat. Us sont disposés à Tembonpoint. Ceux de Saikoki sont 
déliés, petits, bien faits. » 

(1) Extrait d9 TouTrage de M Humbert, dans les Races humai- 
nes de Figuier, art. Japon. 

(8) Histoire naturelle, civile et ecclésiastique du Japon, par Eu- 
gelbert Kaempfer, 1732, p. 151., vol. IL 



LBS POLYNÉ8ISNS. 107 

Vu rextrème différence physique» Kaempfer admet de 
nombreux croisements; mais, poar lui, les Japonais venaient 
de Babyione^ et Ton connaît l'explication curieuse qu'il en 
donne. 

n cite le fait de la venue au Japon d'hommes de belle 
taille, d*nn physique agréable, à tête rasée, sans barbe, et 
ayant trois trous dans chaque oreille : ils venaient de Patan, 
Tune des Philippines. 

. n dit aussi que, quelques siècles avant son arrivée, les 
Japonais avaient découvert au Nord du Japon une Ile appelée 
Oenkai Sima, peuplée par des noirs appelés Oui, qu'ils 
avaient exterminés. Ces noirs avaient les cheveux longs, 
tombant sur les épaules, des chapeaux élevés ou pointus. 
Kaempfer supposait qu'ils étaient Malais. 

n eite encore d'autres histoires rapportant que des noirs 
ftnrent trouvés dans quelques-unes des îles du Sud du Japon ; 
il croit encore que c'étaient des Malais ou des habitants des 
Moluques jetés par les tempêtes. Cela est possible ; mais à 
notre avis, c^étaient plutôt des Carolins. Les Japonais au- 
raient' donc vraisemblablement du sang polynésien dans les 
veines, de même qu'ils ont dans leur langue un certain 
nombre de mots polynésiens. 

« Lm race Japonaise, dit, de son côté, M. Masana Maeda(i), 
est nne race mêlée : c'est là un fait acquis pour la science 
ethnographique. Il y a en elle du sang chinoi:i, mongolien 
et coréen, peut-être même du sang malais ; ce qui s'expli- 
querait par des immigrations, à nne époque donnée, de peu- 
ples des Ues de la Polynésie. » Il semble évident, en effet, 
que la race Japonaise a du sang non pas malais, comme le 
dit M. Maeda qui regarde les Polynésiens comme des Ma- 
lais, mais bien du sang polynésien et par conséquent 
maori. 

On ne peut le nier, il y a d'assez nombreuses ressemblan- 
ces ent^ les Japonais et les Maori, dans la direction de leur 
front, le volume apparent de la tête, l'ampleur de la poi- 
trine, la longueur du buste et des membres supérieurs rela- 
tiîement au reste du corps, et la brièveté, au contraire, des 

(1) Lm Sodéié japoHûise, in Rgvue scientifique, 10 août ISHTS. 



108 LB5 t>0LTN&IEN8. 

extrémités inférieures, d'après Thompson ; dans la petitesse 
des pieds et ia finesse des mains, toujours d'après cet écri- 
vain; dans la forme de la bouche, la longueur de la lèvre 
supérieure, la nature et la couleur des cheveux, la forme des 
oreilles, du menton, du nez parfois, etc,. Mais, s'il est vrai 
que les ressemblances existent, surtout d*après M. Thomp« 
3on, qui semble pour ainsi dire avoir pris une partie des 
caractères physiques des Japonais pour décrire les Maori, il 
ne Test pas moins que des différences assez nombreuses et 
importantes séparent les deux peuples. C'est ainsi que, chez 
lès Maori, la face est large souvent, le front large au lieu 
4*être étroit^ le nez large, épaté, quelquefois très bien fait, 
miûs le plus souvent court ; que les yeux sont grands, nul- 
lement bridés, les pommettes modérément saillantes. Car, 
malgré ce qu'en a dit Taylor, les Maori n'ont pas les yeux 
bridés des Japonais ; ils n'ont pas une couleur aussi foncée, 
aussi basanée qu'eux; seulement comme la leur, elle varie 
suivant le rang des occupations, des soinsquel'on prend, etc., 
de môme que la taille varie suivant les localités, la famille, 
etc. L'indice céphalique des Japonais est de 79,01, celui des 
Polynésiens de 76,18. Enfin les deux peuples n'ont ni les 
mêmes croyances religieuses, ni le môme langage ! ce qui 
nous semble plus que suffisant pour qu'on doute de leur com- 
munauté d'origine. 

Nous croyons du reste que M. Thompson,qui nous fournit 
en partie les rapprochements que nous venons de faire, a 
exagéré quelques-uns des caractères anthropologiques, 
tels que la brièveté du pied et la petitesse des mains, etc., 
chez les Maori. 

Oes conclusions ont été pleinement confirmées par une 
discussion qui s'est élevée au sein de la Société d'anthro- 
pologie, dans la séance du 3 novembre 1881. « sur les Origi- 
nés japonaises ». M. Metchnikoff, se basant sur le caractère 
tropical de certaines coutumes et habitudes japonaises, 
telles- que la tendance qu'ont les hommes et les femmes des' 
classes inférieures à se passer de vêtements pendant la 
saison d'été, telles que la pratique du tatouage « l'habit der 
l'homme nu i, etc.» rattache les Japonais aux Matayo-Po* 



LES POLYNÉSIENS. 199 

lynéaiens. Il montre que, d*après la tradition, le fondateur 
de Tempire japonais descendit à Takatriho, sur le massif 
volcanique de Kirisima, dans le sud-ouest de Tîle de Eiusiu. 
Or, ce point du territoire japonais est, par sa situation géo- 
graphique, inaccessible à des émigrés du continent asiati- 
que ; mais il se trouve sur le parcours des Kouro-Sivo, 
du grand « courant noir » de l'océan Pacifique, qui vrai- 
semblablement a conduit les émigrants. 

De son côté, M. de Quatrefages explique que Ton peut 
constater au Japon trois types principaux : Télément noir, 
Vêlement jaune et Télément blanc. Oe dernier est de deux 
sortes : il est représenté en première ligne par les Âïnos ; 
mais un autre élément blanc est venu se mâler au précé* 
dent : « 0*est, dit le savant professeur, celui qui, parti de 
111e Bouro et des tles voisines, a conquis toute la Polyné* 
aie à Test, s*est répandu dans diverses îles et archipels en 
tous sens ; qui a été rencontré aux Philippines par la Oiron- 
nière : qui vient d'être retrouvé à Mindanao par M« Mon- 
tano. » 

Tout ce que nous avons dit jusqu^ici prouve que l'élément 
blanc « indonésien, > comme rappelle M. de Quatrefages, 
qui» sous la conduite de Zin-Mou, opéra la conquête du Ja- 
pon sur les Aïnos, vers le milieu du septième siècle avant 
notre ère, était une colonie de véritables Polynésiens ve- 
nant par migrations volontaires ou involontaires, en sui- 
vant le courant du Kouro-Sivo et aidés sans doute par les 
vents du Sud-Ouest qui, durant l'été, soufflent régulière- 
ment dans ces parages. 






muiéb I :< 



CONCLUSIONS GENERALES 



1. — Les Polynésiens ne sont point les restes d'une popu- 
lation préexistant sur un immense continent, qui aurait été 
en partie englouti par un cataclysme quelconque; 

il ne sont pas les descendants des peuples asiatiques ; ils 
ne sont pas davantage ceux des Malaisiens, des Javanais ou 
des Malais, dont ils seraient plutôt les ancêtres directs ou 
indirects ; 

Ils ne sont pas non plus des émigrants de l'Amérique ; 

Enfin ils n'ont pas été créés dans les îles de la Polynésie 
proprement dite ; mais ils sont, bien probablement, le pro- 
duit spontané de Tune des Iles où on les a trouvés, et qui, 
Traisemblablement, est le reste d'une terre plus étendue. 

2. — C'est par voie de migrations volontaires ou non, ou 
par voie de disséminations involontaires, qu'ils sont arrivés 
dans les tles polynésiennes où on les a rencontrés, et de là 
ensuite en Malaisie. 

3. — Le lieu d'origine première était appelé Hawahiki par 
les émigrants ; il se trouvait sur l'Ile-du-Milieu de la Nou- 
velle-Zélande, dont le nom maori est Tawai ou Kawai; peut- 
être même occupait-il cette île tout entière. 

4. — On retrouve dans cette île la race souche, tout à fait 
semblable aux Polynésiens par les caractères physique?, 
moraux et intellectuels, et par le langage que ceux-ci par- 
laient dans l'origine. La population y était même beaucoup 
plus nombreuse que ne le croyaient Cook et d'Urville, ainsi 
que Tattestent toutes les traditions. 



LBS POLYNÉSIENS. 201 

5. — La première étape, en quittant THawahiki, a été, pour 
la majorité des émigrants, Tîle que les traditions désignent 
sous les noms de Nuku-roa, Aotearoaou eucorelka-aa-Maui, 
c*est-à-dire TUe-Nord de la Nouvelle-Zélande; mais, dès 
lors, une partie des émigrants paraît avoir continué à s'é- 
loigner. 

G*e8t avec les vents d*Ouest et de Sud-Ouest que les émi« 
grants se sont éloignés de THawahiki, quand ils n*ont pas 
fait le trajet à Taide des pagaies seulement, et leur route, 
d'après les traditions, a toujours été vers TEst ou le Nord- 
Est. 

Plusieurs départs successifs paraissent avoir eu lieu, mais 
il 7 en eut un surtout considérable par le nombre. 

Des populations assez denses existaient déjà sur TIle-Nord 
à Tarrivée des émigrants de THawahiki ; quelques-unes les 
empêchèrent même d'aborder et les contraignirent d'aller 
8*établir ailleurs. 

6. — Forcée à son tour d'abandonner Aotearoa, à la suite 
de nouvelles dissensions, une partie des émigrants d'Hawa- 
hiki, sans parler de ceux qui n'avaient pas pu sUmposer aux 
populations primitives, ni de ces populations elles-mâmes, 
dut se diriger vers la Polynésie ; ils n'avaient, en effet, pour 
ainsi dire pas le choix de la route, car ils ne pouvaient son- 
ger à retourner vers l'Hawahiki, d'où leurs ancêtres avaient 
été expulsés et il fallait, pour s'éloigner, qu'ils profitassent 
detf vents régnants. 

