(navigation image)
Home American Libraries | Canadian Libraries | Universal Library | Community Texts | Project Gutenberg | Children's Library | Biodiversity Heritage Library | Additional Collections
Search: Advanced Search
Anonymous User (login or join us)
Upload
See other formats

Full text of "Les prairies d'or"

HANDBOUND 
AT THE 



COLLECTION 

D'OUVRAGES ORIENTAUX 



PUBLIEE 



PAR LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE. 



SE VEND A PARIS 
CHEZ BENJAMIN DUPRAT, LIBRAIRE 

RUE DU CLOÎTRF.-SA1NT-BF.NOTT. N° 7; 

A LONDRES 

CHEZ WILLIAMS AND NORGATE, 

li. IIF.NRIETTA STBF.F.T ( COVF.NT-GAnDEN ) 



PRIX: 7 fr. 50 c. 



>CIÉTÉ ASIATIQUE. 

f\U ibn, caL-'Hctadiiv, <^- Mas'tldl 

M A COL 1)1. 



LES PRAIRIES D'OR. 



TEXTE ET TRAHI CTION 



C. BARBIER DE MEYiNARD ET PAVET DE (,OI RTEILLE 



TO)lE TROISIEME. 




PARIS. 

IMPRIMÉ PAK AUTORISATION DE L'EMPEREUR 

A L'IMPRIMERIE IMPÉRIALE. 



M D C C C L X 1 V . 



1^ 






£îH 



f**tylj ^U>i oSXa^I^ p^Uoîj yii^î^SS 
c^L^j îyyii ^^^ J^i \ y ^ é) <^ v> m ^ uU^, 

LIVRE DES PRAIRIES D'OR 

ET DES MINES DE PIERRES PRÉCIEUSES. 



CHAPITRE XXXIII. 

les nègres; leur origine; leur variété de rages et d'espèces; 

LA POSITION RESPECTIVE DE LEURS CONTRÉES; HISTOIRE DE LEURs' 



ROIS. 



Lorsque la postérité de Noé se répandit sur la terre, les 
fils de Kouch, fils de {Canaan, se dirigèrent vers l'occident 
st traversèrent le Nil. Là, ils se partagèrent : les uns, c'est-à- 
lîre les Nubiens, les Bedjah et les Zendjes, tournèrent à 



l 2 LES PRAIRIES D'OR. 

? î_j_ii y.* jJJi j-t-s-^ xjLéj y^ï^i *Sj~*j *.jllfl^ SyléjJi 

1>*JS1> <x_jL_£ <_>IjJJI i<x_iû ^ v_xAaw Ltfvj Ià^«*kï *xïj ^/-^ 

■ jl S. -^ ]1 çl^_j| (j^t <*.A-Lc U^ ^j-Jy-KM -£-k=i (^W-Aii^S^M 

^-wjl cj-^ ^-UJ &j*Jl »jy*J\ i_^> v^ ! r 5 * py^' 



droite, entre l'orient et l'occident; les autres, en très-grand 
nombre, marchèrent vers le couchant, dans la direction de 
Zagawah, de Kanem, de Markah, de Rawkaw, de Ganah et 
d'autres parties du pays des Noirs et des Demdemeh. Ceux 
qui s'étaient dirigés sur la droite, entre l'est et l'ouest, se 
disséminèrent à leur tour, et formèrent plusieurs nations : 
les Mékir, les Mechkir, les Berbera et d'autres tribus des 
Zendjes. Dans un des chapitres précédents, à propos de la 
mer d'Abyssinie (voy. tome T r , p. 232), nous avons parlé 
du détroit Berberi, des variétés de Noirs qui l'habitent et de 
leurs communications avec Dehlek, Zeïlà et Naçè. 

Le pays des Zendjes fournit des peaux de panthères fauves ; 
les habitants s'en servent pour se vêtir, ou les expédient en 
pays musulman. Ce sont les plus grandes peaux de pan- 
thères et les pi us belles pour faire des selles. La mer du Zendj 
et de l'Abyssinie est à droite de la mer de l'Inde, bien que 
ces deux mers communiquent entre elles. On exporte aussi 



CHAPITRE XXXIII. 3 

jl£==>\) {j*ij^^ JoUiwO^i 1#jL* «X^VJ ^Ji §£ v.JUfc.^VvJi jy^à 
ii-^Lc ocjfe' yij A-ft-^àji «j ibîjjJL iiijjjjtii ioioJî y^5o U 

^ij (j^ /O-frÙ iiii;jJL» Aijy^î.1 t_>ij*XJi (j.» tj^JI i*Xjû ^Ui i 
(;jv_) £-^£ kiJ-Ji yl ^lj (j*« /o-3-*-«j Joiil ^ Lg-=s-\jCJ ^«Xj ^| 

/ J / 

<Ji ^tX^j' ocils' <XSj jl^Xiii iijuwrjliîb ÀiKvîl ^ ù\jj yjk+JLj 



(le ce pays des écailles de tortue dont on fabrique des pei- 
gnes, de même que l'on emploie la corne à cet usage. L'a- 
nimal le plus commun dans ces contrées est la girafe ; mais 
elle vit généralement en Nubie et ne se trouve dans aucune 
partie de l'Abyssinie. On n'est pas d'accord sur l'origine de 
la girafe : les uns la considèrent comme une variété du cha- 
meau; d'autres disent que sa formation est due à l'accou- 
plement du chameau et de la panthère; d'autres enfin que 
c'est une espèce particulière et distincte comme le cheval , 
l'âne et le bœuf, et non pas le produit d'un croisement, 
comme le mulet qui est formé par l'accouplement du che- 
val avec 1 anesse. La girafe est nommée en persan uchtaryav. 
On l'envoyait en présent de la Nubie aux rois de Perse, 
comme elle fut offerte plus tard aux rois arabes, aux pre- 
miers khalifes abbassides et aux gouverneurs de l'Egypte. 
Cet animal a les jambes antérieures et le cou très-longs , et 



d LES PRAIRIES D'OR. 

c.Ia-*w £*&*? ÂfcJ^JtJl à^>o <JU! £ ylj 1#=?-Iaj i IjAA\^3 fo»^" 

»l_A_ii j-jl^-^i Ji là-AjiJ! »j^.s- i s^aa^j vb^ ijry*'}} 

ii_»r,JyJi Lfl-\_* JK^i^ij J^A<lJi v_ÀAAil jà^S ($y±- ^Jï <J^ 
Ifib^Afij yU^-5" J.îytl *AJ^.xJI ijo^Xiiî r«^jt cU**J^ dUi yt^ 

les jambes postérieures beaucoup plus courtes; les jambes 
de devant sont les seules qui aient un genou. El-Djahiz, dans 
son Livre des animaux, donne de longs détails sur l'origine 
de la girafe. Selon lui, un grand nombre de bêtes féroces 
et d'animaux sauvages se réunissent, pendant les chaleurs 
de l'été, au bord des vastes amas d'eau situés à l'extrémité 
de la Nubie. Des accouplements qui en résultent, les uns 
sont stériles, les autres donnent naissance à des produits 
très-variés de forme et d'aspect, entre autres à la girafe. Cet 
animal a le pied fourchu ; son clos est déprimé et incliné en 
arrière, parce que ses jambes postérieures sont très-courtes. 
L'origine de la girafe a donné lieu à de nombreuses dis- 
cussions. On a fait remarquer que la panthère de Nubie at- 
teint un grand développement, tandis que le chameau de ce 
pays a une taille exiguë et de petites jambes. On a cité 
comme un exemple analogue les jeunes chamelles arabes 
qui, saillies par des sujets reproducteurs originaires du Ker- 



CHAPITRE XXXI11. 5 

J^-j^i ^o^-i (jfrjj (j^L^Ji cyii £j JoiJÎ ^.i^i jyvj J^t 
AjUlS^J t^Ja^ii <_^s-L=> dUi^T;» *Xï SjXa.S j\a-*.\ AJKjiS_j 
LjL,jLjù^j il viUi (j~« A-*dJ ^•wùsc' U (J^i UajJ «Xjjj yîj«*^l 

o*-_x_Ia.Sj ^'^.a-^I j^Ji Jvil^L ÎjAs-j tK*-^' (^-C (j& Jjy^o 

màn ou d'autres provinces du Khoraçàn [camehis bactrianus), 
donnent naissance aux espèces nommées bokhti et djemma- 
zeh. Il n'y a jamais d'accouplement entre un chameau et 
une chamelle bokhti, et les meilleurs produits de cette es- 
pèce sont dus au croisement du gros chameau à deux bosses 
avec les jeunes chamelles d'Arabie; mais les espèces dites 
bedjavi et mahari peuvent produire aussi des chameaux bokhli. 
Une longue notice sur la girafe se trouve dans le grand ou- 
vrage sur les animaux par Aristote; cet auteur y explique 
les fonctions de chaque membre dans la girafe et chez tous 
les animaux en général. Nous lui avons emprunté, dans 
notre livre des Questions et expériences , tout ce qu'il était bon 
de faire connaître sur ce sujet. La girafe est remarquable 
par sa douceur et l'affection qu'elle témoigne à sa famille. 
Dans cette espèce, comme parmi les éléphants, il y a des 
individus sauvages et d'autres privés. 

Ainsi que nous l'avons dit ci-dessus, les Zendjes et 
d'autres peuplades de l'Abyssinie se répandirent sur la rive 



6 LES PRAIRIES D'Oll. 

i>>K-X-J Jo^JOo (^Mll\ j^> ^lîl (jl U» rfJl^^J*? Jjlwl £ 

JJjs5^ cjUMi i .xa (j^ olLw U?y» U^jSi -*>Ju *xjj^ ^*»JI 
o^î & àl? i$*j **? t^^b ^^-^ *$>& gflj* ts*°^ 

Lj&>X— ^1 j 3)L&- JL».AO.a». t^ol^Jl 3jAA^> t^v^jJl &yKk£=S 

droite du Nil, jusqu'à l'extrémité de la mer d'Abyssinie. 
Seuls parmi toutes les tribus d'Abyssins, les Zendjes traver- 
sèrent le canal qui sort du cours supérieur du Nil et se jette 
dans la mer de Zendj ; ils s'établirent dans cette contrée, et 
s'étendirent jusqu'à Sofalah , qui est la frontière la plus re- 
culée de ce territoire et le terme de la navigation des bâti- 
ments d'Oman et de Siraf dans la mer de Zendj. De même 
que la mer de Chine aboutit au pays de Sila (Japon), dont 
nous avons eu déjà occasion de parler, de même les limites 
de la mer de Zendj soutau pays de Sofalah et des Wak-Wak , 
pays qui produit de l'or en abondance et d'autres merveilles; 
le climat y est chaud et la terre fertile. C'est là que les 
Zendjes bâtirent leur capitale; puis ils élurent un roi qu'ils 
nommèrent Waklimi. Ce nom, comme on l'a vu déjà, a été 
dans tous les temps celui de leurs souverains. Le Waklimi 
a sous sa dépendance tous les autres rois zendjes , et com- 
mande à trois cent mille cavaliers. Les Zendjes emploient 



CHAPITRE XXXIII. 7 

^ J^j_a_* i)j ^-»*-îl ^j j*^-*-^ U^tH*^ ^ iili<x5^ Igjjjjjç» 
L-x^ i-t ^ A^ojtj JSU ^iLwiH S^Js^2 (j«Lls»i (0"6-^_? (j^^*-^S 

1-^jj^iJ ALyUl ijJCi gù\ JU-j <£*^j AXi i /e-^^jL. y_j£> 
JwoLi* iJj £-*•*-* \&S*m\} \%iys*> *LXi dUi (j-, uj^i) iiU 

le bœuf comme bête de somme, car leur pays ne fournit ni 
chevaux, ni mulets, ni chameaux, et ils ne connaissent 
même pas ces animaux. La neige et la grêle leur sont in- 
connues comme à tous les Abyssins. Il y a parmi eux des 
tribus qui ont les dents très-acérées et qui sont anthropo- 
phages. Le territoire des Zendjes commence au canal dérivé 
du haut Nil et se prolonge jusqu'au pays de Sofalah, et des 
Wak-Wak. Leurs habitations s'étendent sur un parcours d'en- 
viron 700 parasanges en long et en large; cette contrée est 
coupée devallées, de montagnes et de déserts sablonneux ; elle 
abonde en éléphants sauvages; mais on n'y trouve pas un seul 
éléphant privé. Les Zendjes ne s'en servent ni pour la guerre 
ni pour d'autres usages, et s'ils leur font la chasse, c'est pour 
les tuer. Quand ils veulent lesprendre, ils jettent dans l'eau 
les feuilles , l'écorce et les branches d'un arbre qui croît dans 
leur pays; puis ils se mettent en embuscade jusqu'à ce que 
les éléphants viennent s'abreuver. Cette eau les brûle et les 



8 LES PRAIRIES D'OR. 

j.a^j! ^> ^ *jbj (j^-***^*" *4*** V^ J° »J ^*xîi <_>Uj| vg»^' 

J^ajï-^ p^-u.iiS ^jL gbJl yUT dUi ^ Lj5S U e***- 
y* »*x_î^i L^jcjl^>Î;I_j Uûàlyjj l^S^Lo *Xjs?o (^aoJI Jo&hj 

«*X_5^i ilitf'^ \ytyXjL3 lço ii aXaxII t_>Lj| (j^ -UûuJ Uy» 

enivre; ils tombent (et ne peuvent se relever), leurs jambes, 
comme nous l'avons dit, étant dépourvues d'articulations 
et de rotule. Les Zendjes se précipitent sur eux, armés de 
lances très-longues, et les tuent pour prendre leurs dents. 
En effet, c'est de leur pays que proviennent ces dents d'é- 
léphant dont chacune pèse cent cinquante mena, et davan- 
tage. Elles vont ordinairement dans l'Oman, et sont expé- 
diées ensuite en Chine et dans l'Inde. Telle est la roule 
qu'elles suivent, et si on ne leur donnait pas cette destina- 
tion , l'ivoire serait très-abondant en pays musulman. En 
Chine; les rois, les officiers militaires et civils se servent de 
sièges (palanquins) en ivoire; aucun fonctionnaire, aucun 
personnage notable n'oserait entrer chez le roi sur un siège 
de fer, et l'ivoire seui est destiné à cet usage. Aussi recher- 
chent-ils les dents d'éléphant bien droites de préférence à 
celles qui sont recourbées, pour confectionner les objets 
dont nous parlons. Ils brûlent aussi de l'ivoire devant leurs 



CHAPITRE XXXIII. 9 

ASjjJtN JLii^jJi y*oUSfi £ ^jUaÀJl JUx^iw^ I^KLa *j&) 3 

ijJoLJi (j-» (jij^aij^AP <^£ il&£l tt^jya *Xs «^'-ii&jSj ijjJîj 

L^-j^jo jj l&Ajux» lue» /o.-jà-« «Xj»-^.ii *yb Wls Igj ij-s*i ii!_5 
c-jLaJJî Ja ijjJi^ -fJa*-Jl> /»-irA«i ijl^Jî /o^^Ac c_-Ai^i^ 

idoles et en encensent leurs autels, comme les chrétiens 
emploient à cet usage, dans leurs églises, l'encens de Marie 
et d'autres parfums. Les Chinois ne tirent aucun parti de 
l'éléphant, et ils considèrent comme funeste de l'employer 
à des services domestiques ou à la guerre; cette crainte a 
son origine dans une tradition qui date d'une de leurs plus 
anciennes expéditions. Dans l'Inde , l'ivoire est très-recher- 
ché : on en fait des manches pour les poignards nommés 
harari, et au singulier hurri, ainsi que des gardes d'épées 
recourbées qui, dans le pays, ont le nom de karlal, au plu- 
riel karatil. Mais l'emploi le plus fréquent de l'ivoire est 
dans la fabrication des jeux d'échecs et de nerd (espèce de 
trictrac). Plusieurs pièces de l'échiquier sont des figures 
d'hommes ou d'animaux, hautes et larges d'un empan ou 
même davantage. Pendant la partie, un homme se tient là 
exprès pour transporter les pièces d'une case à l'autre. Les 
Indiens, quand ils jouent aux échecs ou au nerd, mettent 



10 LES PRAIRIES D'OU. 

yàs. tkï jj t^xk\i Ax/> U *-&■* *Xr>-U^! *XÀii Ijfj^ ^Jûi_j4*5 

Oiiilj ^jIo^I xiaj» £ c^xNi AaXs *.=-_jJ' Uj_j &t>B Stx«ol (jul 
^$31 Aaï Js^rjU<*j viLîi J^5 (J>1 \jXs^\ jjh-*»} «XjjJbj cîj jJl *5 
^jbjL jjiïUÛBj is^Xi^! (j^ J-«»*J <-rVS^ (J^ a >^3 (j^^^ dU*Xj 

A^Axi ^ jâAÀA-^i (O-fr^ sb^j -i Uj bjS i U ^xil <-^vv=r *xà#j> 

comme enjeu des élolTes ou des pierres précieuses. Mais il 
arrive quelquefois qu'un joueur, après avoir perdu tout ce 
qu'il possédait, joue un de ses membres. A cet effet, on 
place à côté des joueurs, sur des charbons enflammés, une 
petite chaudière de cuivre dans laquelle on fait bouillir un 
onguent rougeàtre particulier au pays et dont la propriété 
est de fermer les plaies et d'arrêter l'épanchement du sang. 
Si celui qui a parié un de ses doigts perd la partie, il se 
coupe aussitôt le doigt avec le poignard dont nous parlons et 
qui agit comme le feu; puis il trempe sa main dans l'onguent 
et cautérise la plaie. Ensuite il se remet au jeu : si la chance 
lui est encore défavorable, il sacrifié un second doigt, et 
quelquefois, s'il continue à perdre, il se coupe successive- 
ment tous les doigts, la main, l'avant-bras, le coude cl 
d'autres parties du corps. Après chaque amputation, il cau- 
térise la plaie avec cet onguent, curieux mélange d'ingré- 
dients et de drogues particuliers à l'Inde, et dont les effets 
sont étonnants. Le trait de mœurs que je raconte est une 
chose notoire. 



CHAPITRE XXXIII. Il 

AA*i.^-j U,a* (j*-*^ W*^)' <& J*^**"^ *^aAjI «XjS^J .XÀ^Jbj 

~)kï U»*Xi> U (_***>- <^ y^xS^Si *AJ y^l> ^«XJI J^iî (j-« 
5^-^ ^-Jî (j^jL JuuJJj»#j«j 83&s\j &*i fï>-ï Çfèy* <& Jjï 



Les éléphants sont recherchés par les Indiens; ils se re- 
produisent dans le pays et ne vivent pas à l'état sauvage. 
Ils sont employés à la guerre, et, en outre, ils rendent les 
mêmes services que le bœuf ou le chameau. La plupart 
habitent les prairies et les marais, comme les buffles en pays 
musulman. Ils fuient les parages fréquentés par le rhino- 
céros, ainsi que nous l'avons dit précédemment (tome I er , 
p. 385), et s'écartent des pâturages où ils flairent l'odeur 
de cet animal. Dans le pays des Zendjes, l'éléphant vit en- 
viron quatre cents ans, au dire des Zendjes eux-mêmes, qui 
assurent avoir rencontré tel éléphant de haute taille qu'il 
ne leur est pas possible de tuer. 11 y a des éléphants noirs 
et blancs, d'autres sont gris ou cendrés. Dans l'Inde, quel- 
ques-uns de ces animaux vivent un ou deux siècles; la fe- 
melle met bas tous les sept ans. Ils ont, dans cette contrée, 
un ennemi très- redoutable, le zabrah. C'est un animal plus 
petit que le loup-cervier ; il est roux et lire sur le jaune; 



12 LES PRAIRIES D'OR. 

^L«..ji)i ^-i [~£jj ''-f^^S» *■«•*•* ^i_j.j W*^* tjï-àj *^xiîl 

Jj-t-S-j (j*UJi t^.j.AA^] ^.Xil l#.U S^^Ji ^j jy& jj£ u* 

<j^ *_*2_*j (jj|î-*Jl_5 âwCOAJI (j) J»-^ 1 U» (_«w*>.=»- (_Xc jj\yfJL (j*« 

ses yeux sont étincelants; son agilité est telle qu'il peut, 
d'un seul bond, franchir une distance de trente à cinquante 
coudées et au delà. Quand il rencontre un éléphant, il 
lui lance de l'urine avec sa queue et le brûle; souvent même 
il poursuit l'homme et l'attaque; aussi les Indiens évitent 
son approche en grimpant sur les plus grands arbres de 
teck (teclona). Cet arbre, qui est plus long que le palmier 
et plus volumineux que le noyer, peut abriter sous ses 
branches un grand nombre d'hommes et d'animaux, et l'on 
peut juger de ses dimensions par les bois de teck qui arri- 
vent dans leur longueur naturelle aux entrepôts de Basrah, 
de l'Irak et d'Egypte. Quand l'homme s'est mis hors de son 
atteinte en grimpant au sommet de cet arbre, le zabrak 
s'accroupit sur le sol , puis il s'élance d'un bond au faîte de 
l'arbre; s'il manque sa proie, il lui jette de l'urine jusqu'à 
cette hauteur. En cas d'insuccès, il appuie sa tête par terre, 
pousse un cri étrange, vomit des caillots de sang et meurt 



CHAPITRE XXXIII. 13 

Jhs»j Sir** '^* a -^ ^^ y****-*} <xà^> yft Lci_j uju ts^^j 

U»^-) %~toyA i t£yi $ àyO**i *»«*«*! ioi*>Ji^ *JCuiàl» «XÀ> 

Coutil jj^s uiK l#j| y«j-i!i uy^Lo (wt »5i «Xij l^-Lajl lit 

aussitôt. Son urine consume toutes les parties de l'arbre sur 
lesquelles elle tombe; l'homme et l'animal périssent dès 
qu'ils sont atteints par ce liquide. On conserve dans le tré- 
sor des rois de l'Inde le fiel, les testicules, et quelques 
autres membres du zabrak, comme un poison foudroyant; 
les armes trempées dans ce poison procurent une mort im- 
médiate. Les testicules du zabrak ressemblent à ceux du 
castor, animal bien connu des chasseurs et d'autres person- 
nes, lesquels produisent le djend-badaslar (castoreum, acide 
phénique). Ce mot est d'origine persane, etdans cette langue 
il s'écrit kound, c'est-à-dire testicule (le vrai mot persan est 

^JU*j«Xj *Xà£=>); les Arabes, en se l'appropriant, en ont 
fait djendbadastar. 

Le zabrak évite les endroits fréquentés par le nouchân ou 
rhinocéros, et, comme l'éléphant, il se dérobe à son attaque 
par la fuite. De même, l'éléphant fuit devant ie chat (sin- 
newr) el ne peut en supporter l'aspect. On raconte que les 



14 LES PRAIRIES D'OR. 

4*"^ ts*^-* (J-^ UJlH* J*^ <X-uJ! jaj] (j-. ybJyU* J->; 
«KJmJI ^jb Kxjutj A^oy» i àUilj ii &l^ J^U; yfe^ ij!>M 

S^y* (J^ UA/^ Jl^* *^*ÀjI v^oUI <XÀ-gJî cjw**>0> <Xi>5 Jv-i^JI 

*-Jj»-J iZKjè \ if ,-V iXJjj ÀXaaJI (j^ p<\J^x] jK.>u2.i_j ^-saJt .»Ul 

JooiJi Jjj AxU iaiJl J^à- JaàJl (j* axX^- <j ji tfco ïjy*" 

rois de Perse, pour épouvanter les éléphants qui combat- 
taient au milieu des soldats, et pour jeter le trouble dans la 
cavalerie ennemie, lâchaient contre eux une troupe de 
chats. Ce stratagème est encore pratiqué par les rois du Sind 
et de l'Inde. On dit aussi que le cochon inspire une sem- 
blable terreur à l'éléphant. Il y avait à Moultân, dans la 
vallée de l'Indus, un affranchi d'Azd, nommé Haroun, fils 
de Mouça; c'était un poète et un vaillant guerrier, qui savait 
se faire obéir des siens, et qui s'était rendu redoutable dans 
la contrée du Sind, voisine du Moultân. Il habitait une 
forteresse qui lui appartenait, lorsqu'il fut attaqué par un 
des rois de l'Inde; les éléphants formaient le front de l'ar- 
mée ennemie. Haroun, fils de Mouça, après avoir caché un 
chat sous ses vêtements, se porta à la rencontre de cette 
armée et marcha droit à un éléphant d'une taille énorme. 
Quand il se vit à une petite distance, il lança le chat contre 
lui; à la vue de ce faible animal, l'éléphant prit la fuite ; la 
déroute se mit dans l'armée; le roi indien fut tué, et la 
victoire resta aux musulmans. Le même Haroun , fils de 



CHAPITKE XXXIII. 15 

UUAj âiXA^ai (£*>y-A (>J {J3J&3 (>-(b^! l !* £ ■ (J>t^**^> *aÀ£j <JX\i,\ 

J * J * f 

Joyil v_viaJ -»Jj*xJl Isâ-AÀi a_JLA_j ^jL ILa-a_£ (j*>_aJÎ 

.> ' J ' 

c |sAA^i> CJ^*£>^ L-aJ^-j Oj^J ffi ^ - g V^-*^? J*^*-M Jj"^5 

Jwj^X-ft çj^ *i -b^I i Li x. — ij\ ^i ,X * — Sj\ — *— j 

Mouça , composa sur cet événement une kaçideh dont voici 
un fragment : 

N'est-il pas étonnant que tu t'avances contre un ennemi qui, dans un 
corps d'éléphant, renferme la prudence de l'homme ? 

Que le lion des forêts se soumette à l'araignée, puisqu'un chat porte 
ses griffes sur la tète d'un roi ! 

N'est-il pas étonnant que tu marches contre cet ennemi au choc pesant 
et aux mouvements rapides? 

Son courage est encore plus remarquahle que sa noblesse; sa prudence 
surpasse celle du chameau agile à la course [khanchubil) ; 

Sou corps disproportionné se balance, armé de ses longues défenses et 
de sa courte mâchoire. 

Il fond sur son ennemi avec ses dents formidables, et de son corps 
massif sort un faible cri. 

S'il peut être comparé à une autre créature, c'est au sanglier sauvage 
ou au buffle des marais. 

Tout quadrupède est son ennemi , et l'homme lui-même lui est infé- 
rieur. 

Il chasse devant lui tigres et panthères, comme le vent impétueux 
emporte un faillie passereau [andabil). 



16 LES PRAIRIES D'OR. 

JuuLo 0»-A*»0 SjAapj jlî A-À_j) »«X-J i£}-2 Q f i ^ 5 

Judi.S *^?-j <$•*■*■="" ^ai*? «jiM cK-jv-^-5 cK-*-*»-> ^-*.j 

' *> '* ■ ' ' j ■ 

J^t ^L, ï (jv>ii JLfcUo *S_J — ft i il) * » g^ yU 

JuoLj jcws»^ <-*^=* ; <-Joù a_R — a — » * — èL^^ — Jsj 
Jj . « » tjy -Liill O »*X_*-_5 xiJU. (jUïWi 

Créature bizarre! on prendrait son nez pour sa main; mais dès qu'on 
l'aborde, quel glaive acéré! 

Il s'avançait, semblable à une montagne, et conduisant l'armée-, il 
marchait répandant la terreur à la tête des cavaliers. 

Impétueuse comme un torrent dans sa course , cette lourde masse 
s'approchait d'un pas agile; 

Le cri du commandement redoublait sa fureur; ses oreilles se dres- 
saient sur sa tête de démon (ogre). 

Mais j'opposai à son attaque un chat qui ne redoutait pas le zendébil 
(éléphant furieux). 

Dès que l'éléphant l'eut aperçu à travers la poussière du combat, Dieu 
nous accorda une victoire éclatante : 

L'éléphant, sourd à la voix de son maître, s'enfuit d'un pas pesant et 
le cœur plein de terreur. 

Loué soit le Créateur unique, le Dieu des hommes et le seigneur des 
éléphants ! 

On nomme el-andabil un petit oiseau qui vit dans l'Inde 
et le Sind; les poëtes font souvent allusion , dans leurs vers, 
à sa taille exiguë. Le mot ez-zendébil désigne un éléphant 
de haute stature qui marche à la tête de ses compagnons. 



CHAPITRE XXXIII. 17 

Jos_?JOj JUjiil cj-y 6 ^ J-?^ 5jjlûw« ^^xJi ti)ti 



Selon d'autres, ce nom s'applique aux éléphants femelles 
qui se distinguent par leur vigueur sur le champ de ba- 
taille. Un poète parlant d'un éléphant s'exprime en ces 
termes : 

Cet animal à la lèvre (trompe) démesurée, qui parmi les éléphants a 
le titre de zendébil. 

Un autre poète dit dans le même sens : 

Les zendébil, éléphants semblables à une montagne. 

El-Djahiz, dans son Livre des animaux, cite la kacideh 
qui précède; il en commente quelques vers, et donne à 
l'appui du sens de khanchabil le passage suivant d'un Arabe 
nomade qui décrit l'abeille : 

Elle se nourrit du suc de la terre, alors que les brebis et les khanchabil 
errent dans les pâturages. 

Et ce vers d'un autre poète : 

Une belle jeune fille à la taille élégante sait que je suis un khanchabil , 
[iiancl le glaive sort du fourreau. 

m. 2 



r g LES PRAIRIES D'OR. 

àtJi i^? 1 * r 1 ^' u L! ~* a " * ^* J,J ^ ^ ^ Wi 

^ ^ j^jï ^^ o> ]î ^ AÎi ^ ^ ^^ r/ jîj 

u a 3 tf,l-%JÏ3 #»j ***** Ar** <*• ^ *■# 4 4J> 

o^i u» *^y>3 *>* ^ *!>■** r ukj! ■*** - J 

e^ ^3 &«** *** ***** ^ * 3 ï * y# ^ ,J ^ 

^ ^U! y W ^ «Ai. J«^3 *^T J ^ ^ ^' 

u^i^ i#J tf iwïi 3 ^' ** ]LJi ^ Ui f*^ ^ e^ 

C'est seulement chez les Zéndjes et dans Vlnde que les 
éléphants sont aptes à lareproduction.Dansl'IndeetleSind, 
leurs défenses n'ont pas le même développement que chez 
les Zendjes; ceux-ci, de même que les Indiens, fabriquent 
des boucliers avec le cuir de l'éléphant; mais ces bouchers 
sont loin d'être aussi solides que ceux qui se font en Chine, 
au Tibet, et chez les Bedjah. Le cuir en est inférieur a celui 
qui a été macéré dans le lait, et à plusieurs autres espèces 
de boucliers. C'est avec sa trompe, composée de cartilages, 
de chair et de nerfs, et qui lui tient lieu de nez, que éie* 
phant porte les aliments à sa bouche et se désaltère : il s en 
sert pour combattre et frapper son adversaire, ou pour 
pousser des cris qui ne sont nullement en rapport avec sa 
taille et la grosseur de son corps. ^ : 

Le khalife Mansour se plaisait à réunir des éléphants 
dans ses écuries, autant parce que les anciens ro.s faisaient 
grand cas de leurs services, de leur valeur au combat ou de 
l'attrait qu'ils ajoutaient à leurs cérémonies, que parce que 
leur allure régulière et douce convient surtout aux souve- 



CHAPITRE XXXIII. , (J 

*^l dUi> ^^a^i f*^ fo^. ^ j^ yl< . ^^ 

Jb yUoXJl ^ ^ ^ ^ jU ^ ^j ^ ^ 

rains. Un secrétaire du divan, homme que l'on recherchait 
pour ses connaissances littéraires et historiques, me racon 
lait un jour, à Bagdad, qu'il avait acheté une mule d'une 
beauté et d'une agilité peu communes. C'était sa monture 
habituelle quand il vaquait à ses affaires et aux devoirs de 
sa place. Mais dès qu'elle rencontrait dans la rue des cha 
meaux de charge bokhty, arabes, ou d'autre espèce, relte 
bêle s'affarouchait, ruait et donnait un rude labeur à son 
:avaher. Cependant il fermait les yeux sur ce défaut, tant 
îlle était agile et élégante, et d'ailleurs, comme il était lui- 
ijeme d'une taille et d'un embonpoint extraordinaires, il 
1 aurait pu trouver une autre monture. « Je passais un jour 
■joutait ce personnage, près de Bab et-Tak (porte de l'ar- 
ide), sous le règne de Moktadir-biUah, au moment où l'on 
tressait et sellait les éléphants destinés à transporter Leït 
>en Ah es-Saffar et ses compagnons. Ce chef, qui s'était ré- 
cité contre le Sultan, venait d'être fait prisonnier dans 
s Farsistan par l'eunuque Mounès. Tout à coup je vis 
ne fde entière de chameaux bokhty se disperser à la vue 



20 LES PRAIRIES D'OK. 

<Xi» JvJÏÂj ^ <— Mi cil JL«.i^. <_i*.Aji.^ — fcÀÀ^a ^j.j' »XaA- civxifci 
»J^_Ji c^J. -^à Jl .■» ~" tr* U -^H^5 d> °^ fc3>**" *K*«ol c\i^ 

l.#-*-o J^j^ôÎ l^iW ^à*j od^à^ J^L? <-oLi \^J«Ai»- /C^3 
JL*»>j j^-** (j*UJl (j-« ^l^: j*L, il JU^ JJ«X£5 oJàj 

^ kiLîi »Xji-j iz>Jti U <AMÎ_yi jL«*4» o^*J la*«<j <j c^s>-^i»»i^ 
«5^.0 L^LwAXAviJ ^-4AiJtj l^j^ <^.r»- Jo^i c^àJî «xXJ^ Jj?: 

des éléphants et fuir rapidement sans écouter la voix de 
leur conducteur, tant leur épouvante était grande. Ma mule , 
voyant celte déroule, se met à ruer, elle se cabre et mejetle 
à terre, comme une outre gonflée de veut. Les chameaux ve- 
naient de se réfugier dans une ruelle sans issue; la mule, 
après s'être débarrassée de moi, dans l'effroi que lui inspi- 
raient les chameaux, pénètre dans la même ruelle. Les élé- 
phants y arrivent sur ses traces. Dès qu'elle aperçoit ces 
énormes animaux , elle s'attache aux chameaux , se blottit au 
milieu d'eux , comme si elle avait passé sa vie avec eux , et s'ac- 
croupit avec la troupe tout entière. Au même moment, je 
fus aperçu et reconnu par quelques passants. Un valet pé- 
nétra dans la ruelle pour ramener la mule; mais il ne put 
l'en faire sortir qu'après que les éléphants se furent éloignés, 
et encore ne voulut-elle sortir qu'entourée de plusieurs cha- 
meaux. Je vous jure que, depuis ce jour, loin de les craindre, 
elle s'esl familiarisée avec les chameaux comme si elle était 
de leur espèce, et il semble qu'elle trouve leur taille bien 



CHAPITRE XXXIII. 21 

(ji_j~*-r*- cKj J--*-*^ *jy=> #Jô* u* cj*x^l^i U <x࣠J»*4J- 

J-A-iîl i)l TTjU- Ji **^9J J^Jà JI AjLJ J-oli (jUJ ^i 
JjAxïSj »j.\à.L* £J*>o^ Kijyo /eJà^j AX«v. jAfi ^ âij_«O^Jl 

(JawS? "ïKi yL*J^L»j»C &jyjd\ »Js-iÛ /oJÀCj fC^^ lis-* vAJ Jt^> 

<\A*M^« A^lAX^cU tffclaj^i /WM& SUÏfJtJ <S* S *' #kJ yX*** J iJ» AAiO^-J 

exiguë, depuis qu'elle a vu la stature colossale des élé- 
phants. » 

La base de la langue, chez tous les animaux pourvus de 
cet organe, est dans l'intérieur du gosier, et la pointe est 
tournée vers l'extérieur; chez l'éléphant, au contraire, la 
pointe de la langue est tournée vers le gosier et la base est 
dans le sens opposé. C'est ce qui fait dire aux Indiens que, 
sans cette conformation particulière, il pourrait, s'il y était 
dressé, s'exprimer comme l'homme. Les Indiens estiment 
fort l'éléphant et le placent au-dessus des autres animaux, à 
cause de toutes les qualités qui sont réunies en lui : sa taille 
haute et massive, son aspect imposant, la faiblesse de sa 
voix, la longueur de sa trompe, le développement de ses 
oreilles et de son membre génital, la légèreté de son pas, 
sa longévité, le poids de son corps, le peu de souci qu'il 
prend des fardeaux dont on le charge; enfin, disent-ils, 
malgré sa taille et le volume de son corps, son allure est si 
douce et si régulière que le voyageur ne s'aperçoit pas de 
ses mouvements et peut se livrer au sommeil. 



22 LES PRAIRIES D'OK. 

tboy i $j*\i y\yJL v^^» & ^* Ji ^^ ^°> ^i 

juuU! uuo 5 & »>i^ ^ *\r* ] **.» ^^ «ij*^j 

jc-^J L^Jàis-j /o»^^ Uû<XaSj »:>Us- JjAft (jvj_j IfrAAJ CJ^j 

iùj^t Jll*il| 3 Ai^Xl jliill ij #>Wi^i4î i>^UJi V^ j 

L'auteur du Ià>re des Animaux, el-Djahiz, fait une lon- 
gue description et un éloge pompeux de l'éléphant. Il pro- 
met de donner plus loin de nombreux détails sur la nature 
de cet animal, sur ce que sa conformation présente de cu- 
rieux, sur sa sagacité et la finesse de sensations dont il est 
doué, son aptitude à être dressé et la rapidité avec laquelle 
il profite de l'éducation qu'on lui donne. El-Djahiz devait 
ensuite décrire les membres de ce noble animal, leurs 
avantages et leurs inconvénients, montrer la supériorité de 
son espèce, et l'étendue de son intelligence, rechercher en 
lui les signes et les preuves manifestes que Dieu a dévoilés 
aux yeux et démontrés à l'intelligence de ses serviteurs, 
et dont l'enchaînement et le souvenir doivent entraîner leur 
conviction et leur inspirer de la reconnaissance pour tous 
ses bienfaits. L'auteur se proposait de passer en revue les 
passages du Koran, de la tradition orale et des relations 
authentiques du Prophète qui se rapportent à ce sujet, 
les proverbes et les observations véridiques auxquels il a 



CHAPITRE XXXIII. 23 

k-oj.^i_j ci^Ui «XÀ£ IgJla»* *l$^sl Xm t^ju<JÈj *L^*!I Aj^a^j 

sXjLwJc; i^j Lg,^^ij,=» *.làxjj I^jUjI c^aajj Lgj!»Xjî ^K^ao /.î 

4pj>- 1^.jLo »iiJ<Xj (_>).ix5L I4AAA f«yiJi ^i?j W*-* viUi >i^-Ui 

donné lieu, les pensées ingénieuses qu'il a inspirées aux 
poètes et aux prédicateurs, les remarques des savants et les 
doutes des philosophes. Puis il aurait montré l'emploi que 
l'éléphant remplit chez les rois, les services qu'il rend à la 
guerre; le charme qu'il inspire aux yeux et à la pensée; sa 
longévité et sa vigueur, ses penchants, ses pensées secrètes 
et ses haines, sa patience inébranlable; le prix qu'il attache 
aux récompenses; sa répugnance à avoir pour maître un 
homme infime, à servir des gens de basse condition, ou à 
être vendu à vil prix; combien il est sensible aux injures, 
aux reproches et aux outrages; la résistance innée qu'il 
semble opposer à la nature lorsqu'elle développe sa taille, 
ses défenses et ses membres; enfin, l'impossibilité où il est 
de s'accoupler et de se reproduire hors du sol natal et du 
pays où sa race a pris naissance, à ce point que, malgré 
les essais de plusieurs rois et les efforts tentés pour faciliter 
son accouplement, il a déjoué toutes les tentatives et déçu 
toutes les espérances. El-Djahiz promettait d'étudier la ges- 



2k LES PRAIRIES D'OK. 

KJH4j^\ J&i^i *** oeiJU- iS^s ^^**ï ^y*i W*»^j 

wji-Asi fc-tf> l-tf K-ÏJ-&3 Slxji «r^l? JjUIài *Xs»-t_j &X *X-i;i_j 

talion et l'enfantement de l'éléphant, la disposition de ses 
membres et en quoi ils s'écartent des quatre caractères com- 
muns aux êtres qui peuvent nager, se'tenir debout, mar- 
cher ou voler. El-Djalaz aurait rapporté ensuite les tra- 
ditions relatives à la conformation primitive de l'éléphant, 
en recherchant dans son état actuel les traces de sa forme 
première, et en signalant les différences qui le séparent des 
autres animaux. Puis devaient venir des détails sur son 
énergie et sa fermeté, sur l'audace avec laquelle il s'attaque 
à des animaux plus grands et plus féroces que lui et pour- 
vus de dents ou d'oncles plus acérés, tandis qu'il fuit devant, 
un ennemi qui , par sa taille, son impétuosité, sa vigueur, a 
une réputation bien inférieure à la sienne. En dernier lieu, 
l'auteur voulait passer en revue les qualités bonnes et 
mauvaises de l'éléphant, en étudier la couleur, le cuir, le 
poil, la chair, la graisse, les os, l'urine, les excréments, la 
langue, la bouche et d'antres sujets intéressants qu'il s'en- 
gageait à développer. Cependant, lorsqu'il arrive à ce cha- 
pitre spécial, au lieu d'aborder son sujet et d'entrer dans 



CHAPITRE XXXIII. 25 

&JOÛ £ JjJLÎi (j* AjtLwi Uj I^jJUpj iîj->i_9 l^-^làj jAà^ Ji 

Uj l— ^-*i iixAAiaJi jLwl y^ j5i U3 l^JUai». <«^x^j l^xiU^ 

^ JJi iUaxJij y^juê £ ^jj^jJ xïUî c^o^S^ t>y^ w «-^M 

,j tX—^-fc;» ^«XJl u.,ib Ji ffi *? ^''ij) SwkxÀ^i iijlkiJ_j .x^s» >ào 

<\jj.X-iîj iL>^j<XJij ^UàljjJl >i^-*ij (jl^Aii (j^ S*-** (JJ^ cV^AJÎ 

les détails annoncés au début de son livre, il se contente de 
donner rapidement et sans ordre quelques aperçus généraux 
sur l'éléphant et d'autres animaux. Il passe sous silence 
les propriétés et les fonctions de chaque membre chez cet 
animal, ses qualités merveilleuses, les recherches auxquelles 
sa nature mystérieuse a donné lieu, l'opinion des philo- 
sophes indiens et la tradition qu'ils ont reçue des anciens 
sages sur son origine et sa forme première. 11 se garde bien 
d'expliquer pourquoi l'éléphant ne se trouve que chez les 
Zendjes et dans le Sind ; pourquoi il n'existe pas ailleurs ; 
pourquoi il a horreur d'une bête aussi énorme que le rhino- 
céros et fuit devant un ennemi aussi faible et d'un aspect 
aussi gracieux que le chat. Enfin il ne dit rien de la gaîté 
qui distingue l'éléphant des autres animaux, de son ap- 
titude à être dressé et instruit et à comprendre le langage 
de l'homme, rien enfin de son astuce, de sa malice et de 
son discernement. 



26 LES PRAIRIES D'OR. 

.X-L^Ji fiXj&a- (j^ -«XJb" (j^ I^JLmj^Î ^^Is jlX»^ ,îoUà*l 

^ dJi^èj SJLH^J p^ Ji J dlAWU ^e)U ^ ^=-^^ 
Lg,>UJ I^xçt^ ^sv^i cj-* k^> Ui UûàLlxoi ij'iS £* gjJ\> 

«_JuJi L$JJ xs-gjiji y^ bj5i> U_j iUàà)!^ t^^tXJJ (j^ iJ<Xj 

L'auteur de la Logique donne, dans son Traité des ani- 
maux , de longs détails sur les qualités de l'éléphant et l'u- 
tile conformation de ses membres. Il suit, en étudiant ce 
sujet, une méthode inconnue aux philosophes de l'Inde. 
Ces derniers soutiennent que tous les corps dont se com- 
pose le monde sont ou unis, ou variés, ou opposés entre 
eux, c'est-à-dire, d'une manière générale, qu'ils sont ou 
inertes ou animés. Ils tirent leur origine du monde des 
sphères, des étoiles, des signes du Zodiaque et d'autres 
constellations célestes, lesquelles sont, non pas des corps 
inertes ou animés d'une vie végétative, mais de véritables 
êtres de raison. 

Mais reprenons le sujet que nous traitions au début de 
ce chapitre, les Zendjes, la description de leur pays et des 
autres peuplades de FAbyssinie. Les Zendjes, quoique tou- 
jours occupés à chasser l'éléphant et à en recueillir l'ivoire, 
ne tirent cependant aucun parti de cette substance pour 



CHAPITRE XXXI II. 27 

xàXAs Hj^j *-* *-%)** *Xs».Î^Ji ù>jj *^j1^jJI ^ bjSi Vit *<£*> 

^9»4jUàj_5 l^.À-« jN^^j'lj &a?+à cj! I^j jL«_5 £À*4» *iLta' (JuXfr ^1-^»^ 
*.X£=jIj A-g->u<iJ AJo».i».*Xj U» 45»^ (^ ^yi-t^j Lg^fl lia* ^-» 
gjjJl IJufi^ C**jI»j ^jjHoj (jU^I viUj &* A*J <Kîj> j^i 

leurs usages domestiques. Ils emploient clans leur parure 
le fer au lieu de l'or et de l'argent, de même qu'ils se servent 
de bœufs, ainsi que nous l'avons dit plus haut, comme 
bètes de somme ou pour la guerre, en guise de chameaux el 
de chevaux. Ces bœufs sont harnachés comme le cheval et 
courent avec la même vitesse. J'ai vu à Rey des animaux 
de celte espèce qui s'agenouillaient comme le chameau el 
s'avançaient avec l'allure précipitée de ce dernier lorsqu'il 
trouve sa charge légère. Ils sont employés à transporter les 
cadavres des chevaux, des ânes et des mulets. Leurs maî- 
tres forment une tribu de Guèbres manichéens et habitent, 
hors de Rey, un village entièrement occupé par eux. Lors- 
qu'une bête de somme meurt à Rey ou à Kazwîn, un de 
ces Guèbres vient chercher le cadavre, le charge sur son 
bœuf et le transporte dans le village eu question. Ils se nour- 
rissent de cette chair; les os servent à la construction de 
leurs maisons et le reste de la chair est séché et mis de côté 
pour l'iiiver. Ils n'ont le plus souvent, eux et leurs bœufs, 
d'autre nourriture que celte viande, fraîche ou desséchée. 



28 LES PUAIRIES D'OR. 

cjj.-3-îj j.-*-àj jJuJî j5L«_j ^*x^ «j.ç- W*^* «-JUÎI^JuJi (^ 

j»*2^ ^^\,-*j (j^& <^-J! S^kJUsÀa £*jjJ«iî vJùil ^i c^î^a^sjI^ 
UlijlOsJî dLX_JLj J^a-ji U_j ksLyaôj {j****3 *j*^3 W^l? 



Le bœuf de l'espèce décrite ici a ordinairement la prunelle 
rouge; les autres bœufs l'évitent et fuient à sa vue. J'en 
ai remarqué à Ispalum et à Koumni qui portaient suspendu 
à leurs naseaux un anneau de fer ou de cuivre dans lequel 
était passée une corde, et on les conduisait ainsi de la même 
manière que les chameaux bokhty. J'ai vu à Rey un tau- 
reau de la même race passer auprès d'un taureau ordi- 
naire; dès que ce dernier le vit se diriger de son côté, il se 
dressa avec épouvante. Les bœufs de l'espèce dite àbyssî* 
nienne sont les seuls qui habitent les fleuves, les îles et les lacs. 
On les trouve à Misr et dans les pays environnants, dans le 
lac de Tinnis, à Damiette et aux alentours de celte province. 
Sur la frontière de Syrie, les buffles sont attelés aux cha- 
riots de la plus grande dimension ; comme les bœufs dont 
il a été question ci-dessus, ils portent suspendu à leurs na- 
seaux un anneau de fer ou de cuivre. Le même usage est ob- 
servé dans la province d'Àhtioche; mais c'est surtout dans le 



CH \ PITRE XXXIII. 29 

(iJV-cij »xJi^ ç^ij <xJi _j_^ l^Lo ( : ^lî J^Lj) j»^^^! ijeju (&ÏÏ 

yjij^3*X_> ^LiJi^ ^UtXJi S*>vgj ,_^-waj| U5 -?lia.di^ âwtAwî^ 
«X_s-I ^j L_A^-A_ft_5 c^UL«Ial ,i Uuxîi yjm^jj < r>*'* ^*** 

Sind , l'Inde et le Tabaristân qu'il est mis en pratique. Les 
cornes des bœufs de l'espèce abyssinienne sont plus longues 
que celles des buffles originaires des pays musulmans ; elles 
ont une coudée ou deux de développement. On trouve aussi 
un grand nombre de buffles dans l'Irak, et particulièrement 
dans les localités élevées des districts de Koufah, de Basrah , 
des Etangs, etc. Il est souvent question de Yanka merveilleux , 
et l'on trouve son image peinte sur les murs des bains et 
d'autres édifices. Cependant je n'ai jamais rencontré ni 
entendu citer personne dans ces contrées qui pût se vanter 
de l'avoir vu. J'ignore l'origine des récits que l'on fait à cet 
égard; peut-être est-ce simplement le nom d'un être imagi- 
naire. 

Pour en revenir aux Zendjes et à leurs rois, le nom des 
rois de ce pays est Waklimi, ce qui signifie fils du Seigneur 
suprême; ils désignent ainsi leur souverain parce qu'il a été 
choisi pour les gouverner avec équité. Dès qu'il exerce un 
pouvoir tyrannique et qu'il s'écarte des règles de la justice, 
ils le font périr et excluent sa postérité de la succession au 



30 LES PRAIRIES D'OR. 

Jls-jJî uUb *^X*^ *t»kà* /o»«Ai^ it. flV » w «îi i to-UaÉ*jJj1 

^^Jfl *J JUL> o^ sJiJ! ^Jl ^!>>i <ic t-JUNj «xà$JI 

trône, car ils prétendent qu'en se conduisant ainsi il cesse 
d'être le fils du Maître, c'est-à-dire du roi du ciel et de la 
terre. Ils donnent à Dieu le nom de Maklandjalou, dont le 
sens est le souverain Maître. 

Les Zendjes s'expriment avec élégance, et ils ont des ora- 
teurs dans leur propre langue. Souvent un dévot du pays, 
se plaçant au milieu d'une foule nombreuse, adresse à ses 
auditeurs une exhortation dans laquelle il les invite à se 
rendre agréables à Dieu et à se soumettre à ses ordres. Il 
leur représente à quels châtiments les exposerait leur déso- 
béissance, et leur rappelle l'exemple de leurs ancêtres et de 
leurs anciens rois. Ces peuples n'ont point de code reli- 
gieux; leurs rois suivent une coutume, et se conforment 
dans le gouvernement à quelques règles de politique. Les 
Zendjes mangent la banane, qui est aussi abondante chez 
eux que dans l'Inde; mais la base de leur alimentation 
est la dorrah et une plante appelée kàlàri, que l'on tire de 



CHAPITRE XXXIII. 31 



terre comme la truffe et la racine d'aunée. On la trouve 
en abondance à Aden et dans la région du Yémen qui 
avoisine cette ville; elle ressemble à la colocasie d'Egypte 
et de Syrie. Us se nourrissent aussi de miel et de viande. 
Chacun adore ce qui lui plaît, une plante, un animal, un 
minéral. Ils possèdent un grand nombre d'îles où croît, le 
cocotier, dont le fruit est un des aliments de toutes les peu- 
plades de Zendjes. Une de ces îles, située à une ou deux 
journées de la côte, renferme une population musulmane 
parmi laquelle se transmet la royauté; c'est l'île de Kan 
balou dont nous avons eu l'occasion de parler dans cet ou- 
vrage (t. I er , p. 232). 

Les Nubiens se partagèrent en deux peuples à l'est et à 
l'ouest du Nil et s'établirent le long de ses deux rives. Leur 
pays avoisinait celui des Coptes, la ville d'Oswàn (Syène) 
et d'autres localités du Saïd : il se prolongeait, en remon- 
tant le Nil, jusqu'au voisinage des sources de ce fleuve. Us 



32 LES PRAIRIES D'OR. 

l_#J JLjlj AjjjjJÎ y^jji.iM &*J^3 *Xj»Ji jjJO ïkXjù^o g} 

-£■>— 5î <j>Laï1-j L^J-aJ^j (j^woj^jf 0/-*J ^.J-"*' (J^^ ^Akrf (j-. 
«XA**aJl (jbji ^^.-m* Jl$L J.aoa,o dl.Uï i*X-^ J-5^ àa-w*^II 

^àL*_<> *-$-»àj\ Jj Lt5]jAx» *-$aXc L^&*j Dj»9 I^AX*iJ_5 ^Aa-« 

^^^^Ji ^c ^l»^-*» J-**^^ ; tr^' y^U^j j^^i _j,iftj t^i&ixJJ 

bâtirent une grande ville nommée Donkolah, qui devint leur 
capitale. La seconde branche des Nubiens, c'est-à-dire les 
Alawah, bâtirent à leur tour une grande ville qu'ils appe- 
lèrent Sariah (Souiah, d'après Quatremère, Mémoire sur 
l'Egypte, t. Il, p. 29). 

Tandis que j'écrivais ces lignes à Fostat pendant le mois 
de rébi second 332, je fus informé que le roi des Nubiens 
résidant à Donkolah se nommait Kobra, fils de Surour, et 
qu'il était issu d'une longue suite de rois. Il exerce sa domi- 
nation sur les Makorrah et les Alawah. La portion de son 
territoire qui touche à la ville d'Oswân est nommée Maris, 
et elle donne son nom au vent marisy. Le royaume de Don- 
kolah s'étend donc jusqu'aux frontières égyptiennes, au 
Saïd et à la ville d'Oswân. 

De leur côté, les Bedjah se fixèrent entre la mer de Kol- 
zoum et le Nil ; ils se partagèrent en plusieurs tribus et se sou- 
mirent à des rois particuliers. On trouve dans leur pays des 
mines d'or natif et d'émeraudes. Ils se divisent en petites 



CHAPITRE XXXIII. 33 

JJj £ (^iCw^ cjiJv^dij ^^xîl :>!^$ c^ifciJl y six* (^^*Jli 

U&jjûLo /wC <^?yi ^*-tjte ,J ^s'î <i Ij^JtK? (*~ô'*-^_j' , >>' ^«JvhSw 

y* l_ô^jl_=-y Lil^b (j-« <^£ iL^OIj iLx-AJj C*»->jJj ***?J ij* 

(^jv—jJ— Xjîj (jOLi-j'i AÀaw jJ&j i«Xift UJiiy ^ ^j«X*U <-*.=>»■ Va» j 
<50>'^' »j k*0 *J *XOj (j^ ^£&y (Jj-^l yJ J- 1 *""? iJ^J^-o 3^i ^jwOoj 

troupes qui, montées sur des dromadaires de race, enva- 
hissent la Nubie, la ravagent et y font beaucoup de prison- 
niers. Les Nubiens étaient autrefois plus puissants que les 
Bcdjah. Mais depuis la naissance et les progrès de l'isla- 
misme, un certain nombre de musulmans sont venus s'é- 
tablir près des mines d'or et dans les districts d'Allaki et 
d'Aïdab. Plusieurs Arabes de la tribu de Rébyah, fils de 
Nizar, fils de Maadd, fils d'Adnân, émigrèrent dans le même 
pays et s'y rendirent puissants. Us prirent des femmes parmi 
les Bedjah et leur firent épouser leurs filles. Celte double 
alliance ayant accru la force des Bedjah et des Arabes de 
Rébyah, ces derniers purent, avec le secours de leurs nou- 
veaux alliés, vaincre leurs ennemis les plus voisins comme 
la tribu de Kahtân et d'autres Arabes issus de Modar, fils de 
Nizar, qui habitaient cette contrée. 

Actuellement, en 332 de l'hégire, la mine appartient à 
Abou Merwân Bichr, fils d'Ishak , de la tribu de Rébyah. Ce 
chef a sous ses ordres, outre trois mille Arabes de Rébyah 
et leurs confédérés, ceux de Modar et du Yémen, trente mille 



34 LES PRAIRIES D'OR. 

^4i fi &\j<s£ fi *^^i L-*Ji a^Jî *** ^Jt ^ 

R&JÎ j\s £5 X^Jâfi \w^ £j jj>0 a^jaaU? ^îà p-lj -JU^il 

<Xa-jj Js2fc-U« J&j ioi3!5Vs> SSJùk»^ iÏAi.AiI ^s»-Uw (jwj xAjdl 
&*} (^-A— s»-Lm*JJ y>-J j-^S-H O }^ t*r) **^S ^v-fy) rjoj» (J-» 
^i *l»î i (j^Ji C^i£* (JV- 5 *- j-^S^ iuijJI ^)-Sft £*i>^U l*>^& 

Bedjah montés sur des dromadaires et armés de lances et 
du bouclier de cuir nommé bedjawi. Ce sont les Hadrabeh 
(Hadareb) qui, seuls parmi les Bedjah, professent l'isla- 
misme. Le reste de ce peuple est païen et adore une idole 
particulière. 

La capitale de l'Abyssinie est nommée Kobar ( Ankober) ; 
c'est une ville considérable où réside le Nédjachi. Les Etats 
de ce roi renferment un grand nombre de villes et de vastes 
domaines; ils s'étendent jusqu'à la mer d'Abyssinie, et plu- 
sieurs villes abyssiniennes s'élèvent sur le littoral de cette 
mer en face du Yémen; telles sont Zeïla, Dehlek et Naçé. 
Les familles musulmanes qui y résident sont tributaires des 
indigènes. Entre le rivage d'Abyssinie et la ville de Gallafikah 
située sur la côte de Zébid dans le Yémen, il y a une na- 
vigation de trois jours. C'est sur ce point même que les 
Abyssins traversèrent la mer lorsqu'ils s'emparèrent du 
Yémen, à l'époque de Dou Nowas surnommé le maître de 
la fosse (voy. t. I er , p. 129), dont il est fait mention dans 




CHAPITRE XXX1I1. 35 

A^-ivS?^ ÀXÀUiJU jUs^Jî I^jO L^Syi} &.*&»■» -s J.rfc-Uw <JI ^AAXi^ 

(^L-ci (j>, ,b A il (j_>*X.iû (jvjj-rSsJl ^j-» £*=>^ IJofcj io:>^»* 

l^jSi *XJLft (jU)Jl ^W**-' ^v^-5""<j^=* c^ 5 \*i$ **•*? ^-^ 

-o4jl==-5Xhfc i -PLlxoi (j-« y^ Uy a^I^ 1 J, yvAAk^i^Ui»^ 

*liUij <i)jAXL j-ajl (jjJÎ f$j**3 j*!^^»^t jj4^ d-S* v-iX*». ^jf 

le Koran. Le chef actuel de Zébicl est Ibrahim, fils de Ziad 
surnommé Maître d'el-harmali. En vertu du traité d'amitié 
qui unit les deux pays, ses bâtiments vont sans cesse d'Ara- 
bie en Abyssinie , où ils transportent des négociants et des 
marchandises. C'est en cet endroit que la mer qui sépare 
l'Abyssinie du Yémen présente le moins de largeur. 

Parmi les îles situées entre les deux rives, on cite l'île de 
la Raison (djezirct-el-akl) , où se trouve une source à laquelle 
les marins se ravitaillent, et qui est nommée eau de la raison 
parce qu'elle exerce une action salutaire sur l'esprit et les 
facultés de l'homme. Certains philosophes de l'antiquité 
ont traité des vertus particulières de cette eau et en ont re- 
cherché les causes. On trouvera des renseignements à cet 
égard dans nos Annales historiques, dans le paragraphe re- 
latif aux expériences et aux formules thérapeutiques des 
médecins, tant parmi les anciens qui ont vécu avant l'isla- 
misme, que parmi ceux qui, depuis i'avénement de la 
sainte loi , ont été au service des rois et des khalifes, lbn- 

3. 



36 LES PRAIRIES 1V0R. 

(l^—cAj /j-j ji>wÂ5>^iil <il <_^J«Lj (j^=«- UjJLi ^jj (j*>./.j Uolia-wj i 

(j^y »^_jj_ii i_jJ)woj <X_iL#Ji ^ Igo ytë' (j-« <^£ Î^aXxï -jj-UJi 
Uû^Si Jjiaj jUiwî ï /*\*a3î «ilJà JJiJL» p<\ià.c r<\.*? l$j *XÀ#,N 

Ziad s'est rendu maître de cette île et y a établi récemment 
quelques agents choisis parmi ses partisans. 

Dans la même mer, et non loin d'Aden, se trouve l'île 
de Socotorah, qui a donné son nom à l'aloès socotri (chi- 
cotin), car c'est de là seulement que provient et qu'on 
exporte cette substance. Aristote, fils de Nicomachus, écrivit 
à Alexandre, fils de Philippe, au moment de son départ 
pour l'Inde , et lui donna des renseignements sur Socotorah , 
en l'engageant à y établir une colonie de Grecs, pour l'ex- 
ploitation de l'aloès qui est d'un si fréquent usage comme 
purgatif, etc. En effet Alexandre envoya dans cette île un 
certain nombre de grecs originaires pour la plupart de la 
ville d'Astagar(Stagyre) , patrie d'Aristote. Une flotte trans- 
porta ces colons et leurs familles dans la mer de Koizoum; 
ils soumirent les Indiens qui s'y étaient établis, s'emparèrent 
de Socotorah et enlevèrent une idole colossale à laquelle 



CHAPITttE XXXI II. 37 

S& p~$A»*j\ fjyiàx^?. (j\.Ajb^Aj| (j~» -^i Xaï i^fti aMÎ_j ££>y* 

j^-waJi isolai»** ^ij 1 ?" CJ-» S^-$ J"* 3 "*.? r»UïJi J*s»-Lw y~* <£}j-" 
U> À.AA^jUâ-1 »>-?>4^ *«?H^5 Jp**^M' CJ** *J**J tg?'^»**»^ 

les Indiens rendaient un culte; l'histoire de cette expédition 
exigerait de longs détails. La population grecque de Soco- 
torah s'accrut après la mort d'Alexandre, et, à l'avènement 
du christianisme, elle adopta celte religion qu'elle professe 
encore. C'est, je crois, la seule peuplade grecque au monde 
qui ait gardé avec soin sa généalogie, sans jamais s'allier à 
des Romains ou à d'autres races. Socotorah est un des points 
de relâche des bâtiments indiens (baradja) qui donnent la 
chasse aux navires arabes à destination de la Chine et de 
l'Inde, de la même manière que les galéaces byzantines 
(chanyeh) poursuivent les musulmans dans la Méditerranée, 
le long des côtes de Syrie et d'Egypte. On exporte de Soco- 
torah l'aloès dit socolri et d'autres drogues. Plusieurs parti- 
cularités curieuses relatives à cette île et aux vertus des 
plantes ou drogues médicinales qu'elle produit se trouvent 
dans nos précédents ouvrages. 

L'autre branche des Abyssins, qui, ainsi qu'on l'a vu, se 



38 LES P11A1R1ES D'OK. 

A^jilij *K>jSj J^y^l? «Jo^Uij u*^-4^ cr^^r*.? »Atf«x*j 

y q e V«<j y5ij_**Jl (j*La^»-Î £jÇ3?^5i> ^c lÀX>i «XSj »&£ 

i L^jSij J^l-A-iJ ^ yU^Ji jL^-i^i cjU.S'i *^><xj^ 

dirigèrent vers le couchant, se composait de plusieurs peu- 
plades nommées Zagawah, Kawkaw, Karkarah, Medideh, 
Maris, Mabras, Melaneh, Koumati, Doweïlah, Karmah, etc. 
qui avaient chacune un roi particulier et une résidence dis- 
tincte. La nomenclature des variétés de la race noire, leur 
situation géographique et relativement à la sphère, l'expli- 
cation des causes qui rendent leur peau noire et leurs che- 
veux crépus, tous ces renseignements et d'autres encore sur 
l'histoire de leurs rois, les particularités de leur vie, leur 
arbre généalogique, etc. sont rapportés dans la première 
des trente sections dont se composent nos Annales historiques. 
On trouvera, en outre, dans notre Histoire moyenne des 
détails sur le même sujet, détails omis dans le premier de 
ces ouvrages; dans ce livre nous ne mentionnons que les 
choses indispensables, qu'on ne peut passer sous silence. 

Lorsque Amr, fils d'el-Ass, fit la conquête de l'Egypte, 
Omar, fils d'el-khattab, lui écrivit de combattre les Nubiens. 



CHAPITRE XXXIII. 39 

J^5*X_=-^J jjy..^ w* l\ (^[>** ^Jj-*-îi iùjl^o X\i) L^â ^« 
j^C WWj SKi_j U*vij yt-ÀUvj y*.^»"^ U*J *^** c ^^ 1 *i*Ji à«Xfcj 

L'armée musulmane les attaqua et reconnut qu'ils étaient 
d'habiles archers. Aussi Amr, tant qu'il résida en Egypte, 
ne leur laissa ni paix ni trêve. Son successeur, Abd Allah , 
fils de Saad, leur accorda la paix, moyennant un tribut dé- 
terminé d'esclaves nubiens que s'engageait à lui procurer 
le roi nubien le plus voisin des musulmans, le chef des 
Maris, etc. dont il a été question au commencement de ce 
chapitre. Cet impôt devint annuel, et il s'est transmis jus- 
qu'à nos jours; il est adressé directement au gouverneur de 
l'Egypte, et les Egyptiens ainsi que les Nubiens lui donnent 
le nom de hakt. Il se compose de trois cent soixante-cinq 
esclaves fournis au trésor public en vertu de la trêve con- 
clue avec les Nubiens. Ce nombre est basé, si je ne me 
trompe, sur celui des jours de Tannée. On y joint quarante 
esclaves pour le gouverneur d'Egypte; vingt pour son dé- 
légué l'émir qui réside à Oswân, sur la frontière de Nubie, 



40 LES PRAI1UES D'OH. 

fi 

fcjSUfcJjàWj-A-è tm\j yjy-*** tfH*^' >*5 k***' î«^* U***J 
^LJf^ wA-«^' L#-»£.aAj <3^î (j^H^Î j-*& U»£)\ KétJr kJùJi 

&+*?■} *U*-«*w (j^^.AàaC'j lajldi i*X^ <\a* Aw**j ^«XJi ^éj^ij 
^ JU«*I iC/Uw <^2 y&} j.hX*.}\j OjJU viLm C^Uté y^ io^jdl (j-« 
itAs>»Jti i iiÀj<X^ 5«Xiû (jj^X.J 5j^,.> (jw« cjJiJlj yi^j-wî *àj*X^> 

A— twjb' ^_y C^-A-.£&j (jj>-^ (J"? i^-Jt» *AS>-j (^J ÀÀjlfii y5t^.J&.L> 

et préside à la perception du baki; cinq pour le grand juge 
de cette ville, qui assiste avec l'émir à cette réception; enfin 
douze pour les douze notaires qui servent d'assesseurs au 
juge en cette occasion. Telles furent les stipulations con- 
clues au commencement de l'islamisme, lors du premier 
traité entre les musulmans et les Nubiens. Le lieu fixé pour 
la perception du tribut en présence des personnages sus- 
mentionnés et des commissaires nubiens accrédités par le 
roi est nommé el-Kasr (le château); il est à six milles 
d'Oswân, clans le voisinage de l'île de Boulak. Boulak est 
une ville située près de la Cataracte {el-djenadil) dans 
une île entourée des eaux du Nil (Philè), comme les villes 
bâties sur les îlots de l'Eupbrate entre Rahbah-Malek ben- 
Taouk et Hit; ces villes sont : Taousah, Anah el el-Ha- 
ditah. Boulak possède une chaire (pour le prône du ven- 



CHAPITRE XXX11I. 41 

ik-i-' UA..A-À-XJ (J^J^I *î_5-iJt tà^i j.Ai^j.AA-J t^vAXAÏ- Js_ïOi 

«»._Aa.AJi iLjyjiS a.$JLjj3 c^**aJj (j^aaaw Js.xj u&^i; y-« cPjJj 
y ïj^O-^Jl J^SïUl y y J<._ïUl Joj\ (j* \$jjè % Ajjîfl ^3 
J.__^-Ji ,£5 J^-a-w.À^Ij <jLwJi (j~* Ci\AÀj Jo ^àjS (^ 4_a,aàj 

(jî^AuL ^ij JïX i^J J&J (j^AÀi »ij.Àii (^ £J-=^ ^Jj"*** 3 "^ 

L^_»-L«=_ (Jji^J JUj"*"^ jjbjî <j *X._-ià i^AAJ £»"*•*£> (_ft"^""*+' (J-* 

j«X_*_ j A_jj_JLJi u-> c.La.a_J| 5«X£& cxxaXj! io^ÂJÎ kiLA^o <Ji 

dredi) , une nombreuse population musulmane, et de vastes 
plantations de palmiers sur les deux rives du Nil. C'est le 
terme de la navigation des musulmans et des Nubiens venus 
d'Egypte et d'Oswân. La ville d'Oswân est la résidence de 
plusieurs familles arabes issues soit de Kahtân, de Nizar 
ben Rébyah et de Modar, soit des Koreïchites; le plus grand 
nombre vient du Hédjaz ou d'autres parties de l'Arabie. Le 
sol y est riche en palmiers et d'une fécondité telle qu'un 
noyau, semé dans cette terre, produit un palmier dont on 
peut manger les fruits dès la deuxième année. Ni Basrah, 
ni Koufah, ni aucun pays de dattes ne sont doués d'un 
terroir aussi fertile; à Basrah, par exemple, le palmier 
provient, non du noyau, mais du turion et du fruit nou- 
veau nommé el-façil, jeune palmier. Le rejeton provenant 
du noyau ne fructifie point et ne peut être fécondé. 

Les musulmans établis à Oswân possèdent plusieurs 
fermes qui s'avancent jusqu'en Nubie et pour lesquelles ils 
payent une redevance territoriale au roi de ce pays. Elles 



42 LES PUA11UES D'OR. 

*Xi^ -yc!i *3J|U Js ^*a^> Jo^i (jvs- y^>Ui Jî ^iX^Uvi 

»4X_d> ^s ^e-^JÛTjt Lffl_5 /<swJ 4^M! -^J 8*^*** r»^*î|j **U*i> 
k«S^ J^..*Ji tM-Jj ^^*^i CJ-« W^ &*3 ul***^ **d*^Ç *4sa»Ufr 

furent achetées aux Nubiens, dès les premiers temps de l'is- 
lamisme, sous les Omeyades et les Abbassides. Le roi de 
Nubie profita du passage en Egypte du khalife el-Mamoun 
pour porter plainte contre les détenteurs de ces biens. Ses 
députés vinrent trouver le khalife à Foslat et l'informèrent, 
de la part de leur maître, que certains sujets et esclaves du 
roi de Nubie avaient vendu plusieurs domaines à leurs voi- 
sins les habitants d'Oswân; que, cependant, ces domaines 
étaient la propriété du roi, et non celle des vendeurs, qui, 
en leur qualité d'esclaves, ne pouvaient posséder et ne 
les détenaient que comme ouvriers attachés à l'exploita- 
tion du sol. El-Mamoun renvoya l'affaire devant le juge su- 
prême d'Oswân, assisté des cheikhs et des docteurs de l'en- 
droit. Cependant ceux des habitants d'Oswân qui avaient 
acquis les susdits domaines, apprenant qu'une expropriation 
les menaçait, eurent recours à un stratagème. Us persua- 
dèrent aux Nubiens dont ils avaient acheté les fermes de 
ne pas se reconnaître comme sujets du roi de Nubie, en 
présence du tribunal, mais au contraire de dire : « Ô mu- 



CHAPITRE XXXIII. 43 

m aJJUa^- (;jv^*JLl j-îibc* UXaaaw i_jJy»J y ^5 *!?àjAXJu (Hjfti 
Jw.fi /<\ji /<\jO ^U «j AÀÎli^JS tiKjj aJCfiUo UaA* fc-*^: (♦£&<> 

jL«^ /j«*^w« £>^X.j (j^ iijj-iiJi (jbjlj f-W^Î 4m (j*UJi ci>ji^jj 
j^-=-î LaJLoj y^É £^J fcjfc*^» i wiUii i JsJÛ AiTtf Jj&l Aj^àJÎ 

sulmans, votre conduite à l'égard de votre souverain est 
aussi la nôtre. Comme vous, nous lui devons obéissance et 
fidélité; si vous êtes ses serviteurs, si vos biens sont sa pro- 
priété, nous partageons avec vous ces obligations. » Lorsque 
ces Nubiens comparurent avec l'agent du roi en présence 
du tribunal, ils firent celte déclaration, ou du moins une 
déclaration analogue et conforme aux inspirations qu'ils 
avaient reçues. En vertu de leur refus de se reconnaître 
sujets nubiens, la vente fut reconnue valide, et jusqu'à ce 
jour les domaines enclavés dans la province de Maris sont 
restés aux héritiers des premiers acquéreurs. Depuis lors, 
les sujets du roi de Nubie se divisent en deux classes : les 
hommes libres dégagés de toute servitude, et les esclaves 
qui sont domiciliés ailleurs que dans la province de Maris, 
qui est voisine d'Oswàn. 

La mine d'émeraudes est située clans le Saïd supérieur, 
dans la province de Kibt; il faut passer par cette ville pour 
se rendre à la mine. L'emplacement sur lequel elle se 



44 LES PRAIRIES D'OR. 

^Ji 3 fc^Ll* ojy*U u^ 1 ^ C5^ *^'j JU=-j j^U^. 

j-A_5 JlU oj-*j Jj-^Î f.^1 f'yî **y' £>*** u^-M '^ tr* 

$j \*X*5~*_*Jt (J^Wi î«XiÛj ^-L*Ji ^ UJ 1 ^ ^ ^""V të yiïj* . 

sSsjt» i ^Ujmj ^j^vJl? j»>s? j^S £>*^j àlj*Jî JJ <_^U? 

&) rb-*^"*^lï 4?^ a^is*. x*Ajj *>j# ijJLI j^'y^ 
eJliJi «yJlj Aâ^Lîj j-àll jUas-l J^! i j^Iôj &&& u*$\ 

trouve est nommé Kharbah (la ruine). C'est un désert sil- 
lonné de montagnes et gardé par les Bedjah, qui prélè- 
vent un droit de passage sur ceux qui vont à la recherche 
des émeraudes. Les émeraudes provenant de cette mine 
sont de quatre espèces. La première est appelée mar; c'est 
la plus belle et la plus chère de toutes; elle est d'une belle 
eau et d'un vert éclatant qui ressemble à la poirée la plus 
colorée, sans aucune tache ni teinte noire. La seconde espèce 
se nomme maritime (buhri) :on lui donne ce nom parce que 
les rois des contrées maritimes comme l'Inde, le Sind, le 
Zendj et la Chine, l'estiment beaucoup et la recherchent à 
l'envi pour en oi^ner leurs diadèmes, leurs couronnes, leurs 
bagues et leurs bracelets. L'épithète bahri n'a pas d'autre 
origine. Celte émeraude vient après l'espèce mar comme 
beauté; elle a la couleur et l'éclat de celle-ci; elle est d'un 
vert tendre, comme celui des jeunes pousses qui se mon- 
trent à la base et au sommet des branches de myrte. 
La troisième espèce d'émeraudes est nommée occidentale 



CHAPITRE XXXIII. 45 

*3Jjjl4jJfc.^I y^ yi^ (J*yJl^ xJU*aJlj *XÀ&S>Jlj &a]?LJLj 

S cj_jLa_a_> £fjà\ i^Aj Aj^Aài- aXjj 5^Lo aXaJ I^JLff l^Aïî^ 

Ly-5i> U jb»* lilj jLûj-êJ! ^ g^Jl îis-tf» ^«3 £* y!_jJ^I 

[magrebi). En attribuant cette espèce au Magreb, on a voulu 
dire que les rois de l'Occident, tels que les rois francs, 
lombards, espagnols, galliciens, gascons, slaves et russes, 
bien qu'ils habitent pour la plupart les régions septentrio- 
nales entre l'Orient et l'Occident, ainsi que nous l'avons dit 
en parlant de l'établissement des fils de Japhet, se dispu- 
tent cette pierre avec ardeur, comme les rois de la Chine 
et de l'Inde se disputent la seconde espèce dite maritime. La 
quatrième espèce est nommée sourde (asamm) , c'est la 
moins belle et la moins chère, parce qu'elle est d'un vert 
pâle et d'une moins belle eau. Elle renferme plusieurs va- 
riétés, qui diffèrent par leur nuance verte plus ou moins 
prononcée. Pour résumer ici les caractères qui constituent 
la beauté des émeraudes et en rehaussent la valeur, je dirai 
que l'émeraude dont l'éclat est le plus brillant, le vert le 
plus vif et le plus pur, sans aucun mélange de noir, de 



46 LES PRAIRIES D'OR. 

AJy=" ii »<w.Jl (£}■**•+ y) ^-« &**Ài (ja (j^i j^ÀJ) <_££ ^vjiilà 

jaune ou d'autre couleur, celle enfin qui ne présente aucune 
tache, est, dans chaque espèce, la plus belle et la plus 
estimée. On trouve des émeraudes depuis le poids de cinq 
mitkal jusqu'à la grosseur d'une lentille. On emploie des 
rangées d'émeraudes dans les colliers et différentes parures. 
Cette pierre précieuse peut présenter plusieurs défauts: 
une fissure, un caillou, des veines blanchâtres qui la sil- 
lonnent à l'intérieur. Les minéralogistes et les connaisseurs 
conviennent tous que si un serpent quelconque, une vipère, 
un dragon , etc. regarde une émeraude pure , ses yeux se 
crèvent aussitôt; que si l'on fait avaler à un homme, dès 
qu'il a été mordu par un de ces reptiles, deux danek de 
cette pierre, il n'a plus à craindre les ravages du venin; et 
qu'enfin on ne voit aucun serpent dans le voisinage de la 
mine. L'émeraude est une pierre tendre et friable qui se 
pulvérise sous l'action du feu. Les rois grecs et, après eux, les 



CHAPITRE XXXIII. kl 

^..jûi^Ji^JLw ^o yjjjJl i &ziX s i^vtffi j*UIî 3 xsiV^Ji 

i l$3jjc)l axjj^I *l^j^l »*X^ (j^ *>«*=?-^> U ji^sij *aj«XxD 
-liLCwij (_AJuii^ ^U-j^iJÎ ^ Kaw lil aa* (j**âLm yby (jbj^i 

i^_j (j-. «X_À-j-Ji (jbjî ^ J^rT *Xj>j l$j5i> -..XJiii -e-o^îj 

souverains de Roum faisaient grand cas de cette pierre et 
la préféraient à toutes les autres, à cause de ses propriétés 
merveilleuses, de ses vertus et de sa légèreté spécifique que 
nulle autre pierre précieuse ne possède au même degré. 
C'est ordinairement dans les filons souterrains qu'on ren- 
contre les quatre espèces d'émeraudes, et on les recherche 
avec empressement lorsqu'elles sont droites, sans trous, 
d'une forme régulière et ovale, tandis que celles que l'on 
trouve dans la terre et enveloppées d'argile sont les moins 
estimées. Mais à la surface du sol, dans les vallées et les 
montagnes voisines de la mine, on ne trouve que deux es- 
pèces d'émeraudes décrites ci-dessus, X occidentale et la sourde. 
Une province de l'Inde , le Sindàn et les environs de Rambaye 
dans les états du Balhara roi de Mankir (voy. t. I er , p. 177) , 
fournissent une espèce d'émeraude qui égale celles dont nous 
avons parlé, pour l'éclat, le beau vert et le brillant des re- 
flets; mais elle est d'un grain plus dur et plus pesant. Il faut 



48 LES PRAIRIES D'OR. 

iôîji ^i ^S Ufc>5i> -*>odî i^xjj^i ^y^ (jj.-Jj «XÀ^Ji ^ji ^ 

U&»jS*5 *i\jLàJl j^>Ij.4* jW--' IsyuJ^H <^_ UajI *XSj t_Ajt>Ji 

yUyJij_Ai-.i IàjU£_=> £ --l>_u^i_j ^--i*Ji (_^a Igjilx^o _juo^ 

JJliîj *aM JU_=-_JI^ ii^ôsUI ^M! u- yb^xil s_L>î ^ 
/*-£ iL>ij_Kj! ^^i &** +*£ *-* _s.a«a_.j <J_tl5T cj*X:=»^_j 5yS'|iXj| 
^ jJij_ij_iL ^ c^àJ! I-N..& ci>^3 y<Xjiit i<Xg~> AXi^it* (_aAa_vj'Î 
& iLÀ-wJi tj_» Jy-ti £jj_=3jj JJjb :^o^Ji y! j-*is? *_>"*!r' V 6 



d'ailleurs une grande expérience et beaucoup d'habileté pour 
distinguer cette espèce des quatre autres que nous venons 
de décrire. L'émeraude de l'Inde reçoit des joailliers le nom 
de Mekki, parce qu'elle est portée à la Mecque, après avoir 
passé de l'Inde à Aden et dans les autres ports du Yémen. 
Telle est l'origine du nom que porte celte pierre précieuse. 
On trouvera des détails circonstanciés et tous les éclair- 
cissements désirables sur les pierres fines ou d'autre espèce, 
ainsi que sur les mines, dans notre ouvrage intitulé Annales 
historiques touchant les peuples tombés dans l'oubli, les géné- 
rations .passées et les royaumes qui ont disparu de la scène du 
monde. J'ai rencontré dans le Saïd quelques personnes ins- 
truites et parfaitement renseignées sur cette mine et sur les 
qualités de l'émeraude, lesquelles m'ont assuré que le vo- 
lume de cette pierre croît ou diminue selon les saisons, sous 
l'influence des matières qui chargent l'atmosphère ou du 
vent qui règne à l'un des quatre points cardinaux; elles 



CHAPITRE XXXIII. 49 

&j-* à .Q t^yi-»^ Axjji/i ^l?y <j* 9-y» ^y^i -"lyfr" ^y *>* 

* i ^ . ifty-y ^ jiUil y^s\ AijJCf ^.i (j^^Uifcl ^ t^>«X>5 

JwvJ wJoL^-^jLxiî (jl il_jjj ijjjt^^-? ^J^fj jj^etyail l#*i 
jL^L ^Uiiji Ài^Ji_j j+.+>«s (j& •?.(-*> 355 ^ à *^ jjW?^lj 

^kXJl JL^-iLL Ô^xii J-^J-U (;JV.J^ l_>UJi i*Xjf> £ C^AA^^M^ 



ni'aflirmaient aussi que la teinte verte et les reflets brillants 
de l'émeraude augmentent au commencement du mois, et 
sont dans leur maximum d'éclat pendant la pleine lune. J'ai 
lu dans des traités de minéralogie que les mines de soufre 
blanc, jaune ou de toute autre espèce, deviennent plus 
abondantes dans les années où les orages sont plus fréquents 
et plus violents. Nous avons déjà signalé la même particu- 
larité en parlant du camphre qu'on recueille dans la pro- 
vince de Mansourab et dans d'autres contrées de l'Inde. Mais 
discourir longuement, c'est imiter le bûcheron qui travaille 
la nuit. (Voyez sur' ce proverbe Les séances de Hariri, pu- 
bliées par MM. Reinaud et Derenbourg, t. I, p. 5.) La con- 
cision consiste à donner un aperçu rapide mais complet du 
sujet qu'on traite, et le bon écrivain sait être clair tout en 
restant concis. Sans ces considérations, il me seraii aise de 
développer ces questions. 

L'emplacement de la mine d'émeraudes qui se nomme 

III. Ix 



50 LES PRAIRIES D'OR. 

if+'àj kiS &3 r»^ ***-*»* &J*"» 9 jy.à^N (j-« <*»*-* S^*? Ïj\~+Jti\ 
ia-i-jjj JjvaJI ( i ^j tV*^-' **^y jcyjyi* ù^xx^o ^ I^aPj 

t^^jû^kî! ^.Xx^^j ^^Xj«JL l^lo J-aaaj y«Xxil i<X#J &&Ui 
J»-*-*-N,J Ji^Xj^i (J>J$ vW' i«^& i Ei»i U^^XS U l^j+)>2»- <^c 

yl^^pj <xàj*X-« ajJI 5jU«xJl S^l? d&5wi 1xav_j ijA^j (\jv.^ qj-« 
iiÀJ»X«ç L-taj^ïj Lgj^l^K-j *Xao/U Jo_jjJjj ^^XjiJJ (£#■*>*?. W"""*-? 
,£j e^U>-i^J| i^ Ub AjyJL y_j,iaA^. yi^wi cMîj yl***^ 

el-Kharbah est à sept journées de marche des pays habités; 
les villes les plus voisines sont Kift, Kous (Apollinopolis 
parva de Strabon) et d'autres localités du Sâïd. Kous (est 
sur une langue de terre qui) avance dans le Nil; Kift est à 
environ deux milles du fleuve. L'origine de ces deux villes 
et leur histoire sous les anciens Coptes présentent des faits 
intéressants; mais Kift menace ruine maintenant, tandis 
que Kous est plus florissant et plus peuplé. Le territoire des 
Bedjah nomades, où se trouve la mine d'or dont il a été 
parlé ci-dessus, touche au pays d'Allald, et celui-ci est à 
quinze journées du Nil. Les habitants d'Allaki boivent l'eau 
de pluie; cependant ils ont une source qui traverse leur 
pays. Allaki doit son nom à la ville d'Oswân (Syène), qui 
est la plus voisine de son territoire. C'est à Oswân qu'arri- 
vent de la Nubie des caravanes chargées de marchandises, 
et sa population est très-mélangée de Nubiens. 

Les Oasis s'étendent entre la province de Misr, Alexan- 



CHAPITRE XXXlli . r > ! 

(jv-S^iXuJj^ (jOCÀJi'l ÀJLui ^j i*Xifc UjCi^ £ c^»l>-lyl <_/w>U?j 

p 

Z-*~*->2 ^>^J ^S=*- O*^' CJ-* O^l d <-~Jï-5 <^&<^»U «i!jy ,i * 

p. 



(J-« 



drie, le Saïd, le Magreb et la partie de l'Abvssinie habitée 
par les Nubiens et d'autres peuplades. Nous avons donné 
dans nos ouvrages précédents des détails sur ce pays, son 
degré de culture et les propriétés du sol. Il est riche en alun 
et en vitriol , et renferme des sources d'eau acide et d'autres 
sources minérales. En la présente année 332 de l'hégire, 
le maître des Oasis se nomme Abd el-Mélik, fils de Merwân ; 
il est issu de la tribu des Lawatah, mais il appartient à la 
secte merwanite. Il a sous ses ordres plusieurs milliers de 
cavaliers montés sur des chevaux et des dromadaires. Ses 
Etats sont à près de six. journées de marche de l'Abyssinie 
et à la même distance des centres de population que nous 
venons d'énumérer. Ce pays, doté de productions spé- 
ciales et de curieuses particularités, se suffit à lui-même et 
n'a aucune relation ni aucun rapport d'intérêt avec ses 
voisins; il fournil à l'exportation des dattes et du raisin sec 
et frais. M'étanl trouvé, en 33o, à la cour d'el-Ikhchid Mo- 

A. 



52 LES PRAIRIES D'Oll 

S^a* ï J^.x.9 y^ JJ*X5^ *.^-oji ^Ij.-^ <j-* <*-^£ Ji Ous»J>-l 
U^ i^^X-J <j-« J^? L»J ^b""'' fl?"*^ <-*~*ï»Ji o« a^$-0;L> Is 

A-Aà^ls*. û>_jAfc x»*dî_jJti (jàJWLj ( ji ^^iaÀii <_^=»-lo »5i> *Xij 
L,*^ — à — * f-V*-' <^*^ fr^l^^* ^-J *-^** J^-***-*» 1 ^ 1*5 Vj§ J.^jtX**j 
*J— * ^1 L-A-ti kJLs? ^ Sj'j-Xt il l<£t* »3* y '3 «j-ii y3-w^' 

*Hi c^-iaJLk. iàî Lt^S'i -*>oiii <>LyU.o i^j 4^Ji A^xlo^i 

hammed, fils de Tagadj, avec l'agent du roi des Oasis, je 
l'interrogeai sur tout ce que je désirais connaître touchant 
son pays natal, car telle est la coutume que j'ai constam- 
ment suivie à l'égard des contrées que je n'ai pu visiter par 
moi-même. 11 me renseigna sur l'alun, les vitriols de toute 
espèce et les productions des Oasis, comme sur les sources 
acides ou autres qu'on y rencontre. 

L'auteur de la Logique (Meteorologica, 1. II, § 3) dit que 
certains pays possèdent des sources d'une acidité telle qu'on 
les emploie en guise de vinaigre. Il cite d'autres lieux où 
se trouvent des sources qui communiquent leur amertume 
à tout ce qui est en contact avec elles. Suivant Arislote, la 
saveur des eaux dépend de la nature des terrains, selon 
qu'ils sont mélangés d'alun , de matières ignées ou de cen- 
dres. Il cite comme exemple les saveurs différentes des ter- 
rains de la Sicile, qui modifient le goût de l'eau avec laquelle 



CHAPITRE XXXIil 53 

ii^&l^ L^o^xL ii.X.s.1^ l^i^JCiwi^^o ^£ ÀiXxJ^. &>ydo tëï\s\ 
j#j ,jcL*\àj £W\j ^A} ^jJij <->*.xl\ l*3 5 U **»U pyJa-M 

a.2*-[A j«xju Jowii (j~»j 5v^="- cj-* tX-*-*-*-**^ yU s O*£? ^jo ^> 
a_»U «\_aJI gr^xa? Ltf %*â=>! Jw«oo:^i (ji_j « x .w*. "> JJJj *j« aaj! 
j^kjJi jj^Xjj *UaciM ^*^ -^jW^ (j^ W**^.j ^Uàt^i 3j-> 
£-VS> gU>-#l p tll (jîj «JwUjf^ *>^*4I j'^-i? AÀ-o »2>U)JI (ji 3 
^jyJLÎij £jy^ j-*-*J ^^-^ y^ J^^BJij <>^ a«>^ cj- 



ils sont mélangés. On compte huit saveurs distinguées pai 
les noms suivants : doux, goudronné, sucré, salé, acide, 
amer, astringent et acre. Mais cette classification n'est pas 
absolue. Quelques auteurs admettent sept saveurs, d'autres 
six seulement; toutefois l'opinion la plus répandue est celle 
qui en porte le nombre à huit, telles que nous venons de 
les éuumérer. Les vertus des eaux ont donné lieu chez les 
anciens à des opinions diverses. Ainsi ils considéraient l'eau 
douce comme nutritive et favorable à l'expulsion des mu 
cosités, quand elle est chauffée; ils reconnaissaient que 
l'usage interne et externe de l'eau chaude, dans des pro 
portions modérées, nettoie le corps, mais que l'abus énerve 
et affaiblit les membres; que l'eau froide donne de la 
vigueur et désaltère, mais que, prise à trop fortes doses, 
elle engourdit et paralyse. D'après l'opinion des anciens, 
l'eau gazeuse acidulé doit être employée dans les obstruc- 
tions du foie et de la rate; l'eau sulfureuse dans les blés- 



54 LES PRAIRIES D'OR. 

' g '* f'V; *«3<*U cf**^ O^ *^*-5 u*i^b *x**4^ <2> cjv**jW 

cJ ^ <ÎLaJ) i)J U» <*Jt*.**J JoljtJi l$J»ji.« fc^ jrtfc^Wwii jj}.Ààw* (j~« 

sures, les plaies anciennes el la gale; l'eau de borax clans 
la gale et les pustules; l'eau de goudron pour les douleurs 
de reins et les maladies de nerfs. L'eau de fer adoucit les 
entrailles et l'intérieur des viscères; l'eau de cuivre corrige 
l'humidité et les pesanteurs du corps et de la tête; l'eau de 
gypse (chaux sulfatée) ride l'estomac, le resserre et le con- 
tracte; l'eau de vitriol (sulfates) est hémostatique; l'eau de 
mer sert dans le traitement de la lèpre; selon quelques-uns, 
prise en petites doses avec de l'huile d'amandes, elle corrige 
les humeurs malignes. On dit aussi qu'elle affaiblit beau- 
coup la vue. On ajoute que l'eau la plus salutaire est l'eau 
blanchâtre et mélangée de borax qui sort des montagnes 
d'argile et se dirige de l'orient à l'occident, parce qu'elle est 
plus promptement impressionnée par la chaleur et le re- 
froidissement de l'atmosphère. La nomenclature des eaux 
et l'analyse de leurs propriétés utiles et nuisibles ont donné 
lieu à de longues discussions qui ne peuvent trouver place 



CHAPITRE XXXIII. 55 

Jl_j Ltf jUfj **^-=»j (^-«^' cU* fcr* U^ ^ yftJ^^I -*^ 

j 

j j 
&r£ i^S- y£>$ &jk&^ *iUâj'î j~^Jî î <X.£j j *XÀ«Î ^f\**-r>J U.Xj>j 

(j^ bj5i> Uj jLïïOî i J"**^ ^AOa^> *til (j\^ yij .XÀ^Jl ^^ 

ilUd-^A^si ^ <_***©! ^iù<jj. j^sOî AaXê t5^=»-î ^ uW^ 

Uûj^aw y II ^ c^^ài^Jtl **iljij tgvivxil^JË^ii jjLw_j -J)Aàîi »^? 

dans ce livre, car ce n'est qu'incidemment que nous nous 
sommes laissé aller à parler d'une semblable question. 

Toute la rive abyssinienne de la mer de Kolzoum, à 
l'ouest du Yémen, de Djeddah et du Hédjaz, est un pays 
misérable et improductif; il ne fournit au commerce que 
l'écaillé et les peaux de panthères, dont nous avons déjà 
parlé. Il en est de même de la rive opposée, le pays d'ech- 
Chihr et d'el-Ahkaf, depuis le Hadramaut jusqu'à Aden; 
toute cette côte est dénuée de ressources , et sa seule pro- 
duction est aujourd'hui l'encens nommé elkondour [xjôvhpos, 
juniperus lycia). Cette mer, qui aboutit à Kolzoum, est à 
droite de l'Océan Indien , bien qu'en réalité ils communi- 
quent ensemble. Parmi les mers et les golfes que forme la 
mer d'Abyssinie, la mer de Kolzoum est la plus dangereuse 
par le nombre de ses écueils et les miasmes qu'elle dégage; 
elle est aussi, dans toute son étendue, la moins riche en 
productions. Tandis que, dans la saison favorable à la navi- 



56 LES PRAIRIES D'OU. 

xJuJîj Uxîij yi^jAisI} 0-jÀj^i -jolAà* (j-45 g-UIl *jIj^ slyi 

Uft^Qa-ij j.^4j (JÀA.JI «jW^ «JjJ*^ J-***Nj C^kJi^ «Xjjlj^l 

gation, les bâtiments voyagent nuit el jour sur la mer d'A- 
byssinie, dans la mer de Kolzoum, au contraire, dès que 
la nuit arrive, ils sont obligés de jeter l'ancre dans certains 
endroits connus comme points de relâche, tant ses récifs, 
ses ténèbres et sa navigation si dangereuse leur inspirent de 
terreur. Loin de participer aux richesses de la mer de l'Inde 
et de la Chine, elle en est entièrement déshéritée. Les mers 
qui baignent l'Inde et la Chine recèlent des perles dans 
leur sein; les montagnes qui les bordent produisent des 
pierres précieuses, de l'or, de l'argent et de l'étain. Sur leurs 
rives vivent les animaux dont la gueule fournit l'ivoire. 
Dans les forêts poussent le bois d'ébène, le bambou, le 
jonc, le bokam (bois du Brésil), le teck, l'aloès, le cam- 
phrier, la noix muscade, le giroflier, le bois de santal. Ces 
parages produisent l'ambre et toutes sortes d'aromates et 
de parfums. Parmi leurs oiseaux on remarque des babagi 
(au singulier babagah, perroquet) blancs ou verts, ainsi que 
des paons très-variés de taille et d'aspect, dont quelques- 



CHAPITRE XXXIII. 57 

i*X_£Û_j àl^Ji ( 1 y-S-W ^J^T""*^ «r**^ ^r• s ■J^-*= , Lr* JT/"^ ^* 

dL**i^_jjû ^ JJi (jv*5î <j-« W-**5j3 *^frM (j^jw *K*iJî six». 

p 

5V*I (jj^j <*-*-*k^ LgjUùiî (jàxj ^£ aK^_j 5«Xà»-Uli *-o ^£> 
^jjli <Xi ^tKJi >.».s^J!j «Ji^LJ! i_^aL ^-fr*-* £*^' CJ-* VjtJ - ^ 

-^Lèi/i^ aLJî ^Wîj pU-jJIj JU-^Ji (jw. ^^.Jiji^ib ^ 

L^_jL*-^^ ^H'^ ii)GL» (j^jjÇ^S ^-^^l? lolàJdi^ cjjJaJlk 

uns ont la stature de l'autruche. Parmi les petites espèces 
de quadrupèdes on trouve le zibet (viverra zibetta), aussi 
commun dans l'Inde que le chat en pays musulmans; 
comme ce dernier, il a le pelage tigré; c'est de ses ma- 
melles qu'on tire le singulier parfum nommé lait de zibet. 
Enfin, à une certaine époque de l'année, une sueur qui res- 
semble au musc suinte de la tête et du front de l'éléphant. 
Les Indiens, connaissant le moment où cette sécrétion par- 
fumée se manifeste, la recueillent avec soin et la mélangent 
avec d'autres onguents odorants, ce qui en fait le plus cher 
et le plus précieux de tous leurs parfums. Ses différentes 
propriétés le font rechercher des rois et des grands. En 
effet, il parfume l'haleine, il passe pour être plus enivrant 
que toute autre substance odorante et agit puissamment sur 
celui qui le respire. Les deux sexes l'emploient comme un 
aphrodisiaque énergique qui excite l'ivresse des sens et rend 
le corps plus alerte, plus dispos et plus gai. Les plus braves 
soldats de l'Inde en font fréquemment usage avant le com- 



58 LES PRAIRIES D'OR. 

U^y-JL^i^ J*>O^I <^£ ^a*S!3 (j*À»Jl t^^Sjjj (-JJiii £^S> ^ 
^«XjS^Jji (j.jj^f ^ JJot) ^ yî^Cu Jl^? dJJî <XÀ£ J-siSi 



M* 



bat, dans la conviction qu'il augmente leur courage, les 
aguerrit contre le danger et les pousse aux actions d'éclat. 
C'est principalement au moment du rut que cette sueur 
(sécrétion muqueuse) découle du front de l'éléphant. Quand 
l'animal est dans cet état de surexcitation, ses cornacs et 
ses gardiens évitent son approche, car il ne les distingue 
plus des étrangers. Il erre alors au milieu des vallées, des 
montagnes et des jangles, loin des lieux où il a vu le jour. 
Le nouchân ou rhinocéros lui-même fuit son abord et s'é- 
carte avec terreur des parages où l'éléphant se montre, 
parce que, dans son ivresse amoureuse, celui-ci ne fait plus 
de distinction entre cet ennemi qu'il redoutait jusqu'alors 
et les autres animaux. Dès que la saison du rut est arrivée 
à son terme , l'éléphant regagne son pays , dont il s'est éloigné 
d'un mois de marche , ou même davantage ; mais le délire 
qui l'a agité ne le quitte pas entièrement et le rend souffrant 
pendant un laps de temps égal à celui de la crise; d'ailleurs 



CHAPITRE XXXIII. 59 

»x^^_Mj s^a^ ^ aaaàj \ijSi> L<j\3^ <*-s>l^ (j-« IàC*^*! aàc 

c^j -4 " ^ L«y <_>^*xJi tij_jî^L« (j\o_j *àjo ^_yiil_j *JysÀJi 

A_^_-i ^ Lg_cLiJ«^«ij Sj<x£jj &J*** Uj l^iU» *t_U yl^ jiî 
<_^isJ ^^.J ^' J^j^Sl £ <X>jJ JJi (jl^ -Kjlio (J?r*- 

*X_A_ÀAJ*- CAJj-i*3 <JG)«X^5_j l^JsjL,AjCj»^é> ^L\!>\*3 (ji^9 ^LJtl 

Js-^iJLj LJ.XX» *iliu35 Ajbuai pLJLî ^lau <^c \&jya S«Xi£>m 

il ne se manifeste que chez les mâles et surtout parmi les 
plus braves et les plus intrépides. 

Nous aurions de curieux détails à ajouter à ceux que nous 
avons donnés sur les gazelles qui produisent le musc, mais 
ce que nous en avons dit suffit pour faire juger du reste. 
Les Indiens font de longs récits sur l'apparition du parfum 
décrit ci-dessus, lorsque l'éléphant entre en rut, et signa- 
lent les différences qui distinguent cet animal des autres 
quadrupèdes. Selon ces récits, l'éléphant montre une cer- 
taine appréhension lorsque l'eau des étangs et des fleuves 
auxquels il s'abreuve est limpide, et il refuse de boire avant 
de l'avoir agitée et troublée. On remarque chez beaucoup de 
chevaux la même répugnance pour l'eau limpide, qu'ils bat- 
tent et troublent avec leurs pieds de devant avant de boire. 
C'est leur propre image reflétée sur la surface unie et pure 
de l'eau qui les effraye, et ils cherchent à la faire dispa- 






60 LES PRAIRIES D'OR. 

Xwjyail )f$b -*XjJ ^«XjI? tey&i U^<Jo *Xàj: JJi Jl^, 

i cjL i.x_£j J^^îj A^àJI il! l$Xç- *Xa^ &IN fcH ^Jùdi 

raître en agitant le tond, sachant que l'eau trouble ne ré- 
fléchit plus les objets. On a souvent observé la même habi 
tude chez les chameaux. On remarque, comme nous l'avons 
dit ailleurs, que les animaux de grande taille, au contraire, 
quand ils voient dans l'eau leur propre image renversée, 
contemplent avec plaisir la grandeur et la beauté de formes 
qui les distinguent des autres animaux. Il n'y a donc que 
le cheval, le chameau et l'éléphant qui fassent exception à 
cette règle. Enfin (d'après les Indiens) l'éléphant, cet être 
si imposant, si vif, si intelligent, qui reconnaît si bien ses 
amis et ses ennemis parmi les hommes ou les animaux et 
qui se laisse dresser avec tant de complaisance, montre ce- 
pendant pour l'accouplement la même répugnance que la 
chamelle lorsqu'elle est saillie; or l'on ne connaît que l'élé- 
phant et le chameau qui refusent de couvrir une femelle 
déjà pleine. Une pareille question, si elle était traitée à 
fond, grossirait démesurément ce livre et nous entraînerait 



CHAPITRE XXXIV. 01 

£ UjUS^ JJi ja^t uujj ^c UajÎ «XS5 jU^M^jUsa^^I 
ôi/jj (j^é ll^l^jl tj$\ y.^><yjJ& Ud y^ *y^} yU^Jt jUiw\ 

Jj.aa.5 i_>Ldîl |*Xi& ^ OiAau L«vi U»o«Xï lu il ^^i 0J ciob 

l— (/—**< *■*> ( il +Àj \ 

loin des limites que nous nous sommes imposées. Nous ren- 
voyons donc le lecteur pour plus ample informé à nos An- 
nales historiques et à nos autres écrits. 

