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Full text of "Les prairies d'or"

COLLECTION 



D'OUVRAGES ORIENTAUX 



PUBLIEE 



PAR LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE. 



SE VEND A PARIS 
CHEZ V^ BENJAMIN DUPRAT, LIBRAIRE 

RDE DU CLOÎTRE-SAINT-BENOÎT, N° 7 ", 

A LONDRES 

CHEZ WILLIAMS AND NORGATE. 

l4, HEKRIETTA STREET ( COVENT-GAHDEn) . 



PRIX: 7 fr. 50 c. 



OCIÉTÉ ASIATIQUE. 

MACOUDI. 
LES PRAÏRIES D'OR 

TEXTE ET TRADUCTIOrS 

PAR 

C. BARBIER DE MEYNARD. 



TOJTR OUATRIÈME. 




PARIS. 



IMPRIME PAU AliTOIUSATIOA DK l/liMPEKEUK 

A L'IMPRIMERIE IMPÉRIALE. 



M DCCC LXV. 



;)-^ 



fe-* 



AVEUTISSEMEINT. 



Mon collaborateur et ami M. Pavet (je Coiuteille dé- 
sirant donner tout son temps à des travaux commencés 
avant la publication des Prairies d'or, je reste désormais 
seul chargé de conlinuer et de mener à bonne lin la 
tâche que la Société asiatique a bien voulu nous con- 
fier. C'est un devoir pour moi de redoubler d'apphca- 
tion et de zèle dans l'accomplissement d'une entreprise 
dont la responsabihté n'est plus partagée, et je ne né- 
gligerai rien pour que cette dernière moitié de l'ou- 
vrage soit digne de l'accueil favorable que les trois pre- 
miers volumes ont o])tenu du public. Moins éléc;a!ite, 
moins libre d'allures, mu traduction, par cela même 
qu'elle sera le Iruit d'un travail individuel, aura peul 
être h un plus haut degré ce caractère d'homogénéité 
qu'une collaboration, si unie qu'elle soit, ne saurait lui 
donner entièrement. 

On trouvera dans ce volume la Un des généralités 
auxquelles ont été consacrés les volumes précédents, 
puis l'histoire rapide, mais substantielle, de Mahomet et 
de ses quatre premiers succ(;sseurs. Après avoir rappelé 
les vieilles théories grecques sur la constitution phy- 
sique du globe, théories dont l'analyse un peu sèclie se 



VIII AVERTISSEMENT. 

trouve dans le Livre des routes d'Ibn Khordadbeh; après 
nous avoir mis au courant des fables répandues de son 
temps sur les génies et les monstres, Macoiidi décrit, 
dans six chapitres d'une étendue fort inégale, les mo- 
numents du paganisme tels qu'il pouvait les connaître. 
Ses informations sur les temples grecs , romains et slaves , 
comme sur les pagodes chinoises, n'ont pas pour nous 
plus de valeur que les renseignements analogues re- 
cueillis par Kazwini dans YAtharel-Bilad. En revanche, 
ce qu'il dit du cuite et des monuments sabéens présente 
un caractère d'authenticité incontestable. On connaît 
déjà ce curieux fragment par les extraits et la traduc- 
tion que M. Cbwolsohn a insérés dans son livre sur le 
sabéisme [Die Ssabier and der Ssabismus, t. II). Je n'ai 
point négligé de consulter ce savant ouvrage, ni de 
mettre à prolit les notes el éclaircissements qui en re- 
liaussent la valeur. Les détails relatifs aux pyrées et au 
culte de Zoroastre ne méritent pas moins de fixer notre 
attention , et viennent heureusement corroborer ou com- 
pléter la description donnée par Isthakhri, par Kazwini 
et les compilateurs persans cités dans le grand diction- 
naire de Yakout. Après un résumé de chronologie uni- 
verselle qui a dû lui. coûter beaucoup de peine, mais 
que les copistes ont mutilé impitoyablement, Maçoudi, 
dans le chapitre lxx, aborde l'histoire musulmane qu'il 
n'abandonnera plus jusqu'à la dernière page. 

Ici surtout il importe de se rappeler que, dans la 
pensée de leur auteur, les Prairies d'or sont simplement le 
résumé, findex des deux grands ouvrages dus à son in- 
croyable fécondité. On s'explique de la sorte pourquoi 
la biographie de Mahomet, qui devait occuper une 
large place dans les Annales historiques et le Livre moyen, 



AVERTISSEMENT ix 

est esquissée à grands traits sous forme de précis histo- 
rique; pourquoi les adages attribués par la tradition au 
fondateur de l'islamisme sont dépouillés de leurs isnad , 
marques d'origine sans lesquelles ils perdent tout leur 
prix aux yeux de la critique. En ce qui concerne le kha- 
lifat, l'auteur suit sans y déroger le plan qu'il s'est tracé. 
Après avoir mentionné en quelques lignes lâge, les 
dates principales et la famille de chaque khalife, il passe 
soit au récit d'un des grands événements de son règne, 
soit à des particularités de sa vie privée. C'est de l'his- 
toire à la façon de Suétone, mais avec plus de sincérité, 
sans caquetage ni recherche de scandale. C'est ainsi 
qu'après nous avoir offert de nouveaux documents sur 
la conquête de Syrie et de Perse, il nous dépeint en 
traits ineffaçables la vie austère et frugale d'Abou Bekr; 
le génie politique, les mœurs âpres d'Omar; l'incapa- 
cité d'Otmân, les intrigues de son règne et la sanglante 
tragédie qui en fut le dénoùment. La lecture des sept 
chapitres consacrés à Ali confirmera sans doute l'opi- 
nion que la critique moderne s'était formée de ce type 
achevé des âges héroïques de l'islamisme; on s'expli- 
quera mieux la fortune extraordinaire de ce nom que la 
réaction persane a divinisé; on jugera, pièces en main, 
cet esprit élevé, ce cœur passionné plein d'une piété 
ardente et enclin au mysticisme, ce lion de Dieu in- 
domptable sur le champ de bataille, faible, hésitant, 
presque inintelligent dans le gouvernement des alfaires. 
Sans se défendre d'une prédilection marquée pour ce 
grand homme, ni dissimuler la sympathie que lui ins- 
pirent les malheurs de sa postérité, Maçoudi n'est point 
schiite ; on le voit à l'impartialité avec laquelle il cri- 
tique les exagérations de cette secte: on sent même 



X AVERTISSEMENT 

qu'il ne cherche pas à atténuer les fautes politiques d'Ali 
et de ses partisans. Je n'en veux d'autre preuve que la 
réflexion qui termine ce volume : u Le rôle que jouèrent 
les Compagnons du Prophète, après la mort de Maho- 
met et à la fin de la révélation, est trop incertain pour 
qu'il soit permis de l'apprécier en parfaite connaissance 
de cause, etc.» (Plus loin, p. /iSy.) Cet aveu sincère, 
quoique un peu timide, ne doit-il pas ajouter plus d'au- 
torité à ses paroles, plus de certitude aux documents 
réunis par ses soins sur cette phase critique de l'isla- 
misme naissant? Enfin il est bon de signaler deux épi- 
sodes extraits des matériaux qui ont servi à la rédaction 
du Kitab el-Agliani, deux récils charmants par leur naï- 
veté et infiniment précieux pour l'histoire des vieilles 
mœurs arabes; je veux parler de l'aventure du poète 
Abou Mihdjan à la bataille de Kadiçyeh (p. 2 i3) et du 
duel d'Amr et de Rébyâh (p. ilii et 5/17), voleurs, 
amoureux et poètes, ce qui ne faisait qu'un au désert. 
Ces fragments, auxquels Maçoudi a su conserver toute 
leur saveur, se liront avec plaisir, même après les spi- 
rituelles lettres de Fresnel sur les Arabes avant fisla- 
misme. 

Je devais naturellement rencontrer, au seuil de l'his- 
toire musulmane, une plus grande abondance de do- 
cuments propres à fixer les leçons de mon texte, et 
aussi à éclaircir plusieurs passages obscurs k force de 
concision. Sans parler de l'excellent et trop rare ou- 
vrage de M. C. de Perceval, non moins utile à consulter 
pour les vingt premières années de fhégire que pour 
les faits antérieurs à la prédication prophétique, j'ai 
trouvé, dans les deux versions de Tabari et dans les 
Annales d'Abou '1-Féda, soit la confirmation, soit une 



AVEIVnSSEME-NT. xi 

autre rédaction des faits racontés par Maçoiidi. Les 
traités d'Ibn Kotaiba et d'Ibn Doreid m'ont permis de 
fixer avec certitude l'orthographe des noms propres et 
la suite des généalogies. Enfin M. le docteur A. Spren- 
ger a bien voulu me communiquer le texte autograpbic 
de quelques chapitres des Prairies relatifs à AH et aux 
Omevades, d'après un ancien manuscrit de rindc(Dchii, 
i8/i6, in- 12). Ce premier fascicule d'une pubbcation 
trop tôt interrompue, et qui, sous le titre de Historical 
sélections from arabic aatliors , était destinée à enrichir la 
science de documents inédits, m'a fourni plusieurs va- 
riantes et leçons importantes. Je dois dojic remercier 
publiquement le savant orientaliste de Berne de facilite: 
aujourd'hui, par sa libéralité, l'achèvement d'une œuvre 
qu'il a eu l'un des premiers l'honneur de faire connaître 
en Europe. 

Cette seconde partie, incontestablement la plus cu- 
rieuse du livre de Maçoudi, ne nous consolera pas de 
la perte des deux grands monuments élevés à la science 
par cet écrivain infatigable; cependant on peut affirmer 
sans présomption qu'elle répandra de vives (îlartés sur 
fhistoire politique et littéraire des Arabes. Si l'on s'est 
plu à retrouver dans fabrégé de Justin les traces de la 
pensée puissante qui inspira à Trogue Pompée la vaste 
épopée des Phdippiqaes , il me semble qu'on doit ac- 
cueillir avec le même intérêt un livre qui se recom- 
mande non-seulement par la nouveauté des détails, 
mais aussi par le soin avec lequel l'auteur a corrigé cl 
quehjuefois complété son œuvre en la réduisant à d(^ 
[)lu,s modestes proportions. 



^i^ iijy&il|^ t5*^4'3 (j-fyJ'j 'rir*^'^ 0!i^.H*^^ 
l*X— 4«5 JuojÎ^ c_>1_a_j1 I«X_^_^ 

iLxAjJa-Jl ^^ ''i***jl> «;la»- jUJl* ^jl WjLjJaJ! ^^i^-^M^-ll Jb 

LIVRE DES PRAÏRIES D^OR 

ET l)i:S MINES DE PIERRES PRÉCIEUSES. 



CHAPITRE LXII. 

DKS QUARTS DC MONDE; DES ÉLÉMENTS; DES CARACTÈRES DISTINCTIFS 
DE CHAQUE PARTIE DE LA TERRE, AU LEVANT, AU COUCHANT, AU 
SUD ET AU nord; DES VENTS ; DE LA PUISSANCE EXERCEE PAU 
LES ASTRES, ET AUTRES DETAILS QUI SE RATTACHENT À CE CHA- 
PITIU; ET SE RAPPORTENT AI! MEME SUJET. 

Jl \ a fjiKitrc cléincnls, a savoir : le IVmi cjui est chaïul cl. 
sec, c'est le prciiiiei elémeiil; le second, 1 caii , clcmeiil 



2 LES PRAIRIES D'OR. 

^jL^f^ yUjîj *i^lj jUJi 1$^ i*X*»aJl ^jU^*Xj l^i^ ^jUils 
<_jj^ X3?;^j.il_5 j.«xJi^ •*'1^4^5 J**-* t^Jsj J^ ^-s ^ J^'^^ 

c^Jai^ *t^^ ^b^J jy^^ ^-^ S:5^■^^^ tr*^ »;J&y!j^4J^Jî 
jjL» U^ ^^_AJî_^ U ^ JJÎT l^À.^ P^wj'^î aJvJft uÀmA»^ »j Jj^-ia 

*t_iî j^_^ «r^-^j ^j^ -5^ ^ t*^ j^*^^ j^5 y^j St?^'-? 

iijiliL^ 5^1*31 i^lcUJl (j^ ^ij j_jjjJî *^j bCÀiuJij /eJiUiîj 



froid et humide ; le troisième , l'air, élément chaud et hu- 
mide; le quatrième, la terre, élément froid et sec. Deux de 
ces éléments, le feu et l'air, tendent à monter; les deux 
autres, la terre et l'eau, tendent à descendre. La terre est 
divisée en quatre parties : le premier quart de la terre est 
l'Orient; tout ce qu'il renferme est chaud et hun)ide comme 
l'air, le sang et le printemps; le vent de sud y domine; 
ses heures sont la première , la seconde et la troisième 
heure; sa force physique pi'épondérante, la faculté diges- 
tive; sa saveur principale le doux; ii est soumis à la lune 
et à Vénus, parmi les planètes; au Bélier, au Taureau et 
aux Gémeaux, parmi les signes du zodiaque. La description 
des quarts de la terre a été donnée dans tous ses détails 
par plusieurs savants; nous avons résumé leurs théories 
dans ce qui précède et clans ce qui va suivre. L'Occident 
forme le second quart de la terre , il est froid et humide 
comme l'eau, la pituite et l'hiver; le vent dominant est le 
vent d'ouest; les heures, la dixième, la onzième et la don- 



CHAPITHE LXIl. 3 

ciJUJI ^yi y6_5 t^-tfyJl^ "-^.j-^j _^»xJl^ tS'M^ Z^J^^ ^^i 

JJu (j^L» i>^L aa* U jhsîT' f?!/^' t^<^^' y^^ (S'^^s ii^AjL«J!^ 

(j.« >i^ aXawUI ytXxIl ^^yà ^j^ ^^ »jtMi[jii\^ iuL«UJi_j iùïjLiJl 



zième; la saveur salée et les autres saveurs analogues y 
dominent; parmi les forces naturelles, la force de sécré- 
tion ; ses planètes sont Jupiter et Mercure; ses signes du zo- 
diaque, le Chevreau et le Verseau. Le troisième quart est 
le Sud; tout ce qu'il renferme est chaud et sec comme la 
bile et l'été; les caractères particuliers du Sud sont : le vent 
d'est, la quatrième, la cinquième et la sixième heure du 
jour; parmi les forces organiques, la force vitale et ani- 
male; parmi les saveurs, l'amer; ses j)lanèles sont Mars et 
le Soleil; ses constellations zodiacales, l'Kcrevisse, le Lion 
et l'Epi. Le Nord est le quatrième quart du monde; dans 
toutes ses parties régnent le froid et le sec comme l'atrabile 
et l'automne; caractères distinclifs ; le venl du Nord, la sep- 
tième, la huitième et la neuvième heure; parmi les forces 
organiques, l'absorption ; parmi les saveurs, l'àcrelé; planète, 
Saturne; signes du zodiatfue, la Balance, le Scorpion et le 
Sagittaire. 



k LES PHAIRÏES D'OR. 

^j*,ib<CiJI r- *iaj U» y^^^il (j..* fcAêljJLI (.K*^-*'^ *ï~?w**-« ^A*^*^-* 

AÀjUaii 5*Xiû *>vÀi. ^^^JCÀJ fJ^5 rfsAsilt Jl^ <îuJl l^U^ *^^ 
(jy_>L^.j»J ^^jr**Jl o».^4X* AÂjlkJi »*Xiû Jsji.£ (j.C*fcj ^ <^JI 

^^ l^U^i^i^ Ïj-aS^ ^jt*,^<iKi\ (^\j.S>^\^ J. JsL.3l L(yj*>_5fc| 
lg_iûLA.^ CiMèL^i^ iLA.^«Mk.Xj5 l^gJCXxs» *Xi 4$VS». ^^jil| ijjs^ 

r<(s_X_3^! 0^ j^,k..«UA.j! •x.x-j ^<^£»^l xV_x-J!^ oumJJI HyiS-j 

Mais, indépendamment de ce que nous venons de dire, 
la terre se présente sous une infinité d'aspects et subit tou- 
tes sortes d'influences déterminées par sa position géogra- 
phique; ainsi une contrée éloignée dei'équateur est soumise 
àuneinfluence opposée à celle des pays voisins de récjiiateur; 
en un mot, de la proximité ou de l'éloignement de ce point 
résultent des eftets totalement contraires. Le pins favorisé 
des pays dans la partie habitable de la terre, au rapport des 
astronomes, est celui où le soleil darde directement ses 
rayons; en d'autres termes, c'est sur le quatrième climat 
ou l'Irak que ses rayons arrivent purs el dégagés de nébu- 
losités, puisqu'ils y tombent également. 

Dans l'opinion des mêmes savants, deux causes rendent 
certaines parties de la terre inhabitables : la première est 
l'excès de chaleur, l'ardeur continuelle des rayons solai- 
res qui tombent sur le sol , le calcinent et en tarissent les 
eaux par une évaporalion énergique; la seconde est l'éloi- 
gnemenl du soleil et sa trop grande élévation par rapport 
à certaines contrées. IÀ\ le froid règne constammeni: tout 



CHAPITRE LXII. 5 

^-^-^ J!^! 4<jc^^ i :>j-si! Wyl i|>» j^^jJiJi I^aX* 

Ulï :>^Uil JJj c:>;Uad -jiJUiû ji>>S:^ -«^Uî i \i^j}\ j^j 

»i_j,_ij AAiaAJ^ ^l_«Ji «^Ùà ^ jjyLj -^X.5 iiÀjlkJt »«X^^ 

/. ^"^^ L-Jii «.Lai yj.jO i ^Ixli Àjlgj ^ij^^JoJî ij 4^iL«m 

^jCJî ii-iUm %.hi J.$OCamI lii^ t^y^lj iUUÎ! iiiUm a^jJLi 

disparaît sous la glace et la gelée, la température de l'air 
s'abaisse à ce point que toute égalité dans les saisons est 
rompue, les bienfaits de la végétation disparaissent, les 
corps perdent leur chaleur, et l'absence de l'élément humide 
arrête le développement de l'animal. On n'y voit que d'im- 
menses steppes privés d'animaux et de végétation. Ainsi, 
tous les pays dans lesquels le froid ou le chaud prédomine , 
présentent les caractères que nous venons de signaler dans 
ces contrées désertes. 

On trouve dans le système que nous exposons ici de 
longs détails sur la manière dont le monde dégénère, périt 
et reprend ensuite une vie nouvelle. Suivant ce système, 
l'astre qui domine actuellement est l'Kpi; son pouvoir dure 
depuis sept mille ans, ce qui représente l'âge de ce monde; 
l'Épi est secondé dans son action par Jupiter. La limite de 
la vie du monde est la limite même de l'espace (pie les 
astres dominateurs parcourent par letu ibrce d'impulsion. 
Quand celle distance (\u<ni a évaluée est entièremenl par- 



6 LES PRAIRIES D'OR. 

«_^-^jt^^îj ^IjiîL jl^S-jJ! ^j^j iljUJt jjù dUlj^ \ji>*ij^i> 

j-«^ yUûXvw yî îy^3 l*k^A« ^l»Jt yl^ (4;-^ -«'i'J^ iJ^Àfi 

iLJk-Mi k_xJI ^^.MÀ£ (^<X&.i j_j,aJI yliaXwfj RÀMà o»Jl j.Àll*fi ^^1 

t,^^-JL*.j| yLkXAuj iiÀ-»M ô-^i ^.JU»* ^j5j-AiI yUoUwj iCJLiw (jii! 
cy^il ^jUaXi«_5 -JiAAw UJÎ ^]*xJl ylkA^wj iij»^ O'i'l ^i^' t5*^>4^ 

courue, l'influence du corps céleste s'évanouit et le monde 
rentre dans le néant. Après que les étoiles ont parcouru le 
cycle de leur course et accompli leur évolution circulaire, 
la première de ces constellations reprend son action ; aus- 
sitôt les formes et les substances reviennent dans le monde 
par l'agrégation des éléments qui le composaient, lorsque 
l'influence de l'étoile qui le dominait agissait directement 
sur lui. Telle est, d'après les mêmes savants, la loi éternelle 
qui régit le monde. Voici la durée qu'ils assignent à l'in- 
fluence de chaque étoile : le Bélier, douze mille ans; le Tau- 
reau, onze mille ans; les Gémeaux, dix mille ans; l'Ecre- 
visse, neuf mille ans; le Lion, huit mille ans; l'Epi, sept 
mille ans; la Balance, six mille ans; le Scorpion, cinq mille 
ans; le Sagittaire, quatre mille ans; le Chevreau, trois 
mille ans; le Verseau, deux mille ans ; les Poissons, mille 
.ins; ce qui forriK' un total de soixante et dix-huit mille an- 



CHAPITRE LXll. 7 

fi^p^ kjTjj Xi^S'ji ss.y=^j^ \x» U (jàiij ^IxJl *UiaAj| ^iû 

jM^j -vj^i t^^jiTi (j^ ^^^ ^ Jydi yl_j Qojiiî i i»i 

Jyr^j ^U^ V^•*4^J ^>^ JUwJl (jj^^ >*)ljtSi i cyJvj^ U^y 

nées. Durant cette période, tout ce qui compose le monde 
doit dégénérer graduellement et périr, puis reprendre sa 
forme primitive. 

Ceux qui soutiennent ces théories disent qu'avant que 
Dieu eût créé Adam et l'eût institué son vicaire ici-bas, la 
terre élait peuplée de Génies soumis à l'action d'une des 
étoiles de feu. Dans l'une et l'autre école, on discute le 
problème de l'apogée du soleil , dans sa marche vers les man- 
sions situées au sud du zodiaque, la révolution qui s'ac- 
complira alors dans le monde, le changement du nord en 
midi, et du midi en nord, des contrées habitables en 
contrées inhabitables et réciproquement; ce sujet a déjà été 
traité dans notre ouvrage intitulé des Degrés. 

D'autres philosophes, parmi les anciens, ont prétendu 
que les cléments primordiaux, principes de toutes les créa- 
tures, et auxquels on a donné le nom de premier, second, 
cl troisième, d'après leur rang, sont : l'àme, la liguro cl la 
substance. Telle est la classification des premiers princi- 
pes, ainsi que nous l'avons déjà établi dans nolic livre des 



8 LES PRAIRIES D'OR. 

-L**>i^ij C:>l_A_À.Jî^ (^-Isl^iî j-A^ ^J\y^.Â^ j^JoUJl yî_j.Aii_J 

i) U sb^S'i U <y.^\^ J^' Juif? U>3 >:5iJ.i£) jM3^ o^j^5^ *Ut^ 
dLXj 3^L« JjÊ^ ii_j*-x.A.AJbJl ^-{^-^^j ^-6-> !>•=?-' iiX.S'j} iiAJ^ii 



Degrés. Puis viennent les corps, que l'on divise en six caté- 
gories : le corps céleste, le corps terrestre, l'horume , la 
brute , les plantes et les corps inertes ou minéraux. Les 
éléments sont au nombre de quatre : le feu, Pair, l'eau et 
la terre. Les philosophes ont discuté les propriétés de cha- 
que classe d'êtres et sont entrés à cet égard dans des déve- 
loppements que nous ne pourrions admettre dans le pré- 
sent ouvrage, sans nous écarter des limites que nous nous 
sommes tracées. Mais nous avons étudié cette question dans 
le livre des Sepl Chapitres, dans la section intitulée : Le 
(jouvernement politique; ses subdivisions; ses causes natu- 
relles. Nous avons recherché dans ce livre si le gouverne- 
ment d'un Etat se rattache aux éléments prin)ordiaux ou 
à des principes d'un autre ordre, et si, comme l'a éta- 
bli Porphyre dans le traité où il expose la controverse entre 
Platon et Arislole sur ce sujet, la forme du gouvernement 
n'est que le résultat de ces principes conslitutils. 

Nous avons expliqué ailleurs pourquoi Tliiver règne dans 



CHAPITRE LXH. 9 

luiJl l» J^£ l^â (j^ ^Jl isiUI} b*XÀ* i.>AAaJI l^j (j_^j ^1 
AA-Vft y^-£^l ^■^J^ ^^^ ^* k)^^ '^■* (^*^^^ uXaa^I (j_^j 

^,_A_ij ^jy»^ JwUàj_j (jàjt-Ji yji ^jiJt tr» ^UaJÎ tja«j ^ 
J^j-j»-i <\j_j4^^ -o~gJ^JUi_5 i<_AJLAAaJl (jîyl ^^À^^ O^*^ C:JJ^ 

0^_^_c ^o-«-tfy^_5 i éj.^^ ^jyS^ J-Ji i ^-^Jj^^-lûJî 



riiule tandis que nous sommes en été, et pourquoi notre 
hiver coïncide avec l'été dans l'Inde; nous avons démontré 
(jue ce phénomène est dû à la distance du soleil, selon 
qu'il est éloigné ou proche. On a vu aussi pourquoi certai- 
nes contrées sont peuplées exclusivement de noirs aux 
cheveux crépus et d'une conformation ditïérente de la no- 
ire, tandis que d'autres sont habitées seulement par des 
hlancs; pourquoi les Slaves ont le teint blanc et les che- 
veux blonds tirant sur le rouge; pourquoi les Turcs ont les 
articulations souples , les jambes arquées et la charpente 
osseuse tellement molle, qu'ils peuvent tirer de l'arc par-des- 
sus leurs épaules, en se tournant.el que, grâce à la souplesse 
des vertèbres dorsales, leur corps semble être entièrement 
rclourué. On a vu enfin conunent, sous l'aclion d'un froid 
rigoureux, la chaleur se porte cl se concentie dans la par 
lie supérieure de Icni coriJS, ce (jui leur doiinc un Iciut 



10 LE8 PRAIRIES D'OR. 

j^*kJ i^j-f-i yùi l^5i ^jsJiJLi ,jUll »*kiû i lÀAAS'y^ 
^j_jjj jj iUUJi jUih.1^ viUiJS ^i^)-«^ ^r'^ij-^ U3li_5 j*>ot)î Lnlolï 

j.aaS Ajtj tXïj t7^;>^ UaC ^J£. J^,UbwI_j y^-^ (»^j'j V^' 

jj*LÀ-t*fcj^ ^j*b ,j*l_À_i>.| icXLJ ^^UJi yîj^^ ^ji (j*UJl (j^ 

fortement coloré. Nous avons, grâce à Dieu , résolu toutes ces 
questions dans nos précédents ouvi-ages, à l'aide d'une série 
d'arguments propres à entraîner la conviction du lecteur. 

Nous avons passé sous silence une classe d'êtres dont l'exis- 
tence en ce monde ne nous est révélée ni par le témoi- 
gnage des sens, ni par des autorités incontestables qui 
écartent le doute et détruisent toute incertitude; nous vou- 
lons parler des contes'débités par le peuple sur les nesnas, 
sur leur figure dont une moitié seule ressemble à la ligure 
humaine, et leurs dents en forme de défenses, avec les- 
quelles ils s'entre-dévorent. Plaçons aussi au nombre des 
labiés VAnka ravisseur. Plnsieui's personnes admettent trois 
classes d'êtres raisonnables : les hommes, les nesnas et les 
nesas; mais, sur une telle question, la discussion est im- 
possible ; car l'expression nesnas ne s'applique qu'aux gens 
du commun. El-Haçan a dit : <• C'en est fait de la' rare hu- 
maine, il ne reste plus que des nesnas. >• Un poète s'est ex- 
primé rians le mémo sens 




CHAPITRE LXII. II 

L'espèce Inimaine est partie, elle a disparu, et nous sommes les reje- 
tons des ignobles nesnas. 

Le poète entend par là que l'homme, en se dégradant, 
n'a laissé après lui que des êtres dépourvus de toute noble 
([ualité. Selon une autre opinion non moins accréditée, il 
y a deux espèces de Génies, les Djinn, d'une nature supé- 
rieure et plus puissante, et les //ma, plus humbles et plus 
faibles. On cite ce vers d'un poëme didactique : 

Les Djinn et les Hinn qui dilTtrcnt par leur forme extérieure. 

Mais cette distinction sur les deux classes de Génies ne 
repose ni sur une tradition authentique, ni sur des preu- 
ves dignes de foi. 11 faul en chercher l'origine dans les 
contes débités par les Arabes, contes dont nous avons parlé 
plus haut (l. III, p. 323). Cependant un grand nombre de 
personnes sont convaincues que l'on a vu des nesnas el (pi'ils 
rxisleni liés coilaincnicnl (juehiiu' pari, en Chine, par 



12 LES PRAIUiES D'OH. 

S'i>ys^^ ijS.j^-g^ ^^^Aàjtx» iU.oUJl jlxa>«ii|j iil>U)\ JJUri (j-* 

exemple, ou dans des régions non moins lointaines, aux ex- 
trémités du monde. Les uns les placent dans les contrées 
deTOrient, les autres dans TOccident, et il est à remarquer 
que ce sont les peuples de l'Orient qui les relèguent en Oc- 
cident, tandis que les habitants de l'Occident leur donnent 
l'Orient pour séjour. En un mot, chaque peuple fait habiter 
aux nesnas les conti^ées les plus éloignées, les régions les 
plus lointaines. D'après une autre tradition, qui est loin de 
présenter un caractère d'uniformité , on les place dans le 
Hadramaut, dans la province de Chihr. Cette tradition a 
pour auleur Abd Allah, fils de Sâïd, fds de Rélir, tils d'O- 
faïr el-Misri, qui la tenait de son père à qui elle avait été 
transmise par Yâkoub, fils d'el-Harit, fils de Nodjaïm, d'a- 
près le récit suivant fait par Cheïb, fils de Cheïbah, fils 
d'el-Harit le Témimite. Voici ce que raconlail celui-ci : 
« Quand j'arrivai à Chihr, je descendis chez le gouverneur 
de cette ville. Nous parlâmes des nesnas, et il me pria d'al- 
ler à la chasse de ces animaux et de lui en rapporter, 
.le partis avec (juelcjues- uns de ses soldais, originaires du 



CHAPITRE LXII 13 

»^X^ï>-j (jL*<*.ji)I l}-=rj J^-«3 »j<>-»© i (^*>^Jî J.iUj AÂii 



Mahrah, et je rencontrai bientôt un nesnas, qui me dit : « Je 
place ma confiance en Dieu et en toi. » J'ordonnai à mes 
compagnons de le laisser aller, et ils lui rendirent la liberté. 
[.0 lendemain, le gouverneur leur demanda s'ils lui rap- 
portaient un nesnas. « Nous en avions pris un , répondirent- 
ils, mais votre hôte lui a rendu la liberté. » — « Faites vos 
préparatifs, reprit leur chef, je veux prendre part à cette 
chasse. « Nous partîmes le jour suivant, dès l'aube, et nous 
vîmes un nesnas marcher à notre rencontre : il avait la 
l'ace d'un homme, de la ])arl)e au menton, quelque chose 
connue des mamelles à la poitrine, et deux jambes sembla- 
J)les à celles de l'homme. Aussitôt deux chiens s'étant jetés 
sur lui, il prononça ces vers : 

Malheur à moi! Que de maux, (juc de clia<,Miiis minilige la lorluuel 
Arrêtez un instant, vous les deux cliicus, écoulez mes paroles et 

tioyez-moi : 

Rii vous ôlaiiranl sur moi, vous vous alla(|MC7. à uu cnucuii ^\\\v le 

'lan<^er n'épouvante point. 



14 LES PIUIP.1ES D'OR. 

Uiijl s^-^tXi ,\>oi *^^ «x.<it u <Oiî ^l^s^ ^■*-* J^l* J^ 

l^lï viLAwl; Là_À-*.î ^^-**^ b t5^5 «)^ (j-^J-^î JUi Jb 
»^,-^' tK-^5 U^J— ^^ ''^■'^ '^ '>*> *X=^b »3.Xi^ ^U-»MJ 



Ah! si j'étais jeune, vous seriez morts ou dispersés avant de me saisir. 

Je ne suis ni méprisable ni lâche, et jamais la crainte n'a fait battre 
mon cœur ; 

Mais j'obéis à la volonté du roi clément qui renverse l'homme fort et 
puissant. 

« Les deux chiens (dit le narrateur) s'acharnèrent sur lui et 
le saisirent. » D'autres racontent que les chasseurs ayant 
égorgé un nesnas, un autre de ces monstres dit : «c Dieu 
soit béni! comme son-sang est rouge! » 11 fut égorgé à son 
tour. Un troisième, caché dans le feuillage d'un arbre, s'é- 
cria : « Il mangeait une baie de sumac. » — « Un nesnas ! criè- 
rent les chasseurs, prenons-le! » Et ils s'en emparèrent en 
disant : « S'il avait gardé le silence, on n'aurait pas su le dé- 
nicher. » — « Moi je ne parlerai pas , » dit un autre nesnas du 
haut de son arbre. — "Encore un, dirent les chasseurs, 
prenons-le ! » et il fut pris. Un cinquième nesnas (ajoute le 
narrateur) dit du milieu de l'arbre oii il était perché : « Eh ! 
ma langue, prends garde à toi! » il fut découvert et pris 
comme ses compagnons. Ceux qui font ce récit prétendent 



CHAPITRE LXII. 15 

(jb^lj ^jLj (j^ Lfi^^-A-t^ (;J^5 O^' (iJ-* jl!*^j' **>^-4-^ Jw«âjî 

/9-â-»-t j^b *Xi Ltf ^jbj^î ^Uj (jax*j ^oî ^j^j^yL)^ W»^j (j-« 
Jjw> ivXJÛj -.^jLc JJtXj :i%jà\ Jjûî ^j^ J^^ ^Uu».5'*Xjïjj 

(^J^ (j^^Uî ^ jiUi wo^i (jî^^ (if^^^î tiX^j J.*ajl 

que les habitants du Mahrah donnent la chasse à ces ani- 
maux dans leur pays et en mangent la chair. 

J'ai remarqué que les gens originaires de Chihr dans le 
Hadramaut, de Lahsa, ville située sur le bord de la mer, dans 
le pays des Ahkaf, c'est-à-dire des monticules de sable, dans 
la partie du Yémen qui confine à cette contrée, enfin ceux 
de rOmànet du Mahrah écoutent avec surprise les questions 
qu'on leur adresse sur les nesnas, et paraissent étonnés de 
la peinture qu'on leur en fait. Ils supposent que ces êtres 
exti'aordinaires vivent dans des régions lointaines et per- 
dues, opinion qui est d'ailleurs partagée par tous les autres 
peuples. Ceci- démontre que les nesnas n'existent pas en ce 
monde, et qu'ils ont été enfantés par l'imagination ignorante 
du peuple. On peut en dire autant de \ Anka ravisseur, mal- 
gré le témoignage que la tradition attribue à Ibn Abbas. 

Ce n'est pas que notre raison rejette d'une manière ab- 
solue l'existence du nesnas, de l'anka et de toute cette 
classe d'êtres merveilleux et rares, r:n- ils ne sont pas in- 



10 LES PUAiniES D'or.. 

^J^ l_*l_5-il u^^^ y< (.^i i'^*' J->û^' ^^ *Xji^i^ UUxJij 
4^^Sfc (^ *^l_^jU ;jl_j-^^ LT^^?-' CJ-* ^J^ '<y>^i *^^ 4^' 



compatibles avec la puissance divine; mais nous refusons 
d'y croire, parce que leur existence ne nous est révélée 
par aucune autorité irréfragable. Ceci rentre dans l'ordre 
des choses qui sont possibles et licites en elles-mêmes, 
sans être ni interdites ni nécessaires. Peut-être aussi, les 
nesnas, l'anka, les irbid et tous les monstres de ce genre, 
qui ont donné lieu à 'de si étranges récits, appartiennent-ils 
à une espèce particulière d'animaux que la nature a créés 
sans achever son œuvre, et sans les doter des facultés qu'elle 
a accordées aux autres créatures. Leur isolement, leur ca- 
ractère sauvage, leur petit nombre, le soin qu'ils mettent 
à rechercher les contrées les plus éloignées du globe, et à 
éviter l'approche de l'homme el des animaux, s'explique- 
raient, dans ce cas, par l'infériorité à laquelle la nature les 
a condamnés, et par les dilîérences si profondes qu'elle a 
mises entre eux et le reste des êtres vivants. C'est une re- 
marque que nous avons df'jà faite dans un des cha|)ilres 



CHAPITRE LXII 17 

iL«L^i J! Js^jî y«^ jjiii. liXift r^)-*^ (^ ^-iSJ'^ *^^3 ^-^ (j-« 
L^ J^-ii iwjtj «xJuLil _^iii_j -^-jjî^; (ji Hjjjù fj\j JoiàJI i)î 



précédents en pariant des goules (ogres). Mais nous ne poui- 
rions insisler plus longtemps là-dessus sans nous écarter 
du sujet principal de ce livre. (Voyez t. III, p. 3i/|.) 

Nous avons rapporté dans nos autres ouvrages une tra- 
dition d'après laquelle le khalife Motewekkel aurait chargé 
Honaïn, lilsd'Ishak, ou bien un autre savant de son temps 
qui s'occupait de recherches de ce genre, de faire en 
sorte de se procurer des nesnas et des irbid dans le Yéma- 
mah; on ajoute que Honaïn en apporta quelques-uns au 
khalife. On trouvera dans nos Annales historiques des détails 
circonstanciés sur l'expédition qui fut envoyée dans le Yé- 
maniah, à la recherche des irbid, et celle qui explora le pays 
de Chihr, à la recherche des nesnas. Dieu seul sait ce qu'il 
y a de vrai dans cette relation. Pour nous, nous avons dû 
nous borner à la recueillir d'après le témoignage de celui (pii 
la raconte, et nous lui laissons la responsabilité entière de 
son récit, nous bornant à lui donner place dans le chapitre 



18 LES PRAIRIES D'OU. 

J.AJU (^1 ^^ IgJé'jlAiwilt SiXifc ^^^^ (jj^*^ J^-'^jÎ^ UàxJI 

le plus approprié à ce genre de renseignements. La protec- 
tion vient de Dieu ! 

La tradition qui a pour auteur Ibn Abbas se rattache à 
l'histoire de Khaled , fils de Sinân el-Absi, histoire qu'on 
peut lire dans un des chapitres qui précèdent (t. I, p. i3i). 
Ce Khaled vécut, dit-on, dans l'ère d'intervalle, entre l'é- 
poque de Jésus et celle de Mahomet. Nous avons raconté 
comment il se précipita au milieu des flammes et les étei- 
gnit. Occupons-nous maintenant de l'anka, d'après la des- 
cription qu'on en fait, et ici encore il nous faut revenir à 
Khaled, à cause de la connexion qui existe entre ces deux 
traditions et de la source identique d'oii elles émanent, 
c'est-à-dire le témoignage d'Ibn Ofaïr. 

Le récit qui va suivre a été transmis à ol-Haran, (ils 
d'Ibrahim, par Mohammed, fils d'Abd Allah elMerwazi; à 
celui-ci par Aced, fils de Sâïd, fils de Rétir, fils d'Ofaïr; à 
Ofaïr par son père et son grand-père Kétir; à ce dernier par 
son père Ofaïi, sur l'autorité (i'Akramah, qui le tenait d'Ibn 



CHAPITRE LXFI. 19 

(JjAsfcj UâHMitJ» (jjM.;>' jo ^j^ Aa3 ^}^s>-^ ^^i^' (j-^fc'S^Î CJ-* J^^' 

Iûa)** cjlJuJî jUà-« RÀjto ^^ j\am >ij t^^U^ Wv-^* M^"^:? ^ 
\jS uji.AJ v<yj liXx-tAfcjlj jj*<JsJiil c>^j (jii^jfc.3 jj Aiyj oAx>3 

Vbbas en personne. "Le Prophète (racontait Ibn Abbas) 
nous dit un jour : Dans les premiers âges du monde, Dieu 
( réa un oiseau d'une beauté merveilleuse et lui donna tou- 
tes les perfections en partage; un visage semblable à celui 
(lerhomme, un plumage resplendissant des plus riches 
couleurs; chacun de ses quatre membres était pourvu d'ai- 
les, ses deux mains étaient armées de serres, et l'extrémité 
(le son bec était solide comme celui de l'aigle. Dieu créa 
une femelle à l'image du mâle et donna à ce couple le nom 
(VAnka. Puis il révéla ces paroles à Moïse, fds d'Amràn : 
•■ J'ai donné la vie à un oiseau d'une forme admirable , j'ai 
créé le mâle et la femelle; je leur ai livré pour se nourrir les 
animaux sauvages de Jérusalem et je veux établir des rap- 
ports do familiarité entre toi et ces deux oiseaux, comme 
prouve tlo la suprénjatio f[ue je t'ai accordée parmi les en- 
fants d'Israol. » De ces deux oiseaux sortit une lignée nom- 
l)roust;. Ensuite Moïse et les Israélites furent conduits par 
l)i«'u dans lo désert de ri'^garonicnl ( /VA) et y donionrèrent 



20 LES PRAIRIES D'OR. 

(jb (j-« jt^i?r^ <x-*-j>Ji i Mî^^ '3"^ «^jU» (^s*- ii*.^ ^^*jjl 

l-j^Xfi aMÎ lft»Xi ^La-«ua^I> J^juLj Ixwtit c-*.jl^ U (j^ljJi AaJI 
jj ^^^ V^jy.Ao o»-AJi_*j L4.X_«»fc.j <)iMi jiaxs lgÀ**j f^-*?? u' 

quarante ans. Après la mort de Moïse, d'Aaron et de tous 
les Israélites qui avaient accompagné Moïse, au nombre de 
six cent mille, leur postérité resta dans le désert, jusqu'à ce 
que Dieu leur permît d'en sortir sous la conduite de Josué, 
fils de Noun , le disciple de Moïse et l'héritier de sa mission. 
Ce fut alors que la race des Anka abandonna ce pays pour 
leNedjd, le Hédjaz et le pays de Kaïs-Aïlân, où ils dévo- 
raient les enfants, les bêtes sauvages et les bestiaux. Enfin 
dans la période de temps qui sépare Jésus de Mahomet, 
un prophète nommé Rhaled, fils de Sinân, parut parmi la 
tribu des Abs, et, touché de la douleur des habitants, dont 
les enfants étaient décimés par les Anka , il supplia Dieu 
d'anéantir cette race d'oiseaux. Alors Dieu les fit périr, et 
c'est depuis cette époque qu'on retrace leur image sur les 
tapis et d'autres objets. Au rapport de plusieurs personnes 
instruites , l'expression proverbiale VAnka rav/sseur s'applique 
à une chose étonnante, à un événement extraordinaire. 
Quand on dit, par exemple, un tel a apporté VAnka ravis- 



CHAPITRE LXII. 21 

w^L <»L> Kj\ (JJ*X>^^ S^*-* ^■'V (J-^'9 *^=r" fi-^^^^ ^'^3^^ 

X^^JLI Jlf sU^jI i^y>ils>' l^ ^aLo ^t J^'M^ |w^Cwwiu« (jMkAf 
^^-XifcAJi Aj i_j-x^>lî <J^vi ^^^* t5*^-'î v^ÀsL J_^;»- j^«Xj jjoi 

seur, c'est comuic si Ton disait : il a apporté une chose 
extraordinaire. Tel est le sens de ce vers : 

L'Anka ravisseur leur amena le matin une nomlireuse armée. 

Le mot anak a aussi le sens de « se hâter. » Reprenons le 
récit d'Ibn Abbas. Le prophète des Béni-Abs, Khaled , fils 
de Sinân, avait annoncé la venue de l'apôtre de Dieu. A 
son heure dernière, il dit i\ son peuple : «Lorscjue je serai 
mort, enterrez-moi dans un de ces i4/t/£^</'( c'est-à-dire un de 
ces nionticules de sable) et veillez, pendant quelques jours, 
auprès de mon tombeau. Dès que vous verrez un àne au 
poil gris et sans queue tourner autour de la colline de sable 
où je reposerai, réunissez-vous, déterrez mon corps et dé- 
posez-le sur le bord de la tombe. Puis vous irez chercher 
un scribe pourvu de ce qu'il laut pour écrire , et je dicterai 
tout ce qui doit arriver et s'accomplir jusqu'au jour de la 
résurrection. '■ 

D'après ses ordies, ses compagnons veillèrent auprès de 



22 - LES PRAIRIES D'OR. 

Jk-sfc. ^v-J jl^sl iiij ULLj a3 LaAo aj! U)o AjIs^ *Xxj »j-{i 

>i iLÀ_ji i^:>jj^ (j^W^ (j-:»' <-5*^ *J>-%K? '*'"*^ l_^^*ajlj ji^AÀii 

son tombeau pendant trois périodes de trois jours. Ils virent 
enfin un âne qui liroutait aux alentours de la colline de 
sable, non loin du tombeau , et ils se rassemblaient déjà pour 
déterrer le corps de leur maître, ainsi qu'il le leur avait 
ordonné, lorsque les enfants de Khalecl accoururent le 
sabre à la main, et leur dirent : " Dieu nous est témoin que 
nous ne vous laisserons pas ouvrir cette tombe. Voulez-vous 
donc que nous soyons déshonorés demain, et que les Ara- 
bes disent en nous montrant : Voilà les fds du déterré?» 
Ils furent obligés de s.'éloigner sans toucher à sa sépulture. 
Ibn Abbas ajoute que la fille de Khaled parvint à un âge 
avancé , et qu'elle vivait encore loi's de la prédication du 
Prophète. Mahomet l'accueillit avec bonté et considération, 
il la convertit à l'islam et lui adressa ces paroles : « Soyez la 
, bienvenue, ô fille d'un prophète (jue son peuple a perdu. » 
((jomparez ce passage avec le récit du tome I, p. i32.) Un 
poète des Béni-Abs a dit : 

Fils de Kbaled, si, pendant voire réunion, vous avez exliumc le 
mort caché au fond du tombeau , 

Il vous aurait laissé, parmi la race des Abs , un nionumcut do science 
<|ue les siècles ne pourraient détruire. 



CHAPITRE LXII. 23 

AiûL«Mil^ <^<J»i5 îsXtf» jj SyAjlS j\as^\ j^Sa (^I ^^ "-^JJJ '■^^ 

^.*.*i*Jt (trs_iûj_jl ^jj ^^*N«JI A-) liyvXs- U ^^ J*^^ tjj-^ 

Aj iL»À*-i L^j»-« *Xi^l3 A^ Ju5_j.A.r=- ^ii c-*j».«vs-lî ^§->«\r>-U 
Jii j6o UaJ^ l..w^ l^jL« aMI (3-U^ /0.J Jlï iiy^Xf^ ^'^^^ *vX5i Jlï 

On rappoilo encore, d'après Ibn Olaïr, une foule d'a- 
necdoles sur ce sujet et des récits du même genre qui ont 
trait aux Israélites. Telle est, par exemple, la tradition sur 
la création du cheval. Elle a été transmise à el-Haçan, fils 
d'Ibrahim ech-Chàbi le juge, par Abou Abd Allah Moham- 
med, fils d'Abd AUah el - Merwazi , à celui-ci par Abou'l- 
llarit Açed, fds de Said, fils de Kétir, fils d'Ofaïr; celui-ci 
la tenait de son père el de son aïeul Rétir ; ce dernier d'Olaïr 
son père , d'après le témoignage d'Akramah , à qui son maître 
Ibn Abbas l'avait transmise de la manière suivante. • Voici 
<e (jue nous racontait le Prophète. Lorsque Dieu voulut 
( réer le cheval , il dit aux vents du sud : « Rassemblez-vous 
afin que je tire de vous une créature vivante. » Les vents 
obéirent et Gabriel, sur l'ordre de Dieu, prit une poignée 
do vent. Dieu dit, «Ceci est ma poignée, » (îl il créa un 
cheval alezan. Puis il lui dit : «Je fais de toi un cheval et 
je le donne les Arabes pour famille; je veux que tu rem- 
portes sur les autres animaux (pie j'ai créés, en coiitribiianl 



24 LES PRAIRIES D'OR. 

* 

l^-M-.Js-i Ci^yAÀ-l t_>; l, *i\ JUd <^ji ii^jS'i i) J*f)l Sjy^S 

^^ <x_A_i j^vufcJi kiJJ*X* y*.l_A.* 0.JÎ Jli îj«xX£»._5 iyij U Uib 

plus qu'eux à l'aisance de la vie et au succès des expédi- 
tions. Un cavalier monté sur ton dos te dirigera, et le bon- 
heur sera attaché à ton front, » Dès que le cheval fut en 
liberté, il hennit. Dieu ajouta : « Sois béni pour ton hennis- 
sement; effraye les impies, remplis leurs oreilles de terreur 
et rends leurs pieds chancelants. » Alors il lui imprima une 
marque blanche sur le front et les jambes. Quand le premier 
homme fut créé, Dieu lui demanda ce qu'il préférait du 
cheval ou de Borak. (Borak, disait le narrateur, avait la forme 
du mulet, et il était privé de sexe.) Adam répondit, « Sei- 
gneur, je choisis le plus beau des deux, » et il donna la pré- 
férence au cheval. Dieu reprit : « () Adam, tu as choisi ce 
([ui sera une gloire durable pour toi et pour tes enfants , 
tant (ju'ils vivront et se perpétueront. » Voilà pourquoi , 
ajoutait Ibn Abbas, la race du cheval est marquée d'un 
signe qu'elle conservera jusqu'à la fin du monde. Il enten- 
dait par là les poils blancs que les chevaux ont au front et 
aux jambes. 

Y(-a , (ils (ic Loluiyàli cl-Misri, rbnis son li\i<' inlilnic 



CHAPITRE LXII. 25 

i JOV-i^ L^-AJ C^V^-^i iLiJ-ri* J^ «jSlj c-^^UI^ V^^UI 

De* étalons et des hippodromes , livre où il décrit tous les 
champs de course célèbres, avant et depuis l'islam, raconte 
que Saloiuon, fils de David, fournit à des Arabes d'Azd un 
cheval dressé pour la chasse, auquel on donna le surnom 
de provision du cavalier. On trouve le même renseignement 
dans le traité d'Ibn Doreid sur le cheval , etc. Pour les 
nombreuses légendes qui se rapportent au cheval, nous ren- 
voyons le lecteur à nos autres ouvrages. 

Sans la tendance qui porte un auteur à parler de tout, 
comme le bûcheron nocturne (qui fait ses fagots à l'aventure. 
Cf. la préface arabe de Hariri), nous aurions certainement 
passé sous silence de semblables anecdotes. Il y a parmi les 
honmjcs instruits et éclairés plusieurs manières de voir sur 
le degré de confiance qu'on doit accorder aux relations. 
Pour les uns, une seule classe de relations ne laisse au- 
cune prise au doute et a force de loi en théorie comme 
en pratique; ce sont celles qui ont un caractère d'universa- 
lité, qui ont été transmises et reçues par tous. Celles, au 
contraire, (pii ne réniiisscnl pas ces conditions, peuvent 



26 LES PRAIRIES D'OR. 

^Ui».i jj Jsi»-i:>^^uA*9 J«*^' t^"^^ Uà*Î!j (j*»lA,*«~iJi «iAJ*Xia- 

^»-xît ^j^:) J.^xJl w^>-jî U iCÀ»-!^l^ Jw.«^ iiAi«-^ii ^j|_5.xJi 

être rejetées. Les jurisconsultes des grandes écoles , tout en 
admettant qu'une relation qui a ce caractère d'universalité, 
c'est-à-dire de transmission constante, esl obligatoire en théo- 
rie et en pratique, ajoutent et démonirent, par des argu- 
ments spéciaux , qu'une tiadition émanant d'une autorité 
unique doit être admise dans la pratique, quand bien même 
la science ne pourrait la démontrer. D'autres enfin sont 
d'un avis difFérent et divisent les relations en plusieurs 
classes, celles qui sont nécessaires, etc. Bien certainement 
les récits relatifs aux nesnas, à l'anka, à la création du 
cheval, ne peuvent être rangés parmi les traditions trans- 
mises sans interruption , et obligatoires dans la pratique, lors 
même qu'elles échappent à une démonstration scientifique. 
Ce n'est pas non plus une de celles qu'il faut acbuettre ab- 
solument et considérer comme authentiques, à cause de la 
source dont elles émanent. Ainsi que nous le disions plus 
haut, les faits de cette nature rentrent dans un ordre d<' 
choses licites et possibles, qui ne sont ni défendues ni né- 
cessaires; ils se laKachent potn- la plupart aux légendes 



CHAPITRE LXII. 27 

Lw^j cx_j\^ t5«>»-îl j**.^' (^ U*^-»-* i^A-Ii ^i^ ^yf^ (•'■^b^ 

Jj» jJI ^ijjJL jovj ^j^ t^j^^ yû^ Jo j^Jî :iV*3 ^\^à^\ 

iJ*X^ iJ>t.J<à t-JWkJ iC,«Jol* vA* oi^^ <XÏ »iU«X5_j <0JtA,C> ^ÀJI /yi^ 

Israélites ( rabbiniques ) et à la description des merveilles 
de la nier. 

Si nous n'avions pas pris l'engagement d'être bref et con- 
cis, nous pourrions, sans nous écarter de notre sujet, citer 
plusieurs relations émanées du Prophète et adoptées una- 
nimement et avec une entière adhésion par les tradition- 
nistes qui nous ont transnn's le dépôt des Iraditions écrites 
et orales. A cette classe appartient la tradition concernant 
le singe qui, du temps des Israélites, se trouvait sur un 
vaisseau avec un homme c|ui vendait du vin à l'équipage. 
Cet homme coupait son vin avec de l'eau et réalisait , par ce 
moyen, de beaux bénéfices. Un jour, le singe, s'emparant de 
la bourse où le marchand avait mis son argenl , grimpa au 
sommet du grand màt que l(!s matelots de l'Irak nomment 
AaUal , dénoua la bourse et s(î mil à jeter une pièce dans la 
mer, une autre sur le j)ont, et ainsi de suite, jus(ju'à ce 
(|n'il eût partagé la somme en deux moitiés. Telle es! en- 
«orc la tradition tiiinsmisc \\ Cliàbi p.ir Kalimah, lille de 



28 LES PRAIRIES D'OR 

If^S: j,Xs^\ /0»*X*P 4^àJ( yl (_^jl«Xji çÇsJi jj^ yi>^ iol.:2^i (j^ 
t^Ui U&^xaw c:^^3 «XJ» (3^=1 <\.<rvl⣠AjI:> <Jt ta^JoÂi ^y^V^ 

(«x_A^£ oJljj Lg-jl^ i*Xi^ J..AJ. U^iXj l^JL* »ji^ (jU^I ).i».i 

I<XjÛ ^j._5i> \ji vilJi j._*^j /o^AS» c^Àit AÀ->«X^ J.^i.4X-) ii 

Kaïs, qui la tenait du Prophète. Indépendamment de la 
fille de Kaïs, plusieurs Compagnons de Mahomet l'ont re- 
cueillie. Le Prophète la racontait en ces termes, comme la 
tenant de Témim ed-Dari lui-même : Témim s'était em- 
barqué sur un bâtiment avec plusieurs de ses cousins; ils 
furent assaillis parla tempête et jetés sur une île où ils dé- 
barquèrent. Là, ils rencontrèrent un monstre d'une taille 
gigantesque et couverf de longs poils. Ils lui demandèrent 
son nom. "Je suis, répondit le monstre, la Djessasah (l'es- 
pionne) et je paraîtrai à la fin des temps. » Elle leur adressa 
encore d'autres paroles et ajouta : « Faites attention au 
maître du château. » Alors s'offrit à leurs regards un homme 
chargé de chaînes de fer et attaché à une colonne égale- 
ment en fer. Le narrateur décrit sa figure, et raconte que 
cet homme leur parla, les questionna et leur apprit qu'il 
était le Daddjal (Antéchrist). Il leur révéla plusieurs pré- 
dictions et assura qu'il n'entrerait pas à Médine. La tradi- 
tion que nous riions et d'autres relations sur la même 



CHAPirnE Lxn. 29 

JsJ>^ (^i! \ù^ J<*aj\ U_5 j^UkJij^UIÎ ^Lji^i (j^ Uiî 

-«si^ *>oj A 1j^ ^ .y» j çjUJI l«Xi£> xJai <_^ Aaàj U Uû^^j 

' f- 

-0-J J>.-**Jr! *îl.« JJLo S^juAiLs Ajji tXiwUi -Ixkii /0-kiig.J 
U^ jc^^tj UJ> /o^l /6.-^«-î^ tii Sj.^*^^ iiJUi *X^ 

aventure ajoutent ici de plus grands détails. On fait à ce 
sujet de longs récits qui exigeraient d'amples commentaires. 

Revenons à la question qui nous occupait plus haut, les 
quarts du n)onde, les éléments et tout ce qui s y rattache. 
Nous avons donné d'ailleurs, dans un des chapitres qui pré- 
cèdent, un résumé des théories relatives aux éléments, etc. 
suffisant pour appeler l'attention sur ce sujet aussi impor- 
tant que vaste. (T. I, rhap. viii et suiv.) 

Plusieurs médecins et auteurs de traités physiologiques, 
parmi les anciens et les modernes, signalent trois organes 
dans l'appareil digestif. En premier lieu, l'estomac, qui ah- 
sorbe les aliments, en tire le suc alin)entaire et le réduit en 
une matière semblable à la bouillie d'orge (le chyle). En- 
suite, cette matière est poussée dans le foie, du foie dans 
les vaisseaux et se distribue dans tout le corps, comme l'eau 
d'une rivière qui se répand dans les canaux et les rigoles. 
Les organes voisins l'absorbent à leur tour et, par un tra- 
vail d'assin)ilation , ce suc se convertit en chair et en graisse. 
Les veines, les nerfs et d'autres organes analogues ron- 



30 LES PRAIRIES D'OR. 

^_j,_JiJl cj^^Awi iil^ kilJi AA^i U_5 wvwa*Jj_j ijjM-»Jî kili«x5^ 

(^_j-ji_j -^-A*^ UxaJi *l.M*il Axj^î yl,>i*oii| j^ fS^**-J'j>^. ^ j»«xJl 
ïjX] iSy^^ ^^i J^■^^•''^ *^î>*'^i ''^ajiaaI3_5 ^^XrsLj j»*Xji t^^iij 

(0«*^^5 (S^- ^^i ^^^j^^i ^^iy^^ ^AXA^io^ tjjjJij ^t^^AM^Jt 



courent à cette fonction , et s'ils l'accomplissent dans la 
plénitude de leurs forces, le corps, par la volonté de Dieu , 
conserve son équilibre et sa santé. (Il faut aussi tenir compte 
de l'influence des quatre saisons) l'été, l'automne, l'hiver 
et le printemps. L'été augmente la force et le mouvemeni 
de la bile jaune; l'automne agit de la même manière sur 
l'atrabile; l'hiver sur l'a pituite, et le printemps sur le sang. 
La vie de l'homme se divise en quatre âges. Dans l'enfance, 
c'est le sang qui domine; dans la jeunesse, la bile jaune; 
dans l'âge viril, l'atrabile, et la pituite dans la vieillesse. 

La terre, comme la vie de l'homme, se divise en quatre 
parties. Dans l'est, oii dominent la chaleur et l'humidité, le 
sang prend une force plus grande; dans le nord, où régnent 
le froid et le sec, l'atrabile se développe; dans l'ouest, où 
dominent le froid et l'humidité, la pituite; et dans le sud, 
où régnent la chaleur et la sécheresse, la bile jaune. L'édi- 
fice du corps humain repose sur les humeurs cardinales; 



CHAPITRE LXII. 31 

^^.j^i/j AJ<XJot« i^^yÀM*^ i«:a.jI^ ^Oi Jy>o^\ (j-« *X**fcsl '^■*JV 

^jl 43»A-À-> lol^^l Jls ^liû iii kAil dUtXJ L>yi^ u^^" <^**" 

JjLis Lgjjî \K>fJ>M yLwJii! (jLLwIj iÙW-U» jeL>^l_J ikKKJM ^i\s^\ ^ 

^S' iuLiw ^^AAj^ u^^ o' *^yv^' c^•^*:?^ ^r*^*s -li U» t-»^^»; /^j 

^.jji *l_j-^î c:^i)lafc *jVXj jI isi^Jbî /<NXiI Jiï «Xjjji dLJi> y_y^J 

tantôt elles sont égales et en équilibre, tantôt Tune d'elles 
prenant le dessus, elle manifeste sa puissance par des phé- 
nomènes partiruliors et puise de nouvelles forces dans son 
ai;itation. 

Voici ce que dit Hippocrate : Toute chose en ce monde 
est fatalement basée sur le nombre sept. H y a sept pla- 
nètes, sept climats, sept jours dans la semaine. La vie de 
l'homme se divise en sept périodes : l'allaitement; l'en- 
fance, qui dure jusqu'à quatorze ans; l'adolescence , jusqu'à 
vingt et un ans; la jeunesse, oii le corps ne cesse de se for- 
tifier, jusqu'à trente-cinq ans; l'âge viril, jusqu'à quarante- 
neufans; puis la vieillesse el la décrépitude, jusqu'au terme 
de la vie. Toutes les modifications qui se remarquent dans 
l'homme et les animaux dépendent du climat. Ce sont les va- 
riations climatériques, dit l<* même savant, qui déterminent 
chez l'homme des dispositions dillércntcs, et le font passer 
de la colère au calme, de la tristesse à l;i joie, etc. Aussi, 



32 LES PRAIRIES D'OR. 

iLjt-^lï (j^iJ-Jî (^yj yi Jlij^ A-gJ^ji-lj (j*.UJi c;>i)ls». cj>_j.A^i 
lil *î»-gJî cj>j,*Ajù »Jtj[i fj\<y.jiù\ cyU»-^^^ yiiXjill c:jU>.!jj.i 

ji^«-to viUikSjjuiJUi lijL yj~*^ b^*^ *j^j ^^*^ *^^ ^^^ 

i^*XX_jt* s^;j-î5 ^J"-^ -^|>^' J^XJC^i^ (Sy^^^ '•^'^ (»4^^^|>*.^ 

U.3 ji^j-^ o^^jl-i^ (^*V-^ cjyCAwl U^Aû^ J^î ^ Js5^ 

jj ^Imov-JU î_j,^A*io^ jo-gji*>ol Ocjii^ «o^^j-^ c:>^i5 -ù^l»Xji 

tant que l'air reste en repos, l'humeur et le moral de 
l'homme conservent leur stabilité. Hippocrate fait observer 
que les facultés de l'âme dépendent de la santé du corps, 
comme la santé dépend des variations atmosphériques. 
Selon que la température est froide ou chaude, la semence 
sort plus ou moins mûre, plus ou moins abondante, tantôt 
chaude, tantôt froide, et c'est là ce c(ui modifie les formes 
et le tempérament du corps. Si, au contraire, le climat 
est doux et égal , la semence et, par conséquent, le corps et 
le tempérament sont en parfait équilibre. 

Le caractère d'uniformité qu'on remarque dans la race 
lurque s'explique par la régularité d'un climat constam- 
ment froid; de là le type invariable de cette race. La même 
uniformité existe chez les Egyptiens, et tient à une cause 
analogue. Sous l'empire de ce climat glacial , où l'humidité 
du corps ne peut s'évaporer, faute de chaleur, les Turcs 
deviennent gras et mous ; leur caractère offre beaucoup d'a- 
nalogie avec celui des femmes. Grâce à leur tempérament 



CHAPITRE LXII. 33 

o»._A.-cv- U (^'L-^-i JJ*>v5^ Jvsii v^'Ç iiy^ \*^\ iiy^lS 

^U=iJi CJÎ^Î ijî vilJ.i jU^^ «)-«.^ tii^xU? »ij5jjJî AaX^ 

^ :>^5\_j ilX^I kiLb jjii A_AAacw ^^ iJ^yLa^ l^jlji^ X)<y>,s^ 

froid cl aux principes liumides qui y domiuenl, ils montrent 
))eu d'aptitude pour le coït et n'ont par conséquent ([u'uu 
petit nombre d'enfants. L'exercice continuel du cheval aflai- 
blit encore chez eux les désirs amoureux. Chez les femmes, 
rembonpoint et l'huujidité entravent l'absorption de la se- 
mence par les organes de la génération. C'est le froid qui 
donne à celte race un teint roufjfoàlrc, comme nous l'avons 
dit déjà; car l'etTel d'un froid persistant est de colorer en 
rouge ce qui est blanc; il sulïit, pour s'en convaincre, de 
voir comment un froid rigouniiix rougit le bout des doigts, 
les lèvres et le nez. 

Hippocrale parle d'un pays situé dans la région méri- 
dionale de la terre, oii les |)luies sont fré(|uenles;.la végé- 
tation et les prairies ) abondent; les arbres y prennent un 
grand développement; l'eau y est très-douce, et les quadru- 
pèdes (ju'il produii ont une tailh.' élevée. Ce pays n'est si 
lertile que parce cpi'il n'est exposé ni aux. rayons ardents du 
soleil, ni à l'action desséchante de la |^clée. Ses habitants 
IV. 3 



;14 LES PRAIRIES D'OR. 

l»-4-^5 j~A* J*t^^' u^; JI*Xa*U ^i^j^aAj a^jUÎo J'*Xa«I^ 

^/»«XJLj (jjÀ *(^ Jo »;-AXJCj jJS*-' ^^j^^î ^*-> ^•^5j ^-êJ'^^J-^ 

sont grands, bien faits, et doués de qualités généreuses. 
Leur aspect, leur taille et leur constitution présentent la 
même régularité que la température du printemps; mais 
ils sont enclins à la mollesse, et ne savent endurer ni le 
danger, ni la fatigue. Hippocrale a porté aussi son attention 
sur le sujet qui nous occupe dans ce chapitre, les vents et 
leur influence sur les animaux et les plantes. Selon ce méde- 
cin, c'est l'âme placée en eux qui aspire l'air; les. variations 
atmosphériques agissent alterna tivenient sur les corps ani- 
més, et leur font subir des sensations diverses, de chaleur, de 
froid, de sec, d'humidité, de joie ou de tristesse. Elles exer- 
cent leur, action, dans les maisons, sur les grains, le miel, l'ar- 
gent, le vin et le beurre, les échaulTent ou les refroidissent, 
les amollissent ou les dessèchent. Cela s'explique lacilemcnt.: 
les mouvements du soleil et des planètes amènent des per- 
turbations dans l'air, et ces perturbations en exercent, à leur 
tour, sur la nature entière. Quiconffuc a pénétré dans l'étude 



CHAPITRE LXII. 35 

l^kAm*}] ij>j-^ ^^ 45vJ' Ji^»xJlj Uû^Ajijj àU^ji^t JI_jJ»-l ôv*j 

jl^Jl (-:a.às^j ^^y^s ^^^^ oolil c:Ajaû iil t_>y^ (j' ^:^' 

«^j-g-*iJl c5_5-*-j^ 0*'.^^ 4^-*^^J U>^' ij*'*^3 iCx^iiiî ^ftjj 

(le l'atmosphère, de ses chanj^emcnls et des inductions 
qu'on en peut tirer, connaît un des agents les plus puis- 
sants de la nature et a fail déjà de grands progrès dans la 
science de l'hygiène. Hippocrate ajoute : Le vent du sud 
adoucit la rigueur de la température, échaufFe la mer, les 
Meuves et tout ce qui renferme de l'humidité; il altère les 
couleurs et modilie chaque chose; il détend le corps et le 
système nerveux, engendre la torpeur, allourdit le sens de 
rouie et obscurcit la vue, parce qu'il met la bile en mouve- 
ment et amoncelle l'humidité à la base des nerfs qui sont le 
siège de la sensation. Le vent du nord durcit les corps, et 
purilic la matière cérébrale; il embellit le teint, rend les 
sensations plus nettes, accroît les désirs et les mouvements 
du corps; mais il provoqui? la toux et les allections de poi- 
trine. Un médecin nmsulnian, parmi les modernes, dit que 
le vent du sud, lorsqu'il souille dans l'Irak, altère l'incar- 
nat des roses, les (.'(Teuillc et dilate les plantes de la fann'lle 
des biassicees. (le \eiit échaullr l'iiau, énerve le corps el 

:5. 



36 LES PRAIRIES D'OU. 

isili Li \-X.^ jX-Jij Jlï ^tj-g-Ji j«xXj^ y|4Xj^l Civsw^JCA»<i^ 
ti<>^. ijvjû^ J.j«*M| <ÎU3 iiJtXsfc^ y«^A'5 3^.AAwîj (i'-y^ /NJ'lia. 

Jt<xj:fiiJ) p^^J j^î ^3Î;J^iL JJ-> y\^ ^1^ yÎJ^UJi^ ^^iJl 

iLx.j)i iUWî ^l»p5 (j' bpi U (^xji jj IoI^jI |<\XiI Jb Aj 

Irouble la pureté du ciel. Tout cela, ajoute ce savant, con- 
firme l'opinion formulée par Hippocrate, à savoir que l'été 
est plus malsain que l'hiver, parce que l'été échauffe le 
corps, l'amollit et alTaiblit les facultés organiques. Aussi les 
habitants de l'hak distinguent aisément, niènic quand ils 
sont couchés, quel vent règne dans l'atmosphère : si c'est 
le vent de nord, la bague qu'ils portent au doigt se refroidit 
et s'élargit, parce que le froid contracte les corps; si au 
contraire c'est le vent de sud, la bague s'échauffe et devient 
plus étroite, par l'effet de la chaleur qui dilate et amollit les 
corps. C'est une expérience qui peut être faite, dans l'Irak, 
par tout homme doué de ses facultés et qui dirigera son at- 
tention sur ces phénomènes. Elle se vérifie aussi dans toutes 
les villes, dans toutes les contrées de la terre; mais elle est 
plus évidente dans l'Irak, parce que le climat de ce pays est 
ordinairement tempéré. Hippocrate distingue, comme nous 
l'avons fait, quatre vents cai'dinaux : le preniier vient (ki 
levant, c'est le vent de devant {kehoiil); le second, ilu cou- 



cil \I>ITHE LXll ;i7 

^-<>-à L^-^4>s^ «Xi j^:>ytAMJll Jis iù^xX^Jl -^ Jî ^^-(wJ Ijflj 

jAxl\ ^ ^^iJi ^L;i^ yl^xAJî^ %^^!j ^UkJî ^j£^Ui^iii 
(j^ j_^!_j_;sr vW^i i•XJ^ ^itf^ ^jl Lioijj »i>î^-jl 4XSI «x_:^ 

(allant, c'est le vent de derrière [debour] ; le troisième souille 
(le la droite, c'est le vent de sud [djenoub)\ le quatrième, de 
la gauche, c'est le vent du nord [chiinal). Le vent qui règne 
plus particulièrement dans un pays se nomme veni local 
[bélédi). 

Après avoir consacré quelques-uns des chapitres qui pré- 
cèdent à l'étude de la terre, des mers, des principaux Ktnts 
et royaumes, nous avons donné dans le présent chapitre des 
notions généiales sur les éléments, les vents, les pays, les 
((uarls de la terre, ses contrées habitables ou désertes, en 
un mot, sur tout ce f[ue comportaient le plan et le déve- 
loppement régulier de notre ouvrage. Dieu en soit louél 
Terminons ce chapitre par un aperçu de la superficie et 
des distances relatives des |)ays. Nous empruntons ces ren- 
scignemenls à el-Fizari , auteur d'une table astronomique 
et d'un pocMuc sur les astres et la sphère. La force est on 
Dieu ! 

D'après cl l'"i/;ii i , rcriipii <• du prince des crovanls , rlcpuis 



38 LES PRAIRIES IVOR. 

^.Lâ-jI »4X.s^ <il «x-O (j^^ ^^ iL>\^J ilOsjàj ci' V^^' 

v_xSl^y-ix t5*xa-i ijjj^S »j <XÀ«)Î à<S ^y ^J' ^'i** t5*5^^5 
(jlJCjU i ^^ ii-jUu/^ c:^Aj Si i^ji o^i ii«A^ i g>* 

iÙjU ^-w u^'jJ>-^ ^* '£J^ ^?\-e^^ S -^j^ ^^ i*^ 
jj ^jj iL>l-cw.^3 ^ii ij'=ry) ^y^ ^j-* ^:^^ U^^ ^ '^J^ 
i ^-j ^Uvkfc-ç-^ (Jj^l ci>:s\j iuJUAolî J<5 ^^i iijU cij^j 

Ferganah et la limite extrême du Khoraçân jusqu'à Tanger 
dans le Maroc, a une étendue de trois mille sept cents pa- 
rasanges, et de Bab el-Abwab à Djeddah, de six cenls para- 
sanges. De la ville d'el-Bab (Derbend) à Bagdad, on compte 
trois cents parasangcs_, et de la Mecque à Djeddab, trente- 
deux milles. Dans la partie orientale du monde, la Chine a 
trente et un mille parasanges, sur onze mille parasanges; 
rinde, onze mille parasanges, sur sept mille; le Tibet, cinq 
cents parasanges, sur deux cent trente; l'Etat du roi de 
Kaboul, quatre cents parasanges, sur soixante; celui des 
Tagazgaz, peuple d'origine turque, mille parasanges, sur 
cinq cents; l'empire du Khakân des Turcs , sept cents para- 
sanges, sur cinq cents; la contrée habitée par les Khozar 
elles Allàn, sept cents parasanges, sur cinq cents; le pays 
des Bordjân, mille cinq cents parasanges, sur trois cents; 
le pays dos Slaves, trois mille cinq cenls parasanges, sur 



CHAPITRE LXII. 30 

3> -f r-* CJ^yi k-m^ ii-AjVslx*ia**AJ r^jj^' S^ ^^ *^^ ''^''^^ 

^5 ^-j O'^i ^iJLÀj r»j^i -'^-^^x? «-^ ^s^^ {^■y*'*^i ^Uj«j^5 

À_)U iO^-itf* ^ Us:^^ (j^-j^" i ^/-* ^^ pl;^ J^ ^=sv^ 

sept cents; l'enjpire byzantin, cin(| milk- parasanges, sur 
quatre cent vingt; l'empire romain, trois mille parasanges, 
sur sept cents; le royaume d'Espagne, qui appartient à Abcl 
••r-Rahman, iils de Moâwiah, trois cents parasanges, sur 
quatre-vingts; les Etats d'Idris le Fatimite, douze cents pa- 
rasanges sur cent vingt; le littoral de Sidjilmaçah, où ré- 
gnent les liéni-Moun tarir, quatre cents parasanges, sur (jualre- 
vingts; l'Etat d'Enbyah, deux mille cinq cents parasanges, 
sur six cents ; l'Etat de Ganah , pays de l'or, mille parasanges , 
sur quatre-vingts; l'État de VVaram deux cents parasanges, 
sur quatre-vingts; le pays de Nakhlah , cent vingt parasanges , 
sur soixante;; le pays des Wah (Oasis) , soixante parasanges, 
'surcjuaranlc; le pays des Bodjah, deux c(>nts parasanges, sur 
(jualreviiigls; le pays des Nubiens, dont le roi se nonnne 
Nédjaclii, mille cinq «enls parasanges, sur (paire cents; le 
pays ries /,('it(lj«'s, à roiicnl, scpl mille six cents parasan- 



liO LES PRAIIUES D'OI\. 

^J^ J^^i) iiyaAwi J^ ç^Jb ajU ^yt.i^ i ç^i iùUvAw^ O^y* 

i*xjû ij-« i^ Uvi sbi;^! 4Xi bi) t_>^' ^'^ «i Sj^j^'J^Î jUil 

SJij.*à^. ^^^ys»- Uv3 ^l-«iJ^t Ja 4XSb (3i-yt jU^Î i t_>UMl 
c._j-iiwAJCJsr^ juj-^mU (jj.ji^ (3-^' (Jt" (J??*=^ \jttX^ jjh^>- »Xi^ 

ges, sur cinq cents; le pays d'Ostoula, qui appartient à Ah- 
med fils d'el-Mountaçir, quatre cents parasanges, sur deux 
cent cincjuante. Ce qui fait en tout soixante et douze mille 
quatre cent quatre-vingts parasanges de long, sur vingt 
cinq mille deux cent cinquante parasanges de large. 

L'examen des fondements de la médecine , la question de 
savoir si elle doit avoir pour base la pratique et l'examen ou 
d'autres principes, les controverses qui en sont résultées, ce 
sont là autant de questions que, pour le moment, nous lais- 
serons de côté , malgré l'afiinité étroite qu'elles ont avec 
l'étude des éléments et les autres thèses qui font l'objet de 
ce chapitre. Mais nous y reviendrons plus tard, en détail, 
en racontant l'histoire de Watik-billah et ce qui se passa, 
en sa présence, entre plusieurs philosophes et médecins de' 
la cour, comme Honaïn, fds d'ishak, Ihn Maçawedi, Bakh 
tiechouâ, Mikhaïl, elc. Il csl donc inulile que nous en par- 
lions maintenant. 



CHAPITRE LXII. 'il 

AiJU^st ^v-i>i c^ ^j^. v^î^i u^ V^ vWï i«^ i s^Lj^' 

il^il i (^Udi_j j^jUlaJi oliUii-) cj^ ^^ (^ ^ t^ U-^' o- 

Si un livre comme le nôtre ne devait répondre aux exi- 
i^ences d'une foule de lecteurs différents d'inclinations et 
de goûts, nous n'aurions pas touché à tant de sciences et 
à des études si diverses, dans la crainte que, fatigués d'y 
rencontrer des détails sans intérêt pour eux, ils ne renoncent 
à cet ouvrage pour en consulter un autre. Nous avons réuni 
ici tout ce qu'un homme sérieux ne pouvait se dispenser 
de savoir, et nous avons ajouté à ces notions générales 
j)lusieurs renseignements qui s'y rattachent , et dont nous 
iTovions pas encore fait mention. Pour de plus amples dé- 
tails et (les développeinents plus étendus, on pourra con- 
sulter nos Annales hislori(pies et notre Histoire moyenne, 
(doiie à Dieu, f(ui nous a accordé son aide 1 



^12 LES PRAIRIES D'OR. 

(jI^-^àJI i^yKi^ iC*j-i*il tKU.<.Ji^ ii.«Jâ*!tî cj|^ajI JS':> 

aM5 (jIj pLt lg.J ^l-N^rs-î iiJ3^î ^j!j iCw^^ ^î ^jl ^j^*XJU*j 
I^^XiS-î yi Jî dLJi i^lcJs,» *UuJL c^.sK.a^| <îU5C5^U^ Jlxj 

l^i:^iw ^^^ jjl*MJiîi »;_5-*=> (^ ^4^ JKaÎ!!^Î^ i^tXJiJI ioiÀA^i 

kiLJi ^^ î^--oblj »J^^ ^^J^J AjWs^ ti;_;^-î^ J^»yj^ l^„^AÀÏk3 
CHAPITRE LXIII. 

liuiFlCES CONSACRÉS; MONUMENTS RELIGIEUX; TEMPLES DESTINES 
AU CULTE DU FEU ET DES IDOLES. LES ASTRES ET AUTRES MER- 
VEILLES DU MONDE. 

Plusieurs peuples dans l'Inde, la Chine et d'autres con- 
liées donnaient à Dieu un corps, aux anges des formes 
matérielles et parfaites, et croyaienl qu'ils se cachaient 
dans le ciel. Voilà pourquoi ils façonnèrent des figures 
et des idoles à l'image du créateur el de ses anges. Ces 
ligures variaient de dimensions et d'aspect; les unes repré- 
sentaient l'homme, les autres des êtres dillércnts. Elles 
devinrent l'objet d'un culte; on leur offrit des sacrifices, 
et on leur adressa des vœux et des prières, dans la ron- 
xiclion (urellcs servaicnl d'iiilcrmédiaiK' ciilic l'homnie el 



CH AI'ITRE LMII. 'i3 

4^ îyïC*^ /o.^*ii^î (jwl^i W '>J>>^ Itfy^làx» 4Ml j-oi ^j* 

l(! créateur, dont elles rappelaient Tiniage. Ce culte durait 
depuis une longue suite de siècles, lorsqu'un sage en- 
seigna que, de toutes les choses visibles, les sphères et les 
astres étaient les plus rapprochées de la Divinité; que 
les corps célestes étaient doués de vie et de raison ; que 
les auges servaient d'intermédiaire entre eux et Dieu; enfin 
que tous les événements de ce monde s'accomplissaient, avec 
la permission de Dieu, par la révolution des astres. Depuis 
ce moment, on adressa aux astres des hommages et des 
sacrifices pour se les rendre favorables. Cette idolâtrie était 
déjà ancienne, lorsque les hommes remarquèrent c|u'cn 
venu des lois qui régisseni le ciel, les étoiles se cachaient 
pendant le jour et à certaines heures de la nuit. Alors, à 
l'instigation d'un autre sage, ils labriquèrent autant d'idoles 
qu'ils avaient observé dv planètes; cluupie peuple eut sa 
planète, à laquelle il olVrit des sacrifices particuliers cl un 
culte distinct. Mais tous élaienl conxaincus <|ue, grâce aux 
idoles (aconnées par eux, les pl.inèlcs, en parconiani l'es 



M LE8 PRAIRIES D'OR. 

J^ù\.k^ JUo I-jcI^ tX»-jj *^^'*-i' ^•'^ f*Lj~^ '^^^■^■î' tj^ ti' (C"6"*-* 

\^j,^3b>^ tK-jLo- pTuiijlAJl /j£ ^j »oii ^^ Joîjj J.AX9 >i M^ ^ 
^^A^fi JIL \\^ ^JUs»^ iisUji*] Uft^S^ (^ XiuàysS &jjX!^]jy<i\ 
âiLx-^ Î^jkJïJI^ 4X1! JJ -o.^Jj.JC> l^i <_^ «lÀAsili Ij«Xa* «X^xJl 



pace, réalisaient les vœux qu'on leur adressait. Chaque idole 
eut son temple et ses autels, qui portaient le nom de la 
planète à laquelle ils étaient consacrés. 

Quelques personnes, parmi les idolâtres, ont prétendu 
que la maison sainte (la kaabali) fut d'abord un temple dédié 
à Saturne, et que si elle a traversé tant de siècles, entourée 
de témoignages constants de respect, elle doit ce privilège à 
la protection de Saturne, parce que la durée et la conser- 
vation dépendent de cette planète et que tout ce qui est 
placé sous son influence ne peut ni décroître ni périr, cl 
ne cesse, au contraire, d'être respecté. Les détails dans les- 
quels on est entré à ce sujet sont trop impies pour que nous 
les reproduisions. Avec le temps, les idoles lurent adorées 
comme le symbole de la Divinité, et le culte des astres 
tomba on désuétude. Cet étal de choses continua jusqu'au 
moment où Boudasf parut dans l'Jndc, sa patrie. De l'Inde, 
il se rciulil dans Ir Sind, puis dans le Sédjrslân el le Zaboii- 



CHAPITUE L\m. i5 

c:*x=i^ lK-s-^ ij-* Vjtr*^ L^'^La^ <o.^_5Jifi Jî s^^ U^ySi 
dlUl ^ ^jl xS^^UiwI^^UJî IJ^ ylxi.j «yA=i ji^^ 
xjUié^ Lg-jl Jlïj l_^, g Jà.xj Jl ^JAxl\ lfti_5 jUJî ^oJtà* (j.« J^i 

iislàii , pa)s (le Firouz, (Ils de Kebk. U retourna ensuite ilans 
le Sind et parcourut le Kermân, se faisant passer pour pro- 
phète cl se donnant connue un envoyé du ciel , chargé du 
rôle de médiateur entre Dieu et rhonime. Il se montra aussi 
en Perse, au début du règne de Tahmourel, roi de ce pays, 
ou, selon d'autres, sous le règne de Djem. Boudasffut le Ion- 
dateur de la religion sabéenne, comme nous l'avons dit dans 
un des chapitres qui précèdent (t. II, j). 1 1 1 ) ; il prêcha aux 
hommes le renoncement et la contemplation intime des 
mondes supérieurs d'où émanent les âmes et le monde 
d'ici-bas. Il restaura aussi, à l'aide de théories conjecturales, 
le culte des idoles et ses cérémonies, en employant des ruses 
cl des stratagèmes de toutes sortes, |)our rendre ce culle ac- 
cessible à l'intelligence luiniaine. 

S'il laut en croire un savant versé dans l'histoire du 
monde et des dynasties, Djem fut le prenncr roi (pii éta- 
blit le culle du l'eu <! le propagea parmi les lionmies, Il leur 



40 LES PUAIHIËS D'OU. 

(^J-^ tP /0.1â*j âkX..«»l *ii^.i2> Ç-j^Àj' /O-J »-Aj!^^ j|_j.À)5 cK*^_J 

Lj{jj\ s«x^ I^jUL» IgJ^ ^^jIamji ^U.O'M! ^^(Xaxj Uy» (^^t-» 

A-jjLtâ^ J4>^ ''^Aii lyû<>s.À l,^wo /e>^À^ 4;.^AliÀ Jf^'^ /e»^AA<MO 
<Ji (J*,IjUI Lcij ^*bj Ô^'*«5 Ajc^j AA«îîi (_^ AAAOJj iCx^ <JÎ 
^/^^.iwi'l 4M| ^.rjil (ji <jt dUi IjAjtjli l(}^Ià*jj l4ji.Ufi 

enseigna que le feu était l'image de la lumière du soleil et 
des étoiles, il démontra la supériorité de la lumière sur les 
ténèbres et lui assigna des degrés. Plus tard, ses sujets se 
divisèrent et chaque secte adopta un symbole particulier, 
pour se rapprocher de Dieu par son intervention. Ensuile 
parut Amr, fds de Lohayi, dont la famille s'empara du pou- 
voir à la Mecque et se rendit maîtresse de la Kaabah, Amr, 
dans un voyage à Balka, ville de la province de Damas en 
Syrie, vil des gens qui adoraient les idoles cl les interrogea. 
Ils lui répondirent : « Ce sont nos dieux; quand nous leur 
demandons la victoire, ils nous la donnent; la pluie, ils 
nous l'accordent; en un mot, toutes les prières que nous 
leur adressons sont exaucées. » Amr leur ayant demandé 
une de ces images, ils lui donnèrent Hobal; il emporta celle 
idole à la Mecque et la plaça dans le temple de la Kaabah , 
à côté d'Asaf et de Naïlah. Il invita les Arabes à lui rendre 
hommage; ils y consentirent, et celte coulume se maintint 
jusqu'au jour où Dieu révéla la \raic loi, el chargea son 



CHAPITHE LXIII. 47 

^L«vui (^ 8«X^v^i iwlÂxli xjkamJ! ti:;^.A-J! (jw* 1*],^=^ '-^'«-M^t 

^1» ^^ /oJà*^ j^LiJi CJcA^Jij ^Ùxwo. S . ^ jj-^-AÀjî ^j_. u^i_5^i 

<ji ,j*j_^î ^xÀfi fJàx^ t-i^i^l l<Xiû^ yl^jk^l tj^ ^1^ \jik) 

(j* *-A-»3 *-*^' 'r^y^ (:J^^|/* *^J «XÀ-rJi A.«Ja*j <--\^l |js^^ 



prophète Mahomet tle purifier le monde et de relever 
l'homme déchu. 

Au dire des idolâtres, la Kaabah était un des sept tem- 
ples placés sous l'invocation des planètes, c'est-à-dire du 
soleil, de la lune et des cinq autres. Le second temple s'éle- 
vait à Ispahàn, sur le sommet d'une montagne nommée 
Mares. Lorsque le roi Youstasf (Hyslaspe) adopta la religion 
des mages, il enleva les idoles que renfermait ce temple, el 
le convertit en pyrée. Il est à trois parasanges d'Ispahân , el 
aujourd'hui encore les mages l'ont en grande vénération. Le 
troisième temple, nommé Mandousàn et situé dans l'Inde, 
est, de la part des Indiens, l'objet d'un culte assidu; on y 
offre des sacrifices. Il renferme des pierres d'aimant dont 
la verlu est d'aUirer ou de repousser les corps. Nous ne 
pouvons en |)arler ici; mais le leclcur curieux de détails de 
ce genre les trouvera dans la description qui a été donnée 
de ce temple, fort célèbre dans l'Inde. 

Le quatrième était !<■ Nauhcliar bAli par VIcMiouclichr ;i 



Zi8 LES PUAIHIES D'OH. 

JJi A-«l& iL«w I«xi3^ iii.^jJI^*Xj aj;jî»x*mo tKjJL! *Iâ«JLt 

\.^_ji. U ftiji iijU iOÙCiJî J^j-AàisL jj^;^ ^^-«i W^^ ^U^iî 

jjiSî JjsJ>j ^^^y» (J>'*«>'^ iCiU*-^ (^ i_aa.oIj -So <-i*-^j ^[jUUifcJI 

Balkh, clans le Khoraçân, et consacré à la Lune. Celui qui 
y exerçait les fonctions de grand prêtre était respecté des 
rois de ce pays ; ils obéissaient à ses ordres et se soumet- 
taient à ses jugements ; enfin il avait Tadminislration des 
richesses qu'on olFrait au temple. Le nom du grand prêtre 
était Barmek, on le donnait à tous ceux qui étaient investis 
de celte dignité: de là vient le nom des Barmécides ; car 
khaled ben Barmek était fils d'un de ces grands pontilos. 
Le Naubéhar était remarquable par son élévation et sa so- 
lidité. Sur le iaîtc du temple on avait arboré des lances 
surmontées de banderoles de soie veiie d'une longueur de 
cent coudées, ou moins longues; placées a l'extrémité de 
ces lances et de ces mâts, elles flottaient au gre du vent. 
On raconte (Dieu sait la vérité) qu'un jour une violente 
bourrasque enqiorla ces bannières, et qu'on les retrouva\à 
cin((uanle parasanges de là, d'autres disent phis loin. Ceci 



CHAPITRE LXIII. 49 

iî Uj.^,JO yù ^\js^\ ^1>vàJI ÎJs^j kA^t jHS^ tj<j AjUàj 
jlii A—tsj^—Cj j^*»,wli _j— ^-t Uuo^ (j^ b> <î '**'•'* ^-^ ^^ U^ 

A-iL^" 5i>ij JU_5 j^s^j, J^JLi JUAà^ v:iJ6- <ji ^U^" vil^il 
c:a_3Is iii^^_il ^^ c^>l^î v.ju*uii^j <_j *X.5 t_>»JilXo iwAjjjJL 

i^X^ (j^ Lx-i-o ^x>4Xx (^*>^-Jl (ji*>>>5 c:aaj ^j^w^lil owxJl^j 
(J.-J ^jL«v-ft <!Oj_=^j 5j_fl^JI ^\ ^^ »Làj ci)l-^! yl^j (jHtv'' 
iLjL«\Ajj (^aAjj (;^Ji;JLjÎ xÀaw _y^j ItKtû lÀJCij t^ ^Ir' U^** 

prouve à quelle hauteur s'élevait le temple, et combien il 
était solidement bâti. Le mur qui l'entourait avait plusieurs 
milles de circuit ; nous ne parlerons ni de sa hauteur, ni 
de ses dimensions , parce que ces détails sont bien connus. 

Au rapport d'un savant qui s'est livré à des recherches 
approfondies sur ce sujet, on lisait sur la porte du temple 
de Balkh une inscription en langue parsi dont voici la tra- 
duction : « Boudasf dit : Il faut à la cour des rois trois qua- 
lités : l'intelligence, la patience et la richesse. » Au-dessous 
on lisait en langue arabe : « lioudasf a menti. Lorsqu'un 
homme libre possède une de ces trois qualités , il doit 
luir le séjour des rois. » 

Le cinquième temple était le Cioumdàn , à Sanaa, dans 
le Yénien. Bâti par Dahhak, qui le consacra à Vénus, il fut 
détruit par Otniân , fils d'Affàn. A.ujourd'hui , en 332 de 
l'hégire, ce n'est plusfiii'un nionrcMu de r'n'nes qui forment 
un tertre rnnsidérable. 

IV. h 



50 LES PHAIUIES D'OR. 

XnÇwîj ÏLa-^Î C^-XaûJI ^I yjii S^S C-Aa^JÎ J,I ^ \\j9\ *X.iï»- 

jkJij ciAjv.^. i^ÀA.»»' /jW ^T^r^ j^«X*^ wxàiJ) 



Le vizir Ali, fils d'Yca, fils de Djerrah, ayant été exilé 
dans le Yénien , se rendit à Sanaa ; il fit construire une sahya 
et creuser un puits dans le Gounidân. J'ai vu moi-même 
les ruines de cet édifice : ses décombres amoncelés ont 
formé un vaste tumulus, une montagne de terre qui paraît 
avoir toujours existé. Açàd, fils de Yâfar, maître de la 
forteresse de Kelilân,'où il réside, le souverain acluel des 
Mikhlaf du Yémen et le chef le plus important de cette 
contrée, voulait rebâtir le Goumdân; mais Yahia, fils de 
Huçeïn el-Haçani l'en dissuada, en lui apprenant que cette 
entreprise était réservée à un jeune homme qui sorlirait, 
un jour, du pays de Saba et de Mareb, et qui jouerait un 
rôle important en ce monde. L'aïeul d'Omeyah, fils d'A- 
bou's-Sall, ou, selon d'autres, Abou's-Sall Onieyah, dont le 
vrai nom élail Rébyâh, a fait mention de cet édifice dans 
une pièce de vers en l'honneur soit de Seïf, fils de Dou- 
Yéz(>n , soit de Màdi-Karih , fils de ^g\Ï : 



CHAPITRE LXIII. 51 

^ ^ ^ p 



(1) 



(jUiyJt I JsJS U&l i i^vXj« liî 5y\< (j^l\ dl^ ^î JkAi Jvj>j 
jrfwl ^^ Ij^Ajé *Uj vilUt (j*<_5^ «Uj yl*-^!^ jj*.i.LJi c^vuJlj 
I Js^J &-«<X^^ ^Ij A><aA;t.U \jy^^ (jUwL.ifc. (j«X.^ (j^ iijlff».à 



Le front ceint du diadème , bois gaiement sur le sommet du Goumdân , 
et qiie le vin circule à la ronde ! 

Abou Omeyah vivait avant l'islam; c'est lui qui a dit en 
parlant des compagnons de l'Eléphant : 

Emprisonné au Ibnd d'une fosse obscure, l'élépliant se cache dans 
les ténèbres comme s'il était blessé. 

Autour de lui sont les jeunes guerriers kindites, nobles soldats, vau- 
tours sur le ciiamp de bataille. 

On raconte que, lorsque les rois du Yémen se reposaient 
sur la terrasse du Goumdân , la lueur des torches qui les 
éclairaient, pendant la nuit, se voyait à une distance de 
plusieurs journées de marche. 

Le sixième temple, nommé Kaouçdn à cause du roi Kaons 
son Ibndateur, était un édifice d'une beauté remarquable, 
et consacré au soleil , le moteur suprême des corps célestes. 
Ce temple, situé à Fergaiiab dans le Khoraçàn , fut déiruil 
])ar Môlarembillali ; nous avons lapporle dans nos Annales 



52 LES PUAiaiES DOH. 

.iUil i«Xi& U*À^ j\^ il ci^i)! *^JcM »:>y»l^ ^^ (^ ti^iL» (^j5 
i ci)^l ci)_>^ o^**^ *^ ^' 1-^^ aaJî j!_jjiil e*.*L^ sitXA/B^ 

^^5 X^AW \^X^ 4^>-*J J^ i *^^l iiXA-iW aK*=>-^ (J^/'^ («»!?*^ 

iC-«*fcH»isL (j^ <_.^^5^3 â;^^-*» (^ ii jyAÂ^ *;.>^ *5-^ «X J>J '-JM 

AjJs^' <^ *xil (j^i ^l*J ^^«t^ iù^Uu*.Jl -U^wjs-iil JUajî i 

historiques les circonstances singulières qui signalèrent cet 
événement. 

Le septième temple fut bâti aux extrémités de la Chine 
par un fils d'Amour, fils de Soubil, fils de Japhet, fils de 
Noé, en l'honneur de la cause première qui avait donné 
naissance à cet empire et qui répandait sur lui la lumière. 
D'autres rapportent qu'il lut construit, à une époque recu- 
lée, par un roi turc qui le partagea en sept étages éclairés 
chacun par sept grandes fenêtres ; en face de cha([ue fe- 
nélre s'élevait une idole représentant une des sept planètes. 
Elle était ornée des pierres précieuses sur lesquelles on sup- 
posait que la planète agissait, comme le rubis , la corna- 
line, l'émeraufle, suivant la différence de leurs couleurs. 
Ce temple est l'objet de légendes mystérieuses et de récils 
mensongers que le démon a suggérés aux Chinois. Ils y 
conservent le dépôt de leurs connaissances sur la conjonc- 
tion des astres, leur action sur le monde des créatures (|ui 



CHAPITRE LXIII. 53 

(j^ i/li« A^ J-Jts» ^jL> jo-^iyifi Ji kiUi <_^i J»^^ io^UwJl 

(-^^..^ iÙitS^ /iÇNawwj^I ls^»A.ilL^ ^Awr^ wiUjso xjUsJI c:)\^j.:»> 

jj\Xs ^U>> «.^lâj lo\^^ ij^ LJ>jJiàj<À 2>^ jyAolS LJiUi ^LotXj! 

Lj5i U illJL* Jlxiiil (j^ J>.J»Xj %j\*a}\ AjiXjs? U^ ^ii aJTj 
i^^jJL ^J^ LJjj^AÀ iij^l.fwJ! p»U»(,>iii ^^ io^Xxît fc^STjJîi (j^ 
wiUjsJ^ p. _i j.ifc.b^ iiAÔAj j,i»^ I t_J».>kilJ_j jjUaJI ^Ixil jj ti>4X,>. 

en émanent, les révolutions et les phénomènes qui y soni 
déterminés par la marche des corps célestes, etc. 

Pour rendre évidente à l'esprit l'influence secrète des 
astres sur le monde, les Chinois ont imaginé un emblème 
uiatériel, c'est le métier de bois sur lequel on tisse le bro- 
cart. Lorsque l'artisan , muni de son métier et de ses bobines 
de soie, combine et multiplie les mouvements de sa navette 
sur le tissu, l'image se forme sous ses doigts. Un coup de 
navette donne naissance à l'aile, un autre à la tête, un 
troisième aux pattes, et ainsi de suite, jusqu'à ce que l'image 
s'achève au gré de l'ouvrier. De cette conibinaison des fds 
sur le métier, et des mouvements divers du tisserand, les 
Chinois ont tiré le symbob.' des corps célestes et de leur ac- 
tion sur la terre. Le mouvement d'un astre a lormé l'oiseau , 
un second l'oeul, un troisième le petit; en un mot, la na- 
lure t'ulièro, mobib; el iuert<', vivante et inanimée, tout 



54 LES PHAIRIES D'OR. 

^^JsJCJ^ *>VÏ3-fc.Jj ok.jS;Vj^ q5>-w*Jj ^LxJi ij ciîvXjC" U w>U« 
C:*IaJ jI il^ (jw« jjOAÀj^ JsoVJj j^^AJj W\J^J ^AflÀÀ-)^ ^AOijj 

l*x_^j a^^î Axlaii t^yij yt (^jjj51à:cj iJ r^^-^i c^Ulju» 
A-i--^ "-Ks»-) «Ua-ftl^ ^*-Mi.JI \^^Ms^ «^ÏaSkJ! ^-ii »lLa«!^ 
sLk^lj <Ji*À*aJ5 iii:> àjlixft »Uafi5j (^aaxJî lôj^^ (jv^Uil 

ce qui s'agrège et se sépare, s'unit et se désunit, croît et 
décroît, les minéraux, les plantes, l'homme et les autres 
animaux, tout cela, disent-ils, résulte des révolutions sidé- 
rales , comme la broderie résulte des procédés employés 
par le tisserand. Au surplus, ceux qui s'occupent d'astro- 
logie ne font aucune difficulté de dire : Vénus lui a donné 
telle qualité; Mars lui a donné le teint blanc, des cheveux 
d'un blond roux; Saturne, un visage maigre et des yeux à 
fleur de tête; Mercure, l'adresse; Jupiter, la modestie, la 
piété et la science; enfin le soleil et la lune, telle et telle 
qualité. Nous serions obligé d'entrer dans de longs dévelop- 
pements, si nous voulions dire tout ce que ce sujet a inspiré 
à différentes sectes. 



CHAPITUE LXIV. 



t^_^ i<j;>Vj ^^jvAJy^jjJi (j^ ^X^ ij-. <jl UJUj oUiaXî v^^^Ji 
CHAPITRE LXIV. 

DES ÉDIFICES RELIGIEUX CHEZ LES GRECS. 

Les leiiiples dont l'origine remonte aux Grecs anciens 
sont an nombre de trois. L'un était à Antioche, en Syrie, 
sur une montagne comprise dans Tenceinte de la ville et 
entourée d'un rempart. Les Musulmans ont construit sur le 
même emplacement un poste d'observation, d'où les vigies 
surveillent les mouvements des Byzantins sur terre et au 
large. Ce temple était en grande vénération , et l'on y célé- 
l)rail des sacrifices; il fut détruit lors de l'apparition de 
rishim. D'autres prétendent qu'il fut démoli par Constan- 
tin le Grand, fils d'Hélène , cette reine qui propagea le chris- 
tianisme. Il était rempli île statues et d'images en or, en 
argent et en pierres précieuses. D'autres soutiennent (juc 
('était un vaste édifn <• (pii s'étendait à gauche fie la grande 



56 LES PRAIRIES D'OR. 

(jjwjl-jfj |^-*«»J iLA^ j^ ^L tX^AxLI jiîj (J?-*»- jU^' d:^*^''' 
jMfcifcîj A,«Jià« Jés-A^JI Î4X^ jjt -ilii *,.jL*.*05 <»aXÎo jj (JVajLoj 

(^ isUaMfcijI (j.« <<>-!? yJi^^ y^^~i^ ^^^ ^J^ -iviû^i viLAj (j^axj 

-x_jî_5 (jLiaUl »Là_j t^*xJi ^ji fi^j"'^ U"^^^^ '"•■^^ *^-? *^*^ 

mosquée d'Antioche. Les Sabéens en attribuent la fonda- 
tion à Saklabious, En la présente année 332 de l'hégire, 
cet emplacement est connu sous le nom de « bazar des mar- 
chands de lances et de cottes de mailles. » Tabit, fds de Kor- 
rah, fils de Kerana le Sabéen , originaire de Harrân , s'étant 
rendu auprès de Môtaded-billah, l'an 289 (de J. C. 863), 
pour réclamer i'ennuqufc Waçif, vint visiter ce temple avec 
la plus grande vénération, et donna les détails qu'on vient 
de lire. 

Le second temple, dans l'antiquité grecque, était une des 
pyramides d'Egypte; on les voit de Fostat dont elles ne sont 
éloignées que de ([uelques milles. 

Le troisième, d'après l'opinion populaire, était le temple 
de Jérusalem, qui, d'après les docteurs canoniques, fui 
commencé par David et terminé par Salomon après la 
mort de son père. T^es Mages en font remonter l'origine 
à Dabliak; ils prélondont que ce lomplo sera pins tard le 



CHAPITUE LXV. 57 

A*^^ î*x.j L(}X.iug ^j-« iJJij ^^ (J>rJ^'*^ j^4^ *XÀ»c dLîij (<\iic 

i*X^ j (j*.».4?Ji l,w,JSC<Xj jaA.olj5i_5 i«Xxît y^ i<Xj (j*,UJî ;j^ 

-jç^il Joî^l «XÀfi iL«Jâj»iî ciJ^AA^t j5i 

(J~^^JJ <i tj cX-f-S (•5;—^' J>^'^' JsJvft iUJâ^li ci>_j.^AJi uj>J^ 
^j~* ^ji*J^-j j^j <\Às»U3».Jj iiÀjtXjf (;^vÀ« :>!5^mO t;i*-o <îCAoL.Aajoi 

théâtre de graves événements, et qu'un roi puissant l'habi- 
tera, à l'époque où Choubîn fera son apparition, monté 
sur une vache d'une forme particulière et entouré d'un 
certain nombre d'hommes. Les contes et les inventions sans 
fin auxquels cette prédiction a donné lieu parmi les Ma- 
ges ne méritent pas de figurer dans notre livre. Dieu est un 
guide sûr. 

CHAPITRE LXV. 

DES KDIFICKS «El.IGIRUX ClIE/ I.ES ANCIENS HOMAINS. 

Parmi les édifices vénérés chez les premiers Romains, 
avant l'apparition du christianisme, on cite dans le Ma- 
greb le temple de Garthagc, aujourd'hui Tunis, au delà de 
Kaïrowân, pays qui appartenait alors aux Francs. Ce mo 
nument, bâli on marbre de difTérenles couleurs, était con- 
sacré à Vénus, l'n second temple siliH' dans l(> p.ivs des 



58 LES PHAIHIES D'OR. 

iLj^[^\ ^UJi JU> *xr^i ^ji iU^:5UJ; ci.^S'i ^*>Ji juJI 

Francs était en grande vénération chez eux. Le troisième 
se voyait en Macédoine ; la beauté de ce monument et son 
histoire sont des faits bien connus; d'ailleurs nous en avons 
déjà parlé dans nos ouvrages précédents, où l'on trouvera 
des détails sur plusieurs autres temples. 

CHAPITRE LXVI. 

DES ÉDIFICES RELIGIEUX CHEZ LES SLAVES. 

Il y avait chez les Slaves plusieurs monuments sacrés. 
L'un était bâti sur une des montagnes les plus hautes de la 
terre, au dire des philosophes. On vante l'architecture de ce 
monument, la disposition habile et les couleurs variées des 
pierres qu'on y avait emplovées, les mécanismes ingénieux 
placés sur le faîte de l'édilicc, de façon à être mis en jeu 
p;u le soleii levant; les jiicMrrs précieuses cl les (riivres 



CHAPITRE LXVI. 59 

S^X-isrl ovV-J^ ^.i fUw »Xji^ («"^Aï^ U^ ^-? (*^ -î^^' 
cijiji ii_A_A-:^ »W-* -îS» ia>ss? ij-»»*^! J«!4^ lA^ fi~^y^ U^^J 

i^f^ f '^^' J.?^ C5^-f>^' ^=rj '-*^J Lr*^3^^' C:r* J^' pUis 

d'art qui s'y conservaient, lesquelles annonçaient l'avenir 
et mettaient en garde contre les calamités de la fortune 
avant leur accomplissement; on cite enfin les voix (oracles) 
qui se faisaient entendre du haut du temple et l'eflet 
qu'elles produisaient sur les assistants 

Un autre temple avait été construit par un de leurs rois 
sur la montagne Noire; il était entouré de sources merveil- 
leuses, dont les eaux différaient de couleur et de goût et 
renfermaient toutes sortes de propriétés bienfaisantes. La 
divinité adorée dans ce temple était une statue colossale, 
représentant un vieillard tenant un bâton avec lequel il 
évoquait des squelettes hors de leurs tombeaux; sous son 
pied droit, on voyait des espèces de fourmis; sous son pied 
gauche, des oiseaux au phimage noir, tels (juc des corbeaux 
et d'autres oiseaux , et des hommes aux formes étranges qui 
appartenaient à la race des Abyssins el des Zendjes. 