7. — Les mêmes vents, qui avaient facilité le voyage des 
émigrants d'Hawahiki jusqu'à Aotearoa, sont ceux qui ont 
servi aux émigrants vers la Polynésie, c'est-à-dire les vents 
d'Ouest et de Sud-Ouest qui poussaient toujours dans une 
même direction, vers l'Est et le Nord-Est. C'est ce qui expli- 
que si bien pourquoi les Polynésiens n'occupent pour ainsi 
dire que le côté oriental et méridional de l'océan Pacifique, 
et pourquoi on n'a jamais rencontré ni Maori, niPolyné- 
liens sur la Nouvelle-Hollande. 

8. — Ce sont les émigrants d'Hawahiki fuyant aussi l'Ile- 
Nord de la Nouvelle-Zélande, et peut-être avant eux, les 
populations primitives de cette île, populations identiques 



202 LES fOLTMÉStEM. 

à celles de THawahiki, qui ont peuplé successivement les 
lies polynésiennes, et qui ont assez modifié leur apparence 
extérieure au contact des Influences Intertropicales, pour 
qu'on ait cru y voir d'abord, mais à tort, une "race différente 
appelée depuis race polynésienne, de son habitat dans les 
îles de la Polynésie. 

9. — Les premières îles rencontrées en Poljmésie par les 
émigrants ont étélesTuDgra,et presque en même temps pr(H 
bablement les îles Hapaï, qui les touchent ; ce sont ces îles 
qui, successivement, ont envoyé leurs colonies vers le Nord- 
Est et TEst, peupler d'abord les îles Alu-Fatu, Niua et les 
Samoa ; puis, les entraînements Involontaires aidant, elles 
peuplèrent toutes les autres tles polynésiennes, soit directe- 
ment soit indirectement, c'est-à-dire que les colonies s^ 
rendirent d'emblée ou qu'elles commencèrent par toucher 
aux îles Manaïa, qui, peut-être elles-mêmes, ont reçu des 
émigrants directs de la Nouvelle-Zélande. 

10. —[Excepté les populations primitives trouvées à 
Âotearoa par les émigrants, populations qui étaient de même 
race qu'eux, parlaient le même langage et n'avalent proba* 
blement fait que les devancer en venant de l'Hawahlki, si 
elles n'étaient pas elles-mêmes autochthones, les îles de la 
Polynésie paraissent, pour la plupart, avoir été trouvées 
entièrement désertes. Car si Quiros d'abord, puis Cook, 
d'Urville, et tant d'autres après eux, ont admis une race 
noire préexistante à l'arrivée des Polynésiens, non seule» 
ment les traditions se taisent à ce sujet; mais, de plus, la 
langue, les coutumes, les croyances religieuses, tout, en un 
mot. Indique que le fait n'a pu exister. Sans doute 11 y a eu 
des entraînements vers plusieurs des îles à population méla- 
nésienne et l'on a trouvé des colonies de Polynésiens dans 
les îles Hébrides (Tanna et Futuna), dans les Iles LoyalQr 
(Uvea) et dans quelques autres, telles que Tupua, Yanikoro. 
Mais ces colonies n'ont Jamais été que tolérées ; elles ont 
vécu presque isolées, et ne sont arrivées d'ailleurs qu'à des 
époques pour ainsi dire modernes dans la plupart des îlesob 
elles existent. 

Quant aux entraînements tant invoqués par les ethnolcH 



LES POLYNÉSIENS. 203 

gueê pont expliquer le peuplement des îles polynésiennes» 
il faut bien reconnaître aussi qu'ils n'expliquent pas grand' 
chose. Oar, excepté le cas cité par Beechey, d'un entraîner- 
mont sur une petite tle déserte, celui cité par Ellis, sur l'île 
Tubuai, et quelques autres aussi insignifiants, et pour ainsi 
dire tout modernes, tous les autres ne se sont opérés que 
sur des Hes qui étaient déjà habitées soit par la race noire» 
soit par la race polynésienne. 

11. — Les migrations, dont le souvenir a^été conservé, ne 
paraissent pas remonter à une époque bien éloignée, c^est 
certain ; mais si on cherche à déduire, des généalogies do 
chaque ile ou archipel, la date approximativre de la première 
occupation, pas une ne s'accorde. Ainsi dans la même cou* 
trée, sur l'Ile-Nord de la Nouvelle-Zélande, le nombre des 
générations varie de 15 à 26, d'après les indigènes eux-mê- 
mes, soit de 460 à 780 ans ; en Polynésie, ce sont les archi- 
pels qu'on dit avoir été peuplés par les îles de la Société, 
qui comptent justement plus de générations que les derniè- 
res : tels sont les archipels des Sandwich et des Marquises ; 
AuxTunga etaux Samoa, qu'on regarde généralement comme 
ayant peuplé toutes les autres îles, après l'avoir été elles* 
mêmes, dit-on, par la Malaisie, on ignore au contraire abso* 
Inment quel a pu être le nombre de générations; aux Man- 
gareva, on n'est pas plus fixé sur ce nombre qu'à l'Ile-Nord de 
la Nouvelle-Zélande, puisque une tradition semble indiquer 
567 ans, et une autre six à sept cents ans; enfin, aux Manaia, 
on compterait plus de générations qu'à la Nouvelle-Zélande, 
e^est-à-dire 29 au lieu de 15 ou 26. Mais, quand on voit tant 
de divergences, il est vraiment impossible de rien conclure 
d'exact à Paide de pareilles données. 11 est surtout impossi- 
ble d'accorder la moindre attention sérieuse aux divers cal* 
cols ftdts par les écrivains pour soutenir leurs idées précon- 
çues, quand on sait que des sauvages ne peuvent guère 
conserver dans leur mémoire qu'un nombre de générations 
assez restreint et pour ainsi dire borné à 15 ou 20 ; quand 
on sait surtout que chaque usurpateur du pouvoir suprême 
avait l'habitude, non seulement de s'emparer de la renom- 
mée de quelque grand chef, son prédécesseur, et de l'intro- 



204 LKé POLYNÉSIENS. 

duire dans sa famille, mais encore d'appeler l'oubli sur les 
noms de ceux qu'il n*aimait pas ; ainsi que nous Tavons vu 
faire dans les Iles de la Société et aux Tunga. 

Il est certain, comme on l'a dit» que les migrrations étaient 
déjà faites depuis longtemps en Polynésie, quand Quiros y 
aborda pour la première fois, avec Mendana, en 1506, et, 
plus tard, en 1606. Mais c'est tout ce qu'on en sait, et cela 
n'aide guère, on en conviendra, à fixer l'époque de l'arrivée 
des Polynésiens. 

N'y avait-il que trois cents ans comme quelques-uns le 
supposent; faut*il croire avec d'autres qu^il y ain^it davan- 
tage, et, pour les îles de la Société, par exemple, qu'il y 
avait plusieurs milliers d'années? Tout cela est bien conjec- 
tural, et mieux vaut ne pas s'y arrêter. 

12. — De l'évidence, parfaitement démontrée pour nous, 
que Kawaï ou autrement THawahiki a été le berceau des 
Polynésiens, découlent les propositions suivantes : 

A. — La race mélanésienne, première occupante des tles 
Fû'if du Saint-Esprit, Salomon, Nouvelle-Calédonie, etc., 
vient, sinon d'Asie et des grandes îles asiatiques, du moins 
de la Nouvelle-Guinée, et peut-être de la Nouvelle-Hol- 
lande. 

B. — Il y a eu mélange mélano-polynésien dans un cer- 
tain nombre des tles mélanésiennes intermédiaires à la Ma- 
laisie et à la Polynésie ; mais il est beaucoup moins grand 
qu'on ne Ta cru, et il est seulement plus apparent dans les 
îles qui avoisinent le plus la Polynésie. Ainsi il existe sur- 
tout dans les îles les plus orientales des Fiji, à la Nouvelle* 
Oaiédonie, dans les Loyalty, à Tanna, Brronan, Vanikoro, 
etc.; mais de très petites îles, comme enclavées dans les Iles 
mélanésiennes, telles que Tukopia, Anuta, Taumako, Marne, 
les tles Duff, etc., sont restées jusqu'à ce jour peuplées par 
la race polynésienne : en un mot, le mélange semble d'au- 
tant moins apparent qu'on se rapproche davantage du Nord- 
Ouest, mais il se laisse reconnaître encore, aussi bien à 
Santa-Crux et aux Pelew dans les Carolines, qu'à la Nou- 
velle-Zélande. 

C. — Il y a certainement eu contact des Polynésiens nvcc 



ÎJE^ POLYNÉSIENS. 205 

les habitants de Madagascar, et probablement à la suite 
d*entra!nementS9 à une époque fort reculée ; puis avec ceux 
de TAfiique et môme de TEgypte, comme le démontrent, 
pour la première contrée, tous les travaux des ethnologues, 
et comme le font supposer pour les autres les savantes re- 
cherches linguistiques de M. d*£ichthal. 

D. — Il y a eu de mâme des rapports entre les Polynésiens 
et les Asiatiques de Tlnde, de Siam, du Cambodge, du Laos, 
peut-être de quelques autres points, et particulièrement des 
Iles Philippines et du Japon. 

B. — Enfin il y a eu aussi quelque contact des Polyné- 
siens avec certains tribus d'Amérique, et notamment avec 
les Caraïbes, comme cela semble résulter des recherches de 
plusieurs écrivains pour les côtes baignées par Tocéan Atlan- 
tique, et de celles de M. d*Eichthal pour les anciens habi- 
tants des Antilles. 

Mais ce ne sont là, pour ainsi dire, que de purs accidents 
qui ne peuvent avoir exercé la moindre influence sur le 
peuplement de l'Océanie; puisque presque tous n*ont pu être 
produits qu*à Taido de vents tout autres que ceux qui 
avmiant entndné les habitants d'Hawahiki vers la Poly- 
néde. 



