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Full text of "Les prairies d'or"

HANDBOUND 
AT THE 



'^ c 



COLLECTION 

D'OUVRAGES ORIENTAUX 



PUBLIEE 



PAR LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE. 



SE VEND A PARIS 
CFÎEZ EKNKST LEROUX, LIBRAIRE 

RUE BONAPARTE, N° 2 8 ; . 

A LONDRES 

CHEZ WILLIAMS AND NORGATE, 

\h, IlENninTÏA STREET ( COVENT-GARDEn) , 



PRIX: 7 fr. 50 c. 



_ CIETE ASIATIQUE. 

jr) dit' nus^m jc7L- Mâsziclt 

MACOIIDI. 



LES PRAIRIES D'OR 



TEXTE ET TRADUCTIOK 



C. B4RBIER DE MEYNARD. 



TOME HUITIEME. 












PARIS. 

IMPIUMÉ PAU ALTOIWSATION DE I\l. LE (i,\HDE DES SCEAUX 

A L'IMPRIMERIE NATIONALE. 

M DCCC I.WIV. 



9- 



,^3^ 



AVEUTISSEMENT. 



La période de quatre-vingts années comprise entre 
l'avènement de Mouhtadi-Billah et la chute de Mostakfi 
(2 55-33 /i de l'hégire) forme le sujet de ce volume, et, 
à proprement parler, termine l'œuvre historique de Ma- 
çoudi. Les trois cliapitres qu'il nous reste à publier ne 
reni'errnent que des souvenirs rétrospectifs sur les in- 
surrections des Alides, un résumé chronologique et la 
liste des chefs du pèlerinage jusqu'à l'année 336, date 
de l'achèvement définitif des Prairies d'or. 

Les pages consacrées au règne de Mouhtadi sont 
peut-être, de tout l'ouvrage, celles qui montrent le 
mieux les qualités de notre historien, et nulle part il 
n'a su faire la mesure aussi égale entre le récit des faits 
politiques et la biographie intime. Mouhtadi a d'ail- 
leurs une physionomie sui generis dans la série des Ab- 
bassides. Grave, austère, d'une - piété un peu étroite 
mais sincère, pratiquant la justice aux dépens même 
de sa popularité, ce Khalife crut que le retour à la foi 
ardente et à la simplicité de mœurs des premiers âges 
sulTlsail pour arrêter la décadence de l'empire. Son 



Il AVERTISSEMENT, 

idéal était Omar ben Abd el-Aziz; il s'inspirait des sou- 
venirs de cet anachorète couronné et mettait toute sa 
gloire à lui être comparé. Le modèle, il faut en conve- 
nir, était mal choisi. Esprit sans portée, fanatique, en- 
nemi des lettres et de fart, Omar II avait, par son 
rigorisme de mœurs el; de doctrines, précipité f effon- 
drement de sa dynastie. Mouhtadi, aux prises avec des 
difficultés encore plus graves, pouvait-ii être plus heu- 
reux que son jDrédécesseur? Pour arrêter le khalifat sur 
la pente qui f entraînait à l'abîme, il aurait fallu dans 
la même âme fénergie indomptable de Haddjadj jointe 
à la merveilleuse diplomatie de Moàv.'iali. Mouhtadi ne 
fut qu'un honnête homme et un musulman scrupuleux; 
ses vertus privées ne pouvaient ni détourner de sa poi- 
trine le poignard des affranchis turcs, ni relever les des- 
tinées de la monarchie arabe. C'est ce qui résulte avec 
évidence du récit de Maçoudi, qui a su conserver à 
cette froide et respectable figure un relief d'une vérité 
surprenante. 

Avec le règne de Moutamid commence l'ère des 
grands démembrements. On chercherait vainement 
dans ce livre l'exposé niéthodique des événements qui 
séparèrent l'Egypte et la Perse orientale de la monar- 
chie de Bagdad. Cependant les renseignements qu'il 
nous donne sur Ibn Touloun et sur la forte discipline 
que Yâkoub le Saflaride sut introduire dans son ar- 
mée expliquent bien les succès de ces deux usurpa- 
teurs. Maçoudi nous introduit dans le camp de Yâkoub; 
il nous montre le fils du chaudronnier devenu le chef 
d'une armée admirablement organisée pour la victoire. 
Seul dans sa tente de soldat, autour de laquelle veille 
une cohorte de gardes dévoués, couché sur une cou- 



AVERTISSEMENT. m 

verture de cheval, n'ayant d'autre oreiller que sa cui- 
rasse, il médite en silence les plans qui doivent lui li- 
vrer la moitié des Etats musulmans. D'un geste il se fait 
obéir de ses condottieri, domptes par une volonté de 
fer. Il y a comme l'ébauche d'un Pierre le Grand dans 
l'âme de cet aventurier de génie, et lorsque, quelques 
pages plus loin, coiffé du bonnet infâme, il est tramé 
devant son stupide vainqueur, on se prend à regretter 
({uc les rôles ne soient pas intervertis et que le Khalife 
ne prenne pas la place de celui que la fortune lui a li- 
vré. Mirkhônd est, h ma connaissance, le seul historien 
qui ait directement fait usage de ces précieuses don- 
nées, et encore ne voudrais-je pas aflirmer qu'il en a 
tiré le meilleur parti possible. 

Au milieu de toutes les lâchetés et des ignominies 
([ui ternissent fhistoire du khalifat dès la fin du troi- 
sième siècle de fhégire, on s'arrête avec complaisance 
devant Moutaded-Biilah. Ce n'est pas que le person- 
nage soit en lui-même très-sympathique : avare, soup- 
çonneux, cruel jusque dans ses plaisirs, il a toutes les 
laideurs du despote asiatique; mais il a aussi ce qui 
manque à tant d'autres de sa dynastie, il a la volonté et 
le sentiment de la giandcur de son rôle. On sait com- 
bien les historiens sont peu d'accord dans le jugement 
qu'ils portent de ce Khalife. Les Sunnites, jaloux de la 
préférence qu'il témoigna à la famille d'Ali, !(>, chargent 
des accusations les plus odieuses; les Chiites, an con- 
traire, poussent findulgence jusqu'à atténuer ses crimes 
les plus avérés. On s'attendiait donc à ce (juc Maçoudi , 
Chiite de cœur, sinon de doctrine, ait adopté le sys- 
tème de ces derniers. Loin de là, il reste plus impartial 
(pie jamais. Préoccupé comme il l'est toujours de 



iv AVERTISSEMENT, 

peindre l'homme plutôt que le chef d'État, il mel à nu 
le cœur do ce protecteur d«s Alides et n'épargne en lui 
ni l'avare, ni le bourreau. Sa véracité est môme pous- 
sée jusqu'au réalisme le plus révoltant, lorsqu'il décrit 
les raffinements de torture inventés sous ce règne. Il y 
a dans le môme chapitre* certain procès-verbal de ques- 
tion ordinaire et extraordinaire qui soulève le cœur. 
Mais, on le sait depuis longtemps, et l'on en trouve ici 
une preuve nouvelle, l'Orient, cet Eden de toutes les 
sensualités, a aussi le triste privilège des plus atroces 
imaginations en fait de tortures, et, jusqu'au jour où 
la civilisation chrétienne l'a pénétré, il s'est enivré de 
l'odeur du sang autant que des parfums du harem. Si- 
gnalons aussi, à cette occasion, le savoir-faire de notre 
auteur. Il sent que, par la crudité de son récit, il 
vient d'ébranler douloureusement les nerfs du lecteur; 
une diversion est nécessaire, et aussitôt, par un de 
ces brusques soubresauts auxquels il fa habitué, il le 
fait assister, sans quitter le palais de Moutaded, à la 
scène la plus bouffonne qui se puisse imaginer entre 
un conteur des rues et un des principaux eunuques de 
la cour. 

A partir du règne de Mouktafi , f histoire est reléguée 
au second plan et s'etliace devant la digression et fanec- 
dote. Ce prince, digne successeur de son père, dont il 
avait l'énergie et les hautes aspirations, méritait sans 
doute une place plus importante dans notre livre. Mais 
cette place , Maçoudi la lui avait déjà donnée dans ses 
deux grands ouvrages, et si généreusement que, de son 
propre aveu, il ne lui restait presque plus rien à ajou- 

' \'(iir notamment p. i i6, p. i f\o vX passiin. 



AVERTISSEMENT v 

ter dans le recueil d'annotations qu'il intitule les Prai- 
ries d'or, \jd même fibservation s'applique aux cinq 
chapitres suivants, où les événements les plus impor- 
tants qui signalèrent la première moitié du iv* siècle 
sont à peine indiqués. Ainsi l'origine des Fatimites 
d'AtVique, les démêlés du pouvoir central avec les Ham- 
danites et la l'amille de Boueih, les expéditions contre 
les Byzantins, ces ennemis éternels de l'islam, et contre 
les Karmates, qui le mirent à deux doigts de sa ruine, 
la lente agonie du khalifat, à laquelle Maçoudi assistait 
comme témoin, tout cela, dit-il, a été donné dans les 
Annales et dans l'Histoire moyenne avec une abondance 
de détails qui le dispense d'y revenir. On ne s'étonnera 
donc pas si les épisodes littéraires ou liumoristiques, si 
la biographie et l'anecdote rabelaisienne occupent pres- 
(jue toute la seconde partie du volume. 

Nous devons pourtant signaler encore un fragment 
qui a une certaine valeur historique et dont la mise 
en scène est des plus originales '. Kahcr, un monstre 
perdu de débauches et chez qui l'ignorance marchait 
de pair avec la cruauté . eut un jour la fantaisie de 
luire connaissance avec le passé de sa dynastie. Lire les 
annales, interroger les archives de Bagdad était une 
tâche au-dessus de ses forces: il fit venir un savant dont 
on vantait férudition, et lui ordoruia de raconter 
brièvement et à grands traits rhisloiri' des princes de 
la maison d'Abbas. L'entreprise était périlleuse : faire 
l'éloge de ses prédécesseurs, c'était éveiller la jalousie du 
tvran-, censurer leurs actes, c'était insulter aux gloires 
dn sa faniillf. kaluT tonait à la main inie pi(|ue à 

' Vnii rhap. (;\XVI,p. 289. 



VI AVERTISSEMENT. 

pointe acérée, et la vue de cette arme, qui ne le quit- 
tait jamais , inspirait une terreur légitime au malheu- 
reux annaliste. Il commence cependant, après avoir 
obtenu la promesse que sa sincérité ne lui serait pas 
imputée à crime. Ses débuts sont heureux; il sait, en 
évoquant le souvenir de Saffah , de Mansour et de leurs 
héritiers, mêler adroitement le panégyrique à la cri- 
tique la plus modérée; il se fait écouter et applaudir. 
Malheureusement, en parlant des œuvres pies de la 
bonne princesse Zobeïde, soit défaillance de mémoire, 
soit crainte d'être prolixe, il glisse troj) légèrement sur 
son sujet. Kaher s'en aperçoit, il brandit sa formidable 
pique et la lance d'une main vigoureuse sur son inter- 
locuteur éperdu. Par bonheur, celui-ci a le temps de 
se baisser et le trait passe au-dessus de sa tête. «Conti- 
nue, lui dit le Khalife sans s'émouvoir, et tâche désor- 
mais d'avoir meilleure mémoire. « Le pauvre homme 
poursuit tant bien que mal sa narration, et, quand il 
croit avoir satisfait la curiosité du prince, il s'esquive 
ayant encore devant les yeux u le spectre de la mort 
roacje qui venait de se dresser devant lui. » J'insiste sur 
cette anecdote viveirfenl racontée par Maçoudi, parce 
que, indépendannnent de son ctrangeté, elle renferme 
en quelques pages un excellent résumé et , si l'expression 
n'est pas trop ambitieuse appliquée aux Arabes, la syn- 
thèse pliilosophiquc du rè^ne des huit premiers Khalifes 
abbnssidcs. Au nombre des passages qui appartiennent 
en propre à l'histoire littéraire, on lira avec intérêt ceux 
qui se rapportent h Ibn Roumi, Ibn Doreïd et Ibn 
Bessam, dont les satires eurent un assez grand reten- 
tissement aux iv'etv" siècles de l'hégire; et enfin, parmi 
les morceaux de fantaisie, une dissertation sur le jeu 



AVERTISSEMENT. vu 

d'échecs et la description mêlée de prose et de vers 
des courses de chevaux. 

Deux autres fragments méritent une mention parti- 
culière autant par leur étendue que par les diffîcuhés 
dont ils sont hérissés. Le premier (p. 88) traite de la 
musique et de la danse; on y trouve la définition des 
genres et des modes musicaux, celle des rhythmes et 
une description naïve des instruments de musique chez 
tous les peuples. C'est à Ibn Khordadbch principale- 
ment cpie notre auteur emprunte ses renseignements. 
Un petit traité arabe , péniblement restitué, nous avait 
fait déjà connaître ce vieil écrivain comme géographe 
et statisticien; nous le retrouvons ici historien de fart, 
causeur brillant et tenant sous le charme de sa parole 
Moutamid et son entourage de courtisans. La lecture 
de ïAgliani nous l'avait déjà, il est vrai, révélé sous 
cette double physionomie , mais en général fauteur du 
Livre des Chansons ne le cité qu'avec méfiance et, le 
plus souvent, pour le mettre en contradiction avec les 
traditionnistes de fart musical. Le long extrait donné 
par Maçoudi semble justifier jusqu'à un certain point 
les assertions défavorables de ïAghani; mais, pour être 
juste , il faut faire la paît des incorrections de copie et 
des lacunes qui déparent ce morceau. 

Bien dilféivnt est le second fragment, qui ne nous a 
pas coûté moins de recherches et de soins ' . C'est une ma- 
nière d'antliologie gastronomique où défilent tour à tour 
les plats les plus raffmés de la cuisine arabe. Il paraît 
que dès le if siècle de l'hégire, et en particulier sous le 
règne de Moutamid , on rédigea des manuels de la vie 

' Chap. CXXIV. p. •,!38, et chap. CXXIX , p. ?,ç,?.. 



v,i, AVEUTISSEMENT. 

élégante à l'usage des courtisans et des gens du inonde. 
«On y trouvait, nous dit Macoudi \ l'indication des 
mod(îS nouvelles en lait de plats, l'art de combiner les 
aromates et les épicPs dans les assaisonnements , en un 
mot, un aperçu de l'art culinaire dont la connaissance 
est indispensable au commensal et qu'un homme bien 
élevé ne doit pas non plus ignorer. » C'est à un de ces 
traités du high life, dont les successeurs dégénérés de 
Mamoun faisaient leurs délices , que notre auteur a em- 
prunté les recettes en vers didactiques à l'aide des- 
quelles il remplace, dans le chapitre de Mostakfi, les 
renseignements historiques qu'il avoue n'avoir pu se 
procurer. Nous avons là le cuisinier royal de Bagdad 
paré de toutes les séductions de la poésie pour la plus 
erandc confusion du traducteur. Dictionnaires, rela- 

o 

tions de voyage, expérience personnelle de la vie orien- 
tale, tout cela est d'un faible secours pour pénétrer le 
sens de ces vers énigmatiques. Malgré les efforts les plus 
consciencieux, nous avons, plus d'une fois sans doute, 
falsifié Ips formules du Carême musulman, et nous ne 
conseillerons à personne de préparer d'après ces indica- 
tions le menu d'un festin oriental. Pour comble de dis- 
grâce , les derniers chapitres des Prairies fourmillent de 
fautes et d'omissions. Comme cela arrive pour tous les 
manuscrits d'une certaine étendue, les copistes se sont 
lassés et ont abrégé leur besogne en supprimant des 
paragraphes entiers. Nos trois copies , même celle de 
Delhi , qui , dans cette dernière partie , est d'une autre 
main, ne sont nullement exemptes de ces délauts, et 
l'édition imprimée en Egypte ne vaut guère mieux. 

' Voii chap. CXXII , p. lo/). 



AVERTISSEMEN'J'. ,,, 

Les leçons que donne celle-ci sont ordinairement ac- 
ceptées sans critique et, ce qui a lieu de surprendre 
chez les deux cheikhs éditeurs , les hémistiches y mar 
chenl trop souvent pcdc claado. 

Si le lecteur veut bien nous tenir compte de ces dil- 
ficultés et se rappeler combien étaient insuffisants les 
secours que nous avions pour les vaincre, il accueillera 
ce nouveau volume avec un redoublement d'indulo-ence. 
Les appréciations dont le tome VII a été l'objet sont 
pour nous à la fois la consolation de certaines critiques 
lointaines et le meilleur des encouragements. 

M. E. Renan ', avec l'autorité qui s'attache à ses ju- 
gements, a mis en relief les parties vraiment originales 
de l'œuvre de Maçoudi, le charme de ses digressions, 
l'art qui se cache sous le désordre apparent de sa ré- 
daction et la vive lumière dont il éclaire les côtés les 
moins connus de la civilisation musulmane. D'autre 
part, la Revue critique'^, examinant de moins haut mais 
avec une exactitude scrupuleuse le même volume et le 
tome précédent, nous a proposé un certain nombre de 
corrections, presque toutes excellentes, et dont nous 
avons fait notre profit pour nos listes de correction. 

Le volume qu'il nous reste à pubJierpour terminer 
notre tâche contiendra, avec les trois chapitres épiso- 
diques dont nous parlons au début de cet Avertissement, 
un index général que nous tâcherons de rendre aussi 
complet que possible; enfm , si la place ne nous manque 
pas, nous terminerons par un glossaire de tous les mots 
rares et inexpliqués dont Maçoudi a fait usage. 

Soutenu par les encouragements de nos confrères et 

' Journal des Débats, miin<'T()s des i vl •> octohre i S-;}. 
■^ ArliclrdclVl. S. (Miy.inl, juillet 1873. 



X AVERTISSEMENT. 

secondé par le savant correcteur oriental et le person- 
nel de l'Imprimerie nationale, dont le zèle ne nous a 
jamais fait défaut, nous espérons arriver dans un an au 
terme de notre longue route. 

2 1 avril iSy^- 



m 

LIVRE DES PRAIRIES D'OR 

Eï DES MINES DE PIERRES PRÉCIEUSES. 



CHAPITRE CXXI. 



KUALIFAT DK MOUUTADl-llIM.AII. 



Mouhtadi (Mohaiiimccl, fils de Ilaroun cl-Walik) fut 
proclamé avant midi, le mercredi dernier jour de redjcb, 
255 de riiégirc. Sa mère, esclave d'origine i{rec(|ue, se 
nommait Kouih , et il portait lui-même le surnom (ÏAbou Abd 
Allah. Il monla sur le Irône à l'àgc de trente-sept ans ou 
de trente neuf ans, et fut assassiné avant d'avoir accompli 



2 LES PRAIRIES D'OR. 



ffJLi j^OOi^it 4^JJ SUioU»;;^ (^ té^*** (*"((-*•* ^^A^J «^"^ 

pLx_M L^-fc-* (T^^j ^'^^lliill xiS Ul^_5 i^\»^\ ifJ^j\ y 
Jî ii-fiLç: J^j-AtT .- i ? (j\(5 Jjociî j.-^l3ljj ^jUiiî (jjA ^^j^ 

sa quarantième année, en 2 56 de l'hégire, après un règne 
de onze mois; il fut enterré à Samarra. Quelques historiens 
jDlacent sa naissance à l'année 218. 

RÉSUMÉ DE SON HISTOIRE Eï DE SA VIE; APERÇU DES ÉvÉNEMP.NTS 
PRINCIPAUX DE SON RÈGNE.. 

Mouhtadi, malgré «on règne si court, eut plusieurs vizirs 
qui échappèrent; tous à la mort et aux autres effets de son 
ressentiment; un de ces ministres fut Yça, fils de Farrokhan- 
Chah. 

Ce Khalife avait fait construire une grande salle voûtée, 
flanquée de quatre portes ; il la nommait la salle de justice, 
car c'est là qu'il siégeait lorsqu'il rendait la justice à se? 
sujets de toute classe. Il ordonna la pratique du bien el 
poursuivit rigoureusement les mauvaises actions ; il pros- 
crivit l'usage du vin et les esclaves musiciennes, et se signala 
par son équité. Tous les vendredis il se rendait à la mos- 
quée-cathédrale et, du haut de la chaire, il haranguait le 



CHAPITHK CXXl. ;i 

dLJij »_jJjLi ^r»- ^wA* ^a \y\iif X«L»i î_j.^^^ A::iUi^ 
i-Jj.^ 3\ji_X-Ci-< (^L 1^*1* ^^^U ^jlâ'^AAîTi Ijcj ^ (^^^O (j5 

i l£)|^'i/îj V-ÀAA3J ^ llo j»«î (j^ ^1^ Uj jJCxiî Jjlii Uj /j.jÎ 

t^^=» Ui );X\^ IJ1«Iau <j) l^>^x-<> jIjoJI liLb (j^ Jjïi JJi 

^^-Â-*-Jt iS^ii} ^jV^^'j ^v***^^ t_»l;:^5 '-^Lj^ ^*^='-*-* ^^ 

peuple et lui donnait de sages conseils. Mais, fatigués de 
l'ascendant qu'il exerçait sur eux en cherchant à les ramener 
dans le chemin de la sagesse, ses sujets, grands et petits, 
supportèrent impatiemment sa domination ; ils se lassèrent 
de son autorité et ourdirent les ruses qui finirent par lui 
coûter la vie. 

En effet, Moura, fils de Boga l'aîné, relégué dans son 
gouvernement de Rey, était occupé à cette époque à com- 
battre les prétendants de la maison d'Abou Taleb, tels que 
ITaran (fils de Zeïd) Harani, et les Deïlemiles, qui avaient 
envahi Kazwin de vive force et massacré la population de 
cette ville. En apprenant l'assassinat de Moutazz, ainsi (jue 
les menées de Salih, fils de Waçif,et des troupes turques, 
Moura quitta préci])itamment son poste et se dirigea vers 
Samarra en j)rolestaiit contre l'attentat dont Moutazz venait 
d'être victime. 

Nous avons ci-dessus, en racontant l'histoire de ^îoulazz, 
dit quehpies mois de la mort de ce prince (v. t. VU, p. 3()()) 
sans entrer dans les détails de cet événenienl. Or, il règne 



4 LES PHAIRIES D'OR. 

c_>jmî^ <Xtii (j-« ^-Ài *î*>sjiJl :i\y6 %laj> 0^£ c:>U <_>l^^-sJlj 

^Ji Jw-is-î ^j_4 (J-^I jLil .«^Ul* (jjj^ -Nji tsb 0-* («'•{(-*-*j 

^j-« jo»-<_*^j lf****Xi CA^U ^^wa». -W±a. ij liJ^' Aj) Jb (^j.^ (fr^ÀJk 

une grande diversité d'opinions à cet égard, et j'ai constaté 
un désaccord profond parmi les auteurs de chroniques et 
de biographies , et en générai parmi tous ceux qui se sont 
occupés de l'histoire des dynasties. Ainsi, les uns le font 
mourir en prison de sa mort naturelle, sous le khalifat de 
Mouhtadi-Billah et à la date que nous avons indiquée ; les 
autres prétendent qu'on le priva d'aliments et de boisson 
pendant sa captivité, et qu'il mourut en proie aux souffrances 
de la faim et de la soif. Selon d'autres, on l'aurait forcé 
à avaler de l'eau bouillante, car on remarqua que son ca- 
davre, lorsqu'il fut exposé, avait le ventre prodigieusement 
gonflé. Cependant la version la plus répandue parmi les histo- 
riens des Abbassides est qu'on le conduisit dans une étuve où 
on le lit entrer de force et dont on l'empêcha de sortir; mais 
ici encore les opinions varient. Selon les uns, il fut laissé 
dans cette étuve jusqu'à ce qu'il eût rendu le dernier soupir; 
selon les autres, on l'en tira au moment on la chaleur allait 
rétoulTer et on lui fit boire de l'eau à la glace, ce qui produisit 



CHAPITRE CXXI. f) 

Q-j CS*'^'* J"-^-***"* ta^^^-r^V J^Aûj'l 1^5 yUyîî J^-S**"^ LoIa-J ^ 

*Xi c^AA£>j /yj 4-'-'^ U^ 3^y^ ^^^ '^ U-?"^î^* " ir-'v"*^ *^ 
(^JsJiL^I yl JUj^ c^^-* *^^J"< ^ C:J>*- tS'-'^^i' CJ^^ 

clans son foie et ses cnti^ailles une perturbation qui le tua 
sur-le-champ. Ce meurtre eut lieu le 2 de châban, 225 de 
riiégire ; nous en avons rappoi'té les détails, ainsi que les 
dillérentes opinions auxquelles il a donné lieu, dans les 
Annales historiques. 

Mouhiadi apprit avec un vif mécontentement que Mouca, 
fds de Boga, se rendait dans la capitale du khalifat; il lui 
écrivit de demeurer à son j)0ste et lui défendit de quitter 
le siège de son gouvernement, où le Khalife avait l)esoin de 
ses services; mais Mouça, sans tenir compte de cet ordre, 
acheva ses préparatifs de départ et atteignit en toute hâte 
Samarra (206 de l'hégire). Salih, fils de Wacif, partageait 
alors le pouvoir avec Mouhiadi ; lorsque JVIouça arriva aux 
abords de Samarra, la ])opulace et la lie du penpie se ré- 
jîandirent dans les fpiarliers et aux abortis de celte ville en 
criant: « Pharaon, voici venir Moïse! » {Mouça, allusion 
au nom du fds de Jioga) ; aussitôt Salih, inslrnil de l'ap- 
proche de son .ennemi, s'éloigna du khalil'e. D'après une 
autre opinion, ce fut Mouhiadi lui-même qui écrivit secrè- 



G LES PRAiniES D'QR. 

tilî^jiit i)|j;i (^j-* J.:?^ yl^ f»«X*:> ^ (j' aK^Î^j j.^ii5 j-^lli ^ 

^guwfc-^ C_>l_^Pi c-y-^-â ^c^^IbS^^ yA<lÀJl ^w:))_^JS? ii.ol& j)<Xj|^ 

^jj.X-> L» «X.(iu l^Â^ iCSWi \jy^y^ ^jr*^^ jI«Xjî i^Aà^iX* 
^J»L)t.Ji t;:A,_^^i v^A^^xiîj c:i>lÀjVj.AlaJi^ jOAJUtXJL L^y>à.i\ çj^ 

*X-5^ s^A_5\._5 (j*»»— * A_x_iî -«XJiâ lAAàjw ^^s£<Jis -îuA* -? IS 

jj6 <X_55 ^^— S>-^U jii tjî iJi-J ^^-AiîJJ j«Xxj| ^^À^ j-XmÀJCamI 

tement à Mouça de revenir à Samarra, tandis que, dans ses 
dépêches officielles, il lui ordonnait de ne pas partir. Un 
général turc nommé Baïkial s'était, lui aussi, emparé du 
pouvoir et exerçait une grande autorité. Dès son arrivée à 
Samarra, Mouça se rendit au palais de Mouhtadi. Le Khalife 
était occupé à rendre' la justice, et une foule composée de 
gens de toute classe encombrait la salle où il siégeait. Les 
soldats de Mouça s'y précipitèrent et l'envahirent ; ils en 
expulsèrent la foule à coups de massue et de hachettes ; 
le peuple, en butte à leurs brutalités, se dispersa en criant; 
Mouhtadi se leva et protesta contre la violence exercée sur 
ses sujets; mais, ses paroles restant sans effet sur les en- 
vahisseurs, il dut se retirer à l'écart en proie à une grande 
irritation. On fit avancer un cheval, sur lequel on le força 
de monter, et, ne cloutant plus qu'il était victime d'une 
trahison , il se laissa conduire dans la maison d'un certain 
\ardjoudj. Le fils de Boga avait, lui aussi, quitté le palais 



'.CHAPITRE CX'XI. 7 

y| (j .» S'i^^i^ i_j„-<.jtJ! (^_j-« *JS^* tKÀ-lî l*J (jJ 4g*^^ <XÀfi 

Jw«00 V-i*A3^ (jJ ^l.*» (J_^J y5 (^^ Ci^-S^^ l-À**»^ (j)-? ^^ 

JoLJii AAwJb 0.* ^^j J.jlï <îUï^^ -o-^^_j^ ^l^ ^ U»3 \J^ 
^^^\ Aj) t^l; (j^ ^Y"*'*-' ^ ^ '^-^ ''^ '^'-' A^î; j^Xs^îj 

de Mouhtacli lorsqu'il entendit les clameurs de la foule, et 
il s'était rendu dans la maison même où l'on conduisait le 
prince. Mouhtadi y demeura pendant trois jours avec Mouça, 
qui lui fit jurer par les serments les plus solennels qu'il 
ne chercherait pas à le trahir. Mouça, qui avait |)0ur lui la 
plus grande partie de l'armée, était un homme pieux et 
d'une grande simplicité de vie et il s'abstenait de boire du 
nébid, ce qui le rendait populaire parmi les troupes. Mouh- 
tadi, au contraire, était fier et hautain; de là des conflits 
entre lui et Mouça qui auraient provoqué une scission et 
rallumé la guerre si ce dernier n'avait pas fait preuve d'une 
grande condescendance à l'égard du Khalife. Ils ouiclirent 
ensemble un complot qui devait les débarrasser de Salih, 
fds de Warif. Moura, craignant les ruses que Salih pouvait 
mettre en œuvre contre eux du fonti de sa retraite, lança 
des émissaires à sa recherche et finit par le découvrir. Salih 
se voyant assailli par les agents de Mouça lutta et défendit 
sa vie énergiquenieut; mais il succomba, et sa léle fut |)orlée 
à Mouça. D'après une autre version, on l'enferma dans unr 



8 LES PRAIRIES D'OR. 

^5«XJL<JLI ^/-i»-l> c_>b-^'^' *^-t-^J ^jl-«Jl oodaAji^ 4^ii^i 

L^y^Â^J j.,«^i <_AJ^-»ilXj Ufc.^ ^■«W'j *^'^'^ cl»^ Cg*J-* <i^ V*^ 

étuve brûlante et il périt ainsi par le supplice même qu'il 
avait infligé à Moutazz. 

Sur ces entrefaites, Moçawir Ghari (c'est-à-dire apparte- 
nant à la secte des Chorat ou Chiites fanatiques), dont le 
parli s'était renforcé, s'approchait de Samarra à la tête de 
son armée; la misère devenait générale, les voies de com- 
munication étaient coupées et les Arabes (nomades) se mon- 
traient de toute part. Mouhtadi chargea Mouça et Baïkial 
de combattre ce rebelle; il accompagna même ses deux 
généraux à une certaiiie distance, mais ceux-ci revinrent 
bientôt sur leurs pas, sans avoir rencontré cependant la 
moindre résistance. Le Khalife, instruit de leur retour, 
alla camper au pont de Samarra avec ses soldats du Magreb, 
de Ferganah et autres troupes régulières, se disposant à 
combattre Baïkial. On croit que Baïkial avait communiqué 
à Moura une lettre que Mouhtadi lui avait adressée avec 
ordre de tuer Mouça et de le délivrer de ce général ; on 
ajoute que Mouça avait reçu une dépêche toute semblable 
(contre Baïkial) et que ces deux ofiiciers, comprenant que le 
prince cherchait à jeter la désunion parmi eux, renoncèrent 
alors à l'expédition qu'ils avaient entreprise. Baïkial prit 



CHAPITRE CXXI. 9 

ju^^ l^^JyJ^ *-(r-^ cA^* ii^Ià.ft ^J-'^ y^'^'?\i (iS^'^J (S'^^lA^ 

(JmLa-JU |w.Aâ.ÀJlwMI>.^ iOÔVxJlj lÛUxX<Mi(w« iw^W J^.^^k <XjIj^U 

i^.*.:^^» ISuiJCJ^ IJL«U>*^ iu_j.*xiw 0.j| jl^ <JI ».AaÀJl ij^ 'ùt*^^A> 

Si 

position au-dessus du camp de Moulitadi, tandis que Mouca 
tournait la vallée de Samarra afin de ne pas prendre pail à 
la lutte contre le Khalife. Une affaix'e très-sérieuse et très- 
meurtrière s'engagea entre les troupes royales et celles d(î 
Baïkial ; le Khalife fit reculer son adversaire et ohlint cf abord 
l'avantage, mais il tomba dans une embuscade que celui-ci 
avait préparée contre lui et dont il avait confié le comman- 
dement à Yardjoudj. Mouhtadi s'enfuit avec les siens et 
rentra dans Samarra, implorant l'aide et la coopération 
du peuj)le; mais c'est en vain qu'il parcourut les rues de 
cette ville en demandant du secours et précédé de descen- 
dants des Ansar. Désespérant d'obtenir du renfort, il se 
rendit dans la maison d'ibn Khaïounah et s'y cacha, mais il ne 
tarda pas à être assailli, arraché à sa retraite et conduit 
dans la demeure de Yardjoudj. « Tu veux donc, lui disait-on , 
égarer le peuple sur une route funeste et qui lui est in- 
connue? — Non, répondit le prince, je veux le conduire 
clans la route suivie par l'apolre de Dieu, par sa famille et 



10 LES PRAIRIES D'OR. 

^i_^! (^ dUi>^_A_*_5 ^^H^j à^?^J t^JJ^J 4>* ^W-j 

\ù^ji> ^ iùt>i^il^ -tîXJit AJL«5 (»"^"*^ ^ii iL^S^i ^j-« cypî 

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(j\ KfSj^,^>y^j i Uaifcj (♦XjL* j^lj -«^^,*w î*x^ Jlï^ *^-^ cK*ïj 

IjtA^ f»^^^ «jW»"^ Jl* i«>v-£& vA^ t*^-** «XJiiXÀi xiUwJj jojliaffl 

par les Khalifes orthodoxes. — Mais, reprirent ses adver- 
saires, le Prophète avait avec lui des partisans détachés de 
ce monde et qui n'aspiraient qu à la vie future : tels étaient 
Abou Bekr, Omar, Otman, Ali et tant d'autres; tes compa- 
gnons à toi ne sont que des Turcs, des Khazares, des Fer- 
ganiens, des Magrébin^ et d'autres étrangers de toute sorte, 
gens qui ignorent les devoirs de leur salut et n'ont. d'autre 
but que de jouir des biens de ce monde. Comment pour- 
rais-tu donc les mener dans le droit chemin comme tu le 
prétends ? » Une longue discussion et de vives répliques 
s'engagèrent entre Mouhtadi et ses contradicteurs sur ce 
point et touchant d'autres questions du même genre; ils 
cédèrent pourtant et se rendirent en apparence. Le conflit 
touchait à son terme lorsque le secrétaire Suleïman , fds de 
Wehb, ou un autre personnage, se leva en disant : «Vous 
vous égarez et votre résolution est une faute. Sachez que 
les concessions que vous fait sa bouche, son cœur les dé- 
ment,» et il ajoula : «Bientôt il vous attaquera tous en- 



CHAPITRE CXXI. Il 

jijSVmr*? »^js^ jUXjLJ <k£ /ol Xs^yS" (j^ i}^\ jjisi «^IàjLL 

(«•^ tJ-» (^JJ L-t»-* ^J^yS-M^ <3;.aJ!_j AÀ^ ^^^ <^fi»- f»»Xj| jjaX; 

o«.jjy «Xi Uj1^ï=I L> JUi ^^«XA>.ii c:*U «Xij l^b f»lï (^«XawJLÎ 

o 

c::^l« ^— s» &w-A-Si«X_jo CDwtfl.fl.J Ai! ^ij ^j^ ^^^Ax>^ «»>UJLL< 

semble et mettra le désordre parmi vous. » A ces mots les 
Turcs revinrent et se jetèrent sur le Khalife le poiijnard à 
la main. Le premier qui le blessa fut un cousin de Baïkial, 
qui lui coupa les veines du cou avec son khandjar; puis il 
se coucha sur sa victiine, appliqua sa bouche sur la bles- 
sure d'où coulaient des flots de sang et la suça avec avidité. 
Ce Turc, qui était ivre, après avoir bu ù longs traits le 
sang du Khalife, se leva de dessus le corps de son ennomi 
([ui venait d'expirer et s'écria ; « Camarades, je viens de me 
gorger du sang de Mouhladi , comme je me suis gorgé de 
vin aujourd'hui ! » Le récit qu'on vient de lire de la mort 
tie ce ])rince a donné lieu à dilTérentes versions; l'ojjinioji 
la phis accréditée est qu'il fut assassiné à coups de poignard 
comme nous l'avons raconté ; d'autres ])rétendent qu'on le 
tua en lui écrasant les testicules; d'autres soulicniicnt <ju'il 
lut serré entre d(îux grandes planches avec des cordes 
jus(|u'à ce ([u'il mouriU; selon les uns, il fut étranglé ; selon 
les autres, il |)éiiL cloullé sous des lapis el des coussins. 
Mais, dès (|u'ii ciil reiuln le dernier soupir, ses nicurlriers 



12 LES PBAIRIE8 D'OH. 

(^«XJÙw^l «X.A.J %^j JUiol»~yî tiiJij JU^lj aKaaJ ^^JvX^iî 

^j\^ \JL^\-Mé j..^.^ 03^*lî J'^^^' «^ Uû^SÎ -Jvim s^^ 

promenèrent son cadavre en se lamentant, en pleurant et 
en manifestant leur regret d'avoir assassiné un prince dont 
ils connaissaient la piété et la vie austère. Ce crime fut 
commis, dit-on, le mardi quatorzième jour avant la fin de 
redjeb, 255 de Thégire. Mouça, fds de Boga, et le Turc 
Yardjoudj ne prirent aucune part à l'attentat des Turcs, et 
ceux-ci ne haïssaient le Khalife que parce qu il avait tué 
J3a)kial: en effet, lorsque ce chef était tombé entre ses mains, 
Mouhtadi lui avait fait trancher la tête et l'avait jetée à ses 
compagnons. Cependant , d'après une autre opinion , Baïkial 
aurait péri dans le combat cité plus haut et qui eut pour 
théâtre la localité connue sous le nom de Pont-de-Samarru. 
Mouhtadi, lorsqu'il devint maître du KhaHfat, fit con- 
duire deux secrétaires du divan, Ahmed, fils d'israïi, et 
Abou Nouh, dans le quartier de Samarra nommé « Bab el- 
Ammali » (le jeudi 3 ramadan), et les condamna à recevoir 
cinq cents coups de fouet ; ils moururent l'un et fautrc; ils 
avaient d'ailiiMiis mérilé ce supplice et avaient, par leur 



CHAPITKE CXXl. 13 

j^*XJL^i J'-Xij dUi L^ S*Xi yl AxjyjJl («^^ ^ <^^ 

conduite, mis le Khalife dans lobligation de leur appliquer 
la pénalité prescrite par le cheryât. 

Moulitadi laissa en mourant dix-sept fils et six filles. Il 
avait nommé Ahmed , fds de Moudebbir, aux fonctions de 
collecteur du kliaradj en Palestine ; nous avons parlé en 
détail, dans nos ouvrages précédents, des rapports de ce 
personnage avec Mouhtadi , des faits qui se passèrent lors- 
qu'il arriva en Palestine et des sommes qu'il rapporta à 
Samarra. D'après une autre information, Ibn cl-Moiidebbir 
aurait été envoyé en Syrie par Moutazz-Billah. L'histoire 
d'Ahmed, fils de Moudebbir, et celle d'Ibrahim, son frère, 
les rapports dv. ce dernier avec le chef de Zcndj lorsf[u'il le 
fit prisonnier, présentent un ensemble de faits d'un grand 
intérêt. 

Voici une amusante anecdote qui se rapporte à Ahmed, 
lils de Moudebbir, et ([ui se trouve dans les recueils intitulés 
Aventures des parasites. Ahmed, fils de Moudebbir, qui, 
d'ailleurs, donnait peu de temps à ses plaisirs, avait réuni 
sept commensaux, les seuls qu'il admît dans son intimité 



Vi LES PRAIRIES D'OI\. 

i>wÀil <X3 jc^ÀXi J>=?'j iX 'îOL^iUi i'^js.ita.î^ Aj^<i*x3 (i*Ula*?J 

<\.aJI wIà.Â.9 ji.j«Xi) Q.^ tX^) j?. vifc.^ *il^ (j>^ 1^^ jJoL> ^^ 
j-^- J— '^itj-— * ^'^'^-^^-^ ^i (SJo^AA jj (^■*è'yit i^ 50 *Xil /jjÎ yi^ 

c 

et qu'il associât à ses divertissements; il les avait choisis 
avec soin pour lui tenir compagnie et s'asseoir à sa table ; 
chacun d'eux excellait dans un art et n'y avait pas de rivaux. 
Or, un certain j^arasite nommé Ibn Darradj, homme d'une 
éducation parfaite, d'un esprit délié, et le plus habile 
mystificateur qu'il y eût, manœuvra tant et si bien qu'il 
finit par savoir quand Ahmed se réunissait avec ses amis; 
il s'habilla comme eux et entra à leur suite chez leur 
hôte. L'huissier, convaincu que cet homme était connu de 
son maître et de ses convives ordinaires, l'admit sans au- 
cune difficulté. Lorsque Ahmed sortit (de ses appartements 
particuliers) et aperçut l'étranger, il ordonna à l'huissier 
d'aller s'enquérir auprès de lui de l'affaire qui l'avait amené. 
L'huissier fut terrifié: il comprit que le stratagème du pa- 
rasite tournait contre lui-même et que son propre sang 
pourrait seul satisfaire le ressentiment d'ibn el-Moudebbir. 
11 se dirigea piteusement du côté de l'étranger et lui dit : 
■0 Le maître veut savoir quelle est l'affaire qui t'a conduit 



CHAPITRE CXXF. 15 

L lAAt<A^ iCtLw.il Jljii ^ii^^rs- U *i Joii <xjJ| ^t->-jl *i J^ 
(][^_4_il3 *i J^ JLiL» cjcjî *_gi:, j]^i a1 JJii f=»j^ J^ (J^^^ 
^1 J).il ^oJti Mi ^■*:^ c>j|^»Xil Qjt iki JUi 4X51 ^J.^-^ 

(jo-jcvj Jli L^*jç5T ^j^ lAnJ' «i J^ V"*^ ^~^' xiAs t^l i^ 

ot-Jl JLukcl Jiî i^jJi ^J\s ^\s bjLi (j^ JU^_^i Jli cy^' 

ici? — Il ne s'agit pas d'afTaires, ) répondit le parasite. Sur 
une nouvelle injonction de son maître, Thuissier demanda 
à Fintrus depuis quand il était arrivé. « Nous arrivons à 
rinstant, fâcheux que lu es! répondit le. parasite. — Va 
iui demander qui il est, ajouta Ibn el-Moudebbii". — Ré- 
ponds que je suis parasite, répliqua l'autre; que Dieu te 
j)ardonne! — Tu es parasite.^ lui dit alors le maître de la 
maison. — Oui vraiment, réj)ondit-il; que Dieu vous glo- 
rilie I » Ibn el-Moudebbir reprit : «On tolère qu'un parasite 
lasse irruption clioz les gens, qu'il trouble le charme de 
leur intidiité cl qu'il surpr(!nne leurs secrets, mais c'est à 
la condition cpi'il posssède certains talents; par exemple, 
(|u'il connaisse les échecs ou le ncrd, qu'il joue du luth ou 
du lonbour (espèce de guitare). — Que Dieu vous [)rolége ! 
répliqua le parasite, j'excelle en tout cela. — De quelle 
force es-tu ."^ — De première force. » Le maître |)ria un de 
ses commensaux de faire une partie d'échecs avec l'étranger. 
«Que Dieu favorise Monseigneur! dit le parasite; et si je 
perds .-^ — Nous te chasserons de céans. - Si, au conlraire, 



16 LES PRAIRIES D'OR. 

(J-js-ikJi (»aX« -!5\^]i j.«»ir=telj X\Xxj dLeliX^ ^^^ ^j|j U^xJ! 

A J^xAi (J-AÀlaJI <>aX« t_>i^Jî jJkiîJ>.U ^UAXJ ^j^i UjÎJ^J /yîîj 

,;^vil_5 CJ»L:^U t_>^AiaJ) .>_^-xîL ^U i_j«JU 4^t>v.A^ L JUj ^>â.-l 

je gagne? — Mille dirhems seront ta récompense. — Que 
Dieu vous protège] continua Tintrus; voudriez-vous faire 
apporter les mille dirhems ? Ce voisinage-là sera pour moi 
un stimulant et le gage assuré de la victoire. » On apporta 
la somme en question ; la partie s'engagea et le parasite 
gagna. Déjà il étendait la main pour s'emparer de Fenjeu 
lorsque Thuissier, qui cherchait à se disculper autant que 
possible, dit à Ibn el-Moudebbir : «Monseigneur, que Dieu 
vous glorifie! Cet homme se vante d'être de première force 
aux échecs, mais votre page, un tel, fds d'un tel, le battrait. » 
Le page en question fut amené; il battit le parasite. Ce- 
lui-ci, comme on allait le chasser, demanda un jeu de nerd; 
on l'apporta, il joua et gagna. Mais l'huissier intervint. 
«Seigneur, dit-il au maître du logis, cet homme n'est pas 
de première force au nerd, et un tel, notre portier, le ga- 
gnerait certainement. » On fit venir le portier et il battit en 
effet le parasite. Menacé d'être expulsé, ce dernier dit au 
maître: «Seigneur, et le luth .3" On lui donna un luth; il 
en joua à merveille et charma l'auditoire par son chant. 
Nouvelle objection de l'huissier : « Seigneur, dit-il à Ibn el- 
Moudebbir, nous avons dans notre voisinage un vieil ha- 



CHAPITRE CXXI. 17 

>i JULi *-À_^ Si)-^' U^ ^**^' ^^-kits^U am ^ij*>sj>-! ^jUJiJl 

(j*,L»Jîj_j ^ wj~«i> V.^* b-?*"*^ j!=^<*lj J)5-S*i^lî J^ ^y^^ 

jJiji^\ j.x^ -^\i \J^^ 0*^^' ^J^.^^ i jSjl^\ ^j5A.i ib;*«iJ| 

jj iJLA_^jî^ *J^t ^^ t^^-ls;», i«X^ jO^Jir!^ O""'^/' Aâ^XÀj (J^*Wk^ 

4^^-S^ <-^^W^'*i> y-fr'*-* *»X=»-Î_^J »^lLx=wi jjî^ W^ (^4^ *)>J^ 

chémite qui instruit les esclaves musiciennes : il en sait plus 
que cet homme. » Le cheïkh fut introduit et obtint l'avan- 
tage sur le parasite. Comme on allait le chasser, le parasite 
réclama un tonhour; on lui apporta cet instrument, il en joua 
d'une façon supérieure et chanta avec un art achevé. «Que 
Dieu glorifie Monseigneur! s'écria de rechef l'huissier; notre 
voisin un tel, l'accapareur de grains, est plus habile que cet 
homme. » L'accapareur en question fut appelé, et l'on trouva 
en effet son jeu plus savant et plus agréable. Ibn el-.Mou- 
debbir, s'adrcssaiit alois au j)arasite, lui dit: « Nous avons 
mis toute notre bonne; volonté à ton service, mais ton talent 
n'a réussi cjii'à le faire j(!ter à la porte de céans. — Sei- 
gneur, répondit le parasite, il me reste encore un lalcnl 
reniar(|iial)le. — Lequel? demanda \(\ prince. — \eiiillez 
me faire aj)|)orter une arbalète et cinquante halles de plomb; 
{(ue l'huissier se lieinie accroupi sui- ses hras et sur ses 
jandies, je lui déchargerai loules mes balles clans le derrière, 
et si une seule mancpie h; but, lai (es-moi cou|)er le cou. » 
L'huissier hurlait épouvanté; mais Ibn el-Moudebbir Irou- 



18 LES PRAIRIES D'OR. 

*X^^^iwiii ijj^ l$«X».l J.*>3 îj.Aits».ls (\jv3l^Uj.^U ^^X^ 

f- 
jjb*JJ l» jUii !tX_£û JJL* Ly**^ (l^♦ i^JC^wi/t t_>l> <^j (jLxÀlaJi 

u A^JL« »j_xjLJj yij«*J5 (j^ Ai^^à U J,5 *Xr»-l_jii ^j^ :>«Xxî! 

vant là une occasion de satisfaire son mécontentement, et 
considérant qu un pareil châtiment serait justement infligé 
au serviteur négligent qui avait permis à un parasite de 
s'introduire au palais, ordonna qu'on apporta deux bâts, 
les fit poser l'un sur l'autre et fit attacher le malheureux 
huissier par-dessus. On remit ensuite une arbalète au para- 
site ; celui-ci se mit eu devoir de tirer et ne manqua pas le 
but; puis, lorsqu'on délivra sa victime, qui gémissait de 
douleur: «Eh bien, lui demanda le parasite, y a-t-il chez 
Monseigneur un meilleur tireur que moi? — Cornard! 
s'écria l'huissier, pour ce qui est de prendre mon dos comme 
cible, je conviens que non. » 

Les anecdotes de parasites offrent de l'intérêt; telles sont, 
par exemple, celles relatives à Bounan, son aventure chez 
Motewekkil à propos de la friandise nommée louzinedj (es- 
pèce de nougat), et lorsqu'il se mit à compter à partir de 
un en suivant la progression numérique. Cette histoire et 
celle d'autres parasites sont rapportées avec tous leurs dé- 
tails et au complet dans les Annales historiques cl le Livre 



CHAPITHK CXXI. 19 

^ Lj: ll*JL v^^i îJv^ i ijy Ui^ Jl$Ji^ -UUl^ ^^i^ii 

(♦X-rS-* y>-^^>-;?>*^5 ♦^H^ {J^J^ dlA^M^ tiiXwî ipJ»" (i^^ 
tj c:^-jl^ ^^l^^j-»aJi J) «X-S-j J^i^i^ jwv3b:5 c^^^^ ».::*,.^Sri 

^^_i.À~J AK-«kï ^LiUi c:a>j\^ AAi»-LL iixjj-iJt i^j ^ Qiiws 1X5 

moyen. Nous uous bornons ici à citer sur ce sujet quelques 
traits qui ne se trouvent pas dans nos autres ouvrages. 

Mouhtadi-Billali avait fait de l'équité el de la religion le 
but dv. sa vie; il aimait à s'entourer de savants, il élevait 
la position des jurisconsultes et les cx)mblail de faveurs. 
«Enfants de Hacherii, disait-il souvent, laissez-moi suivre la 
roule suivie par Omar, fils d'Abd el-Aziz, afin que je sois 
parmi vous ce que le bis d'Abd el-Aziz fut parmi les Omeyya- 
des. » Il diminua le luxe des vêtements, des tapis et de la 
table; il fit tirer du trésor royal les vases d'or et d'arj^ent, 
et ordonna qu'on les brisât pour les convertir en dinars et 
en dirherais. Par son ordre, on cflaça les figures peintes 
([ui ornaient les salles; on lua les béliers et les coqs (\iw l'on 
faisait battre en présence des Khalifes, et les bètes féroces 
enfermées (dans la ménagerie royale) eurent le même sort; 
il proscrivit les tentures de brocart et, en général, tous les 
lapis dont l'usage n'était pas autorisé par la loi religieuse. 
Tandis que la table dt; ses prédécesseurs avait coûté rlix 



20 LES PRAIRIES D'OR. 

(j^ îfcJLiMJ >-*-*»; -îH^^ cIh^j 1-^3 o_j-*» v.j>- <^A3 <x^j j^j 

mille dirhems par jour, il se contenta, pour la sienne et 
pour son entretien, d'une somme de cent dirhems par jour, 
sur laquelle il faisait des aumônes. On raconte que lorsqu'il 
fut assassiné on enleva ses effets de l'endroit où il s'était ré- 
fugié (cf. ci-dessus, p. 9) ; on aperçut un coffre cadenassé que 
l'on supposait rempli d'or et de bijoux ; on l'ouvrit et on 
n'y trouva qu'une djabhèh de laine ou de crin et l'un collier 
de fer {gall, espèce de carcan servant d'instrument de mor- 
tification). Un de ses serviteurs, que l'on interrogea à cet 
égard, répondit en ces termes: « Dès que la nuit était venue, 
Mouhtadi mettait ce cilice, se passait ce collier autour du 
cou, et jusqu'au matin il ne cessait de se prosterner et de 
prier; il dormait un peu après la seconde prière du soir et 
se relevait ensuite. » On ajoute qu'un de ses favoris se 
trouvant près de lui avant sa mort et au moment où, la 
prière du coucher du soleil terminée, il allait rompre le 
jeûne, lui entendit prononcer la prière que voici : « Ô mon 
Dieu, il est avéré que, selon le témoignage de ton apôtre 
Mohammed, il y a trois sortes de personnes dont la prière 



CHAPITRK CXXI. 21 

*>o^ JiUJi -Uiiî 5_^i »^i AMi ^^fi -0-&J c^^" ^ Ai'5\S Jlï 
p^ili^ bij p^jALai! «_5^i3 (^■^ ci^ J<Xxl! tj (^w».*j cj<X4>| 

l^_jA> O^jmiAj^ U^^"'^ r /^ ' '^ u ' cÏJ"*^ <ÎUvjA^ ^j^ c.^* Lt«* 

n'est jamais repoussée : la prière d'un imam équitable, or 
je me suis efibrcé d'être juste envers mon peuple ; la prière 
de l'opprimé, et je suis moi-même un oj)primé; la prière 
du jeûne jusqu'à l'heure où l'on rompt l'abslinence, or je 
suis en état déjeune;» et après cette oraison il invoqua la 
vengeance de Dieu contre ses enneniis et sa protection 
contre leurs violences. 

Salih (fils d'Ali) le Ilacliémile raconte le fait que voici: 
« Je me trouvais un jour chez Mouhtadi lorsqu'il jugeait les 
affaires criminelles ; la facilité avec laquelle on avait accès 
auprès de lui, les dépêches qu'il envoyait dans toutes les 
directions pour le redressement des griefs qui lui étaient 
déférés, fout cela excitait mon admiration. Je l'observais du 
cojn de l'œil lors([u'il était absorbé par la lecture des pièces 
de procédure, et, s'il levait les yeux vers moi, je m'empressais 
de baisser la tête. Il semble qu'il devina ce qui se passait 
en moi, car il me dit: «Je crois que tu as une pensée se- 
crète que tu voudrais me faire connaître. — C'est vrai, 
Prince des Croyants, » répondis-je. H se tut, mais l'audience^ 



22 LES PRx\IRIES D'OR. 

o»»j5j U O^Àwww^iUx^ *X3 dL jl^ JUi (jy-«.**-5 i^y^2^ jju)\ 
tj^ ».-£iy-i dLJi 4^ c;j»_JL5'*Xâ Jlii *j«j cxXjii ^jl^ii (>Xis? 
A ^ » (5 il ^j-N-c^ Ji^lo «^^Ji^ ^^UJi j.xaJI (j^ ^^^ J^î cj- 

terminée, il m'ordonna de rester à ma place et s'éloigna. 
Après une attente assez longue je fus appelé près de lui; 
je le trouvai assis sur la natte qui lui servait quand il 
récitait la prière. «Salih, me dit-il, veux-tu me faire part 
de tes réflexions, ou préfères-tu que je te les fasse connaî- 
tre? — Sire, répliquai-je, il vaut mieux que vous parliez 
vous-même. — Je crois bien, continua le prince, que, tout 
en approuvant ce qui se passait à l'audience , tu te disais : 
Quel Khalife ce serait s'il ne professait les croyances de son 
père touchant la CTéaiion àw Roran ! — C'est vrai, répon- 
dis-je. — Telle a été, en effet, mon opinion pendant long- 
temps, continua Mouhtadi, jusqu'au jour où fou amena k 
Watik un vieux docteur versé dans la jurisprudence et les 
traditions, qui habitait Adanah sur la frontière syrienne. U 
entra enchaîné : c'était un homme d'une haute taille et d'un 
aspect vénérable. Après avoir salué le Khalife sans la moin- 
dre frayeur, il lui adressa ses vœux en termes concis. Je 
remarquai que le Khalife le regardait furtivement avec une 
sorte de confusion et de pitié. « Vieillard, lui dit-il, réponds 
aux ((uestions qu Abou Abd Allah Ahmed, fds d'Abou 
Douad, \A t'adresser, — Prince des Croyants, répliqua le 



CHAPITRE CXXl. 23 

^liC/s^Lo *Xi ^^'î^î *^^]^ iJ_j.IiUJlt /y* oij«Aiîj^ J^Ju Js^^i 

(^jJî ^j^o 5Xj (jj*>Ji i idi».î:> (jiyiii t3-^sis? Jyiîl ^J^ L-aJI 

*.^«Xj ^ U Ji y*<U!î c;>^fii ,Ui Jlï l-|^^ Jl* ^^^J x*î 3^ 

cheïkh, Ahmed est trop insuffisant et incapable de soutenir 
la discussion. » Je vis alors la colère succéder chez Watik 
aux sentiments de sympathie et de compassion qu'il avait 
éprouvés d'abord. « Abou Abd Allah incapable de soutenir 
la discussion! s'écria-t-il. — Calmez-vous, Sire, reprit le 
cheïkh ; me permettez-vous de lui adresser la parole } — 
Je te le permets, » fit Watik. Le cheïkh, se tournant alors 
vers Ibn Abi Douad: « Ahmed, lui dit-il, quel est le dogme 
que tu veux faire adopter ? — Que le Koran est créé, « 
répondit Ahmed. Le cheïkh reprit : « Le dogme (|ue tu 
proposes aux Musulmans, à savoir, que le Koran est créé, 
fait sans doute partie intégrante de la religion, laquelle ne 
peut être complète que par la profession de ce dogme? — 
Assurément, répontlit le docteur. — L'apotre de Dieu, 
continua le vieillard, l'a-l-il enseigné aux hommes, ou les 
a-t-il laissés libres a cet égard .3 — Il les a laissés libres. — 
L'apotre de Didu connaissait-il ce dogme ou l'a-lil ignoré? 
— Il le connaissait. — Pourquoi donc veux-tu imposer une 



2 LES PRAIRIES D'OR. 

IXxXc (^Xji\j (Xaj^ a.Kc-*.àX| i^^Ji v^xJI ^oljO jj 4Mi Jb 

j..* 4Mi Jjjj 0..^ j^A-i^î «X^ç-i L> ii^Lw «Xxj ^ Jlï AjfiUjb 
4Mt Jj— «*; .ÎO«-A_j Ltf U,J) ,j*.UJî cy^«à ^Jî »«Xi£> dl.AJlJU 

croyance que le Prophète n'a pas enseignée, et à l'égard 
de laquelle il a laissé toute liberté ? » Ahmed garda le si- 
lence. «Prince des Croyants, s'écria le vieillard, voici le 
premier point établi; » et, après une courte interruption, il 
reprit en s'adressant à Ahmed : « Dieu a dit dans son saint 
livre : Aujourd'hui j'ai complété votre religion et je vous ai 
comblés de la plénitude de ma grâce ; il m'a plu de vous 
donner l'islam pour religion [Koran, V, 5). Or, tu soutiens 
que la religion n'est jxirfailc que par l'adoption de votre 
doctrine sur la création du Koran. Lequel est le plus véri- 
dique, Dieu lorsqu'il déclare la religion complète et achevée, 
ou toi lorsque tu la déclares incomplète ? » Ahmed ne ré- 
pondit rien.« Sire, continua le vieillard, voilà mon deuxième 
argument, » et, après un court silence, il reprit en ces ter- 
mes: «Ahmed, dis-moi comment tu expliques cette parole 
de Dieu dans son saint livre : Ô Prophète, fais connaître 
tout ce que ton Seigneur t'a révélé, etc. [ihid. V, 71). Or, 
celte doctrine que tu veux répandre parmi les fidèles, l'Apô- 
tre l'a-t-il enseignée à la communauté musulmane, ou s'est-il 



CHAPITRE CXXI. 25 

tj^ L^^ JyiJî Jî_j l^Jt (j^Ui cj.^:> ^î » JvJû ^JUu cj^ 

fc>*ol Jo Js-î-î JliJ ^ -I /C^^ dI*M^I (ji AXA».^^! ytyiii i^ii^ 

Jî *_-^_>^ Oj-i ^ -ft (•-*-» J^ (M^ ^' cs^j <jM^ dU js5^ 

^^^ a^K-A-* '>^ ^— t*J »Jy>S iytksi ,>3l^il Jt? ^- AjUt^il^ 

abstenu de le faire?» Nouveau silence de son adversaire. 
«Sire, tel est mon troisième argument, « fit le cheikh, et 
après une interruption de courte durée : « Ahmed, reprit-il, 
réponds-moi : s'il connaissait la doctrine que tu professes 
et que tu veux faire adopter touchant la nature créée du 
koran, le Prophète avait-il le droit de la passer sous silence, 
ou n'avait-il pas ce droit? - Il l'avait,» répondit son inter- 
locuteur. Le chcïkh reprit: «Il faut donc en dire autant et 
d'Abou Bekr, et d'Omar, et d'Otman, et d'Ali? que Dieu 
les agrée!» Ahmed répondit afTirmalivement; le cheikh, 
s'adressant alors à Watik : «Prince des Croyants, lui dit-il, 
si une liberté laissée au Prophète et à ses compagnons nous 
était refusée, Dieu serait rigoureux envers nous. — C'est vrai , 
dit le Khalife, Dieu ne peut, sans injustice, nous refuser ce 
qu'il a accordé à son Apôtre et auxcom])agnons de l'Apôlrc; » 
et sur-le-champ il le ht délivrer de ses chaînes; mais, lors 
qu'on voulut les lui ùler, le vieillard les attira à lui avec 
force ; le |)rince le laissa faire el lui en demanda l'expliai- 
tion. «Mon intention, re[)iil le vieillard, élail en elfet de 



26 LES PRAIRIES D'OR. 

retenir ces chaînes et de les garder ; j'aurais recommandé 
en mourant qu'on les plaçât entre mon linceul et mon 
corps, afin de pouvoir dire (en paraissant devant Dieu): 
Seigneur, demande à cet homme ton serviteur pourquoi il 
m'a fait enchaîner injustement et pourquoi, en me traitant 
de la sorte, il a jelé l'alarme dans ma famille. » Watik, le 
cheïkh et tous les témoins de cette scène répandirent des 
larmes. « Vieillard, lui' dit le prince, pardonne-moi. — Sire, 
reprit-il, je n'étais pas encore sorti de ma demeure que je 
vous avais déjà pardonné, par resjject pour le Prophète et 
pour les liens de parenté qui vous unissent à lui. » Un 
rayon de joie éclaira le visage de Watik et, dans sa satis- 
faction, il voulut retenir le vieillard en lui promettant son 
amitié. « Il est plus profitahle pour moi que j'habite à la 
frontière, reprit le cheïkh; mais je suis chargé d'années et 
j'ai une prière à vous adresser. — Demande-moi tout ce 
que tu voudras, dit le Khalife. — Je prie le Prince des 
Croyants de m'autoriser à retourner dans le lieu d'où j'ai 
été arraché par l'ordre de cet homme injuste. » Le Khalife 



CHAPITRE CXXI. 27 

«xJI^ <;i^-il ^^S>^^ o»-»^_* U_5 <l-^j (J-* 4^' 2^^ cxi^ jt 
i..iï»^ («^^^ (j* c^"^**^» (j*^* t~^-5 if^-X-l] Q-c aKx^j yis (j^ 

^j\^^ <->U*Jl (jlkA^^ ci>Js-a- Jlïj 4ML t^«XA^ii A>^ t^X» 

y consentit et lui offrit une récompense, cfue le vieillard ne 
voulut pas accepter. «A pai'tir de ce moment (ajoutait 
Mouhtadi), je rejetai la doctrine en question, et je suppose 
que Watik la rejeta lui aussi. » 

Le même Salih rapporte le fait suivant, Mouhtadi exa- 
minait, un jour, les catalogues des bibliothèques (royales) 
lorsqu'il aperçut sur le dos d'un de ces registres les vers 
suivants composés y)ar le Khalife Moulazz et écrits de sa 
main : 

Je sais comment la médecine peut guérir le mal dont je souffre, mais 
j'i|rnore le remède contre le mal d'amour cl ses pcrlldios. 

Je supporte la fièvre avec patience, mais l'amour me troidjic et m'a- 
gite; il est étrange que je sois à la fois-si patient et si inipiiet. 

La souffrance peut effacer chez d'autres le souvenir de l'amitié, elle 
ne me fera jamais oublier ([ue je vous aime. 

Non, je ne me lasserai point de l'objet de ma tendresse, et je voudrais 
à tout jamais être avec lui ou l'avoir avec moi. 

Mouhtadi-Billah fronça le sourcil en disant: «l/auleur 
était un jeune honnnc et soumis aux suggestif tus de sou 



28 LES PRAIRIES D'OR. 

^jj-iIj-Â5! «x_5 *La5 <îu£?; UAfi o^jI^ Jlij o^jjSi (^jLo^I 

Jlij o»^! -0-jbl (3j.3 L» J JliJ <eJ> *UuJt J! jiâJlj J_^i^.xil^ 
L» (i JLJL» (^À^^Îj,A^i L i<)vAWî «XÀ>« ^^La*j i3-«î; cK^ o\..^* 

âge;» cependant ou le surprit souvent répétant le premier 
vers de cette pièce. 

Un de ceux qui fréquentèrent Mouhladi avec le plus 
d'assiduité, Mohammed (fds d'Ali) Rebyi , homme d'un 
commerce agréable et versé dans les connaissances histo- 
riques, raconte ce qui suit: «Je passais souvent la nuit en 
compagnie de Mouhtadi; pendant une de ces veillées, le 
prince me demanda si je connaissais les paroles recueillies 
par Nawf de la bouche d'Ali, fils d'Abou Talib, une nuit 
qu'il veillait auprès de ce Khalife. — Oui, Sire, répondis-je, 
voici le propre récit de Nawf: « Une certaine nuit je remar- 
« quai qu'Ali allait et venait de sa chambre au dehors les 
« yeux fixés au ciel; ensuite il s'approcha de moi et me de- 
« manda si je dormais. — Non, Prince des Croyants, lui 
« répondis-je, je vous observe furtivement depuis que la 
«nuit est venue. — Nawf, reprit Ali, heureux ceux qui 
« ont renoncé à ce monde et qui n'aspirent qu'à la vie fu- 
«ture! Cette terre, œuvre de Dieu, est pour eux un tapis, 
« la poussière un lit, l'eau une boisson délicieuse, le Koran 



CHAPITRE CXXI. 29 

ii 3Î jo— T.- -t^-fi'j 'M-J'j OOÎ^ iCxÛlsfc. jUajJj iùceU»- V.>^ 
iLtJâ-* ^e^-^HS^ <J"^^ tr» «X^»-^^ i$^:> (**t"*^ ^X-s»-^ <_..-^s-! 

tj A_^y_j !^-jà. «X_jj^ J^ï 0,>> «i **«wl c:aJo «Xx!^ <\lai6? 



ij-» 



«et la prière sont leur occupation incessante (littéral, leur 
«vêtement intérieur et extérieur). Ils ne considèrent ce 
« monde que comme un prêt et suivent la voie tracée par 
» Jésus, fils de Marie, sur qui soit le salut ! Sache, 6 Nawf, 
« que Dieu révéla à son serviteur Jésus les paroles suivantes: 
" Dis au.x fils d'Israël de n'entrer dans mon temple qu'avec 
«un cœur soumis, des regards modestes et des mains pu- 
« rcs ; fais-leur savoir que la prière de celui d'entre eux qui 
« aura commis une injustice envers un de mes serviteurs ne 
«sera pas exaucée.» Mohammed (fils d'Abd Allah) Rebyi 
ajoute : « J'affirme que Mouthadi écrivit de sa main la tradi- 
tion qui précède, et que plus d'une fois je le vis, au milieu 
de la nuit, dans la cellule où il se recueillait en Dieu, mur- 
murer en pleurant: «Nawf, heureux ceux qui ont renoncé 
h ce monde et ([ui n'aspirent ([u'à la vie future, » etc. jus- 
qu'à la lin de la tradition ; il en lut ainsi jusqu'.ui jour où 
il fut assassiru' par les Turcs. » 

V'oici niainlcnant ce que rapporte Mohammed, lils d'Ali: 
" Un jour, je nie trouvais seul avec Mouliladi et nous nous 



30 LES PRAIRIES D'OR. 

p 

jj^jLj ^JA3C' l^!5Uai Uû,^^^ W^^X>-? ^-W-^^^ «xcj-w^ UjjJl 

L^_AJj aJoI ^5-^ i3-^«s*- ^■■*-* *^ dUi (3->" t5<^^'^^ Jl* W^' 

entretenions des misères de ce monde, du penchant qu'il 
inspire aux uns, de Téloignement et de l'aversion qu'il ins- 
pire aux autres. « Prince des Croyants, lui dis-je, se peut-il 
« qu'un homme intelligent et capable de comprendre avec 
«sa raison les malheurs de ce monde, ses révolutions, ses 
« chutes rapides et les déceptions qui s'attachent à sa pour- 
« suite, se peut-il que cet homme aime le monde et s'y ac- 
«climate? — Il a raison de le faire, répliqua Moulitadi; 
«l'homme a été formé du limon de cette terre, qui est sa 
«mère; il s'y développe et y vit; il y trouve la subsistance 
« que le destin lui assigne; il tire d'elle son existence et re- 
« tourne dans son sein ; elle suffit à tous ses besoins, c'est là 
«qu'il gagne le paradis, et le monde est comme l'origine 
«de sa félicité, comme un passage qui conduit au ciel les 
« hommes vertueux. Comment donc n'aimerait-on point une 
« roule qui mène ceux qui en sont dignes à un séjour où ils 
" jouiront éternellement de plaisirs im[)érissables? «D'autres 
attribuent ces paroles à Ali, fds d'El-Huçeïn (fils d'Ali, fils 
d'Ahoii Talib), qui les aurait adressées à (juolqu'tin (pii fin- 



CHAPITRE CXXl. 31 

LAJ«XJi ^«>w^ (;J?r-S»- fc-Jlo J;i /jJ '^ ^j:\JL«^l wyol -^ (j^ 

tyr? (P»*-** (^ «^-î*' Q-^ ♦^^ (J^ t^ *j' fi-^j^. (j^^ CJV^^3 

^J*LÀJî ^>Ji5!^ c^JUa jj (^ I^ (jj (j??-«**^ (j^ (i^ (:>■? '^; 

^3^ Js-vâj 4^ Ji u AK^i (j^j..|Jà^ ' CU^Jjyj ^-^^ JUj j^yi Jl5î 
ii y-tf *r-^^ j^' ^*-*-'^' C:^» fî^y^J JUloiJI^ ^'Lm.âJÎ JOa 

tcrrogeait sur ce sujet ; elles sont tirées d'un discours dans 
lequel le Khalife Ali, fils d'Abou Talib, a fait Féloge de ce 
monde et a censuré ceux qui lui jetaient le blâme. Il en a 
été déjà parlé précédemment dans le chapitre intitulé : De 
la piété d'Ali et autres détails suj^ sa vie (cf. t. IV, p. /ià'2 
et suiv.), 

La révolte du chef des Zendj éclata à Basrah , sous le 
règne de Mouhtadi, en 5(55 de Thégire. Cet homme s(; faisait 
passer pour Ali, fils de Mohammed (fils d'Ahmed, fils fi'Yça , 
fils de Zeïd, fils d'Ali, fils d'EI-Hucein, fils d'Ali, lils d'Abou 
Talib) ; mais, selon l'opinion générale, celle généalogie est 
fausse et doit être rejelée. Il ('tait originaire d'un village 
nommé Verzenîn, qui dépend de la province de Rey. Sa 
conduite prouve que l'aecusation portée contre lui d'ap- 
partenir à la secte des Kharédjites nommés Azrakites est 
fondée; en effet, il tuait les femmes, les enfants, les vieil- 
lards et tous ceux dont la vie doit être épargnée, ce qui 
prouve combien celle accusation est légitime. On a conservé 



32 LES PRAIRIES D'OR. 

l.w-J^| ^ J^Jm <x.».la..rfc. >1^ ^^^ dlJiNo <X^Mi.j J>>lJiJt (^^^Vamj 

Sj^^Y^ {J^S ^y^^ àjUajl ^jl^ \[^j-W [^ t_>jj*>JI ^^ yl^ 

L»^ SjlA.:^i oi.À.0 (j-« J^i Mo^ ^>-^^ IajLj S^Î jj.» yo U^ 

cFailleurs une de ses allocutions, qui commence par ces 
paroles (profession de foi des Kharédjites) : « Dieu est grand, 
Dieu est grand ; il n'y a d'autre dieu que Dieu ; Dieu est 
grand ; à Dieu seul appartient le commandement ; » en 
outre, il soutenait que tout péché rend infidèle. Se met- 
tant à la tête des Zendj, il se révolta à Bir Nakhl (le puits 
du palmier), entre Medinet el-Fath et Kerkh-Basrah, le 
jeudi troisième jour avant la fin de ramadan, 255 de l'hé- 
gire; il s'empara de Basrah en 257, et fut tué le samedi 2 
de safer 270, sous le khalifat de Moutarnid-Alallah. Il 
existe plusieurs ouvrages consacrés à l'histoire de sa vie et 
au récit de ses guerres. Le premier auteur qui écrivit l'his- 
toire de ce rebelle, les origines de sa manifestation, son 
expédition contre le Bahrein et ses démêlés avec les Arabes, 
est Mohammed (bis d'EI-llaçan, fils de Sehl), neveu de FadI 
(iils de Sehl) , vizir de Mamoun et surnommé Dou 'l-riaseieïii; 



CHAPITRE CXXI. 33 

c est le même Mohammed dont on connaît les rapports avec 
le Khalife Mouladed-Billah; nous en avons parlé ailleurs et 
nous avons raconté comment ce prince finit j)ar ordonner 
qu'on le plaçât sur un feu ardent où sa peau s'enfla et gré- 
silla comme celle d'un poulet qu'on fait rôtir. (Voir ci-après 
chap. cxxiii.) 

On trouve aussi des renseignements sur le chef des Zendj 
dans l'histoire des Mobaiidites et dans les livres de celte 
secte; lout ce qui concerne ce rebelle, ainsi que l'origine 
des Bellalites et des Saadites à Basrah, se trouve dans noire 
Histoire moyenne, ce qui nous dispense d'y revenir i(;i ; 
cependant nous dirons encore quelques mots, en temps et 
lieu, du chef des Zendj cl des circonstances relatives à sa 
mort. 

En la même année 2.^;") ou, selon d'aulrcs.en :)5G, Ann- 
(fils de Bahr) el-l)jahiz mourut à Basrali, pend, ml le mois 
de moharrem. Alxslraclion faite de ses ih/'orics sur lolina- 
nisme (cf. t. VI, ]). 55), on ne rorinaîl pas parmi l(!s Iradi- 
lionnistes et les sa\anls (raulcur plus (ccond (pu* Djahiz. Il 

\ui. 3 



34 LES PRAIRIES D'OP.. 

iUjJo jf^s^ (j^j J|jj5 Jî «Xr=- (j.» ^^jJ!»- t*U»Jl iLoL^j t5J^' 

(^JV-AAiJîj (jUajI t_>lxJ ^■fr'*-* (jl-t**J»- <-Ji3 AÎ^ *JM^ ^ib (J! 

jL*-4ii)î j^^^ j»_jJâ.ÀJtij ji^jwi-ll (^j aa3 j^jt AjiJ Lj^l ^j 

^^^*5^^ssvji V^"^ (:5%.AàkJI v^ u'.^*^ V^ ^ c^^^ 

est vrai que Abou '1-Haçan Medaïni a écrit îui aussi un grand 
nombre d'ouvrages , mais cet auteur se borne à rapporter ce 
qu'il a recueilli, tandis que les écrits de Djahiz, malgré 
leurs tendances hérétiques bien connues, charment l'esprit 
du lecteur et lui apportent les preuves les plus évidentes. 
Ces écrits sont bien coordonnés, rédigés avec un art parfait, 
admirablement construits et ornés de tous les attraits du 
style. L'auteur, lorsqu'il craint de provoquer l'ennui ou la 
lassitude, passe habilement du sévère au plaisant et quitte 
le ton grave de la science pour celui de la narration enjouée. 
Parmi tant d'ouvrages remarquables, il faut placer en pre- 
mière ligne le Livre de l'exposition et de la démonstration, 
ouvrage mêlé de prose et de vers, plein de poésies brillantes, 
de récits intéressants et de beaux discours, et qui est de 
nature à satisfaire pleinement celui qui ne lirait que ce seul 
ouvrage. Citons aussi le Livre des animaux, le Livre des -pa- 
rasites, le Livre des avares et d'autres écrits non moins par- 
faits, où l'auteur ne cherche pas à dénigrer le parti d'Ali, 



CHAPITUE CXXI. 35 

(1) iw 



-^ lot» aJL«j «Xj^i skS:^ j^^^ (j^ rtv^'^t l*^V^ ^1^ 
/j_C 5»JL»«»*i L^x» c:jU ^^Ji *K*JÎ i <>oIï*Xa3Î (j^ a^u<aAiî (j^ 

if>3^j.s- i<SJù} jyà'^l\^ JkXÀAoJL (jjX'Siî AJUaj (JJaj qI^ fiiA^ 

ni à combattre la vérité et le droit. En un mot, aucun 
docteur moutazélite parmi les anciens et les modernes n'est 
plus disert que Djahiz. Cet écrivain. avait été au service 
d'Ibrahim beii Sayyar en qualité de page : il recueillit son 
enseignement et reçut ses leçons. 

Yemout, fds de Mozarrâ, dont Djahiz était l'oncle mater- 
nel, raconte le fait suivant: « Quelques habitants de Basrah, 
amis de mon oncle, vinrent le visiter pendant sa dernière 
maladie et lui demandèrent de ses nouvelles; il leur ré- 
pondit : 

Je souEfre d'un double mal : les douleurs physiques et les dettes. " 

Et il ajouta: «Je suis en proie à des maladies qui se 
contrarient Tune l'autre et dont une seule suffit pour faire 
craindre la mort; mais, continuait-il eu faisant allusion à 
son âge, la plus grave est d'avoir soixarile-di\ ans passés. • 
Kn effet, au rapj)ort du même Veniout, (Ils do Mo/.arrâ , 
le coté droit du corps de Djaliiz était le siège d'iuio inllam 
malion si vive, ([u'il fallait sans cesse le; IVotIcr avec un 
baume de santal cl (!<■ ('.niqjliic, laiidis (pir le rCAv g.iuclir 

3. 



36 LES PRAIRIES D'OR. 

ooiA^!^ jJo<>vj dU «Xj (.:>M«j(j'! «xj» /O cxAa5 (jmUjI ^\ys»- j 
jL-S y^ A-r^-îj dU U iii-«!5\.è (^j<ki:.ïj viljji^j oot^îj kil^^^l*^' 

jlxlsil! tXj».jt3 oot^w tXJJ ti jlï il-waXiili (jaxj c:><X*âASÎ ^X» 

* 

jj *i o— A_«_A« jî Ujy— ît* AaaJ^Î »5^l,<i iU»x.J j, /Js '^^_^ ^ 

i^ (J.4 iij».Al3 (J-^-*^ (J° «Xïj i>lA> jlx*w5j (jl-tAAC*. jiIatwI *ij 



(j^ 



était tellement engourdi et glacé, qu'on aurait pu le taillader 
à coups de ciseaux s^jis qu'il ressentît la moindi^e douleur. » 

«Voici, ajoute Yeniout, ce que nie racontait mon oncle 
Djahiz : « J'ai connu à Basrah un homme qui, du matin au 
soir, ne s'occupait qu'à soulager l'infortune. — « Vous épuisez 
vos forces , lui dis-je , vous usez vos vêtements , vous surmenez 
votre montui'e et tuez de fatigue votre esclave ; vous ne 
vous accordez ni trêve ni repos ; que ne vous modérez-vous 
un peu?» Voici sa réponse: «Ni le chant des oiseaux ga- 
zouillant dès l'aurore à la cime des arbres, ni la voix mé- 
lodieuse des chanteuses s'accompagnant sur le luth, n'ont 
pour moi autant de charmes que la mélodie d'un merci 
prononcé par ceux que je secours et à qui je rends service. » 

Yemout s'abstenait de rendre visite aux malades, de peur 
qu'on ne tirât un fâcheux pronostic de son nom (qui signifie: 
il meurt ou mourra). 11 a laissé des récits intéressants et 
de belles poésies ; domicilié à Tibériade, ville du district du 
Jourdain en Syrie, il y mourut après l'an 3oo de l'hégire. 
C'était un homme instruit, adonné à la spéculation philo- 



CilAPITUE CXXl. 37 

(^-> uK-^V* ^ J^ '^^ ^j J'^^^ fi^jA^^ jiàx}\j, jfcotil J.a>\ 

(j~J ^~^y—^. ^y—i' <Jj-*rî ^■^j iNjt» eij^Xjr^ (^j'^j^ ^jvJCJoi i(À.M 

(I) w.,. 

c:a_a_Lj !i>I ^.•*^'-i ij^ ^l^ (j<25 «Xjij (^^* '--i;"1r'**'^ »Xi^ 

sopliiqiic, plein d'habileté el de talent dans la controverse. 
Son fils, nommé Mouehlehl , est un des poêles les plus dis- 
tingués de notre temps (332 de Thégire) ; c'est à lui que 
s'adressent les vers suivants, composés par Yemout, son 
père : 

Moueblchl, j'ai trait l(! lait de la bonne et de la iiiauvaiso fortune, 
mais ie sort s'est acharné avec obstination contre moi. 

J'ai lutté avec les hommes en toute rencontre et j'ai force les humbles 
et les puissants à se courber devant moi. 

Le sentiment le plus douloureux pour mon cœur est la vue d'un homme 
généreux (pie le sort ciucl déchire de ses morsures. 

Il suffit, pour être accablé de douleur, de contempler la ciiute d'une 
personne de noble origine, tandis que le trône est occupé par des fils 
d'esclaves. 

J'ai privé de sommeil mes yeux appesantis par les veilles, de peur 
que tu t'égares lors(|uc je ne serai plus. 

Mais, par la grâce de Dieu, le Protecteur, je trouverai ma consolation 
dans un fils tel que toi, soit que je vive, soit que je meure. 

Puisse ta force augmenter aprf-s ma mort el (pi'uiic (idamitc' funeste 
i\v brise pas (a carricn! 



38 LES PRAIRIES D'OR. 

iL_A-ik_3 <X-J* ^) iX..«)^ (jmIaxjI Ui (^Sj^ iCÂAw /WtwMkf^ Lf*-^ 

Proclame que ton père était prodigue de son savoir, et, si l'on te de- 
mande le nom de ton përe, réponds : Yemout (il est mortel). 

Le monde entier (litt. les absents et les voisins) reconnaîtra en toi un 
mérite tel que la calomnie ne peut le détruire. 

Les autres détails intéressants qui concernent le règne 
de Mouhtadi se trouvent dans nos écrits précédents. Dieu 
est le dispensateur des secours. 

CHAPITRE CXXII. 

KHALIFAT DE MOUTAMID. 

Moutamid (Ahmed, fils de Djâfar Motewekkil) fut salué 
Khalife le mardi quatorzième jour avant la fin de redjeb, 
2 56 de l'hégire, à Tàge de vingt-cinq ans. Son surnom pa- 
tronymique était Abou 'l-Ahhas ; sa mère, esclave originaire 
de Koufah , se nommait Fitian. Moutamid mourut dans le 



CIIAIMTHE CXXII. 39 



i AÀ.W 



^A_^ ^^j (i^y^ *X-^I j,l <XAiwi jji *X^*ii ^i>-j *X-cl« 

(^JCjLv^ (JV M*..^^ ij^-^ if>MH J_J^I ^Jj j>-J,iU<<»^ ^JrtfcA^I -»J 

(^iliJT y^ c-sAJb iOv^J 5^Ài.£ (^•^'^ *lj;!5AJtJ| -^ ^^r^i i_Aj>.Uaj 

mois de redjeb, 279 de l'hégire, âgé de quarante-huit ans, 
après un règne de vingt-trois années. 



BESUMK DE SON HISTOIRE ET DE SA VIE; PRINCIPAUX 
ÉVÉNEMENTS DE SON RÈGNE. 

En arrivant au pouvoir, Moutamid Alallah confia le vizi- 
rat a Obeïd Allah (fils de Yabya, fils de Kliakân), ancien 
ministre de Molewekkil. Après la mort d'Oheid Allah , le 
Khalife lui donna pour successeur llacan, lils de Makhled; 
après celui-ci il nomma Suleïmaû, (ils de Wehb, cl plus 
lard Saèd. 

Le jeudi [)remier jour de la lune de rébî I, 268 de 
riiégire, il conféra un vêtement d'Iionncur à son frère Abou 
yVhmed Mouafiak et à Alouflih ; apiès quoi il les envoya à 
Basrah [)our combattre le clief des /endj. Moutlib, le Turc, 
livra bataille à ce chef le mardi douzième jour avant la fin 



40 LES PRAIRIES D'OR. 

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de djémadi I de la même année. Atteint d'une flèche à la 
tempe, Mouflih mourut le lendemain mercredi; son corps 
fut transporté à Samarra et inhumé dans cette ville. Mouaffak 
interrompit alors sa lutte contre le chef des Zendj. 

En 260 de Thégire, Abou Mohammed Hacan (fds d'Ali, 
fds de Mohammed, fils d'Ali, fils de Moura, fils de Djàfar, 
fils de Mohammed, fils d'Ali, fils de Huçeïn, fils d'Ali, fils 
d'A hou Talib, que Dieu les ait tous en sa sainte garde !) mourut 
à l'âge de vingt-neuf ans, sous le règne de Moutamid. Haçan 
(surnommé Askeri par les historiens) est le père du Mchdi, 
c'est-à-dire du douzième imam, dont la venue est attendue 
par les Katiites, secte qui fait partie des Imamites, nom 
sous lequel on désigne la totalité des Chiites. Après la mort 
de ce Haçan ben Ali, ces sectaires ne s'accordèrent pas sur 
la personne du descendant du Prophète dont ils attendent 
l'apparition , et ils se partagèrent en vingt groupes. Les 
arguments adoptés de préférence par chacun de ces groupes, 
et sur lesquels ils appuient leur croyance, se trouvent dans 



CIIAIMTHE CXXII. 41 

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notre livre intitulé le Secret de la vie et dans nos Discours 
sur les principes des croyances, avec leur dogme de l'invisi- 
bilité et d'autres points de leur doctrine. 

Le Khalife Mouhtadi avait exilé à la Mecque la mère de 
Moutazz, nommée Kahiliah; Abd Allah, fils de ce Khalife; 
Ismàil et Talhah, tous deux fds de Motewekkil , et Abd el- 
Wahhab, fds de Mountasir. Moutamid, dès qu'il monta sur 
le troue, permit à ces princes de revenir à Samarra. 

En 2G2 de l'hégire, Yâkoub, fils de Leït, surnommé 
SaJ/'ar, entra dans l'Irak à la tète d'une armée nombreuse et 
vint camper à Deïr el-Akoul, localité située sur les rives du 
Tigre, entre Waçit et Badgad. Nous avons raconté dans les 
Annales historiques les commencements de Vàkoub dans le 
pays de Sedjestàn (Seïslàn). Après avoir exercé dans sa 
jeunesse h) métier de chaudronnier [sajfar] , il s'enrôla 
|)aimi les volontaires de ce pays pour combattre les héréli- 
([ues et se joignit au parti de Dirliem, fils de Nasr. Nous 
avons déciit la ville des hérélicjues nommée CAac//Y/A:, voisine 



42 LES PRAIRIES D'OR. 

(j-« (jo Uj ,5^vJa. ii);:>l 0-j ^^ j>*ifc (j_» IàAasj ^a3 U^Jv» 
^Lj'lij^ AJColi <ji â*<Xj ^j>^ civs)]| Qj t_jj.jixj ^Uifc.U Iâx^JuÎ^ 

(jj-*-:^ cij^XJj c:^A.^Î -.^j v5w(**.xs «X^«i5 7^ r^ jyiyM\ yi_i> 

de la contrée du Sedjeslân nommée Aouk; nous avons dit 
comment, par une suite de succès, Yâkoub pénétra jusque 
dans le Zaboulistân , où régnait un souverain nommé Firouz , 
fils de Kebk; son entrevue avec l'ambassadeur du roi de 
rinde sur le pont de Bost ; son entrée à Hérat et à Balkh ; les 
ruses qu'il employa pour s'introduire dans Nisapour et s'em- 
parer de la personne de Mohammed ben Taher (fds d'Abd 
Allah, fils de Taher, fils de Huçeïn) ; enfin comment il en- 
vahit le Tabaristân et y défit Haçan (fils de Zeïd) Haçani. 
Ces détails sont précédés d'une notice sur le Kharédjite 
Hamzah, fils d'Adrek, et de son histoire sous l'administra- 
tion d'Abd Allah ben Taher. C'est ce même Hamzah qui a 
donné son nom à la secte kharédjite des Hamzites. Nous 
avons, en un mot, raconté l'histoire complète de Yâkoub, 
fils de Leit, depuis son origine jusqu'à sa mort à Djoundeï- 
Sabour, district de la Susiane. 

Lorsque Yâkoub vint camper à Deïr el-Akoul, le Khalife 
Moutamid marcha à sa rencontre et s'établit d'abord dans la 



CHAPITRE CXXII. 43 

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(jj-*-^^ Jl-A.ij l^JiJoi. &*Xxj JjCij U>.A»i Qj rO-*^^ VÏ^^ ^^^^ 
*_^\_:s:pi^ Jbj -i.Lâ> xjl J"y:j ^jfe'j J;-*^' (jiU^b^i ^^j s^ 

localité voisine de Samarra nommée Kaïm (samedi 3 du 
mois de djémadi II, année 262). Après avoir délégué Tauto- 
rité à son fds Mufawwad , il s'avança jusqu'à Sib-beni-Kawma 
le jeudi 5 de rédjeb de la même année et livra bataille à 
Salîar, le lundi 9 du niéuje mois, à Adtarboud, entre Sib et 
Dcïr el-Akoul. Salfar fut mis en fuite et laissa son camp au 
pouvoir de l'ennemi avec environ dix mille chevaux et bêtes 
de somme. Sa défaite fut due au débordement de la rivière 
de Sib, dont les eaux inondèrent toute la plaine, et SaiTar 
diîvint ainsi victime de son propre stratagème. Pendant cette 
bataille, il conduisit f)liis de dix charges contre l'armée 
royale, noya Ibrahim, lils de Sima, tua de sa main un grand 
nombre d'ennemis et perça d'un coup de lance le Turc 
Mohammed, fils de Oulamich. Persuadé que ce dernier 
était un eunuque (il admira sa bravoure) et tlit à ses com- 
pagnons : « Je n'ai vu dans leur armée personne qui se puisse 



kk LES PRAIRIES D'OR. 

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^Ua*a_À_â._j jLÀ-AaJI L:^^ ^ïyjiiU (ji^^^^l J,^!' (O-'fr"*'* (JA'^'ÎÎ 
il^*kfcJl_j (^^^JiJi J-i^lj *X^*il (J*"f;^ ^^>xxJ\^ AjL^pI (i»-* (jot^iïij 

comparer à cet. eunuque. » Pendant cette même journée, 
Saffar avait attaqué l'aile droite de l'ennemi commandée 
par Mouça, fils de Boga, et tué beaucoup de monde, entre 
autres un Africain connu sous le nom de Moharkà (visage 
voilé). Saffar réussit à s'échapper avec les officiers de sa suite. 
Poursuivi par l'armée du Khalife, à laquelle s'étaient joints 
les habitants des bourgades et de la campagne, il dut aban- 
donner entre leurs mailis presque tous ses trésors et ses mu- 
nitions. Mohammed ben Taher (fils d'Abd Allah, fils de 
Taher), qu'il avait fait prisonnier à Niçapour, comme nous 
l'avons dit ci-dessus, et qu'il gardait enchaîné, fut alors 
délivré, ainsi qu'un Koreïchite, Ah, fils deHuçeïn. On con- 
duisit Ibn Taher chez Mouaiïak, qui se trouvait au centre 
de l'armée; il lui ôta .ses chaînes, lui donna une robe 
d'honneur et lui rendit toutes ses dignités. 

On dit qu'une autre cause vint se joindre à l'inondation 
du fleuve et au désordre qui en résulta dans la cavalerie et 
détermina la fuite de Safilir. Le deïlemite Noçaïr, affranchi 
de Sàîd, fils de SaHh le Chambellan, qui occupait avec sa 



CHAPITRE CXXri. 45 

^-Jai c:>Îj«XmJ| (j^ ^r^ ^^y*'i ^^À-^^-îî j-^«**<*î \ys>,^ ^1^3 

cy:s^^^x*iMw*JI ^ Jo^î c:^yiÀi Uû^^j cylyjlç^ (jw« o»Js? Jjjr 

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lJLjLi_-k<aJî (^ *-C).^J5 cxjKi («-^-*l;j Cj-« ^J^y^i ^j^^s. i 
^j ^^î djsjù <îoyu« ^ Ji; eAjJîl ^ vy^*^ u' <^^^ bj5^ 

floUille le milieu du Tigre, ayant tourné les derrières de 
Tarmée de Saffar et sa cavalerie, sortit des embarcations et 
alluma un incendie au milieu des chameaux, des mulets, 
des ânes et des chevaux ; on comptait dans Tarmée de SafTar 
cinq mille chameaux de la Bactriane de l'espèce dite djani- 
mazi (dromadaires) ou autres. Ces animaux se jetèrent en 
désordre au milieu de Tarmée, les mulets et les ânes se dis- 
persèrent, et la confusion se mit dans les rangs des soldats 
lorsqu'ils entendirent et virent ce qui se passait derrière 
eux, dans le camp et parmi les cavaliers. Telle aurait été, 
dit-on, la cause de la défaite de Saffar. On attribue à ce 
personnage des vers composés par lui à ré|)oque de cette 
expédition, lorsqu'il attacjuait Moutamid, en re|)résailles, 
disait-il, du tort (jue ce prince et ses clients causaient à l'is- 
lamisme et de l'incurie dont ils faisaient preuve dans la ré- 
pression des Zendj. Voici les vers en question : 

J'occu[)e le Klioraçàn elles provinces du Fars, et je ife désespère pas 
de conquérir l'Irak. 

Les intérêts de la religion sont néf^lii^és et perdus, la fui (h'pi'ril cl 
s'écroule comme un édifice en ruine : 



46 LES PRAIRIES D'OR. 

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y\^ LU «AfflL (^ A.^^\'iXMé]^ «j-«^ jj^JsLJbî Q*wJ»-5 uA.X=».j 

«^^^ u*^^ o^'^ u^ ''^^ ^ /o.-.§-x*U2> (jw«j5i> U-i «îocaa.* 

Voilà pourquoi j'ai pris les armes , avec l'aide de Dieu ; à moi le succès 
et la victoire, puisque celui à qui est confié l'étendard du salut ne veille 
plus sur ce dépôt sacré ! 

SafTar mourut le mardi septième jour avant la fin de 
chawwal 205, dans la ville de Djoundeï-Sabour, comme 
nous Pavons dit plus haut, laissant dans son trésor cin- 
quante millions de dirhems et huit cent mille dinars. Son 
frère Amr ben Leit lui succéda. — La discipline que Yàkoub 
SaflTar avait introduite dans ses armées laisse bien loin der- 
rière elle tout ce qu'on raconte à cet égard des rois de Tan- 
liquité, tels que les Perses et d'autres souverains anciens et 
modernes; rien ne saurait se comparer à l'obéissance de ses 
soldats et à leur fidélité inébranlable, due à la fois à la gé- 
nérosité et à la bonté qu'il leur témoignait, et au respect 
qu'il avait su faire pénétrer dans leurs cœurs. — Voici une 
preuve de cette obéissance. Il campait en Perse et avait per- 
mis à ses hommes de faire paître leurs montures , lorsqu'une 



CHAPITRK GXXU. 47 

iLj|«X.Ji {^ cK-m'^ *î»X_isJi A-cl.«w «Xjcj a5^ yî '^^-îs*- «"^^ 
viUi ,j *i J^Jij Aj^-ùo (jjvj^ "^^T? Vy* '^ 'îO«Xj j^ *Xj*XiI 

Js.4ttJlLS-\ ITL»^ OVa5^ — SAy^Jî I_J.*»*aJ| ^^.yî (^iU^ t5^^ «-'^ 

circonstance l'obligea de lever le camp et do s'éloigner du 
canton qu'il occupait. Il fit crier par ses hérauts qu'on ra- 
menât les bêtes du pâturage. On vit alors un de ses soldats 
courir à sa monture, lui arracher l'herbe de la bouche, de 
peur qu'elle ne continuât à la broyer après la proclamation, 
(ît, s'adressant à sa bête, lui dire en langue persane : Emir 
el-moaminin davahrâ ez ter buridend; ce qui signifie : « Le 
Prince des Croyants défend aux bêtes de somme de paîfro. » 
On rencontra en même lem|)s un de ses olliciers d'un rang 
élevé revêtu de sa cuirasse et de son armure, sans aucun 
vêtement entre le fer et sa peau. On lui en demanda l'expli- 
cation. « Au moment, réj)ondit cet homme, où le héraut du 
prince criait : Aux armes ! j'étais nu et occupé à me laver 
d'une souillure; je n'ai pas eu le temps de mettre un vête- 
ment avant d'endosser mon armure. » 

Lorsqu'un homme se présentait pour prendiedu service 
et manifestait le désir de se donnera lui, SalFar étudiait sa 
physionomie; si l'extérieur de cet étranger lui plais.iil. il 



48 LES PRAIRIES D'OR. 

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A_A_X_*« »jLAXiwî (JC-^ ^J <^Aiù*X^ dlJj» «XjtJ AaÀs jo-jij (jlj 

rinterrogeait, mettait à l'épreuve ses connaissances dans le 
n)aniement de l'arc et de la lance et dans les autres exercices 
militaires. Une fois satisfait de ce premier examen, il lui 
demandait ce qu'il était, ce qu'il avait fait, d'où il venait, 
et au service de qui il s'était trouvé. Si la réponse à ses 
questions lui paraissait satisfaisante, il exigeait du postulant 
l'état exact de sesdépepses, de son avoir, de son armement. 
Bien renseigné sur ce qu'il possédait, il faisait vendre tous 
ces biens par des agents spéciaux : le produit de la vente 
converti en espèces d'or et d'argent était remis au prince et 
inscrit au rôle de l'armée. Saffar pourvoyait dès ce moment 
aux dépenses de vêlement et d'armes du nouveau venu, à sa 
nourriture, lui fournissait chevaux, mulets et ânes de ses 
propres écuries, en un mot, il ne le laissait manquer de 
rien , selon les exigences de sa situation et de son grade. Si 
plus tard il était mécontent de sa conduite et s'il revenait 
sur sa détermination, il privait cet homme du traitement 
qu'il lui avait accordé, et celui-ci sortait du service tel qu'il 
Y était entré, emportant avec lui le produit tle ses effets en 



CHAPITRE CXXll. 49 

t;.ui.-i- (j^ ^-i^^ AmJlJ *Xis^ij A l^IU ;ji ^i J^ùJiS ^j^S^j 

(j>^ (_.«i-.:i<j| yl^ *>sJ>j 5jjOçÀXj j i Lj 2f.Seij.yji_ U^ (^Ij lilj Aj^)^ 
•^jr^ tX c^JUi «*X-S! (_>l.ii=i /0-<,'U^ ys^jjjjfc i iùl^XiSj 

or et en argent. Si au contraire cet homme était recruté par 
le prince, il lui était octroyé un supplément de solde, sans 
préjudice de ce qu'il possédait précédemment. Les chevaux 
et bêtes de somn)e de l'armée étaient la propriété de SalTar; 
il les nourrissait à ses frais elles faisait soigner par des pale- 
freniers et des valets; il n'y avait d'exception que pour les 
montures qui se trouvaient dans l'artnée, dans le cas où elles 
ne lui appartenaient pas. 