Occupons-nous maintenant des nations issues de Japhet, 
fils de Noé, puisque la plupart des chapitres qui précèdent 
sont consacrés à l'étude des peuples et des différences de 
couleur, de situation géographique et de mœurs qui les dis- 
tinguent. Le secours vient de Dieu. 

CHAPITRE XXXIV. 

LES SLAVES, LEURS ETABLISSEMENTS, LEDRS ROIS, 
LEURS MIGRATIONS. 

Les Slaves descendent de Mar, fils de Japhet , fils de Noé , 
et c'est à lui que tous les peuples de cette môme race ratta- 
chent leur origine : telle est du moins l'opinion la plus gé- 



fi2 LES PRAIRIES D'OR. 

<^îj (Ji iUj^xaÀJi Q->i cJî ^>Uàj ^ xs^» liJ^X* x*<$Jj Vj^r 5 *" 

(w*a=- *~$jJl (j^^H *iipû_5 xj^-iJi (j-. \LyCi q^s^xj ii ■xaXaU* 
..iLs-L» ^^ (*4»^ yK!? U^}"^ j**«*» & W^* (NJ-^ 1 *iW (j^ 
^o-jJvLÎI j, jnJU|L ! Jsjû Ij.Uj jKj btuJj ^J*>S? (j^il I iviûj 
.o-^S^Xo^oL* iUiijij /o«^A.i dlAii jjjjî iUÎUuaJl ,j*»Us>-î j.jL« 






néralement soutenue par les hommes qui ont appliqué leur 
intelligence à l'étude de cette question. Les établissements 
de ces peuples se trouvent dans le nord, d'où ils se sont 
étendus vers l'occident. Les Slaves se divisent en plusieurs 
familles principales qui se font la guerre entre elles. Parmi 
leurs rois, les uns, suivant la religion chrétienne, appar- 
tiennent à la secte des jacobites; les autres, n'ayant ni 
livre ni loi dont ils suivent les prescriptions , vivent dans 
le paganisme et ignorent toute espèce de code religieux. 
Parmi les différentes familles ou races dont se composent 
ces peuples, il y en a une à laquelle appartenait la souverai- 
neté dans les temps les plus anciens. Son roi prenait le titre 
de Madjek , et elle-même était connue sous le nom de Wa- 
linana. Autrefois tous les Slaves reconnaissaient sa supé- 
riorité, parce que c'était chez elle que se trouvait le chef 
suprême dont tous les autres chefs se regardaient comme 
les vassaux. Parmi les peuples slaves qui viennent en second 
ordre, il faut citer les Astabraneh , dont le roi , de nos jours, 
s'appelle Saklaïh; puis les Doulaneh , dont le roi s'appelle 



CHAPITRE XXXIV. 63 

(j*»-À_>5 jj^wii^ iLjJlJUaJî (j*,U>t £^î U"*"*4* 5*X-^j <*ilyc 

^«X-jS y*..À.rj^j /0.^-J^.Xi ÏLijjJisO i\^uO (j*lÀr=-i)î 8«X.& li-LA.* 
/o»^J c^U» )à)jL\JL» A.j-M*Xj) fj^àj^ (jv.j^n*<.j 05v*-U SwUjsvu 
>X.À~gJi JLéî J.3U JlxiJ fi~\r*3 *fîjà Ui't^'i) U^-i^lî ^^' 



Wandjdlâf (Venceslas? ). Puis viennent les Namdjin , dont le 
roi est appelé Azaneh : il n'y a pas, parmi les Slaves, de sol- 
dats plus intrépides ni de meilleurs cavaliers; puis les Me- 
nabin , dont le roi s'appelle Zenhier; puis les Sirtin, tribu 
redoutable par suite de plusieurs causes qu'il serait trop 
long de mentionner, et de qualités qui exigeraient une des- 
cription trop détaillée; elle ne reconnaît, d'ailleurs, la su- 
zeraineté d'aucun autre peuple. Il faut compter ensuite les 
Sassin, les Djerwanik, les Khachanin, les Berandjabin. Les 
noms de quelques-uns de leurs rois, que nous avons cités, 
sont des titres communs à tous les princes de la même race. 
Parmi les Sirtin dont nous venons de parler, il est d'usage 
de se brûler lorsque le roi ou le chef vient à mourir; on 
jette aussi au feu les montures dont il se servait. Ces peuples 
ont des coutumes semblables à celles des Indiens. Plus 
haut, dans cet ouvrage, nous en avons parlé succinctement, 
lorsque, à propos du mont Kabkh et des Khazars, nous 



M LES PRAIRIES IVOIt. 

iLfcJUuaJl cj- iS-^-JL^ à ^ * W^Jl>^3 jf*^ ^^ k^ 

t^t (jM-À-41 i«xj^ yi^A-Ju ^«MÂ3t yj«^-*r ^jij o-j>yt»> 
J^iils i^xli fcr* u.? «^^j oj^^ a^"** fÇr**.* xjJ'JuaJi 
&jjJiS'j.j\$2 HJuu^ ^«x^« ^j^j«xJI dix» JuIUaaJ] lijp*» ^ 

I JsJ& Jlj a-S' u^UîKJi ç-ij-il» A^La^là yj«X*flAj (jj-^wJL) jl*=j 

^aS^jJ!^ -sO^^J Mp' Si; ^.5 J-**^ 5 à«>«*$ S^-aa^t» (jS^jç?*} 
JJUI ï Jo6 Ju. *5 JUtf *4aj igJL, **»5J| ^ »âÇUj4éj 
ioJUuaJl ( ; j-m*£»-Î (j«u»4i i<Xtûj v^LaI! dLÀ^o iUlU^aJi à^Xo y-» 

avons fait remarquer que, clans le pays de ces derniers, il 
se trouvait des Slaves et des Russes, et qu'ils se brûlaient 
eux-mêmes dans de vastes bûchers. Ces mêmes Slaves et 
les autres peuples congénères touchent à l'orient et s'éten- 
dent bien loin dans la direction du couchant. 

Le premier d'entre les rois des Slaves est celui des Dir, 
qui compte dans ses Etats de vastes cités et beaucoup de 
terres en culture. Les négociants musulmans se rendent 
dans sa capitale avec toute espèce de marchandises. Après 
ce prince, vient le roi des Awandj, qui possède des pro-' 
vinces bien cultivées, des troupes nombreuses et de grandes 
ressources militaires. Il est en guerre avec les Grecs, les 
Francs, les Lombards et d'autres peuples barbares ; les 
hostilités entre eux se poursuivent avec des chances di- 
verses. Près de ce roi, toujours dans le pays des Slaves, se 
trouve celui des Turcs, lesquels sont les plus beaux, les 
plus nombreux et les plus belliqueux de tous les Slaves. 
Les Slaves se divisent en nombreuses familles et en tribus 
très-mu Itipliées, dont la description détaillée et la classifi- 



CHAPITRE XXXIV. 65 

t. 

^j^a.^1 jjsjûj bUxi^ jjx* iiir>-u^,^ o^O" ( c ""*^"* «i i^v y** 

jo-^s» *«XJ /6~^îj ^4^>U>! £ *Jâx-* aaJUaoJI J^oî (j* J^\ 



cation n'entrent pas dans le plan de cet ouvrage. Nous avons 
mis au premier rang le prince dont tous les autres chefs 
reconnaissaient la suzeraineté, dans les anciens temps, 
c'est-à-dire Madjek, roi des Walinana, lesquels sont les 
Slaves pur sang, appartenant à la famille la plus estimée, 
et possédant la prééminence sur toutes les autres branches 
de la même race. Plus tard, la division s'étant mise parmi 
ces peuples, leur organisation primitive fut détruite. Alors 
les différentes familles formèrent des groupes isolés, qui se 
choisirent chacun un roi, comme nous l'avons dit plus haut. 
Le récit de ces événements serait trop long, d'autant plus 
que nous les avons déjà racontés en grand et souvent avec 
beaucoup de détails dans nos Annales historiques et dans 
notre Histoire moyenne. 



60 LES PRAIRIES D'OR. 

JJjy cXaoXj Uy \-\f>^5 ÀJiJ^iI_5 ii-^j^l j5à 
_j_>IU> s ^>LJî 3 uWi^ij SjSySS) xJUùaJij x^JiM 

CHAPITRE XXXV. 

LES FRANCS ET LES GALICIENS ; LEDRS ROIS; RENSEIGNEMENTS 
SUR CE SDJET. 

Les Francs, les Slaves, les Lombards, les Echbân, les 
Yadjoudj et les Madjoudj, les Turcs, les Khazar, les Bord- 
jân (Bulgares), les Alan, les Galiciens et tous les autres 
peuples que nous avons cités comme habitant les régions 
septentrionales, descendent de Japhet, le plus jeune fils 
de Noé, d'après l'opinion admise à l'unanimité par les 
hommes de discussion et de savoir, parmi les docteurs de 
la loi. De tous ces peuples, les Francs sont les plus belli- 
queux, les mieux défendus contre toute invasion, les mieux 
équipés, les plus puissants en territoire où se trouvent de 
nombreuses villes, les mieux organisés, les plus soumis à 
l'autorité de leurs princes. Il faut remarquer, toutefois , que 
les Galiciens sont encore plus belliqueux et plus à redouter 



CHAPITRE XXXV. 67 

/<v«^ S^>^ ^j ^* <i (°ir*^ é)^* 3 ^ * JskS * - Ij ki ^ 9 cA 2 ****** 

(j-« *..$ \} iLffdks- i<Xjù^o gj *K9^ t<X^ CiUij ^ ^jJLtf jii 
iL-cLÀ-oji^> L^_aj yîj ^«xà5T^^\I iXjliù* Wj!^ b*Si> ^Jl 

o—ils" «Xjj (jiJa^ïi *^js>- aj f»3^^ i<X^ IàXSj ,j t-*.^sl^Xi 

*_jL*Ji »«x_d> J! Uyj^jj y^-**it l^vjcilj LaM ius?jj!!^ 

UajI «XSj Lkàoi À,^j^\î xaXxo «j^rs-^ &OUj«iJ i^\o oo^ 

que les Francs, puisqu'un Galicien tiendra tête à lui seul 
à plusieurs Francs, Les Francs ne forment qu'une seule et 
même confédération, sans qu'il y ait, à cet égard, parmi 
eux, ni dissidence, ni faction. La capitale de leur empire 
est actuellement Bawireh, qui est une très-grande ville. Au 
surplus, ils possèdent environ cent cinquante villes, sans 
compter les chefs-lieux de districts et les établissements agri- 
coles. Avant l'apparition de l'islamisme, les premiers pays 
occupés par les Francs étaient , dans la Méditerranée , l'île 
de Rhodes, que nous avons déjà signalée comme faisant 
face à Alexandrie, et dans laquelle, de nos jours, est un 
chantier maritime appartenant aux Grecs (t. II, p. ^23); 
puis l'île de Crète , que les Musulmans ont enlevée aux Francs 
et où ils ont fondé des établissements qui subsistent encore 
actuellement. 

Les Francs possédaient aussi les contrées de l'Ifrikyah et 
la Sicile. Nous avons déjà parlé de ces îles, et en particulier 
de l'île qui est connue sous le nom d'el-Borkân. C'est une 
source de feu (atimet) d'où sortent des corps enflammés, 



f,8 LES PRAIRIES D'OR. 

iiLa? ^Jl «jW ^jj-^l 3 b***3 ^ cM^ ^«Ji ï^x^i 
w_aj IfcOj '\jàx*a iUJol? *ijy*tt iUiai'î gj jU*aJl ^AiWJl 

k_c Jl Jlù.«x-U y&j 3^* Loi oà« ^«xJl ^>Xii u*#j^*t» 
j5i ^c Uusl JJ a5^ oj-jw J^?-jJi i«N*? v^î l**^j ^W 

*_L->*X~« JL*i <j* jLj-*iM i^ (j*ylj ^>5>o (^j U g) dU*î 

semblables au corps de l'homme, mais sans tête, qui s'élè- 
vent dans les airs pendant la nuit, pour retomber ensuite 
dans la mer. Ce sont les pierres avec lesquelles on donne 
le lustre et le poli aux feuilles des registres; elles sont lé- 
gères, blanches, affectant la forme d'un rayon de miel ou 
des moules à dinar, d'un petit module. Ce volcan est connu 
sous le nom de volcan de Sicile. Dans cette même île se 
trouve le tombeau de Forfouris le Sage (Porphyre), auteur 
de YIçagoudji ou introduction à la science de la logique, 
livre qui porte le nom de celui qui l'a composé. Nous avons 
aussi parlé de tous les volcans de la terre, tels que le volcan 
du Wadi-Berhout, dans le Hadramaut et le pays d'ech- 
Chihr; le volcan de Zabedj (Java), dans la mer de Chine; 
le volcan du pays de Esk (Eskiboun), entre le Fars et l'Ah- 
waz, des dépendances de la ville d'Erradjân, qui fait partie 
du Fars. Les feux de ce dernier volcan se voient, la nuit, à 
une distance d'environ vingt parasanges, et ils sont célèbres 
dans tous les pays musulmans. Le mot atimet désigne propre- 



CHAPITRE XXXV. 69 

A^iilj^UJl l^>j.^Jàj <$di cjUUJI ^ iU^ljJl ^5 *^%HiTi 

il ,/ôÎUJI v*^ ^^ <£> WW yUaA^wj l^jjj» 5«X*àJ LçxJ^ 

Ui ULa-jJ ^ iMijfh £«\y&. »UXi *Jyl £*U* ^e Ux>l 
:>5^_j ^ <^Lr»-f^Ji (jb;^ L^5i> ^X_i_fi t_>l*jfî i Jvd> ^ otLw 

ment une source de feu qui jaillit de terre. Nous ne par- 
lerons pas, dans cet ouvrage, des eaux thermales sulfureuses 
ou vitrioliques, non plus que des sources d'eau chaude, 
d'où sortent des flammes s'élevant de Yatimet qui se trouve 
dans le pays de Maçabadân , dépendant d'Eriwdjân et de 
Sirawân, et connue sous le nom de Naumân. C'est une ali- 
met extraordinaire, que l'eau ne peut éteindre ni combattre 
en aucune manière, tant son incandescence est puissante, 
tant ses flammes ont de vivacité; aussi passe-t-elle pour 
une des merveilles du monde. Néanmoins nous n'en dirons 
rien, attendu que nous avons expliqué la cause de ces phé- 
nomènes dans nos traités précédents. Nous nous sommes 
déjà étendu sur les propriétés salutaires des différentes es- 
pèces d'eaux, au sujet desquelles nous avons donné des no- 
tions générales et des aperçus sommaires dans le chapitre 
de ce livre où il a été question des oasis de l'Egypte (ci- 
dessus, p. 52), quoique dans nos compositions antérieures 
nous eussions discuté ce sujet avec beaucoup de détails. 
Etant à Fostat, en Egypte, l'an 336, il me tomba sous 



70 LES PRAIRIES D'OR. 

i*Xj>s» Ràj<s~c ouu«iM j^* sî«XjM iL> L&ASy ijy&oj ca*« 
/o (XiL <ji «JùUvtëj y^*i*tj y Lé *-».*»< i x^jj$\ y<X* (j-« 

^w_ç»Ji ^X.*.-^ <*-*-?» **•#£ ti^ (**>** (J^ (jU>* (^ kiiAii <Xa£ 

AjoÎ 8*>v*j Jj *JJ' aJjb AÀo! 8<Xjc> <Jj xsj 8jÀ.Î (jllo^i 5<Xxj 

la main un livre composé par Ormaz (Godmar), évêque 
de la ville de Djerbedeh (Gironne), une des villes appar- 
tenant aux Francs, Tan 328, pour el-Hakem, fils d'Abd- 
er-Rahman, fils de Mohammed, fils d'Abd- Allah, fils de 
Mohammed, fils d'Abd-er-Rahman, fils d'el-Hakem, fils 
de Hicham, fils d'Abd-er-Rahman, fils de Moâwiah, fils de 
Hicham, fils d'Abd- el-Mélik, fils de Merwân, fils d'el-Ha- 
kem, héritier présomptif de son père Abd-er-Rahman, qui 
est actuellement souverain de l'Andalous,etse montre digne, 
par sa science, d'être salué du nom d'Emir-el-Mourninin. 
On lisait, dans cet ouvrage, que le premier roi des Francs 
fut Kloudieh (Clovis). D'abord sectateur du magisme, il se 
fit chrétien sous l'inspiration de sa femme, qui s'appelait 
Gortileh (Clotihle). Après lui, son fils Loderik monta sur le 
trône. Loderik eut pour successeur son fils Dakochert (Da- 
gobert) , qui laissa lui-même la couronne à son fils Loderik. 
Il fut remplacé par son frère Kortân. Après lui vint son fils 
Karleh, puis le fils de celui-ci, Tébin (Pépin), puis le fils 



CHAPITRE XXXV. 71 

^■■$•£1 o-*vy <\à*m /j-jj-ix^ l*jUf <i^4 /t^IU <_^>-Uo /y^lii 0ji 

L)U*».j AJù^j cajKj -L»i)L» c^Iol^? «Xj^- - yKj (j'3î~* (j 1 ? k^>M' 

j, -lïîj iijs^ji)! dUi a-u^j ^5<u*j \^ji^\ *x5li? aaX^ -iï J 

de Tébin , Rarleh (Charlemagne) , dont le règne fut de vingt- 
six ans. Ce prince fut contemporain d'el-Hakem, maître 
de l'Andalous. Après lui, ses fils se tirent la guerre, et leurs 
discordes en vinrent à un tel point, que les Francs s'entre- 
détruisirent à cause d'eux. Cependant Loderik, fils de Kar- 
leh, demeura maître de l'empire et le gouverna pendant 
vingt-huit ans et six mois. C'est lui qui s'avança vers Tortose 
et mit le siège devant cette place. Il eut pour successeur 
Karleh, fils de Loderik (Charles le Chauve), le même qui 
envoyait des présents à Mohammed, fils d'Abd-er-Rahman, 
fils d'el-Hakem, fils de Hicham, fils d'Abd-er-Rahman, 
fils de Moàwiah, fils de Hicham, fils d'Abd-el-Mélik, fils de 
Merwân, lequel portait le titre d'Imam. Après un règne de 
trente-neuf ans et six mois, il laissa le trône à son fils Lode- 
rik, qui le garda pendant six ans. Au bout de ce temps, 
le comte des Francs (cornes Francorum), qui se nommait 
Naouçeh (Eudes?) , se révolta contre lui et s'empara de la 
souveraineté , qu'il exerça pendant huit années. C'est lui qui 
acheta des Madjous (les Normands) l'évacuation de son ter- 



72 LES PRAIRIES D'OR. 

£*_£** I Js-Sj iul&ASj (^vaX5^ cjwm <sCa*« _^jbj oo^Jl i<SJ& <jî 

( jrtJ<X_>ii) «_^s*-Lo «X^ 1 /o trî*>^ "XaxJ mû <XSj LamJ <X.<£i 
^_^i ^j-j «X_y-i *1 JLiL) <^ajI jJj &*yî}$ cxijJi î job jj 
iLj»_n-«i>Ji tj ^^v-auI &À-* (j^^s^ C^**"^ «Xa£ xaXs- (jàAAi 

ritoire, pour sept ans, au prix de six cents rotl d'or et de 
six cents rotl d'argent que devait leur payer le roi des 
Francs. Il eut pour successeur Karleh, fils de Takwireh 
(Charles le Gros) , qui régna quatre ans. Puis vint un autre 
Charles (Charles le Simple), qui resta sur le trône trente 
et un ans et trois mois. Son successeur, Loderik, fils de 
Karleh (Louis IV, dit d'Outre-mer, monté sur le trône eu 
936), règne encore aujourd'hui, l'an 336, sur les Francs; 
depuis son avènement au trône jusqu'à cette date, dix an- 
nées se sont déjà accomplies, si nos informations à cet 
égard sont exactes. 

Parmi les nations voisines des Francs, la plus puissante 
de celles qui dominaient en Espagne était la Galice, au 
point que les Francs lui faisaient toujours la guerre; mais 
les Galiciens étaient les plus belliqueux. Or Abd-er-Rah- 
man, fils de Mohammed, possesseur actuel de l'Espagne, 
avait un vizir, son cousin du côté paternel , qui s'appelait 
Ahmed, fils d'Ishak. Ce vizir s'étant rendu coupable d'un 



CHAPITRE XXXV. 73 

*J jUb £i j~>jjiï viUJJ <J6j &*-jl\ *V* aJsJCJL» XaXc ibyixîi 

acte qui, d'après la loi, méritait le dernier supplice, Abd- 
er-Rahman le fit saisir et mettre à mort. Ahmed avait un 
frère appelé Omejah, qui résidait à Santarem, l'une des 
places frontières de l'Espagne. Quand ce dernier eut appris 
ce qui était arrivé au vizir, son frère, il se révolta contre 
Abd-er-Rahman , se rendit auprès de Radamir (Ramire II) , 
roi des Galiciens, lui offrit son appui contre les Musulmans, 
et lui enseigna les côtés faibles par où il pouvait les atta- 
quer. Un jour, Omeyah étant sorti de la ville de Sanlarem 
pour chasser dans un des lieux de plaisance qui lui apparte- 
naient, quelques-uns de ses pages s'emparèrent de la place, 
lui en fermèrent les portes et donnèrent avis à Abd-er-Rah- 
man de ce qui se passait. Alors Omeyah , fils d'Ishak , frère du 
vizir qui avait été misa mort, alla trouver Radamir, qui le 
reçut comme un homme d'élite, le choisit pour vizir et lui 
fit porter le poids des affaires. Cependant Abd-er-Rahman, 
roi d'Espagne, marcha contre Zamora, capitale des Gali- 
ciens. Nous avons donné la description des ouvrages en 
maçonnerie et des remparts de cette ville dans un des cha- 



74 LES PRAIRIES D'Olî. 

(J^^t «Xa£ (jl^j t_>UMi S«Xi& y-. ^À-Lw l-«?V» dUi j.a£j /O^i^ 
kil-A-^ v-A-^i; ($r-?j *-*-*? *«*yl C^ot^i *X^jl^ , âJ t <\jU ^ 

^<xi! 05-wwi Joy ioUUoj y.^i^Cj *aa* x«-t« Ji_j.^i i AJiJ^M^ 

<_aaIs ^^-m)^) £À.« t^^i (jï J^ïj VàJÎ (j\**,ç- ^^XÀisi /Pjy*£- 
Lç\j <*-**;_j (JV*>«wi <*i>j)À-j (3^"' {£■? •Nv*) y^»w*^i (j^ /s 1 ^ &•* 

Q_^>-yi <X_a_£ aK^a-»-XJ j-a_*Ïj (^ yaXi&j (J-^>^ »Xa£ (Ji 

pitres précédents de cet ouvrage, qui a pour titre : Rapide 
exposé des mers; leurs particularités ; des merveilles de leurs 
côtes; des peuples qui les habitent et autres sujets. (Tome I er , 
p. 363.) Abd-er-Rahman était accompagné de plus de cent 
mille hommes. La bataille qu'il livra à Radamir, roi des 
Galiciens, eut lieu dans le mois de chawal de l'année 327 
de l'hégire, trois jours après l'éclipsé qui fut visible dans 
ce mois. La victoire resta d'abord aux Musulmans ; mais 
les Galiciens, se voyant assiégés et acculés contre la ville, 
revinrent à la charge, et, faisant un grand carnage des 
Musulmans qui avaient déjà passé le fossé, ils en tuèrent 
cinquante mille. On dit que ce fut grâce à Omeyah, fils 
d'Ishak, que Radamir ne s'acharna pas à la poursuite des 
fuyards; d'ailleurs, ce prince fut retenu par la crainte d'une 
embuscade et le désir de s'emparer de ce que contenait le 
camp ennemi en fait de richesses de toute espèce, de ba- 
gages et de trésors; sans cela, pas un seul Musulman n'eût 
survécu à ce désastre. 

A la suite de ces événements, Omeyah s'échappa des 



CHAPITRE XXXV. 75 

iLJiJ^Ji Ji «àîjjj» u* ï<\-£ w^sLf >ft> A*Spi »«X^> 

^.ji ^a A-AJij.xaÀJb (jJ<>0' <\aJ^4^j »>2pjà$\} ^awjoïÎ yj^jl 



mains de Radamir, après avoir imploré son pardon d'Abd- 
er-Rabman, qui lui fit l'accueil le plus gracieux. Ce prince, 
sans se laisser abattre par sa défaite, envoya une armée 
contre les Galiciens, sous les ordres de plusieurs de ses 
grands feudataires. Il y eut une suite de combats, dans les- 
quels les Galiciens firent une perte double de celle des Mu- 
sulmans dans la bataille précédente. La supériorité des 
armes est restée à ces derniers jusqu'à la date actuelle. 
Quant à Radamir, il règne encore sur les Galiciens, dans 
cette même année 336. Son prédécesseur sur le trône était 
Orcloun (Ordogno II) , qui avait succédé lui-même à Ad- 
bouchen (Alphonse?). Les Francs et les Galiciens pratiquent 
la religion chrétienne et suivent le rite melkite. 



76 LES PUA11UES D'OR. 

^i l^-o *j-*<& y^y^r &-&} (S^^v p-fr^^j '-r'j*^ *X*ax* 

à»_>^A-i=3 /j*X-k* /«_^_Jft AxÀsaj «Xj<X^v o*«L> çy^ <• 5 M*»WUI (j^ 

CHAPITRE XXXVI. 

LES NOUK.OBARD ( LOMBARDS) ET LEURS ROIS. 

Nous avons déjà fail remarquer que les Lombards des- 
cendaient de Japhet, fils de Noé. Les territoires qu'ils occu- 
pent s'étendent dans la direction du Magreb, et leurs éta- 
blissements sont situés au nord. Ils possèdent beaucoup d'îles 
dans lesquelles vivent différentes peuplades: pour eux, ils 
sont belliqueux et difficiles à soumettre. Ils ont de nom- 
breuses villes et sont soumis à l'autorité d'un seul roi, dont 
le nom est toujours Adenkebs (pour elclikous, les ducs). La 
plus grande de toutes leurs villes, qui leur sert de capitale, 
est Yast ( Benbent, Bénévent?). Un grand fleuve la traverse et 
la divise en deux quartiers principaux. Ce fleuve est un des 
cours d'eau du monde les plus considérables et les plus cu- 
rieux. Son nom est Saïbat : il a été cité par nombre d'écri- 
vains anciens qui se sont occupés de ce sujet. 



CHAPITRE XXXVI. 77 

Les Musulmans établis dans l'Espagne et dans le Magreb, 
et qui étaient voisins des Lombards, leur enlevèrent par la 
force un grand nombre de villes, telles que Bari, Tarniou 
(Tarente?), Chebrameh (Salerne?) et d'autres places im- 
portantes, et les habitèrent eux-mêmes pendant un certain 
espace de temps. Mais ensuite les Lombards, reprenant cou- 
rage, attaquèrent leurs envahisseurs et les dépouillèrent de 
leurs conquêtes, après avoir soutenu contre eux de longues 
guerres. Actuellement les villes que nous avons nommées 
plus haut sont entre les mains des Lombards. 

Les Galiciens, les Francs, les Slaves, les Lombards et les 
autres peuples que nous avons mentionnés ci-dessus oc- 
cupent des territoires voisins les uns des autres. La plupart 
de ces peuples sont en état d'hostilité permanente contre 
les habitants de l'Espagne. Celui qui gouverne ce pays, de 
nos jours, est un prince redoutable à ses ennemis et très- 
puissant, comme nous l'avons dit en parlant de son ori- 
gine et de ses actes. Abd-er-Rahman, fils de Moâwiah, fils 
de Hicham, s'était rendu en Espagne dès les premières an- 



78 LES PRAIRIES D'OR. 

A4Aiy! ci^i <ïj^->j *x*J_j AaaX-^^I^j *^£j y*K* xc-gJj 
ï (j^wJiX-i^l c-^j^Lo^ 0-*MJi)i ^ ^.aÏ_j A^j|_5 yW^aj 

ci^Jfïj JLilj JU-pi cir» oiJî *->U i t-^^o oo^it l«x^ 

»x*j Job viLUl yl ^Ixîl jUà^l» ioUx5t ^b, (j* \s\zr. jSà 

nées du règne des Abbassides, et son arrivée dans ce pays 
avait été signalée par divers incidents remarquables. La ca- 
pitale de l'Espagne (musulmane) est Cordoue, comme nous 
l'avons indiqué plus haut. En outre, les Musulmans pos- 
sèdent dans ces contrées beaucoup de villes, des terres en 
culture qui se succèdent sans interruption sur de vastes es- 
paces, et des places frontières sur les limites de leur domi- 
nation. Bien des fois ils ont vu se réunir contre eux les 
peuples barbares issus de Japhet, tels que les Galiciens, les 
Bordjân (Bulgares), les Francs et d'autres encore. Le sou- 
verain actuel de l'Espagne peut mettre sur pied cent mille 
hommes bien entretenus, bien équipés et bien armés. (Dieu 
seul est éternel !) 

CHAPITRE XXXVII. 

LES ADITES ET LEURS BOIS. 

Un grand nombre de savants versés dans l'étude de 
l'histoire disent qu'après Noé l'empire passa aux premiers 



CHAPITRE XXXVII. 79 

^î<X.*a-* 3 l^Xc^jtJî JJUj.jU Jsjà IjJo J^i iU i -y 

(jj-kj? frfl fc * 0* <*Nij.A^-îj AAjl» il* JJUd> yî_j ^.^eJob' 
A— S- ij_ift *--S-*J *i^J» (jj-* *Mi j*iJ <\$j JoàUJi ^&«>Jt j+yA 

Adites à une époque reculée et antérieure à toutes les prin- 
cipautés arabes, ce qui est prouvé par cette parole de Dieu : 
« Il a exterminé les premiers Adites. » (Koran , LUI, 5i.) Ce 
verset nous montre l'antiquité de ce peuple et l'existence 
des Adites postérieurs. Dieu nous a révélé l'existence de leur 
empire; il nous a signalé leur violence; il a parlé des édi- 
fices élevés qu'ils construisaient, et qui, malgré le cours des 
siècles, s'appellent encore de leur nom el-Acliyeh. Dieu nous 
apprend aussi que son prophète Houd disait à ces incré- 
dules : « Est-ce que vous bâtirez sur chaque hauteur un mo- 
nument? » (Koran , XXVI, 128.) D'après l'opinion des auteurs 
mentionnés plus haut, l'empire des Adites fut donc le pre- 
mier qui fut fondé sur la terre, après que la vengeance divine 
eut exterminé les infidèles du peuple de N06. C'est ce que 
Dieu déclare , lorsqu'il dit : « Souvenez-vous qu'il vous a 
mis à la place du peuple de Noé. » (Koran, VII, 67.) Les 
Adites étaient des hommes gigantesques, aussi hauts que 
des palmiers; la longueur de leur vie était proportionnée à 
la grandeur démesurée de leur taille. D'un caractère forte- 



80 LES PRAIRIES D'OR. 

-ji yJ (J=U^ fcj* ^ jl^J «jUJi |t(>Jà& IpLia» 5\>j à Lft y\(j 
*JlLo (j-« ^Ij AJ) )j^.ji^ j.^JI «XaXj CJ°J T'^J M-? [•'-*»» (j*^ 

X\-ai . x~* &s>K-> <^A..j^ ï\j^«\ o»-5î jri>5 *jij <x)y <j>^î £>j' 

ment trempé, ils avaient le cœur dur. Il n'y avait pas sur 
toute la terre de peuple qui pût leur être comparé pour 
la force, pour la grandeur des ouvrages, pour la vigueur 
de l'esprit, pour la puissance du caractère. La destruction 
n'avait pas de prise sur leur corps, tant la nature les avait 
fortement constitués, tant la structure en était solide, tant 
la forme en était parfaite, comme Dieu lui-même l'a révélé. 
Ad était un homme de force athlétique et aux formes 
gigantesques. Il était fils d'Aws, fils d'Aram, fils de Sein, 
fils de Noé. Il adorait la lune. On dit qu'il engendra quatre 
mille enfants et qu'il épousa mille femmes. Son territoire 
était contigu au Yémen : il comprenait le pays d'el-Ahkaf et 
de Sohar, c'est-à-dire l'Oman jusqu'au Hadramaut, comme 
nous l'avons dit plus haut, dans ce même ouvrage et dans 
d'autres traités. D'après une opinion généralement reçue par 
les hommes versés dans l'élude de l'histoire des Arabes, Ad, 
arrivé au milieu de sa carrière, entouré de la multitude de 



CHAPITRE XXXVII. 81 

jUUàaJj silAU JKM&3 m ïy&\ jf$3} SJsJj (j^j-Cwlxii qIûaJI 
* ■» In V k~* lA\^2*.\j v_jLa^iJ| l^j-5^ (j*.LâJ! ,XjL**»1 *Jtj^oii| 

c^U aJ? iiJLig £5oUj iU^v oui (j*A** a^aA-« aaa£ Uj*Xj5j 
/.l^i £»lc /»j iK>«X.w }&2 8<xJ_y (j^j^5iii tj &<Sxi jiXJLI ^Is^ 
»*Xj«j JXo J dUi ^a£ lX*3j *À«w (jviljfj iU** iol^w^- aJ(L« 

<j£. UjLa.j^.1 JsÀf Uaà'^3 (j~* uiiw l^\.i U^*Xi U <_»***£■- <^c 



ses enfants et des enfants de ses enfants, contemplant sa pos- 
térité jusqu'à la dixième génération, voyant croître avec sa 
famille la solidité et la prospérité de son empire, étendit 
ses bienfaits sur tous les hommes et pratiqua généreusement 
l'hospitalité. Il vécut ainsi douze cents ans dans le bonheur 
et au milieu des faveurs de la fortune. 

Après sa mort, la couronne échut à l'aîné de ses fils, 
Chedid, fils de Ad. Ce prince régna cinq cent quatre-vingts 
ans, ou plus ou moins, suivant d'autres. Il eut pour succes- 
seur son frère Gheddad, fils de Ad, qui conserva le pouvoir 
pendant neuf cents ans. On dit qu'il étendit sa domination 
sur tous les royaumes de la terre. C'est lui qui fonda la ville 
d" Irem- aux- Piliers , comme nous l'avons raconté dans nos 
précédents écrits, lorsque nous avons donné des renseigne- 
ments sur cette ville. On n'est pas d'accord sur sa descrip- 
tion, ni sur la position quelle occupait. Il s'agirait ici des 
Adites postérieurs dont Dieu a fait mention lorsqu'il a dit : 
« Ne vois-tu pas comment ton seigneur a traité les Adites et 
Irem-aux Piliers? » (Koran, LXXXIX, 5, 6.) C'est en effet 
m. 6 



82 LES PRAIRIES D'OR. 

jflJôs (j^Lj i^UJi î cjUax^ J^i Ïj-a— « *U (j^j aiJcâJj 

CjLwji'î «^ocioj Js^ (j*»UJl ijb-**' «^5i «X£ cjUMI î JsJb ^j-. 

IJoUj i viLÎ*>v5_j iL>SyX\ iùwtç»Jî (^ aa*aa*Jî y^jy4' <-»UXj 

-«X-ê L^-Ls-Î y-»} IgJ <$JI *X*Î! bj5àj v-xlpi v^? fà*^ 

sur eux que tomba la vengeance divine. Cheddad, fils de 
Ad, parcourut la terre et visita toutes les contrées; il fit 
preuve d'une grande valeur dans l'Inde et dans les autres 
royaumes de l'orient et de l'occident, où il eut beaucoup 
de guerres à soutenir. Nous n'en parlerons pas ici pour ne 
pas sortir des limites d'un abrégé, et parce que nous nous 
en rapportons, du reste, à tous les détails que nous avons 
donnés sur ce sujet dans nos Annales historiques. Plus loin, 
dans cet ouvrage, lorsqu'il sera question de la dispersion des 
hommes à Babel , de la dissémination des races, et des vers 
qui ont été faits à propos de cet événement, nous dirons 
quelques mots des Adites et de leur prophète Houd. 

De tout temps on a beaucoup discuté la question de sa- 
voir à quoi tenaient la taille prodigieuse des Adites et la 
durée extraordinaire de leur vie. Nous avons traité ce sujet 
dans celui de nos ouvrages qui a pour titre, Le Livre des 
sept chapitres sur l'administration royale , et aussi dans celui 
qui est intitulé, Le Livre des degrés. Nous y avons dit à quoi 



CHAPITRE XXXVIII. 83 

^jbjili & «xa i u^&j Uj jj^JiXjiii uàjL Jt*4^j tU*Ji y_^> 

I js^ ^ oiA^w Uo Uûj5i> -Jodl iocî^X^- *&"» ouixoi 0°;^' 

il fallait attribuer l'absence complète de bêtes féroces et 
de chameaux dans l'Espagne; nous y avons parlé des subs- 
tances que fournissent le règne végétal et le règne minéral 
dans cette contrée; nous y avons aussi donné la description 
de la Galice. C'est de ce pays que le royaume des Galiciens 
dont nous avons parlé plus haut, dans le présent ouvrage, 
tire son nom. Ces peuples étaient les plus redoutables en- 
nemis et les voisins les plus puissants des conquérants de 
l'Espagne. Ils étaient eux-mêmes limitrophes d'un vaste 
empire dont les habitants s'appelaient el-Wachkach, comme 
nous l'avons indiqué plus haut, dans ce livre et dans celles 
de nos compositions qui sont d'une date plus ancienne. 

CHAPITRE XXXVIII. 

LES TÉMOUDITES ET LEUR EMPIRE; LEUR PROPHÈTE SALIH. 

Nous avons donné plus haut un aperçu rapide de l'his- 
toire des Témoudites et de leur prophète Salih, quoique 

6. 



g4 LES PRAIIUES D'OR. 

X.àJo i*Xd> IjUSj Jl *-&yXi} *j>Ui Jo j^jL»^ c^*-*^ ^^J' 
(j-Jf-L i JJij *J^l* ji^jlj^ &*ït a^*^»*)_$ JUii <S ÀJ^^w* 
-e.-^_j^.-Aj^ i£H»-N cS^J tr« cjjJLÎb pUJt (^ ôjj (ji ç\L 
(w^sL-* j*Xi ^û jo-vJv^jl^^ jU^fi. <_>i_jji j-a«Jl £ iij^Oe 
yji \.À^>L*=»l^c^jl^^^l**^-i yi <^c J«Xj lOufcj b^AC Jj&l 
iLxJ *$lj£> tjH-dj /o.^oU*s»t «Xju jj.* ^jo LaJiîi *J ^J-S^ ^* 

(jJjU jo-^,5^X« ^ JjiJI vilX» y&» **g»*L*=s-l *x-*j ^c J*Xj 



nous eussions déjà traité ce sujet avec étendue dans nos 
autres ouvrages. La contrée où régnait Témoud, fils de 
Abir, fils d'Aram, fils de Sem, fils de Noé, s'étendait entre 
la Syrie et le Hédjaz jusqu'au rivage de la mer d'Abyssinie. 
Les Témoudites habitaient à Feddj-en-nakah, où leurs de- 
meures sont encore visibles de nos jours, taillées dans les 
montagnes, au milieu desquelles les traces de leur présence 
et les restes de leur grandeur subsistent toujours. On les voit 
sur la route du pèlerinage quand on arrive de Syrie, dans 
le voisinage de Wadi'l-Koura. Ces maisons, taillées dans le 
roc, n'ont que de petites portes, et leurs dimensions n'excè- 
dent pas celles des maisons de notre temps, ce qui prouve 
que la taille des Témoudites était comme la nôtre, contrai- 
rement à ce que racontent les légendes de la grandeur de 
leur corps. Ils n'étaient donc pas comparables aux Adites, 
dont la taille démesurée est attestée par les établissements, 
les demeures et les monuments qu'ils ont laissés dans le 
pays d'ech-Chihr. 

■Le premier roi des Témoudites fut Abir, fils d'Aram, fils 



CHAPITRE XXXVUI. 85 

f- s z ^j ^ j.L« \s>j*\* & *** & p 5 tr? f*\* 5*5 **•** 

g^Jj fl «> *_À-*w y*»-ii*ffj £«*•**} ioV^AS c. *XÀ.> ^jfcj t^LXU l*>u£ 

^_j-_j6 ; Ji ci>«X.»- -5\.£ _j~£û_y L^ l=Ll.o ÂMi e-o»jj i^jf dJ^ta 

de Témoud, fils d'Abir, fils d'Aram, fils de Sem, fils de 
Noé, qui régna deux cents ans. Il eut pour successeur 
Djoundà, fils d'Amr, fils de Débil, fils d'Irem, fils de Té- 
moud, fils d'Abir, fils d'Aram, fils de Sem, fils de Noé. De- 
puis son avènement au trône jusqu'à sa mort, il s'écoula cent 
quatre-vingt-dix ans. Ce prince périt quarante ans après 
que le prophète Salih eut accompli sa mission, comme nous 
l'avons déjà dit. On prétend même que le règne deDjoundâ 
ne comprend pas moins de trois cent vingt-sept ans. Ce sont 
là les rois des Témoudites. 

Dieu envoya aux Témoudites le prophète Salih , qui était 
alors un tout jeune homme : l'intervalle qui s'écoula entre 
son apparition et celle de Houd fut d'environ cent ans. 
Salih leur prêcha donc le vrai Dieu. Or leur roi était alors 
Djoundâ, fils d'Amr, comme nous l'avons dit plus haut. Mais 
il ne se trouva même pas quelques hommes, parmi son 
peuple, qui répondissent à l'appel du prophète. Cependant 
Salih avançait en âge et l'incrédulité des Témoudites ne 
faisait que s'accroître. Lorsqu'il eut multiplié sans relâche 



86 LES PRAIRIES D'OR. 

-o-^Slci ^-« &yt«J c^U^Xjtîi jVgJâlj <_>l).j£jj,i S^Uw o*Xa£^j 

y,...*, jiié ioç^obk o>£ <— '1^ MjLja ÀiiLs»- l>jJo i*ww*£ làj»w 
(jjvil l^jJL* i<Xj} CaA^.jSj 8wiS?J5 oOwSXi *J>J liAxJûwls jojj 

à leur égard les prédications et les avertissements, les pro- 
messes et les menaces, ils lui imposèrent pour condition de 
faire des miracles et de faire paraître des prodiges, dans 
l'espoir de l'arrêter dans ses prédications et de lui fermer 
la bouche. Il se trouva un jour à une de leurs fêtes où ils 
avaient mis leurs idoles en évidence. Ces peuples, possé- 
dant des chameaux , demandèrent au prophète un prodige 
tiré de la nature même de leurs richesses et qui fût en 
rapport avec le genre de leurs propriétés. Après qu'ils se 
furent concertés ensemble, un de leurs chefs prit la parole 
et dit : «O Salih, si tu es sincère dans tes paroles lorsque 
tu prêches ton Seigneur, fais sortir de ce rocher une cha- 
melle noire, pleine depuis dix mois et prête à mettre bas; 
qu'elle soit d'un noir tirant sur le roux avec une crinière , 
une houppe pendant sur le front, des poils et du duvet. » 
Le prophète ayant imploré le secours de son Seigneur, le 
rocher s'ébranla et se balança sur lui-même; puis il en sortit 
un gémissement et un cri plaintif. Alors la pierre se fendit 
après avoir éprouvé de grandes douleurs, comme une femme 



CHAPITRE XXXVIII. 87 

«jjiftjj (j+ Uû^Xj- *JJ îyloj U ^c <&»b I4JL0 j4lô$ S^^Jl (;5?»&- 

^j c.«X«i_s» j^&j *JL»» ^«XjI a.^,^\£^ 8^1=»- 0atf (jj-ta*- fcj-»» 
LJé' Ii.j,.de *-J>~£ /oJt> U I^àJ ^ y^yAsc 1 xi\xi\ ciwobi_j j^f 

4Mij Jo «)js** ciJUi e^ùJi Ji Uî J-aaam ^ ^tii Ji \A^js3 
JUU jLjill ^ |^-« iH (g J^ Ubî bydf iJU-j UJ y i ^J 

au temps de l'accouchement, et on vit paraître une chamelle 
telle qu'on l'avait demandée. Elle fut suivie d'un petit qui 
lui ressemblait extérieurement. Tous deux se mirent aussitôt 
à paître et à chercher de l'eau et de l'herbe. Un grand 
nombre de témoins de ce miracle se convertirent , et à leur tête 
celui de leurs chefs qui avait interpellé le prophète, c'est- 
à-dire Djoundâ, fils d'Amr. Quant à la chamelle, elle four- 
nissait assez de lait pour donner à boire à tous les Témou- 
dites, mais elle les épuisait en pâturages et en eau. Or il y 
avait parmi eux deux femmes très-belles. Deux hommes de 
Témoud , Kodar, fils de Salif , et Mouzdâ , fils de Mâredj , vin- 
rent leur rendre visite. Les deux femmes s'appelaient , l'une 
Onaïzeh, fille de Ganem, l'autre Sadouf, fille de Modjba. 
Sadouf dit : « Si nous avions eu de l'eau aujourd'hui , nous 
n'en serions pas réduites à vous donner du vin; mais c'est 
le jour où la chamelle va s'abreuver, et nous sommes dans 
l'impossibilité de boire. » Onaïzeh dit à son tour : « Par Dieu , 
si nous avions des hommes à notre service , ils nous en dé- 
barrasseraient , car ce n'est qu'un simple chameau. » Kodar 



88 LES PRAIRIES D'OR. 

^Ji _j*fl? L-A=»-Lo t£j-=»-^ Ool>ij viU* ^Jjà Joli»» J.^ 
Lr>-w_=»- *Jï jS-m*J\ UoawjJ (gs- Lm-Sô ».J?-1j Ua^£ 5Xa>* i)Ui 
£ -o^à-é <*M| j-a-&J kj.jjsji iCjs**xJî J^j ia^ûj &xa^w L^xJUwlj 

Léû*.-**» oiju*Jb l^jj.5^fi j i <XS c_j^Aiai Idj^tX*© jl»- o *5*âjJ 
iLïLLÎi ci*j.ii XfyAwj j.ifc.^1 <_>y>j.*îi ^.i ^«Xao* aK** ç*j1_$ 

dit : « Sadouf , si je me chargeais de la chamelle , que me don- 
nerais-tu? — Moi-même, dit-elle, et quel obstacle peut t'ar- 
rêter maintenant? » Sa compagne ayant parlé comme elle, les 
deux hommes dirent: « Apportez-nous le vin. » Après en avoir 
bu jusqu'à s'enivrer, ils sortirent et appelèrent à eux sept 
hommes de leur famille. Ce sont ces neuf personnages dont 
Dieu dit clans son livre : « qu'ils font le mal sur la terre et 
qu'ils ne pratiquent pas le bien. » (XXVI, i52.) Ils marchè- 
rent donc contre la chamelle. Au moment même où elle se 
montrait, Kodar la frappa avec son épée au tendon crural 
et le lui coupa. Mouzdâ en fit autant de son côté et lui 
frappa l'autre tendon de son javelot. Alors elle tomba sur 
la face et Kodar l'égorgea. Le poulain s'enfuit vers le ro- 
cher, mais un des hommes l'atteignit et le tua. Comme ils 
partageaient la chair de la chamelle, Salih survint, et, 
voyant ce qu'ils avaient fait, les menaça du châtiment. On 
était au quatrième jour de la semaine. Ils lui dirent pour le 
railler : « Salih, quand donc aura lieu le châtiment dont tu 
nous menaces de la part de ton Seigneur? » Il leur dit : « Vos 



CHAPITRE XXXVIII. 89 

Jlë viL-j^ kj~_£ <_»JOs — »JS y* Sj LjLj<X£j U uj*r>. (£"* X^ l» 

Jb Jj^i -j_j <_>i*X_*Jl ( *K.2ïyAaj jo-j *àj-w<w» jU^ii -jj^j âj-^ - 
-L^I *L-îvwI cj»L*Jii l«X_d> (j* iwj Lçj ».^5«XA^5 t5*»***i' 

*Xi Li-5 Lois' ^Is' yl_j Aj UArs-U,; ^ji J^i «Uls-lc <XS U.£=s 

*-4-£*-=»>^ Ji iji/JûJ ij^«oî y5 U>«» <*>•*•* «*Ni /o~^jw«j i>l# 
^Juji^j -L»*s>-i)i c^aàjj y^J^Î c-JIsb. *Xi U^AJ"^ ] *"ir^ ta** 
*X.aj l\^s ~ /-=*-j /*^ £*jj v'*^*^ ulî ^A*^ |j<X^3 f»_j-*JÎ 

faces jauniront dès l'aurore du jour de mounis (le jeudi), le 
sixième jour [âroubah) elles deviendront rouges, et le sep- 
tième (schabar) elles seront toutes noires. Enfin le premier 
jour le châtiment ne se fera pas attendre. » Plus loin, nous 
rapporterons les noms des jours et des mois dans le langage 
usuel des Arabes. Pour en revenir aux neuf Témoudites, ils 
résolurent de tuer Salih et dirent : « S'il est véridique, nous 
l'aurons prévenu pour l'empêcher de nous prévenir lui- 
même, et s'il a menti nous l'aurons envoyé rejoindre sa cha- 
melle. » Ils allèrent donc à lui pendant la nuit, mais les 
anges s'interposèrent entre eux et le prophète, et firent pleu- 
voir des pierres sur leurs têtes, en sorte que Dieu ne leur 
permit pas d'exécuter leur projet. Au matin, ils virent que 
leurs faces étaient devenues jaunes comme le wars; leur teint 
était changé, la constitution de leurs corps était altérée. 
Alors personne ne douta plus de la réalité des menaces du 
prophète, et du châtiment qui allait tomber sur les cou- 
pables. Dans la nuit qui précéda le premier jour, Salih 
sortit du milieu de ce peuple avec le petit nombre de fidèles 



90 LES PRAIRIES D'OR. 

j.k-j t_>î«k.xJl ^lii^ (j?. la »» U i^Xo (j^ aX^Jl iCÂjJ^ £**?-* 
<£» f-^J>X-*f &t U<J jy-* (J^? V 1 ^ J**3 ^*i <^^ 

j|^>i j** îyK? ^jj 4 ^' *• f-6-ir-* "^^ *-*b IjJC^ls 

JwjUj u-LJi ^jyUJ U^â «*-** v^ <j-» ^ W^ji^*N**fS 
^jLxJ oîr^'j u*^ -^ 5 ** u^ u ^ ^ *j^r>W*»ï tr» 

«*Ni tUof! U ,^.**-s». ^^Jt-Jl (^ /e.^À^> (Jjj^i Js" ails Uj 

qui avaient cru en lui, et campa dans remplacement de la 
ville de Ramlah en Palestine. Quant à la vengeance divine, 
elle eut lieu le premier jour de la semaine. 

Houbab, fils d'Amr, qui s'était séparé de ses compatriotes 
et avait embrassé la foi, a dit : 

Les Témoudites étaient honorés et respectés, personne de leurs voisins 
ne leur eût fait injure; 

Alors ils tirent périr une chamelle qui appartenait à leur Seigneur, 
qu'ils avaient juré de respecter, et ils se conduisirent comme des im- 
pies. 

Plus loin, dans cet ouvrage, lorsque nous parlerons de la 
dispersion des hommes à Babel, nous donnerons un aperçu 
de l'histoire des Témoudites, nous entrerons dans des dé- 
tails sur les peuples et sur la variété de leurs langages, et 
nous rapporterons les poésies que chaque fraction de la 
grande famille humaine a composées, suivant l'éloquence 
qu'elle a reçue de Dieu , quoique nous ayons déjà développé 



CHAPITRE XXXIX. M 

A-+~to (j-« y\^j LiL^y UiT**.* IrJ U^" ^^J-* ^"ff*^ «X-^> 
k_^.|^ -jwo) IfyJ AWi £X)Î yi <jl ,jX \* j.=*\4> j*±-j J>A*.«v*i 

ce sujet dans nos compositions précédentes, les Annales his- 
toriques et l'Histoire moyenne. 

CHAPITRE XXXIX. 

LA MECQUE ET SON HISTOIRE; FONDATION DE LA MAISON SAINTE; 
DOMINATION SUCCESSIVE DES DJORHOMITES ET D'AUTRES TRIBUS, 
AVEC PLUSIEURS FAITS QUI SE RAPPORTENT A CE CHAPITRE. 

Lorsque Abraham eut établi à la Mecque son fils Ismaïl 
avec sa mère Agar, et qu'il les eut recommandés à son créa- 
teur, comme Dieu l'a déclaré lui-même à son sujet, en di- 
sant qu'il les avait établis « clans une vallée sans culture, » 
(XIV, ào) l'emplacement de la maison sainte étant alors 
une colline rouge, il ordonna à Agar de se construire une 
maison qui serait pour elle une habitation et un refuge. 
On sait tout ce que souffrirent Ismaïl et Agar jusqu'au mo- 
ment où Dieu fit jaillir pour eux de la terre l'eau de Zem- 



92 LES PRA1H1ES D'Oli. 

zem, tandis que le pays de Chihr et le Yémen étaient affli- 
gés de la sécheresse. Ce fut alors que les Amalécites, les 
Djorhomites et les restes des Adites établis dans ces con- 
trées se dispersèrent. Les Amaléciles se dirigèrent vers le 
Téhamah pour y chercher de Teau , des pâturages et leurs 
anciennes habitations. A leur tête était es-Sameydâ , fils de 
Houbar, fils de Lawi , fils de Kaïtour, fils de Kerker, fils de 
Hid. Lorsque les fils de Kerker furent très-avancés dans 
leur voyage, l'eau venant à leur manquer et les difficultés 
de la route se multipliant, es-Sameydâ, fils de Houbar, leur 
récita des vers sur le mètre rédjez (didactique) , par lesquels 
il les encourageait à poursuivre leur marche, et cherchait 
à les fortifier contre les obstacles qu'ils rencontraient. Il 
leur disait : 

Fils de Kerker, poursuivez votre marche à travers les pays; 
Je vois que ce monde est en proie à la corruption ; 
H n'y a plus de justes parmi les fils de Kahtân. 

Cependant les rowwad, c'est-à-dire ceux qui marchaient 
en tête à la recherche de l'eau , arrivèrent sur le bord d'un 



CHAPITRE XXXIX. 93 

fth* 0»-X.À-*j uU^ I^JÎ ii^J J.S-U L«J»1 4iît ^J JU yl ^£ 

^ a^j^Ûj *-^4?> 3 «J Jjj->Mï**|j| W4* ^J>^' f^**** L&^ 
p-tr^JJ &* ijJi-^-*-» Jj^àJI i /o.-^ c^jiî^ f-^' cx**$ls *Uî 

wadi, où ils virent les oiseaux s'élever dans les airs et re- 
descendre ensuite vers la terre. Comme ils inspectaient le 
fond du wadi, ils aperçurent une maison sur la colline 
rouge. Là se trouvaient Agar et Ismaïl. Ils avaient élevé tout 
autour de l'eau une digue de pierres pour l'empêcher de 
s'écouler. A propos de ce fait il y a une tradition d'après 
laquelle le Prophète aurait dit : « Dieu protège Agar notre 
mère ! Si elle n'eût pas amoncelé des pierres pour former un 
barrage autour des eaux de Zemzem, elles auraient coulé 
sur la surface de la terre. » Les rowivad la saluèrent et lui 
demandèrent la permission de camper en cet endroit et 
d'y boire. Elle leur fit bonne mine et leur accorda ce qu'ils 
demandaient. Cependant ils allèrent à la rencontre de ceux 
qui les suivaient et leur annoncèrent qu'ils avaient trouvé 
de l'eau. Ils descendirent donc dans le wadi pleinement 
rassurés, se félicitant de leur heureuse découverte, et se 
réjouissant de ce que la clarté de la lumière prophétique 
illuminait le wadi et l'emplacement de la maison sainte. 
Ismaïl se maria et abandonna l'idiome paternel pour l'arabe. 



94 LES PRAIRIES D'OR. 

0<Sj JLLjJI JsJt**> <->-S> î*x4»l? j.a*^«i zpj** jbrti U^ 1 ^ 

fi 

JULi 4^U yfc uJls cxaJI vj J^*» ^ $> *Mi U iJ tJUj 
j)Jls. tuJJL»~* «Xxj (iLÎ Jyij ck&j-}} y} *^-s=*-is ^aj W l^J 

«X-ïj ^àljJ! Ji jjJâ** jJ?-t*j cKwtjwt ç\jj pUJl >*? »j^* 

Nous avons rapporté, dans cet ouvrage et clans d'autres, ce 
que les hommes de Kahtân et de Nizar ont dit à ce sujet. 
Ismaïl épousa el-Djada, fille de Saad l'Amalécite. Abraham 
ayant demandé à Sarah la permission d'aller visiter Ismaïl 
et l'ayant obtenue , il se rendit à la Mecque. Or Ismaïl était 
à la chasse et au pâturage avec sa mère Agar. Abraham sa- 
lua el-Djada, fille de Saad, épouse d'Ismaïl, mais elle ne 
lui rendit pas son salut. Alors il lui dit : « Est-ce ici un lieu 
où l'on reçoit les étrangers? — Non, par Dieu, répondit- 
elle. — Mais que fait le maître de la maison? — Il est ab- 
sent. — Dis-lui donc, quand il reviendra, qu'Abraham, 
après avoir demandé des nouvelles de lui et de sa mère, 
lui recommande de changer le seuil de sa demeure et d'en 
prendre un autre. » Abraham reprit aussitôt le chemin de 
la Syrie. Le soir même de ce jour, Ismaïl et Agar revinrent 
et virent que le wadi brillait de la lumière de l'aurore, et 
que les brebis flairaient les traces des pas. Alors il dit à sa 
femme l'Amalécite : « Est-il donc survenu quelque chose 
après mon départ? — Oui, répondit-elle, un vieillard est 



CHAPITRE XXXIX. 95 

JUL» iwaxli *3y±2**\j à>^ '^Ji> *jù oJU^Aiw tr» <£«X*> kiU 

^ài^Jî i ^jyJjjSjï' &» far cajwU^ .iU*^- 
ijyUaj laJL JL». i £5 gjj*JI Jjy :>j 4j**oâ (^ aa* ^ Uj 

^ <^*<xàj c^j J-«<wJ j^jîoJi lyJ^yuJ^ *£* ^& \»}yj} 
£j>>-J5 ^-JU*Ji <^« *.^ji j4~iMj fo=r &* J^s? g * A»"M 

CJyS. (jJ «XfcW (^ cK^fr* <^*ÂJ <M»^ AAjUJl **^»;>; J*****^ 

aiTivé ici. » Et elle lui raconta tout ce qui s'était passé. — 
« C'était mon père lui-même, l'ami de Dieu; il m'a recom- 
mandé de te renvoyer. Va donc rejoindre les tiens, car il 
n'y a rien de bon en toi. » 

Cependant les Djorhomites, entendant parler des Benou- 
Kerker et de leur campement dans le wadi , où la fertilité 
des pâturages assurait à leurs troupeaux un lait abondant , 
et se trouvant eux-mêmes dans la disette, prirent à leur tour 
le chemin de la Mecque, ayant à leur tête el-Harit, fils de 
Modad, fils d'Amr, fils de Saacl, fils d'er-Rekib, fils de 
Zalim, fils de Haïni, fils de Nabit, fils de Djorhom. Etant 
arrivés dans le wadi, ils campèrent près de l'emplacement 
de la Mecque et résolurent d'habiter avec Ismaïl et ceux des 
Amalécites appartenant aux Benou-Kerker qui les avaient 
précédés. Les uns disent, en effet, que les Benou-Kerker des- 
cendent des Amalécites, les autres les rattachent aux Djor- 
homites. Toutefois l'opinion la plus accréditée est celle qui 
les rattache aux Amalécites. Ismaïl prit pour seconde femme 
Sameh, fille de Mouhelhel, fille de Saad, fils d'Awf, fils de 



98 LES PRAIRIES D'OR. 

à&j *.j^, (j-. Jjjo ^ j^^ a' '*! *■»' **^* *r** ^càX^UvIs 

USVj y\^ Ail Jli* (j-» |e-^"»-* W^lj ij^ *<£*< <^i (i^ <j*UJi £jUi' 

£ y^^#^ <JG'*l>j a5^jJI *x» ^^3 Jyu^i /e-^ v-* •f\j*»} 

Haïni, fils de Nabit. Abraham demanda encore à Sarah la 
permission d'aller rendre visite à Ismaïl; mais celle-ci, tour- 
mentée par la jalousie, lui fit jurer qu'une fois arrivé au 
but de son voyage il ne mettrait pas pied à terre. On n'est 
pas d'accord sur la question de savoir quelle était la bête 
qu'il montait. Les uns disent que c'était Borak, les autres 
pensent que c'était une ânesse, ou bien encore un autre 
animal. Lorsque Abraham fut arrivé au wadi, il salua l'é- 
pouse dlsmaïl, la Djorhomite. Elle lui rendit son salut, lui 
souhaita la bien-venue et lui fit l'accueil le plus gracieux. 
Il lui demanda des nouvelles d'Ismaïl et d'Agar. Elle lui en 
donna et lui apprit qu'ils étaient tous deux à faire paître 
leurs troupeaux. Alors elle l'invita à descendre, mais il re- 
fusa de le faire. Il y en a qui pensent qu'à cette époque 
Agar était déjà morte, après avoir atteint l'âge de quatre- 
vingt-dix ans. Cependant la Djorhomite insista pour qu'A- 
braham entrât chez elle, mais il n'y consentit pas. Ensuite 
elle lui présenta du lait et des pièces de gibier, et il les bé- 
nit. Puis elle lui apporta une pierre qui était dans la tente. 



CHAPITRE XXXIX. 97 

&jX& (^Ss^ji ^-«yJi x*às£ o^"' aKx>» Aj^j <^c JU o*jçJI 

A-A-Xft ^*»fcJi <xk=»j VojJ *JW*- cJI wî2* cJ^> aÔ AaÀJÛ^j 
j^ £ »U*XS «^p'^ *AÀd>J>j XJ&=>-ji \S>y^ Xam\jJ JU Uàji 

*tr>. lil L^J JliJ *^> ( 1 jv-»' <Xkj Uj^ yUï *J y^£.A.M+» *-**»;' 
dU Jj-JLjj -^a«Jî dLuU \jX> &J>ji\ yi *i Jyb cKa*«nJ 
Jl Lx-=»-K prvi^ji jLwj ^ aaaxJI ïL+jùà dloùu &aaxj tà.te^-1 

^-VS'J} J=r\& \** £** **Ml (J^ J^*«^i 4y«W Wt J-s»_5 -UJI 

&— ew AMI X_j) JwAÏ_j (3^^' r*i *)V«m» Igj'^Xx-w ^_f-« C^oviû (jv^ 

Il se pencha alors sur sa monture et mit la pierre sous son 
pied droit. La Djorhomite lui peigna les cheveux et les par- 
fuma. Ensuite elle porta la pierre du côté gauche. Il y posa 
son pied gauche et pencha la tête vers sa belle-fille, qui la 
peigna et la parfuma. Cependant ses deux pieds laissèrent 
sur la pierre des empreintes disposées, comme nous venons 
de le dire, à droite et à gauche. La Djorhomite, témoin de 
ce prodige, fut frappée d'admiration. Cette même pierre 
est encore nommée Mékam Ibrahim. « Mets-la à part, dit-il 
à sa belle-fille , car plus tard on la vénérera. » Au bout 
d'un certain temps il se retira et dit : « Lorsque Ismaïl re- 
viendra, dis-lui : Abraham te salue et te recommande de con- 
server le seuil de ta maison , car tu ne saurais en trouver un 
meilleur. » Ensuite Abraham s'en alla et reprit le chemin 
de la Syrie. 

Les uns disent qu'Ismaïl fut appelé ainsi , parce que Dieu 
écouta la prière d'Agar et eut pitié d'elle , lorsqu'elle s'enfuyait 
d'auprès de sa maîtresse Sarah, mère d'Isaac. Suivant les 
autres, c'est parce que Dieu exauça la prière d'Abraham 



98 LES PRAIRIES D'OU. 

«îJjj Sy»$\jJï <5Ui y^ & JJl £*i^U JU*- pî^iL *>^*i' (S 

fi*»J>-*) J^H^'j jliXjçij F**» (^j [jJÊ»àji&* ^'1 Jos*«n-Î 

.Xj jSb-ibj j.?-k<j W>> il*x^j U^o 3 j,I^ôj U^ ^<\iA.^ 
a»X-c ».L^" (j-« J^v-*^w\ »Uxi ovxJi ^W? *j-*\ (^>. s " ***» 

tjàl &XAAM y&j XKàj^S-j \^\jb (J^ki i\^a ,^X>J JW4* (j-* 

lui-même. Quoi qu'il en soit, Ismaïl mourut à l'âge de cent 
trente-sept ans et fut enseveli dans la mosquée sacrée , tout 
près de l'endroit où était la pierre noire. Ismaïl avait donné 
■ le jour à douze enfants mâles, savoir : Nabit, Kidar, Adbil, 
Mibsam, Michmâ, Douma, Dewam, Maça, Haddad, Tima, 
Yetour, Nafech. (Cf. Genèse, XXV,i3, va, i5.) Tous prati- 
quèrent la vraie religion. Abraham s'étant rendu à la Mecque, 
lorsque Ismaïl n'avait encore que trente ans, lui avait or- 
donné de bâtir le temple. Ismaïl le bâtit de pierres taillées 
dans les montagnes. Il lui donna en longueur trente cou- 
dées, et y plaça la pierre dont la dimension est de sept 
coudées. Quant à la largeur du temple, elle était de vingt- 
deux coudées, sa hauteur de neuf. Ensuite il le munit d'une 
porte, mais il ne lui fit pas de toit. Il posa la pierre dans 
l'angle qui lui était destiné et s'installa lui-même dans une 
habitation attenant au temple. C'est pour cela que Dieu a 
dit : « Lorsque Abraham et Ismaïl élevaient les fondations du 
temple, etc.» (Roran, II, 121.) Ensuite Dieu ordonna à 
Abraham de prêcher aux hommes le pèlerinage. Après la 



CHAPITRE XXXIX. 99 

<j^ (jaliî 00b *X*j pis aS J^jcjwÎ ^j 00b *«X*j O^Jb Je 
**&**& fe=T &^> u^ J^«Wv-îjb <> fer iUUJ J^ 
«i d)U-d> J^âj y Ki c^aaJI J, ^ Jjî yû, ^bL^L* ^jj t±*,UL 
*C» Jo^i ^ J^ y !(, «Mj^D | jsjft £ yUjuJb ôjj^Li J^il 

o-? ^^ ST/"^" Vjy^*" f-4**? <^*j^* AAAr=-b (j-. *£« Jki.à 

mort d'Ismaïl , son filsNabit devint gardien du temple. Après 
Nabit, ce furent des Djorhomites qui s'y installèrent, tant 
leur puissance était devenue grande dans le pays habité par 
Ismaïl. Le roi des Djorhomites était alors el-Harit, fils de 
Modad.il fut le premier qui présida à la garde du temple. 11 
habitait dans l'endroit appelé aujourd'hui Koaïkiân. Qui- 
conque entrait à la Mecque avec une marchandise devait 
lui en payer la dîme. Son séjour était dans la partie haute 
de la Mecque. Le roi des Amalécites, es-Sameydâ, fils de 
Houbar, résidait dans la partie basse de la Mecque , appelée 
Adjiad. Il prélevait aussi la dîme sur ceux qui entraient dans 
la ville par le côté qu'il habitait. Ces deux princes se livrèrent 
plusieurs combats. El-Harit, fils de Modad, roi des Djorho- 
mites, se mit en campagne avec une armée qui faisait ré- 
sonner les lances et les boucliers : de là vint le nom Koaï- 
kiân (retentissement) donné à l'endroit dont nous avons 
parlé. Es-Sameydâ, roi des Amalécites, se mit de son côté 
en campagne avec les cavaliers les mieux montés. C'est pour 
cela que l'endroit qu'il occupait est encore appelé de nos 



100 LES PRAIRIES D'OR. 

^o^j CA-ïj.Jt !<X-J& <_lî ^=U £-«éj^ C5-****"* '^^^^ (JV*%4^ 

,»_J 4±«jl -tl A.jSjXj> yÀ.\ (jls'j <\JL*V AjI&a3 y& t^VA/Jî SiJj 

J^rs- ljJijj (A^yji ^Uj (j-« *jçÀ,C. ^\^ U <^C fi.xàjj OcA«Ji *Uj 
jjI^j C^-a_aJ1 jj ÉÉl^ob /0-g.À* J*>; tjj - ^ C^ 5 *" Os.xisj *jJL tj 

.X*j I^jso ( i jJ)^" ^i Uy^i *kjb 5Î^.iïj oU.1 jùkj S=rj)\ 

jours Adjiad (chevaux rapides à la course). Les Djorho- 
mites furent vaincus et couverts d'ignominie , d'où le théâtre 
de l'événement a pris le nom de Fadhih (couvrant d'igno- 
minie), qu'il a toujours conservé. Ensuite, les deux rivaux 
ayant conclu la paix, on égorgea des victimes que l'on fit 
cuire, d'où le lieu de cette réunion est connu aujourd'hui 
encore sous le nom de Tabikh (cuisant). La garde du temple 
appartint alors aux Amalécites; puis les Djorhomites la leur 
reprirent et la gardèrent environ trois cents ans. Le dernier 
de leurs rois fut el-Harit, fils de Modad le jeune, fils d'Amr, 
fils d'el-Harit, fils de Modad l'ancien. Il augmenta les cons- 
tructions du temple et exhaussa les murs fondés par Abra- 
ham. Cependant les Djorhomites s'abandonnèrent à toutes 
sortes de désordres et d'excès dans le temple; l'un d'eux 
alla même jusqu'à y commettre avec une femme un acte 
de fornication. L'homme s'appelait Içafel la femme Noïlah. 
Dieu les changea tous les deux en pierres, dont on fit plus 
tard deux idoles, qui furent adorées comme intermédiaires 
entre l'homme et la divinité. Suivant une autre tradition, 



CHAPITRE XXXIX. 101 

dUi j5i> *Xi^ /o-wu oj-xj f**^^ U^* (""ir^ t r A ^*^ M ' c^s**^ 

c'étaient deux pierres ordinaires que l'on tailla en forme 
humaine et auxquelles on donna le nom de ces deux cou- 
pables. Dieu envoya contre les Djorhomites des nuages 
rapides, des fourmis et d'autres témoignages de sa colère, 
en sorte que beaucoup d'entre eux périrent. Les enfants 
d'Ismaïl s'étant multipliés chassèrent les Djorhomites de la 
Mecque. Ceux-ci s'installèrent alors près du pays de Djohaï- 
nah, d'où un torrent impétueux les enleva tous dans une 
nuit. Le théâtre de cette catastrophe est connu sous le nom 
de Idam (furie). 

Omeyah, fils d'Abou's - Sait de la tribu de Takif, a fait 
allusion à cet événement dans les vers où il dit : 

Les Djorhomites ont souillé autrefois le Téhamah, et un torrent furieux 
les a tous emportés. 

El-Harit, fils de Modad le jeune, le Djorhomite, a dit en- 
core à ce sujet : 

Ne dirait-on pas que, depuis el-Hadjoun jusqu'à Safa, tout est désert, 
et qu'on n'entend plus à la Mecque de conversations nocturnes ? 



102 LES PRAIRIES D'OR. 

^Uô Vç^ CAjyJi viliJvOjJaJ oob «Xjo (j* tiA^Ji «ilj USj 

<\jS>i e^Ul ^ j^S Jyb JJi ij 

l^jutf'lj il»l ^cj^aJL o*jl£i il» I^ %.*à^ «xJj (j^j i>^iS (-jjj-s— 

xS—* jl.A j>.l ^ ^JJT |j>J& JsjU ^jjL4«j ^[^Ji J! xCo (jft 

jjr <^c UjuI *x5j ^^m Jlï fPj**j **!> ifc jjl> i ^Iw 

Et cependant nous l'avons habitée, mais la plus retentissante des nuits 
et la plus terrible des calamités nous ont fait périr. 

Nous avons été parents et voisins d'Ismaïl, alors que les jours de mal- 
heur n'étaient pas encore arrivés sur nous. 

Nous présidions à la garde du temple après Nabit, et nous accomplis- 
sions ostensiblement les tournées autour du temple et de son enceinte. 

Amr, fils de Harit, son fils, a dit aussi : 

Nous avons été gardiens et habitants du temple, c'est dans nos mains 
que tous les pèlerins confiaient leurs ex-voto. 

Nous avons habité ce pays avant d'en être expulsés, et nous le tenions 
par héritage des fils de Haini, fils de Nabit, fils de Djorhom. 

Ensuite la garde du temple passa aux mains des fils d'Yiad, 
fils de Nizar. Puis des guerres nombreuses s'élevèrent entre 
les fils de Modar et ceux d'Yiad. Ceux-ci ayant eu le des- 
sous s'éloignèrent de la Mecque dans la direction de l'Irak. 
Nous parlerons plus tard, d'une manière sommaire, de 
l'histoire de la Mecque et des fils de Nizar, de Khodaah et 
d'autres encore. Dans ce chapitre, nous nous sommes pro- 



CHAPITRE XXXIX. 103 

*-Lc f^^" t ~j K ^° <*j-* >^-^» o-» J5Î u^ ca ^Ar^ ti** j-^1 *^?" a j 

kt+ b>-5i> ^à J~> (j* Jo^i^ u^a^-j yi»A* fer» (j^ t>-« ^' 

posé de donner un aperçu général des événements qui 
concernent les Djorhomites et d'autres tribus. Dans une 
autre source de traditions que nous avons consultées, nous 
avons trouvé que le premier roi djorhomite qui régna à la 
Mecque fut Modad, fils d'Amr, fils de Saad, fils deRakib, 
fils de Haïni, fils de Nabit, fils de Djorhom, fils de Kahtân. 
Après un règne de cent ans, il laissa le trône à son fils Amr, 
fils de Modad, qui le garda pendant cent vingt ans. Ensuite 
vint el-Harit, fils d'Amr, pendant deux cents ans, ou moins 
suivant d'autres. Son successeur fut Amr, fils d'el-Harit, qui 
gouverna durant deux siècles. Il fut remplacé par Modad, 
fils d'Amr le jeune, fils d'el-Harit, fils d'Amr, fils de Mo- 
dad, fils d'Amr, fils de Saad, fils d'er-Rakib, fils de Haïni, 
fils de Nabit, fils de Djorhom, fils de Kahtân, qui régna 
quarante ans. C'est à cette époque que furent anéantis les 
Arabes de pure origine, tels que Adites, Abil.Témoudites, 
Djadis, Tasm, Amalécites, Wébar, Djorhomites; il ne resta 
d'entre les Arabes que ceux qui descendaient d'Adnân et de 



104 LES PRAIRIES D'OR. 

oJhj a^jUiJI ca^L*Is yb<Xfcj yUa^i »«X* <j ÀjibJi (-J>j*$\ 

<XÀ£ t-jLîfi l*X-* (if« v-àX*m Uy» bj5i> «XSj l$JU*lj (jbj^I wi)jX* 

(j<a_*_j jul* ^^jiaJi jo-r^; «>**j (j«uii î j^i-yi y&$ wiUi 



Kahtân. Ceux des Arabes bédouins qui survécurent à leurs 
compatriotes se fondirent parmi les descendants de Kahtân 
et d'Adnân, où les traces de leur origine furent effacées et 
disparurent. Les Amalécites s'étant livrés au désordre sur 
la terre, Dieu les assujettit au pouvoir des rois étrangers, 
qui les anéantirent. Plus haut (t. II, p. 20,3), quand il 
a été question des peuples de Roum et de leur généalogie, 
nous avons dit quels étaient ceux qui avaient rattaché les 
fils d'Amlak et les autres peuples cités en même temps aux 
fils d'Ésaù, fils d'Isaac, fils d'Abraham. Nous avons dit que les 
savants d'entre les Arabes rapportaient autrement leur gé- 
néalogie, et que leur opinion était la plus répandue. Entre 
tous les poètes qui les ont chantés dans des élégies, il en 
est un qui a dit : 

La race d'Amlak a disparu et il ne reste d'elle ni humble, ni puissant 
qui cligne de l'œil avec dédain. 

Ils ont péché et Dieu leur a ôté la puissance. Ses jugements sont tels 
contre les hommes; malheur à ses ennemis! 



CHAPITRE XXXIX. 105 

A-gJ ^AJ ^) ljjjf»Xi ii^Lyii «-«wU^J *U^J| l^y* *-^ÀAJ y W U, 

5jAa^j S^s»j U"^' t_>L^Pl i J*aS «X5j lui Sjaâ» (j-» lx**XJ> 

Quant à Tasm et à Djadis, ils disparurent dans un es- 
pace d'environ soixante et dix ans au milieu des déserts, vic- 
times de leurs dissensions et de leurs querelles au sujet de 
la suprématie. Leur postérité fut anéantie et il n'en reste 
pas trace. Aussi ils sont passés en proverbe parmi les Arabes, 
et les poètes les ont pris comme types de leurs comparai- 
sons. Pour ce qui concerne er-Ras et ses compagnons, nous 
en avons déjà parlé dans nos ouvrages précédents. C'est à ce 
peuple que Dieu envoya Hanzalah , fils de Safwân el-Absi , et 
ils le traitèrent de menteur, comme nous en avons déjà 
touché un mot. Au surplus, il existe sur les compagnons 
d'er-Ras bien d'autres récits que ceux que nous avons consi- 
gnés dans cet ouvrage. Toutes ces tribus sont mentionnées 
dans la Torah. Elles se rattachent à la postérité de Sem, 
fils de Noé, par un fds d'Aram, fils de Sem, fils de Noé, 
c'est-à-dire par un fils d'Aws, fils d'Aram. Parmi les des- 
cendants de ce dernier il faut compter Mach, fils d'Aram, 
et Nabît, fils de Mach, auquel se rattache la généalogie de 
tous les Nabaléens et de leurs rois. Ad, fils d'Aws, fils d'A- 



106 LES PRAIRIES D'OR. 

iiXiÛ i «XXJl I JsJûjJjlSj ^j^aiyJi (jjvo ^ X*UJl i^Ao yfcj 
»■*£ AJw^/t *>Jj «Xaj i»oU0o} (^jvjÏ/o^ ( : j\Juul AÀaw yûj <_oy S 

J.J^-^V*? <-*-^ J.' (^ d 2 0r? fcF**^ ^J »y«y*J câT_5-^»ï\ 
«Lw ^ ay yj jCwJo J«-*-.$ CiOjJi |J\JÛ ,j Igjo (j^j qj^sAÎ 

MO 

qj ày (jj ^^5 cK-fc-^j (jwbj«Xs» *»« <x*UrJî 8<XJ^ —y yj| 

»y (jj »>Uw ^ j»^^ y 6 ^ 0^.5 jlyfc^i ijA,»- (O^ji t_'UKÎ 

ram, fils de Sem, fils de Noé, s'établit avec ses enfants dans 
le pays d'el-Ahkaf qui fait partie du Hadramaut. Témoud, 
fils d'Abir, fils d'Aram , fils de Sem , fils de Noé , s'établit avec 
ses enfants dans la région du Hédjaz. Djadis, fils d'Abir, 
choisit pour demeure le pays de Djaw, c'est-à-dire le Yé- 
mamah, qui est situé entre le Bahreïn et le Hédjaz. Au- 
jourd'hui, c'est-à-dire en 332 , cette même contrée est entre 
les mains des fils d'el-Okhaïdir l'Alide, descendant de Ha- 
çan, fils d'Ali, fils d'Abou Taleb, et elle confine au Bahreïn 
et à ceux qui en peuplent les districts. Tasm, fils de Loud, 
fils de Sem, fils de Noé, et ses enfants se fixèrent dans le 
Yémamah avec Djadis. Quant à Amalik, fils de Loud, fils 
de Sem, fils de Noé, il résida daus le Hédjaz. Plus haut 
(t. II, p. îdi), nous avons dit que les enfants d'Aïlam, 
fils de Sem, fils de Noé, avaient occupé le pays d'el-Ahwaz 
et la Perse. Nabit, fils de Mach, fils d'Aram, fils de Sem, 
fils de Noé, occupa Babel. Ses descendants étendirent leur 
domination sur l'Irak, sous le nom deNabatéens. C'est d'eux 
que sont sortis les rois de Babel dont nous avons déjà parlé, 



CHAPITRE XXXIX. 107 

^c \fxXxs JoL? ^y (jJ pUv ^ pjî (jj ,jï;U (jj k.MJ J^j 

«o-gjlj /^>^> ^à-*»xs (;jj<>J! J^l» ci^X* /ft^x<3 kAÀii «^ (i\?*}\ 

êyk* O^i Ijjt^ Ô^JI I_jOvJL*j JbjiM lj^ (jjJ^Î ^Ui 

iCel^j: *»£; «Xsj U^a*5 ^î/*i^ oojJi i tX^ i iO*>Jî ^ aaa« 

,JJ| LçJiXJi ï Oj— & J*^=>\ £«N? (M C 8 *!^ 9 (O»*^ (£?d\ J^=?"^ 

en faisant remarquer que ce furent ces princes qui firent 
fleurir l'agriculture et répandirent la civilisation dans ces 
contrées. Leur puissance n'avait pas d'égale sur la terre. En- 
suite la fortune les fit tomber dans l'avilissement, et les 
dépouilla de la royauté et des honneurs, et ils arrivèrent à 
ce degré d'abaissement où ils sont encore de nos jours dans 
l'Irak et dans d'autres pays. Un certain nombre de théolo- 
giens, parmi lesquels on remarque Dirar, fils d'Amr, To- 
mamah, fils d'Achras, Amr, filsd'Otmân el-Djahiz, préten- 
dent que les Nabatéens sont supérieurs aux Arabes. Us se 
fondent sur ce que ceux du milieu desquels Dieu a suscité 
le Prophète ont été gratifiés ici-bas du plus grand des hon- 
neurs par le Tout-Puissant : ceux, au contraire, qui ne 
peuvent prétendre à ce privilège, Dieu les a dépouillés et 
privés de la plus grande des illustrations sur la terre. De 
toutes les faveurs dont ont été comblés ceux qui ont la 
même origine que le Prophète, il n'y en a pas de com- 
parable au Prophète lui-même; de même que, pour les 
peuples du milieu desquels il n'a point été suscité, il n'y a 



108 LES PRAIRIES D'OR. 

JULi J-Uij a^yJi (^ oj-àJij J^ÂJi f-V* ^bo^ yUa^- 
Joajî IjyLo «XS k^Oi ytf lit j>ï)jj yU*^ ^ ^Ji ^ 

S js^j tpotJl Uaji 4J)-»Wj f-fr»-* (5^5 (j^5o c^*3i ^2 f*>lj 

<*Ml J~*-s» U t^-Lu. (j-* ç^-aJi j^Slx* (j^^si «X» U IoaàJI 

pas de plus grand malheur que de l'avoir vu sortir d'un autre 
peuple. Eh bien! les Nabatéens ont obtenu de Dieu le pre- 
mier rang dans cet état intermédiaire entre le bonheur et le 
malheur. 

Les auteurs dont nous venons de parler n'ont pas réussi 
dans leurs efforts pour faire prévaloir la noblesse des Na- 
batéens et leur excellence aux dépens des fils de Kahlân et 
d'Adnân, eux qui tiennent le premier rang de la noblesse 
parla prophétie et la royauté. Ceux qui plaident la cause 
de Kahtân et de Nizar répondent : Admettons que les Na- 
batéens soient supérieurs aux Arabes, par cela même que 
Dieu les a dépouillés de la prophétie et qu'il a accordé aux 
Arabes le privilège de voir sortir le Prophète du milieu 
d'entre eux; les Arabes pourront faire valoir en leur faveur 
le même argument qu'invoquent les Nabatéens, et ils di- 
ront : Plus tard nous avons dépassé les Nabatéens en mé- 
rite , lorsque les tribus arabes ont été éprouvées par la spo- 
liation même de cette excellence que Dieu avait fait naître 
pour les Nabatéens de la grandeur même de leur infortune 



CHAPITRE XXXIX. 109 

L»a_)î <_>j._xJt wWAXi laxÀJî (j**aJ U <^yJ! y* ^Li ^Ml a^**^ 

A>yC« -^Xjitj /0-$A^£ »**-> U *-g.i ^O ii I «Xi&j lx<uJi (j^ L»-^. 

l^j J-u2 i ilj c_>L*<*jiJi ^ (j^UJt çijUj b^Ss .xSj v>*^ ^ 

de n'avoir pas vu sortir le Prophète du milieu d'eux; les 
Nabatéens ont été inférieurs aux Arabes, en tant que ces 
derniers, plus éprouvés en cela que leurs adversaires, ont 
élé dépouillés de la prééminence que les Nabatéens ne de- 
vaient qu'à cette prodigieuse calamité d'avoir été privés par 
Dieu de l'honneur de donner naissance au Prophète. Les 
Arabes sont donc meilleurs que les Nabatéens, et tous ces 
raisonnements ont moins de valeur pour ces derniers qu'ils 
n'en ont contre eux, de sorte que l'argumentation tourne 
contre eux et suffit pour les condamner malgré toutes les 
subtilités imaginées par leurs défenseurs pour leur donner 
la supériorité sur les Arabes. 

Nous avons déjà parlé des discussions relatives aux gé- 
néalogies et de l'opinion qui donne la supériorité à la nais- 
sance sur les actes. Les uns disent : «D'abord les œuvres, 
ensuite la naissance, » et les autres : « Les actes sont au-des- 
sous de la naissance. » Nous avons rapporté également ce que 
disaient les Chooubiyeh et d'autres sectes, dans celui de 
nos écrits où nous avons traité des discussions relatives aux 



110 LES PRAIRIES D'OR. 

a^xè ^-fr*^^ J-S ^axj <sUkxJl> -suXfi Jjiaj lil dlii JUj Wij 

Ô^-AOJ fj] jW" ^^ (°*-(^ ^* J^ÀJ' *■>' 5>£) (jîj pj.SfjAX} 

principes des religions. Abou'l-Haoan-Ahmed , fils de Yahia, 
dans un ouvrage intitulé Réfutation des Chooubiyeli, entre 
autres questions litigieuses et propositions dont il s'est oc- 
cupé, soulève celle-ci : Quand Dieu a distingué un de ses 
serviteurs et qu'il a élu une de ses créatures, ce choix est-il 
le prix d'un mérite quelconque, ou faut-il l'attribuer à un 
privilège purement gratuit? Il répond : Si quelqu'un pré- 
tend qu'il y a là récompense, il ne comprend pas la valeur 
des mots arabes et n'a pas le sentiment des locutions de cette 
langue. En effet, lorsqu'on veut exprimer que quelqu'un a 
payé à un salarié le prix de son travail et lui a donné la 
rémunération de sa peine, on ne dit pas : Un tel a fait à un 
tel une faveur exceptionnelle. Cette expression ne s'emploie 
que pour désigner un don qui n'a point été mérité et qui 
est refusé à d'autres qui ne s'en sont rendus indignes 
par aucun crime. Quant à ceux qui prétendent que c'est 
un privilège purement gratuit, nous leur dirons : S'il est 
admissible que le Dieu très-haut accorde ses faveurs à 
quelques-unes de ses créatures sans qu'elles aient rien fait 
pour les mériter, pourquoi ne pas admettre qu'elles doivent 
leur noblesse à ce privilège, quoique la noblesse ne soit 



CHAPITRE XXXIX. 111 

\_X-?j—à*— n l : *-a**-àJ\ ^â ^e <_*-=»■ Î^Mj àbiM (j<a*j ^-» l^iîjij 

JLSSJI y_* gjjjdl <JI LU jUi J^us? il y! ^.Ji j^ssJl^ 



pas une œuvre dont elles puissent revendiquer le mé- 
rite? Si l'on nous objecte qu'il n'est pas de la justice de Dieu 
de les honorer sans aucun mérite de leur part, nous répon- 
drons : Si vos adversaires retournent contre vous cet arsru- 
ment et disent qu'il n'est pas juste que Dieu accorde ses 
faveurs aux uns à l'exclusion des autres, sans que les pre- 
miers aient gagné par leurs mérites ce que les derniers 
n'ont pas perdu par leur démérite, dites -moi, ô Choou- 
biyëh, quelle différence y aura-t-il donc entre eux et vous? 
Dieu lui-même a parlé de ceux qu'il a choisis parmi son 
peuple lorsqu'il a dit : « Dieu a choisi Adam et Noé, la fa- 
mille d'Abraham et la famille d'Amrân, par-dessus tous 
les hommes, comme postérité d'élite, les uns venant après 
les autres. » (Koran,III, 3o.) Celui qui doit à sa naissance de 
la noblesse et une haute illustration se gardera bien de s'en 
faire un marchepied pour se relâcher dans la pratique des 
actes qui conviennent à son rang, et renier pour ainsi dire 
ses ancêtres. La plus noble des naissances semble être le 
propre de la plus noble des existences , cette dernière étant 



112 LES PRAIRIES D'OR. 

£ -cwXj^Sj A--**"' *3k IX \jj?£-i u' *V^"->^ c53*^ (Jh-SV 

J^VÀlaJi qjj-«Ic ou^-iJi i^^M-jJi 

la plus estimée, puisque la noblesse appelle la noblesse, 
comme la beauté appelle la beauté. La plupart de ceux qui 
ont mérité les éloges de leurs semblables en ont été rede- 
vables à leurs actions encore plus qu'à leur naissance. C'est 
ce dont on trouve de fréquents exemples dans les poètes et 
les prosateurs. Ainsi le poète a dit en parlant de Hachem, 
fils d'Abd-Ménaf, le plus illustre des nobles : 

Amr est celui-là même qui a émietté le terid (pain émietté, sur lequel 
on verse du jus) pour ses compatriotes, au jour où les habitants de la 
Mecque souffraient de la disette des dattes. 

Il l'a loué pour ses actes et n'a pas même parlé de sa 
naissance, quoiqu'elle fût noble et illustre. Ceux qui possè- 
dent cet avantage doivent prendre pour règle de conduite 
ces paroles de leur frère et de leur égal, quant à la haute 
naissance, Amir, fils de Tofaïl : 

Quant à moi, quoique je sois le fils du plus vaillant cavalier d'Amir, 
quoique du sein de cette noble tribu ma gloire sorte pure et éclatante ; 



CHAPITRE XXXIX. 113 

c_^ii c^jlï IX5 *-^*lj)i^'^ *£Jj>,_». i_j-«wj iCalflj" î_jJyj ***•£) >V 

CJj._vi.lj JCftijÀ. (j^ SÎwol viUi oLj fcol^ii (JâXJ £ A-CÀJi_j 

Cependant Amir ne m'a pas choisi pour chef par droit de succession; 
Dieu ne veut pas que je me fasse un sujet d'orgueil de l'illustration de 
ceux qui m'ont donné le jour. 

Pour moi, je me consacre à la défense d'Amir, je ne crains rien tant 
que ce qui peut lui nuire, et je frappe ceux qui viennent l'attaquer au 
milieu de leurs escadrons. 

Un autre a dit aussi : 

Quoique nos commencements aient été illustres, nous ne sommes pas 
remplis d'une confiance présomptueuse en notre noblesse. 

Nous devons bâtir comme nos ancêtres ont bâti eux-mêmes et agir 
comme ils ont agi. 

Lorsqu' Amr, fils d'Amir, et ses enfants sortireut de Mareb , 
les fils de Rébyâh firent bande à part et campèrent dans le 
Téhamah. C'est précisément à cause de cette séparation 
qu'on les a nommés Khozaah. La guerre ayant éclaté entre 
les descendants d'Yiad et ceux de Modar, fils de Nizar, les 
premiers , voyant que la chance des armes tournait contre 
eux, descellèrent la pierre noire et l'enfouirent dans un cer- 
tain endroit. Une femme de Khozaah, témoin de ce fait, en 
donna avis aux gens de sa tribu. Ceux-ci convinrent avec 
m. 8 



114 LES PRAIRIES D'OR. 

Jjl yfcL* UJu!l/l *S-\j±. «^jij dU«Xo x^J \yij9 *^-w 

^wy^fi (^j c^U- fjà* p-î^ ^^i ^ jj.5 f-^-*-* ^^ tr» 
j._A_i J^çSL&Ji «iLsc <^2 Li^xll e^xjj *J«>oj (A^jI (jji 

^tij -LûJl Ji ^ -s*, (JV=*- *>*^J cjUMI Î*X_£ J, »bjSi> «XS 
ii_fc_x-$JI <^c XA.MtJ^i Wv^o l#À-« g^Jo&U -U-oiii yj<XA*j Uy> 

-Lj»- *X-Lj L*-ji iiX _jf Jfc. — La-j" il jj^-5 L» 

les descendants de Modar que , s'ils rapportaient la pierre 
noire, on leur accorderait l'intendance de la maison sainte. 
Cette convention ayant été exécutée, les Khozaïtes furent 
investis en effet de la charge qu'ils ambitionnaient. Le pre- 
mier d'entre eux qui jouit de cet honneur fut Amr, fils de 
Lohayi, lequel Lohayi s'appelait en réalité Harit, fils d'A- 
mir. 11 altéra la religion d'Abraham et y introduisit des 
changements. Ce fut lui qui poussa les Arabes au culte des 
idoles , par suite des circonstances dont nous parlons dans cet 
ouvrage et ailleurs (t. IV, chap. lxii). Ce fut lors d'un voyage 
qu'il fit en Syrie, où il fut témoin lui-même du culte qu'on 
rendait aux idoles. Il en rapporta une qu'il plaça sur le 
temple de la Kaabah. Cependant la puissance des Khozaïtes 
devint de plus en plus grande et la tyrannie d'Amr, tils 
de Lohayi, s'étendit sur tous les hommes. A ce propos un 
Djorhomite qui était resté attaché au culte orthodoxe a dit : 

O Amr, n'exerce pas la tyrannie à la Mecque, dans cette terre sacrée. 
Demande ce que sont devenus les Adites; ainsi périssent les hommes; 



CHAPITRE XXXIX. 115 

iLÀ^T Jb> L*-l iil (*4À* «JLoujiJi c^ssx*!^ l^j'iUfi c^JtJl ^c 

LUaji owuJî J^r»- a£ç ^u; àCgJl c^j4\^-î iKi Joî çw5 L, 

LLjl j^UI £ Ai C^ijts» «XX» foyjl *\»~Lj «1^ C^AaAÎ y^ 

(j+ (j«LJL B)U-ill JUaiw W &$à jtiiA & 3 'ÀsSyà*. & t^yyJf 



Ainsi ont péri les fils d'Amalik , qui faisaient paître de nombreux trou- 
peaux dans ce pays. 

Cependant Arar, fils de Lohayi , ayant multiplié les idoles 
autour de la Kaabah, et le culte des faux dieux s'élant ré- 
pandu de plus en plus parmi les Arabes, au point que la 
vraie religion ne jetait plus parmi eux que de faibles lueurs, 
Chohnah, fils de Khalef ie Djorhomite, dit : 

O Amr, tu as introduit des divinités nouvelles à la Mecque, et tu as 
multiplié leurs statues autour du temple. 

Le temple n'avait qu'un maître pour toute l'éternité, mais toi tu lui as 
imposé parmi les hommes des maîtres nombreux. 

Un jour tu verras que Dieu, dans les voies lentes de sa justice, choi- 
sira chez d'autres que vous les gardiens de sa maisou. 

Amr, fils de Lohayi, vécut trois cent quarante-cinq ans. 
L'intendance du temple appartenait aux Khozaïtes, mais 
les enfants de Modar avaient conservé trois prérogatives : la 
première consistait à présider au départ des pèlerins du 

8. 



116 LES PRAIRIES D'OR. 

a-qjvo dUi ^fAJls (£~* Jî j^Ji »i»Xff <j*<U)l> xoliiJi^ £j>^ 

t^w-xJi o^-jKi -^L*viJI A_5;^i ^Ls* dUi i Jjùsj ^jl?- <^c 

Job Jyij «;W**« jj <ij *j\a- u i <jj ^-> £ (j-» g' Jyu* *j J^jc 

mont Arafah; la seconde, à les faire passer, le matin du 
jour des sacrifices, dans la vallée de Mina. Ils se transmirent 
ces fonctions de père en fils, jusqu'à ce qu'elles arrivèrent 
à Abou-Seyyareh. Ce personnage conduisit les pèlerins de 
Mozdélifah à Mina, pendant quarante ans, monté sur un 
âne, sans jamais se dispenser de ce devoir, et c'est ainsi que 
l'islamisme le trouva. Son âne est passé en proverbe parmi 
les Arabes, qui disent : « Plus fidèle au pèlerinage que l'âne 
d' Abou-Seyyareh. » (Cf. Meïdani, 1. 1, p. 73q.) Quant à lui, 
un poète a dit, en faisant allusion à sa personne : 

Nous avons défendu de toute opposition Abou-Seyyareh, de sorte qu'il 
nous a conduits, faisant marcher son âne à pas redoublés, 
Et se dirigeant vers la Kiblah pour y invoquer son protecteur. 

Quant au naçi ou remise des mois sacrés, les naça qui 
en étaient chargés appartenaient aux fils de Malik, fils de 
Kinanah. Le premier d'entre eux fut Abou-'l-Kalammas 
Hodaïfah, fils d'Abd. Après lui vint son fils Kalâ, fils de 
Hodaïfah. A la naissance de l'Islam, le dernier qui remplit 



Xi 



CHAPITRE XXXIX. 117 

jo^-*-» r»y^s» *>*M <-^j»^>i ^<XAaJî cjiljl^ i ^^ c*jijj iii 

ïjWjjSJ] i »M»j <^v*-^' Lf t *Jyb dU*»o /o~^s J-s?-^ >& 

ces fonctions fut Abou-Tomamah. Or il faut savoir que, lors- 
que les Arabes, ayant terminé les cérémonies du pèleri- 
nage, se disposaient à rentrer dans leurs foyers, ils se réu- 
nissaient auprès du naci. Celui-ci , se levant au milieu d'eux, 
disait : « Mon Dieu, je décharge de toute obligation l'un des 
deux mois de safar, c'est-à-dire le premier, et je transfère 
l'autre à l'année prochaine. » Puis vint l'Islam , et les mois 
sacrés revinrent au point de départ qu'ils avaient eu dans le 
principe. C'est à quoi fait allusion ce mot du Prophète : 
« Le temps n'accomplit-il pas sa révolution comme au jour 
où Dieu a créé les deux et la terre? » Et ainsi de suite jus- 
qu'à la fin du hadis. Dieu très-haut a eu en vue cet usage 
lorsqu'il a dit : « Le naçi est un surcroît d'infidélité. » (Koran , 
IX, 37.) Omaïr, fils de Kaïs le Koreïchite, se faisait gloire 
de cela lorsqu'il a dit dans une kaçideh dont il est l'auteur: 

Ne sommes-nous pas ceux qui transférons sur Maadd les mois non sa- 
crés en les changeant en mois sacrés? 

Kossayi , fils de Kilab , fils de Mourrah , avait épousé la 



118 LES PRAIRIES D'OR. 

<5^" & V* ^ ^l **!>*? 6ï* c; vs*M J^ tr*^' y* \^jb 

jjpi .xJ^j jJ^il (j>« *\$ cjU bpi U (jU*Ji (j-*^* (^»» 

A rt ;» <ks-j>J) AJuof <jl OwwJl iiji^ J*J«?- w^à U <^C A^ij^a»» 

ne 
iwiJj Joui ^3x^3 4^x«Jt ^ub *yu il Igj! al JyOi o^ yjl 

jL C^*) a*Jjj>». (j-* J>>; Jî AA^ij CXAaJI ^Cij l$dl oy^i 
(j-« <*_-*j_S <j*« viLJi> aKJLjj j..^.±I (j-» ^jjj.-a*aj ovaaJI aj^Jj 



fille de Holaïl, le dernier de la race de Khozaah qui fut 
chargé de l'intendance du temple. Quant à Amr, fils de 
Lohayi, après avoir vécu le nombre d'années que nous 
avons dit, il mourut, laissant un millier d'enfants et de 
petits-enfants. Lorsque la mort vint surprendre Holaïl, qui, 
nous venons de le dire, fut le dernier des Khozaïtes char- 
gés de l'intendance du temple, il transmit cette charge à 
sa fille, épouse de Kossayi, fils de Kilab. Comme on lui 
fit observer qu'elle ne pourrait point ouvrir les portes ni 
les fermer, il lui confia l'intendance du temple et chargea 
du soin d'en ouvrir et d'en fermer les portes un homme de 
Khozaah , nommé Abou-Goubchân le Khozaïte. Celui-ci ven- 
dit son privilège à Kossayi pour un chameau et une outre 
de vin. Les Arabes ont tourné cet événement en proverbe 
et disent : « Plus en perte que le marché d'Abou-Goubchân. » 
Un poète, parlant de la stupidité d'Abou-Goubchân, qui 
vendit la surintendance du temple pour un chameau et une 
outre de vin et fit passer son privilège de la race de Kho- 
zaah à Kossayi, fils de Kilab, a dit : 



CHAPITRE XXXIX. 119 

u w > 



<ÎUC 



j_^_ s5oî j^LÀ^o (j**aj (jjjJ ^"ff^" t)^"jrl *•»•*£=> C* Âl ?j 

*~*Jj»> ÀA*)Si ^J^J iJ+Jjà yA& (j^ <îiX* J.i».i (jw« ^a J-^^i (s***-* 

^Lj JcSIaJ £ ^UaJI (ji-^Ji* l^Ub t^UâJi «>*=-_j M^M 

Abou-Goubchân s'est montré plus injuste que Kossayi, et Khozaah a 
été plus injuste que les enfants de Fihr. 