In Iroisiènic Icinplc s'élevait sur tiii promontoire entouré 
par INI bias de nu'r ; il «'lail bàli en bhus de corail lougc 



60 LES PRAIRIES D'OR. 

j.Xjia\ ^^^JLft^ j— ^t t^^\jj j.Mii>,\ ù<^=s-j.yj i<xjj\ jJ>]^s^ (j^ 

iijyo f^j.i^\ /Aa» X))j[f j,^^\ <_Aiû«XJÎ (j-« iXamIj^ 0«2''*j5 jy^^ 

et d'émeraude verte. Au centre, se dressait une haute cou- 
pole sous laquelle on avait placé une idole, dont les mem- 
bres étaient formés de quatre pierres précieuses : de béryl, 
de rubis rouge, d'agate jaune et de cristal de roche; la tête 
était en or pur. Une autre statue, placée en face, représen- 
tait une jeune fdle qui lui offrait des sacrifices et des par- 
fums. Les Slaves attribuaient l'origine de ce temple à un de 
leurs sages qui vivait à une époque reculée. Nous avons ra- 
conté son histoire et ses aventures dans le pays des Slaves , 
les sortilèges , les stratagèmes et les mécanismes de son 
invention, à l'aide desquels il sut captiver le coeitr, maî- 
triser et dominer l'esprit de ce peuple, malgré son humeur 
sauvage et versatile. Voyez pour ces détails nos ouvrages 
précédents. 



CHAPITRE LXVil. 01 

iUjUaA! iij^-ikii J^U^i^ ii^loni! cji^jaaJI j5i> 
^ — X — It Ij^ — g — i J<.Aa—j\^ 

Ji l^yUiî ^^jil iij jOuJl J<^iû_j J_5iJi iU^Jî jC.i£> diJi (^ 
jLUi JouJj^j Jllill JjiJ! jOuJi j_^ÀJi v^^"^^ (j^ *^^5 

Ak_5 (^tXJi (j*.OuJi C-jlxJi AJfc^^ ^ j**Alx*«w<>b vJ i eUjsSj 

CHAPITRE LXVII. 

DES ÉDIFICES CONSACRES ET DES MONUMENTS RELIGIEUX CHEZ LES 
SABÉENS ET D'AUTRES SECTES ; RENSEIGNEMENTS DIVERS QUI SE 
r.ATTACHENT AU SUJET TRAITÉ DANS CE CHAPITRE. 

Il y avait, chez les Sabéens de Harràn, des temples consa- 
crés aux substances intellecluelles et aux astres, entre 
autres, le temple de la Cause première et le temple de la 
Kaison. J'ignore s'ils désignaient ainsi la raison première 
ou la raison seconde. Aristole , dans le troisième discours 
de son Traité de l'âme, distingue la raison première et agis- 
sante de la raison seconde. Thémistius en a parlé aussi 
dans son commentaire sur le Traité de l'âme par Aristote. 
Enfin l'analyse de la raison première et de la raison seconde 
lait l'objet d'un traité spécial, composé par Alexandre 
Apbrodisins , et traduit par Tshak , (ils de llonaïn. 



0,2 LES PRAllUES D'OU. 

J6^i>j éjy*n.}\ J^HV^j ^*«»^-w.^3! J^^ isAjUaJî J^Uit ^j^^ 

^_i*i^<\iwJî J^sii^ JsaIoX*»*.^ it^* ^^' J^^^j ci*.AS^ ^^^^^jCà.lî 
^ ci\_XJL« »w_iKJ! J^JV^j JéC*ikJî ci^Xi* :>;Ua.ff J^-6^_5 JtT* 

(^jIaûàj! iuAk^ (^ (J»>"j c^-î*- *^i^ ^■6"'.^'*^ jL^***^-'3J"^ bj-ji 

w^_^ C:?^^^ ij^y-^ (J-* ^yij-^rt i:^]yi u^ li&pi> -«=\.x,<ii 

iL*jJi t->U i (jI^*- 'Ji'W'Xjf «^J <-^«^^ ioUvAj» (jvSAj^ (jvJlÀSl 

11 y avait aussi chez les 8abéens le temple de la Chaîne , 
celui de la Matière, celui de l'Ame; ces trois édifices étaient 
de forme circulaire. Le temple de Saturne décrivait un 
hexagone; le temple de Jupiter, un triangle; le temple de 
Mars, un carré long; celui du Soleil , un carré ; celui de Mer- 
cure, un triangle; celui de Vénus, un triangle inscrit dans 
un carré long; le temple de la Lune était octogone. Ces 
formes diverses se rattachaient à des allégories et à des 
mystères que les Sabéens ne divulguaient jamais. . 

Un chrétien melkite deHarràn, nommé el-Harit, (ils (.le 
Sonbat, a donné des renseignements sur les Sabéens de 
Harrân , sur les victimes qu'ils offraient en sacrillcc, l'en- 
cens qu'ils brûlaient en fhonneur des astres, et d'autres 
détails que nous passerons sous silence pour éviter les 
longueurs. 

De tous les édifices religieux élevés par eux, il ne reste 
aujourd'hui, en 332 de l'Iu'îgire, que le temple nommé 
MmjJitya. Il est situé dans la \ iilr de Harràn , [)rès do la porte 



CH APITUE LXVIl. Oci 

^,yi>5j J^Js.À£- >>iili j^v^j"^' jjjj' J^-*-''>y^j ^>;-isW o>^ 

vil_Lj (j^ c:>L*_A!î y^».ÀJ^ uyl^-oi'l ^1^' JL^ft*^ (J^ (J_J^-«^*^ 

de Rikkah ; les gens de celte secte le nomment temple d'Azer, 
père d'Abraham l'ami de Dieu, et ils rapportent sur Azer et 
Abraham, son fils, de longues légendes qui seraient dépla- 
cées ici. Le kadi Ibn Aïchoun de Harrân , homme intelligeni 
et instruit, qui mourut postérieurement à l'au 3oo, a com- 
posé une longue Kacjdeh sur les croyances des Flarraniens 
dits Sabéens. Ce poëte, parlant de ce temple et de ses qua- 
tre souterrains, où s'élevaient des idoles faites à l'image des 
corps célestes et des divinités supérieures, nous divulgue 
les mystères de ces idoles. Il raconte que les Sabéens intro- 
duisaient leurs jeunes enfants dans ces souterrains et les 
conduisaient en face des idoles. Une pâleur subite, suivie 
de rougeur, se répandait sur les traits de ces enfants, 
lorsqu'ils entendaient les sons étranges et les paroles in- 
connues qui semblaient sortir de ces idoles, grâce aux 
mécanismes et conduits secrets pratiqués à cet effet. Des 
prêtres, cachés derrière le mur. pronouraieut différentes pa 



(]ti LES PKAIHIES D'OF.. 

t^L-toi'i c5>^^ »!^Jiî (J-* ^'^^ J^XilX* j*Xrs- ^)j^ (^ iij«X*«.it 
i J^ <XJ> U i^s^s^ i}s. (3ia3 l^A^ j-ftJà->L3 ii^a^àf^li pl.^«i)i_j 
ii^UJij (:jvxil;.2l iojj^jdi AÀ^^yî »^^^ ^'' ctUai^ dlUî l^ 

iuLw^Ki (juvjbjjsil tK ij^3 i^^yi>. ^^^ ^^^ iiilAC'i ^ c^-^-w-J 

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rôles; le son de leur voix, transmis par des tubes et un 
appareil d'anches et de tuyaux aboutissant à l'intérieur de 
ces statues creuses et construites sur une forme humaine, 
semblait sortir des idoles mêmes. Par ce stratagème em- 
prunté à l'antiquité, ils captaient la raison , s'assuraient 
l'obéissance des fidèles et dominaient à la fois le roi et le 
peuple. La secte dite des Harraniens et Sabéens compte des 
philosophes, mais ce sont des éclectiques, dont le plus grand 
nombre est fort éloigné de la doctrine des sages. En les 
appelant philosophes, nous avons égard non à la doctrine 
dont la Grèce fut le berceau, mais à la communauté d ori- 
gine; or tous les Grecs ne sont pas philosophes, et ce nom 
ne convient réellement qu'à leurs sages. 

J'ai vu à Harrân, sur le chambranle de la porte du tem- 
ple appartenant aux Sabéens, une inscription en caractères 
syriaques: elle est tirée rie Platon, ef ni'a été expliquée 



CHAPITRE LXVII. fi5 

^j%-,AjU^_^t ^j^ pL^*kx!î iiju*)!:5>ji]i (j^ («>"(r*'* ^ÀjUai (j:-^^* 

j-^y^ (j*^À-^î tji ij-5j ^-|^î ^-(^ t^^ ^^A^ /olf (j^j 

^-'^HV-ït-j ^^■'•^ cM^-y «JH^ -Jii^ ^i**- U-JÎ_j j«^^ t^^-^*-^ 

par Malik, fils d'Okboun , et d'autres personnes de la même 
secte. Elle portait : « Celui qui connaît Dieu, le redoute. > 
C'est Platon qui disait aussi : « L'homme est une plante 
céleste. En effet, l'homme ressemble à un arbre renversé, 
dont la racine est tournée vers le ciel , et dont les branches 
plongent dans le sol. » 

La nature de l'àme raisonnable, la question de savoir si 
elle est renfermée dans le corps , ou si , au contraire , le corps 
est contenu dans l'âme, conmie la lumière dans la maison , 
ou la maison dans la lumière, voilà ce que Platon et son 
école ont traité d'une manière approfondie. Ce sujet nous 
amène ù parler d'un autre problème, celui de la transmi- 
gration des âmes. Les philosophes qui l'ont étudié se divi- 
sent en deux écoles. A la première apparticnmint les anciens 
philosophes de la Grèce et de l'Inde, qui rejettent l'autorité 
de tout livre révélé et de tout prophète. Tels sont Platon 
et ses disciples; on dit que ces philosophes considéraient 
l'âme comme une suhsinncc imnialcricllc, vivante, sachant 



6() LES PUAIHIES D'OR. 

Jl j^^ l^»riU ii.^3j-it (j.« l-*.:>;-Jj ^ > -m*j:U j.llâAJîj ii^JU^5 

l^liujl ji^^X;;^ ^-^V^ ^^*3 >>î^j *^' ^t^^ '^*;j iUlâAÀiî 



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et discernant par sa propre substance. L'âme, disaient-ils, 
gouverne les corps composés d'éléments terrestres et hété- 
rogènes; son rôle est de les diriger avec justice, et de les con- 
duire vers cet état de perfection qui résulte d'un sage gou- 
vernement et d'un ordre bien établi, en réduisant à une 
harmonie parfaite les mouvements désordonnés du corps. 
L'âme, selon eux , jouit, souffre et meurt, c'est-à-dire , passe 
d'un corps dans un autre, en vertu d'une loi régulière, et 
après l'anéantissement du corps corruptible qu'elle habitait. 
Ainsi, en disant que l'âme meurt, on entend par là la dé- 
composition de l'enveloppe terrestre et la transmigration du 
principe immatériel. Ils admettent que l'âme sait par elle- 
même et par sa substance propre , et que , par la vertu de cette 
substance, elle perçoit les idées. Ils admettent aussi que les 
choses sensibles nous sont révélées par la sensation. Les dé- 
veloppements que Platon a donnés à ces théories nous mè- 
neraient trop loin, lors môme que leur profondeur et leur 
obscurité n'en rendraient pas l'exposition impossible. Il en 



L^' 



CHAPITRE LXVII. 67 

d);*K_j iJ L_|^U iy^^ V*V^ iilsU-i'^ ^Ia^^I » *>s-d> JioJ 

iLAî>LiIl_5 JowajUij ç-^-Sî^ (j^*4^ 1$^ (j^.^ lilÀJiiî iiij.*>» ^^ 
A_AÀ_jOji^ iCA$.JI^ jjûj,4^ »j-is* (^3 c:>ilyiii iiijjto aj (jo).xJI^ 
cjL*-5\^ j.À.^i cjt.Aw.il3 lajLwo v>^i ^3 iùuwjJl ^3 i^iUb^J!^ 
JoUm^} J^UJI_j iwoûjJlj dlU! ^^3 »*M^^ (jKiij cjUj^-î! ^§3 

est de même du système d'Aristote, de Pytbagore et de 
plusieurs autres philosophes anciens et modernes. Car ce- 
lui qui voudrait connaître de telles questions, les bien com- 
prendre et les pénétrer jusqu'au fond , ne le pourrait pas , à 
cause des écrits élémentaires et des ouvrages composés par 
ces philosophes sur les sciences qui doivent préparer à la 
connaissance de leurs systèmes et du but qu'ils se sont pro- 
posé dans leurs traités. Telle est la démonstration des cinq 
définilions , c'est-à-dire : le genre, l'espèce, la distinction, les 
propriétés et l'accident; puis la démonstration des dix caté- 
cjories, à savoir : la substance, la quantité, la modalité, 
l'annexion, c'est-à-dire, la relation. Ces quatre premières 
sont hjs éléments simples; les six autres sont complexes, à 
savoir : le temps, le lieu, l'habitude ou qualité acquise, la 
situation, l'action et la passion. De là le disciple passe à 
l'étude de vérités d'un ordre plus élevé, et arrive progres- 
sivement à la connaissance de la métaphysique, ou do la 
cause première et des causes secondes. 

Mais revenons au rulle des Sabéens dr llarràn et aux 



68 LES PRAIRIES D'OR. 

A..^-jL©| J<wo f^jj^\ (j^jSb)^ (j^j\jM. (j^ iujUâJi 4-u6|*)o» 

(j.* ^j^yi -ow^i^-x) (^Ajl^jJI iUjUaJl <_,v;ûl*X.« <>uj^^»-^ ^^^ 
JjJa_j ^t-A-^t jj^Sj yj_j->^UvMt -Pj iUjUa.il (j.* A^ÀJli- 

IgJCjl^rr». ^wff U-cvj-CÎ ^Jl-*»^ (j*UJl (^t~» jJijiS «X£ fî?-'^^ Uû^i 
^»^jLo *>JS^j U-?""'^ (J^ wyJU c^aaIoU». iXij c::*ijL><Xj|^ -«^!^>yî 

^«X-j ^0^' sIjLa^ u:>«X^ !;>I -^^ '^'6'^^ S^/^^ ^^ :>^-M^i 

auteurs qui ont exposé leurs croyances et scruté leurs mys- 
tères. J'ai vu, parmi les ouvrages de ce genre, un livre 
d'Abou Bekr Mohammed, fils de Zakaria er-Razi, le philo- 
sophe, auteur du Kitdb el-Mansouri sur la médecine et 
d'autres écrits. Dans le livre en question, Razi s'occupe 
des Sabéens de Harrân exclusivement, et ne dit rien des 
sectes dissidentes, comme celle des Kimariens. Les détails 
dans lesquels il est entré nous mèneraient trop loin et 
choqueraient un grand nombre de lecteurs. En outre, en 
faire mention ce serait nous écarter du sujet principal de 
ce livre, pour nous livrer à l'étude des croyances et des reli- 
gions. J'ai consulté Malik , fils d'Okboun, et plusieurs de ses 
coreligionnaires, sur les choses qui ont été mentionnées ici, 
ou dont il a été parlé ailleurs. Plusieurs d'entre eux ont 
admis certains détails sqr les sacrifices , etc. et rejeté le reste , 
comme la cérémonie du taureau noir que l'on aspergeait de 
sel, après lui avoir bandé les veux, et qu'on égorgeait, pour 



! 



CHAPITRE LXVII. 69 

iLcUfT^yi^i .Xi^ (^iyu(^i Jlï ^.^ÀAji^ Jt^^lj ^i^ll^j 

^jL» gjlA -^1 ^ ci\.^yJî^ ^l«Jt I jsjÊ j_j^! y^^ J^^' *^ (^ 
iùj» AK.^Ii ^ V^^' ii**-w À j^ùs^ J^-iS^ (:J?r^i ^^ ts'**'^!^ 
il^_^ Aa^ iùJiil (jlft! «i viL^wJI iUiU ^lâJi <x.«yl࣠axxmwo 

o».^!^ ^;-S*j ^UjJl^ JI_jiaJl cjii^i (j^ *t5vi^J ^^^^ ^à^ 



examiner ses membres et rechercher, dans leurs contrac- 
tions et leurs frémissements, les événements futurs de Tan- 
née. Ils rejettent cette pratique et d'autres cérémonies mys- 
térieuses relatives aux sacrifices. 

Au rapport de plusieurs savants curieux de connaître 
ce njonde et d'en étudier l'histoire, on trouve, aux confins 
de la Chine, un temple de forme circulaire, entouré de sept 
portes et surmonté d'un dôme heptagone, remarquable par 
son développement et soq élévation. Au sommet du dôme 
est placée une espèce de pierre précieuse plus grosse que 
la tête d'un veau, et dont l'éclat illumine les alentours du 
temple. Plusieurs rois ont tenté sans succès de s'emparer 
de cette pierre; tous ceux qui s'en approchent, à une distance 
de dix coudées, tombent roides morts; si l'on emploie des 
lances ou d'autres instruments de cette taille, arrivés à 
la même distance, ils se retournent et retombent inertes; 
les projectiles lancés contre cette i)i(M re oui le même sort ; 



70 LES PRAIRIES D'OR. 

^J^ c:,»-X5 «XJ» iLx.ili éyjà éy^â. Joût ^^^ -K^l:?: JsJLft î J^i>^ 

jiiûJsJi (j^ i5*'i-* W>* U^^^ -f'UwJl ^y^i UjjJi pSi^y^ c-OUXÎ 
/j_jK_i*. Jl L^iiaji ^.iwJi »«XA iS^^i ^'^^ cï'ïî W* U-^ - W 

AA$Ok> (^Uoj U.^XJ »J^ ^Aûj'i^ LaJ;«X* Ajj»Xi UJ)'.^ CJ-* '^' 



en un mot, aucun expédient, de quelque nature qu'il soit, 
ne peut réussir, et quiconque cherche à démolir le temple 
expie son audace par une mort subite. D'après certains sa- 
vants, ce phénomène est produit par l'emploi de pierres 
magnétiques, douées de propriétés répulsives. Le même 
lemple renferme un puits dont l'orifice est heptagone; celui 
qui a l'imprudence de s'e trop pencher sur le bord est en- 
traîné , et tombe , la tête la première , jusqu'au fond. Le puits 
est entouré d'une sorte de collier, autour duquel on lit cette 
inscription antique, que je crois en caractères inosned : « Ce 
puits conduit aux Archives des livres, là où se trouvent la 
chronologie du monde, la connaissance des cieux, l'histoire 
du passé et la révélation de l'avenir. Ce puits mène au dé- 
pôt de Ions les trésors de la terre. Mais l'homme qui veut 
y pénétrer et puiser à ses trésors doit nous égaler en pou- 
voir, en science et sagesse. Que celui qui pourra arriver au 
but sache qu'il est notre égal; que celui dont les tentatives 



CHAPITRE LXVII. 71 

(jb;^lj «Ji-!»^ /0->5j iùîji <-*^^^ tfc^iC ^jjOi^ ffS'.s»' (£yi>\i UvL 

iUJU «XX» »^j^ {jàj\ ^)^1^ iùJùîlj cK-iVfr" \^^ W^S^ 45^' 
aaj*?" u t^JUJ jUJ! iH^ <x*Xj> -|^ 3 ^LiJl J^\< ^jiil (j^ 

*X-À-* 4^1^ ^3 j^lj iUJiJî^ J^JV^JI JJi^AÔAJi tï)jàl iilj 



échoueront sache que notre puissance est supérieure à la 
sienne, notre sagesse plus grande, notre science plus éten- 
due, notre sagacité plus profonde et notre vigilance plus 
complète. » Le temple ainsi que sa coupole et le puits reposent 
sur un bloc de silex massif et escarpé comme une mon- 
tagne, il est également impossible de le renverser et d'y 
pratiquer des excavations. Dès qu'on aperçoit le temple, la 
coupole et le puits, on éprouve à cette vue un sentiment 
d'efl'roi et de tristesse, et en même temps une sorte d'at- 
traction inquiète vers cet édifice, et la crainte qu'il ne soit 
endommagé ou détruit. 



72 LES PRAIRIES D'OR. 

iuS\jÙ\^ (J^yi (j«jx!i <i)j.)>^ cj- W-«^j cj-v ul)-^' "^.^ ^^ 
î^b *X.=*^ ^ji JJi^ dlUî ^j^ Jv^5 ^^ -'^^ li^ tr« J^^ 

^_^As- (j^ l^î^ xJiU- (ijvjj ^i (J.J iCia^-ij l^^ij l^':>Us^ 
L|_^U^^ Lifc^Ss (^ U^fti Uj);5l> *U-ilj iùjiyii i^J^MÎ 

jSllaJl umIj.àJI^' -îUMjb (ijr^^ i^jy-^^ *J*^ u'.^^ u' ^^Ji 
CHAPITRE LXVIII. 

RENSEIGNEMENTS SUR LES TEMPLES DU FEU, ETC. 

Parlons maintenant des temples du feu, et des rois de 
la première et de la seconde dynastie perse auxquels ils 
doivent leur origine. Le premier nom cité par l'histoire 
est celui d'Aféridoun. Ce roi ayant vu une troupe d'hommes 
prosternés devant le feu, dans l'attitude de l'adoration, les 
interrogea sur l'origine et le sens caché du culte qu'ils pro- 
fessaient. Ceux-ci réussirent à l'entraîner dans leur croyance, 
en lui démontrant que le feu participait de^la nature des 
divinités lumineuses, et qu'il servait d'intermédiaire entre 
le Dieu suprême et la création. Sans vouloir insister ici sur 
une doctrine aussi mystérieuse , nous ferons remarquer que 
les ignicoles établissent différents degrés dans la lumière, et 
distinguent le principe lumineux du principe igné. Ils pré- 
tendent que tout être animé est attiré par la flamme et con- 
sumé par elle. C'est ainsi que le papillon léger, qui voltige 




CHAPITRE LXVIII. 73 

w-**.^ \^j.^\i ^\j-^^ i ».mJû ^jioj *-«u*.s- v,^iJaJ U J.a)J!j 
Ur^*-^'j J^-^^'-? U^6-*-^' ^ ^^' '^'^ i JJM ^ wiJJi» 

(jlj <î<-.aJ!_j.:>- Ci»Axs>- *K» ^ /-*^'j V"^^^ '"-^.^^^ "^ t*^ (S"^^ 
[^i AoiUb-*j iCtsLaJî t^Jtj-^^ <^J^^ ^^^ i*>^ ^ISUs j_j^i> 

pendant la nuit, se jette sur le flambeau et meurt dans la 
flamme; c'est en vertu de la même attraction que les ga- 
zelles, les oiseaux, les animaux sauvages tombent, la nuit, 
au pouvoir des chasseurs. Il en est de même de la pèche 
aux flambeaux, telle qu'elle se pratique dans la province de 
Basrah : le poisson, attiré par la clarté, monte à fleur d'eau 
et se précipite au fond des barques autour desquelles bril- 
lent des torches allumées. «La lumière, disent ses adora- 
teurs, est la source de tous les biens de ce monde; elle est 
plus noble que les ténèbres et combat leur influence; l'eau, 
élément opposé au feu, lui est supérieure, puisqu'elle 
l'éteint; elle est ie principe de tout ce qui vit, et elle fé- 
conde la nature entière. » 

Aféridoun, une fois instruit de ces doctrines, trans- 
porta dans le Khoraçân une portion de ce feu sacré; il 
lui bâtit un temple à Tous, et un autre temple à Bou- 
khara, lequel fut nommé lù'rdasourek. Un troisième temple, 
nommé Kerakcrkàii , fui bàli, dans leSedjestùn, par Bah- 



74 LES PRAIRIES D'OR. 

iCS^L» o_yJtii jAi'_j.il <ji IgÀJuà iwlàitojL» <>u*_5 oysJî i»>s-fû 

^^1^5 dLm _y_*»OS^^3 »Iàj if^y^S >i JUj ^^î jUM C:>UUj 
Xj| JUj_5 l^ikj ^3 l^J l^xU t^U* Uj^XÀ^Akiill yl JUj_j 

^LjLaJÎ iL*-A-i^ A.^^Iafc iLiot>w» (is*=*-* W* J*^^^ ^^ «^ U° 



man, fils d'Isfendiar, fils de Youstasf. Un quatrième se 
trouvait dans la contrée de Chiz et d'Errân ; il était pri- 
mitivement consacré à des idoles qu'Anouchirvvân fit en- 
lever. D'autres racontent qu'Anouchirvvân ayant trouvé 
dans ce temple un autel où brûlait le feu sacré, le fit 
transporter dans la ville nommée el-Birkeh [le bassin, près 
de Chiraz). Le roi Key-Khosrou bâtit un temple qui fut 
connu sous le nom de Kousoudjeh. Un autre temple, dont 
l'auteur est ignoré, existait dans la Comisène, sous le nom 
de Djéiich; on raconte qu'Alexandre, quand il s'empara 
de cette contrée, défendit de le détruire et d'éteindre le 
feu sacré. On prétend aussi que, dans le même lieu, s'éle- 
vaient jadis une ville grande et magnifique et un temple 
d'idoles, remarquable par ses proportions et sa beauté. Lors- 
que cette ville et les monuments religieux qu'elle renfer- 
mait furent détruits, on bâtit sur leur emplacement le pyrée 
dont nous parlons. Un autre temple, nommé Kemljeh, fut 
bâti par Sia\vul(hs, fils de Key-Raous, le Héros, pendant 



CHAPITRE LXVIII. 75 

cÀAwIjugj -L»î i »Xi^| (j«jls ^jcj\ (J-* y^^*^5 iujiXjÇ jb Oy^j^ 
^LiÇ-x»xl 0j o»»wiljj ;i_5-frîi J>'*j> Ci<»il^ Sjuinxîl «^^ajÎ 5*Xi6j 

j_-«l CA-Ciàl^j y(^ *XJ»^ U*^^ C^J^ tJ^ ■*'*''*^'^5^ ^-*^ ^^.<^^. 

(J! viiLJ^ Jsjt_j ^.À-awLjLaiiO L^XÀjL» ^jj\^i^ iobtXjC; u:i>«Xr>>^ 
jj ^^<u«o t-:'vS*ii Î<X^ ^J^^J U^J^ lJ^' '^ ^^1;^^ iiJs>*X^ 
y Mt X i^ iSy^JJ* iS>l.«vAj^ (^jv^iAjj ^çjOCÀjr'i HJum uJ!>^ l*Xi5 IajCJ»^ 

soD séjour dans l'orient de la Chine, du côté de Birkend, 
Enfin, il y avait à Erradjân, ville du Fars, un temple dont 
l'origine remontait au règne de Bohrasf (Lohraspe). 

Les dix pyrées que nous venons de mentionner dataient 
d'une époque antérieure à l'apparition de Zoroastre, fils 
d'Espimàn, le prophète des mages. Du vivant de Zoroastre, 
plusieurs temples furent consacrés au culte du feu; un, 
entre autres , à Neïçabour, dans le Khora(^ân , d'autres à Ni<ja 
et el-Beïdà, dans le Fars. Sur l'invitation de Zoroastre, 
le roi Youslasf lit rechercher le feu vénéré par Djemchid; 
après de longues investigations, il le découvrit dans la ca- 
pitale du Khàrezm, et le fit transporter à Darahdjord , chef- 
lien d'un district de la Perse. Le temple (|u'il y bàtil est 
nommé aujourd'hui, en 332 de l'hégire, Azerdjouï, ce qui 
signifie « le feu du lleuve; » azer étant un des noms du feu, 
(Ijouï un des noms signifiant (leuve, dans la langue primitive 
de la Perso. Les mages ont plus de respect pour ce temple 
que pour tous les antres (''difues religieux, Cependant une 



76 LES PRAIRIES D'OR. 

t^y.tM.s^S (j! (j*yiJl cy»iji>^ c:.«^aaJ|j ^jI^aJ! (^yt ^^j^ /o.Iâ*J 

l^iikj (jî (j«j.:s^ii ov.iys' j.!5\.A«^! j^îb Uo yl»;^^' J5 W^ 

/\_X-L*>j jUJvjUa»»! /o (><y-J o»Jb iùl^ l^Xis-^^^U *Lâ,«>^ 
y-^^ \ù>Jb LJUSj ^ (jwUJt^ tJjjS.^ljJ5 AÀ* Ow^iij («»J' jb OcAJ 

/jj (j\i-4rvA.»v *X^^^ Ait (j%^5\>o ioltfvASj (jvaaSj (^jCaS'I ààa« 

tradition persane rapporte que ce fut Key-Khosrou qui , s'é- 
tant rendu dans le Khàrezm, pendant son expédition contre 
les Turcs, prit des informations sur le feu sacré, le retrouva 
et lui rendit hommage. D'autres disent qu'Anouchirwân le 
fit transporter à Kariân (petite ville de la Perse). A l'épo- 
que de la conquête musulmane, les mages, craignant que le 
feu vénéré dans ce temple ne fût éteint par les musulmans, 
n'en laissèrent qu'une partie à Kariân, et transportèrent le 
reste à Niça et el-Beïdâ, district du Fars, afin de conserver 
l'un des deux autels si l'autre était détruit. 

Un des pyrées les plus vénérés des Guèbresost celui d'is- 
takhr, dans le Fars (Persépolis). C'était primitivement un 
temple consacré au\ idoles; la reine Iloumayeh, tille de 
Baliman , fils d'Isfendiar, le convertit en temple du feu , après 
avoir détruit les idoles. Plus tard, le feu fut enlevé et l'édi- 
fice tomba en ruines. Aujourd'hui (332 de l'hégire), on le 
considère comme l'ancienne mosquée do Salomon, fils de 
David , et on le nomme, à cause de cela, Mesdjid Souleïmân. 



CHAPITRE LXVIII. 77 

tl>-£-j-r>. ^^>*-o CAjiX>l_5 ciO>-** <Xi ^Is^^i j|^»*£> i^^i^j^' (j^ 

j «tX-j xÀjiXjf Wy-*^ 4)^J «Xj^iî !*>s-£î) j (^vm.*Xj^ -Li.J! 



Je l'ai visité. Il est à une parasange environ de la ville d'Is- 
takhr. C'est un monument admirable et un temple impo- 
sant; j'y ai remarqué des piliers, formés de blocs d'une di- 
mension étonnante, et surmontés de figures singulières de 
chevaux et d'autres animaux, aussi remarquables par leur 
stature que par leurs formes. Autour de l'édifice régnent un 
vaste retranchement et une muraille en blocs massifs, la- 
quelle est couverte de bas-reliefs d'une exécution très-ha- 
bile. Les habitants du voisinage y voient les images des 
prophètes. Ces ruines sont situées au pied d'une montagne 
où le vent souflle, nuit et jour, avec impétuosité ; c'est ce qui 
fait dire aux musulmans de l'endroit que les vents ont été 
emprisonnés en ce lieu par Salomon. Ce prophète, ajou- 
tent-ils, prenait son repas du matin à Bâlbek, en Syrie, et 
son repas du soir dans cette mosquée; il s'arrêtait à moitié 
chemin dans la ville de Tadmor (Palmyrc), sur l'hippo- 
drome qui l'entoure. Tadmor s'élève au milieu du désert, 
f'nlre l'Irak, Damas ol lloms (hlmèse), ville de Syrie, à cin([ 



78 LES PRAIRIES D'OR. 

8«X_i^l J^»X_JL£ Ajià*»«jl— À^ <-i^^^ U*;^ O^j'^ J!>?*"**' iiÀj'^-^ 
^^jsJI *xX*.j! ^^ iJ^J^ O^^ Cj^J^^ iiÀJ<X*o jj^ Ijli /yj ijii 
jjk^ijl sUj jljvW oyo ci^J ^i*^!^ «iyj'^ ^J3 **-^' '*'^ J>-#-:^ 

Jl^^Jî >i JIaj (j«vÀ3I <N..«Jàjïj oo\^ rfsiàft (jIaàj j^j-s» iiÀj*X^ 

Jj„*Jti5 i;j ptii i«X.dj UijÎ Ci^J ^■^■Jîj téj'^' ^jy *^i' J^-«J«:> 

OU six journées de marche de cette dernière contrée. On y 
remarque un édifice en pierres des plus curieux et un vaste 
hippodrome. Ces parages sont habités maintenant par des 
Arabes de la tribu de Kahtàn. 

La ville de Sabour, dans le Fars , possédait un temple con- 
sacré au feu par Dara , fils de Dara\ Il y avait aussi à Djour 
(aujourd'hui Firouz-Abâd), ville du Fars où se fabrique 
l'eau de rose connue sous le nom de djouri, un temple du 
feu, construit par Ardéchir, fils de Babek. J'ai visité cet 
édifice; il est situé à une heure de la ville, près d'une 
source fort curieuse où se célèbre tous les ans une fête qui 
est un des grands divertissements de la Perse. On voyait 
jadis, au centre de la ville de Djour, un monument très- 
élevé que les Persans nommaient Tirhal (synonyme d'Eï- 
wân) ; il a été détruit par les musulmans. De Djour à Kowar 
(autre ville du Fars), on compte dix parasanges ; on fabrique 
aussi à Kowar de l'eau de rose , nommée pour cette raison 
korvari. I/essence préparée à Djour et à Kowar l'emporte 



CHAPITilE LXVIII. 79 

j_j.Jj Q^ Li^^.»|çC._j jîj.A^^ j!j5^ ^jiS-j ^^ *^-i** UV'^ AAAai 
*X3 Uûj-^si JjJa-j ijajuoijjt ^jLaàxÎÎ (j^ l^i UjjU^t ij*>j\s 

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/0>-^WO A-^lj ^AwJLI ^1 itt_gjui (^U^ !^^liWMi Ai^i <Xii40^ fi"^^ 



sur celle qu'on prépare partout ailleurs, à cause des con- 
ditions favoiables du sol et du climat de ce district. Les 
habitants ont un teint blanc et rose qu'on ne remarque pas 
chez les autres peuples. Kowar est à dix parasanges de 
Chiraz, capitale du Fars. Ces trois villes, Djour, Kowar et 
Chiraz, ainsi cpie plusieurs autres localités du Fars, ren- 
ItTuient des monuments antiques, auxquels se rattachent 
des légendes qu'il serait trop long de rapporter ici; elles 
ont été recueillies dans les divans de la Perse. On cite, 
par exemple, dans la même province du Fars, une source 
nommée source de feu, auprès de latiuelle était bâti un 
temple. Lorsque le Messie vint au monde, le roi Korech lui 
envoya trois messagers, porteurs, le pren)ier, d'un sac d'en- 
cens, le second, d'un sac de myrrhe, et le troisièa\e, d'un 
sac rempli d'or. Ils se mirent en roule, guidés par une étoile 
que le roi leur avait décrite, et arrivèrent en Syrie, auprès 
du Messie et de Marie, sa mère. Cette anecdote des trois 
messagers est rapportée par les chrétiens avec des détails 
empreints d'exagération ; elle se trouve aussi dans les E\an- 



80 LES PUAIUIES D'OR. 

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*.v^>j J-«^^î cj-* u^ ^-? f^^"* f^' le^^^ 4^^' u^^**;^^ 

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al_À-j r._5^-Jl ^^ cj-* ii.AÀ_^ia_^a*>*ï ^^ c^j^^ '^^^-A^j U*iJ^ 

giles. Ainsi on raconte que l'étoile avait apparu à Korech 
au moment de la naissance du Christ; qu'elle marchait 
lorsque les envoyés du roi étaient en route, qu'elle s'arrê- 
tait lorsqu'ils s'arrêtaient, etc. On trouvera de plus amples 
détails dans nos Annales historiques, où nous avons rap- 
porté les versions des Guèbres et des chrétiens sur cette 
légende. On y verra que Marie ayant donné aux messagers 
du roi un pain rond, ce'ux-ci, après différentes aventures, 
le cachèrent sous un rocher; ce pain disparut au fond de la 
terre, dans la province du Fars; puis on creusa un puits en 
cet endroit, et l'on vit jaillir deux gerbes de feu qui brillaient 
à la surface du sol; en un mot, tout ce qui concerne cette 
légende se trouve dans nos Annales. 

Ardécliir, le lendemain de la victoire qui lui assura la 
possession de la Perse, bâtit un pyrée qu'il nomma Bar- 
nawa (?). Un autre pyrée fut élevé sur les bords du canal 
de Constantinople, dans le pays des Grecs, par Sabour el- 
Djunoud, fils d'Ardéchir, lils de Babek , pendant que Sabour 



CHAPITRE LXVIII. 81 

A_jjLS^ <^>HS-*-Ii I*>^-«^ -^^ fjj^Jî (ifi lsjX^\ :»^àÂj^\^ ^J\^ 

campait sur les rives du canal el qu'il assiégeait Constan- 
tinople avec toute son armée. Le pyrée a subsisté long- 
temps, et sa ruine ne date que du règne d'elMchdi. L'his- 
toire qui le concerne est intéressante. Lorsque Sabour 
el-Djunoud, à la lêle des Persans, des Turcs et de plusieurs 
autres chefs étrangers, mit le siège devant Constantinople, 
il obligea les Grecs, par traité, à bâtir ce temple et à pour- 
voir à son entretien. 

Ce même Sabour, qui devait son surnom de Dou'l-dju- 
noud aux armées nombreuses qui marchaient à sa suite, 
ayant envahi la Mésopotamie, se détourna de son chemin, 
pour assiéger la place forte nommée cl-Hadr (Atra). Cette 
place était au pouvoir deSatiroun, fds d'Asaïliroun, roi des 
Syriens, qui habitait un district de la province de Moroul, 
nommé Aïadjir. (V. C. de Perceval , t. II, p. lio et suiv.) Les 
poêles arabes ont célébré la gloire de son règne, le grand 
nombre de ses troupes et la beauté de la citadelle d'el-Iladr, 
qui fut bAtio par lui. l/un d'eux, AbouDaoud, hls de 

IV. ») 



82 LES PRAIRIES D'OH. 

J^ *— ^ 

cjLxJI ^5jJaAAwt_5 jjjj^IsImJI^ y^^ia^Avî ^j (jj^k)l*»iJi ^^j.a2j 

Houmrân, fils de Hadcljadj el-Viadi, s'est exprimé en ces 
termes : 

Je vois la mort descendre des murs d'el-Hadr et pianer sur la tête du 
souverain issu des Satiroun. 

Il vivait insouciant des disgrâces de la fortune, au sein de l'abondance 
et parmi ses trésors enfouis, etc. 

On prétend que Nôman, fils d'el-Moundir, descendait des 
Satiroun , et on lui donne lagénéalogie suivante : Nôman, fils 
d'el-Moundir, fils d'Imroii'1-Kaïs, filsd'Amr, filsd'Adi, fils de 
Nasr, fils d'es-Satiroun , fils d'Asaïtiroun. Ces deux derniers 
noms sont une épithète commune à tous les rois qui possé- 
daient la Syrie. Lorsque le destin renversa cette dynastie, le 
pouvoir passa aux mains de Daïzen, fils de Djebbalah ; Djeb- 
halah était le nom de sa mère ; son père s'appelait Moâwiab. 
Daïzen fui le chef de la tribu de Tannoukh , fils de Malik, 
fils de Fahm, fils deTeïni-Allab , fils d'Açed, fils de Wabrah, 
fils de Tagleb , fils de Houlwân , fils d'Ymrân, fils d'Elhaf , fils 



CHAPITRE LXVIII. 83 

de Kodâah. Par conséquent, Daïzen était fils de Moâwiah, 
fils d'el-Atik, fils de Haram, fils de Saad, fils de Salih , 
fils de Houlwân , fils d'Ymran, fds d'Elhaf, fils de Ko- 
dâah. Ce Daïzen, maître d'une armée nombreuse, s'était 
allié aux Romains et leur était entièrement dévoué, f^es ra- 
vages exercés par ses soldats dans l'Irak et le Sawad exci- 
tèrent le ressentiment de Sabour, qui vint assiéger ce roi 
dans la forteresse d'el-Hadr oîi il sétait retranché. Depuis 
un mois, Sabour l'assiégeait sans succès, et tous ses strata- 
gèmes restaient infructueux, lorsque, un jour, Nadirah, fille 
de Daïzen, étant montée sur les remparts, aperçut le roi de 
Perse, qui était un des plus beaux hommes et des mieux laits 
de son temps. Elle en devint amoureuse et lui fit dire en secret 
que, s'il promettait de l'épouser et de lui donner le premier 
rang parmi ses lémmes, elle ferait tondx'r la ville en son 
pouvoir. Ayant obtenu la parole de Sabour, elle lui envoya 
un second message pour l'avertir de remonter le Tertar (c'est 
le canal qui passe au-dessus d'el-Hadr ) , d'y jeter des brins de 
paille , de les suivre à la dérive et de remarquer par oii ils en- 

(1. 



84 LES PRAIRIES D'OR. 

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j^jLw -«?>A£>I Lio -UaJI t-^Jt)J «_j„*iKr». yl^ Usjl ^3 ^^A^ (^JvJî 

j^tXj ^ji l-frÀkj ilsCi l^J^UXâ L.aÀaJ> (^jvj <j*i iii;^ îils^Iàj 

traient clans la ville; car c'était par cette issue secrète qu'il 
devait introduire ses soldats. Sabour se conforma à cet avis, 
et, prenant le commandement de son armée, il pénétra au 
cœur de la place, sans être aperçu de la garnison. De son 
côté, Nadirah, impatiente de devenir son épouse, le secon- 
dait en enivrant son père. Sabour, après avoir égorgé le roi 
Daïzen et la garnison, fit raser la citadelle; puis il épousa 
Nadirah. Une nuit, comme elle s'agitait sans pouvoir dor- 
mir, Sabour lui demanda ce qui la tenait éveillée. — « Votre 
lit me meurtrit les flancs, répondit la jeune fille. — Est-ce 
possible? reprit Sabour, il est cependant fait de duvet d'au- 
truche, et nul monarque n'a une couche plus délicate ni 
plus moelleuse. » f.e lendemain, il trouva sous les épaules de 
Nadirah une feuille de myrte; comme elle se plaignait d'ê- 
tre meurtrie jusqu'au sang, il lui présenta cette feuille en 
lui (lisant : .( Malheureuse, de quoi le nourrissaient donc tes 
parents? — De crème, de moelle, de neige, de miel et de 



CHAPITRE LXVIH. 85 

J^js-Ls. dljJLsfc ool<j y^-«y^ «i^^î J^UkI <>v)t> Jy-iou»*! 

(jv .*M^i f Jî Liftai «X_X-J L^aIoj^ l^j j-*«\j (^jvJUOj <^I Jl±I 

Jli t5v*»-A*J' liè*>Ji (jj (4^=»- Jy^> tj*ail jj *.fc« (j\< (^^ 



vin exquis, répondit-elle. — Mon devoir est de te faire 
mourir, s'écria Sabour, puisque tu as payé par le meurtre de 
ton père et de ta famille les bontés qu'ils avaient pour toi et 
dont tu me fais le récit. » Il ordonna qu'on l'attachât par les 
cheveux entre deux étalons fougueux auxquels on donna la 
liberté, et elle fut déchirée en lambeaux. Hari, fils deDahma 
de la tribu des Béni-Abs, a parlé dans ses vers du roi Daïzen 
et de ses compagnons massacrés dans la citadelle : 

N'as-tu pas appris avec douleur le triste sort des nobles Benou'l-Obaïd, 
Le meurtre de Daïzen et de ses frères et la dc'-failci des soldats issus 
de Yé/.id, 

Lorsrpi'ils furent attaqués par Sabour el-Djunoud ;\ la lùlo de ses élé- 
phants bardés de l'er et de ses vaillants guerriers? 

(jii autre poète, Adi, lils de Zeïd el-Ybadi, a l'ait allusion 
à la trahison de Nadirah, lillc de Daïzen, et au supplice (ptc 
lui infligea Sabour : 



86 LES PHAIRIES D'OR. 

L^l-A-*»* c4^=^ *^^ ^-*^ JtjUïo». il jj*^^*ÎIIàs».y\iC» 

jj iiJCm jj~_j5^5 isr-***^ ^^^ ub^ *"*'*^ l»^*«Ji *ÀJ»X^ (j-« 
A.«JLà.A.j l^ »^-jç.Â.J ylj_AÀJl <^_5^J_5 ^^^ÀAJiLwL oj>^*l' t*^->^' 

»X-À_*M^iij ^XjL-^Jl ^j (jb-3l_5 U^t)'^^^ JU4^ (j^'*«;^^3 

La catastrophe dont Hadr a (^té victime eut pour auteur une femme 
dont l'amour coupable a sacrifié ceux qui la protégeaient; 

Une jeune fille qui, dans sa criminelle ardeur, n'a respecté ni son père, 
ni la vie de son gardien. 

Elle a vendu sa famille à l'espérance de devenir pour une nuit l'épouse 
du clief (Sabour). 

Mais, au retour de la lumière, traînée par des chevaux libres d'entra- 
ves, elle a expié dans son propre sang la joie de son hymen. 

Cette aventure a inspiré un grand nombre de poètes. 

H y avait en Irak, près de Bagdad, un temple du feu bâti 
par la reine Pourân, fille de Kesra-Perviz, dans une localité 
nommée htiiiia. Les mages vénèrent encore plusieurs py- 
rées eu Irak, dans le Fars, le Rcrmân, le Sédjestàn, le 
Khoraràn , le Tabaristân , le Djebal , l'Azerbaïdjàn , l'Erràn , 
l'Inde, le Sind et la Chine. Nous n'en ferons pas mention 
ici, nous bornant à |)arler des plus célèbres. 

On cite un grand nombre d».' l(Mnples cIh'/, les (trecs cl 



CHAPITRE LXVIII. 87 

j 
Lji— *&^— « A_j<Xi^lî fcA-iv-Mi J»*^_5 (j^àaJ cK^> (:J?-j o^"^^ cj^ 

i AJi-^yUfc. j^Uj ^ (^*>^iî ^' i »^_^À^I xvaj^î (jiyiJi 

*_Av^j L(^ ■» A.LjLwÎ J>^^ Uûjl^l /oJi^_5 tô^<>*« _5-^ {-< (^M^ ri 
Uj Jo La^I S<X-^ J"^ <i^ ^^^' *^^ ^-'^'^ 'T'VS^^ ^-6"^^ 

d'autres peuples. Tel est le temple do Baai, ou de l'idole 
dont Dieu a parlé dans ce verset du Koran : « Invoquez-vous 
Baal, et abandonnez -vous le meilleur des créateurs?» 
(Ch. xxxvii, V. 125.) Ce temple se trouve à Baalbek, ville 
du district de Sanîr, en Syrie. Les Grecs avaient choisi une 
certaine portion de terrain comprise entre le Liban et le 
mont Sanîr pour y bâtir un temple d'idoles. Ce temple se 
compose de deux corps d'édifices immenses dont l'un est 
plus ancien que l'autre. On y voit des bas-reliels sculptés 
dans le roc avec un art qu'on ne saurait imiter même sur 
le bois. Les dimensions de ces monuments, leurs assises 
énormes, leurs colonnes élancées, leur vaste porticjue, tout 
cet ensend)le de constructions excite rélonnemenl. Il en a 
été parlé ailleurs, et nous avons raconté riiisloirc de la prin- 
cesse (|ui Caillil périr, ainsi (jue le massacre de la population 
de cette ville. 

Le ffraiid Icniplr di- D.inias. romiii smis le iinrn de Djvi 



88 LES PRAIRIES D'OR. 

<X_A_J| tK-jij_5 j^iljtîi ô^XMi ^J.J iJJJ^^ *^^ IJ^^ i->\jM\ \iSjb 
<_.<.i&jJi (j^ L^IaÀJ i^K^ jSi>^ \j>jj^ ^jft AjUmj y^AÀ^W ^^^ 

^ J^S'jJi] iLtlsf jS^i>^ ^-f^^ jAiV» U\fA"^ li ^z-^-* iS^^' *^ 
j.î_^i)| yl^j Jw-rs-j.Jî j»d> î<Xi£> JUii -JU^A* y*A:^ ^ «LxjUJi 

(JVAJj UjI-J iCjyC* jl>lî aKoÎ (jw4 *XJ U» <_^Ai3 i l,^Aifc.i «XS 
«_aX.5 (j.£ v_Aii I<Xi& ^jl^ /jlî '*■ ,^jlj&W ^Uiljî^j AaJUl* ^^<Xmo 

roun, a été cité dans un des chapitres précédents [t. III, 
p. 271) ; nous avons dit qu'il fut bâti par Djeiroun,- fils de 
Saad l'Adite, lequel y fit transporter des colonnes de marbre ; 
enfin, nous avons identifié ce monument avec Iremauxpi- 
Uers dont il est parlé dans le Koran (ch. lxxxix, 5 et suiv. ). 
Mais il y a une autre explication à ce sujet, donnée par Kaab 
el-Ahbar, lorsqu'il vint à la cour de Moâwiah, fils d'Abou 
Sofiân. Interrogé par le {)rince sur Irem, Kaab fit la des- 
cription de cet édifice merveilleux, couvert d'or et d'argent, 
rempli de musc et d'aromates ; il ajouta qu'un Arabe cher- 
chant ses deux chameaux égarés retrouverait Item, et il 
donna le signalement de cet homme. Puis, se retournant 
vers l'assemblée, il s'écria: « Voilà l'homme dont je parle! » 
En elTet cet Arabe avait découvert Irem, tandis qu'il était 
en quête de ses chameaux égarés. Alors Moâwiah , enchanté 
de la véracité de Kaab et de l'évidence de ses preuves, lui 
accorda le droit d'enseigner publiquement la tradition. Si 
celte histoire avait réellement Kaab pour auteur, ce serait à 
merveille. Malheureusement elle est suspecte par sa Irans- 



CHAPITRE LXVIII. 8« 

t^.U^i J.AA*M l^.^.*A*M y'^ W^ spitXiij l^LàJU^ SyAAt J^l ç^ 
'ikKA^yi\^ iùtXÀ^Ji^ icx-M^Uii ^j-« UJ x^T^îj UJ! AjyUi! 

mission, et pour d'autres raisons; il faut la considérer comme 
une invention due aux romanciers. L'existence même d'Irem 
et son en)placement ont soulevé bien des discussions. Parmi 
les traditionnistes de la cour de Moàuiah les mieux rensei- 
gnés sur les choses de l'anliquilé , sur rhisloire des Arabes 
et d'autres peuples anciens, aucun n'a admis la fable d'Irem , 
à l'exception d'Obeïd, fds de Chariah, qui donna à Moâwiah 
des détails sur les temps primitifs et sur les événements et les 
faits généalogiques des anciens âges. L'ouvrage decetObeïd 
est entre les mains du public et parfaitement connu. Au sur- 
plus, un grand nombre de .^avants considèrent les relations 
de ce genre comme apocryphes et remplies de mensonges 
inventés à plaisir par des conteurs admis auprès des rois. 
Ceux-ci ont suggéré à leurs contemporains l'idée de les re- 
tenir et de les raconter à leur tour. Jl en est de ces recueils 
comme des ouvrages ([iii nous sont pai venus a|)rès avoir été 
traduits des texlesde la l'erse, de l'Inde ou de la Grèce. Nous 



90 LES PRAllUES D'OR. 

y-^^ xX^^ A^ v_ÂJi (-i>UMi \<yjs> fjyç\j^, jm\jJ!_^ <xjLi*jl l^i 

îLa— >|w»<3juI ci>v^ji Aj kXs.**» JJUo^ (^JC<i*4i ^i ^^ (^ ^6 

avons dit ce qu'il faut penser des compositions de cette na- 
ture. Tel est le livre intitulé Hézar efsanehoxx les Mille Contes, 
car c'est là le sens du mot efsaneh en persan. Ce livre est 
connu dans le public sous le nom de Mille et une nuits ; c'est 
l'histoire d'un roi, de son vizir, de sa fille et de son esclave, 
Chirazad et Dinazad. Tel est aussi le livre qui a pour titre 
Ferzeh o Simas, et qui renferme des détails sur les rois et les 
vizirs de Tlnde; le livre de Sindbad, et d'autres recueils du 
même genre. 

La mosquée de Damas élait, avant l'apparition du chris- 
tianisme, un vaste temple renfermant des images et des 
idoles; on en voyait jusque sur la coupole; il était consacré 
à Jupiter et à une planète favorable. Les chrétiens le con- 
vertirent en église; après la conquête musulmane, cette 
église fut changée en mosquée et réparée par Walid, lîls 
d'Abd el-Mélik. Les tours de l'église ancienne, conservées 
intartes, snni deveiuies des minarets où les muezzins arinoii- 



CHAPITRE LXVIII. 91 

yLsJi j<\Ià*jd^ î j^^^ ^^àUJ) j_:slj 4^La^ t^^ «X-:^r^^ (^-C 
<\— j)k^) (j^ (_>u (;^ A-fk-A-Is «XJLft «1.^1 ,,|.Â.«>o ikA.Mi J^ ^ 

cent la prière. On voit aussi, à Damas, une construction re- 
n)arquabie qu'on nomme el-Béris; elle est encore debout 
au centre de la ville. Autrefois cet édifice répandait du vin; 
il en est fait mention dans les poésies arabes en l'honneur 
des Gassanides émigrés du Mareb, et d'autres familles. Il y 
a dans la ville d'Antioche , à droite de la mosquée cathédrale , 
un édifice qu'on nomme dimas (crypte, catacombe); il est 
bâti en pierres adites, c'est-à-dire en blocs massifs. Tous 
les ans, dans certaines nuits d'été, la lune, en se levant, 
entre par une des portes situées au faîte. On prétend que le 
monument nonnné dimas était primitivement un temple 
du feu bâti par les Perses, quand ils possédaient An- 
tioche. 

L'astronome AbouMâchar, dans son livre intitulé Kitab-el- 
OidouJ {Li\ m des milliers), parle des temples et des grands 
monuments (jui ont été construits sur tout le globe, dans 
'iiiqnr période de inilli! ans. Sou rjèvi- Ihn *'l Ma/.iar ;t traité 



<J2 LES PRAIRIES D'OR, 

(J*.LàJI vji Uj t_>ui*ll iiAJ*X*« jUi*.!j *««a^ O^' 'i'^ «Xx*>tAJl 

(jbjl », *n fi^ çj^X-Mi^ <_j>lj«xJ! j*Xj ^^ t5<xJi J^l ^l A ,-^ tj 

le même sujet dans les extraits qu'il a publiés de l'ouvrage 
précédent. Enfin , d'autres auteurs qui écrivaient avant ou 
après ces deux savants ont décrit les édifices principaux et les 
merveilles du monde. Nous ne dirons rien ici de la grande 
muraille de Gog et Magog, dont la construction a fait 
naître autant de discussions que Irem aux piliers, dont nous 
parlions tout à l'heure. Nous ne parlerons pas non plus des 
pyramides d'Egypte ni des inscriptions qui y sont gravées, 
ni des berba construits dans le Sâïd et dans d'autres provinces 
de l'Egypte (voyez t. Il, p. li.02), ni de la ville de l'Aigle et 
des récits qui se rapportent à cette cité, située dans les Oasis, 
du côté de l'occident et de l'Abyssinie [ihid. p. 382). Nous 
ne parlerons ni de la colonne du pays de Ad, du sommet 
de laquelle l'eau jaillissait pendant une saison de l'année, 
ni des fourmis qui sont grosses comme des loups ou des 
chiens, ni du pays de l'or, situé derrière Sidjilmaçah, dans 
le Magieb. C'est dans cette contrée, de l'autre côté d'un 
grand fleuve, que vitune peuplade qui trafiquesans se mon- 



CHAPITRE LXVIII. 93 

fc^d>JJi_j cLa-L! ^j^ s^Ij)^' .^M /ji^ t-vii JJI tl)^j^ ^ifibi^ 
jL^vJl tl-*.^ W*^^ iCwl-fc^jâ:; ^^j S^j"*-^' (j^^ J^'ft**^ ijv^^ 

■*! — ii |j-«iî_j j^.Lb-c ^^J> _5>-£ûj w-j-aJ î I jv.^ J^-=*Lw <jS iùoUiiî 

trer ni communiquer avec les marchands étrangers. Ceux- 
ci déposent leurs marchandises et se retirent; le lendemain , 
ils trouvent, à côté de chaque colis, une certaine quantité 
d'or. S'ils acceptent le marché, ils prennent l'or et laissent 
leur pacotille; dans le cas contraire, ils l'emportent sans tou- 
cher à l'or; pour faire entendre qu'ils veulent un prix plus 
élevé, ils laissent à la fois l'or et la marchandise. Ce genre 
d'échange est bien connu dans le Magreb, à Sidjilmaçah; 
c'est de cette ville que sont expédiées les marchandises qu'on 
dépose sur les bords du grand et large fleuve près duquel 
vit cette peuplade. Il y a dans la région la plus éloignée du 
Khoraçân, aux limites du pays habité par les Turcs, une 
nation qui emploie un pareil mode de trafic; comme dans 
le Magreb, ce peuple évite de parier et tie se; montrer, et vit 
sur les bords d'un fleuve immense. Passons également sous 
silence l'histoire du « puits comblé et du rliàteau fortifié » 
(Koran, .\xii, kk], dans la province de Chihr qui fait partie 
des y4/jfca/ (monticules de sable), enlie le Yémen et le Ha- 



9Zi LES PRAIRIES D'OR. 

li>^K-ftl ^J~* LkiuUij ^àJ^^ l^Uajl^ (i,j^ ij^ l^i U^ _^l\^ 

\.■KJi^\^ y^j»^l ^\jX\ My ^^^' li^^ J^.}^ i (j-W *i^* ^^ 

ii.A-«5; ii_iL)«X^ jL^-i.l_5 L*^_5 J^ a.xXxS' fjya.Â^ ^i^otîî 

jLa-s^I i^ »ij)56 U t-^***>j»- t^ »iJ>Ji> t^« ^^J3 *"(^-*j>j (jy!Î> 
ii_JLj<X^ j-A-à-^ Q;v^J«XJ^i i.^AJ ^^Jl ÀXA**Jî c:>_j^l jUi^l 

dramaut. Ce puits est percé (à ses deux extrémités) d'orifices 
qui communiquent avec les villages et les champs voisins. 
On a donné différentes explications du verset où il est parlé 
du puits et du château ; mais ou ne sait s'il s'agit de ceux dont 
nous parlons, ou d'autres. Nous ne dirons rien des mikhlaf 
du Yémen , c'est-à-dire de ses citadelles et de ses forts, comme 
la citadelle de l'Abeille, .etc. Nous laisserons de côté l'histoire 
et la description de Rome, de ses monuments célèbres, de 
ses églises, et ce que l'on rapporte de la colonne surmontée 
d'une figure de bronze représentant une espèce de grive. A 
l'époque de la récolte des olives en Syrie et ailleurs, on 
porte devant cette colonne des olives et des grives suspen- 
dues par le bec et les serres, et on les jette devant l'oiseau 
de bronze; le but de cette cérémonie est d'augmenter la ré- 
colte des olives et de l'huile à Rome. Nous en avons déjà 
parlé dans nos Annales historiques, en nous occupant des 
talismans, d'après Relinous (Apollonius de Tyane) et d'au- 
tres autours. Il a été question, dans le même ouvrage, des 



CHAPITKE LXVIII. <,)5 

^-i^ ^j~* jjW Uj j*J»>Oii! Jj^U^ (J^\ ^\mj}\ aa3^ ^JUaJl 
j^-*\ ij^ ij^ U ^ L4-A-Ji J_y*s>yi ^*X*J3 l^ iaJl*Ji J^jAil 

Lg-A-j 4X^_4.]| JyLojUà-i (j^ yl^ Uj Jsj^JI j^liU cjl^i 
àj^^^ cic ^Ji pL;^:i\! »*x^il J^Liç4Jl ^j^ jv^^i :>:5,y.^ 

J-^s^J .Xa^JI ^jojL (jUjyil /»->*XJj jj '•^jt^li» -«XJuit 5j<XJi 
.XÀ^I J^^ iOsjÛ^ 4i;j:>i^L, o_j^*it -yJ<^\ S.ÀS. Jàxi\ 4KA4JI 

sept édinces de l'Espagne, de la ville de cuivre et do la 
coupole de plonih qui se trouvent sur les frontières de ce 
pays; nous avons raconté les aventures de ses anciens rois, 
les obstacles qui défendaient l'accès de cette ville, comment 
elle fut envahie par le général d'Abd el-Mélik ben Mervvân, 
comment plusieurs musulmans furent précipités du haut 
des murs, en montant à l'assaut, et comment, d'après leur 
propre récit, ils goûtèrent ensuite les délices de ce monde 
et de l'autre. Nous avons mentionné une autre ville entourée 
de remparts de cuivre, et située près de la mer d'Abyssinie, 
sur la limite des déserts de l'Inde; nous avons parlé des 
aventures des rois de l'Inde dans ce pays, où il leur était 
impossible de pénétrer; enfin , des eaux qui sortent de la val- 
lée (les sables et se dirigent vers cette ville. Nous avons décrit 
les temples de l'Inde consacrés aux idoles qui ont la forme 
du hfidrah (sans doute le pradjapati) , c'est-à-dire du germe 
<[ui parut dans l'Inde à l'origine des temps; le grand temple 
nommé Aladra (Ellora?) où les Indiens se rendent en pèle- 



96 LES PRAIRIES D'OR. 

(j^ (jv-k«Uj__5 :>!$X.AJ ^-*<* *^ yj Js.^ ^yiAji.^ *KÀ*i>*,j| ^jbji (J-. 

yU A-il ^jw« fj..y>^ (jw« A^ U &ji*Xj_5 a1U=>-^ AAAÀji_5 ^^^•i' 

rinage des régions les plus éloignées. Ce temple a une ville 
entière à titre de fondation pieuse, et il est entouré de mille 
cellules où vivent les dévots qui se consacrent à l'adoration 
particulière de cette idole. Nous avons cité le temple élevé en 
l'honneur d'une autre idole dans le Moultân , sur les bords de 
l'Indus (Mehrân) qui arrose leSind; le Sindân-Kesra (prison 
du Cosroës) à Karmasîji, ville du district de Dinawer, dans 
le Mah el-Koufah (c'est le Tak-é-Bostân , près de Kirman- 
chah). Enfin nous avons recueilli une foule de détails sur 
les particularités de chaque contrée, ses monuments, ses 
montagnes, ses animaux, etc. dans nos ouvrages précédents. 
On y trouvera aussi des notions sur les productions particu- 
lières à chaque pays soit musulman, soit étranger; sur le 
costume et les mœurs propres à chaque peuple; sur les ali- 
ments et les boissons dont il fait usage et les qualités qui le 
distinguent des autres peuples; sur les curiosités des villes, 
la description des mers et la discussion relative aux lieux 
où leurs eaux se mêlent et se confondent; sur les monstres 



CHAPITHE LXVllI. 97 

JJi Jot.> JOi 4X51 yl^ pjj^Jl^^ (^^Uitf*î_j pj^AjiJl ^bb;^ 

J^^b j-î?>-*j' -JulX^J i ^-i^-î ^ ..^>-w*.=.- (^ Ijy^U»- l^yÀAj 

CJ-* i>-rS— « (^ ^W^Jî i_^j*\_) CJ).J»j |*^AjiJi w.^j SyXs»- (^*xJI 
^*^" ^^^ l-4-Ai^ jU^ iWJàfi S^kÀi l^Aifi -j^-UJt iiAj*X^ 

([u'ellos recèlent, et les substances précieuses que chaque mer 
possède exclusivement, comme le corail qui ne se trouve que 
dans la mer occidentale, et la perle dans la mer d'Ahys- 
sinie. 

Un certain roi avait entrepris de creuser un canal entre 
la mer de Kolzoum (mer Rouge) et la mer de Roum (Médi- 
terranée); niais le niveau de la première étant plus élevé 
que celui de la mer de Roum, .il dut abandonner ce projet. 
C'est Dieu lui-même qui a placé cette barrière entre les 
deux mers, ainsi qu'il nous l'apprend dans son saint livre. 
(Koran ,xxv, 55; xxii, loi.) La prise d'eau, du coté de la mer 
de Kolzoum, se nomme Dounh et-Timsah, à un mille de la 
ville de Kolzoum (ancien Clisma) : c'est là que se trouve 
un grand pont que traversent les pèlerins de l'Kgypte. Le 
canai, partant de la mer de Kolzoum, se dirigeait sur un 
point de la province de Misr, nommé clllameh, terriloiic 
afferme aujourd'hui (en :\^o. de rin'gire) à Mohammed, fils 
d'Ali cl \lad<'ràiii. I.;i joiiclion des deux mers avant etc kuoii 



98 LES PRAIRIES D'OR. 

w^^ls iiAAisij J^L ^-^^i ^♦^ Oj^Jj ^^^-^^^J i^W^^^ (J'^ÀJ 
JowiKj u-o|^! c:^1^3 ii^l^iî i)"^ y^J S*a3] (^£*- (jlxÂxÀj 



tiue impossible, le roi fit creuser un autre canal sur la côte 
de la nier de Roum , vers le district de Tinnis , Damiette et le 
lac. Ce canal , nommé Zabar et el-Khabïeh, était alimenté par 
la mer et le lac de Tinnis; il se prolongeait parNânaân jus- 
(|u'au territoire d'el-FIameh. Près de ce village se rencon 
traient les navires venus de la mer de Roum et ceux qui de 
la mer de Kolzoum remontaient par le canal de Dounb 
et-Timsah ; c'est là qu'avaient lieu les transactions commer- 
ciales, et la distance entre l'une et l'autre mer était ainsi 
notablement diminuée. Dans le cours des siècles, les sables 
|)oussés par le vent du désert et d'autres causes encore dé- 
truisirent ces travaux. Plus tard, Haroun er-Récbid lenla la 
jonction des deux mers, en établissant une prise d'eau sur 
le cours supérieur du Nil, vers l'Abyssinie et la limite méri- 
dionale du Sàïd. Ne pouvant réussir à partager les eaux du 
Nil, il résolut d'unir une mer à l'autre, en faisant dévier le 



CHAPITKK LXVIII. 99 

A_il j-^a^ yi<' (jva>- ^V'^-îi (^ ji^î (j^ S^ 'S.ï^ viiii (^ 

(j~Jj-^-îl (^^^^ (j>jj-i^jb)j <îujj; tjllail (^j-J io>A^^ 

iU*ii ^A*3 iiXxii t^^A^i^^ ^^^i)l a;U*J IxAis ioiJl-Jl d)yat 

Nil du côté de Farama (Péluse) et du pays de Tinnis. Mais 
Yahia, fils de Khaled, lui représenta que les Grecs vien- 
draient capturer les pèlerins pendant leurs processions 
rituelles autour de la kaabah, En effet, une fois maîtres du 
passage entre la mer de Roum et la mer du Hédjaz, ils 
tomberaient sur Djeddah et feraient des prisonniers jusque 
sur le territoire sacré, à la Mecque et à Médine. Réchid 
renonça donc à ses projets. On raconte que Anir, lils d'el- 
Assi , avait conçu la même entreprise , lors(|u'il se Irouvaiteu 
Egypte, mais qu'Omar (ils d'el-KhaHal) l'en détourna par 
de sendilables raisons, c'est-à-dire en lui faisant craindre 
une invasion des Grecs. Ceci se passait au moment de la 
conquête de l'Egypte par Amr, sous le kbalifc Omar. Les 
traces des travaux de canalisation entre les deux mers sont 
encore visibles sur les points que nous avons nommés;elles 
attestent les efforts tentés, pai- les rois fie l'antiquité, pour 
auguienter la civilisation et la prospérité du pays et amélio- 



100 LES l'l\AIRIES D'OFV 

tjî^AoAÎ (^-s^-*' ^ij ^î^l Ci_y^>o^ jtiUIl Vi>>*^ cj^ 

rer le sort des habitants , en facilitant rechange des denrées 
et de tout ce qui développe la richesse et l'aisance générales. 
Dieu favorise les bonnes entreprises. 

CHAPITRE LXIX. 

RÉSUMÉ DE CHRONOLOGIE UNIVERSELLE DEPUIS LE COMMENCEMENT 
DU MONDE JUSQU'À LA NAISSANCE DE NOTRE PROPHIÎTE', ET AU- 
TRES DÉTAILS SUR CE SUJET. 

Nous avons exposé dans nos ouvrages précédents les di- 
vers systèmes relatifs à l'origine du monde, selon qu'on l'a 
considéré comme créé ou comme incréé; nous avons n)ontré 
quelles routes différentes ont suivies, dans l'étude de ce 
problème, les écoles de l'Inde, de la Grèce et, plus tard, les 
astronomes et les physiciens qui ont adopté l'opinion de ces 
écoles sur l'éternité du monde. La thèse soutenue par les 
astronomes est celle-ci : Le principe créateur, celui qui forme 



CHAPITRE LXIX. 101 

ii a5(Cm;Î 4_>j)^-0_5 Sjj-^î'J XoU^Î_5 XJLjLa^^s ^t)\ »o «^i*Xj 

iXi *L-Uii)i :>y-^i \.^_:>^s='yj ^J^ y! JJJÎ *-va-*JI^ iiKx!l c>Jl< 

<.^j^ S^à^'ss. *jt.xxlaii yil l^>>aiwi_5 ^jUiaJî ci>\^^j.j^ J.Aij 
c:*i i^:>._y!Ll j5 Lwj cijUàJI^ {J^y*r^ ^^j-^^ c:*Ja.Xxifclj U6j*Xj »j 

la matière et lui donne la vie, n'est autre que le moteur 
universel, lorsqu'il accomplit sa révolution et revient à son 
point de départ; puis, dans une seconde révolution sem- 
blable à la première, il produit une nouvelle création , dont 
les êtres sont identiques de formes et d'attributs à ceux de 
la première création. En elTet , le principe créateur et la 
cause efficiente, sources de toute existence, restant, durant 
leur période de retour, tels qu'ils étaient en commençant 
leur révolution, il s'ensuit que la nature doit conserver ses 
forces créatrices jusqu'à ce qu'elle soit ramenée à son ori- 
gine, c'est-à-dire à son point de départ. A cette thèse suc- 
cède celle des physiciens, l^a nature entière, disent ces 
derniers, la matière, comme les êtres immatériels, doivent 
leur existence au mouvement et à la fusion des éléments. 
Dès l'origine des choses, une grande commotion, une fu- 
sion universelle ont formé les animaux, les plantes et tout 
ce qui existe en ce monde et, en n)éme temps, ont déposé en 
eux un principe reproducteui-, com[)('usant ainsi, par celte 
l'rxcullé (l(; reproduf lion , ranéanlissfmeiil au(|uel chaciue 



102 LES PRAIRIES D'OR. 

Jl j-*jpî i ^^^ (j**<\iJi y! dUij -«^1^5 c:*.^' X)^ ^4)^^ 

^jW LJ^ LàL^-îsf^Jl (j^ji^^IàJi i ^j-«Ul <xi»-L>^ c:>LuJ! ^U**! 
;j^ s^jj ^'**^.^ -«^U^Jî i !*Xj «Xi t^*xJî J^^l JliiL Ijjûlli 

individu est condamné. Les élémenls passent de l'état com- 
posé à l'élat simple , et de l'état simple à l'élat composé. 
Lorsque les corps organiques ont épuisé la force qui était 
en eux, la nature retourne à l'état simple et une nouvelle 
création se manifeste, suivant cetle loi constante. Car le 
principe créateur restant immuable, il faut que le monde 
émanant de ce principe présente les mêmes caractères 
d'immutabilité. On cite comme exemple de cotte loi la ger- 
mination des plantes et le mouvement latent de la sève au 
printemps. C'est dans cette saison que le soleil atteint la 
tête du Bélier et commence à s'élever, à travers l'espace, 
vers le zénith. Le soleil devenant le foyer d'oii jaillit la vie 
des végétaux, le fruit renaît et apparaît sur l'arbre, exacte- 
ment tel qu'il était lors de sa première formation, lorsque 
l'hiver survint avec sa sécheresse et ses frimas. En ellel, 
la chaleur et l'humidité étant les principes de la germina- 
tion , le froid et la sécheresse étant, au contraire, les prin 
cipes de la destruction , lorsque la nature |)asse île l'élément 



CHAPITRE LXIX. 103 

oliiViL^l^' iCïjjU^ JULnJl o!$X,AiwL Ki^'À'^ S^^\ IgAOJtj c>»i^^ 
a:>_^s>-j-ll -plA-Ci^î yî «»^^y> jja^sJvJi ivyiaï^y Ajix yl»i^ *»XJiJl* 

chaud el humide à l'élément froid et sec, le développement 
de la vie s'arrête pour faire place au principe de destruc- 
tion. Dès que celui-ci a épuisé sa force destructive et at^ 
teint ses dernières limites, l'élément créateur reparaît au 
jnoment où le soleil entre dans le Bélier; alors la nature 
renaît telle qu'elle était d'abord, et passe d'un anéantisse- 
ment momentané à l'expansion d'une vie nouvelle. Si les 
sens pouvaient pénétrer le mysière de l'organisation el des 
transformations successives des corps, ils les verraient ac- 
complissant, dans le cycle des âges, la révolution (jui les ra- 
mène à leur origine, et revêtant, dans leur marche à travers 
le temps, des formes tantôt identiques, tantôt op[)Osées et 
dissemblables, selon la diversité des causes créatrices. 

On le voit, le système de celte école lend à établir et à 
démontrer l'éternilé du monde. Mais un examen sérieux 
|)rouve que tous les êtres créés sont soumis à celle alter- 
native : ou ils ont un commencemerit cl une lin, ou ils 
sont incréés el clernels. .S'ils n'ont ni connneuccmenl ni lin. 



104 LES PRAIRIES D'OR. 

(jl «--v->^ _5-J^ »X..»«.lj Jl.;^3 J-is^ dLîij iCjli ^_5 («XajÎ l^J 

il est évident que les molécules qui les composent sont in- 
destructibles, et que le temps ne peut ni les anéantir, ni 
les désagréger. Or nous voyons les dilTérentes parties qui 
constituent un corps soumises à une loi constante qui les lait 
naître et mourir. Chaque jour, la nature nous présente de 
nouvelles créations; des êtres qui n'existaient pas hier vien- 
nent remplacer ceux qui avaient été formés précédemment. 
Nous sommes donc forcé de conclure que la matière est. 
bornée, qu'elle est, sous toutes ses formes, enfermée dans 
de certaines limites, et condamnée à naître, puis à périr. 
Nous devons par conséquent rejeter l'opinion de ceux qui 
n'admettent pour le monde ni commencement, ni fin, ni 
limites, et considérer leurs théories comme vaines, impos- 
sibles et vicieuses. D'ailleurs, si la matière était incréée et 
éternelle, il faudrait admettre que chaque être reste im- 
muable dans sa sphère, et à l'aliri de tout déplacement; il 
n'y aurail alors dans ce monde ni cliangeîiienls ni cou 
trasles, ce ([ui est absmde. Kniin , si l'on acceplail l'iiypotlièse 



CHAPITRE LXIX 105 

<iytX-^ (j-t l^ Jo ^ /jij ^ /^i ^xj l^Jî iii'*X^ ^Ly^ii^î 

«^♦Là^aJu liya^ (ji JyixJi j>^j «Li>UASi Ajii /jjtjM\*j' ii ^j_. 

tkjjlji v-*.oj^ ^L»Jî ic'j b j..*ac»- i^ -I^A^i (ji jiiî j=>-^à 

(le la matière élernclJe, les mots Iiier, aajoarcVhm, demain, 
n'auraient plus de sens, puisqu'ils désignent des espaces de 
temps bornés, et supposent la distinction entre le moment 
qui n'est pas encore et celui ([ui est actuellement. Il faut 
donc conclure de ces transformations successives que la 
matière est créée. Les preuves de cette vérité sont fournies 
par le témoignage des sens, ella logique les impose à larai- 
son. La conséquence qui endécouli; iiaturellement, c'est que 
le monde n'a pu être tiré du néant et créé que par un être 
qui en dilfère j)ar son essence et sa forme; car la raison ne 
reconnaît qu'une chose est égale à une autre que si elle trouve 
ces deux choses égales en étendue, en poids, en Ibrme et 
en ligure. Mais la substance divine de l'être tout-puissant 
et glorieux ne peut être délinie par le langage; ses (|ualités 
ne peuvent cire ni limitées par la raison ni même indiquées 
par des signes sensibles, cl sa sn!)stan(e est sans bornes el 
sans lin. 

l'assons mainlcnanl au lo^umc (l<; la chronologie univer- 



106 LES PRAIRIES D'OR. 

«^ivij ^j^ (j! (j*.fc.^^l t;ivSj_5 cyliii)^ j3w*iJi (j-« UaA^Oo î^Xj 

selle et à l'opinion adoptée par différents peuples sur cette 
question; car si nous avons démontré que le monde avait 
été créé, c'est que l'examen de la thèse contraire nous a 
entraîné dans cette discussion. On a vu dans un des chapi- 
tres précédents ce que pensent les philosophes indiens de 
l'âge du monde (t. I", p'. i5i). Les Juifs, suivant la donnée 
de leur livre saint, prétendent que le monde existe depuis 
six mille ans, et cette croyance a été adoptée par les Chré- 
tiens. Parmi les Sabéens, les Harranites et les Rimarites 
professent une doctrine dont nous avons parlé déjà, en 
citant sommairement l'opinion des Grecs. Les Mages re- 
culent l'origine du monde jusqu'à une limite inconnue; 
leur théorie repose sur l'extension de la puissance et des 
stratagèmes qu'ils attribuent à Hermend (Ahrinian), c'est- 
à-dire au démon. Cependant quelques Mages, acceptant le 
système des dualistes sur le mélange et la dclivrancc, préten- 
dent que le monde, en revenant à son point de départ, sera 



CHAPITRE LXIX. 107 

(j>^ (iUJo iJi-À-w ^j^JÙ*»»^ ^J^i 'J^îUvA»-!?' ilj.:^Ut <JI i.AAi:>)J 
<\.jLaw ^i\^^ iLit-Mê iji^\ <\a.m /q>xAa9 ^àjI ii>> (ii r*^) ^%-M^ 

délivré de tous les maux , de toutes les calamités qui Tacca- 
blent. Les Mages comptent entre leur prophète Zoroastre, 
liJs d'Espimàn, et Alexandre, une période de deux cent cin- 
quante-huit ans; entre Alexandre, qu'ils font régner six ans, 
et ravéneuient d'Ardéchir, cinq cent dix-sept ans; enfin, 
entre Ardéchir et Thégire, cinq cent soixante-quatre ans. Do 
la chute d'Adam à Thégire, on compte six mille cent vingt- 
six années ainsi réparties: de la chute d'Adam au déluge, 
deux mille deux cent cinquante-six ans; du déluge à la nais- 
sance d'Abraham V ami de Dieu, mille soixanlc et dix-neuf 
ans; de la naissance d'Abraham à la venue de Moïse, fils 
d'Anuàn, c'est-à-dire jusqu'à l'époque où Moïse, alors âgé 
de (juatreviiigts ans, sortit de If^gyple avec les Israéliles et 
les conduisit dans le déserl , cincj cent soixante-cin(| ans; 
«le la sortie d'Mgvplc à la (pialricme année du règne de Sa • 
l«>mon , (ils de i)a\i(l, dale de la foudalion du lemplc de 



108 LES PRAIRIES D'OR. 

(JI ^j*.Joiii owAj *Uj (J-.J iiÀAw (jj^i^jj os.^^ 'JS»l<\A« (j«.*XJiil 

♦^-Jj— « (j-«j iiÂAw y^jXiwjj XMfcj^ <xÀ.w iioL«vAj '«^S'mJII «x!L-« ^^5 
(j^.A^_j ^^*Xs«.|j iCÀAw ioUwJ^ ^xAa=> ^ÀJÎ *XJj,^ Jî f!i-^**X^ 

AÀ.iw fj^»A**,'J^ f v^ l? «XJV-fiW-^ *^Aas (^aJ) ^>^^ ;*?S'**'*5 iÙ^JtA^ 

<j! -ii is^A-^ t^ icjl_x_]! '^:^ f-iV-^ Jj-A-!5 5*k_;ii J^x.* 

(^*X-=*-lj iïjWljf} iiÂAw ci^^î -i^^^jl /o.xXa» W-V cUxa^ JÎ / v^i^i 

Jérusalem, six cent trente-six ans; de la fondation du tem- 
ple au règne d'Alexandre, sept cent dix-sept ans; du règne 
d'Alexandre à la naissance du Messie, trois cent soixante- 
neuf ans; de la naissarrce du Messie à celle du Prophète, 
cinq cent vingt et un ans. Ou bien , entre le jour où le Mes- 
sie âgé de trente-trois ans fut enlevé au ciel et la mort du 
Prophète, cinq cent quarante-six ans; entre la prédication 
du Messie et l'iiégire, cinq cent (piatre-vingt-quatorze ans. 
Le Prophète niourut l'an neuf cent trente-cinq de l'ère des 
Séleucides (Dou'l-Karneïn). Entre David et Mahomet, on 
compte dix-sept cent deux ans, six mois et dix jours; entre 
Abraham et Mahoniet, deux mille sept cent vingt ans, six 
mois et dix jours. D'après le calcul ([ui précède, depuis la 
chute d'Adam juscpi'à la mission du Prophète, il s'est écoulé 
qualrc mille huit cent onze ans, six n)ois et dix jours. Le 



CHAPITRE LXIX. 100 

Jt- (j^^ aSLl»^ ^Ijtîl *Jv i ajULmJI i^ji^iaJl ij^^j^ <iî^ 

chiffre total clos années comprises entre la chute d'Adam et 
la présente année 332, date de l'établissement du khalife 
Mottaki-Billah à Rikkah, dans le Diar-Modar, s'élève à cinq 
mille cent cinquante-six. 

Nous avons déjà donné un aperçu de chronologie dans 
quelques-uns dos chapitres précédents, et nous n'y revien- 
drons pas. Il serait oiseux de rapporter ici les contes débités 
par les Mages sur la chronologie, sur le retour de la domi- 
nation universelle entre leurs mains et chez d'autres peuples 
qui n'existent plus, sur l'origine et la lin du monde, sur 
lacroyancede ceux d'entre eux qui admettent que lemonde 
n'a ni commencement ni fin, cl de ceux qui prélendenl que 
le monde a eu un conmiencemenl, mais qu'il n'aura point 
de fin. Les détails que nous avons donnés dans nos autres 
livres nous dispensent de revenir sur ce sujet, car nous 
nous sommes l'ait une loi de rester concis el bref, en ren- 
voyant pour l(,'s développements à nos ouvrages précédents. 



110 LES PUAIRIES D'OR. 

(jOJ^Ji cijUrï-^^j JyixJ! ci^ljuâi ctyta.^ 3^ Ajii\ AxXfr fi-:^>^ 

j.Jji «X-jJ^ Jy»r> ti^ ^i^ ^ijW O'^' »JtJ<Mt UjjJJj^ *^^_>:> 

Les partisans de l'examen et de la recherche scientifiques, 
parmi les Musulmans , disent qu'on arrive, par voie d'induc- 
tion , à la preuve que le monde a eu un commencement, qu'il 
a été tiré du néant et formé par le créateur, le Dieu tout- 
puissant qui l'a créé de rien et le fera rentrer dans le néant 
lorsqu'il lui plaira; car c'est par là que seront confirmées 
les promesses et les menaces de ce Dieu véridique dans ses 
promesses et ses menaces et immuable dans ses paroles. 
L'origine du monde (ajoutent-ils) remonte à Adani ; mais il 
est impossible d'en déterminer ni d'en évaluer Vk^e. On 
a beaucoup discuté sur l'origine du monde; mais le livre 
saint ne fournit aucune donnée de calcul, aucune lumière 
sur le nombre des siècles écoulés. C'est une question in- 
terdite aux recherches de l'esprit humain , en dehors du rai- 
sonnement , des déductions de l'examen et du témoignage 
des sens, aussi loin qu'ils sondent la nature. De quel droit 
donnerait-on au monde sept mille ans d'âge, lorsque Dieu, 
parlant des nations et des peuples qui ont cessé d'être, dit : 



CHAPITRE LXIX. 111 

\it)pi^ y«^Jl 4>L^I_^ '"^>^i ^^-*i ^^-frî' ''^-•-«^ CJ-«J JU>^î 

*(^viJI i i)i jJsSiTi Jyù ^ SjSi) JUj 4MÎ^ l^i^» »iUi (Ç^ 

i^jjji..^) (jirjiJi (jt^ c:j^Là_a-« Xi-o^ ^-*-»-*J t5«^5 (j5 U^ U 

« (Nous avons anéanti) Ad, Témoud, les habitants d'er-Rass 
et les nombreuses générations qui ont vécu dans cet espace 
de temps?" (Koran, xxv, lio.) Évidemment Dieu n'a pu 
employer le mot nombreuses que pour désigner un nombre 
considérable. Le Koran nous révèle la création du premier 
homme, son histoire, celle des prophètes qui sont venus 
après lui , les circonstances de la création , etc. mais il ne 
nous donne sur la date et la durée de ces événements au- 
cun éclaircissement sur lequel nous puissions établir notre 
certitude, comme nous l'établissons sur les autres faits ré 
vélés.Nous savons d'ailleurs (ju'un espace de lemps immense 
nous sépare de celte époque et que, dans cet intervalle, un 
grand nombre de villes, de rois, de laits merveilleux ont 
surgi dans le monde. Mais ne cberchons pas à déterminer 
ce que Dieu a laissé dans le vague, et rejetons les légendes 
juives puisque le Koran dit : « ils déplacent les mots dans 
les Ecritures " {Ib. iv, 48) , et « ils déguisent à dessein la vé 
rilé» (il, i/|i). Enlin ils nient les pi()j)hélics et repoussent 
les signes les plus certains de l'intervention ilivine, en n'ad- 



112 LES PRAIRIES D'OR. 

J^^ys. 4Wi^ c:jU5Xj»JIj J^i)*xJlj c:>îj-tf>l^l (jvJûl^î ^j^ 
Jls /O-^jJ f^*-^ f^^** CJ^ ^jli'U ^:^i (J-. dlUl UjjJs? 

Jjjj iftJÎ rf A-*J»U (J-» /O.^ i£,yi uK^* *i^ <i' <<■ '^S\S. y*OykS ^, ^ 

^^-<_jj tXx^ (J) <.-»-«*Àj (jS )~*'j y^UnfcÀji c->4>s3 /eJ(X<o ^^ywt 

ruetlant ni les miracles opérés par Jésus, fils de Marie, ni 
les preuves éclatantes, les arguments et les démonstrations 
fournies par notre Prophète. Dieu a fait périr certains peu- 
ples pour les punir de leurs crimes et de leur infidélité; 
c'est ce qu'il nous apprend par ces paroles : « Le jour iné- 
vitable! Qu'est-ce que le jour inévitable? Qui te fera com- 
prendre ce que c'est que le jour inévitable [el-hakkah]? 
Témoud et Ad traitèrent de mensonge ce jour de terreur 
(le jugement dernier); Témoud a été détruit par un cri 
terrible, Ad a été détruit par un ouragan impétueux, etc. « 
jusqu'au verset : « Aurais-tu trouvé parmi eux un seul homme 
sain et sauf? » (Koran , lxix, 1 -8.) « Les généalogistes sont des 
imposteurs, >■ a dit le Prophète; et il a autorisé les recherches 
généalogiques jusqu'à Maadd seulement, avec défense de les 
pousser plus loin, sachant conibien de siècles, combien de 
nations avaient précédé l'époque de Maadd. Si l'homme n'a- 
vait un faible pour le merveilleux et une prédilection mar- 
quée pour le surnaturel , si les traditions les plus éloignées de 
ia vérité u'oxercaicnlsurlui uncatlractionirrésistible, il nous 



CHAPITRE [,\IX. 113 

»X_i_5 oj— i^ tX tj-* iLw«^X.-t«*Jl <^ ^jUi ^XAnill aJUjCs»-_» i^A^Ji 
c_>îà^l ^j-. cjU Jo_j t»^*^' CJ-* (J* «-'^ (J-* V^' i jvit» j [ijSi> 
LxJ.jL:s:^\^j\*n ï -^^Ij il^Xr^^i ^a^^j iiSUaJl c^w^^^ ^^ 

j^vi C ci)^— Li!_5 J^LÀ-Lbi f.U_5 30'ls^_5 ^*^r^^ -Jk-ijcvo^ »jjj^_5 

sérail lacile de donner sur les peuples et les rois de l'antiquité 
(les détails que nous omettons à dessein. Mais nous n'avons 
accueilli dans cet ouvrage que des sujets d'un accès facile, et 
nous en avons présenté la simple esquisse, non le détail et 
le commentaire, en renvoyant le lecteur pour les dévelop- 
pements à nos ouvrages d'une date plus ancienne. Dieu 
préserve de tout péril ceux dont il connaît les intentions 
pures et les projets sincères. Dans le présent livre, nous 
avons passé en revue, d'une manière concise et succincte 
et dans la mesure de nos forces, toutes les branches des 
sciences et toutes les connaissances littéraires; le résumé 
que nous en avons présenté est sulFisanl pour éclairer le 
lecteur et tenir sa curiosité éveillée. 

Maintenant ([ue nous avons épuisé l'examen rapide des 
connaissances liuinaines, de manière à satisfaire le com- 
mençant el l'érutlil, nous allons j)asser à la généalogie du 
l^rophèle , raconter sa naissance, sa niission , sa fuite el sa 
mort; puis étudier l'hisldire des khalifes el des rois, siècle 
n. 8 



114 LES PRAIRIES D'OR. 

t-jfcÀJ \MiX)^ j-f^^ V • '*^-^3 W'^^iV^'^ W^'^^ ^-'^^^iii lib^iCi 

t-jl„, A Ji i*>.^ g-J (3-_i l-tf J-Ji 

par siècle, jusqu'à nos jours. Nous éviterons les détails, pour 
ne nous occuper que de l'ensemble, dans la crainte de fa- 
tiguer l'attention par un récit trop prolixe. Car un sage 
écrivain ne s'embarrasse pas d'une œuvre qui dépasse ses 
forces et ne s'engage pas dans une entreprise pour laquelle 
il n'est point préparé. La rédaction d'un livre doit être ap- 
propriée au sujet, abondante si les faits abondent, sobre 
pour un résumé. Ces courtes explications sur un sujet aussi 
vaste suffiront ici pour en faire comprendre les données gé- 
nérales. La protection vient de Dieu! 

CHAPITRE LXX. 

NAISSANCE DU PROPHETE; SA GENEALOGIE ET TOUT CE QUI 
SE RAPPORTE À CE SUJET. 

Nous avons, dans nos ouvrages précédents, recueilli les 
plus anciens souvenirs historiques sur la création du monde; 



CHAPITRE LXX. 115 

^jUJi j-«!_^>_j ^^5_5 ^J! ^jU^^ JjAil_j *Ua3^; jUi^t_5 

ùsJy^ CJ- (j^ ^J k-^J^Ji_J p^y^ Jij4^^ WaJ'^ fJ>yb U*;;^ 



(J' 



nous avons parlé des prophètes, des rois, des merveilles de 
la terre et de la mer. Nous avons présenté le résumé des 
chroniques relatives aux Perses, aux peuples de Roum, et 
aux Coptes; le système du calendrier roumi et copte; le 
récit des événements survenus entre la naissance du Pro- 
phète et sa mission; enfin le norii de ceux qui ont cru au 
Prophète avant (ju'il prêchât la vraie lelif^ion. Dans le pré- 
sent ouvrage, nous avons parlé des personnages qui ont 
vécu dans l'ère cV intervalle, c'est-à-dire entre le Messie et Ma- 
homet. Nous allons, dans ce chapitre, raconter la naissance 
de ce prophète pur et sans tache, de cet apôtre glorieux et 
brillant qui a couvert le monde de l'étendard de sa prophé- 
tie, et dont la sainte mission, attestée par une succession 
non interrompue de preuves, a été annoncée aussi par les 
témoignages les plus anth('nli(|U('s. 

Voici sa généalogie : Mohammed, lils d'Abd Allah, his 
d'Abd el-Mottalih, fils do llachem, lils d'Ahd Menai', fils de 
Koçayi, lils de Kilab, lils de VIonrrah, lils de kaah, fils de 
Lowavi, lils de (ialib, lils de Fihr, lils do Malik, fils de 
Nadr, fils de kinanah, fils de kho/aïmah, fils de Vloudri- 

8. 



IIG LES PRAIRIES D'OR. 

jj] jjû^ ^_^b Q.J (j"î^^' cKA=»" c^v^^î (j-^ J^*U>«i (j^ c>^l> 

(^ ^y.iwi ^J^ ;^y*^ (^J ^l (^>J ^_^ yo pUv ^ iX^i^^i 

«Xjt-x» (^ jij^j (j-« 4_A.<»*ÀJi i ^Uvw^î kxkiJ^ ^^-*3î^ i>^l 

. ■« 

kah, fils d'Elyas, fils de Modar, fils de Nizar, fils de Maadd, 
fils d'Adnân, fils d'Adad, fils de Nakhour, fils de Soud(?), 
fils de Yârob, fils de Yachdjob, fils de Tabit, fils d'Ismâïl, 
fils d'Abraham l'ami de Dieu , fils de Tareh lequel est nommé 
aussi Azèr, fils de Nakhour, fils de Saroukh (Sarudj), fils 
d'Arâwa [Genèse, xi, 20-21), fils de Falig [ibid. 18-19), ^^'^ 
d'Abir (Héber), fils de Salikh [Genèse, xi, 12-1 3), filsd'Arfa- 
khchad, fils de Sem, filsde Noé, fils de Lamek, filsdeMatou- 
salikh , fils d'Ekhnoukh , fils deYared , fils de Mahalil [Genèse, 
V, 16), filsde Kainân , fils d'Enoiich , fils de Cheït, fils d'Adam. 
Cette généalogie est tirée du manuscrit des Expéditions et des 
guerres par Ibn Hicham, qui l'a empruntée à Ibu Ishak. 

Mais les copies présentent de nombreuses variantes pour 
les noms de ce tableau généalogique , à partir de Nizar. Ainsi 
on lit que Nizar était fils de Maadd, fils d'Adnàn , fils d'Adad, 
fils de vSam , fils de Yachdjob, fils de Yârob, fils d'el-Homaïçâ, 
filsde Sanoùa , fils de Yamed, fils de Kaïdar, fils d'Ismâïl , fils 
d'Abraham, fils de Tareh, fils de Nakhour, fils d'Arâwa, 



CHAPITRE LXX. 117 

(:W ^^ t^ 'j-*jl liT^ J>-^^ (J^ Z^^ ^ cM^ (^>-'^' (Jj' 

(j^^jJ (j^ uW* y-? J^-^^^^-o (j'j ^j (^ ^j-*^' Q^ ■^^y^ 

icÀ-w (j>XA^j 'i^^Jjî^ 'j'^^^ iùljffUr (jjI /o-ft ^jj jj! ^j-éûj kiii 

fils d'Asrouh , fils de Falig, fils de Salikh , (ils d'Arfakhchad , 
fils de Seri), fils de Noé, fils de Matousalikh, fils d'Ekh- 
noukh, fils de Mahalayil, fils de Kaïnàn, fils d'Enos, fils de 
Cheïl, fils d'Adam. Selon la tradition transmise par Ibn el- 
Arabi d'après Hicham, fils de Mohammed elkelbi, Nizar 
était fils de Maadd, fils d'Adnân, fils d'Ad, fils d'Adad, (ils 
d'el-Homaïrà, fils deNahit, fils de Salamàn, fils de Kaïdar, 
fils d'Ismàïl, fils d'Abraham, fils de Tareh, fils de Nakhour, 
fils d'Aràwa, fils de B'alig, fils d'Abir, fils de Salikh, fils 
d'Arlakhchad, fils deSem, fils de Noé, fils de I.amek , fils 
de Matoucbalikh, fils d'Ekhnoukh, fils de Yared, fils tle Ma- 
halayil, fils de Kaïnàn, fils d'Enouch, fils de Cheït, fils 
d'Adam. 

La Thorah rapporte cju'Adam vécut neul cent trente ans 
{Genèse, v, 5). Il en résulte (Dieu sait la vérité) (ju'Adam 
était âgé de huit cent soixante et (juatorze ans au moment de 
la naissance de Lamek, père de Noé, et que Cheït avait 
alors sept cent (iuaranlc-(|uatreans. On trouve aussi, d'après 



118 LES PRAIRIES D'OR. 

iwU: *iî ilîj «>o»j (j^ as. ^^ *xJji^ jjl t_^L*ii. (J-» ^_XojJi 

bo^ l>« i_>%Ato\^ (_^ Mt.x.Kia ^^^'1 (sV^ <y^^ AÂaw /Omm^^ ^OÛ*w^ 
<_»»-t*<-iJi »j t5-*jJ y^ CAAJ «XJiâ >>.A.<0 ^j^ j^L^J (jî <3U.^ (j.* 

c,^i>-î Jiî bj5i> U (^ i^».*mÂ}\ Jjftl v_jtXxifcl *X5^ iaii Jsjc« <^ 
t^iyt^i Jls *"^frj^ -!5X.**J1^ S^XxaJi aaXs- &j^\ ùJ^s. otïy^l 
A-X-A-Sl (^*XJ) j»A.*«K.Jî li ybtXft /jj «Xjc« »_/wM»J c:><Xs=-_5 <Xij 

iil /yJ /jL»<X£ ry3 <J^JCO ^I ^^ÀJ) Iai^I (_^j'6 U^U /vjI T^ ÎJW 

0j JjjL»mJU yJ jj^J (^ jpj..£^ (jJ ^jU5>w^ (jj ^-**A^i (jjI 

ce calcul, que Noé naquit cent vingt-six ans après la mort 
d'Adam. Du reste, nous le répétons, le Prophète a interdit 
de pousser les recherches généalogiques au delà de Maadd, 
et ce n'est qu'à partir de Maadd que ces recherches ont une 
base solide, comnie le prouvent les contradictions qui ré- 
gnent parmi les généalogistes sur tous les faits antérieurs. 
C'est donc une obligation rigoureuse pour nous «le nous con- 
former aux ordres et aux défenses émanant du Prophète. 

J'ai trouvé dans le livre rédigé par Barpukh , fils de Naria , 
secrétaire de Jérémic le prophète, la liste suivante des an- 
cêtres de Maadd: Maadd, fds d'Adnân, fils d'Adad, lils 
d'el-Homaïçà , fils de Salaniân, fils d'Awas, fils de Barou, 
fils de Matasawil, fils d'Abou'l-Awwam, fils de Naçil, fils de 
llara, fils de Yaldaram, fils de Badlân, fils de kalih, fils 
de Fadjini, fils de Nakhoiir, fils de Mahi, fils d'Aska, fils 
d'Anaf, fils d'Obeid, fils d'er-Kaâ, fils de lloumrân, fils 
d'Yaçen , fils de llnri , fils de Bahri , fils d'Yalkhi, (ils rf Aràwa , 



CHAPITRE LXX. 119 

-oJtL» -X.A-Aji-5^ jUacili sJxJÛ Jj.l3 ^j tljiil «j.i5^ t-jUoiJi 

fils d'Anfa, fils de Haçâu, fils d'Aïça, fils d'Aflad, fils d'Eï- 
ham, fils de Môçar, fils de Nadjib, fils de Razzah, fils 
deSaniaï, fils de Mour, fils d'Awas, fils d'Awwam, fils de 
Kaïdar, fils d'Ismâïl, fils d'Abraham el-Khalil. Il serait trop 
long de raconter les rapports de Jérémie avec Maadd, fils 
d'Adnàn,et leurs aventures en Syrie; mais on en trouvera les 
détails dans nos ouvrages précédents. Nous n'avons donné 
ici cet aperçu de généalogie que pour montrer (piol désac- 
cord présente ce genre de recherches, et avec quelle sagesse 
le Prophète, comprenant rincertiltide qui naissait de la dis- 
tance et do l'antiquité des races, a défendu de remonter 
au delà de Maadd. Le surnom du Prophète était Abou'l Ka- 
çim, comme ou le voit par les vers suivants : 

Gloire à Dieu (|iii a cn-é dus cires [mi's : la race la plus pure est celle 
de llacliem, 

Et le rejeton sans laclu- de rcttr fainiili' pure est iVloliaiiimcd Ahmi'l 
Kac-im , la Imnurc. 



120 LES PHAIRIES D'OR. 

j_jû ^;-^W^ iL^5j»X-« yû jj-«^ b"^J L^*^5 1^ (j-W *^3 



C'est-à-dire Mohaiiinied ou Ahmed, surnommé el-Mahi 
parce que les péchés sont efTacés par ses mérites; el-Akib et 
el-Hachir, parce que lous les hommes se réuniront sur ses 
traces au jugement dernier. (Mour. d'Ohsson, I, 200.) 

Mahomet naquit l'année de l'Eléphant; or, entre l'an- 
née de l'Eléphant et l'ère de Fidjar, il y a un intervalle de 
vingt ans. On a donné le nom de fidjar (sacrilège) à la 
guerre qui éclata entre les Kaïs-Aïlân et les Benou-Kina- 
.nah : elle fut nommée ainsi parce que les hostilités con- 
tinuèrent pendant les mois sacrés. Kinanah était fils de 
Khozaïmah, fils de Moudiikah nommé aussi Amr, fils 
d'Elyas, fils de Modar, fils de Nizar. Elyas eut trois fils, 
Amr, surnommé Moudrikah; Amir, surnommé Tahihhah, 
et Oraair, surnommé Kamâh. Leur mère était Leïlah, fille 
de Houhvân, fils d'Ymrân, fils d'Elhaf, fils de kodâah. 
Leïlah fut nommée Kh'mdif, et ses trois fils, désignés cha- 
cun par le sobriquet que nous venons d'indiquer, sont 
réunis sous la dénonii nation collective de Khindif, à cause 
de leur nière. 



CHAPITRE LXX. 121 

/j_j ci>w_rs». ^jÀJ o**^ *Xa£ /jJ t}j^ ^j-V jjM.^ *Xa£ /jJ <\a^5 

<i'j ^"^ >-*^ (O"^'*^ >^ <-^*5 ^^ (^«Xfi _j-^j iK.^ ^j iilajij _jjo 

Voilà pourquoi Koçayi, (ils de Kilab, fils de Mourrah, 
a dit : 

Par le Dieu vivant! lorsque la guerre relate, lorsqu'on appelle à grands 
cris la famille de Wahb, 

J'attaque avec intrépidité; car je suis un guerrier de liante lignée : ma 
mère est Khindif et mon père Elyas. 

Les Koreicliites étaient partagés en vingt-cinq branches : 
i" les lienou-Hachim, fds d'Abd-Ménaf; 2" les lienou'l-Mot- 
taUb, nis d'Abd-Ménaf; 3° les Benou'l-IIarit, fils d'Abd- 
xMoltalib; /j" les BenouOnieyah, lils d'Abd-Chems; 5" les 
Benou-Navviil, fils d'Abd-Ménaf; ()" les Benon'I-Harit, fils 
de l''ilir; 7" les Benou-Ared, lils d'Abd el-Oz/a; 8" les 
Bcnou-Abd ed-dar, lils do Korayi; celte sous-lribu avait 
la garde des clefs de la kaabah; 9" les Benou-Zrdirab, lils 
de Kilab; 10° les Benou-Témiiu, fils de Mourrab; 11° les 
Benou-Makbzoum ; 12" les Benou-Yakzab ; i3° les Benou- 
Moiirrah; \(\" les Bcnou-Adi , fds de Kaab; 1 5" b's Benoii- 
Sclun; 1 H" les Bcnonnjnninl). 'Voiih s < es branches for- 



122 LES PRAIRIES D'OR. 

oi-^««' ^-^* UxitXi U c-vAM-:». ^^ — LiaAj! ^jii'JJ^'i (^^jiXj lJLrf>li^ 

^w-iût^IàJl jji»>^^ 4J JoIaJUÎ J.à».i (il kil-JU ^^Lj ^j-«J ^^_j,Î 

niaient les Koreïchites des vallons, surnom que nous avons 
expliqué précédemment (voyez tome III, p. 119); 17° les 
Benou-Malik, fils de Hanbal; 18° les Benou-Màïs, fils d'A- 
mir, fils de Lowayi; 19° les Benou-Nizar, lils d'Amir; 20° les 
Benou-Oçamah, fils de Lowayi; 21° les Benou'l-Adram ; 
Adram est le même que Taïm, fils de Galib; 22° les Benou- 
Moharib, fils de Fihr; 23" les Benou 1-Harit,.fils d'Abd-Al- 
lah, fils de Kinanah; 24° les Benou-Aydah , c'est-à-diie les 
fils de Khozaïmah, fils de Lowayi; 2 5° les Benou-Nabatah 
ou Benou-Saad, fils de Lowayi; ces sous-tribus, depuis les 
Benou-Malik jusqu'aux Benou-Saad, étaient nommées Ko- 
reïch ez-zaxoaliir (les Roreichites de la banlieue) ; il en a été 
question déjà dans un autre chapitre (voy. ibid. p. 120), à 
propos des Koreïchites surnommés Moulayihoun « les parfu- 
meurs, » etc. La guerre de Fidjar dont nous avons parlé eut 
pour cause une rivalité de gloire et de force numérique 
entre les tribus. Elle se termina au mois de chawal, et la 
fédération des Foudoul eut lieu après le retour des tribus 
belligérantes. Un fie leurs poc-tcïs n dit • 



CHAPITRE LXX. 123 

L:>Uv<» Aj^.»o Ixdl^ AA^^^Ui AAJ oiAOj jjuikj (^:>Uà iUxMl Ji 



Nous sommes de la l'amille royale du Nedjd ; nous protégeons nos clients 
contre les disgrâces de la fortune. 