SafTar se servait dans toutes ses expéditions d'une sorte do 
siège de bois en forme de trône; il s'y asseyait habituelle- 
ment; de là il voyait ce qui se passaitdans son camp, surveil- 
lait la nourriture des bêtes, remarquait les négligences com- 
mises par ses officiers, et ainsi dès qu'une chose le choquait 
il pouvait y porter remède. 11 avait choisi [)anni ses troupes 
mille hommes de boime volonté, célèbres par leur richesse 
et leur bravoure, et il en avait formé une compagnie dite 
des sergents aux masses d'or; chacune de ces masses d'armes 
pesait mille milkiils d'or. Une seconde compagnie, (|ui se 



50 LES PRAIRIES D'OR. 

-Litt d jî iLçsii! S ^J^\i>\i iJkxl] »<xjji Lj\^\ ^^b ^y 

distinguait aussi par Tuniforme et la richesse, venait après 
celle-ci ; on la nommait la compagnie des sergents aux 
masses d'argent. Aux jours de fête et dans les occasions où 
il voulait éblouir ses ennemis et déployer tout son luxe, il 
armait ses hommes des masses d'armes en question, les- 
quelles avaient été d'ailleurs fabriquées pour servir de sub- 
sides en cas de besoin» 

On demandait à un homme de confianco, qui remplis- 
sait auprès de SafFar les fonctions d'intendant, comment le 
prince vivait en son particulier, quels étaient ses confidents, 
et s'il recevait l'un d'eux, le soir, dans un entretien intime. 
Cet homme répondit que Saffar ne révélait ses secrets à 
personne, qu'il ne mettait personne dans la confidence de 
ses plans et de ses résolutions ; seul pendant la plus grande 
partie du jour, il méditait sur ses entreprises, manifestait 
des résolutions tout différentes de celles qu'il avait arrêtées 
en secret, et ne demandait ni avis ni conseils pour les projets 
qu'il avait conçus. Son unique récréation, son seul passe- 
temps était de réunir des pages qu'il faisait élever et exercer; 



CHAPITRE CXXIl. 51 

(jvJLjLvj (^y^~t**J^^ Xm»J HXmh J^aÏj (^j\JoU^ (JV-»*» '>^-*>«' viUi>_j 
p 

il les rassemblait, leur distribuait des lanières (ou frondes) 
fabriquées spécialement pour eux, et se plaisait à les voir 
combattre en sa présence : tel était son amusement favori 
lorsqu'il se reposait du souci des affaires. 

Après avoir livré bataille à Hacan ben Zeïd Haçani dans 
le Tabaristân, en 260, ou, selon d'autres, en 269 de l'hé- 
gire, Ilaran ayant pris la fuite, Safl'ar le poursuivit vigou- 
reusement. 11 était accompagné d'une députation qui était 
venue lui apporter des dépêches de la part de Moutamid. 
Au retour de cette expédition contre Haçan ben Zeïd, un 
des envoyés du Khalife, frappé de la discipline et de la 
bravoure dont les troupes de Saffar avaient fait preuve 
pendant cette campagne, dit au prince qu'il n'avait jamais 
vu un spéciale aussi étonnant. « Ce que je vais vous mon- 
trer est plus étonnant encore,» lui répondit Saffar. On 
arriva bientôt au lieu de campement de Ilaran ben Zeïd: 
groups d'argent, munitions, armes, équipages, tout cela 
était encore dans félat où l'ennemi l'avait abandonné au 
moment de sa retraite, pas un seul des soldats de Saffar 



52 LES PRAIRIES D'OR. 

jLa-îîI iu«AAg iJjis U-?^ U^ ^-î^^^? ^-* ^ùtiaS (^ ^i (j*J>^ i^ 

n'avait osé y toucher ni s'en approcher, bien qu ils fussent 
campés dans le voisinage et que du lieu où ce général les 
avait postés ils pussent contempler ces richesses. Aussi l'en- 
voyé du Khalife ne put s'empêcher de dire: «Quelle forte 
et sévère discipline l'émir a dû imposer à ses trouf»es pour 
obtenir un tel résultat] » 

Saffar n'avait pour s'asseoir qu'une pièce de feutre gros- 
sier qui pouvait avoir sept empans de long sur deux coudées 
ou un peu plus de large; à côté de lui son bouclier sur 
lequel il s'appuyait; c'était là tout le mobilier de sa tente. 
Voulait-il dormir le jour ou la nuit, il s'étendait sur son 
bouclier, arrachait un drapeau de quelque hampe et s'en 
servait en guise d'oreiller. Son vêtement consistait en un 
khajlan d'étoffe teinte nommée fahhiti. — D'après l'usage qu'il 
avait établi, les généraux, princes et notables défilaient se- 
lon leur grade sur le seuil de sa tente, de façon qu'il pût 
les voir an fur et à mesure qu'ils se présentaient; ils pas- 
saient ainsi à travers les interstices des pieux et des cordages 



CHAPITRE CXXII. 53 

SjJà.j tJù 0»-A^ *.w^J_j.iw:> y\^ âj^tf Slfii ^rV-frJ jî *_^5 j5 
AasI^^ (^ (J^~^ W^^ 3UwwX:S2 C-^IàIs! (j^ V>^ ^'^y^ '^^^'^V^ 

(•!5X.-* iLS'w» (j*— 4" ^-fi-S^jj*^:? V"^ aaaIx-o ioLAcwl Jvi».i:> ^* 

aj ijjwllî j-^ iLw.s ^i ii*.xc /o.-g.À-« y,?^ "^^^^ >i|_jij»-! *s.»ij:j 

et entraient dans une tente placée, il est vrai, hors de sa 
vue, mais de fr.ron qu'il les vît entrer et sortir. Avait-il 
alïaire a l'un d'eux, un ordre à donner, une défense à pro- 
noncer, il l'appelait et lui communiqiiail ses instructions. 
Ce défdé sous les yeux du prince tenait lieu de la céiémonie 
du sélani. Nul n'avait h; droit d'entrer chez lui, à l'exception 
de ses frères et d'un olïicier attaché à sa personne, qu'on 
surnommait el-azïz. Derrière le prince, à côté des piliers de 
sa lente, on dressait une autre tente pour les pages de son 
service; en cas de besoin, il les appelait à haute voix et ils 
se présentaient devant lui; à cela près, il demeurait seul 
chez lui sans aucun serviteur ù son chevet. Sa tente élait 
entourée de tentes en laine plantées autour de la sienne; 
cinq cents pages veillaient sur le seuil pendant la nuit; un 
homme de conliance surveillait chacun (!<.' ces pages pour 
prévenir les négligences ou les fautes de leur pari, ce dont 
il était rendu responsable. — Cha([ue jour oii tuait pour sa 



54 LES PRAIRIES D'OR. 

^ ^_>«k.Jl (j\Jt>-ji-^5 «s «S^î lï;-*^^ ^-^ cK^-» -îilaA^* ul?^^ 

table vingt moutons qu'on apprêtait dans cinq grandes chau- 
dières de cuivre; il y avait, en outre, des chaudièi'es de 
pierre, où l'on préparait d'autres mets de son choix; on lui 
servait aussi, tous les jours, du riz, de la bouillie de dattes 
et de crème {khahissah) et da faloudedj (en persan paloudè, 
mélange d'eau , d'amidon et de miel), indépendamment du 
mouton préparé dans -les cinq chaudières. Après avoir 
mangé de ces mets peu recherchés, il les distribuait aux 
pages de service à l'entrée de sa tente et aux hommes qui 
veillaient à l'entour, dans les différents postes que leur 
grade leur assignait. 

Un des envoyés qui étaient venus lui porter le message 
du Khalife lui ayant dit: « Com nient se fait-il, prince, 
qu'avec votre puissance et dans votre rang élevé vous ne 
possédiez dans votre tente que des armes et la couverture 
de feutre sur laquelle vous êtes assis?» Saffar lui fit la ré- 
ponse suivante: « Un prince est imité dans ses actions exté- 
rieures et sa manière d'être par ceux qui l'entourent; si je 
faisais usage d'un riche mobilier, comme vous me le con- 



CHAPITRE CXXII. 55 

Uî '^^^. ^j (j^^'^ AJ^j^'j jj^^^ A^lgll p^J iX li jiajo 

cj,*»^^ ^^jçr Uûi>«X£ oUasÎ^ o».is? JJT o^^ iC-M*;ç- S^CmA ^j 

ÏL*^.^ CjL*».l-A-*».J wJL-«( *JiiÀ.i CUa^JÎ qJ _j^^ jlicXji CA^i 

selliez, mon armée s'empresserait de suivre mon exemple 
et nos bêtes succomberaient sous le |X)icls tle leur charge. 
Or, nous parcourons chaque jour de vastes solitudes, des 
vallées et des plaines d'un accès difficile; un bagage léger 
est donc le seul qui nous convienne. « — SalTar n'employait 
qu'un petit nombre de mules dans son armée ; mais on y 
comptait cinq mille chameaux bactriens et un nombre 
double d'ànes au poil gris, semblables à des mules; ces 
ânes, qu'on surnommait saffan, portaient les bagages en 
guise de mulets. La raison de cette préférence était que les 
chameaux et les ânes peuvent, pendant les haltes, être 
laissés en liberté au pâturage, ce qui n'est pas possible avec 
les mulets, — La biographie de Yàkoub bon Leit Saflar et 
de son frère Amr ben Leit, leur adjuirable système de 
gouvernement, les ruses et stratagèmes qu'ils employaient 
à la guerre se trouvent, avec le récit complet et coordonné 
de leur histoire, dans nos Annales historiques et dans le 
Livre moyen. Nous ne donnons ici que des aperçus des laits 



56 LES PRAIRIES D'OR. 

x^«XJw«î *xj> y6_j .t^y^x^t o<iJV «Jj"*.-? ***j ^ M"? cs*j-* ^^j 

IX j— j»îà U» 4Ji |^)-A.i*- *X.*»»J ^ ^j^ t^^ Jt^AAÎÎj ^ I«x5^ 

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vilJU (J-* «r^-^J (j— ^ ^^5 <X-!^ a!:!;^ q£ (5JJJ «XS^ ^j*».jl /jj5 

auxquels nous n'avions pas consacré de mention spéciale 
dans nos ouvrages précédents. 

En l'année 26/i, sous le règne de Moutamid, mourut 
Mouça, fds de Boga. Un poëte, qui avait chanté ses louanges 
sans en 'obtenir la moindre récompense, a dit à ce propos: 

Mouça est mort; c'est pour moi une mince infortune et l'annonce de 
son trépas me touche faiblement. 

Je resterai aussi indifférent à la mort de tous ceux qui, vivants, me 
refusaient leurs bienfaits. 

La même année, c'est-à-dire en 264 de l'hégire, Abou 
Ibrahim Ismâïl (fils de Yahya) Mouzeni, auteur d'un Abrégé 
de la jurisprudence de Chafeyi (Mohammed ben Edris), 
mourut en Egypte, le jeudi sixième jour avant la fin de 
rébi I. — Même année, mort d'Abou Abd Allah Ahmed 
(fils d'Abd er-rahman, fils de Wehb et neveu d'Abd Allah, 
fils de Wehb, qui fut un des disciples de Malek, fils d'Anas) ; 
il a tiansmis les traditions de Malek d'après l'autorité de son 



CHAPITRE CXXII. 57 

(3— '*-'»^ (j^ -^J j_^-^L_xJî AaaXS (jJ )^ '^■^■^ (^'*^^ ï-*^-^. 
(*iX5_5 CJvJ*^'>^^ (:J>^'^3 ^•♦*' ^À.«< vJLo ^ ;^/-^' tr*^=*-'-*û iù^Uss 

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iCÀ-iw ïw^^ xjjl M^\ â*X>o ti>ol$^i JsXi 4^=*- ;^/-'' *--<-=»- ^•'^J 

oncle AIkI Allah ben Wehb. — Même année, Younès (fils 
d'Abd el-Ala) Sadefi meurt en Egypte, âgé de quatre-vingt- 
douze ans. — Même année, Abou Khaled Yézid (fils de 
Sinan) meurt en Egypte; la prière des funérailles est récitée 
par le kadi Bekkar, fils de Kotadjah. 

Moualfak se mit en campagne contre le chef des Zendj 
au mois de safar 267 de fhégire; en rébi II, il détacha son 
fils Abou '1-Abbas pour marcher sur Souq el-Khamîs, où 
Chàrani, un des partisans de TAlcvide (c'est-à-dire du chef 
des Zendj), s'était relranchc avec un gros [)arti de Zendj. 
Abou '1 Abbas s'empara de cette place et de tout le butin 
([u'elle renfermait; il prit plusieurs autres villes et massacra 
lout ce qu'il y rencontra de Zendj. De son côté JMoualTak 
i'utra dans la province d'Aliwaz (Susiane) et y répara les 
tiégàts commis par l'ennemi; puis il revint à Basrah et ne 
cessa de combattre h; chef des Zendj jusfju'à ce cpi'il le tuât. 
Ce rebelle, dont la dominalion duia quatorze ans et quatre 
mois, avait massacré sans pitié enfants et vieillards, hommes 



58 LES PTiAiniES D'OU. 

Ojj^^-ll ^— »ibj.-iî i Iji-AÂ^ «^AAaÀi SjAoJlj iuw^î » jsJÈ «Xjo 

et femmes; partout il avait semé l'incendie et le pillage. 
Dans une seule bataille livrée près de Basrah, il tua trois 
cent mille hommes. 

Mohallebi, un des principaux officiers d'Ali ben Moham- 
med (nom du chef des Zendj), était demeuré à Basrah après 
cette bataille. Il fit dresser une chaire dans le quartier nommé 
«Cimetière des Benou -Yachkor ; » là, il récitait la prière 
solennelle et le piône du vendredi. Il acclamait d'abord le 
nom de son maître Ali ben Mohammed et invoquait la riiiséri- 
corde de Dieu pour Abou Bekr et Omar ; mais il omettait 
les noms d'Otman et d'Ali dans son allocution. Puis il 
maudissait les tyrans de la famille d'Abbas, ainsi qu'Abou 
Mouça el-Achâri, Amr, fils d'El-Ass, etMoâwiah, fils d'Abou 
Sofian. Nous avons parlé précédemment de ses doctrines et 
ajouté qu'il appartenait à la secte des Kharédjites, nommés 
Azrakiles (cf. t. V, p. 2 3o). Comme ceux de ce parti qui 
étaient restés à Basrah tenaient encore fermement aux opi- 
nions de Mohallebi et continuaient à se réunir certains 
vendredis, ils lurent mis hors la loi. Les uns réussirent à 



CHAPITRE CXXII. 59 

îjjvXJL) ^ CP-^^ l^^yolà »JO^*«J'^ (j|r^^3 W-'^-^W W'^'^*^^ 

LÂ_x_laJii UûbjtKJCjî ^o- c:0"U U âij-ii oJls W-^ ULJ^^ 

se sauver, les autres furent massacrés ou noyés. Un grand 
nombre cVentre eux se cachèrent dans les maisons et les 
puits; ils se montraient la nuit seulement et faisaient la 
chasse aux chiens, aux rats et aux chats, qu'ils tuaient pour 
s'en nourrir; mais bientôt cette ressource sY'puisa et ils ne 
trouvèrent plus rien à manger. Alors ils mangèrent les ca- 
davres de ceux de leurs compagnons qui mouraient : ils 
s'épiaient, attendant leur mort réciproque; les plus forts 
tuaient leurs camarades et les dévoraient. A ces maux se 
joignit la privation d'eau douce. On raconte qu'une femme 
se trouvait auprès d'une de ses compagnes à l'agonie; lu 
sœur de la mourante était là; toutes ces femmes, assises en 
lond, attendaient sa mort pour se repaître de sa chair. 
Voici le récit textuel du témoin : « Elle n'avait pas encore 
rendu le dernier soupir que, nous jetant sur elle, nous la 
coupâmes en morceaux et la dévorâmes. Sa sœur était avec 
nous; pendant ([ue nous étions au carrefour dit de Yca ben 
Abi llarb, elle courut vers le fleuve et, la télc de sa sœur à 
la main, elle se mil à pleurer. Inleirogée sur le motif de sa 



60 LES PRAIRIES D'OR. 

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i\3Î 5^S^-<y*£ w«î (j.^ xXjj Ujusj \jS Aiàfiîj ^aa-j îj^jî) JJl^^ 

cLcj" (j*(UJI AajÎj CJ^jI ^^jIaw^ jjiibJ^^j /oiliÛ «XJ_j (jw» JjJ^j 
<^ (>-? (iJ***=^ "^J (j-« *U-*Î *X-^ QJ t^ <i^ oolixAwî «XJiJj 

douleur elle répondit : « Ces femmes se sont rassemblées au- 
« tour de ma sœur et, sans la laisser mourir de sa mort na- 
« turelle, elles l'ont mise en pièces. Quant à moi, elles m'ont 
« volée, et du corps de ma sœur elles ne m'ont laissé que la 
« tête. Il Et elle continua ainsi à se lamenter du dol qui lui 
était fait dans le partage du cadavre. » Il y eut beaucoup de 
scènes de ce genre et plps atroces encore que celle qui vient 
d'être racontée. ♦ 

L'insolence de l'armée des Zendj était telle qu'on y ven- 
dait à l'encan les femmes de la famille de Haran, de Huçeïn 
et d'Abbas, les descendantes de Hachem, de Koreïch et des 
plus nobles familles arabes. Une jeune fdle se vendait de 
deux à trois dirhems ; le crieur annonçait sa généalogie en 
ces termes: «Une telle, liile d'un tel, de telle famille!» 
Chaque noir possédait dix, vingt et même trente de ces 
femmes; elles servaient de concubines aux noirs et remplis- 
saient auprès de leurs femmes les fonctions des ])lus hum- 
bles esclaves. Unede ces captives, qui descendait, parHaçan, 
d'Ali, lils d'Abou Talib, appartenait à un noir; elle supplia 



CHAPITRE GXXII. 61 

2(.À.^ L^AjLij ^1 AjJLu.^ 1^ r^ {j^^ <XÀ.c c:ajb t-^Uo jji /ol 

(j^ 4^v>ji -Jo! JjJLxi^xll Uli jyUL*5 ^jjixi (j**UJl Qj^ (joL>*Jl 

eU-waJÎ^ j\»XAjJ|_j jIao*^! a*X^ (j^ .tfLs U\j (^xjiJî ^U ^1 
o»_3t i4_^U j*-^-^ (j*.L.Ul (j>« (^^5 Jyij jLUit_5 U-^î ^1*1^ 

(ji ' (^JùLv} ^^x\Au^ (^jvJCajI ikXM/ ij *Xa^ /jj «Xilxaj <^>_j 

le chef des Zendj, Ali ben Mohammed, de lui donner un 
autre maître en l'affranchissant de celui qui la possédait. 
«Non, répondit le chef, il est ton maître et te convient 
mieux qu'un autre. » 

Le nombre de ceux qui périrent pendant ces années de 
guerre offre matière à contestation : les uns l'évaluent très 
haut, les autres avec plus de modération. Selon les pre- 
miers, le chiffre des pertes échappe à tout calcul, à toute 
évaluation; il n'y a que Dieu qui, dans sa science infinie, 
peut savoir ce qu'ont coûté ces prises de villes, de cantons 
et de bourgades et les massacres qui en furent le résultat. 
Les plus modérés estiment la perte totale à cinq cent mille 
âmes; mais Tune et l'autre opinion ne repose que sur des 
données vaines et conjecturales, et tout calcul rigoureux 
est impossible. 

Le chef des Zendj fut tué en 270, sous le khalifal de 
Moutiimid, comme nous l'avons dit plus haut. Plus tard, 
en 272, Mouaffak envoya Saècl, fils de Makhied, pour oo?n- 



62 LES PRAIRIES D'OR. 

LJt»-» t>-«^i5 ^-^^ til?^ (J^ *** CJ-» t^ s^ls^UwiJl çj^ 

/j«>i«xJli (j^ ijjjka.j\^ ^<JUa)A« «XX^iij ^:si'' (j«)l3 i>^ JÎ^U» 
(3-»5.lî tjl dJJi ^3_5 AxXfc «.jî;^ «iÀ- d xksSjs-Iî plj^l (jÀxj j 

^^ l,<-Lo b^-wa^il ^J^ i»iX,ju<a5 i (J.jjiaJii) «X*^ (jJ (iJ^-***-^ 

c..-.rcL-j<î R — }\j li^ »■ — « — -^ d ^— *^'j 

%_A_Ay ïj]j^\ i *_^l.3U iJ^ y\<â k^ij Jî 1>3^Î -XAâi^ls 
t:>J,U^ jV,.jkAÀJi y^tXA^ A>ïi»-Î c^j *A^* U^ y) <i5 (:J>ÀA« 

battre Saffar ; il lui confia le commandement de son armée 
et le suivit de près. Quand il se dirigeait vers la Perse, Saèd 
devint orgueilleux et se montra despote dans Texercice de 
son autorité. Un jour, en partant de Médaïn (Ctésiphon), il 
s'était fait poser des ventouses , étant chaussé de bottines et 
de guêtres par-dessus. Mouaffak fut inforiïié de cette cir- 
constance, ainsi que deS manières hautaines de ce ministre. 
Le poète Abou Mohammed Abd Allah (fds de Huçeïn, fds 
de Saad), originaire de Kolrabbol, composa alors contre 
Saèd une longue pièce de vers, dont nous ne citerons que 
le passage relatif au fait en question : 

Il (Saèd) avait mauvaise mine, depuis qu'il s'était révolté et qu'il avait 
embrassé le culte des Persans. 

Un matin, il se fit mettre des ventouses, étant Ijotté et chaussé de 
guêtres , etc. 

Par ordre de Mouaffak, Saèd fui exilé à Wacit; il occu- 
pait le poste de vizir depuis sept ans lorsqu'il fut arrêté, lui 
et son frère Abdoun le chrétien. Une jeune esclave nommée 



CHAPITRE CXXII. 63 

JUi-j ^^^ 5w«î (^ iwJUJi ool^j ».*mj^s^ <S.Xi iXiUaJ i^jls- 

v_ÀJi «S-sIa-o *jIaw jj Ajdi (XXa-« yl^ jUji oU! ioLtfvAj i\*Ajw« 

Djâfar, qui avait pris un empire absolu sur Saèd, était 
morte après l'incarcéi-ation de son maître; quelques jours 
plus tard la mère de Mouaffak mourait aussi. C'est à quoi 
font allusion les vers suivants du même poëte: 

Djâfar a ouvert la marche on criant : «Je vous annonce votre ruine 
procliaine ! » 

Et la mère de lY-mir, répondant à son appel, lid a dit: «Me voici la 
première parmi ceux qui te visiteront. 

ÎMais Saèd ne tardera pas à te rejoindre : les lettres qui renferment 
sa condamnation sont prêles à partir.» 

On fit le dénombrement des biens consistant en esclaves, 
meubles, vêlements, armes et engins dv. guerre qui appar- 
tenaient en propre à Saèd , sans compter les ])iens de son 
frère Abdoun; le tout s'éleva à la sonune de trois cent 
mille dinars; i(; rendemenl de ses domaines Uii donnait un 
revenu d'un million trois cent mille dirhems. Il mourut en 
|)rison, l'an ■}.']C) de l'hégire. 



64 LES PUAIRIES D'OR. 

^wwÀ£ 2-*-*« «^^^î*! *î>^^ Osjl^ iiÀ-Mj ijyiAitj iy*^ ^3 (iJV^-»^^ 
(jkJjJa 0-J <X.5»Î *--'3"*J ;?^V'^^ t;Ai*-Ua.j^Iàj| ^j\j (jls^ iiÂAM 

^! *_a_jU (^_ii^_Jtl ^^j_5 ^MfcXÀJ «X^xjI (jj-J^is (^^ <X^! 0.J) 
(j%Ja.-»«.-^à JLtl cj.^ (;;vï».|_jiiaJL» l.gyÀAJ iow^Jl os-jl^ (^j>XjU_5 

En 270, mort cVAbou Suleïman Daoud (fils d'Ali), d'Is- 
pahân, jurisconsulte, décédé à Bagdad. — Même année, 
mort d'Abou Eyyoub Suleïman ben Wehb, le secrétaire. — 
Ahmed, fils de Touloun, meurt en Egypte le samedi 10 de 
doul-kâdeh, 270 de lliégire, âgé de soixante-cinq ans, 
après avoir gouverné ce pays pendant dix-sept années. Entre 
la défaite du chef des Zendj et la mort d'Ahmed, fils de 
Touloun, il s'écoula dix mois seulement. Sentant sa fin 
prochaine , il investit de toute son autorité son fils Abou '1- 
Djeïch Khoniaroweïh ; celui-ci, sitôt après la mort de son 
père, fit renouveler le serment d'investiture. Mouafiak fit 
marcher contje lui son fils Abou '1-Abbas (271 de l'hégire) ; 
dans la bataille livrée à Tawahîn, en Palestine, le mardi 
quatorzième jour avant la fin dechawwal de la même année, 
Abou '1-Djeïch fut battu et mis en fuite, laissant tout son 
camp aux mains d'Abou '1-Abbas. Il parvinl à s'échapper avec 



CnAPlTRK GXXll. 65 

<î<_jL.^9| ^^>-j »:>ljljj ^l_w|i tXxi^ &S.M*s. ^UjCawÎ^ <x^>.i 

fc^.v-=»-U£> yijJlî ^^ii^^l yUyLv (jJ ^t^' *^^ C>.jl^ ^j>XjU_j 

quelques-uns de ses officiers et revint à Fostat. MaisSaad 
el-Aaçar, son écoyer, étant resté en arrière, surprit Abou \- 
Abbas, le repoussa, s\'mi)ara de son camp et massacra plu- 
sieurs de ses généraux et de ses olliciers. Abou '1-Abbas re- 
tourna en Irak en toute liàte et sans se détourner de sa 
roule. Abou '1-I)jeïcb noujuia au poste de vizir Ali (fils d'Ah- 
inecl) Madoiani. Le fils tle celui-ci, Abou Tk'kr Moham- 
med est aujourd'luii, en 332 de rhéjjjire, retenu prisonnier 
chez Mohammed (fils de "J'ougj) el-lkhchid, après avoir gou- 
verné l'Egypte en qualité de vizir avec son fils Hureïn. 
Ellkhchid nomma j)lns lard à ces fonctions Abou M-Ilaçan 
Ali (fils de Khalcf, fils de Tabab) ; mais, quand il revint 
de Damas à Fostat, il lit aiiêter ce ministre ainsi que son 
frère Ibrahim bon Klialef et j)ril j)our vizir Abou M-Ilaçan 
Mohammed, fils d'Abd el-Wahhab. 

En 270 mourut en Egypte Rébî (fils rie Suleïman) Mu- 



66 LES PRAIRIES D'OR. 

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*jLj l^Â^ Jlui ^)l ,K.AaJ J.AJ [> (J--«*ii 0J «>^-:^ ^-.^^î liAXAJ 

radi, surnommé /e Mouezzin ; il fut le disciple de Moham- 
med ben Edris Chafeyi et recueillit presque tous les ou- 
vrages de ce docteur. Voici ce que m'ont raconté Abou Abd 
Allah Haçan (fds de Merwan), l'Égyptien, et d'autres per- 
sonnes, d'après ce même Rébî, fds de Suleïman : « Chafeyi 
avait prié Mohammed (fds de Haçan) de Koufah de lui 
prêter quelques-uns de ses livres. Mohammed ne les lui 
ayant point envoyés, Chafeyi lui adressa ces vers: 

Rappelez à celui dont on ne verra jamais le pareil , 

A celui qui, de l'aveu de ceux ([ui le voient, ne peut être surpassé 
par personne , 

Et à qui nous adressons un langage d'accord avec l'idée que nous 
avons de son esprit, 

Parce que le mérite que renferme son âme est au-dessus de tout mérite ; 

Rappelez-lui que la science défend à ses adeptes de la reiidre inacces- 
sible à ceux cpi'elle reconnaît comme siens. 

Peut-être sera-t-il alors généreux envers un autre savant peut-être. 

Mohammed, fds de Haran, envoya aussitôt à Chafeyi la 
plupart des livres que celui-ci hii avait demandés. 



CHAPITRE CXXII. 07 

^;^.i^.l^ »X-^Î_^^Î s^i^î t-vU^ ^§:im ^^ oiXxil^ a*xA]Î^T 

J^l yl^ ^l-M*.x-s»-j *X_«^^iI t^^tn-w <oJ l£^j.Aj <Xj^ j^^ I ^^ 
*X*Uaj i^Jjyii <i.*^3 tKAif^t a^jOs-:»- <Ji jl.AS_5 V)^ (JJi Ju,ij 

(Jî *3_j-o^ J^j»3 (jviaAw»). jj wAO/o ^^ i!^x-< l^j«X^Î «Xjj Aillai! 

MoutamicI fit proclamer son fils Djàfar comme héritier du 
trône et lui donna le surnom de Miifmvmad-IlaUdh (confié 
à Dieu; cette proclamation eut lieu en 261 (raprès Ibn el- 
Athir), Le Khalife Moutamid ne pensait qu'au plaisir et ne 
s'occupait que d'amusernenls frivoles ; de sorte que son 
frère Abou Ahmed Moiialfak usurpa l'aulorilé et le gouver- 
nement de l'empire. Plus tard même, il \o. mil en charle 
privée et renijjiisonna; aucun souverain avant lui n'avait 
élé l'objet d'une telle violence ni gardé au secret au fond 
d'une prison. La ville de Fem-essilh fut le lieu de sa déten- 
tion. Moulaniid av;iit d'abord pris la fuite et s'était réfugié 
dans la petite ville de Haditat el-iVIoroul, mais Moualfak, 
ayant envoyé son minisire Saèd à Samaira, il écri\it à 
îshak, fils de Kendadj , qui s'empressa de renvoyer le Khalife. 

En 26/i, Ahmed, lils de Touloun, j-orlit (fl'lgyplc en 
manifestant le |)rojet de comballrc les iulidéles; il avait 
sous ses ordres une armée considérable, à bupidlc se joi- 
gnirent des \olonlaires venus d'l*]gyple et de Palesline. 1! 
n'étail pas eu(M)i'e arrive à Damas (pu* le Turc Madjoiir, 



(',8 LES PRAIRIES D'OR. 

ajL*JOlj OOJ^ -\<Mî J^A> (j^ 0-);-**^ <->J?/*^^ ^^^ ^^ 

j^ J;y_j <^5C-Ja- *^À_X) vilJi iC-àj-*^ ^_^Uiî (il j.*>^ij y_^J (jl 

l.^J jU-JI dlUl_5 U,_^A« i^A^^j ic>;5lk3i m;^ Hf.XiS' ^^ ja^ 

Lj_5_^.r»- J^.j_^.li *X-î-l O^-J^ ^.fv^ CJ?^ ^j iiplkjl 4^ {j^^ 

gouverneur de cette ville, mourait; Ibn Touloun envahit 
alors Damas et s'empara des trésors et de toutes les richesses 
laissées par le gouverneur. De là il se rendit à Emèse et 
ensuite dans la province d'Antioche; tandis que son avant- 
garde s'avançait jusqu'à Alexandrette, sur le littoral de la 
Méditerranée, il arrivait lui-même au lieu nommé Bagras, 
dans la chaîne du Lokam. Les volontaires et plusieurs corps 
expéditionnaires étaient parvenus à la frontière syrienne 
lorsque Ibn Touloun, revenant sur ses pas sans prévenir 
personne, investit la ville d'Antioche, défendue à celte épo- 
que par Sima dit le Long avec une puissante garnison de 
Turcs et d'au Ires troupes. On a déjà lu précédemment des 
détails sur la fondation d'Anlioche et de ses murailles, sur 
le roi qui les construisit et sur l'étendue de ses fortifications 
le long de la plaine et deJa montagne (voir t. II, p. 282). 
Antérieurement à l'arrivée d'Ahmed, fds de Touloun, sous 
les murs d'Antioche, une longue guerre, dont le territoire 
de Djound-Kinnisrîn et d'EI-Awacim en Syrie fut le théâtre. 



CHAPITRE CXXII. 69 



U 



»iljj> <Xjt) P^i ^\^ <Xïj j-^Oi t_>Uj ôj-«J ^rJ'_J~>5 (j.^ cjU (^i 
k^,^^j>.l.*a.J JjLâ^o _yû_5 (^^j'i^ cJ^ U-*Um<w* jjlla-^^l Jij»X^I 

^j^it jS-j^S- i JsAÏ (^r>- r»_J.Aj| dlJi» ij /B-Tr"*"^ ^J"^^ 

avait éclaté entre Sima le Long et Ahmed el-\loueyyed, et 
Sima avait porté la mort et le pillage parmi ces popula- 
tions. Ibn Toiiloun établit son camp devant une des portes, 
celle qu'on nomme poiie de Farès, en face du grand mar- 
ché; son armée enveloppa le reste de la ville, et son page 
nommé Loulou (la peile) investit une autre porte dite poiie 
de la Mer. C'est ce même Loulou qui plus tard se réfugia 
aujnès du gouvernement de Bagd.id; accueilli par Moiudlak 
qui faisait alors la guerre au chef des Zendj , il prit part à 
celte guerre et à la mort du chef des Zendj, comme nous 
l'avons raconté dans nos ouvrages précédents. Nous avons 
dit aussi qu'une rivalité éclata entre les troupes de Loulou 
et celles de Mouailak à propos du meurtre d(î ce chef, dont 
les uns et les autres s'attribuaient l'honneur, el qu'elle 
faillit amener une rupture entre les deux partis, juscpi'au 
moment où l'on chanta ce vers dans I»; camp de Mouailak : 

l'arlci liiiit (ju'il vous plaira: la victoire ii'csl duc (lu'i* Loiiloii. 



70 LES PRAIR1E8 D'OU. 

,_jv X„Aw» ^JjS ÎCÀau wifc.) jj <NAJ ViajS ^^ (jj_ji'_jilsi qj5 (J^^ 

tji? (j*;lî V^J JH'^ (J-:? ^ A-Y^hXi jù>.^i \^j^^ Ms-^l)^ 
Li !ij]:i i \-^MJ^ AJC-«L_££>i «X.à.5^ »jXm*S j j-iû «X*AAwî^ Jj^j 

i- 

Ibn Touloun investit Antioclie à la fin de l'année 26/1; 
il s'en empara en 2G5, grâce à la trahison de quelques-uns 
de ses habitants qui ourdirent un stratagème à la faveur 
de la nuit. Quand ils prirent leur tour de garde sur les 
remparts, un d'entre eux se glissa le long de la montagne 
et de la porte de Farès ; il se présenta chez Ibn Touloun, 
qui désespérait de prendre une ville si bien fortifiée, et 
lui promit de la lui livrer. Le prince lui donna un déta- 
chement de ses troupes avec lesquelles il se hissa dans la 
ville par l'endroit même d'où il avait opéré sa descente. 
Ibn Touloun fit aussitôt ses préparatifs et disposa ses moyens 
d'attaque. Sima était encore dans son hôtel et l'aurore avait 
à peine dissipé les ténèbres que déjà les Toulounides fai- 
saient retentir sur les murailles le cri : Dieu est grand ! 
puis ils se laissèrent glisser dans l'intérieur. y\^verti par les 
clameurs et le tumulte, Sima monta à cheval avec quel([ues 
hommes de sa suite accourus en toute hâte : une femme, lui 
jeta du haut d'un toit une pierre meulière, qui le tua du 



CIIAIMTUE CXXU. 71 

<3_5 — jL^aJi y-oL» 05;-«-i' ^^-as-LaJI ^^y^jj] *XaC ^j (^jv.***! 

«._r»-wi iiAA,s.- L_^^5 jj >i (jjX> ij j»il=» U^)y H-**J (J*,^-**'.^ 
j«Lwtî| y! Axio wo'j k«i aMÎj J^aS U (^ ^yi}\ i>\j\ Jsjij W"*^ 
à> ci»_^ j-a:2^ ^^o_5 aàaj JU? ^J^ ç.j^^ if^jàs. i^t^s. »Xi »»XJ_5 

/j jVy =1 ^j^ aK-;^ ^_àX*î U ^-k^ J<^ <>VÏ_J Ajji tj-« ^.^^ 

coup ; sa têfe lut reconnue et poitée à Ibn Touloun. Ce 
prince fit alors son entrée par la porte de Farès et cam])a 
au bord d'une fontaine située dans la ville; il était accom- 
pagné du juge Hureïn (fils d'Abd er rahman), plus connu 
sous le nom àlbii Sabouiii el-Antaki el-llanefi. L'armée égyp- 
tienne eut une heure de pillage et fit beaucoup de mal aux 
liabilanls; le pillage cessa deux heures après le lever du 
jour. 

Ibn Touloun se dirigeant ensuite sur la lionlièrc syrienne 
passa successivement par Messissah et Adanali. Les habi- 
tants de Tarsous, commandés par Feunuque Yaznian, se dé- 
iéndirent énergifpicnieut et déjouèrent toutes ses attaques. 
Le général ( gyptien revint alors sur ses pas, interronq)ant 
l'expédilion (pi'il avait entreprise contre les infidèles; on 
dit, J)ieu sait la vérilé, (ju'il prit celte rés(tlulion en appre- 
nant que son (ils \l)l)as veuail (l(; se révolter. Craignant 
(|ue les coniniunications avec rKgyple fussent coupées, il 
précipita sa niarclie et rentra dans f'oslat. Al)l)as, redoutant 
le resseiilinienl (\r s<>\\ père, s'enfuit à liarkali, dans le 



72 LES PRAIRIES D'OR. 

cx_jfej (jUvJî jLA.:i.i UjIXj ij c:i>!5A.^rjJli (j^ jj*.UxJÎ 8*>J_5^ 

Jw«^ ylii^^ (^^. ^À>S Jj^ yl<5 OA-Sj^j» Oj^»i5 (j*^^ '■^^^-=^ 
ii.ÀA« t^^j (j-« ^*^-*^ di.ii^ ^W4^ V^ (j**^* (j*.^-*îi^ dî 

^_À..< ç-jj^-'j^ *':>Wj |^«>^*^5 ^'^ ii^Lâ* iolxj ^«X;«Jî ^ Aj (j6j 

«y.^ iù^i^^ ^,a^Ià«.J5 j_5-xaJî (^^ ^^ L^jj.Aa,&- ^ AAj5^A3.Àj\ 

Magreb, avec tout ce qu'il put emporter eu fait de trésors, 
biens et munitions de guerre. Quant aux messages qui s'é- 
changèrent ensuite entre Ibn Touloun et son fils Abbas, 
nous en avons parlé dans les Annales historiques. 

L'eunuque Yazman mourut en pays chrétien à la tête de 
l'armée musulmane, sous les murs de la forteresse deKaw- 
kab; ce général était un affranchi de Fath, fils de Khakan. 
Son corps fut transporté à Tarsous et enterré près de Bah 
el-Djihad (la porte de la guerre sainte) le i5 redjeb 278 de 
l'hégire. Deux autres généraux de farmée royale raccom- 
pagnaient dans cette campagne : El-Odjaïfi et Ibn Abi Yça, 
gouverneur militaire de Tarsous. Yazmaa acconjplit des 
prodiges de valeur dans ses expéditions de terre et de mer; 
il avait d'ailleurs sous ses ortlres une troupe de marins 
d'une énergie incomparable. L'ennemi, à ([ui il avait lait 
subir de grandes perles, le redoutait beaucoup; à son ap- 
proche les chrétiens tremblaient derrière les murs de leurs 



CHAPITRE CXXII. 73 

^v-J t^^ ÎLkIxLo <>^r»-U? ^kiliJI y^ji;-* (jJ '^^ '^•^*^ U^JD'* 

-j»j viIJi_j^^-Hy-M*^-" ^5 ^^.Wii (j-« <«<*-« (j^ cj-*^ '^î <>ys^^ 

forteresses. Après Amr (fils d'Obeïd Allah, fils de Merwan), 
surnommé El-Aktâ (l'homme à la main coupée) , gouverneur 
de Maialyah, el Ali (fils do Yahya) rArménieu, qui com- 
mandait aux frontières syriennes, on ne vit jamais ni à ces 
frontières, ni à celles de TAUljézireh, un adversaire plus re- 
douté des Grecs (juc l'euiuKinc Ya/.ujan. El-Aklà et Ali 
l'Arménien j)énrent la même année martyrs de la foi, c'est- 
à-dire en 2/19, sous le Khalife Moslâïn-Billal). Kl-Aktâ 
commandait la garnison de Malatyah lors(iu'il fut allaciué 
par le roi de I3yzance à la léle de cinquante mille hommes. 
Après une lutte acharnée des deux côtés, El-Aklà périt avec 
les Musulmans sous ses ordres; un très- petit nombre par- 
vint à s'échapper. Cet événement se passait le vendredi i5 
redjeh de ladite année. Quant à Ali (fils de Yaliya) l'Ar- 
ménien, en quittant la (routière syriemic, il i'nl nommé 
gouverneur d'Arménie; puis il partit de celle province et 
se rendit à Miafarikin, dans le Diar-Bekr. Il s'était détourné 



7a LES PUAIUIE.S D'OU. 

iX_]j q1^ 0-4 r^^î5 ija.ju j^Aj^îj (:^-^'^î ([^■^ QJ cA^ *j^ 

^^ (^_jv_jî i4_À_j»X-* (_.»»j»-Ia3 ^Iaaa.aJÎ QftiUjj^j i^ÀAïaS ^^l 

de sa route poui^ visiter un domaine quil avait dans ce pays, 
lorsque Talerte fut donnée; il s'enfuit précipitamment de- 
vant le corps d'expédition des Grecs, mais il fut tué avec 
environ quatre cents des siens, sans que Tennemi sût que 
c'était Ali l'Arménien qui venait de périr. 

D'après ce que m'a raconté un Grec converti et devenu 
excellent Musulman, les. Grecs ont placé dans une de leurs 
églises l'image de dix personnages célèbres parmi les chré- 
tiens par leur énergie et leur courage et aussi celle de quel- 
ques Musulmans cités pour l'habileté de leurs stratagèmes. 
On remarque parmi eux cet homme que Moàwiah chargea 
d'enlever de Constanlinople un certain patrice à l'aide d'une 
ruse, et qui ramena à Constantinopie le même patrice après 
qu'il eut été frappé en vertu de la loi du talion. Les autres 
personnages représentés sont : Abd Allah el-Batlal (le cham- 
pion), Amr, fds d'Obcïd Allah (El-Aktà), Ali, lils de Yahya, 
l'Arménien, El-Arîl, (ils de Bekkar, Ahmed, fils d'Abou 
Ivalilah, Karnéas J3eïlakdni, patriarche de la ville d'Ibrik 
[Ahrouk chez Yakoat), qui appartient aujourd'hui aux Grecs. 



CHAPITRE CXXII. 75 

ç,i>liïl ^jU;L>_5 ,j«Uj^ t.:A.i.^î U*i;^ U'L^^-? (iJ^^-'^J CiJ^^t)'^ 

^j J^j»j._ifc. l/j-»«*j «X5_5 rJ!^^ iiA-5^ i y^-AjU^ (j^j^j_5 (j>xAji 

j t-^ ,_j^ sLjjSi Uj iijjljc* jAjfc. Ulï y^vi jW^^ UjUj 

{jo—x i \-J>—^ b«XJ (jv...^w*Ki5 (O*-*»'^ (jàxj j^ili jJ-aU (^*>o 

A.iii x<,>^ j:^*- /o.k->«i J^ii t^^Xj (jvj Ui)_j yl^ (jj-tf iojUaxli 

Ce KariK'-cis, \yd[nAvchedcsBeïlaki, mourut en 2^9 de l'hé- 

giro. On remarque aussi dans la même église Kharis, 

sœur du précédent; Teunuque Yazman à cheval entouré de 
ses guerriers, et enfin Ahou 'l-Kaçem, (ils d'Alxl el-Baki. 
Nous avons parlé ailleurs de la doctrine et des dogmes des 
Beïlaki, secte qui lient à la fois du christianisme et du 
niagisnie; aujourd'hui, en 332 de l'hégire, elle est rentrée 
dans la nation grecque; il en est lait mention dans nos 
Annales historiques. 

Quanta l'histoire de Moàvviah et du personnage qui lit pri- 
sonnier un |)atrice à Constanlinople, en voici les détails. Lors 
d'une expédition contre les Grecs, sous le règnede iMoâwiah , 
plusieurs Musulmans furent faits prisonniers et conduits 
devant le roi de Byzance. Un de ces prisonniers ayant pro- 
jioncé quelques paroles, un des patrices de la suite du roi 
s'approcha du Musidman et le liapp.i en plein visage. Le 
prisonnier, transporté de douleur et d'indignation (il ap- 
piMieuaitni la trihii de Koreïch), s'édia: «Quelle houle pour 



76 LES PRAIRIES D'OR. 

-Lx.L2.ji <Xj jsJ (j-« «.Àx^^î^ <xHj iCjjlx^ Jt^iL ^Àâ Ià-o^sIj 
0\_j ^ÎiXàJI ii^ljslj i^XAil Jl.fi ^j-oi/i J>:?ri *.j ^ï^i^Ji (j^ 

J._r>-^Ji jLo Uo J^ï-^^i di.J*>o ^ili yi (ji (•jy^iij ^^.^iî 
^ ^d Jii *^j -\Ji ^j^Miks-i^ i»]J.Aâ iojU.^ »U:> -^XA-^ijli Ji 

*>£ *Xis L*.J S^AÏ^i^ Aj ^Xiwj a).AiU>.lî \Aj«t,j.i\j yllsj.-^ jl>-»,Ji 

rislam ! Moâwiah , pourquoi es-tu notre chef, toi qui nous 
abandonnes, toi qui laisses l'ennemi franchir nos frontières 
et faire main basse sur notre pays, sur notre vie et notre 
honneur ! » Moâwiah en fut informé et ressentit une vive 
indignation : il se priva des plaisirs de la table, s'enferma 
sans recevoir personne et ne fit part de son chagrin à qui 
que ce fût au monde. Mais il prépara tout pour le succès de 
son stratagème. On commença par négocier l'échange des pri- 
sonniers musulmans et grecs; le Koreïchile fut racheté et 
ramené dans la capitale de l'Islam ; le prince l'appela en sa 
présence et le combla défaveurs: «Nous ne t'avons, lui 
dit-il, ni abandonné ni oublié, et nous ne livrerons à l'en- 
nemi ni ton sang ni ton honneur. » Il employa toutes les 
ressources de son esprit au succès de sa ruse. Dans ce but, 
il lit venir de Sour (Tyr), ville du littoral de Syrie, un marin 
qu'il connaissait pour s'être signalé dans maintes croisières 
Cintre les Grecs : c'était un homme vigoureusement trempé 
cl (pii parlait le jargon des Grecs. Moâwiah le manda à sa 



CHAPITRE CXXII. 77 

liL-XJfi iojl> *ji^ (ji »^i».i^ L^,*«*jtj^ J^aajU (j«;-« ^j-0^ 

cour, s'enferma avec lui, le mit au courant de ses projets et 
le pria de mettre à son service toute son habileté et sa pa- 
tience. D'après le plan concerté entre eux, on donna à cet 
homme une somme considéral^le qu'il consacra à l'achat 
d'objets rares et curieux, élofles précieuses, parfums, bi- 
joux, etc. on fabriqua pour lui un bâtiment d'une construc- 
tion admirable et qui, par sa légèreté, défiait tous les autres 
navires. Le messager se mit en route; Arrivé dans l'iie de 
Chypre, il vit le gouverneur et lui dit qu'il conduisait une 
jeune esclave destinée au roi, que son intention était de 
faire le commerce à Constantinople et que, dans ce but, il 
voidait voir le roi et les grands. Le roi grec en fut informé 
par message; après enquête il lui donna libre accès; l'é- 
tranger put donc pénétrer dans le détroit de Constantinople 
et arriver dans celle ca|)itale. L'étendue de ce canal et sa 
jonclion avec la Médilenanée et le Pont-Euxin ont été déjà 
nienlionnées dans le chapitre sur les dillérentes mers (voyez 
i. I, p. 2G1). Dès son arrivée à Conslantiu(»|)l(', le Tyrien 



78 LES PRAIRIES D'OR. 

4^«X.Ji ^3J^!aAM ia-xi ^^ f^^j^'^j fi"\f*^^3 *:cjj;l.iaj ^.^•i ^^ 

»w_-*! «XJs^ j.U*i.J! <il iUÀAiaÀia*«Ji3l (j.^ S=r-j^'^ J^^^ *J^^** 

j 

^j^ÀAS-j ^i kfi U^ *.À-« t-^Us U ^^ ^ J^'lJ (4^=:- U^^^t 
dL-jy-S" (j5 c:>«X£ lit (^J3.*.l\ diJi yl JUi ^Ji -<Xij^ AAJ 

j^JLÀJcllj tlJ»-*^ f^"*^^ Aji>Ij lj|«\-6.Jt_5 tXAûiJl» xjdo^^ ^il 
yli -LA-Ji <jt sJL}^\ yv£» ^il.À»<» c^Xiaj li>Uj.la>l3 dl.j|^r»-i^ 

offrit des présents au roi et aux patrices et exerça son com- 
merce à Ja cour; cependant il évita de donner le moindre ca- 
deau au patrice qui avait souffleté leKoreïchite, bien que le 
dignitaire auteur de cet outrage fût le but réel de la mission 
du marin de Tyr ; mais Moâwiali lui avait recommandé d'agir 
avec la plus grande réserv'e. Quand le Tyrien partit de Cons- 
tantinople pour la Syrie, le roi et les patrices le char- 
gèrent de l'achat de différents objets et de marchandises 
qu'ils lui désignèrent spécialement. 

De retour en Syrie, il visita Moâwiah secrètement et lui 
rendit compte de son voyage. On lui fournit les objets qu'il 
avait été chargé d'acheter et tout ce qu'il savait devoir flatter 
le goût des Grecs. Le prince lui fit les recommandations 
suivantes : « A ton prochain voyage, le patrice te reprochera 
de l'avoir oublié dans ta distribution de présents et de lui 
témoigner du dédain. Fais-lui tes excuses, adoucis-le à force 
d'assiduités et de présents, et agis de façon qu'il devienne 
ton mandataire et le protecteur de tes intérêts. Fais princi- 



CHAPITRE CXXII. 79 

(jà-^ dLAII Ji J^^iXJi Jo^j ^Jûj -L^ilî Qaxj j ;jl< Us» 
îiLiÇy siXJl ^i U ^»] JUi dUlt^li ^ ^3-^^aJI kilJis AA"^ 

JUij ^^ QO^Jljj <\:^î_^£». ^^AiJÙj »«XAnij yî t^^ j^J^V^Awi 

paiement attention à ce qu'il te demandera au moment de 
ton départ pour la Syrie; de cette façon, tu seras plus con- 
sidéré et lu obtiendras un plus grand crédit parmi eux. 
Quand tu auras exécuté fidèlement mes ordres, quand tu 
sauras ce que le patrice attend de toi et les commissions 
dont il doit te charger, nous agirons en conséquence. » l.e 
Tyrien repartit ensuite pour Constanlinople, emportant 
tout ce qui lui avait été demandé, et plus encore (pi'on ne 
lui avait demandé, ce qui augmenta sa position et son crédit 
auprès du roi, des patrices et de la cour. Un jour fpi'il tra- 
versait le palais pour se rendre chez le roi, le i)alrice l'arrêta 
au passage et lui dit: «En quoi t'ai-je ofTensé, et comment 
d'autres ont ils mérité (|ue tu les fréquentes et acceptes leurs 
conmiissions, lors(pie tu ne me témoignes que du dédain. 5» 
Le Tyrien réj)on(lil : « Presque tous ceux dont vous parlez 
ont pris l'initiative à mon égard. Je suis étranger, je n'ai 
accès dans votre pays et votre ville que sous le déguisement 
«riin prisonnier on d'un espion musulman, d«' peur que 



80 LES PRAIRIES D'OR. 

dlJi i ijyS-M.i (:jv.Jfc^l5 ^}\ ^^jJ^ t^j-^xj^ c5^■^^ '^:? ^"^^ 

^^\^ j^^U (i3;.Ai »j^S-^ jXUl^K^ *J p^X? ^3 ti)î_^ t^^^t 

Uu\jh.l\f jJ>y^^ t^^Ji^ l3j,j.:^Jî ^^=^y^^ cj^iiÀM,^ iù^Xià 
éU>j\Ai.A.l\ (j^ »;^_5 (3.j^iaAJÎ3 dlUî ^L*Jj pj>;Ji ci' iij^U^ 
Ji ^jr)-^ iljl «X-Ï3 t45_j-*a..>5 ^5^IaA3î Jlï I^^XJ i ;jl<'U»i 

l.'^ (^-''^J ^^^-=*- *^l<iiljij ^».^XJ yl CiVAj.*,X*wl *>o -.^AwiJ) ^îi 

mes démarches ne soient ébruitées et dénoncées aux Mu- 
sulmans, ce qui serait mon arrêt de mort. Mais, puisque je 
connais maintenant votre sympathie pour moi, je ne veux 
pas confier à d'autres mes intérêts, je ne veux pas qu un autre 
que vous les défende chez le roi ou en toute autre circons- 
tance. Donnez-moi donc \iOS ordres et dites-moi ce qui vous 
peut en convenir pays musulman. » Il offrit alors au. pa- 
trice des cadeaux magnifiques, une coupe en cristal taillé, 
des parfums, des bijoux, toutes sortes de curiosités et de 
riches étoffes. Il continua ainsi à aller et venir de la cour de 
Moâwiah à celle de Byzance et réciproquement, en prenant 
les commissions que lui donnaient le roi, le patrice et les 
autres dignitaires. Plusieurs années s'écoulèrent sans que 
Moâwiah trouvât foccasion de réaliser son stratagème. En- 
hn, dans un de ces voyages, le patrice dit au Tyrien, qui se 
préparait à retourner à Damas : « Je vous prie de vouloir 
bien vous charger d'une commission pour moi. Soyez assez 
bon pour m'acheter un lapis souseiuljerd avec coussins et 



CHAPITIIE CXXIl. 81 

j-Aûi l^f^AJ -Ji^^AM iCxxAi» ^^~^^xW yfe^ (^^LiaJÎ i^]i %.*ày^ (j^ 

^^ «ii-Ajij iLA^laÀl!aAw.AJ i ^J^ jU»! ^^ /v^s^fi*. Sv;;àx|^ *Xa!*5v« 

UoL^nO Aj^jlx^ wkiAfclj jls.lj 5j.Ai»>li L.AV io_jlx/0 (Jl ^o^-^*^' 

»«x»^ (j.-. L-À— iH*s_j L^jvi (S^y^^ ij^$ ^ir^^'^} ^-^-^^^ *^>s=^u 

accoudoirs; jo désire qu'il soit de différentes couleurs, rouge, 
bleu, etc. et ([u'il soit fait de telle et telle manière: peu 
m'importe le prix. « Le Tyrien accueillit sa demande. Or, • 
toutes les fois qu'il se rendait à Gonstantinople, il mouillait 
près de la demeure du patrice. Ce dignitaire possédait un 
domaine d'agrément composé d'un cliâlrau fortifié cl d'un 
parc magnifi([ue à quelques milles de la capitale, sur les 
bords du canal. Cette propriété de plaisance, dans laquelle 
il séjournait habituellement, était située à égale distance de 
ConstantinopJc et de l'embouchure du canal dans la mer 
grecque. 

Moâwiali, dans une entrevue secrète avec le Tyrien, fut 
instruit de toutes ces circonstances; il se procura un tapis 
sousendjerd avec accoudoirs, coussins et lit d(> repos. Le 
Tyrien les emporta avec les autres produits du territoire 
musulman , dont il avait reçu commission , et nuini aussi des 
instructions de iVloàuiah sur son stratagème et les moyens 
d'en assurer le succès. Dans les nombreux voyages que nous 

VIII. 



82 LES PRAIRIES D'OR. 

avons racontés, cet homme s'était si bien insinué dans les 
bonnes grâces et la familiarité des Grecs, dont le caractère 
* est avide et rapace, qu'il était considéré comme leur com- 
patriote. Lorsque, ilébouchant de la Méditerranée, il entra 
dans le canal à la faveur d'un bon vent et qu'il approcha 
du domaine appartenant au patrice, il s'informa auprès des 
marins des barques et des navires; on lui dit que le patrice 
était alors dans sa propriété. Le canal a une étendue de 
ti^ois cent cinquante milles environ entre les deux mers, la 
Méditerranée et le Pont, comme nous l'avons dit dans un 
des premiers chapitres de cet ouvrage ; des propriétés et 
habitations tapissent les deux rives du canal ; des bâtiments, 
des barques le sillonnent continuellemeiit, portant toutes 
sortes de marchandises et de provisions de ces domaines à 
la ville ; le nombre de ces navires est incalculable. 

Sûr que le patrice était dans sa propriété, le marin de 
Tyr fit étendre les ta|iis, disposer la place d'honneur et le lit 
de repos avec ses accoudoirs et coussins sur le pont et la du- 



CHAPITRE CXXIJ. 83 



'^ C*iw« ^^iUil xs^J^jL Qv*Ls^t C>.^ JV>j.J)^ 

^î i_^_"5j_ii (j-isJ <i fi"\r>^ fi^^ J^-*-J ^i ^^J (jv-Jibs wA,£ ii^l* 

a.r^^ y.*aM\ J>ÀmA (j-« \jù\i A^^<XÂj l>V-<^JCj|« ^J9y**>i l.^»j 

^-IaJC*.*j ki) jJ&)j O^W *^^ 0^^^ ^^ (^■'3 ^^"^^^^ «^"^ 

nette de son navire. Il plaça au-dessous ses rameurs , tenant Ta- 
viron droit et attaché aux mains, mais sans ramer; personne 
n'aurait soupçonné leur présence dans Tentre-pont et l'on 
ne voyait que ceux que leur service appelait sur le pont. 
Le navire, toiîles voiles dehors, entra dans le canal 
comme une flèche qui s'échappe de l'arc; du rivage il eût 
été diflîcile de l'examiner à l'aise, tant il filait ra|)ide et 
droit dans sa course. Il arriva en vue du château : le patrice, 
assis dans son belvédère au milieu de son harem , se livrait 
au plaisir d'un festin; excilé par les fumées du vin, il s'a- 
bandonnait à toute l'expansion de la gaieté et de la joie la 
plus vive. A la vue du bâtiment de Tyr il entonna un chant 
de fête et salua son arrivée par de joveuses acclamations. 
Cependant le bâtiment arrive sous le château ; on cargue 
les voiles. Le patrice, du haut de son belvédère, voit toutes 
ces lichesses, ces tapis tendus avec soin et brillants coimne 
un parterre de fleurs; il ne peut tenir en place, il descend 
avant que le capitaine ail mil pied à terre pour le saluer. 



84 LES PRAIRIES D'OR. 

fj V? ' j^ /jj*XjÎ JUs-Ji (;J^-J_5 ^ÀxJ ii^!^ff c:aJ6j 0__^5*Ji CJ-» 

^jLjj^j *^giv (^ c^^-^J ^ ^^^5 t^lkj ^=i ia^yj i y* iî^ 
osolkjj IsIjCj (^jviiAj) ^jj.J^i «Xij «.;^v.J) !û.^nyj^ ^^^ Ci>-* ^ >^ 
ylsLi ^^-j.J! J<:^j yM\ t^îjj -u«.j5 J.j>.U»fcj tjl**Ji [«^^aJî i 

Il court au navire; à peine son pied a-t-il touché le bord, 
dans la direction de la dunette , que le Tyrien frappe du talon 
sur le tapis au-dessous duquel se tiennent ses hommes ; 
c'est le signal convenu entre lui et les matelots de l'entre- 
pont. Dès que ce signal est donné, de vigoureux coups d'a- 
viron emportent le navire au milieu du canal et il gagne la 
pleine mer sans dévier. Des cris s'élèvent, mais on n'en 
comprend pas la cause, tant tout cela s'est fait rapidement. 
La nuit n'est pas encore arrivée qu'on est sorti du canal et 
qu'on navigue au large , emportant le patrice solidement gar- 
rotté. Le vent et la fortune secondent l'équipage ; le navire 
franchit l'étendue de cette mer, et dès le septième jour il 
est en vue du rivage syrien. On débarque le prisonnier, et 
le treizième jour il est en présence de Moâwiah. Ce prince 
s'abandonne aux transports de la joie en voyant qu'il est 
maîlie de la situation ; il se félicite du succès de sa ruse et 



CHAPITRE CXXII. 85 

Jw«î i^Ai t_»\i». i^j liJi^-w (^1^ jXfil^l U JUj l^Xùij Aiijisî^ 
dLjL.A_itj fjyjiAi^ tilLç- ^Àjf *lAilXA«i*j il dix,* Ci^.ji dLX^I (j-* 

de rheureux résultat de ses combinaisons ; puis il fait ap- 
peler le Koreïchite; on le lui amène. Tous les grands sont 
convoqués, ils prennent leur place, une foule nombreuse 
se presse dans la salle. Moâwiah s'adressant au Koreïchite: 
«Lève-toi, lui dit-il, et venge-toi de ce patrice qui t'a frappé 
au visage sur le tapis du chef des Grecs. Tu le vois, je ne 
t'ai pas abandonné, je n'ai livré ni ton sang, ni ton hon- 
neur. »Le Koreïchite se lève et s'approche du Grec; Moàwiah 
ajoute: «Fais attention de ne pas dépasser les limites du 
traitement ([ue tu as reçu de lui; venge-toi dans la mesure 
de Talfront qu'il t'a infligé. Ne cède pas à la colère et observe 
la loi tlu talion telle que Dieu te l'a prescrite. »Le Koreïchite 
soufflette son adversaire à plusieurs reprises et lui donne un 
coup de poing à la gorge; puis il se prosterne devant Moàwiah, 
lui baise les mains vX les pieds et s'écrie : « Puissent ceux (pii 
te nomment leur chef ne jamais te perdre ! Puisse celui (jui 
espère en loi n'être jamais déçu dans son espoir! Tu es un 
roi qu'on n'outrage pas impunément, tu sais défendre tes 



86 LES PRAIRIES D'OR. 

^iUJoltf^i:» i ^X^i O^JM^ dlloUj ^^ i_5jJI i^J ^^^ 
yL4v-i- (j-« ^r'^^S^' *Xjt^ij:>L (^ ^jw^^î ^\< cj^^j -iVSJ 

droits et protéger tes sujets; » et il se répandit en remercî- 
ments et en louanges. 

Moâwiah traita ensuite le patrice avec bonté ; il lui donna 
un vêtement d'honneur, Thébcrgea généreusement, lui fit 
porter les tapis et y ajouta plusieurs autres objets précieux 
et des présents pour le roi. « Retourne chez ton maître, lui 
dit-il, et dis-lui : J'ai laissé le roi des Arabes rendant la 
justice sur ton tapis et vengeant les injures de ses sujets 
dans ton palais et au siège de ton autorité. » Puis, s'adres- 
sant au Tyrien , il lui recommanda de reconduire le prison- 
nier jusqu'au canal de Constantinople et là de l'abandonner 
avec tous ceux qui avaient été capturés en même temps que 
lui; car plusieurs pages et suivants du patrice étaient ac- 
courus en compagnie de leur maître sur le navire. On les 
ramena à Tyr avec de grands égards et on les embarqua. 
La traversée fut bonne; le onzième jour ils touchaient au 
territoire byzantin et approchaient de fembouchu re du canal , 
qui était fermée par des chaînes et protégée par une garnison. 
Le patrice Cul mis à terre avec ses compagnons, et le Tyrien 



CHAPITRE CXXII. 87 

tiLm Ijl^i w*«i/i (j^ 2*] ^j\.JL^ 5jji^j5 »^^>y.X3 f»_5vJl u^^IaXj 

J^^_J 4MÎ^ Li6j»-«l (jwU*^ ^■(^^■^ Si;'*^' i«Ji^<XS !*x^j ^y*^^ 
«X.Ï Lo y!j Uaa3 ;j^ v.jtAAg Uvi^LwîX)^! ^j^ *-v^ u:^! jsji^^ij 

s'en revint aussitôt. Le patrice se fit conduire sur-le-champ 
chez le roi avec les présents eL les marchanthses qu'il ap- 
portait. Les Grecs fêtèrent son arrivée et vinrent à sa ren- 
contre en le félicitant de son heureuse délivrance. Le roi 
sut gré à Aloàvviah de son humanité à Tégard du |)aliice, 
ainsi que de ses cadeaux; désormais, sous son règne, aucun 
prisonnier musulman ne fut l'objet de mauvais traitements. 
«Moàwiah, dit-il, est le plus fin de tous les rois et le plus 
rusé des Arabes, voilà pourquoi ce peuple la placé à sii 
tête et lui a confié faulorité. En vérité, s'il avait voulu s'em- 
parer de ma personne, je crois qu'il y aurait réussi.» — 
Nous avons parlé piécédemment de Moàwiah. Les détails 
de son histoire, le récit des délégations d'homnu's et de 
femmes qui venaient à lui des principales villes de l'empire, 
se trouvent dans nos écrits pic'-cédenls , intlependainnient 
du résumé que nous avons consacre à son règne dans cr. 
livre (t. V, p. i fi et suiv.). Les rapports des rois cl îles |)a- 
trices i\v Ryxance depuis les temps anciens jusqu'il ce jour 



88 LES PRAIRIES D'OR. 

i^^.jj:^^ iijv^UJI jyiSii J^iû^ JJ*x5^ ^;-JV^^ l>!^*^5j t^j^«iî 

^^î ç-t^jl -Ji-S^j àj.ilxlî AaX* t^Jlxlîj Lj_j.IaiU Ijj^Ài.^ (X^xll 
c:.>îi A-fSs. J<^:i Ai! A.ji!:>_^ ^ ÂM! iX^A^^^Si^ t^^i'^ 

A«ji>\i^iii. ^ji J'tj i>_jxJi 4Xisr| ^j^ Jï|| ^£ <3/-S=*-5 ^ JUâ ^5^^ 

avec les rois Omeyyades et les Khalifes Abbassides, leurs 
guerres et expéditions, celles des habitants des frontières de 
Syrie et d'Aldjezireh jusqu'à Tannée présente, 332 de l'hé- 
gire, forment un récit intéressant dont on lira les détails 
dans nos ouvrages précédents. Dans ce livre nous avons 
donné aussi un aperçu de leur histoire, l'évaluation de leur 
vie et de leur règne et une narration rapide de leurs faits 
et gestes, ainsi que l'histoire des rois des différents peuples. 
Moutamid aimait passionnément les plaisirs et cédait à 
son penchant pour l'orgie, à son goût pour les divertisse- 
ments et les concerts. Obeïd Allah, fds de Khordadbeh, 
raconte qu'il entra un jour chez ce Khalife; plusieurs de 
ses courtisans, hommes intelligents et d'un esprit éclairé et 
sagace, se trouvaient dans la salle de réception. Le prince 
lui ayant demandé à qui remontait l'origine du luth [eJ- 
oud) , Ibn Khordadbeh répondit en ces termes : « Prince des 
Croyants, il y a un grand nombre d'opinions à ce sujet. Le 
premier qui fit usage du luth est Lamek, fils de Metouclia- 



CHAPITRE CXXII. 89 

j«X_.cj J*_*_^ ^uLaoJÎ^ *jiï^ lA*l*i». *X.i».li «^Ias^I^ j.«XJl5Îj 

c 
tjUo^l^ C^J^'j -*XJLl\<' -ÎUwî;^ (jl^Jl^' -JJUC^ *X:ikJK >,_^aJ! 

3j<X-«.iI Jliï :>^ii (j-iaxi <îu\fi ^bj aj V^^ («"^ L5AJ'*^^J^3^'j 

lot!) j^iaÀ^ i> IfcAM »..<.««« ^«Xaj U» ti\j<Xsfc ^ Slj^^wvAi^^ ^»Xaj 

c:A»Jk_j j!5A_Ai> ovASj cjj.'»*^-^!^ Jj^ia^î tili (jj J^^^' «^i^îj 

lekh, fils do Maliawil, fils d'Abad, fils de Rhanoukh, lils 
de Caïn, fils d'Adam. Ce Laniek avait un fils qu'il aimait 
tendrement; la mort le lui ayant enlevé, il suspendit le 
corps à un arbre; les jointures se désaj^régèrent et il ne 
resta plus que la cuisse, la jambe et le pied avec ses doigts, 
Lamek prit un morceau de bois et, l'ayant taillé et raboté 
avec soin, il en fit un luth, donnant au corps de l'instrument 
la fi)rme de la cuisse, au manche la fi)rme de la jambe, au 
bec celle du pied; les chevilles imitaient les doigts et les 
cordes les artères. Puis il en tira des sons et chanta un air 
funèbre auquel le luth mêla ses accents. C'est ce ([ui a fait 
dire à Ilamdouni : 

11 (le luth) chaule, mais c'est une voix sans aine; il rcssciiiblc ;\ une 
jambe à laquelle uq pied est emboîté. • 

Il exprime en son cliant les pensées «l'un autre comme le qalcm ex- 
prime un langage qui n'est pas le sien. 

«Tubal, fils de Lamek, inventa les tambours et tambours 
debas([ue; Dilal (/illah), fille de Laniek, les mrùw/' (harpes) ; 
le peuple de Lotli, les loubuur (mandolines) pour cliarmer 



90 LES PRAIRIES D'OR. 

i.»_x_M (^1_àJ! ,j«^^_iJî Jsi^l /6.J ov«^=-l3 i^A« c-0)^j îii 
pI.À^ yl^ j^Aa.)S ^.-««Jlj J..xIaW jljj.^Jî_5 ji_5,AAk)S jl>*>^3lj 

_^^^ o^-w l^Jji* (*i3j~^ {+•»• (^^ ^"S^l ^ijjj^kJi^j jLUli^ 
rjÎ4\_jsrî^ 5tx_«_.«A_:j Liû^A-STj *«_x-JL.Jj (^a«U^ \.-^x5^î y£>j 

^(H^i.fi3 ^^-^^ Ltf>>^îj U^ yUwî^i^ J^^î *Iâ^ ^Jé^ ->U«j c^s 

les jeunes garçons. Les peuples pa&teurs, les Kurdes, ima- 
ginèrent une sorte crinstrument à vent dans lequel ils 
soufflaient pour réunir leurs troupeîiux dispersés. Plus tard, 
les Perses trouvèrent la flûte, qui répond au luth; le dianeï 
[dou-neï, flûte double), qui répond à la mandoline; le sou- 
rianeï [sournaï, hautbois) , qui répoud au tambour, et le djenk 
au sandj (ou sambuca, harpe). Ils accompagnèren l leurs 
chants sur les luths et les djenk, instruments qui leur ap- 
partiennent en propre; ils créèrent les modulations, les 
rhythmes et divisions et les modes royaux. Ces modes sont 
au nombre de sept. Le premier, nommé segaf, était le plus 
ordinairement employé pour la mise en communication des 

canaux. Le se distinguait par l'élégance de ses divisions 

et par son énwgie. Le. . . . par la beauté de ses modulations 
et son étendue depuis l'aigu jusqu'au grave. Le madarousnan 
était le j)liis grave de ces modes; le saïijad, celui que le 
cœur chérissait; le sisum (peut-être chichum, sixième), mode 
d'un effet saisissant et sérieux; le (mot illisible) était gra- 
dué sur une seule modulation. 



CHAPITRE CXXII. 91 

jO-Ji J-£ÛÎ AXS- (jl^ ^*^^^ ?-^J^ ^^•V«*î? ^^^}j J^}^ *JtAA- 

(_^ jl^.AJiJaI! -Joij (j«>ÀJÎ ool^ wolilaJlj lo«Xjj_5 ybc.tvj.Al3j 

«Xaxj c::»^-»o >J_5 Ljj ^j-i*£: iC^^ ^-^^^ {J^J^^ i^^iS (j-* (•J»^^ 

(iM i^j V^' i^J b^^' (*-trlj •>^J^'« ^5 ^/^V^^JJ ^j^3 UJiJ-*^^^ 
&"\r3 ^y'i J"^^ <£'•'' Wo ^^•À'AJiii fi-^^i Jr'y ^***^ y'J t-^^-ii^i^ 

«Les hal)itants du Kliorarân et des contrées avoisinanles 
chantaient en s'accompagnant du zandj (ou zancj), instru- 
ment à sept cordes qui se touche à peu près comme le sundj 
(samhuca). Les pojjulations de Rey, du Taharislàn et du 
Deilem avai(Mil, les niandoHnes, instrument que les Perses 
plaçaient au-dessus de beaucoup d'autres. Les Nabatéens et 
les Djarmaques accompagnaient leur chant avec les (juinva- 
r«f (peut être laut-il lire kinuorot], dont le jeu ressemble à 
celui des mandolines. 

« Au ra])porl de Ivuidoros (Ilar^wpos?) le Grec, lescjnatre 
cordes (du luth) correspondent aux quatre tempéraments: 
la corde zir correspond à la bile jaune, la corde double au 
sang, la triple à la pituite, la corde 6cm- à Talrabile. Parmi 
les instruments des Byzantins on cite: Vargan, (pii a seize 
cordes et une grande étendue de sons; il est tforigine grecque 
ancienne; le hiliophone, àvingt-([uatre cordes: ce mot signKie 
mille voix; la lyre, qui est notic rehah: elle est en bois el a 
cinq cordes; la cilhare, a douze cordes; le «///«t// (ou s/rmr//). 



92 LES PRAIRIES D'OR. 

^l0v._Si- CJv_xJi »*X_itf Iî^^-mJI l.<^J V^^î <J^^^ C^aJ^aw^XavU 

siiXj L> »!«Xj L>3 lî^^^ l» l»^^-*^ l? 

^LÀjiJi ^3JC^i xci" V^*il i J'^^y^^i^j ftUwJî Jjî ^Î*X:^ yl^ 

qui est foit avec des peaux de veau : tous ces inslrumeiits 
sont du genre harpe, mais de construction diverse. Ils ont 
aussi ïorganon, qui se compose de soufflets en peau et (de 
tuyaux) en fer. — Les Indiens ont la gongolah, qui n'a 
qu'une setde corde, tendue sur (une caisse en forme de) 
courge; cet instrument leur tient lieu de luth et de sam- 
buca. 

«Chez les Arabes, le Mdd (chant du chamelier) précéda 
tout autre chant. Modar, fds de Nizar, fils de Maadd, dans 
un de ses voyages, tomba de son chameau et se fractura la 
main ; il se mit à répéter en gémissant «ya yedah, ya yedah, 
ma main , ô ma main 1 » Il avait une belle voix ; les cha- 
meaux, en l'entendant, serrèrent leurs rangs et hâtèrent le 
pas. Les Arabes adoptèrent alors ces mots pour leur chant 
de caravane en le façonnant au mètre redjez, et c'est ainsi 
que commençait toujours leur hidâ, comme dans ce vers 
du chamelier : 

() guide, ô guide, hélas! ma main, ma pauvre main! [yà hâdjâ, jâ 
hddjà — tva jd jcddlti , jâ j'cddh). 

« Le /uV^afutdonc chez les Arabes l'origine du chant musical 



CHAPITRE CXXII. 93 

^j_» iC_^i (^-^-^ y^^ Lsfcbj,-» (^ 'ri^*^^ *U(«»j M"*^^ -cliXJi ^j^ 

(j\<j ^J-J^^ (J-« C_>^Jij ,1^-11^ J^jî f»3^î^ (J*ylî <^^JtJ /O-^i^î 

^ iw^Jij J-aaaJI :>U-wJî_5 jW^]^5 (j**^-*^^ ioûA.j (_,A.AAÀJi f^j^ 

et des refrains. Le chant prit ensuite de plus grands dévelop- 
pements dans les lamentations funèbres des femmes. Il n'y 
a pas de peuple, si Ton excepte les Persans et les Grecs, qui 
ait un goùl plus prononcé pour les concerts et pour la mu- 
sique. Leur chant particulier, nommé nash, se compose de 
trois genres, à savoir: le rekbani, le siimd grave et le hezeâj 
léger. Les plus anciennes chanteuses arabes sont les deux 
sauterelles: on nominail ainsi deux' esclaves conieniporaines 
des Adites et appartenant à .Moâwiah bcn Bekr TAmalécite. 
Les Arabes donnaient aux esclaves musiciennes le surnom 
de herineh et ils apj)elaient le lulh mizhar.hca habitants du 
Yéuien s'accompagnaient sur les harpes {indzaf}, sur les- 
quelles ils n'avaient qu'un seul genre d'exécution ; mais ils 
connaissaient deux sortes de chant: le hanéfite cl le hiniya- 
rite; le hanéfite était le plus beau. — En fait de chant, les 
Roreïchites ne connurent d'abord ([ue le nasb. Lorsque 
Nadr, fils de Haret (fils de Keldah, fils d'Alkamah, fils 
d'Abd-Menaf, fils d'Abd-eddar, fils de kossayi) se rendit en 
députation d'Irak chez le Cosroës (|ui était alors à Hirali, 



94 LES PRAIRIES D'OR. 

j %.kJ\ ^-?^ iCS^jJl (jvX>3 (jji>«XÎi (3j-? tiiJl^ cdUa*]; 

^^jL^-j j^aaàJI ^^yû_5 J.A^i ^5^^^j_j w^AiJi ^^j ^j-»*^.^ 

j.^lbi (ji^^lff (^^ &,r=>-j,jsiv>AM\ o_5'*«»'^'**j aIiaÀaaw) /<\5.fifcji mX» 

il apprit le jeu du luth et Tait d'accompagner le chant. Il 
alla cnsuile à la Mecque et communiqua cet art à ses habi- 
tants ; ce fut alors qu'on forma des esclaves musiciennes. 

« Le chant aiguise Tesprit et adoucit le caractère; il émeut 
et ro^jouit l'âme; il donne la vaillance au cœur el enseigne 
la générosité à l'avare. C'est, avec le nébid (vin de dattes), 
le meilleur réconfortant coptre le chagrin qui mine le corps; 
l'un et l'autre lui rendent le bien-être en dissipant ses sou- 
cis. Mais le chant peut à lui seul produire un pareil résul- 
tat, et il est aussi supérieur au langage parlé que celui-ci est 
supérieur au mutisme et la santé à la maladie. Comme l'a 
dit le poêle : 

Contre les tristesses qui envahissent ton âme n'emploie qne la douce 
li(|neur et les cordes mélodieuses. 

«Que Dieu récompense le sage qui a inventé cet art, le 
savant qui Ta mis au jour! Quel mystère il a dévoilé] Quel 
secret il a révélé I De quel noble talent il nous a montré la 
route! Vers quelle science généreuse il a le premier guidé 
nos pas! Cet homme est sans égal, il est la gloire de son 



CHAPITRE CXXIl. % 

-Uo ^ pVs.)^\ d)^^ c:a.j\(j jjj^-^Jî Ujj)^ i (Sj-^*^ fi\Xi}\ 

t^l ^b"j~J ^—S—iaJÎ^ aK-XC v_jui*.jj Ikj^^ij Aj fcJ ki^aj» â4X<(*fc:>- 

viUi t^_j*w U^ JU#U ci)Kj|^ Jo^ijlj J.j^y U :<^UjiJ! A^y 
*:i^_jL_iJoli t:>..À.o_tj c:xÀ*rt.i»-lj caAS <Xd *X^xiî Jiï '^S'^ f-'^kM» 
yÙ^'% (ji_j ,^^-Ul ^iy^ '^*Xx5;_5 *UxM É^a« -^I l*ki£i i o.4!_j 

temps. — Les rois s'endormaient en écoutant chanter, afin 
que la gaieté s'infiltrât clans leurs veines. Les souverains 
étrangers ne se livraient au sommeil qu'après un joyeux 
concert de voix ou une douce veillée. Les femmes arabes du 
désert se garderaient d'endormir leur enfant lorsfju'il pleure, 
de peur ({uo le chagrin ne se glisse dans son êlre el ne cir- 
cule avec son sang; elles lutinent l'enfant et le font rire 
jusqu'à ce qu'il s'endorme heureux el souriant. Grâce à celle 
précaution son coips se développe mieux ; un sang vermeil 
colore son teint, et son intelligence s'accroît. D'ailleurs le 
chant plaît aux enfants et fait succéder chez eux le rire aux 
larmes. — Yahya, fds de Khaled, lils de Barniek, disait du' 
chant: «C'est ce qui excite la joie el les transports, ou bien 
«ce qui inspire la tristesse et faccablemenl. Toul le reste 
« n'est que peine el ennui. » 

— « Voilà, dit alors Moutamid à IbnKhordadbeh, de belles 
paroles et un exposé plein d'intérêt. Grâce à toi, c'est 
aujourd'hui un triomphe pour le chant, un jour de léte 
pour la musique;. Ton langagi; ressemble à mu; étoile de soie 



06 LES PHAIHIES D'01\. 

jJ^Vm/j ^.>iiji>^^\^ jJus^]^ jq^^\ i^A.» J<v^ '^^' V^-^' >y*^ 

mV-ï^-J M-^ V/^^ Ç-^-CVwJI <XÀS1 rO-*w>ji <^^J^^ /j»*.JiAj! (jSi^AJ 

bigarrée [wachi) , où le ronge, le jaune, le vert se marient 
aux autres couleurs. D(''j)cins nous maintenant le chanteur 
habile. «Ibn Khordadbeh continua ainsi : « Le chanteur ha- 
bile, Prince des Croyants, est celui qui ménage sa respira- 
tion , qui attaque la note avec douceur et varie agréablement 
les genres (c'est-à-dire les trois genres: le diatonique, le 
chromatique et l'enharmoiiicjue). — Combien y a-l-il de 
sortes de musique? demanda le Khalife. — Sire, répondit 
Ibn Khordadbeh, il y en a trois : 1° la musique qui émeut 
et remplit h; cœur d'une joie douce et légère; celle dont les 
accents élèvent Tâme et sliujulenl ses plus nobles mouve- 
ments; 2° la musique plaintive et triste, celle surtout dont 
le poëme pleure les jours lointains de la jeunesse, icgrette 
la patrie absente et gémit sur la mort d'une personne chérie; 
3° la musique qui rend Fàme sereine et repose les sens, 
effet qu'elle doit principalement à la beauté de la compo- 
sition et à la perfection de l'art. Celui qui, mémo sans la 
com|)rendre, n'en est pas ému et porte ailleurs son atten- 
tion, rclui-là n'est qu'un rocher insensible, une matière 



(Il \ l'i I i;l (A \ il 97 

»:>y>-y "i^^ JkA^JI i>ij^.\y ^^^ jji^ JJ>^ .v^^ ^^L...A^ 

^ji^LJi c>t^l^ »U^^I JiO)jc« U .X^aII JU aJi:»3 V^^ a>>^ 

^Jl -jou ,j^ (^tvÀ^^' ^y.-r*' L» ^> i Jl» .>^ Jl» iiJiÀJl j>*'»j 

^Lk-^l *^-*-fj\ y-^i ÇjLjlJI# ft^y.AJli^ »_»Uv-^» iy^m^^ «-UrfVl 

i-*^ >*Î3 (j'^i ^!>^ kS-^^ ujr^' y^ çlx.ii;^ xv>^^ r.^'^ 

mrrtc qui |)oimt.iiI .iiissi Imcm ne p.is exisler. Prinf«^ (Ich 
(j'oNaiils, ajouta le iiairatciu', roniine l'ont <lit |)luHiciirs 
pliilo.sopliCN (le raiiti(|uil«>, plunicurs safjts <lr la (ir^to, rolui 
qui (lotesir l'oilrur tirs parltims a uiir Ic^^iou dans rorj»anr 
«le IVhIoimI; di' uit-ni»' rrt hounue lait puMur d'uiio or^'ani- 
Hatiou ^rossirrc, (|iii luit la niclodic du cliaiit, rrroute d'nnc 
on*illr distraite, l.i hl.inic t-t la (ôudainno. » 

Moulainid voulut ensuitt' roniiaitr** \v rAJr du rltvtliukr. 
des tnodcH et des dilliTCiits sons. Ihn Kliordadhrit (-ontiuiM 
rn oi's tniTU's: • Priur»' drs Ooy.mfs, d'.qjirs une dc^inilion 
ancienne, le i li\ tltine est au eltant ee <|ue la |M'OHo«lie est «k la 
pfM^sie. On a e\|)li«|in'' re *|u'«Mait le ilivlluiie, on l'a desicfn»' 
par «les app«'llations et des ternies partienliers. Il y a (|u.itre 
sortes (!«• rhyllinus : le fjrave i"" i(enr«' et son allégro; Ift 
f^rnv»' 2* j^enre et son all«''|»ro ; le reiufl i" ^eni»* et son 
alli^p^ro; le he:i'fli et son all('>gro. Le mol lAii > rhvtlmie» est 
requiv.dcnl de wi'iii; itwkaa signdir pesti |ou mesurer); on ' 
dit de (piehpi'un qui sort de la mesure, luin (diiAi'. et le ntot 
hhttiiiiinilj Ksoitie» \eul due tau^sci la mesure par tr«tp t\v 



98 LES PRAUUES D'OU. 

«»>o».|«^ ylxJî_5.:0« yUÀi'î &jX> ^liJl J^AJ <_ÀAÀi*.3 ««X.:».ij 

jpi J^j^JLSJI oUÀiw3 leyÀ^Ài^j à^i^ -55^1 c^^^M^l (jU 

lenteur ou de précipitation. — Le grave !•="■ genre se compte 
par série de trois temps : deux temps graves et lents suivis 
d'un temps seul. L'allégro du grave 2" genre se compose de 
deux temps simultanés, d'un temps lent et de deux temps 
mixtes. L'allégro du remel se bat j)ar série de deux temps 
mixtes séparés par une^ pause. Le hezedj se compose d'une 
série de temps uniques, égaux entre eux et tenus; son allé- 
gro, de temps uniques égaux et uniformes, mais un peu 
plus vifs que ceux du hezedj. — il y a huit genres de me- 
sures : les deux graves 1" et 2*' genre avec leur allégro. 
L'allégro du grave i'^' genre est nommé makhouri ; voici 
l'origine de cette dénomination : Ibrahim (fds de Maïmoun) 
Moçouli, issu d'une noble famille persane «■! domicilié à 
Moçoul, chantait habituellement des airs sur ce rhythme 
dans les tavernes (persanes, nommées nuikhoureh, pluriel 
, maivakhir). Puis viennent le remel et son allégro. . . (lacune 
dans le texte). Chacune de ces mesures donne naissance à 
une subdivision nommée mazmoum avec corde libre. Suivant 



CHAPITRE CXXII. 99 

&.]»i^^ v.jLÀJu à ?^ (^JiJa-* ^^y^ ^\jia.^\ )iùsJ> ^j^ *\„s».i^ j^ 

J^r»-5 *^^^t _^Jl5T Js.xC ^y^^* ^b'^'^^-5 ^^'^*-=^^^ c^iyl^î^ 

^jLN(*jiJl fjU]o AAA^ c^ iù»»*XÀ^Jt t_>Ls2<=î AXJWtf» jb^ *tSÔII 

«-Jyislj JjUkJl (j^\"> iOb^l jijs^XÎ ^^ 5jbji c-».J*XXci fj\j> 

la cliflerence de position des doigts, ces rhythmes secondaires 
se distinguent entre eux. par des noms particuliers, comme 
mâssour, pressé; makhhoul, mutilé; mahtout, stimulé; makhdoû, 
caché; idradj , gradation. 

«D'après une opinion répandiw chez presque tous les 
[)euples et adoptée par un grand nombre de savants, le luth 
est d'origine grecque ; il fut construit par des géomètres 
dans un étroit rapport avec le tempérament fie l'homme 
l'voir ci-dessus, p. 91). Si ses corties sont dans une juste 
proportion avec les nombres augustes, le luth participe à la 
nature de l'homme et l'agite d'une émotion qui n'est autre 
chose que le retour subit de ràn)e à son état naturel. Chaque 
corde égale celle qui la précède avec un tiers en plus. Le 
destehan (la touche), près du bec de l'instrument, esl placé 
au neuvième de la corde totale, et l'endroit ou pose le 
chevalet est calculé au quart de la corde totale. — Telles 
sont, i'rince des Croyants, les nolions générales dn iliyllime 
r't ses définitions. » 

Moiitamid, rpie renticlien de ce jour .ivail cliainic, donna 



100 LES PRAIRIES D'OR. 

IJ*.Là.>Î XAjLf (j^â^ii i ^^Jb^l ^.«^ (^J^i (j\.^\jÀ. JjSi\ 
jlill J-AJi/iJl (_À>-*i^^ J^jI L^AÀia-^ J^j}]j ^^Ji_5 Olxiàl 
(Ji «.l_X_S? ^\sj~-j\^ aK-a-X-jj Jj^I J^aAaJÎ os.AiA._5 aKaaS^ 

une robe d'honneur à Ibn Kliordaclbeh et aux autres cour- 
tisans présents, tout en honorant celui-ci d'une considération 
particulière. Le jour se passa en fêtes et en plaisirs. Dès le 
lendemain de bonne heure, le Khalife fit appeler ses hôtes 
de la veille, et, quand chacun d'eux se fut placé selon son 
rang, il s'adressa à uu.de ses familiers et de ses chanteurs 
et lui dit : « Parie-moi de la danse et de ses différents genres; 
dis-moi ce qui constitue le danseur de talent et les qualités 
qu'on exige de lui. » Le personnage à qui s'adressait cette 
question répondit : « Prince des Croyants, la danse varie 
chez les différents peuples , par exemple chez les populations 
du Khoraçàn et d'autres contrées. L'ensemble des rhythmes 
a[)pliqués à la danse se réduit à huit genres : le khafif, le 
hezedj, le remel, l'allégro du remel, l'allégro du grave 2" 
genre et le grave, l'allégro du grave 1" genre et le grave. Le 
danseur doit réunir certaines conditions , les unes de tem- 
pérament, les autres de constitution physique, les autres 
de pratique. Les premières, celles de tempérament, sont : 



CHAPITRE CXXII. 101 

4j«.-A_Â_!i — jLJ^_5 cjLaJJI JjL*(t «jI-Xa^I^j (^JaUii 5J»tj_j 

de la vivacité nalurelle, le sentiment inné du rhytiime, une 
disposition, naturelle chez Télève, qui le porte à méditer 
son art et à s'en rendre maître. Les qualités physiques sont : 
le cou dégagé et long jusqu'à la naissance des épaules, de 
la grâce, de l'élégance, de la souplesse dans les reins, la 
taille mince, une grande légèreté, un corps bien propor- 
tionné, l'art de laisser flotter la ceinture et d'enfler l'extré- 
mité de la robe, dr ménager la respiration et les repos, 
d'endurer la longueur des exercices, d'avoir de la légèreté 
dans les pieds, de la souplesse dans les doigts, d'être maître 
(l<> leurs niouvenienls dans les danses de dilTérent caractère, 
conmic celles nomint'es ibl et raks el-horah, d'avoir les arti- 
culations flexibles et une grande prestesse de mouvement 
dans le tournoiement et dans le balancement des hanches. 
Knlin, les conditions relatives à la pratique de l'art sont les 
suivantes : connaître à fond toutes les danses et les ])osséder 
dans toutes leurs variétés, savoii- lounicr avec grâce en 
maintenant les pieds lixes dans leur axe, mettre de l'égalité 
• lit IV les mouvements du pied droit et ceux du pied gauche, 



102 LES PRAIRIES D'OR. 

L^^JU»;^ |»I*Xj^I ^'»à^} )lXis-îj ^O i ^j^Xj 4P-&- U>\j^Jj 
^ kAAAJ ^jt^i-^î^ ^Uj:5(i dUjo v>*'3^ y5 l^^S^i L>^'(,'>3 

-a_j4X_A_)l ^<>.«« \.^À^ LJiilî (j^ 9:^jf-'^ <i <^^-^'"^^ »^* U*^ ^^ 

;j-«!j AilÀt^ <!^jU.^_5 /6.J<XÀji (^!5\-~».i J, J^.XS i/9^ j.Xji^^\j JjXXXi 

atiii qu'il y ait ensemble parlait. En effet, dans ie mouve- 
ment de baisser le pied et de le relever il y a deux temps : 
l'un se fait en mesure, l'autre est en retartl sur la mesure. 
!'lus le danseur est habile et élégant, plus il mettra de 
grâce amoureuse dans le temps qui se fait en mesuré; dans 
le tem]>s en retard il sera tfautant plus habile et élégant 
qu'après avoir levé le pied en mesure il ralentira le mou- 
vement en baissant le pied. » 

Lesréunionschez Moutamid, ses entreliens et conférences 
ont été réunis en volumes : ils roulent sur la littérature et sui 
la bienséance. On y trouve, par exemple, l'éloge du convive, 
rénumération de ses qualités, le blâme adressé à ceux qui 
se distinguent par leur passion pour le nébid, les passages 
de prose et de vers qui ont trait à ce sujet; des citations 
sur le caractère et le portrait du convive, sa modération 
dans le plaisir, l'absence de frivolité dans son caraclère. On 
y renconln; également des formtdes d'invitation avec Irag- 
ments (\v correspondance sur ce suj*'! ; l;i iionK'iiclalure des 



CHAPITRE CXXII. 103 

•-lAxii J^^i^ X£-\yi\^ A^U^iit^^ c.UuJl AAxtfl^ !iyjM\ i (->wAW,il 

JjjLiL«j (j^JLail ^*^^ {^''>>^^-^^} (^.>-o<XiAil (jvAÀxiî t^i^^-**».^ 

^'L^iX-À-jJ jj^wJL^ iùx^JUj «.^^AjL.^ iLfJu3^ c^AXXt^ ^^^'^ 

«^ ^t«^-JÎ jLA_=fci LJLjUj ^ liLJi iL*.!^ uXo^ 4^ ^Àxjî <^_5 

diflerentt's sortes si nombreuses c[e boissons; des détails suf 
les concerts de dilTérents genres, sur les principes du chant 
sur son origine chez les Arabes et les autres peuples; This- 
loire des plus fameux chanteurs anciens qt modernes; des 
indications sur la tenue des réunions, sur la place réservée 
au maître et au subordonné, sur la hiérarchie à observer, 
les dispositions à prentlre dans le placement des convives; 
enlin sur les formules dv. salutation, comme la dit le poète 
Atawi : 

Adresse tes saliitnliotis aux convives empressi-s à l(; saluer et qui 
savent réclamer <|uan(l lu oublies de leiu- verser à boire. 

linivrés de voluptés dés le matin, le soir ils gisent saus mouvement, 
mais non sans vie. 

C'est une existence de féto et de piaisii> (|iie les l'êtes du klialil'e ne 
sauraient éfjalcr. 

Ou Iroincia loul cela, avec les plus amples dé'Iails, dans 
nos Annales liisloiicpu's. On ]y lira aussi une litide de ren- 
seigiUMnenls iuedils siii les \;irielés de vins, sur les des- 



104 LES PRAIRIES D'OR. 

^jw. <>w-«*-9 (il <-.wj:>iii3 *_:c.i^jt« Jl fj^iiJi ^^^'^ ^-^ ^*i^"^' 
uîj.JÎ_j jlj-j^ij J^l^^jJî ^.jiLsixij tj5^^^' Ai^x^ i ci>l JvJ_j.xll 
A.***-U2 (^ fUiJlj (j*HvSpî Sy^^ (jJ'^^^î cl-«**^ Ci^biU^Jt 

serts, la manière de les disposer dans les corbeilles et sur 
les plateaux , soit en pyramides, soit en rangées symétriques, 
avec toutes les explications à cet égard ; un aperçu de Tart 
culinaire, dont la connaissance est indispensable au com- 
mensal , et qu un homme bien élevé ne doit pas non plus 
ignorer; Tindication des modes nouvelles en fait de plats; 
Tart de combiner les aromates et les épices dans l'assaison- 
nement. On y trouvera également différents sujets de con- 
versation ; la manière de se laver les mains en présence du 
maître de maison et de prendre congé de lui ; la manière de 
faire circuler la coupe , avec plusieurs anecdotes de rois et 
d'autres personnages sur ce sujet ; différentes opinions et histo- 
riettes sur Tintempérance et la sobriété du buveur ; comment 
il faut solliciter et obtenir les générosités des princes pendant 
le festin; le portrait du convive, ses devoirs et les devoirs 
du maître envers lui ; en quoi le commensal diffère du 
maître et le convive de Thôte; quelle origine on attribue 
;ui mol nedùii (convive et courtisan; rf. I. VU, |>. '29). Puis 



CHAPITRE CXXII. 105 

iw_ÀJi (j\-?^ V"*^^ dj'*'^^^ -^jJa-iJî icvft!5\^ jj cjii/î HjJuS^ 

c jLijj l^ ^e.^^.-?;.]! i^j^j .;^=^ *W««Î i tJ^5 (j^ >5^ Uj 

ou^oj^ LJmLaJ» L<,.jlJ£ s«Xaj^I «^i^t (j>4 ^'•^'S-^^ ^j â> (jmUJI 

iS^j— jÎ ^j— i*. L^ LX^A^ iXAàXjti! (j*uxî5 _jijî ;j^3 Ua^C^s 

<f ^ ^ f 

nous traitons des règles du jeu d'échecs, nous indiquons en 
quoi il diffère du nerà (trictrac); nous citons à ce propos 
plusieurs récits et une série de preuves historiques ; les tra- 
ditions arabes sur les noms du vin, la prohibition dont cette 
boisson a été Tobjet; la variété des opinions sur l'interdiction 
des autres liqueurs basée sur celle du vin ; la description 
des coupes et ustensiles du banquet ; par qui Tusage du vin 
fut adopté dans l'âge d'erreur et |)ar (|ui il lut rejeté; enfin 
l'ivresse, les appréciations dont elle a ét('> l'objet ; si elle 
vient de Dieu ou de la créature; en un mot, tout ce qui se 
rapporte à ce sujet et se rattache à cette question. L'analyse 
donnée ici a pour but d'appeler l'attention du lecteur sur 
l(;s suj(;ts d(''veloppés dans nos ouvrages précédents. 

Abou 'l-Abbas iMoMiaded était retenu prisonnier. En par- 
tant pour le Djebal (Irak persan), Mouaffak, son père, le 
laissa aux mains d'ismâïl , fils de Puilbnl, qui le gaida ('Iroi- 
lemenl jiisc|u'au reloiir de Mouallak. Ce prince revint de 
rAdcrbaïdjàn altcinl (rinic maladie grave cl le corps tout 



106 LES PRAIRIES D'OR. 

LvjUST <_i^ Jlî>-yi ^ù<.*.^i (jjû«>Ji L^Aj J.x^ c^^'S^ a}sju»»5 

(j^ l.i;Xi». ^^jOiAAjî ^Jl*,^m^J^ *^ iî*>vRJ (Jî iiiyjto^ (J^* 'r^j'^ 

UU5 j.!5A_**-ji icÀ_j«X^ -,lsli ^^jvJùU_j (^jwlav^ (J^' ^^à.*»» >*■« 
A_jLfc^^_j (3.-9^1 -«Xi- i,j^ ^J^5 ^J^ â>^^ -iUi (j>wJp<»3 

enflé; on le portait dans une litière de bois laite exprès 
pour lui, rembourrée de toile et de soie, et garnie en des- 
sous de fioles pleines d'onguents et de baumes ; plusieurs 
hommes j)ortaient cette litière sur leurs épaules à tour de 
rôle. Mouaflak arriva ainsi à Bagdad le jeudi deuxième jour 
de safer 278 de riiégire ; il était depuis quelques jours dans 
cette capitale quand son mal empira. Le bruit de sa mort 
se répandit; Ismâïl, lils de Bulbul, convaincu que le malade 
était perdu , envoya aussitôt un message à Kefehmen , d'autres 
disent à Bektemir, chargé de garder Moutaded dans Medaïn 
(Glésiphon), localité située à moins d'une journée de Bag- 
dad; il lui orclonnait de ramener sur le champ Moutaded et 
Mufawwad, son fds, à Bagdad. Moutacled y revint le même 
jour. Ismâïl, informé du rétablissement de Mouafïiik , se hâta 
de descendre le fleuve sur un bateau fin voilier et conduisit 
chez son hls Moutaded et Mufawwad. Mais plusieurs officiers 
du palais, tels que Yanis, Mounis, Safi el-Haremi et autres 
serviteurs et |)ages dcMouaflak, tirèrent Abou'l-Abbas (Mou- 



CHAPITRE GXXII. 107 

^_^-:^vJ| «_>l^i CA_:£Vjij j^^^tM^»^ 0:^x12^3 U^^A^ ^t cK>-S> <-^i^ 

^^_A^^ «X*i U» Jl^T/.^ /jj sl-Mi.Jî ÂaJÎ '5'«='^ (^^^"S^ ^-^-^ <^*~*j^! ^ 

taded) de la prison où il venait d'être renfermé et le con- 
duisirent chez MoualFak. Ismâïl, mandé chez ce prince, y 
trouva Moutaded et Mufawwad. Pendant ce temps la discorde 
éclatait parmi les olïiciers et les mawla ; la populace et les 
domestiques du palais coururent au pillage. Ils dévastèrent 
l'hôtel (rismâïl ; pas une seule maison de grand personnage 
ou de secrétaire en renom n'échappa à leur fureur. Ils cou- 
pèrent les ponts de bateaux, ouvrirent les portes des prisons; 
tout ce qu'il y avait de criminels enchaînés au fond des 
cachots fut mis eu liberté. Ce fut une terrible et hideuse 
sédition. Abou 'l-AI)bas (Moutaded) et Ismàïl reçurent une 
robe (riioniieur et regagnèrent chacun leur hôtel. Ismâïl 
ne trouva pas dans le sien même de ([uoi s'asseoir et dut 
attendre que le cliuli Ibn iVIikal lui envoyât quelcjues meu- 
bles et pourvût à sa table. Ce même Ismàïl avait pillé le tn- 
sor public cl avait dépensé des sommes folles eu récom 
penses, vêtemeuls d'honneur, ratleaux de toute sort»;. Il se 
'oncilia les tribus arabes en les cond)lanl de dons eu argent 



108 LES PRAIRIES D'OR. 

^tv-i^ (_aJUs5j yl/bA^ ^^O (jj^ cA'r'VJ *■'• f*"*)^ O^ ^"^.-^J (.J-* 

(j.* (jv_ji_j cbX^ ^Jn^Jl;..tJÀ ii^AJ jjij Ajî -Ll iw^^j jiji «>s*j 

^^.mÀ^-W MV*?J>^ )UmO 2U^ C:^L«k ^^J%jôt«^ (^XA.«M_^ M*^ iXÂ.w v.V«i£> 

tX-j-a-'i i^ji^j (jw« (jbyiiî j.Àxï>- ^^-i^-j c^*>^^ ^^ j.ms\Xj\ AajÎ 

et en vivres; il travailla particulièrement les Benou Cheiban 
et d'autres tribus de Rebyàh en se faisant passer lui-uième 
pour un descendant de Cheïban; enfin il alla jusqu'à exiger 
fimpôt foncier d'une année stérile. Il se rendit ainsi odieux 
au peuple et de tous côtés surgirent des réclamations contre 
lui, 

Mouaffak vécut encore trois jours après ces événements, 
et il expira la nuit du jeudi 27 dé safer 278, âgé de qua- 
rante-neuf ans. Sa mère était une esclave grecque nommée 
As'har, et le véritable nom de Mouaffak était Talhah. Cesl 
à lui que se rapportent les vers suivants : 

Couvert par l'ombre du trône, il était maître absolu; tous lui obéis- 
saient de plein gré ou cédant à la force, 

Lorsque la main du temps l'a marqué du sceau de la mort : c'est ainsi 
(jue les destins agissent avec les bommes. 