Ne reprochez pas à Kossayi d'avoir acheté, mais blâmez votre cheïkh 
d'avoir vendu. 

Un autre poëte a dit sur le même sujet : 

Les Khozaïtes, qui faisaient tant valoir leur antique illustration, nous 
avons trouvé que leur gloire était toute dans la boisson : 

Ils ont publiquement troqué le temple du miséricordieux pour une 
outre de vin ; honte à ces orgueilleux dignes d'opprobre ! 

La surintendance du temple avait appartenu aux Kho- 
zaïtes pendant trois cents ans. Quant à Kossayi, son pou- 
voir se consolida et il soumit au payement de la dîme tous 
les étrangers, autres que les Koreïchites, qui entraient à la 
Mecque. 11 rebâtit la Kaabah; ensuite il installa les Koreï- 
chites à la Mecque, suivant leur naissance. 11 assigna une 
place à part à ceux des Koreïchites qui furent compris sous 
le nom iïel-Bitah ( habitants des vallons) , et fit une autre classe 
des Koreïchiles qui furent nommés Zahiri (habitants de 
la banlieue). Les Koreïchites appelés el-Bitah comprenaient. 



120 LES PRAIRIES D'OR. 

«yfryj / 5 aoï /jj <£yd\ * > ^ i&jjï^ï «*"** <S"î5 oWi à**s. 

les tribus suivantes : les Benou-Abd-el-Ménaf , les Bénou- 
Abd-ed-Dar, les Benou-Abd-el-Ozza, fils de Kossayi; puis 
les enfants de Zohrah, de Makhzoum, de Taym, fils de 
Mourrah, de Djoumâ, de Sehm, d'Adi, qui tous se tenaient 
par le sang, ainsi que les Benou-Hanbal , fils d'Amir, fils de 
Lowayi. Quant aux Koreïchites ez-Zawahir, ils comptaient 
dans leurs rangs les Benou'l-Harit , fils de Fihr, les Benou'l- 
Adram, fils de Galib, fils de Fihr, les Benou-Moâïs, fils 
d'Amir, fils de Lowayi. Dikwân, affranchi d'Abd-ed-Dehr- 
ed-Dohak, fils de Kaïs-el-Fihri, a dit à ce propos : 

Tu t'es montré orgueilleux à l'égard de Dobak au point de le reléguer 
au nombre de ceux qui sont au-dessous de leurs compatriotes. 

Ah! si j'avais eu pour témoins une troupe de Koreïchites, une troupe 
de Koreïchites citadins, et non pas ceux de la banlieue! 

Mais ils étaient cachés, comme je m'en aperçus dès le matin, et j'ai 
flétri la lâcheté des défenseurs de cette ville et de ses protecteurs. 

Les Assermentés parmi les Koreïchites étaient les Benou- 
Abd-ed-Dar, fils de Kossayi, les descendants de Sehm, de 



CHAPITRE XXXIX. 121 

«X_au£ /jj «X^wl %Jy^ 6>À* <Xa£ «Jo q^amILI^ f^y&j is^^-i 
3 ySt JjJU JJi jj (^J ^ li^UI yjj |*\Jj *^j y^^ ^yiï 

Cj5^-:*-^î c-^jl^i c^JL» *JJ' àj<X_^ ( : ^ ? -a  lait i ^J^ 

Cjlo» «X*C (iJVJj ^Osj (;JVS». t^J y_J^_^>Lc (JV-J L^-iî 

Djoumâ, d'Adi et de Makhzoum. Les associés compris sous 
le nom de Moutayyiboun (parfumeurs) étaient les Benou- 
Abd-Ménaf, les Benou-Açed, fils d'Abd-el-Ozza, les Benou- 
Zohrah , lesBenou-Taymet les Benou'l-Harit, fils de Lowayi. 
A ce propos, Amr, fils d'Abou-Rébyâh el-Makh-zoumi, a 
dit en parlant d'une femme : 

Elle comptait des ancêtres parmi les Moutayyiboun, ensuite elle a eu 
en son pouvoir la chevelure pendante des Assermentés. 

Assurémeut elle hésite entre Amir, fils de Lowayi , lorsqu'elle s'entend 
appeler, et entre Abd-Ménaf. 

Les Koreïchites reçurent Yilaf des rois étrangers. Ilaf si- 
gnifie sécurité, sûreté (sauf-conduit). Ensuite ils formèrent 
tékarrouch, c'est-à-dire réunion, association. C'est à cela que 
fait allusion Abou-Khaled-el-Yachkori quand il dit : 

Des frères ont uni contre nous leurs desseins criminels , de nos jours et 
dans les temps anciens. 

Les Koreïchites , après avoir reçu Yilaf des rois étrangers , 



122 LES PRAIRIES D'OR. 

_•$«___ — * Jj._ji._j J> — îi> &} ($\j — *~JI_» ^j—fv-jij -L*iJl <_| t 

3b-£ 

oLà_* tX-s-t JL -Jjj 5X-û a.k___.j J^_?JI J-^31 Igjî L» 

O^^— ji'I *X__--j_j ( 1 j\_X>- j^Jl^ L^.j»li) (j* *X^.x.i) 0.j«X__yi 
Jsjco _t^ \£y*s-2 Rs.\ys^} t^d- -U<>^$ É^aa5^U__1 j£..^JiJj 

iCi^A—lj <_*\__U *Xa*3 iX*^Li_i (j-* ^^j? JoL ^ u*UJi ^jg 

entreprirent des voyages dans la Syrie, le Yémen et l'Irak. 
C'est à ce propos que Matroud le Khozaïte dit : 

O toi dont la selle est toujours en mouvement, pourquoi n'es-tu pas 
descendu dans la famille d'Abd-Ménaf, 

De ces hommes qui imposent leur autorité dans leurs propres contrées, 
et qui entreprennent des voyages sous la protection de Yilaf? 

L'histoire a conservé beaucoup de particularités relatives 
aux Koreïchites, aux Djorhomites, aux Khozaïtes et aux 
autres descendants de Maadd. Nous les avons consignées dans 
nos écrits précédents, nous bornant à donner ici un aperçu 
destiné à rappeler ce qui a déjà été dit. Quand nous parle- 
rons de la dispersion des hommes à Babel , nous raconterons 
sommairement l'histoire de la Mecque, d'Abd-el-Mottalib, 
des Abyssiniens, avec d'autres détails qui se rapportent au 
même sujet. 



CHAPITRE XL. 123 

(jliXXJ^j (J^^ v -*"°.?.? jlxàfci'î (j-t *-*]y=»- JS i 

»-*— >l3 (jb)^' &-* viUi J^S y^^S *UJS_j liî^"*^ &>*• c^fc'**!' 
UaXs <OJi ^v.i *Xiy Si^ (J**^ bij-^a*J| tiLîi *L$*.-=»- iji*J <JÎ 



CHAPITRE XL. 

RENSEIGNEMENTS GENERAUX SUR LA DESCRIPTION DE LA TERRE ET 
DES DIFFÉRENTES CONTREES; DE L'AMOUR DE L'HOMME POUR SON 
PAYS NATAL. 

Au rapport des traditionnistes, après que Dieu eut sou- 
mis aux Musulmans l'Irak, la Syrie, l'Egypte et tant d'au- 
tres contrées, Omar, fils d'el-Khattab , écrivit à un savant de 
cette époque : « Nous sommes Arabes et Dieu nous a ac- 
cordé la conquête du monde; nous voulons maintenant 
nous fixer et résider dans les villes principales. En consé- 
quence, décris-moi les différents pays de la terre, leur cli- 
mat, leur position et l'influence que le sol et la tempéra- 
ture exercent sur leurs habitants. » Voici la réponse de ce 
savant : « Prince des croyants, sachez que Dieu a réparti les 
contrées de ce monde entre l'orient, l'occident, le nord et 
le midi. Tout ce qui est situe à l'extrême orient et dans les 



124 LES PRAIRIES D'OR. 

L.<_j !£*»-> ^-*i>t b^*-* *»»3 bj <îO J^». ^ *jj|^5»-i^ *j'«>vs».^ 

^*^*j -U -srj -is^ gï -IsJl Ui (jç^^i cj-« *j^£**iî £k-*^ 

L^jv-^v ,iJ yl^Jiiî ^-xa_)_j {«^rÀJi **-bj,J j»Ui*>^i <-*J^J f»^) 

c/^j /o^iJi *>Jaj^ aj^ j-^y ^4 (j-^ 1 V^ u^ d°j^ 

régions lointaines d'où sort la lumière est un séjour dange- 
reux, à cause de la température brûlante et de la chaleur 
excessive qui dévorent ceux qui osent s'y aventurer. Les pays 
les plus reculés vers l'occident sont encore plus funestes que 
ceux de l'extrême orient, parce qu'ils sont moins exposés 
aux rayons du soleil. Daus les régions qui s'avancent vers le 
nord, le froid, les gelées, la neige réservent à l'homme des 
périls et des souffrances de toutes sortes. Enfin dans la 
partie méridionale, l'ardeur du climat et les animaux fé- 
roces qui l'habitent rendent ce séjour aussi nuisible pour 
l'homme. Il ne reste donc qu'une petite portion de la terre 
qui soit habitable, grâce au climat tempéré et aux autres 
avantages que la Providence lui a accordés. C'est de cette 
partie habitable de la terre que je vais vous donner la des- 
cription. 

«En Syrie, des vapeurs montent du sol, s'agglomèrent 
en nuages et se répandent en pluies torrentielles. Ce climat 
amollit le corps, émousse l'esprit et donne au teint une 
grande pureté. Cela est vrai surtout de la province d'E- 



CHAPITRE XL. 125 

-LiJl_j JyùJi w^àjj xsryiJî *U" (-^*Xj^ £^' d^3 *J5* 

Jj>L\_* \%j) SjUisft *-^S^ Sj'^î c^^Joij SjU^I cy^io c-JliM 
^ AMI (3—Ls»> o^^-iî J^»- A-aJj ^yJCsSJi <j*.*>JiJ5j ^UxiiJI 

J. ut i'J Hj-sV+dL JjL»«5 ÀÀffî^AJi jl»i fi \jy* *\)y* t,j = 'J^J ja -* 
*X-5lj, l^-s»-,} &^>\j U&^)y2> ld>«X^- ^^jJi^ji U^«i^ W^aàj 

,_^_£*xJl (j<Xjt_*o ^ (jJ^ÀH i^*}J&2 y|^^i j«XX3 *XjU Lbj-wj 
l g, >i^-J^ JLi^ c^oiJi y*yU*j Ji^*^ ^)J^J-*>4^ 

mèse; les habitants s'y distinguent par leur beauté et l'éclat 
de leur teint; mais le climat affaiblit leur intelligence, lui 
enlève toute sa pénétration, altère les dispositions natu- 
relles, les facultés de l'esprit, et ravit au jugement toute sa 
vigueur. Cependant, ô prince des croyants, malgré ces désa- 
vantages, la Syrie est un pays verdoyant et fertile, arrosé 
par des eaux abondantes/couvert d'arbres et sillonné de 
rivières, un sol bien cultivé et prospère. C'est la patrie des 
prophètes, le pays où s'élève Jérusalem, la ville d'élection, 
le pays où vécurent les plus nobles créatures de Dieu, les, 
dévots les plus austères, et ses montagnes ont donné asile 
aux plus saints anachorètes. 

«L'Egypte est un pays plat et déprimé; c'est l'antique 
patrie des Pharaons el le séjour des tyrans. Malgré les avan- 
tages qu'il doit à son Nil, il mérite plus de blâmes que 
d'éloges. Son climat est lourd et d'une chaleur excessive, 
quoique peu nuisible. Les habitants ont le teint mêlé et 
l'esprit lent. C'est une mine d'or, de pierres précieuses, d'é- 
meraudes et de richesses de toutes sortes, un sol riche en 
moissons et en palmiers mâles. Mais le climat énerve le 



12o LES PRAIRIES D'OR. 

jSL* l$Xd>l ijl^ill 14A* y4*-ï* jlioi't ^**jj -L*>,5Ji J^$.**j 

tX_)U <-<^w>aJ wvAwiLo «>Jo L^il iM iùt><Xi».^ uûi^ f ,, »Aj^^ l»^j 

jUS^Ajè aK^I (i \j^\sj}[* 4»ajû«xj^ ->!)Xrf».iii uj^ -L«w>^î 

£ *_j<X_=» ^jl^Joi^ iUxaiw aIojIjL*^ jUai».i^ <_>L*r»-î (O^Jj 
aa*£j (1^ <J"* **k* (""tr^ 3^**' aj\£w ij <->^ajî <?o\y& 

..L**_>iM oi-sx_> j,_j_^j aKJj jj^^j*. s-^lyû *s5l#xJî_5 (^Ji_5 
^ ei*_jc«*->_j <°-*v^' kJLw*j^ c-j^XaJI s^zKj} ***à3JÎ i^ùi*a»'^ 
g» j^cLxoJi x*«Jijj iCt\.j^Ul <_^)*5o^ *^^îL? t^viûtXj^j (j 1 *-^ 

corps et noircit la peau. On y vit longtemps. Les Egyptiens 
sont astucieux, fourbes et enclins k la bassesse, à la mau- 
vaise foi et à la ruse. En un mot, c'est un pays où l'on 
s'enrichit, mais où l'on ne peut se fixer, à cause des trou- 
bles et des désordres qui ne cessent de le désoler. 

« Le Yémen a un climat nuisible à la santé, mais favorable 
à l'intelligence. L'humidité qui y règne contrarie l'essor des 
grandes pensées; mais le peuple s'y distingue par la noblesse 
et la pureté de sa race. Les vallées du Yémen sont fertiles 
et ses frontières ont une riche végétation. Son ciel est in- 
constant et ses habitants sont d'une humeur versatile, mais 
bien doués sous le rapport de la beauté, et ils ne manquent 
ni de finesse, ni d'une certaine éloquence naturelle. 

«Le Hédjaz est une barrière (hadjiz) entre la Syrie, le 
Yémen et les plaines maritimes [téhamah). Sa température 
est chaude, ses nuits sont splendides. Ce climat amaigrit 
le corps, trouble la matière cérébrale, fortifie le cœur, dé- 
truit les pensées généreuses; il prédispose à la haine, chasse 
la pitié, développe le courage et bannit de l'âme tout senti- 



CHAPITRE XL. 127 

j-k£ t^r+Sj iLÀXig. PJ^S) j&u»*, dfJbi. ^ 3 jù^s- <x\jfcï 

^j^ili «j-**j ^*iJLi ^lo ^1^*51 Uîj ^4-0 ^y>~^j^àjj^ 
v_XJ>j »*X^.£y i^LàjJS oi-taij) <fcjj »Uii c^ijUao xJi l^ij 

-o-ftJyi* cxjjJj^ Lô<xJl *.^v*j^lij J^j!^9 o-*AA«a3j J^ioî^à- 
dLL*k»_y (j)j*<*jS ^ULx* _j^>3 (jj^JÎ (J^^ < -! s ^3 f^V-'^ îa h? c; ^ b ^j 
-c^AJ^ iir=-^oiii J*.*ài\j -£\j&\ t|j'^ uL?^ J*>^5 aKjûI^ j^jJi 

M i *■*> J 3>~aJLj <*XjLi.»j Cjîj^ssU,! iSsSyS} JoLjdU! )U*|^S>- 

ment d'humilité. Les hal)itants sont faux, malveillants et 
rusés; autant leur pays est inégal, autant il y a de contra- 
dictions dans leur caractère. A la fin des temps, le Hédjaz 
jouera un rôle important et devra une grande célébrité aux 
événements imprévus et aux circonstances étonnantes dont 
il sera le théâtre. 

« L'Irak est le flambeau de l'Orient, le centre et le cœur de 
la terre. Sillonné de fleuves qui y répandent la fertilité, ce 
pays jouit d'un climat toujours tempéré. On remarque chez 
les peuples qui l'habitent une constitution saine, un esprit 
ingénieux, une grande pénétration , un caractère ferme mais 
enclin à la ruse, une raison solide et un jugement bien 
assis. L'Irak est le cœur de la terre, la clef de l'Orient et la 
route de la lumière. Ses habitants l'emportent sur les autres 
hommes par la pureté de leur teint, la beauté de leur race 
et la vigueur de leur tempérament; ils possèdent d'émi- 
nentes qualités et le germe de tout ce qui est bon. Ainsi 
l'Irak offre de grands avantages : ciel pur, air frais, sol fé- 
cond, eaux abondantes, vie large et facile. 



128 LES PRAIRIES D'OR. 

«xJLa-jj LfttnJ-xjy -L*»-^! jj-i^v-i JU=^ Wj -90 (j^Ji*5l 
(^ ^uXft J U |<s^Jl <^a-£.j ^p^^i «X-^àjj l^*kJL)j -l^iiil 
o. -* v « A_jl_fl„.* ^^XjC_s».|j *J»S\$i'j *\j^Jî ÀjU^ Ajjjdi IûXp 
«X-LvJl 4^-u»L«-j ^-i^opU ^a^oI U^jAaJîj (jj^a»-iii_5 aj'UjjkaJC* 
»^L* i»Âà-j Sp^JÛ J«XJCci *>sAj J6o AJiii^ te^yi) ^^Jijj 

iL^Us *^$j JyU LAd>i|j -5\a-^i o»Ja^Jj |.l—>^i /oiâ*Jj 

« Dans le Djébal (Irak persan) le climat rend les membres 
rudes et massifs, il émousse et détruit l'esprit, corrompt le 
caractère et anéantit les nobles instincts; car le sol y est 
dur, l'air épais et condensé , la température variable et sou- 
mise à une foule d'intempéries. Or sachez, prince des 
croyants, que cbez l'homme le moral et le physique corres- 
pondent au pays qu'il habite, et ont avec le sol une affinité 
et une analogie frappantes. Dans toute contrée où le ciel 
est clément, l'eau légère, la nourriture délicate, les organes 
et le caractère des habitants présentent des rapports étroits 
avec la nature et les conditions fondamentales de cette 
contrée. 

« Dans le Khoraçân, les hommes doivent à la nature du 
pays une haute stature, un corps robuste, un esprit fin, 
du jugement, des pensées élevées, et aussi de la profondeur 
dans la réflexion, du discernement et de la gravité. 

«Le Fars possède des plaines fertiles, un air vif, un sol 
bien arrosé, couronné d'arbres et abondant en fruits. Le 
naturel de ses habitants est avare et trompeur; leurs incli- 



CHAPITRE XL. 129 

ci*xi^^ j.C» *■$*»} AAii («*4^j *•**•*» (PyiïjS's *^*"3 <& aS.^1 

*XX*J$ -^.Sfcilî <X**Àa3 j\y£>y\ J_j5 ^_J yb^j^Jh. à^Xj U i J 

nations sont basses et sordides; leur mobile est la ruse et la 
fourberie. 

«Dans le Khouzistàn, c'est-à-dire dans les districts de 
rAhwaz, le moral de l'homme est corrompu, son intelli- 
gence obtuse, ses inclinations sont viles et entièrement dé- 
pourvues de générosité. Ce sont des troupeaux de brutes, 
d'épais ruminants qu'on pousse devant soi. 

« L'el-Djezireh (Mésopotamie) joint les avantages du sol à 
ceux du climat : c'est un pays fertile et riche, dont les ha- 
bitants sont cloués d'un caractère noble, d'un courage et 
d'une prudence remarquables. Dans toutes les contrées du 
monde, le territoire le plus heureusement doté et le meil- 
leur est celui qui s'étend le long des plateaux et des plaines 
dans le voisinage de la mer; les habitants y sont protégés 
contre les vents, l'humidité et toutes les intempéries du 
temps; le ciel est doux, l'eau circule facilement, l'air est 
pur, les fléaux et les désastres y sont inconnus. Sachez , 
prince des croyants, que Dieu en faisant le partage de la 
terre, a privilégié certaines contrées au détriment des 



130 LES PRAIRIES D'OR. 

ui^ JlX jjà *-*^ JW*î *^* «Hs â^ ♦^^y*? ùlr*^ 

U «iLJ x^Si t5«>Jl Aj V*Uo ïjXës ijià^o} aajI iùu-Li 

autres, et la plus favorisée de toutes fut l'Irak, ce pays roi 
du monde, ce séjour de tant de races, de tant de peuples 
illustres. Quant à l'Inde, la Chine et le Roum, il est inutile 
que je vous offre la description de ces contrées lointaines, 
peuplées de nations infidèles et hostiles. Les renseignements 
que je viens de vous donner peuvent vous fournir une con- 
naissance suffisante de ce que vous désiriez connaître. Ce 
sont des notions générales sur l'ensemble des faits et des 
caractères constitutifs de chaque peuple; il peut donc se 
présenter quelque rare exception; mais, ô prince des 
croyants, c'est sur les généralités que s'appuient les juge- 
ments qui précèdent. » 

Un certain nombre de biographes et d'hommes instruits 
dans les traditions rapportent qu'Omar, fils d'el-Khattab, 
apprenant que l'armée persane se réunissait à Néhawend , 
résolut de se rendre en Irak; mais, au préalable, il ques- 
tionna Kaab el-Ahbar sur ce pays : «Prince des croyants, 
lui répondit Kaab, lorsque Dieu créa l'univers, chaque 



CHAPITRE XL. 131 

Jlï ^I^jJL, £».âl bi JuuJî JUi *^j »<& £ &± *t*Ûàl| 
dU* bi^ ^i cjJls pUJL <^JJ bl JUI JUi dbw bi_j jbo*Jl 
Jls siL*-* l»Ij a^sJI <^Jb ^îyJb $^31 bi *TiûJ! Jte, 
«^_j^ yl^ a_j b«xJ^-* ^*>Ji rfsAi^i j<n31ï^î k*^ ^iy^m 

i aJvJii xXs. LjLaJUw^o ooi>L_j *àaj^ Uâaj ci>*bî *l>in 
«XS5 Job /<v)lil y&j Lkiu*x>j UàIsj y^ il xdl ( ; jvâ^ Uj^5 
oo^ UJâ* SjOoj 5Xa^?- (j-^-*^ tiJ^U *XÀ* p£i$\ ! JsJft ^W 

-j^ i (j^-^j *^j J-^t ^*** & fC^*^' *-*k a* cKi* 

créature s'attacha à une autre créature. Moi, dit la Raison, 
je m'attache à l'Irak. — Je t'y suivrai, dit la Science. — 
Moi, dit la Richesse, je m'attache à la Syrie. — J'irai avec 
toi, s'écria la Discorde. — Moi, dit la Santé, je m'attache 
aux nomades du désert. — Je t'y accompagnerai, dit la 
Sincérité. » 

Maçoudi ajoute : « Au centre des climats est situé le pays 
qui m'a donné le jour, le pays de Rabel. L'arrêt du destin 
qui m'en éloigna pour me jeter dans des contrées si loin- 
taines a fait naître dans mon cœur des regrets amers, car 
c'était ma patrie, mon foyer domestique. Ce pays était hau- 
tement estimé des rois de Perse et l'objet de leur sollicitude; 
c'est dans l'Irak qu'ils passaient l'hiver, et la plupart rési- 
daient, en été, dans le Djébal, se rendant alternativement 
de l'une de ces provinces dans l'autre, suivant les sai- 
sons. De même, plusieurs Musulmans éminents, et entre 
autres Abou Dolaf el-Kaçeni, fils d'Iça el-Adjeli passaient 
l'hiver dans la zone chaude, c'est-à-dire l'Irak, et l'été dans 



132 LES PRAIRIES D'OR. 

Isl^xJi y^'^j J^4 «-*a*>1 JlxùJI ^yS > 5 y>\ jî^ 

la zone froide, qui est le Djébal. C'est ce que prouve le 
vers suivant d'Abou Dolaf : 

«Un homme tel que moi agit comme les Kosroës. Aussi je passe l'été 
dans le Djébal et l'hiver dans l'Irak. 

«En effet, cette contrée réunit tous les avantages : une 
terre fertile, une vie facile et abondante, les richesses que 
lui apportent ses deux grands voyageurs, le Tigre et l'Eu- 
phrate, la sécurité qui s'étend sur tous ses habitants, l'ab- 
sence de tout mal; enfin c'est le climat du soleil, situé au 
centre de la terre et au milieu des sept climats. Aussi les 
anciens comparaient- ils sa place dans le monde à celle que 
le cœur occupe dans le corps, car il dépendait de ce 
royaume de Babylone d'où sortit la lumière qui dissipa les 
ténèbres de l'ignorance, comme la vie émane du cœur. 
Grâce à cette heureuse situation, ses habitants ont le teint 
égal, le corps bien proportionné; on ne trouve chez eux ni 



CHAPITRE XL. 133 

*LjLs>- (j^j uall làAij H*i*A.=L àl^wj iùJUAaJi_j r^-M *jji*i 

^j^jljs^-i^î X_aJI £$i_j;L*si U ^cj^kj^ -!5V.*iJl *x><X< jrfvAi-^î 

c 

XSyï,} »j\yi*.\ Ji AÀaÀj*- ««X^A ^3*5 fi j& ^5 lL*%£. ^ (ji 

la nuance blonde des Roumis et des Slaves, ni la peau 
noire des Abyssins, ni les formes épaisses des Berbères. 
Exempts des défauts inhérents aux autres peuples, ils pos- 
sèdent au contraire ce qu'il y a de beau dans tous les pays, 
et de même qu'ils se distinguent par leur beauté extérieure, 
de même ils brillent par leur science et par les qualités 
qu'ils ont reçues en partage. Le rang le plus illustre dans 
ce pays appartient à la ville du Salut (Bagdad). Que la for- 
tune a été cruelle lorsqu'elle m'a éloigné de cette noble 
cité! Dans mon exil, son souvenir fait encore couler mes 
larmes. Mais le destin se complaît à ces séparations, le sort 
impose cet exil. » 

Les sentiments que nous exprimons ici sont corroborés 
par ce que disent les savants, que l'indice de la fidélité et 
de la constance chez l'homme est dans les regrets que lui 
inspirent ses frères absents, dans ses aspirations vers le sol 
natal, dans les larmes qu'il répand sur le passé de sa vie, 
comme le propre d'un cœur honnête est de regretter le lieu 
de sa naissance et de soupirer pour le foyer domestique : 



134 LES PRAIRIES D'OR. 

y#yl\ (jj! Jb» »&>) *^i a~jl> J^-jJl jiai «iUJl^ ud^Mj 

C^Jlïj yUsjJM **-& yî^^M AMI jjf Ç^' *t£»- 0*~ 

I^jL* Jl «X* y^ cLL^jÎ A^a- JJU dUX* JjJo iU^- *X-^Jî 

l£ »*&j\ j<n--jù J^v^l rjy^ (j*!5^^?" '"*} ^-^u^ £*^ fc^ 

telle est même la force de l'intimité et de l'habitude que 
l'homme sacrifie jusqu'à son existence pour rentrer dans sa 
patrie. « Le plus précieux de tous les biens pour l'homme , 
c'est la patrie, » disait lbn ez-Zobeïr. Selon un sage arabe, 
c'est en inspirant l'amour du pays natal que Dieu a rendu 
les pays florissants. On dit dans l'Inde : «Tu dois honorer 
ton pays autant que les auteurs de tes jours, car c'est lui 
qui te nourrit, comme tu nourris tes parents. » Un autre 
sage disait : « Le meilleur des pays est celui dont l'eau t'a 
désaltéré, dont les productions t'ont nourri. » Citons encore 
cette sentence : « Ton affection pour le lieu qui t'a vu naître 
part de ce qu'il y a de plus noble en toi. » Hippocrate est 
d'avis qu'on doit traiter un malade avec les drogues propres 
à son pays, puisque c'est à l'air et à la nourriture du sol 
natal que le corps doit son développement et sa force. 
D'après Platon , la nourriture à laquelle on est habitué par 
la nature est le plus efficace des remèdes. EnfirrGalien a 
dit : « Le malade qui respire l'air de son pays renaît comme 



CHAPITRE XL. 135 

^Li^l ^|k^^il s^U fU, ^1 J,l J0xJy&*xJi 

U-UJI Ài^»j u^" 3 ? ^ C^fUll J^lj y^Àx, LjjLo jjJaitfl 
^^-iwili p;K-^ *x_>j-j L^s-i ^tX^I JIjL*^ *xï*£> Lju« 

jmw&Aj l^Ai ç^.^ dlUî iUwU^w v^'^ u*^AJij l^jc*» LgjJU^j 
^-*>-^j Oy k*« o L^o io^jèi tKj ci^> UrÀ^ *-S?j* .Xj 

(jj—î-^i X-*_Sj_-« cjJ^xJC^o^ J^^j yJUJl XcUwo £A*U*0 
JI cK-A-fj t^^îj ^^ **M £>S?J *J&C (j~jl>^ J^UJIj 

un jardin qui s'épanouit sous une pluie bienfaisante. » Nous 
ne pouvons insister ici sur les causes de l'amour de l'homme 
pour sa patrie ; mais on trouvera des détails sur ce sujet 
dans notre livre Du secret de la vie, et dans un autre de nos 
ouvrages, La médecine des âmes. 

Si le sage ne triomphait, par l'application de ses facultés, 
des caprices de la fortune, la science s'écroulerait de fond 
en comble. Or c'est à l'histoire que toute science doit ses 
développements : la jurisprudence la consulte, l'éloquence 
lui demande ses matériaux, le droit canonique s'appuie sur 
elle, les auteurs de thèses philosophiques ne peuvent pas 
s'en passer, l'homme lui doit tout ce qu'il sait. L'histoire 
transmet les sentences des sages, elle raconte leurs vertus 
et leurs talents, elle enseigne aux rois les secrets du gou- 
vernement et de la guerre; tout ce qui charme, tout ce 
qui étonne, est recueilli chez elle. L'histoire captive l'o- 
reille du savant et de l'ignorant; l'homme simple comme 
l'homme d'esprit est sensible à ses entretiens et chérit son 



136 LES PRAIRIES D'OR. 

no &y-?.} *$& <X *i J-^^. te\i 4X*jj &-*&ÏÏj <i/*^ w*"ju 
JuLs2 J^ i aJi g^Lsc^ *X^i^» iKd*J J^- 3 ?^ j»^* «X i 

y^^juiJUM^ ^jf ^îà>j «U*« *-$*5 ^xN ^ «x* yL-j| ^i 

oJUi yi^ &jà\jj LiU**jîj *j^>ijJ libuJ' c: **^ L)î »iX^*j|j 

^aLjJîj 4^UJ!^ «xalaJîj yî^îj yaïljJlj^^j J> 



il! 



commerce; le vulgaire comme les privilégiés s'empresse au- 
tour d'elle, et l'étranger comme l'Arabe est charmé par ses 
récits. L'histoire se rattache à tous les sujets : c'est l'orne- 
ment des assemblées, l'aliment des réunions, l'indispen- 
sable auxiliaire de toutes les compagnies. Sa supériorité 
sur les autres sciences est évidente, et tous les esprits lui ac- 
cordent le premier rang. Mais celui-là seul pénètre dans 
son domaine, en approfondit les secrets et peut les révéler 
et les publier, qui a voué sa vie à l'étude, qui en comprend 
la portée, qui en goûte les fruits, en connaît les bienfaits 
et en savoure les douces jouissances. 

Les sages l'ont dit avec raison : le meilleur et le plus sûr 
des amis, c'est un livre. Selon que tu le désires, ses décou- 
vertes te charment, ses aperçus nouveaux te récréent; il 
te donne, à ton gré, et des préceptes fortifiants, et de 
merveilleux secours. Il t'offre en même temps le com- 
mencement et la fin, peu ou beaucoup; il réunit ce qui 
est loin à ce qui est près de toi, le passé au présent; 
il combine les formes les plus diverses, les espèces les 
plus différentes. C'est un mort qui te parle au nom des 



CHAPITRE XL. 137 

/*£. (jkX> C^JÇ«^ifcy »4Xaj^ (j^À^si^ tàlks*.} J^ÀïJI^ j*s\à*2 

â> fgj viL*LjC-«l JUsî *dl c^iaj yl &»£• uÂù.) ^_j *ls&» 

morts et qui te traduit le langage des vivants. C'est un in- 
time qui se réjouit de ta joie, qui dort de ton sommeil 
et ne te parle que de ce que tu aimes. Connais-tu un 
voisin plus généreux, un parent plus juste, un compagnon 
plus soumis, un maître plus universel, un associé plus 
utile et plus exempt de reproches? Où trouver ailleurs 
tant de profits, un caractère plus louable, aussi éloigné 
de te contredire, d'une bonne humeur plus constante 
et aussi étranger à la médisance, une docilité aussi belle, 
un si vif désir de te récompenser, et des exigences aussi 
légères? Jette un regard sur lui et il te procure de longues 
jouissances; il fortifie ton cœur, soutient ton esprit, et aug- 
mente ton savoir. Il t'en apprend plus en un mois qu'une 
bouche humaine en un siècle. Il t'épargne de pénibles re- 
cherches et l'Humiliation de t'adresser à ceux qui ne te valent 
pas et qui sont au-dessous de toi. Un livre est un précepteur 
qui ne le rudoie jamais; en vain tu lui refuses son salaire, 



138 LES PRAIRIES D'OR. 

^^JuJî i JocOaj^jW^L? JJ ***Ua^> JjJJl» ^*Ak> ^jJi 
^ jJi «Sifl ^j r*»\i \ï»\ S* ^ Jb >^ i «SU *^.Ua^ 
*! *~* ^ uc^y (1) Ml J^> S U w UrtH jU jMJU ^* 

Jsj^ ^ AMI «Xa* yK *Sj piL X«ÀJ y*. »jls^^ jfcJïJL, j^C 

*l->. U »»x»- Jl i *W* **■* ^ Jhs** S«x*-pl tj^ jfc~*<l ^v-^ 

il ne te refuse pas ses services; il t'obéit la nuit, comme il 
t'obéit le jour; il se soumet à tes volontés en voyage comme 
au logis. Dieu a dit : « Lis au nom de ton Seigneur géné- 
reux. C'est lui qui a enseigné à l'homme l'usage du kalem 
et tout ce qu'il ignorait, etc. » (Koran , XGVI, 3-5); nous 
apprenant par ces paroles qu'il a enseigné par le kalem, 
comme il nous révèle, que la générosité est un de ses attri- 
buts divins. Abd Allah, fils d'Abd el-Aziz, fils d'Abd Allah, 
fils d'Omar, fils d'el-Khattab, avait fui la société des hommes 
pour vivre dans un cimetière; on l'y voyait sans cesse tenant 
un livre à la main et lisant. Comme on lui en demandait la 
raison, il répondit : « Je ne connais pas de précepteur plus 
éloquent qu'un tombeau, ni de bien plus profitable qu'un 
livre, ni de remède plus salutaire que la solitude. » Comme 
on lui représentait les inconvénients que la solitude pouvait 
offrir : « Non, s'écria- t-il , elle n'est funeste qu'à l'ignorant! » 
Un poëte a dit de ceux qui collectionnent des livres , sans 
jamais profiter de ce qu'ils renferment : 



CHAPITRE XLI. 139 

3M&J1 p L*Jlj jj^Ul, Uc ^i 

0_c a-jiJ UL£ r»LiJ! ^.«vwj (^.çwdi j-*j iUxJii <^-c ^J£■ teS) 

-L-ùJlj (j-çJi (J>J ^.s-lr»- Aiii Ijl^" jLs" ^jV^j XwJdi JWw 



Bêtes de somme chargées pour le voyage, ils n'en connaissent les 
profits qu'autant qu'en sait le chameau. 

Certes, quand le chameau broute ou chemine sous sa charge, sait-il 
ce que renferment ses besaces ? 



CHAPITRE XLI. 

OPINIONS DIVERSES SUR L'ORIGINE DD NOM DU YEMEN , DE L'IRAK, 
DE LA SYRIE ET DU HEDJAZ. 

Le Yémen et l'étymologie de son nom sont matière à 
controverse. Pour les uns, ce pays a été nommé Yémen 
parce qu'il est situé à droite [yemin) de la Kaabah, du 
verbe teïaman, « être à droite; » par la même raison , la Syrie 
devrait son nom Cham à sa position, à gauche (chimal) de 
la Kaabah. Quant au Hédjaz, il serait appelé ainsi, parce 
qu'il sert de barrière (hadjiz) entre le Yémen et la Syrie, 
d'après ce qui se lit dans le livre divin au sujet de la digue 
placée entre la mer de Kolzoum et la nier de Roum (la 



140 LES PRAIRIES D'OR. 

LïèwA*^ ^]jjl\j ai^-oJls' aJI *TJU <-^ai \>lr* olr*^ ts^ 
*^* 3 <j*UJi fer* &j=*-\ à> &y^ÏÏ siA" <i' &yv. J>> 1**^ 

Ulâ Ç.UJ! ^-s* Ul J^; flAjJ' AVi^-ij (J2>^' à ft*~** 

mer Rouge et la Méditerranée) : « Et il a placé une barrière 
entre les deux mers. » (Koran, XXV, 55, et XXIII, 10 i.) En- 
fin le nom donné à l'Irak viendrait de ce que ce pays reçoit 
les eaux du Tigre, de l'Euphrate et d'autres fleuves, du 
mot irak, qui signifie la bordure d'un sceau ou d'une outre. 
Pour d'autres, Yémen signifie un pays heureux [yumn 
Arabia felix) et Cham (Syrie) un pays de mauvais augure 
(choam). Telle est l'opinion rapportée par certains auteurs 
et attribuée au grammairien Kotrob. D'autres proposent une 
explication différente: ils croient qu'à l'époque de la confu- 
sion des langues à Babel, certains peuples se dirigèrent sur 
la droite de la route du soleil, c'est-à-dire vers le Yémen, 
et d'autres à gauche, c'est-à-dire vers le pays de Cham. Telle 
serait, selon eux, l'origine du nom de ces deux contrées. 
Nous reviendrons plus tard sur les migrations des peuples 
sortis de Babel , et nous ferons mention des poésies qu'ils 
composèrent en se répandant sur le globe et en s'établis- 
saut dans les pays de leur choix. On a prétendu aussi que 
le nom Cham donné à la Syrie venait des taches (chamat) 



CHAPITRE XLI. 141 

j-^'j fUuJ^j <r>^ i JJis5^ a^wj (jàAj <5Ub)t i «oUUJ 

0_iaJ>^ *Jy ^ Jji x>^ ^^ ^ -L*j ULi -LiJî (^-«^ Ici 

JkftSj -Lu, Ji A3 loi i^Vu^l î*^-^ <^VS«W Wl (j^^u* <ji J-AÏJ 
^Ua»i/i^ ç-UJî »<X4 *I«v«i i j5i «Xi^ U*lj ^jjy» \&\ 5 

noires el blanches que présente le sol et qu'on remarque 
sur la terre de labour en certaines localités, ainsi que sur 
les rochers, les plantes et les arbres. Cette opinion appar- 
tient à el-Kelbi. Enfin Charki, fils de Kotami, rapporte le 
mot Cham à Sam (Sem) , fils de Noé, qui le premier s'arrêta 
dans ce pays et s'y établit. Quand les Arabes vinrent l'ha- 
biter, ils considérèrent le mot Sam comme de fâcheux au- 
gure et le changèrent en Cham. On a dit aussi que la ville 
de Samarra fut ainsi nommée parce qu'elle remontait à Sam. 
D'autres pensent que les premiers khalifes abbassides qui 
l'habitèrent lui ont donné son nom, qui signifie «joie de 
qui la voit » (sorra-men-râ). D'autres étymologies ont été pro- 
posées pour les noms de lieux et les villes de cette contrée; 
on les trouvera dans nos précédents ouvrages. 



142 LES PRAIRIES D'OR. 

jji ï ,jJjJ\ «ils Uj i^Uoi^ q^ji ^52> 

fvxfrJi SÎjyj o*^ fc)^' (J* ***' (£* j»Ui^ «ijy U yûj /**L© 
^ *-jç_x_i <^j~* *-*-Lo <£-Â-îi yi £^« ji (^ ^ftAMi ^ 
(jfe' *-^bi ylj J^-a-«-sv«Î <^> l» \y>j\ JUi y^MèUAJ ^LaiiM 

CHAPITRE XLII. 

LE yémen; généalogie de ses habitants; opinions diverses 
SUR ce sujet. 

On n'est pas d'accord sur la filiation de Kahtân. Hicham, 
fils del-Kelbi, citant l'opinion de son père et celle de 
Charki, fils de Rotami, dit que ces deux savants considé- 
raient Kahtân comme fils d'el-Hamaïçâ, fils de Nabat ou 
Nàbil, fils d'Ismaïl, fils d'Abraham, l'ami de Dieu. Ils ap- 
puyaient cette opinion sur différents témoignages histo- 
riques, entre autres sur une tradition émanée du Prophète 
et transmise, selon Hicham, d'après son père, qui la te- 
nait d'Ibn-Abbas, ou bien, selon el-Heïtem, transmise à el- 
Kelbi par Abou-Salih. On raconte que le Prophète, ayant 
rencontré un jour une troupe d'Ansar qui se disputaient le 
prix de l'arc, leur dit : «Tirez, ô enfants d'Ismaïl, car 
votre père était un archer habile, tirez; quant à moi, je 
suis pour le fils d'el-Adrâ. » C'était un homme de la tribu de 



CHAPITRE XL1I. 143 

\y*j\ JU» JwAâLJ vXii xiu» <±k& (j^ 4Mi ôy^j L» ipwj f-^W 

jjlft ^^llil «tjjjjJi ï (J^Jb r*wl y î &J&\ cs£=-j y^i *i 
cy«X-S3-^^JSA«i ^jJuUaiij £5"*»^ (^* «ï^ ^^**s? 3Mrj ^>» 

Khozaah. Les concurrents lancèrent leurs flèches et lui 
dirent : « Apôtre de Dieu, celui pour qui tu te déclares rem- 
portera la victoire.» — «Tirez donc, reprit le Prophète, 
car je suis avec vous tous. » Maçoudi ajoute : « Tous les Kahtâ- 
nides , issus de Himyar et de Kehlân , rej ettent cette anecdote 
et en nient l'authenticité; plusieurs parmi eux affirment, 
d'après les calculs les plus positifs touchant leur généalogie , 
que Kahtân est le mêmequeYaktân,et que son nom de Kah- 
tân n'est qu'une altération arabe. Au rapport d'el-Kelbi, le 
nom de Yaktân dans la Torah est el-Djebbar, fils d'Abir, 
fils de Chalikh, fils d'Arfakhchad , fils de Sein, fils de 
Noé. » 

Voici enfin l'opinion généalogique la plus accréditée dans 
le Yémen, celle sur laquelle les Kehlân et les Himyar, fils 
de Kahtân, se fondent aujourd'hui encore dans leurs pa- 
roles et dans leurs actes, opinion transmise d'uner généra- 
tion à l'autre et du petit au grand, conforme à ce que j'ai 
lu dans les anciennes chroniques des Arabes et d'autres 
peuples, et adoptée par les descendants de Kahtân, les 



144 LES PRAIRIES D'OR. 

p&jjùÂj J^s u^^-J £^ à ^j' *S5Wj*Uj y^ ^y (jjjl 
*x_^-S ^Lla-^- *xJj^ ^LJi (^j^i5 Jy» i yULo <xJj tir . 

yLk_^ï Jj^i £^3 ypJ pU» & pji (jjJ jpj* (,)J «>Sîy»" (JJ 
t^w^j «xJj^ t r^A> & «-r^-^S? SyS *^v'J u^*^ & ^J** 
Um ^^^w Wij ^^S? (j? W** 3^*5 (j***** ***** l*$«>o».| yî*5o$ 

<XÀ* *aXc ( $JCdï î*X^j y^K^jjJ^- l$j (j^><>^ *>^5 CJ-* <S^ 

cheikhs des Himyar et des Kahlàn dans le Yémeri, le Téha- 
niah, le Nedjd, le Hadramaut, le pays d'ech-Chihr et d'el- 
Ahkaf, l'Oman et d'autres contrées. Celte opinion, dis-je, 
donne comme positive la filiation de Kahtân ainsi qu'il suit : 
Rahtàn, fils d'Abir, fils de Chalikh, fils de Salim ou Kaï- 
nân, fils d'Arfakhchad, fils de Sem, fils de Noé. Abir eut 
trois fils, Falig, Kahtân et Melkân; ce dernier, d'après une 
opinion assez répandue, fut le père du prophète Khidr. 
Kahtân eut trente et un enfants mâles, dont la mère fut 
Hayya, fille de Rawk, fils de Fazzarah, fils de Mounkid , fils 
de Soweïd, fils d'Aws, fils d'Aram, fils de Sem, fils de 
Noé. Kahtân engendra Yârob; Yârob engendra Yachdjob; 
Yachdjob engendra deux fils, dont l'un fut Abd-Cheins, qui 
n'est autre que Saba, fils de Yachdjob; il fut surnommé 
Saba parce qu'il réduisait en esclavage les prisonniers de 
guerre. Saba fut le père de Himyar, de Kehlân et de toute 
la postérité qui sortit de ces deux enfants, je veux dire les 
tribus de Himyar et de Kehlân. Telle est l'opinion généra- 



CHAPITRE XLII. 145 

sbySi U (^c &£çj..==-U& *-<îjy& Wy^CJ (jjva- l)*^ j*»*^ 

JjJtfj A> <Ji*J ^£ Uo J^x^wl (j^o yl j,kjj>Jj ^U*=- 
jiVi^l (jt JJij A-JtMt tf<X£ Jyutsv-i Ja^l Jus-jj^c <*Ni ^t 

aMI L^JajLi ^-*j' ^5 £j>) <£* J** *}} & *■*"*" ^-^^ £*>' 
iLxJ Î^Jlï_j *~Vj-*ÏÏ **M ***-* JhS*^-' j^*5 p>t> ^ £*>lj 

lement adoptée et considérée comme certaine par les mem- 
bres les plus instruits de ces deux familles. 

El-Heïtem, fils d'Adi et-Tayi, lui aussi, n'admet pas que 
Kahtân soit issu d'Ismaïl. Car Ismaïl, quand il adopta la 
langue arabe , dut se servir de l'idiome de Djorhom , puisque 
sa langue maternelle était celle de la Syrie, celle que par- 
lait Abraham, son père, lorsqu'il établit Agar et son fils à 
la Mecque, ainsi que nous l'avons raconté. Ismaïl, qui gran- 
dit et se maria parmi les Djorhomites, ne put faille usage 
que de leur langue, et il dut se conformer à leur dialecte 
dans l'expression de sa pensée. D'un autre côté, les Benou- 
Nizar nient qu'Ismaïl ait été élevé dans l'idiome djorho- 
mite, et ils prétendent que Dieu lui apprit à parler l'arabe; 
car, disent-ils, Ismaïl avait seize ans, ou, selon d'autres, 
quatorze ans, quand Abraham l'abandonna avec sa mère 
Agar dans une vallée stérile et déserte. Dieu les protégea; 
il fit jaillir pour eux le puits de Zemzem, et il enseigna alors 
la langue arabe à Ismaïl , langue qui n'a, selon eux, aucune 
ressemblance avec celle des Djorhomites. Or nous voyons 



|/K) LES PRAIRIES D'OR. 

J_a_x_«wI yl Jis cj-« J>-» JUûjI ^aàjL) u «x** (jjjly oJj 
j _fi u tf Lxi «JukxoJ (jjX? W J <-^J y>5 ^ï^r **** ^j^ 

$Jù\y* XXjJ yj£j (jî <^?-_jJ 1$a* Sy&j} f^"^ «^"^ yU*Jî! 
aI»%«*»« (j^a-^- ^ Js ' r ?"^ *^*3 *Sw» Jjj ytf ^-a*J j' f^T^ ***^ 
<X_À-£ ujj»j aKjL* omaa^Jj ASlxJ o^XisT t_^*J 8*>o$j yl»«JJS 
&•* cH (J^ 1 ^ *b^* ^ J-***«l *lj.À» cj-» ^cl J^jj* ^' 
(jL^M^Jîi *X_^xiaJ JouioJ JÀ^rvi (J-*"^ ^*k=- jO-*^' aJ>à^o 
j^JjJ^j y lia- -4 '*xJjJj yUa4- yJ tj^ W4afii ^Jl j; **Jl 
J«Xi6 UjLiLj l^Xft jl> ^ »^*jL5 c^i^loU^Jj ck?^> <-Ala rw j\jj 

que les Benou - Kahtân parlent une langue différente de 
celle qu'emploient les Benou-Nizar, ce qui nous amène à 
rejeter la croyance de ceux qui font parler à Ismaïl la langue 
des Djorhomites, car si Ismaïl avait appris l'arabe des 
Djorhomites, parmi lesquels il grandit, l'idiome dont il se 
servait ne pouvait être que celui de Djorhom ou de l'une 
des tribus domiciliées à la Mecque. Quant à Kahtân , nous sa- 
vons qu'il parlait la langue de Syrie , et que son fils Yârob s'ex- 
primait dans une autre langue. Yârob avait-il donc un rang 
plus élevé que celui d'Ismaïl aux yeux de Dieu? Kahtân 
était-il au-dessus d'Abraham, l'ami du miséricordieux, pour 
qu'Ismaïl fût privé du don de la langue arabe , tandis que 
ce noble langage avait été accordé à Yârob? Non certaine- 
ment. Du reste, les descendants de Kahtân et ceux de Ni- 
zar ont eu à ce sujet de longues discussions et des contro- 
verses nombreuses qui ne peuvent trouver place dans ce 
livre. Mais nous avons cité, dans nos Annales historiques, le 
sujet de leurs différends, les prophètes et les rois dont ils ti- 



CHAPITRE XLII. 147 

^-3 dUi I^Ajb *XJ»^ (*-^^ J^ ti' W>* t-*-**** X? < -**^ **•* 
^ jALm» ^.jLu. y l *5^Jlj â^aJi *Ac Xà* ^j Ovïj ^KSj 

£ 
J^, JU* ^A> ^i L»iî^ ^i ïî^oi jî 5^-J yfc'i l^-W (^ ô!^* 

<*jL \yo\j&S ^j!?*>Ji UU &uw (j-«Ujj **J;i pl«So *>-!»»* *1 »>Jj 

rent vanité, les arguments et les preuves allégués par chacune 
de ces tribus anciennes et modernes, enfin les discussions 
des races noires et blanches, des Arabes et des étrangers 
et de la secte des Chooubyeh. 

El-Heïtem prétend que Djorhom était fils d'Abir, fils de 
Saba, fils de Yaktân ou Kahtân. Il explique les paroles du 
Prophète aux archers ansar : «Tirez, fils d'Ismaïl, etc. « en 
disant que le Prophète les rattachait à Ismaïl par la ligne 
maternelle, en tenant compte des générations comprises 
entre eux et la postérité d'Ismaïl ; car Mahomet ne pouvait 
ni rejeter une filiation authentique, ni attribuer à une tribu 
une origine qui n'était pas la sienne. Or la susdite filiation 
leur avait été transmise oralement et par actes authen- 
tiques. On rapporte aussi que quelqu'un demanda au Pro- 
phète (sur qui soient la bénédiction et le salut!) ce que 
signifiait Saba, et si ce nom désignait un homme ou une 
femme, une vallée ou une montagne. «Saba, répondit-il, 
était un homme qui eut dix fils; quatre d'entre eux se ren- 



lû8 LES PRAIRIES D'OR. 

g«K-*j ^Ijj-a-^- |j-*-S-3 fcj**^ U^**J *^J ^^3 

dirent en Syrie, et les six autres dans le Yérnen. Les pre- 
miers se nommaient Lakhm, Djoudam, Amilah et Gassân; 
les seconds, qui entrèrent dans le Yémen , se nommaient Hi- 
myar, el-Azd, Madhdij, Kinanah, el-Acharioun et Anmar, 
qui forment les tribus de Badjilah et de Khatâm. Au rap- 
port d'Abou'l-Moundir, cet Anmar était fils de Yiad , fils 
d'Amr, fils d'el-Gawt, fils de Nabit, fils de Malek , fils de 
Zéïd, fils de Kehlân, fils de Saba. 

Maçoudi ajoute : La filiation d'Anmar est incertaine. On 
pense généralement que Anmar, Yiad , Rébyiah et Modar 
étaient fils de Nizar, fils de Maadd, fils d'Adnân , mais qu'ils 
entrèrent dans le Yémen et s'allièrent aux premiers (aux Sa- 
béensyaktanides).Les paroles du Prophète que nous venons 
de citer, concernant les migrations des uns dans le Yémen et 
des autres en Syrie, ne sont, à vrai dire, qu'une tradition 
isolée, et n'ont pas ce caractère de publicité qui coupe court 
à toute objection et entraîne la conviction générale. D'ail- 
leurs, ce sujet a donné lieu à de nombreuses discussions. 
Hicham cite à ce propos le témoignage suivant dû à Kelbi, 



CHAPITRE XLI1I. 149 

4-JjU (j-« JoLaXÎS (j^*^ [V*^ tK*-*«J *X*Ji ^»i ï lfyJol^£=> 

c-lJU <j-* tiUi y^i (•UiJîj «l^j-iJij iyJié^ (j^-***? (3-*" w-*j 

L_<_A_À-t* jttXJLaj L^^9^X*y (j*yi j-^s 
<->>-*-* qJ «-^.■^•J (jjJ W-*»' <A^o (j)^>'5 d)_jA* (j^ *Xxj 4j-» Jj) 

son père : « Tous les fils de Saba se nommaient Sabéens, et 
ils n'avaient pas d'autre nom collectif de tribu que celui 
de Saba. » Plus bas , dans cet ouvrage , nous parlerons de 
Amr, fils d'Amir-Mozaïkya, de la devineresse Tarifah, de 
Amrân le devin, frère d'Amr ben Amir; nous raconterons 
l'histoire d'el-Arim, la rupture de la digue, la prédiction 
de ces deux personnages sur la digue et l'inondation , en- 
fin la dispersion des tribus sorties de Mareb et l'histoire de 
celles qui pénétrèrent dans l'Oman, à Chanwah, à Charat, 
en Syrie et dans d'autres pays. 

CHAPITRE XLIII. 

DU YÉMEN ET DE SES ROIS; DOREE DE LEUB REGNE. 

Le premier personnage que l'on compte parmi les rois 
du Yémen est Saba, fils de Yachdjob, fils de Yârob, fils de 
Kahtân; son vrai nom était Abd-Chems, et déjà, dans un 



150 LES PRAIRIES D'OR. 

viUL»* -o^S ^JLiM (^Lfj W^b ii^-w *jI» j^)Î <*&■* <j& j^*î 
x_^l ylC* s^r*^ (J^ <-*~ j ^- (^ ^ & j**~ *«Mj »»x*j 

iU*M (jv-*^ <^> y^j ^^ j^r"^!? M - *^'^ ***J ^ u*A*Ji 

autre passage de ce livre, ainsi que dans d'autres ouvrages, 
nous avons expliqué pour quel motif, d'après ce que l'on ra- 
conte, Saba fut nommé Abd-Chems : Dieu seul sait la vérité. 
Il régna quatre cent quatre-vingt-quatre ans, et eut pour 
successeur son fils Himyar, fils de Saba, fils de Yachdjob, 
fils de Yârob. Himyar était le guerrier le plus brave de son 
époque, le plus habile cavalier et le plus beau de ses con- 
temporains. 11 régna cinquante ans, mais certains auteurs 
donnent à son règne une durée plus considérable, d'autres, 
une durée moindre. Himyar fut le premier souverain yé- 
ménite qui orna sa tête d'une couronne d'or. Son suc- 
cesseur au trône fut son frère Kehlân, fils de Saba; il 
exerça paisiblement le pouvoir pendant sa longue existence 
et jusque dans sa vieillesse, car il régna trois cents ans, ou 
moins de trois cents ans, suivant quelques auteurs. A la 
mort de Kehlân , l'héritage royal revint, à la postérité de Hi- 
myar, par une série d'événements qu'il serait trop long de 
raconter. Après de grands débats entre les enfants de Keh- 
lân et ceux de Himyar, le trône fut occupé par Abou- 



CHAPITRE XL1II. 151 

(jv-xjj ' _j>^j aà.w «sol» &&»« (j^> W^ (;W <^v^*s? (jW ^-iy° (^î 

kiL-L* /O^i' £Jk-w (^JvjLfj ioU «xiL» (j& jUiî ^i J-^5 (j&oljJi 

\-À^v* y^JUv^ ^*J;^ <N>b *&-* y\$o Àifcoî 0j j**X*jjl 5Jsjo 
(jl^-i jLciilt ji _^&j iL&jol yj «XjjiJi oj^.i 8«X*j jlX* joo 

Malik, fils d'Asker, fils de Saba. Ce roi rendit l'unité à son 
pays, administra ses sujets avec justice et les combla de 
bienfaits pendant un règne de trois cents ans. Suivant un 
autre récit, le successeur immédiat de Kehlân fut er-Raïch , 
qui est nommé aussi el-Harit, fils de Cbeddad. Ensuite vint 
Djebbar, fils de Galib, fils de Zeïd, fils de Keblân, pendant 
cent vingt ans ; puis el-Harit , fils de Malik , fils d'Afrikous , fils 
de Saïfi, fils de Yachdjob, fils de Saba; il régna cent qua- 
rante ans environ. On croit, que ce roi est le même que 
Abou-Abrabah , fils d'er-Raïcb, surnommé Doal-minar (le 
maître du phare). Le Yémen eut ensuite pour rois : er- 
Raïch, fils de Cheddad, fils de Maltat, pendant cent vingt- 
cinq ans; Abrahah, fils d'er-Raïch , autrement nommé Dou'l- 
niinar, pendant cent quatre-vingts ans; Afrikous, fils d'Abra- 
hah , pendant cent soixante-quatre ans ; le frère du précédent, 
el-Abd , fils d' Abrahah , surnommé Doul-Adar (l'homme des 
terreurs ) , qui régna vingt-cinq ans ; el-Houdhad , fils de Cho- 



152 LES PRAIRIES D'OR. 

JCAJCT»- w& /O iU6<XgJi S»X*J t^lX* a5 <*A*w /j.^wi*A^ U*J^" <îdL* 
iJ ^ y^JîS jSà j iCJLw <JL>U*XJjî «sJLo (j\£> Jj^S £*J »iLL» «J 

s 
i Sy-z^y^o y& ^_jL^.L j-fciw £ <Xa£ o«Ià» LrJ AaXê Simili 

rahbil , fils d'Arar, fils d'er-Raïch ; la durée de ce règne est 
incertaine; les uns font vivre el-Houdhad dix ans , les autres 
sept ans, d'autres six ans seulement. Après lui régna le pre- 
mier des Tobbâ, pendant quatre siècles. Plusieurs histo- 
riens disent qu'il fut tué par Belkis, d'autres ont une opi- 
nion différente; la plus accréditée est celle que nous avons 
rapportée précédemment. Belkis, fille d'el Houdhad, lui 
succéda. La naissance de cette reine est entourée de cir- 
constances merveilleuses que les auteurs de traditions an- 
tiques ont rapportées. Ils racontent que son père, étant à la 
chasse, rencontra deux serpents, l'un noir et l'autre blanc; 
qu'il fit tuer le noir, et qu'il vit alors apparaître deux génies, 
dont l'un était vieux et l'autre jeune; que le vieux génie 
donna sa fille en mariage au roi à de certaines conditions, 
et que le fruit de cette union fut Belkis; mais que, le roi 
ayant violé les conditions à lui imposées, l'enfant disparut. 
Ce récit romanesque se trouve dans l'Histoire des Tobbâ. 



CHAPITRE XLI11. 153 

yii -joUI i->1^p\ JsjjlaJ ^Ui i Ui^j j*^ l^î j<v^Ji^ 
ç>UJfl ÎÀjft «i ^^ Ulj ^jX^j î J^ yjw-ç r vXJ^i v 1 ^ 1 

ajgL, $ ^JJî (jîytîî î*>a& JJu. iyl» yî iUJil jU^î^ ^*J^ 

(j^-aJL-Lj tiLL* y&i aàXs*. <j* ^ Aj*N> (±5W er* J^W^ 

U ijîi y-J yU«?yL* £-« Ifi^oi (j* y\£) «**M AjUj y-^"*£ 

Pour nous, nous n'accueillons les faits de ce genre qu'au- 
tant qu'ils se rencontrent dans les ouvrages historiques, et 
qu'ils sont conformes au texte sacré de la loi , et lui sont 
subordonnés. Nous laissons donc de côté les opinions de 
ceux qui soutiennent l'éternité du monde, parce qu'ils re- 
poussent cette autorité et la rejettent. Nous n'acceptons ici 
que le récit de ceux qui, soumis à l'orthodoxie religieuse, 
croient que le monde a été créé; or ils admettent l'inter- 
vention des génies et des démons, en tant qu'elle s'accorde 
avec le livre révélé à l'apôtre de Dieu, et avec les preuves 
qui établissent la vérité de sa mission , et rendent l'homme 
incapable de produire un livre égal à ce Koran , où l'erreur 
n'a accès d'aucun côté. 

Belkis occupa le trône pendant cent vingt ans. Ses rap- 
ports avec Salomon, fils de David, sont racontés dans le 
livre de Dieu, ainsi que l'aventure de la huppe. (Koran, 
XXVII, ik et suiv.) Salornon posséda le Yémen pendant 



154 LES PHAIR1ES D'Oft. 

/j_j y>-i^i £■-*-> »*X*J iiU.< a3 Aj*«up (JV*^"^ ^S *JL» y\£â 
t^XJX-o âtXxj tiJXo «j' AÀam (jvaawj liXSj <JoU <îu)^o y^o^^A 
fc^ <x_*fcj» ï^* - ^ iiÀ*w (WwiAj ,\à^w ioU» <\&»* y >■* f*3 (^î 

kiLLo A»i' yU^^j (JVAûJlj OUuJij yU^i. i!^X.J (j^ (j^-A-'l 

^--wLJti dU-li yL***- *jvc*.i) JsjUJî ^3 £*J ^ jj^f »«X*J 
(j^ y\^ Li ^^JsJt »*Xfi *ii JUjj <*aaw (;jyC-kV3 UjjI A$w» y&J 

vingt-trois ans, et, après lui, la royauté revenant à la fa- 
mille de Himyar, fut exercée par Yaçir, fils d'Abd, fils de 
Yâfar, pendant trente-cinq ans. Yaçir fut remplacé par Cham- 
mir, fils d'Afrikous, fils d'Abrahah, qui régna cinquante- 
trois ans. Les rois du Yémen furent ensuite : Tobbâ el- 
Akrân, fils de Chammir, pendant cent soixante-trois ans; 
Malkikarib , fils de Tobbâ, pendant cent vingt ans; il envahit 
avec son peuple plusieurs contrées de l'Orient, telles que le 
Khoraçân , le Tibet, la Chine et le Sedjestân ; Haçân , fils de 
Tobbâ; ce roi, qui régna d'abord paisiblement, eut ensuite 
à lutter contre la révolte et la sédition , et fut tué après un 
règne de vingt-cinq ans; Amr, fils de Tobbâ, meurtrier de 
son frère Haçân, le roi précédent; il régna soixante-quatre 
ans; on raconte que le remords d'avoir tué son frère le priva 
depuis lors de sommeil. Tobbâ, fils de Haçân Abou-Karib, 
lui succéda. Ce roi sortit du Yémen pour envahir Yatrib et 



CHAPITRE XLI1I. 155 

jUr»-i ^ 1<j,j (j^ (j^ <xj*Àji àajuJI -«XJ> àîji^ Vj^T 5 *" ^vi^J 
à^-ft-j *X-Jj (j-^ryîl y^ j^'j ô\-?J\ <-*** !* ■ Ié&L*X» àyflxli 

y6 ?jU-'_5 (J»-*> *^** £+> (£•? 3)-i *àX* *3 &Lup XjU _j^" *.&.* 

<*Àam (^5%-fcJjî *JL« ^1^3 t_>jy»»_j fj^ (J**!^ £ (J^J ^"^ *Xa£ 
iLiLut ^j>a^'j Ixmo m)wo (jiio «XSwo /o ***J_5 SOvxj wîiXo xsS' 
j~^5 <XJ>^9 ^^ &*aJj yj ^UAiaîi qv) iùûjji 3*Xjo dlÀ*« *»S 
J^ajj jïJLm* (^.jumJj \i)& aJL* ylii j^si Aaa^w ^tXj ^«>Jî 

^i ièyifa vilXo *jj' &JLw 8^m*£ £**■> <*&•* yfc** y^ss c£^ y?î 

faire la guerre aux tribus des Aws et des Khazradj. Il aurait 
détruit la Kaabah, s'il n'en avait été détourné par les prêtres 
juifs domiciliés dans le pays; il la revêtit au contraire d'une 
étoffe de soie yémani. A son retour dans le Yémen, il em- 
brassa le judaïsme; cette religion domina alors dans le pays, 
et entraîna l'extinction de l'idolâtrie. Abou-Karib régna envi- 
ron cent ans, et eut pour successeur Amr, fils de Tobbâ, 
après des dissensions et des révoltes violentes. Amr finit par 
être détrôné et remplacé par Martad, fils d'Abd-Kilal, 
dont le règne, signalé par des troubles et des guerres, 
dura quarante ans. Les rois qui lui succédèrent furent : 
Waliâh, fils de Martad, pendant trente-neuf ans; Abrahah, 
fils d'es-Sabbah , fils de Waliâh , fils de Martad : ce roi , sur- 
nommé Y Image du bien, régna quatre-vingt-treize ans ou 
moins; il était savant et on a de lui un recueil d'expéditions; 
Amr, fils de Dou-Kifân , qui régna dix-neuf ans ; Lakhniah , 



156 LES PRAIRIES D'OU. 

ÂX>\ ^ ci>l«Xr^^l> <£j*i *Syk\ CivAj J<4>\ ^ fjSii ^} jiXiJL 
g^Jl» fr*JÙ\ j$à\} ySy^ùS *J «-JUaS IjÇ -o-^ilisj J^Ui 

/jaiI»~> »i Oi-»W»-> AlOiSj ÀÂaw /jJj.m«£j Vx**j (^•^J £Àaw ^JVAAJ' 

a_3 Aj ^L) yl AXilj A**AJ ^C U^iw t^jAii *Uji (j>* y^j 

J 

£\A sJljjïïj ij*Xi^yi <_A=£°i j^ s^l ^ yK Uj UjIa^s 
JUij ajU^j i *^s 8^5i JUs <*Ni ^+=J (^«NÎi A jUl» 
iLA-A-^I cy^Afi *aJÏj i^jipi uyiijUÎÎ ^«X^-iM c_>L=2=l JJ3 

surnommé Dou-Chénatir (l'homme aux boucles d'oreille) , 
qui n'appartenait pas à la famille régnante. Epris d'une ar- 
deur criminelle pour des jeunes gens de sang royal, qu'il 
poursuivait, comme des femmes, de ses honteuses solli- 
citations, il remplit le Yémen de ses désordres et de ses 
infâmes débauches. Cependant il gouverna son peuple avec 
justice et accorda sa protection aux faibles. Il était sur le 
trône depuis trente ans, d'autres disent vingt-neuf ans, 
quand un descendant des rois, nommé Youçcf Dou-Nowas, 
craignant d'être la victime de ses brutales passions, l'assas- 
sina, et lui succéda. Ce Dou-Nowas était fils de Zorâh , fils 
de Tobbâ el-Asgar, fds de Haçân , fils de Tobbâ, fils d'Abou- 
Karib. Il en a été question dans un autre chapitre de ce 
livre, où nous avons raconté ses persécutions contre les 
hommes de la fosse, qu'il fit périr dans les flammes (t. I er , 
p. 129). Dieu fait allusion à ceux-ci, lorsqu'il dit dans son 
saint livre: « (Maudits soient) ceux qui faisaient périr les 
hommes de la fosse dans un feu entretenu constamment. » 
(Koran, LXXXV, l\ et 5.) Dou-Nowas fut alors attaqué par 



CHAPITRE XLIII. 157 

(^oU t&O* ^&>jUJî (j^ Ijj^w Jo^Is S^»- **«*? <****> (J*î_jJ 

-o^jj«Xxj Uj ;îiV««lî P^J'^ (J*'^* iS* <-^*** **^ ^ **W* \ÙX* 

u-t ^Jb> iL Ifco (j^jviS tiLX*j AKjoii fy*»£-?. y->\ *^w^l itâjj\ 
(i— Jw4.j_j *X-v.ob j-S? (j| -^■*«*iw <-À^.= fc -_J c^AàS ^IsiOÎ Akxi 
AJUAs-b^).^. -Wûoi ciUi iXô (jj^i jjbji ^Lkj XX^jJ liiU} X*ô 

les Abyssins qui, sortant de Naçi et de Zeïlâ, ports de 
l'Abyssinie, débarquèrent, ainsi que nous l'avons dit plus 
haut, sur le rivage de Gallafikah, ville du littoral de Zébid, 
dans le Yémen. Après avoir combattu longtemps l'invasion, 
Dou-Nowas se noya pour échapper au déshonneur. Son 
règne avait eu une durée de deux cent soixante ans, ou, 
selon d'autres auteurs, une durée bien moins considérable. 
On sait la cause de cette invasion : le Nédjachi, ou roi 
d'Abyssinie, ayant été informé des persécutions exercées 
par Dou-Nowas contre les chrétiens , qu'il faisait périr dans 
les flammes, après leur avoir fait subir toute sorte de tour- 
ments, envoya contre ce tyran une armée d'Abyssins, com- 
mandée par Ariat, fils d'Adkham. Ce général gouverna le 
Yémen pendant vingt ans; au bout de ce temps, il fut as- 
sailli et tué par Abrahah elAchram (le Balafré), père deYak- 
soum, qui s'empara du trône. A cette nouvelle, le Nédja- 
chi fut transporté de colère et jura par le Christ qu'il 
raserait le front de l'usurpateur, qu'il répandrait son sang 
et foulerait sa terre, c'est-à-dire le Yémen, sous ses pieds. 



158 LES PRAIRIES D'OR. 

C>»-A_Jl.J A-A-Si «^«JiJÈSJ UUail^ ïj&£=> l»i«Xiû tiUi <jî *~WJ 

X_j6w_j!j (jwjls *iLL* ilo viiA.» jj kiUi y\^ *Âc J-^c_5 aKac 

Dès qu'Abrahah eut connaissance de cette menace, il se rasa 
lui-même les cheveux de devant et les mit dans une boîte 
d'ivoire; il versa de son propre sang dans un vase et remplit 
un sac de terre du Yémen. Il joignit à ces trois objets plu- 
sieurs riches présents et envoya le tout au Nédjachi, roi 
d'Abyssinic, avec une lettre où il faisait sa soumission, et. 
jurait par la religion des chrétiens qu'il reconnaissait son 
autorité. «Je sais, lui écrivait-il, que le roi a fait serment 
par le Messie de me raser la tête , de répandre mon sang et 
de fouler aux pieds ma terre natale. En conséquence , je 
lui envoie mes cheveux pour qu'il les coupe de sa main , 
ce^'ase plein de mon sang, afin qu'il le répande, et ce sac 
rempli de terre de mon pays pour qu'il la foule sous ses 
pieds, espérant calmer ainsi la colère du roi et le dégager 
du serment qu'il a prononcé du haut de son trône. » Au reçu 
de ce message, le Nédjachi ne put s'empêcher d'applaudir à 
l'expédient du roi yéménite; il loua fort les ressources de 
son esprit, et lui pardonna. Cet événement se passait sous le 
règne de Kohad, roi de Perse. Le même Abrahah , père de 



CHAPITRE XLIII. 159 

AaJj JJJy J.x£J ç^Jtlij dUi Jsjsj HjXi pjÀ *£*j e^jUoii 

UuJù *A* c^oji i^-**J! *Lwîj «j-*I ùiîUâ. Ji^^î eyl**X*3 

Yaksoum, envahit le territoire de la Mecque avec les « Com- 
pagnons de FÉléphant, » dans le dessein de détruire la Kaa- 
bah, l'an do du règne d'Anoucbirwân. Quand il fut arrivé 
à Tayif , la tribu de Takif lui dépêcha Abou-Rigal pour le 
guider, à travers le désert , jusqu'à la Mecque. Abou-Rigal 
mourut en chemin dans un endroit nommé el-Mogammas, 
entre Tayif et la Mecque. Plus tard, l'usage s'établit de lan- 
cer des pierres contre son tombeau, et cette coutume donna 
naissance à un proverbe chez les Arabes. Le vers suivant 
de Djérir, fils d'el-Khatafi , contre el-Farazdak, y fait al- 
lusion : 

Lorsque Farazdak sera mort , lapidez sa tombe , comme vous lapidez 
celle d'Abou-Rigal. 

D'après une autre version , Abou-Rigal avait été chargé 
par le prophète Salih de porter à la Mecque le produit des 
aumônes, mais, comme il faillit à sa mission et se com- 
porta d'une manière déloyale, Takif, c'est-à-dire Koçayi, 
fils de Monabbih , l'attaqua et le fit périr d'une mort infa- 



160 LES PRAIRIES D'OR. 

^1 ^E v_JLa£j /O^ajI ïy~S j^s^ *&**> tf <J^*£ JUi m*JL 

. j 

Ujjl L*Sj L$M*J» {£& 

jj&l! owLaJi j,l yj #+*] Jyb JJi ,jj 

^«XajJ! Jl^i ^ ^ Jyu JJi .jj 
... . <? 

mante, pour le punir du dommage que sa fraude causait 
aux habitants du territoire sacré. Le poëte Aïlàn , fils de Se- 
lamah, parlant de la rigueur de son aïeul Talcif coutre 
Rigal, a dit : 

Nous sommes cruels, cruel était notre père. 

Omeyah , fils d'Abou 's-Salt le Takifite , a dit dans le même 
sens : 

Ils ont expulsé de leur pays tous les fils d'Adnân ; ils ont appesanti leur 
joug sur les tribus. 

Ils ont tué Abou-Rigal le guide, près de la Mecque, tandis qu'il diri- 
geait sa monture sur le chemin de cette ville. 

Tel est enfin ce passage du poëme d'Amr, fils de Dar- 
rak el-Abdi : 

Si je traverse les montagnes de Kaïs, si je refuse le passage aux Be- 
nou-Témim, 

Tu me regarderas comme un traître plus criminel qu'Abou-Rigal , et 
plus injuste que Sedoum (Sodonie) d;.ns l'exercice de mon pouvoir, 



CHAPITRE XLIII. 161 

^^Lax!! jjJb o^Jt; T^y* iUiUaJl ^^^aa^SIj iUAxiîl çjjjj 

&) yUvîî jls=»-t i UjU^s j Sj5i> <^£ UajÎ *X5 u-X^isj-S=*- 
(j\£-ï +£■ ^vJ«Jt Jî OUUjUàJ ï yl^iiil £j|<X^. obi^n 

a_aA^ aMÎ e^ju (j>»- aILojÎ c^jdoAj'^ aL*1»I f,"»Vii'^» «Xïj 

xSU J«xiJi cjLspî (•^«^ y^j *■*•*»< c^y^'j ^â tVAjL^I^AlaJl 

Â->LcLf Aaaw (•j^Jî (J-* odè*. *^ ij.&S' £A*J Jsjfc^î -^> 

Nous reviendrons plus tard sur l'histoire des Abyssins, 
leur entrée dans le territoire sacré et le résultat de cette ex- 
pédition. On voit, sur la route qui mène de l'Irak à la 
Mecque, entre Tâlebyeh et el-Habir, non loin d'el-Batanyeh , 
une localité nommée Tombeau d'el-Ibadi, où les voyageurs ont 
coutume de lancer des pierres, comme on le fait en passant 
près du tombeau d'Abou-Rigal. Cet Ibadi est le héros d'une 
aventure singulière que nous avons racontée dans nos An- 
nales historiques et dans le livre intitulé Jardins des intelli- 
gences, livre consacré à l'histoire de la famille du Pro- 
phète. 

Abrahah vécut encore et régna pendant quarante-trois 
ans après son expédition contre la Mecque, d'où il revint 
les doigts mutilés et les articulations coupées, par suite 
de l'apparition des oiseaux ababil (sorte d'hirondelles) que 
Dieu lança contre lui. (Voyez Koran, GV, et Essai sur l'his- 
toire des Arabes avant l'islamisme, t. I er , p. 278.) L'arrivée 
des« Compagnons de l'Éléphant » à la Mecque eut lieu dans 
la nuit du lundi 17 du mois de moharrem , l'an 882 de 



162 LES PRAIRIES D'OR. 

^j.^JijjU. »iii (ùjo p3-**^s ^^j fi**^ *^-?t **"** fc*"^ 

-.lïls 8 <Xs£VjC**j >AâA* «il ^^5 j«^Ji ^ *>-ï q)s> <£^ (^ 
fcjft *--^j à .HH f*^ *J Jkj <>**^?\; yi <$w (JV*»* £^ *J^ 



l'ère des Séleucides, ou l'an 216 de l'ère des Arabes, qui 
part du pèlerinage de trahison. Plus bas dans cet ouvrage, et 
dans un endroit plus approprié au sujet, nous donnerons 
un résumé de chronologie universelle avec l'ère des pro- 
phètes et des rois. Ce sera l'objet d'un chapitre spécial. 

Abrahah el-Achram laissa le trône du Yémen à son fils 
Yaksoum, qui, durant un règne de deux ans, désola le pays 
tout entier par sa cruauté. Il mourut au bout de ce temps , 
et son frère Masrouk ben Abrahah , qui lui succéda, opprima 
ses sujets avec une tyrannie qui dépassa les excès de son 
père et de son frère. La mère de Masrouk était de la famille 
de Dou-Yézen. Le fils deDou-Yézen, nommé Seïf, traversa 
les mers et vint à la cour de César pour implorer son secours ; 
mais il y résida sept ans sans pouvoir vaincre ses refus. « Vous 
êtes juifs, lui disait ce prince, tandis que les Abyssins sont 
chrétiens; or notre religion nous défend de donner notre ap- 
pui à des infidèles contre des coreligionnaires. » Seïf se rendit 



CHAPITRE XL111. 163 

&_à_jÎ «jls y^ <^i (j-> v-Xa*« cyUj ^«iii (j-. U^a*$ *yJl 

*JLî»- /y* J.AAW LU» tii-W <-»* (i 45 -r^é* V_*A*« (jjJ CJjXjiX** 

^c Sj *n àJI dLUî S*X-*j t5 JJI g"^ (^î lit JU* Aj|^ç« 

ensuite chez Kesra Anouchirwân pour le même motif, et il 
réclama sa coopération au nom de la parenté qui les unissait. 
« Quelle est donc cette parenté dont tu te prévaux auprès de 
moi? » lui demanda le Kosroès. — « Celle de la peau , répondit 
Seïf , celle de la race blanche contre la race noire, puisque 
mon teint prouve que je tiens à toi de plus près que les 
Abyssins. «Anouchirwân s'engagea à lui donner des secours; 
mais ses guerres avec les Roumis et d'autres peuples l'em- 
pêchèrent de tenir sa parole. Seïf, fils de Dou-Yézen, étant 
mort, son fils Mâdi-Karib vint, à son tour, solliciter à la 
cour du Kosroès, et, quand on lui demanda ce qu'il récla- 
mait: «Je viens, dit-il, revendiquer mon héritage devant 
le roi. » On le conduisit en présence d'Anouchirwân , qui lui 
demanda ce qu'il entendait par son héritage. Mâdi-Karib 
répondit : « Je suis le fils du cheïkh à qui le roi a promis 
son appui contre les Abyssins. » Anouchirwân lui accorda une 
troupe formée des criminels tirés des prisons et commandée 
parWahraz, Sipehbed du Deïlem. «Qu'ils remportent la 
victoire, ajoutait le roi, ou qu'ils périssent, l'avantage nous 



MM LES PRAIRIES D'OR. 

<^_*. ^lm> ^^^ p^y^ ft**- 5 *^^ k* o i -^ ! 

Î.jL-»w^ j-^-Ji y--*-*" i l**^"* **-*^«»*' (j 4 *** **^^ *ij^=î 
c^^oj.j> à . *w (j-« J*~~J 4^*^ '•*"'** ij (°-fr Mfc *^' 

£jL_2! i o» — Jl vj — *-* ï ^-*°' 



a x 



(j>->? 3^ t>— ^— S-***—*! *X-A<a_i xs-^-.Ji 

restera, et dans l'un ou l'autre cas ce sera pour nous un 
succès. » Ces auxiliaires, avec leurs chevaux, leurs bagages 
et les valets, furent transportés sur le Tigre jusqu'à Obollab, 
seul port de mer qui existât sur le territoire de Basrah, car 
la fondation de Basrah et Koufah date seulement de l'isla- 
misme. De là une flotte les conduisit sur les côtes du Ha- 
dramaut en un lieu nommé Matoub. Après le débarquement 
de son armée, qui avait éprouvé quelques pertes durant 
la traversée, Wahraz mit le feu aux vaisseaux, pour faire 
comprendre à ses soldats qu'il n'y avait derrière eux que la 
mort sans aucune chance de salut, et qu'il fallait vaincre à 
tout prix. 

Un poète du Hadramaut a dit au sujet de cette expé- 
dition : 

Matoub vit un matin mille guerriers couverts de leur armure ; c'étaient 
les Gis de Sassân et les fils de Mahrasen , 

Venus pour chasser les noirs hors du Yémen, et guidés vers le terme 
de leur course par Dou-Yézen. 



CHAPITRE XLI1I. 165 

p 

<j*^— ' (A 2 o*^ - *"^' *-£j«^ fer* <-*«>l (*-> t*MjJ <~£j* tl-«>4* y* 
tj^jtûijj^ûj JLjii AA5^.ij\.^T lc«Xi ( ; yuJi i_>l=£?,y J^UaaXawI 

jUJI 0-^i c^_a_«; *X-S A_jLs?i) j^_tf>j JU* -ydi gjj jjj>j 

Ce poëme est très-loDg. Dès que le roi yéménite Mas- 
rouk , fils d'Abrahah , fut informé de l'approche de l'ennemi , 
il marcha à sa rencontre avec cent mille Abyssins, sans 
compter les contingents de Himyar, deKehlân et des autres 
tribus du Yémen. Masrouk était monté sur un éléphant de 
haute taille. Quand les deux armées furent en présence, 
Wahraz dit aux soldats perses : « Attaquez franchement et 
prouvez que vous êtes des braves! » Jetant les yeux sur le 
roi yéménite, il le vit descendre de son éléphant pour mon- 
ter sur un chameau, quitter cette monture pour prendre 
un cheval, puis, comme s'il dédaignait de combattre les 
Perses à cheval , et comme pour mieux montrer le mépris 
que lui inspirait une troupe de matelots, il le vit enfour- 
cher un âne. Wahraz dit alors à ses compagnons : « C'en est 
fait de sa royauté : elle va passer du grand au petit. » Un 
superbe rubis rouge étincelait sur le front de Masrouk et une 
chaînette d'or le retenait à sa couronne. Wahraz décocha 
une flèche au roi et ses soldats l'imitèrent. « Je viens d'at- 
teindre ce fils de l'âne, dit Wahraz à ses compagnons , obser- 



166 LES PRAIRIES D'OR. 

p 

iL^*_A-iL c^oLùXili J^iJ^oj /e-ft^Xft i^jX^si -yiîl ^c î^^i 
Jl <_-, V ^3 ^l»' &-**-aJÎ iLkiuLÎi ^ Àj*Xj_5 A*^> ytë' gbo 

tjcr yl^j xjUîot (j+ i^Ur kiUU^ oiX»^ ^*^ çfljfj&siï 

vez ce qui se passe. Si ses soldats l'entourent et ne le quittent 
pas, c'est qu'il est vivant; si, au contraire, après l'avoir en- 
touré, ils s'éloignent de lui, c'est une preuve qu'il est mort. » 
Les Perses, voyant l'ennemi se grouper autour du roi, puis 
s'en écarter, se hâtèrent d'en informer leur général. « En 
avant! » leur criaWahraz. lisse jetèrent alors sur les Abys- 
sins, les attaquèrent vigoureusement, et les mirent en dé- 
route l'épée dans les reins. La tête du roi Masrouk et celles 
de ses principaux officiers furent plantées sur des lances. 
On évalue à trente mille le nombre de leurs morts. Parmi 
les conditions imposées par Anouchirwân àMâdi Karib, était 
le droit, pour les Perses, de prendre des femmes dans le 
Yémen et la défense aux Yéménites d'épouser des Persanes. 
En outre, Mâdi-Karib s'engageait à payer tribut au Kosroès. 
Il reçut des mains de Wahraz une couronne que ce général 
avait apportée et une cuirasse d'argent. Wahraz écrivit à 
Anouchirwân pour lui annoncer le triomphe de son armée, 
et, en quittant le Yémen, il y laissa une garnison de ses 
propres troupes. La durée totale de la domination des Abys- 



CHAPITRE XLIII. 167 

lj**-ir wîXJi^ (J^Âav <i*Aj' jn-^j aKjCJ» (j! ^1 iii^jl /jj ^J3jww*^o 

(Jl |M<V_AJi J»A«k/« (j_J (J llMlikJl ^J.A.4 Qf+ oJv~»_ AÀa»» (iJ^*J)'j 
(J")U ii)ji <JÂ*J JyÙ ^A^il <^£ -e^JJjAOJy (jj^^ 

• 

sins, dans le Yémen, fut de soixante et douze ans, et Mas- 
rouk, fils d'Abrabah, régnait depuis trois ans, lorsqu'il fut 
tué par Wahraz, Tan Ub du règne d'Anouchirwân. 

L'expédition des Perses dans le Yémen et la victoire qu'ils 
remportèrent sur les Abyssins ont inspiré les vers suivants 
à un poète originaire de la Perse : 

Nous avons traversé les mers pour affranchir Himyar de la tyrannie 
des Abyssins, 

Avec une armée de héros de la race de Sassân, héros aux regards su- 
perbes, qui faisaient au harem un rempart de leurs lances 

Et de leurs épées acérées et brillantes, qui pénétraient dans le corps, 
rapides comme l'éclair. 

Nous avons tué l'orgueilleux Masrouk, tandis que les tribus abyssines 
nous provoquaient au combat. 

Le rubis qui brillait sur son front a été fendu par la flèche du guerrier 
de Sassân. 

Alors notre armée victorieuse a enveloppé le pays deKahtân; elle a pé- 
nétré jusque sous les portiques de Goumdân. 

Là nous avons goûté toutes les voluptés et comblé de nos bienfaits les 
fils de Kahlân. 



168 LES PRAIRIES D'OR. 

y=>S<> j*j*sJ' *^-**' O**^ t^As^Ji a^Us^t Jyb wiUi i^ 

M . ' j ■> IU j w |«" 

' 9 ^ 

d^JU *-AJ^-> tJjJ^Î (J-« ^>*J"M C-JyXgtX** C^oi^ ^ij.X^.il Jlj 
Cil_*—« <X^U£ (wJ (JMh*& <XA* ^jJ «JU^oî^ O^ 8 <3VA© QJ prtàlô 

Abou Ybacleh el-Bohtori a traité le même sujet dans des 
vers adressés à un noble de la Perse. Ce poète, qui était de 
la famille de Kahtân, exalte en ces termes la supériorité des 
Perses sur ses propres ancêtres :• 

Quelle générosité est la vôtre, et qu'il est doux de la louer! La mémoire 
de vos bienfaits vivra dans la postérité. 

Quels que soient ces bienfaits, nous n'en avons pas la virginité (ils ne 
sont pas les premiers); c'est le Yémen qui, plus que moi, profita de vos 
dons. 

Rappelez-vous le jour où votre aïeul Anoucbirwàn effaça la tache de 
honte qui ternissait Seïf (l'épée), fils de Dou-Yézen; 

Alors que ses cavaliers nous protégeaient parleurs exploits contre l'ar- 
mée de Sanaa et d'Aden. 

Vous êtes les fils d'un bienfaiteur généreux , et nous les fils de celui qui 
a été comblé de vos grâces et de vos faveurs. 

Mâdi-Karib reçut ensuite une députation de princes et 
de chefs arabes, qui vinrent le féliciter d'avoir reconquis 
sa couronne. De ce nombre étaient Abd el-Mottalib, fils 
de Hachem, fils d'Abd-Ménaf; Omeyab, fils d'Abd-Chems, 



CHAPITRE XLIII. 169 

^xi-o _^(ûj ^LkjLo \XjiSj; yi*X^ob ojj^jtti SjxaS (^-^5 i j~£ûj 

(Xc^ a_j«x-j ( ; j\_> aju^/j Aï^i^» ^c ry^- ^*^ ^y*} j****^ 
ÂAiâ c^Jto J^Uil »tyj JjAiî *U?j JjU! «jU-jj *^u; 

«Xa£ JUi /«iL^ /jj «_^XiaXl *Xa£ *^»«<>où «XSj p'vJr^Ji ouikjj 
c_'V_Sj! AJOstjt Cyli; U.y-^a kilJUjij L=*.5l> U^-Uw IxaÀ^o Iaxas 

1J&*-* i—A-Ajaij /jtXjM -O ! jj Ajîjj Atf U >J AX^OI CiMÙÏj tà*Ayîy£^ 

* p 

C^-ilj X) tywmitf^ ^tXjî IgJtAJyj Vj"*^' U^b (J 1 *"^ ***£*! Ooli 

fils d'Abd-Ménaf; Rhowaïled, fils d'Açed, fils d'Abd el- 
Ozza; Abou Zamaah, aïeul d'Omeyah , fils d'Abou's-Salt le 
Takifite; quelques auteurs nomment aussi Abou's-Salt, père 
de ce dernier. Ils se présentèrent devant le roi, qui se tenait 
sur la terrasse de son palais de Goumdân, à Sanaa. Màdi- 
Karib, tout parfumé d'ambre, le front brillant d'une tein- 
ture de musc, et son épée placée devant lui, avait, à sa 
droite et à sa gauche, une foule de rois, de princes et de fils 
de mikwal (chefs); il reçut ainsi les hommages des orateurs 
et les félicitations des nobles députés. Abd el-Mottalib, fils 
de Hachem, sortit des rangs et lui adressa le discours sui- 
vant: « roi, Allah le Tout-Puissant t'a accordé une place 
éminente, escarpée et inaccessible, un rang élevé et sublime. 
Il a consolidé ton pouvoir comme une plante aux racines 
fermes et puissantes, inébranlable à sa base, et dont les ra- 
meaux luxuriants s'étendent sur le sol le plus fertile et dans 
le plus fortuné des pays. Loin de toi les malédictions! Tu 
es le chef des Arabes; tu es le printemps qui répand la fé- 
condité, le souverain devant lequel s'inclinent les xArabes, 



170 LES PRAIRIES D'OR. 

A-X-A-J A-J<X-»-j 4>Jt p~=*- Jub\ ^y-^ 1 iiUii lfc>î AÂÀ»> ttfc>{ 

LjL^-j-à ^JJi ç^Jfi UusS (^ UAjI ^JJl dLJi U*aiêl 
Jls oLàw* *X-a-S. ^ rttàXù qj c î JJaU »Xa£ lii Jls jJ^aIî 1^1 

wiUiî jtç\* <XS ^=- Uag Jaxj i^S?; L)5»*j & a.*w U^Ux**^ 

la colonne sur laquelle ils s'appuient, la citadelle où les 
sujets trouvent un asile. Tes ancêtres étaient les plus nobles 
des ancêtres; mais, à nos yeux, ta noblesse surpasse la 
leur. La gloire de ceux dont tu seras l'aïeul ne s'éclipsera 
jamais; la mémoire de ceux dont tu descends est immor- 
telle. Ô roi , nous sommes les habitants du territoire con- 
sacré à Dieu, les gardiens de son temple; c'est lui qui nous 
a envoyés vers toi, qui nous as délivrés du danger, qui nous 
as sauvés. Nous sommes porteurs de félicitations et non 
des messagers de haine et de reproches. — « Toi qui m'a- 
dresses la parole, lui dit le roi, qui es- tu? — Je suis Abd 
el-Mottalib, fds de Hachem, fils d'Abd-Ménaf. — Le fils 
de notre sœur? demanda Mâdi-Karib. — Oui. — Qu'on 
le fasse approcher! » ajouta le roi. Puis il s'avança lui-même 
au-devant de l'orateur et de tous les députés, et il lui dit : 
«Salut et bienvenue! Heureux voyage et heureux séjour! 
Que vos chamelles soient fécondes et vos pâturages ver- 
doyants! Soyez comblés des dons les plus riches! Le roi a 
entendu vos paroles; il reconnaît sa parenté avec vous et il 



CHAPITRE XLIII. 171 

i/Lys-î JouMi iî^-w <j f-jf^ (0-4-W? j^^î C^ j' CP- 3 " 
^Î^_jÎ <X_X_j iiLxJ ÊLÇ La-Aaw (jj— *J (j^ yLwtâ il -;\$m vilXj 

accepte ses liens. Soyez les maîtres à toute heure du jour et 
de la nuit. Vous serez honorés pendant votre séjour, et nos 
bienfaits vous suivront au moment du départ. » 

Abou Zamaah, grand-père d'Omeyah, fils d'Abou's-Salt, 
des Bénou-Takif, récita alors une ode qui commençait 
ainsi : 

Qu'ils recherchent le succès, ceux qui ressemblent à Seïf, fils deDou- 
Yézen, alors qu'il était, au milieu des mers, le jouet de la fortune, 

Jusqu'au jour où il revint, amenant avec lui de nobles soldats que, dans 
les ténèbres, on prenait pour des montagnes. 

Que Dieu récompense cette troupe de braves à qui je ne connais pas de 
rivaux ! 

Tu as déchaîné des lions sur ces chiens de nègres, et, le soir de la 
bataille, les cadavres des fugitifs jonchaient le sol. 

Roi, bois gaiement, le front orné de la couronne, sur la terrasse de 
Goumdàn , et que le vin circule à la ronde ! 

Ils sont anéantis maintenant; parfume-toi de musc et dors d'un som- 
meil paisible dans ton manteau royal. 

De pareilles prouesses ne sont pas comme deux tasses de lait mé- 
langé d'eau et se transformant ensuite en urine (c'est-à-dire ne sont pas 
de peu de valeur). 



172 LES PRAIRIES D'OR. 

\J^»-j Sv^ol (j^ y^X? W? a]I_j^-Î ^ *y^~2 <_dJaiî «Xx£ t^j 

i J^LA-à^l (j.. y^ U ^ Li-o'î *xiy i^i^il^ JsjjJi ç^?: 

«j c-^5\j t^îwil» Aj^Xj (jvj {jy***C. -Mj- 5 *" ***-*^ cj-« '«Xaa* 
\ fc» » -c-L-xJue AÀJtXjÇ yi»X*ob (\jj.xi\ &ya.s (j^ »L^I <jàx? 

(jLia-al (j* (j-<>-^ dLL^> (j^j-à-î y£>_y (jvÀ-w £?;5 <*&.* yKi 
<>L>Uj <\à*m oiil AaaS I^XL-»} UL« (j.y^j ** A - V " (MR^** i< ^** 

Mâdi-Karib, fils de Seïf, fils de Dou-Yézen, eut de longs 
entretiens avec Abd el-Mottalib; il lui révéla différentes cir- 
constances concernant le Prophète, dont il lui annonça la 
venue prochaine, ainsi que les événements de sa vie et de 
sa mission; puis il félicita de nouveau tous les envoyés et 
les congédia. Les détails que nous avons donnés sur Mâdi- 
Karib dans nos Annales historiques nous dispensent d'y 
revenir ici. 

Mâdi-Karib, une fois en possession de la couronne du 
Yémen , établit pour sa garde particulière une compagnie 
d'esclaves abyssins, qui marchaient devant lui une pique à 
la main. Un jour qu'il sortait de son château de Goumdàn , 
situé dans la ville de Sanaa, cette troupe d'Abyssins l'as- 
saillit sur la place publique et l'égorgea. Ce roi avait régné 
quatre ans, et fut le dernier souverain de la maison de 
Kahlân , qui régna dans le Yémen. Le nombre total des 
rois du Yémen s'élève à trente-sept, pendant une période 
de trois mille cent quatre-vingt-dix ans. 



CHAPITRE XLIII. 173 

(JV-=*- (J^J^ *J)-£ (^ ^-*!+& L*U çgàyXMtW Jlî *À*V (J^JtM+Jj 

p 

t-A-xJi î jsjb j, lL*<XS U tym » ^c (j-eyîl li^X* Jjl jji^5i> 

y-&} jiwjl^Jl qJ \St>jj] 5«Xxj diX* aj' AÀ*y ^Owi^Cj ^***-Ç"_J 

(j— j jj^JL^it »Js*j dLLo J ici»*». (jv»Ujj IaJoj iùU jUii ji 
«X— «lJcJI 8jjs».i 8*X-kj kiXX* aJJ <\JL*w yvXwj Axjjî» &>l« iiiûoi 
y_i iL-t*X-gJl »*Xju viLL» *o i&.w (Jvjo^Î^j L*jÇ- Xtbj*)\ /o| 

Obeïd, fils de Chériah le Djorhomite, ayant été chargé 
d'une mission auprès de Moâwiah, fut interrogé par ce prince 
sur le Yémen et la chronologie de ses rois. Voici dans quel 
ordre il la lui présenta. Le premier roi du Yémen, et en 
cela il s'accordait avec ce que nous avons dit précédemment, 
fut Saba, fils deYachdjob, fils de Yârob, fils de Kahlân, 
qui régna pendant cent quatre-vingt-quatre ans. Puis vint 
el-Harit, fils de Cheddad, fils de Maltat, fils d'Amr, pen- 
dant cent vingt-cinq ans; Abrahah, fils d'er-Raïch, sur- 
nommé Doul- Mincir, pendant cent trente-trois ans; Afrikous, 
fils d' Abrahah, pendant cent soixante-quatre ans; son frère, 
el-Abd, fils d'Abrahah, pendant quarante-cinq ans; el- 
Houdhad, fils de Chorhabil, fils d'Amr, surnommé Dou's- 
Sarh (l'homme du château), pendant un an; Belkis, fille 
d'el-Houdhad , sept ans; Salomon, fils de David, vingt-trois 
ans, d'après ce que nous avons dit déjà en parlant de la reine 



174 LES PRAIRIES D'OR. 

f- 
jg^àw» cj^tt^a a* . qoj'j (j^y' jjj^*-* Lg* **' «J [•■>* «' t^** 3 .? ^^ 

«j£ S«X*J> viLL) AO *jLfJu£> b*£.\ <*M|^ viUi jAÏ J-A*j jUiiJi 

MO 

Belkis; puis Arkhoboam, fils de Salomon, pendant un an. 
Après Arkhoboam, la couronne revint à un prince himya- 
rite, Yaçir, fils de Yanàm, fils de Yâfar, fils d'Amr Doul- 
Adar, pendant trente-cinq ans. On donne à ce surnom de 
Doul-Adar (l'homme des terreurs) une origine que la raison 
se refuse à admettre, et qui sort de l'ordre des faits natu- 
rels, bien qu'elle soit possible en elle-même. On raconte 
que ce roi fut surnommé ainsi, parce qu'il trouva, dans les 
parties les plus reculées du désert du Yémen et du Hadra- 
maut, un peuple d'un extérieur repoussant et extraordi- 
naire. On assure qu'ils avaient le visage au milieu de la 
poitrine. L'apparition de ces êtres singuliers inspira une si 
vive terreur aux Yéménites et les impressionna tellement, 
qu'ils donnèrent à leur roi le surnom de Doal-Aclar. Du 
reste, on explique ce mot de différentes manières; Dieu sait 
mieux ce qui en est. Le roi suivant fut Amr, fils de Charn- 
mir, fils d'Afrikous, qui régna cinquante-trois ans; puis 
Tobbâ el-Akran, fils d'Amr, nommé aussi Tobbâ le Grand, 



CHAPITRE XLIII. 175 

Jt-vJ vilXo *2 fou* (^JXXi^ l**J^ %X> kjJ C^XaJ&w* <KÀj> 5*X«j 
l_Jt-^»-.J k, 3 (j~) laJ^S J^*r>J <— «-wj-> JUjj *^jj l) - !^ ^ 

<\JC4W y^v*.£_J fc^S ***** Rj\+Aj*3j OUI viUtXj JtÀ.tw ^VjLfj 



uA-JS-*»* 



cent cinquante-trois ans; son fils Melki-Karib, trente-cinq 
ans; Tobbâ, fils de Melki-Karib , fils de Tobbâ; il est nommé 
aussi Tobbâ Abou-Karib Açâd, fils de Melki-Karib, quatre- 
vingt-quatre ans; Kelal, fils de Matoub, soixante et quatorze 
ans; Tobbâ, fils de Haçân, fils de Tobbâ, trois cent vingt- 
six ans; Martad, trente-sept ans; Abrahah, fils de Sabbah, 
soixante et treize ans; Dou-Nowas Zorâh , connu aussi sous le 
nom de Youçef ou de Garib, fils de Katan; il régna quatre- 
vingt-neuf ans. Enlin Lakhniah, surnommé Doul-chénalir, 
qui régna quatre-vingt-quatre ans. La durée totale de cette 
dynastie est donc de dix-neuf cent vingt-sept ans. Si nous don- 
nons, en cet endroit, le système d'Obeïd, fils de Ghériah, 
sur l'ordre de succession des rois yéménites, et la durée de 
leur règne, c'est que nous voulons présenter toutes les opi- 
nions différentes qui ont été proposées sur ce sujet. De Dieu 
vient tout secours. 