En résumé, nous dirons en terminant : 
Les Maori sont les ancêtres des Polynésiens ; 
La langue maori est la langue mère de tous les dialectes 
de la Polynésie. 



la.!. 



APPENDICE 



HISTOIRE NATURELLE DE LA NOUVELLE-ZÉLANDE 



CHAPITRE !•'. ^ ZOOLOGIE (1). 

r L*histoire naturelle de ces tles, comparée à celle des autres 
contrées, paraît très pauvre ; il n*existe d'autres quadrupèdes 
qu*un rat, presque exterminé par celui qu*on a importé, une 
espèce de castor, dont Texistence n*est pas certaine, mais 
très probable, et le chien dans rUe-du-Milieu. 

Le rat du pays ou Kiore n*a que la moitié du volume de 
celui de Norway {mus ratus) ; il était autrefois abondant 
partout ; il se nourrissait surtout des faines du TawaI» et il 
était considéré anciennement comme un importaat ali- 
ment. 

Le rat anglais ou de Norway est appelé par les indigènes, 
Pou-hawabiki, Kiore-pakeha, Kainga-rua. 

Le Kuri, ou chien indigène, a été vu par Cook à son arri- 
vée, et les habitants disent qu'il est venu avec eux d'Hawa- 
hiki lorsqu'ils arrivèrent pour la première fois à la Nouvelle- 
Zélande. C'était un petit chien à longues oreilles, d'un blanc 
sale ou de couleur jaunâtre, avec une queue touffue; il est 
maintenant tout à fait éteint. Il ne paraît pas avoir quelque 
ressemblance avec le dingo australien, mais il est probable 

(1) Trad. de Taylor. — P. 394 à 425. 



LES POLYNÉSIENS. 20T 

qu^ était de la môme espèce que ceux qu*on trouve encore 
dans les îles polynésiennes. 

La Nouvelle-Zélande possède probablement deux espèces 
de chauve^souris : le Pekapeka {vespertilio tuherculaius) ; 
la plus commune est très petite, d'un brun jaunâtre, avec 
des petites oreilles arrondies. 

Le veau marin, Mimiha ou Kekeno (fam. des Phocidœ)^ 
paraît avoir été très abondant autrefois, car ses os sont ren- 
contrés en quantités considérables, le long de la côte, môles 
à ceux de Thomme. 

Dans rile*du-Milieu, le Rapoka ou ours marin n*étaitpas 
rare. Les indigènes s*en emparaient anciennement en lui 
jetant du sable dans les yeux ; pendant qu'il cherchait à s*en 
débarrasser, ils tombaient sur lui et le tuaient ; maintenant 
on le rencontre rarement. 

Le lion marin, Wakahao {phoca jubata) ou morse, fréquen- 
tait autrefois les côtes de TIle-du-Milieu. Les naturels le 
décrivent comme ayant le volume de la vache. On dit qu'il 
était de couleur rouge, qu'il se rendait à terre pour s'accou- 
pler et qu'il était très sauvage et vigoureux. Un des chefs 
des guerriers, nominé Wera, fut mis en fuite par cet animal, 
quoiqu'il fut appuyé par soixante-dix de ses compagnons : 
d'où le proverbe : Tehoa kakari o Te Wera he Wahahao^ 
< L^ennemi de Te Wera est le lion marin. » 

Les baleines étaient très nombreuses dans les mers de la 
Nouvelle-Zélande (fam. des halcenidœ). Le cachalot (Paraua)» 
86 montre sous différentes couleurs. Il y en a do blancS| 
d^aatres sont noirs, de couleur d'ocre ou rouge et fréquem- 
ment de couleur môlée. La Tohora (balcena antipodum)^ ou 
baleine franche, était très abondante. On dit que la baleine 
noire morte se dirige toujours sous le vent, tandis que le 
eaehalot va toujours vers le vent. 

La baleine physalus {fin hack) se trouve surtout sur les 
cMea Nord-Est de llle-Nord. 

Noos avons rapporté précédemment ce que Taylor dit du 
Kiwi et du Moa. 

Fam. Mallidœ. — O'est une des plus nombreusesi quoique 
phiaieoni membrts de eette famille aient disparu. La plus 



L. 



208 LES POLTNlisiENS. 

grande espèce est le Weka (ocydromus australia) oa ^ poule 
des bois des colons. Sa poitrine est couleur d*arduise; son 
dos brun et tacheté; elle est robuste et très abondante dans 
rile-du-Milieu, et dans la partie Sud de TIle-Nord. Son nom 
est tiré de son cri. 

Le Pukeko ou Rauhara {porphyrio melanotus) est un bel 
oiseau, du volume d*un poulet ; il a de longues jambes et 
les pieds rouges; son bec porte une protubérance de la 
même couleur, quelquefois, co&me celle do la poule de Gai- 
née ; le dos est noir et la poitrine d'un bleu brillant. Les 
plumes inférieures de la queue sont tout à fait blanches, ce 
qui contraste avec le noir de sa petite queue. Cet oiseau a on 
cri fort perçant, ressemblant à son nom ; il vole lentement 
et pesamment. C'est un grand déprédateur des cultures. U 
abonde dans les marais et le long des bords des rivières. Sa 
chaire est sèche et coriace, rarement mangée par les indi- 
gènes mais estimée par les Européens, qui disent que c*est 
un mets excellent. 

Intimement allié à cet oiseau est le Takahe, le Noiamù 
d'Owen, gros oiseau pesant de TIle-du-Milieu, qui est très 
rare; il atteint environ deux pieds de haut, et est presque 
aussi grand que le Kiwi. Il a un bec mince et court, et de 
fortes jambes; le dos est noir; son cou et son corps sont 
d*un bleu noir, nuancé de vert et d^or sur les ailes. La queue 
est petite et blanche en dessous. Un seul spécimen a été 
envoyé en Angleterre, et on peut le voir au Muséum britan- 
nique. 

Il y a plusieurs espèces plus petites de râles. Parmi elles 
se trouvent le Katatai [Rallus a3stm{Its),de couleur fernigi- 
neuse. Le rftle Dieffenbach a environ un tiers de moins 
que le Weka; il est propre aux îles Ghatham; c*est un bel 
oiseau. Son nom indigène est Moeriki. 

Le Patataï ou Popotaï est un petit râle, gros à peu près 
comme le moineau, mais de forme plus délicate ; il est de 
couleur brun clair, le dos ponctué de noir et de blanc, la poi- 
trine couleur d*ardoise, le bec d'un vert brillant, les yeux 
noirs avec un cercle rouge ; il a une très petite queue, qui 



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Misses-cours eî ril i* Er»uzr T;fc= f ■ rsài-zj^r ^ z jrr= -a^nuts. 

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Le E^aià. ci ££ 



sage du temps: s'il tst: 'ir.ri,?- ij.:. .n -^ai .-^ ■' <^ 
sigue qu'il pleiTTi : r- I^f" d=j^ -jl .-:r >= -^.-.-. *: <r 
qu'il fera be&n. 

11 y a aTis-^i im fs-ixi. ir l-j*. *rî:i r»:M-::i.'.^^r t -ri-^î*' 
vier par le plunias^e: fî^z. St-'-r-is 

Le Koiikou OTi H.ir: Sr-v-r -'^^'^ ic ^rr^^j- JÉjrv-^^--*. 
Par les colons. Cène p^tr^ '/:,■. -rrr^ *:o: .t ^.-.> -- x'j: 
Connue à la Nonvelle-Z-r.sjLiT. - i^r. 'ju.\.-z '^-z -«. .u^ fc -î*^ 
Un bâton, dan* le jcir. 

Fam. AZcenicte. — Le £:tfcre ;.-rj:x •^s-^i-r^ n:»î*i*:u-'..t 
beaucoup par le pluxis-e t- ir^'c-ri-:-?' r.rrvr \r^'j[,>^.K v„'<. -, 
il est moins beau eT e=: ■:*-'-. *.rrî ;^ •.- ;".■ 

Fam. Vpupidœ. — Le Kul ^ -j^j'^y/'^'-.'j y:j./:- ^ - -, •,- 
oiseau, ayant de petites ai>s. L à -r;*v--^::.> »;l-. .?'.:. . -^ 
geai; il est de couleur noire brillante, aT*r; 'i'-itf'j^^ ^frt:-'--»?* 

TI. i4k. 



210 LBS POLYfféflIBNS. 

plumés à la quôue, marquées de blanc et présentant une 
courbe gracieuse, avec une petite touffe blanche sous la base 
de la queue ; le mâle a un long bec délié, de couleur jaune 
brillant ; la femelle a un bec plus mince ; l'œil est de couleur 
de plomb ; il a deux petites barbes charnues de chaque côté 
de la tête, qui semblent âtre deux pains à cacheter applî* 
qués sur les joues ; les jambes et les pieds sont long^, déliés 
et d'un jaune brillant. Son saut est très singulier, comme 
celui du kangourou. Les naturels font le plus grand cas de 
sa peau qui est un article d*échange. On rencontre surtout 
cet oiseau au sud des montagnes Ruahine, dans rile-Nord, 
particulièrement dans la chaîne appelée Tararua ; les indi- 
gènes envoient les peaux au Nord, après les avoir soigneu* 
sèment empaquetées dans des écorces. On leur donne des 
dents de requin en retour. Une bonne peau est estimée un 
pound. 

Les suivants sont des oiseaux mangeurs de miel. 

Le Tui, Koko {Prostemadera Novce-Zelandtas) : Gook a 
nommé ce bel oiseau le Parson et le Moqueur. Il reçut le 
premier nom de ce qu'il a deux plumes blanches remarqua- 
bles sur le cou comme des rabats de prêtre, et le dernier, de 
sa facilité à imiter les sons. Quoique ses couleurs ne soient 
point fastueuses, il y a quelque chose de pudique et d*élé- 
gant dans son plumage. Il est de couleur noir bronzé, avec 
des plumes blanches autour du cou ; c'est un agréable chan- 
teur; il est très vif; on le voit incessamment voler de haut 
en bas, en jetant ses joyeuses notes variées. Au printemps, 
on le voit, dans les arbres kowai s'emparant du pollen des 
fleurs avec prestesse. Quand il est apprivoisé^ il récite parfai- 
tement toute espèce de son, et s'attache à toute personne qui 
le lui apprend, de sorte qu'il est généralement aimé. 