Mouaffak mort, Moutaded, son fils, prit le gouvernement 
de l'Etat à la place de Narir, surnom donné à Mouaflak, et 



CHAPITRE CXXII. 109 

(ii j*,L>*jkJ( ^î ^==ri^ J»+^ M^ J-^«.«N«I tXAji^ à^^r «-r^-=»- 

^^-~«ij 8i>».-*J»_j ^^.-ij (j^^j (J>^^^ C:J>*-*-**^ O*-^ iCÀ.*« iXy^^ 
l-.^,JÙ>viJ)^ AAjIjyÀ. ij c>jl^ ^iî iijù^l ^"5^ V^*'*^ «XAiiAxi! 

déclara Mufawwad déchu de ses droits à la succession royale. 
Ismâil , fils de Bulbul , fut promu au vizirat après des trou- 
bles sérieux qui éclatèrent dans Bagdad. Mais, à la suite 
des événements où Abou Abd Allah, fils d'Abou 's-sadj, et 
son esclave Waçif jouèrent un rôle prépondérant, Isrnàïl fut 
mis aux fers. Abou '1-Abbas (Moutaded) ht appeler Abd Allah 
(fils de Suleïman), fils de Wehb, le revêtit d'une robe 
d'honneur et lui rendit les fonctions de secrétaire d'Etat, 
le mardi 27 de safer 278 de l'hégire. Quant à Ismàïl, il fut 
condamné à toute sorte de supplices : on lui passa au cou 
un carcan auquel pendait une grenade de fer pesant, avec 
le carcan, cent vingt ritles; on l'habilla d'une robe de laine 
préparée dans la gélatine et on lui attacha une tête de mort ; 
c'est ainsi qu'il mourut au mois de djemadi I de la même 
année; il fut enterré avec son carcan et ses chaînes. Par 
ordre de Moutaded, on fondit les vases précieux qui se 
trouvaient dans le Irésor du ministre et le prix en fut dis- 
tribué aii\ troupes. 



110 LES PRAIfUES D'OR. 

ii_À-u. i^xJi tr»->_; cj-» '-^v^Jij ^aI^^* <^«Xi»..y (jvÀJ'^5 p^J 

^j^ ^4>Ji yK «xSj V^jl^jl* (j-jyî o<i« U aj J^_j.^^,-X<iy> L 

JjLJLj 0>-*-:? 5;\...«W^ AjUo«X3 (j^ à^^J »«XjlU (^S *Jt« ytj 

j A— 2^J_5 L|^À-« «Xrwi_j ^iS ^J^^ AJtm» ij>J5;>*i5 ijA-j^i <j5 

Moutamid se mit à table pour la collation du matin le 
lundi onzième jour avant la fin de redjeb 279. Dans Taprès- 
midi, quand on servit le repas, il s'adressa à son surveillant, 
nommé Monchguir, et lui demanda des nouvelles d'un plat 
qu'il avait commandé la veille, un ragoût de têtes d'agneaux 
préparées avec les cous hachés en petits morceaux. On le 
lui apporta : il avait à ses côtés un de ses courtisans intimes 
nommé Koujf el-Moulakkim (le gros glouton) et un autre 
convive connu sous le nom de Khalef el-Moudhik (le bouffon). 
Le premier qui ])orta la main au plat en question fut Mou- 
Iakkim : il arracha un oreillon, le roula dans une miche de 
pain, le trempa dans la sauce, fourra le morceau dans sa 
bouche et mangea avidement. Moudhik tira à lui un mor- 
ceau de joue et les yeux ; le Khalife et ses deux convives 
mangèrent de bon ap])étit et n'en laissèrent pas une bouchée. 
Mou Iakkim, qui avait mangé le premier, rendit l'âme pen- 
dant la nuit, et Moudhik avant le lever du jour ; quant à 



CHAPITHE CXXII. 111 

l_JC-A^ ^.*o\i «X.^*ii U5j p-UAaJî J^ c:>U ajU kii.js<m Ul^ 

^OïL^^lvX.^ Xa.AaJ»^ *«i cyU» ♦oijt jj«L (j>^ Aj l^jj" JoÛ JftJL) 

^j-.XJ_j J.**^ijjr'l (j^ ^^o (jrt».AJ îilj AxJ) Î3»IàÀâ «XaxàJÎ OwiJ 

^L_f^ ^j-9*X* !J-«U»i (jl J.^3 ^<i *X£Î 4>«J> >^^j[> ^ cK«^_5 

J-«-=sr y;;xAAJl Ai Jlju ^y yè^ <îo_jj^-i*j iyK 4^ JJI /o~^f t;-<i d 

J— S-^Av i S^^Xs»'^ U^3 CivuiJî^ ci)^i JIa>j OvÀ^Î ^.U^ ij^ 

Moutamid, il rejoignit ses deux compagnons dès ic mafin. 
Aussitôt Isniâïl (fils do Hammad), le juge, se présenta chez 
Moutaded vêtu de noir et le premier le salua du titre de 
Khalife. On fit venir des témoins, entre autres Abou Awl", 
Huçeïn , fds de Salem , et d'autres assesseurs; ils examinèrent 
le corps de Moutamid. Bedr, page de Moutaded, qui les ac- 
compagnait, l(Hir dit: » Pourrioz-vous trouver sur son corps 
une trace de violence.^ Il est mort subitement, victime de 
ses continuelles libations de nébid. » L'examen des témoins 
n'ayant constaté aucun signe; de mort violente, le corps fut 
lavé, enseveli, placé dans un cercueil préparé à cet effet, et 
on le transporta à Samarra, où il fut enlerré. — On prétend 
aussi. Dieu sait la vérité, cpu» Moutamid mourut d'un poison 
<[u'on versa dans le breuvage qu'on lui servit à lui et à ses 
convives. Ce poison, nommé hich (napellus ihoia, esj)èce 
d'aconit), vient de l'Inde, des montagnes des Turcs et du 
Tbibet ; on le trouve ordinairement dans l'épi de la renon- 



112 LES PRAIRIES D'OR. 

jlj^À-l *X.sO«^^ -M*^ Lf''^*^ ^-^ *^"^ IJ^^^ y^i 4-yiaJl 

^l^î jUji-î \jkAxS' ^ ci>il_^il t^ A^l>i CJ-* -'^■^^ tK d el>0^*. 
«oui OOtJ ^»^«mjJU e^l^JI t_>l«VI 

cule ; il est de trois espèces et possède des propriétés remar- 
quables. 

L'histoire si intéressante de Moutamid et des événements 
accomplis sous son règne; les guerres de Saffar et d'autres 
personnages dans le Khoraçân ; l'histoire de la famille 
d'Abou Dolaf dans le Djebal , celle des Arabes Toulounides; 
les faits et gestes d'Ahmed (fils d'Yça) , fils du Cheikh, dans 
le Diar-Bckr, la province d'Assour, etc. ; enfin les événe- 
ments du Yémen, tout cela est raconté en détail et dans son 
ensemble, avec le récit année par année des événements de 
ce règne, dans nos Annales historiques et notre Histoire 
moyenne ; c'est ce qui nous dispense d'y revenir ici. 

CHAPITRE CXXIII. 

KHALIFAT DE MOUTADED-BILLAH. 

Abou '1-Abbas Ahmed (fils do Talhah), surnommé El- 



CHAPITRE CXXIII. 113 

aK-aJ S^JitS. ^ÀJ-ii pb-l^Xii! -jj yû^ aMÎ <^ ^^xiî x\i c:,U 

CiM (Jr-*^ ^-*w^ »Xj».ii! -^j Aj'U^ cxil^ j!j*»à L,J JUij iû.x!.j 
j_A— *w *i_j -!^A**.J) A-^4>^jf >i^3 (iJV^J^ j-^-wiJ MtMM^ C:JvLa« 
^<-^^-^ U>*^j' ^^ b^i U (^ (^5vjL^3 jM*j iuAu J,^_5 ikÀMé 

Moutadcd-Billah, fut proclamé le jour même de la mort de 
Moutamid-Alailah, le mardi douzième jour avant la fin de 
redjeb, 27g de Thégire. Sa mère était une esclave grecque 
nommée Dirar. Moutadod mourut le dimanche neuvième 
jour avant la fin de rébî II, 289, après avoir régné neuf ans, 
neuf mois et deux jours ; il mourut à Bagdad , âgé de quarante- 
sept ans. Mais, d'après une autre opinion, il était «îgé de 
trente et un ans lorsqu'il arriva au khalifat : il serait donc 
mort à Fâge de quaranle ans et quelques mois en ladite 
année 289 -, il Oiul Icnir romplc ici des évaluations différentes 
([ui partagent les clironicpieurs. 

RÉSUMÉ DE SON HISTOIRE ET DE SA VIE ; PRINCIPAUX 
ÉVÉNEMENTS DE SON RÈGNE. 

Lorsque le khalifat arriva aux mains de Mouladed r>illah, 
les discordes s'apaisèrent, les provinces rentrèrent dans le 
devoir; la guerre ayant cessé, la vie redcviiil Cicilc cl à bon 



114 LES PRAIRIES D'OR. 

jj (j^JvjIjlIU ajJ^ (jvÀJlj^JI jJwSI *i cVjil^ 'r'j*^^^ liy^^ 

^Ji^JL j^\ -îuJÎ^ ^lî^î J>-5^ d 0;l«ii ç-iVïT -^î^ Sil^jJso 

A-A^£ c5>-^ (J° CJ^^ A^fCi^^ (waÀÀJ (jl v^' «J^J» ^ifcAjk. ,j Aj 

marché ; Tordre succéda à l'agitation. Les rebelles se sou- 
mirent au nouveau Khalife, la victoire affermit sa puissance, 
l'Orient et l'Occident acceptèrent ses lois ; la plupart de ses 
adversaires et de ceux qui lui disputaient le pouvoir recon- 
nurent son autorité. Haroun, surnommé Chari, fut vaincu. 
Mais le véritable souverain, le chef du pouvoir, était Bedr, 
affranchi du Khalife; tous les visages se tournaient vers lui 
dans tout l'empire et il exerçait un pouvoir absolu sur 
l'armée et sur les principaux chefs. 

Moutaded laissa dans les caisses de l'Etat neuf millions de 
dinars, et en argent monnayé quarante millions de dirliems. 
Il laissa aussi douze mille bêtes de somme, telles que che- 
vaux, mulets, dromadaires, ânes et chameaux. Celte grande 
fortune ne l'empêchait pas d'être d'une avarice sordide et de 
se ravaler à des minuties que le peuple lui-même dédaigne. 
- Voici , par exemple, ce que raconte Abd Allah , fils de Ham- 
doun . un de ses familiers, (ju'il admettait dans ses réunions 
les plus intimes: «Le Khalife fit diminuer d'une ocque 
le |)ain distribué aux gens de sa maison et à ceux qui 



CHAPITRE CXXIII. 115 

l-^.>.w,. jw î iUJùj*KJU AA^^^t i_>^-iV»^^ CiT* A^j^JCis? (ji Aj!\,iw 

»- . *i * ^ g lit y^3 AkïJij ^^ J.A^ ^jl i AAS^pi ♦Xj'^^'^i -«'tfljjij 
*J j-«-a? (j' j-«î AjU>i ^j^ <suAXJ? t^iXJI^ J^aaà3î »x5UJ| ^^ 
\.A-Lff vIH^I ^J-^^ ^-(r** *^l; <i^ ti*^!» (0^^ »:ij*à^. »yb». 
JJlJ^Jij^ 2Xi v!r^' o-'*^j Vlr^^' c^yûlb Jà^iil AÀk^j 

avaient droit aux rations, et il voulut qu'on commençât par 
le pain servi à sa lable. Or ses serviteurs recevaient chaque 
jour un certain nombre de pains, les uns trois pains, les 
autres quatre et davantage. Je fus d'abord surpris de cet 
ordre, ajoute Ibn Hamdoun, mais j'en compris la portée 
lorsque je vis qu'il produisait pour le prince, chaque mois, 
une somme considérable. » Il recommanda aussi à l'inten- 
dant de sa garde-robe de mettre de côlé ce qu'il y avait de 
mieux en étofTes fabriquées à Sous et à Dibak (étoffes 
communes), et il les réservait pour son propre usage. Il 
était d'ailleurs peu accessible à la pitié, d'un caractère 
énergique et sanguinaire; son plus grand plaisir était de 
torturer ceux qu'il mettait à mort. Un chef illustre ou un des 
officiers de sa suite venait-il à encouiir sa colère, le prince 
faisait creuser en sa présence une fosse dans laquelle on 
plaçait le coupable la tête en bas, puis on y rejetait la terre 
en laissant la partie inférieure du corps à découvert, et on 
battait le sol jusqu'à ce que le patient expirât dans cette 
position renversée (littér. « doncc exiisset anima ejus ex 



116 LES PRAIRIES D'OR. 

\Ji':i\ ^ (^Vvt — ^^-^ (j~Ja-Aj) <X.i.-»_Jj «XjÇjLj» v.jiJil^A3 ,_Xs>-*J) 
^Ia£> «XJ»^ «Xa2.Aj ^' /vJâJU) (^j^ -^^^VM.j w^«Xj) «X^iMte» /O'J' ^(UfcS» 

JsJ«s>-3 ^A^Uait <Xi^l^ uyj.iC ^*»- <_'Ui.ÀJlj t^^j iJLjj-* li»*^ 

cjîtkjtJ ti^xiî 1^^=^ r^ W-*^* (-K*=>-^ c_>l«x,xJ! o_jÀ^ L-Ai 

(^ yL^X-w y..j aMI «X.aa^J!ïÎ^ ^b"* *.j5\S Im.a)1j 05>*if 

podice »). Voici encore un de ces supplices. Le patient était 
garrotté et étroitement enchaîné, puis on bourrait de coton 
ses oreilles, ses narines, sa bouche; on introduisait alors un 
soufflet dans l'anus; lorsque le corps était enflé, énorme, on 
bouchait avec du coton rorifice de Tanus, et on pratiquait 
une saignée dans les deux artères temporales, devenues 
comme une grosse corde ; la vie s'écoulait avec le sang par 
cette blessure. D'autres fois, on plaçait la victime nue et 
garrottée à l'autre bout du palais et on la tuait à coups de 
flèches. Il avait fait construire aussi des caves voûtées rem- 
plies d'instruments de torture et les avait placées sous la 
garde de Nadjah Haremi, le grand tortionnaire public. 

Moutaded n'aimait que deux choses : les femmes et le 
bâtiment. Il dépensa quatre cent mille dinars à la construc- 
tion de son palais nommé Toureyya (les Pléiades), qui oc- 
cupait un espace de trois parasanges. 

Il avait confirmé dans le poste de vizir Obeïd Allah, fils 
de Suleïman; quand ce ministre mourut, il le remplaça par 



CHAPITRE CXXIII. 117 

fj:. ta » Sjti yj^ t-^^JuJU ««XJ^I (jL-Aa-« (ji (j\Jo^i *jj ^i^J 
i2L.J^ ;^^ XJCaJo.^ x..<\*o ^^ wks^ «iAÀJll «Xjuo ^' i(<X^I^ 

(j—i\j ojj» - »-U "^î «X.A g ^^ /y.*«o -^ -«>J> iijwJÎ S*X^ ij^ 
ci-'^iV-Aj (jv*->^^ f»^ <><.AaX*iî (Ji ^l-tii^jj j!>^^ ^^-^-^^ Ji^'otj 

son fils Kaçem ben Obcïd Allah. — En cette même année 
'279 (c'cst-k-dire celle de son avènement), le lundi jour de 
la fête de la rupture du jeûne, Mouladed se rendit en grand 
cortège à Toratoire ((u'il avait lait l)àtir près de son hôlel. Il 
dirigea la prière publique, prononça six tekbir dans la pre- 
mière génuflexion de la prière, un seul tekbir dans la se- 
conde, puis il monta en chaire; mais il resta court dans 
son allocution et on n'en entendit pas un mot, ce (pii (il 
dire à un poète : 

L'imam a Iiôsilo; son discours n'a pas cxplirnic clairement les picscrip 
lions ni les défenses de la loi ; 

Mais c'est un ell'ct de sa limidité; un tel accident ne peut èlic alliihui^ 
ni au bégaiement ni à une dilliculté d'élocutiuii. 

Cette aiinèc-lh, Haçan (fils d'Abd Allah), stirnoinmè Ihn 
cl-Djassas, ai riva d'I^gyplc en (jualilè d'andjassadein de 
Khoniaioweïli, lils d'Alinicd; il apportait d(; nondjrcux pré 
sents, des objets de L,Mand |)iix el des (Hoires brodées au 



118 LES PRAIRIES D'OR. 

^ ^J w ^.j Xjt.A jÀi ikxAMé ^^ AaXc J*^^ Ji^ iJ-* U^^"^ 

5y^J^ L,** J.^ Ail jUui \ùj\y^ i^^s \â>y>\ (jolàâii. (jjjÎ 

^ JJi *>«»-j«-j> (jj-s; ^^y^USiiî- ij^^ o«ji^ «Xjij *l^\ji;u».l^ aUi 
Ji^^l ^J^ s*^ Jsi^î U^ ifjfXs. {j3j)xi\ (j^ j\^ Uj jOoJdî pM 

chiffre royal. Le lundi 3 chawwal, il fut reçu par Mouladed, 
qui lui donna une robe d'honneur à lui et aux sept per- 
sonnages qui l'accompagnaient. L'envoyé chercha ensuite à 
négocier le mariage de la fille de Rhomaroweïh avec Ali 
Mouktafi, mais le Khalife lui dit: «Voire maîlre a voulu 
nous donner une marque d'honneur, nous voulons lui en 
donner une plus éclatante : nous épouserons sa ûlle. » Et, 
en effet, il l'épousa; ce fut Ibn el-Djassas qui représenta le 
père et offrit le trousseau. On raconte que dans ce trousseau , 
qu'il avait apporté d'Egypte , se trouvaient des pierres pré- 
cieuses telles que nul Khalife n'en avait jamais possédé; il 
s'en attribua un certain nombre en prévenant la fdle de 
Khomaroweïh, nommée Katr en-nèda (rosée de générosité), 
qu'il ne les gardait qu'à titre de dépôt et jusqu'au jour où 
l'Ile pourrait en avoir besoin. Mais la princesse mourut et 
les bijoux restèrent en la possession d'Ibn el-Djassas : telle 
fut l'origine de sa richesse et de son indépendance. Plus 
lard, sous le règne de Moukladir, il éprouva des revers de 
fortune, fut arrêté et \it confisquer tous ses biens à litre de 



CHAPLTRE CXXIII. 119 

j^^ -J^i v^Jl otil ^ijlJs^l ^Jé^ (jf^Â <i} J^ *^^J ^'^^-f. 

À-i-w <---^_; i^A-a-o Ji ^<»-((Jj-«>J ij^s UJJr^i ï^'*^^ J-aS^ 

j^y-s»- ff^ j^yàXt ^jlaA>» "kÀ^ -^î^Js? cj>^ '^'j^^^^M^ (^' 
UûiiX* y! ^£^AtXi ^ JJ»33 U*«*,>. u^ :l^\jÀ ^n.«w i^JLo «Jai <Xi 

restitution de ces bijoux et sous d'autres prétextes. — Mou- 
taded étant à Beled fit porter à Abou '1-Djeïch (Khomaroweïh) 
la dot de Katr en-nèda, sa fdle. Cette dot se composait d'un 
million de dirhems, de toute sorte d'objets précieux, de 
parfums, de raretés de l'Inde, de la Chine et de l'Irak. 
Parmi les présents qu'il envoyait à Abou '1-Djeïch, comme 
cadeau spécial, figurait un sac enrichi de pierreries, lequel 
renfermait une ])erle, un rubis, plusieurs autres bijoux, 
un collier (ou écharpe, ivichah) , une tiare et un dia- 
dème, d'autres disent une kalansouah et un guirzen (petite 
tiare). Les envoyés porteurs de ces |)résents arrivèrent en 
Egypte au mois de redjeb 280. Après leur départ, le Khalife 
quitta la ville de Beled et descendit le Tigre par Moçoul 
jusqu'à Bagdad. 

Abou .Sâïd Ahmed (fils d'El-Ilu(j.eïn, lils de Mounkid) 
raconte le fait suivant : « Un jour, dit-il, que j'entrais chez 
El-Haçan Ibn el-l)jassas, je vis devant lui une corbeille 
garnie de soie remplie de pierres précieuses qu'on avait 
enlilées en chapelet. J'en ailniiiai la beauté el je conjecturai 



120 LES PRAIRIES D'OR. 

qu'il y avait plus d'une vingtaine de chapelets. « Que Dieu 
•'prenne ma vie pour la vôtre! dis-je à mon hôte; combien 
« chaque chapelet renferme-t-il de grains? — Centgrains, me 
« répondit-il, et chaque grain pèse exactement le même poids 
•• sans aucune différence en plus ou en moins, de sorte que 
« chacun des chapelets a le même poids que les autres. » Je 
vis en outre chez ce personnage des lingots d'or qu'on ne 
pouvait peser qu'à la balance (romaine) , comme le bois. En 
sortant de chez lui, je rencontrai Abou'1-Aïna, qui me de- 
manda: «Père de Sâïd, dans quelle occupation as-tu laissé 
« cet homme? » Je lui racontai ce que j'avais vu ; Abou '1-Aïna 
leva la tête au ciel et s'écria : « Seigneur, puisque tu ne m'as 
« pas fait partager sa richesse, fais-lui partager ma cécité! » 
Puis il fondit en larmes. «Père d'Obeid Allah, lui dis-je, 
« qu'as-tu donc ? — Ne me reproche pas ces larmes, me ré- 
" pondit-il, si tu avais vu ce que j'ai vu, tu en répandrais de 
« plus abondantes ; » puis il continua ainsi : « Je bénis Dieu 
« dans mon infirmité et , crois-le bien , ô père de Sàïd , jamais 
"jusqu'à ce jour je n'avais remercié Dieu de m'avoir rendu 



CHAPITRE CXXIII. 121 

<XaxC j,L* (^iJo y o^ 5j.à^iii ^^iljJT ^ i^-Aa^JU (jvJùU^j (jvjLfj 
;jl^Q-tf Q^aXs^-j ^_5 Ot)3>^^ ^y*^ '»^s**tl\ »Js-£ù ^ IX^j U^^ 

^^i».lî (jjj5^5 o[/-Î3w ^5-Xjtj ^j^.y<s ^J^^ -»Uxxîl ^1 ^I ^* 

U ^ -p\^.XJ!^ V'^-^^ iLit^-w^ ^jU(*UÎ ;j>^ *UaxIÎ yi\ yi^ 

" aveugle. » Le même narrateur ajoute qu'il demanda à quel- 
qu'un de bien informé sur les afTaires dlbn cl-Djassas 
comment se terminait chacun des chapelets en question; 
cet homme lui répondit que chaque chapelet se terminait 
par un gros rubis rouge qui, à lui seul, valait peut-être 
plus que toutes les autres pierres attachées au-dessous. 

Abou 'l-Aïna mourut en 282 à Basrah au mois de dje- 
madi II; son surnom était Abou Obeïd Allah. Il venait à cette 
époque de Bagtlad et se rendait à Basrah par eau sur une 
chaloupe; qui renlernjait quatre-vingts passagers; elle cha- 
vira et tous lurent noyés, à Texceplion d'Abou '1-Aïna, qui 
était aveugle. U s'accrocha aux parois de l'embarcation et 
put être retiré vivant, tandis que tous ses conq)agnons pé- 
rirent. C'est après avoir échappé à ce danger qu'il vint à 
Basrah et y mourut. — Par sa vivacité de paroles, ses 
promptes reparties et son esprit, Abou 'I -Aïna n'avait pointdc 
rivaux. 11 est le héros d'anecdotes intéressantes el l'auteur 
de |)oésies remarcjuables, où se trouvent mêlés le nom d'Abou 



122 LES PRAIRIES D'OR. 

(j-« \^xX.^ Uryi Uû^i (^ UajI Jvi^ ^J^^ j.jj>aA)l ^^ 3I *^ 

v.ji.AjUaj i Js.^ Ui^ (i^Ll viljLojj (^V^^ "^ y^jjSS *Xi jUsiiiij 

ocj Jw<s Jlij J^-waj Jlî^jj^^l jÀ^ U fc^s-lr^ Jlii AJii Ikjî 

Ali el-Baçir et les noms d'autres j)ersoiinages ; nous en avons 
fait mention dans nos ouvrages précédents. — Il était un 
jour chez un vizir; on parlait des Barmécides, de leur 
grandeur d'àme, de la générosité de leur caractère. Le mi- 
nistre, fatigué d'entendre Abou l-Aïna leur prodiguer des 
éloges, célébrer leur prodigalité et leur bienfaisance, lui dit: 
«Voilà certes un long plaidoyer et d'excessives louanges! 
Après tout, ces récils sont l'œuvre des faiseurs de livres et 
dus à l'invention des panégyristes. » Abou '1-Aïna répliqua : 
« Comment se fait-il, ô vizir, que les faiseurs de livres n'es- 
sayent pas de mentir en célébrant votre munificence et 
votre prodigalité?» Le ministre se tut et l'auditoire admira 
la hardiesse de cette repartie. 

Un autre jour, il demandait audience au vizir Saèd, fils 
de Makhled; l'huissier lui répondit que son maître était 
occupé. Abou '1-Aïna attendit ; fatigué de ne pas être reçu , 
il demanda à fhuissier ce que faisait le ministre. « Il prie, » 
répondit celui-ci. — •< Tu as raison, répliqua l'aveugle; tout 



CHAPITRE CXXIll. 123 

viLÀ_t îiX-iû ti iii JLiLi 5w-*JO (j^ ;^=^'-*^'^ AjVuJj» q£ \j^t 
(il.— *i*_A_cs2 ij ^^ J^ ^<-*-j' > ^ \> ^ U <ji XiLo^làJo^ »4XAai 

nouveau , tout beau ; » critiquant par cette saillie la conver- 
sion récente de Saèd. 

Il était allé voir ie Khalife Motewekkil , en 2/16 de Fhégire, 
dans son palais connu sous le nom de Djdfari (cl. t. VII, 
p. 276). «Gomment Irouves-tu notre séjour? demanda le 
prince. — Les autres hommes, répondit-il, mettent leur de 
meure dans le monde; vous avez mis le monde dans la 
vôtre. » Le Khalife fui charmé tle sa ré[)onse; il lui demanda 
ensuite comment il en usait à Tégard du nébid. « Je ne saurais 
en boire peu, répartit Abou 'l-Aïna, et j'ai honte d'en boire 
beaucoup. — Laisse là tes scrupules, continua le prince, et 
sois notre convive. » Abou 'I-Aïna répondit : » Je suis aveugle; 
or un homme de ma condition a des mouvements brusques, 
il dévie de son chemin et ne voit pas ce que les autres re- 
marquent en lui ; tous ceux qui sont ici vous prodiguent 
leurs soins, et moi j'ai besoin des soins d'un autre. D'ail- 
leurs, il peut arriver que vous me regardiez d'un œil satisfait 
et que vous soyez irrité intérieurement, ou que vous parais- 
siez irrité en dissimulant votre satisfaction intérieure; or, ne 



124 LES PRAIRIES D'OR. 

-»3\^^ jjo^xi! 4^ iÏAilxJi jlXÀ-U CiJX^ (J<>^^ CiJ^JjH^i ^ 
<j\j»j J5i] ^*Xjo (Xï (j\jL<oyLî j.xjo\ l» Jls fi\J^i wîA.À* UxXj JUi 
êZJÂ^ jCt^ SjSs S-" J^j v'j' ^l SsMii] Lxj JU* pij 

^_aJÎ c.*X.Aj> t_>jJuJl i^])-*jÇ .f'tJyJl qXj ^ yîj iù^l /<N^ 

rfVj^îs- Aaï <_/uçiîJ t^<xJî CAij,Jî li t^j^kj^ i_>i J^£ ^^J^^ S^' 

pouvant distinguer ces deux circonstances Tune de l'autre, 
je serais perdu. J'aime mieux conserver ma sécurité plutôt 
que de courir au-devant du danger. — On nous a rapporté 
certaine critique de toi, répliqua le Khalife. — Sire, ré- 
pondit l'aveugle, Dieu a employé tour à tour l'éloge et le 
blâme. Il a dit (en parlant de David) : Quel excellent ser- 
viteur ! il revenait sans cesse à son Dieu! [Koran, xxxvni, 
29.) Mais il a dit ailleurs : (N'écoute point) l'homme mal- 
veillant qui colporte la calomnie, etc. [ibid. lxviii, 11). La 
critique , pourvu qu'elle ne soit point comme le scorpion , qui 
pique indistinctement un prophète ou un juif, n'a en soi 
rien de répréhensible, et, comme l'a dit lepoëte. 

Si je ne reconnaissais sincèrement le mérite, si je ne blâmais pas le 
méchant, objet de honte et de mépris. 

Pourquoi aurais-je reçu la notion du bien et du mal ? Pourquoi Dieu 
aurait-il ouvert mes oreilles et ma bouche? 

— « De quel pays es-tu ? lui demanda Motewekkil. — De 
Basrah. — Comment trouves-tu ta patrie? — Son eau est 
une boisson amèrc, sa chaleur un supplice; cette ville sera 
un séjour agréable lorsque l'enfer sera un lieu de délices. » 



CHAPITRE CXX[]I. 125 

(jS_5-j>i <_.vs»-u» |<v£fc^î Qj ^j^j-fy» cKs^-^^j wîiA.*>Xi*.j *OiJ XftUa 

àXnajy Xi^ dUi <î(X.5sS='lî ïoiaaJo *J*L«Îj v-âJ($Co <XjL*j»-Î -''.^I 

(jL-»»»l^j-i». (^jLg,-« ^j^ iijî:» a_jU 1>^,jL« jljuaJl (iAA^l /wj j j,5 
,j6_j -?j.:i v>XJl O'^î ^^^j^^ ^j^^^ i^-i^^^^»^^ *)-M-^ •-^îjtî?'^ 



Le vizir Obeïd Allah, fils de Yahya, fils de Khakan, se te- 
nait debout près du Khalife. «Que penses-tu d'Obeid Allah? 
demanda Motewekkil à l'aveugle. — Excellent serviteur qui 
se partage entre son obéissance envers Dieu et ses devoirs en- 
vers vous. » Sur ces entrefaites, arriva Maïmoun (fds d'Ibra- 
him), chef de la direction dos postes ; le Khalife voulut con- 
naître l'avis d'Abou 'i-Aïna sur cet agent. « Main de voleur et 
c. . de péteur, repartit Abou '1-Aïna ; on dirait un juif à qui on 
a volé la moitié de son trésor; il fait un pas en avant et un 
pas en arrière. La bienfaisance est chez lui une vertu d'em- 
prunt, mais la méchanceté une chose naturelle. » Cette ré- 
ponse fit rire le prince; il récompensa l'aveugle et le con- 
gédia. 

En 28.3 arrivèrent (à Bagdad) les présents offerts par 
Amr (fils de Leït) Saffar ; on y remarquait cent chameaux 
niaharites du Khoraçân, un grand nombre» de dromadaires, 
plusieurs caisses (d'étolTes précieuses) et quatre millions de 
dirhems. On y voyait aussi une idole de cuivre jaune re- 
présentant iin(> femme : elle avait quatre bras; elle était 



126 LES PRAIRIES D'OR. 

(ji i, -6^* -U Kjj'>x.jj ,j*.V.Â)i <_AAA»j jy*Jî «-^14^ i icis^Jî 

parée de deux écharpes d'argent enrichies de pierreries 
rouges et blanches. Devant cette idole il y en avait d'autres 
plus petites, dont les bras et le visage étaient ornés d'or et 
de pierres précieuses. L'idole était placée sur un char pro- 
portionné à ses dimensions et que traînaient des droma- 
daires. Tous ces cadeaux .allèrent d'abord au palais de Mou- 
taded ; l'image de cuivre fut ensuite envoyée à l'hôtel de la 
police , dans le quartier oriental , pour y être exposée en public 
pendant trois jours, après quoi on la ramena chez le Khalife, 
le jeudi k rébî II de la même année. Le peuple donna à 
l'idole le surnom de cliogl (la grande affaire), parce que 
chacun quittait ses occupations pour l'aller voir pendant ces 
quelques jours d'exposition. L'idole en question avait été 
apportée par Amr, fils de Leït, d'une des villes dont il fit la 
conquête dans l'Inde et les régions montagneuses qui avoi- 
sinent le pays do Bost, le Maabar et la contrée de Daver. 
Actuellement, en 332 de l'hégire, ces pays forment la fron- 
tfère musulmane; plusieurs peuples infidèles, vivant à l'état 



CHAPITRE CXXIIl 127 

*iI.A^ J-fS"^ j;,^* i:5\A^ G;j«j' yl:u**Aj5jj ^jl ij^UJî é^\^ 
«-•-Uo i J-i-i yUftU (j^ (^ ^^ (^v**AA (j\<' »xïj ^UuJjIj, 

sédentaire ou nomade, les entourent. Parmi les contrées ha- 
bitées par des populations sédentaires , on cite le Kaboul et 
le Bamiân , qui sont limitrophes du Zaboulistân et du Rok- 
khed) (Arachosie). En parlant, dans un autre chapitre, des 
peuples anciens et des rois de l'antiquité, nous avons dit que 
le Zaboulistân est surnommé « pays de Firouz , fils de Kebk, » 
du nom d'un de ses rois. Lorsque Yça (fils d'Ali), fils de 
Mahân, poursuivit les Kharédjites, sous le règne de Réchid, 
il envahit le Sind et ses montagnes, le Kandahar, Rokkhedj 
et le Zaboulistân; il y fit de grands ravages et remporta des 
victoires sans exemple dans ce pays. Le poëte aveugle, connu 
sous le nom d'/6/t el-Oadafir (ïih du lion) el-Koummi, a dit 
à ce sujet : 

Yça PSt presque devenu un second Dou M-Kanu'ïn : il est arrivé aux li- 
mites des dcuv Occidenls et des deux Orients; 

Ses armes n'ont oublié ni le Kalmul, ni le Zaboulistân, ni les pays limi- 
trophes jus(iu'aux deux Hokkbcdj. 

Nous avons parlé dans d'autres ouvrages des forteresses 



128 LES PRAIRIES D'OR. 

U 4^^LxJI ft^ & ij>*~^J (s^^ ^J\xA^L\j àSUj dlUI dUS' 

Hy^Às.^ 'éj.^\S- (J~* LJj^\^ (^JM^\ 4^j\.^_5 ^jU*i*JSÎ^ L-]l«îjî^ 

iL.«»_j^— « (j«*-^ ^■■?.y-^- t-A^b""* *^ «XAiîAAA.1 (^ ^i^^i S^AOAJt 
*.-«-jlAlai. (j-« ^^Xà> L|-io «><i_5_5 (Ô^ d ^ c^ *JLJ-*^b (6-:^3b 

bâties par Firouz, fils de Kebk', roi du Zaboulistân. Au rapport 
de quelques personnes d'un témoignage sûr et consciencieux 
et qui ont beaucoup voyagé, il n y a pas au monde de forte- 
resses plus solides, mieux fortifiées, plus hautes ni plus re- 
marquables que celles du Zaboulistân. Nous avons décrit 
les particularités de cette contrée jusqu'au pays des deux 
Tabès, au Klioraçân et au Sedjestân , qui lui est limitrophe; 
nous avons parlé des merveilles de l'Orient et de l'Occident 
dans leurs régions désertes et habitées et mentionné les 
peuples différents de race et de caractère qui vivent dans 
ces dernières. 

Une députation d'habitants de Basrah se rendit chez le 
Khalife Moutaded ; elle était venue sur ces embarcations 
blanchies à la graisse et à la chaux vive en usage chez les 
marins du Chatt el-Arab. Cette députation se composait de 
prédicateurs, de dialecticiens, d'hommes distingués par le 
rang, la noblesse et le savoir; de ce nombre était Abou Kha- 
lifah Fadl , fils de Houbab Djoumahi , affranchi de Djoumah, 
famille koreïchite; il exerça plus tard les fonctions de juge. 



CHAPITRE CXXIU. 129 

^LxaJL î^^ (^JLJ-^' JU^Î tj^^^_5^j ^^ V^^3 (j^j-^^ 

*XAaJil*il ^^y*M.iiV^»»ilj iiÀ*»*£». ^^Aiùj aXa^JT ^j:.-^l^£^ji A^^^^j ^ 

Ces délégués venaient se plaindre au Khalife des malheurs 
du temps, d'une disette qui ravageait leur pays et des abus 
de pouvoir dont ils étaient tous victimes du fait des gouver- 
neurs. Du fond de leurs embarcations, sur le Tigre, ils ne 
cessaient de crier et de se lamenter; le Khalife leur donna 
enfin audience, caché derrière un rideau, 11 ordonna à son 
vizir Kaçem, fds d'Obeid Allah, et à d'aulrcs secrétaires du 
divan, de les recevoir de façon qu'il pût entendre leurs 
discours, et il recommanda qu'on statuât sur leurs récla- 
mations relatives aux ordres des bureaux. Les Basriens 
furent donc introduits; Abou Khalifah marchait au prenner 
rang. Revêtus de leurs chaperons bleus, un voile sur la tète, 
ils avaient si bonne mine, leur extérieur était si inijiosant 
que Moutaded ne put s'cnijx'cher d'exjjiinuT sa satisfaction. 
Abou Khalifah |)i it le |)rcinier la parole en ces termes : 
«Un pays fertile est devenu inculte, ses beautés sont < ffa- 
cées; les apparitions d'Kl-Awa (constellation de lioolès) se 
succèdent et les Gémeaux se sont éclipsés. Toutes les cala- 

VIII. Q 



130 LES PKAIUIES D'Ol^. 

-UV5 (j::-»-i U^^î ^Làjlj ^:^aJ5 O^AiÙitflj ^UAiJi o^ia*3J_j 

cjlki^ (j^ >ljs?i d (j-**''*- t->Uaiw^ ^xaj yUJj |<^î^ ^■*■^J^ 

mités fondent sur nous, les malheurs se suivent dans notre 
pays, chacun marche dans les ténèbres. Nos domaines sont 
ravagés de fond en comble et nos forteresses s'écroulent. 
Jetez sur nous le regard d'un Imam. Que votre puissance soit 
solide et votre volonté obéie! quant à nous autres Basriens , 
nous n'évitons jamais une belle action et nous n'aspirons 
qu'à la gloire. » Et conservant à son discours cette forme 
rimée et cadencée, il parla pendant longtemps. «Cheïkh, 
lui dit alors le vizir, je présume que tu es professeur. — 
Vizir, répondit le Basrien , ce sont les professeurs qui t'ont 
mis au rang que lu occupes. » Le ministre lui demanda en- 
suite quelle était la taote due par série de cinq chameaux. 
« C'est un homme bien informé que vous interrogez, reprit 
Abou Khalifah; la taxe pour cinq chameaux est une brebis, 
pour dix chameaux deux brebis , » et il poursuivit son expli^ 
cation des quotités de la taxe , montrant ce qui était con- 
forme au droit et ce qui était sujet à contestation dans cette 
matière. Il passa ensuite à la taxe de l'espèce bovine et ovine 
eu. employant un langage clair et élégant et en sachet 



CHAPITRE CXXIir. 131 

iJ iLÀA-Li» _j^î ^jl(j (il^vil ^^ JsJtJ,i AÎÔiUj ^).^1 A^ ô«Xi 

J^lxJl e^XAi ^Uài (^ li5j.«a^ «NÀA^iw y]^ aKJî /w£ Gç^j^a.* 
i^-il (j*,La-«JJ jt t^%j».Ls> (^^^?»Jl yU^M yi iU^Xiw ^! Jî 

allier la concision à la lucidité. Le Khalife, charmé de cet 
entretien qui l'avait mis en Lelle humeur, fît dire à son 
vizir par un eunuque: «Prends note de leurs demandes, 
fais droit à leurs réclamations et ne les congédie que lors- 
qu'ils seront satisfaits. Cet homme est un démon que la mer 
(le Tigre) a vomi, et l'opposition faite aux rois vient de ses 
pareils. » — L'art de parler selon les règles de la grammaire 
(dans l'accentuation des désinences) n'avait rien d'artificiel 
chez Abou Khalifab : c'était pour lui chose naturelle, tant 
il l'avait prnticfué depuis sa jeunesse. Ce savant est une 
autorité dans la tradition; les traits curieux et intéressants 
de son histoire ont été réunis en recueil. Citons-en quelques- 
uns. Un des percepteurs de l'impôt foncier à liasrah avait 
été révoqué de son emploi en même temps que Abou Kha- 
lifah de ses fonctions de juge. Cet agent fenvoya prévenir 
qu'il attendait la visite de Alabriman le grammairien, élève 
d'Abou 'l-Abbas Mobcrred; cette visite, disait-il, aurait lieu 
dans un jardin situé sur un des canaux des environs ;'il lui 
envoyait en conséquence de fort bonne heure quelques amis 



132 LES PRAIRIES D'Oli. 



l. 



(2) 



pris au hasard pour le prier de se joindre à eux. Ils s'em- 
barquèrent gaiement dans un bateau , en dissimulant dans 
leur costume ce qui pouvait les faire reconnaître. Arrivés à 
un canal des environs, ils virent un jardin qui leur plut, 
ils se dirigèrent de ce côté, abordèrent au rivage et s'assirent 
sous les palmiers qui ombrageaient les bords du canal. Ils 
se firent servir alors le repas qu'ils avaient apporté. On était 
dans la saison du leva (de la taille) ; à celte époque, la 
datte commence à mûrir, on la tasse dans de grandes cor- 
beilles en osier, où elle arrive à complète maturité [tamr] ; 
les jardins sont alors remplis de gens de la campagne, 
journaliers, etc. qui travaillent aux dattiers. Le repas ter- 
miné, un des convives, s' adressant à Abou Khalifali, sans 
cependant l'appeler par ce surnom patronymique, de peur 
que les travailleurs occupés à la récolte ne le reconnussent, 
lui dit : « Que Dieu vous donne de longs jours ! Dans le 
passage suivant du livre de Dieu : Ô vous qui croyez , pré- 
servez-vous du feu de l'enfer, vous et vos familles [Ko- 



CHAPITRE CXXin. 133 

Qoi^ U J^ycuai *.^aA* Ij *XXj ^l>.jJl O^JS? tj|/^' UV^ 
^>s_J Jwij iJ! -o^*XjI ^j^ i<ji^ \yj^ (jjJ«>^t f»y^^^ -NÀ^Ai». yA 

ran, lxvi, 6), comment faut-il vocaliser la lettre ivaw (du 
mot koû) selon les règles des désinences? » — Abou Khalifah 
répondit: « Il faut la jnononcer avec le dhainma, puisque le 
mot kou est au pluriel masculin de Timpératif. — Com- 
ment direz-vous au singulier et au duel masculins? — Le 
singulier masculin, continua yMxju Khalifah, est hi, le duel 
kyd, le pluriel koû. — Comment formerez-vous le singuliei-, 
le duel et le pluriel féminins? — r- Le singulier féminin est 
kî, le duel kyd et le pluriel kjna. » L'interlocuteui- ajouta: 
■ Veuillez maintenant conjuguer tout d'une traite le singu- 
lier, le duel et le pluriel masculins, le singulier, le duel et 
le pluriel féminins. » Abou Khalifah répondit en se pressant : 
« Ki, kyd, kou, ki, kyd. kyiia. » Des paysans f|ui travaillaient 
dans le voisinîige entendant ce langage, et le trouvant ex- 
traordinaire, dirent en apostrophant les causeurs: o Impies 
que vous êtes, vous lisez donc le Koran en gloussant comme 
lies poules!» cl loinbanl sur eux, ils les arcablèrenf de 



134 LES PRAIRIES D'OR. 

Sjii ti' o*»-^' J^-à»"^ (js»- -J^-J j^^ Uj *J^J5 C:JV=*- A^c^JwJ 

tj x^^ Jlï (0~Sl-i*-Jl c_>l^*w yj iUx-i* 0.fi dL^t 4Xa£ (jjt 

c:a-L*mjÎ iJLjvJîiJi iLjj^ Jjnjîj *^,!i c:»^ Lt»i *As iCiSU' 

coups ; ce ne fut qu'à grand'peine qu'Abou Khalifah et ses 
compagnons réussirent à se tirer de leurs mains. 

Les traits curieux de l'histoire d'Abou Khalifah, son allo- 
cution à sa mule lorsqu'elle le jeta par terre, le discours 
qu'il adressa à un voleur qui s'était introduit chez lui, ces 
anecdotes et d'autres encore se trouvent dans notre Histoire 
moyenne. — Il mourut à Basrah en 3o5 de l'hégire. 

Au mois de rébî I 286, Moutaded alla camper devant 
Amid. Ahmed (fils de Yraj , fils du Cheïkh Abd er-Rezzak, 
venait de mourir, et son fils Mohammed s'était retranché 
dans cette ville; le Khalife la fit investir par son armée et 
l'assiégea. Le récit suivant a été transmis à Alkamah, fils 
d'Abd er-Rezzak, par Rawahah, fils de Yra, fils d'Abd el- 
Méhk, qui le tenait de la bouche de Chôbah (fils de Chéhab) 
le Yachkorite. « Moutaded, racontait Chôbah, m'envoya chez 
Mohammed (fils d'Ahmed, fils de Yça, fils du Cheïkh), 
pour lui prouver l'injustice de sa rébellion. Je remplis ma 
mission; Oumm-Chérif (tante du rebelle) fut informée de 



CHAPITRE CXXIII. 135 

^,.j«Ji âULi ^jijjfil IjlXi iiJ^ li^^j 5^> IJCU AMij *aàL^ 

i^^jitfi-u»! Oo Ia^wo litXr»- lX2A.i Owl^ o».X9 Jb »X^J (^j *Xi;|r 
^ y_j_»w.:i^^W ^e._gJl^^ o^^ajj a-^jJ^L» •iX^Awlj *'L^*»*.Ji «î^Ait 

mon arrivée; elle m'envoya chercher et me dit : «Fils de 
« Chéhab, comment as-tu laissé le Prince des Croyants ? — 
«Vrai Dieu, lui tlis-je, j'ai laissé un roi puissant, un juge 
« équitable, ordonnant le bien et pratiquant la bienfaisance, 
« fier devant les disciples de l'erreur, humble devant la vérité 
« et défiant toute accusation portée contre lui en présence de 
« Dieu. — Oui, répondit cette femme, c'est bien cela, il est 
» digne de ces éloges et les mérite. Pourraît-il en être autre- 
« nient ? Il est l'otnhre que Dieu a étendue sur la terre, le 
« vicaire auquel il a confié ses serviteurs ; Dieu glorifie par 
«lui sa religion, vivifie sa sainte conlume et consolide sa 
« loi. » Puis clic ajouta : « (^onmient as-lu trouvé notre ami ? » 
Elle désignait ainsi son neveu Mohammed. Je répondis : 
<i J'ai trouvé en lui un jeune homme plein de l'orgueil de la 
«jeunesse, qui se laisse dominer par des sols, s'appui<! sur 
« leurs conseils et n'écoule que leurs discours; par Iciii- lan- 
« gage artificieux, ils lui préparent d'amers regrets. — Vou- 
« drais-tu, continua-t-ellc, retourner auprès de lui avec une 
• lettre ? Peut-être pourrai-je défaire le nœud de (Us folh"* 



136 LES PRAIRIES D'OR. 

.x^UâUl ^Ow9 c^A^t^Xà. t j <xIâ£jJti \A3 oJv>i \XiAfcj>- UaIi3 uU^» 

iX-Ai Jaj l.fc>3 <X^I /yj «Xj^ <ji *,j ♦^>..«?^ cjUwi cy<Xifc.U Jis 

«intrigues. » J'y consentis volontiers; elle écrivit alors une 
belle et charmante lettre, pleine d'exhortations excellentes 
et de conseils sincères; la lettre se terminait par les vers 
que voici : 

Écoute le conseil d'une mère dont le cœur est ému pour toi de crainte 
et de tendresse; dis: Ce conseil est sage. 

Médite mes paroles, tu verras en les méditant qu'elles peuvent te ra- 
mener dans le droit chemin. 

Ne te Ce pas à ceux dont le cœur est plein de passions mauvaises qui 
n'engendrent (jue la haine et l'envie. 

Blottis au fond de leurs maisons comme de timides hrebis, quand le 
danger est passé on les prendrait pour des lions. 

Guéris le mal quand la guérison est encore possible, voici le médecin 
<[ui le tend une main secourahle. 

Donne au Khalife les satisfactions qu'il te demande : fortune, famille, 
enfants, ne lui refuse rien; 

Et fais au Yachkorite (c'est-à-dire au messager du Khalife) une réponse 
qui le mette à l'ahri du danger et qui empêche ses ennemis de se ré- 
jouir. 



CHAPITRE CXXHI. 137 

^^ J^«xJl (j*.L*j ^UmoJI *V)L I9 jS*i>.j Ufct L Jlï^ t^î *j 15'^ 

j— x^l tjl «:i«_»-r>-^3 kiXA^Lo <jt f^J^ tdAiî (j*<U«.j /w^Jyùij 
!ii t_>Lxj (jj_>l_5 JUi *i«X.*o^ AJb». (^^^xii Ajj„*â.Ij (^jvJwo^I 
Jlï «o-S ^^XiU^ U^^^ *-V^Î -î^Ac Qo^ U»i -W^^U v«ÀJ^j5iiJl 

«Je pris la lettre, continue Ibn Chéhab, et me rendis 
chez Mohammed ; il la lut et me la jeta en sVcriant : 
«Sache, ô Yachkorite, que ce n'est pas avec les avis d'une 
« femme qu'on gouverne les empires, et que leur raison est 
« inhabile à diriger les États. Tu peux retourner chez ton 
« maître. »De retour chez le Prince des Croyants, je lui rendis 
un compte exact et sincère de ma mission ; il voulut voir 
la lettre de Oumm-Chérif, je la lui montrai; il la parcourut, 
en loua la poésie et la sagesse. «En vérité, s'écria-t-il , je 
« voudrais, eu faveur de celte femme, être clément à plu- 
• sieurs membres de sa famille!» En effet, après la prise 
d'Amid, lorscjue Mohanmied, (ils d'Ahmed, eflVayé de la 
lutte, se rendit à discrétion, le Khalife me fit appeler et 
me demanda si j'avais des nouvelles de Oumm-Chérif. 
«Aucune, Sire, répondis-je. — Suis cet eunuque, reprit-il, 
« tu la trouveras au milieu de ses femmes. » Je me rendis 
chez elle; dès (ju'elle m'aj)crçul, elle écarla son voile el 
prononça les vers qne voiei : 



LES PRAIRIES D'OR. 




:J 




5»Xiù jUS'âJI JwwsjJ y\ dU J^â oJb» dUi xLo ^^îj (jj*«^ 

Les perfidies de la fortune , ses caprices , son insolence me Ibrcent à 
retirer mon voile. 

Après tant de gloire, nos fiers guerriers, nos braves champions se 
courbent humiliés. 

J'ai donné des conseils, on ne les a pas suivis ; depuis combien de temps 
mes conseils ne sont-ils pas méconnus ! 

Le destin a décidé que nous serions partagés et vendus comme un 
butin. 

Que je voudrais savoir si, séparés aujourd'hui, nous serons réuilis un 
jour ! 

— « Puis elle pleura et se frappa les mains l'une contre 
Tautre. «Fils de Chéhab, me dit-elle, en vérité je voyais 
« d'avance ce qui se passe aujourd'hui ; niais nous apparte- 
« nons à Dieu et nous retournons vers lui. « Je la consolai en 
disant: «C'est le Khalife lui-même qui m'a envoyé vers 
« vous, et cette démarche prouve qu'il est bien disposé pour 
«vous. — Veux-tu, reprit-elle, porter au prince le n)essage 
« que renferme celte lettre.^ — Volontiers, « lui dis-je; elle 
écrivit les vers suivants : 



CHAPITRE CXXIII. 139 

iiUi> J<-jLa «X.^i ^ «X-^ ^■*^î (jjÎ ci'^ JUî (j^ *^^3 

Dis de ma part au Khalife, à l'imam agréé de Dieu, au fils des Khalifes 
issus des Koreïchites des vallons (cf. t. III, p. 1 19) : 

« Dieu t'a confié le soin de pacifier le monde et ses habitants après tant 
de désastres et quand la paix en était bannie depuis si longtemps. 

«Tu as relevé l'édifice de la gloire et, sans ton aide après celle de Dieu, 
il n'eût pas été relevé. 

«Que le Seigneur exauce tes vœux , puisses-tu ne jamais connaître l'ad- 
versité ! Donne maintenant un libre cours à la clémence et au pardon. 

« Splendeur du monde, astre brillant de la royauté, accorde à ceux de 
nous qui sont justes la vie de ceux qui sont injustes et criminels. » 

— « Je pris la lettre et la remis au Prince des Croyants. 
Il lut ces vers et les approuva; puis il fit porter chez 
cette dame des coffres pleins de riches étoftes et une somme 
considérable; il en donna autant à son neveu Mohammed, 
fils d'Ahmed, et, en faveur de leur ])roteclrice, il j)anh)una 
à plusieurs de ses parents qui, par la gravité de leur laule, 
avaient encouru sa colère. » 

Mouladcd chargea .Vhmcd flils d'Abd el-Aziz, (ils d'Abou 
nolaf) do faire la f^nerrr à Uafè, (ils de i.cïl, eu 'j.-jç) (U- 



1/iO LES PRAIRIES D'OR. 

(^Jb ^A-w-J <kj^^ l^iXÎIj «jjj <Jîjyj_^xJî «XaC (jJ tX^i jL«*.d 

c:a.am>J iîiXjLj» Jl^jj^ Itkiû ôyo^ y\<^ J^*^s- ^ \yiyuJ\^ 

l'hégire. Ahmed marcha contre Rafè et les deux armées se 
rencontrèrent à Rey, sept jours avant la fin du mois dou'l- 
kâdehde cette année; la lutte dura plusieurs jours, au désa- 
vantage de Rafê, qui prit la fuite. Les troupes dlbn Abi 
Dolaf poursuivirent celles de Rafé avec acharnement et s'em- 
parèrent de leur camp. La nouvelle de cette victoire parvint 
à Ragdad le 6 du mois dou 1-hiddjeh de la même année. 

En 280, on arrêta à Ragdad un certain Mohammed (fils 
d'El-Haçan, fils de Sehl, neveu de Dou '1-riaseteïn Fadl, fils 
de Sehl). Ce Mohammed, connu sous le sobriquet de Che- 
inilah, fut arrêté avec Obeïd Allah, fils du Khalife Mouhtadi. 
Ce même Mohammed, petit -fils de Sehl, est l'auteur de 
plusieurs relations sur les Mobaïdites et d'un ouvrage con- 
sacré à l'histoire d'Ali ben Mohammed, nommé le chef 
des Zendj, comme nous l'avons dit ci-dessus [ci. p. 32). 
Plusieurs soldats du chef des Zendj, qui avaient obtenu 
Vaman, déi)Osèrent contre Mohammed; on trouva chez lui 
des feuilles contenant les noms de ceux à qui il avait fait 



CHAPITRE GXXlll. 141 

(_j^ Jw>-^ ^^-*^^\ fi-^.^^ j«w:i-l Ovi JWv •«'Uw! 1^X3 •Xjij.ra- 

t^ M^ (j-« J,lj *N. *^ A.*^! <i' î_^iwi.lj JvAiixKiU I_^5oUjj A-^*:> 

(^ js :«: Q U (J.J *^i 'N-aa-c (J-=^^ i^^^^ (^ ^'>s? (jî i ^-«^ 



-«w 



prêter serment en faveur cFun descendant d'Ali, fils d'Abou 
Talib. Los conjurés devaient se révolter à jour fixe dans 
Bagdad et assaillir le Khalife Mouladed. On les conduisit en 
présence de ce prince; les complices de Mohammed, fils 
d'El-Haran, ne firent aucun aveu et dirent simplement: 
« Quant au descendant d'Abou Talib, nous ne le connaissons 
pas; on nous a fait prêter serment sans nous le montrer, 
et voici, ajoutaient-ils en désignant Mohammed, fils d'El- 
Haçan, notre intermédiaire entre lui et nous.» Le Khalife 
les envoya au supplice ; il épargna cependant Chemilah 
(Mohammed), dans l'espérance (ju'il le mettrait sur la trace 
du Talibile. Il rendit la lUjerté à Obeid Allah, fils de 
Mouhtadi, dont l'innocence avait été reconnue. Moutaded 
mil tout en œuvre pour déterminer Mohammed à dénoncer 
le Talibile en faveur de qui il faisait prêter serment, mais 
il n(! put y réussir. Il eut une longue entrevue avec le pri- 
sonnier el, dans le cours de la discussion, ce dernier laissa 
échapj)er ces paroles : « Dussi«'z-vous fairr rntir ma chair, 



1^2 LES PRAIRIES D'OR. 

Ljf V^ d)>_j«X_«J Là-*«.) «XAiAxJLi iJ JlJii (Xjlo ooî U J^^is 

jl.jj| ^3^ cK*^^ oiJc5_^ l^l^lsî *>«ii^ iij5A.J ^Urj (J%.J J-^SS" 

(:5?r-j <_.*~X_*â.i ^-.iwî_5 i(-fVA«.=?- J*;^ y^ ci' ^;^j ^^==-«^5 

je n'ajouterai rien aux paroles que vous venez d'entendre. 
Je ne révélerai jamais le nom de celui en faveur de qui je 
faisais prêter serment et que je reconnais pour imam. Faites 
de moi ce que vous voudrez. — Nous ne t'infligerons d'autre 
supplice que celui-là même que tu viens de désigner, » ré- 
pondit le Khalife. On raconte que le malheureux fut em- 
broché à une longue tige de fer qui, pénétrant par l'anus, 
sortait par la bouche ; on le maintint ainsi au-dessus d'un 
grand feu jusqu'à ce qu'il mourût, accablant d'invectives et 
de malédictions le Khalife , qui assistait à son supplice. Mais 
là version la plus répandue est qu'on l'attacha entre trois 
lances liées ensemble par le bout et qu'on le plaça, ainsi 
garrotté, au-dessus du feu, sans le mettre en contact avec la 
flamme ; on le retourna tout vivant et on le rôtit comme un 
poulet, jusqu'à ce que sa peau se mît à grésiller; alors on le 
retira du feu et on l'attacha au gibet, entre les deux ponts, 
dans le quartier occidental de Bagdad. 

Dans la mé^ne année, Moufaded se mit à la poursuite dfe» 
Arabes de la tribu de Benou Cheïban, qui avaieul commis 



CHAPITRE CXXIII. Hi'^ 

Js— <£>_j~ii Ji ^^J t^^b*^^"^^ 0^^ ^;-*»''j tKjCX» CJbJJi (^i)_^ 

(j^ ii*L-Li — \,**3î jl /jj ^i tXAfi^l j«XAii iJuiJi »tXi& jjj 

/j_^ *>sjy-! «li» oOl^ iii*i*Jl â jsJû jj_5 dUi <X*j ioAfi jl /o^' 
/^ *>s_^i ,^Cj;J) AA<»«*Jî »«Xiû jj_5 \_jLÎi j;l /o vvxJl tXxC 

A.^^ J<xj»j /O-^aA^. i>i Civjbj yl5 (jb;l (j-« téjj;^ ^^^^ tiLL» /jjÎ 

c:a-a-<w3_>-9 :>Î*>^xj (JI a.,<^^^ ^j>^ \jj>a>S ,y^^ iLfçlôft iUox» 

4J^ ^/î^^j^* CJ^ lj).*AÀ-« itiXxj JsjttfiXxll (.Ks*-^ ^ir^i j***A^. 

des actes de brigandage et de dévastation ; il les attaqua 
sur les confins de l'Aldjezireh et du Zab, dans une localité 
nommée Waài ed-diab (la Vallée aux loups) , tua les uns, fit 
prisonniers les autres, et ramena h Moçoul un troupeau de 
femmes et d'enfants réduits à l'esclavage. — Même année, 
Abou Abd Allah, fils d'Abou 's-Sadj , conquit la ville de Mé- 
ragah dans l'Aderbaïdjàn, s'empara de la personne d'Abd 
Allah, fils d'EI-Huçeïn , et confisqua la meilleure partie de 
ses biens; plus tard, il le niit à mort. — Même année, 
mort d'Ahmed (fils d'Abd el-Aziz), fils d'Abou Dolaf. 

Même année, expédition d'Ahmed, fils de Tawr, dans 
l'Oman, qu'il envahit en venant du Bahreïn ; il livre ba- 
taille aux partisans fanatic|ues des Ibadiles, qui, au nombre 
d'environ deux cent mille hommes sous les ordres de leur 
imam Sait, fils de Maick, occupaient la région de l'Oman 
nommée Berwa. Ahmed les défait, en massacre un grand 
nombre et apporte les têtes de leurs chefs à Bagdad, où 
elles sont exposées sur le pont. — Même année, Moutaded 



\kk LES PRAIRIES D'OR. 

aJCJLjI »^.*iy3 4j~« y\^ U^ ^^^5 3J (:J^' J^'*- t^ Wj'Î <^5 
A^.A^-J^ ^^^^ <3.' (J'^^ J-^^ tr* y^ ^J fcKAsiAxH i»^-kii>; ^ Js.aJ 

^si_À.J ti)^5 (jb;l Jî yLi«lj.i^ «j-«^ <^ AjÎXxXauÎj JS..Ç-I (^î 
iLr>-«\ (j^liw »,Awîj (ilAll jIiXj ^e>4J<X^ (j^ i4i»^-oj.ii iiÀj<xil 

<ji)î iK-i*£ (»4Âx> J.Aij oyùS (j^ UJîj.*ikC iù*^^A«ij liUiî 

L<w nfwiii i«X-d> yl(5 ^^'jj-vJ^L Â JlJb dlUî ÎJ^ ^jl JUjj 

^-^ .v ^ •. 4^ ^j^ »ljî_5 xs-fr^^.* y>« :>^UJî î JsJÛ JXo d)X« J<J 

rentre à Bagdad en revenant de l'Aldjézireh. — Amr, fils 
de Leït, occupe la ville de Neïssabour. 

Même année, la fdle de Mohammed, fils d'Abou VSadj, 
est conduite chez son époux Bedr, page de Moutaded. Nous 
avons parlé, dans l'Histoire moyenne, du fils d'Abou 's-Sadj , 
du mariage de sa fille avec Bedr, en présence de Moutaded, 
des aventures du même Ibn Abi 's-Sadj et comment il partit 
de Bab-Khorarân pour se rendre dans l'Aderbaïdjân. 

Même année, Ismâïl, fils d'Ahmed, devenu maître du 
Khorarân par la mort de son frère Nasr, fils d'Ahmed , fait , 
une expédition chez les Turcs, prend la ville qui portait 
chez eux le nom de capitale, fait prisonnière la Khatoun, 
femme du roi, avec quinze mille Turcs, et en tue dix mille. 
Le nom du roi des Turcs était, dit-on, Toanhous, titre 
commun à tous les rois de ce pays ; je pense tjue ce roi 
appartenait a fune des deux grandes familles nommées 
Khozlodj. Nous avons déjà donné quelques détails ethno- 



CHAPITRE ex XIII. 1^5 

^^ <_>Lx^l î«X-iû Qj^ ^.JlXau l^i WjÎ <y^'é^ »,aÂ.-JL\j (jvj«y*ltl 

(^-j Vj"^ cxJD (^ioLvj (^jvjfj ^«Xsfc! ikÀA« j_j LiAii3 ^J^ 

Sj^J^ i^Kx» J-r).xJi «XxC (^ 3J-^J r^^' c3.J (:^r^ f»i>U». v-ÀAASj 
L.*,jLvO (J>-*i-!i (J-* i<uJt.k) jyO^ S-^ J5 ^ /'■^ iiÀ*«Ji SJsJû ^ 

tj^ (jU*wj«}a3 à^ b^*.i^-\i*a ^.w. --* (^^AxJi iX^j /jj »X^ ii-waS 
jj^ Jsii «Xi^ iitXAj Ji tXkixXxLî 0).Aâji^ (j'*^% (*^J^1r''-? 

L.<_A_3j y^-xj »Jsi j tKAàx*i5 JljLoj <î;^^t^ (^-*^^ 

graphiques et topographiqnes sur les Turcs dans un autre 
chapitre (cf. t. I, page 186) , ot aussi clans nos ouvrages pré- 
cédents. 

En 281 de Thégire, la guerre éclata entre Warif, eu- 
nuque au service d'Ibn Abi 's-Sadj, et Amr, fils d'Abd el- 
Aziz, dans le Djébal ; nous en avons donné les détails dans 
nos autres ouvrages. — Cette année-là, Moutaded alla dans 
le Djébal, où rappelaient les nouvelles venues d'Orient, et, 
entre autres, l'iiisurrcclion de Mohammed (dis de Zeïd) 
el-Alewi el-Haçani, chef du Tabaristàn. Le Khalife établit 
son fils Ali Moiiklafi à Iley, Tinvestil de ce goovcrnement 
en y ajoutant les \illcs de kazwin, Zindjàn, Abbar, Ivoumm 
et llamadàn ; puis il rcloiirna à Bagdad, après avoir donné 
en fief à Amr, fils (T Abd cl-Azi/,, les deux villes d'Is[)ahàn et 
de Kerkh-Abi-Dolaf. — Pendant celle même année, Ali 
Koureh demanda Voman à Mouktaû et fut ensnile conduit 
à la cour de Monladerl sons bonne escorte. 



146 LES PRAII\[ES D'OR. 

i^ (ji-J \ji ' HjjjXy» ^^Aâli Ujli ^jMykMjJa Jo».tX.i (^^.Ài^i (j^ 

1>-^Î tii !5\.jsi ^y^>isjjà^ j^Mé.S. Àys»,:i^ ^;^\ya^\ ^Uo\^ ilKs»-:» 

Même année, Tougj (fils de Chebib), père cVIkhchid, qui 
en la présente année 332 règne en Egypte, sortit de Damas 
à la tête d'une armée nombreuse, entra sur le territoire de 
Tarsous et enleva aux Grecs la ville de Melouryah, dans 
le voisinage de Borgout et de Derb er-rahib. — Même année, 
Moutaded assiégea Hamdan, fils de Hamdoun, qui s'était 
fortifié dans une place nommée Sowarah, près de Oumr- 
Zàfran. Ishak (fils d'Eyyoub) Anbari se hâta de faire sa 
soumission et de prendre du service dans l'armée du Kha- 
life. Huçeïn, fils de Hamdan, ne tarda pas non plus à se 
soumettre au Khalife avec ses officiers. Nous avons parlé 
ailleurs de Hamdan, fils de Hamdoun; nous avons dit com- 
ment il gravit la montagne Djoudi (Ararat) et passa le 
Tigre; nous avons cité son secrétaire Nasrani (le chrétien), 
et raconté comment Hamdan, pénétrant de nuit dans le 
camp de Moutaded, se réfugia chez Ishak, fils d'Eyyoub, et 
fut enfin livré à Moutaded. Le Khalife fit démolir la forte- 
resse de Sowarah, pour laquelle Hanidan avait dépensé des 



CHAPITRE CXXIII. 147 

^j\j^^^A^ *^^ ^i_^i 4r^ ^^ "^ u'*-^^^ U^ iùiXiiJt 
*^ aj '^^^ y^i U^ (:^ jy^i^ (i^? ^J^=^ ij^ UJ*^^^ Q:'î 

0—^ CJ^- *»« — =^ CJ-* ij^ ^J <JL»L-dC5^j CJ^J'^^Xij (jvJCJkjI AÀ,iw *^5 
(i)^ CJ> . *** -^ «>^*»-i CJ-' (j^ U^ 45; 1^5 (J-S;^ ^^ «^ u'*^*"^ 

viLJU ^J\i>yJ\ aXÎ^ 5;^3 «iliiî ^ *4- ^>i cj^ (»-«J^^ 

sommes considérables. Ce Hamdan (fils de Hamdoun, fils 
d'El-Fïaret, fils de Mansour, fils de Lokman) est l'aïeul d'A- 
bou Mohammed Haran (fils d'Abd Allah), qui aujourd'hui, 
en 332 , porte le titre honorifique de Naçir ed-dawleh. Quant 
aux détails sur la poursuite de Haroun Chari par Muçeïn 
hen Hamdan, et son arrestation par le même Huçeïn dans 
rette contrée, nous les donnerons dans la suite de notre 
récit (cf. ci-après, p. iC8]. 

En 282 , Abou M-Djeïch Khomaroweïh (fils d'Ahmed, fils 
dcTouloun) fut égorgé à Danias, au mois de dou'l-kàdeh, 
dans le cliàleau qu'il avait bâti sur le plateau d'une colline 
au-dessous de Deïr-Mourràn ; il fut assassiné pendant qu'il 
buvait, la nuit, en compagnie de Toiigj. Le crime fut commis 
par quelques eunufjues de son palais. Arrêtés, (juelqucs 
milles plus loin, ils lurent massacrés et pendus, ])lusieurs 
furent tués à coup de flèche; à d'autres, les nègres manie- 



1^8 LES PRAIRIES D'OR. 

^ j^ ._.* jj*LàJî i)][i u dUi *XÀ.ff (O-ft-^ iCxAAiail AAj<Xjs-t U5 

j^_i>.j J^'i-S- cyii o^j\^ iCJC-i-ls -wi^t (^ pj uyii J-i^i 
p p 

louks d'Abou '1-Djeïch coupèrent la peau des cuisses et des 
fesses et la dévorèrent. Nous avons parlé dans nos Annales 
historiques des eunuques du Soudan , du pays des Slaves, 
des Grecs et de la Chine (car les Chinois châtrent plusieurs 
de leurs enfants, comme le font les Grecs); nous avons 
parlé dans le même ouvrage du singulier contraste qui se 
produit chez Teunuque et qui résulte de l'ablation du mem- 
bre; enfin des mouvements que la nature suscite alors en 
lui, ce qui a été souvent constaté et décrit. — Medaïni 
raconte que Moâwiah, fils d'Abou Sofîan, entra un jour chez 
sa femme Fakhitah, personne douée de beaucoup de sagesse 
et de tact; il était accompagné d'un eunuque. A la vue de 
cet esclave, Fakhitah, qui avait la tête découverte, se hâta 
de remettre son voile. Moâwiah lui faisant l'observation que 
cet homme était un eunuque : «Piince des Croyants, ré- 
pondit-elle, croyez-vous que la mutilation dont il a été l'objet 
m'affranchisse des prohibitions établies par Dieu.^ » Moâwiah 
prononça la prière : «Nous appartenons à Dieu,» etc., et 
reconnut lajustcsse do cette observation; aussi, parla suite. 



CHAPITRE CXXIII. \U<J 

il ne laissait plus entrer dans son liareni que des eunuques 
vieux et décrépits. 

On a beaucoup discuté sur les castrats ; on a voulu 
établir une différence entre les mutilés par ablation et les 
mutilés par évulsion; on a soutenu qu'ils sont hommes avec 
les femmes et vice versa; mais ce sont là de fausses théories 
et de mauvaises discussions. La vérité est qu'ils restent 
hommes; que la privation d'un organe ne suffit pas pour 
leur attribuer ce double rôle et que l'absence de barbe 
n'enipéclie [)as fju'ils n'appartiennent au sexe masculin. 
Soutenir qu'ils se rapprociienf plutôt de la femme, c'est pré- 
tendre que les œuvres du Créateur peuvent être modifiées, 
puisqu'il les a créés hommes et non |)as femmes, mâles el 
non femelles. L'opération faite sur leur corps n'en altère pas 
les principes constitutifs, pas plus qu'elle ne détruit l'acte 
du Créateur tout-puissanl (|ui leur a donné la vie. Nous 
avons expliqué dans un autre ouvrage pourquoi l'eunuque 
ne sent pas des aisselles, et nous avons cité les raisons don- 
nées à cet égard pai les philosophes ; il est à remarquer, 



150 LES PRAIRIES D'.OK. 

^^ l«k-tf>j iL^\j aJoL^J «X.>3-j U ^^ p.xil yiJ UaaJ (j.« 

jjj;;»_A_s- ^uLj^ j-j_j-** ii<>-xA)l (^i ^j^ «^^Jij Af.^ x^b> ^^^ 

-«xjixâ p'uJ^iJIj f-)j^))\ j.j\.^^ ij*^^ j^-^^^ s^jj Sr^-9 j^^^ 

en effet, que l'eunuque, lent clans tous ses mouvements, a 
le singulier privilège de n'exhaler aucune odeur sous les 
aisselles. 

Le corps d'Abou '1-Djeïcli, placé dans un cercueil, lut ra- 
mené en Egypte, où la nouvelle de cet événement arriva le 
dimanche 5 dou'l-hiddjeh-, le meurtre ayant eu lieu dans 
les derniers jours de dou'l-kâdeli. Djeïch , fils de Rhoma- 
roweïh (qui était à cause de cela surnommé Ab ou 'l- Djeïch], 
fut proclamé à la place de son père le lendemain lundi. Le 
corps d'Abou '1-Djeïch, étant arrivé au Vieux-Caire, fut extrait 
de son cercueil et placé sur le catafalque devant Bab-Misr. 
L'émir Djeïch, les autres émirs .et notables s'y rendirent en 
cortège, ayant à leur tête le juge Abou Abd Allah Moham- 
med (fils d'Abdah), surnommé Ahdani, qui récita les prières 
des funérailles; la cérémonie eut lieu pendant la nuit. 

Abou '1-Bichr Dolabi rapporte le récit suivant d'Abou Abd 
Allah Boukbari, cheikh originaire d'Irak, qui faisait pro- 
fession de lire le Koran dans les maisons et les sépultures 



GHAIMTUE CXXlll. J5I 

(j-« ^L-tLiJ^ iwJLj jw.^^ j„vJUÎ ij ti*>^^J j»^-;^ ^jÎ *k>«j> «Xïj 
w-jJJi ij J:>_j wv.**Ji ^j^j«Xo.lj (jliwJvli 'i^^M4 'ikxxM* A^yslS 

L..À_Sil_5 Lào!_jmoÎ lÀAiuiiâ. Jb> Jb ^^^^Ijy^xJI <J]».j! elj! ^^i 

ii <X_«^:>-^ tX-O x-jt-Xi ^Iaj^I ^j-»j.^i> l^j wkjir»- /j-tf ^W^*" 

l..^. j J*X-J Y-jio-JlJI c:*<>.jia.îj ^^JlJt ki^Aj ^ ÀjM c^'lAJ (O-^AJ 

de la famille de ïouloun. Cette miil-là, Boulchari faisait sa 
récitation au cimetière lorsqu'on apporta le corps d'Abou '1- 
Djeïcli pouf le descendre au tombeau. « Nous étions, dit-il, 
plusieurs disciples des sept lecteurs occupés à réciter le 
chapitre de la fumée, lorsque le corps fut enlevé du cata- 
falque pour être mis dans la tombe; nous en étions juste- 
ment à ce verset du même cba|)itre: <■ Saisissez-le et précipi 
« te/.-le au plus terrible lieu de fenfer. — Et versez sur sa 
« tête le tourment d eau bouillante. — r- (En criant :) Goûte ce 
« breuvage, toi cpii as été puissant et honoré » [Koran, \liv, /ly). 
Alors, aj(Hite le narrateur, nous baissâmes la voix et préci- 
pitâmes notre lecture, |)ar déférence pour ceux (jui assis- 
taient à la cércnionif;. » 

l'armi les traits de la vie de Mouladed qui [jiouvent sa 
prudence dans les aHiiires et sa (inessc, on raconte le suivant. 
Il avait donné une déléyalion sur le trésor tie dix bourses 
d'aigent alVectées à un payement de troupes, et cette somme 
avait été portée chez le payeur de l'armée pour être ensuite 
distribuée. Mais un Irou lui piali(|iH' diins le doiuiciic di' 






152 LES PRAIRIES D'OR. 

K^ y5 i>i Jli »bî l^ ti-^î u^y* '^^_^?. u*'j^ (^ uKj 

^jvjIJJaJÎ ^-iias^i_5 ^-M-wX^S Jî jUai J.«àJ| î«jsj£> ^^^^u.**i5- (^JJi 
(»,JiaJ5 i (S-^l *<XJUi »j.5^ U ^jc>^aaXÎ1 y^.«vwUj ljÇ^3 ^uXft 

^î_5^iiij vj?;*^^' <i r>*^^ éj-^ fi-\r^^J f^*^^^^^ l^^'>^^ 

cet agent et les dix bourses fuient enlevées. Le matin, dès 
qu'il vit que son mur était percé et que la somme avait dis- 
paru, il fit appeler le chef de la prévôté (c'était à cette 
époque MounisFihli) : « Vous savez, lui dit-il, que cet argent 
appartient au gouvernement et à l'armée; si vous ne le 
retrouvez pas, si vous ne retrouvez tout au moins fauteur 
de f effraction et du vol, le Prince des Croyants vous en rendra 
responsa])le. Mettez tout votre zèle à le découvrir et à prendre 
fauteur d'un vol aussi audacieux. » De retour dans sa de- 
meure, Mounis fit appeler les repentis avec les autres agents 
de police. Les repentis sont de vieux voleurs de toutes les ca- 
tégories qui, en avançant en âge, ont renoncé au métier; 
lorsqu'un crime est commis, ils savent qui en est fauteur 
et mettent sur les traces du coupable ; cependant il arrive 
aussi qu'ils partagent avec les voleurs le produit de leur vol. 
Mounis leur ordonna de f;\ire des recherches, employant 
tour à tour, pour les stimuler, f intimidation, la menace et 
les promesses. Les agents se répandirent dans les quartiers 
et les rues, dans les auberges, les tavernes, boutiques de 



CMAPITHE CXXIII. 153 

JLil ^jo-Jj t-oLjJî 4>.o»-Uo AJÎ j^ fi-ir^ f*>*^^ t?-*^^J iJ<xAAiî 

j^-Ljj «jJCjî^ liLJi ^U Uo »jt<ji^ »i_^ t^^'*^ *ir^-* 

traiteurs et maisons de jeu. Ils ne tardèrent pas à amener 
devant le chef de la prévôté un pauvre diable maigre, 
efflanqué, mal vêtu et d'un aspect misérable. « Seigneur, di- 
saient-ils, voici Tauteur du \ol: il est étranger à notre ville. » 
En présence de leur unanimité à désigner cet homme 
comme Tauteur de Tefiraction et du vol, Mounis Fihli, 
s'adressant à l'étranger, lui dit: «Malheureux, f|ui était 
avec loi .^ Qui t'a prêté main-forte.^ Où sont tes complices.^ 
Je ne suppose pas que tu aies pu emporter à toi seul les 
dix bourses pendant la nuit; vous deviez être une dizaine 
ou, pour le jnoijis, cincp Allons, restitue la somme, si elle 
est enôore intacte, et dénonce tes compagnons, si vous 
l'avez partagée entie vous. » L'Iiomme se borna à tout nier. 
Mounis employa les caresses; il lui lit entrevoir une récom- 
pense, une pension, un traitement superbe; il lui promit 
monts et merveilles, s'il \oidail restituer et avouer; Il eut 
recours ensuite aux plus terribles menaces; l'homme per- 
sista dans ses dénégations et ses relus. Mounis, mécontent, 
irrité, et n'espérani plus et) tirer des aveux, «'Ui ploya la 



154 LES PRAiniES D'OH. 

^4.aJ»s»j JjUui^ iuglj^ »Ui^ AÀiaj^ ^'^^-(^ib ^^ »J*X^'^ c-^Uil^ 

JLi) i Ci»,_A_j;.-«ia U ^SJ JUij (J*)-^ w*,a-Ls> _^ja-lî ^AàÙJïil 
^j».- AJ-J»! Jlj5 C-\J»JM U vA^ ^Ai*" 2>j.^l (i <i (jXj ^^ <_aAXJÎ 

tK-*-£ <XJ>^ ^♦N? ClJ^T'? J-*^^* 1-^"^ é> S^ >y-s^ Jij jjl; J*.r=*^ji 

torture et la question : fouet, nœuds de corde, bâton, nerf 
de bœuf tombèrent sur le dos du patient , sur son ventre , sa 
nuque, sa tête, sur la plante de ses pieds, ses jointures, ses 
muscles. On ne sut bientôt plus où le frapper; il avait" 
presque perdu le sentiment et la parole, mais il ne faisait 
cependant aucun aveu. 

Moutaded eu fut instruit: il fit venir le chef de la prévôté 
et iui demanda ce quêtait devenu l'argent; celui-ci raconta 
l'aventure. «Eh quoi! lui dit le prince, tu saisis un voleur 
qui a enlevé au trésor dix bourses et lu le mets en danger 
de mort, à toute extrémité, de sorte que, le coupable mort, 
notre argent sera perdu! Où sont donc les ruses des maîtres.'' 

— Prince des Croyants, répliqua !\iounis, je ne lis pas 
dans le monde invisible, et je ne coimais pas d'autres expé- 
dients que ceux que j'ai employés à l'égard de cet homme. 

— Qu'on le fasse venir ! » dit Moutaded. On transporta dans 
une grosse couverture de laine le prisonnier, qui avait repris 
ses sens, et on le plaça devant le Khalife. Celui-ci l'interrogea : 
le prisonnier nia. « Mon ami, lui dit le prince, si tu meurs, 



CHAPITRE GXX[1I. 155 

■^^-*o^ CÎÏ"? ''^5 JL)Lv-J iXjLil ^^ iîUt^XXj j^î^ jm (jl^^ •^U» 
._^iaii^ ^UojJl^ t_>lj.*wji_j -UkiL -îuJvi; tyJit^ /oo «^.juwj j»Ij5 i 

cet argent ne te servira de rien; si tu guéris, si tu échappes 
aux suites de la torture, je ne te laisserai pas rejoindre ton 
trésor. Je t'offre pourtant le pardon et la promesse d'une 
'bonne position et d'une existence agréable. «Toujours mêmes 
refus, (i Qu'on appelle les médecins ! « dit Moutaded ; ils 
vinrent. «Prenez cet homme chez vous, leur dit-il, et soi- 
gnez-le avec la plus grande sollicitude; occupez-vous sans 
relâche de ses emplâtres, do sa nourriture; donnez-lui tous 
vos soins et tâchez de le guérir le plus tôt possible. » Les 
médecins emmenèrent l'individu. Pendant ce temps, Mou- 
taded fil ])ieii(lre au trésor une autre somme en place de 
celle qui manquait et la distribua aux troupes. Le pré- 
venu guérit, dit-on, et se rétablit en j)eu de jours. Objet de 
soins assidus dans ses aliments, ses boissons, son coucher. 
SCS parfums, il retiouva bientôt la santé et les forces; il 
reprit ses couleurs el revint à la vie. On en prévint le 
Khalife, qui le fit venir et lui demanda des nouvelles de sa 
santé. Le prisonnier se répandit en bénédictions el en re- 
mercîments. «Je senii loujouis bien, dit-il, lanl (|uc Dieu 



156 LES PRAIRIES D'OR. 

{j^^ (j\ QJ-* ^.i^ c:a.-*J dLAj^ JUijKjili Jj ilx» JUt ^£ 

jj^_>.j'^ liX-fc-^Io^ dJ-jj.-»»*5^ viL»».*!;^ di.Xi/ dLjiXj j^jbi éyXhhS- 

, nous conservera le Prince des Croyants. «Mais, interrogé de- 
rechef sur l'argent volé , il revint à ses premières dénégations. 
« Malheureux, lui dit Moutaded, tu ne peux nier ou que tu 
as dérobé à toi seul cet argent, ou que tu en as reçu une 
parlie. Si tu as pris la somme entière pour la dépenser en 
festins et en plaisirs, je doute que tu puisses la manger en- 
tièrement avant de mourir, et, une fois mort, tu auras ce 
crime sur la conscience. Si tu en as pris seulement une 
partie, nous te la donnons; mais il faut avouer, il faut 
déclarer tes complices. Si tu refuses de faire tles aveux, je 
t'envoie au supplice ; il ne te servira guère alors de laisser cet 
argent après toi , et tes compagnons ne s'attendriront pas sur 
ton sort. Si, au contraire, tu avoues, je te donne dix mille 
dirhems, je prélève pour toi pareille somme sur les agents 
du pont (sur l'administration des péages), je te fais inscrire 
parmi les repentis; tu loucheras chaque mois dix dinars, 
ce qui sullira amplement à tes dépenses de table, de vête- 
ment et de parfums. Tu vivras honoré et tu auras échappé 



CHAPITRE CXXIII. 157 

C w 

p 

à la mort, ainsi qu'à la responsabilité de ton crime. » Le 
prévenu niait toujours. Le prince lui ordonna de jurer par 
le saint nom de Dieu : il jura ; il lui montra un Koran et 
lui dit de jurer: il jura sur le livre. «Je finirai, lui dit 
Moutaded, par découvrir la somme, et, si je la découvre 
après le serment que tu viens de prononcer, tu es perdu, 
n'espère plus la grâce. » Le prévenu persista dans ses déné- 
gations. « Pose ta main sur ma tète et jure sur ma vie, » lui 
ordonna le Khalife; le prévenu |)osa ses mains et jura sur 
la vie du souverain cju'ii n'avait pas volé l'argent, qu'il était 
persécuté, en hutte à d'injustes soupçons et que les repentis 
voulaient se déharrasser de lui. «Si tu as menti, reprit 
Moutaded, je te ferai mourir et je ne serai pas responsable 
de ton sang. » Le prisonnier y consentit. On fit venir alors 
trente noirs, le Khalife les plaça en vue du prisonnier et 
leur ordonna de veiller sur lui à tour de rôle Pendant plu- 
sieurs jours, il demeura assis sans qu'on lui permît de s'a- 
doss< r ou de s'accouder, de s'étendre sur le dos ou sur le 
côté; i sa tête venait à pencher assoupie, un soulllef sur le 



158 LES PRAIRIES D'OR. 

«XJj^ Ajk.;>.Lo î_5-»;.* ♦^^ï C:J?rj|5^^ (j^$ ej-=*- Jy*J ^ {J^i t^j-? 

»j— «î rg •'• Çjîw.AiJî i>^L j-Ab-a»-!^ -Lwlo ^■ir'f^ ïtSjL» j\mis^[» 

c 

ilxj^ /6«*^jj tK^Î t^ «i*.^^ <Xl» J^ls V,;---^'^ (X^î^ (j-j^l? 

^fc_9 (fï*-?; 'ikjJii*^. >i jjl^ 4j^asj^^.^S* «-.ytli^ j_j.^Sj >-*^ r»^' 

visage, un coup sur la tête le réveillait en sursaut. Il dépérit 
et tomba en danger de mort. Le Khalife le fit venir de 
nouveau, lui tint les mêmes discours, lui ordonna de jurer 
par le nom de Dieu et d'autres serments ; le prévenu jura 
par tout ce qu'on voulut , et en employant même des serments 
qu'on ne lui demandait pas , qu'il n'avait pas volé l'argent et 
ne connaissait pas ceux qui l'avaient volé. Moutaded, se tour- 
nant vers les témoins de cette scène, leur dit: «Oui, mon 
cœur me l'affirme, cet homme est innocent; ce qu'il dit 
est la vérité, et les repentis connaissent le vrai coupable; 
nous sommes criminels envers cet homme. » Sur-le-champ 
il pria le prisonnier de lui pardonner, ce que celui-ci s'em- 
pressa de faire. Le prince fit apporter une table bien servie 
et des boissons fraîches; il dit au prisonnier de s'asseoir, de 
manger et de boire. Cet homme se mit à table et, excité 
par le prince, il mangea de grand appétit, arrosant chaque 
morceau d'une rasade et revenant à la charge jusqu'à ce 
qu'il lui fût impossible d'en absorber d'avantage. On apporta 
ensuite les cassolettes de parfums et les essences; il respira 
cl se parfuma. Sur l'ordre du Khalife, un lit de plume fut 



CHAPITRE CXXIU. 159 

yjjî ^j^^ c:a,-»-Àj v.jijp^ OOSÀ.O v_Àaj ^^'«X^ ^ jljii (jywjJi 

wlDLjLiû _^j Ajulai_j *^^ A>ju<i?_j.* t^AaJili^ jiUiot!!^ ii)_yiJî 

j^^t jo-S (j*i^-L^Ji (j^ iù,».b loLw^U JUI J2.S «X5^ *U*A4ij 

étalé et préparé pour le prisonnier; il s'y étendit et s'y re- 
posa. Mais, au moment où il allait s'endormir, on le secoua 
avec rudesse et on le réveilla en sursaut, puis on l'arracha 
à son lit et on le fit asseoir, les yeux appesantis par le som- 
meil, devant le Khalife. « Parle, dit celui-ci; comment as-tu 
commis ce vol? Comment as-tu percé le mur? Par où es-tu 
sorti ? Où as-tu emporté l'argent? Qui était avec toi ? » Le 
prisonnier répondit : « J'étais seul et je suis sorti ])ar la 
brèche que j'avais pratiquée pour entrer. Il y a en face de 
la maison un bain avec un grand tas de broussailles pour 
allumer le, feu; quand j'ai pris l'argent, j'ai soulevé ces 
broussailles, ce tas de branches sèches et de roseaux, j'ai 
placé l'argent par -dessous et l'ai recouvert de la même 
façon ; c'est là qu'est l'argent. » Le Khalife ordonna qu'on 
replaçât le prisonnier sur son lit; on le recoucha. Ktisuite 
il envoya quérir l'argent; la somme fut rapportée intacte. 
Mounis Fihli, le ministre, les courtisans furent convoqués: 
on cacha l'argcînt sous des tapis dans un coin de la salle. 
Le voleur fut réveillé: il avait dormi son soûl et se trouvait 



160 LES PRAIRIES D'OR. 

^^ (jâ_A_JL» »,««! aJ> Ja.>Sl «X_> jj iaJUwls Aj Aj«Xj». ^jc L» 2«i 

A-4Vwk-£> «.-lâ^^ .JLjLxa.gt j.jLaw ^j 4>o^ iCik>._^jiÀX) ;i^l^''' (j-« 

parfaitement dégourdi. Moutaded, en présence de tous ces 
témoins, lui tint le même langage que la première fois: 
le voleur nia de plus belle. Le prince fit enlever les tapis et 
lui dit : « Misérable , n'est-ce pas là cet argent "^ Ne l'as-tu pas 
volé de telle et telle manière ? » et il se mit à lui répéter ses 
propres révélations. Le voleur demeura atterré. Sur un signe 
de Moutaded, on lui attacha solidement bras et jambes et 
on le gonfla à l'aide d'un soufflet introduit dans l'anus , 
après qu'on eut bouché avec du coton ses oreilles, sa 
bouche et ses narines. Quand le malheureux fut gonflé, on 
délivra ses mains et ses pieds de leurs liens et on le saisit 
par les mains : il était devenu comme une grosse outre 
pleine de vent, ses membres étaient boursouflés et enflés 
monstrueusement; ses yeux, injectés, de sang, lui sortaient 
delà tête; il allait éclater. Alors, sur l'ordre du prince, un 
médecin prali([ua une incision au-dessus des sourcils, aux 
artères temporales : l'air en jaillit, en même temps que le 
sang, avec un sifflement aigu ; peu à peu le patient s'aflaiblit 



CHAPITRE CXXIII. 101 

0;-fcajl /oo (0^i_j-v osji«*ïj c5^J^^^ -:>l=^ *-r*-^^ -^Xii iijlSo*. 

(^_À--«».il v-A-«l «X A^/lxL) (^>y^J (J>J C:j\Â3aj CivAjSfc.^ liijijiXrfc. 

et expira. Ce fut le plus atroce spectacle de torture qu'on 
vit ce jour-là. — On ajoute que les bourses renfermaient 
une somme en or et qu'elles étaient en plus grand nombre 
que nous ne l'avons dit. 

Il y avait à Bagdad un conteur des rues qui amusait la 
foule avec toutes sortes de récits et de nouvelles drolatiques; 
on le nommait Ibn cl-Magazili. Il avait infiniment d'esprit 
et l'on ne pouvait le voir ni l'entendre sans rire. Cet Ibn 
el-MagazMi raconte lui-même l'anecclote que voici: «Je me 
tenais un jour, sous le règne de Moutaded, devant Bab el- 
Khassah, et je débitais mes drôleries. Dans le cercle (|iii 
s'était fonné autour de moi se trouvait un eunuque de 
Moutaded; je racontais justement une histoire d'eunuque. 
Celui-ci trouva mon histoire ù son goût et fut enchanté de 
mes narrations; puis il s'éloigna. Peu de temps après il 
revint, me prit par la main et me dit: «Tantôt, en sortant 
« du cercle de tes auditeurs, je suis rentré au palais; je me 
«tenais debout devanl le Prince des Croyants, lors([ue Inu 



162 LES PRAIRIES DOR. 

w^^l U <.;:AAÀi ^^.^ ^J U Jbj ^^ viUi jXjli 0vÀ^_i»nlî *.a^S 
^^ j_^ Ls? _5 kii—:^:^) JjUll ^^\^ ciyiJ J.>; C_>U)I ^^ (^Àx^^il 

o»»XjL» dLj^\r>- i_>A^j <i^ (iJjlAiisfc.U jj.^î *>vJ9j pÇV^^ ^*aj^ 
l_^_Av«X_Aw Lg«*.iixj c:*<Xi..î yi ii>-AA^ l4 dio "^ 4MÎ ^ tXi^ 

x-Abki-Jli (i 00L333 c:>k-À,^>w> jw )3 c:a^amâ ^jI ^Xsk.:»!^ (S*^^^ 

" histoire et tes nouvelles me sont revenues à Tesprit; je me 
H suis mis à rire. Le Prince s'en est aperçu et, trouvant ma 
" gaieté déplacée, il a voulu en connaître le motif: « Sire, lui 
'< clis-je, il y a devant la porte du palais un certain Ibn el- 
" Magazili qui débite des contes pour rire : aventures d'A- 
<! rabe , de Nedjdi , de Nabatéen , de Zate, de Zendj , de Sindi , 
« de Turc , de Mecquois et d'eunuque , il raconte tout cela 
« en y mêlant force plaisanteries qui feraient rire une mère 
«en deuil et amuseraient un homme grave, à l'égal d'un 
« enfant. » Le Khalife m'a ordonné de t'amener. Je réclame 
' la moitié de ta récompense. » Flairant une belle rétribu 
tion , je dis à l'eunuque : « Seigneur, je suis un pauvre 
n homme chargé de famille ; puisque Dieu m'a fait la grâce 
« de vous rencontrer, est-ce que vous ne pourriez pas vous 
«contenter d'une partie de la somme, d'un sixième, par 
«exemple, ou d'un quart .^» Mon homme tint bon pour la 
moitié : la moitié flattait encore mes désirs et je m'en 
contentai. Il me prit par la main et me fit entrer. Après 
avoir salué el complimenté le Khalife, je me tins debout à 



CHAPITRE GXXIIl. 163 

Jl ç^iùjîj l^j (j-UJ! ^î XX^iî j^jùJ iC>Ui (jv-ojlî ^^t 

la place qui m'avait été désignée; le Khalife me rendit mo/i 
salut. Il lisait un livre; après en avoir parcouru la plus 
grande partie, il le ferma, et levant les yeux vers moi: 
"C'est toi qui es Ibn el-Magazili? me demanda-t-il. — 
«Oui, Sire. — On me dit, reprit-il, que tu es un conteur 
«amusant, que tu débites des nouvelles curieuses, des fa- 
« cétiesdivertissantes, — Oui , Sire, répondis-je; le besoin rend 
«ingénieux. J'attire la foule avec mes récits, je capte sa 
« faveur avec mes historiettes; puis je sollicite sa bienfaisance 
« et je vis de ma recette. — Voyons les histoires, me dit le 
« prmce, montre-nous ton talent; si lu me fais rire, tu auras 
« cinq cents dirhems de réconqjcnse; si tu ne me di'rides pas, 
«que puis-je exiger de loi .^ — Foin de la polirotjiierie et 
«de la couardise! m'écriai-je; Prince des Croyants, je né 
« puis vous offrir que ma nuque, vous la sounielterez à votre 
«aise, tant que vous voudrez et avec ce ([ue vous voudrez. 
« — Voilà qui est raisonnable, reprit le Khalife; ;iiiisi, si je 
« ris, tu auras la récompense promise; si je ne ris pas, je te 



ex, 



Ck LES PRAIRIES D'OR. 

p w 

y-^iit^s. j..^\i dS-^S ^ bi (jî^ o»^ A:c5r^î bt yî ^j vJ 

cybl^C^j j:>5_j.-àJ| (i t::>Ovji^! Aj (Jv.iû ^^jÀÀ.* vl/^ c:*UÂas 

p 

«J4X_À£ U cyL£^ «jUÛ (i JlxJ «oi^j '-^*5 LjS^Aki^ C^OïlaÀjl^ 

« souffletterai dix fois avec le sac que voici. » Je me dis en 
moi-même : « Un roi qui emploie pour ce châtiment un 
instrument si insignifiant et si léger ! la chose est accep- 
table. «En me retournant, je vis dans un coin de la salle 
un sac en cuir souple et j'ajoutai par devers moi : « Je ne 
m'étais pas trompé et mon appréciation n'était pas erron- 
née. Quel mal peut faire un sac gonflé de vent.^ Si je fais 
rire le prince, c'est tout profit pour moi; dans le cas con- 
traire, dix coups d'un sac rempli d'air, le châtiment est 
doux. « Je commençai donc le récit de mes nouvelles et 
historiettes; je m'évertuai à être divertissant et beau par- 
leur; tout ce que savais d'aventures d'Arabe, de grammai- 
rien, de débauché, de juge, de Zate, Nabatéen, Sindi, de 
Zendj, d'eunuque, de Turc, tous les bons tours, toutes les 
friponneries et anecdotes piquantes, je les évoquai dans 
ma mémoire et les racontai. Enfin, j'arrivai au bout de 
mon répertoire; ma tête était endolorie, brisée; je me 
taisais, ma verve languissait et se refroidissait. « Allons, fit 
«le Khalife, sers-nous ce que tu sais. » Il était irrité et je 



CHAPÎTUE CXXIII. 165 

'i—y^ ^5 j*:>U». jljij ^^aJ ^j (CvwfAj il^ lil.^^iSî «^ «-.vcuw _^^ 

i.i\.x.ÂMSj (^Ui ci>i*XjJ t^*XAo -X=».lî 5<Xxj <Xà^ -5\i L Jv«î 
^^«X» ^g>wa f* . iXAJ îi>t^ iijK.ki i^\xi (^ iaJi^ IjflâC» iùt*.*» tjL^L» 

c»....»-j ^ . V Awt ut»-3 (S"^ (J-* ?-^**^i r*^^-? i£^^^ cxïloj ;^<À^ 

n'avais pu le faire rire, ni même sourire. Au contraire, 
tout ce qu il y avait d'eunuques derrière moi, tout ce qu'il y 
avait de pages s'était sauvé, pris d'un fou rire et incapable 
de le surmonter. «Prince des Croyants, m'écriai -je, j'ai 
" vidé mon sac, j'en ai la tète lourde, mes provisions sont 
«épuisées; je n'ai jamais vu un sérieux comparable au 
"Votre. 11 ne me reste plus qu'une seule plaisanterie. — 
• Voyons,» dit Moutadcd. Je repris: «Sire, vous m'avez 
« promis dix taloclies en j^uise de récompense, je vous prie 
« de doubler la dite récompense et d'y ajouter dix taloches 
«de plus.» Moutaded eut fort envie de rire, mais il se 
contint; il ordonna à un page de me tenir les mains; celui-ci 
obéit, je tendis le cou. Au premier cou]) de sac, il me 
sembla qu'une forteresse me tombait sur la nuque : en 
elfet, le sac était bourré de cailloux ronds pesants comme 
des poids de balance. Je reçus mes dix coups : j'avais le 
cou disloqué, le dos l)ris('', mes oicillcs linlaicnl, tics éclairs 
jaillissaient de mes veux. Les dix coups bien comptés, je 



166 LES PRAIKIES D'OB. 

(jvjL-o^Î wçolj lg,jj.A.S j5 IgicAi ^ ^^14^ S<y>J> («j«-k<a.3 kiLJî 

/XJwii? (jj-^>-w iii c^-s»- ^-Àkj ^ijl^ kiLkM-c^ ^^j-i (j-a^s?^ 

m'écriai : « Seigneur, un bon conseil ! » Le prince fit 
suspendre le supplice , quoiqu'il fût décidé à doubler mon 
compte, conformément à ma demande. «Voyons ton con- 
«seil, me dit-il. — - Seigneur, continuai-je, pour un bon 
" musulman rien n'est plus beau que la loyauté, rien n'est 
«plus odieux que la tromperie. Or, j'ai promis à l'eunuque 
« qui m'a introduit ici la moitié du salaire, petit ou grand, 
« que je recevrais. Le Khalife (que Dieu lui donne de longs 
«jours!) a bien voulu, dans sa générosité, en doubler le 
« chiffre. J'ai ma moitié. C'est à l'eunuque à recevoir la 
«sienne. » A ces mots, le Khalife se renversa en riant aux 
éclats : mes premiers récits avaient provoqué sa gaieté, mais 
il s'était contenu et les avait écoulés de sang- froid, Cette 
fois il trépignait des pieds et des mains et se tenait le ventre. 
Enfin, l'accès passé, et lorsqu'il eut repris haleine, il fit ap- 
peler un tel: c'était l'eunuque en question. Cet homme, long 
et mince, fut conduit devant le Khalife qui ordonna de lui 
appliquer les coups de sac. " Prince des (joyanls, s'écria 



CHAIMTUE CXXllI. 107 

A vXi» ;^Oj»Cw Ci^.jî• «J^-'^"^ 5»X^ *S C:*.AJL9 ^j\j<^ 
5L.3kJi SIjL» (^jis; ^^^^' S<Xik.| l^ I4ÀX di-AAAâJ ^^ IgJUaJ 

<.A.,^ g ^j Lgi^aj iiî *>»Jw\ U» JfcJÙ C^Ajtj l^Jtij viU l.<-u(vX,vy 
dL.J \-(} A-^ju^^ t"*~*^ *J^^^^ *^ ^^ JUoî (J>A^_^t j»!y«l y! 