Nous avons interdit le ravin de Hadjoun à toutes les tribus et empêché 
le sacrilège même pendant la guerre impie [fuljar). 

Khiclacli , (ils de Zoheïr cl-Ainiii, a dit, sur le même 
sujet : 

Ne me menace pas du souvenir de Kidjar, car le plus glorieux de nos 
faits d'armes s'est accompli alors dans le ravin d'el-Hadjoun. 

Le serment des Foudoul lut prononcé pcndauL le mois de 
Dou'l-Kaadeh, voici à quelle occasion. Un homme de Zé- 
l)id, ville du Yémen, avait vendu des maichandises à El-Assi , 
lils de Waïl cs-Sehrai, qui en dilléia le payement. Le mar- 
«•hand, désespérant de recevoir ce (pii lui était dû, se ren- 
dit sur le mont Ahou-Kobeïs, à l'Iieurc; où les KoreiVhites 
étaient réunis autour de l.i k.iahali. Là il r(''(ila (ruuc voix 
retcnlissaiilr des \(fis iiii il laionfail l'iiiinsiicc donl il flail 
victime : 



12^ LES PRAIRIES D'OH. 

jJsjlJI (jm-j^J t^y^i fL)-^ '^^ -3uJC-«[j-s.. c^jc ^JX ^^j-^ (ji 

j.Aj^l dUi ^ ,^^ tt-* Jji (j^j (JÀxj Ji l^xaxj (jiV^ c^-ii^i 
0^-À-«« 4XA-t ^j <_AXiaJlî yXjj oU-« *Xa* ^ jrftil^ _j»\j ij^-^j^ 

Venez (disait -il) au secours d'uii liomme spolié dans ses biens, au 
milieu delà Mecque; il invoque la tribu et cbaque guerrier. 

Le territoire inviolable appartient à celui dont l'bonneur est intact; 
mais i'iïomme revêtu d'opprobre doit en être banni. 

Alors les Koreïcliites se réunirent, h Tinstigation de Zobeïr, 
fils d'Abd el-Mottalib,.fils de Hachem, fils d'Abd-Ménaf. 
Parmi les membi^es de cette tribu qui se rassemblèrent 
dans le dar-en-nadwah, ou hôtel du conseil, se trouvaient 
les Benou-Hachem , fils d'Abd-Ménaf; les Benou'l-Mottalib, 
fils d'Abd-Ménaf; lesZolirah, lilsdekilab; lesTéniim, fiisde 
Mourrah, et les Benou'l-Harit, fils de Fjlir. Ils s'engagèrent 
à prendre la défense de l'opprimé contre l'oppresseur, et en 
firent le serment solennel dans une seconde réunion chez 
Abd-AUah, fils de Djoudàn. Zobeïr, fils d'Abd el-Mollalib, a 
(lit à propos de ce serment : 

Les ilotes de la maison sainte savent que nous exécrons rinjuslicc et 
que nous repoussons înin do nous tonte artion infâme. 



CHAPITRE LXX. 125 

cjr,l_jsJs_JU o:5X^=«-i)I jLA_iw! k-^^iJ! t_»ljcjri j ljM»<xi 4>«j_j 

(jt« (j^ iiLJL.A«« j^£ iLj**.j^ iùjOiî ylAÀj (J^-^J jbJUi AAJ /.l^ 

<JI 1^ f=^ ^' <i' ^|»J1 ^^■^=^5 AjJsjftUiwOj /0»xXo ^^yJl \y*à.^' 

IJsJÛ Jlx9 iL«\i AJcAiii tXij ï».*w«*^ %^ «oJtLo 4^y^Jlj AAjt«fc.o 
y»^-^ik^_j iCxjj)^ (j'^4^ '^^.y^ c:^Àj <\jtf'*X,i». ^5)-J yi (Jî^ 

**3_J li tjA>^?^ <\i)U>9 j.AJSj»-^ ÀAxMi yVVV *X^.vi jjl (J!j UjO 

On trouvera dans notre Histoire moyenne des détails sur 
les assermentés [ahlaf] et sur les quatre guerres de Fidjar 
nommées Jidjar er-ridjl « guerre du pied » ou de Bedr, fils de 
Mâchar; Jidjar el-mrat « guerre de la femme; » fuljar el-hird 
«guerre du singe, » et fidjar el-berrad qui est la quatrième. 
( Voy. Essai sur Vllisl. des Arabes avant l'Islam. I, 296 et suiv.) 
Un intervalle de quinze ans sépare cette quatrième guerre, à 
laquelle le Prophète assistait comme témoin, et la recons- 
truction de la Kaabah. Puis il entreprit un voyage en Syrie 
dans l'intérêt du commerce de Khadidjah, et visita le moine 
Nestor dans son couvent, avec Maïçarali (domestique de 
Khadidjah). Le moine, apercevant le nuage (jui ombiageait 
la tête de Mahomet (cf. t. 1 , p. 1/17), s'écria : « Voilà un pro- 
phète et le dernier des prophètes ! » Ceci se passait quatre 
ans, neuf mois et si.x jours après la guerre de Berrad. Deux 
mois et vingt -quatre jours plus tard, Mahomet épousait 
khadidjah. fille ch' Khowaïk'd. Dix ans après son mariage, 
il était témoin de la reconstruction de la kaabah et de la 
contestation qui s'éleva parmi les Koreichites au sujet de la 



126 LES PRAIRIES D'OR. 

Q. -A » iLfcxJiî -tX.^ tKv»^^^ ij^ '^j (j^^Mi j./it.S' :i^^^\ j^ 

«,^-o 1>-LUjj -iiji)! »<Xj ^ J-AÀil r(^jj\ hy^ ^"^ ^-^^ 

jy-~)KS &j^.*ri..l\ 5Juû *X.xoj /»-4a<» «C^Aj (j-Uii «Xij ^^ Ajb 

pose de la pierre noire. Les inondations ayant détérioré le 
temple, des voleurs avaient pénétré par le côté en ruine et 
enlevé des gazelles d'or, des ornements et des pierres pré- 
cieuses. Les Roi'eïcliites démolirent alors le vieil édifice. On 
trouva sur les murs toutes sortes de figures peintes et d'un 
coloris merveilleux. D'abord l'image d'Abraham tenant à la 
main les flèches divinatoires [azlam)\ en face d'Abraham, 
l'image d'Ismaïl son fds, à cheval, et accordant sa protec- 
tion au peuple; plus loin el-Farouk debout faisait un par- 
tage au milieu de la foule qui fenvironnait. On retrouva 
ensuite plusieurs de leurs descendants, jusqu'à Koçayi, fds 
de Kilab, etc. en tout environ soixante figures. A côté de 
chaque personnage, on voyait le Dieu qu'il adorait, les rites 
de son culte et le récit des faits les plus notables de sa vie. 
Les Koreichites se mirent à l'œuvre, et le nouveau temple 
s'éleva bientôt à une certaine hauteur; les travaux furent 
facilités par la découverte de bois de construction capturé 
sur un bâtiment jelé à la côte. C'était le roi de Byzance qui 



CHAPITRE LXX. 127 

xjUji>lj *jC^LÎ jj*>w*i>^ »^*Xj&j *;^^ (Jt^'^Ij ^y^Y*-'. 'jj^ 

#6-S »X_=».ij ^JJ^Uo -^l. *«<>•=—•> J-Aij ^ii; ij-« AaXc jjI^ U 1a«mul» 

expédiait ce bois par la mer de Kolzoum aux Abyssiniens, 
afin de construire une église dans leui' pays. Lorsque les 
murs furent élevés jusqu'à l'endroit où devait être placée la 
pierre noire, les Koreichites se disputèrent l'honneur de la 
poser. Ils convinrent enfin de prendic pour arbitre la pre- 
mière personne qui entrerait par la porte des Benou-Cheï- 
bah. Cette personne fut le Prophète lui-même, que l'on dé- 
signait par l'épithète (Ïel-Anu'n à cause de sa gravité, de sa 
douceur, de son langage sincère, du soin avec lequel il 
évitait toute action impure et déshonnéte. Ils le firent juge 
(lu différend, et promirent de s'en rapporter à sa décision. 
Le Prophète étendit à terre son manteau, d'autres disent 
un voile de soie {taroiini), il prit la pierre et la plaça au 
centre, puis il appela quatre personnages d'entre les chefs 
et les notables de la tribu : Otbah, fils de Rébyàh, fils 
d'Abd-Chems, lils d'Abd-Ménaf; el-Aswad, filsd'el-Mottalil), 
fils d'Açed, fils d'Abd el-Ozza, fils de koçayi; Abou lio- 
daifah, fils d'elMogaïrah , fils d'Ann-, fils de Makh/oum, et 



128 LES PRAIRIES D'OR. 

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(>-tf Joli JlJLà <îu«\ilrfc!j Akua-i^ A}sjii (j^^là U Jji dUi 

(^jj-i]|_5 cj^i^ Uî U.l.r*^ Lam^-a^j^ /e-^* *^^*^ ^^ (»-6^'j 
*i (jJjXaJ^ i:sj«Xi»._5 Vli^iaj». /«•^'Aj 0»<w-XaJj Iàaaw a-^^Xm 

J^ULI! tOsjû ,5 9-jy^'> «^^ jAlâ^ *^"fj^ (j^'**' f».^' I<X£& .x*j 

^jifcj^ c:*illr=»j o^*J -5^5 (^1^ (j-« (6~6"*-*J «X>-*w.il kiU«XJ <\JUs».i 

Kaïs, fils d'Adi es-Sehmi. Il leur prescrivit de saisir chacun 
un coin du manteau, de soulever la pierre, et de la tenir à 
la hauteur convenable; alors il la prit entre ses mains et 
la mit en place, en présence des Koreïchites réunis. Ce fut 
la première de ses nobles actions et le premier jugement 
qu'il prononça. Un des assistants, frappé de l'obéissance 
des siens et de la soumission avec laquelle ils prenaient 
pour chef et pour arbitre, en cette circonstance, un honmie 
qui leur était inférieur par l'âge et la fortune, s'écria: « Par 
el-Lat et el-Ozza! ce jeune homme les dépassera bientôt; 
il distribuera seul les faveurs et les peines et il acquerra 
prochainement un rang et un nom considérables. » On ne 
sait pas au juste qui prononça ces paroles; les uns croient 
(jue ce fut Iblis qui apparut alors au milieu de l'assemblée, 
sous les traits d'un Koreïchile mort depuis longtemps, et le 
bruit courut que el-Lat et el-Ozza avaient ressuscité le 
vieillard à l'occasion de cette réunion. Les autres attribuent 
ces paroles à quelqu'un des chefs koreïchites. célèbre par 



CHAPITKK LXX. 129 

iLA-xJTl *L;j (ji^^ <-^*^' U»* AÀlai aÎ <->J^< (j_^ a.^'ÎÎ^j 
c:*-i\^ <^'l j^^l IjàUlj JoLo^i ^^^ *t$>Jl iûi^t I^ju-S' 

^ t^*>Jl_5 j._jj^ iCU. (j_^jt /o-fcL» aaxa^ -^ Ji »jjj^ (j^^ 

(jvAÀji^ x>u (jLc X.L-W fy-:^^I (j-« <-;-v^J^> *M »;-i** ci>:5\AJ 

j-\mJ iC^a^ ^_f^^i pjJo yl<i (:^J^' c$-^ *>^^ (j-« (JV^U"^ 
S>*^' gD*^' (J-* (J^^^ »j^-i^ (-:^-«Jj f^:^J! CJ-« C^-Xi- iy*U.S. 

sa sagesse et sa pénétration. La Kaabah terminée, on la re- 
vêtit fl'étoffes rayées du Vémen [waqaïl] que les nobles por- 
taient par- dessus leurs vêtements; on y replaça aussi les 
anciennes images qu'on reproduisit avec une exactitude 
parfaite. 

Il s'écoula cinq années entre la restauration de la Kaabah , 
telle que nous venons de la décrire, et la mission du Prophète ; 
quarante ans et un jour entre sa naissance et le moment de 
sa mission. D'après les autorités les plus véridiques, Maho- 
met naquit cinquante jours après l'entrée des Compagnons 
de l'Eléphant sur le territoire de la IMecque. Or ils l'enva- 
hirent dans la nuit du lundi, i3 do moharrem, l'an huif 
cent quatre-vingt-deux de l'ère des Sélcucides {Doiil-Kar- 
neïn), et Abrahah arriva le 17 du même mois, ce qui 
forrespond à l'an deux cenl seize de l'ère des Arabes qui 
part du pèlerinage de la perfidie (vers ."io/t de .(. C), et à la 
(juarantième année du règne de Kesra Anouchirwân. Le Pro- 



130 LES PRAIRIES D'OR. 

^_^il^l -I fjl)jjJl I^XÀJ dlîi «XXJ *»J v->-»v^J CJi?' j'^ »^ ^^-^ 
c3*jkajlj f»Ui.Ji (jbjl* lyli »y\ aMÎ *Xa£ (j\<'^ itXj^^ «XA.ipi^ 

^j.^ *.^jL«5 wr,Àli* J <e>£ 4ii^5 iXij^ »Xrj ci>U Xiî jli ij~» /(s-|^-*^ 
owÀ_> A-À-^l -^^.««l^ «»>^J_j^ (j.» i^Ajl^Ji xLwJl j, c:>U *jî jlï 

phète vint au inonde ie 8 de rébi premier de la même année , 
dans ia maison d'Ibn Youçouf, à la Mecque. Plus tard 
cette maison fut rebâtie et convertie en mosquée par Rliaï- 
zourân, mère des khalifes Mebdi et Réchid. Le Prophète 
était encore dans le sein de sa mère, lorsque Abd Allah son 
père, qui s'était rendu en Syrie, en revint malade et mourut 
à Médine. Mais il y a désaccord sur ce point : Abd Allah 
mourut un mois, selon les uns, dans le cours de la seconde 
année, selon les autres, après la naissance de son fds. La 
mère de Mahomet était Aminah, fille de Wahb, fds d'Abd 
Ménaf, fds de Zohrab, (ils de Kilab, fds de Mourrah, fds 
de Kaab. L'année de sa naissance, il fut confié à Halimah, 
fdle d'Abd Allah, tils d'el-llarit, qui le nourrit de son lait. 
L'année suivante, lorsqu'il était chez les Benou-Saad (tribu 
de Halimah) , son père Abou Abd Allah prononça ces vers: 

Gloire à Dieu qui m'a donné ce bel enfant an teini vermeil' 



CHAPITRE LXX. 131 

U^j^\ ^s^ '->^-^-!l^ »*XA£.t jUoill j_^ Jv4i! ,i :>L». Jsji 

A_x-«lj *^-iiJ)j _5-5 •^î^j JLiLi oi-5^5 xAj <^5C:*- «>«^f)^ Jijj t» -OiJ 
,,K-*-i_J A-<>X*- ifJJtniisy^ A-«t <JÎ ^"i; iwfc-«lisl iiÀ**Jl ij^j W^ij^ 

(^ji;_À-w ^J>*^^ S^^^ (*^ (iî^^ liiJi {^y^^ *.M(iU*JI J»^*wb^ jj 

Couché dans son berceau, c'est le roi des enlants. Que le temple aux 
colonnes (la Kaabah) le protège 1 

A l'âge de ([ualre ans, deux anges lui ouvrirent la poi- 
trine et le cœur, en retirèrent un caillot de sang noir et lui 
lavèrent le cœur et la poitrine avec de l'eau de neige. L'un 
des deux anges dit à l'autre : « Pèse l'enfant avec dix hommes 
de sa nation ; » le plaleau penclia du côté de Mahomet. L'ange 
augmenta le nombre d'hommes et, arrivé à mille, il s'écria : 
- Si je le pesais avec sa nation entière, le poids serait égal. » 
Il était dans sa cinquième année, ou, selon d'autres, au 
commencement de sa sixième, lorsqu'il lut rendu à sa mère 
par sa nourrice Halimah; cinq ans, deux mois et dix jours 
s'étaient écoulés depuis l'année de rKIéphanl. \ l'âge de 
sept ans, il fut conduit par sa rnère auprès de ses oncles. 
\minah étant morte à el-AI)wà, reniant Int ramené à la 
Mecque par Oumm-lîïmen, cinq jours après la tnori de sa 
meio. Dans sa liuiticinr anncf, il perdit son aïetd, Ahd el- 

'I- 



132 LES PRAIRIES D'Ol\. 

Xju.^ *J"**^ ki>!5\..j; AJ^ -l.*iJi «Ji XS ^ t^jj:»^^ ^J^ i (J^* 

AJ^^ (j.« Aj AAoXiwi \.jC i<.«jS\^ /e»A«o *i_j-My aMÎ (iAxXjl *.j 

/vjI y-^3 l.À.3i U^«XS U (^ (J>Àa« yrt».^J^ AA^wi (jWv «Xxj 

»w.j«i ^-jwij iiJv-u< »^*i.fi ci>^X.j *-XjC plïl_5 aL»I^ iLÀAw (^«J;' 

Mottalib; il fut recueilli par son oncle Abou Talib, vécut 
dans sa famille et fit avec lui un voyage en Syrie, à 1 âge de 
treize ans. A vingl-cinq ans, il retourna en Syrie, pour le 
commerce de Khadidjah, fille de Khowaïled; il était accom- 
pagné de Maïçarah, serviteur de cette veuve. Pour le déve- 
loppement des faits résumés dans ce chapitre, voyez nos 
Annales historiques et l'Histoire moyenne. 

CHAPITRE LXXI. 

MISSION DU prophète; SON HISTOinE JUSQU'A 1,'HÉGIRE. 

Ainsi qu'on l'a vu dans le chapitre précédent, cinq ans 
après la reconstruction de la Kaabah, Mahomet reçut de la 
grâce divine la mission et le caractère sacré de prophète; 
il avait alors quarante ans accomplis. Il demeura treize ans 
à la Mecque el ne divulgua son secrel à personne durani 



CHAPITRE LXXT. 133 

j^j^^ *;•>— **• u^''^J u*-*-'^ (j!/*^^ 'i'^ *^. *"^^ '-^^J '^^^^ 

/ • ^ - -- ' 

aX-J jj Aj omVmJI aKJ j joi^ J^j^jis» obl^ t5-^ t^*^' ^j 
J^l ^j *lr^ JJi_j yvÀj^t -^j ^j ^L«y.]L aaIsUwj «Xd-iil 

les trois premières années. Lorsqu'il épousa Khadidjah, 
fille de Khowaïled , il avait vingt-cinq ans. Il reçut à la Mecque 
la révélation de quatre-vingt-deux chapitres, et la fin de quel- 
ques-uns à Médine. Le premier verset révélé, qui commence 
par « Lis au nom de ton Dieu qui a créé, etc. » (Koran, 
cwi, V. i) lui fut apporté par l'ange Gal)riel, dans la nuit 
du samedi et la nuit du dimanche; le lundi, l'ange le salua 
du titre d'envoyé de Dieu. C'est à Hirâ qu'eut lieu cette pre- 
mière révélation du Koran, mais seulement jusqu'aux mots: 
" Il a appris aux hommes ce qu'ils ne savaient pas. » {Ibid. 
V. 5.) Gabriel lui apporta ensuite le complément de ce cha- 
pitre; il lui enseigna l'ohligalion rigoureuse de la prière à 
deux rikàl alternés (inclinations), et lui apprit successive- 
ment le complément de la prière, les deux rikât imposés au 
voyageur et les rites plus nombreux de la prière faite à de- 
meure fixe. 

La mission de Mahomet correspond au commencement 
lie la vingtième année tlu règne de kesra-Pervviz, ou au 
• ommenccment de la deux centième année après le scr- 



134 LES PRAIRIES D'OR. 

<jà_«j ^j^ l<X.;& J.iU w^si «Xij A,.ff j.i>) Isj-*-^ (j>^ iiÀ^ j.*i^ 

jXÀ^s L^^<^i **«^i*»il^ **"^ t-^il-io ^1 /yj ^^ li PJ3^ '^^ 

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ment de Rabadah , c'est-à-dire six mille cent treize ans après 
la chute d'Adam. Cette date est confirmée par le témoignage 
d'un savant du premier siècle de l'hégire, qui a publié le 
résultat de ses recherches sur d'anciens ouvrages. Ce savant 
s'expj'ime ainsi dans un long poëme du mètre redjez : 

Sans aucun doute, c'est au ciébut de la dixième aiuiée aioutée à trois, 
Et dans la somme du nombre cent ajoutée à six de la colonne des mille 

(eest-à-dire 6, 1 1 3) , 

Que Dieu nous a envoyé son apôtre pour nous guider dans la voie du 

salut. 

On n'est pas d'accord sur la date de la conversion d'Ali, 
lils d'Abou Talib. Les uns ne pouvant admettre qu'Ali ait 
vécu dans l'erreur et soit entré ensuite dans l'islam, préten- 
dent (|u'il imita toujours le Prophète et conforma sa con- 
duite à la sienne; qu'il avait atteint l'âge de raison, au mo- 
ment de la mission; que Dieu le prémunit contre rerrcur 
et le dirii»('a par sa grâce, au juême degré que Mahomet; 



' CHAPITRE LXXI 135 

ç-*»^ y£>j sUi 3^^ji\ ^îj (j^) cj^ Jji Aji tgi^ (j-« /»4^j 

y 

i- 

(j-« /j**Là.<) XaJ C.JUÀ.J *Xi f.j^ày'-^ )<XJÛ» LàJLo_5 "^ J'^ t^'j (J^ 

enfin que l'un et l'autre ne lurent point poussés latalenient 
et malgré eux à l'obéissance, mais qu'ils firent usage de leur 
volonté et de leur libre arbitre, en se soumettant aux ordres 
de Dieu et en évitant de lui désobéir. Les autres, au con- 
traire , disent qu'Ali endjrassa le premier l'islam , mais après y 
avoir été invité parle Prophète. Pour soutenir leur opinion, 
ils donnent un sens forcé à la lettre du verset, « Prêche tes 
plus proches parents» [Koran, xxv, 21 4), ce qui démontre, 
selon eux, que Mahomet a dû commencer par Ali, son pa- 
rent le plus proche et son compagnon intime. Il y a encore 
d'autres opinions sur ce sujet, surtout chez les Chiites. 
(Chaque secte parmi celles qui adoptent la lettre du livre 
saint relativement à Viinamat et à l'élection argumente et dé- 
ujonlre à sa façon la conversion d'Ali et son âge. On trou- 
vera les détails de cette controverse dans noire livre de la 
Pureté sav l'Imamat, dans le livre de l'Kxamen, dans le 
Kilab ez-zahi et dans nos autres écrits sui" les matières re- 
liiîieuses. 



136 LES PRAIRIES D'OR. 



L'islam fut ensuite adopté par AbouBekr, qui le transmit 
aux hommes de sa tribu : à Otmân, fils d'Affân; à Zobeïr, 
fils d'el-Awam; à Abd er-Rahman, fils d'Awf; à Saad, fils 
d'Abou Wakkas, et à Talhah, fils d'Obeïd Allah. Ces néo- 
phytes furent amenés au Prophète par Abou 13ekr, et firent, 
avant tous les autres, leur profession de foi en sa présence. 
Un poète contemporain de la naissance de l'islam a parlé en 
ces termes de ceux qui donnèrent le premier exemple aux 
Musulmans: 

O toi qui m'interroges sur l'élite des serviteurs de Dieu, tu t'adresses 
à un homme instruit et bien informé. 

De tous les adorateurs de Dieu les Koreïchites sont les meilleurs, cl 
parmi les Koreïcliites, les émigrés. 

Mais au premier rang des émigrés marchent huit croyants (]ui valent 
cliacun une forteresse : 

Ali, Otmân, Zobeïr, Taihali, les deux Zohrites 

Lt les deux cheikhs voisins d'Ahmed pendant leur vie ci juscpu' dans le 
tombeau (Abou P>cl,r cl Omar). 



CHAPITRE LXXII. 137 

Qui oserait, après eux, aspirer à la gloire, sans reconnaître la supé- 
riorité de la leur? 

Quoi qu'il en soit, on ne s'accorde pas sur la conversion 
des premiers disciples de l'islam. Selon les uns, la religion 
nouvelle fui adoptée par Abou Bokr avant tous les autres, 
puis parBélal, fils de Ilamamah, fils d'Amr, fils d'Anbaçali. 
D'autres nomment Khadidjah parmi les femmes, et Ali parmi 
les hommes. D'autres désignent d'abord Zeïd , fils de Ha- 
ritah, puis khadidjah, puis Ali. On verra dans nos écrits 
cités plus haut et relatifs aux doctrines religieuses, à laquelle 
de ces opinions nous avons donné la préférence. 

CHAPITRE LXXII. 
'fuite du l'HOPui'nE (iiégiui;); nÉsuMÉ dks rniNciPAU.x 

KAITS HISTORIQUES JUSQU'À SA MOUT. 

Dieu onlonna a son l'i opiictc dt; liiirà Médino etd'accom- 



138 LES PRAIRIES D'OR. 

Jj— wj tivxj Jyb (j*.Uc qjI ij^j (i^xxLi (j^ a^^ik* ^1 i^'Xm) 
iL*.** «;-*«>^ »±>!5Xj iiCf -lïU ^iA-w (J^^j^ (;y^î ^■'^^ /o.*X*5 ^i 

y ^^; /jji J,_j.^ *»-iyfr* (^ J^^5 J"^? ^?' *X^j *>>^ (j-« /<s*A.o 

plir les obligations du djiliaà (guerre sainte), l'an premier 
de l'hégire. Les rites de Xizân (appel à la prière) furent 
révélés à la même époque, c'est-à-dire quatorze ans après 
la mission de Mahomet. Au rapport d'Ibn Abbas, le Pro- 
phète reçut sa mission à l'âge de quarante ans; il vécut 
treize ans à la Meccjue -et dix ans dans l'émigration : il 
mourut donc à soixante-trois ans. L'an premier de l'hégire 
correspond à la trente-deuxième année du règne de Kesra- 
Perwiz, à la neuvième année du règne d'Héraclius, roi des 
Chrétiens, et à l'an neuf cent trente-trois de l'ère d'Alexan- 
dre le Macédonien. 

Nous avons donné dans l'flistoiro moyenne les détails 
relatifs à la fuite du Prophète hors de la Mecque, où il laissa 
Ali endormi à sa place dans son lit. Le Prophète était accom- 
pagné d'Abou Bekr et d'Amir ben Foheïrah, affranchi 
d'Abou Bekr; leur guide était un Arabe idolâtre nommé 
Abd Allah, fils d'Oraïkit, de la famille des Dad. Ali resia 



CHAPITRE LXXII. [39 

55K-*aJi A-j^Xc *i^,i^^ (jl^ (OJ»^ <5V*^^ c5^ (*^ *->!iU^I 

/w« CA^tl^.^ *J^ SmwX (JJUU^ ^^Ju^\ -kJ i\ÀJ«XJL| ti! |*5\<t*fcJ)j 

<JuXft a1j)J^> y\^ Jw«|j5^^j\jLw j-Ci^ l^ -tjl; Jjiiî jAJ^j.^^ 

li^X^JLJij (^j\j»jill r»_j-j Uaj A^lJL* yl^ <Xj^v4l ^^lxjIj iC«vA<^ 
j)Ock».|j (•^■^VJ UiO AaA£ <Jj>>Àj5 («'"ir*^ (fi^y"^ '-^ >iUi*j ts*- Uj»- 

trois jours à la Mecque pour exécuter les ordres ([ue lui 
avait donnés Mahomet; puis il vint le rejoindre. Le Pro- 
phète entra à Médine le lundi douze du mois de rébi 
premier, et y séjourna pendant dix années entières. En se 
rendant à Médine, il s'arrêta à Koba chez Saad, fils de Khaï- 
lamah, où il lit bâtir la (première) mosquée. Il séjourna 
en ce lieu du lundi au jeudi , et se remit en route le ven- 
dredi, au lever du jour. Toutes les tribus d'Ansar vinrent 
par troupes sur son passage et, saisissant la bride de sa 
chamelle, le supplièrent de s'arrêter chez elles; mais il 
les écarta en leur disant : « Laissez aller ma chamelle, 
car elle obéit aux ordres de Dieu. « Comme il passait dans 
la tribu des lîenou-Salim ;i l'heure de la [)rière , il lit 
avec eux la prière dominicale [salai cd-djunid]. Ce fui la 
première fois (prelle fut célébrée dc|)(iis la naissance de 
l'islau). 

Sifriialoiis ici le désaccord des juiisconsuiles rclalivenienl 



140 LES PRAIRIES D'OR. 

Aj^Xa? ci*j(^^ t^J-^i iii^i J»-^î (J-* *t^iUJ! jj^ »j.Ai ^UjUwj 

^^:U«I /6^ iuliJl »*Xiû J! L^i c5^'^ Ojj^^Jïii 45^5>î' (j^ S 

i 

/YJy»^^Jb! «Xa^^ juio^!^ a^^XmmJI^ S^Xaoj! ^u^ S<X:^'^^ 7^^"^ 

-\$C*-I ^_f[_j~? *.*A.«> C^*^'j ooUJoi^ c>S\-o \^5wç* Jl c:^ile 
t_»^_j| jl J)— *-•« tji j^^ W-^* Jv-»j *i *AAJjj[5 AA3 (^jW 



au nombre d'assistants nécessaires pour rendre valide la 
prière du vendredi. Ghafey et les légistes qui ont adopté son 
opinion déclarent qu'elle ne peut être accomplie qu'avec le 
concours de quarante fidèles au moins, et qu'au-dessous de 
ce nombre elle est nulle. Cette décision est combattue par 
les jurisconsultes de Koufah et d'autres écoles. Le Prophète, 
après avoir récité la prière au fond de la vallée nommée 
encore aujourd'hui Wadi-donouha, remonta sur sa chamelle, 
qui, sans broncher et sans être guidée, arriva droit à l'em- 
placement où il bâtit sa mosquée; ce terrain appartenait 
alors à deux jeunes orphelins des Bcnou-Naddjar. Là, 
elle s'agenouilla, puis se releva, fit encore quelques pas, 
revint au premier endroit, s'y agenouilla de nouveau et 
demeura immobile. Le Prophète, obéissant aux décrets de 
Dieu , qui lui manifestait ainsi sa protection , mit pied à terre 
et se rendit chez Abou Eyoub l'Ansar, nommé aussi Khalid, 
(ils de Koloïb, fds d<> Tàlabah, fils d'Abd Awf, fils d'Otbàn, 



CHAPITRE LXXir. UI 

La.^?!^ iL.A_A_l3-J )jji^_Mi ^«x-tol^ <X — À— J^ ^1 «I— .«^.—Isl but l— ^À 

iLjLj«xXu AaX£ J^ Ixl uX^i tXJ»^ t^i^^ wM>£ iLAjl«vJ ^«^«Xj» 
(jyAÀj'ill j»^ X*Jl ^i If^Aîixi joo *;_5-i«' y^-'^^ y^^ yU^^t ^j-» 

fils de Malik, fils de Naddjar. 11 demeura un mois dans cette 
maison, attendant que la mosquée bùtiesur le terrain acheté 
par lui fût terminée. Il était sans cesse entouré d'Ansars qui 
lui témoignaient leur joie de l'avoir parmi eux et aussi le 
regret de n'avoir pu coopérer plus lot à sa cause. C'est ce 
sentiment qui a inspiré Sormah, filsd'Abou Anas, issu d'Adi 
ben Naddjar, dans une élégie dont voici un fragment : 

n a vécu pendant plus de dix pèlerinages (années) au milieu des Ko- 
reïchites, y cliercLant vainement les consolations d'un ami. 

Mais lorsqu'il est venu parmi nous, Dieu lui a révélé la vraie religion, 
et le séjour de Taïbah (Médine) a rempli son cœur d'une douce allé- 
gresse. 

Tous ses ennemis, sans exception, sont les nôtres, lors même qu'ils 
auraient été nos meilleurs amis. 

Dix-huit mois après son arrivée, le Prophète institua le 
jeûne du mois de ramadan, et prescrivit de prier en se 
tournant vers la kaabali [Kibla). On croit (ju'il ne recul à 
Médine que trente-deux chapitres du Koran. Dieu le rappela 



142 LES PRAIRIES D'OR. 

iLfiL«*Jl i j.^s. ii^w JjiJÎ jAJ; CJ-* '•^^^•=^ *M Sj-i^ ^ÀSii 
iuS^Vj ^OcA.fi c:-ofe3 ii/ii.jU Jj.À-« À iiÀjiXiî l^ J.i^:> 4^Jî 

L^t t^ î_^-»-^^ (j-;?'^^^^ (ijt?;--**5 *^*^-*^ W^' tsb tr* ro-^-*-*^ 

l%— Lus»- yjjwii.*^ Ua*« Ltfl^Xxrs- QO*>Ji_5 5<X».|^ i>_5^ (^^) 

«jj^i wfcA^ ^^ t5>**-' ^1>^ té/*''' iS^^33 é^jXi^ jj^s^ ^ij^ 

«jjj-è -0^" ^l^j-ji)! SjjJH*^ iki^yti] g^ (jlij <il Js.**ÀÀj iOj^xil 

à lui le lundi douze rébi premier de la dixième année deThé- 
gire, à la même heure où il était entré à Médine; il mourut 
dans la demeure d'Aïchah, après une maladie de treize jours. 
Les guerres commandées par le Prophète en personne 
sont au nombre de vingt-six, selon les uns, de vingt-sept, 
selon les autres. Ce désaccord provient de ce que les pre- 
miers considèrent sa marche de Khaïber sur Wadi'1-Rora 
commeune seule et même campagne , tandis que les seconds 
comptent séparément la campagne de Khaïber et celk; de 
Wadi'1-Kora. Celte différence d'évaluation s'explique par ce 
fait que le Prophète, après avoir triomphé à Khaïber avec 
l'aide de Dieu, se dirigea immédiatement sur Wadi'1-Kora, 
sans passer par Médine. La première affaire commandée par 
le Prophète, quand il sortit de Médine pour aller à Wed- 
dân, est nommée guerre iKel-Abwà. Puis vier.nciil la guerre 
de Bowat, on il s'avança jusqu'au district de Radwa; la 



. CHAPITRE LXXTI. . \li5 

s^ys. A.Sj>jLr> ^ jj^UAlo xs'^jÂ. ^^^ Jj^l jj^j iijijs- 

j 

guerre d'el-Ochaïrah , dans la vallée de Yanboà; la pre- 
mière campagne de Bcdr contre Kourz, fils de Djabir; la 
grande bataille de Bedr, ou seconde guerre dans laquelle Dieu 
extermina les pi us vaillants champions de Koreïch et réduisit 
plusieurs de leurs chefs à l'esclavage; la guerre des Benou- 
Solaïm , où les Musulmans arrivèrent au réservoir nommé 
el-Kédid que possédait cette tribu; la guerre de Sawik 
contre Abou SoGàn, fils de Ilarb , où les Musulmans s'avan- 
cèrent juscju à Karkarat el-Kodr; la guerre de Gatafàn dans 
le Nedjd, nommée aussi guerre de Dou-Amar; la guerre de 
Bahràn, nom d'une mine située dans le Hédjaz, au-dessus 
d'el-Forà; la guerre d'Ohod ; la guerre de llouira el-Aced ; des 
Benou-Madir; de Dal er-rikàa, c'est le nom d'un palmier; 
la dernière guerre de Bedr (ou Petit Bedr); la guerre de 
Dauraat el-djandal; la guerre du Fossé; celle des Benou- 
Koreizah; celle des licnou-Lihiân , fils de Hodeil, fils de 
Moudrikah; la guerre de Dou-karad; celle des Benou'1-Mos- 



\kk LES PRAIRIES D'OR. 

Sif^-s- 4tJ> (^jv— iL». iJj^ AJ iiC» ^ /0.J ^Uiiîl ïj^ -!5X«*Jlj 
*X-&.|^j*Xj »^Îj5)^ J--«^ i ^-^ J^»* i^^^ *5>* (»^" uÀjUxII 
i«Xrf> «4?^^ ouUoSt^ C:3S*^^^ ^>aJ'j j-M^j y^>>5 li*^-^^ 

ojj^5 x«:5X^ fj\ dUi^ t^;^'^' t^^b *b'^ <^ ^^ /ckx^ c^' 
^^jv5j^| (^ Jojii ioUJI -jj i JoliJ^ JJCAi /o. Q *«* ; «^j /*^*>^. 

talik, branche des Khozâïtes; ia guerre d'el-Hodaïbyah , où 
les Musulmans, quoique animés d'intentions pacifiques, fu- 
rent attaqués par les idolâtres; la guerre de Khaïber; l'ex- 
pédition armée au pèlerinage dit visite d'accomplissement; 
la prise de la Mecque; la guerre de Honaïn; la guerre de 
Taïf , et la guerre de Tabpuk. Il combattit dans neuf de ces 
guerres : à Bedr, à Ohod , au Fossé , contre les fils de Korai- 
zah, à Khaïber, à la Mecque, à Honaïn, à Taïf et à Tabouk. 
Telle est l'opinion de Mohammed, fils d'Ishak. Quant à 
Wakidi, tout en admettant avec Ibn Ishak que le Prophète 
a combattu en personne dans ces neuf batailles, il en ajoute 
deux autres : l'affaire de Wadi'1-Kora , où il vengea par la 
force des armes la mort de son serviteur Moudgam, tué 
d'un coup de flèche, et l'affaire d'el-Gabeh, où il tua de 
sa main six idolâtres. Dans cette même journée péril Mouh- 
riz, fils de Nadlah. Ainsi Wakidi compte onze batailles et 
Ibn Ishak neuf seulement : l'un el l'autre sont d'accord sur 



CHAPITRE LXXII. U5 

yi J<xi 4X35 kA^ ^ t^ tâ»^'^' ^b^ Wy-^ (i^^ ^t*«jJl i 
»XJ»j S^-i-*Ji v::>!i -.^V«Jl^ «5Xj>aJi AaAa U&I^ «jjjyfi J^l 

Jls^y.^3j j! ^jj 4W! fX** (jj (j^^ (^j J^ j.^s<>s^ *^y<jj 
u' CiJ^^^^^*^*-»' f»*^^ M^ C:jîr^ ^y^s ftjuij^o ^^yJ) y|>-**' ^^-*Jo 

LK— *v Civile j_g<X*ikJI «Jj iyj «X^ Jb jli' »X*Mi /vjt lJo«X*. 
X-j^ n ij 8Llw_«M 1,)^ 4X3^ ^j-^ (J"!^^j'^ W^ /oJbLio 4^ÀJ{ 

les neuf premières, et les deux autres sont ajoutées par Wa- 
kidi. Quelques auteurs disent que la première campagne du 
Prophète fut celle de Dat el-Ochaïrah. 

Les biographes et les chroniqueurs diffèrent sur le nombre 
des expéditions et des reconnaissances dirigées par ses lieu- 
tenants. Ainsi Mohammed, fils d'Ishak, fils d'Abd-Âllah, fils 
d'Abou Bekr, en compte trente-cinq, tant expéditions que 
razias, depuis le départ de Médine jusqu'à la mort du Pro- 
phète. Mohammed , fils de Djérir Tabari, cite dans sa Chro- 
nique le témoignage de Wakidi, transmis par el Harit, et 
à ce dernier par Ibn Saad , d'où il résulterait que ces expédi- 
tions s'élèvent à quarante-huit; d'autres enfin en comptent 
soixante-six , y compris les reconnaissances. 

Mahomet mourut âgé de soixante-trois ans, d'après le té- 
moignage d'Ibn Abbas, cité au début de ce chapitre; il ne 
laissait qu'un seul enfant survivant, sa fille Fatimah, qui 



|/j() LES PHAlhlEt) DUR. 

X.J jo— kwî^ /wA_*-iw cy^JL» ^CAXy» *Xjtj Ji_^^ jj ^.^lîj c-vibj 
L»fc_j /%_>j— *i.i^ J»^^' ^S^"^*^,} 'ji-*'*»' (j)^'**^^ t^*^'^' (j"^' ,5^^ 
fc^*_Xiaiî OvAff ^j oU^ «Xa£ A4V-Î3 t^lL jl ^5 «lj5 c:*.3i^ 

* j ..y . ■■ I ^ .. 

mourut quarante jours, ou soixante et dix jours après lui. Il 
y a encore d'autres versions sur cette date. Fatimah avait 
épousé Ali, fils d'Abou Talib, une année après i'hégire, ou 
un peu plus tôt, selon quelques auteurs. La première femme 
du Prophète, Khadidjah, fille de Khowaïled, fils d'Açed, fils 
d'Abd el-Ozza, fils de Koçayi, mourut au mois de chawal , 
trois ans après la première révélation. 

Mahomet était âgé de cinquante et un ans, huit mois et 
vingt jours quand il fit son voyage nocturne au ciel [mîradj). 
Son oncle Abou Talib, dont le nom est Abd-Ménaf, fils 
d'Abd el-Mottalib, mourut trois jours après Khadidjah, à 
l'âge de quarante-neuf ans et huit mois. Quelques auteurs 
disent que son véritable nom était Ahou Talib. Après la 
mort de Khadidjah, Mahomet épousa Sawadah , fille de Za- 
maâh, fils de Kaïs, fils d'Abd-Wudd, fils de Nadr, fils de 
Malik; enfin il épousa Aichah, deux ans après l'hégire; 
d'autres prétendent qu'il l'épousa après la mort de Khadi- 
djah , mais qu'il no consomma son mariage que sept mois 



CHAPITRE LXXII. I/|7 

JL*-:» JlJi-j AAj:>b (j.**«».li I«x4^ t_>il J^s-j j.,ft aWI ^ji Jb 
(^ Jo^J» Uo rf^i^là^ ^^IjL JlxÎ iljî^ JUj <\MÎ Jli dUJsS" 

et neuf jours après sa fuite de la Mecque. Nous avons parlé 
de tous ses mariages dans l'Histoire moyenne; nous n'y re- 
viendrons donc pas dans ce chapitre. 

Au rapport d'une tradition transmise à Djàlar par son 
père Mohammed; à celui-ci par Ali, son père; à Ali par el- 
Haçan, et à el-Haçan par Ali, lilsd'Abou Talib, Dieu a révélé 
à son prophète lapins pure morale dans le verset : « Sois clé- 
ment, prescris l'aumône et détourne-toi des infidèles. « [Ko- 
ran, vu, 198.) Lorsque Mahomet s'y fut conformé. Dieu 
ajouta:» Certes tu es d'un caractère sublime » [lhid.i.\y\u,l\,) ; 
et quand il vit que le Prophète remplissait fidèlement sa 
mission , il dit : « Accepte/, ce que l'apôtre vous apporte, et 
abstenez-vous de ce qu'il inlerdit, » [Ibid. lix, 7.) Mahomel 
a reçu de Dieu même l'autorisation de promettre en son nom 
le paradis aux croyants. 

Quoiqu'il eût épousé quinze femmes, il n'eut de rapports 
qu'avec onze d'entre elles, et ne se rapprocha jamais des 
quatre antres; neuf de ses femmes lui survécurenl. 

10. 



148 LES PRAIRIES D'OR. 

jkjj iwï** <!iÀj<Xilj^ Iwi** <XX^ f»^^^ AÀ.W (i5>-*J;5_j cb^Xjj /wî 

On n'est pas d'accord sur l'âge véritable du Piophète. 
L'assertion d'Ibn Abbas citée plus haut a pour garant Ham- 
mad , fils de Salaniah , d'après Ibn Hanizah , qui la tenait 
d'Ibn Abbas lui-même. Cette opinion est confirmée par celle 
toute semblable d'Abou Horeïrah. On rapporte que Yahia, 
fils de Saïd , tenait de Saïd , fils d'el-Mouçayiab , le renseigne- 
ment suivant : « Le Prophète avait quarante-trois ans quand 
il reçut le ( premier chapi Ire du ) Koran ; il demeura dix ans à 
la Mecque, dix ans à Médine, et mourut âgé desoixante-trois 
ans. » Aïchah a dit aussi : « Le Prophète est mort à l'âge de 
soixante -trois ans. » D'autre part, une tradition provenant 
également d'Ibn Abbas, mais par une voie ditTérente, en- 
seigne que le Prophète mourut à soixante-cinq ans. Ibn His- 
cham, qui l'a transmise, la tenait d'Ali, fils de Zeïd; Ali, de 
Youçouf, fils de Mehran , et ce dernier, d'Ibn Abbas. 

Katadah, citant l'autorité de Haçan, d'après Dîbil , c'est- 



CHAPITRE LXXII. U9 

s- 



(1). 



l^CiM 



jjàAi *j| ->X*>Ji /o.^^ à^ Jt aAc b*X>^ c^«^-^i_j Jj 



à-dire Ibn Hanzalah , fait mourir le Prophète à soixanle-cinq 
ans; d'aulres auteurs disent soixante ans. Les trois person- 
nages dont on invoque l'autorité sur ce point sont Ibn Abbas, 
Aïcbah et Orwab, fils de Zobeïr. Or ce dernier (d'après ce 
que Amr ben Dinar a transmis à Hammad ) disait : « Maho- 
met avait quarante ans au moment de sa mission, et soixante 
ans quand il mourut. » Enfin Cheïbàn rapporte que Yiahia, 
fils d'Abou Kétir, a entendu dire à Abou Selamah : « Aïcbah et 
Ibn Abbas m'ont enseigné que le Prophète, ayant quarante 
ans quand il reçut sa mission divine, demeura dix ans à la 
Mecque, dix ans à Médine et mourut âgé de soixante ans. >> 
En citant ces différentes versions, notre but est de mon- 
trer au lecteur que nous n'avons négligé aucun renseigne- 
ment, aucune source de traditions, en tant que nous avons 
pu le faire sans nous départir de la forme concise et abrégée 
doni nous n(jns sommes fait une loi. Mais nous avons entendu 
la ramill<-(lu Proplièlcanirmcr (ju'il nioinnl ;'ig('' do soixanlr 



150 LES PRAIRIES D'OR. 

l>ljii l^A* ^^^^ »;-S=»- V^l^ (:y^>)^^^ i:X^y^ vl>^' Aj^XS Î 
l.«i (ji)l w^sJsJLXï ^iUi ÏUÀaSo k^l ^1^ b^5l> U^^ (:^*^ 

_^Lj«JI L^-j ,jJC^=.j (X-<i_j.^ ^Iî33 -îCixy»^ p^X..«Ji_5 5!5\AaJl 

trois ans. Sou corps, après avoir été lavé, fut enveloppé 
dans trois linceuls superposés, deux en étoffe de Sohar et le 
troisième en soie rayée (du Yémen). Ceux qui descendirent 
dans sa fosse furent Ali, fils d'Abou Talib, Fadl et Kotam, 
tous deux fils dVVbbas, ot Choukràn, affranchi du Prophète. 
On donne des détails différents sur le nombre de linceuls 
dont son corps fut revêtu. Dieu sait mieux la vérité. Passons 
maintenant en revue les principaux traits de son histoire, 
depuis sa naissance jusqu'à sa mort. 

CHAPITRE LXXIIl. 

PRÉCIS DES ÉVÉNEMENTS ET DES FAITS HISTORIQUES SURVENUS 
ENTIIE LA NAISSANCE ET LA MORT DE NOTllE SAINT PROPHETE. 

Dans ce qui précède, nous avons donné sur la naissance, 
la mission ot la mort du Prophète, un résumé propre à sa- 



CHAPITKE LXXUl. 151 

5 js-.=wU J^*»o^ »*>s^ (^û ^^ J^^ so^ *'*'!?' »i '^^^ 

c_>L{uJî l*>Oû Id^-m-^v» (j^ ^ (^ WjÎ *>^ï ^^ IJ^3 xJUo (^ 

tisfaire les exigences de l'érudition et à guider le lecteur 
qui recherche la vérité historique. Après avoir analysé les 
principaux événements liés à l'histoire de Alahomet, nous 
allons donner, dans le présent chapitre, le tableau rapide de 
sa vie et des faits les plus importants de son époque, en 
suivant l'ordre chronologique, alin que le lecteur ait sous la 
main un travail de nature à faciliter ses investigations, 
indépendamment des aperçus plus détaillés qu'il peut trou- 
ver dans les chapitres précédents. 

L'an premier de sa naissance, le Prophète est confié à 
Halimah, fdlc d'Abd-Allah, fils d'el-Harit, fils do Sakhnah, 
lils de Djahir, (ils de Dirani, lils de Narir, lils de Saad, 
lils de Bekr, fds de Hawazin, fils de Mansour, lils d'Akra- 
mah, fils de llafsah, fils de kaïs, fils d'Aïlàn, fils de Modar, 
lils de Nizar, (ils de Maadd, fils (rAdnàii. A l'àgc de ( inq ans, 
il est rendu à sa mère par Halimah, connue nous l'avons 
dit plus hauL A six ans, il accompagne sa mère cluv. ses 



152 LES PRAIRIES D'OR. 

j,l <5lJî «^ S/-^ ''^^^ "^"^^ r^' ti' «-JUa j,l à:J t^ SJ"*^ 
/6.J1L0 ^^wàJI^L JjD dJ«X.b <\^l^ «JUj^ CSf*^^ d} '^^ '^+* 

c:A.iw^ ^•'^^itf^ C:^ i«^ j[^ ^ 8^Um£ I «XJ^ yi».s- iOCAw (_vAja!Li tXtvxJ 

oncles; elle meurt à el-Abwâ, bourgade entre la Mecque et 
Médine. Oumm-Eïmen , afFranchie d'Aminah el passée en 
l'héritage du Prophète, est informée de la mort de sa maî- 
tresse: elle vient chercher l'enfant et le ramène à la Mecque. 
A neuf ans, il accompagne en Syrie son oncle Abou Talib; 
selon d'autres, il fit ce voyage à treize ans. Abou Talib était 
frère consanguin et utérin d'Abd- Allah, père de Mahomet. 
Voilà pourquoi il eut la tutelle de l'orphelin, de préférence 
à ses autres frères nommés el-Abbas , Hamzah , Zobéïr, Djahl , 
el-Moukawam, Dirar, el-Harit et Abou-Lahab, tous fils d'Abd 
el-Mottalib. Outre les dix enfants dont nous venons de don- 
ner les noms, Abd el-Mottalib eut six filles : Atikah , Safyah , 
Omeïmah, el-Beïdâ, Kourrah (ou Barrah) , et Arwa. Safyah , 
qui donna le jour à Zobeïr, fils d'el-Avvam, fut la seule de 
ses filles qui devint musulmane ; cependant certains auteurs 
prétendent qu'Arwa adopta aussi l'islam , d'autres le nient ; 
v\\ un moi, cette question est douteuse. Durant ce voyage 



CHAPITRE LXXIII. 153 

/» * X .>e> «Xs^j ^^^î (:j>j y^ (^ «^JOiJI J.i^t cjL> ^ dl.]ij 

ySta-j?^ (jvj c;^\^ S^;-=^ '^'^ (j^*«i^C j (^tXj»! ^JLw ^ dUi^ 
Ï*>>-^J ^_iv^-«>^ ^-^'j oUiîl !«Xjû (j^ \^J)X>m l^îv» (j5Va£ u**^^ 

en Syrie avec son oncle, Mahomet rencontre le moine Bo- 
haïra; celui-ci les met en garde contre les mauvais desseins 
des Juifs qui savaient cet enfant destiné à devenir prophète. 
Dans le chapitre intitulé, Des personnages qui ont vécu dans 
l'intervalle, c'est-à-dire entre le Messie et Mohammed, nous 
avons parlé de ce moine Bohaïra et de ses prédictions concer- 
nant le futur prophète (t. I" p, làO). 

A rage de vingt et un ans, comme nous l'avons dit ci-dessus 
(voy. p. 125), Mahomet assiste à l'une des journées de la 
guerreentre les tribus de Koreïch et de Kaïs Ailàn, nommée 
fidjar à cause de la violation dos mois sacrés. La victoire, 
après avoir penché du côté des Kaïs, se déclare pour les Ko- 
reïchites, dès que Mahomet se trouve sur le lieu de l'action. 
Le chef des Koreïchites était Ahd-Allah, (ils do Djoudân 
el-ToyJMii, qui, avant l'islam, exerçait le métier do ma(|ui 
gnon ol de marchand d'esclaves. Celte vicloiro est un d(\s 



154 LES PRAIRIES D'OR. 

SjyH^ (:Hy^^'^ -^X-Ji^ «^î^wWilJt -}U>* AjyJs? »;«>-m JS^jJl 

t*0 tr* U^^ yîoJ C:5>rJ«'yt -^ dUi^ (j*.Wl iCil^' Jl ^j^^^j 
iJ^jkâJi *-A-^ -îLÂJCyB g;b i ^UJl ^jUj t^-**a«- ^^ Jj^l 

^J\^ (J^^^^ iLi^w ij tj/JwiJî i ovkkit *Na* ^3 rAiiU» <^^ 

Jî f^rr^j -^ ^j^ ^r-^-*^ *~*Xic> <;^À.3I ii-=?-^> iks^.<y.s^ »lî^ 

indices de la mission prophétique de Mahomet et des bé- 
nédictions qui s'attachent à ses pas. A vingt-six ans, il 
épouse Khadidjah, fille de Khowaïled; elle avait alors qua- 
rante ans; mais il y a discussion sur l'âge de Khadidjah. A 
trente-six ans, il assiste à- la restauration de la Kaabah par 
les Koreïchites, il est pris pour arbitre et replace lui-même 
la pierre noire (voy. ci -dessus, p. 127). A quarante et un 
ans, il est choisi par Dieu, comme son prophète et son en- 
voyé, et chargé de prêcher la foi au genre humain. Cette 
révélation a lieu le lundi, dixième jour du mois de rébi pre- 
mier ; mais il faut tenir compte des discussions relatives à 
cette date. A quarante-six ans, le Prophète, accompagné des 
Benou-Hachim et des fds d'Abd el-Mottalib , est bloqué dans 
une gorge de montagne, par les Koreïchites. A cinquante 
ans, il sort de cette retraite avec ses compagnons. La même 
année, Khadidjah, sa première épouse, meurt. Le Prophète 



CHAPITRE LXXlir. 155 

Ly-s»-j>)o ''iJi cX^ij (*A^ c:^ ^$3 »^^1 J^ U^ 23>> J**^ 
4^y-i_jt Ci^-io À-^Jobb X*3j c^ua j;î /jJ ^^ ;?^A)^ (J^ ^-4-!^-•^ 

serendàTaïf , ainsi que nous l'avons raconté précédemment. 
A cinquante et un ans, il est enlevé au ciel, à Jérusalem, 
comme l'atteste le Koran (chap.xvii, 1). A cinquante-quatre 
ans, il fuit de la Mecque à Médine ; il construit la première 
mosquée, et consomme son mariage avec Aïchah, fille d'A- 
bou Bekr, âgée de neuf ans. 11 l'avait épousée, avant l'hégire, 
à l'âge de sept ans , selon les uns , de six ans , selon les autres. 
Ce qui est avéré, c'est qu'il n'eut de relations avec elle que 
sept mois après sa fuite à Médine. Aïchah disait elle-même 
qu'elle avait dix-huit ans à la mort du Prophète; elle mou- 
rut presque septuagénaire à Médine, l'an 58 de l'hégire, 
sous le règne deMoàwiah, fils d'Abou Sofiân; la prière de 
ses funérailles fut récitée par Abou Horeirah. 

An I de l'hégire. Le Prophète charge Bilal de \ezdn (appel 
à la prière), confortnémenl aux inslruclions (|u'AI)d-Allah 
hcn Yézid avait reçues en songe. Ali. lils d'Abou Talib, 



156 LES PRAIRIES D'OR. 

iLjyj^j *Jubî c>.A3j.j ^-ô^j iwjJil Ji ii.s>-yj[i /o-»A.o 4^^^' J-*^ 

(•jJ i ^i)Ji^ ^«^^^ ^^J c:aj\<' l^j ^^ ^' C5^J iUJoUj (^ 
vi»^' AJLui jjj y^*^ _^^--' Cj-« 4^^ ^■^^ iJ^ff t^ AX^Ji. 

ij /o^.w «x*j ^\i^ ool^_5 iU;j^=»- tii*^ v'-vi)^ ^^^y^ U^ 

A-oj c^Liail (j-J j-5 o»JL> iUaxs? ^^JJj-' U^ i>i^\ »*>^ 

épouse Fatimah, fille du Prophète; mais la date de cet évé- 
nement est controversée. 

An IL Le Prophète institue le jeûne du mois de rama- 
dan, et ordonne aux Musulmans de se tourner, en priant, 
vers la Kaabah. Mort de sa fille Rokayah. Vers la fin de la 
même année, Ali consomme son mariage avec Fatimah. 
Bataille de Bedr, le vendredi dix-sept du mois de rama- 
dan. 

An IIL Le Prophète épouse Zeyneb, fille de Khozaïmah, 
et la perd au bout de deux mois; il épouse alors Hafsah, 
fille d'Omar ben Khattab. Mariage d'Otmân, fils d'Afîàn, 
avec Oumm-Koltoum, fille du Prophète. Naissance d'el-Ha- 
(■an, fils d'Ali; la date de ce dernier événement n'est pas 
certaine. Bataille d'Ohod dans laquelle Hainzah , fils d'Abd 
«'1 Moltalih, trouve le martyre. 

An IV. Halaillc de Dal er-rikâ. A celle occasion , le Pro- 



CHAPITRE LXXIII. 157 

^j_vàî^ A^^ ;»-«^ 5-^*-** &-\r'-^*^'^ ^^^ i_^xÀJOol^j.A>aJl 

^ a^js. o^i<' i-^^-Mj »_^ALo J-Ji \^\j Usj *.^*^uii 

aM! ^_^^ ^^ ^ (:J>^^ <^^ (j^ ^j5 ^^ ê: ^i tijikAoXî 
ij-* ^•\r^ \j^ ^^ 0*^^-*^ *-5>* ^-^^ u*^ "^^-^ '^-5 (i^^^-*** 

phèle récite la j)rière de la crainte (voyez Mour. d'Ohsson, 
t. Il, p. 253) \ l'origine de cette prière a donné lieu à quel- 
ques discussions. Mariage du Prophète avec Ounim-Sala- 
mah, fille d'Abou Omeyah. Expédition contre la tribu juive 
des Benou-Nadir, qui se retranchent dans leurs forteresses; 
leurs palmiers et leurs vergers sont détruits et leurs champs 
incendiés; réduits à cette extrémité, ils implorent la paix. 
Expédition contre les Benou-.Mostaiik. Même année, nais- 
sance d'el-Huçeïn, fils d'Ali: on croit que Fatimah sa mère 
naquit huit ans avant l'hégire. 

An V. Guerre du Fossé, ainsi nommée à cause du re- 
tranchement creusé par les Musulmans. Expédition contre 
la tribu juive des Benon-Koraizah. L'historique de cet évé- 
nement est bien connu. Mariage du Prophète avec Zeyneb, 
fille de Djahch. Accusation dirigée contre Aïchah par des 
calomniateurs. 

An VI. hogalions du Prophète à l'occasion de la sèche- 



158 LES PRAIRIES D'OU. 

jjL.A_i_.u« ^i OC^^ ÎLmAS*' -I TjJjH W^J li/Jo «Xi^i UriSJ^ 
r— ^— *-^ tv_^ ^T'î'^ iiÀiiV j,J l^J ''^^iKî "^^^^ U-OvJ i^OyiyS^- 

l^Ai^ ^w*ÀÀJ ««^taiwl ^^ <^i>- c:a^ iUÀ^c» ^^Ja^pl^ L<..sïOCilî 
«j cJjLjLaJI (j-»^yj^i U <^ *LjsJLÎ! 'ij.i j.,ç\sS (jvs»- jj^à-w J, 

iij^U »jLA^ ytiOua tiiA^ (jw^Syiil tXÀ£ (jw« ijccL j;l ^ «««Jsl». 

resse et de la disette. Il visite les lieux saints [omrah] , c'est 
ce qu'on nomme l'expédition de Hodeïbiyah ou Vadieu aux 
infidèles. Prise du bourg de Fadak. Le Prophète épouse 
Oumm-Habibah, fille d'Abou Sofiân. Il envoie des ambas- 
sadeurs au Cosroès et au César. Il paye de ses deniers l'af- 
franchissement de Djowaïryah, fille d'el-Harit, et la prend 
pour femme. 

An VII. Expédition de Khaïber et prise de cette ville. 
Le Prophète se réserve parmi les captives Safyah, fille de 
Hoyaya, fils d'Akhtab. Pendant sa visite aux lieux saints 
nommée visite d'accomplissement, il épouse Meïmounah, 
fille d'el-Harit des Benou-Hilal, et tante maternelle d'Abd- 
Allah, fils d'Abbas. On ne sait pas exactement s'il eut com- 
merce avec elle avant d'avoir revêtu le manteau d'ihram, ou 
pendant qu'il en était revêtu. Cette question est débattue 
par les jurisconsultes, et elle a donné lieu à différentes 
opinions sur le mariage du pèlerin en état pénitentiel 
(/^mm). Même année :Hatib, fils d'Abou Baltaab, revient de 



CHAPITRE LXXUI. 159 

kiiJi y-^-s-^ -iV.^Î Lsy^KA^ft aMI Sy>»j {j->^ f^j-^^ p' iULiAxIl 

iù>,^ ^jb^l* xm3j a^*-5j)j (jj aMI Os^^y icijU.- ^ *Nî;^ 4-JU3 

JJi> wA* Jys»^ A.jiXAi> ^^yJi Ok-ÀJ «.-vÀoj *ljj o»j\^ W^J pj^y^ 
-v^^^ >oJtX*=> (^ÀJi ^Ixxii ,j\^ ^jJi iiÀ^ ^^^ IftAi^ gL)^' 'i^* 

Î_j-fci6i>i Jlij ^j'^:» ^' (^îj (*"=':^ s:' ^^^ '-^^ (^^ '^'^^ «^' 

chez le Makaukus, roi d'Egypte. Parmi les présents (ju'il 
apporte de la part de ce roi, se trouve Marie la Copte, dont 
le Prophète eut ensuite un fiis nommé Ibrahim. Djâfar, fils 
d'Abou Talib, revient d'Abyssinie, où il avait émigré avec 
ses enfants, sa femn)e et un certain nombre de Musulmans 
établis dans cette contrée. 

An VIII. Ce même Djàiar, fils d'Aboii Talib, Zcïd, lils de 
Haritah, et Abd Allah, fils deRawahah , reçoivent le niartyre 
en combattant contre les Grecs, à Moulah , nom d'une bour- 
gade de la Syrie, dépendant du pays de Balka, dans la pro- 
vince de Damas. Mort de Zeyneb, fille du Prophète; cette 
date est contestée. Même année : le Prophète s'empare de la 
Mecque; on ne sait pas précisément si elle fut [)rise d'as- 
saut ou par capitulation. Les idoles sont renversées, le 
temple d'Ozza est détruit. Le Prophète, s'adrcssant aux Ko- 
reichites, leur dit : « Famille do Koreïch, comment pensez- 
vous que j'agirai à votre égard? — Avec bonté, répondi- 
renl-ils, car lu es un frère généreux et le fils d'un frère 



160 LES PRAIRIES D'OR. 

OU>Ua!l *J5^^ ^^^ tj^ iU.AaJl ^ «Xjji <M^3 ^C)-»âÀJî o;^ 
[^ j-^^ yU-»-« >>^ /«>-ft*^j <o*^* iiiJ^J 5^^*' U^ W^.5 

0«mO çej.A-ié' 1*1 Sls^ Ojl^ W*^^ UV^ '^^^•Î^V 0_jJilJ ■^J viL**^ 

généreux. — Allez , reprit-il , vous êtes amnistiés. » Expédition 
de Honaïn contre les Hawazin commandés par Malik ben 
Awfen-Nasri et parDoreïd,filsdeSinmiah. Guerre de Taïf et 
partage du butin entre « ceux dont on voulaitgagner lecœur. » 
[Essai sur llàst. des Arabes, t. III, p. 261.) De ce nombre 
étaient Abou Sofia n , Sakhr, fils de Harb , et son fils Moâwiab. 
Naissance d'Ibrahim, fils du Prophète et de Marie la Copte. 

An IX. Abou Bekr le Véridique conduit le pèlerinage. 
Ali, fils d'Abou Talib, lit aux pèlerins le chapitre du koran 
intitulé : l'immunité. [Koran, ch. ix.) L'accès des lieux saints 
est interdit aux idolâtres; désormais nul n'est admis à faire, 
sans être vêtu, les tournées rituelles autour de la Kaabab. 
Mort de Oumm-Koltoum , fille du Prophète. 

An X. Le Prophète accomplit le pèlerinage d'adieu et 
prononce ces paroles : « Certes le temps, dans sa révolution , 
est revenu au point où il était le jour où Dieu créa les cieux 
et la terre » (c'est une allusion à l'abolition du naçi). Mort 
d'Ibrahim, son fils, âgé d'un an, dix mois et huit jours; il 



CHAPITRE LXXIII. 161 

^J^ v^«_Aa». l^jy» U^»Xi U ^.w^j w (^ ifrALs -îoUj c:aj\^ iwiwA 

^-ol *X-xj l^lv s-y^^ [Jij^ j\ùJu> ^ ^Ul c.jjUj ^J^ b^5i> 

J^-^-^ '-^' ci yj:> tgJ^'Jl J^^ AJ^ (^X^^iw (j^ f Uv>i J^ 

y a d'autres versions sur l'âge de cet enfant. Ali, envoyé 
dans le Yémen en qualité d'ambassadeur, est admis à parti- 
ciper avec le Prophète au privilège de Vihram. 

An XI. Mort du Prophète. Les détails relatifs à sa mort 
ainsi qu'à son âge, et les différentes traditions qui s'y 
rapportent, se trouvent dans le chapitre précédent (ci-des- 
sus, p. i/i6). Mort de Fatimah, sa fille; nous avons cité ail- 
leurs les débats auxquels ont donné lieu son âge, le laps 
de temps qu'elle survécut à son père, et nous avons recher- 
ché si la prière des funérailles fut récitée par son époux 
Ali ou par Abbas, fils d'Abd cl-Mottalib. La mort de la fdle 
du Prophète jeta Ali dans un violent désespoir, il versa des 
larmes abondantes et témoigna une douleur et un accable- 
ment don ton trouve la preuve dans ce passage do ses poésies: 

Iv'imion (le deiiv amis intinirs linil toujours par l'Iro lirisi'C : toiil ce 
qui fsl soumis au trépas a peu de valeur'. 

I'jU perdant coup sur eou|) Ahmed et Falimali. |'ai acipiis la cerhhule 
ijuc la nu)rl u"('pargiie pas l'aïuilii'. 



162 LES PUAIKIES D'UH. 

/Àji <\jMJC*_j i^AXt c:a.:S:' Ixjl^ -j,AJé^ «!^ 'J^'iVS^j ^-^ '^■Vj^' 
^j ^jpl-jtii ji c^.:*?' o^\(j t^J3 c5;-==-î «>^ iJ^Xj»-!^ ylift 
4^„j»^ ^ »i>j AjUa^) i ^*îl J^-£ÛÎ (^J o^i». J^J-* JtXJl»^ 

^ j^ ic)^ "^-^j A-^ui ijt^^-x^' aj (J-* ^«^^j o^^' jj (A^ 

<x_aXS' 2h] '^J^_5 ii^Ialî cj»^^ Js-x-j ii_^Ui ^_y-J" i-^-J^o J,l 
ii-jl^XJJî j-J>UaJlj fc-oJûil _ji^^ -=^1 «Xa* <i^:> U *X*j »^\-Ji 
i LhSjI JOJj |^N-iÛy.J^3 A^U_j -^^-«^1 i JJ_5 ^iJ *i ^Uw5 

Tous les enfants du Prophète, à l'exception d'Ibrahim, 
curent pour mère Rhadidjah. Ce fut à cause de son fils aîné 
el-Kaçem que Mahomet a été surnommé Ahoiil-Kaçem. Ses 
deux filles Rokayah et Oumm-Koltoum avaient épousé d'à 
bord Otbah etOteïbah, tous deux fils d'Abou Lahab, oncle 
de Mahomet. Plus tard , ayant été répudiées pour des rai- 
sons qu'il serait trop long. d'expliquer, elles furent épousées, 
l'une après l'autre, par Otmân, fds d'Affàn. Sa troisième 
fille Zeyneb devint la femme d'Abou'1-Assi , lils de Rébî; 
l'islam les sépara un moment; mais Abou'I-Assi, s'étant fait 
musulman , fut réintégré dans ses droits d'époux; les circons- 
tances qui déterminèrent le Prophète à lui rendre sa fille sont 
diversement commentées par les légistes. De ce mariage na- 
quit Omamah , qui devint l'épouse d'Ali, iils d'Abou Talib. 
après la mort de Fatimah. Depuis le commencement de sa 
mission, le Prophète eut encore un fils qui, étant né dans 
l'islam, portait trois noms, Ahd Allah, (serviteur de Dieu;, 
Tayih (le bon) el Tahcr (le pur); puis Fatimah et enfin Ibrahim. 



CHAPITRE LXXIV. 163 

^j^ iL-i-^ *_À.^ i yl< U ^^ k-^w^i^Ij y^^î J^*s*-' UjU^> 

/jA-S.-Lj5 yA_:C-À_jî ii^^ y^^ Ijuû UjCij (Jl iîO'Ijj (j-i^ AjIsj 
cyy»xîl_5 l>i^y-N«Jîj ^^jJCxIij tâj^*^' u^ ^^ li y'^ ^^ iùUvASj 

Dans les Annales historiques et l'Histoire moyenne, nous 
avons raconté, année par année, les guerres, les conquêtes, 
les expéditions petites ou grandes, en un mot tous les évé- 
nements survenus entre la naissance et la mission du Pro- 
phète, entre sa mission et son hégire, entre son hégire et 
sa mort, et depuis sa mort jusqu'à la présente année 332. 
Le résumé succinct que nous donnons ici est destiné à rap- 
peler au lecteur qu'il doit consulter, pour les détails, ces 
deux grands ouvrages et nos écrits plus anciens. 

CHAPITRE LXXIV. 

DES LOCUTIONS (sENTENCEs) NOUVELLES INTRODUITKS 
PAR LE l'IiOl'IIKTE ET INCONNUES AVANT LUI. 

Voici ce (|ue dit Ahou'l-Haçan Ali, fils d'cl-IInçeïn, (ils 
d'Ahd Allah el-Maçoudi : Lorscjuc Dieu, prenant pitié du 
monde, envoya son prophète Mahoniel annoncer la bonne 



164 LES PRAIRIES D'OR 

^Uàfcil|_5 (^ÀXjC;i?Jl J^J^lï! OUoj t_*UMi l*X^ Qj^ Lf!^^ U^J 

nouvelle au genre humain, il confirma sa mission par des 
preuves et des signes éclatants, et lui envoya le Koran ini- 
mitable, pour diriger son peuple. Or les Arabes étaient maî- 
tres en l'art de bien dire; ils connaissaient tous les secrets 
de l'éloquence et du beau langage; ils possédaient tous les 
genres de style : l'épître, le sermon, le discours rimé et ca- 
dencé , la prose et la poésie. Ils savaient , dans leurs vers 
sur les actions d'éclat, exciter ou réprimer leurs auditeurs, 
stimuler leur émulation, promettre ou menacer, distribuer 
la louange ou le blâme. En même temps que la parole du 
Prophète charmait leur oreille, et réduisait leur génie à 
l'impuissance, elle savait condamner leurs mœurs, com- 
battre leurs préjugés, abolir les vaines croyances et renverser 
les idoles. Il nous apprend lui-même comment il mit les 
Arabes au défi de produire, à eux tous et en réunissant leurs 
cfforis, une œuvre comparable à son livre rédigé pourtant 
dans l'arabe le plus clair. Il y a dilFérentes opinions sur la 
rédaction du Koran et les qualités qui le rendent inimitable ; 
mais nous n'avons pas à nous occuper ici des arguments 



CHAPITRE LXXIV. 165 

y \r\ <j ti*-^ (_>bLJ il wiii». ujUj y\^ it (jv^UaXI *!^ /wfc 
^sIaJI JoLj^j '^i)y^ )t-'^^. r»>Vw»Ji^ iJ^UaJl XjJ* ^GL^ c^" 

wjuaJLJI -'^A^I^ ^a^aJI LiiMij xi^il ^j^ *^ ajsjj5 ^ >^3 
/yM^^-î /o-xXo ifsS^^b ikijJCÀXl 5_j.>jiJîj i>>-^«' cJ^'-tJ *ÏVSÀiï 

proposés pour ou contre, car notre livre est consacré à l'his- 
toire , et non à Texamen des discussions et des confro- 
V erses. 

Le témoignage de la tradition la plus authentique, trans- 
mise de génération en génération, nous apprend qu'après 
avoir établi les preuves de sa sincérité par des miracles, des 
signes et des manifestations extérieures émanant de Dieu, 
afin de répandre l'enseignement prophétique parmi les 
hommes, Mahomet a dit: « J'ai reçu tous les dons de la pa- 
role, » ou bien : « En moi s'est résumé le langage. » Il nous 
fait entendre par là qu'indépendamment du Koran inimi- 
table il avait reçu la sagesse et l'éloquence; que cette sagesse 
s'exprimait en un style sobre et concis, mais plein de pen- 
sées cl de vues diverses. En effet, son langage était à la 
fois le plus beau et le plus concis des langages, et renfer- 
mait en peu de mots un grand nombre de pensées. Nous en 
trouvons un exemple dans le discours qu'il prononça, lors- 
<|u"il se présenta avec Abou Bekr <'l Ali devant les tribus 
réunies à la Mecque; c'est alors que , plaçant Abou Bekr au- 



X 



166 LES PHAIUIES D'OR. 

p^XaJI t-*.MfcÀJî i j.'^ldCÎI tj-» J.Ài^ i:5^3 ^^■^ <^J^ ^J (""Ir^^' 

ii**X.i». «7^:^ ^3^5 *T>^ (^'*;W-=»-^ fi^ ^ l»lj^5 CJ-» *)^ ti' 

t-J^ii *>^j(<^j-à-t ^jj jjS^j.Jî J))i^]\^j.KM*J^l\ lâÀW! ÎJs-^J <oAx* 

it A.A.iûj La.*î fc>jju*j yl <«^ib!^>S JyiJî îtX^j l/^?'^ *^ «^ 
/p.. jt-X.»o A^^Ab i)w>î *5*Xj Lç^i jjbj,*Ji LCij J^'P.y^ t^as^^ 

dessus de la tribu de Bekr ben Waïl, il eut avec Dagfai un 
entretien relatif à la noblesse et prononça cette sentence 
inconnue avant lui et qu'il n'avait empruntée à pei^sonne : 
« Les malheurs résultent de la parole. » {Meïdani, t. 1, p. 19.) 
Le Prophète a défini la guerre par ces mots: « La guerre 
est un stratagème, » donnant à entendre par cette expression 
si brève et si concise que la lutte à main armée est 1* der- 
nier expédient de la guerre, lorsqu'elle a débuté parla ruse. 
Tout homme d'État doué d'un jugement sain appréciera la 
justesse de cette maxime. — « Celui qui reprend ce qu'il a 
donné ressemble à l'homme qui reprend ce que son estomac 
a rejeté. » Par ces paroles, le Prophète condamne le dona- 
teur qui revendique son propre don ; car l'estomac repousse 
avec horreur ce qu'il a expulsé. Cette maxime a été l'objet 
d'un grand nombre de commentaires; mais bornons-nous 
à citer les paroles mêmes du Prophète et celles de ses sen- 
tences on il n'eut pas de modèle. — « Jetez do la poussière 



CHA1MTI\K LXXIV. 167 

A_À-o^ ^1 sJiijI U »j-isi yL^jiJI^^ iii <o-C i^ ^3 ^iUi 

Jj-ji-j t-XAJ». J-^jJ^\ Xj ^^S>- U (Jj^Xi*. iiXjij <_>î^jjj| 3tA.#w4 



à la lace des panégyristes. » Ceci s'ap[)li(|ue sans doule aux 
éloges mensongers, et non à l'élan do reconnaissance qui 
porte riionune à remercier son hienJaiteur et à célébrer le 
vrai mérite. Car si les mots : «Jetez de la poussière, etc. » 
.ivaient ce sens absolu et .s'appliquaient aux éloges vrais ou 
Taux, rbonnne ne pourrait jiius louer son semblable, sans 
s'exposer à un pareil outrage, ce qui est en contradiction 
avec le passage du Koran révélé au Propliète, où Josepli 
s'adressanl au loi lui dit : « Conlio/.-moi les trésors de la 
terre, car je suis un sage gardien » {Kuran , xu, 55), ne crai- 
gnant |)as de faire ainsi son propre; éloge et de vanter ses 
(|ua!ilés personnelles, ((^f. t. Il, p. 3(io.) 

lit'S maximes que nous rapportons ici se trouvent dans 
les recueils d(; biogiapbies (;l les cbroniciues, elles sont bien 
connues des savants et réj)aiulues parmi les j)liilosoplies, 
ol (îlies ont cours dans la prali(pj(î de la vi(!; le peuple lui- 
même (>n l'iiil un (Véipiml usngr cl h-s inrjc ;i ses adages; 



168 LES PRAIRIES D'OR. 

U iù^Jk^ ^.?-»-=^ ^'-?;^^ ^^'^ "^ j-*>i^^ (^ <iû ^! e^j 

^^ ^jii ^ iLJL_^l» t^r^^^ Ciï'^'J^ '^^ '-^-^ ^ '^ ^' ^J*^ 

mais peu criiouimes savent qu'elles remontent au Prophète 
et qu'il en est le premier auteur. Citons encore les suivantes : 
Ne pas payer un créancier, parce qu'il est riche, est une 
action injuste; mais on peut poursuivre le riche, s'il est dé- 
hiteur. — Les âmes sont comme des troupes armées : celles 
qui se connaissent font alliance; celles qui ne se connais- 
sent pas se combattent. — Le principe de la sagesse est la 
connaissance de Dieu. — Allons, cavaliers de Dieu, à cheval, 
le paradis est devant vous ! — Quand le four est chaud , deux 
chèvres ne s'y battent plus à coups de cornes. — Le vrai 
croyant n'est pas blessé deux fois dans le même trou de 
serpent. — L'homme ne commet le crime que par ses 
mains. — Entendre et voir sont deux. — L'homme fort 
est celui qui remporte la victoire sur lui-même, — Béni 
soit mon peuple, parce qu'il est matinal. — Celui (|ui verse 
a boire, boit le dernier. — La loyauté est la base des assem- 
blées. — Si deux montagnes se révoltent, celle qui se révolte 
sera abaissée. — Il est mort halfa iinfihi, c'est-à-dire à l'im- 
proviste, el non à la suite d'une maladie <n\ par une 



CHAPITUE LXXIV. 169 

JtoLJi l^0v!-i «^ U^ i^yi^ Lffvjw AjUiii jj ^ U» ^-i*? (s~*^ 

SK-^ ^t^„«*o .It ^ iC-^b (jAJtJ iK.i&lw ^^^A£ JULI jjçik. ( AjUmL 
wçtj *vll ( iwM*>i c>Xw ^î (<>jb 1^-=^ Jl^ CJ-» '^^ 5j ^^wwJLt 

(jLçj! (j_. y!j iii^sS». wJUiJi (:j^ yî ( «XaJiJ <X=w1^ (J-*Jiil 5<Xft 

tîes causes qui entraînent la fin de l'existence. — Mon 
peuple sera heureux tant (ju'il ne considérera pas la loyauté 
comme un butin, ni l'aumône comme une dette onéreuse. 

— Attachez le Calcni à l'écriture. — L'œil qui veille sur l'œil 
(jiii dort est le plus précieux des biens. — Le musulman 
est le miroir du musulman. — Que Dieu pardonne à celui 
qui profite en parlant bien, ou (jui se sauve en se taisant! 

— L'homme entouré de ses frères est puissant. — Il vaut 
mieux lever la main que la baisser. — Renoncer au mal , 
c'est faire l'aumône. — Trop de science est préférable à trop 
«le dévotion. — La véritable richesse est celle de l'àme. — 
L'intention vaut le fait, — Y a-t-il une maladie plus dan- 
f^ereuse que l'avarice P — 'l'ont est bon dans la modestie. 

— Le bonheui' est attaché au front du cheval. — Heureux 
celui qui profite de Texcnq^le d'autrui. — Quanti le c royant 
promet une chose, c'est comme si on la tenait. — Il y a de 
la sa^'csse dans la poésie, et de la magie dans l'éloipience. — 
La clémence du roi assure la durée du royau nu-. — Par- 
donne sur la lerrc, :\\\i\ r|n'il le soil |)ardonnc diins fi; ciel. 



170 LES PUAUUES DUK. 

iC WvAaS 1*»- ci)-*-' ^3 bvAX.»^ ^^^r! >*5 (J-* ^^ (J'*"fi^ ^ <«A-MfcAJ I 
(jw«»JL Js^ ^ < <XA.<-iw _»i^ *jI« yj"* <-^^* tr» ^ ij^y^ ^Ui*A*«ifc4) 

<r >y^A...,=«- -vJa- 3I UivS» J^J»-I Isj.^ ^î A.^3^ vXÀ^ y^^*M.Xî 

— La l'ourberie et la ruse sont coiuiainuées au leu éternel. 

— L'homme va avec qui lui plaît et dispose de ce qu'il a 
ij;agué, — Celui qui n'a pas pitié des faibles et qui ne res- 
pecte pas les droits des puissants parmi nous, celui-là 
n'est pas des nôtres. — L'homme sûr est celui qu'on con- 
sulte. — Le martyr est celui qui donne sa vie pour autre 
chose que pour sa fortune. — Le fidèle ne peut accuser 
son frère plus de trois fois, - — Faciliter une bonne œuvre , 
c'est encore la faire. — Le regret est le repentir de l'enfant. — 
Jetez des pierres au lion et à l'adultère. — Toute bonne action 
est une aumône. — L'homme ingrat envers son semblable 
l'est envers Dieu. — Le voyageur égaré ramène la chamelle 
égarée. — L'homme devient sourd et aveugle à l'égard de 
l'objet qu'il aime. — Le voyage est une partie des tourments 
(de l'enfer). — Vous autres, (disait-il aux Ansars,) vous êtes 
peu nombreux au profil, vous accourez quand on invoque 
votre aide. — Les musulmans doivent tenir leurs ])r()- 
messes, excepté celles qui permettent ce qui esl défendu, 
ol f|ni défondenl vo qui osl permis. — T/liommr esl maître 



CHAPITRE LXXIV. 171 

iL-^Jf! ^ v^ cj^ ^-^' 'ir*^ ^ ^J-^ (3^. ^i }^^ 'y^' 

dans sa demeure el sur son cheval. — Les hommes sont 
comme des mines d'or. — L'injustice deviendra ténèbres au 
jugement dernier. — Une accolade complète une bonne 
réception. — Le cœur de l'homme est enclin à aimer son 
bienfaiteur. — Celui qui te pardonne a confiance en toi. — 
On ne nuit jamais à sa fortune en faisant raumone. — 
Celui qui se repent est comme celui qui n'a pas péché. — 
Le témoin voit ce que ne voit pas l'absent. — Use de tes 
droits, en tout ou en partie, mais toujours avec honnêteté. 
— Donnez son salaire à l'homme de peine, avant que la 
sueur se soit séchée sur son front. — Los gens bienfai- 
sants dans ce monde seront comblés de bienfaits dans 
l'autre. — Le paradis est à l'ombre des sabres. — Celui-là 
n'est pas un vrai croyant, dont le voisin redoute les violences. 

Craignez le feu (de l'enfer), nu'me pour une moitié de 

datte (pour une chose minime). — Honorez les lemmes 
qui ne quittent pas leur voile. — Une bonne parole est 
une aumône. — Dangereuse est la société de celui qui 
n'agit pas envers lf)i conjuie il agirail pour lui mémo. — 
Ce monde est In prison dn crovnni cl le par.ulis de l'inli 



172 LES PRAIRIES D'OR. 

/^3*x^^^b (3.X«I U ^jjlJil iUs-j u-*p,^ 0j^ U>«>JI -camjuJ 

é'i^ytii,^ {^&' %y»\ dL^iû U ^ iij^jt« (^XÀAïîiî *.5\.Aifc. ^ AcfcLfvwJL 
j-A^s u j^à^ J-^»^ Jjj u <r ^jU^I 4^1^ cj^xJTi <f t^XiJJ 

dèle. — Le marchand, quand il est ruiné, devient sincère. 
— La prière est l'arme du fidèle. — En toutes choses, le juste 
milieu est ce qu'il y a de meilleur. — Quand un hôte vous 
rend visite, honorez-le. — Qu'on vous loue ou qu'on vous 
critique, soyez indulgents. — Patience et générosité, voilà 
la foi. — Le meilleur d'entre vous est le plus savant. — On 
ne meurt pas pour avoir demandé un conseil. — L'homme 
modéré ne dévie jamais. — Celui dont le mérite est connu 
ne meurt pas. — Le plus funeste aveuglement est celui du 
cœur. — Le mensonge est voisin de la foi. — Modeste 
aisance vaut mieux que dangereuse abondance. — L'impu- 
deur est de l'infidélité. — Les vrais croyanis sont doux et 
faciles. — Le pire des repentirs est celui du jour du juge- 
ment. — La pire excuse est celle qui se produit à l'heure 
de la mort. — Pardonnez aux erreurs des hommes généreux. 
— Recherchez le bien parmi ceux qui sont beaux. — Le 
monde csl un IVuil savoureux et frais, Dieu vous l'a prêté 
pour voir rommenl vous en jouirez. — î/allentc du salut 



<^v 



CMAPITUE LXXIV. 173 

j-A^ ^\s ji ^j*.LfcJi ij^ j^'JL^s Ijy-Ai ^_5-S«-« yU.<o«J fly^'j 
6 \^j..M3-ï ^^LjiLa.J Ij Jli viLîij^ JjJ (j^^ ^ù^ Si'>; i5^~i^ l» 

U .JJL« <r^l aMIj viUijj^ J^ «Xjjij yiJiJl 0* C5^^3 

est le propre de la piété. — Pauvreté n'est pas loin de de- 
venir infidélité. — il ne reste de ce monde que tourments 
et désastres. — Chaque année vous devenez pires. — Visite 
rarenKMil, on t'en aimera davantage. — Santé et loisir sont 
deux biens qui ont perdu une foule de gens, ou, (selon une 
autre version,) tous les hommes. — On ne se présente de- 
vant Dieu que le remords dans le cœur. — Après une bonne 
œuvre, l'homme dit : « Ah ! si j'avais pu en faire davantage ! » 
après une mauvaise action : Ah! si j'avais pu en faire 
moins! » Ce qui rappelle cette autre parole : Ne vous fiez 
pas à la durée du temps, car cette conhance a perdu bien 
des nations. — Celui qui nous trompe n'est pas des nôtres. 
Cette sentence comporte plusieurs explications : ou bien elle 
s'applique à ceux qui trompèrent les musulmans, dans une 
circouslance donnée, aux gens du livre et aux hypocrites 
dont le Prophète dénonçait les perfides intentions; ou bien, 
dans un sens plus absolu, elle défend toute espère de trom- 
perie. Il y a encore d'autres explications à cet égard. Dieu 
sait la vérité. Il en est de même de relie parole de Maho- 



174 LES PRAIRIES D'OB. 

^<X«43 JUi-à Aa»; 4^ tji jXii ^^j^ij.AJ^5 ^"^ /O-JcU» 4^)i 

je>JcLiS ^A-Ii i^^; (jj^-tf -is?^ O^b *^*^ *Xj».| ^aj ii yî /e>xX<0 
^^^ jo^XJij 0.^j— aJIJS ^iJT Jsâj j_^i^*^l Jlï cuU ^i 

ji <.;.vï*.lo (^^j-^Uî ^Lrs-yJt ijjl^l ^i\ j.^st> dlJJvSij /o.*^*» 

met rapportée par Abou Maçoud el-Beclri : « Dans cent ans, 
il ne restera pius ici-bas un seul être vivant. » Lorsque Abou 
Maçoud répandit cette prédiction émanée du Prophète , elle 
excita uoe terreur générale. Ali en fut informé et dit : « Abou 
Maçoud a fidèlement rapporté les paroles , mais il n'en a 
pas compris le sens ; car le Prophète voulait dire seulement 
que, dans cent ans, aucun de ceux qui l'avaient connu ne 
serait encore vivant. » 

Plusieurs auteurs anciens et contemporains ont recueilli 
les adages du Prophète, les ont rapportés dans leurs écrits 
et en ont fait mention dans leurs ouvrages. Ainsi, Abou 
Mohammed, fils d'el-Haçan, fils de Doreïd, en a réuni un 
grand nombre dans un traité spécial, qu'il a intitulé le 
Livre choisi. D'autres citations du même genre sont dues à 
Abou Ishak Zadjadji le grammairien, disciple d'Abou'l- 
Abbas el-Mouberred, à Abou Abd Allah Niftaweïh , à Djâfar, 
fils de Mohammed, fils de lïoumdân el-Moçouli, et à plu- 



CHAPITI\E LWV. 175 

^A,;^: ^ UajI Osi U-j ^ji^ ^ ^'-♦^^i' (jjU.:tf>.-wiîj -xaJî iL>Ui 

A fc— jf 

»j-àfciil ^i>Lj5T ^j^ (^jvJb ;jU^^ l»>XiJl -^j «^1*^-0 ^.So _^l j5,^j_j 

sifiurs autres écrivains anciens et modernes. Nous avons cité 
seuiemenl les plus simples, celles qu'il est le plus néces- 
saire de connaître et qui trouvaient naturellement leur 
place ici. Mais clans nos ouvraj^es précédents, nous avons 
réuni tout ce que Ton peut désirer de savoir sur ce sujet, 
et c'est ce qui nous dispense d'y revenir. Que Dieu nous pro- 
tège, et que sa grâce nous préserve du mal! 

CHAPITRE LXXV 

KIIAI.IFAT D'ABOI' ItEKH I.E VKniDIQUK. 

Abou Bekr lui élu dans la Sahifah (veslibule) dosBenou- 
Saîdah, fils de Kaal), lils de Kliazradj el-Ansari, le jour 
mêm(! de la rnori du Prophète , c'est-à-dire le lundi. Abou 
Bekr mourut dans la soirée du maidi . \ ii)L,'l-d(>u\ du mois 



170 LES PRAIRIES D'OR. 

^ cyLî»vJ!^-jL»»< i (jjUjI 5*Xi&_5 /6^A3 ^^\ j^xl (J,y.M*^ 
c:^jl^j CJsJ^-»»» cy!5\.S-J cK*^' *X«jjio jl jJ_j-« y^_j UjJi U 
Jj^j <^> Ji [j»>i fl»^ »^,-Si*ftjj^l i4j:i^o^ (J>*À^ A-JiJ-^^ 

/y_jj._-i*^j ^^i iiS'^^ (JvJiÀ^ *ji*!5X.i^ Ciol^jio UÎ y! tks» 

ij-« jLiîî ^jI-aJI j-«W- AA3 j5jo LL (j*,U*Ji ^^ iu^i ^^ 



de djouuiada second, l'an treize de l'hégire (23 août 63d de 
J. C.); il avait exactement l'âge du Prophète, soixante-trois 
ans; toutes les traditions s'accordent sur ces dates. Il naquit 
trois ans après la guerre de l'Éléphant, exerça l'autorité pen- 
dant deux ans, trois mois et dix jours, et fut enterré à côté 
de Mahomet; sa tête fut placée à la hauteur des épaules de 
l'Apôtre deDieu ;c'est ce qui résulte du témoignage d'Aïchah. 
D'après une autre version, le khalifat d'Abou Bekr aurait 
duré deux ans, trois mois et vingt jours. Nous reviendrons 
plus tard sur la chronologie des khalifes et la dui'ée de leur 
règne. Après avoir terminé l'histoire des Omeyyades et des 
Abbassides, nous donnerons, dans un chapitre spécial, un 
second résumé chronologique, depuis l'hégire jusqu'à la 
présente année 332 , sous le règne d'Abou Ishak el-Motlaki- 
lillah, ou, pour mieux dire, jusqu'à l'année où nous termine- 
rons la rédaction de ce livre. Nous étudierons l'évalualioii 
des années, des mois et des jours, éfablie par les lal)les 



CHAPITRE LXXV. 177 

J^-uy yjLui^ i>^vi* *^j /oJt^ *^i 'J.r*!; ^r'-'*^ ^ t"*^ 

Sj^l^j v_jL-LsJv.-«.l^ Ajlô-«i j.iJ«J UaJC* ^<w UI J^Sj ^"=^' 

astronomiques, et le désaccord qui règne entre ces ouvrages 
et les biographies ainsi que les annales et les chroniques; 
car il y a désaccord manifeste entre ces dilTérentes sources 
d'informations. Nous prenons ici pour règle le calcul des 
tables astronomiques. 

GÉNKALOGIE D'ABOU BEKR; ABRÉGÉ DE SA VIE ET DE SON HISTOIRE. 

Son nom était Ahd Allah, fils d'Olmân. Otmân, nommé 
aussi Abou Kohafah, était (ils d'Amir, fils d'Amr, (ils de 
Kaal), filsdeSaad, lilsdeTaïnj, (ils de Morrah, fds doKaab; 
c'est par Morrah que cette famille se rattachait à celle du 
Prophèle. Abou Bckr fut surnommé Atik. depuis le jour où 
l'Apôtre de Dieu lui annonça (ju'il était préservé [atik) du 
feu de l'enfer; telle est l'origine authentique de ce surnom ; 
d'autres copendanl l'expliquent par la noblesse (itk) de sa 
ligne malcrnelle. Abou kohafah vivait encore lorsque son 
fils fui élu klialile. 



178 LES PRAIRIES D'OR. 

*15^ AjJI f»»Xi5 «UaII^ *X.,f\iJi XXi^Vài. ^ <JU<»^x) y\^ X^oJaxi^ 

j^^i ^i)j-J^ J^=^^ wUil ^e.^A£^ (J"^^ tiJjA^j l^lwiilj tjwxîi 
iLAHS~(^^i^ j«^^i C^ l>^>}s> ^ U^ dLtMjJt^ V40|ydt^ «Xibyi!^ 

(j^ A-A-^'^ "^^J {^ (J^ («'^'^^ (J^ ^ l^'^^^ /U^«X^ '^A''^-^ 

(j-« ^J^:> ,s.j<s- oOI &.jt-«5 j.A^ kiiX» c.'^)^! ^i y-<>Ji d[jXo 

L^j JXÂ^ ^^y«l<i\ Cj-» UÀaSj U^ ^^^ ^■^_5 *J/^*i*-^ CJ^ y^ 

^^c^ ^^^>? ^y'^ ^^^^ M° ^ c^JI Iàà.^'j U» ».xj ^I (j^ <XiûLii 

Abou Bekr surpassait tous les Musulmans par son austé- 
rité, la simplicité de sa vie et de son extérieur, et sa fruga- 
lité. Durant son khalifat, il ne porta qu'une simple chemise 
[chemlah] et un manteau [âbah). C'est dans cet accoutrement 
qu'il reçut les cbefs des plus nobles tribus arabes et les 
rois du Yémen. Ceux-ci se présentèrent vêtus de riches 
étoffes en soie rayée du Yémen, de manteaux surchargés de 
broderies d'or, et une couronne sur la tête; mais à la vue de 
ce khalife à la mise si pauvre, étonnés de ce mélange de 
pieuse humilité et de gravité imposante, ils suivirent son 
exemple, et renoncèrent à leur fastueuse parure. Au nombre 
de ces rois du Yémen , se trouvait Dou'1-Kilâ, prince himya- 
rite, entouré de sa famille et de mille esclaves, le front paré 
d'une couronne, et vêtu d'étoffes d'un grand prix. Dès qu'il 
remarqua l'humble accoutrement d'Abou Bekr, il se dé- 
pouilla de ses riches vêlements et se conforma si exacte- 
ment au genre de vie du khalife, que des gens de sa tribu 
le rencontrant un jour dans un marché de Médine, les 
épaules couvertes d'une peau de mouton, et lui reprochant 



CHAPITRE LXXV. 179 

j,! (^ a] JLjLi ^^î fh*^. (j-« t^ »«>oUJ JUijJo j,i ^Uas 

de les déshonorer, par sa mise, aux yeux desMohadjir, des 
Ansars et des autres Arabes, il leur répondit: « Voulez-vous 
donc que je sois, au sein de l'islam, un orgueilleux tyran 
comme je l'étais dans l'âge d'ignorance? Non, de par Dieu! 
La vraie dévotion repose sur l'humilité et le renoncement 
aux biens de ce monde. » C'est ainsi que l'orgueil et la 
vanité firent place à la simplicité et à la modestie chez tous 
les rois qui abordèrent Abou Bokr. 

On raconte que ce khalife fit venir un jour Abou Sofiàn 
Sakhr, fils de Harb, dont on lui avait signalé une action 
blâmable, et l'apostrnplia avec véhémence, tandis qu'Abou 
Sofiàn se confondait en marques de respect et d'humilité. 
Sur ces entrefaites, arrive Abou Kohafah; surpris des cris 
poussés par son fils, il demande à un officier à qui s'a- 
dressaient ces bruyant(!S apostrophes. Apprenant tjue c'était 
à Abou Sofiàn, il s'approche d'Abou Bekr et lui dit : « Atik 
Allah, oses-tu bien élever la voix contre Abou Sofiàn, 
(onlre un homme qui, hier encore, avant la naissance de 
l'islam, était le chef des Koreïchiles? ■> Cette observation fil 

ï 1 . 



180 LES PRAIRIES D'OR. 

<X>>I «XXiCCj ^j /wwi».l Aj Ji!^ Ujj -5X-wi^L» xij <Xi 4>Jl 
/J.J ptvJ /jj «X.X..W 0j <-'*>-*-^ (jJ^)-**-* (J^ J5^ dX^J"^^ ci»-ij 
«x^ ^gU aWÎ «Xa* UU *X^^ (J^^' '^•S^^ •^^ *^"î^ *xJjJî 

L-tf jL-S- iLA^-L» J, wwil:».^ j«Xj jJuiS t-O»^ 2«i^ jUiwI (j-^^t 

sourire Abou Bekr, ainsi que les Mohadjir et les Ansars qui 
étaient auprès de lui. « O mon père, répondit-il, sachez que 
l'islam a élevé les uns et abaissé les autres. » 

Abou Bekr est le seul khalife qui soit arrivé au pouvoir 
du vivant de son père. Sa mère Salma , surnommée Oumm 
el-Khaïr<^ la mère du bien, » était fille de Sakhr, fils d'Amr, 
fils d'Amir, fils de Kaab, fils de Saad, fils de Taïm, fils de 
Mourrah. — Les Arabes se révoltèrent dix jours après l'a- 
vénenient d'Abou Bekr. — Ce khalife avait eu trois fils : Abd 
Allah, Abd er-Rahman et Mohammed. Abd Allah combattit 
à Taïf, sous les ordres du Prophète. Atteint d'une blessure 
grave, il survécut jusqu'à l'avènement de son père, et mou- 
rut peu de temps après, laissant pour tout bien sept dinars, 
somme qu'Abou Bekr trouva considérable. Abd Allah mou- 
rat sans postérité. Abd er-Rahman, second fils du khalife, 
prit part à la journée de Bedr, dans les rangs des infidèles. 
Après sa conversion, il se signala par la pureté de sa foi et 
figura dans divers événements. Sa nombreuse postérité vit. 



CHAPITRE LXXV. 181 

UjJjls Xo; c-JUs jl (^-(^ L^s-jjj^- *J; |<X4^ 1>,À^ oiiiS- 

à l'état nomade ou sédentaire, dans la partie du Hédjaz 
contiguë à la grande route qui mène en Irak, dans le pays 
nonnué Safinyat et el-Ma{:ali. Mohammed, le troisième fils 
d'Abou Bekr, avait pour mère Asmâ, fille d'Omaïs , des Benou- 
Khatàm : c'est à elle que se rattache la postérité de Djàfar, 
fils d'Abou Talib (son premier mari). Djàfar laissa, en mou- 
rant martyr de la foi, trois fils nés d'Asmà, à savoir: Abd 
Allah, Awn et Mohanjmed; ces deux derniers furent tués 
à la bataille de Taff, avec Huçeïn , fils d'Ali ; ils ne laissaient 
pas d'enfants. Leur frère Abd Allah, devenu par leur mort 
le seul rejeton de la maison de Djàfar, eut quatre fils : Ali, 
Ismaïl, Ishak et Moàwiah. Asmà fut épousée en secondes 
noces par Abou Bekr et donna le jour à Mohammed. 
Devenue plus tard la femme d'Ali, fils d'Abou Talib, elle 
mit au monde plusieurs enfants qui ne laissèrent pas de 
postérité. La mère d'Asmà, connue sous le nom d'el-Ad- 
jouz el-IIarichieh « la vieille Ilarichite, « est célèbre par l'il- 
lustration de ses alliances. En ellèt, de ses quatre filles, la 
première, Vlaïmounah la Hilalite, épousa le Prophète; la se- 



182 LES PRAIRIES D'OR. 

^^wUaiS J^AS. (jj u*U*JS o«^ JwAiaÀJi -5_5 /oJ»)-o i^\ o».^' 

a' o-^ t^ o^ (ji-*^ tj-? (i= Qj <x^ ^^J.kx==- J^ JoJijX) 
t-JUs jî yj (^ s'jj^ sjsjûj^ »xjmJ^ {y*^j^ «Xjlft ^ Jvj «Xj^ 

conde , Oumm el-FacH , épousa Abbas , fils d'Abd el-Mottalib ; 
la troisième, Salma, fut unie à Hamzah, fils d'Abd el-Mot- 
talib, auquel elle donna une fille; enfin la quatrième, Asmâ, 
comme nous venons de le dire, épousa successivement 
Djâfar, Abou Bekr et Ali; Mohammed, le fils qu'elle eut 
d'Abou Bekr, ne laissa pas une postérité nombreuse. La 
mère de Djâfar, fils de Mohammed, fils d'Ali, fils de Huçeïn, 
fils d'Ali, fils d'Abou Talib, était Oumm-Ferwah, fille de 
Karem, fils de Mohammed, fils d'Abou Bekr, le véridique. 
Mohammed (fils d'Abou Bekr) fut élevé par Ali, fils d'Abou 
Talib ; il dut à sa vie austère et monacale le surnom de 
dévot koreïchite. On trouvera des détails sur la vie et le 
meurtre de Mohammed dans le chapitre consacré au règne 
de Moâwiah , fils d'Abou Soffiàn. Abou Kohafah ( père 
d'Abou Bekr) mourut sous le khalifat d'Omar, à l'âge de 
quatre-vingt-dix-neuf ans, l'an treize de l'hégire, l'année 
même où Omar succéda à Abou Bekr; selon d'autres, il 
mourut l'ai» quatorze de l'hégire. 



CHAPJTI\K LXXV. . 183 

jXj yj\ JUi Uir»- U C.JS y^^ j.,i*JJ^*j ^^ \jj^\ WaXs. cxJUil 

(^«Xj^~*^I JjûI iii t-J^^I u:*«Xj,Î Uj À^-lolî c^U ,^$<-s». j^viUû 

Abou Bekr ayant éle élu le jour de la sakifah (voy. ci-dessus 
|). 175) et son élection reconnue par le peuple, le mardi sui- 
vant, Ali vint reprocher au khalile de l'avoir trompé, d'avoir 
agi sans le consulter et méconnu ses droits. « C'est vrai, ré- 
pondit Abou Bekr; mais je craignais la guerre civile. » La 
nomination du nouvel imam souleva des discussions et des 
(juerelles interminables parmi les Mohadjiret les Ansars réu- 
nis dans la sakifah. Saad, lils d'Obadah, n'ayant pas été élu, 
se relira en Syrie, oîi il fut tué, l'an quinze de l'hégire. Ce 
n'est pas ici le lieu de raconter cet événement. Personne 
parmi les Hachémites ne reconnut l'élection d'Abou Bekr 
jusqu'à la mort de Fatim.tb. Au moment de l'insurrection 
générale, alors qu'Abou Bekr n'avait d'autres partisans que 
les tribus des deux mosquées, celles du pays enclavé entre 
les deux mosquées et un j)etil nombre d'Arabes, Atli, lils de 
Hatim , vint offrir au khalife le chameau de la dîme. Le poëte 
Harit, lils deMalik, des Benou Tayi, dit à ce sujet : 

Nous avons fait prciivo truue liclclilt'; à nulle autre p.iieillc, cl (notre 
aïeul) Arli , (ils 'le lialim . nous a enveloppes de gloire. 