Le Tui devient excessivement gras dans l'hiver ; on le 
prend alors en grande quantité à Paide de pièges. 

Quandle Tui est devenu si gras qu^il en est lui-même incom« 
mode, on dit qu'il se pique la poitrine et détermine la sortie 
de l'huile, qui sature complètement ses plumes. Il paraît 
qu'il le fait pour s'alléger ; car, quand on le prend, on la 



LES POLYNÉSIENS. 211 

trouve couvert des marques de ses piqûres : d*où on lui a 
donné le nom de /co/co, c percé, becqueté » . 

On dit que le Tui produit trois fois dans Tannée ; il com- 
mence en septembre, ou chaque printemps, et pond alors 
trois œufs ; en décembre, il pond cinq œufs, et en mars ou 
l'automne, Il en pond six ou sept, de couleur tout à fait 
blanche. Une les couve qu*un peu plus de deux semaines. 
L.*oiseau qui ne peut pas voler est appelé Pi ; plus tard il est 
aommé Pikari, et quand il vole Pureho. Mais à la matu- 
ri-té, c'est un Tui, et quand il devient très gras, c^est un 
K^oko. La chair de cet oiseau est très prisée et regardée 
comme un morceau délicat: c*est avec juste raison;, mais 
son chant est encore plus doux & ceux qui l'admirent, et 
c^ux-là doivent regretter qu*il ne le conserve pas en sor- 
tflixit des fours maori. 

Le Kotihe {ptiloiis dnctà) est un bel oiseau, mangeur de 
n^iel. Il a une tète noire veloutée, de même que ses ailes 
avec une touffe de plumes blanches sur chaque joue et cha- 
que aile ; il a un cercle jaune autour de la partie inférieure 
du cou et des ailes. Le dos et la queue sont d'un gris jaunâtre. 
U a à peu près la grosseur du rouge-queue. Le mftle est plus 
KT06 que la femelle, qui n'a pas un aussi beau plumage. Ses 
jambes sont fortes, et sa queue légèrement fourchue. Il pond 
Viatre œufs. Ses notes sont agréables, mais peu nombreuses. 
LeKorimako ou Kokorimako (anthomia melanura) est 
lo plus agréable chanteur de la Nouvelle-Zélande ; mais il 
&*e8t pas remarquable par son plumage, de couleur jaune 
olive, avec une teinte noire bleue sur chaque côté de la tâte ; 
lo reste du corps est de couleur jaune verdàtre; il a une 
hAffoe queue fourchue et de fortes ailes ; les jambes ont 
^6 couleur puce. Il pond sept œufs, ponctués de bleu sur 
^ foDd brun. Le mftle est plus gros, et son plumage est 
plus brillant, avec plus de vert que la femelle. Au lever du 
i^r, quand les chantres de la nature s'assemblent, par un 
ntHael consentement sur quelque arbre, pour chanter leur 
hjsuie du matin, la note du Korimako domine toutes les au- 
^ et les harmonise : vraiment, rien ne surpasse la douceur 
concert, qui n'est entendu qu'un instant et cesse pour 



.212 LES POLYNÉSIENS. 

le reste du jour jusqu'à ce que les oiseaux commencent à 
faire koro, ou à indiquer que le jour est fini; alors, dans quel- 
ques parties du sud, ils se rassembleut de nouveau pour 
chanter leur hymne du soir ; mais cela n*a pas généralement 
lieu; le temps préféré est le matin. J*ai compté seize oiseaux 
de différentes espèces ainsi perchés ensemble sur une 
branche, et dans la plus grrande harmonie que Ton appelle 
aussi kapara. A ce genre appartient Vanthornis melanoce- 
phala des Iles Chatam. 

Fam. Lusdnidœ. — LeMatataou Koroatito (Sp/ieiusacus T 
punctatus) est un petit oiseau noir brun, avec une poitrine 
blanche ponctuée de brun ; il a quatre plumes longues et 
quatre courtes à la queue, semblables par leur structure à 
celles de TEmu et du Kiwi; c'est un oiseau de, marais, vo- 
lant 1bas et à peu de distance, & travers les joncs et la fou- 
gère, ayant un cri perçant, et qui peut être tué facilement 
avec un bâton. C'était anciennement un oiseau sacré, et 
qu'on offrait en sacrifice quand une troupe de guerre reve- 
nait sans succès. 

Le Riroriro est le roitelet. Cet oiseau, le plus petit, est de 
couleur gris jaunfttre. Le mâle aune tète noire bleue. Il est 
très franc. 

Fam. Turdidœ. — Le Piopio (Tumagra crassirùstris) est 
un oiseau de la grosseur environ d'une grive, avec un bec 
court, étroit, la queue rouge, la poitrine jaune et le dos brun. 
C^est un oiseau de passage venant du sud : Piopio wirunga 
nga tau ko Matatua te waka. « Le Piopio, dit le proverbe, 
vint sur l'avant du Matatua, » l'un des premiers canots qui 
sont venus d'flawahiki. 

FAiff. Muscicapidœ. — Piwakawaka ou Tirakaraka est un 
joli petit oiseau, toujours en mouvement; très sociable et se 
plaisant à déployer sa belle petite queue en éventait. Il aune 
tète comme le rouge-queue, avec une raie noire et blanche 
sous le col, aboutissant à un point au centre de la gorge. 
Ses ailes sont en pointe. Il est très habile à prendre les mou- 
ches et l'un des favoris des Maori : aussi suit-il généralement 
leurs pas. Il était consacré à Maui. 

Le Miromiro (mtro alhifronti) est un petit oiseau noir et 



LU POLTNéSlEMS. 213 

blanc, ayant une grosse tête; il est très franc, et chante 
quelques notes mélancoliques ; il vole généralement parmi 
les tombeaux et dans les broussailles isolées. Le Miro-toitoi 
(muBcicapa toitof) ou Ngirungiru, est un oiseau dont le plu- 
mage est noir et blanc avec une bande blanche, et quelques* 
unes des premières plumes de chaque aile teintées de 
blanc. 

Fam • Cormdœ. — Le Kokako ou corneille de la Nouvelle* 
Zélande, a le volume à peu près d*un petit poulet, avec de 
longues jambes, et des ailes remarquablement courtes; ses 
yeux sont couleur de lavande. La tâte est très petite. Il a un 
fort bec noir, un peu courbé, et un petit pendant, couleur 
bleu clair brillant, de chaque côté de Toreille. C'est un oi- 
seau artificieux, très voleur et peureux. Sa viande est dure, 
mais quand elle a été écorchée et trempée dans Teau avant 
de la faire cuire, elle devient plus mangeable. 

Fam. Stumidœ. — Le Tieki (Ereadion carunculatua) est un 
bel oiseau noir, qui a une bande châtaine en travers du dos 
et des ailes ; il a aussi une pendeloque charnue de chaque 
côté de la tête. Le Tieki est regardé comme un oiseau de 
présage : 8*il vole à droite, c*est un bon signe; s*il vole à 
gauche, c'est le contraire. 

Fam. Fringillidœ. — Le Pihoihoi, Wioi, Kataitai {alauda 
Navœ^Zdandiœ) est un petit oiseau ressemblant beaucoup à 
Talouette, mais il ne chante pas. Il est de couleur grise ; sa 
poitrine est blanche avec des points gris. Il fait son nid sur 
le sol, et ressemble beaucoup à celle qui porte le mâme nom 
en Angleterre. 

Fax. Psittaeidœ. Le Kakariki ou Powaltere {platycercus 
Novœ-Zelandiœ] est un joli petit perroquet vert, ayant une 
bande rouge ou jaune sur le haut du bec et sous la gorge. 
Cet élégant oiseau est de la grosseur environ d*une petite 
grive; il vole très vite et a un cri pénétrant. G*est un excel- 
lent manger. Celui qui a du rouge sur la tèto est appelé 
Kakariki-matua; l'autre avec du Jaune est appelé Kakariki- 
porere : il y en a plusieurs espèces différentes. 

Le Kaka {neêiùr mtridionalis) est généralement brun 
fracé, avec un reflet rougeâtre ; la poitrine est également 



i.-v _cf •■ 



214 LES POLYNÉSIENS. 

rouge et brune, avec des plumes rouges brillantes sous les 
ailes. Le bec est très fort et courbé ; le cri est remarquable- 
ment fort et dur. Quand les autres oiseaux font leur concert 
du matinale Kaka Tarrête généralement par son cri strident, 
quand il pense qu'ils ont chanté assez longtemps.il a un bel 
œil noir. Cest un gros oiseau, peu inférieur en volume au 
canard; on l'apprivoise facilement et il apprend à parler. Les 
naturels en font des mokai ou favoris, et s'en sôrvent géné- 
ralement pour attraper les kaka sauvages. On mange cet 
oiseau ; mais il est très sec, et, excepté la poitrine, très sa- 
voureux. Il fait son nid dans les trous des arbres, et pond 
deux, quatre et quelquefois sept œufs. On trouve générale- 
ment trois de ces oiseaux dans le même trou, un mâle et 
deux femelles ; leurs nids sont si voisins que chaque oiseau 
peut couver les œufs de Tautre et lui donner ainsi le moyen 
de s*absenter. Les naturels ont le dicton que jamais le Kaka 
ne se pose sur l'arbre Maire. Une espèce, dont le bec est plus 
gros est appelée Kaka-huripa ; celle qui a le bec plus petit 
est appelée Kaka-motarana. Quelques kaka font leurs nids 
dans les roches sablonneuses ; ils sont de couleur beaucoup 
plus claire, le dos et les ailes de couleur de boue, et leur 
poitrine est d'un rouge brillant. Cette espèce doit être le 
Playcercus auriceps ou Trichoglossus aurifrons (Korako). 