« l'eunuque, qu'ai-je donc fait? Quelle faute est la mienne? » 
Je lui répondis : « Voilà ma récompense et lu es mon associé : 
«j'ai reçu ma moitié, à ton tour à recevoir la tienne;» et, 
pendant que les coups tombaient comme grêle sur sa nuque, 
j'ajoutai : « Je t'avais dit que j'étais pauvre et chargé de 
« famille, je m elais plaint à loi de mes besoins, de mon 
« dénûment. Seigneur, te disais-je, ne réclamez pas la moitié, 
« conlenle/-vous du sixicnio on du rpiart; mais lu as insisté 
« pour avoir la moitié. Ali ! si j'avais su que la récompense du 
«Prince des Croyants (Dieu prolonge sa vie!) consistait en 
«taloches, je te l'aurais bien cédée tout (Miliére. » Ces pa- 
roles, mes reproches à leuimque redoublèrent la gaieté du 
Khalife; la punition infligée et son hilarité s'étant calmée, il 
lira de dessous le coussin où il s'accoudait luie bourse pré- 
parée d'avance qui contenait cin([ cents dirhems. L'eunuque 
allait s'éloigner. •Attends, lui dit-il, je te destinais cette 
' somm(!, mais la sottise t'a poussé à te donner un associé, 
" an rp ici je n'aurais sans don fc rini arcoidé. — Sire, repris je, 



168 LES PRAIRIES D'OR. 

^^j.i^! a»ui^ »w*i^î « <\juuaj5 xJi \,.|^ l^*«Xj owiS'kiljÇ 

^ •^\ /wj (^Ajtçv») slsj OOD (jjviL>l»^ yOLfj (^jvXÀjI iiÀ.*v 

<_j^j.i». (»^*^ ool6 ^o^Ài^î U3J^ V)-^ ^^j^^ «i y^*^-*" (j^^ 

«et la loyauté et Fodieux de la tromperie! Certes, j'aurais 
« préféré que vous eussiez tout donné à cet homme et qu il 
« eût reçu dix taloches de plus avec les cinq cents dirhems. » 
Le prince partagea la somme entre nous et nous partîmes. » 

En 282 de l'hégire, moururent Ismâïl (fils d'Ishak) , le 
juge; Harit, fils d'Abou Oçamah, et Hilal (fils d'El-Ala) 
Rakki. 

En 283, Moutaded se rendit à Tekrit pendant que Hu- 
reïn, fils de Hamdan, à la tête des troupes d'élite, se mettait 
en campagne contre Haroun Chari. Une grande bataille fut 
livrée, où la victoire resta à Huçeïn. Il conduisit au Khalife 
flaroun et son frère prisonniers, sans conditions d'amnistie. 
Le Khalife Moutaded-BUlah revint à Bagdad ; on éleva des 
kouhbèh dans cette capitale, on tapissa les rues; le prince 
disposa son armée en bataille et dans un ordre parfait devant 
la porte de Chemmasyah, puis ils traversèrent la ville jus- 
qu'an château nommé El-Haçani. Il donna un vêlenicnl de 



CHAPITRE CXXIII. 1G9 

^P;-_J_^^ <\K_tf>Ij A_?Lsi=! *Uw5^j <îoLv^ (J-. ii£l:r j^ A^^ 
j— «1 /fc-J /ft-^o!^ 0"»*'^*-J 1*"^"^ c^* u^ ^ *^1^5'y*.U!t jj 

jj^-J^J *^-*vîj j^^ ^^-^^ A_clji ^Uç.Xc^ ^X.A3 »-.vSjlî (^UJL 
(j_j (j; »^ -^ j^'l ^ V^jJita^jÀ. fjMJjJ^ ^^^ iiiCiJi i>^S.j 
AMI «X-*ufr 5^;^! 8;U«<wJ {^^^ ck^"^ U'^ C^ S:>tX^ iyé^jJki^ 
(J*.UJ)^"0 li ^1 *X6** (>J r'wljijl rXÀjlj ^/îOJ '-r^S (J:? U^-^Ç^"^ 

gala à Huroïn, fils de Hamdan, à lilre de distinction hono- 
rifique, et lui passa au cou un collier d'or; plusieurs cava- 
liers et chefs de sa suite et de sa famille reçurent aussi des 
vêtements d'honneur et furent promenés triomj)halemenl 
au milieu de la population , en récom|)onse de leurs prouesses 
et de leur bravoure. Par ordre du Khalife, Chari fut placé 
sur un éléphant; on le revêtit d'une rfowrrfl«/i de soie brochée 
et on le coiffa d'un J>oiirnous di': soie écrue, haut de forme; 
son fière le suivait, monté sur un chameau /a/ti/, c'est-à- 
dire à deux bosses, il portail une tuni(pie de soie brochée et 
un bournous de soie écrue. Ils venaient derrière Ilureïn, fils 
de Hamdan, et son escorte; le Khalife s'avançait à leur suite 
vêtu d'un kaha noir et d'un bonnet {halunsouah) terminé en 
pointe; il montait un cheval gris centlré. A sa gauche se 
tenait son frère Abd Allah, fils de MoualTak ; derrière lui 
marchaient sou pag(î Bedr, son vizir Abou 'l-Karcm Obeid 
Allah (fils de Stdcïnian, fils de VVehh), el Karcm , fils du 



170 LES PRAIRIES D'OR. 

jj«LàJI l..^AAi Ua:5t (j\.Ajlii ^j^ ^^y^^ y^3 ^"^^ t*ÎJ^.5 

^J^ y..^\i ^J—»' *-A.J*i ^^-i^-*» a^IjOI (jàxj ^ /-=»"' i^ viUJO 
«UÀ-jÎ ^OÎ j..w-JiÎ3 c-ji^xJi i t-jf /eo AÀjl ^^:>t <^w5fc '^Y^-' 

(J-.X^ O^-Juà- 4^wJùvi 4^AAJ»- UA-Jf ^^ k^LtfwJi viU^b ^ 1jj-*V 

vizir. Partout retentissaient des actions de grâces. Mais la 
foule, en passant du quartier oriental au quartier occi- 
dental , devint tellement compacte , que le tablier du pont su- 
périeur céda sons le poids et s'écroula sur un bateau chargé 
de monde. Mille personnes périrent ce jour-ià, sans compter 
les morts inconnus. On retirait les noyés du Tigre au 
moyen de harpons et avec Taide de plongeurs; d'effrayantes 
clameurs, des cris de détresse partaient des deux rives du 
fleuve. — Sur ces entrefaites, un plongeur retira de l'eau 
un enfant paré d'ornements en or et de bijoux : un vieux 
voleur qui était parmi les spectateurs remarqua cet enfant; 
il se mit à se déchirer le visage jusqu'au sang, à se rouler 
dans la poussière, faisant mine d'avoir reconnu son fils. Il 
se lamentait en criant : « Tu n'étais pas mort, quand on t'a 
retiré intact du lleuve; les poissons ne t'avaient pas mangé; 
tu n'étais pas mort, ô mon enfant chéri! Que n'ai-je pu 
te contempler encore une fois avant ton dernier soupir! » 
Puis il prit le corps, le chargea sur un àne et (Hspartit. T^es 



CHAPITKE CXXIII. 171 

,y-Sa-j ,_^_\_5l (_^-s»- \^\j U •jiy..itj\ (j~t îjlj /j-j jJl r»>*''^ r r-? 

vJ>w(wO ii V'^J y^^ *jtV ^JVJfc. jl^CJI ^j^ >««<-*«-« jU*fcAjlj 4J^)Jt« 

. p 

X)\jb^^ HjijÀ,^ ^'i''>xs>- (^j^ iX) ^tj K<^yy r^^^^^^ ^J^^ (^^^.^^ 

(^ L^L^ *XJ» »S-j\i 31^.==- AjtwOy jL^fb^Ji^ A^Lj^iL» /yJyyt-M:f.l,\ 

témoins de cette scène étaient encore là quand survint un 
homme connu pour riche, un des notables commerçants, 
il venail d'apprendre la nouvelle et croyait trouver son 
enfant parmi eux. Se souciant peu des bijoux précieux et 
des riches vêtements du mort, il voulait seulement le voir, 
Tensevelir et le Jaire inhumer avec les prières d'usage. On 
lui raconta ce qui venait de se passer ; cette nouvelle le jeta 
dans la consternation, lui et les marchands qui raccompa- 
gnaient. Toutes leurs questions et leurs recherches demeu- 
rèrent infructueuses et sans résultat. Les repentis (cf. ci-dessus, 
p. 102) de garde au pont, qui connaissaient bien le vieux 
coquin, ne laissèrent aucun espoir au père du jeune enfant 
noyé; ils lui dirent que ce maître voleur les mettait sur les 
dents et les paralysait avec ses ruses. Comme preuve de ses 
inventions perfides et de sa rouerie, ils lui cilènMit le Irait 
que voici. Il se rendit un joiu-, de grand malin, chez un des 
principaux notaires, lioiniiic de liaule condition el liche. 
Il arriv.i poitanl une janc \i(li' sur ses épanjcs, iimc liarlir 



172 LES PRAIRIES D'OR. 

j\ài.J ^ -ii fiX^Jij ij*-^! jïj J^Kxir dUi j^tfu^i ^•^•^î <1^ 
J^^jtj) ;AÀi.JS J-xk '♦>»-Ô^ *4)"*^ <^-i t*"*^ *^ ^' ^^ ^^^"^ 

et un panier: il était en haillons. Sans dire mot, il se mit à 
enfoncer à coups de hache les boutiques sises devant la 
porte de Thôtel du notaire, à les démolir et en arracher les 
briques. Altiré par les coups de hache et la chute des dé- 
combres, le notaire vint voir ce qui se passait; il aperçut le 
vieillard ibrt occupé à démolir ses boutiques sur le seuil de 
sa demeure ; il lui dit : « Serviteur de Dieu, que fais-tu là? 
Qui t\i commandé ce travail ^ » Le bonhomme continuait 
sa besogne sans faire attention au notaire, ni lui répondre. 
Pendant cette scène les voisins se réunirent; ils entraînèrent 
le voleur en lui donnant qui un coup de poing, qui une 
poussée. Celui-ci se retournant: «Malheureux, que me 
voulez-vous? leur dit-il; n'avez-vous pas honte de vous jouer 
de moi, d'un vieillard vénérable? — Il s agit bien de jeu, 
répondirent ceux-ci; drôle! qui la chargé de cela? — Drôles 
vous-mêmes! répliqua le vieillard; cest le maître de la 
maison. — Le maître de la maison ! s'écrièrent les voisins, 
mais le voici, cest lui qui le parlait. — Non pas, par Dieu, 
ce nVst pas lui! >> insista le vieillard. Cette réponse, la mé- 



CHAPITRE CXXIII. 173 

\ù\St ^jl^^j^r». (JÀKJ AX*X-sw c.jvXJi. ji ijy^ i»XjÛ '^^3 ^^î'J 

J^i.:>lj çjUJÎ <-^l> <Ji IgJCOj yl^ <Xâj l^ -pUs- 4^1 »j4^ Jl 
vii-Ài^-j lw_ à (^-jj ^ -.Aû-i L^Ai AjUj Iaj*. *Xi ^ol^ Igjki **N; 

oj-Aii-jl^ «j-A.iS'J^r,:» isi <r»-^^^ »Um5^ JtXxJî sUij ^4^ 

(JV-S*. J^- V . V jLiLs».î (^<X.ÎÎ _^j \ÀAia3 J>Ar>-^ iÙLA^ tUiwi 

prise dans laquelle il était tombé les touchèrent, et ils se 
dirent : « Ou cet homme est fou, ou il est la dupe de quelques 
voisins jaloux des richesses que Dieu a accordées au no- 
taire ; ce sont eux qui ont poussé ce vieillard à un acte 
pareil. » Ils l'empêchèrent de continuer son œuvre de démo- 
lition ; le vieillard courut alors à la jarre qu'il avait aj)portée 
et laissée près de la porte, y glissa la main comme pour en 
retirer des vêtements qu'il y aurait cachés, poussa un cri 
aigu et fondit en larmes. Le notaire, persuadé que ce mal- 
heureux était la dupe de quelque fripon qui lui avait enlevé 
ses habits, lui demanda : « Que l'a-t-on pris ? — Une chemise 
neuve achetée d'hier, une mclhafah (sorte de pagne) et des 
pantalons, » répondit le vieux. Chacun de s'aj)itoyer sur 
son sort; le notaire le consola par de bonnes paroles, lui 
donna des vêtements, une jolie somme de dirhems, et le 
fourbe s'éloigna emportant son butin. 

Le cheikh en ([iicstiou, couiui sous l(! nom iVEl-Oukab 
(l'aigle) et le surnom (VAbou 'l-haz (pcrc du faucon), csl le 
héros d'tme foule (favenlnrcs singulières cl de shalagènies 



174 LES PHAIRIES D'OR. 

ingénieux. Le Khalife Motewekkil mit un jour ses talents à 
contribution. Ce prince avait parié avec le médecin Bakhtie- 
chou que s'il dérobait chez ce dernier un objet reconnu par 
lui, dans le délai de trois jours fixés d'avance dans le mois, 
le médecin verserait au trésor du Khalife dix mille dinars; 
que si, au contraire, le délai expirait sans que le tour eût 
réussi, le médecin gagnerait un domaine spécifié dans le 
contrat du pari. Le fameux cheikh , alors dans la fleur de sa 
jeunesse, fut appelé chez Motewekkil: il s'engagea à dérober 
dans la demeure même de Bakhtiechou un objet que celui-ci 
ne pourrait nier lui appartenir. Le médecin garda sa maison 
avec vigilance et s'y retrancha pendant le délai convenu ; 
mais le cheikh El-Oukab manœuvra si bien, qu'il réussit à 
enlever le médecin en personne, le mit dans une caisse et 
le porta chez Motewekkil. L'aventure est fort curieuse; il 
paraît que le voleur se fit passer pour un ange descendu 
du ciel et envoyé à Bakhtiechou par Jésus, fils de Marie, 
un flambeau allumé à la main ; qu'il employa line certaine 
mixture de sa composition, qu'il versa un narcotique [heng, 



CHAPITRE CXXIU. 175 

*XJ>j '»kf.i^\ JkAj ^ »ji JvJ U*|J^ -X^xlsî^ 5»XiS?i -l*kJ! i -fvj^ 

»*X_5lS^ i jj-i ^-^ -i^^^ l0sji_5 ^jU^Ji jUiwî i dUi b^5i> 

«_jï_À.A»^ 5wA^_j ^JJASi ^^* wflii^j^ f'j-''3 iLtîiiJl^ t-UûJ^Jt ^j^ 
iL-«bl^ 5^_A— &3 jtJ^-àJu o»wJt-ll owSiJÎ ^J^ c:*L.A*M5i)î ^^^' 
c.^aJÎ ^ j),.^kKs»~^ -o.^<X-=»- (j^ dl.Ji> wAii^ iiAài aSxXjiaj ^^j^r^Ji 
J,mî^ A^3î^ ^^.Jaiij (j;'^^^'^ (j^^^îS^'^^î^y j^iaJuJlj ^^.AJilî^ 

jusquiame) dans un mets qu'il offrit aux gardes postes cette 
nuit-là dans la maison du docteur, etc.; nous avons raconté 
tout cela dans les Annales historiques. En un mot, le cheikh 
susdit surpassa par ses fourberies et Tingéniosité de ses 
tours la célèbre intrigante Dallah et tous les auteurs de 
fourberies et de ruses, anciens et modernes. 

Les détails concernant ceux qui s'occupent de la trans- 
mutation des métaux, or, argent, pierres précieuses, 
perles, etc.; la préparation des élixirs de toute sorle, comme 
\e fcrrar et autres, la solidification du mercure et sa con- 
version en argent, les tromperies et ruses de tout genre 
qu'ils accomplissent à l'aide de leurs cornues et alambics, par 
la distillation, riiicinéralion , reinj)i()i des borax, du hois, 
du charbon et des soudlets; en un mot, le récil des expé- 
dients ingénieux qu'ils applicfnent à leurs recherches, les 
fourberies et ruses anxf|U('lles ils ont recours, tout cela se 
trouve dans nos Annales historiques. Nous y rapportons 
d'a|)rès eux fjuidques poésies relatives à ce sujet, leurs 



î76 LES PRAIRIES D'OR. 

r^^^XJixll (j~» iCxJUaSi â«Xiû JJ^^ <XJLfi _j«iî>j dlJi ij io^ljt* ^jI 

y 

cUi ^ ^'-*^ ^^iXÂMI ^lyâ.]l (^ (5-^î (j? V.y'*:? oui-*© <Xï^ 

ij^ HtàÀl]^ «_^ J«^J| ^Xm (j>£»xiî tg^si" JUojL ^CU»*pî stXiû 

traditions concernant les anciens alchimistes grecs et byzan- 
tins, comme la reine Cléopâtre et Mariah, enfin la célèbre 
formule alchimique de Khaled (fils de Yézid, fils de 
Moâwiah), que les adeptes reconnaissent comme un de leurs 
anciens, formule exprimée dans une pièce de vers dont 
voici un extrait : 

Prends le talc avec l'ammoniaque et avec ce qui se trouve dans les 
chemins; 

Prends une substance qui ressemble au borax et pondère tout cela 
sans commettre d'erreur; 

Puis, si tu aimes Dieu ton Seigneur, tu seras maître de la nature. 

On possède de Yâlcoub (fils d'Ishak, fils de Soubbah) 
Alkendi un opuscule en deux parties sur ce sujet ; il y 
montre Fimpossibilité pour l'homme de rivaliser avec la 
puissance créatrice de la nature et y expose les mensonges 
€t les artifices des adeptes de cet art; son traité est inlituU'': 
* Réfutation des prétendues méthodes de fabrication artifi- 
cielle de for et de fargenl. » Cel ouvrage d'Alkendi a élé 



CHAPITRE CXXIII. 177 

lJs-i^ ^ y^/^ {j-i j^ <3.'^^ ''^^^ <3^ <>«j ^-i> (j^3 Jv^Uj 

4^ kiUi^y-A_i.j j-KÀïJl_5 iUiJotli jl^^iJI ^j ^iU>La.]| «joû i 

^U*>J) v-x*«*-3C' Uo (j*._54i:iî (j^ 4ML i>^xi ^^_j *^^^^ (jjj^ 
cj5«X_A-KjKaJiJi ^lis? y^ ^ji_^i^J k^JU%Joj jUajill ,_j.Àj t^iùjo. 

réfuté par Abou Bekr Mohammed (fils de Zakaria) Razi le 
philosophe, auteur du Kitab el-Mansouri, traité de médecine 
en dix: sections; il y démontre la fausseté des allégations 
d'Alkendi et la possibilité du grand œuvre. Le même Razi 
a composé sur ce sujet plusieurs ouvrages, dont chacun est 
consacré à une branche particulière de Talchimie; par 
exemple, le travail sur les métaux, les plantes et autres 
parties du grand œuvre. Nombreuses sont dailleurs lès 
discussions sur ce sujet, sur Xœuvre de Karoun et d'autres 
personnages, etc. Quant à nous. Dieu nous préserve de nous 
appliquer à des recherches où le cerveau s'affaiblit, la vue 
s'altère, le teint jaunit au milieu des vapeurs de la subli- 
mation, des émanations des vilriols et autres substances 
minérales ! 

En 283 de fhégire, eut lieu le rachat des prisonniers de 
guerre entre les Musulmaiis et les Grecs; il commença un 
mardi du mois de chàban. — Même année, njcich, fils de 



178 LES FUAIUIES D'OU. 

l.|^.Ai^ OowJiAxit /n^aXs ^^^ -^-*»JI iïÀjiX** {_^A=h.Jo toJwi 

^^Ji^[> Ci^j^\ iL«^V^Aw A-AÂ-i^ j3^_jlail* ôj>>«iî ^ *-«5\*i 
*tUiI cj^ ictlçT tj^ dJi .Xjtj J.Xtfc ^U^^-u. s^i^t ^l^ *Xi^ 

Rhoraaroweïh (fils d'Ahmed, fils de Touloua), quitte la 
Syrie et se rend en Egypte avec son armée. Après son dé- 
part, Tougj abandonne sa cause à Damas. A la même 
époque, d'autres généraux se séparent de Tarmée de Djeich: 
ce sont Khakân Mouflihi, Boundoukah, fds de Komdjour, 
et Ibn Kendadj ; ils vont jusqu'à Wadi '1-Koura et arrivent 
ensuite à Bagdad, où Moutaded leur donne des vêtements 
d'honneur. — Même année, l'Egypte se révolte. Ali (fils 
d'Ahmed) Maridani est tué; c'est le père de Mohammed 
Maridani qui aujourd'hui, en 332 de l'hégire, est prisonnier 
en Egypte. Les révoltés s'emparent de Djeïch et nomment à 
sa place son frère Haroun , fils de Khomaroweïh. Leur grief 
contre Djeïch était la préférence qu'il accordait à son page 
Nedjah, surnommé Toulouni, et au frère de celui-ci, Sela- 
niah, surnommé El-Mouiemin. Le même Selamah a rempli 
ensuite les fonctions de chambellan chez plusieurs Khalifes, 



CHAPITRE CXXIII. 179 

^ c^JÇJaJÎ Qj »X^I ^^ «X*r ^ À >U (JÀJ.5 (j>yL)U^ (jvLfi'^ cl>^* 

entre autres chez Kaher et Radi; je crois qu'il est auprès 
de Mouttaki, en la prosente année 332. 

Année 283, mort d'Abou Amr Mikdani (fils d'Amr) 
Roaïni, en Egypte, le 28 du mois de ramadan; c'est un des 
principaux jurisconsultes et des meilleurs élèves de Malik. 
— Même année, Moutaded nomme Yoaçouf, fils de Yùkoub, 
aux fonctions de juge à Bagdad, lui confère un vêtement 
d'honneur et la juridiction du quartier oriental. — Même 
année 283, lo Khalife fait arrêter Ahmed (fils de Tayyeb, 
fils de Mcrvvan) Serakhsi, disciple de Yàkouh (fils d'Ishak) 
Alkendi, et le livre à son page Bedr. Il envoie des agenta 
dans la maison de Serakhsi pour confisquer ses biens; sur 
la déposition de ses filles csclavos, on trouve et on enlève 
lesdits biens : les sommes en espèces d'or et d'argent et 
les meubles s'élevaient à une vahuir de cent cinquante 
raille dinars. Ibn Tayyeb Serakhsi avait eu la direction des 
poids et mesures [hisbah) h liagdad. Personne n'ignore la 
place qu'il occupe comme philosophe; il a laissé de beaux 



180 LES PP.AIUIES D'OR. 

p 
JO.-S' R^j-^ 0-i'^*b 0*1? ^'*^*^ ti^ tKi».i>î (^jvJCjU^ (^ÀJi^ 

^3 JaJîjjl^^ cj^j«>s]t^ fjl?-^''^ '^^'P>^ À ro-^Ji^J ^^. *>>-»^A*l5 

ouvrages sur difFérents sujets de philosophie et d'histoire* 
On n'est pas d'accord sur les circonstances de sa inoil, non 
plus que sur le motif qui le fit condamner par Moutaded ; 
nous avons rapporté les bruits qui ont couru à cet égard, 
dans notre livre intitulé Histoire moyenne; nous n'avons 
donc pas à y revenir ici. — Même année, on reçoit la nou- 
velle de la mort de Rafè (fils de Hartamah) , tué par Amr, 
fils de Leit. L'année suivante, 28/i de l'hégire, la tôle de 
Rafè est apportée à Bagdad ; elle est exposée en public 
pendant une heure de jour, et rapportée ensuite dans le 
palais du gouvernement. 

Même année, le peuple de Bagdad se soulève contre le 
gouvernement. La plèbe avait coutume d'apostropher les eu- 
nuques noirs en ces termes : « Mauvais fils, verse de l'eau et 
jette de la farine, bâtard aux longues jambes ! » Les eunu- 
ques du palais se réunirent et allèrent se plaindre à Mou- 
taded des insultes dont ils étaient l'objet dans les rues, les 
places et carrefours et en tout autre lieu, de la part des ha- 



CHAPITRE CXXIII. 181 

y~^^3 ÀÀam.'! SJv^ ^^ iiJ.J«XJ ikj»lxji c^/OUwwÀ IsUawJu Ljj.AilÀ 

».jL*i j-v,lâj *;w"^ mW^^N-Î^ (J*W *-iS^^^ ^^'''ilr^^ ^^>^ t5'^ '-r*''^b 
j._ -Lâ,.> ijl;^ «)~S^i dl.Aj wub J^îi_j,^ i^jçi ii <^^_jJl (j*>*»- 

J^Aii*^^ o«.A*« 5 tX-^j j-g.L2 j il^b^jL^JÎ ïkaj AAsiî o^^^^ ^^^tV*^ 

^y^IûA* (3.^*J^ «X5ta.^j t_>î^^l oJISo AÏOJii j»«X=i (jàx> tT»».^^ 
tX.afc.i^ J^J x,.ij yl^ U Cj/wn^:*. (^ viiJi i J^jjiîî^ jUifc.VI i^j 

bitants, grands et petits. Moutadecl fit arrêter et fouetter un 
certain nombre de gens du peuple, ce qui provoqua une 
émeute populaire, 

A la même époque, Mouladed fut assailli dans son palais 
par une apparition qui se manifestait sous des formes di- 
verses : tantôt c'était un moine à barbes blanche, vêtu d'un 
froc; t;inl()t un beau jeune homme à barbe noire, vêtu d'une 
façon dilférente; tantôt un vieillard à barbe blanche, dont 
la mise était relie d'un marchand. Quelquefois, le fantôme 
apparaissait une épée nue à la main et blessait à mort un 
eunuque. Vainement on gardait et cadenassait les portes, 
il se montrait partout où était le Khalife, dans son appar- 
tement, dans les cours, etc., ainsi que sur la terrasse du 
palais bâti par Moutadecl. On en parla beaucoup ; la nou- 
velle s'ébruita et se répandit parmi les grands et le peuple; 
les caravanes la colportèrent en tout lieu. Les récils se mul- 
tipliaient et variaient selon les informations particulières de 
chacun. Pour les uns, ('('■l.iil un des dénions n'bellt's cpii 



182 LES Pl'.AlRIES D'OR. 

A-jï^j^ w-^iâ-j aÎ i>v.««o )«X^;-« I^Uaxw y! Jolï (ji (>4*^ 

»w«î *JuL&jLr»-3 ^jiï.j».yL4«t^ AJiXjJ «X-X^t^ (^jv^«it «XAiiX*ll 
A^lij: (jw>A£*-_5 V^.5 ^J^^^^S A^«Xi^ t^* **^ ti;*.? JJiAi 

i L^ xjywdî^ 1^1 jlaj» :>\j\^ ùsMXKxX\ \^M*^^ As-I jj^ 

s'altacbail aux pas du prince et le tourmentait; pour les 
autres, un djinn fidèle (à Dieu) qui, voyant la conduite cri- 
minelle et sanguinaire de Moutaded, lui apparaissait pour le 
retenir et Téloigner du crime. Selon d'autres, c'était un des 
serviteurs du palais qui, aimant une esclave du prince, 
avait eu recours à des sortilèges magiques :il avait fabriqué 
et se mettait dans la bouche certaines drogues particulières 
qui le rendaient invisible ; tous ces dires ne sont que conjec- 
tures et hypothèses gratuites. Le Khalife fit appeler les enchan- 
teurs. Chaque jour, il devenait plus inquiet et plus sombre; 
dans son égarement, il fit égorger ou noyer plusieurs de ses 
eunuques et de ses femmes, fouetter et emprisonner beau- 
coup d'autres personnes. Nous avons raconté ces faits et cité 
l'opinion attribuée à Platon sur les apparitions; pour tous ces 
détails, l'histoire de Chigb, mère de Mouktadir-Billah, et les 
motifs pour lesquels Moutaded la fit jeter en prison et vou- 
lut, jx)ur la défigurer, lui faire couper le nez, il faut con- 
sulter les Annales historiques. 



CHAPITRE CXXIII. 183 

<\— iv^ .^-j LaX» ^j-^mJ.^ AJijlfi ^^ yli' ^uu-«*t Kj\ j].Ji>5 tj-^v^ 
:>i«X^ (jî 5»XajI^ ^UwIj (<^_jJJ| ^p4AJS£ »X^li iJuMi <x^<Xi 

s iL^Jâ^ f-JjS»- (JVAjUoîi ;j-. <50t« (j-t^ ^^ ^ ^^ iiJùl^^ 

owl^^ ïj^'JiS cyL>^^ ^ t_jU©|j ^LèI (^f^ ^"^À. l\JCj>^ SiJafi 

Cette même année, on reçut la nouvelle que Abou '1- 
Leït Harit (fils crAIxl el-Aziz, (ils cVAbou Dolal) s'était tué 
avec sa propre épée pendant le combat. Il portait cette 
épée uue sur Tépaule, lors({ue, son cheval s'étant abattu, il 
se fit uue blessure mortelle. Yra Noucheri lui coupa la tête 
et l'envoya à Bagdad. 

Kn 285, Salih, fils de Moudrik, leTayite, avec les Nebhan, 
les Sinbis et d'aulnîs Arabes de la tribu de Taï, tomba sur 
les pèlerins de la Mecque conduits par Djeï el-Kebir. Après 
une bataille acharnée entre Djeï et Salih, chef des Taïtes, 
dans la localité nommée Kà cl-Adjfar, les pèlerins lurent 
défaits et décinu-s : un grand nombre furent égorgés ou 
moururent de soif; Djeï lui-même reçut plusieurs blessures. 
Les Arabes célébrènîul celte jonnu'c on vers rcdjez ; ils 
chantaient : 

Les hommes n'ont rien vu de comparable à la jonriu-c il'KI-AJjrar, 
«li's monceaux de cadavres cl des losscs bëantcs. 



184 LES PRAIRIES D'OR. 

U jwo y 1(5 \<-A«L» f*x_jl'£ jIx^I) y 1(5 Itixi* '^^|>=?- ^^^îV*** 

Ij^J^ 5*^^^ «-V^iâ (lj'>»«»^^ dU*.lA3 Xii>\x&^ 6ù^j Qj>* Ui«o^ 
Lç AjbtS-»^! %.jo ^1-0 \jÇj^jj.X5 ^^ ^jjkj** A*^ (jjio ^^ ^^ijï 
i MV..>àî»Xji-»,J| iiV-iw M^^ 8»._vS- ^j^ j^xAXm*-)^ X*^ ^^^^Mw^^Vi^o 

yl^^ eA_j>*X^ ^ J^JvÀ-wywO^ ji'^«>wiûljj j6..^*k)b^ A-^-V^J AJCJ»^ 

Les sommes enlevées aux pèlerins se montaient à environ 
deux millions de dinars. 

En cette même année 285, Abou Ishak Ibrahim (fils dé 
Mohammed), jurisconsulte et traditionniste, mourut dans 
le quartier occidental de Bagdad, à Tâge de quatre-vingt- 
cinq ans, le lundi septième jour avant la fin du mois doul- 
hiddjeh ; on Tenterra près de Bab-el-Anbar et de la localité 
nommée El-Kebch ivel-Açetl>^\e bélier et le lion. «C'était un 
homme sincère, instruit, éloquent, généreux , d'une vie pure 
et austère, un musulman pieux et dévot. Mais, malgré son 
austérité et sa piété, il était gai; d'un caractère aimable et 
facile à vivre (littér. docile du licou), dépourvu de morgue 
et d'orgueil ; il se permettait souvent avec ses amis des 
plaisanteries qui, bien accueillies parce qu elles venaient de 
lui, eussent été blâmées chez un autre. Il fut le cheikh de 
Técole de Bagdad, à cette époque, par son mérite, sa dévo- 
tion et sa vertu, comme il en fut le soutien par son autorité 
de traditionniste. Il enseignait la jurisprudence aux étudiants 



CHAPITRE CXXIIl. 185 

x^i <X.^iî ^ iO»4:l -^ (j*^^^ ^ ^^^ (i^j*^^ J-*^ AJUXj 

jj (jU^X^ I-àJI jj^fc^js? (jl^j <3./^ (^>-'^^ ioiÀ^ ^ AJ»4;i -^ 
ij>* j^.Wv.Ji *L\j! (j^ i<v,rj.*iwJI^ y)^j^»âJÎ (j^ J\.;î:Ij t^**^ "^î?^ 

A]3l*i.3^ Ajji jj (^j jl^.Xii't^ Hyual] îil^ WyÂ^ Jj^l iwtt^^ 

l<y.j Àx^lil Axîiii J^>^^ Wy^J 5*l>^^ lib-*^ "^-^ u' «■^^■^-t^-» 

dJrak et faisait son cours le vendredi dans la mosquée ca 
Ihédrale de la ville occidentale. — Abou Ishak Ibrahim, 
Cls de Djabir, m'a raconté le fait suivant: «Je venais m'as- 
seoir, dit-il, chaque vendredi, dans le cercle des auditeurs 
d'Ibrahim el-Harbi. De ce nombre étaient deux jeunes gens 
parPailcment beaux, doués d'un extérieur et d'un visage 
charmonls; ils apparienaient à une famille de marchands 
de Kerkh. Vêtus l'un et l'autre de la même façon, on eût 
dit deux âmes dans un seul corps; ils se levaient ensendjic 
et s'assoyaient ensemble. Un certain ventlredi, il n'en vint 
({u'un; son visage élail pâle, son regard abattu; je pressentis 
que l'absence de son coujpagnon, pcul-élre malade, était 
la cause de sa trislesse. l^e xendrcdi suivant, l'absent revint 
au lieu de celui cpii élait venu la fois j)récédenle : même 
palourde visage, nion)o aballonioiil ch<v. cohii-ci; j'en trouvai 
la cause dans leur séparation et dans fintimité qui les 
unissait. Ils continuèrent à se succéder ainsi chaque ven- 
dredi dans lo corcjo dos aiulilcnirs: si fnti dos doux arrivait 



186 LES PRAIRIES D'OR. 

A-x^-Lo ^^-iju/w l^wU H-iXÂ Jl Hx:^ Jo À y^J^-»»*^ ^1^ !>-» 

XjLjUfVJ O^^^ XjyS^A j\jÙ0 c.iij &\jM*^, (i ti>lj ^^SÂAS' ^^l^ 

^t .»l£^> l4Ai iuu^ ouu^ ii>t dUs JotÀ ^Ul; (j^ y\^ Uftl^ïj 

Je premier, son compagnon ne prenait pas place parmi 
nous, ce qui me confirma dans ce que je considérais comme 
vraisemblable. Un vendredi, un de ces jeunes gens venait 
d'arriver et de s'asseoir à côlé de nous, lorsque l'autre 
survint : il examina le cercle de loin et se vit devancé par 
son ami. Il regardait le groupe des assistants et les sanglots 
rétouffaient ; je lisais sa douleur dans ses regards furtifs. 
Des billets écrits se trouvaient dans sa main gauche; il en 
prit un de la main droite, le lança au milieu de notre 
cercle et, tout confus, il s'éloigna avec précipitation. Moi 
et quelques autres personnes assises dans le groupe nous le 
suivîmes de l'œil ; j'avais à côte de moi, à ma droite, Abou 
Abd Allah Ali (fds de Huçeïn, fils de Hawtarah), qui était 
alors dans tout l'éclat de la jeunesse. Le billet tomba devant 
Ibrahim el-Ilurbi ; il le ramassa, l'ouvrit et le lut; c'était 
d'ailleurs son habitude lorsqu'on lui jetait un billet dont 



CHAPITRE CXXIII. 187 

j^!j XJiJ UiUi ^^lï Lr,A3 U t}-«Uj t^+Sl »jC»j}\ \jii L^ wki»- 

vj^^-s» lii *Slci <^ !y^'^ dljOj v_àJ^jj (ikiU c^^Jij U liUi) 
^^«^.ù-j x^I^jÎ^ ^0CJUMO iîw«pi ^^il /ùij AK*)b /o.^A-0 i:>lxJl 

i^— Jl ^^ (^j%-^li b\^ (jjv — Il — ^ »j_ft*X_j yLcI «Xa^ j^ 4MI lie 

til^ Gi-/« \jj>i 3 jw iLxjU'Jî iyc,«JI i yl<' U»i ^^ ^«^1 ool^ 

l'auteur malade, ou pour quelque autre cause, lui demandait 
ses prières et celles (littér. un amen) de Tassistance. Il lut 
la requête avec une attention d'autant plus soutenue qu'il 
avait vu celui qui l'avait jetée devant lui, puis il pria en 
ces termes: «Mon Dieu, réunis-les l'un à l'autre, réconcilie 
« leur cœur et Jais que cette union les rapproche de toi et 
« les rende plus agréables à tes yeux! » L'auditoire répondit 
à celle prière par un aincn, comme c'était l'usage. Le cheïkh, 
roulant ensuite le billet entre l'index et le pouce, le jeta 
devant moi. J'avais déjà essayé de le lire de loin pour 
comprendre la situation de celui qui l'avait jeté ; je le lus 
alors avec attention et j'y trouvai ce qui suit: 

Que Dieu efface les péclit's de celui qui assistera d'une prière deux 
amis réunis par une affection constante, 

Jus([u'au jour où, jaloux de leur (endrcssc, un dénonciateur a divulgué 
à l'un une calomnie allribuéc à l'autre, cl a brise de la sorte le pacte de 
leur amitié! 

f 

« Je conservai le billet par devers moi. Le vendredi sui- 



188 LES PRAIRIES D'OR. 

(O^ <j' *>■■%"''*■ (j"^'^ cxAJi* v^^^shC ^K <xj» jU*fcXj^)j jUjus^I 

Jjl k-i \1x_a5T ^^si tyU^*^ ^^ ^j^o l.^J! wlàjî jlSo z 
^^ ^v-Ji-À-W J^-Asb l/à^iL iiXJli^ (j-« slxkXjj^ill l\xj al<X*o 

/v_jj_jMkfc-À_5 *N.ir=>- Q^ t-*A^ AaxÀJ 45^*- (•M O^AÏl,* \À (^Ju\ 
Uva!;^^^ K..ob UÀa0^ U (_^ ^l^àJi^S ^^J^JC^o <Xj'«X^£ l^ «Xa^JL» ^ 

vant, les deux jeunes gens revinrent ensemble : la pâleur et 
l'abatîenient avaient disparu de leurs traits. Je dis à Ibn 
Hawlarah : «Je vois que la demande a élé sur-le-champ 
«exaucée de Dieu, j'espère que les vœux exprimés par le 
« cheikh s'accompliront en entier. » Dans le cours cle la même 
année, je fis le pèlerinage et je crus apercevoir, entre Mina 
et Arafat, les deux amis velus l'un et l'autre du manteau 
pénitenliel. Je les ai toujours connus étroitement unis depuis 
lors jusqu'à leur maturité. Je crois qu'ils appartenaient à 
la corporation des marchands de brocart de Kerkh, ou à 
quelque autre corporation marchande. » 

Je tiens le récit qu'on vient de lire du kadi Ibrahim, 
fils de Djabir, avant son entrée dans la magistrature. Il 
habitait alors Bagdad, aux prises avec la pauvreté, l'acceptant 
avec résignation de la part de Dieu et la plaçant au-dessus 
de la richesse. Peu de temps après, je le rencontrai à 7\lep, 
ville de la frontière de Kinnisrîn et El-Awariui, en Syrie, 
en l'année 309. Ce n'était plus le même homme : en pos- 



CHAPITRE CXXIIl. 189 

^^^y» (jj-*»»-ï.-l u ^jiu L J JUi «_^JUo jl ^ j^ (jv;^^U 

^J^xXJ^ ii^^JsjJl o»^ ^^AiL u\ ci Jbj 4ML iCJij ^txiiiiî 
^ j^ iS^^ L^JtXJl <_^ i^.^^^ t5J^ r»*^ S^Jii Jlsfc (J-» IàjIo» 

session de ses fonctions de juge, il soutenait le parti de la 
richesse, qu'il plaçait au-dessus de la pauvreté, «Kadi, lui 
dis-je, (vous souvenez-vous de) ce que vous me racontiez 
du gouverneur de Rey ? « AJon esprit, vous disait ce per- 
« sonnage, floltait indécis entre les mériles de la pauvreté et 
«ceux de la richesse, lorsque le Prince des Croyants Ali, 
« fils d'Abou Talib, m'apparut en songe et me dit: «Ô un 
«tel, belle est Thumilité des riches à l'égard des pau^res si 
«elle est inspirée par un sentiment de reconnaissance en- 
« vers Dieu, mais plus belle encore est la fierté des pauvres 
« à regard des riches, si c'est la confiance en Dieu qui 
• l'inspire. » Le kadi Ibn Djabir me répondit : « Les hommes 
«sont soumis à la prédestination, ils ne peuvent se soiis- 
« traire à ses lois dans aucune de leurs actions. » Que de 
fois cependant, alors qu'il était pauvre, ce même homme 
n'avait-il pas blâmé devant moi la soif des richesses et cité 
les paroles suivantes d'Ali, conservées par la tradition: 
«Fils d'Adam, n'ajoute pas le souci du joui- qui n'est pas 
encore venu au souci du jour j)rés('nl, c.ir si la dcsiinée 



190 LES PRAIRIES D'OR. 

^jr^JJ^^ (^ <-J'^*!ji^\ Qy* dUi aU^I^ lynjj^ l^Ji*«*J" "•y' iJ^r^J^ 

/ ^ * 

«X_?yj ^^ «X-sT" (j-^-î^^î (2,) *^^ c:^» (jjOCjU^ (jv^jf^ U**^ 
j^i (j.* LiL-Ajij (^A_XjJ! (jjyÂjJIÎ '^j^ ^j*X^ 0*ij-''X\ (^_j^^.*l 

^^5^ (jv-Â-*M civMi^ ^îJLm» iùt» 2<oj 5j-=».^l ^^^\J7r ^jw« ouAÂjJ 

f accorde un lendemain, Dieu pourvoira à la subsistance. 
Sache que tout ce que tu acquiers au-dessus de tes be- 
soins, tu n'en es que le dépositaire pour autrui. » C'est pour- 
tant ce même homme (Ibn Djabir) qui s'abandonna ensuite 
aux douceurs de la vie. J'ai appris qu'il coupa d'un seul 
coup de ciseau (donna en une seule fois), pour sa femme, 
quarante pièces d'étoffes de Touster, de gazes et d'autres étoffes 
précieuses, et qu'il laissa après lui une fortune considérable. 
C'est dans la même année, 285 de l'hégire, que mourut 
Abou '1-Abbas Mohammed (fiis de Yézid), le grammairien, 
connu sous le sobriquet de Moberred ; il mourut dans la 
nuit du lundi 28 du mois de dou'i-hiddjeh, à Tàge de 
quatre-vingt-dix-neuf ans, et fut enterré au cimetière de 
Bah el-Koufah, dans le quartier occidental de Bagdad. — 
En 286, mourut Mohammed (fils de Younès) de Koufah, 
traditionniste, dont le surnom est Aboa 'l-Abbas, le jeudi 
ï5 de djémadi II, âgé de cent six ans; il fut enterré dans 



CHAPITRE CXXJII. 191 

i,^ iLÀ_*«(i)| JLfi y\(j Hr^^ <-^^^ (J-* ^^^ Lj[>jj{jui_ 

M-? ♦>'-î*i .^3 (^^^^ «r*^^ ^'**>*^ (j5 (J-* ^y^ {^j'^^^'^ 

jLkJl viy,J^-« ^^ P"-"^-^ 45^^5 4>^^ CJ^ iUxXi. Jlffiil 
<_;l w£^i ow-il^ 4XJ»^ iL5L« Jl ^o^Ub^ ^ r^X« «XAi iu.>>Uj 

p 

le même cimetière de Bab el-Koufah. C'est une autorité 
importante dans la tradition. 

Même année, la terreur se répandit dans Basrali à la 
nouvelle des succès d'Abou Sâïd Djennabi et de ses partisans 
dans le Bahrcïn : Basrah était menacée; son gouverneur 
militaire VVatiki (Ahmed, fils de Mohammed) en informa 
Moutaded. Le Khalife accorda une somme de quatorze mille 
dinars pour les fortifications de cette ville, et les travaux 
de défense furent exécutés aussitôt. 

Même année, Abou M-Agarr Khalifah (fils de Moubarekj 
Sulami s'empara par surprise de Salih (fils de Moudrik), 
le Tayite, dans le district de Feid, pendant que ce chef se 
rendait à la Mecque avec ses troupes. Les Arabes se liguèrent 
contre Abou '1-Agarr, afin de délivrer Salih ; Abou M-Agarr 
leur livra bataille et en tua un grand nombre, avec leur 
chef Djouhaich ben Dayyal, dont il prit la tête. Salih, fils 
de Moudrik, comprit que la mort de Djouhaich lui enle- 
vait à lui-même toute rhanre de salut; aussi, quand on 



192 LES PRAIRIES D'OR. 

8w^î^ A^î^ J!^i)| ^! tXâfcli ^M*AJ 4^a5^ ^>^^»»»' ''iÀ-* «.A^A^ls 

ii^A^ Jlffiii jL (J^J 0..;? ^jl^ (j*.IàÎÎ j^^j cjLiill c;a.^4j! 
^U»<2J j»^-*' (j*iîj^ ti*"^J ^^'*^ O^b ''^^*^*^ f»^MfcJl iuj<Xje 

o*._A_xa_3j t^-^i (j^ ^J3^ if^'i^i:^ y^^\ jl ^^ f»^+^^ ^^'•^ 3> 

arriva au campement nommé Menzil el-Kourachi, il arracha 
un couteau des mains d'un page qui apportait le repas et se 
suicida. Abou '1-Agarr lui fit couper la tête et l'exposa à Mé- 
dine, à la grande joie des pèlerins; mais à son retour il dut, 
de concert avec Nihrir et d'autres émirs des caravanes de la 
Mecque , livrer une grande bataille aux Arabes. Toutes les 
tribus de Tay et leurs alliés avaient réuni leurs forces, au 
nombre de trois mille fantassins et à j^eu près autant de ca- 
valiers. On se battit pendant trois jours entre Miden el- 
Kouraclîi et El-Hadjir; enfin, les Arabes se débandèrent et 
les caravanes furent sauvées. Parmi ceux qui aidèrent Abou 'I- 
Agarr à surprendre Salih, se trouvait Sâïd, fils d'Abd el- 
Ala. Abou '1-Agarr fit son entrée h Bagdad, faisant porter 
devant lui les têtes de Salih, de Djouhaich et d'un noir es- 
clave de Salih; devant lui marchaient quatre prisonniers, 
jcousins (le Salih bon Moudrik. Le même jour, le Khalife 



CHAPITRK CXXIII. 193 

^>_A_k-Ll ^^Lw-J^i S-^^^3 a^/-*^' ^^^ ij^j^^ ^^ ^J^l^\ 

0Vi> S>^ oolé' iU*»Jl » JsJû ^^ j^^-^OL» idi^iJLÎt <-^vJ« 

a Sua (j^ >r^-=?-j ij Ia-»«3^l t-jl^iTi i »v^5 iUiuS't^ UajI 

^^ '^ .C^kil (J-. i^Ai- A«^j pTslaS (ji>i>V^ <j S^aJI (j^ «wS 
^-g— iî Ç-^^J (»— ^'•*-*^ c^AJl^J J.^-^ *Xa;»^ _joi_5 y£i S^^J^ 
A-jU x_*_^ ^_,^ XjU^i (j^ Jsa5_5 ^j.^i_5 O*^^' tjLiiPi l^j^ 

conféra à Abou 'l-Agarr un vêtement d'honneur et un collier 
cVor; on exposa les tètes sur le pont du quartier occidental, 
et les prisonniers furent mis au cachot. 

Même année, mort d7shak (fils d'Eyyoub) Obeïdi , jï^ou- 
verneur militaire du Diar Rebyàh. — Même année, Abbas 
(fils d'Amr) Ganawi se dirige sur Basrah pour combattre 
les Karmates du Hahreïn. — Même année, guerre entre 
Ismàïl, fils d'Ahmed (le Samanide), et Amr, fils de Leït, 
dans le district de Balkh ; Amr est fait prisonnier. Nous 
■ avons dit dans l'IIisloire moyenne dans quelles circonstances 
il fut pris. — Au mois de redjeb de l'année 287, Abbas, fils 
d'Amr, sortit de Basrah avec une forte armée, à laqu(!lle se 
joignit un corps iU\ volontaires, et se dirigea sur Iledjer. Il 
rencontra Abou Sàïd Djoimabi et, aj)rès plusieurs cond)ats , il 
fut mis en déroul(! et fait prisonnier. Painii ses compagnons, 
sept cents environ furent livn'-s an Ixjiureau, sans compter 
ceux qui pérhciil dans les sables p.ir l;i soif cl riiisol.ilion. 



ID/i LES PRAIRIES D'OR. 

dLJi .XXJ ^yi (ji (J*.U*]J t^ ^ à>Jf.XM* \»S (jl aJ -?iLw^î 

^iùxjl ioiï Jî *«X^ «^'»>*:'j *>*^* ^r^ *XAiîAxXî (Jl jUai ^JiÀl^U 

»X_AJtw ji AaAjS? oo\<' A^^r>.î (jw. t5«>Ji i^/<MJl^ VJ»^ *«^-''* 

^^ ^ -o.-rJHSAAa£5 X«y> (^ (^y^^^^si^JU (j^ j^ ^^ (^ (j-U*^^ 
^\ùsJ\ j.X^^ ^j^ (J^,AJU^ (J^jU^^ JA.^ ^^^^ Si ^^^^^ ^'^^ 

(j^ 8\maJL> ^jiiy.A.£>- ^ fjXsfj.S»' «XAj'tJi yU-iU^-AJo (j.« (^^jAXJ) 

/wj J..AJ»-«v«t J«-S-S CJ-* i^iji'*«*i5 (J«5-^^ ^OUiAà Jj-f:^^ ^.>^^ 

Cependant Abbas, ayant obtenu de son vainqueur Abou 
Sâïd la vie et la liberté, revint auprès de Moutaded qui lui 
donna une robe d'honneur. A la suite de cette victoire, Abou 
Sâïd prit la ville de Hedjer après un long siège. Nous avons 
raconté en détail dans notre Histoire moyenne cette expé- 
dition, les motifs qui engagèrent Abou Sâïd à mettre en 
liberté Abbas (fds d'Amr) Ganawi, les aventures de celui-ci 
avec ses compagnons dans le Babreïn et l'attachement Airia- 
tique qu'ils lui témoignèrent. 

En la même année 287, le missionnaire Alévide (Moham- 
med ben Zeïd) sortit du Tabaristân et envahit le Djordjân 
avec une armée nombreuse, composée de Deïlemis et d'au- 
tres troupes. L'armée des noirs (c'est-à-dire du KhaliAit), 
envoyée par Ismâïl, fils d'Ahmed (le Samanide), sous les 
ordres de Mohammed, fds de Haroun, marcha à sa i-on- 
contre; une bataille, la plus sanglante de ce siècle, s'engagea 
entre les deux partis, qui firent des prodiges de valeur, mais 
la victoire se déclara pour l'armée des blancs (partisans 



CHAPITRE CXXiil. 195 

jo-jÀ^ J.jJii v_Àx»«»Jl i^tXifcîj ii:>^,imX\ f>.Yf^ '^^*=r"_^ l^j>j»ju» 

i_^_AiJLj ^ AjI^PÎ ^I wiUi_5 Cjl^*b ^_fî<>Jl tjLol_5 yJlSS^jjij^ 

j_^îj -j^^L» (;J-=*^5 *Xi^ V;"=^ U^j-i^wli (jiijiA^i /o.w,xk£ ci^jXi 

UL»t ^îtX_îl «X_^ <ii"^3 *>^^J *^i) (J^ *X-^ (aJ *^j »»xJj 

crAli). Mohammed, fils de Haroun, voyant la solidité de 
l'ennemi , eut recours à la ruse : il se replia sans rompre ses 
rangs; aussitôt les Deïlemis se débandèrent pour courir à 
sa poursuite; les noirs, se retournant brusquement sur 
eux, l'épée à la main, en firent un grand carnage. Le mis- 
sionnaire reçut plusieurs blessures; tandis que son armée 
s'était dispersée pour piller le camp abandonné et avait 
quitté sa position de bataille autour de lui, il soutint, avec 
(juelques partisans accourus à sa défense, tous les assauts 
de l'ennemi. La lutte fut acharnée, le missionnaire reçut de 
graves blessures, et son fils Zeïd (fils de Mohammed, fils 
de Zeïd) fut fait prisonnier avec beaucoup d'autres, Mo- 
hammed le missionnaire mourut , peu d(\)ours a|)rès, des 
suites de ses blessures; ou feulerra à la porte de Djordjàn, 
où son tombeau csl cucore eu vénération aujourd'hui. — 
Nous avons cité dans les Annales liistori(|U('s l'hisloire el 
les expéditions de ce Mohanirned dans le Tabarislan et d'au- 
txes pays, ses rappoils a\ec Bekr (fils d'Abd elAziz , (ils 
d'Abou Dolali, (|iii \inl se mettre sous s;i protection. Nous 

i3. 



196 LES PlîAllUES D'On. 

bw_5i> dLJiXJS^ yU^iî jUi^l IjoLxJ ^ LIa^U-ima) *u\]| J.i^i 

^'j _^ »^llaj^ (jj^^^ CS*^' 4^***il (jv**^ (^ <^vsr_;-*-^ 
Uj iUa^l^iîl *^ i^y-ffi^^ ^Ic^^-^ ^^ ^^ ^ '^ -^"**^ ^ <>>*^ 
tr* U^ ^-5 »^iS?t>JLî 6--va».U» j^xiiJi ^j j^ ^ f^"*' C:?-* u'^ 

avons raconté dans le même ouvrage l'expédition de Yahya 
(fils d'El-Hureïn) el-Haeani Errassi dans le Yémen, l'assis- 
tance qu'il prêta, de concert avec Aboud Sâd ben Yâfar, 
aux armées qui combattaient les Karmates dans le Yémen ; 
leurs rapports avec Ali (fils de Fadl), maître de la ville de 
Modaikharah ; l'histoire et la mort de ce dernier ; l'histoire 
du cheikh de Laah (ville du Yémen) , chef de la forteresse 
de Nahl, et l'histoire de son fils jusqu'à l'époque actuelle, 
332 de l'hégire; enfin l'occupation de Sâdah, ville du 
Yémen, par Yahya Errassi; l'histoire de son fils Abou '1- 
Kaçem et celle de son petit-fils jusqu'à ce jour. Nous ne 
donnons ici que de simples aperçus, en renvoyant à nos 
autres ouvrages pour les détails relatifs aux personnages dont 
nous avons raconté la vie et les expéditions. 

En 288, Moutaded arriva à la frontière syrienne (la 
Cilicic) en poursuivant Waçif l'eunuque. Il lui envoya un 



CHAPITRE CXXm. 197 

t 

i^jLkAS^ «XAÏAxil (^\ ^j-«U"^î_5 ^3»iviLU OjvJtJii (3-^*»M ^ <?0\Awlij 

Sii^j,»w (.^^Aiw ^^ui.J! oiîjl iaAwjj" li tXAÀXxlî ^jl^ J'o_j vA*«*.iî 

(jls'v— =^ «0^.^_A_i_5 tX-A-==^ J.ji_5Î ASjjii ^,1 Jî 5\>j/0 ^J..i^£ HmJ^ 

message par l'entremise cFun certain Rechik Khozami ; 
plusieurs officiers et partisans de Warif, entre autres Waçif 
Bektiniouri, demandèrent Y aman au Khalife. Quant à Feu- 
nuque Waçif, lorsque la plupart de ses partisans lurent 
pris, il voulut entrer dans le pays des Grecs et sVtablir aux 
passages; mais le Khalife était venu si promplement de 
Dagdad et avait si bien caché sa marche, que Waçif, malgré 
sa vigilance et ses soins, n'en fut pas informé, jus([u'au 
jour où le Khalife traversa rEu])hrale et entra en Syrie. 
Cependant les fatigues de cette marche rapide furent pré- 
judiciables à la santé de Moutaded. Arrivé au centre de la 
frontière syrienne, il laissa le gros de l'armée àKeniçet-Souda 
(l'église noire) et envoya un détachement de ses officiers à 
la poiiisuite de Warif. Après une marche de quinze milles, 
le riîbclie lut atteint par l'avant-garde de la cavalerie, où se 
trouvaient Khakan Moiinilii, Warif Mourhkin, Ali Koureh 
cl (l'atilrcs olliricis. W.iril' rng.igea le roinbal (l.iiis le lien 



198 LE5 PRAIKIES D'OR. 

iX^ixXjtiLI o^^l l^ v^ S^^ o^j-*it »A3^il> dU^^ otAA3^ 

A-j jîj w_^! A_*_i5r <^-Â^ lij-*^^ AjUi?! ^>i<Xà». «Xi lJUasij^ 

4*«J^1jJl5 «x>iiijti! ^]j^;.^»-'5 *r^j 4^l*i.i! ^jiiJi cj^ *aJ{ l^iLkaji 

jj\_jC iL_À^.UP *i_ÀA3 ^J^ ^»,\ifc. JtXvwJ -c-lil ij ^^-«*j| i>Uj*X.^ tJV 
> »>o^ j «XaJCL! _j-i^j iX^iaJCA^I /yj j.À*s»- (Jà.^^ (^ajU_j (jjOLç^ 

Ai4:>«>S?t CJît'^ Ij/^'^^ 4^^*-S?) «X93 r^).^Iâil ti^ jji.A4».jjlAVj j.AA«l 
^uiAi».^ ^J^jyJ^ ^W:»i iCftiJi "VAcj -i-l* 1)^ (_^ -iUi v^A^o^ 

nommé Derfc el-djouh «le défilé de Tabreuvoir;» mais, à 
l'approche du Khalife, les compagnons de Waçif firent 
défection et l'abandonnèrent tous ; il fut pris et conduit au 
Khalife, qui le livra à Mounis l'eunuque. Tous ses partisans 
eurent la vie sauve , à l'exc.eption de quelques hommes de 
la frontière syrienne et d'autres pays qui s'étaient joints à 
lui. Moutaded fit brûler les vaisseaux de guerre et emmena 
de Tarsous Abou Ishak, imam de la grande mosquée, Abou 
Oraair Adi (fils d'Ahmed, fils d'Abd el-Baki), gouverneur 
de la ville d'Adanah, en Cilicie, et d'autres habitants de la 
côte, tels que Baguîl et son fils. Le Khalife rentra à Bagdad 
par le Tigre le 7 du mois safer 288 ; son fils Djàfar 
Moukladir, Bedr Kebir et l'armée revinrent par voie de 
terre. Toutes les rues étaient pavoisées. L'eunuque Waçif 
s'avançait le premier sur un chameau à deux bosses ; il 
portail une tunique de soie brodée et un houmoas ; derrière 
lui, montés sur des chameaux, venaient Baguîl et, après 



CHAPITRE GXXIII. 199 

OtUw^^j-=^l J^ (^ AÀji JoUwJi OtAifcj J-W^l J-^^ J^ (ic 

_) ^3»L^I wxiil Jjî)\ ^j^ J^=^j jj»^\ Jjy: <_^ J^JwJî (jj.jt 
y^ Hj^^ (^j^^wàII ^jljjLsw JJ-U.J ^3jijj (j**j|^î ^>-^^Sj t^^ 

j^_jj)^ A_xJ>_ft (jÀ.Ai /i! iXjtj ^J) ci^Xj (jb <Xi^ <X,*w»AJ (jAijnr? 

Baguil, son flls ; derrière le fils de Baguîl, sur un autre cha- 
meau, un Cilicien, nommé Ibn el-Mahendis (fils du géo- 
mètre) ; tous ces prisonniers étaient vêtus de tuniques en 
soie rouge et jaune et coiflés du bournous. On donna des 
colliers et des bracelets à Kbakan Moullihi et aux officiers 
qui s'étaient signalés le jour de la prise de Wacif. L'intention 
du Khaliie était de laisser la vie à celui-ci ; il regrettait de 
l'aire périr un lionnne si énergique, si brave et qui avait fait 
preuve tlaulant d'habileté et d'audace; mais il réiléchit que 
cet eunuque était né avec l'horreur de la subordination et avec 
le goût du conirn.iiidcMncrit. Lorstpi'il l'ut arrêté et mis aux 
fers, le khalife lui lit dinnander s'il désirait (piehjue chose. 
"Oui, ré|)ondit Waril, un bouquet de plantes odoriférantes 
pour en respirer les parfums, (;t des livres conleuanl l'his- 
toire des rois anciens pour en faire la lecture. » L'agent du 
Khalifi> lui ayant apjmrté la réponse du prisonnier, Mou- 
fadcd lui piocura n- (|u'il dcmaudail et chargea (|uel(p»'un 



200 LES PRAIRIES D'OR. 

^L.»*^-)! jl 0-j iX^ *<Mi *>^-A-î^ j,J »lïj 4:^^ ^^À-Ji s*^ 

Jl jla^l (j^ fi-^-^ -îOl^i^ ^l:S2=t iiK C^^Xiwi^ ^jl.:^jil* 

de voir quels étaient les passages qui étaient l'objet de ses 
lectures. Quand on lui apprit que Thistoire des rois, de leurs 
guerres et de leurs désastres captivait son attention, de pré- 
férence à tous les autres ouvrages qu'on lui avait envoyés, 
le Khalife en manifesta son admiration et s'écria : « Cet 
homme s'exerce à mépriser la mort! » 

Pendant la même année, Abou Obeïd Allah Mohammed, 
fils d'Abou 's-Sadj, étant mort dans l'Aderbaïdjân, la désu- 
nion se mit parmi ses partisans et ses serviteurs ; les uns 
se déclarèrent pour son frère Youçouf^ fils d'Abou 's-Sadj, les 
autres pour son fils Divdad. — C'est aussi en 288 de l'hégire 
que mourut Abou Ali Bichr (fils de Mouça, fils de Salih, 
fils de Sabîh, fils d'Omcïr) le traditionniste, âgé de soixante 
et dix-huit ans. On l'enterra dans le quartier occidental de 
Bagdad, au cimetière de Bab et-tibn. — Même année, Amr, 
Qls de Leit, arriva à Bagdad , pendant le mois de djemadi I, 
sous la conduite d'Abd Allah, fils de Fa(h, envoyé du gou- 



CMAPIÏUE CXXIII. 201 

j«X.j xxXs^^ ^W^ ii^iji» (j<s^Jl *XÏ5 !.[• J^ f^ 't^'^j'j ^jy-'^ 

}ksa~yj^i^ ^W^ Àj«Xj UJwO L>l«XiÛ LjyX^j JyU«.çwî (J 5 (j«U«iit^ 
j^-à^^ y^yÀXf RxAOy^ <_.^i> iUilJLo^ «.iI)^.4-V iÙtA9«i^ b^i^JOL 

vernement. Amr fut promené à travers la ville vêtu cFune 
tunique de soie brochée et monté sur un chameau à deux 
bosses ; derrière lui marchaient Bedr et le vizir Kaçem, 
fils d'0])eïd Allah, à la lêle de Tarmée. On le conduisit 
d'abord au palais de Toureyya pour le présenter à Mou- 
laded, puis on le jcla dans les cachots. A la même époque, 
les troupes dites chukirych (mercenaires, du persan Ichakir) 
se révoltèrent à Tinstigalion de Taher (fils de Mohammed, 
fils d'Amr, fils de Leïl), cpu détestait son aïeul Amr ; elles se 
rallièrent à Taher dans !<; j)ays d'Ali vaz, sortirent des fron- 
tières du Fars et provoquèrent de grands troubles. Le 
Khalife Mouladed envoya alors deux anibassadctirs, Ahd 
Ailali, fils de Fall), et Achinas, au[)rès d'IsnuVd (le Samanide), 
avec des cadeaux, parmi lesqueHon remarquait nncî bedeneli 
(tunique courte; sans n)anches) à grands ramages, en tissu 
(for brodé de perles, une ceinture d'or enrichie de [)erles 
et de pierres [)réci(;uses, plus trois cent mille dinars destinés 
à être dislrihui-s aux (roupcs d'Isinàïl, lcs(|ii('llcs seraieiil 



202 LES PRAIRIES D'OR. 

yi'^i oiJt ôiiî Sj._-Ji._A J'-S-^ ^^^ (j-« ''^^ j^-*^ U ^|;J>- 

yû^ fV^5 CJ-» cj^ Ji' &3 iC^5lÀi.]î JslJl ^ v_i-iXj!^ 
tfc-JLAM f»<x.=i (j\^ «xïj (j^îj 5\j b*Xj j.A**.i ^^ <_.«A,»o^ ^ -àfc.)^ 

ensuite envoyées dans le Secljestân, contre Taher, petit-(ils 
d'Amr ben Leït. En outre, Abd Allah, fds de Fatli, avait 
reçu Tordre de prélever en route, sur Fimpôt foncier de la 
province de Djebal qu'il traversait, une somme de dix 
millions de dirhems et de, la joindre aux trois cent mille 
dinars. Bedr, page de Moutaded-Billah, conduisit ensuite 
une armée dans le Fars, durant la même année; il occupa 
Chiraz et chassa les chahiryeh du pays. 

Le premier jour de moharrem, un mardi de Tannée 289, 
Teunuque Waçif mourut ; son corps, décapité, fut tiré de 
prison et exposé sur le gibet du pont. A la requête des eunu- 
ques, Moutaded les autorisa à cacher les nudités du corps 
exposé ; ils Thabillèrent et Tenveloppèrent d'une étoffe 
neuve ((u'ils cousirent, en guise de vêtement, depuis le 
nombril jusqu'aux genoux. Le corps fut ensuite enduil de 
résine tTaloès el d'autres vernis aslringcnls el siccalils ; il 
demeura ainsi parfailerneni conservé sur le gibel du poni 



CHAPITIΠCXXHI. 203 

^i-i^ li' (J^-^. ^ j-^^ t^ y^X^a^ -bis A.<w.s>- -p|^^^ iix*»»Uî 

v.>_A— oj <^ J,i îLa-aw^I (3-=*- ^-*^ï^ ^r^"^^ *^ ^^ ^ iÙUifcii. 

^j^ ..^jJi ioU ^_^ (i^^ x>~^jbuj| ^^ ^^-^^ Mr''^^^ ^'"^-^ '^ 

Ajjjï»' i (j>>** iij*-lA^ «^m jj S^JtJçw /0-^t viUi>3 iCX>:> jj -^i 

<is I^Jo».i)lj (j*yi^i j,i (^jI» Oj^il /o-^À» Ai^Jjî i^Aifcb (jw» 

jusqu'au règne de Mouktadir-Billah , en l'an 3oo, ou à peu 
près jusqu'à cette époque. Pendant une émeute des troupes 
et du peuple, la foule se porta au gibet en proférant de 
grossières plaisanteries et détacha le corps en disant: " Nous 
devons des égards à ïousiad Abou Ali Waçif l'eunuque, en 
considération de son long s('jour parmi nous et de sa pa- 
tience (j(Hi de mot sur^A^ qui sigailie aussi résine) inalté- 
rable sur ce gibet.» En conséquence, ils l'enveloppèrent 
dans le manteau d'un des leurs et le portèrent sur leurs 
épaules; celle foule, au nond>re d'environ cent mille per- 
sonnes, s'avançait en tiansant et chantant autour du cadavre, 
aux cris de Vouafad, rousiad! Enfin, lasse de ce jeu, elle le 
j(.'ta dans le Tigie, ce (jui causa la moit de plusieurs indi- 
vidus, lesquels, s'étant nn's à escorter le corj)s à la nage, 
funMil cnliaînés par le couianl. 11 y cul beaucou|) de noyés. 
Pendant la même année 289, on amena à Bagdad, où 
ils ciihrrcnl montés sur des chameaux , (piehjues karmales. 
du disliicl de Konlali, eiilre .inlres un eeihiin llm Al)i 1 



20a LES PRAIRIES D'OU. 

Ali^ivS %^ <_A,AAaj J;/-*^5 vr*^^ CJ-* ^P^-*^^^ (J^rt ^ (jAvjlÀwi 
vilAju* {j^-^ <^-*l5 SvJsJft IÎ_jixJi (j^ AkXi j-Aàs» 0.i Jb Ajl 
*-^kji.J j»i3 y\< <Xi^ ù^j> yj.*^^î ouf 1^5 kiUS i (jj;JaJl 

Kaws. Par ordre de Moutaded, cet individu fut mis à mort 
après qu'on lui eut coupé les mains et les pieds et on 
rattacha au gibet à côté de Waçif l'eunuque; plus tard, 
on le porta au quartier de la voirie, près de Ya(^iryeh, sur 
la rive occidentale , et il fut pendu à côté d'autres Karmates. 
— Le meurtre de cet Ibn Abi '1-Kaws donna lieu à maints pro- 
pos mensongers parmi le peuple. En effet, le bruit courut 
qu'au moment où il allait être exécuté il avait dit à un des 
témoins de son supplice: «Voici mon turban, garde-le, je 
reviendrai dans quarante jours. «Des rassemblements popu- 
laires se formaient journellement sous son gibet, on comp- 
tait les jours, on se querellait, on se battait dans les rues au 
sujet de cette prédiction. Le tumulte allait grandissant lors- 
que le terme de quarante jours arriva. La foule s'amassa ; 
les uns reconnaissaient le corps, les autres disaient : « Non, 
Ibn y\l)i 'l-Kaws s'est échappé; le gouvernement a tué un autre 
individu cl l'a pendu à sa place ])Our éviter une émeute. » 
La (picrellc s'envenimait lorsque la foide fut sommée de se 



CHAPITRE CXXIIl. 205 

^jjLijJl J^ A^ju,xù t^iy (j^ (j*UJl ^jjUj^^i5^ (j-UIt 

\^|J^-JÎ (^c (j-J *X_^ *** -s _j_jI &o w^iS=»"l Uj «^.m<w>àJI tjjj» 
«X^ à;-M«-î Jli xS\i£L>[f i^yJà] ^[f L}jjJti\ iojiÀi] J'IlaJiil 

disperser; cet ordre mit un terme ù ses dissentiments et ;i 
ses préoccupations. 

Une somme d'argent avait été envoyée du Tabaristàn par 
Mohammed, fils de Zeïd, pour être distribuée secrètement 
entre les descendants d'Abou Talib. Le fait fut dénoncé à 
Moutadcd ; il fit venir le personnage chargé de la distribu- 
tion, le blâma d'en avoir fait un mystère ot lui ordonna 
d'agir ouvertement; à cette occasion, il témoigna sa. bien- 
veillance aux membres de la famille d'Abou Talib. Il fut 
porté à agir ainsi à l'égard des Alides, d'abord jîarco qu'ils 
étaient ses proches parents, et aussi pour un autre motif ([ui 
me fut révélé, à Antioche, par Icjurisconsullc Abou'I-IIaçan 
Mohammed (fils d'Ali, le librain;), originaire de cette ville 
et connu sous le surnom d'ibn elGanawi. Il tenait le fait de 
Mohammed (fils de Yali\a, fils d'Abou Ibad) le commensal. 
Moiitaded-Billah, lorscpril était prisonnier de son père, vit 
un jour comme une a|)|)iii ilion de vieillard assis sur les 
hords du Tigre; cpiaiid cet lioinnic ('Icndait la main stii- le 



206 LES PRAIRIES D'OR. 

t_^w~JI c:a-AJL3 *._g_>i>^" ^j j^Ov.iy Qbj.*Aj ^ «iL^Jl^L» 

t_j|^_il vil.JLiî i<X-^3 cjW-^' 0;.-iJl ^^~S2 L» 



fleuve, Teau venait dans sa main laissant le lit à sec; puis, sut- 
un autre geste, elle retournait à son cours naturel. Moutaded 
( racontant ce fait) ajoutait : « Je demandai qui était ce vieillard ; 
on me nomma Ali , fds d'Abou Talib. Je me levai aussitôt et 
le saluai. «Ahmed, me dit-il, le pouvoir t'appartiendra un 
«jour; garde-toi d'inquiéter mes enfants et de les persécuter. 
« — Prince des Croyants, répondis-je, vous serez obéi. «C'est 
ainsi que Moutaded étendit plus tard à tous ses sujets Ta- 
journement de l'impôt, mesure qu'il avait prise en faveur 
des Al ides. Elle fut chantée et célébrée avec enthousiasme 
par les poètes; une des plus belles parmi ces poésies est 
celle de Yahya, fils d'Ali, l'astronome : 

O loi qui as rendu la vie à la plus pure noblesse et relevé la royauté 
de ses ruines, 

Toi qui as consolidé parmi nous rédificc de la religion, si dangereu- 
semenl ébranle, 

Tu laisses les autres rois loin derrière toi, comine le rmn-sirr vain- 
-!|ncur dépasse ses rivaux dans l'arène. 



CHAPITUE CXXIII. 207 

Cl ^ 

<^ (jJv-ajUj (jvj^-f^ t5*>^-=»-i 'J^-Â^ «Ji^ t^i i ^jcLiâil (jjji 

Qu'il te soit favorable ce neïrouz où tu recueilles à la fois des arlions 
de grâce et les mérites d'une bonne action ! 

F)n reculant wn terme que d'autres avaient avancé, tu avances foi- 
même vers la perfection. 

I^lt CCS vers du même poëte : 

I^e jour de ton wc'irouz est un jour unique et qui ne peut être retardé; 
Il tombera perpétuellement le onze de liaziràn fjuin). 

L'arrivée à Baf,'(lad de Katr cn-Nèda , fille de Kbomaroweïh , 
sous la conduite (Tlbn el-Djassas (cf. ci-dessus, p. 117), eut 
lieu au mois de dou'l-hiddjob 281. Le poëte Ali (fils d'Ahbas) 
Roumi (Ibn Roumi) célébra cet événement en ces termes: 

roi des Arabes, on l'amène la fiancée, la reine étrangère, au milieu 
des vœux de bon augure et des félicitations. 

Puisses-tu lui devoir ton bonheur comme elle te doit le sien ! Elle a 
été favorisée au delà de ses espérances et de ses aspirations, 

Puis(|u'<'ll(; a obtenu pour ses yeux la pleine contemplation de l:t 
spb'ndcur, pour son co-ur la félicite, pour ses mains la générosité. 



208 LES PRAIRIES D'01\. 

^ JLxj »j-w.l 4}^ ^ c:a-^*>sJu UJs^ ^ »XAàA«it JI »«XÀj| 

I*Lmo qj «Xj^ Jyij dUi ,j_j 

L-^ c:>^AA-jt Ul U JtX-JL> JLJLjcJLi 1^1 

Le soleil des jours s'est uni à l'astre brillant des nuits, et leur union 
dissipera les ténèbres du monde. 

Amr, fils de Leït, entra dans Bagdad par Mocalla Àtiq (le 
vieil oratoire) , levant les mains au ciel et priant. On lui 
avait donné pour monture un chameau /rt?«V?/, c'est-à-dire à 
deux bosses, qui faisait partie des présents qu'autrefois, 
avant sa captivité, il avait envoyés au Khalife Moutaded. 
Haçan , fds de Mohammed, fds de Fehm, a rappelé cette cir- 
constance dans les vers que voici : 

Ne sais-tu pas ce que sont les vicissitudes de la fortune ? Un jour 
l'adversité, un autre jour le bonheur. 

Que l'exemple de Saffar te suffise : au sein de la félicité et de la 
puissance, il commandait nuit et jour ses armées. 

Mais quand il offrait ses chameaux, il ne se doutait pas qu'il sérail 
promené captif sur l'un d'eux. 

Citons aussi ces vers de Mohammed ben Bessam : 

Homme que la fortune enivre, n'as-tu pas vu Amr 



CHAPITRK CXXIII. 209 

1^^ — ï_5 ^>^ii i^ — k r^J! ^Jf^J.i ^-^^^ 

*^-*-^ I^J-*^ *k? '-*-»^^ -^^^^ ils IxAwb ^f^iL_j) j^SoJl dUJJ 
^^-w*J> A_À-^ ^ ^Ji_5 iXAiJCxii -L>l ^ ^^ y^j Aj^ U <_vs^Lo 

V-^^-* ,^ç^JL)5 'l-o^kM jÎ ^ ù^4- (jj ^I ^xc^ j! alî^ 

I orsqu il s'avançait, roi vaincti, sur un cliameaii /a/ù/y ? 

Sa tête était cnifTée du boiirnoiis inHimo, en signe do }inntp Pt de 
défaite. 

II levait les mains cl, priant Dieu tout bas et à hante voix, 

il le suppliait de le soustraire à la mort au prix de (ous ses biens. 

Lorsque Mohammed, fils de Ilaioun, eut fait mourir 
Mohammed (lils de Zeïd) Alewi, le Khalife Moutaded en 
témoigna son mécontentement et sa tristesse, et déplora la 
mort de cet homme. — Le chef de la Transoxiane, Nasr, 
fils d'Ahmed (Samanide), mourut en 279, sous le résine de 
Moutaded; il eut pour successeur son frère Ismâil, fils 
d'Ahmed. — Kn 280, mort d'Ahmed (fils d'Abou Taher), le 
secrétaire, auteur des Annales de Bagdad. — Même annt'e, 
mort d'Ahmed (fils de Mohanimed) le juge, qui a raj)porté 
plusieurs traditions. — Iji :)(Si, mois de nioharrem, mort 
d'Abou Bekr Mu! Alhili fils rie Moliamnied , lils d'Abou 



210 LES PRAIHIES D'OR. 

Jw.^^ ^i ôl;_5 c^-jlb" (^ajU_3 (jvjl,4"_5 ^j^JCÀSi <\à-m) ^_5 Ûj.a^_5 
c^^L^> »lj_5j,"b*X3 IjCIj) cixXj^i ^_^^^\'i\\ t^jl^^i- «X^S yj *>vj^ 
Jj-»M;*(jy£jbi)! i aO^ÀS ^;îi) (j.vUî JjÇ-^j g-j\jJi ,i ^g.J^i^^J 

j.^jïJS <y^Ms- (>j y^t" <-^^ '-^■jr*^ iii*x«Aj /jvXjU_j (jvjurj (j^^ 

Dounia) le Koreïchile, précepteur du Khalife iMouktafi- 
Billah et auteur de compositions littéraires sur rascétisnie 
et autres sujets. — En 282 , mort d'Abou Sehl Moliamm.ed 
(fds d'Ahmed) Razi, juge et traditionniste. Nous citons ici 
la mort de ces personnages parce qu'ils appartiennent à 
rhistoire et qu'ils ont enseigné la science des traditions pro- 
venant de notre saint prophète. 

Obeïd Allah (petit-fils de Gherik), traditionniste, mourut 
en 285 à Bagdad, et Bekr (fils d'Abd el-Aziz, fils d'Abou 
Dolaf), dans le Tabaristân. — Même année, mort de Mo- 
hammed (fils d'El-Huçeïn) Djoneid. — En 288, mort 
d'A])ou Ali Bichr (fils de Mouça, fils de Salih, fils du 
Cheikh, fils d'Omeïrah) à Bagdad. Son père, Abou Moham- 
med Mouça el-Açedi, était mort en 2.57, sous le 

règne de Moutamid-Alallah , à Tàge de plus de quatre- 
vingl-di\ ans; quant à son (ils Ali, il mourut âgé de ((ualre- 



ciiAPrraE cxxiii. . 211 

vingt-dix-neuf ans. — En 288, sous le règne de Moutaded, 
mort d'Abou 'l-Motanna Moàd (fils de Motanna, fds de Moàd) 
Anbari. — Nous avons consacré une mention spéciale aux 
plus célèbres jurisconsultes, traditionnistes, philosophes et 
liltérateurs dans nos Annales historiques et dans THistoire 
moyenne; nous n'ajoutons ici (|ue quelques aperçus, comme 
additions à nos ouvrages précédents. 

Moutaded mourut dans la quatrième heure de la nuit chi 
lundi 22 rébî H, 289 de Thégire, à Bagdad, dans son pa- 
lais nommé El-llarani. On altribue sa mort au poison que 
Israàïl, (ils de lUdhul, lui versa avant d'èlre tué par ce 
Khalife, poison (jui envahit peu à pcui tout son corps. Selon 
d'autres, il aurait succoml)é aux fatigues de son expédition 
contre l'eunuque Waçif; nous en avons parlé phis haut 
(cf. p. 197). D'antres prétendent (jn'il fut einpoisomic par 
un mouchoir (pTiine dcî ses esclaves lui présenta pour 
s'essuyer le visage. Il y a encore d'antres versions (pie nous 
()assons sous silence II avait recoin ma nch" dans son testa- 



•212 LES PRAIRIES D'OR. 

p w 

&_35 v~X— ui »j {*4-^J? viaA-9 *liû."«]| A.^] UÀAIsIj ^I «Xaa£ /vjÎ 

... '^ -o 

ment qu'on Tenterràt dans i'Iiùtel de Mohammed, fdsd'Abd 
Allah, (ils de Taher, sur la rive occidentale de Bagdad, 
hôtel connu sous le nom de Dar er-rokham, «maison de 
marbre. » A ses derniers moments, il tomba en syncope ^ 
comme on ne savait pas s'il était mort, le médecin s'avança 
et palpa un de ses membres. Le Khalife, en proie aux 
affres de la mort, s'indigna de cet examen; il repoussa du 
pied le médecin avec une telle violence, que celui-ci alla 
rouler quelques coudées plus loin; on ajonle qu'il mourut 
de ce choc et que Moutaded expira tout aussitôt. Pendant 
qu'il agonisait, Moutaded entendit des clameurs; il rouvrit 
les yeux et fit avec la main un geste d'interrogation ; l'eu- 
nuque Mounis lui dit : «Sire, ce sont les pages qui ré- 
clament à grands cris contre (le vizir) Kaçem , fils d'Obeid 
Allah ; nous leur faisons distribuer une donative. » A ces 
mots, le prince fronça le sourcil et râla de si terribles me- 
naces que les assistants faillirent mourir d'effroi. Son corps 
lut transporté dans l'hôtel de Mohammed, |)etit-fils de 
Taher, et inhumé en col cnchoit. 



CHAPITIU-: ex XIV. 213 

pX.A,*Jl iL;.j»X^ sXAà^Jtli Js^i ^JJ ^^ yiHji J^L jjcUl %^y^ 
(jv-A-Siii pj_jyû_j OvAi^it ^jî «[i_j &Ai cxjK (^jJi ^_^i ^ 

-^-^'^ (J^^J^^ (JrjUj J«*J XÀA-^il-iJi ^AJJ ^^ (^jvjb (jl^ 

J-iJ3j iLi^L *xl«^ J^ij '^i *>vs^ ^^r' ,^UJ! ioiAA.Jl *1 

J*-*-J (*-A-wJ (JVjili -fcj ^i^j'l ^j>^ -^-'^Mfcii AÀjJ.^ Ji ^jjXli 

Les laits relalils à riiistoire de àVIoutaded, à ses guerres 
et ses expéditions, (jui ne se lisent pas ici, sont r.ipportés 
avec leurs principaux détails dans les Annales historiques 
et {"Histoire moyenne. 

(:ii\prri\K cxxiv. ^ 

kllAMlAT u:; MOI KTA1-1-1UI,I..\11. 

Mouklali-liillidi Ali, lils dWlimed Moutaded) fui pro- 
clamé à Bagdad le jour même de la mort de .Moutaded, son 
père, c'esl-à-dire un lundi, huit jours avant le lin de réhî II, 
289 de riiégire. f^a cérémonie du serment fut présidée par 
le vizir Karem ben Obeid Allah, le prince étant alors à 
llakkah. Mouklali , dont le' surnom est Abou Moliarniucd , 
était âgé à celte cixxinc de vingt cl (|U('l(|Ucs .iiiiiécs; il 



214 LES PRAIRIES D'OR. 

2f\_^za~:i yl^ ^j;jU_5 (^jvjUTj j«*j' i^AAw tsj^i (5^'-!?^ cj-« ^j^-^ 

Ufcj /vj».À!i.5.j (^X3\j j.^^\ MtXM*^ (^À.i« c:a»wp AXi^i*. t^-ooTi) 
(j**UJi /jjIaj ^^ Uj,j ^ÂÏfc£ iiJlA«_j j-^Hw i isJÙAw_j (j>^»w c:a.a« J-AJ^t) 

arriva par le Tigre de Ràkkah à Bagdad, le lundi 7 dje- 
madi I 289, et alla habiter El-Haçani, château sur les bords 
de ce fleuve. — Il mourut le dimanche i3 dou'I-kâdeh 296, 
à l'âge de trente et un ans et trois mois, après un règne dont 
la durée fut de six années^ sept mois et vingt-deux jours; 
ou, selon d'autres, de six années, six mois et seize jours, 
en raison des évaluations différentes qu'on trouve dans les 
Annales. Dieu sait mieux la vérité. 



RÉSUMÉ DE SON HISTOIRE ET DE SA VIE ; PRINCIPAUX 
ÉVÉNEMENTS DR SON RÈGNE. 

Le trône des Khaliles n'a été occupé, jusqu'à la présente 
année 332 du règne de Mouttaki-Lillah, que par deux 
souverains qui aient porté le nom OlAU, à savoir Ali, fils 
d'Abou Talili, et Mouktafi. — Dès son entrée dans-lc palais 
El-Harani, le jour même où il arrivait à Bagdad, Mouktali 



CHAPITUE CXXIV. 215 

Lg-v> 'u«j.A^ (J^ (j-« IJ^^^J (j*.UJi c-'likxJ lii*Xi?! *\AiAjtit 
j\ùJ\jjiS^ AaJî cV-c^Ji t-j^jAi c:JU i)î_^i (*ir^'' ^3A? ^ir^^^ 

(j-**».^' jjj (jA(L«kx!l s^jj pft»/Uji ijiij *Xjo aaà^ t-Jv^ a3 sii^.* 

conféra un vêtement d'honneur ù Kaçem, fils d'Obeid 
Allah ; mais il n'accorda cette distinction à aucun des gé- 
néraux. Il ordonna qu'on démolît les cachots affectés par 
Mouladed à l'application de la torture; on rendit la liberté 
à ceux qui y étaient renfermés, et les immeubles confisqués 
|)ar le Khalife précédent pour l'établissement de ces cachots 
furent rendus à leurs propriétaires en même temps qu'on 
leur distribua des indemnités. Ces mesures valurent à 
Mouktafi la sympathie et les bénédictions de ses sujets. 
Mais il se laissa dominer par son minislre Karem, fils 
d'Obeid Allali, et son alfranciii f'ali'v ; plus tard, après la 
mort de Karem, par le vizir Abhas, (ils crKI-Haçan, et par 
le même Fntik. C'est le \i/,ir Karem, fils dObeïd Allah, qui 
lit périr Mohammed (fils de Galib) Ispahàni, homme de 
science et d(^ talent, cpii (iiiij^^cail la secrélairerie d'Etat; il 
condamna enraiement Moliannned, fils de liecliar, et Ibn 
Menareb. Sur une simph' dénonciation, il fit enchaîner ces 
(lcii\ (Icrnicrs ef les exila à Hasrali ; on croit (pi'ils l'nreni 



216 LES PRAIRIES D'OR. 

j-.Sr_*(*jt.i JUi w.^J Ji (J.aX4I jrfvuUJi ^/-=^^ k^î_3 J! jtXj 

noyés en route; du moins on n'en a plus eu de nouvelles 
jusqu'à ce jour. C'est ce qui a fait dire au poëte Ali Ihn 
Bessam : 

Nous te pardonnons la niorl de tant de musulmans : c'est, disons- 
nous, le résultat des iniiniliés de secte; 

Mais ce lils de Menarch , (jucl est son crime ? Vous avez pourtant l'un 
et l'autre professé toujours le même culte. 

Longtemps avant ces événements, la mésintelligence ré- 
gnait entre Kacem ben Obeïd Allah et Bedr. Dès l'avé- 
nement de Mouktafi, Kaçem excita contre son rival la haine 
du nouveau Khahfe ; Bedr, se voyant abandonné par plu- 
sieurs généraux de ses partisans qui passèrent, dans le parli 
du gouvernement, se rendit à Warit. Kaçem détermina le 
Khalife à camper sur les bords du canal de Deyal (Yakout, 
Deyala)\ là, il mit tout en œuvre pour représenter conmie 
criminelle la conduite de son ennemi et envenimer le 
ressentiment de Mouktafi. Puis il fit appeler le juge A])0u 
Hazim, homme distingué par sa science et sa piété; il lui 



CIIAPITKE CXXIV. 217 

t 

^^-^i^jJLI^j ij,^*Jij yUili slkfiU *i<x^ ki j»>^j J5 "iV J'^j\s 



.:v.X.4.J^ 



ordonna au nom du Khalife de se rendre auprès de Bedr, 
d'offrir Vanian à ce dernier et de le ramener à la cour 
en lui garantissant les faveurs du souverain. Mais Abou 
Hazim s'y refusa. «Je ne veux pas, répondit-il, Iransnicttre 
comme venant du Prince des Croyants un message «pie je 
n'ai pas recueilli de sa bouche. » La mission que Abou 
Hazim avait refusée, Kaçem la confia au juge Abou Amr 
Mohammed, fils de Youçouf. Olui-ci s'embarqua sur une 
galère et alla trouver Bedr; il lui offrit de la part du Kha- 
life l'amnislie, garantie j)ar les sernuMils les plus solennels, 
et s'engagea ii ne pas l'abandonner jusqu'à ce qu'il l'eût 
conduit devant le piiiice. iiedr quitta son camp et s'em- 
banpui avec le messager sur la même galère. Remontant le 
fleuve, ils étaient parvenus au canton de Medaïn et de SIb, 
iorsf|u'une troupe d'esclaves du palais leur lern)èrent le 
passage en cernant le bâtiment. Abou Ann- abandonna son 
prisonnier et se jeta sur une embarcation légère, liedr, amené 
au rivage, demanda la |)rrmi.ssion de l'.iiir uni- prière de 



4 
218 LES l'RAlRlES D'OIÎ. 

cj^xhi iiAjUJl iùîS\.J! <j y\^L^ iJ!^Aâ.)5 s^j^^^U f*j.Aj| liUjs (;j-. 

J._^ij, ixj^k^ sùJ^ ii\.^Â Msxls ovïi ^J^\ Ji^^j <>-:^ ^i.i:5^1i 



..«»o 



deux n'/cà (ceci se passait dans l'après-midi du vendredi G 
du mois de ramadan 289); on le lui permit. Comme il 
s'inclinait pour la deuxième rikâ, on lui trancha la rête. 
Sa tête fut portée au Khalife et placée devant lui. Mouktafi 
se prosterna alors en s'écriant : « Cest à présent que je vais 
goûter le plaisir de vivre et de régner ! » Il rentra ensuite 
clans sa capitale, le dimanche 8 du mois de ramadan. La 
perhdie du juge iMohammed, hls de Youcouf, les promesses 
et garanties qu'il olïrit à Bedr de la part du KhaUlV, ont 
inspiré à un poète Ips vers suivants: 

Demande au kadi de. Médiiiol cl-Mansour (vicu\ Bagdad, (juarlier 
occidoiitai) de ([iiel droit il a pris h; tcle de l'iimir, 

Après lui- avoir donne j^aranties el pacte, après avoir slipnlé l'oiimn 
dans un acte olliciel. 

Que sont ces scrmcnls dont Dieu aUesIe la pensée criminelle ;> 

Pourquoi, par le triple divorce et sans réserve d'option /de la part do 
la femme), as-tii juré 



CHAPITUE CXXIV. 219 

jy — M» — 4^ «^_5 ^iLiwoi (^y-jw* s? ii_j sl-eaJt!! Jjts î<Xiû ^_jm.J 

w_A-5v_Jj j.Xà»* «Xxj (j^ Ji l « Ji j*X_^ <_?f_j«.=J. «X-Clî 



U 



Que ta main ne ([uiltcrail pas celle de. Bctlr jus([u'à ce tinc tu voies le 
maître du trône ? 

Homme sans vergogne, ô le plus menteur des Musulmans, témoin au 
faux tëmoignage. 

Ce n'est pas ainsi (|u'tni juge se conduit; lui acte de ce genre déslio- 
norerait même les agents des ponts (c'est-à-dire du péai^e et île la police; 
cf. ci-dessus, p. i5(i et 171). 

Celui f[ue tu as égorgé 6st mort en ramadan, iorstju'ii s(; prosternait 
après avoir prononcé le Iclibir. 

Et c'est le saint jour de vendredi que lu comn)els un pareil crime! 
Pendant l'acte le plus sacré du jour le plus saint du plus noble des 
mois ! 

Prépare-toi à répondre devant le SoiivcMain juge après avoir subi 
l'interrogatoire de Monnker et de Nekir (les deuv anges du tombeau). 

Knfants de YourouCbcn 'làkoul), c'est nous (|ui égare/, le peuple de 
liagdad. 

(^u(! Dieu disperse votre famille ! (^j'il lue permette de contiin[)l( r 
votre bonté après celle du vizir! 

Vous méritez tous d'être saerilies ;i Abou lia/ini, riioiinni' droit dans 
tous les actes de sa vie! 

\^('(\\\ (ils (\t' Klmmi nUVaiiclii de Moicwcklvil , ('•Ijiil de 



220 LES PRAIRIES D'OR. 

^jK-i ^J l^itlXiî (j^ dblî (jl^-Xi l|^AAJ ^lî Ajjtj.^- (jà«j ^^ 
:>ij_5 ^-A-iî (JwJi ^^ <XÀ.£ cKAiiXxll fc^Ai (j-« Silxjî j ^A*Ji 

i^j^ vii_J<XjS^ «X-*iî.AxXi ^«Xjfj^Xj -.*X» Ll^"*"* *^*'*^'^' Ci*.31Se 

condition libre. Il fut d'abord au service du goalam Nachi, 
écuyer de Mouaffak ; il s'attaclur ensuite à Moutaded et se 
concilia son affection. Il n'eut en premier lieu qu'une po- 
sition subalterne auprès de lui, du temps de Mouallak, 
jusqu'au jour où Fatik, un des principaux pages de Mou- 
taded, mécontenta son maître et perdit sa haute position. 
Voici la cause de cette disgrâce : Moutaded, irrité contre 
une de ses esclaves, avait donné l'ordre de la vendre ; Fatik 
la fit racheter en secret. Cette intrigue, lorsqu'elle fut ré- 
vélée au prince, sulïit pour ie désalfectionner de Fatik. A 
dater de ce moment, le crédit de Bedr alla en augmentant 
et son Inlluence devint si puissante, que les requêtes adressées 
au Prince des Croyants invoquaient toutes le favori. Aussi 
les poètes associaient dans leurs panégyriques le nom de 
Bedr à celui de Moutaded, et ainsi faisaient ceux qui ha- 
ranguaient le Khalife en style non versifié. Voici ce que me 
racontait à Ikigdad Aboii Bekr Mohammed (his de Yahya 
Essouli , surnommé le « courtisan » el le «joueur d'échecs ») : 
« Moutaded m'avait promis une gratification ; ne pouvant 



<> Al2_J 




CflAPlTHK CXMV. 221 

8«>« — fc^ — A — r> (j-i /e.-^Jî _»,-,' îj 

^==-LiW ^^^Jn^j' jJrt-^iJi ^jl^/jS- 

^ ^à^i^ c-^^Tj \^\\y^ ci t^jl^y U3jJi ^^i ^^ Jyv^'i 

réussir à la toucher, je composai une kaçideh dans la(|uelle 
je faisais mention de Bedr; elle débutait ainsi : 

O toi qui me fuis par enjouement et sans intention sérieuse, est-il 
juste que l'alTcctioa sincère ne rencontre que dédains ? 

La générosité de Moutaded le Prince des Croyants est une mer dont 
personne ne connaît les limites; 

Mais Abon 'i-Ncdjm (Bedr) est le canal ([ui donne accès à cette mer. 

Comme la rupture du jeune (de ramadan) aboutit ;\ la fête des .Sacri- 
fices, ainsi le moment approclie oii une promesse loint^iine se réalisera. 