184 LES PRAIRIES D'OR. 

^_A_^ jS]j -UiaJl (J-. f^ ^ ^y^^ ^^.iiv^* *Xï^^_jo! ij^^ 

J^-aJ» jSj ^\ {JOJ^^ i<XM*.i rfW.ji y\^ (^*-*> **^^-^(>J Ojl^ 

UU L-o_À_£ *-*^ ^I J^-*»y c:ajIaw jl ci>i)ij v±>^^ I^aXm 
c:>i:sjj U?^ AaAaJ» ^Î UiVj:< AxJiXIsl^j SpU^I ovSjj*. /JSI 

Les Juifs jetèrent du poison dans les mets servis à Abou 
Bekr. Harit, fds de Keladah, qui partageait son repas, en 
devint aveugle. Les effets du poison ne se produisirent 
qu'au bout d'un an, et enlevèrent le khalife après une mala- 
die de quinze jours. A son lit de mort, il prononça ces pa- 
roles : « Je regrette dans toute ma vie trois choses que j'ai 
faites et dont j'aurais dû m'abstenir, trois choses que j'ai 
négligées et que j'aurais dû accomplir, trois choses sur. les- 
quelles j'aurais voulu consulter l'apôtre de Dieu. Les trois 
choses que j'ai faites et dont j'aurais dû m'abstenir sont d'a- 
voir ordonné une perquisition dans la maison de Fatimah 
(et il entra dans plusieurs détails sur ce sujet); d'avoir fait 
brûler el-Foudjat, au lieu de le mettre en liberté ou de le 
tuer sans le torturer; en troisième lieu, le jour de l'élection 
chez les Benou-Saîdah, j'aurais dû abandonner le pouvoir 
à l'un des deux candidats, et me contenter d'être le ministre 
de celui qui aurait été proclamé. Les trois choses c|ue je 
n aurais pas dû négliger sont: premièrement, de n'avoir pas 



CHAPITRE LXXV. 185 

. ..V>^. tXi cj«JvC» <_>UaiïI Qj j»»xj ^jj^^-S**! cio«Xi jî v::*iij^ 

ejii^^j ALfûlj-«J5il ^jW !5Xj^i^! l<Xiû ^^^3 AjJLw CAÀ.5 jî 

£ 

L^A_i (^woLJLj ylj ^iJ| c:*-»-Jj 'iL^\ elyî^A^ (^^ ^oJLv j5 

mis k mort Achat, fils de Rais, lorsque je le fis prisonnier, 
car je savais que cet homme était le fauteur de tous les 
projets coupables; secondement, de n'avoir pas abandonné 
à Omar le gouvernement de l'Orient, afin de consacrer mes 
deux bras à la cause de Dieu; troisièmement, lorsque je ras- 
semblai une armée contre les rebelles, au h*eu de reve- 
nir et de rester inaclif, j'aurais dû commander les Musul- 
mans, pour partager leur victoire, ou pour les guider et les 
encourager, s'il fallait périr. ■» En effet, Abou Bekr n'avait 
accompagné ses troupes que jusqu'à une journée de Mé- 
dine, à Dou'l-Kassah. « Les trois choses sur lesquelles j'au- 
rais souhaité de consulter le Prophète sont : le choix de 
l'héritier de son pouvoir, afin de ne pas en dépouiller sa 
lamille;en second lieu, la question concernant la partd'hé- 
ritage revenant à la tante et à la nièce, fût-ce même à mes 
dépens; en troisième lieu , j'aurais voulu savoir de lui quels 
étaient les droits légitimes des Ansars, aliu de les mettre en 
possession de ce qui leur était dû. » 



186 LES PRAIRIES D'OR. 

A-ÀM-jl^j ^^-^5 (Jf-^- "^A-w iijU '•^yij J^i^^^ (J^ *^' «Xa^ f,\ 

^^-«l^ lAiaX.J (^W».ÂJ AAiXJ (jlî -'^Jl XS^aA^ (J^L^J ii^j^lj 
P^^jU dJ^iX* J.A.-^ ^ii-^^ [*«XÏ lilj dl.J ;J*.IàJÎ ^'»^.-Î ki)'«-«*ÀJ 

U^^J-^ 4P-=*- /C. ^ A»»w»a>- cUïl_j /e.4AJi liJ^-AÀ. Jjl ^ols /^'y*-« 

Abou Bekr laissa deux filles; l'une , Asmâ, surnom niée Dat 
en-noutakaùi, « la femme aux deux ceintures, » fut mère d'Abd 
Allah, fils de Zobeïr; elle mourut aveugle, à l'âge de cent ans; 
l'autre, Aïchah, épousa le Prophète. On n'est pas d'accord 
sur l'époque de la reconnaissance de l'élection d'Abou Bekr 
par Ali, fils d'Abou Talib : les uns disent dix jours après la 
mort de Fatimah, ou, en d'autres termes, soixante-dix et 
quelques jours après la mjQrt du Prophète; d'autres trois 
mois, d'autres six mois, etc. 

Lors du départ des généraux chargés d'envahir la Syrie, 
Abou Bekr accompagna Yézid , fds d'Abou Sofîâu, et lui fit 
les recommandations suivantes : « Quand tu seras au milieu 
de tes subordonnés, place devant leurs yeux les faveurs et ce 
(jui les suit. Sois toujours fidèle à les promesses. Dans les 
rapports avec eux, sois sobre de paroles : la suite d'un long 
discours en fait oublier le commencement. Que ta cou- 
duite soit irréprochable, afin qu'elle serve d'exemple au 
peuple. Si lu reçois des parlementaires, donne-leur, par Ion 
-Hcueil, une première marque de Ion bon vouloir; ne les 



CHAPITRE LXXV. 187 

JiJjjLsswi;! J^.X-^ ij.->i^\^ W-^'y ci^*- ^<v^»l3 

^^j^L> «^.AÀ- ^j^ ^j(< U^ ^«•A*J OJ!^' tjî*X«l ^^v*vÀ*il j-*i^ 

i j'tjoiit (j^ »riS^j JJir^ ^^ u^ ^J A:JU^ *-m>*j5 *Uà^^ 

retiens pas longtemps, afin qu'ils partent ignorant ce qui se 
passe dans ton camp, Empôclie ton entourage tle communi- 
quer avec eux, et poursuis toi-même les conférences. Ne 
mêle pas à tes proclamations tes projets secrets, car tu por- 
terais le trouble clans tes affaires. Si tu délibères, expose 
l'affaire avec sincérité, afin que la délibération soit sincère; 
ne cache rien à tes conseillers et tâche qu'ils puissent lire 
au fond de ta pensée {Meïdani, III, p. 620). Si tu es ins- 
truit des cotés faibles de l'ennemi, ne divulgue rien avant 
d'en avoir acquis la certitude. Cache les nouvelles à ton ar- 
mée. Surveille tes postes et surprends-les souvent, de nuit 
et de jour. Sur le champ de bataille, paye bravement de 
ta personne et songe que, si tu tremblais, ta peur se com- 
nmnifjuerail à ton armée tout entière. » 

Les bornes de cet ouvrage nous obligent d omettre ici 
plusieurs événements d'un grand intérêt, conmie l'histoire 
de la révolte de l'imposteur el-Ansi (Aswad), surnommé 
Ayhalah, dans le Yémen et à Sanàa, où il se lit passer pour 
l)i()phèle et fut lue, grâce à la coopération de Kirouz el 



188 LES PRAIRIES D'OR. 

«>0_j-»« ^jj ClJjl:^ CXAJ ^^ J-^^^ ^^■^!^^ R^^lo ^)-S=»>J *>-*i 

\j\jSi> ^UJI ^UaJ^ c:A.^y.<olj l^ Otjdli ^jLj\ IvXÂxJ oc^t 

(jl /fi-i^' <xÀ^;c^ JI^AÀJÎ lg,jl£ât J^ o«jl^ AjjAÀj c:aJc«) <oJ» 
ià (:J^ J?;--*^ cb^ Cjy^^3 ^"^ (:J^'j ^^'^^ JrM-*»' W^W^ 

d'autres Ebîia (nobles de race persane-arabe). Nous ne di- 
rons rien de l'histoire du faux prophète Tolaïhah, ni de 
celle de Sedjah, fille d'el-Harit, fils de Sowaïd, ou selon 
d'autres, fille de Gatafân; elle était surnommée Oamm-Sa- 
dir. Le poète Kaïs, fils d'Açim , l'a célébrée en ces termes : 

Notre prophète à nous est une femme que nous entourons de nos hom- 
mages, tandis que les autres peuples ont des hommes pour prophètes. 

Un autre poète a dit : 

Que Dieu confonde les projets des Benou-Témim comme il a confondu 
la prédication de Sedjah ! 

Lorsqu'elle se fit passer pour inspirée, elle refusa d'a- 
bord le titre de prophète à l'imposteur Moçaïlamah; plus 
tard elle crut en sa mission. Avant de se dire envoyée du 
ciel, elle était devineresse et prétendait exercer le même 
art que Satih, Ibn Salamah, Mamoun el-Hareti, Amr, fils de 
Lohayi et d'autres devins célèbres. Elle se rendit chez Mo- 
çaïlamah, qui l'épousa. Nous passerons aussi sous silence 



CHAPITRE LXXV. 189 

(j^ ^jK U^ ^4^Ài ii^*M^ Ji c:>;Lmj yW^' tr* ^J^3 
j^w.».^ tMJ»^ tXAjyl 0j «XjUL a^w».^ iL<Lçjl tjî*x5 JLfe>.<u>«i.< 

^j\ ^Ij U! t-»-=>-^! l^jijj^i^ jXseJ! I^jtx4* 1>1 v^ C:^^ 

(j) Ij^- jfc i *>SiX.*V â<>^_Ai>l-.*-« />* (J*l^ji) (^-^^ «XX.W /yi jjjit^ 

l'histoire de cet imposteur dans le Yémamali, la guerre que 
lui fit Khalid, fils de Walid, enfin comment il fut tué par 
Wahchi et par un des Ansars, l'an xi de l'hégire. Nous ne 
dirons rien du rôle joué par les Ansars et les Mohadjir dans 
la sakifah desBenou-Saîdah, ni du dicton suivant prononcé 
par Moundir, fils de Khabbab : • Je suis le billot contre le- 
quel se frotte le chameau, je suis le rameau de palmier 
qu'on attache; mais certes, si vous le désirez, un jeune 
chevreau pourra le plier» (proverbe dans le sens de : «Je 
suis un homme utile. » Cf. Mcïdani, t. I, p. lij). Nous ne 
dirons pas ce que firent Saad, fils d'Obadah et Béchir, fils 
de Saad; comment les Aws, craignant d'assurer la supré- 
matie aux Kha/radj, abandonnèrent le parti de Saad; quels 
furent ceux qui refusèrent le serment (à Abou Bekr] et 
ceux rjui le prêtèrent; les réclamations dos Ilacliémiles et 
la question relative à Fedek (propriété particulière du Pro- 
phète). Nous laisserons de côté l'opinion des partisans du 
texte religieux cl tie ceux de la libre inlcrprétalion , au sujet 
de l'imamat; la Ihese do ceux (jui se sont déclarés pour 



190 LES PRAIRIES D'OR. 

co^AjaXl «XalP c:aiAj ^ÙJUtf JkJ» (^)^ /e>xX«9 

A-jvC Jlxj 4MI ^rtè; cjliaiiL /wjjf iiiSVa». j-5i> 

rimamat du préféré, etc. entin le sens qu'on a voulu donner 
à ce vers de Safyah, fille d'Abd elMottalib , récité par Fati- 
niah, lorscju'elle visita le tombeau de son père : 

Après ta mort, ont surgi des réclamations et d'obscures discussions. Si 
tu étais présent, les discours ne seraient pas si longs-, 

etc., jusqu'à la fin du morceau. Tous ces détails et d'autres 
encore se trouvant en entier dans nos Annales historiques 
et notre Histoire moyenne, il nous a paru inutile de les 
reproduire ici. 

CHAPITRE LXXVI. 



Omar, fils de Khattab, fut ensuite proclamé khalife. L'an 
vingt-trois de l'hégire, il sortit do Médine et accomplit les 
cérémonies du pèlerinage. A son retour à Médine, il fut 



CHAPITRE LXXVI. 191 

wifc* à^^^ c:ajI^ ^jjj-iibfij ci«>\S' aa^ pLir A^ (^i (J-» (jvÀj 
yyjt _j-*^ ^xaJt »^i>w«» i J^^ JW t^J^^ J"^' xiUwj i:^-^ 

jo-xLo 4^yJî w^-As- Jt j^ _jj1 gjla*w., ^ 1^.?^ u' à^) (S^^ 

^jjjJl «-.^.*4^ ^^As (J-«_j Oj^ (jJ (:J^^' *^'-V^ O*'^'*'''^ J^"*^ 

assassiné par Firouz, surnommé /4feou Loulouah, esclave de 
Mogaïrah, fils de Scliôbah, le mercredi 26^ jour de dou'l- 
hiddjeh, à la fin de la vingt-troisième année de l'hégire. Son 
khalifat avait duré dix ans, six mois et quatre jours entiers. 
Omar lut tué pendant la prière du matin; il était âgé de 
soixante- trois ans. Son corps fut déposé à côté de celui 
d'Abou Bekr, aux pieds du Prophète. On dit que les trois 
tombeaux sont sur la même ligne : Abou Bekr à côté 
du Prophète et Omar à côté d'Abou Bekr, Il fit neuf fois le 
pèlerinage de la Mecque pendant son khalifat. Après sa 
mort, Abd er-Bahman , fils d'Awf, récita la prière en public, 
et Sohaïb, le Grec, la prière des funérailles. Le conseil qui 
se réunit trois jours après le meurtre du khalife était com- 
posé de six membres : Ali, Otinân, Talhah, Zobcïr, Saad 
et Abd er-Bahman, fils d'Vwl. 



192 LES PRAIRIES D'OR. 



<ij <-«*-« (^ (^«^^^ (^ («Ij; (^ ^1 «XAft ^ 

5^— A*il 0j |«lAiû iJ.\M \Jp<A^ i^^ /O-AA.» (S^^ 4-A*»0 XfMMi 

^j»_£û^ jjaJ-fifc ^-jI <XJUÀ.5^ JJoUJlj ^^^ (^jvj (j%j y^ ,^^jUJt 
*>HV* J>aSj AJls»- ^ t5«^-fi 5Wy« (^j:^M^\ j,K«[f ^^«-iu (j-« J_jl 

(j^ J^5j iUx*i (^ «^.Ajiii I4J aaX^ ,fc«iw (j^ Jjî yfe^ kfiî «!\Mlj 

GÉNÉALOGIE D'OMAR; ABREGE DE SA VIE ET DE SES GUERRES. 

Omar était fils de Khattab , fils de Nofaïl , fils d'Abd el-Ozza , 
fils de Karit, fils deRiah, fils d'Abd Allah, fils de Rizam, fils 
d'Adi, fils de Kaab; sa famille se rattachait par Kaab à 
celle du Prophète. Il eut pour mère une négresse nommée 
Khaïtamah, fille de Hicham, fils de Mogaïrah, fils d'Abd 
Allah, fils d'Amr, fils de Makhzoum. Ou le surnomma Fa- 
rouk, parce qu'il sut discerner le vrai du faux; son surnom 
était Abou Hafs, Ce fut le premier khalife qui prit le nom 
d'émir des croyants, à l'instigation d'Adi, fils de Hatim; 
mais on n'est pas d'accord sur ce point, et Dieu seul sait la 
vérité. Le premier qui le salua de ce titre fut Mogaïrah, 
fils de Chôbah; Abou Moura el-Achâri le lui donna, pour 
la première fois, en priant pour lui du haut de la chaire. 
Ce même Abou Mouça est le premier qui lui écrivit en ces 
termes : « A Abd Allah Omar, émir des croyants, de la pari 
d'Abou Mouça ol-Achâri. » Omar, (piand il lut cette suscrip- 



CHAPITRE LXXVI. 193 

ii-^^JLÎt J..*^^ «IwikxîL J^^^ *,^^^^ /o^^-^^ i<xijX^ ci^^l 

tioi), s'écria : «Oui, je suis Abd Allah (serviteur de Dieu), 
je suis Omar, je suis l'émir des croyants. Gloire à Dieu, le 
maître des uiondesl » Omar vivait simplement, portait des 
vêlements grossiers et se montrait sévère pour tout ce qui 
concernait le cuite de Dieu. Ses a<,'ents, qu'ils fussent près 
de lui ou éloignés, imitaient scrupuleusement sa conduite 
et prenaient exemple sur son caractère et ses mœurs. Sa 
mise consistait en une djulihé, chemise de laine rapiécée de 
morceaux de cuir et d'autres haillons, et en un abâh, man- 
teau. Malgré la majesté de son rang, il allait lui-même puiser 
de l'eau, une cruche sur l'épaule. Il avait hahiluellenient 
pour monture un chameau,, sur lequel il attachait son ba- 
gage avec une corde en filamenls de palmier. Telle était 
aussi la coutume de ses agents, au sein du vaste empire et 
au milieu des lichesses iiuiombrahlcs (|ue Di(Mi avait ac- 
cordés aux Musulmans. 

Un jour, les habitants d'Emèse vinrent se plaindre de 
Saïd heu Amir, leur gouverneur, el demander sa révocation. 
' OmonDieu, dit le khalilc, ne démens pas la bonne opinion 
iT. I :< 



194 LES PKAIHIES D'OB. 

y^l\ ii f»jj *ij J^> i<Xsfcî u-^iA;^ ^^^I^àJ! ^J^. (^^ UaII 
XJ<X3^ /o^ÀAj j;r *\.> l^i x> ^^J^ JUi UJi *-Ai ^ /--as? i) 

j-^sil Sj5l c^A5'*Xi Jlï J.aA> «-r***^ ^ ^^^^ |0-fr*^5 ^^in-ij, 

jH iS.,^Jlj^i M.X-9 (^w*^lî ^i.À->î xkS jjj Js*^\i -ils*, (i 

que j'ai conçue de cet homme! » Puis il fit venir la dépula- 
tion et lui permit d'exposer ses griefs. Saïd était accusé de 
ne se présenter à ses administrés qu'après le lever du jour, 
de n'accorder aucune audience quand la nuit était venue, 
et de rester chez lui un jour entier chaque mois, Omar le 
fit venir, le mit en présence des plaignants et leur fit répéter 
l'accusation. Sur le premier chef, qui était de ne s'occuper 
d'affaires qu'après le lever du jour, Saïd, sommé par le 
khalife de se justifier, répondit en ces termes : « Émir des 
croyants, je n'ai pas de serviteur chez moi, il faut donc que 
je pétrisse moi-même ma pâte, que je la laisse lever et que 
je cuise mon pain; puis je fais mes ablutions et je m'occupe 
des affaires publi(iues. » A l'accusation de ne pas donner 
d'audience la nuit venue, il répondit : « C'est un point sur 
lequel j'aurais désiré ne pas m'expliqner : ma nuit tout 
entière appartient à Dieu , et ma journée au peuple. — Que 
lui reprochez-vous encore? demanda Omar. — Un jour par 
mois, dirent les envoyés, il reste enfermé chez lui. — C'est 
vrai, répliqua Saïd; comme je n'ai pas de serviteur, c'est 
moi-même qui lave mes effets et les fais sécher; cette be- 
sogne me conduit jusqu'au soir. — Dieu soil loué! s'écria 



CHAPITRE LXXVI. 195 

Jl »^V-frj^ ylSV» <il iyaJl «iX^j ^^kil JU» *j ^^ ti^ ti' 
Ai oJUi x>L«tXiL iU Aj I Jsji ^Àj| Jlij X)l^l tj! L-««xi 

Omar, tu as justifié la bonne opinion que j'avais de loi. 
Habitants d'Enièse, estimez -vous heureux d'avoir un gou- 
verneur tel que lui. » En congédiant cet agent, il lui donna 
mille dinars pour subvenir à ses besoins. La femme de Saïd, 
en voyant cette sonmie, dit à son mari : «Maintenant que 
Dieu nous a rendus riches, tu ne te serviras plus toi-même. 
— Si l'ait, répliqua celui-ci; il vaut mieux donner cet ar- 
gent à ceux (jui en ont plus besoin que nous. » Alors, avec 
l'assentiment de sa femme, il le réj);irtit dans plusieurs sacs, 
appela un homme de confiance et lui dit : « Porte ce sac à 
un tel. celui-ci à un tel, qui est orphelin, cet autre à tel 
pauvre, » et ainsi de suite, justp'à ce qu'il ne restât qu'une 
somme modique qu'il remit à sa femme, en l'autorisant à 
la dépenser; puis il continua à s'occuper des soins du mi'- 
nage. «Ne m'as-tu pas donnt" cet argent pour acheter un 
esclave? lui demanda sa femme. — Garde-le, reprit Saïd, 
tu recevras bientôt des gens plus nécessiteux que toi. » 

lîn autre agent d'Omar, Selmân le Persan, gouverneur 
de Médaïn, portail des vêlcmenls de laine, avait pour nion- 

i3. 



196 LES PRAIRIES D'OR. 

lit ti)o^_) *X_vL^3 cuX-»- lit viLjLJ *X;ixj o^^ !ii di4 
liL^Xx» Lv ^\ Js^£ Ll l» *i (irS** iJ^. ij^-^ S*=^^ c:a^<wJ>I 
L^jJaJij i! AAJu. »j-=»-^l ,S yl Jyij /oJtL» aMI J^^ om-jw Jiî 
i ljy._> kj l_5^Ji-JLJ (Jj-s» »i)jL«^l 5*XJÛ ^jIj ^jyiis^Jî iJI 
^^1 -Ui*_Jî t^ aNw«U ij^^ »^^ia^3 ijjblj »^5^ iJl c>-AA^i 

*T*X-*ilî LJLJ^_»-_5 (jii.«^ ^^.jy>î_5 j.U.iL ^1 >i J^_5 JJi i 
U Sj^\ t5'>JL o^-À-S" U JUi djdl (j^ ^*^b "^j a^♦^^*** 

ture un âne couvert, non d'une selle, mais d'un simple bat, 
vivait de pain d'orge et se distinguait par son austérité et sa 
dévotion. A l'heure de sa morl, il reçut la visite de Saad, 
fils d'Abou Wakkas, à Médaïn; Saad lui dit : «Père d'Abd 
Allah, donne-moi un conseil. » Selmân répondit ainsi : « In- 
voque Dieu en faveur de ta pensée quand tu médites, en 
faveur de ta langue quand tu rends la justice, en faveur de 
ta main quand tu prêtes serment; » puis il répandit des 
larmes, et, comme on lui en demandait la cause, il ajouta : 
« J'ai entendu dire à l'apôtre de Dieu qu'il y a dans l'autre 
monde une montagne escarpée que ceux-là seuls pourront 
gravir qui ont peu de bagage; or je me vois entouré ici de 
tous ces biens. » Les assistants eurent beau examiner sa de- 
meure, ils n'y trouvèrent qu'une cruche, un vase et un 
bassin pour les ablutions. 

Abou Obeïdah, fils de Djerrah, qui gouvernait la Syrie 
pour Omar, se montrait en public vêtu d'une robe de bure; 
on lui en fit des reproches : « Vous êtes, lui dit-on , gouver- 
neur de la Syrie et général en chef; l'ennemi est à nos 



CHAPITRE LXXVl. * 197 

i /<v^^t »X5 (Xi! Jlïj -XaXc *.4Aaj«.j ^^^4^ <ii (j*<UJI Uà 40 

wç«! l» JUt» :iyut* ^ ^jj *X.*Aft _j-)i -Ui (j*;lî {jf>j^ <i' ljyr^*»*j 
JVH^ ^1 tJkXXjl ^o (JA.UJI (J-» t_>JsJ6l (j^ J^î bî (jJL/»^l 

Oys** ljîj-«U <_>*>OCJÎ (j>« Jjl iJI *-^a)^^^Î i) JUi^UajiJI ^] 

4Xjj «JLaJjJ cJiXJLji (^j^ J^l y\^ JUi jUaii!!^ 0_;?^,s»mî 

portes; ayez donc un coslun)e et un équipage plus dignes 
de votre rang. — En renonçant à ces vêtements, répliqua 
Abou Obeidah , je ne serais plus ce que j'étais du vivant de 
l'apotre de Dieu. » 

On lit dans le livre intitulé Conquête des villes, par Wa- 
kédi : Omar monta en chaire dans la mosquée (de Mé- 
(line), et, après avoir invoqué et loué Dieu, il prêcha la 
guerre sainte et exhorta le peuple à y prendre part. » O 
vous, dit-il, qui ne possédiez même pas une demeure dans 
le Flédjaz, Dieu a prot)iis de vous donner le royaume des 
Cosroès et celui des Césars. Allez , envahissez la Perse. » Abou 
Obeïd, (ils de Maroud, se leva ot dit : « Emir des croyants, 
je m'enrôle le premier. » Son exemple fut aussitôt suivi par 
l'assemblée. Comme on engageait Omar à donner le com- 
mandement (le l'armée à un Mohadjir ou à un Ansar, il 
répondit qu'il le donnerait à celui qui s'était enrôlé le pre- 
mier et désigna Abou Obeïd. D'après une autre tradition, 
on denjanda à Omar: « l'Iacerezvous donc un homme des 
Ronou T;iki( ;mi dessus des Mohadjir el dos Ansars? » 1.0 kha- 



198 LES PRAIRIES D'OR. 

JL-X-^ <J,J-*^^ lÀJlJliS^ 0«.jl^ (^j l^ ^ dU j^aJ Xj\ S=f-^\ 

t->yt!l (jl Ixfl^ Jlï^ (^^j U ^ ♦xjiâ cVjUâ **xJl> cM-yS W:?' 
-o^J J.xs»lî »iU xi-ftjUx> I4J ^J\<' i)j ki y*-jU j^ Ja^ ^5-b ^ 

life répondit : « Abou Obeïd s'est levé le premier à mou 
appel, c'est à lui que je confie le commandement; mais je 
lui ai prescrit de ne rien décider sans avoir consulté Mas- 
lamah, fils d'Aslam, fils de Djérich, et Salit, fils de Kais; 
et je l'ai informé que ces deux hommes ont combattu à 
Bedr. » 

Abou Obeïd rencontra d'abord une troupe persane com- 
mandée par Djalinous; il la mit en fuite, traversa l'Euphraté 
sur un pont de bois construit par un dihkân, et, parvenu 
sur l'autre rive , il fit détruire ce pont. Maslamab , fils d'Aslam , 
lui dit : «Homme imprudent, tu ne sais ce que tu fais en 
agissant contre notre avis. Les Musulmans qui t'accompa- 
gnent vont être bientôt victimes de tes funestes combinai- 
sons. En faisant couper le pont, tu enlèves toute chance de 
salut à nos soldats, au milieu de ces plaines et de ces déserts. 
— Marche et combats, lui l'épondit Abou Obeïd; ce que 
j'ai décidé est irrévocable. » A son tour. Salit fit observer au 
général que les Arabes n'avaient jamais rencontré un si gros 
parti de Persans , qu'ils n'avaient pas l'habitude de leur faire 



CHAPITRE LXXVl. 199 

l_*»«oLj kiLÀ_* |^=-5 Iji^j <-*^»"S=- ^ ^^^ ia^A-u» JUi iaxLv L> 
A.^Ot^ j^M*^:^ JvS-A-fc _j,j! »iii U^ t^l^^^ c:>^î (jyiS^ ^•«'i^ 
^^jUil^l 1^-4* ii^Axli <ji cj^i cj^làj JUjiJi 4X;LwIj (j*.UJi 
^ c:jU (oo l-Jt-A-JJT j^^LiJ! *yftjlï io* aKX/o ijj^j^ >— :^-«' '^|;j 

ia-X^AW Jt^ <ÎUUU5. ^*M.4»' jii^Jb iij AaJÎ IjJ^-WlJ (^^^*.J.AXJ i/ yl 

i^^ (j*.UJb cjj^js^ii iC^lkJi o>^^ »y5l jl iy >]yi (jàx) j 
JLjij ^ii«;»^j.5 ^J^-*wî_5 ejliaiwi vXjj c;*»^ (jl^j J^'^ f'*^' 

la guerre, qu'il était sage par conséquent de leur ménager 
un refuge et une chance de salut, en cas de défaite. « Par 
Dieu, s'écria Abou Obeïd, je n'en ferai rien. Salit, tu es un 
lâche! — Moi un lâche! reprit Salit, je vaux mieux que toi 
jiar mon mérite et ma noblesse; mais je devais te donner ce 
conseil." Aussitôt le pont coupé, les deux armées s'atta- 
quèrent avec furie. Des éléphants bardés de fer se précipi- 
tèrent sur les Arabes; elfrayés à la vue de ces animaux nou- 
veaux pour eux, ils rompirent les rangs et la déroule devint 
générale. Plus de soldats périrent dans les flots de l'Euphrale 
que par le glaive. Tel lut le résultat de la résistance d'Abou 
Obeïd au conseil de Salit, bien fpi'Omar lui eût recommandé 
de le consulter et de se conformer à ses avis. Le plan re- 
poussé par Abou Obeïd était de ne pas traverser le fleuve, 
d'attendre les Persans et de ne point détruire le pont. Salit 
avaitdil, entre autres choses, au général : « Si je ne craignais 
de donner l'exemple de l'insounn'ssion , je m'éloignerais à la 
tête de l'armée; mais mon devoir est d'obéir aveuglément. 
Bien que lu coninielles une faille, j«' consens ;» en être so- 



200 LES PRAIRIES D'OR. 

A-À-A-ff tj ^.wiiij 5*Xj j, Xsij^ Jt^àJI (j^ UJv» o^yS ffJJM y^ 
y^k-i o^*.r>-i^;^ Q^**il Jl>^ »«Xaj *XAAft Ll J^àJî La-Ï 

f-6-*-'*L? 'j>^-*-'^r*^ Îj«xa* c5^=*- (j*.UJI ^^^ tK»!^ {^ j^-? 

Lciji _^i ^^1 \^i^ jyc>}\ i_jAs>- (j.^ c:a,j\^ U"J^ iJ*^^'^ 

(j*jlj OcJ6_5 J^^_j^' jt_j-J3 4-v-S»i». ^^ cjil iLjuiLje (JO)-C À 

lidaire aux yeux d'Omar. — Attaque, lui dit Abou Obeïd. 
— J'obéis, » répondit-il. Ils attaquèrent l'ennemi et périrent 
ensemble. Six mille Persans jonchaient le champ de bataille, 
lorsque Abou Obeïd mit pied à terre, s'avança, la lance en 
arrêt, contre un éléphant et lui en porta un coup aux yeux; 
l'animal furieux l'écrasa sous ses pieds. La mort du général 
fut le signal de la déroute, -et lelite des guerriers persans 
poursuivit les Musulmans, l'épée dans les reins. Un Arabe 
de la tribu de Bekr benWaïl, prenant les devants avec quel- 
ques soldats dont il avait rallumé le courage, reconstruisit le 
pont, et les débris de l'armée passèrent le fleuve avec Mo 
tanna, fils de Haritah, laissant quatre mille des leurs, tant 
noyés que tués. L'armée persane était commandée à cette 
affaire (bataille de Kous cn-nalif) par Djadou\veïh , qui por- 
tait le célèbre étendard arboré jadis par Aféridoun, quand 
la Perse se révolta coiilre Dahhak. Cet étendard nommé 
Direfch-Kawiân était en peau de panthère : il mesurait douze 
coudées (le Idii" sur huit de Iar<'P; il était monté sur des 



ov 

^ 



CHAPITRE LXXVI. 201 

^'' c^lxJTl iJuà cj^ oLL« l^N» <jj^i (j-^î ^^î À *^'yî »«>^ 

^j^ ™. _=».j uA-iùji_5 _5«XxM 4^.««*i6l ^U viLwfcXio j-w JwJ ciA*j| -i 

hampes de bois, emmanchées les unes dans les autres. La 
vue de ce drapeau encourageait et fortifiait les Perses, au 
moment du danger. Nous en avons parlé précédennneut, 
dans le chapitre consacré à fhisloire de la première dynastie 
des rois de Perse. La nouvelle de la mort d'Abou Obeïd le 
Takifite à la bataille du Pont impressionna Omar et les Mu- 
sulmans. Le khalife fil, du haut de la chaire, de nouveaux 
appels à la guerre sainte et leva des recrues pour l'armée 
d'Irak. L'armée était caujpée alors à Sirar, et le khalife pa 
raissail disposé à la commander en personne. Talhah, lils 
d'Obeid yVIlah. dirigeait l'avant garde; Zobeïr, fils d'el-Av\'- 
vvam, l'aile droite; Abd er Rahman , fils d'Awf, l'aile yauche. 
A la suite d'un conseil général (|ui se pronon(ja pour le dépari 
d'Omar, ce dernier lil appeler Ali et lui dit : « Père de llaçan , 
quel est ton avis? Dois-je prendre le commandement, ou le 
déléguer à un autre? — Commandez vous ujénn;, répon- 
dit Ali; votre; présence inspirera plus de respect et de 
crainte à renncmi. - Abbas cl les piiniipaux cheikhs de Ko- 
icidi , îippclcs apics le (lc|),irl d'Mi cl coiisidlés siii le même 



202 LES PRAIRIES D'OR. 

'>->)-=^^ iLA,j \y^y-^] yl (jvJ^wkM^ (jy^*^ >^j^ '•^^^^^^^ fi^^ 

^^_^_jî (jl A_j'ii dij-x^ '^^^^«jij /»it ;^i_5 jIj osjJo (>^*^1 
yl (^— *' *^«-i j-î^ J^ O^rJ tîj O^ »X**w c:a.Xj» Je? clujtjî /jy« 

objet, dirent à Omar: «Demeurez et nommez un général, 
afin que les Musulmans trouvent auprès de vous un asile, 
en cas d'insuccès. » Omar interrogea ensuite Abd er-Rahman , 
fils d'Awf. « Que la vie de mon père et de ma mère soit la 
rançon de votre existence! dit Abd er-Rahman; restez et dé- 
léguez vos pouvoirs militaires. La fuite de l'armée n'aurait 
pas les mêmes conséquences que la vôtre. Si vous étiez 
vaincu ou tué, les Musulmans retomberaient dans l'erreur 
et oublieraient à tout jamais la profession de foi: il n'y a 
d'autre Dieu que Dieu. — A qui puis-je donner lo comman- 
dement.^» demanda Omar. Abd er-Rahman proposa Saad, 
fils d'Abou Wakkas. — Je conviens, reprit Omar, que Saad 
est un bravo soldat; mais je crains qu'il n'ait pas tous les ta- 
lents qu'exige l'art militaire. — Saad est aussi brave que vous 
le dites, répondit Abd er-Rahman; il a suivi le Prophète, et 
combattu à Bedr. Vous pouvez donc prendre des engagements 
avec lui; mais consultez-nous avant de lui donner vos ins- 
tructions, et soyez sûr qu'il n'y désobéira point. » Le klialile 
lo rongrdia, fit appeler Olmân el lui dil : >■ Père d'Abd Allah, 



CHAPITRE LXXVI. 203 

^1 ijt tiLjyXs ij^\ ^ jlî ^jiijAii' «■:^i**ji^ (j^P»^ j-^^ y ajI 

jJlj yL<v* s/"^-? ^ r' ''^' f>r**^ *i^ ^^ "^"^ «yS'i^i^ 

penses-lu que je doive partii- ou demeurer? — Emir des 
croyants, répondit Otmàn, vous devez rester et nommer un 
général; car je redoute, si un malheur vous arrivait, que 
les Arabes n'abandonnent l'islam. Donnez le signal du dé- 
part et faites arriver les corps d'armée l'un après l'autre, 
en ayant soin de confier le commandement à un honmie 
expérimenté dans le métier des armes et d'une prudence 
consommée. — Quel est cet honjme?» demanda le kha- 
life. Otmân lui désigna Ali, fils d'Abou Talib. «Eh bien, 
reprit Omar, va le trouver, fais-lui cette proposition, et vois 
s'il l'accueille avec empressement ou s'il la repousse. » 
Otmân se rendit auprès d'Ali, lui fit part des intentions du 
khalife et reçut un refus formel. Il courut en instruire le 
khalife, qui lui demanda s'il avait un autre chef à proposer. 
Otmàn nomma Saad, fils de Zeid, fils d'Amr, fils de No 
feïl. « Ce n'est pas l'homme qu'il nous faut, » ol)j(;cla Omar. 
Otmàn mil alors on avant le nom de Tiilliali, fils d'Obéïd 
Allah. Omar l'interrompant : « Quv j)enses tu. lui dit il, 
(Vwn guerrier iiilrépidr. mani.inl aussi hicn Ti^pt'c (\ur 



20a LES PRAIRIES D'OR. 

C:v\3 3I ^1 Sw^ii i^jut (^XM Lvj t^Sli. tX^?;^ XiuS^ (iUi C»v£»-Ia3 

yj A-A-Ji c^^JiL^slj -î^*^^' yi t^j' J^ «^^ «^^ «S <r^^ lX>5 
JwXjLi c^^Lmo ^^v>>ji^^I ^i^Jir! ^^ ^^^^. y*^^^i ^.y^^^ 

l'arc, mais qui n'a pas, je le crains, de grandes connais- 
sances stratégiques? — De qui voulez-vous parler, prince 
des croyants ? — De Saad , fils d'Abou Wakkas. — C'est 
bien l'homme qui nous est nécessaire, dit Otmân, et si je 
n'en parlais pas, c'est que je le savais absent, quoique 
son absence soit motivée par le service de l'Etat. — Mon 
intention, reprit Omar, est, en lui donnant le commande- 
ment, de lui laisser désigner ceux qui devront l'accompa- 
gner. — Ordonnez -lui aussi, ajouta Otmân, de consulter 
les soldats mûris dans les conil)ats, et de ne jamais prendre 
une décision avant de vous l'avoir soumise. » Omar adopta 
ce parti, et ordonna à Saad de marcher sur l'Irak. — Djérir, 
fils d'Abd Allah el-Bédjéli, qui était venu, à la tète des 
Benoii-Bédjilah, olTrir ses services au khalife, eut ordre de 
rejoindre l'armée d'Irak, avec la promesse d'avoir le quart 
des terres qu'il prendrait dans leSawad, indépondannnent 
do la part qui reviendrait à sa tribu dans le butin général. 
Après avoir pris rongé (\\\ khalife, Djérir ol ses Rfnon 



CHAPITRE LXXVI. 205 

Ay.r>.»xilj-S^l j-Jj^ *-^JS*r oJUi iaA*«^ ->W»^ J,' J>^-*^j-*^ 

JJi ^ ^J ^^Aà» »x.ij ^l^Jl* JJi (j^j^j^ JUi^i JU.! cil 
^jU f.3Ji-!i i^y^S ^J^^JJ,^ j.^ (Xji^j-à-l t^« J^ (j^. iij-*s- 

^^j oLuJi i^i^^i^ U^)/^' ^^^^ ^^ l?-^^ ^^-^ t:^ 

Bédjilah se rendirent dans le district d'Obollah, et conti- 
nuèrent leur marche sur le district de Madar. Le Merzehdn 
deMadar, qui avait sous ses ordres dix mille chevaliers per- 
sans, fut averti de l'approche des Arabes. C'était après la 
bataille du Pont, dans laquelle Obeïd et Salit furent tués. 
Les Benou-Bédjilah voulaient traverser le Tigre et marcher 
sur Madar; mais Djérir leur dit : « La prudence s'y oppose, 
n'avez -vous pas pour vous en convaincre l'exemple de v.os 
frères, qui ont péri à la journée du Pont? L'ennemi a des 
forces imposantes; laissez-le traverser le fleuve, et quand il 
sera de ce coté, avec l'aide de Dieu , nous en triompherons. » 
Kn effet, après une halle de quelques jours dans Madar. 
les Persans traversèrent le Tigre. Dès que la moitié environ 
de leur armée eut atteint l'autre rive, Djérir, à la tête de sa 
tribu, fondit sur eux, et, après une résistance d'une heure, 
tua le Merzebàn, massacra les uns, culbuta le plus grand 
nombre dans le fieuve et pilla leur camp. Les Benou-Bédji- 
lah firent ensuite leur jonction avec les troupes de Motanna, 
fils de Harilah Cheïbani. Une armée persane , sous les ordres 



206 LES PRAIRIES D'OR. 

(ji/fr« J^ <^'^>=»- W^ (j^j-^^ y!^i lyixJlî (;jv.U«m (^ ^503 
xaLm*^ AJCJilaAX. j-^> jUj i^yiaiî -xÀxisj J^-^' ^yïi C^-»^5 

kJ^ *— ft-À-* ^-A-tt^J-J^S» jj jUi».ii|j jiA*M.ii J.^î çjUj (XJS^ 

de Mihrân, vint à leur rencontre. Voyant que les Musulmans 
restaient sur l'autre rive, les Persans traversèrent le fleuve 
et les provoquèrent avec insolence. On en vint aux mains; 
après une résistance opiniâtre des deux côtés, Mihrân fut 
tué par Djérir, fils d'Abd Allah el-Bédjéli, et par Haçân, 
fils de Moundir, fils de Dirar, des Benou-Dabba. Haçân le 
perça de sa lance ; Djérir l'acheva d'un coup d'épée et le 
dépouilla de sa ceinture et de ses armes. Ces deux guerriers 
se sont disputé l'honneur d'avoir tué le général persan ; mais 
la vérité est que Haçân lui porta d'abord un coup de lance, 
et que Djérir l'acheva avec son sabre. Haçân a parlé de cet 
exploit dans une poésie qui commence ainsi : 

Ne sais-tu pas que j'ai arraché ia vie à Mihrân d'un coup de lance, qui 
pénétra dans les chairs comme la pointe acérée du hhilal? 

Les auteurs de chroniques et d'annales ne sont pas d'ac- 
cord sur le grade de Djérir et de Molauna: les uns pré- 
tendent que Djérir était investi du commandement en chef, 
les autres croient qu'il rommandail sa propre tribu, et Mo 



CHAPITRE LXXVI. 207 

/t<\^ A,g-«Uil *JsJuj i(j^l.4«,i)! 5^^.^^ t_AjD ^ij (j b^ ''***-*-*-^^ 

L<-J^Ai -^UJàlio j-i^-r* (>^* SyA**^ /fi"^*^^ U y_^^^5 (^^'■^ 

tanna la sienne. La mort de Mihrân impressionna vivement 
les Persans. Chirzad, dont le nom de famille était Pourân, 
réunit une armée considérable et enrôla tout le corps de ca- 
valerie de la noblesse (a5a?ojr«^), dont Roustem commanda 
Tavant-garde. A Tapprocbe de Roustem, les Musulmans 
durent se replier: Djérir alla camper à Kaziiuah; Motanna, 
avec sa tribu, les Bekrites issus de Wad, se rendit à Siraf, 
où se trouvaient plusieurs puits. Siraf est situé entre Kou- 
fah et Zobalah, à trois milles de la station nommée Waki- 
çah. C'est là que mourut Motanna, des suites des blessures 
qu'il avait reçues au combat du Pont et dans d'autres affaires, 
fque Dieu ait pitié de lui!) Sur ces entrefaites, Saad, fds 
d'Abou Wakkas, lequel venait de recevoir une lettre d'Omar, 
alla, d'après les ordres du kbalife, campera Zobalab, puis 
à Siraf, où il fut rejoint par les auxiliaires de Syrie et d'autres 
pays. Il se dirigea alors sur el-Odaïh, localité à l'embou- 
chure du golfe, sur la limite du Sawad, dans le voisinage de 
kadiçyeh. La bataille s'engagea , en cet endroit , enlrc Tannée 



208 LES PRAIRIES D'OR. 

^_j^^i^ ^^j ^^^^ (j*^I tj>-^^i (j>-fe»^5 (>^^ (^^ 

^j^ A^l^î /©.-g-VÎ 'Zf^^ Jbjuî l_j-«Uiolî Ui>î*X:^Jî Jjûi jo^ 

JsA* (j^ .^li SH*"-? 'O^b (J'*^' 'jJJL?"^^^ U^^ *XjiLiuo 

JjJu _jJ^_5 -_^l >iUi ^^.^i- (j-i?vi tg»X,^iii 4M| 

^lyi (jUM^_5 yl.À-«Jl cili 11 — **_ii a^^i^ (-Al-t* g *X^ 

musulmane, forte de trenle-huit mille hommes, el les Per- 
sans, au nombre de soixante mille, sous les ordres de Rous- 
tem. Des éléphants qui portaient plusieurs soldats formaient 
le front de l'armée des infidèles. L'alTaire commença par 
des défis et des combats singuliers. Les plus braves guerriers 
arabes provoquèrent les champions de la Perse, et échan 
gèrent avec eux des coups de lance et d'épée. Un de ces héros , 
Galib, fils d'Abd Allah el-Acédi, s'avança en chantant : 

Celle qui conduit les guerriers à la citerne, celte belle aux doigts 
agiles, au sein éclatant de blancheur. 

Sait que je suis un loup, parmi les soldais alertes, un lion qui se jcltf 
joyeux dans la mêlée. 

Honnuz, un des rois du Bab el-Abwab, vint à sa ren- 
contre, la tête ornée d'une couronne. Galib le fit prisonnier, 
le conduisit à Saad et retourna rapidement au combat. On 
était au plus fort de faclion, lorsque Açim, fils d'Amr, 
s'avança on chantant: 



CHAPITUE LXXVl. 209 

> 

k^iftjJi »LUkXaJ r^JV.^J| JJLo ww«kl!î *KjU3 *^^AiîAJ (->1^ ^5 

i._^_«ll J^***J!^ iiAOAiwiii (j^ viXXil oUai (^jilUaJl i^ ^lUl 

Une jeune fille au teint blanc, au cou jauni, pareiili' à un bijou d'ar- 
gent sur une monture d'or. 

Sait qu'un iiomme tel que moi ne se prévaut pas de la noblesse de sa 
race. 

Un chevalier persan marche contre lui, et, après quelques 
passes, il j)rend la fuite. Arini h; poursuit jusque dans les 
rangs ennouu's, qui le laissent pénétrer et se referment sur 
lui. On le croyait perdu, lorsqu'on le vit reparaître sur le 
IVonl des bataillons du centre, chassant devant lui un mulet 
chargé de cantines j)leines d'objets précieux. Il se présenta 
ainsi devant Saad, avec son mulet, sur lequel se tenait 
un jeune homme vêtu de brocart et coiffé d'un cliaperou 
doré : c'était le panctier du roi , et les caisses renfermaient . 
parmi les friandises destinées à la lable du roi, du nougat 
fait de lait, de dattes et de micîl couni. Saad y jeta les yeux 
et dit : <> Portez cela à ses compagnons d'onice, et dites-leur : 
Voilà ce que le général vous envoie; régale/vous. » Ce qui 
fut fait. 



•210 LES PRAIRIES D'OR. 

»j._Um,_p %-Jj\ ii-À-w (V^' '^ c:*.j^ iiAAwiuUl iixï^ jl t^j-à»-' 

iikArsr_j^ ^W*>^^L> RiX^ oiJ^^^ Jsj*xiL v-XAàLs? aXaàJ! ^j 

Li <X_Awi <^-J Ji ^>**« CiA.X-*.À J>A=ij J^S-^Î iikxiJi ^yS>'^, 

^5 ,j*.LÀ_3i .(?.A»\ l_^-â cyl_^^l j._5^A_) o^ p^-îî i*>^^j (j*,LiJi 
^^L«;Jl (^^ (j>_.t*_-*-iî J_j-Ac^ u-^^î <ie 0;-«i^ j^^' py^-'' 
(j.j j^lil» L^-iS-*^ (j^<xi/^ii lôAÀ-»vi CAta,è ^â «yiw il<X^i)i^ 

J'ai lu ce qui suit dans une autre relation. La bataille de 
Kadiçyeh fut livrée dans le mois de moharrem. Tan quatorze 
de rhégire. Dix-sept éléphants, portant chacun vingt soldats, 
s'avancèrent bardés de fer, les défenses enveloppées de bro- 
cart, etmarchèrenl, au milieu des fantassins et des cavaliers, 
contre les Benou-Bédjilah, Saad, voyant le danger que cou- 
rait cette tribu, envoya demander aux Benou-Açèddeleur prê- 
ter main-forte. Vingt éléphants s'avançaient contre le centre 
des Musulmans , lorsque Talhah , fds de Khowaïled el-Açèdi , 
piqua droit aux éléphants , avec quelques hommes de sa tribu , 
et les tint en respect. L'honneur de cette journée, connue 
sous le nom de journée d'Agwat, appartint aux Benou-Açèd. 
Le lendemain matin, les Musulmans virent, au loin, des 
lances reluire au soleil: c'étaient les escadrons de Syrie et 
d'autres troupes auxiliaires qui s'avançaient, précédés de 
Hachim, (ds d'Otbah, fds d'Abou Wakkas, avec cinq mille 
cavaliers de Bébyah et deModar, et mille Yéménites, parmi 



CHAPITRE LXXVI. 211 

<.:U.AJ^ S«)^->> (j--^ OvJLsb. iC-xL^V^ 8«Xaa£ k^l ^mo itXJl^ 
»;->^ ^jj liUU «Jùcii ij^jS-i jî -L»! ^j^ *tjHil «xJlà». <^^ 

lesquels on remarquait Kâkâa, fils d'Anir. Damas étant pris 
depuis un mois, Omar avait écrit à Abou Oheïdah, fils de 
Djerrah, de diriger sur l'Irak les troupes de Khaled, fils de 
Walid, mais sans faire mention de Khaled dans sa lettre. 
Abou Obcïdah, heureux de pouvoir se débarrasser de ce ri- 
val , fil partir son corps d'armée sous la conduite de Ilachim , 
fils d'Otbah. Omar, en agissant ainsi, cédait au ressentiment 
qui l'animait contre Khaled, depuis le règne d'Abou Bekr, 
à cause de l'airaire de Malik ben Nowaïrah el j)0ur d'autres 
motifs encore. Cependant Khaled était fils de Walid, fils de 
la tante maternelle d'Omar. L'arrivée de Kâkâa conduisant 
les premiers renforts fit présager à l'armée de Kadicyeh 
un triomphe prochain, el les Musulmans n'eurent plus à 
craindre d'éprouver des perles aussi graves cjue celles de 
la veille. A peine arrivé sur le Iront de bataille, Kâkàa 
s'elaïKja en avant el provofjua un Persan en combat singu- 
lier. Un chef s'avança. « i)\\\ es lu ? •■ lui demanda le Musul 

>4. 



212 LES PRAIRIES D'OR, 

k-A-^-»-^ *^^HS-A-t jj t^IjUJ L c.ljujill i^jiU» t-o^Ut ^^ Jv> 

(ppw^l *>^î r»y^'^ U*^' O*:/^^' i^"* ^^^' r»>? i 

.J 

man. — Je suis Bahman, fils de Djadouweïli. (Il est connu 
sous le surnom de Doul-Hadjih). — Vengeance ! s'écria 
Kàkâa, vengeance pour le sang d'Abou Obéid, de Salit et 
de leurs compagnons, tués à la journée du PontI » C'était 
ce Dou'l-Hadjib qui les avait égorgés, ainsi que nous l'avons 
dit déjà. Ils fondirent l'un sur l'autre et le Musulman tua 
son adversaire. On prétend 'que, dans cette même journée. 
Kâkâa tua trente Persans, en trente passes d'arme qui coû- 
tèrent chacune la vie à un ennemi. Le dernier qui péril 
sous le fer de Kàkàa fut un des grands de la Perse, nommé 
Buzurdjmihr. Le guerrier musulman a rappelé lui-même 
cette victoire dans les vers suivants : 

J'ai rempli son âme d'une terreur qui l'a pénétré comme les rayons 
du soleil. 

A la journée d'Agwat, la victime du /î«;ice jeta, en mourant, les plus 
tristes présages dans l'esprit de ses soldats et ranima le courage de mes 
compagnons et le mien. 

Un autre combat singulier eut lieu le même jour entre 



CHAPITRE LXX\ I. 213 

JuL^i i U._j-s^ J-A-iJi (:r^^j-^î u*(> J^-^' ^ J^-^^' 

el-A\var, lils de Kotbah. et le vice-roi [schahriar du Sé- 
djeslào : les deux adversaires se donnèrent réciproquement 
la mort. 

Saad, (jui était malade, se tenait à l'écart sur la plate- 
forme du château d'el-Odaïb, d'où il observait le combat. Au 
moment où les deux armées luttaient avec le plus d'achar- 
nement, Saad, entendant les Arabes célébrer leur noblesse, 
dit à ccu.x qui l'entouraient sur la terrasse du château : 
• Tant qu'ils continueront de vanter leurs ancêtres, laissez- 
moi dormir, c'est la preuve qu'ils conservent l'avantage; 
mais s'ils se taisent, éveillez-rnoi, ce sera mauvais signe.» 
La nuit n'interrompit pas celle lutte acharnée. Abou Mih- 
djan. de la tribu de Takif, était retenu prisonnier dans les 
souterrains du château. Il entendait les Arabes exalter la 
noblesse des aïeux et de la li ibu ; le choc des armes et les 
cris de la ujéléc anivaient jiis(|u'à lui, et il se désolait île ne 
pouvoir prendre part à ces exploits. Kniin.se traînant jiisipi'à 
la terrasse où se Icnail Saad, il im|)lora son pardon et la 
libf'ili', alin de rnmir au rond>al Saad l'apostropha rude- 



214 LES PRAIRIES D'OR. 

jM-A^ik. ,^ dl.J J«-J^ <N.AâXS>- 0»À^ U JUi SiXXJ I^aXc Ot)sSk. 

J^-Ju _5-^^ ^^y^ à> <~J^-^^. ^yfj^ iii.Ji^ wî 



menl et Je chassa. Le prisonnier descendait en pleurant, 
lorsqu'il rencontra Salma, fille de Hafsah. Cette femme, 
veuve de Motanna, fils de Haritah le Cheibanite, avait 
épousé Saad en secondes noces. « Fille de Hafsah , lui dit-il , 
veux-tu faire une bonne action? — De quoi s'agit-il? de- 
manda Salma. — Fais-moi mettre en liberté et prête-moi 
Balkâ (jument de Saad). Je prends Dieu à témoin que, s'il 
me laisse la vie, je viendrai devant toi replacer mes pieds 
dans leurs chaînes. — Ce n'est pas mon affaire, » répliqua 
Salma. Le prisonnier s'éloigna en traînant ses chaînes et 
murmurant ces vers : 

Qu'il est triste de voir les cavaliers courir la lance en arrêt, et d'être 
abandonné ici, garrotté de lourdes entraves ! 

Moi qui vivais jadis au sein de la richesse et des plaisirs, je suis seul 
et privé des consolations d'un frère. 

Si je me lève, ces chaînes arrêtent mes pas. On a lire sur moi le.s 
verrons de ces portes sourdes à mes prières. 

Que Dieu écoute un vœu invinlalile : Si je reliouvr la liberté, je ne 
retournerni jamais à la taverne ! 



CHAPITRE LXXVI. 215 

d'tX^.x.j (-A_A_A£>j^ ^i >^j.:k\.^\ ji ^^i>Mt c^JIjû t^ljui ^^ 
l4=>-^l_j >>>jtMé «^UiX) i\jCâlî c:*iji U^ ^dljUi ^ t-i*Jlr_5 «SUxUaU 

JL=>-pi <}(jiL)Liftj A.^ÀSjlî A5oa^ .V! (j-jlj aaJI j^m ii aj»->X-*w^ 

Salma , (|ui avait entendu ces vers , lui dit : « Que Dieu me 
soit j)ropice! j'accepte la promesse que tu viens de taire. » 
Alors elle le débarrassa de ses liens et lui amena Balkà en 
ajoutant: « Voilà ce que tu m'avais demandé. » Abou Mil» 
djan, prenant la jument de Saad par la bride, sortit du châ- 
teau par la poterne qui donnait sur le fossé. Alors, se cour- 
liant sur le dos de son cheval, il galopa jusqu'au flanc 
droit des Musulmans, prononça le tekbir; puis, jouant avec 
sa lance et son épée, à la vue des deux armées, il se préci 
pila sur le flanc gauche de l'ennemi, le tint en respect, lua 
les plus vaillants guerriers et dispersa les autres, au grand 
étonnement des deux partis, (|ui le suivaient des yeux, lia 
tradition présente ici une variante au sujet de la jumeni 
Balkà; selon les uns, le prisonnier la montait à poil, selon 
les autres, il était en selle. Quoi qu'il en soit, Abou Mih 
djan rentra ensuite dans les rangs de l'armée musuhnanc, 
sortit par l'aile gauche, s'élança siii l'ail<' droite des l'er 
sans, et là, lout en j)aradant avec sn lance el son épée, il 
lit inordre la poussier*' à lous ceux (|iii r.illaqii.iicnl cl iclin/ 



216 LES PR/\IRIES D'OR. 

^J»J\-x-\\ \ùsj> (j^ '^^^ A-JL-o (j*.UJ! 4-v:sSJo Sl;^ (:5>-t^*-i' 
LÀjl^-ifci (j^ y-^ fi^-^r*^^ J^* ''^■''' ^"^^y* *^ *J-»>*Î <^*>J^ 



l'eflort de l'ennemi par la terreur qu'il lui inspirait. Après 
cela, il pénétra dans le centre des Musulmans, reparut 
bientôt sur le Iront de bataille, en face du cenlie des infi- 
dèles; puis, renouvelant ses exploits, il terrassa ses adver- 
saires, retint la îiiarche des Persans et protégea son parti 
contre leur attaque. Les Arabes ne revenaient pas de leur 
étonnement, et se demandaient quel était ce cavalier inconnu 
dans l'armée. Les uns disaient : « C'est un de nos frères ve- 
nus de Syrie, sous les ordres de Hachim, (ils d'Olbah ol-Mir 
l^al. — „ Si khidr, disaient les autres, préside à la bataille, 
ce cavalier ne peut être que Khidr; Dieu nous l'a envoyé 
pour nous guider sur le chemin de la victoire. » D'autres 
ajoutaient : " Si les anges ne demeuraient étrangers aux com- 
bats, nous dirions (jue c'est un ange. » Abou Mihdjan, pareil 
a un lion furieux, rcM\ersail les cavaliers et se précipilail 
sur eux avec i'ini|)éluosilé de raii;le. Les Musulmans témoins 
de SOS |MOiu'ss(s, tels (jur Aiiir, (ils de Mi'idi karib, Tcdhah , 



CHAPITRE LXXVI. 217 

»is-tf>j jjc> |j^i& cxAJtî ^j^ jî (j**xsî iljJ AMU^*axIÎ (jj^i tj-. 

^j| tK^jU /o»-^Ua^^ *.>-*^!^ Jl ^^^«M*ii jc»-lj.j5 L^Ufti 
ij5 A_j K_jt-^ i»» ip^ ^-À. cix-A_^ jj^ w>»ia.*J) j_|»^i ,;^*i^ (J' . 
i^— aJUI i.t aK_=-^ t-*^^^ A.,>w>Ajg i :>l^^ l^iajj-« Jl *lJlUil 

b^-i^i 'y^;-^' '^' A-V^'j u:*LjL->L.a« l-Cj,ji -5^,-A^sî^ 

fils deKhowaïled, Kâkâa, fils d'Anir, IJachim, fils d'Otbali 
tl-Mlrkal, et les plus vaillants guerriers parmi les Arabes, 
le suivaient du regard et s'extasiaient sur son audace. Saad, 
penché sur le bord de la plate-iornie d'où il suivait le coai 
bat, cherchait à reconnaître ce cavalier et disait : « iSi je ne 
savais qu'Abou Mihdjan est en prison, je dirais ([ue c'est 
lui et que ce cheval est Baikà. «Vers le milieu de la nuit, le 
combat lut suspendu; les Persans se retirèrent et les Arabes 
revinrent dans leurs letranchemenls. Abou Mihdjan rentra, 
sans être vu, par la porte qui lui avait donné issue, ratta- 
cha Balkà au pi(juet qui la retenait; puis il regagna son 
cachot, re[)laça son pied dans lu chaîne et chaula d'une voix 
sonore : 

Les liciKJii Takil .>ii\('iil , ^aiis eu lircr vaiillr, i|iic je mii> parmi eux li 
|)liis vaillani «le ceux (|ui iiianiciil l'i^pvc, 

('{•lui i|iii cikIossc le plus souvcul uni' riill( dr mailles cl i|iii roiiihat 
avRc Ir plus (ron'miitlri'lr , '|iiaii<l la n'^sislaiirr dcvirul pri iIIciim' 



218 LES PRAIRIES D'OR. 

I 
UùLî ^Jv.^ *XaJIs -îocac;! <^LU^i*Kj^ a^^î ouolj jL*J ^^ 

Je suis le cavalier nocturne inconnu à tous, qui sort sans donaer 
l'éveil aux avant-postes. 

Captif, mou absence est un malheur pour vous; libre, je répands la 
mort dans les rangs ennemis. 

« Abou Mihdjan, lui demanda Salma, pourquoi as-tu été 
incarcéré par Tordre de cet homme ? » elle désignait Saad. 
« Dieu m'est témoin, répondit-il, que je ne suis pas en pri- 
son pour avoir mangé ou bu des choses défendues. Mais 
dans le temps de l'erreur, j'étais adonné au vin, et lorsque 
la poésie se glissait sur mes lèvres, j'aimais à célébrer la li- 
queur dont le fumet excitait ma verve. Voici les deux vers 
qui m'ont fait jeter en prison : 

Quand je mourrai, cntcrrez-moi auprès de la vigne, afin que mes os 
boivent le suc de ses racines. 

Ne déposez pas mou corps dans une plaine aride, car je ne pourrais 
pbis gnnier eelle liqueur délicieuse. » 

Salmo oiiiciisuiic une longup discussion avec S;kkI qn'rllr 



CHAPITRE LXXVI. 219 

c:-«>^^.-fi>i iiî c^C-ï- ^I_5-*-Jl xVj^^^^l *^.*J^ ci>î_5^l A-v-i^ 

A^otJL» ^5v=»- Ajyb" *(^vi»j ci)*Xi».î_^ bi U <_^i>! Jlijj xJiAJols aj 
^Aolj Î'XjÎ j«?^^ -JiÀ^ <i^ ci^ '^■^*-*^' ^ ■^'^ fj-=r ^ S^ 

irrita en lui parlant des prouesses de (son premier mari) 
Motanna, sur le champ de bataille. Courroucée elle-même, 
elle s'enferma durant la soirée dUAgwat, la nuit du gronde- 
ment et la nuit de Smvad. Le matin du jour suivant, elle 
retourna chez Saad et se réconcilia avec lui; elle lui raconta 
alors ce qui s'était passé dans son entretien avec Abou Mih- 
djan , intercéda en sa faveur et obtint son élargissement. « Tu 
es libre, dit Saad au prisonnier; désormais, je te punirai, 
non plus pour tes paroles, mais pour tes actes. — Par 
Dieu, reprit celui-ci, soyez sûr que ma langue ne pronon- 
cera jamais de coupables discours. » 

Le troisième jour, que l'on nomme journée d'Amas, les 
Musulmans et les Persans se réveillèrent dans leurs camps 
respectifs. La bataille s'engagea sur un terrain aussi étendu 
que celui qui sépare le Tigre cl-Atvrâ de TEuphrate. Les 
Musulmans perdirent deux mille cinq cents des leurs, tués 
ou blessés mortel lenicnt ; les pertes de l'armée persane furent 
incalcidables. Saad laissa ses troupes libres de laver les morts 
ol les blessés, on d'onlorror b^s mm u «ï.ins h ver le sang (|iu' 



220 LES PRAIRIES D'OR. 

^t-^^-LJ! y\<5 ^j^^Jh A^i ^>>j (^^l^^ f-^^^ c^ 
*L-M*.À_Ji <J! civs-^5 ij^-^i *^«i^-^-^' (j^J*N» (j)Wy^^'3 

\,i^^ iiXitf^ J.JlÂifc ^io ^_j SX^Î *iUj Jî j.Laj^ JJitfj jjjukjc 
(J-* S=^j ^^c^^ V'^^^ ^!/^ ^iX.^U! »Jaû J.ii o>-^ ^j^rfT^i: 

les souillait. Les Arabes entassaient les cadavres et les por- 
taient sur leurs épaules aux femmes et aux enfants, qui leur 
donnaient la sépulture; d'autres femmes recevaient les bles- 
sés et pansaient leurs plaiesi Entre le champ de bataille de 
Kadiçyeh et la forteresse d'el-Odaïb, se dressait un palmier 
solitaire; aujourd'hui il y en a un grand nombre en cet en- 
droit. Tandis qu'on transportait les blessés, ceux qui avaient 
conservé le sentiment disaient à leurs porteurs, «Me voici 
près du Savvad, laissez-moi reposer à l'ombre de ce palmier; » 
et on les déposait au pied de l'arbre. De ce nombre était un 
Arabe de Tayi, nommé Bodjaïr; on l'entendit réciter ces vers 
avant d'expiier : 

l'alinicr qui te dresses ciilrr la l'erse el cl-Odaïh, loin des autres pal 
miers, rernis mes adieux. 

Un nuire soldai de la Iribii do l'aïni Allait fui dépose en 



CHAPITHE LXXVI. 221 

x_^:S«o ^LàJÎ f^^^i '^^ j-S^ ^-^• ULÎ^y^ î_j*«^ O^iH*"^ ^ 

J»_jL- s-*Jt *L-u.^^ ^js-^ ^^ (**V*^ '.y»'=*-«^ ^j t^;^^'^^ 

l^-à^Ui ^j5^-«^l^ ul>^t^' Ïj^V^^^ ^^ 1*^ C:J>=^ Jb (:r* 
SwA.<— lôJI ^e ^b (^5V>- wvAjuI >^~XJ\^ Ix-rjoi c::\A'=^ ^-^^3 
|tfVAt^ 5;La_]3 CA..nla.ii3 uÀ>ols .^j ^-^^y^^ ^^^ (^"ir^^ ^^a 

ce lieu; ses entrailles sorlaient de son ventre entrouvert; il 
eut cependant la force de prononcer ces paroles : 

O palmier dos blesses, né au milieu de cette plaine ennemie, puisscs-lu 
boire la rosée du matin et l'eau abondante des nuages! 

On a recueilli encore d'autres vers improvisés en celte cir- 
constance. 

Le matin qui suivit la niiil du grondement, nommée de- 
puis la nuit de Kadiryeh, les troupes étaient exténuées de 
fatigue, car elles n'avaient pas fermé l'œil. Cependant les 
tribus, ranimées par la voix de leurs chefs, s'élancèrent au 
combat, et la lutte continua jusque dans l'après-midi. Le 
soleil avait atteint le milieu de sa course, lorsque Hormu- 
zàn et Nirmarân donnèrent le premier signal de la retrailt;; 
mais ils reculèrent en combattant et défendirent le terrain 
pied à pied. Un peu après nndi, le centre de l'armée persane 
futcntamé. Un vent impétueux soulevait contre elle des tour- 
billons de poussière; le dais qui surmontait le trône de Rou.« 
tem fut enlevé par une rafale et jeté dans le A^^//j/- el-Alih. 
l>e \enl souHlait do l'ouest, et la poussière aveuglait les 



222 LES PRAIRIES D'OR. 

A-A-Lft c:a„^*XJj «XJ> Jljtj <i' *;^iî'v ^^z-^T ^«^ (:JV*" *-** 
««5jj aJLv»- <^ la 'i ''> ifJ*^ f*^-*tJ t^*^' J^*^ A.^)l* ^ J'iV-* 

w>wmJ| «Xjï-oj JIijLaJI J-^jI (;J>o âU; 4^i.>- *^-^ -î^J '^'i?- /OiiJ 
^kMfc>? Uj aj (j*Uil cjlla* Jl iÎAxMi (_^j ^-«xAw; c:a.X;l* «^^wj 

Persans. C'est alors que le trône de Roustem fut escaladé 
par Kâkâa et ses soldats. Rouslein, quand son pavillon fut 
balayé par le vent, se jeta eu bas du trône, courut auprès 
des mules qui portaient ses trésors et s'abrita derrière les 
ballots dont elles étaient chargées. Hilal, fils d'Alkaraah, 
trancha d'un coup de sabre les sangles du ballot derrière 
lequel se cachait Roustem; une moitié du bagage tomba sur 
le dos du Persan et lui enfonça les côtes. Hilal, qui ne le 
voyait pas et ne se doutait pas de sa présence, perça le ballot 
avec son sabre : il s'en exhala une odeur de musc. Roustem, 
se traînant jusqu'au Nahr el-Atik, se précipita dans les flots. 
Hilal l'aperçut, se jeta sur lui, le retint par le pied, et l'at- 
tirant sur le bord du fossé, lui donna la mort d'un coup de 
sabre. Puis il tira le cadavre par les jambes, le jeta sous les 
pieds des mules, gravit les marches du trône et cria : « A 
moi ! Par le maître de la Kaabah, j'ai tué Roustem! » Les 
soldats qui se pressaient alentour, ne le voyant ni lui ni 
le trône, lui répondirent par leurs clameurs. Cependant les 



CHAPITRE LXXVl. 223 

oy"^ U^ '■^^ J"V^j i>-^ ij^ v^iA^I ^'^♦Xiwij \y>y^i\^ 

i_»l_*i*x!l JoiUi <c~<^»>y>l (J>J ^.^*>^J V^^^^ <i* ^y^ '.^-^*:^ 
^yJiL5\yl «.jU6*>ô UvAwj t^JCi (j^?v» ^^^j-i'J «^^^^ (**^ f'^*^' tKiUi 
l-jLoJ^i U 4^ Vv^' (iT-* (^ (^y* ^LÏ>y^ /jj J^Xjû aKjij (jÎ <Ji 

c:>Uji /y^ (^tX-wi^i jj-tw 0j jkj-S _^j (T^^ tiUi tj 

infidèles découragés prirent la fuite et périrent par le sabre 
011 dans les eaux du fleuve. Trente des leurs s'attachèrent les 
uns aux autres avec des chaînes et des cordes, et jurèrent 
par la lumière et les temples du feu de ne point reculer, et 
(le vaincre ou mourir; puis ils s'élancèrent sur la cavalerie, 
(les torches de résine à la main, el furent tous exterminés. 
On ne sait pas précisément pai- qui Rousiem fut tué : l'opi- 
nion la plus répandue est qu'il recul la mort des mains de 
Hilal ben Alkamah, de la tribu de Taim ou confédérés 
{rehab) , ainsi que nous l'avons dit. Selon d'autres, il péril 
sous les coups d'un Arabe des Benou Açèd. Un poëte de cetle 
même tribu, Amr, lils de Chas, a dit dans une poésie où il 
célèbre cette journée : 

Nos cavaliers, s'clançaiil de tontes parts, so jelôrent sur kesra, que dé- 
Tendait une faible escorte. 

Mous avons égorgé sans pitié Koustem cl ses dis, lorsque les pieds de 
nos clievnux soulevaient des nuages de poussière. 



224 LES PRAIRIES D'OR. 

i)L.^jt ^^iX_^j ^ ULa-ï Là.a.ajcjI ci\A^ /o.^-< U5\.5 

9ww*£ S'j.-jf^j /jv-jwjiiî ^w* LjjSi (^j^ j^ ''ij5>'i 5«Xiû J_j.«»- 

s- 

Partout, sur notre route, uous laissions des cadavres debout et inca- 
pables de s'enfuir. 

Dirai-, fils de Khattab, s'empara , ce jour-là , du grand éten 
dard en peau de panthère, nommé dirafch-kawiân , ainsi que 
nous l'avons dit déjà (ci-déssus, p. 200); il était couvert do 
rubis, de perles et d'autres pierres précieuses. Dirar le céda 
pour trente mille dinars; il valait bien un million deux cent 
mille dinars. Autour de cet étendard périrent dix mille Per- 
sans, outre les trente soldats qui se tenaient attachés et 
d'autres encore. Les historiens anciens et modernes ne 
s'accordent pas sur la date de la bataille de Kadiçyeh , ou 
d'el-Odaïb. D'après une opinion assez accréditée, elle fut 
livrée l'an seize de l'hégire : cette date est citée par Wakédi , 
sur la foi d'autrui. Quelques-uns la placent en l'an quinze, 
et d'autres en l'an quatorze de l'hégire; Mohammed, fils 
d'Ishak, se décide pour la date de l'an quinze. En la ([ua- 



CHAPITRE LXXVI. 225 

^^\j.JL.l\ a^Xwo iL-«l*!j jl_Aa-^i)l (Ji vJi «--.aS^ "J^j'j")^' "'^-ir'^ 

J>-À-» tj<a-*J »;l^ ^'\r^i *X.i4Ji ^.^t ^_f <>^J Jsh*^^-) ^^ hyKSjàS 

torzième année de l'hégire, Omar, filsdeKhaltab, prescrivit 
la célébration de la prière taraioih, pendant le mois de nima- 
dân; or, ceux qui placent la bataille de Kadicyeh on cette 
même année se réfèrent à celte circonstance et citent la 
lettre adressée par le khalife à tous les grands centres mu- 
sulmans pour la célébration de la prière des nuits de jeune. 
Plusieurs historiens, au nombre desquels est Médaïni, 
rapportentque Otbah , (ils de (ia/.wàn , lut envoyé par Omar 
dans le pays de Basrah, Tan (|unlorze de l'hégire; il s'y ar- 
rêta et bâtit la ville de ce nom. D'autres historiographes, 
au contraire, reportent la fondation de Basrah à Tan seize; 
ils ajoutent qu<! Otbah no quitta Médaïn et n'entra dans le 
territoire de Basrah que lorsque Saad , fils d'Abou VVakkas, 
eut terminé l'expédition de Djaloula et de Tekril. Le pays 
de Basrah, à l'époque où Otbah s'y rendit, était appelé lertr 
de l'Inde et couvert de pieires blanchâtres. Oll)ah s'établit 
dans le lieu nomnu' Khoraïheh (petite ruine). 8aad , (ils d'A 
bouWakkas, fonda Koufah, l'an r|uin/.<' tic l'Iiégire, d'après 



226 LES PRAIUIES D'OH. 

liXsfcl iJvJCj ^ v,5 (j\^^ j^i^x*.*il Jli (•^■^■^^ Ai_j^l jAi._j.^ t^ 

(jli Js._L\]! J.:ûi^ ^^^-* ^ l:>i.Xj>. l^Uj IjL^ U^^ c5*^^* 

^i£>_5 U_»._j y^xi j.^ ^ JIî^-«*>0:j _^3 <s.À£ ^_5^i jl5ii| y.^ 

ies indications que lui donna le fils de Nofaïlah le Gassa- 
nide ; cet homme avait promis à Saad de le conduire dans 
un pays situé au-dessus du rivage et plus bas que la plaine, 
et il le mena sur le territoire où Kouf'ah s'élève aujourd'hui. 
Omar avait interdit aux étrangers le séjour de Médine. 
Mogaïrah, fils de Chôbah, lui écrivit un jour : « Je possède 
un esclave qui est à la fois charpentier, peintre et forgeron; 
il peut, par conséquent, être employé utilement par les ha- 
bitants. Voulez-vous m'autoriser à vous l'envoyer?» Après 
avoir obtenu le consentement du khalife, Mogaïrah préleva 
sur son esclave une contribution de deux dirhems par jour. 
Cet esclave, nommé Ahou Louluiiah, était un mage origi- 
naire de Néhavvend. Quelque temps après son installation, il 
vint se plaindre au khalife de la contribution onéreuse que 
son maître lui imposait. Omar lui demanda quelle profession 
il exerrait, et, apprenant qu'il était peintre, charpentier et 
forgeron, il lui dit : «L'impôt exigé de toi par ton maître 
n'est pas excessif, eu égard aux talents que lu possèdes, » 



CHAPITRE LXXVl. 227 

x-Ji jlis *^jj; a!5X-»aJî ,j*.UJ! làï^Ai^^..^-vJî ^ ~ JC^ Ijl^^ 
i\_x— Lii-i ^^î (^3 Ajwak c>.^ /jJù!<X:».t cijUjïla ci>^Xj AÀjtiai 

L^ jI; -^ ^.-tf*-^ ^i A-^oi *i3;J3 iil.<v^ ^i J^Ll ^l, ,i)pt> _jj 

L'esclave s'éloigna d'un air mécontent. Un aiitrejour, comme 
il passait auprès du khalife, qui était assis, celui-ci lui dit : 
« Ne m'a-t-on pas raconté que tu t'es vanté de pouvoir cons- 
truire une meule que le vent ferait mouvoir? — Par 
Dieu, répondit Abou Loulouah, je fabriquerai une meule 
dont on parlera dans le monde. » Quand il fut parti, Omar 
ajouta: «Cet esclave vient de me menacer. •> Une fois sa 
résolution arrêtée, Abou Loulouah cacha un poignard sous 
ses vêtements et alla se blottir, pendant la nuit, dans une 
des cellules de la mosquée, en attendant l'arrivée du khalife , 
qui venait de grand matin réveiller les lidèles pour la prière. 
Au moment où le khalife passait près de lui, l'esclave sor- 
tit de sa cachette, et lui porta trois coups, dont l'on mortel , 
au-dessous du nombril. Sur les douze personnes qu'il frappji 
ensuite, six moururent de leurs blessures; puis il se donna 
la mort avec son poignard. Abd Allah, fds d'Omar, se ren 
dit auprès de son père agonisant et lui dil : «Emir des 
croyants, désigne un khalife au peuple de Mohammed. Si 

i.S. 



228 LES PHAllUES D'OK. 

»._*_«! L» \_JuX9 àxjUs' kiAJCjL»! Ov^s^j OtA^s *i c:^Ài» ,\a]ç 

kii-Ji ^j;^ (l5>->- "^î <X,\£ AÀ^ ^Jt^^M3 a^AaP AM! J »,.*«) A^ j3 

(^■î^'' <^«*^3 cS^-^' ^^^■*'i'3 ''^-«'islj} (iT^V" '^•SS'3 f»i />-« *^i?)^ 

yjl L JLjLi AaJI J.av^I^5 (jI (J*.U^ y.J ^! vXAij.Si^ 1*1 

j-A-il Jw^l_j ^il J^l y-* y^^j dU.Ji) ija^ J.-«U (jî (j^W'^ 

un do tes bergers avait laissé errer tes chameaux ou tes 
moutons, ne lui reprocherais-tu pas d'avoir abandonné le 
troupeau confié à sa garde? A plus forte raison , pourrais-tu 
abandonner le peuple do Mohammed ? Nomme donc ton 
successeur. » Omar lui répondit : « Si je désigne un khalife, 
je suivrai l'exemple d'AbouBekr; si je n'en désigne point, 
j'imiterai l'apôtre de Dieu. « Cette réponse découragea Abd 
Allah. Omar se fit musulman quatre ans avant l'hégire. Il eut 
plusieurs enfants: Abd Allah; Hafsah, qui devint l'épouse 
du Prophète; Obéid Allah, Açim etZeïd, tous enfants d'un 
même lit; il eut, de sa seconde femme, Abd er-Rahman, 
Fatimah et d'autres filles, et enfin Abd er-Rahman, le cadet, 
qui fut puni pour avoir bu du vin; ce dernier est connu 
sous le nom de Abou Chahmah (le gras), 

Abd Allah, fils d'Abbas, raconte qu'Omar le fit venir un 
jour et lui dit : « Fils d'Abbas, le gouverneur d'Énièse vient 
de mourir; c'était un homme de bien, et les gens de bien 
sont rares; je souhaite qu'on puisse le compter parmi eux. 



CHAPITIU-: LXXVl. 2^ 

4Mi^ c-«.Ai J^_3 Jb (♦XJS^j (jwLàJ! J..«jtXAgt AjcLo 4X51 Jj^ 
^^jil U aX5|^ Jlï dUi j^i J.xi SjJ Kj o^l^ U J^Ji (j^ c:*jIj 

Cepeudaiil j'ai, eu ce qui le concerne, une arrière-pensée 
que ta conduite, il est vrai , n'a pas molivée, mais qui m'ins- 
pire quelque inquiélude. Es-tu disposé à devenir gouver- 
neur? — Je n'accepterai pas cet emploi, répondit Ibn 
Abbas, avant de connaître le fond de ta pensée. — Dans 
quel but veux -lu la connaître? demanda Omar. — Si la 
crainte que je t'inspire est fondée, je me tiendrai sur mes 
gardes à bon escient; si je suis innocent, un pareil soup- 
çon ne saurait m'alteindre, el j'accepterai le poste d'Emèse. 
Je n'ignore pas que lorsque lu veux une chose lu ne tardes 
pas à la réaliser. — Fils d'Abbas, répondit le khalife, je 
crains que, lors(|ue lu seras en fonctions, queUju'un ne 
vienne me dire . (î'est nous (pul laiit employer, et non cette 
famille (celle du Prophèle) : n'avons-nous pas vu l'Apôtre 
de Dieu donner des emplois à tout le momie, excepté à ces 
gens-là? — C'est vrai, lepril Ibn Abbas; j(; sais ce qui se 
laisait alois; jamais le Pro|)liète n'a ai;! autrement.» Omar 
j)oursuivit aiiisi : -J'ignore s'il trouvait les fonctions pu- 
bliques au-dessous île votre rang, ou s'il naignait (pie vous 



ÎÇO LES PRAIRIES D'OR. 

ne vous prévalussiez de vos liens de famille, en agissant de 
façon à attirer sur vous les reproches les plus mérités. 
Quant à moi, je n'ai pas sur ton compte la môme opinion. 
Acceptes-tu l'emploi .'^ — Je le refuse, dit Ibn Abbas. — 
Et pourquoi.^ demanda Omar. — Si, pendant que je te 
servirai, tu conserves cette pensée secrète, rien ne pourra 
nje mettre à l'abri de tes préventions (littéral, je ne pourrai 
ôter la paille de ton œil). — Désigne -moi un autre gou- 
verneur, lui dit Omar. — Choisis, reprit Ibn Abbas, un 
homme qui aura confiance en toi, et qui t'inspirera une égale 
confiance. » 

Alkamah, lils d'Abd Aliah el-Mouzni, raconte, d'après 
Mâkil, (ils de Yaçar, qu'Omar ayant consulté Hormuzân 
au sujet du Fars, d'Ispahân et de rAzerbaïdjàn, en reçut 
ia réponse suivante : « Ispahàn est la tête, le Fars et l'Azer- 
baïdjân sont les deux ailes : si tu coupes l'une des deux 
ailes, la tète peut se sauver avec l'autre aile; mais si tu 
coupes la tête, les deux ailes tombent et périssent avec 
l'clleci. » 

Omar entra un jour dans la mosquée (de Médine) et 
Ironv.) Nôinàn, lils d<? IVIoukarriii , en prières; il s'assit 



CHAPITUE LXXVI. 231 

tJj-xJl J_>-w; yi ;^p,.ja-L^4^ iS"^ cX-*-A-» (^^?4J (O-fr^^' (XkJii 
JtUl ^i-::^; ^ aÎ *XxJsI y^^J lU ^i Jlîj ^l^s:=>î j^Uio Ui^li^ 

t^j— Lii -c1._à_jÎ nXjïJsÎ A,.^ij (_^ T^-^' ^^jj> ^j-^i^ (i^ *XxJt» 

près de lui et, sa prière terminée, il lui dit : « Je suis décidé 
à te donner un emploi. — Que ce ne soil pas dans les 
linances, s'écria Nômân , mais à l'armée! — Soit, reprit 
Omar, ce sera à l'armée.» 11 le (it partir sur-le-rharap, 
après avoir requis les habitants de Koufah de lui prêter 
main-forte, et lui donna pour compagnons Zobeir, fils d'el- 
Awwam, Amr, fds de Màdi-Karib, Hodaïfab, le lils d'Amr, 
et el-Acbàt, fils de Kais. Par l'ordre de Nomàn, Mogairab, 
fils de Chôbah, se rendit chez le roi persan nommé Doii'l- 
(Ijiiiahcùi (l'homme aux deux ailes), et traversa le fleuve 
(|ui séparait les deux armées. Dou'l-djiuaheïn, averti ([u'un 
député arabe était arrivé, réunit ses conseillers et leur de- 
manda s'il devait le r(îcevoir entouré de la pompe royale 
ou bien dans un appareil militaire. Ceux-ci étant d'avis 
<prii devait se monfrei- daus tout l'éclat d(i la souveraineté, 
il s'assit sur son troue, sa couronne sur la tète, et lit asseoir 
sur deux files les grands du royaum»;, parés de pendanis 
d'oreilles, de bracelets d'or el de robes de brocart. Mo«raïrab 



232 LES PRAIRIES D'OR. 

A-w^JûA-X-A.» \^jIà.X^.l l^S^^i A.^ia-*fcJ ^ *-S^ M'*^.^ ^Y^.^^ 

5T^A-> ^l.-î5Tj.^J)_5 A_^Jw_) ^^i>-^ A_)tX.j ^^jiy^ «li <;5i^ »il.JtXj 
<e^ L»^^ /<\A*M (jli «X^s* (♦XjIasÎ i^j.xj\ j.m*,x^ ftXjî JUà 1<v-Àjo 

*L^-CwL» b^-<Lita.i_j A.A.X.A.J /o^Aa» 4^ajI tiAXJ^ Iaj*Xj*. lÀiJs^oij 
U dLX^wui bi iî<.j b*X_fi.^ U\3 bvX£_5 ^Oi_5 Ià) Jlij U* ld>b<X>_5 

fut alors introduit avec les deux Arabes qui raccompagnaient. 
Il entra , armé de son sabre et de sa lance, et se mit à déchi- 
rer les tapis à coups de lance, afin d'attirer l'attention et 
d'exciter la colère des courtisans. Quand il fut en face du 
roi, le dialogue suivant s'établit entre eux, par l'intermé- 
diaire d'un drogman. «Peuple arabe, dit le roi, vous êtes 
aux prises avec de grandes difficultés; nous vous fournirons 
des subsides, si vous consentez à vous éloigner. " Mogaïrah, 
prenant la parole, invoqua et bénit le nom de Dieu, puis 
il dit : « Les Arabes étaient autrefois un peuple misérable 
qu'on foulait aux pieds ia)punénient; nous ne mangions 
que des chiens et des charognes. Mais Dieu , pour nous glo 
rider, a suscité parmi nous un prophète, le plus noble de 
notre race, le plus véridique dans son langage. Ce prophète 
il accompli sa mission céleste, et nous a prédit des destinées 
(jue nous avons vues se réaliser. Une de ses promesses fut 
que nous posséderions vos biens et que la victoire nous en 
rendrait maîtres. Je vois ici des richesses et un luxe (|uc 
ceux (|ni vionnonl (icrricif moi ne renonceront pas à possé- 



CHAPITRE LXXVI. 233 

jo.^X>jL> j>)JÎ^ ',y^*^ ^j-?j'^ i^ **^ l^' '•^^ ^3 ^-^^^ S^ 

<<vxki3 <<\Li ^jl^ (♦^^■51 LjodiJ» /ivk^ ^1 dUJLl JUi l<X^ l^j 

J_jl J^lJLj^ îii ^Ki JljJLll xs-xLc aMI Jy>^j ^-^ t-j*x^ 

der, dussent-ils y perdre !a vie. » Alors (racontait Mogaïrah) 
l'idée me vint de prendre mon élan, de sauter sur le trône 
du roi inlidèle et de m'asseoir à ses côtés, afin de lui ins- 
pirer de fi'icheux pressentiments. D'un bond, je me trouvai 
près de lui; aussitôt les courtisans se pi'écipilèrent sur moi, 
et, me frappant des pieds et des mains, cherchèrent à m'ar- 
racher du trône. « Ce n'est pas ainsi, leur dis-je. que nous 
traitons vos envoyés; si j'ai lait une faute ou une sottise, 
vous ne devez pas m'en punir, car les ambassadeurs sont à 
l'abri de pareils outrages. » Le roi médit: « Désirez-vous que 
nous traversions le Heuve, ou voulez-vous le traverser? — 
(l'est nous qui passerons sur celle rive, >> répondis-je. Lors- 
que l'armée arabe eut opéré le passage, les Persans s'atta- 
chèrent par lrou[)cs de cin([, six et sept boiumcs, aiin de 
se rendre la liiiU; inqxissihie. Voyant (|ue nous nous avan- 
cions pour les serrer de près el couper leur armée en deux, 
ils se mirent en niouvcnuMil. Mogaïrah dit a Nômàn : " L'en- 
nemi s'avance et maiche à noire icnconlre, (\uc ne donnes- 
tn le signal fie l'allafitM':' » Nnniàn lui K'pondil : ■ Tu es un 



234 LES PRAIRIES D'OR. 

*.Sj..aûàJ| JjM^ rkr' ^4-'J> (j*«»-fw.-j5 Jjj^J ^s^ j.IaJol jl^jJi 

|,»\»aJ_5 lkXM*.Mi> <JI ^>-JI wLàÀAAi i^AjlXj) Ul^j l.4ii&,A,\J^ AXrs-lj»- 
4Xj>-Î (^ Jvrs>i 0jj,Aj iij i^X.5-ls iiXJl'AJi ^::ijjJi tiU ,X5».>Xaw 

AaA* ovajU JJlAoa Jb ^^*3 J^î (J^ (jA-UJl tKî-_5 tK^3 A£ji 

bon capitaine et tu as servi sous le Prophète; tu sais que 
lorsqu'il n'engageait pas l'action au lever du jour, il atten- 
dait que le soleil fût sur son déclin et que le vent se levât; 
c'est alors que i a victoire descendait du ciel. «Puis il ajouta : 
«J'agiterai trois fois mon étendard; au premier signal, 
chaque soldat satisfera ses besoins et fera ses ablutions; au 
second, il examinera les courroies de ses sandales et cein- 
dra ses armes; quand je lèverai l'étendard pour la troisième 
lois, élancez-vous au combat; que nul devons ne s'occupe 
du sort de son compagnon , ni même de Nômân , s'il est lue. 
Quant à moi, j'adresse à Dieu une prière pour i'accom- 
plissement do laquelle j'adjure chacun de vous. O mon 
Dieu! ajouta-t-il, accorde à Nômân de goùler le martyre au 
sein de la vicloire, et fais triompher les Musulmans! » L'ar- 
mée ayant répondu amen, il agita trois fois l'étendard, jeta 
sa cuirasse et se précipita dans la mêlée, suivi de l'armée 
entière. Il fut tué le premier. Mâkil racontait : « Je courus 
auprès de Nômân, et, comn)e il semblait me faire signe de 
ne pas demeurer auprès de lui, j'avertis ses écuyers, alin 
de reconnaître l'endroit où il était tombé. Le combat reprit 



CHAPITRE LXXVI. 235 

>l-A.. (} -■>> *i #\_XJ y^ ^jv.-:*.U4i. ji W_JJ /O-gJO cV^^iJl Ux^L 
pi lw\4_C yU^Àjl JwJi ^4^ J^ »^^ pi ti' 5jAa«;I^ (J^HS» 

ii! AAj lilj a_y;>.^^ij t-jUS'-îuj ki^ ^ cxJlij c_>U5'(iJ4XÀ* 

avec fureur. Dou'l-djinaheïn eut le ventre ouvert, et tomba 
de la mule grise qu'il montait. Lorsque Dieu eut accordé la 
victoire aux Musulmans, je revins auprès de Nômàn et me 
penchai sur lui; il lespirait encore. Je pris une crucbe 
d'eau et lui lavai le visage; il me demanda qui j'étais. 
>< Màkil ben Yacar, >• lui répondis-je. II. me dit : « Comment 
Dieu a-t-il traité les Musulmans? — Il leur a accordé la vic- 
toire. — Qu'il soit béni mille fois! ajouta Nômân; écrivez 
celte heureuse nouvelle à Omar, ■> et il rendit le dernier sou- 
pir. Que Dieu lui fasse miséricorde! 

L'armée se rallia eiisuilo sous les ordres d'EI-Achâl, fils 
de kais. On demanda à l'épouse de Noniân si son mari 
avait laissé un lest.iment ou un écrit (luelconquc Elle ré- 
|)ondil (|u'elle avait une lettre de lui dans un colTre; on 
l'ouvrit, el on lut: «Si Nômàn est tué, le commande- 
ment |)assera à un tel; si ctilui-ci est lue, à lel autre, el 
ainsi de snile. » Ses ordies lurent (îxcculés, el, grâce à Dieu 
le lout.-])uissani , les 'Musulmans icmpnrlérenl une victoire 
érialanle. Tel lui !.• lésidl.il (le l;i |.,il;ullc de Néliavvcnd , 



236 LES PRAIRIES D'OR. 

(^«X)c« /wj jjy-Sj ^jl.r«.x-Âj! A.^A^ vy^.j ^3^i*. dUui^ (jv^AWkii 

J^j Là^L^I ilÀ^^ UAi>l_j.£l yUwy* ji^ Jb *>>.)>> yJ ^£ (^ 

où les Persans avaient réuni des forces considérables. Les 
Musulnians y perdirent un grand nombre des leurs, entre 
autres Nômàn , Amr, fils de Mâdi-Karib, etc. On montre 
encore leurs tombeaux : ils sont à une parasange environ 
de Néhawend, entre .cette ville etDinawer. Pour le détail de, 
cetle bataille, voyez nos ouvrages précédents. 

Au rapport d'Abou Mik|inef Lout, fils de Yahia , lorscjue 
Anir, lils de Mâdi Karib, se rendit de Koufah auprès d'Ouiar, 
ce dernier lui demanda des renseignements sur Saad, fils 
<rAbou Wakkas. Amr en fit le plus grand éloge. Aux ques- 
tions du khalife sur l'armement, il répondit ce qu'il savait. 
Omar lui dit ensuite : « Parle-moi de ta propre tribu , les Be- 
nou-Madhidj. — Inlerroge-nioi sur chacun d'eux à ton gré, 
répondit Anii\ — Parle-moi, dit Omar, des Olah, fils de 
Djeld. » — Amr reprit ainsi : « Ce sont les champions de 
notre honneur, les médecins de nos maux, l'élite de notre 
noblesse, toujours prompts à l'atlaiiue et les derniers dans la 
déroule. Le sabre, la lance et la lil>éralité, voilà leur affaire. 



ClIAPITHE LXXVI. 237 

:>lj.i »-:^AJL)! U Jl? Uw^AJ; wA-^^J Uw_jjij bls^l^ Uu».>- U.»Iàgi 

cjbii)! (j~IàJ1^ o*!^' (^ i_^lJiJ ,j*ljJl /fr.^jv£ oJLv _^_5 Ci.rS'*»; 

Jla (ji'X-iè ^jS- j;-S^U Jt- i>^yJ! i îy-^j iU*Jl I^A«l^ Jli 
jj^j-vAiajy jUJJL (jjjj^j jU^ Uy^ cX^' tM>'j cM^Ï «"Uji 

— Que laisses tu alors aux Saad el-Achirah? demanda Omar. 

— Ils sont les pins grands d'entre nous, les plus généreux 
et les plus braves de nos chefs. — Que laisses-tu aux Mu- 
rad? reprit Omar. — A eux les plus vastes tentes, les meil- 
leurs pâturages, la renommée la plus lointaine; ils sont 
aussi nobles que bienfaisants, et leurs prouesses les couvrent 
de gloire. — Parle-moi des Benou-Zobeid, demanda le kha- 
life. — Nous sommes heureux de les compter parmi nous. 
Tous ceux que tu interrogeras te le diront: LesZobeïd sont 
la tête et les autres hommes la (jueue. — Parle-moi des 
Tayi. — On les cite pour leur générosité; mais ils ne vien- 
nent qu'après les (trois grandes) familles arabes. — Et les 
Benou-Abs.'^ — Grosso enflure et queue traînante (proverbe). 

— Et les Ilimyarites? — Ils se repaissent de clémence et 
boivent à une source linqiide. — Parle-moi des kendiles. — 
Us gouvernent leurs esclaves, et étendent au loin leur puis- 
sance. — Et les Bcnou-IIamdàii? — Ce sont les fds de la 
nuit, les héros des grandes actions; ils défcndoiil leurs voi- 
sins, protègent leurs c.Henls et poursniv(.'nl le cours de leuis 



238 LES PRAIRIES D'OR. 

A.-r,A-w*J UJ iijUj Jl^ tilA^^yî Jlî i4&lj.iw ^£ ^3»jLifclj Jlï iij^î 

(j.. Ul Jljj sLiiJo yl dL*,îl (jàxjî <-^x^i (^\s Jlï ^j-*^ (*^"^J 

vengeances. — Et les Benou-Azd.^ — Les premiers d'entre 
nous par la naissance et par l'étendue de leurs possessions. 
— Et les Benou-Harit, fils de Kaab.^ — Hommes de j^uerre 
et de rapine; la mort vole au bout de leurs lances. — Et 
les Benou-Lakhm? — Les derniers au partage des biens, les 
premiers en face de la mort. - — Et les Benou-Djodam.^ — 
Vieilles têtes de femmes aiix cheveux gris, mais hommes 
de parole et d'action. — Et les Gassanides? — Des rois 
dans les âges d'ignorance, des étoiles dans l'islam. — Parle- 
moi des Aws et des Khazradj. — Ce sont les auxiliaires du 
Prophète, les plus puissants et les plus i^edoutables parmi 
nous. Leur plus bel éloge est dans cette parole de Dieu : 
" Ceux qui, avant eux, ont habité sa demeure et accepté 
l'islamisme, etc.» [Koran , chap. lix, vers. 9.) — Et les 
Khozaïtes? — Nous partageons, avec les Rinaniles, leur 
noble origine; mais leurs victoires sont à eux seuls. » Le 
khalife lui demanda ensuite : « Quels sont les Arabes que 
lu aimerais le moins à avoir pour adversaires? » Amr répon- 



CHAPITRE LXXVI. 239 

^ f i) 

ii-ÀAAft^ J^wUaJl Qjji>«lx» Uftijj»- Ut Jii U£>î*XAi (j^_j Uûlwj^ 
t^w*-A_x_J| S^-JL-ijw liû|*Xxft U!_5 (^^^JS c_>l.^^ /jj K^'j.A /y^ 

iL~=»-lj IgXoi^ l^AÏ Jlî 4>JiJ_j i_À.Àj \^X» 

dil : «Dans ma tribu, Wadiàh issu de Ilanidàii; OlaïF chez 
les iVlourad , El-Harit chez les Madhidj ; dans la tribu de 
Maadd, Adi chez les Fezarali; Mourrah chez les Dobiân ; 
Kilab chez les Aaiir, et Cheibân parmi les Bckriles, fds de 
Waïl. Cependant, si je lançais mon cheval au milieu des 
citernes de Maadd, je ne redouterais l'attaque d'aucun des 
leurs, à l'exception des deux hommes libres et des deux 
esclaves. — De qui veux-tu parler?» demanda Omar. Amr 
reprit : « Les deux hommes libres sont Amir, fils deTofaïl, 
et Oyaïnah , fils de Harit, fils de Ghihab le Témimite; les 
deux esclaves, Antar, des Benou-Abs, et Soleïk el-Motakib. 
— Père de Tawr, dit alors Omar, dépeins-mni la guerre. » 
Amr sourit et dit : «Tu t'adresses à un homme qui la con- 
naît. Par Dieu, émir des croyants, alors qu'on retrousse sa 
robe (pour combattre), la guerre est un breuvage amer. 
Celui qui lient ferme se couvre de gloire, celui ([ui faiblil 
est un homme mort. Un poète l'a bien décrile dans les vers 
suivants : 



240 LES PRAIRIES D'OR. 

Jji — g— =?- J^ W-^-*!^^ j*^y^" ii-A_A.* y_j-^ ^ Jji t->* =i 

j^aX^ c:>ii J.AS ^jy^ c:^,ilfi l^^L,.^ V*^^ '^^■^^ ^■^ï ^5'^^ 

La guerre est, au début, une belle jeune fille dont la parure éblouit 
l'ignorant. 

Mais lorsque sa colère s'allume et lance des flammes, c'est une vieille 
femme condamnée au veuvage ; 

Une mégère aux cheveux rares et grisonnants, à l'aspect hideux, dont 
l'odeur et les baisers inspirent le dégoût. 

Interrogé sur les armes.de guerre, Amr répondit de son 
mieux; mais il se servit par mégarcle de l'expression : Que 
la mère ait la chance de te perdre! » Omar leva son fouet 
sur lui en disant : « Que cette chance soit pour ta propre 
mère! En vérité, j'ai bonne envie do te faire couper la 
langue. — Le respect dû à ton rang m'oblige à me courber 
devant toi, » répondit Amr, et il s'éloigna en lécitant ces 
vers : 

Pourquoi me menacer? Vis-tu au milieu d'un luxe royal, comme Dou- 

Rodïn ou Dou-Nowas? 

Combien de rois puissants , de despotes superbes el cruels 

Se sont réveillés seuls et abandonnés, errant misérablement de tribus 

en tribus ! 



CHAPITRE LXXVI. 241 

j**-jî ^j— S ^jl^ *Xij <Xi^i j^ aK^Ïs^ AAXd)l::i ^j^j^^ij J.Aâiî 

^ Liû;L-<_i».i^ Vj»;-^ Sj^'*^^ -"-^jW; J^^^ viUi »Xjij lyj 

^^w 'Xjj I «Xa^j ^aJ J^Aifc. S Jvjw> jj C--v>- wi». dXAAÏ I tXi»- ) Ifo 
\-^f-i\ c<s !>yS. o»-iS-^3^ -JUij wS JUi 5L-»v U_j,i Ijv-»jIî iijlÀj 
'^.«jtjj LH^ ^"^^ c-jLaJ»^ sLiSv^ UjtXij lijijjs^ c:Aji>jL; »iw»»i 

Ne te laisse pas éblouir par Ion pouvoir : toute royauté s'évaiiotiit, après 
avoir brillé un instant. 

Le khalile s'excusa en disant : «.le n'ai aj^i de la sorte 
qu'afiM de te convaincre que l'islam renferme plus de no- 
blesse et de respect que l'âge d'ignorance. » Puis il le traita 
publi(|uemeut avec de gfands égards, et, s'étant concilié peu 
à peu ses bonnes grâces, il se plut à lui faire raconter les 
guerres et les évéoenienls mémorables de l'époque anté- 
islamique. 11 lui demanda un jour: « Amr, avant la venue 
de l'islam, la peur t'a-f-elle jamais fait prendre la fuite, en 
présence d'un ennemi? — Oui. répondit-il, par Dieu, je 
ne me suis jamais permis un mensonge dans l'âge d'erreur, 
à plus forte raison ne me le permellrai-je point depuis que 
je suis musulman : je vais donc le raconter une aventure 
(jue je n'avais jamais divulgtiée a personne avant loi. Je 
partis un jour avec (juelques cavaliers des Benou-Zobeïd , 
poui faire une incursion sur le ferrifoire des lîcnou-Kina 
nali. Nous reuconiràmes un ramp^-mcut déjeunes femnies. " 
IV. i6 



242 LES PRAIRIES D'OH. 

^^ JL«.^ A-'i'u i>î_;-«î îii_5 «^j-A-vJ! ij-» iiJk^Jwo yfe^ (^y-Ji 

\y<yj^' ^ (iS^^^ cxJJij t^::>\_^\ I Js-iù ^ c^iij (^ fjj}j! l^ 
bî iilî L-*AA,^» cjtkAff C5^-*" '3^y^ "-^^ (C-' (♦^j' 4^^»^^ Wt-*^ 
,}^j«Xj (Jvj ^jLa.a«^ aKjù v_jL*.ais? c_><X^i os-iJi w^^-oi f»^^^>~^ 

Omar lui ayant demandé comment il avait sa que c'étaient des 
femmes, Amr reprit : « C'est que je vis des sacs de voyage, 
des vases pleins d'aliments, des tentes en cuir rouge et de 
nombreux troupeaux. Après nous être assurés de notre cap- 
ture, je me dirigeai vers la plus grande de ces tentes, qui 
était un peu à l'écart. Elle abritait une femme d'une rare 
beauté , couchée sur un tapis. Dès qu'elle m'aperçut, moi et 
mes cavaliers, elle fondit en larmes. Je lui en demandai la 
cause : Ce n'est pas sur mon sort que je pleure, me répon- 
dit-elle; non, je pleure de rage, en pensant que mes cou- 
sines ont échappé à la captivité dont je suis victime. Je 
crus qu'elle disait vrai, et lui demandai où étaient ses cou- 
sines. — Là-bas, dans cette vallée, me dit-elle. Aussitôt je 
recommandai à mes compagnons de demeurer tranquilles 
jusqu'à mon retour, j'éperonnai mon cheval et grimpai sur 
le sommet d'une colline. J'aperçus, près de là, un jeune 
homme aux cheveux longs, aux sourcils épais, qui raccom- 
modait ses sandales; son épée était devant lui et son che- 
val à ses côtés. A ma vue, il laissa son ouvrage, se leva 
sans le moindre trouble, prit son sabre et grimpa sur une 



CHAPITRE LXXVI. 2^3 

Jk A ^ «Jl wJàJ Lfcsj *-*ÀJ' (^ Lij^^^ *.>.!5Aw*w Js.=wl; iÙijjS^ 

Jyu yib^ (Sy^ J^' ^-^^vs* '^■*-^ 

UftliÛi) (j-« i^yS-^l tâj*** '^^*-*^ \^\ys- tj.4 [•^■^^ t5^*^^ j' 

^" uVj ^ 14^ i-Aill U^l_i^:> \:,jj\ J_^L ^^ j_^ 

Jyb yûj JsAkil ^Aj Ifc^ ts*^ i^c «-^vy^l 

hutte. Voyant que sa demeure était cernée par mes cava- 
liers, il s'approcha de moi, en chantant ces vers : 

Aprfes qu elle a livre sa boiiclie à mes baisers, et qu'elle m'a revêtu de 
son maateau, je dis : 

Je saurai barrer le chemin à ceux qui ont cerné sa lente. Que je vou- 
drais connaître celui qui a osé lui tendre un pi(^ge. eu ce jour! 

Je courus à lui et lui répondis : 

C'est moi, Amr, qui, en dépil de ses relus, lui ai tendu ce piège, moi 
et mes cavaliers; c'est moi qui posséderai désormais ses faveurs. 

Ml je m'élançai sur lui au galop; mais, se dérobant avec 
l'agilité d'un chat, il évita le choc. A son tour, il .se jeta sur 
moi, le sabre à la main, et me l)lessa. Je me relevai et l'at- 
taquai do nouveau; il para le coup, se retourna sur moi, 
me désarçonna el m'arracha ma lance des mains. Je me 
remis en selle et m'avançai sur lui , il me dil alors : 

M). 



244 LES. PRAIRIES D'OR. 

r»<X.5j (^^'f^-i (^y>*-£ (j^ j-*^^ /i<\-A-J) i_j~^ ^i Js.-A-ffi bi 

>o j_A_Ji Jl__X_i J^_J^^Î ^i> ^^1 bi 

• ^^' t"iyiij l_i» (^^J. ^ 4^ * •^J (J^ 

ttT^ /<sJ t4^-=»>i ^>j.-MS ^j^Aii ^^ J..^ *.5 ^* ^î^ ^t^ 



Je suis Obeïd AHali, celui dont on vante les qualités, le meilleur des 
êtres qui marchent sur la terre. Je guéris mon ennemi de tous ses maux 
(je le tue). 