L'oiseau de cette famille le plus remarquable est le Ka- 
kapo ou Tarepo {Strigops habroptiliis)^ perroquet de nuit. Il 
est aussi gros qu'une poule, de couleur vert jaune, clair, 
avec des bandes brunes, de grandes moustaches noires; il 
fréquente les montagnes et les précipices, et, bien qu'il pos- 
sède des ailes, il s'en sert rarement; il va par troupes; un 
d'eux veille généralement et si soigneusement qu'on n'en 
peut jamais rapprocher du côté du vent. Par son apparence 
il ressemble au hibou. Les indigènes disent qu'il y en a deux 
espèces, dont Tune est aussi grosse que le Kiwi ; elle est ex- 
cessivement rare, et sera bientôt éteinte dans TIle-Nord. 
J'en ai vu seulement deux individus, qui avaient été pris 
dans une île. C'est un manger délicat. Cet oiseau remarqua- 
ble est plus abondant dans l'Ile-du-Mîlieu. 
Fam. Cuculidœ. — Le Kohoperoa, Hawekawea ou Koekoea 



LB8 POLYNÉSIENS. 215 

(Andynamys toftensis), est un oiseau de passage, et Tun des 
coucous de la Nouvelle-Zélande ; il a une longue queue, de 
la même couleur que Tépervier, et tout h fait semblable; le 
corps est court et mince, avec de courtes jambes et de forts 
ongles. C'est un oiseau chanteur agréable, mais on ne Ten- 
tend que pendant les mois les plus chauds de Tannée chan- 
ter toute la nuit. Sa venue indique qu'il faut planter les ku« 
mara, et son départ qu'il est temps de les bêcher. Quelques- 
uns croient que cet oiseau hiverne sous l'eau. Les naturels 
de Taupo pensent qu'il s'introduit dans les trous, où il se 
change en lézard et perd ses plumes; à l'approche de l'été, 
il sort en rampant de sou trou, ses plumes commencent 
alors à pousser, sa queue tombe, et il redevient de nouveau 
un oiseau. Sous sa forme de lézard, il est appelé He-ngaha, 
et, chez les Wanganui, He-piri-rewa ou arbre lézard. Les 
indigènes disent que le Kohoperoa cesse de chanter toutes 
les fois que le vent est sur le point de souffler du Sud, et 
qa*il ne recommence que quand le vent d'Ouest ou une 
brise du Nord s'élève. Quand un enfant est abandonné par 
les parents, on le dit être « un œuf dans un autre nid, » te 
paruhaka o te Kaekoea. 

Le Piwarauroa {Cuculus nitens) est l'autre coucou, qui est 
aussi un oiseau de passage. Sa poitrine est blanche, les 
plumes en sont frangées de vert et or ; le bec est vert, or et 
bronze ; les plumes, sous la queue, sont blanches, ponctuées 
de bruo. 11 a une note aigre particulière. Quand on com* 
menée à Tentendre en août, son cri est faible, kui kui te ora: 
il se plaint quUl fait froid ; mais à mesure que le soleil de- 
vient plus chaud et que l'été s'avance, sa note se change en 
%oiti ora^ witi ora^ c j*ai chaud, i 11 y a un proverbe qui dit 
€)ae, 8*il continue de crier kuikui^ Tété sera froid; mais que 
la saison sera chaude s'il chante tottt-ora, witi-ora. On dit 
^ue ces deux oiseaux de passage partagent l'année entre 
la Nouvelle-Zélande et Hawahiki, arrivant en septembre 
«t partant en mars. 

Pam. Columbida. Le Keriru, Kukupa (Kuku carpophaga 
^owB-Zelandiœ)^ ou pigeon des bois, est un bel et gros oi- 
du volume du canard ; la partie supérieure de la poi- 




216 LES POLYNÉSIENS. 

tri ne est vert doré ; la partie inférieure, blanc pur, les jam- 
bes et le bec sont rouges. Il vole lourdement et est si stu* 
pide, qu'il devient facilement la proie de ses ennemis. Si 
deux oiseaux sont sur un arbre et que Tun d'eux soit atteint, 
Tautre s*envole rarement. Sa principale nourriture est le 
fruit du miro, dans la saison : alors c^est une bonne nourri- 
ture ; dans les autres temps, il se nourrit d'un chou sau- 
vage, et au printemps des jeunes feuilles du kowaï : alors il 
n*est pas salutaire. Les naturels en conservent de grandes 
quantités dans des calebasses, après en avoir extrait les os ; 
on les appelle alors Kuku. Cela se fait au commencement de 
riiiver, alors qu'ils sont très gras, et les naturels en extraient 
de l'huile. On dit que le pigeon ne se pose jamais sur l'arbre 
Rata. Je n'ai vu qu'une espèce de cet oiseau. 

Fam. Tetraonidœ. — Le Kokoreke, Koutareke ou Koita- 
reke (Cotumix Novœ-Zelandiœ) est la caille, oiseau très 
rare ; elle est plus petite, mais autrement ressemble beau- 
coup à la caille d'Australie ; elle est beaucoup plus abon- 
dante dans l'Ile-du-Milieu. 

Fam. Charadridœ. — Le Torea (Hœmatopus picatus) est 
un oiseau de mer, noir, avec des jambes et un bec rouges. 

I^AM. Ardeidœ. — Le Matnku-urepo (Botaurua melanoius) 
est un butor très répandu par toute la Nouvelle-Zélande. 
Il est de couleur de peau de bœuf, avec des points bruns, 
plus claire sous la poitrine ; il pousse trois sons creux et 
cesse alors pendant quelque temps avant de recommencer. 
Quand il s'arrête pour se reposer ou dormir, il tient son bec 
dirigé vers les cieux, ce qui lui donne une singulière appa- 
rence. 

Le Matuku {Herodias matuku) est couleur de cendre 
claire. Le sommet de la tète est couvert de minces filets 
soyeux, et le dos du crâne est de couleur rouge, complète- 
ment chauve. Son col et ses jambes sont longs. La femelle 
pond deux œufs de couleur bleu pâle, du volume environ 
d'un œuf de dindon. C'est un oiseau très prudent, et qu'on 
voit rarement. Il vole gracieusement, avec ses longues jam- 
bes étendues comme une queue. 

Le Kotuku (Berodias flapirostris) est le héron blanc ; beL 



LE3 POLYNÉSIENS. 217 

oiseau, rare ; il a un bec jaune, et les jambes de couleur vert 
obscur. Quoiqu'il soit assez abondant dans Tlle-Sud, on le 
▼oit rarement dans rile-I>lord ; de telle sorte qu'il y a un 
proverbe qui dit : Kotahiano te regenga o te Kutuku^ c un 
homme ne voit le héron blanc qu'une fois dans sa vie. » 

Fam . Scolopacidœ. — Le Tarapunga {Bimantopus Novœ- 
Zelandiœ) est un oiseau blanc sur la poitrine, à ailes noires 
comme le dos et la tête, à bec rouge légèrement courbé en- 
dossas, avec de longues jambes rouges. On le trouve sur le 
lac Taupo avec plusieurs autres espèces d*oiseaux de mer. 

PÂU.Anatidœ.^ Le Parera, ou Turuki {AncLs superciliosa)^ 
est le canard, très ressemblant au canard sauvage d'Angle- 
terre. Ceux de 1* intérieur paraissent être d'une espèce plus 
grande. 

Le Putangitangi (Caaarca . vai-iegata) est le canard du 
Paradis. Ce bel oiseau est confiné dans la partie sud de TUe 
Nord, mais il est très abondant dans l'Iie-du Milieu. Les 
couleurs de cet oiseau sont très séparées : la poitrine est 
blanche, les ailes sont d'un rouge jaunâtre ou orange foncé, 
et le dos en partie coloré : on l'apprivoise facilement. 

Le Wio (Hymenolaimus malacorynchus) est le canard 
bleu, qu'on trouve en abondance dans les ruisseaux des 
montagnes de la partie sud de l'Ile-Nord et dans l'Ile-du- 
Milieu; il tire son nom de son cri. Cet oiseau a une mem* 
brane remarquable attachée à son bec ; il est très estimé par 
les naturels ; il gravit les rochers au moyen des articulations 
de ses ailes, dégarnies de plumes et calleuses, et il se sert de 
sa courte et forte queue comme de support. Il y a plusieurs 
variétés de sarcelles, de poules d'eau, de plongeons, etc. 

Fam. Alàdœ. — Le Korora (Spheniscus minor) est le petit 
pingouin vert et blanc, qui était autrefois très abondant ; il 
IH)nd deux œufs blancs dans les crevasses des rochers et les 
'^xxms près du rivage de la mer. 

Le Hoiho {Eudyptea antipodes) est un pingouin une fois 
plus gros que le premier : son dos est noir brun, et sa poi- 
^^xîne blanche ; on le voit très rarement dans l'Ile-Nord de 
Nouvelle-Zélande . 
fàM. Procellaridœ . — LeTiti (pdeeanoîdes urinatrix) ett 




218 LES POLYNÉSIENS. 

un oiseaa de mer gris foncé, avec une poitrine blanche ; il 
se rend à terre au soleil couchant, et il pose à l'entrée de la 
nuit pendant un instant avec grand bruit ; il pond un csof 
dans les trous de rochers, et est très gras. On suppose qu'il 
fait un amas de nourriture pour son petit, une fois couvé, 
et qu'alors il l'abandonne; d'où le proverbe : He manu uHinga 
inga tahi^ c un oiseau qui ne nourrit que son petit. » 

Toroa (Diomedea eoculana). •— L'albatros se trouve dans les 
mers de la Nouvelle-Zélande. Ses plumes sont très estimées 
comme ornements par les indigènes, et plus particulière- 
ment celles qui sont sous Taile : elles sont d'un blanc pur, et 
leurs touffes duvetées sont passées dans le trou du lobe de 
Toreille. Les os des ailes sont aussi employés comme orne* 
ments du cou et de l'oreille. 