Ce n'est pas que je doule (|u'uiic pareille promesse puisse écliaj.per à 
mes mains , 

Mais le cœur aime à être payé complanl : pour un homme i^énércux. 
promettre et donner ne font rpi'un, 

« Le Khalife sourit, ajoute le narrateur, et il me lil doiinei 
la récompense pioniise. » — Le même Mohammed Ihn- 
Nédîm me cilail aussi à lîaij^dad les paroles suivantes, 
((u'il avait recueillies de la bouche de Mouladed: «11 mV'sl 
désagréable de (loiincr peu. Je crois que tous les biens de ce 
monde, si je les jxisscdais, ne sudiraieiil |);is à nia i^énéio- 



222 LES PRAIRIES D'OR. 

/v_5 fi\^j.j] J^vAi».] Jiï ii^jliajî iCÀjtXjS; (^[h-j^] (ï^jy^ AAJiÀJt 

1«Âav U» c>.Ar^ AAr=»-g cj».AJJ,j! y-« ^j*v.a«) fc..^.;) x.iL^ A.^— r=»^ ^ 

site, et pourtant les hommes me taxent d'avarice! Crois-tu 
qu'ils ignorent que j'ai j)lacé Bedr comme un intermédiaire 
entre eux et moi ? Je sais ce que me coûtent chaque jour 
ses libéralisés : si j'étais avare, je ne lui aurais pas laissé une 
telle latitude. » 

Abou '1-Haçan Ali (fds de Mohammed le jurisconsulte) 
El-Warraq, originaire d'Antioche, m'a transmis dans cette 
ville le récit suivant d'Ibrahim, fds de Mohammed le se- 
crétaire, d'après Yahya, fils d'Ali l'astronome, surnommé 
Nédi'm: « J'étais un jour chez Moutaded, raconte ce dernier; 
le Khalife paraissait soucieux, mais Bedr survint; dès qu'il 
le vit de loin, Moutaded sourit et uie demanda: «Yahya, 
« quel est le poëte qui a dit : 

Il y a dans son visage quelque chose qui intercède en faveur de ses 
fautes et qui se fait accueillir des cœurs, toutes les fois qu'il les implore? 

« — L'auteur de ces vers, répondis-je, est Hakem, fils de 
" Kounbourah Mazeni, originaire de Basrali. — Que Dieu 
«le récom[)ensc! ajouta le Khalife, dis-moi ce morceau.» 
J(^ continuai ainsi : 



CHAPITRE CXXIV. 223 

IxÀ-i U clvS=»- <JVS=»-_j <_j»AiJi tj^ A-j^LawS 5_^^ «_il~*i A-^-^j, j, 



Vjy ds^ J 



l-;eJ« A-jL-v 



_5 A_jl — ^•--J ^J.-^— &^ i I (J«-C (>■ 

U-Ajl^ 3v•^■=^ ».^A*c) tXÏ U» (^jwAisJL) j-.^î'.^wJCj AJ:3 S-« Aj»wi»- 

MaJheurcux ([iie je suis ! Ses refus font envoler le sommeil loin de 
moi et ajoutent une tristesse aux tristesses de mon cœur. 

Sa beauté est un soleil qui illumine tout son corps; on dirait (|ue la 
lune dans tout son éclat [bcdr) rayonne à travers ses vêtements. 

Il obtient tout ce qu'il désire , et , si nombreux que soient ses méfaits , sa 
conduite est toujours excusée. 

Il y a dans son visage quelque cbose qui intercède en faveur de ses 
fautes et qui se fait accueillir des cœurs, toutes les fois qu'il les implore. » 

Yahya ajoutait :« L'expression : la Inné dans toul son 
éciat rayonne à travers ses vêlements, a et»'' imitée par 
Ahmed, fils de Yahya, fils d'KI-Airaf, de Koufah, dans le 
passage suivant : 

11 parait, cl l'on dirail (pic la lune rayonne à travers ses vêlemenls ; 
Ses doigts r(!cu('ill(!nt sur son front une rosée embaumée et se cou- 
vrent de verdure (cf. sur cette expression t. VII, p. oTiq).» 

Kn 289, un pailisan des Karmates j)ariri en Syrie; ses 
guerres eontrc Ton^'j cl les troupes égyptiennes sont chose 
connue, cl nous en avons lail nicnlion dans nos aulics ou 



22k LES PllAIRIES D'OR. 

(jv..;CjU>_5 (j^Ka**.j^ ^^«Xsfcî Ri,Mi ^ ilJi^ ^^iJî tXi*.lj iXï».JÎ 

(j-« A—fiL.;^ î_5ilî yi <X;tj ,wA.<^L> (^jvXjU^ (jok-w-j^ {^jvjCaS! 
^l^Ji -«^Î^Xi (j^ «iiJi *Xrj 5j>jJvS r»3>J5 (ji (fr^" r»^^'^^ (Jr»^'*^^ 

cA^ U 3 r*^~^ Lx-aJJT y_j*)*X.ÀJi j| ».A^i)î_j (J-JCjU_j (^XamJ^ 

{jtf'^jf i^U» (*J;î_j jj».Àj ^Ji HjSb (j-« cjlxii! I*X:£5 (^^ v-àA-w l^i 

vrages. Nous avons raconté l'expédition de Mouktafi contre 
Rakkah ; la prise du chef karmate en 291 ; la révolte de 
Zikriweïh, fils de Miliriweïh; l'attaque des pèlerins par ce 
dernier en 29/i, et enfin sa mort et Tenvoi de son corps à 
Bagdad. 

Le rachat des prisonniers, dit rachat de perfidie, eut lieu 
en dou'l-kâdeh 292 h Lamés {AaçjLOvata en Cilicie) ; un 
certain nombre de Grecs et de Musulmans avaient été ra- 
chetés lorsque les Grecs violèrent le traité. Le rachat défi- 
nitif eut lieu entre Musulmans et Grecs dans la même ville 
de Lamés, au mois de chawal 296, sous la direction de 
Roustem, gouverneur militaire des frontières syriennes, qui 
présida aux deux rachats. Le nombre des Musulmans déli- 
vrés dans le ratîliat présidé par Ibn Togan en 2 83, et dont 
nous avons déjà parlé, s'élevait au chiffre de deux mille 
(pjafi(> cent quatre-vingt-quinze prisonniers des deux sexes; 



CHAPITRE ex XIV. 225 

(^.x-jjij (j^JCjvj'ij -XjLfU^ C^àJÎ -UJI *^0v3 i Aj ^^wVi (j^ 

J^i v^i ^i (^jji^^ RmJ^ lijL?^' (j-«jjW^ ^-àJi O^^ iyol^' 

y\^ (j*,îj cjiii iC_*wi*w.o L£û^-vi._5 c:i$jlJîLskj JUaJIj cj!j<xJÎ ^J^^ 

clans le radial « de perlidie, » on délivra onze cent cinquante 
quatre Musulmans, et deux mille huit cent quarante-deux 
dans le rachat définitif. 

Mouktafi, en ajourant, laissa dans le Trésor en espèces 
d'or huit millions de dinars, et en espèces d'argent vingt- 
cinq millions de dirhems ; il laissa dans ses écuries neuf 
mille chevaux , mulets , dromadaires , etc. Malgré cette grande 
fortune, il était ladre et serré. Voici un fait raconté par 
Abou 1-Haran Ahmed (fils de Yahya l'astronome) , surnommé 
IhnlNédim. Ce même Ahmed s'est distingué dans les re- 
cherches spéculatives et la controverse; il fut un des chefs 
de la doctrine de l'unité et du libre arbitre (c'ost-Ji-dire des 
Moutazélites , cf. t. VI, p. 20). C'est à son frère Ali ben 
Yahya que le poëte Abou Haffan adressa ces vers : 

La pluie 'du prinlenips n'a qu'une, durée liniiuic dans l'ordrn des 
saisons, la pluie d'Ihn Yaliya (sa générosité) ne cesse jamais. 



226 LES PRAIRIES D'OR. 

&ju«uj {j-^i HjjSii) ^^yiJit'.i \^y-^ f^)^^*-*' 2>«^»-»-* i^^J 
^^«X-S-j -^J iX d (jî^^^ »^.*it-ft ^^-aXXI A-À-aJô^j o«jI^ Jlii 

J^j t_j-^i!. AA^iff ■^^Tî» [J^i 5>^=^ *^Ul> cijSAui^ iùi^r (X d 

l^Luà <-a.A.amJI i«>v^ «Xj^U Jo^Jâj» .^ijL» ^AAwl!(UwJt i^Afto- Ixj )Jtâ.j» 

wa\» 1.0^;^ (j^ f^ J.AÀJ 3^y^^ ^^^^ â> «.i^-ii^ Ç)ij-«3 ïj»iVk^' 
IJsJÙ AXjti jjfe^ tjjj (;5ii»- ^LàaJI kiUi» j<va-mn*j J^ -î^^^ t^''^''' 

Chez lui se tient le marché des bienfaits : c'est iui qui achète tout un 
siècle «t c'est nous qui vendons. 

Voici donc ce que raconte Ahmed, fils de Yahya: «Le 
service quotidien de la lable de Mouktafi se composait de 
dix plats et, chaque vendredi, d'un chevreau, plus trois 
coupes de halwa ; les restes de cette friandise lui étaient 
servis de nouveau. Un de ses domestiques préposé au ser- 
vice de bouche avait ordre de compter les pains qui restaient 
sur la table ; ce qui était cassé, il le mettait de côté pour le 
potage [tend] ; ce qui était intact reparaissait au repas du len- 
demain; on faisait de même pour les hors-d'œuvre [hawarid, 
pickles) et pour le halwa. » — Voulant se faire bâtir un châ- 
teau dans le canton de Chemmasyah , en face de Kotrobbol , 
il expropria à cette intention plusieurs domaines et champs 
de rapport qui se trouvaient dans ces parages, sans en 
rembourser la valeur aux propriétaires, d'oii un concert de 
récriminations contre lui ; mais il mourut avant d'avoir 
achevé son palais. Cet acte de spoliation rappelle celui de 
son père Moutaded, lorsqu'il construisit ses cachots. 



CHAPITRE CXXIV. . 227 

*U*>JS \s'Û*4. -i<>^j^l *KjOw ^ax^JI pfvlaft^i «Xaa^ ly? t*^^\ 
^'^^ *X-s*.| o^ ^ AÀ^ <^y^i «-r^ t^_,^**^^j j^î^5 (jl^ 

V«À-A-J Ai^ (^JV-XjUj ^JV*M«J^ j^*Xr».î À^À^j.i».iJ| VAJj^^.^^ (j^ 

^î Js-A£. ar,!_5 tJi>i)l Jsiûî Qàx;» Jyb cJJi ^^ AjLu. y_*j!i>^J5 
(>-»>^' C:^? .X5^i_^i vXxc 4.V5Î JyLXC ^^ |^UJ! Jui ^^^ ^jl^y 

<JU«(!j *>sji.i <^;ja^ &Ai| eotjj J^-:sjJl (JM^yt «XÀS >AJUîC« yKj 

El-Kaçem, fils d'Obeid Allah, ministre de JMouktafi, se 
signala par son extrême sévérité, son audace et son humeur 
sanguinaire; petits et grands, tous tremblaient devant lui 
et personne dans son entourage ne jouissait paisiblement 
de la vie. — Il mourut dans la soirée du mercredi lo de 
rébî II 291 , âgé de trente et quelques années; sa mort ins- 
pira les vers suivants à un poëte que je crois être Abd Allah, 
fils de Haran , fds de Saad : 

Nous buvions joyeusement le soir do la mort du vizir, et nous boirons, 
mes amis, jusqu'au troisième jour. 

Que Dieu refuse ses bénédictions à ses cendres, qu'il les refuse h 
r héritier de ses biens ! 

Une des victimes de la cruauté de ce ministre est Abd 
el-Wahid, fils de MoualTak. ("e prince était gardé aux arrêts 
chez Mounis l'iliii; le ministre envoya nuîssages sur mes- 
sages jus([u'à ce (pi'il eiU sa tète. Le meurtre d'Abd el- 
Wahid (Mil lieu sous le régne de MoMktafi ; il avait toujours 



228 , LES PRAIRIES D'OR. 

été traité avec considération par Moutaded, qui iui témoi- 
gnait une vive sympathie. D'ailleurs, Abd el-Wahid ne 
songea jamais au klialifat et ne désira point s'élever aux 
honneurs ; il ne s'occupait que de ses plaisirs , au milieu 
d'une troupe déjeunes gens. Mouktafi, ayant été averti qu'il 
entretenait une correspondance avec certains pages de la 
cour, fit surveiller ses gestes et ses paroles, lorsqu'il s'enivrait. ' 
Un jour, pendant un festin, l'émissaire du KhaUfe entendit 
Abd el-Wahid réciter, dans l'excitation de l'ivresse, les vers 
suivants d'Attabi : 

Elle niaiidit mon dédain ponr la fortune, cette Bahilitc à qui le sort 
a ravi tous ses biens , 

Lorsqu'elle voit se pavaner autour d'elle des femmes au teint brun, 
dont les cous sont ornés de colliers. 

Serais-tu heureuse si , après avoir obtenu des royaumes comme Djâfar 
et comme Yaliya, fds de Klialed, 

J'étais connue eux percé d'un glaive acéré , par ordre du Khalife ? 

Laisse-moi mourir d'une mort paisible, sans affronter les épouvante- 
mcnls de ces disgrâces : 



CHAPITHC CXXIV. 229 

^^ji Ua-awî^ JojJtJ] c:>lkàN.I *XJiJ a^ Jvr»-|_jîî Oyt^ AÎ JUj 

AÎy» Jb liU Jyb evv»- *o*KÀJÎ Jb Jyij e*Aa»- 

U^XJtjl ^jl c:*-aJI» L« ^j>yi ^^jJ 1.^,Àa^ li^'-Jî CiT* ^bCA-* oviS'yj 

Les choses les plus douces sont mêlées aux plus hideux résidus dans le 
ventre du grand serpent noir (c'est-à-dire de la fortune). 

Celui qui gravit les degrés de la puissance rencontre les échelons et 
les pièges du malheur. 

Un de ses convives lui dit pendant qu'il était excité par 
l'ivresse : « Seigneur, vous voici bien loin de cette sentence 
que citait Yézid, fils de Mohalleb : 

Je suis resté au dernier rang pour sauver ma vie, mais pour moi la vie 
c'est le commandement. 

— «Tais-toi, s'écria Abd el-Wahid, tu fais fausse route 
et avec toi le fils de Mohalleb et l'auteur de ces vers. La 
vérité est dans ces paroles d'Abou Firoun, le Témimite. 
— Quelles .sont-elles? demanda li; convive, — Les voici, 
répondit le prince : 

Je n'ai qu'une préoccupation dans la mêlée, relie de n(; pas briser ma 
cruche d'eau. 

Que n'ai-jc été comme clic acheté au marclié, je me soucierais peu, 
flans le combat , de llgun r au premier laiig. " 



230 LES PRAIRIES D'OR. 

(jùLaS^ lg,j L)ii;\..frJ V^^ «îUjIkj .:>^tj Aji_j,i=-j x^j.» j^è^ iL^ 

SwA.* (J-» rfwLJLÎI (jii^AJ .iijî J^«=fcijj..5î JvA.'W Akii (^■<J$ rrU/UJi 

i^_cl aM|_5 viUi v_A.à J<_iL5 <X5_5 jUJL A.^j.r»-_5 Is^mJu ^i^*à^ 

Mouktafi, lorsque cet entretien lui fut rapporté, se mit 
à rire et ajouta : « Je le disais bien à Karem, mon oncle Abd 
el-Wahid n'est pas de ceux qui ambitionnent le pouvoir. 
Ce langage est celui d'un homme uniquement occupé de 
ses plaisirs et qui songe seulement à caresser un frais mi- 
nois, à mettre aux prises des chiens, à faire lutter des 
béliers et combattre des coqs. Que Ton porte à mon oncle 
telle et telle somme! » Cependant le vizir Kaçem n'eut de 
cesse qu'il n'eût fait mourir Abd el-Wahid. Plus tard, 
après la mort de Kaçem, Mouktafi, ayant appris que ce mi- 
nistre était l'auteur du meurtre d'Abd el-Wahid, voulut 
déterrer son cadavre, le battre de verges et le brûler. Mais 
il y a différentes versions sur ce fait : Dieu sait la vérité. 

Une autre victime de Kaçem , fils d'Obeïd Allah , et celle- 
là, dit-on, à l'aide d'un biscuit empoisonné, fut Ali, fils 
d'Abbas, fils de Georges le Grec (Ibn Roumi). Ce poëte 
naquit à Bagdad et y mourut. Il se distingua par la variété 
de ses inventions poétiques, par la i)eauté de ses compo- 
sitions petites ou grandes, et aussi [)ar le talent qu'il déploya 



CHAPITRE CXXIV. 2^1 

A_j')^:>l J^\ ij^^ ltÀ.i»xwJ»- \ijja.'j (_/<^l4>wXl «i \syAM JojiaJi^ 

w- " y. f * 

CP*«— ij «XjLi (^VmAÂJ Ijy ^^ (^ «XJLiî çjA^i ^^uiOb oyl 

^yi. iifiUu JàiaJ! .«^l^j (j->^ W^'jî) cj-« *? Iaj*>»-55 y-^S"* ^^ 

^A«_5Î^ A._A_3 (jl^ L-tf ^i^^ \-^]^ v-^-i-* *-iS-î^ U ^Ij 
^^j. I a ..ÀJi (j.* v-À-^JaJ (S-*^ <ii •r^^'^J (j'>**'^»-l5 *^* (^i> ^-^j 

dans les questions religieuses, car la poésie n'était que son 
moindre mérite. Parmi ses vers d'une facture élégante et 
forte, on cite les suivants : 

J'ai vu la fortune blesser, puis guérir les blessures qu'elle a faites; 
donner après avoir pris, accorder les consolations et l'oubli ; 

U n'est pas de cbosc dont la perle puisse troubler mon âme : la perte 
de la vie est sa seule tristesse. 

Une autre belle pensée du même poëte, qui se rapproche 
des sentences des philosophes grecs et des sages de l'anti- 
quité, est c(.-lle-ci, extraite d'une Kaçideli dédiée à Saèd, fils 
de Makhled : 

C'est parce que le monde lui annonce tout bas ses vanitt^s que l'enfant 
pleure eu voyant le join-. 

Quel serait d'ailleurs le motif de ses larmes ? Le monde ne lui ofTre-t-il 
pas un séjour plus spacieux que celui où il était enfermé? 

Au nombre d(\s morceaux fins et élégants où , par la dé- 
licatesse de la (H'nsf'c, il rappelle le style des dialecticiens 



232 LES PRAIRIES D'OR. 

w Si ^ 



(■2) 



Jr^^ 05>-*^ cS.?^^ ^^ l? 'J>-«'3"*^5 ^^=^^ C:?**"^ a^ 

et la profondeur des scolastiques , citons les vers qui suivent : 

L'obscurité d'une question , dans laquelle tu es le défenseur, affaiblit 
la pénétration de l'adversaire qui cliercbe à l'approfondir. 

L'intelligence des auditeurs ne peut comprendre ce dernier; ils dé- 
cident eu faveur de celui qui reste dans les généralités contre cpiui qui 
raffine sur les détails. 

Citons aussi ce fragment, 'tiré d'un éloge de la tempe-, 
rance : 

Veux-tu connaître un jour les vanités de la concupiscence ? 

Livre-toi aux plaisirs de la table, aucun mets n'aura plus pour toi de 
saveur; 

Livre-toi à l'amour, la beauté n'aura plus de séductions poin* toi dans 
le mystère de l'intimité. 

Que de fois la conquête de ce que tu n'aimes pas te fait oublier ce que 
tu aimes réellement ! 

Et celui-ci : 

O toi qui as tout ce qu'il faut et plus qu'il ne faut pour être aimé, je 
sacrifierais mon père pour ton visage , beau conmie celui de Joseph. 

Les roses s'y mêlent aux narcisse;;: c'est chose rare que ce mélange des 
fleurs de fliiver à celles de l'été. 



CHAPITRE CXXfV. 233 

^L=.^î ^^j-J^I jL t5^-£?^ii (ji^Àj^il! (jU>i^ (jJ t]û C:^***^ 

Citons encore ces vers sur le raisin nommé raziki: 

Le razihi au fin corsage ressemble à des fioles de cristal. 

Plus doux au toucher que la soie, son parfum est suave comme l'eau 
de rose de Djour. 

Si sa durée était moins éphémère, il ornerait l'oreille des charmantes 
houris. 

C'est un récit intéressant que celui des rapports d'Ibn 
Roumi avec le vizir Kaçem (fils d'Oiveid Allah) et avec les 
j,Tammairicns Abou 'i-ïlacan Ali (fils de Suleïman) el- 
Akhlach et Abou Ishak Zaddjadj. Ce poëte était d'un lem- 
|)éranient atrabilaire, d'un caractère rapace et insatiable. 
Ces traits de son caractère se montrent avec évidence dans 
ses relations avec Abou Sehl Isniâïl, fds d'Ali, et d'autres 
jjersonnages de la famille de Naubakht. 

En -îQO, le samedi dixième jour avant In fin d(> dje- 

juadi 11, mourut Abd Allah, (ils d'Ahmed fds de 

Hanbal. — l*!!! ■ja)\ , (huis la nuit du samedi i8 avaiil la 



234 LES PRAIRIES D'OR. 

Lr.X<yâ -UiJi t->L Ç;^tà.j ^^«•^jUji ^iij fi^i v_x5t (jjj_^-iX5 
v_>As>? ^j ^UxÀio ^ UUî j\^^ yS yl Ji &ajI«Xs». -l»l JsjL* 



fin de cljemadi I, mourut Abou '1-Abbas Ahmed (fds de 
Yahya) , surnommé Tuleh; il fut enterré au cimetière de 
Bah-Echchani, dans une chapelle qu'il avait fait acheter. Il 
laissa vingt et un mille dirhems, deux mille dinars et un 
jardin situé dans le quartier 'de Bab-Echcham, qui valait 
trois mille dinars. Tàleb, depuis sa jeunesse jusqu'à son 
dernier jour, occupa le premier rang parmi les savants et 
fut maître en son art (la gi^ammaire). 11 ne laissa pas d'hé- 
ritier mâle et ses biens allèrent à une fille de son fils. Ce 
savant et Mohammed Moberred mirent le sceau à rensei- 
gnement littéraire et, comme Fa dit un poète moderne, 

O loi qui recherches la science, ne t'cgare pas, demande un appui à 
Moberred ou à Tàleb. 

C'est cliez eux que tu trouveras le savoir universel ; prends garde de 
ressembler au chameau galeux (c'est-à-dire à l'homme vil et mépri.sable). 

Toutes les connaissances de l'humanité, h l'orient et à l'occident, tu 
les trouveras réunies chez ces deux hommes. 



CHAPITRE CXXIV. 235 

J«.^î ^ «^iàUii i Ç^f^. (ji Z*^. ij-sll «Xr^ (^ *X^ yl^ 
Jà^ i lx,<\>î liU (J>.fc«xll «.,«UÛ*>w9 <Xxô«>w^ C^.-^ (jT? *^*^'^ 

^^j_j-À-) vX-; I aM) «Xa£ bi yt ^^^^^;UI ^o^-v>^î j uikj /vj r«A/lJij| 

Mohammed ben Yt'zicl Moberred aimait à discuter avec 
Ahmed ben Yahya (Tàleb) et profitait beaucoup de cette 
discussion ; mais ce dernier ne s y prêtait pas volontiers. Voici 
ce que ni a raconté un de leurs amis, le jurisconsulte Abou '1- 
Kaçem Djâfar (fils de Hamdan), originaire de Moçoul : «Je 
demandais un jour à Abou Abd Allah Dineweri, gendre de 
Tàleb, pourquoi son beau-père n'aimait pas à se trouver 
avec Moberred. Il m'en donna l'explication suivante : « Mo- 
" berred est un parleur disert et insinuant, doué d'une élo- 
« cution facile et claire, tandis que Tàleb a les allures et le 
•«langage d'un professeur. Aussi, lorsqu'ils se trouvent en- 
« semble dans la même réunion , c'est Moberred qui l'em- 
« porte, tant qu'on ne juge que par les dehors et avant 
« d'aller au fond de la question. » D'après ce que m'a appris 
Abou Bekr Kaçem (fils de Bcchchar), grammairien, origi- 
naire d'Anbar, le même Abou Abd Allah Dincwori fréquen- 
tait lo cours d'Abnu 'l-Abbas Moljcrrcd et étudiait sous sa di- 
rection le livre dr Sihavvcïli (Amr, fils d'Olman, fils do 



236 LES PRAIRIES D'OR. 

iiÂAy ti c:*.j\^ 4-^*5 (£f^. ^3 *X;^Î ilsj y! tK*J>3 *^^;_>^ <^b> 

iCJwJt SS^ ij i\XMH y^AMoJj v_J«.AJ >i^ iî Js.«AJ iiÀ-wJt 5Js.^ 

^fcwSfc-U /<\Laxjl (3^=» >tij \i^A*3 jAa^o (_^ ^^^^rvAis. ^jÎ c^^tAxj' 

Kanbar); les reproches de Tâleb, son beau-père, ne l'em- 
pêchèrent pas d'être assidu à ces leçons. — Ahmed (fils de 
Yahya) Tâleb mourut, dit-on, en 292. 

En Tannée 291 mourut Mohammed (fils de Mohammed) 
Djoudouyi , dont les opinions religieuses sont intéressantes à 
connaître. Nous avons cité dans THistoire moyenne plusieurs 
traits de sa vie et parlé de la considération qu'il s'était 
acquise. — En 292, le jeudi 7 de djemadi II, le kadi Abou 
Hazim Abd el-Aziz, fils d'Abd el-Hamid, mourut à Bagdad 
âgé de plus de qualre-vingt-dix ans. — Même année, Ibn 
el-Khalidji usurpe le pouvoir en Egypte. — Même année, 
un grand incendie éclate (à Bagdad) et consume dans le 
quartier de Bab-Ettak plus de trois cents boutiques. — En 
293, Ibn el-Khalidji est vaincu en Egypte. Conduit à Bagdad, 
il est promené dans les rues, précédé de vingt- quatre 
de ses partisans, parmi lesquels on remarque rcunuc[uc 



J 



CriAPITHE CXXIV. 237 

(j^ yLAà-^ j_4-«i (j^ v.juAi>î si}^ii^ i.j^^l ^AÉL ^♦-sfc.l^it 

noir Sandai Mozahimi ( i5 du mois de ramadan). — En 294, 
le jeudi ii avant la (in de châban, le traditionnistc Mouça 
(fds de Haroun, fils d'Abd Allah, fils de Merwan Bczzaz), 
connu sous le sobriquet de Ilanimal (portefaix) et le 
surnom d'Abou Yniran, meurt à Bagdad à lage de plus de 
quatre-vingts ans; il est enterré au cimetière de Bab-Harb, 
à côté d'Ahmed, fils de Hanbal. — Nous nous sommes déjà 
excusé de citer la date de la mort de ces cheikhs. Comme 
nous Favons dit, le public poursuit différents ])uts et se 
propose des avantages divers ; il se trouvera donc plus d'un 
lecteur qui, parmi tous les sujets traités dans ce livre, n'en 
recherche qu'un seul, à savoir la date exacte de la mort de 
ces savants. 

Abou Moslim Ibrahim (fils d'Abd Allah) cl-Keddji l'I- 
Basri, le traditionnistc, mourut au mois de mouharrem 
29'i ; il avait quatre-vingt-douze ans, |)uisqu'il était né 



238 LES PRAIRIES D'OR. 

^t^^t.j>a >ib *>o <^îJ? (^ «X^i (j*<W«Jî ^i O^^ ^^^ ^J^ ^ 

«jv_jwj u 4-.<-jJio *i t-Joli^it y\^ 45^=* ^-jy» cl^ *^^ -^b^ 

c;A.«yj v^UaS Uj<^i C:J>^ c^Ajç^y J^^ii (S*^- (J^ '-^'^ ^^■ 

pendant le mois de ramadan de l'année 200. — Abou '1- 
Abbas Ahmed (fils de Yahya) Tâleb mourut cette année-là, 
à rage d'Abou Moslim; mais nous avons dit déjà (cf. ci- 
dessus, p. 2 36) qu'on ne s'accorde pas sur la date de sa 
mort. Tâleb était atteint de surdité, infirmité qui alla en 
empirant jusqu'à son dernier jour, à ce point qu'il fallait 
mettre par écrit ce qu'on voulait lui faire comprendre. 

Je tiens le récit suivant de Mohammed (fils de Yahya) 
Souli, surnommé Chatrendji (le joueur d'échecs). «Nous pre- 
nions un jour, dit-il, notre repas en présence de Mouktafî. 
On nous servit des hataif (espèce de beignets) qui avaient 
d'abord figuré à sa table ; elles étaient exquises, d'une pâte 
fine et parfaitement préparées ; le Khalife nous demanda si 
les poètes avaient décrit cette friandise. Yahya, fils d'Ali, 
répondit: «Mon oncle paternel Ahmed, fils de Yahya, en 
« a parlé dans le passage suivant : 

Des halaïf farries, à l'instar de la banane, avec des amandes cl du 
sucre raOlné ; 



CHAPITRE ex XIV. 239 

jjXli Ç.^_)jij (Jm\x£. j^j..^ 

*J_ji ^^j>j (jJ^ Aj»Xa»*jI^ Jb 

^^-Jw*«j! Lg^ j_jJîl c_jUJ iils ii-j î i>^„_:>. Lg_A-j^ ^.^^ «-aJUIs 
^Li^ c:JJi ^jbjiJÎ /o^^ <^*-fr? l. Q A..v<^ JJà d)Uii> ^W-wJl /oJti 

Elles nagent dans des flots d'huile de noix , et ma joie , quand elles de- 
viennent mon bien, 

Est comparable à la joie d'Abbas lorsqu'il touchait au succès. 

Souli ajoute: «Je rappelai alors au Khalife ces paroles 
d'Ibn Roumi: 

Puis viennent des /cataï/" délicieuses. 

— «Voilà qui demande un commencement, sYcria Mouk 
lalî, récite-moi la pièce depuis le premier vers.» Je conti- 
nuai ainsi (pour Texplication des plats énumérés dans cette 
pièce, voir les noies à la fin du volume) : 

Une samUah jaune comme un dinar, dont elle a la valeur et l'éclat, 
vous est servie par un jeune page ; 

Le feu l'a gonflée et rendue semblable à une oie rôtie; il semble, 
quand on l'apporle, que sa peau va éclater. 

La (Ijoudabcli répand sa pluie odorante. Puis voici venir les crèmes 
d'ainandcs farcies au sucre ; 

Quel ciel bienfaisant répand cette pluie, quelle terre fortunée en 
est arrosée ! 



240 LES PRAIRIES D'OR. 

j„À«^A_^ {^-4- (J-* 13"-^ u^ W-^ (:r^ l^*xJ>^j-iJ»j Uib 
j«X_Aiao ry_Q-X.5!.jC QbL|wj| t|Jv/* »^*'- — >^j~> ^^^ J— ^ L§jL«*XJljj 

liX-^ù <X.«j ^»^J (j^J ^3-J ^■À^)_5 (\,y*ays (^^. qj tX^ Ju 

Qu'elles sont belles sur la table, dans le beurre et la saumure qui gré- 
sillent sur les bords! 

Nous épluchons la peau qui recouvre la chair de ces amandes : c'est 
de l'argent que nous dégageons d'une feuille d'or. 

On avait d'abord servi des ierid fleuries comme un jardin et bien dignes 
d'occuper la première place , 

Et des hachis tout dorés de Jaunes d'œuf qui leur font comme un vê- 
lement, une parure. 

Puis viennent des liataïf déllcicLfses qui charment le palais et flattent 
le gosier : 

Le sourire épanouit les visages à la vue de ce beau sucre candi qui les 
recouvre et forme avec le beurre une rosée de larmes. 

« Mouktafi trouva ces vers à son goût et me fit signe de 
les écrire, ce que je fis. » 

Le même Mohammed (fils de Yahya) Souli rapporte aussi 
ce qui suit: «Un mois environ après cette séance, nous 
dînions encore chez le Khalife, lorsqu'on servit une lou- 
zindjeh (nougat d'amandes). Le prince demanda si Ibn 
Roumi avait mentionne cette douceur dans ses vers. « Oui , 
Sire, répondis-je. — Quels sont-ils ? — Les voici : 



CHAPITRE CXXIV. 241 

LaS^ I4J LjOii JjtS? jl 4P— iJî i._j^ ^^'-J^JS^ iK (iT* 
l-A^Hw^i ^jjjj'^i iS^ -"^^-Mi iLj^^iX.-^ -olj/j iiJj-£Ù»X^ 



Ne manque pas de m'apporter ce nougat dont la vue excite l'admira- 
tion, ou j'en serais surpris: 

C'est en vain que l'appélit ferme ses portes, l'approclic de ce mets le 
Jorce à les rouvrir. 

S'il voulait p6n(Urer dans nu rocher, son parfum lui eu faciliterait 
Pacc^s. 

Sou arôme délicieux se rcpaud autour du |)lat dont le beurre entoure 
les bords. 

Son aspect vient en aide à sa bonté intérieure, et sa beauté rend sa 
saveur plus exquise. 

Sa farce est épaisse, mais son enveloppe plus légère que le souffle de 
la brise. 

On dirait que sa robe déchirée laisse passer des gouttes de sirop cris- 
tallisées. 

Et que son tissu délicat emprunte aux ailes de la sauterelle leur trans- 
parence. 

Les dents qu'on fabriquerait de sa pâte seraient blanches et brillantes 

Comme des pièces d'argenl dont la main de l'Iiomme aime ;\ se char- 
ger. 

Bien enduit de beurre, d'une coideur bleuâtre, gris à l'intérieur, il 
ressemble ,t la pierre a:rah , aux paies reflets. 



2/i2 LES PKAIRIES D'OR. 

LaJ LtfilS)*.^ fj^yj^l] îiî ii_5 Ui*_AJ Ugjlj (^.-«•îi iiî ^* 

c:<^.Aii2i^ «Xï^ ^■6'^^ c:a.jI i!^_£L.aw (jrt»_-A_sJi 1^1 

On goûte les amandes et pas une amère n'écliap^ie au dégustateur sans 
qu'il la refuse; 

Les connaisseurs liabiles qui en ont choisi le sucre ont rivalise do 
sévérité dans leur choix. 

Les veux ne se lassent pas de le voir el les dents qui le croquent ne 
s'émoussent pas. 

« Mouktafi apprit ces vers par cœur, et il se plaisait à 
les redire. » 

Au nombre des vers remarquables composés par ce Kha- 
life, on cite ceux-ci: 

Je suis épris, mais ne le raconlez pas, épris d'une jeune esclave belle 
comme le soleil, que dis-je! plus belle encore! 

Sa beauté est la perfection même : mon bonheur est de la voir, mon 
chagrin d'être privé de sa vue. . 

Ainsi que ces vers du même Khalife : 

Satisfais les désirs de ton âme, el aussitôt elle forme de nouveaux 
désirs. 

La .vie, c'est ime heure nù lu apparais el qui s'écoule. 



CHAPITRE CXXIV. 2-'i3 

.JIaJIw IJv.;î> U iii Z^ ^_Ji Jjs — )t_j 4^ tX 

bùiosiî^ 5_^AaJi Oj.*Ai ^|Ji t« JfewitJ (jL? ti CJ-» 
•«X_A_A-J y^^ <iî l-À.A.(pLjl5 io^^iil iJ»\XAs\ ^^J^5 g^^ ^ - rtf U^j 

w - -^ 

Un amant impose silence par sa mort aux reproches de ceux (jiii le 
censuraient. 

Kt ceux-ci : 

Qui veut savoir ce que j'éprouve? Ce sera counaiire les lourinouls (!<: 
l'amour. 

Elle était mon esclave de naissance, mais en réalité c'est moi que 
l'amour a fait .son esclave. 

Je lui ai rendu la liberté, mais l'amour ne me rendra jamais la mienne. 

Je liens dti <»roniniairieii Ahou Ahd Allah Jhraliim (fils 
(le Mohaiiniicd, (ils (rOrlali) , auvmmïmv. iMflmcei h , le m;it 
suivant ()iH' lui avait transmis Abou Mohammed Abd Allah, 
fils de Ilanxloun. «Nous causions un joiu-, raconte c<; der- 
nier, en présence de .Mouklali, des dilTérentes sortes de 
boissons, et nous en étions arrivés au genre particulier de 
in'hid (pie Ton nomme douchai) loiscju'il est amélioré par 
Taddilion tlu dudi vl du dihs (jus de raisin réduit en siiop); 
nous avions devant nous une grande coupe ou vase à boire, 
Les vers (Flbn Jloumi sur celle l)f)issoi) juc icvinrent à 

iG. 



244 LES PRAIRIES D'OR. 

ii.cJ⣠<xj^_jÀaIo Uj Js.jI i^y^ ^^^ ^.UiaJi p*XJs_j ^ui^*Xj| tjj-v*i 

ylji «^ Js.A.^\.Jî j.Aifc JUj jJai».^ Ci^ivJ^fii ^l>*>Ji |tru;:> t^ 

Tesprit, et j'allais les réciter lorsque le Khalife, me prévc- 
iiajit, demanda si quel{[irun de nous savait des vers ayant 
trait au douchab. Je m'empressai de lui citer ceux d'Ibn 
lioumi : 

Prends les meilleurs grains el le meilleur sirop, presse-les el les ma- 
cère avec soin ; 

Laisse-les sc>journer longtemps au 'fond d'un vase et tu boiras alors le' 
vrai vin de Babel. 

«Maudit poëte, s'écria Mouktali, qu'il était gourmet! H 
« m'excite vraiment à boire aujourd'hui du doiichabi. » Quand 
on servit le repas, on posa devant nous un grand plat de 
herîçeh (pâté de viande), au centre duquel se trouvait une 
sorte de large saucière remplie de jus de volaille. La vue de 
ce mets me lit sourire, parce qu'elle me rappelait l'histo- 
riette du Khalife Réchid avec Abban « le lecteur. « Mouktali , 
surprenant mon sourire, me dit: « Père d'Abd Allah, pour- 
« quoi celte gaieté? — Prince des Croyants, répondis-jo, je 
«songeais à une histoirç de pâté et de jus de volaille, où 



CMAPITRF, CXXIV. 2^5 

l.^xij-=».l ^jL»î L» *Xx^^'l JUj t53^ /rfvwjj! i^Aijlî )^Av»»o ISsJo 
aMi iJiLij iL_>«X-<û j»5A_*ifcJt iiÂj<x^ (j) ^^^j3 (^JCjLv^ (j^«A«jj 

^^Awl -iVifc. (^ÙjU» iXJ<X.^I cxjlà» yj22^ \j\ 4^>05 «^1 «Xa^. (A-^' 

« figure votre aïeul Récliid. — Voyons celte histoire. — La 
«voilà. Sire. Au rapport d'Otbi et de Medaini, Abban, le 
•< lecteur, mangeant un jour avec Récliid , on servit une magni- 
« fique keriçeh , au milieu de laquelle se trouvait, comme dans 
«celle-ci, une sorte de large saucière remplie de jus de 
«< volaille. Je laisse parler Abban: « J'étais l'orl alléclié p;ir ce 
«jus, mais, par resjiect pour lléchid, je n'osais allonger le 
'■ bras et y tremper mon pain. Cependant j'y |)ratiquai avec 
« mes doigts une petite ouverture par laquelle le jus coula 
«de mon cùté. — ■< Abl)an, me dit le Khalife, J'as-tu brisé 
•' pour noyer ceu\ (pii sont autour? (Koran, XVIII, 70.) — 
«Non pas, Prince; des Croyants, répondisje, seulem(?nt nous 
«le poussons (le jus) vers un pays mort de sécheresse.» 
« (yVllusion à honni, V'H, 55.) Ri'cliid ril de celle saillie ii 
« s'(!n tenir les eùles. » 

En Tannée 295 arrivèrent à Hagdad les prc-senls ollcrts 
parZyadcf Allah, (ils (lisez pelil-lils) d'Abd Allah, surnomme 
Ahou Mmlar: ils se composaient de deux cenis eunu(pu\s, 
lanl noiis (|iir blancs, d<' <'<'mI cinciuante filles esclaves, de 



246 LES PRAIRIES D'OR. 

/j\.JCjU»o ^^.x_.<iwo_5 c:a,*m_*,aa« ij î js-iù aXSI <>>./.£ Qj M) iii>\jj 
»^| CJv-jiii (j-« A>^.i*.l (jvJoU^ (jvx^wj^ ij*-^ ^-^ li JySJ'^ 

\^«X4.<*l3 t-Mi^-à^il j,S y.j <J^ (jjj ^î <^'^j ^AibiJi v_j.^^j ^jl 

cent chevaux arabes et d'autres objets précieux. C'est en 
1 84 de l'iîégire que Réchid , étant à Rakkah , investit Iljrahim , 
fils d'El-Aglab, du gouvernement de l'Afrique du Nord, 
dans le Magreb, où la dynastiç des Aglabites régna jusqu'en 
296, date de l'expulsion de ce même Zyadet Allah ; d'autres 
disent jusqu'en 296. Il fut détrôné par Abou Abd Allah 
Mouhtesib , surnommé « le missionnaire , » qui , à la tète de la 
tribu berbère des Kenanah, soutint les droits d'Obeïd Allah, 
maître du Magreb. Nous avons dit déjà que cette contrée fut 
donnée en fief par Mansour à Aglab, fils de Salem, le 
Saadite (cf. t. I, p. 870, et Ibn el-Athir, sub anno 1A8). 

Mouktafi-Billah, étant à Derb (faubourg de Bagdad), sentit 
son mal empirer ; il fit appeler Mohammed ben Youçouf le 
Kadi et Abd Allah , fils d'Ali, fils d'Abou '1-Chewarib, el les 
prit à témoin du testament qu'il faisait en faveur de son 
frère Djâfar, héritier présomplif. Ayant déjà fait mention 



ciiAPiTm-; cxxv. 247 

j.-«î_5 *L^jlj ^..«^Jî j.A)!_5 j.Aiijf ^^àÉ^AJl 0ol Axai J, ^.ji^Jii 
«XJ» AJCiXiw jj jl^ l^ tiUi ^^^ ^UI 4^ A^jj^à^_5 ^Jt^j^i> 
(^Lili k^g_5 ^iij (jUj^Jl jWi>-l IA^jU-S" i JJi «jJJT <^ UajÎ 

<I>Lli Lkjo (O^ v^^j^lj ^j*»^l^ («jUJI 

«-i»J_iw iLV^J «y^i^ v±>^\a] *Js.&.il! ^y_ (jl(5 aXSL J.iiil 8_^! 

de sa mort (ci-dessus, p. 2i4], il est inutile que nous y 
revenions ici. — L'histoire de Mouktafi-Billah , celle des 
événements de son temps, tels que les exploits d'Ibn el- 
lialkhi en Egypte, la révolte des Karmates en Syrie, celle 
de Zikriweïh et son expédition contre la caravane de la 
Mecque, tous ces faits et d'autres encore contemporains du 
règne de Mouktafi sont rapportés au complet dans nos 
Annales historiques et dans le Livre moyen ; nous sommes 
donc dispensé d'y revenii- dans cet ouvrage. 

cHAPrniE CXXV. 

KilAI.lFAT Dli MOIÎKT \UI lllil M.AII . 

Mouktadir-Billah (Djûlar, (ils (TyMuncd) lut proclamé le 

jour même où mourut son frèn? Alouklali-Billah, le dimanche 

I .'i (le (loiri-k.iflt'li .>\)'>. .Sun snnmrii est Ahoii 'I Faill; il cul 



248 LES PRAIRIES D'OR. 

/wmJ) (j^ T^^i ^y^. y*^*^ iuCAwjj '>^'*>u yM*& «X;».)» i4A.M( /vj>«.Aw>£k 
5j.S jl<X.i^ tj cX^ *X5p CwjiJ wifc* i^MéJ^^ (\A.w yviXj^ i^Jl.jC' 

c;^.A.«M.J) -.j,o li dLji^ Ajï_« b^-jlî^ 5_^AAJij (jiA«w=I />o jjAjUjtJi 

pour mère une esclave nommée Chiqh (la turbulente); de 
même la mère de son prédécesseur était esclave et se nom- 
mait Dalouin (la méchante); mais gn n'est pas d'accord à 
cet égard. Agé de treize ans à son avènement, Mouktadir 
fut tué à Bagdad, après la prière de Vasr, le mercredi 27 
chawwal 820; il avait régné vingt-quatre ans, onze mois et 
seize jours, et était alors âgé de trente-huit ans et quinze 
jours, mais il y a d'autres évaluations relativement à son 
âge; Dieu sait la vérité. 

ABRÉGÉ DE SON HISTOIRE ET DE SA VIE; PrUNCIPAUX 
ÉVÉNEMENTS DE SON REGNE. 

A l'avénement de Mouktadir, le poste de vizir était occupe 
I)ar Abbas, lils d'El-Hacan , (pii exerça ces fonctions justprau 
jour où, assailli par Iluçeïn, fils de Ilamtlan, paiWaril', lils 



CHAPITRE CXXV. 240 

M>.i^.^»«Jj CJA-u» xXmj J^i^l >tJy^j Cj-» '■^^J'J ^■fr^ 8wi*A ^^«X*».^ 

â:>yL<i^ ^tiÀisI ^j^ yj^^lxi.1 %^ a*^^ j JOCJiii ^Ui»-! (j*.UJt 

_j._il Uuuts «X35 ii«X*j^Ui^l (j.« Aj_j<XJî jUiw! i dUi JJSj 

0»Jl ij j^KJOiil jLfcifci u-iÀA? y*»j*XA* 0.ji fj\ iL>\jù\}\ Jj^\ (j-« 

Xiâ*0^ <9k_A^ u La À .rw^ x^^ ^ c:xxa:> fâ^Uik.1 (j^ 3U<ei^^^ 

de Sawarteguîn, et d'autres chefs, il fut assassiné avec Fatik 
(samedi, onze jours avant la fin de rébî I 296). 

Les faits relatifs à Abd Allah Ibn el-Moutazz , à Moham- 
med ben Daoud, etc. sont de notoriété publique ; on les 
trouvera dans notre Histoire moyenne et d'autres ouvrages, 
au chapitre du règne de Moukladir-Billah. On a plusieurs 
histoires de ce régne, les unes faisant parlie de riiisloire 
générale des Khalifes, les autres formant une monographie; 
parmi les premières, il faut citer la portion de la Chronique 
de Bagdad intitulée « Histoire de la dynastie. » En oulre, on 
doit à Abd Allah (Dis d'AlxIous) Djibchiari une histoire de 
Mouktadir qui n'a pas moins de mille folios ; j'en ai eu 
entre les mains une faible parlie. Ce fait d'une hisloire de 
Mouktadir par Ibn Abdous ayant une étendue de mille folios 
nous a été afiirmé |)ar plusieurs personnes instruites; (piant 
à nous, nous ne donnons ici (|u'un résumé historique de 
chaque Khalife, uoirt; but, eu présentant ce résumé, étant 
de sliitinlei rc'liidc l'I de iiiidl i|>liei- la connaissance et le> 



250 LES PRAIRIES D'Oïl. 

)i_^_^ Lt.£^>_k_^ l^-fiLi UaXj lAjii j.x.m /V.J 4X1 î tX^£ ^(<» 

^^X»»*j1j vii-*.Xjs t-^A^i V_Àl3l_5 L^_À_S J^_S_j" «^iiiUJÎ J^jij- 

jv>OC«o Ak«i (j-â «X ibl ii 1 x!^ 

copies de l'histoire du khalifat. — Abd Allah, fds de Mou- 
tazz, fut un hoiume cultivé, éloquent, un poëte de race, 
excellent et maître en son art ; il se distingua par la clarlé 
et la simplicité de son style , par sa verve heureuse et son 
talent d'invention. Voici quelques-uns de ses vers : 

Elles me disent en blâmant mon amour : Oublie celle que tu aimes, 
e.leins dans les consolai ions les ardeurs de ton cœur. 

Le pourrais-jc, hélas! Un baiser pris à la dt^robéc sur ses lèvres me 
réjouit plus encore que le malheur d'un ennemi. 

Et ceux-ci : 

Regards languissanls d'amour, cœur de pierre: 

On dirait que ses œ'ilades demandent merci pour ses cruaut('s. 

Et les suivants : 

L'âge des erreurs, le temps des reproches sont passés : mes ciieveux 
ont blanchi et leur noir cm]irunté se divulgue à tous les yeux. 

Je nie fais horreur à moi-même dans ma décrépitude; comment scrais- 
jo encore aimé des belles jeunes filles à la gorge rebondie!' 



CHAPITRE CXXV. 251 

jj^Ia«« (j^ ^;Û jJÛ <XJ I ov««> <-^JiU,à i\-A-A-*a-r<- '^ u^i ^^x.Ai*Aji_5 

L4 *^'— *-^ i rr-l— S_0^t -i-i «XS_5 L^^wbo iJUUfcJî ^^'ilft U:*jUi (jU 

Et ces autres vers; 

Etrange contradiction de la forlinio! !Mal singulier qui porte en Uii- 
mème son rcmcdc! 

Ce môme jour, qui nio faisait pleurer de douleur, lorsqu'il est suivi 
d'un lendemain, me fait pleurer de regret. 

Citons encore ses vers sur le vizir Al)ou 'I-IIaran Ali (fils 
de Mohammed, fds de Forât) : 

Abou'i-Haçan, tu as aplani la route sous mes pas; lu as, contre l'adver- 
sité, armé mon bras d'un glaive ('•prouvé. 

Tu as rcv(^tu ma poitrine d'une cuirasse solide, et dans la nuMée de la 
vie je crie (à mes ciuienjis): Qui osera me combattre I' 

Et ceux-ci : 

Une des pires disgrâces de l'Iionnue Ar. c<i'(M-eNl lie se désiiouorer poui 
celui qui n'a pas la générosité facile; 

Mais comment arriver an but si l'on ne s'épsiise à solliciter les laveurs '.' 

Et ceux-ci : 

Si je le d(''sire , if's crliansons revicnncul me pn'scnl<'i l.i i niqx' , I()im|iii 
le matin l'ail une trouée ;i travers la nuit; 



252 LES PKAiniES D'OH. 

L..^,_;i_x» .>A._5|^_Jjlj ,^^-A> Ai>^ A.kA~^ <X>o tXa vjs5.J|^ S«>JI ci».X^ 

Kt la voûte céleste, alors que l'aurore jette ses premières lueurs, res- 
semble à une ctonc de diverses couleurs, eurichie d'une bordure d'é- 
toiles. 

Et les suivants : 

Je pleure si une étoile disparaît; il i;ie semble que j'ai perdu un ami , 
ou (|ue la mort m'a ravi un proche parent. 

Si un astre ijlisse sur les bords de la voûte obscure, des larmes, étoiles 
lugitives, glissent le long de mes paupières. 

On admire aussi les vers du même poëte à Obeïd Allah, 
lils de Suleïman : 

La famille de Suleïman, lils de Welib, m'a prodigué ses faveurs, et les 
bienfaits dont je lui suis redevable datent de loin : 

C'est elle qui apprit à la forluue à me traiter généreusement, c'est elle 
qui lava le sang cpii souillait les vêtements de mon père. 

Et ceux-ci sur la mort du Khalife Moutaded-Billah (([ue 
Dieu lui fasse miséricorde ! ) : 

Ils oui accompli ce qui lui était dû; |)uis. plaçant à leur (été nu [tuaut 
dont la voix rénuit le peuple, 



CUAPITPiE CXXV. 253 

^ j (■ I- 

I 

Ils ont prié sur lui (sur Moutaded), aussi respectueux cl humbles ([uc 
le jour où ils venaient lui rendre hommage. 

Citons également ces vers adressés à Moutaded, qui s'était 
fait saigner : 

() sani; (jui jaillis du bras do Vlmam, lu es plus pur que l'ambre cl 
le vin. 

Kn le voyant couler dans le bassin, je croyais qu'un llol de lariiicvs s'(''- 
thappait de mes yeux ; 

Car c'est dans le cœur même de l'isLun (juc le nH'<lo(in a |)loii^(' la 
|ioinle de sa lancetlc. 

Et ceux-ci : 

Supporte la jalousie de ton ennemi : la palicnce lui sera niorlcllc; 
C'est ainsi (|ue le icu, l<)rs(|u"il ne Irouvc [dus d'alinienls, liuil par si 
rli'vorcr lui-même. 

El les vers suivants : 

I.a (oupc circule parmi nous aux mains (l'un jeune /(W;i (pii rèj;nc tMi 
lyrau sur les eœui's el sur les yeux ; 



254 LES PRAIRIES D'OU. 

j_X-?i" f»"^ S<.X.i*- (j-t ii).À>i*o !«Xj (;jvfi>r M»-**Ji lias- ios 

. I 

A_À'.À-S»j) jb (j^ tUAJi Li CivÀïj AS<X,«o ÇJjJl^ M^ 

If ^ -^ 

cK^ CJ^ C5>-^^ l^gA^ c:Aij^Xj Ai U&<X.i!» ^j>^ ^'^jij C^^'^^ '^^ 

Les regards amoureux que s;i présence provoque semblent ré|Kindrc 
sur sa joue ic sang (le coloris) de la pudeur. 

Et ceux qui suivent : 

Un jeune yfto/i tout fier de sa beauté et dont les œillades feignent une 
langoureuse ivresse: 

Ses boucles de cheveux ressemblent* à un scorpion qui, en «appro- 
chant du foyer de ses joues, hésite et s'arrête. 

Et ceux-ci : 

Lorsque je cueille une rose sur ses joues, ne dites rien, la pudeur y 
fait éclore une autre rose. 

Abou Bekr Mohammed (fils de Daoud, fds d'Ali, fds de 
Khalef), jurisconsulte, originaire d'Ispahân , mourut en 296. 
Il plana dans les liantes régions de la littérature, parcourut 
les vastes mers de la lexicographie, les routes divergentes 
des sciences religieuses et toucha au but des recherches 
scienlili(|ues. H se distingua surtout comme légiste et se fit 
un rcMioni unique et à Tabri de toute conleslation. Dès sa 



CliAPITPxE CX.W. 255 

j! JO^J! V^^^ J_^^^S iiij.R^ Ji J^^_jJî J, <5ijUSo c:*l4AJuii 

sr^ll AjlxS'ij <!OcaS'Ij A.jlA*i yi^ÀA* ^ ^y**r^lj Xf.i Jlï Ltf^ 

première jeunesse, bien avant d'atteindre à l'âge viril, il 
composa l'ouvrage connu sous le titre de Zohrah; plus tard, 
son esprit ayant gagné en élévation et en vigueur, il éciivit 
difterents traités de jurisprudence, tels que « l'Introduciion 
à la connaissance des principes (du droit), «le Kitab elinclar 
(l'admonilion), le Kitab cl-idar ival-idjaz (livre de i'excuse cl 
(le l'ahrévialion) , et aussi l'ouvrage nommé RéfaUdion , dirigé 
contre Moiiammecl hen Djerir (Tabari), Abd Allab ben 
Charchir et Yça ben Ibrahim, surnommé Vaveugle. 

Voici des vers, fruits de sa première jeunesse, et (|u'il 
inséra dans son Kilah - Ezzohrah ; ([uoiqu'il lut habile écri- 
vain en vers comme en prose, il les attribua cependant à un 
auteur contemporain : 

I^'anxiété d'une st'par.ilion procliainc tlccliiie mes entrailles; il nie 
seinl)lc que mon cœui- se hrise de désespoir. 

An sein même de l'inlimilë, le Cfeiu' retlonle le coup de la sépaialioi: 
et répand des larmes tpii coidcnt rajiides. 

S'il savait . re cœni\ jouir dn présent , connue il .sait s'attrister île l'avenir. 



25G LES PRAIRIES D'OR. 

^îji l.^.À^ (3"*^ ^ '-^^^•MJ y^ — À—il çj^ J,—^] fjj^^ (*— ^3 

Il serait partagé entre le bonlienr et la souffrance ; mais la crainte d'une 
désunion prochaine le domine et l'accable. 

Et les suivants : 

Jouis de la présence de ton ami an moment des adieux, jusqu'au jour 
où tu goûteras les joies du retour. 

Que j'en ai éprouvé de ces alternatives d'union et de séparation, de 
grandeur et d'abaissement! 

Que de coupes plus amères que la mort j'ai vidées sans que mon bras 
ait perdu sa vigueur! 

Mais de toutes ces épreuves je ne sais rien de plus amer qu'un dépari 
non précédé d'adieux. 

Grand Dieu ! faut-il donc que les liens de l'amitié, même la plus fidèle, 
finissent par se briser ! 

Et ces autres vers : 

Malheur à l'amant qui, dissimulant sa flamme dans ses discours, lu 
Irahitdans ses soupirs. 

Celte passion qu'il veut cacher, personne ne l'ignore, pas même les 
chameaux, les voyageurs et le hadi (chanteur) de la caravane. 

Eu .M)3, sous le lè'jfne de Moukladir-Billah, mourul Ali 



CHAPITRE CXXV. 257 

2I>1^ wA.x5 ii_5 w<_iA» iij) Wj^i -^J >JJ^ ''^j^'* J^**.^ ^3 *l.^UÎ ^ 

*|jl_^_5 (j*-j — > \ g_A_j!_y._s»- jj^ l_^_^jLi^ J<>J!_5 l^Xa^-li 9-y^^ 

(2) . , 

^^— A Jj CJJ_j — *î ^-j^ Car—'' U~*w-j (^yiitS-j.^ *^j-i tiL*^ 

- *- ^ o 

(fils (le Mohammed, fils de Nasr, fils de Mansoiu), Ibn 
Bessam, poëte mordant et naturellement enclin à la satire; 
vizirs et émirs, grands et petits, personne n'échappa à ses 
traits; son père lui-même, ses frères et d'autres membres 
de sa famille ne furent pas épargnés. Voici, par exemple, 
des vers contre son père Mohammed ben Nasr : 

Aboii Djàfar s'est construit une solide demeure : ses pareils, en effet, 
bâtissent les plus beaux bôlcls. 

Mais la faim y entre par une porte, la honte en sort par une autre ; le 
mallicur, l'adversité en gardent les abords. 

Pourf[iini ce, mur fortifié qui entoure rot liùtfl , lorsque l'eMU et le pain , 
loiit nian([ue à l'inli-rieur? 

Kt ceux-ci, dirigés aussi contre son père : 

Tu vivras, je le \rii\ bien, la vie fie vingt vautours, mais crois-tu donc 
que je mourrai et que lu me survivras? 

Dussé-je ne vivre qu'un seid jour apr^s toi, je juie de l'aire inie large 
trouée à ton sac d'ériis. 



258 LES PRAIRIES D'OR. 

iL9_j,^î j-Awo! (j5j-5 (^J (^..^îj liLJi *X.«.^ AMIj j JOiJiil yJ;^ 

(1) : * 

M *^ 

Ainsi que les suivants : 

Pour lui, la faim est hygiénique : il prescrit la diète et se l'impose à 
lui-même; on ne voit clie/. lui que gens affamés. 

Il prétend que la misère est fille de la générosité et des ])ienlaits et 
qu'il n'y a aucun plaisir à faire le bien. 

11 a confiance dans la fortune, n'en redoute pas les caprices et ne sait 
pas que l'homme est le gage de l'adversité. 

Abou 'i-Haçan Mohammed (fils d'Ali le jurisconsulte), 
surnommé le /i6rai>c, originaire cTAntioche, m'a récité dans 
cette ville les vers suivants d'Ibn Bessam, où ce poëte cri- 
tique en même temps l'émir Mouaifak, le vizir Abou 's-Sakr 
Ismâïl, fils de Bulbul, le Tayite, cjui était gouverneur de 
Bagdad; Abdoun le chrétien, frère de Saèd (ben Makhied); 
Abou 'l-Abbas, fds de Bestam; Hamid (fds d'El-Abbas), qui 
devint plus tard vizir de Moukladir-Biilah, et enfin Isbak 
ben Ymran, alors gouverneur de Koufah : 

Mouaffak compterait sur la prot(!Ction de Dieu, lui qui ahaudounc le 
gouvernement à une liumblc femme, 



CHAPITRE ex XV. 259 

A._A_iii L.<-_ïj_i iC_Aj|«X_J A ji CA A._^ C>_A_Ai7^ (jU 

*3i (S-iï'i-i ^—6—^1 *La_jûIjvJ j_A_x>ii! ^*x_j yî_j-5 i>^Î3 

.« — jjL-^}-. Jlj *<>JÎ x_A_xJ <jl sil iji) yU^, l] J. iè. 



Aprî's l'avoir aljaiidonnc d'abord, je l'attesle, aux mains d uno pros- 
n illiée ! 

Mais il lui suffit qu'elle soit satisfaite, et il tourne autour d'elle comme 
ame roue liydraTdi(pic qu'iuie autre roue fait mouvoir. 

Ce fds de liulbul, qui prend le titre de vizir, il ne conj]>lait jias dans 
4cs âges ancieu.s (il n'a j>as d'anrd'trcs). 

C'est un meunier de Tay qui gouverne et Bagdad et le SIka-el-Frat (ter- 
ritoire arrosé par l'Euplirate) et Zorfaniyali. 

Un Abdoun commande aux Musulmans, tandis que ses pareils payent 
la capitation. 

L'bommc louche de lîestam est devenu mnchir, lui un ancien tisserand 
à iiur/.atyah (village voisin de Bagdad)] 

Etre Ilamid, ô mes amis, s'il ne dépendait (pu; de moi, je lui alla- 
rlicrais au dos une outre de porteur d'eau. 

Oui, j'en ferais ce (jiril ('tiiit jadis : lui jx.'lll inarcliaiid de grenades de 
Iladrawyali. 

Et ce Isbak ben Ynu'an (ju'on appelle IVniir, un fléau et qiud Qéau ! 

Le K-Lalifal lui-même est abandonné, li^ liône (pi'il occupe est (b'Iaissé. 

Laissons le moiule à ses valels cl (pi'ils i-nurnil .-m dcv.inl di- l;i Miali> 
diction de Dieu cl de l'ciirrr' 



2G0 LES PRAIRIES D'OR. 

j.X2Jl.jt JJi i iiJ^^XJl J^-i^î >^UX) ^^ ^"^ »J-*-^ tS J^ 
j.\,*Io ^jJ^ ^J-A^ <--<-=*'-*» (^^jijfiOt ^\,>^JJ tjj"^^ J-^î «X,*i,j|^ 

Mon Dieu , de vils intrigants vont à cheval , et cependant je vaux mienx: 
qu'eux; 

Ou donne -moi \ui équipage comme le leur, ou délivre -moi do ces 
bâtards. 

Le poëte a su réunir dans les vers qui précèdent tous les 
grands fonctionnaires de son temps. — Le grammairien 
Abou Isbak Zaddjadj, élève de Moberred, cite les vers sui-. 
vants d'Ibn Bessam contre le Khalife Moutaded, qui venait 
de faire circoncire son fils Djâfar Mouktadir : 

Le peuple, en revenant de la fête de Circoncision, réclame des sangles 
( pour se serrer le ventre) contre la faim. 

Pour moi, je trouve la chose naturelle : c'est ainsi qu'on céltbre la 
circoncision des orphelins. 

Contre Moutaded : 

Jusques à quand serons-nous frustrés dans nos espérances cl ne pour- 
rons-nous nous arracher ii un espoir mensonger 1' 

Mais si- tu as été nommé VI/ohUk/ci/, c'est, je pense, que tu seras bientôt 
porté sur les épaules (c'esl-îk-dire dans ton cercueil; le poëte joue sur le 
doidjle sens de adcd). 



CHAPITRE CXXV. 261 



1) • *■ 



*J^— ^ Ciï-^^ J^^ is ^' ^ — ^ — *'^ 

> ■• s ■ p ^ > 

^Àifc_;^5 Jl <îOL« li^r^l t>vj ^^Jv.lc 0.-»«^i i\li;5. 

Contre le vizir Abbas, fils d'El-IIarun, et contre IJ)ii 
Uniarweih Kborarâni, qui était à cette époque gouverneur 
de Bagdad : 

Dieu maudisse celui qui a investi Ahbas du vizirat, 

Celui (|ni a doniid au lils d'Omarweili le gouvernement de Bagdad ! 

Un vizir à la face ridée, veulru comme un sac à fourrage. 

Au dos orné de deu.v bosses, à la t(îte en forme de concombre. 

Célèbre eu tout temps par sa perfidie et son astuce; 

Et un Emir de race étrangère, comme Ilimar bcu Ilimarab (Ane, fils 
d'ânesse) ; 

L'islam s'est éloigné de nous, depuis (pu; radniinislration est eu de. 
telles mains. 

Le même Abou M-IIaraii , nalil" d'Anlioche, m'a récité Tépi- 
granime suivanlc (Flbn Bessani contre; le chanteur Abou \- 
llaran Djahdali Barnicki : 

FjO généreux Djalidali m'a accordé une, laveur dont je, lui serai recou- 
naissaul jusqu'au jour du jugement dernier : 



262 LES PRAIRIES D'OIi. 

âj._S^ — iLJI^ c:»|js._>î! J-47J J— jLi£> ^Jâ-j ji (S ) *_^ i 

J-6-**''.^-^5j J*^^-»'2.JI^ ^j^JûaM ^ »il._jç_^ J._Ji *îji ^»^_i 

Il m'a montré la croupe de sa rosse et m'a dispensé de voir son disgra- 
cieux visage. 

Vers du même poète contre son père Mohammed, fils de 
Nasr, fds de Mansour, fils de Bessam : 

Une hhahissah (voir ci-dessus, p. 5Vi) glacée avec un petit morceau de- 
sucre, une pauvre alouette cuisant au fond d'un pot : 

Voilà ce qu'on trouve chez un hôte plus magnifique que Hatcm, qui 
lait cuire deux plats sur une cassolette (pour économiser le feu). 

Et encore n'est-ce pas tous les jours, mais seulement dans ses invita- 
tions maudites. 

Chagrin, renfrogné pendant ces jours de fête consacrés au plaisir et au 
rire joyeux, 

Il dit à celui qui partage son repas : Peste soit d'un pareil estomac, 
c'est un gouffre ! 

Autres vers contre son père : 

Le pain d'Ahou Djâfar est un élcctuaire plein d'aromates cl de simples : 
C'est un remède à tous les maux, douleurs du ventre, de la poitrine 
"l ilux de sani;. 



CHAPITRE CXXV. 203 

U) . » 
I^-j-io ;X_\jj)^ LLLa_) Aa,5 wjâ -Vj^ ki t^y*"***-* <3 ti ^^^ 

Joui (♦X^îjxi ^ iiij "^iU^ Liû^X_*3i JLsii j3_^.^x*i^ /jl 

Son j)lal, j)clit coniine une l)iircUe (riuiile, (ipomaiilc les regards des 
convives rangés autour de la laide. 

OI)lcuir quelque cliose d'une telle main, voilà ce que les deslins n'ont 
jamais permis. 

Même sujet : 

iSollicilant ses bienfaits, je lui avais eiivoy»'. lui ane ; mais j'ignorais 
(|ue celle hèle serait de la laniillo. 

Or mon père m'a l'ait dire que nous l(! monUuious on connaun, lui par 
le ventre, moi sur le dos. 

Conlre plusieurs f^^aials personnages : 

Dis de ma part aux cliels, à ceux dont on attend les grâces, donl ou 
espère laveurs cl cnq)lois : 

Si vous me donne/, imc place, je m'y emploierai; sinon mon seul emploi 
sera de décliirer vos ré|)nlalions. 

Autres vers : 

Pourquoi murmuicr, pour(|uoi le |)laindrc sans cesse du lot (pic le 
.sort l'a dévolu ? 



264 LES PRAIRIES D'OR. 

ijy — *— Aï ^j — i— il (j-»j) i ^,?-^ (j^ t_j*;LjLj L, ik-j il 

Reviens à des sentiments plus justes, tu reconnaîtras que tes ressources 
sont encore au-dessus de ton mérite. 

Contre le vizir Obeïd Allah , fils de Suleiman : 

Obeïd Allah ne réflécliit pas, il est dépourvu de jugement et de rec- 
titude d'esprit: 

Il me rend la vie après m' avoir condamné; c'est la confirmation de' 
cette parole de Dieu : «S'ils revenaient à la vie, ils recommenceraient.» 
(Koraii, VI, 28; c'est-à-dire je l'attaquerai de plus belle). 

Contre Kaçeui , fils du précédent : 

Dis à celui qui gouverne l'État: C'est quand la lune est dans son plein 
qu'on s'attend à la voir décroître. 

Que j'en ai vu de ces ministres tomber du faîte des grandeurs dans le 
séjour de l'abjection et du mépris ! 

Contre Obeïd Allah , fils de Suleïman : 

Il le faut, o mon âme: sous le règne d'un singe, il faut se proslerner 
devant les singes. 

Le vent te favorise, 6 petit-fils de Wehb, manœuvre pour entrer bienlùt 
dans le port. 



CHAPITUE CXXV. 265 

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j^^\-^. ^-iLn-Jl i^laj^^_5 \ — |.._X ^-_^^— «JI jijjî tX-^ 
jjl^oJi *yi.Jb /o^^ajI U>-^^ l_j_<*XJb' (jJ*>^JÎ (-jIaauÎ J.J ^i 

i»jijî ^^«XjÎ lijj:) l^^^^. ^HS-J^ •^^--=?-^ i^^^ btX^ 

Contre le vizir Ismâïl , fils de Bulbul : 

La fortune d'Abou Sakrsera inconstante comme il l'est lui-même : 
Tel un nuage d'été qui, au moment où il promet la pluie, passe et 
s'évanouit. 

Contre le vizir Abbas, (ils crEl-IIaran : 

Toutes les rliarges d'ici-bas pèsent sur les épaules d'un vizir coniui 
pour être le tyran du monde. 

Ne sais-tu pas (ô vizir) l'bistoire de ceux qui t'onl précédé et comment 
le tourijiilou du maibeur les a entraînés? 

Cojilrc le \i/.ir Saèd, lils tle Makhlocl : 

Nous nous prosternons devant les singes pour avoir pari à ces biens 
que les singes détieiuienl à notre détriment; 

Et de tous nos cflorts !ios mains ne recueillent .Micnn linit, sauf la 
boule de nous être prosternés. 

Contre le vizir Abbas, lils (l'Ml-IIaraii : 

Tu construis sur les Ijords du Tigre un palais on In lullcs de splendeur 
avec ceux ([ui l'ont précédé: 



266 LES PRAIRIES D'OR. 

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v_À.Jî_^A«Jl ^3>-*=' tôL?^ '^■*^ (^ Lrfi<X.£5 wjji^Xî 5j_j.-g.-w c;-OLs_5 

(jfc_.*_A-^ Sb-XiU-^ As»»» O* X—i-Ji L-g.-J j—Xs) .Ji_A.J «^Ai» 

(j^ — À — ^ A jl^ j^tX-^jj J j..i..!l iS (O-^-^ 5*Xj U c:^Xï 

Mais ne te réjouis pas! Nous avons vu plus d'une demeure splendide 
comme ia tienne tomber avant d'être achevée. 

Contre le vizir Ali, fils de Mohammed, fils de Forât : 

J'ai attendu chez le vizir, supputant de longs mois, et le souvenir de 
mes anciens services ne l'ont pas ramené de mon côté. 

Lui, il ne me sait pas gré de respecter un homme de sa sorte, et moi 
je ne rougis ni ne me lasse d'attendre. 

Contre Abou Djâfar Mohammed (fils de Djâfar) Garhali : 

A mes sollicitations Abou Djâfar répond qu'il n'a pas le bras assez 
long : 

Bientôt, lui ai-je répondu, il en sera comme tu le dis. 

Contre le même : 

Sa barbe épaisse est appauvrie par l'épilation •, son visage est odieux cl 

maudit... 

Un jour qu'il bégayait et radotait comme ini lôu, je lui réjwndis: 
Dieu a dit vrai lorqu il t'a designé par ces mots: « Un homme mépri- 

sal)lo et qui ne sait se faire comprendre.» {Koran, XLIIf,'.')i et Sa.) 



CHAPITRE CXXV. 267 

»jtj<Â iùli *iU»( ^j^ »xij (jy)^*' (^' i *^3 

UaÀaj I yyjuLj jU^i jlxil »<Xjê jj -lilio (^j »X:^ 0j t!^*^J 

l^3j.:C« !5^-; ^jl^j *X^^^J ^J"**^' 'N'^^ il jyOÀ» QJJ.AJIJ (^i 

Contre Ibn el-Merzuban, auquel il avait demandé un 
cheval que celui-ci lui avait refuse : 

Tu m'as refusé une haridelle eiïlanqucc, de ma vie je ne te la deman- 
derais une seconde fois ! 

Tu la gardais, diras-lu, jwur ton propre usage; mais rien de ce ([uc 
tu montes n'est gardé (contre tes brutales passions). 

Autres vers estimés du même poêle : 

Quand je le soilicilc, il me promet monts et merveilles, mais, l'heure 
venue de tenir sa promesse, il fronce le sourcil et clierche des prétextes; 

Il s'excuse sur ses occupations nombreuses, mais sans la multiplicité 
de ses affaires je ne m'occuperais guère de lui. 

Ali (fils de Mohammed) Ibn Bessam a composé ainsi uiî 
grand nombre de pièces satiriques; les ([uelques vers (jue 
nous venons de ciler nous dispensent d'en donner davan- 
tage, et nous renvoyons le lecteur à nos oii\ lages précédents. 
— Son père Mohammed, (ils de Nasr, (ils (!<• Mansour, élail 
un honnne d'unr "rént-iosilé ef (rniic bienveillance extrêmes: 



268 LES PRAIRIES D'OR. 

*vWl ^_A_fr^j|j^i ^UjJLj l^j-jui^ sfjX\ Y^y^ (^v!l (>**;»- 

^-^ 3~*J ^^L«ji^î jjç^iii (^iaJl» o^-aXIs tXa jùumI^ <xa5 tS ^^ 
i^^Ji *l» r«\-> «25 s^*Xà ^■^î c:jt>sX9 AÀ..* tjJUlj ^*i*A^lâ 

w ^ ^ p 

il se distinguait par son luxe, la richesse de sa mise, par 
son affabilité et son goût pour la bâtisse. — Voici ce que ra- 
conte de lui Abou Abd x'\llali Koumnii. « Etant allé visiter 
Mohammed à Bagdad, un jour d'hiver et par un froid 
excessif, je le trouvai dans une giande pièce voûtée enduite 
d'un revêtement de mastic rouge (bol) d'Arménie, dont 
l'éclat était resplendissant. Au milieu de cette chambre , qui 
pouvait bien avoir vingt coudées en long et en large, il y 
avait un kanoun (brasier) avec ses deux zeraf, qui, ajusté et 
mis en place, n'avait pas moins de dix coudées de longueur 
et de largeur ; le brasier était bourré de charbons de gada 
(bois de tamarix). Le maître du logis se tenait au milieu de 
la chambre, vêtu d'une longue robe d'hiver fabriquée à 
Touster. Toute la partie du sol que le brasier n'occupait pas 
était tapissée de brocart rouge. Mon hôte me (it asseoir à 
ses côtés et, comme le feu me rôtissait, il me présenta un 
\ase renfermant un mélange d'eau de rose et de camphre 
pour me rafraîchir le visage. Il demanda à boire : on lui 
apporta uji sorbet, où je trouvai de la glace ; enljn, je n'eus 



CHAPITRE CXXV. 2C)U 

^ A..jkJ^ *Xi^ »^ii^iw\ tj ^^"^ (i^ (_r^^ J^^ f»y-^' O^^ 

crautre souci que do me séparer de lui. Quand je le quit- 
tai pour mexposer de nouveau au froid pénétrant du 
dehors, il me fit remarquer ([ue son appartement était 
dangereux pour ceux qui étaient obligés d'en sortir, — Un 
autre jour, raconte le même narrateur, je me présentai de 
nouveau chez lui. Cette fois, il était au fond de sa maison, 
dans un salon qui donnait sur une pièce d'eau ; assis sur le 
sofa placé au milieu de la chambre , il pouvait jouir de la vue 
de son jardin, de son enclos de gazelles, de sa volière ronî- 
plie de tourterelles et d'autres oiseaux. « Abou Djàfar, hii 
« dis-je,en vérité vous êtes assis dans le paradis. — i^h bien, 
« reprit-il, il ne faut pas que vous sortiez du paradis avant d'y 
«avoir déjeuné. » — J(î m'assis ; à peine avais-je pris place 
((u'on iKHis apporta une table d'onyx, dont je n'avais jamais 
\u la pareille; au milieu de la table se Iroiixait une coupe 
d'onyx à coulciirs \aii(''es et (jrnée sur les bords de filets en 
or fin; elle l'-lait r('nq)lic d'eau de rose. Il y avait en ()uli\' 
uii plal (jr poiliincs (le p(»ul<'(s disposées eu eliij^es eoinine ;;u 



270 LES PRAIRIES D'OR. 

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0-*.5j^ ^SJ^^ <L:i\n\.S^ 2}«XjlJ^ j»Àj (^-WfcAAA«*J lAAJ'i aj ^V 

LÀ_j«X.j5 (J^-J ^*>^.A.i i>jlil*wjt ^-fisyA Jî lj^j,5 (j.* U.^_5 StXjlii 
l^gAi* t^^~s*-ij (iL)"'- 3 j;^:^àajI> c:a.xi^j «Xa -«^AAiaAJ ^^as> ioU»-l 
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l.A.-A.ji 4X.3 ^j*<IàJ| là J>**-^_f>=f3 jW'==^^ ^3 yUwJÎ *jIa»*J (j-« 

rn*(UUi 4^ >JjJ (J-« yO tl»3 UAA-J (j^ u.,iA,Mi 1^3 l.<J3j.MfcX« (^ 

clocher, et plusieurs écuelles d'onyx renfermant les sauces 
et diiïérentes sortes de condiments. On nous servit après 
cela une pâtisserie feuilletée toute chaude et plusieurs plats 
de louzinedj (nougat). La table enlevée, nous notis diri- 
geâmes aussitôt du côté du rideau (qui sépare le salon du 
harem). Là on nous apporta un grand vase de porcelaine 
blanche où, sur un tapis de violettes, de giroflées et d'autres 
fleurs , on avait disposé symétriquement des pommés de 
Syrie : il pouvait y en avoir un millier dans le vase. Je 
n'avais jamais vu un repas aussi élégant ni d'aussi jolies 
fleurs; mon hôte me dit que c'était tout simplement la colla- 
tion du matin. Quant à moi, je n'ai pas encore oublié le 
charme de cette matinée. » — Si nous citons cette anecdote sur 
Mohammed ben Nasr, c'est pour prouver que son fils Ali 
(Ibn Bessam) l'a dépeint tout différent de ce qu'il était et 
([ue personne n'échappa aux traits de ce poëte. 

Nous avons rapporté plusieurs faits de son histoire cl un 
grand nomhrc de ses satires dans nos différents ouvrages; 
entir anires, ses vei's conh'o Karem, (ils (l'()h<*ï(l AUali. 



CHAPlTnK CXXV. '271 

(jL«.i jkii i^vulï L ^\i^ U.sJLwlî /rfu/UJI <jl j.iij Aam[; JUi Uo 

(j~* /jO U»_j -«l— iiJ! if^j\ (J-» /0^-oî^«ji_J /j.Jv-w*Ài *XÀ^ ^*w.=7»_J 

A_jL:^Lj joLc U_5 <S.;«^ »j.Ai»._5 <^jliJi j_j.4=»- ^j *X^I Ï »iji 

Comme nous Tavons raconté, ce vizir entra un jour chez 
Moutacled pendant que le prince, tout en jouant aux échecs, 
fredonnait ce vers d'Ibn Bessam : 

La vie de l'un a été aussi funesle c[uo la mort de Tautre : eu aucun cas 
tu n'as échappé au malheur. 

l-ln levant la tête, le Khalife aperçut Kaçem; il fut un peu 
embarrassé et lui dit : « Mets la langue dlbn Bessam dans 
l'impossibilité de te nuire. » Le vizir se levant allait donner 
Tordre qu'on coupât la langue du poëte, lorsque le prince 
ajouta: «Par tes bienfaits et en lui donnant un emploi 
lucratif; car je te défends de lui faire aucun mal, » En con- 
séquence, le vizir conféra à Ibn Bessam la direction des 
postes et de la ])olice de I)jound Kinnisrîn et (rEl-A\Aarim, 
dans la province de Syrie. — Mous avons rapporté aussi les 
vers de ce poêle contre Açcd (fds de Djehwer) le secrétaire, 
ses démêlés avec ce persoimage cl les é{)igrammes dont il l'ac- 
cabla, lui cl les autres secrétaires. Tels sont les M-rs suivants: 

Maudit soit en siècle fiMond en surprises et prompt A (fl'aecir les vesligf • 
de l'cléirance et du u)éritc ! 



272 LKS PRAIRIES D'OR. 

/v_j *X_4^ 0.^ ^^vS j J^JLÂil jj_^,wî (jj.**^=»- (jjJ (j*.U*J) (J-*^ ^i^ 
(^JUu cu^Xj <\aX* kj^ yî tiî ^Jj|)j oOl^i «^l^xJi Qj (^^ 
(j-J <^-^ Q-? ^^ •^■^•{'•^ ij^ <^^ J^y^M^S^ \f»\à\^j^\ '^Xm*3^ 

^_^j iC-AAM W t^i CJ-* [jy^^ ^j-^ Axjj^S -^jyûj c:>ij.Àj| 

a-jji iui-Av 'sJ- <^i (j^ (J^-^ O^^ (:j:rÀJ'^' p^ ^-^ 0^3 

Ne vois-tu pas Açed, fils de Djebwcr, se donner les airs d'un illustre 
Jialïb , 

Et traîner derrière lui une troupe de gens que, si j'étais le znaitre, je 
renverrais à l'école primaire? 

Lorsqu'il fit mourir Abbas, fils cfEl-Haçan, le Khalife 
Mouktadir promut au vizirat Ali (fils de Mohammed, fils de 
Mouça) Ibn el-Forat, qui tomba en disgrâce, après avoir 
exercé ses fonctions pendant trois ans, neuf mois et quelques 
jours. Le jour même de sa disgrâce, il fut remplacé par Mo- 
hammed, fils d'Obeid Allah, fils de Yahya, fils de Khakan, 
le mercredi k doul-hiddjeh 299. Ce ministre reçut une 
robe d'honneur, distinction qui n'avait été accordée à aucun 
autre; mais il fut arrêté le lundi lo moharrem 3oi. Le 
Khalife envoya alors une robe d'honneur au vizir Ali, fils 
d'Yça, fils de DaoucI, fils de Djerrah, le mardi i 1 de mo- 
harrem 3oi. Arrêté le lundi <S de dou'l-liiddjeh 3o/j , Ali, 



CHAPITRE CXXV. 273 

(jà-aJjj ii_>Ur!^^ îtjji iCÀ^w <\s£- ^^i (^j^ y^jAifc. yv^J (^jvJo^! 

jj li^ *■■•=». (j^ L«..^fc>o U (_,wwi*i». ^^ 5<Xjj (^^ ^^* 0*a^ (8*3 
*Xaa£ lyj «X^ /o 4Ml *Xjl£ j»XxJLtî j)j»JC*wl^ V^^ I*XJÛ jtX.o 
aJj ^^v-AAâiïi 4Ml «Xaa£^ qj <X^5 8*Xxj jjyCAfcil aJj ^cUi AMÎ 

fils d'Yça, eut pour successeur Ali Ibn el-Forat, promu au 
vizirat pour la seconde fois. Celui-ci fut nommé le même 
jour et destitué deux ans après, le jeudi quatrième jour 
avant la fin de cljcmadi I 3o6. Son successeur Hamid, fils 
d'Abbas, fut promu le mardi 2 de djemadi II 3o6, mais dès 
le lendemain de son entrée en fonctions, c'est-à-dire le mer- 
credi, Ali, fils d'Yça, fut remis en liberté et reprit la direc- 
tion des aiïaires. Hamid, fils d'Abbas, ayant été arrêté, Ibn 
el-Forat devint vizir pour la troisième fois : c'est pendant 
ce troisième vizirat qu'il se laissa entièrement dominer par 
son fils Moulisiii et qu'il fit périr plusieurs Kalibs. Quand ils 
eurent été arrêtés, lui et son fils, comme nous l'avons dit au 
début do ce chapitre, le Kliolife lui donna pour successeur 
AIkI Allali (fils (le Mohammed, fils (l'Obcid Allah) Khakani. 
Les vizirs qui se succédèrent apiès celui-ci furciil : Ahmed 
(fils d'Obeïd Allah) Khacihi ; — \li, fils d'Vra, pour la 



ih 



274 LES PRAIRIES D'OR. 

*5\.«> cja-ïj iliXxAj JJCS 4ML* jJOIJiil (jt ljw«Jv> tXS^ «^îyiJ! 
iji*—^j — « (Jî-^l ^^-*-^^ «.;:aj6 i;^! iixjj^Jî ij aX.aS ^1^ iuLf^^ 

seconde fois; — Abou Ali, fils de Mohammed, fds d'Ali, fils 
de Moklah ; — Suleïnian, fils d'El-Haçan, fils de Makhled; 
— Obeïd Allah (fils de Mohammed) Kalwadani; — Huçeïn 
(fils de Kaçem, fils d'Obeïd Allah, fils de Suleïman, fils de 
Wehb], lequel fui tué à Rakkah ; et en dernier lieu Fadl, 
fils de Djàfar, fils de Moura, fils de Forât. 

Comme nous favons dit en commençant, Mouktadir- 
Billah fut tué à Bagdad, au moment de la prière de Vasr, 
le mercredi troisième jour avant la fin de chawwal 3 20; il 
périt dans le combat qui s'engagea entre lui et l'eunuque 
Mounis près de Bab-Chemmasyah, dans le quartier oriental 
de la ville. Ce furent des gens du peuple qui prirent soin 
d'inhumer son corps. 

Son vizir était alors Abou '1-Fath P\idl, fils de Djàfar, fils 
de Mouça, fils de Forât, comme nous venons de le dire. On 
raconle que rominislr(> consulta les astres quand Mouktadir 



CHAPITRE CXXV. 275 

Qjj^Liû (^ *>>>-^ /o»4-i^ (j**iLiJî ^jli^ jyx« 9-y^ O**""!^' 

\<y^ jj Ajwo b^ij '%4: ioAujili ljUJTI i^ 2AaajU yl^l jWà.1 

allait monter à cheval pour marcher au combat qui lui coûta la 
\ie. Le Khalife lui demanda quelle heure il était ; apprenant 
que le soleil commençait à décliner, il fronça le sourcil, et 
déjà il prenait la résolution de ne pas marcher en avant, 
lorsqu'il fut assailli par la cavalerie de Mounis. Ce fut alors 
qu'on le vit pour la dernière fois. — Il est à remarquer 
que chaque sixième Khalife de la maison d'Abbas a été 
détrôné et mis à mort; le premier fut Mohammed, fils 
de Haroun, (Emin) surnommé Makhloû « le roi déchu ; « le 
sixième Khalife suivant fut Moustain, et le dernier, selon 
cet ordre, Moiikladir-Billah. 

L'histoire intéressante de ce souverain, des guerres et 
événements ([ui signalèrenl son règne, rhistoirc d'Ihii Abi 
V-Sadj, de Mounis, de Suleiman, (ils d'El-Haran Iliinniani, 
à la Mecque, en 317, etc. ; Thistoire de Fcmpire musulman 
dans les régions orientales et occidentales, tous ces événe- 
ments, dis-je, sont rapportés en détail dans les Annales 
hislori(jues et sommairement dans l'Histoin; moyenne ; je 

1 8 . 



276 LES PRAIRIES D'OR. 






U=^i][j Uaa5'(j^ uâAav W SkJb <_»bi/i kXiî.3 jUi^iii j^îys? 

<.j/^LiL ^ (j-i^_5 «i_j-îii A-^xiJ' ^*<' jj (j? y^-<^ (ij^ *^-^^ 

iij»jj.y| -|^ ovsaJI y\(ji ^jL» -!5A.<M*]| iiijJvo Jl^il i^^^ 

n'en donne ici quun simple aperçu. Mais si Dieu veut bien 
m'en accorder le temps , s'il me fait la grâce de me laisser 
vivre, s'il ajoute encore quelques jours à mon existence, je 
me pi^opose de faire suivre le présent ouvrage d'un autre 
livre qui renfermera toutes sortes de récits et de souvenirs 
dignes d'intérêt. Sans m'astreindre à un plan méthodique, 
ni à un ordre régulier de composition , j'y consignerai tous 
les faits importants, tous les récits curieux qui s'offriront à 
ma mémoire; je l'intitulerai Waslcl-medjalis, etc. : «Don aux 
Assemblées de récits résumés et de mélanges littéraires, 
pour faire suite et servir de complément à nos autres 
écrits. » 

Le kadi Mouça, fds d'ishak el-Ansari, mourut sous le 
règne de Mouktadir, en 297 de l'hégire. Le jurisconsulte 
originaire de Koufah, Mohammed, fdsd'Otraan, fils d'Abou 
Cheibah, mourut à la même époque et fut enterré dans le 
quartier oriental de Bagdad. Ces deux savants ont laissé un 
nom comme traditionnistes. — Pendant la même année. 



CHAPITRE CXXV. 277 

dJi yî_5 ^y^j y^ CJ*-«àlî^ oij^j' i i^/*^' ^^^^ 4P"=»- '-^jS- 

J^Lgji-wlj (j-Â^l lO^JouJ ^:i)^^^5 jo Uî^ j,j.x3i c^'AÂ ^ 

a^jIs^ cyla^i X»jJM Jl jbiJi t_>lsi=îj ioJi Jjî)| iCs>-ls»-j ^iU j^j 

la nouvelle arriva à Bagdad que les quatre piliers de la 
Kaabah avaient été submeigés et plusieurs pèlerins noyés 
par Tinondalion, et aussi (pie le j)uils de Zenizem avait 
débordé, ce qui ne s'était jamais vu justju'alors. 

Même année, mort à Bagdad du kadi Youçoul', lils de 
Yâkoub, fds d'Ismàil, (ils de llauiniad, au mois de ramadan, 
à rage de (juatre-viugt-cpiin/.e ans. On place aussi à la même 
année la mort du jurisconsulte Mohammed, fils de Daoud, 
fils d'Ali, lils de Khalef Ispahâni ; nous avons dcjà parlé de 
ce savant et enregistré sa mort sous l'année 29G ; nous 
devions toutefois signaler cette diirérence de dates. — Vax la 
même année; 297, mourut à Ikigdad Ibn Abi Awf Bu/.ouri, 
de la secte des Moutazélites, au mois de chawwal; il était âgé 
de plus de quatre-vingts ans et lui enterré dans le quartier 
occidental. Si nous faisons menlion de ces personnages, 
c'est qu'ils sont connus comme; rap|)(>rleurs de traditions cl 
<|ue les savants, les Iradiliomiislcs oui besoin de cejunailic 
la dale fie leur luorl. — Ahou 'l Vhbiis Minicd (lils de 



278 LES PRAIRIES D'OR. 

IjL«<X5 «Xjij <3.)"*^^ <_^14» cj-« S^*^ V^"*^ (i^-'^'J ^'**' CJ^J^^ 

/*_} <X_^i AK«j;Jii t^jUo ^1 0.J ^^ 0O y**=^ (:^? (j*»*^ QJ^ 

Masrouk), le tradition niste, mourut en cette année 297, 
âgé de quatre-vingt-quatre ans, et fut enterré à Bab-Harb, 
dans le quartier occidental. 

Nous avons déjà mentionné dans ce livre et dans nos 
autres ouvrages les prétendants de la famille d'Abou Talib 
qui se révoltèrent sous le r^gne des Omeyyades et des 
Abbassides , et nous avons dit dans quelles circonstances ils 
furent tués, mis en prison ou obligés de fuir. — C'est ainsi 
que Tun d'eux, Ahmed, fds de Mohammed (fds d'Abd 
Allah, fds d'Ibrahim, fils d'Ismâd, fds d'Ibrahim, fds d'El- 
Haçan, fds d'El-Hacan, fds d'Ali, fds d'Abou Talib), se ré- 
volta dans la haute Egypte et fut tué par Ahmed, fils de 
Touloun , après une suite d'aventures que nous avons ra- 
contées dans lesdits ouvrages. Nous citons dans ce livre les 
insurrections des Alides avec un aperçu de leur histoire, 
parce que nous avons pris avec nous-même l'engagement de 
consacrer une mention à leur mort et aux faits qui les con- 
cernent , depuis le meurtre du Prince des Croyants Ali 



CllAPlTUl-: ex XV. 279 

iS^^ /yj /vw*-s S«XJj SO^xj ^l;^ (jvXjLvj (^x»bA*<j y^ iiÀA»* ij 

<>Lij— ji-^j f^^-^^ («-4-* ^•^ (j^ iLjLc^^'j^ j^iXs»-! iCA-w ij dUS^y 

jus(|u'au jour où se termine la rétlaction du présent ou- 
vrage. — Yahya, fils d'El-Huceïn el-Harani er-rassi, s'étant 
fixé à Saadah, ville du Yénien, y mourut en 278; ses droits 
furent revendiqués après lui par son fils El-Haran. — L'in- 
surrection d'ibn Rida (Mouhsin, fils de Djàfar, (ils d'Ali, fils 
de Mohammed, fils d'Ali, fils de Moucha, fils de Djàfar, fils 
de Mohammed) éclata dans la province de Damas en 
l'année 3oo. Vaincu dans une bataille que lui livra Abou 
'l-Abbas Ahmed, fils de Keïgolog, Ibn Rida mourut de la 
main du bourreau; d'autres discnl qu'il fut lue dans le 
conjbat. Sa tète lut porU'-e. à Bagdad et exposée sur le |)onl 
Neuf, dans le quartier occidental. 

Ilacan, (ils d'Ali, surnommé Otiouch (le Sourd), se révolta 
dans le 'j'abaristàn et le neïlem et chassa les noirs (l'armée 
(hi Khalife) d(; ces contrées en 3o]. (Télail un homme intel- 
ligent, instruit et connaissant à fond les sectes (>t les opinions 
religieuses. Il séjourna plusieurs annc'es dans le Deilem, 
pays habité, ainsi (jue le (^iuilàn , par inie population infidèle. 



280 LES PRAIRIES D'OR. 

l<x-tf> il yl^ ioUr:5\j^ t^*>*^*-^ ^À^ (V^^ (j^ r^ ^^i' «^ u^ 
^^ «^yw_A_x-u.l_5 jî*>Ji ,^u*.^iL ^UJl ^jj Q-»-.^ >><^ aj 

soit guèbre, soit païenne; il l'appela à la connaissance du 
vrai Dieu et parvint à la convertir à Tislam. Les Musulmans 
possédaient eh face de ces peuplades ennemies quelques 
places fortes , comme Kazwîn et d'autres villes ; Otroucli 
construisit des mosquées dans le Deïlem. Plusieurs généalo- 
gistes rattachent les habitants du Deïlem à la famille de 
Baçil, fdsde Doubbah, fds de Oudad, et les Guilaniens à la 
tribu de Témim. D'après quelques historiens, l'invasion du 
Tabaristân par Otroucli eut lieu le premier jour de mo- 
harrem ,Hoi , le jour même où le chef du Bahreïn entrait à 
Basrah et en tuait le gouverneur militaire Tamsak Mou- 
flihi. — L'histoire d'Otrouch l'Alevide et de son fds, celle 
du missionnaire Abou Mohammed Haran, fds de Karem el- 
Haçani, qui s'empara du Tabaristân et y fut tué, les troubles 
qui agitèrent alors le (luilân et le Deïlem, tous ces faits se 
trouvent dans nos Annales historiques. 

En 3o() , mort du kadi Abou '1-Abbas Ahmed, (ils d'Omaj , 



CHAPITRE CXXV. 281 

C>.j\^ ioLflXi^ wil^t iiÀ-*« i iî«Xx*J -XjkAÀJI (^^jJ^I jOj.r>- Qji 

ciyJSI J^iî^ ^>? ^iiJi joU- ^j^ pçsiûj^i ^3l::â:| jl aU^ 

j„gAÎ «X3_5 >ij-*-_5 O^-^V^^ <î(-«î*XSj ^^jvjLjUj (^jvA«*fcjj jaaw aà-w (i 
w«%i»"U? eyJsjscî ^i«vlî yLtfyLw ^ <S^ jS.i yi\ ii*XxAj c^U 

*X_>»_Î3 VL)"^*" '^'"'-V? «MJiJl (jj-AA^- ^Ailî -IaJî JofcUu <jî 

(ils (le Soreïtlj. — En 3 10, mort à Bagdad du jurisconsulte 
Abou Djàl'ar Mohammed ((ils de Djerir) Tabari. — Même 
année, mort à Alep du kadi Abou Ishak Ibrahim, lils de 
Djabir. — Leit, fils d'Ali, fds dcLeit, neveu de SalTar, lut 
coiîduil à Bagdad en 297 et promené sur un éléphant dans 
cette ville, précédé et entouré de troupes. D'autres [)lacent 
cet événement en 298. — En :>97, mourut à Bagdad le tra- 
ditionniste Abou liekr Mohammed, lils tle Suleïman, origi- 
naire de Merwaroud, disciple de Djahiz; d'autres le font 
mourir en l'année 298. — Même année (297),- Farès, qui 
commandait la llolle des Grecs, airive sur les côtes de Syrie. 
Il prend la forteresse <ri]l-l\(»id)l)ch a|)ivs un(î lésislance 
éneigique, les Aliisidniaiis n'ayanl pu obtenir de; renforts; 
il s'empare ensuite de Laodicée et fait un grand nond)re de 
prisonniers. — Une grêle énorme, composée de grêlons 



282 LES PUAir.lES D'OF.. 

iJJs-^lkJi j, pfsli^ ^>J iii^U U x-ïj^ 'v^^-^ UAifc. l^À» (^*Mkh 

^i-A-ls ^4>Ji3 ii^Làfi 'Aiyij iLxi^A 5«Xd) <^j,*âjC; (jl^^ (^J0U_5 

i5o>4» Sti^-^ >-^=»- (^ ^-^^î (X'ij W-^* (J"**^^ *^^ s-OÎ_j-« -i^■ÂJ^ 

pesant un 7'j7/, poids de Bagdad, tombe sur Koufali en 
même temps qu'une bourrasque de sirocco, au mois de 
ramadan ; plusieurs maisons et édifices sont renversés. Ce 
sinistre est suivi d'un tremblement de terre qui coûte la vie 
à un grand nombre d'habitants. Ces désastres eurent lieu à 
Koufah eii 299. — La même année est signalée par un 
tremblement de terre en Egypte et par l'apparition d'une 
comète. 

A la même époque, Dimnanah, chef de la croisière mu- 
sulmane qui opérait dans la Méditerranée, s'empare de l'île 
de Chypre, dont les habitants avaient violé le traité conclu 
à l'origine de l'islam, traité en vertu duquel ils devaient 
rester neutres entre les Grecs et les Musulmans belligérants, 
et payer le kharadj mi-partie aux Musulmans, mi-partie aux 
Grecs. Pendant quatre mois, Dimnanah livra cette île à 
l'incendie et au pillage, fit beaucouj) de prisonniers et s'em- 
para de plusieurs localités où il se fortifia. Comme nous 
avons |)arlé de Chy|)re dans le chapitre intitulé « Généralités 



CHAPITRE CXXV. 285 

iL5Lc:5^5 (j>-^' "^^^ «^ [.^i><*Jt iUjiX-C t^i£y4 ^^jaUkii. ^^î 

jL-ijS' (j^ fj]^^ (J_5iJ| c^iljr tr» ^->^-*-? (^>^-W (j^Àjili 1»^ 
cijUo Oj>^5 ^^Ui.Jt i <3j>J5 (_^jl4- i (^^i (i5^J'>^î,5 Usaii 
^Àjts- _jj|^ ^^UjÎ ^— ^^ (^ '^^^ Aj)U==- jJ^Xs^j, (^At^:^ 

sur les mers, sources et embouchures des fleuves,» nous 
n'avons pas à lui consacrer ici une mention nouvelle. 