176 LES PRAIRIES D'OR. 

<xAjJi ixy^j iui^il (j-« aU^û ^^ (j-« c^ 2 Jb "^3^ ^j^ 3 

& 5j_A_**-J JJJo wiUJli j^JÛj j^cU ^1^1 (jb;î (J-+ 0jl*)^ll» 

<J~!h> ^ tjl? ^j-<ryî ^^XasIj 5y»*îj â^Lw^t (j-« cj$\ iùujLjjJÎ 
(j-« )<Xa-t lyj uy^-Xj i*» Mxà*? J^jj (j**^ JJ^3 ti^ -*■***•> <£ 

Quand les Abyssins, ainsi que nous venons de le racon- 
ter, eurent égorgé Mâdi-Karib, fils de Seïf, à coups de lance 
dans la cour de son palais de Sanaa, l'agent de Wahraz, 
qui résidait dans cette ville avec une garnison étrangère, 
placée par Wahraz auprès du roi yéménite, monta aussitôt 
à cheval, s'empara de tous les Abyssins qui se trouvaient là, 
occupa militairement la ville , et écrivit à Wahraz pour l'ins- 
truire de ces événements. Wahraz était alors à la cour d'A- 
nouchirwân, à Médaïn, en Irak; il se hâta de faire part de 
ces nouvelles au Kosroès, et reçut l'ordre de partir avec 
quatre mille chevaliers perses, par la route de terre, pour 
rétablir l'ordre dans le Yémen. Il avait pour mission de ne 
pas laisser un seul Abyssin vivant et de tuer même ceux 
dont la chevelure crépue indiquait dans leur origine une 
infusion de sang noir. Wahraz, à peine arrivé dans le Yé- 
men, entra clans Sanaa, égorgea sans pitié les Abyssins et 
détruisit tout ce qui appartenait à cette race. Puis il gou- 
verna le Yémen au nom d'Anouchirwân , et mourut dans 
ce poste. Son fils Nouchadjân lui succéda, et exerça le pou- 



CHAPITRE XLIII. 177 

y\^j j^v^>. j^»- SJOO vilX* A.S ,j*)lî iUÎ-tf t^AJ J^î 4J-» U^j 

^iyc^m Jlj (jLwLw yj y^y âJvxj dlX* a3 (^y^yw »«XJj^9 
*Xj_5 ^j-^-ill^ a***^ y^-^- (j-« (J-<!>^ ^^* (j-« Ç^ *$y& 

ii)_j— L»« i Jot-> j-^_j J-*M^ fr&j-i^ *^Jj cj-* cK=?j kj-f^ ^^-^ 
/^_£ûw_jî /j_j m>-* (jj-J J<^~j (jj <<v«î (^ *w«àj& *-«vyjj (^.fy» 

jLUb iUj*Xdf. «J^w (^Jt ii)jX* ool^j i^*** £ (jw^AAÎÎ Jj«*t 
M vy* t£ à <^l? ^ AS ' eî^» J& £^ <S & J^J-^ <£* J^ <^° 

voir jusqu'à sa mort. 11 fut remplacé par un agent originaire 
de la Perse, qui se nommait Sabhân. Après lui vint Khor- 
zad, qui ne régna que six mois. Ses successeurs furent d'a- 
bord un fils de Sabhân, et après celui-ci, un Merzebân, qui 
appartenait à la famille des Kosroès.Le gouverneur suivant 
fut Khor-Khosrou , qui était né dans le Yémen , et qui laissa 
le trône à Badân, fils de Sassân. 

Tels sont les rois kahtanides, abyssins et perses qui ont 
possédé le Yémen. En outre, un descendant d'Abraham, 
Y ami de Dieu, a gouverné ce pays, et il est compté parmi 
les souverains yéménites. Il se nommait Honeïbah, fils de 
Omaïm , fils deBedil , fils de Maran , fils d'Abraham; il jouit 
d'une puissance considérable et vécut un grand nombre 
d'années. Il est cité dans les poésies d'Imrou'1-Kaïs. Le plus 
grand nombre des princes yéménites, tels que les Dou-Sahr, 
les Dou-Kilâ, les Dou-Asbah, les Dou-Yézen, habitaient la 
ville de Dafar; très-peu d'entre eux se fixèrent dans d'autres 
villes. On lisait l'inscription suivante, en caractères primi- 



178 LES PRAIRIES D'OU. 

kJtîL \jyiSi* j\j)ô t->\» cA 2 (J^? ^>** |^>> f-fr*^ (M**-* J-S^î 

jl ^ j.. a, ,» .«L ^JlJwa yl c^JUi ti)ii> <Xf) U c>-Uaw a.S' 

jtfc-»JI iLa? l^JsjyjUio *XÀi ^-(H-* r»j-*-M <^«!^? ^» "^M^ 

tifs, sur une pierre noire placée au-dessus de la porle de 
Dafar : 

Le jour où Dafar fut bâtie, on lui demanda : «A qui appartiens- tu?» 
Elle répondit : « Aux illustres Himyarites. » 

On lui dit : « Quels seront tes maîtres après eux ?» — « Les Abyssins 
cruels. » 

«Et après eux?» — «Les nobles souverains de la Perse. » 

« Et après eux? » — « Les Koreïcbites qui font le commerce. » 

«Et après eux?» — «J'appartiendrai à des Himyarites magiciens; 

«Mais celte famille ne durera pas longtemps après son rétablissement. 
Elle sera précipitée dans un abîme de malbeurs par 

« Des lions que la mer jettera sur ses plages et qui propageront l'incen- 
die jusqu'aux régions les plus bautesdu pays.» 

Cette prédiction, concernant les rois du Yémen, aurait 
donc été faite avant leur avènement, et c'est, en effet, dans 
cet ordre qu'ils se succédèrent. Quant à l'incendie qui s'é- 
tendra jusqu'aux montagnes, c'est un événement réservé à 



CHAPITRE XL1II. 170 

(^i Jcj xs*Xo ^wJî e**j^ iû»î«X^-lj (^>'A> cyU*j eyUfc 

jLj Itf S<Xs». (jàJ)^ Js?^» Q-*>^ <*^>j cjUM! î*>^> <j AjàUJ 
*LxJco ^-«5 Jkj*-!^» xaav dUii RsàJinj <J>3y*iî J^^ ti' **•* 



l'avenir. Les habitants croient qu'à la fin des temps , et après 
une longue série de malheurs , de désastres et de calamités , 
les Abyssins se rendront maîtres de leur pays. Le Yémen 
était gouverné par les agents du Rosroès, lorsque le Pro- 
phète reçut sa divine mission; l'islam y fut alors prêché, et, 
grâce à Dieu, il en fit bientôt la conquête. Les détails que 
nous avons donnés, dans notre Histoire moyenne, sur les 
rois du Yémen, leurs voyages, leurs guerres, et les monu- 
ments qu'ils ont fondés durant leurs expéditions, nous dis- 
pensent de revenir sur ce sujet. 

Le Yémen est un pays plus long que large. D'une part, 
entre la Mecque et l'endroit nommé Talhat-el-Mélik, on 
compte sept stations; la même distance sépare Sanaa d'A- 
den, en évaluant chaque station à cinq ou six parasanges. 
D'autre part, de Wadi -Waha à la contrée située entre les 
déserts du Hadramaut et l'Oman , on compte vingt stations. 
En troisième lieu , le Yémen est borné par la mer du Yémen , 



180 LES PRAIRIES D'OR. 

iL-z^» i aL=~j.-« uzr&s- éâh> £*-*4 &+$>} ^*aJ5^ pjAiiJl 

^i, (jj^jj ^ij yjH t5*^U-^ 5 ^-* ^Wv-J &2-J* y&S. 

qui, ainsi que nous l'avons dit, est nommée aussi mer de 
Kolzoum, mer de la Chine et de l'Inde. Cela fait en tout 
vingt stations de long sur seize de large. Les noms de ses 
différents rois : les Dou-Yézen, les Dou-Nowas, les Dou- 
Minar, etc. sont tirés des localités du pays ou de quelques 
traits de leur vie, de leurs expéditions ou d'autres particu- 
larités de ce genre. C'est à l'aide de ces noms qu'on distin- 
guait la dynastie himyarite des autres dynasties, et chacun 
de leurs princes en particulier. 

Après cet exposé rapide de l'histoire du Yémen et de 
ses rois, nous allons parler des rois de Hirah, les Benou- 
Nasr, etc. à cause de leur relation étroite avec l'histoire du 
Yémen. Puis nous nous occuperons des princes yéménites 
et des autres familles qui ont régné en Syrie. 



CHAPITKIi XL1V. 181 

i_>jas> ^ ^jJy caÀj L^Ji XfXï cj-oi^ ^.lô^Jj iCC*Xr>- tiJiXtf» Uj 
£~&y- II? *jii Ci*-i^j (•JL)-^ «-^* fc»** ^î/*' <Jî (•UiJî (jyUiw« 

CHAPITRE XLIV. 

HISTOIRE DES ROIS DE HIRAH, DE LA FAMILLE DES BENOU-NASR, ETC. 

Djodaïmah, surnommé el-Waddah (éclatant de blan- 
cheur), périt dans le piège que lui tendit Zibba, fdle de 
Amr, fils de Darib, fils de Haçân, fils d'Odeïnah, fils de 
Sameïdâ, fils de Houbar. Le père de cette princesse gou- 
vernait, au nom des Romains, les provinces orientales- de 
la Syrie jusqu'à l'Euphrate, et résidait dans une localité 
nommée el-Madik (le défilé), entre Khanoukah et Karki- 
Çjiah. Lorsque Zibba hérita de la couronoe paternelle, elle 
réussit à se faire aimer de Djodaïmah et finit par le tuer. 
Djodaïmah régna quatre-vingt-quinze ans sous les chefs des 
satrapies, plus vingt-trois ans sous Ardéchir, fils de Babek 
et Sabour el-Djunoud; ce qui fait en tout cent dix-huit ans. 



182 LES PRAIRIES D'OR. 

•\-A_*5 JJU J.L» <£& yl^j *Âaw &JÀ.S. ^jUj iùU ,*&«> y£» 

k*î JMlj y^ii ^IX* ^ Jjl yfcj sl*t <JLff4X> J^j» dliiî y \(5 
^y_j j^£ kjj à,LÀ> ^.j £■* (j-fc^ (j+j\** y^j u^ 1 ^ (^' 

Son prénom était ^46ou Malik, comme on le voit par les vers 
suivants de Soweïd, iils d'Abou-Kahel el-Yachkori : 

Si je dois goûter le breuvage de la mort, avant moi l'ont goûté Tasm, 
des Benou-Ad, Djedis l'infâme (dou-chanâ) 

Et Abou Malik, le devin, qui périt victime des stratagèmes de la fille 
d'Amr. 

Avant Djodaïmah, la couronne avait appartenu à son 
père, qui fut, à ce que l'on croit, le premier roi de Hirah. 
Voici son nom et sa généalogie : Malik, fils de Fahm, fils de 
Dous, fils d'el-Azd, fils d'el-Gawt, fils de Nabit, fils de Ma- 
lik, fils de Zeïd, fils de Kehlân, fils de Saba, iils de Yach- 
djob, fils de Yârob, fils de Kahtân. Malik avait émigré du 
Yémen avec la famille de Djafnah, fils d'Amr, fils d'Amir- 
Mozaïkya. Les Benou-Djafnah se dirigèrent vers la Syrie; 
Malik se fixa dans l'Irak, et régna pendant douze ans sur la 
tribu de Modar, fils de Nizar. Son fils Djodaïmah lui suc- 
céda, comme nous venons de le dire; il laissa le trône à un 



CHAP1ÏHE XL1V. 183 

ji^j ^jjU U&*xis?ij àjjUI J^Ul ^ Jj.j cj». J>l yftj *jL ^i 

JlU ylSo S^Jl JjX« A iu^-woJi d^Ui ««MMJJ AaJI^ dlU 

*~i (j^ |«^è <J jj i «XjU AjL«*XàJ *^> c^li Jls <\jij 3^ÀaJI 
C-ocaaX» Jiiî aij U ^Î^JI ijJUi ^î ylSf ^î, ^s j.U*îîj 

fils de sa sœur, nommé 4mr, fils d'Adi, fils de Nasr, fils 
de Rébyah, fils d'el-Harit, fils de Malik, fils de Ganeni, fils 
de Nemarah , fils de Lakhm. Amr fut le premier roi qui fixa 
sa résidence à Hirah, et fil de cette ville la capitale de son 
royaume; il est le chef de la dynastie des Nasriles, autrement 
nommés rois de Hirah. Cet Amr, fils d'Adi, neveu de Djodaï- 
mah , régna cent ans. 

Quelques auteurs, parmi ceux qui ont étudié avec soin 
l'histoire des Arabes et de leurs journées célèbres, croient 
que Djodaïmah fut le premier roi de la famille des Kozaïtes, 
et ils le disent fils de Malik, fils de Fahm le Tonoukhite. 
Ce roi dit un jour à ses favoris : « On m'a parlé d'un jeune 
homme issu de Lakhm, qui vit parmi ses oncles les Benou- 
Yiad, et Ton m'a vanté sa beauté et sa politesse. Ne serait-il 
pas convenable de le mander à ma cour et de lui confier 
les fonctions d'échanson et de page?» — ■ «Tout ce que le 
roi propose est sage, répondirent-ils; il faut donc faire venir 
ce jeune homme. » Quand il se présenta devant le roi, Djo- 
daïmah lui demanda son nom. «Je suis Adi, fils de Nasr, 



184 LES PRAIRIES D'OR. 

' i «*« i ..r- f diJU «^vàj (j*^; *aAAjw X»A^ ftâl«3 <***>; (>J **aj 

/j«x_è» a ^ 3 ~^*U (•$-*Jt c^.ajum lil ^«Xi L> oJUï kiLm 

«X^^ilj ki).^-»V) *iU AaH (^Lvkiwlj «Jui^^isl cy*Xiwi iiU *JJJ£ 
Lfco Joui dLX&l* (j*»** c^JUi l^iyw I^aJ! *!iXji]i o^aji^ *aÀ£ 

fils de Rébyah, » répondit-il , et il fut aussitôt admis parmi 
les familiers du roi. 

Cependant une sœur de celui-ci, Rikach, fille de Malik, 
devint amoureuse du jeune page, et lui dit un jour : « Adi, 
lorsque tu serviras à la table du roi, verse-lui du vin pur 
et donne à ses convives du vin mélangé d'eau. Dès que tu 
verras le roi sous l'empire de l'ivresse, demande-lui ma 
main, il te l'accordera et tu prendras tous les assistants à 
témoin de sa promesse. » Le page obéit, il demanda Ri- 
kach en mariage, l'obtint, requit le témoignage des con- 
vives et courut annoncer à la princesse ce qui s'était passé. 
« Viens chercher ta fiancée, » lui dit-elle. La cérémonie eut 
lieu , et, dès le lendemain , il parut tout parfumé de khalouk 
(mélange de safran et d'aromates) en présence du roi, qui 
lui demanda ce que cela signifiait. — « C'est la parure de 
l'époux , » répondit le page. — « De quel époux ? » — « De 
l'époux de Rikach ! » A ces mots , le roi rugit de fureur et 
tomba la face contre terre. Adi se déroba par la fuite à son 
ressentiment et échappa à ses actives recherches; cepen- 
dant quelques auteurs disent qu'il périt par son ordre. En- 
suite Djodaïmah envoya ces vers à sa sœur : 



CHAPITRE XLIV. 185 

S ' ' s 

jj*>J J*éM ojIs (jj*>s? (•! *x_a.xJ J~£l c*ja «Xa*j *i 

XX»**aJ|j <JGjJa£_j Aaàj»- cwSt»o ^usfc- id^j^ }jJ~Z AJC<uo U^i 
AjU iU^ A^Xft Jpl^ Xi 6j*^b *1U*. Ajjijî jtJ »^U »j-w*^> 

p 



Parle, Rikach, et ne mens pas, est-ce à un noble que tu tes pros- 
tituée ou à un roturier ? 

Est-ce à un esclave, car tu es digne d'un esclave; ou bien à un être 
plus vil encore, car tu es capable dune telle infamie ? 

Elle lui répondit : 

C'est toi qui, sans me consulter, m'as cboisi un époux , c'est toi qui as 
ordonné aux femmes de me parer pour la noce. 

Voilà le résultat de ta passion pour le vin, de tes débauches conti* 
nuelles et de ta folie! 

Djodaïmah se fit amener sa sœur et la retint prisonnière 
dans son palais. Cette princesse était grosse; elle mit au 
monde un garçon qu'elle nomma Amr, et elle le nourrit de 
son lait. Dès qu'il fut en état de marcher, elle le para, le 
parfuma, le revêtit d'une robe précieuse et l'envoya chez le 
roi son oncle. Celui-ci fut charmé de sa beauté et lui té- 
moigna une tendre affection. Un jour, dans la saison de 
l'année où la terre était couverte de champignons, le roi alla 
se promener dans un jardin préparé pour le recevoir. Amr 



186 LES PRAIRIES D'OR. 

JU-«k»- *J tJ^* *J;UaJCu.| ^jJi yi aj «U=»-_5 iU;«X.=>- A^jJlj 

8*>o jk-*j L~J$iïj.=rj** ^J^*^^- CS^" ^^** cy*U*j SjUIàl e^JUa 

et d'autres jeunes gens l'y suivirent. Loin d'imiter ses com- 
pagnons et de manger tous les bons champignons qu'il trou- 
vait, Amr les mettait de côté. Au retour, il prit les devants, 
en récitant ce vers : 

Voilà ce que j'ai recueilli; c'est le meilleur de ma récolte; tandis que 
ceux qui cueillaient avec moi avaient toujours la bouche pleine. 

Le roi , depuis ce moment , lui témoigna encore plus d'in- 
térêt et d'attachement. On raconte que des djinn enlevèrent 
alors cet enfant et que Djodaïmah le fit chercher partout 
pendant longtemps, sans découvrir ce qu'il était devenu. 
Un jour, deux hommes nommés Malik et Okaïl, fils de Fa- 
lidj , se rendant chez le roi dans l'intention de lui offrir un 
présent, s'arrêtèrent en route, auprès d'une citerne. Une 
esclave nommée Oumm-Ainr (la mère d'Amr) , qui les ac- 
compagnait, plaça près d'eux une chaudière, afin de pré- 
parer leur repas. Tandis qu'ils mangeaient, ils virent venir 
à eux un homme aux cheveux épars, aux ongles longs et 
dans un accoutrement pitoyable. Il s'accroupit à leur côté 



CHAPITRE XL1V. 187 

^*X_t yo _jj^ JUi LiûlJUv cjtëjl^ ^[^ <j-« ^S 5 -^ t-JjU 

comme un chien et tendit la main; l'esclave lui ayant donné 
des aliments, il les dévora sans en laisser une miette et 
tendit de nouveau la main. La servante dit alors : « Donnez 
à l'esclave le poignet et il demandera le bras, » paroles qui 
ont passé en proverbe ; puis elle présenta du vin à ses 
maîtres, et, pendant qu'elle leur versait à boire, Amr, fils de 
Adi (car c'était lui) , récita ces vers : 

Mère d'Amr, tu détournes de moi la coupe, alors qu'elle devrait cir- 
culer à droite. 

Mère d'Amr, est-ce un mal d'avoir trois convives? Celui auquel tu 
refuses da vin est ton compagnon. 

Ses hôtes lui demandèrent son nom. — « Si vous ignorez 
qui je suis, leur dit-il, vous ne méconnaîtrez pas mon ori- 
gine : je me nomme Amr, fils d Adi. » A ces mots, ils se le- 
vèrent et lui baisèrent les mains; puis ils répandirent de 
l'eau sur sa tête, lui coupèrent les ongles, lui taillèrent les 
cheveux et le revêtirent de leurs vêtements les plus élégants. 
« Nous ne pouvons , disaient-ils, offrir au roi un cadeau plus 
précieux, un présent qui lui soit plus agréable que le fils de 



188 LES PRAIRIES D'OR. 

(il lx»i iil (S^>- *J Wj^-3 **** -Â^ s: ^ **••* <!Ui»»l /yji ^ 

iJlii 1$^=»- l$\J Jlsj <*-«i Jî <^*=>3 te jj*+à &\jA.s dUU <_>L 

1-njwo — Lk-Ji *yJ «XaJ^R ^ JsJIâ. a)OCS (jv-s*- tiLÎU <*a.=*.,5J 

J. 



* m> 5 „ w 



sa sœur, puisque Dieu le lui a rendu. » Puis ils se mirent en 
route avec lui, le menèrent à la cour et annoncèrent au roi 
cette heureuse nouvelle. 

Djodaïmah reçut son neveu avec joie et l'envoya chez sa 
mère; ayant demandé ensuite aux cleux étrangers ce qu'ils 
désiraient. «Notre seul désir, lui répondirent-ils, est de de- 
meurer près de vous pendant toute la durée de notre vie et 
de la vôtre. » Le roi y consentit, et ils furent surnommés 
depuis lors les deux familiers de Djodaïmah. Leur nom est 
cité dans une élégie composée par Motammim , fils de 
Nowaïrah el-Yarbouyi, lorsque Malik, son frère, fut tué 
par Khaled, fils de Walid, à la journée d'el-Bitah. Voici le 
passage : 

Unis pendant longtemps d'une amitié aussi étroite que celle des deux 
familiers de Djodaïmah, on disait de nous : Rien ne peut les séparer. 

Mais quand nous fûmes séparés, il nous semblait, à moi et à Malik, si 
longue avait été notre intimité, que nous n'avions jamais dormi une seule 
nuit l'un près de l'autre. 

Abou Khirach le Hodeïlite a dit dans le même sens : 



CHAPITRE XLIV. 189 

J^-a-*-*^ JJU *Uu? >LUi^ LàXo ^yb «Xi yî ^^-fcotf^Jî 

£ <k_a-L£ (j_j-*j-*J 3*Xij»- Ajc* c^Ji'xo AjJÎ ey«X5 $jSi <•> yî^ 

p 

^^JaJi ^ jjyt 4^ Jlï xiUt i ^jiaJi^ *JCaJ» ails*. ^\j tfco 
yîj »%— *i iL-oLc <\_vff J»^- «Xi *il=*. <JLc«Xrs- *^> j^5 -lïi_j 

c^L— *Jl <JoLw <^c Lgjvl«X* iUjjjciU jtéoo ool^j ^-My c*j^ 

Ne savais-tu pas que, longtemps avant nous, l'absence avait désuni 
deux amis sincères, Malik et Okaïl? 

La mère d'Amr, après avoir retrouvé son fils, lui donna 
une troupe d'esclaves pour le servir au bain. Quand il se 
fut baigné, elle le revêtit d'un riche costume royal, et, pour 
accomplir un vœu qu'elle avait formé, elle lui passa autour 
du cou un collier d'or; puis elle l'envoya chez le roi son 
oncle. A la vue de ce collier, et remarquant le duvet qui 
couvrait les joues du jeune homme, Djodaïmah s'écria: 
«Amr est trop grand pour porter un collier! » (Proverbe.) 
Depuis ce moment, Amr ne quitta plus son oncle et sut 
se concilier entièrement ses bonnes grâces. 

La Syrie et la Mésopotamie obéissaient alors à la reine 
Zibba, fille d'Amr, fils de Darib, fils de Haçân, de la fa- 
mille Amilah, branche des Amalécites, établis à Soleïh ; 
quelques auteurs pensent que Zibba était Grecque, mais 
qu'elle parlait l'arabe. Ses villes principales, aujourd'hui 
ruinées, s'étendaient sur la rive orientale et sur la rive occi- 



J90 LES PRAIRIES D'OU. 

^t *_aJ! os.a*£» j-j^I iLc«X.s>- l^*kà- JUaj Jolo &y44? 

CffA &Jt,lj A/Ji lyl&lî -PjlùJUilj ^V^î *-çÀ> ^^> ^** £**4 

oul* u3 i (j^ iouj W là] <$l»-jU.j ^tfUst^ S La» IflJL». 

dentale del'Euphrate; ce fleuve avait été, dit-on, partagé par 
cette reine en un grand nombre de canaux qui répandaient 
la fertilité dans toutes les villes de ses Etats. Zibba faisait 
elle-même la guerre aux tribus à la tête de ses troupes. Djo- 
daïmah « le lépreux » la demanda en mariage et reçut d'elle 
cette réponse : « Je suis prête à t'obéir, car on doit désirer 
un époux tel que toi; tu peux, si tu le désires, te rendre à 
ma cour. » Zibba était vierge encore. Djodaïmah réunit aus- 
sitôt ses familiers pour prendre leur avis : tous lui conseil- 
lèrent de partir, à l'exception d'un serviteur du roi, nommé 
Koçaïr, fils de Saad, de la tribu de Lakbm, qui conjura son 
maître de ne pas entreprendre ce voyage, mais d'écrire à 
Zibba. Si elle était sincère, elle viendrait elle-même le 
trouver; dans le cas contraire, il devait renoncer à ce ma- 
riage. Djodaïmah adopta l'avis du plus grand nombre, sans 
tenir compte de ce conseil, et se mit en route. Arrivé à 
Bakkah, localité située en deçà de la route de Hit à el- 
Anbar, il consulta de nouveau ses compagnons. Tous ap- 
prouvèrent sa résolution et l'engagèrent à poursuivre son 
voyage : seul Koçaïr le pressa de revenir sur ses pas. Djo- 
daïmah lui répondit : « La décision a été prise à Bakkah. » 



CHAPITRE XLIV. 191 

Jb axJL Ji^îl u*5^3 Jfc ^îyi Uj^s ^i JUi ^i; U *iU 
dLUi *^V J^vsi ^LJfi JOajU yl Jli âcj-Ûl JJi ^c 
LjiSj^ viLujLs- îj«X=*.i S* yij iiJJiUî» «I^Jtlj dLoUÎ i_jiynjîj 

\ , x-.« <_^-À_^' qùo IawvJ ^i-x^ (^Awm»J i/j ii)j<Xj il Mjili uiaxîl 
wuflji I^aJI <X*»xi l<ua*ji <-"3o ^i <*J I^Jols-lj f»_jJiJi AÎyJU^i^j 
LaojcJL ^jfc lili iLc<X^>- ouÎJCJij ^ixil^ J-*=i Jocà-^ ^^* 

(Proverbe dans le sens de : « C'est une affaire faite. ») Ko- 
çaïr, voyant que telle était la résolution du roi, s'écria : « On 
n'écoute pas les conseils de Koçaïr, » phrase qui a passé en 
proverbe. Le roi se remit en route et s'arrêta un peu en 
deçà de Kanoukah, en vue de la capitale de Zibba. Il vit 
avec inquiétude que des troupes lui barraient le passage ; il 
consulta encore Koçaïr, qui lui répondit : « La prudence a 
été laissée à Bakkah. » (Proverbe.) Mais, sur les instances du 
roi, il ajouta : «Si les troupes viennent à ta rencontre en 
te saluant du titre de roi, et si elles marchent devant toi, 
c'est une preuve que la reine est de bonne foi; mais si elles 
se disséminent à tes côtés et derrière toi, si elles donnent 
passage à la foule et lui permettent de t'entourer, hâte-toi 
de t'enfuir sur el-Aça, dont la vitesse est incomparable;» 
c'était le nom d'une jument que le roi faisait conduire en 
laisse auprès de lui. Djodaïmah fut bientôt entouré et cerné 
par la foule; mais il ne monta pas sa jument. Koçaïr, sans 
perdre de temps, se jeta sur le dos d'el-Aça, trompa la sur- 
veillance des cavaliers et s'enfuit. Le roi, le voyant distan- 



192 LES PRAIRIES D'OR. 

45<->- aajv*.XaJ_j &Ài<jbî») ou^aJiâ <X^*\£ ^j-» owfelaj *1 cx£^ 



cer, avec son cheval, les cavaliers ennemis et se dérober à 
leur poursuite , s'écria : « Celui qu'el-Aça emporte ne s'égare 
jamais! » Puis il fut conduit chez Zibba. Cette reine vint au- 
devant de lui et lui dit , en exposant à ses regards les charmes 
les plus secrets de sa personne : « Quel est le prix d'une 
épouse comme celle que tu as sous les yeux ?» — « C'est le 
prix d'une esclave infâme et sans pudeur, » répondit Djo- 
daïmah. — «Par Dieu, reprit la reine, n'attribue pas les 
particularités que tu remarques à l'impossibilité de trouver 
un rasoir ou des servantes habiles à le manier. Non, elles 
sont l'indice d'une nature toute virile. » Par son ordre, on 
fit étendre le prisonnier sur un tapis de cuir, on plaça 
près de lui un bassin d'ivoire, on lui coupa les veines 
du bras et on laissa couler son sang. Le roi, sentant ses forces 
s'en aller, secoua le bras et quelques gouttes de sang re- 
jaillirent sur une colonne de marbre. Zibba avait été avertie 
que, si tout le sang n'était pas recueilli dans le vase, la 
mort du roi serait vengée; aussi elle lui dit : «Djodaïmah, 
ne laisse pas perdre une seule goutte de ton sang, car je 
ne t'ai attiré chez moi que parce que je savais qu'il renferme 



CHAPITRE XLLV. 193 

* w .— „ „, . ~"° 

JsA=l^ i^Ls^Jî *ÎjJi ^ * tjUi i^Lo (J~?*Xii (^A.-Ojîoji (j* 

p^Ja.j «Jool jt^+ù J^ i^£à>^r JU* (OJ (J*^)** j'j-"^ oJUi 

un remède contre la possession (khabal). » — « Ne t'inquiète 
pas d'un sang que son maître consent à perdre, » répliqua 
Djodaïmah. Il y a une allusion à cet événement dans le vers 
suivant d'el-Boàït : 

Parmi ces jeunes efféminés dont le sang est un remède contre la folie 
et la possession, etc. 

Zibba lit clarifier le sang de la victime et le conserva 
dans un vase. D'après une tradition un peu différente, Djo- 
daïmah fut introduit dans un palais où la reine, assise sur 
son trône, était seule avec ses femmes. A sa vue, elle dit à 
celles-ci, « Prenez la main de votre seigneur, » et elle le fit 
asseoir sur un tapis de cuir. Découvrant ensuite les parties 
les plus secrètes de son corps [cujuspilos nexuerat pone nates) : 
« Est-ce là le corps d'une fiancée? » lui dit-elle. — « Non , ré- 
pondit Djodaïmah, mais celui d'une esclave odieusement 
conformée. » La reine ajouta : « Par Dieu , les particularités 
que tu remarques ne sont point dues au manque de rasoir 
ou de servantes habiles à le manier, mais elles sont l'indice 
m. i3 



I#û LES PRAIRIES D'OR. 

/y.^. *Ka.£ (j~j jj-J ^c j.a=I ij^lj jAxai Ltf^ Akiûi Aiijj *i 
tJ _ ; )ijl_A-j <_*Xlsi j.A*a.Jj À JUi dUJJ (^.À-ilj &j.Ai.L 3_jÀx)i 

y| <^£ jA-A-ji àjJL^ O^-OÎ y' lî ^ lM> *i JU» t5«X* (Jjl 

a_aJÎ ôj_Âdal Sj->j OyAai dLîi >1 y^Aài dJJUw jIaj t^Uij 

d'une nature toute virile. » Puis elle ordonna qu'on lui cou- 
pât les veines et qu'on laissât couler le sang sur le tapis de 
cuir, dans la crainte de salir le trône où elle était assise. Ce 
fut alors que Djodaïmah lui dit : « Ne regrette pas le sang 
c[ue son maître lui-même répand. » 

Cependant Koçaïr, qui s'était échappé, porta la nouvelle 
de ce meurtre à Amr, fils d' Abdel-Djinn et-Tonoulchi , qui 
habitait Hirah. Le voyant ému de son récit, il ajouta : « Il 
faut que tu venges ton oncle paternel, afin d'échapper aux 
railleries des Arabes. » Mais le prince ne tenant aucun 
compte de ce conseil, Koçaïr se rendit auprès d'Amr, fils 
d'Adi, et lui proposa d'attirer l'armée dans son parti, s'il 
consentait à venger la mort de son oncle maternel. Amr, 
fils d'Adi, le lui promit. Koçaïr parla en sa faveur aux 
principaux officiers, flatta leur cupidité ou leur ambition 
et entraîna dans son parti une portion considérable de 
l'armée. Aussi, lorsque le Tonoukhite fut en présence de 
son rival, il craignit de périr avec les siens clans cette lutte 
inégale, et fit sa soumission. Dès que Amr, fils d'Adi, fut 
proclamé, Koçaïr lui rappela la promesse qu'il lui avait 



CHAPITRE XLIV. 195 

2j-i JLjLj [>j.l\ i Aj (^.3-y^j L(fv»jiaji J.AA2.Ï ai JU» <£*K& 
jU ov_a-^Î il Ul J'uii ^.=2 t_>U.c. ^* ^A^oi ^ L^j LJ ouS^ 

^t-» CaJULs L^Jî <_^£ t^i^i (£•£— (JlpASj) /O-Ji AÀ35 y-f^A ?<^~>" 

4P—* *_aAc JoiS'î y£> *X*-Î £^> q5I ^eî «3! ciOj.*i à^5 t£"^ 



faite au sujet de Zibba; mais le roi lui dit : «Comment 
pourrons-nous atteindre cette femme? elle est plus insaisis- 
sable que l'aigle dans la nue. » — « Puisque tu refuses, ré- 
pliqua Kocaïr, je vais me couper le nez et les oreilles, 
et tâcher de faire périr cette reine par la ruse. Seconde- 
moi seulement, et tu seras exempt de blâme. » — « Tu vois 
mieux que moi ce qu'il faut faire, répondit Amr, et je te 
promets ma coopération. » Kocaïr, s'étant mutilé le nez, ce 
qui donna naissance au proverbe, « C'est pour une affaire 
importante que Kocaïr s'est coupé le nez , » se rendit en cet 
état auprès de Zibba, qui lui demanda qui il était. «Je me 
nomme Kocaïr, lui répondit celui-ci , et je jure par le Maître 
de l'Orient qu'il n'y avait pas, sur la face de la terre, un 
homme plus dévoué que moi à Djodaïmah, ni plus hostile 
à ta personne. Mais depuis que Amr, fils d'Adi, m'a fait 
subir ces mutilations, je sais qu'en m'unissant à toi je ne 
puis m'unir à un ennemi plus dangereux pour lui. » — 
«Kocaïr, lui dit la reine, nous t'accueillons avec plaisir et 
nous te chargeons de l'achat de nos marchandises; » et en 
eftet elle lui donna les sommes nécessaires à son négoce. 



19 6 LES PRAIRIES D'OR. 

£-a-*5 ^j-A-Aai •»•>>*** W*JI jLv <£&» t^'>4^ £ J-**? S-*^ ^ 



Koçaïr retourna à Hirah, prit, du consentement d'Amr, 
fils d'Adi, plusieurs objets précieux dans le trésor royal, 
et revint à la cour de Zibba. A la vue de ces richesses, 
la reine témoigna une vive satisfaction et lui confia des 
sommes plus importantes pour de nouvelles acquisitions. 
Koçaïr lui dit un jour : « Il n'y a pas de rois ni de reines 
qui ne se soient ménagé dans leur capitale quelques issues 
secrètes, en cas de danger. » — « Moi aussi, répondit Zibba, 
j'ai pris cette précaution : sous ce trône même, j'ai fait 
creuser un couloir souterrain qui , passant sous le lit de l'Eii- 
phrate, aboutit au trône de ma sœur Roheïlah. » Koçaïr 
eut soin de fermer l'entrée de ce couloir, puis i! se rendit 
en toute hâte chez Amr. Ce dernier fit cacher deux mille 
soldats dans des sacs portés par mille chameaux, et se di- 
rigea avec eux vers le royaume de Zibba. Koçaïr prit les 
devants, arriva avant la caravane et dit à la reine : « Monte 
sur le rempart de la ville, pour voir les richesses qui t'ar- 
rivent, mais avertis le gardien des portes de ne pas visiter 
mes marchandises, car elles ne se composent que de meu- 



CHAPITRE XLIV. 197 

îi^-»-j» L4L=» JL^JI J î*> — j** — i làjL bUj— o -i 

^iX-ft 0_j tfjJè L^LiiAjj **>-î; oJ^AOjis <juua« Ijctax* \"$*Aj 

bles et d'effets. » Zibba avait confiance en Koçaïr et ne re- 
doutait aucun piège de sa part; elle fit ce qu'il lui conseillait, 
et monta sur le rempart. Elle remarqua cependant que les 
chameaux s'avançaient d'un pas pénible, et elle dit: 

«Pourquoi ces chameaux ont-ils une allure si lente? Portent-ils donc 
des pierres ou du fer, 

u De lourdes masses de plomb, ou bien des hommes ramassés sur eux- 
mêmes et accroupis ? » 

Tandis que les chameaux entraient en ville, un de ces 
animaux resta en arrière. Le gardien des portes perdit pa- 
tience et piqua, avec une baguette pointue qu'il tenait à la 
main, les flancs du soldat (caché dans le sac). Celui-ci lâcha 
un vent, et le gardien dit (en langue nabatéenne) , bichla 
le-chaka, ce qui signifie : « Il y a quelque chose de mauvais 
dans les sacs. » Au même moment, les soldats se précipi- 
tèrent hors des ballots et passèrent la garnison au fil de 
1 epée. Zibba courut au passage secret; elle vit Koçaïr qui 
se lenait à l'entrée, l'épée à la main; elle revint sur ses pas, 
et rencontra Amr, fils d'Adi, qui 1 égorgea. Quelques au- 



198 LES PRAIRIES D'01\. 

oJlïj iLsLw jrfw Xks ^j\^j t#JC^i«- c^Aa^o ^Aiijjj Jtëj l^^xai 

osJlJià <ob '^^^-^S* 1 '^ iiÀjiXJLt cio^À.^ j^j-S *Xaj ^ tg^^J 

leurs racontent qu'elle avala un poison subtil enfermé dans 
le chaton de sa bague, et dit en expirant : « Que ce soit de 
ma main et non de celle d'Amr ! » La ville fut détruite et 
les femmes furent réduites en esclavage. L'aventure de Zibba 
et de Koçaïr revient souvent, et avec de longs détails, dans 
les poésies arabes. Citons ce passage de Motelemmis : 

Quelle noble ardeur de vengeance porta Koçaïr à se mutiler le nez et 
à braver béroïquement la mort par le glaive? etc. 

Ce sujet se retrouve dans un grand nombre de poésies. 
On raconte que, lorsque Zibba attaquait une forteresse, elle 
lui tournait le dos et faisait entendre un sifflement aigu; 
puis elle s'avançait en rampant et renversait la forteresse de 
fond en comble. C'est par ce moyen qu'elle détruisit deux 
citadelles très-bien fortifiées, le château de Marid, dans le 
pays de Dawmat-el-Djandal , et le château d'el-Ablak. On lui 
attribue la locution : révolte de Marid et puissance d'el-Ablak, 
locution qui est restée proverbiale. {Proverbes de Meïdani, 
t. I er , p. 2i8.)U est souvent question de ces deux châteaux 
dans les poésies arabes, comme dans ce vers d'el Aeha : 



CHAPITRE XLIV. 199 

AjvC ($£ï (j^j Aj yfe' AjiJ ^La^îi (ji^iM *-C«X=» ^^«w Lfl^ 
Uj <£*>-£ (j-> *ij2i jj<s*~ 5*>s> f**S5"* ^àjjtadtl Jb aj UUôsl 

/»o iJÎ /»j (_P*aAjÎ jjn»*î AajÎ OkXju j)X* Aaaw AjU ootë' aKL* 



Son séjour est à el-Ablak cette merveille du Teïmâ, forteresse redou- 
table, auprès d'un hôte sans artifice. 

Djodaïmah el-Abrach fut nommé el-Waddah (d'une blan- 
cheur éblouissante) , parce qu'il avait la lèpre. Ce surnom lui 
fut donné par respect pour son rang. 

Tels furent les débuts du règne d'Amr, fils d'Adi, et les 
événements auxquels il prit part. Quand il mourut, après 
avoir régné, ainsi qu'on l'a vu précédemment, pendant cent 
ans, son fils Imrou'1-Kaïs lui succéda et régna soixante ans. 
Imrou'1-Kaïs fut remplacé par son fils Amr, surnommé « ce- 
lui qui allume la guerre. » Ce prince, dont le règne dura 
vingt-cinq ans, avait pour mère Marie la Bédouine, sœur 
de Tâlabah, fils d'Amr, de la famille des rois gassanides. 
La couronne appartint ensuite, pendant soixante-cinq ans, 
à Nômân, fils d'Imrou'1-Kaïs, « le général des Persans. » Sa 
mère était Heïdjoumaneh, fille de Saloul, de la tribu de 
Mourad, ou, selon d'autres, d'Yad. El-Moundir, fils de No- 
màn, fils d'Imrou'1-Kaïs, régna après lui, pendant vingt- 



200 LES PRAIRIES D'OR. 

(jjv^sv^j 1-*^" (j*.àij^i u*^S dt»^ ^? t5^ ! y^ ^^ 

JJl«» yL** Jl (j-« *U^> ^j «Xjj Ok-o *XÀ^ *-*i cxjfe^ <kÀa« 
la— Ji /jj»-jJl ^j 05-* ov.âj *UwJi ^L* *»*\ c^.3^5 <vU« 

^j jjj-5 ^jJs^Aiî dU_x^ t_^5" ^ùs.m Jî tir* ^^ e**i 

cinq ans. Sa mère se nommait Firaçiah, fille de Malik, fils 
d'el-Moundir, de la famille de Nasr. Nômân , fils d'el-Moun- 
dir « le cavalier de Halimah, » régna ensuite à Hirah, pen- 
dant trente-cinq ans. Ce roi bâtit le château de Khawarnak 
et organisa, clans son armée, des escadrons de cavalerie. Sa 
mère se nommait Hind, fille de Zeïd, fils de Monat, de la 
race des Gassanides. Puis régna el-Aswad, fils de Nômân, 
pendant vingt ans; sa mère, Hind, était fille de Heïdjou- 
maneh, de la famille de Nasr. Il eut pour successeur el- 
Moundir, fils d'el-Aswad, fils de Nômân, dont le règne 
dura trente-quatre ans. La mère de ce Moundir était Ma- 
es-sema, fille d'Awf, fils de Namir, fils de Kaçit, fils de 
Hit, fils d'Aksa, fils de Dama, fils de Djodeïlah, fils cl'Açed, 
fils de Rébyàh , fils de Nizar. Elle fut surnommée Ma-es- 
sema (eau du ciel), à cause de sa beauté accomplie. Moun- 
dir laissa la couronne à son fils Amr, qui régna vingt-quatre 
ans. Amr avait pour mère Halimah , fille d'ël-Harit, de la fa- 
mille de Màdi-Karib. Son successeur Moundir, fils d'Amr, 



CHAPITRE XLIV. 201 

4j>« StX—ff wJii^ <_^_1S /j_J A.A12* /jO cNJ'^J CU«\J ^^^AW A^5 

p 

5*XA»i)î aKaAo ^JJtl caSj ^i iùbUJl JUi Âjlw^i ^c dim ,jî 



fils de Moundir, resta sur le trône pendant soixante ans; 
sa mère élait sœur d'Am r et de Kabous, de la tribu de 
Nasr. Puis régna Kabous, fils de Moundir, pendant trente 
ans; il eut pour mère Hind, fille d'el-Harit, de la famille 
de Moàwiah, fils de Màdi-Karib. Hirah obéit ensuite pen- 
dant vingt-deux ans à Nômàn, fils de Moundir. Ce roi, le 
premier à qui fut adressée la salutation « loin de toi les ma- 
lédictions ! » avait pour mère Selma, fille de Waïl, fils 
d'Olyiah, fils de Kelb. 

Quelques historiens racontent l'anecdote suivante. Le 
poëte 3\abigah sollicita un jour la faveur d'être admis chez 
Nômàn. Le chambellan lui faisant observer que le roi était 
alors occupé à boire, Nabigah lui dit : «Voici le moment 
le plus favorable à la flatterie; sous Je charme du vin et de 
la musique, les cœurs l'accueillent avec empressement. Ce- 
lui qui adresse alors au roi des louanges peut en obtenir 
de précieuses faveurs. Je vous promets une part dans ce 
qui me sera accordé. » — « Un pareil service, répondit le 
chambellan, serait bien au-dessous du prix de vos remer- 
cîmeuts; comment oserais -je prétendre au partage dont 



202 LES PRAIRIES D'OU. 

^«XjtxJi &aJ>j c^yiAlo U (j^àj cxÀa»$ l^vi *-*s-j\ »~ÀAXi dj&*» 

dlj ti)j«xJI *l»$ d);«XS (a* yl Jyij Jlï yfc U$ Jts JJ Jjii U 

1_«\a»_a_jwo ^^wi^vXJ *r**2J (j**^^ v»ÀiaAj *U*5iM ^Iaj Uaj^ 



vous parlez? Une seule chose s'oppose à ce que vous de- 
mandez, c'est la crainte d'importuner le roi. Et quel motif 
pourrions-nous faire valoir?» Nabigah lui demanda qui se 
trouvait auprès de Nômân , et apprenant que c'était Khaled, 
fils de Djâfar el-Kilabi, son convive ordinaire, il ajouta: 
« Voulez-vous vous charger de transmettre à Khaled le mes- 
sage que je vais vous confier? » — « Quel est-il ? » demanda 
le chambellan. — « Répétez-lui de ma part ces paroles : 
Un homme de votre rang doit réussir dans ce qu'il se charge 
d'entreprendre. Quant à ma reconnaissance, vous savez 
jusqu'où elle s'étend. » En ce moment, Khaled, pressé par 
une de ces nécessités qui sont le résultat des libations co- 
pieuses, sortait de chez le roi; le chambellan vint à sa ren- 
contre et lui dit : « Abou'l-Bessam , je suis heureux de vous 
transmettre un message agréable; » et Khaled le priant de 
s'expliquer, il lui raconta ce qui se passait. Khaled était un 
courtisan qui apportait dans toute affaire de l'aménité et 
une sagacité remarquable; il rentra chez le roi, ie sourire 
sur les lèvres, et en récitant ce vers (de Nabigah. Voyez 
St. de Sacy, Chresl. arabe, II, 4o6) : 



CHAPITRE XLIV. 203 

<_^«»A_ji <\~aA,5». £ A»gjl.w*jj L-oLwOj a^LaO»-! ^«Jl*-0 <Jt *X.:SSJi 

^-i«* ^J ^j y£ ij*l>_5 ^^\*o UjIa« <^xaj£ ^&jè &à\ (J*^ 

*Jàj i iL^jUii qj* l»Uo»-i (il»! dU^>j î oci,y qUj»jJi jk 

j-*ls UAï_5 JUJ Î^^jL». iùbUl j^_jJj^j£>UJ| oj^XS IsULâLw! 

(jv—j <^.K n A.. i i *»$' J.i«.»Xi ,^ifc.ij t-sh^Ji U^3 V^" £Jj «-S* 

(N'exerce ton ressentiment) que sur un homme cligne de toi, ou sur 
celui que tu laisses loin derrière toi, comme le cheval qui arrive, avant 
ses rivaux , au terme de sa course. 

«Par el-Lat! les rois issus de Dou-Roam (rois himya- 
riles), ces chefs illustres qui ont porté si loin les jalons de 
leur noblesse et les mérites de leur race , il me semble les 
voir réunis dans la carrière où vous répandez tant d'éclat 
( loin de vous les malédictions ! ) . Sans précipiter votre course , 
vous les laissez loin derrière vous, et quand ils arrivent, on 
ne peut cependant leur reprocher leur défaile. » Nômân ré- 
pondit : « Tu es plus éloquent dans tes éloges que Nabigah 
lui-même, lorsqu'il arrange ses rimes. » — « Puis-je être élo- 
quent, reprit Khaled, quand je reste si au-dessous de votre 
mérite, et quelles paroles pourraient célébrer votre gloire 
éblouissante? Ah! si Nabigah était ici, je pourrais mêler 
mes accents aux siens? • Nômân ordonna qu'on fit entrer le 
poète. Celui-ci, voyant le chambellan venir à lui, lui de- 
manda : «Que se passe-t-il de l'autre côté?» — « Les bar- 
rières se lèvent devant vous, répondit-il, et les huissiers sont 
autorisés à vous laisser passer. Entrez donc. » Le poète fut 



204 LES PRAIRIES D'OR. 

oc_jl« wâ.LjLj (j-*-Mi cx-ajI Jbj dLUi iU.=so sU»»^ *J^ 
a— *»~j ^ (j— fî di— *«o.^^ c^^WI^ «^ww-il *)■*} <r^*H (_jm.jU« 

&y-Sb2> (j* <J>J~>»\ viL-G^A-J^ &»X> (j-« r»J-^s\ wîLmmÀâJ} &)<XS 

fi 

Os_yj />^ ^«X-t JJL» jjUjtiJi y\^ <X*g tJjAiî ^-«x^Xi i<x&& 

introduit; il se plaça devant le roi, et, le saluant de la féli- 
citation royale, il lui dit : « Loin de vous les malédictions! 
Gloire à vous, chef des Arabes, splendeur çle cette race 
illustre. Par el-Lat! Votre veille est plus heureuse que sa 
journée. Même en tournant la tête vous éclipsez son visage. 
Les dons de votre main gauche dépassent ceux de sa droite. 
Vos promesses valent mieux que ses bienfaits. Un seul de 
vos esclaves l'emporte sur son peuple. Votre nom a plus de 
prestige que son rang. Votre personne est plus noble que son 
aïeul, et un seul de vos jours est plus glorieux que tout 
son siècle. » Puis il ajouta : 

Votre gloire brille d'un éclat sans pareil, dans le châtiment comme 
dans le bienfait, soit qu'on en éprouve les effets, soit qu'on les raconte. 

Une couronne de vertus ceint votre front royal, et dans le combat vous 
êtes un lion dont la face resplendit comme la lune. 

Nômân était rayonnant de joie ; il fit remplir de perles 
la bouche du poëte en disant : « C'est ainsi qu'on doit louer 
les rois! » 



CHAPITRE XLIV. 205 

yl£— ■» <K_jLjî (£<y^ ^ «Xjj jLo AKjo Lfcv» » -*%Ji Jo^IsjJlS». 

viLA-ii ii^l Lcî «X-^ JUii c^ljojjtîl <ji J2-2ÏS» 4^- ajU^s 

Nômân avait tué Adi, (ils de Zeïd el-Ibadi (le Nestonen) , 
qui traduisait en persan à la cour de Ivesra-Perviz les dépê- 
ches rédigées en arabe que les envoyés de Nômân portaient 
au roi de Perse. Zeïd avait péri victime du ressentiment de 
Nômân, à la suite d'une intrigue qu'il serait trop long de 
raconter. (Voyez £5501 sur l'hist. des Arabes avant l'islam. II, 
i/'i8 et suiv.) Après le meurtre de son père, Zeïd, fils d'Adi , 
le remplaça dans ses fonctions. Il parla à Perviz de la beauté 
des" femmes de Moundir, et lui en fit une peinture si sé- 
duisante que le roi écrivit à Nômân de lui envoyer sa sœur. 
Nômân, ayant pris connaissance de cette lettre, dit au mes- 
sager du Kosroès, qui n'était autre que Zeïd, fils d'Adi : « Le 
Kosroès n'a-t-il donc pas ce qu'il lui faut parmi les maha 
(les antilopes) du Sawad, qu'il s'adresse encore aux femmes 
arabes? » Zeïd lui répondit : « Loin de vous les malédictions! 
Le but du roi était seulement de vous honorer de son al- 
liance, et s'il avait su que sa demande pouvait vous déplaire, 
il ne l'aurait pas faite. Mais je me charge d'arranger cette 
affaire et de lui présenter de votre part une excuse accep- 
table. » — « Faites cela, reprit Nômân, car vous n'ignorez 



206 LES PRAIRIES D'OR. 

^il^ &_.*.,£ <-*-£; A.ji »j.Ai^î (£y**à (Ji o)-*^JÎ U^ j^LïoJi^ 

A_A_X_£ »<X->ji_J S^-.=-jJi -S^-JJÎ <^2 àî_9^*Jl ^1^0 £ ^i_jj &jlJi 

<jî (jUxiaii ^^tjLc» <Xjj «Xa£ <_jj JUi JuJi Jljj -^^il U Jlij 
LjLtf> •£{■-£■ ^y^ yU»*Âli Aa^ c^jsta 1^.3 !«Xi5 ,j_, JS^>i 

/P\j-4- ^À**Àj5 *-*^> ;*>•*■£ Ltf ciJyOU bii Iàa* Ail *J SkJUi j**»^ 

pas qu'un mariage avec les étrangers est pour les Arabes 
un alïront et un déshonneur. » Zeïcl retourna à la cour du 
Kosroès; il lui apprit le refus de Nômân, en lui présentant 
sous le jour le plus défavorable le terme de maha du. Sawad 
dont Nômân s'était servi, et excita son ressentiment contre 
ce dernier. « Et que veut dire maha? » demanda le roi. « Cela 
signifie des vaches, » répondit Zeïcl. — « Y a-t-il beaucoup 
de serviteurs qui se permettraient une insolence plus cou- 
pable? » s'écria Perviz. Ces paroles furent répétées à Nômân 
et lui inspirèrent des appréhensions. Il sortit précipitamment 
de H i rali et se réfugia chez les Benou-Tayi auxquels il était 
uni par les liens du sang. Puis il quitta cette tribu et chercha 
un refuge chez les Benou-Rowahah , fils de Rébyâh, lils de 
ÏYÏazen, fils d'el-Harit, fils de Katyah, fils d'Abs. Us lui 
dirent : «Reste parmi nous, nous te défendrons comme si 
lu étais l'un des nôtres. » Nômân leur exprima sa reconnais- 
sance, mais il les quitta et se rendit auprès du Kosroès pour 
connaître ses intentions à son égard. Cet événement inspira 
les vers suivants à Zoheïr, fils d'Abou-Solami : 



CHAPITRE XLIV. 207 

Luwi^Jo jî Ukx^o Uj*\-o J.ïi <\JL» J-a~* à L^Lm»^! |^j 

l_jçiiXjJi cii^ Las- A-&£àj^ /b^^» tf^îj b**"" f*^ ^^ 
O^lî JLajIç <£y*à *i vJuâi ^ji«xXl jî <$«*» yU*xÀJi J^iij 

Bfl* **£ *ji yU*ÂJi ^X» aL^Jî^JÙ QyS- Uff liUi Ua> Uî *J 

Ne pensais-tu pas que Nômàn était au-dessus des atteintes de la fortune , 
si un homme pouvait être à l'abri de ses coups? 

Un seul jour d'erreur a renversé ce trône qui était debout depuis vingt 
pèlerinages (années). 

Non , je n'ai jamais vu un roi aussi entièrement dépouillé de ses Etals, 
aussi privé des secours et des consolations de l'amitié. 

Seule la tribu desRowàhahlui offrit sa protection; des hommes comme 
ceux-là redoutent le déshonneur. 

Ils vinrent camper devant sa porte, sur leurs nobles juments et leurs 
beaux étalons de deux ans. 

Nômân les combla de remercîments et d'éloges, puis il s'éloigna en 
leur disant un adieu éternel. 

Nômân , poursuivant sa route, arriva àMédaïn. Le Kosroès 
fit mettre sur deux rangs huit mille jeunes filles richement 
vêtues, et tandis que Nômân marchait au milieu d'elles, elles 
lui répétaient : « Le roi ne peut-il pas se passer, au milieu 
de nous, des vaches du Sawad? » Nômân comprit alors qu'il 
était perdu; ayant rencontré Zeïd, fils d'Adi , il lui dit : 
« C'est donc toi qui es la cause de ma perte? Si je sauve ma 
vie, je te ferai boire à la mémo coupe que ton père. » — 



208 LES PRAIRIES D'OR. 

Jlïj «XjkiJl J-^ji c^S? ^^i <*J J-*î /0^' (^*i«Xii I=>ULo (J***^- 

^wJâî. _p£>_j c^U (J^S" IouUmj a**Àj ci^ii ^ (s^f^ \*5 dH*Xi 

jOC-5\jCj ^uJliaj s^x.**** ^j jl& <J5 tiotj ^L«.xÀJi ^e ^jjm.^3 

« Va, mon petit Nômân, répondit Zeïd, je t'ai attaché aux 
pieds une entrave que le cheval le plus fougueux ne pourrait 
rompre. » Le roi fit emprisonner Nômân dans le faubourg 
de Sabat (le pont) à Médaïn, et plus tard il le fit périr sous 
les pieds des éléphants. D'autres prétendent que Nômân 
mourut dans sa prison de Sabat. Les poètes ont chanté à 
l'envi sa disgrâce. L'un d'eux, el-Acha, a dit à ce sujet : 

Le roi Nômân que j'ai vu, aux jours de sa prospérité,. distribuant les 
pensions et les faveurs; 

Il disposait, nuit et jour, du sort de ses sujets : tous se taisaient et la 
voix du destin se faisait seule entendre. 

(Que mon âme soit ta rançon!) Il n'a pas su disputer sa vie au trépas, 
lorsqu'il périt à Sabat, déchiré en lambeaux. 

Nômân , en se rendant à la cour du Kosroès , passa chez les 
Benou-Cheïbân , et confia ses armes et sa famille à Hani, 
fils de Maroud Cheïbâni. Après avoir puni Nômân , le Kos- 
roès invita Hani à lui remettre ce que le roi de Hirah lui 



CHAPITRE XLIV. 209 

K— a— *1 iùuwiàLJiJf (jclïj jî (^ «Xxui r»«X5j £]jJI Jl iixi^Ji 
yV«»jùJj OkJlo ^j- 2 " *^J'^ f^**^) cX**j u£j*M ^Ml -^-A U I^aXc 

avait confié; mais Hani refusa de violer la foi jurée, et son 
refus alluma la guerre de Dou-Kar. Les détails que nous 
avons donnés dans notre Histoire moyenne nous dispensent 
de revenir sur ce sujet. 

Nômân , fils de Moundir, avait une fdle nommée Hourakah. 
Lorsque cette princesse allait à l'église, les rues, sur son pas- 
sage, étaient tapissées de soie et de brocart et ornées de 
tentures de lin richement peintes. Elle se rendait à la prière 
au milieu de ses femmes et rentrait dans son palais avec la 
même pompe. Après la mort de son père, elle partagea sa 
disgrâce et tomba du faîte du pouvoir dans la plus profonde 
misère. A l'époque où Saad , fils d'Abou Wakkas , vint com- 
mander à Kadiçyah , après avoir vaincu les Persans et tué 
Roustem , avec l'aide de Dieu , Hourakah se présenta devant 
lui, entourée des femmes de son pays et de servantes cou- 
vertes, comme elle, d'un cilice et de tuniques de couleur 
sombre. Ces religieuses se présentèrent à lui et implorèrent 
sa protection. Saad ne fit pas attention à elles et demanda 
si Hourakah les avait accompagnées. « Me voici, » dit-elle en 
m. 1 4 



210 LES PRAIRIES D'OR. 

o^JÎ Jlï IJoUû oJUi &sy>- (j^Ai! Jlïj <X*am ^il^.5j| AjJo 

i)L». JL&- <x«j jO-gxAxjj ^JUajI IgA^ûU JJuào JL» ^c *_5«Xj 

^tX^> aKjM UxAk^ -Xs-l^j-i- Udi U>?^aii l*X.£& viJjJwo U^b 
Xxm L» w_ô*xJi ti)J*X^>^ bi^o o*JCw^ bUafi c.tX*a3 j..£*>JS 

J* . V I l ' 

u«-Aij; l_À_j c^ljl»' w*_XJ».j l.„fl HîVJt-j ,*j*X-.> iJ Laj*XJ ôlr 

s'avançant. — « Comment! c'est vous qui êtes Hourakah?» 
lui dit le général. — « Oui , reprit la fille de Nomân , et ne re- 
nouvelez pas votre question. Ce monde est un séjour péris- 
sable et sujet à de continuel les vicissitudes. Il nous jette dans 
les situations les plus diverses et qui se succèdent avec ra- 
pidité. Nous étions les souverains de cette contrée, prélevant 
ses revenus, redoutés de nos sujets pendant toute la durée 
de notre règne; puis la fortune s'est tournée contre nous, 
l'arrêt funèbre du destin a retenti, notre sceptre s'est brisé 
et notre cour s'est dispersée. Telle est la loi du sort, ô Saad: 
dès qu'une famille jouit des biens de ce monde, il la pré- 
cipite dans l'infortune. » Puis elle récita ces vers : 

Tandis que, maîtres d'une puissance sans bornes, nous gouvernions 
nos sujets, nous sommes tombés au niveau des plus infimes esclaves. 

Malheur à ce monde, dont les biens sont éphémères; il nous emporte 
et nous renverse au gré de ses caprices. 

Pendant quelle adressait ces paroles à Saad, survint Amr, 



CHAPITRE XL IV 211 

^_jLà_J y^>i_5 ki^-4^ cy!i_j-^- w^fci>lj tii$i U Jlï ajO cjJI; 

jjâjiaJ p. Q l K i* > US^msI A-çs£V di-AA^-i 45^s»- oJlï *j»Uj cyiUt 
A_vAt Lûà^ Uxw (iiXxrs- ^i <£♦** llo <X*£ &+ 4X5! tj^j ii 

f~?jM\ *}£?. Wi ^5^=?-^ [V^l? 4^"*^ ti ^^*" C-Jlîj^oiJi kilo 

fils de Màdi-Karib , qui avait connu son père avant la prédi- 
cation de l'islam. 11 l'aperçut et lui dit : « Est-ce vous, Hou- 
rakah? » — « Oui , » répondit-elle. — « Que vous est-il arrivé , 
ajouta Amr, que sont devenues les nobles qualités qui vous 
ornaient? La source de vos bienfaits est-elle tarie? Le cours 
de vos vengeances s'est-il arrêté?» — « Amr, reprit Houra- 
kah, la fortune frappe sans pitié, elle réserve des disgrâces 
et des leçons terribles aux rois et à leur postérité, elle les 
abaisse après les avoir élevés, elle les isole après les avoir 
protégés, et les précipite du baut de leur gloire dans l'abjec- 
tion. Nous nous attendions à ce dénouaient, et quand il 
est arrivé, il ne nous a pas surpris. » Saad la combla de té- 
moignages de respect et de bienfaits. En prenant congé de 
ce cbef elle lui dit : « Laisse-moi tadresser la salutation que 
nos rois s'adressaient les uns aux autres : Que Dieu , lorsqu'il 
privera d'un bien un de ses serviteurs vertueux, te choisisse 
pour lui rendre ce qu'il a perdu! » Puis elle s'éloigna; les 
femmes de Ja ville vinrent à sa rencontre et lui demandèrent 
quel accueil elle avait reçu de l'émir. Elle leur dit : « Il m'a 



212 LES PRAIRIES D'OR. 

bj»5i »x_a_£ <_AjcJîî i<x_cû (j^ i^j Lffy» iLs^JSI ^c <5o\.^î -Lî 

^c idXiy*jji> iji y?.})->\ (£j**à wjJÙ\ dlXoj -^wi/î s\s>- *s 

(js-»-*« j-** 3 A ^ 9 (j^-* <5^^' ^-^ss» (jj u* . *yv**^ v***^ 

CAX-V-* M& (J**"' wiA-A-* ^j-« C^A3^ > ft »wi ÀAJljfy (JV-av OmwJj 

accordé sa protection et m'a traitée avec respect. Un noble 
cœur honore ceux qui lui ressemblent. » Plus loin, dans le 
chapitre de ce livre consacré à l'histoire de Moâwiah, fils 
d'Abou Sofiân, nous parlerons des rapports deHind, autre 
fille de Nômân, avec Mogaïrah, fils de Chôbah, lorsqu'il 
fut nommé au gouvernement de Koufah. 

Tels furent les rois de Hirah, jusqu'à l'époque où Dieu 
envoya l'islam sur la terre et abaissa les infidèles. Tous les 
souverains dont nous avons parlé descendaient d'Amr, fils 
d'Adi , fils de la sœur de Djodaïmahle lépreux, comme nous 
l'avons expliqué au début de ce chapitre. Lors de la prédi- 
cation de l'islam , le roi de Perse Kesra-Perviz , fils de Hormuz , 
donna pour chef aux Arabes de Hirah Yas, fils de Kabissah 
le Taïte, qui exerça le pouvoir pendant neuf ans. Il était 
sur le trône depuis six ans et huit mois, lorsque le Prophète 
reçut sa divine mission. Après Yas, Hirah obéit à différents 
chefs persans. Ainsi qu'on l'a vu plus haut, celte ville en avait 
eu plusieurs antérieurement à Amr, fils d'Adi. Le nombre 



CHAPITRE XLIV. 213 

(jJV-XjLSIj XJ<a» «Jol^-»* /HJ&-* â«X.« oo\^j 0"^)-*^ *-?J**\ <J"* 

^ »X_Sj V|H^ ^-tri^* «J^uJ *jli «XàjiaxU i»lil (j-«^*XmO Jî 

ié£?j Ufc^=- -*l)U3j ^(£ty& <-r^^ ^fc? f»^' u^A^jj ^H^>*^ 

^ÎJoJ i^wJ! (j-. ^.d^W îyisio u^t> V^ ^J"*"^ ^U» 

total de ces rois de la famille de Nasr et d'autres familles 
arabes ou persanes est de vingt-trois, et la durée entière de 
leur pouvoir s'élève à six cent vingt-deux ans et huit mois. 
Selon d'autres, la durée de Hirah, depuis son origine jus- 
qu'à sa ruine, qui coïncide avec la fondation de Koufah, est 
de cinq cents et quelques années. 

A dater de cette époque, la décadence de Hirah s'accrut 
rapidement jusqu'aux premières années du règne de Môta- 
ded, où elle disparut sous ses ruines. Quelques khalifes de 
la maison d'Abbas, tels que Saffah, Mansour et Réchid, ai- 
maient à s'y arrêter et à y séjourner, à cause de son climat, 
de son beau ciel , de la nature forte et salubre de son terri- 
toire, et aussi à cause du voisinage de Khawarnak et du 
Nédjef. Elle renfermait plusieurs monastères; mais quand 
elle tomba en ruines , les moines émigrèrent dans d'autres 
contrées. Aujourd'hui , Hirah n'est plus qu'un désert dont la 
chouette et le hibou sont les seuls hôtes. Cependant plu- 
sieurs personnes, qui prétendent lire dans les secrels de 



214 LES PRAIRIES DUR. 

J 

l'avenir, assurent que sa prospérité renaîtra et que cetle 
ville se relèvera de ses ruines. On en dit autant de Koufah. 

Les principaux détails concernant l'histoire, la vie et les 
guerres des rois de Hirah nommés ci-dessus se trouvent 
dans nos Annales historiques et notre Histoire moyenne. 
Aussi nous sommes-nous cru dispensé de les reproduire dans 
ce chapitre. 

CHAPITRE XLV. 

HISTOIRE DES ROIS DE SYRIE D'ORIGINE YEMENITE ; 
LES GASSANIDES, ETC. 

Le premier roi yéménite en Syrie fut Falig, fils d'Ya- 
gour. Ce roi eut pour successeur Youtab, nommé aussi 
Eyoub (Job) fils de Zerah. Dieu a révélé à son Prophète 
dans le Koran des détails concernant Eyoub et son histoire 
[Koran, XXÎ, 83-8/j). Lorsque les tribus yéménites furent 



CHAPITRE XLV. 215 

(jj JJU qj A*Lii ovifei à»wdl 4J \jàjÀZ± U^Li ^c 

(^v-am. 3 £ ^l-^J» *XSj bpi U ^c yUa^â y*» l#jî fi^J-'i *J SJW 

attaquées dans leurs possessions et dispersées , les Kodaïtes, 
fils de Malik, fils de Himyar, s'établirent les premiers en 
Syrie. Ils s'allièrent aux Romains, et, après avoir embrassé le 
christianisme, ils furent investis de l'autorité sur toutes les 
tribus arabes domiciliées en Syrie. Le premier roi tonoukhite 
fut Nômân, fils d'Amr, fils de Malik. Puis régnèrent succes- 
sivement Amr, fils de Nômân, fils d'Amr, et el- Hawaii, 
fils de Nômàn. Ces trois rois furent les seuls souverains de 
la famille de Tonoukh. CeTonoukh , le chef de leur famille, 
était fils de Malik, fils de Fahin, fils de Teïm el-Lat, fils 
d'el-Azd, fils de Wabrah, fils de Tàlabah, fils de Houlwân, 
fils d'Omrân, fils cl'Alhaf, fils de Kodaâh, fils de Malik, 
fils de Himyar. Mais on ne sait pas si les Kodaïtes appar- 
tiennent à la branche de Maadd ou à celle de Kahtân. Quant 
aux Kodaïtes, ils rejettent toute filiation avec Maadd, et se 
considèrent comme issus de Kahtân , ainsi que nous l'avons 
dit ailleurs. L'origine des Kodaïtes et leur degré de parenté 
ayec les Himyaritcs ont donné lieu ù d'autres conjectures. 



216 LES PRAIRIES D'OR. 

*L_* yL*<A-& LcS^ u^*** J^W fffj^- *A*jj tl)^* ^J U^-*^* 
(jy-^jcii^i <^tj £•*).? *^A0 (J?r^ t» ^-^j *J i^«uo X/L* ij^-îw 

(jLw-i *-LU_j làjcaawJ yji)l *-r*-^ »-*«*jt« Ijlj oJLw Ut 

Plus tard, la tribu de Salih entra en Syrie, assujettit les 
Tonoukhites, adopta le christianisme, et reçut des Romains 
le gouvernement des Arabes de Syrie. Cette tribu descen- 
dait de Salih, fils de Houlwân, fils d'Omrân, fils d'Alhaf, 
fils de Kodaâh; son pouvoir s'établit d'une manière solide 
dans ce pays. Enfin , après les événements survenus à Mareb 
et la disgrâce d'Amr, fils d'Amir-Mozaïkya, les tribus yémé- 
nites s'étant dispersées, les Gassanides arrivèrent en Syrie. 
Cette tribu était issue de Mazen, par el-Azd, fils d'el-Gawt, 
fils de Nabit, fils de Malik, fils de Zeïd, fils de Kehlân, fils 
de Saba, fils de Yachdjob, fils de Yârob, fils de Kahtân, 
fils de Mazen : toutes les branches de souche gassanide le 
reconnaissent pour leur père. Gassân était le nom d'un 
étang appartenant à cette tribu , et ce nom leur est resté. Cet 
étang était situé entre Zébid et Rima, vallée des Achàrites, 
dans le Yémen. Le poète Haçan , fils de Tabit l'Ansar, en a 
parlé en ces termes : 

Si tu m'interroges, apprends que nous sommes d'une maison illustre, 
dont l'origine remonte à el-Azd et à l'étang de Gassân. 



CHAPITRE XLV. 217 

ibU ^î âjum **WU ay* tjK» tt^U aST^t w î Jl *Ut !«x^ 

5«Xxj liiX* «S *S»yù\ (^ àj^l y»? yL** y^j yjU yJ **A*5 
jftjjî CAjb (^.iajJiJî «^>îi AJjU <*x>ij jjJi yJ JUAx5 yo i£^UL 
^éîUô owu ibjU X*i yl J»aS «XSj j5^5 yo ÀÀis- yJ &Jx3 yji 

Nous aurons l'occasion de revenir sur les aventures d'Amr, 
fils d'Amir-Mozaïkya, sur la rupture de la digue d'el-Arem, 
la dispersion des tribus, et l'étang nommé Gassân. On pré- 
tend que Amr, fds d'Amir, séjourna constamment aux bords 
de cet étang, depuis son départ de Mareb jusqu'à sa mort. 
On le fait vivre pendant huit cents ans, dont quatre cents 
ans dans la condition de sujet, et quatre cents sur le trône. 

Les Gassanides ayant soumis les Arabes domiciliés en 
Syrie, les gouvernèrent par délégation des Romains. Le 
premier roi de cette dynastie fut el-Harit, fils d'Amr, fils 
d'Amir, fds deHaritah, fils d'Imrou'1-Kaïs, fils deTàlabah, 
fils de Mazen; ce dernier est nommé aussi Gassân, fils d'el- 
Azd, fils d'el-Gawt. Le second roi gassanide fut el-Harit, 
fils de Tàlabah, fils d'Amr; sa mère Mariah, surnommée 
dat el-Koriaïn (la femme aux boucles d'oreilles), était fille 
d'Arlcam , fils de Tàlabah , fils de Djafnah , fils d'Amr. Suivant 
une autre version, Harit avait pour mère Mariah, fille de 
Zalim, fils de Wahb, fils d'el-Harit, fils de Moâwiah, fils de 



218 LES PRAIRIES D'OU. 

JJl*^ U-aJ! (jL*£ ci^Xo a* Àtl^T t^A^Àj^ ^^sJl 1^j^> 

/w_j <jj-* s«X*j diX* aÔ j^5 (^j iUi=» ^j a.«A*S 0j &as» 
dL-ai/j A-lf—"".? (j-« (£**»• t vi)U*J -AMij dUXft A^Aàit <-àa5^ 

Tawr, d'origine kindite. Mariah a été chantée par les poètes , 
et plusieurs rois de Gassân sont issus de cette princesse. Le 
(rône appartint ensuite à Nômân, fils d'el-Harit, fils de Dja- 
balah, fils d'el-Harit, fils de Tâlabah, fils de Djafnah, fils 
d'Amr. Il eut pour héritier Moundir Abou Channnir, fils 
d'el-Harit, fils de Djabalah , fils de Tàlabah, fils de Djafnah , 
fils d'Amr. Le roi Moundir laissa la couronne à son fils Awi. 
Ce dernier eut pour successeur el-Harit, autre fils d'Abou 
Chanmiir, dont le règne coïncide avec la prédication du pro- 
phète de Dieu. 

Au rapport de quelques historiens, Haçan, fils de Tabit, 
i'Ansar, se rendait quelquefois à la cour d'el-Harit, fils d'A- 
bou Chammir le Gassauide. Or il existait une rivalité de no- 
blesse entre ce roi et le roi de Hirah , Nômân , fils de Moun- 
dir le Lakhmite. El-Harit, un jour que le poète était venu 
le voir, lui dit : «Fils de Foreïâh, on m'a rapporté que tu 
places Nomân au-dessus de moi. •» — « Comment pourrais-je 
lui accorder la prééminence? répondit Haçan. Je jure que 
votre nuque est plus belle que son visage; votre mère plus 




CHAPITRE XLV. 210 

illustre que le père de Nom an; votre père plus illustre que 
sa tribu tout entière. Votre main gauche est plus généreuse 
que sa main droite. Vos refus valent mieux que ses largesses. 
Une obole donnée par vous l'emporte sur tous ses trésors. 
Une goutte d'eau venant de vous est plus douce que son 
étang. Votre siège est plus haut placé que son trône. Le 
ruisseau de vos bienfaits laisse loin derrière lui l'océan de 
ses faveurs. Votre journée a plus de durée que tous ses mois. 
Votre mois s'étend plus loin que son année. Votre année 
vaut mieux que son siècle. Votre foyer répand plus de cha- 
leur que le sien , et votre armée a recueilli plus de gloire que 
son armée. Enfin, vous êtes issu de Gassùn , et lui deLakhm , 
comment donc pourrais-je le placer au-dessus de vous, ou 
même à votre niveau? » — « Fils de Foreïàh, reprit le roi, 
de pareils discours ne peuvent s'entendre qu'en vers. » Ha- 
çan improvisa alors les vers suivants : 

J'ai appris qu'Abou Moundir veut disputer de noblesse avec loi, 6 Harit 
le jeune! 

Ton occiput est plus beau que sou visage, ta mère P emporte sur 
Moundir (son përé 



220 LES PRAIRIES D'OR. 

^>*iw«i iilsj* (jo ^j**j U^!^5 *-!>*î^^ U^* ^^^jl»^ 
&j,..a rw j iL«JaXSi (j^ Jytîîj jUJi cjjj»- <**j^> (^ *^)'j j^' 
AaJL dlA» ^^tf &**■} tA***3 4^*j £j.àj ii)_jXojUi.i 

Ta main gauche est autant au-dessus de toutes les mains , que la droite 
de Nômân est au-dessus de sa gauche. 

El-Harit (HaritVH, d'après C. de Perceval) eut pour suc- 
cesseur au trône Djabalah , fils d'el-Ayham , fils de Djabalah , 
fils d'el-Harit, fils deTâlabah, fils deDjafnah, fils d'Amr, 
fils d'Amir, fils de Haritah , fils d'Imrou'1-Kaïs, fils de Tâla- 
bah , fils de Mazen , autrement nommé Gassân, fils d'el-Azd , 
fils d'el-Gawt. Le roi Djabalah est le même qui a été chanté 
par Haçan, fils de Tabit, dans plusieurs poésies restées cé- 
lèbres. 

Les rois de Gassân résidaient à Yarmouk, àDjaoulân, et 
dans d'autres villes situées entre les vergers de Damas et la 
province de ce nom. Quelques-uns habitaient la contrée 
baignée par le Jourdain, en Palestine. Le Djabalah dont il 
est question ici se fit musulman, puis abjura, pour se 
soustraire à la honte, et ne pas laisser impuni le soufflet 
qu'il reçut (de la main d'un musulman). Cette histoire est 
parfaitement connue, et nous l'avons citée clans nos ouvrages 
précédents. Tout ce qui se rapporte aux rois tonoukhites, 



CHAPITRE XLV. 221 

SjLfi^i^ *,©>\**l^*l (j* y\< U^ »^s^ ^c Uoi *xs^ yUill 

jLu^xJi iubUil 

-L^Ji L>j^j^Jl JajùLw^^ x-^-s-^ ^-**a- p^Xi i«x.a 

yfe' *x_*j UQl*^_-** <Xa.I -UJi yU** (j^ kiiX» (^ jA-^ai 
i i>)o (j-4 ULLaJî jjb^l ^ oiU ^5Xaj cyjX* -UJU 



salihites, gassanides, et aux autres dynasties arabes de 
Syrie; l'invitation que le Prophète adressa à el-Harit, fils 
d'Abou Chammir, d'accepter l'islam, et ses instances à cet 
égard, l'histoire de ce roi, sa conversion, ses rapports avec 
le Prophète ; tout cela est raconté dans nos Annales histo- 
riques et dans l'Histoire moyenne. 

Le poète Nabigah Dobiani avait adressé au père d'el-Harit 
(Nômân VI) des vers dont voici un passage : 

Dans ce jeune homme aux traits charmants tout présage un avenir 
heureux et de rapides succès. 

C'est le digne rejeton d'el-Harit le grand , d'el-Harit le jeune, et d'el- 
Harit le meilleur des hommes. 

C'est le digne fils de Hind, puis de Hind; il deviendra promptement 
le modèle de toutes les perfections; 

Et parmi ces cinq aïeux illustres , il sera le plus grand de ceux qui 
boivent l'eau versée par les nuages ! 

La dynastie entière des Gassanides syriens se compose de 
douze rois. Mais la Syrie a eu d'autres rois ; par exemple à 
Madeb (Madaba) dans le pays de Balka, qui dépend de 



222 LES PRAIRIES D'OR. 

à_àj»X^9 ^Iûxj! jCàj^xII^ ^t"*"* *-^— Cijî^ c-vils^ (j^< iy°& 

X_a-» ^^ il dUi j5i ^ L^sï y«>dl *<*-<& *U*,5 u*j&>i 

i) ytë' il U^^> <xi (J^-*^ ^ »j.aaJ dj^À^ *X*»«_5 u^a^L (^ 
yAaX»2 (<k*M^j <Kàa\.s». Uiyii==> jjj»^ioj ^.^-«.xj /o»-^-J *Wwi 
j._^>i ^ U-*jI *>**.? A-^siXj <_AA$fi JjJaj ^l5_j ^UiUlj 

(jUjiaaJI (j^ iUSldî dUUfbj ^vAJlii -e^oiiljjU» £ *iUli?i (jà*j 

Damas, et clans les villes du peuple de Lot, situées dans la 
province du Jourdain et la Palestine. Il y avait là cinq villes , 
dont la plus importante et la capitale était Sodome. Tous 
les rois de ce pays portaient le titre de bari{yy2 Genèse, XIV, 
2). C'est ainsi qu'ils sont désignés dans la Thorah, où l'on 
trouve aussi le nom de ces villes. Nous n'en parlerons pas 
ici, pour ne pas sortir des limites que nous nous sommes 
imposées. Enfin la famille de Kindah et d'autres tribus 
arabes, issues de Kahtàn et de Maadd , ont fourni un grand 
nombre de fais, dont nous n'avons pas à nous occuper, 
puisqu'ils ne sont point connus dans l'histoire sous un titre 
collectif, comme celui de Khalife, de Kosroès, de César ou 
de Nédjachi : d'ailleurs de semblables détails nous entraî- 
neraient trop loin. Nous avons parlé déjà de tous les rois 
arabes maaddites et kahtanides, et en général de tous ceux 
qui ont reçu le nom de rois , dans les différents pays , parmi 
les nations anciennes et les états actuellement existants, 
dans la race blanche comme dans la race noire, autant 
qu'il nous a été possible de trouver des documents sur leur 



CHAPITRE XLVi. 223 

£ bj5i> Ut_j AÀ*jLà.iM Lî jbj &ySl ^^\ ^ yl^ij 

IflJUJUfiJ -.tXJiAlî Uaa^S 

(1 jJ^JI U&U£w i&fj |0^«il5 (^ Uù^ij <-r>j*ÏÏ kx* (£^y<tt j&> 

^jdi ÎJs*go Jaa.ji U dUi jAfi^j c_>j.*J| jUàJ <j-i J^Tj 
JujUdi çydi ^ -Pi*X£ <j* (ji^j yUa^. jjp Lj.51 j.«XAj *XÏ 

J^a^j ^^^ fîj^s (i^ï iy^.^=ri ^3 ^^ tK^» ^'^ 

t_j.x)i d i^à.:> bj5S (^ J-j (j^ yij Ua^w (j-« j*U«_5 jL>_53 

compte. Mais dans le présent ouvrage , en nous occupant 
exclusivement des rois qui ont joui d'une certaine notoriété 
dans leur gouvernement et leur pays, notre but est de don- 
ner seulement un résumé rapide et concis. Nous renvoyons 
donc le lecteur, pour de plus amples détails, aux ouvrages 
que nous avons écrits avant celui-ci. 

CHAPITRE XLVI. 

DES TRIBUS NOMADES CHEZ LES ARABES ET LES AUTRES PEUPLES; 
POURQUOI ELLES RESIDENT DANS LE DESERT; EXTRAITS DE L'HIS- 
TOIRE DES ARABES ET AUTRES RENSEIGNEMENTS QUI SE RATTA- 
CHENT À CE SUJET. 

En parlant, dans les chapitres précédents, de la posté- 
rité de Kahtân , nous avons dit que toutes les autres familles 
arabes primitives (aribeh) , les Tasm, les Adites, les Djadis, 
les Amlak, les Djorhomites, les Tamoudites, les fils de 
Abil et de Wabar, et d'autres tribus déjà citées, dispa- 



224 LES PRAIRIES D'OR. 

^ vi)l_A_£Û v_jLAj>. (j-«^ «XÀSj-înw iXjIaàjj fej.&\] (jb;i <JÎ^€w 
â> ^j-^ c^ 2 (J-* S-»-£à fi"\r^ j0 ^-àX**'3 ^— *-^*w y-tf ^^jV^xà 

Lçô dUi £jji ^« liJo Uf5i *Xëj moj^I i fy*:-u*~*3 fi-Q^y^* 

rurent, et que les survivants de ces familles se mêlèrent 
aux seules tribus dont la postérité existe aujourd'hui, celles 
de Kahtân et de Maadd. Du moins, à l'exception des deux 
tribus de Maadd et Kahtân, nous n'avons jamais entenduv 
signaler l'existence actuelle d'aucune famille arabe primi- 
tive. Nous avons parlé également des rois, tels que les 
Tobba et les Dou, qui ont étendu au loin leurs expéditions, 
de ceux qui ont laissé de grands monuments dans l'orient 
et l'occident, bâti des capitales et des villes importantes. 
Tel est Ifrikous, fils d'Abrahah, qui fonda plusieurs villes 
en occident, comme ïfrikyah et Sikilyah, y créa des pro- 
vinces et en développa la prospérité. Tel est aussi Chammir, 
qui se dirigea vers l'orient, bâtit Samarcande , et laissa dans 
ce pays, ainsi que dans le Tibet et la Chine, une famille 
de race himyarite. Ce fait est attesté par plusieurs poêles 
anciens et modernes, et notamment par Dîbal, fils d'Ali le 
Khozaïte, dans une kaçideh dirigée contre Komaït, où il cé- 
lèbre les anciens rois de sa race et leurs expéditions loin- 



CHAPITRE XLVI. 225 

Jb *XJ»j tAj> j<u,î <5UV-^ ^liJ ^éî_j dLLc i5 ^w b,5i (j^ #Jko 

taines; nous en avons donné un extrait dans l'un des cha- 
pitres qui précèdent. (Voy. 1. 1, p. 352.) Mais il y eut aussi 
dans le Yémen, à différentes époques, des rois qui ne por- 
taient pas le titre de tohbâ, de sorte que, à proprement par- 
ler, ce titre appartenait seulement à ceux qui régnaient sur 
les populations de Chihr et du Hadramaut; ceux, au con- 
traire, dont l'autorité n'était pas reconnue de ces popula- 
tions, étaient nommés rois, sans la dénomination spéciale 
de tobbâ. Dieu, en parlant, dans le Koran, de Koreïch, 
cette tribu si fière de sa puissance et de son nombre, a dit: 
« Valent-ils mieux que le peuple des Tobbâ? » (Koran, xuv, 
36), dans le passage où il est fait allusion à l'invasion du 
territoire sacré, et aux ténèbres que Dieu répandit sur les 
envahisseurs. Quant au nom de tobbâ, il a pour origine 
l'escorte (tabâ, suivre) qui entourait ces chefs : telle est la 
tradition attribuée à Abd-Allah , fds d'Abbas. 

Le Tobbâ Abou Karib étendit au loin ses expéditions, 
envahit plusieurs royaumes, et les soumit à sa puissance. Il 
porta ses armes en Irak, à l'époque des Mulouh et-taivaif, 
m. i5 



220 LES PKAIRJES LVOI\. 

(j^-iiJï (j* [j.aa5^ jW'_j -UJi^ ^t^xJî dÛXj *JC<» <^£ S^-^ 

^jt^-xJl ^jI^-C £$LXx.j ji )j—**j ^«-=^ *-**r>; iS^yi 

dont le chef était alors Djouder, fils de Sabour. Abou Karib 
eut à combattre un de ces chefs de satrapies, nommé Ko- 
bad, qu'il ne faut pas confondre avec Kobad, fils de Firouz, 
de la dynastie des Sassanides. Il le mit en fuite et s'empara 
de son royaume, de l'Irak, de la Syrie, du Hédjaz, et de 
plusieurs contrées de l'orient. Il a rappelé ses exploits dans 
une pièce de vers dont il est l'auteur : 

Sortant de Dafar à la tête de nos troupes, nous leur avons fait parcou- 
rir une longue route. 

Nos cavaliers ont envahi le royaume de Kobad , et m'ont amené le fds 
d'Afloud chargé de chaînes. 

Puis nous avons revêtu le temple consacré à Dieu de tapis couverts 
de broderies et de peintures. 

Nous avons habité pendant dix mois dans ce sanctuaire , cl nous avons 
muni sa porte d'une clef. 

II a dit dans une autre poésie : 

Que je ne sois plus le Tobbâ du Yémen, si les pieds de nos chevaux 
ne foulent pas le sol fertile de l'Irak (Sewad). 

Je contraindrai les fds de Rébyâh à me payer tribut, à moins que les 
obstacles les plus insurmontables ne m'arrêtent. 



CHAPITRE XLVI. 227 

W Vijff j^tiW' y*» t^Uftu^^lj^ 
(«.LjJt i-*-*xJ*+'J % «Xji4 Qj J'j"* «' < t^ w " *''- ?-J*^3 cK**^> '^Si 

Abou Rarib eut de longs démêlés et des guerres avec les 
Benou Nizar, fds de Maadd. Ces tribus, c'est-à-dire Rébyâh, 
Modar, Yiad et Anmar, nommées collectivement fils de Ni- 
zar, en souvenir de leur aïeul, firent cause commune, ou- 
blièrent mutuellement les vengeances et les haines qui les 
divisaient, et, grâce à leur union, triomphèrent du Tobbâ. 
Le poète Abou Daoud el-Yiadi a parlé de ces événements 
dans une pièce de vers dont voici un fragment : 

Nous avons imposé au Tobbâ un tribut d'étoffes précieuses et une 
contribution en or; 

Nos armes ont mis en fuite Abou Karib, cet homme lâche et plein 
d'astuce. 

Nous avons parlé, dans l'Histoire moyenne, des premières 
origines de la race arabe, depuis Abraham, l'ami de Dieu, 
des fils d'Ismaël, et des développements de cette famille, 
jusqu'à Nizar, fils de Maadd ; enfin des différentes tribus issues 
de Nizar, fils de Maadd, fils d'Adnân. Nous allons mainte- 
nant raconter ici l'anecdote des quatre fils de Nizar avecel- 
Afà, fils d'el-Afâ, le Djorhomite; après quoi, arrivant au 

i5. 



228 LES PRAIRIES D'OR. 

JLa-4 y-^a-w (j-C (^T**J .J*^' < ^-*M Et* tS^I^I U£a.w 
^_)t yj>} ^Lci } (S~^-t-3 ij^ *Jj ^1»' aijji JUOjl ^ «XJj Jsjc« 

JLxJ *i (j*^sî i _j,iû^ *j*>-W \&z>} j^cij ^.j ^à JU (^ 

sujet principal de ce chapitre, nous rechercherons pour- 
quoi les Arabes nomades et les autres peuplades qui habi- 
tent les montagnes, les vallées et les déserts, ont adopté la 
vie errante. 

Au rapport de quelques auteurs qui ont recueilli les faits 
relatifs aux Arabes (antéislamiques) , Nizar, fds deMaadd, 
eut quatre fils, à savoir : i° Yiad, qui a valu à Nizar le sur- 
nom (TAbou Yiad; 2° Anmar, père de Badjilah et de Khatâm , 
selon certains généalogistes , car cette filiation est controver- 
sée, les uns rattachant ces deux personnages au Yémen, les 
autres les considérant, ainsi que nous venons de le dire, 
comme fils d'Anmar, fils de Nizar; 3° Rébyâh; l\° Modar. 
Nizar, sentant sa fin approcher, fit venir ses quatre enfants; 
puis, appelant une de ses esclaves dont les cheveux grison- 
naient, il dit à Yiad : «Cette esclave et tout ce qui dans 
mes biens a la couleur de ses cheveux est pour toi. » Il appela 
ensuite, dans la chambre où il était, son fils Anmar, et se 
faisant apporter un sac d'argent, il dit à Anmar : « Cette 
bourse, tous mes biens du même genre, ainsi que cette de- 



CHAPITRE XLVI. 220 

^ Jsii JU y-. I^q.UwI Uj iUiH s*X4> JUi -àî ^ fi \r%- 

s 

j\\j Ci*X^> ,^J <KX*Wjb \y*à\yi^ f»XÀAJ rfw.JL» ££V»- (jL?"^" 

^^l^t-. Ijj5\j **Mj ^ JUuJtlî CiJ(d£i^ wiUiù ^ii*- !}VdjJ iM 

meure, seront pour toi. » Il prit par la main son autre fils . * 
Rébyâh, le fit entrer dans une tente en crins noirs, et lui 
dit : « Cette tente et tout ce qui lui ressemble dans mes 
biens sera ta part. » Puis il conduisit Modar dans une tente 
ronde en cuir rouge, et lui dit : « Cette lente et tout ce qui 
lui ressemble dans mes biens restera en ta possession. » Et 
il ajouta : « S'il s'élève entre vous des difficultés touchant 
ma succession, allez trouver el-Afà, fils d'el-Afà le Djorho- 
mite (il régnait à Nedjrân), et rapportez-vous-en à la dé- 
cision qu'il prendra sur vos différends. » Nizar mourut bien- 
tôt, et comme ses fils ne purent s'entendre sur le partage 
de sa succession , ils montèrent à cheval pour se rendre au- 
près d'el-Afâ. Ils n'étaient plus éloignés de Nedjrân que 
d'une étape de vingt-quatre heures , quand ils aperçurent 
dans le désert les traces d'un chameau. Yiad dit à ses frères : 
« Le chameau dont vous voyez ici les traces est borgne. » — 
« Il n'a pas de queue, «repritAnmar. — « Il penche d'un côté, •> 
ajouta Rébyâh. — « Il est d'un naturel farouche, » dit Modar. 
Un peu plus loin, ils rencontrèrent un cavalier qui avait 



230 LES PRAIRIES D'OR. 

Jls^joî c^ajsj y&»jlxi JlSj^sî Ajii Axi JlSj^i <4)**) y^ ^^ 
j^jJ^ (£j4i*i (jjÎ /H$J JlS /0»i' àjy-ïiJ AJÎ Jls Si_jj-w <i)^*J y\^5 

p w 

cjUcpI /<\jI JlS «UjI; ^5 Î^-axj JJ U****a-i 3J AMlj i^Jls ^.ds 
I^_a_*_j viLJ Là.j|_j U Î^JlS lfU«M AJùtj (j^ Ajliai».! Uj (O-a*;» 

L$— >i vWJ5 -^Vjj (j-» J.->j.Ji »Uai t^Xss.jX* a.^J y^ls *^* 

* <»- 

A_j LcJo Sjîj U p$j\ \yùo- #2 (£jMU ^«X-s^î *$pb dUil 

fa ^j—Kju^i 5yj£i» *$pb vilUi Ifljf JUà Jyij U JUà ^g-à^lï 

perdu sa monture; cet homme les aborda en disant : « N'a- 
vez-vous pas vu un chameau qui s'est égaré dans la direc- 
tion d'où vous venez? » — « Ton chameau est borgne, » lui 
dit Yiad. — « C'est vrai , » répondit le voyageur. — « Il n'a pas 
de queue, » ajouta Anmar. — « C'est vrai. » — « Ne penche- 
t-il pas d'un côté ? » demanda Rébyâh. — « Oui. » — « N'est- 
il pas d'un naturel farouche? » ditModar. — « C'est vrai, ré- 
pondit l'homme; vous savez où est mon chameau, mettez- 
moi donc sur sa piste. » Les fils de Nizar jurèrent qu'ils ne 
l'avaient ni vu ni rencontré. « C'est vous qui l'avez pris , 
s'écria le voyageur, car vous n'avez rien omis dans son si- 
gnalement. » Les fils de Nizar eurent beau lui répéter qu'ils 
ne l'avaient pas vu, il les suivit jusqu'à Nedjrân. Les quatre 
frères, s'étant arrêtés devant la demeure d'el-Afâ, deman- 
dèrent la permission d'entrer, l'obtinrent, et furent intro- 
duits. Mais l'homme, s'arrêtant sur le seuil de la porte, s'é- 
cria : « O roi ! ces gens-là m'ont dérobé mon chameau ! » Les 
fils de Nizar affirmant le contraire, el-Afà fit entrer le plai- 
gnant, et lui ordonna de s'expliquer. « Sire, répéta celui-ci, 



CHAPITK1S XLV1. 231 

^i-iH ^-iiJi^ *-*J» «X* && (j-« ^Jl ^îj i î^*^ **s»b 

Jlijjjùi Ail c*-fcow àj j*ai ^^J^M U^-^J W^ *j**J d>> 

p 

p 

ils m'ont enlevé mon chameau et le détiennent. » — « Qu'a- 
vez-vous à répondre? » leur demanda le roi. Ils lui dirent : 
«Pendant que nous nous rendions auprès de vous, nous 
avons vu les traces d'un chameau, et Yiad a remarqué que 
cet animal était borgne. » Le roi, s'adressant à Yiad, lui de- 
manda pourquoi il l'avait jugé tel. « J'ai remarqué, répondit 
Yiad, que ce chameau avait brouté, sans désemparer, la 
partie du champ qui avait frappé sa vue, tandis qu'il avait 
laissé intacte l'autre moitié , bien qu'elle fût abondante 
en herbe : j'en ai conclu qu'il était borgne. » Anmar reprit 
à son tour : « Ses crottins étaient réunis en tas, tandis que le 
mouvement de sa queue, s'il en avait été pourvu, les aurait 
éparpillés: c'est ce qui m'a fait dire qu'il n'avait pas de 
queue. » — « Moi, ajouta Rébyâh, j'ai observé que l'un de 
ses pieds de devant avait laissé sur le sol une empreinte pro- 
fonde, tandis que l'autre l'avait à peine effleuré : j'ai conclu 
de là que son corps penchait d'un coté. » Modar dit : « Je 
me suis aperçu qu'après avoir brouté sur un point du pâtu- 
rage, il l'avait abandonné et avait laissé intacte une partie 
où l'herbe était grasse et touffue, pour aller brouter là où 
l'herbe était plus rare. C'est ce qui m'a fail dire que son carac- 



232 LES PRAIRIES D'OR. 

Jk #ft~j ii)v_A-*j Ljw>.^\.iî -îoU^pL \yHjA} iÙjjju yï\ I^jLoI «xi 

JJ«X.j b^î I3.il* ^i U ^c ^viîj Jî u^e-IajS? ou5^ ^iiit 

ii_^ ,X y ta j| aJ JLxi Loi! ^■^^ x**Xi»» O**^ <J* ^^.J 

p 

$)j C->«X£l i«X^^Ï UjÎj U I^JIa» tjJ^U «X^vi (j-» (JO^A? y^y-#*^ 

tère devait être farouche. » El-Afâ se tournant alors vers le 
plaignant: «Ils ont raison, lui dit-il-, ils ont vu les traces 
de ton chameau , mais il n'est pas en leur possession. Con- 
tinue donc à le chercher. » Puis il demanda aux quatie frères 
qui ils étaient. Quand ils l'eurent renseigné sur leur ori- 
gine et leur généalogie, il leur souhaita la bienvenue, les 
félicita et leur demanda quel était l'objet de leur visite. 
Ceux-ci lui apprirent les volontés de leur père. « Comment 
pouvez-vous avoir besoin de moi, reprit el-Afà, après les 
preuves de sagacité que vous venez de me donner? » — « Nous 
devons obéir aux ordres de notre père, » répondirent les 
jeunes gens. Le roi les invita à descendre chez lui; il or- 
donna à l'officier chargé de la réception des hôtes étrangers 
de les traiter avec une considération marquée, et de ne rien 
épargner pour rendre leur séjour agréable. Il appela aussi un 
de ses esclaves, qui se distinguait par sa finesse et son urba- 
nité, et lui dit : «Recueille les moindres paroles qui sorti- 
ront de leur bouche , et viens m'en rendre compte. » Quand 
ils furent installés dans la demeure destinée aux hôtes, l'of- 
ficier de la table leur apporta un rayon de miel; ils en 
mangèrent et dirent : « Nous n'avons jamais goûté de miel 



CHAPITRE XLVI. 233 

/<\_S«X-*3 ajcjuj Je lgX« ii.3?r) t-^Alai âjjj ^-«o5 i'j t->«X*i i'^ 

^ j^j ->57 SJ)^> Uji^ U j^Jb m8 ja» <^û quj 1^5" yî 5lyJ 

(j^j bi ^ ^L_A^-*-i-l iM t^-di c^v*ài JUi X*i ^s g.ïy\ 

meilleur, plus pur et d'une saveur plus douce que celui-ci. » 
— « C'est vrai, ajouta Yiad; mais les abeilles qui l'ont pro- 
duit l'ont déposé clans le corps d'un animal de grande 
taille. » L'esclave prit note de ces paroles. Au repas du soir, 
on leur servit des viandes rôties; après avoir mangé un 
agneau préparé de la sorte, ils dirent : « Nous n'avions pas 
encore mangé un rôti plus délicat, d'une chair plus tendre 
et plus succulente. « — « Vous dites vrai, s'écria Anmar, et 
pourtant cet agneau a été nourri de lait de chienne. » Puis 
on apporta du vin, ils burent et dirent: «Nous n'avions 
jamais goûté d'un vin plus pur, plus agréable au goût, plus 
limpide, et d'un bouquet plus suave. » — « C'est juste, re- 
marqua Rébyâh; mais la vigne qui l'a produit a été plantée 
sur un tombeau. » Enfin, ils déclarèrent n'avoir pas connu 
jusqu'alors une hospitalité aussi généreuse, ni une contrée 
aussi prospère que celle de ce roi. « En effet, ajouta Modar; 
mais elle n'appartenait pas au père d'el-Afà. » L'esclave re- 
tourna chez le roi et lui répéta ce qu'il Venait d'entendre. 
El-Afà courut chez sa mère et lui dit : « Je te conjure de 



234 LES PRAIRIES D'OR. 

JJUI ^^i (j-jI ^J l«X-<& <j! »iJUô U_j^u l oJls j,l 

^' ji ££■«> ^ ^^ W*^£ ^^ ^* ^USiXAajJ Us», jls wÇSlii 
^—is? y! t^w^rî- Jjtèi «XS IssV-w (j^^ t§«^ 3 tS^-M (^*^i 
*UjI (j** cjIw UaJI -tKi «Xi yl^j c^juJI J>Jt>\ lv£ dUiî |«Xib 

<Jt <i«.J /«si ifJiSyzL r*^*Ji <JÎ <30w'9<XJi» iii aKjc«j.j ^ ,y*t*.X3 

m'apprendre qui je suis et qui était mon père. » — « Pour- 
quoi cette question, ô mon fils? répondit celle-ci; tu es le 
fils d'el-Afâ, le roi puissant. » El-Afà la supplia de lui dire 
la vérilé; elle finit par céder à ses instances et lui dit : 
« Sache donc, mon enfant, que ton père el-Afà, celui dont 
tu portes le nom, était un vieillard accablé sous le poids de 
l'âge. J'ai craint que la royauté ne sortît de notre maison; 
profitant alors de l'arrivée d'un jeune homme issu d'une 
famille royale, j'ai accordé un rendez-vous à cet étranger, 
et c'est à cette circonstance que tu dois la vie. » Le roi 
manda ensuite auprès de lui l'intendant de sa maison, et 
lui dit : «Je veux savoir d'où provenait le miel que tu as 
servi à ces voyageurs. » L'intendant répondit : « Informé 
qu'on avait vu une ruche près du rivage de la mer, j'ai 
envoyé des gens pour en recueillir le miel. Ils m'ont ra- 
conté qu'ils ont trouvé en cet endroit un amas considérable 
d'os à moitié pourris et dans la cavité desquels les abeilles 
avaient déposé lelniel qu'ils m'apportèrent. Ce miel m'ayant 
paru d'une qualité supérieure, je l'ai offert aux étrangers. » 



CHAPITRE XLV1. 235 

âi*W u' J^ «^ ^**» W** *^*** «të W* <i^ "^*** 

fc_^ aX.i£»\Ji ca^wJI; ouu&j «Xi aa)^ J col() ovaAj_j Ljj^ol 
_ ..f>,c ,j *X_>i l*i Lgji*.=s- t* iyAJSi (j* f-*^ c^J&i iUAJJ! 

i^c \yaï (XJai^ U JUi j^àù-ï *3 c^ 1 ^ W |* U 5 f^ 

Le roi fil venir alors l'officier de sa table et le questionna 
sur l'agneau qui avait été servi aux fils de Nizar. Le maître 
d'hôtel répondit qu'il avait demandé au berger le plus bel 
agneau de son troupeau, et qu'il lui avait envoyé celui qui 
avait paru sur la table. Mais le roi lui ordonna d'interroger 
encore le berger. Cet homme fut conduit chez le maître 
d'hôtel, qui s'informa de la provenance de cet agneau. Le 
berger fit la réponse suivante : « C'était le premier-né de cette 
année dans mon troupeau; sa mère étant morte, l'agneau se 
familiarisa avec ma chienne qui venait de mettre bas, et se 
mit à teter avec ses petits. Comme je n'aurais pu en trouver 
un plus beau dans tout le troupeau, je te l'ai envoyé. » Le 
sommelier, mandé à son tour, et interrogé par le roi sur le vin 
qu'il avait versé aux étrangers, répondit : « Il provient d'une 
vigne que j'ai plantée sur le tombeau de votre père; jamais 
vigne n'a donné de meilleur vin. » — « En vérité, s'écria el- 
Afâ, mes hôtes sont des démons ! » Aussitôt il les fit venir 
et les invita à exposer l'affaire qui les amenait. Yiad, pre- 



236 LES PRAIRIES D'OR. 

+iXJL £* L^jUjj JJ is q» U^> Uvi àji vf)l»I ^1 JUi *iU 

iijt_*jj cs~^*^ ^-N 5 (J-* Wb* ^3 ^W (sir* lo*-5V*wj ^fcà 5^Ai*- 

l^yii U^ fciU ^j^» -"l^î- ^M *i^>j ci)L>î ylj Jlï *1U ^ l$4A*£l 

nant la parole, dit : « Mon père m'a laissé une esclave aux 
cheveux gris et tout ce qui ressemblait à cette esclave. » El- 
Afâ lui répondit : «Si ton père a laissé du bétail gris, il 
t'appartient, ainsi que les bergers elles serviteurs. » — « Pour 
moi, reprit Anmar, mon père m'a donné une bourse, la 
maison qu'il habitait, et tous ses biens du même genre. » 
— « A toi, dit le roi, les meubles de ton père, les instru- 
ments de labour et les terres. » Rébyâh dit : « Mon père m'a 
laissé une tente noire et tout ce qui est d'une couleur ana- 
logue. » — « Tous les chevaux bruns que ton père a pu laisser, 
ses armes et ses esclaves noirs seront ton lot, » répondit le 
roi. Voilà pourquoi Rébyâh fut surnommé depuis Rébyât 
el-Faras (Rébyâh du cheval). «Mon père, dit à son tour 
Modar, m'a laissé une tente ronde de cuir rouge et tout ce 
qui ressemblait à cette tente. » — « A toi donc, reprit le 
roi, les chameaux roux et tous les biens de la même cou- 
leur. » Modar reçut ainsi en partage, outre les chameaux, 
les tentes rouges et l'or. En conséquence, il fut surnommé 
Modar el-homrâ (Modar à la tente rouge). 