Fam. Pelicanidœ. — Le Kauwau ou Karuhiruhi (grauca' 
lus varius vel carunculatiis) est un oiseau noir ou noir et 
blanc, qui abonde dans les rivières et les havres. Ce sont des 
oiseaux sociables, qui construisent leurs nids en grand nom- 
bre sur le môme arbre, pendant au-dessus de l'eau. L'odeur 
d'une de ces colonies est tout à fait insupportable. 

Le Totoara est un oiseau couleur d'ardoise, qui a quel- 
ques plumes blanches près du bec: c'est le rouge-gorge de 
la Nouvelle-Zélande ; oiseau très grave, mais facile à appri- 
voiser et suivant toujours les pas de l'homme. 

Nous avons omis, dans cette liste, beaucoup d'oiseaux qui 
ne sont pas classés, mais nous avons fait connaître les plus 
intéressants. 

Fam. Scincidœ. —Autrefois la Nouvelle-Zélande possé- 
dait plusieurs espèces de lézards, et si l'on pouvait s'en rap- 
porter aux récits des naturels, plusieurs d'entre eux avaient 
un très grand volume. Lorsque les Européens visitèrent pour 
la première fois ces îles, ils étaient même beaucoup plus» 
nombreux qu'il ne sont aujourd'hui ; leur diminution peuU 
être attribuée aux incendies fréquents et à l'introduction de^ 
chats, qui en sont avides : c'est pourquoi ils sont comparati*-* 
vement rarement vus aujourd'hui. Le principal léiard encor» 
existant est le Ruatara {Tiliqua udandica)f l'Iguane. H » 



LES POLYNÉSIENS. 210 

environ 16 pouces de long ; sa tète est grosse, avec un bel 
œil doux ; il a une rangée de pointes blanches sur le dos 
avec quelques-unes pareilles, mais noires sur la queue ; les 
dents sont arrondies et la langue triangulaire. Ses orteils 
sont déliés ; il se met sur le dos quand il se chauffe au soleil 
et dans son terrier. On ne le trouve que sur les petites îles 
du détroit de Cook ou sur la côte Est de TUe-Nord. 11 est de 
couleur brun foncé, mélangé de jaune. Les naturels en ont 
une grande horreur, quoiqu*il soit tout à fait innocent. 

Le Kakariki (Uaultinus elegans) est un beau lézard vert 
luisant, d*environ huit pouces de long ; il a le pouvoir de 
contracter ou de dilater la pupille de son œil, ce qui effraie 
beaucoup les indigènes. Mais ils sont surtout alarmés quand 
ils Tentendent rire; c*est ainsi qu'ils appellent le bruit qu'il 
fait : c*est« disent-ils, un signe certain de mort pour la per- 
sonne qui l'entend. Us s'imaginent que toutes les maladies 
sont causées par ce lézard qui se glisse dans leur gorge peu* 
dant qu'ils dorment. Le maie est tout à fait vert ; la femelle 
a une ligne longitudinale de points blancs qui descend jus- 
qu*en bas de chaque côté. 

Il y a plusieurs autres espèces de lézards, dont l'une est 
admirablement ponctuée et couleur de velours noir ; une 
autre est couleur de chair sous le col et le ventre, et noir 
foncé sur le dos. 

On dit que ces lézards noirs, ayaDt du poil ou du duvet, et 
environ quatre pieds de long, abondent dans le lac à Pierre- 
Verte. Un nonmié Hawkins, qui demeura dans cette partie 
de rile pendant plusieurs années, passe pour avoir pris un 
de ces lézards qu*il tenait attaché à Taide d^une chaîne à 
chicD. Ils sont amphibies. Le môme individu prit aussi un 
des Emus de nuit, qui, disait-on, avait près d'un yard 
(3 pieds) de haut. Le môme encore a rencontré ce qu'il appe- 
lait une espèce de loutre d'eau douce : mais, comme leurs 
P<mx ne valaient pas celles des phoques, il ne se donna pas 
1^ peine de les chasser. Ce dernier paraît être le castor dont 
i^ciis avons parlé ailleurs . 

ORD. Amphibia. — Fax. Ranœ. — Jusqu'à ces derniers 



220 LES POLYNÉSIENS. 

temps, on D*avait pas cru que la grenouille exist&i à la Noa- 
velle-Zélande; car, quoique PoUack e&t dit qu*il n'avait pas 
pu dormir à cause de leurs coass3mentSf aucun autre voya- 
geur n'avait rencontré cet inconvénient, et beaucoup avaient 
traversé le pays plus complètement sans en voir. La décou- 
verte de la grenouille à la Nouvelle-Zélande était réservée 
au:;: chercheurs d*or du havre Goromandel ; là, en 1852, on 
en trouva trois petites dans leurs fosses ; plus tard, j*ai ap- 
pris qu*on en avait rencontré par hasard une dans le voisi- 
nage d* Auckland. Excepté ces cas, je n*en ai vu aucune, ni 
appris que d'autres en aient vu; elles doivent être excessive- 
ment rares,et si je n'avais pas entendu dire par les indigè- 
nes qu'il y a une grosse grenouille surTile de Mana, j'aurais 
été porté à croire que celles de Goromandel y avaient été 
apportées accidentellement de Sydney. Les indigènes décri- 
vent une grosse grenouille qu'ils appellent Moko-mokai, 
a-Maru-te Ware-aitu, comme ayant été autrefois très abon- 
dante sur cette île; ils disent qu*elle était aussi grosse qu*an 
poulet, et que, dans son état de têtard, elle avait plus d'un 
pied de long; ils affirment aussi qu'il y en avait une plus 
petite dans la même localité ; mais l'existence du têtard de 
grenouille ne repose que sur leurs récits. 

On n'a jamais rencontré aucun serpent, quoiqu'on dise 
que plusieurs ont été introduits par des navires venant de 
Sydney. 

Plusieurs des vers de terre sont presque comme des ser- 
pents, ayant plus d'un pied de long; quelques-uns d'eux 
étaient anciennement mangés et passaient pour être très 
bons : c'est ainsi qu'on le pensait pour le Toke-tipa, très 
long et très gros ver, qui se nourrit de racines. Il y a un 
dicton à ce sujet : c'est que le reka ou la douceur de ce ver 
rcâte encore dans la bouche deux jours après qu'il a été 
mangé. 

Les poissons de la Nouvelle-Zélande sont nombreux et 
ne manquent pas de variétés. Je vais m'efforcer de donner 
un aperçu succinct de différentes espèces. 

L^Aihe e&t un gros poisson, de vingt-quatre pieds de long, 



LES POLYNÉSIENS. 221 

ayant la tôte petite comme 1q marsouin, et des dents pareil- 
les. Il appartient probablement au même ordre, et est le 
même que le Rarihi. 

L*Awa est un petit poisson de rivière, ressemblant au 
rouget; les colons rappellent le hareng*, parce qu*il lui 
ressemble par la forme. Il est synonyme de Takeke. 

L*Araara est un poisson d*environ un pied et demi de long, 
qui a de grandes écailles remarquables ; ses nageoires dor- 
sales et caudales sont couvertes d*écailles. 

L*Hapuku ou Whapuku, ordinairement appelé la morue, a 
un goût infiniment supérieur; par Textérietir il ressemble 
au saumon et est connu à la Nouvelle-Zélande, comme la 
Juive. Il atteint un fort volume et est regardé comme le 
meilleur poisson de la Nouvelle-Zélande. 

Le Kahawaî {Ceutopristes trutta ou mulloîdes) a générale* 
ment de 15 à 30 pouces de long ; on le prend à Thameçon et 
à Taide d*un morceau de coquille d Haiiotide : son goût est 
un peu aigre, mais sa grande abondance le rend précieux 
comme article de nourriture. 

Le Kirikiri ou Pakirikiri est un poisspn à peau rude ; il a 
deux épines sur le don, qu*il élève à volonté; c'est un court, 
mais large poisson {Labrus pœcilapleura). 

Koputarara, Kopuawai* Papati et Totara : tous ces noms 
sont ceux du Diodon : c*est un poisson rond, couvert d* épi- 
nes; il peut se gonfler comme une boule ; les nagaoires dor- 
sales et caudales sont très petites ; il n'a pas de dents, mais 
un bord supérieur et inférieur en os. Il contient une double 
poche à air qui est employée par les indigènes comme bou- 
teUle. 

Le Kanae est un poisson abondant sur quelques points 
de la côte ; on le trouve aussi dans le Wangape, lac d*eau 
douce, à 70 milles dans l'intérieur, près de Waïkato. 

Le Kumukumu est un poisson rouge, avec une peau dure 
et calleuse ; il tire son nom du bruit qu*il fait. 

Le Manga ou Paro, long poisson étroit, qui a de très min- 
ces écailles et deux à quatre pieds de long, a la forme d*une 
épée ; le dos est vert foncé; le ventre blanc d'argent; une 
nageoire dorsale occupe presque toute sa longueur. On n*en 



222 LES POLYNÉSIENS. 

prend jamais, mais on dit qu'il est tué par la gelée quand il 
nage près do la surface de Teau ; lors d une matinée à gelée^ 
on en trouve un grand nombre sur le rivage. On en fait le 
plus grand cas comme nourriture. 

Fam. Scyllîum. — Mango {Squalus Lima) est le nom 
donné au chien de mer aussi bien qu*au requin ; il abonde 
sur les côtes de la Nouvelle-Zélande, où on le prend en 
grand nombre : quelques-uns ont une grosseur considérable 
et sont capables de couper la cuisse d'un homme. Le Mango- 
pare (Squalus zygœna) est le requin tête de marteau. 

Le Tuatini est une espèce de requin, qui a souvent dix 
pieds de long et est très sauvage. Les dents sont disposées 
par rangées ; elles servaient autrefois de couteaux pour dé- 
couper les corps humains avant de les mettre au four. 

Le Nga est un poisson gélatineux, d'un à deux pieds de 
long, quelquefois comme une fine anguille; les baleiniers 
rappellent la fusée. 