Je l'attaquai, en répondant par ces vers : 

Je suis le fils de celui qui offre des liolocaustes (à la Mecque) , pendant 
les mois sacrés, le fils du chef qui porte une couronne et qni immole des 
victimes. 

Quiconque ose m'attaquer périt comme a péri Ireni , et je laisse sa 
chair exposée sur l'étal du boucher. 

11 évita encore mon atteinte, se retourna et me frappa 
de nouveau, en poussant un grand cri. Émir des croyants, 
Dieu m'est témoin que je crus ma dernière heure venue 
inévitablement, et j'éprouvai une terreur telle que personne 
ne m'en avait inspiré jusqu'alors. «Qui es-tu? lui dis-je, 
puisse ta mère pleurer ta mort! Nul jusqu'ici ne m'a tenu 



cil APITHE LXXVI. 2^5 

oeil Jo JUi A.x.j^^ a;^ -yt)^ 1^ jj^j^ a.*^*jUj ^_)L^:)i 
Ul_j JlJLi <-j^-^s ^^>y>,x^ ^jj ^ji bl cu.J»i JjcA;j5 iJI^ (j)-s==^ 

iCr^U- dUJI J.^ycl_5 cyj^^ 3I ^î L ov3i_5 ^^^Jl cxJU (jl. 

J Jjjjy-j ^^ (^y^s>~\js^ (^wCs»-j.> Jo 3I ^j| L oJjii ji*«^i 
♦Xi^l ^ AjUxj Jsoà-U Axe (^yj ^r». ^fi oiS'U 4XJi_^ Jli 

L^-fcUo (;^;a^ J_>^^;^i bî_j ^ iil Lo^AAi!^ soy, i ^.Xaj 

tète, excepté Aiiiir ben-Tofaïl, ù cause de son orgueil, et 
Amr ben-Koltoum, à cause de son âge et de son expé- 
rience. » Il me répondit: « Dis-nioi toi-niéme qui tu es, si 

tu ne veux mourir. — Je suis Anir, fils de Màdi Karib. 

Et moi Rébyâh, (ils de Mokaddam. — .le repris : Choisis 
une de ces trois choses : ou le combat au sabre nu, jusqu'à 
ce que le j)lus faible succombe, ou une lulte corps à corps, 
ou la paix. Mais toi, fils de mon frère, tu es jeune et (a tribu 
a besoin de tes services. - Tu es encore plus nécessaire à la 
tienne, dit-il, choisis toi-même. •■ i optai pour la paix. Alors 
il me dit de descendre de cheval. «Fils de mon frère, lui 
répondis-je, lu m'as fait deux blessures qui m'empêchent 
de mettre pied à terre. •• — Anir ajoutait : « Rébyàh n'eut de 
cesse que je ne fusse descendu. Il saisit mon cluîval par la 
bride, mit ma main dans la sienne et me conduisit dans sa 
tribu; je le suivis en traînant le pied. Dès (jue mes compa- 
gnons me virent, ils galopèrent à ma reuronlre; je leur 



246 LES PRAIRIES D'OR. 

Jljjj (jl JsAii <.J /0-4J»-<i 4^i-^ CUaXJ\<' 4MÎ^ 45-*^» AJtAj^ 'j-^l^'.^ 

aM|_j CJk..#»«i2J *X_jj.J> ^«X-Jt wA»t ^_j*X;^ iiij'l::^! J^xJ 5«JJ b 
<XXAjj L CAiXJij AjL« I^K Ur l^,«Jâ£)^ ^^ÀJ «X^»-t (e*^-^'^ ^ |*_^aJS 

CA.^LJL» JV-J C^^*- ^*-* ^ÂAAàx|^ 45^-* A«*»'>J'_5 *-iAAw c;*»X.afc.i^ 

(JAiU-ii ^^X^_^ iilfiJi CiJ^ls»- UAAMk^i li^À V^■^^ IàaA£ l^iMyMS^ 

U L.^_Aà-XJ t^*XÂ& ^j'^_j''J ^5 J»* iajs l^i^j! ^ c^A-Xi J_j-^=I 

criai: Restez, restez! Ils se retournèrent contre Rébyâh; 
mais il s'élança, comme un lion furieux, les sépara et revint 
de mon côté en me disant : « Amr, sans doute tes compa- 
gnons ont d'autres projets que les tiens. » Je me tus, et per- 
sonne n'osa répondre, tant la valeur de Rébyâh les avait éton- 
nés. Rompant en (in le silence : « Rébyâh , fils de Mokaddam, 
m'écriai-je, leurs intentions-sont pacifiques. » Je voulais, en 
le nommant, le faire connaître aux miens. A son tour, il 
leur dit : « Que voulez -vous de moi? » Ils lui répondirent : 
« Que pourrions-nous vouloir, après c[ue tu as blessé le pa- 
ladin des Arabes et que tu l'as dépouillé de ses armes et 
de son cheval? » Nous le suivîmes jusqu'à ce qu'il mît pied 
à terre. Sa compagne se leva et vint lui essuyer le visage en 
souriant. Puis il fit égorger un chameau et dresser des 
tentes pour nous. Le soir, les pâtres revinrent, conduisant 
des chevaux tels que je n'en avais jamais vu. Il remar- 
qua mon étonnement et me dit : < Comment trouves-tu 
ces chevaux? Je n'en ai jamais vu d'aussi beaux. » Il 
ajonla : .. Si j'on possédais fpiclquo's-uns, je ne ferais pas 



CHAPITRE LXXVI. 2^7 

«XÀi-li <!09fci «Xj:>LiLo ,i ajU-j <^ j^^ U^^'=' ^^-^ "^^^ *tL^ 
/jl^ *»■-*■*-?; wlJJi /^^-f^ f»kXSv^ Qj -^"^J; *îv-*i »Xifc.lj <c~j^jCU^ 
^jLà-»«( >,Vo ^ <îui»j iSy^ U^j"^ (^ t*vXlaJ| i «r^^r* ♦^VS*J j-*^ 
1^ <\.À_Aji.IàJI /j-i cK-=»- rr-^ l? <J^ «J^^i j.LàJ Us» *ji^ (^i»- 

«jlil! ^_juk2j! 4X3 Jli_5 j».^ v_jtij.» ii)-i oLil ^1 Ui (J i_>.Aj ^i 
BwJ^ ^^-^A£ Js.*^ iLx.^j Aj v_jii^ ijî /vjÎ L» <J v_Ài UùUj (^^ 

un long séjour en ce monde. « Cette répartie me fit rire, 
et mes compagnons gardèrent le silence. Nous restâmes 
ses hôtes pendant deux jours, puis nous prîmes congé de 
lui. " 

Longtemps après cette aventure, Amr, fils de Mâdi Ka- 
rib, fit, avec les plus braves de sa tribu, une excursion 
chez les Benou-kinanah; il s'empara d'un riche bulin et de 
la femme de Rébyâh, fils de Mokaddam. Ce dernier n'était 
pas loin, et fui informé de ce qui venait de se passer. Il se 
met aussitôt à leur poursuite sur un cheval nu, et n'ayant 
d'autre arme qu'une lance sans fer. Il atteint Amr et le 
somme de lui rendre sa prisonnière; Amr ne répond pas; 
une seconde sommation reste encore sans réponse. Rébyâh 
lui demande : « KsI-ce moi (pii soutiendrai le premiei- assaut, 
ou bien toi?» Amr s'arrête et répond : " On est juste envers 
les Bcnou-Knrat quand on les frappe (proverbe cpii revient 
à : Je suis ton égal). McIs-IdÎ en garde, fds d(; mon frère. > 
Hébyâh se lient sur la déléusive, «M son adversain; fond sur 
lui on chantant : 



248 LES PRAIRIES D'OR. 

yl^-tf^i «JaJli». *>0 Ajl ^j.li iiî 4J-i>- AA^fi J-t»^ >i \^ÀJyi 

Je suis Abou Tawr-, je sais arrêter mon cheval sur une pente escarpée; 
la vanité et ie mensonge ne se trouvent pas en moi. 

Je combats à outrance, alors que les yeux s'injectent de sang et que la 
crainte de mourir épouvante les guerriers. 

On me voit déchirer tes cottes de mailles ù coups de sabre. 

Tandis qu'il croyait avoir percé Rébyâh de sa lance, ce- 
lui-ci se pencha sur sa selle, de sorte que le fer ne fit qu'el- 
lleurerle dos de son cheval. A son tour, il fondit sur Ainr 
<[ui l'attendait de pied ferme, et lui dit : 

Je suis le jeune Kinaiiicn, cl je dis sans vanité : Que de lions ont fui 
épouvantés en me voyant! 

Et il le frappa à la tèle, du bois de sa lance , en ajoUtanl : 
" Voilà pour toi, Âinr; si je ne regrettais de tuer un honinie 
tel que toi, tu ne vivrais plus. — Un seul de nous deux 
sorlira d'ici, s'écria Anii, niels-toi en garde! » Il courut sur 
lui, la lance en arrél. Uebyàh, évilanl le coup, se coucha si 
lestement sur son cheval que le fer glissa sur la croupe. 



CFlAi>irhE LXXVl. 2li9 

iUili _5^5 l» J-.'îJi Uû.Xiw jlï K^ Uàjl *-*vJ^ ^J"^v ^/-A* ^^j 
wliJ l^ *^j ^^ <\A^3_^jb i^xXC ^jl^ 8j|jjl ^^ (j-« 1>U^ 

<..>_ji_«w_j A_iL_\— w j, ^^i)î cji^JLi <-^}j «Xa] ^^^ jj^^ /e~^ 

Jli «-«^ Ji :>Uij ii^r^Àxli^ AJJ^^t ■J^aaoj «Xi^l^ i^ \^j^aJ>\s 

Alors il selanca et frappa de nouveau son adversaire à la 
tète, en lui disant : « Amr, voilà encore pour loi, mais je 
ne te ferai pas grâce plus de deux fois. » En même temps 
sa femme lui cria : «Ton fer de lance, et que Dieu le pro- 
tège! » Rébyàh lira du fond de sa ceinture un fer de lance, 
(}ui brillait comme un jet de flamme, et l'ajusta au manche. 
Amr vit ce mouvement, et, se rappelant les deux coups as- 
sénés avec le bois de l'arme, il lui dit : « Rébyàh, reprends 
tout le butin. ■> Rébyàh lui répondit : «Laisse-le et va-t-eni 
— Comment, dirent alors les Renou-Zob(>ïd , nous aban- 
donnerionsle bulin à ce jeune liomme? — Par Dieu, s'écria 
Amr, j'ai vu la mort sanglante au bout île son arme; j'ai 
entendu le grincement du fer lorscpj'il l'ajustait au bois. » 
Les Benou-Zobeïd reprirent : « l'uisscnt les Arabes ignorer 
(pi'une troupe de /obcicliles commandés par le lils de Màdi 
Karib a laissé son bulin enire les mains d'un ennemi aussi 
jeune! » Amr leur répondit, «Vous ne sauriez, lui résister, 
car je ne lui connais pas de rival; fl il s'éloigna avec les 



250 LES PRAIRIES D'OR. 

-tt^i^ <-jj*^^ ci)^^-« (j^j.aaS'j^ ^ïL^*^b r*^-^^' tJ' iiAX^l4 

siens. Quant à Rébyâh , il reprit sa femme ainsi que le butin 
abandonné, et retourna dans sa tribu. >■ 

Les expéditions entreprises par Omar, fils de Khattab, 
avant fislam , contre des rois arabes ou étrangers , en Syrie 
et en Irak; ses guerres après sa conversion; son histoire; 
les beaux traits de son gouvernement; les événements con- 
temporains de son règne; la conquête de l'Egypte, de la 
Syrie, de l'Irak et d'au 1res contrées, tout cela a été déve- 
loppé dans nos Annales historiques et notre Histoire 
moyenne. Voilà pourquoi nous n'avons donné ici que les 
lails principaux, omis dans nos ouvrages précédents. 

Le secours vient de Dieu ! 

CHAPITRE LXXVII 

KIIAMFAT D'OTMÀN, FILS IVAFFÀN. (QuC DicU f agrÔC ! ) 

Olmân lui proclamé un vendredi, le premier de la lune 
de moharrom, on la dernière nuit de don'l-hiddjeh , l'an 



CHAPITRE KXXVII. 251 

j^i ^j~» C^-AJa «0 'WV—*-J i>J**^ (^^^ d-'^i /yJy^g^ «Ji>5^' Xi.4»» 

^i LjyXx» »_.UjiiJl^ ^^^ j,ij ^i *Xxt j,L (J^-3 o'>À>» vXxfc 

-' I» 

«Xa^ /yj t_,sAX^ (vJ «jlsï- /w) VJ*3 Ci^Àj <^%)1 A.*)^ 4Mi <Xa^ 

vingt-trois de l'hégire; selon d'aulres, le douze de dou'l- 
hiddjeh de l'an trente-cinq. Il y a encore d'antres opinions 
sur la date de son avènement; nous y reviendrons plus 
tard; mais constatons qu'il eut lieu dans le mois de dou'l- 
liiddjeli. La durée totale de son règn(; lut de douze ans, 
moins huit jours. Il fut tué âgé, dit-on, de ([uatre-vingt- 
deux ans (!t fut enterré à Médine, dans le Ilachli-Kmokah 
(jardin de l'Etoile). 

SA GÉNÉALOGIK; IlKSUMl'. DE SON IIISTOIHE KT HK SA VIE. 

Otmàn était lils d'.\iràn , (ils d'Abou'I-Assi, lils d'Omeyah, 
lils d'Ahd Chems, Dis d'.Mjtl Menai". Il avait deux noms pa- 
tronymiques : Ahou Ahd- Allah et Abou An)r; mais il était 
plus connu sous Ir premici de ces surnoms. Sa mère se 
nommait \r\va, IHIc de Koreïz. lils de Djahii', lils de Habib, 
lils d'Abd (lliems. Il t'ut de sa lemmc r»(»lva\ali, lillc (\{\ 
frophofr, deux lils: Abri \lhli l'aîu*-. <>l \l>d Allah le se- 



252 LES PRAIRIES D'OR. 

<XAJ^Ji_j «XxXau^ k>s.jUw^ ij^'i (û»*'*'»* ^' '-^^'^J CXÀj J^j Wv-*^ 

J-sr «X_* Jj^a»-! tjfj-^^ yyî tj^ ^i^ia-5' ^-^^i-^ ^jj>>Ji ^^i.^' 

(jl^ èLjjVx^ ^J^J) J, ,_V-A^_5 i^-^'^ J_jc»-1 <Xax.»« (jfe^ l^iù^i^ 
(jj-^-s^ ^■^^ *^5 J«-^Ï5 ijy^^ '^y^i v|>"*^ (_Aa-l*» «XAj_y!t 



cond. Ses autres enlants furent Abàu, Khaiid, Saïd, Walid, 
Mogaïrah , Abd el-Mé!ik , Oumni-Abân , Oumm-Saïd , Oumm- 
Amr et Aichah. Abd Allah Taîrié dut à sa beauté et à sa 
grâce le surnom de Mouirif (le rare); il est cité pour le 
nombre de ses mariages et de ses divorces. Abàn, qui était 
lépreux et louche, a donné plusieurs traditions aux doc- 
teurs de l'école traditionniste; il gouverna la Mecque el 
d'autres villes, sous les Merwanites. Saïd était louche et 
d'un naturel sordide; il lut tué sous le règne de Moàwiah. 
Walid était adonné au vin, prodigue et insouciant; le jour 
où son père fut assassiné, on le trouva ivre, le visage rasé 
et couvert de fard. Abd Allah le jeune parvint à l'âge de 
soixante et seize ans; il eut les yeux crevés par un coq et 
mourut de cette blessure. Abd el-Méiik mourut jeune, sans 
laisser de postérité. 

Otmân était généreux et bienfaisant à l'extrême; jiarenls 
ou étrangers, tous avaient part à ses dons et à ses faveurs. 



CHAPITRE LXXVII. 253 

i^^ AKxÀj i^^bj XXÀjjXd SyA^£. JjÛ) (j~t yA.'ÀS^ aJ Lj ^Jl-Lw^ 

4XJi *X_*^ ^^.^s i_j ivÀJvXiL b^Afiij w^^^J ^\y*\ <^^iJCJs!^ wCjJtîl_j 

^i!^ xcUaï? «Vptfvi^ /^i wiJl s^ij jUj:> w*Ji ii_>U^ ^jyjtJ:^ 

tjl*)l^ jV-^LJ) ^4^-S? ^jUtvAjj ^jvaAj^ (JVjwo! ÀÀ.W _j^j CiOifcJl 

Ses agents et un grand nombre de ses contemporains sui- 
virent son exemple et imitèrent sa conduite. Il fit bâtir à 
Médine un hôtel en pierres et en ciment, dont les portes 
étaient en bois de teck et de cyprès; il acquit aussi dans la 
même ville des propriétés, des jardins et des sources. Au 
rapport d'Abd-Allah, fils d'Olbah, le jour où le khalife fut 
assassiné, son trésorier avait en caisse cent cinquante mille 
dinars et un million dedirhems. Ses fermes, à Wadi-el-Kora, 
à lioneïn, etc. valaient cent millo dinars, sans compter un 
nombre considérable de chevaux et de chameaux. Sous son 
règne, les compagnons du Propbète acquirent des maisons 
et des terres. Ainsi Zobeïr, lils d'el-Awwam, se lit bàlir, à 
Basrah, un hôtel qui, aujourd'hui, en trois cent trente-deux 
de l'hégire, existe encore et seit de demeure aux mar- 
chands, aux banquiers et aux expéditeurs du Babreïii et de 
divers pays. Il Ql bàlir d'autres maisons, à Koufah, à 
Foslat et Alexandrie; ces maisons et ces fermes v sont con- 



254 LES PRAIRIES D'OR. 

iC«5j Jyk* v_x5lj ^J*»j v_XÎi^j_yJ v_>.Xài.^ ^\,àj6 v_àjI (jv^^T 

jvxj xXj^ /AxJi (j^ »l-i o^i »)-i*f^ ^)-^«j ^^^ *ij (j*ir* *^^ 

j_^ J>x>-^ Liùlwwii j-^_j_5 ^-f^-*^ J*;^ (jj-^**''^ «t^^'^ O^^^ ù} 

nues jusqu'à ce jour, et personne n'en ignore l'origine. A 
sa mort, il laissa des propriétés valant cinquante mille 
dinars, mille chevaux, mille esclaves des deux sexes, et de 
vastes terrains dans les villes que nous venons de nommer. 
Talhah, fils d'Obeïd Allah et-Teïiiii, bâtit à Koufah , dans 
le quartier de Konaçah , l'hôtel nommé de nos jours Maison 
des Talhites. Ses terres d'Irak lui donnaient un rendement 
de mille dinars, ou même davantage, par jour; son domaine 
de Cherat produisait plus encore. 11 se fit construire, à Mé- 
dine, une maison en stuc, en briques et en bois de teck. Abd 
er-Rahman, fils d'Awiez-Zohri, fit bâtir une maison d'une 
étendue considérable; il avait au piquet cent chevaux de 
prix et possédait mille chameaux et dix mille brebis; le quart 
de sa succession s'élevait à quatre-vingt-quatre mille dinars. 
Saad, fils d'Abou Wakkas, bâtit à ei-Akik un hôtel haut et 
vaste, dont le sommet était couronné de pavillons. Saïd, 



CHAPITRE LXXVII. 255 

».x n * ns^ lji^»*.oj t^ljl^^ Uûp^X*! ^^ Jo»>j iUjiXi! (j>< JW«i 

jJî j-Aoe i dlJi JJï^ (^jXj ^^ A^L»! ^ Jî^^il (j^ JiXë Uo 
^3-»jl^^5 =:^ xJLo Àib^isy iks^S^ »iUs- c-ol^ Jo cjliail ^î 

fils de Moreïb, rapporte que Zeïd, fils de Tabit, laissa eu 
mourant des lingots d'or et d'argent qu'on fendit à coups 
de hache, indépendaïunient de ses terres et de ses lernies, 
qui valaient cent n)ille dinars. El-Mikdad se fit construire 
à el-Djourf, à quelques milles de Médine, un palais sur 
nfonlé de pavillons, et couvert de sluc à rextérieur et à 
l'intérieur. Yàla, fils de Mounyah, laissa en mourant cinq 
cent mille dinars en espèces, de nombreuses créances, des 
inmieubles et d'autres biens pour une valeur de trois cent 
mille dinars. Il nous serait facile de citer d'autres exem- 
ples, qui prouvent combien la richesse s'était accrue sous 
le règne d'Otmân. Qu'il y a loin de là aux mu'urs simples 
et droites et à la vie au grand jour d'Omar, fils de Khattab! 
«Ce khalife, faisant le [)èl('rinage, dépensa seize dinars poui 
l'aller et le retour, ce qui ne l'empêcha pas de dire à son 
fils Abd Allah : « Nous avons fait de folles dépenses durant 
ce voyage. « 



256 LES PRAIRIES D'OH. 

(_g«X_j».t <\_À_Aw ij di._Ji_j (r^^3 (^} M-^ <>w.4Xahi ii.àfc>jL> J^a^I 

i^yjL^ O^*? slsC^^ (j^**^ 5iX.«.^ AÀ^ a.^jUm.j iià^Mi »X>U«*a> 

b^5i> (j,.^^^ (j-^^ ^AÀ.5»- ^JJ (jUvfi^ iyî.«*^ yj *vMl js.Aff' 

L'an vingt et un de l'hégire, la population de Koulah 
ayant porté plainte contre son gouverneur, Saad, fils d'Abou 
Wakkas, Omar chargea Mohammed, fils de Maslamah, 
client des Benou- Abd-el -Achhal , de procéder à une en- 
quête. Mohammed incendia la porte dn château de Koufah 
où se tenait enfermé le youvernear; il le fit conduire dans 
les mosquées de la ville et procéda à l'interrogatoire. Les uns 
déposèrent en sa faveur, les autres contre lui; quoi qu'il en 
soit, il fut destitué. (Sous le règne d'Otmàn,) Ammar, fils 
de Yaçir, fut nommé gouverneur de la frontière de koufah; 
Otuiân, fils de Honaïf, eut la perception de l'impôt; Abd 
Allah, fils de Maçoud, le trésor public. Ce dernier fut 
chargé, en outre, d'enseigner au peuple le Koran et les pré- 
ceptes de la loi religieuse. Chaque habitant de Koufah dut 
payer un mouton par jour. La ville et ses dépendances' 
furent divisées en deux circonscriptions , dont l'une lui 
donnée à Ammar, lils de Yaçir, et l'autre partagée entre 
Ahd Allah, fils de Macoud , et Otn)àn . fils de Honaïf. Kst-co 



CHAPITRE LXXVII. 257 

t^ aÎI$ yl^^ *;^.^^ (j^ »Uj^ AÀjJsll /wc Ajj^ t^*^' /ftjtA.» 

A_jLv<X_3 x._^ i^y-Uii (j& vXAJjJt (jl ^^^j Lv ^^ «Xaxaw iCji'^jj 

i JlJr 3i_jî J»_*-ij A.J<Xyjl yi ^^vX^jI jb^ ^*Jj' /o»^ ij^*^ 

Omar qui aurait choisi de tels hommes ft adopté des me- 
sures aussi funestes? L'oncle d'(3tmân . el-Hakem, fils 
d'Abou'1-Assi, le même que l'apôtre de Dieu avait chassé de 
Médine et banni du territoire sacré, Merwân , son fils, et 
d'autres membres de la lamille des Omeyades avaient cir- 
convenu le khalife. Au nombre de ses principaux agents 
se trouvaient, à Koufah, Walid, fils d'Okbah, fils d'Abou 
Vîoait, à qui le Prophète avait prédit qu'il serait damné; en 
Kgypie, Abd Allah, fils d'Abou Serh; en Syrie, Moâwiah, 
(ils d'Abou Sofiân; et Abd Allah, fils d'Amir, à Basrah. 
Mais Waiid, (ils d'Okbah, fut exclu du gouvernement de 
Koufah et remplacé par Saïd, fils d'el-Assi. D'après ce que 
l'on raconte, voici quelle fut la cause d(^ cette mutation : 
Walid avait passé la nuit entière à boite avec ses compa- 
gnons de débauche et ses (hauteurs. Le lendemain matin, 
au premier appel du mue/.zin, il sortit dans une tenue dé- 
braillée, s'avança vers le mihrab pour y faire la prière du 
matin et récita quatre oraisons avec les fidèles; puis il leur 

IV. 1 7 



258 LES PRAIRIES D'OR. 

4-» il* JoUJI i j^ ^jl(5 \j.A^\ UAc3 UJI^ UJi dU*j ^^ iil 
Jjwiw IajIaJ i^IajU tX*"*^;? ^^ "f-y*^- ^y^ J^ji-j^i 

demanda : «En voulez-vous encore?» ou, selon un autre 
récit, il resta longtemps prosterné et dit: «A boire, verse 
encore ! » Un de ceux qui étaient immédiatement derrière lui , 
sur le premier rang, lui dit: « Ne va pas plus loin, et que 
Dieu cesse de t'accorder ses bienfaits! En vérité, une seule 
chose m'étonne, c'est que l'on ait choisi un homme tel que 
toi pour être notre gouverneur et notre général ! « Ces pa- 
roles furent prononcées par Attab, fils de Gaïlân, des Be- 
nou-Takif. Poursuivi parla foule indignée, qui lui jetait des 
cailloux ramassés dans la mosquée, Walid rentra dans son 
château, d'un air courroucé, et en nmrmurant ces vers de 
Tabbata-Charran : 

Je ne suis plus, comme jadis à Aïda, privé de vin et de chanteuses; je 
ne suis plus éloigné des plaisirs, comme dans l'aride Safa. 

Ici je plonge mon corps dans cette boisson délicieuse et je marche en 
public, en laissant flotter mes vêtements. 

Le poète Abou'l-Hotayah a dit, à propos de cette aventure 
de Walid : 

Moi Hotayah, lorsque je paraîtrai devant Dieu , j'attesterai que Walid 
est bien digne d'excuses. 



CHAPITRE LXXVII. 259 

<^*X_j U^ iX^i-' *Jo*>^ll 1 — g_j5\ — « ci^jf J«.i^ ^ib 



Alors que l'ivresse le privait de sa raison, il cria à la fin de la prière : 
«En voulez-vous encore?» 

Il voulait prier de nouveau! Si l'on te l'avait permis, ô Walid, tu au- 
rais joint les matines aux vêpres. 

On t'a serré la bride au niilien-de ta course; mais abandonna' à toi- 
même tu serais allé loin! 



La conduite scandaleuse de Walid sehruita dans Kou- 
fah; ses débauches et son ivrognerie y devinrent manifestes. 
Un jour, j)lusieurs Musulmans firent irruption dans la mos- 
quée, et parmi eux Abou Zeïneb, fils d'Avvf el Azdi, et 
Djoundab, fils de Zobeïrel-Azdi. Ils le trouvèrent étendu sur 
son trône et abruti par l'ivresse: ils ne parvinrent pas à le 
réveiller et fureut souillés par le vin que sa bouche reje- 
tait. Alors ils lui ôtèrenl l'anneau du commandement, al- 
lèrent en toute hâte à Médine et attestèrent en présence 
d'Olmân que leur gouverneui buvail du \in. Le khalife leur 
demanda comment ils pouvaient le savoir, ils répondirent : 
«Oui, c'est bien le même vin ({uc nous buvions avant l'is 

'7- 



260 LES PRAIRIES D'OR. 

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^<wj U ^jl->«\.i ^ JUii ij«xil c:*.Xiajl_j i)^4*;Jl ciotii Jyb 

j, ^>-^ 1^3 «X^ AaXc ov-it <Ji-^ *.**ÀJ 0.,£ ^lj'>^ x*^^ *"^=t"^ 
(jL«L* J.Jli ii^ J»Xj ^_j \a1£. 'S>\^^1\ Ulïls l^Ui «>w|j"î' 

j^ »X_iwl *._À— * A_XjL.JL! (jU^uff t^xiijiJ Uiyj *,aXc *K:<i iColil 
i-,»«=^U7 L> Jlï^ *X-aJ^Î aa^ ^^■^ J<^^s\ ^s9 *.À^ bij ]oj.Jt*J! 

lam, » et ils donnèrent à Otinân l'anneau qu'ils avaient re- 
tiré du doigt de Walid. Olmân les injuria, leva la main 
sur eux et les chassa. Ils allèrent aussitôt chez Ali et lui 
racontèrent ce qui venait de se passer. y\li courut chez 
Otniân; il lui reprocha d'avoir repoussé les témoins et violé 
les dispositions de la loi pértale. Otmân le consulta sur celte 
affaire. « Mon avis, reprit Ali, est que tu dois faire venir ton 
agent : si ses deux accusateurs persistent dans leur déposi- 
tion contradictoirement, et si le défendeur n'allègue au- 
cune excuse, tu es obligé de le punir selon la loi. » En con- 
séquence, Walid fut mandé en piésence du khalife; accusé 
de nouveau par ces deux hommes, il ne donna, en faveur de 
sa conduite, aucune raison valable. Otmân jeta son fouet à 
Ali; celui-ci dit à son (ils Haçan : «Charge-toi de lui ap- 
pliquer la peine prononcée par Dieu. » Mais Haçan pria son 
père de charger de ce devoir un de ceux qui assistaient à 
l'audience. Ali, voyant que personne n'osait porter la main 
sur le coupable, dans la crainte d'irriter Otmân , dont il était 



CHAPITUE LXXVII. 261 

*<^^— ^-J '>^J_j-ij) J^j ^i_»~^ J^iw^j jji 4Mi ^^J». 5^-*3 i^-^*** 
'^'**^ U^ jj ^'j ^^^' Js-AX*», J^swi It^ o^^l (JJ -^AJt^ 

«^Xji j_j^I AÀ^ ««-^^^^ Àij.Mb »Xaa*« |»IjI cxA*3j| Li».i ^•*'»«=-j 

le proche parent, saisit le fouet et s'approcha de VValid. 
Celui-ci, en le voyant s'avancer, l'insulta et le traita de publi- 
cain, Okaïl, lils d'Abou Talib, témoin de cette scène, dit à 
VValid: " Fils d'Abou Moaït, tu t'exprimes conimesi tu avais 
oublié dou lu sors; n'es-tu pas un étranger, un honmie de 
Safouryah? » C'est le nom d'un village {Sephoris, Diocésarée) 
entre Akka et el-i.adjoun, du district du Jourdain, dans la 
Tibériade. On prétend, en eU'et, que son père élait un juif 
originaire de cette bourgade. Walid chercha à s'échapper; 
mais Ali le saisit, le terrassa et leva son fouet sur lui. Ot- 
inân s'écria : •■ Tu n'as pas le droit de le traiter de la sorte. » 
« Si (ait, répliqua Ali, et plus durement encore à cause de 
ses crimes et de son refus de se soumettre à la loi. » Le gou- 
vernement de Koufah fut alors donné à S.iïd, lils d'el-Assi. 
Celui-ci, à son arrivée dans cette ville, ne voulu! monter en 
chaire qu'après l'avoir fait laver, on disant que W alid (ilail 
un homme souillé et impur. 

Cependant, au bout de queUjue tenqis, ceiiains actes de 
l'adininislralion (!<■ .Said excitèrent le inéiniilcnlcnH'/it dii 



262 LES PRAIRIES D'OR. 

^j_j JJU ^^_5 ^^iil ^ JUi ji*J^ (:J?rlai. >l^*Jl I *X^ U' 
yS\j^^ \jJy^ JiMûj UaA* aMI *lji U Jjt^\ ^^.^s^î c>^ii 

peuple. On l'accusait d'accaparer les biens, et d'avoir dit ou 
écrit à Otmâu que le Sawad était la propriété des Koreï- 
chites. EI-Achter, dont le vrai nom est Malik , fils d'el-Harit 
en-Nakhâyi, lui fit des reproches à cet égard: « Crois- tu 
donc, lui dit-il, qu'un pays placé par Dieu à l'ombre de nos 
sabres et sous la protection de nos lances n'est qu'un jar- 
din pour toi et ta tribu? » EI-Achter, accompagné de soixante 
et dix cavaliei's résidant à Koufah, vint se plaindre à Otmân 
des méfaits de son agent et demander sa déposition. Les 
jours se passaient sans que le khalife prît une décision, et 
les délégués attendaient encore à Médine, lorsque dilTérenls 
gouverneurs arrivèrent auprès d'Otniâu. Parmi eux étaient 
Abd Allah, fils de Saad, fils d'Abou Scrh, gouverneui 
de l'Egypte; Moâwiah, qui venait de Syrie; Abd Allah, fils 
d'Auiir, de Rasrah ; Saïd, fils d'el-Assi, de Koufah. Lf kha- 
life les lotiiit longtemps, sans leur permettre de retourner à 
leur poste, ne pouvant se déterminer ni à renvoyer Saïd ;i 
Koufah, ni à le rlestituor CopfndanI do tous les cnlf-s arri- 



CHAPITRE LXXVII. 263 

^ fl . t .» -4 jy->uii\ SAlxj^ ^\j jM^ fjy^^, J^Ua^L (j^ ^| 

^1 jXjI , ^Ijtîi (jjJ Os-wc»»i Jb_5 S^-îV^ ^^ys iL«l*AS J.^lc tK.fr 

lilî «X_^_iî Jl 2;/'-=^ U^^-*-'' O^ ^^ xJU^ J-f^*^ -Woli 

vaient des lettres pleines d'accusations; partout on se plai- 
gnait du déficit de l'impôt et de l'abandon des frontières. 
Otrnân réunit les gouverneurs et les consulta. Moâvviahprit 
le premier la parole et assura qu'il était satisfait de ses 
troupes. Abd Allab, (ils d'Amir, (ils de Koreïz, dit : «Que 
8aïd s'occupe du gouvernement dont il est chargé ; moi, je 
réponds du mien. » Abd Allah , fils de Saad, fils d'Abou Serh , 
fit lemarquer que la destitution d'un agent et son rempla- 
cetnient par un autre étaient des mesures d'une minime iin- 
porlance. Enfin Saïd, fils d'el-Assi, s'adrcssaul au khalife, 
lui dit : « Si tu cèdes, désormais le peuple dekoulal» nom- 
mera el déposera les agents à son gré; depuis longtemps 
déjà on s'attroupe dans la mosquée pour y tenir de vains pio- 
|)0s et de futiles discours. Enrôle les séditieux dans les corps 
expéditionnaires, afin qu'ils ne songent pins cpià monter 
à cheval et à cond)attre. ■• Amr, fds d'el-Assi, entendit ce pro- 
|)0s el se rendit dans la mosquée, où Talhah el /obéir se 
tenaient assis dans un coin. Ils l'appelèrent el lui denum- 
dereiil quelles iiouvt'Ilf.s il apportait: •Mauvaises, s'écria 



264 LES PRAIRIES D'OR. 

<_jL-A— V_i LaI^à. ^lo Ià^ U^ aJ«aav -<^_^ ^Aw.j U5 Jsjij ^1^ 
2fii ^Ud l^J^À-i AxÀ^I (i^ùs». «i^i J! a:i:aa*^ j.^JàJî (-AAojJ^ 
L^.€UfcJià UJi (jv.M*^ UyÀ^ «Xi».i^ j^ A_À)»wlî J^i u-i^l iùU 
^^ J^Jl (♦xL»lc yU «Xxj Ul Jlï ^S' «.Ài; AjtAijli MJsS. ^ «îotA^^j 

Amr, ii n'est pas de disposition injuste qui ne soit adop- 
tée. » El-Achter arriva en ce moment; on lui dit : « Le gou- 
verneur dont vous avez fait le panégyrique vous est rendu ; 
il a l'ordre de vous enrôler et de vous traiter de telle et 
telle façon. — Par Dieu, répliqua el-Achlei', nous sommes 
venus l'accuser et non pas faire son panégyrique! Le pour- 
rious-nous, nous (.[ni sommes ses accusateurs? Dieu sait que 
si je n'avais pas épuisé mes ressources et éreinté mon cheval , 
j'arriverais avant lui à Koufab et l'empêcherais d'y entrer] » 
Ses deux interlocuteurs lui dirent : « Nous pourvoirons à 
tes dépenses de voyage. — Soit, reprit el-Achter, avancez- 
moi cent mille dirheuis. » Chacun lui en donna cinquante 
mille. 11 partagea cette so:nme entre ses compagnons, cou- 
rut à Koufah , avant l'arrivée de Saïd , monta en chaire , l'épér 
suspendue à son cou. la détacha et dit, après les |)rières 
d'usage : « Le gouverneur dont la tyraunie et les mauvais 
procédés vous avaient révoltés vous est rendu; il vient 
vous enrôler dans les corps rxpédilionnaires. \utoris('/-moi 



CHAPITRE LXXVil. 265 

*^-*î>*>vJLl <Jt iJ^ - Aa-jj jj<ÉL 6jj^\i iùaiijj I*Ka*^ ,JA» a.5^ 

■*^^— ^1 (J-« y>— «V* y-C J._)*X^ (Jjiv^i^j iijJS.**^ /jj ^1 tXAt 

à lui refuser l'entrée de la ville. » Dix mille habitants de 
Koulah le déléguèrent à cet efTet. Aussitôt el-Achler se mit 
à la tête d'une troupe des Benou-Taliif et prit le chemin de 
Médine ou de la Mecque. Il rencontra Saïd à Wakicah, l'in- 
forma de ce qui arrivait, et lui fit reprendre la route de 
Médine. En même temps il écrivit à Otn)àn : « Dieu sait 
qu'en interdisa(!t à ton agent l'accès de Koulah notre but 
n'est pas de soulever contre toi une de tes provinces; nous 
voulons seulement nous (lélivrci- des mesures iniques, des 
violences et des tourments dont nous étions victinies. 
Donne-nous le gouverneur (|u'il le plaira de désigner.» 
Le khalife leur répondit (ju'ils de\aienl chercher leur an- 
cien gouverneur nommé |)ar Omar, et lui obéir, (^e gou- 
verneur n'était autre qu'Abou Mouca el-Achàri , et il fut 
proclamé. 

Ij'an trente-cin(( île l'hégire,, le mécDntcntemcnt s'accrui 
contre le khalife. On lui reprochait dillércnles cboscs : par 
exemple, ses procédés à l'égard d'Abd \llali bcn Maçoud, 
(pii lui .iliciH'i ciil les l'xiion liddcd. Ifs pinpos violents 



266 LES PRAIRIES D'OR. 

^ X-aJLX (^i <X_A_JjJi J^XS kiUi (j^^ aK-CS-I (j-t yUvft /yff 

j «<, ,1a * } o;>*J Àj^ii^Jl ;j>« ^l55^ ci>ylAisl3 j.j^l (j.« Lfiî^j! 

*..«.-«*.=»• (JV.J ^ij_Jj_J J^^^j (jj"-»-* 't^'** (*-' ^j-^^ CiT* ^r^3 *^ 

.Xa*a*«o Jjt^ j^ij^li «-.otS ^j <_>«XÂr=- («■•(/-•^ ^JJ"^^^*^ iiijiîî 

tenus par Ammar, fils de Yaçir, qui déterminèrent la défec- 
tion des Benou-Makhzouni; enfin, le scandale commis par 
Walid, fils d'Okbah, dans la mosquée de Koufah. Walid 
avait été informé qu'un juif nommé Batrouni, habitant le 
village de Zorarah , dans la banlieue de Koufah , près de Djisr- 
Babel, s'occupait de sorcellerie, de fantasmagorie et d'opéra- 
lions magiques; il le fit appeler dans la mosquée. Le juif 
évoqua différentes apparitions en sa présence; pendant la 
nuit, il fit apparaître un roi de grande taille, monté sur un 
cheval qui galopa au milieu de la cour do la mosquée. Le 
sorcier se transforma lui-même en chamelle et marcha sur 
une corde; puis il montra à Walid un fantôme d'âne, entra 
clans sa bouche et sortit du côté opposé; il coupa le cou à un 
liOMime et sépaia la léte du Ironc; ensuite il fit tourner son 
sabre sur le mort et le ressuscita. Au nombre des habitants 
de Koufah, témoins de ce spectacle, se trouvait Djoundab, 
(ils rlo Kaab rl-Azrli. Il invoqua Dieu contre les malélices 



CHAPITRE LXXVII. 267 

JJsLaJI ^>~*j^ (3^ *^- u\i^ Xi«Xj ^ X4wl^ ci^jiii Aj»-» 
<_>vXÀs- jl^ Ijl^ yl^ iiUi y! JwÇj Oo^ ^^^^ (J^ tMsW y' 

Ji ^i^w^J <x— «l_A_ï Jl yl^Jl jXj^ *^-^=s^ aKjcï iljlj <îu*Aji 

L-U-i A^jL-aJ^Î (j-« <i^ (j-^ jJtXJl^ 4>!! &\ai}y> î y>^ JJi 

de Satan et contre ces opérations étrangères à la puissance 
divine. Convaincu qu'il y avait là de la magie et de la fan- 
tasmagorie, il tira son sabre et, d'un seul coup, abattit la 
tète du sorcier en disant : « La vérité est venue, et le men- 
songe s'est évanoui, car le mensonge n'est qu'uni? ombre 
{Koran, xvii, 83). ■■ Selon une autre version, la scène se 
passait en plein jour; Djoundab courut au bazar, prit un 
sabre chez un armurier, revint à la moscjuée et coupa la 
tête du juif en disant : « S\ lu lais vraiment des miracles, 
ressuscite-toi!" VValid, furieux, voulait faire périr Djoun- 
dab; mais les Benou-Azd l'en empêchèrent. Alors il l'empri- 
.sonna avec l'intention d'employer la ruse pour s'en défaire. 
Vers la lin de la nuit, le geôlier s'approcha de Djountlab et 
lui dit de prendre la fuite. «On le fera mourir,» observa 
Djoundab. • Peu m'importe, répli(|ua cet homme;, je veux 
mériter la gràc(; de Dieu en délivrant un (\v .ses saints. " Le 
lendemain njatin , V\alid, décidi- a laire périr le |)risonnier, 
l'envoya qnéiir : nn ne Ir lrnn\a plus. Le geôlier interrogé 



268 LES PRAIRIES D'OR. 

JL-wLjLML* XaL^Sj ij\.:É^\ ^jJ<£. i-J>jMli ^^J-^ &jJ)^\s yl^S^Ji 

vx*! U ii «-*J"^ jU* SwLjii (3-=»- *-6>9 ij~»^ ^^ ^ U-* f*S?b' U^"*^ 

ayant avoué que Djoundab avait pris la fuite, on lui trancha 
la tête et son corps fut pendu dans le quartier de Konaç.ih 
(la voirie). 

On reprochaitaussi à Otmân sa conduite à 1 égard d'Abou 
Derr. Dans un conseil auquel ce personnage assistait , Olmân 
lit cette question : « Celui qui paye la dîme a-t-il des droits 
sur ses autres biens? — Emir des croyants, répondit Kaab, 
il n'en a pas. » Abou Derr frappa Kaab en pleine poitrine, 
et lui dit : « Tu en as menti, fils de juif! « Puis il récita le 
verset : « La verlu ne consiste point en ce que vous tourniez vos- 
visages du côté du levant ou du couchant, etc. » [Koran, II, 
17. T.) Olmàn reprit: « Sommes- nous coupables, si nous pre- 
nons les biens des musulmans, pour les distribuer à ceux qui 
nous aident dans le gouvernement des afïiiires, et, à ce titre, 
pouvons-nous vous les donner.*^ » Kaab déclara que cela n'é- 
tait pas répréhensible. Abou Derr asséna un coup de bâton 
sur la poitrine de Kaab, et l'apostropha en ces termes : « Kils 
de négresse, qui t'autorise à te mêler de notre religion? — 
C'est par trop ni'insulier, .s'écria le khalife en s'adressani 



CHAPITRE LXXVII. 269 

jL-*JI A}^_^ià a-.s-'l^ c>a-Î5 it »iJJ (j^ ijli viLv^ -?**X*«jb 
^(— *~« ij^-? L» «-A_XJs XaAa ^J*^ (^ aK-«^ Ak.*.^ (J L^N^ t_i.JCX» 

à Abou Dcrr; dérobe-toi à ma vue, car c'est moi-même que 
tu viens d'oftenser. » Abou Derr se rendit en Syrie. Bientôt 
le khalife reçut de Moàvviah une lettre ainsi conçue : « Une 
fonle de partisans allluent auprès d'Abou Derr, et je crains 
qu'il ne les soulève contre ton autorité. Si tu as besoin de 
ces gens-là, bâte-toi de rappeler cet homme. » Et, sur l'ordre 
du khalife, il le ht partir en l'attachant à une selle de bois 
dur, sur le dos d'un chameau que cinq Esclavons chas- 
sèrent devant eux jusqu'à Médine. Quand on le vit arriver, 
les cuisses déchirées intérieurement et à demi mort, on crut 
qu'il allait succomber aux fatigues du voyage; mais il prédit 
qu'il ne mourrait pas avant d'avoir été exilé de nouveau; il 
annonça d'avance ce qui devait lui arriver, et nomma ceux 
qui lui donneraient la sépulture. Otmàn le garda quelques 
jours dans son hôtel et le traita avec douceur; puis 11 le fit 
venir. Abou Derr entra en rampant sur les genoux : il s'en- 
tretint de diverses choses, parla des fils d'Abou'I-Assi, des 
trente individus qui avaient réduit en esclavage les serviteurs 
de Dieu, raconta cette histoire tout au loui,', et entra dans 



270 LES PRAIRIES D'OR. 

une foule de détails. Or, ce jour-là, on avait apporté à Ot- 
raân les sommes provenant de la succession d'Abd er-Rah- 
man , fils d'Awf , et des sacs remplis d'argent séparaient le 
khalife de son interlocuteur : « Que Dieu récompense Abd 
er-Rahman! ditOtmân; il était bienfaisant, hospitalier, et il 
a laissé cependant le trésor que vous voyez là. » Kaab el- 
Ahbar s'empressa d'approuver ce que le khalife venait de 
dire. Abou Derr, oubliant ses propres souffrances, brandit 
son bâton et frappa Kaab sur la tête en lui disant : « Fils 
de juif, oses-tu dire d'un homme qui a laissé à sa mort 
d'aussi grandes richesses que Dieu lui a accordé les biens 
de ce monde et de la vie future? De quel droit prononces- 
tu les arrêts de Dieu? Moi, au contraire, j'ai entendu l'a- 
pôtre de Dieu dire : « Je serais désolé, si je laissais après moi 
une succession du poids d'un kyrat. » Le khalife lui ordonna 
de quitter Médine. « Eh bien, dit-il, j'irai à la Mecque. » Le 
khalife s'y opposa. « Quoi, reprit Abou Derr, tu m'interdis 
le séjour de la maison de Dieu , du temple où je voudrais 
prier jusqu'à l'heure de ma mort? — Oui, certes, je te 



CHAPITRE LXXVII. 271 

Jb U^ y^N»* Jis (jj^ Lit U J^ 3^.Ajà>! *XS ^oJ^Aas 4MI J»^j 
S*X_^U ci>^_-«l^ iLÀjJs-lij iiST^ ^jj^ *JLol yl j^;-S=»»' Jiii dli 

«UU?o (ji (jU^^i^ aaàj! J<^^ -«ji^i aaXs J.,*.^ 2^ Jj?: 

»UjI <\*«j Aaj?; <-^5Uo jl yJ 4_^ (*"t-^^ ^*^ ^' W-** Oj-**»*V! 

^^jL5^^i.»=» (ijj ^i ^^^^^ w)~*-'^* *>-^'^ (:J>*^^ (j**^ 

l'interdis. — Soit, continua Abou Derr, j'irai en Syrie. 

— Pas davantage, s'écria Otmàn; choisis tout autre pays. 

— Non, de par Dieu, je ne choisirai pas d'autre pays que 
ceux que je viens de nommer. Si lu m'avais laissé dans mon 
exil , je n'aurais pas aujourd'hui à faire un choix. Après 
tout, envoie-moi où bon te semblera. » Otmàn lui désigna 
Rabadah. «Dieu est grand! ajouta Abou Derr; que le Pro- 
phète a dit vrai lorsqu'il me prédit lout ce qui m'arrive! » 
Otmàn l'invitant à s'expliquer, il continua ainsi : n II m'a 
prédit que l'accès de la Meccjue et de Médine me serait 
interdit, que je mourrais à Rabadah, et que des hommes 
venus de l'Irak dans le Hédjaz se chargeraient de ma sépul- 
ture. " A la suite de cet entretien, Abou Derr (it monter sa 
femme, d'autres disent sa fdle, sur un chameau qu'il possé- 
dait, et partit pour Rabadah, avec l'escorte choisie par Ot- 
màn. Tandis qu'il sortait de Médine, sous la surveillance de 
Merwàn, il rencontra Ali, lils d'Abou Talib, avec ses deux 
fds flaçan et Huçeïn , Okaïl, son frère, Abd Allah , filsdeDjâ- 



272 LES PRAIRIES D'OR. 

CJy— «èj Ijy M* 3L <X_.»à) <-aJUo jJ (^ t^ ^^ S-t'^ dUl^l 
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far, et Ammar, fils de Yarir. Merwàn dit à Ali en lui bar- 
rant le chemin : «L'émir des croyants a défendu d'accom- 
pagner Abou Derr et de l'escorter à son départ. Si tu l'ignores , 
c'est moi qui te l'apprends.» Ali, levant sou fouet, frappa 
la chamelle de Merwàn entre les deux oreilles. «Va-t'en 
d'ici, dit-il à Merwàn; que Dieu te précipite dans le feu 
éternel!» Puis il continua sa route en marchant auprès 
d'AbouDerr. Au moment où il recevait les adieux d'Ali, Abou 
Derr lui dit en pleurant : « Membres de la sainte famille, que 
Dieu vous fasse miséricorde! Père de Haçan , ta vue et celle 
de tes enfants m'ont rappelé l'Apôtre de Dieu. » Merwàn se 
plaignit au khalife de la conduite d'Ali. Olniàn, s'adressanf 
aux musulmans, leur dit : «Qui de vous plaiderait en fa- 
veur d'Ali, s'il avait empêché mon envoyé d'accomplir sa 
mission? Or c'est ce qu'il. a fait, et, par Dieu, je le punirai 
con)me il le mérite. » Ali, à son retour, fut accueilli par des 
gens qui lui dirent : « L'émir des croyants est courroucé 
contre toi, parce que tu as reconduit .\bou Derr.i Ali ré- 



CHAPITRE LXXVII. 273 

*_jL-L=»-lj <-A-^j^ IX \^jMij (ji iiji ^jl« ciUo ^^ i^^c^ij 

pondit : « C'est la colère du cheval contre son frein (pro- 
verbe)! » et il passa son chemin. Dans la soirée, il se pré- 
senta cbezOtmàn, qui lui dit : «Qui t'a autorisé à traiter 
Mervvân comme tu l'as fait? Pourquoi m'as-tu offensé, en 
repoussant mon mandataire et en désobéissant à mes ordres? » 
Ali répondit : " Pour ce qui est de Merwàn , il m'a accosté 
brutalement et je lui ai rendu la pareille; mais tes ordres, 
je ne les ai pas transgressés. — Ignorais-tu, reprit Otmân, 
que j'avais défendu d'aborder Abou Derr et de lui faire la 
conduite? — Ainsi, répliqua Ali, lorsque ta volonté est en 
opposition avec l'obéissance duc à Dieu et avec la justice, 
nous devons nous y soumettre? Par le Dieu vivant, jamais je 
n'y consentirai!" - Otmân ajouta: «Donne une répara- 
tion à Merwàn. — Une réparation! et la((UL'lle? - Tu as 
frappé le front de sa chamelle et tu l'as insulté lui-même. 
Il l'insultera à son tour et frappera la chamelle. — Voilà ma 
chamelle, re[)rit .-Mi; qu'il la traite comme j'ai traité la 
sienne, j'y consens. Mais par Dieu, s'il m'insulte, c'est à toi 
que je rendrai l'outrage! je ne m'en démens pas, et je le 

IV. l« 



274 LES PRAIRIES D'OR. 

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j»-A.A.*iJCj K^:>J U 'OJij (^ Jiij l^k-ôi (s-s*- ^^^e\(^ ij«UJl 

dis la vérité. — ^Et pourquoi t'épargnerait-il, s'écria Otmân , 
lorsque tu Tas insulté? je ne te considère pas comme supé- 
rieur à lui. » Cette parole irrita Ali : « Est-ce à moi, s'écria- 
t-il , que s'adresse un pareil langage ? Oses-tu bien mettre 
Merwân sur le même rang que moi? Par Dieu, je vaux 
mieux que toi , mon père vaut mieux que le tien , ma mère 
l'emporte sur ta mère. Tiens, je te jette ma flèche, allons ! 
jette-moi la tienne! (en signe de défi.)» Otmân se leva, 
rouge de colère, et rentra. Ali s'éloigna et fut rejoint par 
les membres de sa famille, et par quelques Mohadjirs et 
Ansars. Le lendemain, le khalife, réunissant les musul 
mans, porta plainte contre Ali, en l'accusant de le trom- 
per et de favoriser ceux qui le trompaient. Par ces paroles 
il faisait allusion à Abou Derr et à Ammar. Enfin plu- 
sieurs personnes s'entremirent et réconcilièrent le khalife 
avec Ali. Ce dernier affirma qu'en reconduisant Abou 
Derr il avait voulu seulement faire une chose agréable à 
Dieu. 

Pour ce qui concerne Ammar, au moment de l'élection 



CHAPITRK LXXVII. 275 

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(^^jU plJLJj,Ln3^i_5 (^^^^1^1 Ji Jytîl IJvjû ^^ Jb U 

d'Otniàn, il avait été informé du propos tenu par Abou So- 
fiân Sakhr, fils de Harb, dans la maison d'Ofmàn, un peu 
avant la proclamation de ce khalife. \bou Sofiàn était entré 
avec les Benou-Omeyah et, comme il était aveugle, il avait 
demandé si quelque étranger se trouvait là. On lui répon- 
dit que non ; alors il avait ajouté : • Enfants d'Omeyah , sai- 
sissez la balle au bond! Dieu, f|ui entend les serments 
d'Abou Sofiàn, sait que je ferai des vœux constants pour 
que le pouvoir vous soit dévolu et devienne l'héritage de vos 
enfants. » Ce propos fut rapporté àOtmân,qui en témoigna 
son mécontentement. Il fut également rapporté aux \Io- 
hadjirs et aux Ansars. C'est alors qu'Ammar, fils de Yaçir, 
entra dans la mosquée et dit : -< Famille de Koreïch, vous 
avez une fois ici, et une fois là, spolié du commandement 
les parents de votre Prophète, Je crains que Dieu ne vous 
prive à son tour de la puissance et ne la donne à d'autres 
mains, de même que vous en avez dépouillé la famille du 
Prophète, au profit d'une famille étrangère. « Mikdad se 
leva ensuite et dit : " Je ne sais pas d'humiliations plus 

18. 



276 LES PRAIRIES D'OR. 

i y\< U^ jljJij ^<y_^AJi jl.A-£wi i (jUj^ljlAÀ.i LobiS' 

grandes que celles qui ont abreuvé celte maison, depuis la 
mort de son Prophète.» Abd er-Rahman, fds d'Awf, l'in- 
terrompit eu disant: «Mikdad, de quoi te mêles-tu? — Dieu 
m'est témoin, reprit-il, que je les aime pour l'amour du Pro- 
phète. Je déclare que le droit est avec eux et parmi eux. Toi , 
Abd er-Rahman, tu encenses les Koreïchites. Mais leur titre 
à la faveur du peuple n'est-il pas dû aux mérites de celte 
famille qu'ils cherchent maintenant à dépouiller de l'autorité 
que le Prophète leur avait léguée? Abd er-Rahman, je fais 
le serment, si je trouve des Ansars (auxiliaires), de com- 
battre les Koreïchites, comme je les ai combattus autrefois, 
à Bedr, sous les ordres du Prophète. » La discussion con- 
tinua sur ce ton pendant longtemps; le lecteur en trouvera 
les détails dans le chapitre de nos Annales historiques où 
nous racontons les événements de l'hôtel (oîi se fit l'élec- 
tion) et de la délibération. 

L'an 35 de l'hégire, Malik, fils d'el-Harit en-Nakhâyi, 
sortit i\e Koufah avec deux cents hommes; Hakim , fils de 



CHAPITRE LXXVII. 277 

ijj 0^4^ ^*-*j c^yv^' u!y L?^ *x*^^ j!>^ ijj-**^ tr?' 

ji_j-^i) yL«\.^ <^ j^LàJI ^j-c»-^ jMIjS *JsJ ^j\^ *Xi_5 j.Xj j! 

^«.^aJI j^ jL*j 5j.A*»j| /wwtfc^j J«XjïJi ^j_» ^jj*Xj^ l,t»^ '*^^ 
L_^ i^j_jy.A<ailj itji U <Ji »^lr»-'i3 Jo^Io (.^Uaiw /0.4ÀAJ (J^^ 

Djabalah el-Abdi, avec cent hommes de Basrah , el six cents 
Egyptiens arrivèrent, sous la conduite d'Abd er-Rahman, 
(ils d'Odaïs el-Belawi. Au rapport d'el-Wakidi et d'autres 
biographes , Abd er-Rahman était au nombre de ceux qui 
prirent part à l'élection sous l'arbre, de concert avec d'autres 
Arabes d'Egypte, comme Amr, fils d'el-llamik el-Kliozàyi , et 
Saad, fils de Houmràn et-Toudjibi. Dans leurs rangs se trou- 
vait Mohammed, fils d'Abou Bekr, qui s'était concerté avec 
eux en Egypte; il les excitait à la révolte contre Olmào, 
j)ar suite de griefs qu'il serait trop long d'exposer ici, et 
dont le principal auteur était Merwàn , fils d'el-IIakcni. Ees 
conjurés s'arrêtèrent (à Médinej dans le quartier nommé 
Dou'l-Khouchouh. Otmân, inlonné de leur arrivée, lit venir 
Ali, fils d'Abou Talib, lui apprit la nouvelle, le conjura de 
se rendre chez eux el de se porter garant, pour le khalife, 
des réformes qu'ils réclamaient dans l'administration de la 
justice et le gouvernement. Ali accepta celte n)ission; il eut 
avec les conjurés un long entretien, les amena à composi- 
tion et les décida à ({uillcr Médine. Ils se mirent en route; 



278 LES PRAIRIES D'OR. 

S^J^U» jjs*j ^«_Ol^j J^iil f^oH.^. Giyf^ ^^ à^ 'ji;^ 

! J^wjS'^j^^^.j Jotil^ b!!^* JjCïl^ y^Xi »Xj *iailî ^JtJ^Â- dijJ* 

i^y> ^^ Jjj U \»jSii^ \^^^i -\..:^^\ ^y^yi (i)\j.f^\ (J-. -*X3 

mais, arrivés au lieu nommé Hisma, ils virent s'avancer 
du côté de Médine un messager monté sur un dromadaire 
et reconnurent Warach, un des serviteurs du khalife. Ils 
l'arrêtèrent et le forcèrent à exhiber la lettre dont il était 
porteur. Cette lettre, adressée au iils d'Abou Serh, gouver- 
neur de l'Egypte, lui disait : « Dès que l'armée sera de retour 
dans ta province , coupe les mains d'un tel , fais périr un tel , 
traite un troisième dételle et telle façon. » Suivait la mention 
de presque tous les soldats avec les supplices qui devaient 
leur être infligés. Ils reconnurent l'écriture de Merwân, re- 
vinrent en toute hâte à Médine, et se mirent en rapport avec 
les mécontents venus d'Irak. S'étant réunis dans la mosquée , 
où ils se communiquèrent les griefs qu'ils avaient contre les 
agents du pouvoir, ils allèrent ensuite assiéger Otmân dans 
son hôtel et empêchèrent l'eau d'y arriver. De temps à autre 
le khalife sortait sur la terrasse de l'hôtel et leur demandait 
à boire. Il leur dit un jour : « De quel droit voulez-vous ma 
morl.^ J'ai entendu l'Apôtre de Dieu dire : Il n'est perun's de 
répandre le sang d'un musulman que pour l'un de ces troi.s 



CHAPITRE LXXVII. 279 

xJl J.ii> J^j U éù> t_j^ cy^,»jL. aJÎ cxxo pUI aJJs UXc 
^-ij;)^ ff^sXjT' i^^^i (.^j fAiLtf» 4^ <i'^ (j-« ^/-^ cP-^*" 

^j^-j AMi »>wc-c J^->i) y^j 3^ ^;*UJi i_5 iKxs. Jj< ^J] jlj 

(•jj)— i^ y-^i ^4-^ *"»^ J^«^«^j l^i^Xjs-i (j.^ ^jfe' AjiJ ^sycw*^ 

crimes : l'apostasie, l'adultère, quand le mariage est ac- 
compli, et le meurtre qui n'est pas mntivé par la peine du 
talion. Dieu sait que, ni dans l'âge d'ignorance, ni depuis 
l'islam, je n'ai commis un de ces trois crimes. » Ali, sachant 
que le khalife souffrait de la soif, lui envoya trois cruches 
d'eau; mais elles ne parvinrent pas jusqu'à lui. Enfin une 
troupe d'affranchis des Benou-Flachim etdesBenou Omeyah 
cernèrent l'hôtel et, le sabre à la main, au milieu des cris 
et du tumulte, réclamèrent Mcruàn. Le khalife refusa de 
leur livrer son favori. Au nombre des assiégeants se trou- 
vaient les Benou-Zohrah venus pour venger Abd Allah , (ils 
de Maçoud, leur allié; les Hodeïl, (jui étaient de la tribu de 
Maroud; les Benou-Makhzoum et leurs clients, qui a\ aient 
pris fait et cause |)our Ammar; les Benou-Gan'ar el leurs 
confédérés enrôlés dans le parti d'Abou Derr; enfin Taïm, 
fils (le Moirah, Mohammed, fils d'Abou Bekr, et d'autres 
encore (|u'il est inutile de nonmier. Ali , voyant (pie la vie du 
khalife était menacée, lui envoya ses deux fils, Haçan, Hu- 
çeïn et plusieurs affranchis hien armés, avec ordre de le 



280 LES PRAIRIES D'OR. 

jJiSi^ -y^ »Jlj\ ii^Jo (jiotjj 4Ml s>yi«£ 'AJùl ^'^(^i <^^i**?5 

^^y*»^-^ Tf^i *^-A.Ji *>0:-*ïÎ5 -L^-«*Jl» Ux«>3 (j^ j^jj^îiXJl 
_j-A-j (_^Aa.xJL) (j5 r»j"*ji c^vi»^ ii«vto ^ .Xj^' Tr^i j^^ <^i 
jÂj 1^*^=^^ v^' ci^ JL^iJi li -j-iJi i^jSyci \\^\ yÀ.3% ^\J> 

S^i (^ (j\(j W->S-^ I^^_5»^mX9 jl*aiiJ| (^j-. pj.ijî^ Jl /o.^ 

f- 

défendre et de repousser les assaillants. Zobeïr donna un 
ordre semblable à son fils Abd Aliah, Talhah à son fils Mo- 
hammed, et d'autres compagnons du Prophète, suivant leur 
exemple, envoyèrent leurs enfants au secours d'Otmân. 
Mais ils furent repousses, à coups de flèches, loin des abords 
de l'hôtel. Au fort de la mêlée, Haçan et Mohammed, fils 
de Talhah, furent blessés, et Kanbar eut la tête fendue. 
Leurs compagnons, craignant d'être victimes des violences 
des Benou-Hachim et des Benou-Omeyah . laissèrent les com- 
battants aux prises devant l'hôtel; quelques-uns allèrent se 
réfugier dans une maison habitée par une famille d'Ansars. 
Alors une troupe de révoltés, parmi lesquels étaient Mo- 
hammed , fils d'Abou Bekr, et deux autres individus , pénétrè- 
rent dans la chambre où se tenait le khalife, entouré de sa 
femme, des gens de sa maison et de ses affranchis, quicon- 
finuaient à le défendre. Le fils d'Abou Bekr ayant saisi le 
khalife par la barbe, Otmân lui dit : « Par Dieu , Mohammed, 
si Ion père le voyait en ce moment, il rougirait déboute' «Mo- 
hammed laissa retomber sa main et retourna chez lui. Après 



CHAPITRE LXXVII. 281 

iLîSvIci^ IaA^ )^i> xXxi I^^Xa» AAMjb c>.oU «X» S^<Xs>-^ <iùç«i 

(jv ow> -s jtX-.^ Ljy—^^ /WWW.-S /o»iiJj vW' (^ f*^^J C:JV^*i^ 
xj^vlo >i jUijJoj^i ^ 4Ml «X\ft (jaÎj a^^ qj *>^-^ C'^J 

1^ I^AjJLçJ I^^aXIsj ^iLa^î ^j (j-« »>->v*j (j'jl)"* *~^y^i tKi^ L» 

son départ, les deux hommes qui Tavaient suivi entrèrent, 
se jetèrent sur Olmàn, qui tenait à la main un Koran dans 
lequel il lisait, et le frappèrent mortellement. Sa femme 
sortit en criant : >< L'énjir des croyants est (uort! » Haçan, 
Huçeïn et les Benou-Omeyah, qui les accompagnaient, at- 
tirés par ses cris, accoururent, trouvèrent le khalife sans 
vie, et fondirent en larmes. Ali, 'falhah, Zobeïr et d'autres 
Mohadjirs et Ansars, instruits de ce meurtre, arrivèrent 
en toute hâte. Ali entra d'un air abattu et consterné; s'a- 
dressaut à ses deux fils : ^ Comment se peut-il, leur dit-il, 
t[ue l'émir des croyants ait été tué, lorsque vous défendiez 
l'entrée tie sa demeure?" Il donna un soudlet à Haçan, à 
Huçeïn un coup dans la poitrine, injuria Mohammed, lils 
de Talhah . et maudit Abd Allah, lils de Zobeïr. Talhah 
l'arrêta et lui dit : « Père de Haran, cesse de frapper, d'in- 
jurier et de maudire: s'il leur avait livré Mcrwàn, le kha- 
lilé vivrait encore. " Vlerwàn et les Omeyades qui l'accom- 
pagnaient s'étaient évadés et purent se dérobci" aux poursuites 



282 LES PRAIRIES D'OR. 

AjJI c_*Aàfci *XxI ^i^ Jljjj oJlï UjXàj i>.i^>J ji (jj tXj^ 
J_aJj O^JiJ^ <.^^ ij-* ^^^ i ti u^ ^ "^'.^ <^^ CJ^-^^V^' 

iXj«-»W L,<v-jL^ j-Sk-ill^J <\Xg«V> (_^ i_J-««*J '"■■?/•*=' 4^'^'' ^^-^V**^ 

J^^ aS.-^ <\ajIa J-Ai»" t^ v.>-A^L> A^^^ ^^il^t (j^-** (^J> 

de ceux qui voulaient leur mort. Ali s'adressant à la femme 
du khalife, Naïlah, fille de Karafiçah, lui dit : « Puisque tu 
étais présente, tu sais qui l'a tué. » Naïlah signala les deux 
hommes qui avaient suivi Mohammed, fils d'Abou Bekr, et 
répéta ce que le khalife avait dit à celui-ci. Mohammed ne 
nia pas le témoignage dé Naïlah et ajouta : «Oui, certes, 
j'étais entré avec l'intention de tuer le khalife; mais, lors- 
qu'il m'eut adressé les paroles que vous savez, je suis sorti, 
sans me douter que je laissais ces deux hommes derrière 
moi. Dieu m'est témoin que je ne suis pour rien dans ce crime 
et qu'il a été commis à mon insu. » 

Otmân fut assiégé dans sa maison pendant quarante- 
neuf jours; on dit même davantage; il péril un vendredi, 
dernier jour du mois de dou'i-hiddjch. Quant à ses deux 
assassins, ou croit ([ue l'un, nommé Kinanah, fils de Bechir 
et-Tondjihi, lui asséna un coup de massue sur le front, et 
que le second , Saad, fils de Houmràn el-Muradi , lui trancha 
la veine jugidaire avec son sahre. On ajoute que Anir, fils 



CHAPITRE LXXVII. 283 

*-*-A-c (J'^^j ^^X-^ '-'^1 '>-^*^^ *-*-^^ C^ r^'j^ *^^ ^'^^^ 
ti^ 1*^ J-^ j.is^.]l p^ ij^ L^ uÀA^*- ^^ J<4^ /o^ J-»^ 

^AaiLJiîl 

d'el-Hainik , lui fit neui blessures à coups de flèches , et qu'un 
autre complice, nommé Oniaïr, fils de Dabi, des Benou 
Temim, plongea et retourna son épée dans le ventre delà 
victime. Comme nous l'avons dit plus haut, Otmàn fut en- 
terré dans le Uachh-Kawkab (jardin de l'étoile), oii se trou- 
vaient les tombeaux dti la famille d'Omeyah : cet endroit est 
nommé aussi Ilillah. Djobeir, fils de Moulîm, Hakim, fils de 
Hizam , et Abou Djchin , fils de I lodaïfah , récitèrent les prières 
des funérailles. Pendant que le khalife élaitassiégé, la prière 
publicjue fut célébrée, d'abord par Abon Eyoub el-Ansari, 
el après le refus de celui ci, par Sobl, fils de llonaïf. Ali 
récita la prière solennelli! du jour de l'immolation. Ouelques 
auleurs [)rétendent (|u';m moment du meurtre dix -huit 
mend)res de la (amille d'Omeyah , el entre autres Mervvàu, 
fils de flakem , .se trouvaient auprès du khalife. Sa veuve, 
T\aïl.di , fille de Karafiçali, a dit an sujet de sa mort : 

llc'las! lo meilleur ilos liommrs aprr> les Irois (qui l'oni |)r.''C(''(l(^ ) psl 
lornbé sons Ion coup.s dr 'l'oiidiihi , l'a.t.sa.s.sin veau <rK;;\|)lc ! 



28a LES PRAIRIES D'OR. 

i:yljoî (j^ *Hi5 Ijf La! 4Ml^ a)s.*5 (^^ AxXfi yUij (J'^^JS*^ 
/vi ijw...^^ LaJI^Jv* ^jU«*^ (jo^ Aj j_|j»i Le ^^^^Ij aKJo ^^ 



l*uis-je retenir mes larmes, ma fiimille peut-eUe réprimer sa douleur, 
lorsque je suis privée des bienfaits d'Abou Amr (surnom d'Otmân) ? 

Haçan , fils de Tabit, (Dieu seul connaît la vérité) a flétri, 
dans une de ses poésies, les Ansars et d'autres personnages 
qui ont outragé Ottnân , abandonné sa cause et coopéré à 
sa mort par leur inimitié. En voici un extrait : 

Tandis que la mort le menaçait, les Ansars l'ont outragé, les Ansars 
qui régnaient en maîtres. 

Qui osera excuser la conduite de Zobeïr et de Talhab, à l'heure où 
ce funeste complot se tramait? 

Mobammed, le fdsd'Abou Bekr, en était ostensiblement le chef; mais 
derrière lui agissait Ammar. 

Dans cette pièce, qui est très-longue, le poète, attaquant 
encore d'autres personnages que ceux qui sont cités ici, les 
accuse de complicité dans le meurtre et d'acquiescement au 
crime dont Olmân lut la victime. Haçan était exclusivement 
attaché au parti de ce khalife, qui avait été son bienfaiteur. 



CHAPITRE LXXVII. 285 

jIjJI^ ^-^I J>*J^ -l;il ;j^ W^-^» Jl^ 0^ SiloJli 4^ÀJ 



C'est ce qui explique la menace qu'il adresse aux Ansars 
clans ce vers : 

Bientôt vous entendrez, dans leur propre pays, retentir le cri -. Dieu est 
grand! Vengeons Otmàn! 

Otmân se plaisait à chanter et à redire, pendant de Ion 
gués heures, des vers composés par Haçan et f|ue l'on ne 
peut attribuer à d'autres poètes. Voici une de ses sentences 
favorites : 

Le bonheur dont la jouissance est due h des moyens iilcgilimcs s'éva- 
nouit bientôt ; mais le crime et la lionlc subsistent: 

Une main invisible prépare le cliàtimcnt du coupable. Misérables joie» 
que celles dont l'enfer est le dénoûment! 

La deuxième nuit qui suivit l;i mort d'Otmàn, on cnfendil 
son frère utérin, Walid, (ils d'Okbal», (ils d'Abou Mouait. 
le pleurer dans les vers suivants : 



280 LES PRAIRIES D'OR. 

\ K—À A_j ^j^ Uj [i\ /<vil_Ô ^^i-_* 

aa^Lm j.;b«xJl (jâ>«k^ û liuaJl c.«Xx3S 
Ljv_JLjv-j 5iî_j— g-JI OiA-5 /rfûLjû ^^L^ 

A_jliL^ ij^j ^-t—j v^V^» «^S? ^^"t)*^* 



A. 



?jî>— * tO— **''-^*-^ ^^,^— ;? CJ>^«Xi U 



lo 93pl t5*^ »UJi^ 5*^' ^^^♦XjU^ (jI ^^^^Àa^ U_^L*j i)_j 

Fils de Hachém, une lueur d'amitié ne peut briller entre nous, tant 
que la fortune sera votre complice. 

Fils de Hachém, la paix est-elle possible entre nous, lorsque vous dé- 
tenez le sabre et la lance d'Ibn-Arwà (d'Otmân)? 

Fils de Hachém, restituez les armes enlevées au fils de votre sœur; ne 
vous partagez pas un butin illégitime. 

Afin d'usurper son pouvoir, vous lui avez tendu le piège dans lequel 
les Merzebàn ont fait tomber autrefois leur Chosroës. 

L'attaque dirigée contre les Hachémites dans les vers qui 
précèdent tut relevée en ces termes par Fadl, fils d'el- 
Abbas, fils d'Otbah, fils d'Abou Lehb : 

Ne réclamez plus de nous votre épée , elle a été perdue lorsque son 
possesseur l'a jetée d'une main tremblante. 

C'est aux Egyptiens qu'il faut demander les armes de notre neveu ; son 
épée et sa lance sont entre leurs mains. 



CHAPITRE LXXVII. 287 

s. 



i^-*«3^i &^ ^jL^t jl/ui^l ^^-f^m UjU^5 i U^ii^i ^^ Ujoi 

Ali est le légitime successeur île Mobammed et le maître du pouvoir 
dans tout l'empire; 

Ali, dont Dieu a enfin manifesté les droits, alors que tu le combattais 
avec les hérétiques. 

Un homme tel que toi est exclu du nombre des gens de bien, et ne 
compte parmi nous aucun ami qui lui adresse d'indulgents reproches. 

Dieu lui-même l'a révélé : tu es un impie (Koran, XLIX, 6) et tu n'a» 
rien à revendiquer dans l'islam. 

Le lecteur trouvera , dans nos Annales historiques et notre 
Histoire moyenne, l'histoire biographique d'Otmàn et le pa- 
négyrique de ses vertus, ainsi que le détail des événements 
de son règne, ses conquêtes, ses expéditions contre les Grecs 
et d'autres peuples , etc. 



288 LES PRAIRIES D'OR. 

i^Ms jl ^JJ i^ AitiV^à- j5i 

kiy^^o /wjI i-^^ >>> (^i<i* ^LamIj jLaJ t.Aw»»i^ ï-^Awi iij^Xo} (;jv^.»»i 
CHAPITRE LXXVIII. 

KHALIFAT D'ALI , FILS D'ABOll TALIB. 

Ali fui proclamé le jou-r même du meurtre d'Otmân, fils 
d'Affàn. Son règne, jusqu'au jour où il fut assassiné, fut de 
quatre ans, neuf mois et huit jours, ou, selon d'autres, 
quatre ans et neuf mois, moins un jour. Sa rupture avec 
Moâwiah, fils d'Abou Sofiân, dura pendant tout le temps 
qu'il exerça l'autorité suprême. Ali naquit dans la Kaabah. 
Selon d'autres auteurs, il régna pendant cinq ans, trois mois 
et sept jours. Il avait soixante-trois ans, lorsqu'il fut assas- 
siné. Après avoir reçu le coup mortel , il vécut encore le 
vendredi et le samedi et n'expira que dans la nuit qui pré- 
cédait le dimanche. On n'est d'accord ui sur l'évaliialion de 
son âge, que l'on dit avoir été moins avancé, ni sur l'em- 
placement de son tombeau. Selon les uns, il fut enterré 



CHAPITRE LXXVIII. 28') 

A_Q_A-«^ iC-Jj^î ^\.^~^o ^ ij-J.i» AJI Jtj (j-« /o«4Ài Sj^'i ,*-ôj.^ 

i>Xj i ^^3 »!:»■ J-«»4 e;b <-^ t^ '^^^ S J^-î* -'^-^^ .3^ dr* 

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o1jL« «Xa£ ^ /<ù,liû /o t^Aia^l «X/uC /vj t^JUs ^î /jj ^_^ kj5 

dans la mosquée de Koufah; selon les autres, auprès du 
tombeau de Fafimah, à Médine. D'autres prétendent que le 
chameau chargé du cercueil, s'étant égaré, entra dans le 
pays des Beuou Tayi. Il y a encore, sur ce point, d'autres 
versions que nous avons rapportées dans les Annales his- 
toriques et dans l'Histoire moyenne. 

GÉNÉALOGIE D'AM ; APEUÇU DE SON HISTOIRE ET DE SES EXPEDITIONS. 

Ali, fils d'Abou-Talib, fils d'Ahd cl - Mottaiih, fils de 
Hachém, fils d'Abd Méiiaf, était surnommé Ahou'l-Haçan. 
Sa mère se nommait Falinuih , (illed'Açed, fils de Hachém, 
fils d'Abfl Ménaf. Depuis le temps du Prophète jusqu'à Mot- 
taki, le khalife actuel, il n'y a eu (|ue deux khaliiés du uoui 
d'Ali : Ali. fils d'Ahou Taiib, et Moktafi-Billah Ali .fils de 
Môtaded. Ali est le premier khalife né d'un père et d'une 
mère hachémites. Oncioitquesa proclamation par le peuple 

IV. ly 



290 LES PRAIRIES D'OR. 

j*.\jJI vj^^j l'^ UjUS'cj^ v.àXw Uy» (jjiil iijtsîJl i.»_^^ 

-il iijLiJT^ iLX-^lj} (^^ ^j-La.=»-^ J.-aac^ «^Us (jbcÀj^ J^^ 

j^A. fi J>_A.JLe (jh.J_5 *>*'*Jjj^'^' fc^lki r^ij^^î i^^-i** cj>^î 
(:JvÀ^^;-û«* cl*j^>-**^ C:5>-^^ (jUa^^^s-j cKiS** (j^jj (:JV*-*>' 

eut lieu quatre jours après le meurtre d'Otmân. Quant à la 
première proclamation, nous en avons parlé précédemment. 
On n'est pas d'accord sur le nom du père d'Ali, Abon Ta- 
lib, fils d'Abd el-Mottalib. Il eut quatre fils, à savoir : Ta- 
lib, Okaïl, Djâfar et AJi; deux filles : Fakhitah et Djo- 
manah. Tous ses enfants étaient du même lit et avaient 
pour mère Fatimah, fille d'Açed, fils de Hachém. Un inter- 
valle de plusieurs années séparait la naissance de chacun de 
ces fils : la différence était de dix ans entre Talib l'aîné 
et Okaïl; de deux ans entre Okaïl et Djâfar; de dix ans 
entre Djâfar et Ali. Talib, l'aîné des enfants d'Abou Talib, 
fut enrôlé malgré lui dans les rangs des Koreïchites infi- 
dèles, qui marchèrent contre le Prophète, à la journée de 
Bedr.Il disparut, et l'on n'eut plus de ses nouvelles; mais on 
a conservé les deux vers qu'il composa sur cette fameuse 
bataille : 

() mon Dieu, ils ont contraint Talib à marcher dans les rangs de leur 
armée. 



CHAPITKK LXXVIII. 291 

CJ-* (j|H^ ^^^-^ <3_5— *-J W-^3 i^^K-û^-« yî^yj^ W'^'A) *^^3 



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(j>— :*- ^^ J.^*JC-»»ii -yJi^ cî^^ f*^ (S~^-^ i-xJI^^ Â^ojr-Is ^^ 



l'erniets qu'ils soient vaincus et nou vainqueurs, que cliacun de leurs 
soldats soit privé de butin cl enrichisse celui tle leurs adversaires. 

Fakhitah, fille d'Abou Talib, avait épousé Abou Wehb 
Hohoïrah, fils d'Anir, fils d'Aïd, fils d'Amr, fils de Makb- 
zouti), dont elle eut un fils et une fille. Elle accompagna 
le Propbète dans sa fuite; mais son mari mourut idolâtre à 
Nedjrân. Il composa, dans ce pays, un f^rand nombre de 
vers, dont voici un fragujeul relatil" à Fakbilali : 

Mind soupire t-eile pour toi? Es-lu l'objet de ses sollicitations? Telle» 
sont les causes do l'absence et ses vicissitudes. » 

Tandis que je donnais sur le sommet du cbâieau inaccessible de Nedj- 
rân, son image est venue m'(-veiller. 

Va pourtant (ô Hind) en suivant la religion de Mojh'nunied, In as 
rompu les liens du sang <(ui nous unissaient. 

(^etlc pièce est lr(',s longue. Fakbilali ('tail surnommée 
Oiiinni-Uani. Ali, rpiand il arriva an khaiilat, donna un 

•9- 



292 LES PRAIRIES D'OR. 

I w «- . - 

j*iwA^=l -^ (ilJij cV-««4^ -njwj ool^ ^A^^ (:JV^3 *-^-*-»« *^'*-^ 
«^.ikaxJi J.^1 (j-« l-gj^â J^jj_5 ^À^ tij'^J (^il^^ (;^ jj^jAib. ^j~i**î 

emploi à Djâdah ben Hobeirah, fils de sa sœur. Ce Djàdah 
est l'auteur des vers suivants : 

Veux-tu connaître ma famille? Mon père descend des Benou Makh- 
loum; ma mère est une Hachémite el la meilleure des éponses. 

Qui oserait placer un oncle m^erncl au-dessus des miens, au-dessus du 
généreux Ali et d'Okaïl? 

L'autre fille d'Abou-Talib, Djomanah, eut pour époux 
Abou-Sofiân, fils d'el-Harit, fils d'Abd el-Mottalib, et fut la 
première Hachémite qui donna des enfants à un homme de 
cette même famille. G est du moins ce que rapporte Zobeïr, 
fils de Bekkar, dans son livre intitulé : Généalogie el histoire 
des Koreïchites. Djomanah émigra et mourut à Médine, du 
vivant du Prophète. 

L'an 36 de l'hégire, Ali se rendit à Basrah. La bataille du 
Chameau eut lieu le jeudi, dix de djomada I de la même 
année. Treize mille soldats de Basiah et autres périrent dans 
cette journée: Ali perdit cinq mille des siens. Mais on est 



CHAPITRE LXXVIII. 293 

o^i iL^Jr v^ v^^^' e>-« S^i S^rj ^' ^^ ^'^^ f^j^3 

A_jt_j>j (^.T->^ ^^ '^Jiy-^**-^^ "^^^^5 J-^-^ *-*»*^ J>^ '> Àxi^ 

5w>il>g^ V. {t ..w) ^.Mt^^ <\À«iW (Jftj'^-I)^ (J^^ J'"5^' "-^^ ^J (^■» '> 

iii.Ji /jv-jj j - fl -^'ii iijjJiî (_^ J>i».:> yl (:J^J_j liiJi ^j_j f»l»i 

A_À.*« fjy.j'^'K^j c;a.aw 5wdS!LJi J^ij vii-'i (jvjj U»^ ».*ik* iii^Xoj 

^ loin de s'accorder sur les pertes des deux armées. Les uns 
les diminuent, les autres les exagèrent; les premiers les 
portent à sept mille hommes, les seconds à dix mille, se- 
lon l'inclinafion et la préférence cju'ils ont pour l'un ou 
[)0ur l'autre parti II n'y eut qu'une seule bataille et en un 
seul jour. Entre l'avènement d'Ali et cette bataille, on 
conipte un intervalle de cinq mois et vingt et un jours; entre 
cette bataille et le commencement de l'hégire, trente- 
cinq ans, cinq mois et dix jours. Ali entra dans Koufah 
un mois après la bataille, c'est-à-dire, trente-cinq ans, 
six n)ois et dix jours , à dater de l'hégire. Six mois et 
treize jours s'écoulèrent entre l'arrivée d'Ali à Koufah et 
la bataille de Sillin, dans laquelle il combattit Moàwiab. 
La bataille de .Siilin fut donc livrée trente-six ans et treize 
jours après l'hégire. Soixante et dix mille hommt s y perdi- 
rent lu vie, à savoir : fiuaranle-cinq mille de l'armée de 
Syrie et vingt -cinf| mille de l'armée d'Irak. Les deux 



294 LES PRAIRIES D'OR. 

(jlj tfwSS (j-« l»! cjljJii IJsJCî y-» >jO l^çvj ij^ÀAwj^^^rfi »X3 U 

armées campèrent cent dix jours à Siffîn. Vingt -cinq des 
Compagnons du Prophète, qui suivaient le parti d'Ali 
y furent tués, notamment Ammar, 111s de Yaçir Abou'l- 
Yakzân, surnommé Ibn-Someyiah ; il' était âgé de quatre- 
vingt-treize ans. Le nombre des conibats livrés entre 
l'armée d'Irak et celle de Syrie, à Siffîn , s'élève à quatre- 
vingt-dix. L'an trente-huit de l'hégire, eut lieu l'entrevue 
des deux arhiires, Amr, fds d'el-Assi, et Abou Mouça el- 
Achâri, à Balka, ville du territoire de Damas, ou, selon 
d'autres, à Dawmal el-Djan;!al, bourgade située à environ 
dix milles de Damas. On connaît les résultats de celte con- 
férence. Nous en toucherons quelques mots dans la suite de 
ce récit, quoique nous en ayons déjà présenté les détails 
dans nos ouvrages précédents. La même année, lesKharidj- 
ites ou hérétiques se révoltèrent et se déclarèrent indépen- 
dants. Dans les rangs de l'armée d'Ali, à Siffîn. se trou- 



CHAPITRE LXXVIII. 295 

(•"^^-J yl%v>« /^ LyJJLl >XaxÎ ^L^^ kiUi <XX) *)s?Vr? ^'^^ J^ 
A.V'iM.^ /jj *X_:^^ (^^*><Jï». J^^xaw ^'^ /jj^Li L>o_j CAjli /jj! 



valent quatre -vingt sept Compagnons du Prophète qui 
avaient combattu à Bedr, savoir : dix-sept Mohadjirs et 
soixante et dix Ansars. On comptait aussi dans son armée 
neui cents Mohadjirs ou Ansars, qui avaient j)ris part à l'é- 
lection sous l'arbre, c'est-à-dire à l'élection de plein gré; en 
tout, deux mille huit cents Compagnons du Prophète. 

En la même année, Ali combattit les Kharidjitesà Nehre- 
wân. Un certain nombre des partisans d'Otmân , voulant s'af- 
franchir de toute autorité, avaient refusé le serment à Ali. 
Parmi ces derniers se trouvaient Saad, lils d'Abou Wakkas; 
Abd Allah, fils d'Omar; Yézid et Haddjadj, qui se pronon- 
cèrent plus tard en faveur d'yVhd el-Mélik, fils de Merwân; 
Kodamah, fils de Mazhoûn, Ohbân, fils de iJaïli; Ahd Allah, 
fils de Sellam, et Mogaïrah, lils de Chôbah le Takifite. Au 
nombie des Ansars dissidents, on remarquait Kaal), fils de 
Malik, et llarâu, fils de fabit, tous les deux poètes; Abou 
Saïd el-Kbodri; Mohammed, fils de Maslamah, allié des 



296 LES PRAIRIES D'OR. 

^.\ A^;M| wA-iiuj ^wj -^WxiJi s^ /\^«>o IaaîîJ^ m^"*^ j^^-j^ 
iLàjJiî cAjl^ jUa^i^i (j^ Uûj-A^j iLijJiL» <^ iixAj ci».i»ajl_j 

^Ij mUvx) ^X^lc I^aA^ ^\^ ^/wXii ^j*U]i j.SlSo (JV.»- ^^_^^iiî 



Benou Abcl el- Achhal; Yézid, fils de Tabit; Rafi, fils de 
Khadidj; Nomân, fils de Béchir; Foudalah , fils d'Obeïd; 
Kaab, fils d'Adjrah; iMaslaniah, fils de Khalid, et uae foule 
d'autres Ausars, d'Omeyades, etc. qui restaient attachés au 
parti d'Otmân. La confiscation ordonnée par Ali des do- 
maines qu'Otmân avait accordés à un grand nombre d'entre 
eux; le partage intégral des revenus du trésor, sans aucun 
privilège; enfin l'envoi de la chemise ensanglantée d'Ot- 
mân , que Oumm-Habibah, fille d'Abou Sofiàn, fit remettre 
à Moâwiah, son frère, par Nomân, fils de Béchir el Ansari: 
tous ces griefs excitèrent leur ressentiment contre Ali. 

L'autorité d'Ali fut reconnue à Koufah et dans d'autres 
villes; mais Koufah la reconnut d'abord, grâce à l'influence 
d'Abou Mouça el-Achâri, qui, bien que nommé gouverneur 
de cette ville par Otmân , sut attirer la foule dans le parti d'Ali. 
Plusieurs Omeyades dissidents, tels que Saïd, fils d'el-Assi, 
Merwàn, fils d'el-Hal<em, et Walid, fils d'Okbah, fils d'A- 



CHAPITRE LXXVIII. 297 

jj-fr v_à)w:^0 ^ b! »XaJjJI a] Jlï^j J^_^ c^bà». A^AJ_5 aJ^jo 

j\fy iOva». ^_^wLjj-*i)^ i^-M» (ji <— AXjCJiJ bl Ul ^^j ^-^ï UrvJ 
c^JjCJii «Xaji^ U5 »XjJ^i Jljjj Ij^AJ U^Xj ^Ixli /vj ^axm» 

(^ y^— »- tj! (^v^r (jr> ^P v-*AJ^ ^l^pi «Xï^ sbî X<wO 

(jV>i_*^î j.m\ b «_,vO Jljii iùjjUvxJi ^j^ (iJtJ"^' "^ ^^* '>*' 

bou Moait, se rendirent auprès d'Ali et eurent avec lui une 
lonf,'iie conférence. Walid lui dit : « Ce n'est pas un senti- 
ment de hairje qui nous porte à protester contre la nonii- 
nalion; mais nous redoutons l'opinion et nous craignons 
pour nos jours. Notre excuse est donc manifeste. En ce qui 
me louche personnellement, tu as fait périr mon {lère par 
la main tin bourreau, et lu m'as infligé une peine infa- 
mante. » Saïd, fils d'el-Assi, entra, à son tour, dans de lou- 
gues explications; puis Walid repril la parole et ajouta : 
« Quant à Saïd , tu as tué son père et déshonoré sa denieure. 
Pour Merwàn , tu as outragé son père, et tu as blàmé Otmàn 
de s'attacher au même Mer an. » 

D'après ce qu'Abou Mikhnef Lout, fils de Yahia, a ra- 
conté, Hnrân, fils de Tabil, kaab, (ils de Malik, et Nomàn, 
fils deBéchir, ce dernier, avant d'avoir été chargé de la che- 
mise ensanglantée d'Otmàn, allèrent trouver Ali, avec quel- 
ques autres partisans d'Otmàn. Kaab lui adressa un long 
discours, dans lequel se trouvait cette phrase : « Celui à «jui 
on pardonne n'est plus coupable , et la meilleure expiation 



298 LES PRAiRlKS D'OIV 

0;_rf?l ^J^L*Ji ^J.i jfjS (j\^ *X3^ Ua:?: U^i ^r* jj^^ 5>l^ 

ii_j_5L«-« (j! t^JO <_^ ii.x^-j tJ-* U^ ^^ yl<vft^^i aj J^AOj'i 

est une excuse qui efface la faute. » Puis il prêta serment à 
Ali, lui et tous ceux qui l'avaient accompagné. 

Amr, fils d'el-Assi, s'était détaché du parti d'Olniân, de- 
puis que ce khalife, lui retirant sa faveur, l'avait remplacé 
dans le gouvernement de l'Egypte. Amr était en Syrie, lors- 
qu'il apprit le meurtre du khalife et la nomination d'Ali. 
Cependant il écrivit à Moâwiah pour exciter son ressentiment 
et le pousser à venger le sang d'Otmân. « Que pourras-tu 
faire, lui écrivait-il, lorsque tu auras été dépouillé de tout 
ce que tu possèdes? C'est maintenant qu'il faut agir. » Moâ- 
wiah l'appela auprès de lui et lui demanda sa voix. Amr lui 
dit : « Je ne te sacrifierai ma religion que si je partage avec 
toi les biens de ce monde. — Parle, dit Moâwiah. — L'E- 
gypte, reprit Amr, est le morceau que je convoite. « Moâ- 
wiah consentit k sa demande, et lui conféra, par écrit, le 
gouvernement de cette province. Voici deux vers d'Amr qui 
se rapportent à celte circonstance : 

Moâwiah, je ne te sacrifie ma foi religieuse que pour obtenir de toi 
tes biens de ce monde. Pense à ce que tu dois faire. 



CHAPITRE LXXVIII. 299 

-^i oUàil jji_5 Js^ i Iv *j j,ysr' -jj^Ji 4^iyi ^ji^ ii.s^AaÀJij 

(j-« ^LJi 0/*i^ tJ^- (*^^^ u' t^iy ^'j t^L^ -îOUJixj 

Si tu me donnes l'Egypte , tu conclus un marché avantageux , car tu 
achètes un cheïkh qui peut aussi bien nuire que servir. 

Mogaïrah, fils de Chôbah, se rendit chez Ali et lui dit : 
• Tu as le droit d'attendre de nioi de l'obéissance et des con- 
seils. Sois prudent aujourd'hui, afin d'être maître de la si- 
tuation demain; au contraire, une faute commise aujour- 
d'hui entraînerait ta perte demain. Laisse Moâwiali et le 
fils d'Aniir à leurs postes et maintiens tous les agents dans 
leurs fonctions. Quand tu auras reçu leur serment d'obéis- 
sance et celui de l'armée, tu pourras les révoquer ou les 
conserver. — J'y réflécbirai, » dit Ali. Mogaïrah sortit; il 
revint le lendemain et lui dit : « Au conseil (jue je le don- 
nais hier, j'en opposerai un second. La prudence exige que 
tu les destitues; lu connaîtras ainsi Tobéissance des uns, 
l'insubordination desautics, et lu anérinir.is Ion autorité. » 
Puis il sortit et rencontra Ibn Abbas qui entrait. Ce dernier, 
en abordant le khalife, lui dit: «Je viens de rencontrer 
Mogaïrah sortant de rhez toi. Quel était le but de sa visile?» 



300 LES PRAIRIES D'OR. 

tXJL» f»_j-JS-^t Lwij ^j:aQ.j Jot» ^_j*ik^i Ui JUi *ji_j ^"^ O'^'^' 

3! J.-S-j.Jl JOCJ9 (JVi^ ^^ yt t^iyi Jtj^^ijJi U Jii ^^S. 

ylj liLA-X.* viijy (3"^j.j liJjli Jsà^*XXi iiJlx) jjUi (iUi J^AAi 

^^j^i Ulî dJvAS- »Xj^ ^ dJvS'î li 5wlaA£l^ i<ivjU (-Jyx]] C>.j\^ 

AH lui avoua qu'il lui avait donné tel conseil la veille, et tel 
autre aujourd'hui. «Hier, reprit Ibn Abbas, il t'a vraiment 
donné un conseil, mais aujourd'hui il t'a trompé. » Et, Ali 
lui demandant son avis, il ajouta : «Tu aurais sagement 
fait de t'éloigner, le jour du meurtre de cet homme (Ot- 
mân), ou un peu auparavant; de retouiner à la Mecque; de 
t'enfermer chez toi et de condamner ta porle. Si les Arabes 
s'étaient déclarés pour toi, ils se seraient mis à ta recherche 
et ne t'auraient point opposé un rival. Tandis qu'à présent 
les fils d'Omeyah mettront tout en œuvre pour entraver ton 
autorité et te rendre impopulaire. » Mogaïrah (racontant 
son entrevue avec Ali) disait : « Je lui ai d'abord donné un 
avis salutaire, et, voyant qu'il le repoussait, je l'ai trompé. » 
D'après une autre version, il aurait dit : « Par Dieu , je ne 
l'ai pas conseillé jusqu'à ce jour, et je ne le conseillerai 
point désormais. » 

Dans une relation différente, j'ai trouvé les faits racontés 
ainsi qu'il suit par Ibn Abbas lui-même :« Cinq jours après 
la mort d'Otmân , j'arrivai à la Mecque et je nio présentai 



CHAPITIΠLXXVIll 301 

c>-^(>.J> i^^ Jl«_5 ^^ l^**i i>^;-^*U ^r^ "Ji^Uw c^WL < - wA^ 

aX.aj> *-^l ^fc^-*-j ^ij (j^* f»*^^ ^j"4K? ^j^j-^ ^5 |^*N? 

chez Ali. On me répondit que Mogaïrah, fils de Chôbah, 
était avec lui, et je m'assis un moment au seuil de sa de- 
meure. Bientôt Mogaïrah sortit, me salua et me demanda 
dejuiis quand j'étais arrivé. «J'arrive à l'instant,» lui ré- 
poiidis-je; puis j'entrai chez Ali et le saluai. Il me dit : « Où 
as-tu rencontré Zoheir et Talhah? — A ^awaçif. — Qui 
était avec eux? — Ahou Said, fds d'el Harit, fils de Hi- 
chaui, et quelques Koreïchites. » Ali reprit : «Ils n'auront 
pas l'audace de demander vengeance du meurtre d'Ot- 
mân, car Dieu sait qu'ils sont les auteurs de sa mort.» 
J'interrogeai Ali sur Mogaïrah et sur la conversation par 
liculière qu'il avait eue avec lui. Ali me répondit : «Mo- 
gaïrah est venu chez moi, deux jours après le meurlre d'Ot- 
màn et m'a demandé un entretien secret. Je le lui accordai 
et il me dit : « Les conseils ne coûtent pas cher. Tu es ce qui 
nous reste de plus piécieux, et je dois te donner un avis 
utile. Crois moi, ne révoque pas cette année les agents 
nommés par Otniàn; au contraire, maintiens-les, par dé- 
crets, dans les Inuclions qu'jls exercent. Quand ils t'auront 




LES PRAIRIES D'OR. 

Job ^IaXc AjjLwi U Jj! US #i (_:*AJi3 (j«U* ^jjI Jlï ii>w.Ji 



prêté serment, quand tout danger sera écarté, tu pourras 
à ton gré les révoquer ou les conserver. — Non, lui répon- 
dis-je, je ne faillirai pas à ma religion, et aucun de mes 
actes ne sera entaché d'hypocrisie. — Puisque tu n'y con- 
sens point, destitue qui bon le semblera, à l'exception de 
Moâwiah. C'est un homme audacieux et très-influent en 
Syrie. Tu as d'ailleurs un motif plausible pour le maintenir, 
puisque Omar lui avait contié le gouvernement de la Syrie 
lout entière. — Non certainement, m'écriai-je, jamais je 
n'emploierai Moâwiah, ne fût-ce que deux jouis. » A la 
suite de cet entretien, Mogaïrah prit congé de moi. Il re- 
vint plus tard et me dit : « Hier, je t'ai dit mon avis, tu l'as 
rejeté; j'ai réfléchi depuis à cette affaire, et je te donne 
raison. Tu ne peux pas avoir recours à la ruse, et la dissi- 
mulation doit être bannie de les projets. » Ibn Abbas ajou- 
tait : «Je dis alors au khalife : Le premier avis était celui 
d'un sage conseiller, le second celui d'un traître. Je t'engage 
à conserver Moâwiah. Lorsqu'il t'aura prêté serment, je 



CHAPITRE LXXVIII. 303 

AjJact ^ aMI^ ^\x» i\jX^ jj^ Wil ^i Juti jixjL jjU aj^U^ 

*^i J>-^ outçvM Ul cljâï J.S-J c:a->1 (jv,L-«^i ^^.*^i L» c^Aib 
^^ÛxLl (JJ aW!^ Ul o-Ui Jlj Jlï A**Xifc V^^^ "-^y^î! A-*^ 

P w 

me charge de l'enlever de chez lui. — Non, répondit Ali, 
entre lui et moi, il n'y aura que le sabre;» et il ajouta 
cette sentence en vers : 

a Que m'importe le trépas, si je succombe sans honte, lorsque la mort 
viendra fondre sur moi! » 

Je repris : « Émir des Croyants, tu es un homme intré- 
pide; mais n'as-tu pas entendu dire au Prophète f[ue la 
guerre c'est la ruse? — C'est vrai, me dit Ali. — Kh bien, 
continuai-je, si tu suis mon conseil, je saurai les éloigner do 
la citerne, après leur en avoir montré le chemin (proverbe). 
Je leur montrerai l'envers de la situation , sans qu'ils en 
connaissent la véritable face; et cela, sans détriment pour 
toi, sans tache à ton honneur. — Fils d'Abbas, me répon- 
dit Ali, je ne veux pas être l'instrument de tes volontés ni 
de celles de Moâwiah, en adoptant le plan que ta prudence 
me suggère. Je te désobéis; mais tu dois m'obéir. — J'o- 
béirai, lui dis-jr, rien ne m'est plus facile que de te prouver 
ma soumission. - 



^304 LES PRAIRIES D'OR. 

t->>,j-!^ CJ^ -V^ IJ^ U3 a*«Xj_5 tK-«'4^ r»>r> (J.^^W^^i^^ 

L<y_3l l_«u>^ïlj -LaS^JI ^\ ij-^^aLUiJ] ij^-^j^ ^^-^ Wy^ J^* 

^i «>^x£ ^1^ *Xi^ iiXjf ^Ui^jle c:Ajl^»XJj_j »S^ j^ yJtXAoib .^ 
<X_i».î (^jv-i*- L.g-À.-« t_>j.i£û »j.AiaAJi ^^ (j^* Jv^lfi^^l^s: ^jI 

^lCo jjli ii^^ ^ L^*!? J^^ U^* Jw«^ (:j-*>^' (j* Gy^^s 
CHAPITRE LXXIX. 

RÉCIT DE LA JOURNEE DU CHAMEAU; SES CAUSES; COMBATS LIVRES 
PENDANT CETTE JOURNEE, ETC. 

Talhah et Zobeïr arrivèrent à la Mecque, après avoir 
obtenu d'Ali la permission de visiter les lieux saints. « Votre 
intention , leur avait dit Ali , est sans doute de vous rendre à 
Basrah ou en Syrie. » Mais ils affirmèi-ent par serment que 
la Mecque était le seul but de leur voyage. Aïchah s'y trou- 
vait alors. Abd-Aliah, fils d'Amir, gouverneur de Basrah 
sous Otmàn, s'enfuit de cette ville, dès que Haritah, fils de 
Kodamah es-Saadi, vint y réclamer le serment de fidélité en 
faveur d'Ali, et Otmân, fils de Honaïf el-Ansari, y prélever 
l'impôt au nom du nouveau khalife. D'autre part, Yàla, fils 
de Mounyah, auquel Otmàn avait donné le gouvernement 
du Yémen , abandonna son poste et vint à la Mecque, où 



CHAPITRE LXXI.X. 305 

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ii-oijj U*.^>w*v_5 lfi|^^ /^•^ v-J«Jî '*y^-««*^j' j^j^îj i^^ivlsj iùiolft 
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\ù\Ji> /4wl U iLiMioLp (^ULi (~>*5tJi (^ ^Oi^j^S^ ujt^^jù (-;^X.J 

il rencontra Aïchah , Talhah, Zobeïr, Merwân , fils d'el- 
Hakenî , et d'autres Onicyadcs. Yàla , impatient de venger 
le meurtre d'Otmân, partagea quatre cent mille dirhems, 
des provisions et des armes, entre Talhah, Zobeïr et Aï- 
chah , et envoya à celle-ci un chameau nommé Asker, 
qu'il avait payé deux cents dinars dans le Yénien. Ils vou- 
laient se londre en Syrie, mais Ibn Amir combattit cette 
résolution. « Moâwiah, leur dit-il , ne voudi'a pas reconnaître 
votre autorité, ni agir de concert avec vous. Or, Hasrah 
esta moi; c'est là que vous trouverez les ressources et le 
matériel nécessaires. « Munis, par ses soins, d'un million de 
dirhems, de cent chameaux et de provisions, les conjurés 
partirent pour Basrah avec six cents cavaliers. Ils s'arrê- 
tèrent, de nuit, près d'un |)uits nommé cl-llinob (le crime), 
apj)ailenant aux lienon Kilal». (hielques homnies de cette 
tribu y campai<'nt, cl leurs chiens se mirent à aboyer, à 
raj)pro( ho des cavaliers. Aïchah dciDonda le nnm de ce 
lieu. — «Kl-llawh,» lui dit l'.Arabe (|ni abreuvait son cha- 
1 \ . u o 



306 LES PKAIHIES D'OR. 

ia-Lt »XaJ^ lj^ i»Xtf) U AMbj^_^il JUijJV«m ,i (i Ars-ls». 