Après ce partage, les quatre fils de Nizar se fixèrent au- 
près de la Mecque avec leurs oncles, les Djorhomites. Une 



CHAPITRE XLV1. 237 

IgA^j^jb àycoj yK» Jusii ouùbj JoiM iUU^ »UJi c^J^ls 
*S C:J ^Ji Jij i *^ fer^Uil <j^ U *-*A^ Aj>à-i Jyw^ 

J 6 1 , j ^ » A-Ski*.! w»L» j.*iî^o -lïj <j>y^s$ Ci*A^.Ux» Ova^\*j 
X-*, 1^*, 5LJ IjA*»» fV^ *^i p«M ^'h 4^^» 

^k£.jj^u> -r^oi UUàj ^.AJi^ fejv£ ï «KS^UyAJJ ^y&.j cMN 

année de disette étant survenue , les troupeaux et les cha- 
meaux dépérirent; mais les chevaux résistèrent, ce qui per- 
mit à Rébyâh de faire des razias et de nourrir ses frères , 
car Anmar avait dépensé tout ce qu'il possédait pendant 
ces années stériles. Enfin, la pluie ramena l'abondance, 
les chameaux reprirent leur vigueur et leur embonpoint, 
et de nouveaux produits enrichirent les troupeaux. Modar 
pourvut donc, à son tour à la subsistance de ses frères. 
Telle était la vie des fds de Nizar, lorsque, un jour, les 
pâtres revinrent à 'la tombée de la nuit avec leurs cha- 
meaux, pour prendre le repas du soir. Une fois le campe- 
ment de nuit établi, et tandis que Modar donnait ses ins- 
tructions aux pâtres , Anmar, qui tenait à la main un os qu'il 
s'amusait à ronger, le lança au hasard, car la nuit était pro- 
fonde. L'os alla droit dans l'œil de Modar, et le creva. Aux 
cris de douleur poussés par Modar, ses frères s'empressèrent 
autour de lui. Anmar s'élança sur le dos d'un de ses meilleurs 
chameaux et se réfugia clans le Yémen. C'est à cette occasion 
que surgirent entre ces frères les dissensions dont nous avons 
parlé ailleurs. 

D'après le récit que nous venons de rapporter, on voit 



238 LES PRAIRIES D'OR. 

faiMfttf»» Js^i^J «XJj^jL* £^* (M^ AXJJ^I Jlj* JJ5 *^jr^à 

Utj c*ljL*JJ (^-w^ _jj-jLÎ5_5 «Jv^Jlj, iCfcUAJij éU^^jÀi) (j* 
«Xj_jjUi^ **xc i^J» U bySi <XSj ^l»S^ j-^àJI j-*i (j-« b>5i 

*— r— jL**J| 45^jUÎoj jL»«xJî (j»« *J i^J>- U^^si (j* 1^=»-^; 
(jw« o*-Lu» Ur\i U.*<XS *Xij Lfcj5i <^s jj**VâJÏ ^i «Xi l$wX*»*Jj 

que les quatre fils de Nizar, souche de la race de Nizar 
tout entière, étaient : i° Modar, surnommé el-homrâ, à 
cause de la tente rouge; ses descendants se sont souvent 
glorifiés de ce surnom dans leur prose et dans leurs vers; 
2° Rébyât el-Faras, nommé aussi Kachàm (le lion) , à cause 
de son habileté à manier un cheval, du courage et de l'au- 
dace qu'il déployait dans les razias et la capture du butin , 
et aussi en souvenir du cheval qui lui fut adjugé; 3° Yiad; 
nous avons raconté l'histoire de sa postérité; d° Anmar; 
nous avons expliqué le désaccord qui règne sur les diverses 
branches de cette famille et l'opinion des généalogistes à 
cet égard. L'histoire de ces quatre frères et de leurs descen- 
dants, leur établissement dans différentes contrées, les ra- 
mifications et l'enchaînement des familles auxquelles ils 
ont donné naissance, tout cela exigerait de longs détails et 
de nombreuses explications. C'est un sujet qui a été traité 
par d'autres, et les quelques développements que nous lui 
avons consacrés dans nos ouvrages précédents nous dis- 
pensent d'y revenir dans ce livre. Arrivons maintenant à 



CHAPITRE XLVI. 239 

pjs *, ^jJI v^ 1 ^ m* d9*to yMjG»*d* (1) ,wkdfi 

^Uj /o^jù GH ^^ *a=-.^ *X*JI_5 JU4 (^".j c£>b"^ 5 
^ w U>Ji fe^ Ua^ Î^XC* ^bjâM ^ ^ J,^l J#§ y! S 

cj^-X^I î Jj^i ^*^ c^ 2 **J* ^^J ***?^' 'V-^^ v-Â^ 
iii \4Aff yjXxiXjj iùuaisL xgàpi y.^=U^i y^xsK-ij J^MâiMj 

l'objet principal de ce chapitre, conformément au titre que 
nous lui avons donné, à savoir : la vie nomade chez les 
Arabes et les autres nations étrangères à la civilisation, 
telles que les Turcs, les Kurdes, les Bedjah, les Berbères, 
en un mot, toutes les peuplades qui habitent les déserts et 
les montagnes, et recherchons pourquoi elles ont adopté 
ce séjour. 

On explique de différentes manières les causes qui les 
déterminèrent à choisir ce genre de vie. D'après plusieurs 
auteurs, les premiers habitants de la terre vécurent un long 
espace de temps sans construire de maisons, ni se fortifier 
dans des villes; des huttes grossières et des cavernes étaient 
leur seul abri. Plus tard, quelques individus commencèrent 
à bâtir des maisons, et leurs descendants imitèrent ce genre 
de construction. D'autres peuplades, au contraire, fidèles 
aux usages primitifs, se contentèrent de leurs tentes et de 
leurs toits rustiques , recherchant les terres fertiles et les pâtu- 
rages abondants, et s'en éloignant dès qu'ils devenaient arides. 



240 LES PRAIRIES D'OR. 

^JJi yls^JaJi ffl** C**^ 5 U <j*Ld| u' 41* 4?) U 5 **^ 

J^JL^ (jy^ôj^l oLsaol ^-ijl u* a^b *>*saJJ iU*iii 
JoL rf\Xïl <^woi (^ M*jp**' ^^? i^y*-' {j ^y^ îj *)*XaaJî 

t;r j pi»- ^ urp' & 3jM *sj* & t-v^l^ww (^ yUi^» 
j-£>2 JUssUi S*j> v* JoL j<vtai ^c diXf ( 1 jva» viUi^ ^y 

U <^_*w-S»- <^2 -La*- <XJj (j^j^a.^9 û5\.j J*=»- ^3 v_Xwij_JJO 

C'est ainsi que la vie primitive se transmit parmi ces der- 
niers. 

D'autres auteurs remontent à une antiquité plus reculée 
et prétendent qu'à la suite du déluge dans lequel Dieu fit 
périr les hommes, du temps de Noé, ceux qui échappè- 
rent à la mort se mirent à la recherche de contrées fertiles 
et en rapport avec leurs besoins. Les uns s'isolèrent en 
poursuivant ce but et s'établirent au désert, les autres se 
fixèrent dans les pays qu'ils trouvèrent à leur convenance. 
Ainsi le pays de Babel fut occupé par les Nabatéens et par 
une immigration de la race de Cham, fils de Noé, conduite 
par Nimroud, fils de Kanaân, fils de Sendjarib, fils de Nim- 
roud l'Ancien, fils de Kouch, fils de Cham, fils de Noé. Ce 
fut alors que Nimroud établit son autorité sur la Baby- 
lonie, avant Dahhak ou Biourasf. D'autres descendants de 
Cham vinrent habiter l'Egypte, comme nous l'avons dit 
dans le chapitre consacré à ce pays (t. II , p. 3()/i). La Syrie 
fut peuplée par les Cananéens. Dans les déserts s'établirent 
plusieurs tribus berbères : les Howarah, les Zenatah, les 



CHAPITRE XLVÏ. 241 

8ày*.*l.Qj <Sju<X*2^ MOJUj Xiw»JtJ_5 Ajîjs^j <M>i»Jj A^tU-J^ *)"*J3 
«X » ^"M'J U.J-^- 4 * 5*? 5 *£r.J *^j'bj A ^'JJ **tf3 *b^*5 *J^ÀJ 

o-^jj o-^-» 5 .?-K> ol»j J< ^ a -*^j u$6 y*s **»j <j* &> 

i5^-J (j-* (^..- J a-ow^-Xj (J^ u -'* <L»oLi. wjjjJi (jb;î y! bpi 

Darîrah, les Maghîlah, les Ourfaddjoumah, les Nefzah, les 
Ketamah , les Louatah , les Mezatah , les Nefouçah , les Laf- 
tah (1. Neftah), les Sadinah, les Masmoudah, les Zenarah, 
les Gomarah, les Kalmah (Guelma?) , les Warkah (Ouerga) , 
les Otitah, les Babah (1. Biatah) , les Beni-Sabkhoun (Be- 
ni-Semgan?) , les Arkanah (?) , tribu zénatienne, les Beni-Ke- 
lan (Beni-Kemlan), les Beni-Masdouren , les Beni-Afbas (?) , 
les Zabdjen (pour Ouandjen), les Beni-Manhoussa (peut- 
être Mettouça) et les Sanhadjah (en berber, Zenaga). 

Des tribus abyssines ou d'autre origine vinrent habiter 
les Contrées marécageuses et boisées {gabeh) connues sous 
le nom de Gabet el-Afirim, Soun, Râwin, el-Ouroufah et 
Yakçoum. D'autres tribus enfin s'établirent hors des contrées 
boisées et se répandirent dans les régions de l'ouest. 

Ainsi que nous l'avons dit déjà, le pays natal de la race 
berbère était la Palestine, province qui dépend de la Syrie. 
Leur roi se nommait Djaloul, titre commun à toute sa dy- 
nastie, jusqu'au dernier Djalout, qui fut tué par David. 
Depuis cette époque, les Berbères ne furent, plus gouvernés 



242 LES PRAIRIES D'OR. 

£j (jaAjÎ i^-p »ji^ O^^J} *Sjj jjb;i ^^J_J AJàjiJS SjjdâAj^ 

x.aAju» ijt.y*?- {*■&*-* jZ-^>$\ (j&»^ <gi)j}\ j^J\ j5\j£?>- Jl 

^UiJij &j\j£\ oi^U^ y-UjJlj JU^Jl, iu&j^ JLi^ <^£«< 

par un roi indigène; ils se dirigèrent alors vers le Magreb, 
du côté de Loubyah et de Mérakyah, et s'y disséminèrent. 
Les Zenatah, les Maghîlah et les Dariçah fixèrent leur rési- 
dence dans les montagnes de ce pays, et en occupèrent les 
vallées, ainsi que la province de Barkah. Les Howarah sé- 
journèrent dans le pays de Yias, autrement nommé Tripoli 
du Magreb, ou les trois villes. 

Les Francs et les Grecs qui en étaient possesseurs s'éloi- 
gnèrent devant l'immigration berbère, et cherchèrent un 
refuge dans les îles de la Méditerranée. Le plus grand nombre 
d'entre eux s'établit en Sicile. Les Berbères se répandirent sur 
l'Afrique du nord et jusqu'aux extrémités du dar el-Magreb 
(le Maroc) , sur une étendue de deux mille milles. La limite 
de leur établissement, de ce côté, fut Kabouçah, qui est 
éloignée de plus de deux mille milles du Kaïrowân.Les Grecs 
et les Francs revinrent alors dans leur pays et dans leurs an- 
ciennes possessions, en vertu des immunités et des trêves 
que les Berbères leur accordèrent. Ceux-ci adoptèrent pour 
leur résidence les montagnes, les vallées, les plaines sablon- 



CHAPITRE XLV1. 243 

^jw ^aJ^j^juSI <jjl xcii pL^i ^c ^UuJi^*^ (j^ySM 
^«>î h-sj e*A=<- cj^ 3 ^ o^' * c^^ 52 oy^ l*^ xiiiii 

^Uaâ-31 ^e* ^e AMI *-fr*5; Il c-^jJI cj-« *L»«iotfî (ji ujy-^-t 

neuses, la limite des solitudes et des vastes déserts. C'est 
de la mer qui baigne la Sicile et l'Afrique du nord qu'on 
extrait le corail. Cette mer communique avec la mer des 
Ténèbres, ou Océan. Telles furent les migrations et les co- 
lonisations, à l'est et à l'ouest, de ces peuples et d'autres 
tribus que nous avons énumérées déjà. 

Les Arabes virent dans la vie nomade et dans le choix 
continuel d'un nouveau campement la condition la plus 
digne d'une race noble et la plus conforme à son orgueil- 
leuse indépendance. A leurs yeux , être maîtres chez eux et 
habiter où bon leur semble , vaut mieux que tout autre 
genre de vie, et c'est pourquoi ils ont adopté le séjour du 
désert. 

Selon une autre opinion , doués par Dieu d'aspirations 
sublimes , de vues et de desseins généreux , d'un orgueil éner- 
gique, cherchant toujours à se soustraire à l'infamie et à se 
préserver de toute honte, les anciens Arabes étudièrent 
sérieusement les contrées habitables, et pesèrent le fort et 
le faible de chacune. Convaincus, après un examen attentif, 

i6. 



244 LES PRAIRIES D'OR. 

ii -.^»âji ^ ^s^*"i ^m*.^? ^^ ^-=^ «r-^yti «*W 

JU3 Igjlki *»^*' J^i^J IfiJ^ -U-JS-l? jU>lî ^ Uj *}y^\ 

t;A _jJs_^ r _j ç.x^ -pô^jJi r»^-fij *l>v^ a^-Uv-j ^IJ^I g.Usjl 

que les villes et les demeures bâties par l'homme ne rece- 
laient que des hontes et des vices de toutes sortes, ceux 
d'entre eux qui se distinguaient par leur expérience et 
leur discernement déclarèrent «que les pays sont, comme 
le corps humain , exposés à une infinité de maladies et de 
calamités, et qu'il fallait, par conséquent, opter pour telle 
ou telle contrée, en raison des conditions de salubrité 
qu'elle présentait, puisque bien souvent l'influence du climat 
est telle qu'il appauvrit la race qui l'habite et altère la 
santé publique. » Les sages, parmi les Arabes, dirent aussi : 
« Le séjour des maisons, la vie sédentaire sont autant d'en- 
traves à la libre possession de ce monde, qui arrêtent 
l'homme dans sa course indépendante, enchaînent ses plus 
nobles instincts, captivent les plus beaux sentiments de son 
cœur et son élan vers la gloire. 11 n'y a donc que des dangers à 
demeurer dans cette situation. Les centres de population , 
disaient -ils encore, et les maisons ralentissent la diges- 
tion, entravent le passage de l'air, gênent sa marche et 
l'empêchent de circuler librement.» En conséquence, ils 



CHAPITRE XLVI. 245 

-L**.=-^l «Jolx«j *\j4^ ^tju^ ^jJaJtit »_ji^ iés^^i JLaC? *^> 
LajîàJI a^j ■ p ^tr" 4 ^> > ' e *^ sa " w «xJ^aj *^lj JyuJi ^l? 

ijUi i^L^ij f,L> |^>-fiij UL*>! /o^^=i 3 U^^i jPj^SIj 

s'établirent dans les vastes plaines , là où ils n'avaient à re- 
douter ni agglomération, ni fléau d'aucune sorte. Ce séjour 
présentait toute sécurité; l'air y était vivifiant et exempt 
de toute influence pestilentielle; leurs pensées y puisaient 
un aliment meilleur; le passage continuel d'un campement 
à un autre purifiait leurs inclinations, fortifiait leur santé 
et donnait plus de vigueur à leur esprit, comme la pureté 
de l'air rendait leur corps plus robuste. Puisque l'intelli- 
gence et l'imagination participent de la nature dé l'air et des 
conditions du sol, le désert était à leurs yeux un abri 
contre les fléaux, les maladies, les accidents et les dangers 
de toute espèce. Grâce à cette préférence pour le désert et 
la vie nomade , les Arabes l'emporten t su r les autres peuples , 
par la vigueur de leur caractère, la force de leur imagination 
et leur tempérament robuste; nul peuple ne praticme 
mieux les devoirs de l'hospitalité et la protection due aux 
faibles; ils puisent dans l'air limpide et pur de leur pays 
une plus grande générosité et des pensées plus nobles. Les 
différentes parties du corps humain s'enflamment par l'ag- 



246 LES PRAIRIES D'OR. 

u«X-iî J^d>i i c^liftUJlj A^\^ *T*xjjiJ| ova^jI^j JJ jj^ 

AaJj £**l4 JU>^i <*■• JW4 u^j àl^Si)! iùoUaS Î^ajV> 
Iq.à < =^Um < o Ljjfè^î c^amUj ibi^iJij JUil S*X£> iu^bUJî JL*iM 

/<v-A-gJl j5Sj iôUJîj *tju^ (j* <suXc ^ U ^2 l^jUaS ^^i-i 

glomération des humeurs provenant du milieu dans lequel 
il vit, des exhalaisons et de la corruption des eaux; tout ce 
qui l'entoure exerce sur sa santé une influence directe , et 
c'est là qu'il faut chercher les causes des accidents, des 
maux et des contagions qui déciment les habitants des villes. 
Ces influences délétères se mêlent à l'organisme, font tom- 
ber les cheveux et affaiblissent la vue. Parmi tous les peuples 
qui vivent à l'état nomade, les Arabes occupent le premier 
rang, grâce aux avantages particuliers que leur offrent les 
contrées de leur choix et le soin qu'ils ont mis à les recher- 
cher. 

C'est pour le même motif que les fragments de la race 
kurde et les tribus montagnardes se sont éloignés des peu- 
plades sauvages et autres qui ont établi leur demeure dans 
les pays plats et unis. En effet, les mœurs des races établies 
dans les montagnes et les vallées varient en raison du plus 
ou moins d'élévation de leur pays, et de même que ces 
contrées n'ont aucune homogénéité dans leur configuration 
topographique, de même les hommes qui les habitent par- 
ticipent de la nature agreste et sauvage du sol. 

Voici une anecdote rapportée par el-Heïtem , fils d'Adi, 



CHAPITRE XLVI. 247 

^LLo ^ [iyaLs^j Uàs- <ji^liJl ^Up'^ *>j*ld' t^>bLûjIi (^c 
La Jb di—Ii ^ -^-^r j^Ji ^ (jvï^i^* t£*x2l &«*«mj «J-^Jï 

y-^-jc-* »«X^.!_5 Cio^"i liU fcjji Jla -LjJi (+Xj Jb y**-cwJI 

par Charki, fils de Kotami , et par d'autres historiens. Un 
des Arabes célèbres par leur éloquence fut chargé d'une 
mission à la cour de Kesra-Anouchirwân. Ce roi l'interrogea 
sur les Arabes, leur séjour dans le désert et leur goût pour 
la vie nomade. «Sire, répondit l'envoyé, ils sont maîtres 
de leur pays, au lieu de dépendre de lui; ils n'ont pas be- 
soin de se fortifier dans les murs d'une ville, car le tran- 
chant de leurs sabres et la pointe de leurs lances les pro- 
tègent aussi bien que des remparts et des citadelles. Posséder 
un coin de la terre en toute propriété, n'est-ce pas l'avoir tout 
entière? Ils recueillent donc les avantages qu'elle leur offre 
et jouissent de tous ses agréments. » — « Quelle est, reprit 
le roi, votre position relativement à la sphère?» L'Arabe 
ajouta : • Nous sommes sous les Gémeaux, la tête de la 
voie lactée et l'interstice du Chevreau, par conséquent dans 
la région orientale de la terre. » — « Quels vents soufflent 
chez vous? » demanda encore le roi. — « Ce sont ordinaire- 
ment les vents intermédiaires (littér. décote) pendant la nuit, 
et le vent d'est quand le soleil est à son déclin. » — « Com- 



248 LES PRAIRIES D'OR. 

j-a-^jI Li Jl* *tAw» ^54* JJi J^S tr« *W ^JU* à 45^» 

bien y a-t-il de vents? «demanda Anouchirwân. — « Quatre. 
Quand l'un de ces vents intermédiaires tombe, le vent qui 
se lève entre les Pléiades et le point du ciel où paraît la 
première lueur de l'aube est le vent du sud. Du côté du 
ciel opposé à ce point, vers l'ouest , part le vent du nord. Le 
vent qui souffle derrière la Raabah est le vent d'ouest, et le 
vent qui souffle en face de la Kaabah, le vent d'est. » — 
« De quoi se nourrissent habituellement les Arabes? » — « De 
viande, de lait aigre, de nébid (vin de dattes) et de dattes. »> 

— « Quelles sont leurs qualités naturelles ?» — « La grandeur, 
la noblesse, la générosité, le culte de l'hospitalité, le respect 
du client, la protection accordée aux faibles, la rétribution 
pour les belles actions et l'exercice de la bienfaisance, même 
au prix de la vie. Les Arabes sont les voyageurs de la nuit, 
les lions de l'attaque, les génies du désert et les hôtes de la 
solitude. Ils sont accoutumés à la frugalité, ont horreur de 
l'asservissement, et se vengent par la peine du talion. Ils se 
préservent de la honte et savent défendre leur honneur. » 

— Anouchirwân lui dit alors : « La noblesse et la grandeur 
avec lesquelles tu m'as dépeint tes compatriotes me pres- 
crivent de faire réussir la mission qu'ils t'ont confiée. » 



CHAPITRE XLV1. 249 

oL>Li* lgjc*y cjli*-« lg.À-« ^Jijoi jjJi i t_^-*Jî c^s=sv» ^Si> 
^| Jj_a£-w (j-jJJI f *~^ <*^3.\j fY&j »X^iî ^Jà 

i^-j ^ pUiJi ^1 i^j^j u^aS jy*^> J*jM jl^ 
<_^_xJl j-A-^rj -iJw^j /ci (j^ aàx*, (j^j u^J^'-J C^^*-^ 

àUyJlj uU*£Hj ^UjJIj (jb,SM &l^> ^lyJlj » 3 UvJî^ 

Job -^lyl 3 (1) ô|^ail u-U>i Ul» »Uii êh «4k **# u .> 

Les Arabes, en faisant choix de leurs campements, dis- 
tinguent les campements d'hiver de ceux d'été. Parmi eux, 
il y a les Moundjid et les Moulhim; les premiers sont ceux 
qui habitent les plaines du Nedjd; les seconds, ceux qui 
habitent les Tébamah (plateaux plus voisins de la mer). 
D'autres résident dans les gaur ou vallées déprimées, comme 
le Gaur-Baïçàn (Beth-sç.an ou Scythopolis) , le Gaur-Mar- 
rah, en Syrie, dans la Palestine et la contrée du Jourdain, 
pays habité par les tribus de Lakhm et de Djodam. En outre , 
toutes les tribus ont des réservoirs autour desquels elles se 
réunissent, et des fiefs territoriaux où seules elles pénètrent; 
tels sont les déserts de Dahna et de Samawah , les Téhamah , 
les Nedjd, les vallées (bakaa), les plaines [kâa) et les ra- 
vins (ivahad). Il est rare devoir une tribu arabe s'écarter di- 
ses campements ordinaires et des citernes qu'on sait leur 
appartenir, comme la citerne de Daridj , celle d'el-Akik, 
d'el-Habadah et d'autres réservoirs analogues. 

Parlons maintenant de la race des Kurdes et de ses bran- 
ches. On n'est pas d'accord sur leur origine : suivant les uns, 



250 LES PRAIRIES U'OK. 

JjyjLs-j iUi Ji f-4**;^ Jî^^ ***j^ J^4 <Jï îy^Aàii^ 
y* £yj J.^ iU-<*^i *^*J cjjU?^ /o^jUJ y* yii (j-jiJI^ 

*~$À-*3 yL<*£ (J>^ (M}**? <^-j^ £->»y y^y' ^>*^* <£ b^-* 3 ' 
»La_S L-^-Uo JLvsLL? \y**eàt& yfrfi} ***■£> cj-* (HP' csb t»^ 

ils descendent de Rébyâh, fils de Nizar, fils de Maadd, fils 
d'Adnân , fils de Bekr, fils de Waïl. Dès une haute anti- 
quité , ils se séparèrent des Arabes, à la suite d'événements 
particuliers, et s'établirent dans les montagnes et les val- 
lées, à côté des villes de la Perse et d'autres nations étran- 
gères. Là ils oublièrent leur langue primitive et adoptèrent 
un idiome étranger. Depuis lors, chaque tribu parle un dia- 
lecte kurde particulier. D'autres prétendent que les Kurdes 
descendent de Modar, fils de Nizar; qu'ils sont la postérité de 
Kurd, fils de Mard, fils de Sâssâ, fils de Hawazin, et qu'ils 
émigrèrent de leur pays à une époque reculée, par suite de 
leurs querelles avec les Gassanides. D'autres pensent que 
ce sont des descendants de Rébyâh et de Modar, qui,s'étant 
retranchés dans les montagnes pour y chercher de l'eau et 
des pâturages, abandonnèrent leur langue natale par leur 
contact avec les étrangers. D'autres les font descendre des 
filles esclaves de Salonion, fils de David. Lorsque ce roi fut 



CHAPITRE XLV1. 251 

AJL* AMI «M£ ; <X*-»=Ll <jjy*U yUlA^Ji C^UiUii <£L*i ^t 

I^Xa*Uj> t>^U^ /o^jV^L /o^a^j ***>% JU4 <JÎ (j*j*j3ï 
UL»iCi y^>- ****& 5/*" *■*' y 5 fcJS*rff*M <^ &>"* *t>*^^ 

'i'*i-.t_c. -7-U ij»)^ (j-* LiX^. ^wili q*.UjI iùtaàU iM (jU«Xxj iJ 

liill^Ji jj^<><jji\ «xa^Is yî^^ o^**;^ u*^*^ W**^' ^^4* o-* 

privé de sa couronne, le démon nommé Djaçad assaillit 
celles de ces esclaves qui étaient infidèles et les rendit mères, 
les esclaves croyantes ayant invoqué l'aide de Dieu contre 
ses atteintes. Salomon, quand Dieu lui rendit la couronne, 
apprit que ses esclaves avaient mis au monde des enfants 
provenant de cet accouplement avec le démon ; il les fit ex- 
pulser [karrad] dans les montagnes et les vallées, et permit 
aux enfants de s'y fixer avec leurs mères. Leur famille s'ac- 
crut avec le temps et devint la souche de la race kurde. 
Voici encore une autre version. Nous avons parlé précédem- 
ment de Dahhak dou'l Afwah et des discussions soulevées 
entre les Persans et les Arabes , pour savoir s'il appartenait 
à l'une ou à l'autre race. (Voyez t. II , p. 1 1 3.) Sur les épaules 
de ce tyran s'étaient formés deux serpents qui se nourris- 
saient de cervelles humaines. Les Perses, indignés des mas- 
sacres accomplis parmi eux par Dahhak, se soulevèrent en 
nombre considérable, mirent à leur tête Aféridoun, et ar- 
borèrent un étendard de cuir qu'ils nommaient, dans leur 
langue, dirafch-kawân . Comme on l'a vu déjà, Aféridoun 



252 LES PRAIRIES D'OR. 

JL^J. <Ji jjûJii* ^ 3jJxj 3 JlJkSl Jjc^ i Ui& (jjvxMI 
^ ^J>j iL^S^i jOy -0^.3 Mk J^ki î Ij.L*Ujj |j'ft^->Y.t 

jj^aWj icij<xil ^ iU-^xJiJi jsrjîycii cjIjsû=I ^ aj yj^feUxj 

s'empara de Dahhak etl'enchaina clans le mont Démavend. 
Or, le ministre du tyran égorgeait chaque jour un bélier 
et un homme, et mélangeait leurs cervelles pour nourrir 
les deux serpents nés sur les épaules de Dahhak. Les Perses 
qui échappèrent au supplice furent chassés dans le,s mon- 
tagnes et y vécurent à l'état sauvage. Plus tard, ils s'allièrent 
dans ces parages et donnèrent naissance à la famille kurde. 
Les Kurdes actuels seraient donc leurs descendants répar- 
tis en plusieurs fractions de tribus. L'histoire de Dahhak 
n'est révoquée en doute ni par les Persans, ni par les chro- 
niqueurs anciens et modernes , et , dans les livres de la Perse , 
se trouvent d'étranges détails sur les aventures de ce roi 
avec le diable. Les Persans prétendent que Tahmouret (Ta- 
homurs) , le premier roi de la première dynastie, dont nous 
avons parlé précédemment, n'est autre que le prophète Noé. 
Quant au mot dirafch, en pehlvi, c'est à-dire dans la langue 
primitive de la Perse, il signifie drapeau, pique et éten- 
dard. 

Nous nous sommes étendu ailleurs sur l'histoire des dif- 



CHAPITRE \L\I 253 

,jl ^c J*Xj [ijSlt U, »«XJj (j-« -Pj (O-ftxU XjJj^ Uhg& p^jJi 
<?, UAi Uj LiUUjÛ /o-ftAJ; AxjUxÎÎ ijaxi yl bps U c-vano»- ^c 

(jL^ojii i^AJjjXJOii (jH fo y^>=?-^3 <*-*-* (job" 3 (£*' 

férentes tribus turques. C'est par erreur qu'on les fait des- 
cendre de Touh (ou Tavvadj ) , fils d'Aféridoun. Ce qui prouve 
cette erreur, c'est qu'Aféridoun donna à Touh le gouver- 
nement des Turcs , comme il donna à Selm celui des peuples 
de Roum. Comment aurait-il pu faire des Turcs les sujets 
de Touh s'ils étaient ses propres enfants ? Il faut en conclure 
que les Turcs ne sont pas la -postérité de Touh, fils d'Aféri- 
doun. Cependant on doit reconnaître qu'il y a parmi eux des 
descendants parfaitement authentiques de Touh. De toutes 
les tribus turques la plus noble est celle qui habite le Tibet, 
puisqu'elle descend de Himyar, comme nous l'avons dit 
plus haut en parlant des Tobbâ, qui l'établirent dans ce 
pays. (Voy. ci-dessus, p. 224, et t. I er , p. 35o.) 

Pour en revenir aux Kurdes, l'opinion la plus répandue 
et la plus certaine est qu'ils descendent de Rébyâh, fils de 
Nizar. Une de leurs tribus, les Schouhadjân, qui habitent 
le mah de Koufah et le mah de Basrah , c'est-à-dire le territoire 
de Deinawer et de Hamadân , se reèonnaissent unanimement 
pour les descendants de Rébyâh, fils de Nizar, fils de Maadd. 



254 LES PKAIKIES D'OR. 

JL^U-lj i^jyij UjIaJI 3 yl6ô>llj y^Ul^ ioj^l 3 
i**-A*5 iOoLjJl (j-« -LiJl ^>!5>o J*&- (^-«5 y&uJU^ iUjijU*} 

Â, «gôj-4 J-S->> Js~^ »5M Jh» U ^Uj eyUai ^ 
(^ Uo^î <Xij ^éîlxîi ^ài^J jLàJ &* J^T »4>s-^i IçyÀ* 

Quant aux Madjerdân, qui habitent Kenkiver (Concobar), 
dansl'Azerbaïdjân, de même que les Houlbanyeh, les Sarat 
(ou Charat) et ceux qui habitent le Djébal , comme les Cha 
dendjân, les Lezbah , les Madendjân, les Mazdenkân, les 
Barisân (ou Barisnân) , les Khalyeh (Quatremère lit Djelali) , 
les Djabarkyeh , les Djavanyeh , les Mestekân , et ceux qui rési- 
dent en Syrie , tels que les Debabileh , etc. il est constant chez 
eux qu'ils tirentleur origine deModar, iils de Nizar. Parmi les 
Kurdes , on compte aussi des Jacobites et les Djourkân , chré- 
tiens qui demeurent sur le territoire de Moçoul et aux alen- 
tours du mont Djoudi (Ararat). Enfin on trouve parmi eux 
desKhandjites et des sectes qui rejettent l'autorité d'Otmân 
et d'Ali. 

Telle est, en résumé, l'histoire des peuples nomades. 
Nous ne dirons rien ici des Gouzes ni des Kharlodj , frac- 
tions de la race turque qui habitent aux environs du Gor- 
djistân , de Bost, de Bestam et du Seïstàn. Nous ne parlerons 
pas non plus des Koufs, des Beloutches et des Djoutes,qui 
vivent dans le Kermân. 



CHAPITRE XLVI. 255 

y^U^ uUJa*? yLui Vj-^J * P W ! j^A^p5U-iH 3 A*^l4 
^[jjLxIij j^^K^ii S^-=*-j (J-^lî j!>* tr* V^'j"'^ U*"^ CJH 

,jL^ (jvj ytf U, g^^j U^' S^.J (^**J r 9 ^ <£* <** 

Nous avons raconté , dans nos autres ouvrages , les jour- 
nées des Arabes, leurs expéditions et leurs guerres. Nous 
v avons mentionné les plus célèbres avant et après l'islam, 
comme la journée d'el-Habaah , la guerre de Dobiân et de 
Gatafân, la lutte entre la tribu d'Abs et les autres Arabes 
de Nizar et du Yémen, la guerre de Dahis et de Gabrâ, la 
guerre qui éclata entre les tribus de Bekr et de Tagleb , et 
qu'on nomme aussi guerre de Baçous: la journée de Kilab, 
la journée deKhazaz, le meurtre de Chas, fils deZoheïr; le 
combat de Dou-Kar, celui de Chib-Djabalah, et ce qui ar- 
riva aux Benou-Amir et à d'autres Arabes ; la guerre d'Aws 
et de Khazradj , la guerre entre Gassân et Akk, etc. 

Nous allons donner ci-après un résumé de l'histoire des 
Arabes anciens et d'autres peuples et celle de leurs migra- 
tions; nous exposerons rapidement leurs opinions et leurs 
croyances religieuses , leurs préjugés relativement aux ogres, 
aux voix d'êtres invisibles, au Kyafeh (divination par l'inspec- 
tion des membres et des empreintes de pas) , au Kéhanek 
(divination en général, interprétation des songes, etc.), à 
l'art de lire dans la physionomie, à la chouette nommée 



256 LES PRAIRIES D'OR. 

yî Lfr-$-£ ij-* éUdj^j pW.J ^Jv-*aJi_5 d*y**^.5 ajIjJMj 

ami *!_-£ 
i^UJi i Wriybj iUk^i i U-jl;tj t^jtîi c^blji j5i 

j-J^S-^ (-aXLiIÎ *X-S&5 .J^SÀit C-jUs 5 ! j*à-5 

t_A_.di là^ ^J> U JJi 

8wa^_j cjUMS i«Xiû £ b»5i> -Joù <XS> ^.olxîi 4_aSIxj^ £*^' 

/mm et 5«da, et nous donnerons quelques autres détails sur 
leurs superstitions populaires. 

CHAPITRE XLVII. 

CROYANCES ET OPINIONS DES ARABES DANS LES ÂGES D'IGNORANCE ; 
LEURS MIGRATIONS; HISTOIRE DES COMPAGNONS DE L'ELEPHANT, 
D'ABD EL-MOTTAL1B, ET AUTRES RENSEIGNEMENTS ANALOGUES. 

Les Arabes, dans les âges d'ignorance, étaient partagés 
dans leurs opinions religieuses. Les uns proclamaient l'unité 
de Dieu , affirmaient l'existence d'un Créateur, croyaient à 
la résurrection, et tenaient pour certain qu'un jour le Juge 
suprême récompenserait les fidèles et punirait les prévari- 
cateurs. Déjà, dans cet ouvrage et dans d'autres de nos 
écrits, nous avons parlé de ceux qui, pendant Y ère d'Inter- 
valle (t. I er , ch. vi ) , appelaient les hommes à la connaissance 
du Seigneur tout-puissant et éveillaient leur attention sur 
ses signes miraculeux. De ce nombre étaient Koss, fils de 



CHAPITRE XLVII. 257 

^éîLxJi cy«X_»- <j**k3\} (^JliljjJ») tr » t-»/*^ &* u ^ u*hs*j5 
-U-o^i *i>L»-fi <^c U&s-j ^yi jX>i^ »iU^lj e.ouJUjji^ 
i Àx4-£-i £ *IjJLj *^^ cM-j J* 4»î <£»■ (^âJ! |^3 

I <* — ^ ' 

ULi>4X J| £ IX IjJfe! <JL*j *Syb ji^^^^I^, jpàUL 

Saïdah, Riab ech-Channi et Bohaïra le moine, de la tribu 
d'Abd el-Kaïs. D'autres, parmi les Arabes, confessaient le 
Créateur, affirmaient la création et soutenaient qu'au jour 
de la résurrection les hommes seraient ramenés à une autre 
vie; mais ils niaient la mission des prophètes et se mon- 
traient attachés au culte des idoles. Ce sont ceux-là mêmes 
dont Dieu a dit : « Nous ne leur rendons de culte que pour 
qu'ils soient nos intermédiaires auprès de Dieu.» (Koran, 
xxxix, fi.) Ce sont encore eux qui allaient visiter les idoles 
en pèlerinage et entreprenaient des voyages dans ce but, 
qui égorgeaient des victimes en leur honneur, leur offraient 
des sacrifices et établissaient en leur nom des prescriptions 
canoniques (prise de Yihram ou retraite; ihlal, fin de la re- 
traite). 

D'autres encore croyaient au Créateur; mais, traitant de 
mensonges la mission des prophètes ainsi que la résurrec- 
tion, ils se laissaient aller aux aberrations des hommes du 
siècle. Ce sont ceux à l'impiété desquels Dieu fait allusion , et 
dont il signale l'infidélité , quand il dit : « Nous ne connaissons 
pas, prétendent-ils, d'autre vie que celle de ce bas monde; 
nous mourons et nous vivons, et le temps seul nous ravit 
m. 17 



258 LES PRAIRIES D'OR. 

Jl JU y* *-a-^-«5 u^-^? ^] 1^ oS, jb* <**„ ^j*>^ ^ ^»i 

c^Uj I4J! y_y$Xj x5o!5m ^jjiXaxj i^dl ^ v_>À*? yW «XSy 
Jïîi j*àJ 0JÂJI A AMI Jl /o.^ JÀAXJ l^^.x? iyKi *MÎ 

^lajî^os-jJL» IJu ^\^ ( i y«-i isy^ **&**■* 'M ^j ^j^' *^S 

l'existence. » (Koran, xlv, 23.) Mais Dieu les réfute par celte 
paroie: «Ils ne savent ce qu'ils disent; ils n'avancent que 
de pures inventions.» (Koran, ibid.) D'autres penchaient 
vers le judaïsme ou le christianisme. Il y en avait qui, ne 
suivant d'autre voie que celle de l'orgueil, se laissaient aller 
à toute la fougue de leurs passions. On trouvait, chez les 
Arabes, une secte qui rendait un culte aux anges qu'elle 
prétendait filles de Dieu, et qu'elle adorait pour obtenir 
leur intercession auprès du Juge suprême. Ce sont ceux dont 
Dieu parle dans le verset : « Ils donnent des filles à la divinité. 
Grand Dieu ! ils auront ce qu'ils désirent. » ( Koran , xvi , 59.) 
Et autre part il dit encore : « Avez-vous vu Lat, Ozza et 
Menât, cette troisième divinité? Est-ce que le sexe masculin 
serait votre partage , et le sexe féminin celui de Dieu ? Certes 
voilà une répartition bien inique! » (Koran, lui, 19.) Parmi 
ceux qui, croyant à l'unité de Dieu et aux menaces de la 
vie future, refusaient de se traîner à la suite des opinions 
régnantes, il faut citer Abd el-Mottalib, fils de Hachim, fils 
d'Abd-Ménaf. C'est lui qui avait creusé le puits de Zemzem , 



CHAPITRE XLVII. 259 

c. ; ii <\_**J?-_j ***k» 6^1 £*•*"!* ti^ W* ^^^^y^J 

*£* *\JLI Uum fc^ Jjl ytfj g\Jl KjUuJIj «il^Ji plïî fe** Jjl 
Aj\. 4Ml yi j jsj »Xi fj^ *Xij lx£û<X^« aajJÎ! <->[> J^xs^j L*Xc. 

<. » X .0 <^H»-ÎÎ ^ *W **»S* y^J ***' (0-^-1 tr>ï (jî |^l»î 

dont les parois étaient garnies de maçonnerie. Cet événe- 
ment se passait sous le règne de Kesra, fils de Kobad. 
Il en avait retiré deux gazelles d'or qui étaient ornées de 
perles, de pierres précieuses et d'autres bijoux; plus sept 
sabres de Kalàh et cinq cuirasses de grande dimension. Avec 
les sabres il fabriqua, pour la Kaabah, une porte dont les 
plaques d'or furent faites de l'une des deux gazelles. Il plaça 
l'autre dans la Kaabah elle-même. Abd el-Mottalib fut le pre- 
mier qui régla d'une manière définitive, en faveur des pè- 
lerins, le Rifadah et le Sikayah. Il fut également le premier 
qui fournit de l'eau douce aux habitants de la Mecque. C'est 
à lui que la Kaabah dut d'être enrichie d'une porte dorée. 
Il avait fait le vœu que si Dieu lui accordait dix enfants 
mâles, il lui en offrirait un en sacrifice. On raconte avec 
beaucoup de détails comment, lorsque Dieu lui eut accordé 
ce qu'il demandait, et qu'il fallut lui sacrifier celui de ses 
fils qu'il chérissait le plus, c'est-à-dire Abd- Allah, le père 
du Prophète, il consulta le sort à son sujet, au moyen de 
flèches sans pointes appelées kidah, et racheta la vie de son 
fils au prix de cent chameaux. Abrahah, lorsqu'il marchait à 
la tête des Abvssins, contre le territoire sacré de la Kaabah, 



260 LES PRAIRIES D'OR. 

A_jî w*i*.l_j c^XkiJ *^-**J <jU i^^ili fl Ji <_^.À^ o^xii x^ojib 

p w 



W J^Jb yûj pil 4 U^j JUjJî JoSJt ùdï 3 R&jJL 



avait établi son campement dans le lieu appelé Djenb el-Mou- 
khaddib. Quand on lui eut amené Abd el-Mottalib, en lui 
disant que c'était le principal personnage de la Mecque, il le 
traita avec beaucoup d'honneur, et lui témoigna une grande 
considération , à cause de l'auréole de lumière prophétique 
qui brillait autour de son front. « Abd el-Mottalib, lui dit-il, 
demande-moi ce que tu voudras. » Abd el-Mottalib se borna 
à demander qu'on lui rendît les chameaux qui lui appar- 
tenaient. Abrahah les lui lit rendre et lui dit : « Pourquoi 
ne m'as-tu pas demandé de me retirer? » — « Prince, répon- 
dit-il, je suis le propriétaire de ces chameaux; quant au 
temple, il a un maître qui saura bien le protéger. » Ensuite 
Abd el-Mottalib revint à la Mecque , et il disait : 

Habitants de la Mecque, un roi est venu vous attaquer, avec des élé- 
phants dont les dents sont couvertes d'écume. 

Puis, après avoir recommandé aux Koreichites d'aller se 
mettre à l'abri de la fureur des Abyssins , dans le fond 
des vallées et sur le sommet des montagnes, il suspendit 
des sandales au cou des chameaux et les laissa errer dans 
l'enceinte sacrée. En même temps il récita ces vers : 



CHAPITRE XLVII. 261 

*»« ^.sïJi (j^ Ows»-jâ* «;\#T kXi- (jvis yt>3 J>*^ (jw« &jW- 

^Ùail -^ J^w-j JyàJj ^J^y t^ ^*? a i^^ V*** 2 - (J?' 
<<> ^jd5T ^ iyijî^ p^a]| (j^« *-^.5 U ç\tj\ «XSj xi^ ^J^^ 

Ô mon Dieu! l'homme sait bien défendre sa demeure, défends donc 
le lieu où tu résides. 

Que leurs croix ne s'élèvent pas triomphantes, non plus que leurs er- 
reurs, dans l'enceinte qui t'est consacrée. 

A ce moment, Dieu envoya contre les Abyssins des 
oiseaux nommés ababil, semblables à des espèces d'hiron- 
delles, qui les frappaient avec des pierres de sidjil. On ap- 
pelle ainsi une argile mélangée de gravier, extraite du fond 
de la mer. Chaque oiseau portait trois de ces pierres. Ce fut 
par ce moyen que Dieu extermina ses ennemis. Nous avons 
parlé plus haut, dans cet ouvrage, d'Abou-Rigal et de la 
manière dont il périt, lorsqu'il guidait les Abyssins dans 
leur route; nous avons raconté aussi comment ceux-ci furent 
exterminés dans le chemin. (Ci-dessus, p. i5o.) Cependant, 
au moment où ils se virent attaqués par les oiseaux, ils 
appelèrent Nofaïl, fils de Habib el-Khatami, pour qu'il les 
guidât dans leur retour. Nofaïl, qui entendait la langue des 
Abyssins, comprenait bien qu'on le cherchait; mais, ef- 
frayé, de la calamité qui les avait enveloppés , il avait sauvé 
sa vie en se séparant d'eux. Ils erraient donc au hasard, 



262 LES PRAIRIES D'OR. 

Jyij oJkii <Xa* tfcM *A*Sfi ^ <*WÎ i^X-o &â çjUÎÏI 

comme l'a dit Nofaïl dans une pièce de vers dont voici 
le début: 

Rodeïna, ramène tes cbameaux ; dès Je matin, nous vous avons comblés 
des dons les plus précieux. 

Ab! situ avais pu voir, mais tu ne le verras jamais, ce que nous avons 
vu près de Djenb el-Moukhaddib ! 

Tu aurais loué Dieu quand tu aurais aperçu des oiseaux et des cailloux 
qui étaient lancés contre nous. 

Tous les gens réclamaient Nofaïl, comme si les Abyssins avaient à faire 
valoir une créance contre moi. 

Plus haut, dans cet ouvrage, nous avons dit ce que devint 
Nofaïl , et nous avons raconté la mort du roi des Abys- 
sins. Lorsque Dieu les eut repoussés loin de la Kaabah, 
Abd el-Mottalib se mit à réciter ces vers : 

toi qui élèves la voix vers le ciel, tu m'as fait entendre ta prière; 
alors je n'ai point été sourd à votre appel. 

Certes le temple a un maître qui repousse tous ceux qui y viennent 
avec de coupables pensées, et il les extermine. 



CHAPITRE XLV1I 263 

t i w • w 

J^_>i Ov^c ^c vi)li Jjj yù (fJ&- * *Xi Ujy» 4XSJ J) ^^ 

* SjJ] Làc I^j 4MÎ **«Xj a— ^" 1 — a— iS-» ^M Jj._j yti 

(j**î^-^I c^j^éj JJLuJi Hkmu a*as-j1 1$ ~jjJLj t^i jJO 
yUyl /o~?«Xi »| /©-g-*.* (j^ Uçv3 <_»vMaii <Xa£ JjS$ *x£Ji 5<X^ 

Un Tobbâ a marché contre le temple avec ceux qu'avaient rassemblés 
les Himyarites et les tribus de la famille de Kodam; 

Mais il a reculé , et, dans ses veines, il portait une blessure qui rete- 
nait la parole dans son gosier. 

J'ai dit, tandis que les chevaux d'Achram fuyaient au galop : le voilà 
cet Achram qui se flattait de conquérir le territoire sacré. 

Nous étions le peuple de Dieu dans les temps anciens, et ce privilège 
ne cessera pas, grâce au pacte conclu avec Abraham. 

Nous avons anéanti Témoud de vive force, puis Ad, qui antérieure- 
ment possédait el-Irem. 

Dieu n'a jamais cessé de se vérifier parmi nous, et c'est ainsi qu'il 
nous vengera aussi de nos ennemis. 

Plusieurs de ces sectaires, qui, se laissant aveugler par 
l'excès de l'esprit de parti, sont restés sourds à l'appel de 
la raison et ont résisté au témoignage des sens, ont cité, 
comme un argument en leur faveur, ces vers et ce qu'Abd 
el-Mottalib a dit sur leurs destinées dans les temps anté- 
rieurs. Ils ont cherché à étayer leur opinion sur les vers 
qu'Abbas composa à la louange du Prophète. Kaïrom , 
lils d'Aws, fils de Haritah, (ils de Lam et-Tayi, racontant 



264 LES PRAIRIES D'OR. 

Jj-wj Jîj-=r-^ ^ ^M p^ (^ *>;U- (j* ,j*.^S ^ ^i 
cv » çww » Jls 4h««»Is vi^-«o cj-« lj».AaÀ^9 AaXc -JsJt» ^aLw? ^Mi 

^ ,*. k t*x_j ^éiLc i5 ->^9 ii5 ^j <ji t^wiL-o (^ JoLà-j 

^iill vi^^^JL? c^Lèj <jf>jM *? — 5^-fil cy«xJj Lj, o~JÎ^ 

ùj-*~& iL^Jl J***»^ jyJt dj *u-»àJi dLJï i cj-^^* 

comment il émigra auprès du prophète de Dieu et vint 
se présenter devant lui, quand il se retira de Tebouk 
pour embrasser l'islamisme , s'exprime ainsi : «J'entendis 
Abbas qui disait : « Ô prophète de Dieu, je veux prononcer 
ton éloge. » — « Parle, lui dit le Prophète; que Dieu ne te 
coupe pas la parole, ô mon oncle! » Alors Abbas récita ces 
vers : 

Avant ce jour, tu t'es complu dans des endroits charmants et dans un 
paradis où les feuilles étaient tissées en forme de vêtements. 

Ensuite tu es arrivé aux régions où tu n'avais pas encore revêtu une 
forme humaine : tu n'étais ni chair ayant consistance, ni sang, 

Mais une simple goutte de liquide portée sur les vaisseaux , et qui, sur 
le point de se développer, menaçait de s'engloutir. 

Cette goutte de liquide passant des reins à la matrice, quand un 
monde était fini , une autre série d'existences commençait. 

Ensuite (ô Prophète) , quand tu es venu au jour, la terre a été illumi- 
née et les horizons se sont éclairés à ton flambeau. 

Pour nous, dans cette splendeur et dans la lumière, au milieu de la 
voie droite, irions-nous encore proclamer le mensonge? 



CHAPITRE XLV1I. 265 

^ _*___=>_. U «iV._ji.Ji ^ <>_jL>U_Ji 5*kj* l^SxA. yjLwaJCAMij 

JJij5i «xs-j l_.iy_t!l ojj^sii *jU5" ij-j-^L. cijj>*l! <_H-^ 
^Ux-JiîL cjyjsli *jU_fj; (jbUiJl ^j <X_£ 0^ ^ yj (jblAJJÎ 

Les gens de cette secte ajoutent : Ces détails ont été men- 
tionnés par les historiens dont les ouvrages nous ont con- 
servé le souvenir des événements mémorables et des expé- 
ditions guerrières. Ils nous ont transmis cet éloge prononcé 
par la bouche d'Abbas, et nous apprennent combien grande 
fut la joie du Prophète et sa satisfaction quand il l'entendit. 
Mais ces partisans de l'hérésie des Alicles ont tiré, de ces 
deux pièces de vers, un argument en faveur de leurs i~êve- 
ries, et ils se sont attachés à des assimilations forcées qu ils 
ont été chercher bien loin, en dépit des principes fonda- 
mentaux de la raison et des exigences de l'esprit d'examen. 
Cette erreur a été soutenue par un grand nombre de leurs 
écrivains et par les plus subtils de leurs théologiens scolas- 
tiques d'entre les Mohammediyeh , les llbaniyeh et autres hé- 
résiarques, parmi lesquels il faut compter Ishak, fils de 
Mohammed en-Nakhâyi , connu sous le surnom ftel-Ahmar 
(le rouge), dans son ouvrage intitulé es-Sirat. Elle a été 
aussi mentionnée par el-Feïad , fils d'Ali , fils de Mohammed , 
fils d'el-Feiad, dans son ouvrage intitulé el-Kostas, où il 



266 LES PRAIRIES D'OR. 

yûj ijLSfi \<sjî> c^ax> ^^4^ *î^*j Wj.aaJI. ^rydi <_>USil 

-«X_JU 0-JÉ \JsJt> l^iSj «j /o-^ 1 (j-« Ji ^AaiJt ji*>j (J»^*« 

réfute le Sz'ra*, et par l'écrivain connu sous le nom iïen-Neh- 
hini dans sa réfutation du Sirat. Ces deux auteurs, qui ap- 
partenaient à la secte des Mohammediyeh, ont écrit contre 
le Sirat, qui est rédigé d'après la doctrine des llbaniyeh. 
Nous avons déjà eu occasion de parler des opinions des 
Mohammediyeh, des llbaniyeh, des Mougaïriyeh, des Kadriyeh 
et des autres sectes appartenanlàl'hérésie des Gouïa* (Alides). 
Nous avons fait mention aussi des partisans du Tafwid (dé- 
légation) et des Weçaït (intermédiaires); nous nous sommes 
efforcé de les réfuter eux et tous ceux qui ont enseigné la 
transmigration des âmes dans les corps de tous les animaux, 
que ces hérétiques fissent profession d'islamisme, ou qu'ils 
appartinssent aux anciens Grecs, aux Indiens, aux Dualistes 
(Manichéens), aux Mages, aux Juifs, aux Chrétiens. Nous 
avons dit en quels termes Ahmed, fils de Haït, Ibn-Yakous 
et Djafar el-Rocayi s'adressaient aux hérétiques, nos contem- 
porains , soit qu'ils nous aient précédés , soit qu'ils aient pro- 
longé leur existence jusqu'à l'époque actuelle, en l'an 332. 
Je veux parler de ceux qui, déduisant les conséquences des 



CHAPITRE XLVII. 267 

^jLSI b^5i_5 a_^^L> a.x>î ^ »j«a^j) jol^xJi ji ^u oj^j-xii 
clLH fcJ^ < ^*^' 5JsJù ^jjjJî cj»UiPÎ ^ /^a* (j^?j /<>4^ 

IpULîj y|>*^ -L*>l (a* *gr <£ cK»>^> ^'jy^' ulî ^\Xx3L 

»*SJL» (j-. Sj^^i ^ ^^ *^* jy?S ^ J^i ^-^ Ç^-^^ (A 2 
A_À^ -t^UJi Laj JocUj U5 UjÏ XAJ \X^> U Jî yi/i çz^yXb 

principes avancés par leurs prédécesseurs, en ont tiré des 
propositions similaires à l'aide desquelles ils ont corroboré 
leurs doctrines fondamentales. Tels ont été el-Huçeïn, fils 
de Mansour el-Halladj; les disciples d'Abou-Yakoub el-Me- 
zaïli; puis les ashab-ech-cheriyn (disciples canoniques); en- 
fin ceux qui se sont séparés d'eux et ont fait école à part, 
dans leurs principes, comme Abou-Djâfar Mohammed, fils 
d'Ali ech-Chalmagani, plus connu sous le nom iïlbn-Abi'l- 
Garaïr, et d'autres encore parmi les chefs de leur secte. 
Nous avons rappelé la scission qui éclata entre eux et leurs 
coreligionnaires, tels que lesashab-ed-dawr (les disciples du 
mouvement rotatoire), l'une des sectes qui, de nos jours, 
sont dans l'attente du moment de l'apparition (du mehdi), 
et ceux qui se fondent sur les arguments relatifs à la nuit 
et au jour. Ces deux dernières sectes nient la doctrine de la 
métempsycose et de la transmigration des âmes dans le 
corps de quelque animal que ce soit, et soutiennent cette pro- 
position absurde que l'éternel, comme ils le prétendaient, 
était passible, jusqu'à un certain point, de perte et de déchet. 
Mais revenons maintenant au sujet que nous traitions plus 



268 LES PRAIRIES D'OR. 

U-* (Pj*-*!-^ à^tf-^j^Aj ^Jll>~J AJ}-**U_3 iijy>Uiii (jvj ç^jlvj 

<_>\jC^5 ^3 iixUiM î (j«UJj Jojlïl ot*3j_9 jLa/ùC*wiJi <_jIa^> 

haut, c'est-à-dire à l'histoire d'Abc! el-Mottalib , dont cette 
digression nous a éloigné. 

On n'est pas d'accord quant à ce qui concerne Abd el- 
Mottalib. Suivant les uns, il reconnaissait l'unité de Dieu, 
auquel il n'associa jamais d'autres divinités, ni lui, ni aucun 
des ancêtres du Prophète. Sa noblesse dérivait d'une source 
pure, et il affirmait qu'il devait le jour à une union légi- 
time, et non pas à un commerce impur. Suivant d'autres, 
Abd el-Moltalib était païen tout comme les autres ancêtres 
du Prophète, sauf ceux dont la foi a été constatée. C'est là 
une question où il y a dissentiment entre les Imamiyeli, les 
Moalazales, les Kharidjiles, les Merdjiych et les différentes 
sectes, qui sont, les unes* pour la lettre, les autres, pour 
la libre interprétation. Mais cet ouvrage n'étant pas consacré 
à la controverse, ce n'est pas le lieu de présenter ici les 
arguments contradictoires que faisait valoir chacun des dis- 
sidents. Nous avons rendu compte des opinions de toutes 
les sectes, et des preuves sur lesquelles elles cherchaient à 
les étayer, dans notre traité des Discours sur les bases des 



CHAPITRE XLVII. 269 

pL^iJI aKj»û_. «jjj (s -^>^. k-^Xlaii *Xa* y l(j Uaji «^ÀaûJS 

yûj oL« .Xa£ *JL?i Jl «iUjJlj iùU*Jl J>*~~.5 U*^"*J ****J 

^ij ^ /*4À^j bjSi> U <^C oU-« <Xx£ X«wi yl ^ CJ~» f-fr*"* 
•cJtL» ^yJî Ç?U2Ti «-«JC^t-JUs J,i yJ ^Sl yij *^*-0 X«\J y 5 
*X^j <_JIL> j,i yJ ^£ «r^^S (**Ls> <£.à!S ï^LÀj jX?à. Sy&) 
Jlii <_JUs j! (Ji xsfi <^yJl* ***»• ^Jr^J & "-«vUaii »XAf.j5i> 

croyances , dans le Livre des Réflexions et de l'examen des 
doctrines professées par les hommes sur la qualité d'imam, 
et aussi dans le Livre de la sincérité. Abd el-Mottalib recom- 
mandait à ses enfants de se montrer généreux envers leurs 
proches et de les nourrir; il les excitait, par ses exhortations 
et par ses menaces, à se conduire comme ceux qui pensent 
sans cesse au châtiment final, au jour du jugement dernier 
et de la résurrection. Il transmit les charges du Sikayah et 
du Rifadah à son fils Abd-Ménaf, qui n'est autre qu'Abou- 
Talib, et lui recommanda de prendre soin du Prophète. 
On n'est pas d'accord sur le nom d'Abou-Talib : les uns 
pensent que son nom était Abd-Ménaf, comme nous l'avons 
dit; les autres croient, au contraire, qu'on ne le désignait 
que par son surnom. Ces derniers se fondent sur ce qu'Ali, 
fils d'Abou-Talib, écrivant, au nom du Prophète et sous sa 
dictée, une lettre aux juifs de Khaïbar, se servit de ce 
terme : Ali, fils d'Abou-Talib. Abd el-Mottalib, dans une 
pièce de vers sur le mètre redjez, rappelle qu'il recom- 
manda le Prophète à Abou-Talib, lorsqu'il dit : 

.l'ai recommandé à celui que je surnommais Abou-Talib le fils de celui 
qai est parti pour ne plus revenir. 



270 LES PRAIRIES IV OR. 

tiUà (j»« >Uoi Job cxjjyi dUjsj &né^X) ^-<wJ bu*J (jv*aa«j 
AAJj.*JL ^J (j-« y^j l_>UJSi IJv-A j*X-«© ,j [>jSi> U (_*-**.£»- <^£ 

La plupart des Arabes , tant parmi les races qui ont sur- 
vécu que parmi celles qui sont éteintes , croyaient à l'ouvrier 
divin et enseignaient l'existence du Créateur. 

Ce fut à l'époque de Kouch, fils de Cham, fils de Noé, 
qu'eut lieu cet ouragan qui renversa le palais de Nemrod, 
dans le pays de Babel, dépendant de l'Irak. Les hommes, 
qui la veille parlaient tous le syrien , se trouvèrent tout d'un 
coup partagés en soixante et douze langues différentes. C'est 
dans ce temps-là que le théâtre de cet événement fut appelé 
Babel. Dès lors les enfants de Sem, fils de Noé, se parta- 
gèrent en dix-neuf langues; les enfants de Cham, fils de 
Noé , en seize langues , et ceux de Jafet , fils de Noé , en trente- 
sept langues, comme nous l'avons déjà fait remarquer au 
commencement de cet ouvrage (t. I er , p. 78). Ceux dont 
l'arabe devint le langage furent Yârob, fils de Kahtân, 
Djorhom, Ad, Abil, Djadis,Témoud, Amlak, Tasm, Wa- 
bar, Abd-Doham. Yârob fils de Kahtân , fils d'Abir, fils de 
Salili , fils (le Salim. fils d'Arfakhchad, lils de Sem, fils de 



CHAPITRE XLVII. 271 

J_,ii| Jl*^JI i \ 3j j<+» ^ l JL&l) pl^jl ^jlk^ ^T bt 
jC-iJL! j-*-& (jvj^i (>laÀit Jv-g-^m yL*J!b <^*xJi bî 

ils »Jou jL«-^ c_>UJfi !*Xji> i bbî Ljuoj U <^a (jj^Jb Jji 
|0-4-*-» j-iOLiU ^^bj^i i -^JU& (j^À3j (iT^^b ua>^*y4 flgfc .j yl£ 

J i-A ^8>X-J ,>-S»- àV_£ ( ^y-J «X*W (>J ^5}-*' S ?" /0»$*-* J"*-*-^ U* 1 "' 

Noé, partit donc avec ceux qui le suivaient, soit ses enfants, 
soit étrangers à sa famille, et il prononça ces vers : 

Je suis le fils de Kahtàn , le magnanime , le très-semblable à mon frère. 

O hommes, marchez clans les rangs de la première cohorte. 

C'est moi qui, le premier, ai prononcé, dans la langue aux allures faciles, 

Le discours clair et sans ambiguité. 

Dirigeons-nous tranquillement vers la droite du soleil. 

Puis il vint camper clans le Yémen , ainsi que nous l'avons 
dit plus haut dans cet ouvrage. Ensuite Ad, fils d'Aws, fils 
d'Aram , fils de Sem, fils de Noé, partit à son tour et s'éta- 
blit dans la région appelée el-Ahkaf (les sables ondulés), 
entre l'Oman , le Hadramaut et le Yémen. De là ces peuples 
se dispersèrent dans toutes les directions , et beaucoup d'entre 
eux se répandirent au loin. Tel fut, par exemple, Djeïroun, 
fils de Saad, fils d'Ad, qui vint se fixer dans le pays de 
Damas, dont il fonda la capitale. Après y avoir réuni un 
grand nombre de colonnes de marbre blanc et d'autres 
marbres, il y éleva une construction considérable qu'il 



272 LES PRAIRIES D'OR. 

»>\ ^^jLA.à.^1 «-*.«x^b (je- ^jj «XSj il^xîl c^ii -ji I^Um,j 
o»J>*Ji 1*X-jï> jj ^.à!^o*Xj jA=7j-li î«Xiû^ i<X^j»^ il^JtSi c^ii 
«X-^il t-jlxp Lgj>!^-»*ii (j-* ^•w *r>*-«\ÀSj (j%jL\jj (jvJCÀi'i Rà+u y&j 

c^-ils' U Je l#*i*J *^4 (J"^J5 (j-« vl?"^ *^* ^^ \à*& 

y^jj StXJ^j .^yj (j-j -L** (j.) ->) i^i ji\£. (jj (j*_><Xr=- ij-tf 

nomma Iremaux piliers. Dans les ouvrages historiques, on 
trouve des renseignements différents sur Irem aux piliers. 
De nos jours, en l'an 332 , son emplacement est occupé par 
un des marchés de Damas, situé près de la porte de la mos- 
quée cathédrale, appelée Djeïroun ou porte de Djeïroun. C'é- 
tait un vaste édifice servant de château à ce roi. Il était 
muni de portes d'airain d'un travail merveilleux, dont les 
unes sont restées dans leur état primitif, et les autres ont 
été adaptées à la mosquée cathédrale. Quant au prophète 
de Dieu, Houd, nous en avons déjà parlé dans cet ouvrage. 
Après Ad, fils d'Aws, Témoud, fils d'Abir, fils d'Aram, 
fils de Sem,fils de Noé, se mit en marche avec ses enfants 
et ceux qui l'accompagnaient. Tous campèrent dans le Hidjr, 
jusqu'à Kouzah. Plus haut, dans ce même livre, il a été ques- 
tion d'eux et de leur prophète Salih, et il a été remarqué 
qu'ils étaient établis aux environs duWadi'l-Koura, entre la 
Syrie et le Hédjaz. (Ci-dessus, p. 84 et suiv.) Après Té- 
moud, Djadis, fils d'Abir, fils d'Aram, fils de Seni, fils de 



CHAPITRE XLVII. 273 

0*-x~>j\~**2 ii-*UrJ5 t_j,Jjj *iJjLû -ji o«-L»» Ujy» UX» «XSj axaj 

cj-»^ ««xJj-j ^y yj pU» ^ j.ji ^ ^iJ ^ ^^ (j^oOs.^- 

Jyjb ^£>_5 axa; 

(j^ (J-^ (^» (J^S«J ^^> (j^ |^A*J ^aJUxJî fj ^ Jy> 

Noé, partit avec ses enfants et ceux qui le suivaient, et, 
comme nous l'avons dit déjà, il vint occuper le Yéma- 
mah. Après lui, Amlak, fils de Loud, fils d'Aram, fils de 
Sem , fils de Noé, se mit en marche avec ses enfants et ceux 
qui le suivaient, et il prononçait ces vers : 

Comme j'ai vu que les hommes ne s'entendaient plus entre eux, et que 
ceux qui parlaient la langue primitive s'étaient éloignés de nous , 

Je suis parti avec toute ma famille, emmenant mes troupeaux qui 
paissent en liberté, et je me suis dirigé d'un pas tranquille vers la droite 
du soleil. 

Ceux-là s'installèrent aux extrémités du territoire sacré et 
dans les régions avoisinant la mer. Quelques-uns d'entre eux 
cependant prirent la direction de l'Egypte et du Magreb , 
où, comme nous l'avons déjà fait remarquer, plusieurs ré- 
gnèrent sous le titre de pharaons (hycsos?). Nous avons 
également rapporté, dans un chapitre précédent, l'opinion 
de ceux qui , rattachant les Amalécites et d'autres peuples déjà 
nommés à Esaù, fils dlsaac, fils d'Abraham el-Khalil, pré- 



274 LES PRAIRIES D01\. 

a— gJJLtf ^5"ij -PjUiwI ^c UajI «xïj K^£«j J.UJL» Qbj^î tM 

i^iUaji ^jJUjcÎI cj-« J~» tJ-« y^ *Xij ^oy£> ^j ^JoucwJî ybj 

^ fj^l a-xu-« y^i (j*^AJi cj>jj *h}àa> Uy» -UJij^i'j' ^ 

tendent qu'ils sont ses véritables descendants. Ces Amalé- 
cites ont eu beaucoup de rois qui ont vécu anciennement 
dans différentes contrées de la terre, soit en Syrie , soit ail- 
leurs. Nous avons raconté leur histoire, en décrivant leur- 
empire et en rapportant les guerres qu'ils eurent à soutenir, 
dans nos Annales historiques. Plus haut, dans cet ouvrage 
(t. I er , p. 98), nous avons rapporté ce qui arriva à Josué, 
fils de Nouu, dans la contrée d'Aïlah, avec le roi des Ama- 
lécites, Someïdà, fils de Houbar. Ceux d'entre eux qui sur- 
vécurent à leur défaite furent annexés à l'empire des rois 
de Roum, qui leur donnèrent la propriété des terres situées 
à l'orient et à l'occident de la Syrie, et du Djézireh , aux 
confins de cette dernière province, entre les frontières des 
Roumi et celles des Perses. Parmi ceux des Amalécites aux- 
quels les Roumi concédèrent la royauté, il faut citer Odeï- 
nah, fils de Someïdâ, dont parle el-Acha lorsqu'il dit: 

Il a dépossédé Odeïnah de son empire, et il a chassé loin de son 
peuple Dou-Yézen. 

Ensuite la dignité royale échut à Haçàn , (ils d'Odeïnah , (ils 



CHAPITRE XLVU. 275 

A\j«LJLi »^juL^j t_^=»- dbU j^i t$^>j^t (j^-?^f **Ç*^^" (JW3 
j\— «» /*-$' iLjÇtS-À. [*j}\ Joci (j-« ytë' U5 bj5i> U ^c ii^-Js^- 

p^" <J* jyt fc*? ^ fc*? f*~k U^ ^^-* c^ Ô JJ (&*- (s^J-^- 

de Tarib , fils de Haçân , connu seulement par sa mère Zibba. 
Il eut pour successeur Amr, fils de Tarib , auquel quelques- 
uns croient qu'appartenait le surnom de fils de Zibba. Il 
eut à soutenir, contre Djodaïmah el-Abrach el-Azdi , le père 
de Malik, de longues guerres, et il fut tué par son rival, 
comme nous l'avons déjà rapporté, en racontant le meurtre 
de Djodaïmah par la reine Zibba. (Ci-dessus, p. 189 etsuiv.) 
Après Amlak, fils de Laoud, Tasm, fils de Laoud, fils 
d'Aram, fils de Sem , fils de Noé, partit avec ses enfants et 
ceux qui le suivaient, et vint s'installer dans le Bahreïn. Ce- 
pendant tous les peuples que nous venons de nommer s'é- 
taient disséminés sur la terre, où chacun d'eux avait choisi 
son campement, tel qu'il a été décrit. Les Djadiçites, s'étant 
multipliés, choisirent pour roi el-Aswad, fils de Guifar. Les 
Tasmites, s'étant multipliés également, choisirent pour roi 
Amlouk, fils de Djadis. Obeïd, fils de Cheryah el-Djorhomi , 
lorsqu'il se rendit chez Moâwiah, raconta que la tribu de 
Tasm, fils de Laoud, fils d'Aram, fils de Sem, fils de Noé, 
et celle de Djadis , fils d'Abir, fils de Sem , fils de Noé , étaient 

18. 



276 LES PRAIRIES D'OR. 

J&lî Sj-ir-ij f>W^ *r!« x *- J J (J^r!^ 5 ?- c^ 2 -*»*î<>^.5 Sjlj^oi J-* 
?JÙ3 yjU CXÀJ *^i& l#i Jlib yw.J«Xi»- (^ ï\j*\ <*JC?Î 4^»- 

o«-jU L^fi Li6«xJj (jàAi àt;lj (3^U «i Jl*J ^j^ ^ W 



les Arabes pur sang. Ils campaient tous dans le Yémamah, 
qui était connu alors sous le nom de Djaw. Il y avait dans 
la tribu de Tasm un roi qui s'appelait Amlouk. C'était un 
homme aux procédés tyranniques et injustes que rien n'ar- 
rêtait dans l'assouvissement de ses passions, outre qu'il ne 
se lassait pas d'opprimer les Djadiçites et de les rendre vic- 
times de ses iniquités et de ses violences. Ceux-ci suppor- 
tèrent sa tyrannie pendant de longues années. Cependant 
c'étaient des hommes d'humeur belliqueuse, ne faisant au- 
cun cas des douceurs de la vie et violant les devoirs les plus 
sacrés. Le territoire qu'ils occupaient était le meilleur de 
tous, et il l'emportait sur les autres par sa fertilité. Il ren- 
fermait toutes sortes d'arbres fruitiers et produisait beau- 
coup de raisins. Ce n'étaient que jardins enclavés les uns 
dans les autres , au milieu desquels des forteresses formaient 
comme une ligne continue de défense. Les choses demeu- 
rèrent donc dans cet état jusqu'au jour où une femme de 
Djadis, appelée Hozaïlah, fille de Mazin, vint trouver le 
roi avec son mari. Cet homme, appelé Macluk, après s'être 
séparé d'elle, voulait lui prendre son enfant. Comme elle 



CHAPITRE XLVII. 277 

JJJLi Lfrjf Ï\jJ.\ C^JUi IfyJVO (Xs?J ^^£ Jl Uijjls a*U 
Joi ^_j \xJUii fiJJU^j\^ Uài VJJuàj} \xm*.ï AaXj-» ^*>Ji !**..£ 

,j Jl_x_=»vj Lft-A-* (jÀjJb yi tilUî j*\ï "&s\i o»-o U JsKJlî 

LiLià *^-£>-j& i L$Ls»-jy»jlj LfcJUj i^<VÎ ffiwJ» ^-5 U\5Î 

ne pouvait pas y consentir, tous deux se présentèrent devant 
Amlouk, pour qu'il décidât la question. La femme dit : « O 
roi, voilà celui que j'ai porté neuf mois, que j'ai mis au 
monde en souffrant, et que j'ai nourri de mon lait avec 
amour, sans en avoir jamais retiré aucun avantage. Aujour- 
d'hui que ses membres sont arrivés à leur croissance et que 
les parties de son corps ont pris leur entier développement, 
cet homme veut me le ravir de force et me l'arracher par 
la violence, pour me priver de cet objet de ma tendresse. » 
Le mari, prenant la parole à son tour, dit: « Elle a reçu sa 
dot intégralement, et moi je n'en ai retiré, pour tout in- 
térêt, qu'un enfant impropre à quoi que ce soit. Du reste, 
agis comme tu l'entendras. » Alors le roi ordonna qu'on leur 
prît l'enfant et qu'on le plaçât parmi ses pages. Hozaïlah 
dit : 

Nous sommes venus trouver le frère de Tasm pour qu'il jugeât notre 
différend , et il a rendu une sentence inique contre Hozaïlah. 

Par ma vie, tu as jugé en homme qui ne sait pas se défendre contre 
les entraînements de la passion , qui n'a pas fie tact et qui ignore la pra- 
tique de Injustice. 



278 LES PRAIRIES D'OH. 

U^b ^I^JI 0j^ sjj) ^°^ Zf^?*"* cK; lX *' J&-* t*-***^ 

Ujj t^Maji l^?-jj <jl l^*i Jsjû) &J yl». U* jUi yj ^am^I 

Je me suis présentée devant lui; mais je ne peux rien contre celui 
qui est hors de mes atteintes : mon perfide mari trouvera bientôt la peine 
de sa trahison. 

Ces paroles de Hozaïlah revinrent à Amlouk, qui en fut 
irrité, et qui ordonna qu'à l'avenir aucune femme de Dja- 
dis, quand elle se marierait, ne serait conduite à son époux 
avant de lui avoir été amenée à lui-même pour qu'il jouît 
des prémices de sa virginité. Ce fut pour les Djadiçites une 
source de longues humiliations. Cet état de chose se main- 
tint jusqu'au mariage de Gofaïrah, que d'autres appellent 
ech - Chamoas (la rétive), fille de Guifar-el-Djadiçi, sœur 
d'el-Aswad, fils de Guifar. Lorsque fut venue la nuit où on 
devait la remettre aux mains de son époux, elle fut conduite 
chez Amlouk le Tasmite, auquel elle devait se livrer, suivant 
l'usage. La jeune fille était accompagnée de deux femmes, 
qui chantaient ces vers : 

Parais en présence d'Amlouk, prête à céder à ses désirs; lève-toi sans 
résistance; ne diffère pas, ce matin, une chose qui te charmera. 
Car désormais pas une vierge d'entre vous ne pourra échapper. 



CHAPITRE XLV II. 279 

J^vJl :><X.,C <♦£•*-» J^=V f^s (X_jLa_JC_j Ji jj_j U A^t.jI 

■X-**-*Nj U*LJJ^' v!^^ j^JiXàfc. L«cU (j*jj^_xJî c-^Js ^Xjj*X* 

Cependant Gofaïrah étant entrée chez Amlouk, il abusa 
d'elle, puis il la laissa aller. Celle-ci sortit, et, venant se 
placer devant ceux de sa tribu , encore toute sanglante , le 
haut de sa robe déchiré par devant et par derrière, elle 
s'écria : 

O mes frères, est-il rien de plus avili que la tribu de Djadis? Est-ce 
donc ainsi qu'on agit avec les épouses ? 

Puis, refusant absolument d'aller trouver son époux, elle 
disait encore pour exciter ses compatriotes, les Djadiçites, 
contre les Tasmites : 

Souffrirez-vous que l'on traite ainsi vos jeunes filles, vous qui, pour 
le nombre, égalez les fourmis? 

Vous convient-il que vos vierges s'en aillent tout ensanglantées, elles 
qui, parées de leur beauté, auraient été conduites en pompe à leur 
mari, au milieu d'un cortège de femmes? 

Si votre colère ne s'allume pas à la vue d'un pareil outrage, alors soyez 
donc des femmes, et ne cessez pas de vous teindre avec du collyre. 

A vous les parfums dont s'imprègnent les épouses; car, sans aucun 
doute , vous avez été créés pour vous parer des habits de noces des fian- 
cées et pour vous occuper de laver vos corps. 



280 LES PRAIRIES D'OR. 

J^J! xk^jo (^j U*à>* Jlxi>?^ L*jli (j*«^ (^*>vM &*•£$ l^SJi* 

dU«XJ cx.y^.g' Igjlfcj»! (j»« àj-^3 dlJj\~> ly*"?.^^ oot«vw Ij^j Jb 

^«JUÎ _j.Xt> Ks-^Xcj (+^>-*A.S /O.4A&-L0 diÀ» /Jwj |*AJW j-ffl» 5_j.*».Ai 

Honte et mille fois honte à celui qui ne sait pas se défendre de l'op- 
probre, et qui s'imagine que c'est une ligne de conduite avouable que 
de se comporter comme un étalon! 

Ah! si nous étions des hommes, nous, et que vous, vous fussiez des 
femmes, nous ne consentirions jamais à nous soumettre à l'ignominie. 

Sachez donc mourir en hommes généreux, et allumez contre vos enne- 
mis une guerre dont les flammes prendront les proportions d'un vaste 
incendie. 

O mes compatriotes, ne craignez pas d'entreprendre une guerre que, 
très-certainement, des hommes généreux seuls peuvent soutenir. 

Ils y périront tous, les lâches qui ne marcheront qu'en rechignant; ils 
en sortiront sains et saufs , les braves au noble cœur. 

En entendant prononcer ces paroles et d'autres encore, 
les Djadiçites furent enflammés de colère. Alors el-Aswad , 
fils de Guifar, qui était un de leurs chefs les plus influents, 
leur dit : «O Djadiçites, obéissez-moi clans ce que je vais 
vous dire , et répondez à mon appel ; vous y trouverez à tout 
jamais l'honneur et la délivrance de votre avilissement. » — 
« Que veux-tu de nous? » dirent-ils. — « Vous n'ignorez pas, 
reprit el-Aswad, que ces Tasmites n'ont pas plus de noblesse 



CHAPITRE XLVII. 281 

jjj Je-**-* &* U*U *i (j^ U JJi V^ **Uail* «i Usij, 
y-Jij JJjj UX»S «Xi *i iyUi oUaÀii *Ji ytff x^a^» Uxàa\*I 

Lxj îj^Àlô (jî CjUâJ »<X*5 U~* lâuXfjÂâbjj Lij^sJ pjiiJi 
-o^oTUyi <£wut*k/J (j*w}«Xjs>- b 4X$1^ m^J JUi b^Ajub ^ <jl 
bU J^Jlï ^v«Jb JsXilj ^.Xm. <^2 (jv^aj - ^ jî AaJI *-^>^*ii^ *J 
(jw* X*»j^ ^^Ah»*! £>bo <3^ J« AaXc Civ^ft tXi Uo (il-x^lii 
JLx_LÎi_j JJ-2I j, (^Juà-XJ/iA i^U» \b\à fo*2>\i UUb j«wJo 
LL* J^s»-; tK ^/Àjjj dLUb bl o^ôjÂils UàU^wb /e-^sii Uxi^j 

que nous. Si leur chef exerce sur vous comme sur eux un 
empire souverain, il ne le doit qu'à la soumission que nous 
lui avons montrée; sans cela il n'aurait aucune supériorité 
à faire valoir contre nous. Que nous cherchions maintenant 
à nous affranchir de cette tyrannie, n'avons-nous pas la jus- 
tice de notre côté?» — «Tu dis vrai, répondirent-ils, mais 
ces gens-là sont nos frères, après tout; d'ailleurs ils sont plus 
nombreux que nous et mieux armés, et, s'ils remportent la 
victoire, nous craignons bien qu'ils ne nous fassent pas de 
quartier. » — « Par Dieu, ô Djadiçites, s'écria el-Aswad, ou 
vous obéirez à mes paroles et répondrez à mon appel, ou je 
me jetterai sur mon sabre et m'ôterai la vie. » — « Nous voilà 
prêts à te suivre dans toutes tes entreprises, » dit le peuple. 
— El-Aswad reprit ainsi : « Je vais préparer un festin auquel 
j'inviterai Amlouk et les Tasmites. Quand ils seront venus, 
parés de leurs habits de fête et chaussés de sandales , nous 
nous précipiterons sur eux, le glaive à la main. Tandis que 
je m'attaquerai au roi, chacun de vous s'attaquera à l'un 
d'eux. » — «Fais ce que tu voudras, » s'écrièrent-ils tous. Il 
fut donc convenu qu'on mettrait ce projeta exécution. Alors 



282 LES PRAIRIES D'OR. 

»lcj *Ji %<Xjiîi (jlî i<XiÛ J»xÀj $ à^-w^l Xv^i) a^.AÀ* oJU* 

^ oï^*m U £ U&bjSi «Xi bloî JJi <& ïj.J<xà oJU* ^À^» 

/c-^-I Jb /o-5 -IjtiaJi îj<X£.i ci*.*»- JvojJS j U^Àiàj a.^JjAav 
^j«X*w A.S (♦Xilxwi i^iXiê. a-^»W^- £ {Jy*H PJ"* /o-Êsbl lil 
iii f»X_jls *l-w»wJL» !_j«Xj3 /o-4-*^^^ î^*X^-l» ji J**i a.^aXc 

Gofaïrah dit à son frère el-Aswad : « N'agis pas ainsi. La per- 
fidie est une chose honteuse et indigne. Attaquez-les plutôt 
en force dans leur pays : ou vous serez victorieux, ou vous 
mourrez du moins en hommes généreux. » — « Non, s'écriè- 
rent les Djadiçites, nous voulons employer la ruse à leur 
égard. Ce moyen aura plus de puissance que toute la valeur 
de leurs hommes d'élite, et nous conduira plus sûrement à 
notre vengeance. » A ce propos, Gofaïrah récita des vers que 
nous avons rapportés dans nos précédents ouvrages. Ensuite 
el-Aswad prépara un grand festin , et recommanda aux siens 
de tirer leurs sabres du fourreau et de les enfouir dans le 
sable, à l'endroit où le repas devait être servi. Puis il leur dit : 
« Lorsque les Tasmites seront arrivés , et qu'ils seront embar- 
rassés dans leurs longs vêtements , saisissez vos glaives et 
fondez sur eux avant qu'ils aient pris leurs places; surtout 
commencez par les chefs, car, lorsqu'ils auront été exter- 
minés , vous n'aurez plus à vous inquiéter du menu peuple , 
et vous n'aurez plus rien a redouter de ce côté. » — « Nous 
ferons ce que tu as dit, » répondirent-ils. El-Aswad invita 



CHAPITRE XLV1É 283 

l_to :>_j~»*iM H^s-s A->l>t \y£.j.<»\s àwUJL ^wkJt p ^*»£) cj* 
JoOjJl j, py»y*»t U»)U2UuU (ja*j«X=>- '^^J slc^iî cji '.J-'lj'-' 

Ufc^Sjs? J^la.» **».l* ^^-S J-*»? W**?j^*^j UwJs I^j» j^j 

Lg_Afc J**^. *a!o; J^* »<N?j> <i' «*»5 «Xi ^\^j *j ei>lxX*wlj 
^U*a*. ^£ ijj Ufco &JuJ6o <\jc« ^^^J <**•* W^-3 W%> ^*^9 

donc Amlouk et ceux des chefs de Tasm qui habitaient 
avec lui dans le Yémamah. Tous se hâtèrent de répondre 
à cette invitation. Ils ne furent pas plutôt arrivés, que les 
Djadiçites, sautant sur leurs armes, qui étaient cachées dans 
le sable, fondirent sur Amlouk et ses compagnons, et les 
massacrèrent. Après les avoir exterminés jusqu'au dernier, 
ils envahirent leur pays et le livrèrent au pillage. El-Aswad, 
fils de Guifar, fit à ce propos des vers où il chantait, sous 
forme de complainte, le désastre de Tasm, l'histoire de ses 
injustices et de la conduite d'Amlouk avec sa sœur. Nous ne 
les insérerons pas ici, pour ne pas allonger cet ouvrage, 
d'autant plus qu'on peut les trouver dans nos compositions 
précédentes. 

Cependant un homme de Tasm appelé Ribah, fils de 
Mourrah le Tasmite, étant parvenu à se sauver du mas- 
sacre, se réfugia auprès de Haçân, fils de Tobbâ, dont il 
implora le secours. Avant de partir, il avait pris un rameau 
vert de palmier qu'il avait enduit d'une couche d'argile 
fraîche, puis il l'avait emporté et s'était mis en route seul 
avec sa chienne. Arrivé chez Haçân, il cassa la patte de la 



284 LES PRAIRIES D'OR. 

<X*_C £^*J| UJ î^,Xs:î <XSj JL^iL S (jv^ÀÀ^o ^Uats-Ij *^J 



chienne et enleva l'argile du rameau , lequel était resté vert 
comme lorsqu'il avait été cueilli. Ensuite il se présenta de- 
vant Haçàn, implora son appui, et lui raconta comment les 
Djadiçites en avaient agi avec ses compatriotes. « Dieu fasse 
miséricorde à ton père, lui dit le roi; d'où sors-tu? » — 
«Prince, que les malédictions s'écartent de ta personne! 
répondit-il, j'arrive d'un pays voisin et de chez un peuple 
dont j'ai eu à souffrir ce qu'on n'a jamais eu à souffrir de qui 
que ce soit. Je suis Ribah, fils de Mourrah le Tasmite. Les 
Djadiçites nous ont invités à un festin qu'ils avaient préparé 
pour nous. Nous avons accepté et nous sommes arrivés pa- 
rés de nos plus beaux habits. Quant à eux , ils avaient dis- 
posé des armes contre nous à l'endroit même où devait se 
faire le festin. Nous n'avions pas encore goûté à leurs metsque 
nous avons été mis en pièces, sans qu'il y eût. du sang entre 
eux et nous, et sans qu'ils eussent à se plaindre d'aucun acte 
d'iniquité de notre part. A toi donc, ô roi, que les malédic- 
tions s'écartent de ta personne! à toi de punir des traîtres qui 
ont brisé les liens de la parenté, et versé notre sang. » — 
« Mais, reprit le roi Haçàn, es-tu parti seul avec ce rameau 



CHAPITRE XLVII. 285 

U i^Jb /^*X-*-«^ J^ fcJ*M «***1 ^ ^ fcj* y l** j**^ 

fa\j\ [ù m^t lis-* U u^** Stiù /0^«X* kiUIi V^jI d)«>*** 
Uj j^^pU* j<X-fcJ u' t**^" U«*&- y.W (•*** !«xa (j^y 

» g ,*H _jA**iL A-*^ c^.AA^i U liji (jjaMÎ c^ajI J^Î^M 
££L£ ^c iL*UJi (^ îjyU© îiî {£»=•- »^» (j* £^> f»ôO^""» 

de palmier et cette chienne ?» — « Oui. » — « Si tu ne nous 
trompes pas , ajouta le roi , tu es venu d'un pays peu éloigné. » 
Et il lui promit devenir à son secours. Ensuite il appela les 
Himyarites aux armes , et leur apprit ce qui avait été fait aux 
Tasmites. « Ô roi, que les malédictions s'écartent de ta per- 
sonne! dirent-ils, qui leur a fait cela ? » — « Leurs esclaves, » 
répondit le roi. — « Alors nous n'avons pas à nous en mêler; 
ce sont nos frères , nous n'aiderons pas les uns contre les 
autres. Ce sont tes esclaves , ô roi , ne t'occupe pas d'eux. » — 
« Cette conduite serait coupable , reprit Haçân ; quoi donc ! 
si cela vous fût arrivé , pensez-vous qu'il eût été digne de 
votre roi de laisser votre sang crier vengeance inutilement? 
C'est une obligation rigoureuse pour nous de protéger les uns 
contre la tyrannie des autres. » Les chefs répondirent : « C'est 
à toi de décider, ô roi; que les malédictions s'écartent de ta 
personne! Commande-nous donc ce que tu voudras. » Le 
roi leur ordonna de marcher contre les Djadiçites. Ribab , fils 
de Mourrah, accompagna les Himyarites. Quand ils furent 
arrivés à trois journées du Yémamah, Ribab, fils de 
Mourrah, dit à Haçân : « Ô roi , que les malédictions s'écar- 



286 LUS PRAIRIES D'OR. 

LX-^Î J yl (jf JtM «*&*! u^.^ viUS *^* (£< glfj Jk pCî 
\J. JJi y^ Utfyj Js.Xj ^Xi ^A^S? _ji Ui^> (jfc^-ÂJ ^-^ 

tent de ta personne ! j'ai une sœur mariée à un homme de 
Djadis; personne n'a une vue plus perçante que la sienne; 
assurément elle apercevra les cavaliers à une distance de 
trois journées, et je crains quelle ne mette les siens sur leur 
garde. Commande donc à chaque soldat de ton armée d'ar- 
racher de terre un arbuste , de le placer devant lui , pms 
de se mettre en marche. » Haçan donna cet ordre, qui fut 
exécuté ; après quoi l'armée poursuivit son chemin. La sœur 
de Ribah s'appelait Yémamah, fille de Mourrah. Yémamah, 
étant montée sur uq endroit élevé de sa demeure , dit : « Dja- 
diçites, les arbres marchent vers vous. » — « Qu'est cela? » 
dirent-ils. — «Je vois, reprit-elle, marcher des arbres der- 
rière lesquels il y a quelque chose. Je distingue un homme 
derrière un de ces arbres; il mord une épaule ou bien il 
raccommode une sandale.» On ne voulut pas la croire, 
quoique en réalité elle ne se fût pas trompée, et personne ne 
s'occupa des préparatifs de la défense. A ce propos, Yéma- 
mah dit aux Djadiçites : 



CHAPITRE XLVI1 287 

*>-*-*. -« ^s y^r w* (j^ ^' c^-*- J&& u^** 5 *" ^^ J*^Ij 

oJUi dJi ^ l#Ju*i i_j-*« dy^ Lgl^îi i tels UûUa* 



/ 



Je vois des arbres derrière lesquels se tiennent des hommes : d'où 
vient donc cette réunion des arbres et des hommes? 

Levez-vous tous, courez au-devant des premiers rangs. Si vous le 
faites, sachez que vous obtiendrez la victoire. 

Le roi Haçân continua donc d'avancer à la tète des Hi- 
myarites. Lorsqu'il ne lui restait plus qu'une nuit de marche 
pour atteindre Djaw, il disposa ses troupes en bataille. Dès 
le lendemain matin, il attaqua la position, passa au fil de 
l'épée tous les Djadiçites qui s'y étaient retranchés, les ex- 
termina entièrement, et réduisit en captivité les enfants et 
les femmes. Quant à el-Aswad, fils de Guifar, le chef des 
Djadirites, il prit la fuite et vint chercher un refuge chez 
les Tayites. Ceux-ci le prirent sous leur protection contre le 
roi des Himyarites et tout autre ennemi , quoiqu'ils ne le 
connussent pas. On prétend qu'aujourd'hui encore sa pos- 
térité existe chez les Tayites. Lorsque Haçân en eut fini avec 
les Djadiçites, il fit venir Yémamah, fille de Mourrah, qui 
était une femme aux yeux bleus. Quand on lui eut arraché 
les yeux, par ordre du roi, on trouva dans leurs globes des 
fibres noires. Interrogée sur la cause de cette particularité , 



288 LES PRAIRIES D'OR. 

iUUJL JJ^J^tj ^ dUi *Xxj (j*UJi UÂsS^ls *j J^Ê,l 
J| Lf--? c^.a-<w-* iUUrJb ^.s» ^<w Jli»^ 3.=- t-*b ^c o^aoà 

A_*j.â tj-» «Î^XAJ (j^ &<XJjJ ^^i ^J pL« (jJ p\ yJ à$iJ ^jÎ 
4>îi çj* RJ^'j a.-<JCjIaciIî J.\* J«^9jJ *JMj^*li (jb;^u j«j (j^;i J>à* 

&_^_lajtJi iooi/î &«X-.& vilXrf>i (jjvj*. J*-; jX -aWÎ yî f"^"^ 

elle répondit quelle avait l'habitude de se faire un collyre 
d'une pierre noire appelée el-itmid (antimoine). Elle fut la 
première qui s'en servit comme d'un collyre, et, depuis 
lors, l'emploi de l'antimoine à cet usage devint général. En- 
suite le roi fit attacher Yémamah en croix à la porte de 
Djaw, et il voulut que Djaw fut appelé Yémamah, nom que 
ce pays porte encore de nos jours. 

Après Tasm, fils de Laoud, Wabar, fils d'Omaïm, fils 
de Laoud, fils d'Aram, fils de Sem, fils de Noé, partit avec 
ses enfants et ceux de sa tribu, qui le suivaient. Tous vin- 
rent camper dans la terre de Wabar, dans la région appelée 
Remel-Alidj. C'est là qu'ils furent victimes de la vengeance 
céleste, et exterminés à cause des iniquités qu'ils avaient 
commises. Plus haut, dans le même ouvrage, nous avons 
consacré à ce sujet un paragraphe où a été consigné tout ce 
que les conteurs arabes ont inventé la-dessus, contrairement 
à la raison et aux lois du sens commun. Ils ont prétendu, en 
effet, que lorsque Dieu extermina la grande tribu des Wa- 
bar, comme il avait déjà exterminé Tasm, Djadis, Daçim 



CHAPITRE XLVII. 289 

jL»:> c^-jls'j 1-svJàj L**_>«X^>-j UuJa silXiûJ Ub^l^j &it,j.xX\ 

oci^ pbj «jUl *Tà^Jl gjl \f&a>\i *.UvJt s5l^j ^b 

^J~£j ^LSj (J^-Sj pUiJî (jbjt (j* ÏLijJ^S^ ^Jj^O^ (JVJ tiiJij 

♦X-K2.35 Uàîjî ^ ,X <>. l^jc^-j jL»^ jL»i £ <^<iS^ ^4 u^ 

l^# U^,^ Jk) 5^o 4-uoâJ ooK lyjj, ^ilj ^ l^Jl 

i^X^Jl liUj (j-. iX&-5 bi yi^ Ijj^Oj %&j IaÀ£j Î^Ç l^AA^i^J 

<X-*-Lc UOUmj Vl^^ A -^=?"^ CJ-* (J-4^ OuiLa- ÎJs-^jt* j| IklU 
SjAasw l^c £J"=?^* ^b* U^ £?W **^ ^H? <^P' i'j-* 

jL# J^-^î (j*j-a£5 «x^t {^>ii î Jsj&j «jJjci Uj^ *^Iïj> 

(des Daçimites, les uns habitaient le pays de Semawah, où 
ils furent exterminés par un vent noir et brûlant; les autres 
campaient à el-Djawlân, à Djazer, dans la terre de Nawa, 
qui fait partie du Haurân, et à el-Batnyeh [la Batanée] , 
c'est-à-dire entre Damas et Tibériade, en Syrie), Amlak, 
Ad et Témoud; ils ont prétendu , dis-je, que les Djinn occu- 
pèrent le pays de Wabar et en interdirent l'accès à qui- 
conque d'entre les hommes aurait voulu y pénétrer. Dieu , 
disent-ils , n'avait pas créé sur la terre une région plus 
abondante en pâturages, plus couverte d'arbres, plus pro- 
ductive en fruits, raisins, dattes, bananes. Lorsque quel- 
qu'un s'en approchait, soit par irréflexion, soit de propos 
délibéré, les génies soulevaient en face de lui des flots de 
poussière , faisaient pleuvoir sur sa tête des nuages de sable 
et poussaient à sa rencontre des tourbillons impétueux. Vou- 
lait-il revenir sur ses pas, ils lui faisaient perdre la raison, 
l'égaraient et souvent même le tuaient. Au rapport de la 
plupart des habitants du Hédjaz, l'emplacement de cet en- 
droit était introuvable. Quelqu'un demandait-il qu'on lui en 
m. in 



290 LES PRAIRIES D'OR. 

Jli «x_ij *_£-»- ( 0, "fr-** ^V^l? s^j.r* (^V^* (^ y' ^ ^M* 
jb,iU »*x_4 & f-if-Jr* <a« l^ôi Uj^àç 1 ^U JJi i 

is^lî (j* A**»-^ o^p" **^- rf> (j* ujy** p^^l? **^^ 

montrât la direction et qu'on le menât à la frontière, ils pré- 
tendaient que s'il se trouvait un guide qui entreprît de le 
conduire, l'esprit de vertige s'emparait de lui et le faisait 
dévier de la route, ainsi qu'il était arrivé aux enfants d'Israël 
qui erraient avec Moïse dans le désert. Dieu les avait em- 
pêchés d'en sortir et en avait fermé devant eux les issues 
jusqu'à ce qu'il eût accompli à leur égard tout ce qu'il avait 
résolu, et que ses décrets eussent été pleinement exécutés. 
Un poëte arabe, faisant allusion aux récits merveilleux qu'on 
débitait relativement à cette terre inconnue, a dit : 

Il a appelé une troupe nombreuse qui ne le conduira même pas au lieu 
de la sieste, quelque blâme qu'il lui adresse, pour le mener au pays de 
Wabar. 

On pourrait citer beaucoup d'autres contes semblables. Les 
Arabes des temps anciens et des temps postérieurs, soit 
dans les âges d'ignorance , soit depuis l'avènement de l'islam , 
débitent sur ce pays des récits merveilleux comme surWa- 
di'1-Koura, es-Sammân , ed-Dahna,Remel-Yabrinet d'autres 



CHAPITRE XLVII. 291 

^J^Lft £5 *iûji!. JoJMj £Â 3M «>«»-i p^Ji JbjM »<X^> 

|J«J-=I L^AJ U*-Jj»«> <X* ÀajIhOcÎÎj <50«Xj£*V*Jij *j*>yU«Jî^ /j4^ 
L^jyi <_jj-*Jl jUàJ £*ol_$-s. Lila d Wfc fcî j 5^Ai^> viUi £ jln^SiM^ 

c-jj— =>-jJî «x-»- ^c £._s*.^ ajj5 q50o! Ltf Lj!^.»J /^e <xxXJij 

(*•=£? «Xa£ rfV*i yjjb^ «XajjLwj Uaa^s ^j-« OïX*w l^çyi dUi 

endroits clans lesquels ils s'arrêtent et dressent leurs tentes 
quand ils sont à la recherche de l'eau et des pâturages. Au- 
jourd'hui, prétendent-ils, on n'y trouve plus personne, sauf 
les Djinn et les chameaux dits el-hoachiyeh. On appelle 
ainsi, suivant eux , des chameaux qui se croisent avec les cha- 
meaux étalons des Djinn. Ils tiennent à la fois de cette race 
des Djinn, des idiyeh, des asdjediyeh et des omaniyeh, les- 
quels se croisent ave« les houch. Ahou-Horaïm dit à ce sujet : 

On dirait que je suis monté sur une chamelle houchiyeh ou sur une 
autruche, qui appartient à la race des oiseaux, et cependant c'est une 
autruche mâle. 