Le Maroro est le poisson volant. Il a quelquefois deux 
pieds de long, et il est regardé comme une excellente nour- 
riture {Exocetus exiliens etvolitans). 

Le Moki (Latris ciliaris) est la merluche. Quelques-uns 
rappellent la morue de rocher. Il a environ quatorze pouces 
de long, il a meilleur goût que la morue et les autres pois- 
sons qui reçoivent ce nom . 

Ngoiro et Koiro, le congre, est très semblable à celui 
d'Europe. On en prend beaucoup, et on le regarde comme 
une bonne nourriture. C'est un poisson très barbare. 

Le Pakaurua ou Wae estla raie à épine. Ce poisson remar- 
quable est très abondant dans les eaux peu profondes; il at- 
teint souvent un fort volume, et a souvent près de deux pieds 
de large. Il a une longue queue et un os barbelé en-des- 
sous, avec lequel il fait de très dangereuses blessures qui 
souvent causent la mort [Raia rostrata). 

Patiki est le nom commun de la sole et des poissons plats. 
Cette dernière espèce se trouve dans les rivières ; mais elle 
diminue de grosseur en raison de son éloignement de la 
mer; à cent milles dans l'intérieur, elle n'a guère plus de 
deux pouces de diamètre {Rhombus plebeius). 



LES POLYNÉSIENS. 223 

Ngeho est on poisson de rocher, ponctué de blanc et de 
brun. 

Pihapihana, la lamproie, a presque seize pouces de long ; 
sa couleur est d'argent ; les indigènes ont le dicton suivant : 
Ao Rangiriri ie Pihapiharau^ c la lamproie vient de la 
fontaine de Rangiriri. » Le nom du poisson est tiré de ses 
nombreuses ouïes. On le prend en grande quantité. 

Rari est un grand poisson, qui a deux longs pendants 
blancs à la partie inférieure de la mâchoire ; il a la grosseur 
à peu près de la morue, et lui ressemble beaucoup par la 
forme et le goût. 

LeTakeke estTéperlan; il est le même que celui d'Eu- 
rope. 

Le Papaki est une espèe de caUfiahj ayant deux curieuses 
saillies comme des pieds et les nageoires ventrales unies. 

Le Tumure ou Eouarea {the Snapper) est un poisson 
grand comme la brome; il est très commun; c'est celui de 
tous qu^on prend en plus grande quantité. 

Le PurarurarUt est un poissoi^ rayé de rouge, avec des pi« 
quants sur le dos et les nageoires. On ne le mange pas. 

Le Tawatawa a environ le môme volume que le Kahawai 
ou Maquereau, auquel il ressemble beaucoup par la forme 
générale et la couleur. Les indigènes ont le proverbe sui- 
vant à son occasion : Me ie kiri Taioatavoa ka iakato o te 
langata net. « La peau du Tawatawa quand il est pris 
change comme celle de l'homme quand il est tué. » 

Le Uaumarie est un beau poisson, ressemblant au maque- 
tean. 

Le Taere est une espèce de lamproie, d^environ deux pieds 
de long. Il a plusieurs petites barbes attachées à la tète, et 
une large queue plate; sa couleur est noir foncé; son corps 
«st d'une épaisseur égale, comme celui du Pihapiharau. 

L'Uku«Ora est une variété de la raie Tutuira. 

Le Warehou, Warehenga, est un poisson qui se trouve sur 
les côtes rocheuses ; il atteint une longueur de deux pieds 
■or une largeur de dix-huit pouces. U ressemble au ELahawai, 
mais U a bien meilleur goût 



224 LES POLYNÉSIENS. 

Hako est un gros poisson comme le saumon [Brosimus De- 
nustus) . 

Hoka, poisson d'environ deux pieds de long, de couleur 
rougeâtre, avec de petites écailles. 

Puhaiao, petit poisson noir et rouge : les naturels disent: 
« Quant le Puhaiao est pris, le Hapuku le sera sûremeut. - 

Matawa, gros poisson^ ayant près de vingt pieds de long, 
' et étroit en proportion ; très huileux. 

Huranga, gros poisson à huile sans écaille, ressemblant* 
au requin. 

Pam. Chimeridœ. — {Callorhynchu$ antarcticus) Repe-* 
Repe. 

La Nouvelle-Zélande n'a pas de gros poisson d*eaa douce. 
La seule exception est la Tuna ou anguille ; il y en a un 
grand nombre de variétés, et presque tous les autres pois- 
sons d*eau douce lui ressemblent plus ou moins. Le grand 
nombre de noms donnés à ce poisson et le soin que les indi- 
gènes prennent de distinguer la moindre différence exis- 
tant entre eux montrent quelle importance ils lui accor- 
dent; Panguille atteint un volume considérable, mais je 
pense que c^est une espèce différente des plus petites. Les 
plus grosses anguilles sont appelées Ruahine ; on les nour- 
rissait anciennement, et on les regardait comme des dieux 
inférieurs. Il y a une anguille appelée Tuoro, qu'on trouve 
dans les marais; elle passe pour avoir une grosse tête et pour 
attaquer rhomme. 

Taiharakeke, anguille rouge, qu'on trouve dans les raci- 
nes du phormium. 

Koho, Kokopu, gros poisson d'eau douce, ayant une très 
grande tête et une grande bouche ; il a environ deux pieds 
de long, et est presque aussi épais; il fait un grand bruit, 
qu'on peut entendre à quelque distance. 11 est sans écailles 
et ressemble à Tanguille. Je ne l'ai pas vu. 

Inanga, petit poisson d'eau douce, abondant dans la plu- 
part des lacs, spécialement dans ceux de Taupo et de Roto- 
rua. Il a trois à cinq pouces de long {Eleotris basalis). 

Karohi, très petit poisson transparent à écailles, de deux 
pouces de long; il se trouve dans les rivières à marées. 



LES POLYNÉSIENS. 2S5 

Koaro, petit poisson d'eau douce de trois poaces de long, 
très estimé. On le trouve dans la plupart des rivières et des 
lacH. 

Kokopu, poisson à écailles, trouvé dans tous les ruisseaux 
d'eau douce ; il a de cinq à dix pouces de long et il est gros 
en proportion. 

Pangx)hengt>he, Papangoke, poisson d'eau douce de qua- 
tre à huit pouces de long et sans écailles : Syn. Papangoko. 

Pokotolie, Porohe, petit poisson d*eau douce du Waïkato; 
il a un pouce et demi de long. 

Takaruwha, poisson d*eau douce d'un pied de long et gros 
en proportion, qui se trouve dans le Waingongoro : on rap- 
pelle Tanguillc truitée ; il se prend à la mouche. 

Takeke, petit poisson d*eau douce; syn. Tikihemi : c'est un 
IK>isson huileux. 

Totoronga, petit poisson qu'où trouve dans les rivières à 
marées, et qui a des écailles. 

Tuawcta, variété de Tlnanga. 

Tangariki, petit poisson de deux h trois pouces de long. 

Tohitohi, petit poisson de deux pouces de long. 

Les variétés des plus petits poissons sont distinguées par 
des noms particuliers nombreux, quoique l'observateur or- 
dinaire n'y voie pas de différence. 



Parmi les Crustacés se trouve le Koura, qui est le nom 
générique de Pécrevisse de mer et de l'écrevisse d'eau douce ; 
la première a presque deux pieds de long ; elle abonde sur 
toutes les côtes rocheuses ; la dernière a de quatre à huit 
pouces de long. Les lacs Rotorua et Iti sont pleins des plus 
grandes ; mais, près de Paparoa, sur le Wanganui, j'en ai 
rencontré une ayant presque un pied de long. 

Wae-rau-potikete est l'araignée de mer d'environ un 
pouce et demi de large au travers de la carapace; elle est 
couverte d'épines tranchantes,et est employée comme amorce 
pour prendre le requin. 

Le Papaka est le crabe : le plus grand a environ deux 

rv. 15 



226 LES POLYNÉSIENS. 

poucQS et demi par le travers de la carapace; un petit crabe, 
appelé le Rerepari. abonde dans les marais salips. On trouve 
aussi un petit crabe dans la moule; il est tout rond et rougB 
de corps, et a de petites jambes. J*ai trouvé un petit crabe 
d*eau douce, à 70 milles à Tintérieur, il n*a pas moins d*un 
demi-pouce à travers la coquille et est de couleur vert som- 
bre. Il n'y a pas de homard (lobster) à la Nouvelle-Zélande. 

Kowitiwiti-moana est une très petite chevrette de mer^ 
d*un pouce de long environ, qui abonde sur les plages de 
sable . 

Mamaiti est une espèce plus grande; il y a aussi un in- 
secte de terre qui ressemble à la chevrette par sa forme et ses 
habitudes . 

Tarekihi est un beau poisson plat argenté, avec un point 
noir sur le dos . 

Hippocampus abdominalis^le cheval marin. J*ai rencontré 
deux espèces de ce singulier poisson, Tune étant étroite. On 
le trouve principalement dans la partie nord de Tîle. 

Patangai est une étoile à douze rayons. 

Weki en est une qui a un très petit corps et cinq rayons. 

Tori-tori et Kotoretore sont des anémones de mer. 

Oûga-onga, ortie de mer, mollusque, 

Pongoungou ou Pongorunguru, ou Papa-taura, sont des 
variétés d'épongé ; quelques-unes d'entre elles sont supé- 
rieures à celles de Turquie. 

Potîpoti (Phisalia)^ beau mollusque d'un beau bleu foncé 
ou pourpre. 

Le nom commun pour tous les poissons est Ika ou Ngo* 
hengohe ; celui de toutes les coquilles univalves, Pupu, et 
des bivalves Pipi et Ang a, qui renferme les deux espèces* 
Le docteur Gray a remarqué que les coquillages de la Nou- 
velle-Zélande, comme ceux d'autres parties de l'océan du 
Sud, sont souvent plus grands et de couleur plus brillante 
que les espèces qu'on trouve aux mêmes latitudes de Thémis- 
phèpe Nord ; c'est ce qui arrive plus particulièrement pour 
les espèces terrestres : quelques-uns d'entre eux appartien- 
nent aux genres qui ne se trouvent que dans les parties les 



LES POLYNÉSIENS. 327 

pins chaudes de la moitié Nord du inonde. Le genre Stru- 
ihiolaria est propre à la Nouvelle-Zélande. 