En 3oi, le traditionnistc Alxl Allah, Dis (lisez petit-Iils) de 
Nadjyab, meurt à Bagdad ; il était né en- 212. L'année suivante, 
3o2 de riiégire, a lieu à Bagdad l'arnîstation d'Ihn-Djassas 
Djewheri (le joaillier, lils du plâtrier, nom et surnom du per- 
sonnage qui donna asile à Ibn Moutazz). Le chilTre exact de 
ses biens confisqués, tant en espèces d'or et d'argent qu'en 
bijoux, lapis, étoiles, fruits do la terre, etc. s'élevait à ciiK[ 
millions, cinq cent mille dinars. — Même année, Kacem 
(fils d'El-ilaran, fils (rKI-Achiab) , dont le surnom |)a(rony- 
mique est Abou Mohanuiicd, nuiurl le lundi a\ant-dernier 
jour de djemadi 1; il se distingua comme savant el comme 
traditionnisle. Il fut enterré dans la ville occidentale de 
Bagdad, dans la grande rue dite «des Portefaix » (Chdri el- 
kammalin). On remanjua à ses funérailles le kadi Mo- 
hammed, (ils de Yoiirouf. le kadI Abou Djàlar Ahmed, llh 



284 LES PRAIRIES D'OÏX. 

d'Ishak, fils de Behloul, et un grand nombre de légistes, 
notaires, secrétaires et fonctionnaires du gouvernement. Ce 
même Kaçem est le père d'Abou Ymran Mouça, connu sous 
le surnom d76n el-Achiah ; c'est un des principaux juris- 
consultes chafeyites de notre -temps. 

En la même année 3o2 de l'hégire, l'armée du khalifal 
revient de l'Occident, après avoir livré en Egypte plusieurs 
batailles très-meurtrières aux troupes du Sultan de ce pays. 
Un chef berbère nommé Aboii Djerrah, ayant obtenu Vainaii, 
arrive à Bagdad et reçoit une robe d'honneur. 

En 3o7, Youçouf Ibn Abi 's-Sadj fut amené à Bagdad. On 
le promena en public sur un chameau à deux bosses ; il 
portait la même dourradh de brocart qui avait servi on pa- 
reille circonstance à Amr, (ils de Leït, et à l'eunuque Waçif ; 
sa tête élait coiffée d'un hounious haut de forme orné de 
])andes et de grelots. Il marchait entouré des troupes; der- 
rière lui s'avançaient Mounis l'eunuque et les principaux 



CHAPITRE CXXV. 28r> 

^J^ a]^jJ| lj[>^\^\ai» ^ S*[;^ -iliL (j^^^ u^>A^ *i_jr»-^ 

A^.<)i\ (j^ ^y^i J^^jco 3Î t^ (J-? <>^^i^ t5j>^i cK^ÀJi ^}^ 
^^ A_>^^,-i».j ^L^Ji ji (^ilj.x;Jiii iiA^' b;5s_5 iî^Jiii^j 

cxAiûj^Uji/î ^ ^ AkXi^ »L»Î Sj-wlj ùr^ C:r**^ C:?^ U^"^ 

chefs militaires de l'État. Nous avons raconté ailleurs la 
bataille livrée dans le canton d'Ardebîl, où Mounis fit pri- 
sonnier Ibn Abi 's-Sadj ; nous avons cité les princi])aux 
Émirs qui y prirent part, tels que Abou '1-Heïdja Abd Allah, 
nis de Ilamdan ; Ali, fils de Houssan ; Abou '1-Fadl de Merwe, 
Ahmed, fils d'Ali, frère de Soulouk, et plusieurs autres 
Émirs çt généraux. Nous avons dit que, remis ensuite en 
liberté par le Khalife Moukladir, Ibn Ai)i 's-Sadj se rendit, 
en traversant le Diar-lîebyàh et le Diar-Modar, dans ses 
propres États, situés en Aderbaïdjân et en Arménie; nous 
avons fait mention de son écuyer Subuk, qui s'empara de ces 
provinces et en chassa Fariki (général du Khalife). Pour- 
suivant l'histoire d'Ibn Abi 's-Sadj, nous avons raconté son 
expédition contre Waçit d'abord et ensuite contre Koufah ; 
nous avons dit comment, ayant porté la guerre contre Abou 
Taher Suleïman, fils d'El-Haran Djennabi, il fut pris et mis 
à mort par ce chef karmalo, ;ui\ environs d'Anhar et de 



28G LES PRAIRIES D'OR. 

Ja..*Jiil yAj*>.j9j ^^lilj^ ij-iJ^-^^ Ifs^yài^ iixijJl »*>»J5 ï yl^ U^ 
Ajljf^îXo'^j aj.-i*£ O^'^ '*^-*^ ti di3i^ dUi vA^^ <^;^-A-^ t^ ^ij^i 

4_w;ï»-L.^ (ji*,j^.^ jbcjiiî (j^ yVÎiaA*iAj| •«'IxJ^Î (j^ Ax.« yb (j-»j 

,riijUr5X.J5 *.»*>. j k'kJiM ti dliij j.«ajf. v,^5 

Hît, lorsque Bolaïk et Nadif, écuyer cVIbn Abi 's-Sadj, s'ap- 
prochaient de l'armée karmate. Nous avons ajouté qu'à la 
suite d'une bataille où Bolaïk et Nadif furent défaits, le 
chef des Karmates poursuivit sa marche et s'empara de Hit 
et d'autres localités, en 3o5 4e l'hégire. Le récit de ces évé- 
nements se trouve dans nos ouvrages précédents. Nous y 
avons raconté aussi la guerre qui éclata en Egypte entre 
l'armée commandée par l'eunuque Mounis et par d'autres 
généraux du khalifat et l'armée du souverain du Magreb 
(Obeïd Allah Mehdi, premier Khalife fatimite d'Afrique). 
Cette guerre eut lieu en Sog de l'hégire. 

CHAPITRE CXXVÎ. 



KHALIFAT DK KAHER. 



Kaher (Mohammed, (ils d'Ahmed Moutaded-Rillah) {\\\ 



CIIAIMTUE CXXVi. 287 

^^vAj^ ^\i\ XX*MJ w^A<i) iCjCwj ^À-W ^j^i». OolSO âlÀA* (-xX«V*» 

proclamé Khalife le jeudi 28 chawwal 320, et déposé, après 
avoir eu les yeux arrachés, le mercredi 5 djemadi I de 
l'année 32 2. La durée de son règne fui donc d'une année, 
six mois et six jours. Il portait le surnom ^Abou. Mansour, 
et avait pour mère une esclave. 

RÉSUMÉ DK SON IHSTOIRE ET DE SA VIE; PRINCIPAUX 
ÉVÉNEMENTS DE SON RÈGNE. 

Kaher eut d'abord pour vizir AI)ou Ali Mohammed, (ils 
(j'Ali, fils de iMoklah, en 32i.de l'hégire. Après avoir deslilué 
ce ministre, il le remplaça par Abou Djàfar Mohammed, 
fils de Kaçem, fils d'Obeid Allah, (ils de Suleïman ; |)his 
tard, il révoqua Abou Djàfar et lui désigna pour siicc(>sseur 
Abou '1-Abbas Ahmed, (ils d'Obeid Allah Kliassibi. Il est 
difllcile de donner une idée exacte du earaclèn; de ce Kha- 
life, tant il était ni()l)ile et changeant. Dur- et d'une rigueur 
extrême contre ses cinuMiiis, il lit périr plusieurs grands 



288 LES PRAIRIES D'OR. 

A-jL^J (3-A^ (^ t^J (^-iS f»'^^ {J^y^ fi-^^ Aijt>Jl Jjût 
iil a4>o i l^X,»^ ii^rJai "^^Jj-^*- *)vJs?îj /UJ^.a3 ij^A-s^-j ,j*.UJ{ 
cjiwtiaji j-iLo ÂAu».Ar>. jls» (t *J*Xj> ^j\j l-<^-s»y.iaj_5 Sj»:> ,j 4$-"* 

fonctionnaires, entre autres Mounis l'eunuque, Bolaïk et Ali , 
fils de Bolaïk. Ses violences le rendirent la terreur et l'effroi 
de ses sujets. Toujours armé d'une longue pique qu'il tenait 
à la main quand il circulait dans son palais et qu'il plantait 
devant lui quand il s'asseyait, il frappait lui-même avec 
cette arme ceux dont il voulait se défaire; il sut ainsi tenir 
en respect ceux qui avaient manifesté tant d'insubordination 
et d'insolence à l'égard des Khalifes ses prédécesseurs. Mais 
l'inconstance de sa conduite et fépouvante que ses empor- 
tements inspiraient donnèrent naissance à un complot qui 
se forma contre lui dans son propre palais ; il fut fait pri- 
sonnier et on lui arracha les deux yeux. Kaher est encore 
vivant aujourd'hui; il habite l'hôtel d'Ibn Taher, dans le 
quartier occidental de Bagdad, s'il faut en croire la rumeur 
pubhque et les informations qui me sont parvenues à cet 
égard. Son successeur, le Khalife Badi-Billah, le tenait au 
secret et ne laissait rien s'ébruiter sur son compte. Lorsque 
Ibrahim, surnommé Moultaki-Lillah, parvint au trône, 
on ironva Kahor oncbaîné au fond d'un appartement retiré. 



CHAPITRE CXXVI. 289 

5JsJt> (Jllgj JJUaIî jJûUiJ y.j|j!^ (Jl Aj^^lî^A^Uii (jixj i 

^OvAJj 4^vo w^^^C- cy^^i <<AJ!j c:*.jÎ^ (Xj^mS-L 'JJÎjl^ij SiX^ jî 

jj*,LioJl ^^ -oLiL^ jlAifc.U iL«^Xuft tiioî jlï /jvj^^î >-^5 l? (O-tJ 

Par ordre du nouveau Khalife, il fut conduit dans l'hôtel 
d'Ibn Taher, où, d'après ce qui m'est dit, il est retenu actuel- 
lement daiis une étroite captivité. 

Le récit suivant a pour auteur l'historien Mohamnietl, iils 
d'Ali Abdi, originaire du Khoraçân, qui fut un des feimilicrs 
de Kahor. « Un jour, le Khalife Kaher me prit en particulier 
et me dit : « Jure de dire la vérité, ou prends garde à ceci, » 
et il me montra sa pique. Je vis la mort se dresser entre le 
prince et moi. «Je le jure. Sire, m'écriai-je. — Attention, 
« reprit-il, et il répéta trois fois ce mot. — Oui, Sire. — At- 
« lention à ce que je vais te demander, ne me cache rien; pas 
M d'embellissements, pas d'assonances dans ton récit, mais 
« aussi pas d'omissions. — Oui, Sire. » Il reprit : « Tu connais 
« à fond l'histoire des Ahbassides, leurs mœurs , leur caractère, 
« aussi bien ce qui concerne Abou'l-AbbasSaffah (jueses suc- 
« cess(!uis? — Prince des Croyants, répondisje, j'y mets une 
« condilioti , c'est que j'aurai la vie sauve. — Je le le pro- 
«mels,» fil Kaher. Je commençai alors en ers termes: 
" Abfdi 'l-Abbas Sadah dail pi'ompl à verser le sang. Ses 



^290 LlvS PHAIUIES D'OH. 

^J^ b^.5l> (j^ dl-L«5 JUlj )il_j.> •^^-«'3 Ll:^^ J'^X;*^ lilii j^ 
,\j%_jC^^ <!ia^*X^ î^iûij aKaa^ ^y^a-s. «j y\^ (^-tf ^y^^i ^^ 

ji^j««S dl3i J^Aâ y\^ «Xâ^ («aJIIs j,! Jî CiJ^^J t-^iaii tXAi 0.JÎ 

^-i\ 3~^3 A-)<X-> (^ ^«~wi3 /c.j^*i ^^^:^^ cxis^^j Ax^ ^fe^ 

t^ »4X./.xaJiJî c-*»-l^ (O-^^' téjb^' f^y^i kKiJ^.y^\ f-3yi> 

«agents, dans toute l'étendue de l'empire, suivirent son 
« exemple et prirent modèle sur lui. Tels furent Mohammed , 
« fils d'El-Achât, dans le Magreb; Salib , lils d'Ali, en Egypte; 
uKhazim, fds de Khozaïmah; Hamid, fils de Kahtabah. 
« Saffah rachetait ce défaut par beaucoup de noblesse d'àme 
<i et de générosité; il donnait sans cesse et répandait for à 
« pleines mains. Aussi les gouverneurs que nous venons de 
« citer et, en général, tous ses contemporains, suivirent ses 
« traces et le prirent pour modèle. » 

« Parle-moi de Mansour, me dit le Khalife. — La vé- 
« rite, Sire } — La vérité. » Je continuai ainsi : « Eh bien , il 
» sema le premier la division parmi les enfants d'Abbas, fils 
« d'Abd Mottalib , et la famille d'Abou Taiib , qui , jusqu'alors , 
«avaient fait cause commune. Le premier parmi les Kha- 
«lifes, il réunit à sa cour des astrologues et obéit aux ju- 
« gements de l'astrologie judiciaire; un astrologue mage, 
« Nawbakht, vécut auprès de lui, abjura entre ses inains et 
«fut le chef de celle fameuse famille des Nawliakhli. Je 



C11A1>1TRE CXXVI. 291 

f^i 'J^^ ^A_iJ! c:>ILvtf>_j r^^^ ry^ ij^ '^^j'é^j f»^^-^' 

t-»Lx5_5 AjL>oi^ AÎ^uX c-jIxS'^I^Àv* <>0Ovx]| JÎ ivi..«.^j| iodC! 

ijj^— lâ-Àj ^j*iUji <it i^jK=fj,s>J\ ^ iUjL^«»»*,Ji_5 iUAM)UJ!_j io^Â^iJij 
<-*-Ji-S ^jj^-^' (j-^ «^-^ J-*='j ^"^y (ij W^* «i' iyùUjj l^jij 
iij iLs.y^ viUi J.A3 yXj- ^j l^yjoXî jUii^tj^AM^Jtj t^jjlxil 

« citerai aussi l'astrologue Ibrahim Fizari, auteur du célèbre 
« poëme sur les astres, l'astrologie et l'étude du ciel, et un 
«autre astrologue, Ali (fils d'Yca), surnommé Asluiiabi. 
« C'est aussi par ordre de Mansour (|u'on traduisit pour la 
« première fois en arabe des ouvrages de littérature étran- 
«gère, comme le livre de Kalilah et Dinmali; le Sinclliind 
« [Siddhanla] ; dilTérents traités d'Arislote sur la logi([ue, etc. ; 
« l'Almageste de Ptolémée, le livre d'Euclide, le Traité d'a- 
« rithmétique et plusieurs autres ouvrages anciejis, grecs, 
« byzantins, pehlevis, parsis et syriaques. Une fois en posses- 
« sion de ces livres, le public les lut et les étudia avec 
• ardeur. Ce fut également sous le règne de Mansour que 
«Mohammed ben Ishalc publia son livre des Conquêtes et 
« expéditions et ses llerhcrchcs sur les origines, sujet qui n'avait 
«pas été encore étudié, ni coordonné ni rédige'' en corps 
«d'ouvrage. Mansour fui le premier souverain qui distribua 
«des fonctions publicjues à ses adraMcliis et à ses [)ag('s; il 
«les employa dans les affaires importantes et Icnr donna b- 



292 LES PRAIRIES D'OR. 

c:a_JIJ)^ c_>^xJI cy|iLA.5 o».IaJU*â Hù^ly (j^ S<Xxj (j^ *Li)L=I 

jUj *.„^j,A£ a^aAs. cxxawijÎj (jAiUJi »^l>i^ ^'*y li «^ixj 

(^^X^îj (jjfi 3^ita.lî 0\.AAAi cj^yicj c:a.à.mi^s». ^ ij^y» «Xi vibUJî 
tj !^_*.**J"U Ajoûikx» fi^_^i i i^-f^^j A)ysA*« »jjka& i jj*UJ5 

« pas sur les Arabes. Cette coutume fut observée après lui 
« par les Khalifes ses héritiers , et c'est ainsi que les Arabes 
« perdirent les grands commandements, la suprématie et les 
« dignités qu'ils avaient possédés jusqu'alors. Dès son avé- 
« nement au trône, Mansour s'adonna à la science ; il étudia 
« avec persévérance les opinions religieuses et philosophiques 
«et acquit une connaissance approfondie des sectes, ainsi 
n que de la tradition musulmane. Aussi les écoles tradition - 
« nistes se multiplièrent sous son règne et élargirent le cercle 
« de leurs études. — C'est bien , me dit Kaher, tout cela est 
« précis et clair. Arrive maintenant à Mehdi, et dis-moi quel 
«fut son caractère.» Je repris en ces termes: «Mehdi fut 
« bon et généreux, d'un caractère noble et libéral. Ses sujets, 
«marchant sur ses traces et s'inspirant de son exemple, se 
« signalèrent, eux aussi, par leur libéralité. Ce Khalife avait 
«coutume, lorsqu'il se montrait en public, de faire porter 
« devant lui des bourses pleines de pièces d'or et d'argent ; 
« personne ne sollicitait en vain sa bienfaisance, et le distri- 
« buteur (|ui précédait le prince a\ ail reçu l'ordre de pit'veuir 



A. A.tO» 



CIlAlMTIiE C\\\ J. 'l'JS 

« par ses aumônes ceux qui iTosaient les implorer. Mehdi 
o extermina sans pitié les hérétiques et tous ceux qui s'écar- 
« talent de l'islamisme; car c'est sous son règne que les 
«hérésies religieuses parurent et s'affirmèrent, après la pu- 
« blication des ouvrages de Manès, d'Ibn Daïsan et de Mar- 
«cion, traduits du parsi et du pchlevi en arabe, par Abd 
« Allah, fils de Mokalïà, et par d'autres savants. A la même 
« époque, parurent les livres d'Ibn A^ii '1-Ardjâ, de Hammad 
«Adjred, de Yahya ben Ziad et de Mouli ben Yias, conti- 
« nuateurs des sectes manichéennes, deisanitesetmarcionites. 
« L'athéisme fit son apparition et se propagea rapidement. 
«Alors, à l'instigation de Mehdi, les savants conlroversisti's 
«de l'école llK-ologicpu; cominencèreni à réiuler dans leurs 
«ouvrages les sectes hétérodoxes incnlioiiiiées ci-dessus et 
«d'autres sectes; ils opposèrent une argunu'utation rigou- 
« reuse au système de leurs advcisaircs, icnxcisèrent les 
«vaines hypothèses des in)|)ifs cl llicnl briller i,i vt'rih' aux 
«yeux de ceux (|ui doulaicnl. Ce fui Mclidi (|iii rrcouslniisil 
« lamosquéedela Mecciiicclccllcdii l*i()|)lirl<' ii ^^•(lill(•) telles 



294 LES PRAIRIES D'OR. 

/jl^ c:^.— ^3 <X.^.*w^ ^Ui^i»-! o».3li i_J«-A.i A^Li w»A9 (^ ^_^:>l^î 

i<j:'Âj_y[2 ^l5 o«.J[L«*i ^jy^^^ ^^u*Aiîji »j.^*ihiî ««xsi^î^ iiÀiû^U 

/ikAOi!. l-(^Aâ /vAa.;».j (jvXJL) (J<XXI_J jj*aJ) ^^ A>J >0*Xfi (j>^ iXj 

«qu'elles existent aujourcrimi, et il rebâtit Jérusalem, que 
« les tremblements de terre avaient renversée. » — Kaher 
voulut connaître ensuite le caractère et les mœurs d'El- 
Hadi, dont le règne fut de si courte durée; je continuai ainsi: 
« El-Hadi fut un souverain l[er et hautain. C'est le premier 
«Khalife qui se ht précéder de gardes portant Tépée nue, 
«la massue sur l'épaule et Tare tout bandé; ses agents, se 
:i conformant à cette règle et suivant son exemple, l'usage 
« des armes prit un grand développement sous son règne. » 
Kaher m'interrompit pour me féliciter de la netteté de mes 
explications et me demanda ensuite des renseignements sur 
la manière d'agir de Réchid. «Ce Khalife, répondis-je, ac- 
« complit avec une fidélité scrupuleuse les devoirs du pèle- 
« rinage et de la guerre sainte. Il entreprit des travaux 
"(futilité publique, puits, citernes, châteaux forts, sur la 
«route de la Mecque, ainsi que dans cette ville, à Mina, 
« Arafat et Médine, Il répandit ses largesses et les trésors de 
«sa justice sur tous ses sujets. Il organisa les frontières mi- 



CHAPITRE CXWI. ■2<J5 

c-j>..rl *l^j j+X.^i^ ^jiif^j^^ ii^ajukaii v5j ^jiij ^j«^^«^iD ^^.-o 
*illS <x_Xjï.^i_j (j\Iajiyé ^A^i^^li^ Jy-^u^^il j^:> (j-« dlJi ^^^£-3 

«litaires, fortifia plusieurs villes, telles que Tarsous et 
«Adanah, rendit la prospérité à Massissah et à Maràch et 
«multiplia les travaux de défense militaire, les caravansé- 
■ rails et maisons hospitalières. Son exemple fut suivi par 
« ses agents ; le peuple s'inspira de sa conduite et marcha sur 
« ses traces en suivant la direction qu'il lui donnait ; Terreur 
« fut subjuguée, la vérité reparut, et fislam, brillant dtin 
«éclat nouveau, éclipsa les autres religions. Le type de la 
« générosité et de la bienfaisance fut réalisé sous ce règne 
« par Ounim-Djàfar Zobeidah, hMe de Djàfar et pelile-lille 
« de Mansour. Cette princesse lit éh'ver de nombreux cara- 
« vansérails à la Mecque, et couvrit cette ville et la roule 
«des j)èleiiMs de citernes, consliuctions et puits (|iii existent 
« encor(î anjourd'lmi ; elle bàlit plusieurs Ivhans pour les 
« voyageuis sur la frontière de Syrie; et à Tarsous, et les dota 
«de biens de mainmorte. Il faut aussi, en [)arlant de celte 
«époque, mentionner les Barmécides, leur générosité, leur 
« bienfaisance; et les grandes actions cjui or>l rendu leur nom 
«immortel. Réchid lut le premier klialilè (|ni é-lablit le j<'n 



290 LES PRAIRIES D'OU. 

A.^l,i jjA<lÀiî 45^* ^ïliJ'^' /ft-fr^S-^ tS;-^-'^ V^*^' r»*^^^ ^*J^^ 
Jî ^X._A_^ (^_À-<_^i ^.A-*i L. oiji dlJi> ^^Àxr=- pi Jlxil i 

«du mail dans le manège, ie tir à Tare dans l'exercice du 
adjérid, la paume et les raquettes; il récompensa ceux qui 
« se distinguaient dans ces différents exercices, et le peuple s'y 
a adonna à son exemple. Le premier aussi parmi les Khalifes 
«abbassides, il joua aux échecs et au nerd, favorisant les 
«joueurs distingués et leur accordant des pensions. Telles 
«furent la splendeur, la richesse et la prospérité de son 
« règne, qu on appela cette époque « les jours de noce. » Ces 
« mérites et d'autres encore dépassent toute description et 
« sont au-dessus de tout éloge. » 

« Là-dessus Kaher m'interrompant : « Je crois, dit-il, que 
« tu as raccourci Thistoire de Oumm-Djàfar. Pourquoi cela ? 
.( — Sire, répliquai-je, je veux être court et je recherche 
«la concision.» A ces mots, le Khalife saisil sa pique et 
la brandit vers moi : je vis la moii fougc m'a])paraître à la 
pointe de cette arme. Les yeux du prince lançaient des 
éclairs. Je me résignai à mon sort: c'était fange de la nu)rt, 
je n'en doutai plus, qui venait m'arracher l'àme. J'^ii effet, 
le Khalife lança son arme contre moi, mais je me baissai à 



CHAPITRE CXXVL 297 

_^;î.=- P jUiwî ^\s (j^j<^p.\ j..f^\ l? >^^ '-^j» ^U=^ c:UL«3 
^j_**.s^_5 l_g-Ljuâ (j^ ^^ (^y^J^p,\ jj^\ L> xsXJ oJï V^À^ ji) 

^^^kJî cj*X.!L-«j L^j^.ii». l^ilj jliSL? ,ji;Li.ii (jvxj iiijj^xil 

propos et le coup ne porta pas. « Malheureux, ajouta Kaher 
«en se reculant, as- tu donc joué ta tète, es-tu dégoûté de 
„ la vie ? — Pourquoi, Sire ? — Allons, continua le prince, 
« cette histoire d'Oumni-Djàfar, j'en veux savoir davantage. 
« — Prince des Croyants, j'obéis. La noblesse et la niagni- 
« ficence de cette princesse, aussi bien dans les choses graves 
«que dans les plaisirs, Tont fait placer au premier rang. 
«En ce qui concerne ses œuvres sérieuses, ses l'ondalions 
« sans précédents dans Tislam, il faut citer le percement de 
«la source nommée Aïn cl-Mouchach, dans le llédjaz. C(> 
«fut celte princesse qui fit jaillir celte source et, par un 
« a(iueduc traversant les terrains déprimés et saillants, les 
« plaines, les montagnes et le sol rocailleux sin- un j)arcours 
« de douze milles, en fit arriver l'eau jusqu'à la Meccpie; on 
« eslime (|ii(' ce (raviiil ne coula pas moins d'un million sept 
"cenl mille dinars, .l'ai <l(''j;i |)arl('' des lia\aiiv publics, 
« liolels, citernes cl j)iiils dont elle dola le llédja/. vl les 
" IVontières de l'empire: elle y consacra des milliers de 



208 LES PHAilUES D'OU. 

^jj:i5.Jî ,;^ |^>r*Jî ^.^^ «.Ài2^î;^^j.jiij ii^i^iî iL»aÂJîj t_^i5Js.JI 

i 

A.Ai.àJÎ^ ^vi&iXJÎ (jw« lyAjJ!^)é^ J«XAA2.ji_5 QJu^ÀJ^i^ ÀAîiÀJ) (j>^ 

«dinars, tout cela sans préjudice de ses autres libéralités, 
« des secours et du bien-être qu'elle répandit sur les classes 
« nécessiteuses. Dans la seconde catégorie de ses dépenses , 
« celles dont les rois tirent vanité, sur lesquelles ils fondent 
« leur prospérité et le salut dejeur empire, celles enfin que 
Tbistoire enregistre dans le récit de leurs faits et gestes, 
" Oumm-Djâfar se signala également. C'est elle qui se servit 
' la première de vaisselle d'or et d'argent, enrichie de pier- 
« reries ; on fabriqua pour elle les plus beaux tissus de 
« ivachi, dont une seule pièce destinée à son usage coûta 
« cinquante mille dinars. La première elle organisa une 
« troupe de gardes du corps, d'eunuques et de filles esclaves 
« qui chevauchaient à ses côtés, exécutaient ses ordres, por- 
" taient ses lettres et messages. La première elle se servit de 
«palanquins d'argent, d'ébène et de santal, ornés d'agrafes 
«d'or et d'argent, et tapissés de wachi, de martre-zibeline, 
«de brocart, de soie rouge, jaune, verte et bjeuc. La pre- 
« mière elle introduisit la mode des brodequins ornés de 



CHAPITRE CXXVI. 209 

iUjJv_j ;\JV-J 0— !i_A_:>Liw lî J^aJI ^^J C>.>XJ>j ^^iliji ^'2/^3 

t-i>Uj_HJaJLi (i5;ï,j>4^ iC«UJîj iiJ£>l~I ^j^ (j^lJt *Xisrlj -\JïUiî_5 

<' perles et celle des bougies d'ambre; modes qui se propa- 
« gèrent dans le public. — Ensuite, Prince des Croyants, 
«lorsque son fils (Emin) monta sur le trône, il donna la 
« préséance aux pages , tels que Kawtar et autres , et leur 
« témoigna sa prédilection en leur accordant les plus hautes 
« dignités. Oumni-Djàfar, remarquant le goût prononcé de 
« son fils pour ces pages et l'empire qu'ils prenaient sur lui, 
« fit choix de jeunes filles rcmarqua])lcs par l'élégance de 
« leur taille et le charme de leur visage. Elle les coilï'a de 
«turbans, leur donna des vêtements au chiffre royal, une 
« coilVure bouclée et enfermée dans un réseau par derrière 
"(comme celle des jeunes gens), les habilla de haha, de 
«justaucorps et de ceintures qui donnaient du relief à leur 
« taille et faisaient ressortir leurs formes arrondies. Elle les 
« envoya chez son fils. Le prince, en les voyant défiler en sa 
« prt'sence, les trouva charmantes ; il fut captivé par leurs 
" atli'aits et les pr(»(hiisil eu public. C'csl alors cpie dans 
" loiiles les classes de la société s'établit la mode des jeunes 
« filles esclaves aux cheveux courts, vêtues de lioba et de 



300 LES PRAIRIES D'OR. 

iiAÀJji)!^ jj^^^ ^VH^^Î^ i>i3|^V bUt»i 04^_^' *>^.=»-i_5 (j-''»'^ 
J^_^l,| 0»^À_«uJjlj »*>Wfj jj*-lwi «X^ls \*2zk]\^ ,.^ù^]\ ^^IsU-o^j 

dL^^jî /y_*l*.S-J <S,.£ljl^J CjLÀÏkJl i^J^J Um\m\ J^^S^ AkjiO 

(j^ i.^_i5ΫX.^ <L^.iû»Xjj lv.jU==-_ji-« <JÎ iUÀj_5 l^jUaï^ -j..£:Ol 

« ceintures ; on les nomma goiiîamiat « pages féminins. » — 
Cette description émut Kaher; il manifesta une vive sa- 
tisfaction et, d'une voix retentissante, il s'écria : « Echanson, 
« une coupe de vin en fhonneur des pages féminins ! » 
Aussitôt parut un essaim de jeunes fdles, toutes de même 
taille et ressemblant à de jeunes hommes ; elles étaient 
vêtues de justaucorps, de kaba et de brocart; elles por- 
taient leurs cheveux en réseau et des ceintures d'or et d'ar- 
gent. Pendant que le Khalife prenait la coupe, j'admirai la 
pureté du métal dont elle était faite , l'éclat du vin qui la dorait 
de ses rayons, et je m'extasiai sur la beauté de ces jeunes filles. 
Mais le prince tenait toujours sa formidable pique; il but 
d'un trait et me dit : «Allons.' continue. » « Sire, j'obéis, ré- 
« pondis-je. Le pouvoir appartint ensuite à Mamoun. Au 
« début de son règne, ce prince, subissant l'influence de Fadl 
«ben Sehl et d'autres courtisans, s'adonna à l'étude de 
« f astrologie et se soumit à ses décisions. 11 conforma sa 
«conduite à celle des rois sassanides, tels qu'Ardéchir, lils 
"de J>al)ek, et autres souverains; épris de la lecture des 



CM A PI TUE CXXVl. M)i 

jLo^Jili (J-. -<s4-«»Xii^ ^tjii)! ij^ iL»j.xii J^î_j -«^t^iilî x>^k^ 
!_j_^-xJ>_5 jJà-iJi ivxÀAS »j (_j*.Uji t:-^^^ ^bj^' f-t'- t5/^'^ 
À.AiC»4X^ l^xi J./L2ÀJ 14>5^ (*"6^ ^^■'i)"'' *^ ?'*^3^ o<y^4-i (jL^^^j) 
<o.4À*-.=»-L il*;.-»-! Jy'ÀSÎ^ Yyis. (j«Ui -^ yl^ Ày I4J vKjJjj 

«livres anciens, il s'appliqua à les étudier, persévéra dans 
« ses recherches et réussit à les comprendre et à les appro- 
« fondir. On sait ce qu'il advint de Dou '1-Riascteïn Fadl, fds 
«de Sehl (cf. l. VII, p. Gi). De retour en Irak, Mamonn, 
«renonçant à ses études favorites, professa la doctrine do 
«l'unité, dos récompenses et châtiments (c'est-à-diro la 
«doctrine des Moutazélitos) ; il présitia aux conférences des 
« théologiens et attira à sa cour les dialecticiens les plus cé- 
n lèbres dans la controverse, Abou '1-FIodeïl , Abou Isliak 
« Ibrahim, fils de Seyyar Naddam, et d'autres docteurs par- 
« tisans ou adversaires de ces deux maîtres. II avait sans 
M cesse à ses côtés les jurisconsultes et les littérateurs les 
» plus instruits ; il les faisait venir de tous pays et les pon- 
« sionnait. Le peuple prit goùl aux spéculations [jjiiloso- 
" |)lu([aes; l'étude de la dialectique devint de mode; chaque 
« école écrivit dos ouvrages à l'appui de sa thèse et vn faveur 
«des doctrines ((u'ollo professait. Quant à Manioun, ce fui 
" lo plus ([(''Uicul cl I'' |)Ims |);ili('Ml (l<'s boninios; pcisonuo 



302 LES PBAIRIES D'OU. 

^^ i»Jwi.j|^ LlkjïAî x^^iivj'^ ^r^^Aj-^ j^i^ (^^y^^i aj^XJi^ 
Ifc^ij, aKaaaw 5_5.J5-iv^ aKx» J, AjIj^?!^ ^PjJ3 ''^^^^J AawUajI 

(Jj-Ulj V'-fikXJîj iiA^jy^xîî 4o»- ^Xc t-^J U!>-«^' -ÎUiwî ^^ij 

A^' ,X_3l*i*..=».i (j*-LÀJi J^.^_5 -K.^U i JsA.*Ji o^L^lj /^lL»iiil 
(.;,v_*l-ff_5 -îC^Sj *-^_jÎ iLibi J-i^^ ^"^^ {3-'-''^^' «^^ (j-^ O-?^ 
JUi^ljjl^i »UiJiJlj-«lj ^j)^j«^j.a5^ (j-USÎ (j^siO)!^ i^JlafJrî 

« ne fit un meilleur usage du pouvoir ; personne ne fut plus 
« libéral, plus prodigue dans ses dons et moins enclin à les 
« regretter. Ministres et courtisans, tous Timitèrent à l'envi, 
« tous suivirent son exemple et marchèrent sur ses brisées. 
« Moutaçem lui succéda, Sire. Ce Khalife adopta les 
« opinions religieuses de Mamoun, son frère. Il se distingua 
«par son goût pour les chevaux, par son désir d'imiter les 
« rois étrangers dans l'emploi de sa vaisselle et dans la mode 
« des calottes et turbans. Le peuple adopta ces coiffures à 
« l'imitation du souverain et leur donna pour cette raison le 
«nom de nioutaçeini. Moutaçem fut bon pour son peuple; 
« il assura la sécurité de l'empire et répandit ses largesses 
« sur ses sujets. — Le Khalife suivant, El-Watik Haroun , fds 
«de Mohammed, se conforma à la doctrine religieuse de 
« son père et de son oncle paternel ; il châtia les dissidents 
« et établit des examens de croyance. Il se distingua par sa 
« bienfaisance. Il défendit à tous les kadis de l'empire de 
« recevoir en justice le témoignage de ceux qui ne parta- 
«geaienl pas ses opinions religieuses. Il fut grand mangeur, 



C1IAP1TR1-: ex XVI. o()3 

« prodigue dans ses dons, d'humeur facile et plein de solli- 
« citude pour ses sujets. — Molewekkil, son successeur, 
« rejeta les croyances professées par Mamoun, Moutaçeni et 
«Walik; il proscrivit sous les peines les plus sévères la con- 
« troverse religieuse, rétablit la foi d'autorité et l'enseigne- 
« ment de la tradition. Son règne fut heureux, son gou- 
« vernement bien établi et stable. Ces faits. Prince des 
« Croyants, et d'autres détails sur le caractère de Motevvekkil 
« sont parfaitement connus. » 

« Kaher me dit alors: «lin t'écoutant parler, je croyais 
'■ \oir revivre ces souverains tels que tu les dépeignais; il me 
« semblait que tes portraits devenaient une réalité. Je suis 
« enchanté de ce que je viens d'entendre : tu as ouvert l'accès 
«du sage gouvernement et montré la route de la bonne 
«administration.» Et ce disant, il m'accorda une gratili- 
cation en ordonnant qu'elle me fut payée comptant. Puis il 
me congédia. .!<> me levai; il se leva sur mes traces, sa 
pique à la main : je ciiis d'abord (|iril allail me (Vapper 
par dcriière, mais lieiireiiseinenl il se (Iflouriia cl se fliri^ca 



30/1 LES PRAIRIES D'OR. 

U 5»w*S (j-« y6 ^-5»- *»._^H"*J f»y' '^1 C>.*iî^ Ijj p»w:si jîi fc^ 
5 vk^j A-À^ cj^i^î ^^-^-î' J-^?;;;-^' \<y^Siij (^i_jje*wJLî Jis w^li 

ci>L*vIm~JI J^^ ll^U^ tiJjiJS l^î<X,« <ioLfi\.jj (^jvj^Xj^j ci>!^" 
ii.ÀA« d)sii_5 aMIj j^lxli Ri'^A^ jî,_5 c^l^'J^ <^^=?- (fi^J^Î O"**-*^ 
/« ^w* ,-^ /j-j iS^ yS^j j,) iJlij ti^Ja iCjLc^XjJj /0^,-ik^j (^<Xcfc-l 

A_x.xa-^ (ji y>«^jjL5l }ij.XMij ^ij^ 'jl^J J)^ 1)3'^* c-*^«>w« 

vers son harem. Peu de jours après cette entrevue, il était 
victime des événements que l'on sait. » 

Le personnage dont je viens de citer la narration est 
l'auteur de plusieurs récits intéressants ; il vit encore au- 
jourd'hui en la présente année 333, exerçant la profession 
de conteur à la cour, et mêlé aux grands fonctionnaires du 
gouvernement; c'est un homme d'une belle intelligence et 
d'un esprit distingué. 

Sous le khalifat de Kaher-Billah , en 32 1, Abou Bekr 
Mohammed (fds d'El-Haçan) Ibn Doreïd mourut à Bagdad. 
Ce fut un des meilleurs poètes de notre siècle et un maître 
accompli en lexicographie, où il occupa la place laissée par 
Khalil, fils d'Ahmed. Il enrichit cette science d'un grand 
nombre de termes qu'on chercherait vainement dans les 
ouvrages anciens et, quant à la poésie, il en parcourut tout 
le domaine. Tantôt sublime, tantôt subtil et délicat, il a 
composé un si grand nombre de pièces qu'il serait impos- 
sible de les éiuiniérci ni de les citer ici. Une. des meilleures 



CHAPITRE CXX\ I. 305 

3:*xJl Jbii os.-js:' ^.^ 5p3 -s-i-jj — i (J^-^*- ^îj t^;-J Ui 

est sans contredit la kaçidch, dite maksoiirah, qu'il composa 
en Thonneur de Chah Ibn Mikal et qui renferme, dit-on, 
le plus grand nombre des mots nialisour (c'est-à-dire les mots 
terminés par une voyelle lonj^ue sans inedda). Elle commence 
ainsi : 

Ne vois-tu pas que ma chevelure blanchissante ressemble à l'aurore 
qui se dégage, comme une frange blanche, du noir manteau de la nnil? 

Lorsque ses blanches lueurs s'allument au milieu des ténèbres comme 
la flamme qui consume le sombre bois du (/adii. 

Et plus loin : 

Le jour et la nuit (les années), toujours jeunes, sachariieut sur tout ce 
([ui est jeune et hâtent sa décrépitude. 

Et ce ])assage de la même pièce : 

Lorsque la douleur m'accable, je ne suis pas de ceux qui crient: L'inon- 
dation gagne les coteaux (c'est-à-dire tout est perdu) ! 

Non, je ne suis pas de ceux-là, même si les sanglots liriscnl mes côtes 
et font tressaillir tout mou corps. 

Le ])()('me maksournh d'ibn Doreid a iiispiii'- de nombreux 



306 LES PRAIRIES D'OR. 

il*-»a.AjL» iijljfll^Xilîj (jvj!i\.j^ (^XaS'Î ^iÀAw j-'^_5 )<Xi& sÀloj (^ ^-^^ 

, #= - x-" « -^ 

imitateurs, entre autres Abou l-Kacem Ali, fils de Moham- 
med, fils de Daoud, fils de Fehm Tenoukhi, poëte originaire 
d'Antiocbe, et qui aujourd'hui, en 332 de l'hégire, habite 
Basrali avec les partisans des Beridi. Voici le début de sa 
malisourah , dans laquelle il chante la tribu de Tenoukh et 
sa famille issue de Kodaah*: 

Si je n'étais au déclin de mes jours, je ne me soumettrais pas à la voix 
de la sagesse; mais quel but peut poursuivre celui qui a dépassé les li- 
mites (de la vie) ? 

Je suis vieux, mais mon cœur est assez jeune encore pour saigner 
quand ces idoles le percent de leurs œillades. 

Et mes yeux, s'ils aperçoivent les gens qui habitent Gada (vallée du 
Nedjd), baissent leurs paupières, où brûle le charbon de gada (lamarisc). 

Autres vers du même poète : 

Que j'en ai aimé de ces faons (beaux pages) dont les regards arrivaient 
au cœur plus rapides que le faon dans sa course , 

Plus rapides cjuc la peur quand elle envahit le cœur, (pie l'amour 
quuul il se glisse dans l'âme d'une beauté farouclie ! 



CHAPITRE CXXVl. 307 

^1 «X^fi ^î ^W*jt <Xjpi> /jj! cyfc.* «Xxj \jy^ y:s»^\j (j-^j 

Kodaah est fils de Malek, fils de Himyar : il n'y a pas de degrés de 
noblesse plus élevés que ceux-ci. 

Une poésie maksourah, encore plus ancienne, est due à 
Abou '1-Moukatil Nasr, fils de Noçaïr, Houlvvani. Voici un 
y)assage de cette pièce en l'honneur de Mohammed, fils de 
Zcïd, le missionnaire de la l'aniille de Haçan dans le Taba- 
ristân : 

Amis, arrêtez-vous tous deux sur ces hauteurs et demandez où sont ces 
rliùrcs idoles. 

Où sont-elles celles qui habitaient ce campement au printemps? Poète, 
parler d'elles, c'est calmer la douleur. 

Citons encore ce fraf^menl cFune maksourah, dont l'auteur 
est Ibn el-Warkà : 

Répète à (on f^ré : Voici les vallées de Mcha et de Kana, cl répands 
les perles [de les larn)rs) sur \v. départ de ces belles idoles. 

Parmi les lilU'ralenrs rpii luourureiil après Ibn Doreïd , 
il faut cilei' Ml-Oinani Aboii Abd Allah, surnoninié Moa- 
fdddjà , kalihf'l pochMjiii |)()ssi''(|,iil Ions IcssccNrIsdc la langue 



308 LES PRAIRIES D'OR. 

poétique. Il fut l'ami crEl-Bahili Misri, imitateur d'Ibn Do- 
reïd. Voici deux beaux vers de ce Moufaddjâ : 

Mon cœur bat pour Rodeïna , mais hélas ! avant de la voir il faut passei- 
à Dou-Djelheleïn. 

Son image m'est apparue pendant la unit an campement et mes yeux 
ont cessé d'observer la constellation du Bélier (qui annonce la pluie). 

Nous avons raconté les principaux événements du règne, 
d'ailleurs si court, de Kaher dans notre Histoire moyenne; 
nous n'avons donc pas à y revenir ici. Notre secours est en 
DieuJ 

CHAPITRE CXXVII. 

K H ALI FAT DE RADI-BILLAH. 

Radi-Billah (Mohammed, fils de Djâfar Mouktadir) , dont 
le su inoni était Ahon'l-Ahhas , fnl proclamé 1(> jeudi G de 



CHAPITRE CXXVII. 30<J 

djeniadi I, 822 de Thégire. 11 resta sur le troue jusqu'au iode 
réi)! I, 329 , et mourut de sa mort naturelle à Bagdad , après 
avoir régné six ans, onze mois et huit jours. Sa mère était 
une esclave nommée Daloum. 



UESLMK DK SON IIISTOIIIK KT DK SA VIE ; PniNCII>Ar\ 
ÉVÉNEMENTS DE SON HÈGNE. 

\ oici le nom des vizirs qui lurent successi\emenl iiouunés 
|)ar ce Klialifc : Abou Ali Mohammed, fils d'Ali, fils de 
Moukiah; — \])()u Ali Abd cr-ralnnan, fils (rY(}a, fils de 
Daoud, lils de Djcrrah ; — Abou Djàlar Mohammed, (ils de 
Kaçem Kerkhi; — Abou'I-KaremSuleïman, fils d'El-IIacan, 
(ils de Makidcd; — Abou'l Falli Kadl . fils de Djâfar, fils de 
Forai, et, en dernier lieu, Abou Abd er-rahman , fils de 
Mohanmicd, Deridi. — Radi-Billah était lettré et poëte 



310 LES PRAIRIES D'OR. 

lil «Jvjj^*;*.*-^ jl-i>-_5 *iLj>- \_À.*?_5 ^ ^^ kiiii (^ AÂfi jjoÀj 

(•■2) . .. .-. V - 

SjLàwo A-g-ïs-^^ A.r=-i^j-A« Sjl.5». H *XÀJÎ ^aX« (jjLw 

élégant; il a laissé de beaux vers sur dilTérents sujets et, 
sans ressembler à Ibn Moutazz, il ne lui est pas inférieur. 
Voici, par exemple, un passage oii il peint son émotion et 
celle de sa maîtresse quand ils se rencontrent : 

En la voyant, mon visage pâlit et le sien se couvre d'une pu(lit[ue 
rougeur : 

Il semble que tout mon sang, abandonnant mon corps, alllue sur son 
visage. 

Et cet autre fragment non moins remarquable : 

Que de fois, aux approches du rendez-vous, la nuit nous a caches, moi 
et mon ami, sous ses voiles !... 

Cet (5chanson à la taille svelte, si sa lanterne lui manque, sa beauté 
lui sert de flambeau. 

Sa ceinture flottante me prouve sa générosité , malgré la fierté de son 
visage rougissant. 

Ses jou(!s sont colorées comme la fleur de grenade : quelles rotondités 
diarmantes recouvre sa tunique ! 

Quelle taille flexible se cache sous sa robe ! Sa beauté invite à vider 
plusieiM's fois les coupes, elc. 



CHAPlTiiE CXXVII. :\\ l 

K)k-jL»j ^•*J'J X*àUjj)_j âjl/JiLi».! ^A^_j Ai>V«~fc.î /j.^w*.s»- J.J «Xj • 

(j^ j-* n ,. -•» - ^jkIL jUi Ojij I^J^D^ Oj^-« l^ljÙNMj lrj.AJIj iXjliûvxi:^ 

LgAJ c-.u2>i -^Ia-**! Jls Jxj i*>UÛ (j^ (j.,w*i».i r^jj^ J^^ ^jU«Xj 
i_:^L._iiyj |^^ -Cj^ L^j ^.j JiJ ^-â^'^ AÀawI^ v^.o^_5 <X.s».*Xa) (JI 

iS^j*,^^ U^ ^V^**^'"^ <-^^l i^y^ ÀjSl. (jK <>.ï_5 JjkAl Jl 
5j-Cj^ IauXs <xa*Aj ISu^^ aaJo 'j.4 LA5r^.^ s^Àiï ItoJoi^ t,Ai!!i\!i 

Al)ou Ijckr Souli, qui nous a conservé un grand nombre 
(les poésies de Radi-Billah , loue la noblesse de caractère de 
ce Khalife, ses belles inclinations, son instruction solide, 
ses goûts littéraires, son érudition et la connaissance appro- 
fondie qu'il avait des discussions religieuses et philosophi- 
ques. — On rapporte que ce prince, se promenant dans 
son domaine de plaisance à Toureyya, remarqua un char- 
mant jardin, brillant de verdure et de fleurs; il demanda à 
ses courtisans s'ils avaient jamais vu quelque chose de j)lus 
beau. Aussitôt chacun de s'extasier sur ce jardin, d'en exaller 
la beauté et de le mettre au-dessus de toutes les merveilles 
du juonde. «Eh bien, s'écria le Khalife, le talent de Souli 
au\ échecs me charme phis cjuc ces (leurs ef que tout ce 
que vous décrivez. ■> 

On raconte aussi (pie Soidi, lors({u'il se prf'scnla à la 
cour deMouklali , où son tal<!nt aux échecs l'avait lait appeler, 
y trouva un lival, M;i\vordi, (|ui avait coiupiis les bonnes 
grâces cl la s\ nq);illii(' du Klialilé, l('(|ii('l adiiiirail su?i ha- 



312 LES PUAIUIES D'OI'.. 

iUv»j-^ -<Sv_Ji.j_5 j^ij^m ^ A.jlj (j-Mfti- (J.x5.i\ J.^j^ ^>ixii 

j^.j»âJ_j ^o;.jLï. <}y*£Ll\ a3 ^^l^^j <_^>ll cX-^jÎ ^ '^^i 
*U jUs 2>ii Jlïj c5^jj^ SyAAij »i_j^ ^^£ J<Xjii j^S^.^ ci_jAaJi 

tXjL^Ji^lAifciJ Ijj5^ «XÀft «-jUÎJ! i«Xi£) ij^ v_>.Aav l^i Ux«xj» 

bileté au jeu cféchecs. Les deux rivaux jouèrent ensemble 
devant Mouktafi, Ce prince, prévenu en faveur de Mawerdi, 
quil connaissait et favorisait depuis longtemps, lui prodigua 
ses vœux et ses encouragements. Cette circonstance ne laissa 
pas que de troubler Souli au premier abord ; mais , la partie 
continuant, il réunit toutes ses forces, marcha droit au but 
et remporta sur son adversaire une victoire sans conteste. 
La supériorité de son jeu devint alors évidente pour Mouktafi, 
et ce prince, cessant de favoriser Mawerdi, dit à ce dernier: 
«Ton eau de rose [mawerd) n'est plus que de furine. » 

Le cours du récit et la suite de la narration nous amènent 
à parler des échecs et à citer ce qui a été dit sur ce sujet. 
Déjà, dans une autre partie de cet ouvrage, dans le chapitre 
de rindc, nous avons parlé de Torigine des échecs et du nerd, 
et de fallinité de ces jeux avec les corps planétaires et les 
astres. Nous allons ajouter ici quelques détails nouveaux. 
Les auteurs, anciens el niorlernos, disonl (]ue loutes les va- 



CHAPITRE CXXVII. 313 

L^.j \^_.£> o>X,JL=*.i t^ >sr" la^Ji <^^) ^^- yî o«Aj«.j v„jLL« 

g;j^Ài>,U ^<Jt>jJL' Ai>y5 W-^j!^ ^^>*^ t^jîAJ! it^j-^j -^ jy^ '-*"*' 
Li^-.ju<wfc *^ (jvjiLjljtxJ! yU.^UA.j ylijtlai l^JcAi^il ij iJilj>j|^ 

(^jv-JL-xa-J iC«/o^*«..JL« kiLAiJ! 5^5vJ ^«X* (^ yJit^ ^^ji 1-j^IajI^ 

riétés cV échiquier se réduisent à six, les seules qui soient 
employées dans ce jeu. 1" L'échiquier carré ordinaire, qui 
se compose de huit cases de long sur huit de large : on 
Fattribue aux anciens peuples de Tlnde. 2° L'échiquier 
ohlong, de quatre cases de large sur seize de long. Au dé- 
but du jeu, les pièces y sont disposées sur quatre rangs 
de chaque côté, les cavaliers sur deux rangs et, devant 
ceux-ci , les pions , également sur deux rangs. La marche est 
la même que celle du premier échiquier. 3° L'échicfuier 
carré, de dix cases sur dix. cases. Celui-ci possède en plus 
deux pièces nommées c/e6/^a6a/i« engins de guerre, «lesquelles 
marchent comme le roi, si ce n'est qu'elles prennent et 
peuvent étrcî prises. 4° L'échiquier rond, altrihiu'" aux By- 
zantins. 5" l\\ aulic (''ciiicpiicr rond en rappori avec les 
astres et nommé zodiacal : ses cases, au nombre de douze, 
comme les signes (hi zodiacpie, divisent Tcc lil(piier en Ai'u\ 
moili<'',s, sm- lesquelles se meii\enl sepi |)ièces de conhMii 



;jU LKS prairies D'OR. 

J\..jLg.ji jl/o^l (^j-* i.JO'Mi v^i uX^ <Xïj l^j)_^Ji <^j ^^jj^ÀJ)_j 
ijol=SÏ'!5\I \.^*ix ^ J-Ai U_5 io_5l.fu».Jl *lA**.>-i)lj I^JIa^jÎ AaÀa^s 
(j<w_À_aJÎ ii Ks-^.lyij^ «Xijj U AA-w.*J dl^ÀJi dJj.^ (jî^ AJJ.WI 
y5\xJ! tX;i^ (_:a.^*wo 4^w=»- jJw.^ ^Is <ii J^Ak'I yt^^ (^S- l^J_5j^J_j 

^-^:VkA.J AA-W.JÎ (j^ SiXsteîj J^ Aa^ W-*^ ^■3-=' J^ vi ^*i>£ ^J'i 
i^yjt <^«XJI Cy).AÀ».4> IJ>''^-^_5 u^lfc^» vJVau ^^ ^*t*~p^ (KibiiAJ^ ).A2AJ^ 

difrérente. Ce nombre de sept se rapporte aux cinq planètes 
et aux deux grands luminaires, le soleil et la lune. Nous 
avons déjà mentionné dans le chapitre de Tlnde les théories 
de ses savants sur Tinfluence des corps célestes et sur Ta- 
mour des substances planétaires. Ils croient que la sphère se 
meut par Fattraction sympathique d'une sphère supérieure; 
(jue Fàme descend du monde de rinteliigencc dans celui des 
sens; qu'elle y perd le souvenir de ses origines et devient 
ignorante, de savante qu'elle était. Nous avons rapporté ces 
Uiéories confuses dont la connaissance se rattache, d'après 
eux, à celle des positions dans le jeu d'échecs. 6° Un autre 
échiquier nommé organique , qui a été inventé de nos jours. 
11 renferme sept cases sur huit, ettlouze pièces disposées, six 
contre six, sur chaque coté de la table. Chacune des six 
[)ièces porte le nom d'un des organes ou des membres qui 
permellenl à l'homme de juger, de parler, d'entendr(>, de 
voir, (h' toucher, de marcher, c'est-à-dire les sens el le sens 
commun, dont \o siéw est clans le cœur. 



CHAPITUE CXXVII. 315 

jj«w_i Jl_5 (j\_.ob5.-*.ii i^j~* {sUj^s-j <XÀ-§j| t^j^bt >X9j waXàJI 

;_.,^C^\1Î 5*X-ft dUi (jî^ pUi.-*:Cw^iî Jvi£ *Ti>««W ^^^^ *Uc^J 
UjLo^j 'v^ J-AJJ <Xs_5 'ri;^-^^ »Js* tj-« jLs^ii!_5^-w*Jî (ji u 

Les Indiens, les Grecs, les Perses, les Byzantins et d'autres 
peuples qui connaissent les échecs ont décrit ce jeu , sa 
forme, ses lois, son origine, ses causes, ses particularités, la 
disposition des pions et des figures, leurs positions dilTé- 
rentes, etc. En outre, les joueurs possèdent des recueils 
d'anecdoles et de morceaux divertissants qui, au dire de 
plusieurs d'entre eux, stimulent le joueur, donnent un libre 
cours à ses humeurs et rendent sa pensée plus nette. Ces 
recueils sont pour eux comme les poésies didactiques du 
mètre redjez pour le guerrier sur le champ de bataille, pour 
le haili (piand la caravane est é()uisée de fatigue, pour le 
distributeur (pii cherche au fond de la citerne Teau destinée 
aux voyag(,'urs. Cest pour le joueur dV'cliecs un sliinulanl 
aussi ellicace ([ue les poésies et les vers didacticjues jjour les 
combattants. Au nombre des pièces de ce genre, je citerai 
le passage suivant d'une poésie due îi un joueur : 

Les poésies on l'Iionncur des écliccs, ilitcs à propos, hii'ilcnl d'urK 
flamme plus ardculc (|ii<' rcWr <rim hrasior. 



310 LES PRAIRIES D'OR. 

_j,^_^ l^j ^«Xsl^ \.^j.k£^ j^'m^S (^rf_5 Jl4^xJl ^lOj 

Que de fois elles ont donné l'avantage au faible jouenr sur son adver- 
saire plus habile ! 

Voici encore un passage où ce jeu esL décrit avec un rare 
bonheur d'expressions : 

Un échiquier carré, revêtu d'un cuir ronge, est placé entre deux amis 
d'une loyauté reconnue. 

Ils évoquent le souvenir de la guerre et en donnent le simulacre, mais 
sans chercher l'effusion du sang. 

L'un attaque , l'autre riposte et la lutte ne languit pas entre eux. 

Voyez avec quelle stratégie savante les cavaliers courent sur les deux 
armées, sans fanfares ni drapeaux, etc. 

Au nombre des poésies du même genre, remarquables 
par l'élégance et le fini des descriptions qu'elles renferment, 
on cite celle d'Abou '1-Haçan , fils d'Abou'l-Bagal, le Katih ; 
t'c i)ersonnage, qui se distingtia comme secrétaire et convnie 
agent du gouvernement, était renommé aussi pour son jeu 
savant et fin : 

L'Iiomme intelligent dispose les échecs de façon à y découvrir les cou-, 
séipu'nces ([ni échappent aux yeux de l'ignorant. 



CdAPlTUK CXWU. 317 

U (^ L_g_xjt.W c:>«X_:clj L^AAaj aaJuS çjIxJJÎ I«X^ ^-o otJww 
»X_À.£ W^^ tXÀ^ijLss»'' bjS^i iXÀi; dlJi ij cjjUaJî (j^ (^s- 

«XJbUvj JJ»aJI -?S-::Si= ijy^J yi tjî ^^>A^ Wv^^^J CJ>*a-i5î (♦SCïa- 

11 prévoit les dénoûments de l'avenir avec le regard assuré du sage 
sous les dehors de la frivolité ; 

Et par là il sert les interdits du Sultan, en lui montrant dans ce jeu 
comment on prévient les désastres. 

Pour l'homme expérimenté, la stratégie de l'échiquier égale celle du 
champ de bataille (littéral.: de la lance et des escadrons). 

l'otir ce qui concerne le jeu de ncrd, nous avons dit déjà, 
dans le même chapitre sur Tlnde, en quoi consiste ce jeu 
et quel en fut l'inventeur, d'après la diversité des traditions. 
Au dire des connaisseurs, il y a dilTérentes manières de 
jouer et des règles diverses dans l'arrangement et la dispo- 
sition des pièces; mais le nombre des cases est toujours le 
même et ne peut être ni augmenté ni diminué, confor- 
mément aux prescriptions et statuts de ce jeu. Ainsi (pie 
nous l'avons dil (I. [, j). 167), ce sont les deux dés qui j'orjt 
loi dans ce jeu; (piant au joueur, bien qu'il n'ait j)as sa 
liberté d'action vl qu'il ne puisse se souslraire aux arrêts 
capricieux des dés, il lui (';iut cependant du discernenjcnl 



318 LES PUAIKIES D'OK. 

îajiJl* »*.»vaS jl*A«i v.^UJ ^^ l^jUaïj W'^* (:J?r*^*^î -l^a»-lj 

|w_gJC.u<*-« Igj (jo^ :>wW) !^*X_> ^ ^^<X.o tiî (_.0^ Aj) t_>,:>i'jj 

dans la marche (les pièces, dans la manière de compter et 
celle de disposer ses pions. Le jeu de nerd, rassujettissement 
des joueurs aux décisions des dés forment le sujet d'un grand 
nombre de poésies techniques aussi élégantes qu'exactes. 
Nous citerons le fragment suivant : 

Triste jeu que le nerd, puisque le joueur exercé ne peut dans la déveine 
compter sur les ressources de son esprit ! 

Les dés y font la loi et montrent d'un coup ic contraste de la bonne et 
de la mauvaise fortune ; 

Et l'adversaire le plus habile, si la chance l'abandonne, ne peut se 
soustraire à la défaite. 

Le secrétaire Abou '1-Fath Mahmoud (fils de Huçeïn 

Sindi, fds de Chahek), connu sous le surnom de Kochadjim , 

homme instruit, sagace et lettré, m'a récité les vers suivants 

qu'il adressa à un de ses amis. Le poète y critique le jeu 

de nerd, dans lequel il était passé maître : 

Homme vaniteux, toi qui cherches dans le mrd un litre à l'admiration 
de les amis, 



CHAPITRE CXXVU. .il 9 

(jUj — isi »tX Xw — ! t^_A_)_5 Q liJî a_>*>vXj (_/>»jjili ^i j.j>-& 

jU^I ;X — X_A_A — iwl; ^_jC y l_*i*_ji J^i L^sJiS U (^w».JtJj, 

Assurt'ment tu trouverais en moi un adversaire acharné, si les dés ne 
s'étaient déclai'és en ta faveur ; 

Mais le joueur le plus habile est déçu dans ses espérances et déplore les 
rigueurs de la mauvaise fortune. 

Lorsque les juges ont rendu un arrêt, les deux parties ne peuvent se 
soustraire à leur décision. 

D'iionneur, je ne suis pas le premier dont l'espoir a été dtjoué par la 
destinée, etc. 

Abou '1-Fath me citait aussi ce passage d'Abou Nowas : 

Kllc fait le coniraire de ce qui lui est ordonné, sans s'inquiéter de ce 
qui est le juste ou l'injuste. 

Puisqu'elle ne se soumet pas à ma volonté cl que je me soumets à la 
sienne, c'est moi qui suis son esclave. 

Au début lie ce livre, dans le chapilie sur les rois de 
rinde, nous avons cité l'opinion de ceux qui considèrent le 
nerd et les dés comme une .sorte d'emblème des biens de ce 
monde, qui ne sont dévolus ni à rinlelligcuce ni à l'habi- 
leté. C'est, disions-nous, à .Ardécbir, fils de Habck, que Tin 



320 LES PRAIRIES D'OR. 

J-*=»-^ l^X^L Uj*xJ! L^kxi t^ij^j l^j >-^xl (J-* Jp Ajî viiJi jj 

^j^ Sj.^^ (^"^^b"^' v^^ (j^ iù-'^ y^s is-^^y*^^ J^^i W ^^^ 

venlion dudit jeu est attribuée; ce roi, frappé du spectacle 
des vicissitudes de la fortune, aurait divisé la table du nerd 
en douze cases, comme le nombre des mois, et établi 
trente chiens (dames) , selon le nombre des jours du mois. 
Les deux dés représenteraient la destinée et son action ca- 
pricieuse sur les hommes. (Voyez t. I, p. i58.) Pour tous 
ces renseignements et d'autres du même genre, nous ren- 
voyons au chapitre indiqué et à nos différents ouvrages. 
Enfin, un philosophe musulman soutient que l'inventeur 
des échecs fut un moutazélite partisan de la liberté des 
actes, tandis que l'inventeur du nerd fut un fataliste qui 
voulait montrer par ce jeu qu'on ne peut rien contre la 
destinée et que la vraie science est de conformer sa conduite 
aux décisions du sort. 

El-Aroudi, qui fut un des précepteurs de Radi et de 
quelques autres Khalifes et fils de Khalifes, raconte le fait 
que voici : <« Un jour, je rap])ortai à Radi les paroles de 
Kotaïbah, fils de Moslem Bahili, sur l'orgueil et, en général, 



CHAPITUE CXXVII. 32J 

♦^^ ti Jtj ^ *;-« Uiiv^î ^ AAdî?;!^ ^ -»j <_>^ JJi *Xji^ 

(:J-J *-S!»-î^ cK^ *^l y^^ tjîii^l »«X4J ^jbb^ (j.* i^j^ ii 

sur les qualités dignes d'admiration ou de blâme qui se 
rencontrent chez les princes. Radi, qui était à peine adoles- 
cent, écrivit cette tradition sous ma dictée et s'appliqua à 
l'apprendre par cœur. Lorsqu'il la sut entièrement, dans le 
cours de la séance, il se livra à des transports de joie qui 
ne lui étaient pas habituels; s'approchant ensuite de moi, 
il me dit : « Un jour viendra peut-être où je mettrai à prolit 
« l'élude de ces qualités et où je serai obligé, par mon rang, 
" de mettre en pratique ces leçons de morale. » Quant à la 
tradition dont il s'agit, la voici. Kofaihali, fils de Moslem, 
avait reçu de Iladdjaclj, le gouvernement du Khoraràn et la 
direction de la guerre contre les Turcs. Comme on lui dé- 
signait un oiïicier de son entourage [)our commander Tannée 
dirigée contre un elief des 'Pures, Kdtaïhali répondit : « Non, 
cet homme a un orgueil iniincnsc; or la vanité s'accroît en 
[)rop()rlion de l'ori^ucil. Quand on est plein de confiance en 
soi-même, on ne daigne ni rccourii- à une sage délibération, 
ni recevoir un hou conseil; exalté par ce sentiment de va- 



322 LES PRAIRIES D'OR. 

â^«X-C w«L> {j_5\."fjr-> (j-*_5 JJ_y.^l> (j'i^'frj' i^i*- ii5_5 »yir»- S^tXC- 
yfcSo 4^=»- <OJi^ ^ ^jJJij l'Uyj^^-o^ S^À^ yl5' ili JaS Sr>^*" 

cV^ (J-* *^>Ots*-îj «X^ (j.^ <_AJ^)_j «X.w) ^j-« LCcitXïi «X^glj (3-*J^ 

nité, fier de sa propre supériorité, on s'éloigne du succès et 
on se prépare d'humiliants revers. Il est préférable de se 
tromper avec le plus grand nombre que d'avoir raison avec 
une minorité. Quiconque se croit supérieur à son ennemi le 
méprise et ne daigne plus surveiller ses menées. Plein de 
dédain pour celui-ci, convaincu de la supériorité de ses 
propres forces, confiant en ses propres ressources, l'homme 
orgueilleux néglige ses moyens de défense et, par suite de 
cette négligence, commet fautes sur fautes. L'expérience 
m'a montré qu'un chef qui dédaigne son ennemi finit par 
être battu et défait honteusement, lors même, en vérité, que 
ce chef aurait l'ouïe plus fine que le cheval, la vue j)lus 
perçante que l'aigle, qu'il serait plus sûr de sa marche que 
le kata, plus prudent que la pie, plus intrépide que le lion, 
plus agressif que fonce, plus rancunier que le chameau, 
plus astucieux que le renard, plus généreux que le coq, plus 
avare (|ue la gazelle, plus sur ses gardes que la grue, plus 
vigilant que le chien, plus patient que le lézard et plus 
économe qu(^ la fourmi; car l'esprit ne donne son attention 



CHAPITRE CXXVIl. 32;i 

c 

Jvjjj ôlxo JLs*- ij '^Lj f^*à\^\ iy*à^. l^jj bj5l«>05 ^^AbjtaxJl 
jwX_& Q^ (j*.l.Â-Jî jLAifc.lj Ai^Jtitj l^xJl t^^ji (j^ <\*lj?: «.Aà,^. 

que dans la mesure du nécessaire, ne se garde que dans la 
mesure du danger el ne désire qu'en raison de ses besoins. 
On a dit avec justesse que jamais l'homme suffisant n'a de 
sagesse, ni rhonime orgueilleux d'ami, et que qui veut se 
faire aimer doit commencer par aimer. » 

« Un jour, raconte encore El-Aroudi , nous causions chez 
Radi-Billah, qui était à peine un adolescent; l'assislance 
se composait de savants bien instruits des choses du passé. 
I^a conversation tomba sur un trait de la vie de Moàwiah, 
fils d'Abou Solian. Ce Khalife avait reçu une lettre du roi de 
Byzance, (jui V\ priait de lui envoyer les chausses de l'hounne 
le plus grand de sa nation. « Je n'en connais pas de plus 
«grand ffu(> Kais ben Saad,» dit Moàwiah et, s'adressant à 
Kaïs lui-même, il lui recommanda d'envoyer ses chausses 
quand il serait sorti du palais. Kaïs les ôta sans désemparer 
et les jeta devant Moàwiah. «Que n'attendais -tu d'être 
« rentré chez toi pour nous les envoyer !' l'dcuiaiifla le prince. 
Kaïs répoudit : 



324 LES PRAIRIES D'OR. 

^^—£ A-À-i ^i\._c j._j^u.^ » js«£ùj (j*^ v^^ ^^^y*'>. ^ m'^ 

»iJ^-L« *><-sfc^ <o~w^ji'l (j~J ^^^r" (j^ *>vi wkiaa». ^.^ Jolï JUi 

jjÇM^i ot««XJ» i^jL-^r^-jO 4;>WJ i^U IvXVW WMÀ& 4^*1 ^hio /jVÀmS' 

Q^_fèjJC-> (j*<LàJ5 (2JV.-J t^^-« îi'^ O^'^' o^*^ ""^ 'r*' J '^^ 
«Xa£ <_.OwjL« (Jl c:a.a5 Jyo (jo_5 ^jJo (j-« (j*#LJi tj^^^JCj !^^ 

yl^^ (JaiLaxII 4^*X^ (_aSoL« tjî AMÎ tXA£ {J^^ (J«Iax!| /J.J 4MÎ 

Je veux que tout le monde sache, les délégués étant présents, que ce 
sont bien là les chausses de Kaïs, 

Afin qu'on ne dise pas : « Kaïs est absent et ces chausses viennent d'un 
Adile, qui les a léguées aux ïemoudites. » 

« Un des assistants rappela à ce propos qu'un roi de 
Gassan, Djabalah, fils d'El-Ayhani, avait une taille de doiize 
empans et que, lorsqu'il était à cheval, ses jambes traînaient 
par terre. Radi-Billah ajouta le fait suivant : «Lorsque le 
même Kaïs ben Saad était en selle, ses jambes traînaient 
sur le sol et, s'il marchait dans la foule, on aurait dit qu'il 
était à cheval. Mon aïeul Ali, fils d'Abd Allah, fds d'Abbas, 
était un grand et bel homme, dont on admirait la haute 
stature ; il disait pourtant : « Je n'allais qu'à l'épaule d'Abd 
« Allah mon père, et Abd Allah n'allait qu'à l'épaule de mon 
«grand-père Abbas, hls d'Abd el-Mottalib. Quant à Abbas, 
«lorsqu'il faisait sa tournée rituelle autour de la Kaabah, 
«on crovait voir uiu^ grande tente blanche [fostat].» L'as- 
seuihléc <M)lière s'étoniiii (|u'uii cnlàiil pnf citer cette tra- 



CHAPITUE GXXVll. :i2[) 



dition en si bons termes. Oji vint ensuite à parler des mer- 
veilles de la terre et des raretés particulières à chaque pays, 
telles ([ue plantes, animaux, minéraux précieux, etc. — « La 
plus étonnante chose du monde, dit un des assistants, se 
Irouve dans le Tabaristàn. Sur les bords des rivières de 
celte contrée vit un oiseau send)lable à Tépervier ; les gens 
du pays le nomment hikeni, en imitation de son crii Ce cri, 
il ne le fait entendre que dans une seule saison de Tannée, 
c'est-à-dire au printemps. Attirés par sa voix, passereaux, 
petits oiseaux des marais, etc. se réunissent autour de lui et 
lui donnent la becquée aux premières lueurs (bi jour; à la 
lin (l(î la journée, il saisit un des oiseaux f|ui sont à sa 
portée et le man'j[e. Il lait de même dwupKî jour jusqu'à la 
lin du ])rinlenq)s. lue Ibis celte saison passée, les oiseaux 
reviennent à la char},'e en «^Mandes masses, le chassent à 
coups de bec vX h' Ibrcenl à s'enfuir; alors on n'enlend plus 
son cri jusqu'au printemps suivant. C'est un bel oiseau au 



326 LES PRAIRIES D'OR. 

«Xï^ Jb (J^.ÀAxJI 0.*»..>- i_£-<jy^ i^***''^ j-^ ^^^ t5"'^tP ,.K*^ÂJi 
i*K_iû ^jt ÏL^-M. Q*,^iwj (_^.£».l./£> ^j..A-laJi <X-yj /o (_^ jiji 

liaj ij-^ (j^j'^i d^ ^^-^ ol««Xi iai j,j ^^ ^£yi i'>j (j««.aJ w^iaJi 
f- 

J._j A^^4>oi.j ij^^5 ^iaj ■^ -'^j' *il-Ji^ Uj*xJl ^l^ ^^<Xj»-S. 
^^,wuî_5"J..juKL Is-^-'^ ^sUi!i Ji JUiii (^^ ij^j iji^i jUJi 

^^jvj».Iàs»- ii^ f^X^tX^ ^U.Aiiàfc. ii^^^î 1>.J^ ^l^JijL» j-aJûj^ 3toi*.j| 
<-.»i»-j (^.À-r> ^j5 ltâj„i». k.i s^kA a^Ao ^ V|y^' 1^1 1 «xi l-^J 

JlJ ii.X.^1^ &.âU^^ â^AiO ^\yi>. W**^ ^^^=?' til-A-jrJ>i-» (J^>^' 

plumage multicolore et aux yeux magnifiques. Ali, fils de 
Zeïd Tabari, auteur du Firdaws el-hihmet, « le Paradis do la 
« sagesse, » prétend que cet oiseau se laisse voir dilïicilement. 
On a remarqué, dit-il, qu il ne pose pas ses deux pattes par 
terre ensemble et qui! s'appuye sur Tune et sur l'autre 
alternativement, au lieu de s'appuyer sur les deux à la fois. 
Djahiz cite, lui aussi, cet oiseau parmi les curiosités de la 
création, à cause de cette habitude de ne se poser que sur 
une seule jambe, comme s'il craignait que la terre ne 
s'elfondrât sous lui. — La seconde merveille est un ver 
qui pèse de un à trois iniihal. Ce ver brille pendant la 
nuit comme la flamme d'une bougie; il vole pendant le jour 
à l'aide d'ailes vertes et lisses. Il n'a pas d'antennes; il se 
nourrit de terre, mais ne se rassasie jamais, de peur que, 
celle nourriture venant à s'épuiser, il ne meure de faim. 
Cet insecte renferme un grand nombre de propriétés ulilos. 
— Quant à la Irnisième merveille, plus étonnante encore 



CHAPITRE C.WVII. 327 

j— fcjLL ^j.A_s^t ^^JJij>Ai^ tûôjU^ <:5-*='!y (J-W*^^ J-/> «J^-» 

*- g; 

^ji *Lli (J-* Ltij^ji^ J^îTî Xf^ ^^ (:ri>=^ ^•^^■^- <-b-*" cS*^'! 

([ue l'oiseau et le ver en queslion, ce sont les yetis qui se 
vendent à la aïoii, cest-ù-dire les mercenaires de l'armée. » 
O récit ayant obtenu les suiTrages de l'assemblée, Abou '1- 
Vbbas i\adi répontlit en ces ternies à l'auteur du premier 
récit : « Amr (fils de Bahr) Djahiz énumère trois merveilles 
en ce inonde. En piemier lieu, le bijjou, qui ne se montre 
jamais de jour, de peur que sa beauté et ses attraits n'at- 
tirent sur lui le mauvais œil ; car il se considère comme le 
|)Uis bel èlre de la création ; aussi ne sort-il que la nuit. La 
druxième merveille est la grue : elle ne pose janiais ses deux 
pattes à la fois, mais s'a])puie alternativ(Mnent sur l'une 
«;t sur l'autre, et encore a-t-clle soin de ne pas s'appuyer 
trop fort et de marcher doucement, dans la crainte (jue le 
sol ne s'elTondre sous le poids de son corps. La troisième 
merveille est un oiseau semblable à la grue, qu'on nomme 
iiialclc l'I-hazi'n (le héron ; il s'accroupit au bord des marais 
i'.\ des terrains inondés cl, comme il craint i\uv l'eati ne dis- 



528 LES PUAIRIES D'OR. 

SjMi^ (j~t (jj^ivj (^j>ô^j*i\ jw ^Mas- cjt^^r^ (j^i^l (j^ (S^. 

<_.»>_5L:^ ^^ LjUJÙj (j^ v_aA^ ^o UajÎ <Xi^ ^i)y«**JLi Jb 
iLiS^i^ ^jlj-^il^ ylA-i-Jî «-r*^^ Cj^ ^-^* U^j^*iS^Î_5 O^'^' 

8j.Ai».l U^ »U.»© J, S^^S (j~« ^o U^ <*Mlj ^^AiKJî jUifc.1 ^tXj 

(^jv.À-«»JLî v-^^i L» ^ c>.>ji3 ^^J^.«\^ llJiAi «JkJCjL.* i^jl^A» AAjUw 

paraisse de la terre, il se laisse mourir de soif, » — Aroudi 
termine son récit en disant que rassemblée se sépara en ad- 
mirant qu'un enfant de l'âge de Radi pût avec tant d'aisance 
prendre part à la conversation d'hommes sérieux et instruits. 

Dans nos autres ouvrages. nous avons parlé des merveilles 
de la terre et des mers, des édifices curieux, des animaux, 
des métaux fusibles ou liquides (comme le mercure), etc. 
Nous ne reviendrons pas sur ce sujet et nous nous bor- 
nerons ici à rapporter l'histoire de Radi-Billah, les traits 
de sa jeunesse, les récits de son précepteur, en un mot tous 
les faits qui conviennent à ce livre. 

Voici donc une autre anecdote que nous tenons d'El- 
Aroudi : «Durant une nuit d'hiver froide et brumeuse, je 
m'entretenais avec Radi-Billah ; je remarquai qu'il était en 
proie à une inquiétude et à une agitation extrêmes. « Prince 
«des Croyants, lui dis-je, je vous trouve dans un état 
« anomal : je ne vous ai jamais vu oppressé de la sorte. — 
«Laissons cela, me répondit le Khalife, et raconte-moi une 



CHAPITRE CXXVII. 329 

(j>« IJw ajc^ ^X-s? ^ Ijui* ^ t**^-* u^ U/A*À 2<J UiUi *!^jil 

« histoire. Si tu parviens à me délivrer de mes préoccu- 
«pations, tout ce que j'ai sur moi et sous moi (vêtetnents, 
«coussins et tapis) sera ta propriété, mais j'y mets cette 
« condition que tu réussiras à me dérider. » Je lui contai le 
récit suivant. Un homme de la famille de Hachem était allé 
voir lin de ses cousins à iMédine. Pendant le scjour qu'il fit 
chez son hôte , il n'alla pas une seule fois aux lieux d'aisance. 
Au bout d'un certain temps, il voulut retournera Koufah; 
son cousin le conjura de demeurer encore quelques jours, 
ce à quoi il consentit. Le maître de la maison dit à deux 
esclaves musiciennes qui étaient à son service : « Avez-vous 
«remarqué la courtoisie de mon cousin? Depuis le temps 
« qu'il est ici il n'est jamais allé au privé. - Nous nous char- 
■ geons de lui administrer ([uclque chose qui le forcera à 
«y aller,» répondirent les deux esclaves. Leur maître leur 
ayant laissé carte hlanrlic, elles j)rirenl (lel'écorce i\v ouchar 
[asclepias gigantea), c|iii csl tni |)iir^Mlir, la pilèrent et la 
versèrent dans la hoisson (|iii était (IcsIJMée à l'élraiii^er. A 
l'heure de la collation, elles lui présentèrent ce breuvage, 



;i30 LES PRAIRIES D'OR. 

jLà_3 L^-à^ l^A^Î J)ÀÀ jlî'^Ji R^ls\i J5 (j^ !^A.i»> 
c;^.i.JCJ) A-ji 4^fi ^JSY'' ^J CiJV^'A^j^ l^yÀlii (^.iJi JUi AJCÂJ« 

c:A.À_xJi A.S' ^£ ^-ey* ^3 (iJ^^^ly^ ^••fy^'^' (S-^^ j\xi <>wXÀ« 

en ayant soin de no pas offrir le même à leur maître. 
Lorsque la potion commença d'agir, le maître fit semblant 
de dormir. Le malheureux cousin, se sentant les entrailles 
troublées, demanda à fesclave assise près de lui où élait le 
privé. « Que te dit-il ? » demanda l'autre esclave. La première 
répondit : « Il te prie de chanter ces vers : 

«Le dotiar est pn'yéde Li famille de Fatimah: le lieu ([u'cllc occupaii, 
« est abandonné et désert. » 

« L'esclave chanta. — « Ce sont sans doute deux filles de 
Koufah, se dit le cousin, elles ne m'auront pas compris ; » 
et se tournant vers la seconde : « Madame, lui dit-il, où est 
« l'enclos ? — Que te demande-t-il ? » fit l'aulre. Sa compagne 
reprit : « Il veut que tu chantes cet air : 

«Les beaux jardins et le monastère sont enclos, et elle gémit captive 
«dansée cliarniant séjour.» 

« Elle chanta. Le jeune homme se dit par devers lui : Ces 
deux filles sont d'Irak, elles n'o)!! pu me coniprendre , » et 



CHAPITRE CXXVII. 331 

s'adrcssant à l'une crdlcs: « Pour l'amour de Dieu, lui dit-il, 
«où est le cabinet aux ablutions? — Que veut-il?» fit sa 
compagne. — « Il te prie de chanter: 

«Fais tes ablutions et tes cinq prières cl annonce l'heure de la prière 
« pour le Prophète. » 

« L'autre esclave chanta cet air. — J'ai affaire à des l'cmmes 
du Ihkijaz, se dit le jeune homme, et je n'ai pu me faire 
comprendre. Madame, demanda-t-il a l'une des deux, où 
« se trouve la garde-robe ? — Que veut-il? demanda l'autre. 
« — La première répondit: «^11 désin; f[ue lu chantes 

« Une troupe d'espions jaloux me (jardcnl do tous cotés : un seul sulG- 
II rait pour me tenir éloignt! de celle cpic j'aime. » 

"Le chaut termine';, le- pauvre homme pen.sa qu'il s'était 
adressé à des femmes Yéménites c|iii ne pouvaient fenlendre 
et, .se tournant vers l'autre chanteuse, il lui dit: « Ma chère, 
" où sont les liinix (Taisance? Que deniande-t-il ? (it la pre- 
« mière. Il demande (|iu' lu ch.inli's: 



332 LES PRAIRIES D'OR. 

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l.,iUJÎ j.^^'î ^>^3 »xx^5 l^i ^j\XJi^ y^^ dl'i f-f^**:? tlji'^ iWuuw 

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i*Xj& »..A-£ ^îj..> J^.:=»-î ^.3 <>iAA£ ^àJ*Xj ^ It^jijuw^ ItioLi^ci 

K_,vwj t^.JÛ *X.x) ja vii—^Jl ^^^LJL 4^Aiû«Xà Jb AÀ* cK=*j 79.J 

« Il fuit les jeux et le badinage, il déteste l'amoui-, préférant son repos 
« et ses aises. » 

« L'esclave dit cet air. Le maître du logis faisait semblant 
de dormir, mais ne perdait pas un mot de tout cela. Son 
invité, n'y pouvant plus tenir, s'écria: 

«Filles me feraient toute issue et me torturent avec leurs éternelles 
« chansons : 

«Mais ma patience est vaincue, et je vais satisfaire ma vengeance aux 
« dépens de ces prostituées. » 

« Ce disant, il dénoua ses chausses et salit les deux filles de 
la tête aux pieds, leur infligeant ainsi une leçon exemplaire. 
Sur ces entrefaites, le maître feignit de se réveiller et, voyant 
ses esclaves dans cet état pitoyable, il dit à son hôte: « Ami, 

«qui t'a suggéré chose pareille? — Fils de p , répliqua 

« l'autre, tu as des esclaves qui prennent sans doute les latrines 
« pour le pont de l'enfer, car elles n'ont pas voulu m'en in- 
« diquer le chemin. Je ne pouvais trouver une meilleure re- 
« vanche. » Et après avoir ainsi parlé il s'éloigna. —- Cette 
histoire excita chez Radi un véritable accès de gaieté et il 



CHAPITRE CXXV1[. 333 

vlUS i-^A-« jl^ U^^J U*'^'^^ (J^ *J'^^_5 ''Vs'^-^ M^ ^ ij^ ti' 

:>\y*J\ <îu^ ^- ii^^Ji x«;^ HjMi (j>^U! (jmaJ i wv<^i 
Jli ' j,;i>sjLÎ! 1j^ ^^ J^ ^ ljjs^\ Uyû oJs JJj» ù^j 

^^**" J^ tj' ^* (J-« ^ 1^^ t^ ^iU-« j Joi w^Uo J,i ^ 'J^ 

m'en récompensa en me donnant tout ce qu'il avait sur lui 
et auprès de lui en fait de vêtements et de tapis : il y en avait 
pour environ mille dinars. » 

Souli raconte le fait suivant: « Radi-Billah me demanda 
un jour pour quel motif le Khalife Mamoun, après avoir 
adopté le vert dans ses vêtements et proscrit le noir, était 
revenu plus tard à cette dernière couleur. « En voici la 
raison, répondis-je, telle qu'elle m'a été transmise par Mo- 
hammed (fds de Zakaria) Galabi, d'a])rès le récit de Yàkoub, 
fils de Djâfar, fds de Suleïman. Lorsque Mamoun rentra à 
Bagdad, les membres de la famille de Ilachem se réunirent 
chez Zeïneb, (ille de Suhùinan, (ils (PAIi, et, en vertu de 
l'autorité que sa naissance et son âge lui doniiaiciil dans la 
famille (TAbbas, ils la supplièrent de parler au Khalife 
Mamoun, a(in «pi'il abolit la couleur verte. Mlle le leur 
pronut, se rendit chez Mamoun cl lui tint ce lantra'fe : 
«Sire, vous êtes assez puissant |)()ur faire du bien à vos pa- 
« rents les Alidcs, vous ne fêles pas assez pour (pi'ils nous eu 
lassenl , cl , eu ouiir, vous poilr/. .lilcinlc îi l;i coutume de vos 



334 LES PRAIRIES D'OR. 

L«\j 5 tXr». I yJMJa J" ^^ 5jMi=l (j^IaJ c.<Xà iil.jL») (j^ cs*^"^ (J** 

<^^.ii î<x^ J, p"^.? *^*>S (^K U <>^^U L» Iv^J Jiï ^jXm ^J^ 

,_^»JûJ l^^i 6w«î (j-« yO U» o-i^ «Xiâ «.>j fcji w»i/i (J»i ^».j 

ii-j^-Aw—^ J^^ ^wA-iJ X^^kit^iS ^x*o jaS- (j^ i--Jllr> jji /J.J 1[^ 
«Xaa£ J^j 5j.fcaAJj ^_^U«]Î /vj a\S| *Xa£ dlJi «-« Jj.i ji«X'53)U 

P w 

«pères. Renoncez aux vêtements de couleur verte et ne fa- 
« vorisez les projets ambitieux de personne. — Chère tante, 
«répondit Mamoun, on ne ma jamais adressé à cet égard 
« des paroles plus persuasives ni plus conformes k mes 
« propres intentions; iriais , tu le sais, lorsque, après la mort 
«de TApôtre, Abou Bekr fut investi du pouvoir, il nous 
« combla de bienfaits, nous tous membres de la famille du 
« Prophète. Omar, son successeur, ne s'écarta jamais sur ce 
« point des précédents établis par son devancier. Ce fut 
« Otman qui, pendant son règne, favorisa les fils d'Omeyyah 
« au détriment de toute autre famille. L'autorité passa ensuite 
«aux mains d'Ali, fds d'Abou Talib, non plus sereine et 
« paisible comme au temps de ses prédécesseurs, mais 
« troublée et pleine de menaces. Ali n'en donna pas moins 
« le gouvernement de Basrah à Abd Allah, fils d'Abbas , le 
« Yémen à Obeïd Allah, fils d'Abbas, et le Bahreïn à Kotam; 
«en un mot, il n'oujjlia aucun Abbasside dans la distri- 
« bulion de ces hautes fonctions. Ces bienfaits nous ont 
" créé des obligations que j'ai voulu reconnaître en traitani 



^ 



CliAPlTUK CXXVU. 385 

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4^ yûj ^i;! 

^J< l!_5 p'^...V...A..IL <Jjl A_À— « (j-«_j (^^^ jOAÏ».) U (jwVAxJi ^J ti^i 

Jv-sJi (^ '^_5.=?- *^t *>^-** (JP^J tô'^-fr-'' «^.AajJL» <\MI *XaS é^-5^ 

« ses descendants comme je Tai fait. Mais désormais vos 
« désirs recevront satisfaction. » Et, à la suite de cet entretien, 
il revint aux vêtements noirs. Sachez, Prince des Croyants, 
que Manioun a laissé des vers qui se rapportent à cette 
circonstance; les voici : 

On l)IAmc la reconnaissance que je témoigne au Iccjalaire, au père de 
Ilacan (Ali), mais ce reproche est, à mes yciix,un(^ des élrangctésde ce 
siècle. 

Ali fut le vicaiic du meilleur des liomnics, le premier (|iii soulinl 
l'Apôtre en secret ot ouvertemenl. 

Sans lui, la famille d(! Ilachem, au lieu do régiier, aurait eoiitiuué ù 
vivre dans l'InamilialitHi et la servitude. 

Les dignités que d'autres s'étaient attribuées, il les a données an\ fds 
d'Abbas; cl qui mieux (|ue lui pouvait accorder des bienfaits et des grâces? 

Abd Allali a fait luire la vérité à Hasrab; Obeïd Allali a répandu ses 
bienfaits sur \v, Yémen. 

En leur distribuant les liantes fondions d<^ l'i'jtal, Ali m'a retenu ;\ 
tout jjunais dans les liens (!(; la reconnaissance.» 

[.(' Kli.'di(c K.ilicr, .iprcs .noir lue VIoiinis, Piolail, Ali. 



336 LES PRAIRIES D'OR. 

kiUi »i Jo^?" «Xij j-£&).il^ (iJ^-'S^Im-'^J 0"JD"*^^ f'^"'^ ^"^ CiJ^^ 

fils de Bolaïk, et plusieurs autres personnages, s'était emparé 
de sommes considérables qu'il avait cachées en lieu sûr. 
Lorsqu'il perdit le trône et les yeux , et que Radi fut nommé 
Khalife, cet argent fut réclamé de Kaber. Celui-ci affirma 
qu'il n'en possédait plus rien; on le maltraita, on le mit à 
la torture, il persista dans ses dénégations. Radi changea 
alors de système : il l'accueillit à la cour avec empresse- 
ment, s'entretint souvent avec lui et le traita avec consi- 
dération ; ayant égard à sa qualité d'oncle , à son âge , à son 
titre d'ancien Kh.alife , il le combla d'amitiés et de faveurs. 
Or Kaher, (quand il était sur le trône) possédait dans 
une des cours du palais un petit jardin d'un arpent, planté 
d'orangers qu'il avait fait venir de l'Inde, par la voie deBas- 
rah et de l'Oman. Ces arbres entrelaçaient leurs branches 
ciiargées de fruits rouges et jaunes, brillants comme des 
étoiles sur un parterre de plantes exotiques, de balsamines 
et de (leurs; on avait réuni en cet endroit des tourterelles, 
des colombes, des merh.'s, des perroquets el d'autres oiseaux 



CHAPITRE GXXVII. 337 

ylO f-»^i dU*kj AJUui ù^^\ ^5-«él^i Ji iii^ii owwail 

^,^ ^^ W^' ^>^j Jl^iJl* Jl>^J! ioJUo^ (^,w• ffjf^ yii Le, 

«,C7_jAÎ ^^ *iU**3 ^jLiU<*aJÎ (Jt ^AàivJi (JOjUai ^j\jo\ (jb;*i*j 
jwo (^^ {-^^^^ 0>-^' c:A-»»Ji t^-»^ V*-^ *Xij.d>ljt!l A JUi 

do tout pays. C'est dans ce magnifique jadin ([ueKaher aimait 
à boire et à réunir ses courtisans. Radi, en lui succédant au 
pouvoir, partagea sa prédilection pour ce jardin et, comme 
lui , il en fit le lieu habituel de ses festins et de ses réunions. 
A l'époque où il rendit ses faveurs à Kaher, il le mit au 
courant de ses réquisitions d'argent, du grand besoin qu'il 
en avait et du dénùment dans lequel il se trouvait. Puisqu'il 
était sur le trône, il était obligé de demander à son prédé- 
cesseur de l'aider des sommes qu'il possédait encore; il lui 
promettait en retoui- de l'associer à son gouvernement et de 
régner en s'iuspirant de ses conseils. Il s'engageait enlin par 
les serments les plus saints à ne pas attenter à ses jours et 
à ne lui fairo aucun toit à lui ni à ses enfiuits. Kaher 
accueillll lavorablcnient ces ouvertures et déclara que tout 
son argent élail caché dans le jardin des orangers. Radi- 
l)iilali s'y rendit avec lui et le ()ria de désigner l'endroit où 
il était enfoui, kaher répondit: «Maintenant que j'ai perdu 
la vue, je ne puis le désigner avec certitude ; mais ordonnez 



338 LES PRAIRIES D'OR. 

j^iji dlJi yK^ i^^As. J-iS? ^_5 J-^=l?i5 t^J-V^" ^^ S;-*^ 
^_f-) ^ ^^r>- jliijj^lj (j<««^Jt_j jUét^ilS jiXj Ci^AlÀ^^ (j\jù«*Ajl 

j _**-&- <^J^^ l-Xi .«-(^ Jl-iî ^^ f^ù^Â& J.JSJ_5 j-idUil *1 JU* 
Ai_^_-ol>!_j (j*1_àJÎ jlAifc.lj ^jitXil /j.<w.r>- 5ii !»,==• l^s^ Aaa^j5 

des fouilles et vous trouverez le trésor ; il est impossible 
qu il échappe à vos recherches. » On fouilla le jardin en 
tous sens; on arracha les arbres, les plantations et les 
fleurs; on ne laissa pas un pouce de terrain sans l'explorer 
et on se livra aux recherches les plus minutieuses. Ellçs 
n'eurent aucun résultat. « On n'a rien trouvé du trésor dont 
tu parlais, dit le Khalife à Kaher; qui fa porté à agir ainsi? 
— Est-ce que je possède encore quelque chose au monde } ré- 
pojidit Kaher. Seulement j'étais jaloux que vous puissiez pos- 
séder ce jardinet que vous en jouissiez. C'était ce que j'aimais 
le mieux en ce monde, et je voyais avec désespoir qu'un autre 
en était le maître après moi. « Radi vit avec douleur que la 
ruse de son pix^décesseur pour le déposséder de son jardin 
avait si bien réussi , et il se repentit d'avoir suivi ses conseils. 
Il éloigna Kaher et le tinta fécart, craignant pour sa propre 
vie le contact de cet homme. 

Radi-Billah faisait grand usage de parfums. Il élail cfun 
exlérienr agréable, d'un caractère générenv el libéral. Il 



CHAPITRE CXXVll. 339 

HaJi-jIî -._w_JL-« jij JJÎ >^i^ <\i».j»ilj <y:>^l^ ^fcocîl SjS>^ ^y*-* 

iO— <--.i— « -«^l-«*x_j à«x_c l*^'^ <-ryr^ ^' -^^-s^ ^î ^Xaaj ^I ^»j 
<_^^^Jti l.^^_A^^ AOvXÀÎi (j)^*>v^ (^î^ ti^AaJi (^î-sc* ^^ *X4^ 

aimait à s'entretenir des choses et des hommes du temps 
passé, recherchait les savants et les littérateurs, les appelait 
souvent en sa présence et les conihlait des marques de sa 
générosité. Jamais un de ses courtisans ne le quittait sans 
avoir reçu de lui une somme d'argent, un vêtement de gala 
ondes parfums; au nombre de ces courtisans on dislinguait 
Mohammed (fds de Yahya) Souli et Ibn Hamcloun, sur- 
nommé Nedini, «le commensal.» Quand on re[)r()chail à 
Riuli-Billali ses libéralités excessives envers son entourage, 
il répondait : « J'admire la conduite du Khalife Abou'l-Abbas 
.SafTah ; ce prince réunissait des qualités qu'on ne trouve 
chez aucun autre homme. iNul de ses courtisans, aucun 
chanteur ou virtuose, ne sortait de chez lui sans emporter 
un cadeau pins ou moins considérable en argent ou en 
vêtements de prix. Saffah n'allendail jamais au lendemain 
])our récompenser le mérite et il disait à ce propos: « Il serait 
«étrange qu'un homme qui en a diverli nn antre reçoive, 
«en retour du plaisir qu'il lui a procure immédiatement, 
" une rélribnlion pleine d'ajoninemenls cl dr délais. «Toiiles 



3^0 LES PUAiniES D'OR. 

l-jfj A.-- r,_-*il_«.J ^jO iS'^^ f»y^^ J_5.0 (_^ AaJI Jviaj U iK.X5-? 

lixXs»-» hyAS-^ 3i> yl^iJi (j^j ~^^^ («^V^» t-*.^M f»«Xiï» (j^ 
t_^x^ol^ i^^î^S^ ^r'^^' ^■^ ^-^•^h'" Sj^'^^ (♦^^^^'^J *Xs-*Nj 

les fois que Saffah tenait assemblée, le jour ou la nuit, ceux 
c|ni y avaient assisté s'éloignaient le cœur satisfait. Quant à 
nous, si les circonstances nous sont moins favorables quelles 
ne l'étaient pour nos prédécesseurs, nous devons néanmoins 
récompenser nos hôtes et, k plus forte raison, nos frères, 
dans la mesure de nos ressources. « " 

La générosité de Radi-Billah se manifestait en toute oc- 
casion. Il ne reprochait à aucun de ses courtisans les dons 
qu'il ne cessait de leur accorder, à ce point que l'un d'en Ire 
eux , confus de la continuité de ses largesses , différait à des- 
sein ses visites au palais. Ceux qui prirent le plus d'ascen- 
dant sur lui furent: parmi les eunuques, Ragib etZirek; 
parmi les pages, Daki et quelques autres. 

Son précepteur Abou'l-Hacan Aroudi raconte ce qui suit : 
« Un jour de mehredjân (équinoxe d'automne) , je passai de- 
vant fhôtel de Bedjkem, le Turc, sur les bords du Tigre : 
le tumulte de la foule, le son des instruments, les jeux, 
les clameurs joyeuses qui partaient de cette demeure sur- 
passaient tout ce que j'avais vu jusqu'alors. .T'cMiliai ensuite 



GHAPITHE CXXVll. 341 

jj viiL^ f*^^-?? *J..?"*^ Wv^-^'^ ^JO J^Jv.Ji ^^ JwAiU» Sj,mJ^ 

LJyiiS^^ l^Jfcr».j ^.^^AV 

é ^:s: (j^wUJl <Xl*w (f A.liijtii j.A^^ (fk£.lîj.xJî Ijf! 

^^_k_ii ySkX^ (J^^W- ^•^J W'V:*J ^^y^^î J.i».i)Î <-^jl^ (J-«J 
A^A-Lft \i>yX*0^ L-CIaj1 (j^ UAJ C-*.jl^ U_J liÛ^A^j (J*>*J^ vi)^)-^ 

chez Radi-Billah ; je le trouvai seul, en proie à un sombre 
chagrin. Je m'arrêtai devant lui, il me fit signe d'approcher; 
je m'avançai. Il tenait à la main un dinar et un dirhem, 
pesant l'un el l'autre environ dix milkal. I^es tleux pièces 
étaient à l'elfigie de Bedjkem, armé de pied en cap, entourée; 
de la lég(!nde suivante : « Le seul pouvoir, sachez-le — appar- 
« Ueid a l'émir illustre — au inaîlre des hommes, Bedjkem. » 
Le revers présentait la propre effigie du Khalife, assis, la tqte 
basse, comme un homme plongé dans ses réflexions. «Tu 
« vois, me dit le prince, les œuvres de cet homme; tu vois 
«jusqu'où vont son ambition <'t ses orgueilleuses aspiialions! » 
J'évitai (le rcj)()ii(he et je \\\v mis à j)ark'r des Khalifes 
anciens et de leiu's rapports avec leurs sujets ; je passai 
ensuile à riiisloiic des rois de Perse, aux épreuves ((iv'ils 
std)iicnl (le la part (N; leiuvs peuples ; je lui rappelai avec 
(|uell<' coMsIaMce, avec; (piell(^ sage ()olili<|ue ils les siijipoi- 
lèrenl juscpTaii jour (Ht ils réLablirenl Tordre el assirent leur 



342 LES PHAIRIES D'OR. 

(j**_À_:s2 ,i «X_jï_i^ *L*(^:^^Ujasfc.L *-«!_5 j.^ f^"^' l«>-i£> JJi.* 

autorité. Mes paroles le calmèrent. « Prince des Croyants , 
« ajoutai-je , qui vous empêche de faire ce que disait Mamoun , 
« à pareil jour, dans les vers que voici : 

OSi'e, en ce jour de mehrcdjân,'au\ convives réunis aulour des outres 
vénérables , 

Offre-leur une coupe du vieux vin royal de Perse , car cette fcte est celle 
de la monarcljic persane. 