Il existe beaucoup de poésies ayant trait à ces animaux. 
Dans nos précédents ouvrages, nous nous sommes étendu 
longuement sur les légendes que les Arabes ont recueillies de 
la bouche de leurs ancêtres, légendes qui sont possibles, 
mais sortent des limites du nécessaire et du probable, et 
qu'ils nous ont transmises avec la plus grande profusion 
de détails. 

19- 



292 LES PRAIRIES D'OR. 

^Véii *\J>_j Îbwj'Js-* j-^*X-Jl t^J^S 1 O^*^? -^j^ «-^^fc-* 

^i /w_> i^ii 0-J pr\-*ijLwj lA^J^Jtj <\5of LjJyi 45ÙS*- à^Vdi 
ï La— *ù>Jà U ^.^- r* - <^c (j^-ÀjIî (j*;li o^v wK^- (^j-*?" ****? 

dUi <j^ »_jj yj «Un yJ -jl (jJ àj^J (jjJ riV»i (jjJ ci^e^A^» 

Après Wabar, fils d'Omaïm, Abd-Sakham, fils d'Aram, 
fils de Sem , fils de Noé , partit avec ses fils et ceux qui le 
suivaient. Ils vinrent camper à Tayif , où ils furent victimes 
d'un fléau qui les extermina tous. Il est souvent fait mention 
de cette tribu dans les poètes. On prétend qu'ils furent les 
premiers à écrire l'arabe, et à disposer les lettres de l'al- 
phabet dans l'ordre d'élif, la, ta, tsa, et ainsi de suite jus- 
qu'à la dernière des vingt-huit lettres. Au surplus , les opi- 
nions varient à cet égard, attendu qu'on n'est pas d'accord 
sur l'origine de l'écriture. 

Après Abd-Sakham, fils d'Aram, Djorhom, fils de Kah- 
tân , partit avec ses enfants et ceux qui le suivaient. Ils par- 
coururent différentes régions ; puis ils campèrent à la Mec- 
que , et s'y installèrent définitivement. 

Après Djorhom, Omaïm , fils de Laoud, fils d'Aram, se 
mit en marche et vint s'établir en Perse. Les Persans, 
comme cela a été dit plus haut dans cet ouvrage, au 
chapitre intitulé Divergence des opinions relativement à 
l'origine de la race perse (t. II, p. i38), descendent de 



CHAPITRE XLVII. 293 

o^ *■&> k%Uî v^ u*jk? uy\* cK-s> y»«j^iL <<v«i bjji 
A fl i^U».* i (jx^ 5^«^jj (^=- cM>l iyfe' JoUiiii a Jsjû ^ 



(j-« 



Keyomers, fils d'Omaïm, fils de Laoud , fils d'Aram , fils de 
Sem , fils de Noé. Un ancien philosophe , parmi les poètes per- 
sans nés dans l'islamisme, a dit à propos de cette origine : 

Omaïm l'excellent est notre père antérieurement à la race des Per- 
sans : quant à ceux-ci, ces dominateurs des rois, je me fais gloire de 
leur appartenir. 

Au dire de plusieurs historiens, toutes les tribus que nous 
venons de nommer habitaient sous la tente et campaient 
dans les déserts dont elles étaient en possession. Omaïm , 
au contraire, fut le premier qui bâtit des demeures fixes, 
éleva des murailles, coupa des arbres pour se construire 
des abris et se couvrir à l'aide de toits. Quant aux fils de 
Cham, ils prirent la direction de l'Ifrikiyah (la partie de 
l'Afrique qui confine à l'Egypte) et de Tanger dans le Ma- 
greb, et s'y installèrent. Les mêmes auteurs prétendent que 
les Berbères descendent de Canaan, fils de Cham; mais il 
y a une grande divergence d'opinions sur l'origine de ces 
peuples. Les uns pensent qu'ils sortent de Gassân et d'au- 



294 LES PRAIRIES D'OR. 

^jvj>- jL»*xJI kiLLs yjê (j-<^5 cj-« fij**) ^yh* 3 (*4*l5 y^ 
,.\s' U rv-*-^ J«-**« (j-« y^ U «xàc tjjjU :>^o (j-» ywUji <^ji 

y^js-jbi^fî x,.^-» -UJi i^o yWS'.xJj (j* <^J&y\ A -U- 

«xJy (j^ «x*,*Jij *Xa^Jî y! Jytîi î*xj& <J^** «x^mJ! (jbjl (j* 

très localités clans le Yémen, d'où ils émigrèrent en même 
temps que plusieurs autres tribus yéménites vers les régions 
occidentales de l'Afrique, lorsque le pays de Mâreb fut 
abandonné à l'occasion de la catastrophe connue sous le 
nom de Seïl-el-Arim (effusion, ou torrent des eaux de la 
digue). Il y a des écrivains qui les font descendre de Kaïs- 
Aylân, sans parler des autres opinions relatives à ce sujet, 
qui ont été consignées dans nos précédents ouvrages. 

Le plus grand nombre des descendants de Canaan , fils 
de Gham , vinrent habiter la Syrie. Ce sont proprement 
les Cananéens, et c'est d'eux que cette région a été nommée 
pays de Canaan. Nous avons déjà parlé dans cet ouvrage 
(t. II, p. 39^) de ce qui concerne Misr, fils de Cham, 
ainsi que de Baïçar et des Coptes. 

Naufir, fils de Faut, fils de Cham, à la tête de ses en- 
fants et de ceux qui le suivaient, prit la direction de l'Inde 
et du Sind, où sa postérité se multiplia et fut remarquable 
par sa taille gigantesque. Ils établirent leur séjour dans le 
territoire de Mancourah , qui dépend du Sind. Il ressort de 



CHAPITRE XLVI1. 295 

,j3jiM j iLft c^-*-->_j t_>i^j^i^ cjLJJ^ ^oiîi J.AS» J^J l£ 

U c**-*»*---»- ^c i_j-iû /b-. ^-*Ji ^Mi e*jco U^ilj l<x^>^ ià^**? 
U^tXj» <xsj ^^j (jj *uv yj *ji ^j yy^ ij? ^ (&? à^teL. 

cette tradition que l'Inde et ie Sind ont été peuplés par les 
descendants de Naufir, fils de Faut, fils de Cham , fils de Noé. 
Les fils de Cham se fixèrent pour la plupart dans les régions 
méridionales de la terre. Les fils de Jafet eurent en partage 
les contrées situées au nord entre l'orient et l'occident, 
dans la proximité du mont Kabkh et de la ville de Bab-el- 
Abwab, comme nous l'avons fait remarquer en parlant des 
différents peuples et de leur dispersion à l'orient et daos les 
autres directions. 

Cependant les Adites, qui avaient alors pour roi el- 
Khouldjàn, fils d'el-Wahm, se livrèrent à tous les excès. 
Ils adoraient trois idoles, qui étaient Samoudâ, Sadâ et el- 
Habâ. Dieu, comme nous l'avons déjà dit, leur envoya 
Houd, fils d'Abd- Allah, fils de Riah, fils de Rhalid, fils 
d'el - Kholoud , fils d'Ad, fils d'Aws, fils d'Aram, fils de 
Sein, fils de Noé, et ils le traitèrent de menteur. Il a été re- 
marqué aussi que le peuple d'Ad se composait de dix tribus 
dont nous avons donné les noms. Houd invoqua contre eux 
la vengeance céleste; ils furent privés de pluie pendant 



296 LES PRAIRIES D'OR. 

LdÇ a-^jU ij aj5^ Ls-o yK ^fi l=-y yt Uï^**2 «^t-^J^ 

*X„xj X^A-ii (O-^^ <; '*^ a M*^ U* ^ v'**"*^ »"• f^**^.? 

u^ XAjtJii %-Aàj~» y^-dâ*? dUi j^> iyls^ aJI /o^j *>ji* 

trois ans, leur terre se dessécha, et ils ne surent plus que 
devenir. 

Les peuples que nous venons de nommer ne niaient pas 
l'existence du créateur souverain. Ils reconnaissaient que 
Noé était un prophète et qu'il n'avait pas trompé les siens 
quand il les avait menacés de la vengeance divine. Mais, 
plus tard, des doutes commencèrent à s'élever, lorsque les 
hommes abandonnèrent l'usage du raisonnement et de l'exa- 
men. Alors leurs esprits se laissèrent aller à la torpeur et 
suivirent le penchant naturel qui les portait à chercher un 
appui extérieur et à accepter sans contrôle ce qu'on leur pré- 
sentait. Ils avaient conservé au fond du cœur la crainte de 
celui qui a tout créé; l'idée de se servir des idoles comme 
d'intercesseurs auprès de lui et de leur rendre un culte était 
fondée précisément sur la puissance d'intercession qu'on 
leur attribuait. Ils ne laissaient pas, avec tout cela, de ré- 
vérer l'emplacement de la Kâabah, qui était, comme nous 
l'avons dit, un monticule de sable rouge. 

Pour en revenir aux Adites, ils envoyèrent à la Mecque 
pour demander la pluie du ciel. Les Amalik habitaient 



CHAPITRE XLVII. 297 

U | l; Il f 4MÎ J_*-J |-V^-p ^ viLsTj J^à l M 

W$&\ y_j«JL*juJ ii ij.**-*! JO> il s. yi il_fi ^J J — ***» 

UL$_.u» jo—ft-A-oî^J i£&^& "&* ^ — * ij^ à^ LF-^J — " Ulî 

Ul—^-Jl JO-aJj iJS^L^J |*vs-^jc-*ii L^_* UaU ^i^ 

alors ce territoire. Le"s députés, étant arrivés à la Mecque, se 
mirent à boire et à se divertir, au point que les deux cour- 
tisanes esclaves de Moâwiah, fils de Bekr, leur chantèrent 
ces vers , dans lesquels ce prince les excitait à exécuter l'en- 
treprise pour laquelle ils étaient venus : 

Allons! Kaïl, allons! lève-toi, adresse-loi au ciel d'une voix basse: 
peut-être Dieu nous enverra-t-il des nuages chargés de pluie. 

Peut-être arrosera-t-il la terre d'Ad; hélas les Adites ne savent plus 
depuis quelque temps faire entendre une voix distincte. 

Les bêtes fauves viennent visiter le pays des Adites : elles ne craignent 
plus les flèches que décochent leurs archers; 

Car une soif terrible les dévore. Tous ont perdu l'espoir de prolonger 
leur existence, les vieillards chargés d'années comme les jeunes gens. 

Quanta vous, vous êtes ici au comble de vos désirs; ainsi s'écoulent 
dans leur entier et vos jours et vos nuits. 

Honte à vos envoyés! Jamais il n'en vint de pareils de quelque pays 
que ce soit : aussi ils ne rencontreront ni les bénédictions ni le salut. 

En entendant ces paroles, les envoyés, secouant leur tor- 
peur, se hâtèrent d'aller implorer l'eau du ciel pour leurs 
compatriotes. Personne n'ignore ce qui se passa lorsque les 



298 LES PRAIRIES D'OR. 

dUJJ Ijy-ûUjj 1^-k.c ^U l jsjft l^ilf dJi î^r, Uo **! 

-^ A_j |*O^SJU*»î U _j,i£> Jo Jlï /o-fjJjà y* dJi ^>_5-* «v« Uo 

(j-« «X-êj-Sj o«-0_j dUi à^JuS cj\.jm') |*Xiû ^ ^w» L<çvi Lûj 

nuages arrivèrent et que les envoyés eurent choisi celui qui 
leur parut préférable. A ce propos, Mourtad, fils de Sâd, 
dit dans une poésie : 

Les Adites ont été rebelles à leur envoyé, et ils ont été dévorés d'une 
soif ardente que les nuées du ciel ne sont pas venues rafraîchir. 

Que Dieu confonde les songes des Adites! car leurs songes sont comme 
un vaste désert aride et déuué de tout. 

Dieu envoya contre les Adites le vent dévastateur qui 
fondit sur eux d'une de leurs vallées. A la vue de l'orage, 
ils se dirent , « Voici venir un nuage qui nous donnera de 
la pluie , » et ils se réjouirent de cette bonne nouvelle. Houd , 
les entendant parler ainsi , leur dit : « Ce que vous appelez 
de tous vos vœux est un vent qui renferme un châtiment 
terrible." (Koran XLVI, a3.) La tempête se déchaîna le 
quatrième jour de la semaine; mais lorsqu'elle revint le 
quatrième jour de la semaine suivante, il ne restait plus un 
seul Adite en vie. C'est par suite de cet événement que 
le mercredi est réputé néfaste et qu'on ne l'emploie pas 
dans le calcul des jours. Plus bas, dans cet ouvrage, au 



CHAPITRE XLVII. 299 

«x_j^<£jJt aJl^L c>j«aj^ ayfc (^ o»*«w taVs yi y 

chapitre des mois, nous donnerons l'explication de cette 
particularité et nous dirons ce qui en résulte quant à la 
supputation du quantième du mois. Houcl le prophète, après 
avoir vu de ses propres yeux l'extermination de son peuple, 
se retira avec ceux des croyants qui le suivaient. C'est à quoi 
fait allusion en-Nahlil , fils d'el-Khalil , quand il dit : 

Si les Adites avaient été dociles aux avis de Houd, s'ils avaient suivi ta 
voie droite qu'il leur indiquait, 

Alors que par les promesses et par les menaces il appelait à lui le peuple 
d'Ad, en lui prodiguant les reproches et les réprimandes, 

Ces malheureux ne se seraient pas heurtés dans la prospérité, pour 
tomber misérablement le front dans la poussière , 

Étendus tout de leur long au seuil de leurs demeures. Quel fruit les 
envoyés ont-ils retiré de leur mission ? 

Une triste renommée qui se perpétuera d'âge en âge. 

Le dernier roi des Adites fut el-Khouldjân. Plus haut, 
dans cet ouvrage, nous avons parlé des rois des Adites, des 
Témoudites et d'autres encore, et nous avons dit que le 
premier qui régna sur les Adites fut Ad, fils d'Aws (ci-des- 



300 LES PRAIRIES D'OR. 

JJ>LoiJij <-ry*ÏÏ u* /o~*^M 8*K^ cy^S'i Uj Jla (jo^£ ^ àUi 

^«xJj (j<a*J JUi X**\fy»> /o*£><X*aïj jJ&«>Jt tK»S_j^ (Jâ*Aj Làjl 

sus, p. 8o). Après que ces anciennes tribus arabes eurent 
été exterminées, leurs pays, demeurés vides, furent occupés 
par d'autres peuples. Les Benou-Hanifeh vinrent alors cam- 
per dans le Yémamah et s'y installèrent. 

Abil, fils d'Aws, fils d'Aram, (ils de Sem, fils de Noé, 
avec ses enfants et ceux qui le suivaient, s'était établi dans 
le pays d'el-Djohfah, entre la Mecque et Médine. Ils y péri- 
rent emportés par un torrent, et c'est pour cela que cet 
endroit a été appelé el-Djohfah, de la racine idjhâf em- 
porter, entraîner. 

Yatrib, fils de Râtiah, fils de Mohalhil, fils d'Aram, fils 
d'Abil, avec ses enfants et ceux qui le suivaient, était des- 
cendu à Médine qui, de son nom, avait été appelée Yatrib. 
Eux aussi périrent victimes d'une catastrophe de la fortune 
qui les atteignit de ses flèches. Un de leurs descendants a 
dit dans une élégie qu'il leur a consacrée : 

Pleurez, mes yeux, sur le sort d'Abil. Mais hélas! quand la prospérité 
est passée, des (lots de larmes ne la rappelleront pas. 



CHAPITRE XLVII. 301 

° j i , w 



Hs avaient rendu Yatrib florissante. Aujourd'hui on n'y voit plus per- 
sonne : pas un être qui sorte de ses murs; plus un chameau qui y paisse. 

Ils avaient planté ses campagnes qu'arrosaient des eaux limpides : au- 
jourd'hui ses jeunes plants de palmiers sont étouffés sous les ronces. 

Le Dieu très-haut a rappelé l'histoire de ceux dont nous 
avons parlé , lorsqu'il a dit : « Les Témoudites et les Adites 
ont refusé de croire au jour du jugement dernier. Or les 
Témoudites ont été anéantis par la foudre grondante, » etc. 
(Koran, LXIX, 4, 5.) 

Les théologiens ne sont pas d'accorcl sur la question de 
savoir à quel peuple appartenait Choâïb, fils deNawil, fils 
de Rawaïl , fils de Mour, fils d'Anka , fils de Madian , fils 
d'Abraham l'ami de Dieu, quoiqu'il soit certain que sa 
langue était l'arabe. Les uns pensent qu'il appartenait aux 
races, arabes éteintes, aux nations qui ont disparu, à quel- 
qu'une de ces générations passées dont nous avons parlé. 
Suivant d'autres , il s'agirait ici des descendants d'el-Mahd , 
fils de Djandal, fils de Yâssob, fils de Madian, fils d'Abra- 
ham , dont Choâïb était frère par la naissance. De cette race 



302 LES PRAIRIES D'OR. 

«XaûJU^oj '&*aJL* dULtf £ S^àjXi dJ^A.* '&&.£■ \^i^ «XSj ^v^Jl 

CJU*£j_Sj Jg t W A V J (;J-^.<J J 2 ^*"^ j^~*-5 «^-^^ <£t~»*JU ^ÀÀ 

^c JJ^JÂ oj-a-îj J<XJL^ ^ oà^J) yj I^Sà U ^c fo 

jyi^ ^Jî (I) U^ (v^^mJIj jù^âH & dJ^Uî *^la 4^,1 

(j-.j5i Ujjv* Oj>>=i $•>■*£& iS J»AJ> «XSj Jw«^I t_>l*»->. UrA* 

s- 
yliC* Jg. .-^.^ j^~^ y ^3 j^-# (j-* ^*^J ^»3 *£<8 dU.* *^"^?î 

y ©_j t._Aâ,,^o (V\)^ tl"^*3 kj^*^? &y** «àî»wfiw»5 ja. < « .w^ 0^.j^ 

sortit un grand nombre de rois qui s'étaient 'dispersés dans 
des royaumes contigus les uns aux autres ou séparés. Parmi 
ces rois il faut distinguer ceux qui étaient nommés Abou- 
djed, Hawaz , Houii, Kalamoun, Çafas et Kourichat, tous, 
comme nous venons de le dire, fils d'el-Mahd , fils de 
Djandal. Les lettres de l'alphabet sont représentées précisé- 
ment par les noms de ces rois, où l'on retrouve les vingt- 
quatre lettres sur lesquelles roule Yaboudjed. Il a été dit 
beaucoup d'autres choses à propos de ces lettres, comme 
nous l'avons fait remarquer dans cet ouvrage; mais il n'entre 
pas dans notre sujet de rapporter ici tous les systèmes con- 
tradictoires imaginés pour expliquer la signification des 
lettres. Aboudjed fut roi de la Mecque et de la partie du 
Hédjaz qui y confine. Hawaz et Houti régnèrent conjointe- 
ment dans le pays de Weddj , qui est le territoire de Tayif , et 
la portion du Nedjd qui lui est contiguë. Kalamoun, Çafas 
et Kourichat furent rois de Madian ou, suivant d'autres, 
d'Egypte. Kalamoun exerçait la suzeraineté sur le royaume 



CHAPITRE XLVIl. 303 

y* dL-L>0 <jK Ail ^\j (j+ (j-Ldt (j^ &.*■* <*&* è? (£& 
(jL5"aUàJi JLj t_>i«X* (j\j b^Ji U ^c ^X-t-a» ItLà** Ua^v* 

y^ jùb^ê g) ^»^L* ôjy*iî f*J*J JJ **•* U"** O"^ Sr*****" 

j*«i)l# iyjbi_j Jil /<s#y^ JOUiij *!5)yJL -yiil j*^ U*> gi**** * 
iLA-A-la *î-wi*j ajI^S A^JiMbi «Xj>3 Aj (j*1 (j-«j U**<£ i^4^> 

4»t L^JutaL ^ JjJ Ltf *-$*?S> viUi a i \Jèyi S f*"*^"" 

de Macliau ; il y a même des auteurs qui pensent que son 
autorité s'étendait conjointement sur tous les princes' et les 
pays que nous venons de nommer. Le châtiment du jour de 
la nuée (Roran, XXVI, 189) eut lieu sous le règne de Ka- 
lamoun. Choâïb appelant ces impies à la pénitence, ils le 
traitèrent de menteur. Alors il les menaça du châtiment 
du jour de la nuée, à la suite de quoi une porte du feu du 
ciel fut ouverte sur eux. Choâïb se retira, avec ceux qui 
avaient cru , dans l'endroit connu sous le nom d'el-Aïkah, 
qui est un fourré dans la direction de Madian. Cependant, 
lorsque les incrédules sentirent les effets de la veDgeance 
céleste , et que , consumés par une chaleur terrible , ils com- 
prirent enfin la vérité, ils se mirent à la recherche de 
Choâïb et de ceux qui avaient cru en lui. Ils les trouvèrent 
abrités sous un nuage blanc, doucement rafraîchi par le 
zéphire, et ne ressentant en rien les atteintes de la dou- 
leur. Ils les chassèrent de cet asile , s'imaginant qu'ils y trou- 
veraient eux-mêmes un refuge contre le fléau qui les pour- 
suivait. Mais Dieu changea cette nuée en un feu qui se 
précipita sur leurs tètes. Mountassir, fils d'el-Moundir el- 



304 LES PRAIRIES D'OR. 

^^LJI^ pUUl» I^Umj Ijj^ 5^-à-J^ f j/-^ c^v-Ji îyks jf, 
j»,^ki iôou5^jA^^ VJLT 5 *- fer* ^WV^jW'-l if^ll *^#^j 

L^-U^ l$A* ytf y* *4JiUj *-fr4* fi-$*5 ^JUii »«X4 Je 
£ LmJC-'S'^ -«Xiij Uv» U^5s Je Uaj! «Xi x>-*iM Cir* (Hi-V* 
L^-wjà Je ULftljj L^fX& l^jJLt i JsJ& Uj\X^U <^*U Î<X* 

Médéni, a parlé de ce peuple et a déploré son triste sort 
dans des vers où il dit : , 

Les rois des enfants de Houti et de Çafas , qui vivaient dans l'opu- 
lence, et ceux de Hawaz , qui possédaient des palais et des appartements 
somptueux, 

Régnaient sur la contrée du Hédjaz, et leur beauté était semblable à 
celle des rayons du soleil ou à l'éclat de la lune. 

Ils habitaient l'emplacement de la maison sainte, ils adoucissaient les 
mœurs de leurs compatriotes et gouvernaient avec illustration et honneur. 

Rien de plus curieux que l'histoire de ces rois, le récit 
de leurs guerres , de leurs actes , de la manière dont ils s'em- 
parèrent de ces contrées et y établirent leur domination, 
après en avoir exterminé les premiers possesseurs. Ceux-ci 
étaient des peuples dont nous avons parlé dans nos précé- 
dents ouvrages , en traitant ce sujet; nous appelons l'atten- 
tion dans ce livre sur nos premiers écrits, et nous engageons 
le lecteur à les consulter. 

Les Benou-Hadour formaient une nation nombreuse, 



CHAPITRE .XLVII. 305 

^ /o-^-ii /o-^a* ^UJi £j\X> «Xiy kiUUIij (j<^)^' Ij^j-y&i^ 

-«Xfl^o (*j çaaju) /»>4Aii uï**j' jw»-^, >_* aMÎ jj^ «XJ»^ 5_j.>%,Jl 

yl^-JJ- y_J i£»y~* <*AÀJÎ ^J^JCJLf ^>4>W« t r OwLo fcl"*^* fM^ji 

pleine de force et d'énergie, qui étendit sa domination sur 
une grande partie des royaumes de la terre. On n'est pas 
d'accord sur leur origine. Les uns les rattachent aux races 
arabes éteintes que nous avons nommées plus haut. D'au- 
tres les rangent parmi les enfants de Jafet, fils de Noé ; il y a 
encore différentes opinions que nous passerons sous silence. 
Dieu leur avait envoyé Choâïb, fils de Mehdani, fils de Ha- 
dour, fils d'Adi, pour leur servir de prophète et les dé- 
tourner de la voie criminelle où ils s'étaient engagés. Il ne 
faut pas le confondre avec Choâïb, fils de Nawil, fils de 
Rawaïl, fils de Mour, fils d'Anka, fils de Madian, fils 
d'Abraham l'ami de Dieu ; ce Choâïb était chef des Madia- 
nites; Moïse, fils d'Amrân, épousa sa fille, et il en a été 
question plus haut; or il y a entre ces deux Choâïb des cen- 
taines d'années. Entre Moïse, fils d'Amrân, et le Messie, on 
compte mille prophètes, au dire des peuples du livre. Ce- 
pendanl les Benou-Hadour ayant mis le comble à leurs ini- 
quités et à leur infidélité, leur prophète Choâïb, lils de 
Mehdam, n'oublia rien pour les rappeler à la foi et pour les 



300 LES PRAIRIES D'OR. 

^ij.-^5»-^j^-^Jo «X*j tr» âjixii* J>à^22 fe^'j} f*\f* &:> ^ 
X_**X_*o ^£ J*X_;> A-?*X-> ^a AMI Ldy*.lbi Jj^iij ai c^-jfc' 
5«Xa*j UtXJo ^«î^ A-*:5 AMI £■*>£;? k** *-o^J (k: ÀÀ\^" OkAAJ^ 

JUUj dloUaJ*?j-£oij III dix^o ^ibij oyi U; <£jj jj-* 
jU**j -yUâil Jo^àJ! J^xJiii ^àM waoXj! yî^ &j ^w^«i U d 

arrêter dans le mal, en les menaçant en même temps de 
la vengeance divine s'ils ne s'amendaient pas. Bien loin de 
là, ils le tuèrent, quoiqu'ils eussent été témoins de ses mi- 
racles et des prodiges que Dieu avait opérés par ses mains 
pour prouver la réalité de sa mission et lui donner raison 
en face de ses contradicteurs. Mais Dieu ne laissa pas son 
sang crier inutilement vengeance , et ne permit pas que ses 
menaces restassent sans effet. Il y avait alors un prophète 
appelé Barakhia (Baruch), fils d'Akhbaïa, fils de Raznaïl, 
fils de Chalitân, appartenant à la tribu de Juda, fils de 
Jacob, fils d'Isaac, fils d'Abraham, l'ami de Dieu. Le Sei- 
gneur lui inspira d'aller trouver Bokhtnassar, qui était en 
Syrie, ou, suivant quelques-uns, un autre roi, et de lui 
prescrire de faire une expédition contre les Arabes habitant 
des demeures non garnies de serrures. Lorsque Barakhia 
fut arrivé en présence du roi , ce prince lui dit : « Je te crois, 
car voilà sept nuits que je vois en songe les mêmes choses, 
que je suis prévenu de ton arrivée, que mes oreilles se ré- 
jouissent de tes paroles, qu'il m'est prescrit de faire tout ce 



CHAPITRE XLVII. 307 

^L^o *-|^ r^*°3 *j£=>\j**& <i &y*?P c£>k*j ^^y^f & ( e »V^' 

-o^-cy?: ciA^aiilj *»^ Jy *Xi j-«^l yi 1^^^ JJi iyt$>* l^i 

yV*-^' l_j<XAâj£ v_ÂA*Ji ^«XiJj yyàSlyo -<s^ajU5"^J^ 

que tu viens de me dire et qu'il m'est commandé d'aller 
venger le prophète injustement mis à mort, l'homme uni- 
que, la victime de la méchanceté. » Il marcha donc contre 
les Arabes, à la tête de ses troupes, et envahit leur pays avec 
ses armées. Au moment où ils se préparaient à lui résister 
les armes à la main, une voix partie du ciel se mit à crier 
de manière à être entendue de tous : 

Oui , il sera vaincu ce peuple qui a usé ouvertement de perfidie envers 
Dieu : il aura beau employer la ruse envers lui, Dieu saura bien être le 
plus fort et le plus rusé. 

C'est ainsi que Dieu fait tomber dans l'égarement ceux dont le cœur 
est gâté, ceux qui s'adonnent à l'hypocrisie et s'écartent des voies de la 
justice. 

En entendant cette voix, ils comprirent que le jour du 
malheur était arrivé pour eux. Leurs troupes se dispersè- 
rent et leurs escadrons prirent la fuite, en luttant entre 
eux de vitesse. Le glaive s'abattit sur eux, et ils furent mois- 
sonnés jusqu'au dernier. Suivant certains auteurs, c'est par 
allusion à l'histoire de la chute de leur empire que Dieu a 
dit : « Lorsqu'ils ont senti les atteintes de nos coups, ils ont 



508 LES PRAIRIES D'OR. 

p 

iLJLivJC* sU^ cjU^s» c^là xXaojL* JjXs ovjls' ^iij SjUwJi 

<Ji rUj^wJi S ù\ÀS>- $"&*> UJB f^j^ u' csb <J"* H^J j^>; 

i«x_ & i y<>«-it »«x^ '^.jy &&i <J' »>-oIà-=»- <jl g-U Jo 
Jju» *»4i ytë' »XSj iU^m^ <n-ajLaJI oj.-*Ji jU-i»»i (j-« J^T 

pris la fuite pour les éviter. » (Koran XXI, 12.) On n'est pas 
d'accord sur leur pays et sur l'emplacement qu'ils occu- 
paient. Les uns pensent qu'ils habitaient la terre de Se- 
mawah, où se trouvait une suite non interrompue de cul- 
tures pourvues de jardins et de nombreux cours d'eau. Cette 
région, située entre l'Irak et la Syrie, vers les confins du 
Hédjaz, n'offre plus aujourd'hui que des déserts incultes et 
des plaines solitaires. Suivant d'autres, ils occupaient le ter- 
ritoire de Kinnisrin dans la direction de Tell-Maçih, de 
Khounaçirah et de Bilad-Souriah , villes qui, aujourd'hui, 
l'an 332 , relèvent de Halep et font partie du gouvernement 
de Kinnisrin dépendant de la Syrie. 

Nous avons déjà traité sommairement de l'histoire des 
races arabes qui ont survécu aux révolutions du temps, et 
de celles qui sont éteintes. Tous ces peuples, avant l'appa- 
rition de l'islamisme, avaient des doctrines et des opinions 
particulières sur les âmes , sur la transformation des goul , 
sur les hawatif (voix mystérieuses) et sur les génies. Nous 
en ferons, dans cet ouvrage même, le sujet d'un chapitre 



CHAPITRE 'XLVIII. 309 

<*MÎ *UÏ yî *$m iW^ j^l 

particulier, où, tout en restant renfermé dans les limites 
restreintes d'un abrégé, nous consignerons ce que nous 
avons pu recueillir de l'histoire des Arabes, de leurs tradi- 
tions et de ce qui a été conservé de leurs doctrines, en ce 
qui concerne les races éteintes et celles qui ont survécu. 

CHAPITRE XLVIII. 

OPINIONS DES ARABES SUR L'ÂME, QU'ILS CROYAIENT RESSEMBLER 
AU HIBOU ET AU CIIAT-HUANT, ET AUTRES SUJETS. 

Dans les siècles d'ignorance, les Arabes avaient sur l'âme 
et sur sa nature des systèmes et des opinions contradic- 
toires. Les uns prétendaient que 1 ame (en-nefs) n'était autre 
chose que le sang, et que l'esprit (er-rouh) était l'air qui 
circule dans l'intérieur du corps humain et qui produit le 
souffle (en-nefes) de la respiration. De là vient l'épithète 
de nef sa qu'ils donnaient à la femme, à cause du sang qui 



310 LES PRAIRIES D'OR. 

24Lam JOj ^-A-5^l ^JUa-JI alUL i^ kjb Jlijj i) *l A**ji£Vo 

<— *— i'uw>j U^ii AJCh>4^ J^-*-9 &J.*aï O.J^ OUS AKXi J^AJO /y£ 

U «X^? ^3 (»*xJi aJm> Ca,«.x.â.j iJ c-v/kXi (ji U^3 LaJv^« <5u«jb 

p 

(jUmJ^I £*+£>• i la*xwAJLj w> Us j*PbÀÂJ| jj\ f*£-yï (&■€-*•* aÀjuoj 

sort de son corps. De là l'emploi de nefs dans les discussions 
des jurisconsultes des différents pays sur la question de sa- 
voir si un corps dont le sang (nefs) coule souille ou ne 
souille pas l'eau dans laquelle il tombe; de là enfin la ré- 
ponse que fit Taabbata-Charrân à son oncle maternel Chan- 
fara l'ancien, qui lui demandait ce qui s'était passé entre lui 
et un homme qu'il avait tué. Il lui dit : « J'ai mis un frein 
à sa fureur et son âme (nefs) s'est échappée en ruisseaux 
abondants. » Les Arabes disaient que le sang ne pouvait plus 
s'échapper d'un cadavre, et que l'on n'y trouvait plus ce 
qui s'y voyait lorsque c'était un corps animé , le principe 
essentiel du corps étant la vie et la croissance, c'est-à-dire 
la chaleur et l'humidité; parce que tout ce qui vit ren- 
ferme en soi de la chaleur et de l'humidité. Au contraire, 
après la mort, la sécheresse et le froid succèdent à la cha- 
leur. Ibn-Barrakah a dit dans ses vers : 

Combien j'ai rencontré d'hommes doués d'instincts généreux, sur la 
poitrine desquels le sang (en-nufous) coulait à flots! 

D'après une opinion accréditée chez quelques Arabes, 



CHAPITRE XLVI1I. 311 

JyViîi (->\=&\ jSï>} *]j**iJî 

^1 y^Jj^j-i*» i)j -Ltf» il -0»* <^yJî Jljj {£*» dUi ^fi A 

-j»Ji (j* LJjJÏlS j.ÀJ&i 4^«5»- J-S&J /t>3 î >"**■«> £|£&rJj»UoJI i«X£b 

*Ma-*-ll jL>«Xji i| i«Xjt iXrs»^J>^ £-<X*ajj ( j£>..--»-j-J»Lj ΫXjÎ ^ 

lame serait un oiseau qui déploie son vol dans le corps de 
l'homme. L'homme vient-il à périr, soit de mort naturelle, 
soit de mort violente, l'âme ne cesse pas de voler autour 
du défunt sous la forme d'un oiseau qui fait entendre sur 
sa tombe des cris plaintifs. A ce sujet, un poëte, faisant 
allusion aux Compagnons de l'éléphant (ci-dessus, p. 159), 
a dit : 

L'oiseau funèbre et la mort exercent sur eux leur pouvoir impitoyable ; 
des cbouettes (kam) font retentir autour d'eux les écbos plaintifs des 
tombes. 

En effet, le nom qu'ils donnent à cet oiseau funèbre est 
el-ham, dont le singulier est hameh. L'islamisme trouva les 
Arabes entichés de cette superstition, jusqu'à ce que le Pro- 
phète eût déclaré qu'il n'y avait ni ham ni safar (chouette, 
chat-huant?). Ils prétendaient que cet oiseau, d'abord tout 
petit, grandissait jusqu'à ce qu'il devînt de la taille d'une 
espèce de hibou. Toujours fuyant la joie, toujours poussant 
des gémissements plaintifs, on ne le rencontrait que dans 
les endroits déserts et dans le voisinage des tombes, là où 
gisaient les restes de ceux qui avaient péri de mort violente, 



312 LES PRAIRIES D'OR. 

yl (j^_5)-Jj Jj^U C^i«X=»-l^ JsXJLlI tjLft* ^Ad-j (jAOji^J^j 

U kjtxJ ■o.flwolt^'j cjv4' «*Jj *2M* <^«> <ic Jly> ^ iUl^Ji 

et où reposaient les morts, lis disaient encore que la chouette 
(el-hameh) ne cessait pas de se présenter ainsi devant les 
enfants du défunt et de les visiter, pour lui rapporter des 
nouvelles de ce qui se passait après lui et lui en reudre 
compte. De là vient qu'es-Salt, fils d'Omeyyah, dit à ses 
fds : 

Mon àme, sous forme de chouette, me fera savoir tout ce que vous 
pourriez avoir à craindre; avant tout, rejetez loin de vous les actions 
honteuses et celles qui inspirent l'aversion. 

Au temps de l'islamisme , Taubah , parlant de Leïla el- 
Akhialyah , a dit dans le même sens : 

Si jamais Leïla el-Akhialyah envoyait un salut à mon adresse, quand 
bien même s'élèveraient sur moi le monument funèbre et les pierres 
sépulcrales , 

Certes je lui rendrais à mon tour un salut plein de joie; ou bien, 
volant vers elle, d'auprès de mon tombeau, une chouette (sada) la sa- 
luerait de ses cris. 

Ces citations montrent clairement que le sada descendait 
vers la tombe des morts et en remontait. Nous rapporterons 



CHAPITRE XLVIII. 313 

CyUj^i S jsjû yi Juki vXïj CjLîfl î*Xj£> (^ JuJU^^i J^-aJ 

dans son entier cette dernière pièce de vers, dans cet 
ouvrage , lorsque nous parlerons de ce qui arriva à Had- 
djadj, fils de Youçouf, avec Leïla el-Akhialyah. Suivant 
d'autres, ces vers ne sont pas de Taubah et s'appliquent à 
une autre qu'à Leïla. Quoi qu'il en soit, les allusions à cette 
croyance se rencontrent fréquemment dans les poésies des 
Arabes , dans leurs ouvrages écrits en prose ou en style 
rhythmé, dans leurs allocutions publiques et dans leurs allé- 
gories. Les Arabes, ainsi que d'autres peuples, parmi les 
races anciennes ou plus modernes, ont beaucoup de tradi- 
tions relatives à la transmigration des esprits. Nous avons 
traité ce sujet avec étendue dans celui de nos ouvrages 
qui a pour titre le Livre du secret de la vie et dans le Livre 
des causes excellentes. Dieu protège le juste! 



314 LES PRAIRIES D'OR. 

*^-J«y iLà^Ji jUiwI Jjxjdij ^j^XaxJI ,j <r^*^J ^djJUnJti Jtë 
L^_a_51 <X_Sj \._£yuél> LdCjj L^J^UolsiVJ j^j^aJi (j>* ç-l_yji £ 

CHAPITRE XLIX. 

RÉCITS DES ARABES SUR LES GOUL ( OGRES ), LEURS TRANSFORMATIONS 
ET TOUT CE QUI SE RATTACHE À CE SUJET. 

Les Arabes racontent des choses étranges sur les goul et 
leurs transformations. Par exemple, ils prétendent que les 
goul se transforment à leurs yeux dans des endroits soli- 
taires et qu'ils se montrent à des personnes privilégiées 
sous différentes ligures; que dans cet état ils ont avec elles 
des entretiens ou même souvent des rapports intimes. Les 
allusions à ces faits se rencontrent fréquemment dans leurs 
poésies. C'est ainsi que Tabbata-Charrân a dit : 

Souvent sur un coursier au sombre pelage j'ai fendu une légère nuée, 
comme la jeune fille, aux charmes naissants, fend le voile qui couvre 
ses membres, 

A la lueur d'un feu qui éclairait le noble animal, et que je n'ai cessé 
de chercher toute la nuit, tantôt lui tournant le dos, tantôt m'avançant 
vers lui. 

Au lever de l'aurore , la goule s'est présentée à moi pour être mon 
épouse : O ma compagne, lui ai-je dit, que vous êtes terrible à voir ! 



CHAPITRE XLIX. 315 

<*A_A_A J& ^«Xji ^jj-J^JûJI (^ A^-L^JCJ ^jjJÏAJi-A-3 A^ÀwO IgJÎ 

Ui-JUoj U ^c L^j ^*o \h>\» «X*aJiJj (p* A-A-Lfc J* U ULjJjjH 

Alors je lui ai demandé ses faveurs, et elle s'est inclinée devant moi, 
sous des traits rendus méconnaissables par une transformation com- 
plète. 

Si quelqu'un me questionne sur celle qui me tient lieu de compagne, 
je lui répondrai qu'elle a établi sa demeure dans les replis des sables du 
désert. 

Les Arabes prétendent aussi que les deux pieds de la 
goule sont des pieds d'âne. Lorsque la goule se présentait 
à eux dans les déserts arides, ils lui adressaient ce vers sur 
le mètre redjez : 

O monstre aux pieds d'âne, mets-toi à braire tant que tu voudras, 
nous ne quitterons pas la plaine ni la route que nous suivons. 

C'est qu'en effet les goules se faisaient voir aux voyageurs , 
la nuit et aux heures où l'on ne rencontre plus personne; 
ceux-ci, les prenant pour des compagnons, les suivaient, 
mais elles les égaraient et leur faisaient perdre leur route. 
Cela était parfaitement connu des Arabes , et aucun d'eux ne 
l'ignorait. Aussi ne se laissaient-ils pas détourner du but 
qu'ils poursuivaient. Du reste, on n'avait pas plutôt apos- 
trophé la goule dans les termes que nous avons rapportés, 



316 LES PRAIRIES D'OR. 

\-j-^j^à Aji^ *1 J^ÀXj Ovits' Jj,xJî (jîj -lûJî Ji 5^ljUvî {JA*J 
(j^ iL~w (ji_j,_A_j». J^*J5 (ji (^vwAÀilii ijàXJ y* t^s*- *XSj 

5iyiÀ-« gf±~ U ajI^j ajcmJo!! a$^* sa &yJ+J (j^^ o«^=?-î 

w-^awUj ^fcj^UUlJÎ <^vUai AàC*w9 J, y**»»jj' <5U*Ajj «XJCaAJÛ J, 

(j-« iLAjUo oyjûis «Xïj J^iJi jj ^A.^_A.Jj ylj+Âj yL^jill 

tgt) jLL4 4-J60 o.?j-*-U <-*5£Jfl JX* L^fcyU» <xàc (^S\jiï\ 

qu'elle s'enfuyait loin des voyageurs, au fond des vallées et 
sur le sommet des montagnes. Parmi les nombreux auteurs 
qui se sont portés garants de la vérité de ces faits, Omar, 
fils d'el-Khaltab , raconte qu'il a été témoin oculaire de la 
chose dans quelques-uns de ses voyages en Syrie; que les 
goules se sont présentées à lui sous différentes formes, et 
qu'il les a frappées de son épée. Cette superstition était très 
en vigueur avant l'islamisme , et on en trouve partout des 
traces dans les récits des Arabes. Mais, d'après quelques 
adeptes de la philosophie, les goul seraient des animaux 
appartenant à une classe tout à fait à part des autres espèces, 
d'une forme hideuse et échappant aux lois communes de la 
nature. Comme leur forme extérieure et leurs instincts les 
isolent de tous les êtres , ils recherchent les solitudes les plus 
sauvages et ne se plaisent que dans les déserts. Par le corps , 
ils tiennent à la fois de l'homme et de la brute. C'est une 
opinion très - accréditée chez les Indiens, que les goul ne 
sont qu'une des manifestations palpables des opérations 
invisibles des étoiles, lorsqu'elles se lèvent. Ainsi, par 



CHAPITRE XLIX. 317 

j-jÎj r»^Ji «fc^ Jî^AÎTi J^<xXl (jnyjdl ^U^ij-ioc* 

exemple, l'étoile connue sous le nonf de Kelb-el-Djebbar, 
que l'on appelle aussi ech-Chira-el-Abour (Sirius, Canis 
major), manifeste certaines maladies dans les chiens; Soheïl 
(Canope) les manifeste dans les chameaux; ed-Dib (le Loup) 
dans les loups. Quant à l'étoile qui porte en elle-même le 
germe de la tête des goul , elle produit , lors de son appa- 
rition , des formes et des êtres qui se montrent dans les 
plaines et dans les autres endroits habités ou déserts, et 
auxquels le vulgaire donne le nom de goul. Les étoiles 
qui possèdent cette vertu productive sont au nombre de 
quarante-huit; elles ont été énumérées par Ptolémée et par 
d'autres auteurs, tant anciens que modernes. Le même su- 
jet a été traité par Abou-Mâchar, dans son ouvrage intitulé 
Grande introduction à l'astronomie : il y décrit la forme de 
chacune des étoiles au moment où elles se montrent sous une 
apparence qui varie de l'une à l'autre. Nous nous sommes 
déjà occupé de ces questions dans nos ouvrages précé- 
dents; nous y avons fait remarquer que chacune de ces 
étoiles se montre sous des formes différentes de celles qui 
avaient été vues précédemment, et qu'elle produit dans ce- 
monde une opération qui lui est particulière et qu'aucune 



318 LES PRAIRIES D'OR. 

< r *S\y3i\ (j-« Sj^-s- a^xàj ïjXXj ^ JUjiM (j+ Uy ^*)UJi 

iL^Oi %_Iai l<yJsXft (jl^ (J^J>\^ yS^b ïjJCi •^j-éj 

autre ne serait apte à produire. Au dire d'un certain nombre 
d'auteurs, on appellerait goul toute chose qui, se montrant 
aux yeux des voyageurs, leur est apparue sous différentes 
formes, soit du sexe masculin, soit du sexe féminin, quoi- 
qu'ils parlent ordinairement d'êtres du sexe féminin. Abou-'I- 
Mitrab-Obeïd-ben Eyoub-el-Anbari a dit : 

Et des goul des déserts, de l'un et de l'autre sexe, sur lesquelles 
étaient comme des lambeaux de couvertures. 

Un autre a dit encore : 

Elle ne reste jamais dans la même situation : on dirait, à la voir, une 
goule aux formes multiples. 

On établissait une distinction entre les silah (espèce de 
démons) et les goul. Obeïd-ben-Eyoub a dit encore : 

Elle me poursuit de ses railleries, quoique ses yeux aient vu à quel 
point je suis assailli par la terreur que m'inspire le démon. 

Je suis venu, quoique les silah et les goul se répandissent dans le 
désert, lorsque la nuit étendait ses voiles et que derrière moi les djinn 
poussaient des hurlements. 



CHAPITRE XLIX. 319 

JJsJÛj /*u„y! '*^-^ CJ/*ï? AÀÎOA.Ajdî c\y$\ ^ cjj ^Ûj^l<X*Jl^ 

*Jb Ljf ^-^"_J *™*r5L) O""^**" y***^* yo (ji^ AJL* (J*»aj r-^&,À*o 
^~* /o»^.a^3 x*.Jv£ Uawjc« iaJUv iJJi> ^wls iiî ^jUwù^l jjl dUij 

Un de leurs poètes donne, ainsi qu'il suit, la description 
de ces monstres : 

Des sabots d'âne avec des cuisses surchargées d'embonpoint; des pau- 
pières dont la longueur dépasse de beaucoup celles de l'homme. 

Il existe une foule de légendes sur les goul, les cheïtân, 
les maradah , les djinn, les kotrob et les gaddar. On appelle 
de ce dernier nom une des espèces d'incarnations diabo- 
liques. Le gaddar se montre dans les parties les plus reculées 
du Yémen, des régions maritimes appelées Téhamah, et 
dans les cantons élevés du Saïd en Egypte. Souvent il s'at- 
tache aux pas de l'homme et l'appelle. Après qu'il est une 
fois parvenu à se rendre maître de lui, les gens des pays 
que nous avons nommés demandent au voyageur s'il a été 
outragé par le monstre, ou s'il en a été quitte pour la peur. 
En cas d'outrage, on désespère de lui; mais s'il a éprouvé 
une simple terreur, il se remet bientôt et s'aguerrit contre 
le danger qu'il a couru. Car il est à remarquer que l'homme, 
sitôt qu'il aperçoit ce démon , tombe sans connaissance. Il 
en est toutefois à qui la vue de ce monstre ne fait éprouver 



320 LES PRAIRIES D'OR. 

U» 'A w, i '■> iLeL^j AaaS X*l#*sJ ci^XXj !^\j tiUi ,*aJ| v^léj 
l_£ Là-Xj U j-*JT (jj^f^ Wi* i^-Jî i^UJi &jy%&* bj5l> 
y-. Lj.-o (j^il? yt ^U-aR a iu& JjM y». bySà Js *Ua£*. 

t£»UàN (J^ dL-îi J-A-* .jî *-^^-Mj-W>4j 5«X-w.UR g\y»ï\ 

wU&j5^*XaR c-^Ji (jytMâii^ ^-jlyJi cA^pi a^aj Uj ^i^-iJi 
^b y ,jL4 i-^- â^** *Mi y! Lty4*j t>^! pftj *aâ* ^t 
(jlJI yî^ -il (j^ l^~=- t^-À^i- L* «3b?-jy aà* eJ-^K? p^«^S 

aucune angoisse, tant ils ont d'énergie dans le cœur et de 
courage dans l'âme. Tout ce que nous venons de dire est 
parfaitement connu dans les pays dont nous avons parlé. 
Au surplus, il est très -admissible que ce que nous avons 
raconté d'après les récits que font les habitants de ces mêmes 
contrées doive s'entendre d'événements funestes, de périls 
graves, ou de calamités et de fléaux, comme il en arrive à 
tout ce qui a vie, soit parmi les êtres raisonnables, soit 
parmi les animaux. Dieu seul sait ce qui en est. 

Nous ne rapporterons pas ici une assertion qui se trouve 
consignée dans les écrits des légistes , et qui nous a été trans- 
mise par les chroniqueurs et par ceux qui ont composé des 
ouvrages sur l'origine des choses, tels que Wahab, fils de 
Mounebbih , Ibn-Ishak et d'autres encore, à savoir que Dieu 
a créé le démon du feu du semoum (vent brûlant); que du 
démon il a créé sa femme, comme il a créé Eve d'Adam; 
que le démon ayant eu commerce avec sa femme, celle-ci 
devint enceinte de lui et pondit trente et un œufs. Un de ces 
œufs, en se brisant, donna naissance à la kotrobeh, qui fut 



CHAPITRE XLIX. 321 

#>-xà.-A-j (j* «iwiî (ji_jj_j-^S-JÎ /o.-#ÀXw*-« yi^j 5y-* j.jÎ ei^UI 
1^,-i.X-w (^w-i^S iLxiAj (j-« (j^XaxjÎ (jî^^ji^ïL <o»^-*X*<wo ^-s»-) 

c^Uii Zj»)->o â> ^\$-<h1 lj-*£.**$ t^/^ **à*t> u-* (>^J^p' yij 

^wijjjf t^^-i «^tV (J-* yi_J siUUiÛ y»».AlûJ <x^.>i cjÎ^Ï 

pour ainsi dire la mère de tous les kotrob, démons qui ont 
la forme de la chatte. D'un autre œuf sortirent les iblis, au 
nombre desquels il faut compter el-Harit-Abou-Morrah , et 
qui font leur séjour dans les mers. Un autre œuf vit éclore 
les maradah, qui habitent les îles. Un autre produisit les 
goal, qui choisissent pour retraites les ruines et les déserts; 
un autre les silah , qui se retirent sur les montagnes; un 
autre les wahaivis, qui, habitant les airs sous la forme de ser- 
pents pourvus d'ailes, volent clans les espaces. D'un autre 
œuf sortirent les daivaçik, d'un autre encore les hamamis, et 
ainsi de suite. Nous ne nous étendrons pas davantage sur ce 
sujet, parce que nous l'avons suffisamment développé dans 
nos ouvrages précédents et dans nos compositions anté- 
rieures. Nous y avons parlé de la division des démons en 
différentes familles, et nous avons rapporté ce que l'on sa- 
vait de leurs noms et des endroits où ils avaient établi leurs 
retraites. Tous les détails que nous avons donnés d'après les 
légistes sont possibles, et à la rigueur acceptables, sans être 
toutefois imposés à notre croyance, quoique la plupart des 



322 LES PRAIRIES D'OR. 

esprits studieux et réfléchis, qui s'astreignent aux lois de la 
raison et de l'examen , les déclarent inadmissibles et les ré- 
cusent pleinement. Mais un écrivain est comme un bûche- 
ron qui travaillerait au milieu des ténèbres (voyez, sur ce 
proverbe, les Séances de Hariri, préface, page 5), et nous 
avons dû consigner ici tout ce qu'ont dit les légistes et 
d'autres encore , parce que c'est le devoir de quiconque 
compose un ouvrage de rapporter ce qu'ont dit les hommes 
de toutes les écoles sur un sujet quelconque. Au surplus, 
dans celui de nos ouvrages qui est intitulé le Livre des dis- 
cours sur les bases des croyances, nous avons rapporté tout ce 
que nous avons appris touchant les êtres invisibles, tant 
parmi les génies que parmi les diables , et sur les rapports 
des génies avec les hommes. Dieu seul est notre aide ! 



i, H A PITRE L. 323 

<->j~xJ] <j cyj.-A-S'o-jls' «XJLi oL-jl^-^i Lis ^^ytM*X\ Jlï 

CHAPITRE L. 

RÉCITS QUE FONT LES ARABES SDR LES HAWATIF 
(VOIX MYSTÉRIEUSES) ET LES GÉNIES. 

Les hawatif étaient nombreux chez les anciens Arabes et 
intimement liés à leur pays. La plupart d'entre eux étaient 
antérieurs à la naissance du Prophète et avaient précédé son 
apostolat. Le propre du hatif est de faire entendre une voix 
dont on perçoit le son , sans découvrir le corps qui l'a émise. 

On n'est pas d'accord au sujet des hawatif et des génies. 
Un certain nombre d'auteurs ont pensé que tout ce que les 
Arabes ont rapporté à ce sujet était le fruit d'une imagina- 
tion surexcitée par la solitude dans les plaines, par l'isole- 
ment dans les vallées, par la marche à travers les steppes 
immenses et les déserts les plus sauvages. En effet, disent- 
ils, lorsque l'homme se trouve livré à lui-même dans de 
pareils endroits, il s'abandonne à de sombres rêveries qui 



324 LES PRAIRIES D'OR. 

cyi_j-«>iM >J cyy-Aai ii-jjià^AoJî iLo^iî -U^iM^ ioiA^aJi 
^*xJ (joj-*J t» _j~=^.-j JL^JI *-*-%? ucLaC^i *i o^JJLoj 

S^JU ojJCsl jLi^Ji* v-XHaJÎ (Py** Oj v^ j-*>*«*^*«*-* ^JJ/U i 

engendrent l'inquiétude et la peur. Dans cet état, son cœur 
s'ouvre facilement à des croyances superstitieuses et à des 
appréhensions qui jettent le désordre dans son âme livrée 
à de noirs pressentiments, font entendre à son oreille des 
voix mystérieuses, dessinent à ses yeux des fantômes et lui 
inspirent la crainte des êtres fantastiques que crée un cer- 
veau troublé. Or, où faut -il chercher le principe fonda- 
mental de cette folie et sa cause première, si ce n'est dans 
l'égarement de la pensée et dans ses divagations loin d'une 
voie sûre et sagement définie? En effet, l'homme isolé dans 
les déserts, livré à lui-même dans de sauvages solitudes, est 
porté à redouter tous les dangers, à soupçonner partout des 
périls, à appréhender sans cesse la mort, sous l'empire de 
superstitions dangereuses qui dominent son esprit et s'im- 
plantent dans son âme. De là vient qu'il est tout disposé à 
croire à la réalité des récits qu'on lui a faits sur les voix des 
hawatif et la rencontre des djinn. 

Les Arabes, avant l'islamisme, disaient que parmi les 
djinn il s'en trouvait dont la moitié du corps avait une forme 



CHAPITRE L. 325 

p 

humaine. Leur rencontre avait lieu lorsqu'on était en voyage 
el entièrement isolé. On les nommait chikk (moitié). On 
racontait, au sujet d'Alkamah, fils de Safwàn, fils d'Orne y - 
yah, fils de Moharrib el-Kinani, grand-père de Merwân, (ils 
d'el-Hakem, du chef de sa mère, que ce personnage se mit 
en route une nuit pour se rendre à une propriété qu'il avait 
à la Mecque. Arrivé à l'endroit qui, de nos jours encore, 
est appelé Haït-Hirmàn (mur du malheur), un chikk, tel 
que nous l'avons décrit, se présenta à lui et dit : 

Alkamah , j'ai reçu le coup mortel , 

Ma chair a été mangée. 

Je les frapperai d'un glaive dégainé, 

Comme frappe un jeune homme d'une forte trempe, 

Aux bras vigoureux , aux nobles qualités. 

Alkamah répondit : 

O chikk, qu'y a-t-il entre moi et toi? 

Epargne-moi , rengaine ton glaive : 

Tu donnerais la mort à celui qui n'en veut pas à ta vie. 



326 LES PRAIRIES D'OR. 

JJ s* iXi U ^y^uoli viLUjc* ^u>5 Uo dU uuùi *JiU 

l$j AaAaS (jvs*. aa^oI qj t_>=*- i *ÂVÎb^jcSJt ^ (Jvaaj 

Le c/uM reprit : 

Alkamah, je viens de te dire 

Pourquoi j'ai public le prix de ton sang : 

Résigne-toi donc à la destinée. 

Chacun d'eux alors se précipita l'épée à la main sur son 
adversaire, et ils tombèrent morts. Celte aventure était de no- 
toriété publique chez les Arabes, où personne ne doutait 
qu'Alkamah, fds de Safwàn, n'eût succombé sous les coups 
des djinn. On citait aussi de ces derniers les deux vers sui- 
vants faisant partie d'un poëme qu'ils avaient composé au 
sujet de Harb , fds d'Omeyyah , dans le combat où ils l'a- 
vaient fait périr : 

Le tombeau de Harb est en un lieu désert; aucune tombe ne s'élève 
auprès de celle de Harb ! 

Les Arabes, pour prouver que cette pièce de vers était 
delà bouche même des djinn, faisaient remarquer que per- 
sonne ne pouvait réciter ces deux vers trois fois consécu- 
tives sans que la langue vînt à lui fourcher, tandis qu'on 



CHAPITRE L. 327 






»-* J-Ç-.J SJUi^lâ y! *X*j JLxN u*Jj*}\ *~g"*-*J ^^ I 

w e 



en réciterait vingt, trente, ou plus encore, d'une manière 
plus rapide et plus accentuée, sans avoir à craindre le même 
accident. 

Parmi ceux que firent mourir les djinn, il faut citer aussi 
Mardas ben-Abou Amir es-Salami, qui n'est autre qu'Abou- 
Abbas, fils de Mardas es-Salami; puis el-Arid, le musicien, 
après que son talent l'eut rendu célèbre et eut porté au loin 
sa renommée. Les djinn lui avaient interdit de chanter cer- 
tains vers : il les chanta néanmoins, et ils le tuèrent. Yiahia , 
i ils de Oukâb, a raconté un fait qu'il tenait d'Ali, fils de 
Harb, qui le tenait lui-même d'Abou-Obeïdah-Màmer, fils 
del-Moutenni , qui le tenait de Mansour, fils de Yézid et- 
Tayi, surnommé plus tard es-Samiti. Ce personnage disait : 
«J'ai vu le tombeau de Hatem-Tayi à Bakkah, montagne 
où se trouve une vallée qui porte le nom de Khabil. Là sont 
de vastes chaudières couchées sur le côté, près du tombeau, 
restes des chaudières de pierre dans lesquelles il donnait 
à manger. A la droite du tombeau sont quatre jeunes 
filles sculptées en pierre, et à la gauche, quatre autres statues 



328 LES PHAIKIES D'OR. 

LàJjL^wo ,| (j-^^ **^* « a- L uJL (^4^ v^l_j-»oi c-*jcbd yyv*3i 

fils (j^J U^ (j-ft^i cKa^* (^j^J (J^ÀA* (j^M^AJ jU,f ^~« Lfj^ 

cO-^j-4*- v^-*-^ 0-? ^■ 3 ? <i, ^ vs *-^ [j^*^ (j^^^r*^ yê** " à 

p 



de la même espèce, toutes ayant les cheveux épars, et se 
tenant sur le tombeau dans l'attitude de pleureuses : on ne 
peut rien voir de comparable à la blancheur de leurs corps 
et à la beauté de leurs visages. Les djinn eux-mêmes les 
ont façonnées en cet endroit, et jamais auparavant il n'en 
avait existé de semblables. C'est ainsi qu'elles étaient pen- 
dant le jour. Mais , à l'heure du sommeil , les voix des djinn 
s'élevaient du tombeau en accents lamentables, dont nous 
entendions le son dans nos campements, jusqu'au lever de 
l'aurore. A ce moment, le bruit cessait et tout rentrait dans 
le silence. Souvent ceux qui passent près de cet endroit, aper- 
cevant ces jeunes fdles, sont frappés de leur beauté, et, dans 
leur admiration, se détournent du chemin pour les contem- 
pler àleuraise; mais lorsqu'ils en sont près, ils reconnaissent 
que ce ne sont que des sculptures. Yahia, fds de Oukab el- 
Djevheri, rapporte un fait que lui avait raconté Abd-er-Rah- 
man, fils de Yahia el-Moundiri, qui le tenait lui-même 
d'Abou'1-Moundir-Hicham-el-Kelbi, lequel l'avait appris de 
la bouche d'Abou-Meskin , fils de Djâfar, fds de Mouharriz, 
fils d'el-Walid. Celui-ci le tenait de son père, affranchi d'A- 



CHAPITRE L. 329 

&j-?j-& j,l (jj «X^- cxa*w JliJ «)J)-^ j,^ ciy* u^J **»?' (j^ 
LÂJ=> y! Jli iUJb ii^j (ir . ^j U !S%^> Axi^i al JUi bjjji L.ïi 

bou-Horeïrab , qui l'avait entendu raconter en ces termes à 
Mohammed , fils d'Abou Horeïrah : « Un certain personnage 
surnommé Abou'l-Khaïbari passait avec quelques hommes 
de sa tribu près du tombeau de Hatem-Tayi, dans le voisi- 
nage duquel ils campèrent. Pendant la nuit Abou'l-Khaïbari 
se mit à appeler Hatem en disant : « Abou'1-Djâd, héberge- 
nous, héberge-nous! » Ses compagnons lui dirent : « Arrête! 
Pourquoi parler à des restes inanimés?» — «Tayi, répondit-il, 
n'a-t-il pas prétendu qu'il hébergerait quiconque camperait 
chez lui? » Ensuite ils s'endormirent. Sur la fin de la nuit, 
Abou'l-Khaïbari se leva tout épouvanté en criant : « ma 
pauvre chamelle! » — «Qu'as-tu donc, dirent ses compa- 
gnons?» — «Ecoutez, répondit-il, Hatem est sorti de son 
tombeau, l'épée à la main, et, sous mes yeux, il a coupé les 
jarrets à ma chamelle. » — « Tu mens, » lui dirent-ils. Alors 
il regarda, et vit sa chamelle au milieu de celles de ses 
compagnons, étendue à terre et ne remuant plus. « Par Dieu! 
s'écrièrent -ils, Hatem t'a donné l'hospitalité. » Puis ils ne 
cessèrent pas de manger jusqu'au matin de la chair de la 



330 LES PRAIRIES D'OR. 

JULi ^j+aÊL f?\ (*Xoi JlJi* /o-gJti *XS jÀ.\ syb I^jwu <r*^L> 
j'L> IjëU*. (ji^ aj'U». ^ ^«Xt bî Jli fci3îi> bi <^aa=1 ^j5 

a_jî^ sbt 4L&«& j-'S'iX.i J^4 *^j| J>" (j^j p^È i *MM 

lg.^liû o u* -*X*a 3j*i=»- ^«Xj t £jJiJl <J*-a_> dL*^^j c^yÇ>l 

L^_^l_X-R_À_i ^ la 11 Jjbj l—»_*L.A_«i fc-A-A-JL.»» blj 
tX-Jj *_i^«XJ w£LaA>[j yljC_*ja*j ^a di-^»i yt Aw»! <X5j 

chamelle rôtie et bouillie. Ensuite ils suivirent Abou'1-Khaï- 
bari et se mirent en marche. Tout d'un coup un homme 
monté sur un chameau et en conduisant un autre en laisse 
les rejoignit. «Qui d'entre vous est Abou'l-Khaïbari?» de- 
manda-l-il. — « Me voici, » dit Abou'l-Khaïbari. — « Et moi, 
reprit l'étranger, je suis Adi, fils de Hatem. Cette nuit, pen- 
dant que je dormais, mon père est venu me trouver à notre 
campement qui est derrière la montagne. Il m'a appris que 
tu l'avais apostrophé sans ménagement, et qu'il avait dé- 
frayé tes compagnons avec ta chamelle; puis il m'a dit en 
me parlant en vers : 

Abou-Kbaïbari, tu es bien l'homme le plus injuste de toute la tribu 
et le plus porté à l'outrage. 

Tu es venu avec tes compagnons, tu as demandé l'hospitalité auprès 
d'une tombe dont la chouette funèbre a fait entendre sa voix. 

As-tu donc voulu m'attirer le blâme pendant ton campement de nuit, 
lorsque tu étais entouré de la tribu de Tayi et de tous ses troupeaux? 

Ah! nous savons traiter Yios hôtes jusqu'à les rassasier; et, au besoin, 
nous allons chercher ce qu'il y a de plus beau parmi nos chevaux. 

Ensuite il m'a ordonné de te faire monter sur un cha- 



CHAPITRE L. 331 



(*—-»>— =*■ J;' (^^ *^— ?;^> (j-J (j)-**^ (j~> <^£' j&? f?\ d>«X&-j 

<-^_ALxij t_>L^\Jl oujj^ia-j Lg^jj^ owîSjj «XS *U\*Ji y\^ 

meau en place de la chamelle que tu as perdue; le voilà, 
prends-le donc. » Ce fait n'a pas été oublié par Salini, fils 
de Zorarah el-Gatfàni, lorsqu'il dit en faisant l'éloge de Adi, 
fils de Hatem : 

Ton père a surpassé tous ses rivaux en générosité; il n'a pas cessé, 
depuis sa plus tendre jeunesse jusqu'à sa mort, de se montrer passionné 
pour la bienfaisance. 

Son tombeau a donné l'hospitalité aux hôtes qui sont venus camper 
près de lui. Quelle autre tombe, dans toute la suite des siècles, a jamais 
défrayé des cavaliers ? 

Voici ce que raconte Abou-Bekr-Mohammed , fils d'el-Ha- 
çan, fils de Doreïd, d'après Abou-Hatem es-Sedjestâni, qui 
le tenait lui-même d'Abou-Obeïdah-Màmer, fils d'el-Mou- 
tenni-et-Temimi : «Un cheikh arabe, plus que centenaire, 
racontant devant moi comment il avait été envoyé en am- 
bassade auprès d'un des rois des Benou-Omeyyah, s'expri- 
mait ainsi : Je me mis en route par une nuit des plus 
obscures pendant laquelle de nouveaux nuages voilaient 
sans cesse les étoiles. Je m'égarai et pénétrai dans une vallée 
qui m'était inconnue. Saisi de crainte, je redoutais singu- 



332 LES PRAIRIES D'OR. 

iJUiy-S. (j»«i yÙj ^>*»-ÀJ (£-X$\ï *J>j£-\ 3 l»ài_y Ocijjj (^JjJaJi 

jj »j_a_.sa— J\j &j~£ (j-« ^il^Ji l*KJ& t_^_j i^i odjii /yi^ 

J^ — * — r! 

c se 

<x_jLx_^> £ a^Xa» ^ viLJi »JUj J.> <*Ml j5i »xj>^ ,^£»~o 

lièrement le prince des djinn. Je prononçai donc ces pa- 
roles : « Puisse le seigneur de celte vallée me protéger contre 
les périls quelle renferme; j'implore son secours dans cette 
route que je suis, et je le supplie de diriger mes pas! » Alors 
j'entendis une voix qui sortait des profondeurs de la vallée 
et disait : 

Va devant toi et tout droit tu rencontreras la lumière qui te guidera à 
coup sûr, et tu échapperas aux périls durant ton voyage. 

Je pris alors la direction qui m'était indiquée, non sans 
avoir acquis un certain degré de confiance. Tout d'un coup 
j'aperçus des feux allumés qui brillaient devant moi et au 
milieu desquels se tenaient comme des figures de la taille 
des palmiers les plus élevés. Ayant continué ma route, je 
me trouvai le matin près d'Awchal : c'est ainsi qu'on nomme 
un puits qui appartient à la tribu de Kelb près du désert 
de Damas.» Dieu, puisse son saint nom être exalté! a 
fait allusion, dans son livre, à ces actes superstitieux des 
Arabes, lorsqu'il a dit : «Il s'est trouvé des individus parmi 
les hommes qui ont eu recours à des êtres de la classe des 



CHAPITRE LI. 333 



vil îi^j. — * — ^j ^3" — *— "j -y'l—ow«-îlj 

djinn, lesquels ont augmenté encore l'aveuglement de leur 
esprit. » (Koran, lxxii, 6.) 

CHAPITRE LI. 

OPINIONS DES ARABES SUR LA SCIENCE DE LA PHYSIONOMIE, LES 
AUGURES, LES PRONOSTICS FONDES SUR LE VOL DES OISEAUX DE 
DROITE À GAUCHE ET DE GAUCHE À DROITE, ETC. 

On n'est pas d'accord sur les pronostics, sur la science de 
la physionomie et sur les autres parlies de l'art divinatoire. 
Les uns accordent toute leur confiance à la science de la 
physionomie, se fondant sur ce que les ressemblances four- 
nissent des indications certaines, attendu qu'il n'est pas 
possible qu'un fils n'offre pas, sous un rapport quelconque, 
des traits frappants d'analogie avec son père ou avec quel- 
qu'un de sa famille. 11 y en a qui pensent que l'art de la 
physionomie dans les descendants peut bien s'exercer sur 
certaines parties du corps, mais à l'exclusion des autres 



334 LES PRAIRIES D'OR. 

^ \jf pUàftiM y* {&J.+S- ^}Z> AâUiiJi l&Jïsio £*o\f* jJ^Ji i 

à_j-»-j (j**_aJj j^jôJI (j^ Uûj-<i i y^AÀjj ij^sil ^ dJi 
q-jLa_aJ|^ o^k_iK JJLxJî ÏUxià *JC_*r&.jl <£*■*=»- (j-« v-àJIj? 

l^À.* ^li^^ Lfl_J CJj*JljjL« i Sy2=-y£_ i*k^ (jw-J^JJ-fl^î 

membres que la ressemblance ne saurait atteindre , et 
pour lesquels il ne saurait se trouver de terme commun 
entre eux. D'autres rejettent absolument les deux systèmes 
que nous venons d'exposer. En elTet, disent-ils, les hommes 
se ressemblent en tant qu'ils appartiennent tous à la race 
humaine et qu'ils ont entre eux certaines affinités, mais 
ils diffèrent entre eux sous le rapport des traits. Il n'existe 
pas dans les affinités de caractère constant qui autorise 
à les classer d'après des lois tellement certaines qu'il ne 
faille y déroger toutes les fois que la raison oblige à se 
mettre en contradiction avec elles et à s'en écarter. Ce sont 
là des sujets qui appartiennent en propre aux Arabes, et 
doot ils se sont occupés à l'exclusion de tous les peuples en 
général, quoique la divination ait été pratiquée par d'autres 
que par eux. Quant aux pronostics tirés du vol des oiseaux , 
aux augures , à l'art de tirer des présages en bien ou en mal , 
ces sciences n'existaient pas, en général, chez les autres 
peuples , et encore n'étaient-elles pas connues de tous les 
Arabes, mais elles étaient le privilège des plus intelligents 



CHAPITRE Lf. 335 

Ji dLJi <_^**_.Li L^j-Ui (jjyàjj i^Jî ^ «^Uxo c^jJI yiJ 

U^"^ 3 ^ U* (J ^ 7 | "O *r>*^ (°-^"^ <"»fcVtt t5*>Ji (j**-*4^ ^^> 

j-JV-t dU«Xj jjOJ^ J»>j J,^ AMÎ y_jX> yl (jJ^Cj UiTb^Si U 



parmi eux et des plus habitués à exercer leur sagacité. Si 
parfois on les a trouvées en pratique chez quelque autre 
nation, comme les Francs et leurs congénères des régions 
occidentales, il est très-probable que c'est un héritage qui 
leur vient des Arabes , dont ils l'ont reçu dans les âges pré- 
cédents. Tout le monde sait, en effet, que les Arabes ont 
poussé leurs courses jusque dans les contrées les plus éloi- 
gnées, et que leur langage s'est répandu dans toutes les di- 
rections, d'où il est résulté que les peuples au milieu des- 
quels ils ont habité ont été regardés comme les inventeurs 
de ces sciences. Il est possible que les Francs et les autres 
nations chez lesquelles on a trouvé des traces de ces pra- 
tiques les aient empruntées, après l'apparition de l'isla- 
misme, à leurs voisins les Arabes, fixés dans l'Andalous 
(Espagne méridionale) , qui fait partie de la grande terre. 
Si, au contraire, tous les arts divinatoires que nous avons 
mentionnés plus haut étaient en honneur chez ces mêmes 
peuples avant l'apparition de l'islamisme, rien n'empêche 
d'admettre que Dieu en avait accordé le privilège à des 
étrangers comme aux Arabes eux-mêmes; supposition qui 



33$ LES PRAIRIES D'OR. 

t-^-x-Ji (ja-xjJ l^Li JLÀii_j^.s-jjJi ^^5oo c-*>l_jJi_j £Àxiri 

5<Xa^j ,«oi_jJS? J^ifcjJU ei_jjiJi (waJCitf' *Lyil> L30 L*«w j I j%^c i 

(jKj .j^Lssïï-iJI cjÎOvs>s-j i L&j^s-i J^oiyLÎI c^-o *j l^J 
^Ujl (j* aj^aIoÎI AA>y IX^-^xJi (j-« jy*s <fcjLào <_^c JkAwlÀxJî 

n'est ni impossible, ni appuyée sur des preuves irrécu- 
sables. L'art de pronostiquer et de tirer des augures favo- 
rables était commun aux Arabes et à quelques autres des 
nations d'élite, comme la science des points appartenait 
en propre aux Berbères. Quant à l'inspection des omoplates 
et autres pratiques, toutes les races humaines en avaient 
reçu le don. 

D'après l'opinion d'un certain nombre de philosophes 
anciens, le mot kiafet (science de la physionomie] est un 
nom dérivé de kafi, qui veut dire indication. 

Or, il faut savoir que les types se distinguent d'après les 
formes sous lesquelles ils se manifestent dans tel et tel cas, 
et que les différentes espèces se définissent d'après les affi- 
nités qu'elles présentent avec un type commun qui leur 
sert de modèle et dont chacune des individualités de cette 
espèce porte l'empreinte caractéristique. Les rapports de 
consanguinité s'établissent d'après la ressemblance d'une 
race avec une autre, et sa dissemblance d'avec les autres, 
suivant les lois d'affinité que la nature a créées entre cha- 
que type, dans sa manière d'être, et la figure, qui en est 
l'expression. C'est ainsi que cette même nature a donné à 



CHAPITRE LI. 337 

(Jf-Jj *_À_A_J UA-Sjj$ »;W*5 (j* AJubi J»AOjb (JMW&Si (j^ ej,j 

tf-« S^7~ •' i> MhJ faU &a,v*j iij ^A?'*' V>*^ f»K^Vi cyU^Ji (j^ 

chaque espèce de la race un caractère distinctif qui ne la 
laisse pas confondre avec les autres, et qui établit entre 
elle et ses rivales une différence parfaitement tranchée. C'est 
encore ainsi qu'elle a divisé les uns des autres les indi- 
vidus d'une même espèce, et dont une même forme fait 
une classe distincte, par certains signes propres à chacun 
d'eux. De même aussi, toutes les nuances de formes ne se 
trouvent pas réunies dans un seul être, quoique l'espèce 
les réunisse toutes et que la race les comprenne dans leur 
ensemble. Le physionomiste juge de l'analogie d'après les 
formes, et décide du plus ou moins d'analogie qu'elles pré- 
sentent. La relation de naissance n'offre pas autant de ca- 
ractères d'affinité que la relation d'espèce, comme la res- 
semblance de l'individu avec l'espèce est plus tranchée que 
sa ressemblance avec la race. En effet T l'espèce et l'individu 
ont entre eux un double caractère d'affinité, tandis que la 
race n'en offre qu'un seul qui est général. Tel est, d'après 
les philosophes cités plus haut, le principe sur lequel repose 
la science de la physionomie, qui est une des branches de 
la philosophie. L'opération qui consiste à assimiler un sujet, 
en général, avec son semblable, au point de vue de l'affinité 



338 LES PRAIRIES LVOR 

-^ ^ »LJL*«XJùjI -^Jl i*kiû Ul^ ^WU (j* fiys- Vj 
oi-jLjLli j-Laj yj^o y! «-A^i ( : jv k **Xxxii iuuu^XjiJl ^ aÀjIIo 

qu'il offre avec lui, et que nous avons signalée comme une 
des lois de la raison, est proprement ce qu'on appelle el- 
hyas (la comparaison). 

Ce terme, au surplus, n'appartient pas au langage tech- 
nique des experts dans l'art de la comparaison, ni d'aucun 
autre des Musulmans; mais c'est un néologisme que nous 
avons emprunté à la langue d'un certain nombre de phi- 
losophes anciens. A les en croire, celui qui pratique l'art de 
la physionomie doit porter son attention sur le pied, parce 
qu'il est l'extrémité de la forme et le point le plus avancé 
de l'extérieur. Si un fils ne ressemble pas à son père, soit 
dans ses actions, soit dans la conformation de son corps, 
en général , il aura de l'analogie avec lui dans le pied, parce 
que la race porte en elle-même un cachet tout particulier 
qu'on ne peut confondre avec aucun autre. C'est ainsi que 
la longanimité se trouve dans la postérité d'Azd-Chanwat, 
tandis que la grossièreté et l'aspérité de mœurs se rencon- 
trent chez les peuples de Roum, chez les montagnards, chez 
la plupart des tribus barbares de la Syrie et les populations 



CHAPITRE LI. 339 

«tj-Mj j-**-* tJ^jU p^ 5 r^ ! &*-• >^% JW^i v^ 5 ^ 

«X_à-£ Lajuoj t5*>Jî t«X^^ iUsli»» «s ; Ji i c_^JaJî^ yî:>_^*Ji 

Xjj-ÀxJI ^Ls^^l^-Cj'l» ,jol_j^j iUxAAilJt j|^-wiii £ UjU^^ 
jj c.Lis-jJC-M)i)l ubo ij iCjycuJaJi l^Jtïwo^ XAJtXiî c^L*U**ii 

CiyUw :>L*=»i "$*? jjijjf t_jj|^ j**Àjl <JiÀ\»« yij jUi£ <-aJj^ &A3 

mélangées de l'Egypte. L'avarice est l'apanage des Khazar et 
des gens de Harrân , dans la contrée du Diar-Modar. La ra- 
pacité est commune en Perse, et la parcimonie dans la nour- 
riture est particulière à Ispahân. Des pieds écartés et des 
nez camards sont des défauts indigènes dans le Soudan, et 
la gaieté est le privilège des habitants du Zendj. L'existence 
chez tous ces peuples des caractères distinctifs que nous 
avons énumérés est un des secrets de la nature, el un eiïet 
de l'influence mystérieuse des êlres sublimes et des corps 
célestes. Nous avons traité ce sujet à fond clans noire ou- 
vrage sur les secrets naturels , les propriétés de l'influence des 
êtres sublimes et les curiosités philosophiques, clans notre 
livre Des sept chapitres, sur les diverses manières de gouver- 
ner l'Etat et sur son administration naturelle, et dans celui 
qui a pour titre El-istirdjâ-fil-Kelam « la Réfutation. » Ce der- 
nier est dirigé contre ceux qui soutiennent que l'obscurité 
altère la substance du monde; que la lumière y joue le rôle 
d'un étranger d'élite; que six âmes, c'est-à-dire Set, fils 



340 LES PUAI1WES D'OH. 

J\ s L$^i fjS* $ y^b tf*jy.3 $**&* «Aifidl^ p^S ^T 

j.a* (j^ l«y**xiî f-\Àki (j+ W>*-*' /o^' Udj-jûj,;?- i L. il) J.*.XJ 
p^ii fcH Jtkà l«X4j Wy^î *j£* *j Wyft** J^à LU.Ît> 

s 

d'Adam , Zoroastre , le Messie, Jonas et deux autres que nous 
ne saurions nommer, ont été des lumières sans corps; que 
la lumière et les ténèbres sont toutes deux d'origine primi- 
tive et qu'elles ne cessent de se combiner; que les choses 
n'opèrent que sur leur propre substance, tandis que la lu- 
mière et les ténèbres se combinent par leur propre impul- 
sion, sans aucune intervention du dehors qui les force à 
agir malgré elles: toutes propositions hypothétiques et per- 
nicieuses. El-Mounfiri raconte, d'après el-Otbi , le fait sui- 
vant : « Obeïd er-Ràyi se trouvait un jour dans un désert 
aride et dépourvu d'eau , avec des cavaliers allant à la re- 
cherche d'un chef des Benou-Témim. Tout d'un coup des 
gazelles passèrent devant eux par un mouvement de droite à 
gauche qu'ils interprétèrent à leur désavantage. Les cavaliers 
leur barrèrent le chemin, et resserrèrent l'espace autour 
d'elles en cherchant à leur couper la route. Obeïd désap- 
prouva ses compagnons, mais ils ne voulurent pas l'écouter. 
Alors il dit : 

Ne sais-tu pas ce que disent les gazelles qui passent de gauche à droite? 
Elles fuient devant les cavaliers, et les cavaliers les poursuivent. 



CHAPITRE LI. 341 

-£l^_> /©~$-il (gJLi (j-*-?}j *4**jj&-|yJi o/*j^ ^iXJiJXà 

viLJi>_j j..>j.j'Î t-A^~fr <j-« i«X~rt>_j ^-iii yjj^*« *Xaa* _jji Je 

<Xaa£ (j-fj oj^Jl ^* r^^l? SO 1 *'' «W* s^y* ^*~\ u' 

^-_i^i ^yû^ Jpj-*.^»"* & \xjj$\ J\y> (£.1 Jjt» y»* fj^ U, *Xjc* 

Ceux qui ignorent le sens des augures s'élancent à leur poursuite. Mon 
cœur sait très-certainement qu'un jour ils verseront des pleurs. 

Quand ils approchèrent du but de leur voyage, ils virent 
que le chef qu'ils cherchaient venait de mourir victime de 
la morsure d'une vipère. Ace propos, Abou-Obeïd-Mâmer, fils 
d'el-Moutenni ajoute : « Voilà un étrange présage. » Il faut 
savoir, en effet, que chez les Arabes l'animal qui passait de 
gauche à droite était d'un bon augure, tandis que celui qui 
passait de droite à gauche était d'un sinistre présage. Je 
pense donc qu'Obeïd ne tira de pronostic que du mouve- 
ment rétrograde des gazelles, quoique dans ses vers il n'ait 
décrit que leur première manœuvre, parce que celui qui 
fait l'exposé d'un événement doit naturellement prendre les 
choses à leur origine pour en faire le point de départ de sa 
narration. Tel a été le procédé qu'a suivi Obeïd er-Râyi dans 
ses vers, par rapport au pronostic. 

On dit que l'art de la divination a eu pour inventeur 
Kais. La science des augures est attribuée aux Benou-Açed, 
et celle de tirer des pronostics du passage des animaux, à 
Madlidj. Quant aux tribus de Modar, fils de Nizar, fils de 



342 LES PRAIRIES D'OR. 

AiUi /e^-o ^^ »ly5à U ^c àjUJl JuJt /o.«À^_5_5 £5%-^ 
i JulUj U t^*»*^ ^c^aà^o *Ur»-î ^ AiLàSt o«^àj dULib ^ 

o^k? <-^ 5 ^»*Jlj*M J^'j (jj^T »Uiî Jaftl^ £^ £^^1 

Màdd, on trouve chez elles une application remarquable du 
kiafet dans l'aventure que nous avons rapportée au sujet des 
(juatre fils de Nizar se rendant auprès d'Afâ le Djorhomite, 
lorsqu'ils décrivirent le chameau fugitif (sur cette légende, 
voy. ci-dessus, p. 228 elsuiv.). Des tribus deModar, l'art du 
kiafet se répandit dans toutes les directions, comme le sang 
qui coule dans les veines et s'y répand en toute liberté. Tou- 
tefois les tribus qui habitaient dans le voisinage des eaux se 
montrèrent plus habiles dans la divination, tandis que celles 
qui étaient campées dans les vastes déserts excellèrent dans 
le kiafet. Dans le pays de Djafar, appelé aussi Bilad er-Re- 
mel (pays des sables) , situé entre l'Egypte et la Syrie, il y a 
des Arabes d'une telle sagacité que si un homme, après 
avoir pris des dattes sur leurs palmiers, s'est éloigné de chez 
eux pendant des années entières, sans qu'ils l'aient vu et 
aient pu contempler les traits de son visage, ils le recon- 
naissent aussitôt pour leur voleur, et cela sans aucune hé- 
sitation, quand ils viennent à le rencontrer après un long 
espace de temps. Leur habileté à ce sujet est connue de tout 
le inonde. 11 n'est, pour ainsi dire, pas possible de leur ca- 
cher les pas de celui qu'ils veulent découvrir. T'ai vu dans le 



CHAPITRE LI. 343 

*XSj t^-AÏi LT-^TJ OiA^ ^-««o !«>-<&? ,e~^~*i «X3Î ^3Î î^ij Lçîj 

Jl^. *-<-, j^\ 3 *_*J^ ^oJi ^^ cj>^ <_r^ **V$ ^^ 

pays de Djafar des Arabes que les chefs des campements 
avaient enrôlés pour y faire des rondes. Ils savaient recon- 
naître aux indices les plus faibles les traces des hommes 
ou des bêtes, et désignaient aux chefs des campements quels 
étaient ceux qui avaient rôdé de nuit dans ces parages, 
quoiqu'ils ne les eussent pas vus, et cela à la seule inspec- 
tion des empreintes de leurs pas. Voilà assurément une pro- 
priété merveilleuse et un tact des plus fins. Les hommes 
habiles dans l'art du kiafet, chez les Koreïchites, eurent à 
faire preuve de leur talent, lorsque le Prophète et Abou- 
Bekr se réfugièrent dans la caverne. Ceux qui les poursui- 
vaient vinrent cependant jusqu'à la porte de la caverne, au 
milieu des roches les plus dures et de montagnes abruptes , 
où l'on ne trouvait ni sables, ni limon, ni poussière qui 
pussent reproduire l'empreinte des pas. Mais là, Dieu éleva 
entre eux et son Prophète comme une barrière infranchis- 
sable avec une toile d'araignée , avec un monceau de pous- 
sière accumulé par le vent, et en frappant de stupeur l'es- 
prit du kaïf, qui s'écria : « Les empreintes des pas s'arrêtent 
ici. » Avec lui était une troupe de Koreïchites qui n'avaient 
pu distinguer ce que lui avait su voir sur la roche et re- 



344 LES PRAIRIES D'OR. 

L^,_Â_C CjUùM^ A-^yLw J^LaAjIj *X^U*j U ylyuaJi ^C iJj 

AX><X«lJj HJ.À-* /0»*Xo ^ÀJ| <_*^oÙ IftJUnj ^^AJi^"^ l$A.^ vAJj 

L^_aj ,XiI :>L*i ^c ^ÎJJI Joi/*>JS iiiUxSL» (XII odi^j 

marquer sur la pierre dure et unie, quoique leurs yeux 
fussent bons, qu'ils eussent été préservés de toute influence 
maligne et qu'aucun obstacle ne pût s'opposer à leur clair- 
voyance. Pour en revenir à cet art, s'il ne renfermait pas 
des finesses que tous les esprits ne sont pas capables d'ap- 
prendre et que tous les yeux ne peuvent saisir, il est évident 
qu'il n'y aurait pas une classe d'hommes qui pût en reven- 
diquer le privilège exclusif. 

Les habitants des montagnes, des déserts et des plaines 
sont les plus habiles dans l'art de tirer des augures et de 
pronostiquer l'avenir d'après le passage des animaux (el- 
yàfet). Un certain nombre de légistes, de jurisconsultes des 
grandes villes et d'autres savants antérieurs à notre époque, 
partisans de l'art du yâfet, en démontrent la noblesse, l'ex- 
trême importance, le rôle considérable et les résultats cer- 
tains, en s'appuyant sur la grande estime que le Prophète 
en faisait, et sur la haute approbation qu'il lui donna quand 
il défendit les descendants de Madlidj. Quelques juris- 
consultes des principales écoles, tant parmi les anciens 
que parmi les modernes, ont condamné le jugement qui se 
fait par le kiafet , pour des raisons qui en font ressortir 



CHAPITRE LI. 345 

AjLmJJI -»*Xxî \\3 kil^l (J>>=*- *ft?V <>J^i p-Jfha ^vÀJi ^Ul^U 
JULi i^_AM^ xjî^ U^i ouu©$ J^i yî <*Mi 4?"^!; ^ ^^* 

Jts /o. * ■> Jls J^i (jjU dLÎ J^& »*>Jj ^ ^>5 (j-« tlLwj W^oi 

*-£ *i_jj» -o^' ?>j lï^ft J**X» c^--^' «3^** £>* ^r* J^ J^ ^^ 

clairement le défaut de rectitude. Ils citent aussi à l'appui 
de leur opinion un cas où le Prophète adjugea un fils à son 
père qui doutait de sa légitimité, parce qu'il ne lui trouvait 
pas de ressemblance avec lui. Il était venu trouver le Pro- 
phète en lui disant : « Ma femme a mis au monde un enfant 
qui est noir. » Le Prophète, voulant se mettre à la portée de 
l'intelligence de cet homme, et ayant en vue la mauvaise 
raison qu'il faisait valoir et sur laquelle il s'appuyait pour 
douter de la légitimité de son fils, lui dit : « As-tu des cha- 
meaux? » — « Oui, » répondit-il. — « Parmi eux s'en trouve- 
t-il de fauves ou de rouges? » — « Oui. » — « Et à quoi cela 
tient-il ? » — « Peut-être à une veine qui s'est rompue. » — 
« Peut-être aussi chez cet enfant une veine s'est-elle rompue. » 
Ils rapportent encore l'histoire de Charik, fils de Sanâmah, 
lorsque sa mère l'amena sous une imputation odieuse. 
Quoique le Prophète trouvât une ressemblance entre eux 
deux (Charik et Sanâmah) et l'individu au sujet duquel la 
mère était calomniée, il dit : « Si Dieu n'en eût décidé au- 
trement, nous aurions eu quelque chose à démêler ensem- 
ble. » Ainsi, dans le premier cas, il reconnut la légitimité 
de l'enfant, quoiqu'il ne ressemblât pas à son père, et dans 



346 LES PRAIRIES D'OR. 

(j-l^iJi sy=ry> is***: ^*" AKjts? ^ UaU aaàJL ^.-^o ^ 

&, &!kxx> (XH^sJsJJ J^ûàJ! ii^fc Lj5l> U!j -^Jî I*xjû 
~._*àJi a-aJIjw £jji£jj t^lail aaj JjJaj t_>l» fisj&j iiiUJiît 

le second, il ne tint pas compte de la ressemblance, pour 
marquer clairement ce qu'il pensait de l'art de la physio- 
nomie, et voulant condamner hautement cette pernicieuse 
coutume déjuger d'après une indication aussi peu certaine. 
Voilà un sujet sur lequel nous nous proposions d'entrer 
dans les développements que nous avons indiqués; mais 
nous nous sommes contenté de le traiter sommairement 
pour faire voir sur quoi on se fondait pour attaquer le kia- 
fet. On pourrait s'étendre beaucoup sur ces matières et s'y 
laisser aller à de longues explications, parce qu'elles ne 
laissent pas que d'être obscures et délicates à traiter. Au 
surplus, nous nous sommes occupé de cette question, et 
nous avons consigné tout ce qu'en ont dit les partisans des 
différents systèmes, tant anciens que modernes, dans celui 
de nos ouvrages qui a pour titre Des sept chapitres, sur la 
connaissance complète du gouvernement du monde et de 
ses secrets. Dieu est celui qui prête assistance ! 



CHAPITRE LU. 347 

a\jj U lj\jJ\ l*x^> Jwxaji U> dUi i JjkS Uj *jl$Jfi ^5i> 

*L&j«- ^ #J&\]o uJ «Xi iCilgJii i (j*.LJl &jUj' ^à^x**!! Jiï 
(^e t\_x_A_la-.* {£-$-» txic «Xi a ft-Mj ^iâ <ji /» Q .» ^ *_jijmo «Jàli 

5i^m ^ij^^5 ^i j*\ p$M uu^oj àaJ^ji jj^juji i ^«xa* 

-^-i <_^J&ij XJU)_j-« /wi> ^jw» r-)jn^î viLfôj cyjl*? ^^- OOU© 

CHAPITRE LU. 

L'ART DIVINATOIRE; OPINIONS EMISES À CET ÉGARD; DETAILS RELA- 
TIFS À CE SUJET SUR LES SONGES; DISTINCTION DE L'ÀME RAISON- 
NABLE. 

L'art divinatoire (kihanet) a donné lieu à plusieurs dis- 
cussions. Certains philosophes, parmi les Grecs anciens et 
les peuples du Roum, se sont adonnés à l'art divinatoire et 
ont prétendu posséder la science des choses cachées. D'autres, 
parmi eux, ont prétendu que leurs âmes, étant dégagées de 
toute souillure, étaient capables de pénétrer dans les mys- 
tères de la nature, et de leur révéler tout ce qu'ils voudraient 
savoir, puisqu'à leurs yeux les types de toutes choses résident 
dans l'âme universelle. D'autres encore ont prétendu que 
les purs esprits, c'est-à-dire les djinn, leur révélaient l'exis- 
tence des choses avant leur accomplissement. Ils se van- 
taient d'avoir un esprit assez dégagé de tout mélange exté- 
rieur pour entrer en communication intime avec l'esprit 



348 LES PRAIRIES D'OR. 

Jol^ili kjiTj ^Jj iolgj I^aï y\^ «X<jj ^i oJi». <îc*i i)^ <-w*M 
(jl <^w,_A_» ^.^.^ij c^bL^isJ y_jjO*Xj iUjbjNAJi iiJU^iîl (^ 

(jl i^-jcJL^j iLoLaJl «XÀc *UajI ijjtë' dU«xij <-*-V*^ (J^-^? 
(jJî <-aa*JÎ (_-'j5j-o (j>« ^^vio bySi ^ oO'l ^L yj^> 



des djinn. Plusieurs de ceux qui apparliennent à la secte 
des chrétiens ont avancé que le Messie connaissait les 
choses cachées et prédisait les événements avant leur arrivée, 
parce qu'il avait une âme capable de pénétrer dans le monde 
des mystères. Tout autre être raisonnable, ajoutent-ils, 
qui aurait possédé une pareille àme, aurait également eu 
connaissance des mystères cachés aux autres hommes. Au 
surplus, aucun peuple n'a jamais paru sur la surface de la 
terre sans que l'art divinatoire ait existé chez lui. Les an- 
ciens philosophes grecs ne condamnaient pas l'art divina- 
toire, et c'était un fait notoire à leurs yeux que Pythagore 
possédait les sciences occultes et avait reçu des révélations, à 
cause de la pureté de son àme et de son dégagement absolu 
des souillures de ce monde. D'après les Sabéens, Ouriaïs 
premier et Ouriaïs second, qui tous deux portaient le nom 
de Hermès et Agatimoun (Agathodœmon) , possédaient la 
science des choses cachées. Aussi passaient-ils pour pro- 
phètes aux yeux de ces peuples, qui se refusaient à croire 
que leur science leur eût été donnée par les djinn. Ils l'ai- 



CHAPITRE LU. 349 

xs-^-^wjLs- u- &J-+J- ^^Aiwi U ^ Lj*Uoi ^s* f-fr**^ 
oi-*JaJ jL*uU i^uuw (jà&M ij\ Jî caa^ï (^i^i iiijUsj 

£^uJî ^JUsJ Civile (^'yUiJi ylj <JÙ* t_>^ U *?**? (3**^1 

^L^lJi Lw£2t bi^ JU» Jols ^ ^ <*Mi j-S^' <*»% /o-fri^î ^ 

» .. "r, ( ,* -> ' r« - 5? " ■> ? J •' « * i ' j t •• 

^-4^ A-j^) 'jat* 'j.r* J ' Mj**^ yf*^ "I f-f*^ SjH *■**$ 

tribuaient à la pureté de leur âme qui leur avait valu le 
privilège de voir des choses qu'un voile impénétrable cachait 
aux yeux de leurs compatriotes. 

D'après une autre opinion, la faculté de pratiquer l'art 
divinatoire tient à une aptitude spirituelle et des plus déli- 
cates qui doit sa naissance à la pureté de la constitution natu- 
relle, à la vigueur de lame et à la finesse de la sensibilité. 
Selon un système assez généralement accrédité, l'art de la 
divination procède du démon qui assiste le devin et lui dé- 
voile les mystères cachés à son ignorance; les démons s'em- 
parent par fraude de certains secrets qu'ils transmettent 
aux devins, lesquels se chargent ensuite de les répandre tels 
qu'ils leur ont été communiqués. Dieu fait mention d'une 
voix qui faisait entendre ces paroles : « Nous avons exploré 
les cieux et nous les avons trouvés remplis de satellites puis- 
sants, etc. (Koran, LXXII, 8.) » Dieu dit encore : «Les dé- 
mons font des révélations à leurs amis pour qu'ils puissent 
vous tenir tête, etc. [Koran, VI, 121), » et dans un autre 
passage : « Ils se révèlent mutuellement des nouvelles men- 



350 LES PRAIRIES D'OR. 

ijUa* cjyuf <Xàc «xJ^il i m^rî ^^ y^ i^ûUJj As-pt ^ 

^-o cjLjUSI jU»w,iM^ (iJ-fr^' *^[ji' <-Ar>-UaJ ^>^ iojjtyu 
*X* ^i -Job' ^ y&^> <^u*i^ jU^i cybîyiJl 4 dUi (j^.^=> 

iucujjjî e^ji '^^^ °S>>» ÏÂ-I (jwJtJi (jlj *A**JCi jyLft viUi 

songères, capables de les jeter dans l'aveuglement, etc. 
(Koran, VI, 1 12.) » Les djinn et les démons ne connaissent 
donc pas par eux-mêmes ce qui est caché, mais ils n'en 
savent que ce qu'ils ont pu surprendre des paroles des anges, 
comme Dieu le déclare ouvertement lorsqu'il dit : « Quand 
il mourut, les djinn comprirent que s'ils avaient connu ce 
qui est caché, etc. (Koran, XXXIV, i3.) » Suivant d'autres, 
l'aptitude à l'art de la divination dépend dune influence 
astronomique qui se fait sentir à l'époque de la naissance, 
lorsque Mercure étant arrivé à l'apogée de sa course, les 
autres astres influents, tels que le soleil, la lune et les 
cinq planètes, se tiennent dans des conjonctions parallèles, 
dans des mansions identiques et dans des aspects corres- 
pondants. Ceux qui naissent alors sont doués de la science 
de la divination, delà connaissance des événements avant 
leur arrivée, parla vertu même de ces phénomènes célestes. 
Il y en a, parmi les partisans de ce dernier système, qui 
n'attribuent cette influence qu'aux grandes conjonctions. Un 
grand nombre de philosophes, antérieurs à notre époque, 



CHAPITRE LU. 351 

l^j^yjîj l^ùajuU 5<X**J! jUU Uu\ji^=> i l^iUaXj txcUj 

c . 

U I4JU5 i&I-svJtî (j^jLàJIj ÀACÎyJi u^àÀJl^ aÂ**^ (j**ÂJi g; 

ont cherché l'origine de ce mystère dans des causes pure- 
ment spirituelles. Suivant eux, l'âme, lorsqu'elle est arrivée 
à un degré d'énergie tout à fait extraordinaire, soumet la 
nature à son empire, dévoile à l'homme tous les secrets 
du monde physique, l'instruit des vérités les plus sublimes, 
perce de vive force par la vitesse de son tact et déchire les 
voiles épais qui couvrent les mystères les plus profonds, 
et les montre alors dans toute leur réalité. Voici comment 
les mêmes philosophes expliquent leur théorie à ce sujet. 
«L'homme, disent-ils, est composé de deux parties, l'âme 
et le corps. Le corps est, par lui-même, inanimé, ne jouis- 
sant en propre, ni de la faculté de se mouvoir, ni de la fa- 
culté de sentir, qui ne résident que clans l'âme. Ce qui est 
inanimé ne peut ni savoir une chose, ni l'enseigner aux 
autres. La science est donc nécessairement du domaine de 
l'âme. Les âmes forment plusieurs classes, savoir : es-safi 
(la pure), c'est l'âme raisonnable; el-kedr (la trouble), l'âme 
sensitive, puis l'âme répulsive, puis l'âme imaginalive. Parmi 
les âmes, il y en a dont la force l'emporte dans l'homme 
sur la force du corps ; il y en a d'autres, au contraire, dont 
la force est inférieure à la force du corps. Lorsque le 



352 LES PRAIRIES D'OR. 

i«X_i£> ^c yl-Lfi «*->j i*>*-^ *-*4^ UT** 3 **** l* V^*^ 

/v_ft Lv J^aojI \X ^Ail ajj-ùJj -L*:>-SJ5 yUaij ^ Jysv«Ji 

À-À-j^Jij ^U^-d yj uA->«X-*«5 **-?!)J5 **-U>*5 ^Ja-^^ (>•«" 

principe lumineux qui existe chez l'homme porte son in- 
fluence vers l'âme, il conduit l'homme à la découverte de 
ce qui est caché et à la science des choses à venir. Alors 
son intelligence et sa faculté de conception deviennent plus 
perçantes et acquièrent une plus grande portée. Une fois que 
l'âme a pris possession de tout son essor et de la liberté de 
son développement , une fois qu'elle a acquis toute sa lumière 
et qu'elle est en possession de sa faculté de rayonnement, 
sa capacité pour pénétrer dans l'intelligence des choses ca- 
chées arrive au degré où sont les âmes de ceux qui pratiquent 
l'art divinatoire. Voilà pourquoi les devins , dans cet ordre 
de choses, ont été affligés de défectuosités corporelles et de 
difformités extérieures, comme nous l'avons appris au sujet 
de Chikk, de Satih, de Semlakah, de Zawbaâh, de Sodaïf, 
fils de Houmas , de Darifah , la devineresse , de Omrân , frère 
d'Amr, fils d'Amir, surnommé Mozaïkiya (le déchireur), 
de Haritah, de Djohaïnah, de la devineresse Bahilah et 
d'autres encore. » 

Quant aux arraf (sachants, sorciers) qui étaient au-dessous 
des devins, il faut citer parmi eux el-Ablak-el-Azdi, el- 
Akhladj ed-Dehri , Arwah, fils de Zeïd-el-Azdi , Ribah , fils 



CHAPITRE LU. 353 

j^UJl Jyù ^Ai ^jJi a.*U?Jî cji^* *^£ (jjj rkx? 