ÀML> L-fw-slj IgJUÀi (j**UJi iiiU« li ii^lb yW^ Aj dL^i». i L<?vi 
(jj-tf ^-=*j ;j^-«*-è^ ^y*-« ^^-^^ V^^-l? u*'^-^ "^^ y' <i^ 

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âjw-Awl; v_X*iAi»- ^-^ (jV,«V-& l_j-JC-AJ (il^Ml (JÀJO »i yl^ Lt>J t^ 

et 

meau. Aussitôt elle revint et fit part à ses compagnons de 
ce qu'elle venait d'apprendre, en ajoutant : « Ranienez-nioi 
sur le territoire sacré de l'apôtre de Dieu; je ne liens plus 
à poursuivre ma route. » Zobeïr affirma par serment que ce 
lieu ne se nommait pas el-Hawb, et qu'elle avait été mal 
renseignée. Talhah, qui se trouvait à l'abreuvoir, revint en 
ce moment, jura aussi par le nom du Dieu suprême que ce 
n'était pas el-Hawb, et fit jurer avec iui cinquante hommes 
qui l'accompagnaient. Ce fut la première fois que des n)usul- 
mans prêtèrent un faux serment. Quand la troupe arriva 
devant Basrah, Otmân, fils de Honaïf, marcha à sa ren- 
contre pour lui barrer le passage. On en vint aux mains; 
puis une trêve lut conclue jusqu'à l'arrivée d'Ali. Cepen- 
dant, quelcjue temps après, Olmàn fut attaqué, pendant 
la nuit, et fait prisonnier. On le frappa et on lui arracha la 
barbe. Mais ses ennemis, craignant d'attirer sur leurs par- 
tisans de A'iédine la colère de Sehl , (ils de Honaïf", Irère 
d'Otuiàn, et celle des autres Ansars, lui rendirent la liberté. 



CHAPITRE LXXIX. 307 

a)»^V-^ (^ (<V-X>. '^^^ ^J-'^i '-^ -tsX^^i j J^AÏ (j-« Jjl 
L-^sLkJj ^^J^^ '^^''^ U**"^' tXxc c:*i,iUu (j.* y\s^ ^^O^axjI 

AjUouéam i «iiJs wA* Ju^3 vXi^ j.^^i ^<*J;i «■^'"^J x^j*xii (jw« t^ 

Us voulurent, après cela, s'emparer du trésor public. Le tré- 
sorier et les Sabiheh qui étaient préposés à la garde du nu- 
méraire essayèrent de résister. Sans compter les blessés, sur 
soixante et dix honmies qui périrent dans colle allaire, cin- 
quante furent décapités par le bourreau, après avoir été je- 
tés en prison. Ce sont les premiers musulmans qui furent mis 
à mort injustement et par la main du bourreau. Ilakim , fils 
de Déjéblah el-Abdi, l'un des chefs des Abd ei-kaïs, cité 
dans la Iribn de Hébyah pour sa dévotion et son austérité, 
fut aussi une de leuis victimes. Le droit de réciler la prière 
publique divisa Talhah et Zobeir. Après un long débat, ils 
consentirent à une transaction et convinrent que la prière 
sérail dite un jour par Abd Allah, fils de Zobeir, cl le jour 
suivant, par Mohammed, iils de Talhah. 

(^)iiatre mois s'étaient écoulés (mais on n'est pas d'accord 
sur ce laps de temps) , lorsque Ali sortit de Médin»; avec sept 
cents cavaliers, dont quaire cents Moh.tdjirs et Ansars, parn)i 
lesquels on remarquait soixante et dix vétérans de Bedr; 
le restp se composait de Compagnons du Prophète. Apres 



308 LES PRAIRIES D'OR. 

Oj-j»^jl; |i^^i;i (^fi y^ «>^^ AjL=ûp|^ iia^vJo Aj'ljj «iU^ (>:?>i3 

kiUi ^^^ iCiXi ^ Wi Jlï^ ^^^jji jo..ftiaÂi» (j*.liJi ^jjUiù*«^ 

A.JC<o (>-.<^i (^ )^^ ci^Uib^ u:>U^ Uaj liXj ^i^ t^jLs ljL«^ 

avoir laissé le gouvernement de Médine à Sehl, fils de Ho- 
naïf el-Ansarî, Ali se rendit à Rabadah , entre la Mecque et 
Koufah, sur la grande route des caravanes. Mais Talhah et 
les siens s'étant dérobés à sa poursuite, il se détourna de son 
chemin, afin de suivre leurs traces en Irak. Plusieurs auxi- 
liaires médinois vinrent le rejoindre en route, entre autres 
Khozaïmah, filsdeTabil, surnommé Doa l-clièhadeteïn , avec 
six cents cavaliers des Benou Tayi. De Rabadah, Ali écrivit 
à Abou Mouça el-Achàri pour le presser d'enrôler les re- 
crues; mais celui-ci , sous prétexte de ne pas fomenter la dis- 
corde, différa leur départ. Ali, informé de cette manœuvre, 
donna le gouvernement de Koufah à Kortah, fils de Kaab 
ei-Ansari, et envoya le message suivant à Abou Moura el- 
Achâri : «Fils du tisserand, je te t basse honteusement et 
avec opprobre de mes Etats, (le n'est pas la première fois 
que j'ai à me plaindre de toi, et tu m'as déjà donné de 
nombreux motifs de mécontentement. » Puis il poursuivit 
sa route avec les siens jusqu'à Dou-Kar, d'où il dépêcha 
son fils llaçan et Ammar bon Yarir, avec ordre de prendre 



CHAPITRE LXXIX. 309 

(j-i ^-^ iLJyJîi J^l (j^ >-«y*-^î ^4^ ijU-i (j*UJi (j!yUA*xo 
/»-(} Àj; ^X.s>-j y^_A.iM)^ x-jL(w-^j cj'^^ ^^>^ J^j O'^i io*A.w 
ill i_^i9 -P*x-cibj -jJlII Ju»<t;j ày^Jl Jî <^ ^^^\i ym,':i\ 

L,J,A-Lfc t-.J^.yl r»^^' (J^^??y '•^'^ 'N?!; -î^*-* ^■iS»* *XXjÙ^ (J^AJ 

I j>aû ij^ <^jJjti ^%*J\j Js»*^^ i (:j:?^*>^ s^juaJt^ ^jblwJl 

du renfort à Koufah. En efTet, ils lui amenèrent sept mille 
hommes, d'autres disent six mille cinq cent soixante, au 
nombre desquels était el-Acbter. Ali se remit en marche, 
et en arrivant àBasrah, il adressa aux rebelles une procla- 
mation pour les conjurer de déposer les armes. Mais ils 
persistèrent dans leur révolte. 

Le récit suivant, (|ui a pour auteur Moundir, Dis de 
Djaroud, a été transmis par Abou Kbalil'ah FadI, fils d'el- 
Houbab el-Djambi, d'après Ibn Aichah, d'après Maan, fils 
delça; ce dernier le tenait de Moundir lui-mén)e. « Lorsque 
Ali arriva à Basrali , par la roule de TalT, et se dirigea vers le 
faubourg Zaivieli,je sortis pour le voir passer. Lu escadron 
de mille honmies marchait en tète, conduit par un chef 
monté sur un cheval gris, coillé d'un bonnet de forme co- 
nique, vêtu de blanc, l'épée au côté et uu étendard à la 
main. Ses soldats étaient coiffés de bonnets pour la plupart 
blancs ou jaunes; ils étaient bardés de fer et bien armés. 
Je demandai quel était ce chef; on me répondit : « C'est 
Abou Eyoub el-Ansari, le Compagnon de l'apôlre de Dieu, 



310 LES PRAIRIES D'OR. 

A. xAjks M\ J^— *«; t^_c*.U» f^j\jvsj!:!)\ t_>^-jl y-)\ \iSJ> J'^KXi 

•^K— À_A3 Àxl^ ifJtXs. jJa-.\ (J*^^ *^' {*■•' /^jHS^J^^-^^-^î ^^^^ 

ijMw_3 (^ "^^l) ^^-X.^ L-Mift-J» (,^/i^ÀJiL« VAA.MI «XAÀa.^ O^"^ VVV% 
/o Rj^ys^ l«X^ cKoià itX-tû ^j^ c:-\.AAà (j^^li v,-*j1 ^^ ^ jji*vi\ 

(if* 0*î^^ v-ji-îi 3.^ (i \-Miy-À fc-A—X-ÀJCr* Iàami -XAJCO» (jàAjî VaS 
iL^LS'^ C^sAj oIaI» iijJ^ (_^<vwi (jMiJ (2^ >^' U^^ ^^ y^ fi"^ 

suivi d'Ansars et d'autres guerriers. » Derrière lui s'avançait 
un cavalier coiffe d'un turban jaune, vêtu de blanc, l'épée 
au côté, l'arc en bandoulière et un drapeau à la main. 
Il montait un cheval bai clair et conduisait environ mille 
cavaliers. J'appris que c'était Rbozaïmah , iils de Tabit el- 
Ansari, surnommé Doul-chèhadetein. Après lui venait un 
cavalier monté sur un cheval bai brun. Son turban jaune 
s'enroulait autour d'un bonnet blanc de forme conique; il 
avait une tunique blanche, l'épée au côté, l'arc sur les 
épjiules et tenait un drapeau; un millier de cavaliers mar- 
chaient sous ses ordres. Je voulus savoir qui il était. On me 
nomma Abou Kafadah, iils de Réby. A sa suite venait un 
cavalier monté sur un cheval i;ris; il était vêtu de blanc; les 
bouts de son turban noir flottaient sur sa poitrine et der- 
rière ses épaules. Son visage, fortement basané, avait une 
expression grave et majestueuse; il récitait des passages du 
Koran ;! haute voix, riait armé d'un sabre et d'un arc el le- 



CIIAPITHE LXXIX. 311 

^ i_j_:àOi y\ C_>L«sU iyiSjl *X3 ii^ (J^^ 4H^ XaCyiKvO 

xjI-^'jI ij~* a<Xc ij ww(L> (jt> j*^ J^ ikXiû ^jM» cxlï A^g^Us.- 
u*^ t^ ur;'^ *-^.^>— * ^■•' ,»-fiSUj|j jLajiiî^ (jyj^.s..\4l.i (^ 

(_aXàjù« -«^iwJUi» iLolS:^ f^UiXo ïkAUfcÀAi^ O^'*-:' V^'^ ^•^ vJi^i 

(j^LàJI ^m o«-Ji i (_yj^^ !i':iK-£^j Wj^ Ijua-4»( .xXicco Lw^ 

•*-):>^— «*( iL^ljf^ (jÀA-j <-f^j AA^ xiLo ^j-w*;»-î Uj!^ U Jjt^ii 

liait un drapeau blanc. Ses soldats, au nombre de mille, se 
distinguaient par les formes variées de leurs coilTures. Au- 
tour de lui se pressaient dos vieillards, des hommes et des 
jeunes gens à l'air craintif, comme s'ils eussent comparu au 
jugement dernier. On m'apprit que ce général était Am- 
n)ar, fds do Yaçir, au milieu des Compagnons du Prophète, 
MolKidjirs ou Ansars, et de leurs (ils. Après lui, sur un che- 
val bai clair, s'avançait vêtu de blanc, coiflé d'un bonnet 
blanc et d'un turban jaune, armé d'un arc et d'un sabre, 
un cavalier dont les jambes traînaient jusqu'à terre. Il te- 
nait un drapeau jaune et commandait à environ mille 
hommes ( oilïés de blanc ou de jaune. On me dit : • Voilà 
«Saad, lils d'ibadeb el-Ausaii, au milieu des Ansars. de 
« leurs fils et des cavaliers de Kahtân. » Puis nous viuuîs s'a- 
vancer un homiiK! monté sur un cheval d'une beauté mer- 
veilleuse, dont la (jU(;ue cl la crinière étaient blanches. C<' 
général portait des vêlements blancs et un turban noir, qui 



312 LES PRAIRIES D'OR. 

l^j-À^Oi^ JSJ«xJ.i_5 ^^L-Ji *.^aXc (j«UJî (J-. ^3.Xiw Aa* V*^^>^ 

flottait sur sa poitrine et ses épaules; il tenait un étendard. 
C'était Abd Allah, fils d'Abbas, avec sa troupe, composé de 
ses propres compagnons et de ceux du Prophète. Uescadron 
qui venait à sa suite était commandé par un chef dont l'exté- 
rieur était semblalile à celui des premiers. On me dit : « C'est 
Obeïd Allah , fils d'Abbas. » Il était suivi d'une troupe de cava- 
liers , ayant à leur tête un chef qui ne différait pas des précé- 
dents, et que fon me dit être Kotam ou Mâbad, fils d'Abbas. 
Les corps de cavalerie se succédèrent ainsi, enseignes dé- 
ployées, au milieu d'une forêt de lances, jusqu'à ce que nous 
vîmes passer une troupe de cavaliers bien armés et bardés de 
fer. Leurs drapeaux, de diverses couleurs, étaient précédés 
d'un drapeau plus haut que les autres, au devant duquel s'a- 
vançait un cavalier dont les membres semblaient avoir été 
brisés et rajustés, » Ibn Aïchah ajoute : « On s'exprime ainsi 
pour désigner un homme qui a des bras musculeux et tient 
les yeux habituellement baissés. Les Arabes .lorsqu'ils veulent 
parler de quelqu'un dont les membres ont étébrisés et rajustés 



CHAPITHE LXXIX. 313 

^y** J* - C_>1^ 5jL«*j l^^i *^r*^^ LiV***"*" V^ *^VS-f (:>*J ^*^^ 
l«X_JÛ tl-AJ *i)^_iû (^^ oAjii LjyAi^ «_»Li <50*Xj ClJ^^J ''^^_^' 

>iL_«Ni;^ ''^— v*-^ {j^ (j^-— *=i^ (j-***^ jj^*^^ «-JUo ji (^^ 4^ 
^U*il *^^^ /c fl ÀC JUj 4M| ^^^ /Ail* ^ yto^ CJ-* (^^r^J 

disent aussi : c'est comme si un oiseau s'était posé sur sa 
léle. » Il avait à sa droite et à sa gauclie deux jeunes gens 
d'une figure charmante; un beau jeune homme le précé- 
dait. Je demandai leur nom. On me répondit : « C'est Ali, 
« fils d'Abou Talib; à ses côtés sont ses deux fils Ilaçan et 
« Huçeïn ; celui qui le précède portant le grand étendard 
«est Mohammed, fils de la Hanéfite, et derrière lui vient 
-. Abd-Allah, fils de Djàiar, fils d'Abou Talib. Voici les fils 
« d'Okaïl et d'autres guerriers de la lainille de Hachém. Les 
« vieillards cjue vous voyez là sont les Mohadjirsetles Ansais 
« qui ont comballu à Bedi'. » 

Ali s'arrêta dans le l.iubourg de Zawieh , fit une prière 
de quatre rikàl, courba son (Vont dans la poussière, (|u'il ar- 
rosa de ses larmes, el, levant les mains au ciel, il s'écria : 
'< O Dieu , mailre des cicux cl de ce (|trils ombragent, maître 
de la terre et de ce qu'elle soutient, seigneur <\u trône 
élevé, je te prie de me rendre favorable celt»; ville de Bas- 
rah , et de délourner de moi ses maléfices. O toi qui ac- 



314 LES PRAIRIES D'OR. 

*i)pj& fj\ A»4_MÎ (^j^àI! jr^iw cjotj t^jM yi£^ \^i \x}y\ 

0-JLai.l /e.^i (S-Ji-f^ \ySj^ (^S'Wo \^^^ ^^ l_j.xj J^ï -yijl 

xjUff'l (j^ tK-i?-__>r> (0.4aJ5 e*^Ai tj^il ^1 l^li j^ulx) ^^Xi: 

^c si>\j ï !k c\i * «î_j i^'i — i i^-^i. (j^ Syxjksê' 

cordes la meilleure des demeures, protège mon séjour dans 
cette ville. Tu sais. Seigneur, qu'elle s'est révoltée contre 
moi, qu'elle a méconnu mon autorité et violé la foi jurée. 
Cependant, ô mon Dieu, épargne la vie des musulmans et 
suscite parmi eux celui qui invoquera ton nom pour em- 
pêcher l'effusion du sang!» Puis il fit demander aux ré- 
voltés pourquoi ils avaient pris les armes. Ils ne répondirent 
que par des cris de guerre. Alors il leur envoya un de ses 
compagnons nommé Moslim, qui vint les supplier au nom 
du Dieu très-haut, le Koran à la main. On le reçut à coups 
de flèches, et son cadavre fut apporté devant Ali. Sa mère 
prononça ces vers : 

Ô mon Dieu! Moslim s'est présenté devant eux sans crainte et lisant 
le livre divin. 

Mais ils ont teint leur barbe dans son sang, el sa mère était là qui les 
voyait! 

Ali lit ranger son armée en bataille, mais il défendil de 
«ommencer les hostilités, de tirer des flèches el d'attaquer 



CHAPITRE LXXIX. 315 

«X^ *U»- (^^S^ ^yi J^^Àxiaj ^^ u^**J A^^y*i3.J i)j fh-^gJ**^ 

/o._^r-WI ^^ JUij JOCÀJ /o-g-M*J j^j <Xi J«:=*^ ij-»»*Ail tj.4 -yj 
Jbj (jj\X»nJl ^JJJJ>*vl> ^jlS plï /oÔ r»yiJl <Ji lj^<X£Î *>x-g^l 

jj«xii i (♦OoUùfc |<Ui3 (^j\.*. («^-M r<\iA(aJÎ U (•yiiî I^jI 
c3_^^ <j^ 5:^y^ ti J>-^ c^ *-«*î»^^ oj'-iy*^ AxXAJifi *j^lj 

i^-JuWt XJji !_jAj«s.^^yuJi ^_jAr=»^ r.?**^^ ^y**J^\ <Xi t^,wi*iïl 

i aXJÎ Joli JUi yl<vc -Jv c^Xkii Jl c:Jlï (jv**>0- liU Jl 

^1 ^UJI l^î Jlï ^- ^^^ c-JlkJî^ jUJî p^iî ti.^ 



l'ennemi au sabre ou à la lance. Bientôt Abd-Allah, fils de 
Bodeïl , fds de Warkà el-Khozayi, revint de l'aile droite 
avec le cadavre de son frère; le corps d'un autre soldai 
percé d'un coup de flèche fut rapporté de l'aile gauche. Ali 
s'écria : « O Dieu, vous voyez qu'ils nous justifient ! » Am- 
mar, fils de Yarir, s'avança sur le front de bataille, et, s'a- 
dressant aux ennemis, leur dit : « Vous êt(s injustes envers 
votre Prophète, vous qui avez laissé vos femmes sous l'abri 
du harem et qui exposez son épouse aux atteintes du sabre. » 
\i\\ effet, Aichah, placée sur son chameau, se tenait dans 
une litière dont la charpente de bois était revêtue d'étoffes 
épaisses et do peaux de bœul; l'intérieur était lapissé de 
feutres, et une cotte de mailles en prolégcail l'extérieur. 
Ammar s'approcha d'Aïdiah et lui dit : « Que dcmaiules-tu .^ 
— Vengeance pour !e sang d'Olmàn ! » répondit-elle. Am- 
mar reprit : « iMandites sf)ient, en ce jour, la rébellion e( 
l»'s demandes injustes!" Puis, se tournant vers l'ennemi, 
il ajonf.T : "Solrbds, vous s;iv<v. où sont, parmi nous, les 



316 LES PlUmiES D'OR. 

j,_!h 11 Jov-«^ ^W""'' ^^^> J^^-*-^^ vii.À^_5 *ÎX\Ji .iUi 

fauteurs du meurtre d'Otmân. » Et, sans s'inquiéter des 
flèches qu'on tirait sur lui, il improvisa ces vers : 

De toi viennent les larmes et les gémissements ; tu as suscité la 
tourmente et la pluie. 

C'est toi qui as ordonné le meurtre de l'imam; et, à nos yeux, ordon- 
ner ce meurtre, c'est l'avoir commis. 

Comme une grêle de flèches pleuvait sur lui, il piqua les 
flancs de son cheval et s'éloigna. De retour auprès d'Ali, il 
lui dit : «Émir des croyants, qu'attends-tu encore? Contre 
ces gens-là la guerre est ton unique ressource. » Ali éleva la 
voix et harangua ses troupes en ces termes : « Quand vous 
les aurez vaincus, ne vous acharnez pas contre les blessés, 
ne massacrez pas les prisonniers, ne poursuivez pas les 
fugitifs et ceux qui tournent le dos, ne violez pas les 
lois de la pudeur, ne mutilez pas les cadavres, ne décou- 
vrez pas ce qui doit rester caché. Ne vous appropriez que ce 
que vous trouverez dans leur camp : leurs armes, leurs ba- 
gages , leurs esclaves et autres biens de ce genre; mais le reste 



CHAPITHE LXXIX. 317 

^■{f* ^^^ (Sy^ ^^ ^^ ^' «-^y^ j' 9-\^ j' ^!>^ tr* /iji^*-w* 

l» tiLJ^S't^j cxJLjLi .JLiolxJ jiJi J^AÀJ a.=*!5\a»» i l^Ui j-is^i 

est l'héritage de leurs proches, d'après le livre de Dieu. » 
Puis, montant sur la mule du Prophète, il s'avança, la mort 
dans l'âme, et cria à Zobeïr de marcher à sa rencontre. Zo- 
beïr sortit des rangs, couvert de son arniure. Quand Aï- 
chah en fut informée, elle s'écria d'abord : « Asma, pleure 
ton (ils! » Mais on lui dit que la désolation se peignait sur 
le visage d'Ali, et elle se rassura. Les deux champions se 
battirent corps à corps. Ali dit à Zobeïr : «Malheureux, 
pourcfuoi as-tu pris les armes.^ — Pour venger Otmàn , 
dit-il. — Maudit soit celui d'entre nous sur qui ce sang 
doit retomber! reprit Ali. Te souviens-tu du jour où je ren- 
contrai l'apôtre de Dieu, sur son âne, parmi les Benou 
Béyadab. Il sourit en me voyant, je souris aussi; tu étais 
à ses côlés, et tu lui dis : « Ali ne renoncera donc jamais 
« à sa fierté.^ — Non, te répondit le I^rophète, Ali n'est pas 
" Her. L'aimes-tu, o Zobeïr.^ — Oui, par Dieu, je l'aime, 
«repris-tu. — Kt pourtant, ajouta le l'i()])bèle, tu le coin- 
« battras un jour cl lu seras son persécuteur . ■ — Dieu nie 



318 LES PRAIHIES D'OR. 

jLxj'i JlMi_5 iiviû y\.IûAJî UiAr^ oJuJi <Xi_5 yi)) %^j\ ou5^ 






A>3l_j il jUi :>l:^i iiAXi l^^^ ii Jsj». JI^ls l^li c-^Jkil «Xac 

pardonne! dit Zobeïr à Ali, si ce souvenir s'était présenté 
à moi, je n'aurais pas pris les armes. Mais comment revenir 
sur mes pas, maintenant que ma selle est bouclée? Non, 
ce serait une honte inelïarable! — Ali lui répondit : Préfère 
cette honte d'un moment, ô Zobeïr, à la honte jointe au feu 
éternel. » Zobeïr, en se retirant, prononça ces vers : 

Je préfère la honte aux flammes dévorantes. Comment i'iiomme, formé 
(iargilc, poiirrait-il leur résister? 

Ali me l'a dit, et je n'ai pu le nier : «Cet opprobre pèserait sur ta vie, 
en ce monde et dans l'autre.» 

« Père de liaçan , ai-je répondu , assez de reproches : quelques mots de 
la bouche me sufiîsaient. » 

Son (ils Abd-AHah i'arrêla et lui dit : Où- vas- tu .^ Veux- 
tu donc nous déshonorer? — Ali, répliqua le père, m'a 
rappelé ce que j'avais oublié. — Cela n'est pas, reprit Abd- 
Allah; tu trembles devant les sabres des fils de Hachém Abd 
el-Mollalib, ces sabres lon^^s et tranchants que brandissfnl 
des gueriiers intrépides. — Non, te dis-je! s'écria Zobeïr. 



CHAPITRE LXXIX. 319 

(j*>-^ •» (j— :> oX*J*-^l_5 ç.l.A<w*J) (^•^'_5 ^i ^^wi»- lj^A<a-i-« (^>À^ JO.J 
I^U ^^AJ>ÎÎ '^ *i J^ «^^ «liî^ r<NJë 4^J cj^ i^yi j Jja*^ 

I 

J^3 cSjj iiA^ (^Axyu»j U"^-^ (^i y^3 J-*0^^ cKi^3 iJ!5XAaJt i 

Mais Ali m'a rappelé un souvenir elTacé par le temps, et j'ai 
préféré la honte au leu éternel. Fils illégitin)e, oses-tu bien 
m'accuser de lâcheté? » Zobeir, arrachant le fer de sa lance, 
se jeta sur l'aile droite de l'ennemi. Mais Ali, comprenant 
qu'il agissait sous l'impression des railleries, ordonna que 
les rangs .s'ouvrissent devant lui. Zobeir fondit ensuite sur 
l'aile gauche, et, dans un troisième assaut, il s'élança sur 
le centre de l'armée. Puis il revint près de son fils et lui dit : 
« Est-ce là la conduite d'un làche.3'>et il s'éloigna du champ 
de bataille. Il arriva à Wadi's-sebà. El-Hanef, (ils de Kaïs, 
s y tenait à l'écart avec sa tribu, les Benou Témim. Quand 
on vint l'informer de l'arrivée de Zobeir, il répondit : 
" Qu'ai-je à faire avec ce Zobeir, puisque, indiilérent entre 
deux armées qui s'entretnent, il regiignc sain et sauf sa 
demeure? «Alors ((uelcjues-uns des IWmiou l'émimse mirent 
à la poursuite de Znbeïr. Amr, (ils de Djormouz, |)rit 
les devants, le trouva agenouillé et le tua au milieu de sa 
|)rière. Zobeir était alors âgé dv soixante et ([uinze ans. Da- 
près une autre version , il (iil (né p.ir des gens envoyé- dans 



320 LF:S prairies D'OR. 

^''.X^i :iJ^ yUl (jLfJ l^Uo ^ i^-^X^^J ^-«-A-i y ;»;-* l» 
cyL»^ *-JÎ J^-i^ A^ijj AjcU»-^ j^jJl v_xv«**j UXe ^^ jjij 

^jUi i iUJU» (^1 Jolï^j «^j-xJi ^IaO^j (^y^ IkJM^ /O.*)yo 

cette intention par Ahnef, fils de Kaïs. Sa mort et la perfidie 
d'Amr ben Djormouz ont inspiré plusieurs poêles. La propre 
femme de Zobeïr, Alikali, fille de Zeid, fils d'Amr, fils de 
Nofeïl, et sœur de Saïd, fils de Zeïd, s'est exprimée en ces 
termes : 

Au jour (le la lutte, le fils de Djormouz a surpris lâchement et à l'im- 
proviste ce cavalier, le héros de l'armée ; 

Anir, si tu l'avais appelé an combat, tu aurais vu que ni .«a main ni son 
cœur ne tremblaient. 

Amr porta à Ali l'anneau, le sabre et la têtio de Zobeïr; 
quelques auteurs nient qu'il ait porté la tête. Ali s'écria : 
«Voici un sabre qui a pendant de longues années banni 
le chagrin du front de notre saint Prophète. Mais le temps 
et les coups de l'adversité font émoussé. Que le fils de 
Safyah soit maudit et damné! » 

Le fils de Djormouz, de la tribu de Témim, rappelant 
lui-même o-lle circonstance, a dit : 



CHAPITRE LXXIX. ?>^ 



AJI 



*-*-^ i£*^<-f j-^-^ »—isj.Aù^ ^_A_j^_jî JjCi ^^ùy,£■ ^J\^.J^i 
Siilj U j^^ ji_5 «ii^i jyij /o-xXo 4MI J^-«*j <-:*-!Ww Ul yUv£ 

js- 4Xiî Jiij <X53 cxxj *jj' 4^*jb (j-« J^l c^!_j alilc (j^ :>lt_j 
(jl! U -N^Jo f-^Ji ^^-^>î' j^ f^=^ (^ u'^^ '^^ î^j 

J'avais apporir à Ali la tèlc de Zolicïr, espérant m'en faire un litre 
(le gloire ; 

Et Ali, avant de me voir, m'a voué au feu de l'enfer. Est-ce là la ré- 
compense d'un tel présent? 

Maisjc me soucie de la mort de Zobeir comme de l'âne (|ui làelie un 
vent à Dou'l-Djolifah (proverbe). 

Après le départ de Zoheir, Ali provoqua Talhab et lui 
dit : «Père de Mohammed, pourquoi as-tu pris les armes? 
— Pour venger le sang d'Olmàn , répondit Talhah. — Mau- 
dit soit celui d'entre nous sur qui ce sang retombe! re- 
prit Ali. Ignores-tu ce que disait le Prophète : « O Dieu, 
" protège ceux qui délendent i\li, combats ceux qui le com- 
« battent. 3 » Et toi , le premier qui m'as prêté serment, c'est 
loi ((ui le violes aujourd'hui 1 Dieu le tout-puissant a dit : 
" Celui qui viole le serment, h; viole à son détriment. » [Ko- 
ran, XLViii, 10.) — « Q)ue Dieu m'en préserve! «dit Talhab; 
et il se relira. Meruân, fils d'el-Hakem, témoin de la dé- 
lèction de Zobeir (!l de Talhab, s'énia : "Qu'importe où 
mes flèches londicronl ! " II visa Talh.ili . latleignit au-des- 
IV. ai 



322 LES PKAHUES D'OH. 

bl JLSL» a-aA^ oii^ Hj^ *j>iaAi 5^>* «î J^j"-*-* _j-^3 ii-xijJi 

wsUi.Ji Jli U» 4MÎ3 <-*.ji ^^ii_jJli y^iûj c:<*^" ^^j-o 
Jyij yftj j,*w Jj U iiJ^ ij\ P'i>*i 

.^C-V (*>^^ C5^ ts"*^ o.aAjo V 4 <^.*»-iS) <Ji.xî»XJ o-^Js-i 

ij3*x.ji-« lJ*K.ï aWS v^î y 1^3 J_»aj^ jUxJi -î^^^^y ^^ ^f^ yî>_5 

.sous de l'œil et le tua. La bataille terminée, Ali vit le corps 
de Talhah étendu près du lieu nommé Font de Korrah; il 
s'arrêta et dit : « Nous appartenons à Dieu et il nous rap- 
pelle à lui. Qu'il est cruel pour moi de voir des Koreïchites 
étendus sans vie sous le ventre des chevaux ! Talhah, lu 
justifiais bien cette pensée du poêle : 

Un homme que la fortune allait rapprocher de son ami , après que la 
pauvreté l'en avait tenu éloigné : 

Les Pléiades semblaient être suspendues sur son front ; son visage bril- 
lait de l'éclat de Sirius et de la pleine lune , etc. 

On raconte qu'on entendit Talhah réciter ces vers , en 
s'éloignant du champ de bataille : 

Quels remords sont les miens, aujourd'hui que mon songe s'est éva- 
noui! Malheur à moi, malheur à mon père et à ma mère ! 

Mon repenlir est pareil à celui de Koçayi [Proverbes de Metdani, t. II, 
p. 77(i), depuis que, dans ma présomption , j'ai recherché l'amitié des 
fils du crime. 

Et il essuyait son visage souillé de poussière, en répé- 



^ CHAPITRE LXXIX. 323 

»U^3 <x-x_^_=.- ^ ^j--' "^^^ j^^\ i*X^ Jyu *^ Aji JmAJj^ 

Awslj <X_4^ L>i ^j^-Xj^jSj jÎ ^i 1^! ^;£>_j »^^ ^_jj j<>o ^wji 
^-ji _^^ J--A-9_j t_t:i-J).ï v^--*^-"' i -XjUS'^ jlîo y.j ^J)Jî 

<_f*^-J y^ *i A_JC_S.l_i3j A_A._jL> »^_) Akxjj Jw>j t«Xiû JUi 

tant :« Les volontés de Dieu sont des arrêts inévitables!» 
I Koran, xxxiii, 38.) D'autres prétendent qu'il prononça ces 
vers lorsque, déjà frappé au front, et blessé ensuite au- 
dessous de l'œil, par la flèche de Merwân, il roula expirant 
sur le champ de bataille. Talhah , surnon)mé Abou Mo- 
hammed, était fils dObeid Allah, fils d'Otmàn, fils d'Obeïd 
Allah, fils d'Anir, fils de Kaab, fils de Saad, fils de Teim, 
fils de Morrah; il était cousin du khalife Abou Bekr. Sa mère 
se nommait Saabali et avait épousé d'abord Abou Sofiàn 
vSakhr, fils de Harb. C'est du moins ce qu'on lit dans les 
Généalogies de Koreïch , ouvrage composé par Zobeïr, fils de 
Bekkar. Talhah avait soixante-quatre ans quand il fut tué; 
mais on n'est pas d'accord sur ce point. Il fut enterré à Bas- 
rah. Le tombeau et la mostpiée qui portent son nom sont 
encore bien connus aujourd'hui. Le tombeau de Zobeïr est 
à Wadi's-sebà. Mohammed, fils de Talhah, fut tué à côté 
de son père dans la même bataille. Ali, en voyant son 
corps, s'écria : « Voici un homme qui a péri victime de son 
amour filial et de son obéissance. » Ce Mohammerl recul 



324 LES PRAIRIES D'OR. 



Ld>yLiiX> <30^«*Av»^ (^ iiÀ.tfy> (^ 5_j-^^ cK-«*4^ t-sli^^J yi^ «Xj»^ 



répithète de Seddjad (qui se prosterne souvent). Son sur- 
nom patronymique a soulevé des doutes. D'après Wakidi , 
Mohammed avait été surnommé Ahoa Siileïman, et Ahoul- 
Kaçim, d'après Heïtem, fds d'Adi. Son meurtrier a parlé 
de lui dans les vers suivants : 

Cet homme aux cheveux épars, ce ficlMe observateur des préceptes re- 
ligieux, si doux , si bon musulman en apparence, 

Ma lance a pénétré dans la fente de sa tunique; il est tombé la face 
contre terre en gémissant. 

Cependant son seul crime était d'avoir abandonné Ali. Malheur à qui 
s'écarte de la vérité ! 

Au milieu d'une forêt de lances, il murmurait les lettres sacrées hû- 
mîm (chap. lx du Koran). Que ne les avait-il prononcées avant de com- 
battre ! 

Cependant les défenseurs d'Aïchali, se portant sur les 
deux ailes de l'armée d'Ali, les avaient entamées. Un des 
fds d'Okaïl courut à Ali, qui sommeillait, la tète appuyée 
sur le pommeau de sa selle. « Mon oncle , lui dit-il, les deux 



CHAPITRE LXXIX. 325 

e*.x-j xsj A_A-^_c cj._jJlî jjj^ 3I cj|^! 4^ ^^ dL5 JUj U aMÎj 

i Lui ^JàJC-i-) sUpi ^^ -j^ A*))jL ^1^5 XJJ-L^ Jv^î- llajlj 
i)| î*X.xA-« «X^i :!i jLiL» cJ^ ^lxC> jUi Jlx sbi, ^o-^l^ 

jJ..5jii jUi ^i-A-Av («s-jI-Xj XjjMii ^Jk_t sli'U o«JV» t-»UifcÂJ55 

(jl^ Lj xju« (j*Là.JI Sjt^ J-*«^ <\?i^î *Xi».t^ viLoI ^j>^ ^wff 

ailes de ton armée sont dans celte situation critique, et tu 
dorsl — Fils de mon frère, répondit Ali, tais-toi. Les jours 
de ton oncle sont comptés. Peu lui importe qu'il aille au-de- 
vant de la mort ou que la mort vienne le surprendre. » En- 
suite il fit dire à son fils Mohammed, fils de la Hanéfite, 
lequel portait le grand étendard, de charger l'ennemi. Mo- 
hammed n'obéit pas sur-le-champ, et il attendit que le corps 
d'archers placé on face de lui eût fait une décharge. Ali cou- 
rut à lui et lui demanda pourquoi il n'attaquait pas. Mo- 
hammed répliqua : « La lance seule peut nous frayer un 
chemin, et j'attends, pour alta([uer, qu'ils aient tiré leurs 
flèches. — Va, lui cria Ali, charge au milieu des lances : 
un bouclier te protège contre la mort. » Mohammed marcha 
en avant; mais bien lot il s'arrêta, indécis, au milieu des 
lances et d'une grêle de traits. Ali se jeta sur lui, le frappa 
de la poignée de son sabre, en disant : « Que la mère rou- 
gisse de honte! » Et lui arrachant des mains le drapeau, il 
se précipita au rond)at, suivi des siens. L'ennemi se dis- 
persa devant lui comme la j)0ussièr(' que le vent soulève en 



326 LES PRAIRIES D'OR. 

*..^À^ *X.^îj Jo ci^ijs^i Ufc»-» lij^s.^ tXXJiX^ ^^^viij) i^Aw /j.j 

JLJLj^ JâJUw 4^ù»- i^yXjM.i\ ff3ù\Â~\^ AjUasi O.trla'j «Xij oL> 

un jour d'orage. Les Benou Dabbah s'avaocèrent alors autour 
du chameau d'Aïchah, en chantant en cadence : 

Nous sommes ies Benou Dabbah, les maîtres du chameau. Rendez- 
nous notre cheikh et nous partirons. 

Nous pleurons le meurtre 'd'Ibn Afian (Otmân); nous le pleurons à 
coups de lances. La mort est à nos yeux plus douce que le miel. 

Soixante et dix hommes de cette tribu, cjui voulurent saisir 
la bride du chameau, eurent la main abattue; de ce nombre 
était Saad, fils de Soud, le Kadi, qui portait un Koran en 
guise de sabre. Dès qu'un soldat avait la main coupée et tom- 
bait, un autre soldat saisissait la bride , en criant : « Je suis 
un guerrier de Dabbah! » La litière, hérissée de (lèches et 
de traits, ressemblait à un porc-épic. Le chameau avait les 
jarrets coupés et se tenait encore debout. Enfin, accablé 
sous les coups de sabre qui lui déchiraient les muscles, il 
tomba. On raconte qu'Abd-Allah, fils de Zobeir, voulut le 
retenir par la bride. Aïchah, sa tante maternelle, lui cria : 



CHAPITHE LXXIX. ;i27 

!i\jfc. \.'jj^^\j^ i*Lia.==l t|o». -^l^w! J^ji^ A^li» c^j\5^ iùwolc 

I^aXc uAÏ^ CS-^" {^ '■^ <3j"*^ x«5 /c^-w ^i 4^ Us! U oJli 

j-^-^î (^ ^5 <>y^^ ^25-^' '^>^ (^ viiJUj.A^ii| J.Jî^ 

« Qu'Asma pleure la morl! lâche la bride, » et elle le supplia 
tellement qu'il céda. Quand le chameau et la litière furent 
par terre, Mohammed, liis d'Abou Bekr, introduisit sa main 
à l'intérieur. Aichah lui demanda (jui il était. Il répondit : 
« Je suis ton plus proche parent et ton plus mortel cnuemi, 
Mohammed ton frère. L'Knnr des croyants te demande si tu 
es blessée. — Une seule flèche m'a atteinte et sans me faire 
mal,» répondit Aichah. Ali survint, frappa la litière avec 
une baguette et dit : « Homeïra (rougeaude), est-ce là ce 
que l'apôtre de Dieu t'a ordonné.^ Ne l'a-t-il pas recom 
mandé de rester paisiblement chez toi ? Bien coupables sont 
ceux qui t'ont entraînée et exposée à la mort, après avoir 
mis leurs femmes à l'abri du danger! » Puis il ordonna à Mo- 
hammed de conduire sa sœur dans la maison de Safyah , 
fille d'el-Harit, (ils de Talhah el-Abdi. Le chameau était 
tombé, entraînant la litière; mais les soldais, disséminés 
sur le champ de bataille, n'avaient pas encoi<.' déposé les 
armes. El-Adiler Malik, lils d'el-llaril en-Nakhàyi et Abd 



328 LES PRAIRIES D'OR. 

g<>wA>J AkJC-i J! 5^"^*^ «>^^' ^^ jjùûi^l »^*9 ij^j^^ ^■=?-^ 
J^il CjL^pI y^ y_j-J^;S? l^_^.i»- u*'^'*^'j ^^'-^^ CJ-* ^jj^j^aAsi 

(^ 4X-j«X— ±1 ^^33 :>'^^ S«XUw.J tXr»! A-x^vaaj ^U» ^^-^ ^^U 
ji *Ls-3 ^l^ii cj:>Î^J^ î-*-^' ii-^laJ êî^ l^i^r, :5;^ JvjjUI 

Jtsj -n-jÎ^-S! ^i! :>j3 aj lft»xi -J^^U^f -J^i ^^j^3 <^^ 

Allah, fils de Zobeir, luttèrent corps à corps. Ils tombèrent 
ensemble de leur selle et roulèrent par terre, sans lâcher 
prise. Achter avait le dessus , mais il ne pouvait tuer son 
adversaire, tant celui-ci Tétreignait élroitement. Le fils de 
Zobeïr, sous l'étreinte d'Achter, criait aux soldats d'Aïchah , 
qui couraient autour de lui : «Tuez-moi avec Malik, tuez 
Malik avec moi ! » mais le tumulte du combat et le choc des 
armes étoulTaient sa voix. Des Ilots de poussière obscur- 
cissaient le jour et dérobaient à Tarmée la vue des deux 
combattants. Dou'l-chèhadeteïn vint supplier Ali de ne pas 
déshonorer Mohammed et de lui rendre le drapeau. Ali aj)- 
pela son lils et lui dit, en remettant le drapeau entre ses 
mains : 

Prends et frappe avec la même vigueur que ton pt>re. aliu d'acquérir 
de la gloire. 

Triste est la guerre, tant (ju'i'Jic ne pétille pas sous le choc des SLd)res 
e) des lances acérées. 

i*nis ayant demandé à boire, on lui apporla du miel coupé 



CHAPITRE LXXIX. 329 

jjuiis- ^^ ÂMi *XAi *] JUi »xXJî itX^j (^jS' ^^ J-JUaii 
j^iV* U 4Ml^ ^L» JUii Ijsjù isx ^ <!vv» (j^ U viUjuikj U! 

j-^it-xJ fjM^^ ~l -^_j kiUis_j iUjj-il» o_y*Li î^^' i^ iÙM^I 

JlUL ci*X)Uj! iiSjbjJLI cM»i L. iLs^wJÎ J.^î L. l^ Jyij <;^ii 
cL-s^lj iil^î Jsjv> L) iu^îy» -Lf <îJîi ^^_j b^j UÛ0J5 (j^ 

^lJ5,b («X_S!5\-J>.I aJC-^^j^Iî /<\>^^.^Aj \syjis.^ f'VS^?' UUi^ iJL«N-^Ji 

d'eau; il en but une gorgée, et dit : « Voici du miel de Taïl"; 
il est fort rare dans ce pays.» Abd-Allah, (ils de Djàfar, 
sYîtonnant qu'il pût se préoccuper d'un pareil détail dans 
un u)omenl aussi criti([ue. • Mon cher enfant, lui dit Ali, 
aucune afTaire de ce bas monde ne peut remplir la pensée 
de ton oncle. » Ali lit ensuite son entrée à Basrah. 

Cette bataille fut livrée à Rlioraïhck (la petite ruine) le 
jeudi 1 G (hi mois de djomada II, l'an 36 de l'hégire, comme 
nous l'avons dit préccdemnicnl. Ali haranj^ua longuement 
la population de Dasrah; il lui dit, entre autres choses : 
« Honjmes pleins d'hypocrisie el de mensonge, trois fois la 
fortune a secondé vos inlrigues, mais la qualiiènie fois, Dieu 
l'a emporté. Soldais d'une femuje, valels d'une brute (le cha- 
meau d'Aïchah), après être venus d'un air insolent, après 
nous avoir provoqués avec hauteur, vous ave/, pris la fuite. 
Votre caractère est vil, votre conduite méprisable, votre re 
iigion n'est {|ue scandale et Inpocrisie. Votre eau est amère et 



330 LES PRAIRIES D'OR. 

y._> A}i\ »Xjk.x.j ci*.xj^ iJwAJO M>-« i«Xji <X*^ SwA^^ii ^ -i> 
l_g-^A.£ J.is^Ovi ^j4>N.iî Jl ^jjv*'!^ ^"''^l? iC*«.jlx <jî ^j*,Ia*JI 
y-ji L» *i t-x-jiJi-i I^q^aA^ U**"'^' ^^^^ t_;4>\JC>!_5 Igji! ».axj 

cx_A_A_JÎ ^ c:a_à_j ^J [^i j\.xi ijy^) jMii uAsfcj ^Ja (_:A.*«wAi>-^ 

U_5 di— JiL> ^\ l.À.)>i»-;> U ^Aa3 aAI! J_j.^ a aï dlA)>.=.- t>*^S 

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CA_A_JLi».^ c-A.Aj U» fc.:A.Ajl oJui iiÀjtXii ^jl ,^^yiS. j^v^CjUj!^ 

0>jL>-i; LjÛj.AiwU liûblï (jv^Xj U dU Ci^.)>jj cou) ^i L^ Jo 

saumâtre (proverl)e). » Basrah s'attira encore plusieurs fois 
les reproches d'Ali. Par l'ordre du khalife, Abd Allah, fils 
d'el-Abbas, fut chargé d'intitner à Aïchah l'ordre de retour- 
ner à Médine. Il entra chez elle sans lui en demander l'au- 
torisation , tira à lui un coussin et s'assit : « Fils d'Abbas , lui dit 
Aïchah, tu blesses les lois de la coutume, en entrant chez 
moi sans ma permission et en l'asseyant sur mon siège, sans 
y être invité par moi. « Le fils d'Abbas lui répondit : « Si tu 
étais restée dans la maison où l'apôtre de Dieu t'avait laissée, 
je n'aurais pas voulu entrer et m'asseoir sans ta permission. 
L'Emir des croyants t'ordonne de te prépaier sur-le-champ 
à retourner à Médine. — Je proteste contre ces paroles, ré- 
pliqua Aïchah, et je repousse cet ordie. » Ibn Abbas courut 
informer Ali de son refus. « Retouine chez elle, répondit Ali , 
et dis-lui ceci : 8i lu désobéis, je le dirai ce que tu sais. » 
Ibn Abbas s'acquitta de sa mission, et Aïchah consentit à 
s'éloigner. Ali lui l'ournil ce cjui éiiil nécessaiie à son voya<j('. 



CHAPITRE LXXIX. 331 

^^^<-^^ ij^.j^i^ Ajj,iwi :>>y_jî_5 s:>^_jl i^Li^ (j%-«*^^ (j-*^ '*J*-<^ 

(j-.Jj y! AXlU*o xs*A.o <îd!i '-5,?-*»i; *^^ ^i vJ <5*XJI c:*aaJÎ (JÎ 

Le jour suivanl, il vint la voir, accouijjagné de Haçan ei. 
(le Hureïn, de ses autres enfants, de ses neveux, de plu- 
sieurs Benou Hnchini ses parents et des Benou Hamdân. A 
sa vue, les femmes l'apostrophèrent en lui criant :« Meurtrier 
de nos amis! — Si j'étais le meurtrier de vos amis, répondit 
Ali, j'aurais fait périr ceux qui sont là; » et il désignait du 
doigt une maison voisine où se tenaient cachés Merwân , lils 
d'el-IIakem, Abd-Allah , filsde Zobeir, Ahd-Allah, fils d'A- 
mir, et leurs complices, A ces mots, les parents d'Ali, com 
prenant de qui il voulait parler, portèrent la main à leurs 
sabres, pour le protéger contre une alta(jue soudaine. Après 
un lonL,^ entrelien, Aichah dit au KhaliO^ : « .fe désire de- 
meurer auprès de toi et l'accompagner dans tes expi'dilioiis 
contre les rebelles. — Non, réplicjiia Ali, retiinrnc dans la 
maison 011 l'apôtre de Dieu l'avait laissée. » Aie hali inter- 
céda en faveur de son neveu Abd-Allali, lils de Zobeir, cl 
obtint sa grâce, Haçan et Huçeni obtinrent celle de Merwàn. 



332 LES PRAIRIES D'OR. 

(^j^ x_*_iyi H>j— J i^^w yo *X_J>^ V*A^ (j*(lÀJi (j-*\^ "Ji^î ^J 
yj^=*- «XJiÂiij (j^S y^h ojli Jofc.^ (j-«^ (j^î _j^ <\,>.^^ ^t 
0»>>*X.ji J**^ S^Aû^l *ijy^ tK-fc-i ^i**J; (J-* J^S (j-« t^ (^ 

2*i_jj» ij^jJvXj (^ ^jliSC» Uàjî f»_5«AÎÎ kiUi> 

i^*S~^yJ> fJJiiÂj\ ij oj.iaj (jMiAJiîi «Xa£ (j-« SÎwbÎ c:.v>j.iw.j 

Ali pardonna à Walid, fils d'Okbah, au fils d'Otmân, à 
plusieurs Omeyades, et finit par accorder une amnistie 
générale. D'ailleurs, le jour du combat, il avait fait procla- 
mer que tous ceux qui jetteraient leurs armes et rentre- 
raient dans leurs maisons auraient la vie sauve. Il déplora 
amèrement la mort de ceux des Benou Abd el-Kaïs et des 
autres soldats de Rébyah que Zobeïr et Talhah avaient égor- 
gés, avant son entrée à Basrah. Sa douleur redoubla quand 
il apprit la mort de Zeïd, fils de Souhân el-Abdi, tué ce 
jour-là par Amr, fils de Ghora. Ce dernier périt, le même 
jour, de la main d'Ammar, fils de Yaçir. Le khalife répéta 
plusieurs fois ce vers : 

Quelle douleur me causent les désastres de Rébyah, de Rébyah si sou- 
mis et si docile ! 

Une femme de la tribu d'Abd el-Kaïs, en parcourant le 
champ de bataille, y trouva les corps de ses deux lils; déjà 



CHAPITRE LXXIX. 333 

J^X.S) i^y-ff^ LgJ ^j\ys^\^ {^s^jj ij^ *Xi_5 ^VjCi *Xi IgJ (j>ÀjÎ 

t^^ lâ i C.I ^S?^ «x}Oi:_ïlj iv i — A 9 (j^j— « (^ y-*à\ 

' 4^'*-^ -î^^^j *-**'|; <j^-=^ (fi-*^ J->) Jî 

son mari et deux de ses frères avaient péri avant l'arrivée 
d'Ali à Basrah, Elle prononça ces vers : 

J'ai vu bien des combats et mes cheveux en ont liianclii, mais je ne 
connais pas de journée comme celle du Chameau ; 

De comi)at plus funeste aux vrais croyants, plus meurtrier pour les 
guerriers intrépides. 

Hélas! pourquoi la dame (Aichah) n'est-elle pas restée dans sa maison? 
Soldats, pourquoi avez-vous (piitté vos fovers? 

El-Medaïni raconte qu'il n-nconlra à Basrah un liommo 
donl l'oreille était déchirée. Il l'interrogea sur l'origine de 
cette blessure, et celui-ci lui raconta qu'étant allé recon 
naître les morts, après la liataillo du CiiauR-au, il remar- 
qua au milieu d'eux un soldat ([ui disait , en baissant la lélc 
et en la relevant : 

La mort, dans sa furl(!, nous a conduits au bnl de nos désirs. Nous ne 
partirons d'ici qu'après avoir satisfait notre soif. 

La misère de notre aïeul nous a soumis aux Bcnou Tcïm; mais que 
sont les Renou Teïm ? un troupeau d esclaves et <!<• servantes. 



33Ù LES PRAIRIES D'OR. 

A.À^ c:A.AJj.i <^^-li ♦XA.-fi c. i^U^-eb ^^Ui l-À^Jl /jjÎ L JUi 

^^j_4.-M*A.ji lièj-A^_5 ^jt«><_$j jjw^AJiJl tXA£ (j~» ^«XJî i^\^i> (j^ 

yJwjS ii_«i^L^ (J"fc»*J ^ (jj-^ ji^3 Oj-^V^-Jî (^^«^■^J ajL^jJÎ 

L^^^^_j l^A^Jvà». (vjvAj j^^i (j-'^_5 J^=»;^ (j-^jo (:J-*'>"^-'^ S»-w*3 

Le narrateur ajoutait : « Je dis à cet homme : Dieu tout- 
puissant I Sont-ce là les pensées d'un mourant? Dis plutôt: 
Il n'y a d'autre Dieu que Dieu. — Fils d'incirconcis , me 
répondit-il , crois-tu que l'approche de la mort me fasse 
trembler?» Surpris de sa réponse, je m'éloignai, quand il 
me cria «Approche et apprends -moi la profession de foi 
musulmane. » Je revins près de lui; il me pria de me pen- 
cher, et, d'un coup de dent, il m'emporta l'oreille. Je le 
maudis et l'accablai d'imprécations. Il me dit alors : « Quand 
tu seras chez ta mère et qu'elle te demandera qui t'a mis en 
cet état, dis-lui : C'est Oaieïr, fds d'el-Ahlab ed-Dabbi , la 
dupe d'une femme qui voulait devenir émir des croyants.» 

Lorsque Aïchah sortit de Basrah, Ali la fit accompagner 
par Abd er-Rahman, frèie d'Aïchah, avec une escorte de 
trente hommes et de vingt femmes, choisies parmi les plus 
pieuses d'Abd el-Kaïs, de Hamdàn et d'aulres familles, il 
coiffa ces femmes d'un turban , leur donna des sabres et leur 
dit : <i Qn' Aïchah ignoïc votre sexe; cachez-vous le visage 



CHAPITRE LXXIX. 335 

* , t. 

^^ cjx^j ^^_5^,^3l; waJIIs j,i Qj j^ Jo&l »X.JLJ <^1^ vAJS? 
c^jijji U oJir^ cj*X^«i ^w.£6^î iiyM*.i,\\ l^JvJÙ A-^jjXjî ^l==-j 

«-jLs^^I y^ JjiLj» ^*xJl (ji <_>LaJÎ l*Xi£> (jw« v-Ji-L». Lç\,s \jL04Xi 
J^I (jw« Sf^ L^^<^p] ^j^^ (j**.ÀJ ci^i iL>J^ r«_^i *^J-i d t^ 

i-a—LaJs j_^^i cjj_*w._R_j ^.aJ^ ^^ JUi J..«.4^ -jj J-^AJ> 

sous le litham, cotnme si vous étiez des hommes, et occupez- 
vous de son service et de ses bagages. » Quand Aïchah arriva 
à Médine, on lui demanda des nouvelles de son voyage. Elle 
répondit : « .l'étais à merveille. Ali avait pourvu à tout avec 
profusion. Seulement il m'a fait accon)pagner par des gens 
que je ne connais pas. » Alors les femmes se montrèrent 
devant Aïchah. Celle-ci s'agenouilla et dit : « Fils d'Abou 
Talib, voilà le comble de les bienfaits. Ah! que j'aurais 
voulu, plutôt que de m'engager dans cette voie funeste, 
subir tel et tel malheur] » et elle les énuméra d'un air triste. 
« Mais on m'avait dit : Montr(;z-vous afin de pacifier les fac- 
tions. De là tous nos maux. » 

Nous avons dit, au début de ce chapitre, qu'Ali perdit 
cinq mille hommes à la bataille du Chameau; les perles de 
l'ennemi, parmi les troupes de Basrah et autres, s'élevèrent 
à treize mille hommes; mais on n'est pas d'accord sur ce point. 
Ali s'arrêta devant le corps d'Abd er-liahman , (ils d'Attab, 
(ils d'Açîd, (ils d'Abnu'l- Aïs, (ils d'Omeyah , tué à cette 



336 LES PRAIRIES D'OR. 

^<_^_A_ÎÎ dLJi> jj aKjlï y6 «>sij kilÂfc (j~J^? ^éJ i|^->«*j (0-6-**j 

-^-aJI (j(^ ljIxc ^ (J-^V^^ <Xa£ ^*i.iij /*jli»- ^^•^•S-_5 (-j\xs. 
J^iwi^ -U iLj>\JiLj J>^4^ -_j.-> <X*j v^xmI &JS» '^=ri iS^^ 

Jlï *^" i^XxjO» jm (ji j..IâÀJî r<.i:>U t5_/'iV^ iSj-^ ^^'^r» l»^ 

journée, et dit : « Je pleure ta mort, o chef des Koreicliites. 
Les plus braves guerriers d'Abd Ménaf ont succombé; mon 
cœur est déchiré et mon esprit confondu I » Un homme de 
sa suite lui dit : « Emir des croyants, comment pouvez-vous 
regretter ceux qui voulaient vous réduire en l'état où ils 
sont maintenant? » Ali répondit : « Des femmes avaient mis 
entre nous des liens (de parenté) qui n'existent pas entre 
toi et nous. » Abd er-Rahman avait péri sous les coups 
d'Achter Nakhâyi. Sa main fut emportée par un aigle, qui 
la jeta à Mina , ou , selon d'autres , dans le Yémamah ; elle fut 
retrouvée trois jours après la bataille, avec son anneau, sur 
lequel étaient gravés les mots : Abd er-Rahman ben Attab. 
Ali, accompagné d'une troupe de Mohadjirs et d'Ansars, 
visita le trésor public de Rasrah. A la vue de cet or et de 
ces écus entassés, il s'écria : « Métal jaune et métal blanc, 
ce n'est pas moi que vous séduirez! » Après avoir contemplé 
attentivement ces richesses, il ordonna de les partager par 
sonmies de cincj cents dirhems entre tous ses conjpagnons 



CHAPITRE I.XXIX. 337 

x.fw.Js^ AuiUi yiLli> j^^ aIIj ^^3 ^j'-^^ r-^^ <^y* f^j^^^**^ 
3>^L.:s?=l ._j-* J^=-; slïlj -Pj:» i«wjLfu^ s^xJy^ aKjûI^ Ajla:?! 

tr* J^~*^ ^'^^-^T-J "r''-^"^ v_XAJ Jli UXft 4^.v^î ijili (j^ ^«*^(}-U 

et ses partisans. Douze mille hommes prirent part à ce par- 
tage, et il n\ eut pas un seul dirhem de moins. Les armes, 
les bêtes de somme, les meubles et ell'ets de toutes sortes 
trouvés dans le camp ennemi furent vendus, et le prix en fut 
partagé entre les: soldats. Ali ne garda pour lui que cinq cents 
dirhems, part égale à celle de ses soldats et de sa famille. 
Mais un de sessoldatsvint le trouver et lui dit qu'une absence , 
motivée par telle et telle raison qu'il allégua , l'avait empêché 
de recevoir sa part du butin. Aussitôt le khalife admit son 
excuse et lui donna les cinq cents dirhetns qui constituaient 
sa propre part. 

(lomme on demandait à Abou Lébid el-Djehdami de la 
tribu d'Azd, s'il aimait Ali, il répondit : « Puis-jc aimer un 
bomme (jui a tué, en un seul jour, deux mille cinq cents 
des miens et massacré tant de monde, que chaque tribu 
étant occupée de ses propres perles, il n'en reste aucnne 
qui puisse consoler l'autre? » 

Ali nomma Abd-Mlah, fils d' Abbas. gouverneur de Bas- 
lab, et se rendit à Koiifab, oii il arriva le douze du mois 



338 LES PRAIRIES D'OR. 

0^_J ^S^ tjU«i :^^U ;j\<J ^UaX*;5_5 ^jL^J;i5 ^j£. H^j^i 

w^wjsr -x!ss-33 Ji^j-^i'i CJ-» ^^Uiii jk^^Sl U^i ■V^ p»^ C:5>=*- 

^ JUi /e.^^ AXAJ^ -^iyt» »S_j.^ (^^ 3^ ^)j_â Ai*xcLj 

de récljeb. De là il fit parvenir à el-AcLàt, ills de Kaïs, l'ordre 
de quitter rAzerbaïdjàn et l'Arménie, dont Otmân lui avait 
confié le gouvernement; il destitua aussi Djérir, fils d'Abd- 
Allah el-Bèdjèii, qu Olmân avait nommé a Hamadân. Quant 
à el-Achàt, nous avons dil ailleurs quels projets il nourris- 
sait contre Ali , et l'entretien qu'il eut avec lui , lorsqu'il vint 
le trouver à l'époque du partage des biens. Djérir, fils d'Abd- 
Allab, fut chargé d'une mission auprès de Moâwiah, mal- 
gré les observations qu'Àchter fit à Ali, en cherchant à le 
mettre en garde contre Djérir. Ce dernier, s'étant présenté 
chez le khalife , lui avait dit : « Déléguez-moi auprès de Moâ- 
wiah. Il me consulte et me témoigne de l'amitié; je l'amè- 
nerai à leconnaîire votre autorité, et je me fais fort d'en- 
traîner la Syrie entière sous vos lois. » De son côté, Achter 
disait à Ali : « Gardez-vous de lui donner cette mission et de 
lui accorder votre conUance, car ses vœux et ses projets sont 
certainement conformes à ceux de vos ennemis. — Laissons- 
le partir, répliqua Ali, et attendons la réponse qu'il nous 
rapportera. >. En conséquence, il chargea Djérir de remettre 



CHAPITRE LXXIX. 339 

3^-Jj (Ji w-^^JlS^ S^IàÀJ (j! ^JUw_j X«li w?w> «XaXs -*XJj Lt^i 
Jfi iwxis jwc2>* sLk-cli A-aA^ -*XAi U^*Xi U ^^ o^'^' (iW 

A_-, — i aK_jI_S_J^ yL<i>^ j<i VrXc fiy^?. M'_J f»UiiJ) ^/Jûl 5kiC>k 

à Moàwiah une lettre dans laquelle il lui apprenait que les 
Mohadjirs et les Ansars l'avaient proclamé khalife et s'étaient 
rangés sous ses lois d'un vœu unanime; il rappelait à Moà- 
wiah le châtiment que Dieu avait infligé àTalhah et à Zo- 
heir après leur parjure, et l'invitait à se soumettre, en lui 
démontrant qu'il était abandonné des siens et à tout jamais 
exclu du khalifat. Lorsque Djérir fut arrivé, sur sa de- 
mande, Moàwiah prit connaissance de cette lettre; il fil 
venir alors Amr, (ils d'el-Assi, et lui accorda le gouveine- 
ment de l'Egypte, l'objet de sa convoitise, ainsi que nous 
l'avons raconté précédemment (voyez ci-dessus, p. 298). Kn 
retour, Amr engagea Moàwjali à envoyer auprès des chefs 
de la iSyiie des émissaires (jui, représentant Ali comme 
comj)lice de la mort d'Olinân, assureraient à Moàwiah leur 
concours dans ja lutte contre le khalife. Djérir revint rendre 
com[)te de sa ini'isioii au khalife. Il lui montra les popula- 
tions de Syrie groupées aulour de Moàwiah et prèles à com- 
battre; tous déploraient le ineui tie d'Otmàn , tous accusaient 
Mi (le l'avoir ordonné, de protéger ses complices et de leur 



340 LES PRAIRIES D'OR. 

^.&- *i\,_;Lj» ^_J^ *-Y^ *^-^ ^ (*■-(('■' ^^ fi-ir^ J^^ AXbS t^^ij 

. y »■ e- j .vr "^ rrr^ J^-*^' âJviû pf\ju***j' ^^s»- aà^ ^jy^J^ 

donner asile; la guerre, en un mot, était le vœu général, et 
une guerre clans laquelle l'un des deux partis devait être 
anéanti. Achter, présent à l'entretien, dit à Ali : « Émir des 
croyants, je vous avais mis en garde contre l'hostilité de 
Djérir et ses intrigues. Vous auriez mieux fait de me char- 
ger de cette mission, de préférence à un homme qui s'est 
donné libre carrière et qui , par ses manœuvres, a su se mé- 
nager toutes les issues favorables et fermer celles qui lui 
inspiraient quelque appréhension. » Djérir l'interrompit : 
« Si tu avais été en Syrie, lui dit-il, on t'aurait tué sous l'in- 
culpation d'avoir pris part au meurtre d'Otmân. — Par 
Dieu, Djérir, répliqua Achter, si j'avais été en Syrie, loin 
de me préoccuper de leur réponse et de m'inquiéter de 
leurs propos, j'aurais su amener Moâwiah à composition, 
sans lui laisser le temps de réfléchir. Si l'Émir des croyants 
m'avait écouté, il vous aurait condamnés, toi et tes pareils, 
à une rigoureuse captivité, jusqu'à ce que son pouvoir fût 
entièrement consolidé. » Après cel entrelien, Djérir se retira 



CHAPITRE LXXIX. 341 

t» i^-wJLJs ^1 ^»-Jl (^M (J^ y {j'-" '^^ ^* >-5_>'*r! <t''~'^ CJ?"**** 

àKarkiçyah et à Kahbah, sur les rives de l'Euphrate. Là il 
écrivit à Moàwiah, l'informa de ce qui venait de se passer en 
lui manifestant le désir d'aller le rejoindre et de demeurer 
auprès de lui. Moàwiah se hâta de le faire venir. Dans l'in- 
tervalle qui s'écoula entre la bataille du (Chameau et l'arri- 
vée d'Ali à Siffin, Moàwiah écrivit à Mogaïrah, fils de Schô- 
bah le Takéfile, une lettre où il lui disait : « Les projets que 
le fils d'Abou Talib t'avait manifestés à l'égard de Talhah 
et de Zobeir viennent de se réaliser, conformément à nos 
prévisions. C'est contre nous maintenant que son plan est 
dirigé. » il faut savoir que Mogaïrah, après la mort d'Ot- 
mân et la nomination d'Ali, s'était présenté chez le nouveau 
khalife ol lui avait dit : « Emir des croyants, j'ai un conseil 
à le donner. Quel est-il?» lui demanda Ali. Mogaïrah 

ajouta : "Si lu veux établir Ion pouvoir sur des bases iné- 
branlables, nomme Talbali, fils d'Obcïd Allah, à Koulah; 
Zobeïr, fils d'cl-Awam, à Basrab, el laisse le gouvernement 
de Syrie entre les mains de Moâwiali, afin qu'il ne puisse 
plus se sousliaire ;i ton autorité. Une lois maître de la situa- 



342 LES PRAIRIES D'OR. 

(îOûb^iûiKJi l^J ^-<^**^ ^ c:>iCâ aJLa-« «XÂ.ià /oî jj l-A-^.fi' CJ»,.iï^j 

A-jjUû viUi> *XÀ£ ♦XÀiû Qji -U A-X-lL-o <Xi y 5 *l*iJî Jjûl k;ej^ 

*.sryaÀj| dUj *i c:A.jt^ *._j A-aIs» t5»^-5S ^âJI Jo^Aj ki 



lion , tu donneras un libre cours à tes desseins. » Ali répondit : 
«Pour ce qui est de Talliah et de Zobeïr, je verrai ce que 
j'ai à faire. Mais quant à Mqâwiah, je jure devant Dieu de 
ne pas user de ses services tant qu'il persistera dans les 
mêmes dispositions. Tu sais ce que j'exigerai de lui. Il faut 
qu'il y consente, sinon Dieu jugera entre nous, » Mogaïrah 
s'éloigna mécontent et récita ces vers : 

J'ai donné mon avis à Ali au sujet du Uis de Hiud : mes paroles sont 
repoussées, le sort ne les lui fera pas entendre une seconde fois. 

«Ecris à Moâwiah, lui disais-je, que tu le confirmes dans le gouver- 
nement de Syrie; de la sorte tu l'obligeras à demeurer tranquille ; 

Les habilanls de la Syrie sauront que tu es leur roi, et la mère de Ibn- 
liind (de Moâwiah) en sera troublée. » 

Mais Ali a repoussé le conseil que je lui apportais, et pourtant ce con- 
seil devait lui suffire. 

Dans ce qui précède, nous avons parlé de l'entrevue de 
Mogaïrah avec Ali et des indications (ju'il donna au khalii^. 



en Al' IT HE LWX. 3^3 

t. 
**^il) (^ ^^k:à\Au\^ (j%j"^^'^ C:a.aw 3kA.u( J)»«*w (j~* ijyk^ (J^^ 

Ce qu'on vient de lire est une des versions transmises par la 
Iratlilion. Le récit (jue nous avons donné de la bataille du 
Chameau et de ses péripéties en présente un résumé sulli- 
sanl, bien que nous ayons évité les longueurs, les digres 
sions et la répétition des autorités historiques {isnucl}. Dieu 
seul connaît la vérité. 

CHAPITRE LXXX. 

RÉSUMÉ DE CK QUI S'EST PASSE À SIFFIN ENTKt I.Ks lIAhlTANIS 
DE L'IRAK ET CEUX DE Î.A 5VHIE. 

Nous vcnoiis de raconter d'une manière succincte l'Iiit^- 
toire d'Ali à l)asrali, et la bataille du Chameau; nous parle- 
rons ici d(! son expédition à Sillin et des combats qui y 
lurent livrés. Puis nous arriverons au jugement prononcé 
parles deux arbitres, à la guerri- de Mchrrwàn et à la mort 
d'Ali. (Que Dieu l'agrée!) 

Le sixième jour de rhavval, l'an 3<> de l'hégire. Ali, après 



3^/i LES PRAIRIES D'OR. 

l._i_J! (j^«x<w*j ^tA^4^ J^jJ» (i>-* ''^•î^-'*^ t^-'^ij JJlxo^ jJk5^ (j«ys^ 

avoir délégué ses pouvoirs à Abou Maroud Okbah, fils 
d'Anir el-Ansari, sortit de Koufah et se dirigea vers Siffin. U 
passa successivement devant Medaïn, el-Anbar, et ne s'ar- 
rêta qu'à Rakkah; ii traversa le fleuve sur un pont de ba- 
teaux qu'il avait fait jeter en cet endroit, et prit la route de 
Syrie. On n'est pas d'accord sur le nombre de ses troupes : 
les uns disent plus, les autres moins; mais tous recon- 
naissent qu'elles n'étaient pas inférieures a quatre-vingt-dix 
mille hommes. C'est ce que prouve aussi le passage suivant 
d'une poésie composée, à l'adresse de Moâwiah, par un des 
partisans d'Ali, tandis qu'ils campaient sur les frontières de 
Syrie : 

Arréte-toi , Moàwiali , le chasseur s'avance armé de son (llet ; quatre- 
vingt-dix mille soldats, tous aguerris au combat, marchent contre toi; 
Et dans tin instant, le niascjue te sera arraché! 

Moàwiah sortit de Damas à la lêîe d'une armée, dont on 
ne connaît pas plus exactement le chiUV^'- '-es auteurs dif- 



CHAPITRE LXXX. 345 

ij^VJ;^ îL^J^ M-^ Jy* ij- ^<A^ (>À;^'j JilJU)_5 yi^À Uaji 

Ll J^^ «^£j *LfcJ %^\y«j iUXc o!_j^3-U Uûl«Xft Uj *ti! Jî 

JUi •i^j_jJ5 CJ^^ (^-^^ tKs*- «^J» UiUa* wJi ,j xàjvj>-^ (^ 
l.ill ^yu-J^ _^ lAJag ^^_j-f ^ UXc ^jl io^Ui if:'^^' M^ jj;^ 

Jj,.X> ^U J<wj J»A>SL» 5jA*w^ li j_5'^J <i^ 7:y^3 

fèrent dans leurs évaluations, mais tous s'accoixlent à dire 
qu'elle n'était pas moindre de quatre-vingt-cinq mille 
hommes. Moàwiah prit les devants et occupa à Silîin , avant 
l'arrivée de l'ennemi, un terrain uni et spacieux sur les 
bords de l'Euphrate. C'était la meilleure position; car, 
partout ailleurs, le fleuve, encaissé entre deux berges cou- 
pées à pic, était d'un accès très-difficile. Abou'l-Awar es 
Sulami, qui commandait l'avant-garde, défendait cette po- 
sition avec quarante mille hommes. Ali, trouvant les abords 
du fleuve barrés par ce corps d'armée, dut camper dans le 
désert, en proie, lui et ses soldais, aux tourments de la soi!. 
Amr, fils d'el-Assi, vint trouver Moàwiah et lui dit : <■ Il n'est 
pas possible qu'Ali et les (jnatre-vingl-dix mille soklals de 
l'Irak (ju'il commande consentent à périr de soif , tant qu'ils 
auront une épée. Permets à celte armée de boire conmie 
la nôtre. — Non, par Dieu, répondit Moawiali; ji; veu.v 
(|u'ils meinent comme Otmân , en |)roie aux tourments de 
la soif!» La nuit venue, Ali, faisant la ronde dans son 
e;ini|), piilendil un soldai réciter ces V(!rs : 



3^6 LES PRAIRIES D'OR. 

olLjJI jLs Uoi^à, iii^sia^ j._A_j)Ji IJUJiJ ai<xi {^i 

Pourront-Hs nous barrer le chemin de l'Euphrate , à nous qui sommes 
guidés par Ali dans la voie du salut? 

A nous qui observons les prières et le jeûne , à nous qui implorons Dieu 
dans les ténèbres de la nuit? 

Un peu plus loin , sous les drapeaux des Benou Rébyàh , 
un autre soldat chantait : 

Pourront-ils nous barrer le chemin de l'Eujihrate, à nous qui sommes 
armés de lances et de boucliers? 

Le matin où nous avons attaqué Zobeïr et Talhab, nous nous sommes 
plongés sans hésiter dans le gouffre de la morl. 

Hier, les lions de la forèl ne nous épouvantaient pas; aurions-nous peur 
aujourd'hui d'une brebis efflanquée ? 

Un lambeau d'étoffe, contenant ces deux vers, fut lancé 
dans le camp d'Achat, fils de Kaïs el-Kindy : 

Certes, el-Achàt ne pourra pas aujourd'hui défendre les âmes destinées 
au trépas contre les angoisses que je leur ai inspirées. 

Il ira s'abreuver avec son sabre au fond de i'Eviphrale. A quoi srri dr 
lutter contre des soldais déjà à demi morts? 



CHAPITHE LXXX. VU 

^.AM J_^ CJj.Xw.Xj Xj^ lx-« jJ.oi>OiC I3.M1 • jj /C»-!^ J <e»"fto 4^**" uK^^ 

j— £û^ J^V-^ (j-« CJ^^Î iLjt_5jî (j e*jt^i/! jl-»»(^ ^^\)i *i^^j3 

bu JUj ^\ ^^^\y<l\ e*ji-i bu il) "[j * =w ^j^j^^ 

y^y^- ^^^^"^^ 'i^* '-^'^?l; .?^j ^^Ij <-Ai»-U3j «ivxAwiii jAj jU«>i 
cjÀJi -^ iil^^-ciÀii <_,».».L=>^ tà^Uî^iw b cjl^AiïIjji:^! b 

El-Achàt lut ces vers et se présenta chez Ali d'un air cour- 
roucé. Ali lui dit : «Prends avec toi quatre mille cavaliers 
et pénètre jusqu'au centre du camp de Moàwiah. Ou vous 
atteindrez le fleuve, toi et les liens, ou vous mourrez tous 
jusqu'au dernier. Je vais dire à Achter de te suivre de près 
avec un corps de cavalerie et d'infanterie. » El-Achàt partit 
à la tète de ses quatre mille cavaliers, en prononçant ce \ers 
(sur le mètre redjez] : 

Ou je conduirai au bord de ^^"ll|)ll^ale mes cavaliers aux clieveux 
flottants, ou l'on dira : Acliàl est mort ! 

Sur l'ordre tl'Ali, quatre mille- hoinuies, cavaliers etlan- 
tassir)s, commandés par Achter, suivirent de près l'escadron 
d'el-Achàl. Un Arabe des Benou Nakhà, qui portail le dra- 
peau d'Achler, chantait ces deux vers (sur le même nièlre) : 

Achter, lionmie des grandes actions, lii'ros des lils di' Naklià, toi qui 
assures la victoire (|uaiid la terreur r^gne partout, 

Donne-nous à lioire aujourd'hui; ce ne sera pas le premier de les hieii- 
faits. Si tes soldais ne se d^''sa^t^renl point, l'aruiiM' psI pi'rduo. 



3^8 LES PRAIRIES D'OR. 

(jl kil-JÏj c:>|^_À_J) aK_a_=^ -^Jj'^ ^^.à-'ç \j^J /*.-{,Àx> (jv^3 
-0^" <îi_^ j,Joi_> (j!5o ^j-aJ! !«Xiû ^ Ra^JL AXÀi*.li <iA,*.(i^i 

^^^ iOsjû JUi cAX^^i J^iRJ (j.« U).£. ^i ^j)ai (jlS^iî dlîi 

^jjÎJ^5 Js^î ^j^ S^rj Jj"*:? til'î'^ lij ''^ï^^y ^* b^Aaj 
ul — A — £ cj»^ — il ii_j^_j l — ï — £ tiA„jç-»i^i oî^Aj 

I -' '' O w ^ -> 



Ali s'avança, avec toutes ses forces, à la suite d'Acbter. 
Déjà Achat, culbutant les obstacles , avait envahi le camp de 
Moâwiah, délogé Abou'1-Awar de la position qu'il occupait 
sur les bords du fleuve, et après lui avoir noyé beaucoup 
d'hommes et de chevaux, il avait ouvert le chemin de l'Eu- 
phrate à ses troupes. Avant l'attaque, el-Achcît, qui avait, 
ce jour-là, un accès de fièvre, dit à ses soldats, en étendant 
sa lance devant lui : « Faites reculer l'ennemi de la longueur 
de cette lance. » L'ennemi fut entièrement chassé. Ali, eu 
apprenant le succès remporté par el-Achât, s'écria : «Au- 
jourd'hui, c'est à la fièvre que nous devons la victoire.» 
Un soldat de l'armée d'Irak récita ces vers, à propos du 
même fait d'armes : 

Achat, chacun Ta vu, nous a Jélivrés des angoisses de la mort, alors 
<jue, dans son vol impétueux, cet oiseau f'unèbf'e nous serrait déjà la 
gorge. 

Rendons grâce au général , c'est lui qui nous a menés au but (littérale- 
ment : qui a fait tourner noire meule). 



CHAPITRE LXXX. 340 

^ t^-^ ér* f»^ '-'5' U^ ^^5 '^'* ^"S^J J^ U^S'jc Aj»-l»lj 

aX^wÎ^II oJUs_5 C:JvWl5 ï^\:r' à, J_^iw4xJij A^î ^U^^5 Ji 

Lorsque Achter arriva, Moàwiah avait abandonné ses po- 
sitions, et le corps d'armée qui commandait la route de 
l'Euphrate avait été mis en fuite par el-Achât. Enfin, Ali 
survint et occupa le terrain laissé par Moàwiah. Ce dernier, 
qui avait dû se replier, avec l'armée de Syrie, sur un point 
assez éloigné dn lleuve, demanda à Amr, fds d'el-Assi : 
«Père d'Vhd Allah, que penses-tu des intentions d'Ali? 
Crois-tu (|u'imitant notre exemple, il veuille nous fermer 
l'accès de l'Euphrate? — Non, réplicjua Amr, c'est un autre 
motif qui l'amène : ce qu'il lui faut, c'est ta soumission ou 
ta vie.» En effet, Moàwiah ayant demandé l'autorisation 
de puiser de l'eau sur la rive défendue par l'ennemi et d'en- 
voyer des messagers dans son carnp, Ali accéda à toutes ses 
demandes. 

Le premier du mois dou'l-hiddjeh, deux jours après l'oc- 
cupation de l'Euphrate, Ali envoya une députalion auprès 
de Moàwiah pour le sommer de reconnaître son autorité el 
de se rallier a la (•.)mmunauté musiilnianc. Après de Ion- 



350 LES PRAIRIES D'OR. 

^^ Î^JiijS U j-^j& ,^^v»o iijjljcflj ^^ (J^.J (^y5l> ^^ (J^*J ANji«fci 

iOiî 4_>Ijc_5wj i+KA-X-ff c:A..^v.~fcî «Xi jjj -ïUwJi J^^i (Jî ^u^ (^ 

l_À_A^_J i^A.*«*.Ji ^i Lî_5.>- AaÀ.£ 'j^;-r! (^•'■9 iS^-'^^ '^■f^ (S*^-^- 

gués négociations, on conclut une trêve jusqu'à la fin de 
nioharrem (an 37 de l'hégire). La guerre civile avait sus- 
pendu les opérations par terre et par mer contre les inti- 
dèles; de son côté, Moâwiah , absorbé par sa lutte contre 
Ali, avait fait la paix avec l'empereur grec et consenti à lui 
payer tribut. Quant aux pourparlers entre Ali et Moâwiah, 
ils aboutirent seulement à une suspension d'armes, ainsi 
que le prouve ce vers dé Habis, fils de Saad, des Benou 
Tayi, qui était porte-drapeau dans l'armée de Moâwiah : 

Ils ne sont séparés de la mort que par les sept ou huit jours qui restent 
au mois de moharrem. 

Le dernier jour de ce mois, avant le coucher du soleil, 
Ali adressa cette proclamation aux troupes de Syrie : « Je 
vous conjure, au nom du livre divin, de vous rallier à moi. 
C'est à vous tous également que s'adresse mon message. Dieu 
confond les stratagèmes des traîtres [Koran, xii, 52).» Les 
Syriens répondirent : « Que le sabre seul décide entre nous, 
et que le plus faible périsse! » Le prenn'er de saler, (jui était 



CHAPITRE LXXX. 351 

^j_j 4_A.A_\i»- vJjL)"*^' J'-'^'^ j»l^Jl JsJûi oUaj »Xi_j iojljw AaJI 

ijpl*3 o' (iT-^ ii-A-X-fi 0-J pftiUû ^^NS ^^i jUJi p^Jî yft^ 
JlïjJii ^^.^v- Ui_5 ^jolj_5 jî ^^ Js.**« ^t ^^1 _j^_j Jiï^i tài;-''^>^' 
ii/_j„-«y_AJ i -jj Aaa^ oyi^i j_^) (jl^j S^^=^ ti c^;^» (j^ -î^^ 

un mercredi, Ali fit prendre les armes et ordonna à Achter 
de s'avancer en tète de l'armée. Moàwiah, après avoir rangé 
en bataille les bataillons d'Irak et de Syrie, fit marcher 
Habib, lils de Maslamah el-Fihri, contre Achter. Les deux 
partis se battirent avec acharnement pendant toute la jour- 
née et se séparèrent avec des pertes égales. Le lendemain 
jeudi, 2 safer, Ali envoya Hachém, fils d'Otbah, fils d'A- 
i)ou Wakkas ez-Zohri, surnommé Mirkal, neveu de Saad, 
lils d'Abou Wakkas. Mirkal clevail ce surnom à l'agilité qu'il 
déployait sur le champ tie balaille; il s'était rangé parmi 
les partisans d'Ali, et avait [)erdu un (ril à la bataille de 
Varmouk. Dans le chapitre de notre Histoire moyenne où 
nous racontons la conquête de la Syrie, nous avons parlé de 
la conduite de Miikal et de son héroïf|ue fermeté dans le 
combat oii il perdit un œil. Moàwiah lui opposa un de ses 
plus fidèles partisans parmi ceux (jui avaient abandonné la 
cause d'Ali : c'était Abou'I-Awat os-Sulami Soliân, (ils 



352 LES PRAIRIES D'OR. 

w-A_5^ ^ oUaisi (^ y^ yt" ^^ «^■*'** ^■J^^'*^ «î^^i r/"^^ 

d'Awf. Les deux partis, après avoir combattu avec des 
chances égales, se séparèrent le soir, en laissant un nombre 
considérable de morts. Le troisième jour, qui était un ven- 
dredi, Ali fit avancer Abou 1-Yakzân Ammar, fils de Yaçir, 
à la tête des Mohadjirs et des Ansars, dont plusieurs avaient 
combattu à Bedr, et d'autres troupes qui se réunirent à 
ceux-ci. Moâwiah leur opposa les Benou Tenoukh, les Be- 
nou Bahrâ et d'autres tribus de Syrie, sous les ordres d'Amr, 
fils d'el-Assi. La victoire, indécise jusqu'à midi, se déclara 
enfin pour Ammar, lorsque celui-ci, chargeant Amr, lui 
fit lâcher pied et le culbuta jusque dans le camp de Moâ- 
wiah. On perdit beaucoup de monde des deux parts, mais 
l'armée de Syrie fut plus maltraitée que l'armée d'Irak. Le 
lendemain samedi, A safer, Ali ordonna à son fils Moham- 
med , fils de la Hanéfite, de marchei- avec les Benou Hamdân 
("t d'autres troupes armées à la légère. Moâwiah désigna pour 
lui lenir lêie Obeïd Allah, fils du khalife Omar, avec les 



I 



CHAPITRE LXXX. 353 

^p^ c,..^ (j^ :y^^\ yiSS^ Î3.XxAils laAj»^ j.| ^^ ikj^ i^\ 

tribus do Himyar, de Lakliin et de Djodam. Obeïd Allah 
s'était attaché à Moàwiah, pour se soustraire au châtiment 
qu'Ah* voulait lui infliger à cause du meurtre d'Horrnuzân. 
En efTet, Abou Loulodah, le meurtrier d'Omar, avant d'être 
esclave de Alogaïrah, fils de Chôbah, avait été au service 
d'Hormuzân, en Perse. Quand son père eut péri sous les 
coups de cet esclave, Obeïd Allah s'emparant d'Hormuzân. 
(|ui pourtant était malade au moment où le crime fut com- 
mis, le fit périr et jura qu'il vengerait le meurtre d'Omar 
en massacrant tous les Persans établis à Médine et ailleurs. 
Ali, en prenant possession du khalifat, voulut ùler la vie à 
Obeïd Allah, pour le punir d'avoir tué lionnuzân injuste- 
ment et sans motif légitime. Ce fut alors qu'Obeïd Allah se 
réfugia auprès de Moâvviah. La victoire se déclara ce jour là 
contre les Syriens, et le fils d'Omar battit en retraite vers la 
fin de la journée. ï-e dimanche 5, Abd Allah, fils d'Abbas, 
fut désigné par Mi. Mo.îwiah lui np|u>s.i W'.ilid, fils d'Ok 



354 LES PRAIRIES D'OR. 

cyyJLjC-w.îj^l4A.J! ^i-i lit l.<y*Aj ooKi ^ISX^i ii iojl.*» XaJ! 

iLjjjLjw A-Ji ^r-^lj A^^ t^^ i^x^^i b::^î p^^^i» 

!^J^^xo^ i)l^ /o^^ V^^ c:ajK9 c4^^i ii^*«.^ (j^ oyS-S=- 
cy^JUAwîj ylji^Ji ôyajî *.j cyj-fcJ l^]ji_jJj îj,Ail^:C3 (^j>X^Àj| 

bah, fils d'Abou Moait, qui poursuivait de ses outrages la 
famille d'Abd el-Mottalib, fils de Hachém. Le fils d'Abbas 
l'attaqua vigoureusement et le provoqua en combat singu- 
lier, en l'apostrophant de son sobriquet de Sajwân. Après de 
rudes efforts, l'avantage resta au fils d'Abbas. Le lundi 6, 
Ali fit marcher Saïd, fils de Kaisel-Hamdàni, qui commandail 
alors les Benou Hanidân, contre Dou'1-Kalâ, désigné par 
Moâwiah. L'affaire se prolongea jusqu'au soir, et lés deux 
partis se retirèrent en même temps, laissant le champ de 
bataille jonché de morts. Le mardi 7, Achler sortit de l'ar- 
mée d'Ali avec les Benou Nakhà et d'autres tribus. Moàwiah 
lui donna pour adversaire Habib, fils de Maslamah el- 
Fihri, Le combat continua avec des chances diverses; les 
deux troupes soutinrent la lutte avec la même opiniâtreté 
et combattirent avec le même mépris de la mort. Leurs 
pertes furent égales; cependant il y eut un plus grand 
nombre de blessés parmi les Syriens. Le mercredi 8, Ali 



CHAPITRE LXXX. :i55 

*-^-^-C^jl(5-<^LAi-^ ii-^l-J A-!sA-C_j LjyLfi {•^j-aJI Iis-tf> jj cxj'j 

(jj* '^f^isj ^4^^ J^îj Uaji.L ojJS'-Jt 5_ji^^ iUlaJL. t_5.>b^ 
I^jijLc AAAJ |0^ (jjI ^j JUj AX5Î (^jv*j fXilî L^ji ^^Àiî 
{^^i_5 cjLmJI |»_^jb_j tjU^Jii! ijU ^ôlsjJîJl l^-iSJ»JC^Ij ^1 
yUaA-iJî yU iLsivo Î_5»>^U t-UMt (jl^ij /oJàciii iî_^î I Jvd> 

conduisit lui-même an combat les Compagnons du Pro- 
pîiète, vétérans deBedr, Moliadjirs et Ansars, avec les tribus 
de Rébyâh et de Hamdân. Voici ce que racontait Ibn Ab- 
bas : « Je vis Ali avant le combat de celte journée : il était 
coifle d'un turban blanc; deux jets de flamme jaillissaient 
de ses yeux. 11 parcourait les rangs formés par les dilTérenles 
tribus, excitant leur ardeur et ranimant leur courage. Ar- 
I ivé devant le bataillon on je mo trouvais, il s'arrêta eldit : 
" Musulmans, que vos cris se confondent pour décourager 
« rennenii et lui inspirer la terreur; que vos sabres troublent 
«sa vue, même avant de sortir du fourreau; que vos re- 
«gards le glacent d'épouvante. Plongez vos armes dans les 
« cbairs, et frappez, la pointe en avant. Que vos sabres suc- 
" cèdent sans interruption aux javelots, et vos llèclies aux 
« lances. Sacrifiez votre vie, s'il le faut; Dieu le Très-llaul 
" vous voit et le Cousin de son Propbète (•ond)at avec vous. 
" Chargez sans cesse et craignez de leculer; car la fuite, ce 
• serait la honte pour vos enfants et le feu éternel pour vous , 
" au jour du jugement. A \ous celte grande terre du Sawad, 

•i3. 



350 LES PliAlRlES D'OR. 

w.j>k.ift i«X-j iL.A-S'ft.AS ^^Xj» <Xi \A£\jb> iM«.\A^ 5<Xaxa£> c^^ij 
(^=:l *^^J (J~* (J^^?Sî c^-=*- îtX^-o t<X^^ ^—^5 i^^À^ 

(^ -<xJi_j^ (*XJL5î aSSjjJ qJ^ t»5ot« 4M5j ^^jAcill r^t^ 

»._Jv_:^ ^]jLa-A^ (^.«.^JC^ içj^^j.<kil~I (J-. c3^i ^*?jî j cjUaài 

«à vous ces tentes si spacieuses! Frappez pour gagner le 
« ciel. Satan est là, au sommet de sa coiline, les deux bras 
<■ étendus, une main en avant pour attaquer, un pied en ar- 
» ri ère pour fuir; il tiendra ferme à son poste jusqu'à ce 
«que la vérité se manifeste. Mais vous serez vainqueurs, 
" car Dieu est avec vous, et il ne laissera pas faiblir votre 
•> courage ! » 

Ali s'avança au comioat, monté sur la mule grise qui avait 
appartenu au Prophète. Moâwiah marcha à sa rencontre avec 
la plus grande partie de l'armée de Syrie. Lorsque la nuit 
survint, les combattants se retirèrent, sans avantage signalé 
(le part ni d'autre. Le lendemain jeudi, neuvième jour du 
mois, on se battit jusqu'à l'heure nommée c/a/noa/i (heure 
qui suit le lever du soleil). Obeïd Allah, fils du khalife 
Omar, s'avança alors avec quatre mille Khadariles (les 
verts), coilfés de turbans en soie verte; ces soldats s'étaient 
voués à la mort afin de venger le meurtre d'Otmân. Obeïd 
Allah les précédait en récitant ces vers : 





CflAPITMF LXXX. 

ii)jjl ^jl^ y aM'_^ (^Joltj ^^Xij^ (^1 L viU?^ t^ »!:>Uj 

j^JUl i\jjt}\ ^:s/i bi J"! ^.x^Jt oj^j-j^ y^:^\ bi ^i 



Je suis Obeïd Allah; ainsi m'n nommé mon père , Omar le meilleur 
des Koreïchiles qui ont vécu 

Après le Prophète île Dieu et le clieîkh illustre (Abou Bckr). Les en- 
fants de iVJodar et de Rébyàh ont abandonné la cause d'Otmàn. Qu'ils 
soient privés des bienfaits de la pluie! 

Ali l'apostropha en ces termes : « Malheur à loi, lils d'O- 
mar! Pourquoi nie combats-tu? Par Dieu, si (on père vivait 
encore, il ne serait pas clans les rangs de mes ennemis. — 
.le viens venger Otniàii , répondit Obeïd Allah. — Tu viens 
venger Otniàn, reprit Ali, mai.s Dieu vengera Hormuzân! » 
ft il ordonna à yVciiler de marcher contre lui. Achter cou- 
rut au combat et il chantait : 

Oui, je suis Achter aux exploits glorieux; oui, je yuis el-A/ù (la vi- 
|)èrc), célèbre dans tout l'Irak. 

l\i Rébyàh ni Modar ne m'ont donné naissance :je sors delà blanche 
«t glorieuse tribu de Madhidj. 

Obeïd Allah se retira sans oser le combattre. Atmnar, lils 



:i58 LES PRAIRIES D'OR. 

A}s>jb ^^ /B^bUJ «.Xaj ^^u»ij t^jJlj Jiy«^î <^i^' ti^ '^Wi 



de Yaçir, voyant des monceaux de cadavres s'accuninler de 
toutes parts, s'écria : « Les généraux ennemis, par leurs at- 
taques sans cesse répétées, cherchent à intimider nos braves 
soldats. Mais, par Dieu, quand même ils nous mettraient 
en déroute, et nous poursuivraient jusque dans les défilés 
de Hadjar, la vérité n'en serait pas moins avec nous comme 
le mensonge est parmi eux! » Puis il se jeta dans la mêlée t\ 
prit part au combat; il revint ensuite au même endroit et 
demanda à boire. Une, femme des Benou Cheïbân, qui 
se trouvait dans les rangs de l'armée, lui présenta une jatte 
de lait. Ammar la prit en disant : « Dieu est grand! C'est au 
milieu des lances que je retrouverai aujourd'hui mes amis. 
L'apôli^e véridique m'a dit la vérité, lorsqu'il m'a prédit que 
ce jour serait pour moi le dernier. » Puis, se tournant vers 
ses compagnons d'armes : «Qui de vous, leur dit-il, veut 
annver jusqu'à Dieu à l'ombre des lances.^ Par Celui qui 
tient ma vie entre ses mains, nous combattons aujourd'hui 
pour l'explication du Livre, comme nous avons combattu au- 
trefois pour défendre son origine divine. » Et il s'avança en 
ajoutant ces vers : 



cil \P!TI\E LXXX. :^59 

AK~-*_Aiw ^j^ J»^=' tl-'Û'^J aK_a.jL* /wC «IgJi J>JS.J \>y*is 

jji^_^S C^_x_Jj A^xLô 4MÎ Jj-M»; Jii Jw _}' J_5-*!> (0-»Xa» aMI 
*X_9^ <\_Ju-A— Cw j-J^, (J 'é^ aK-w-jsj ^ j j^ -i*^-^ ij^^"^ CJ^*^ 



Nous avons fait la guerre pour vous couvaincre que le Koran venait du 
ciel; nous la faisons aujourd'iiui pour en fixer le sens. 

Sous nos coups, le bibou quittera sa retraite (c'est-à-dire l'âme sortira 
du coq)s); l'ami sera séparé de l'objet de sa tendresse. 

Jusqu'à ce ([ue la vérité reprenne son cours. 

En achevant ces paroles, il se jeta au plus fort de la mê- 
lée, à travers les lances (jui se croisaient sur lui. Il tomba 
sous les coups d'Abou'l-Adyah el-Amili et d'Ibn Hovvaïn es- 
Sekseki. Ces deux hoiimios se dispulrrcnt ses dépouilles et 
prirent Abd Allah, (ils d'Aiin-, lils d'el-Assi, pour arbitre 
de leur dillérend. « Kloignez-vous, leur dit celui-ci, car j'ai 
entendti dire au Prophèle (ou, selon une autre version, le 
Prophète a dit) : « Les Koieïchilcs seront injustes à l'égard 
d'Ammar: « il leur montrera le chemin du ciel, et eux vou- 
« dront l'entraîner en enfer. » Ammar fut tué à la tombée 
de la nuit; il était âgé de quatre-vingl-Ireize ans. Son tom- 
beau est à Silliii. Ali récita la prière des morts, mais sans 
laire les lotions funéraires, parce (|m' Ammar dissimulait ses 



360 LES PRAIRIES D'OR. 

/wj ^W J%-*:^ A^JCJ» ^j «.^^il (^ ^*)^^ 'j'*Jy (J:?*^'^' {Jx***"*"^ 

3 

cheveux blancs à Taicle d'une teinture. On n'est pas d'ac- 
cord sur sa famille. Les uns le rattachent aux Benou Makh- 
zoum , les autres aux clients de celte tribu ; d'autres lui don- 
nent une origine diflérente. On trouvera des détails sur 
ce personnage dans notre livre intitulé : Jalons de l'Iiistoire 
et curiosités des moimmeats , au chapitre où nous mention- 
nons les cinquante chefs /^ui reconnurent Ali à l'article de 
la mort. Les vers suivants d'el-Haddjadj, fils d'Ozeyah el- 
Ansari, font allusion à la mort d'Ammar : 

Le Prophèle lui avait dit ; «Tu mourras sous les coups d'une poignée 
de misérables que leur étoile entraînera à la révolte. » 

Les soldats de Syrie savent maintenant qu'ils sont désignés par ces pa- 
roles et que la honte et le feu éternel les attendent. 

A peine Ammar était-il tombé qu'on vit s'avancer Said, 
lils de Kais el-Hamdâni , avec les Benou Hamdân ; Kaïs, fils 
de Saad, fils d'Abadah el-Ansari, avec les Ansarset les Be 
nou Rébyàh. et Adi, fils de Hatini, à la tête des Benou 
Tayi. Said, lils de Kaïs, était au premier rang. F,e choc fut 



CHAPITRE LXXX. M)\ 

^jivX_iè os^^^j JLjJUI Joucilj jH^L j^ l^kAii ^Ui 

i 

■*'cS* &^ fy*^ -^ '^■*^ (J-^- (^■^^ *^^-*--*^ Jl^5 (J-j'_5 -«^I^Aji 

>A ai aN £&i ^^_A_jj^_ft! >KJi\ U^ J_^Ji ^Ji-Si .Xi 

■^X )L4 ji J^Ào (jî ix_j ii ^X_^ 4^i*. sLa-JI lis. ù<i 

terrible; après un combat des plus nieiirtrieis, les Jienoii 
HaiTidàn oufoiicèrcnt l'armée de Syrie et la culbutèrenl sur 
les bataillons commandés parMoà\viah;maisSaïdetsesIIam- 
danites ne purent entamer ces derniers. Alors, par l'ordre 
d'Ali , Achter se jeta , l'étendard à la main et suivi des 
Karaïtes (lecteurs du Koran), sur les troupes de Hims et de 
Kinnisrin (Emèse et Chalcis) : il en fit un grand carnage. 
De son côté, Mirkal à la tête dosa tribu , malgré d'énergiques 
elTorts, n'avait obtcrm encore aucun avantage; il se déme- 
nait comme un étalon au milieu de ses entraves. Derrière 
lui était Ali, qui lui disait : « Allons, homn)e borgne, pas 
de faiblesse; en avant! » Mirkal répondit par ces vers : 

Ou a [)<Trlc trop lonj^lcmps (maintenant il l'anl at,'ir.) Li; j;iiorrior 
borgne cherciic de la ^ioiic pour les siens. 

Il a ns('' (Je la vie jusipi'à la satiété; aujoni'd liiii il Cnil rprii (Vappc on 
fjn'il .soit frappé'. 

.le \CM\ les r.Mjonssi'!' |iis<|n'.i Don l-Koonl». 1 le. 



362 LES PRAIRIES D'OR. 

J-^-^ & y-^3 ^^-Ml 4^<xJ S^jX\ ifsAJis. (^3 nc^\sî> »K,«wtf> -j.j 

^j-^l ^J^^ ^^.Mi ^j-4 j^iXac (^)U^ 

ikxMKS 5<Sjtj JoCSj -«XjCX» Jlivli frtiUû AÀxiai (jvJCJutia ljLAAifc.lj 
Jls^i »_/05 o^-mI ji J»-^^ Jlj)~JLl jrfviUfc J.-î-^ >X.rï»^j.A* 

JjLjL-JiLi L*x5T t^Mi ^ji J.Ai_j x«i?^ Jij^t /<vi,lJ> Jjjii ^j*<Ul 

Hachém, Gis d'Olbah, tel était le nom de Mirkal, marcha 
contre les Himyarites, commandés par Dou'1-Kalâ. Le porte- 
drapeau de cette troupe, un Arabe de la tribu d'Ozrah, vint 
à sa rencontfe en disant : 

Arrête! tu n'as pas affaire à un homme issu de Modar. Parmi nous 
autres Yéménites la peur est un sentiment inconnu. 

Qu'est-ce que la mort d'un esclave parmi tant de morts illustres? Nous 
vengerons le fils d'Affàn et nous chasserons les traîtres. 

Donner un ordre ou l'exécuter est, selon moi , la même chose (allusion 
au meurtre d'Otmân). 

Ils se précipitèrent l'un sur l'autre, la lance en arrêt. Mir- 
kal le perça de la sienne et tua sur son corps dix-neuf de ses 
compagnons; puis, se mettant à la tête d'une troupe des Be- 
nou Aslam, qui avaient juré de revenir vainqueurs ou de 
mourir, il chari^ea Dou'I-Kalâ. La lutte recommença avec 
une i'ureur nouAclle. Mirkal et Dou'1-kalà reçurent la mort 
en même temps. Le fils de Mirkal, vovaiil tomber son père. 



CIIAPITUE LXXX. 363 

^^SJi i J5^ \Sjjii\ iaA«3 i Sj^\ JSi (j^^ s^\^)i\ Jli^i ^^\ 

l^v-Lit» J^J»- 'yt^** *Ji^J^' ^^"^"^ ii-A^-^l ii-A_Aa-* 1^-6=»" *^' (4>- 
/y_j ioi_j»X.»- ^-^5 *X*Mi_5 ^)^À-o r»_5^Jl l«X^ i »X-j,^AAw!_5 



prit de ses mains rétendard el se jeta au plus Tort de la mê- 
lée. Sous des flots de poussière, il déclamait ces vers : 

Hachém, fils d'Olbah, fils de ALilik, réjouis-loi : le cheïkli de Koreïch 
est mort; 

Son cadavre est foulé sous les pieds des chevaux. Héjouis-loi, les Iiou- 
ris l'atlendcut sous leurs bocages parfumés de l'odeur enivrante des 
fleurs! 

Ali vint à passer devant les cadavres de Mirkal etdesBc- 
nou Asiein étendus autour de lui. l'ouché de pitié, il pria 
pour eux et ajouta ce V(;r,s : 

Que Dieu récompense ces troupes d Aslemites au mâle visage, (pii sont 
tombés auloiu' de Ilacliém! 

A la même alTaire périrent S<'if\vàn ctSaad, tous deux fils 
de Hodaïfah , iils d'elYérnàn. Leur père Ilodaïrah était ma- 
lade à Koulali, l'an 30 de l'iiégire, loiscju'il apprit le meurtre 
d'Olmân et la nominalion (l'Mi II voulut être Iransporlé à 



364 LES PRAIRIES D'OU. 

^-Cii^ jj^=>-^_i^l jLJt» (_^xJ (j*\.ÀJi iCsAjj (jUv.£ J^ï ^àKkà 
jJl,«?j \^k.£. (^\j '^i *X,«-.^^ajUS (_^ (5'*®>* iùwl> a>X.AiaJi 

Ajî ^!^_i ^jijj^^y ^•*>^ ^i)'*^-'^^ '^^ (Sy^-^^ (*xaX« <^Ur ^! 

Ljjij.s>- ^ fj^S.XM*i \XAi L>».j_5 <3^-^5 *Xxaw_5 (jlkÀ.o <\AÀJ^ JiiJj 

«X_.r,-«;i.JC-W(lj U^J (jv*j^b J^j -M iÙtA>i^J f\>"^'' Î-^JÛ J\XJ 

la mosquée pour y réciter la prière puiîlique. Une fois placé 
clans la chaire, après avoir loué Dieu et appelé ses béné- 
dictions sur le Prophète, il s'exprima ainsi : «Peuple ici 
rassemblé, vous savez qu'on vient de prêter serment à x\li, 
fils d'Abou Talib. Craignez Dieu et donnez votre assistance 
et votre appui à Ali. En vérité, du commencement à la fin , 
le bon droit a été de son côté. Ali est le meilleur de ceux qui 
sont venus après votre Prophète, le meilleur d'entre les gé- 
nérations futures, jusqu'au jour de la résurrection. » Et po- 
sant sa main droite sur sa main gauche, il ajouta : « Dieu , 
sois témoin que je prête serment à Ali. Béni soit le Sei- 
gneur, qui m'a laissé vivre jusqu'à ce jour! » 11 se fit trans- 
porter chez lui par ses deux fils Safwân et Saad , et leur dit : 
«Allez et restez avec Ali; il aura à soutenir de longues 
guerres dans lesquelles des flots de sang seront versés. Tâ- 
chez de périr à ses côtés, car la vérité est avec lui et le men 
songe avec ses ennemis. » Hodaïfah ujourut sept jours après, 
selon les uns, quarante jours, selon les autres. 




CHAlMThF: LXXX. :K)5 

^}Ji*â^ v^A^j OV^^ d) Jv^l^ jD_j-JC-Jl^ j— <L-Anj| ^I ^^j_\j ^ 

t*x_> Li-j _j_J b! (jL«jcJi ^^3 Jl-ii LfA=- ;^^'j U*>«J*^ ^1,*» 

(le même combat coûta la vie à Abd Allah et à Abd er- 
TUibman, fils Tun et l'autre de l'odeïl, fils de Warlià le 
Kliozaïtc. Ils périront avec un grand nond)re de soldats de 
leur tribu. Aid \llali combattait à l'aile gauche de l'armée 
d'Ali etcbantait ces vers (sur le mèln- reJjez) : 

Il ne te reste désormais qu'à prendre patience et ù te fier à Dieu. Arme- 
loi d'un bouclier et d'un sabre à l'acier poli , et cours an premier rang des 
cavaliers. 