Eloigne de moi les buveurs de zcbib (vin fait de raisins secs par infu- 
sion) : leurs goûts ne sont pas les miens. 

Le vin que je bois, je le sais défendu et j'en demande pardon au Dieu 
bon par excellence. 

Le buveur de zéhib croit boire une liqueur autoris<;'e et le mallieureux 
se cbarge d'iui double pécbé. » 

« Cette citation émut le Khalife el lui rendit sa gaieté. « Tu 
» as raison, me dit-il; renoncer au plaisir un jour comme 
« celui-ci serait un acte de faiblesse. » Il fit alors appeler ses 
courtisans et alla s'asseoir dans la salle du trône, sur les 
hordsdu flonve. .lamais je n'assistai à une fête plus brillanfe: 



CHAPITRE CXXVll. 3^3 

»^jL)4>oL> (^<;\.^Ai'_j (j^-AÀxilj •«^LwtX.ÀJi (j^ S vA.<i.-fc- ^jw« [«^aJÎ wîiJi 
4j^ AjLiJl^ (XsT UJsJÛ -îUjIj t;^^! ^Uj!_5 jXii_5 ,^|;<iJî^ 

Q_jj_j-Jiî (^,^ ^^-^ii^ii -II! J, ^1^ U <^ l_AvOÎ Ovi^ ^:>_j,;«<w.il 

»yi1^i J-Jliri^ iU.l\A JU>iiî^ ^voUî *^^il cj^ yb-^xil 
jw^sjJLi i.:i\^ <jl jX:?r ^ <\^j>^ Jii» li »^l cj-« y^ ^^ 

tous ceux, qui y prirent part, convives, chanteurs, virtuoses, 
reçurent des pièces d'or et d'argent, des vêtements d'honneur 
et dos parfums. Sur ces entrefaites, arrivèrent les présents 
de Bedjkem, qui se composaient de raretés exotiqu(s;en un 
mot, cette journée fut une véritable fête pour le Khalife 
comme pour son entourage. » 

Tous les faits et événements du règne de liadi-Billah sont 
exposés sommairement ou en détail dans notre livre intitulé 
« Annales historiques, ou Histoire des peuples que le tem])s 
a détruits, des races effacées et des loyaumcs qui n'existent 
plus. » Nous avons raconté l'exjjédilion de ce Khalife avec 
Bedjkem dans le pays de Moçoul et le Diar-Rebyàh, cl aussi 
la gucrri! (pii éclata entie Bedjkem et Ahou Mohammed 
Haçan (liis cfAhd Allah, (ils de Maindàn), surnommé plus 
tard Naçir cd-dawlch. Pour les r(cils du préseul ouvrage, 
nous recherchons suiloiil la 'concision, évitant les déve- 
lo|)|)ejnenls et les longiicius, ('ar les narrations prolixes font 



3tili LES PRAIRIES D'OR. 

Ca._X_.cvwj &-A_ik.j ioljf^Sj ^J^-ik.tj ?^'' ^"^ Jji'^» J^ CJ-* 

(jw^Vjj cl>!A-J iiÀAv^ÀiO (j-« y^-Xi»- cb^XjJ cxA*wJÎ -jj sUa^ 

I 

(j_> ^jL^Lw «jVj^' <^Jjl 4M J-aXI Ji iiiliKsi (.::*^wasî lij 

naître la fatigue et le dégoût dans Tesprit du lecteur. Un 
peu de savoir vaut beaucoup de pouvoir. 

CHAPITRE CXXVIII. 

KHALIFAT DR MOTTAKI-MLI.AII. 

Mottaki-Liliah , dont le nom est Abou Ishak Ibrahim, fils 
de Mouktadir, proclamé Khalife le lo rébi I de Tan 329, 
fut détrôné et aveuglé le samedi 3 safer 333, après avoir 
régné trois ans, onze mois et vingt-trois jours. Il était fds 
d'une esclave. 

RÉSUMÉ DE SON HISTOIRE ET DE SA VIE ; PRINCIPAUX 
ÉVÉNEMENTS DE SON RÈGNE.. 

Mollaki-LilJah, on moulant sur le trône, confirma dans 



CHAPITRE CXXVIII. 345 

IfcjcÀ-^j gj.,>wa xll» ^jk..>«XjwO! w«i *>OC*»;ij tS>^' U^JL?*' *^^'' 

(^ jU>^ (*V^-^ ^^^îr^ ^^-^--^^^^ ^^*J iXXAaj ^jî ^jyX*«.3î 

w^L^^Ji l_jJ J^-J^ JL>^1 t_jXÀilAî>lj rfvIàfiJjJi i (jî^Ais-j 
yLixi*>.Ji yS%JS^jU3_5 *>jl^i^ ylkA^Jl ^^j-^ (*-(r•!^^^ oUijl; 

ses fonctions de vizir Suleïman, fils d'El-Haçan, (ils de 
Makhled. Il lui donna j)liis tard pour successeur Abou'i- 
Haçan Ahmed, fils de Mohammed, fils de Maimoun, c(u'il 
avait employé comme secnHairc avant son avènement. Les 
vizirs qui succédèrent à celui-ci furent : Abou Ishak Mo- 
hammed (fils d'Ahmed) Karariti ; Abou '1-Abbas Ahmed 
(fils d'Abd Allah) Ispaliâni et, en dernier lieu, Abou'l-Haçan 
Ali, fils de Mohammed, fils de Moklah. IMais le véritable 
souverain fut le Turc Abou'1-Wefa Touzoun. 

Le parti des Beridi était devenu assez puissant à Basrah 
pour empêcher les bâtiments de remonter le fleuve. Ils dis- 
posaient de deux armées considérables : une armée navale 
qui combattait sur des bateaux de différente grandeur, dé- 
signés par les noms de chada, tayyarah , seiniryah et 
zehzeb, et une armée de terre fort nombreuse. Us surent 
se créer des partisans en Hattant leur cupidité et gagnèrent 
à leur cause les valets et les pages du Khalife. Quant à 
Tannée du gouvernement, elh; se coniposail de l'urcs, de 



?M LES PRAIRIES D'OR. 

l-r,.A-X^ i^AA*jj lîMo\^ \^i^^ ^J"^°3 (iJ>;>*^^-;?H^Î 'r'>'^ la.*»»!» (Jî 

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(J5l..«i2^^ A.-|^-Ji-*^ (i tjjj^-'^ (*"!/"- ' "^ r^ vii-Ji (J"-!^ ^j° <Xï^ 

Deïlemites, de Guilauais et de quelques Karmates, sous les 
ordres de Touzoun. Ce même Touzoun, ancien compagnon 
d'armes et ami de Bedjkem, fut chargé de combattre les 
Beridi dans le pays de Waçit, dont ils s'étaient emparés et 
où ils régnaient sans partag'e. La guerre se prolongea long- 
temps entre les deux partis avec des chances diverses. 

De son côté, Mottaki-Lillah , se voyant dépouillé de toute 
son autorité , écrivit à Naçir ed-dawleh (Abou Mohammed 
Haçan, fils d'Abd Allah, fds de Hamdan), et au frère de 
celui-ci, Seïf ed-dawleh (Abou'l-Haçan Ali, fds d'Abd Allah, 
fils de Hamdan). 11 implora leur appui jDour le tirer de cette 
situation humiliante et leur promit en retour de leur confier 
son pouvoir et le gouvernement de l'empire. Déjà Mollaki 
s'était rendu une première fois chez les fils de Hamdan, au 
parti desquels Touzoun, avec plusieurs chefs turcs et deïle- 
miU's, s'était rallié. Ceci se passait en 33o, lorsque les 
Hanidanites tuèrent Mohammed, fils de Uaïk. ils se diri- 
gèronl alors sur Bagdad, s'emparèroul ffii gouxeniemcnl cl 



CHAPITRE CXXVIII. 347 

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(^^•«fii^Jtl J^~».:> ^-=*- (^•'^b-? J^****-? (*~-f^'*'^'i* <-^^ «^^ïi^ <X.xj 

firent la guerre aux Bericli. Comme nous l'avons raconté 
dans les Annales historiques, à la suite de ces différents évé- 
nements, Nacir ed-clawlch quitta la capitale et se rendit à 
Moçoul ; il rejoignit son frère Seïf cd-davvlch et le tira du 
péril où les complots de Touzoun et de Djâdjâ le Turc 
l'avaient jeté. Mottaki arriva lui aussi à .Moçoul. Touzoun , 
informé du départ du Khalife, retourna à Bagdad. Il marcha 
ensuite contre les Ilamdanites : les deux armées se rencon- 
trèrent à Okbera; la victoire, d'abord indécise, se déclara 
pour Touzoun. Ce général retourna à Bagdad. Les Ilamda- 
nites réunirent toutes leurs forces et marchèrent de rechef 
contre lui. Il les laissa approcher de la capitale, puis il alla 
à leur rencoiilre, leur livra plusieurs batailles (.'I liiiit |)ar les 
mettre en déroule; apiès quoi, poursuivant Farinée enne- 
mie, il s'empara de Moçoul et se dirigea de là sur Beled. Les 
riaindanites furent contraints d'achcicr la paix au piix d'une 
iorle rançon ; Touzoun rentra alors triomphant à Bagdad 



3^8 LES PRAIRIES D'OR. 

(^«x_£û!^ )^^_A_5 ilU ^M t)-*"j ii^i! (Jl ^Iav.3 j.^a..-» u-\s»-Li> 

iljj »j„><»î cK^3 »ii_^.â (J.4 5'tX.jljJ AaJ! Jfr-oj bblj bU^ AjJ\ 

^il ^L^l ^j.j 4Mi «x.Ait y.j «x.^! «UîaJî ^^lij^ iiXjLo y,ji 
«j„==-^Jl A_ftl_;?rj j_jJ^-kJi ^ 3I» oj5^*il v^>^^ ^^îXa^^, 

S^MfcXA (JljLkwj j^iî jJbfij fcAÏa^ jL»i_5 5v^r=» tjAjUs- jj^ *^,^v 

avec ses troupes turques, guilanaises et deïlemites et un 
formidable matériel de guerre. 

Mottaki se réfugia d'abord à Nassibîn et ensuite à Rakkah, 
où il arriva -vers la fin du mois de ramadan 332. Là, il 
écrivit à Ikhchid (Mohammed, fds de Tougj), le possesseur 
de l'Egypte. Ce prince se rendit à Rakkah ; il donna au 
Khalife de grosses sommes d'argent, des pages, des effets 
de toute sorte et adjoignit à sa suite un de ses propres olïi- 
ciers. En un mot, il rétablit sa situation, améliora sa for- 
tune et combla de faveurs tout son entourage, entre autres 
le vizir Abou'l-Haçan Ali , fils de Mohammed, fils de Moklah , 
le grandjuge Ahmed ( fils d'Abd Allah, fils d'Ishak) Kharki, 
le chambellan Sellam (lisez Selamah) ^ plus connu sous le 
nom de Akhou-Nedjah le Toulounide, et plusieurs autres 
officiers et pages. Cependant Ikhchid eut soin de ne pas 
traverser l'Euphrate, afin de n'entrer ni dans Rakkah, ni 
sur aucun point du territoire de la Mésopotamie et du Diar 
Modar ; ce fut le Khalife (pii ])assa le lleuve poui- se rendre 
au camp égYi)tien sur In rive syrienne. Là il eutania des né- 



CIIAPITIIE CXXVllI. ;5^0 

^î_5 i>^Y^^ ij^}^ V>^*^ fi"\r^-^ c>j|^ ^^LMiJi «-AJ^' (j^ 

a1 *U^Jt_5 J.-xJê iL&LkJîj ç_fuJL ^^•i_^il_5 :>_j.^i Ji*iji 
a.aj! tXjLil^ ,î^^£ (J)^=L ^y-'^ ^'\r'3 2Jw«l {^j *1 cJvAaJCJi^ 

gociations et conclut des traités avec Ikhchid. Quant au 
Hamdanite Seïf ed-dawleb, il demeura à Harrân ])cndant 
toute la duré(; du séjour du Khalife à Rakkal». — Sou neveu 
Abou Abd Allali Huçeïn , fils de Sàïd , fils de Ilaindan , ayant 
quitté Alep et le pays de Hims, lorsque Ikhchid approchait 
(lu tcriiloire d(! Kinnisrîn et d'El-Awarini, ses troupes se 
débandèrent et allèrent rejoindre Seïf cd-da\vleh. 

Sur ces entrefaites, Touzoun envoyait sans désemparer 
lettres (>t m<\ssages au Khalife |)()ur le prier de rentrer dans 
sa ca])ilale. En présence (h; tous les kadis, jurisconsultes el 
assesseurs qu'il put trouver, Touzoun avait engagé sa foi et 
promis par les serments les plus inviolables de se com- 
|)orter en sujet obéissant et loyal, de n'agir que confornu'>- 
ment aux ordres du Khalife et de renoncer à toute rébellion. 
Les actes renfermant cet engagenunt el ces pioniesscs, 
revêtus de la signature des kadis et des témoins, furent 
transmis par son ordre à Moltaki. Vainement les llanul.i- 
nifes conjuièicnl ce prince de ne |ms pjii (ir, vaiiu-nieii! ils 



350 LES PUAIRIES D'OU. 

. ^ ^ ** ^ 

1.aJ 0,J^JSSÎ jIa^sL» l^:>r^j| J,.^Aa:^Ji ^ \XaXs. j.M*.X^^^ \.A^Xj£}^ 

<Ji-i_5 y_K_4l ^L»_^_<»ji j i (J)jIaw^ ^^wa^£ *.^âj Cj5 5>*il >-<^-^JI tK^.^ 
^=ï»j..jj dUuiù ^^jy'i sUAili ^.v^jJi îtNjfi ^^^-^ (^ iij<XÀA«fcJlj 
Aj li)^ 45'^-^^ ^;si5 «-«*^yJ (jS !f^j\s. -çw-ils «i^J^^r! (^JS-^ ^ijvi*.^» >i 

reffrayèrent sur les projets de Touzoun , sur le péril auquel 
il allait s'exposer, Mottaki persista dans sa résistance et dans 
la confiance que lui inspiraient les messages de Touzoun. 
Le long séjour du Khalife , réfugié chez les princes Hanida- 
nites, avait coûté à ces derniers des sommes énormes - il 
nous est difficile de les évaluer et d'en donner le chiffre, 
à cause du grand nombre et de la différence des renseigne- 
ments qui nous ont été transmis à cet égard. 

Ikhchid s'éloigna des bords de TEuphrate pour regagner 
TEgyple, et Moltaki descendit le cours de ce fleuve jusqu'à 
ce qu'il rencontrât Abou Djàfar, fils de Chirzad, secrétaire 
de Touzoun. Cet envoyé l'accueillit avec le plus grand 
respect et le fit saluer par les troupes iurques. Le Khalife, 
poursuivant sa route, parvint au canal nommé iVeAr-yça et 
arriva dans le domaine de Sindyeh, situé sur les bords de 
ce canal. Touzoun l'y attendait; il marcha à pied devant le 
prince et ne consentit à monter à cheval que sur un ordre 
formel du Knlife. Tl le conduisif ainsi jusqu'à la fente pré- 



CHAPITRE CXXVIII. 351 

i;;^ i^y-^Jl jî ii^jij (^ o^-»^j ^'"^-^ ^jl^ u ^A^ «r^-^^ cl-^i' 

*i ;c-)_j-JuJ ^^_X-ÀL*«i-li j-iàs*.!_5 A..f,Ar>-Lo (Ji ^<^Xy« (j^_j <J>^i <JÎ 
y5J)_j-J ^.^li <X-s».Luj2j ^ù^=l^ ^Uv^Ji ^^j) ^IaoÏ ^JCii tKrr-j 

(j\-À.Si b^^ »X3 JUi^lxli ^ilji xXj_5 4ML ^^A<»**.iî <jl |t^AV3 

parée })our le recevoir sur les rives du i\ehr-Yça,à une faible 
distance de Bagdad ; Mottaki s'y arrêta. Aussitôt un message 
fut envoyé k fhùtel de Taher pour mander Mostakfi. Dès 
(jue ce dernier futarrivé dans latente royale, Touzoun s'em- 
para de Mottaki et de tous ses bagages; il fit arrêter en même 
temps le vizir Abou'l-Maran Ali, fils de Mobamraed, fds de 
Moklab, et le kadi Abmed, lils d'Abd Allali, lils d'isliak. Le 
camp fut mis au pillage. Dès que le général que Ikhcliid 
avait laissé auprès du Khalife se fut éloigné avec ses lioniiucs 
|)()ur ictowriicr en l'^gy|)le, ou alla clieiclier Mostakii cl on 
le salua Khalife. Mottaki cul les veux ci('V(''s ; pour éloulVer 
ses cris, aux(piels réj)()iulaieul les clameurs des femmes et 
des eunu(|ues, Touzouii lit battre du tand)()ur autour de la 
Icnle: le lumiillc fut étoulfé de la soiie. Ou ramena ciisuile 
il Jiagdad Mollaki aveugle et dépouilh' du manteau, du 
scej)lre et de fanucau ; ces insignes du khalifat furent remis 
à Mostakfi-Billah. Kaher fut instruit de ces événements et il 
s'écria: «Noms \()ici fl(>ii\. il uniis l'an! mainleuanl or) Inu 



552 LES PKAIUIES D'OR. 

(j\_j (J}j..*a..Xji (^^3 c:^à5 <x5j.ji. j^aIÎ J^j U Jlï jJ-i.^vXJl 4M 5 

^^^jcawÎ^ JÎ_j.)^i- ii aaJ! ^^àjI ^J*UJ5 -U lais? 1jjU^5 ^5^-^ 

(Al ** 

«î^X-*-^^ Ajtii c:^A<2i ^J^^ -j^ J.g3 iiï^L J-^j Jî c:j«X-ijlî 

iLïj-JL. A.^U_^ j.1jÎ Ax^ ij^ iîjî U »«XÀ& '^■^r'^^ »b»XxMiî_5 

sième] » faisant ainsi allusion au sort qui menaçait Mostakfi. 
Le récit suivant a pour auteur Mohammed (fils d'Abd 
Allah) Dimachki. «Pendant le séjour que Mottaki fit à 
Rakkah, j'étais un de ceux qui allaient et venaient librement 
en sa présence, carmes longs services à la coiir, ainsi que la 
nature de mes fonctions, nie rapprochaient sans cesse de sa 
personne. Un jour qu'il était assis dans son hôtel donnant 
sur TEuphrate, il me dit : «Cherche-moi un conteur, un 
« homme qui soit bien au courant des choses historiques : 
« ses récits charmeront mes heures de solitude et me dis- 
« trairont de temps à autre. « Je m'informai s'il y avait à 
Rakkah quelqu'un qui réunit ces conditions ; on m'indiqua 
un habitant de cette ville, homme d'un âge mûr et d'humeur 
sédentaire. J'allai le trouver et lui persuadai, en flattant ses 
désirs, de se rendre auprès de Mottaki-Lillah. Il partit 
(Passez mauvaise grâce et m'accompagna chez le Khalife, 
t[ue j'instruisis de l'arrivée du personnage eu question. 
Lorsque Mottaki fut de loisir, il l'appela et lui fit signe de 
s'approcher. Il trouva chez cet homme ce qu'il attendait 



CHAPITRE GXXVIII. .i5?. 

U cK=?-^ JUi A-^xJ c:?ij> j|.m (^j\ i<xe—j}\^ iiijJî (jv.^ wlUijj 

CJ-» 1^ * '» ' >-^"^J y l_JC_.*v*_Ai ^^^n!^ Viè>-<l ij-* MO L«j ♦^îîj 

de lui, car il le garda auprès de sa personne pendant son 
séjour à Rakkah et, lorsqu'il continua son voyage, il lui 
donna une place sur son propre bateau. On arriva ainsi 
j us([u'à IVnnbouchurc de Nehr-Sàïd , entre Rakkah et Rahbah. 
l ne nuit, le Khalile, ne pouvant dorqiir, interrogea son 
compagnon de route sur l'histoire et les poésies des Blancs 
(j)artisans des Alides). Le narrateur, passant en revue l'his- 
toire de la i'ainille d'Ali, arriva aux faits concernant Haran 
benZeïd, son frère Mohammed ben Zeid et leur domination 
dans 1«; Tabaristân. Il rappela leurs belles qualités, l'af- 
fluence des savants et des littérateurs qui se rendaient 
auprès d'eux et les poésies composées en leur honneur. 
Moltaki lui demanda s'il savait les vers faits par Abou '1- 
Moukatil Nasr, fils de Noçaïr, Houlwani, en l'honneur du 
niissionnaire Mohammed ben Zeid llarani. «Non, Sire, je 
« ne les sais pas, répondit cet homme, mais j'ai dans ma 
suite un page qui, grâce à sa jeunesse, à la vivacité dv. son 
" esprit, à son goût pour le savoir et la litlérature, sait par 

VIII. 9.'i 



354 LES PRAIRIES D'OR. ( 

(JJL^ v^ycfc. ^^Li . cja-jlAà») ^j aj.Aiiafc.| j\s Jry\xJ^\^ a,m^\A^ 

jjLà_4>' A.À.J Ai!^\ia-Î cj>^&.j isl-A-i^j Lïj-^ 5l_ij cxiAi^ 

« cœur beaucoup de faits historiques et de poésies dont ma 
« mémoire n'a pas gardé le souvenir. — Qu'il vienne! s'écria 
«le Khalife, pourquoi ne m'as-tu pas encore parlé d'une 
« personne de ce mérite? Sa présence aurait ajouté au charme 
"de nos entretiens intimes, « Le page se trouvait dans .une 
autre barque; on le fit venir et, quand il parut devant le 
Khalife, son maître lui demanda s'il savait la Kaçideh 
d'Abou'l-Moukatil en l'honneur d'Ibn Zeïd. Le jeune homme 
répondit affirniativement et, sur l'invitation du prince, il se 
mit à la réciter de la manière suivante : 

Ce n'est pas une bonne nouvelle qu'il faut annoncei', mais deux bonnes 
nouvelles : le triomphe du missionnaire et la fêle du inilircdjàii. 

Cette fête passe nomade dans la marche du temps; mais le fils de 
Zeïd est le maître auquel le temps obéit en esclave. 

Ses mains distribuent également la vie et le trépas ; ses vertus ren- 
ferment tout ce qui fait le charme du paradis. 

Il règne sur tous les hommes et par tous les moyens de domination : 
par les bienfaits, par les châtiments, par le pardon. 

Seul parmi les hommes, il soutient l'édifice de la religion et révèle le 
sens de ses dogmes. 



CHAPITRE CXXVlll. 355 

{J--*-*^^ j~^ (j-*j^^ C^^3 ^^^^^ j-iA (J-* ^y^ <i ov*--^ 

^jl A (-|-^ jS^ ^S- j^J (£Ù\j\^ ^i<X_X_*l*_Jl A»xi (jjjTs <Xaaw 

jb ^J — L_i^ i *1 Jls (j^ J^ jL-i_iij 5^_^_rs- ^wL^K 

jjU c:i_^i yb c::>^_i! Q-Ji-jî ^~>-*; ^^J-i^^ «S <>ij^Ia*M oJljo 
yU4 (joisî? ^ pÎJviiî ^yxj ^^ IôU-^JL JUaj^d ^3*X^ 

Il prodigue ses dons sans hésiter, il répand ses faveurs sans clierclier 
d'excuses. 

L'apôtre de Diiui s'est fixé en lui avec sa grandeur sublime et ses 
vertus. 

Dans les veines de ce Scïd coule le sang des deux Scïd (llaçan et 
Iluçeïn) et de celui que Fatiniah était impuissante à glorifier (Ali). 

Sa pensée est renfermée dans tout ce cpii existe; il est jirésent partout 
et en tout lieu. 

Il révële au monde ce <|ue le monde ignorait et découvre les choses 
invisibles à travers les formes de la réalité. 

Nos expressions sont loin de le peindre, mais eu le louant on le rciul 
accessible k la jxiiséc. 

.Sa parole révMe ce (|ui est caché et le destin trouve en lui son inter- 
prète. 

Dire qu'une autre créature est son égale, c'est nier ouvertement Dieu 
et le Koran. 

Lorsqu'il se couvre d'une armure, lorsqu'il arme sa main d'un glaive 
yéménite , 

Sa fougue impétueuse épouvanle la mml , rt la morl elle-même se 
reconnaît périssable. 

Les regards qu'il jette sur les guerriers les plus vaillants donnenl .m 
l)ra\e l'apparence d'un lâche. 

23. 



356 LES PRAIRIES DOR. 

y 

^IxiJOl A/fA* cjaJÎL.*» ^^«XJi^ jy—ij^ ^j (il — j*-*X — « l_jfl 

(jLri>Y-5i (3~A.A« SjLfctiî c:Jik« («l»! (j^ uû«Xi»- /jjJoî *UI L> 

L'ange de la mort lui crie : « Protége-moi contre toi-même ; quand 
cesseras-tu de vaincre avec l'épée et la lance ? 

«Ne me charge pas d'un fardeau au-dessus de mes forces, épargne- 
moi, puisque Dieu t'a donné sur moi un pouvoir absolu.» 

Frère du destin irrévocable, _que de colonnes solides ton épée a ren- 
versées ! 

Tes mains, promptes à récompenser et à punir, tiennent le monde 
entier assujetti à tes lois. 

Lorsque ta droite verse le breuvage des bienfaits, ta gauche prépare le 
breuvage de la lance (la mort). 

Elles ont l'une et l'autre tout pouvoir pour récompenser et pour châtier, 
et dans les deux cas leur force est irrésistible. 

Les bienfaits qu'elles répandent sur le monde ont tari la supplication 
sur les lèvres du pauvre. 

Tu échappes aux définitions abstraites des livres; ta gloire est au- 
dessus de toute gloire. 

Tes bienfaits sont une charge trop lourde pour que les hommes et les 
génies la puissent porter. 

Ton éloge doit être cherché dans la révélation, dans les psaumes, dans 
le livre enfermé entre deux ais (le Koran). 

Imam de la religion, accepte ces vers de l'imam des ]ioi'fes, de celui 
qui a conquis le prix de poésie. 



CUAPlTUt: CXXVIII. 357 

(jljj_Jl *X_À_£ Uûjljj^i iCUv ^^j_j!5\— sU ^-j^V^-tls ^jj-j^fiU 

^jU*.ii j^K cLaj il_^iil_5 ^s\Ao jJil aI^ <i^' t^^l 

^IajI^ L> UjcSi ^iJsJi iofc^X» c:*ILa.av l-w^.AJ (j-^yJ cjlÀ-«*fc>- 

y 

Ecoule le premier mode du remerciiez un poëte t|ui trionipLe daus toutes 
les épreuves et défie tout examen : 

Fâildtoun , Jaïlàtoun jj'àïlàloun , six l'ois répétés forment le mttre de ses 
vers. 

Dès que ses chants paraissent, la reiionunéc les lance daus le monde 
comme la raquette lance la paume. 

Ils sont polis et ciselés pour célébrer celui <|ue les bons comme les cou- 
pables implorent. 

Par tes vertus lu lessembles au [taradis , et les rimes (|ui te céiébreul 
en sont les belles hoitrt.s. 

Fais vivre ces versa travers les à^^cs, aussi longtemps (|ue la poésie et 
la reconnaissance, les d«'ux choses les plus dignes de durer ; 

Qu'ils vivent l'Age du Kidvva (montagne près de Yanho) et du Tcbii- 
(colline près de la Mecque); qu'ils vivent comme Sem, Aram et les som- 
mets d'Aban (montage dans le Nedjd) ! 

Je prends Dieu à témoin de mes inleritious : écoule mon chant comme 
le refi'ain du muezzin. 

Des qualités exemples de tout défaut, voilA le panégyri(|ue ilii missiou- 
nairc. Vous, mes deux serrélaires, écrivez. 

" Mullaki se lit rcpclt'f cha(|U(! vcis à iiicsurt- (.[nv \r. j)a{;c 
les rtVilail, cl il riiivlla oiisuile k .s'asseoir. — Plus tard, le 



358 LES PKAiniES D'OU. 

Ajt<W 4»^jUji iijj^-i y-ji &-A,j 3iAJiJ j_5tXJÎ fi^^^ <^ ij^ ^-^ 

J.Jij ^*,^aJI t::*.^!^ (jv.Àyo^il ^"«i U -î^J (j^'^' (J <^i^ *!5^xî) 
^ /jl»w.„*iio ti tKJi-^ c<j-*!*+'ï5 cju^ji ^^=>-^,!i l«X^ ISfjli »«X*iot^ 

jour de sa rencontre avec le secrétaire Ibn Chirzad, on le sur- 
prit redisant le premier vers : « Ce n'est pas une bonne nou- 
« velle qu'il faut m'annoncer, mais deux bonnes nouvelles. « 
Le page, qui était devenu alors un de ses favoris, le reprit 
en disant: «Sire, il faut dire : Vive la bonne nouvelle! 
« Annonce-moi deux bonnes nouvelles, « La première fois, il 
est vrai , il lui avait récité le vers tel que le Khalife le répétait ; 
mais, en cette circonstance, il y introduisit cette variante: 
« Vive la bonne nouvelle, etc. « et il rappela au prince l'en- 
trevue d'Abou '1-Moukatil avec le missionnaire. Malgré cela, 
Mottaki persista dans sa manière de réciter le vers, sans y 
apporter aucun changement. Aussi le conteur de Rakkah et 
son page ne purent s'empêcher de faire remarquer au Kha- 
life que sa façon de réciter le vers en question leur semblait 
un présage funeste. On sait que l'événement justifia leurs 
prévisions. » 

Voici un autre récit de Mohammed (fils d'Abd Allah) 
Dimachki. « Nous accompagnions iMotlaki lorsqu'il partit de 
Hahbah. Kn arrivant dans la ville de Anali, il fil venir le 



CHAPITRE ex XVI 11. 359 

jJLXi JU.i J.j^.-â. ^ii <J1 '^^'•-^ eJ^ (JîjUiwi'i (j^ y_^ii (ji 

l^A^ A-o:5v9 c-v^ lJ*^>••*^ 'ri)^ (_gON.x-<) (J.j ji^ 5-»-Li <_>liai=I 



,^ 



c_>l_k_=I /v_j w-S' >iLîi> 4^tj L^ VL)"*^* ^^■iV^i cj^^-S*-»*^' *Xjs-î 

conteur de Rakkah et son page et écouta leurs récils. Leur 
conversation roula sur différents sujets; ils vinrent à parler 
du cheval. Mottaki demanda si quelf[u'un se rappelait l'anec- 
dote de Suleïman ben Rebyàh Bahili avec le Khalife Omar. 
« Prince des Croyants, répondit le page, la voici telle que la 
«rapporte Amr, fds d'KI-Alâ. Suleïman ben Rel^yàh, sous 
« le règne d'Omar, classait comme expert les chevaux métis 
« et les pur-sang. Amr, fils de Mâdi-Karib, lui présenta un 
« cheval bai-brun que Suleïman inscrivit parmi les sang- 
>i mêlé. Réclamation (U; Amr, qui porta plainte devant Omar. 
"L'expert se fit apporter un baquet peu profond et bas de 
« parois; il le remplit d'eau et ht avancer un vrai cheval 
« arabe, dont la noblesse était hors de contestation. Le cheval 
« courut, s'jigonouillii et but. Quand ce fut au tour du clie\al 
«d'Arnr, (\nv Sidcïnian a\ait déclaré niélis, la béte courut, 
"gratta le sol avec ses sabols, allongea h; cou comme l'avait 
«fait le pur-sang; puis, pliant IcgérernenI un de ses deux 
«pieds d(* d('\anl , elle se mil à boire. Ce que voyant , Omai', 



360 LES PRAIRIES D'OR. 

fS^iy^Xs. U ^^i\ JUà J.jJl ij^-^^ '^^^ Jl* HjMi^j di.3i) ^jl^ 

/yjtXAJl ioi,li_5l J>J^ (J*^À^^ u^ ^^^ <3^ ^5«*^i'i (jjfi r^'il» Ji 
jj AJUt jçoL» l^5_j«ui t-vjtc â^Aiîj ^ y^-AAw (j««^j-i)l (j^ jfcwiM îil 

«en présence de f[ui la scène se passait, dit à Suleiman : 
« Tu es le Saloiiion des chevaux. « — Mottaki leur demanda 
ensuite s'ils connaissaient quelques unes des traditions cVAs- 
mâyi et d'autres savants arabes touchant la description du 
cheval. Le conteur originaire de Rakkah cita la définition 
suivante d'Asmâyi, transmise par Riachi : « Le cheval qui a 
les paturons de devant longs et ceux de derrière courts, les 
jambes longues au boulet et courtes du reste, les cuisses et 
les épaules longues, les omoplates larges, ce cheval ne peut 
être dépassé à la course. Aucun vice de conformation ne 
présente chez le cheval de graves inconvénients, s'il est 
exempt des deux vices suivants : dépression du cou près du 
garrot et dépression de la croupe près des hanches. L'écar- 
tement des sabots ne lui retire pas sa valeur. Voici (ajouta 
le conteur) des vers que m'a récités Moberred : 

J'ai examiné mon clieval lorsqu'il porte ma lance, agile comme le lonp 
des plaines sablonneuses. 

Si je l'aborde de front, plein de la Ibiigue de sa race, sou œil res- 
semble ;\ l'onyx ; 



il 



CHAPITRE CXXVIII. 3GI 

<îuoUt âl^jKÉÛj ajI࣠-îdaj-w^lj o\Ai iVAAb^XAAwî ii>!j ^-s^-'j ci\Ai 

li! ^JJi ii-sMIj-Ai^i *Aiyî JâaUJ! Jlï3-i (^ji>t>'î c^lj Jlï 

si je l'aborclc de colé, je remai'(|ue la juste proportion do ses hanches 
et la forme fuyante de sa croupe. » 

— » Sachez, Prince des Croyants, que Moàwiah deman- 
danL un jour à Matar, fils de Darradj, quel élaille nK^lleur 
cheval et le plus rapide, Matar lui fit la réponse suivante: 
«Celui que tu nommes nafir, «ombrageux,» quand tu 
«l'abordes de front; zakliir, «exubérant,» quand lu exa- • 
«mines sa croupe; zafir, «aux larges flancs,» quand tu 
« Tabordes de côté; celui (jui n\i d'autre fouet que sa ])ridc, 
« ni d'autre guide que son ardeur. « Moâvviah voulant savoir 
ensuite quel était le plus mauvais des chevaux de somme, 
Matar ajouta : « (j'esl le cheval qui a le cou épais et sur- 
« chargé d'amulettes, celui qui veut s'arrêter ([uand on le 
«lance en avant, et qui s'élance quand on l'arrèle. > Le 
f)age, prenant alors la parole, cita comme un chef d'o-uvre 
du genre la (inscription poétique (\\\v. voici : 

La meilleure. nionUirc, (|iii coiivieiuie au hravc i^ik rricr, lor.s([ue lelcuLil 
le cri : lOn selle pour la razia ! 

Ivsl un cheval de helle laillc, mince du |)oitrail, Iticn proporliouné , 
solide du jarret et de noble origine; 



,162 



LES PRAIRIES D'OR. 



(1) 






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i) lii >!!U i»-' ,J_a^jL-« ,.3)_,i*_-« 



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'j**J ti i»<x_,=»- ô^—ia-Jl^ Vj-^ >~»J!j fc^À-ii^ v^aaIs^jI (jâj^xj!^ 



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il Ail 






II est long du chanfrein , ses poumons sont larges, ses oreilles écar- 
tées, son crâne solide, sa face glabre. 

Sa poitrine est mince, son tarse noueux, son abord facile ; il a les pau- 
pières et les cils haut plantés. 

Il s'avance et galope avec fougue; s'il faut reculer, il recule solldt^ 
comme un câble fortement tordu. 

Sa croupe est longue, ample, large et diminue dans de justes propor- 
tions ; 

Son cou, ses épaides, ses cotes sont allongés; son ventre est solide. 

Ses cuisses sont longues et écartées ; agile dans son élan , son émulation 
ne se dément pas. 

H est large du bas-ventre et de la verge ; sa lëvre inférieure s'avance 
sous ses naseaux comme la raquette du mail. 

Ses paturons, ses flancs, ses jarrets de derrière et ses pieds sont amples; 
il joint l'impétuosité à la gravité. 

Sa peau, son œil , son sabot sont sans tache : il fournit une longue course 
et part la tête haute. 

H est court du boulet, du dos, du tarse et à la naissance de la ([ueue; 
mais ses flancs sont potelés. 

Sa croupe n'empiète pas siu' son dos et sa slruelure ne le force pas a 
rester en arrièi'e. 



CHAPITRE CXXV1I[. :i()3 

t. 




Jtj Ur^i lK*-=^ C-ajL^^ t^j!5X.ii jUi*.l i 'l-S^V-il^ iwIS-^Uil AA^ft 

j! »j_>i»^ ây-i^ L-^Aifc. J^Avwj iJj-xJi ool^ Jb (JwaJïaj! *)-î" 

Tantôt il marclic d'un pas léger comme celui qui marche sur une 
corde, lanlot il enfonce son sabol comme un clou dans le sol. 

Il passe, et aucune force ne pourrait le retenir; 

Mais son caractère est doux : ils 'avance en caracolant et, s'il doit re- 
tourner en arrière, il part d'un pas réj^lier et suivi. 

Dans les charges contre l'ounonii , il est rapide comme h^s faiilômcs, 
comme les djinns, les gazelles et les taunianx sauvages. 

Et, lorsrju'il s'emporte dans sa course, les aigles s'ahatlcnl du hauL 
des airs les ailes ployccs. 

La iiiiil siiivaiilc. Je Khalife fil venir ses deux Iiùtes de la 
veille et leur dit : « Reprenez reulretien oîi vous Pavez laissé 
liiei"; donnez-moi des renseifijnenients sur les courses el sur 
le classement des clunaux en^fap;(''s. » Le pag(^ prit la parole: 
« Prince des Croyants, dit-il , j'en rapporterai une description 
générale rpii m'a été transmise; par Kilab, (ils de Ilamzah 
Okadi. Au rapport de celui-ci, les Arabes laisaienl courir 
l(!urs chevaux par Iroujx-s de dix ou au-dessous; les pi(piels 
(ornés de banderoles et de pri\) (Haient au nombre de sept; 
Tenceinte réservée (celle du but) n'était accessible ([u'aux 
liuil premiers chevaux. En voici les noms. Le premier était 



3()'i LES PHA1U1E8 D'OJ;. 

^1 JLj^X-j j l jCJg' u J» (j-« *^^ 'r')'*^^ Ci*.ji^ (^A*»JI (j ^j-^ 

appelé sahik, ou bien modjelli. D'après Abou '1-Hindam 
Kilab, ce nom lui était donné parce qu'il dissipait [djeJla) le 
trouble et Tanxiété de son maître, ou, comme le dit El- 
Ferrâ, parce qu'il rassérénait [ioudjalli] le visage de celui-ci. 

— Le second était nommé mouçalli, parce qu'il avait, à 
l'arrivée, sa lèvre inférieure posée sur la croupe {sala) du 
premier cheval ; le mot sala signifie littéralement la racine 
de la queue. — Le troisième était le mouselli, c'est-à-dire 
un des trois chevaux vainqueurs, les Arabes ayant l'habitude 
de compter par groupe de trois toute espèce de choses; le 
terme mouselli peut aussi signifier que ce cheval, en sa 
(jualitéde vainqueur, apportait quelque consolation [iousalli] 
aux préoccupations de son maître. — Le quatrième se 
nommait tali, parce qu'il suivait [tala) le moaselli immé- 
diatement et sans se laisser devancer par d'autres chevaux. 

— Le cinquième était dit mourtah; c'est le moiiflaal (adjectif 
verbal passif de la huitième forme) du mot i-ahat, « main, - 
considérée purement et simplement comme réunissant les 
cinq doigts. Quand un Arabe vciil indi(|uei' ])ai- signe \r 



J( 



CHAPITRE CWVIII. .105 

jj»*.îf-L» ^l.oi jjwk-^Ji. ^Uj^ ^^r5^ -^«^rî Mr:* l^^^ t$*^5 -^^^ 
]ij,Ià:»- >-=w î jg^ *.«Hi-«ii (j**iL*Jl Jaiî l^AM^ ''^V^ '^î [J-Ap ^i 

\y^ ^ JllibJî^ c^l ^ JC^iî cj-^l ^^ iJ^Î ij^J 

nombre cinq, il ouvre la main en tenant ses cinq doigts 
écartés : ce geste est craillcurs employé eu dehors de la dacty- 
lonomie. Passant ensuite par les autres nombres intermé- 
diaires, il arrive à dix; pour indiquer ce nombre, il ouvre 
les deux, mains en même temps et place les cinq doigts de 
chacune en face les uns des autres. Or, le cinquième clieval 
étant assimilé au cinquième doigt, c'est-à-dire à Tauricu- 
laire, c'est pour cette raison qu'on le nomma nwurtali. — 
Le sixième se nommait hazzi, parce qu'il gagnait un prix 
[hazz]. On dit que le Prophète adjugeait sa baguette au 
cheval en question ; ce lot, {juoique le dernier de la course, 
était encore considéré comme un prix. — Le septième cheval 
se nommait atif, parce qu'il entrait dans l'enceinle après 
avoir légèrement dévié [atafa] ; il avait néanmoins le mérite 
d'iMitrer dans reneeintiî n'servée. — Le huitième était le 
inoucniniil, ainsi noinuK' par antiphrase et comme bon pré- 
sage. C'est ainsi qu'on appelle mefazch (lieu sûr) le désert, 
selini (sain et sauf] l'hounne picjué par un serpent, ahou 7- 
beïda (Irès-blanc) l'Abyssinien, et ;iinsi de suite. Pour l.i 



3G() LES PHAiniES D'OU. 

xjLJS ^J^ ^j^ li ^_/4- (oJa^î ^J'^ W-^^^ /eJaW »^^ Jtj ^ 

AJ^^ c.yJi*^^ S'b-A.^.J iX-AS^IaC» /j^ C:A,AkAM«Jl wîwlxJ)^ i^jwtUj)^ 

^XMi /yAa-Sfc y.j tX^J^Jî jiJi jj tXAj!^ Aaj>-Uo dUtXj 

J>_a_à_Jl> *J<X_ii dl^j..^ dVj^jiXs l^xAjt.^ c:a.a5w»*J LUa». dlj yî^ 

même raison, on appelle mouemmil (faisant espérer) celui qui 
est déçu dans ses espérances ; le cheval en question recevait 
donc ce nom parce que, quoique battu, il arrivait encore 
assez près d'un des chevaux gagnants. — Le neuvième était 
le latîm, ainsi appelé parce que, s'il voulait entrer dans Ten- 
ceinte, il en était repoussé à coups de pied et de poing 
[loatiina), sa course étant plus mauvaise, plus irrégulière 
que celle des chevaux sept et huit. — Le dixième était 
nommé sokeït (ou sihkit), parce que son maître, plein de 
confusion et de honte, gardait un morne silence [sahata]. 
On attachait à ce cheval une corde comme licou et on plaçait 
sur son dos un singe, qui, un fouet à la main, le forçait à 
trotter ; tout cela pour humilier le possesseur du cheval. 
Cest à quoi font allusion les vers suivants de Wélid , fils de 
llisn el-Kelbi : 

Si, au lieu d'être devance, tu arrives premier, laissant les rivaux à 
distance, on ne demandera pas pour toi la corde ni Je singe. 

Mais si tu restes en arrière, attaché aux pas du sokkcït, tu légueras h 
ton niailre l'affronl des flèches. 



CHAPITRE CXXVIU. 307 

«JUwjjb j.l,«jtÀji viljis Jsxi *Xi^ v_x^JCj <;5i-=»- J-f'^Jv ^.-^j-r'. fi-^ 
l^jllLoj Iv^jUwLi «j-MiJïJi <JUAii Josiw oi^^ -!^A„w^î^ ioçU»liI 

iLt»-***~« /wwa-^ i\j»jjti! iovJUU iK.;^ys.L> (j^^ u'a^ iù^ i^Xî 

5^ % \^ ii>yJi-j:^ b_5»X_ii 

« Il y a ici une allusion à l'usago de certains Arabes de 
tirer sur leurs chevaux à coups de flèches (sans dard) pour 
les faire maigrir : c'est ainsi que Nôman en usa à Tégarfl de 
son cheval nommé AWifc. — Kilah bcn Hamzah ajoute qu'à sa 
connaissance aucun poète arabe de l'âge d'ignorance ou de 
l'islam n'a célébré les dix chevaux de course, leur nom, 
leurs (jualités ni leur rang d'arrivée, à l'exception de Mo- 
hammed, fils de Yéx.id, fils de Masiemah, fils d'Abd el- 
Mélik, fils de Mervvan. Ce poëte habitait en Aldjezireh la 
bourgade connue sous le nom de Ilisn-Maslcmah, canton de 
Balikh, district de Uakkah, dans le Diar-Modar. Voici les 
vers en (juestion : 

Nous assistons aux courses, le, malin on elles sonl données, au milieu 
d'un concours de peuple atliré par la saison du |)Mci'iiiaj;e,. 

C'est nous (pii conduisons tous les chevaux au lieu de réunion, (I 
personne ne s'entend mieux que nous à l'élevage. 

Nous y conduisons des coureurs rapides comme des flèches et nés sons. 
une heureuse étoile ; 




:j(>8 les PKA1RIE8 D'OU. 

pj,; Il I — d>j_jk — i- j^i^ ^-=-^ ^^-^— ^^ i ^"^3 

''y_:^î jl pi J. ^l_^ ^yJ^]\j\j^ ^ (;^^fi 

pj! .»- v.-» — « — A« ^j—3^\jj \ — -^.s^l — s— wl ^ï_5~* |0— ^^o 

^■—M* — .* A — il — S ») — ol jj — j _^ VI ."«g »j J._A_:ii. (_^ c.:*, < ua» 

K g) f>. \r—^ U*'^ *-jl Cj-« X—ffL-AW (J— ^ (3— >— *^^^ "~^0^ 

k_Là— « \_£i^_X_j jjoj^l (J-* i>«> — >- (^-2 (j ^^ o\— iJLi 

Leur race est noble et leur sang est pur; ils se rattachent par leur 
naissance au plus noble des étalons. 

On remarque parmi leur troupe un coursier noir, nerveux , marqué au 
front d'une étoile blanche ; un autre coursier dont le front et les naseaux 
sont marqués d'une étoile plus petite ; 

Un bai-brun qui se couvre d'écume quand on le retient, qui franchit 
les barrières lorsqu'on le bride. 

L'étoile blanche qui brille à son front a l'éclat de la constellation 
merzam. 

Ces chevaux sont montés par 'des nègres de petite taille, issus de. 
Cham , le père de la race noire. 

En les voyant sur le dos de ces magnifiques bêtes, on les prendrait 
pour des moineaux qui sautillent sur les toits. 

On aligne les chevaux devant la corde : l'assemblée est présidée par 
un homme investi de sa confiance ; 

Elle accepte ses décisions, parce qu'elles sont dictées par la justice. 

Dieu sait mieux que tous les hommes réunis qui va dans un moment 
gagner le prix. 

Lorsc[ue nous nous plaçons sur une éminence dont le gazon est d'un 
vert sombre , je me dis : 

«Dieu a déterminé ce qui doit arriver; il va nous faire connaître le 
résultat, n 




CHAPITRE CXXVIII. 

^o.-:S?JXî Jwi^i J^-/^-M "^ 

^fc. — La — « j — j|ij.--i ji-^ (j-« A_fti_j UaJiJ! Vj-**» t_>;-^i i^ 
p_; s? » >j — is — s. :>IC-J j-_A_sr^-Mm oiislx!! Iv,jïjUi^ 

^LiVt^Lkîi *1 ^^'^^^ ^.^^ L^_^i Jjijiî ^U.^ 

Sur notre signal, les chevaux s'élancent, impétueux comme la pluie 
réglée par le cours des astres; 

Les uns marchent de pair, les autres devient de leur route, comme le 
lézard aux mille circuits , 

Ou comme le troupeau qui erre à l'aventure, tandis que de noirs 
autours le guettent dans la nue. 

Les coureurs apparaissent au milieu des (lois de poussière; leurs poils 
semblent teints de sang-dragon; 

A travers les nuages de poussière que leurs sabots soulèvent on croirait 
voir scintiller des éclairs. 

Le cheval au front étoile de blanc arrive premier; le second est le bai- 
brun; le troisième, et il ne mérite aucun blâme, e.st le noir. 

Le quatrième les suit de près; mais comment comparer le voyageiu- du 
iXedjd à relui du Tcliamali ? 

Ne blâmons pas non plus le cincpiiènie [mourtak); car il arrive avant 
plusieurs autres. 

Voici venir le sixième [hazzi]; le distributeur des lots lui réserve sa 

'"'■'■ 

Voici le septième, le aliflnul troublé et ipii, dans son trouble, a failli 

être exclu de l'enceinte. 

Le moueinmil (le huitième) arrive déçu dans ses espérances : un oiseau 

de mauvais augure s'est mis en travers de sa route. 



370 LES PUAI iU ES D'OR. 



L, 



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Voici le neuvième, le latîin: les coups pleuvent sur lui de toutes parts. 

Le sokeït arrive en trottant sur ses traces : ses testicules sont plUs gros 
que le fourreau de sa verge; 

En les voyant pendus entre ses jambes, on dirait une grosse gourde 
suspendue à une ceinture. 

Si l'on demande à qui appartient ce cheval, le maître tout confus ne 
répond pas et se renferme dans le silence. 

C'est que les regrets ne se font pas attendre pour ceux qui n'envoiesit 
pas aux courses des chevaux excellents. 

Quelle différence entre celui qui se tait sur l'origine de son clieval 
bâtard et celui qui peut vanter la noblesse du sien! 

Nous recevons avec joie le prix de la course qui nous rendra célèluc : 
nous obtenons en même temps gloire et profit. 

On met en réserve pour nous des lots détachés des piliers de l'arène, 
lots pi'écienx dont il faut se partager la charge: 

Des tuniques de gaze aux couleurs variées, des vêtements de toile et 
de drap fin, 

Auxquels on ajoute un diplôme dont les franges ont le rouge vil du 
sang, 

El une bourse de beaux écus d'argent qui l'ait plier .sous sou poids le fort 
mulet (|ui la porte. 




CHAPITRE CXXVIII. 371 

-jj j 1. i ui»b;j Ml i cl> Lj (Lut k A jj i î bî^ 

JLa-xJÎ |*>_^_xa_j l^Ais?j 

»^ <_>î«>s-jtJÎ c:*LAiUiaji K^iXit^ 

Là-jLa-jI cJj^-À-^sw /%-w^-» 

Jui^3 (j^UM lac.- 15^ *.jl Jî a*>a& <îU^ i <>>;?>> (^ '>^ JU^ 
wwA_3f' cj^—xJl ^"^ àaXs*. x«AJi L^AJi^té l.jfî^ iijUJî -^^:> L^ 

Nous brisons le cachet de cette bourse pour qu'on y puise à pleines 
mains, car une bourse chez nous ne demeure jamais scellée (nous sommes 
généreux). 

Nous en distribuons l'argent aux valets qui soignent nos chevaux, et 
dont les soins ne valent pas les nôtres. 

C'est nous qui savons garder les chevaux dans les temps de disette, 
sans qu'ils maigrissent. 

Nous leur donnons le lait le plus pur aprts le lait mélangé, avec la 
sollicitude du père nourricier pour les petits nourrissons 

Qu'il mêle à sa propre famille et aux êtres les j)lus chers de son harem. 

Une e^u limpide et douce abreuve nos chevaux; la nourriture c|ue nous 
leur donnons est exquise. 

Ils hennissent, attachés par un pied à leur piquet près de nos tentes, 
ou galopant d'un |)as léger. 

«Ainsi, dans fos vers qui précèdent, Mohammed ben 
Yézid est porte'' à croire que le huitième cheval ne f,'af;nail 
aucun prix, mais qu'il y en avait un pour le cheval arrivé 
septième. Le mot hindesseh signifie entraîner, essayer les 
chevaux en deliors du hul; quant au cliamp de course, il 
a été nommé halbah, parce que les Arabes y atïluaient 
[halàba] de tons les pays en y condni.sant leurs chevaux. » 

24. 



372 LES PRAIRIES D'OR. 

^»_j /^vul-xJi j_Anj ^) A,u^XÀ y^jô^ jj~v_*Ji jj (JoIxXawi^j c:aJj^i 

Mottaki chargea ces deux narrateurs de consigner par 
écrit et de rédiger les événements de son temps, et il les 
garda auprès de lui en les traitant généreusement jusqu'au 
jour où il périt comme chacun le sait. 

Parvenu à cette portion de l'histoire du Khalife Mottaki, 
nous voulons mentionner maintenant quelques-uns des 
poètes qui se sont signalés sous son règne et ont acquis du 
renom entre les hommes. Parmi eux il faut citer Abou 
Nasr Kaçeni (fds d'Ahmed) El-Khoubzaourzi , poète de tem- 
pérament, habile dans l'improvisation et justement estimé 
pour ses gazels. Voici des fragments de ses meilleurs vers : 

L'amour a usé mon corps et Ta remplacé par nu autre corps (pii n'est 
fait que d'amour ; 

L'amour, en naissant en moi , a anéanti mon être à ce |)oiiit (|ue, si je 
cessais d'aimer, je cesserais de vivre., 

r,ilf)iis parmi ses mciUcuis morceaux ces vers adressés 
en l'orme de roproclic an j)Oote Ihn IxMikek : 



CIIAPITUE CXXVIII. .w."} 

lJu*>s-<» ^^«>s«oJ! c.sXj^^ Ià^ CiÇ>»XAaj <^^!Js-oJ f^yi i) ^ 

^-^~^J> U^ u'»? t>^y c^-? ^^' J'^- u' l>-=^ ^y^ (:J^* 

(i) , .. 

-.Lc\0 ).Xli_^ O^-AJj CIjÎvXj f»l»"^l (^ [•' U;A_X_ffl jJ._A.Xfil 

Pourquoi te refuser de croire à ma sincérité, pourquoi no pas nouniier 
ami celui qui mérite ce uom? 

L'Iiomme sage ne se contenle pas de l'étiquette de ramilli'^, mais il en 
exige les preuves authentiques. 

Celui qui montre la tendresse d'un IVère mérite le dou\ nom de Irère : 
c'est un devoir pour un ami d'agir en ami. 

Absent, il doit rester lidi-le au souvenir; présent, observer les droits dt- 
l'amitié, et, s'il parle, ne dire (pic des paroles sincères. 

On tn)iiVL' chiiis la mriiic pirci; ('(.• \«'is : 

(lelui qui a l'.imour dans le cu'ur se livre ii des i-èveries (|ni le lei'aieiil 
passer poui' athée. 

El It'S \L'IS .siliviUils : 

Qui dois-je accuser, loi uu la deslincc .' l'^llr a cnninirnce el tu 
t'appli(|ues à achever son reuvre. 

Une séparation récente a bi'isé notre inliniitc, et loi tu as hrise le holcin 
qui pouvait la faiie rcvivie. 

i'oiu'cpioi ik; pas l'Cster unis (piand la liirluni- nous st-pare ') L'union 
\('ri(ahle l'st celle des âmes et iu)n celle des corps. 



374 LES PIlAllUES D'Oïl. 

•^ ... 

Autres vers du même poëte : 

Pardonne-moi, Abou Yça; as- lu sujet de me haïr? pardonne-moi : c'est 
une science où je n'eus jias de maître. 

Celui qui, professant la foi des imamites, est privé de la tradition, 
celui-là s'abandonne aux chimères.* 

Accepte ces perles rares que tu m'avais données : elles sont ton bien, 
mon seul mérite est de les avoir réunies en collier. 

Le fond (de ce poëme) ne vaut que parce qu'il est ton œuvre; la forme 
seule m'appartient. 

Les gàzels et les autres productions de cet écrivain sont trop 
nombreuses pour qu'il soit possible de les citer. Presque 
tous les airs en vogue aujourd'hui sont sur des paroles de sa 
composition. On a répandu le bruit de sa mort il n'y a pas 
longtemps : il paraît que le ministre Béridi l'aurait fait noyer 
pour se venger de ses épigrammes. Quelques personnes ce- 
pendant (lisent qu'il a pu s'échapper de Basrah et s'est réfugié 
dans le |)ays de lladjar et El-Alisâ, auprès d'Abou Taher, fils 
« de Suleïiuau, (ils d'El-llaran , fpii règne dans le Balneïn. 



CHAPITHi': ex XVI 11. 375 

/^— Aw k.^_=>-j jj aKjcji.^ (J^ ci)"'^''' (*^^-^ i^jiiJC* j-fi^ (_^ ^«vv^i 

À_^.i>.LÂj iK.J^i X^ 5».x) ,^^ ^6 U^ ^Lçi^^ /wJwSki;j îtA*i.j 

yiwA.> (^ /^_)!5^.jçJ>l.wij5 ^^AjkXjj ^XjjjiS |^^ yls Lwj ilAv!_5 

jLx-iwL» s^j—ji-v Ià_jU.5 ^ (jL-o^l! (^.jt^ yo ^-^ J-* W-*^ 

Nous avons raconté en détail Fliistoirc de IMottaki et les 
événements de sou règne dans notre Livre moyen , dont le 
présent ouvrage est le complément. Nous ne donnons ici 
qu'une esquisse de Thisloire des Khalifes, nous étant imposé 
comme règle la rapidité et la concision. Ainsi nous avons ra- 
conté ailleurs la mort de Bedjkem 1(^ Turc à la date de 
redjeb, 329 de Thégirc; ses démêlés avec les Kurdes dans le 
district de Waçit; l'histoire de Kourtcguîn le deïlémilc: 
conmient il se rendit maître de rarnice de IJcdjkem; con)- 
niciil il lui all;u|ué pnr MohaniuKul bon Haik venu de Syiie. 
Nous avons inciitionnc' la bataille (|ui lut lixréc à Okbcra, 
le stratagèuK! (Tlbii llaik, son arrivée ;i Bagdad, le nouveau 
combat livré dans la capilah», l('([U('l se termina par la luilc 
de Kourt(>g(iîn ; la j)réj)<)ii(lérar)(M' d'Ibn Uaïk; riiisloiic des 
Beridi, leui' inslallalion à Bagdad, cl la iuiie de Mollaki en 
compagnie de Mohammed bcn liaïk Mot-ouli. <',()iiuue ces 
détails se Irouvenl dans nos Anniilrs liisl(iii(|ii('s, il csl iim- 



376 LES PR/VIRIES D'OR. 

«OUI JsJtj ^»wil^.JlJL ^.wIa.J| C_iLO| 

(^-3')KJj^ K^'^Kh^ iL-X-JiM y-X-JiO ;j-* /j%_A^ V±>^AJ C>.Aam.JI i*^ 

*i (*-jj-j ^STjcaiJL! ^jÎ aM 4^m 2r^^ b^51> »Xa£ U^^xi «xï 

tile que nous y revenions ici. — Dieu lavorise les bonnes 
entreprises ! 

CHAPITRE CXXIX. 

KHAUFAT DE. MOSTAKFI-BILLAH. 

Mostakfi-Billah (Abou 1-Kaçem Abd Allah, fils du Klialile 
Ali Moktafi) fut proclamé le samedi 3 safer 333 de fliégire 
el détrôné le septième jour avant la fin du mois châban 
33/i. Il régna donc une année et un peu moins de quatre 
mois. Il eut pour mère une esclave. 

RÉSUMÉ DE SON HISTOIRE ET DE SA VIE ; I'RINCIPAI|1X 
ÉVÉNEMENTS DE SON REGNE. 

Nous avons dit précédemment, en parlant de la dé- 
rheanro de Mottaki-Mllab , f|uo IMosfakfi fut sabié Khalife 



CHAPITRE CXXrX. 377 

•..ji *i )t_j!j JLÏli Vaap Xaj c:A.Lr- (5*>J^ o^jjJt ti iù*XÀ*-.Jij 

c:a-jI^ L<_jî jO i> aK_j_j.]3 iJi)^Js-3i 5^^»«AÀAi <î<.aXc5 Ji^jiJl ^5-f>**-J 

(jj-j *^^-4' {^i '^^3 Sy^^ u-jj-?-* '*^l' t^j "^ ■ cl-^-^' ''^^^ 

à Tibk, localité située sur les bords du Nehr-Yra, dans le 
district de Badouria, en face de la bourgade nommée 
Sindyeh. Il fut proclamé à l'heure même où l'on arrachait 
les yeux à son prédécesseur Motlaki. Il recul d'abord le 
serment d'Abou 'i-WeAi Touzoun et des généraux, fonc- 
tionnaires et juges qui se trouvaient alors auprès de lui, 
entre autres le kadi Abou '1-IIaçan Mohammed, fds d'El- 
Huçeïn, fds d'Aboul-Chewarib, et quelques membres de l.i 
famille^ de Hachem. Après avoir récité avec eux la |)rièie 
du coucher du soleil et celle du soir, il se mit en route et 
arriva le dimanche sui\ai»t à Chemmasyah. Le lendemain 
lundi il s'embarqua sur i\n de ces bâtiments légers (pi'on 
nomme cjazal. Il «'-lait coilfé d'une halaiisouak longue et 
terminée en j)ointe, celle-là même, dit-on, que son père 
Moklafi-Billah avait portée. Auprès de lui se lenaieni 
Touzoun le Turc, Moluimmcd ((ils de Mohammed, (ils de 
Yahya) Ibn Chirzad el quelques pages. On lui livra Tex- 
Klialifc Motlaki aveugle cl le kadi Ahmed, fds d'Abd 
Allah, fiirnit v('ii;iil rr^rrélci ; on réunit ctisiiilc tous les 



378 LES Pi\AlRlE5 D'OK. 

«X.^ <^ 2Sv^) (^ <jy^^ ^-f^ L^K h .Ç' a3 S*>wo j^^UMji 'J^ /jjI 

juges et les descendants de Hachem et ils prêtèrent serment 
au nou\eau Kliaîile. 

Moslakfi eut d'abord pour vizir pendant quelque temps 
Abou '1-Feredj Mohammed, fils d'Ali, originaire de Samarra; 
mécontent de ce ministre; il le destitua et donna toute sa 
confiance à Mohammed Ibn Chirzad. Il tint une cour de 
justice et fit une enquête sur les kadis et les juges asses- 
seurs de la capitale : les uns furent révoqués, d'autres con- 
damnés à la rétractation publique de leurs mensonges, et 
d'autres confirmés dans leurs Ibnctions, d'après les infor- 
mations qu'il avait recueillies sur ces personnages avant son 
avènement. Tous les kadis se conformèrent aux ordres du 
Khalife à cet égard. Il donna la juridiction de la ville orien- 
tale (de Bagdad) à Mohammed, fils d'Yça, plus connu sous 
le nom d'Ibn Abi Mouça el-Hanéfi, et celle de la ville occi- 
dentale à Mohammed, fils d'El-Haçan , fils d'Aboul-Chewarib 
el-Amawi el-Hanéfi; ce qui fit dire au peuple : «Voilà les 
bornes de son pouvoir; les ordres el les défenses du Kha- 
lilal no s'élendenl ]);is plus loin. » 



CHAPITRE ex XIX. o70 

l*"i-^JL> ^^^_iw-j <^*N-Ji y^^ ^jl.^Jî_5 ii[jjt>.Jî^ (jiiUJiLj <»ax^Î_5 

Avant (Tarriver au Irône, Mostakfi avait eu des rapports 
(le voisinage dans Thôtel dlbn Taher avec le fils de Mouk- 
ladir, FadI surnommé Moulî. Ils se disputaient souvent à 
propos du lancer des pigeons voyageurs ou des combats de 
béliers, de coqs et de cailles; ces derniers oiseaux sont 
nommés iiafakh en Syrie. Lorsque Mostakfi fut conduit à 
Nehr-Yra pour y recevoir Thommage d'investiture, Moulî, 
craignant les effets du ressentiment de son rival, s'échappa 
de sa demeure. En effet, une fois son autorité établie, 
Mostakfi le fit chercher partout; ne pouvant parvenir ù 
retrouver sa trace, il fit démolir la maison que Mouli avait 
liabitée et confisqua ses jardins et toutes celles de ses pro- 
priétés dont il put s'emparer. 

Abou '1-Ilaçan Ali, fils d'Ahmed, surnommé Katih Biuj- 
dadi, rapporte le fait que voici. A l'époque de l'avénemenl 
de Mostakfi, Touzoun choisit dans son j)ropre entourage 
un [)age turc (pi'il alfccta au service particulier du Klialifc. 
Or, Mostakfi avait un page cpii élail bien au couiaiil de 
ses habitudes, ('lanl né à son service. <■! il lui accordail par 



380 LES PRAIRIES D'Oll. 

Aj^i^o- ^ cS^^t -^xJl» <^iowj ^^A,**JLI (j\^ Jï^iiî ,>w«!5A.^ ^^ 
,,^^_5l^ Jli *,.^^i Â^ ^ ^ (*^-*^ ^* U^J-?"* *^-*^/^ If^l^ji 

M II '^ 

\j !i) Sa *LùJl J.,iû| t^ ou*^ (jj ^\^ j^^ ci^jtjl *i JUj 

conséquent toutes ses préférences. Mais Touzoun exigeant 
que le nouveau page eût la préséance sur l'ancien, le 
Khalife se résigna à charger de ses messages le page turc, 
pour se rendre agréable à Touzoun ; or, le nouveau venu 
était loin de s'en acquitter comme son prédécesseur. — Un 
jour Mostakfi, s' adressant au secrétaire Mohammed Ibn 
Chirzad, lui demanda s'il connaissait l'aventure de Haddjadj 
ben Youçouf avec les Syriens. «Prince des Croyants, ré- 
pondit Ibn Chirzad, je ne connais pas ce fait.» Mostakii 
reprit : « On raconte que Haddjadj avait choisi parmi les 
habitants de l'Irak quelques olïiciers chez lesquels il trouvait 
un zèle et une aptitude qu'il aurait en vain demandés aux 
officiers syriens de son entourage. Ces derniers furent 
choqués de cette préférence et s'en plaignirent hautement; 
leurs doléances parvinrent aux oreilles de Haddjadj. Ce 
prince monta à cheval et, accjompagné d'un certain nombre 
d'officiers des deux pays, il pénétra avec eux assez a\anl 
dans le désert. Une caravane de chameaux se montra dans 
le lointain. Haddjadj appela nu des Svricus, lui ordonna 



CHAPITRE CXXIX. 381 

A- 
^l^^' y\< iXij <Alb, ojjoi_j i^^l ^^Jl^ t^jii ^ Jli iiX^î- j^ 

»— *i (j\!î' U J^-ji-X »>-^^^ ^[7-*^' cX-'^^ CJ-* J-^^ J-=?'J^ AaajI 
(jywuo -UuJt Jj£>îj ^W' <!^)^£ tKfii (S'^J^i J=?-; U»* i^\^i\ 
J^ Uj Jlï ^Jy>^ ^\i \J>:>'>^ *5^ Jli Joi Jt- ^ U *i JUi 

d'aller reconnaîtro ce qui sillonnait au loin le désert et de 
lui eu rendre un compte exact. I/oiïicier revint au bout de 
(juclque temps et dit à Haddjadj que c'était une caravane 
do chameaux. «Sont-ils chargés, ou sans chargement?» 
demanda le prince. Le messager répondit qu'il l'ignorait 
et qu'il allait retourner sur ses pas pour s'en assurer. Or, 
dès la première fois, le prince avait envoyé sur les traces 
de celui-ci un olïicier d'Irak, auquel il avait donné exacte- 
ment la même mission. Cet olhcier revenait en ce moment ; 
Ihiddjadj se tournant vers lui, en présence des Syriens, lui 
demanda des infonnations. «Ce .sont des chameaux, ré- 
" pondit cet homme. — Leur nombre ? ajouta Haddjadj. 
« — Trente. ■ — Leur chargement .3 — De l'huile. — D'où 
" viennent-ils? — De tel endroit. — Où vont-ils? Kn tel 
« lieu. — Quel est leur maître? — Vn tel. » Alors, s'adressant 
aux .Syriens, Haddjadj s'écria : 

On iiii' rc|)ioclic (le priTci'cr Aiiir, ni.iis >i lu ('tais ;iI)s(MiI ou moi I , 
Il Ainr, |icM cil- <iri\^ |H)||||-,i|(iiI le iciiinlaci'i. u 



382 LES PIIAIRIES D'Oll 

UJÙ^"* >~^-^*^ Kù^jy^ [«^^J ^^jkX^Ail JlAX'ii,Mj) iVjjiAAiJ j>jl £«-£^ 

Ibn Chirzad prenant à son tour la parole: «Prince des 
Croyants, dit-il, un moraliste a exprimé éloquemment la 
même pensée : 

Le pire des envoyés est celui qui oblige sou maître à se répéter eu 
lui donnant deux fois des ordres identiques. 

C'est ce que les sages ont exprimé dans le proverbe : L'ignorant fait 
deux fois le même chemin. » 

Mostakfi ajouta : « Avec quel talent Bohtori a dépeint le 
messager, intelligent dans ce vers : 

Il semble que sa vive intelligence éclaire d'un jet de flammes les 
choses les plus ténébreuses!» 

Ibn Chirzad comprit ainsi combien le page turc était 
odieux au Khalife; il en instruisit Touzoun, et celui-ci 
consentit à en délivrer le prince et à retirer ledit page de 
son service. 

Voici ce que raconte le Bagdadien Abou Ishak Ibrahim, 
fils (Vlshak, connu sous le nom (17/)/; el-Wekil. «Mon père 



CHAPITUK ex XIX. 38.i 

j\^ U»j ii»r^^^ (->\yiJ\ ^Ijyiw ^ \ij.AjiX^ j^l^ A^vXi- j. 

&y~.tJ^ v_JU«J^ !<>VJ*.i C:ajÎj L» (j;,À/9j,ii j^^i L> ^»^.-fc. ^j^ (JÀKJ 

c 

avait autrefois fait partie de la maison de Moktafi, où il 
avait la surintendance de l'ofTice des boissons et du vestiaire. 
A la suite des événements bien connus qui amonèient la 
chute de ce Khalife, j'entrai moi-même au service de son 
fds Abd Allah (Moslakfi) et j'étais devenu un de ses fa- 
miliers lorsqu'il monta sur le trône. Je le trouvai un jour 
au milieu d'un s;roupe de courtisans ; c'étaient ses anciens 
voisins de l'hôtel d'ibn Taher avec lesquels il avait eu des 
i^apports d'amitié avant d'être investi tUi khalifat. La con- 
versation roulait sur le vin et sur ses effets, ainsi que sur 
les plus beaux passages en vers et en prose consacrés à sa 
description. Lu des assistants prit la parole et dit : «Prince 
i> des Croyants, je ne connais pas de définition plus belle cpie 
"Celle f|ui en a été donnée par un auteur moderne, lequel 
« s'exprime ainsi dans un de ses ouvrages ayant pour sujet 
« l'éloge du vin : Aucune chose an monde n'a tiré des quatre 
'■ éléments les j)lus exquis de leurs princi])es, les plus pure^ 
"de leurs propriétés, nul.int ((ne le vin. Kn elfe!, il a 1;. 



384 LES PRAIRIES D'OR. 

cyl^ail (jvJi g^ ^^^-If^^ ^JjiXJj u'^^^^ (J-**'"=*' 3,d>_5 jUJi ^y 

Jb »..,«JïI 4^ <_^]*Ot^l (j^ Uà,oj U AA^ft 4_^KxJl [y*^^i ^^aSjX^ 

«couleur du feu, c'est-à-dire la plus belle de toutes les 
«couleurs; la subtilité de Tair, c est-à-dire ce qu'il y a de 
«plus svd3til au toucher; la douceur de l'eau, c'est-à-dire ce 
« qu'il y a de plus agréable au palais ; enfin , la fraîcheur de la 
« terre. Le vin est donc le plus délicieux des breuvages. » — 
Ces quatre principes, ajoute le même écrivain, entrent, il 
est vrai, dans la composition de tout ce qui est aliments ou 
boissons, mais non pas au morne degré que dans le vin.» 
— Cet ensemble de qualités a été décrit par l'auteur en 
question dans le distique suivant : 

Je ne sais chose au monde qui réunisse mieux (|ue le vin les quatre 
principes (|ui soutiennent la vie chi <^enre humain : 

La douceur de l'eau , la subtilité de l'air, la chaleur du feu , la fraîcheur 
de la terre. 

«Si telle est la supériorité du vin sur toutes les 
bonnes choses de ce monde, de même l'éloge de cette 
boisson l'emporte sur l'éloge de ce qu'il y a de plus doux 
dauh les plaisirs de l;i vie et révrille toutes sortes de déli- 



ClIAPlTUi: CXXIX. 385 

JlJI} ^*»*AÀÀJi J^^J^ y-4 dl-Ji ^)~*^^ 'r^^^^ (fi-^^^ '^_^\* Lf 

J.^5'^Ji^l^^L l^^AÀio_j l%.A^j «Sjîy'j '-^Jr^^ (^^ ^-^-4^^ 

cicuses convoitises. S'agit-il du rayonnement du vin? On 
])eut le comparer à tout ce cjui brille, au soleil, à la lune, 
aux étoiles et, en général, à tous les corps lumineux. S'agit-il 
de sa couleur? Elle supporte la comparaison avec ce qui offre 
ici-bas les plus belles nuances rouges et jaunes, comme le 
rubis, la cornaline, l'or, les pierres fines et les bijoux les 
plus précieux. Nos poètes anciens l'appellent par métaphore 
dem ez-zehîh, « le sang d'Ismaël, » ou dem cl-djauf, « le sang 
du cœur;» d'autres l'assimilent à l'huile et au raziki, etc. 
mais le com|)arer aux peiles les plus précieuses, c'est en 
faire l'éloge le plus noble et le plus beau. Quant à sa lim- 
pidité, elle peut être mise de pair avec tout ce qui mérite 
l'épilliétc de limpide. C'est donc avec raison ([u'un poêle 
ancien l'a célébrée en ces termes: 

Le félu de paille ((|iii ost tombé dans le vin) le scinlilr liors de ccMe 
li(|iK'iir, el rependaiil il y rsl ciifcrmi^. 

« C'est le plus bel éloge (pie les poêles en aienl lait. — 
vni. ib 



386 LES PRAIRIES D'OU. 

L^-j^J^ i^.«oi-j ^-i^j^ i^.^^ ^-*-«'jj V*^-? '^ u^'y >?' 

L^jbiî^ L>,_i^^.Ii^ W->'^^ <JU*3_5 j^àJI i ^-^■^■ij L^filxAw^ 

1w_x-JL ^_À_>w.wJi i^l^X-X-;!»!^ l-^j -!5LlàJl t^jl-*» 4^»xju5lj 

L'auteur cité ajoute : Abou Nowas a chanté le vin, sa 
saveur, son parfum, sa beauté, sa couleur, son éclat, l'in- 
fluence quil exerce sur Tâme. Il a décrit l'appareil des 
banquets, des coupes et des amphores, les convives, les 
libations du malin et celles du soir, en un mot, tout ce 
qui se rattache à ce sujet, et il l'a fait avec un talent si 
grand qu'il aurait, pour ainsi dire, fermé les portes de la 
poésie bachique, si le champ de celle-ci était moins vaste, 
si son domaine avait des limites et s'il était possible d'en 
atteindre les bornes. Voici en quels termes ce poète décrit 
l'éclat du vin : 

Dans la main de i'échaiison la coujîc brille comme le soleil, et cette 
main a l'éclat de la lune. 

« Et ces vers : 

En se mêlant à l'eau, le vin perce les ténèbres de la taverne, comme 
l'aurore les ténèbres de la nuit. 

Le buveur s'y dirige grâce h celte clarté, comme la caravane rjui se 
gnwle d'après les feux allnmés snr les Iiauteurs. 



CHAPITRE CXXIX. 387 

.jl5}^J^\ (^ ^!i i JJju A ,;• V,-=> -ytll t_^U L,A3 4^^ iil 

^LJLxJl f^yà ^^yM LIs^A» Vj ^ — <J\ ^_^ llA_a5._j JLjL» 



« Du même poète : 

Dix années (de cave) ont roiulu ccUo boisson si pure et brillante que, 
si elle était répandue sur la nuit, elle en chasserait les ténèbres. 

n Du même poêle : 

Lorsqu'un des convives boit à cette coupe, on dirait qu'il approche ses 
lèvres d'une étoile dans la profondeur des nuits. 

Tout ce que la coupe éclaire de la taverne est l'orient, tout ce qu'elle 
laisse dans l'ombre est l'occident. 

« Du même ; 

L'éclat que le vin répand sur la coupe esl si vif (|n'il semble cpie le 
buveur boive A la liieiir d'un brasier! 

« Du mémo : 

Acconipa^'ue^moi , lui disais-je, car je vois l'aurore briller à travers 
les fentes de la maison. 

— L'aurore! répondit-il d'un air élonné ; il n'y en ,i d'autre ici que 
la lueur rép.'mdiir |),if le vin. 



388 LES PRAIRIES D'OR. 

Et, se dirigeant vers l'outre, il en ferma l'orifice ; aussitôt revint la 
nuit aux voiles traînants, 

« Du même : 

Jaune avant son mélange avec l'eau, puis d'une blancheur éblouis- 
sante, on dirait le soleil qui darde sur toi ses rayons. 

« Du même : 

Il semble qu'il y ait dans le vin une flamme ardente qui t'inspire tour 
à tour le respect et la crainte. 

« Du même : 

Sa couleur est d'un rouge si vif que, si l'eau ne venait l'éteindre, elle 
ravirait la lumière du jour aux yeux qui la regardent en clignotant. 

« Du même : 

s Son mélange avec l'eau fait jaillir des flammes semblables aux flammes 
bleuâtres qui jaillissent sous les pas des esprits follets. 

« Du même : 



CHAPITRE CXXIX. 389 

Uj^Jk« I2t\x*ï <^i)t o^Jt Jl l-^J (<;^j )JU* (^ ^'jp^- 

Ayant vieilli dans l'outre, le vin a profité de la chaleur du soleil et de 
la fraîcheur de l'ombre. 

« Du même : 

H me permet de boire ce vin, dont les rayons se prolongent sans 
interruption jusqu'à l'cmpyrée. 

« Du même : 

Il me demandait un flambeau. «Va doucomoni , lui ai-jc répondu, 
l'éclat du vin te sulllra comme il me sulllt. » 

Et je versai dans le ciislal de la coupe celle boisson délicieuse qui 
remplaça pour lui h; jour jus(ju'au lever du jour véritable. 

«L'auteur déjà cilé .ijouU': Los poésies d'Abou Nowas 
sont remplies de descriptions du même genre: le vin y est 
com])aré au feu; il est assimilé à la lumière, il dissipe les 
ténèbres, transforme la nuit en jour cl l'obscurité en clarté; 
en un mot, Téloge est poussé dans ces vers jusqu'aux der- 
nières limites de rhypcrbole. Mais il est impossible de 
trouver pour la couleur cl l'éclat du vin un terme de 
comparaison plus heureux (pic celui dont ce poêle s'est servi. 



390 LES PRAIRIES D'OR. 

L» <o._J»_J Jlï Oi-AS^Jl î«>^-* cj-« CP"^ VJ^ ^^J S^ <Juts^ 

Jv.^ j! i^jtXJl j-«?l> Jî '^^^^ ^ÀA ciJîj.:>i)i -^f^i iî*Xjb 

puisque la lumière est Texpiession suprême de la beauté. » 
— Cette description inspira à Mostakfi une joie si vive et 
une émotion si grande, quil pria le narrateur de ne pas 
aller plus loin. Celui-ci obéit aux ordres du Khalife. 

Selon le témoignage d'Abd Allah, fils de Mohammed 
Nachi, Mostakfi avait depuis longtemps renoncé à Tusage 
du nebid ; mais, dès qu'il fut nommé Khalife, il se fît 

servir cette boisson et reoomniença à en faire usage. 

Comme nous l'avons dit ci-dessus, aussitôt après son avè- 
nement, Mostakfi donna Tordre de rechercher Fadi, fils de 
Mouktadir (Moutî) ; car une sourde inimitié régnait entre 
ces deux personnages pour les motifs que nou? avons d('jà 
mentionnés (p. Syg ) , et pour d'autres raisons que nous pas- 
serons sous silence. Fadl réussit à s'échapper : on dit qu'il 
se réfugia en secret chez le prince deïlémite Ahmed, fils 
de Boueïh ; celui-ci l'accueillit favorablement et ne divulgua 
point son incognito. Après la mort de Touzoun, le deïlé- 
mite entra dans Bagdad ; les Turcs quittèrent alors cette 
ville et se joignirenf au parti de Naçir cd-dawlch Abou Mo- 



CHAPITRE CXXIX. 391 

^^JtXJt AJjJ /jjÎ (j^Jj <î^>-? (J^ ^^^AjtJî ji ^ 4Mi »XAff^l 

«.jJJ^i tK^I xJdlJ ^^Xx*m_5 i>i»Xx*j otxJ^ t^^-^'j JiôcwJll 

<_^^l_=I ^j^ ^ 'Lj^K-j iCi_yjil\ ^^j\-«^2^i ^ùtxj jj ^^ji^aJI! J^ij 

■îUkJl )t~**t4.i dS^^ (Jt_j ^jl ^Wi ér* ^^=T-j ^j)^ Àjlï!^! jjLm 
cii-Ji ^X-ci_A3 jJJsXi (^JfJ^. S;^»*» U^ «^^ ^. *^'9 f*^-^îS' 

hanimed Haçan, iils (rAl)d Allah, fiis de Hamdan.Naçir ed- 
dawleh marcha avec eux sur Bagdad, accompagné de son 
cousin Abou Abd Allah, (ils d'Abou 'i-Alà, et, comme on le 
sait, la guerre éclata entre eux et le prince dcïléniite Ibn 
Boueïh (Mouizz ed-da\vleh). Le deïlémite, maître de la per- 
sonne de Mostakfi, occupa la rive occidentale de Bagdad. 
Quant à Moutî, il se tenait caché dans colle capitale, où le 
Khalife le lit rechercher activement. La résidence du Khalife 
était alors le couvent chrétien nommé Dorna, sur la rive 
occidentale de Bagdad. 

Abou Ishak Ibrahim (fds dlshak), connu sous le nom 
dlbn el-wckil et (|ui était, comme nous l'avons dit, un des 
serviteurs de confiance de Mostakfi, ra|)porle le récit suivant: 
" Le Kh.'ilife vivait dans do perpétuelles alarmes : il nxloutait 
ipie Moutî, une fois investi du kiialifat, ne se rendît maître 
de sa personne et n'en disposât selon son bon plaisir. Cette 
crainte pesait sans cesse sur le cœur de AloslakO. Il se 
plaignait souvent du danger de sa situation aux quel([ues 
courtisans rpie nous avons nommés; les consolations de 



392 LES PRAIRIES D'OR. 

ces familiers lui rendaient un peu de courage et de sécurité. 
li leur dit une fois : « Je veux que nous prenions jour 
« pour nous réunir, causer de différentes sortes de plats et 
« citer les recettes en vers qui en ont été données. » On 
prit rendez-vous et, rassemblée s' étant réunie au jour con- 
venu, Mostakfi invita ceux qui en faisaient partie à réciter 
les passages qu ils avaient préparés pour cette circonstance. 
Un des courtisans prit la parole et dit : « Prince des 
«Croyants, je sais de mémoire des vers dlbn el-Moûtazz, 
« dans lesquels il décrit un plateau garni d'écuelles de 
" hamikh ( hors-d'œuvre piquants destinés à réveiller l'ap- 
« petit). — Voyons, » dit le Khalife. — Il continua ainsi : 

Prolite de ce plateau d'osier qu'on te présente tout chargé de vases 
symétriquement rangés. 

Dans toutes ces écuclles rouges et jaunes placées avec ordre rien n'est 
à dédaigner. 

Voici ]e hors-d'œuvrc d'estragon m lleur; un aulie hors-d œuvre 
rouge relevé de câpres , 




CHAPITRE CXXIX 

jl-k-c jJ._*i*_ii l_4-js-i cxi Lcfe' 

^IXI Jé'VL ^ )j — b — s. c:^._Aa_jl A_j cjj._Aa_j ^1 H -_^J;J) ^1^^ 
jL» »j — ;;;> — 5fc /j\ — i ^]^ — g — j|<' J^-*a-j (^;-« ^-g. .» ,i U cxAJSb liî 

w 

jl_là_3 j-^li *_j^à-.^ UJî ^ L^ ^>-^-^ L^A-^ ioLs^b ^X i 

Dont le parfum réjoiiil l'odorat, comme si fc droguiste l'avait sau- 
poudré de musc. 

Un autre à la marjolaine, dont le goût est rehausse par la meilleure 
espèce de girofle. 

Voici le hors-d'œuvre à la cannelle, dont la saveur est sans livalo et la 
couleur irréprochable. 

Il répand une odeiu- de musc ; son goût est j)iquant cl son arôme 
parfumé. 

Voici le hors-d'œuvre à la sarriette des jardins, dont la couleur nous 
rappelle celle du musc et de la poi.\ ; 

Le hors-d'œuvre à l'ail: tu trouves là un arôme qui Halle l'appélil. 

L'olive (de ces condiments) est noire comme la nuit;. de minces 
tranches de poisson mariné en garnissent les bords. 

En y faisant altenlion, tu verras que les oignons y ressemblent à de 
l'argent dans lequel brille du feu. 

Le raifort arrondi, relevé par un filet acide, y mêle son goût à celui du 
vinaigre ; 

Ses tranches blanches et rouges resscnihlenl ii des piles d'écus d'argent 
entremêlées de pièces d'or. 

De tout côté scintille connue une étoile qiu bi illr sur uou> aux pr» 
niières lueurs de l'aurore. 



39a LE8 PBAIBIES D'OR. 




On dirait un jardin fleuri auquel la lune, le soleil, les ténèbres et la 
lumière ont tour à tour prodigué leurs soins. 

u Mostakfi ordonna qu'on apportât des plats de hors- 
d'œuvre exactement semblables à la recette précédente et 
qu'on les servît, et il ajouta qu'il ne voulait ce jour-là sur 
sa table que les mets dont on lui donnerait la description. 
Un autre convive prit alors la parole en ces termes : « Prince 
« des Croyants, voici des vers du secrétaire Abou '1-Huçeïn, 
« surnommé Kochadjim ; le poëte décrit un repas délicat 
« (littéralement, un plateau de raretés) : 

Dès que notre appétit se réveille, une table bien servie nous attend ; 

Un ciicC liabile l'a ornée avec toutes les ressources de son art. 

Et nous l'apporte garnie des mets les plus exquis. 

Voici d'abord un chevreau rôti , dont les tripes ont été solidement 



nouées. 



Nous disposons autour de ce rôti un bouquet de menthe et d'esiragon. 
Voici un poulet appétissant que nous avons engraissé pendant long- 
temps ; 




CHAPITRE CXXIX. 395 



Un perdreau et une poularde fricassés h la poélc avec le plus grand 
soin ; 

Puis un pâté de viande frite {sanbousadj) qui vient à la suite d'une 
tardinali (autre pâtisserie) ; 

Des œufs rouges placés à côté d'olives ; 

IJes wasl (espèces de sandwich) roupcs en tranches cl iunnoclés 
d'huile vierge, 

Qui font renaître l'nppélit et réveillent les désirs d'un estomac blasé; 

Un limon doux saupoudré de ncdd (substances odorantes) et parfumé 
d'ambre ; 

Du fromage piquant, accompagnement obligé du jcasi ; 

Du vinaigre dont la saveur acide rend le ne/, humidi; et la voix na- 
sillarde; ; 

De petites dattes vertes semblables aux perles (|ui se cachent dans le 
collier des belles à la taille llexible; 

Une aubergine îi la sauce honran, dont tu seras ravi ; 

Des asperges, car je sais que tu les trouves (h'Iicieuses; 

Du louzinnlj ( voir ci-des.sus . p. n/,o) qui disparaît dans le heiure et h 
sucre. 



:^96 LES PRAIUIES D'OR. 

A_jjjj-:SÎ jii ^ j^b (j^j) ^ (j^ L iii 

j.-^{ ,0— i^' v.ju-A£>j L^i ^jIaJI />«m.^i^ c;A,ÀMi»sk>i ^SjumJLI Juii 
(^_jii ^_*_li iJ^.iû i^i».) JUii <^*iî i«>v-d> d ^(^ A.x-0 (j-« 

Voici réchanson : que tic promesses d'amour dans ia fossette qui en- 
jolive son menton ! 

Que ses regards sont vifs, que ses yeux sont pleins d'une douce 
langueur! 

Et la tourterelle (l'esclave musicienne) te chantera des airs qui n'ont 
pas encore été modulés ( comme celui-ci ) : 

«Pitié pour lui amant désolé qui est loin d'un séjour plein de tris- 
tesse. 

« Si tu ne vois pas qu'il est créé'pour les ivresses de l'amour, tu seras 
sans excuse. 

« Le Khalife, après avoir loué Tau leur de ces vers et félicité 
celui qui venait de les lui faire entendre, se fit servir ceux 
des mets décrits qu'il fut possible de se procurer. Il de- 
manda ensuite si quelque autre convive savait encore des 
vers du même genre ; un des assistants récita la pièce 
suivante, où le poêle Ibn er-Roumi donne la recette du 
joast : 

l) toi (jui veux connaître ce qu'il y a de plus délicieux au niouiic. tu 
t'es adressé au plus éloquent des pauégvristes. 



CHAPITRE CXXIX. 397 

, , t- 

^_À-JL l^l\i>^^j^^^ ^^ ^^ ^^-_i ^_2, ^^ 
(jT-fV-j' (^j L^-jfe' s^y^téÀjo (^5>J3! JJi^ UviVfJ t5^' (S-^*- 

Liâ_i». A_i_-« (j>_i_A_xM ^U L i a . .. al «-A_3 (^jv_À-A*J5 ii^^ 

Ecoute le récit que j'en ai composé : il est exempt d'allérations et de 
lacunes. 

Gourmet friand des fins morceaux, prends deux londelles de pain de 
pur froment , 

Telles qu'on n'a jamais rien vu de pareil, et enlève la croûte qui en 
recouvre les bords. 

Lorsqu'il ne te reste plus que la mie molle et souple, place sur l'une 
des deux tranches des émincés 

De blancs de poulardes et de poulets, et verse autour en soufflant \\\\ 
coulis de djoudab (sirop de raisin). 

Mets sur tout cela des lignes (des rangées) d'amandes alternant avec 
des lignes de noix. 

Le fromage et les olives seront les points diacritiques de ces lignes , 
la menthe et l'estragon, hîs points-voyelles. 

Quand tu verras se former entre ciiaque rangée une crème striée 
connne l'étoffe ivarlii du Yémen , 

l'reiuls des oeufs rouges qui ont durci et parsème ton gâteau de 
dirbems et de dinars (avec le blanc et le jaune de l'œuf, coupé en 
tranches). 

Saupoudre les raies avec du sel, non pas (rmi.- main prodigue, mais 
avec mesure. 

Examine-le pendant un temps, car c'est nu diarmc pour les yi-nx; 



398 LES PRAIRIES D'OR. 

^ — 

(2) 

t^^^-J ^»-C yvÀJ -«^J.^^ 4^^ (jw« *^j (J^*^ vJÏ-S^ 

Et, après en avoir régalé ta vue, replie ton pain et déguste-le avec 
appétit. 

Mords-le à iielles dents, croque-le et hàle-toi de démolir l'édifice que 
tu as construit. 

« Un autre convive prit la parole : « Prince des Croyants, 
«dit-il, voici comment le sanbousadj est décrit par Ishak, 
« fils d'Ibrahim Moçouli : ' 

Tu me demandes quel est le mets par excellence : c'est au plus com- 
pétent des hommes que tu t'adresses. 

Prends de la viande légère et saignante ; pile-la îrvec sa graisse, mais 
sans exagérer. 

Jette par dessus de l'oignon coupé en rond et du chou vert très-frais en 
abondance; 

Assaisonne copieusement de rue, de cannelle et (fune poignée de 
coriandre ; 

Ajoute à cela im peu de girofle, du bon gingembre et du poivre; 

Une poignée de cumin, un peu de bouillon et deux bonnes poignées 
de sel de Palmyre. 

Pile fnr( , ô mon maître, et allume ensuite nn beau feu flambant- 



CHAPITRE ex XIX. 399 

L*-^ l^A-Xi c^jii; Akai -ftjj 1-aJLIo l^Ajjj ^3JlkIi ^ ^w^cj 
J._.s5j J^NIi 1_J1 _^^ J:v^-J< ^A-4-io Sfe-î A_yj 

Mets ton hacliis dans la casserole, liumcctc d'un peu d'eau et ferme 
le couvercle. 

Lorsque l'eau aura disparu, lorsque le feu l'aura entièrement absorbée, 

Enroule, si tu veux, ton gâteau dans un pain très-mince et dont tu 
fermeras les bords soigneusement ; 

Ou, si tu f aimes mieux, prends de la pâte convenablement pétrie et 
molle, 

Promène dessus Ion rouleau en rond et festonne les bords avec tes 
ongles. 

Verse dans la casserole de fliuile fine et laisse frire dans fbuile 
autant qu'il faut. 

Dresse ensuite dans un vase mince enduit au milieti de moutarde, 

Et mange, assaisonné de moutarde, ce mets délicieux, le plus agréable 
aliment pour le dîneur pressé. 

« Un aulro convive s'cKpiinia on ces termes : « Prinre des 
«Croyanis, voici coninienl le secrétaire Malinioiul (fils 
« d'El-IIuçcïn , (ils (le Siiidi), siiinoinnié Kocliadjini , décrit 
« les asperges {hiliaun) : 

Nous possédons des lances doni In pninic se recourbe : elles sont 
tordues et tressées comme une cnnir , 



liOO LES PHAIHIES D'OR. 

«XjUCj (j^ *^^ iJ^j.M)) ù\i i>j.j ijj^a (j^ (j*.<Xa*^) (j.« VJ-"* 

»XAiai:À.« l^À**a» «X.:St^Jt!l j^l*yij '^J>~''^ '^^ — AjèUX-J c:>i*XAiA^ 

*X_ji)| J^^L ^^ J-AJ l^ji ^i *X_§_^ *XJ»^iw o>ia-« ^•^'J^ 

iCja^ I^aIuC ti;<^-« ^4*>* CJ^ i>j.-is» pfs-jlj~i ^ya.» l^^ 

*X_jij Vj--' ^^^^j (J^ ^_^**^-* «X-^_j jj'~^ ^--^j^^ lî Jji^ 

Mais belles et sans nœud; leur tête est proéminente sur leur tige. 

Plantées droites dans le sol comme des piliers, elles ont été habillées, 
par la main du Créateur unique et éternel , 

D'une étoffe soyeuse, semblable au soundoiis qui recouvre le manteau 
[borda). Leur colons est d'un beau rouge incandescent. 

On les dirait teintées de rouge, comme une joue sur laquelle une 
main irritée a laissé son empreinte. 

Elles s'entrelacent comme les 'anneaux d'une cotte de mailles formée 
d'un beau réseau d'or. 

On croirait voir un miiraj de soie qu'on étale (étoffe de soie grége aux 
bords coloriés). Ahl que n'en ont-elles aussi la durée ! 

Elles pourraient être le chaton des bagues de perle. — Un jns appé- 
tissant se répand sur elles ; 

Il fait autour d'elles le lliix et le reflux ; l'huile les recouvre d'un 
tissu d'écume. 

Et, en s'infiltrant dans leur tige, elle forme des tresses d'or et d'argent. 

Un dévot, un grave docteur, en voyant ce plat délicieux, se proster- 
neraient avec convoitise et rompraient le jeûne. 

n Quand la récitation de ces vers Ail Icrniinéc, le Khalife 



CHAPITRE CXXTX. 'lOl 

j^*Swei (j_èJlAjl dUi ^j-« Iaaj! J.4!? j^is (jj tX^-- <X.»A.?h^( 
&j^\ »Juo i ^^Àifc^jJl JûiliU oji^xii ^Jj^ii (jj5 



Mostakfi ajouta: «Un légume de ce genre est introuvable 
« dans ce pays et dans cette saison ; il faudrait écrire à 
n El-Ikhchid Moliammed, fils deTougj, de nous envoyer 
<• cette espèce d'asperges que produit la campagne de 
"Damas. Mais contentez -vous aujouncrhui de me réciter 
" des vers qui décrivent des mets 'faciles à trouver. » Un 
nouveau convive répondit en ces termes à Tinvitation du 
Khalife : «Sire, voici une descri[)tion du aroiizzah (riz au 
» sucre) par Mohammed Ibn el-Wézir, connu sous le nom de 
'« Ilafez Dimachhi : 

Qu'il osl excellent re plat de aroazzah qu'.ippoile 1111 jeiiiie cuisinier 
beau comme la lune au milieu des cicux ! 

Ce riz, plus pur que la nei^e, a été vêtu d'un donhle tissu par le? veuls 
et les rosées. 

Disposé eu loiii,'ues bandes dans le plat, il a la hlanrlicui' du lail. 

Son éclat fatigue la vue; on croirait voir la Inné brillanle av.inl l'heiu-e 
du crépuscule. 

\jP. sucre répandu sur ses bortls scinlille coinme un rayon de lii- 
Mii^re solidifiée. 

\ni. jG 



402 




LKS 


PRAIRIES 


D'OR. 




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y|^j^A_iw ^-joiJl^' L^-'ij-Jj (jl^^-JsIj ii_«_aN-Ji L.|^— ÏLxhj 
(jl^î 2^1»^ c^ X A ^ (jLJa-x-:*. a] v_-i_A— «< 1>Sm*jC 

«Prince des Croyants, dit un des assistants, les vers 
« suivants sur la heriçeh sont dus à un poëte moderne : 

Le melHeur mets qui se puisse manger, lorsque l'hôte est oublieux , 

Lorsque le rôti de clievreau ou d'agneau se fait attendre, c'est une 
heriçeh préparée par des femmes , 

Dont les mains adroites et sûres unissent la légèreté h la vigueur. 

Dans la même casserole doivent se rencontrer beurres , viandes, graisse 
de queue et de rognons ; 

Une oie grasse, du froment bien blanc, des pois cbiches, 

Des amandes et des (mot illisible) qui ont été soigneusement broyées 
au moulin , 

Et aussi du sel et du galanga que les mains se sont fatiguées à lier. 

Les autres plats pâlissent lorsque s'avancent les pages porteui's de ce 
plat délicieux. 

Le voilà dans sa terrine posée sur le plateau (la table); il est surhionté 
de bamijous en forme de voûte. 

Et le mur de cette toiture est une arcade qui ne repose pas sur des 
piliers. 



CHAPITRE CXXIX. 403 

^jij^-Awji. ji (^^ .wo.S c\.».^t^ (jLawL^ 5^wka_ft ^ L4*<Xj! 

c 

" -L^jJî ^y=^ (j^ (j-UM g-tj \ — jS R % ^p ^ 

De jeunes serviteurs présentent ce régal au dîneur : gens affamés ou 
rep>is, tous lui accordent la palme. 

Famille et étrangers, tous en désirent, et le sultan raffole d'un rajout 
de ce genre. 

Car c'est un mets profitable à l'intelligence comme il est utile au 
corps. 

Le vieux Sassan l'inventa en son temps et le grand roi Enouchirwan 
en faisait ses délices. 

L'homme à jeun, l'afïamé ne peuvent, en le voyant, contenir leur im- 
patience. 

«Un autre convive continua en ces termes: « Sire, voici 
« des vers d'un poëte moderne sur la madirah (soupe au lait 
« aigre) : 

La madtrali dans un repas, c'est la huic dans la ([uatorziome nuit du 
mois. 

Elle brille sur la table comme une luinii-re cpii dissipe les Icnù- 
bres , 

Comme le disque ai-genté de la lune (|ui ap|iaraît à travers les nuages. 

Elle remplit un jaltc l'aile fl'onyx du Tehamali. 

a6. 




kOk LES PRAIRIES D'OR. 