-\_ii^-_*_Ji i «joijcJl ioL^j jj (ji^j j.AÀ****iS <_^r»L«0 tXÂ^jSj 

«jJûU J,U£^\Î AJjliUj AAJ»L JOUkJ l^J^ (^W-ÀJ LXol Ajl^jHj 

L&j~m) xJlj y*jUJi *À*J iUX>Cù« W^b W?^*' C^jAJCft! oui 
(j*L_*Jî ^ JL&^yi tf<X*wj iwixJî ^jU»ii_j Ë0vs>>ftJ1 gjjt^gj 

de Adjlah, arraf du Yémamah, au sujet duquel le poëte 
s'est exprimé ainsi : 

J'ai dit à l'arraf du Yémamah : Guéris-moi; si tu me rends la santé, 
tu es un vrai médecin. 

Nommons encore Hind, compagnon d'el-Moustenir, qui, 
dans l'art de l'arraf, est arrivé au degré le plus élevé. 

Le Kihanah (divination) a son principe dans lame, parce 
que c'est un art très-délicat, stable, touchant de près au mer- 
veilleux, et demandant une grande habileté. Il se rencon- 
tre le plus souvent chez les Arabes et rarement chez les 
autres peuples, ce qui ne doit pas surprendre, puisqu'il est 
engendré par la pureté de la constitution naturelle, et qu'il 
puise sa force dans le principe lumineux de l'âme. Lorsque 
vous examinez les bases sur lesquelles repose cet art, vous 
les trouvez essentiellement liées à la chasteté de l'âme, 
à son entière innocence, à l'empire qu'exerce sur elle la 
mélancolie, à sa passion constante pour l'isolement, à son 
aversion pour les hommes, à la rareté de ses relations avec 
eux. En effet, lorsque l'âme est isolée, elle se livre à la mé- 

II. 23 



354 LES PRAIRIES D'OR. 

<^c c^. a^| wwiLiJI wJiUJL» oJaAj aj^aJ! (^xJL c^Jojo 

ooy» U[jj Aj ^ U ^e -^U-ii/l ^^ uy^Ai^li io^m axjj-sJI 

«j£» ^y> \.jCj yL*J^l» dUi ^c I^J JOUwi^ cyt^Ju^m jUi^iJI^ 
Jb— *_i »^_5 J>-S-* <^)UaJî ijXi» »^»li»._5 a**Àj àî^* ^^j.? 

ditation; lorsqu'elle médite, elle se lance dans l'infini et 
alors elle reçoit la pluie que versent sur elle les nuées de 
la science spirituelle ; puis elle ouvre un œil inondé de lu- 
mière, jette des regards qui peuvent percer tous les obs- 
tacles, dépasser les limites assignées à l'humanité et recevoir 
des révélations proportionnées au degré de sublimité où 
elle s'est placée. Il arrive souvent alors que l'âme, prenant 
le dessus dans l'homme, lui donne la perspicacité qui lui 
permet de lire dans l'avenir. Les grands philosophes, chez 
les anciens Grecs, appliquaient à ces hommes l'épithète de 
spirituels et ne les désignaient que sous le nom de secte des 
spirituels. Ils disaient que l'âme, lorsqu'elle a pris un grand 
développement, qu'elle joue le principal rôle dans l'organi- 
sation humaine, est conduite à la découverte de l'inconnu 
et à l'enseignement des choses cachées. Ils alléguaient comme 
un exemple analogue ce fait que, chez l'homme, la réflexion 
prend souvent assez de force, et les facultés de l'âme et de 
l'esprit assez de développement, pour qu'il puisse prévoir 
avant son arrivée et décrire dans sa forme une calamité 



CHAPITRE tll. 355 

j^wÀ-Jl l*N.-Xibj hjyKXj U ^£ Jlj» (Jl **)}) (J£"^S* tëjyo 

(j* (j*^Jl Jlxiuil yfi ^yJl /b-^o ,3^» JU» ^-ftjâj *^*-^j 

(JVfr^J ^C viUij L,AÀ *Âlsl< violas»- olgQLÇ «^££>UûJi jyoW 

^JoLaJI^ jJtUàJl Jl*X^ii ^ Aj Jjs££oj '■■trJVO (VjjJbj ^/*J^> 
Jl J^aiM (iJ _fc <jJ_>Ji JJajuCi ^^^il (jJjJI aJÎ ^iy <îui 

4-*-^$ iil^ L^JUauJ ^ ^^Jj JUo^ii £j^Ji ^*î ^Ul 

/o-*-r> ^«X-îi (jJM fT^-*^ LT^ ^^ W*^* L*J"> ^«w L-J^UaJ 

quelconque, en sorte que, lorsqu'elle arrive, elle justifie 
de tous points ses prévisions. De même l'âme , lorsqu'elle est 
suffisamment préparée , devient comme la vision qui avertit 
fidèlement pendant le sommeil, et dont les prédictions se 
réalisent dans le cours des événements. 

On n'est pas d'accord sur les songes, sur la cause qui les 
produit, sur la manière dont ils se présentent. Suivant les 
uns, le sommeil est une préoccupation de l'âme qui la 
détache des choses extérieures parce qu'elle a rencontré 
des événements qui se passent dans son intérieur. Cette 
opération se fait de deux manières : l'une, parfaitement 
définie, présente constamment les mêmes caractères dans 
les esprits. Elle engendre dans l'âme une transformation et 
comme une manière d'être différente d'elle-même, qui la 
détache de toute préoccupation extérieure. L'intérieur ab- 
sorbe alors à son profit les cinq sens, qui cessent de perce- 
voir, pour se reporter vers leur moteur, c'est-à-dire l'esprit, 
parce qu'il ne réclame plus d'eux aucun service. Cette non- 
activité forcée des sens est appelée sommeil accidentel, parce 

23. 



;i56 LES PRAIRIES D'OR. 

jj^$\ as-^JI^ Uiuoj U Js JyJîi -y k *U*x5^^ r iJî jiiUé. ^i 
Ljû^-a^j ^.Sjiii c^lji iUj\y>Â c^ljuiaii *»xj <£*>JI JJifi *y.}\ 

**=TfL\ g} &£■ i-JaJi ii*U*c Jjfci <Xa£. ç.^il y^ *jJt^ *^ 

que ce n'est pas le sommeil absolu commun aux enfants, aux 
femmes âgées et aux vieillards, qui se trouvent en dehors du 
domaine de la joie ou de la crainte du mal. Tel est, par 
exemple, le sommeil de la nuit, comme nous l'avons décrit. 
L'autre espèce de sommeil est le sommeil absolu, qui est 
commun à toutes les classes d'êtres animés, doués de la fa- 
culté de penser ou autres, sorte de propriété naturelle dont 
ils subissent forcément l'influence dans un temps voulu, 
de même qu'ils sont soumis aux exigences de la faim à cer- 
tains moments. En effet, d'après les maîtres de l'art de la 
médecine, la faim est une maladie qui soulève les réclama- 
tions du foie provoquées par le manque de nourriture. 
Certains philosophes ont pensé que l'âme percevait la forme 
des choses de deux manières : par les sens et par la pensée. 
Quant aux images sensibles, l'âme ne les perçoit que sous 
leur forme; mais, lorsqu'une fois elle en possède une pleine 
et entière connaissance, la perception de ces mêmes formes 
est chez elle indépendante de leur objectif. La pensée de 
l'homme est ce qui ne s'endort pas avec la faculté de per- 



CHAPITRE LU. 357 

»j L-A.^iili jy*Ai jLai ^Xiîl ^j^i (J"*=^ <**-i^ ^* ^ JUi >^*^ 

JJ JJ jj-w^ij xm*ajI ^K »xi ^«xJl ^^ixil bllôJU yfe' iii *JL 

jj^. a^jLàJi &\j*} u uis *i aàjLco igji^ <^w=»- <£?-*-> W** &h&> 

<ji_iLfr j^jUJI ^ JJi LcU *x^j U ^c J*Xj ^Jî pXajïN 

cevoir; d'où il arrive que lorsque les sens sont endormis et 
que l'âme est privée de leur concours, ces images qu'ils ont 
recueillies de la réalité même des choses subsistent en sa 
présence, comme si elles étaient encore sensibles. La percep- 
tion des objets dans leur réalité n'était qu'imparfaite avant 
que l'âme s'en fût emparée complètement par la pensée. 
Mais, une fois que la perception exlerne a cessé d'agir, la 
pensée se développe dans toute sa puissance. Alors la forme 
des objets se dessine dans l'âme, comme s'ils étaient encore 
soumis à la perception des sens, et se présente à l'esprit de 
l'homme pendant son sommeil, de la même manière que 
les choses qui lui sont familières se présentent à lui dans 
l'état de veille, non pas d'après un ordre arrêté d'avance, 
mais en suivant les caprices du hasard. C'est ainsi que 
l'homme se voit, en songe, voler en l'air, quoiqu'il ne pos- 
sède pas en réalité la faculté de voler. Il ne voit réellement 
que la forme du vol, abstraction faite de tout sujet, telle 
qu'il la connaît quand elle ne s'exécute pas sous ses yeux; 
mais sa pensée, concentrée sur cette opération, prend assez 
de force pour la lui rendre réellement sensible. Si le dor 
meur voit des choses qui lui montrent ce qu'il désire, cela 



358 LES PRAIRIES D'OR. 

<_•*, ils" ^ s l?3^ <_> *X_i=j_j '^<J iLxjLo <su«*jb caj\^ y* ^l/UïiJi 
À_A..sL»<aJi^ SjtXJJl (^j U» *»j SvAjO çj<X& ools' âj»Xj A**Âj 

/b«X-A9 jjk-V-J iiXMI (^-*^ Li^aJI Qj-* Lg.AJ'U.,0 dy M W HS fc <^û IûjLm^ 

j^Ji àIjU-^Jî ayiil (joli^i/i «x^Iûj^ q^sU^I i JjuxaS 

tient à ce que l'âme connaissant toutes les formes, elle 
peut, lorsqu'elle est purifiée, clans le sommeil, des souillures 
du corps, planer à son aise sur tout ce qu'elle souhaite pos- 
séder, quoiqu'elle sache bien que dans l'état de veille il ne 
lui serait pas donné de jouir d'un tel privilège. Elle se 
forme donc en elle-même des images à l'aide desquelles elle 
fait passer devant elle les choses dont elle souhaite l'exis- 
tence, au point que, lorsque le sommeil vient à cesser, elle 
conserve le souvenir de ces tableaux fantastiques. Celui dont 
l'âme est pure n'est jamais trompé par ses songes, tandis 
qu'ils abusent continuellement celui dont l'âme est obscur- 
cie. Les âmes qui tiennent le milieu entre les âmes troubles 
et les pures forment des intermédiaires qui, suivant leur 
degré de pureté ou de trouble, créent des images vraies ou 
trompeuses. 

Suivant une autre opinion, lorsque l'âme suspend son 
action sur les sens, l'opération des sens dans l'âme n'est pas 
suspendue, non plus que l'emploi de leurs facultés, comme 
s'ils étaient enchaînés au domaine extérieur; car ils per- 



CHAPITRE LU. 359 

JL^Jl Uî 4a*AW *~o^«. *5JUus: iM JjJo ii *l>t<w4 
^jji Js.^4 XS^lio ^ l**^ J-waÀÀil^ JoaUÎ dlj^Xi - ^^Jt^ 

j5Ukii_5 *j«x*^ jUxlsàll ^cj^y 5 UîjJslyîI <*• **y i 

coi vent les objets par la force spirituelle, qui ne réside pas 
dans le corps, et non plus par la force corporelle et gros- 
sière. En effet, la puissance corporelle ne perçoit les objets 
qu'avec l'association et l'accessoire; soit avec l'adjonction, 
comme l'adjonction de la couleur avec l'objet coloré, soit 
avec la séparation, comme la séparation du corps d'avec les 
endroits où il se trouve. L'esprit, au contraire, a la per- 
ception nette et claire de ce qui est adjoint et de ce qui est 
séparé, sans la présence du corps, qui oblige celui qui per- 
çoit à se rapprocher de l'objet perçu. Il en est qui ont 
pensé que le sommeil était un rassemblement et une coagu- 
lation du sang dans la région du foie; d'autres y ont vu un 
repos de l'âme, c'est-à-dire de l'esprit. On a prétendu aussi 
que les images qui se présentaient à l'homme dans son som- 
meil étaient le produit de la nutrition et de l'organisme 
naturel. 

A en croire certains philosophes, les songes proviennent 
en partie des anges et en partie de Satan ; ce qu'ils veulent 
démontrer par cette parole de Dieu: «Certes, ceux qui 



360 LES PRAIRIES D'OR. 

*£AjfcUj *^ ^^ ^S*A^» i -P^U FJ^J *Jh*^' (J-* [>> 
w^i g4 (^**5 ^j^ tK*»^ a'TjLo fawitfi» ^c cyjJÛdl jgj^j 

i (jv— a âJa i dl (^^4^4^ v^j (s***-* cK=?-' *J>* cil *"£•£-* 
s^-il ^ J^iL**-^-! J-*_x»**j 0_»<xJî yî dU^ *3y»; I^jU 

disent des choses mystérieuses sont envoyés par Satan pour 
affliger les croyants. » (Koran, LVI1I, n.) On a dit que le 
sommeil était une des soixante et une parties de la prophé- 
tie, mais sans s'accorder sur sa manière d'être et sa nature. 
D'autres ont enseigné que l'homme doué de la faculté 
de percevoir ne devait pas être confondu avec ce corps vi- 
sible; qu'il en sortait dans l'état de sommeil, et pouvait 
alors contempler le monde et les mystères qu'il renferme, 
avec une lucidité égale à sa pureté. Les partisans de ce 
système et ceux qui s'en rapprochent plus ou moins se 
fondent sur ce passage du texte sacré, «Dieu recevra les 
âmes au moment de leur mort, » jusqu'à cette parole : « Un 
terme fixé d'avance.» [Koran, XXXIX, 43.) L'opinion de 
la généralité des médecins dans cette question est que les 
songes sont engendrés par les humeurs fondamentales du 
corps humain, et que chacun rêve suivant son tempéra- 
ment et sa force. Ceux , par exemple , qui ont le tempéra- 
ment bilieux voient dans leur sommeil des feux, des mo- 
numents funèbres, de la fumée, des torches, des édifices 



CHAPITRE LU. 361 

X-w_AM-*ii Uj viLîi ^.^^ jLJL» c-*^jdj 0j|*X^j \$j*-& "5U3 

Osjuaj jl 4a«j Ails' (<w$ lr>-i^»t^ Ïj*a^> bl^i^j Lèi^^-i^ 

>)i._j^M*Jl a^-Ii *^\yo ^c 4-JUJi^ Ajjb U$ JJi _^j «!**« 

t_À_A_j)j L^-jJj .êL=3.J_j lïi^oi^J ^>j^9 CJ>'i«X>f X»lJL* jj ^<»J 
ii»-«»wi^ it^-**0 (JVjUlXaj ÏVllzkA jy«\j '*£jK* ^U^itj l^i^j-oj 

embrasés , des villes en flammes et autres choses de ce genre. 
Ceux, au contraire, chez lesquels domine la pituite, voient 
en songe des mers, des fleuves, des sources, des étangs, des 
bassins, des canaux multipliés, des flots dans lesquels ils 
nagent ou ils pèchent, et ainsi de suite. Ceux qui ont le 
tempérament mélancolique rêvent de tombeaux, de sépul- 
cres, de morts, de pleurs, de gémissements, de lamenta- 
tions, de cris, de choses effrayantes, de circonstances ter- 
ribles, de cadavres enveloppés dans le suaire, de vêtements 
de deuil. Ceux qui ont le tempérament sanguin voient en 
songe du vin , de la liqueur de palmier, des fleurs aux par- 
fums suaves, des palais, des salles de festins, des danses, 
des fêtes, des réjouissances, toutes sortes de divertissements 
ou quelques-uns plus spécialement, des pas cadencés, des 
scènes d'ivresse, des vêtements rouges ou d'autres nuances, 
et en général tout ce qui a rapport à la joie. Tous les mé- 
decins reconnaissent que le rire, les jeux et toutes les 
espèces de divertissements viennent du sang, tandis que la 
tristesse et la crainte prennent leur source dans l'alrabile. 



362 LES PRAIRIES D'OR. 

^ i->j,j-A à -. > i_j—^_c*-îj *)àj^«Ji 5^-i5 (j-* ôj-i-j y>*" ^ 

UjUL^ a>_5 iKi o«y^' C^ 3 v^^ i^ J^ii_j trfr^ vVfi& 

yl V <r-> yUJfj '«*-* U^ ^ '«^* U'i^lg, «i £**U i**-* <j 
< r ^jUiùo U -^Ji Uj JoiÀxxj Lfij Jaj^ «£*>? c-jU^tt» ii vS=*- 

Ils ont allégué à l'appui de cette assertion une foule d'argu- 
ments dont ce qui précède n'est que le résumé. 

Nous-mêmes nous avons traité ce sujet avec tous ses dé- 
veloppements dans notre livre Du Progrès et de la perfec- 
tion, et dans celui intitulé De la Médecine des âmes. Il ne 
nous convient donc pas de sortir des limites de la concision, 
sur une pareille matière, dans cet ouvrage, parce qu'il est 
consacré à l'histoire et non aux recherches philosophiques. 
A propos des philosophes , nous avons parlé ailleurs des rami- 
fications produites par leurs différents systèmes. Mais nous 
ne voulons pas nous laisser entraîner ici à discuter les théo- 
ries qui ont été imaginées sur la définition de l'âme; ni 
examiner ce qu'a dit Platon, lorsqu'il a défini l'âme une 
substance qui est un moteur pour le corps; ni ce qu'a dit 
l'auteur de la Logique, que l'âme est la perfection du corps 
organique; ni cette autre définition, qui la confond avec la 
force. Nous ne parlerons pas non plus de la différence qui 
existe entre l'âme et l'esprit. Cette différence consiste en ce 
que l'esprit est un corps, et que l'âme n'en est pas un; en 



CHAPITRE LU. 363 

^j^-is!^! >^5 tXi^ (j*-^i aKaJLj^ y*>^^i tii^j-^ y*.ÀjJi^ \-goîi> 

L fw.juJl oli-,5 ^ ^Iw-jiM (fi-sà^i U iuj<xil a^wUmJI cjUff-» j 
<ji *_>\ y «—> i y^^X-it j-5i^ AJikUJî (j^ijJi ^c aX^IjJî 

v^LjUaJs i <j*Ldl jtëLj .Xij ïjya]\j (j^ÀjJl £ JJi i ^j 
a- i' ii-ju«:$XjiJl çj^» (fy+è-j (gfcie^ <_>l^°i (j^ i£>\JU£>j (j-jÀÀÎi 

ce que l'esprit est contenu dans le corps, et qu'il n'en est 
pas de même de l'âme; en ce que l'esprit, lorsqu'il est sé- 
paré du corps, devient nul, tandis que lame, lorsqu'elle 
cesse son action par rapport au corps, n'est nullement an- 
nihilée dans son essence. En outre, l'âme met en mouve- 
ment le corps et lui communique la sensibilité. Dans son 
livre de l'Administration civile (la République), Platon a 
énuméré quels étaient les attributs spirituels afférents à 
l'âme raisonnable que possédait l'homme. Le même auteur, 
dans son livre à Timaous (Timon) et dans le livre de Far- 
doun (Phédon) , a rappelé les circonstances de la mort de 
Socrate le sage et a consigné les paroles qui lui sont attri- 
buées, à cette occasion, sur l'âme et la forme. Au surplus, 
les partisans du dualisme et les autres philosophes ont 
beaucoup écrit sur les divisions des âmes et sur leurs attri- 
buts. Sous l'empire de l'islamisme, il s'est élevé des systèmes 
contradictoires sur la nature de l'homme sensible, intelli- 



364 LES PRAIRIES D'OR. 

c^liuls i ^UjJIj o;UXI v^b ^*y^*^ *^l* Uj ^«j^Aiî 
«jU^I j^i-iJlj iL/olj^S! ^Àjdl^ iilUaii ^jUll ^ ^ycJi 

(£-? U>^» (J-? t^*^-* &? j*»s (jjJ y)^ (^ S}***** ^ axajj 
3)1 X_^-3 «»L࣠ii <r>^ gj**^ * » *X-m*> joLw £j*N? u^*** 

*X a-\ 3 yas. i 

gent, ayant des commandements à remplir et des défenses 
à observer. On y a discuté également les opinions dessoufis 
et des hommes de science et de controverse sur les divisions 
de l'âme, telles que l'âme paisible, l'âme réprimandante, 
l'âme concupiscente ; sur des théories imaginées par les juifs, 
les chrétiens, les mages, les Sabéeus, enfin sur différents 
sujets que nous avons traités dans notre ouvrage du Mystère 
de la vie et dans nos autres compositions. 

Satih, le devin, qui n'est autre que Rebî , fils de Rebiâh , 
iils de Maçoud, fils de Mazin, fils de Dafir, fils de Adi, fils 
de Mazin , (ils de Gassàn , pliait tout son corps comme on 
ploie une étoffe, attendu qu'il n'avait pas d'os, excepté le 
crâne, et toutes les fois que la main palpait ses membres, 
la trace des phalanges s'y imprimait. Chikk, fils d'Akbar, 
fils d'Anmar, lils de Nizar, fils de Rebiâh, vivait dans le 
même temps que lui, ainsi que Djomrah la devineresse, 
Samlakah et Zawbaah. 



CHAPITRE LIN. 3M 

^iJi jjjjàSj ^jJI J-m*j yl^îTî jUiwî çj* J^: j£b> 



U 



t»x_J 



jjj ^^.j U^*^ ^W*-' cj-« 1*1 y^' j5\xàA* -^LJi_j ^WI^ 
yj <Ji (_r^* <-**W i u^- ■Ml 4>a -A (ji*xU)t i Uu», 

bjj» jLkû..ciM A^Jji*^ U*« ^j^i** «Xjsj f»yi^i <jl£» W«w dlXib 
^î dLJij -^-J«-Jî J-*-** /»■ <} »Xg *Mi J^^jl (j\ Ji y^.* *Xx> 

■ j-J *Lf\*A.Ji *U ^j-^oLft ^yj £j-5 Jl /*-#*■» CiV^jl ÀAwljy.)! 

CHAPITRE LUI. 

RENSEIGNEMENTS GENERAUX SUR LES DEVINS, SUR LA RUPTURE DE 
LA DIGUE D'ARIM ET SUR LA DISPERSION DES AZDITES DANS DIF- 
FERENTES CONTRÉES. 

Nous avons parlé en général de la divination, de l'art de 
la physionomie, des augures, des pronostics que l'on tire 
des animaux passant de droite à gauche ou de gauche à 
droite. Maintenant, nous allons donner un aperçu sommaire 
de l'histoire des devins et de la dispersion dans différents 
pays des descendants de Saba. 

Les descendants de Kahtân ne cessèrent pas de jouir de 
la plus grande prospérité jusqu'à la mort de Saba. Après lui, 
les âges se succédèrent sur son peuple jusqu'à l'époque où 
Dieu envoya contre lui le fléau de l'inondation. L'autorité 
était alors entre les mains d'Amr, filsd'Amir, fils de Ma-es- 
Sema, fils de Haritah-el-Gitrif, fils de Tâlabah, fils d'Im- 
rou'1-Kaïs, fils de Mazin, fils d'el-Azd, fils d'el-Gawt, fils de 



36(i LES PRAIRIES D'OU. 

Aji ^IjJi-H ï J~>jj-£ 4Mi^5i> ^JJl U*m i5>o ^^ kj*\Ji 

»Uo g^i i U^j yt(, *X*Jl yft, p^Jl jJLi IflUJ ^C Ju*;l 
by5i «Xïj ils ^i :>L* ^ yUU y-&5 ^alxJl j-jSÎJl yljj 

wwAa.ifc.1 (jw« ocjls' U** (ji»jl yî *-><XJiJl i£jbdl <_>L^°i >Sï>} 

Kelhàn, fils de Saba. Ce prince régnait dans le pays de 
Mareb, dépendant du Yémen ou pays de Saba , et dont Dieu 
parle dans le Koran , lorsqu'il dit qu'il avait envoyé contre 
son peuple «la rupture d'el-Arim » (Koran, XXXIV, i5), 
c'est-à-dire de la digue. Cette digue, qui n'avait pas moins 
d'une parasange de longueur, sur autant de largeur, avait été 
bâtie par Lokmân l'ancien, el-Adi, dont le nom estLokmân, 
fds d'Ad fils d'Ad. Nous en avons déjà fait mention, ainsi 
que de ceux , parmi les Adites , dont la vie , comme la sienne , 
se prolongea aussi longtemps que la vie des vautours. Pour 
en revenir à la digue, c'était elle qui avait protégé Mareb 
contre les envahissements de l'eau pendant les siècles pré- 
cédents , en arrêtant le cours des torrents qui submergeaient 
les possessions de ses habitants. Dieu les déchira ensuite 
« en mille morceaux » et dispersa dans tous les sens « leurs 
émigrations. » [Koran, ibid. 7,*8.) II y a plusieurs versions 
concernant ce désastre et des récits différents sur l'histoire 
de ces peuples. Ceux qui ont écrit l'histoire des temps re- 
culés disent que la terre de Saba était la plus verdoyante du 



CHAPITRE LUI. m 

w-a^jK^M j-$*i (j-iji^bl a^A*«*^» o»jl^j Xijju^o jlgjî^ iU3'l$r;c* 

^jjJs ^c l^l(j ^Jl« ^bjiM i ^^ oo£» *Ol 



Yémen, la plus fertile, la mieux arrosée, la plus abondante 
en jardins et en vergers , la plus riche en vastes pâturages. 
Elle était couverte de monuments, de ponts, et d'arbres 
magnifiques. Les canaux y étaient très-multipliés; des fleuves 
y coulaient de toutes parts. Un cavalier lestement monté 
mettait plus d'un mois à traverser ces riches cultures qui 
s'étendaient autant en largeur qu'en longueur. Le voyageur 
à cheval ou à pied qui parcourait cette suite non interrom- 
pue de jardins ne voyait pas d'un bout à l'autre la face du 
soleil et ne quittait pas l'ombre, tant la terre était couverte 
d'une puissante végétation qui l'envahissait et l'enlaçait, 
pour ainsi dire, tout entière. Les habitants menaient la vie 
la plus agréable et la plus douce, dans les meilleures con- 
ditions de salubrité, au comble de la richesse et de l'opu- 
lence. Ils jouissaient d'un air pur, d'un climat des plus sains, 
d'une abondance d'eaux se répandant de tous les côtés. Leur 
puissance était très-grande, leur union complète, leur em- 
pire parvenu au plus haut point de prospérité. La beauté 
de leur pays était passée en proverbe sur toute la terre. 
Pour eux, ils se montraient fidèles sectateurs des plus 



368 LES PRAIRIES D'OR. 

nobles vertus, et ne se lassaient pas d'aspirer à surpasser 
par leurs mérites, autant qu'il était en eux et qu'ils avaient 
le pouvoir de le faire, les hommes de toutes les conditions 
et de tous les pays. Cet état de prospérité dura aussi long- 
temps qu'il plut à Dieu; aucun roi ne leur résista qui ne 
fût défait; aucun tyran ne marcha contre eux avec ses ar- 
mées, qui ne fût mis en déroute; toutes les régions leur 
étaient soumises; tous les hommes reconnaissaient leurs lois; 
ils étaient comme le diadème sur le front de l'univers. 

Les eaux qui , en grande abondance, descendaient dans le 
pays de Saba, sortaient d'une bonde faite en pierres dures 
et en fer, qui était pratiquée dans la digue et dans la mon- 
tagne. Là longueur de cette bonde était , comme nous l'avons 
dit, d'une parasange ; et derrière la digue et les montagnes, 
il y avait de grands fleuves. Dans cette bonde , à laquelle 
aboutissaient les eaux de ces fleuves, on avait pratiqué trente 
ouvertures d'une rondeur et d'une proportion parfaites, 
dont le diamètre , en tous sens , était d'une coudée. Les eaux , 
sortant par ces ouvertures, 'formaient des ruisseaux qui, 



CHAPITRE LUI. 369 

(j^ LàXo_j ^ à*+* v-*» (jftfjl c^jls' «XSj pytJt «^^-vï aJ^j ^S-*-»* 

eLA_^ ^j »UJll «iLL, - ^ J^*JI IfrK^sjj ( r ^a.À^ y,U.*I| 
O-***-^? f^r^i f-^ 4 ^-? *l$«^ tj^x? ^U>^t dJJà i -yiJI 

*J ô;t-wa.-<> ,>* ^s f-\r>.b py^i j^ *Udi x5bb=- i i$>*ijj 

dans leur cours, arrosaient les jardins et fournissaient à la 
boisson de tous les habitants. Avant que le pays de Saba 
jouît de la fertilité et de la riche culture dont nous venons 
de faire le tableau, il était ravagé par les torrents que for- 
maient les eaux des montagnes. En ce temps, régnait sur 
le peuple de ce pays un roi qui honorait les savants, les lais- 
sait approcher de sa personne et leur prodiguait toutes sortes 
de bienfaits. Les ayant rassemblés de toutes les parties du 
monde pour prendre leur avis et profiter de leurs lumières, 
il les consulta sur les moyens que l'on pourrait employer 
pour arrêter le cours des eaux et les catastrophes qu'elles 
occasionnaient ; car, en se précipitant avec impétuosité du 
sommet des montagnes, elles ravageaient les campagnes en 
culture, et leur violence entraînait jusqu'aux édifices. L'avis 
unanime des savants fut d'ouvrir à ces eaux des décharges à 
travers les terres incul tes pour les conduire à la mer ; ils repré- 
sentèrent au roi que si l'on creusait des ravins sur un plan 
incliné, l'eau ne manquerait pas de s'y rendre et de suivre 
leur pente, en sorte qu'elle ne pourrait plus s'accumuler au 
m. 24 



370 LES PRAIRIES D'OR. 

J-A-4^ Ji tK-s4^ U-* *£-M yl^-> *«Xj *** té^tt £tf>^ î 

LàjLoj U ^c S^-olc àlXjJj cxj&» U^j5i> liwotXS ^.Jl^UjuaJi 
^i&jJi L-jj»*ày fjy.Mé.1] l$AA£ <^)-*_5 CiOU *-«i)i jlXj yt aj 

^i^_i^Ji ci)ii Jj— toi £ *X_Xî JjSj *J£J6o ^'À* 5 ^? -^j^?^ 

*XJ»^ aî^s» dUi SyoS *UI *jl«Xj$ **** (JV**di jJm AJUUs>U 

point de dépasser la hauteur des montagnes, parce qu'il est 
de la nature des fluides de descendre. Le roi suivit leur 
conseil. Il fit creuser des tranchées par lesquelles l'eau prit 
son cours, ce qui détermina sa chute vers le côté où l'on 
avait ouvert ces tranchées. On construisit alors la digue à 
l'endroit même où les eaux commençaient à descendre 
de montagne en montagne, et on y pratiqua une bonde, 
comme nous l'avons dit plus haut. Ensuite, on tira de ces 
eaux une rivière d'un cours réglé et d'un volume d'eau dé- 
terminé, dont on dirigea, le cours vers la bonde. Cette ri- 
vière fournissait des eaux aux trente ouvertures ou petites 
bondes dont nous avons fait mention, et, par ce moyen, le 
pays fut cultivé et devint fertile, comme nous l'avons dit en 
commençant. Dans la suite, ces peuples s'anéantirent ; ils 
sentirent les effets de la succession des années; la fortune 
les frappa de ses retours inattendus et les brisa sous le poids 
de ses efforts. Les eaux minèrent insensiblement les fonda- 
tions de cette bonde, et sa force céda peu à peu au temps et 
à l'action des eaux qui s'amoncelaient autour d'elle. On dit 



CHAPITRE LUI. 371 

*J*S v_X*vkàJl î (jLjùJl^ *X*J| ^Li - JsJLfi *tll t^vU» «JÙjuèj 

y-* 1^*1)3 o^^' viLL> y\sC*« (joyijt <^&- yUÀAJij^ol^.*Jîj 

en proverbe que la chute continuelle des gouttes d'eau sur la 
roche la plus dure y laisse des traces : que penser, à plus 
forte raison, de l'effet que doit produire un torrent qui vient 
frapper un massif de pierres et de fer fait de main d'homme? 

Les enfants de Kahtân, ayant fixé leur demeure dans le 
pays que nous venons de faire connaître et ayant soumis 
tous ceux qui l'habitaient, ne s'aperçurent pas du dommage 
qu'éprouvaient peu à peu la digue et la bonde. Quand la 
digue, la bâtisse et la bonde en furent venues à un tel point 
d'affaiblissement qu'elles ne furent plus capables de soute- 
nir l'effort des eaux, elles cédèrent à leur violence, furent 
entraînées dans le courant et renversées par leur impétuo- 
sité. Cela arriva à l'époque de la crue des eaux, qui s'em- 
parèrent de tout le pays, des jardins, des terres cultivées et 
des bâtiments; cette catastrophe en éloigna tous les habi- 
tants et entraîna son entière dépopulation. 

Voilà, en peu de mots, l'histoire de l'inondation de la 
digue et du pays de Saba. Tous les gens versés dans les tradi 
lions, parmi ces peuples, conviennent que le mot arim dé- 

24. 



372 LES PRAIRIES D'OR. 

OfcSjJl i*XA JljlfjJ! dUo J^i y^ yUxï »ty'ljâ>lttt âlj 
vif- <Xi» J"<XÀ£ 5v^»5j «».f~AJ AX«é>lAJCp*v3 r»>.^J) £j-« mO U 

r -*-y (j^ (jUa^ï w^ïIajÇ ^U*<Jl (j^X^î ,t, yUa^. ôiljl Qà*? 

JlJL* yLla_ji (J ^ aJL^À.1 (ji) — L)L*m.IS iaAib ^jJCàoa* <Xx« 
l#sj-£o (jllaji ftX^ij *XSj (JjJaJo iM yi^À^o ^o *XjUL — Ia^JI 

signe une digue construite solidement, qu'ils avaient élevée 
pour mettre leurs campagnes à l'abri des ravages du torrent. 
Ce fut un rat qui y pratiqua une fente, Dieu l'ayant permis 
ainsi pour rendre cet événement plus merveilleux et plus 
frappant. C'est ainsi que le Tout-Puissant avait voulu que 
les eaux du déluge sortissent du milieu d'un four, afin que 
la preuve de sa toute-puissance fût plus fortement em- 
preinte dans ce prodige et ne pût supporter la contradic- 
tion. Les descendants de Kahtân, qui habitent encore au- 
jourd'hui cette contrée, ne contestent pas cet événement, 
qui est généralement connu parmi eux, et dont l'histoire 
est très-célèbre. 

Un jour, quelqu'un des descendants de Kahtân faisait 
valoir à la cour de Saffah la supériorité de cette tribu, par 
Himyar et Rehlân, et l'élevait fort au-dessus des descen- 
dants de Nizar. Khaled, fils de Safwân, et plusieurs autres 
personnes qui tiraient leur origine de Nizar, fils de Mâadd , 
le laissaient dire , sans rien répliquer, par égard pour Saffah , 
qui appartenait, par ses oncles maternels, à la postérité de 
Kahtân. Salfah, adressant alors la parole à Khaled, lui dit : 
« Tu restes muet, tandis que les descendants de Kahlân vous 



CHAPITRE LUI. 373 

me- 

rabaissent ici en faisant sonner bien haut leur noblesse, 
et vous écrasent du poids de leur prééminence. » — « Que 
pourrais-je dire, reprit Khaled, à des gens chez lesquels 
on ne trouve que des corroyeurs qui préparent des peaux, 
des tisserands qui travaillent des toiles rayées, des conduc- 
teurs de singes ou des misérables qui montent des ânes, 
des gens qu'un rat a inondés, qu'une femme a gouvernés, 
auxquels une huppe a servi de guide? » 11 poussa le sarcasme 
jusqu'à leur reprocher ce qui leur était arrivé lors de leur 
asservissement par les Abyssins et de leur soumission aux 
Perses, comme nous l'avons raconté précédemment. (Voyez 
ci-dessus, p. 167 et suiv.) 

Les poètes ont aussi fait mention, dans leurs poésies, de- 
là digue (el-Arim) et de ce qui arriva aux descendants de 
Saba et au pays de Mareb : ils ont dit que Mareb était la 
dénomination du roi qui régnait sur cette ville ; qu'ensuite 
elle passa à la ville même, qui fut généralement connue et 
désignée de cette manière. Voilà pourquoi un poëte a dit : 

Du nombre des habitants de Saba qui fixèrent leur séjour dans les villes 
l'ut Mareb, à l'époque où ils bâtirent la digue pour se préserver de l'inon- 
dation. 



374 LES PRAIRIES D'OR. 

(1, JJi À ^kM ^i 

(jl_A.AJj J.J"*" <J** *^r'^*" ^J *-WÛ».| yO U l»jU \my.S ^31 

r^) — r! x*î f^5^— * p ^— 5?" ^ > A «* (*~ir^ <*-*-*^ f # * J *t-' 
«<w._i <X_i J^L* JLcl.*» ^c L—r,™* Lâ_s.|^ ci>5^._JL j^jnls 

-»*X_À_<o Oj^-=?- fi-ir-? «J*-î A-A—H-Jw a._MÎ*X_J IjnJsL» 

<>Jai ^us < -r>* v c^ { H t**** u jy*^-*-s! ^j Lfltww ij^Uoi 

Suivant d'autres, Mareb était proprement le nom d'un 
château qui appartenait à ces rois, dans les temps reculés. 
Abou-Tamhân a dit en ce sens : 

N'avez-vous pas vu Mareb , combien étaient puissantes ses fortifications , 
comme il était environné de toutes parts de murailles et de conslruc- 
1 ions ? 

Le poëte Acha a aussi fait mention de ce dont nous 
avons parlé plus haut, lorsqu'il dit : 

Il y a dans ces événements un exemple pour quiconque sait le mettre 
à profit, comme il y en a un dans Mareb dont la digue a été détruite. 

Cette digue qu'Himyar avait construite en blocs de marbre blanc, 
lorsque les eaux venaient la battre, elles ne pouvaient s'élever au-dessus 
de ses remparts. 

Au moyen de cette digue, ils arrosaient leurs moissons etdésaltéraient 
leurs troupeaux. Par elle ils distribuaient les eaux, au moment qui leur 
semblait favorable. 

Ils demeurèrent dans cette prospérité pendant un long espace de 
temps; ensuite, un torrent, se précipitant au travers des ruines, les en 
i raina dans son cours. 

Us se sont enfuis rapidement, et il ne leur a pas même été possible 
d'étaneber la soif d'un enfant qui vient d'être sevré. 



CHAPITRE LUI. 375 

J>_kJ y^51> y^ £ ^^il »j5i U dUi ^ i^jAM j^j 

«X-J^JI dLj^ lw,.Ai ooLj <-^-=- p^î jii c^^SasI *>o 

Dans dos Annales historiques, nous avons parlé d'un roi 
dont la vie se prolongea jusqu'à des limites extrêmes, et 
dont les actes furent dignes de louanges. Nous avons dit que 
ce fut ce prince qui construisit la digue, qui était un môle 
très-élevé. Pour lui, il vécut aussi longtemps que les vau- 
tours, comme nous l'avons fait remarquer, lorsqu'il a été 
question des cas de longévité. Les Arabes ont beaucoup 
parlé de la longueur de l'existence du vautour, qui, chez 
eux, est passée en proverbe. Il en a été de même de la forte 
constitution du corbeau. C'est à cela que fait allusion el- 
Khazradji, dans le poëme où il parle de la longévité 
d'Omar Maâd, fils de Mouslim, fils de Ridja, affranchi 
d'el-Kaâkâ, fils de Hakim, lorsqu'il dit : 

Certainement Maâd, fils de Mouslim, est un homme dont la longue 
existence est une preuve évidente de l'éternité. 

Ô vautour de Lokmân, combien de temps vivras-tu? Combien de 
temps porteras -tu le vêtement de l'existence fait de grossier tissu de 
poils ? 

La demeure qu'habitait Adam n'a pas tardé à tomber en ruines : pour 
toi , tu es demeuré au milieu d'elle , solide comme un pieu. 



376 LES PRAIRIES D'OR. 

iL^b o-jls' tii iLxAAkJi^ JLJjîj syili aj^jj a^ifl -Ut i_j 

vu * w w 

Tu demandes à ces corbeaux , lorsqu'ils précipitent leur vol , ce que 
c'est que le mal de tête et les infirmités de l'œil. 

Dans nos ouvrages précédents et dans plusieurs passages 
de ce livre, nous avons rapporté les opinions des anciens 
sur les causes de la longueur de la vie et de sa brièveté ; 
sur les dimensions des corps au commencement du monde 
et sur leur dégénérescence dans la succession des siècles et 
le cours des temps. Lorsque Dieu produisit les créatures, il 
donna aux corps, dans leur constitution primitive, et à un 
degré complet, la dimension, la force et la perfection. 

La nature jouissant ainsi de toutes ses forces, la durée 
de l'existence était plus longue et les corps étaient plus 
vigoureux : ce qui s'explique par ce fait, que la mort ne 
peut s'introduire qu'au moyen de la dissolution des forces 
naturelles. Dans le temps où Iqs forces étaient plus com- 
plètes et plus développées, et où le monde était encore 
dans sa primeur, il était dans l'ordre des choses que la vie 
fût complète. Ensuite, le monde n'a cessé de décroître suc- 
cessivement, par suite de la décroissance de la matière, 
décroissance qui a entraîné avec elle la dégénérescence des 



CHAPITRE LUI. 377 

^U^ij jel-w*;*.^! £ ^aJuJi ^\jL3 & iùiAAlaJl iUi&b y_jXï> es**" 

jL»*xJl^ J^U^Jlj ^UàaJI (j^ »yî*x».i L$o *^j}jjij ^.jI^jIj 

viL-J*K.5^ IjUaJ l^>t^>ij ijlx*» I^jo **-taoîl ^..asJl <£ Uûjjt-^j 
<_^-xJl_j (jw-iii>JI & ry^j^' f-*^i J"**^? f»^**»^^ y^^j ^^ o^ • 

corps et la diminution de la vie, jusqu'à ce que la nature se 
soit arrêté elle-même à la limite qu'elle ne voulait pas dé- 
passer dans le dépérissement des corps et de la vie. 

Parmi les auteurs modernes qui se sont adonnés à la dis- 
cussion des problèmes scientifiques, il en est beaucoup qui 
ont contesté que le corps humain, dans les temps primi- 
tifs, ait jamais eu les proportions gigantesques dont nous 
avons parlé. Suivant eux, les restes de leurs monuments et 
ce que l'on voit encore de leurs œuvres sur la terre démon- 
trent que les corps de ces hommes n'étaient pas plus grands 
que les nôtres. C'est ce qui apparaît clairement à tous ceux 
qui ont vu leurs habitations, les portes et les passages qui 
y conduisaient, leurs bâtiments, leurs temples, leurs de- 
meures, dont les vestiges se rencontrent dans tous les pays. 
Telles sont les maisons des Témoudites et les habitations 
qu'ils s'étaient taillées dans les montagnes et qu'ils avaient 
creusées dans la roche dure, toutes de proportions modestes 
et avec des portes d'une petite dimension. Il en est de même 
dans le pays des Adiles, en Egypte, en Syrie, et dans 



378 LES PRAIRIES D'OR. 

~i <_>LJi i*x~d> & &j5l> -OsJiii ^oU ^ yj& dU^ (jl^j j.^oU 

J^_jûl (j^ ioL^fe' A~~_$j jy*"*^ ojfej y^ « J^> rfV** (j^^ 

**j\$* & <£\j ))% \s*»\ (j^^fl yjj* (jï p^*Jl Jouw ^ CijS.} 

i C^JiJl xJ^si ytf ^ JJI U*gj> JJJU yt>j jyJ* AAi^iJ dU& 

toutes les parties du monde, soit à l'orient, soit à l'occident. 
Au surplus nous ne prolongerons pas davantage cette dis- 
cussion qui nous mènerait trop loin, car nous ne pourrions 
pas nous y appesantir plus longtemps sans dépasser les 
bornes de la concision. 

Revenons maintenant au sujet dont nous nous étions 
écarté et que nous avions laissé de côté , c'est-à-dire à l'histoire 
des descendants de Saba , de Mareb , et du roi qui régnait à 
l'époque dont nous parlons. C'était Amr, fils d'Amir. Ce 
prince, dont il a déjà été question dans ce chapitre, avait 
un frère devin et qui n'avait pas d'enfants. On le nommait 
Amrân. Le roi avait pour épouse une femme habile dans 
l'art de deviner; elle était de la famille de Redmân, descen- 
dant de Himyar, et elle se nommait Darij'at-el-Khaïr. La 
première chose extraordinaire qui arriva à Mareb, et donna 
un avertissement de l'inondation qui devait arriver, ce furent 
des présages qui firent connaître à Amrân, frère d'Amr, 
que ses compatriotes seraient indubitablement dispersés de 
divers côtés et dans des régions fort éloignées l'une de 
l'autre. Il en fit part au roi son frère, Amr, surnommé 
Mozaïkiya, du temps duquel arriva le malheur qui frappa 



CHAPITRE LUI. 379 

eyji iiÀi&lMÎ^Ail xibjJà UjOj dUi x*Àa5o ksi 4Ni^ aJ(L« -Cî 

<— a— *-»}* ■'^-^■S- Ovxïj Lv o*jj«s»-li OUJXag «J COoij o*X£>i; 

JlJJvJ iuL^ià ovfiyii aaS^Î $)\ ê^ ^c oij Kj <jb)^M <ji 
U \ 3 \j Uo ^.xJl iJi î ÙUb ùsju U çjJïs*! iii Ê^a ^a £3j U 

]eshal)itants de ce pays. Dieu seul sait ce qui en est. Quant 
à Darifah la devineresse, elle eut un jour, pendant son 
sommeil, le songe que voici. Il lui sembla voir un gros 
nuage qui couvrait le pays, et qui vomissait la foudre et les 
éclairs. La nuée venant ensuite à crever, la foudre tomba et 
consuma tout ce quelle atteignit; étant tombée jusqu'à terre, 
elle réduisit en cendres tout ce qu'elle toucha dans sa chute. 
Darifah, épouvantée de ce qu'elle avait vu en songe, et hors 
d'elle-même, vint trouver Amr, en disant : « Ce que j'ai vu 
aujourd'hui a fait fuir loin de moi le sommeil. J'ai vu un 
nuage qui, après avoir longtemps lancé la foudre et les 
éclairs, a enfin éclaté avec fracas, et tout ce que le tonnerre 
a atteint est devenu la proie des flammes. Après cela il faut 
donc s'attendre à ce que tout soit submergé. » 

Quand on vit la frayeur dont cette femme était saisie, on 
l'entoura et on s'efforça de la calmer. Elle finit par reprendre 
ses esprits. Alors Amr, fils d'Amir, entra dans un de ses 
jardins, accompagné de deux jeunes filles. Darifah, l'ayant 
su, sortit pour aller le trouver, ordonnant à un jeune esclave. 



380 LES PRAIRIES D'OR. 

^g^Afii ^c (^j^M oUrf&jj (j4^^ 5 v^ ^W*^*-* «X&-U* 

OMJÛii lit UMUo^M oJlîj ii>Ov«j \-frV-*i (^c V#j<Xj cxaasj 

ïbLsLw *tlî 4j-» OwjSj j^ IgAi <^JI *X><xil jj^à» ^*^* 
çj^JLjiii J^-^-j cvAjl> ; ^--(^ ^ cH^' à? <-**'& 
1^àa>^ V^Àiaj ^£ vî/^' y^3 U^jJs (jv*AMfcxi £*laX*AO 5X-* 

nommé Sinân , de la suivre. Comme elle mettait le pied hors 
de sa maison, elle rencontra devant elle trois menadjid (es- 
pèce de taupes) qui se tenaient droites sur leurs pattes de 
derrière, et avaient les pattes de devant posées sur les yeux. 
On appelle menadjid des animaux qui se trouvent dans le 
Yémen et qui ressemblent à la gerboise. Darifah , à cette vue , 
se couvrit les yeux avec les mains, et dit à son esclave de 
l'avertir quand les menadjid se seraient retirées. Dès que le 
jeune homme l'eut avertie de leur retraite, elle continua sa 
marche eu grande hâte; mais quand elle se trouva devant le 
canal qui entourait le jardin dans lequel était Amr, une tor- 
tue sortit tout à coup de l'eau, et tomba au milieu du che- 
min , renversée sur le dos ; elle faisait , mais en vain , de grands 
efforts pour se retourner; elle tâchait de s'aider de sa queue, 
taisait voler la poussière sur son ventre et sur ses flancs, el 
lançait sou urine en l'air. Darifah , la voyant , s'assit par terre , 
el demeura ainsi jusqu'à ce que la tortue fût rentrée dans 
l'eau. Alors la devineresse reprit sa roule, et entra dans le 
jardin où était Ami . C'était le milieu du jour, el l'instant de 



CHAPITRE LUI. 38 L 

lilj Li^v-s». »X_j*X— £ iL_cLw ^^IgjJl .^jLwaXji (;j>~5»- ioijiX^L 

L_j_*_i Jt-kJb «XjitX^i (jvju*fcj «Xr»-Uil ^3^xs».\ CiJli? I*^-^» 

o*Aiw*>v9 U*XÏ J_j-«J1j o«^»*J'_5 1^-=?" Vb"*^ ^J-^ \*^*» <S«jI; 
£ cxJfe wîi.Ji y-J^-J' l*j j>j-£ Jl* 1x^3^) j^Jt îiU «iuijtxi: 

la plus grande chaleur; les arbres s'agitaient et balançaient 
leurs cimes , quoiqu'il n'y eût pas la moindre haleine de vent. 
Darifah, traversant le jardin , arriva à l'endroit où Amr était 
étendu sur un lit avec les deux jeunes filles. Amr, aperce- 
vant Darifah, rougit de honte, fit descendre du lit les deux 
jeunes filles, et l'invita à venir prendre auprès de lui la 
place qui lui appartenait; mais cette femme, prenant un ton 
prophétique, se mit à dire : « Par la lumière et par les té- 
nèbres! par la terre et par les cieux! certes, les arbres vont 
périr, et les eaux redeviendront ce qu'elles étaient dans les 
siècles passés. » — « Qui t'a appris cela ? » lui dit Amr. — « Des 
taupes, reprit-elle, m'ont annoncé des années d'afflictiou , 
dans lesquelles le fils périra avec le père. » — • Que veux-tu 
dire ?» lui demanda Amr. — « Je dis ce que dit l'homme qu'a- 
gite le repentir; je gémis. Car j'ai vu une tortue qui raclait 
et balayait la poussière, et qui lançait au loin son urine. 
Entrée ensuite dans le jardin, j'ai vu les arbres se plier et 
balancer leurs cimes. » — « Comment interprètes lu ce que lu 
as vu ? » — « C'est une série de désastres, un fléau épouvan 



382 LES PRAIRIES D'OR. 

dU^j ^ Uj Jlï <x^vma;>- jij-*L» iLffSàs- OiAxa^Oj iLe^sj \*>Mà 

v-X-^-^j J*-rtjb ljy^"3 t^*^=?" t** J d ^ " _$«* oJw **djlâ u i*Xiû 
*X.*«Ji £ AjÙ^aj jj&> \h>js^- L^j\j \b>\s «X*Ji Ji t^OÛiî oJU 

(j^ <X£j oJlif *JL> <_£ JsJî woiit jjsjfc Uj Jlï^oiil Uo *ïj *Xj» 
J£tii (; j5^ jyj| L J^axo J£i Uj J&j J,Lu JJoL, J>3 AMI 



table, une catastrophe terrible. » — « Qu'est-ce donc? malheur 
à toi! » — « Oui, dit-elle alors, malheur à moi ! Quant à toi 
tu n'en profiteras pas. Funestes effets du torrent! ils feront 
ton malheur et le mien. » — A ces mots , Amr, se jetant à bas 
de son lit, s'écria : « Darifah ! quels sont donc les maux dont 
tu nous menaces ?» — « C'est, dit-elle, un événement épou- 
vantable, une longue affliction, à laquelle très-peu échappe- 
ront; mais si peu que ce soit, il vaut mieux ne pas le négli- 
ger. » — « Quels signes, demanda Amr, me donnes-tu de ce 
que tu m'annonces ?» — « Va, reprit Darifah, va visiter la 
digue : si tu vois un rat y creuser des trous avec ses pattes de 
devant, et rouler avec celles de derrière de grosses pierres 
de la montagne, sache que l'infortune dont nous sommes 
menacés est une infortune inévitable, et que le moment où 
elle se réalisera approche. » — « Et quel est ce malheur? » 
demanda encore Amr. — « Une menace, lui dit Darifah, a 
été envoyée de la part de Dieu; le mensonge a été réduit 
au néant; une vengeance éclatante est tombée sur nous. 
Puisse, ô Amr, le malheur qui nous menace ne pas lom 
ber sur loi, car c'est la morl ! » Amr s'en alla donc vers la 



CHAPITRE LUI. 383 

Jj — *— j 

<X£j aL*^j tS^lP' ^4-** ti-« *Î-»*N V^ 3 tr* ^^^- w gV^ 

digue; il l'examina soigneusement, et vit un rat qui retour- 
nait avec ses pattes une pierre que cinquante hommes n'au- 
raient pas pu remuer. Il revint trouver Darifah et lui rendit 
compte, en ces termes, de ce dont il avait été témoin : 

A l'aspect de ce que j'ai vu, la douleur s'est emparée de moi : tout mon 
corps a frissonné comme celui d'un malade, à ce spectacle affreux. 

J'ai vu un rat semblable à un sanglier aux crins roux ou à un bouc que 
l'on a chassé du parc où sont renfermés les troupeaux. 

Je l'ai vu entraîner un des quartiers de roche dont la digue est cons- 
truite. Il est armé de griffes et de dents semblables à celles d'une hyène. 

Les pierres qu'il n'a pu ronger, il les a brisées : on eût dit qu'il rongeait 
une baie faite de salam. 

« Voici encore, dit Darifah à Amr, un autre pronostic de 
cet événement. Allez vous asseoir entre les deux jardins : 
faites apporter et placer devant vous un vase de verre; le 
vent le remplira de la terre du ravin et du sablon de la val- 
lée. Vous savez cependant que ces jardins sont couverts d'un 
ombrage touffu , et que le soleil ni le vent ne sauraient y 



384 LES PRAIRIES D'OR. 

Jlij (jv.Àam ***« (j>J_5 wllÀAJ Uvi oJUi *X*Ji dJ^.d> (jJj-J <^-« 

c 

ifi yvJLaJl £**Ji (^j^ dJuu Uvi iiXxJ dUU jL ^ AX^*J 

u^_#_lb *X-S Uxail ^J yi *iUi <*.jÎ yi >J JySîj j»j*Jt J-*** 
LyaiL *Xs»^i *i**«j J^ssUi i^jS cji t-UÛ*>o J^Ji à«- î 
CJyJà. M J>S>kj (jij f.^1 £»lj JiJà yl j^*i W*» ^-&^> «\S 

pénétrer. » Amr fit ce que Darifah lui avait prescrit, et en 
peu de temps le vase qu'on avait placé devant lui se trouva 
rempli de la terre du ravin. 

Amr revint trouver Darifah, et, lui rendant compte de ce 
qui était arrivé, il lui demanda quand aurait lieu la ruine 
de la digue. — « D'ici à sept ans lui dit-elle. » — « Et dans 
laquelle de ces sept années? » ajouta-t-il. — « Dieu seul le sait, 
répondit-elle , et si quelque autre que lui le savait , je ne l'igno- 
rerais point assurément; mais d'ici à la fin de ces sept années, 
il ne se passera pas une seule nuit que je ne m'attende à 
voir arriver cette catastrophe, soit durant cette nuit elle- 
même, soit au matin suivant. » Après cela Amr lui-même eut 
un songe clans lequel il vit l'inondation des digues, et il lui 
fut dit que ce fatal événement serait prochain lorsqu'il ver- 
rait le gravier paraître sur les branches des palmiers. Il vint 
donc aux plantations de palmiers, examina les branches, 
et reconnut qu'il s'y trouvait du gravier, ce qui ne lui laissa 
plus aucun doute que ces annonces allaient avoir leur ac- 
complissement, et que le pays serait ravagé. Néanmoins il 



CHAPITRE LUI. 385 

,o~3 vaaw)^ IftAAb ^^-°^ i— <J»T>Xi P^ ^ *— 'r-^-* tr-J^ J"**J ^- v ^=> 

4^_fi;bj ^.XJ-fi fyjbs-t jaAjJl A*!oi 0»»*As- îil JU* &J.&- 
L.C S»-«i (^«XJi 5»XÀ£ jj»w.Ai>.^ jj*UJi ajutI ïj-w*\> Lfco cjjl» 
l_5 £»1_ào_j *>-$ -Ui» &j £"*"° ^* (M* 3y"**î xJuâj X«\.£j 



»i»à! 



tint la chose secrète, et forma le dessein de vendre tout ce 
qu'il possédait dans le pays de Saba, et d'en sortir ensuite 
avec ses enfants; mais craignant qu'une conduite aussi ex- 
traordinaire ne frappât les esprits, il prépara un grand fes- 
tin, pour lequel il fit égorger plusieurs chameaux et des bre- 
bis, dans l'intention de donner une fête splendide. Il envoya 
dire ensuite aux habitants de Mareb qu'Amr avait fait pré- 
parer un festin solennel et extraordinaire, et les invitait à 
y assister. Puis il appela un jeune homme nommé Malik, 
qui, selon les uns, était l'un de ses fils, et, suivant d'autres, 
un orphelin élevé dans sa maison, et lui dit : « Lorsque je 
serai assis et occupé à servir les convives, assieds-toi près 
de moi; tu me contrediras sur quelque chose que je te 
dirai, tu nie tiendras tête, et tu me traiteras comme je t'au- 
rai traité. » Les habitants de Mareb s'étant rendus à l'invita- 
tion d'Amr,quand il fut assis et occupé à servir les convives , 
le jeune homme se mit près de lui, comme il avait été con- 
venu; il commença à disputer contre lui, et à lui tenir tête, 
et enfin Amr lui ayant donné un soufflet et dit quelques 

11!. 25 



386 LES PRAIRIES D'OR. 

k_i A_À.Xji;.iiAi i^iXafc^ *"\r s ?"J) ( -?J , * 3 2 iS^° *•&•<* }j% j^- r»^r! 
j i«X_£& «.-i^y ^Lo (©*! ^ <*Mij Jl5^ a5jo <£W*- jM»**J JjJ[)-r! 

<\ji.Xj L«y» *jo<X^- (JÀxj Ui*jj Si^ O 1 ^ • ^^* "^ "**"* fcW^' 

Jo^w yUio (JaAàJI j-S»-5 *Jij^»i j-*lft (^ jyJï <ji tiA*<\>î l^.* 
çXji Col; .Xi &\ (1 j-ïUÎI (jJftl^Jl yiyj «jiJ JUb pjJi 



mots injurieux, il en fit autant à Amr. Celui-ci, se levant 
aussitôt, s'écria : « Ô honte ! au jour de la gloire d'Amr, un 
enfant l'a injurié et l'a frappé au visage. » Il jura en même 
temps qu'il ferait mourir ce jeune homme. Mais, cédant 
aux instances des convives, il dit : « Dieu m'est témoin que 
je ne demeurerai pas plus longtemps dans un lieu où j'ai 
été traité d'une manière si indigne. Je vendrai tout ce que 
j'y possède de biens fonds et de richesses mobilières. » 

Alors les gens du pays se dirent l'un à l'autre : « Profitons 
de la colère d'Amr, et achetons de lui toutes ses propriétés, 
avant que sa fureur s'apaise. Ils achetèrent donc tout ce 
qu'Amr possédait dans le pays de Mareb. Cependant la con- 
naissance qu'avait Amr de l'inondation future s'étant ré- 
pandue, quelques-uns des descendants d'Azd mirent aussi 
leurs biens en vente. Les ventes s'étant ainsi considérable- 
ment multipliées, on en fut surpris, et il ne se trouva plus 
personne qui consentît à acheter. Quand Amr, fds d'Amir, 
eut recueilli le prix de tous ses biens, il annonça aux habi- 
tants l'inondation dont ils étaient menacés. Son frère Amrân, 
le devin , qui n'avait pas de postérité, leur dit : « J'ai vu que 



CHAPITRE LUI. MS7 

^ XA.Ji w**A» «Xk iÙLo (♦XjL» *a^Î (ji f\£.»£ lfr>i L^bofcU 
dLJi> £ L-j-fcljy-i^iJ dLÎ*X.j o»-A<v*i iCfiij^iw S^À^a** (^J*>Ji 



vous devez être dispersés de divers côtés, et dans des con- 
trées fort éloignées l'une de l'autre. Je vais vous donner la 
description de chaque pays; choisissez la contrée qui vous 
plaira davantage, et allez y établir votre domicile. Si quel- 
qu'un parmi vous aime les grandes entreprises, possède un 
chameau robuste et une outre neuve, qu'il aille s'établir 
dans le château fortifié du pays d'Oman. » Les descendants 
d'Azd, qu'on nomme Azd d'Oman, allèrent habiter ce pays. 
Le devin ajouta : « S'il en est parmi vous dont 1 ame ne soit 
pas portée aux grandes entreprises, qui ne possèdent ni 
un chameau robuste, ni une outre neuve, qu'ils aillent dans 
les gorges de montagnes habitées par les Kurdes. » C'est le 
pays connu sous le nom de Hamadân. La tribu de Wadiàh, 
fils d'Amr, choisit ce parti el fut confondue avec les habi- 
tants de ce pays. Le devin dit ensuite : « Que ceux qui 
aiment les affaires, le travail, le gouvernement, l'autorité, 
et qui peuvent supporter les coups de la fortune, aillent 
choisir leur séjour à Batn-marr. » Ce furent les Khozâïtes 
qui fixèrent leur séjour en ce lieu; on leur donna ce nom, 
parce qu'ils s'étaient séparés (Khazâa) de leurs camarades 

25. 



388 LES PRAIRIES D'OR. 

j.J^JIj ~UjjJî_j jX+JL} j*JL «Xj>-> ,XiLo y\^ cj^j y-*Uji Jlis 

d'émigration pour s'établir clans cette contrée. Les Khozâïtes 
sont les enfants d'Amr, fils de Lohayi; ils demeurèrent là 
en se séparant des autres, et le nom de Khozâa, qu'on leur 
donna en souvenir de cette séparation, leur est demeuré jus- 
qu'aujourd'hui. Hacân, fils de Tâbit el-Ansari, a dit à ce 
sujet : 

Quand nous fûmes arrivés à Batn-marr, alors se sépara de nous Khozâa 
pour se fixer dans des vallées profondes. 

Là se fixèrent aussi Malik, Aslam et Malkân, tous fils de 
Kossavi, fils de Haritah, fils d'Amr-Mozaïkiya. «Voulez- 
vous, dit encore Amrân, posséder des plantations d'arbres 
dont les racines soient profondément enfoncées dans une 
terre humide et fangeuse, et qui fournissent des aliments 
dans les temps de stérilité, allez à Yatrib, cette ville riche 
en palmiers. » C'est Médine. Elle fut choisie par les Aws et 
les Khazradj, fils de Haritah, fils de Tâlebah, fils d'Amr- 
Mozaïkiya. Amrân dit encore : « Si quelqu'un de vous aime 
le vin et les liqueurs fermentées, les étoffes tissues d'or et 
de soie, les soins du commandement et de l'administration. 



CHAPITKE LUI. 389 

y&» -LsJî (joj! ^ j****"} iSj* 3 - 1 * l ^^j^^l.jj««i"j 

yfci àb^ 1>*U^ ôMlj Û^J Ô^ 1 ^#J Ô^' 

yL**-£ (j* ij«A_s»lj ^4 J^j Lcî JyÇ> (j^* jj t«î_5 ^v-wîî (jjf 

qu'il choisisse pour sa retraite Bosra et Hafir. » Par ces deux 
villes il entendait la Syrie; ce fut là que se retira la famille 
de Gassân. «Que ceux, continua le devin, que leur goût 
porte vers les habits au fin tissu , vers les chevaux d'une 
race noble, les trésors et l'abondance des choses néces- 
saires à la vie , se transportent dans l'Irak. » Les familles qui se 
retirèrent dans cette contrée furent Malik, fils de Fehm-el- 
Azdi , avec ses enfants , et ceux des Arabes de Gassân qui ha- 
bitaient Hirah , comme nous l'avons dit précédemment clans 
cet ouvrage. Hicham, fils de Kelbi, disait cependant : «J'ai 
entendu dire à mon père que les Arabes de Gassân vinrent 
s'établir plus tard à Hirah , et qu'ils ne s'y rendirent qu'à la 
suite du Tobbâ. » 

Ensuite Amr, fils d'Amir Mozaïkiya , et ses enfants sor- 
tirent de Mareb. Les Azdites, qui habitaient ce pays, en 
sortirent aussi dans l'intention de chercher une contrée qui 
pût les recevoir tous, et de s'y établir. La tribu de Wadiàh, 
fils d'Amr, fils d'Amir Mozaïkiya, se sépara d'eux et alla 
s'établir dans le territoire de Hamadân. Malik, fils d'el- 



390 LES PRAIRIES D'OU 

ijj^j ^5Ù=»- y}b» _^àjj j.-»vc y.j ■ j.S'jUwj UJijTj,^) ^5* ^jj iiSjls». 

Yéman, fils deFehm, fils d'Adi, fils d'Amr, fils de Mazin, 
fils d'Azd, resta dans le pays de Mareb, et y régna après 
le départ de ses compatriotes jusqu'à la catastrophe qui 
ruina ce pays. Les familles émigrées étant parvenues à Nedj- 
rân, Abou Flaritab, fils d'Amr, fils d'Amir Mozaïkiya, et 
Dîbal, fils de Kaab, fils d'Abou-Haritah, s'y arrêtèrent, et 
leur postérité se mêla parmi les Arabes de la race de Mad- 
liidj. Aboul-Mondir dit : « On prétend qu'Abou-Ilaritah était 
l'aïeul de Harit, fils de Kaàb, fils d'Abou-Hodaïfah , qui 
était établi à Nedjrân. Dieu seul est parfaitement savant. » 
Amr, fils d'Amir, continua sa route : quand il fut entre 
Sérat et la Mecque, quelques gens des descendants de 
Nasr, fils d'Azd, s'y arrêtèrent, avec Amràn le devin, fils 
d'Amir et frère d'Amr Mozaïkiya, ainsi qu'avec Adi, fils de 
Haritah , fils d'Amr Mozaïkiya. Pour Amr et les enfants de 
Mazin, ils continuèrent leur route, et vinrent camper entre 
le pays des Achàrites et Akk , près d'un étang que l'on nomme 
(icissân, entre deux vallées appelées Zébid et Rima : ces deux 
vallées ont leur origine entre un plateau élevé qu'on appelle 



CHAPITRÉ LUI. 391 

e 

iwjl». UjI t^tX-Cj r»Jr*^!j! l -'^*^>-* ^/^ _^àj kiUUj t^ K'rr-^ <-?>*5 

Sâïd-el-Haïbek et les montagnes qui s'élèvent à Zébid et à 
Rima. Ils s'arrêtèrent donc près de Gassân et burent de son 
eau; on leur donna à cause de cela le nom de Gassân, qui 
lit oublier leur véritable nom, et sous lequel seul ils furent 
connus désormais. 

Un de leurs poètes a dit : 

Si tu t'informes de nous, nous sommes d'une race illustre, dont l' ori- 
gine remonte à El-Azd et à l'étang de Gassàn. (Ci-dessus , p. 216.) 

Ceux des enfants de Mazin qui portent le nom de Gassân , 
sont el-Aws,el Khazradj, tous deux fils de Harilah, fils de 
Tâlebah, fils d'Amr-Mozaïkiya , Djafnah, fils d'Amr-Mozaï- 
kiya, Harit, Awf, Kaab, Malik, fils d'Amr-Mozaïkiya, Tawm 
et Adi, tous deux fils de Harilah, fils de Tâlebah, fils d'Im- 
rou'1-Kaïs , fils de Mazin, filsd'el-Azd. Ils conservent des tra 
ditions historiques sur la division de leurs familles, et sur 
celles de leurs branches qui se 'confondirent parmi les des 
tendants de Maadd fils d'Adnân et qui eurent ensuite des 



392 LES PRAIRIES D'OU. 

JULaj »j*k J*^ i^ fer* ï\j~J\ J^ U!j jL^ *4 JUjj 
.kJUj ^ji^ -UJi j.^j^' i J^=?- ^-^ -^j^ Uj ^-s^j aK^v & 

ci*_x_AJ j^-^wJi y^tXAXJ t-rjU J^ûi (jfe' <XSj (^^-* tW*" 
jo^Jj-i îj*X_^. /0-^.jAfi AX*^ <*>Jl 3M -o^jjy^Jwj AaA.£ 

yî Xy^ ytjj iU*3 /O^A-U <*M y^io yi IjyXJIj f"^^ fj^W 

guerres à soutenir contre les enfants de Maadd, dont le 
résultat fut que les Maaddites, les ayant vaincus, les chas- 
sèrent de leur pays. Obligés de chercher une autre de- 
meure, ils vinrent à Sérat. Sérat est la montagne des Azdites 
qui sont nommés à cause d'elle Azdites de Sérat. On nomme 
cette montagne Hédjaz. C'est la crête seulement qu'on ap- 
pelle proprement Sérat, comme on donne ce nom au dos 
d'un animal. Ils s'arrêtèrent donc dans ce pays, et établi- 
rent leur demeure dans la plaine, sur les hauteurs et dans 
tous les lieux voisins. Cette montagne est sur les confins de 
la Syrie qu'elle sépare du Hédjaz, en côtoyant le territoire 
de Damas, la province du Jourdain et la Palestine, et vient 
aboutir à la montagne de Moïse. 

Les habitants de Mareb adoraient le soleil. Dieu leur en- 
voya des prophètes pour les ramener au culte du vrai Dieu , 
les exhorter à renoncer à leurs superstitions , et leur rappeler 
les bienfaits dont il les avait comblés. Mais ils se mon- 
trèrent incrédules a leurs paroles, rejetèrent leurs avis, et 
ne voulurent point reconnaître qu'ils fussent redevables des 



CHAPITRE LUI. 393 

«y^ -o*$JL* ï\j*\ Jyu viUi i^ blkftl U U* <-*j&*Xj5 

■»«\ g, à fj-*-ï\ J*&» fHH^* ^' <i^"j^ J-mj^JI f-^* <^**> s -» 

jîjîj fo-**-=~ ^ fcê ^\* fi^J *Ui <^j i^^ 

biens dont ils jouissaient à la bonté de Dieu. « Si vous êtes 
envoyés de Dieu, disaient-ils, priez-le de nous dépouiller 
des dons qu'il nous a accordés. » Une femme infidèle de cette 
tribu a dit en ce sens : 

Si les biens à l'ombre desquels nous sommes dès notre enfance vien- 
nent de votre Seigneur, qu'il se retire avec ses richesses, 

Pour en jouir lui-même, au lieu de nous, et pour en faire jouir les 
siens. 

Les envoyés célestes ayant invoqué Dieu contre ces in- 
crédules, il envoya contre eux le torrent d'Arim, qui dé- 
truisit la digue; en sorte que les eaux couvrirent les terres, 
détruisirent les arbres, ruinèrent les habitations et firent 
périr tous les troupeaux. Alors ils vinrent trouver leurs 
prophètes et leur dirent : « Priez Dieu qu'il nous donne de 
nouveaux biens à la place de ceux que nous avons perdus, 
qu'il rende la fertilité à nos terres, et qu'il nous ramène 
nos troupeaux, qui ont été dispersés de côté et d'autre. Nous 
promettons que nous n'associerons aucune divinité à Dieu 
dans le culte qui lui est dû. » Les prophètes prièrent Dieu 



394 LES PRAIRIES D'OR. 

i^JUi *-Xa«; *.£ajIs lii^Awi_j Jjjlboj ^J> -LsJl &%!$ (^ixw.Xà 

J^ ami **J^» JjJlS} bU^lo ait Î^jU *nL \y*p yt q£à&y> 
Ljê liXJi j-.a-^j^.-'oLc fcj* jy% Si)^ a ^fj *x*Jî ^Uiwt (j^ 

*XS, yLjfl jLàJ J! ylfl £>>^ VW ^ i *^> f ^ 
A-aJ ï L^çb y\^ A-iî jL***Jl ^S^-"» Aj (j^Xi (j* Jjl y^ 

U (XjLSjkjyî ^AMJtîî^ j»$&ftj $À«+Î\) U»àîi_5 Jl^ Sjlïj y;^ 

en leur faveur, et Dieu leur accorda ce qu'ils demandaient. 
Leurs terres redevinrent fertiles et leurs cultures s'étendirent 
jusqu'aux confins de la Palestine et de la Syrie; on y voyait 
une multitude de villages, d'habitations et de marchés. En- 
suite leurs prophètes vinrent de nouveau les trouver, les 
sommant d'accomplir l'engagement qu'ils avaient pris de 
croire en Dieu; mais, loin de déférer à leurs avis, ils de- 
vinrent plus insolents et plus infidèles. Dieu , en conséquence , 
les dispersa de divers côtes, et dans des contrées fort éloi- 
gnées l'une de l'autre. 

Maintenant que nous avons donné un aperçu de l'histoire 
de la digue, du pays de Mareb, d'Amr, lils d'Amir, sans 
compter plusieurs autres renseignements qui se trouvent 
consignés, plus haut, dans ce chapitre , nous allons revenir 
aux devins. Le premier qui, chez ces peuples, pratiqua l'art 
de la divination fut Satih le Gassanidc. Une nuit orageuse et 
sombre, comme il dormait avec ses frères, au pied d'une 
montagne, en l'absence du reste de la tribu, il poussa un 
cri au milieu d'eux, et, la figure consternée, il dit : « Par la 
lumière, parle crépuscule, par les ténèbres, par l'obscurité! 



Cil WMTKE LUI. 395 

L *t ,r£r\p «wï *XaJ ^ S^s». lifr*X*j *j-=*-_j «je»)JÎ &* îtëf*} } 

C^IjJLtj -Uiill c*âLoj5à Ub *J^i ÏSjl &J i *^r=-U» 
jLa-s»-^ çaAc ^j i>*»4j .<jJa*J^ A^/LoUj c^U&^Xj (ji C^à&J 

p 

yL*£ ^.-A â.j L$j-*i (j^ (jl^ Uj ^-*J^ AiXçw^xi.^ yLjjSJi 

un fléau envahissant vous envahira. » — « Qui est-ce qui nous 
envahira, ô Satih? » — « Lorsque arrivera la nuit noire, le 
fléau se montrera , et les surprendra en défaut. » — « Et qui 
nous présage ce malheur? » — « Une chose dont la violence 
et la rage défient tous les obstacles; des ténèbres suivies de 
ténèbres dans une nuit des plus sombres. » Ils refusèrent de 
croire à ses paroles et méprisèrent ses avis. Cependant des 
torrents d'eau s'élançant des vallées environnantes les sur- 
prirent au milieu d'une nuit froide et orageuse, comme il 
l'avait dit, entraînèrent les troupeaux, les bêtes de somme, 
et furent sur le point de les faire périr tous eux-mêmes. On 
cite beaucoup de traits extraordinaires au sujet de Satih et 
de Chikk, fils de Saâb. Telle est, par exemple, l'histoire du 
Tobbahimyarite qui vit en songe un charbon sortir des té- 
nèbres, tomber sur la terre embrasée et y dessécher tous 
les réservoirs ; puis l'explication que ces deux devins lui don 
nèrent de cette vision. Telle est encore l'aventure de Satih 
lors du songe que firent les mobed, et de l'ébranlement 
du palais; celle de Semlakah et de Zaubaàh ni (oui ce qui 



39G LES PRAIRIES D'OR. 

aL-Â-w! (^c kii*j t^iî^l t^ct d 2 U^*^ 4s)^!3 ** l ?^i <*3j^à._$ 

5*^oî ^j-» jjfe' Uj y^'-ft ^ Uj». ^j ^^oi^i j-t^-j (""Ir^ <^ 
<J| «^LaJLJÎ^ ^w-jJ <Xj^a (J>^- a! Jlï Uj ^iSii yJjUj-*!^ 
j„JLCm^I ,j*^jUI_5 j^M /ivUàJi^ ^-îili jjwJI (^ yfc' Uj *JUi 

leur arriva; l'histoire de l'aulruche mâle et de l'arbre. Ci- 
tons encore la guerre qui eut lieu entre Akk et Gassân, au 
sujet de la légèreté du lait, de sa pureté, de sa coagulation; 
l'établissement de Gassân dans la partie supérieure de la 
vallée, et de Akk dans sa partie inférieure; le rôle que joua 
alors parmi eux l'art du kiafct appliqué à l'inspection des 
chameaux, au lever du soleil et à son coucher; l'histoire de 
Samuel, fils de Hana, fils d'Adiâ, et ce qui se passa entre 
lui et Mazin le devin; ce qu'il lui dit lorsqu'il vint le sur- 
prendre pendant la nuit et qu'il se soumit à ses lois; l'anec- 
dote de la chèvre grise , de l'autruche mâle au plumage rouge, 
du cheval bai brun, du chameau boiteux, du pauvre vieil- 
lard, et une foule d'autres traits du même genre concernant 
les devins et ceux qui possèdent la science du kiafet. Au sur- 
plus, nous avons traité ce sujet en détail dans deux de nos 
ouvrages précédents, les Annales historiques et l'Histoire 
moyenne. La protection vient de Dieu. 



CHAPITRE LIV. 397 

yK il kjJiJIj y^A-iLy-tJlj Mplj u^Jb S^ 5 f^J f"*^ 5 

<£~**-j dLJi £ Î*X_aJU J-*-^5 <jaA-àJ| (J& ^^*lîj J L » g - »"> 
CHAPITRE LIV. 

LES ANNÉES ET LES MOIS CHEZ LES ARABES ET LES PEUPLES ETRANGERS ; 
ANALOGIES ET DIFFERENCES QU'ON Y REMARQUE. 

Le nombre des mois chez les Arabes et chez tous les peu- 
ples étrangers est de douze. Nous parlerons des années, des 
mois et des jours chez les peuples qui ont acquis le plus de 
renom, tels que les Arabes, les Perses, les Roumi, les Sy- 
riens, les Coptes. Les divisions adoptées par les anciens 
Grecs sont précisément celles qui sont en vigueur chez les 
Roumi. Nous n'entrerons pas ici dans l'exposé des théories 
des Indiens relativement aux années, aux mois et aux jours, 
ni aux calculs qu'ils ont faits à ce sujet. Nous ne nous oc- 
cuperons pas davantage du système imité des Indiens, qui 
est en usage chez les Chinois, dans beaucoup de pays et 
parmi beaucoup de peuples, parce qu'il est en dehors des 
usages reçus généralement et des conventions adoptées par 
le plus grand nombre. Nous commencerons par les années 



398 LES PRAIRIES D'OR. 

iU^wo liû«XÀ£ ^jsiv^i *X.£ -JS?^_5 W^y'j ^*J£€"*y S^ - *^ C^** 1 

cK-STj <J^M <NA^*^J ^ t_>}-*^ AjJb U_5 j»^J J^J \-g.À^9j^vy tP 

et les mois des Coptes, parce qu'ils concordent avec ceux 
des Syriens. Ensuite nous traiterons des mois des Syriens 
et de leur concordance avec les mois des Roumi. Puis nous 
passerons à l'énumération des années, des mois et des jours 
chez les Perses. De là nous arriverons aux années des 
Arabes, à leurs mois, à leurs jours. Nous expliquerons l'ori- 
gine des noms donnés chez eux à chacun des mois et des 
jours. Nous rapporterons ce qu'ils ont dit sur les noms des 
nuits. Nous parlerons, en général , des mouvements du soleil 
et de la lune , ainsi que de l'influence qu'exercent ces astres, 
dans le monde, sur les corps inanimés, sur les végétaux et 
sur les animaux, indépendamment de beaucoup d'autres 
questions qui viendront à la connaissance du lecteur. 



CHAPITRE LV 398 

Ua*w U J^s *>*sp W**M 1**Xj i»U <w^- [jbù^xi k^JiNj t_>l 
CHAPITRE LV. 

MOIS DES COPTES ET DES SYRIENS , DIFFERENCE DE LEURS 
DÉNOMINATIONS; RÉSUMÉ DE LEUR CHRONOLOGIE. 

Voici Tordre des mois des Coptes : i° toi, qui correspond 
à eïlouî (septembre); 2° babeh (techrin-el-ewel); 3° hatour 
(lechrin-et-tani); à hihek (kanoun-el-ewel); 5° ioubeh (ka- 
noun-et-tani) ; G enichir (chebat) ; 7 bermehat (adar) ; 
8° bermoudeh (niçàn); 9 bechnech (ayiar); W) baivnch 
(hazirân) ; 1 1° abib (temouz); 12 mesri (ab). En outre, les 
Coptes avaient cinq jours supplémentaires appelés aveu- 
gles, qu'ils ajoutaient à la suite de leurs mois, lesquels fai- 
saient trois cent soixante jours : de cette manière leur année 
comptait trois cent soixante-cinq jours. Le premier jour de 
l'année, chez les Coptes, correspond au vingt-neuvième du 
mois d'flè (août). Le nombre de jours de chacun de leurs 



400 LES PRAIRIES D'OR. 

^1^3 (J*oÀM àJkM» -»L>I 5*X*J \jvy»_ (^JVA-WJ iw^ *jUvkjf JU*»Ji 

^_jj iLjLwJI -»l»î j, îj^ij (°""t"^ ^^j bL*<xs UjA^j-gÀiJj ^ 

.x_*Jl_il pJbjyfyZ c^Lai pjryJU yvwli^Jl c t a^<X^o ^f ^j 
£$wJi iLÀ_,**Ji Jji (j^ ^ZMfc^Ji C_jLX_5 £ iiAJiJl ^rTjUj £a*»J1 

mois est de trente. De là il suit que leur année a trois cent 
soixante-cinq jours, comme l'année des Perses. Le premier 
de tôt correspondait au 1" iïadermah (novembre), et tous 
les mois suivaient dans cet ordre jusqu'à la fin de l'année des 
Coptes, qui était le dernier à'adermah. Celte concordance se 
trouve indiquée ainsi dans les livres de tables astronomiques. 
De nos jours , c'est-à-dire l'an trois cent trente-deux , les Egyp- 
tiens et tous les Coptes se servent d'une autre méthode dans 
leur calcul des mois. En effet, ils ajoutent aux jours de 
l'année un quart de jour, suivant la méthode des Syriens et 
des Roumi. Leurs mois concordent non plus avec les mois 
des Perses, mais avec ceux des Syriens et des Roumi , quant 
au nombre des jours de l'année. L'ère des Coptes, d'après 
le livre de l'Alma^este, date du commencement de l'année 
où Bokhtnaçar monta sur le trône, laquelle année com- 
mença un mercredi. D'après le livre des Tables de Piolémée, 
cetle même ère date du début de la première année du 



CHAPITRÉ LV. 401 

^-=»^j ^jbj ^«Xi5^ui^t £?jt> y>J_5 HJ*^ aÂAjj àLU* (j^**J^-^ 
<\x*moj yUL>l*j l'Jr'' C^** - (J* <î^*«w (J^-^jîj CJJr**^)^ djL»w»* * *3 
<\j>^> -U^i (j>* S^!ui jgjvj ip»iw jSvJ^ (J>^J ^*^? (jy*^5 

^_S j*>>^À«X*«i'i <X à .;) js^jw *-■-> (j*jv*Aa3 jST)^ /0»3 y^u CA^vJi 

l— r— A-i dLL« <^dl iix*Jî J}i (j~* {j"jJu\ jëj^j (j*»-^-*^ Wlj' 

règne de Philippe, laquelle alinée commença un dimanche. 
Entre l'ère de Bokhtnaçar et celle d'Yezdidjird, il y a mille 
trois cent soixante et dix-neuf années perses, plus trois mois. 
Entre l'ère de Philippe et celle d'Yezdidjird, il y a neuf 
cent cinquante-cinq ans et trois mois. Entre l'ère d'Alexandre 
et celle d'Yezdidjird, il y a neuf cent quarante-deux années 
roumiques, plus deux cent cinquante-neuf jours. Entre l'ère 
d'Yezdidjird et l'hégire, on compte trois mille six cent vingt- 
quatre jours. La première de ces ères est celle de Bokhtna- 
çar; vient ensuite l'ère de Philippe, puis celle de son fils 
Alexandre, puis celle de l'hégire, puis celle d'Yezdidjird. 
L'ère des Arabes date du commencement de l'année dans 
laquelle le prophète de Dieu émigra de la Mecque à Mé- 
dine, année dont le premier jour fut un jeudi. L'ère des 
Perses date du commencement de l'année de l'avènement 
au trône dTezdidjird, fils de Chehriar, fils de Kesra-Perviz, 

III. 2*i 



402 LES PRAIRIES D'OR. 

rtj£ KJJ W*^ UL**"*".? ^**^"j iuLç^j iU*J! -l>t ^t wiUi J^U 
ijtK.ài+J] p-j-^j *-*-* J^-**£ j^b ^»^? u^ ub^*'^ ^>" 

*Ld j-*aJjt A^JyJj JU«Jl i +yt Jjlsî y£>j JUwJi (j^ KkjUfc 

laquelle année commença un mardi. L'ère des Roumi et 
des Syriens date du commencement de l'année du règne 
d'Alexandre, dont le premier jour est un lundi. Dieu sait 
la vérité. 

CHAPITRE LVI. 

MOIS DES SYRIENS; LEON CONCORDANCE AVEC LES MOIS ARABES; 
NOMBRE DES JOURS DE L'ANNEE; CONNAISSANCE DES ANWA. 

Il faut d'abord remarquer que les jours de l'année sont 
au nombre de trois cent soixante-cinq et un quart de jour. 
Les mois ne sont pas tous d'égale longueur. Niqân (avril) 
compte trente jours; ayiar (mai) trente et un; hazirân (juin) 
trente : c'est le dix-huitième jour de ce mois que le soleil 
revient de l'hémisphère septentrional, aussi est-ce le plus 
long jour de l'année, comme sa nuit est la nuit la plus 
courte. Tcmouz (juillet) compte trente et un jours; ah 



CHAPITRE LVI. 403 

X X .Vit .1 \iu* y***}} r.J^j «X-*^ *À«* (_p*^j U^> (J£**> 4>^l? 
tj^j. * n * Ç £/~*-M ^-^ pj*^' ^** jft ^ <30L*j^£ xjï^Jt maJI 

(août.) trente et un également. Quand ce dernier mois est 
passé, la chaleur s'en va. Mohammed, fils d'Abd-el-Mélik- 
ez-Zeyiat, a dit : 

L'eau est devenue fraîche, la nuit douce, la boisson pleine d'agré- 
ments : 

Car hazirân , temouz et ab sont maintenant loin de loi. 

Eïloul (septembre) a trente jours. La fête de Zacharie 
tombe le 5 de ce mois. Le 10, la lune entre dans sa 
douzième mansion, appelée es-sarefet (la conversion), c'est 
la fin des chaleurs. Le i3 est la fête de la Croix; mais, en 
réalité, c'est le quatorze qu'on la célèbre. Dans ce jour, on 
ouvre les digues en Egypte, comme nous l'avons dit plus 
haut dans cet ouvrage (t. II, p. 364). C'est le 1 8 du même 
mois qu'a lieu l'équinoxe. Abou-Nowas a dit : 

Eïloul est parti , la chaleur a disparu : le rapide Sinus a éteint ses 
feu?. 



404 LES PRAIRIES D'OR. 

8U ^Jt*j sU^-^o cK*-*J vi)_^.X_JLt *U^U ^*-»*o j)^4*v.jl c-o\(j 

c^Li a_x_5^w c^jo^Îj »,-«.£ JUs viLUI JJs w ^ j4-Ji y& 

* 

(jii^JlJi *>xà jAXJLÏ taUàJi y^ *jJ Jji j»^aJI Î*N^ y^-^" r»^M 

Le mois de iechrin-el-ewel (octobre) a trente et un jours. C'est 
clans ce mois que se trouve le mihrdjân (automne). Entre le 
naurouz et le mihrdjân on compte cent soixante-neuf jours. 
Voici, d'après les Perses, quelle était l'origine du mot mihr- 
djân. Dans les anciens temps, ces peuples avaient un roi dont 
la tyrannie se faisait également sentir aux grands et aux 
petits. On l'appelait Mihr. Or, comme les mois étaient dési- 
gnés sous le nom des rois, ce mois fut appelé mihrmah, mah 
signifiant mois. On l'appela ainsi parce que ce roi, dont la 
vie fut très-longue et la puissance très-grande, mourut au 
milieu du mois de mihrmah. Le jour de sa mort prit le nom 
de mihrdjân, ce qui veut dire : « l'âme de Mihr est partie. » En 
effet, les Perses placent au commencement de la phrase les 
mots que les Arabes placent à la fin; je parle de l'ancienne 
langue des Perses, de celle qui est connue sous le nom de 
pehlevi. Les habitants deMerwat, clans l'Irak, ainsi que d'au- 
tres villes de la Syrie, considèrent ce jour comme le pre- 
mier de l'hiver : c'est en effet à cette date qu'a lieu le 



CHAPITRE LVI. 405 

^jLaÀil *-ë^ <****M l«XA <jj (j^iXiii ocaaj iLoLjjJi x***x5 

dUU^ •fjjt+jii *UwJi ^^Ul J><yj<£. JyXjj (jb^iiîjjLw ^ 

ja » ^gl?i &-AJ ^La^aA! {J^-^3 Idf"^^ lij.5 *■**' £^*«J «>«>Axjf 
^-x-^ !f *- = ?'5 b)-5i> *Xi /^lât j^wj AJtUaJ atas». %ljJî Sù^jJ^ 

0-aj-AJfj <->;LsJîj LUaiJI c_>U5o 5yd1 U>U5~,j JJi &' 
x.X~* &j j i*£- %m*^j^ Lwj-> y^**3 J^in ^^J6_j L«j-> y^AAj' *>=fc.i)i 
J-aAÎÎ_5 Syai ^^i-* £9 £J>_$ v-XAaJj v^ltlu» £*+3 j\$il\ y^Ç 

changement des tentures, des meubles et de la plupart des 
vêtements. Le 5 du même mois de techrin-el-ewel se célèbre 
la fête de l'église de la Résurrection, à Jérusalem. A cette 
occasion, les chrétiens se réunissent de toutes les contrées 
de la terre; le feu descend du ciel au milieu d'eux et les 
flambeaux se répandent dans toutes les directions. Beaucoup 
de musulmans assistent en curieux à la célébration de cette 
fête : on y arrache des feuilles d'olivier. Il existe chez les 
chrétiens, au sujet de cette fête, plusieurs légendes. Quant 
à ce feu merveilleux , il est produit à l'aide d'un art très- 
subtil et d'un grand secret, dont nous avons dévoilé le mys- 
tère dans celui de nos ouvrages qui est intitulé : Le livre 
des jugements et des expériences. 

Techrin-el-akhir (novembre) compte trente jours. Ka- 
noun-el-ewel (décembre) en compte trente également. Le 
dix-neuf de ce mois, le jour n'a que neuf heures trois quarts; 
c'est le plus court de toute l'année ; par contre, la nuit dure 
quatorze heures un quart, et c'est la plus longue de toutes. 
C'est dans la vingt cinquième nuit de ce mois que l'on ce- 



/lOG LES PRAIRIES D'OR. 

«j U-?* 3 ^?^ **iM* *Kj^41 f»U*iL *a* ijy**? (j*<XàaaJ| xiL* j»j,j 

j^5L*0 JJ*>s5^ J>àJ<£ <jJ*XJtî| (J-. l^J ylwJiJI iu Wk XÀ5' 4 j 

j*X_> yii (j**"M f»'j wiLUi <\àj<X-« Ixàji l^j^vuo^ aNÎ x\j*X/o 
(fr.fiiji iùt^jî iijoLxaÀJi iXÀs I&j\kjJ\j l$? (jls' iùùL^AOjdi j^^b 

lèbre l'anniversaire de la naissance du Messie. Kanoun-elakhir 
(janvier) a trente et un jours. Le premier de ce mois est 
le jour des kalendes. C'est une fête pour les habitants de la 
Syrie. Pendant la nuit, ils allument des feux et exposent ce 
qu'ils appellent le saint-sacrement, principalement à Antioche . 
dans l'église d'el-Kaçiân. Les mêmes cérémonies ont lieu dans 
toute la Syrie, à Jérusalem, en Egypte, et dans tous les 
pays occupés par les chrétiens. Non-seulement les gens du 
commun, mais encore les grands, prennent part en foule à 
ces réjouissances, à ces divertissements, à ces feux de joie 
qu'allument les chrétiens à Antioche. C'est dans cette ville 
que se trouve le trône du patriarche, le dignitaire le plus 
élevé de leur religion. Les chrétiens donnent à Antioche le 
nom de Ville de Dieu, ou bien encore de Ville du roi, ou 
même de Mère des villes, parce que c'est dans son sein qu'a 
commencé à paraître le christianisme. Il y a quatre pa- 
triarches chez les chrétiens. Le premier est celui de la ville 
de Rome; le second est celui de Constantinople, très-belle 



CHAPITRE LVI. 407 

iL-*_>«X-^ t-wj*-L-o y-&5 {j^-^Jl #8—3 *^**jy *^** w * tg ***^ 8 
e^JUJi *j> xJayj^jj ^*>^i W^.5 (^ J ** J *-' t&5 iuÀAkÀlû^i 

U.XJU» î<Xifc (j5o ^eîj ,j«*>odî ^-aa? L»**U». IxwjJ lp*)o-l 
«;jjjj v-àjum! ^JvJLli i^vw £5 U^?^ y^j ci>«Xa2 yfc Ut^ 
C>>*3j (j*J^J ^uwjOo Liajt iy^bUaJUj /jv.k.AM.Xi (jbji <j*« «XJ 

J^_À_t +J/X&A *X-*-£ Wj <^-*Jj-*~l <J <^-> <£y**"^ *— iV*-J 

ville, dont le nom ancien était Boazitiàh (Byzance); le troi- 
sième est celui d'Alexandrie, en Egypte; le quatrième est 
celui d'Antioche. Rome et Antioche étaient sous la direc- 
tion de Pierre : toutefois, on a donné la primauté à Rome, 
parce quelle avait appartenu plus particulièrement à Pierre; 
ensuite, en mémoire de lui et par respect pour Paul, on a 
clos la liste des patriarches par Antioche. Plus tard on a 
érigé un cinquième siège à Jérusalem , qui ne remonte pas 
à une aussi haute antiquité que les autres, puisque aupa- 
ravant cette ville, connue aussi sous le nom d'ilia , avait 
un évêque , ainsi que le territoire de Loudd (Lydda) , faisant 
partie de la Palestine. 

H y a à Antioche une église dédiée à Paul, qui est conuue 
sous le nom de Deïr-el-beraguit (couvent des puces); elle est 
située près de la porte de Perse. On y voit encore une autre 
église , que l'on nomme Achmounit, où l'on célèbre une fête 
qui est très en honneur chez les chrétiens. Il faut aussi citer 
l'église de Barbara et celle de Marie. Cette dernière, cous- 



408 LES PRAIRIES D'OR. 

iooJjj «>vvA**xn »i ^ÎUJî t^jl^ ^«X»-' tr* I^-jUàjj i^^X* 

osJL-?- ^-ÙwO *X^-Jl -li^Ji^ j-o^li (j^ *aaj£ |*X5" a**a>JJÎ 

jk*Ji «-jLifc CAjfc[> O^J^wi <WAÀJ j, <^.x£' jXS*. i»4AjI 

dLHî jii Wl CA^xi i^^i e>*M ^ t&5 AA^Uaii (j». 

truite en rotonde, est une des merveilles du monde par sa 
solidité et sa hauteur. El-Walid, fils d'Abd-el-Mélik, fils de 
Merwan, en avait fait enlever de magnifiques colonnes de 
marbre et de marbre blanc qu'il destinait à la mosquée de 
Damas, et qui furent transportées par mer jusqu'à la hau- 
teur de cette ville. Toutefois la plus grande partie des co- 
lonnes est restée dans l'église, où on les voit encore aujour- 
d'hui. Il se passa un fait assez étrange entre un des rois de 
Roum, à Antioche, et les juifs, au sujet de l'église d'Ach- 
mounit, qui était située en dehors des murailles de la ville, 
et qui appartenait aux juifs. Ceux-ci reçurent, en échange 
de cette église, le palais royal à Antioche. Voilà pourquoi le 
bâtiment qui servait de palais royal est connu de nos jours 
sous le nom de Maison des jaifs. Lorsque l'église sortit de 
leurs mains, les juifs imaginèrent une ruse par laquelle ils 
firent périr, dans l'enceinte du bâtiment, beaucoup de chré- 
tiens en sciant les poutres (de la toiture) ou par d'autres 
stratagèmes. 



CHAPITRE LV1. 409 

ywt lj ;j, y-j-la-? jIaà-I IjUJo «Xij wiUà^ASj lyAà ^ a 

_j_tf>^ iv^lkii xiu«X-o U> ^JJl ^ilUî **" ^J^h S ^*M î 

î«X-d> UjLïj <Ji -<wil jJjJt (JjX? iwjJ^Aadl J^\ (j* ^A*J 
(jj^&j RÀau (J^J^ ÏLi\+Xm3 RÀjrJSj (^r*tëj (JV^ÀS'i iU^w yûj 

Nous avons raconté précédemment l'histoire de Pierre et 
de Paul , ainsi que ce qui leur arriva à tous deux dans la 
ville de Rome. Nous avons parlé aussi des autres disciples 
du Messie et de leur dispersion dans les différentes contrées 
de la terre. Il a été également question du roi qui bâtit 
Antioche et qui s'appelait Antioch us, mot qui signifie celai 
qui construit l'enceinte. Chez les Roumi , cette ville (nommée 
en arabe Antakiyé) s'appelait Antiochus, d'après son fonda- 
teur; mais lorsque les musulmans vinrent et en firent la con- 
quête, il ne resta de ce nom que les lettres élif, noun et ta. 
Dans la chronique des chrétiens melkites et dans d'autres 
ouvrages des sectateurs de cette religion , on lit que depuis 
la naissance du Messie jusqu'à cette époque, c'est-à-dire l'an 
trois cent trente-deux, il s'est écoulé neuf cent quarante ans; 
que de l'ère d'Alexandre à cette même époque il s'est écoulé 
douze cent cinquante-cinq ans; enfin qu'entre Alexandre 
et l'apparition du Messie il y a un intervalle de trois cent 
neuf ans. Voilà ce que j'ai trouvé dans la chronique des 



410 LES PRAIRIES D'OR. 

j5*XjLui^ Hk^>\]hj\ aàj*X^ (jl^Jill ikj*tj^S i aaÏUI açtl? & 

iouMo Q^Xxj Xmm jl ^j xkjLJI^ aajI^a^o (jj^^v <£\kj> %?j2 U^j 

a_^o 5j.^.£ ç-jj^j iifryS <$_y J_>i'i Sj.^.rL iaJùwo Xk* *a**Jj 
iaJui*j aJL* 0.j^i*fij ^«Xsfc.iJj */^>^ ($3 aajUJî i***»^ iai**j 

-Li /*\J> *i^i (j-» ^-«J;^ U^j y_y^J^ «Xs»-l j'^>'j j>^' pi?' 

melkites, conservée dans l'église d'el-Kaçiàn, à Antioche. 
Plus loin, nous donnerons un résumé de cette chronique 
dans un chapitre spécial, s'il plaît à Dieu. 

Revenons maintenant au dénombrement des jours de 
chaque mois. Chebat (février) compte vingt-huit jours un 
quart pendant trois années consécutives. La quatrième an- 
née est kabiçeh, c'est-à-dire qu'on y intercale un jour dans 
le mois de chebat, qui se trouve alors en compter vingt- 
neuf; ce qui fait, pour cette année-là, un total de trois cent 
soixante-six jours. Le sept de ce mois tombe la première 
djemrah (brouillard annonçant l'approche du printemps); 
on l'appelle el-djebhah. Le quatorze tombe la seconde djem- 
rah; on l'appelle ez-zoubrah. Le vingt et un tombe la troi- 
sième djemrah, que l'on nomme es-sarfah; puis le froid 
commence à disparaître. Les trois derniers jours du mois 
sont (les trois premiers) de ceux qu'on appelle aïam-eladjouz 
(les jours de la vieille). 

Adar (mars) compte trente et un jours. Les quatre pre- 
miers complètent ceux que l'on appelle aïam-el-adjouz; ils 
sont au nombre de sept, auxquels les Arabes donnent les 



CHAPITRE LVI. 411 

(2) (j*.iy ^?5 Jls^bJl iuL»« Juyss'' p^AJi ÎJsjû^ J^JI 

5\J» \-§lyS>~ j~+~zL (->jyùwlj L^-*.**-£ Js_*J^xiaJi Owi^j 

noms suivants : sinn, sinnabr, webr, âmir, moutamir, mouâllil, 
rnoutfi-el-djemr. Le poëte a dit : 

L'hiver est poursuivi l'épée dans les reins par sept journées sombres 
et néfastes: par es-sin, par es-sinnabr, par el-webr, 

Par âmir et son frère moutamir, par mouâllil et par moutfi-el- 
djemr. 