11 lut tué, et après lui son (rèro Abd erRahman, avec 
j)lusiciirs Khozaïles (jue nous a\ ons nommés plus haut. iMoà- 
wiali , vovanl les rangs de l'arnu-e de Syrie s'éclaircir sous l'ai- 
laque ruri( use des Iroiipcs d'Irak , se tourna d'un air irrilc \ers 
Nomàn, lils de Djébélah le Teiioukliile, (|ui porlail le dra- 
peau des tribus de 'r(;iioukh et de Balirà et lui dit : " Je sou- 
geais à mellre à la léle de les lionuues un chef plus li.irdi 
que toi et un allié plus fidèle. » Nonuin répondit : « Si notre 
tiibu n'axait eu à combattre qu'une poignée de recrues .sans 
discipline, il lui fandr,iil encore du IcMups jxiur la répons- 



366 LES PRAIRIES D'OR. 

Uj ,3_iL (^ c:.»^*-^ if^ij.s.\ bi_j .X-i^Jl ci)i_^ (-^^J (S^.^ 

ser; à plus forte raison , quand nous avons devant nous un 
rempart de sabres et de piques acérées, un ennemi prudent 
et habile. Certes, je t'ai servi au prix de mes propres inté~ 
rets; j'ai sacrifié ma religion à ta couronne; j'ai abandonné 
ce que je savais être la justice pour favoriser ton ambition 
et je me suis écarté de la vérité que j'avais devant les yeux. 
Rebelle aux lois de l'équité, pour défendre ton pouvoir, j'ai 
pris les armes contre le Cousin du Prophète, contre celui 
qui le premier a embrassé fislam et émigré avec le Pro- 
phète. Si nous avions donné à Ali les gages que tu as reçus 
de nous, il se serait montré plus clément envers ses sujets 
et plus magnifique dans ses dons. Maintenant que nous 
avons entrepris celte affaire avec toi, légitime ou injuste, 
nous devons la mener jusqu'au bout. Mais il s'en faut, hélas, 
qu'elle soit légitime! En combattant pour , posséder les 
figuiers et les oliviers du Gawtah (jardins de Damas) , nous 
renonçons aux fruits délicieux et aux fleuves du Paradis. » 
En aclievant ces mots, il se mit à la tête de sa tribu et 
courut au combat. 



CHAPITRE LXXX. 367 

lvX_A_-w Jol . l a M*— n cjLilnl (j^ <-»-àI3 J^ iajjl yi _^>;^ jî 

J^ij ^«-^^ 0-.>-*-^ l-ii^U^ ^iLxXA-E- J \j^k^j ^î /«s^Lvî 
(j-^ '^^^'^-r^^-^»- ^^ J-H^ lii^^j-ï *L5j ij^ jXx}\ ^j: (^jv^a^ 
^jjj ^ ^^_s?Ji yc-i.yî (jl Jokij A\jjii A.À*ki Jjt^^lis. 

Obeïd Allah, fils d'Omar, se préparait à marcher contre 
l'ennemi et ses femmes l'aidaient à revêtir son armure. Seule, 
la Cheibanite, fille de llani , fils de Kabiçah , se tenait à l'écart. 
Au moment de sortir de sa tenlc, il s'approcha de cette 
femme et lui dit : « C'est la tribu que je vais combattre au- 
jourd'hui; Dieu jn'est témoin que mon plus vif désir est 
d'attacher à cha(jue pieu de ma tente un de tes nobles com- 
palrioles. — Combien je déplore que tu les combattes! » ré- 
pondit-elle. Son mari lui en demanda la raison. Elleajouta: 
« Jamais, avant et depuis l'islam, ils n'ont eu pour ennemi 
un guerrier au visage de Iravcrs (comme le tien) sans le lui 
redresser. Je crains que lu ne sois perdu; il nje semble déjà 
me voir, après ta mort, allant les implorer de me rendre 
ton cadavre. » Obeïd Allai» la blessa d'un coup de son arc 
et lui dit : «Tu sauras bienlùt (|ui je t'amènerai parnii les 
illustres frères. » Il lut percé d'un coup de lance et lue par 
Horeïl, filsdeDjahir cl-Djoufi, ou selon d'aulrcs, parAchler 
en-\akhàyi; d'après une troisième veision , il péril de la main 
d Ali, (|iii,(lii inènic ((uip. perça son armure »■( dc'-cliira ses 



368 LES PRAIRIES D'OT». 

A-aJJs^ <r>-^ (:J^?'=^ «-5^ ^^^ ub ''^.^^ i^*ïo»- «s-*^*»' ixlLs». 

X'À=='»ij ^Ua-mJ! <>U2AAi ^ jjUû C-VÀ-J <îOLiA=s- !_jAx>-lj pÀ.*AS».î 

-Oi^-j JoLj tj^i, JI »b:>»x^ p<vS-ti j5 aMI «Xaa* «^-i^àJ IjjUj 
AjoUjçiJ) !y:jî y^i JUi ji,J«Xj 'N?^^ Lir''^'-? ^^A^ «^^^ 

bi o»-)l;j fj-*-^5 c:^.jÎj (j-^* 'î^"^=?- i ^4-î'^ tji L(f>^^Avj 

entrailles. Précédemment, lorsque Obeïd Allah^'était dérobé 
par la fuite au châtiment qu'il avait mérité en tuant Hor- 
inuzân, Ali avait dit : «S'il m'échappe aujourd'hui, il ne 
m'échappera pas demain. » Après la mort d'Obeïd Allah, ses 
ien)mcs obtinrent de Moàwiah la permission d'olTrir dix 
mille dirhems aux Benpu Rébyàh pour la reslitulion du 
corps. Quand elles vinrent le réclamer, ils consultèrent d'a- 
bord Ali , qui leur répondit: « Ce cadavre est celui d'un chien 
et les charognes ne doivent pas se vendre. Cependant vous 
pouvez, si bon vous semble, l'abandonner à sa femme, hi 
fdle de Hani, fils de Kabirah le Cheïbanile. •> Les Benou 
Rébyâh revinrent et dirent aux femmes d'Obeïd Allah : « Si 
vous voulez, nous l'attacherons à la queue d'un mulet que 
nous chasserons à coups de fouet jusque dans le camp de 
Moâwiah. — Ce serait encore plus cruel pour nous,» 
répondirent-elles en gémissant. Moàwiah instruit par elles 
du peu de succès de leur démarche, leur conseilla d'aller 
trouver la Cbeïbanite et d'obtenir de cette femme qu'elle 



CHAPITRE LXXX. 369 

>s». ciyiû-* /o»4^' c:a.a)Î^ l^jAfci» *JOix> «J '^-Sfr» V^' ^''•*=' ^ 

-UJi J^i) ^^ ki *Xj«.ij J^=-^ a\^ xx^ ^^^i '^^^ 

s'adressât elle-même aux Rébyites. Elle y consentit, se pré- 
senta dans leur camp et leur dit : « Je suis la fdle de Hani, 
fds de Kabirah. Voici mon époux, c'était un homme entêté 
et violent; je l'ai averti de ce qui devait lui arriver. Rendez- 
moi son corps, • Sa demande ayant été accueillie, elle leur 
jeta une pièce d'étofTe de soie dans laquelle ils enveloppè- 
rent le corps et le lui abandonnèrent, après avoir attaché au 
pied du cadavre un des piquets de leurs tentes. 

Cependant Aramar et les guerriers que nous avons 
nommés plus haut avaient succombé. Ali excitait le courage 
des siens, et disait aux Rébyites : "Vous êtes ma cuirasse 
et ma lance. » Cette tribu et d'autres troupes prêtes à sacrifier 
leurviepour la cause de Dieu accoururent à son appel au 
nombre de dix mille et au delà. Ali les conduisit au combat, 
sur sa mule grise, en répétant ce vers : 

Quel jour ciieiclierais-jc à fuir !<' tripas!" Ksl-ce le jour où le desliii 
m'épargne, ou hien le jour où il me frap[)cra.'' 

Ses soldats, s'ébmcant à sa suite cotnnu' un seul homme, 

IV. •• i 



370 LES PRAIRIES D'OR. 

iL-J^U.« *a5 Jt Ij-wiil <;5;r». aaA* ly>l Us^!jj^.ftjij (jàJUJJ ^1 

<ÎU)jUi p<\Ià«Ji (^x!i jj—swil! <X_J^L*_^ ^^jl ^3 -o--fr-J^-^' 

Js-:^ U5 ^-5 JLJL» »^î ji xV^i ^i kï J.r?-; »jjUj ^ *jl 

rompirent les lignes des Syriens, renversèrent tous les obs- 
tacles et parvinrent jusqu'à la tente de Moâwiah. Ali fendait 
en deux tous les cavaliers qu'il trouvait sur son passage et 
disait : 

Parmi ceux que je frappe je ne vois pas Moàvviah , cet homme aux yeux 
bridés, au ventre proéminent ; 

Que sa mère, privée du fils qu'elle chérit, roule avec lui au fond des 
enfers ! 

Quelques-uns pensent que ces paroles furent prononcées 
ce jour-là par Bodeïl, fils de Warkâ. Ali, provoquant Moâ- 
wiah, lui dit : « Pourquoi sacrifier plus longtemps la vie de 
tant d'hommes à notre querelle? Je t'appelle au combat de 
Dieu. Que celui de nous deux qui tuera son adversaire 
jouisse seul du pouvoir! » Anir dit à MouAviah :« Ce qu'il te 
propose est juste. — Non , répliqua celui-ci; tu sais bien que 
tous ceux qui se mesurent contre lui périssent ou sont faits 
[uisonniers. — L'honneur, reprit Amr, exige que tu ac- 
ceptes le défi. « Moà\viah ini répondit : « Tu désires hériter 



CHAPITRE LXXX. 371 

*-* A)—* c^ f<v*J»! iùjU^ y! cjLÎjjjJI (jàxj i Jwv» JsJjj *-aA£ 

A_jj^fi VxÀ-iJv» A^aïîaJ u>.A*iJ| JLij ^^ \ij.£. UxaJÎ 1,^0 jwO 

de mon pouvoir, » et tel était en efTet le motif de la jalousie 
d'Amr. D'après une autre relation, Moàwiali, lorsque Amr 
lui conseilla d'accepter le combat, le conjura de l'aflfronter 
à sa place. Amr ne putse dispenser d'obéir et s'avança contre 
Ali. Quand ils lurent en face l'un de l'autre, Ali le recon- 
nut, et déjà il levait son sabre pour le frapper, lorsqueAnir, 
découvrant ce qui doit rester caché aux regards, s'écria : 
« Ton frère a été contraint, il n'est pas un héros (Proverbe). » 
Ali détourna les veux et lui dit : « Ton action est infâme. « 
Amr retourna ensuite parmi les siens. 

Hicham, fils de ^lohanmîcd el-Kelbi, rapporte, sur le té- 
moignage de Charki, (ils de kalami, qu'après l'issue de la 
guerre, Moâwiah dit à Amr :« Ne m'as-tu jamais donné des 
conseils perfides? » Ann's'en défendant, Moàwiah poursuivit: 
" Si fait, lu me trompais lors(|uc lu m'as conseillé d'accepter 
le défi d'Ali, connaissant la \alciir dv cet homme.» Ami- 
lui répliqua : « lui répondant à sa provocalion , lu le [)laçais 
entre deux allernativ<'s également axanlagcuscs : on tu l'au- 
rais tué, et, fil te vengeant rlti meurtrier de la famille, 

2.1. 



372 LES PRAIRIES D'OR. 

i_^-^ ^^ ^^i Jî J-*j ^ Jl*yi5 r«^^ yî Cijviw' ^W-=^i 

w P 

lu t'illustrais d'une gloire nouvelle; ou il t'aurait tué, et tu 
prenais place au milieu des martyrs et des saints; il est 
glorieux d'être compté parmi eux. » Moâwiah lui répon- 
dit : « Amr, cette seconde chance eut été plus triste que la 
première. » 

Cette journée fut plus meurtrière que les journées précé- 
dentes. J'ai lu dans quelques relations écrites de la guerre de 
Siffin, que Hacbém el-Mirkal, ayant été renversé et frappé 
d'un coup mortel, souleva la tête et aperçut Obeid Allah, 
fils d'Omar, qui gisait blessé à ses côtés; il rampa sur les 
mains, et, comme il était désarmé et épuisé, il le mordit au 
sein avec une fureur telle, que ses dents restèrent dans la 
blessure. On retrouva son corps et celui d'nn Arabe des 
Benou Bekr ben Waïl sur le corps d'Obeïd Allah qu'ils 
avaient déchiré tous deux en expirant. 

Le combat terminé , les deux armées se mirent en devoir 
de relever leurs morts autant que cela était possible. 
Moàwiah passant, avec quelques-uns de ses olTiciers, sur le 
terrain où son aile droite s'était déployée, aperçut le ca- 



CHAPITRE LXXX. 373 

tK-»«Xo ^ aMI .Xxfi JI jJàjiJ AAi X>j^y« w».j|^ (^*>^Ji x-Okil> 

^XJi.«v«« JjJij uioli jjiï-yiî i<><.^ (jJ"^ J*i^> 

ilavre d'Abc! Allah, fils de Bodeïl, fils de Warkù le Kho- 
zaïte, souillé dépoussière et de sang. Ce guerrier, ([iii com- 
haltail à la gauche de l'armée d'Ali, s'était jeté sur la droite 
de iMoàw'iah et y avait trouvé la mort, comme on l'a vu 
précédenmient. Moàwiah voulut exercer des mutilations sur 
son corps, mais Abd Allah, fils d'Amir qui avait été lié 
d'amitié avec le fils de Bodeïl, déclara qu'il ne souffrirait 
pas une pareille profanation. Moàwiah lui ayant rendu le 
corps de son ami, il l'enveloppa dans son turban, le Irans- 
j)orta et lui donna la sépulture. " Par Dieu, lui dit Moàwiah, 
lu viens d'enterrer un des plus redoutables guerriers, le chef 
tie la tribu des Khozaïtes. Kl pourtant, si nous étions tombés 
entre les mains de leurs femmes, elles auraient mangé 
notre chair, bien que notre naissance soit au-dessous de 
celle de ce prince; » puis il ajouta ces vers en forme de sen- 
tences : 

Un l)ravo soldai, s'il tsl iiiordii par la guerre, rend inoi'surc pour mui- 
surc. L'attaque ipii le iiicnacr le trouve toujours prf-l. 



374 LES PRAIRIES D'OR. 

A_jl^sï=î (j^-rS. y^J[)..j ^ *-4.*lAaxi (^ yl-**.i <Jt (^^làjj 
*-_i_^ laJi.-*Ajj j»LIà.«Jl ^j_5 f*l-rrJi i^-Ai-? <t>^J |<\*».àJ| ikxa 

J-S-i/l I^^J^^ ■y.-Xi^l\ J._£û) ^j.jÎ ylîi^l^ j_5*KAaJi <^ /o..^ 

Î<x.jj5^ La.^^ -Ji.-îiyi ^*^^ (_ji;woi Jiîj ^jÎ^I! ^^v^î fj^xj i*x4^ 

(_^^! ti).Ajlj 4^i>. iii.*i,»i^l5 -.IwjJl J^_5<X,*o (j ovjt^l îii 4^.^. 

Tel qu'un Hon rugissant qui défend ses petits, il brise sous ses dents 
le trait que lui lance la mort. 

Ali, voyant que les lignes formées parles Benou-Gassân 
n'étaient pas encore enfoncées, encouragea ses soldats à les 
attaquer et leur dit : « Leur résistance ne cessera que lors- 
qu'ils tomberont inanimés sous vos lances. Que vos sabres 
fendent les têtes, brisent les os, coupent les articulations, 
abattent les mains! Que vos masses de fer fassent ployer les 
fronts de vos ennemis, que leurs longues chevelures se ré- 
pandent sur leurs cous et leurs poitrines. A moi, les soldats 
intrépides; à moi, ceux qui aspirent à une récompense!» 
Une foule de musulmans de toutes les tribus accoururent. 
Ali appela son fds Mohammed, lui remit le drapeau et lui 
dit : «Avance, ce drapeau à la main et sans te hâter. 
Lorscjue tes hommes seront en face de l'ennemi, la lanceen 
arrêt, suspends ta marche et attends mes oixlres. » Moham- 
med obéit. Ali, suivi do Haçan, de Huçeïn, des vétérans de 
Bedr et d'autres Compagnons du Prophète formant un esca- 
\ 



CHAPITRE LXXX. 375 

LLII y5wi*-Cj ?'*^^~* <-^^' »j-i** ^4^^ *J_5^-*^ A-Mry» i.^^^ 
t_;<XXjlj (j*»;^ oui l^jJtiaJCâlj ^^ iij.M*.x^ ^^ ^Xj^Xi ij y^ÀJL« 

J^*^j '^-^î /o-^' b.r-^^(i* f*^ «^.9-*^ (*-^^ «-^^ (*"^ ls\.^^i\ 
f^j^^^i /o-^l t5«^^l CJ^^ ^^^j^ i J^ (;^*ia^ J>^ Cp-a* 

ifc ..•'■w«X_Ai<» (_^ )»— J lfc-A-&- <;^v-,»- ij<X-Mj jO-J i»y-V^J j^ AjLiLf 

dron de cavalerie, chargea les Benou Gassân et leurs auxi- 
liaires et en (it un grand carnage. La bataille reprit vers le 
soir la physionomie qu'elle avait le matin. L'aile droite de 
Moâwiah , composée de dix mille soldats des Benou Madhidj 
et de vingt mille hommes bien armés, se porta sur la gauche 
d'Ali et coupa la retraite à un millier de cavaliers. Abd el- 
Aziz, fils d'el-Harit el-Djoufi, accourut avec d'autres parti- 
sans d'Ali pour prendre ses ordres. « Que Dieu te soutienne, 
lui dit celui-ci; rraye-loi un chemin jusqu'à ceux de nos 
frères que l'ennemi a enveloppés et dis-leur de ma part : 
« Prononcez le tekbir et cliargez de votre côté, tandis que 
« nous chargerons du nôtre afin de vous rallier. » El-I)joufi 
s'ouvrit un passage à travers les rangs ennemis, rejoignit 
les siens et leur communiqua l'ordre du < hef. Ils s'él.mcè- 
renl aux cris de ■■ Dieu est grantll » et par un vigoureux ef- 
lort, opérèrtînl leur jonction avec Ali, laissant neul cents 
Syriens sur le terrain , et parmi fiix ll.iwcliel) don Zalim, 



376 LES PRAIRIES D'OR. 

UtXJij ^jjASLs». Ig^iXi J^ \i>] L^— Ui (3-*^ ^\y^ ^-^J ^"^ 

O^A^! c:aA,«.x>UwI^ J.aà]{ JJaj^ (jmUJI JâXxik.lj |*«XAaJL SwoU 
^yjj\ j.i(^jj r^Ji"^' civ>iAaJijj jijcii.jlj IjCsUjj J^AÎÎ a^:=-j 
O^ (jb^^yi til Lx_A_JîT (jLx_A-Aj ^j«^Li.M (jwjUJI ^^JUx> (jls^â 

l'un des chefs yéméniles établis en Syrie. Sous le drapeau des 
Benou Dohl, fils de Cheïbân et des autres branches de Ré- 
byâh, combattait el-Hoçaïn, fils de Moundir, fils d'el-Harit, 
fils de Wàlah ed-Dohli, qu'Ali a désigné dans ce vers com- 
posé pendant le combat : 

Tandis que l'ombre de notre bannière rouge vacille au gré du vent, 
l'ordre d'attaquer est donné, et Hoçaïn s'élance le premier. 

Ce cavalier s'étant porté en avant, à la voix d'Ali, l'action 
devint générale. L'arc était devenu inutile et l'on se battait 
au sabre. La nuit ne suspendit pas le combat. Aux chants 
belliqueux des Arabes se mêlaient le choc des lances et les 
cris de la mêlée. Les cavaliers se prenaient corps à corps, 
s'enlevaient de leur selle et retombaient ensemble. Cette nuit, 
qui était celle du vendredi, fut surnommée la iiait du gron- 
dement. Ali tua de sa main durant cette journée et la nuit 
qui suivit, mais principalement pendant le jour, cinq cent 
vingt -trois hommes. Chaque lois qu'il frappait il criait : 



CHAPITRE LXXX. 377 

^*-»' i *^ u'^ ér« *-*-s^ JJi j5i JvXi iiî t;^;->»^ (j5o ^j 

^ i- 

iXJjj j^ ^^y t^ ii**^ ^y3_ yiS)^ rj-^' ''^^-'^ jijjùiiii ^j\^^ 
^j^x}\^.Au^ L j.\ " ■ ■ 

« Dieu est grand! » et chacun de ses coups était mortel. Ce 
(ail a été alfirnié par ses lils et par tous ceux qui se tinrent 
sans cesse à ses côtes durant la bataille. Elle continuait en- 
core le matin : le soleil levant éclaira, à travers un nuage 
de poussière, le champ de bataille couvert d'étendards et de 
drapeaux brisés. 11 fut impossible de reconnaître les heures 
de la prière canonique. C'est alors qu el-Achter prononça 
ces vers (sur le mètre redjcz) : 

Nous avons lue'' Ilawclicb; le jour on so levant a T6vé]é sa mort. 
Avant lui Dou'1-Kalâ et iMàbed étaient tombés en attaquant. 
Si vous avez tu('' parmi nous AIxjuI - Yakzân le clieïkii des musul- 
mans , 

Nous avons abattu, dans vos ranj^s, soixante et dix tôtos coupables. 

Ce jour-là, le vendredi, Achtcr combattait à l'aile droite 
et la victoire se déclarait pour lui. Déjà les vétérans de 
l'armée syrienne criaient : « Soldats arabes, au nom de Dieu 
protégez vos harems, défendez vos femmes cl vos filles! • 



378 LES PRAIRIES D'OR. 

viLj-ljJ^ ^ JL>^\jM Jlï^ cjUJi^ *t*-^3ij c:>UyiI i AMI AMi 
4j^ (tX-À-^jj "-^ÀAj aMÎ (_jIx.j I_jibj iLiâOi c:a.xàJj!^ 0»-^*- 1*^11 

* lu 

Moâwiah disait à Amr : « Fils cVel-Assi , nous sommes 
jDerdus; veille sur ton harem et souviens-toi du gouverne- 
ment de l'Egypte. » C'est alors que, sur le conseil de Amr, 
Moàwiah ordonna à tous ceux qui avaient un Roran de le 
planter au bout de leurs piques. Un grand nombre de 
soldats obéirent et, au milieu du tumulte, on les entendait 
crier : « Que le livre de Dieu s élève entre nous et vous ' 
Qui défendra les frontières de Syrie si l'armée syrienne 
périt? Qui défendra les frontières d'Irak, si l'armée d'Irak 
est détruite? Qui restera pour combattre les Grecs, les Turcs 
et les autres infidèles?» Cinq cents exemplaires du Koran 
s'élevèrent au-dessus de l'armée de Moâwiah. Nédjachi, fils 
d'el-Harit, rappelant cette circonstance, a dit : 

Dès le matin tes soldats de Syrie élevant au bout de leurs lances le 
livre de Dieu, le livre par excellence, 

Criaient à Ali : Cousin de Mohammed ne crains-tu pas de détruire les 
deux choses visibles (le Koraii el la famille du Propliète)? 

Ce spectacle émut les troupes d'Jrak. « Nous devons obéir, 



CHAPITRE LXXX. 379 

aMÎj *Xi_5 Si)^ (♦^^^^^l^* CS'^"^*' "-r*"^^' ^ C*^^^^ ^^ 4)^ -^ '^' 

U dUL>y J^ iJ u^y^ ^-"-'^ "^^ "^^ ^-? ^^J c^ ^ 
/vXAAvl_5 «XjOs-^Ij «XjiXii ç-^\i ^•*-*=' •^j ciJy-waJ JJL« Aj y» 

ou. j j_^ <K j Ià*»J_j ^j**^! ^.aXc u s u (^ fvj"^^' ^ '^^ cioï-iiiî 

Xjt.j« ^-S<J^ wjLxa-oi oAi_j tXjiXil Js ^!^ iXï^ Î*X* Ljy^- 

et nous rallier à la parole de Dieu, «disaient-elles. On par- 
lait de déposer les armes. Plusieurs compagnons d'Ali et 
el-Achàt, fils de Kaïs, avec plus d'insistance que les autres, 
lui disaient : « Moàwiah t'odre une chose juste. C'est au nom 
du livre divin qu'il t'appelle, tu dois accepter. » Ali répon- 
dit : « \'ous ne m'avez donné que des motifs de satisfaction 
jusqu'à ce que la guerre vous ait mis à l'épreuve, Irappant 
les uns, épargnant les autres. Hier encore je vous donnais 
des ordres; aujourd'hui c'est miti c[ui reçois les vôtres. La 
rt'-volle vous plaît. » Acliter, s'adressant à Ali , lui dit : • Moà- 
wiah n'a pas de successeur, et , grâce à Dieu , lu n'en manques 
point. D'ailleurs, aurai l-il des hommes comparables aux 
liens, il n'a pour lui ni tes victoires, ni Ion courage. Croise 
le fer et invo([ue l'aide du Très-Haut. » Quelques olliciers 
parlèrent dans le même sens. Alors Achat dit à Ali :« Nous 
sommes pour toi aujourd'hui connne nous l'étions hier. 
Mais nous ne savons ce f|ui peut arriver demain : la lame 
de nos sabres est émoussée et notre vue est troublée. » Plu- 



380 LES PRAIRIES D'OR. 

j_A_ft i*Xij iùbUJî 4^J^ <R.fc<A*(wo /jj (_.yUL^.j iaAx^ j,î (^^J 

sieurs officiers appuyèrent cet avis et parlèrent longtemps. 
«Malheur à vous! leur dit Ali en arborant le livre divin, ils 
ne veulent ni le consulter, ni s'y conformer; c'est un piège 
qu'ils vous tendent, c'est une ruse, une machination de leur 
part.» On lui répondit: «Nous ne pouvons, lorsqu'on in- 
voque le livre de Dieu, rester sourds à cet appel. — Mal- 
heureux, répliqua Ali; n'est-ce pas pour faire valoir les 
prescriptions de ce livre, que vous avez pris les armes contre 
ceux qui ont désobéi à Dieu et rejeté sa parole? Défendez 
donc vos droils et la sincérité de votre cause, en continuant 
de combattre vos ennemis. Moâwiah, le fils d'el-Assi, le fds 
d'Abou Moaït, Habib, fds de Maslamah, les Benou Nabigah 
et tant d'autres n'obéissent ni à l'islam, ni au Koran. Je les 
connais mieux que vous, moi qui, depuis leur enfance, ai 
vécu parmi eux; enfants et hommes faits j'ai apprécié leur 
méchanceté. » Après un long débat dont nous avons rapporté 
ailleurs quelques incidents, des voix menaçantes rappelè- 
rent à Ali le sort qui avait frappé Otmân. 



CHAPITRE LXXX. 381 

et 

JUi *iL*i cioUii/t sblï cxjLi yî AajI JyJ5 ^^-i JU» *x^ 
L^yA^t <X^L»^ jss^j^ i^^Ajtjù^ A-JjjUlitf'^ «Xj^AivJ 5^>>; (♦XjL* 

^^AJlà^ ij>é\xi\ jjiS\ JUi dU«Xj «j-)u:k.U (^ <i5 o». xn jîj iJy> 

Jlï ^JC'L»i! 0_j \j^i J^\ J<É>] j\jis,^\s IAxLî_j Iwcçw^ ^^i^^ 

^j»^— s* (^tj <iî (j«L-*-JÎ (j>« dLJi *X_x_) *Xj)1 ^j^j ciAjt-Ml^I 

Achat se proposa pour sonder les intentions de Moàvviah. 
« Cela te regarde, lui dit Ali, va le trouver si bon le semble. » 
Achat se présenta chez Moâwiah et l'interrogea; celui-ci 
lui répondit : «Revenons, vous et nous, aux volontés de 
Dieu telles qu'il les a exprimées dans son livre. Faites choix 
d'un homme en qui vous aurez confiance et donnez-lui vos 
pouvoirs; nous en désignerons un de notre côté. De part 
et d'autre, on leur fera prendre rengagement formel de se 
conformer strictement au livre de Dieu , et de ne jamais s'en 
écarter. Quel que soit l'arrêt qu'ils prononceront d'après les 
prescriptions de ce livre, les deux partis devront s'y sou- 
mettre. » Achat approuva cette proposition et revint la faire 
connaître à Ali. La majorité l'accueillit avec enthousiasme 
et déclara qu'elle l'adoptail. Les Syriens désignèrent Amr, 
lils d'el-Assi. Dans le camp d'Ali, Achat et ceux qui plus 
lard adoptèrent l'apostasie des Kharidjiles, mirent en avant 
le nom d'Abou Moura el-Achàri. Ali leur dit : « Si vous avez 
contrarié mes vues, au début de celle allaire, ne me résistez 
pas du moins mainleniinl. Je ne suis pas d'avis de désigner 



382 LES PRAIRIES D'OR. 

\jy—^{^^ *~Jj-^ -î^-ji /O'J' t^;**-^' iS^y^ ^^ V'^ ^W*»' J^^J 

x-içJ! bij 4M bi Jlfl ULs^ 4?-^^ *^-5 ^^^ (j^i^l Vj ^ 

Abou Mouça. » Achat et ses partisans déclarèrent qu'ils n'en 
voulaient point d'autre. « Malheur à vous ! dit Ali ; cet homme 
ne m'inspire aucune confiance; il a déserté ma cause et 
m'a flétri dans l'opinion. » Il déroula alors toutes les menées 
dont Abou Mouça s'était rendu coupable et rappela qu'il 
avait fui pendant plusieurs mois, avant d'être amnistié. Ali 
dit en terminant; «Voici Abd Allah, fils d'Abbas, c'est lui 
c[ue je choisis. — Non, par Dieu, s'écrièrent Achat et ses 
partisans, jamais deux hommes de Modar ne seront nos ar- 
bitres ! » Ali proposa Achter. Ils répondirent : « Quel autre 
qu'Achter a allumé la guerre civile? — S'il en est ainsi, 
i-eprit Ali, faites ce qui vous plaira et agissez d'après vos 
propres inspirations. » Un message adressé à Abou Mou(;a 
l'instruisit de ce qui se passait. Ce dernier apprenant que la 
paix allait se conclure rendit grâces à Dieu; et quand on lui 
dit qu'il était choisi pour arbitre, il ajouta : «Dieu est 
notre maître et il nous rappelle à lui !» 



CHAPITRE LXXXI. 383 

^^ t^^,?-*" -«--oLLs î*)sjtx« (joj^l Z> •^j i»Xjurii^ ^LfwJi S> '^5 
CHAPITRE LXXXI. 

LES DEUX arbitres; CAUSES QUI ONT PRODUIT L'ARBITRAGE. 

Un peu avant la guerre de SifTui, Abou iMouça el-Achàn", 
citant d'anciennes traditions, avait tenu le propos suivant : 
" Les fils d'Israël ne cessèrent d'être agités par des discordes 
civiles que lorsqu'ils élurent deux juges chargés de régler 
les diflérends de leurs sujets. De uiêine, notre nation sera 
sans cesse bouleversée par la guerre civile jusqu'à ce qu'elle 
ail fait choix de deux arbitres qui statueront sur les ques- 
tions en litige. » Soweid, fils de Gafalah lui dit alors : «Si 
tu vis jusqu'à cette époque, tu voudras sans doute être l'un 
des deux arbitres. — Moi? demanda Abou Alouça. — Oui, 
toi-même. » Abou Muuc^a, se dépouillant de sa tunique, lui 
répondit : « Que Dieu me refuse plutôt l'entrée du ciel et un 
asile sur la terre! » Plus larrl, Soweid le rencontra et lui 



384 LES PRAIRIES D'OR. 

Jioj Ju»v Jli dbJUUjSjsot (5*jv« Il L> JU* viiJi Jsjij iiXAi 

demanda : « Abou Mouça, te souviens-tu de ce que tu me 
disais naguère? — Prie le Seigneur qu'il me pardonne,» 
lui répondit Abou Mouça. 

La feuille d'instructions portait que les deux arbitres 
feraient revivre ce que le Koran avait institué, et qu'ils 
aboliraient ce qu'il avait aboli; qu'ils n'obéiraient pas «i leur 
inclination personnelle et n'auraient recours à aucun stra- 
tatrème. S'il en était autrement, leur décision serait nulle et 
les musulmans seraient dispensés de s'y conformer. Mais Ali 
était mécontent et du choix des deux arbitres, et de l'oppo- 
sition faite à Achter, au moment où la victoire se déclarait 
pour lui. Ce dernier, informé des propos tenus contre Ali 
qu'on allait jusqu'à menacer du sort tragique d'Otmân, s'il 
refusait de faire la paix avec Moàwiah, s'était éloigné fort 
inquiet du danger qui menaçait le khalife. Ali, s'adressant 
aux deux arbitres , leur dit: « Que l'arrêt rendu par vous soit 
exactement conforme au livre de Dieu, livre qui est tout 
entier en faveur de ma cause. Si vous ne jugez pas d'après 
le texte sacré, votre jugement sera frappé de nullité. » 



CHAPITRE_^LXXXI. 385 

f. 

^LàJI ^^ l_£û|^JL) iLi-A^sftJL e\x^^! ^^_5 lgjL«j.^^! Î^Xiù 

(j-« A-cl;r ^i |y\jt ^^yJ (j*A:s; Jl ^^4Xj| (^Cs^ ^jiy^i ^<^^yi 
3j^ J^ y-i ^j is^.'V^'^ ^J^î (iJJ »jj;.£i/o^^ (O-tr^^j 

jjjw si**wil! t^ -^À-^M^J *X^_j wilii ^ ^jj^Ao <Xi^ Aib ^j^ J^i 

L'entrevue des deux arbitres, dans une localité sise entre 
Koufah et la Syrie, l'ut reculée jusciu'au mois de ramadan 
et la feuille d'instructions fut rédigée dans les derniers jours 
du mois de safar, l'an Sy de l'hégire, ou, selon d'autres, le 
mois suivant. El-Achàt parcourait le camp et donnait lecture 
de cette feuille d'un air satisfait et joyeux. Quand il s'arrêta 
dans le campement des Benou Témim, où se trouvaient 
plusieurs de leurs chefs et entre autres, Orwali , filsd'Odeyah 
le ténn'milc, lequel était frère de Belal l'hérétique, il en fit 
la lecture devant eux. Une longue discussion surgit alors 
entre Achat et ceux cpii l'i-coutaii-nl; ils lui reprochèrent 
d'être l'instigateur de cette alfaire, et de les empêcher de 
combattre leurs ennemis, en se confiant à la volonté de Dieu. 
()r\v;ih, fils d'Odeynh , lui dit : « Avez-vous donc la juri- 
diction religieuse? Kst-ce à vous d'exécuter les ordres et les 
prohibitions delà loi divine.^ Sachez que l'autorité appar- 
lientà Dieu seul. "Orwah fut le premier qui formula ce prin- 
cipe; mais il y a (luehjues doutes à cet égard, l'uis tirant 
son sabre, il voulu! en frapper elAchàt; mais son cheval 



IV. 



25 



386 LES PRAIRIES D'OR. 



(1) 1 » ;. . 



a_j*-aJ! wA™=*- wyttki XjwoI^ (^ J_j— *—? ^ ^y ■■»■ Si j-ià-il? 



se dérobant par un soubresaut, le sabre glissa sur la croupe 
du cheval d'el-Achât, qui échappa ainsi à la mort. 

Ces querelles sur la religion et l'arbitrage furent le seul 
obstacle à l'union qui allait s'établir entie les tribus du 
Yénien et les descendants de Nizar. Un poète témimite a 
parlé en ces termes dei'attenlat d'Orwah, fils d'Odeyah, 
contre el-Achât : 

Oses-tu bien, fils d'Odeyah, menacer de ton sabre el-Achât dont le 
front porte une couronne? 

Pense aujourd'hui à ce que dit Ali et obéis : car de tous les êtres, Ali 
est le meilleur. 

On n'est pas d'accord sur les pertes éprouvées à Sifïin 
par l'armée de Syrie et l'armée d'Irak. Ahmed , fils d'el- 
Dawraki, croit, sur l'autorité de Yahia, fils de Moyîn, que 
cent dix mille hommes furent tués dans les deux armées, 
en cent dix jours; quatre-vingt-dix mille du côté des Syriens 






CHAPITRE LXXXl. 387 

*>.»-3^ i<Xd. ^_5 ^lo^i_5 p»X=I j^j^ JolJU» ouîl iioLvj u>**^ 



el vingt mille parmi les troupes d'Irak. Notre opinion est 
que le chiffre de l'armée de Syrie qui combattait à Siffin 
est de beaucoup supérieur à l'évaluation qui en a été don 
née: nous le portons à cent cinquante mille soldats, non 
compris les pages et les valets, ce qui élève l'effectif des 
troupes de Syrie, combattants, valets, etc. à trois cent 
mille hommes et au delà. En effet chaque soldat avait au 
moins un valet à ses ordres, plusieurs en avaient cinq, dix 
et même davantage, tant écuyers que valets. L'armée d'Irak 
comptait cent vingt mille combattants, outre les gens de suite 
et les valets. El-Ileilem, fils d'Adi; Charki, fils de Katami; 
Abou Mikhnef Lout, (ils de Yahia et d'autres chroniqueurs 
évaluent, comme nous l'avons fait précédemment, (ci-dessus 
p. 298) la perte totale des deux partis à soixante eltlix mille 
hommes; à savoir: quarante-cin(| nulle dans l'armée de Syrie 
et vingt-cinq mille dans l'armée d'Irak, dont vingt-cinq vé- 
térans de Bedr. Quoi(|u<', après chaque alVaire, le nombre des 

25 . 



388 LES PKA1P.IES D'OIV 

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(^yk [_)-»JC-> A.^AiîXJ cK>i5j ^*:S5^ fV^' (J'îîW^ /<\5^^^0! tij Uj 

morts fût relevé et inscrit, il ne put l'être avec une exacti- 
tude rigoureuse, attendu que si l'on parvint à compter les 
soldats tués sur le champ de bataille, il n'en fut pas de 
même de ceux qui se noyèrent, de ceux qui furent tués 
dans le désert et dévorés par les animaux carnassiers. Ces 
raisons et d'autres encore jellent une grande incertitude sur 
l'évaluation dont nous parlons. 

Une femme originaire d'Irak, qui avait perdu trois de ses 
fds à Siffin , fut entendue récitant ces vers : 

Pleurez, mes yeux, pleurez toutes vos larmes sur ces braves , l'honneur 
des tribus arabes-, 

S'ils n'avaient perdu la vie, peu leur importait auquel des cliefs koreï- 
cliitcs devait rester la victoire. 

Une fois l'arbitrage décidé, la discorde éclata dans tous 
les rangs : partout on voyait les soldats se séparer les uns 
des autres; le frère s'éloignait du frère, le fils abandonnait 
sou père. Alarmé de telles discordes, et prévoyant que ces 



criAPrrnK Lxxxf. .w.) 

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Qj «^-i^,} UjJv,i>. Jlï (;JV.X-« (jJ (^V^ jji tXij Ig^Ji J^jjU^^Ij 

querelles dctruiraicnl la discipline et lui aliéneraient le cœur 
de ses soldats, Ali donna le signal du départ. Mais le dé- 
bat s'envenima dans le sein de l'armée d'Irak; les soldats 
se frappaient de leurs masses d'armes et du plat de leur 
sabre; les deux partis s'accablaient d'injures et de reproches. 
Lorsque Ali eut repris le chemin de Koufah, Moàwiah ren- 
tra en Syrie. A peine arrivé à Damas, il licencia son armée 
et chaque corps regagna ses foyers. Après le retour d'yVli à 
Koufah, douze mille hommes, lecteurs du Roran et autres, 
se réunirent dans un bourg des environs de Konfah, nommé 
Harourd; ils élurent pour chef Chébib, fils de Rebyi le témi- 
mite, et pour ituain Abd Allah fils d'el-Kawwa el-Yachkori 
de la tribu de Bekr ben Waïl. Ali vint les trouver et eut 
avec eux plusieurs conférences, à la suite desquelles ils ren- 
Irèrent ensemble à Koufah. Celte troupe dut son nom de 
llarouryeli au villag<' où elle s'était réfugiée et réunie. Yahia, 
lils de Moyîn, rapporte le fait suivant, d'après Wehb, fils de 



390 LES PRAIRIES D'OR. 

iL.A-A_A_J! (j^ i^i^-^jss- jMJk\ ^^ y£i% XijiUj S^j^yÀ. CAiAXS» 
kw«JO iOjljC* Ci^*^^ <^v*.vwiJ) 1^^ ^1 f"lr-^^ J-^j ^^-***^j' 

Djabir, fils de Hazim, qui le tenait de Sait, fds de Bahram : 
Durant le séjour d'Ali à Koufah, les Harouiyeh l'apostro- 
phant un jour, pendant qu'il était en chaire, lui dirent: « Tu 
te laisses abattre par l'adversité, et, cédant aux événements, 
tu acceptes une proposition indigne. A Dieu seul appar- 
tient la décision. — J'attends son jugement contre vous- 
mêmes,» répondit Ali. Les séditieux reprirent : « Il a été 
déjà révélé, à toi et ^ ceux qui t'ont précédé, que si tu 
donnes à Dieu des associés, tes œuvres deviendront stériles 
et tu seras parmi les hommes déçus dans leurs espérances. » 
[Koran, XXXIX, 65.) Ali répondit par le verset: «Prends 
patience, car les promesses de Dieu sont sincères. Ne te laisse 
pas séduire par ceux dont la foi est incertaine. » [ihid. XXX, 
60.) 

L'an trente-huit de l'hégire, les deux arbitres se rencon- 
trèrent à Dawmatel-Djandal, ou, d'après quelques-uns, dans 
un autre lieu. Nous avons déjà parlé des divergences d'opi- 
nions à cet égard (ci-dessus, p. 29/1). Par l'ordre d'.41i, Abd 
Allah, (ils d'Abbas, et Choraih, his de Hani el-Hamdâni, 



CHAPITRE LXXXI. 391 

jii u*L^^ ^jjI Jb c.l<\i=>-iJI AXS yl^ t5*^' i^j-^' (j^ ry*^^ 

:>\j^j^^iiJ JJi (^I jlj «i);^ l^ji ^UJl yîj ^yjÇo kilAt 

<x-x_>U UÀ£ ^1 (^jv,«mJo ^ dbc« <^xJ! iùibl:> ^.o <>0»j /o^ 

L» JlJL» ;g*5-« j,w c.Lè\s»-il| 4Xjj-> ^^ <xj»;lj (^jv-s- iv5 ioj\jt« 

j^^j-lo «-^^^j "^-^-îî (6-*» «^-ij tiij uy^h f»^**^^ (.X-^5^ wU 

avec quatre cents hommes, accompagnèrent Ahou Mouça 
el-Achàri. De son côté Moàwiali fit escorter Amr par une 
troupe de quatre cents hommes, sous les ordres de Chorah- 
bil, fils de Simt. Quand on fut proche du lieu désigné pour 
le rendez-vous, Ibn Abbas dit à Abou Mouça : «Sache 
qu'Ali ne voulait pas de toi pour arbitre, à cause de ta fai- 
blesse d'esprit et du grand nombre d'intrigants qui t'en- 
tourent. Mais l'armée t'a imposé au khalife : elle en sera 
punie un jour, je le crois, car lu portes avec toi la mauvaise 
fortune des Arabes. N'oublie pas, du moins, qu'Ali a été 
proclamé par ceux-là mêmes qui avaient proclamé Abou 
Kekr, Omar et Otmàn. il n'y a en lui aucun vice (]ui puisse 
entraîner sa déchéance, pas plus qu'il n'y a en Moâwiah 
aucune qualité qui lui donne des droits au souverain pou- 
voir. » Au moment de rejoindre Abou Mouça, Amr alla 
prendre congé de Moâw iah , (jui lui dit : « Père d'Abd Allah , 
tu sais qu'Ai)Ou Moura a été imposé à Ali par le peuple 
d'Irak, tandis que nous t'avons désigné de plein gré, moi et 
le peuple de Syrie. L'homme avec lequel lu vas te trouver 



392 LES PRAIRIES D'OR. 

_j_j5 JUj lj.-A.^ J<Jj (Mi c5*^-« a^ jy^ J^* CJ^r:^'^^^ U^" 
^^Ov_*i_5 Joui! o^.iS'U ^j.5 JUi j);.5 l» i-^i ^J J^^ c9rr* 

-jyJki (^j\j -Jît J^^^ ;5*_^ ^jjî ^5^ v-v--*^' «-^'j ^.o aJ55 
Jlï *^- aU>1? j-i^i o:5UIj p^\^i)L ii-i ^JJi c:>*xil^5l>_5 

est un beau parleur, mais un esprit étroit, un homme orgueil- 
leux et avare; accumule les complications et ne lui laisse pas 
lire au fond de ta pensée. » Sur ces entrefaites, arrivèrent 
Saad, fils d'Abou Wakkas; Abd Allah, fils d'Amr; Mogaï- 
rah, fils de Ghôbah le takéfite, avec d'autres personnages 
qui avaient refusé de prêter serment à Ali. 

L'entrevue d'Amr et d'Abou iMouça eut lieu pendant le 
mois de ramadan, l'an 38. Amr dit à Abou Mouça : 
- Prends la parole et fais-en un bon usage. — Non, répon- 
dit Abou Mouça, parle le premier. — Je n'y consentirai 
jamais, reprit Amr; pourrais-je prendre le pas sur toi, 
lorsque ton âge, ton litre de Compagnon du Prophète et ton 
caractère d'hôte t'assurent des droits incontestables.^ » Abou 
Mouça prit la parole. Après avoir invoqué et béni hî nom 
de Dieu, il rappela les événements qui troublaient la société 
musulmane et les discordes qui déchiraient ses membres; 
puis, s'adressant à Amr, il ajouta : « Cherchons, avec l'aide 
de Dieu, les moyens propres à ramener la concorde, à effa- 
cer nos discordes, en remédiant aux maux qui nous di- 



CHAPITRE LXXXI. 393 

Q^ ^J^ U Jot:>.lj inijl ^^AAfcÀJ 45^-5*- HjJ:-') àXjJ y^ l^J a . -^ ->Xiîî 

*1 JUi •ly*^ Î^Jj t-^lwi <-.wù5_j IJ^^ (J^*^ iîuXfi ^^^Uj U 
/rfu-lj l«X_A_i ^-JLzST J'-^l:>- Ajl^ aKx> 4^JsJijt dU -I- i^ ^^S 

visent.» Amr applaudit à cette résolution et dit : «Tout 
discours a un commencement et une fin. Or dans la chaleur 
de la discussion , nous pouvons être entraînés assez loin 
pour perdre de vue noire point de départ. II est bon que 
nos paroles soient recueillies par écrit et consignées dans un 
procès-verbal qui fera foi entre nous. » Ayant obtenu le 
consentement de son collègue, Amr envoya chercher du 
papier et un écrivain : celui-ci n'était autre qu'un serviteur 
aux gages d'Auir, lequel dans l'intérêt du stratagème qu'il 
méditait, lui avait recommandé de placer son nom avantcelui 
d'Abou Moura. Puis il lui dit en présence de l'assemblée : 
« Ecris et sois notre notaire. Toutes les fois que l'un de nous 
deux t'invitera à mettre (juelquc chose par écrit, consulte 
d'abord l'autre et n'écris (jue s'il t'y autorise En cas de refus, 
attends jusqu'à ce que nous nous mettions d'accord. Ecris : 
" Au nom de Dieu clément et miséricordieux. N . . . et N . . . 
ont arrêté ce qui suif. » Le scribe écrivit ces paroles en 
commençant par le nom d'Amr. Celui-ci lui dit: Fils d'es- 
clave, pourquoi mettre mon nom en première ligne? On 



39^ LES PRAIRIES D'OR. 

^^^ ^^iiî <XJJ^ <XaJÎ aMI AAilX» ^^ws»- 2*i_j^ iiJLiv^ 4Jil cjUXj 
JUi JJi J.A.« jJf tjjSi» -OO C^aaSI ;^_J.^ ^! JU* A^*^^ JJî 

(^j.$ «x«j wjiJ lo^jû J^ y^-<^ ^^ ,5^ J^* (6»^' 4A>^-^5 is*'^ y^^ 
Jljii ^i b*X«5 l^ î«Xiû j^-iS'' is*'^^ ^^ '^^ U^^^ y(^ iX.j|j /*-6"*-* 

Jb Ià-«*-*/j\s (^^««^^J' Jlï U^^^l !)Jo (j|_^J y' (j-« *Xj ^ 5)-S 

dirait qu'Abou Mouça a méconnu ses propres droits. » Le 
scribe inscrivit en tête le nom d'Abd Allah, fils de Kaïs 
(autres noms d'Abou Mouça). Amr continua ainsi : "Les- 
quels déclarent confesser qu'il n'y a d'autre Dieu que Dieu 
l'unique; qu'il n'a pas d'associé; que Mohammed, son servi- 
teur et son apôtre, a été envoyé avec la vraie dii^ection et 
la religion véridique, pour la manifester au-dessus de toute 
autre religion, en dépit des polythéistes.» Amr poursuivit: 
« Nous reconnaissons qu'Abou Bekr est le vicaire de l'apôtre 
de Dieu ; qu'il s'est conformé dans ses actes aux préceptes du 
livre divin et aux pratiques du Prophète et qu'il s'est acquitté 
de son devoir en toute sincérité, jusqu'à l'heure où Dieu l'a 
rappelé. — Écris » dit Abou Mouça au greffier. Une semblable 
déclaration fut faite sur Omar, et Abou Mouça en ordonna 
l'insertion. Amr continua : « Ils déclarent qu'Ottnàn a été in- 
vesti de cette charge après Omar, du, consentement des mu- 
sulmans et par délibération des Compagnons du Prophète 
(que Dieu lui accorde son salut et qu'il les agrée!) ; ils décla 
rcutcju'Otmân élail un vrai croyant. >■ — Maisce n'est pas pour 



CHAPITRE LXXXI. 395 

J<—^-i a,yi Je /»JIJ f^yJi yi\ Jlï X*<Xj (.^«Alaj uUaJuAW p^jÀIiil 
,^vw^j — « ^^i S^i^ c-^jl fc^l^Aî 5v5 Jb (_^ jlï *-Àifi ^^"^^ ^^ 

cela que nous siégeons ici, » interrompit Abou Mouça. « Il faut 
pourtant reconnaître, dit. Anir, si Otniân était infidèle ou 
croyant. — Il était croyant, » répondit Abou Mouça. — « Or- 
donne alors (jue cela soit consigné par écrit. » Abou xMouça 
donna cet ordre au grellier. Anir reprit : « El si Otniàn a été 
tuéjustement ou injustement. — Injustement! » s'écria Abou 
Alouça. «Dieu, poursuivit Anir, u'a-t-il pas investi les amis 
de la victime du pouvoir de venger son sang? ■> Abou Alouça 
en convint. «Connais-tu, lui demanda Amr, un ami d'Ot- 
màn plus puissant que Moàwiab? — Non, » dit Abou Moura. 
« S'il en est ainsi, Moàwiah n'cst-il pas tenu de poursuivre 
le meurtrier partout où il se trouve, jusqu'à ce qu'il le tue 
ou qu'il succombe lui-mênic? — Cela est vrai, » dit Abou 
Mouça. «Ecris,» dit Amr au grellier; ce que lit celui-ci, 
après avoir obtenu l'assentiment d'Abou Mouça. Amr ajouta : 
« Nous fournirons la preuve qu'Ali est le meurtrier d'Ot- 
màn. » Abou Mouça l'interrompit : « C'est là une opinion 
toute nouvelle dans l'islam et qui n'a point de rai)port avec 
le but de notre conlérence. Cherchons plutôt le moyen de 
rétablir, avec l'aide de Dieu, la concorde parmi le peuple 
de Mohaniujed. — (Uiel est ce moyen?» demanda Amr. 



396 LES PRAIRIES D'OR. 

l,«yj«J^ L^j \ù^j\ U^ (J>-S-S? ^ f^' cK^^3 '*^' -^îîj^ 

fcj! Jlï ^1 tK.A^ dLJi J.Js.À.j| »ij^i JUi (jg*^ Jji '-:^Àj ^^ 
JU U J^ (il _5^-5 ^^*i dUi (^ ^f^UJl Ak^ lii *JÙ ts-'^j^ 
^ ^_j,_^ _j,_ji ^\s «X.XAW i liiJ J>^ Jbj »sjy^ ^yjO yj\ aaJI 

l.£ûUvifc (jî *ivJSJ (j~» A^<X5 c:a^ L^JUà^^ \si>\^]âÀ iiXAj^l _jj.5^ 

«Tu sais, reprit Abou Mouça, que les habitants de l'Irak 
ne voudront jamais de Moâwiah , pas plus que les Syriens ne 
voudront d'Ali. Eb bien, destituons-les tous les deux et nom- 
mons à leur place Abd Allah, fds d'Omar. » Or, Abd Allah 
avait épousé la; lillc d'Abou Mouça. Amr demanda si Abd 
Allah se chargerait de venger Otmân. « Oui, répliqua Abou 
Mouça, si c'est le peuple qui l'y excite. » Amr feignit d'é- 
pouser les sympathies d'Abou Mouça et de "lui donner son 
assentiment; en même temps, il lui demanda ce qu'il pen- 
sait de Saad. Abou Mouça rejetant ce candidat, Amr lui 
proposa différents noms: ils furent également repoussés par 
Abou Mouça, qui ne voulait personne autre que le fils d'O- 
mar. Alors Amr prit le procès-verbal , le plia et le plaça 
sous son pied, après qu'il eut été revêtu du cachet des deux 
arbitres; puis, il adressa à Abou Mouça cette question : « Si 
l'Irak reconnaît Abd Allah, et si la Syrie le rejette, feras-tu 
la guerre à la Syrie? — Non, » répondit Abou Mouça. « Si 
au contraire, la Syrie accepte Abd Allah tandis (jue l'Irak le 



CHAPITRE LXXXI. :i97 

LaAc ex <.X.Jfc *>^j icjjL«««j Uift UxUw iiili)! ^j^j UtXJî 

refuse, feras- tu la guerre à Tlrak? — Non, » répondit encore 
Abou Moura. Amr continua : « Puisque tu recherches l'ar- 
rangement de cette affaire et l'intérêt des musulmans, lève- 
toi, harangue l'assemblée, révoque nos deux candidals en- 
semble, et nomme ensuite celui que tu veux leur donner 
pour successeur. — Lève-toi le premier, répondit Abou 
Mouça, et parle; tu mérites la préséance. — Non, répli- 
qua l'autre, je ne veux pas passer avant toi; d'ailleurs, les 
paroles que nous adresserons au peuple seront identiques. 
Lève-toi donc, selon la justice. » Abou Moura se leva, invo- 
(jua et glorifia le nom de Dieu, puis il dit : « Mubulmans, 
après avoir mûrement réfléchi à cette affaire, nous pensons 
que le moyen le plus efficace pour ramener la sécurité et 
la paix, réprimer les dissensions et l'effusion du sang et ré- 
tablir la concorde, est de révo([ucr Ali cl Moàvviah. En con- 
séquence, je dépose Ali comme je dépose ce turban; • et 
portant la main sur son turban, il s'en dépouilla. «Nous 
élevons au khalifal un homme dont le père a été (Compa- 
gnon du Prophète cl (|ui l'a élé lui-même; cet homme est 



398 LES PRAIRIES D'OR. 

y^ *Jj *-A-» (j-Uiî u-^^ &\j1d\^ yi ^ AXîi JvAft y5^ 5_^j| 
*XS jjij iii 3ij ^.il ^j-iùj <f*JJaj j^«xJl j-«ii| ΫX^ (j^ A,>^âfc.|^ 
^^yJv-.jl ii--)_5l_*_^ (.^A-^p (Xs^j (j6 ci* AS»- A^Js.j <_^iaj ulLaA,^ 

«x.A-^ LJùS^ tfjA JUi ^x^ UXs UxXik.^ sUxXik Lcij ^^^x^ 

Abd Allah, fils d'Omar; » et il lui prodigua les éloges, afin 
de lui gagner les sympathies de l'assemblée. Dès qu'Abou 
Mouça eut quitté sa place, Amr se leva. Il commença par 
invoquer et bénir le nom de Dieu et appeler ses bénédic- 
tions sur le Prophète, après quoi il s'exprima ainsi : « Musul 
mans, Abou Mouça Abd Allah, fils de Raïs, vient de déposer 
Ali et de le dépouiller de l'autorité qu'Ali réclamait : il a agi 
en parfaite connaissance de cause. A mon tour, je me joins 
à lui et je dépose Ali: en conséquence, je proclame Moâwiah 
et le reconnais pour mon chef et le vôtre. Attendu qu'Abou 
Mouça a déclaré dans le procès-verbal qu'Otmàn a été tué 
injustement et martyr de la foi ; que son ami a le pouvoir de 
poursuivre le meurtrier partout où il se trouve; considérant 
que Moâwiah a été le Compagnon du Prophète et que son 
père a eu le même honneur, je déclare que Moâwiah est 
notre khalife et qu'il a droit à notre obéissance et à notre 
serment, à la condition de venger la morl d'Olmân. — Il 
ment! s'écria Abou Mouça, nous n'avons pas nommé Moâ- 
wiah, nous l'avons, au contraire, déposé, et Ali en même 



CHAPITRE LXXXI. 399 

^^:>yAM*X\ Jl* «îSîjU^ J^-^*"' ^J ^^ 5^ '^ O^-!^ (J-^ ^' 

JLJLj |_;Li-»Ml Js.t^ j[^Â J_aJ» kiLA;»^ Lçi^ *-^^-4j cjj*X-s 

temps que lui. — C'est Abd Allah, tils de Kaïs, qui ment, 
reprit Amr, car il a déposé Ali et je n'ai pas déposé Moà- 
wiah. » 

Voici ce que j'ai lu dans une autre source de traditions. 
Les deux arbitres tombèrent d'accord sur la déposition d'Ali 
etdeMoàwiah et convinrent que le peuple serait ullérieure- 
iiienl convoqué pour élire le chef qui lui conviendrait. Invité 
par Amr à parler le premier, Abou Mouça s'exprima en ces 
termes : « Je dépose Ali et Moâwiah ; c'est à vous à régler en- 
suite vos affaires. » Il s'éloigna, et Amr prenant sa place dit : 
« Cet homme vient de déposer son maître; comme il a dé- 
posé Ali , je le dépose à mon toui- et donne le pouvoir à mon 
maître Moâwiah. — Que fais-tu.^ s'écria Abou Moura, puisse 
Dieu te confondre! lu es un fourbe et un scélérat, un 
honmie tel que loi est un àne chargé de livres. — Que 
Dieu le maudisse! répondit Amr, le fourbe, le scélérat c'est 
toi; tu ressembles au chiiui (jui lèche la main (|ui b; frappe 
ou le caresse!» et d'un coup de pied il renversa Abou 
Mou{;a. Indigné de cel acte, Choraïh, fils de Hani elHam- 



liOO LES PRAIRIES D'OR. 

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o^-A-j Jij~5 i^i^ J^*-A« ^-Aii'«^ J-J ^ (1= ^^=^i ij-iàij 

(jj-j *-fi-i- (^i (^i Jyij (j:?^ cK-« à^ U^s-lî (j*-*>oiX5 

dâni, cingla d'un coup de fouet la tête d'Anir. Quant à 
Abou Mouça, il se retira aussitôt, monta achevai et se rendit 
à la Mecque. 11 ne retourna pins à Koufali, son séjour ha- 
bituel et celui de ses enfants, et jura de ne jamais se pré- 
senter devant Ali. Saad et le fils d'Omar se retirèrent à Jéru- 
salem, où ils prirent Yihram (se mirent en retraite). Eïmen, 
fds de Rhozaimah, fils de Fatik el-AçécIi, parlant des deux 
arbitres, a dit : 

Si le peuple se défendait contre l'adversité, à l'aide d'un jugement 
éclairé, c'est le fds d'Abbas qu'il vous aurait opposé; 

Au lieu de se défendre avec les armes inoffensives des Yéménites, qui 
ne savent pas recourir à la ruse. 

Un autre poëte présent à l'arbitrage, et témoin des discus- 
sions des deux arbitres, s'exprime ainsi : 



CHAPITRE LXXXF. iOl 

\ — \— «Ul ^^ j^:>l — g — !! * — ^ -wsiilj 

j-^^^3 (s-^^ v-Àj^ i <^*M^i ^^^i 

cijv^' (i^-' JyM c^>-« j,^^ 

jl — r^; g— <* CJ-» ^ ^ — *! — » cr*^ tjj' l? ^ \Juot)j& Uj 

(jl-*^ cjjX*-« (jS^'î' V-À.AXA3 j!»XJ«Lffl li iCA**j»Jî c:^dw«woîj 



Acceptons les décrets do Dieu, lui seul peut en prononcer; reconnais- 
sons la souveraineté de Dieu, h' Prophète et la prière. 

Obéissons au guide chauve, à Ali notre imam, obéissons à ce cheikh 
dans la bonne et la mauvaise fortune. 

Vivant ou mort obéissons-lui , car il nous dirige dans les voies du salut 
et l'accomplissement de la loi divine. 

Ibn Ayan s'adresse à Abou Mouça lui-même clans ces 
vers : 

Tu as joué de malheur, Abou Moue»; mais un vieillard tel que loi est 
digne de pardon et à i'ai)ri de la médisance. 

F'ils de Kaïs, Atnr n'a |)as été sincère avec loi, que Dieu pardonne au 
cheïkb du Yémen ! 

Ciî soir-là , tu méritais de l'indulgence, car tu chancelais et ton cœur 
était palpitant. 

Tu te mordais le poing avec désespoir; mais à quoi celle marque Ar 
furenr pouvait-elle le r<ervir!' 

IV. a6 



402 l'ES PRAIRIES D'OR. 

j.Jiâ3! 4^*»- c^A^A—ti (j^ /a-*»» (^_j-« Ji'^ J^ *J^ tj' dUij UiaiS' 

l;^«^»ciilJ IjvvXft ii^iiî »<Xifc (^y>l dlJ 45^^! /bnxj Jlï oji ^j 

D'autres historiens soutiennent qu'il ne se passa entre les 
deux arbitres que ce qui fut consigné dans le procès-verbal 
à savoir : l'aveu fait par Abou Mouça qu'Otmân avait été 
tué injustement et d'autres détails qu'on a lus ci-dessus. On 
prétend que ni l'un ni l'autre ne haranguèrent l'assemblée. 
D'après cette version , Amr aurait dit à Abou Mouça : « Dé- 
signe lecandidatde ton choix, afin que nous le discutions. » 
Abou Mouça proposa le fds d'Omar, puis il dit à Amr : - Je 
viens de nommer mon candidat, à ton tour de me faire 
connaître le tien. — Soit, reprit Auir, je vais te proposer 
l'homme de cette nation qui a le plus d'empire sur nous, 
l'esprit le plus vigoureux, le politique le plus profond: c'est 
Moâwiah, fds d'Abou Sofiàn. — Non, s'écria Abou Mouça, 
cet homme n'est pas digne du souverain pouvoir. — Eh 
bien, continua Amr, je vais t'en citer un autre qui ne lui 
est pas inférieur. — Quel est-il? » demanda Abou Mouça. « 11 
se nomme Abou Abd Allah Amr, fds d'el-Assi. « A ces 
mots, Abou Mouça comprit que son interlocuteur se mo- 
quait de lui et répondit : «Tu m'as trompé, que Dieu to 



CHAPITRE LXXXl. ^03 

kj«.i U^b yi i3-=^^ c;-«jl3 UaJI x»-UL cio\<' lil Ulî iès-ls*. 

j—^\^ *K-A_JI tK-5ij t^'V j-*«i^ *-^5 f"*"^ '•^^^ ^ *-^j^*^ 

À)^_iûl^ ^i_AJ|_j_^ \^ù\i -UkJL u:*_^i:> lilî jj—S ^j*XiLu- 

maudisse! » et le reste de leur entretien dégénéra en invec- 
tives. 

Abou Mouça se relira et partit pour la Mecque; aussitôt 
après son départ, Amr retourna dans sa demeure sans se 
présenter chez Moàwiah. Ce dernier l'ayant mandé chez lui, 
Amr lui fit répondre : « J'allais chez toi lorsque j'avais besoin 
de toi; puisque, à ton tour, tu as besoin de mes services, il 
est juste que tu viennes me trouver. » Moàwiah comprit 
quels étaient les projets d'Amr, ot, après mûres réflexions, il 
eut recours à un stratagème. Il lit préparer un copieux re])as, 
puis réunit ses oiïiciers , ses affranchis et les gens de sa maison 
et leur dit : " Je donnerai à drjeuner chez Amr. Lorsque je 
dirai de servir, laissez ses alTranchis et ses serviteurs se 
mettre à table. A mesure que l'un d'eux aura terminé son re- 
pas et se lèvera, que l'un de vous prenne sa place. Après ([u'ils 
seront tous sortis de la salle et qu'il n'en restera plus un 
seul, fermez la porte et empêchez qui que ce soit des leurs 
d'entrer sans ma pei mission. >> A l'arrivée de Moàwiah, Amr 
('tait assis sur des coussins : il ne se leva pas et ne linvita 

26. 



mii ' LES PRAIRIES D'OR. 

A_^_A-J^ C^HS-J t5'^-'' t^J^-A-MÎ liviû^^ *: Jiï L<fy9 yYjjjçiS" 



..^ 



pas à s'asseoir. Moàwiah s'assit par terre en s'appuyant sur 
le bord des coussins. Par cet acte d'arrogance, Amr mon- 
trait asocz qu'il se considérait comme le maître de la situa- 
tion, qu'il pouvait disposer du pouvoir en faveur de qui il 
voulait, et appeler au khalifat qui bon lui semblait. Après 
avoir parlé de choses et d'autres, Amr dit à son hôte : « Voici 
la pièce rédigée entre Abou Mouça et moi, et revêtue de nos 
cachets. Par cet écrit, il a reconnu qu'Otmàn a été tué injus- 
tement et il a exclu Ali du khalilal. J'ai repoussé comme 
indignes les différents candidats ([u'il m'a présentés. En ré- 
sumé, ce soin me regarde et je noumierai qui je voudrai, 
car l'armée de Syrie m'a donné sa parole et a prêté serment 
entre mes mains. » Moâw^iah causa pendant une heure, il sut 
détourner la conversation et dérider son interlocuteur par 
ses saillies, enfin il lui dit : « Y a-t-il à déjeuner chez toi? " 
Amr lui répondit : « S'il s'agit de rassasier tout ce monde, 
non. ). Moàwiah appela un de ses pages et lui ordonna de 
servir les mets qu'il avait apportés. Quand on eut servi le 
repas préparé d'avance, Moàwiah dit à Amr d'inviter ses af- 



CHAPITUR LXXXI. 'lOry 

^o-*-i Jiî Jh»^-^^' <-*-j' 9^^*, *ij-i ^ Jiî fi^ J^lfi-SJ J.Ajî>|_5 

L$j^ aMI^j (j*«.Ai ^Xxi _j! J i^AA^i <— *.A,^ Ljyji jjci».lj ^iv-«l 

iJ Jlï *-->ij j.Ii:J!j »j.A,iJC^I ,^^;„»- u'-^J^ là*^*^ O"^*'-' Jt^^ '-'^ 

Iranchis et les gens de sa maison. Amr les fit venir, puis il 
pria Moâwiah d'y inviter aussi ceux qui l'avaient accompa- 
gné. « Soit, répondit Moàwiali , mais que vos gens se mettent 
à table les premiers; les miens prendront leur place. -• A me- 
sure qu'un homme de la suite d'Amr se retirait, un homme 
de la suite de Moàwiah le remplaçait; lorsque tous les servi- 
teurs d'Amr furent partis et qu'il ne resta plus que les gens 
de Moâwiah , celui d'entre eux cjui avait été posté à cet eflel . 
se leva et ferma la porte. « Je suis pris! » s'écria Amr. « Oui , 
par Dieu , lui répondit Moàwiah , entre nous il n'y a plus que 
deux choses, et je t'en laisse le choix : ou tu me prêteras ser- 
n)ent, ou tu vas mourir; choisis l'une ou l'autre. « Amr lui 
dit : « Laisse-moi du moins appeler mon serviteur Werdàii , 
alin qne je le consulte et lui demande conseil. — Non, par 
Dieu, répli(|ua Moàwiah, tu ne le verras pas et lui-même 
ne te reverra ([ue mort ou lié parle serment en (juestion. — 
Et le gâteau d'Egypte, demanda Amr, me le promets- tu 
alors? — fj'EgypIe, reprit Moâwiah. l'appartiendra ta vie 
durant. •• Quand ils sr furent engagés l'un a laulre par .ser- 



à06 LES PRAIRIES D'OR. 

^ /»i^Aj! ci\.^*XÀj <;..:a.àj 3I' jlij j^^j cS*^ 3' tr* U° ^ ^-*)^ 

dUjy «^^ ^'^\)^ u^ ^' (j% cja-AjùJ a*><.j5*.l *Lii^^ ^^w«i/ 

ment, Moâwiah appela les officiers de l'armée de Syrie, saus 
permettre à la suite d'Amr d'entrer avec eux. Amr, s'adres- 
sant aux nouveaux venus, leur dit : «J'ai cru devoir prêter 
serment à Moâwiah, parce que je ne connais pas d'homme 
plus capable que lui de gouverner notre nation. » Moâwiah 
reçut alors le serment des troupes de Syrie et revint auprès 
des siens avec le titre de khalife. 

Ali, apprenant ce qui s'était passé entre Abou Mouça el 
Amr, dit à ses partisans : « Je vous avais prévenus des 
suites de cet arbitrage et j'avais raison de vous l'interdire; 
mais vous teniez à faire de l'opposition. Que pensez-vous 
de l'avenir qui vous attend, depuis que vous m'avez rejeté.-^ 
Par Dieu , je connais celui qui vous a poussés à la révolte el 
à la défection , et, si je voulais, il me serait aisé de le punir. 
Mais (le châtiment de) Dieu est derrière lui. » Il désignait 
sans doute par ces paroles Achat, fils de Kais. «En vous 
dictant mes volontés, continua Ali, je pouvais m'appliquer 
ce vers d'Abou Heïtem : 

Je leur ai fait connaître mes ordres sur ie penchant du mont Liwa; 
mais ils n'ont distingué leur rontequ aux premières lueurs du lendemain. 



CHAPITRE LXXXI. ^07 

iS-^Xi '-*~^ \J^ ^i '^^l '^^'^ »_jXi:slj iuy^ »»xjb Ji Ui (j^ 

(j5_y»JM ^^„S«. iij \^ J.AÀJ LjY,*yàji <^_J.^J ^*»-S»-_5 '^Ml (♦X». l^' 
j.A4M^ i^J^jU^i_5 ilw,^J ijU^AJ (JV»-«j,U 4"^^ ^.^'^J W"^-* 

A_j vX_j| Uj («—4^ (^-y' '-^ *^^ ^^ *"^^' i^j^iûis U Jk£ Iàx>! 
iL^Jiii »»X_d> iji^ j_j^ (^y^i iixAUiJi^ aÎ^jJCxII^ ^^|_j>ik ^jw« A^yj 

"Que Dieu damne celui qui a pousse à cet arbitrage! 
tuez-le lors même que sa tète s'abriterait sous mon propre 
turban. Ces deux hommes , ces deux arbitres choisis par vous, 
ont méconnu la loi de Dieu, pour ne juger que d'après leurs 
passions, sans argumentation et en dehors du droit mani- 
feste. Ils ont étouffé ce que le Koran avait ranimé, et rendu 
la vie à ce que le Koran avait détruit. L'expression de leur ju- 
gement est pleine de contradictions. Dieu ne les a pas guidés 
ni éclairés de sa grâce. Qu'ils soient excommuniés par le 
Très-Haut, par son apôtre et par tout bon musulman! Et 
maintenant armez-vous pour la guerre sainte, préparez-vous 
à partir et retournez au camp avec la permission de Dieu. » 

Nos sectes religieuses sont partagées sur le compte des 
deux arbitres. Dans notre ouvrage intitulé. Discours sur les 
principes des croyances, nous avons recueilli les opinions, les 
différents systèmes et les arguments sur lesquels s'appuient, 
en ce qui concerne celte question, les sectes nées dans le 
sein de l'islam, comme les kliaridjiles, les Mùlazales, les 



408 LES PRAIRIES D'OR. 

Chiites et d'autres écoles. En outre, on trouvera dans nos 
Annales historiques les discours tenus par Ali en diverses 
circonstances, ses harangues, son opinion sur l'arbitrage et 
la répugnance qu'il manifesta à cet égard; les reproches 
qu'il adressa aux musulmans après la conférence des ar- 
bitres; et par quel langage, avant cet événement, il chercha 
à dissuader ceux qui insistaient en faveur d'Abou Moura 
et d'Arnr. C'est alors qu'il leur dit : « Les hommes choisissent 
ordinairement ceux qui sont le plus étroitement liés à leurs 
intérêts; vous, au contraire, vous avez élu ceux qui sont 
le plus intimement liés avec vos ennemis. I\appelez-vous 
pourtant ce quAbd Allah, fds de Kaïs, disait hier: «La 
«guerre d'Ali est une insurrection. Détendez vos cordes el 
" brisez vos arcs; car, s'il est de bonne foi, il s'engage dans 
" une fausse route sans y être forcé; s'il ment, de lourdes 
« charges pèsent sur lui. ■• Tel fut en effet le langage tenu 
par Abou Mouça, lorsqu'il voulut rendre Ali impopulaire, 
maintenir ses partisans dans l'inaction et les séparer du kha- 
lile dans ses différentes expéditions, telles que la bataille 



CHAPITRE LXXXI. Ii09 

Uj ^-^-^ <-xxi3,^ «Xx! ^^ L^ l.wt>.^ <X^I /o-^AJ ,Jj&* <c^;<Xji 
jl-Aiwi ^J^ J<-^ bySs -Osjij 0^i_j ^^i.yu«JLt Jbi ç.Uaj ^ 

*^ I^Ui^l (j^ ^^^=r- (J^! j5*XA)j (j^'ÇÂ^ ^jvi^3.Ji_j J.^4^ 
l— i-A_j) tXJj Ui ^jlj ^Aj>j aKjjL«j5^*>o dlJi >-Oixi_5 ^jl_5>"(^Ji 

du Chameau et d'autres encore. Dans une de ses Séances, 
Ali se plaint en ces termes, de plusieurs koreïcliites, que 
denomi)reux rapports lui dénonçaient commerefusantle ser- 
ment de fidélité et combattant son autorité par des ma- 
nœuvres déloyales : « Les koreïcliites prétendent que le (ils 
d'Abou Talib est brave, mais qu'il ne sait pas faire la guerre. 
Malheur à eux! (littéralement : que leurs mains soient rem- 
plies de terre). Y a-t-il un seul d'entre eux qui ait conduit 
la guerre avec plus de vigueur que moi.** Je n'avais pas en- 
core vingt ans, que j'étais vieux dans le métier des armes 
et voici que j'ai dépassé la soixantaine; mais un chef perd 
son discernement en perdant son autorité. » 

Après ce rapide résumé des guerres du Chameau el do 
Siffin et de la conférence des arbitres, nous allons donner 
quelques renseignements sommaires sur la journée de Neh- 
revvàn, après hiscpiels nous présenterons le récit du meur- 
tre d'Ali. Au surplus tout ce qu'on vient de lire et ce (jui va 
suivre a été développé dans nos ouvrages précédents. 



ZilO LES PRAIRIES D'OR. 

I^jAaïj ti^^lj^ ool^j AjIj^Î (^jkj Ijjj-Aj^ ^^i »_5.^i> lfr^->^ <is 

^jw^A.i 0j oiÀs^^i (e-4^s o^yi Ai'5X.j l^^^ a)^^Ic ^j\^3 (J-'U'^ 
CHAPITRE LXXXII. 

EXPÉDITION D'ALI CONTRE LES REVOLTES DE NEHREWÀN ; MORT DE 
MOHAMMED, FILS D'ABOU BEKR; MORT D'ACHTER EN-NAKHÀYI , 
AVEC D'AUTRES DETAILS QUI SE RATTACHENT À CE SUJET. 

Les Kharidjites, au nombre de quatre mille, se réuni- 
rent SOUS les ordres d'Abd Allah , fils de Wehb er-Raçibi , 
auquel ils prêtèrent serment. Arrivés àMédaïn (Clésiphon), 
ils égorgèrent et coupèrent en morceaux Abd Allah, fils de 
Houbab, gouverneur de cette ville au nom d'Ali. Ils fendi- 
rent le ventre de sa femme, qui était grosse, et massacrè- 
rent plusieurs autres femmes. Ali, sortant de Koufah avec 
soixante-cinq mille hommes levés dans celle ville, reçut 
d'Ibn Abbas, sou lieutenant à Basrah , un renfort de trois 
mille hommes sous les ordres d'el-Ahnef , fils de Kaïs et de 
Haritah, fils de Kodamah es-Saadi (an 38 de l'hégire). Il 



CHAPITRE LXXXII. lil\ 

J«aÀj j,^! /o-*Xo 4MÎ J_j-*^ (jl ^t Aj»^ fj^^ /oJt^^ AMi Jj.^ 

s'arrêta à El-Aubar et y réunit toutes ses forces. Dans une 
harangue adressée à ses troupes pour les excitera la guerre 
sainte il leur dit : « Marchez contre les meurtriers des Mo- 
hadjirs et des Ansars. Il y a longtemps qu'ils cherchent à 
étoulïer la lumière du Dieu Tout-Puissant, car ils ont fo- 
menté la révolte contre l'apôtre de Dieu et ses partisans. 
Or l'apôtre lui-même m'a ordonné d'exterminer les prévari- 
cateurs: ce sont ceux-là mêmes que nous allons attaquer; les 
rebelles, la victoire nous en a débarrassés; et les schisma- 
tiques, nous ne les rencontrerons plus désormais. Marchons 
donc contre les piévaricateurs; ils sont plus à craindre que 
les Kharidjites. Marchons contre ceux qui veulent, en vous 
faisant la guerre, devenir les maîtres et les tyrans du peuple, 
asservir les serviteurs de Dieu et disposer de leurs biens. » 
L'armée déclara ((u'elle voulait attaquer d'abortl les kha- 
ridjites; en conséquence Ali marcha contre ces derniers. 
Arrivé à Nehrewàn, il leur adres?a un parlementaire, Haril, 
nis de Morrah cl-Abdi [)our les ramener dans le devoir. Ils 



412 LES PRAIRIES D'OR. 

(j-« <-x_A_> (j! ^^ <j! I^-5l«_)^ s^jAajjj 9j->-jJl <i' l^^*>s? 

(j^ ^^-il ^i cil (tSCS^bl *^- *-^AjujL» jî,j-i^5 ^<>^ Jl î^i' 

LiJié' i>^^\ lyï*^ (^jj-^ v*-^ -^^^ cK«^ sir*^' tM>5 J^ 

^c ^ La J» i tî)jJC-Û^j X).^*L«Js.J J.^\.M^ UXj ^jUsï=I xKaÏ 

A^~4-XxJO (ji^s- lùytl2.Xj ^^ ^iy^ U ^i^ i\^j JUi ^jU«rj.à». 

tuèrent cet envoyé et dirent à Ali : « Si tu renonces à ton au- 
torité et si tu confesses tes erreurs , nous te prêterons ser- 
ment; sinon, nous te déposerons, et, libres de toute obli- 
gation envers toi , nous ferons choix d'un imani. » Ali leur 
adressa ce second message : « Livrez-moi les meurtriers de 
mes frères, afin que je les punisse de mort et je vous accor- 
derai une trêve jusqu'à ce que j'aie fini de combattre les 
révoltés de l'Occident. Peut-être, pendant ce temps. Dieu 
toucbera-t-il vos cœurs. » Les Kbaridjites lui répondirent : 
« Nous sommes tous les meurtriers de tes compagnons d'ar- 
mes, nous avons tous participé à ce meurtre et nous en 
acceptons la solidarité. » Le messager, qui était un juif éta- 
bli dans le Sawad, annonça que les rebelles avaient passé 
le fleuve (canal) Tararistân. Sur ce fleuve s'élève encore 
aujourd'hui un pont nommé fout de Tararistân; il est si 
tué entre Houlwân et Bagdad , sur la route du Rboraçân. En 
apprenant cette nouvelle, Ali s'écria : « Non ils ne l'ont point 
passé et ne le passeront pas; avant qu'ils y arrivent, nous 
les aurons détruits à Romeilab. » De toul côté cependant 



CHAPITRE LXXXII. Zil3 

c-*Aij ii aMÎ^ f»>*^' <i^ Is/^'**' '*"*^ "-^^ (**■' ^^^ («'"ô^ ^-"-^v» (jl^ 
a^-^^-aA^ t3»-*«'lj t^j^^ !iy*i»£ («xÀ^ cX-'-'J •^j ijM*.s- ^t (O-^rJ^'O 
AjL^pii Jlï U t_,rt-»»fcj»- ^^û iiXA-«yij Oj)^jdl ^^ tj)^jX!«*£ «Xij 
^^^t— x-L-o >i^_-*«;j 4M! ^J^.w? j.A$l aM! Je /o-^x^ (jj-ii! U«-» 
ioykJi^ c._j.>^i J! j^lft:>_5 A*k«jiÀJ js-^aX^ >— *^^J (".y^^ oLwajCi 

A-aAc i^Jl^x^ i_jJO JUi bj^^. »>0 >1 JyOlJ AjL^! !_j-«;^ !_j-)lî 

ia-j^^JC-* J^-iS^ J-^T^ cj' <S-^^ '_«JiU f<«^««l» ^^-t^j ^'^^ J_jAÎi 

il recevait des informations confirmant le passage de l'en- 
nemi sur le pont en question; mais, refusant d'y croire, il 
alïirmait par serment ([u'ils ne pourraient traverser le fleuve 
et qu'ils périraient avant d'y parvenir. «Marchez, disait-il 
à ses troupes, marche/ contre l'ennemi; dix des leurs seule- 
ment échapperont à la mort et vos pertes n'atleindront pas 
même à ce nombre. » L'armée s'avança et trouva l'ennemi 
campé à Romeïlah, ainsi qu'Ali l'avait annoncé à ses com- 
pagnons. Lorsqu'il fut en vue des rebelles, Ali s'écria : 
« Dieu est grand ! Dieu et son Prophète ont dit vrai ! » Se 
présentant lui-même devant l'armée des rebelles rangée en 
bataille, il chercha à les ramener dans le devoir et à leur ins- 
pirer le repentir; njais ils répondirent par des refus et as 
saillirentses compagnons d'une \oléede llèches. Ali, informé 
que les révoltés avaient pris l'ollénsive, donna l'ordre de ne 
pas répondre à leur attaque. Trois fois ses compagnons vin- 
rent l'avertir et trois fois il répéta la même défense; enfin on 
lui apporta le cadavre d'un soldat tout souillé de sang. « Dieu 
est grand! dit-il alors, il nous est permis de combattre; 



Zil4 LES PRAIRIES D'OR. 

J^>3 ^Ai ^^ 4^ t_>l^sï=l ^^ 2;j'^^ tr« J-==-j uK-«»a2- ^,^1 

UJi-^ ^Uùl> Jr,! ji LU-fi ^^.Juii i»^*:?' l» 
LÂJi Là-SûIjû S^ls (fc^-^ ^*S' <îoUCÎ (^ c:aJo «Xjj 

y*<ljUi ^^ t^.«»^ J'^^ (*"^'* ^ /-■**- (*^ «JsXJCJii (^ «î^* lK^3 

I 



marchons! » Un Kharidjite se précipita sur les soldais d'Ali, 
en blessa plusieurs et parcourut le champ de bataille en 
disant : 

Je les frapperai, et si je vois Ali, je lui taillerai un vêlenîent avec mon 
sabre masrefite. 

Ali marcha droit à lui en lui répondant par ces vers : 

O toi qui provoques Ali, tu me parais ignorant et misérable. 

Tu pouvais bien te passer de le défier. Allons, viens ici et attaque-moi! 

Puis il fondit sur lui et le tua. Un autre Kharidjite 
avait déjà massacré plusieurs Alides, et il chargeait en 
chantant : 

Je les frapperai, et si je vois le père de Haçan (Ali), ccl homme sur 
lequel le monde s'appuie 

Ali marcha à sa rencontre en disant : 



CHAPITRE LXXXII. 415 

.>-*5' tA* Cjy. 0^ J li A-Aj ^^ii tîi^j :^J^^ A.^^^ AaXc J^ 

<-*-J*3 ^jjJ aMI <Xa£ JoC-i^ aKjCAj (j-*a>. ^ tXjj (^ ^^Xa^^\ 
J 

O loi qui provoques le père de Haçan, défends -loi, et vois qui do nous 
deux sera déçu dans son attente. 

Et, se jetant sur lui, il le perça de sa lance avec une 
telle impétuosité que le fer resta clans la plaie. Ali s'éloigna 
en lui disant : « Eh bien, tu as vu le père de Haçan et lu as 
rencontré ce que tu redoutais. » Ahou Eyoub el Ansari lutta 
contre Zeïd, fils de Hisn et le Uui. Abd Allah, fils de Wehb 
er-Raçibi, tomba sous les coups de Hani, (ils de Khatib e!- 
Azdi et de Ziad, fils de Hafsah; Horkous, fils de Zoheïr es- 
Saadi , eut le même sort. Dans cette bataille les Alides ne 
perdirent que neuf des leurs, tandis que les Kharidjites, au 
nombre de quatre mille, furent exterminés, à l'exception de 
dix honnues seulement. El-Mokhdadj ayant péri avec leresle 
des Kharidjites, Ali fil chercher son corps. Comme on ne 
pouvait le trouver, Ali, à qui sa mort causait la plus vive 
douleur, voulut le chercher lui-même. Passant devant un 
monceau de cadavres entassés les uns sur les autres, il le 
fit fouiller en tous sens, et découvrit enfin le corps de Mokh- 



416 LES PRAIRIES D'OR. 

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jj*fcj^ Lg-x-Lft «IjwL! t5*Xi" JJiU *.fcs>> IgijJs /oJôc 1^x9 j^^aJ 

y—^i Jv-j^ A}v>-j 4^wL» <X^^À^ (J! tiyXlKh tijyXi iOaji jO.S-.^I 

^£j,*a tXxJ J i5_j ^y*^ ^3 (>-^ J"*^ '~^J t**^ <^ '^ ^ '^^ ""^ 
J'oi-j f-y**^\ (j^XjI^j (jUaAiJl Jlij S^jS' i^yk^ J.Ai jo-^ay^ (J.* 

dadj. «Dieu est grand! s'écria Ali; ie Prophète a dit la vé- 
rité: cet homme n'avait pas de mains et son bras était ter- 
miné par une excroissance de chair semblable au sein d'une 
femme et revêtue de cinq ou six poils entrelacés. » Il se fit 
apporter le corps pour le mieux examiner, et trouva à la place 
de i'avant-bras une excroissance de chair, au-dessous du 
coude, ayant la forme dune mamelle et couverte de poils 
noirs; lorsqu'on tirait Cette chair, elle s'allongeait jusqu'à 
toucher le creux de l'autre main ; quand on la laissait aller, 
elle reprenait sa première forme sous l'épaule. Ali s'éloigna, 
mit pied à terre en gémissant, et, se prosternant, il invo- 
qua le Dieu très-haut. Ensuite il remonta en selle, et, par- 
courant le champ de bataille couvert des corps des khari- 
djites, il dit : « Celui qui vous a séduits vous a vaincus. » — 
«Qui donc les a séduits.^» lui demanda-t-on. — « Satan et 
leurs passions mauvaises, » répondil-il. Comme ses compa- 
gnons lui représentaient que le parti des rebelles venait d'être 
écrasé par Dieu et anéanti pour toujours. « Non, ajouta Ali, 
par Celui qui lient ma vie entre ses mains, les rebelles sont 



CHAPITRE LXXXII. U\7 

Zf^ ^ -«^u»^^' f^j'j Jw-y v^^' i^ Mf'^^ **vj i^^Aj 

(jvj ié>.jli. Z./^ ^^"^ Lft-LL* liû^Xxj o«^>^ iJi x>jlsw 

maintenant dans les reins de leurs pères et le sein de 
leurs mères. Toute révolte sera suivie d'une autre révolte 
semblable jusqu'à la dernière, qui éclatera entre l'Euphrale 
etle Tigre. Son chef, qui se nommera elAchmat (le grison- 
nant) , sera condjaltu et tué par un homme de notre famille, 
et, à dater de ce moment, il n'y aura plus de révolte, jus- 
qu'au jour de la résurrection, i. 

Ali réunit le butin pris dans le camp des Kharidjites; il 
distribua aux musulmans les armes et les chevaux, et ren- 
dit le reste des biens, ainsi (pie les esclaves des deux sexes, 
aux familles des vaincus. 8'adressant ensuite à ses soldats, il 
leur dit: «Dieu vous a favorisés; il a exalté votre victoire; 
marche/, maintenant, sans perdre de temps, et combattez 
vos ennemis. > On lui répondit: -Emir des croyants, nos 
sabres sont émoussés, nos carquois vides , nos lances n'ont 
plus de fer; donnez-nous le temps de nous équiper de 
notre mieux. > Ce fut el-Achât, fils de K.iïs, qui lui tint ce 
langage. Forcé (h; s'arrêter à Nokhadah, Ali vit bientôt ses 

IV. 27 



k\8 LES PRAIRIES D'OR. 

^^jUo^L» (jji:^j ^^y^AwJlj .Xol:^^! J'*^ aKajë^^JIj ^^ jS^j^».XÀ 

al>i (jy-*A> yl^ A_ji \Aàj (JuJ »^l JvxJI «-A^a-jj *.j[^-^î (j^ 

soldats l'abandonner et regagner leurs foyers, de sorte qu'il 
ne resta plus auprès de lui qu'une poignée d'hommes. El- 
Harit, fils de Rachid en-Nadji, et ses trois cents soldats le 
quittèrent aussi et se firent chrétiens. Ils prétendaient des- 
cendre de Samah, fils de Lowayi, fils de Galib, de la famille 
d'Ismaïl; mais un grand nombre de généalogistes leur re- 
fusent cette origine, eii se fondant sur ce que Samah, fils 
de Lowayi, mourut sans postérité. C'est à ces apostats que 
s'applique cette parole d'Ali, déjà citée dans nos Annales 
historiques : « Il est difficile de trouver un fils de Samah qui 
n'ait pas trahi la cause d'Ali. » Un poëte de la même famille, 
Ali, fils de Djehm, sur l'histoire et les poésies duquel nous 
avons donné quelques détails dans notre Histoire moyenne, 
se signala entre tous par l'éloignement et la haine qu'il té- 
moignait à l'égard d'Ali. Ce sentiment d'hostilité était si vio- 
lent chez lui qu'on l'entendit maudire son père, et comme 
on lui demandait en quoi celui-ci avait mérité sa réproba- 
tion, il répondit : «Parce qu'il m'a nommé Ali. • 



CHAPITRE LXXXU. 419 

t^J cyjLs^ J.JL*J ^Ij^I (j*^ (j^ JJu» (^ /o-^taJ^ ^-^**J 

5\^Lft jl .V.VA M «j-A-stf» ^ *XJÙa^ viJUi£> ^l<\, ^yiJl ^^^ 
^^ Jli^ io_5Lx^ Jl vj-dij ^î ^U JUi ^J^ ^^ilj (O'-^-J'^ij 

«-^W Cl^• "XXjiAa^ Jyij J.Ji ^^ (>a*JI JoL»!^ *c$^? si^-i^b 



Par Tordre d'Ali, Màkil, fils de Kaïs er-Riahi , se mil à 
la poursuite d'el-Harit et des apostats ^[u'il commandait; il 
ies extermina au bord de la mer sur le littoral du Bahrein , 
et fit prisonniers leurs enfants et leurs femmes. De là, 
Màkil, fils de Kaïs, se rendit avec ses captifs dans un dis- 
trict de l'Ahwaz gouverné au nom d'Ali, par Maskalali, (ils 
de Hobeirah Cheïbani. Cédant aux sollicitations des cap- 
tives, Maskalah les racheta an prix de trois cent mille dir 
hems et leur rendit la liberté; mais, sur cette soimne, il ne 
paya que deux cent mille dirhems et se réfugia auprès do 
Mdâwiah. Ali en fut infornjé et dit: «Que Dieu réprouve 
Maskalah, il f^ agi comuje un noble maître et s'est enfui 
comme un esclave! S'il était demeuré, nous aurions louché 
sur la rançon ce que nous aurions pu, lui accordant un 
délai s'il était gêné et lui abandonnant la somme entière 
s'il était dans la détresse. » Quoi qu'il en soit, Ali valida le 
rachat des captives. Maskalah a ra|)pelé ini-nièiiie cefle 
aventure dans ces vers : 

27. 



420 LES PRAIRIES D'OR. 

c^_jfcii» àL_:s: ii J^—iui-i JU >s^ ^jtj ,j*.UJî j-A^ c^»lj^ 

c$3-î (j-^ ii^UM (ji ^<vj| (j.i.ffvi Jy»J 



J'ai laissé libres les femmes de la tribu de Bekr ben Waïl , et affran- 
chi les prisonniers issus de Lowayi, fils de Galib. 

Mais j'ai abandonné le meilleur des hommes après Mohammed , pour 
une faible somme qui devait être bientôt dissipée. 

Un autre poëte a dit dans le même sens : 

Maskalah, cet homme qui a fait une vente lucrative, le jour des pri- 
sonniers de Nadji issus de Samah. 

Dans notre Histoire moyenne nous avons rapporté les 
aventures et les stratagèmes de Maskalah, et nous avons cité 
les vers où il raconte ces circonstances de sa vie, Ali, fds 
de Mohammed, fils de Djâfar, dans une pièce de vers contre 
ceux qui rattachaient leur origine à Samah , fils de Lowayi , 
a dit : 

Samah fut un des nôtres; mais quant à sa postérité, son origine est 
obscure à nos yeux. 



CHAPITRE LXXXU. 421 

(15"^^-^' J>-^^1 >-^'j fi-*^"^*" (J^ ^^'^*-* ''^Jtx)^ O'^î ^^*^' i 



A ceux qui nous présenlenl une généalogie mensongère, tortueuse, 
chimérique. 

Nous opposons colle parole du IVaci Aii) dont toutes les sentences 
sont inébranlables : 

Si tu ignores ce que l'on te demande, réponds : Dieu le sait. 

L'an trente-huit. de l'hégire, Moâwiah envoya en Egypte 
Amr, fils d'el-Assi, avec quatre mille hommes; Moàwiah, fils 
de IJodaïdj, et Abou'l-Awar es-Soulami raccompagnaient. 
Amr conserva le gouvernement de cette province, sa vie du- 
rant, conformément à la promesse que Moâwiah lui avait 
faite précédemment. Mohammod , fds d'Ahou Bckr, agent 
d'Ali dans ce pays, rencontra les partisans de Moâwiah 
près d'un lieu nommé Mosaniinl. On en vint.au.\ mains; 
Mohammed, trahi et abandonné par ses soldats, prit la 
fuite et se cacha dans une autre localité de l'Egypte. Cerné 
dans sa retraite, il fil une sortie avec les compagnons qui 
lui étaient restés lidèles, et périt les armes à la main. .Son 



Zi22 LES PRAIRIKS D'OR. 

iij^jlx.* iii.Ji À-^-Jj i>^S^ CiT* *(S* "V^ liiji <s>j J.xi Ajl ^x'i^ 
jui* iù^lx^ j ««.A*!^ tX:^ ^aÏ IaA& x-\.jj jB^-w*ji^ r- ^Àjl j.^iàiî 

fjyA l*X_d> J.-A^ J^i.3 3Î ^j^l yl(j |^.j j y 1(5 ÎJs.J_5 5»Xii 

corps, tombé au pouvoir de Moâwiah, fils de Hodaïdj , 
d'Aair, fils d'el-Assi, et des autres partisans de Moâwiah, fut 
enfermé dans la peau d'un âne et jeté au feu. Ce honteux 
traitement lui fut infligé à Kaum-Chérik , et l'on ajoute que 
Mohammed respirait encore. Au reçu de cette nouvelle, 
Moâwiah témoigna la jçie la plus vive. Ali, informé de la 
mort de Mohammed et de la satisfaction qu'elle inspirait à 
Moâwiah, s'écria : « Ce meurtre m'afflige autant qu'il les ré- 
jouit. Jamais, depuis le début de ces guerres, trépas ne m'a 
plus douloureusement affecté. Mohammed avait grandi 
auprès de moi ; fils de mon frère, il était à mes yeux comme 
mon enfant etil m'était tout dévoué. Il estdillîcile d'être plus 
cruellement frappé. Je recommande son âme à Dieu. » Puis 
il donna l'Kgyple à Achter et l'y envoya avec une armée. 
Dès que Moâwiah en fut instruit, il fit avertir secrètement 
le dihkân d'el-Arich , et le gagna à sa cause en lui promet- 
tant le dégrèvement de l'impôt pendant vingt ans, s'il 
consentait à empoisonner Achtet dans un ie|)as. Lorsque 



CHAPITRE L XXXII. /i23 

^jUiiÛvXjl ^^ X-«^ jjfe' 4j^ ^i_j ,_xÀj (^C-s* ^^yr^ i (^JiiUivI 
l-f-V* A^^ ^iXvi c^'î J_j^i_5 j*).^x!L *iUi ^1^ J-^i^ *J<-« (j-«3 
i l:>_^.=>- '^ ^jî JLaj iu^U» dUis xXj_j /oJi.M_5 ^j.j*Xa-W JUi 

ijî U 4Ml_j^ ^i^ *Lk* Jl î^iKfcî Jli^ j*,UJ! t^kii yl^^i 



Vchler fut arrivé à el-Arich, le dihkân s'informa des mets 
et des boissons qu'il préférait, et apprenant qu'il aimait le 
miel, il lui en offrit en lui faisant un grand éloge de sa 
qualité et de son goût exquis. Achter, qui jeûnait ce jour- 
là, le lit préparer en breuvage. A peine en eut-il avalé une 
gorgée qu'il expira. Ses compagnons firent périr le dihkân 
et sa suite. On a prétendu que cet événement eut lieu a 
Kolzouin, mais il est plus probable que ce fut à el-Arich. 
Ali en fut informé et dit: » Ses mains et sa bouche (l'ont 
tué). » Moâwiah reçut cette nouvelle en disant:- Dieu a des 
armées même dans le miel. » 

Cette même année, Ali accorda trois gratilicaiions à ses 
troupes avec les subsides que ses agents lui firent passer. 
Ayant reçu de nouvelles sommes ' d'Ispahàn , il appela ses 
soldats et leur dit : ■ F^réparez-vous à recevoir une qua- 
trième gratification; mais, par Dieu, je ne suis pas votre 
trésorier.» Il ne s'adjugea, dans la distrihulion générale, 
qu'une part égale à celle d'un sinq)lc soldat. 



/,24 LES PRAIRIES D'OR. 

(j^ Uju»^ U ^\ t-^^ ij- ^^^^ (isi (:5H (^ ./*Jj ^*^ 
JJ tXS^ ^-*-*J l»i^ ti^-xAJ <is -U iiAAj i iojU.* (jl(5 (;JvÀa» 

La guerre de Siffîn, que nous avons racontée ci-dessus, 
est la seule qui éclata entre Ali et Moâwiah. Ce dernier, jus- 
qu'à la mort d'Ali, se borna à faire ravager le pays par des 
corps expéditionnaires. Ali, de son côté, envoya des troupes 
pour protéger les habitants contre les déprédations de l'ar- 
mée de Moâwiah. Nous avons parlé de ces expéditions dans, 
nos ouvrages précédents. 

Les docteurs anciens et modernes parmi les Kharidjites 
et d'autres sectes ont critiqué la conduite d'Ali à la journée 
du Chameau , ainsi qu'à Sifïfin , et signalé la contradiction qui 
règne dans ses ordres durant ces deux guerres, A Sifiin, ils 
le montrent exterminant ceux qui résistent et ceux qui 
fuient, et achevant les blessés; à la journée du Chameau, 
au contraire, il épargne les fuyards, laisse la vie aux blessés, 
à ceux qui jetaient leur armes ou rentraient dans leurs 
demeures, et leur accorde Yamân. Pour disculper Ali de cette 
contradiction apparente dans ses ordres durant ces deux 
guerres, les Chiites répondent: « A la bataille du Chameau, 



CHAPITRE LXXXII. 425 

*_j; -c^-<_À.AJ (♦^=>> IJ^^ (*^^ V_>.îiw t_j.*à^ (JVÀjU^ AA^Lsil 

^y-x^j.j \L>^ i:y>À-^ ij^^i \i\ys\ AaX& \yXWi_yt^ il v_Xa^I 
-J^:>^j x)-§Àjs-lj J^j S^jmS y^.^ J!_).j^i <>§J |AX)_^ i^Aki^l 

les adversaires d'Ali, après leur défaite, n'avaient plus de 
centre autour duquel ils pouvaient se rallier; ils retour- 
nèrent chez eux abandonnant la lutte, renonçant à tout 
acte hostile contre Ali et sa qualité d'imam, et acceptant 
l'amnistie : il était donc juste qu'ils fussent épargnés, puis- 
qu'ils ne cherchaient pas d'auxiliaires contre le vainqueur. 
Mais, après Siffin, les rebelles se réunirent à des troupes 
préparées au combat sous les ordres d'un imam choisi par 
eux, qui leur distribua des armes, leur assigna une solde, 
leur prépara des logements, répara leurs perles, guida leur 
marche et les mit en étal de recommencer la guerre. Sou- 
mis à cet imam et exécutant ses volontés, ils résistèrent à 
Ali, nièrent sa qualité d'imam et contestèrent ses droits en 
réclamant contre ses prétentions illégitimes. Ce cjue nous 
venons de dire explique sa conduite et les dilVérences qui 
distinguent ses actes dans ces deux guerres. Les objections 
des uns et les réponses de leurs adversaires sont fort déve- 
loppées et nous entraîneraient trop loin. Mais on en trou- 



426 LES PRAIRIES D'OR 

lj>j..^3l«X.A_9 ^l_jjsl (j^ iLffl:?: «JLCf f^=?-' C:J>r*J;î *-»-**' ij 

^^Jcjlj »I Aj^jJij <^*-*" ^^^j^J t5*^^î Xfc^Lo /v^ «..<^»À^ i>^?^ 

vera le détail, avec l'exposé des argumeals de chacune des 
deux sectes, dans nos ouvrages d'une date plus ancienne; 
nous n'avons donc plus à y revenir ici. La protection vient 
de Dieu. 

CHAPITRE LXXXIII. 

ASSASSINAT DU PRINCE DES CROYANTS ALI, FILS D'ABOU TALIB. 

En l'année ho de l'hégire, une troupe de Kharidjifes réu- 
nis à la Mecque s'entretenaient des guerres et des désastres 
qui les accablaient, lorsque trois d'entre eux convinrent de 
tuer Ali, Moàwiah et Ainr, fils d'el-Assi. Ils jurèrent d'un 
commun accord de ne pas abandonner la victime que cha- 
cun d'eux avait choisie, avant de l'avoir immolée, ou de 
périr dans celte entreprise. Le premier de ces conjurés était 
Abd er-Rahuian, fils deMoldjem, de la famille de Toudjib. 
(^ette famille étant comprise dans la tribu de Murad, Abd 



CHAPITRE LXXXIII. /i27 

3k_A_xJ^ ^^-c v-AâJl ^! o^At ^ ^^"^J (•'^^' fc-*->**Àj iL>« ij 

^^ i^^_5 JoCil bî *j^iijj Jliï^j i^.^^J^ S^^ bl tl)^i Jli^ [aIs. 
^juà^j j^Àii, ^j^ 5jwCi»£ J-!^^ ^^-^ ^•i> ^j.^^ y' ijtX*j!^ -i-lxli 

U JUlj j^ tX-J»^^ *^ys>^ *^V^^ cj^î iij^" Ok-Jc dlJCAia,*! >yi 

er-Rahraan portait le surnom de Muracli. Le second se 
•nommait lladdjadj, fils d'Ahd Allah es-Sarimi , surnommé 
Horek; le troisième, Zadaweïli, alTranchi des Benou'l-Anbar. 
Il)n Alokljem ayant déclaré qu'il voulait frapper Ali, Borek 
se chargea de iVIoàwiah , et Zadaweïh d'Amr, fils d'el-Assi. 
La nuit du 17, ou, selon d'autres, du 21 du mois de ra- 
madan, fut choisie pour l'exécution du crime. Abd er- 
llahman, fils de Moldjem, se rendit aussitôt à Koufah, où 
résidait Ali; et, à peine arrivé, il se présenta chez sa propre 
cousine nommée Kotam, dont Ali avait tué le père et le 
frère à la bataille de Nehrevvân. Ibn Moldjem ayant sollicité 
la main de cette femnje, une des plus belles de son tcnips, 
elle lui dit : " .le ne t'épouserai ((ue si lu me prouves ta gé- 
nérosité. — 'IVml ce (|ue lu me demanderas, répondit-il, 
je te l'accorderai. — Je veux, continua Kotam, trois im'Ile 
dirhems, un esclave, une servante et la mort d'Ali. — Tu 
auras ce que tu désires; mais, (juant à Ali, je ne crois pas 
que lu puisses t'en défaire. — Il me faut son sang, répliqua 
relie femme; si iu le rcjjands, tu assouviras ma vengeance. 