-l-xJaJî (jN-J <-:^jt ii S'y— — J^ — i^ (^^ (-x__A_^î »>v— .i 

*x 'LJ, 

j.tj— il yL-\_:>! j—i.-S' (j^ > — g — >l — * — ï\ i 3j — & y 



Abou Horeïrah aimait à la trouver au milieu d'un repas, 
II l'aimait tellement que c'en était fait de son amour pour le jeûne. 
Il savait que c'est un fin régal et se hâtait de terminer sa prière ; 
Mais il se gardait pourtant d'en manger en présence de l'imam. 
Il n'est rien de tel que la madirah pour guérir tous les maux ; 
Il n'est donc pas étonnant qu'on en mange, et ce n'est pas manger du 
fruit défendu. 

C'est un plat délicieux, merveilleux et qui plaît à tout le monde. 

«Prince des Croyants, dit un autre convive, Mahmoud, 
«fils d'El-Huçeïn , a donné ]a description que voici de la 
« djoudahah : 

Une djoiidnbah faite avec du riz premier choix, jaune comme le visage 
d'un amant, 

Mets a(hnirable, mets rayonnant, préparé par un bon et intelligent 
cuisinier. 

Pure comme l'or, sa teinte rosée est l'œuvre du Créateur. 



CHAPITRE CXXIX. ^05 

^3Jl* iùàj .^^^^ *^yt> i t^^ ^-Ir-^'*— ** ^^-*^*^ 

^3^Jfc.JJl -.*iaj t^*XÀc AjtiaJl Si i^*r*-*^^ tjy^ cKa-« <îLjii_^->j 

Le sucre d'Aliwaz , qui l'assaisouue, lui donne une saveur |)lus douce 
que le baiser d une amante. 

Sa masse Iremblolante imprégnée d'huile envelopjie le convive d'un 
doux parfum. 

Elle est molle et unie comme la crème; son odeur est celle do l'ambre 
le plus pur. 

Quand elle apparaît dans la jatte qui la renferme, on dirait une étoile 
qui brille dans la nuit, 

Ou une cornaline d'un beau jaune qui orne le cou des jeunes vierges 
au corps délicat. 

Elle est plus suave que la sécurité rendue subitement au cœur oppressé 
par la rraiiilc. 

« Quoiqu'il 11 cita ensuite au Khalile cotte description d'une 
aulvc djoudaha h, par un poêle contcin[)orain : 

Une djoudabah qui a la couleur de. la cornaline et dont la saveur est, 
selon moi , celle d'un vin généreux. 

Elle est faite de sucre blanc et de beau .safran râpé ; 

Elle est submergée dans les graisses de volaille, et ainsi noyée elle n'en 

' ^1 qui' nicilli'uic. 



406 LES PRAIRIES D'OR. 

j 1» la <(> (^ L^-Jjl^c»- tj U^ A. ■■^ — i l — g — j ^{j^\ j^<y j 

C-Mi *1_à_jÎ j^j<x_j ^j«x^ tj^ — ]o L^ — ^_i_Jî 2sJ!j a*|^ îsi 

Elle est douce au palais qui la déguste , et sa nuance rap|)eHe celle du 
khalouk (parfum à base de safran). 

Le vase qui la renferme répand une fumée odorante et sa douceur est 
irrésistible. 

« Enfin , un des assistants récita au Khalife les vers suivants , 
dans lesquels Mahmoud, fds d'El-Huçeïn, surnommé Ko- 
chadjim, décrit le kataif (pâtisserie feuilletée faite de fro- 
ment, d'huile et de miel) : 

Je réserve à mes convives, pour l'heure où l'appétit les aiguillonne, du 
Lataïf feuilleté comme les cahiers d'un livre. 

Il apparaît au milieu des autres mets et brille dans sa blancheur comme 
le suc abondant des abeilles ; 

H suinte i'huile d'amandes dont il est imprégné; il est humide du sirop 
dans lequel il nage et enfonce. 

L'eau de rose l'enveloppe de son flux et de son reflux et le couvre de 
globules étages. 

Superposé par couches comme les fascicules d'un livre , il rend la 
joie au cœur de l'aflligé; 

Et il est plus beau encore lorsqu'il est mis en pièces: chacun trouve son 
plaisir dans ce qu'il aime. 



CHAPITRE CXXIX. 407 

^-^^«-.IoLj C:a. A-jJ (^p^-r*. j^iî i»X_£5 Lx^kj (j«m««Î vt C-a-aa^» 
^l^ «XJU aMÎ^ ^r^ U**^^ <3j '-ly* ^-^^ *J*>J ^^Ijj c:Aoi«.j 

jl l a y ^< té^'' Cij^ <;5y^? ^ ^ ^-^ ^j^ ci' (^»^^* w* 

« Mostakfi s'adressa ensuite à un précepteur dont enfant 
il avait reçu les leçons : c'était un homme d'un commerce 
agréable, le Khalife faisait cas de son esprit et aimait à 
plaisanter avec lui. « Tu as écouté, lui dit-il, les vers qu'on 
« vient de citer; c'est à ton tour maintenant. — Je n'entends 
«rien, répondit l'autre, aux propos ni aux citations de vos 
«convives. Mais sachez qu'hier j'allai en me promenant jus- 
« qu'à Batouroundja : la vue des beaux jardins de ce village 
« m'a remis en mémoire les vers qu'Abou INowas a composés 
«en leur honneur, et je me suis senti ému, transporté. — 
" Qu'a dit ce poète? demanda le Klialifc; fais-nous connaître 
« sa description poétique. » — Le précepteur dit les vers 
que voici : 

Le sommeil qui ferme ta paupière, ô (Us de VVclib , sera de peu de 
durée, car le feu qui le consume est celui de l'amour... 

Batouroundja est ma demeure, séjour dij.;ue de tous mes respects, 
quand la coupe y circule à la ronde. 

Lcoutez mou histoire. Un joui- je m"y pionu-n.ti cl lamonr m'av.iil 
dérobé mon cœur, 



408 LES PRAIRIES D'OR. 

jlJùiJi Uj Js.J c^Sj^sî <XÀi o*i i^':ïK-S- j_g:>l_A_j yrt»-c=-w> L^_5 

jl_£ûjji)t L^ji_j,_Âj cjiL==-^ j j^-Aît j.k.«v.w!j ^ÎJ^xJl (S^^ 

jL«^ ^•»«« ^^=?-^Jlj l.£ûj.iû:i> L^_Â_t ^jLjLj »_5^ b<XÀfi. 



Lorsque le narcisse, s'adressant à mou page: « Arrête, lui dit-il ; un vin 
exquis a vieilli en notre possession. » 

Le francolin chantait, la volupté coulait à flots, les fleurs prodiguaient 
leur éclat ; 

Nous allâmes dans des jardins dont les yeux (les fleurs) n'étaient jjoint 
noirs comme ceux des houris ; 

De blancs pétales en formaient les paupières, des boutons jaunes 
les pupilles. 

En ce moment, la rose nous appela à haute voix: «Buveurs amis, 
nous dit-elle, 

«Nous possédons un vin délicieux que le temps a oublié et dont l'exis- 
tence est un mystère. « 

Nous courûmes à la rose , sans entendre les plaintes du narcisse , replié 
sur lui-même. 

Le narcisse, voyant ce que faisait la rose, cria d'une voix perçante : 
«A moi, bahar!)) (nom de i'anlhcniis noliilis). 

La rose vit s'avancer deux troupes de fleurs jaunes; elle appela, et la 
fleur de grenade accourut. 

Elles convoquèrent l'armée des pommiers du Liban; la haine attisa le 
feu de la guerre. 

Le halmr rangea en bataille la troupe des citronniers petits cl grands, 



CHAPITRE CXXIX. /i09 

j^j-^^^ .J^_iwi»_j ^^y-Lj»^ j>__jUaJl jXm** s '^y '■•^^^ 

^" (iJV^'j (iTï^i'^ ^U^Aii (j^^^Àa- ^j^ jxÇT^U^Ij j,^i 
«X^l <>uA£ (jAAi (^i*- aKa^ Lv_jj dlJi <Xjïj 2)«i c:aoIj U 4MLi 

Et je vis alors Rehi dans les rangs des jaunes, mais mon cœur Cul du 
parti des rouges , 

Uniquement parce que c'est la couleur des joues de celles qui nous 
traitent avec tant d'injustice et de cruauté. 

«Jamais, depuis le jour de son avènement, ajoule le 
narrateur, je n avais vu Mostakfi rempli d'une joie aussi 
vive. II récompensa tous les convives présents, les chanteurs 
et musiciens, et, malgré la pénurie de son trésor, il se fit 
apporter sur-le-champ tout ce qu'il possédait en espèces 
dor et d argent. Hélas! je ne vis plus de fête semblable 
jusqu'au jour où le deïlémite Ahmed, fds de Boueih, le fit 
prisonnier et lui creva les yeux. » 

Voici l'explication de ces derniers faits. La guerre durait 
depuis longtemps , d'une part cnire Abou Mohainnicd Hurein , 
Dis d'Alxl Allali Ix'u Ilanidan, cpii occupai! le (piarlier 
oriental avec les Turcs et son cousin Huçein, fds de Sàïd, 
fils de Ilamdan, cl d'aulre part le dedémilc Ahmed, fils de 
Boueïh, qui n((Uj);nl le quartier occidetilal el elail mailre 



lilO LES PKAIRJES D'OU. 

-6i_^x_a_j1^— ^j yî<x_5» ^^L_> 2jJ*1.*«*jc; ^xjc^ii ^^«xJt A-^ji 

(^ lj_>isîî «X^^ »XAaJI «jl5 i ^j-wj ^5-fc»!?*^^ *i?>J (^ *y\:^^ 

w^a^ i^'!^ Uj_j5^ jIajw^! e.llaA3l_5 J>A*i*Jî il-«*.J5 jî jJi «Xx? 

de la personne de Mostakfi, Le prince deïlémite finit par 
soupçonner ce Khalife de solliciter Taide des Hamdanites, 
de correspondre avec eux et de les éclairer sur les projets 
secrets de Tennemi. Ces soupçons, se joignant chez le deïlé- 
mite à d'autres causes de ressentiment, le déterminèrent 
à crever les yeux, de Mostakfi et aie remplacer sur le trône 
par Moutî. Ayant recours au stratagème d'une attaque noc- 
turne, il fit embarquer ses soldats du Deïlem au milieu de 
la nuit et les jeta au son des trompettes et des tambours 
sur différents points de la berge du quartier oriental. Ce 
stratagème amena la déroute des Hamdanites, et ce parti, 
après difTérentes rencontres avec les Turcs sur le territoire 
• de Tékrit, dut se réfugier dans la province de Moroul. 
Depuis qu il est maître du pouvoir, Ahmed, fils de Boueïh 
le deïlémite, s'applique à rendre la prospérité aux provinces 
et à réparer les désastres de la guerre. Tels sont, du moins, 
les renseignements que nous avons recueillis sur ses faits 
et gestes, malgré la distance, la rupture des routes et fin- 



CHAPITRE CXXIX. ail 

, c 

terruption des nouvelles, pendant notre séjour en Egypte 
et en Syrie. 

Nous n'avons pas sur le règne, d'ailleurs si court, de 
Mostakfi, des détails plus complets que ceux que nous 
venons de donner. — Dieu favorise les bonnes entreprises I 



VARIANTES ET NOTES. 



p. 2 (i). Littéralement « une salle surmontée d'un dôme, « ce que Mir- 
khônd , rapportant le même récit d'après notre auteur, traduit par t\AÀ3 
(éd. Bombay, t. III, p. 208). H n'est pas sans intérêt de faire remarquer 
à ce propos que, dans l'ancienne administration ottomane, certains mi- 
nistres et hauts fonctionnaires du Divan avaient le titre de houbbè vezir- 
lèri. Cf. D'Ohsson, Tableau de l'empire ottoman, t. VII, p. i53. 

P. 5 (1). Telle est la leçon de D, et elle paraît la plus acceptable. Les 
autres copies portent Jlsa; cette leçon changerait complètement le sens 
de la phrase, car, au lieu d'une information historique citée par Maçoudi , 
les mots qui suivent deviendraient une accusation formulée par le mi- 
nistre contre Mouhtadi. 

P. 6 (1). D JLaJoL; nom illisible et plusieurs lacunes en M. Dans 
Ibn el-Âthir (t. VII, p. i5o) on lit plusieurs fois jl,JoL; môme leçon 
chez Ibn khaldoun, édit. de Ijoulak, III, p. 298. 

Ibid. (2). A, M, K —.^sL»; mais les trois copies ne conservent pas 
toujours ce nom sous la même forme. C'est le même personnage qui , 
dans le Kamil, est nommé tantôt » <>^yt , tantôt »■ *i) Lj- Cette dernière 
variante se rapproclic mieux de la lecture que nous avons adoptée d'après 
D. La copie du Tenbih, fol. 207 , porte <^ ^5^- 

P. 7 (1). Les copies, sauf/), donnent ce passage avec des omissions 
qui le rendent inintelligible. 

P. 8 (ij. Le sens iloniu', en cet endroit an mot rc.sm, pluriel resoum, est 
déduit du passage où Ibn el-Athir explitpie le même mot par « organisation 
de troupes, cadres militaires, etc. a [Kamil, ibid. j). 1 52.) Les dictionnaires 
n'en font pas mention. 

P. 9 (1). Nom douteux; A, M, D l'écrivent sans jinints diacritiques; 
nous l'avons vainement cherché dans le Kamil. 



zju variamtes et notes. 

p. 18 (1). Au lieu de (jl^, l'éditeur de X a cru devoir substituer 
/jLuLm , leçon que les copies n'autorisent pas. Il est quelquefois question , 
dans les chroniques et aussi dans plusieurs passages de l'AgJiani, d'un 
certain chanteur nommé Boiinan, qui paraît avoir eu les bonnes grâces de 
Motewekkil. C'est certainement le même personnage dont Maçoudi a cité 
quelques vers au chapitre cxviii; voyez t. VII, p. 294. L'anecdote à la- 
quelle l'auteur fait ici une si brève allusion ne m'est pas connue, et je ne 
suis même pas certain d'avoir rendu fidèlement le texte. 

P. 22 (i). 4 et K passent ces deux derniers mots; M porte seulement 

P. 29 (1). On a suivi la leçon du texte imprimé; le passage n'est pas 
ponctué en D. A écrit deux fois li^-S tu jJl K-~°^ > ce qui se rapproche 
des mots [y^^ et Lâ.J^Àj, qu'on lit dans le récit (t. IV, p. i44) dont 
cette tradition ne semble être qu'une variante. 

P. 3i (1). Généalogie incertaine dans les copies; D répète deux fois 
les mêmes noms et en omet d'autres. On s'est conformé aux textes du 
Kamil, ibid. p. iSg, et du Fahhri, p. 296. , 

Ibid. [2). K /^\y, A ,_ywj^; illisible en M. L'orthographe de D est 
conforme à celle du Kamil et aux indications données par Yakout, 5. v. 

P. 32 (1). K jJaCj/o; a Jliç yu; D Js^ (jo ; au raiheu de cette 
confusion on a suivi, faute de mieux, la copie M, qui lit distinctement 
J^ Y^- Cette leçon est à peu près celle du Tenbih, fol. 207 : j.^ j\j 
oj.-.a>JÎ JLf î (>.* ^^ÀJf iCv^Lj (j ; voir aussi Kamil, p. i44. Comme il 
n'existe pas de ville nommée Faih dans cette province, il conviendrait 
peut-être de lire Jsill , qui est le nom d'une bourgade entre Basrah et 
Waçit. Cf. Dictionnaire de Yakout, au mot '6yM2^ ^ S^. 

P. 33 (1). Au lieu de «-.Uktp «l^ ^^ ligne précédente, /) porte -s-^ 
A-lj, M -.Ij3wJT-4 jXi^S^K paraît avoir reconnu la leçon véritable; ce 
qui le prouve, c'est que, dans le chapitre auquel il renvoie, p. 1^2 , Ma- 
çoudi a écrit le même mot ^L^jJf (J^^j L^. Plusieurs copies, au lieu 
de «S^û^Uj , lisent «9 JÏaj , qui n'a pas de sens. Ibn el-Athir, p. 320 , dit 
etxJl^ «iaaj' (,5^:^ «jusqu'à ce que sa peau se fendît. » 

P. 34 (i). Les trois copies A, M, K, supprimant le mot <_)Ur, font 
du Livre des parasites et du Livre des avares un seul et même ouvrage. 



VARIANTES ET NOTES. 'j15 

P. 35 (j). /l et K lisent à tort vWj ; Af passe la pliirase. Il ne peut y avoir 
de doute sur l'exactitude de la leçon de D: Ibrahim ben Sayyar, un des 
docteurs les plus ('minenls de la secte des kadarites, mourut en cflel en 
220 de l'hégire. Cf. Chahristani , texte, I, p. 18 , et Ibn Khallikan, trad. 
deM.de Slane.I, p. 186. 

Ibid. ( 2 ). Les copistes n'ont pas reconnu ce fragment de vers et l'ont 
écrit à la suite de la phrase sans aucune séparation; voir cependant Ibn 
Khallikan, article Amroa hcn Bahr. 

P. 37 (1). L'expression » Ja^ v*jJl «_>^, dans le sens d'éprouver 
la bonne et la mauvaise fortune , est clairement expli([uée par Meïdani , 
Proverbes, I, 172 , édil. de Boulak. Dans la notice d'ibn khallikan ces 
mots sont remplacés par ^0^2.^ e>-vl2w, qui donnent un sens moins na- 
turel. Le 2' hémistiche du 2' vers est incertain; l'édition imprimée porte 
c:jj.><>tvU JUii- 0^3 [^\.AetM(^JoJ\j ilLii ^iU. Au 4" vers, 
au lieu de *Ujf, M et A [jLi\ , 4 liùl, et les mêmes terminent le vers par 
i;^^^]. Le sens du 7' vers est également très-obscur, surtout dans le mol 
de la rime que D écrit i^J^^ , tandis que les autres copies ont ^^a^. Pour 
les autres variantes , voir le texte d'Ibn Khallikan, loc. laad. 

P. 38 (1). D seul donne la date exacte, les antres copies disent 255; 
mais il n'y a aucun désaccord à cet égard chez les chroniqueurs arabes. 
L'éditteur de K, avec un peu plus d'attention, eût corrigé cette erreur, 
puisque deux lignes plus loin la durée du règne de Moutamid est fixée à 
vingt-trois ans. 

P. /u (1). Au lieu de Ajo, K et M /v«vJ> ^ /-y» >r>0o; mais Mir- 

kbônd , t. IV, p. 5 , lit, comme la copie I) , Dirhem ben Nasr, et cette leçon 
se trouve aussi dans Istakhri, édition de M. de Goeje, p. 2/I6. Le même 
personnage est nommé Dirhem binHiiçeïn dans le Kamil, t. VIII, p. 43. — 
La ville citée sous le nom de Cluidrak dans la ligne suivante, selon la 
copie D , est écrite ^355^ par ^ et ^^A et ^J3^L«- par A. Dans la descrip- 
tion d&Zarendj, nue des portes de cette ville est désignée sous le nom 
de porte de (Miatrak ou Cliatrav. Cf. Istakhri, loc. laud. 

P. /|2 (1). 1/et K J2_«J; A IzmS fwt ). La ie(;on de /) a pour elle le té- 
moignage d'Ibn cl-Athir, <|ui allirmc (|ue le prince safl'aride passa une 
année dans le pays de Bost. 

P. 43 (1). C'est une inadvertance de l'aulfin-, (pii a écrit ainsi au lie» 



/4lG VARIANTES ET NOTES. 

(le (jOÙ\^f jJaJ : aussi toutes les copies ont reproduit cette erreur; mais 

la date, donnée en même temps que le jour de la semaine, ne laisse 
aucun doute sur cette méprise, que nous avons cru devoir corriger dans 
la traduction. 

P./16 (1). il, ilf et A" lisent, avec une exagération évidente: «huit cents 
millions.» Peut-être la vraie leçon est-elle ^^^.Jf i_^J\ ^aJUt' « huit mil- 
lions, » comme l'indique une note de K. Nous avons suivi la copie D. 

P. Il'] (1). La phrase persane est défigurée à l'envi par les copistes. 
C'est à l'éditeur de K que revient le mérite de l'avoir restituée et, d'après 
ce qui peut se lire de la copie D, tout porte à croire que la conjecture du 
savant égyptien est exacte. 

P. 49(1). La rédaction très-obscure de cette phrase , surtout par la ré- 
pétition de la particule J f , me laisse quelques doutes sur l'exactitude de 
ma traduction. 

P. 61 (1). Les copistes de A et M et, ce qui est plus surprenant, l'édi- 
teur de K, ont laissé le chiffre absurde de cinq cents millions. Dans le Ten- 
bih, fol. 207, on lit «un million.» 

Ibid. (2). Au contraire Ibn el-Athir prétend que Saèd fut envoyé contre 
le prince saffaride en l'année 270 et destitué en 272. Cf. Kamil, t. VII, 
p. 294. 

P. 62 (1). A, Mj K donnent ainsi le premier hémistiche : U ^«jCcXj 
^jjj. A offre des leçons très-différentes dans le second vers et contraires 
à la mesure : 

Au lieu de juU, A iuil, M jLjL. Le poëte semble reprocher à Saèd 
d'avoir conservé les souillures de la scarification, sans s'être purifié selon 
les prescriptions de la loi, et il le raille en même temps d'avoir adopté 
le costume persan. La chaussure haute à laquelle il fait allusion rappelle 
le passage de Strabon: ÔTroêrifia xol^ov Stit)>oijv, Geogr. livre XV. 

P. 63 (1), Le dernier hémistiche est différent dans A, M, K: <u.Xi 
^ît>._Ci,^L ^j\^Ull; M termine le vers par JoS^3\; mais aucune de 
ces variantes ne s'accorde avec le mètre, qui est le khafif. 

P. 65 (1). D^^ûfl, K et M^.^ii^l, el tous les deux 0^^. Dans le 



VARIANTES ET NOTES. 417 

Kamil on lit ^„^jj| t>.Ajt*«; voir, pour les autres variantes du même 
nom, .'Satljonm, l. III, p. Ô2. 

P. G8 (i). K ^fJL*,, .)f ^LÀaj, a ^Làaj, /) non ponctué. Mais 
le nom Dcrb Bagras est donne par licladori , p. i (l/i ; voir aussi Ibii Uaii- 
kal, édition de Goeje, p. laS, et Cosnwcjrupliie de Sciiems ed-dîn Di- 
misclilvi, tcxtp, p. •.?o(i. 

P. 69 (1). A, M, K écrivent ^Jf t_jL rt pnssont tout ce qui suit 
jusqu'à la répétition du mot y^l\. 

P. 74 (i). Les trois copies, an lieu de ^Lo Ji' , portent ^Loj^" , et 
le nom ethnique est écrit par A ^[.kA^]\ , par M ^LaJu^J!, par K 
^"-ÀXtJI. Sur la ville d'Abrouk on peut consulter, outre le Dictionnaire 
géographique de Yakout, YAiliar cl-bilad de Kazwini, p. 33 1. — 11 n'est 
pas inutile d'ajouter que le nom de l'eunuque Yazman, cité dans ce pa- 
ragraphe, se lit y^Jy^ dans M et A', qUvLo dans 4. (Cf. Nudjoum,m . 
p. 73.) Ibn KLaldoun semble avoir lu Baziar, édit. BoTilak, 111, p. 338. 

P. 75 (i). Ce nom nest ponctué dans aucune copie , la seconde moitié 
est seule lisible et répond vraisemblablement au grec x'^pis. 

P. 81 (1). il/, ^, K écrivent ^^j^; la seule leçon acceptable se 
trouve dans D. On voit, par un passage d'Istakhri , p. 1 53, que le nom 
sousendjerd désignait une étoffe de laine fabriquée en Perse, et particu- 
lièrement à Fessa. C'est sans doute la lorme arabisée du persan ...: ^ 
3y<' travail d'aiguille, " et c'est ainsi qu'on lit dans la traduction persane 
du traité d'istakliri. 

P. 89 (1). Pour ^Lc, K et A écrivent 3U , M passe le nom. Au lieu 
de ^JJ)VS, A et K écrivent ^li. On voit aisément que ^, ^^ répond à 
l'hébreu llin, ^Lc de la copie P A TTii', ol Jj^:i? à "^iVinD, denèse 
IV, 17, 18. 

Ihid. (2). Après le nom JXi. (Zillali ), l) écrit fautlvenienl ^ au 
lieu de c>>-J- <JiH;l(pies-uns des instruments menlioiuiés ici sont décrits 
par kosegartcn dans son introduction au Liber cantdeiuirwn, yt. 1 10 et 



suiv 



P. 90 (1). En examinant cette phrase avec attention, il est facile de 
se convaincre que les noms du ■>.' et du 3° mode ont ét(î omis avant les 
motsy>.. Peut-être l'auteur lui-uiénx' les avait-il laisses en hianc dans 



VIII. 



27 



418 VARIANTES ET NOTES. 

son manuscrit ; (juoi qu'ii en soit , la note marginale de l'édition imprimée : 
Lcw >^'^ T^--*> c^5 "^9^7 ne peut être considérée comme exacte. J'ai 
vainement cherché, dans différents traités arahes et persans sur la mn- 
siciue, la dénomination des modes donnée par Maçoudi; elle a été si mal- 
heureusement défigurée parles copistes que tonte tentative de restitution 
devient presque impossihle. Les principales variantes de mes trois copies 
et de A' sont les suivantes : au lieu de ^LxjL«, M kLÇJL*., iv ^l^Lw. 
Le sixième mode, nommé sisum par D, se lit £^~m>.m dans A, cum dans K 
et M, qui ajoutent Jji.m ^j^^i^jf ^st».. Enfin le dernier mot dont j'ai 
laissé la transcription en blanc n'est ponctué ni dans A^ ni dans D. L'édi- 
tion imprimée lit Qjfo^a., et M yi^aja:^. 

P. 91 (1). Je lis ainsi d'après D. Les copies M et K portent , w»s(>À9 
et A ne ponctue pas le nom. Peut-être l'auteur avait-il écrit .y,^..^^Jj 
« Théodoros , » mais cette conjecture est également douteuse. D'après une 
communication que je dois à l'obligeance de M. Brunet de Presles , parmi 
les nombreux écrivains du nom de Théodoros mentionnés dans la Bihlio- 
theca (jrmca de Fabricius, il ne s'en trouve aucun qui ait écrit spéciale- 
ment sur la musique; mais il est possible que la théorie des rapports 
entre les coi-dcs de la lyre et les éléments soit énoncée dans un traité sur 
les sciences en général. Dans un livre grec moderne, intitulé Qewprfjixov 
[léya. Trrs fiouatKvs, imjjrimé à Ti^ieste en 1882, et qui est une histoire 
abrégée de la musique depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours , 
on voit cités, parmi les auteurs sur la musique, un Tliéodore Studile, qui 
vivait au viii° siècle; plus loin on trouve les noms de Théodore Agaiianos, 
Théodore Thalassinos, etc. La mention roumi , ajoutée par Maçoudi au 
nom de l'auteur de la théorie en question , prouve que c'est plutôt chez 
les Byzantins que chez les Grecs anciens qu'il faudrait chercher la source 
des renseignements présentés ici ^' une manière si confuse. 

Ibid. (2). Sans points diacritiques en D; les autres copies sont d'ac- 
cord. Au lieu de la traduction arabe i^^ (_?Jli A porte (^~AaJJf, K 
Qy^ii! ; d'après cette dernière lecture on pourrait supposer que l'auteur 
a écrit /jUi.,^M<, ^vXoÇdovrj , mais cet insti'ument, aussi bien que le kilio- 
pLone, a-t-il jamais existé chez les Grecs et les Byzantins? La cithare 
mentionnée d;ms les lignes suivantes se trouve sous la forme is«Lw.iJ[ 
dans K, et is\UiiJ 1 dans i¥ et A. Makkari écrit » vy«X Au lieu de A,l<^i , 
A, M, K portent A.J.^t. Enfin finstrumcnt indien écrit (jonçjolah |iar /) 
est nonmi(; cv,cC^5 par les tiois autres cojiies. 

I'. (,o (i). A f..,^yS^Ji, M iC^jCii. Voici la traduction d'une noie 



VARIANTES ET NOTES. ^19 

marginale de K d'après le Moiidjid : « Le mot mivC sur la forme de liilab, 
signifie le luth ou le sandj. Le mot kerinehj au pluriel kcran, s'applique à 
une chanteuse. » Voir les explications plus compiètps du Kamous turc. — 
Moâwiah est surnomme ^alsu\ par K et A, j^J^sul par M. Comparer 
le récit très-différent de VAghani, ëdil. de Boulak, t. VIII, p. ?.. 

P. 97 (i). Les trois copies D, A, M disent i«-f* «cinq genres;» on a 
adopté la correction de Â', mais sous la réserve qu'il peut y avoir une la- 
cune dans la nomenclature qui suit. 

P. 98 (1). Il faudrait pcut-^trc, pour compléter la série des huit 
rhythmes, ajouter les mots <uui:2>.a -?-L^J[., qui ne se trouvent dans aucune 
copie. Cependant Farabi (cod. 102, cité jiar Kosegarten) n'en compte 
que sept. — Voici comment l'auteur du Moudjid (note marginale de K ) 
explique le mot mahhoureli : «va^Ltl signifie un cabaret ou maison de 
débauche, celui qui le fréquente ou y conduit les autres; c'est un mot 
arabisé de meî-lihour «qui boit du vin.» S'il est d'origine arabe il vient de 
yiâ , qui se dit du bruit ([ue fait un bateau en fendant la vague, par al- 
lusion au tumulte qui règne dans ces sortes de lieux. Le pluriel est vii.fa-« 
et ^/J^fcf^yo.» Cf. Prairies d'or, t. VII, p. /|25. 

P. 101 (1). L'éditeur égyptien, qui paraît avoir étudié tout ce para- 
graphe avec une attention rare chez lui, s'étonne à bon droit que Ma- 
çoudi ait compté parmi les qualités physiques du danseur «l'art de laisser 
flotter la ceinture» et d'avoir du ballon^ comme ou dit eu style de cho- 
régraphie moderne. Toutes les copies donnent la même rédaction : il y 
a certainement ici une négligence, de style dont on ne peut disculper 
l'auteur. 

P. 108 (0. M Ci A jj^f. f^ i^f' ^ ^^ vérité un nom d'homme, 
par exemple Djâfar, comme on l'a vu dans un autre passage, peut être 
donné à une femme. Thàlebi , dans son Lutaïf, ne montiomie pas la mère 
de Mouaff;ik. Au lieu de n awLo, (|ui termine le 1" vers. M, l) et A écri- 
vent ..^mJUO. 

P. 1 lo fi). A donne une étrange leron (j^-U^ .vK, et )/ , K L*[. 
/j^Jli^ «deux télés de chameau,» en mettant les pronoms rpii suivent 
au duel. 

P. 112 (1). Au lieu de « payi tlAssour» l'éditeur^e h, aucpiel ce nom 
était inconnu, a < ru devoir modifier ainsi y^-U »»Jv ^>» «du malheur 
el de la captivité. » C'est tiu exemple futie mille du savoir-faire des édi- 
teurs musulmans. 



/l20 VARIANTES ET NOTES. 

P. 1 iG 1^1 ). A et M JkA.jilf', K J..6-4.5^ Celle deniicre variunle, ^i ridi- 
cule qu'elle soit, offre une particularité curieuse : c'est par une erreur fie 
lecture exactement semblable (lue la leçon du chameau passant par le 
trou d'une aiguille s'est glissée dans les Synoptiques. 

P. 119(1). La véritable leçon ne se laissait pas facilement découvrir : 
K écrit (^ùS^ A \_^-.o^, M (^^S^et D, qui est toujours plus près de 
la vérité, /ji ^Lc (/itirse/i est, d'après le Borhani halî, une forme plus 
petite du iadj , c'est-à-dire du bonnet persan haut de forme, avec enjoli- 
vement de pierres précieuses. Je ne crois pas que le mot se rencontre 
dans le Scliah-nameh , mais, si je ne me trompe, dans le poëme Wis- 
o-ramîii, cdit. de Calcutta, p. i9, c'est ainsi qu'il faut lire au lieu de 

Ibld. (2). A la suite de ce mot, M,K et A ajoutent sLi^. , et dans D 
on lit isLAJSk; je ne comprends pas mieux cette seconde leçon que la 
première. A la rigueur on pourrait, à faide d'un léger changement, lire 
«_Xj[y2k Izsuu «un panier fait de branches de palmier.» 

P. 120 (ij. M et K i^j^jtAMJ , peut-être pour c>-à«-^ «t^u serais in- 
terdit;» A ^^^iJisJ «tu m'excuserais.» 

P. 182 (ij. Au lieu de |j_,;j.CLo, M et K lisent ^y^j^a «sous un dé- 
guisement;» lacune en A. Le décousu du récit, qui passe brusquement 
de la forme narrative au discours direct, fait croire à l'existence d'une 
lacune dans le recueil d'«/ia que fauteur avait sous les ^yeux. La lecture 
Mabriinan, adoptée poiu" le nom du grammairien cité ici, est justifiée 
par le Kamous. M porte /jL«wo, A ^Lo^a/o. 

Ihid. ( 2 ). A, 31 et K (j:>lJ \ t,Li\ ^ aux jours du renouveau ; » mais la 
leçon de D semble plus précise. 

P. iSg (1). Les copies et K lisent cis--. mais cette leçon est inadmis- 
sible, puisque Moutacied ne parvint au trône qu'en fannée 278. Il faut 
donc corriger ainsi pour être d'accord avec Ibn el-Athir et aussi avec Ibn 
Khaldouu, t. III, p. 366. Le second de ces historiens lit Iiafè ben Ilar- 
tamah , au lieu de Rafê ben Leït. 

P. 144 (1). K ^jJCàJ:', l)y.jCAy,M elA ^S3S>. 

V. i46 (i). K c><^^ j>j; lacune en A, et ensuite M et K ^\ , au lieu 
de ^jI. Il est à remarquer que Maçoudi est le seul historien qui donne à 
To'ig^j le nom de (ils de Cliebib; les autres chroniqueurs s'accordent à le 



VARIANTES ET NOTES. 421 

tliie lils de Djoiifl ou Djaff; voir, pour la prononciation de ces noms 
propres, les remanpies du Nttdjoiim, l. III, p. lyS. 

P. i4G (2). M , A et il simplement iùsJ -, Ibn el-Alhir écrit iLt^Aj ; 
voir ies autres variantes en note. Le A(;t//oaMi porte Ov«Lo. Il est peu 
probable qu'il s'agisse de l'ancienne MeAjTnpa dans la Grande IMirygie. 

P. 161 (1). Lacunes en A. De nombreux exemples d'un supplice aussi 
atroce se retrouvent dans l'histoire de l'Eglise primitive. D'après les lé- 
gendes grecques, saint Barthélémy périt dans des tortures de ce genre; 
cf. les VriKjmcnls d'histoire upostolujue de Prétorius, t. I, p. G^îG. Il sem- 
blerait résulter aussi d'une phrase du roman d'Archélafis que Mancs pé- 
rit d'une manière analogue; Beausobrc, Histoire du Manichéisme, t. I, 
[). 13 5. Dans tous ies cas, ce raffinement de torture n'était pas nouveau 
en Orient, et la cruauté de Moutaded avait eu des précédents. 

liid. (2). Littéralement «la Porte des grands;» elle était sans doutt 
affectée au service particulier des gardes du corps et des principaux offi 
ciers du Dur cl-Khilufct, c'est-à-dire du palais des Khalifes. Yakout, s. v. 
lui a consacré une mention spéciale dans le Modjnn,ci en a déterminé 
avec précision l'emplacement; mais il se trompe en croyant ([u'ellc fui 
édifiée par le khalife Tàyi-Lillali. 

P. 173 (1). A et Z) ajoutent un mot, ^'cJ ou vj«^>J,que je ne com- 
prends pas; K et M le remplacent par v^5wJ «pour ma maison, ou ma 
famille.» Voir la description de la melhufuh dans l'ouvrage de R. Dozy, 
hictioiin. des noms de vêtements , p. 'lOi. 

P. i83 (1). Lacune de trois lignes en A et de plusieurs mots en M. 
Ibn el-Athir, t. VII, p. 337, donne à ce llarit le surnom d'Abnu Leila, 
au lieu d'Ahou l-l^eit, et rapporte d'une manière dill'éreutc les circons- 
tances de sa mort. 

Ibid. (2). Le nom du chef des pèlerins est In partout »^<ui: par .1/, 
A et K. La même incertitude règne chez Ibn el-\tlilr, qui lit alternati- 
vement vj^Vïk. et ^<;\j2k, ibid. p. 33(j/ Aucune mention de cet événement 
dans Ibn Khaldoun. L(;s noms des deux trilms citées dans ce paragraphe 
sont aussi defigutéB par les copistes. L'éditeur de K a eu soin de les ré- 
tablir d'après l'autorité du Mour//ii/ , «l'accord avec les renseignements de 
Djewherief d'Ibn Doreid. 

P. ib'i (1). Erreur provenant de Maçoudi on des copistes, et qui est 
signalée par une note en arabe sur la marge de />. Le vrai nom du ju- 



V22 VARIANTES ET NOTES. 

ilsconsulte cité est Ishak bcn Ibrahim, comme on peut le voir dans le 
Nudjoum et le Kainil, s. a. 285. Il y aurait une curieuse notice i\ écrire 
sur ce personnage d'aprts les biographies musulmanes, et en particuher 
d'après la chronique d'Ibn Kcthir, dont une traduction turque en neuf 
volumes vient d'être acquise par l'École spéciale des langues orientales. 

P. 190 (1). Je crois que cette expression doit être entendue métapho- 
iiquement, car himladj , au pluriel Immalidj , se dit non-seulement d'un 
cheval qui marche d'un pas doux et régulier, mais aussi d'une affaire 
aisée, etc. J'avoue, cepeudant, n'avoir trouvé ni dansMeidani, ni ail 
leurs, d'autres exemples de la même locution. 

P. 197 (1). Quoique les copies ne présentent aucune variante dans la 
manière de lire ce nom, il faut peut-être lire^^jT^^, comme ci-des- 
sus, p. 1 10. Ce serait, dans ce cas, le même personnage à qui fut con- 
fiée la garde du khalife Moutamid, lorsqu'il était prisonnier des Turcs. 

P. 200 (1). K J3,j, i¥ctyl pty; T> seul donne la vraie leçon. Cf. 
Ibn el-Athir, t. VU, p. 35i. Dans l'Histoire d'Arménie de Jean VI, on lit 
Ticrddd; voir ÏUisloirc des Sadjides , par M.. Defrémery , p. 37 du tirage à 
part. Le paragraphe suivant, relatif à la mort de Bichr ben Mouça, n'est 
donné que par la copie D. 

Ihid. ( 2 ). Deux copies portent par erreur la date de l'année 286. C'est 
en effet à cette époque que Amr ben Leit tomba au pouvoir d'ismâil le 
Samanide ; mais , d'après le témoignage formel d'Ibn el-Athir, il ne fut 
envoyé à Bagdad que deux ans plus lard. Cf. KumU, t. VII, p. 34G. 

P. 202 (1). D i.jySCk^l\, M iLJyÉ=>Lj\. L'êtymologie du mot me 
paraît devoir être chercliéc plutôt dans la l'orme persane y-^^ q"*^ 
dans 3^j^Ui , car il serait difficile d'expliquer l'élision du dul dans la 
transcription du même mot en arabe. C'est donc par inadvertance que 
j'ai écrit chaguird, t. VU, p. 276. Le Mourrab passe ce mot, comme tant 
d'autres termes plus importants de provenance étrangère. 

P. 2o3 (i). A ^yllî 3L e>jy^I' ^ et M ^J'^,\y^\ c^.*^; «"it une 
lacune de dix mots dans les mêmes copies. 

P. 207 (1). D et i portent à tort »*y=>.[; avec cette variante non-seu- 
lement il n'y a plus d'antithèse dans le vers, mais le fait historique lui- 
mcnic ne s'explique pas. Voici d'ailleurs les propres paroles d'Ibn el- 
Athir, (pii écartent toute incertitude et suppléent au laconisme de notre 
auteur: « \]n cetle anné&-là (282 de i'iicgiri-), Moutadcd lit adresser ;\ 



VARIANTES ET NOTES. 423 

tous les gouvernemenls et à toutes les provinces de l'Empire un décret 
portant que l'ouverture de la perception du kharadj n'aurait plus lieu au 
nôrouz persan, et qu'elle serait reportée au 1 1 du mois de juin; ce jour 
fut en conséquence nommé norouz de Moutaded. Le décret fut rédigé à 
Moçoul, où ce prince résidait alors. Le but du Kbalife, en faisant cette 
avance à ses sujets, était d'améliorer leur situation.» [Kainil, t. VII, 
p. SaS.) En reculant la perception de l'impôt jusqu'à répo(|iie où la ma- 
turité des fruits de la terre rend plus faciles les opérations du cadastre, 
c'est-à-dire environ trois mois plus tard, le prince abolissait en cfl'et une 
date considérée comme hâtive et préjudiciable. La leçon de K, M, i^^o^S , 
est donc incontestable. 

P. 209 (1). Littéralement « diit-il même fabriquer des cliaudrons ; » 
allusion au premier métier et au surnom d'Amr Saffar. Dans le vers pré- 
cédent A porte 's-«*. au lieu de Ijlj^l , contrairement au métrc. 

P. 211 (1). ^(>AjJf d'après M et K, ^^ÀàJf d'après D. La lecture 
de A «El-Anbari» est confirmée par faulorité du \uJjoum; seulement, 
d'après cet ouvrage, il serait mort une année plus tard, en 289. 

P. 2i5 (1). A, M et l'édition de Boulak vULi ^jJ , et plus loin l<^ 
au lieu de j^; d'après cette variante il s'agirait seulement des deux per- 
sonnages en question , et non plus de Mohammed Ispahâni , cité à la 
ligne précédente. 

P. 218 (1;. A la fin du second vers, K et .1/ ^^h«,A. Au septième 
vers, M jU-< au lieu de [la-S- Le neuvième vers n'est donné ni par A, 
ni par M. Ibn el-Athir, qui cite le morceau, t. VII, p. SSg, donne il 
est vrai ce vers, mais avec tles variantes qui le rendent inintelligible. 

P. 219 (i). C'est par erreiu' que j'ai laissé ^\ il'apiès l'autorité des 
copies, au lieu de o-^' comme l'exige le mètre et d'accord avec le texte 
d(j Kaniil. Le vers doit être rétabli ainsi : 

Cette variante ne modifie nullement le sens. 

P. 222 (1). M et K isyo ^ et omettent le surnom El-Mazeni; lacune 
en A. Il faut remanpier cependant (pie dans le Nudjoiim, t. 111, p. i35, 
où se trouve la même anecdote avec les vers, on Vil ^yj^ ^>j « ben 
Kanbar. » Telle est aussi la leçon de VAjjhani, t. Xlll, |). 2 , où les vers 
sont donnés avec des leçons très-dillérentcs. 



424 VARIANTES ET NOTES. 

P. 22/1 (l). K *JasA>0 (J.J Li^y^^, M ((.J^yC A *.Jj^j^ jJ.jt^A3^. 

Le texte du Kamil,U VIII, p. 353, confirme les leçons de D. 

Ibid. (2). K et M n'ont pas reconnu un nom de ville et portent 
(j^.ÂA>o^L «avec les deux agents accrédités.» Deux lignes plus loin, K 
répète cette leçon, et M la change en ^jy^j)^[j. A présente une lacune 
de deux lignes. 

P. 226 (1). K et M OÎûàJL, variante qui peut se justifier puisque, 
plus loin, p. 39/i, on trouvera le mot nuwadir pris dans le sens de mets 
rares et délicats. On appelait hmvarid des épices confites dans une sauce 
piquante ou du vinaigre. 

P. 227 (1). Ibn Khallikan cite ce passage d'après Maçoudi , mais, ou 
il avait un texte différent sons les yeux, ou il a cru devoir modifier ce 
passage pour lui donner plus de clarté. Voir aussi les remarques de M. de 
.Slane siu- les deux vers qui suivent, traduction, t. II, p. 3oo. 

P. 228 (1). Ces vers sont cités par VAghani , t. XII, p. 8; d'après Isfa- 
hani, l'auteur les adresse k une femme de Baliilah, qui lui reprochait sa 
pauvreté. J'ai corrigé, d'aprës le même ouvrage, le premier hémistiche 
du premier vers qui, dans mes copies, porte «i*u plÀà,l| . Au deuxième 
vers, au lieu de A.*ulis» (jv^<' '^ ^^ ^ ^^-^^ U>;-^<> ^ ïJ^- Au vers 
suivant, D [^^s^ <^\...à^]. Au sixième vers, pour «j^/o, A porte 
ÂJa^MA-, pour (,^isi2>^MK/>-, K (^It^cyCwL/o, M ç^lo-C'yiM^- Le vers 
suivant, qui termine la pièce, ne se lit pas dans {'Aghani. 

P. 23o fi). Ici, comme dans d'autres passages où Je même nom se 
rencontre. A, M et K l'ont changé en z:^. Cf Ibn Khallikan, t. II, 
p. 297. 

P. 23i (1). A et M commencent le vers par \^. L'éditeur de K cite, 
dans une noie marginale , deux rédactions de ce charmant distique d'après 
le Kachcliof de Zamakhschari, et le Chmvaldd du même auteur. Voici, 
dans celle qui reproduit la leçon de Maçoudi, le deuxième vers qui com- 
plète la pensée du poète : 

Ibid. (2). D'après les conseils de M. de Slane qui a bien voulu revoir 
ce pa.ssage, j'ai lu <_i(>j' au lieu de c_>cNJ', el^Jilj au lieu de j,..^lj , 
(jue porteni les copies. Los leçons primitives nnuiaicnt , je crois, le pre- 



VARIANTES ET NOTES. 425 

niicf vers inintelligible. Au deuxième ver.s.deux copies poiteiu o^jsMJ 
pour Jls?>U . 

P. 232 (i i. A passe le premier vers. Au troisième vers, au lieu de ^j 
«yliU, A et K ïjjjf^, M ««w'vjf.. A commence le suivant par L. 

Ibid. (2). Au dcM'uiei' hémisticlie du second vers, /) porto *^jJ[ 
(Jyêi-^, M <__^y=>'5 c^^y' ! ^^ '^ passe en entier. La leçon de A. m'a paru 
mériter la prélérence : on sait en elTet que le n-srcissc, en Orient cl dans 
le midi de l'Espagne, lleurit à la fin de décembre; c'est ce ([ue dit posi- 
tivement le Calendrier arabe de Cordoue (p. 117), ([uc M. R. Dozy vient 
de publier. 

V. 233 (ij. Pour (j3l^, ^1 écrit y..\j£. Dans le vers suivant, A, M et 
A' remplacent . ^j.^] par ,y^\ et passent le deuxième hémistiche. 

P. 286 (1). Passage altéré dans toutes les copies. Après le nom d'Ibu 
cl-Kbalidji, K ajoute i^'a j-a,^ (j*~s-uOj (_jJ| ÏX^ fj . Ou trouve un 
l'écit détaillé de la révolte de ce personnage dans le ]\iuljouni, IJl, p. i55, 
où il est nommé ^sivAi> ^^\. 

P. 287 (1). D ^\j.U, A et .]/ ^\fJ\, K ^^<^\yJ\. La leçon véri- 
la\)\c,' Mo zahimi, est expliquée par le \iuljouni, ibid. j). 108. 

V. 289 (1). Au lieu de samilali, A ,M cl K portent jLa,AjJ:u. C'est une 
bouillie de dattes, de crème et d'amidon dont il a été (piestion dans d'au- 
tres passages; mais la description donnée ici ne s'accorderait nullement 
avec la confection de ce plat. D'après le Kamous turc, le mets nommé 
samitah consistait en un agneau d'abord ébouillanté et ensuite rôti dans 
sa peau. La comparaison de sa couleur avec celle du dinar, dans le pre- 
mier vers, montre qu'il était assaisonne de safran, selon l'usage encore 
persistant de la cuisine orientale. Si l'agneau était dépouillé de sa peau 
avant d'être rôti, il était appelé alors l.luimiltdi. (Cf. Kamous , s, v.) La seule 
variante iuipoi tante après celle-ci, dans le, premier vers, est celle du 

dernier mol, (|ue ;]/ écrit ^«vii. et K ^ù^. — Au troisième vers, M et 
K donnent à tort <jk^2h. il parait y avoir eu deux plats dillérenls portant 
le même nom. Conmie on le verra par la description de la page /lo'i , 'a 
djoudabah était, au moins i\ l'époque des khalife», une sorte de riz au 
gras a.ssaisonné de sucre et de safran. Chez les l'ersaus, à une époque 
plus récente, on appelait (/oih/«6, cj'^^*^ »" ragoût de viande, de riz el 
• II" pois chiches cuits à l'i-luvée et aiiOM's d'inie sauce vinaign'e. {'(Ile « si 



'i26 VARIANTES ET NOTES. 

(lu moins la description qu'en donne la Bourhani-lxatî. — Au cinquième 
vers, A,M el K U,XÀj, au lieu de L^st"^. — La terîd, ou teridah, men- 
tionnée deux vers plus loin, est une soupe qui a encore ses amateurs dans 
le midi de l'Espagne (voir le mot tiçorda dans le Glossaire de Dozy); elle 
se composait de tranches de pain trempées dans le bouillon , avec accom- 
pagnement d'œufs, d'huile, de vinaigre et d'ail. — Quant aux kalaîf, 
friandise aussi estimée des musulmans modernes ([U elle a pu l'être de 
leurs ancêtres, on en trouvera la description dans les fragments didac- 
tiques du chapitre cxxix, p. /jo6. — Le deuxième hémistiche du dernier 
vers est diversement écrit dans les copies : D porte jl?^.; ^jl*oJl> M 

P. 2^0 (i). Ce mot, que Maçoudi écrit sous ces deux formes, se lit 
<Co; J dans les dictionnaires persans. C'est une variété dû lialwa, sur 
laquelle je n'ai pu recueillir de détails précis; elle paraît différer du 
ludwa ordinaire par l'emploi du sucre et du beurre au lieu de miel. — 
Au troisième vers, au lieu de » Jâ?, A , M et K portent H./.^. 

P. 2 'i 1 (i). A IjvxLu. Les copies donnent ensuite un vers qui paraît 
avoir subi de graves altérations : 

A et M lisent / au lieu de / , ise(>.*u, etc. 

Ibid. [?.). ^, Af et K djl-*j.2k jj\ ij JLi;4 *j Luj.:^, , et à la fin du 

vers iùwi2fc^I. — Au douzième vers, les mêmes copies i>j3, au lieu de 

gji, et, dans le dernier hémistiche de la pièce, ^^Jaii, au lieu e 

p. 242 (i). M et K ^;^^i^\ <>3 ; à la fin du deuxième vers, ces deux 
copies et A c>->.aiLj| Lo». 

P. 245 (i). Deux copies portent e>AiL3 , mais le sujet est toujours 
Abban. On a vu précédemment de nombreux exemples de traditions qui, 
citées d'abord sous la forme narrative, passent sans transition au discours 
dirccl. 

P. 248 (i). Les copies et K portent toutes ij<^'\\y^- L'orthographe 
véritable a été rétablie d'après Ibn el-Atliir, t. Vlll, p. lo, et Ibn klial- 
likan, texte, p. 520. Ce qui ferait croire que Terreur provient d'une an- 
cienne copie, c'est que, dans le Tenhili , fol. 211, notre auteur écrit le 
ux-mc nom p;n' nn sud , romiiic les deux historiens cités ci-dcssus. 



VABIAN'IES ET INOTES. /j27 

P. 20 1 (i). "^-/-awj est ici pour *-«ÂJ ; au même vers A iit o>J^ au 

lieu (le i:>i-=>'. Au vers suivant, *Lyi.^l, M et K ^[^^^l , A jjL*J^f. 

P. 252 (i). Dans le premier liémisliehc du second vers, pour oî-V » 
A ^^'oûÀj, M ^ttXJ , K 05^ • ^ oir une autre rt'daction du même vers 
dans le texte de Fakhri, p. 2o3. 

Ibid. (2]. On a suivi D: les autres copies portent Moutaçem, leçon 
(jui paraît moins acceptable, puisque le khalife de ce nom était mort 
vingt ans avant la naissance du poëte Ibn Moutaz/.. Au lieu de <\i2» dans 
le premier vers, A et :!/ donnent g^I. 

P. 255 (1). A cl K sl^^lj sl(>£.^î c_)U^La copie 1) s'accorde gé- 
néralement avec les titres d'ouvrages cites par le Filirist, I, p. 217; ce- 
pendant le livre intitulé Zohrali, d'après Maçoudi, n'est pas mentionné 
dans la compilation biblio^rapliiqiie d'Ibn .Nedîm. — A la ligne suivante, 
au lieu (le wvci^yxl:, iv écrit ./w\_;i, ^1/ ,c^t^, A ,ru.o.A«. 

1'. 20- (i). M et K donnent le troisième vers comme un extrait séparé 
en le faisant précéder des mots a^^ «J«; ces mots se lisaient aussi dans 
la copie A , mais ils ont été effacés. Thâlebi, ne citant pas ces vers dans 
le chapitre de son Yétimel, où il consacre une longue notice à Ibn Bessam , 
il est dillicile de décider si la rédaction de D est conforme au divan du 
poëte, mais la parfaite concordance du troisième vers a\ec les précédents 
me porte à le croire. 

Ibid. (2). Ce disliquc est reste célèbre; Thâlebi l'a inséré dans la notice 
spéciale d'Ibn Bessam (cf. les extraits que j'ai publiés dans le Journal 
asiatique, i853); on le trouve également chez Ibn K.liallikan, trad. t. 11, 
p. 3oi . 

P. 2 58 1). A et K finissent la rime de ce morceau par ï contraire- 
ment au mèirc. Dans le second vers, D lit ^v^UJt ^I. La lin du sixième 
est douteuse : .V/4jlil O^jji AX/i (>^« . >! *rr^ *^j^ '^'^ 0^3'' ^ 
i^^i" C^j'"'^^ [j^}- ^ — iNeuvièmc vers, M et K *. j « L -sa.^=» . — 
Onzième vers, M et A jLk3 . — Treizième vers, au lieu de ^, A, M 
vi K fj . — Au dernier vers, malgré la ronformilc des copies, j'incli- 
nerais à lire Jla»jli , au lieu de J>:^^^■9 , afin de mieux indiquer l'anti- 
thèse; le sens serait donc: «Ou donne-moi un ((piipage comme le leur, 
on force ces bâtards à marcher à |)ied. u 

P. -jfii (il An Iroisièine vers. 1/ cl h ^^ >r?)y • ' -.i^ rV*-^ • ''' ■ 



^28 VARIANTES ET NOTES. 

à la lin du inénie vers, K «Jjilk^ Au cinquième vers, pour \^"JL), /^ 
vJljIj, a et M ^ jJtj. Dans le dernier vers de la même page, le mot 
y««.^i[ serait peut-être mieux traduit par « le virtuose, » sens qu'il a quel- 
quefois dans VAghani, et cjui convient parl'aitement à la profession du 
personnage persiflé par le poète. 

P. 263 (i). D CiJjwj ^5^t, à riiémisticlie suivant, <u5lx3. L'allusion 
inlame, ([ui se dissimule mal sous la naïveté des mots, se rencontre plus 
d'une fois dans les fragments du même poëte que Thàlcbi nous a con- 
servés. 

P. 268 (i). Nommé Abou Abd er-Rahman el-Otbi, ^^^UAJf , dans A, 
M et K. k la ligne précédente, les mêmes copies lisent j>1.**àJL; il fau- 
drait d'après cela modifier ainsi la traduction : « et son goiit pour les 
femmes. » 

Ibicl. (2). J'ai simplement transcrit le mot du texte, faute d'explications 
dans les dictionnaires. En conservant à ce mot sa signiGcalion ordinaire , 
il faudrait supposer que le haiwwi, c'est-à-dire le brasier, était monté sur 
deux figurines en forme de girafe, dont les pieds servaient de support 
et les deux cous se recourbaient en manière d'anse. J'ignore si ce genre 
d'ornementation a été en vogue chez les musulmans des âges arlistiques. 
On pourrait aussi, en retouchant légèrement le texte, lire (j^y-^ «avec 
un anneau , » ou une poignée. 

P. 261) (1). Pour qui connaît les formules discrètement affectueuses de 
la politesse orientale, il y a ici une invitation à mots couverts adressée par 
le maître de la maison à son hôte, afin qu'il prolonge sa visite. 

P. 271 (1). Deux copies lisent fautivement^!.^. Le vizir avait perdu 
un fils à qui ses talents réservaient un brillant avenir, et il lui restait un 
autre fils vicieux et débauché. Voir, pour l'explication plus détaillée de 
ces vers, Ibii Khallikan, trad. t. II, p. 3oo ; on les trouve cités aussi dans 
la Chroiii(jue d'Abou '1-Féda, année 3o2. 

//)('(/. (2). D'après Ibn Doreïd on devrait prononcer Djahour; cependant 
la mcsLue des vers cités ci-après oblige de lire Djahivar. Les vers dirigés 
coiilic, ce personnage sont donnés par Ibn khallikan, ibid. p. 3o2 , dans 
un ordre différent et plus régtilier. 

P. 275 (1). 1/Ct A ji^, K lS)^=^- ''•" iL'clure de /) est justifié.' par 
le i\iidjoum. 



VAi\IA^Tt:S ET NOTES. ^29 

P. ^77 (i). D (js^w^f. El-Buzoïiri, d'après lo .\udjouin t-l d'autres 
clironiqucs, serait mort eu rîgg de i'hégire; d'accord avec celle opiuiou , 
A lit ^jsjk.^'. ^mJ. 

P. 280 (1). Après le noui J^^L , A porte i^^| ^of, /t/ aas». ^Î. Ces 
dcu\ copies et K, conloudaut eu un seul mot la préposition (jf a et le nom 
propre ^^f «Oudad,» lisent .L^t ^. La généalogie indiquée par D se 
retrouve textuellement dans la Cosmographie de Schems ed-dîn Di- 
miscbki, texte, p. 2 5/i. 

Ibid. (2). M cl KySC^,A J.«j;. ibn Khaldoun, éd. de Boulak, t. III , 
p. 385, lit t>l> 

P. 281 (1). llli.sil)ie eu D. C'est peut-être l'épithcte donnée à la forte- 
resse que Yakout et Dimischki nomment Saïhoun, m^a^/o, et qu'ils pla- 
cent dans le voisinage de Laodicée. Je n'ai trouvé aucun indice de Tcxpé- 
ditiou mentionnée ici, dans les principales cln'oni(|ucs arabes. 

P. 28:> (1). A ^jLijt..^, K #_jUib^, M ijLsû3. Ibn el-Atliir et Ibn 
klialdoun écrivent *jLyo.i, sans parler ce|)endant de l'occupation de 
Chypre par les iVlusulmans sous les ordres de ce général. 

P. 284 (i). Toutes les copies et A' portent la dale de Si'j, mais on ne 
peut voir dans cette lecture qu'une méprise de quelque ancienne copie, 
il s'agit d'un événement trop récent et d'une notoriété trop grande pour 
que Maçoudi, en le relatant, ait commis une erreur de dix ans. Pour 
tous les événements relatifs aux Sadjides, qui ne sont qu'indiqués dans ce 
chapitre, voir l'excellent travail publié par M. Dcfrémery dans \e Journal 
asiaùijue, 1847. 

P. 285 (1). Lacune eu A, illisible eu D , K (3.^^. Mais la [)rououcia- 
tion Subuh est confirmée par les autres historiens. Cet ollicier avait 
usurpé le pouvoir dans la province d'Aderbaidjàn et repoussé les troupes 
i\u khalil'at commandées par Fariki. L'evti'éme concision de Maçoudi dans 
ce paragraphe le rendrait inintelligible .s'il s'agissait d'événements moins 
connus et sur lesquels les chroniques donnent moins de détails. — Le 
Kom yj)y^ , dernière ligne de la même page, est changé eu ^^Uji dans 
A.MoxK. 

P. 286 (1). Les copist(!s ont déligun- le texte à l'euvi, et le manuscrit 
de Dchli, qui mérite le plus de confiance, présente lui-même plusieurs 
omissions : il est vrai que les feuillets de ces derniers chapitres sont d'une 
autre main et écrits avec nue grande négligeiKc 



430 VARIANTES ET NOTES. 

P. 289 ( i). La véritable leçon que j'ai omis de faire passer dans le texte 
est (Cs-'â-^t «Kl-Misri,» au lieu de El-Abdi que donne seule l'édition im- 
primée. On lit aussi El-Misri dans Mirkhond, qui rapporte le même récit 
d'après les Prairies d"or; voyez Rawzet cs-Scfa, édit. de Bombay, l. III, 
p. 217. 

P. 3o5 (1). Au lieu de (^X..^^, yl^ M et K (^.«Lgjl, et ensuite A 
seul i!y>.c. M fait précéder mal à propos le second vers des mots L<-^j 
J^ïj. Le poëme iIfa/i\$oara/i d'ibn Doreïd, existe avec ou sans commen- 
taires dans les principales bibliothèques de l'Europe. On sait que le texte 
en a été publié par Scheïdius, mais il est déparé par des fautes nom- 
breuses. Cf. Ibn Kballikan, texte, p. 698. 

P. 3o6 (1). Ce sont les partisans d'Abou Âbd Allah Beridi. Les copies, 
à l'exception de D, n'ont pas reconnu Ce nom et écrivent partout 
(j»otXJ-s.Jf. — Dans le premier vers M change ^Lujf en ^L^^XJ!. La 
rédaction de K est très-différente : 

(J(>.I| vus», jj-o cjJJiJ t^>._i~~aJl (JtM» 
Au deuxième vers, A et Mà^^/iJi. 

Ibid. (2). D porte, contrairement au mètre, Uuc^ j>Uià ^jyo ^f^. — 
Dans le deuxième vers, au lieu de (_9a^ (JI (_ij^ i^-*' ^n lit dans A 
et M^ (J,\ c_jy> Q^ (M ^_j:a.); dans a'^ J,\ (^yC ^_^». Au der- 
nier vers, K et M, ne reconnaissant pas un nom propre, au lieu de 
i£.[.^ , lisent ^ (>XiLx3 ; A le donne conforme à D, mais précédé des 
mots J^ij U:^3"' '1 ^'^*^ possible en elfet que ce vers ne soit pas à sa vé- 
ritable place. 

P. 3o7 (1). En lisant 1^1 comme K, au lieu de ,^^1, on devrait 
traduire «ces femmes semblables à des génisses .sauvages,» mais le mot 
.suivant ne rentre pas dans cette explication. A donne ainsi le second hé- 
mistiche, qu'il n'est plus possible de scander: (^J^S.j l^^lycl y^'j^ 

Ibid. (2). M et K (j>.;s^ii 53, mais en laveur de la leçon A et D, \on' 
Modjem d-Boiddan, s. v. Thàlebi dit au contraire que Moufaddjà fut le 
disciple et l'alter ego d'Ibn Doreïd, et il ne cite pas ce distique. (Cf. Ye- 
timel , manuscrit de In Bibliothèque nationale, n" i4o6, suppl. arabe, 
.fol. 173.) 



VAUIANTES ET NOIES. ^31 

F. 3io (i). Au premier vers, au lieu de »(>i^, A et M i^,^^; au se- 
rond. A, au lieu de (^la»*, lit ^_^..«o»., leçon (|ui se reucontre aussi daus 
IImi el-Alliir, t. VIII, p. 274 ; mais plus loin, p. 287, cet historion attribue 
la pic'-cc à Iba Raik et lit ^>,d9. 

Ibid. (2). Au lieu de !$>U3U A et /) sJjf. Au deuxième vers, au lieu 
de ï.U,. , K et A SrUw. Au cincjuièmc, A, 3/etA' ^J (jL, et, à l'hémis- 
tiche suivant, s vé , au lieu de ëc^ri. Suit uu vers mutilé dans toutes les 
copies pour le premier hémistiche; voici la rcdaction de D : 

Le premier mot est dans K 8aU,S,î, daus 3/ ï^la^f . 

P. 3 I 2 (1). Le passage qui suit, s'il n'est pas interpolé, cL je suis tenté 
de le croire, ne se trouve pas à sa véritable [)lace. Je le transcris d'après 
D, qui le donne avec moins d'omissions ; 

jfc^ ju^iKJf fs,^^^ J^-^j j -^l-^J L-^U!^ ^o_3^^i=.i 
.ûif (j^'o-^ ^I t>-^I cilii Ji^tf; J,l-o V^ <a^ Jiii Jà^ <J L^j U 

^j <».jU:_S ^(>-^ C^-;^-^»-^ Jy-g-'l J.\ O^ O-^ ^ l^^ii-L <jL«J[ 

Ou vnil que les deux dernières ligues seulement se rapportent à la des- 
cription de» échecs, mais il resterait A déterminer h; sujet de la phrase el 
à la rattacher à ce <|ui précède. 

P. 3i3(i). L'éditinii de IJoniak porte ^js.„,lj^Ol, qui n'a pas de sens. 
Les deux dcbbahah pouvaient a\()ir l'emploi des deux tours dans notre 
jeu européen; mais II n'est pas facile de déterminer celle des machines 
de siéj^e que ce nom flé>irrnail. lîeinnud , Jnuriuil iisinliqur , sept. i848. 



432 VARIANTES ET NOTES. 

!). 224, sup|)0.se, il'api'è.s lin passage du Bclia ed-Dîu, ([ii'il s'agit d'un 
engin analogue à celui que les anciens appeljiienl mnsciiJiis; mais la des- 
cription de l'historien arabe fait plutôt songer à la Inrris (imhulatorla de 
Vitruve. Sur le rolc de ces différentes pièces dans le jeu persan, voir la 
brochure de Bland intitulée Persiàn cliess, Londres , 1 85o , p. 1 1 , et Hyde, 
De ludis orienlalihus, p. i '>.'.). • 

P. 3iG (i). Au second vers, pour ^^j^l^^î, A ti^^Lii et ensuite 
(jyo; au commencement du vers suivant, D (_5y2kli, K (_^y^l. Il y a 
dans leFihrisIft. I,p. 137, une courte notice sur un certain li)n Ahi '1- 
Batçal, suinommé Abou '1-IIuçeïn (au lieu d'Abou'i-Haçon) , qui fut vizir 
de MouktaJir et se dislingiia aussi connni- poète. 

P. 3i8 (1). Deux copies écrivent Mohammed, au lieu de Mahmoud, 
mais cette dernière forme est confirmée par le Filirist, 1. 1, p. i68. — 
La seule variante dans les vers qui suivent est, au commencement du 

deuxième vers, K ijy.,^ et plus loin IcN^, M (j^I J>5. Vers sui- 
vant, A et K ^j^3\. 

P. 324 (i). A et D, au dernier hémistiche, «u^ 0-9 3lc ; la véritable 
leçon, si l'on adoptait cette variante, serait celle que donne Moberrcd 
[Kumil, éd. Wright, chap. xxxv, p. 297; éd. de Constantinople, p. 296): 
àJig^ (_j.iLc, et il i'audrait traduire «d'un Aditc sur lequel iinTemoudite 
s'est juché. » 

P. 32 5 (1). Ce mot paraît avoir embarrassé les copistes; D porte 
y,^9^ , M Jis>y3 , illisible en A. L'édition imprimée a seule rétabli 
la leçon véritable. Elle se retrouve sous la même forme dans le récit pa- 
rallèle de Yakout , où l'oiseau mei*veilleux est nommé hoiincjour. Voir notre 
Dictionnaire de la Perse, p. 38G , et une description analogue dans Kaz- 
wini, Atlutr el-hâad, p. 271. 

P. 327 (1). A .àJvi^ ciijl...o. Tous les écrivains arabes s'accordent à re- 
connaître ici le béron, à l'exception d'Abou 'l-Beri'a, qui le confond avec 
le pélican. L'attitude morne de cet oiseau, perché sur une patte au bord 
des marais, justifie l'épithètc el-huzin que lui donnent les Arabes; quant 
au nom uudcli ils inventent toutes sortes de fables pour en donner l'expli- 
cation. Le grave Dhamiri a pris au sérieux les spirituelles mvstiiicalions 
de Djalicz et les insère tout an long dans son grand traité d'histoire nalii- 
relle. Une description pareille pour le fond A etslle qu'on lil ici se retrouve 
dans Ka/.\viui, t. I, p. /i2/i. 



VARIANTES ET NOTES. 433 

P. 321) (i). .1 y^LsJ]. L'ëditenr de K lui consacre uiio lonj^aie nolico 
marginale dont j(- liaduis les preniii-res lignes : « On nomme achr ou ouchar. 
^Lic , un arbre louflii dont la feniiie est mince et qui a beaucoup de 
branches; sa fleur lire snr le jaune et ressemble à une petite bourse rem- 
plie de coton. » Suit la uomonrlatiiredoses propriétés thcrapeulinues, etc. 

P. 33o (i). Au lieu do t:^! Jt>Ji, ^ (_j^j!. et A riiéniisliclie suivant 
Jy^li Lsilxai; passage illisible eu /). 

P. 333 (i). K^JiUil. .VjjJliif, non ponctué en D. Cependant la 
forme n'est pas douteuse. L'auteur du Fihrisl cite un historien de ce nom 
(t. I, p. io8) , et 1(> Nudjoum, qui lui donne aussi le mi^me surnom , place 
sa mort en 290 de riiégirc. 

P. 336 (1). Au lieu de q^, K et 3/ portent (j^as» « lorlcresses , » ce 
qui est invraisemblable; immédiatement après, K (jI-^n ^^.'0 ^jC.M 

P. 3/jo (1). yd , :1/ et £ lisent partout ^jCc- Cette erreur, qui se trouve 
aussi dans d'autres chroniques, est démontrée par les monnaies de l'époque. 
Ainsi la Bibliothèque nationale possède plusieurs dirhems frappés sous le 
règne de Mottaki-Lillab; l'émir en question y est toujours nommé Abou 
l-Huçeïu Bcdjkcni, uiawla (client) du Prince des Croyants. Le titre mo- 
deste que prend l'émir el-omera et, plus que tout cela encore, les u.sages 
monétaires des Arabes, m'inspirent des doutes sur l'authenticité du fait 
rapporlé par Maçoudi. Il n'existe pas, que je saclie, une seule monnaie 
abbasside portant au revers l'efTigie d'un vassal; jamais ni les Boubeïdes 
ni les Tahéridcs, ni aucune autre dynastie étrangère, à quelque degré de 
puissance qu'ils fussent parvenus, ne dérogèrent à un usage que la loi reli- 
gieuse leur imposait. Si la bonne foi de notre historien n'a pas été sur- 
prise, si la monnaie d'or et d'argent dont il parle a été réellement fabri- 
quée, il faut admettre qu'elle; n'fuit qu une existence éphémère et qu elle 
<lisjiarut eu méuie temps que l'auteur de celte innovation sacrilège. 

P. 3/i5 (1). I^e nom de ces embarcations est différent dans les copies. 
K et M porlenl <_}^LojL cjLLUuJI, A i_iXiO^\^ ejLouJI. Ibu el- 
AUiir, t. VIII , p. 2K 1 et pussim , paile d'un bateau nonune scmiiycli. D'après 
le Kamous turc, le zebzeh était une graiule chaloupe; de ibrnu; allongée, 
dans le genre de celle (|uc les Ottomans appellent fc/ic/.<(n, galère. 

P. 3/j7 (1). Nom (loulcux; I) ré<iil r^ , *'■ qni est alisoliuiicnt inad- 
missil)!.'. [hn el-.'\lliir, t. \'lll, p. .nS^ , lil Kliadji.liaili. Dans le .lottninl de 

vni. 2,S 



U5k VARIANTES ET NOTES. 

la Société orientale allemande, t. IX, p. ^7 i , Freylag avait adopté la fornu^ 
Djah'.ljah, et je retrouve cette m^me leçon dans Ibn khaidoun, t. III , 
p. 4 1.3. 

P. 352 (1). Les copies donnent une rédaction bien différente : tN3 

lif^nes. En présence d'une telle confusion, j'ai dû adopter le texte du 
Nudjoum, t. III, p. 3o6, qui cite littéralement le même récit d'après 
Maçoudi; mais il est évident pour moi que ce texte ne reproduit pas les 
propres termes dont notre auteur s'est servi. 

P. 354 (1). Septième vers, au lieu de (j«'^î, ^ ^^f , ^f c5-iî et. « la 
fin, (Àam^^- Dixième vers, au lieu de (_i^»J , D cJcvib, A f^os^,. 
Le dernier hémistiche du suivant est dans Jf, qU^ÛIi (j ^JWjjJLj^ 
(■\\^, A J,.>.^^1L »j£>, etc. Dix-neuvième vers, second hémistiche, K 
et M (jt-p»} î^^ A'^J V e^-^y, après vient ce vers altéré : 



O' 



Lj^^jt O^;' f"^-:^ l^'^-^-J^:^ O^'V O''' 1°^ {J^^jrt <^' 



Vingt-troisième vers, au lieu de e>Jt>jl' K. et i¥c>^^i; au second hé- 
mistiche, au lieu de J\j^, K c^î^, D Lî)lxiià.J. Suit im vers extrê- 
mement douteux : 

dont le second hémistiche est, dans D, (jUsfJf ^c^I Lzi't Cil). Après 
le vingt-sixième vers , autre vers incertain : 

^Uil (j>.i.5J" i^jil «j3^5 J j-J' *-J;->S' *r*j-^ l^.£=U 

y4 et D qU^ sans l'article. Au vingt-neuvième, au lieu de cJ-ac, K et 
i¥ Ci . Le nom de la montagne Tebir est écrit vyij en A et M. 

P. 358 (1). D'après Ibn el-Athir, ces vers furent adressés à Haçan ben 
Zeïd au lieu de Mohammed, assertion qui se trouve aussi dans Ibn Kéthir. 
En lisant dans le Kamil les détails plus complets de ce récit, on com- 
prend quel pressentiment luneste le début de la pièce : «N'annonce pas 
une bonne nouvelle, etc. » devait inspirer à l'imagination impressionnable 
et pleine de préjugés d'un musulman. Voilà pourquoi le récitateur s'em- 
presse d'introduire une variante dans ce vers de mauvais augure. 

P. 36o (1). Au lieu de d.Xc ^J.'y.SCii, A ijO-^^ i^iXi. Deuxième vers, 
/) \A ..^ \ c-jo!.; illisible en A. Vers suivant, au lieu de^o^Cu^, A 
yjiSA--.^. Le morceau ne se trouve pas dans le Kamit de Moberred. 



oprtain : 



VARIANTES ET NOTES. 435 

P. 362 (i). Après ce vers s'en trouve mi antre qu'il m'a été impossible 
de rétablir. K le donne ainsi qu'il suit : 

jjÎjaJLj L)3jJ^ (jcV-^li X l-r^-'-t OwviL ^I^ «ce?* U 

Le second béniislicho, dans D, JcVa-lt ^jj^vj^a tV^U» ^«ms M et A 
•jlô^l (>T*)V-^5 tX^U- Sixième vers, premier licmisticlie, dans D(_jyi^ 

slà^ JkII- Huitième vers, au lien de «O^U», K et \f «Uibfj, il <05U>, 
et , pour £<3 , R' et A nj . 

/fci(i. (2). Au lien de (_>û9oJf cl des mots suivants, 4 et D portent 
JoJUI ,ja_jyaJl *-^^^ <j)]'^^y\^. M et/) ajoutent immédiatement ce 
vers : 

vb» fj 8 jc^» VJ^T*^^? »-CUiJL .iij-flJI o^Jc'oi. 
/ti'iZ. (3). An ron^menromenl , /) et A kXXa ^^jC l. Suit nii vers in- 

|d!j^», /) cl A f,\a^; au iiou de ê?"] , D, /1 et .1/ ^^\ . Avant- 
dernier vers, mot de la rime dans /) et A J-jJo^ Dernier vers, au lieu 

de ^yâ ^, ut, /) j;^ l^ ^. .1/ ^y l^^. 

p. 363 ( I ). K et M lisent isuuJ « neuf, » re qui est contraire à la suili; 
de la description. Le Kamoiis turc, au mol c-^-aA^, précise ia significa- 
tion technique de liasb, « piquets plantés dans l'enceinte réservée, sur les- 
quels on plaçait les prix. » Voici d'ailleurs un vers de ÏA(jhani où ce terme 
est employé dans le même sens : 

ce que C. de Perceval traduit : «Towaïs et après lui Ibn Soraïdj ont été 
d'habiles artistes, mais le prix delà lutte appartient à Mabed. » (Voir Journ. 
as'utt. novembre-décembre 1873, p. ^77.) Il est regrettable que les lexi- 
cographes aient passé sous silence prescpie tout le vocabulaire du sport 
arabe. On trouve riiielques courtes explications sur ce sujet si peu connu 
dans le commentaire du IIuiiului, p. '16. 

P. 367 (1). A seul donne la bonne leçon; les autres copies portent 
Jo. /) donne ainsi le deuxième hémislirlic du premier vers : i^^ 

/■À\ i^ii~o . et passe le vers suivant. 

28. 



436 VARIANTES ET NOTES. 

P. 368 (i). Après c>^ D JJlJî J=>U yi>-^\^, M J=L:L.j^i& -'' 
J^.L.11, A J.JLÎ2JÎ (_$jUyi 13f. Après le septième vers, on lit clans 
A , M et K : 

y/)t(L (2). Ce vers et les deux suivants sont presque illisibles dans les 
copies; la bonne leçon parait être toujours plus fidèlement conservée par 
Z) , mais les mots y sont mal ponctués ou dénués de points. 

Ih'id. (3). Au lieu de »(>=»,, D '^y^-, A ïy^\ à la fin du vers, D IsbJiJ. 
Dix-huitième vers, &' remplace iiLil.i2..uiJ par cv.Jiiiu»<, A par i-Kh.^. 

P. 369 (1). Leçon de A et D; K porte \,J<£, «a chanté; » même variante 
dans le fragment du Hamasu. 

P. 370 (i). Je traduis ce vers avec une certaine hésitation. Au lieu de 
A.AÀ5i , 3/ et K *>3, non ponctué en D. La leçon du Hamcisa n'offre pas 
une clarté plus grande : >Jicf «\aà5 ^j^a) g l.-yLc^ « et veretrum ejus vagina 
amplius,» d'après Freytag. Vers trente-neuvième, au lieu de c:ju^il, 

P. 371 (1). K et ilf ^:>Jb:lt o^su- Le deuxième hémistiche est ainsi 
rédigé en A : ^aiail ilftjNAUî ^^>^. l/^ Dernier vers de la pièce, au 
lieu de ^x.^,^ , K ^j-^^^i A jj.lA.rfij. 

Ihid. (2). Signification omise par les lexicographes; mais le thème 

y,0^ a quelquefois le sens de «faire courir, exercer à la marche. » Si ce 

passage est une glose, comme il en a l'apparence, il laisse supposer qu'il 

y a plus d'une lacune dans les vers donnés ci-dessus, car l'expression 

hendeseh ne s'y i-encontre pas. 

P. 372 (1). D (J\y<:il, A ij^^yji, K et M (J^^^fl; ce surnom si- 
gnifie « qui fabrique ou qui vend des pains de riz. » ( Voir Ibn Khallikan , s. 
V.) L'auteur du Fihrist, t. 1, p. 1 60, est loin de ratifier les éloges donnés 
■par Maçoudi au personnage cité ici. 

P. 375 (1). 4 et D .Uo; J^ K et M vLCijS^La correction est faite 
sur l'autorité d'ibn el-Athir et d'Abou '1-Mehassin. 

P. 377 (1). J'ai suivi l'orthographe et la vocalisation indiquées par/), 
sans avoir trouvé de renseignements dans les traités de géographie arabes. 



VARIANTES ET NOTES. ^37 

Le nom est écrit àx^I en K et M , et illisible dans la copie A. Maçoutli 
ne l'a pas cité dans le passage précédent, auquel il renvoie le lecteur. 

P. 379 (1). A ixlf, K ,^ju\. Si la lecture de D et de M est exacte, 

on aurait ainsi nommé les cailles en Syrie à cause de leur grosseur. L'usage 
de faire balti-e ensemble ces oiseaux a du passer des Byzantins aux Arabes. 
On sait que les Athéniens se passionnaient pour ce jeu; il existe encore 
dans l'Europe méridionale, notamment à Naples. 

P. 385 (1). Littéralement «te semble de ce côté (du verre) lorsqu'il est 
de l'autre côté. ». La même idée a été souvent reproduite par les poètes 
persans et turcs et adaptée aux rêveries mystiques. 

P. 387 (1). Ce vers n'est donné que par D et par A, qui lit ^isÂ.^^ an 
lieu de o-y^; il se trouve dans le Divan d'Abou Nowas, publié par 
M. Alilwardt, p. 3?.. 

Ibid. (i). Aucune variante dans les copies, mais le Divan imprimé 
donne, p. 2 3, au lieu de Lvi^, la leçon IXw plus conforme au mètre. 

P. 388 (1). Les copies portent f\y^^ et, plus loin, j>I Jua , ce qui est 
inadmissible. Voir Divan, p. 38. Avant ce vers la copie il seule ajoute 
celui-ci : 

Ibid. (2). Dernier mot du vers dans A et D ^jJk^\ , dans M et K 
i>sAii]!. Voir Divan, p. 3i. 

P. 38y (i). K (jyj ULc ^'La. ^-jT?.. ^f Ijl-^c-. Cf. /)«•«», p. 7. 

P. 391 (1). /iLi.jo, .1/ LjJtXJ. J'ai conservé l'orlliograpLe de D et R', 
d'accord avec Yakont. Cependant ce géographe ajoute que la forme Dorna 
se trouve dans quelques copies. 

P. 392 (1). /) porte :j^\iS^ «^UXl, M ^^yy ^■SSL.. Le deuxième 

hémistiche dans /) est rédigé ainsi : ciiULs (_sJI*4^ <_9^ < ^^ 0'°->i 
Variante de K cl M pour le quatrième vers : 



'i38 VARIANTES ET NOTES. 

Deuxième hémistiche cUi dixième vers en /) : ^^iÀIl ^^/n l^^* <^^dl ^ , 
dans A ^Jà.^i\ ^^/> <*.] i_>J^Jl ^j ■ 

P. 393 (1). yl^LJLit AJOU. J.9, K *j;U., /) et M jù3l=^. 

P. 395 (1). Deux vers omis par A. Freytag cite dans son dictionnaire 
un plat nommé i^f» ûJ, en l'honneur de la fille de Haçan ben Schl. 

Ibid. ( 2 ). Suit un vers que je n'ai pu ni rétablir ni traduire : 
*.ÀAÀ5» j^yJs^ <!L^>iM,2> (Aj (J(>À£ 

p. 396 (1). H s'agit d'un hors-d'œuvre qui a ([uelquc rapport avec les 
tartines que les Anglais nomment sandwick. Quatrième vers, au lieu de 
yUJià , AelD ^jùJCsLà , M yi3\3. Sixième vers, K cl M i^[j\s^ (_>^t\J- 

P. 3g8 (1). Voici trois autres vers douteux: 

/6i(Z. ( 2 ). Au lien de (Ji-li , D et /l J,aà^ « lavande. » 

P. /loo (1). D ^vA^, ^ 3sis,, après quoi les copies ajoutent ce vers : 

Ibid. (2). Au lieu de ^o^, D (jo^^, A (^^a, K et M (j-^^- Il y a 
ici un certain désordre dans les copies, et les hémisticlics y sont donnés 
d'une manière différente. Voici comment /) termine le vers suivant . 

P. /102 (1). D'après les vers qui suivent, la hcriçek serait une sorte 
(ïolla podrida, une pâtée de viandes, de l'roment et de légumes secs. Le 
mets qu'on désigne aujourd'hui sous ce nom se compose d'ingrédients 
différents. (Voir la recette donnée par Michel Sabbag dans Ahd. Allalif, 
p. 3o8.) Au premier vers, au lieu de ijU^vJ, A et M q1.4u-o. Deuxième 
vers, D QÎ^fj^, K et M (jIjû^ ooI^- A \o^^ c>JL^• Troisicm<- 
vers, pour yJil.^^! , M ^jXi!, K yJ^^'. 



VARIANTES ET NOTES. 439 

P. àoi (2 ). Le mot non traduit est donné par K sous la forme qLuII 
ifui n'est pas acceptable , A ^LoVf, /) écrit qI^VI. Cette dernièi'e leçon 
fait penser à ^jU»sV! «l'amande do Barbarie.» 

Ibid. (3). Confusion dans l'ordre des hémisticjies : K tX-J) t- g "'1^ 
(jLwjjj; D, à imc autre place, qI^^» O03 ^J l^' ■^ O^'^^r-'j' 

P. 4o3 (1). Deuxième hémistiche, omis en A et M; rédaction très- 
différente en D : 

/^jd. (2). Les copies ne s'accordent pas sur le second hémistiche : D 

P. 4o4 (1). Au lieu de ;J, i4 et D portent tX^ûu «pâte de pur fro- 
ment,» mais cette variante est contraire à la déCnition donnée par les 
dictionnaires, laquelleprouve que le riz entrait comme ingrédient principal 
dans la préparation de ce plat. Deuxième vers, au lieu de su? (_>j ,j-» , 
D seul «JJn (j-ds. Cinquième vers omis par D; K et M Âà1L> ^jyj- 
Voir aussi la note de la page 209. 

P. 4o5 (1). Les copies tlonnent après le quatrième vers celui-ci qui 
paraît altéré : 

A Gnit ainsi ^^Jail ^^.àiT 

P. 4o6 (1). Le mot liataïjinil considéré ici comme nom collectif et mis 
au singulier, contrairement à la leçon delà page 238 et passim. Premier 
vers, A et D c_>oL^l. Vers suivant, au liiii de (_vJiî\ M ^_yJo, A 

p. ào-] (1). Aucune copie n'a respecté l'orthographe de ce nom; il est 
illisible en vl, ,]/ porte Ljs: Jalà , D vj-vj^Jàl). Ijatourouudja , selon le té- 
moignage de Yakout , était un joli village de la banlieue de Bagdad, fré- 
quenté de préférence par les hommes de plaisir. Le commencement du 
quatrième vers est inintelligible en K cX M : IjJilx; ^.iUu ..oi^kyj ItfJ^- 

P. /(O'S (1). 1/ vLgJ L). Le haliar est domié dans les lexitpies comme 
le buiilitalmuni ; mais, d'après l'explication plus dét^ùllée du Kamous Imr, 



liliO VARIANTES ET NOTES. 

il désigne aussi une belle fleur du genre de la camomille, sans doute 
Vanthemis. On voit que le sens général du^vers exige ici l'emploi d'une 
fleur jaune. Au vers suivant, au lieu de SjîL^. A dit isL* . 

P. 409 (1). J'ai cru inexact de traduire rebî par printemps, puisqu'il 
s'agit de citronniers et de pommiers en pleine maturité. Il est vrai que 
le commeniateur turc du Kamoiis ajoute que ce mot s'étend quelquefois 
à l'automne, ^^éanmoins il m'a semblé plus convenable de voir ici une 
allusion au favori du khalife Hadi. Ce personnage étant mort en 169 de 
l'hégire, le fragment cité appartiendrait aux productions de la jeunesse 
d'.'^bou Nowas. Une bataille de fleurs, inspirée peut-être par la lecture du 
Divan de ce poète, est le sujet d'une pièce de vers citée par Saad ud-Din 
dans sa Couronne des chroniques. 



SUPPLEMENT 
AUX COHUECTIONS DL TOME Vil. 



p. 5, ligne i I, modifier ainsi la traduction du premior lu-misliclie : 
" sont des muets qui parlent lorsque la mort les l'ait parler. » 

IV 7 , 1. ô du texte, nu lieu de l^/o^Ls, Use: I^j'^/a.L^. 

P. 8, I. 10 du texte, au lieu Je n l« 1^ M lisez ni^U ] 

P. 52 . I. g . au lieu de n'est pas, lisez nesl-elle pas. 

P. 86, I. 8 du texte, au lieu de i:>ii.=*f , Usez o>^?t[ . 

P. locj. La note omise dans la liste des variantes doit être rétablie 
ainsi : A U>^ 8 I . Z) UwSwf. 

id, au lieu de pulpe, lisez peau. 

5 du texte, au lieu de ^., /(vpz ^^U- 

. i/i et i5, corriger ainsi la tradurliou : «si lu protèges mou 
si tu épargnes mon sang. » 

lo, au lieu de à la fois, etc. lise: ceux i|ui s'éloigmiit et qui 



P. 12., 

P. 12G, 

P. l JO , 
lioiiucur ou 



1'. ij.'i, 
vivent loin 



190, 



P. 226, 
P. 233, 

P. Mo- 
P. 303 . 
P. 35'',, 
P. 38/i , 



dcl. 

8 du texte, au lieu de iUcI Jl , lisez *.ax. J\ . 
I , «u lieu de si elle eu a , lisez si cet homme en a. 
avaiit-dernitrc ligne, au lieu de orthodoxe. /15e; moula/.ilile. 
. 7 (lu teitc au lieu de ^j^^^iH , lisez ^J^^[l\. 
. H, au lieu de dislrihiicr, lisez percevoir. 
/i du texte, au lieu dr ^j:ij^\ , lisez ^^l- 
ib, au lieu de lundi. /(»' c diniaïuhc. 



CORRECTIONS DU TOME VIII. 



A/Sc 



l'. 11, ligue 8, au lieu de Aa/o. , Usez A. 

P. 1 5,1. G, lisez ^s-JL. 

P. 45, 1. (i, /wezb^^i. 

P. 8i, après le mot 2iy:à^^M-, mettez le signe de renvoi '■'l 

P. 289, 1. 2 du texte, au lieu de (_ç^a.».]Î, lisez ^jw^if, et traductioi! 
1. 5 , «Il lieu de El-Abdi, lisez El-Misri. 



TABLE 
DES PRINCIPALES MATIÈRES 

CONÏENUKS DANS LE TOME VIII. 



Pages. 

Avertissement i 

Chapitre CXXI. Khalifal de Mouhtadi-Billah i 

Ses noms et surnoms; dates principales, ibid. — Il rend lui- 
miSmc la justice, p. 2. — Nouveaux détails sur le meurtre 
de Moutazz, ibid. — Rivalité de Mouça, fils de Boga, et 
de Salih , fils de Waçif, p. 5. — Baïkial le Turc , p. G. — 
Mort de Salih, p. 7. — Moulitadi trahi par ses officiers, 
|). f). — Il est égorgé par les Turcs, p, 1 1. — Aluiied, 
fils de Moudchbir, p. i3. — Mésaventure d'un parasite, 
ibid. — liloge du khalife Mouhtadi; ses lois sompluaires, 
p. 19. — Son austérité, p. !>o. — Anccdotesur le dogme : 
le koran est-il créé ou existant de toute éternité? p. *.!i. 

— Une tradition d'Ali, fils d'Ahou Talih, rapportée par 
VIouhtadi, p. 28. — Révolte du chef des Zendj , p. 3i. 

— Notice sur lîl-Djahiz, p. 3.3. — Ycmout et son fils 
Mouehiehl, p. 3(). 

Ciiapitro CXXII. Khalilat de Moutamid 38 

Ses noms et surnoms; dates princijiali's, ibid. — Ses mi- 
nistres, p. 39. — Mort de Moullih, le Turc, p. /lo. — 
Mort do Iluran Askeri , i7»i(Z. - Révolte de Yàkouh le Saf 
l'aride, p. /ii. — Il est vaincu par Moutamid, p. /|3. — 
(iauses de sa défaite, p. ^/i. — Quelle discipline il avait 
introduite dans .sou armée, p. /|6. — Mort de Mouça, fils 
de lîoga, et nécrologe, p. 5G. — Campagne de MoualTak 
contre le chef des Zendj, p, ."iy. — Détresse des parti- 



W-i TABLE DES MATIÈRES. 

Pages. 

sans de Mohallebi à Basrah.p. 58. — Saèd, fils de Ma- 
khled, p. 61. — Nécrologe; mort d'Ihn Touloun, p. 64. 

— Puissance de Mouaffak, p. 67. — Les conquêtes d'Ibn 
Touloun, ihid. — Détails sur différents généraux musul- 
mans qui firent la guerre aux Grecs, p. 72. — Ruse du 
Khalife Moâvviah pour se venger d'un patrice byzantin , 
p. 75. — Origine des instruments de musique d'après 
Ibn Klîordadbeh-, p. 88. — Le chant du chamelier, chez 
les Arabes, p. 92. — Définition des genres et des modes 
musicaux, p. 96. — Lesrhythmes, p. 97. — La danse, 
p. 100. — Mort de Mouaffak, p. 108. — Son fils Mou- 
îaded usurpe le pouvoir, ibid. — Le Khalife Moutamid 
meurt empoisonné, p. 110. 

Chapitre CXXIIL Khalifat de Moutaded-Billah 112 

Ses noms et surnoms; dates principales; son âge quand il 
mounit, p. ii3. — Énergie de ce prince, p. iili. — 
Traits de son avarice, ihid. — Sa cruauté, p. 11 5, — 
Noces magnifiques de Katr en-Neda, p. 117. — Notice 
sur Abou '1-Aïna, p. 121. — Une idole de l'Inde est 
envoyée à Bagdad, p. i2 5. — Éloquence d'Abou Kha- 
lifah, p. 128. — Les gloussements des grammairiens, 
anecdote burlesque , p. 1 3 1 . — Révolte d'Ahmed , fils du 
Cheikh, p. i33. — Défaite de Rafè le Saffaride, p. iSg. 

— Supplice d'un historien des Zendj , p. i4o. — Cam- 
pagnes de Moutaded, p. 1^2. — Révoltes de Waçif et 
des Alides, p. i/i5. — Événements d'Egypte, p. 147. — 
Dissertation sur les castrats, p. 14^. — Les funérailles 
d'Abou Djeïch, p. i5o. — Ruse du Khalife pour décou- 
vrir un voleur du trésor public, p. i5i. — Le conteur 
des rues et feunuqué", p. 161. — Défaite et capture de 
Chari,p. 168. — Fourberies d'un voleur émérite, p. 170. 

— Mensonges des alchimistes, p. 176. — Evénements 
de l'année 283, p. 177-^ — Visions de Mouladed, p. iSi. 

— Le cheïkh Ibraiiim cl-Harbi et deux jeunes étudiants, 
p. 184. — Le juge Ibn Djabir, p. 188. — Chronique 
des années 286 à 287, p. 190. — Défaite et capture de 
Waçif, p. 196. — Sa mort, p. 202. — Moutaded se 
montre favorable aux Alides; pourquoi, p. 2o5. — Sup- 
plice d'Amr le Saffaride, p,' 208. — Nécrologcp. 209. 

— Mort de Moutaded , p. 2 i 1 . 



TABLE DES MATIERES. Wo 

l'iiges. 

Cliapitre CXXIV. Khalilat de Mouklali-Billah ui3 

Noms et surnoms de ce Khalife; dates principales, ihid. — 
Le vizir Kaçem, fils d'Obeïd Allah, p. 21 5. — Cniaiilés 
de ce ministre, ibid. — Il fait pcirir Bedr l'affranchi, 
p. 2 16. — Affection du Khahfe Moutaded pour ce der- 
nier, p. 220. — Le rachat de perfidie, p. 22^. — Anec- 
dotes sur l'avarice de Mouktufi-Billah , p. 228. — Mort 
de Kaçem, p. 2 2 y. — Notice sur Abd el-Wahid, fils de 
Mouaffak, ibid. — Sur Ibn Pioumi et fragments de ses 
poésies, p. 280. — Le grammairien Abou 'l-M)basTàleb, 
p. 234- — N'écrologe, p. 236. — Poésies gaslronouii([ues, 
les hataîf, p. 2 38. — Le lou:in(ljeli (nougat), p. 240. — 
Le vin nommé doiichab , p. 2 43. — Dynastie des Aglabites , 
p. 246. — Mort de Mouktafi-Iiillah, ibid. 

Chapitre CXXV. Rhalifat de Mouktadir-Billah 2^7 

Ses noms et surnoms; nom de sa mère; dates principales, 
ibid. — Différentes histoires de ce règne; la chronique 
d'ibn Abdous, p. 249. — Extraits des poésies d'Ibn Mou- 
tazz , p. 200. — Notice sur le jurisconsulte Mohammed 
Ispahàni, p. 254. — Sur le poète Ibn Bcssam; extraits 
de ses satires, p. 257. — Richesse du père de ce poète, 
p. 267. — Liste des vizirs de Moukladir, p. 2-72. — Mort 
de ce Khalife, p. 27'!. — Nécrologe de l'année 297, 
p. 276. — L'insurrection des Alides, p. 278. — Nécro- 
loge, p. 280. — Expédition contre les Grecs, p. 281. — 
Nécrologe de ranuce 3oi, p. 2 83. — Défaite d'Ibn Abi 's- 
Sadj, p. 284. 

Chapitre CXXVI. Khallfat de Kahcr 28G 

Noms et surnoms de ce prince; dates principah's, Ibid. — 
Ses ministres, p. 287. — La cruauté de ce Khalife est 
une des causes de sa chute , p. 288. — Les dangers d'une 
leçon d'iiistoire, p. 289. — Notice sur Ibn l)oreï(l,cl 
extraits de ses poésies, p. 3o4. — Le poème malisourali , 
p. 3o5. — Moufaddjà le iilléialcur, ji. .Soy. 

Chapitre CXXVII. M.alilal de Hadi-Billah 3oS 

Ses noms et surnoms; d.ilcs principales, ihid. — Ses vizirs, 
p. 309. — Goûts littéraires du Klialilc, p. 3 10. — Ta- 
lent de Souli aux t'clicrs , p. 3i i. — Dissertation sur ce 



UG TABLE DES MATIEHES. 

Pages, 
jeu el sur le nerd ( espèce de triclrac ) , p. 3 1 2 . — Tradi- 
tion relative à kotaïbali, p. 3 20. — Anecdotes sur les 
Arabes célèbres parleur haute taille, p. 323. — L'oiseau 
liiliein, p. 32 5. — La grue et le héron, p. 327. — Récit 
amusant et vers relatifs aux différents noms arabes des la- 
trines, p. 328.- — - Pourquoi Mamoun abolit le vert comme 
couleur officielle , p. 333. — Le jardin de Kaher, p. 336. 

— Générosité de Radi-Billab, p. 338. — Monnaie à 
l'effigie de Bedjkem, p. 34o. 

Chapitre CXXVIII. Khalifat de Mottaki-Lillah ohà 

Ses noms et surnoms; dates principales, ibid. — Ses vizirs, 
p. 345. — Le parti des Beridi, ibid. — Les Turcs et la 
dynastie des Hamdanites se disputent le pouvoir, p. 346. 

— Ikhchid intervient en faveur du Khalife, p. 3/i8. — 
Intrigues de Touzoun , p. 3^9. — Il fait étrangler Mottaki- 
Lillah, p. 35 1. — Une poésie de mauvais au giu'c, p. 352. 

— Digression sur l'hippialrique, p. SSg. — Les courses 
de chevaux, p. 363. — Poésies sur ce sujet, p. 367. — 
Le poète Abou Nasr Khoubzaourzi, p. 372. — Résimié 
historique, p. 375. 

Chapitre CXXIX. Khalifal de Mostakfi-Biliah 876 

Ses noms et surnoms, ibid. — Détails sur son avènement 
au trône, p. 377. — Ses principaux agents, p. 378. — 
Moutî, p. 379. — Anecdote sur Haddjadj , p. 38o. — 
Eloge du vin, p. 383. — Fragments des pièces bachiques 
d'Abou Nowas, p. 386. — Rivalité entre le Khalife et 
Moulî, p. Sgo. — Poésjes didactiques sur différents mets; • 
le kamikk, p. 392. — Description d'un repas délicat, 
p. 39/1. — Le wast, p. 3g6. — Le sanboiisadj , p. 398. 

— Les asperges, p. 399. — Le riz au sucre, p. 4oi. — 
La hériçeh, p. /t02. — La madirali, p. 4o3. — La djou- 
dabali, p. liof\. — Les lialaïj, p. 4o6. — Bataille de fleurs, 
poésie d'Abou Nowas, p. 407. — Derniers renseignements 
historiques recueillis par Maçoudi, p. /(09. 

Variantes el notes 4 1 -^ 

Supplément aux corrections du tome VII 4/ii 

Corrections du lomc VIII /i42 

FIN DU TOME HUITIÈME. 



APR 2 91968 



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