Le quinze d'adar tombe Téquinoxe. Le soleil entre alors 
dans le Bélier. Ce jour-là il y a changement d'année. Abou- 
Nowas dit à ce sujet : 

Ne vois-tu pas que le soleil est entré dans le Bélier, et que le moment 
est arrivé où les heures se partagent également? 

Les oiseaux, longtemps muets, ont recommencé leurs concerts; le vin 
a acquis toute la plénitude de sa force généreuse. 

La terre, sous la parure de fleurs dont elle est recouverte, porte un 
vêtement que tu prendrais pour un costume de fête. 

Livre-toi donc à la boisson; livre-toi à la joie comme la nature; car 
déjà la face du temps se montre parée d'un nouvel éclat. 



412 LES PRAIRIES D'OR. 

Cg4j>? iijl Ulj aàaw^H iyuo J^JI (j^vJi J^*? ^J, 

<s#» pj>yi jyqà 1*1$ ^i^*^il Jb *yd! y&5 J^H ^ l^y 

UJ& *M *^j Jjî £ U*«XS *XSj jUJI (jy^ y£>) (j-^à^iyo 

u*>^i^' y^*jj u*,^3)-* j'^'j u^3^»-|^ JoU*S$ (j-tXjJjJi 

Jy-Aj| j^u,»» p I t-») (yyVy?. j^Jï \j~yVy?. u^r 5 *- O^^-sA-* jl»î 

Ce n'est pas par l'influence de l'entrée du soleil dans le 
Bélier que le vin acquiert jamais toute sa force; mais, par 
l'expression hawlaha, le poëte a voulu dire sa puissance, en 
prenant hawl daus le sens de kouwet, force, puissance. 

Quant aux mois des Roumi , ils concordent avec les mois 
syriens pour le nombre des jours. Le premier de leurs mois 
est benwarikhous, qui correspond à kanoun-et-tani (janvier). 
C'est au commencement de ce mois qu'a lieu, ainsi que nous 
l'avons dit plus haut, la fête appelée les kalendes. Chebat 
s'appelle chez les Roumi frakhawis; adar, martious; niçân, 
abrilous; ayiar, mainous; hazirân, younious; teniouz, youlious; 
ab, agoustous; eïloul, set rio us ; techrin-el-ewel , afritious; tech- 
rinel-akhir, noubouts ; kanoun-el-ewel, dedjmounous. 



CHAPITRE LVII. 413 

A— S — t j ,»w» , C IMI^l Lw M fcJ l 4k.'t 5t»v.w,.^j SLvwJy^AvI) SbilJSwaj 

*1Uj Lv^sij £>^i £./-=*? **•* (•>? Jjî »U;ïi_5 yU-ij^Àii 

<^JI (jb^lj \$y&\» ^t Uxoj U oh«j ^5 ^>*j\s (jb;i_j ol^ • 
CHAPITRE LVH. 

MOIS DES PERSES. 

Les mois des Perses comptaient tous trente jours, en com- 
mençant par ferverdinmah (mars). Le premier jour de ce 
mois était le naurouz ; entre cette fête et le rnihrdjân on comp- 
tait cent quatre-vingt-quatorze jours. Le second mois était 
ardibihichtmah (avril). Ensuite venait khourdadmah (mai); 
puis tirmah (juin) , qui marquait le milieu entre le naurouz 
et le mihrdjàn; puis mourdadmah (juillet); puis chehrirmah 
(août) ; puis mihrmah (septembre) : c'était le seize de ce mois 
que tombait le rnihrdjân. Venait ensuite abânmah (octobre) ; 
le jour nommé abanrouz était la principale fête de ce mois 
(abanguâh) ; il se terminait par les cinq jours {intercalaires) , 
nommés feroudedj an; puis adermah (novembre). Le premier de 
ce mois avait lieu la procession du Kawsedj, monté sur une 
mule. Cet usage n'était en vigueur que dans l'Irak et dans 
le Fars; les habitants de la Syrie, du Djézireh , de l'Egypte 



kUi LES PRAIRIES D'OR. 

^,Ua j-^Ka-j ^-*>î A*il«xJt ÀÀii^lî *jy..£iJ!^ *>UL iU.*lsiM 

5lw8 ^j—^y-Jj 8L^_Jàj jjSw.ifc.ji^i yijjJ^J A-À^ v J) JjiA4» (j* 

Ur^j (j»Jva«_j \m*J^^ yJxJpJkï i^Xj«X.â Su» \^j)«XàÀam)j 

et du Yémen n'en avaient aucune connaissance. Lors de ces 
fêtes, et pendant plusieurs jours, on mangeait des noix, de 
l'ail, de la viande grasse et, en général, de tous les aliments 
échauffants; on faisait également usage de boissons échauf- 
fantes et propres à combattre le froid. Cependant on voyait 
paraître celui qui représentait l'ennemi du froid ; on versait 
sur lui de l'eau froide ; bien loin d'en éprouver aucune sen- 
sation désagréable, il criait en langue perse :guerma, guerma, 
c'est-à-dire, « chaud, chaud. »> Ces jours étaient pour les Perses 
une occasion de réjouissances publiques; il en était de même 
à plusieurs autres époques des saisons de l'année, selon le 
jour où tombait Yaderkhoch (9 e jour du mois ader). Venaient 
ensuite deïnmah (décembre), puis bahmanmah (janvier), et 
enfin isfendarmouzmah (février). Ces douze mois forment 
un total de trois cent soixante-cinq jours. 



CHAPITRE LV11I. 4 1 5 

' J-*^ j**i j>*3 C^"J>J**Î ^3jy^3 \J$3 J à l* J*^M*J 

^-ftUJi jyb xoj pyVj p!^? (^^jy^ u^j^Ij 

(jiwjùij «XJUUmçjU^ àUJ^J yWwij i\.A*ii^ jiij (^àUjij àUj 

CHAPITRE LV11I. 

NOMS DES JOURS CHEZ LES PERSES. 

Hormuz, Bahman, Ardibihicht, Chahrir, Isfendarmouz, 
Khourdad, Mourdad, Deïbader, Ader, Abân, Khour, Mah, 
Tyr, Djouch, Dabar (pour Deïbamihr), Mihr, Damai, Os- 
rouch (Surouch), Ferverdin, Bahram, Ram. Ce jour est 
cité dans les vers suivants : . 

Bois avec nous un vin délicieux, à la première heure du sabbat pen- 
dant le jour de ram; 

Je m'engage à avoir, dès l'aurore, la parole lourde et embarrassée. 

Puis viennent Bad, Deibadîn, Ader (pour Ard), Achtad 
Asmân, Damad (pour Zamyad), Marousfend et Aniràn 
Quant aux jours appelés Feroudedjân (pour Ferverdeguiân) 
leurs noms particuliers sont : Ahendekah, Asmyah, Machar 
kab, Machroukah et Kaçah. Ces cinq jours ont reçu des 



416 LES PRAIRIES D'OR. 

(Jj^àyJi <jj 4XSÎ_j ^i*"" U"* f^ ^ 

UftJ fjyAtt^fj **Jji_5 *jl^v).J L_*l>^j f^^' W^^ *^^t J_J»ô*i 

Arabes une autre dénomination, à savoir : ie grondement, 
l'amputation, la force renversée, le coup de lance évité, le 
balancement du chameau. Les Perses ajoutaient un mois 
à chaque période de cent vingt ans. S'ils retardaient ainsi 
l'époque de leur embolisme, c'est qu'ils distinguaient les 
jours en heureux et malheureux; or, en intercalant un jour 
tous les quatre ans, les jours heureux auraient pris la place 
des jours malheureux, et le premier du mois n'aurait plus 
été un jour de fête. Dieu est le dispensateur des grâces. 

CHAPITRE LIX. 

ANNÉES ET MOIS DES ARABES; NOMS Qu'lLS DONNAIENT AUX JOLT.S 
ET AUX NUITS. 

Moharrem est le premier mois de l'année lunaire. Cette 
année se compose de trois cent cinquante-quatre jours, 
soit onze jours et un quart de jour de moins que l'année 



CHAPITRE L1X. 417 

(jj iixjb Jtsj ^j.==- «i^^ {&£■ UÔJ& u* 3 1-^jLo yjybu; îji^ 

syriaque, ce qui fait une différence d'une année au bout 
de trente -trois ans. L'année arabe se termine sans qu'on 
célèbre (la nouvelle année) par un naurouz. Avant l'islam, 
les Arabes intercalaient un mois supplémentaire tous 
les trois ans; c'est ce qu'ils nommaient naçi ou retard. 
Dieu a blâmé cette coutume dans le verset du Koran : « Le 
naçi n'est qu'un surcroît d'infidélité. » (Ghap. ix, 37.) Les 
Arabes avaient établi un ordre régulier dans leurs mois. Ils 
partaient de moharrem, qui est le premier mois de l'année; 
il fut nommé ainsi parce que, pendant toute sa durée, la 
guerre et le pillage étaient interdits (haram). Safar devait 
son nom aux foires diles safaryeh qui se tenaient dans le 
Yémen; les Arabes venaient s'y approvisionner, et ceux qui 
ne s'y rendaient pas s'exposaient à mourir de faim. Le 
poëte Nabigah, fils de Dobiân , a employé ce mot : 

C'est moi qui ai interdit aux Beni-Dobiân les vases remplis de vin 
et l'usage de s'asseoir dans tous les marchés (asfar). 

Selon d'autres, ce mois fut nommé ainsi parce que les 



418 LES PRAIRIES D'OR. 

lii j\«xJi i^>jÀjo\ /o-jJjjJ» y-* iyi-U ^tf»^ S-^^ «-^ (^If^JJ^"" 

»>^j» J^ (J^ ^V^* yb^ll u-UJl frUj;^ 5*03 £*?)3 o *-^- 

jjjjo IftA^Jtj _j*\.**lj OOjJî \ùsjb j, \^j^> r"*-i" \ù*JÎ> fcj>*!> 

y! i^_^JCJ ^ 4^3$ jy&~3\ S *X^Û «J C^A^VW <^J0i (jl^»>J! i 
J\Ji.J «o-^jyL c^.>j^ wiU^ C^lsyî JJUÀAÀ yîj3*X.s? >jjù\}jJl 

«*X^iJ (jLà.*^ C_»L,UJt Cj-Ai^j A.>_lûU» <Ji -o^,A*à.JJ ylow; 

maisons étaient alors vides d'habitants , occupés qu'ils étaient 
à se faire la guerre. En effet, dans leur langage, on se ser- 
vait du terme asfarat pour dire qu'une maison était vide. 
Les deux rébi correspondaient a l'époque où les Arabes 
campaient sur les pâturages (rabâ) avec leurs troupeaux. 
Si l'on objecte que ie campement avait lieu aussi pendant 
d'autres mois, on doit remarquer que ces deux mois furent 
nommés pour la première fois ainsi au moment du pâtu- 
rage, et qu'ils conservèrent leur nom lorsque le rapport entre 
les noms des mois et les saisons n'existait plus. Les deux 
■djoumada rappelaient la congélation de l'eau qui avait lieu 
à l'époque où ces deux mois reçurent leurs noms; car les 
anciens Arabes ignoraient que l'été et l'hiver faisaient le 
tour des mois et se transportaient progressivement de l'un 
à l'autre. Redjeb signifiait la crainte; on emploie le terme 
recljeb pour marquer qu'on redoute ou qu'on respecte une 
chose, témoin ce vers : 

Ne la révère pas et ne la respecte pas. 

Châban était ainsi appelé parce que les Arabes se dis- 



CHAPITRE LIX. 410 

AMI .*L_«vJ (j^ prt*/i A_ji A_SS-jJî C^-jjjJi vii.Ji £ *La*jJl j^*. 
L^uil» t_>_SjJi dUi £ Jyio col^ Jo^l yiJ Jl^j-ij y^-^) 
A-a-9 A fji) &? _ji_; c^KUilj V^ (^* *** (J^àyui ««XxJiJi 

^^b *W^>3 »*X*aJ| £&} c-^^ jy^JJ £ pjlj^ÛiHj 

persaïent (chdab) pour chercher des citernes et pour piller. 
Ramadan devait son nom à la chaleur brûlante qui se dé- 
gage du sol pendant ce mois. On dit aussi que c'est une des 
épithètes données à Dieu (voir îe Kamous à ce mot) ; il n'est 
pas correct de dire « ramadan » tout court, il faut dire « le 
mois de ramadan. » Cbawal a été ainsi nommé parce que 
les chameaux dressent leur queue dans cette saison, qui est 
celle de l'accouplement. Les Arabes ne permettaient pas le 
mariage pendant ce mois. Dou'l-kâdeh indique qu'ils se re- 
posaient des fatigues de la guerre et du pillage; Dou'1-hid- 
djeh , qu'ils célébraient le pèlerinage. Les mois sacrés étaient : 
moharrem, redjeb, dou'l-kâdeh et dou'l-hiddjeh; les mois 
du pèlerinage : chawal, dou'l-kâdeh et les vingt premiers 
jours de dou'l-hiddjeh. On nommait jours connus les dix 
premiersjours de ce dernier mois, et jours comptés, les jours 
du téchrik (voyez page l\i i).La course (de Mina àMozdelifah) 
n'étant permise, de l'avis de tous, que le troisième jour 
après la fête du sacrifice, il faut en conclure que le pre- 
mier des jours comptés tombait le lendemain de cette fêle. 

■'-!• 



420 LES PRAIRIES D'OR. 

«/ * 

yi Jl*J ^XSS^UiwiJ yiyiil cjox.^ i^^ pL»i «£té j J*^uJi 

0^-=^ x^3 ^^ (j* &•* <&^\ Ls\^ t^ 3 ^ O^*' <$*"* p- 

-Lu© /v£. ^j-j -!5X«>AfcJS *aXs. ^.aJ! y^j"*^ ©* <**** <£* Jr* 

Car si la fêle des sacrifices était comprise parmi les jours 
comptes, il s'ensuivrait que la course en commun (tddjil) 
aurait duré trois jours, ce qui est en contradiction avec le 
passage du Koran, où Dieu autorise la course dans l'un 
/des deux jours comptés. (Cf. II, v. 199.) Au contraire, en 
adoptant notre définition des jours comptés, on voit que 
les jours connus font partie de ceux-ci, et que l'immola- 
tion des victimes pendant la fête du Sacrifice coïncide 
avec l'un des jours connus, puisqu'ils sont compris dans 
les jours comptés. Il faut remarquer, en outre, que les 
Arabes disent sans difficulté : « Je viendrai chez toi ce mois- 
ci, ou je viendrai aujourd'hui, » sans désigner plus particu- 
lièrement le jour et l'heure. Le jeûne est interdit le jour 
du sacrifice, le jour àufitr et pendant la durée de la station 
à Mina. (Voyez d'Ohsson, Tableau de l'empire Ottoman, t. II, 
p. 10.) Cette interdiction est d'obligation divine et non un 
acte de soumission à une défense émanant du Prophète; 
or celle-ci n'implique pas une obligation divine, mais une 
obligation canonique, c'est-à-dire l'abstention, ainsi que 
nous l'avons expliqué ailleurs. La défense faite par le Pro- 
phète de jeûner pendant les trois jours du téchrik a été 



CHAPITRE LIX. 421 

c^l^sXxU^ cyUyUii U-* bj5â U £+& ^ £^â*J! pM &Âtë 

i 3._jj-.-isjdi -l»lj (j*LJi (jvj 0^=»» ( 3^£mJI j.l»î £ pUxoJij 
j-Afl«)l <JI i^ 1 ^à (j^j-i^ eJUJi U^iJj j^Jl jb L^J^I 

-Il L^-a-JÇ4v**3 *X>-£ î (j-LiJl UbA&âJ *XSj ^à^JLî Jls 
-Il CA-jk-cw l—Ci iùijUa oJUi l^JUJj ^.^o -UÎ g s (^S*m\ 

transmise par Okbah , fils de Amir. Au surplus, tout ce 
que nous venons de dire sur les jours connus et les jours 
comptés, comme sur le jeûne du léchrik, est matière à 
contestation. (Ce qui est certain c'est que) les jours du 
téchrik commencent le lendemain de la fête du Sacrifice 
et se terminent le i3 de dou'l-hiddjeh, à la prière de l'a- 
près-midi. 

On ne s'accorde pas davantage sur l'étymologie de téchrik, 
c'est-à-dire des jours et des nuits de la station à Mina. Les 
uns, pour l'expliquer, disent qu'après avoir immolé les vic- 
times à Mina, on exposait [charrak) la chair au soleil pour la 
faire sécher. Les autres prétendent que les pèlerins, pendant 
leur staiion à Mina et à Mozdelifah , allaient se prosterner 
et prier dans des chapelles situées au milieu de la plaine 
et nommées mécharik, au singulier michrak; de là le nom 
donné aux jours de cette cérémonie. Enfin, on cite une troi- 
sième opinion d'après laquelle téchrik- viendrait de charrak, 
qui signifie immoler des animaux. On rappelle à ce propos 
la défense faite par le Prophète de sacrifier des brebis 



/122 LES PRAIRIES D'OR. 

c 

U* Ln_j^î ^-»ï_j-J *C*-^;Î tK i^L^Ji JjNj xixlit (>^j 
c^oUL) SjJi^s. x-ïj^ o»A.i. &).*+£. f-?j\j U^"^** Mj JSa j.q£J) 
*X»»^| IgJjls *l»^i *Uv*i Uls oyJù JJ;i_j <£*■*** (^i^**5 Cv- 5 '- 5 
ooikj (JJ *Xjj y^y CJ- ^ AA^â- myf. J$i *J^ di-Jjv ^5^- 

moucharrahah , c'est-à-dire celles qui ont les oreilles fendues 
en long. Voilà en quoi consistent les jours du téchrik; mais 
cette question a suscité parmi les théologiens des diffé- 
rentes sectes de longues discussions dont il ne peut être 
parlé ici. Les détails que nous venons de donner étaient 
amenés par le sujet de ce chapitre avec lequel ils ont une 
certaine liaison; mais, à vrai dire, ils sont du domaine de 
la jurisprudence. 

Les jours néfastes étaient les mercredis du mois dans les- 
quels entrait le nombre quatre, par exemple : le quatrième 
ou le quatorzième jour du mois, le quatorzième jour avant 
la fin du mois, ou le vingt-quatrième, ou le quatrième. Voici 
l'explication du nom de chaque jour de la semaine : le di- 
manche a été nommé el-ahad, parce qu'il est le premier 
jour que Dieu créa clans l'éternité; cela est attesté positive- 
ment dans le Pentateuque. Dès le début de notre ouvrage, 
nous avons dit quelle partie de la création s'accomplit pen- 
dant chacun des jours de la semaine. (T. I, p. à 7 et suiv. ) 
Le lundi fut nommé etneïw} parce qu'il élait le deuxième 



CHAPITRE LIX. 423 

l»v^>?Ji j,g>w,'l y^-fw-> (j\$j jl^ii ca«)u«JI^ *J%^ iix*4^j if^f* 
&yjjjb\j t**J kiLXsfc-i .<^oS AawI »^=»-b (3-ajUs J»AJij «.Âa» (^ob 

oL^il ^jfcj ^5-sné^JI l^jJyi yi lg«iL« iUjlL ov5).à iùt^^l *.À^>j-Ji 

jour; le mardi, tlata, parce qu'il était le troisième; le mer- 
credi, arbaâ, parce qu'il était le quatrième; le jeudi, khamis, 
parce qu'il était le cinquième; le vendredi, ajournait, parce 
que les différentes parties de la création furent alors réu- 
nies (ibid. p. 48) ; le samedi , sabat , parce que à la fin de ce 
jour Adam fut créé et l'œuvre de la création terminée. Le 
terme sabat est pris ici dans le même sens que naal-sabtyeh, 
qui signifie des chaussures de cuir tanné. On dit aussi 
sabata et sammada, pour exprimer l'action d'enlever les 
poils. 

Les Arabes, avant l'islamisme, nommaient le dimanche 
ewel, le lundi ahivan, le mardi djoubar, le mercredi doubar, 
le jeudi mounis, le vendredi âroubah, le samedi chyar. Ils 
appelaient le mois de moharrem nalik, les mois suivants 
safar, takil, ialik, nadjir, aslakh, amiah, ahlak, kaçâ, zahir, 
bérek, et le dernier harfon naas, qui correspondait à dou'l- 
hiddjeh. Us différaient dans la manière de désigner les sai- 
sons : les uns commençaient par le ivasmi, qui est l'automne , 
puis venaient l'hiver, l'été et la chaleur violente (kaïdh). 



424 LES PRAIRIES D'OR. 

«xXj »j Lo^i*. Jjjïi' <_>jJtJi_j /e-si)ij ^J-iï^î jjfcj £*iP' ****^ 
iij £_jL**Ji Jj-ao* <^a iLsjyA ca.,^,0 t-^JtJi j_j.^aw_5 i*X^=3 «XÀj 

L_$_AJ f"^**?! t£*^"" jjm.<uJÎ JykA» (3-àjJ U <^C i>L*j«w^^) f»5>JÎ 
j-« *— *£_Àjt_* jj~fr£> èùujW *À-*Ji J^*ai y-* J>*ai JjSj J^M 



(j-« 



Les autres, suivant un ordre plus connu et plus répandu, 
commençaient Tannée par le printemps. On disait kharrafnà, 
c'est-à-dire nous avons passé l'automne dans tel pays, ou 
bien chatawna, nous avons hiverné; terabbâna, nous avons 
passé le printemps; sifaa, nous avons passé l'été. Les mois 
arabes ne sont pas réglés d'après le cours des saisons ni 
le calcul de l'année solaire. Moharrem et les autres mois 
tombent tantôt au printemps, tantôt dans une saison diffé- 
rente. Au contraire, les mois grecs (syriaques) sont établis 
selon l'ordre régulier des saisons , d'après la marche du soleil 
dans les signes du zodiaque; on y tient compte du plus ou 
moins de durée des jours et des nuits de chaque mois, de 
l'observation des étoiles visibles en tout temps et de celles 
qui se cachent pendant une période déterminée. Comme 
nous l'avons expliqué déjà, ces mois sont au nombre de 
douze, compris entre téchi'in I H eïloul. Choque saison se 



CHAPITRE LIX. 425 

*)ij»wJî ^HaXwd 0.j^io_j (jj^j-**^ J^jIî j-fr*" *■#■*** tW J^.3 
joij yl_**_*Jj ^lài^ jo*-à-Loi ^jUaX*«J LAa^ (j^Kî UU"'^? 

Jj—LjU •S'^j-i-XaJl yUoL*J (_>i^ j^Jfj yiw.^=»-j ,»*>Jî yUaJ.*wJ 
A-s-^-j <3*-ij| U-^^? U*l^* *^r"J^ Jj^t UL?^^5 S^**^' A: r*>^ 

X-2r-j-i yL**AJ^ Cyjil A^a-yJ^j5il_j ^J«Xj| &=s-yJ i}U*ïj <£ «X^. 

XjL*J! Jj^aij jSULJl i -^dUl ^ ^XJT tj>lxjTi î JsJû (^ ^ 



compose de quatre mois; ils ne sont ni incomplets ni mobiles 
comme les nôtres. Chacun de ces mois répond à un signe 
du zodiaque. L'atrabile domine en eïloul et durant les deux 
téchrin (septembre, octobre, novembre); la pituite dans 
les deux kanoun et chebat (décembre, janvier, février); le 
sang, durant adar, niràn etayiar (mars, avril, mai); la bile, 
durant hazirân, temouz et ab (juin, juillet, août). Eïloul 
a pour signe du zodiaque l'Epi; téchrin I, la Balance; té- 
chrin II, le Scorpion; kanoun I, le Sagittaire; kanoun II, 
le Chevreau; chebat, le Verseau; adar, le Poisson; niçàn, 
le Bélier; ayiar, le Taureau; haziràn, les Gémeaux; temouz , 
l'Écrevisse; ab, le Lion. 

Dans un des chapitres suivants nous parlerons rapide- 
ment des éléments, des saisons, des aliments et des bois- 
sons propres à chaque époque de l'année, et d'autres sujets 
analogues. (Voyez tome IV, chap. i.xu.) 



426 LES PRAIRIES D'OR. 

,^**-2- ^Sj^iJi y-* akJ J^ j ^JOI ^ jjj& (->j.xl\ cjoK 
Jj.-*JL» oî^JIj Al*«m (3-^Jo <^c 2S-*^j *luiaJi ^ #*> ^ U 

y^j.x^f <f cjIaa* c*j*Xs>- Jb 6 £}&jù oji Li Jyw 6 (JVj vilii 
a.^v£ jb ^ £^>^ Okil Li jL\S <e ei>LyNi J-A-li jL*iy * c^Lv*ï ^j^« 
ii*_;»*X_^. Jb 6 ;j^^^- oOi LÀ Jv.aï <• JtJw* ^_j >tjlj wvi <f *jj 

CHAPITRE LX. 

DICTONS DES AI.ABES SUR LES NUITS DES MOIS LUNAIRES, ETC. 

Les Arabes ont composé un dialogue clans lequel ils 
s'informent, par demandes et par réponses, du plus ou 
moins de lumière que répand la lune, et de ses phases di- 
verses. Voici ce qu'ils racontent : « On demanda à la lune : 
Qui es-tu , ô fille d'une nuit? Elle répondit : Je suis comme 
le lait que lette le chevreau dont la mère habite une plaine 
aride (je ne suis rien). — Que deviens-tu la deuxième 
nuit? Je suis comme les vains discours de deux partis, ins- 
pirés par la calomnie et le mensonge. — Que deviens-tu la 
troisième nuit? Je suis comme les propos que tiennent les 
femmes réunies par troupes, ou (selon une autre version) 
mon séjour est de peu de durée. — Que deviens-tu la qua- 
trième nuit? Je suis comme le lait de la chamelle qui ne 
s'est pas rassasiée au pâturage. — Que deviens-tu la cin- 
quième nuit? Je suis comme la parole et l'amitié (cest-à- 



CHAPITRE LX. V27 

ci%-ji Li J.-A-» 6 ^y^ ****+£& ^J-f^j Joàj ' uW^^-ï ^ 

(jv_s ^viob éjjtlt jJi Jls * ïj.«»£- eJ^i cxjî U JsAi éyà^.} 
p^î /ft_>lvi.ii J«yJU Jls ^a^iiJt £^ <^jî Li J^* rfjl»UJl 

dire, je dure peu). — Que deviens-tu la sixième nuit? (On 
me dit) marche et couche-toi. — Que deviens-tu la sep- 
tième nuit? Je suis une clarté jaune qui brille à l'horizon, 
ou (selon une autre version) je voyage au crépuscule. — 
Que deviens-tu la huitième nuit? Je suis l'astre des amants, 
ou (selon une autre version) je ressemble au pain que des 
frères se partagent. — Que deviens-tu la neuvième nuit? 
On trouve en moi l'onyx (je suis tachetée de noir et de 
blanc). — Que deviens-tu la dixième nuit? Je témoigne de 
la sincérité de l'aurore (allusion* à ce que les Orientaux 
nomment soubh-sadik). — Que deviens-tu la onzième nuit? 
On me voit le soir, on me voit le matin. — Que deviens- 
tu la douzième nuit? J'assure la marche du voyageur au 
désert et dans les villes. — Que deviens-tu la treizième nuit? 
Je suis la pleine lune dont l'éclat éblouit les yeux. — Que 
deviens-tu la quatorzième nuil? J'ai tout l'éclat de la jeu- 
nesse et je suis éclairée comme le nuage. — Que deviens- 
tu la quinzième nuit? Ma croissance s'arrête et ma vie s'é- 
coule. — Que deviens-tu la seizième nuit? Je diminue à 



428 LES PRAIRIES D'OR. 

<C*Uiii ^-w **UJl J^Aâ Jts tïj£*£. yUU cxji U JuW fJttll 

c^-ji Li J..AJ ^ »j£j c^3'^ ' *j^ ^XLI Jb 6 y.jwi*xJ oJi U 

<* C->J— =■- CU_aJj * t^^ia S . X.W,* Jb ( /y.Jj.jSinCj ( : JVJCÀj'i' Civji U 
J.A* ^ ^AÀj! £ X-Uo ^(JW.AaJ^' Jlij ^yJj.A.fij| Ci\AA.Î CAji U J.AÏ 

^ j.J ^ /(JIaASI diks i bi Jb ( ^y&s.} ^é- cxjî U Jo0> 

jJaJiji^ <f ^^-^ii bi Jb <T (vJjÀwsSj CA.*«J cxjj U J»AJ» *• J^& 
^ (_j«».aAJ < bi L» bi Jb <f (VwA^^ *,A**J Ov}| Li J*xà 6 c }»*i'î 

l'heure de mon lever el de mou coucher. — Que deviens- 
tu la dix-septième nuit? Je suis la monture du pauvre 
épuisé par la faim. — Que deviens-tu la dix-huitième nuit? 
Je m'arrête peu et je m'évanouis bientôt. — Que deviens- 
tu la dix-neuvième nuit? Je suis modeste et je tarde à pa- 
raître. — Que deviens-lu la vingtième nuit? Je me lève dès 
l'aube et je me montre le matin. — Que deviens-tu la vingt 
et unième nuit? J'ai fourni une longue course avant de me 
laisser voir. — Que deviens-tu la vingt-deuxième nuit? Je 
suis la flamme du combat, le lion de la guerre. — Que 
deviens-tu la vingt-troisième nuit? Je suis comme une gerbe 
de feu au milieu de la nuit? — Que deviens-tu la vingt- 
quatrième nuit? Je me lève mutilée et je n'éclaire plus les 
ténèbres. — Que deviens-tu la vingt-cinquième nuit? Pen- 
dant ces nuits-là, je ne suis plus ni la pleine lune ni le crois- 
sant. — Que deviens-tu la vingt-sixième nuit? Le terme de 
ma course est proche et c'en est fait de mes espérances. — 
Que deviens-tu la vingt-septième nuit? J'approche du but 



CHAPITRE LX. 429 

cL_x_*ï (3-A-u.i Jb <r ^j_>>*imS^ *-**^5 ^^JÎ ^ tKiV* ' *\yfyè> <sj^ 

^-» <J^iM c^XJtii (^cvwO' t_^*îi ojls^ * J-i^l J ; i) - * v ' J-*****-* 

OtAûiJ I ^ J 5-*J_5 lH 3 ^ ^^j ^^ J' C^J i ci>^Xjt3 1_5 j^ i civAi' 1-j,aAj 
^cJi cy^X-iJi &j ?.jS civAS' lg.jLo J^^î iiS^&N j^j-iJi (jw« jUii 

j si 

A>5 j, J-*Sj ij^^ <£*AS Ig^Àj - ^Ji i£>^\,£li ,jj Klô ui*À*J> I^aAj 

^j^^-jàU.^- O-wj iwii li^Ajj eji CiAAjj (_)AAJ «i\A^j J^ÀJ 0^.ui» 

"* / "" 

et j'ai perdu ma splendeur. — Que deviens-lu la vingt-hui- 
tième nuit? Je me lève le matin, et à midi je deviens invi- 
sible. — Que deviens-tu la vingt-neuvième nuit? Je devance 
les rayons du soleil et je m'arrête peu. — Que deviens-tu la 
trentième nuit? Je suis un croissant qui s'avance et dispa- 
raît aussitôt. » 

Les Arabes nommaient les trois premières nuits du mois 
les Irois gourar; les trois nuits suivantes, djahr; les trois 
autres nuits, douwar; les trois suivantes, bicl. Dans la se- 
conde moitié du mois, les trois premières nuits étaient ap- 
pelées dourâ; les trois suivantes, doulam; les trois autres 
nuits, mouhak. D'après une autre version, les nuits du mois 
portaient les noms suivants : les trois hélai, les trois kamar, 
les six nokal, les trois bicl, les trois dourâ, les trois doulam, 
les six hanadis, les deux dadiân et la (dernière) nuit mouhak. 

Les Arabes donnaient à la lune différentes dénomina- 



430 LES PRAIRIES D'OR. 

s» 

. -*> 

-t — X_^s=T (j\ S-+à l*L*.w ÏKXj>\ là! jù»> -5X.i J^-*J_j ÏjJÏ+S. £jj$ 

*^-^-£ (jhuJ^j *^-*i>-* J-^J'J 8wà..£. <ivAj' <x\aJ ^jÀAAJi (JUAS!» 
^l^Ji^ I^jUw (JÀAAJ3 l^j<Xo :>^**j' ^.Ji ^ P-J**^ ciU-M.5 

tions. La nouvelle lune, depuis son apparition et tant qu'elle 
ne s'était pas arrondie, se nommait hélai; quand elle était 
dans son plein , kamar ; lorsqu'elle brillait entourée d'un 
cercle mince, komaïr. Amr, fils d'Abi-Rébyâh , a dit : 

Lorsque la petite lune (komaïr), vieille de vingt-cinq nuits, parut à 
l'horizon, les jeunes filles lui dirent : Levez-vous. 

Le treize du mois elle a atteint tout son développement; 
cette nuit est nommée nuit d'égalité (sawâ). La nuit du 
quatorze est la nuit du bedr, pleine lune. On emploie le 
mot bedr en parlant d'un adolescent qui n'est pas encore 
arrivé à la puberté; on dit de l'œil qu'il est hadrah ou ba- 
drah, lorsqu'il est vif comme celui du cheval. Les nuits 
nommées bid, blanches, sont celles du treize, du quatorze 
et du quinze. Les nuits dourâ ont été nommées ainsi parce 
qu'elles sont obscures au commencement et qu'elles de- 
viennent ensuite lumineuses. Le terme mouhak s'applique 
à la lune quand elle n'est pas éclairée par le soleil; sawad, 
lorsqu'elle est cachée par le soleil et derrière cet aslre. On 



CHAPITRE LXl. 431 

(jl J^-k.s-2 (j%..Ajb^xJl ^ Ixa^t *L^iL ou^fci ^^X^Jtî Jl* 

<^Sj jj^-^aj' <*-j jy^Aj] y\ dUij U><Xjij tjUll _j.£ùj (jw^vifcJi 

emploie le mot haddjara quand elle est entourée d'un cercle 
mince et sans épaisseur. Le mot aftaka signifie que les rayons 
de la lune brillent à travers les nuages. Toute nuit noire est 
nommée hindis; les nuits lumineuses sont nommées zohr, 
du mot zohret, qui signifie blancheur. 

CHAPITRE LXI. 

DE L'INFLUENCE DU SOLEIL ET DE LA LUNE SUR CE MONDE; RESUME 
DES OPINIONS ÉMISES À CET ÉGARD, ET AUTRES DÉTAILS QUI SE 
RATTACHENT À CE SUJET. 

Les savants de la Grèce et des autres pays sont unanimes 
à reconnaître que la lune exerce, sur tous les êtres qui 
sont devant nous, une influence notable, mais inférieure 
pourtant à celle qui émane du soleil. L'influence de la lune 
vient immédiatement après; c'est elle qui règle le cours des 
mois, et sa marche en détermine les phases; elle agit d'une 



432 LES PB AI RI ES D'OR. 

q_^**-j^ jL«JI 4jé.xjj cjUà.11 ^^vj ^J&j iuoU»- v-ssOi (jly^sfc- 
^j-. UU XL* U! (^jJljyaJ iy, ^\\ £ yi <Ji *<XJiJi J^M ^ 

Tr*^* ^-j>J tK^^^«*J /*»'■> *^==^ JX» f**>Ji Ja*j <^JLi^ JLï 

manière plus directe et plus sensible encore sur les ani- 
maux qui peuplent ia mer. C'est la lune qui fait germer les 
plantes et grossir les fruits. Elle engraisse les animaux et 
assujettit les femmes au flux périodique pendant un temps 
déterminé. 

Il y a différentes opinions sur la formation du fœtus 
dans ia matrice. Ceux qui soutiennent que le monde est 
éternel prétendent que la faculté créatrice existe dans la 
semence de l'homme et que l'embryon est formé tant par 
celte semence que par le sang des menstrues. Selon d'autres, 
la matrice renferme un moule où se façonne l'embryon. Ga 
lien, dans son traité deda liqueur séminale, dit, sur l'auto- 
rité d'Hippocrate, que la semence a une action à la fois 
active et passive suria procréation du fœtus. Au contraire, 
l'auteur de la Logique (Arislote) croit que la semence est 
uniquement active et que le germe provient du sang des 
menstrues dans l'imprégnation. « La semence, dit-il, donne 
au sang une sorte de mouvement, puis il se change en 
substance animée el sort enfin de la matrice. » Galien sou- 



CHAPITRE LXI. 433 

^Jî ^ J! (j^j AjOs-S? <^*>Ji -*xJi dlîi y^j ^ii (j-» y_jX*à 

U l^Jw* JUJ (jo;i Ji ^»^s? ^W^JjJ y^ c^UaJ! £ A^xij 
jj— oiiî (j-* IfJi^yS- ,_K-wj~> c^LaàJÎj SjJi <ji (JvM^U ^«XxXo 

iJji *i>-=-i (jLta-èiJi «<X.^ (j-. «oJîjU^ï yUaii ùyd\ (j*2 

tient que le fœtus est formé par le sperme, qu'il attire à 
lui le sang du flux périodique ainsi que Yesprit vital des 
veines et des artères; en un mot, qu'il doit la vie à la com- 
binaison de la semence, du sang qu'il aspire et de l'air qui 
lui arrive par les artères. Ce médecin ajoute : Le fœtus est 
soumis aux lois qui régissent la formation de la plante, et 
la nature, après l'avoir créé d'un mélange de semence et 
de sang, le développe comme elle développe la plante. Car 
de même que la graine a besoin de séjourner dans la terre 
pour y puiser les sucs qui l'alimentent, de même le germe 
humain a besoin de la matrice. Les vaisseaux sanguins sont 
pour ce germe ce que sont pour la plante les racines qui 
pénètrent dans le sol afin d'en tirer les sucs alimentaires. 
Enfin, comme la graine donne naissance à la tige, celle-ci 
aux branches mères, et ces branches à des rameaux qui pro- 
duisent progressivement de nouvelles pousses jusqu'aux 
extrémités de la plante, ainsi, suivant la même loi de dé- 
veloppement, du corps du fœtus partent comme d'une 
tige, trois branches, dont chacune est analogue aux racines 
m. 28 



434 LES PRA1B1ES D'OR. 

*K-s*i_5 vX ^«s? *-J c-UsvJi^ Oj^?-^> ^7*^.5 /eJat^i yL^iiJS 

^)j..3»i)| S«X_& (ji^-^J ?U»4- *j4*'* (j^ ^wii)!_5 j^^sJJi ^^9 

jJJi <ji Ji -«XàJi J.i>i (j~* pyi <-sJbb> <Xij JJi ai_j ^}il*J 

du végétal, à savoir, la grande artère, la veine cave et la 
carotide. Ces trois grands vaisseaux se partagent à leur tour 
en un grand nombre de canaux, comme les rameaux qui 
se subdivisent en une infinité de rameaux plus petits jus- 
qu'à l'extrémité de l'arbre. Galien dit aussi que la semence 
fécondante possède par elle-même sa force de locomotion 
et que le fœtus est formé par l'union des sexes et le sang des 
menstrues. Le même auteur, citant Empédocle, nous ap- 
prend que les molécules organiques du germe sont répar- 
ties dans la semence du mâle et de la femelle et que l'appétit 
vénérien les pousse à se combiner. Cette théorie se trouve 
dans le grand ouvrage d'Empédocle où ce savant a exposé 
son système de la composition du monde, de l'union de 
l'âme avec le monde qui lui est propre, et d'autres opinions 
de ce genre. Quelques partisans de l'éternité du inonde ont 
soutenu que des membres du corps humain sortent des mo- 
lécules très-subtiles et organisées comme chacun de ces mem- 
bres, qu'elles se déversent dans la matrice, s'y alimentent et 



CHAPITRE LXI. 435 

y* u^i V^ <*** t^^*^» pj& i <-**aXi ^Uo^i ^Uasl 

«xJ^Jl ^U> JJi J>>î (**3 viUi te fcJ!fJ«* y^** Uy^U^H 

*XJL* ow**-iJi ^UI AiUJî o*5j:>i UfùU t^ *dà*iM AjUo 

Ji iLÀ-kjJI (jw« A^jij iUJu^sj tjjaàfi Uj »/*>y Uj ^>JI <j 

finissent par se développer et former le foetus. Selon d'au- 
tres, ces molécules en sortant du corps du mâle rencon- 
trent certaines matières dans la matrice et la semence fémi- 
nine au moment de l'imprégnation, et de leur combinaison 
naît le fœtus. Voilà pourquoi, disent-ils , l'enfant ressemble 
à son père dans la conformation générale de ses membres, 
et rappelle les traits de son père et ceux de sa famille pa- 
ternelle. Or c'est à cause de la ressemblance qui existe 
dans l'ensemble entre les enfants et les pères, et en tenant 
compte de cette analogie de traits, que les physiognomo- 
nistes distinguent les généalogies authentiques de celles qui 
sont fausses. C'est du moins ce qu'autorisent les juriscon- 
sultes qui rattachent la recherche des généalogies à l'étude 
du kiafet. Nous avons déjà parlé de cet art et nous lui avons 
consacré un chapitre particulier. (Voyez ci-desus, ch. li, 
p. 333.) 

La manière dont le fœtus se forme dans le sein de la 
mère, son origine, sa substance, ses transformations d'une 

•28. 



436 LES PRAIRIES D'OR. 

/»-,£ LL^j-ftl^-s^ljj *<XJU q^ J^a£j yv.Àj'i'l c-jL^pI (M/--** 

1<Xa1I ^s. JUj *>UiU *j ax$s=- ^ a:>LxJj^JàI U ajUjIj 

s 3 ..«r«' « s -> ..^» -? f ~ -> t'j « a ji- k-T' ri ° x »r 

goutte de sperme en grumeau de sang, puis en niasse de 
chair jusqu'à ce qu'il arrive à son entier développement, 
toutes ces questions ont donné lieu à de longues discus- 
sions, en particulier chez les dualistes (Manichéens), et 
parmi les savants anciens et modernes. Mais nous ne pour- 
rions en parler ici sans nous écarter de l'objet principal de 
ce livre. 

La conclusion de tout ce qui précède et devant laquelle 
la raison doit s'incliner, est celle que Dieu lui-même a ré- 
vélée dans son livre : « C'est lui qui vous forme dans le sein 
de vos mères, au gré de sa volonté. Il n'y a point d'autre 
Dieu que lui, le Dieu puissant et sage. » (Koran, III, 4.) Dieu 
ne nous a point donné l'explication de ce mystère et de sa 
cause première; il s'en est réservé la connaissance et nous 
a manifesté sa providence, de laquelle découlent son unité et 
sa science, par les preuves de sagesse qu'il a daigné révéler à 
ses serviteurs. Dans un autre passage , Dieu dit : « Ô hommes , 
si vous cloutez de la résurrection , sachez que nous vous 



CHAPITRE LXI. '437 

ii •• Tu -» -» *t7* => » <■ f ^ m 51 -'-' "• «i ? • ^^ »' °^-" ' 

U fa «n » ffl ». ^2 fcj^b u^a^j ^À#Jîj (^aaÎ5 ^ «| «XJLf 3 j^J. 
yî^-Ait iùt*:>l^ yiUii £ aKjo JJJsS^ ejbdifi I JsJi ,j \JL«*XÏ 

avons créés de poussière, puis d'une goutte de sperme, puis 
d'un grumeau de sang qui est devenu un morceau de chair, 
tantôt formé, tantôt informe. Afin de vous démontrer notre 
puissance, nous déposons dans Je sein des mères ce que 
nous voulons, jusqu'au terme marqué, et puis nous vous 
en faisons sortir enfants à la mamelle. Vous atteignez en- 
suite l'âge viril; les uns meurent, les autres arrivent à l'ex- 
trême vieillesse, etc. » (Koran, XXII, 5.) 

Parmi les savants de l'antiquité et les légistes de l'âge 
moderne, l'action du soleil et de la lune et leur influence 
sur ce monde ont donné naissance à de longues disserta- 
tions. Tous ont proposé une théorie et attribué aux deux 
luminaires des propriétés distinctes. Ils ont recherché les 
effets produits par le second, c'est-à-dire la lune, lesquels 
se manifestent dans le flux et le reflux sur les côtes de la 
Chine, de l'Inde, de l'Abyssinie et du Yémen, ainsi que 
nous l'avons dit précédemment. Ils ont étudié son influence 
sur les minéraux , le cerveau des animaux et sur toutes les 
plantes; les phénomènes de développement déterminés par 



438 LES PRAIRIES D'OR. 

J&._*Wj *L.^vJ) J^-Wj QUA *n A XJl JX^i <KA3 83\*M3 OUoî ^ 

iU-v** a«Xiû (j^ JéLw JCI_j ^L^Ji J^-wj -UJ! ^ v.jLwâÀAJl 

• 
SJsjû c^UxAaÀj £ Lijl ^jj ^^*i.fi (jJJdi^ ^^jj«*i.£^ ^iUIj 

v^Jlifc. iKij rfwJUiî »<£&à\ JK^it c**Sï 3J&Û1 **xd> o^K" là! 

la pleine lune et les phénomènes contraires dans sa période 
décroissante; enfin les crises qui se manifestent chez les 
malades le septième, le quatorzième et le vingt et unième 
jour de la maladie. En effet, la lune se présente sous quatre 
aspects différents qui sont les formes les plus constantes de 
sa révolution : la forme semi-circulaire, la pleine lune, la 
forme semi-circulaire décroissante et la syzygie. Chacune de 
ces phases a une durée de sept jours; pendant les sept pre- 
mières nuits, on voit une moitié de son disque; la quator- 
zième nuit, elle est clans son plein; la vingt et unième nuit, 
elle a diminué de moitié, et la vingt-huitième nuit, elle dis- 
paraît. Il en est de même des jours de crise; or, selon les 
partisans de cette doctrine, les crises des septième, quator- 
zième, vingt et unième et vingt-huitième jours sont favo- 
rables; ils admettent aussi comme tels les jours où la lune 
n'a que la moitié de son disque, parce que ces quatre 
formes sont les divisions régulières et constantes du tout. 
Les contradicteurs de ce système rejettent ces démonstra- 



CHAPITRE LXI. 439 

<_>L^> jj UB^l V^ ^>^' UjU^j î Aa-Liji ^fi Uaj| 

(jw. <j_>£«*U j^l t iu& (jolj.iw v^i-wjj j\4JJl_5 JhsMS ci^Ai»-l_j 

kiLJi £-*-^ v^i.*?_j <^c Uaj'I «XJCà jWaj' ii 5jij«6«w ^-g^t Vr**.? 
dLîi £ (J*LàJI >i L? U_5 (^vJÈÎ^Jl (j^ c^^uauytj ivXs. a&i\ Uj 

tions et soutiennent que les crises morbides sont détermi- 
nées par les humeurs, par l'effet des quatre éléments et par 
d'autres causes que nous avons essayé d'élucider dans notre 
livre des Degrés, et dans l'ouvrage intitulé des Principes et 
des Compositions ; nous y avons donné d'autres détails sur 
l'influence du soleil et de la lune. 

Oo peut voiv dans nos Annales historiques les arguments 
qui prouvent la forme sphérique du ciel, sa rotation circu- 
laire avec toutes les planètes qu'il renferme. Nous avons dé- 
montré dans ce livre que la terre, dans toutes ses parties, 
continents et mers, a la forme d'une sphère; que le globe 
terrestre est fixe comme un axe au centre du ciel, et que, 
par sa petitesse, il n'a dans l'univers que la valeur du point 
dans le cercle. Nous avons décrit le quart habité du monde, 
l'action que la révolution du ciel y exerce, la succession des 
nuits et des jours, les propriétés que possède cette partie 
habitable de la terre, les pays où le soleil reste pendant plu- 
sieurs mois de suite à l'horizon et disparaît pendant des 



440 LES PRAIRIES D'OR. 

uiL> pE> — ***w_^-Jï^ iLvxjd<l\ i iiisJfc' dLUJi oj.> i A*j-o^ii 

V^^? tS*^ u*JaAÀ*ii j-^" %-»»f CPJ^ owtë' il Joiiîî ^ 
k-À. L<y»-i.A-j^ (\jv.jL*aÀj ii.«y*JLo (j^)^' <j\j *>o«X^i AjCAiaj 

^LaJiJi <jl &£*4l t^JaitJî ^ ^i/I (jb^ JJiJl & \i^jj^\ 

& ijpj™ *;)«XJCw) yî^ yiw.*J oUj *]^=»- yjtXj ^«XJS ^IçwJi 

mois. On trouve dans le même ouvrage tous ces détails corro- 
borés des arguments les plus clairs et les plus directs, et des 
opinions qui ont trait aux mêmes questions. Nous y avons 
décrit aussi la forme des sphères et des corps célestes; nous 
avons essayé de prouver que la terre, étant de forme circu- 
laire, est située dans le creux de la sphère comme le jaune 
dans l'œuf; que l'atmosphère attire les éléments légers des 
corps , tandis que la terre attire les corps pesants , agissant 
ainsi comme la pierre d'aimant dont la propriété est d'attirer 
le fer. Comme nous le démontrons dans le même livre, la 
terre est divisée en deux moitiés, séparées par l'équateur 
de l'orient à l'occident; c'est, d'après les géographes, la lon- 
gueur totale de la terre, cette ligne étant la plus longue 
sur le globe, comme la zone zodiacale dans le ciel. En large, 
la terre s'étend du pôle sud au pôle nord au-dessus duquel 
gravite la constellation de l'Ourse. La rondeur de la terre, 
sous l'équateur, est de trente-six degrés (c'est une inadver- 
tance de Maçoudi, il faut lire trois cent soixante degrés); 



CHAPITRE LXI. kki 

uy-*-?^} y^3' f b^l? fb^ uJ ^ ^-s*£ ^j'I £tyÀii_5 Is^i 

<_>LJijî i*Xiû ^ oCUv Uro U^aJvj JsJs_5 2?-â o^' &x**3 viJJi> 

Lu ^Xamo L» c-jIaJJÎ i«Xiû (jw* £fèy* J* ij j^s«Xj idf!_j à^y^w^S 
U t^ «ns-ja- (^s *._.$.*_£ dJ»Ji JJuàà (j*LJi t r *^ÉT3 J, 3<X^j 

U y- $> ^-jLo^î ^ ^b*^"^-J fJ*^ tr* <-K-s^ ji*xju> j; aaJI 

«Xj ^^Ji-wi)i kïw (jujjWsJjj ^^ili^Sl cjL i Uiî »Uaj 

^}v_A-^ La^v-C L^-jjl <XJCaw)^ ii^-j^ MkXMsJ (V_vV.Ai2.Aj) ^w« i\>.i« 

£jjl *|^JUw^i k«*. *X*> (jb;^î i£ S^UxJl yi *àly& ,o^j dUi 

le degré vaut vingt-cinq parasanges; le parasange, douze 
mille coudées; la coudée, quarante-deux doigts, et le doigt 
six grains d'orge placés l'un à côté de l'autre. Cela fait donc 
en tout neuf mille parasanges. Dans l'un des chapitres qui 
précèdent, en parlant de la terre, des mers, de la source 
des fleuves, nous avons donné l'évaluation du mille et de 
la coudée noire (tome I, p. 182). Dans tout le cours de cet 
ouvrage, nous parlons de ce qui se présente à notre esprit 
ou de ce que nous trouvons dans les livres, recueillant les 
matériaux tels que nous les trouvons sans en discuter la va- 
leur. D'ailleurs , le rapport du mille aux coudées , de la coudée 
aux doigts a été expliqué plus haut, dans le chapitre relatif à 
la terre et aux mers (chap. vin). Entre l'équateur et chacun 
des deux pôles, on compte quatre-vingt-dix degrés; c'est 
aussi l'étendue de la moitié de la terre dans le sens de sa lar- 
geur. Au dire des mêmes auteurs, la terre est habitée sur 
un espace de vingt-quatre degrés depuis l'équateur; le reste 
est couvert par la grande mer. Le quart de la terre situé au 



kkl LES PRAIRIES D'OR. 

^a ^Jil yl^^AA^ij^vJl &j£ «Xi ^LJl y\ 3 ie>-ji gç^ô*j 

Xjçi^il «iX^iJ <->\jJ*. £j*4- g?j4'i (J*y^ CJ^ tiUwJi £>jji 
JUwJi (j^ £Jj J^j AA3 y.^>Lv ^ <J^' ^~* *W' OUâjJ!^ 
c->l_A_^i l*X.£> (j^ 0»-A-»v Uo b*5i *XSj rfjlîi <Jixy*» jyU*? 

Uls <xÂj*X.« ^y>bj ^àj«X-* o^j À*jji Uiijjis» cjLàI^j «^v^Uo 
(j-« 5AJJT bj.5i <XJi* ^tXJl^ y-fyJij c_>jxll^ ^^-i*-Li Jjî>\ *X*i 
A-jLc.^3 i dL)i Syz- <Xiy yU^Jl^Ui.1 £ IàjU^> i JJi 

<j- j » » *=> i dUi Joti «XSj ,ÎU*ÀJ ^ aKx>^ ^jij *XiLé=3 

nord est peuplé; le quart méridional offre un aspect désolé 
à cause de la chaleur excessive qui y règne. L'autre moitié 
de la terre n'a pas d'habitants. Le quart habité du nord au 
sud se divise en sept climats. Plus haut, en décrivant la 
terre et les sept climats, nous avons dit que le nombre des 
villes, à l'époque où vivait Ptolémée, l'auteur de la Géogra- 
phie, s'élevait à quatre mille deux cents. L'orientation (ki- 
hlah) des peuples du levant, du couchant, du sud et du 
nord a été sommairement exposée dans nos Annales histo- 
riques. Abou Hanifah de Daïnawer s'était occupé de ce sujet 
dans son traité. Plus tard, Ibn Kotaïbah s'est emparé des 
résultats de ce travail et les a insérés dans son livre en les 
donnant comme siens. Cet auteur a fréquemment pillé les 
écrits d'Abou Hanifah , qui occupe une place éminente parmi 
les savants. 

Ptolémée, auteur de VAimageste, d'autres écrivains an- 



CHAPITRE LXI. 443 

»j-ê»ï u, ^^j-*** d^ ^ ^ u ^ 4 ^ iaj| 6* ^^ 

gj UA^bj cjvdili Jy^iJi àjU^s i jl^ÀJi j.ax^> qJ J^" 

ciens, et ceux qui sont nés dans le sein de l'islam, comme 
El-Kendi, les Beni-Mouneddjim, Ahmed, fils de Tayeb, 
Mâchallah, Abou Mâchar el-Kharezmi, Mohammed, fils de 
Kétir el-Fergani, dans son livre des Trente sections, Tabit, 
fils de Korrah, Tébrizi, Mohammed, fils de Djabir el-Bou- 
tâni et d'autres savants adonnés à l'étude de l'astronomie, 
ont amassé de précieuses connaissances sur ce sujet. Nous 
ne leur avons emprunté dans cet ouvrage que des aperçus, 
recherchant surtout la rapidité et la concision du récit. 
En Dieu est notre appui. 



VARIANTES ET NOTES. 



P. 2(1). Ces deux tribus sont diversement nommées dans les copies: 
B porte seulement J-jCLU ; D lit ^C^tU ,>■* *—> L I ; L (J^U ^«-tl- 

P. 6 (1). Ce nom s'est déjà présenté (t. I, p. 371 ) sous la forme L$ S^5 \ 
mais en examinant plus attentivement les variantes offertes ici par les co- 
pies , on doit croire que l'auteur a écrit (jtyàj > comme dans D et B, ou 
bien a^Jij , comme dans A. La leçon Waklimi a été adoptée par Quatre- 
mère dans son Mémoire sur la Nubie. L porte ^fe-Ls» dans le texte, et 
^JJi^j sur la marge. 

P. 17 ( 1 ). i Jui otVij, en deux mots, leçon plus conforme au persan 
Jlo o->\ « éléphant mâle , grand et terrible ». La signification de ce terme, 
entrevue par Bocbart dans son Hierozoïcon, p. 24g, a été déterminée par 
M. Pictet, qui en trouve l'origine dans le thème sanscrit tchanda pîlu « élé- 
phant furieux.» (Voy. Journal asiatique, 1 84 3, t. II, p. lu.) 

lbid. (2). A ajoute ici un vers qu'on ne lit dans aucune autre copie ; 

J^ l^ j,^\ ^ j 3 L-f*-»tè UtLfjJl ja-^-U 

P. 19 (1). Quoiqu'il n'y ait aucune variante, la phrase devient plus 
correcte et plus précise, si on lit : *xàj-a-«j *-j3I (J,\ T-^jni (J-^- 

P. 3o (1). A JLsiJIC; B j&SSCo. L et D présentent une leçon illisible. 
Ici encore nous avons conservé la lecture adoptée par Quatremère dans le 
tome II de son Mémoire (jéogr. et histor. sur ÏEcjypte, etc. Ce savant n'a 
pas négligé le texte de Maçoudi dans ses recherches sur la Nubie et les 
Blemmyes, et en particulier, dans le paragraphe qu'il a consacré à la mine 
d'émeraudes; mais il s'est borné à en extraire les données principales, en 
laissant de côté les digressions qui viennent si souvent rompre l'unité du 
récit. En outre , il ne paraît avoir fait usage pour ces extraits que de la 
copie 598, qui présente de nombreuses incorrections, et quelquefois 
même il s'est contenté de reproduire les citations de l'auteur, telles qu'il 
les trouvait dans la Description de l'Egypte et du Caire, par Makrizi. Ceci 
explique pourquoi, dans plusieurs passages, notre traduction s'écarte 
beaucoup de celle du savant auteur du Mémoire sur l'Egypte. 



446 VARIANTES ET NOTES. 

P. 37 (1). Au lion de £- Aji, L porte p-jLi; niais notre lecture a pour 
garant la forme fj^J , encore usitée en liindoustani. On trouvera des 
éclaircissements à cet égard dans les fragments d'El-Byrouni, publiés par 
M. Reinaud, Journ. asial. sept.-oct. i844, p. 262. 

P. 38 (1). Les copies donnent une foule de leçons qu'il ne faut pas es- 
sayer de mettre d'accord. A et D, que nous avons suivis en les combinant, 
présentent les formes les moins éloignées de celles qui se rencontrent dans 
les géographes musulmans. 

P. 3q (1). hsuJ\ se lit en B et quelquefois en L, où ce mot n'est pas 
toujours ponctué. Quatremère l'a adopté dans sa traduction; mais il est 
bon d'ajouter que A et D donnent partout Jaj& jf 

P. 57 (1). La description du zibad se trouve dans YAthar el-bilad de 
Kazwini, édit. Wùstenfeld, p. 120. On peut consulter aussi une note de 
M. Defrémery, Mém. d'hist. orientale, p. 335 , où la distinction entre la ci- 
vette et le zibet est clairement indiquée. Il n'est pas sans intérêt de rap- 
procher ce qui est dit dans ce passage des détails plus circonstanciés 
donnés précédemment par Maçoudi, t. I, p. 353. 

P. 59 (1). Tout ce qui suit, jusqu'à la fin du chapitre, dénote une ré- 
daction précipitée. L'auteur, voulant résumer en quelques lignes les dé- 
veloppements qu'il avait donnés dans ses deux grands ouvrages, devient 
parfois obscur et même incorrect. Plusieurs mots sont omis çà et là dans 
les copies, et ce n'est pas sans quelque effort que nous avons réussi à 
mettre de l'ordre dans cette dernière partie d'un chapitre si intéressant 
d'ailleurs, au double point de vue de l'ethnographie et de la géographie. 

P. 62 (1). Voyez, sur cette dénomination, qui est synonyme de chitnal, 
« nord » , Y Introduction à la géogr. des Orientaux, par M. Reinaud , p. exiv. 
Voyez aussi Journal asiat. février-mars 1862, p. 247. £ porte 3^ «le 
pays ennemi», variante qui, chez certains géographes, entre autres Ibn 
Khordadbeh et Idriçi, désigne aussi les contrées septentrionales du globe. 
S. de Sacy, trompé par une fausse leçon, a lu ^ydl dans le tome VIII des 
Notices et extraits. 

P. 70 (1). B »Lolc; L j^»*c- Gironne est nommée dans D oouoo*, et 
dans L oyo^. Voyez, sur la Chronique de l'évêque Godmar, ce que dit 
M. Reinaud dans l'introduction de son livre, Invasions des Sarrazins, etc. 
p. xv. 



VARIANTES ET NOTES. kkl 

P. 78 (1). Dans la table placée à la suite de la préface (t. I e ', p. 00), le 
litre de ce chapitre est plus développé. Ces variantes, dont nous retrou- 
verons plus d'un exemple, sont du fait même de l'auteur. Plus loin, les 
chapitres n'ont plus la même étendue dans les copies, et surtout en D. Les 
inégalités du texte, et, plus que tout cela, les additions qu'on trouve dans 
L prouvent que la première rédaction des Prairies d'or a survécu quelque 
temps au moins en fragments. Cette question sera examinée dans le mé- 
moire qui doit clore notre édition. 

• P. 84 (1). L fait régner Abir, c'est-à-dire, Héber, pendant 800 ans, 
ÏX», iùl,rl<r ; ma ' s ' a ^ate que nous avons adoptée d'après les autres co- 
pies est confirmée par Tabari et se retrouve dans Ibn Khaldoun. ( Voyez 
la traduction et le commentaire turc de cethistorien, publiés par Soubbi- 
bey-efendi, sous le titre de Miflah ul-iber, p. Y y in fine.) 

P. 86 (1). Le texte porte l&sïU^T ce qui pourrait, à la rigueur, signi- 
fier «produiredu lait comme une femme en couches»; mais cette circons- 
tance n'est pas mentionnée par Tabari, à qui l'auteur des Prairies d'or 
paraît avoir emprunté littéralement cette légende. Nous avons donc, à 
l'aide d'un léger changement, substitué à cette leçon inexacte le mot 
jaj^/iifl éprouver les douleurs de l'enfantement». 

P. 90 (1). Voici les vers ajoutés par la copie L seule : 

vLjjU LJs-J $* (_j^yuJ[ t3. AJa_a. Iduc3n ,J./0 ijy^yrt $ 

X> (j» oJùJl J^>5 Jj?sJJ JU> i^-^o i_>iLJ[ jtA.* JôJ L^li 

vLsrL» L^Jkâ /£~«3) L^tVi-9 Lw~^ *j^ q* ôcVÀC Ls^LaJ 

P. 1 1 5 (1). Ici encore on trouve un exemple de la rapidité avec laquelle 
Maçoudi écrivait; car, sur les trois prérogatives ou fonctions appartenant 
aux fils de Modar, il n'en mentionne que deux, oubliant ïifadha de Mouz- 
délifa, c'est-à-dire, le droit de conduire les pèlerins du mont Arafat à 
Mouzdélifa. ( Voy. Essai sur l'histoire des Arabes avant l'islam, par M. C. de 
Perceval, t. II, p. 2 19 et suiv. ) 

P. 1 26 (1). L ajoute cette phrase, qui ne se lit pas dans les autres co- 
pies : oJilf ^jwjùii (_J>j*l\ 3ÛL CoL ciLi od^ -ki J>-^ <A> ^ 



kUH VARIANTES ET NOTES. 

P. i 3M (i). Celle citation du Koran n'est pas (oui à (ait exacte; entre les 
mots cilj. et *y^.£=>$} , l'auteur ou les copistes ont omis le passage sui- 
vant : etc. Lj'f |* wJU ^ qLj^I A± V A^. <j jj[. (Voy. l'édition 
de M. G. Ruegei, p. n*|.) 

P. i 5o (1). Au lieu de j$Z»£. , B lit <_>jXi-. L donne notre leçon; mais 
une main étrangère a ajouté en marge le nom jy^f , sous forme de cor- 
rection. Le nom d'Abou Malik, fils d'Asker, se lit également dans Ibn 
Rdialdoun et dans le Commentaire d'Ibn Badroun, édit. Dozy, p. 77. 

P. i55 (1). Dans A et I) , Abrahali est surnommé 1' 'image de la gloire, 
t\-6.:>- à^jù. Dans son édition du Commentaire d'Ibn Badroun , M. Dozy 
a suivi la même leçon et donné en note plusieurs variantes relatives à ce 
souverain (p. 52). B remplace Abrabah par un roi nommé Ârlamah, qui 
régna trente-neuf ans ; on lit dans cette copie : ^_j L^\\ ej^aj ciU^o / 

<LXm* QsJXi* \amJ 00 j./o ^j «t/sL ^ ~.LyoJ f. Mais il y a là une con- 
fusion de nom. Ibn Koteiba, Hamza d'isfahân et Ibn Khaldoun n'en font 
point mention dans la liste qu'ils donnent des tobbâ du Yémen. 

P. 1 68 (1 ). Dans le manuscrit de la Bibliotbèquc impériale 1 483 , suppl. 
arabe, où se trouve un choix des poésies de Bohtori et de Motenebbi, ces 
vers se lisent dans une hapideh adressée par Bohtori à Obeïd Allah, fils de 
WebJb, pour l'encourager dans sa lutte contre Ahmed, fils de Daoud. Ils 
renferment des variantes si importantes, qu'on sera bien aise de les trou- 
ver reproduits ici : 

,j_»yjf ^.c jjL) Uy£=0 i^jj L^j LaJ[ (jXj t>.J (j ^XJ J^3 

^o^^*\>*^^(^y^U l j*-i2.^ \st-j\o-A Jui» &-) J'y»" $ 3f 

A la fin du troisième vers il faut lire (jyj ^i ^j pour rétablir le mètre, 
qui est une variété du baçith. 

P. 171 (1). Si l'on compare ces vers, tels qu'ils sont donnés ici, avec le 
même fragment cité par Ibn Ishak dans sa Biographie du Prophète, on 
peut se convaincre que Maçoudi ne les a pas reproduits avec une grande 
exactitude. C'est ainsi qn'il a omis, entre le premier et le deuxième vers, 



VARIANTES ET NOTES. 449 

Jeux autres vers qui font précisément allusion au voyage de Seïf Dou Yé- 
zen à la cour de Byzance. Le soin avec lequel M. Caussin de Perceval les 
a publiés nous dispense de les citer de nouveau. (Cf. Essai, etc. t. I er , 
p. .55.) 

P. 177 (1). En marge de L, au lieu de Honeïbah, on lit Honeïmah , 
*£ùs&. La même copie donne deux vers du poème d'Imrou '1-Kaïs, dont 
il est parlé ici : 

JLà_> 3f Ji-î^î qÎ<JU; ^f ULj^J? ^Lj^ U^Ls j^O* 

Ces deux vers ne se lisent pas dans l'édition du même poëte , publiée 
par M. de Slane. 

P. ig3 (1), Voici comment le traducteur turc du Kamous explique ce 
mot, dont il faudrait chercher l'équivalent exact dans un traité de physio- 
logie médicale: oi>_\_~fJ CibuJj'b«3 ^CjI lAx=*.yJ e^j-e T-^-jJî 

rjJàdi ïXi Jo (j\ *LJiJ Lo\ Jlaj )y^-^ ^J- 5 ^" O^V 0}W ci; .' 

On ne nous reprochera pas d'avoir glissé dans notre traduction sur 
quelques expressions de cette incroyable légende, où l'on retrouve le 
souffle de cette imagination à la fois naïve et obscène qui a inspiré plu- 
sieurs contes des Mille et une Nuits, et qui défraye encore les soirées des 
cafés musulmans. 

P. 194 (1). L ajoute deux vers d'Amr, fils de Adi : y_j « s-^ <J*A5 

LJu-«k_3 »La~u.J[ <_j^-c ,J jt-JUJ Lo qjo XmJ] ( jii- o^c Qjf e^**- 
Lo (^jjLi f\J\ or"' °'»* CNJy^ *_/oLxcU Ujc^ ^c (Jj_cJ Ub 

P. 197 (1). Dans l'Essai de l'histoire des Arabes, de M. C. de Perceval, 
ces vers sont présentés sous la forme d'un dialogue ; le premier vers et le 
premier hémistiche du second sont mis dans la bouche de Zibba, et le 
dernier hémistiche est un a-parte de Koçaïr. (Voy. t. II, p. 37.) 

P. 198 (1). Comme nous l'avons déjà fait remarquer, L, à l'exclusion 
m. 29 



450 VARIANTES ET NOTES. 

des autres copies, ajoute encore ici quelques vers attribués à Zeïd, Sis 
d'Adi, le Témimite ; nous les citons tels qu'ils se lisent dans ce manuscrit : 

|rf*y»î ^ c^Lfi ^^aj ^^Jt j(>£ ^t <>h) Jy cslli ^a 
UJ^\ ^M ^ ff pytl c^LUf L^t 31 

Là-aJLj A-^Sj v--o* *<<>^. ^»y \y>y\ ■vaJIj Ici 

Là*aJuj[ ^y JjÏJ 0^3 f^wrJ e^C^ ^.-ol -Pjlkj 

P. 199(1). Telle est la leçon donnée par A et par le Commentaire d'Ibn 
Badroun, p. 90. Les trois autres copies B, L et D présentent quelques va- 
riantes sans importance et plusieurs mots non ponctués. Malgré le mau- 
vais état des copies dans ce passage , il est possible de reconnaître les noms 
chrétiens cachés sous la transcription arabe. Le mot JuLoo^fc, qui se lit 
deux lignes plus loin, répond sans doute à nyovfiévr) «l'abbesse» et L*_wfy3 
à Euphrasie. Nous devons ce rapprochement ingénieux à M. Derenbourg- 

P. 208 (1). L ajoute deux vers, dont l'auteur est Hani, fils de Maçoud 
Cbeïbani : 

J> d—A-JI a\ oLi—w V5V.-2» l^J (Ail] (^C vile (Jv«.i (jf 

P. 210(1). On lit dans la même copie : 
JyL» Cj-c*. l^JfyiÀj *jl$ «>jj qj (jo^ *-uf J^J'^ cv*-* Jlii 

P. 211 (1). Cette réponse de Hourakah, écrite par mégarde comme de 
la prose, est probablement un vers ou un proverbe rhythmé; la seule va- 
riante est L^l , dans B et L, pour L^U dans A et D, ce qui ne rompt pas 
la mesure, si le mètre est ici une variété du khajif. 

P. 220 (1). A la suite de ce passage, on trouve les vers suivants dans 
la copie de Leyde : JJij <U5„ JuJj yxXi jj 



VARIANTES ET NOTES. Ù5Ï 

yjl^slf *X£=>\ Uifyi ^«Jio ' o^j_L_JL — -w^atJ I 3^ 0>— 9 
^LufcJfj ^jw-vuJLÎf Loy&<> ff ciUi (j -s\-«~tf cjfjXo 

P. 2 23 (î). Dans la table des chapitres placée par l'auteur à la suite de 
sa préface, on lit jLOLJl , au lieu de «<>/.][ (voy. t. I er , p. 3i ), et le nom 
des Kurdes mentionné dans cette même table ne se lit pas ici. (Voy. ci-des- 
sus, la note de la page 78, où se remarque une irrégularité du même 
genre.) 

P. 2 2 5 ( 1 ). Ibn Khaldoun , en citant textuellement ce fragment de notre 
auteur dans le premier volume de son Histoire, a défiguré le nom du roi 
arsacide dont parle Maçoudi. Voilà pourquoi , dans l'édition publiée récem- 
ment par Soubhi-bey, on lit t.A-.^S, et Houdan dans l'Essai sur l'histoire 
des Arabes de M. C. de Perceval. La leçon Djouderz est prouvée par nos 
trois meilleures copies. Or, ainsi que l'a judicieusement remarqué M. De- 
renbourg dans une note marginale de sa copie, le règne de Gouderz étant 
à peu près contemporain de l'ère chrétienne, il n'est pas possible d'ad- 
mettre, comme l'a fait M. C. de Perceval, qu'il soit ici question des der- 
niers Arsacides. 

P. 226 (1). Au lieu de 3-a9 I , qui se lit dans le deuxième vers, B porte 
; Jlj\ etL 3-Xaf. Dans la traduction d'Ibn Khaldoun, par Soubhi-bey, on 
lit, entre autres variantes, \lJi~x* j>*v^. tWJI (j-^fj (P- ^)- Le troi- 
sième vers a été déjà cité par Maçoudi et attribué à un poëte himyarite 
(voy. t. I 6r , p. 1 33 ]. Enfin, à la suite de cette pièce, L ajoute en marge : 

P. 227 (1). L termine par un troisième vers : 

o»lc ij** ^-J V-W & 5 l>-^-- ^j-ir 3 *^**s*' 

P. 236 (1). A est la seule de toutes les copies qui ajoute à ce passage 
un vers du poëte Habib : 

29. 



452 VARIANTES ET NOTES. 

P. 23g (i). H n'est pas inutile de rappeler, en terminant cette curieuse 
légende, qu'elle a été citée par Meïdani, d'après Abou Obeïdah, et l'iden- 
tité des termes prouve que Maçoudi l'avait déjà empruntée à la même 
source. On en trouve la traduction un peu abrégée dans le Mémoire que 
E. Quatremcre a consacré aux Proverbes de Meïdani, Journal asiatique, 
III e série, mars i838. 

P. 2 4o (1). Dans cette nomenclature des tribus berbères, les copies 
présentent les leçons les plus incohérentes; A et L nous ont fourni les 
moins mauvaises; mais il reste encore quelques noms qu'il était impossible 
de rétablir. Ce document a été certainement emprunté par l'auteur au 
Traité des routes et des royaumes d'Ibn Khordadbeh; mais ce passage étant 
privé de points diacritiques dans les deux seules copies connues de ce der- 
nier ouvrage, nous n'avions pas à le consulter. 

P. 2^9 (i). Ce morceau a déjà été publié, avec quelques suppressions, 
par E. Quatremère, dans le tome XIII des Notices et extraits, p. 3oo et 
suiv. 

P. 254 (i). On a suivi ici la copie D, de préférence aux avitres copies, 
qui donnent U. ... < , ce nom n'étant indiqué, dans aucun traité géographi- 
que arabe on persan, parmi les villes du Khoraçân, et du Seïstân en par- 
ticulier. 

P. 260 (1). Au lieu du vers ^jCo Ai>\ L> 1 L porte deux vers différents, 
mais qui semblent appartenir au même morceau : 

à* a. L_*#L_^ LI *-*-> *à-<? *_»_il_.* «UJL j^w^c-j.aS tVJv> 

et deux lignes plus loin, après pjdl (j , la même copie porte : 

P. 206 (1). Au lieu de <^?_S , donné par A et D, B lit (jfuuf et L 

P. 270 (1). En renvoyant au chapitre m (t. I e ', p. 78), Maçoudi ne 
s'est pas aperçu que, dans ce passage, il avait indiqué une division des 



VARIANTES ET NOTES. 453 

langues un peu différente de celle qu'il adopte ici. «De son temps, dit-il , 
«Dieu divisa les langues: les descendants de Sem en eurent dix-neuf, 
«ceux de Cham dix-sept, et ceux de Jafet trente-six.» 

P. 275 (1). A l'exception de D, les copies ont rendu ce nom mécon- 
naissable. A lit lij <0)U , B LaJ , L U^. Cette dernière copie ajoute deux 
vers, où se lit le nom Ribba pour Zibba (Zénobie) : 

^ JLjjS Q'yvÀJU ^^wL^ W-^ 5 A-A-A-w.-* Lw>_=b. (j ^Urjcs» jo^ 

On trouve des renseignements précis sur la dynastie des Odeïnites dans 
¥ Essai sur l'histoire des Arabes avant l'islam, t. II, p. 190. 

P. 290 (1). L ajoute un vers : 

P. 297 (1). Entre les vers qu'on vient de lire et ce nouveau paragraphe, 
L ajoute ce qui suit : ^oOLJi (JO^Î <jO yXLi ^ iÙJj^oo q[ / 

Afin de ne pas donner trop d'étendue à ces notes, nous devons omettre 
plusieurs autres vers , qu'on trouve seulement dans le manuscrit de Leyde ; 
quelques-uns sont écrits à la marge et comme annotations. 

P. 298 (1). Dans L, cette pièce continue ainsi : 

*Ls^JîjJ^jJI *JJî J^ c^Jî _j-S> ^-sb *Jt yt^ 

»Lm.lf ^* fil <vjyil^ j^_* j-a— lu jj- 2 »^ j>b 



U5k VARIANTES ET NOTES. 

P. 3o2 (1). L'autour est doublement inexact en avançant que i'aboudjcd 
se compose de vingt-quatre lettres seulement, d'abord parce que les six 
mots qu'il énumère ne renferment que vingt-deux lettres, et en second 
lieu, parce qu'il oublie de citer les deux derniers mots techniques, ,_ > <r ' 
et iii-i'. lesquels complètent les vingt-huit lettres prises comme valeurs 
numériques. (Voyez Y Exposé des signes de numération chez les Orientaux, 
par M. Pilian, p. i qo et suiv. ) 

P. 3 1 8 (î). Celle phrase est précédée des lignes suivantes dans L seu- 
lement: Jl^j&JIj eijiU JuiîL oày pX-^f Jxi> coyJf oilSj 

^y->3 çj-*-* ^«yiH c^l^-^»- t^>i>Jj^ ^ t>AJ /«^j is*»J 

P. 34 7 (i). Dans le sixième discours préliminaire de ses Prolégomènes, 
Ibn Khaldoun, après avoir donné la définition de tous les termes qui se 
rapportent à l'art divinatoire et à la science des augures, ajoute : «Voilà 
« l'indication sommaire des faits qui se rattachent à ce sujet. Maçoudi en 
«a parlé dans son Moroudj cd-deheb ; mais en traitant ces matières, il est 
«loin d'avoir rencontré juste. On voit, à la manière dont il s'exprime, 
• ((n'étant peu versé dans ce genre de connaissances il rapporte indifférem- 
«ment ce qu'il a entendu dire aux gens capables et aux ignorants. » (Tra- 
duction de M. de Slane, t. I, p. 2 2 3.) Ce n'est pas ici le lieu d'examiner 
si cette critique est parfaitement fondée; mais, après avoir lu ce chapitre 
des Prolégomènes, on est tenté de se demander si la critique moderne ne 
trouve pas plus à récolter dans l'exposé crédule, mais sincère, de l'auteur 
des Prairies d'or, que dans les explications vagues, confuses et souvent 
puériles de l'historien africain, qui ne pouvait ou n'osait chercher ses ex- 
plications hors du Koran ou des vaines théories de la philosophie musul- 
mane. On peut rapprocher aussi du sujet traité ici quelques pages de la 
Cosmographie de Kazwini, où les définitions sont suivies d'anecdotes peu 
authentiques, mais fort curieuses. ( Voy. Adjaïb cl-Mahhlouliat, édition de 
M. Wùstenfeld, p. \"\\ - WY.) 

P. 36o (î). Ceci fait allusion à un prétendu hadis de Mahomet, rapporté 
avec des variantes importantes : « Le songe est une des quarante-six parties 
«du prophétisme , » ou, selon une autre version, «quarante-trois,» ou, 
selon une autre, «soixante et dix. » (Prolégom. d'Ibn Khaldoun, p. 21 3. 
On voit que la version adoptée par Maçoudi n'est pas citée par le savant 
historien, lequel ajoute : «Aucun de ces nombres n'est employé dans cette 
» tradition pour désigner une quantité déterminée : ils indiquent seule- 



VARIANTES ET NOTES. 455 

« meut que les degrés du prophétisme sonl très-nombreux. A l'appui de 
« cette opinion , on peut rappeler que , chez les Arabes du désert , le terme 
''soixante et dix a, parmi ses acceptions, celle de beaucoup.)) 

P. 374 (1). Nous lisons ainsi le nom de ce poëte d'après D et le Com- 
mentaire d'Ibn Kbaldoun (p. 98), au lieu de qL^J? des autres copies- 
S. de Sacy, qui a donné le texte et la traduction de ce chapitre dans le 
tome XLVIII des Mémoires de l'Académie, ajoute ici deux vers qui parais- 
sent corrompus et manquent dans nos copies. Les vers qui viennent en- 
suite sont cités par S. de Sacy, avec des variantes qui en modifient beau- 
coup le sens. (Voy. p. A97 et 691 du même recueil.) 

P. 386 (1). La variante Jsix. , choisie ici d'après B et D, de préférence 
à jilc, que donnent les autres copies, se rapporte mieux au terme pres- 
que identique ^*&£. , dont l'auteur s'est servi en parlant du même person- 
nage, ci-dessus, p. 3^8, 1. 5. 

P. 389 (1). S. de Sacy [ibid. p. 698) a lu Owaïr, j^c , et cette variante 
se trouve aussi dans le manuscrit de Leyde. A lit . ^0-^ ; il est peu dou- 
teux qu'il soit question ici de Hafir. Yakout, dans le Moschtérik, et l'au- 
teur du Méraçid el-Ittila, parlent d'une rivière et d'un territoire nommés 
El-Hajir, dans le voisinage du Jourdain. 

P. 4o2 (1). Les deux derniers mots de ce titre sont omis dans deux co- 
pies, et il est permis de croire que cette suppression est de la main même 
de l'auteur, puisqu'il n'est point question dans ce chapitre de la science 
des anwa. On sait que les anciens Arabes désignaient ainsi les étoiles dans 
lesquelles ils croyaient reconnaître les signes avant-coureurs de certains 
phénomènes physiques, tels que le vent ou la pluie. (Voy. Introduction à 
la géographie des Orientaux, par M. Reinaud , par clxxxv. ) 

P. 4o6 (1). A /^Lwti&Jl, L ^jL^oJLJl. La leçon El-Kaçiân est admise 
aussi par M. Reinaud, d'après un fragment d'Ibn el-Athir, que ce savant 
a inséré dans ses Extraits d'historiens relatifs aux croisades, et il tra- 
duit par « église des prêtres. » Il est probable que c'est un nom propre. 
Dans le Tarikh el-Houkama, il est dit que Kaçiân était un roi d'Antioche 
dont saint Pierre ressuscita le fils. Quant à la fête des Kalendes, XaAav- 
Sâv éopTrf, voyez Du Cange,Di'ct. med. latin, au mot Kalende. H serait cu- 
rait curieux de rapprocher ce que dit ici Maçoudi d'un passage de Pro- 
cope [De bello Persico, II, 8), où il est question du caractère frivole et 
des mœurs licencieuses des habitants d'Antioche. Dans le Traité d'Oloug- 
Beg (p. 99), il est fait mention des kalendes sous le nom de ^jif &ïJiX$ ■ 



456 VARIANTES ET NOTES. 

P. 407 (1). On trouvera des détails sur cette ancienne église dans Kre- 
mer, Beitrag zur Geogr. des nôrdl. Syr. p. 3. L'église dédiée à Marie, dont 
Maçoudi parle immédiatement après, peut être identifiée avec celle qui 
fut construite el dédiée à la Vierge par Justinien après le sac de la ville 
par les Perses. (Procopc, De Mdij. Il , cap. x.) Nous avons profité ici et 
dans la note précédente des indications placées par M. Derenbourg à la 
marge de sa copie du texte. 

P. lx\ 1 (1). Ces vers ne paraissent pas cités avec exactitude, si on les 
compare à ceux que Kazwini a donnés dans sa Cosmographie. (Adjaïb, 
p. vv. ) On voit cpie deux hémistiches et un quatrième vers ont été suppri- 
més par Maçoudi on par les copistes. Les voici rétablis dans un ordre plus 
naturel, d'après l'édition de M. Wûstenfeld : 

s— *-- «» J I i*-* *JOwA_^ï p L) [ j./^_£. it-«-A_u«_J * IX-uJ I «MtO 

s—ê — s.| ^ - k -<rj ( J._A_st_ / oj y — £' — a 4 — a — il. , — *^>j 

Le même auteur explique ainsi la dénomination de jours de la vieille : 
« Une femme d'un grand âge et d'une expérience plus grande encore avait 
annoncé à des Arabes que la fin de l'hiver serait signalée par des froids 
rigoureux, et qui pourraient exercer de grands ravages. Ils traitèrent ses 
propos de sornettes, et tondirent leurs troupeaux comme si l'hiver était 
passé. Mais, vers la fin do février et les premiers jours de mars, le froid 
reparut plus âpre et plus rigoureux que jamais; troupeaux et moissons, 
tout périt, et le souvenir de cette calamité fit donner à cette époque de 
l'année le nom de jours de la vieille.» [Adjaïb, ibid. Voyez aussi le Com- 
mentaire de Hyde sur les tables d'Olough-beg, p. 61.) 

Ibid. (2). Au second hémistiche du troisième vers, B et D portent 
0L0 , L et A (_>LÀ-J. On a suivi les leçons acceptées par M. Ahlwardt, 
dans son excellente édition des poésies bachiques d'Abou Nowas, Die (fein- 
lieder, p. M. Le mètre de cette chanson est le mounsarih. 

P. 4 1 3 (1). Ce nom est écrit tantôt rjL^3'^5, tantôt (jLs»j|s3. On voit 
sans peine qu'il s'agit de la férié nommée Ferverdéguiân, dans l'ancien ca- 
lendrier de la Perse. Le nom du oLo^^o manquait dans toutes les copies; 
il était cependant nécessaire de le rétablir pour obtenir les douze mois 
annoncés par l'auteur. D'ailleurs tous les noms pehlvi et pârsi que ren- 
ferment ce chapitre et le suivant onl été transcrits par les copistes avec une 



VARIANTES ET NOTES. 457 

négligence qui les rend méconnaissables. On a consulté de préférence poul- 
ies restituer, la Cosmographie de Kazwini, p. v<1 et suiv. ; Chardin, t. II, 
édition Langlès; Hyde, Veterum Persaram religion. Idstor. Oxford, 1760, 
p. 189 et passim. 

P. Ai 5 (1). Dans la copie D, ceci ne fait pas un chapitre à part et 
vient à la suite du chapitre précédent. 

Ibid. (2).^_j3 est, sans doute, pour v-rt~<r <JÏ- Quant au mot JLo, 
donné par trois copies, il est probable qu'il tient la place du jour nommé 
^-iA, dans Kazwini (ouvrage cité, p. vl); et, en effet, la copie L porte 
ijO<i , leçon qui s'écarte moins de celle de Kazwini. Dans le dictionnaire 
persan Bourhan-c-Kati, qui renferme de si précieux renseignements sur 
l'étymologie et l'orthographe de l'ancienne langue, le nom de ce jour est 
lu .JS s , et placé le quinzième dans le mois. Indépendamment du désordre 
avec lequel Maçoudi a nommé les jours du calendrier persan, on voit qu'il 
a omis le vingt-quatrième, nommé ^vO, dîn. 

Ibid. (3). On devine aisément dans ces cinq jours, dont les noms sont à 
peu près illisibles dans les copies, une vague allusion aux fêtes de Gahen- 
bar, sL/JcâLfV sur lesquelles on trouve de curieux détails dans le Dabis- 
tân, p. io4 de l'édition de Bombay. 

P. £27 (1). Au lieu de cette leçon, on lit dans L, A^o\ <_jL/Jî JuaJ 

P. kko (1). Encore une inadvertance de l'auteur; la suite prouve qu'au 
lieu de trente-six degrés, il faut lire trois cent soixante. En effet, ces 
trente-six degrés, à raison de vingt-cinq parasanges au degré, ne feraient 
que neuf cents parasanges; or, l'auteur ajoutant que ces trente-six degrés 
valent neuf mille parasanges, il est clair que, pour obtenir ce nombre, il 
faut lire trois cent soixante degrés. Gossellin et M. Reinaud ont déjà signalé 
cette erreur. Mais, sans avoir recours au calcul, on a encore la preuve de 
l'inadvertance de Maçoudi, en comparant ce passage au début du Traité 
d'Ibn Khordadbeb , dont il l'a tiré textuellement. Les deux copies d'Oxford 
et de Constantinople portent l'une et l'autre /j.JCwq iijLfiUJ , et cette le- 
çon se trouve aussi dans Idrîçi, qui a fait le même emprunt au Kitab cl- 
Mémcdik wel-Mésalik. Voyez aussi un passage des Prolégomènes d'Ibn Khal- 
doun, traduction citée, p. 92. 



TABLE 
DES PRINCIPALES MATIÈRES 

CONTENUES DANS LE TOME TROISIÈME. 



Pages. 

Chapitre XXXIII. Les nègres; leur origine; leur variété de 
races et d'espèces ; la position respective de leurs contrées ; 
histoire de leurs rois 1 

Émigration des fils de Kouch, p. 1. — Productions du pays 
des Zendjes, p. 2. - — La girafe, p. 3. — Mœurs des Zen- 
djes, p. 6. — L'ivoire, p. 8. — Éléphants de l'Afrique et 
de l'Inde, p. 11. — - Analyse du Livre des animaux d'El- 
Djahiz, p. 22. — Les buffles, p. 27. — Le roi des Zen- 
djes^. 29. — Les Nubiens et les Bedjali, p. 3i. — Mines 
d'or, p. 33. — Description de l'Abyssinie, p. 34. — L'île 
de la Raison, p. 35. — Socotorah, p. 36. — Le bakt, im- 
pôt des Nubiens, p. 3g. — Mines d'émeraudes dans le 
Saïd, p. 43. — Le pays d'AHaki et les Oasis, p. 5o. — 
Eaux minérales, p. 5a. — Autres détails sur les éléphants 
indiens, p. 67. 

Chapitre XXXIV. Les Slaves; leurs établissements; leurs 
rois ; leurs migrations 61 

Noms des tribus slaves et de leurs rois, p. 62. — Le roi des 
Dir, p. 64. 

Chapitre XXXV. Les Francs et les Galliciens; leurs rois; 
renseignements sur ce sujet 6(i 

Détails sur l'île d'el-Borkân et sur d'autres volcans, p. 67. 
— Extrait d'une histoire des rois francs , par l'évéque God- 
mar, p. 70. — Guerre d'Abd er-Rahman contre Omeyah 
et Ramire, roi des Galliciens, p. 72. 

Chapitre XXXVI. Les Noukobard (Lombards) et leurs rois. 7(1 
Description sommaire du pays des Lombards, p. 76. — 



460 TABLE DES MATIÈRES. 

Pages. 

Guerres entre les Lombards et les Musulmans île l'Es- 
pagne, p. 77. 

Chapitre XXXVII. Les Adites et leurs rois 7 8 

Ad, p. 80. — Chedid, son fils, p. 81. — Jrem aux piliers, 
ibid. — Cheddad, fds de Ad, ibid. 

Chapitre XXXVIII. Les Témoudites et leur empire; leur 
prophète Salih 33 

Demeures des Témoudites, p. 84. — Leurs rois, ibid. —Lé- 
gende relative au prophète Salih, p. 85. — La chamelle 
de Salih, p. 86. 

Chapitre XXXIX. La Mecque et son histoire; fondation de la 
maison sainte; domination successive des Djorhomites et 
d'autres tribus, avec plusieurs faits qui se rapportent à ce 
chapitre q x 

Ismaïl et Agar, p. 9 1 . — Les Benou Kerker, p. 95. — Guerre 
entre les Djorhomites et les Amalécites, p. 99. — Di- 
verses traditions concernant ces peuples, p. io3. — Les 
Tasm et les Djadis, p. io5. — Parallèle entre les Naba- 
téens et les Arabes, p. 107. — Opinions de quelques sectes 
musulmanes, p. 109. — Les Khozaïtes, p. 1 1 3. — Amr, 
fds de Lohayi, p. n4. — Le Naçi, p. 116. — Kossayi , 
fils de Kilab, p. 117. — Les tribus koreîchites et leurs 
prérogatives, p. 119. 

Chapitre XL. Renseignements généraux sur la description 
de la terre et des différentes contrées; de l'amour de 
l'homme pour son pays natal 120 

Description du climat et du sol de la Syrie, p. 12 à. — De 
l'Egypte, p. 12 5. — Du Yémen et du Hédjaz, p. 126. — 
De l'Irak, p. 127. — De la Perse, p. 128. — De la Méso- 
potamie, p. 129. — Le pays de Babel , p. i3i. — Amour 
du sol natal, p. i33. — Éloge de l'histoire, p. i35. 

Chapitre XLI. Opinions diverses sur l'origine du nom du 
Yémen, de l'Irak, de la Syrie et du Hédjaz i3q 

Différentes opinions sur le mol Yémen, p. 1 39. — Sur le 
mot Chant , p. j /io. 



TABLE DES MATIERES. 461 

Pages. 

Chapitre XLII. Le Yémen; généalogie de ses habitants; opi- 
nions diverses sur ce sujet 1^2 

Traditions relatives à la postérité de Kahtân, p. \ti2. — Sur 
l'idiome parlé par Ismaïl, p. i45. — Saba et les Sabéens, 
p. 1/17. 

Chapitre XLIII. Du Yémen et de ses rois; durée de leur 
règne , 1 A9 

Saba, nommé aussi Abd Chems, p. i4o,. — Rois himyarites, 
p. i5o. — Relkis, p. i52. ■ — Suite des rois himyarites, 
p. 1 54- — Dou Nowas, p. i56. — Invasion des Abyssins, 
p. i5y. — Abrahab, ibid. — Les compagnoils de l'élé- 
phant et Abou Rigal, p. 1 5g. — ■ Seïf, fils de Dou Yézen, 
à la cour d'Anouchirwàn , p. 162. — Expédition des Perses 
dans le Yémen, p. i63. — Leur chef, Wahraz, p. 164. 

— Mâdi Karib reçoit Abd el-Mottalib à sa cour, p. 1 69. — 
Opinion d'Obeïd sur la chronologie des rois yéménites, 
p. 173. — Satrapes, gouverneurs du Yémen, p. 176. — 
Inscription himyarite sur la porte de Dafar, p. 178. — 
Description abrégée du Yémen, p. 179. 

Chapitre XLIV. Histoire des rois de Hirah, de la famille des 
Benou-Nasr, etc 181 

Djodaïmah, p. 181. — Son père, Malik, p. 182. — Lé- 
gende sur Adi , fils de Nasr, p. 1 83. — Amr, fils de Adi , 
p. i85. — Aventures de Zibba (Zénobie) avec Djodaïmah , 
p. 189. — Koçaïr, p. ig4. — Suite des rois de Hirah, 
p. 199. — Le poète Nabigah chez le roi Nômân,p. 201. 

— Nômân est mis à mort par Kesra-Perviz , p. 2o5. — 
La fille de Nômân, p. 209. — Son entrevue avec Amr, 
fils de Mâdi-Karib , p. 210. — Ruine de Hirah, p. 21 3. 

Chapitre XLV. Histoire des rois de Syrie d'origine yéménite , 
les Gassanides , etc 2 1 1\ 

Rois tonoukhites, p. 2i5. — L'étang de Gassân, p. 216. — 
Les Harit, rois de Gassân, p. 217. — Le poète Haçan, 
fils de Tabit, p. 218. — résidences de ces rois, p. 220. 

Chapitre XLVI. Des tribus nomades chez les Arabes et les 
autres peuples; pourquoi elles résident dans le désert; 
extraits de l'histoire des Arabes et autres renseignements 
qui se rattachent à ce sujet 223 



ÏÔ2 TABLE DES MATIERES. 

Pa 

Famille bimyarite dans le Tibet, p. 22/1. Conquêtes d'Abou 
karib, p. 2 2 5. — Tribus maadditcs, p. 227. — Légende 
sur les quatre fils de Nizar, p. 228. — Us se fixent à la 
Mecque, p. 236. — Origine de leur surnom, p. 238. — 
Causes de k vie nomade, p. 239. — Dispersion des 
hommes après le déluge, p. 2/10. — Les Berbères, ibid. 
— Les Arabes du désert, p. 243. — Entrevue d'un de 
leurs chefs avec le roi Anoucbirwân , p. 2/17. — Campe- 
ments des Arabes, p. 2^9. — Les tribus kurdes, ibid. — 
Dalïhak ou Zobak, p. 25 1. 

Chapitre XLVII. Croyances et opinions des Arabes clans les 
âges d'ignorance; leurs migrations; histoire des Compa- 
gnons de l'éléphant; Abd el-Mottalib, et autres rensei- 
gnementa analogues 2 56 

Arabes monothéistes, p. 258. — Abd el-Mottalib embellit 
le temple de la Mecque, p. 25g. — Son entrevue avec 
Abrahah, ibid. — Nofaïl, fils de Habib, p. 261. — Héré- 
sies de quelques sectes musulmanes, p. 263. — Suite de 
l'histoire d'Abd el-Mottalib, p. 268. — Migrations des fils 
de Noé, p. 270. — Tyrannie d'Amlouk, p. 276. — Ré- 
volte des Djadi cites, p. 280. — Haçan, fils de l'obbâ les 
extermine, p. 283. — Yémamah, p. 286. — Les djinn 
du pays de Wabar, p. 289. — Djorhom, p. 292. — Mi- 
grations des Chamites, p. 293. — Idolâtrie des Adites, 
p. 295. — Houd, le prophète, p. 298. — Origine de 
S' Aboudjcd , p. 3o2. — Les Madianites, ibid. — Le pro- 
phète Choaïb, p. 3o5. — Baruch, p. 3o6. 

Chapitre XLVIII. Opinions des Arabes sur l'âme qu'ils 
croyaient ressembler au hibou et au chat-huant, et autres 
détails 3of) 

Signification du mot nefs, p. 3og. — Oiseaux nommés ham. 
et safar, p. 3 1 1 . — La chouette sada, p. 3 12. 

Chapitre XLIX. Récits des Arabes sur les Goules (Ogres); 
leurs transformations et tout ce qui se rattache à ce sujet. 3 1 k 

Apparition des Goules, p. 3 1 5. — Les silali, p. 3 1 S. — Le 
cjaddar, p. 3 19. 

Chapitre L. Récits que font les Arabes sur les huxv ut if (v oix 
mystérieuses) et les Génies 323 



TABLE DES MATIERES. 463 

Pages. 

Définition du liatif, p. 323. — Monstres nommés chihk, 
p. 3a5. — Aventures de voyageurs arabes avec les djinn, 
p. 3 27 . 

Chapitre LI. Opinions des Arabes sur la science de la phy- 
sionomie, les augures, les pronostics fondés sur le vol des 
oiseaux de droite à gauche et de gauche à droite 333 

Ce qu'il faut entendre par kiafet, p. 336. — Caractères pro- 
pres à chaque race, p. 338. — Quel fut le premier de- 
vin, p. 34 1. — Sagacité, des Arabes nomades, p. 342. — 
Une décision de Mahomet, p. 345. 

Chapitre LU. L'art divinatoire; opinions émises à cet égard; 
détails relatifs à ce sujet sur les songes; distinction de 
rame raisonnable » 3^7 

Principes de l'art divinatoire, p. 347- — Ses causes, p. 34q. 

— Les sorciers (arraf), p. 352. — Théorie de la divina- 
tion, p. 353. — Les songes, p. 355. — Définition de 
l'âme, selon plusieurs philosophes, p. 36 2. 

Chapitre LUI. Renseignements généraux sur les devins, sur 
la rupture de la digue d'Arim et sur la dispersion des 
Azdites dans différentes contrées 365 

Lokmân, fils d'Ad, p. 366. — Ancienne prospérité de Saba, 
p. 367. — Construction de la digue arini, p. 36g. — Sa 
destruction, p. 371. — Mareb, p. 373. — Discussion sur 
la longévité de l'homme, p. 375. — Amr et Darifah, la 
devineresse, p. 378. — Conseils du devin Amrân, p. 386. 

— Migrations des tribus qui habitaient Mareb, p. 387. 

— Les Gassanides, p. 3o,o. — Nouveaux détails sur les 
devins, p. 3g4- — ■ Satih, ibid. 

Chapitre LIV. Les années et les mois chez les peuples étran- 
gers; analogies et différences qu'on y remarque 397 

Chapitre LV. Mois des Coptes et des Syriens ; différence de 
leurs dénominations; résumé de leur chronologie 399 

Noms des mois coptes, p. 3go,. — Détails sur les ères des 
différents peuples, p. 4oo. 

Chapitre LVI. Mois des Syriens; leur concordance avec les 



tiQk TABLE DES MATIERES. 

l'oges. 

mois arabes; nombre des jours de l'année, connaissance 
des Anvva 4o2 

Noms des mois syriens, p. 4 02. — Fête duMihrdjân, p. 4o4. 
— Fêtes chrétiennes à Antioclie, p. 4o6. — Eglises de cette 
ville, p. A07. — Les jours de la vieille, p. 4 10. — Mois 
des Roumi, p. 4 1 2. 

Chapitre LVII. Mois des Perses /m 3 

Fêtes populaires en Perse, le hawsedj et autres cérémonies, 
p. 4i3. 

Chapitre LVIII. Noms des jours cbez les Perses k\ 5 

Fêtes de ram el des jours nommvs Jerverdéguiân, p. 4 1 5. 

Cbapitre LIX. Années- et mois des Arabes ; noms qu'ils don- 
naient aux jours et aux nuits 4i6 

Etymologie des noms de mois, p. 4 16. — Les mois sacrés, 
D.I&19. — Le téchrik, p. 4 2 1 . — Noms des jours de la 
semaine avant l'islamisme, p. A 2 3. — Les mois grecs, 
p. 424. 

Cbapitre LX. Dictons des Arabes sur les nuits des mois lu- 
naires , etc 426 

Nom de cliacpie nuit du mois, p. 429. — Noms donnés à la 
lune selon ses phases, p. 43o. 

Cbapitre LXI. De l'influence du soleil et de la lune sur ce 
monde ; résumé des opinions émises à cet égard , et autres 
détails qui se rattachent à ce sujet Îi3i 

Différentes opinions sur la formation du fœtus, p. 432. — 
Ce que dit le Koran à cet égard, p. 436. — Influence du 
soleil et de la lune sur ce monde, p. 437. — Analyse de 
la thèse astronomique et géographique , développée dans 
les Annales historiques de Maçoudi, p. 43o. — Mention 
de plusieurs auteurs qui ont traité ce sujet, p. 442. 

Variantes et notes kk^> 

FIN DE LA TABLE DES MATIÈRES. 



PLEASE DO NOT REMOVE 
CARDS OR SLIPS FROM THIS POCKET 

UNIVERSITY OF TORONTO LIBRARY