428 LES PRAIRIES D'OR. 

(J -5 iS""^ (J**^*J' cK**-*^ dXxXJ^ i^V^XJ OwAÀ.Mi Aa,a»oI yls ^j.^ 

p 

tes vœux seront en même temps réalisés et tu goûteras le 
bonheur dans mes bras; si tu succombes, Dieu te réserve 
une récompense préférable à tous les biens de ce monde. 
— Eh bien, s'écria alors Ibn Moldjem, la pensée qui t'ins- 
pire est la seule qui m'avait attiré dans cette ville d'où 
j'étais, parti en fugilif. Ce que lu désires sera fait. » Et ii 
s'éloigna en répétant ces vers : 

Trois mille dirhems, un esclave, une servante et Ali expirant sous ce 
j^laive acéré ! 

Une (lot, si précieuse qu'elle soit, vaut-elle Ali? Une âme, si énergique 
qu'elle soit, vaut-elle l'âme d'Ibn Moldjem? 

Il rencontra un Kharidjite de la famille d'Achdjâ, nommé 
Chébib, fils de Nedjdeh , et lui dit : « Veux-tu de la gloire dans 
ce monde et dans l'autre? » Cet homme le pressant de s'ex- 
pliquer, il ajouta : « Il faut m'aider à tuer Ali. — Que ta 
mère pleure ta mort! s'écria Chébib, c'est un projet odieux I 
Je connais la constance inébranlable d'Ali et je le place au- 
dessus de tous, à côté du Prophète. — Malheureux, inler- 



CHAPITRE LXXXIII. /j29 

(j^ (..A. , o ...,< a^-,i;i,_ft ciJjiLl iix*4^ -xXjJ ioL^Jùt^ j^^ l^ aK^j 
(jvXjUu IjiX^ij *»^\a*»(Î Î^Jsofcîj IgyAA^ngj X^^ ^r^ o^^i^ 

A^ÀjJ ^L^?l^ (»-î^ (ijj^ ^VS^ iX*iJ a^X^aJl S^UaJI jjA,UJ! \^\ 

rompit Ibn Moldjem, ignores-tu qu'il juge d'après le livre 
de Dieu, et qu'il est le meurtrier de nos frères les vrais 
croyants? Le sang de plusieurs de nos frères crie vengeance: 
Ali doit mourir. » Il conduisit son interlocuteur chez Kotam. 
Cette femme s'était retirée, dès la nuit du i3 ramadan, 
sous une tente de tissu léger dans l'enceinte même de la 
grande mosquée. Elle leur apprit que Modjaché, fils de 
Werdân , réclamait l'honneur de frapper le khalife avec eux; 
elle leur donna une étoffe de soie et excita leur fanatisme 
par ses exhortations. Us prirent leurs épées et allèrent s'as- 
seoir en face de la porto du vestibule par où Ali pénétrait 
dans la mosquée, lorscju'il venait cha([ue matin, au premier 
appel (lu muc/zin, réveiller les fidèles pour la prière. Ibn 
Moldjem rencontra dans la mosc|uée el-Achàt, <|ui lui dit : 
« Honte à toi devant Dieu! » llodjr, lilsd'Vdi, surprit cepro- 
()os et dit à Achat : « Homme borgne, tu es l'assassin d'Ali, 
(|ue Dieu te maudisse] » En ce moment \li sortait de chez 
lui et répétait à haute voix : " Musnlmaiis , a la prière! à la 



Zi30 LES PRAIRIES D'OR. 

Jj>5»j (jj »X-**iî 'r'j'*^3 ^^^^-=r^ u'*^ (J-« J-^J ^^ (->yà.'i 
(^*i*Â. Ji Aj J«.*iî_5 Ait^Aai <^^>^ (_AX]aii *Xa^ ^ eb^^ra. ^ji 

^r*. ...AAArfi ^Y^^ 1>^M*ÀÀ) li^VJ (J*»Uji (^^ [J^-^^i t^' S^^i 

prière I » Ibn Moldjem et ses complices se précipitèrent sur 
lui en disant : « Le pouvoir appartient à Dieu et non à loi. » 
Ibn Moidjem lui porta un coup d'épée dans la tête, entre 
les deux yeux; l'épée de Chébib alla frapper un des jam- 
bages de la porte; le troisième conjuré Modjaché, fils de 
Werdân , prit la fuite. « Ne laissez pas échapper l'assassin , » 
murmura Ali. On se précipita sur les traces d'Ibn Moi- 
djem, on lui jeta des pierres, on le saisit de main en main 
au milieu des cris et du tumulte. Un Arabe des Benoù-Hani- 
dân lui asséna un coup de pied dans la jambe; Mogaïrah, 
fils de Naufel, fils d'el-Harit, fils d'Abd-Moltalib, le frappa 
au visage, le terrassa et le conduisit ensuite en présence de 
Haçan. Ibn Werdân, se glissant à travers la foule, avait pu 
se sauver. Quant à Chébib, il prit la fuite el courut se réfu- 
gier dans sa demeure. Abd Allah, lils de Nedjdeh , son frère 
consanguin, y pénétra en même temps que lui. Voyant le 
meurtrier arracher de son sein l'étoffe de soie ((|ue Kolam 
lui avait donnée), il lui demanda ce que cela siguitiait; 
Chébib lui révéla tout. Abd Allah courut chez lui, prit son 



CHAPITRE LXXXllI. 431 

*XaIJI l4ji^ (-^ Jo ^j cioJo U aMI^ Jyb yûj »j^'^ cjUÎ! 

(jv--»«*-=i j (j***-^ *^5 C5^^' ^^^ u' U*^' or* ^Àj^is cyj5^ 

U JLLj (j-JI i_j*.UJl ^IajI JjJiij ^i3 Jbjob yl c^r,i 

sabre, se jeta sui- Chéhib et le frappa jusqu'à ce qu'il le 
laissât expirant. 

On rapporte qu'Ali avait veillé toute celte nuit-là et qu'il 
répétait en se promenant de la porte au fond de sa chambre : 
..Dieu sait que je u"ai jamais menti ni été taxé de meu- 
son^'e : Cette nuit est bien celle où ma de&tinée doit s'accom- 
plir. « Au moment où il sortait, des oies appartenant à de 
jeunes enfants se mirent à pousser des cris : un de ses ser- 
viteurs voulait les chasser : « Laisse les crier, lui dit Ali, ce 
sont les ])Jeureuscs de mes propres funérailles. » 

Quelques personnes raconlentqu'Aliannonra en mourant 
à ses deux fds Haran et Hurein qu'il les associait à lui dans 
le signe de la pureté (cf. tome 1, p. 67 et suiv.). Telle est la 
tradition longu(!n)ent conimenlée par ceux qui suivent l'in- 
lerprétation textuelle. On interrogea Ali sur ses dernières 
volontés; un des assistants lui dit : « Prince des croyants, ne 
\eux-tu pas en nous quittant nous dédommager de ta perte.^ 
Ne faut-il pas élire tlaran? — Je n'ai rien à vous ordonner 
ni à vous défendre, répondit Ali; vous y aviserez vous- 
mêmes." Puis appclaiil Haran el flnrcin il leur adressa les 
lecommandalions suivant(îs : « C<inser\e/. dans votre coeur 



432 LES PRAIRIES D'OR. 

bjJS^ oU*^'^5 \-j»-**^^ f^*^' ^-î^^j (3^ ^^ ^^-^ ^(S'^ <i^ U^b 



la crainte du Dieu unique. Si le monde est injuste envers 
vous, nevous montrez pas injuste à son égard; ne vousaban- 
donnez à aucune affliction terrestre. Proclamez la vérité; 
secourez l'orphelin; assistez le pauvre; soyez la terreur de 
l'oppresseur et le refuge de l'opprimé. Que jamais une 
plainte ne monte à Dieu contre vous. » Et tournant ses re- 
gards sur le fils de la Hanéfite, il lui dit : «As-tu entendu 

o 

ce que je viens de prescrire à tes deux frères. *> — Oui, ré- 
pondit-il. — Ces conseils, reprit Ali, s'adressent égàlen)ent 
à toi. Respecte tes deux frères, suis leurs ordres avec défé- 
rence, et ne prends jamais une résolution sans les consul- 
ter. "Puis il ajouta: « Je vous recommande ce jeune homme; 
c'est voire plus jeune frère et le fils de votre père; traitez- 
le avec bonté et respectez ses droits. » Un de ceux qui étaient 
là lui dit : «Prince des croyants, ne feras-tu donc pas de 
testament politique? — Non, répliqua Ali, je vous laisse 
ainsi que vous a laissés l'apôtre de Dieu. — ^Mais que diras-tu 
à ton Seigneur lorsque tu paraîtras devant lui.* » AH répon- 
dil : "Je lui dirai : Ô mon Dieu, tu m'as laissé vivre aussi 



CHAPITRE LXXXIII. Zj33 

/ft-xX-o lH^^j jJi*£ x«juui *Xaj y^j ^ ^^y?. W-^ 'r'y^ (Jy^ 

v.àX.u» Lçv9 IjLoJsjj iCJjXJL kXj^il <XÀ£ iiA.=».^L> ^>i^_5 tX^i'l 
^ J— ^ -xX-A-Mt (♦Xaï ijà.*i *XAi 4M|^ tj'>**'=^ J^J Xi^jîtXJi^ 

longtemps qu'il t'a plu, puis tu m'as rappelé à toi. J'aban- 
donne ce peuple entre tes mains : au gré de ta volonté, 
tu le préci[iiteras dans le mal ou tu le dirigeras vers le 
bien. » Il dit aussi : «C'est dans une pareille nuit, la dix- 
septième du mois, que Josué, lils deNoun, fut mortellement 
Irappé; >> mais Dieu ne le rappela à lui que la vingt-unième 
nuit. Or Ali vécut encore le vendredi et le samedi et n'ex- 
pira que dans la nuit (veille) du dimanche. If fut inhumé 
dans un vaste terrain attenant à la mosquée de Koufah. 
L'emplacement de son tombeau a soulevé des opinions dillé- 
rentes dont il a déjà été fait mention ci-dessus (p. 289). Ali 
mourut âgé de soixante-deux ans; mais la même incertitude 
règne sur cetl«; (piestion. Son iils U;içan prononça alors ces 
paroles:"!. a mort vous a ravi, cette nuit, un homme qui ne 
reconnaissait dr.ns le passé (|u'une seule .supériorité, celle de 
l'apostolat, (!t cjui ne sera égale par personne dans l'avenir. 
Car lorsque l'apùtrc de Dieu le chargeait d'une expédition, 
l'ange Gabriel veillait à sa droite, l'ange Michel à sa gauche, 
il quittait le clianq) de bataille seulemeul quand Dieu lui 
IV. ai) 



434 LES PRAIRIES D'OR. 

y*)^ dUi vA^ lI-**J \xjé*:i jJfS^ AJLjI çjMtJl l>^.£. ^J-jta f^ù^lS 

y! Aj ,joUa.« Jj-^jf '^i^'-ÀA* J^-^^ i^î yL*3^l ^3Ai> té*^' 

*-?j-«> »i '^i^-'XdC ^^lïyl ^viai>- ^ LJ'j-^ Jj-*?; *^^ (jj,/^^^*" "^ 

,^JUi Jojis >i^^jt-i (j^ jjot! 

avait donné ia victoire. » Ce même fils Haçau prononça sur 
son corps les prières funéraires et récita neuf fois la for- 
mule du tekhir; mais on n'est pas d'accord sur ce fait. Ali 
ne laissa ni or ni argent:, on ne trouva chez lui que six 
cents dirhems, provenant de sa part du butin et qu'il desti- 
nait à l'acquisition d'un eunuque pour le service intérieur. 
D'après une autre version, il laissa deux cent cinquante 
dirhems, un koran et un sabre. 

Quand le supplice d'ibn Moldjem fut décidé, Abd Allah, 
fils de Djàfar, demanda et obtint la permission d'assouvir lui- 
même sa vengeance sur l'assassin. Après lui avoir coupé les 
mains et les pieds, il fit rougir un clou au feu et le lui en- 
fonça brûlant dans les yeux. Au n^ilieu de ces tourments, 
Ibn Moldjem lui dit : «Par le Dieu très-haut, créateur de 
l'homme, une lancette de chirurgien pénétrera un jour dans 
tes yeux et te ravira la lumière. » Ensuite on le plaça au 
niilieu de copeaux enduits de résine, on y mit le feu et il 
périt dans les flammes. Ymrân , fils de Hittân er-Rakachi, a 



CHAPITRE LXXXIll. k'db 

t^ LaaJÎ .Xj *wOuj jUifc.1 ^jlLa-fc. <JUji^ yUos». ^jj yî^xJj 

^iyiL ijjw» (j^ ^j^i ^.'^^^^^i ^y^^^i ^j''*^$ ^^-«l^^'^ 

jL»«Xj <0>(j.À<<* ^/-^ (J^ >'=^' uK^ ^^"«^J SyàtA (jUT iSiÀ-w ti' 

0_jÎ Xj CAJt) aML»^ JsjJlXi ^ ,_X^^li UV"^ 05**Li 'JiJtAj; 

chanté le meurtrier d'Ali dans une longue poésie dont voici 
un fragment : 

O coup porté par une main pieuse, afin d'obtenir les grâces du roi as- 
sis sur le trône éternel! 

Au jour du jugement j'invoquerai son nom, et je suis certain que nul 
homme ne pèsera d'un poids semblable dans la balance divine. 

Cet Ymrân ainsi que Hiltàn son père sont l'objet de plu- 
sieurs récils dont nous avons fait mention dans nos Annales 
historiques au chapitre intitule ■< Histoire des kharidjites 
tels que les Azrakites, les Ihadites, les Hamrites, les Safa- 
rites, les Nedjdites et autres sectes, jusqu'à l'année 3 18 de 
l'hégire. » Le dernier de ces hérétiques fut un certain Gaï- 
roun qui, s'étant révolté dans le Diar-Rébyâh, fut pris et en- 
voyé de la ville de Kefer-Touta à la cour de Mokt.idir Bil- 
lah, par Ibn llamdùn. Vers la même époque eut lieu aussi 
la révolte d'un autre sectaire nomn)é/l 6ou Clionïb. Le meur- 
tre d'Ali donna naissance à un grand nombre d'élégies, et, 
de nos jours encore, elle a inspiré plus d'un poète. Parmi les 



£i36 LES PRAIRIES D'OR. 

t. 

yftj *JùJi ^ ».^^Js? Ajgtiai ^j^*-« <i' t5^j-^^' .cy^Jl ^Xkj!^ 



poésies contemporaines de Tévénement, on cite celle d'A- 
Ijou 1-Aswad ed-Douali dont voici un passage : 

Dis àMoâwiah, fils de Sakhr (que les blasphémateurs soient frappés 
d'épouvante!) , 

Dis-lui : As-tu donc choisi le mois du jeûne pour nous faire pleurer 
la mort du plus excellent de tous les hommes, 

De l'être le plus parfait parmi ceux qui ont dompté un cheval ou mis 
le pied sur un vaisseau , 

Parmi ceux qui chaussent des sandales, parmi ceux qui lisent les cha- 
pitres consacrés, le livre de l'évidence? 

Quand j'étais en présence du përe de Huçeïn , j'ai vu la lumière (pro- 
phétique) briller sur son front. 

Partout et toujours, ô Ali, les Korcïchites sauront que lu remportes 
sur eux par la double supériorité de la naissance et de la foi. 

De son côté, Borek es-Sarimi rejoignit Moâwiah et le 
frappa d'un coup de poignard au-dessous des reins, tandis 
qu'il était en prières. 11 fut arrêté et conduit devant ce prince , 
qui lui dit : «Misérable, comment te nonnnes-tu et quels 
sont les projets? » Borek répondit : « Laisse-moi vivre et tu 



chapitul: Lxxxiii 437 

JuXft «Jy^Mi »«3sjû ^ UjtjUj Gis 4rî^b c^J^j ii Jli J;-si- 

^-^-*-^-^ ^'^ ^3 L>1^ ^li J^X-is ,^^Lt**A>lj JJJ.5 <_^_j ^^ ^^^ 
Jbj «Xa-*^ A)Oùâ (J*Uj! jà;»-) JUià ii)<Xj j <^«N? (X-oI <:5i.=»" 

L,xAi^ p^Jl JJi_5 ai^XjiJl ,j*UJL *^jli- jLo Jo S^^ jjj^ 

AJJ _5^5 'SwkXc J.i^Jv» OiAAwJL Aj^jiÀ» U^^^ «^^X^aJi /y£ j ».JÎ 

sauras tout. Nous avons juré de faire mourir trois personnes 
en cette même nuit : toi , Ali et Amr. Retiens-moi prison- 
nier : ou bien ces deux hommes ont été tués ou ils ont 
échappé à la mort. Dans le second cas, rends-moi la liberté , 
et je me charge de tuer Ali. Dieu m'est témoin que, sitôt 
cet acte accompli, je viendrai me remettre entre tes mains 
et à ta discrétion. » Selon les uns, Moâwiah le fit périr sur 
le-champ; selon les autres, il le garda en prison jusqu'à ce 
qu'il eût reçu la nouvelle de la mort d'Ali; il lui rendit 
alors la liberté. 

Quant à Zadavveïh, que d'autres historiens nonnnent Amr, 
fils de Bekr de la tribu de Témim , lorsqu'il se présenta chez 
Amr, fils d'el-Assi, il trouva Kharidjah, le kadi d'Egypte, 
assis sur le trône et dans le palais d'Arar, faisant les bon 
neurs d'un festin. D'après un autre récit, Kharidjah réci- 
tait au milieu (h.'s fidèles la prière du malin, en l'absence 
d'Amr (ju'uiie indisposition retenait chez lui. I/assassin (le 
prenant pour Amr) le fiappa de son sal)re, A ses derniers 
nioineiits Kliaiidjah lerut la visite d'Auir et lui dit : « C'est 



438 LES PRAIRIES D'OR. 

Sj.J<.s^ (j-S Ail**i> ^j^ (^Jv? (iJ^'J J«=»-y ^-*^^^^ 'J^J^ ■*WS 

^ Jlii -ljsjji)î i«X:5 *^ ujjJll (j^ ^Sij^\ *1 J-AJi* LkAi dlXxS 

IjjyLls ^^ 1;,^ U di-jjj 5V-i 4^AJLJijJ jUë (jS^^ fXAj 

à toi seul qu'il en voulait. — Oui, répondit le prince , mais 
c'est Kharicljah que Dieu avait désigné. » Puis il fit appeler 
le meurtrier et l'interrogea. Celui-ci fit des aveux complets 
et lui annonça que cette même nuit Moâwiah et Ali avaient 
été tués. « Qu'ils aient été tués ou non , lui dit Amr, il faut 
que tu meures. » A ces mots, Zadaweïti fondit en larmes, et, 
comme on s'étonnait de cette marque de faiblesse en face 
de la mort, après une action aussi hardie, il ajouta : « Dieu 
sait que ce n'est pas la mort qui fait couler mes larmes, 
mais le regret d'avoir manqué Amr, quand Ali et Moâwiah 
sont tombés sous le fer de mes compagnons. >> Il eut la tête 
tranchée et son corps fut attaché au gibet. 

On entendait souvent Ali répéter ces vers de sa compo- 
sition : 



Famille de Koreïcli , tu souhaites que je périsse; mais ma mort ne sera 
pour loi ni un bonheur ni un succès. 

Car si je succombe , tu auras à payer la dette de mon sang à deux lieu- 
tenants (Haçan et Huçeïn) qui ne la laisseront pas prescrire. (Sur le sens 
de ridf, voyez C. de Perceval , ouvrage cite, II, 102.) 



CHAPITRE LXXXUI. ^39 

^ — y — * — i^ i~^y — i) ^\i s^^-X «iJ.-6"jUj»- i*X^| 
'^ J.iij — i» J- — =- iii <~^^ 1! (J-. ç-y—af ^i 

<XXX>^ ;X*)OCilj Jy^Ul C.J*X.^ y-« (jl^j Sjii t_>U ^ i^^j.M*£. 

*>s^_5 (^jvaaaJÎ (jJ*>^ *X.«*Aj Jot>_j 5.X.A-» Sj\j\ J^^\^ «i^Sî^-b 

*^ls£ ^ JUj AAàj Idff ^ <^rw J.Ji> ^ Jylîl^_^UJlyA^>lj 
>i)Xc i^i-s*- *^_j-f '^_5 "^^ U ^Ij ^J^lit/» ^JJ cj^ ^Jj-JL^sI *XS 
4^ dUi |^*j y! ij.Aj3l A^a) ^î il^î Lfî^ ;^^ï c:a.:S?" U 

II redisait aussi ces deux vers : 

Ceins les reins en lace de la mort, la voici qui s'avance. 

Ne tremble pas lorsqu'elle se dressera devant toi dans ta demeure. 

Peu d'instants avant de recevoir le coup mortel, tandis 
(|u'il sortait de cbez lui pour aller à la mosquée, la porte en 
tronc de palmier qui fermait sa demeure lui ayant opposé 
de la résistance, il l'arracha de ses gonds et la mit à l'écart. 
En même temps sa tunique se dénoua , et c'est en la rattachant 
qu'il prononça les deux vers qui précèdent. Moâwiah avait 
chargé quelques alïidés de répandre dans Koiilali le bruit 
de sa mort. Cette nouvelle était déjà l'objet de toutes les 
conversations, lors([u'elle parvint à Ali. 11 dit à ceux qui 
l'entouraienl : « C'est trop paiN-r de la mort tie Moàwiah ; 
sachez qu'il n'est pas mort el qu'il ne mourra point avant 
de posséder le sol (\nv. je foule sous uics |)ieds. l.e lils de la 
Mangeuse de cœurs (surtïom de IlincI , mère de iVIoàvviuh) veut 



ktiQ LES PRAIRIES D'OR. 

U» ^— iS-* is*^^^ ^ (j"*'^^ ;fc<-**'' t*^* >^^ f'*"**^ or* <iA*A* 

jJLJS^ ^>i-^^ x-jLjjIj t_>î*X^I (^^* -e.^j,**o Uj ^W ^^3^3 
L» jJJi (j^X? (S^-^i r^^ JUi.à o\.j*>0 ^j oo<XJS U 0~»i>-' 

J.i&l^,^3l tjAjlsCi ^J^lo t5*>^JV y^^**--** ^*^ (^•'^^ »i ^J^-^^ 

seulement connaître ma pensée. En chargeant ses émis- 
saires de propager ce bruit, son but est de scruter mes in- 
tentions à son égard et d'apprendre de ma bouche les des- 
tinées qui lui sont réservées. » Ali prédit alors avec toutes 
sortes de détails la période de Moâwiah, de ses successeurs 
Yézid, Merwân et ses deux fds; il annonça l'avènement de 
Haddjadj et les cruautés qu'il exercerait sur ses sujets. Ses 
paroles furent accueillies par des sanglots, des pleurs et des 
gémissements. Un des assistants se leva et dit : « Prince des 
croyants, tu nous as prédit de graves événements; doivent- 
ils réellement s'accomplir? — Oui, répondit Ali, ils doivent 
s'accomplir; car je n'ai jamais menti, je n'ai jamais été taxé 
de mensonge. — Et quand s'accompliront-ils? •> demanda un 
autre. — Ali répliqua : " Quand le sang de ceci couvrira 
cela, » et il posa une main sur sa tête, tandis que de l'autre 
il montrait sa barbe. Cette réponse redoublant l'affliction des 
auditeurs : « Ce n'est pas maintenant, ajouta Ali, que vous 
devez pleurer : vos larmes couleront assez longtemps quand 
je ne serai plus. Presque tous les habitants de Koufah écri- 



CHAPITRE LXXXIV. ^kl 

aMÎ_jj t5:>l»^i »Ov.À_c I^^XJtflj f^jy^ i l^j-*- *.t>jU-« iLi^XJl 



(j*ljJl iajb». t5*xJl^ X»MAr*.^ Aj (jtXAaj Ltf ^tAJ^ *^ (J^ ^•*»' 

vent en secret à Moâwiah pour sauvegarder leurs intérêts et 
avoir part à ses faveurs. Encore un peu de temps et tout ce 
que je vous ai révélé s'accomplira. » 

Plus bas dans cet ouvrage, après avoir décrit la piété 
d'Ali et cité quelques-unes de ses paroles mémorables, nous 
reviendrons sur les événements qui le concernent, en ra- 
contant riiistoire de Moàwiah , fds de Sofiàn. — La pro- 
tection vient de Dieu ! 

CHAPITRE LXXXIV. 

PAROI.KS MÉMORABLES D'ALI; SA PIÉTÉ ET AUTRES DÉTaII.S 
SDR SA VI li. 

Il ne porta jamais de vêlements neufs pendant son rogne, 
et ne posséda ni terre ni maison , à rexcoption d'un domaine 
à Yanbo qu'il employait en bonnes œuvres et en dotations 
pieuses. On a conservé de lui quatre cent (jualre-vingts et 
(pielques homélies, comprises dans le recueil complet de 



442 LES PRAIRIES D'OR. 

>JL5^3 i^jjj *.À£ dUi (j*.Ul J^l«Xj ii^j^xJI ^^ ^-^ij^J AAki». 

5^^î I^ûL^XhO «^ c^A^iLo^ ^^^_j 14-wàj 0»^^ ^^I^J cyib^ 
iuçjljtj t.::>jiOoi^ iCxAj^ c>-s*.ljj ^jj^j-iJI ^j^ 1^jj^j«m»o c:A.i^J5 
UJ0?-_5 iUliXjJl «liXi Jlss-j 1>J»«XJ Uj^jitf^ W-fc^J 'jr»*5^ 

ses Séances. Fruits de l'improvisation , elles se transmettaient 
par la parole et servaient de règle de conduite. 

Quelqu'un lui demandant quels étaient les meilleurs parmi 
les serviteui^s de Dieu, il répondit : « Ceux qui se réjouis- 
sent de faire le bien et se repentent de faire le mal; ceux 
qui donnent en remerciant, qui supportent avec patience 
l'adversité et expient par le repentir un mouvement de co- 
lère. » Il disait aussi : '« Le monde est une demeure sûre 
pour qui en use avec sincérité, un séjour salubre pdur qui 
sait le comprendre, un trésor pour qui peut y amasser des 
provisions. La terre est le temple des prophètes, l'oratoire 
des auges, le but de la révélation divine, un lieu de trafic 
où les saints amassent des trésors de miséricorde et gagnent 
le paradis. Pourquoi maudire ce bas monde .^ Est-ce qu'il 
ne nous avertit pas que la séparation est prochaine. ^ Est-ce 
qu'il ne nous annonce pas son départ imminent .^11 pleure 
sa fin et celle de ses enfants. Ses épreuves nous enseignent 
à supporter le malheur; ses joies qui finissent dans les 
larmes, la douleur qui en est le dénoûment doivent forli- 



CHAPITRE LXXXIV. 443 

(j-« /wM*.^.! Iajjo! ^<x-« i )t<\Afcj ^_j tyjULSfc-l viiÀ* 4^*j '^j 

fier noire âme en l'avertissant, en refTrayanl et en l'excitant 
au bien. Les uns blâment le monde, quand ils touchent au 
repentir; les autres l'exaltent, quand ils ont reçu la rétribu- 
tion de leurs œuvres. Si le monde les avertit, ils doivent 
se rappeler ses vicissitudes; s'il ne les trahit point, ils doi- 
vent le servir avec loyauté. O vous qui maudissez le monde 
et cédez à ses illusions, quand donc l'avez-vous trouvé cons- 
tant.^ Quand vous a-t-il séduit de lui-même? Est-ce en vous 
oifrant le spectacle de vos pères abattus par le malheur, de 
vos mères couchées au fond d'un cercueil? Que de fois 
u'avez-vous pas soigné de vos mains et tenu dans vos bras 
ces chers malades dont vous souhaitiez si ardemment la 
guérison? En vain vous appeliez à leur secours toutes les 
ressources de l'art; vos soins ont été inutiles, vos vœux ne 
leur ont pas rendu la vie. Profitez de l'exemple que la for- 
tune plaçait sous vos yeux; comme eux, vous tomberez sous 
le coup fatal, et, ce jour-là, ni vos larmes ni le dévouement 
de l'amitié ne pourront vous y soustraire. » Cet éloge du 
monde est certainement le |)liis vr;u et le plus éloquent qui 
ait jamais été prononce. 

Voici encore une autre sentence d'Ali sur le même su- 



kkli LES PRAIRIES D'OR. 

*l_À-ji (J-. !_5..j^ili *L*jl ««X^Jj p\m\ >«>^^^ «Xaa^ c^J^^^Î 

UajjJb Uj«xJî \yà>^^ UaIs fUij Uii^ cjÎ^aJÎj IIoUao tj^j'^' 
(J-» ^^-i—viî ^jw»_j^ cy!^j--g— *<*Jl (J-* !^A« <xà4»' (il ^jj>-A-Mii (j^j X) 

^(._A-Lc oOl^ LaJ*xJI i vX.iùj (j^^ eyU^ (j* jisyjUII 
J._d>l ^j_5j~»^ (jJ<>^ CiJV*-»-»'^ -î^ i '>^à4^ cK^i eJji^J /o^^ 

j(s^A**jij! iij_y>U J^j\j^]^ ^hy^ &^y^^ (:J^-? *>**-* j^-*^' ij^UJi 

jet, telle que l'histoire nous l'a conservée : « La vie ter- 
restre s'éloigne et fuit, la vie future vient au-devant de nous : 
l'une et l'autre ont leurs enfants. Soyez les enfants de la vie 
future et non ceux de la vie périssable; méprisez les biens 
de celle-ci pour n'aspirer qu'aux joies de l'autre vie. Ceux 
qui ont renoncé au monde dorment sur la terre nue, le front 
clans la poussière; l'eau fait leurs délices. La terre n'est à 
leurs yeux qu'un bien passager et d'emprunt. Celui qui sou- 
pire après le ciel méprise les séductions de la chair; celui 
qui redoute le feu éternel s'abstient des plaisirs défendus. 
Le renoncement au monde rend faciles les épreuves de la 
vie, l'attente du ciel ouvre la voie des bonnes œuvres. Parmi 
ses serviteurs, il en est à qui Dieu montre, pour ainsi dire, 
les élus au sein de la félicité éternelle, les réprouvés au mi- 
lieu des tortures de l'enfer. Ces cœurs fidèles ne divulguent 
pas les secrets qui leur sont confiés. La conscience en re- 
pos, ayant peu de besoins ici-bas, ils patientent quelques 
jours encore dans l'espérance des joies infinies que le ciel 



CHAPITRK LXXXIV. 445 

(jpj— « (j-« /»■■ {} — .> Uj ijpj-^ Jyixi ^jiiUil A.g-*J1 vlàÀj iliUx!!^ 

J^Jij" L» JUi ^>l wlàJol^ i^JJ tK^'t \aj<X^ IjUjctè <:>.i<v>.<gi 

v^xl^^jfc-j t->L*k,s». l^!5\j>. {jys»- \,^MjÀ'À»\ (j~t^ ^^yCj l^Ai ^^uiiUMÎ 

leur réserve. La nuit, pieusement proslernés, le visage bai- 
gné de larmes, ils implorent leur Seigneur et cherchent à 
s'afTranchir du joug qui courbe leur cou. Le jour, docteurs 
ou magistrats, mais toujours austères et vénérant Dieu, la 
terreur du mal et l'adoration les rassemblent comme de ti- 
mides oiseaux. En les voyant, on les croirait souffrants et 
malades; ce n'est pas cependant la maladie qui circule 
dans leurs veines, mais la pensée terrible du feu éternel et 
des damnés. » — « Mon cher enfant, disait-il à Ilaran, veux- 
tu être l'égal d'un autre homme? Sache te passer de lui. 
Son esclave? Tends la main devant lui. Son maître? Ac- 
rorde-lui tes bienfaits. » Un de ses amis l'ayant abordé en 
disant : « Comment se porte le prince des croyants? « il ré- 
f)oiulit : « Comme un pauvre pécheur vivant du lot (|ui 
lui a été assigné et attendant le terme fatal. » — « Que diles- 
vousde ce monde? » lui demanda son interlocuteur. — « Que 
pnis-jedire, reprit Ali, d'une demeure au seuil de laquelle 
esl la douleur et à l'autrf; extrémilé la moil?où le riche 



446 LES PRAIRIES D'OK. 

JLjLi Idfi J ;_>-«> >1 JUi-i îtXitj iùjljc* ^^ 4^ ^jol^jj*. (j-« 
jii Ui Jb dLJi (j^ vX-j 'il iù^lx^ Jli (jv.ÀvOjJiî ^jiA^i (^J^,^\ 
(^_j.JUI <X_>Js-ii (^«Xi! *Xwt) <Jm6j (jI^ (jlî kilii ^j^ «Xj iJ (jl^ 
iL$i!iL ;5^J»^j *^j',^^ (j-« i^S^/^'^? ^'Xi <*^^^ !5X„»ai Jyb 

est condamné à la corruption, et le pauvre à la misère; où 
un jugement sévère attend les bons, et le feu éternel les 
méchants ? — Quels sont les heureux de ce monde ? — Ceux , 
répondit Ali, qui dorment sous la terre, exempts des tour- 
ments de Tenfer et dans l'attente d'une récompense. « 

Un des intimes d'Ali, Dirar, fils de Damrah, étant chargé 
d'une mission auprès de Moâwiah, ce prince lui dit : « Fais- 
moi le portrait d'Ali. ^^Que le prince des croyants veuille 
bien m'excuser, répondit Dirar. — Parle, je le veux, » ré- 
pliqua Moàwiah. Dirar reprit : «Puisque vous l'ordonnez, 
sachez que c'était un homme qui embrassait un horizon 
immense et déployait une rare énergie. Sa parole était un 
arrêt, ses jugements reposaient sur la justice. La science 
rayonnait autour de sa personne, la sagesse se manifestait 
dans son attitude. Les mets les plus grossiers, les vêtements 
les plus humbles étaient ce qu'il recherchait. A toutes nos 
den)andesil accordait une réponse, à toutes nos prières un 
bienfait. Malgré notre intimité et la familiarité qu'il nous 
témoignait, nous n'osions pas lui adresser la parole ni l'ap- 



CHAPITRE LXXXIV. 447 

Jl -I c:A.ej-xj Jl ^£^.^ ^£,jS' Uji L Jyij_5 (^-fj^ ^iSLi c^Ou^y 
.y lji'5X._j kiLX-X-vL *X3 (Juvsr*. M^-s»- >y ci>L^jU& u:*l^j^^ Ci»ji»,*io 

peler, tant était grand le respect dont nos cœurs étaient pé- 
nétrés. Son sourire laissait voir une rangée de perles. Il ho- 
norait la piété et soulageait l'infortune. On voyait toujours 
à sa table un orphelin de sa famille ou un pauvre nécessi- 
teux. Il habillait ceux qui étaient nus et secourait ceux qui 
étaient sans défense. Il abhorrait le monde et ses pompes 
menteuses; il ainiait la nuit et ses ténèbres. Je crois le voir 
encore, lorsque la nuit avait étendu ses voiles, vers l'heure 
où les étoiles descendent à l'horizon, prosterné dans son 
oratoire, sa barbe dans les mains; il s'agitait comme un 
blessé, et, répandant des larmes amères, il s'écriait : oô 
monde, séduis un autre que moi! Est-ce moi que tu peux 
attaquer? Que me font tes séductions? Va, fuis loin d'ici! 
Ton heure n'est pas venue. Je te répudie trois fois (for- 
mule du divorce) et sans retour. Brève est ta vie, misé- 
rables sont tes joies, éphémères tes honneurs! flélas! que 
les provisions sont iusullisantes pour un voyage aussi long 
à travers de si horribles solitudes! » Moâvviah ajouta : «Re- 
dis-moi encore (juelques-unes de ses paroles. - Dirar conti- 
nua ainsi : « Ali disait souvent : " C<' qu'il y a de plus élon- 



448 LES PRAIRIES D'OR. 

I^yJiJi ^51* ^jl_5 ^^ aSCUI ^.JaJi Ao. JU yl_5 ^.Jaii ^il 

sUisî i)U :>ljl ^jîj ^>4i -î^^^ï^ oy^ ^b y^j J^^ t$^ i5^jJ^ 

S\s *-S- ^^i-* <xj:jcçvy U jaJT i^jï ^5 (jl cjlgA^ JUi x*:iO 
^^ <_>i J^A-i^ L ^ JUi -5-j ci>li :>1j; (jj J^i» ^^s-*»^ a:o«o- 

nant chez rhomme, c'est son cœur avec les germes de 
sagesse et les sentiments opposés qui s'y livrent un perpé- 
tuel combat. Dès que l'espérance sourit à l'homme, l'am- 
bition l'asservit et l'entraîne dans l'abîme de la passion 
effrénée. S'il s'abandonne au découragement, le désespoir 
le tue; s'il cède à la colère, bientôt sa fureur ne connaît 
plus de bornes. Si la providence le favorise, il perd le 
souvenir de ses bienfaits. Si la crainte le domine, il se 
déshonore par sa lâcheté. Au sein des richesses, il se cor- 
rompt; sous l'étreinte de la pauvreté, il tombe dans les 
hontes de la misère. La faim l'aiguillonne; l'inanition le 
renverse. S'il s'abandonne au plaisir de la table, son esto- 
mac succombe sous un lourd fardeau. Les privations l'é- 
puisent; les excès le mènent au tombeau. » Moâwiah invita 
Dirar à lui répéter tout ce qu'il avait recueilli de la bouche 
d'Ali. «Il me serait impossible, reprit celui-ci, de rappor- 
ter tout ce que je lui ai entendu dire; mais voici le conseil 
qu'il donnait un jour à Komeïl, fils de Ziad : « O komeïl, 
ne louche pas au fidèle, car il est sous la tutelle du ciel; sa 



CHAPITRE LXXXIV. liU9 

J^JLj i^JCx^w^ Jlï x)-^jk»*xii (j-*vlsî xs^aaA^ (0-4^ «^^^î ^•i>5^ 

'^i J^-M<; ^J^J ii^s^ xa>xS^ i^ »3^^^ iyKS. y^Iûj y^C 

vie est précieuse aux yeux de Dieu , et son oppresseur de- 
vient l'ennemi de Dieu même. Je vous Je dis : craignez ce- 
lui qui n'a d'autre prolecteur que Dieu.» Un autre jour, 
je lui ai entendu dire : « Si la fortune sourit k quelqu'un, 
elle lui prête les qualités qu'il n'a pas; si elle l'abandonne, 
elle lui retire en même temps ses propres qualités. — Le 
spectacle de l'opulence chasse la résignation. — Chaque 
regard du fidèlf doit êlre un enseignement; son silence, 
une méditation; sa parole, une sentence. » 

Lorsque DjàCar, fils d'Abou l'alib et-Tayar, eut été tué à 
Moutah, bourgade de Syrie, le Prophète n'envoyait jamais 
\li en expédition sans dire : -< Seigneur, ne me laisse pas seul , 
loi qui es le meilleur des héritiers. » ( Koraii, \\i, Sq.) A la 
bataille d'Ohod, Ali ayant chargé et dispersé un escadron de 
l'armée infidèle, Gabriel dit au Prophète : "Mohammed, 
voici une consolation (à ta défaite). — Ali, dit le Prophète, 
est avec moi. — Et moi, répliqua l'ange, je suis avec vous 
deux. " dette tradition est enseignée par Ishak, qui la tenait 
d'Abou Isravil et d'.inlres personnages. 

IV. 2,, 



Zi5() LES PKAIHIES D'OR 

»i^lî Î^-A*J :>yb J.S-; <>0^^ Ci^i»' ^^ U Igii |i^i;:5 iU^JL? 

Ali s'arrêta un jour devant un mendiant et dit à Haçan : 
« Prie ta mère de lui donner uadirhem. » Fatimah lui dit : 
« Il ne nous reste plus que six dirîienis pour acheter de la 
farine. » AH répliqua : «On n'est vrai croyant qu'à h cou 
dition de compter moins sur ce que l'on possède que sur 
les bienfaits de Dieu, » et il lui prescrivit de donner les six 
dirhems à ce pauvre. Sur ces entrefaites, passe un homme 
conduisant un chameau par la bride. Ali le lui achète au 
prix de cent quarante dirhems, en demandant huit jours 
pour le payer. Il n'avait pas encore défait la corde qui rete- 
nait l'animal , qu'un autre Arabe arrive, -examine le chameau 
attaché et en demande le prix. «Deux cents dirhems, ré- 
pond Ali. — Je l'achète, » lui dit cet Arabe; il pèse la somme 
entre les mains d'Ali et s'en va. Ali met à part cent qua- 
rante dirhems, prix de son premier marché, et porte les 
soixante autres dirhems à Fatimah. « D'où vient cet argent? » 
demande-t-elle. Ali répond : « C'est la confirmation de cette 
parole de ton père : Une bonne action rapporte dix fois sa 
valeur. •. 



CHAPITRE LXXXIV. 451 

sU^U ^ei^.À.>4 ^^^i S^^oUJ Jljtj if.jyju**j)^ ^^ ^j^ ^j^Uj r*%À'^ 

fXjlî Jlï aMI J_^^ ._,*-*o ^i 4wL i^jxj l^ilï ^î '^^-^«j c_>LJl 

C^AjtfwJ *X4^lî Jlij xsXÀJ I JsJÛ Uî I^JtJ t^Us j,! (J.J ^ <_>U<Jî 

jjUI j^-*-w <ii ^y^\ ^tii »J-4^ CUS-ftt. dLxJ^ 'jç/-^-^ 

Ibn Abhas (qui était devenu aveugle) entendit un jour 
une troupe d'hommes qui se plaignaient d'Ali et l'injuriaient. 
Il ordonna à son guide de le conduire près de ces gens et 
leur dit : « Qui de vous ose insulter Dieu ? — Insulter Dieui 
répondirent ceux-ci; le Ciel nous en préserve! — Qui de 
vous insulte son Apôtre? — Dieu nous garde d'insulter son 
Apôtre! — Qui de vous insulte Ali? — Quant à Ali, répon- 
dirent-ils, c'est vrai. » Ibn Abbas leur réplif|ua : «J'atteste 
que j'ai entendu le Prophète dir(> : <- Celui qui blasphème 
«mon nom blasphème le nom de Dieu; celui qui blas- 
" phème le nom d'Ali blasj)hèine mon nom. » Ils baissèrent 
la tète et se turent. En s'éloignanl, Ibn Abbas demanda à son 
guide : -« Quelle contenance ont- ils? «Cet homme répondit : 

Us te rcf^aideiil diii» ail cnllaiiinu', ronimc le bouc regarde le cou- 
teau du houcluT. 

« Continue, lui dit Ibn Abbas; (pic mon pt-rc et ma mère 
soient ta rançon! » Le guide ajouta : 



452 LES PRAIRIES D'OR. 

jji\jô\ _>i?>*îi Jl J-A^iXJi ^j f^j^*^i^ (£^\y [jy*^'^ ji>=^ 

A_JÎ A— »à; (_^ (jJ (JV*^^ (:^ <i^ (Jt» '^^ *-*^5 (^ '^■^ (i)^' 
«X_^ *K-x_j (fi^^ (^5 Wr^J ^J^-)^ <^^î i^X^iMi iiiS^A^ ,5 Jlï 
AÀ^ jju U <xa55Lo ^.*Î J^ ^i^Awj (^ i'^Kxa}]^ n)^ IàaJI^ aMI 

D'un coup d'oeil oblique et la tête basse, comme un humble esclave 
en présence d'un niaîlie superbe. 

"Poursuis, dit Ibn Abbas. — J'ai oublié le reste, avoua 
le guide. - — Je ne l'ai pas oublié, uioi, » répliqua Ibn Ab- 
bas, et il acheva ainsi : 

Ceux d'entre eux qui vivent encore pleurent leuis morts, et leurs morts 
sont la honte de ceux qui les ont précédés dans la tombe. 

Plusieurs traditionnisles, sur l'autorité d'Abou Abçl Allah 
Djâfar, fils de Mohammed, et celle de son père Moham- 
med, fils d'Ali, fils d'el-Huçeïn, fils d'Ali, rapportent que 
dès l'aurore qui suivit la nuit où il fut frappé par Ibn Mol- 
djem, Ali, après avoir béni le saint nom de Dieu, et prié 
pour le Prophète, parla ainsi : " Tout homme va au-devant 
du sort qu'il évite, il est fatalement poussé vers le terme de 
la vie, et ses efforts pour s'y soustraire l'en rapprochent. 
L'existence se consume dans la recherche de ce mystère; 
c'est Dieu lui-même qui en a dérobé la connaissance : n'es- 
sayons pas de sonder cet abîme. Voici mes dernières volon- 
tés : à l'égard de Dieu, ne lui donnez pas d'associé; à l'égard 



CHAPITRE LXXXIV. ^53 

j<s— ^-t [«^'j (H^ (z^-^J f^^"^ 'riJ *^^-«»4' (j^ v^> ij» .j »i^^ 

«îul^sl.*», ijLs- iLiis» <^*Xjtj ^j^ (3-S'3 vS*" tj^'^' CJ^ ^Ji*^^ 
jjl^î «-jyts*.^ (S^*^^ (OMr^^i*^- (>i^ '^"«"'V X-^iil^ *-J^.=^ «^*J 

de Mohammed, n'abandonnez point sa sainte doctrine. Main- 
tenez inébranlables ces deux colonnes. Que chacun de vous 
accomplisse sa tâche dans la mesure de ses forces et ne s'em- 
barrasse pas du reste. Un maître miséricordieux, une reli- 
j,'ion solide, un imam instruit (voilà ce qu'il vous faut). Nous 
avons vécu à une époque agitée par des vents impétueux; 
le nuage dont l'ombre fugitive nous couvrait a rendu la vie 
au sol ([u'il a arrosé. Je laisse après moi un jardin où le calme 
succédera à l'agitation, le silence aux paroles tumultueuses. 
Suivez ma direction et mon impulsion intimes : elles ren- 
ferment plus d'enseignements pour vous qu'un discours élo- 
quent. Mes adieux sont ceux d'un homme qui épie l'heure 
du retour. Demain vos yeux seront dessillés et mes secrets 
mis au grand jour. Adieu à vous tous, justpi'au jour où nos 
vœux seront exaucés. Hier, j'étais votre ami; aujourd'lmi, je 
suis pour vous un exemple; demain, je vous quitterai. Si 
je survis, je me charge de ma vengeance; si je meurs, je 
les attends au jour de la résurrection. \a' paidon suit la 
crainte de Dieu. « Ne tiésirez-vous pas (|ue Dieu vous par- 



~Zi54 LES PRAIRIES D'OR. 

c:*jLju3l^ o«-9^l «Xi ii^iwilî ^j\^ f'^^^ c:AJi»i3 *^Ji$ «Xi 

y,..eLj ^^1 ^xjuj ^ (j^ ^ji^ ^î Wt;^ pb jU^^ ^j ly-^^lls 

^_A-Lft o^-^5 ^^ o^-i-i (ji^ ^y5 t^ ^>îi3 (^«iûJb ^o^i 

donne vos péchés? Il est indulgent et miséricordieux.» 
[Koran, xxiv, 22.) Dans un autre discours prononcé avant 
celui-ci sur le renoncement au monde, Ali s'exprime ainsi : 
«Le monde s'enfuit, l'heure des adieux approche; la vie 
future s'avance, elle arrive et se lève à l'horizon. Aujour- 
d'hui, la liberté dans les verts pâturages; demain, l'entrave! 
Il vous est accordé un délai suivi du terme fatal. Celui qui, 
avant l'expiration de ce terme, a profité des jours de répit 
a fait un marché avantageux et ne sera pas pris au dépourvu 
le jour du payement. Celui qui n'a pas tiré parti de ce dé- 
lai sera condamné comme insolvable. Dans l'espérance, 
comme dans la crainte, adressez-vous également à Dieu. 
Chose étrange! celui qui aspire au ciel et celui qui redoute 
l'enfer sont plongés l'un et l'autre dans le sommeil. L'homme 
que la vérité ne sauve pas se perd par le mensonge ; si la 
révélation ne le soutient, l'erreur l'enveloppe et l'entraîne. 
Vous êtes condamnés à un long voyage pour lequel des pro- 
visions vous sont offertes; mais ce que je redoute avant tout 



CHAPITRE LXXXIV. 455 

a_>ULju«j jousLà-oj ^^ J^LoLj^ J-«^J J^3 t>^1r^' P-^^ 

i :X-«LJa.^j! Aw«^\_j tî_^îj Sj^.-^j SjUiwt ^j^ Jjj: 4^ UajI 
.>._^ jTjU-^l i yl^ii/i ^\ù^ vUX, ^^iî U^UlT 

x-^^-Â tAjlÀj^ "^^-î^^î v'^' *^vS^' ^j'^^^^ Vj^î ayu^M 
Jj-««^i »,-;>aÀJÎ3 àj.^!^ U^^' ^' ^5"!^*-^' ti cXAiîÀJi as*Aa^ 

pour vous-mêmes, c'est l'entraînemeul des passions et la 
longueur du délai qui vous est. accordé. » 

Qu'on ne cherche ni dans ce livre ni ailleurs la peinture 
lidèle des vertus d'Ali, de ses grandes qualités, de ses sages 
discours, de sa piété et de son austérité. C'est un sujet si 
\aste que tous les développements, tous les détails seraient 
insuffisants. On trouvera cependant une esquisse de son 
hisloirc et de sa biographie, ainsi que tle ses sentences et 
lioinélies, dans notre livre intitulé Jart/t/t des intelligences ou 
llisloire de la famille du Prophète, et dans un autre de nos 
écrits dont le litre est. Les jalons de l'histoire et les curiosités 
des monuments , ouvrage qui traite de la lumière pure et de 
la race sans tache, porte de la miséricorde et source de la 
sagesse. (CI. tomel, p. 8 et p. 5G.) 

Si le nom glorieux de premiers musulmans, l'honneur 
d'avoir accompagné le Prophète dans sa luite et sur les 
champs de bataille, d'avoir vécu dans son intimité et versé 
son sang pour lui; si la vraie notion du Koian et de la ré- 
vélation, la guerrt' pour la cause sainte, la pudeur, le 



456 LES PRAIRIES D'OR. 

^^.A^niJI Ifliljjjjill t-.yvkaJî *-o ^i^j (_^*î dUi ^Kj j^-«-î'j 
isK-i.jf ^-* c^l ^y*^ «^ ^^ ^ *^'» ^ ^cw*A^ ^j ^î o^ijl 

»3Lc:> K,i «i:>U (j^ iU^ »iJîj (^ Jl^ I^î s^^j.^ (J-« &^y 
Jô^àî l^ljSlkJl ^j^jl *.Ail j.0sj» *XÏ3 p:i^.-M*]|j i{5\Aail <îuX* 

renoncement, la pratique de la justice, la connaissance du 
droit et de la science en général ; si tous ces titres placent 
les Compagnons du Prophète au-dessus des autres hommes, 
certes Ali doit être mis au premier rang, puisqu'il posséda 
la plus riche part, l'ensemble le plus parfait de ces mé- 
rites. Mais les paroles mêmes du Prophète lui assignent une 
place distincte. Mahomet, dont les paroles sont hors de toute 
contestation, de toute opposition, ne lui a-t-il pas dit, en 
instituant XOràre de la fraternité : « Ali , tu seras mon frère? » 
Et aussi : « Tu es auprès de moi ce que Aaron était auprès 
de Moïse; mais il ne viendra plus de prophète après moi. » 
Et cette autre sentence : « Qui m'aime aime Ali. mon Dieu! 
protège ses amis, combats ses ennemis. » Enfin le souhait 
exprimé par Mahomet, lorsque l'oiseau anas lui fut envoyé : 
« Seigneur, conduis auprès de moi celui de tes serviteurs 
que tu préfères, afin qu'il mange avec moi cet oiseau, » pa- 
roles qui furent suivies de l'arrivée d'Ali, etc. jusqu'à la (in 
de la tradition. 

Ces prérogatives et bien d'autres encore s'unissaient chez 



CHAPITRE LXXXIV. 457 

fi-^^^ (j^^r*^ /6-fri* ijolj y£>j ^BJtU» <^iJl (jàAi^ ^;-i^b_5 

(jJuiJ\^ l^ (6.4^ î^'*^ ^J (i5??*Jj^ dUSj (6.^^ W*^^^ d 

Ali à des vertus incomparables, qu'on chercherait vaine- 
ment chez tous ceux qui l'ont précédé ou qui l'ont suivi. 
Le Prophète mourut en exprimant à ses Compagnons la joie 
que lui inspirait le parfait accord de leurs pensées et de 
leurs actes en matière de foi, comme le témoigne le livre 
saint dans le verset : « Ils s'aimaient les uns les autres. » 
Mais le rôle que jouèrent les Compagnons du Prophète, 
après sa mort et à la fin de la révélation, est trop incertain 
pour qu'il soit permis de l'apprécier en parfaite connais- 
sance de cause. Leurs actes antérieurs à la mort de Maho- 
met présentent seuls un caractère de certitude; le reste des 
traditions qui les concernent est contestable, quoique pos- 
sible. Quant à nous, nous n'acceptons comme article de foi 
que cette première période de leur vie. 

Dieu seul connaît les événements; de lui vient toute pro- 
tection ! 

FIN DU TOME QUATRIÈME. 



VAKIAJNTKS ET NOTES. 



p. I (i). Dans la lablc des matières qui l'ait suite à la préface (t. l", 
p. -'.fi ), le titre de ce chapitre présente quelques différences de rédaction. 
(]ettc irrégularité, qui dénote chez Maçoudi un travail trop rapide, a été 
déjà signalée, t. III, p. Mi"], et nous en trouverons d'autres exemples dans 
la dernière moitié de l'ouvrage. i 

P. I o ( 1 ). An lieu de . «L-J , le kamous écrit -JL»J . Le vers cité quel- 
(|ues lignes plus loin se trouve dans Meïdaui [Proverb. n° iSdg); voyez 
aussi le fragment publié par E. Quatremère, Journ. asiatique, mars i838 , 
p. :'. I 2. Le terme nesnas semble se rapporter à une des principales espèces 
de l'ordre des quadrumanes , soit au chimpanzé , soit à l'orang. Le Yémen , 
on le sait, fourmille de ces animaux; c'est ce qui a donné lieu sans doute 
aux bizarres récits qu'on lit ici et dans YAtliar el-Bilud de K.az\vini, p. 3i 
et !\ I. Cf. Niebidn-, Description de l'Arabie, [). 1/17. 

P. i3 (1). Kazwini [op. cit.) rapporte le même conte dans d'autres 
termes, et cite les quatre premiers vers, le troisième avec des variantes 
(|ui eu modifient le sens : 

j.L_x_& ^L^i_i^ ^Uv-nàJI 3l_.^L^' ^_;v-^ Ls_CLj[ 

«Si vous m'attaquez, vous trouverez en moi lui cnucmi (|ui a ahaiulomié 
la bride», c'est-à-dire, nu adversaire faible et sans défense. 

P. ■_'() (1). Ce passage fi\e le sens d'un renseignement présenté avec 
moins de précision dans le lonie I, p. 98. Faute de l'avoii" bien compris, 
Ibn K.lialdonn, persuadé qu'il s'agit, non pas de l'ensemble des tribus jui- 
ves, mais seulement d'une armée, accuse Maçoudi d'exagération, et se 
livre à toutes sortes de considérations stratégiques sui* l'impossibilité de 
faire manœuvrer ime pareille armée, delà nourrir, etc. [Prolégomènes, 
Irad. de M. de Slaiie, t. I , p. 1 .">. ) Plusieius des crili(|ues dirigées par l'his- 
lorien philosophe conti'e l'auteui' des Prairies d'or ne sont pas mieux fon- 
dées, et prouvent (pril lisait assez légèi'cment les ouvrages (|ui sont l'objet 
de sa coiiti'oversc. Maçoudi n'a lait <|ne suivre ici la Icijiin de l'Aneieu Tes- 
tament , Exode XII, '■'>:>. (Voyez aussi ,lahn, Arrlurolnific , I. Il, p. () 1 . | 



460 VARIANTES ET NOTES. 

P. /|0 (i). Le calcul n'est pas exact, car les distances mentionnées dans 
ce paragraphe formeraient un total supérieur à cent mille parasanges. Ces 
erreurs ne sont que trop fréquentes chez notre auteur; voyez , par exemple, 
t. II, p. Al 3; t. III, p. Ixko et passim. Mais il est juste de tenir compte des 
fautes de copie et des lacunes dans les nomenclatures de ce genre; ainsi 
la distance de Bagdad à la Mecque, omise dans tous les exemplaires, se 
lit seulement à la marge de L, sous cette forme : iLC!^ (J,\ ^ItV^J (J~^5 
«O Li Uuj' , etc. 

P. 5 1 ( 1 ). B et D donnent un premier vers ainsi conçu : 

En outre, B ajoute ce vers, qui serait le dernier de la citation : 

Njcjc-^ «3^ {j-^ y^ y^ ^— ^0^-=^ <».JLaos. VA-^iL 

P. 52 (i). Une copie porte Jb^, une autre Jj^; j'ai cru devoir 
conserver la leçon déjà suivie t. 1", p. 287, au chapitre des rois de la 
Chine. Le nom propre Amour répond très-probablement à "IDJ , et Soubd 
à 73n , dans la table ethnologique de la Genèse, x, 2. Ibn Khaldoun ( His- 
toire universelle, traduction turque de Soubhi-Bey, p. i4) cite ces noms 
avec plus de régularité, et critique, non sans l'aison, la leçon »q^ et ^-..^ 
introduite par Ibn Saïd, au lieu de j..OûJ; puis il ajoute /J(>.jLjoJ? ^[9 
t-Jr's' ij^r^ (/*! ïcV^SsJs tj'v^ « de Tubal descendent les peuples de la 
Chine, à l'orient de la terre, etc. » 

P. 57 (1). Au lieu de Choubîn, prononciation arabe du persan Tchou- 
pîn, B lit ^y«, ; D fj^y^- 

P. 61 (1). Ce nom est illisible dans toutes les copies. A n'en donne que 
la première moitié, ^uM.r} />■, B écrit .yiAaXe-, L ^^^mJ^m. J'ai con- 
servé la leçon choisie par M. Chwolsohn, Die Ssabier uiid der Ssahismus, 
II, 3G7 et la note. 

P. 62 (1). B porte iiJL.À^f «le Temple de l'Epi;» toutes les autres co- 
pies donnent la leçon du texte. M. Chwolsohn, op. cit. p. 3(")7 et p. 368 , 
a cru devoir modiûer ce passage, et lire i^U^I <i l'ordre on le gouverne- 
ment. » Pour de semblables raisons, ce savant a substitué h i\^ "la 
l'orme, )i ï\ayi^ «la nécessité,» dvayHri. 

//'('(/ (2). A pï L liseul isj.»; Vénus; mais connue le Icniplo dédié à celle 



VARIANTES ET NOTES. /|61 

planète est nommé deux lignes plus bas , il faut admettre , avec M. Chwol- 
sohn, la leçon (jJC4S^, qui, d'ailleurs, se lit dans les copies B et D. 

P. 6/i (•).,£ est la seule copie qui termine cette citation par deux vers 
du poëmc attribué à Ibn Aïdoun-, il est inutile de les reproduire, puisqu'ils 
ont été publiés et traduits par l'auteur de Die Ssabier, etc. Il, 371. 

Ihid. (2). Le mot ëyi^ (ou Liyi^ dans D cl L) a été précédemment 
employé par Maçoudi dans une courte notice sur les Sabéens de Ilarrâu 
(t. I", p. 199), et nous l'avions traduit, non sans hésitation, par la «dou- 
blure ou la lie des philosophes. » Les preuves données par M. Fhiegel sur 
la véritable signification de cette expression assez obscure ( Die Ssabier, 
I. I, p. (M 2) me semblent décisives, et je n'hésite pas à corriger en ce 
sens le passage en question du premier volume. 

Ibid. (3). Au lieu de Okboun, B porte sJlàc ; L (j[aÀc. La bonne le- 
çon, qui est celle de A, se retrouve dans la copie de l'Inde. 

P. 68 ( 1 ). Les variantes de ce mot , défiguré par les copistes , sont citées 
par M. Chwolsohn (II, 374); on lira avec intérêt, dans le même ouvrage, 
une savante notice sur les doctrines de cette secte, qui est plus connue 
sous le nom de Mcndaîtes. (Voy. op. cit. I, 106.) 

P. 71 (1). Kazwiui a lait usage de ce morceau dans son Athar cl-Bilad, 
p. 35 , et il en a retouché (piehiues expressions potu- lui donner plus de pré- 
cision. La description duc à la ]ilume de Maçoudi est trop vague pour qu'il 
soit aisé de voir à quel monument chinois il est lait allusion. Les mar- 
chands arabes qui visitaient la Chine avaient-ils décrit à leurs compatriotes 
les merveilles de la pagode de Sou-Tcheotij le fameux Pèh-chi-l'ali, ou de la 
non moins célèbre lourde Nanking, détruite ou du moins fort endomma- 
gée par les rebelles Taïpings en iHf)!)? L'une et l'autre étaient élevées de 
neuf étages, tandis que l'expression wi-y*^ aa5 parait indiquer une cons- 
truction à sept étages. Cepeudnnl le Kév. Cli. Milne ( La vie réelle en Chine, 
p. 373) cite une particularité curieuse, qui pourrait jeter quelque clarté 
sur ce passage de notre livre. Ce voyageur assure avoir lu dans une dcs- 
cri|)liou bouddhi(iue de la pagode de Nanking, qu'on avait placé au faîte 
une pierre précieuse, illiuiiiuanl la nuit, pour éloigner les innuences nui- 
sibles, etc. Lin l'ait analogue se lit dans la relation de lliouen-Tsaug. Pins 
loin, M. C. Milne ajoute: «En examinant les idées des Chinois tonchaul 
«rusa<'e et l'objet de ces pagodes, celle (|u'on peut regarder comme nru- 
«verselle et prédominante dans tous les rangs de la société est que ces 
«édifices ont des rapports sérieux et intimes avec les destinées de la loca- 
II lilé où ils se trouvent La construction d'un pareil monument est sup- 



462 VARIANTES ET NOTES. 

« posée assurer à la contrée environnante la protection et la bienveillance 
«du ciei, et agir comme un conducteur électrique pour attirer les présages 
« favorables. » Voilà qui explique l'usage des pierres magnétiques et l'attrac- 
tion inquiète dont paile l'historien arabe. 

P. 73 (1). Telle est la leçon des copies A el D. B porte k <^|. y cl 
L ly ^— .[(^vs ^" rapport de Yakout, Kerkouyeh esl une ville du Seïstan , 
où se trouve un temple du feu que les Guèbres ont en grande vénération. 

P. 7/1 (1). B , wy^'-, D Si.j^\ mot illisible en L. 

P. 7G (1). A ^Ij^LCjf. L'orthographe de ce nom est fixée par Yakout. 
«On nomme ainsi, dit-il, une petite ville du Fars, chef-lieu d'un canton 
«florissant. Elle renferme un pyrée Irès-vénéré chez les Guèbres, qui 
«viennent y chercher le feu sacré de fort loin. » Ce renseignement est co- 
pié mot pour mot par un intéressant voyageur du iv" siècle de l'hégire, el- 
Mokaddessi , auteur d'une description du monde musulman, dont j'espère 
publier prochainement des extraits dans le Journal asiatique (copie appar- 
tenant à M. Sprenger, fol. ^^78). 

P, 78 (i). L'évaluation des distances est exacte. Kovar est, ou plutôt 
était une bourgade sise à moitié chemin entre Djour et Chiraz, h égale 
distance de l'une et de l'autre, c'est-à-dire à soixante kilomètres. Djour, 
ville d'origine sassanide, se prononce, en persan, Gour, ce qui signifie nu 
tombeau, o)i mieux une chambre sépulcrale taillée dans le roc. (Voy. les 
extraits du Modjmel, jMibliés par M. J. Mohl , Journ. asiat. décembre i84 i , 
p. 5o3.) La superstition musulmane changea ce nom en celui de tirouz- 
Abâd « séjour du bonheur ou de la victoire. » Istakhri donne sur les ruines 
sassanides de Gour de curieux détails, que j'ai résumés dans mon Diction- 
naire de la Perse, p. i7!î. 

P. 79 (1 ). Il y a en cet endroit une inexactitude qu'il faut attribuer à la 
ressemblance graphique des formes Chir, Chizer cl Chiraz. La source du fen 
dont parle l'auteur n'est autre que leNar-Dirakch, célèbre pyrée , situé non 
dans le voisinage de Chiraz , comme le croit Maçoudi , mais à Chiz , ou , 
d'après la prononciation locale, Guizîn, ville du district d'Ourmyah. 
Sir H. Rawliuson a cru retrouver les vestiges de ce temjilc dans le Takhté- 
Sulcïmân, ruines qui, en effet, ne peuvent être éloignées de l'ancioniic 
Ecbatane du nord. (Voyez Joarn. ofthe geoijr. Socirlj oJLondon, t. X , p. 7 i . 
Conf. le Livre des roules d'Ibn Khordadbch, Journ. asial. mai-juin i86.5, 
p. /187; et sur la légende des trois mages, la version un peu dilTérenle 
rapportée par Yakont, ouvrafie cité, p. 36ç).) 



VARIANTES ET NOTES. i63 

P. 80 (1). Leçons douteuses: B^_/O.Lj", L L./OvL); D i^.U; je n'ai 
trouvé nulle part ailleurs la mention de ce temple sassanide. 

P. 85 (i). Le deuxième vers n'est donné que par B et L. B ajoute un 
quatrième vers : 

p. 88 (1). Ibn Khaldoun [Prolégomènes, t. I, p. 23) cite avec plus de 
détails les contes relatifs à Ireni aux piliers; mais au lieu de les considérer 
comme le produit de l'imagination populaire, il en attribue l'invention aux 
commentateurs du Koran , gênés j)ar la singulière construction grammati- 
cale, Aadînirema. Le vieux rabbin converti auquel Maçoudi accorde trop 
de confiance, Kaab el-Ahbar, apparteneiit à une famille juive, domiciliée 
dans le Yémen. Il a propagé , de concert avec Ibn Abbas , un grand nombre 
de légendes talmudiques parmi les néophytes musulmans; il mourut 
l'an 32 de l'hégire. 

P. 89 (1). Au lieu de iLjtVÀ^l • -^ porte JLjA^Jf «le pehlevi. » 

P. 90 (1). A ^Lam-» OwvlaJ'; L ^Lcus j.uU\wa »so3. Hamzah 
d'Isfahàn (éd. Gottwald, p. 3o) prétend qtie, sous les derniers Arsacides, 
on traduisit soixante-dix ouvrages, au nombre descpiels il cite le Livre de 
Sindbad et deux autres onvrages, nommés Barsinas et Cliimas. 

P. 9Ô (1). L'auteur fait allusion à la prétendue expédition de Mouça beir 
Noçeïr contre une ville fantastique, que les uns placent dans le désert de 
Sidjilmassah, les autres dans le voisinage de l'Espagne; il en a été déjà 
parlé dans le chap. XVI, I. I", p. 369. Cette fable est une de celles que 
l'auteur des Prolé(]omcncs accuse à bon droit Maçoudi d'accueillir avec trop 
de crédulité. 

P. 107 (i). Il y a ici une ligne omise par les copi<>s, à l'exception de 
/. et de D. 

P. 108 (1). L JLÂ-»* ^»^_i-C5 vj^"? 'S!*"<^-^V '^ x_)L.€V_«; le reste 
comme A. 

Ibid. (2). B el L ajoiileiit : t_?Jl *._)jL; ^^-itXo O-.^ ij,\ ^y ^^ 
JLà..^ ^^jJLc,. ^tV^i^ AjL,^y-. AA^. On trouve dans Ions les exem- 
|)laires, en cet endi'oil, on des lacunes ou des transpositions de texte, 
d'où lésnlte ime assez, grande dilTérencc entre les chilTres partiels et le to- 
tal présenté à la fin du paragraphe. Du reste, ces domiées chronologiques, 
empnmfées anv livres juifs, n'ont qu'une médiocre importance pour nous. 
I^e même eairui est rilé dans les innalr.'! frAbon'i-féda , t. f , p. fiô. 



464 VAIUANTES ET NOTES. 

P. 109 (i). Cette phrase, mutiiée partout, n'est intelligible qnc dans L, 
c'est d'après cette copie qu'elle a été rétablie. 

P. 116 (i). L ajoute t\-«-^ (j-J yy J-^ -T^ O"^ tN*^ i^^^ cjy 
M. C. de Perceval [Essai sur l'hist. des Arabes avant l'islam, t. I, p. i83), 
admettant, avec les meilleurs historiens musulmans, l'exactitude parfaite 
de la généalogie de Mahomet jusqu'à Adnân, ajoute que le calcul des gé- 
nérations bien connues , comprises entre ces deux personnages, ne permet 
pas de reculer la naissance d' Adnân au delà de l'année 1 3o environ de J. C. 
Dépourvus d'archives nationales et réduits à la simple tradition orale pour 
les temps antérieurs à la prédication de l'islam, les Arabes ont ordinaire- 
ment considéré les premiers siècles de l'ère chrétienne comme un âge fabu- 
leux. Les données bibliques elles-mêmes ne leur étaient pas toujours ac- 
cessibles, et c'est en ce sens que le célèbre généalogiste et grammairien 
Ibn Doreïd affirme que les noms ethniques antérieurs à Adnân sont des 
mois 5j>'ria9ae5,dontrétymologie échappe aux investigations de la science 
(texte arabe, publié par M. Wûstenfeld, p. 20). Conf. Annales muslem. I , 
p. i3. 

P. 120 (i). Kliindif si^niûe courir les pieds en dedans. Les raoui, ou 
conteurs du désert , ont brodé sur ce sobriquet et celui des trois fils d'Elyas , 
une fable niaise, que les historiens sérieux, tels qu'Ibn Doreïd, Ibn Ko- 
taïba, etc. ont eu le bon goût de passer sous silence ; elle est racontée dans 
le Kamous, au mot (^^yjÀ. Cette femme, d'origine codaïte, avait épousé 
Elyas, vers l'an 35 de notre ère. (C. de Perceval, op. cit. I, 192.) 

P. 124 (1). Dans le manuscrit B, cette citation est précédée de deux 
vers , omis par les autres : 

p. i2q (1). B attribue à Abou Talib deux vers improvisés dans cette 
circonstance: f(>J> ^j.» j^^ÀJOI ît\* J«W Ui lyis^ oJQjjJi qO^ 

«s kL djjl LJt\_-^_C 0—9^ »^_^-ÀJ UtS-^ UtX^a. tVS^ 
Ce fragnienl est proliai)lemeul in(er|)olé. 



VARIANTES ET NOTES. /jf)5 

P. i3i (i). Voici encore un passage ajouté dans la même copie : s' 
yS^U^y.^ 0>i-5- .W-^ y LUI O^yi c_.; j>^l 

P. I 36 ( 1 ). Entre les dciLv derniers vers , B ajoute un vers , dont le pre- 
mier hémistiche ne s'adapte pas exactemeni au m^h•e de la pièce : 

^) — S-5 ^-^^y-^ ))^'—^3 ■lV-t'I ^))^ ^ (j'^-^J 

Le fragment cilé dans le texte appartient an moulékarih , :" gein-e , 
/l'espèce, où le dernier pied, jjytà , se contracte en «s. Cette substitution 
n'est pas d'un usage fréquent; on n'en trouverait , je crois, aucun exemple 
chez les Persans, qui ont fait choix de ce mètre pour leurs épopées. 

P. I 39 (1). L présente une rédaction diPTérenle et moins claire : 

Le reste comme dans les antres copies. 

P. i4 I (1). Le premier vers a été déjà cité par l'antenr, t. F", p. 1 '1 '1 , 
avec la variante LS^, au lieu de^ijo . fi ajoute encore quatre vers, qui 
ne renferment anenne flidieiilli' . ni rie prosodie, ni de sens : 

l^LJt^ ^^Jl owi U..^!^ UJU J^^^ Jlj^^f! J Uicv 

p. l'i.) (1). Ahou l-féda a i'<''snnu'' en r|nel(pu^s lignes cette longue dis- 
cussion. (Voy. Vie de Mokaninied, Irad. pai- iVJ. Noél Desvergers, p. ç)'^.) 
Dans le Turihlii Micluiiidji , ahrégé chronologicpu* fort estimé des Ottomans 
pour l'exaclilude de ses renseigneuu'nts, le nombre des campagnes du 
Prophète est évalué à vingl-liuit. Celle» dont il confia le commandement 
à ses lieutenants s'élèvent à trente-neuf. Les premières sont toujours nom- 
IV. 3o 



46C VARIANTES ET NOTES. 

mées JJ^yè, par les bios;raphcs du Prophète; les autres *j^ "u i^^aj , 
selon leur importance. 

P. 149(1). ^ (J*^^ ^^ tf^ L)^' J^ L^'* ^"^^ l-^tVS 1^ AXâtA^û^ 
M. C. de Perceval, sans se dissinriuler l'obscurité qui rëgne sur cette ques- 
tion, a comparé les différentes sources historiques à la constitution des 
années arabes, et en a tiré cette conséquence que Mahomet, au jour de sa 
mort, devait avoir un peu plus de soixante et un ans et neuf mois, en an- 
nées solaires. {Op. cit. III, p. 33 1.) 

P. i55 (i). On lit de plus dans L : ^Ua* cj (_jjLkJI jj.^ ^^J^) L)^^ 

P. I 63 (1 ). On trouve dans le tome III des Proverbes de Meïdani (éd. 
de Freytag, p. 607 et suiv.) une liste de cinquante-neuf sentences, ap- 
partenant à Mahomet, et dans le nombre une dizaine de celles qui soni 
citées par Maçoudi. Les autres sont disséminées dans le reste de l'ouvrage 
et attribuées aux personnages les plus marquants du 1" siècle de l'hégire. 
Outre que les leçons de Meïdani ne s'accordent pas toujours avec celles des 
Prairies d'or, ce secours était bien insuffisant pour l'intelligence d'un texte 
aussi concis, et dont chaque mol aurait besoin d'un commentaire. 

P. 166 (1). B donne seul une variante : .iû-a-j (_>-yLx_il.i *j [»^ ^J^ 

'>S-S J 

P. 170 (1). Le sens particulier que prend ici pyàJI est justifié par les 
nombreux exemples que cite El-Moubarred , dans le Kiamil, où cette sen- 
tence est l'objet de longues explications. (Voyez le premier fascicule de cet 
ouvrage, le seul publié jusqu'à présent, Leipzig, 1S6/1 , p. 3.) 

P. 17/i (1). B et L ajoutent une autre sentence : Jic fjy;siX.«| ^-Usj 

Ibid. [u). H y a ici une erreur des copistes, car le véritalile nom d'Ibn 
Doreïd est Abou Bekr Mohammed, fils d'el-Haçan , fils de Doreïd, ainsi 
que le prouve le témoignage d'Ibn Kballikcîn (texte, p. 698). Je dis que 
cette erreur doit être attribuée aux copistes , parce que Maçoudi , qui avait 
connu Ibn Doreïd à Bagdad, et qui lui consacre une notice détaillée dans 
un dos derniers chapitres de son livre , ne pouvait ignorer le nom de ce 



VARIANTES ET NOTES. 467 

célèbre écrivain. ll)ii K.hallikàn apprécie en ces termes le Livre choisi, 
auquel notre texte fait allusion : isjuLàJf y*M^\i>^ •Jt,-^ »/o 5*5 «un de 
«ces livres de haulte graisse, légers au pourchas, et de substantifiquc 
« mouëlle. » Le même biographe doime quelques détails sur les auteurs 
dont les noms sont cités par Maçoudi. 

P. 18.4 (i). Le nom de ce rebelle, dont la révolte promptement étouf- 
fée a laissé peu de traces dans les Chroniques, était Bohaïr, fils d'Yas, 
fils d'Abd Allah es-Sulami. Telle est, du moins, l'opinion de Beladori , rpii 
ajoute qu'il fui hrùlé dans la grande cour ou moçalla de la moscjuée. ( Voy. 
Liber cxpiKjnationis reçjionum, I, p. 98.) 

P. 198 (1). Ibn Doreïd, si exact dans l'orthographe des généalogies 
arabes, le nomme, non pas Salith, mais Aboii Salilh Sehrah, fils de Kaïs. 
11 est vrai que, six lignes pins liant, cet écrivain mentionne dans les 
mêmes termes un certain Soleïm, fils de Kaïs,' ce qui laisserait supposer 
une légère confusion dans les copies. (Voyez l'édition ptibliée par M.Wfis- 
tenfeld, p. ''■&']■) 

P. 201 (1). Le renvoi indicpié par l'auteur n'est point tout à fait exact. 
Ce n'est pas dans le chapitre relatif aux anciennes dynasties de la Perse, 
mais ailleiu's, en parlant des k.urdcs (l. 111, p. •.•,"> 1 ), (pi'il a rappelé la 
victoire de Féridoun et le fameux drapeau du forgeron; encore, dans ce 
passage, le nomme-t-il |j|»li , 4^3%.^. Ici, an contraire, la véritable leçon 
est rétablie d'après la copie de Lcyde. On lit dans le Cliali-Narnch : 

P. •!<)(") (1). Les (uiali'c vers (pu suivent marupieiil dans les (rois meil- 
leures copias : 

y-J >-■=>• pLaJi ^w\\ 3^-^V» "^-^-T^W ô'-*-^-'h ^^.Y^ y—^ 
P. •xoi) (1). H cl l) coniplMrnl ainsi la eilalion : CrrLAJL* Cv-*- Cy-*^ 



/i()8 VARIANTES ET NOTES. 

P. 2 i3 (i). On lit ce fragment de plus dans denx copies : ^.i»| jLa.3 

p. 2 2 1 ( I ). La copie C, dans laquelle j'ai dt'jk signale vui certain nom- 
bre d'additions qui n'appartiennent sans doute pas à l'auteur, place en 
cet endroit un (épisode entier ainsi conçu : 

l^" 4^^J (j\ Jl?- JLJ iiÇ>.i\ ^A> ^y^ iAs ^ ;y>^I ^'\^ 

Jlii y^ L^Jî ^ ^^ 

Jlii Ui>Xc «vL^ *J^iy^ O'-''^ t>>5 (J;l v3*^ ^^^ *-(-'^ *v5^;' 

P. 2 23 (1). Après le premier vers, B el D donnent celui-ci : 

Le dernier vers ne se lit pas dans L. 

P. 228 (1). Trois copies ajoutent quelques mots, qui ne paraissent pas 
être à leur véritable place : iOClfj Ui-L <^'.à^. yl^ «H se teignait 
(( avec le henné et le helem. » 

P. 23 1 (1 ). Il semble que ce soliriquet ait élé appliqué au chef persan , 
par allusion à la description de la Perse, telle qu'elle lui est attribuée dans 
le |)aragrapbe de la page précédente. Tabari, (|ui glisse sur cet événement , 
donne an général de l'armée persane le nom de Firouzân , et place l'en- 
trevue à Haçck. 



VAIUANTES ET NOTES. 409 

P. •<3()(i). La phrase se termine aiitrcmoiil dans A . j,^^_t ^o à^^ 
P. r?4."i ( I ). /l el B ajontcnl cet hcmislichc ; 

P. 2 '17 (1). Le sens est obscur, et l'on lu- voit pas s'il faut employer la 
première ou la seconde personne du verbe. En prenant Rébyàh pour sujet 
de la phrase, j'ai pensé surtout à luie brav.ide assez fréquente chez les 
poètes du désert. C'est îi peu pr^s dans le même ordre d'idées qu'Aular, 
ivre de joie lorsqu'il a retrouvé sa bien-aimée Ablah , s'écrie : 

«N'était celui dont la main puissante a suspendu les cieux , je ferais 
« du dos de mon cheval le domc de la voûte céleste. » 

P. 202(1). Due note niar^jinalo de la copie D nous apprend que ce 
surnom n'appartenait pas à Abd Allah l'aîné, lecpiel mourut en bas âge, 
mais à un pelit-fils d'Otmân , c'esl-à-dire au fds d'Amr surnommé lui-même 
dibadj «brocart;» Ibn Kotaiba (édition aulographiée, p. loo) tient exiic- 
tement le même langage et cite à l'appui de son opinion ce vers de Mou- 
drik : 

<_)w«_f sLljiS J._c oJ^-> j^ ^j-jf (j^ c>J^.^ lil 3^ 

« En enirani chez le fils d'Ann-, il me semblait pénétrer au milieu des 
« trésors de Kaab. » 

Il y a donc ici une méprise dont il lanl accuser Maçondi. 

P. 253 (1). Tout ce paragraphe jusqu'à la p. 2,").'), I. X, est rite lexlnel- 
lemenl par Ibn Klialdoun, ProUtjomcncs , p. '1 1 0. 

P. 2.H) ( I ).. La lin du second vers est ainsi rédigée en /) . ^\!iL.-i 00-^ 

Avant le dernier vei's, L en place lui autre (|ni paraît n'élre (pi'uue va- 
liatitc de la leçon du niannscril /* . 

P. 2i)() (1). (!r passage est nn'connaissahii' dan toutes les copies sans 



470 VARIANTES ET NOTES. 

exception, et j'ai dû m'écarter du sens littéral pour rendre ma traduction 
intelligible. On peut comparer ce qui est dit ici de la postérité d'Ali avec 
une liste plus complète donnée par Ibn Kotaïba, p. Zio6. 

P. 3o7 ( 1 ). J'ignore l'origine de ce mot ; chaque copie l'écrit à sa ma- 
nière : B fJX^; L ii.Lw; L iL:cL« ; B x^Um*.. C'est peut-être la trans- 
cription un peu altérée du persan «Ojsî>La.«, «corps de cavalerie, garde à 
« cheval. » Ce passage est omis dans l'extrait publié par M. Sprenger. 

P. 320 (i). Deux vers ainsi rédigés se lisent dans la copie A seule- 
ment : 

OL-û-JUéJf A.^yi.£. cilUc o>-l=» LJu«i o-^ o' '^''^ LîUU* 
(jcSXiJj T ^T^- ^ ^'° <^'^ «»-*-^ o>*^ ^^ OJl^ (Jl '^ 

p. 326. (1). Dans A ces vers sont autrement distribués : le deuxième 
hémistiche du premier vers est remplacé par celui-ci : 

de sorte que le fragment se termine par un hémistiche isolé : (J.^1 Ci>jiU 
etc. 

P. 342 (1). fi et L donnent Tuie rédaction différente : 

L'une et l'autre leçon se trouvent dans L. L'extrait du docteur Spren- 
ger ne s'écarte pas ici de notre texte. 

P. 346 ( 1 ). /4 ajoute un vers qui est le deuxième de la pièce : 

s- 
^_J~^. \> (J-^T^' Ij^J^ '-^^ '''5) — * *— ^ <^ — ^ ' — ^^J 

P. 356 (1). B et L Liy^l jLsii- «la cavalerie de Modai-;» L i^yàJl 
«du Hadramaut. » La leçon de A est justifiée par les mots qui suivent : 

p. 371 ( 1 ). Pour qui connaît le caractère des Arabes , singulier mélange 
de grandeur et de puérilité, le trait raconté ici et si difficile à traduire hon- 
nêtement n'a rien qui doive surprendre. Les copies ne fournissent auciuie 
variante digne d'être signalée; mais dans l'exlrail publié par M. Sprenger, 



VA ni AN TE s ET NOTES. 471 

la léponse d'Ali est moins laconif|uc, bien (|u'aiissi malaisoe à rendre eu 

lermes décents : e>— 4^ ^T^ 1°'^' '^•f.^ (j^ c>J^ 0^3f JUj 
« Eloigne-toi , lui dit Ali , et que ton dos soil inviolable ponr le reste de tes 
jours ; etc. » 

P. 383 (i.) La co|ne D donne ce chapitre connue la continuation du 
précédent sans séparation aucune; le même désordre se remarcpie dans 
les chapitres cpii suivent. 

P. 38() ( I ). Ce tVagnient commence par deux autres vers dans les copies 
^ etD. 

P. 3c)2 (i). A eiD citent un ipiatrième insurgé qu'ils nomment j46(/ er- 
Raliman, fils de Yaghout ez-Zohri; mais, comme le fait remarquer judi- 
cieusement une annotation marginale de D, ce nom doit être raturé, 
puisque Abd er-Rahman était mort sous le règne d'Otmân. Le même ren- 
seignement se lit dans Ibn Kolaïba. Il faut donc croire que Maçoudi , s'étant 
aperçu de son erreur, l'avait clTacée du manuscrit (pii a servi de prototype 
aux copies A et D, tandis ipi'elle s'est jierpéluée dans les copies provenant 
d'une source dilTércnte. 

P. 4o9 (i). Ce fragment fait partie d'un long discours commenté par 
l'auteur du R'iamiZ (édition Wright, I, p. i /| ). Dans cet ouvrage l'expres- 
sion ^^cMÎ OJyJ ^^^ remplacée par A^ «uJ cQue Dieu les récora- 
II pense!» Cette phrase proverbiale est employée ici ironi(piement. Toutes 
les copies sauf D donnent ^j^-MaJI c>*-^^; j'ai «"ivi le maïuiscrit D 
dont la leçon me paraît plus naturelle; elle est d'ailleurs d'accord avec 
celle du Kiamil. Reiske a cité le même morceau, mais avec un grand 
nombre de fautes, dans ses annotations au |)remier volume des Amiales 
d'Abou'1-féda , p. 1)7 et suiv. 

P. lu 'A {\). A jaLcu/nUë'. Yalvoidîi (éditit)n Jnynholl , p. 'i .') ) , faisan I allu- 
sion au même événement, dit simplement le pont de Nehrevân; mais à la 
page suivante il cite le canal de Tararislàn parmi les dérivés de l'Euphrale. 
Il en est égalomeni rpiestion dans Islakliri, Lihrr dimatiim, p. 'ip. 

P. /|i/| (i). Passage lidiupu' dans lonles les copies, sani />. fi et L ne 
donnent que le premier hémistiche. A nîmplace le second par les mois . 

jjAjJt ^JL IàJ[ ^Jàjb iA^J] <■! omet la réponse d'Ali. 



Zi72 VAiUAINTES ET NOTES. 

P. /ij*-> (i)- Ce singulier récit, qui uc se rattache nullement au sujet 
principal , est clairement expliqué par Tabari clans le chapitre intitulé Ba- 
taille de Nelirevân. D'après cet ancien chroniqueur, Mahomet avait prédit à 
Ali qu'uu homme , portant le signalement indiqué dans notre texte , se trou- 
verait parmi les schismatiques et que sa présence serait pour Ali le présage 
assuré de la victoire. Cette tradition , sur laquelle Maçoudi ne s'exprime pas 
avec netteté , explique la curiosité témoignée par le khalife et son empresse- 
ment à rechercher Mokhdadj parmi les morts. Au lieu de Mokhdadj , Ta- 
bari écrit (jtt/Jf ô. 

P. 418 (i). B et L «U.iiJ.lf A eiD <J<^^j\. 11 ne peut y avoir de doute 
sur l'orthographe véritable de ce nom. L'aulcur du Méraç'id el-iUila' et Ya- 
kout, dans son Dictionnaire des synonymes cjéoijraphiques , disent qu'il faut 
le prononcer comme diminutif de Nahhleh. Bekri ajoute : « C'est une loca- 
<i lité voisine de Koufa sur la route de Syrie. Ali s'y arrêta avant de haranguer 
« ses troupes. » (Couf. Weïl, Gesch. der Chai. I , p. 2 36.) La même pronon- 
ciation est donnée par le Kamous. 

P. 435 (1). Nom douteux. B ^jy-O -, L M5>a5 ; D ^^ya/o; Ibn Kotaïba, 
dans le chapitre où il traite des principales sectes musulmanes et en ex- 
plique les noms, parle d'un certain hérétique qu'il nomme Ma'rouf, fils de 
Kharraboud. Cette leçon n'est pas sans analogie avec celle de la copie de 
l'Inde. 



TABLE 
DES PRINCIPALES MATIÈRES 

CONTENUES DANS LE TOME QUATRIÈME. 



Avertissement 



Paijcs. 



Chapitre LXII. Des quarts du monde; des éléments; des ca- 
ractères distinctifs de chaque partie de la terre, au levant, 
au couchant, au midi et au nord; des vents; de la puis- 

- sance exercée par les astres, et autres détails qui se rat- 
tachent à ce chapitre et se rapportent au même sujet ... i 

Théorie des quarts de la terre dans leurs rapports avec les 
éléments, p. 2. — Pourquoi certaines contrées sont inha- 
bitables, p. l\. — Durée de rinlluence des astres, p. 5. — 
Influence du climat sur l'homme, p. 9. — Des êtres sur- 
naturels, p. 10. — Tradition relative aux nesnas, p. 1 •_>. 
— L'anka et Virbid, p. 1 f). — Prédiction de Khaled, pro- 
phtte des Béni Ahs , p. •> 1 . — Tradition relative au cheval , 
|). 23. — Du degré de confiance qu'on doit accorder auv 
traditions, p. -.îri. — Influence des saisons sur la diges- 
tion, p. 29. — Opinion d'IIippocrale sur le non)bre if/j/, 
p. 3i. — De l'aclion exercée par le climat et les vents. 
p. 82. — Aperc^u fie la superficie l'I des distances rela- 
tives «les p.'iys . n. .')-. 

riiapilrc LXlil. l'idiliccs ((iiisiu irs; nioniiniciils rcji^'irux ; 
Iciiipics (Jeslincs an ciilic thi feu l'I des idoles. Los nsires 
et .tiilrrs incivcillcs de ce moud»'. . \:>. 

lieligion (les prcniicis lionnnes , p. 'r.>.. — (lulte des astres, 
p. '\'.'}. - i'iédiealioM et voyages de lioudasf, p. '|/|. 
fj'idolc llolml .idotcc ,'i 1,1 Mrcijuc, p. '|fi. Teuipirs du 



klk TABLE DES MATIERES. 

Pages. 

feu à Ispahân et dans l'Inde; le Naubéliar à Balkli , p. 47. 
— Edifice nommé Goamdân , a Sanaa , p. 49. — Kaouçân , 
nom d'un pyrée à Ferganah , p. 5 1 . — Temple merveil- 
leux en Chine, p. 52. — Par quel emblème les Chinois 
représentent l'action des astres sur le monde, p. 53. 

Chapitre LXIV. Des édifices religieux cliez les Grecs 55 

Temple d'Antioche, p. 55. — Les pyramides d'Egypte et le 
temple de Jérusalem , p. 56. 



Chapitre LXV. Des édifices religieux chez les anciens Ro- 



Temple de Carthagc consacré à Vénus , p. 57. — Autres édi- 
fices religieux chez les Francs et en Macédoine, p. 58. 



57 



Chapitre LXVL Des édifices religieux chez les Slaves 58 

Temple sur la montagne Noire, p. 59. — Autre temple bâti 
sur un promontoire, p. Sg. 

Chapitre LXVIL Des édihces consacrés et des monuments 
religieux chez les Sabéens et d'autres sectes; renseigne- 
ments divers qui se rattachent au sujet traité dans ce cha- 
pitre , ' 61 

Temples de la Cause première et de la Raison , p. 6 1 . — Forme 
des temples dédiés ^aux planètes, p. 62. — Mystères du 
temple de Harrân , p. 63. — Inscription syriaque à Harrân , 
p. 64. — Digression sur la nature de l'àme,'p. 65. — 
Auteurs cités par Maçoudi relativement an culte des Sa- 
béens, p. 68. — Temple magnétique en Chine, p. 69. 

Chapitre LXVIIL Renseignements sur les temples du l'eu, 
etc 7'^ 

Origine du culte du feu , p. 7 2. — Pyrées bâtis par le roi Afé- 
ridoun, p. 73. — Par les autres rois de Perse, p. 74. — 
Pyrée nommé Azercljoaï, p. 75. — Persépolis, p. 76. — 
Temples dans plusieurs villes du Fars, p. 78. — Tradi- 
lion relative aux trois mages, p. 79. — Pyrée sur le canal 
<\e Constantinople, p. 80. — Aventure de Sabour avec la 
fille dn roi de Hadr ( Atra) , p. 8 1 . - Temple de Baalbek , 



TABLE DES MATIERES. 475 

Pages. 

p. 87. — Tradition coiicernanl Ireni aux piliers, p. 88. — 
Des recueils de contes populaires, p. 89. — Anciens édi- 
fices à Damas, p. 90. — Singulier mode d'échanges dans 
le pays de l'or, dcnière Sidjilmaçah. p. 92. — Quelques 
autres édifices fabuleux, cités p. gS. — Tentative de per- 
cement de l'isthme de Suez, p. 96. 

Cliapitre LXIX. Résumé de chronologie universelle depuis 
le commencement du monde jusqu'à la naissance de notre - 
Prophète, et autres détails sur ce sujet 100 

Opinions des astronomes et des physiciens sur l'éternité du 
monde, p. 100. — Réfutation de ces théories impies, 
p. ,io3. — Chronologie universelle, p. io5. — Eres des 
Juifs et des Mages , p. 1 06. — Autres preuves contre l'éter- 
nité du monde, p. 110. — Arguments tirés du Koran, 
p. 1 1 I . 

Chapitre LXX. Naissance du Prophète; sa généalogie et tout 
ce qui se rapporte à ce sujet i\h 

Généalogie de Mahomet, p. 11 5. — Elle est inceilaine à 
partir de Nizar, p. 116. — Liste des ancêtres de Maadd, 
d'après une source juive, p. 1 18. — Surnoms du Prophète, 
p. 119. — Année de sa naissance , p. 1 20. — La tribu do 
Roreïch divisée en vingt-cin(| branches, p. 121. — Ori- 
gine du serment des Foudoul, p. 1 2 3. — Guerres de Fidjur, 
j>. 12 5. — Restaurai ion de la Kaabah , p. 1 2(). — Discus- 
sion sur la date de ces événements, p. 1 29. — Enfance 
et jeunesse du Prophète, p. 1 3 1 . 

Cha[)itrc LXXl. Mission (hi Prophète; son histoire jusqu'à 
l'hégire i3'j 

Premiers versets du koran révélés ;i Maiionicl . p. i33. — 
Date de sa mission , |). 1 33. — Date de la cnnveisiou d'Ali , 
p. i3/i. — Les i^remiers disciples de l'islaru , p. 1 3(). 

Chapitre LWII. ("iiilc du i^opliele (hégire); résumé des 
principaux laits historiques jusqu'à sa inori 187 

\ (|iiei âge h' Prophète reçut sa mission, p. 1 ,iN. — Délails 
sui riiégiic, p. I 38. — La prièie du vendredi, p. l'io. — 
Nombre des gnen'e^ rominandécs par Mahomet , p. l'i''- 



476 TABLE DES MATIERES. 

Pages. 

— Nombre des expéditions dirigées par ses lieutenants, 
p. i45. — Femmes et enfants de Mahomet , p. i AS el i 47. 

— Morale du Koran, p. 1/17. -^ Discussion sur l'âge de 
Mahomet, p. 1 /i8. — Ses funérailles, p. 1 5o. 

Chapitre LXXIII. Précis des' événements et des faits histo- 
riques survenus entre la naissance et la mort de notre . 
saint Prophète 1 Tîo 

Son enfance , p. 1 5 i . ■ — Autres détails sur les guerres de 
Fidjar, p. i53. — Suite de la biographie de Mahomet, 
p. i54. — An ] de l'hégire, p. i55. — An 11, an m, 
an IV, p. i56. — An v, an vi, p. 1 57. — An vu , p. 1 58. 

— An vin, p. 169. — An ix, an x, p. 160. — An xi; 
mort du Prophète, p. 161. — Ses enfants, p. 162. 

Chapitre LXXIV. Des locutions (sentences) nouvelles intro- 
duites par le Prophète et inconnues avant lui 1 63 

Eloquence des anciens Arabes , p. 1 64. — Eloquence du Pro- 
phète, p. i65. — Suite de ces sentences, p. 1 6(5. — Au- 
teurs qui les ont recueillies , p. 1 7/1. 

Chapitre LXXV. Khalifat d'Abou Bekr le Véridique lyT) 

Sa généalogie; abrégé de sa vie et de son histoire, p. 177. 

— Son austérité , p. 1 78. — Sa conduite à l'égard d'Abou 
Sofiân, p. 179. — Histoire abrégée des enfants d'Abou 
Bekr, p. 1 80. — Par qui son élection fut contestée , p. 1 83. 

— Il meurt empoisonné par les Juifs; ses dernières pa- 
roles, p. 18/i. — Ses conseils aux généraux chargés d'en- 
vahir la Syrie, p. 1 86. — Faux prophètes dans le Yémcn , 
p. 187. — Résumé des derniers événements de ce règne, 
p. 189. ■ 

Chapitre LXXVI. Khalifat d'Omai-, 111s de Kaltab (que Dieu 
l'af^'-oc!) '9" 

Sa généalogie; abi'égé de sa vie et de ses guerres, p. 193. — 
Ses surnoms, p. 192. — Simplicité de sa mise; ses mœurs 
austères, p. 198. — Plaintes contre Saïd ben Amir, gou- 
verneur d'Émèse, p. 193. — Frugalité de Sclmâii le 
Persan , p. 1 95. —Mœurs d'Abou Obeidah , gouverneur <le 



TABLE DES MATIERES. 477 

Pagoi. 

la Syiio, j). itjCi. — Aboii Obeïd commande l'arméo ([ui 
t'nvaliit la Perse, p. 197. — Bataille du Pont (ou de Kous 
en-Natif), p. 198. — Mort d'Abou Obcïd, p. 200. — 
Omar liésitc sur le choix d'un nouveau général, p. 201. 

— Djérir el-Bédjéli défait l'armée persane sur les bords 
du Tigre, p. 2o5. — Bataille de Kadiçyeh, p. 207. — 
Exploits de dalib el-Açédi, p. 208. •= — Autre relation de 
la même bataille, p. 210. — Prouesses du poète Abou 
Miluljan , p. 2 1 3. — Nom des trois journées de Kadiçyeh , 
p. 219. — Vers 'prononcés par des musulmans blessés, 
p. 220. — Défaite et mort de Roustem, p. 222. — Date 
de cette bataille, p. 224. — Fondation de Basrah et de 
Koufah, p. 225. — Omar est assassiné par im esclave 
persan, p. 226. — Postérité de ce khalife, p. 228. — 
Conversation entre Omar et Abd Allah, fils d'Abbas, 
p. 2 28. — Hormuzàn compare la Perse à un oiseau , p. 280. 

— Nômân conduit une armée contre les Persans , p. 28 1 . 

— Jl leur envoie Mogaïrah en parlementaire, p. 28 1. — 
Bataille de Néhawend , p. 233. — Nômân et le chef persan 
sont tués, p. 2 3A. — Propos d'Amr, fils de Màdi Karib, 
sur les principales tribus ai'abes, p. 230. — Comment il 
dépeint la guerre, p. 239. — Il raconte à Omar son pre- 
mier combat avec Rébyâh , p. 2/1 1 . — Seconde rencontre 
de ces deux guerriers, p. 2/47. 

Cliapitrc LXXVIl. Mialilal (rOtniàii, lils d'Allan ((|ueDieu 
l'agrée ! ) 25<j 

Sa généalogie; résumé de son histoire et de sa vie, p. 251. 

— Ses enfants, p. 25 1. — Luxe de plusieurs nuisulmans 
sous ce r^gne, p. 253. — Mauvais agents nommés par le 
khalife, |i. 25(5. — Conduite scandaleuse de Walid ;i 
koulali, p. 257. — Il est destitué siu" les instances d'Ali , 
p. 261. — Plaintes contre Saïd son successeur, p. 261. — 
Mécontentejnent général contre Otmân, p. 2()5. — Aven- 
ture de Walid avec nu sorcier juif, p. 2()(). — Cruauté 
d'Otmàn à l'égard d'Abou Derr, p. 2()8 — Elle suscite luie 
(|ueielle entre Ali et Merwân,p. 271. — Aminar fomente 
la révolte, p. 27/1. — Les conjurés se réunissent à Médiue, 
p. 27('>. — Otmân est assiégé- dans sou palais, p. 27S. — 
Il nu'url assassiné, p. 281. — Vers conti'e ses meiu'- 
Iriers , p. 283. — Répruise d'un poêle du jiarli d'Ali, 
|). 28(1. 



478 TABLE DES MATIEUES. 

Page». 

Chapitre LXXVIII. Rhalifat d'Ali, fils d'Abou Talib 288 

Généalogie de ce khalife; aperçu de son histoire et de ses 
expéditions, p. 289. — Ses enfants, p. 290. — Détails 
sur les pertes des musulmans à la bataille du Chameau et 
à celle de Siffin, p. 293. — Noms des chefs du parti des 
Kharidjites, p. 296. — Griefs de certains musulmans 
contre Ali, p. 296. — Amr, fils d'el-Assi, s'allie à Moâ- 
wiah, p. 298. — Conseils donnés par Mogaïrah à Ali, 
p. 299. — Autre tradition sur le même sujet, p. 3oo. 

Chapitre LXXIX. Récit de la journée du Chameau ; ses causes ; 
combats livrés pendant cette journée, etc 3o/i 

Les conjurés partent pour Basrah, p. 3o3. — Remords d' Aï- 
chah; premier faux serment des musulmans, p. 3o6. — 
Ali entre en campagne, p. 307. — Défilé de son armée à 
Basrah, d'après un témoin oculaire, p. 309. — Commen- 
cement des hostilités , p. 3 1 5. — Ali adresse des reproches 
à Zobeïr, p. 317. — Mort de ce chef, p. 3 1 9. — Talhah 
est tué, p. 32 1. — Lutte acharnée autour du chameau 
d'Aïchah, p. 026. — Anecdotes sur cette bataille, p. 332. 

— Intrigues de Djérir; sa mission chez Moâwiah, p. 338. 

— Alliance de ce dernier avec Mogaïrah, p. 3/i i- 

Chapitre LXXX. Résumé de ce qui s'est passé à Siffin entre 
les habitants de l'Irak et ceux de la Syrie. 343 

Entrée en campagne d'Ali et de Moâwiah, p. 3^^. — Pre- 
miers engagements sur les bords de l'Euphrate, p. 345. 

— Avantages remportés par l'armée d'Ali, p. 348. — 
Négociations inutiles; reprise des hostilités, p. 35o. — 
Les huit journées de Siffm , p. 35 1 . — Ali prend part à la 
lutte, p. 355. — Mort d'Ammar, p. 359. — Prouesses de 
Mirkal, p. 36 1 . — Paroles de Hodaïfah à son lit de mort , 
p. 364. — Mort du fils d'Omar, p. 367.. — Conduite hé- 
roïque d'Ali, p. 369. — La nuit du grondement, p. 376. 

— Le Koran est arboré an bout des lances, p. 378. — 
Défection des officiers d'Ali, p. 379. — Manœuvres dé- 
loyales d'Achat , p. 38 1 . 

Chapitre LXXXL Les deux arbitres; causes rpii ont produil 
l'arbitrage • ^^■^ 



TABLE DES MATIERES. 479 

Teneur de la feiiiHe d'instructions, p. 38/i. — Querelle 
d'Achat cl d'Orwah, p. 385. — Évaluation des pertes des 
deux armées à Siflni , p. 38(). — Discordes dans le camp 
d'Ali ; les Haroaryeh, p. SSg. — Conférence d'Amr et 
d'Abou Mouça, p. Sga. — Stratagème d'Amr, p. SgS. — 
Discours d'Abou Mouça , p. 397. — Moâwiah est élu, p. SgS. 
— Autre version sur cette conférence, p. 399. — Vers com- 
posés en cette circonstance , p. /ioo. — Troisième version , 
p. 4o2. — Ruse de Moâwiah contre Amr, p. 4o3. — 
Paroles d'Ali , p. 4o6. 

Chapitre LXXXII. Expédition d'Ali contre les révoltés de 
Nehrewàn; mort de Mohammed, hls d'Abou Bekr; mort 
d'Achter en-Nakhâyi, avec d'autres détails qui se rat- 
tachent à ce sujet /j 1 o 

Discours prononcé par Ali , p. I\n. — Combat près du ponl 
de Tararistân, p. 4 1 3, ■ — Prouesses d'Ali , p. 4 1 4. — Sin- 
gulière anecdote sur Mokhdadj , p. 4 1 5. — Défection de 
la tribu de Nadji, p. 4 18. — Déloyauté de Maskala, 
p. 419. — Lutte des deux partis en Egypte, p. 421. — 
Mort du fils d'Abou Bekr, p. 42:?. — Achtcr est empoi- 
soruié , p. 423. — Controverse sur la conduite d'Ali pen- 
dant ses deux grandes expéditions, p. 424. 

Chapitre LXXXIII. Assassinat du prince des Croyants Ali, 
lils d'Abou Talib Zi26 

Ibn Moldjem et ses deux complices, p. 'i2(). — Ils s'ad- 
joignent deux autres Arabes, p. 428. — Perpétration du 
crime, i). 429. — Dernières recommandations d'Ali, 
p. 43 I. — Date de sa mort, p. 433. — Supplice d'fbn 
Moldjem, p. 434. — Vers relatifs à ces événements, 
p. /iS-S. — Tentative de Borek contre la vie de Moâwiah, 
p. 436. — Zadaweïh assassine Kharidjah au lieu de 
Amr, p. ^137. — Prédictions d'Ali, la veille de sa mort, 
p. 439. 

Chapitre LXXXIV. Paroles mémorables d'Ali: sa piélé el 
autres détails sur sa vie /»4 • 

Simplicité de ses mœurs, p. f\f^l. — Fragments de ses 
homélies sur le monde el la \ie l'iilnrc, p. 44 2. — Autre 



/i80 TABLE DES MATIERES. 

Pages. 
fragment sur le même sujet, p. 444. — Portrait d'Ali par 
Dirar, fils de Damrah, p. 446. — Tradition prophétique 
concernant ce khalife, p. 440. — Reproches adressés à 
ses ennemis par Ibu Abbas , p. 45 1 . — Paroles d'Ali à son 
lit de mort , p. 4 5 2 . — ■■ Autres ouvrages de Maçoudi où il 
a été parlé de ce khalife, p. 455. — Pourquoi Ali l'em- 
portait sur tous les Compagnons du Prophète, p. 456. 

Variantes et notes 45() 



FIN DE LA TABLE DES MATIERES. 



Biré '. APR 2 91968 



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