Voici le nom de quelques-unes des plus belles espèces. 

Fam. Muricidœ. — Putotara {triton variegatum). Ce beau 
eoquillage a souvent près d'un pied de long; on en fait une 
trompette. On ne le trouve qu'à l'extrémité nord de Tlle- 
Nord de la Nouvelle-Zélande, mais il parait avoir été plus 
généralement répandu autrefois. 

Fam. Volutidœ. — La Voluta magnifica ne se trouve que 
près du cap Maria-Van-Diemen, et du cap Nord ; c'est le 
plus grand et le plus beau coquillage que l'on trouve à la 
Nouvelle-Zélande. Pupu-Kari-Kawa est une grande volute 
tachetée. 

Fam. TVocAida?.— C'est une famille nombreuse. Ngaruru 
en est une grande espèce. Ce nom est aussi donné au tro-^ 
ehua imperialis. Miti-miti est un petit trochus. 

Pam. Haliotidœ, — Pawa {haliotis Iris) est une belle co« 
quille qu'on trouve parfois d'un volume considérable. On 
s*en sert pour faire des hameçons. Le mollusque est mangé 
cuit et cru par les indigènes ; il est très coriace. On trouve 
différentes variétés de ce coquillage dans les diverses par- 
ties de File. Il y a aussi un petit coquillage terrestre, près* 
que pareil à l'Haliotis ; il a environ un pouce de long et est 
de .couleur olive, il a intérieurement le lustre de la coquille 
perlière. Le limaçon qui le porte est de couleur de chocolat 
foncé {Haliotidœ, Wanganui). 

Fam. Patellidœ,— Ngakapi, la moule ? On en trouve plu- 
sieurs variétés, quelques-unes très larges, d'autres en forme 
d'étoile ; quelques-unes sessiles, d'autres percées au som- 
met. 

Fam . Chitonidœ. — Papa-piko ou grand oscabrion : c'est 
an.<^i une nombreuse famille. 

Fam. Helieidœ. — Pupu-rangi {helyx busbyi), grande co- 
quille aplatie, avec un extérieur coloré olive et brillant; l'in- 
térieur est bleu. Ce beau coquillage a quelquefois trois pouces 
de diamètre. Il habite sur le sommet des arbres des hautes 
forêts, d*oii la tempête le fait tomber : c'est pour cela que les 
BatoieLi l'appellent le coquillage du cieL On ne le trouve 



228 LES POLYNÉSIENS. 

pas plus au sud qu'Auckland, dans Tlle-Nord; mais sir Grey 
en a trouvé un échantillon brisé dans la baie du Massacre 
(Ile-du-Milieu). 

Le Bulimua hongu Pupubarakeke, se trouve surtout près 
du cap Nord; il y abonde parmi les Phormiums. Cette belle 
coquille est de couleur chocolat foncé, avec Fintérieur blanc 
ou orange brillant ; elle a près de quatre pouces de long. 
On dit que le Bulimus vibratus abonde sur les Trois-Kois. 
Fam. Mesodesmidœ. — Pipi : c^est le coquillage le plus 
abondant et le plus grand. Il contient parfois des perles noi- 
res d'un volume considérable. 

Fam. Mytilidœ. — Kuku ou la moule, abonde dans le 
nord de l'île où on en trouve souvent qui ont dix pouces de 
long. Alors elle est appelée Kuharu. Dans le sud on en 
trouve une qui a l'intérieur d'un vert foncé brillant, et qui est 
rouge feu extérieurement; une autre qui a le périoste mince 
avec une touffe sortant de l'extrémité supérieure. L'espèce 
la plus petite est appelée Kukupara. La moule de Tlle-du- 
Milieu est striée. 

Fam. Unionidœ. — Karo, Kakahi. 11 y a plusieurs variétés 
d'unto. L'une se trouve à Waïmate, baie des Iles; elle est 
remarquable par son aplatissement ; une autre à Taupo, est 
petite et ronde, avec un périoste très noir ; une autre qui est 
commune dans le Sud, longue, étroite, et dentelée au cen- 
tre, avec un gros mollusque : mais le plus beau de toute la 
famille se trouve dans le lac Waïkari ; il a le periostraca 
d'un vert jaunâtre brillant ; sa forme est ovale, et il a trois 
pouces do long. 

Fam. Pinnidœ. — Kokota (Pinna zelandica). Ce coquil- 
lage a près d'un pied de long ; uue partie de l'intérieur est 
couleur pourpre brillant. Il est extrêmement fragile, et ra- 
rement obtenu intact. 

Fa^. Pectinidœ. — Piwarua, Kuakua : on mange cette 
espèce qui est la plus grande. Quelques-unes des petite*- 
sont très belles. L^une est d'un jaune brillant; une autre d'un^ 
rouge également brillant . 

Fam. Ostreidœ. — Tio (Ostrea)^ l'huître de roches : c'est l 
crête do coq, qui est identique à celle d'Australie. Si on 1 



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Fam. Tt tub Ê Oim Siéat. — Ti^ gTEnog' léavâiruriLtf izutt se 
fronve dans te dècrcâi àe CciLdL. riH* 11112% ssnatt cLerArtÉuàm. 
Ttatrwm) et une plits peiri&, lÎM&f' çtened^rntuZs iimyMMiMfJu 
de eooleor ronge larTIhLTai. «xistEmi t^pL^Bnifiia ; âcs fsnjfCB 
de Indemiêre sont swrnesct ixéss^ &n msmcr jkiîsi es T^nae à 
rentre. 

▼olnme eonsidénbile. et ^m s'en «sn ouz&SKr unsme ymas 
prendre le poisson. 

FAJf. SpiruUiœ, — P^î .{Vemaa JmÊermnUmj tst 3ft idas 
recherchée comme àSsmem, 

RADIATA [EchnÔL — Le Kiiam est Ivnf de xkt 'Oa «v- 
flin. n y en a plusîenrs Tnri«$û: Timtt eauscirt izs icnot wOnase 
et est de forme anoniie : m» asîpe es: prasqne jBair, et 
nne troisième est de forme orale. TufoSeê ost -fle 
blés petites opines. 

On rencontre frêqnemment snr la t£3>e it 
rifs, Mnheke. Qneliines échantillons Bomt très gnais et fa» 
beaox. Un petit nantile à c3o3si»i ahoside sot tMûesks 
côtes, de même qne plosienis Tariéies d*an LéHx 4e 
pourpre. 

Le Rori, grand limaçon noir, abonde sur je» eôie» 
ses : Ton a un bouclier de tTGss pouces de lon^ et d^na poaee 
et demi de large, et Tauire n*en a pas : toius ]«£ denx ser- 
vent de nourriture. 

ANNULOSA. Cla5s. Myriapoda. — Hara (Sbolopoufra), 
Ce cent pieds est d'un vert jacne fontré, de §[mïâe taiDe et 
a fréquemment six pouces de long. Il est presque ansâ gros 
qne celui d*Âustralie, mais non aussi dangereux. Je n*ai ja* 
mais entendu dire que quelqu'un ait été mordu par Ini^ quoi* 
que j'aie vu plusieurs fois des enfants le manier. 

Glass. Arachnida. — Punga-werewere, Pnavere sont les 
noms génériques des araignées de la Nouvelle-Zélande. J*ai 
remarqué qu^elles choisissent toujours leur habitation sur un 



230 LES POLYNÉSIENS* 

sol de même couleur qu'elles. On trouvera une araignée 
verte sur des feuilles, une brune sur Técorce des arbres. 

Il y a plusieurs grandes espèces» mais une seule est veni- 
meuse : on rappelle Eatipo. Elle est noire avec une croix 
rouge sur son dos; la morsure cause immédiatement de Tin- 
flammation et beaucoup de douleur ; on la trouve générale- 
ment dans les touffes d*herbe près du bord de la mer. 

On trouve un petit insecte sur le rivage, ressemblant 
beaucoup au scorpion sous tous les rapports, mais qui n*a 
pas de queue ; sa morsure n'est guère plus irritante que celle 
de la puce. 

DiPTERA. — Namu {Simulium)^ 'petite mouche noire de 
sable, qui est très tourmentante Tété ; on s*en débarrasse du 
reste facilement. 

Rango-pango, Patupaerehe (Sarcophaga^ Lœmica)^ la 
mouche bleue. Elle produit son petit vivant, et la femelle 
fait un bruit incessant jusqu*à ce qu'elle soit délivrée. Le 
mâle est plus petit et plus tranquille. J*ai vu une femelle, une 
fois tuée, dévorée par sa propre progéniture. Cette 
mouche est regardée comme un aitua^ ou présage de 
mort, et cela très naturellement, puisque c*est une mouche 
à viande, qui sent les personnes mortes dont Todeur devient 
fétide après quelque temps. 

Kango-tua-maro est une grande mouche à viande à corps 
jaune : elle a les mêmes caractères que la précédente. 

Il y a aussi une très belle et grande mouche des forêts, 
recouverte de grandes écailles; on la rencontre rarement. 
On doute qu'elle soit originaire de la Nouvelle-Zélande. 
Les mouches d'Angleterre et celles d'Australie y ont été 
introduites. 

Le mosquito (Culex), Waewae-roa, est également très 
abondant et très désagréable. Les indigènes disent qu'il a 
été importé par les Européens. 

HoMOPTERA. — L'un des plus grands insectes est le Weta, 
qu'on trouve dans les forêts, parmi le bois vermoulu. Il a de 
fbrtes jambes, avec lesquelles il saisit sa proie et la com- 
prime dans ses jointures, en la blessant avec ses épines poin- 
tues ; il est cependant inofténsif. 



LES POLYNÉSIENS. 231 

n y a diverses variétés de sauterelles {Lociiêtidœ)^ M